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Full text of "Recherches historiques : bulletin d'archeologie, d'histoire, de biographie, de bibliographie, de numismatique, etc., etc. [monthly]. January 1922- December 1923"

SWf J>X^. n o-ivAJ^e.4 




^ I h D U s T R 



Toronto Public Library. 



Référence Department. 



THIS BOOK MUST NOT BE TAKEN OUT OF THE ROOM. 



SEP 20 1940 



REdHS 




Bl'LLETIX l)'Ai;( lli;»>L(HiIl<:, D'HISTOIRE, DE 

BIOGRAPHIE, DE BIBLIOGRAPHIE, DE 

NUMISMATIQUE, ETC, ETC, 



ITBLIi; l'AK 



Pikrrk-Gkoroks-Roy 



VOLUME VINGT-HUITIEME 



LKVIS 



1922 



*5^^9^^ 




MAY 



*' FEB '^ 

14 ; 



<=> 



BULLETIN ^s\l^^ 

DK8 



RECHERCHES HISTORIQUES 



TOL. XXVIII BEAUCEVILLE - JANVIER l»22 No I 



JOSEPH-PIERRE BERNIER 



En 175"), k' l»ar()U de Dieskau, iioniiné eonmiandant des 
ti'oupes de la Nouvelle- F'rance, j^assait ici avec un renfort 
de 2)rès de trois mille lionimes. M. de Dieskau amena avec 
lui conmie aide de camp le lieutenant Joseph- Pierre Ber- 
nier, originaire de la ville de Vienne, en Daupliiné, qui 
avait servi jusque-là dans le Régiment R<^^)yal Suédois. 

Le 1)ar()ii de Dieskau, qni était d'origine allemande, s'i- 
magina qu'on i>ouvait taire la guerre dans les forêts du 
Canada comme on la jjratiquait en Europe. Le peu de cas 
qu'il Ht des obsei'vations des olïicicrs canadiens le mena à 
un désastre quelques semaines à peine ajjrès son arrivée au 
Canada. Le 11 se2)tembre 1755, à l'attaque du camp du 
général Johnson au fort Lydius, il fut battu par les An- 
glais et fait prisoimier. L'aide de camp Bernier aurait 
pu se sauver, mais il poussa la générosité jusqu'à suivre 
son chef en cai^tivité. 

Trois jours après sa défaite, le 14 septembre 1755, le 
baron de Dieskau écrivait au comte d'Argenson, du "camp 
de l'armée anglaise sur le lac du Saint-Sacrement" : 

"J'ignore dans ce moment quel sera mon sort. Je 
reçois tous les secours i)ossibles de M. de Johnson, général 
de l'armée anglaise, tels qu'on peut attendre d'un galant 
homme, plein d'honneur et de sentiment. Le sieur Ber- 



— 4 — 

nier, mon aide de camp, est prisonnier avec moi ; il a été 
assez lieureux i)our n'avoir qu'mie légère contusion d'un 
éclat envoyé par le canon.' Je ne sache pas qu'il y ait d'au- 
tre officier de pris. 

"Si l'état de mes blessures m'ôtait l'espérance de re- 
tourner en Europe, et que le sieur Bernier y aille, il pourra 
vous donner, Monseigneur, un détail plus ample de cette 
affaire et de tout ce que ma situation ne me permet pas de 
vous exposer. 

"Je vous supplie, Monseigneur, d'avoir égard à son 
zèle ])our le service et à l'attacliement qu'il a eu. pour moi." 

En février 1756, après quatre mois de captivité aux 
Etats-Unis, M. Bernier obtenait la permission de passer en 
Angleterre. De là, il traversa en France où il rendit 
compte au ministre de tous les événements qui avaient ac- 
compagné la défaite de la petite armée du baron de Dies- 
kau. 

Au mois de février 1758, M. Bernier o])tenait de nou- 
veau la permission de venir servir au Canada. Nommé 
assistant conunissaire des guerres sous M. Dôreil, il passa 
ici au mois de juin suivant sur la frégate le Prince- 
Kdoiuu'd. 

A l'automne de 1758, M. Doreil retournait en France 
et M. Bernier fut prcmm conunissaire des guerres à sa 
place. 

Après la chute de Québec, M. Bernier, qui, pendant sa 
(^a])tivité aux Etats-Unis, avait appris la langue anglaise, 
resta dans la ville pour s'occuper des IJessés de l'armée 
française. 

TjC 15 octol)re 1759, l'intendant Bigot écrivait au ma- 
réclial de J^elle-Isle, ministre de la guerre : 

"J 'avais chargé M. Bernier, commissaire des guerres, 
de riir)])ital de Québec, tant i)our les trou])es que ])Our les 
( anadiens. 11 a renqdi au mieux ce détail pendant toute 
la campagne ; et comme il s'est trouvé conunissaire de cet 
hôpital à la reddition de la ])la('e, il a resté c(mformément 
au cartel, sans être prisomiier ; il y sert encore très-utile- 
ment et à notre satisfaction. Nos généraux, ainsi que 



— D — 



moi, s'adressent à lui ])(nir tout ce dont nous avons besoin 
auprès (lu général anglais. Ce eonnnissaire continue de 
veiller à la conservation et subsistance de nos blessés et ma- 
lades à cet hôi)ital." 

M. Bei'iiier i-etourna en P^rance dans le même navii'e 
que le clievalier de Lévis en noveml)re 17()(). 

M. iMTiiicr, (jui avait très bien servi en Canada*,;. sem- 
ble avoir été employé, ai)rès son. retour en France, au])rès 
des pauvres Acadiens amenés ))risonniers de guerre en 
Angleterre et (pii s 'établi i-cnt ensuite en France. 

Dans une lettre du 12 septembre 1760 à M. de Crémille, 
lieutenant-généi-al. adjoint au ministre de la guerre, M. 
J)<'rnier éciivait, parlant (hi Canada : 

"Si ce ]»ays ne doit j>his rentrei- sous la domination de 
la Fi-ance, c'est une perte intinie ; s'il doit y revenir, ce sera 
sans doute un bien, si on le regarde conmie un bâtiment à 
reprendi'e i)ar les fondemens, et (jue Ton y détruise jusqu'à 
Fombre même de l'intérêt, qui est Funique et antique cause 
de sa ])erte ; tout y doit être renouvcdé. ci'ainte (pi'il n'y 
l'esté (lu l('\;iiii conducteui".'' 

Connnc on le voit, M. Bernier savait ce (pii passait 
dans Fadministi-ation de la colonie. 



A son arrivée à Québec dans l'été de 1758, M. Bernier 
avait été sérieusement malade. Il fit alors son testament 
devant le notaire Saillant. C'est dans ce document que 
nous trouvons ses prénoms encore inconnus ici, croyons- 
nous : 

''Aujoui'd'buy dix-neuf juillet, buit beures du soir, 
mil sept cent cinquante-buit, est comparu devant les notai- 
]'es royaux en la î^revosté de Québec y résidens soussignés, 
M. Jose])li-Pierre Bernier, écuyer, conseiller du Roy, com- 
missaire ordinaire des guerres employé à la suite des trou- 
pes françaises dans l'Amérique Se])tentrionale, âgé de 
trente-sej)t ans ou environ, natif de la ville de Vienne, en 
Dauidiiné, gisant actuellement au lit, malade de corps, 



— 6 — 

dans la maison des héritiers Roussel occupée par le Sr Sou- 
piran fils, chirurgien, seize rue de Buade, dans une chambre 
donnant sur la rue, où les dits notaires soussignés se sont 
exprès transportés à sa réquisition à l'effet de passer son 
testament, lequel étant toutefois sain d'esprit, mémoire et 
entendement ainsi qu'il est a]3paru aux dits notaires sous- 
signés et considérant qu'il n'y a rien de si certain que la 
mort ni de si incertain que son heure qu'il désirerait préve- 
nir par la disposition qu'il entend faire du peu de bien qu'il 
a plu à Dieu lui donner a fait, dicté et nommé de mot à 
mot aux dits notaires soussignés son présent testament et 
ordonnance de dernière volonté ainsi qu'il en suit. 

"Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, ainsi 
soit-il. 

"Premièrement comme chrestien et catholique a re- 
conmiandé son âme à Dieu tout puissant Père, Fils et 
Saint-Esprit suppliant sa divine bonté par les mérites de 
la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ et par l'inter- 
cession de la Très Sainte Vierge, sa digne mère, des saints 
JoseiDh et Pierre, ses patrons, et de tous les saints et saintes 
du Paradis de la placer au Royaume des Cieux au nombre 
des bienheureux. 

"Item veut et entend le dit sr testateur que ses dettes 
soient payées et torts par lui faits, si aucuns se trouvent, re- 
l)arés par son exécuteur testamentaire cy-après nommé. 

"Item donne et lègue le dit testateur cent livres aux 
pauvres de la paroisse de Notre-Dame de Québec ime fois 
payée. 

"Item le dit testateur veut et ordonne qu'il soit dit 
après son décès cent messes basses pour le repos de son 
Piine. 

"Item quant aux bardes, linges, effets à son usage, ar- 
gent comptant et autres choses généralement quelconques 
que le dit testateur a actuellement dans la dite maison du 



— 7 — 

d. sr Soupirail fils où est son logement ordinaire ainsi que 
tous les autres biens tant mobiliers qu'inmiobiliers qu'il a 
et peut avoir dans l'Ancienne-France en quoy que le tout 
puisse consister et valoir et en quelques lieux qu'ils soient 
seitués icelui dit sr testateur veut et déclare que le tout soit 
partagé entre ses héritiers ainsi qu'il appartiendra et pour 
la distribution du tout veut et entend qu'elle soit faite par 
la dame sa mère. 

"item, quant aux runérailles et enterrement du dit 
testateur, icelui déclare qu'il s'en rapporte à son exécuteur 
testamentaire cy-après nonmié ainsi que pour augmenter 
le nombre des messes et aumônes cy-dessus. 

'*Et pour exécuter le présent testament le dit testateur 
a nommé la personne de Mr Doreil, conmiissaire, ordonna- 
teur des guerres, (ju'il prie d'en vouloir bien en prendre la 
peine et ès-mains duquel il s'est demis et dessaisi de tous 
ses ])iens suivant la (coutume révoquant le dit testateur tous 
autres testaments et codiciles qu'il ])<)urrait avoir fait 
avant ces i)résentes voulant que le présent testament ait 
seul lieu et valide comme étant son ordonnance et dernière 
volonté ; ce fut ainsi fait, dicté et nonuué par le dit sr tes- 
tateur aux dits notaires soussignés de mot à mot et à lui lu 
et relu i)ar l'un d'iceux l'autre présent qu'il a bien enten- 
du et vouloir être exécuté comme étant son intention et 
ordonnance de dernière volonté en la dite chambre susdé- 
signée les dits jour et heure et an cy dessus. 

BERNIER 
DU LAURENT 
SAILLANT" 

P. a. R. 



— 8 — 

LES MARIONNETTES AU CANADA 



LE THEATRE DU PERE MARSEILLE 



Peu (le personnes n'ont jamais vu de marionnettes, bien peu n'ont 
pas "connu et admiré ces petites poupées de bois ou de carton représentant 
des hommes et des femmes qu'un individu caché derrière un petit théâtre, 
fait mouvoir par des fils, par des ressorts ou simplement à la main et qui 
paraissent animées lorsqu'il les fait parler, jouer sauter". (1) Mais com- 
bien savent que ces acteurs minuscules datent des temps les plus reculés, 
qu'il ont été populaires dans tous les pays, qu'au Canada même, les ma- 
rionnettes ont joui d'une grande faveur dans les milieux aristocratiques 
aussi bien que dans les réunions des humbles campagnards ? 

A ceux qui j)enseraient que le sujet ne vaut guère la peine qu'on s'y 
arrête, rappelons ces vers de l'académicien Cliarles Perrault : 

Pour moi je pose en fait 

Qu'à de certains moments, l'esprit le plus parfait 

Peut aimer sans rougir jusqu'aux marionnettes 

Et qu'il est des temps et des lieux, 

Où le grave et le sérieux 

Ne valent pas d'agréables sornettes. 
XXX 
D'abord imaginées par les Grecs, les marionnettes passent en Italie, 
puis elles sont introduites en France vers 1640. Du pays de nos ancê- 
tres, elles traversent l'océan et s'acclimatent en la Xouvelle-France, et si 
bien qu'elles faisaient florès à Québec vers la fin du 18e siècle, sous la di- 
rection d'un ancien soldat marseillais. La preuve nous la cueillons dans 
les Mémoires de Philippe Aubert de Gaspé, car cet auteur a consacré aux 
marionnettes des pages savoureuses qu'il faut relire et que nous reprodui- 
soiis au long en les accompagnant de remarques et de précisions. ' 

XXX 

Donc, ouvrons le volume des Mémoires aux j)ages 544 et suivantes de 
l'édition de 1866 : 

"11 m'arrive assez souvent, lorsque je descends la rue des Glacis, dans 
(1) Dictionnaire de la convorsation, tômf\ XII. 



— 9 — 

le faubourg Samt-Jeau, de porter mes regards sur les premières maisons 
de la rue d'Aiguillon, mais j'y cherche en vain celle qui me causait des 
émotions si vives pendant mon enfance. Il était difficile de la passer 
jadis sans arrêter un instant, lorsque la iwrte d'un tambour (2) attenant 
^ cette maison était ouverte à la vue d'un grenadier de grandeur naturelle 
j)eiiit eu couleurs vives et éclatantes sur la porte d'entrée. 

'•Ce chcf-d'oeuvre de greiuulier était dû au pinceau du père Marseille, 
fondateur du théâtre des marionnettes de la capitale du Canada et mort 
nonagénaire, il y a <)7 uns (3). 

-Lr théâtre des marionnett<'s, source de tant de jouissance pour les 
enfants, s'ouvrait régulièrement à (> heures du soir, la seconde fête de 
Noël (il y avait alors trois fêtes de Noël) (4), pour ne fermer (pic le 
mercredi \U'> Cendres. 

"h'entrée n'en était pas dispendieuse : pour la somme de six sols 
l'en Tant pouvait s'abreuver de délices. Comme le local n'était pas très 

spacieux , m fermait la porte lorscpie toutes les places étaient prises, 

et ceux (pli arrivaient ensuite ou (pli n'avaient pu entrer, attendaient pa- 
tiemment i)endant deux heures sur la neige le second jeu qui suivait le 
premier sans interruption : il y avait (pielquefois trois jeux dans la même 
soirée 

••l)cpuis l'introduction (Iv^ marionnettes dans cette cité par le sieur 
Marseille et sa femme jusipi'â la cl(')ture de ce brillant tlu'âtre, il y a vingt 
cin(i ans (.')), ces ])oup(''es |>arlantes et dansantes tirent les délices de plu- 
sieurs générations d'enfants pendant plus d'un siècle (0). 

"Marseille et sa femme tant «[u'ils furent valides, transportaient mê- 
me, jiour la somme de huit piastres, le personnid de leur théâtre aux domi- 
ciles des chefs de famille de la i)remière société canadienne qui désiraient 
amuser leurs enfants et Ic^s enfants de leurs amis. (Vs réuni(ms, aux- 



(2) Cette expression pittoresque et bien française est en train de disparaître. 
Quelques auteurs en ont même fait un canadianisme. 

(3) Les mémoires avant été publiés en 1866, le sieur jMarseille serait donc 
mort en 1798-9. mais nous croyons que M. de Gaspé a fait erreur si nos informa- 
tions sont exactes. Nous en parlons plus loin. 

(4) C'est ainsi qu'on désignait, autrefois, la fête de Noël. 2.5 décembre, la fête 
de Saint- Etienne, 26 décembre et celle de Saint- Jean l'Evangéliste, 27 décembre. 

(,5) C'est-à-dire en 1839. 

(6) M. de Gaspé exagère : le sieur Marseille n'a pas dû établir .son théâtre en 
1739. t'n demi siècle serait, sans doute plus près de la vérité. 



— 10 — 

quelles étaient conviés les parents de cette belle jeunesse, finissaient tou- 
;)()urs par un souper et souvent même par un bal et un souper. (7). 

"Les Marseille, comme tous les acteurs célèbres, eurent aussi leur soi- 
rée de grand triomphe, dont ils conservèrent le souvenir jusqu'à leur mort. 
Le duc de Kent, père de la reine Victoria, daigna honorer un soir leur 
théâtre de sa présence. Il fallait inventer quelque chose de nouveau, 
d'imprévu, pour un si grand personnage ; et le génie des Marseille ne leur 
fit pas défaut dans cette occasion solennelle. Et comme le prince avait 
fait louer le théâtre pour lui et sa société quelques jours d'avance, nos ar- 
tistes eurent le temps de tout préparer pour la surprise qu'ils lui réser- 
vaient. 

Les Marseille avaient déjà réussi à amuser le Prince avec leurs ma- 
rionnettes, mais ils tenaient aussi à l'attendrir. Il fallait faire succéder 
le drame à la comédie. Le rideau tombe et madame Marseille assise 
comme de coutume pendant le spectacle au bas de la scène, en qualité de 
commère de son digne époux, près de l'orchestre renforcé pour l'occasion 
d'un fifre ajouté au violon unique et au tambour qui composaient la musi- 
que ordinaire, madame Marseille, dis- je, se lève fait une profonde révéren- 
ce au duc de Kent, et dit : 

"Mon Prince, il n'y a plus de marionnettes : le diable les a toutes 
emportées :" en effet. Sa Majesté Satanique, sous la forme d'une per- 
drix de savane, venait de balayer le théâtre de Polichinelle et de sa com- 
pagnie, au milieu d'une danse des plus animées, et la mère Marseille avait 
tiré le rideau. 

"Mais, mon Prince, ajouta la mère Marseille, nous allons pour dé- 
dommager votre principauté d'une si grande perte, lui donner le divertis- 
sement du siège de Québec, par les Américains, en 1775, et la raclée soignée 
que les Anglais et les Canadiens leur administrèrent en conséquence, pour 
leur apprendre à vivre poliment avec leurs voisins." 

"Et la mère Marseille après avoir débité cette harangue belliqueuse, 
c;hanta pour amuser, sans doute, le Prince : "Malbrouk s'en va-t-en guerre, 
mirliton, mirlitaine : " depuis le premier jusqu'au dernier couplet. 

"On lève le rideau ; et les spectateurs voient avec étonnement la cité 
de Québec. Il est bien vrai que cette ville en miniature est faite de car- 



(7) On ne faisait pas autrement en Grèce et en Italie. Les marionnettes 
étaient un divertissement très goûté dans les festins et dans les noces, chez les 
pauvres comme chez les riches. (Voir le curieux ouvrage de J.-M. Petite : 
Guignols et Marimincttcfi, pp. 18 et 20). 



— 11 — 

ton, mais il n'y a pas à s'y méprendre au sommet de la haute citadelle 
Hotte le pavillon britannique, les troupes et les citoyens bordent les rem- 
parts, les canonniers sont à leur poste, mèche allumée, les bataillons mon- 
tent à l'assaut, le canon tonne, une vive fusillade se fait entendre, les as- 
siégeants prennent la fuite et la ville est sauvée. 

"L'orchestre joue le "God save the King" et toute la famille royale 
d'Angleterre défile sur la scène : Le roi Georges III ouvre la marche, 
monté sur un cheval pur sang, portant la reine Charlotte sur sa large crou- 
pe ; et les deux souverains, couronne en tête, sont suivis par leur nom- 
breuse famille de princes et de princesses montés sur de fins coursiers. 

"Mais laissons la mère Marseille, ne serait-ce que pour consoler ses 
mânes, raconter elle-même cette scène si flatteuse pour sou amouf propre. 

"L(ii-s(|iH' k' l'riiUH' rccdiimit son cher ])ère et sa cliùre mère (|u'il n'avait 
pas vus depuis longtemps, il se tint à <|uatre pour cacher son émotion, 
mais quand il aperçut son petit frère ]î()(lol])lie le coeur lui crcvit et il se 
cacha le visage avec son mouchoir". 

"Et les yeux de la mère Marseille se voilant de larmes à ce souvenir, 
elle aspirait une forte })rise de tabac pour s'éclaircir la vue. 

"Comme le sieur Barbeau, gendre et successeur des Marseille, (8) 
refusait de déplacer ses marionnettes, un de nous, j'étais alors pater fami- 
lial, (9) louait le théâtre ; et il donnait à chu\ heures du soir, moyennant 
la sonmic de quatre piastres, une représentation exlra à laquelle était 
admise notre société seulement. 

"Il était entendu qu'après le spectacle, nous passions la soirée chez 
celui qui avait loué le tliéâtre. On sait que le rire est eontagieux ; et 
aussi ai-je rarement vu toute une société rire de meilleur coeur qu'à un 
jeu de marionnettes chez le sieur Barbeau. . . 

"Il y a des anecdotes si insignifiantes qu'elles devraient être bien vite 
oubliées ; en voici pourtant une qui date d'au moins soixante ans et dont 
on jjarle encore aujourd'luii, c'était pen(hint la guerre continentale (10) 
et la consigne était si sévère qu'on aurait cru les Français campés sur les 
plaines d'Abraham. Dès neuf heures du soir il fallait répondre au qui 
vive ? des sentinelles postées dans tous les coins de la ville de Québec. 



(8) Barbeau devait Ctre beau-fils de Jean Natte dit Marseille. Nous en par- 
lons plus loin. 

(9) L'auteur se maria en 1811 et fit baptiser son premier enfant en 1812. 

(10) L'auteur veut .sans doute parler de la guerre de 1812-1814. 



— 12 — 

Oïl racontait môme des liistoires bien lamentables de personnes sur les- 
quelles les sentinelles avaient fait feu, parce que, ignorant la langue an- 
glaise, elles n'avaient ])as répondu fricnd ! (ami !) au qui vive ? de la 
sentinelle. 

"Trois jeiiiu's soeurs canadiennes, n^^ée;^ de douze à (piinze ans, reve- 
naient gaiement du tliéâtre du sieur Barbeau, vers neuf heures du soir, 
lorsque la sentinelle postée à la porte Saint- Jean leur cria d'une voix de 
stentor : Wlio comefi tJiere ? Soit frayeur, soit ignorance de la réponse 
qu'elles devaient faire, les jeunes JiUes continuèrent à avancer, mais à uiie 
seconde sommation faite d'une voix encore plus éclatante que la première, 
l'ainée des jeunes filles répondit en tremblant : "Trois petites Dorionne 
corne from de Marionnettes ! " La sentinelle ne put s'empêcher de rire 
et leur dit : "Pm^s trois petites Dorionne comi' front de Marionnettes !" 

"Les marionnettes, comme tout ce (|ui faisait la joie de mon enfance, 
n'existent plus ([ue dans mon souvenir : la main d'un desi)ote en a faif une 
razzia ]iendant les troubles de 1837 et 1838. On craignait, je suppose, 
que Polichinelle ne grossit avec sa trouiie les bataillons de rebelles. 

"Il y avait, en effet parmi ces ])oupées des guerriers très redoutables : 
"envoyez-nous, criait le compère Barbeau, des Allemands et des Alleman- 
des ! " et aussitôt faisaient leur entrée sur la scène une douzaine de Teu- 
tons et de Teutonnes ; lesquels après avoir dansé, le sabre nu à la main, 
finissaient par se battre entre eux, au grand effroi de mesdames les Alle- 
mandes, jusqu'à ce que deux ou trois des guerriers restassent sur le car- 
reau. 

"Les hommes de ])olice, après avoir démoli le théâtre de Sasseville 
qui avait succédé à Barbeau, se promenèrent longtemps dans les rues avec 
leurs dépouilles opimes sur leurs épaules, en criant : "voici le .rebelle A ! 
le "rebelle B !" le "rebelle C !" suivant les noms des chefs de la prétendue 
rébellion (jui n'existait certainement pas dans le district de Québec, au 
gi-and regret des ennemis des Canadiens-Français (pii cherchaient à les y 
pousser par toutes sortes de vexations. ..." ^ 

XXX 

Voyez-vous ces jx'tits acteurs de bois élevés au rang de patriotes et 



— 13 — 

encourant la liaîne des fanatiques d'alors ? Quelle fin plus glorieuse aurait 
pu être souhaitée aux vieilles marionnettes de la capitale ? 

ATais re\en(iiis :\ leur t-rratcur. (^uel était ci' .Mai-scillc (|ui (Tapivs ]M. 
(k- (iaspé serait mort noiuifjéïKdrc vers lî!)!)r 

Les renseignements (pie l'oui-nit l'auteur sont-ils assez précis pour 
qu'on ])uisse rétablir ridentité du ])ersoiniage (pi'il nous a présenté ? 

Après avoir scruté Tanguay et a\(iir l'ait l'aire des fouilles à Québec 
par le bienveillant conservateur d(>s archives judiciaires, M. J.-B. Caouet- 
le, nous croyons que le fameux marionnettiste d'antan doit être ce Jean 
Natte dit Marseille, soldat et })eintre, originaire de Marseille (d'où son 
sobriquet) (pii éjxnisa ù Québec, le six février 1758, Marguerite Duches- 
neau. Devenu veuf, .lean Natte convola le 5 mai 1781 avec Marie-Louise 
Fluet, elle-même veuAe do Josej)h Barbeau. 

Dame Natte, née Fluet, décéda en 17!)o. Ce serait elle qui aurait 
fait le lioniment au duc de Kent, au cours de son séjour parnn nous, entre 
17!) 1 et 17 !>."). lOllc n'avait (pie .").■) ans lors de son tré})as. Sou mari, 
.lean Natte, l'ut inhumé le 'M) Juillet 1803, à l'âge de (i!) ans. Il devait 
donc avoir "l'air plus \ ieux (pie son âge", puisque M. de (Jaspé lui accorde 
90 ans. ^Mais un jeune homme de 17 ans est-il bien capable de faire la 
diiïérence entre une se|)tuagénaire et un nonagénaire. 

Autre ])oint, ^L de (Jaspé avance que le sieur Marseille eut pour suc- 
cesseur son gendre, nommé Barbeau. Celui-ci ne serait-il pas plutôt, le 
fils ou le neveu de ^larie-Louise Fluet dont le ])remier mari s'a])p(dait 
Barbeau 'f 

.le laisse 1;i solution de ces (piestions aux eherdieurs (pi(''])ecquois. 

N X X 

Dans un prochain article, nous rassemblerons les renseignements que 
nous possédons sur les marionnettes dans la région de Montréal et sur la 
curieuse coutume qui les concerne. 

E.-Z. MASSICOTTE 



.— 14 — 

A PROPOS D'UNE LETTRE DE M. DE 
SALABERRY 



Le Bulletin des Recherches Ilisioriques (octobre 1931) a publié une 
lettre de M. de Salaberry père à son fils M. Charles-Michel de Salaberry, 
pour le féhciter, est-il dit, d'avoir gagné la bataille de Châteauguay. 

Cette lettre, en date du 1er décembre 1813, ne se rapporte pas du 
tout à ce fait d'armes, pour l'excellente raison qu'il ne devait se produire 
que onze mois plus tard, c'est-à-dire le 36 octobre 1813. Elle a trait à un 
ordre général du 37 novembre 1813, où Sir George Prévost exprime au 
lieutenant-colonel de Salaberry son approbation entière dans la direction 
des troupes bas-canadiennes, formant l'avant-garde à la frontière, pour 
rejjousser une invasion américaine méditée, mais qui n'eut pas lieu cette 
année-là. 

Ceci étabh, il ne faudrait i)as croire cependant que M. de Salaberry 
père s'est privé du plaisir de complimenter ou de féliciter son fils, sur le 
superbe succès militaire de Châteauguay. Sa lettre, à ce sujet, est du 6 
novembre 1813, et nous en trouvons la publication partielle dans la géné- 
alogie de la famille d'irumberry de Salaberry (p. 165) par M. Pierre- 
Georges Eoy. 

Nous disons parlicUe ])arce que le texte, fourni à M. Roy, ne com- 
prend que la moitié de la lettre écrite par M. Louis de Salaberry au héros 
de Châteauguay, et de ])lus ce texte a été écourté dans le but évident de lui 
donner une forme plus littéraire. 

Xous croyons que la publication intégrale de la lettre, sans rien lui 

enlever de la saveur du style de l'époque, constituera encore une primeur 

qui plaira aux lecteurs du Bulletin. & 

t 

A Beauport 6e Novembre 1813. 

ilon très cher fils, 

.l'ai sûrement (juelques lettres de toi en route : en attendant qu'elles 
arrivent, je te félicite avec toute L'effusion d'un coeur paternel. La force 
de ce sentiment doit t'être connue, sur-tout à-présent que tu es père. Je 
ne pourrais jamais te peindre ce que nous avons éprouvé en apprenant tes 
dangers et ta gloire. 11 y avait bien de quoi porter Le trouble, même en 



— 15 — 

des coeurs moins sensibles. Ta mère a eu un saisissen^ent dont elle a été 
indisposée. Plus de calme ayant succédé, il n'est resté que La douceur 
d'une joie pure, mêlée à La tendresse et à L'estime. Ton intrépidité ne 
nous a point étonnés ; mais ta conduite et ton habileté eu ce jour mémo- 
rable sont vraiment dignes d'admiration. C'est le génie même du com- 
mandement qui t'a inspiré. Lui seul a pu te soutenir en cette prodigieu- 
se disparité de forces. Jamais combat ne fut plus disproportionné, ja- 
mais conséquemment de succès plus glorieux. C'est inouï. Quoique 
cela est L'air fabuleux, il est jiourtant vrai que c'est toi qui avec tes trois 
cens braves ai sauvé le pays, en arrêtant l'invasion de cette armée qui nous 
menaçait. Une poignée d'hommes repousser, mettre en déroute, chasser 
enfin une armée de plus de sept mille hommes, voilà ce qu'on peut appeller 
un-prodige. Sans doute une Puissance au-dessus de tout, ta rou\ert de 
sa main protectrice. Sans être très dévot, on ne ])eut ([ue rccoiinaîti'e ici 
(avec une infinie reconnaissance) un trait })arti(ulier de la Divine Provi- 
dence. Kllc seule a pu vous préserver à-travers un IVu terrible qui devait 
tous v(»us détruire : Elle seule a pu donner une telle Victoire. Je 
tavoûe, mon cher enfant, que mon âme est j)énétrée à L'espect des dangers 
<!e La situation où tu as été en jjarticulier ex])osé, monté sur ce cli(irr/fr de 
iu)uvelle es))èce (1). ^lais à travers Les périls de cette mémorable jour- 
née tu étais du moins exempt de celui de tomber sous ton cheval tué ou 
blessé. Je conviens <pi'on n'en ])eut avoir de [)lus ferme et de j)lus iné- 
branlable au feu : Malgré cela, je te conseille et te ])rie très-instamment de 
ne plus choisir un tel cheval de bataille. — Perch(' Là-dessus, c'est être une 
cible. Xe fais ])lus cela, mon cher iils, je t'en conjure. Braver les dan- 
gers est bien digne d'un homme de ton caractère : mais il ne faut ])as en 
chercher d'inutile. Tu es, je j)ense, Le premier (Jénéral qui ait gagné une 
bataille ; étant grimpé sur une souche. 

Crois-moi, mon enfant, (-hange de monture. 
(2) Le Ge après midi. 

.Je suis interr(jnij)u bien agréablement ])ar ta Lettre. Mille remerci- 
mens de tes détails. Qu'ils sont intéressans ])our nous, mon ciier Iils ! Je 



(1) Témoin auculaire, nous dit qu'au plus fort de l'action le colonel de Sala- 
berry "monta sur un gros arbre et, quoique très exposé au feu de l'ennemi, l'ex- 
amina de .sang froid avec la longue-vue. Alors, il donna ses ordres en français 
au capitaine Daly et lui enjoignit de répondre dans la même langue afin de ne 
l)as être entendu (compris) de l'ennemi." 

(2) Tout ce qui suit, de la lettre de M. Louis de Salaberry à son fils, est 
demeuré inédit jusqu'à ce jour. 



— 16 — 

vois la coniirniation de cette victoire i)lus signalée qu'on ne peut dire et 
unique. 

Si (lut'hjue cliose pouvait rehausser Le ])rix d'un fait d'armes si bril- 
lant, ce serait ta rare nu»destie. Qu'elle ne soit point aiïectée, je l'en 
prie, et ne te fâche pas si je te dis que cette affaire glorieuse et surtout ta 
ct)n(luite sont au-dessus de tous éloges. Je savais bien que tu avais le gé- 
nie militaire ; mais je ne croyais pas que tu eusses Le génie du comman- 
dement et cet heureux talent à ce degré-là. Tu as-vraiment fait des dis- 
])()siti(»ns à La Tureniic. Passe-moi l'expression quoiqu'un peu forte. 
Cependant si jamais elle fut méritée, c'est quand trois cens hommes en 
chassent se])t milles, et délivrent La ])atrie par Leur-intré})idité, sur-tout 
c-t'lK' (le Leur Chef et son habileté ! 

Je suis lier dt- mon (ils ! tes com])atri()tes doivent partager ce senti- 
ment. Plusieurs le font aussi ; mais aucun, j'en suis sûr, aussi fortement 
que Ton parent Le Docteur Blanchet (3). Sa tête et son coeur sont tel- 
lement remplis de toi, — qu'on ne peut Lire ses lettres à Duchesnay (4) 
qu'avec une vive émotion et même avec attendrissement. Jamais la 
force de L'amitié et de L'estime ne s'est peinte avec plus d'énergie. Expri- 
me donc à ce digne homme toute ta sensibilité pour ses nobles et généreux 
procédés. Ces choses sont si rares et si ])récieuses ! 

Si tu savais tout ce qu'il dit de toi, c'est pour Le coup, que ta modes- 
tie se fâcherait contre lui. Moi, qui n'ai pas aujourd'hui surtout cette 
vertu si éminement que le héros de Châteauguay (5), je vais écrire ma 
reconnaissance à cet estimal)le cousin pour tant de générosité et d'amitié 
pour toi. .l'aime l)ien que L'on t'aime. 

•le félicite Colonel de Kouville et, comme tu penses bien Madame sa 
tille. Ne crois ])as, mon enfant, (pi'à travers toute cette gloire militaire 



(3) François-Xavier lilancliet, médecin et liomme politique célèbre de son 
temps, l'un des fondateurs du Canadien en 1806. Arrêté en 1810 en même temps 
que J'ierre Bédard et .Jean-Thomas Taschereau, accusés par Craig- ombrageux de 
pratiques traitresscs. Pendant la guerre 1812-181.5, le gouverneur Prévost avait 
mis le \)v Filanchet à la tête de l'état major médical de la province. Il ressussita 
le Canadien en 1820. Décédé à Québec le 24 juin 1830. 

(4) L'honorable Antoine Juchereau Duchesnay, seigneur de .Beauport, dont 
le fil.s, Michel-Louis .Juchereau Duchesnay, était marié à Hermine de Salaberry, 
une de.s soeurs du héros de Châteauguay. L'on sait que Juchereau Duchesnay 
et son frère .Jean-Baptiste se couvrirent de gloire à l'action du 26 octobre 1813. 

(.5) Le héros de Chateaiignay ! N'est-ce pas que l'expression est charmante 
sous la plume du père sitôt après l'événement qui immortalisa le fils ? 



— 17 — 

je })erde de vue mon cher petit-fils si joli ((3). .le m'iiifornu' toujours de 
Lui, je lui souhaite tous les l)iens, et surtout qu'il possède L'honneur à un 
degré aussi élevé que son père. Je vous souhaite à tous deux et à L'aima- 
hle maman toutes les hénédietions Les ])lus ahondantes que La Divine 
rrovidence puisse répandre sur les humains ! et spéeialement qu'EUe te 
.préserve (huis Les daiip-rs de hi «ruerrc 1 Ta maman s'unit à ces voeux avec 
toute la tendresse de son coeur et la eaïKknir cU' son âme. Avec cette can- 
deur et cette sincérité qui La distinj;uent particulièrement, elle t'assure de 
.«on amitié. Toutes tes soeurs s'y joignei\t cordialement, Hermine com- 
jtrise. Toutes complimentent Le \'ictorieux (iénéral. 

Nous ajoutons nos remercimens et vraie <;ratitude pour ton oMij^^eante 
attention de n(»us avoir fait ce cadeau de ponnnes fameuses. .Nous venons 
de les envoyer chercher chez Duchesnay en ville où il demeure à-présent. 
11 parait fort content de ta victoire, il t'en écrit sûrement. Cet événe- 
ment, très sin^iTiilicr, cause hien des sensations diverses : Les hons s'en ré- 
jouissent, Les Méchants enra<;ent. De quel côté est La Majorité ? Est-ce 
difficile a deviner 'f .l'espère pourtant que vous allez avoir ([uelque tran- 
quilité a|)rès tant de fati^rues et de dantjers. 

Mcris-niiii. je t'en |trie, et me donnes souvent des nomclles de toi, et 
de mon petit. Tu oi)li>îeras hien |)articulièrement quelqu'un (pii joint au 
plus profond sentiment d'attachement celui de L'estime portée au plu> 
haut degré possihle : à cela, mon cher fils, tu reconnaîtras hien 

Ton tendre Père et ami, 

L. DE SALABEK1?Y 

Compte et anutiés à .luchereaii, (jui dit (pie tu es hou et cxccllcnl Gé- 
néral. Ce sont .'<es mots. 

Pardon de ma prolixité. J'écrirai moins uiu; autre fois, je te le i)ro- 
mets. On ne gagne j)as tous les jours de t)atailles. Celle-ciiHuivait hien 
faire causer un jieii. 

.Te t'envove ci-incluse une ancienne lettre (pie j'ai gardcV, j)arce (pi'a- 
près-tout, je ne savais trop ou L'adresser, dans La fréquence de tes Chan- 
gemens de ])osition et tes courses à travers Les forêts. 



(6) Cliarle.s-Michel de Saliiberry avait épousé. Ti Chambly. le 14 mai 1812, 
Marie-Anne-.Iiilie, fille du colonel .Jean-Baptiste Melchior Hertel de Rouville, sei- 
gneur de Rouville, Chambly, Saint-Olivier, et autres lieux, et de Marie-Anne 
Hervieux. Le petit fils, si joli, était Melchior-Alphonse de Salaberry, né le 20 
mai 1913, à Saint-Philippe de T.aprairie où le régiment de son père était alors 
cantonné. 



-. is — 

Colonel Ch : de .Sulabern', Cummdg. Canadii Voltigeurs, etc, Châ- 
teauguay, Montréal. 



A'oiei maintenant nne nouvelle primeur: c'est la lettre du colonel de 
Salaberry donnant quelques détails intéressants sur la bataille de Château- 
guay, lettre dont l'arrivée à destination devait interrompre si agréable- 
ment M. de Salaberry père, pendant qu'il était à écrire ses félicitations à 
son fils. 

Dans le bois en haut de la Rivière Clititeauguay Oct : 29-1813. 
My Dr Father, 

The 2Gth bas been a glorious day for me and those of my troops en- 
gaged. The Americans army Comd. by Genl. Hampton and another Ge- 
neral (1) lias been repulsed by a little band, — ail Canadians — , and yes- 
terday that army commenced its retreat, or will endeavour to get into this 
Country through some otlier road. 

The Enemy's force consisted of ail bis troops about 7000 men and 5 
pièces of cannon, 300 Cavalry. The action lasted four hours, and it 
ended it the Enemy being obliged to return to his former position five 
miles back, leaving many of his dead and wounded behind and a great 
number of his scattered men in the woods, also many drums, 150 Firelocks, 
, etc, etc, Baggage, etc. The number of my men engagée! did not exceed 
tliree hundred. Tlie rest were in reserve in the lines I liad constructed. 
Our killed and wounded are only 24 included officors. There were none 
but Canadians amongst us. 

I was in the first line during the whole of the action and afterwards 
with a small reserve, beat oiî a large body of Americans and saved Capt. 
daily (2) and his compa^ny. I chose my own ground and after the action 
pushed on my piquets two miles in advance of wliere they were before. 

Without arrogating to myself two much crédit, I am proud to tliink 
that this défense on our part bas at least prevented the american army 
fnun ])enetrating to La prairie. 

We are hère situated, about 35 miles from Montréal. This is cer- 



(1) Les généraux VVade Hampton et George Isard. 

(2) Charles Daly, d'origine irlandaise, écrivait et parlait le français à la per- 
fection. Il ai)i)artenait au 3e bataillon de la milice d'élite incorporée, et il fut 
blessé deux fois au cours de l'action. 



— 19 — 

taiiily a inost extraurdiiiary att'air. Chevalier (3), Juchereau (4) and 
ail officers in this action conducted themselves with great Bravery. The 
Prisoners hâve heen about 2o. Wo are ail very niiieli harrassed. am I 
am not well. 

1 am in haste niy Dr Father 
Yours f aithfully 
Ch. de SalabeiTv. 
J^ijudit's liiMJSf (.')), Cliatrauuniay River '^T oct : 1813. 

Advanee 
Brigade orders 

Major Gen : l)i' Waltevillo lias nuuh satisfaction in c-onveying U) tlic 
troops composing the advanee, by désire of his Excellency the eommander 
of the forces, the high sensé which his Excellency entertains of the con- 
duct of the several corps engaged with the ennemy in the affair of yester- 
day, nnder the immédiate command of licutt'iiant-colonel de Salaberry. 

llis IvxccIlciKy was pleased to express his eiitire approl)ation, of the 
discii)line, coolness, and bravery displaycd by ail ranks on this occasion, 
which retlects the liigbfst hoiior upoii ail ((mcci'ntMl. 

Geo. F. Burke 

]\Iajor of brigade. 
(0) Mes meilleurs amitiés à ma très cbrrc Hermine et chers petits, 
et toute la famille. 

L. ,Jl CiiEKEAU DUCHES XAY 
C. Can. Volgrs. 
(T) Par information ultérieure (jn a su que 70 ennemis enterrés sur 
le champ, et qu'en total mis hors de combat en blessés, perdus et tués, y 
compris vingt officiers, La perte est d'environ 400 hommes. 

:\IOXTAPVILLE BOUCHER DE LA BKLERE 



(3) Jean-Baptiste Juchereau Duche.'snay, G(mnu sous le nom de Chevalier 
Duchesnay. 

(4) Michel-Louis Juchereau Duchesnay, le frère du Chevalier. 

(5) Riyht's housr, située à peu près où est Georgetown aujourd'hui, était la 
maison dn principal habitant de la localité, un écossais, le capitaine James 
Wright (Mac Intheior en gaélic). Elle servait de quartier-général à de 
Watteville. 

(6) Les deux lignes suivantes sont de la main du signataire, L. Juchereau 
Duchesnay, marié à Hermine de Salaberry. 

(7) Ce post-scriptum est de la main du Colonel de Salaberry. 



— 2( ) — 



LES SOURCES IMPRIMEES DE L'HISTOI- 
RE DU CANADA-FRANÇAIS 



J.1-: .lOUKXAL DE L'IXSTRUCTIOX PUBLIQUE (1S5T-1879), 



William Evans, ragroiiome, par P.-.T.-O. Chauveau (Vol. Je 1857, p. 
3;)). 

Deux tableaux de la cathédrale et du séminaire de Québec, par Emile 
de Fenouillet (Vol. de 1857, p. 37). 

Jacques Cartier (Vol de 1857, p. 49), 

Iiuiui^uration de l'Ecole normale Jacques-Cartier (Vol. de 1857, p, 
5!)). 

Inauguration de l'Ecole normale Laval (Vol. de 1857, p. 9!)). 

Le dr Jean Blanchet, ])ar J.-C. Taché (Vol. de 1857, p. 113). 

Archéologie canadienne : Le vieux château ou ancien hôtel des gou- 
verneurs de Montréal, par l'abbé H. -A. Verreau (Vol. de 1857, p. 149). 

Le Père Lafîtau et le ginseng, ydr ra])bé Verreau (Vol. de 1858, p. 
15U). 

Mémoire ])résenté à Mgr le duc d'Orléans sur le ginseng, par le Père 
Lafitau (Vol. de 1858, pp. 154, 17'^). 

Le Pocher Percé, par Auguste Béchard, (Vol. de 1858, p. 213). 

Pierre Bédard et ses deux fils, par Etienne Parent (Vol. de 1859, p. 
15). 

Emile de Fenouillet (Vol. de 1859, p. 126). 

Le Chien d'or, i)ar F.-P. Angers (Vol. de 1860, p. 73). 

Eelation du voyage du prince de Galles en Amérique (Vol. de 1860, 
pp. 148, 165, 170, 185, 202, 205 ; vol. de 1861, pp. 9, 36, 56, 71, 86, 102, 
118). 

Archéologie canadienne : de quelques sépultures d'anciens indigènes 
de l'Amérique, découvertes à Montréal, par J. W. Dawson, (Vol. de 1861, 
pp. 25,48). 

Denis-Benjamin Viger, par Joseph Royal (Vol. de 1861, p. 44). 

iSociété Littéraire et Historique de Québec (Vol. de 1861, p. 64). 

M. Joseph Lenoir (Vol. de 1861, p. 68). 

Note sur la résidence en Canada de S. A. E. le prince Edouard et de 
S. A. R. le }.riiu-e William Henry (Vol. de 1861, p. 149). 



— 21 — 

Xotes d'un voyage d'hiver de Montréal à Québec, ])ar A. do Puibus- 
que (Vol. de 1862, pp. 2, 25, -il). 

Le Saint-Laurent, par Adolphe de Puibusque (Vol. de 1862, p. 7-4). 

Nouvelle note sur les antiquités aborigènes trouvées à Montréal, par 
J. W. Dawson (Vol. de 1862, p. ?r). 

Le Coureur de bois, i)ar A. de Puibusque (Vol. de 1862, pp. 90, lOÔ). 

M. Fabbé Louis-.Taïques C'asault (Vol. de 1862, p. 98). 

La corvée, ])ar A. (Jérin-Lajoie (Vol. de 1862, p. 117). 

Les pionniers caiiadiens, ])ar rabl)é Charles Trudelle (Vol. de 1863, 
p. 1!»). 

Les Plaines d'Abraliani et leurs nioiuiinents, jtar P.-J.-(). Chauveau 
(Vol. de 1863, j). 1(12). 

•Ingénient erroné de .M. Ernest Ifenan sur les langues sauvages ])ar X. 
(). (Vol. de 1863, p. 166 : vol. de 1864, pp. 5, 20). 

Les deux al)bés de Fénelon, i)ar l'abbé 11. -A. Verreau (Vol. de 1864, 
l»]). 24,41, 61, 84, 127, i:)0). 

Jean Pivard et ré(lueati<ni, i)ar A. (iérin-Lajoie ( \'ol. de 1864, p. 63). 

Souvenirs de ma ])aroisse natale, Saint-Thomas de la Côte du Sud, par 
Kugène Renault (Vol. de 1864, p. 81). 

Kncoff 1111 mot sur les langues sauvages, par X. (). ( \'ol. ib^ 18()4, p. 
128). 

De quelle nation étaient les lial)itants de Stadacona et d'iloehelaga 
lors du voyage de Jacques Cartier, par Kondiaronk (Vol. de 1864, p. 168). 

Sir Etiennc-Paschal Taché, ( \'ol. de 186Ô, ]>. 101 ). 

Siège de (^uél)ec en ]7.")!l : Journal de Jean-Claude l'anet (Vol. de 

1866, pp. 1, 21, 40). 

L'île des Morts, par James Donnelly (Vol, de 1866, \). 77). 

Le chien de Montgomery, par P. -A. de Gaspé (Vol. de 1866, [). 94). 

Les Marionnettes, par A. de Gaspé (Vol. de 1866, p. 95). 

Passé, présent et avenir })robable de la langue française au Canada, 
j)ar Emm. Blain de St .\ubin (Vol. de 1867, pp. 17, 41). 

Hommage à la mémoire de F.-X. Garneau (Vol. de 1867, p. 125). 

]\rgr Pierre-Flavien Turgeon, archevêque de Québec (Vol. de 1867, 
p. 127). 

Le territoire de la Baie d'iludson, par Jules de Lasteyrie (Vol. de 

1867, p. 142 ; vol. de 1868, p. 1). 

Alexandre de Lusignan (Vol. de 1868, p. 35). 

Feu l'hon. Tliomas Darcy McGee- (Vol. de 1868, j). 41). 



— 22 — 

Livres et bibliothèques, par Fabbé H.-A. Verreaii (Vol. de 18G8, p. 
14G : vol. de 1869, p. 1). 

Les poètes canadiens-français, par E. Blain de St Aubin (Yol. de 
1869, p. 17). 

Documents pour servir à l'histoire de Mgr de Ponthriand (Vol. de 
1869, p. 62). 

L'Histoire des Trois-Eivières (Vol. de 1869, p. 128). 

Spencer-Wood, par J.-M. LeMoine (Vol. de 1870, p. 82). 

Guerre de sept ans, par Eugène Eendu (Vol. de 1870, p. 116). 

Une date (la pierre du vieux Château à Québec) (Vol. de 1871 p. 45). 

Le Dictionnaire Généalogique, par l'abbé H.-A. Verreau (Vol. de 
1871, p. 50). 

De quehjues memljres de la famille Clément en Canada : Mme d'Au- 
teuil: 2o M. de Valrennes, par l'abbé H.-A. Verreau (Vol. de 1871, pp. 
61,114). 

Bataille de C^hâteauguay, par Ant.-J. Duchesnay (Vol. de 1871, p. 

La 50e année d'enseignement de M. Antoine Legaré, discours de M. 
J. Letinirneau (Vol. de 1872, pp. 94, 122). 

Le marquis de Montcalm, ])ar dules-Marie Eichard (Vol. de 1872, p. 

Histoire et géographie du Canada: l'Outaouais (Vol. de 1873, p. 110). 

Les lacs et les pays d'en haut (Vol. de 1873, p. 13). 

La Société historique de Montréal (Vol. de 1873, p. 15). 

Les fortifications de Québec, par Napoléon Legendre (Vol. de 1873, 
p. 68). 

Le Bureau de poste de Québec et son site (Vol. de 1873, p. 70). 

8ir Georges-Etienne Cartier, (Vol. de 1873, p. 83). 

Eloge historique de l'abbé Laverdière, par Hubert La Rue (Vol. de 
1873, p. 101). 

Le Grand-Ouest (Vol. de 1873, p. 131). 

M. Marshall Wood (ses statues) (Vol. de 1873, p. 163). 

Les moimments du général Wolfe, par J.-A. Malouin (Vol. de 1873, 
p. 165). 

Jean Xicolet, par Benjamin Suite (Vol. de 1873, p. 166, vol. de 1874, 
p. 28). 

Le "patois" canadien (Vol. de •1874, p. 8). 



— 23 — 

Abrégé de l'histoire du Canada, par le? Frère-s de la Doctrine Chré- 
tienne (Vol. de 1874, pp. 22, 49, 67, 83, 97, 130, 145, 161 ; vol. de 1875, 
pp. 7, 26). 

L'iiistoire, la poésie et le roman français-canadien (Vol. de 1874, {). 

Honneur à qui de droit : (iU(d(iuos détails sur les services méritoires 
rendus par iVu .Ii'an-Hajjtistf Dultcriicr, par II. -11. Miles (Vtd. de 1874. 
p. 86). 

Lettre de saint \'iiici'nr de l'aul à la >u|)érifure de l'llûtel-Die\i de 
Québec (Vol. de 1874, p. 156). 

Carte de la Nouvelle-France pour servir à l'étude de l'histoire du l'a- 
nada, par P.-M. Genest (Vol. de 1875, p. 135). 

Le cejitenaire du dernier siège de Québec, (Vol. de 1876, p. 5). 

Invasion du Canada et siège de Québec par les Américains en 1775, 
par Louis-r. Turcotte (Vol. de 1876, pp. 8, 24, 38, 56). 

Petite étude sur les langues des sauvages du Xord-Ouest (Vol. de 
1876, p. 59). 

Le Canada à l'Institut de France (Vol. de 1876, {). 119). 

Montcalm et le Canada-l'ranyais par Francis Charme (V(d. de 1877, 
p. 90). 

Une colonie féodale en Amérique (Vol. de 1878, p. 11). 

Le martyr du Xord (Le H. P. Aulneau) (Vol. de 1878, p. 36). 

Le capitaine F. Deville, par Faucher de Saint-Maurice (Vol. de 1879, 
p. 79). 

P. G. R. 



QUESTIONS 



X'y a-t-il pas eu un olficier du nom de Dauphin de Montorgueil en 
Acadie y Où trouverais-je des renseignements sur lui ? 

ACAD. 

M. l'abbé Ferland dit dans son Cours d'Jiistoirc du Canada (vol. II, 
p. 446), qu'un sieur Lydius, anglais devenu catholique, avait épousé une 
française du Canada. Je vois dans Tanguay (vol 5, p. 445) que Jean- 
Henri Lydius épouse, à Montréal, le 17 février 1727, Geneviève-Agathe 
Massé. Ce Lydius a-t-il vécu longtemps ici ? Où est-il mort ? Que fai- 
sait-il au Canada ? 

RIO 



•-M 



LES ARMES DE LA FAMILLE TASCHE- 

REAU 



U Armoriai du ('(inada-frattnil.^. deuxième série, page 131, a repro- 
duit les armes de la famille Taschereau d'ai)rè.s l'abbé Daniel {Nos gloires 
nationales, 1-219), mais aujourd'hui nous soiimies en mesure de dire qu'el- 
les ne sojit pas exactes et nous voulons fournir la description juste. Une 
note de renvoi au bas de la page de notre Arn-iorial annonce que les émaux 
dans les armes des Taschereau diffèrent suivant les ouvrages. C'est bien 
vrai. Cependant, les, armes adoptées par cette famille en première ins- 
tance ne doivent point changer, hors en brisures autorisées pour indiquer 
les branches cadettes, les alliances et les acquisitions de nouveaux fiefs. 
Les erreurs qui surgissent sont souvent le fait de graveurs inexpérimentés 
en science héraldique (1). Ou encore, ])ar des sceaux en cire attachés à 
d'anciens parchemins, à de vieux vélins jaunis, dont l'em])reinte imparfai- 
te ou indistincte, ouvre la voie à des descriptions inexactes. 

L'abbé Daniel rapporte comme suit les armes de la maison des Tas- 
chereau : Ecartelé aux 1 et 4, de gueules à la branche de rosier suppor- 
tant trois roses d'argent ; aux 2 et 3, d'azur à deux épées d'argent en sau- 
toir, accompagnées de quatre étoiles du même. 

M. P. -G. Roy auteur de la généalogie de la famille canadienne ])U- 
bliée à Lévis en 1901, a trouvé des armes attribuées à divers Taschereau et 
les décrit au connnencement de son livre. Pour chacun d'eux le champ 
de l'écu est le même ; une légère modification survient ici et là, mais au 
fond c'est presque identique. Voyez plutôt. 

Michel Taschereau, seigneur de la Haze, secrétaire du roi (1686) por- 
tait (d'après l'al)bé Gozet) d'argent à trois roses de gueules, pointées de 
sinople. 

Michel-Jean-Baptiste Taschereau, trésorier-général de France, à 
Tours, vers 1698, blasonne (d'après l' Armoriai-général de France, de 
1696) d'argent à un rosier de trois branches sur une terrasse de même, 
chaque branche produisant une rose de gueules. 



(1) Les sceaux du cardinal Taschereau et de l'honorable Jean-Thomas Tas- 
chereau .Ir (voir rouvrag:e de M. P. -G. Roy : />o famille TaschercauQ ont des 
cnji.settes au lieu d'étoiles aux 2e et 3e quartiers. Le champ de l'écu pour Son 
l'^minence n'indique aucun émail, et celui de M. Jean-Thomas aux premier et 
quatrième est d'or. lOrreurs du ;,aaveur. 



— 25 — 

Pierre, vivant vers 16'J8, Jean, Gabriel et Jean Taschereau de Baudry, 
portaient (d'après cet Armoriai) les armes précédentes avec cette seule 
différence que les roses étaient boutonnées d'or. 

Pierre Tascliereau des Pictières, seigneur de la Carte et de lîallau 
(d'après M. Laml)ron des Lignières) avait d'argent au rosier de sinople 
fleuri de trois roses de gueules, sur une terrasse de sinople ; écartelé de 
Cotherean (|ui est d'argent à trois lézards grimpants de sinople, 2 et 1. 
Les armes des ("othereau entrent ici par alliance. Gabriel Taschereau, 
sieur de Baudry et de Linyères épouse en 16-lr!: Madeleine Cotherean. 
(Voir généalogie Taschen-au, Archives de la i)rovinee de Québec, P.-G. 
Roy, vol, II, lî):). 

L'Arnutrial de Dubuisson, l'ait suivre le nom de Tascliereau, seigneur 
de Baudry, de Lignières, (Est-ce le (Jabriel (|ue nous veiu)ns de nommer y 
Probablement), de : Ecartelé aux 1 et 4, d'argent à un rosier de trois roses 
de gueules, feuille et tige de sinople, sur une terrasse de même ; aux 2 et 
3 d'argent à trois lézards de sino])le. (Carré des Busserolles : Annorial 
général de la 'four ai ne). 

Maintenant, voici des blasons qui sont de femmes, épouses de Tas- 
chereau : ]klarthe Bellegarde, femme de Pierre Taschereau, receveur des 
décimes à Tours (d'après l'Armoriai de France) de gueules, à une cloche 
d'argent bataillée d'or (2). 

X . . . .Taschereau, veuve de ^ Taschereau, échevin de Tours, 

vers l(i!)!», enregistre ses armes (Arm. de Fr) qui étaient : d'azur à une 
étoile à huit rais d'or ; au chef de même, chargé de trois nèfles de sinople. 

M. Iioy mentionne d'autres Taschereau et leurs armes rapportées 
dans l'Armoriai général, qui î^ont totalement dilterentes de celles que nous 
venons de décrire. Il en cite deux cas. Y a-t-il un point d'attache avec 
les échevins et nuiires de Tours ? Il se peut. Des membres d'une même 
famille ont déjà porté des armes dissemblables ; dans les Le Gardeur de 
Tilly, i)ar exemple, et les Denis aussi. D'Hozier s'est employé plus d'une 
•fois à donner des armes de sa fa^-on — des armes parlantes — à ceux qui n'en 
avaient j)as ou cpii ne se pressaient pas à produire celles qu'ils avaient. 
Voici donc : Kené Tachereau, greffier des rôles de la paroisse de la 
Chartres : Parti d'or et de gueules à une tasse de l'un en l'autre. N. . . 
Taschereau, i>rêtre, curé d'Azay-le-Rideau (vers 1698) et X. . . .Tas- 



(2) G. de CîenouiUac, Recueil d'armoiries : De Bellegarde : d'azur, à une clo- 
che d'argent, bataillée de sable. 



... 2(; — 

eluTcaii, danioisel d'argent à un chevron (1(> sable, accompagné de trois 
coquilles de même. (Arm. gen.) 
Maintenant, voici du vrai. 

Marie-Philippe Taschereau, lille de r!al)riel, sieur de Baudry et de 
Bléré (3) et de Philippe Taboureau des Héaux (4) est mariée en 1747 à 
André Potier, marquis de Novion (5) et de (irignon, cousin des Potier, 
(hics de Tresmes et de (ie\res. Le P. Anselme (Histoire (chronologi- 
que des pairs de France) raj)porte les armes de ce Gabriel : Ecartelé aux 
1 et 4 d'argent à un rosier de iroin ros('.<; de gueules, feuille et tige de sino- 
j)le sur une terrasse de même ; aux 2 et 3, d'argent à trois lézards de si- 
no])le. Gabriel conservait les armes de sa mère et ne ])renait pas celles 
de son épouse. 

Ce sont donc les armes jjortées |)ar les l'aschereau (h's l'ictières, sei- 
gneurs de la Carte et dv Ballau ; des Tasi-liereau, seigneurs de Baudry et 
de Linières, et les })remiers quartiers d'argent à trois roses de gueules sont 
bien ceux pris par les ditl'érents personnages du nom. 

Le dessin des armes dans le h'vre de M. Roy iiidi(pi(' des roses d'ar- 
gent sur champ de gueules, tout le contraire de ce que nous nciious de voir. 
Les 2 et 3 sont les armes de Renée Boutin, mère de Thomas-.) acques Tas- 
chereau, sieur de Sapaillé. D'après M. d(> (ienouillac {Heeueit d'aruioi- 
ries) les Boutin blasomuiient : d'a/Air à deux épées d'argeni, eu sautoir, 
garnies d'or, accom|)agnées de (juatre étoiles de tiièuie. Ce dessin donne 
de façon informe un cas(iue et de^^ lamhnMpiins. Le casque semble posé 
de front signe distinctif du marquis, qualité que ne ])ossédait ])as Thomas- 
.1 acques. 

l*]n !()()() il y eut une recherche de la noblesse en France. Ceux cpii 
se ])rétendaient nobles devaient soumettre leurs titres à l'examen des 
commissaires répartis à cet effet. En ce temps-là, à Tours, il n'y a qu'un 
Taschereau qui- se présente (le 7 juillet, 1667) pour justifier de sa nobles- 
se, ("est Gabriel ; il signe G. Taschereau de Linyères. Les armes ([u'il 
déclare siennes sont : de gueules à sept uiuetes d'or ; 3, 3, 1. 



(3) Au lieu de Blér6, la I'. Anselme dit lAnièrcs. 

(4) Taboureau et non Taloureau, voii- généal., Tasch : Afch Que, ll-litt;. 

(5) Novion et non Narois, voir généal. Tasch : Arch Que, 11 -196. Armes des 
Taboureau : d'azur au chevron, accompagné en chef de .3 étoiles mal ordonnées et 
en pointe d'un croissant, le tout d'or. 



— 27 — 

C^ucI est ce (Jaljrii'lr Tas le niênio ([ui épouse ^ladeloino Cothereaii, 
car nous (connaissons ses armes à celui-là, et elles sont complètement dif- 
férentes. Pourquoi les autres membres de la famille Taschereau, qui 
étaient pour le moins écuyers, n'apparaissent-ils point à cette recherche de 
la noblesse et ne les voyons-nous qu'en KîiK! ? 

Dans la généalogie (0) communiquée à S. E. le cardinal lîégin par 
un Tascbereau de France et publiée par M. Roy (Arcli. de la prov. de Que. 
Vol. II), on constate que la lignée commence avec Pierre (I), marchand, 
échevin de Tours en 1493 ; son tils Pierre (II). ("La famille Tasche- 
reau" dit Jt'on) échevin en lôOé, épouse vers 1590, Marie Charto. Il 
faudrait donc jxMiser que à une distance de 102 ans, le fils occupa la même 
cbarge ([ue son père 'f Cette généalogie donne trois fils à Pierre (II), ma- 
rié comme il est dit vers l.")!)(), savoir : Pierre (III), naissance portée à 
l'année l.");]!, celle de Micbel (111) à l.MiT, et de Lucas (III) à 1571. 
(,'es trois fils ne peuvent être de Marie Cbarto, puisqu'elle s'est mariée vers 
1590 et (ju'ils sont nés bien avant cette date. 

Encore un détail. Cette généalogie marque que l'une des deux filles 
de ^larie-Plii lippe fut mariée au comte de Bras. Ce mot n'est pas com- 
pltt. ('a été ^I. (ialard de Héarn, comte de Brassuc. 

Les armes de la famille Taschereau au Canada seraient donc : Ecar- 
telé, aux 1 et -1, d'argent à trois roses de gueules, tigées et feui liées de si- 
nople ; aux '2 et .'5, d'azur à deux épées d'argent en sautoir, garnies d'or, 
les ])ointes en haut, accompagnées de quatre étoiles de même, qui est de 
BOUT IX. 

REGIS ROY 



(6) Cette généalogie n'inclut pas le nom du prie du 1er Ta.schereau cana- 
dien. Elle est trè.s incomplète. 



QUESTION 



A-t-il ('té publi*'- une histoire de la médecine chez les Sauvages de la 

Nouvelle-France ? Je c<jmprends <jue les Sauvages n'avaient pas de mé- 
decins, mais ils devaient tout de même soigner leurs malades d'après un 
système établi. Les anciens auteurs ])arleiit-ils de la médecine chez les 
Sauvages ? 

DRB. 



— 28 



PIERRE PRUDHOMME 



UN MOXTEEALALS ("()MPA(iX()X DE LA SALLE 



L'armurier et voyageur Pierre Prudhomme qui a probablement laissé 
son nom à un fort du pays de l'Illinois, était fils de Louis Prudhomme, 
originaire de Pomponne, département de Seine-et-Marne, brasseur de son 
état, homme instruit et qui jouissait de la considération des pionniers de 
Ville-Marie. 

Pierre fut baptisé à Montréal, le 24 mars 1658. Le 21 avril 1675, 
on l'engage pour quatre ans à son oncle Pierre Gadois qui se charge de lui 
enseigner le métier d'arquebusier. (1) Mais le jeune homme possédait 
un esprit aventureux et un caractère peu flexible : il avait à peine com- 
plété deux années d'apprentissage qu'il s'éloignait de ses parents et prenait 
la qualité de maître, ainsi qu'il appert dans un acte du notaire Antoine 
Adliémar, daté du 2 décembre 1677, où Prudhomme s'y déclare : arquebu- 
sier, demeurant à Saint-Eloy, seigneurie de Batiscan. 

Cette même année, on voit figurer à Champlain, un nommé Pol Ma- 
lien, commandant des barques de M. de la Salle (2). On a lieu de croire 
(^ue Malien fit connaissance avec Prudhomme et que ce dernier conçut alors 
le projet de visiter l'Ouest. (3) 

C'était d'ailleurs une coutume et une nécessité pour les expédition- 
naires d'amener avec eux un armurier chargé de tenir en bon état durant 
le voyage, les armes sans lesquelles on se serait trouvé à la merci des 
indigènes. 

Prudhomme dut accompagner M. de la Salle un certain temps puisque 
le li'raiifl explorateur vante les services que le Montréalais lui a rendus et 
qu'il lui concède même un fief considérable à un endroit où dans la pensée 



(1) Etude du notaire Bénigne Basset. 

(2) Etude du notaire A. Adhémar. 

(3) Prud'homme ne fut pas le seul que Maheu recruta, car Michel et Charles 
Df'sy de Montidaisir, originaires de Champlain, qui remettent au notaire Adhémar. 
le 'l décembre 1683, des contrats de deux concessions que M. de la Salle leur avait 
accordées en 1G82, furent certainement engagés par Maheu, en 1678. 



— 29 — 

du donateur, devait un jour s'élever une ville. (-1) 

Prenons un extrait de ce fameux contrat rédigé par la Salle et dont 
le texte est assez diffus, (ô) 

"Eobert Cavelier, écuyer, sieur de la Salle, seigneur et gouverneur du 
fort Frontenac en la Nouvelle France et du fort Saint-Louis, dans la 

Louisiane avons doinié et com-édé à Pierre Prudlumi- 

me, en reconnaissance des services qu'il a rendus tant à la découverte de 
la Louisiane que dans la construction du fort Saint-Louis où il nous a 
accompagné et a bien servi, 44 arpents de front, à commencer à 4 arpents 
a l'ouest du ruisseau qu'on trouve le premier, à droite en des- 
cendant la rivière des Illinois, depuis la petite rivière jiom nié Aramon ou 

l'Ardoisière sur 44 arpents de profondeur Le tout à 

titre de fief et seigneurie à la charge de foy et hommage qui 

seront rendus par le dit Prudhomme, ses hoirs, successeurs ou ayant 
cause, à perpétuité, en notre fort Saint-Louis à Rochefort. . . .consent 
que ledit Prudhomme et ses successeurs prennent dans la rivière Aramon, 
tout le charbon de terre dont il aura besoin pour son usage seulement. . . 
Fait au fort Saint-Louis, le onzième Jour d'août, mil six cent quatre-vingt- 
trois " 

Xous ignorons la situation exacte de ce llef, cependant nous pouvons 
rappeler aux chercheurs que dans certaines cartes de la Xouvelle-France, 
il y a un fort Saint-Louis sur la rivière des Illinois, non loin de Chicago, 
un autre sur le Mississipi et plus bas, un fort rrudhomnie. Serait-ce à 
cet endroit que se trouvait le fief l*rudhomme ? 

Après 1G83, La Salle retourne en France et Pierre Prudiiomme dut 
attendre les événements dans sa ville natale. Sa présence y est constatée 
eu 1G85, car le 29 septembre (6) il abandonne à son frère François, une 
part qui lui revenait de la succession de son père. 

(4) Depuis que ce qui précède a été écrit, nou.s avons trouvé dans l'étude 
d'Adhémar, père, une couple d'autres documents qui laissent supposer que M. de 
la Salle cherchait à apaiser ses créanciers par des concessions princières. Ces 
documents st)nt les suivants : 1683, 26 avril, concession par M. de la Salle à Jac- 
ques Bourdon, sieur Dautray, d'un fief de 126 arpenis par 42 arpents. Dans cette 
pièce on constate que Bourdon faisait partie d'une société dont les autres membres 
étaient : Nicolas Doyon, Pierre Prudhomme, André Héno et Jean Filliastreau. 
Ensuite, à la date du 1er septembre, même année, M. de la Salle adresse de Chi- 
cagoumeman, une longue lettre dans laquelle l'explorateur raconte ses misères 
et conseille à Bourdon ainsi qu'à ses associés de ne faire ni cabale ni complot. 

(5) Nous avons publié le texte complet de ce document dans le Canadian 
Antiqvarian de 1914. 

(6) Elude du notaire Bourgine. 



— 30 — 

]\raIlii'ureu.sL']neiit, l'assassinat de M. de la Salle, au mois de mai IGST, 
dut contrecarrer les espérances que Prudhomme pouvait entretenir. 

Qu'advint-il ensuite de ce seigneur montréalais? Le 9 février 1688, 
il épouse Anne Chasles, à Québec, et le 3 aoiît de la même année, il est 
rendu à Montréal. A cette date, en compagnie de Michel Dizier et de 
Pierre You de la UécouNerte, il consent une obligation à Bertrand Arnaud, 
marchand de Montréal, pour "bonnes marchandises de traite" qu'ils 
paieront en "bons castors". Evidemment, ces "voiageurs" s'en allaient 
aux pays d'en haut. 

Le 27 janvier 1697 il est élu marguillier de Notre-Dame de Ville- 
Marie et par la suite, il vécut à Montréal et à Québec, où il fut inhumé le 
!<}7 mars 1703, âgé de 45 ans seulement. 

Prudhomme et sa femme ont-ils fait des démarches pour faire ratifier 
leur titre ? Ceci se présume, car le document a été conservé avec soin, à en 
Juger par son état actuel. Finalement, la femme de Pierre Prudhomme 
confie le contrat au notaire Adhémar fils, à Montréal, le 4 avril 1717, non 
pas sans l'arrière pensée qu'on pourrait peut-être en tirer quelque chose, 
un jour. 

Ajoutons, que deux filles de Pierre Prudhomme furent religieuses : 
l'une, Louise, entra chez les Hospitalières de Québec, et l'autre chez les 
Dames de la Congrégation à Montréal et nous aurons tout dit sur cet ar- 
murier de Ville-Marie que la Fortune, un moment, parut vouloir favoriser. 

E.-Z. MASSICOTTE 



REPONSE 



Nr ((tire pit/iicr ou luloucr (Vol. XXVIl, p. 373). — ITn passage du 
■louriiul (lu marquis de Montcalm nous explique en quoi consistait l'opé- 
ration du yùjuugc ou du ialouaijc. 

M. de Montcalm écrit : 

"Le 8 (octobre 1758), retour de M. le chevalier de Lévis, de Saint- 
Frédéric. Il y a trouvé neuf cent cinquante Canadiens et ce détache- 
ment est de la bonne espèce, presque tous voyageurs. On les reconnaît 
aisément à la mine, à la taille et à ce que tous se font piquer sur le corps 
la figure de quelque plante ou animal, opération longue et douloureuse. 
Ija figure se trace en piquant la peau avec une aiguille et s'imprime en fai- 
sant brûler de la poudre dans les trous. On ne passerait pas pour un 
Imminc paruii les Sauvages des pays d'Eu-lîaut, si on ne se faisait piquer". 



— 31 — 

REPONSES 



Le sieur ('licllraii de 1,'oussfl ( \'(.l. X X \' 1 1 , p. i]:)!) ) .— (Maiule Clieti- 
vau (le Roussel dut ])asser dans la Xouvfllc-Fraïu-e entre 17"20 et ITâlI. 

11 fut d'al)()r(l prafiriin à Québec. 

En 1728, lors des démCdés de l'intendant Dupuy avec le gouverneur 
de Beaulmrnois, François liageot, huissier au Conseil Supérieur, ayant re- 
l'usc de faire la publication d'un arrêt du conseil, injurieux ])our le gou- 
verneur, et d'une ordonnance de l'intendant qui attaquait Tautoritc du 
même gouverneur, M. Dupuy le lit jeter en prison. 

Le .30 nuirs 172.S, rinteiidant Dupuy donnait une conunission d'iiuis- 
sicr au Conseil Su|>crieiir ;'i Clietixau de b'ousscd poui- remplacer 

Hageot (1). 

L'inrornialioii de \ie et moeurs de Cbetivau de Uoussel faite par 
François llazeur le 1» avril 172S ne nous donne aucun renseignement bio- 
grai)lii(|ue sur sa j»ersoniie. Les deux témoins appelés, Henry Solo, lior- 
ïogeur, et François Mercier, serrurier, déclarent qu'ils connaissent Cheti- 
vau i)our un honnête homme capable de remplir la charge d'huissier au 
conseil qu'on vient de lui conlier. ("est tout (2). 

Cbetivau de lîousscd (pii devait sa charge à M. Dupuy lit beaucoup de 
zèle en sa faveur. 

M. de Keauliarnois se vengea de l'officieux huissier (juelques mois 
jdus tard. Cbetivau de Woussel étant passé dans les i)ays d'en haut sans 
permis, le gouverneur le lit arrêter et le renvoya en France. Le 15 oeto- 
l)re 172iS, ^1. de Heauharnois écrivait au ministre: 

"J'ai l'honneur de vous informer qu'en exécution de ce que vous m'a- 
vez fait celui de me mander (ju'il a plu à Sa ilajesté d'approuver la pro- 
])osition d'arrêter tous les Français ((ui passeraient du Mississipi en cette 
colonie, sans passejuirt, j'ai fait arrêter le nommé Claude Cbetivau de 
Roussel, que j'ai fait conduire à bord du vaisseau du Roi. M. le comte 
Desgouttes s'est chargé de le remettre à son arrivée en France, à M. l'in- 
tendant de Kochefort qui le fera mettre dans les prisons de cette ville et 
(jui aura l'honneur de vous demander vos ordres sur le compte de ce par- 
ticulier qui méritait bien d'ailleurs d'être arrêté ici par les troubles qu'il a 
excités dans toute la colonie. Il est le seul qui a prêté son ministère en 
qualité d'huissier pour agir contre Messieurs du Chapitre (assisté du sieur 
André, lieutenant-géiu'ral), au mépris des défenses que j'avais faites aux 
huissiers de travailler sur cette affaire jusqu'à ce qu'on eût reçu les ordres 
de Sa Majesté (3). 

(1) Ordonnances de.s Intendants, cahier 12 B., folio 17. 

(2) Archives de la province de Québec, l'ièces Judiciaires et notariales du ré- 
gime français, liasse 56, No. 2058%- 

(3) Manuscrits relatifs }\ l'histoire de la Nouvelle-France, troisième série. 
cahier onze. 



— 32 — 

L'inteiulajit Dujmv, dans son mémoire, explique comme suit l'arres- 
tation de Chetivau de Roussel : 

"Il (M. de Beauharnois) a fait mettre prisonniers chez luy les huis- 
siers pour les contraindre à venir saisir et enlever les meubles de l'inten- 
dant, ce qui leur a fait faire à main armée conjointement avec les soldats ; 
et l'un d'eux, nommé Chetivau, n'ayant pas voulu le faire parce qu'il tra- 
vaillait pour moi dans les procédures que j'étais obligé de faire pour ré- 
]X)ndre à celles que M. de Beauharnois me faisait faire pour s'autoriser à 
m'enlever mes meubles, il l'a fait conduire, après l'avoir gardé chez lui 
])risonnier pendant plusieurs jours, aux prisons du Eoy les fers aux pieds, 
ensuite au vaisseau du Roy les fers aux pieds pour être mis pareillement 
les fers aux pieds dans les ])risons de Rochefort d'où le Roy sur le cliamp 
luy a donné sa liberté". 

Dans un acte du notaire DuBreuil, reiju deux ou trois jours avant 
l'embarquement forcé de Chetivau de Roussel, on trouve une troisième ex- 
]ilication qui ne ressemble pas du tout aux deux autres : 

'Tarde vaut le notaire Royal en la prevosté de Québec soussigné y ré- 
sident et témoins cy-bas nommés, est comparu Me Claude Chetivau de 
Roussel, huissier au Conseil Supérieur de Québec, y demeurant, lequel a 
dit et déclaré qu'estant sur son départ pour passer en France pour ses af- 
faires de famille et que d'ailleurs il est infirme d'un rumatisse (sic) qui 
ne peut sui)orter dans ce païs icy pourquoy il déclare par ces présentes 
qu'il se démet de sa ditte charge et office d'huissier au dit Conseil pour par 
nos Seigneurs du dit Conseil en disposer en faveur de qui bon leur sem- 
blera. 

Fait et passé au dit Qué])ec, étude du dit notaire le vingt-liuit septem- 
bre mil sept cent vingt-huit, avant-midy, présence de Louis Brassard et 
Jean-Baptiste Dupont, témoins demeurant au dit Québec, qui ont avec le 
dit Chetivau et notaire signé". 

P. G. R. 



Les cadel.s à raiguilh'tle (Xi)]. XWU, \). 373). — Sous le régime 
français les cadets des troupes du détachement de la marine étaient nom- 
més cadets 'à l'aiguillette parce qu'ils portaient une aiguillette à leur uni- 
forme ; ils n'avaient de fait rang qu'après les sergents et caporaux, et on 
les détachait à la guerre comme officiers et on leur faisait faire le service 
d'oft'iciers majors. 

Sous empruntons cette définition à un mémoire de M. de Bougain- 
ville écrit en 1757. Celui-ci devait s'y connaître puisqu'il avait le rang 
de colonel dans b's troupes du roi ser\ant dans la Nouvelle-France. 



BUI^I.KTIN 



DE9 



RECHERCHES HISTORIQUES 

VOL. XÏTIII lEAUCEVILLE- FEVRIER I»22 N» 2 

OU RESIDAIT L'INTENDANT TALON 
A QUEBEC 



C'est le 12 sc']>teiii])re 1()()5 que l'intendant Talon dé- 
harqiia à Québee après une fi-a versée de cent dix-sept 
jours. 

Où se lojîea M. Talon en arrivant à Québec f 

JJenis-d()se))li Kuette d'Auteuil, marié à Claire-Fran- 
eoise Clément du \'ault, était passé dans la Nouvelle- 
France en 1649. 8a belle-mère, Anne (lasnier, veuve de 
Jean Clément du Vault, seigneur de Monceaux, qui avait 
du bien, vint ici en même temps que lui. Le 20 septembre 
1649, elle obtenait la concession d'une boime ])artie du 
terrain du parc actuel Laval-Montmorency, au haut de 
la côte la Montagne. Le 21 août 1655, Anne Gasnier se 
i-emariait avec Jean Bourdon. Par son contrat de ma- 
riage elle abandonna sa concession à sa tille et à son gendre. 
Le 23 juillet 1656, M. d'Auteuil agrandit considérablement 
son terrain en se faisant donner une nouvelle concession 
par M. Jean de Lauzon. Sur ce vaste terrain il se bâtit 
une très belle maison. Exclu arbitrairement du Conseil 
Souverain ])ar le gouverneur de Mézy en septembre 1664, 



— 34 — 

M. crAuteuil se retira sur son domaine de Monceaux à 
Sillery. 

Sa maison de la côte la Montagne était inoccupée lors 
de l'arrivée à Québec de M. Talon. Celui-ci s'empressa 
de la louer. C'est dans cette maison que M. Talon habita 
pendant son séjour à Québec de 1665 à 1672. 

Le 3 juillet 1667, par l'entremise de Octave Zapaglia, 
sieur de Èessan, secrétaire de M. de Tracy, M. Talon se 
rendait accpiéreur de la belle propriété qu'il occupait et 
d'un autre emplacement de huit arpents sur la Grande- 
Allée, pour la somme de 6,500 livres. L'acte d'achat reçu 
par le notaire Rageot décrit ainsi la propriété que M. 
Talon achetait au haut de la côte la Montagne: 

" L'emplacement qui se rencontre en icelluy de Mre 
Franc de Laval evesq de Petrée vicaire apostolique de ce 
])ays, à cause de l'acquêt a luy ft par feu Guillaume Couil- 
lard, d'un costé le cimetière, d'autr, par devant le grand 
chemin et par derrière le cap appelle le Sault au Matelot 
le tout conten. trois arpents de terre ou environ ensem. la 
maison et grange assises sur icelluy. ... le d. amplacement 
à luy api^artenant tant par la donnation q. luy en a esté 
fte ])ar clame Anne Gasnier, veuve en premières noces de 
feu Mre Jean Clément du Vault, chevallier, seigneur de 
Monceaux, et après fe. de Mons. Bourdon, pr. gnal du 
Roy au Conseil Souverain de Quelbec, sa belle mère, et ce 
])ar le contrat de mariage qui fut passé entre le d. S. Bour- 
don et elle que par concession fte au d. sr Dauteuil par 
feu Mr Jean de Lauzon, vivant coner ordinaire du Roy 
en ses conseils d 'estât et privé, en vertu du pouvoir qui 
luy en avait été donné par les MM de l'ancienne Conip., 
hi d. concession en datte du 23 juillet 1656. . . " 

Comme M. Talon avait fait pour une somme de 2,500 
livres d'améliorations tant à la maison et à la grange 
qu'aux jardins et clôtures, il ne versa que 4,000 livres à M. 
d 'Auteuil. 



% —35 — 

Le site merveilleux de la résidence de Talon a inspiré 
à M. Thomas Chai)ais une des plus belles pages de son 
livre Jean Talon, intendant de ta Nouvelle-France: 

" Des fenêtres de son hôtel, situé sur l'emplacement 
de notre ancien i)arlenient i)rovincial, au sommet de la 
côte La Montagne, Talon pouvait contempler, durant les 
beaux jours d'été où l'atmosphère est limpide et le ciel 
sans nuages, lui admirable si)ectacle. A perte de \aie 
s'étendaient devant lui les habitations de Beauport, de la 
côte de lîeaupré et de l'île d'Orléans, esi)acées de quatre 
arj^ents en quatre arpents. Les champs cultivés, taillés 
en pleine foret, allongeaient, entre des travées de verdure, 
leurs rectangles symétriques, où les blés mûrissants fai- 
saient onduler leurs iiots d 'or. Plus près, une longue 
cou])ée à travers bois lui indiquait le chemin qu'il avait 
fait ouvrir jusqu'aux éclaircies de Bourg-Royal, de Bourg- 
la-Reine et de Bourg-Talon, créés et peuplés par ses soins. 
S'il abaissait les yeux vers la rade, il y apercevait de nom- 
breux vaisseaux, dont quelques-uns déchargeaient leur 
cargaison de France, tandis que d'autres prenaient leur 
chargement ])our les îles lointaines que son intelligente 
sollicitude rapprochait de notre i)ays i)ar les courants 
alternatifs de l'échange et du commerce. En même temps, 
le bruit cadencé de la hache et du marteau montait jusqu'à 
lui du chantier maritime où, jjar ses ordres, se construi- 
saient des navires destinés à relier les deux mondes. A 
ses i)ieds se grou])aient les entrepôts, les magasins, les mai- 
sons de la ville basse industrieuse et commerçante. En 
haut du ])romontoire, sur le prolongement du plateau où 
s'élevait sa demeure, dans un rayon de quelques mille pas, 
le château, le séminaire-évêché, la cathédrale, le collège 
des Jésuites, le monastère des Ursulines, l'Hôtel-Dieu, la 
sénéchaussée, contenaient et résumaient la vie politique, 
intellectuelle et religieuse de la Nouvelle-France." 

Après son départ de la Nouvelle-France, M. Talon 
essaya de vendre son terrain et sa maison au roi. Comme 
les pour^jarlers duraient trop longtemps, en 1682, il auto- 



— 36— * 

ri sa sa nièce, Madeleine de la Guide, épouse du sieur 
Perrot,gouveriieur de Montréal, à vendre sa propriété à 
M. François Provost, major de la ville et château de Qué- 
bec. L'acte de vente en fut passé par le notaire Genaple 
le 9 novembre 1682. 

Le 12 novembre 1682, François Provost vendait, à son 
tour, sa i)ropriété à Mgr de Saint- Vallier ])our la sonnne 
de quinze mille livres, argent de France. Dans l'acte de 
vente reçu par le même notaire Genaple, on trouve la des- 
cription suivante de la maison qu'avait occupée l'intendant 
Talon: "... .en laquelle cour il y a une maison de pierre 
à deux étages seulement couverte d'ardoises en pavillon 
avec une cuisine ou allonge au ])out de la dite maison, et 
lui autre i)etit corps de logis en cliarpenterie séparé de 
l'autre, couvert de bardeaux, situé sur le devant de la dite 
cour . . . . " 

L'ancienne maison de M. Talon disparut en 1697 pour 
faire ])la<*e à une nouvelle aile du palais épiscopal que Mgr 
de Saint-Vallier avait fait commencer en 1694. 

P.-G. R. 



QUESTIONS 



Henry Harrisse, clans ses Notes sur la Xoii v( Ile-France (p. *\'), nous apprend 
que les lettres de Pierre Voyer d'Argenson, gouverneur du Canada de 1658 à 
1661, ont été perdues. "Elles se trouvaient, dit-il, à la Bibliothèque du Louvre 
qui a été brûlée par la Commune en 1S71." Que penser des lettres du même 
M. d'Argenson que vient de publier le Bulletin des Recherches IIisto)-iques ? 
Ont-elles été sauvées de l'incendie du Louvre ou avaient-elles été déposées dans 
un autre endroit, contrairement à ce qu'en a pensé M. Harrisse ? 

A. F. 
* * 

Madeleine Després, tille de François IJesprés et de Madeleine Legrand, de 
la paroi.sse Saint-Sauveur de Paris, née en 1656, épousa Nicolas Audet, à l'île 
d'Orléans, le 15 septembre 1670. 

Etait-elle parente de Nicolas Uesprés qui avait épousé Madeleine Leblanc, 
et dont les enfants, Etiennette et Anne épousèrent à Québec, la première, le 
sieur Duplessis-Bochart, vers 1646, et la seconde, Jean de Lauzon, grand sénéchal 
de la Nouvelle-France, le 23 octobre 1651 '? 

Geneviève, autre fille de Nicolas Oesprés, épousa en 1653 Louis Couillard de 
L'Esi)inay. 

Ce qui me porte à croire qu'ils étaient parents, c'est que tous deux venaient 
de Paris. Une autre raison, ce sont les noms de baptême; en effet, Nicolas, 
Geneviève, Madeleine, etc., sont communs dans les deux familles. 

Nicolas et Franc-ois étaient-ils frères "? On sait que les Français établis au 
pays invitaient leurs parents et amis à venir les rejoindre ici. 

F. .1. A. 



37 — 



FONDATION D'UNE COMMUNAUTE DE 
FRERES INSTITUTEURS A MONT- 
REAL EN 1686 



On ignore généralement que l'abbé Gabriel Souarf et un ecclésiasti- 
que nommé M. de La Faye, ont voulu, vers la fin du dix-septième siècl« 
fonder à Ville-Marie une école d'une certaine importaiice et très proba- 
blement une communauté de Frères Instituteurs à l'instar de celle que 
Jean-Baptiste de La Salle (maintenant canonisé), séminariste à Saint- 
Sulj)ice, avait fondée à Paris, six ou sept ans auparavant. 

Les documents qui se rattachent à cette page de notre histoire étant 
assez nombreux et surtout fort prolixes, nous nous contentons de les résu- 
mer ou d'en citer les extraits essentiels. 

Le lô de septembre 1G8G, M. l'abbé Souart " qui a fait les premières 
escolles en ce lieu" et M. Louis-François de La Faye, ecclésiastique (1) 
"ayant la pieuse intention de faire instruire et apprendre les bonnes let- 
tres", . . .et *'de fonder une escolle à perpétuité" comparaissent devant 
le notaire Bourgine et donnent, le premier, la somme, considérable pour 
l'époque, de mille livres (ou francs) en monnaies, et, le second, une mai- 
son qu'il possède rue Notre-Dame près de la rue Saint-François-Xavier, 
vis-à-vis le Séminaire (2). 

Le don est fait à quelques laïques dont un seul est mentionné, leur 
chef, Mathurin Rouillé (3). 

La maison et l'emplacement d'un demi arpent de terre avaient été 
achetés par M. de La Faye, le 23 mars 1685 (Basset), de Jacques Viau dit 
Lespérance, marchand bourgeois, habitant la seigneurie de Longueuil, et 
ce dernier tenait cette propriété de Nicolas Godé, (Bourdon 20 janvier 
1682 et Maugue, 14 mai 1683). 

La nouvelle école était une construction de pièces sur pièces, à deux 
chambres seulement. 



(1) M. de La î^aye fut ordonné prêtre le 26 .septembre suivant. \'oir AUaire, 
Dictionnaire du Clergé, (Anciens) p. 290. 

(2) Ce détail ne se trouve pas dans cet acte, mais nous le relevons dans ce- 
lui du 6 janvier 1690. 

(3) C'est ainsi qu'il orthographie son nom, mais les notaires et certains 
historiens écrivent Roulié, Rouillier, etc. 



— 38 — 

' Cette donation était approuvée par le curé de la paroisse, l'abbé 
Etienne Guyotte, qui en avait conféré avec M. J.-B. Migeon de Branssat, 
"avocat en parlement et juge bailly de ladite isle" avec les marguilliers et 
avec les anciens habitants. 

Aussi trou\'e-t-on sur ce précieux acte entre autres signatures, celles 
des cinq principaux marchands de Montréal, à cette époque : MM. Charles 
de Couagne, François Pougnet, Louis Lecompte-Dupré, Louis Chambalon, 
et Jacques de la Marque. 

Les donataires et futurs instituteurs qui signent sont à ce moment, 
en autant qu'on peut le démêler : Mathurin Rouillé, Nicolas Barbier, Ja- 
cob Thoumelet (4) Pierre Gaulin et Benoist Basset. 

Nous parlerons de ces personnages spécialement, à la fm de l'article. 

Par l'engagement que prend Rouillé en son nom et celui de ses 
compagnons et successeurs, il est évident que l'on veut, sans le mentionner 
expressément, cette fois, fonder une communauté, d'abord parce que 
Maître Rouillé promet de "consommer toute sa vie et le peu de biens qu'il 
possède" pour maintenir la dite école, ensuite par les expressions dont <ui 
se sert peu après, ])()ur désigner ce groupe d'instituteurs. 

Afin d'assurer leur subsistance, le 4 décejnbre 1687 (étude Basset), 
Mathurin Rouillé, Nicolas Barbier, Philibert Roy et Jacob Thoumelet, 
les associés, achètent de Jean-Vincent Philippe, sieur de Hautmesnil, un 
fief à la rivière Saint-Pierre, octroyé au vendeur par les seigneurs, le 20 
décembre 1665. 

Ce fief est borné, d'un bout par le fleuve et de l'autre par le lac Saint- 
Pierre (ou lac à la Loutre) et il s'y trouve une maison, une étable, une 
grange et plusieurs animaux. Le prix d'achat est de 4500 livres, sur 
lequel la communauté des instituteurs paye comptant 3000 livres "en dou- 
bles pistoles, louis d'or, louis d'argent, piastres, pièces de 4 sols et de 8 
deniers et autres monnoies". 

Mais la situation financière de la communauté n'est pas florissante, 
sans doute, car le 5 janvier 1690, par devant Hilaire Bourgine, Mathurin 
Rouillé, chef des "frères maîtres d'escolle" Philibert Boy, Nicolas Barbier 
et Jean Chorron (5) empruntent 500 livres de René Cuillerier, marchand 
de Lachine, et ils hy])()tbè(iuent leur fief de la rivière Saint-Pierre. 



(4) Ou Tomelet et Toumelet. Dans l'acte il signe Jacob, mais son nom est 
mentionné au long dans les autres pièces. 

(5) Il signe Coron. Voir l'explication à la lin. 



— 39 — 

Le 20 novembre 1691 (étude Adhémar) Mathurin Rouillé et "ses 
associés de Fécolle de Montréal" louent pour cinq ans, le fief susdit à 
Etienne Debien, époux de Marie Campot. Le locataire entre autres 
choses, devra remettre aux bailleurs, annuellement : "30 livres de 
beurre salle et bien conditionné, six douzaines d'oeufs et six poules, dix 
cordes de bois, 200 choux", etc. 

Quelques mois plus tard, étant incapables de payer les intérêts dus 
M M. Cuillerier probablement, les "Frères" Rouillé, Roy et Coron 
transforment l'hypothèque de ÔOO livres sur le fief de la rivière Saint- 
Pierre en une rente annuelle et perpétuelle de 25 livres garantie par une 
autre hypothèque sur la maison d'école de la rue Notre-Dame (Adhé- 
mar, 26 mars 1692). 

Malgré le zèle dont ces l)raves liommes firent preuve, l'institut nais- 
sant ne put se maintenir et le 27 septembre 1693 (étude Adhémar) Ma- 
thurin Rouillé fait cession de tous ses biens à M. le curé et MM. les Mar- 
guilliers de Ville-Marie. 

Voici, le début de cet acte : 

"Mathurin Rouillé de cette ville, désirant se retirer de ladite commu- 
nauté, attendu qu'il n'y reste que le sieur Philibert Boy, Nicolas Barbier 
ayant été tué par les Anglais et que Jacob Tboumelot s'étaiit marié. . . a 
déclaré. . . .qu'il se désiste de ladite société". 

Le 6 octobre suivant, le dernier des membres de la communauté fait 
cession, à son tour : 

"Aujourd'hui, par devant Antoine Adhémar, notaire royal, etc., est 
comparu Me Philibert Boy, ecclésiastique et associé aux Escolles dudit 
Villemarie avec Mathurin Rouillé et autres. . . .lequel se voiant seul, 
les autres ayant abandonné ladite société, a déclaré à Messrs les curés et 
marguilliers de cette paroisse. . . .(^u'il ne peut vaquer à continuer les 
dites escolles, qu'il j)asse en France et qu'il se désiste et se démet entière- 
ment d'icelles, es mains desdits curés et marguilliers." 

Annexé à cette pièce est l'inventaire des ])iens meubles de la commu- 
nauté. 

Le 9 d'octobre 1693, par devant le même notaire, le marguiUier en 
charge, Pierre Perthuys et les sieurs René Cuillerier et Abraham Bouat, 
anciens marguiUiers, constatent que les écoles sont vacantes et "qu'il est 
de la dernière conséquence de faire continuer les dites escolles quy est un 
ouvrage pour la plus grande Gloire de Dieu, le bien et utilité publique 
de ladite paroisse que si elles venoient à manquer feroient un tort consi- 



— 40 — 

dérable à ladite paroisse et à réducatioii des enfants de cette ville quy 
Sont en grand nombre" mais comme "la fabrique est pauvre et n'est pas 
en pouvoir de faire faire les écolles". . . . ledit sieur Perthuys, au nom de 
ladite fabrique a très humblement supplié le sieur Dollier de Casson 
"d'avoir la charité" de continuer "l'établissement des dites escolles et 
d'être le protecteur d'i celles", en faisant "nommer et mettre telles person- 
nes qu'il avisera". Et pour ce la fabrique cède tous les biens de 

la communauté au Séminaire. 

Le 26 juillet 16i)() (au pied de l'acte du 26 mars 1692, étude Ad- 
hémar), l'abbé Léonard Cliaigneau rembourse Eené Cuillerier et le 15 fé- 
vrier 1697, les Habitants de Ville-Marie, représentés par Jean Quenet, 
marguillier en charge, Pierre Prudhomme, marguillier récemment élu et 
Charles Millot, Claude Pothier, Pierre Lamoureux, sieur de Saint-Ger- 
main, François LeMaistre de Lamorille, Abraham Bouat, René Cuillerier, 
Jean Martinet de Fonblanclie, chirurgien, Jacques Gauchois, tous anciens 
marguilliers ; les sieurs Jacques Leber, Louis Leconte-Dupré, Charles de 
Couagne, Antoine Forestier, chirurgien, Jean Cusson, Jean Quesneville, 
Georges Pruneau, Pierre Quenet, Joseph Deneau de Taillis, ratifient la 
donation faite par le marguillier Perthuys au Séminaire de Montréal, vu 
'"la pauvrette desdittes escolles, le bien desquelles" n'étant "pas suffisant 
pour l'entretien et la nourriture d'un ecclésiastique" ni "à paier les gages 
et la nourriture d'un second maistre d'escolles et d'un plus grand nombre 
dont on pourra avoir besoin, supplées à achapter des livres pour les dites 
escolles, ce que beaucoup de parents ne font pas", etc. 

XXX 

Après la disparition des Frères Instituteurs il semble que c'est l'abbé 
Léonard Chaigneau qui assume leur succession. Du moins, en 1696, 
prend-il le titre de premier maître des écoles paroissiales de Ville-Marie, 
c'est-à-dire de directeur, chef ou principal, probablement. 

XXX 

.Vlors (pie la susdite communauté montréalaise dépérissait, d'autres 
institutions parvenaient, cependant, à s'implanter dans la même 
ville. Ainsi, c'est en 1692 que les RR. PP. Récollets et les RR. 
PP. Jésuites s'établissent à Montréal. C'est même au moment oii les 
écoles de Montréal sont dites "vacantes" (voir l'acte du 9 octobre 1693, 
ci-dessus), que les RR. PP. Jésuites durent ouvrir leur premier collège en 



— 41 — 

cette ville, puisque le Révérend Père Claude Chauchetière écrit en 1694, 
que sa compagnie a ici "une espèce de collège" qui est fréquenté par "12 
ou 15 écholliers". Faute de revenus suffisants, ce collège eut le sort des 
autres écoles et il ne paraît avoir existé qu'une couple d'années. 

Terminons ces notes sur une page curieuse de notre liistoire par quel- 
ques renseignements sur les membres de la communauté des instituteurs. 

Mnihuri/i RouUh'. — -Il ari'ive h Montréal avec la recrue de colons de 
1659. 

Le 6 mai 1662, Rouillé et ses compagnons Truteau et Langevin fu- 
rent attacjués par cinquante Iroquois sur la ferme Sainte-Marie et ils tin- 
rent bravement tête à l'ennemi jusqu'à l'arrivée des secours. (Faillon, II, 
519). 

Dans le rôle de la milice de 1663, Rouillé fait partie de la première 
escouade. 

Au recensement de 1666, il est domesti»iue au service du Séminaire 
et âgé de trente ans ; au recensement de 1667 on ne donne pas son occu- 
])ation et il est âgé de trente-quatre ans ; enfin, au recensement de 1681 
son occupation reste non spécifiée, et il a quarante-huit ans, ce qui corres- 
pond avec l'âge inscrit en 1667. Il serait donc né eu 1633 et aurait eu 
cinquante-trois ans lorsqu'il prit la direction des écoles. Vers 1694, il 
entra dans la communauté des Frères Charon et dut y finir ses jours. ■ >, 

Nicolas Barbier. — Fils de Gilbert Barbier, l'un des pionniers de 
Montréal; baptisé en (•ctlc ville le 20 avril 1658, il fut tiio au (-(mibat de 
Laprairie en 1691. 

Il signe dans l'acte du 15 se])tembre 168(5 et dans celui du 5 janvier 
1690. 

.Jacob Thouinelel. — 11 signe Jacob dans l'acte du 15 septem- 
bre 1686 et l'on dit qu'il est marié dans l'acte du 17 septembre 1693. Le 
contexte indiijue que ces instituteurs devaient être célibataires et qu'en 
épousant Marguerite Perrier le 1er septembre 1692, Jacob Thoumelet avait 
quitté la communauté. Tanguay, vol. I, page 566, écrit son nom Tho- 
melet. 

Benoifit Basset. — Il signe dans l'acte du 15 septembre 1686, au-des- 
sous de Jacob Thoumelet. 11 ne figure dans aucun autre acte et ses re- 
lations avec les maîtres ont du être brèves. Qu'il ait eu l'intention de 
faire partie de la communauté, cela ne serait pas improbable, car il était 
instruit, fort pieux et il demeura céhbataire. En compagnie de son frère 
Gabriel, il donna aux Soeurs Hospitalières la terre sur laquelle l'Hôtel- 



— 42 — 

Dieu est aujourd'hui construit. Ainsi que Gabriel, il avait été inhumé 
dans l'ancien Hôtel-Dieu et lorsqu'en 1861 la communauté se transporta 
à l'avenue des Pins, elle fît aussi faire la translation des restes des soeurs 
et autres personnes inhumées au coin des rues Saint-Paul et Saint-Sulpi- 
ce, de sorte que les deux fils du notaire Bénigne Basset reposent mainte- 
nant dans le terrain qui leur a appartenu. 

C'est en souvenir de ces deux donateurs, sans doute, que l'on a appelé 
Basset, une petite rue qui débouche sur l'avenue des Pins, vis-à-vis l'Hô- 
tel-Dieu. Benoît Basset naquit à Montréal en 1662 et fut inhumé le 11 
février 1737. 

Pierre Gauïin. — Il signe après Rouillé dans l'acte du 15 septembre 
1686. 

Fils de François Gaulin et de Marie Eocheron, il avait été baptisé à 
Château Eicher, le 23 avril 1663. Il décède quelques mois après son en- 
trée dans la communauté montréalaise. Son acte de sépulture qui date 
du 19 novembre 1687, ne donne sur lui (|ue les renseignements suivants: 
■"maître d'école, âgé d'environ 28 ans". En réalité il n'avait que 24 ans. 

Philibert Boy. — Il figure pour la première fois dans l'acte du 5 jan- 
vier 1690 en qualité de "frère associé" puis,. ensuite, dans ceux du 28 mars 
1692 et du 17 septembre 1693, il est désigné "ecclésiastique associé" et sur 
le point de passer en France. 

Jean Coron. — Mentioimé pour la première fois dans l'acte du 5 jan- 
vier 1690. 

Il signe Coron. Les notaires écrivent Chorron et Corron, ce qui dé- 
montre bien qu'on prononçait le Ch comme la lettre K, ainsi que nous l'a- 
vons déjà signalé. Il est présent et signe le 36 mars 1692. Nous n'avons 
aucun autre renseignement. 

XXX 

Est-il nécessaire d'ajouter qu'il ne faut pas confondre cette commu- 
nauté avec celle que François Charon de la Barre fonda en 1692 et dont 
les membres ne se livrèrent à l'enseignement que vers 1720. Sur cette 
dernière communauté nous avons déjà publié de copieuses notes dans le 
BiiUHin de 1916, pj). 113 et 165, puis 1917, p. 150. 

E.-Z. MASSICOTTE 



— 43 — 

ACTES DE FOI ET HOMMAGE CONSER 
VES A MONTREAL 



(TROISIEME LISTE 



En llJ'-iO, nous avons publié aux pages 93 et 300 du Bulletin, deux 
listes d'at-tes de foi et hommage dressés par des notaires et conservés dans 
les archives de Montréal. 

Deiiuis et' temps, nous avons relevé les quelques autres actes suivants: 

1T43, T juin — Foi et hommage par Marie-Anne Le Moyne, veuve 
de Jean Giasson, à Frs-Clément Boucher de la Périère, à cause du fief 
Saint-Jean relevant de la seigneurie de Boucherville et acquis de feu René 
B(»ucher de la Périère i)ar son défunt mari. 

(Etude Danré de Blanzy). 

1764, 13 juillet — Foi et hommage par .Iosej)h Huboux à M. de 
Repentigny, à cause de l'arriére-fief "la gobelotte" dont il a hérité de 
feu son père. 

(Etude (".-F. Coron ). 

ITO.'), Icr mars — En ce jour, (ierniain Lepage de Saint-François, 
Alexandre Léj)age, Pierre Raby époux de Marguerite Lepage et Agnès 
Lepage représentée par son tuteur se sont transportés à l'hôtel seigneurial 
et ont rendu la foi et hommage à dame Elisabeth de Ramezay, veuve de 
M. de la Corne, seigneuresse de Terrebonue et des Plaines, à cause de leur 
iief nommé Sainte-Claire, 18 arpents de front sur deux lieues de pro- 
fondeur, sis en la seigneurie des Plaines. 

(Etude Foucher). 

1804, 23 juillet — Foi et liommage par J.-B. Brazeau à F.-X. Bou- 
cher, sr de la Périère, seigneur de Contrecoeur, St-Antoine et autres lieux, 
à cause d'un arrière-fief sis en la jjaroisse de St-Antoine qu'il a acquis de 
3L Ignace Paradis. 

(Etude J.-P. Gauthier). 

1805, 2ï) novembre — Foi et hommage par Urbain Coilly à Charles 
Boucher, sieur de la Bruère, à cause d'une portion du fief "Petit Bois" 
dont le dit Coilly a hérité de ses parents. 

(Etude J.-P. Gauthier). 



— 44 — 

1805, ^.j novembre — Aveu et dénombrement du môme au même. 

(Etude J.-P. Gauthier). 

181(5, 15 avril — Foi et hommage par François Sénécal à Pierre- 
Amable de Boueherville, seigneur principal et primitif de Boucherville, 
à cause du fief Saint-Jean que le dit Sénécal a acquis de Jacques Viger 
et de son épouse, Marguerite de Chapt de la Corne, de Saint-lAic. 

(Etude J.-r. Gautlùer). 

1817, 21 juin — Foi et hommage par Paul Lussier à madame Marie- 
Ghar]es-Jose])h Lemoyne, baronne de Longueuil, veuve de David Alexander 
(irant, à cause de l'arrière-fief de Beloeil qu'il a acquis de Christophe et 
d'Ambroise Sanguinet. 

(Etude X.-B. Doucet). 

E.-Z. MASSICOTTE 



LOUIS DE CAUSSY, SIEUR DE LEROLLE 



M. de Tracy avait amené ici un de ses cousins, M. de Lerolle. 

Le Journal des Jésuites, à la date du 20 juillet 1666, dit: 

" Nouvelle arri^•e des forts de la bâtisse du fort Ste-Anne dans le 
lac Cliamplain dans une île à 4 lieues de l'embouchure; et en même temps 
de la mort de Monsr. de Chasy tué par les Anniés, avec deux autres, -1 
])ris prisonniers, entr'autres Mcmsr. de Leroles, cousin de Monsr de Tracy." 

Le 28 août suivant, le Journal des Jésuites dit encore : 

" Le 28, François Peltier arrive, qui était allé avec MoJisr. Sorel ; 
il rapporte qu^i deux Journées d'Annie, ayant rencontré le Bâtard Flamand 
et 3 autres qui ramènent le sr de Lerole, etc." 

M. de Jjer(jlle retourna en France avec M. de Tracy. 

Nicolas Perrot, dans son Mémoire, dit qu'au commencement de l'été 
de 1666 M. de XoiroUe, neveu de M. de Tracy, était prisonnier des Iro- 
((uois. Il parle évidemment de M. de Lerolle. 

D'après deux actes du notaire Cilles Rageot, l'un du 6 octobre 1(567 
et l'autre du 22 novemlirc 1667, 31. de Lerolle se nonmiait Louis de 
Caussy, sieur (k^ Lerolle. Les textes des actes disent Louis de Caussy, 
sieur de Lerolle, et l'officier signe très lisiblement "Lerolle". 



— 45 



LES SOURCES IMPRIMEES DE L'HIS- 
TOIRE DU CANADA FRANÇAIS 



L'ECHO Dr CABIXET DE LECTURE PAROISSLIL DE 
MONTREAL (1859-1873) 



L'île page de notre histoire (la l)ataille de Châteauguay), par Adélard- 
Josepli Boucher (vol. de 18Ô!), p. 3). 

Mandement de niessire Jean-Henri-Auguste Houx (sur la guerre 
de 1812) (vol. de 1859, p. 5). 

Les premiers jours de la Congrégation de Xotre-Dame de Mile- 
Marie, par Mlle A. Perrin (vol. de 1859, p. 3G). 

Jean-Baptiste Bruyère (vol. de 1859, p. 115). 

Deux lettres de Montcalm (vol. de 1859, p. 306). 

Jlôtel-Dieu de Ville-Marie: le deux-centième anniversaire (vol. de 
1859, p. 324). 

Les premiers colons de Montréal, ]>ar messire Rouxel, P. S. S. (vol. 
de 1859, p. 842). 

La vocation t\o la colonie de Montréal, par messire Rouxel (vol. de 

1859, p. 354). 

L'église au Canada, par C. de LaKoche-Héron (vol. de 1859, pp. 367, 
376: vol, de 1860, p. 110). 

Oraison funchre de Mgr Plessis, })ar l'ahhé Paimhault (vol. de 1860, 
p. (i). 

Lecture publique sur la vitalité de la race française en Canada 
1 trouvée j)ar l'histoire, par T.-J.-J. Loranger (vol. de 1860, p. 47). 

Voyage à la Pivière-Pouge, par le P. P. Aubert, 0. M. 1. (vol. de 

1860, pp. 147, 165). 

Colonisation du Canada, par Boucher de la Bruère (vol. de 1860, 
pp. 169, 181). 

Une visite à Caughnawaga (Sault St-Louis), par Adélard Boucher 
(vol. de 1860, p. 296). 

La race française en Amérique, par M. Pameau (vol. de 1860, pp. 
825, 339). 



— 46 — 

Eloge (le inessire Paiiiehaud, fondateur du collège Sainte-Anne (vol. 
de 1860, p. 37;; vol. de 1861, p. 16). 

Le capitaine Ducharme et sir George Prevoét, par Paul Stevens (vol. 
de 1861, p. 21). 

Biographie de Thon. D.-B. Viger, par Joseph Royal (vol. de 1861, 
p. 68). 

Discours sur Montcalm, par .T.-A. (lenand (vol. de 1861, pp. 100, 
110, 115, 125). 

Les destinées du peuple canadien (vol. de 1861, pp. 141, 148, 155). 

L'Ilet au Massacre ou l'Evangile ignoré, par J.-C. Taché (vol. de 
1861, pp. 164, 173). 

La nationalité canadienne-française, par Achille Belle (vol. de 1861, 
p. 243). 

Discours prononcé par M. Raymond, V. G., à la translation du corps 
de messire Girouard, au séminaire de St-Hyacinthe, le 17 juillet 1861 
(vol. de 1861, pp. 355, 363, 370). 

Légende d'une cloche, par Paul Lemyre (vol. de 1862, p. 77). 

Les premiers martyrs de Montréal, par Paul Stevens (vol. de 1862, 
p. 156). 

Les quatre ha))itants de la Pointe Saint-Charles, ])ar Paul Stevens 
(vol. de 1862, p. 180). 

Catherine Primot, })ar Paul Stevens (vol. de 1862, p. 203). 

William-Burns Lindsay (vol. de 1862, p. 244). 

Jean de Lauzon, par Paul Stevens (vol. de 1862, p. 278). 

L'église de Beauport, près Quéhec, par Joseph Eoyal (vol. de 1862, 
p. 281). 

Ce que l'on dit des C'anadiens-Français en Angleterre, par Emm. 
Blain (vol. de 1862, p. 500). 

Exploration de la rivière Matawin, par S. -T. Prévost (vol. de 1863, 
pp. 228, 243, 261). 

Les Tra[)})istes en Canada, par IJector-L. Langevin (vol. de 1864, 
p. 4). 

Arrivée de Jacques Cartier à Montréal, 2 octohre 1535 (vol. de 1864, 
p. 22). 

Un hivernage à Québec, 1535-1536 (vol. de 1864, })p. 5(), 86). 
Notice biographi(}ue de sir Louis-Hypolite Lafontaine (vol. de 1864, 
p. 103). 



— 47 — 

J arques Cartier (vol. de 1864, p. lOT). 

Dollard des Ormeaux, par Paul Steveus (vol. de 1864, p. 123). 
Notice biographique de messire Jo.sej)h Comte, P. S. 8. (vol. de 
1864, p. 130). 

L'arbre de mai au Canada (vol. de 1864, p. 151). 

Défense héroïque du fort de Verchères, par Ambroise Choquet (vol. 
de 1864, p. 153). 

Ivxposé des ])rincipaux événements arrivés en Canada depuis Jacques 
Cartier jusqu'à Champlain, par Paul Stevens (vol. de 1864, p. 171: vol. 
de 1865, pp. 11, 29, T6, 157, 164, 191, 203, 217). 

Bataille de hi Monongahéla, par Paul Stevens .(vol. de 1864, p. 227). 

Notes sur les de Reaujeu (vol. de 1864, p. 233). 

1/honorable François Haby (vol. de 1864, j). 259). 

L'éducation dassicpie au Canada (vol. de 1864, p. 262). 

Samuel de Champlain (vol. de 1864, )». 278; vol. de 1865, p. 63). 

Messire Hyacinthe Prévost, P. S. S. (vol. de 1864, pp. 289, 294, 311). 

Comment fut fondé Montréal, par Paul Stevens (vol. de 1864, p. 329). 

Notice bio«;raj)hi(pie de messire Joseph-Charles Ducharmc, fondateur 
du .séminaire de Sainte-Thérèse (vol. de 1864, p. 357). 

M. (leorges Desbarats (vol. de 1864, p. 360). 

Montréal en 1642-43, par Paul Stevens (vol. de 1864, p. 363). 

L'honorable .l.-l<]. Turcotte (vol. de 1865, p. 14). 

Le colonel C.-M. de Salaberry (vol. de 1865, p. 40). 

Le cardinal Bedini au Canada (vol. de 1865, p. 105). 

I^a Soeur Bourgeoys (vol. de 1865, p. 115). 

Messire Frani,()i.s Labelle (vol. de 1865, {). 123). 

Eloge des guerriers morts aux Plaines d'Abraham, 1751», par Stanislas 
Côté (vol. de 1865, j). 213). 

Biograjdiie de Sir i^^tieii ne-Pascal Taché (vol. de 1865, {). 245). 

Notice biographique de l'honorable Georges-René Saveuse de Beaujeu 
(vol. de 1865, p. 249). 

Sainte-Anne du Bout de l'île de Montréal, par Paul Stevens (vol. 
de 1866, p. 5). 

Le H. P. Pémi Tellier, S. .). (vol. de 1866, ]).-21). 

Sainte-Anne du Bout de l'île de Montréal, j)ar l'abbé Bourgeault 
(vol. de 1866, pp. 78, 226). 



— 48 — 

^'otice biogra])hique de messire Dominique (iranet, vicaire-général, 
onzième suf)érieur du séminaire de Saint-Sulpiee de Montréal (vol. de 
186G, p. î»l). 

Me!^!^i^e Joseph-Julien Perrault, T. S. S. (vol. de 18G6, p. 3U). 

Situation religieuse de l'Amérique anglaise, ])ar E. Hameau (vol. de 
]8<i<i, ]). 32G). 

Biographie de l'honorable F. -A. Quesnel (vol. de 18GG, p. 333). 

Auguste-Laurejit Moreau, X. P. (vol. de 1866, p. 427). 

]\I. Simon Valois (vol. de 1866, p. 451). 

L'histoire de la colonie française en Canada, i)ar l'abbé Faillon (vol. 
de 1867, pp. 45, 81, 161, 241, 321, 401, 481, 561, 641, 721, 801, 881; 
vol. de 1868, pp. 1, 81, 161, 242, 337, 417, 501, 593, 673, 1)13,; vol. de 

1869, pp. 1, 81, 161, 241, 321, 401, 481, 561, 641, 721, 801, 881; vol. de 

1870, pp. 5, 81, 161, 225, 321, 401, 561, 641, 721, 801, 881; vol. de 1871, 
pp. 1, 81, 161, 241, 321, 401, 481, 561, 641, 721, 801, 981; vol. de 1872, 
pp. 5, 81, 161, 241, 329, 401, 481, 561, 641, 721, 801, 881; vol. de 1873, 
])]>. 1, 81, 161, 241, 32i). 

Le missionnaire ne meurt ])as, ])ar Faucher de Saint-Maurice (voL 
de 1867,' p. 387). 

Notice sur messire Jean-Baptiste Eoupe (vol. de 1867, p. 535). 

Mgr Pierre-Flavien Turgeon (vol. de 1867, p. 674). 

Mission providentielle des Canadiens, par Chs Thibault (vol. de 

1867, p. 949). 

La croisade au Canada (vol. de 1868, p. 212). 

Les grandes manufactures de Montréal (E. Chanteloup) (vol. de 

1868, pp. 387, 525). 

L'honorable Darcy McGee et le fenianisme (vol. de 1868, p. 398). 

D'iberville ou le Jean Bart du Canada (vol. de 1868, p. 450). 

Dialogue des morts entre le marquis de Montcalm et le général Wolfe 
(vol. de 18G8, i)p. 557, 617, 710, 752, 775, 833). 

J.cs Esquimaux (vol. de 1869, pp. 261, 354, 412). .; 

Xotice biographique sur messire Pierre Billandèle, ancien supérieur 
du séminaire de St-Sulpice, vicaire-général du diocèse de Montréal (vol. 
de ]«70, pj). 273, 365, 408, 481, 534, 620). 

Hôle général de la recrue (le 1653 pour Montréal (vol. de 1870, p. 
786). 

.Notice l»i(»graphi(|ue de Mgr C.-F. Haillargeon (vol. de 1870, p. 865). 



— 49 — 

Notice sur le Kévéreiid messire Faillon (vol. de 1871, pp. 89,170, 
309, 382, 934: vol. de 1872, pp. 146, 209, 840; vol. de 1873, p. 362). 

Louis Beaudry (vol. de 1871, p. 543). 

Le recensement du Canada, par J.-(". Taché, 1871 (vol. de 1872, p. 
279). 

Etudf sur l'c'iniirratidu iU';^ Canadiens aux Etats-Unis (vol. de 1872, 
p. 736). 

\jv grand-vicaire A. -F. Truteau (vol. de 1873, p. 142). 

J.'abbé .Josepii-Honoré Koutier (vol. de 1873, p. 144). 

Mgr Edouard-Charles Fahre (vol. de 1873, p. 3r)7). 

Eloge fuiuMtre de sir (J.-E. Cartier, par M. l'abbé Antoine Kacine 
(v(d. de 1873, p. 441). 

M. F'rant.'ois (.'assidy, maire <b' Montréal (vol. de 1873, p. 47.")). 

Mémoire sur la vie de M. de i'icquet, missionnaire au Canada, par 
M. de La Lande (vol. de 1873, p. 848). 

P.-G. K 



ORIGINE DES NOMS DE RUES ET DE 

LOCALITES DANS LA REGION 

DE MONTREAL 



VERDLN — A la mort de Lambert Closse, en février 1662, Zacbarie 
Dui)uis fut promu nuijor de Montréal et dans les annc-es qui suivirent, il 
re(;ut la promesse d'un lief au-dessous du Sault-Sainte-Marie. La con- 
cession lui en fut faite par écrit en 1672. 

Ce fief reçut le nom de Verdun. Pourquoi 'f Faute de document, 
voici une conjecture ([ui sollicite l'attention. Le successeur de Closse 
était originaire du dé[)artement de l'Ariège oîi une des communes s'appelle 
Verdun et nue autre Saverdun (1). Le major a donc pu vouloir se remé- 
morer le pays de sa naissance en baptisant sa propriété. 



(1) MgT Tanguay écrit* Scaverdun, mais on prononçait Sçaverdun. 



— 50 — 

• COTE DES AKGOULETS OU VERDUN — Ce qui s'explique 
moins bien c'est le nom de côte des Argouleis donné par dérision sans 
aucun doute, au fief de Verdun. 11 semble dater de la fin du 18e siècle, 
car dans l'arrêt de K22 qui délimite les paroisses de la Nouvelle-France, 
on lit que celle de Montréal comprend entre autres localités, "la côte des 
Argoulets avec l'île aux Hérons située vis-à-vis la dite côte". (B. R. H., 
1!)14, p. 44.) 

Ce nom curieux persista longtemps.. Dans deux actes du notaire 
Simonnet du 23 avril et du 32 juin 1741, il est question de gens demeurant 
à la "côte des Argoulets". 

Un siècle plus tard, en 1830, on écrivait encore "côte des Argoulets 
ou Verdun". Mais l'expression était à la veille de disparaître, car l'abbé 
Joseph-A. Richard, premier curé de la paroisse de Notre-Dame-des-Sept- 
Douleurs de Verdun (fondée en 1899), relève dans un document de 1841: 
"Côte de Verdun, ou rivière Saint-Pierre." 

Que signifiait Argoulets y A cette question M. Suite répond: ce 
s(»nt des arquebusiers, des mousquetaires, des fusiliers, des carabins eni- 
])lo3'és comme infanterie légère. Or, il ])araît (pi'en 1688 et 1689 on fit 
camper au bas du Sault-Saint-Louis des détachements de soldats. Mieux 
ciicore, M. de Vaudreuil fut le chef d'une compagnie de cent hommes 
qu'on appelait les mousquetaires et qui a dû passer et repasser par le 
cani]) de Verdun. La côte ou localité aurait reçu son nom bizarre vers 
cette époque. {B. R. H., 1914, p. 44.) 

CIMETIERE (rue du) — Deux rues ont porté ce nom à Montréal. 
La première conduisait de la grève au troisième cimetière de Ville-Marie 
(jui se trouvait jusqu'en 1683 entre les rues Saint-Sacrement, Saint-Pierre, 
Saint-Paul et Saint-Eloi. Cette route a ])ris plus tard le nom de rue 
Saint-Nicolas. 

La seconde i)artait du square Cbal)oillez et donnait accès au cimetière 
catholique qui de 1799 à 1854 occupait le site actuel du square Dominion. 
C'est la rue Cathédrale de nos jours. 



E.-Z. MASSICOTTE 



— 51 — 

UN SECRETAIRE DE MONTCALM 



Le 18 avril 1757, le sieur François Estève, fils de Henri Estève et de 
Gabrielle Dazemar, de Notre-Dame des Tables, diocèse de Montpellier, 
épousait, à Montréal, Elisabeth Bissonnet, fille de René Bissonnet, voya- 
geur, et de Elisabeth Lemire, 

Il est bien probable que le nom de Estève serait resté dans l'ombre 
si son acte de niariajre ne nous disait qu'il était le secrétaire du marquis 
de Montcalm. 

En effet, M. de Montcalm, qui le connaissait puisqu'ils étaient presque 
▼oisins en France, l'avait amené ici pour lui servir de secrétaire. Estève 
fit la traversée dans le même navire qui nous amena Montcalm. 

Deux jours avant le mariage de son secrétaire, le 16 avril 1757, 
Montcalm écrivait à sa mère : 

"Estève, mon secrétaire, se marie. Beau caractère. Bon autogra- 
phe, écrivant vite. Je lui proc:ure un emploi et le moyen de faire fortune 
s'il veut. Il fait un meilleur mariage qui ne lui appartient ; malgré cela 
je crains qu'il ne le fasse pas comme un autre ; fat, frivole, joueur, glo- 
rieux, petit-maître, dépensier." 

Quel emploi Montcalm procura-t-il à son secrétaire ? Nous l'ignorons. 
Il est bien probable qu'il le fit entrer dans l'administration. 

Le 11 juillet 1757, il écrivait au ministre df Muras au sujet de 
liîstève. Nous n'avons pas sous la nuiin le ti'xte de sa lettre. Nous en 
doniuuis iei la traduction laite par M. O'Callajrhan, dans son grand 
ouvrage Documrutx rchifirc h> Hw colonùil lii.^lory <tf Ih" shilf of Xeir- 
York (vol. X, p. 57 7 ) : 

** I hâve requested only two favors from the' Kce[)er of the Seals : 
sonu' allowanees for niy third aid-de-camp, who lias noue: twill' ])e more 
«greeable tu him and me to receive them from the King. 

"A commission of Clerk of the Marine for Sieur Estève Jeune, a 
gentleman and man of ^intelligence, and the nephew of him who was 
Advocate of the clergy. il you hâve had the goodness, in the labor you 
will lune performed for the Colony, to grant me thèse two favors, I pré- 
sent you my thanks in advance ; if you hâve considered it your duty to 
defer them, 1 shall once more, My Lord, renew the recjuest at the close of 
the campaign, and more in détail." 

A tout événement, nous perdons toute trace du sieur Estève après 
1757. 



— 52 — 

LES ARMOIRIES DES RAIMBAULT 



Au cours (ruii article sur le juge Pierre Kainibault et sa famille, je 
disais dans le Bnlh'lin de lUlô, }). 81, que raul-François, fils de Pierre, 
semblait avoir été anobli. Cette conjecture se cbange en réalité après 
a\(»ir pris connaissance du document suivant où Ton voit que l'anobli 
requiert le brevet de règlement de ses armoiries. Seulement, pourquoi 
a-t-il attendu la coiuiuète de la Nouvelle-France ? 



De * 



PAIMBAULT DV: SAIMBLTN 

M<mtréal-('aiiada, Février 1761 — Brevet de règlement d'armoiries pour 
le sieur Pierre Kaimbault de Saimblin, >Sgr. de Saimblin. 

Jjouis-Pierre d'Hozier, chev. doyen de l'ordre du Poy, cons. en ses 
cons., juge d'armes de la noblesse de France. 

F (lul-V nuirais lldiinhauJl-Sa'nnhJin du Verger, lieutenant d'une Cie 
détachée de la marine en Canada, de présent à Paris, rue Dauphine à 
l'hôtel de Flandres, par. Ht. André des Arcs, faisant pour Paul Raimbault 
de Saimblin, Sgr. de Saimblin, fils de Pierre Raimbault, lieut.-général, 
civil, criminel et de ])olice de sa juridiction de Montréal en Canada, nous 
ayant représenté qu'il est imj)ortant audit Sr. Paul Raimbault son père 
d'avoir des armoiries ])our lui servir et à sa postérité née et à naître en 
légitime nui ri âge : mais ledit sieur Raimbault étant instruit de l'arrêt 
du conseil du neuf mars mil sept cent six qui deffend expressément à toutes 
personnes de porter des armoiries, sans que, préalablement elles ayent été 
réglées par un brevet de règlement signé de nous en qualité de juge d'ar- 
mes de \;i noblesse de France, nous donnant ponvoir de faire assigner à 
notre re(|uête tous veux qui auraient contrevenu ou qui contreviendraient 
à la loi générale établie sur ce fait. En conséquence de quoy l'exposant 
nous a requis de lui accorder le brevet de règlement à ce nécessaire. 

Nous coininc juge d'armes de la noblesse de France, avons réglé 
pour armoiries audit sieur Paul Raimbault de Saimblin et à ses enfants 
et postérité masles et femelles nés et à naître en légitime mariage, un 
éni. (]'ii:iir à vn uujJe d'arejenl. éploijé herqué et membre de gueules et 



— 53 — 

une fdsrc d'or hrorhani sur Ir loul, cliargée d'un lion de gueules passant. 
Cet éi-u timbré d'un c-asque do profil orné de ses lambrequins d'or d'azur, 
d'argent et de gueules. Kt afin que le présent brevet de règlement ])uisse 
servir audit sit'ur Paul Raimbault de Saimblin et à ses enfants masles 
et femelles. Nous l'avons signé et nous y avons fait mettre le sceau de 
nos armes. 

A Paris, le lundi vingt-troisième du mois ilv Frhvricr «le l'an mil sept 

cent soixante et un. 

d'Hozicr 

]V\\A. Nationale — Manuscrits, 

Nouveau d'IIozier — 270 

K.-Z. MASSlCOT'rK 



REPONSE 

Lu morl de Jart/urs Cartier (Vol. XN\'II. |>. 3-15). — Maros demande 
si Jacques Cartier est mort à Saint-.Malo, s'il a été inbumé en cet endroit, 
et si son acte de sépulture a été j)ublié quelque part. Il n'est pas facile 
de répondre d'une manière catégorique à ces ([uestions. Voici cependant 
un extrait d'une lettre adressé.» à M.. L. Hovius, cbevalier de la légion 
d'bonneur, maire de la ville de Saint-Malo, par son adjoint M. ('b. Cunat, 
en date du 10 février 1844, (1 ) (pli montre une lacune dans les registres 
de Saint-Malo. 

"Quant à l'année de la mort de Jacques Cartier, le hasard seul peut 
le faire découvrir puisque nos registres nécrologues manquent entre les 
années 1508 et l.")88, et à cette dernière époque où ils reproduisent la liste 
des morts, le grand bomme aurait atteint ses 04 ans ; aussi mes recbercbes 
au delà n'étaient-tdles (pi'un acquit de conscience". 

Mais sir ,lose|)b Pope, dans Janiues Cartier, sa rie et ses roi/ages 
(trad. de :\I. L.-l'. Sylvain), ]). 13T, a du nouveau: 

"Nous voici maintenant arrivé au dénouement de notre béros, à sa 
mort qui eut lieu le 1er septembre 1557, dans la Gfième ou la 67ème année 
de son âge". 

Une note îiu bas de la page dit : "M. des Longrais dit avoir découvert 
dernièrement, à la marge d'un des registres de la cour de Saint-Malo. l'an- 
notation suivante, sous la date du 1er septembre 1557. 

"Ce dici niercrrcredif au malin enriron rinfj heures décéda Jacques 

Cartier". - -t 

"M. des Longrais donne un fac-similé de cette entrée. Une épidé- 
mie qui sévissait alors à Saint-Malo jtourrait ywrter à conjecturer que Car- 
tier fut une des victimes du fléau". 

FRANCIS-J. AUDET 



(1) Archives du Canada. Série F. vol. 1. p. 62. 



— 54 — 

REPONSES 



Lr baron iJicsIrnu fiil-iJ hlcssr. par un Canadien ? (Vol. XXVIII, 
p_ ;})_ — l/historien (Jarneau écrit qu'à l'assaut du fort Lydius, le 11 
septembre 1755, le baron Dieskau, comraaudant des troupes françaises, fut 
blessé et fait prisonnier par un déserteur canadien établi dans la Nouvelle- 
York depuis une dizaine d'années. 

Dans sa lettre du 14 septembre 1755 au comte d'Argenson, le baron 
Dieskau écrit : 

"Comme j'étais près du camp ennemi, et en face du canon, je m'a- 
vançai avec les 200 hommes de troupes réglées pour m'en saisir, persuadé 
que les Canadiens ne m'abandonneraient pas, et que les sauvages revien- 
draient peut-être, mais inutilement. Les troupes réglées eurent sur elles 
tout le feu ennemi et y périrent presque toutes ; je fus jeté à. terre par 
trois coups de feu, dont aucun n'était mortel ; mais j'en reçus un quatrième 
(jui |)assa d'une cuisse à l'autre en traversant la vessie." 

M. Garneau, croyons-nous, a pris son renseignement dans le "Dialogue 
entre le maréchal de Saxe et le baron de Dieskau, aux Champs-Elysées" 
du chevalier Johnstone. Ce dialogue, dans le fond, est une oeuvre d'ima- 
gination. Les appréciations militaires peuvent être justes, mais nous 
avons le droit de suspecter les faits avancés par le chevalier Johnstone. 

Johnstone met dans la bouche de Dieskau le récit suivant : 

"Ayant donc continué à marcher sur la dite batterie dans la confiance 
que les sauvages n'oseraient m'abandonner me voyant si fort avancé, je 
m'aperçus que les Canadiens, au lieu de marcher de leur côté au retran- 
chement, s'éparpillaient à droite et à gauche, faisant le coup de fusil à la 
sauvage, et (|ue les sauvages n'avançaient point ; sur quoi m'étant écarté 
un peu vers la gauche pour leur faire signe d'avancer, je m'approchai, sans 
m'en apercevoir, si près du retranchement, que je reçus dans un instant 
trois coups de fusil dans les jambes et un à travers le genou droit qui me 
fit tomber près d'un arbre, derrière lequel je me traînai avec l'aide du che- 
valier de Montreuil qui m'avait suivi, lequel était le plus ancien après moi 
et ne voulant pas m'abandonner, je lui ordonnai, de par le Eoi, d'aller 
prendre le commandement, et s'il en voyait la nécessité, de faire la retraite 
le mieux qu'il pourrait, mais de m'envoyer quelques hommes pour m'en- 
lever. Peu de temps après vinrent deux Canadiens de sa part, dont l'un 



— 55 — 

fut tué raide et me tomba sur les Jambes, ce qui m'embarrassa beaucoup ; 
et, l'autre ne le ])ouvant pas faire seul, je lui dis de m'amener quelques 
hommes de plus. Mais peu de temps après j'entendis battre la retraite 
sans rien voir, étant assis dans un terrain un peu bas, le dos appuyé contre 
un arbre, et ayant resté dans cette situation environ une demi-heure, je vis, 
à dix à douze pas de moi, un soldat des ennemis me cou(;her en joue der- 
rière un arbre, auquel je fis signe de la main de ne pas tirer ; mais il ne 
laissa pas que de lâcher son coup, qui me traversa les deux cuisses, et, 
sautant en même temps sur moi, il me dit en très bon français : "Rendez- 
vous !" Je lui dis : "Misérable ! pourquoi me tires-tu ? tu vois un homme 
couché à terre baigné dans son sang et tu tires ! — Ah ! répondit-il, que 
«ais-je moi ? vous pouviez avoir un pistolet : .T'aime mieux tuer le diable 
que si le diable me tuait. — Tu es donc Français ? lui dis-je. — Oui, répli- 
qua-t-il ; il y a i)lus de dix ans que j'ai déserté du Canada." 

Ajoutons que le baron Dieskau fut très bien traité par son vainqueur, 
le général Johnson. 

P. G. K. 



Lr udufnujc de J'AIe.ninrlrc en 1747 ( \'(»1. X.W'il, p. 227). — Le 
document qui suit servira de répon.'^e à la question ])osée par A. G. dans le 
Bulletin de novembre li»21 : il est con.^ervé dans les Archives du Séminaire 
de Quél)ec. Cette relation remplit quatre pages grand papier. Elle est 
d'une bonne et même belle écriture, signée de trois noms et ])robablement 
dictée sinon écrite par le commandant qui. pourrait bien être Dufaux. 
Cette copie nous paraît être une rédaction définitive originale. 

" Aujourd'biii vingt .<ej)tièin<" juillet milli' sept cent quarante sept. 

"Nous soussignés, Capitaine, officiers majors et mariniers du navire 
l'Alexandre de Bord : certifions à tous ceux qu'il aj)partiendra être parti 
de la Rivière de Bordeaux le 27e avril 1747 pcnir nous rendre dans la 
Rade de LaRochelle joindre l'Escadre de Monsieur de LaJonquière des- 
tinée pour Quebeck ce que j'ay fait le 28 du d. Et sommes partis sous 
l'Escorte du d. Sieur de La Conquière au nombre de 39 voilles, dont il 
y en avait neuf à dix pour les Indes et le restant pour le Canada. 

" Le 10e du mois de may nous avons tous appareillé de la d. Rade 
de LaRochelle et avons toujours suivi le convoy juscfu'au 14e du d. au 
matin à 8 heures que nous eûmes connoissance de 16 gros vaisseaux au 



— 56 — 

vent ;'i Jiuus, (Les vents étant de la part du NXe, bon petit frais) Lesquels 
après une certaine distance reconnûmes être des anglais qui avoit déter- 
miné notre commandant de nous faire le signal d'arriver, })our nous 
éloigner des anglais, ce que nous limes dans l'instant, et eûmes connois- 
sance d'un combat qui fut livre entre l'escadre de france et celle des 
anglais (|ue nous observâmes jusqu'à 7 lieures du soir (pie nous perdimes 
de vue les uns et les autres, (;e qui me fît résoudre à faire une routte 
différente ])our cvitter la rencontre des ennemis, je fis gouverner au S E. 
j>our aller cben-lier la cotte d'Espagne n'en étant qu'à 16 lieues dans le 
X(): à 10 heures du même soir, nous eûmes connoissance de deux navires 
de notre Hotte au vent à nous qui l'aisoit la même manoeuvre que nous 
et même routte, une heure après, nous en aperçûmes un troisième que 
nous routions être de notre tlotte mais qui se 'trouva être ennemi du 
j)onil)re (le l'escadre (pli avoit attaqué notre Hotte: après avoir arrivé sur 
jious il en a amariné deux: Dans cet intervalle je fis plusieurs routtes 
ditlerentes, j'eus le Ixjnheur de m'écbapi)er de luy, et de gagner un endroit 
babitté i)ar des peclieurs nommé Camarignas ou nous mouillâmes le 
leiulemain 1 .-)e du d. environ à neuf beures du matin, et avons resté deux 
jours ])our donner le temi)S aux ennemis de ]ious donner le passage libre, 
Xous partîmes le ITe de Camarignas pour continuer notre routte et pour 
suivre notre destination. Pendant le cours de notre traversée avons eu 
un temps des ])lus cruels, Noreste et brumeux. 

"Le vingt trois juillet eûmes cimnoissance du Cap de Xcjrd à dix 
lieues einiron au ()N0 de nous, après nous être un peu rallié à terre, nous 
aperçûmes i'isle St. Paul qui me coniirma les dittes terres, à huit heures 
du soir nous limes la routte convenable pour ])arer l'Isle aux oiseaux, 
les vents étant de la ])art du Sud: A'^ers les dix beures du même soir, ils 
varièrejit au S O et à minuit au (): et brume épaisse à ne pouvoir dis- 
tinguer le beaupré de notre navire. Ce temps afreux ayant continué 
quatre joui's, les vents ont \arié du S S au et toujours brume fort 
épaisse. Le 3Te du d. juillet à dix heures du nuitin ntnis eûmes une ])etite 
éclaircie d'environ une demy heure, nous observâmes avec attention dans 
cet intervalle s'il y avoit (piehpie marque ou apparence de terre dont nous 
n'eume^s nulle connoissance nous méfiant de la variété du c(mrant. Nous 
nous faisions toujours à 10 ou 18 lieues dedans le S Vj\ de l'Isle d'Anti- 
costy ; à midy. les vents au Sud et au S S O toujours brume épaisse nous 
fîmes gouverner au ONO pour nous rallier du cotté de bonaventure ou 
de (isapev, terre extrêmement élevée i)our éviter Anticosty, les courants 



01 



étoient si violants portant au .\. que vers les 4 heures du soir nous eûmes 
le malheur de donner à la pointe du S E de Flsle d'Anticosty sans scavoir 
pendant deux heures de temps que devenir sans connoissance de terre, 
dans Fintervalle nous travaillâmes à la sauration (sic) du navire jusque 
dans le moment (|u'uii coup de mer nous prit et mit le navire en travers 
et le creva et dans l'instant le luivire l'ut comblé d'eau jus(|u'à son plat 
bord de tribord, nous voyant dans une si funeste situation et sans espoir 
nous sauvâmes des vivres que nous embarquâmes dans notre canot, nous 
l'unies favorisés d'une éclaircie qui nous fit apercevoir la terre environ 
demi lieue avec des battures de Koches bâbord et tribord qui portent une 
grande lieue au large. Nos gens s'embarquèrent en partie pour aller à 
terre mettre une partie du monde et venir cbercher le restant ou nous 
sommes tous ensml)le sur la ditte Isle, ayant été obligé d'abandonner le 
navire avec précipitation pour notre sauvement je n'ay pu avoir le temps 
que de prendre le reste de mon é(iui[)age et me sauver à terre. 
^'Fait à .\nticosty le 28 juillet 174:. 

Jhifftiix 
(signé) fraie lie 

Despaigne 
t(»us trois avec paraphe 

"Aujourd'hui, vingt neuvième du d. mois de juillet au matin a[»rès 
avoir examiné notre situation, dégradé sur une Isle déserte sans ressource 
ex})osé })eut-être à la fureur des bêtes féroces qui fourmilloient à l'entour 
de nous et voyant nulle apparence de pouvoir sauver la moindre partie 
des débris de notre naufrage dans cette extrémité aurions conclu qu'une 
partie de l'équii)age ])artiroit dans notre canot i)our se rendre à la terre 
du Sud et tâcher de leur procurer du secours, et qu'en attendant le reste 
de l'équii>age resteroit sur l'isle avec la plus grande partie des vivres 
leur en ayant laissé environ j)our deux mois de ceux que nous avions 
sauvé précédmt. ce qu'avons fait au nombre de onse, scavoir le segond, un 
de mes officiers, le major, quatre officiers mariniers et trois matelots et 
moy faisant le nombre des onze dittes personnes et ceux qui ont resté sur 
la ditte Isle D'Anticosty sont au nombre de dix sept. 

" Aujourd'hui 29e à G heures du matin sommes partis de la pointe 
du S E de l'isle d'Anticosty d'un vent d'Est dans notre canot pour nous 
rendre dans la Baye de (iaspey à neuf heures du même matin les vents 



— 58 — 

se halles au S () <|ui nous auroit obligé de relâcher à 12 lieues dans l'Ouest 
de la ditte Isle où nous avons resté quatre jours pour laisser passer le 
mauvais tpm])s. Le môme Jour de notre relâche dans ce même lieu avons 
aperc^eu la fausse quille de notre navire avec deux aiïut de canon et autres 
dél)ris venus à la cotte ce qui nous a fait présumer que les courants étoit 
extrêmement violents. 

"' Le 2e aoust, G heures du soir, tem[)s calme, avons entrepris de 
])oursuivre notre routte à la rame ])our parvenir à nous rendre dans la 
partie du Sud cotte de (raspey dans la même nuit le temps s'est épaissi, 
les vents sont venus du cotté du Sud et du S S E gros frais la mer extrê- 
]nent grosse avons toujours fait gouverner au Ouest et O NO : après un 
certain chemin fait sans voir la terre nous conclûmes que les courants 
nous avoit transporté du cotté du S E ou du N O. A midy les vents ont 
renforcé et la mer extrêmement grosse qui nous auroit obligé d'arriver 
vent en arrière ail en lame pour éviter (pie la mer nous eut comblé. A 
'.i lieures de l'après-midi du 3e aoust nous eûmes le bonhenr d'apercevoir 
la terre de gaspey où nous arrivâmes dans l'ance à Bonet- (Bosset?) à 
Iniit heures du soir après une cruelle traversée. 

" \je -te à liuit heures du matin nous sommes partis de la ditte ance 
])our nous rendre au C'a}) des Eosiers ce que nous fîmes à deux heures 
après midy ou nous trouvâmes le Sieur Aubert officier d'un Poste français 
après luy avoir informé de notre triste avanture il lums a rendu tous les 
services que l'on peut souliaiter. Le môme jour à 9 heures du soir il a 
expédié une grande chaloupe du pays avec des vivres et 4 hommes de son 
]'o.«te et deux de ceux cpii étoient venus avec nioy scavoir un officier mari- 
nier et un matelot pour aller à Anticosty chercher le restant de mon 
équipage. 

"Le 5e du d. au matin nous sommes ])arti du Cap des lîosiers avec 
un |)i lotte et des vivres que le Sr Aubert nous a donné pour nous rendre 
à quebeck où nous sommes arrivés aujourd'hui après plusieurs jours de 
traversée. 

"Fait il (^icbcck le oe Aoust 1747. 

" Du faux 
" (signé) fraîche 

" Tous trois a\»'(- paraphe. 
" Pour cojiic couronne à l'original 

AMEDEE (lOSSELTN, ptre 



59 — 



La médecine chez les sauvages (Vol. XXVIII, p. 27). — Xous croyons 
qu'il n'existe pas d'ouvrage spécial traitant de la médecine chez les sau- 
vages. Toutefois, dans les Relaiions des Jésuites nous trouvons d'inté- 
ressants détails sur les soins médicaux que les sauvages donnaient à leurs 
malades. La plupart des tribus sauvages avaient leurs médecins. Ceux-ci 
étaient plutôt des sorciers. Qu'on consulte le volume LXXTII des Jesuif 
Relaiions and aUied doctnnenls j)ul)liées à Cleveland en lî)()l, aux mots 
ni tin il ou et médecines. 

Dans son mémoire de 17ô^, M. de Boiiguiiiville résume une conver- 
sation qu'il eut avec le sieur Blondeau, qui avait longtemj)s vécu dans les 
bois, sur la médecine (]l'^ sauvages. Xous en re{)roduisons ici les prin- 
cipaux passages: 

" IjCS sauvages ont une médecine naturelle et des médecins, lis vivent 
aussi longtemps (|ue nous. Ils ont moins de maladies. Ils les guérissent 
(juasi toutes hors la petite vérole, qui fait toujours de funestes ravages 
chez eux, maladie qui leur était inconnue avant notre commerce. 

"La vérole et toutes les maladies sénériennes leur sont connues. 
Ils les traitent a\('c des tisannes composées de (iuel(|ues simples 
qu'il n'y a qu'eux ou ([uel(|ues voyageurs des ])ays d'en liant (pii les con- 
naissent. Je croirais cej)endant leurs remèdes plus palliatifs (|ue curatifs. 

''Leurs grands principes pour la guérison de toutes les maladies 
sont: la diète rigoureuse, faire suer le malade, enii)loyer les vomitifs, 
des ])urgatifs et ih^)^ lavements. Ils ne connaissent ni la casse, ni la manne, 
ni le séné, ni la rhubarbe, ni les (|uin(piinas, mais ils ])roduisent les mêmes 
effets que ces drogues avec de^ plantes qu'ils connaissent, dont ils font des 
infuvsions. Ils ont des remèdes particuliers pour guérir les tumeurs scro- 
fuleuses ou écrouelles. Ils font peu d'usage de la saignée. Ils ne con- 
naissent point celle du pied. Ils font cette opération à l'aide d'un couteau 
bien ])ointu ou d'une {)ierre à fusil. Ils font observer à leurs malades 
une diète ])lus rigoureuse (pie nous, ils leur Umt un bouillon fort clair 
indistinctement de toutes viandes, mais de ])référence de poisson, senti- 
ment (}ue M. Héquet aurait bien adoj)té. Ils n'excluent, pour faire du 
bouillon à leurs malades, parmi les aliments maigres, que l'anguille, la 
truite et l'esturgeon, et ])armi les aliments gras, le dinde, la biche, l'ours, 
le cochon et le castor; à juger par leurs succès, ils sont aussi bons méde- 



— 60 — 

(.•iiis que le.s nôtres. Ils ne connaissent j)oint les remèdes chimiques, ils 
jie sont que grands botanistes et connaissent })arfaitement les simples. 
Je ne crois pas que les médecins des sauvages soient aussi habiles sur 
le l'ait de la chirurgie. Ils remettent les os disloqués. Ils rétablissent 
les fractures, ils se sei'vent de bandages, mais, moins adroits (|ue nous, 
on reste quelquefois estropié. Ils ne connaissent point l'art terrible et 
malheureusement nécessaire des amputations. Ils guérissent les blessures 
qui ne sont ])as considérables, en suant. Ils donnent aussi des tisannes à 
leurs blessés. Ils ont des tisannes adoucissantes pour les maux de poitrine; 
aucun usage du lait; leur sagamité, qui est une ])réparation du blé-d'Inde, 
fait une nourriture légère et rafraîchissante. Ils ont aussi une tisanne 
qu'ils regardent comme un très-bon dissolvant de la pierre et des matières 
irraveleuses." 



M. de Corbière (Vol. XX VII, p. 347).— Xous' savons peu de choses 
sur M. de Corbière; mais les Canadiens-Français doivent tout de même 
conserver le souvenir de cet officier parce qu'il fut un brave et habile soldat 
et donna sa vie pour le salut de la Xouvelle-France. 

On a cru (pie M. de Corbière était Canadien-Français parce qu'il 
servait dans les troupes du détachement de la marine dont la plupart des 
officiers étaient du pays. M. de Corbière était Français. Nous en avons 
deux preuves. Le 3T novembre 1758, le marquis de Montcalm, alors dans 
les pays d'en Haut, écrivait à son ami, M. de Bourlamaque: "....Des 
conseils de guerre à tous les moments, où le dernier enseigne opine tou- 
jours abandon, retour à Montréal. lîocheblave y a ouvert un avis militaire, 
suivi de du Vernys et fîorbière, irois fous de français." Dans une lettre 
d'un Père Jésuite, datée de la mission de Saint-François le 21 octobre 
1757, nous lisons: "M. de Corbière, officier français, servant dans les 
t]'oupes de la colonie. . ." 

Xous croyons que M. de Corbière passa dans la Nouvelle-France au 
])rintemps de 1744 ou peu avant. Le 17 avril 1744, le président du Con- 
seil de Marine écrivait à MM. Duquesne et Bigot de donner à M. de 
Corbière la première première place vacante de cadet à l'aiguillette {Rap- 
port sur les archives canadiennes pour 1905, vol. 1er, p. 31). 

M. de Corbière se distingua en plusieurs occasions mais c'est dans 
les environs de Carillon, à l'été de 1757, qu'il accomplit son plus bel 
exploit. 



— 61 — 

Nous \eiioiis df voir que M. de Montcalni qualifiait son compatriote 
de fou. N'empêche que dans son rapport à M. de Vaiidreuil du 24 juin 
1757, il lui disait, parlant de M. de Corbière: ". . .Je connais le zèle et 
l'intelligence de cet officier..." 

C'est dans la lettre d'un Père Jésuite, en date du '^1 octobre 1757, 
([ue nous trouvons le meilleur compte-rendu du coup de M. de Corbière. 

" M. de Corbière, officier français servant dans les troupes de la 
Colonie, avait été commandé la nuit précédente pour aller croiser sur 
le Lac Saint-Sacrement. Sa troupe se montait environ à x-inquante Fran- 
çais, et à un ])eu plus de trois cens Sauvages. Au premier jwint du jour, 
il découvrit un corps de trois cens Anglais, détachés aussi en parti dans 
une quinzaine de lîerges. Ces sortes de bateaux hauts de bord, et forts 
en épaisseur, en concurrence avec de frêles canots, compensaient suffi- 
samment, et au-delà, la petite supériorité que nous pouvions avoir du côté 
(hi nombre. Cependant nos gens ne balancèrent pas à aller engager l'action; 
l'ennemi parut d'abord accepter le déli de bonne grâce: nuiis cette réso- 
lution ne se soutint pas. Les Français et les Sauvages, cpii ne pouvaient 
raisonnablement fonder l'espérance de la victoire que sur l'abonbige que 
leur nombre favorisait, et qui d'ailleurs, ris(iuaient tout n se battre de 
loin, se mirent à serrer de près l'ennemi, nuilgrc la vivacité du l'eu qu'il 
l'esait. L'ennemi ne les \it pas plutôt à ses trousses, que la terreur lui lit 
tomber les armes des mains. Il Jie rendit ])lus de combat, ce ne i'ut plus 
qu'une déroute. De tous les partis le moins honorable sans contredit, 
mais, qui est, le plus dangereux, était de gagner la grève. C'est celui 
auquel il se détermimi. Dans l'instant on les voit tirer avei- préci))itation 
vers le rivage: (pielques-uns d'eutr'eux, pour y arriver jilutôt, se mettent 
à la nage, en se fiattant de j)ouvoir 'se sauver à la faxeur des bois; entre- 
])rise mal concertée, dont ils eurent tout le tenij)s de i)leurer la folie. 
Quehiue vitesse (pu- les eft'orts redoublés des raïueurs pussent donner à 
des bateaux ([ue l'art et l'habileté de l'ouvrier avaient reiulus susceptibles 
dé célérité, elle n'a])prochait pas, à beaucou]) près de la \ itesse d'un canot 
d'écorce ; il vogue, ou plutôt il \ole sur l'eau avec la rapidité d'un trait. 
Aussi les Anglais furent-ils bientôt atteints. Dans la première chaleur du 
combat, tout fut massacrés sans miséricorde ; tout fut haché eu pièces. 
Ceux qui avaient déjà gagné les bois, n'eurent |)as un meilleur sort. Les 
bois sont l'élément des Sauvages; ils y coururent avec la légèreté des 
chevreuils. Les emiemis y furent joints et coupés par morceaux. Cepen- 
(knt les Outaouacks voyant qu'ils n'avaient plus aft'aire à des combattants, 



— 62 — 

Jîiais à des gens qui se laissaient égorger sans résistance, pensèrent à faire 
(les prisonniers. Le nombre en monta à cent cinquante-sept, celui des 
morts à cent trente-un ; douze seulement furent assez heureux pour 
éc]ia])})er à la captivité et à la mort. Les berges, les équipages, les pro- 
visions, tout fut ])ris et ])illé. ]\)ur cette fois. Monsieur, vous vous 
attendez, sans doute, qu'une victoire si incontestal)le nous coûta cher. Le 
coml)at se donna sur l'eau, c'est-à-dire, dans un lieu tout-à-fait découvert; 
l'ennemi n'y fut j)as pi'is au dépour\u. 11 eut tout le tem])s de faire 
ses dispositions; il coml)attait de ])lus haut-en-bas, pour ainsi dire; du 
Jiaut de ses berges, il (]échargeait la mousqueterie sur de faibles écorces, 
(ju'un peu d'adresse ou jjlutôt (|u'un ])eu de sang froid aurait aisément 
fait submerger avec tous ceux qui les défendaient. Cela est vrai: cepen- 
dant un succès si complet fut acheté au prix d'un seul Sauvage blessé, 
dont le poignet fut démis par uii cou]) de feu. 

" Tel fut le sort du détachement de l'infortuné M. Copperelh, qui 
en était le commandant, et que le bruit général dit avoir péri sous les 
eaux. Les enn.emis ne s'exjiriment sur les désastres de cette journée, 
(ju'en (\vt< termes qui marcpient également et leur douleur et leur surprise. 
Ils conviennent ingénument de la grandeur de leur ])erte. 11 serait, en 
effet, difficile de s'inscrire en faux contre la moindre particularité: les 
caihivres des Officiers et de leurs soldats, en ])artie liottans sur les eaux 
du Lac St. Sacrement, en partie encore étendus sur le rivage, déposeraient 
encore ce désaveu. Quant à leurs prisonniers, la plus grande partie gémit 
encore dans les fers de M. le chevalier de Levi. Je les vis défiler par 
liandes, escortés de leurs vainqueurs, qui, occupés en barbares de leur 
ti'iomphe, ne paraissaient guères d'humeur à adoucir la défaite des vaincus. 
Dans l'espace d'une lieue (ju'il me fallut faire pour rejoindre mes Abnakis, 
je fis rencontre de plusieurs ])etites troupes de ces captifs. Plus d'un 
Sauvage m'arrêta sur mon chemin ])our faire montre de sa prise en ma 
])résence, et [«lur jouir en passant de mes applaudissemens. L'amour 
de la l'atrie ne me ])ermetait pas d'être insensible à des succès qui inté- 
ressaient la Xation. ]\Iais le titre de malb.eureux est respectable, non- 
seulement à la Kt'ligion, mais à la simple nature. Cîes prisonniers d'ail- 
leurs s'offraient à moi, sous un a])pareil si triste, les yeux baignés. de 
larmes, le visage cou\ert de sueur et même de sang, la corde au cou. A 
cet aspect, les sentimens de compassion et d'humanité avaient bien droit 
sui- mon coeur. Le rbum dont s'étaient gorgés les nouveaux maîtres, avait 
écbautfé leurs têtes et irrité leur férocité naturelle. Je craignais à chaque 



— 63 — 

instant de voir (|ue]qiu' prisonnier, victime et de la cruauté et de l'ivresse, 
massacré sous mes yeux, tomber mort' à mes pieds ; de sorte que j'osais 
à peine lever la tête, de peur de rencontrer les regards de quelqu'un de 
ces mallieureuN. 11 nie fallut bientôt être témoin d'un spectacle tout 
autrement iiorrible ([ue ce que j'avais vu jusques-là " (1). 

M. de Vaudreuil, pour récompenser M. de Corbière de sou bel exploit, 
lui obtint une gratification extraordinaire du Koi qui lui fut payée au 
prinfemps de 17.")!). 

M. d(^ Corbière, blessé mortellement à la bataille de Sainte-Foy, 
le 28 a\ril IKiO, décéda à l'llôpital-(iénéral de Québec le 2 mai suivant. 
Il était à la veille d'obtenir le commandement d'une compagnie. 

Juscpi'ici on ignorai! le prénom de ]\[. de Corbière. M. Aegidius 
Fauteux vient de le découvrir dans mie jiièce de ])rocédure produite au 
tribunal de Montréal. Il y est dénommé Claude de Corbière. 

r.-(i. II. 



QUESTIONS 

Tanguay {Dul. (Ifttéa., etc.) marque c[ue Cbarles TJoy (b. 17;5(), iils 
çle Charles III ), marié en 17o7 à St-Charles à Marguerite (Jontbier (b. 
1739, fille de l*ierre-Louis III), eut pour enfants: 

lo François, b. 8 mars 1758 à St-Charles; 2o Jose()li, b. 1759; s. 
2G août 17(;() à St-Cbarles: 3o Guillaume, b. 1767; s. 25 janvier 1768 
à Lachesnaye. 

De 1760 à 1767 il y a une lacune. (^)u(dque lecteur du Bulletin 
])ourrait-il la remplir ? 

J'ai ceci: l']n 1803, le 21 février, Augustin, fils majeur de Charles 
lîoy et de Marguerite Confier, épousait à la Pointe-Claire, près Montréal, 
Marie-Marguerite Cardinal, lillc de .Iac(|ues et de défunte Agathe James 
dit Carrière. Les parents étaient ])résents. Augustin Eoy a dû naître 
vers 1778. Où?. Pourrait-on fournir la date exacte? 

E. R. 

Monseigneur Laflèche, ancien missionnaire à la Rivière Rouge et 
ancien évêque des Trois-Rivières, a publié divers petits opuscules. Pour- 
riez-vous m'en donner la nomenclature ? 

E. D. G. 



(1) The Jesuit Relations and allied documents, vol. LXX, p. 118. 



— 64 — 

QUESTIONS 



Dans V/'JcIio (lu ciihiiK'l (le Icciure pdrois.sidl de Montréal (vol. de 
^'è^S'S, p. 55Î ) il est dit que le elievalier Johnstone, aide-de-camp du che- 
valier de Lévis et auteur du Dialogue des morts entre Montcalm et Wolfe, 
était le gendre de M. Chaussegros de Léry, ingénieur de la colonie de la 
,\()U\('1I('-Fr;uice. Est-ce l)ien le cas ? 

A. B. C. 

l-]ii 1(S0!), les maîtres d'écoles ou instituteurs emidoyés.par la fameuse 
Institution Ivoyalc dans la provinc de Québec étaient: James Tanswell, 
à (^uél)ec: Finlay Fisliei-, à Montréal; William Nelson, à Sorel; Benj. 
llobson, à New-Carlisle ; .lohn Jobnstone, à la Eivière-Ouelle : John 
Dewar, dans le canton de C'hatbam; Francis Malberbe, à la Pointe-Lévy; 
Xorman McLeod, dans la seigneurie de Monnoir : Tbos Costin, à Ka- 
inouraska ; Michel Perrault, au ca]) St-Tgnace; Antoine Côté, à Saint- 
Thomas; Robert ('liaml)ers, î\ llull. Le salaire de chacun de ces insti- 
tuteurs était de .")4 louis par année. i'ouvez-vous me donner des 
renseignements biogra|tlii(pies sur ces instituteurs? Que sont-ils devenus? 

M. B. 

Le ])ère Martin dit (pielque jiart (\\\ ]*ère Bressani, jésuite itahen qui 
\écut quelques années dans la NouAclle-France, qu'il était aussi bon mathé- 
maticien ([ue zélé missionnaire. 11 eut les honneurs de l'Académie des 
Sciences, à Paris, et cette société savante inséra dans ses Mémoires les ob- 
servations faites à Québec par le Père Bressani sur une échpse de lune. 
En quelle année furent ])ubliées les observations du Père Bressani. Le 
travail du savant jésuite a-t-il été publié dans une de nos revues ou publi- 
cations canadiennes ? 

G. (). C. 

Dans un oinrage qui vient de paraître en Angleterre sur le général 
Murray, je lis : 

"In the Xeu-WordI, too, Murray bad considérable possessions. The 
i-ecoi-d is not \ery clear, but be certainly possessed a large estate situated 
on tbe sbores ol' Lake ('lianq)lain. wbicli be purchased in 1T()4 from M. 
Franc;ois Foucault." 

L'auteur \eut saut doute |«arler de la concession de Trois lieues de 
li-oiii (jui fut accordée le 1er mai 1743 sur la rivière Cbambly par MM. de 
licaubarnois et Hocquart à François Foucault, garde-magasin à Québec. 
Devaid fpiel notaire fut passé l'acte de vente de Foucault au général Mur- 
ray ? 

A. B. 



bui.i.i:ti>, 



DKS 



RECHERCHES HISTORIQUES 



VOL. XXVIII lEAlCEVILLE - MARS 1122 N» 3 



CHARLES LEG ARDEUR DE TILLY. CON- 
SEILLER AU CONSEIL SOUA^ERAIN 

l.c \*vvv J.c.Jcinic. dans la Uchitioii de \(\\\{\ api'ùs aA'oir 
i-ac()i)i('' l'an'ivcH' à (jlurhcc, le 11 juin \()M\, ^\\\ cliCA-alicr 
de JNioiniiiauiiy. successeur de ^I. de ( lianiplain au gou- 
vei'ueineiil de la XouA'elle-Fraiice, éci'it: 

'•('(' n'est ]»as tout; ce niêiiie jour |»aru1 un \aisseau 
cdinniandé |iar monsieur de ('ourpon, (pli nous rendit le 
W Xic(»las Adam el' notre 1^'i'ère Amhroise CauA'ct. Ces* 
entrcNues en un pays si éloigné de ii(>ti'e ])atiMe, a])rès avoir 
ti-avei-sé laiit de mei's, s(mt sensibles pai'l'ois aux yeux, 
aussi hieii (pi "au coeur. Notre joie ne se tint ])as là, la 
(piantité di' familles (pii venaient <irossir uotre colonie 
l'acciut notableinent; celles eiitr'autres de monsieur cle 
Hepentio-ny et de Monsieur de la Poterie, braves gentils- 
iiouunes. couii)osées de quarante-cinq ])ersonnes. C'était 
un sujet où il y avait à louer Dieu de voir en ces contrées 
des damoiselles fort délicates, des i)etits enfants tendrelets 
sortir d'une prison de bois, comme le jour sort des ténèbres 
de la nuit et jouir après tout d'une aussi douce santé, 
nonobstant toutes les incommodités qu'on reçoit dans ces 
maisons t'ottantes, connue si on s'était ])i'omené au cours 
dans un ca rosse " (1 ). 

(1) Ihr Jrstiit J'rUitiuti.t (tad nllud docunKut.f. v<)l. VIII. i>. 220. 



— 66 — 

Dans le coiitiiigent de quarante-cinq nouveaux liabi- 
tants arrivés à Québec le 11 juin 1636, la famille LeGar- 
(leur, de Tliury, en Normandie, comptait dix âmes. 
C'étaient : 

Catlierine de Cordé, veuve de René LeGardeur de 
Tilly. 

Pierre LeGardeur de Repentigny, fils de madame 
LeGardeur de Tilly; sa femme Marie Favery et leurs 
enfants Marie-Madeleine, Catherine et Jean-Baptiste. 

Charles LeGardeur de Tilly, second fils de madame 
LeGardeur de Tilh^. 

Jacques LeNeuf de la Poterie, gendre de madame 
LeGardeur de Tilly ; sa femme Marguerite LeGardeur de 
Tilly et leur fille Marie-Anne LeNeuf de la Poterie. 

La famille LeGardeur était originaire de Normandie 
où elle avait possédé les seigneuries d'Amblie, de Tilly, de 
la Valette, de Croysille, de Repentigny, etc. 

Jean LeGardeur de Croysilles fut anobli par Louis 
XII en mai 1510 (2). La même année, il épousait Jeanne 
de Tavernier qui lui donna trois fils : Jean LeGardeur 
de Croysilles, qui fut lieutenant-général criminel au 
bailliage et présidial de Caën, Boniface LeGardeur de 
Tilly et Philippe LeGardeur de Tilly, mort sans postérité. 

Boniface LeGardeur de Tilly et de Mulrecy marié à 
Louise de Montf riant eut cinq enfants: René, Olivier- 
Roland, Guillauiue, Jacques et Robert. 

René LeGardeur de Tilly épousa, le 3 mai 1582, Mar- 
guerite de La Coste. Devenu veuf, il se maria, le 27 juin 
1599, à Catherine de Cordé, qui était, dit-on, de la famille 
de Charlotte Corday. 

C'est après la mort de René LeGardeur de Tilly que 
sa veuve, Catherine de Cordé, passa dans la Nouvelle- 
France avec ses deux fils, Pierre LeGardeur de Repenti- 

(2) Les lettres de- noblesse de Jean LeGardeur de Croysilles, insinuées au 
Conseil Souverain de la Nouvelle-France le 23 juillet 1667, ont été publiées dans 
notre ovivragc Lettres de noblesse, généalogies, érections de comtés et haronnies, 
etc., etc., vol. 1er, p. 7. 



M - - 



giiy et Charles LeGardeur de Tilly, et sa fille, Marguerite 
LeGardeur de Tilly mariée à Jacques LeXeuf de la Pote- 
rie. 

Charles LeGardeur de Tilly, tils cadet de la veuve. 
LeGardeur de Tilly, était ué à Thury-Harcourt, mais il 
est assez difficile de fixer l'amiée de sa naissance. Le 
recensement de 1666 lui donne 50 ans, ce qui place sa nais- 
sance à 1616. Le recensement de 1667 le dit âgé de 54 ans, 
ce qui ])orte sa naissance à 1614. Dans sa lettre au minis- 
tre du 14 noveni])re 1674, le gouverneur de Frontenac 
écrit: "M. de Tilly, vieux gentilhomme de 60 ans." M. 
(le Frontenac confirme, ])ar conséquent, le renseignement 
donné par le recensement de 1667. D'autre part, l'acte de 
sépulture de M. LeGardeur de Tilly au registre de Québec, 
le 10 novembre 1695, dit: "âgé de 84 ans", ce qui le fait 
naître en 1611. Nous serions porté à idacer la naissance 
de M. LeGardeur de Tilly au cours de l'année 1614. Le 
gouverneur de Frontenac devait tenir son information de 
M. LeGardeur de Tilly lui-même. 

Quoi qu'il en soit, si M. LeGardeur de Tilly était né 
en 1()14, il était âgé de 22 ans, lors de son arrivée dans la 
Xouvelle-France en 1636. 

M. LeGardeur de Tilly était marin tout comme son 
frère, M. LeGardeui' de Rei)entigny. Le Journal des Jé- 
suit( s, à la date du 29 octobre 1645, dit : 

"Le 29, partirent les vaisseaux cinq en nombre char- 
gés à ce que l'on tient de vingt mille livres de castor pesant 
pour les habitants et de dix mille pour la compagnie géné- 
rale à une pistole ou dix ou douze francs la livre. M. de 
Repentigny en était amiral; son frère, M. de Tilly, com- 
mandait le vaisseau de Montréal, dans lequel repassait 
M. de Maisonneuve. . . (3). 

M. LeGardeur de Tilly fut nommé commandant ou 
gouverneur des Trois-Rivières à la fin de l'année 1648. 
Il garda ce commandement une couple d'années. 

(3) The Jesitit Relations and alJicd documents, vol. XXVII. p. 84. 



— es — 

En 1650, M. Lcljardt'iir de Tilly formait une société 
avec MM. iîissot, (lodefroy et quelques autres pour la 
chasse dv^ lou})s marins à Tadoussac. Les associés avaient 
aussi l'intention de t'aii'e la ti-aite des castors. C'est du 
moins ce (juc nous dit le J(Hifii(il des Jésuites. C'est M. 
LeGardeui' de Tilly qui, dans ce même automne de 1650, 
passa en France innir obtenir les privilèges nécessaires 
jiou]' cette ex})loitation des MM. de la Conq)agnie. 

En 1653, M. LeGardeur de Tilly fut dé])uté [)ar les 
iiahirants de la côte Saint-Micliel pour voter sur le choix 
du syndic (k' Qué))ec. 

Dès 1():>7. M. Puiseaux, sieur de Montrenault, s'était 
éta])li dans Tanse Saint-Michel, sur le territoire actuel 
de Sillery. 11 s'y était 1)âti une maison spacieuse où il 
reçut, ]X'ndant l'hiver de 1641-1642, Mme de la Peltrie, 
Mlle Mance, M. de Maisonneuve et inie ])artie de son 
inonde. Le 13 septem])re 1644, M. de Puiseaux vendait 
sa i)ropriété de l'anse Saint-Michel à M. Noël Juchereau 
des (liastelets. Celui-ci, à son tour, la légua, en 1647, à 
sa nièce, Geneviève Juchereau de Maur, qui devait deve- 
nir, l'année suivante, l'épouse de M. LeGardeur de Tilly. 
Le 7 avril 1660, la ('om])agnie de la Nouvelle-France éri- 
geait les terres de l'anse Saint-Michel en tief en faveur 
de M. LeGardeur de Tilly. Il fut dès lors connu sous le 
nom de hef Saint-Michel. C'est là qu'habita M. LeGar- 
deur de Tillv en se mariant, puisque son premier enfant 
fut baptisé a Sillery le 9 août 1649. Le 26 avril 1678, M. 
LeGardeui' de Tilly vendait son lief au séminaire de Qué- 
be<' ]xmv la sonmie de 2,300 livres. Pendant tout le reste 
du régime français, Saint-Michel servit de lieu de ]^rome- 
Tiade aux élèves du séiiiinaii-e de Québec les jours de con- 
gé (4). 

M. LeGardeur de Tilly siégea au Conseil Souverain 
de la Nouvelle-France pendant trente-deux ans. Nommé, 
lors de l'établissement de ce coi'ps, ])ar le gouverneur de 

(4) L'abbé H. -A. Scott. Xot n- l><i nu- de l'oii. \^. LMô; M^i' < îosseliii, L'ins- 
triii-li'iu (iii Canada saii.s le rr<i'uiic Inuii/nis. p. A'M",. 



— (*)•) — 

Mézy et Mgr de Laval le 18 se]>teiiil)re 166)), il trouva giiwe 
(levant M. de Mézy au mois de se])tenil)re KiG-t, et ne fut 
]>as destitué comme ses collègues. Le 6 décembre 1666, il 
devenait ti'oisième conseiller. Installé le 5 janvier 1667, 
M. LeGardeui- de Tilly fut continué en exercice le 14 jan- 
vier 1669, le 13 janvier 1670, le 12 janvier 1671, le 28 mars 
1672, le 1() janvier 1673, le 15 janvier 1674 (^t le 7 janvier 
l()7r). Lnl1n, le 27 avril 1675, le roi nommait M. LeGar- 
dcur de Tilly nicuibre à vie du Conseil Souverain (5). 

Le uniivenieur de Mézy avait heaucou]) d'aifection 
j)our M. LelJardeur de Tilly. Dans son testament reçu 
j)ar le notaire Auher, à Québec, le 24 avril K^l)-"), après 
jivoir fait (|uel(jues dons de charité à rFIdtel-Dieu. .-m mo- 
nastère des ri-sulines, à l'église ])aroissiale, il léguait à M. 
LcGardenr de Lilly mie somuie de cinq cents livres. 

Le gouvenicin- de F'roiiîciiac iTeut pas moins d'estime 
jM»ui' M. Le(iai'deiir de 4'illy. 11 lui (loniia mie grande 
marcjuc d<' coiiliauce lors de son voyage au lac Ontario, 
en MU'K l'ii lui (-(uitiant, par la commission suivante, le 
.commandemeni militaire de (Québec: 

" Louis (le lîuade Frontenac, chevalier, comte de 
Palluau, conseiller du Roy en ses conseils, gouverneur et 
lieutenant général ])our Sa Majesté en Canada, Acadie, 
Isle de Terre-Neuve et autres ])ays de la France Septen- 
trionale. A tous ceux (}ui ces ])résentes Lettres verront, 
salut : 

" Le \'oyag(> que nou.s scmnnes obligez de faire au lac 
Ontario nous engageant à laisser ([uelqu'un en Nostre 
absence sur la tidélité et ex])érience duquel nous puissions 
nous re])Oser du Conunandement du Chasteau et Avilie de 
Québecq et habitations circonvoysines. Nous avons estimé 
ne pouvoir faire un meilleur et plus digne cboix que de la 
l)ersonne du Sieur de Tilly, premier Conseiller du C^onseil 
S<mverain et Colonel du i)remier Régiment de la Milice 
de ce pays, que nous sçavons avoir tous jours donné des 

(5) Letti-es de provisions dans Insinuations du Conseil Souverain, cahier 
1er, folio 54. 



— 70 — 

marques de son zèle et affection an service du Roy soit 
dans le Commandement qu'il a eu dans la ville des Trois- 
Rivières pendant la guerre des Iroquois, soit dans les 
autres charges et emplo3^s qu'il a exercez, depuis le long 
temps qu'il y a qu'il est en ce pays, c'est pourquoy et en 
vertu du pouvoir à nous donné par Sa Majesté nous l'avons 
commis, constitué, ordonné et estably, commettons,^ cons- 
tituons, ordonnons et establissons par ces présentes signées 
de nostre main, conmiandant en nostre absence dans, le 
Cliasteau et ville de Québecq et habitations circpnvoysines 
dei)uis le Ca]) de Tourmente jusques à la Rivière Saincte 
Anne du Costé du Nord, et du costé du Sud depuis l'habi- 
tation du sieur de la Durantays, jusques et vis-à-vis la dicte 
Rivière; pour en cette qualité commander aux Officiers 
et Soldats qui resteront dans le Chasteau de Québecq, et 
à tous les habitans et Milices qui seront dans la dicte 
estendue, convoquer les habitans de la dicte Ville et autres 
quand besoin sera, leur faire prendre les armes, pourvoir 
à la sûreté et défense des dicts lieux en cas qu'ils fussent 
attaquez, et généralement faire tout ce qu'il estimera 
devoir estre fait pour le Service de Sa Majesté; Si don- 
nons en mandement aux Officiers et soldats du dict Chas- 
teau de Québecq, aux Echevins et habitans de la dicte ville 
et autres des lieux cy dessus mentionnés et aux capitaines, 
officiers et soldats des dictes Milices, que le dict sieur de 
Tilly ils ayent à recognoistre en la dicte charge de com- 
mandant, ]eMY ordonnant de luy obéir en tout ce qui 
dépendra de la dicte charge, sur peine de désobéissance. 
En tesmoin de quoy nous avons faict expédier ces pré- 
sentes, à icelles faict apposer le sceau de nos armes et 
contresigner i)ar l'un de nos secrétaires; donné à Québecq, 
le quinziesme jour de may mil six cent soixante et treize, 
signé, Frontenac, et i)hTS bas. Par Monseigneur, "Le Chas- 
seur" et scellé en Placard" (6). 

Avant de fermer sa très longue dépêclie au ministre 
du 13 novembre 1673, M. de Frontenac écrivait : 



(6) Insinuations du Cnnstil Simvcrain de la N.iuvclle-Fraiice. cahier 1er. 



— i 



1 — 



'' Quelque longue que soit cette dépêclie, je ne la sau- 
rais linir sans vous recommander le sieur de Tilly qui est 
établi en ce pays il y a près de quarante ans, et le seul 
gentilhomme qui soit resté de ceux qui s'y sont habitués 
dans ce temps là. Il a quatorze enfants tous vivants et 
sa femme grosse du quinzième, et quoiqu'il soit doyen du 
Conseil, il a de la ]:)eine à subsister avec une si nombreuse 
famille. M. Talon lui avait toujours donné, hormis l'année 
dernière, la pension qui est ordonnée pour ceux qui avaient 
ce nombre d'enfants. Si vous renouvelez ces sortes de 
grâces, il n'y a personne ici qui les mérite mieux que lui, 
]mrce qu'il n'y en a point qui ait plus de zèle pour le 
service du Roi, ni qui prenne plus de soin de bien élever 
ses enfants dont il y en a déjà deux des plus grands qui 
sont fort liomiêtes gens " (7). 

]\I. LeGardeur de Tilly, sans cependant avoir obtenu 
des lettres de nomination du roi, occupait, à cause de son 
âge et de ses amiées de service, la première place au Con- 
seil Souverain. Lors de la réorganisation du Conseil, en 
1673-1674, le ministre Colbert avait décidé de nommer M. 
Rouer de TiHeray i)remier conseiller . Le gouverneur de 
Frontenac, qui détestait M. Rouer de Yilleray, ht tout ce 
ou 'il i)ut pour l'empêcher de sup]dantei' son i>rotégé, M. 
LeGardeur de Tilly. 

Mais Colbert. par sa lettre du 17 mai 167-1, ordonna 
à ^I. de Frontenac de donner la première ])lace à M. Rouer 
de A^illeray. 

A la date du 14 novebre 1674, M. de Frontenac, qui 
31 'avait pas encore reçu les lettres de la T'our, écrivait au 
ministre Colbert : 

"... .que le sieur de Tilly y a toujours eu la première 
})lace, qui est un vieux gentilhomme de 60 ans et le seul 
peut-être de cette qualité qui se soit venu habiter en ce 
pays dans les commencements de la colonie, qu'il y a ap- 
porté, beaucoup de bien dont il a perdu une grande partie 
dans la guerre des Iroquois qui le pillèrent ; qu'il se trouve 

(7) Archives du Canada, Corre-spondance générale, vol. 4. 



— 1-1 — 

])réseiiteiiieiit charg-é de quinze enfants tous vivants, qu'il 
est ai)])arenté de toutes les personnes les plus considérables 
du })ays et qui, dans le temps qu'il i)()urrait es])érer quel- 
ques i>i'atitications, il est à la veille de reeevoir une grande 
niortitieation. se voyant obligé de descendre d'un degré 
et ])eut-être de sortir tout-à-fait du Conseil si vous n'avez 
la bonté de lui faire octroyer des ])rovisions d'une des 
charges de conseiller, connue il m'a prié de a^ous le deman- 
der '^' (8). 

Le 8 décembre IbSô. le g•()U^el"neur de Denonville écri- 
A'ait au ministre : 

•Mes bonnes tilles (les Mères de l 'Hôtel-Dieu de 
(:j)uébec ) m'ont dit que vous aviez eu la bonté de leur accor- 
der nul écus qui étaient restés entre les mains de M. l'in- 
tendant aux conditions qu'elles recevraient deux pauvres 
tilles du sieur de Tilly, l'un de nos conseillers, lesquelles 
faute de cette somme, perdront peut-être leur vocation, 
ces mil écus, Mgr, sont d'une année que M. l'intendant 
n'a ])oint em])loyé en mariages. M. de la Barre m'a dit 
a\'oii' reçu mie lettre de a^ous, Mgr, qui marque que votre 
iiitention était que cet argent fut einployé à cette bonne 
oeuvre et M. Tintendant n'a pas cru le devoir faire n'en 
ayant pas reçu d'ordre ])articulier ; s'il n'a pas enq)loyé 
rette soiiiiiie en deniers revenans bon au Eov cette somme 
(l(tit èi 1-e encore entre ses mains. A^jus donnerez vos 
oi'dix's là-dessus quand il vous ]»laira. A'ous ne saïu'iez, 
Mgr, faire nne plus u'i'a.nde charité ([u'à ces deux ])ain'res 
lilles" (9). 

Si deux des filles de M. LeGardeur de 'filly entrèrent 
au n(»\icia.t de l'Hôtel-J3ieu de Québec, une seule persista 
dans sa sublime vocati(ni. Marie-Madeleine LeGardeur 
de Tilly fit iirofession le 27 mai 1687 sous le nom de Sainte- 
Catherine. Llle décéda le () mai 1734. 

Le 6 novend)re 1688, MM. de Denonville et I^x-hart 
Gliampigny écrieraient au ministre: 

(8) Archives du Canada. Cnrre.spnndanci' séiuTulc. \o\. 4. 

(9) Arcliivt's du Caiia<la. Cnrrcspoudaiicp ,i;:énéraU'. ^'^ll. 7. 



... 73 — 

" MessieTirs do Tilly et Damoiirs, conseillers, qui ont 
lin grand nombre d'enfants demandent aussi à Monsei- 
gneur la survivance de leurs charges pour eux et leurs 
enfants que nous trouverons les ])lus capables de les exer- 
cer; nous avons différé jusqu'à cette année de vous 
demander cette grâce ]30ur les obliger d'étudier. Si vous 
avez la bonté de les envoyer en blanc on ne les remplira 
que des noms de ceux qui se trouveront ca])ables; les pères 
sont fort pauvres et fort vieux " (10). 

Le roi se rendit à une demande aussi raisonnable et, 
Je 24 mai 1689, Pierre-Xoël LeGardeur de Tilly était 
nommé conseiller au Conseil Souverain, ''en survivance 
de son ])ère, 2)our exercer pendant son absence et à sa 
mort' '. 

Le 6 novembre 1689, MM. de Denonville et Bochart 
Cliampigny écrivaient au ministre: 

" Monseigneur a donné l'avis aux familles auxquelles 
il a i)rocuré quelques gratifications du roi, mais s'il ^l'a 
la bonté de les continuer, c'est un verre d'eau jeté dans un 
•grand feu. Nous avons encore le sr Dar])entigny qui a 
treize garçons. Nous ne vous avions rien écrit de lui parce 
(pi'il y avait quelque ])etit désordre dans cette famille 
mais à présent (pie cela va l)ien nous vous supplions très 
humblement qu'il ait (pielque chose. Nous en aurions bien 
d'auti-cs à nictti'c encore dcmt la ])auvreté est extrême, 
mais l'on craint de vous demander trop. Il y a le bon- 
liomme de Tilly qui est un de nos Conseillers et gentil- 
hommes qui a quinze enfants dont il a. se])t actuellement 
dans le service. Il lui faut donner du blé présentement 
])our vivre. Ses enfants sont fort bien élevés, ont le coeur 
noble. Sa femme, sa tille labourent la terre tous les jours 
connue les vignerons; ne craignez pas que nous deman- 
dions jamais à faire quelque noble en Canada à moins que 
ce ne soit quelqu'honnne riche et négociant. Monseigneur 
a envoyé six brevets de garde marine, il nous faudrait en 
même temps une centaine d'écus pour chacun pour i^ayer 

(10) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 10. 



— 74 — 

le passage et les mettre en équipage. Nous n'en avons 
que trois qui i)assent cette année qui sont le chevalier de 
Tilly, Denis de la Ronde et de Plautmesnv " (11). 

M. LeGardeur de Tilly décéda à Québec le 10 novem- 
])re 1695, et fut inhumé dans le cimetière des Pauvres de 
l'Hôtel-Dieu. 

Tous les fils de M. LeGardeur de Tilly entrèrent dans 
l'armée ou la marine, et ses filles firent d'excellents ma- 
riages. 

Ija famille LeGardeur de Tilly est éteinte depuis 
longtemps au Canada, mais il en existe encore une branche 
en Louisiane. P.-G. R. 



(11) Ai-chives du Canada, Correspondance générale, vol. 10. 



REPONSE 



Octave Zapuglia, .s/V;/r de Ressan (vol. XXVII, p. 347). — Il n'y a 
pas eu dans notre histoire de ])ersoiinage du nom de Octave Jappelias, 
écuyer, sieur du Resain, mais Octave Zapaglia, sieur de Ressan, a vécu 
à Québec de 1665 à 1668. 11 était le secrétaire de M. de Tracy et l'ami 
intime de l'intendant Talon. 

Dans sa lettre au ministre du 12 novembre 1666, M. Talon demandait 
son congé et il proposait comme son successeur M. de Ressan. 

" Si vous me faites la grâce de m'envoyer mon congé, disait-il, et 
que vous vouliez entretenir une personne de la part du roi qui soit seule- 
ment chargée de la police et des finances, je sais que M. de Tracy vous 
])ropose M. de Ressan, son secrétaire. Soufïrez, Monseigneur, que je 
vous le propose aussi ])our ces deux chefs pour lesquls je lui trouve tout 
le talent nécessaire outre que je lui crois un bon fond de probité." 

M. Chapais nous ap})rend dans son Jean Talon, intendant de la Nou- 
velle-France, que M. de Ressan ne fut pas agréé parce qu'il manquait 
de modération et qu'il avait montré une hostilité trop accentuée envers 
i'évêque et les Jésuites. 

M. de Ressan épousa à Québec, le 17 septembre 1668, Anne Duplessis, 
fille de feu Guillaume Duplessis et de Etiennette Després. Son acte de 
mariage nous dit qu'il était originaire de Mantoue, en Italie. 



— <-) 



LA JUSTICE SEIGNEURIALE DE 
BOUCHERVILLE 



A rencontre de ce qui a été écrit, nous avons maintenant la preuve 
que des tribunaux seigneuriaux ont existé dans le gouvernement de 
Montréal et nous avons l'intention de les signaler en quelques articles 
qui pourront mettre les cherclieurs sur la piste, si certains d'entre eux 
désirent api)rofondir le sujet. 

A Boucherville, ])ar exemple, une justice seigneuriale fonctionnait 
dès 1669, puisque le tabellion Reny Remy se déclare, dans divers docu- 
ments, "commis au greife et tabellionnage de Boucherville". 

D'après l'historien J. -Edmond Roy, ce Remy était devenu juge du 
même tribunal en IGTl (1) et il appert que Thomas Frérot, sieur de la 
Chesnaye, succéda aux charges de Remy (2). 

\']n 1677, Jacques Bourdon était greffier de la même justice, mais 
en 1683, Pierre Boucher de Boucherville donna congé à son fonctionnaire 
et lui substitua "dans ses offices de greffier, notaire et sergent, le sieur 
Michel Moreau qui vécut jusqu'en 1699" (3). 

Marin Taillandier de la Beaume, ancien soldat, devenu concurrem- 
ment chirurgien et notaire, reçut la succession de feu Michel Moreau, au 
mois de juin 1699. T"n mois plus tard, le sieur Taillandier s'élevait 
jusqu'à la magistrature, car "le 25 juillet il était appointé juge seigneu- 
rial" (4). 

Sans doute, il conserva ses fonctions jusqu'à sa mort, en ou vers 1730 ; 
puis le silence se fait sur le tribunal des seigneurs de la rive sud. 

Il est rompu le 20 mars 1739, alors que le juge Raimbault, de Mont- 
réal, ordonne à ses subalternes de s'emparer de l'étude de Taillandier, 
ainsi que des études des autres tabellions conservées dans le greffe de 
Bouclierville et de les transporter à Montréal. 

Le seigneur s'opposa à cette ingérence et, le même jour, il s'occupa 
de reconstituer son tribunal défunt. 

Le 8 mai, 1739, eonij)araissent devant le juge de Montréal, Louis- 
Claude Danré de Blanzy, notaire de Montréal, qui avait été choisi pour 



(1) Roy, Histoire du notariat, I, 209. 

(2) Roy, Histoire du notariat, I, 209. 

(3) Roy, Histoire du notariat, I, 210. 

(4) Roy, Histoire du notariat, I, 210. 



— 7f) — 

exercer l'oflu-e de juge seigneurial, et Jacques-François Le Ber pour celle 
(le ])rocureur iiscal. Tous deux demandent la ratification de leurs com- 
missions. 

On ])araît avoir agréé leur demande. Le 30 mai, Le Ber ayant donné 
sa démission, les seigneurs Pierre Boucher et Jacques Daneau de Muy 
renij)lacent le démissionnaire j)ar Charles Rinville. Puis le sieur Danré 
de Blanzy se retire h son tour. Le 30 Juin 1740, J.-B. Ami ot- Villeneuve, 
perruquier (5) reçoit des seigneurs une commission de juge. Toutefois 
les nomhreuses branches de la famille Boucher ne virent pas d'un même 
oeil l'opportunité de maintenir un tribunal dans leur domaine et le 19 
mars 1741 (6) Jean Boucher de Montbrun, René Boucher de la Perrière, 
Charles Boucher de Grosbois et Louise Boucher de Boucherville cèdent 
leurs droits de justice à Pierre Boucher de Boucherville et à Jacques 
Daneau de Muy. Lorsque tout fut rentré danê l'ordre, le juge nommé, 
Amiot-Yilleneuve, fit ratifier sa commission par le juge royal de Montréal, 
le 13 novembre 1741. 

Ce])endant la question des frais d'entretien du tribunal seigneurial 
devint bientôt une cause d'ennui pour la famille de Boucherville. 

En 1743, le juge Amiot-Villeneuve réclama par devant la juridiction 
royale de Montréal la somme de "250 livres qui lui était due pour deux 
ans d'appointement" et il obtint gain de cause le 20 février. Le seigneur 
Pierre Boucher de Bouclierville régla cette réclamation, et ])eu après, il 
intenta une action contre les sieurs Daneau de Muy, de la Bruère, de la 
Broquerie et la veuve Pommereau (née Boucher) pour se faire rembourser 
quatre cinquièmes du montant qu'il a payé au juge Amiot (7). 

Vers le même tem])s on voit ])ar les pièces du procès que M. de 
Niverville, M. de Grosbois et M. de Batilli (8) ont produit des actes 
de désistement de leurs droits à ladite justice es mains du sieur Loiseau 
dit Ghalons, alors notaire et greffier du tribunal de Boucherville. 

Un document du 22 mai 1756 laisse comprendre que le docteur Jean 
S])agnolini, époux de Marie-Françoise Boucher, est dans le moment dépo- 
sitaire du greff> seigneurial. Par un acte du 15 mai 1764, rédigé au 



(5) Tanguay, II, 32. 

(6) Etude de Jean Latour. 

(7) Documents judiciaires en feuilles, 8 avril 1744. 

(8) Nicolas Boucher de Batilly était fils de Ignace B. et de Marie- Anne 
Marganne de la Valtrie. Né en 1699, il mourut célibataire en 1780. On présume 
riu'il avait adopté son nom territorial en souvenir de son oncle maternel, Pierre 
Marganne, sieur des I-'orets et de Batilly. Nous devons ce renseignement à 
l'obligeance de M. .Montai'villc de La Eîi'uère. 



... 77 — 

bas d'un autre du 22 mai lT5(j, il appert que le notaire Loiseau fils est 
à cette date dépositaire du dit gretl'e pour le compte de la veuve Spagnolini, 
mais ceci n'est pas très clair. 

Xous supjK)s<»ns <[ue le juge Amiot n'eut pas de successeur, mais 
(pie, néanmoins, les documents du greiïe restèrent ji Boucherville jus- 
qu'aj)rès la cession. Peut-être même, n'ont-ils ])ris le chemin des archives 
de Montréal qu'au décès du notaire Loiseau fils en 1788. 

K.-Z. MASSICOTTE 



JACQUES-FRANÇOIS BARBEL 



.lacqucs-Fraii(,-(tis Harhcl était le liis de Jacques Barbel, notaire royal, 
et de Louise-Kenée Toupiii. Il était né à Québec le 28 décembre 1700. 

Jacques llarbel, qui fut }»endant ])lusieurs années secrétaire de l'inten- 
dant Bégon, fit entrer son tlls dans l'administration. Le jeune homme 
V fit assez bien son chemin puiscpie, à la chute de Québec, en 175!|, il était 
un des principaux officiers de plume de la colonie. 

A])rès la capitulation de Montréal M. Barbel se décida à passer en 
France aiin d'y obtenii- un nouv(d emploi. 

A son arrivée à Taris en K()0, M. Barbel fut immédiatement destiné 
])ar le nnnistre à aller n'ni[)lir à la Martini([ue la même charge qu'il avait 
au Canada. 

Mais, ])eu après, M. Barbel fut jeté à la Bastille. On l'accusait d'avoir 
treni})é dans la malversation de l'intendant Bigot. 11 n'eut pas de peine 
à se justifier et fut remis en liberté. 

Le 24 se})tembre 1762, le président du Conseil de Marine écrivait à 
M. de Sartine qu'il donnerait à M. Barl)el un emploi qui serait un témoi- 
gnage de sa l)onne foi et de sa probité. 

M. Barbel attendit le bon plaisir du ministre près de deux ans. Enfin, 
en avril 17 (il:, il était nommé ordonnateur à Saint-Pierre et Miquelon. 
En même temps, le ministre l'informait que le rOi, après avoir examiné 
tout ce qui le concernait dans l'afïaire des déprédations commises en Ca- 
nada, s'était décidé à lui accorder une pension de 400 livres. 

En 17 66, le roi rappelait M. Barbel de Saint-Pierre et Miquelon et 
le rem])laçait par M. Beaudeduit, ci-devant conseiller au Conseil Supérieur 
de l'île Eovale, 

P.-G. Pt. 



... 78— ■ 

LA PAROISSE CANADIENNE 



Son hi'urt'usc injiucncr. — Beaux innoignages d'tuhniration sur son 

organisation, etc. 



Est- il terre au plus doux parfum, 
Terre plus belle, plus sacrée. 

Et plus aimée, 
Que l'intime berceau commun ! 

Nérée Beauchemin. 

NOS ANCETRES 

Nos pères apportèrent avec eux, outre la Foi et la langue ancestrales, 
les us et coutumes, les lois et l'organisation civile et religieuse qui avaient 
fait de la Mère-Patrie, la ])lus grande nation du monde et la fille aînée de 
l'Eglise. 

Parlant de l'émigration française en Amérique, M. E. Rameau fait 
ol)server que "ce fut un véritable démembrement de la souche des paysans 
français. Leurs familles, cherchées avec un soin particulier, ont trans- 
porté avec elles les moeurs, les habitudes, les coutumes et les locutions, au 
jjoint d'étonner encore aujourd'hui le voyageur français". 

Le peuple missionnaire qui a jeté les premières semences de l'Evan- 
gile et les bases de notre nationalité sur les bords du St-Laurent, avait 
un idéal religieu.x et patriotique, et Dieu qui s'est servi de lui pour accom- 
plir de grands desseins dans notre patrie avait mis dans son âme l'esprit 
de sacrifices et d'abnégation qui enfante les grandes actions. "S'il est 
des pays dont les origines ont été ]>lus éclatantes, dit l'abbé H.-R. Casgrain, 
il n'en est pas assurément doiit les commencements ont été marcpiés par 
de plus beau.x sacrifices et de plus sublimes dévouements." 

Les nombreux liistoriens (jui ont fait le récit des premiers établisse- 
ments de la Nouvelle-France n'ont qu'une voix pour proclamer le courage 
indomptable, la foi robuste et le zèle inlassable des premiers colons qui 
furent nos ancêtres et qui restent nos modèles. "La plupart des émigrants, 
dit la Mère Marie de l'Incarnation (1040) qui vinrent au Canada, parais- 
sent y être venus ])rincij)alement dans une vue pieuse et pour s'associer à 
une oeuvre utile à la reliiïion et aj^réable à Dieu." 



Et la Mère Juchercau de St-lgnace, dans ravant-propos de son his- 
toire de l'Hôtel-Dieu de Québec, dit que "Louis XIII ne se porta à proté- 
ger le Canada que pour y étendre la Foi et y faire servir Dieu. Il fit 
là-dessus un projet par écrit: un apôtre ne parlerait pas avec plus de 
zèle. Ce fut sans doute des intentions si pures qui attirèrent tant de 
bénédictions du ciel sur cette colonie: et on a vu longtemps l'accompli s- 
s^ement des desseins de ce grand Roi, parce (}ue les sauvages s'y conver- 
tissaient tous les Jours et les Français y vivaient comme les ])remiers 
chrétiens." 

Et on ])eut ajouter ([ue la vitahté de la race française en Amérique, 
et sa multiplication qui tient du prodige, sont des marques éclatantes de 
cette bénédiction divine. Le général Carleton, le second gouverneur 
anglais de Québec, le successeur immédiat de Murray, écrivait: "à la fin, 
le |)ays devra être peuplé ])ar la race canadienne, laquelle a déjà pris 
racine et atteint un si haut diitîre que toute autre serait entièrement 
perdue ! " 

Ce sont ces colons français du 18e siècle qui implantèrent dans le 
H)l de la Xouvelle-France les racines })rofondes de notre nationalité et de 
notre Foi religieuse. 11 n'y a donc rien d'étonnant, si, après trois siècles 
de luttes incessantes, et des {)lus diverses, on retrouve le ])euple canadien 
français aussi solidement attaché au sol natal qui l'a fait vivre, aussi 
dévoué à l'Eglise (jui l'a protégé, et aussi fidèle à la langue maternelle qui 
l'a sauvé, tout comme aux ])remiers jours de la féconde époque de son 
établissement. 

Mais nous nous hâtons de le dire, si notre ])euple a pu survivre, 
grandir et se multijjlier, c'est qu'il est resté fidèle aux traditions françaises 
et catholiques (pi'il avait emportées avec lui p;ir delà l'Océan, dans les 
solitudes du Canada. Et nous aimons à proclamer que le salut de notre 
nationalité et la survivance si extraordinaire de notre Foi religieuse et 
de notre langue, au milieu de tant d'occasions et de dangers, sont dûs à 
radmirai)le organisation paroissiale commencée par Mgr de Laval. Sur 
ce point, les hommes éminents qui se sont occupés de notre histoire sont 
unanimes. On verra par les nombreuses citations qui suivent ce que 
]»ensent de la paroisse canadienne les écrivains anglais et français, de 
même que nos propres historiens, orateurs, hommes publics, etc. 

XOBLE EOLE DU CLERGE CAXADIEX 

L'établissement de toutes nos ])aroisses canadiennes, on le comprend. 



— ,S( ) — 

est intiiiieineiJt lié à l'histoire de l'Eglise dans notre pays. L'auteur 
d'Une parowsc canadienne, l'abbé R. Casgrain, dit que "dès qu^m sei- 
gneur, a('('om])agné de quelques colons, avait pris possession d'un nouveau 
territoire, le missionnaire arrivait sur leurs traces ])our les encourager et 
les fortifier, en leur ollrant les secours de la religion. Tandis que les 
Pères Jésuites se dirigeaient dans les bois ])our évangéliser les tribus 
sauvages, les ])rêtres des missions étrangères exerçaient leur zèle auprès 
des colons. Tout le système de colonisation reposait sur deux hommes, 
le ])rêtre et le seigneur, (|ui marchaient côte à côte et se prêtaient généra- 
lement un mutuel aj)pui. Le censitaire, qui était en même temps le 
paroissien, avait deux ])oints de ralliement : l'église et le manoir, dont 
les intérêts étaient identiques." 

C'était, on le voit, l'organisation paroissiale à ses débuts, c'est-à-dire 
le gr(iu])ement des colons autour du clocher. Ce régime de la paroisse 
fut d'un grand secours aux défricheurs de la première heure. Il put leur 
fournil- ;'i la fois des moyens de défense et d'action commune. 

l'n missionnaire colonisateur, M. P. Hébert, écrivait en 1850, dans 
un raj)])(>rt (|u'il adressait à l'Assemblée Législative: "Sans organisation 
paroissiale, je dois le dire, sans la présence d'un prêtre au milieu d'eux, 
nos Canadiens ne tiendraient pas longtemps aux misères et aux privations 
de tout genre de cette vie des ])ois qui précèdent l'établissement d'un 
nouveau centre, et cette salutaire influence se continue dans la suite, 
<[uand la jiaroisse est finalement érigée." 

]\Iais un des jdus l)eaux témoignages de l'excellence de notre organi- 
sation ])aroissiale et de la part prépondérante que prit le clergé dans sa 
conservation est bien ((dui de Francis Parkman. Faisant allusion à l'ac- 
croissement si régulier de la |)()|)ulati()n canadienne, cet historien générale- 
ment impartial dit: "La con(|uête anglaise brisa d'un coup tout le rouage 
de l'administration civile, tout en laissant intacte l'essence même de son 
organisation, la [laroissc Couverneurs, intendants, conseillers et com- 
merçants étaiit partis, les ])rincipaux seigneurs s'enfuirent à leur tour de 
la colonie: le ])euj)le qui n'avait jamais appris à gouverner se vit aban- 
doimé à ses jjropres conseils. La confusion, si non l'anarchie, s'en serait 
suivie, sans les curés de ])aroisses, qui, assumant une mission de double 
fraterjiité, à la fois sjiirituelle et tem])orelle, devinrent plus (pie jamais 
les seuls gardiens de l'ordre, par tout le Canada." 

11 en fut de même aux ]^]tats-Unis quand nos compatriotes, de 1865 
à ]8!K), ('niigrcrent par milliers dans la républi(iue américaine. "Se 



--81 — 

voyant méeoiiiui8, traités haut la main, niépri-st'ij parfoi.-^, du moins en apjia- 
rence, nos compatriotes pleins de foi, mais susceptibles et fiers comme des 
.*S{)artiates, prirent le parti de rester en dehors des églises américaines, où 
ils n'entendaient plus résonner le verbe français. Les choses en vinrent 
à un tel point, dit l'abbé A. Magnan, dans son Histoire de la Race Fran- 
çaise aux P]tats-Unis, que le simple fait de traverser les lignes américaines 
signifiait ne j)lus faire de religion." 

Mais le peuple missionnaire qui avait été l'objet des bénédictions du 
ciel dès son arrivée dans la Nouvelle-France fut de même visiblement 
j)rotégé dans la Nouvelle-Angleterre. "Le salut vint encore du clergé 
"du Canada, continue le même bistorien; celui-ci émigra à son tour, 
"dans un certain nombre de ses membres, pour aller reconstituer sur la 
" terre étrangère la paroisse canadienne, cette forteresse inexpugnable de 
"notre nationalité dans le ])assé, et partout et toujours le boulevard de 
" notre foi." 

llKriJKrSK INFLri'lXCK DK LA PAIJOISSK CAXADIEXNE 

Quel beau tableau nous fait dt- la paroisse canadienne Dom Paul 
Benoît: "Elle est la cellule mère du Canada Français; elle répare et 
entretient sa vie. Le Canadien Français, en ell'et, aime son église, y puise 
un amour indestructible de sa religion, de sa langue et de sa race, confon- 
dues ensemble dans ce lieu saint. Quelque éloigné tpi'il se trouve des rives 
du St-Laurent, quebiues influences étrangères qui s'agitent autour dé 
lui, il retrouve le Canada Français tout entier dans sa paroisse, vivant 
en elle de la même vie que sur les bords de son grand fleuve, demeurant 
iatboIi([ue et français au milieu des multitudes ]»rotestantes et anglaises, 
[lariui lescpielles il est jeté, catholique ])arce ((u'il est Français, et fils 
soumis de cette même Eglise catbolique parce que sa race en est la fille 
aînée !" 

La j)aroisse canadienne, échelonnée depuis le golfe du St-Laurent 
jusqu'au nord du comté de Témiscamingue, faisait dire à Mgr Forbin 
Janson : "O Canadiens Français, peuple au coeur d'or et aux clochers 
d'argent ! . . . Que vous êtes heureux !. . ." L'éminent apôtre voulait sans 
doute exprimer son admiration pour la f)ar()isse canadienne, l'assise sociale 
la plus forte de l'Eglise en notre pays. 

Là où la paroisse française n'existe pas, le Canadien Français, digne 
de ce nom, languit; il se sent isolé, amoindri et exposé à y perdre sa foi. 
Des faits nomlireux le ])rouvent : ceux de nos compatriotes perdus au 



™ 82 -- 

milieu d'une ])o])ulatioii qui lui est étrangère j)ar la langue finit ])ar ])erdre 
ses belles et nobles aspirations, et, finalement, abandonne la Foi de ses 
})ères, si le ])rêtre (jui doit lui donner les secours religieux ne parle pas 
sa langue. 

L'étranger, un peu au eourant de notre liistoire, qui voit les autres 
luitionalités se fondre si facilement dans le grand tout anglais, au Canada 
comme aux Etats-Unis, se demande ])ar quel miracle la race française a 
survécu dans l'Amérique, et il en trouve la réponse péremptoire dans notre 
organisation paroissiale! Ecoutons ]\[. (xustave Zidler qui a visité notre 
province : 

" Seule, la ])aroisse canadienne-française possédait ce pouvoir, parce 
que seule elle demeure l'image de l'ancienne patrie tout entière. Que 
devient pour le Canadien Français, sinon un lieu d'exil, l'église où le 
catéchisme doit se réciter en anglais, où le Notre Père ne sonne plus à 
son oreille avec la douceur du \erl)e maternel. Doit-on s'étonner qu'il 
s'en désaffection ne et même qu'il s'en éloigne? Au contraire, quelle action 
n'exerce pas sur lui la ])arole du prêtre, son compatriote, qui, du haut de 
la cliaire, lui rappelle les commandements de Dieu avec les mots et les 
intonnations de ses parents? Ne doit-il ])as se sentir remué dans ses 
fibres les plus profondes comme ce héros de Gérin-Lajoie disant naïvemenf 
à son compagnon au sortir de l'office où il venait d'entendre prêcher en 
français: "Ça me faisait si drôlement en dedans ([ue j'ai quasiment 
pleuré !" 

"La Foi gardienne de la langue", "la langue gardienne de la Foi"; 
les deux formules ne ])euvent se disjoindre, car elles sont aussi exactes 
l'une que l'autre. Une église canadienne, c'est le sanctuaire inviolable 
où le Canadien altrite son idéale })atrie, avec ce que ses pères lui ont légué 
(le })lus précieux, sa croyance et sa langue. Aussi, toute })aroisse qni 
s'ouvre est considérée comme une victoire française, tout fondateur de 
paroisse comme un grand patriote. Et jamais la petite patrie du Cana- 
dien, son église, ne lui ])araît assez belle. Pour la i)arer davantage, les 
])auvres artisans ou laboureurs ne craignent pas de dépenser des sommes 
(jui paraissent incroyables, quand on songe qu'elles représentent le fruit 
d'une pénible épargjie ! Aussi, leurs titres de proj)riétaire, acquis au prix 
d'excepfioniiels sacrifices, ajoutent encore à, l'amour' de leur clocher la 
fierté de son })atriotisme !" 

La ])aroisse canadienne, qui ])répare ou suit partout le [)rogrès de 
la colonisai ion, reste bien vraiment créatrice et coiiscrNat rice de l'ânu' ca- 



— S3 — 

tholique. Xoii seuleineiit elle est la gardienne de la Foi, et perpétue 
la multiplication de la raee, mais elle oft're encore et surtout un 
grand foyer familial où les tils d'un même sang se retrouvent, se recon- 
naissent, s'entr'aident, et, mettant tout en commun, tristesses et joies, 
craintes et espérances, puisent dans leur pieuse union, scellée au j)ied des 
autels, des consolations et des lumières. 

La ])aroisse développe l'esprit de cliarité, de fraterjiité, d'assistajice 
nmtuelle. Elle s'occupe de tous les âges, mais surtout de l'enfance et de 
la jeunesse; où se fonde une jjaroisse, il est rare que ne s'élèvent pas une 
ou ])lusieurs écoles. 

Un homme bien en mesure de nous juger, M. Hanotaux, écrivait en 
]S)08: "Si "l'Amérique du Nord continue à recevoir une empreinte fran- 
çaise, ce n'est ni par le commerce, ni par l'industrie, ni par la science 
ou la technique, à peine par la littérature, le théâtre et l'art, c'est surtout 
]»ar la j)ropagande religieuse, la propagande catholique, dont les prêtres, 
dans les nomi)reuses paroisses canadiennes françaises, sont encore aujour- 
d'hui les dévoués collahorateurs. Le dévelo])pement du catiiolicisme dans 
l'Améri(jue du Nord est un j)hénoinèiu' d'une importance historique ma- 
gistrale. . ." 

AlTIiKS liKAlX TKM01(;XACiE-S 

Et coml)ien d'autres beaux témoignages de la j)art de nos compatriotes 
les plus manjuants ! Parlant au congrès de Colonisation de Montréal en 
1908, l'Hon. M. Turgeon, alors à la tête de cette belle oeuvre, disait: 
"Le groupement i)aroissial tient non seulement au sentiment religieux, si 
fortement ancré dans le coeur de nos populations rurales, mais aussi au 
tempérament, au caractère national lui-même. Le Canadien Français 
éprouve une invincible répugiumce à vivre loin du prêtre qui symbolise la 
}>aroisse ; il veut que le berceau de son enfant soit béni ; que la dé[)ouille 
des êtres <|ui lui sont chers repose au cimetière, et qu'elle y soit mise suivant 
les rites et les cérémonies du culte !" 

M. Henri Bourassa disait à une fête paroissiale à Mascouche : "C'est 
lu j)ar()isse qui a fait le Canada Français, qui l'a conservé sous tous les 
régimes. Elle fut le groupement naturel, la véritable cellule sociale dont 
la multiî)lication a fait notre peuple. Elle fut et elle est restée chez nous 
la pierre angulaire de l'édifice national. 

"Elle a été pour nous ce (pie le bourg et le township ont été pour 
l'Angleterre, ce que la Commune a été aux Flandres: le foyer de vie 



-„ ,s4 — 

sociale, le hereeau des libertés politiques, l'éeole d'apprentissage du gou- 
\ernemeiit représentatif et populaire. Elle servit à organiser la défense 
des colons français contre l'Iroquois ; elle préserva les expatriés de la 
nostalgie et du désespoir ; elle conserva les traditions de la race." 

Bien plus, la jtaroissc canadienne conserva le Canada à l'Angleterre! 
Elle devint et resta loyale j)arce qu'elle resta catholique; et elle demeura 
catljcilique parce que française. 

Les Anglais le reconnaissent et l'ont écrit en termes non équivoques. 
.Sir F. Haldiniaud répondant à lord North, le 27 novembre 1TS3, qui lui 
demandait s'il serait avantageux d'établir des loyalistes américains dans 
les CaTitons de l'Est, lui écrivait : "Il vaut mieux laisser ces terres désertes 
aussi longtemps que possible. Les C'anadiens Français croîtront en popu- 
lation, et dans peu d'années, ils manqueront de terres pour s'établir; 
il me semble de bonne politique que ces frontières soient peuplées de gens 
professant une religion différente, ])arlant une autre langue et accoutumés 
à d'autres lois que celles de nos entre])renants voisins de la Nouvelle- 
Angleterre." 

("était avoir une conliance illimitée dans la loyauté des Canadiens 
Français et dans le régime paroissial qui les y conservait. Aussi, 25 ans 
plus tard, ]\I. Parker, négociant anglais, donnait raison au sympathique 
gouverneur du Canada en écrivant à l'occasion d'une enquête sur la colo- 
nisation en 1828: "J'encouragerais les Canadiens Français. Ce sont 
les seuls habitants sur lesquels vous puissiez compter, la population des 
autres j)rovinces est mêlée, bien que renfermant beaucoup de bons et de 
dévoués serviteurs, les Canadiens Français, au contraire, sont unis par 
une origine commune dont ils sont tiers, par leur religion, leurs moeurs 
et leurs vertus, et ils sont intéressés à soutenir une réputation qu'ils ont 
conservée jusqu'ici sans tache. Le Bas-Canada (aujourd'hui la province 
de (Québec) et autres colonies de l'Amérique du Nord sont le bras droit 
de l'emj)ire britanniipie : je suis convaincu que quand les Canadiens 
Français seront le double de ce qu'ils sont actuellement, ils défieront 
ITnion américaine. Ce sont les meilleurs colons de l'Angleterre, et la 
seule chance qui reste à celle-ci de conserver ses possessions, c'est de laisser 
les T'anadiens Français s'étendre dans toute la province basse et s'y régir 
jiiir leurs institutions actuelles, autrement, cette colonie sera perdue à 
jamais ])our la métropole !" 

Voilà ce qu'un Anglais clairvoyant pensait des Canadiens Français, 



... 85 — 

de l'efficacité de leur organisation ])aroissiale et de leur valeur morale et 
colonisatrice. 

Qu'on ne l'oublie pas, le peuple canadien français ne restera un 
élément de conservation nationale que s'il reste dans sa tradition de race, 
de foi et de langue. En d'autres termes, comme le disait si justement 
le même M. Bourassa, à l'occasion du Congrès euciiaristique de Montréal : 
"Le sort des institutions Ijritannicjues, comme la vitalité de l'Eglise 
catholique, au Canada, dépendent dans une large mesure de la conserva- 
tion du peu])le c-aïuidien-français dans les traditions françaises et catho- 
liques." 

Parlant récemment d'une oeuvre ])atriotique par excellence, la colo- 
nisation, l'honoral)le M. L.-.\. Taschereau, premier ministre de la province 
de Québec, disait: "Défricher la forêt, c'est fonder de nouvelles parctisses, 
et j)ar le fait même. (Ic\el()j)i)er notre ])rovince, ajouter à sa population, 
et créer de nouveaux marchés; c'est, eu un mot, continuer la plus belle 
de nos traditions et j)erj)étuer le miracle canadien." 

I']t j)ar quel moyen nous conserver dans de si belles traditions ? C'est 
j)ar la }>aroisse, ce fover traditionnel si fécond en bons résultats. X'afîai- 
blissons jamais chez nous, soit dans nos campagnes, soit dans nos villes, 
l'esprit paroissial, car, c'est \i\, suivant l'énergi(|ue expression du poète 
Zidlcr, que nous ])uisons le meilleur sang de nos veines e't la moelle la 
plus substantielle de nos os ! 

IIORMISDAS MAGXAX 



QUESTION 



l']ii 1S.")0. y[. Georges Duberger, arpenteur, découvi'ait A la petite 
rivière Komaine, dans le canton d'II)erville, sur la rive nord du Saint- 
Laurent, à une douzaine de lieues au-dessous du Saguenay, une espèce 
de teri'c propre à la i)einture. Duberger en ap[>orta trois échantillons à 
Québec (ju'il soumit à deux peintres alors en vogue, MM. Légaré et l'ia- 
mondon. Ceux-ci déclarèrent que cette terre à peinture était égale sinon 
tJupérieure en qualité aux ])eintures de même espèce provenant des manu- 
factures d'Euroj)e. La terre A peinture de la ])etite rivière Eomaine a-t-elle 
ilepuis été exploitée r 

PI XX. 



— «d — 



JEAN DUMAS SAINT-MARTIN, NEGO 
CIANT ET MAGISTRAT 



Durant les premières années du régime anglais, ap])araît à Montréal 
lin gr()U])e de Suisses et de Français calvinistes à qui les conquérants 
accordent diverses faveurs dans un but facile à déterminer. 

Parmi les nouveaux venus ([ui devaient leur fortune à leur religion, 
Jean-Dumas Saiiit-^Iartin fut un de ceux qui tint la vedette, mais on 
sait encore peu de cliose sur son histoire personnelle, l^ne couple d'actes 
notariés conservés dans les' archives de Montréal ainsi que diverses notes 
l'ecueillies dans les archives de la bibliothèque de Saint-Sulpice et signa- 
lées par M. Aegidius Fauteux nous procurent quelques détails qui pourront 
en faire naître d'autres. 



Jean Dumas Saint-Martin, né en février 1725, dut s'établir à Mcmt- 
réal vers 1763 ou ITGJB. Il était frère aîné de François-Libéral Dumas, 
inarcliand, originaire de Montauban, province de Guyenne, marié à 
Québec, en 17(51, à Marguerite Cureux dite Saint-Germain. (Tanguay, 
m, 521.) \ 

M. Dumas Saint-Martin épousa Madeleine Morisseau à Montréal 
tout ])robablement, car nous savons par un document dont il sera question 
])lus loin que les futurs époux avaient fait dresser leur contrat de mariage 
])ar le notaire Mezière, le 7 janvier 176-1. Malheureusement cette pièce 
n'existe plus dans l'étude du dit notaire. Or comme Dumas était hugue- 
not (1) et qu'il se maria sans aucun doute devant un ministre protestant, 
l'acte de mariage manque également parce que les pasteurs de l'église dite 
"réformée" ne commencèrent à tenir registre qu'en 1766. 

A Montréal, Dumas qui s'adonnait au négoce fut l'un dos premiers 
juges de paix nommé en 1765, ])endant cette période oii les catholiques, 
à cause du serment du icai ne pouvaient remplir aucune fonction publique. 

X'ayant pas d'enfant, Dumas Saint-Martin adopta son neveu, Michel, 
fils de François-Libéral Dumas. Ce Michel paraît avoir été baptisé à 
l'église catholique de Québec, le !) octobre 1766. Et c'est à lui que Dumas 
Saint-Martin et sa femme léguèrent leurs biens ainsi que le font voir 
leurs testaments (|uc nous reproduisons ici en partie. 



(1) Dans cette famillo, les uns f'taient catholiques et les autres protestants. 



... <s7 — 

D'abord, Madeleine Morisseau confia la rédaction de ses dernières 
volontés, le 21 décembre ITîJl, au notaire Chaboillez. Après avoir désigné 
Michel Dumas comme son légataire universel à charge de la faire inhumer 
avec les services d'usage ])uis de payer diverses sommes à des neveux et 
nièces de son côté, elle réfère à ce contrat de mariage que nous avons 
mentionné plus haut. 

8on époux, Jean Dumas, écrivit lui-même son testament le 8 juillet 
IT'Jl, mais il ne le déposa chez le notaire que trois ans plus tard et après 
lui avoir ajouté un codicille. Nous en avons ])ris le texte comjdet : 

"DISPOSITIONS DE JEAN DUMAS SAINT-MARTIN 

" Comme il n'y a rien de ])lus certain que la mort et rien de plus 
incertain que son heure, tout homme sensé doit, pendant qu'il jouit de 
Tout son jugement, profiter du calme que sa santé donne à son esprit 
]»()ur mettre quelque ordre dans Ses Affaires. 

" Avant tout oeuvre, je ])rie le Seigneur qu'au moment de mon décès, 
il reçoive mon âme dans Son Saiîit Paradis, pour y jouir avec les bien- 
heureux de la félicité Céleste, et qu'il {)asse l'éponge sur toutes les faiblesses 
attachées à notre faible nature. 

lo — Je n'entends rien innover aux dispositions énoncées dans mon 
contrat de mariage, au contraire j'ordonne expressément qu'on s'y con- 
forme. 

2o — J'ordonne ])areillemeiit que toutes mes detes dont la légitimité 
sera bien reconnu ..soient payées. 

3o — Si mon épouse me survit, ayant moitié dans ma communauté 
,avec elle, elh? Sera libre de disi)oser de Sa dite moitiée de la manière 
qu'elle avisera, mais Si elle vouloit. laisser après moi un témoignage de 
son amitié, elle en disposeroit en faveur de Michel Dumas que nous avons 
])0ur ainsi dire Elevé, s'il s'en rend digne comme je l'espère. 

40 — Quant à ma moitié je la donne audit Michel Dumas après le 
décès de mon épouse, qui en a la jouissance pendant sa vie. 

00 — Si je survis à ma dite épouse, j'hérite de sa dite moitié et je 
la donne ainsi ([ue la mienne audit Michel Dumas, s'il continue h mériter 
mon attaclicment i)ar ses égards pour moi, et pour sa tante, mon épouse. 

Oo — Je ne borne rien pour mes funérailles, je recommande seule- 
ment de les faire aussi simples qu'il sera possible. Et si le dit Michel 
Dumas ([ue j'institue pour mon seul et unique héritier trouve que la 
succession que je lui laisserai ])uisse lui permettre de donner aux pauvres 



— 88 — 

Canadiens de cette Paroisse une somme de Trois cens Shilings ancien 
cours, et jjareille somme aux pauvres Protestants de la paroisse Anglicane, 
il remettra ces deux sommes aux curés de chacune des dites Paroisses, pour 
en dis])oser conformément à mes Aolontés, mais j'ignore dans quel état 
sera ma succession, je laisse ce don à sa discrétion. 

Montréal, le liuiliènie jour de juillet mille sej)t cent Quatre-vingt- 
onze. 

Du Ht as Sf. M (i ri in 

Et advenant le ^ ingt-liuitiènie jour du mois de janvier mil sept cent 
quatre vingt quatorze a])rès avoir relu mon testament ci-dessus et confirmé 
les disj)()sitions y contenues, j'ai jugé à propos d'y ajouter que dans le 
cas où il me seroit échu ou qu'il vint à m'éclioir par la suite Quelques 
Successions soit indirecte ou collatérale du côté de ma famille en France, 
Je donne et lègue lesdites successions ou ce qui pourrait m'appartenir 
en icelles à mon frère Dumas Capdeville ou à ses héritiers légitimes. 

Et ayant considéré (pie j'ai obmis de nommer dans mon susdit Testa- 
ment une personne proj)re })our en Exécuter le contenu pour suppléer à 
cette ol)mission Je nomme la. personne de mon bon ami Mr Louis Ca- 
vilhe (2) à qui je dojine le pouvoir et l'autorité de faire exécuter mon 
dit Testament et encore d'assister ma chère épouse par ses conseils et de 
])rocéder conjointement avec elle à la liquidation de nos affaires communes 
d'intérêt et de communauté et aussi d'aider mon neveu Michel Dumas de 
ses conseils et de veiller à ce qu'il remplisse mes intentions envers mon 
éj)ouse, sa tante. 

Duma.'^ St. Martin " 

Ce testament avec son ccjdicille fut déposé le 28 janvier 171)4 chins 
l'étude du notaire Chaboillez. 



Jean Dumas décéda quehpies mois plus tard et il fut inhumé au 
cimetière ]>rotestant ainsi qu'en témoigne l'extrait suivant: "Christ 
Church.-— .loliii Dumas St. Martin Esqr. Died the 18th June 1794, 
was l)uiic(| llic llHli folldwing, Aged 0!) years, 3 months and 25 days." 



(2) Ce négociant, né à Toulouse vn 1737, épuu.sa une Canadienne à Mont- 
réal, en 1770. Nous avons déjà parlé de lui dans le BuUrtin de 1917, p. 207, à 
propos du collège de Montréal. 



— S<> — 

^ladaiiii' J)uiuas l'iit ciitciTt'c dans le ciinctiri-i' catlioliiiuc et l'on 
ti-(iii\('. au i-t'i;istn' ilc XoTrc-Danic de ^loiitrt'al, l'acte iiui en fait foi et 
(jur iKiiis Ti'>iiin(ins ainsi : 

]^"an ISOO, le ~> septeinltn', séiiultiirc ilf ^ladelriiif Mori>.<i>aii. veuve 
t\<' .Ican l)unias Saint-Martin. n(''ii"ncianr, d^'crdiM' le 'i. mts 11 heures du 
soi)-. huCv de T"» ans. 



\'(iy<ins niîlintenant ce (|ue devint le li'^ataife t\r^ épduv défunts. 

J.e (-(intial de maria.ii'e de .\ricliel Dumas est dans le (^retTe du notaire 
riiaboillez. Il |.nrte la date ilii "24 noveniore 1S()4. La future se nommait 
!Marie-( 'liarliitte Stujirt et elle était veuve de W'alter Daxidsoii. Celui-ci 
devait être son deuxième maii car dans un autre di)cument (\(>ir ci-des- 
<i)U>) (die est dite \cn\e d'un Don ^Iis(|uit() Coellid dont (die eut un fils, 
(|ui liiTure au conti-at. A cette dei-iiièi-e pièce sont présents dame veuve 
Loni> (iene\ay. .AFariiMierite, Sanund ('A) oi Aue'ustin, tons soeurs et 
frères de l'époux, (Jeorges Heiirv de .Mi<<piito. lils de la future, et autres. 

'ri'oi> aii^ plus tard, on relève l'acte suivant au ree-istre de Xotre- 
l)anie: '> jan\ier ISO^, sépulture de Mai'ie-( liarlot te Stevvart, veuve de 
])on Misfpiito Coellio, épouse de Miclnd humas, décédée le - du courant, 
à l'aire de .'^'> ans. 

31icii(d Dumas sur\('cut à sou épouse, une quinzaine d'années. Il 
mourut à la Pointe-au\-'J'reml)les, le lo avril 182"^, âjré de ."iT ans. Lors 
de son décès le sieur Dunuts était maj(u- de milice du second l)atailloii de 
la ville de ^lontréal. A la sé])ulture qui eut lieu le 18 avril, on constate 
la ])résence d'Auçrustin Dumas, frère du défunt, et de P.-L.-F. Genevay, 
son neveu. 

E.-Z. Ar.VSSK'OTTJ': 



(3) Il était marchand à ^Montréal, lorsqu'il épou.sa Reine Samson. le 30 
novembre 1816, à Notre-Dame. 



) — 



LES SOURCES IMPRIMEES DE L'HIS 
TOIRE DU CANADA FRANÇAIS 



LE^ 8()LUKES CAXADIE.NXES (1861-1865) 

Trois légendes de iiiuii ])ays ou l'Evangile ignoré, l'Evangile prêché, 
l'Evangile accepté, par J.-C. Taché (vol. de 1861, p. 11). 

A^n'age autour de l'île d'Orléans, par Hubert Laltue (vol. de 1861, 
p. 113). 

La dungk'use, i)ar Tabbé Il.-lî. Casgraiii (vol. de 1861, p. 205). 
Journal d'un \(iyage sur les côtes de la Gaspésie, par l'abbé Ferland 
(vol. de 1861. p. ;3()1). 

Les anciens Caïuidiens (Fragments), par A. de Gas})é (^'ol. de 1862, 
p. 9). 

.lean l>i\ar(l, le déi'ricbeur canadien, par Gérin-Lajoie (vol. de 1862, 
p. 65). 

Le procès de David McLane pour haute traliison, à Québec, le ? juillet 
1797 (vol. de 1862, p. 353). 

Forestiers et voyageurs, par J.-C. Taché (vol. de 1863, p. 13). 

La Ciiarlibcivach'. par J.-Lte Martin (voL de 1863, p. 267). 

La (-liasse aux alouettes, ])ar J.-M. LeMoine (vol. de 1863, p. 279). 

Lettre de l'abbé 3Laillard sur les missions de l'Acadie et jiarticulière- 
nu'Ut sur les missions micmacpies (vol. de 1863, ]>. 289). 

l'nc voix de 1813: Deux lettres de Cluirles Pinguet à son frère Louis 
Piiigiid ( vdl. de lS(i4, ]). 90). 

J^a danse ilu calumet d'a])rès un manuscrit de 17-14: apj)artenant à 
la mission aljénakisc de Saint-François du Lac (v(»l. de 186-1, p. 112). 

Souvcnii-s de ma paroisse natale, Saint-Thomas de la côte du Sud, 
j'ar Eugène Keiiaull (vol. de 1864, ]). 137). 

Notes d'un condanuK' |iolili(|ue de ]S;)8. par F.-.\. Prieur (vol. de 
]864, ]). 167). 



... 91 — 

MaiuLscrit de l'jerre Boucher, gouverneur des Trois-Rivières : raisons 
qui m'obligent à établir ma seigneurie de Boueherville ; mes dernières 
volontés (vol. de 1865, p. 293). 

L'île Saint-Barnabe, par J.-C. Taché (vol. de 1865, p. 342). 

LE FOYER. CAXADIEX (1863-1866) 

Les Bois-Francs, par l'abbé Charles Trudelle (vol. de 1863, p. 15). 

Notice biographique sur ^Mgr Joseph-Octave Plessis, évoque de Qué- 
bec, par l'abbé Ferland (vol. de 1863, p. 70). 

Les chansons populaires et historiques du Canada, par Hubert Laitue 
(vol. de 1863, p. 321). 

Jean lîivard, économiste, par Gérin-Lajoie (vol. de lS6i-, ]). 15). 

L'abbé J.-B.-A. Ferland, jtar (iérin-Lajoie (vol. de 1865, p. 1).' 

Les chansons historiques, par Hubert LaKue (vol. de 1865, p. 5). 

dournal de deux voyages apostoliques dans le golfe Saint-Laurent 
et les provinces d'en bas en 1811 et 1812. par :^[gr J.-O. Plessis, évêqiie 
de Québec (vol. de 1865, p. 73). 

Les Kécollcts, j)ar A. de Gaspé (vol. de 1865, p. 281). 

Un ])etit épis()(k' du siège de Québec en 1175, par A'alriv (iuillet 
(vul. de 1865, j). 30!)). 

Le mouvement littéraire eu Canada, i)ar l'abbé ll.-iJ. l'asgrain (v(d. 
de 1866, p. 1). 

Un naufrage dans le golir (\(>l. de ]8(i6, ]>. 34). 

F.-X. Garneau, ])ar l'abbé ll.-h'. Casgraiu (vol. de ^SiK), ]>. l-sl). 

Auguste Soulard, par F.-^I. Dcrome (vol. de 1866, p. 253). 

Une lettre de d.-d. Girouard, 1er avril 1838 (vol. de 1866, p. 277). 

Du lac Saint-Jean au Saint-^Iaurice, par l'al)bé J. ]\[aurault (vol. 
de 1866, p. 344). 

Les Mémoires de M. de Gaspé (vol. de 186(î, p. 36!»). 

EéminJscences et ])ortraits: Kaniouraska, ])ar Y.-M. Derome (vol. 
de 1866, ]). 413). 

La statue du général W'oH'e, ])ar A. de (iaspé, vol. de 1866, p. 513. 

Le village indien de la .Jeune Lorette : tradition, par A. de Gaspé 
(vol. de 'iHlU), ]). 533). 

P.-G. R. 



— '.12 — 

JEAN PAUMART 



,1c (luis ;"l l'ohliiiC'incc (ic .M. le en |(it ;ii Ile 'ricrsoll I) it'l', de ]\r()nlinS;, 
FraiicT. les jiotcs (|ui >iii\i'iit. .le iTiii pu plucfi' le niissidiiiiaire indiqué, 
mais il se tiMii\('i-a |n'iil-rt l'c pai'iiii les lecteurs du Hiilh'llii (juel(|irun en 
ii)e>ure de fouriiii- le reiiseiii'iieiiieid désiré. ()n i'eiHai'i|iiei-a i|iie si le Ti. P. 
rdiiunarl est \eiiii an Canada, ee fut tout à l'ail au dt'lnil <le la colonie, 
j)uis(|ne à peine l'entré en Ki'ance, il suit 1 len riel le-Marie de France, en 
.\iiL:let<'rre, e]i I i')'i^). 

TÎFXMS TJOY 



Jean I*anniai-r, nnssionnaire an ('anada. Il na((uit à Ijeauvais, le 22 
ian\iei' lôSM, du niai-ia,uc de noMe lioiunie (iuillaume Panmart, prévôt 
roval d'An.u-v en- I )i'an\ aisis, cliariiv possédée (|e|inis loniîtemps ])ar ses 
ancêtres, et de danioiselle Alai'ie I,e IJoy, allié'c an\ l'annlles de Feuipiiéres 
et l>ois(d. (\('> plus ani-iennes de la \ille de lK'au\ais. 

lùant entré' dans les ordres, à une date (|ue je ne puis ])réi-iser, il 
]iassa en Canada coinme missionnaire pour travailler à la convei'sion des 
san\au'es et \ pa.-sa (juel(|nes années. A peine de retour en France il ])assa 
en An^leteri-e en lli'.'é a\cc I leni'iet te-]\Iarie de Ki'aiice, mariée à Charles, 
prince de (;alles, et depuis l'oi dWn^leterre (Cliaides 1er), mais il <lut 
(pntler rAni^-leterre comme les antres ecidésiasl iipies rraiiçais à <[ui l'on 
jiian([ua de jiarole poui' Texé-cution d'une i\('> conditions du co]itr;it de ]na- 
j'iau'e, ronceiaiant re.\ei'eic(> li'.ire de la reliu'ion caliiolitpie dans la maison 
de lleni'iett"-Marie de 1^'i-ance. 

De retoui' en Fi'ance, il alla assister les iieslil'eré> à Tliépital St-Lonis, 
de Paris. 

A la demande de ^^onseil;■nenr .Vu^'ustin Potiei', ('\ê(pie et conde de 
Ik'arnais, ])air tle France, il rentra dans son diocèse d'oriuine. 

En 1G4-7, la ])este s'étant al)attne sur le diocès(>, il alla ])i-odi,u-uer ses 
.soins s])iritu(ds et tenipoi'els aux liahiiants de la ])ar()isse do Xcuilly sons 
Clermont en JJeanvaisis. Il mourut à la peine et fut inhumé au cimetière 
de la dite ])aroisse, le II octohre HilS. 

Sa famille, aujourd'hui éteinte, (|ni a found i\v> ('chevins et 4 nntires 
à la \ ille de J*.eau\ais. poi'tait : 



— 93 — 

iyari^cnt. A une brandie de ])(iiniiiic!- cliarL^éc ilc .'5 pdiiiiiics, issaiit de 
flainiiies, le tout au naturel. 

Ces arnidiries se voient encore à lieauvais sur un \itrail de l'église 
St-EtieniH' donne' au X'VJe siècle par la famille Pauiuart. C'étaient des 
armes [larlaiiies do jHjiinin-s (pii nnlcul (brûlent), ])omme-arde: paiimart. 

lue |i;irtie i\('> l'enseignement s ci-dessus sont einpruniés: 

lo A une notice de Godei'roy llermant, dans scui Histoire crrJésuis- 
tujw tilt (li(><-i'sr (le Jicdiiniis (in Une), W'ile s., ouvrage resté manuscrit. 

"io A la \ic (run avocat jurisconsulte au X \' I le siècle : -l.-.M. Kicai'd 
( Iti'^.^-KnS), |)ar l'icirc Lcborgiie et IJciiè Laigillirrc. l'aris, Cliampron 
et Jieauvais, im|irimcric (b'-partemeiitale, 1!)'^(). 

Jean I*aumai1, (|ui l'ut chanoine de St-^liclud a r.eau\ais, était Toiicle 
et le parrain du jurisconsulte .Icaii-.Maric IJicard. 

In rccil (lu riji/(i(/(' ''ii A un' rit/ m' de ./cun l'iiii iinirl existe, paraît-il, 
manuscrit, dans les collections l'.orcd de l'ii-eti/.el au cliâteau «lu \'ieux 
li'oiieii, Seine I iilÏTietire, belle eoMeclioii pa i1 icii I ière, nialbeureiisement 
jieil accessible au\ cliercliell rs. 



OUES I IONS 



l'eiidant la grande guerre le gou\eriiemeiit ilu l'aiiada. aliii de si' 
tri'er i\{'> re\enu.-, a imposé Ai'> taxes à peu près sur tout. Il a oublié un 
J)jel important: les actes di> notaires. On me dit (jue les actes des 
notaires ont ib'jà ('■té taxés au ('anada. (^)iren dile>-\ous ? (,)iiand cette 
taxe a-t-elle ('t('' iiiiposé'e !' (,hiaiid es1-(dle disparue ? 

NOTAIRE 

• 

* • 

hans nombre de jiigeineiits ci'inn'iKds du régime fraïu-ais, je vois 
"dél'eiises au dit ei.iidaniiH' de récidi\cr à peine de la bart." I*ln (pioi con- 
sistait le supplice de la bart ? 

X. Y. Z. 

• * 

(j>uelles >ont ces "piMidre- alimentaires" (pie M. de r>ougaiii\ llle, 
alors à l'aris, deinaiidait au ministre de la guerre (renvoyer à rarinée (Le 
Montcalm r .M. de liougaiin ille disait dans sa demande (pie 30, 000 
rations de poudi'es alimentaires ne l'aisaient pas le poids de 2,000 livi'es. 

SOLD 



1)4 - 



LES TESTAMENTS DE Mlle DE ROYBON 

D'ALONNE 



L"AL"-M().\K1-: — LA CLAU>SE DFJJOCJATOTRE, ETC. 



I.()is<iue j"ai r;i|>j)<»rlé l'épisode ((ui inai-que d'un trait curieux la vie 
de -Mlle de JioVhou d'Alonne, à ]\Iontréal (1), j'ai laissé de côté la question 
,1e «;es testaments a\ee rintention de signaler ces ])ièces à i)art parce qu'il 
>'y trouve des détails de moeurs et coutumes qu'où ne voit pas très souvent, 
l'ar exemi)le, la testatrice déclare eu ITIT qu'elle ''fait s(m testament 
de vinut sols pour être aumoné de la manière accoutumée" ? L'année 
suivante elle modilie cette formule et demande seulement qu'on fasse 
aumoner sou cor])S dès que ses biens auront été vendus. 

l'AideiunuMit ou ne ])eut donner ici au verbe ((uinôncr la signification 
que lui prêtent les dictionnaires du ISe siècle: "don d'une somme au 
prolit des i)auvres ou des hôpitaux en vertu d'itne condamnation judi- 
ciaire." 8'agit-il d'une coutume autre et doit-on entendre plutôt que 
Mlle de Pioybon requiert Yduniôin'r. c'est-à-dire la distribution du pain aux 
pauvres après les obsèques ? 

Cependant, quel sejis accorder à l'expression "l'aire son testament 
de vingt sols ou de quinze sols ou d'un écu" que l'on relève dans divers 
actes? Le testateur indiquait-il par là le montant de l'aumônée ou 
cherchait-il à se soustraire à ({uelque droit ou impôt sur les successions ? 
Il ne m'a pas encore été possible d'éclaircir ce ])oint. 

Ensuite, dans deux testaments Mlle de Eoybon introduit cette fa- 
uunise clause dérogatoire qui eut de la vogue jadis au ])ays de nos ancêtres. 
lîap])e]ons en (|Uoi elle consistait: 

Guvot dans son Jtépcrloirc iniircrscJ cl ralsoniu' de junspntdcncc . . ., 
tome onzième, édition de ITTT, nous en parle comme suit: "Les clauses 
dérogatoires étoient atitrefois fort usitées dans les testaments : ceux qui 
craignoient que dans la suite ils ne se vissent obligés ]iar des considérations 
particulières à cbanger les dispositions d'un premier testament et qui 
vouloient néaumoins'fpie ce testament fut exécuté y mettoient une clause 
pal- laqu(dle il> oi-(lojiiioie]it que si dans la suite ils veuoient à faire un 
-eeoiid testament, il n'auroit aucun etfet à moins (|u'il ne contint une 
certaine sentence ou de certaines paroles insérées dans le premier pour 
être l'iudication de la véritable volonté du testateur..." 

Tour tév(>(|uer un l<d testament il fallait une "révocation spéciale" 
ou une "révocation individuelle", mais ]\nie de Uoybon ne fit ni l'une 
ni l'autre. 

V'ovons maintenant les ])riju-ipaux articles de son premier testament: 

Etiide de :\Iicbel Pallieur, 29 avril ITi:. 

Eut présente Mademoiselle de lîoybon d'Aloime, denieuranfe en cette 
ville en sa ]naisoii, rue Saint-Vincent, gisante au lit malade, dans mie 
cbamlii'c... qui a \iie sur li' jai'din... 

(1) BiiUeiin des Itccliciclics Jl i.--:lnri(iiic.s. 1!n;i, p. L'77. 



— 95 — 

Veut et entend que ses dettes soient payées. . . Fait son testament 
de vingt sols pour être aumoué de la manière aecoutumée. . . 

Veut que son corps soit enterré dans le cimetière des })auvres. . . 
sans aucune pomj)e, mais bien avec toute la simplicité qui se pratique 
j)Our les pauvres gens. . . avec cei)endant un service qui sera dit et célébré 
lorsque son corps sera en pose dans l'église de cette paroisse . . . 

Donne à la fabrique, ".^O livres ])our aider à l'entretien des ornements. 

Item, veut (|u'aussit(jt son décès, sa maison et emplacement rue St- 
Vincent et où elle demeure, lontenant 00 pieds de front sur 115 de pro- 
fondeur, soient vendus par l'exécuteur de son testament cy-après nommé 
et les deniers en provenant être em|)loyés à acquitter les legs qu'elle fait. 

Jtem, donne à Dame Marie Trutteau, épouse de Jean Arnaud, sa 
bonne amie, la somme de 50 liwes, à cause des bons soins et i)eines qu'elle 
a pris. . . 

Item, donne à Dame Marguerite Forestier, éj)ouse de M. Bissot de 
Vineennes, la somme de 50 lixres ])our aucunement reconnaître les obli- 
gations qu'elle lui a. 

Item, donne à dame (jlene\Je\e iiuot, veu\e de l'ierre Meriault dit 
Laprairie, la somme de 50 livres en reconnaissance de bons services qu'elle 
lui a toujours rendues. 

Item, donne à ^latburine .luillet, veuve (iraveline, jiour ses bons 
services, la somme de 30 livres. 

Item, donne à la veuve Joubert jxtur ses soins et peine, la somme de 
;30 livres. 

Item, donne à la rliapelle saint Antoine de Fade, du couvent des 
Fères Kécollets de cette \ille, la somme de 30 livres |)our avoir des orne- 
ment-^. 

hem, donne à la t-liapelle de saint Fi'ancois d'Assise du dit couvent 
la -Miume de ^0 livres. 

Item, donne à la cliapelle du Tiers-Ordre la somme de 30 livres. 

Item, donne aux j)auvres de l'FIôtel-Dieu, 100 livres. 

Item, donne au ])lus nécessiteux des pauvres vieillards de l'Kôpital 
de M. Cbaron, la somme de 50 livres pour aider à l'babiller. 

item, déclare qu'elle doit au sieur Guillory, la somme de -15 livres 
([ui lui sera payée par privilège. 

Item, qu'elle doit à la fabrique de la paroisse la somme do 55 livres 
.-uf le fond du dit emplacement. 

lt(nn, déclare qu'elle s'est rendue caution en France, il y a 50 ans. 
de la sonnne de 7 5 livres de France, qu'elle ne sait si cette dette a été 
payée ni ce que sont devenues ces personnes. En tout cas, l'exécuteur 
du ])résent testament aura la l)onté de consulter un ou plusieurs casuistes 
à ce sujet. . . 

Ce qui se trouvera de meidjles et ustensiles en sa maison après son 
décès, soit vendu et les deniers en provenant employés à faire prier Dieu, 
pour son âme. 

Pour exécuter le testament, elle nomme Etienne A'olant dç Eadisson, 
marchand de cette ville, qu'elle prie d'en vouloir prendre la peine. . . 

Kévoquant tous testaments et codiciles qu'elle pourroit avoir cy devant 
faits et ceux ([u'elle ])ourroit cy après faire si ces mots n'y sont exprèz 



— 90 — 

onipJdvés |i(iiii' cliiiisc (k'roii'atoirc Mlxcrcrc inci Drus xrntiiduiii uuujiutin 
mlscr'icnrdid m htoiii \(iiil;iiit (uricrhiy >()i't(' sa force et \('i'tu comme son 
véritable tolaiiieiii ci oriloiiiiaiicc «le (leriiière \oloiit(''. Ce fut aijisv 
fait... 

.Madelaiinie de K'oyitoii D'Alloime 
Adliemar Lerallieur 

* * 

Le S janvier lîlS. .Mlle de IJoyhoJi étant l'iic Saint-l'aul. chez la 
Jaine (ieiie\ie\(' lliiote, \cu\e de l'ierve Mériault dit l^aprairie, reconnaît 
devoir à son hôtesse la somme de î Ô livres de France poui- règlement de 
compte jiis(|ir;i date. Ladite somme devant être pîivée après son dé- 
cès C^).' 

Les deux pièces ci-dessus l'ésuiné'es ne parurent pas siit'dsantes, à la 
'.ici Ile (l(Miiois(dle, cal' elle lit uii auti'e testament une semaine jilus tard 
alors (prelle ('tait l'endue a la côte Saint-Ahirt in, au-dessous du Tied-du- 
courant. Dans ce nou\(d acte la testatrice change légèrenu'iit ses disj)o- 
sitions antèiieures. l-]lle pai'le de l'auniônfV i[ni suivra la vente de ses 
liiens. puis d'une (dause (h'rogatoii'e dillV-rente de la précédente, mais elle 
jie i'e\(>(pie pas celle-ci n( unm('Mnent. elle n'y l'ait même aucune allusion. 
On en pourra juger par ([Uidques extraits de l'acte même: 

lùude de .\.-\\. Té'ti'o, lô janvier lîlS. — 

.Mademois(dle de U'oyhon d'Aloniie gisant au lit dans la mais(.)n du 
sieur l>oui'honnière, à Saint-Martiji, dans une chambre basse, à ])lein pied, 
dicte son testament dont voici quelques extraits : 

l^lle désire que son coi-ps soit enterré dans le cimetière de la ])aroisse 
jiroche de l'église et (pi'il soit aumône (jiutnd ses liiens auront été vendus. 

l'dle lègue 40 ri'aiics à Mme (]^)issot) \'incenues, -40 francs à Mme 
Arnault: lô fi'ancs à ('atherine Fortin: L") francs à Mme Joubert; 50 
l'raiics à Mme Laprairie: 18 francs à Mme (iraveline: une ])istole pour 
la chapelle du Tiers-Ordre des \\\{. PP. Eécollets ; uiu' jiistole à la cha- 
j)elle des Saiids-Anges : 100 francs ])our les |)auvres de la paroisse de 
]\rontréal ; une pistole ])our l'autel de 8aint-François : 100 francs pour 
faire diic dix messes par l(^s Pécollets : 100 francs pour faire dire des 
)nesse> à la ])aroisse de Montréal. 

|)n restant de ses biens on fera ])rier Dieu pour le re|)os de son âme 
et pour les âmes du jnirgatoire. 

l'ille nomme ]\lme La Source (3), sa lioiiiu' amie, exécutrice testa- 
mentaire et révoque tous autres testaments et codicilles faits par le passé 
ou (pi'idle poni-rait faire à l'a\einr où ne seront pas écrits ces mots: CrecUdi 
jirojdrr ijinid. au(piid seul (die s'arreste comme étaid sa derinère volonté. 

• * 

,M ad<'niois(dle de lîoybon d'Alonne n'eut probaldemeid le loisir de 
ti'ster davantage, car elle (|uitta iioti'e monde pour un meilleur à la mi- 

jîlMV iel- 1 i IS. 

F.-/. MASSICOTTE 



(2) Etude de J.-B. Adhémar. 

(3) Jeanne Prudhomme, veuve du cliirurgien ]). Thauinur de la Source. 



't£f| 



BULLETIN 



DES 



RECHERCHES HISTORIQUES 



YOL. XXVIII lEAUCEVILLE - AVRIL If22 N« 4 



OLIVIER MOREL DE LA DURANTAYE, 

C4PITAINE AU REGIMENT DE 

CARIGNAN 



L'orgueil des familles nobles en France est de faire 
remonter leur lignée aux Croisades. Nos anciennes fa- 
milles nobles canadiennes, plus modestes, sont très Hères 
de compter un ancêtre dans le régiment de Carignan. Ce 
corps d'élite a joué un si beau rôle ici que ses hauts faits 
se sont conservés à peu près intacts, i)ar la tradition, 
jusqu'à nos jours. 

Essayons de retracer la carrière toute d'honneur et 
de vaillance d'un des capitaines du régiment de Carignan, 
Olivier Morel de la Burantaye, dont les descendants encore 
noniljreux i)armi nous sont connus, les uns sous le nom 
de Morel, les autres sous le nom de Durantaye et d'autres 
encore, peut-être moins nombreux toutefois, sous leur 
beau nom d'autrefois Morel de la Durantaye. 

Les ]Morel de la Durantaye, qui portaient pour armes: 
''D'argent à un léopard passant de gueules", étaient de 
la Bretagne. 

Le premier Morel connu est Alain Morel, seigneur 
de la Corbière, qui vivait en 1400. La seigneurie de la 
Corbière était située dans la paroisse de Gouvray, diocèse 
de Saint-Brieux. Alain Morel épousa Guillemette Huot 
et en eut, entre autres enfants: 



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Guillaume Morel, seigneur de la Corbière, qualifié de 
fils aîné, héritier principal et noble, lequel, en 1448, fut 
emx^loyé en la réformation des nobles. Il épousa Jeanne 
du Parc. 

Charles Morel, seigneur de la Corbière, fils et héritier 
de Guillaume Morel, épousa Isabeau LeBoulanger, qui 
mourut vers 1556, lui laissant trois fils:. Tristan, Robert 
et Pierre. 

Pierre Morel, écuyer, sieur de la Courossière, qui con- 
tinua la lignée, fut un des gentilshommes de la suite du 
duc de Rohan. Il apparaît dans des actes de 1515 et 1540 
et décéda avant 1653. Il épousa en premières noces Ursu- 
line Hubert, dame de la Viollais, et en secondes noces 
Guillemette de Carduel, de la maison de Grémil. 

François Morel, écuyer, sieur de la Courossière, né 
du second mariage de Pierre Morel, eut pour tuteur Claude 
de Carduel, seigneur du Grémil. 

Pierre Morel, écuyer, sieur du Bois-Gaudin, fils uni- 
que de François Morel, laissa plusieurs enfants, entre 
autres Julien, Thomas et Anne. 

Thomas Morel, sieur de la Durantaye, fils de Pierre 
Morel, épousa, en 1631, Alliette de Houssay, fille de Ecuier 
Louis de Houssay, sieur de Lalande Carvissaye, et de 
défunte Renée LeRoyer. Il laissa deux fils, François 
Morel, sieur de la Chaussée, qui fit preuve de sa noblesse 
en 1668, et Olivier Morel, sieur de la Durantaye, celui-là 
même qui fut capitaine au régiment de Carignan et dont 
la famille s'est perpétuée au Canada. 

Olivier Morel de la Durantaye naquit à Notre-Dame 
de Gaure, évêché de Nantes, le 17 février 1640. Son acte 
de baptême longtemps conservé dans sa famille disait: 

" Le vingt-troisième jour de mai 1641 a reçu les bé- 
nédictions ecclésiastiques et avait ci-devant été essentiel- 
lement baptisé, etc., et nommé Olivier, fils à Ecuier 
Thomas Morel, sieur de la Durantaye, et damoiselle Al- 
liette du Houssay, sa compagne. Parrain Me Olivier 
Dillayer et marraine damoiselle Anne Morel, femme ( ?) 
Guillaume Texier, et fut le dit Olivier né le 17 février 



— 99 — 

1640. (Signé) Dillayer Morel — Anne Morel — Julien 
Domninil (0, Ptre." (1) 

Olivier Morel de la Durantaye commença à servir 
dès qu'il fut en état de porter une épée. 

En 1662, il obtenait une enseigne dans l'armée royale, 
probablement dans le régiment de Cliambellé. 

Dans le printemps de 1665, le régiment de Carignan 
s'embarquait pour la Nouvelle-France. Connue le cadre 
des officiers n'était ])as au complet, ])eu avant scm départ 
l)our le Canada, quelques officiers du régiment de Cham- 
bellé furent versés dans le régiment de Carignan. M. de 
la Dui-antaye fut du nombre. 

Quelques mois a])rès son arriA^'e dans la Nouvelle- 
France, le 10 décembre 1665, M. de la Durantaye était 
promu au grade de capitaine comme l'atteste la commis- 
sion suivante : 

" Louis, ])ar la grâce de Dieu, roi de France et de 
Navarre, à notre cher et ])ien-aimé le capitaine la Duran- 
taye, salut; 

"La compagnie qu'avait le capitaine Couvran ( ?) 
dans le régiment de l'infanterie de Cliambellé étant à 
présent vacante i)ar sa mort et désirant la rem])lir d'une 
])ersomie qui s'en ] misse bien acquitter, nous avons estimé 
ne pouvoir faire pour cette fin un meilleur choix que de 
vous pour les services que vous nous avez rendus dans 
toutes les occasions qui se sont i)résentées, même dans la 
charge de lieutenant de la dite com])agnie que vous avez 
depuis plusieurs années où vous avez donné des preuves 
de votre valeur, courage, expérience en la guerre, vigi- 
lance et bonne conduite, et de votre fidélité et affection à 
notre service. A ces causes et autres à ce nous mouvant 
nous vous avons commis, ordonné et établi, commettons, 
ordonnons et établissons par ces présentes signées de notre 

(1) A. de Léry MacDonald, Bulletin des Recherches historiques, vol. XIX, 
p. 270. 



— 100 — 

inain, capitaine de la dite compagnie comme dit est ci- 
dessus, laquelle vous commanderez, conduirez et exploi- 
terez sous notre autorité et sous celle du colonel du dit 
régiment. Qu'à part et ainsi qu'il vous sera par Nous 
ou nos lieutenants généraux commandé et ordonné pour 
notre service, et nous vous ferons payer, ensemble les 
ol'ticiers et soldats de la dite compagnie, des états, appoin- 
tements et soldes qui vous seront et à eux dues suivant 
les montres et raisons qui en seront faites par les Com- 
missaires et Conseillers des guerres et de départir tant et 
si longuement que la dite compagnie sera sur pied j^our 
notre service, tenant la main à ce qu'elle vive en si bon 
ordre et i)olice que nous n'en puissions recevoir des plain- 
tes. De ce faire vous donnons pouvoir, commission, auto- 
rité et mandement spécial. 

'' Mandons au sieur de Cliambellé, colonel du régi- 
ment, de vous faire reconnaître et à tous qu'il aj^partien- 
dra qu'à vous en ce faisant soit obéi. Car tel est notre 
plaisir. Donné à Paris, le dixième jour de décembre, l'an 
de grâce mil six cent soixante-cinq, et de notre règne le 
vingt-troisième. 

Louis " (2) 

Après la campagne infructueuse entreprise par M. 
de Courcelles contre les Agniers au commencement de 
1666, le capitaine de Lamothe fut chargé de construire 
un fort, sur une île, à quatre lieues de l'extrémité nord du 
lac Cliamplain. M. de la Durantaye commandait une des 
comioagnies qui construisirent ce fort (3). 

A l'automne de 1666, les troupes partirent de ce fort 
(le fort Sainte-Anne) i^our aller de nouveau combattre 
les Iroquois. Cette fois, le succès fut complet. 

Cette expédition fut suivie d'une paix qui dura plu- 
sieurs années. M. de la Durantaye, qui n'aimait pas l'in- 
activité, demanda, en 1668, à repasser en France (4). 

(2) Bulletin des Recherches Historiques, vol. XIX, p. 272. 

(3) Dollier de Casson, Histoire du Montréal. 

(4) L'abbé Daniel, Aperçu sur quelques familles contemporaines, p. 35; 
Thomas Chapais, Jean Talon, p. 318. 



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— 101 — 

Le 25 mars 1669, les capitaines de la Durantaye, de 
Chambly, de (Trandfontaiiie, de Laubia et de Bertliier, 
qui étaient retournés en France en 1668, signaient un 
écrit par lequel ils s'engageaient à mettre leurs compa- 
gnies sur le pied de 50 bons hommes chacune, depuis vingt 
jusqu'à trente ans, et à leur fournir leur subsistance 
moyennant 1000 écus (5). 

* M. de la Durantave revint dans la Nouvelle-France 
en 1670. 

Le 29 octobre 1672, l'intendant Talon accordait à M. 
de la Durantaye ''la quantité de deux lieues de terre de 
front, sur autant de profondeur, à prendre sur le fleuve 
Saint-Laurent, tenant d'un côté à un demi-ar])ent au delà 
du saut qui se trouve sur la terre du sieur des Islets et de 
l'autre le canal de Bellechasse. . . " (6). C'est la seigneu- 
rie de la Durantaye dite aussi Bellechasse. 

M. Talon disait dans ce titre: 

" Nous, en considération des bons, utiles et louables 
services qu'il (le sieur de la Durantaye) a rendus à Sa 
Majesté en différents endroits, tant en l'ancienne France 
que dans la Nouvelle depuis qu'il y est passé par ordre 
de Sa Majesté, et encore de ceux qu'il témoigne vouloir 
rendre ci-après. . . " 

Il faut croire que M. de la Durantaye avait déjà com- 
mencé des travaux de défrichement sur sa concession 
])uisque nous lisons encore dans le titre signé par M. Ta- 
lon : 

" . . .A la charge qu'il continuera de tenir et de faire 
tenir feu et lieu sur les concessions qu'il accordera." 

Moins de deux années plus tard, le 15 juillet 1674, M. 
de la Durantaye recevait une autre importante concession 
"la consistance de trois lieues de terre de front le long du 
fleuve Saint-Laurent, savoir: deux lieues au-dessus de 
la rivière a])pelée Kamouraska, et une lieue au-dessous 
icelle comprise, avec deux lieues de profondeur dans les 
dites terres, ensemble les îlets étant au-devant des dites 

(5) Thomas Chapais, Jean Talon, p. 318. 

(6) Pièces et documents relatifs à la tenure seigneuriale, p. 151. 



— 102 — 

trois lieues, et le droit de chasse et de pêche dans l'étendue 
des dites lieues " (7). 

C'est la seigneurie de Kamouraska. 

On voit dans cet acte de concession que M. de la Du- 
rantaye avait, en vertu d'une permission donnée par l'in- 
tendant le 80 octobre 1673, une pêche sédentaire en face 
de Kamouraska. 

Le 1er mai 1693, M. de la Durantaye obtenait une 
augmentation de deux lieues de profondeur à sa seigneurie 
de la Durantaye. L'acte de concession signé par l'inten- 
dant Bochart Cliampigiiy décrivait ainsi cette augmen- 
tât ioii: "deux lieues de terre de profondeur à prendre 
au bout où se termine la profondeur de son tief de la 
Durantaye, sur ])areille largeur du dit fief, qui a environ 
trois lieues de front, borné d'un côté au sud-ouest aux 
terres de Beaumont, et au nord-est à celles de Berthier; 
et, en outre, une autre terre d'une lieue de front avec au- 
tant de profondeur au haut de la rivière Boyer à cause 
d'une pinière qui s'y trouve, dont il désirerait se servir, 
ensemble concession de la dite rivière Boyer dans les en- 
droits où elle passe sur son dit 'fief et sur les terres cy- 
dessus. . . " (8). 

Le 7 mai 1696, le gouverneur de Frontenac et l'inten- 
dant Bochart Chamj^igny agrandissaient encore la sei- 
gneurie de la Durantaye en accordant à son i)ropriétaire 
"une lieue de terre de front sur deux de profondeur vis- 
à-vis celle à lui déjà accordée au haut de la rivière Boyer, 
avec une autre lieue de front attenant la dite de chaque 
côté de la dite rivière sur deux lieues de profondeur en 
lieux non concédés, tenant du côté du sud-ouest aiix terres 
de la côte de I^auzon et de celui du nord-est, à celles de la 
seigneurie de Beaumont. . . " (9). 

M. Suite remarque que de tous les officiers du régi- 
ment de Carignan MM. de Saint-Ours et de la Durantaye 

(7) Pièces et documents relatifs à la tcnure seinneuriale, p. 23. 

(8) Pièces et documents relatifs à la tenure seijineuriale, j). 409. 

(9) Pièces et documents relatifs à hn tenure seigneuriale. \^. 424. 



— 103 — 

sont ceux qui reçurent le plus de terre. M. de Saint-Ours 
obtint 98,784: arpents et M. de la Durantaye 70,560 arpents. 
Ils n'en restèrent pas moins pauvres tous deux (10). 

En 1683, M. de la Durantaye eut de nouveau l'occa- 
sion de se distinguer. Il fut envoyé par le gouverneur 
de la Barre i)our eonunander au pays des Outaouais. Il 
devait en même temps prendre possession des forts ou 
comptoirs de traite de La Salle dans l'Ouest. 

En 1684, dans rexi)édition de M. de la Barre contre 
les Tsonnontouans, M. de la Durantaye joua un des prin- 
cii^aux rôles. Avec l'aide de DuLutli ^ de Nicolas Perrot, 
il réussit à amener de Micliillimakinac à Niagara, par le 
lac Erié, cinq cents guerriers luirons, outaouais, outaga- 
mis et canadiens. Tous ces braves furent grandement 
contrariés lorsqu'ils apprirent, en arrivant à Niagara, que 
M. de la Barre avait conclu une paix ])eu avantageuse 
avec les Tsonnontouans et qu'il leur fallait retourner à 
Micliillimakinac sans combattre. 

Le 28 sei)t(>mbre 1685, l'intendant de Meulles écrivait 
au ministre: 

" Le sieur de Bécancour envoyé cette année son fils à 
Hocliefort avec le brevet que vous avez eu la bonté de lui 
accorder. J'ai donné pareillement à mademoiselle de la 
Durantaye celui que vous avez envoyé pour son fils qu'elle 
envoie aussi en France. Je crains qu'on ne le trouve un 
peu jeune, n'ayant que quinze ou seize ans. Le père est 
un des plus honnêtes hommes du pays, mais un des moins 
riches. Il est bien gentilhomme et m'a produit des titres 
de plus de trois cents ans bien conditionnés. Ce fut lui 
qui l'année passée vint si à propos joindre notre armée du 
coté de Niagara à la tête de six cents hommes, dont il y en 
avait cent cinquante Français et le reste Sauvages. Il 
est allé depuis porter des ordres de Monsieur de la Barre 
chez les nations sauvages. Monsieur de Denonville ayant 
su cette action compte de s'en servir lorsqu'il voudra 
entreprendre quelque chose contre les Iroquois " (11). 

(10) Mémoires de la Société royale, année 1895. 

(11) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 



— 104 — 

Le 6 juin IGSG, le gouverneur de Denonville donnait 
à M. de la Durantaye les importantes instructions qui 
suivent : 

" Je vous écris i)ar le sieur de Jucliereau que je vous 
envoie en attendant que le R. P. Anjelran vous aille join- 
dre à Missillimakima, ce qui dépencl de la restitution des 
prisonniers qui se fera à Catarokouy, cependant il est 
absolument nécessaire pour le serviee du Roi et de la Co- 
lonie que vous reteniez auprès de vous tout le 2)lus de 
français qui vous pourrez ])arce que je prétends faire 
occuper deux postei^l'un au détroit du lac Erié, et l'autre 
au portage de Taronto. 

" Je souhaite que le i^remier soit occupé par M. de 
Lliut, auquel vous donnerez vingt hommes; je lui écris 
de se mettre en état de partir avec cela pour aller au dit 
détroit, pour y choisir quelque lieu avantageux pour s'y 
retrancher ; et après y avoir mis une personne sûre, hdèle 
et à son choix qu'il y établira pour commander, il retour- 
nera ensuite à Missillimakima pour y avoir le R. P. lors- 
qu'il y sera de retour. 

'' Comme je soidiaite que ce poste soit de cinquante 
hommes, il est nécessaire que vous assembliez le surplus 
de ce qu'il lui faudra pour achever le dit nombre qu'il 
emmènera avec lui, après avoir vu le R. P. qui l'informera 
plus précisément de mes ordres sur ce qu'il aura à faire. 

'' Comme dans tous les détails que vous avez avec le 
sieur du. . . il est d'une conséquence extrême que vous 
ayez ensemble beaucoup d'union, je vous supplie avec 
toute l'insistance possible de faire en sorte de vivre avec 
lui dans une étroite liaison, et d'éviter absolument toute 
dispute. Je laisse le soin au R. P. de dire là-dessus com- 
))ien cela me tient au coeur, et combien vous me ferez 
idaisir d'y donner du vôtre, et la reconnaissance que j'en 
•aurai. 

" A l'égard du second poste, je vous laisse le choix 
d'un homme capable x)our le connnander, et y faire ce que 
vous lui ordonnerez. 



— 105 — 

" Mon intention est que vous choisissiez le ])oste, seu- 
lement a2)rès le retour du R. P. avec lequel vous en con- 
férerez, et que vous donniez de bons ordres pour le. bien 
mettre en sûreté. Mon intention par ces deux établisse- 
ments est de couvrir les chasses des Outaouax, et de leur 
servir de retraite contre ceux qui voudraient les inquiéter, 
du reste, vous saurez du R. P. les avantages que nous pré- 
tendons en tirer. Si les Iroquois ne vous inquiestent pas, 
mon intention n'est pas que vous leur fassiez aucun tort, 
à moins qu'ils ne voulussent charger nos alliés. 

" A^ous verrez les ordres que je vous envoie; je vous 
recommande de les faire exécuter tous les ])lus exactement 
que vous ])(»urrez. Faites en sorte de m'envoyer Turgot 
tout le ]>lustnt que faire se pourra a^^ant besoin de luy en 
ce pays. Vous l'assurerez qu'il y peut venir sous ma pro- 
tection; je lui envoie jxmr (^la un passe-])ort. Vous aurez 
le soin de ])rendre en comi)te ce qu'il faudra de munitions 
de guerre })our les postes que je vous mande d'occuper, 
afin que je ])uisse pourvoir aux moyens de les faire resti- 
tuer à ceux à qui vous les aurez pris. 

" Prenez un fort grand soin de faire descendre tout 
ce qu'il y aura de ])elleteries à nos français et qu'il n'en 
reste aucune, de manière que s'il restait encore quelques 
marchandises à traiter, vous retiendriez un homme de 
chaque canot de ceux qui sont allés de ])onne foi sans 
fraude en traite, je veux dire de ceux qui ont été avec 
congé et ])ermission de M. de la Barre ; car ])our les autres 
je veux qu'ils reviennent tous, à moins que vous n'en ayez 
besoin absolument. Vous ne manquerez ])as de retenir le 
sieur de St Michel, beau-frère de M. Lebert, lequel vous 
mettrez dans le détachement de M. du Lhut. 

" Ayez grandes correspondances avec Messieurs de 
la Forest, parce qu'il y a de grands secours à attendre par 
leurs soins. Tenez-vous à Missillimakima tout le plus 
souvent que vous ])ourrez, afin que les lettres et les ordres 
que j 'y i)ourrai envoyer vous y trouvent. 

'' Trouvez moyen de faire tenir ma lettre à M. de la 
Forest au fort des Illinois. 



— 106 — 

" Prenez toutes les mesures nécessaires pour que 
chacun se munisse de vivres nécessaires pour subsister 
dans leurs postes, où il se pourra porter quelques mar- 
chandises, si l'on croit qu'il y ait occasion d'y faire quel- 
que traite. 

'' Souvenez-vous qu'il est d'une extrême importance 
que tous nos français soient sous notre main pour les 
besoins pressants qui peuvent arriver, et surtout ne laissez 
écarter qui que ce soit que le R. P. ne soit arrivé après 
quoi vous en disposerez selon mes ordres qu'il vous por- 
tera. 

" Il nous est de conséquence que vous nous fassiez 
descendre tout le plus de canots que vous pourrez; je vous 
prie de m'en choisir une couple pour moi, que j 'achèterai 
sur le pied qu'ils se trouveront en arrivant, vous me man- 
derez ceux qui s'en seront chargés et écrivez au marchand 
de les payer jDour moi parce que je jDourrais n'être pas ici. 

" Au reste Monsieur, pour ce qui regarde vos intérêts, 
comptez qu'ils me seront toujours dans une singulière 
recommandation, et que les services que vous rendrez au 
public ne seront |)as perdus chez moi. 

" J'oubliais de vous mander qu'il faut que vous ne 
manquiez pas de j^rendre des mesures nécessaires pour 
faire avertir les Oumamins de se tenir à portée de pouvoir 
marcher ce printems si on a besoin d'eux, cependant je 
vous prie de ne vous ouvrir de rien de tout cela. Les Ca- 
nadiens tout causeurs et vous avez des traîtres auprès de 
vous chez tous nos peuples. Si Nicolas Pairot nous pou- 
vait assembler quelques sauvages pour les joindre à M. 
du Lhut lorsqu'il en sera tems, il faudrait y songer de 
bonne heure. Je vous envoie un mémoire des paroles que 
j'ai envové faire aux Iroquois pour retirer nos prison- 
niers " (12). 

Au printemps de 1687, M. de la Durantaye fit un coup 
qui nous montre son sang-froid et sa bravoure. 

(12) Archives de la province de Québec. 



— 107 — 

M. de Behnont raconte ainsi cet exploit dans son 
Histoire du Canada : 

" Cejjendant Dongan, gouverneur de Manliatte, ca- 
tholique mais très méchant homme, persuadé i^ar les 
nonnnés DuPlessis Lafontaine Marion (13), francs fugi- 
tifs, du profit qu'il y a à faire à Missilimakinac, y envoie 
un nommé Grégoire avec un gros parti de 60 hommes, et 
3000 livres d'eifets, et qui ayant eu avis que M. DuLuth 
gardait le passage de Toncharontio qui communique du 
lac Erié au lac Huron, passèrent par Taronte (Toronto), 
et étaient conduits i)ar les Lafontaine Marion, le nommé 
Gaustassy et Tegaimenstet. Ils arrivèrent au voisinage 
de Missilimakina, vers le mois de mai, au nombre de 60. 
M. de la Durantaye, très brave et très sage officier, qui y 
commandait, jugeant qu'il fallait prévenir l'entrevue des 
Staouais et des Flamands, sort au-devant de lui avec sa 
com])agnie; tous les Sauvages sortent en même temps 
avec leurs armes, et font un grand parti dans les bois à 
une portée de fusil des Français. Chose admirable, tous 
les Sauvages étaient ])artis pour favoriser les Flamands 
à cause de leur bon marché. Cependant, Grégoire crut 
infailliblement qu'ils venaient escorter et soutenir les 
Français. M. de la Durantaye, sans leur donner le temps 
de s'éclaircir, étant entre les Sauvages et les Flamands, 
s'avance avec sa compagnie, le fusil en joue, fait mettre 
bas les armes aux 60 Flamands et les lie, et en même temps 
donne le pillage de leurs marchandises aux Sauvages et 
aux Français, s 'acquérant par là ceux qui se seraient 
I}eut-être révoltés " (14). 

Le 7 juin 1687, conformément aux instructions qu'il 
avait reçues du gouverneur de Denonville, M. de la Du- 
rantaye prenait de nouveau possession des terres des 
environs du Détroit et des lacs Erié et Huron. Le procès- 
verbal suivant fut rédigé et signé à cette occasion : 

(13) Tombé aux mains des Français quelques mois plus tard, il fut fusillé. 

(14) M. de Belmont, Histoire du Canada, p. 19. 

(La suite dans la Drochaine livraison) 



— 108 — 

PAPIERS DE FAMILLE 



Ce titre, je crois, est suffisamment explicite. Cependant, il n'est 
peut-être pas inutile de. souligner que son principal objectif est la corres- 
pondance familiale. 

Le commerce épistolaire, en effet, restera indéfiniment le mode popu- 
laire de communication entre les membres d'une même famille, au fur et 
à mesure que les départs ont lieu. Ses exigences sont extrêmement sim- 
plifiées: savoir ])lus ou moins bien tenir une plume, et écrire comme l'on 
parle. Peu im])ortent les hérésies grammaticales pourvu que l'on se 
comprenne ! 

Le culte du passé poussé à pareil point, dira-t-on, est presque idolâ- 
triijue. Ces grimoires, en somme, ne sont que des répertoires d'insigni- 
fiantes banalités. Oui, pour ceux qui manquent de sens familial; non, 
pour les privilégiés qui en possèdent. Ils ont tous un intérêt réel et 
indiscutable. Je le prouverai tout à l'heure par un exemple concret. 
En tout cas, tel n'est pas le sentiment de l'archiviste de la Province, 
qui a récemment mis nos familles en garde contre la manie de 
jeter au feu leur correspondance et, parfois, leurs vieux titres de propriété. 
Ce vandalisme, il est plus que temps d'y mettre fin. D'ailleurs, ceux que 
ces papiers de famille n'intéressent pas, ne sont point tenus de les lire. 

Les disposer dans un carton spécial, les classer par ordre de date 
n'est pourtant pas chose difficile. Ce souci, il me semble, est plus naturel 
que liéroïque. L'importante collection de lettres de la famille Méthot, 
(jue j'ai en ce moment sous les yeux, démontre clairement ce que pourrait 
faire chaque famille, si elle le voulait. 

Cette collection comprend: 

lo — Une centaine de lettres de Mgr Méthot, de 1841 à 1881, à sa 
mère et à son oncle l'abbé B. Desrochers, ancien curé. 

2o — Une cinquantaine de lettres de Mme Joseph Méthot, mère de 
Mgr Méthot, de 1840 à 1847. 

;kj — Une douzaine de lettres de Onésippe Méthot, frère de Mgr 
Méthot, fie 1840 à 1881. 



— 109 — 

4o — Une quinzaine de lettres de Philéas Méthot, frère de Mgr Mé- 
thot, de 1836 à 1856. 

5o — Xotes généalogiques et biographiques sur la famille de Mgr 
Méthot, par son neveu, M. l'abbé Desrochers, du séminaire de Québec. 

Cet inventaire, je l'ai inséré au long: parce qu'il fait honneur aux 
familles Desrochers-Méthot, et qu'il importait de signaler une documen- 
tation que les futurs historiens ou biographes devront consulter s'ils veu- 
lent parler })ertinemment de la })aroisse Ste-Croix et des familles Méthot 
et Desrocliers. 

Ces lettres, je me roproelierais de le taire, ont été conservées par la 
mère et une tante de Mgr Méthot, puis confiées par sa mère à M. l'abbé 
C. Desrochers, du séminaire de Québec, qui les a classées par ordre de 
date, brièvement résumées dans des notes marginales, et dont chaque 
collection a son carton spécial. Cn archiviste professionnel n'eût pas 
mieux fait, et si M. l'abbé Desrochers dépendait de moi, je l'installerais 
immédiatement à la bibliotbèque de Laval. 

Un simple couj) d'oeil sur cette collection de lettres permet de cons- 
tater qu'elles. ne sont pas un recueil de niaiseries. Comme preuve, j'en 
tire une du premier carton, pres(iue au hasard, adressée à son oncle, l'abbé 
Benjamin Desrochers, en date du 1!ji mai 1847, pour l'informer que Mgr 
Signay refuse de le tonsurer, parce que ses yeux sont myopes et faibles 
par-dessus le marclié. Pourquoi alors lui avoir permis de prendre la sou- 
tane? On perçoit à travers les lignes que son système nerveux était 
fortement secoué, mais aucune critique ne lui écliappe. On sait qu'en 
ce temps-là tout le monde était oculiste. Heureusement, l'archevêque 
ne croyait ])as à l'infaillibilité de son diagnostic, et se déjugea bientôt. 
On doit l'en féliciter car l'aspirant à la tonsure, talent primesautier — 
sauf en matière de chiffres — qui, de la septième monta en quatrième, 
a fourni une belle carrière. Seule une invincible timidité, aggravée par 
un facteur indifférent en soi, l'a empêché de donner sa pleine mesure. 

Au moment où il écrivait, un })rédicateur français de renom, l'abbé 
de Charbonnel, prêchait à la basilique la retraite du jubilé. Je cite 
textuellement l'appréciation du jeune porte-soutane, à la fois hardie et 
piquante. Il aima toujours la critique littéraire, surtout quand il n'était 
pas sur le trépied. 

"X.a grande affaire du jour, ici, écrit-il à son oncle, c'est la retraite 
du jubilé. Vous savez qu'elle est prêchée ])ar M. de Charbonnel. On 



— 110 — 

l'avait annoncé a\ec beaucoup de poni{)e et de solennité, mais il n'a pas 
répondu à l'attente. Les prêtres qui ont assisté à la retraite ecclésiastique 
ne le reconnaissent ])lus. Pour ma part, je n'ai guère entendu de sermons 
plus maigres, plus insignifiants (\ue ceux qu'il prêche cette semaine. Il 
parle trois fois par jour, et trois fois sur le même sujet. On dirait qu'il 
n'a pas du tout intention de donner une retraite, mais seulement de pré- 
parer les gens à recevoir une bonne absolution et à recevoir l'indulgence 
du jubilé. On s'était attendu que, sans négliger le peuple religieux, il 
s'adresserait à cette foule de gens, et surtout de jeunes gens instruits qui 
commencent à manquer de foi et à attaquer la religion. Mais il n'a pas 
dit deux mots qui jmissent faire quelque effet sur eux. On regarde le 
fruit de cette retraite comme à peu près nul. Il doit aller répéter ses 
sermons à Saint-Koch la semaine prochaine." 

Cet abbé de Charbonnel, à la suite de je ne sais quelles tractations, 
est devenu évêque de Toronto. 

La dernière i)age de cette très intéressante lettre est consacrée aux 
choses purement familiales. 

La pluj)art de ces lettres présentent le même intérêt, rappellent un 
fait, un nom, un incident ({ui évoquent un monde de souvenirs, et qui 
éclairent souvent l'histoire générale. Elles peuvent même être mises en 
parallèle avec la correspondance officielle des fonctionnaires publics. 

Ceci, je crois, suffit à démontrer combien il est regrettable que tant 
de "papiers de famille" ne soient -plus que cendres et poussière. 

Chanoine D. GOSSELIN 



QUESTIONS 



Pourquoi a-t-on donné le. nom d'Indiens aux Sauvages d'Amérique? Les 
Indes ne sont pas sur le continent américain. 

CUK 

On a beaucoup discuté autrefois sur l'orig-ine des Esquimaux. Bon nombre 
d'aut«'urs et de voyageurs prétendent que les Esquimaux n'avaient pas la même 
origine que les autres Sauvages de l'Amérique du Nord. Ce point est-il défini- 
tivement établi par la science? 

CUR 

Dans un acte du notaire Genaple reçu à Québec le 14 septembre 1692 je 
vois comparaître comme témoins les sieurs Franquelin et Pionsac. Franquelin 
m'est bien connu. C'est l'hydrograpbe du Roi dont il a été plusieurs fois question 
dans le Bulletin. Mais je voudrais avoir des renseignements sur M. de Pionsac 
que Mgr Tanguay ne semble pas avoir connu. 

R. O. 



— 111 — 
JOSEPH DAMOURS DE PLAINES 



Dans une des notes dont j'ai cru devoir accompagner la publication 
du "Journal inédit du siège de Québec" (Rapport de l'Archiviste de la 
province de Québec 1920-21, p. 222), je me suis permis d'écrire ce qui 
suit, à l'occasion du nom de de Plaines qui se rencontrait au. cours du 
récit : 

"Il s'agit sans doute de Joseph Damours de Plaines qui, d'après 
Tanguay, serait né en Acadie vers 1700, fils illégitime de Bernard Damours 
et de Marie de St-Etienne de la Tour." 

M. l'abbé (.\)uillard Després s'inscrit en faux contre cette assertion 
et, dans nue lettre adressée au directeur du Bulletin, lettre qui m'a été 
communiquée, il demande de "rectifier une erreur historique dont une 
faute d'impression dans Tanguay est toute la cause". 

En toute justice pour M. l'abbé Couillard, je crois devoir reproduire 
ici son argumentation : 

"Pour celui qui a étudié l'histoire des de la Tour, il est évident 
que Mgr Tanguay a fait erreur quand, par son renvoi, il a écrit que la 
mère de Bernard Damours (M. l'abbé Couillard a sans doute voulu écrire 
Joseph Damours) était Marie de St-Etienne de la Tour. (Tanguay, 
vol. III, p. 228). 

"Le premier renvoi se rapporte à Bernard Damours, le deuxième à 
Marie-Jeanne LeBorgne et le troisième encore à cette dernière. 

"Bernard Damours s'est marié à Marie-Jeanne LeBorgne, née de 
Alexandre LeBorgne, sieur de Belleisle, gouverneur de l' Acadie, et de 
Marie de St-Etienne de la Tour. Le second renvoi dit: Belisle, voyez 
Delisle ; c'est une erreur. Le troisième aurait dû être aussi pour la 
même Jeanne LeBorgne et voici ce qui le confirme. 

"Marie de St-Etienne de la Tour est l'aînée des enfants de Charles 
Amador de la Tour et de Marie d'Aulnay. Née en 1654, elle épousa 
Alexandre le Borgne. D'après Tanguay, elle aurait dépassé la cinquan- 
taine en 1709. Et ce Joseph Damours qu'on lui donne pour fils aurait 
été son fils et aussi son petit-fils, fait assez rare assurément. Il y a donc 
eu transposition de la note de Mgr Tanguay et c'est ce qui a fait commettre 
une erreur qui entache la mémoire de Marie de St-Etienne de la Tour." 

M. l'abbé Couillard étend sa protection sur tous ceux qui ont l'hon- 



— 112 — 

nt'ur de t;e rattacher de près ou de loin à la famille de Guillaume Couillard, 
et les la Tour eu sout, un de leurs deseendants par les LeBorgne s'étant 
allié aux Couillard. J'admire ee culte l'aniilial et je le respecte. Mais 
encore faut-il qu'il s'appuie sur autre chose que le sentiment. Je dois 
avouer que l'argumentation de M. l'abbé ne me satisfait pas. 

Je n'ai aucun intérêt à canoniser les la Tour et je n'ai pas davantage 
intérêt à les damner. En ce qui concerne les gens morts il y a deux ou 
trois cents ans, -j'ai l'habitude de prendre les choses telles que nous les 
apporte l'histoire, et sans m'en émouvoir. Il est possible que Marie de 
St-Etienne de la Tour ait été une Lucrèce et il est également possible 
qu'elle ait été autre chose. Dans le temps oii elle vivait, au milieu des 
forêts de l'Acadie, il est certain que les dix commandements avaient perdu 
beaucoup de leur emprise sur des colons mêlés à la vie sauvage et éloignés 
de la civilisation. C'est tout de même parce que je n'en sais rien absolu- 
ment que j'avais ])rudeniment employé le conditionnel, dans ma note 
consacrée à Joseph Damours. J'avais simplement écrit qu'il "serait", 
d'après Tanguay, un fils de Marie de St-Etienne de la Tour. M. l'abbé 
Couillard n'accepte même pas ce conditionnel. 11 affirme tout uniment 
que Joseph Damours n'est pas un fils de Marie de St-Etienne et il ajoute 
que cela est évident. Mais non, cela, n'est pas évident. M. l'abbé prétend 
d'abord que Mgr Tanguay, par suite d'une erreur typographique, a écrit, 
dans un renvoi, Marie de St-Etienne de la Tour, alors (|u'il aurait voulu 
écrire Marie-Jeanne LeBorgne. Mgr Tanguay n'avait pas besoin d'un 
renvoi, s'il entendait parler de Marie-Jeanne LeBorgne, puisque ce nom 
était déjà inscrit en tête de l'article. Le renvoi ne s'explique que parce 
qu'il y avait une exception à marquer. 

Il est vrai que Marie de St-Etienne de la Tour aurait dépassé la 
cinquantaine en 170!) ])uis(iu'on la ])résume née en 1654, mais, d'autre 
part, personne, avant M. l'abbé Couillard, n'a référé en l'espèce à l'année 
1709. Josepli Damours de Plaines est mort à Québec en 1768 et, dans, 
l'acte de sé})ulture, il est dit âgé de 68 ans. Il serait donc né en 1700 
ou à peu près, et, à cette date, sa mère présumée, Marie de St-Etienne 
de la Tour, n'aurait encore été âgée que de 45 ou de 46 ans tout au plus. 

M. l'abbé Couillard soutient enfin que Joseph Damours, s'il était fils 
de ^larie de hi Tour, serait cii même temps son fils et son ])(^tit-fils. Ou 
bien J()se])h hainours a eu poui' mère IMarie de la Tour et alors il n'est 
que son fds : ou l)ien il a eu {)()ur mère Marie-Jeanne LeBorgne et alors 
il n'est que le petit-fils de Marie de la Tour. Cela est clair. 



— 113 — 

J^a vérité est que Mgr Tanguay avait une raison suffisante d'attribuer 
ptiur mère à Joseph Damours Marie de St-Etienne de la Tour. Si M. 
l'abbé Couillard veut bien recourir aux registres de l'état civil de Québec 
])our 17Ô4, il verra que le 2î» juillet de cette même année, lors de la 
célébration de son deuxième mariage avec Madeleine Coulon de Villiers, 
Joseidi Damours de Plaines est dit dans l'acte fils de feu Bernard Damours 
de Plaines et de Marie de St-Etienne de la Tour. M. l'abbé Couillard 
dira ])eut-être (|u'il est évident qu'il y a eu erreur dans l'acte de mariage, 
mais Mgr Tanguay a cru ])ouvoir accepter le témoignage comme suffisant 
et cela jirouve au moins qu'il n'y a })as eu erreur typographique à la ])age 
228 du llle vohime du Dictionnaire Généalogique. 

ICnc.ore une fois, je n'attache j)as à cette petite atfaire plus d'impor- 
tance <iu'il n'est nécessaire, mais je devais à M. l'abbé Couillard cette 
explication. AEGTDITTS FAUTEUX 

POTIER DE POMMEROY 



M. L. (le la Morinerie, auteur de "La nobles.se de Saintonge et d'Aunls con- 
voquée pour les Ktats généraux de ITS'J", rapporte qu'en cette année "M. Potier 
de Pommeroy demeurait à Bellevue". Kené-Gédéon Potier de Pommeroy, demeu- 
rant à Bellevue, paroisse de Corme-Royal, épousa lo Margiu>rite d'Aillebout de 
Saint- Vilmé ; 2o le 21 août 1766, Marie de Grange. 

Du second lit : 

Louis-René, capitaine d'infanterie, chevalier de St-Louis et de la Légion 
d'honneur, né à. Bellevue, le IS juillet 1767, marié à Marie-Agathe-Bénigne de 
Beaucorps, fille de Henri-Charles, baron de l'Isleau, dont: 

10 Auguste Potier, comte de Pommeroy, né à Corme-Royal, en 1796, garde 
du corps du roi. député de Langres sous Louis-Philippe, membre du conseil 
général de la Haute-Marne, chevalier de la Légion d'honneur, mort en 1860, sans 
enfants de Mlle Legros; 

2o Henri-Léopold, chef d'escadrons de hussards en retraite, officier de la 
Légion d'honneur, marié lo à Elisa Bonneau de Mongaugé, morte le 18 juillet 
1853; 2o à Mlle de Corlieu. Du premier lit: a Auguste; h Renée. 

3o N*** veuve de M. Grezy. 

On pense que cette famille, sortie des colonies, est une branche des Potier 
de Gesvres et de Tresmes; c'est dans cette hypothèse que nous avons dû lui en 
attribuer les armoiries." (P. 117). 

Les italiques sont de nous. N'est-ce i)as attribuer une origine trop par 
supposition? 

En 1S61. quand M. de la Morinerie publiait son travail sur la noblesse de 
Saintonge, les moyens lui manquaient de retracer la généalogie des Potier sus- 
nommés. Nous pouvons rétablir les faits grâce au dictionnaire de Mgr Tanguay, 
et à d'autres sources découvertes depuis. En effet, René-Gédéon Potier de Pom- 
meroy marié à Port Lajoie, Ile St-Jean, le 4 novembre 1757, à Marguerite d'Aille- 
bout de St-Vilmé remonte à Jean-Baptiste Poitiers, sieur du Buis.son, né à Amiens 
en 1645. La généalogie des Potier de Gesvres et de Tresmes que nous avons 
examinée ne révèle aucun lien de parenté avec la famille canadienne. Il n'y 
a pas de doute que si elle eut appartenu à l'illustre maison ducale, elle n'eut 
point manqué de s'en glorifier. 

M. Bachelin-Deflorenne publiait en 1873 un "Etat présent de la noblesse 
française". A la page 1495 figure: M. Potier de Pommeroy, au château de Belle- 
vue, par Saujon (Charente- Inférieure). Les armes sont celles des Potier, mar- 
quis de Novion, ducs de Tresmes et de Gesvres. 

11 serait curieux de savoir par quel point Jean-Baptiste Poitiers ou Pothier. 
sieur du Buisson, né à Amiens en 1645, appartient aux Potier de Gesvres. 

REGIS ROY 



— 114 — 

ORIGINE DES NOMS DE RUES ET DE 

LOCALITES DANS LA REGION 

DE MONTREAL 



II 

BUTTI']S (Les) — On nommait ainsi, Jadis, cette partie du fief 
Saint-Augustin, autrement dit de la paroisse Saint-Henri de Montréal 
qui s'étend à l'ouest de la rue Atwater. 

VITRE — Cette rue tient son nom de la famille de Guillaume- 
Emmanuel-Tliét)dore Denis de Vitré qui épousa une petite-fille de Lambert 
Closse laquelle avait hérité de partie du fief possédé par son grand-père. 

A l'origine, la rue Vitré ne traversait que le fief Closse. Plus tard, 
o]i la prolongea à l'est et à l'ouest. Rappelons que l'un de ces Denis de 
Vitré fut accusé d'avoir guidé l'escadre anglaise à Québec en 1759. Voir 
Tanguay, Dictionnaire généalogique, III, 343. 

SAINT-VINCENT (rue) — Son nom lui vient de Jean- Vincent 
Philippe, éeuyer, sieur de Hautmesnil qui obtint la propriété du quart 
du fief Closse de son oncle, l'abbé Souart, le 4 janWer 167G. M. de Haut- 
mesnil divisa son arrière-fief en emplacements et traça une rue au centre. 

Ces emplacements trouvèrent acquéreurs princi {paiement entre 1688 
et 1090, alors que les colons de l'île effrayés par les incursions des Iroquois, 
cherchaient à se loger dans l'enceinte des villes. Avant 1692, la rue 
Saint- Vincent s'étendait jusqu'aux fortifications; mais à partir de cette 
année sa longueur fut réduite d'un tiers, car les RH. PP. Jésuites ache- 
tèrent le terrain au nord de la rue Notre-Dame entre les rues Saint- 
Gabriel et Gosford. C'est dans cette rue que vécurent, sous le régime 
français, le fameux ingénieur Gédéon de Catalogne et, tout à côté, Mlle 
de Roybon d'Alonne, dont nous avons parlé dans le Bulletin. Mais cette 
rue ne prit sa notoriété qu'au XVI Ile et au XIXe siècle alors qu'elle 
devint un centre intellectuel français important. 

En effet, n'est-ce ])as dans cette petite rue ou tout près que la Minerve 



— 115 — 

fut fondée, que les librairies Fabre et KoUaiid débutèrent; que l'asso- 
fiation des Chasseurs eut ses réunions, en 1838 ; (}ue plusieurs générations 
d'avocats fameux ouvrirent leurs bureaux? Aussi, l'iionorable sénateur 
L.-O. David avait-il raison d'écrire un jour avec regret: 

"La rue Saint- Vincent, on ne dirait pas à la voir ce qu'elle a été. . . 
Elle est bien petite, on la parcourt en quelques pas et cependant c'est là 
qu'ont vécu la plu})art de nos hommes remarquables, (lue se sont agitées 
les questions les plus graves pour notre nationalité, qu'on a fait la politique 
pendant trois-quarts de siècle, enfin qu'aux mauvais jours de notre his- 
toire on se réunissait pour aviser aux meilleurs moyens de défendre les 
intérêts du pays. Oh, si les vieux murs qui la bordent pouvaient parler 
avant de tomber". . . (1 ). 

E.-Z. MASSICOTTE 



(1) David, Biographies rt portraits, w. 211-212. 



LE REGISTRE DE LA CHAMBRE DE JUSTICE DE 

LONGUEUIL 



A propos des Registres des Chambres de Justice sous le rég-ime militaire, 
après 1760, je lis ce qui suit, à la page 362 du Rapport de l'Archiviste de la 
Province de Québec pour 1920-1821: "Le Commandeur Viger avait en sa 
possession le registre d'audience et de jugements du deuxième district, celui 
de Longueuil. Ce cahier est aujourd'hui au Séminaire de Québec." Cette 
dernière phrase renferme une légère erreur que l'on me permettra sans doute 
de rectifier. 

Le registre de la Chambre de Longueuil a bien été en la possession de 
Jacques Viger. mais, contrairement à ce qu'en croit R. B., le correspondant 
de l'archiviste, il n'est pas aujourd'hui au Séminaire de Québec. Ce registre 
est la propriété de la Société Historique de Montréal et se trouve déposé, 
avec les autres manuscrits de la même institution, à la Bobiothèque Saint- 
Sulpice. C'est un cahier comprenant 202 pages numérotées de format grand 
in-foUo et 34 pages non chiffrées d'un format plus petit. En voici le titre 
exact : 

"Registre de la Chambre de Justice de la baronnie de Longueuil, établie 
par son Excellence M. Thomas Gage, gouverneur de Montréal et ses dépen- 
dances, le 13 octobre de la présente année, mil sept cent soixante-et-un, par son 
ordonnance enregistrée sur le dit registre, sur la page numérotée et paraphée 
1ère page, par un des capitaines de la dite Chambre." 

Le registre porte en tête au-dessus du titre la date 1761, 24 octobre, mais, 
au-dessous du titre, Jacques Viger a écrit lui-même "13 octobre 1761 au 16 
août 1764" et signé de ses initiales: J. V. 

AEGIDIUS FAUTEUX 



— 116 — 



AU SUJET D'ANNE MARTIN, FILLE 
D'ABRAHAM MARTIN DIT L'ECOS- 
SAIS, ET FEMME DE JEAN 
COTE 



Anne Martin qui épousa Jean Côté à Québec, le 17 novembre 1635, 
était-elle fille d'Abraham Martin dit l'Ecossais et de Marguerite Langlois ? 

Voilà une question qui a préoccupé certains des nombreux descen- 
dants des colons Martin et Côté. Le patient chercheur que fut le défunt 
Léandre Lamontagne voulut un jour en avoir le coeur net et il s'attela 
à la tâche. Puis, il m'apporta ses notes et me confia ses conclusions. 
Pour lui, Abraham Martin devait être né avant 1589, il avait dû se marier 
deux fois et Anne était sa fille d'un premier mariage ; enfin ledit Martin 
ne pouvait être venu s'étal)lir en la Nouvelle-France qu'en 1619 ou après. 

Et voici sur quoi se basait le sagace généalogiste : 

(a) — Anne Martin ne peut être née en 1614 comme le dit Mgr Tan- 
guay dans son Dictionnaire', vol. I, p. 415. 

Elle naquit i)lus tôt, c'est-à-dire en 1603 (1) ou en 1604 (2). 

(b) — Marguerite Langlois, femme d'Abraham Martin, ne pouvait 
être la mère de Anne ; elle n'avait avec celle-ci que deux ou trois ans de 
différence. Marguerite Langlois a dû naître vers 1600 puisque ses der- 
niers enfants sont baptisés en 1643, 1645, 1648 (3). 

(c) — Abraham Martin n'est pas venu en Canada en 1614, car il 
n'y eut aucun arrivage, cette année-là (4). 

(d) — La première femme européenne qui soit venue en Canada est 
]\Iarguerite Vienne, épouse de Michel Colin, arrivée avec son mari en 
1616 et décédée à Québec le 19 juillet de la même année. Miche] Qolin 
était mort le 24 mars ])récédent (5). 



(1) Voy. les recensements de 1666 et de 1667 où Anne Martin est dite âgée 
de 63 et 64 ans. Elle n'a i)as été portée sur le recensement de 1681. 

(2) Voy. A travers les registres de Mgr Tanguay, p. 17, où Anne Martin 
est dite fille d'Abraham et âgée de 25 ans; aussi son acte de sépulture à Québec, 
le 4 déc. 1684, où elle est dite décédée à l'âge d'environ 80 ans. 

(3) Voy. Tanguay, J)ictionnaire, I, 415. 

(4) Voy. Tanguay, A travers les registres, pp. 6 et 19. 

(5) Voy. Tanguay, Dictionnaire, I, 136 et 586. 



— 117 — 

(e) —Abraham Martin a dû venir en Canada en 1619 avec sa 2ème 
femme Marguerite Langlois et Anne sa fille d'un premier mariage. 

Treize personnes seraient arrivées en 1619. Or, d'après l'énuméra- 
tion on n'en trouve que 12, savoir : 

(Guillaume Poulain 1 

Frère Pacifique 1 

Capitaine Dufort . . . ' 1 

2 ménages -i ( ?) 

3 serviteurs 3 

2 ouvriers 2 

La treizième ])ers()nne ne serait-elle pas Anne Martin comprise dans 
l'un des deux ménages ? 

Les notes du regretté Lamontagne s'arrêtent là. Il avait l'intention 
de poursuivre ses recherches, mais la liiort est venue et il nous a quittés 
sans réaliser son projet. 

E.-Z. M. 



QUESTIONS 



Lors de son voyage en France dans l'hiver de 1758-175'J, M. de Bougainville 
])résenta aux ministres de Louis XV, au nom du marquis de Montcalm, deux 
mémoires intitulés: 

lo Mémoire particulier et détaillé sur le projet de descente à la Carolme, 
les moyens d'exécution, l'espèce et quantité de forces à employer, le temps de 
l'exécution, les opérations politiques et militaires à faire chez l'ennemi, le calcul 
de la dépense. 

2o Projet contre la baie d'Hudson et autres, dépendant de circonstances 
connues du ministère seul. 

Ces deux mémoires ont-ils été publiés? Où? 

S'ils n'ont pas été publiés, peut-on m'indiquer dans quel dépôt d'archives 

je pourrais les retracer? 

•^ X. X. X. 

D'après Turcotte, pendant la session de 1854, nos députés votèrent une allo- 
cation de $80,000 aux veuves et aux orphelins des soldats des armées alliées qui 
succombèrent dans la guerre de la Crimée. A-t-on publié une liste de ceux qui 
se partagèrent ces $80,000? Si non, peut-on retracer ces noms? 

SOLD. 

Notre historien Garneau dit qu'à la bataille du lac Saint-Sacrement, le 11 
septembre 1755, le baron de Dieskau, commandant des troupes françaises, fut 
blessé et fait prisonnier par un déserteur canadien établi depuis une dizaine 
d'années dans la Nouvelle- York. A-t-on conservé le nom de ce traître?^ 



— 118 — 

AUGUSTIN CUVILLIER 



Parmi les Canadiens qui se sont illustrés durant la première moitié 
du XI Xe siècle, il est une figure qui se détache d'entre les autres, qui fait 
]K)ur ainsi dire 'contraste avec le reste de la députation par ses qualités 
peu (inlinaires. M. Augustin Cuvillier n'était, comme la plupart de ses 
collègues de l'Assemblée, ni un homme de profession ni un agriculteur. 
C'était l'un des rares marchands canadiens qui furent membres de la légis- 
lature à cette époque. 

llojnme de grand jugement, financier habile et intègre, l'un des fon- 
dateurs et des premiers directeurs de la Banque de Montréal, M. Cuvillier 
ne contribua pas peu à l'éclaircissement, à la direction et à la solution des 
problèmes financiers de la Chambre. 

Envoyé en mission en Angleterre par l'Assemblée législative, en 1828, 
pour y exposer la situation financière de la province, il soutint brillam- 
ment son rôle devant un comité spécial de la Chambre des Communes 
anglaises, nommé pour faire une enquête sur l'état de la province du Bas- 
Canada, et il prouva que, dans les questions de ce genre, un Canadien 
n'était pas inférieur aux Anglais. S'il eût vécu un peu plus tard, M. 
Cuvillier eût fait un ministre des finances de premier ordre ; il était émi- 
nemment qualifié pour ce poste de confiance. 

Fils d'Augustin et d'Angélique Miot dit Gérard, Augustin Cuvillier 
i'a(|uit à Québec le 21 août 1779. Il était l'aîné de sept enfants, quatre 
garerons et trois filles. 

Cette famille n'est pas très ancienne dans le pays. Philippe- Augus- 
tin, grand-père de celui qui va nous occuper, était le fils de Jean-Phi hppe 
et de Jacqueline Carpentier, de Pénin, diocèse d'Arras. Philippe-Augustin 
éjKjusa à Québec, le IG juin 1755, Marie-Anne Chevalier, née en 1735. 

La famille Hénin de Cuvilliers est noble et originaire de Flandre, 
elle était établie dans la Thiérarchie et en Champagne dès Tan 1410. 
Elle fut maintenue dans sa noblesse par deux jugements souverains, rendus 
les 2!) mars et 3 avril 1641, signés de Crémonville et Angeray, et par deux 
arrêts rendus en 1667 et 1668, d'après la production des titres, faite par 
devant Louis-François LeFebvre de Caumartin, intendant de la province 
de Cliampagne, chargé par le roi de vérifier les qualités des nobles qui y 
existaient alors. (De Saint-Allais, Nobiliaire Universel de France, Tome 
8, ])p. 42-45.) La braiicbe principale de cette famille portait, pour armes: 



— 119 — 

de gueules, à la bande d'or brisée en chef, d'un lion d'azur; l'éeu timbré 
d'un beaume taré de front, grilleté, liséré d'or, orné de ses lambrequins 
d'or, de gueules et d'azur, sommé d'une couronne de comte, ayant pour 
cimier un griffon issant, et pour supports, deux lions, (Ibid.) 

Après avoir fait ses études au Collège de Montréal, Augustin entra 
dans le commerce et se fit un nom comme agent, encanteur et courtier, 
et devint bientôt l'un des marchands les plus en vue de la métropole. 
Xous ne savons où il apprit l'anglais, mais il possédait cette langue à la 
perfection (1). 

Le 7 novembre 1802, il épousait à Montréal, Marie-Claire, fille de 
Joseph-Marie Perrault. De ce mariage naquirent sept enfants ; Thomas- 
Augustin, baptisé le IG août 1803; Marie-Anne, baptisée le sept décembre 
1804; Jose])h-(;eorges, baptisé le 17 juin et sépulture le 31 août 1806; 
Jean, né le 4 mars 1810; Angélique, née le 17 novembre 1811 ; Augustin, 
baptisé le 21 décembre 1813; Maurice, baptisé le 20 février ISlfi; et 
Marie-Luce, née le 12 juin 1817. 

Dès le c-ommencement do la guerre de 1812-15, M. Cuvillier offrit 
ses services au gouvernement. 

Le 21 septembre 1812, un ordre général de milice incorporait le 
cinquième bataillon de milice, qui fut bientôt connu sous le sobriquet de 
"The Devil's Own" car il était composé de rudes gaillards qui n'avaient 
])as froid aux yeux. M. Cuvillier obtint une commission de lieutenant 
dans ce oorps et en fut nommé adjudant. Le 17 mars 1813, il était promu 
capitaine et quelques mois plus tard il était chargé d'une mission difficile 
autant que périlleuse, et qui demandait autant de tact que de bravoure; 
celle d'aller sur la frontière et de pénétrer les lignes ennemies, pour s'en- 
quérir de ses forces. Voici comment il rendit compte de sa mission au 
colonel Letbbridgc, commandant de district, A Côteau-du-Lac. 

Soulanges (Cedars) li»th June 18 1:). 

Sir, 

In conl'ormity to the orders of Major General De Rottenburg, I 
proceeded on the loth instant to the Province Line at Salmon Eiver, to 
reconnoitre the Enemy's ])osition and strength at that Post; but more 
particularly to procure, correct information relative to Deserters from the 
différent Battalions of Erabodied Militia, who were represented to Major 

(1) Voir plus loin sa lettre du 19 juin 1813 au colonel Lethbridge. 



— 120 — 

General de Kuttenl)uri,' as having takeii refuge with tlie Enemy — and 
also relative to others of His Majesty's Canadian Subjects wo were settled 
in that part of the enemy's country. 

Ou the morning of the IGth, niyself and eumpanions, (Julien Per- 
rault and Amable Foucher), got near to the enemy's Picquet unperceived; 
but finding that I could not without the greatest difficulty and danger, 
owing to the impervious state of the Woods, approach near enough to hia 
Block House, or converse with the neighbouring inhabitants on the subject 
of my mission, we resolved, after taking the usual précaution in the event 
of a separate examination, to allow ourselves to be condiicted by the 
Picquet Giiard as Prisoners to the Fort, where we could procure ail the 
information reqiiired. The Picquet is on the left bank of Salmon River 
about tvvo rods for the line 45°, and about One Mile & a quarter below 
the Block House ; it was composed of four persons, one of whom a Boy 
of about 14, anotlier of 16 and two Men. The Arms to ail appearance 
were new, and in tolerable good order. The Block House is situated on 
an eminence on the same side of the River, about two rods from the Higli 
Road. It is built of Elm, and (juite new. The Loop-holes are about 10 
inches long, and about 18 inclies apart, and not adapted to the purpose 
intended. The Militia Force is composed of a Captain, Lieutenant, En- 
sign and Tliirty iive men ])rincipally Waiters at Taverns, Servants, Jour- 
neymen, JSlioemakers «^' Tanners ; not more tlian 8 or 10 men sleep in the 
Block-House at 'niglit, the rest are distributed ail over the Village. — 

The Captain lodges at Stutson's Tavern, the Ensign at anotlier, 
and the lieutenant is the only officer who remains in the Block-House. 
Tliere are 5 or six Canadian families in the Village. The men are en- 
gaged in the Militia Service of the United States for irregular periods, 
some for two, others for four and six months at the rate of ten or eleven 
Dollars p. m., besides rations.— 

Thèse Canadians were either established tliere or were labourers in 
that Country, previous to the déclaration of War, except one named Lor- 
rain, a ringleader of the Pointe-Clair party — he likewise is engaged in 
the Militia. Some deserters from our Embodied Militia had also taken 
refuge at that place but were enlisted in the rcgular service, and sent to 
the dépôt at Greenbush. 

From the description given of the composition of the force of the 
above mentioned Post, you will see how iiiefficient it must be even for 
the purposes of defence. 



— 121 — 

I liad several oj)portuiiities of lookiiig into tlie Pouches of some of 
the Sentries placed over me, and found them without amniunition, and 
I liave Teason to believe that the Post is without that very essential requi- 
sitc. — Tliere is no Artillery — about one Hundred tJc iîfty Barrels of Beef, 
a few Barrels of Pork and about Sixty Pounds of Flour destined to Victual 
some of the Indians of St. Pegis, compose their Stock of Provisions. — 

From my being very well known in that Country as a Merchant, no 
suspicion attached to me, and 1 was permitted to go through the Village, 
accompanied by a Subaltern oflicer, and to converse with the inhabitants, 
who, with différent views, but chiefly those of Trade, were anxious to 
communicate with me. From them I j)rocurcd ail the information I 
required. — 

My release was occasioned by an agreement whicli the Connnanding 
Oflicer said was entered into, quite lately betweeu the Ministers of Great 
Britain & of the l'nited States, stating that ail persons which by the 
events of War siiould be taken by eitiier Power and wlio are found without 
Arms, sjucli as Merchants, Surgeons, Surgeons Mates and persons of siniilar 
description and against whom no susi)icion attached, should be imme- 
diately given up. The Commanding Officer, after a consultation and an 
examination whicii lasted two days, deeided that my case came within the 
purview of tins convention and that I should be set at liberty. — 

On the 18th I was escorted i)y an officer to tiie Province line where 
I found my canoë, and was permitted to départ. 1 cannot but speak in 
the highest ternis of the handsome and ])olite manner in which I was 
treated by Captain Irwiji the (.'ommanding Officer, as also the other 
Officers and inhabitants of that Village, and cannot conclude this letter 
without bearing testimony to their peaceable disposition towards the inha- 
Intants of Canada in (Jeneral. 

I hâve the honor to be. 
Sir, 
Your most. obed. Serv. 

Auguslin Cuvillier, 
Captn. oth Battn. S & E. Militia. 
Colonel Lethbridge, 

Inspecting Field Oflicer, 

Commanding the District, 
Coteau du Lac. 

JiC capitaine Cuvillier donna sa démission de la milice le 9 avril 



— 122 — 

1814. Il reçut plus tard la médaille de Châteauguay et obtint 800 acres 
de terre dans le canton de Litchlield en récompense de ses services durant 
la guerre. 

Le 13 mai 1814, il était élu à la Chambre d'Assemblée, dans le comté 
de Huntingdon, et il continua de représenter ce collège électoral jusqu'au 
2 septembre 1830. 

Ai)rès la rédistribution des sièges, il fut élu le 26 octobre 1830 dans 
le comté de Laprairie et représenta ce comté jusqu'au 9 octobre 1834. 
Battu aux élections de cette année, il ne reparut plus à l'Assemblée. 

Grâce à ses connaissances en fait de finances et' de commerce, M. 
C'uvillier devint bientôt l'âme du comité du budget. 

Voici en quels termes M. Fauteux (2) raconte la fameuse affaire 
de l'"impeachment" du juge Foucher de Montréal; affaire qui fit beau- 
coup de bruit et qui dura plusieurs années. C'est l'un des événements 
(pli montre le mieux la conduite scandaleuse des gouvernants du temps. 

" M. Austin Cuvillier, député à la Chambre d'Assemblée, n'avait 
pas été heureux comme plaideur devant le juge Foucher. Non content 
des 24 heures allouées à tout condamné pour maudire son juge, il proposa 
contre lui, de son siège en chambre, le 21 janvier 1817, une motion d'"im- 
])eachment". Il alléguait que le juge Foucher avait perverti les fins de 
la justice et préparé lui-même certaines procédures pour le compte d'une 
des parties dans les causes qu'il devait juger. C'est ainsi qu'il aurait aidé 
ouvertement son commensal et ami Pierre-Ignace d'Aillebout dans plu- 
sieurs causes, notamment en 1811, lorsqu'il était poursuivi, comme exécu- 
teur testamentaire du (irand-Vicaire Saint-Onge, au nom de la Couronne, 
mais pour le compte de Joseph Boucher de Montarville et de son épouse 
Marie Avrard, et en 1813, lorsqu'il poursuivait lui-même Etienne Duches- 
nois, de Varennes, en recouvrement de rentes collectées. L'enquête parle- 
mentaire qui se fit aussitôt révéla en effet que le juge Foucher avait montré 
un souci bien ])articulier des intérêts de son ami d'Aillebout. La Cham- 
bre décida qu'il y avait lieu à "impeachment" et demanda au pouvoir 
exécutif la suspension du juge Foucher. Mais le Prince Eégent à qui 
fut laissé le soin de décider en dernier ressort ne crut pas devoir se rendre 
p.u désir de l'Assemblée et maintint en ses fonctions le magistrat discuté.'^ 
M. Bédard (3) nous fournit plus de détails sur cette affaire scanda- 
leuse. 



(2) Fauteux, La famille d'Aillehoust, p. 164. 

(3) Histoire de cinquante ans, pp. ir)6-158. 



— 123 — 

" M. Cuvillier accusa ensuite le Juge Foucher d'avoir servi les inté- 
rêts de quelques amis, entre autre d'un nommé d'Aillebout, pour qui il 
avait rédigé une action qu'il jugea ensuite en sa faveur, sans vouloir 
entendre les témoins des parties, et d'avoir aussi traité avec insolence 
quelques membres du barreau qu'il croyait être ses ennemis; en agissant 
ainsi il s'était rendu coupable de malversation et avait déshonoré la ma- 
gistrature. 

" Ces diirérentes accusations furent en partie prouvées, la mise en 
accusation du juge fut décrétée, une adresse au prince régent accompagnée 
des témoignages rendus dans l'enquête, fut remise entre les mains du 
gouverneur avec prière de la faire j)arvenir à sa destination, et de suspen- 
dre en même temjjs le juge Foucber de ses fonctions. Le gouverneur 
avait pris communication de la j)reuve faite contre le juge, et avait décidé 
de le sus])endre, il communiqua sa détermination à la Chambre le 3 mars. 
Deux jours auparavant, sur la projmsition de M. de Gaspé, le conseil avait 
})ar une adresse prié le prince régent de ne pas punir le juge Foucber sur 
les ])laintes portées contre lui j)ar l'Assemblée, avant que lui, le conseil, 
y eut donné son concours, que ces plaintes devaient être jugées légalement 
devant un tril)unal compétent, que c'était lui, le conseil, qui devait être 
ainsi érigé en haute cour de justice. 

'' La Clianibre réjjliqua que les prétentions du Conseil n'avaient aucun 
fondement et (|u'elles tendaient n favoriser les coupables ([ui ne sont pas 
justiciables des tril)unaux ordinaires, à les faire écliapper à la justice et 
à favoriser un j)ouv()ir oppresseur et arbitraire. . ." 

" Le jirotonotaire Monk, continue M. Bédard, avait refusé de ])ro- 
duire les dossiers à l'enquête contre le juge Fouclier, il fut envoyé en 
prison par ordre de la Chambre; un nonmié Lacroix, avocat de Montréal, 
s'était rendu cou])able de parjure dans cette affaire, on ordonna son arres- 
tation mais il s'enfuit du pays. Plusieurs députés avaient refusé de ])ar- 
ticiper aux accusations formulées contre le juge Foucber" (4). 

M. Cuvillier fut l'un des fondateurs de la Ban(|ue de Montréal, 
étabhe le 23 juin 1817 par un groupe de marcliands de cette ville. 
C'étaient MM. John Kichardson, George Garden, George Moffatt, Thomas- 
A. Turner, Eobert Armour, James Leslie, Horatio Gates, John-C. Bush 
et Augustin Cuvillier (5). 



(4) Voir aussi Documents relatifs à l'Histoire Constitutionnelle, 1711-1818, 
p. 508. 

(5) The Centevarij of the Bank of Montréal, 1817-1917. 



— 124 — 

• 

Aux élections qui eurent lieu le 17 août 1817, M. Cuvillier fut élu 
l'un des directeurs de la banque. 

Le î) décembre de cette année, il était nommé cncanteur pour la 
vente des })r()})riétés des Eéeollets à Montréal (6). 

Avec l'arrivée de lord Dalliousie, la question des finances, qui avait 
été depuis plusieurs années la pierre d'aclioppement de l'administration, 
prit une intensité nouvelle. Le nouveau gouverneur avait à ce sujet des 
idées bien arrêtées et des instructions de Dovvning Street, à l'effet de 
contrecarrer les prétentions de l'Assemblée, qui réclamait le droit de voter 
toutes les dépenses de l'administration de la manière (qu'elle jugerait à 
propos. 

"C'était, dit M. Ganieau (7), MM, Papineau, Neilson et Cuvillier 
qui avaient dirigé le grand débat sur les finances avec le bureau des colo- 
nies, représenté ici par le gouverneur et le Conseil. MM. Papineau et 
Xeilson s'étaient cbargés de la discussion du principe ; M. Cuvillier, des 
chiffres et de la comptal)ilité. On ne put ni leur en imposer ni les trouver 
en défaut sur les matières d'impôt et de finance; mais les ministres 
avaient le pouvoir, et ils en avaient usé pour dissoudre les parlements, afin 
d'intimider les représentants du peuple." 

Un comité fut nommé ])ar l'Assemblée à la session de 1823 pour 
s'enquérir du péculat du Receveur Général Caldwell. M. Cuvillier pré- 
sidait ce comité. Le 3 février 1824, il fit à la Chambre un rapport très 
élaboré et très clair. La défalcation se montait à £96,117-13-4, suivant 
la déclaration même de Caldwell. 

M. Cuvillier était président du comité du budget en 1825, lorsque 
le lieutenant-gouverneur Burton accepta, en l'absence de lord Dalhousie, 
le budget tel que voté par la Chambre. 

A la séance du 21 janvier une pétition de divers électeurs du comté 
de Buckinghamshire fut présentée à l'Assemblée par M. Cuvillier. Dans 
cette requête l'on demandait l'annulation des mandats de M. Bourdages 
et de M. Jean-Baptiste Proulx, pour de prétendues irrégularités de la 
part du rapporteur-rédacteur de l'élection, mais la prétention des requé- 
rants fut écartée, et ces messieurs conservèrent leur siège. 

Le retour à Québec de lord Dalhousie, en 1825, remit bientôt sur 
le tapis la question du vote du budget. Le gouverneur refusa le bill des 



(f)) Archives du Canada, .série C, vol. 605, p. 83. 
(7) Histoire du Canada, 1882, III, p. 237. 



— 125 — 

subsides, qui avait d'^iilleurs été rejeté par le Conseil, et blâma la Chambre 
de persister dans' ses prétentions. La législature fut prorogée le 7 mars 
1827, et dissoute le 5 juillet suivant. 

A la session suivante, ouverte le 20 novembre de cette année, lord 
Dalhousie ayant refusé de reconnaître l'élection de M. Papineau comme 
président, la Chambre fut prorogée trois jours j)lus tard. 

Sur la proposition de M. Cuvilher, la Chambre avait déclaré: "Que 
le choix du ])résident devait se faire librement et indépendamment du 
pouvoir; (|ue M. Papineau avait été élu par l'Assemblée; que la loi 
n'exigeait pas l'approbation du gouverneur, laquelle n'était, comme la 
présentation, qu'une cérémonie fondée sur un simple usage" (8). 

M. Papineau et ses amis convoquèrent des assemblées par toute la 
province. Les Canadiens furent invités à signer des représentations que 
l'on voulait transmettre en Angleterre. Quatre-vingt-sept mille signa- 
tures furent recueillies et MM. Viger, Cuvillier et Xeilson furent chargés 
de les porter à Londres. 

MM. A^iger et Neilson s'occupèrent du point de vue légal et consti- 
tutionnel, tandis que M. Cuvillier fut chargé de la question des chiffres. 
Interrogé par le comité spécial de la Chambre des Communes, il s'acquitta 
si bien de sa besogne, que ses réponses, précises et marquées au coin de 
l'habileté et de la connaissance des affaires, jetèrent toute la lumière voulue 
sur cette question, et ne laissèrent rien à désirer. 

A la séance de 1829, la Chambre d'Assemblée vota des remercie- 
ments à MM. Xeilson, Viger et Cuvillier pour les services précieux qu'ils 
avaient rendus à la province durant le cours de leur mission en Angleterre. 
Ces remerciements ayant été transmis à ces messieurs, ils ne manquèrent 
pas de remercier la Chambre des paroles bienveillantes qu'elle leur avait 
adressées. 

Le 1-i mai 1830, M. Cuvilher s'occupait de l'érection d'une maison 
d'école à Saint-Constant. Le 3 août suivant il acceptait la nomination 
de juge de paix pour le district de Montréal. 

L^ne proclamation du 5 juin 1832 annonçait l'incorporation de la 
ville de Montréal, et le 23 mai suivant, M. Cuvillier était désigné pour 
présider aux élections des premiers conseillers municipaux. Il fut cette 
même année nommé juge de la cour spéciale des sessions de la paix, qui 
administra les affaires de la ville en attendant la mise en force du statut. 



(8) Journal de la Chambre d'Assemblée. 



— 126 — 

A Québec, les choses allaient de mal en pis. A la session de 1834, 
ouverte le 7 janvier, lorsqu'un comité de bonne correspondance avec le 
t'onseil fut proposé selon l'habitude, M. Bourdages s'éleva fortement contre 
la nomination d'un tel comité, et M. Lafontaine déclara qu'il ne croyait 
pas qu'un pareil comité fut nécessaire. M. Cuvillier lui répondit qu'il 
était du devoir de l'Assemblée de se tenir en correspondance avec le Con- 
seil et qu'il était ])uéril de s'opposer à cet acte de convenance. 

Lorsque M. Bédard proposa les fameuses "92 résolutions"', MM. 
Xeilson, Cuvillier et Quesnel se séparèrent de M. Papineau, qui allait 
tro]) loin, pensaient-ils, et votèrent contre ses propositions. M. Neilson 
avait pr()])osé un amendement qui fut rejeté par un vote de 24 contre 56. 

"Depuis quekpie tem])s, dit M. Garneau (9), M. Neilson voyant 
l'entraînement de la majorité des représentants du peuple, s'était séparé 
de M. Pai)ineau. Plusieurs Canadiens influents, tels que MM. Quesnel 
et Cuvillier, avaieut fait comme lui. Ces hommes éclairés, dont l'expé- 
rience et le jugement avaient un grand ])oids, reconnaissaient toute la 
justice des droits réclamés par la majorité; mais ils craignaient de risquer 
dans une lutte passionnée, ce (ju'on avait déjà obtenu." 

Comme conséquence de son vote, M. Cuvillier fut battu aux élections 
qui eurent lieu en octo])re et novembre, 1834. 

Le 20 janvier 1835, il était nommé l'un des conmiissaires pour juger 
les petites causes dans la ville de Montréal. 

Le gouvernement ayant décidé de faire une enquête sur la question 
des aifaires de la maison d'asile des pauvres de Montréal, nommait deux 
commissaires à cet effet. MM. Jacques Viger et Edouard-P]tienne Rodier, 
et désirait leur adjoindre M. Cuvillier; mais celui-ci, dans une lettre 
datée du 5 avril 1836, déclina la nomination et exprima ses regrets. Ses 
nombreuses occupations, disait-il, l'empêcheraient de donner à cette affaire 
tout le temps nécessaire à la réalisation du désir du gouvernement. 

On a vu que, cédant aux instances des citoyens, le gouvernement 
avait octroyé une charte à la ville de Montréal en 1832. Cette loi devait 
rester en force jusqu'au 1er de mai 1836 seulement. Pour des raisons 
inconnues, la cluirte ne fut pas renouvelée et l'on dut, pendant quelques 
années, retourner à l'ancien système d'administration des juges de paix. 



(9) Jlistoirr du Canada, 18S2, III, 300. 



— 127 — 

Une nouvelle charte fut accordée à la ville par le Conseil Spécial du 
Bas-Canada, en août 1840. 

Le 19 mai 1838, M. Cuvillier fut nommé l'un des commissaires 
chargés de faire faire un relevé du lac Saint-Pierre, en vue d'améliorer 
la navigation entre Québec et Montréal. 

Ayant ajjpris que le Conseil Spécial du Bas-Canada se proposait de 
passer une ordonnance à l'effet d'empêcher à l'avenir les particuliers de 
faire des afl'aires de banque, à moins d'obtenir une charte à cet effet, la 
maison CuvilHer et fils (composée d'Augustin et de ses fîls Jean et Mau- 
rice) prièrent le gouverneur de n'en rien faire. Ils exposaient les embarras 
qu'une telle loi créerait aux capitalistes et prétendaient que ce serait une 
atteinte à la liberté du commerce. La chose en resta là. 

L'acte d'Union des deux provinces fut mis en vigueur le 10 février 
1841. 

M. Cuvillier fut élu dans IJuntingdon le 8 avril suivant et il siégea 
dans l'Assemblée jusqu'au 23 septembre 1844. 

A la réunion des Chambres, le 14 juin 1841, il était élu à l'unanimité 
président de l'Assemblée législative et il continua de remplir cette haute 
fonction jusqu'au 30 septembre 1844. "Il était, dit M. Turcotte (10), 
quahfié pour remplir ce poste important, possédant parfaitement les deux 
langues, et ayant de grandes connaissances parlementaires. Tous les partis 
furent unanimes à applaudir à cette nomination. 

Aux élections de 1844, M. Cuvillier se présenta de nouveau dans le 
comté de Huntingdon. Il fut défait par M. B.-H. LeMoine, et se retira 
de la vie publique, après y avoir passé trente ans. 

Le typhus faisait un grand nombre de victimes en 1849, non seule- 
ment à I\Iontréal, mais par toute la province. Les journaux du temps 
sont remplis d'avis de décès. M. Cuvillier tomba malade le matin du 11 
juillet, vers 8 heures, en arrivant à son bureau. On se hâta de le trans- 
porter chez lui et malgré les soins du médecin il expirait entre 7 et 8 
heures du soir. 

L^n journal anglais de Montréal a proclamé, dit M. Bibaud (11), 



(10) L.-P. Turcotte, Le Canada sous l'Union, I, p. 72. 
(il) Bibaud, Panthéon Canadien. 



— 128 — 

que, dans qiu'hjiu' ]»ays (jiu' M. Ciivillicr eût ])u naître et dans quelques 
sphère qu'il eût j)U se mouvoir, il n'aurait pas manqué de devenir un 
liomme distingué, aucun de ses c()ntemj)orains n'ayant surpassé sou talent 
])our les atl'aires." 

A'oiei le bel éloge ([ue l'ait de M. Cuvillier Canada: an Encyclopedia 
ai tlie Counlnj. Nous traduisons. 

" L'honorable M. Augustin Cuvillier fut durant nombre d'années 
l'un des princes du commerce de Montréal, et il figura d'une manière 
active et agressive dans la politique. 11 possédait de grands talents pour 
le commerce, et son établissement fut pendant longtemps l'un des plus 
considérables du Canada. Il fut l'un des fondateurs du Board of Trade 
de Montréal (12) et présida la séance d'inauguration de cette institution. 
Dans l'Assemblée législative du Bas-Canada, il faisait autorité dans toutes 
les affaires de finances et de commerce. De concert avec MM. Xeilson et 
Viger, M. Cuvillier re])résenta la ])rovince à Londres, en 1828, et il prouva 
devant un comité spécial de la Chambre des Communes anglaises qu'il 
était digne de remplir cette charge de confiance. Il est mort en 1849, 
laissant une haute réj)utation comme marchand et comme homme poli- 
tique." 

Augustin Cuvillier, fils, é])Ousa à Montréal, le 1(5 mars 1837, Louisa- 
Sarah Ilay, fille de feu Kichard Bérenger Hay. 

]\Iaurice fit jiartie du conseil de ville de Montréal de 1852 à 1854. 
11 avait ('pousé, le 21 juin 1852, Marie-Virginie Juchereau Duchesnay. 
Il est mort à ]\[ontréal le IG mars 181)1. Un seul fils survit, M. Georges 
Symes Cuvillier, agent d'assurances à Montréal. 

Une petite fille d'Augustin Cuvillier (Mlle Symes), épousa jSTapoléon- 
llughes-Charles-Marie, marquis de Bassano qui devint duc de Bassano 
à la mort de son père, ffn 1898. 

F R AN CI S- J. AUDET 



(12) En 1S42. 



1° ,1 



bui.i.i<:ti> 



DE^J 



RECHERCHES HISTORIQUES 



VOL. XXVIII BEAUCEVILLE - MAII»22 Ne 5 



OLIVIER MOREL DE LA DURANTAYE, 

CAPITAINE AU REGIMENT DE 

CARIGNAN 



(Suite et fin) 

" Olivier Morel Eciiyei* sieur de la Durantaye, Com- 
mandant poTir le Roi au ])ays des Outaouax, Miamis Pou- 
touamis (sic) Sioux, et autres nations sous les ordres de 
Monsieur le Marquis de Denonville Gouverneur Général 
de la Xouvelle-France. 

" Aujourd'hui, septième de juin mille six cent quatre- 
vingt-sei)t, en i)résence du révérand Père Angeleran Su- 
])érieur des missions des Outaouacs à Missilimakinac de 
Ste ^larie du Sault des mamis, des Illinois, de la Baie des 
Puans, et des Sioux, de M. de la Forest ci-devant com- 
mandant au fort de St Louis aux Illinois, de M. de lisle 
notre lieutenant et de ^Ir. de Beauvais, lieutenant du fort 
de St J()se])li au détroit des lacs huron et Erié, déclarons 
a tous qu'il a])i)artiendra être venus sur le bord de la 
rivière St Denis situé à trois lieues du lac Erié dans le 
Détroit des dits lacs Erié et Huron au sud du dit Détroit 
et plus bas à l'entrée du lac Erié au nord, pour et au nom 
du Roi, réitérer la prise de i^ossession des dits postes faits 
par M. de la Salle pour la facilité des voyages qu'il fit faire 
pour la barque de Niagara à Missilimakina es années . . . 



— 130 — 

auxquels dits, postes nous avions fait planter de nouveau 
un poteau avec les armes du Roi, pour marquer la dite 
réitération de possession et ordonner plusieurs logements, 
èite faits pour l'établissement des français et sauvages 
eliaouaimuons et mamis de longtemps propriétaires des 
dits pays du détroit et lac Erié dequels ils se seraient reti- 
rés pendant quelque tem})s par leurs plus grande utilité ; le 
présent acte passé en notre présence, signé de notre main 
et du R. P. Angeleran de La Cie de Jésus, de MM. de la 
Forest, de l'Isle et de Beauvais, ainsi signé à l'original; 
Angelerain, Jésuite, de la Durantaye, le Gardeur de Beau- 
vais, et sieur de la Forest " (15). 

Le 27 octol^re 1687, le gouverneur de Denonville 
écrivait au ministre : 

'' Il y a une place de capitaine réformé vacante que 
j'ai donné au Sr de la Durantaye qui depuis que je suis 
en ce i)ays a très bien servi aux Outaouas et a eu bien soin 
de travail et de la dépense à faire exécuter tous les ordres 
qu'il a reçus de moi. C'est un homme de condition mal en 
ses affaires et qui par sa grande aj^plication à Missilima- 
kinac a l^ien exécuté l'ordre que nous lui avions donné 
de prendre les Anglais ayant enlevé un des j^artis à deux 
journées de Missilimakinac " (16). 

Dans sa lettre au ministre du 12 novembre 1690, lui 
rendant compte de la défaite de Pliipps devant Québec, 
le gouverneur de Frontenac écrivait : 

" Maintenant que le Roi a triomphé de ses ennemis 
et par mer et par terre, croirait-il mal employer quelques- 
unes de ses escadres de vaisseaux à punir l'insolence de 
ces véritables et vieux parlementaires de Baston, de les 
foudroyer aussi bien que ceux de Manathe dans leur 
tanière et de se rendre maître de ces deux villes qui met- 
traient en sûreté toutes ces côtes et les pêches du Grand- 
Banc dont la conservation n'est pas d'ime petite impor- 
tance ni d'une médiocre utilité." 

Un mémoire anonyme ])robablement préparé par le 

(15) Archives de la province de Québec. 
( !() ) Archives du Canada, Correspondance générale. 



— 131 — 

fameux d'IberA^lle et daté de cette même aimée 1690 donne 
les moyens de prendre Manatlie ou la Nouvelle- York avec 
huit frégates montées de 1500 hommes outre leurs équi- 
pagefe ordinaires. L'auteur du mémoire dit qu'il fut aidé 
des conseils de M. de la Durantaye dans l'élaboration de 
son jdan (17). 

M. de la Durantaye fut relevé de son commandement 
de Michillimakinac par M. de Louvigny, en 1690. 

M. ("ham])igny, intendant de la Nouvelle-France, 
écriA^ait au ministre le 10 mai 1691 : 

" Le sr de la Durantaye, ancien caj)itaine de Cari- 
gnan, établi en ce pays depuis longtemps, qui a été fait 
ca])itaine l'eformé }»ar Mr le marquis de Denonville et 
qui a commandé ])lusieurs années au fort de Michilima- 
quina (Michillimakinac) avec commission du Roi, a été 
retiré de ce i)Oste l'année dernière, sans (}ue j'aie pu en 
pénétrer la raison étant très honnête honnne et de juge- 
ment fort capable de ménager les esprits des Sauvages 
qu'il a su nous conserver malgré les dis])ositions où ils 
étaient de faire la ])aix avec l'Iroquois sans notre parti- 
ci] )ation. Ce fut lui qui les engagea de descendre en 1690 
au nombre de (piatre à cinq cents en cent canots chargés 
de pelleteries qu'ils traitèrent avec les Français. Lorsque 
le dit sr de Jjouvigny arriva à Michilimaquina pour relever 
le sr de la Durantaye, il trouA^a les affaires en cette bonne 
disposition et les Sauvages i)rêts à descendre à Montréal 
et au lieu de recevoir des témoignages de la satisfaction 
que l'on doit avoir de ce qu'il avait si heureusement négo- 
cié il reçoit sa révocation et son rappel " (18). 

Après son retour du pays des Outaouais, M. de la 
Durantaye continua à faire la traite avec ces Sauvages. 
Le 23 juillet 1691, le gouverneur de Frontenac accordait 
un permis à M. de la Durantaye pour envoyer faire le 
trafic avec les Outaouais. Le 27 août 1691, M. de la Du- 

(17) Collection de manuscrits, vol. II, p. 26. 
(18) Archives du Canada, Correspondance générale. 



— 132 — 

rantaye signait des conventions avec Jean Fafarcl dit 
Maçon au sujet dn trafic avec les Ontaouais (19). 

Dans le "Rolle des officiers qui servent en Canada", 
dressé le 5 octobre 1692, M. de la Durantaye est mentionné 
comme capitaine réformé. On dit à son sujet: "...la 
Durantaye, en 1662 enseigne ; en 1665, capitaine ; en 1683, 
commandant aux Outaouais par (^onnnission de la Cour; 
en 1687, capitaine reformé en Canada où il est marié et 
établi. Bon officier. Brave homme " (20). 

En 1694, M. de la Durantaye fut placé à la tête d'un 
détachement de troupes et de milices i30ur débarrasser 
les environs de Montréal des Iroquois. M. de Catalogne 
raconte comment il s'y prit i)our battre les Iroquois : 

" Vers les récoltes, dit-il, on fut averti par les décou- 
vreurs qu'il y avait un parti d'ennemis dans la rivière 
Richelieu, qui descend de Chambly. On fît un détachement 
de troupes et milice commandé par monsieur de la Duran- 
taye qui, ayant trouvé les canots des ennemis où il n'y 
avait personne pour les garder, après les avoir laissés en 
garde à ses canoteurs, qui les mirent en lieu de sûreté, il 
se mit à marcher sur la piste des ennemis où la route était 
très mauvaise, ce qui les contraignit de coucher en route. 
Le lendemain matin ils se mirent en marche. Les décou- 
vreurs ayant aperçu l'ennemi, auprès d'un camp à Bou- 
cherville, où l'eimemi encore n'avait osé ])araître, furent 
avertir le commandant, qui marcha en ordre et, quoiqu'il 
sur|)rît l'ennemi, il le trouva en armes. Les premières 
décharges furent faites ])ar les Français. Partie de l'en- 
nemi ])rit la fuite dans les bois. On en tua quelques-uns 
et fit des prisonniers. Nous y ])erdîmes deux Cana- 
diens " (21). 

En cette même année 1694 M. de la Durantaye fut 
fait capitaine en ])ied. 

Le 6 novembre 1695, l'intendant Champigny écrivait 
au ministre : 



(19) Rapport sur les Archives Canadiennes pour 1905, vol. 1er, p. XXXVIII. 

(20) Archives du Canada. 

(21) Collection de manuscrits, vol. 1er, p. 597. 



— 133 — 

" Le sieur de la Durautaye, eontiimaut de me solli- 
citer pour être remboursé de 2240 livres et de 340 livres 
pour fournitures par lui faites au pays des Sauvages 
Outaouais pendant qu'il y connnandait pour rexéeution 
des ordres de Monsieur le gouverneur, suivant le mémoire 
dont la copie est ci- jointe, je me trouve obligé, Monsei- 
gneur, de vous marquer qu'il ne paraît rien de plus 
juste que sa demande, et son remboursement se devrait 
prendre sur les congés ainsi que d'autres ])areilles four- 
nitures, faites par ])lusieurs ])arti('uliers de la colonie, 
dont Sa Majesté a autorisé le rem))()ursenient par sa dé- 
})êclie de l'année 1693. 

" Il est d'ailleurs chargé d'une grande famille qu'il 
ne soutient qu'avec beaucoup de peine, ayant peu de bien. 

" Il est ])lein d'honneur et mérite d'avoir ])art aux 
congés, quand même il n'aurait pas la prétention de ces 
deux sonnnes. C'est lui qui commandait le ])arti de 80 
Français qui alla ai)rès un des ennemis, au travers du 
bois, l'été dernier, avec des fatigues extraordinaires et 
non seulement il défit, en i)artie, mais encore il garantit 
])lusieurs habitants qui en auraient été indubitablement 
défaits" (22). 

En 1695, M. de Frontenac envoyait à hi cour les états 
de services des officiers qui servaient dans la Nouvelle- 
France et faisait connaître les mérites de chacun. De M. 
de la Durantaye, il disait : 

" Bon ofticier. Honnête hoimne, propre à tout. Mé- 
riterait une compagnie " (23). 

En 1696, dans rex]jédition de M. de Frontenac contre 
les Iroquois, M. de la Durantaye commandait un bataillon. 
Son expérience de la guerre et la connaissance qu'il avait 
des Sauvages lui permirent de rendre de grands services 
pendant cette campagne (24). 

(.22) Archives du Canada, Correspondance générale. 

(23) Edouard Richard, Supplément du Rapport du Dr Brymner sur les 
Archives Canadiennes, 1879, p. 25. 

(24) Ferland, Cours d'histoire du Canada, tome II, p. 285. 



— 134 — 

M. de la Durantaye se retira de l'armée pour une 
raison assez curieuse. Le gouverneur de Frontenac étant 
mort le 28 novembre 1698, il se forma un parti pour sup- 
porter la candidature de M. de Callières et un parti pour 
mousser la candidature de M. de Vaudreuil. C'est encore 
M. .de Catalogne qui raconte ce potin : 

" Dès le petit printemps de 1699, dit-il, M. de Callières 
envoya des ordres i)our que toutes les troupes vinssent 
camper à Montréal, i)our en faire ime revue générale. Les 
troupes étaient en bataille, M. de Callières envoya dire à 
M. de Vaudreuil de le faire advertir dez que la revue 
serait faicte qu'il voulait voir détiler les trouppes devant 
luy, et ordonna que les of ticiers le saluassent de la pique ; 
l'ordre enfin fut donné aux trouppes; Monsieur de la 
Durantaye qui estait un des plus anciens capitaines par 
son rang du régiment de Carignan opina contre et lit con- 
naistre que le salut n'estait dû qu'aux princes ou maré- 
cliaux de France; Monsieur de Vaudreuil, par son major, 
en fit porter la parolle à Monsieur de Callière; la chose 
fut longtemps indécise; enfin arriva dans sa calèche où 
Monsieur de Callières ordonna aux troupes de défiler et 
de lui faire le salut. 

" Monsieur de Vaudreuil luy dit que c 'estait contre 
les ordres du Roy et qu'il ne le ferait que sur un ordre 
par escrit. 

" En mesme temps on fit apporter une caisse de tam- 
bour et l 'ordre y fut escrit dessus et le salut se fit ; |)army 
tous ces mouvemens il y avait de la partialité. 

" Monsieur de Callières avait sa cour et Monsieur 
de Vaudreuil la sienne. 

' ' La |)luspart estaient fort embarrassez ne sachant sur 
qui le gouvernement tomberait, dans cette attente chacun 
raisomiait. Comme je n'avais point de party et que 
j'étais également bien avec les deux, je me souviens qu'es- 
tant avec Monsieur de Vaudreuil il me demanda, le mesme 
jour que les nouvelles de France arrivèrent, ce que je 
l^ensais. 



— 135 — 

" Je luy dis franchement que je pensais que Monsieur 
de Callières l'emporterait et j'en estais sûr parce que 
Monsieur le chevalier de Crisafy m'avait fait confidence 
des advis que Monsieur de Callières avait reçu par les 
Anglais. 

" Cependant Monsieur de Vaudreuil me dit qu'il n'en 
taterait que d'une dent. Le mesme jour les i)aquets de la 
Cour arrivèrent qui conhrmèrent ce que je savais. Mon- 
sieur de Vaudreuil n'eut ])as de plus grand empressement 
que de venir à ma rencontre i)our me dire de ne point 
révéler ce qu'il m'avait dit. Je luy ai tenu parole, car 
voilà la ])remière fois que je l'ay mise à jour. Les parti- 
sans de Monsieur de Vaudreuil, quoyque par la mesme 
promotion fut faict gouverneur de Montréal et Monsieur 
de Ramezay, connnandant des troupi)es, se trouvèrent fort 
embarrassez dans leurs contenances, entr 'autres Monsieur 
de la DurantaVe qui, tout d'un coup, prit son party, de 
demander à ])asser en Fi-ance où il fit démission de sa 
c(»mpagnie et fust fait conseiller au Conseil Supérieur de 
Québec " (25). 

M. de Catalogne écrivant plusieurs années après les 
événements qu'il rapporte, il y a un i)eu de confusion 
dans son récit mais le fond est vrai. 

Le 18 octobre 1700, MM. de Callière et Champigny 
écrivaient au ministre : 

" Le sieur de la Durantaye nous a i)rié de témoigner 
à Sa Majesté sa très humble reconnaissance de la place 
de garçle-marine qu'elle a accordée à son fils et des quinze 
cents livres qu'elle lui a octroyé par forme de gratification 
])our les munitions qu'il avait fourni à Missilhnakinac en 
l'année 1683, de quoi nous la remercions i^areillement " 
(26). 

Le 18 mai 1701, le roi de France accordait à M. de la 
Durantaye une pension annuelle de six cents livres. Le 
brevet, bien flatteur i)our le vieux militaire, disait : 

" Aujourd'hui, dix-huitième du mois de mai mil sept 

(25) Collection de mayiuscrits, vol. 1er, p. 603/ 
(26) Archives du Canada, Correspondance générale. 



— 136 — 

cent un, le Roi étant à Versailles, voulant donner au sieur 
de la Durantaye, ei-devant capitaine d'une compagnie de 
soldats du détachement de la marine dans la Nouvelle- 
France, des marques de la satisfaction que Sa Majesté 
a des services qu'il lui a rendus pendant plus de trente- 
neuf années en qualité d'enseigne, de cai)itaine reformé 
et de capitaine en pied, tant en France qu'en Canada, où 
il s'est acquitté des commandements qu'Elle lui a confié, 
Sa Majesté lui a accordé et fait don de six cents livres de 
pension annuelle qu'Elle veut lui être payée, sa vie durant 
sur ses simples quittances ])ar les gardes de son trésor 
]*oyal présents et à venir à commencer de ce jourd'hui, et 
])our témoigner de sa volonté Sa Majesté m'a commandé 
de lui expédier le présent brevet qu'Elle a voulu signer 
de sa main, et être contresigné par moi, conseiller d'Etat 

et de ses, commandements et finances. 

* 

Louis 
Phéïippeaux ^' (27) 

Deux ans ])lus tard, le 16 juin 1703, le roi donnait une 
nouvelle marque de confiance à M. de la Durantaye en 
le créant conseiller d'augmentation du Conseil Souverain 
de la Nouvelle-France. Il fut installé dans sa nouvelle 
charge le 29 octobre de la même année. 

M. de la Durantaye décéda dans sa seigneurie de la 
Durantaye le 28 septembre 1716. Il fut inhumé deux 
jours plus tard dans l'église de Saint-Philippe (aujour- 
d'hui Saint-Vallier) (28). 

P.-G. R. 



(27) Bulletin des Recherches Historiques, vol. XIX, p. 274. 

(28) L'acte de sépulture dit: "L'an mil sept cent seize, le vingt-huit sep- 
tembre, sur les dix heures du soir, est décédé en cette paroisse de St-1'hilippe 
Louis Morel, Ecuier, seigneur de la Durantaye, âgé de septente huit ans, après 
avoir été confessé, avoir re(;u le st viatique et le Sacrement d'extrême onction. 
Son corps a été inhumé avec les cérémonies accoutumées dans cette église 
audevant du choeur. Le trente du mois sus nommé en foy de quoy j'ay signé. — 
Poulin." 

L'acte prénomme M. de la Durantaye Louis quoiqu'il fût plutôt connu sous 
le prénom Olivier. Peut-êtrç portait-il les prénoms Olivier-Louis? C'est bien 
de M. d(> la Durantaye dont il s'agit dans cet acte. Il ne peut y avoir de doute. 



— 137 



LETTRES DE NOBLESSE DE LA FAMILLE 
JUCHEREAU DUCHESNAY 



L'an mil sept cent quatre vingt-quatre le vendredi seize juillet neuf 
heures du matin, par-devant nous Thomas Dunn et Pierre Panet écuvers 
deux des juges de Sa Majesté eu sa cour des Plaidoyers Communs de la 
ville et district de Québec; eu Canada, est comparu Antoine Juchereau 
écuyer sieur Dui-liesnay seigneur de Beauport, Godarville, St-Hoch et 
autres lieux demeurant au dit Beauport près cette ville de Québec, lequel 
uous a dit (ju'en vertu de notre ordonnance du jour d'hier étant au bas 
de la requête i)ar lui à uous présentée, aux fins de vérifier les lettres de 
noblesse en original accordées à Nicolas Juchereau sieur de St-Denis son 
ancêtre i)aternel et à sa postérité et d'informer des vies, religion, moeurs 
et facultés du dit Antoine Juchereau, d'Antoine Louis Juchereau son fils 
aîné écuyers actuellement résidents en ce pays et de Marie Eustache 
Juchereau écuyer sieur Duchesnay frère du dit Antoine Juchereau absent, 
])our le temps de sa résidence eu cette colonie a lin de constater leur non 
dérogeance à noblesse, il a fait assigner à ce jour lieu et heure par-devant 
nous divers témoins, ])ar exjjloit de l'huissier Làfrauce qu'il nous a repré- 
senté, nous requérant, attenihi la présence des dits témoins de recevoir 
leurs dé|)ositions, de laquelle comparution dires et réquisition nous avons 
donné acte au dit Antoine Jucbereau écuyer sieur Duchesiiay et ordonné 
qu'il sera par nous présentement procédé à l'inlonnation dont est (piestion 
et ensuite à la vérilication (\et^ titres de noblesse dont il s'agit. 

Monseigneur Louis-l'hilippe Mariaucheau Desgly évêque de Dorylée 
coadjuleur de Quél)ec demeurant ordinairement en la paroisse de St-Pierre 
en IMsIe d'Orléans proche Québec, lecjuel nous a représenté l'exploit d'as- 
signation à lui donné à ce jour ])ar l'huissier Lafrance et après avoir 
prêté serment en la manière accoutumée de dire vérité sur le fait dont 
il s'agit et déclaré qu'il n'est aucunement ])arent des dits sieurs Duchesnay 
et qu'il est âgé de soixante-quatorze ans, a déposé cju'il a ])arfaitement 
connu défunt Antoine Juchereau écuyer sieur Duchesnay vivant seigneur 
de Beaujjort et capitaine réforme, fils d'Ignace Juchereau écuyer sieur 
Duchesnay, qu'il a pareillement connu Marie-Eustache Juchereau écuyer 
sieur Duchesnay fils du dit Antoine Juchereau pendant son séjour en 
cette colonie; ((u'il connaît i)arfaitement le dit Antoine Juchereau écuyer 
sieur Duchesnay maintenant seigneur de Beauport. Godarville. St-Tîoch 



— 138 — 

et autres lieux fils aîné du dit Antoine .Juchereau écuyer sieur Duchesnay 
et son fils aîné Antoine-Louis ; qu'ils ont constamment professé et pro- 
fessent la religion catholique, apostolique et romaine. Qu'à la pleine 
connaissance du déposant, ils ont toujours vécu honnêtement, noblement 
et en véritables gentilshommes ; s'étant toujours distingués par une con- 
duite exemplaire qui est tout ce qu'il a dit savoir; lecture à lui faite de 
sa déposition, a dit qu'elle contient vérité et a signé avec nous et notre 
greffier. Signé à l'original L.-Ph. Mariauchau Desgly évêque de Dorylée, 
Thoms Dunn J.P.C. P. PanetJ.P.C. P.-L. Panet greffier. 

L'honorable Gaspard Jose])h Chaussegros De Léry Ecuier chevalier 
de l'ordre militaire de St-Louis ci-devant capitaine dans les troupes de 
Sa Majesté Très Chrétienne en Canada, actuellement conseiller au Con- 
seil du Roi et Législatif de la province de Québec, seigneur de Legardeur, 
Belleplaine, Gentilly, Perthuys, Rigaud de Vaudreuil, Beauvais et Ste- 
Barbe demeurant en cette ville de Québec rue de la Ste-Famille paroisse 
Xotre-Dame lequel nous a représenté l'exploit d'assignation à lui donné 
à ce jour ])ar l'iniissier Lafrance, et après serment par lui fait en la ma- 
nière accoutumée de dire vérité sur le fait dont il s'agit et déclaré qu'il 
est âgé de soixante-trois ans, a déposé qu'il a parfaitement connu défunt 
Antoine Juchereau écuyer sieur Duchesnay vivant seigneur de Beauport 
et capitaine réformé fils d'Ignace Juchereau écuyer sieur Duchesnay ; 
qu'il a pareillement connu Marie-Eustache Juchereau écuyer sieur Du- 
chesnay l'un çle ses enfants pendant son séjour en cette colonie ; qu'il 
connaît parfaitement le dit Antoine Juchereau écuyer sieur Duchesnay 
maintenant seigneur de Beauport, Godarville, St-Roch et autres lieux 
autre fils du dit Antoine Juchereau écuyer sieur Duchesnay et son fils 
aîné Antoine-Louis Juchereau; qu'ils ont constamment professé et pro- 
fessent la religion catholique, apostolique et romaine, qu'à la pleine con- 
naissance du déposant, les dits susnommés ont toujours vécu noblement 
et comme doivent vivre de véritables gentilshommes, le dit déposant 
ayant souvent (conversé avec eux et les ayant toujours reconnus dignes de 
jouir (le la noblesse dont ils ont hérité de leurs ancêtres, ce qui est tout 
ce (|u'il a dit savoir. Lecture à lui faite de la présente déposition, a dit 
icelle contenir vérité, y a ])ersisté et a signé avec nous et notre greffier. 
Signé à l'original (Gaspard Joseph (Jhaussegros De Léry, Thoms. Dunn 
J.P.C. P. Panet J.l'.C. et [\-L. Panet greffier. 

Vu les déi)()siti()ns ci-dessus, les lettres de noblesse du mois de février 
mil six cent quatre-vingt-dou/,e en parchemin dûment scellées, registrées 



— 139 — 

en la Chambre des Comptes suivant l'arrêt du seize mars mil six cent 
quatre-vingt-dix-sept et au Conseil Souverain de Québec par arrêt du 
cinq avril mil sept cent, exhibées en original, les dites lettres de noblesse 
accordées à Nicolas Juchereau sieur de St Denis et à sa postérité, ensemble 
les autres pièces énoncées en la dite requête, toutes lesquelles nous avons 
vérifiées, donnons acte au dit Antoine Juchereau écuyer sieur Duchesnay 
tant pour lui que pour ses fils Antoine-Louis et Marie-Eustache Juche- 
reau écuyer sieur Duchesnay son frère de la dite vérification et des dépo- 
sitions ci-dessus pour leur servir à constater leur noblesse et leur non 
dérogeance à icelle. Donné à Québec en la Cour des Plaidoyers Communs 
l'audience tenante les dits jour et an susdits. Signé A l'original Thoms. 
Dunn J.r.C. P. Panet J.P.C. et P. Panet greffier. 

Pour (■()j)ie conforme à l'original. — 

P.-L. Panet 

grefîr 

Ensuite la teneur de la requête du dit Antoine Juchereau écuyer 
sieur Duchesnay. — 

Aux honorables Juges de la ('our des Plaidoyers Communs du district 
de Québec 

Supplie humblement Antoine Juchereau écuyer sieur Duchesnay, 
seigneur de P)eauport, Gaudarville, St-Poch et autres lieux, demeurant 
à Beau])ort près la ville de Québei- et a l'honneur de vous ex])oser que 
pour jouir des prérogatives de noblesse dont Marie- JMistache Juchereau 
écuyer sieur Duchesiuiy, le sujjpliant son frère aîné et leurs enfants ont' 
hérité de feu Nicolas Juchereau de St Denis écuyer leur ancêtre paternel, 
,il serait nécessaire de justifier par titres authentiques de la j)ossession de 
leur état et de faire constater formellement qu'ils n'ont fait aucun acte 
de dérogeance. 

Qu'en Caïuida les lois françaises ont eu lieu dès son établissement 
et que les lettres de noblesse s'enregistroient au Conseil qualifié de Conseil 
Souverain, ensuite établi Conseil Supérieur; qu'en cette colonie il n'y 
eut jamais de Chambre des Comptes ni de Cour des Aydes à l'instar de 
celles établies en France où les nobles font ordinairement vérifier leurs 
lettres et qu'il suffisait de le faire au dit Conseil Supérieur. Que depuis 
la conquête faite de cette colonie par Sa Majesté Britannique les lois, 
coutumes et usages suivis dès son premier établissement ont été rétablis 
par acte du parlement de 1777, chapitre 83, quant à l'état des personnes 
pour leurs droits personnels et propriétés, mais qu'au lieu du Conseil 



— 140 — 

Supérieur qui avant la conquête connaissait des lettres et ])reuves de 
noblesse et des propriétés il n'y a été établi et qu'il n'y a actuellement que 
cette honorable Cour des Plaidoyers Communs ([ui coiniaisse de toutes 
matières quelconques excepté celles au criminel. — 

Ce considéré, le sup])liant a recours à l'autorité et justice de cette 
]u)n<»ral)le Cour qu'il soutient être unique et compétente cour de Justice 
en ce pays conquis ])our vérifier ses lettres, la possession légitime et con- 
tinuelle de sa noblesse et lui donner acte de la non dérogeance. Et sur 
ce ])rincipe le su])])liant tant j)our lui que pour son frère Marie-Eustache 
Jucliereau écuyer et leurs enfants prend la liberté d'établir leur généalogie 
et d'offrir les preuves de la possession continuelle de leur état, j)our en 
ol)tenir les actes nécessaires. — 

Nicolas Juchereau sieur de St Denis contracta mariage avec demoi- 
selle Marie Gift'ard tille de noble homme Robert Gitt'ard Conseiller du Koi, 
médecin ordinaire de Sa Majesté, l'un des Conseillers en Canada et sei- 
gneur de Beau])ort suivant le contrat passé devant Me Audouard notaire 
à Québec le 27. septembre 1649. 

Par lettres du mois de février 1693 en ])archemin et dûment scellées, 
reo^istrées en la Chambre des C'omptes suivant l'arrêt du 16 mars 1697 et 
au Conseil Souverain de Québec, par arrêt du 5 avril 1700 que le sup})liant 
exhibe en originales et de laquelle exhibition il demande humblement 
acte nécessair, le dit Nicolas Juchereau sieur de St Denis fut anobli lui 
et sa postérité. 

Par l'extrait mortuaire exhibé le dit Nicolas Jucliereau écuyer sieur 
de St-Denis est tellement (pialifié et est décédé à Beauport le 5 octobre 
1692. 

Par les arrêts du Conseil Souverain de Québec et les actes d'infor- 
mations faites à la requête d'Ignace Juchereau écuyer sieur Duchesnay 
second fils du dit feu Nicolas, que le suppliant exhibe aussi, le dit Ignace 
après le décès de son i)ère obtint l'enregistrement des dites lettres de 
noblesse au Conseil Supérieur de Québec du dit jour T) avril 1700. 

Qu'Ignace fils de Nicolas était né à Québec et fut baptisé le 11 août 
1658, suivant l'extrait de bai)tême exhibé. Le(i[uel Ignace contracta ma- 
riage suivant le contrat ])assé devant Me Rageot notaire à Québec le 17 
février 1683 et suivant son extrait de mariage en face d'église aussi exhibé. 
D'Ignace naquit Antoine qui fut ba])fisc à Québec le 21 avril 1704 
et contracta mariage |>ar contrat passé devant Me l^atour notaire à Québec 
le 13 avril 1737 l('(iu('l Antoine l'ut iidiumé h Px'auport 1(^ 14 juin 1772. 



- 141 — 

D'Aiituiiie naquirent Antoine le suppliant l)a{)tisé à lieauport le 8 
février 1740 et Marie- Eustache son frère baptisé à Beauport le 25 octobre 
1741. 

Antoine le suj)pliant contracta mariage par contrat passé devant Me 
l'anet notaire à Québec le 18 juillet 1765 dmpiel mariage est né Antoine- 
Louis son fils aîné baptisé le 19 février 17(57. 

Que par les titres ci-dessus cités et exhibés en forme authentique 
le supphant et son frère Marie-Enstache ainsi que leurs ancêtres ont 
été constammeJit qualifiés de nobles et d'écuyers: <pi'en outre le suppliant 
exhibe diverses eitinmissions d'officiers militaires et civiles, fois et hom- 
mages, contrats et actes authentiques, dont deux au moins outre les extraits 
de baj)tcme et i-ontrats de mariage pour chacpie fihatioii prouvent hnir 
])Ossession continuelle de nol)lesse. 

Que le suppliant et son frère Marie-Kustachc, ainsi (pie son (ils aîné 
Antoin('-Li)uis ont imité leurs ancêtres en vivant noblement en cette 
colonie, sans acte de dérogeance, ce que le suppliant offre de prouver par 
le serment des anciennes {)ersonnes du clergé, du militaire môme des 
]tremii'i-s en dignité et autres témoins (pi'il plaira à la Cour faire assigner, 
jurer et ouïr par information de leurs vies, moeurs, religion et facidtés. 

Ce considéré le suppliant i-onclut à ce (pi'il |)laise à cette Honorable 
Cour vérifier les dites lettres de noblesse en original, accorder leurs 
ordres pour faire assigner les témoins iiécessaires jjour l'information 
des vies, religion, nuteurs et facultés des dits Antoine Juchereau et 
d'Antoine-Louis son fils aîné écuyers actuellement résidents en ce ])ays 
et du dit Marie-Eustache Juchereau écuyer absent pour le tt>nips de sa 
résidence en cette colonie, afin de constater leur non dérogeance à no- 
blesse, de tout quoi faire dresser et registrer acte, <pi'il plaira homologuer 
si faire se doit. VA ferez bien. Québec 15 juillet 17S4. Signé J. 
Duchesnay et A. Panet avocat du suppliant. 

Et |)lus bas 

\'u la présente requête, nous ordonnons que les témoins seront assi- 
gnés à comparaître ])ar-devant nous en notre audience demain vendredi 
seize du j)résent mois, neuf heures du matin, aux fins de procéder à 
l'information requise. Québec 15 juillet 1784. Signé Thoms Dunn 
J.P.C. et P. Panet J.P.C'. — Pour copie conforme à l'original. 

P.-L. Panet 

grefîr. 



— 142 — 

Nous Pierre Panet éc-uyer l'un des juges de Sa Majesté en ses Cours 
des Plaidoyers Communs et des Prérogatives jxnir la ville et district de 
Québec et commissaire de ])aix en toute l'éteiidue de la Province de 
Québec, etc. Certifions à tous qu'il appartiendra que Pierre-Louis Panet 
qui a signé et collationné les expéditions des autres parts est greffier 
de la Cour des Plaidoyers Communs de la ville et district de Québec 
et que foi doit être ajoutée tant en jugement que hors aux actes qu'il 
délivre en la ditte qualité. Certifions aussi qu'il n'y a aucun Conseil 
Supérieur à l'instar du gouvernement français en cette province, ni de 
procureur-général dans les affaires civiles, et que le papier timbré et 
contrôle ne sont i)oint en usage en cette province et qu'il n'y a aucun 
agent ni résident pour Sa Majesté Très Chrétienne en cette dite Pro- 
vince, en foi de quoi nous avons signé et scellé ces j)résentes à Québec 
le dix-huit juillet nn'l sej)t cent (luatre-vingt-quatre. 

P. Panet J.P.C. (1) 



(1) Archives Judiciaires de Québec. 



QUESTION 



Le Père Martin, dans son ouvrage Le marquis de Monicaim et les 
dernières années de la colonie française au Canada, racontant la prise du 
fort de Chouaguen, écrit (p. ^^Q) : 

" Aussitôt après sa victoire, Montcalm, que le sentiment religieux 
dominait au milieu de son triomphe, voulut en faire hommage à Dieu. 
]1 fit planter, au milieu de l'enceinte du fort, une grande croix avec cette 
inscrij)tioii : "In hoc sifpto rincuiif. C'est par ce signe qu'ils sont vain- 
queurs." 

" Près de cette croix, on ]»lac;a un ])oteau ([ui ])ortait, avec les armes 
de France, cette inscription digne d'un littérateur et d'un vainqueur : 
Manihus date lilia pleni.s. "Donnez des lys à pleines mains." 

Montcalm fut-il l'auteur de cette belle inscription ? Il me semble 
avoir lu quelque ])art qu'elle lui fut suggérée })ar M. de Bougainville. 
Malheureusement, je ne puis retracer l'ouvrage dans lequel je crois avoir 
vu ce renseignement. 

AOW 



MOEURS ET CARACTERES DES 
CANADIENS 



Le portrait (iiii suit fut tracé en 175T j)ar M. de liougainville qui 
devait, quel(|ues années j)lus tard, s'illustrer par son voyage autour du 
monde : 

" Les simples habitants seraient scandalisés tl'être appelés paysans. 
En effet, ils sont d'une meilleure étoffe, ont plus d'esprit, |)lus d'éducation 
que ceux de France. Cela vient de ce qu'ils ne payent aucun impôt, de 
ce qu'ils ont droit d'aller à la chasse, à la pêche, et de ce qu'ils vivent dans 
une espèce d'indé[)endance. lis sont braves, leur genre de courage, ainsi 
que les sauvages, est de s'exposer peu, de faire des embuscades; ils sont 
fort bons dans le bois, adroits à tirer; ils se i)at(ent en s'éparpiliant et 
se couvrant de gros arbres; c'est ainsi qu'à la Belle-Rivière ils ont défait 
le général Braddock. 11 faut convenir que les sauvages leur sont supé- 
rieurs dans ce genre de combattre, et c'est l'affection qu'ils nous portent 
qui jusqu'à pré.sent a conservé le Canada. Le Canadien est haut, glorieu-x, 
menteur, obligeant, affable, honnête, infatigable pour la chasse, les courses, 
les voyages qu'ils font dans les Pays d'en Haut, paresseux pour la culture 
des terres, rarmi ces mêmes Canadiens, on met une grande différence 
pour la guerre et les voyages d'en Haut entre ceux du gouvernement de 
Québec et ceux du gouvernement des Trois-Eivières et de Montréal, qui 
l'emportent sur les premiers, et ceux de Québec valent mieux pour la 
navigation; parmi ces habitants, ceux qui voyagent dans les Pays d'en 
Haut sont réputés les plus braves." 

Pas mal juste, n'est-il pas vrai ? 



— 144 — 

M. DE FONTBRUNE 



M. de Fontbruiie, lieutenant de grenadiers du régiment de la Marine, 
était passé dans la Nouvelle-France en même temps que le chevalier de 
Lévis au printem})s de 1756. Ils avaient fait la traversée sur la Sauvage 
qui arriva à Québec le 31 mai liT)*). 

On voit dans le Journal du marquis de Montcalm (|ue le garde des 
sceaux avait fait passer M. de Fontbrune en Amérique à la prière du 
chevalier de Lévis, avec 1200 livres d'appointements. A la veille de 
s'embarquer pour hi Xouvelle-France, M. de Montcalm reçut une com- 
mission de capitaine reformé d'infanterie pour M. de Fontbrune avec des 
lettres de service pour l'employer où il le jugerait à propos. 

M. de Fontbrune était l'ami intime du chevalier de Lévis et celui-ci 
le choisit comme son aide-de-camp. 

Le 24: septeml)re 175?, M. de Lévis écrivait à sa i)arente, la maré- 
chale de Mirepoix : 

" J'ai encore une grâce à vous demander qui est de vouloir l)ien 
accorder votre protection à M. de Fontbrune, capitaine reformé au régi- 
ment de la Marine. Il m'a suivi dans ce pays par amitié et par atta- 
chement ; il m'est très utile; je lui ai ])ien des obligations. M. de 
Montcalm et moi denumdons avec l)eaucoup d'instances à M. le marquis 
de Paulmy (pi'il soit fait cette année chevalier de Saint-Louis: il mérite 
cette grâce ])ar ses services. Je vous supplie d'avoir la bonté de lui en 
parler; je serais bien satisfait si votre recommandation la lui ])r()cu- 
rait" (1). 

Le 8 octobre 1?.j7, le chevalier de Lévis écrivait au mar<[uis de 
Paulmy : 

" J'avais eu l'honneur de vous demander une augmentation d'ap- 
j)ointements pour le sieur de Fontbrune, dans mes dernières lettres. Il 
est mort de maladie le mois dernier; c'est une perte pour le service du 
IJoi. Il était i)assé avec moi en Canada; je le regrette infiniment; il 
m'était attaché et je l'avais engagé de venir en Amérique" (2). 

]\I. l'abbé Casgrain, à certains endroits des volumes de la Collection 
Lévis, a confondu M. de Fontbrune avec M. de Fontl)onne, commandant 
du régiment de Guyenne. 



(1) Lettres du chevalier de Lévis, p. 169. 

(2) Lettres du chevalier de Lévis, p. 173. 



— 145 — 

NOTES 



LA FONTAINE DE BELLECOUKT 



Le Sr. Luc, nul. ordinaire de la Musi(iue de la chapelle et cluimbre 
du roi et organiste de lad. chapelle, et Bernardine de la Fontaine, sa 
femme, laq. était héritière de .Icaii-Hai)t. de la Fontaine, ordinaire de la 
Musique du roi et de Bernardine douin, ses père et mère; de Jeanne de 
la Fontaine, fille majeure, sa soeur, et de Jacques de la Fontaine de 
Bellecourt, conseiller au Conseil Supérieur de Québec, en Cainida. et de. 
.ses frère et helle-soeur. 

Criées (lu Chnlclcl^ nov. 17Ô1, p. 18. 



ACBKirr DK LA CHESNAYE 



Sait-(tn que Charles Aul)ert de !a Chesnaye était de la même famille 
que l'auteur du Dictionnaire de la Noblesse, Aubert de la Chesnave des 
Bois? T'n correspondant de France m'assure (|ue cela est. 



D'AlLLKHorT 



Factum (datant vers 1(;4: ) ])(.ur Elie et David Jiedé, escuyers, sieurs 
des Fougerets et de Loisilère, créanciers de la succession d'Estienne Ozon 
])our :.j() livres de rente constituée au profit de leur aveulie maternelle, 
dame .Marguerite Minager, veufve de feu Moie. Jean Daillel)ou.^t, vivant 
conseiller et j)remier médecin du roi, seize années d'arrérages, jwursuivans 
les criées des immeubles, la distribution du prix ([ui doit provenir des 
marchandises de bois de ladite succession, demandeurs, ete, etc. (A la 
Bil)lioth. Nation. Th(»isy, 388 fo. ;3-^(î.) 



La Gagette de France rap])orte le combat entre l'escadre de M. de 
la Jonquière et l'amiral anglais Anson et dit (jue M. Dailleboust (Charles- 
Joseph), officier d'infanterie, fut blessé le 14 juin, à bord du Sérieux, 
près du ca]) du Finistère. 



Un Jean d'Ailleboust, secrétaire (du roi) dans le premier quart du 
XVIIe siècle. antérieuTement à 1();?4, était-il de la famille de nos Daille- 
bout? 

BEGIS ROY 



146 



QUI A FONDE LE COLLEGE DE TERRE 
BONNE APPELE COLLEGE 

MASSON 



Le ]'i mars 1847, les coinniissaires d'éeoles de Terreboniie se réunis- 
saient pour examiner et discuter une suggestion que v,enait de leur faire 
Mgr Prince, évoque de Martyropolis, coadjuteur, et à ce moment admi- 
nistrateur du diocèse de Montréal, en l'absence de Mgr Bourget alors en 
Europe. Les commissaires décident à l'unanimité d'engager trois religieux 
"enseignant |)ar état", dont un devra enseigner ' l'anglais. Les classes 
devront ouvrir le 1er septembre de la même année. On leur vote un 
salaire de 40 livres, nouveau cours, par année à chacun (à peu près $5.00). 
Les commissaires déclarent qu'ils sont heureux de ])asser cette résolution 
parce que ces "écoles (sont) depuis longtemps désirées et demandées tant 
par les commissaires d'écoles que par les citoyens de l'endroit". ( Extrait 
du Registre des écoles de la ])aroisse de Terrel)onne — Séance du 12 mars 

184:.) 

Deux jours plus tard, le 14 du même mois, M. l'abbé Théberge, curé 
de Terrebonne, présidait, à l'issue de la grand'messe, une assemblée des 
citoyens de sa paroisse; il leur demande de contribuer à la fondation 
projetée. On vote avec enthousiasme la somme de 2,400 hvres, ancien 
cours, pour payer les frais de passage des religieux (|ui devaient venir du 
Mans (à j)eu ])rès 17 sous). (Extrait des registres de la Fabrique.) 

Mgr Prince i)rend alors l'affaire en mains; le 27 du même mois, il 
écrit au T. R. P. Moreau, su])érieur général des Religieux de Sainte-Oroix, 
résidant au Mans, et lui demande trois frères ])our Terrebonne (auto- 
graphe). Les frères sont accordés; ils font la traversée avec Mffr Bourget 
qui amenait avec lui des religieux de la même congrégation pour Saint- 
Laurent de Montréal et des Olercs Viateurs. La colonie s'embarqua au 
Havre, sur un voilier, le 30 avril, vers midi, et arriva à New- York le 23 
mai, et à Montréal, le 27 mai, (hms l'après-midi. On se rendit le jour 
même à Saint-Laurent: les trois Frères, (jui avaient reçu une obédience 
l)our Terret)onne, s'y rendirent le 2 juin. Comme la maison d'école n'était 
})as encore prête à les recevoir, ils se retirèrent chez une dame Limoges. 
Les Frères prii-eiit |)ossession de leur domicile le 3 juillet et ouvrirent 
l'école le 8 juillet. l^ne centaine d'enfants se |)résentèrent et furent 



— 147^ 

répartis dans trois classes diitérentes. La population de Terrebonne 
était à ee moment d'environ 1,Ô()0 habitants dont 1,000 formaient la 
])oj)ulation du village ; on comptait 150 enfants d'âge à aller à l'école. 
Terrebonne était alors un centre imjiortant, chef-lieu du comté actuel du 
même nom et de l'île Jésus (Chroniques de l' établissement ). 

Sur l'avis de Mgr Bourget les Frères quittèrent Terrebonne le :U 
décembre 184S). Les i-ommissaires, qui n'avaient pas encore l'exj)érience 
d'une école tenue par des religieux, s'étaient montrés exigeants et avaient 
mis des entraves, sans le vouloir, sans doute, au développement de l'éta- 
blissement; de plus ^I. ral)bé Théberge voulait avoir un j)ensionnat latin: 
le 18 avril 1849 il avait fait voter par ses paroissiens une résolution dans 
ce sens: il avait même demandé aux Frères de se charger de cet ensei- 
gnement. Lf H. P. N'érité, su|)érieur des Religieux de Sainte-Croix, en 
Canada, lui avait fait remarquer avec raison que les Frères n'étaient pas 
venus de France pour enseigner le latin à Terrebonne, lequel enseignement 
n'était pas d'ailleurs de leur cpmj)étence. Mgr Bourget répondit dans le 
même sens au curé de Terrel)onne, le 8 mai 184!» : "Je ne saurais con- 
sentir qu'on y enseigne le latin, vu (jue vous avez dans Notre voisinage 
deux établissements de ce genre sur un l»icii lion ]iied, et (pie d'ailleurs 
ce serait faire sortir les Frères. . . du but de leur Institut, où on se propose 
de ne donner qu'une éducation élémentaire." M. l'abbé Thél)erge vit 
l'évêque et revint ;i la charge: il pi'oposait de prendre la direction des 
Frères qu'il aurait dioisis lui-même, et demandait à l'évêque de lui donner 
connue vicaire l'alibé Latour <|ui avait déjà enseigné. Mgr Bourget 
ré|)on(l le Iciidcnuiin. 2 octobre 184!), (pi'il fera son possible jiour arran- 
ger les affaires comme le denutnde le curé de TerreiKinnc; il ne peut 
.s'empêcher toutefois de faire remarquer que le curé assumait une grande 
resj)onsabilité en faisant lui-même le choix de tant de monde. 

Les clioses en étant là, les Frères se retirèrent, comme nous l'avons 
dit i)lus haut, le 31 <léceml)re 184!>. Pendant la durée de cet établissement 
les religieux avaient ouvert un ]>eiisioiinat : ils songeaient même à faire 
de Terrebonne un de leurs princii)aux établissements et y avaient conduit 
leur noviciat. Ce j)ensionnat aurait ])u devenir florissant et rendre de 
graiuls services à la région, si on avait su se contenter de ce qui était 
alors suffisant. Si la chose avait été utile j)lus tard, les religieux eux- 
mêmes auraient eu intérêt à greffer l'enseignement du latin sur l'ensei- 
gnement commercial dont il n'aurait été qu'un dévelo])pement naturel. 
Ils auraient fait à Terrebonne ce qu'ils firent à Saint-Laurent de Mont- 



— 148 — 

réal. Oji alla tro]) \ite, et on ne se rendit pas suffisamment compte des 
besoins de la population ; on fit une fondation qui ne prit jamais de 
grands dévelo])pements et (ju'on ne sentit j)as le besoin de faire renaître 
quand l'ineendie l'eut réduit en cendres, en 18Ti'. 

l'ndant les deux ans et (juatre mois que les Frères furent à Terre- 
bonne, ils eurent toujours à traiter avec les commissaires; (juand ils se 
retirèrent, le président de la commission scolaire leur signa un re(;u du 
mobilier qui était à l'école (31 décembre 1849), quoique ce mobilier fût 
la pro])riété de la fabrique (lettre de l'abbé Lionet au K. P. Vérité, 1848). 
La fabricpie aida la commission scolaire et se cbargea des frais de répa- 
ration en .dilîérentes .circonstances, mais elle n'avait aucune influence 
dans la direction de l'école qui relevait des commissaires seuls. 

l'ju mai IS-IT, Mme Masson, dont le mari était mort le mois précédent, 
acheta ])Our les Frères une propriété contenant une ferme de 100 arpents. 
Voici ce qu'en disait ^I. le curé Thél)erge à Mgr Bourget, le \(> juin 1847: 
"Mme Masson vient d'acheter pour les Frères le ])lus bel étal)lissement 
que j'aie vu et par sa situation et par l'ensemble des bâtiments: c'est un 
don de plusieurs cents louis." Ce don n'était i)as fait directement aux 
Frères, c-e (pii aurait contribué à les attacher à Terrebonne, mais bien à 
la fabrique, en faAeur des Frères. Ceux-ci demandèrent la ])ropriété de 
l'établissement qui leur fut refusée, quoique Mgr Bourget trouvât que la 
demande était raisonnable et que sans cela la communauté ne i)Ouvait pas 
faire beaucoup de frais qui auraient été ])erdus, advenant leur dé})art. 
"Vous comprenez qu'une comnuinauté ne jieut se dévelop])er dans un 
lieu d'où elle peut être renvoyée d'un moment à l'autre." (A M. l'abbé 
Théberge, 22 novembre 1849). 

L'établissement de Terrebonne prit le nom de c(dlège Masson dès 
l'origine, à cause, sans doute, de la générosité de la donatrice, (jui ne 
peut à aucun titre réclamer (pioi que ce soit dans la fondation de ce {)en- 
sionnat. L'école commerciale fut fondée par les Religieux de Sainte-Croix, 
et le collège classique, qui remi)laça le premier établissement, est dû aux 
efPorts du curé de l'endroit, M. l'abbé Théberge, qui peut en être regardé 
connut' 1(> \éritable fondateur, salvo InrJiori jiidicio. 

PUT LE AS VAN11^]R, c.s.c. 



— 149 



CANOTS D'ECORCE ET VOYAGEURS 

D'ANTAN 



A\ec la ia(|iiette et Je tolxi^^gan, le t'aiiot d'éeori-e constitue le trio 
d'ai){)areils à la fois utiles et sportifs que nous a légué l'ingéniosité des 
indigènes. Va ee merveilleux engin de navigation qui fut pendant la 
période où il n'v avait que "les cliemins qui marchent", le seul moyen de se 
voiturer dans la contrée continentale nommée la Nouvelle-France. 

xVussi les relations de voyages, les annales et les documents judiciaires' 
fourmillent-ils de renseignements à son sujet. Prolitons de cette abon- 
dance ])our recueillir (piehiues particularités sur la fabrication, la ma- 
noeuvre et les Usages de cette eml)arcation fameuse. 

• 

• * 

A tout seigneur tout lnunieur, comnuMK^-mis par Samutd de Cliamplaiii, 
le fondateui- de (Québec, et extrayons une page du récit de son voyage de 
1(H);5. 

Ktant à Tadoussac, le 2^ mai, M. de Chaniplain raconte (jue des 
sauvages s'en vont camper sur l'ordre de leur "grand Sagamo" : 

"Tout aussitôt un chacun i\\'U\ dcffit sa cabane en moins d'uii rien 
et le dit grand cajjitaine, le premier, commen(.;a à preiulre son canot et 
le ])orter à la mer, où il emi)arqua sa femme et ses enfants et (piantité 
de fouri'ures, et se mirent ainsi près de 2{)0 canots, (pii \(int étrangement; 
car encore que notre chaloupe fut bien armée, si allaient-ils i)lus vite 
que nous, il n'y a (pie deux personnes qui travaillent à la nage, l'homme 
et la femme. Leurs canots ont (pi(d(|ues 8 ou !) pas de long et large comme 
d'un pas ou ])as et demi par le milieu, et vont toujours en amoindrissant 
par les deux bouts. Ils sont fort sujets à tourner si on ne les sait bien 
gouverner, car ils sont faits d'écorce d'arbres aj)pelés "bouille" (bouleau), 
renforcés par le dedans de petits cercles de bois bien et proprement faits, 
et si sont si légers (pt'un homme en ])orte un aisément, et chaqu'uu canot 
})eut porter la i)esanteur d'une pi[)e (ancienne mesure). Quand ils veu- 
lent traverser la terre pour aller à quelque rivière où ils ont affaire ils 
les portent avec eux." 

* 

* « 

Les explorateurs et li-s colons français ne furent [)as lents à a|)précier 
les qualités de l'admirable embarcation. C'est en canot d'écorce que les 



— 150 — 

missionnaires ])arteiit ]»(iur annoncer l'évangile et fonder des missions chez 
les peuplades éloignées; que Chouart et lîadisson se rendent au lac Supé- 
rieur dès 1658; que -Jolliet et le P. Marquette découvrent le Mississipi; 
que jiendant un siècle les voyageurs des pays en haut vont chercher les 
magni1i(|ues fourrures (jue l'Amérique sej)tentrionale fournit à l'ancien 
moïKie. 

['n voyage de plusieurs centaines de milles, en canot d'écorce, devint 
alors pour les canotiers une aventure des i)lus hanales. .Prenons un exem- 
j)le au hasard. Nous le trouvons dans l'étude du notaire x\dhémar, à la 
date du 5 mai l(î9(). Ce jour-là, François de la Forest, cai)itaine dans 
les trou])es, engage Joseph Fafard dit la Fresnaye })our aller en canot 
jus((u'au foi't Saint-Louis, ])ays des Illinois. Fafard devra revenir le 
])rintenips suivant avec son emharcation chargée de ])eaux de castors et 
autres j)elleteries. Comme salaire, le voyageur recevra, à son retour, 
aOO francs, ])ayahles en castor. 

Les cas analogues sont nombreux dans les études des anciens notaires 
de Montréal. 

* « 

M. de Champlain nous a fourni une première descri])tion du canot, 
mais on peut en obtenir une meilleure en recourant à ce La Hontan qui, 
malgré ses potins, est inappréciable lorsqu'il nous renseigne sur ce qu'il 
a réellement vu. 

Cet auteur a consacré toute une lettre au canot d'écorce et il seml)le 
qu'on nous saura gré de la rei)roduire presque en entier, (.^ette lettre 
est la sixième de son ouvrage; elle fut rédigée à Montréal le 20 juin 
1()84, soit (|uatre-vingt-un ans après l'écrit de Champlain. 

".le comptais (le partir aujourd'hui, nuiis la (juantité de grands 
canots (pi'on (l('\ait anienei' ici ne s'y trouvant pas encore, le voyage est 
rctai'dé de deux joui's. \'ous profiterez de mon loisir pour connaître ces 
fragiles voilui'cs; je vous dirai en peu de mots ce (|ue c'est... Je viens 
de voir phis de ceiil canots grands et petits; mais comme on ne peut se 
servir (pif *\<'^ premiers pour les ex])é(litions nnlitaires ou pour les grands 
voyages. j<^ ne xons parlerai (pie de ceux-là... Leur grandeur est pour- 
tant din'ércnle, c'est-à-dire de H) juscpi'à 28 pieds de largeur. Les plus 
petits ne (-ont iciiiieiit (pie deux personnes. On y est assis sur les talons, 
pour peu de mouvement (pie l'on se doniu' ou que l'on penche ])lus d'un 
C()té (pie de l'autre, ils renversent. Les plus grands peuvent contenir aisé- 



— 151 — 

ment (|uatorze lionmies ; mais pour l'ordinaire, ([uand on veut s'en servir 
pour transporter des vivres ou des marchandises, trois hommes suffisent 
pour les gouverner. Avec ce petit nombre de eanoteurs on peut trans- 
porter jusqu'à vingt quintaux." (2000 Ibs ancienne mesure). 

FABKU'ATIOX DES (AXOTS 

"Les grands i-anots faits d'écorce de bouleau sont sûrs et ne tournent 
jamais; on lève ordinairement cette écorce en hiver avec de l'eau cluiude. 
Une seule écorce suffit quelquefois pour tout un grand canot, tant les 
arbres de cette espèce sont gros en ce i)ays-ci, mais quand il faut })lusieurs 
(îcorces, on en met une pour faire le fond, et U's sau\ages y en cousent 
deux autres avec des racines pour faire les bords, et cela si artistement, 
qu'on jurerait ([ue le canot est tout d'une pièce. Ils sont garnis ou de 
clisses et de varangues d'un Ixiis de cèdre pres(|ue aussi léger (|ue le liège. 
Les clisses ont l'épaisseur d'un ccu : l'écorce, celle de deux, et les varan- 
gues, celle de trois. Outre cela, il règne à droite et à gauche, d'un bout 
d'un canot à l'autre, deux maîtres ou précintes, dans les(juels sont enchas- 
.sées les ])ointes des varangues et où les huit barres qui lient et traversent 
le canot sont attaeiiées. Ces l)âtiments ont dix ])ouces de profondeur, 
c'est-à-dire des bords jus(ju'au plat des varangues; ils ont vingt-huit 
])ie(ls de longueur et quatre et demi de largeur vers la barre du milieu." 

FlJACilLITK DES ('AXOTS D'KCOia'E 

"S'ils sont commodes par leur grande légèreté et par le peu d'eau 
(ju'ils tirent, il faitt avouer qu'ils sont en récompense bien incommodes 
par leur fragilité; car ])our j)eu (ju'ils touchent ou chargent sur les cail- 
loux ou sur le sable, l'écorce s'entr'ouvre et l'eau entrant par les cre\asses 
gâte les vivres, les marchandises et toute la cargaison. Chaque jour il 
y a quelque nouvelle crevasse ou quelque couture à gommer. Toutes les 
nuits on est obligé de décharger cette voiture à flot et de la porter à terre, 
où on l'attache à des piquets de peur que le vent ne l'em})orte ; car elle 
pèse si peu que deux hommes la portent à leur aise sur l'épaule, chacun 
par un bout. Cette seule légèreté me fait juger qu'il n'y a point de meil- 
leure voiture au monde pour naviguer dans les rivières du Canada qui 
sont remplies de cascades, de cataractes et de courants. Car à la ren- 
contre de tous ces fâcheux endroits on est obligé de transporter les canots 
par terre, ou de les tirer sur l'eau le long du rivage, pourvu que le fleuve 
ne soit pas trop rapide, ni la rive trop escarjjée. C-es canots ne valent 



— 152 — 

rien du tout pour la navigation des lacs, où les vagues les engloutiraient, 
si l'on ne gagnait terre dès que le vent s'élève. Cej)endant, on fait des 
traversées de quatre à cinq lieues d'une île à l'autre; mais c'est toujours 
en calme et à force de l)ras." 

LA MANOKUVKE DE (^ETTE NAVIGATION 

"T^es canoteurs agissent successivement à genoux, debout et assis. 
]]s sont à genoux lors(|u'ils descendent les petites cataractes ou les cas- 
cades des rivières. Ils sont del)()ut lorsqu'ils ])i([uent de fond avec des 
perches pour refouler les courants et les ra])ides, et ils sont assis dans 
les eaux dormantes." 

L'AVIRON ET LA PEK(!1IE 

"jjeurs rames sont d'éral)le, et tournées de la manière (jue Je vais 
vous les représenter. La ])elle de la rame a 20 pouces de longueur, dix 
de large et (juatre lignes (l'éi)aisseur. Le manche, qui est gros comme un 
oeuf de pigeon, a trois ])ie(ls de longueur ou environ, ils se servent de 
j)erches ou lattes de ])iii pour refouler les courants les plus rapides, et 
c'est ce qu'on appelle piquer le fond. Ces bâtiments n'ont ni ])ou])e ni 
])roue. Ils sont également taillés en pointe devant et derrière, ils n'ont 
ni quilles, ni clous, ni follets, ils ne durent que cin(i ou six ans. (Jelui 
qui des gouverne rame ccjnmie les autres, sans interru})ti()n. Ils coûtent 
ordinairement 80 écus. Celui (Ums lequel Je m'embarque en a ])ourtant 
Loûté i)0, mais il est de franc f)ouleau, et l'un des jilus spacieux (pie 
l'on ])uisse voir." 

LES OBSERVATIONS DE L'INOEXIEUH FKANQUET 

]*asso]is maintenant aux mémoires (pie Fran([uet a écrit sur le ('anada 
en 1758. Ce méticuleux voyageur va nous apprendre où l'on construisait 
les meilleurs canots. 

"'C'est en cette ville (Trois-lii vières ), où l'on fabrique le mieux les 
canots d'écorce ; j'ai été en voir un aux chantiers. On y en travaillait 
un de huit places: il était de '■]'] pieds de longueur, ciiu( de largeur, deux 
et demi de hauteur, et du prix de 300 livres, à mesure ([u'ils sont faits 
on les envoyé à Montréal; ils sont destinés ])our les voyages des ])ays 
d'en haut, tant à porter les 1rou])es cpie les \ivres et les marchandises; 
l'ouvrier (jui les l'ail ne veut pas dire son secret, t-'est-à-dire la façon dont 
il s'v prcp.d pour déterminer la courbure di'f" deux extrémités. 11 y en 
a bien un autre (pd s'en mêle, mais il ne réussit pas si bien. T^e premier 



— 153 — 

eu fait une .si grande (juaiitité qu'il touche du roi tous les ans ])lus de 
GOOO livres: ils sont totalement construits d'écorce de bouleau avec des 
varangues arrondies que Ton empkn'e au lieu de courbes; elles sont de 
bois de cèdre ou de sapin, de deux lignes d'épaisseur ou plus, et de trois 
j)ouces de largeur, et les coutures, recouvertes de gomme de sapin, sont 
impénétratiles à l'eau, nuiis il faut aussi éviter les roches." 

sors LE ije(;lmi<: ax(;lats 

Sous le régime anglais les graiules com])agnies ((ui se livraient au 
commerce des fourrures n'eurent garde de mettre de côté le })récieux 
canot d'écorce, comme on |)eut en juger en lisant le bel ouvrage de l'hon. 
Masson sur les Bourfjcoix dit yoril-Oiu\sl. Du volume II, p. ;}13, ni)us 
extrayons ce passage dû à la i)lume de Peter Grant : "Les i-anots de la 
('omj>àgnie ihi Xord-Ouest manoeuvres par cinq hommes jtortaient 3()()0 
livres. Ils tiraii-nt phis de 1S pouces et allaient ordinairement à une 
allure de six milh's à riicure. eu trm|)s calme, lîeiidu au ])ortage, le 
levant ( bowman ) sautait à l'eau pour eni|)êcher le canot de toucher fond, 
tandis que les ililieux attachaient leurs l)ricolles (slings) aux paciuets, 
les fixaient sur leur dos et partaient. . . Les bouts (devant et gouvernail) 
portaient le canot.. Axant de sauter un rapide, le guide ou foroiinn 
allait juger de la hauteur de l'eau et s'il le fallait ré(|uipage allégeait 
l'embarcation." 

L'INDTSTini-: KOh'KSTlKKL 

Ad\enant le lî)ème siècle et la ci'éation de l'industi'ie forestière, le 
canot se met au service des bûcherons et jus(pi'à ces dernières années, il 
a sillonné les ri\ières qui se frayent un chemin dans les forêts profondes. 

LL RABASKA 

Aux plus grands canots d'écorce, aux j)lus solides, à ceux qui ])or- 
taient jusqu'à 28 hommes a\ec leurs bagages et leurs provisions on donnait 
le nom de Babaska, nous disent les Nor-Wrsier, entre autres, M. Thomas 
de Verchères de Boucherville dans le récit de son voyage aux ])ays de 
l'ouest. Plusieurs auteurs se sont occupés de rechercher l'origine de ce 
vocable sonore, mais l'explication la plus intéressante paraît être celle qu'a 
recueillie M. Joseph Koyal, l'auteur de la Vallée de la Mentaiva. 

"Rabasl-a, disait un saint missionnaire, signifie dans les pays de là- 
haut l'acte le {)lus extraordinaire de vigueur qu'un homme ])eut faire. 



— 154 — 

Le mot est une eon'U|)ti()ii (l'Arthal)aska, rivière sur laquelle se trouva 
pendant longtemps le dernier })oste de la com})agnie de la baie d'Hudson. 
Ce n'était i)as tous les engagés qui jiouvaient se rendre jusque là et tous 
les canots et les voyageurs (|ui en revenaient portaient le plumet. Aussi, 
le mot devenait synonyme de su})ériorité incontestable dans la langue 
des métis. Faire (pielque chose "en rabaska" c'est' tout dire et un canot 
])our s'a})peler nih(isL-(i requiert certaines ])ro{)ortions de force et de soli- 
dité qui le rendent capable du plus long comme du plus laborieux voyage." 
Ll'] CANOT ET LA CHANSON 

Très tôt le gentil canot d'écorce inspira aux voyageurs canotiers 
quantités de ces refrains qu'ils aimaient à chanter ])our assurer la cadence 
de leurs mouvements. Mais, entre ces pièces, en est-il de jdus caracté- 
ristique que la chanson d'un poète canadien inconnu ([ui a voulu résumer 
en quelques strophes tout ce qu'il pensait de son embarcation favorite ! 

Ecoutez-en les paroles naïves: 

1 

Assis dans un canot d'ét-orce 

Je vogue à la fraîcheur du temps. 

J'ai bi-avé tout (es) les tempêtes 

Et les orand (es) eaux du Saint-Laurent. 



Mon canot est d'écorce fine. 
Qu'on ])lume sur les bouleaux blancs. 
Les coutur (es) sont fait (es) de racine 
Et les avirons de bois blanc. 



Je })rends mon canot, je le lance 
Dans les rapides l)ouillonnants; 
Léger, à grands pas, il s'avance 
Ne laissant jamais le courant. 



Et quand arrive le ])()rtage 

Je prends mon canot sur mon dos; 

Je le renverse sur ma tête, 

C'est ma cabane pour la nuit. 



— 155 — 



J'ai parcouru tous les rivages, 
Le long du fleuve Saint-Laurent 
J'ai connu des tribus sauvages 
Et leur langage dift'érent. 



Le laboureur aim (e) sa ebarrue 
Le cbasseur, son fusil, son cbien, 
Le musicien aim (e) sa musique 
Moi, mon canot, c'est tout mon bien. 



C'est mon compagnon de vovage 
Je veux mourir sur m(»n canot, 
Pour mon tombeau ])rès du rivage 
Vous renverserez mon canot. 

Cette curieuse production du terroir nous a été clumtée par Joseph 
Kousselle, natif de Kamouraska, tour à tour, marin et bûcheron. Tl l'a 
apprise à la baie (ieorgienne vers 18î)7, d'un bûcheron originaire du 
comté de Joliette. 

rX DKKXTET? :\r()T ' 

Voguer en canot d'écorce, c'était la |)oésie du voiturage par eau. 
Le progrès a cru faii'e mieux. L'enfant du ])avs est maintenant au 
rancart et la c-halou|)e à moteur lal)oure l'onde avec violence. Toutefois, 
on ne pourra enlever au canot d'écorce son passé glorieux; il lui reste 
d'avoir été mêlé aux périodes les ])lus héroïques et les plus romanesques 
de notre bistoire. 

L.-Z. :\rASSl COTTE 



QUESTION 

Je vois dans une })ièce judiciaire de l(j!)-t ou Ki!),") que les effets d'un 
marcband de Québec furent {)erdus dans le naufrage présumé du navire 
le Sainf-Franrois-Xnvier. A-t-on des ren.seignements sur ce navire et 
.-ur sa perte? Quels sont les passagers qui périrent lors du naufrage du 
Sa inf-Fra nco is-Xavier ? 

MATL. 



— ISO- 
LE "BRUC 



'}'> 



Dans une (Jes nott-s au .Journal du Siège de Québec, dont l'archiviste 
de la province a bien voulu nie ])ermettre la publication, dans son premier 
rapport, j'avais cru devoir avouer (note 280, j). 235) un doute sur la 
lecture exacte d'un mot du manuscrit: "du ?;///r })Our attacher les boeufs". 
Etait-ce bien ce qu'avait écrit l'auteur? Pour toute justification, je ne 
])ouvais aj)i)orter (jue le témoignage de Larousse définissant le "bruc" 
une sorte d'ajonc. 11 restait à savoir si l'on se servait d'ajoncs en 1759 
en guise de liens ])our attacher les boeufs, et surtout si l'on appelait 
vraiment "l)ruc" l'esj)èce jjarticulière de lien végétal ainsi emjdoyée. 
M. P.-(t. Koy me communique précisément une lettre (pie vient de lui 
adresser un correspondant ([uébecois et qui jette sur la question un jour 
assez intéressant. D'après M. J. Maclougldin, l'auteur de la lettre, il 
existerait- dans notre pays un arbuste dont l'écorce a cette ])articularité 
d'être aussi forte et aussi flexible qu'une lanière du meilleur cuir. Cet 
arbuste est connu en anglais sous le nom de "moosewood" et quelquefois 
de "leatherwood". Son nom sauvage est, sauf erreur, "wikapi". Les 
botanistes l'ai)pellent "Dirca ],)alustris", mais le cultivateur canadien- 
fran^'ais, dans |)lusieur,s régions, le désigne tout simplement "'bois 
d'écorce". M. Maclouglilin ajoute ([ue cette écorce était très fréquemment 
employée j)ar les anciens colons, aussi bien ipie ])ar les sauvages, ^n guise 
de liens pour tcnites sortes d'usages, et il en conclut que c'est probablement 
ce qu'avait en vue l'auteur du Journal du Siège en parlant de "liruc ])our 
attacher les boeufs". 

11 n'y a certes rien de ])lus i)lausible <[ue l'explication si opportune 
fournie ])ar M. Macloughlin. Xous savons qu'un lien végétal quelconque 
était en usage chez nos i)ères. Et (;e ])oint est réglé. Nous n'avons ])lus 
besoin que de savoir (juelle ])arenté ])eut avoir avec l'ajonc l'arbuste signalé 
par M. Macloughlin. Uji botaniste nous le dira })eut-être. Si l'auteur 
du Journal du Siège de Québec a vraiment écrit "bruc". et si. d'un autre 
côté, le "bruc" n'est qu'un des vocables |)o])ulaires de l'ajonc, cette con- 
dition doit être remplie, il nous semble, avant d'ideiitilier définitivement 
le "wikai)i" ou "l)ois d'écorce" avec la mystérieuse marchandise réquisi- 
tionnée au magasin du roi par M. de Lanaudière, en 1759. 

AEGTDIUS FAUTEUX 



157 — 



EXEMPLAIRE UNIQUE D'UNE BROCHU- 
RE CANADIENNE 



Lu bibliophile aime toujours h ai)i)roii(lre l'existence d'un li\re, ou 
même d'une simple brociuire, dont il ignorait l'existeiiee, ee l)ouquin fût-il 
inabordable, l^e simjile l'ait de savoir <]u'il existe lui [)roc'ure une certaine 
satisfaction, mêlée de regrets de ne pouvoir ])osséder cet olijet rarissime. 

J*(iur riiiformation des lecteui-s du Hidletin, qui collectionnent les 
ouvrages canadiens, je dirai que je possède une brochure intitulée: "Etude 
rétrosj)ective sur l'Institut (*anadien-Fran(;ais d'Ottawa suivie du Ka])- 
])ort Annuel du bureau de Direction de l'Institut i)oui- l'année 1892-93". 

Cette brochure de \ ingt-([uatre j)ages mesure 914 pouces par 714. 
Elle est imprimée sur un bon p])aier et )>araît toute pimpante avec sa 
couverture en deux couleurs, rouge et noire. Klle sortait des presses de 
MM. A. Bureau Ov Frères, rue O'Connor, Ottawa, et parut à la (in de 
l'année 1893. 

Cette étude ^st due à la. plunu' ('légante de .M. Antoine (iobeil. alors 
s.(nis-nn"nistre des Travaux j)ul)lics et président de l'Institut. File est 
d'une lecture agréable et renferme des notes intéressantes sur la naissance 
et les (|uarante-et-une années d'existence de cette belle institution-, (jui 
est encore aujourd'hui le lieu de réunion de prédilection des Canadiens 
de la capitale, il me sera peut-être jjermis de faire ici une courte digres- 
sion. L'Institut n'a ])as dégénéré, au contraire, à soixante-et-dix ans, 
il est plus vivant et plus prospère que jamais, témoin : Lcx Annules, revue 
littéraire, historique et scientifique, (|ui vient de voir le jour. File est 
rédigée par les membres du conn'té littéraire de l'Institut, et elle a bien 
débuté. Souhaitons-lui longue vie et ])rosj)érité. 

L'institut avait commaiulé cinq cents exemi)laires de c^ette ' brochure 
aiin de la distribuer parnn' ses memlires. J'étais un jour à l'atelier, 
lorsque M. Alfred Bureau, chef de la maison, jne montra avec orgueil 
cette jolie brochure et il m'en doniui un exemplaire. Les autres furent 
envoyés le lendemain au bureau de AI. (Jobeil, dans l'édifice déjiartemental 
de l'Ouest. Pour une raison ou ])()ur une autre, ces exem])laires ne furent 
pas distribués immédiatement et finirent par être oubliés. L'incendie 
du 13 février 189T, qui dévasta cet édifice, consuma les brochures, de sorte 
que l'exem])laire que je possède est unique. 

FRANCTS-J. ATTDFT. 



— 158 — 

QUESTIONS 



Qu'aih iiit-il de l'enquête deniaiidée par sir Georges Trévost, après son 
rappel du Canada, sur sa conduite militaire à Plattshurg et ailleurs? 

XXX. 

Sous le régime franc/ais, il y avait au Canada un fief ou seigneurie 
(•(innu sous le nom assez suggestif de fief de la Faniinc. Où se trouvait-il? 
C^uel eji était le ])ropriétaire ? 

11. 0. B. 

Joseph iJontre épouse, à Châteauguay, le 2ù février 1810, Françoise 
^lonikai. Cette Françoise Monikai était la fille de Jean Mouikai et de 
Marie Lal)rie. Jean Monikai était-il d'origine allemande ou sauvage? 
Qui ])ourra me dire où et quand a eu lieu le mariage Monikai-Labrie? 

J. L. B. 

Dans l'ou\rage de M. J.-C. Poissant, (iêncalogie de lu fnuiUlc Pois- 
.s(int (]). 83), on lit "Pierre Poissant dit Lasaline et Françoise Lefehvre 
mariés à Châteauguay le 13 novembre 1809, Les parents de Françoise 
Lefehvre sont Charles Lefehvre et Louise (îarignan." Où et quand a eu 
lieu ce dernier mariage? 

J. L. B. 

Qu'était, sous le régime fran(;ais, une com[)agnie Tranche de la 
marine? 

MILIT. 

Dans le troisième volume de son (Jours d'histoire du Canada, l'iiono- 
l'ahle ^[. Cha])ais donne comme une de ses "sources et 'autorités" The 
Ici fers of Veritas, Montréal, 1815. Je me rapi)elle avoir lu, il y a déjà 
une \ingtaine d'années, un long article dans la Gazette, de Montréal, 
sur l'identité de Veritas. Kst-on enfin fixé sur le vrai nom de celui qui 
écrivit ces lettres où sir Georges Prévost était rudement attaqué? 

BIBLTO. 

Kst-il Ni'ai (|ue sous le régime français au (Canada les curés, vicaires 
cT autres ecclésiasti(|ues étaient obligés, ])ar un édit du roi, de publier 
au prône et pendant l'oriice di\in les at'tes de justice et autres qui regar- 
daient l'intérêt pai'ticulier (]v^ sujets du roi? 

CUR. 



— 159 — 

REPONSES 



D'dipliiti de Monlorgueuil (vol. XX VIT, p. 2:i). — Un sieur Dauphin 
(le Moiitorgueuil figure en eft'et i)ai-nii les officiers de l'Acadie vers la fin 
tlu X\'Ile siècle. Jl devait servir comme lieutenant dans le détachement 
(pli avait été confié à M. de Villehon eu 1089. Ses lettres de lieutenant 
sont daté(>s du 1er juin de cette môme année (Archives ih^^ Colonies, 
série H, vol. 1.")). Il n'aurait |)as servi longtemps, s'il faut en croire 
J.aflilard, (pn" le t'ait mourir en KiS!). ('ei)endant, nous avons tout lieu 
de croire (pie Latlilard s'est tnmipé. Le 7 mai 16i)2, le nom de Dauphin 
de Montorgueuil a|)paraît encore avec du Tast, de Sei'igny, de l'x.naven- 
ture et j)Iusicurs autres, sur la liste lU^^^ officiers de marine ''(pn' ont été 
choisis j)ar le roi pour servir sur les vaisseaux que Sa Majesté fait armer 
à Kochefort |)our envoyer en Canada". A cette épo(pi(', nos ofliciers 
étaicnl proprement ofliciers de marine et servaient in(h'stincteinent sur 
terre et sur mer, étant presipie tous, en même temps (jue lieutenants ou 
ca|)itaines, garde-marine ou enseignes de vaisseau. 

D'Iloziei-, dans son ouvrage l'Impôt du Sun;/ {mA. i, 'iv pîii'tie, p. 
î^;}()), mentionne "Dauphin de Montorgueuil, lieutenant de frt'gate et 
fiùte au |)ort de Rochefort, mort à la coste (h' Saint-1 )omini(pie sur le 
Solide, comnnuKk'' par .M. de IManta, le 'ifi juillet liiHI. 

11 s'agit très probahlement du même Dauphin de Montorgueuil cpii 
avait été fait lieutenant en .\cadie en lOS!). 

AK(;. F. 

Lr.s (jeurre.s de Mfjr L<ijièclie (XXVllI, p. 03). — Nous donnons ici 
la liste complète des livres, brochures, mémoires iMd)li(\< par Mgr Lafièche. 
évê(jue des Trois-Kivières : 

lo — Notes sur la langue (\e>^ Cris, lie à la Crosse — 1849. 

2o — Quekiues considérations sur les rapports de la société civile avec- 
la religion et la fannlle. Montréal — 1866. 

;3o — Mémoire contre la division du diocèse des Trois-Iîivières. Trois- 
Kivières — 1875. 

4o— Deuxième mémoire contre la dPvision du diocèse des Trois- 
lîivières. Trois-Kivières — 18'î 7. 

'jo — L'infiuence s])irituelle indue devant la liberté religieuse et civile. 
Trois-Kivières— 1880. 



— 160 — 

(k) — Mémoiiv appuyatit la (leniaiidr (l'uiic lù'ole Normale aux Trois- 
I'i\ièrps. Trois;- liivière.s — 1881. 

7() — ]ié])()nse aux remarques de M. l'abhé Verreau sur le mémoire 
appuvaiit la demande d'une Iv-ole Normale aux Trois-Iiivières. Trois- 
IJivières— 1881. 

8o — Mémoire sur les dil'licultés religieuses du Camula. llnine — 

1882. 

!)o — Troisième mémoire contre la divisioji du dioeèse des Trois- 
Hiviéres. Trois-Kiviéres — 1883. 

!()() — Commentaires sur l'eiicycli([ue "Ifumanum (lenus" contre la 
franc-maçouiierie. Trois-l^ivières — • 1884. 

Ho — Les biens temporels de l'Kglise et l'imnumité de ces biens 
de\ant les ]»ciuvoirs ci\ils. T'rois- Rivières — 1889. 

l2o — Lettres |)astorales, mandements et lettres circulaires. Trois- 
Kivières— 18(57-1898. 6 vols. 

Chau. E. L. 

J^' supplice de 1(1 linrl (XXVI 1, p. 93). — Le sup[)lice de la liart c'est 
tout simplement le suj)plice de la corde. 

l'élisez ce que dit le \ieu\ niclion lutlrc de Trérou.r (éd. de 1761, vol. 
IV), au mot hart : 

"Jlart, en termes de jurisjirudence, signifie la corde qui sert à étran- 
gler un crimiiu'l condamné: d'où \ient que ([uand on défend quelcjne 
chose sur ])eine de la hai'f, c'est la même chose que sur [jeine d'être pendu 
et étranglé. Susitcndii rcsfis. lnqurux. On a défendu à ce criminel de 
récidiver, à [)eine de la htirl. On lui a enjoint de garder son ban à ])eine 
de la luni. ]\Iarot. [loui' acbe\er le portrait d'un valet (pii l'avait volé, 
dit: 

Sentant la lnirl à cent ])as à la ronde 
Au denunirant le meilleur fils du monde. 

Cela \ient de ce (pi'oii atfacliait autrefois les crinn'nels au gibet avec 
ces sortes de liens de bois mejius et |)laints. On écri\ait autrefois hard, 
d'où vient le diminutif Inifiinni. qu'on trou\e encore dans (pielques auteurs, 
j)our signiliei-, ou un petit lien de fagot, ou un arbrisseau pr()j)re à faire 
de ces sortes de liens." 



Fbi'<i^ 



BULLETIN 



DIB 



RECHERCHES HISTORIQUES 



m. XXYIII IEAUCEVILLE-JVIMf22 N* 6 

MIGRATIONS DU CHOLERA ASIATIQUE 

REMARQUES PRELIMINAIRES 

Tout proi'ane que je sois en i)areille matière, les professionnels me 
permettront sans doute d'en causer, en faisant abstraction du point de 
vue scientifique. 

D'ailleurs, la science elle-même n'a ])as encore réussi à- dénicher le 
microbe de cette maladie. 

Ses symptômes et ses ravages sont évidents, mais son principe vital 
est encore inconnu. 

L'humanité reste donc désarmée contre cet implacable torpilleur de 
la machine humaine. 

C'est pourquoi tout mortel ])eut en causer, puisque le choléra est un 
sujet toujours actuel. 

PASSAGE ACTUEL DU CHOLERA EN RUSSIE 

Présentement, il fait son tour en Eussie, semant les morts et peu- 
plant les cimetières. Cette nouvelle invasion dans ce malheureux pays 
n'est pas la première, mais, cette fois, sa marche favorisée par la famine 
est vraiment triomphale. 

Ce fléau délivrera peut-être ce peuple d'un mal encore plus redou- 
table, le bolchévisme. En effet, si le premier tue les corps, celui-ci em- 
poisonne les intelligences et tue les âmes. 

Le Canada verra-t-il comme en 1832, 1834, 1849, 1851, 1852 et 
1854 cet importun visiteur débarquer sur ses rives ? 

C'est le secret de Dieu qui, seul, peut l'empêcher de se faufiler à 
travers les cordons sanitaires. 



—162— 

SON BERCEAU 

Le nom de cet indésirable — C'/i^OL^^A ASIATIQUE — indiqae 
clairement que son berceau est en Asie, non pas sur le site du Paradis 
terrestre d'Adam, mais entre l'Himalaya et l'Indus. 

Cette zone que des pluies diluviennes transforment en marécages 
est son foyer national. Il y règne en permanence, passant la saison d'été 
dans les petits villages groupés sur le bord des fleuves, et réintégrant son 
domicile aux premières fraîclieurs. Il aime aussi faire route avec les 
caravanes humaines et la famine. 

Ce microbe est d'autant plus redoutable qu'il s'est dérobé jusqu'à 
présent aux recherches scientifiques. Cependant, lies symptômes qui 
annoncent sa prise de possession sont infaillibles. 

SYMPTOMES DU CHOLERA 

Il débute le plus souvent par une période d'incubation variant de 
trois à sept jours, foudroie rarement, mais terrasse fréquemment ses 
victimes en quarante-huit heures, et, parfois, plus rapidement. En fait, 
il manoeuvre indépendamment, toute tactique raisonnée, à la manière 
des guérillas. 

S'en méfier est donc prudence. Une diarrhée prémonitoire est 
presque l'équivalent d'une carte de visite du choléra. Si elle n'est immé- 
diatement contrôlée, elle est bientôt accompagnée de vomissements, de 
crampes et d'une soif ardente. 

Alors la physionomie du malade accuse les traits sufvants : les yeux 
sont caves, les joues creuses, les ongles bleus, le nez effilé, les mains et 
pieds sont glacés, et sa température baisse de 10 à 12 degrés au-dessous 
de l'ambiante. 

Si, à ce moment, il ne se produit pas une réaction, la victime ne 
tarde guère à rendre l'âme. 

Il est conseillé de répondre à cette carte de visite en mandant immé- 
diatement le médecin. On court ainsi la double chance de guérir ou de 
souffrir moins longtemps. 

LE MEDECIN CHINOIS 

Le médecin chinois, s'il est appelé, répond invariablement à la carte 
de visite du choléra par une piqûre d'aiguille sur la partie supérieure de 
l'estomac. Immédiatement, un filet de sang empoisonné dans lequel 
nage le microbe commence à filtrer, et lorsqu'il tarit, la guérison du 
malade est l'affaire de quelques heures. 



—163— 

Ce renseignement, je le tiens d'une Soeur Franciscaine, Missionnaire 
de Marie, revenue au monastère de la Grande- Allée, après avoir séjourné 
vingt ans en Chine, dans le district où le choléra a sévi plusieurs fois. 
Ce traitement, simplifié au superlatif, mérite donc d'être noté. 

INFECTIEUX ET CONTAGIEUX 
Enfin, le elioléra est-il infectieux et contagieux ?... 
"Scinduntur doctores". Un ancien médecin de Québec, le docteur 
Painchaud, dans une conférence à l'Institut canadien en 1848, lui déniait 
la deuxième note. Comme preuve, il alléguait le fait que le choléra, en 
1832, n'avait emporté que deux médecins et pas un seul membre du 
clergé de Québec. Cette preuve n'est peut-être pas sans valeur, mais je 
j)ersiste à croire que cette immunisation est plutôt le fait d'une protection 
spéciale. Quoiqu'il en soit, contagieux ou non, il procède comme s'il 
l'était. 

Plût au ciel, du moins, qu'à l'instar des éruptions volcaniques, le 
rayonnement cliolérique ne s'éloignât guère du miheu où il se survit ! 
Malheureusement, ce microbe, "auteur de tout le mal", a l'humeur voya- 
geuse, il est trop facile de le démontrer. 

PREMIERE MIGRATION 

Il y aura un siècle en 1933, que le choléra fit sa première apparition 
en Europe. Eveillé en 1817, il gagna la Chine, les Moluques, les Phi- 
lippines, Maurice, la Réunion, le Cap; puis, en compagnie de troupes 
anglaises venant de ports indiens infestés, il apparut sur les côtes de 
l'Arabie et du Golfe Persique, toucha la Perse, et, se divisant en deux 
courants, atteignit d'une part la Turquie, les côtes de la Syrie, Alexan- 
drie, Smyrne; et d'autre part, entra par l'Afghanistan et l'Astrahkan 
en Russie où s'éteignit l'épidémie. 

DEUXIEME MIGRATION 

Cette nouvelle incursion se fit par voie de terre, et dura sept ans. 
Partie du Bengale, l'épidémie traversa l'Afghanistan, la Perse, la Russie, 
la Pologne, l'Autriche, la Hongrie, la Prusse, la Finlande, l'Angleterre, 
la Belgique, la France en mai 1832, les Etats-Unis et le Canada en 1832, 
l'Espagne en 1833, l'Algérie, la France de nouveau, via Marseille, l'Italie 
en 1836 et 183T, la Russie d'Asie ainsi que la Russie d'Europe, l'Egypte, 
la Régence de Tripoli, l'Algérie encore, où elle cessa ses pérégrinations 



-^164— 

Cette fois, le microbe du choléra avait découvert l'Amérique du Xord, 
et après avoir remonté le St-Laurent, il était à Québec, le 8 juin 1833. 
Le oholéra de 1838 et de 1834, à Québec, avait l'ait la traversée de Dublin 
à Québec à bord d'un deux mâts chargé d'émigrés. Retenu j)our bonne 
et valable raison au lazaret de la Grosse-Isle, le voilier fut désinfecté, 
pendant que les émigrés étaient descendus à terre, puis on lui permit de 
continuer sa course. Malheureusement, à peine entré dans le port de 
Québec, un de ses passagers succombait à une attaque de choléra asiati- 
que, dans une maison de pension de la rue Champlain, tenue par un 
nommé Roche. Le sort de cette première victime confirmait la rumeur 
que le choléra était aux portes de la capitale. 

Détail piquant, presqu'à la même heure, le secrétaire du Bureau 
de Santé, après enquête préalable, disait-il, informait Quél)ec qu'il n'y 
avait aucun cas de choléra à la Grosse-Isle, et c'était strictement vrai 
puiscju'il était déménagé et rentré à Québec, armes et bagages. 

Le même jour, le "Canaclien" précisait davantage et rassurait ses 
lecteurs en affirmant que le choléra n'était pas à Québec. 

Celui-ci répondit au "Canadien" dès le lendemain en inscrivant sur 
son nécrologe plusieurs nouveaux noms. Le lendemain, il dépassait ce 
chiffre, allant crescendo jusqu'au 15 juin, qui se clôtura par une héca- 
tombe de cent quarante-trois victimes. Ce fut sa journée maxima. Après 
s'être maintenu quelques jours, au-dessus de la centaine, le thermomètre 
cholérique commença à baisser inégalement. Lorsque l'épidémie prit 
fin à l'automne, 3,851 noms au moins étaient inscrits sur le registre mor- 
tuaire, et Québec comjjtait un nouveau "champ des morts" (|ue l'on appelle 
le cimetière des cholériques. 

SITE DE CE CIMETIERE 

Il est ainsi dénommé parce que la majeure partie de sa population 
est composée de victimes du choléra, bien que les typhoïdes y soient aussi 
largement représentés. 

Cet ossuaire, (jui rappelle le lamentable souvenir des victimes du 
choléra à Québec, ainsi que celles du typhus en 1847, il est aisé de le 
localiser. 

Au sud, il longe la Grande- Allée; au nord, la bordure de la rue 
Maisonneuve ; à l'ouest, la rue de Salaberry ; à l'est, un immeuble vacant 
qui le sépare du monastère des Franciscaines. 



— 165 — 

La superficie circonscrite à l'est et à l'ouest par un mur de pierre 
haut de dix pieds et large de deux, mesurée à l'oeil, est d'environ 150 
pieds sur 400 pieds, La moitié sud était réservée à l'élément irlandais, 
et la moitié nord à l'élément canadien-français. Cet arrangement était 
de nature à assurer l'entente cordiale. 

Abstraction faite des murs que je viens de mentionner et qui restent 
debout malgré la pluie et la neige, les seuls vestiges de sa destination 
primitive sont quelques pierres tombales couchées sur l'herbe, et la voûte 
mortuaire découronnée de son toit, mais dont les quatre pans ont défié 
jusqu'à présent les outrages du temps. 

En termes plus concis, c'est sur le site de cet ancien cimetière que 
sont érigés l'asile Ste-Brigitte, la nouvelle église et le palais scolaire de 
St-Patrice. Ce dernier est précisément sur la moitié réservée aux Cana- 
diens-français. 

8i l'on tient compte de la population québécoise de cette époque, 
il est évident que le choléra n'avait pas chômé pendant son séjour dans la 
capitale. D'ailleurs, il fit en même temps son tour du Canada. Deux 
jours après son arrivée à Québec, il prenait possession de Montréal ; puis, 
traversant la rivière Outaouais, il poursuivait sa promenade à travers 
les villes d'Ontario. 

Il est trop aisé de se représenter la physionomie des Québécois qui 
n'avaient pu prendre la clef des champs, continuellement menacés par 
cette épée de Damoclès, dont le choléra était le sempiternel thème de 
conversation ; le bilan des mortalités, la principale nouvelle du matin ou 
du soir, le défilé des cadavres alignés sur ces longues voitures affectées 
autrefois au transport des sacs de farine; le spectacle journalier, le va 
et vient des médecins et des prêtres, Vunique distraction ; les lamentations 
un concert presque ininterrompu. Que ces mois durent paraître longs 
à ceux qui les vécurent ! Aussi, ils n'en perdirent jamais le souvenir. 
Même après la sixième visite à Québec du choléra asiatique, celui de 1832 
semble être resté ineffaçable, et ses successeurs n'étaient mentionnés qu'en 
passant. Il est vrai qu'il a. été le premier en tête et le plus homicide. 
En tout cas, une ville au pouvoir du choléra me semble plus infortunée 
qu'une ville sous le feu des canons. Dans celle-ci, ses habitants ont au 
moins la ressource extrême de se terrer dans les caves et les souterrains, 
tandis que le microbe cholérique circule incognito, pénètre partout sans 
être arrêté par aucun obstacle, opère sournoisement et ne révèle sa pré- 



— 166 — 

sence que lorsqu'il est trop tard ! Le docteur Marsden, un contemporain 
du choléra de 1832, a publié une intéressante brochure sur cette épidémie. 

Le choléra de 1832 disparut sans faire ses adieux sur la fin de l'au- 
tomne. Cette impolitesse ne présageait rien de bon. Aussi, Québec ne 
l'ut guère étonné de son retour le 7 juillet 1834. Cette fois encore il 
entra par la voie du St-Laurent, et lorsqu'il repartit à l'automne 2,509 
Québécois manquaient à l'appel. Arrivé un mois plus tard qu'en 1832, 
il ne put couver ni aussi longtemps ni aussi efficacement. 

C'est pourquoi il n'eut pas le même succès que son prédécesseur. 
Les seuls bénéficiaires du choléra de 1834 furent les élèves du Petit 
Séminaire de Québec, qui furent congédiés un mois plus tôt et les examens 
furent ajournés à l'automne. 

TROISIEME MIGRATION 

Cette invasion, partie de la Perse en 1847, suivit l'itinéraire des 
précédentes, et ne tarda guère à encercler l'Europe. Aucun pays ne fut 
épargné, et après avoir sévi dans l'ancien monde pendant les années 
1847 et 1848, il traversa l'Atlantique et visita les Etats-Unis et le Canada 
en 1849. 

Sur la fin d'octobre 1850, au moment où l'épidémie paraissait éteinte 
en tout pays, elle renaît plus maligne que jamais dans cette Sibérie que 
l'on se dispute à l'heure actuelle, parcourt l'Europe entière du nord au 
sud et de l'est à l'ouest, fait la guerre de Crimée avec les troupes anglo- 
françaises, s'embarque pour la Eépublique américaine et le Canada ; puis, 
])our la première fois, visite les petites républiques de l'Amérique du sud. 
En résumé, on peut dire que de 1847 à 1855, le choléra se promena en 
Europe presfjue sons interruption. Il n'est donc pas étonnant que durant 
cette période, il ait visité Québec et le Canada à quatre reprises. 

LE CHOLERA A QUEBEC EN 1849, 1851, 1852 ET 1854 

11 semble, en 1849, avoir fait son apparition à Kingston, venant cette 
fois des Etats-Unis où il sévissait depuis quelques semaines. 

La première victime à Québec fut un nommé McGill, cantonnier, 
rue Champlain, décédé le 4 juillet, après quelques heures de maladie. De 
la rue Champlain, il sauta bientôt au Petit Séminaire de Québec, car 
alors et longtemps après les vacances ne commençaient qu'après le passage 
de la vague de chaleur. 



— 167 — 

On lit en effet dans le "Journal" du séminaire de Québec : "Le 
"11 juillet, le Dr Xaud dit que le nombre des morts hier soir était de 
"14. Le 11 juillet, Lucien Moraud, élève de Rhétorique, tombe malade 
" vers une heure de l'après-midi, et meurt vers deux heures, le lendemain 
"matin. Le 11 juillet, Roméo Lamontagne, élève de Troisième, tombe 
" malade et meurt le soir." 

"Le 12 juillet, Philippe Gauvreau et Narcisse Vanderheyden en meu- 
rent. Le Séminaire fut fermé le jour même de la mort du jeune Mo- 
raud." 

En somme, l'épidémie de 1849 fut, à Québec, moins désastreuse ([ue 
celles de 1833 et 1834 puisqu'elle ne dépassa guère 1,185 victimes. Com- 
mencée dans les premiers jours de juillet, elle prit fin dans la dernière 
semaine de septembre. 

La quatrième épidémie de choléra au Canada eut lieu en 1851, et 
fut transmise par les Etats-Unis. Commencée en août et éteinte au 
commencement d'octobre, elle avait duré deux mois. Québec fut sa 
dernière station. Le choléra s'y arrêta cinq semaines environ et y fit 280 
victimes du 26 août au 2 octobre. La première fut un pensionnaire de 
l'hôtel St-Louis, rue Ste-Anne. La cinquième visite du choléra à Québec 
eût lieu en 1852 ; dura de la fin de septembre à la deuxième semaine de 
novembre et ne fit que 133 victimes. La première qui lui paya tribut fut 
un débardeur déchargeant la cargaison de VAdvance, expédiée de' New- 
York. 

Cette apparition du choléra en plein automne démontre qu'il ]ieut 
sévir même dans cette saison. Son court séjour à Québec, son arrivée 
tardive, et le petit nombre de ses victimes sont probablement la cause qui 
le font passer sous silence. 

Le choléra de 1854, après avoir passé quelques jours à la Grosse-Isle, 
débarqua à Québec vers le 20 juin. S'il en eût été autrement, on pourrait 
presque crier au miracle. Les faits suivants, relatés dans le rapport des 
docteurs Landry et Jackson, en sont la preuve. 

Vers la mi-juin, deux navires partis de Liverpool chargés d'émigrés, 
jetaient l'ancre à la Grosse-Isle. L'un avait perdu pendant la traversée 
plusieurs cholériques, et l'autre des malades de la rougeole, malgré les 
deux médecins d'office. Les malades furent hospitalisés au Lazaret, et 
après avoir stationné là deux ou trois jours, les navires furent autorisés 
à conduire leurs passagers à destination. Arrivés à Québec, le 17 juin. 



— 168 — 

l'inspection médicale ne constata rien d'anormal. Le coupable ne lui 
avoua pas qu'il avait couvé pendant son arrêt à la Grosse-Isle, et il fut 
permis aux passagers de circuler à Québec, de retourner prendre leurs 
repas et coucher à bord des navires. On devine aisément ce qui arriva. 

Le 20 juin, le choléra éclatait à la fois dans les deux bâtiments en 
rade. En un clin d'oeil, l'Hôpital de la Marine fut envahi par les malades, 
et l'épidémie commença sa promenade à travers Québec et les paroisses 
voisines. Le choléra suivit l'itinéraire des immigrants. Le 22 juin, il 
était à Montréal; le 23 à Hamilton; le 25 à Kingston et à Toronto, 
avant même que la population fut en contact réel avec les émigrés. 
Caprice du choléra, ou impopularité du bagne de Kingston, je ne sais 
trop, il n'y entra que le 12 juillet après s'être attardé dans la ville près 
de trois semaines. Mieux que cela, soit distraction ou une pitié dont il 
n'est pas coutumier, il n'arrêta pas à Brockville que traversèrent pourtant 
les immigrants. Lorsque la campagne du choléra de 1854 prit fin, vers 
la mi-septembre, le bilan de ses victimes était de 803 pour la région de 
Québec et de 3,846 pour le Canada. 

Ces statistiques, on le soupçonne naturellement, doivent être accep- 
tées sous bénéfice d'inventaire. Les chiiïres mentionnés ne peuvent être 
qu'approximatifs, car si toute statistique est affaire délicate, à plus forte 
raison celle qu'on recueille en temps d'épidémie. Une preuve, entre 
autres, c'est que pas une des trois brochures que nous avons sous les yeux 
ne concorde sur ce point. 

Les fonctionnaires publics dont l'imprévoyance avait en quelque 
sorte donné carte blanche au choléra ne furent ni fusillés ni même des- 
titués. On peut du moins se féliciter du fait qu'ils attendent encore leur 
monument. Le choléra, on le conçoit, leur témoigna sa reconnaissance 
en les ignorant pendant son séjour à Québec. 

QUATRIEME MIGRATION 

De 1855 à 1865, l'Europe respira à l'aise. Mais à la fin de cette 
décade, le choléra la menaça de nouveau. Importé de l'Inde à la Mecque, 
de la Mecque à Suez et Alexandrie, après avoir fait escale dans tous 
les ports de la Méditerranée, il se faufila à travers les cordons sanitaires 
et, une fois de plus, il fit son tour d'Europe. 

En soixante jours, il fit 4,000 victimes à Alexandrie. Affolée, la 
population s'enfuyait comme les caravanes russes à l'heure actuelle, 
semant le microbe cholérique sur son passage. Cette invasion, comme 



— 169 — 

l'occupation allemande du nord de la France en 1914, s'acclimata telle- 
ment bien en Russie, pays de prédilection du choléra, qu'il partit de là 
en 1869 pour aller encore moissonner en Europe. 

Québec attendit donc le choléra en 1865, puisqu'il traversait inva- 
riablement l'Atlantique après chacune de ses tournées en Europe. Il en 
fut quitte pour la peur cette fois, mais la fameuse visite fut définitive- 
ment annoncée pour la fin de juin 1866. C'est pourquoi le Conseil du 
séminaire de Québec décida, le 26 mars, que l'examen du baccalauréat 
aurait lieu les 4, 5 et 6 juin. "Cet examen, dit le "Journal", a été avancé 
d'un mois cette année, par la crainte que le choléra ne force les élèves 
à déguerpir avant le temps." Une autre conséquence de cette visite 
redoutée et redoutable fut la suppression du concert du 30 avril. On 
lit à cette date dans le "Journal" du Séminaire. "C'est aujourd'hui l'anni- 
versaire de la naissance de Mgr de Laval. On n'a fait cette année aucune 
chose extraordinaire de peur de distraire les écoliers de leurs études, vu 
qu'ils se préparent à l'examen plus tôt." 

Pendant les mois d'avril et de mai, la communauté ne cessa de 
solliciter Dieu de vouloir bien empêcher le fléau de traverser l'Atlantique. 
Messes, neuvaines, lampes devant l'autel de la Congrégation, promesses, 
en un mot toutes les armes de l'arsenal spirituel furent mises à contri- 
bution et nous assiégeâmes le Ciel avec tant de foi et de persévérance que 
le pestiféré renonça à faire son tour d'Amérique. 

Si je me rappelle bien, des prières ont été récitées aux mêmes inten- 
tions dans la plupart des églises paroissiales du diocèse de Québec. Elles 
sont en définitive le seul cordon sanitaire efficace, et se concilient très 
bien avec les précautions que conseille la prudence, humaine. Cela fait, 
on se confie en la Providence qui règle tout pour le bien des hommes, 
comme le dit Jean-Charles Taché, ancien sous-ministre de l'Agriculture, 
dans un "Mémoire" sur le choléra publié en 1866. 

CINQUIEME MIGRATION 

En 1883, venant toujours de l'Inde, le choléra se montrait à Damiette 
et couvrait rapidement toute l'Egypte, où il causait, officiellement, 28,000 
décès. En juin 1884, il sévissait terriblement à Toulon, frappait Mar- 
seille et se répandait dans tout le Midi de la France, puis les années 
suivantes, en Algérie, en Italie, en Autriche, en Espagne, qui toute entière 
fut visitée et ravagée, puisqu'on compta plus de 80,000 décès. 



— 170 — 

En 1890, court réveil de l'éj)i(lémie en Espagne, avec plus de 4,000 
victimes. 

En 181)2, (le l'Inde ])ar la Perse, en deux mois, le choléra envahit 
la Kussie, où il rra])i)e 01 provinces et fait plus de 200,000 victimes, 
l'Allemagne, la Belgique, l'Autriche-Hongrie, la France, où il fait en 
quelque sorte sa jonction avec une épidémie de petite envergure, relative- 
ment du moins, partie de la maison départementale de Nanterre à ])eu 
j'rès à la même époque et ayant touché déjà, outre Paris et la Seine, un 
certain nombre de points du territoire français. 

Depuis, le choléra est resté fixé en Europe, renaissant de ses cendres 
ici ou là, avec une intensité plus ou moins grande. 

De 1900 à 1901, l'épidémie, épidémie d'importation de l'Inde, comme 
les précédentes, s'étend à toute l'Asie, à l'Egypte, pénètre en Russie, et 
fait même une incursion en Allemagne. 

Réveillée en 1907, dans le sud de la Russie, cette épidémie s'accentue 
l'année suivante, s'étend en 1909 à tout le territoire russe où l'on compte, 
en 1910, 180,000 cas, se butte aux frontières de l'Allemagne et de l'Au- 
triche, mais parvient à pénétrer en Italie. 

"Le nombre des victimes du choléra est inimaginable et il est même 
impossible de se faire une idée exacte de ce qu'il a pris à la France. 
D'après des statistiques certainement infidèles, la première épidémie qui 
toucha la France en 1832, 1834, 1837, fit plus de 100,000 victimes; ce 
chiffre fut dépassé encore en 1847, 1850; dépassé de beaucoup encore en 
1851, 1855 où l'on note 70 départements envahis, 5,364 communes et près 
de 150,000 décès." 

"Ce sont les plus gros chiiïres. Les dernières é})i démies furent de 
beaucoup moins meurtrières. En 1865, 15,000 décès, autant l'année 
suivante; en 1884, près de 8,000; en 1885, près de 4,000; en 1892, 

enfin, 4,500 environ." 

CONCLUSION 

Le choléra de 1854 n'a pas eu de successeurs au Canada. Dieu en 
soit béni et puisse-t-il n'en jamais avoir ! Cependant ce fléau reste dans 
l'ordre des choses possible, d'autant plus que les pays du monde entier 
ne sont plus que des "vases communiquants". 

Il sévit actuellement en Russie, et comme le fléau de la guerre 
semble plutôt avoir accru la folie humaine, qui sait ce que l'avenir nous 
réserve ! 

Chanoine GOSSELIN 



171 



LES SOURCES IMPRIMEES DE L'HISTOI- 
RE DU CANADA FRANÇAIS 



LA REVUE CANADIENNE (1864-1921) 



Histoire de la Coutume de Paris en Canada, par D.-H. Senécal 
(vol. de 1864, p. 163). 

Vie politique de sir Louis-H. LaFontaine, par Joseph Royal (vol. 
de 1864, pp. 477, 551). 

Holland House, par J.-M. LeMoine (vol. de 1865, p. 232). 

L'abbé Ducharme, orateur, par l'abbé Nantel (vol. de 1865, p. 484). 

Les dernières années de la domination française en Canada, par 
J.-M. LeMoine (vol. de 1866, p. 163). 

Esquisse historique de l'instruction en Canada, par B. de LaBruère 
(vol. de 1866, p. 538). 

Les Seigneurs de Frontenac, ])ar Alfred Carneau (vol. de 1867, p. 
136). 

Les Récollets en Canada, par S. Lesage (vol. de 1867, p. 303). 

Le R. P. Félix Berey, par E. Lef. de Bellefeuille (vol. de 1867, p. 
364). 

Où est mort Montcalm, par J.-M. LeMoine (vol. de 1867, p. 630). 

Le Régiment des Montagnards Ecossais (Fraser's Highlanders) 
devant Québec en 1759, par J.-M. LeMoine (vol. de 1867, p. 850). 

La bataille de Carillon, par le R. P. Martin (vol. de 1868, p. 549). 

Les Sauvages à la bataille de Carillon, par Joseph Tassé (vol. de 
1868, p. 664). 

L'hon. Chs-Michel de Salaberry, j^ar Fennings Taylor (vol. de 1868, 
p. 801). 

Histoire du Montréal, par Dollier de Casson (vol. de 1869, pp. 103, 
196, 262, 353, 417). 

Etymologie du mot Outaouais, par Benjamin Suite (vol. de 1869, 
p. 241). 

Les Edits et Ordonnances Royaux et le Conseil Supérieur de Québec, 
par E.-Lef. de Bellefeuille (vol. de 1869, p. 246). 

Abrégé de la mission de Kenté, par M. Trouvé (vol. de 1869, p. 426). 



— 172 — 

Journal du voyage fait par deux frégates du Roi, la Badine, com- 
mandée par M. d'Iberville, et le Marin, par M. Chevalier de Surgères, 
1698 (vol. de 1869, pp. 508, 636, 721). 

Joseph Rolette, par Joseph Tassé (vol. de 1869, p. 561). 

Le nom des Trois-Rivières, par Benjamin Suite (vol. de 1869, p. 
641). 

Une page d'Histoire parlementaire (La lutte contre les juges à la 
Chambre d'Assemblée), par Joseph Tassé (vol. de 1869, p. 737). 

Duberger et le colonel By, par Joseph Tassé (vol. de 1869, p. 801). 

Notes de voyage de Québec au Cap-Rouge, par J.-M. LeMoine 
(vol. de 1869, p. 899). 

L'abbé Picquet, par Joseph Tassé (vol. de 1870, pp. 5, 102). 

Notes de voyage : Les Bostonais à la Beauce, par J.-M. LeMoine 
(vol. de 1870, p. 81). 

Le crucifix outragé: Un procès de sorcellerie à Montréal en 1742, 
par Faucher de Saint-Maurice (vol. de 1870, p. 92). 

Le capitaine Frédéric Rolette, par Joseph Tassé (vol. de 1870, p. 
161). 

Mouvement de la population française au Canada, par A. Legoyt 
(vol. de 1870, p. 171). 

Journal des opérations de l'armée américaine lors de l'invasion du 
Canada en 1775-76, par J. Badeaux (vol. de 1870, pp. 186, 267, 329). 

Le Canada en Europe, par Faucher de Saint-Maurice (vol. de 1870, 
p. 277). 

Louis Veuillot et les Zouaves canadiens, par D. Gérin (vol. de 1870, 
p. 289). 

Salomon Juneau, par Joseph Tassé (vol. de 1870, p. 321). 

L'île Manitouline, par Chs de LaMorandière (vol. de 1870, p. 346). 

Droits politiques des Juifs en Canada, par Joseph Tassé (vol. de 
1870, p. 407). 

Les miettes de l'histoire, par Benjamin Suite (vol. de 1870, p. 426). 

Les fêtes patronales des Canadiens-Français, par Hubert LaRue et 
Benjamin Suite (vol. de 1870, p. 485). 

Spencer-Wood, résidence des lieutenants-gouverneurs de Québec, par 
J.-M. LeMoine (vol. de 1870, p. 497). 

Les lépreux de Tracadie, par E. Lef. de Belle feuille (vol. de 1870, 
p. 545). 



— 173 — 

Un épisode de la guerre de 1812 : le capitaine Dueharme, par Joseph 
Tassé (vol. de 1870, p. 753). 

Notice biographique sur Mgr Baillargeon, archevêque de Québec, 
par l'abbé Benjamin Paquet (vol. de 1870, p. 798). 

La Compagnie des Cent Associés, par J.-O. Dion (vol. de 1870, p. 
847). 

Livres et bouquins, par Benjamin Suite (vol. de 1870, p. 920). 

Vital Guérin, par Joseph Tassé (vol. de 1871, p. 81). 

Joseph Kainville, par Joseph Tassé (vol. de 1871, p. 161). 

Louis Provençalle, par Joseph Tassé (vol. de 1871, p. 171). 

Causerie historique, notes de voyages de Québec à Ilimouski, par 
J.-M. LeMoine (vol. de 1871, p. 183). 

Julien Dubuque, i)ar Joseph Tassé (vol. de 1871, p. 241). 

F.-X. Aubry, par Joseph Tassé (vol. de 1871, p. 401). 

Lettres de Mgr de Pontbriand et autres (vol. de 1871, p. 434). 

L'expédition militaire de Manitoba, ])ar Benjamin Suite (vol. de 
1871, pp. 500, 580). 

Causerie historique : la Malbaie, Pointe au Pie, Caj) à l'Aigle, etc, 
])ar J.-M. LeMoine (vol. de 1871, p. 659). 

Antoine Leroux, par Joseph Tassé (vol. de 1871, p. 664). 

Joseph Larocque, par Joseph Tassé (vol. de 1871, pp. 816, 898). 

Louis Johet, par P. Margry (vol. VIII, p. 931; vol. de 1872, pp. 
61, 121, 205). 

Le Journal des Jésuites, par Benjamin Suite (vol. de 1872, p. 108). 

Pierre Falcon, par Joseph Tassé (vol. de 1872, p. 175). 

Jacques Fournier, par Joseph Tassé (vol. de 1872, j). 342). 

Les Varenne de Verendrye, ])ar Pierre Margry (vol. de 1872, p. 362). 

Les Archives du Canada, par Benjamin Suite (vol. de 1872, p. 472). 

Des noms et des familles canadiennes, par l'abbé Cyprien Tanguay 
(vol. de 1873, p. 119). 

Le Canada en Europe, par Benjamin Suite (vol. de 1873, pp. 198, 
279, 341). 

La race française au Canada, par E. Rameau (vol. de 1873, p. 296). 

Sir Georges-Etienne Cartier, par Benjamin Suite (vol. de 1873, p. 
425). 

Louis Riel Père, par Joseph Tassé (vol. de 1873, p. 437). 

Lettre du Père Paul LeJeune, supérieur de la mission de la Com- 



— 174 — 

pagnie de Jésus dans la Nouvelle-France, 1G34-1G35 (vol. de 1873, p. 
027). 

Iroquois et Algonquins, par Benjamin Suite (vol. de 1873, p. GOG). 

Lettres de M. de Frontenac n M. de Colbert, M. de Seignelay, etc 
(vol. de 1873, pp. 623, G83). 

Les Gaultier de Varennes, par Benjamin Suite (vol. de 1873, pp. 
781, 848, 935). 

La profession d'avocat et de notaire au Canada, par Gonzalve Doutre 
(vol. de 1873, p. 840; vol. de 1874, pp. 58, 134). 

Eloge funèbre de Mgr Guigues, évêque d'Ottawa, par Joseph Tassé 
(vol. de 1874, p. 186). 

Les miettes de l'histoire : La Potherie ; Le Cap à l'Arbre, par Ben- 
jamin Suite (vol. de 1874, p. 185). 

Le Frère Pacifique Duplessis, par IST. C. (vol. de 1874, p. 434). 

La prise de Deerfield en 1704, par M.-E. Ethier (vol. de 1874, pp. 
458, 542). 

Xoël Levasseur, par Joseph Tassé (vol. de 1874, pp. 467, 612). 

Deuxième centenaire de l'érection du siège épiscopal de Québec, par 
Joseph Marmette (vol. de 1874, p. 750). 

Souvenirs historiques, les Eécollets, etc, par Hubert LaEue (vol. de 
1874, p. 755). 

Discours prononcé par Mgr Antoine Eacine dans la basilique de 
Québec le 1er octobre 1874 (vol. de 1874, p. 765). 

Pierre Bisaillon, par Joseph Tassé (vol. de 1874, p. 824). 

Paul Mallet, par Joseph Tassé (vol. de 1874, p. 834). 

Origine des Acadiens, par Pascal Poirier (vol. de 1874, pp. 850, 
927; vol. de 1875, pp. 71, 140, 216, 310, 462, 524). 

Le canon de bronze, par Benjamin Suite (vol. de 1874, p. 898). 

Lettres de la Mère Marie-Anne Pegnard Duplessis de Ste-Hélène 
(vol. de 1875, pp. 41, 105, 182, 289, 384, 458, 529, 603). 

Le colonel Pierre Ménard, par Joseph Tassé (vol. de 1875, p. 126). 

Le bas Saint-Maurice, par Benjamin Suite (vol. de 1875, p. 133). 

Nos archives, par Edmond Lareau (vol. de 1875, pp. 208, 295, 346). 

L'ancien régime au Canada, par l'abbé H.-B. Casgrain (vol. de 1875, 
p. 256). 

Les rues de Québec, par J.-M. LeMoine (vol. de 1875, p. 269). 

François Ménard, par Joseph Tassé (vol. de 1875, p. 355). 



— 175 — 

Jean-Baptiste Beaubien, par Joseph Tassé (vol. de 1875, p. 481). 

La chanson de Moore, par Benjamin Suite (vol. de 1875, p. 580). 

Michel Branamour Ménard, par Joseph Tassé (vol. de 1875, p. 744). 

Pontgravé, par Benjamin Suite (vol. de 1875, pp. 817, 888). 

Mgr Alexandre Maedonell, évêque de Kingston, par Z. (vol. de 1876, 
j)p. 8, 94, 176, 352, 411). 

De la féodalité en Canada, par Edmond Lareau (vol. de 1876, pp. 
188, 271, 320). 

Le marquis de Montcalm et la perte du Canada, par Clis de Bonne- 
chose (vol. de 1876, pp. 822, 906; vol. de 1877, pp. 31, 93, 173). 

Louis- Vital Baugy, par Joseph Tassé (vol. de 1877, pp. 240, 321). 

Joseph Eobidou, ])ar Joseph Tassé (vol. de 1877, p. 440). 

Chronique trifluvienne, par Benjamin Suite (vol. de 1877, pp. 834, 
881; vol. de 1878, pp. 7, 85, 165, 165, 245, 325, 405, 485, 565, 645, 725, 
805, 922; vol. de 1879, pp. 1, 85, 182, 245, 325, 410, 485). 

Le capitaine Dominique Ducharme, par Pantaléon Hudon (vol. de 
1878, pp. 420, 531). 

Sir William Phips, par l'abbé N. Caron (vol. de 1878, p. 933; vol. 
de 1879, p. 10). 

L'administration de la justice sous la domination française, par 
P.-B. Mignault (vol. de 1879, p. 105). 

L'astrolabe de Champlain, par A. de B. (vol. de 1879, p. 258). 

Etude biographique et historique de M. de Maisonneuve, par J. Bou- 
tillier-Trudel (vol. de 1879, p. 588). 

Le Camp Volant de 1649, par Benjamin Suite (vol. de 1881, p. 159). 

Une paroisse canadienne-française au dix-septième siècle, par A.-D. 
De Celles (vol. de 1881, p. 227). 

Octave Crémazie en exil, par l'abbé H.-R. Casgrain (vol. de 1881, 
pp. 323, 391, 476). 

Champlain et la Verendrye, par Benjamin Suite (vol. de 1881, p. 
342). 

La découverte du Mississipi, par Benjamin Suite (vol. de 1881, p. 385). 

La France et le Canada, par Benjamin Suite (vol. de 1881, p. 451). 

Vieilles horloges, par Benjamin Suite (vol. de 1881, p. 579). 

Une lettre de Bienville, fondateur de la Louisiane (vol. de 1881, p. 
598). 

Procès criminels à Québec au XVIIe siècle, par T.-P. Bédard (vol. 
de 1882, pp. 65, 140, 216). 



— 176 — 

Le drapeau de Carignan, par Ernest Gagnon (vol. de 1882, p. 128). 

L'abbé Faillon, par Edmond Lareau (vol. de 1882, p. 202). 

La tenure seigneuriale, par Benjamin Suite (vol. de 1882, pp. 437, 
449). 

Colbert et la Nouvelle-France, par J. Desrosiers (vol. de 1882, p. 
607). 

Poutrincourt, par Benjamin Suite (vol. de 1882, p. 621). 

Les centenaires, par Benjamin Suite (vol. de 1882, p. 675). 

Antoine de Lamothe-Cadillac, par T.-P. Bédard (vol. de 1882, p. 
680). 

La duchesse d'Aiguillon, par J. Desrosiers (vol. de 1882, p. 735; vol. 
de 1883, p. 27). 

Un prêtre patriote dans l'Ouest, Pierre Gibault, par T.-P. Bédard 
(vol. de 1883, p. 3). 

Une lettre de M. Rameau: Centenaire; Recensements; Lamothe- 
Cadillac (vol. de 1883, p. 13). 

La justice criminelle sous la domination française, par Edmond 
Lareau (vol. de 1883, p. 65). 

Le mariage de Lamothe-Cadillac, par T.-P. Bédard (vol. de 1883, 
1). 104). 

Les syndics d'habitation sous la domination française, par Edmond 
Lareau (vol. de 1883, p. 129). 

Notes historiques sur Lamothe-Cadillac, par E. Rameau (vol. de 

1883, p. 403). 

Le R. P. Dalmas, assassiné (1693), par T.-P. Bédard (vol. de 1883, 
p. 555). 

Notes sur la famille Lanlbert-Dumont, par A.-C. de Léry Macdonald 
(vol. de 1883, pp. 633, 739). 

L'abbé de Queylus, par Pascal Poirier (vol. de 1883, p. 673; vol. 
de 1884, pp. 56, 65). 

Un petit ])oint d'histoire : le juge de Sailly, par A.-C. de Léry 
Macdonald (vol. de 1883, p. 760). 

Le château de Vaudreuil, par A.-C. de Léry Macdonald (vol. de 

1884, pp. 1, 69, 165). 

Un gouverneur du Canada inconnu, par T.-P. Bédard (vol. de 1884, 
pp. 113, 129). 

La famille LeFebvre de Bellefeuille, par A.-C. de Léry Macdonald 
(vol. de 1884, pp. 168,. 235, 290). 



— 177 — 

Lettres inédites de Octave Crémazie (vol. de 1884, p. 486). 

Feu l'honorable Joseph Cauehon (vol. de 1885, p. 177). 

L'ancienne noblesse du Canada, par Benjamin Suite (vol. de 1885, 
pp. 298, 341, 39G, 486, 548). 

Joseph LaFrance, par L.-A. Prudhomme (vol. de 1886, pp. 6, 88, 
135). 

Un voyage à la Xouve lie-France en 1734, par Benjamin Suite (vol. 
de 1886, p. 15). 

Jean Nicolet, interprète-voyageur au Canada (vol. de 1886, p. 67). 

Le Chien d'or, son origine, son histoire, par J.-M. LeMoine (vol. 
de 1886, p. 84). 

Quelques notes sur les premiers missionnaires du Nord-Ouest, par 
L.-A. Prudhomme (vol. de 1886, p. 110). 

Saint-François du Lac, par Benjamin Suite (vol. de 1886, pp. 129, 
196, 364, 396, 534, 596, 649; vol. de 1887, pp. 147, 365, 683). 

Antoine Gérin-Lajoie et Jean Rivard, par Chs-M. Ducharme (vol. de 
1886, pp. 204, 286). 

Les Knistineaux, par L.-A. Prudhomme (vol. de 1886, p. 219). 

Démonologie et les Sauvages du Canada, ])ar L.-A. Prudhomme 
(vol. de 1886, pp. 276, 334, 387). 

Les Chepewyans, par L.-A. Prudhonmie (vol. de 1886, p. 452). 

Les "Histoires du Canada", ])ar Benjamin Suite (vol. de 1886, p. 
455). 

Kelevé historique, par J.-Hermas Charland (vol. de 1886, p. 459). 

Jean-Baptiste Desautels dit Lapointe père, par L.-A. Prudhomme 
(vol. de 1886, pp. 514, 603). 

Jean-Baptiste Desautels fils, par L.-A. Prudhomme (vol. de 1886, 
p. 642). 

La traite au Nord-Ouest et quelques notes sur la compagnie de la 
Baie d'Hudson, par L.-A. Prudhomme (vol. de 1887, pp. 16, 94). 

Le Dictionnaire Généalogique, par l'abbé J.-B. Proulx (vol. de 1887, 
pp. 132, 232). 

Souvenirs militaires, par L.-A. Prudhomme (vol. de 1887, p. 136). 

Les Acadiens après leur dispersion, par l'abbé H.-R. Casgrain (vol. 
de 1887, pp. 139, 237, 280, 413, 459). 

(La suite dans la prochaine livraison) 



— lis — 

LA BIBLIOTHEQUE 

de Louis de Villeray, premier conseiller au 
Conseil Souverain de la Nouvelle-France 



M. Aegidius Fauteux, dans son érudit travail Les hibUothèques 
canadiennes j a établi que sous le régime français les livres n'étaient pas 
des choses inconnues dans notre pays. Un chercheur qui se donnerait la 
tâche de relever les inventaires des notaires de l'ancien régime y trou- 
verait des listes de livres qui prouveraient que nos ancêtres, malgré 
leur éloignement de la France et la rude vie qu'ils menaient, n'étaient 
pas insensibles aux beautés de la littérature française. 

Le catalogue de la bibliothèque de Louis de Villeray, premier con- 
seiller au Conseil Souverain de la Nouvelle-France, que nous offrons en 
.primeur aux lecteurs du Bulletin des Becherches Historiques, est tiré 
de l'inventaire de la communauté de biens qui avait existée entre M. 
de Villeray et sa première épouse, Catherine Sevestre, dressé par le 
notaire Beequet le 28 mars 1670 : 

"Et advenant le vingt-troise jour de novembre g b y c soixante 
quinze, après-midy, à la requeste de Monsieur Mre Louis Eouer, Escuyer, 
sieur de Villeray, premier conseiller du Roy au Conseil Souverain de 
ce païs, cy-devant nommé, au nom et comme tutteur des enfans mineurs 
de luy et de deffunte damoiselle Catherine Sevestre, Romain Beequet, 
notaire royal en la Nouvelle-France, résidant en la ville de Quebecq, et 
tesmoins soubz. se seraient transportés au lieu dit la Cardonnière appar- 
tenant au sieur de Villeray, oii estant en la présence du sieur Jacques 
•Sevestre, subrogé tutteur des d. mineurs, le dit sieur de Villeray a dit 
et déclaré que lorsqu'il fut procédé à l'inventaire cy-dessus, il jugea que 
tous ses livres ne devaient estre employés dans le d. inventaire prétendant 
qu'ils luy appartenaient en propre, mais comme depuis peu il a pris avis 
sur ce sujet, et qu'on lui a conseillé de les y employer, ce que désirant 
faire il m'a monstre et représenté les livres cy-après déclarés qui ont esté 
prisés et estimés aux sommes cy-après par l'huissier Levasseur, nommé 
cy-devant : 

Premièrement La bibliothèque du droit français, en trois tomes 
in-folio, prisé â^ la somme de Vingt-cinq livres. 



— H9 — 

Item L4's arrêU Me Lôitei, in-folio prisé à la somme de onze livres. 
i>b It^niLesi.bndonna'nçes commentées par Néron, avocat, in-folio, prisé 
à la somme de huit livres. 

Item Les oeuvres de Baquet, in-folio, prisé à la somme de huit livres. 

Item Les oeuvres de Loiseait, in-folio, prisé à la somme de sept livres 
dix sols. 

Item Les recherches de Pasquier, in-folio, prisé à la somme de dix 
livres. 

"' Item Tittè-Lvce, Histoire romaine, en deux tomes, in-folio, prisé à 
la somme de vingt hvres. 

Item L'Histoire du' concile de Trente, in-folio, prisé à la somme de 
cent sols. 

Item Le catéchisme de Grenade, in-folio, prisé à la somme de trente 
sols. 

Item La cité de Dieu, in-folio, prisé à la somme de vingt sols. 

Item un Coutumier de Paris de Fortin, in-quarto, prisé à quarante 
sols. 

Item Les plaidoyers de Monsr. LeMaistre, in-quarto, prisé à la somme 
de quatre hvres. 

Item Les plaidoyers de Jean LeBon, in-quarto, prisé à trente sols. 

Item La pratique civile -et criminelle du Brun, in-quarto, prisé à 
quarante sols. 

Item Les oeuvres de LescUassier prisé à trente sols. 

Item Les vies des saints illustras, en deux tomes, prisé à la somme 
de quatre hvres. 

Item L'office du saint sar rement, en deux tomes, prisé à la somme 
de quarante sols. 

^' Item Le mémorial de la vie chrétienne, en deux tomes, prisé à la Som- 
me de quarante sols. 

Item un livre intitulé Nouvelle méthode, en deux tomes, prisé à vingt 
sols. 

Item Concile de Trente, estimé à trente sols. 

Item Quintescence de la vie d'Alexandre, prisé à vingt sols. 

Item Coutume de Paris de Tournet Jolly et L'ahhé, prisé à vingt 
sols. 

Item Grammaire de Oudin, prisé à dix sols. 

Item Abrégé de l'histoire de France, prisé à dix sols. 



— 180 — 

Item Histoire de Henry quatre^ prisé à dix sole. 
Iteiîi Lnstitutes de Justinien, en deux tomes, prisé 'à la somme de 
dix sols. 

Item Phiïippiques de Cicéron, prisé à dix sols. 

Item Apologétiques de Tertulieti, prisé à dix sols. 

Item L'ofice sainte, prisé à dix sols. 

Item Justin, prisé à dix sols. 

Item Sévère Sulpice, prisé à dix sols. 

Item Le ministre d'Etat, en deux tomes, prisé à la somme de vingt 



solî- 



Item Homélies académiques, prisé à dix sols. 
Item Oeuvres du Sr DuVer, prisé à vingt sols. 
Item La Tïbalsac, premier tome, estimé à dix sols. 
Item Le protocole des notaires, prisé à dix sols, 
ïtem Institutes coutumiers de Loisel, prisé à dix sols. 
Item Plaidoyers de Marion, prisé à dix sols. 
Item PJdlippe de Conimines, ])Ti&é à dix sols. 
Item Maison académique, prisé à cinq sols. 
Item Le vrai usage des Pères, prisé à dix sols. 



REPONSE 



Une taxe sur les actes des notaires (XXVII, p. 93). — Les actes 
notariés ont-ils déjà été taxés au Canada? 

Je trouve la réponse dans un mémoire de la commission de législa- 
tion d^ la Chaml)re des Notaires de la province de Québec en date de 
mai 1892: 

, "En 1808, quand il fut question de réparer le château Saint-Louis, 
à Québec, le parlement, pour rencoiitrer les dépenses, décréta que les 
actes des notaires seraient sujets à un droit d'un chelin: chaque copie 
fut également frappée d'un impôt de six deniers. Les notaires percevaient 
l'impôt et faisaient ra])[)ort deux fois l'an au Eeceveur-Général. Afin 
de rendre l'impôt plus productif, on statua que tous les actes devaient 
iiécessairement être reçus par les notaires. 

"Cet impôt ne rencontra ni les vues des gouvernants ni colles des 
gouvernés et une loi de 1812 l'abolit." 

P.-G. E. 



— 181 — 

LA COMPLAINTE DE LA FEMME 
BRULEE 



Au cours d'une matinée du mois de mars 1868, dans la paroisse de 
Saint-Narcisse, comté de Champlain, se produisit un événement qui jeta 
la population dans la tristesse. En voici, le bref récit, d'après M. G. 
Trudel, ancien cultivateur de la localité. 

Dame Célina Cossette, épouse en premières noces d'Alexandre Parent, 
alors employé dans les chantiers, était à faire bouillir de la gomme de pin 
dans sa cuisine, lorsque soudain le liquide déborda de la marmite, se 
répandit sur le poêle et s'enflamma. Machinalement, Madame I^arent 
saisit un gobelet d'eau et le versa sur l'incendie en miniature. Aussitôt, 
l'imprudente fut enveloppée de flammes ainsi que le bébé qu'elle portait 
dans ses bras. Deux autres enfants qui se trouvaient dans la maison 
accoururent auprès de leur mère affolée et prirent feu également. Les 
trois enfants succoml)èrent avant (|u'on put leur porter secours mais la 
mère ne rendit l'âme ((ue dans l'après-midi, après avoir reçu les derniers 
sacrements. 

Suivant la coutume, ce ])énible accident fît le sujet d'un chant que 
composa une vieille poétesse illetrée nommée Simon, suivant les uns, et 
Bronsard, suivant les autres. 

Par hasard, l'été dernier (1921), nous avons recueilli, à Sainte- 
Geneviève-de-Batiscan, paroisse voisine de Saint'Narcisse, deux versions 
de la complainte de la femme brûlée. L'une nous a été fournie par mon- 
sieur et madame Fernandez Dessureau, la seconde provient de M. Ephrem 
Dessureau, rentier, âgé de 79 ans. 

Ces deux versions presque identiques sont incomplètes. Cependant 
ce que la tradition en a conservé pourra peut-être servir à quelque folklo- 
riste sinon à quelque historien. 

I 

Ecoutez, je vais vous chanter, 
Une complainte qu'est bien triste 
D'une pauvre femme qui a brûlé, 
Elle est morte dans tous les supplices 
S-- Elle est bien morte assurémentl 

Elle et ses trois petits enfantsj &r.:? ' 



— 182 



II 



C'est uu lundi après-midi, 
Que tout le monde est à l'ouvrage, 
Elle s'écria de tous côtés. 
Personne ne vient à son courage. 
Elle s'écria : Hélas ! mon Dieu] 
Il faut donc mourir par le îenj bis 
III 

Faut aller chercher le curé. 
Le curé de notre paroisse 
Pour en seul fin d'ia confesser. 
Pour l'acquitter de . son devoir-e, 
Bien promptement l'a confessé, T 
Pour la seule fin de l'administrerj 6is 
IV 

La pauvre femme .... 

Elle est morte dans tous les tourments. 



Ses deux petites filles à ses côtés. 
Son petit fils à sa tête. 
VI 

Qu'en a, composé la complainte 
C*est une vieille du canton.; 
Etant d'une grande compassion 
De voir une chose si terrible 
Elle a pas pu s'en empêcherl 
Une com])lainte a composé, j his 

* * 
Au registre paroissial les actes de sépulture de ces malheureux se 
relèvent comme suit: 



— 183 — 

"Le 26 mars 1868, nous curés avons iaihiiriié . J . le corps de Célina 
Cossette, épouse d'AlexaiKlre Parent, cultivateur, décédée le 24 de ce 
mois", . . 

Même date — Sépulture de Théodore Parent, âgé d^environ un an. 
Même date — Sépulture d'Héloïse Parent, âgée d'environ deux ans. 
Même date — Sépulture de Marie Parent, âgée d'environ cinq ans. 

E.-Z. MASSICOTTE 



REPONSE 



La poudre aUinentaire et h marquis de Montcahn (XXVII, p. 93). — 
La poudre alimentaire ou la poudre de viande est tout simplement la 
conserve alimentaire de nos jours. 

La i)()udre alimentaire fut inventée ou expérimentée à peu près à 
l'époque où Montcalm passait dans la Nouvelle-France, 

Les résultats obtenus dans les premières années de l'emploi de la 
poudre alimentaire ne furent pas merveilleux. Il y eut bien des tâtonne- 
ments avant d'obtenir une poudre alimentaire ou conserve nourrissante 
et inolïensive pour la vie des soldats et des marins à (|ui elle était destinée. 

Dans sa lettre au ministre du 18 avril 1758, le marquis de Montcalm 
écrivait : 

"Me ])ermettrez-vous. Monseigneur, de vous demander si les expé- 
riences que l'on a dû faire de la poudre alimentaire ont réussi; si ou y 
trouve aucun inconvénient pourquoi n'en pas envoyer icy? Nous pour- 
rions quelques fois nous en servir dans les partis d'hiver pour les Cana- 
diens et les soldats, car toute nouveauté est difficile à introduire parmy 
les Sauvages, peuples superstitueux. S'il leur arrivait quelque malheur, 
ils diraient que c'est une médecine qu'on leur a jetée. Ce terme répond 
dans leur langue à celui de sortilège dans la nôtre." 



— 184 — 

LES CHABOILLEZ 



UNE FAMILLE DE TlîAITANTS AU 18e ET AU 19e SIECLE 



Entre les familles montréalaises qui jadis se sont livrées au com- 
merce (les pelleteries, il eii est une qui présente un intérêt particulier. 

Au cours de cent années, trois générations de Chaboillez parcourent 
l'Ouest et trafiquent avec les trappeurs blancs et sauvages. D'échelon 
en échelon, ces traitants tenaces et habiles s'élèvent jusqu'au premier rang 
des magnats de la fourrure, puis ils disparaissent, ne laissant que des 
souvenirs épars de leurs exploits. 

Diverses publications historiques, canadiennes et américaines, ont 
mentionné les Chaboillez, mais aucune n'a pu donner sur eux des rensei- 
gnements précis parce que la plupart des documents qui les concernent se 
trouvent à Montréal et n'avaient pas encore été réunis. Les pièces que 
nous avons recueillies depuis quelques années vont permettre de mieux 
connaître une famille qui a sa place dans l'histoire de Montréal, comme 
dans celles de plusieurs régions de l'intérieur du continent. 

PREMIERE GENERATION 

Au commencement du XVIIIe siècle vivait à Montréal un sculpteur 
en bois, originaire de la })aroisse de Saint-Rémy de Troyes, en Champagne, 
patrie de M. de Maisonneuve et de la Soeur Bourgeoys. Sexagénaire et 
célibataire, sans grande espérance de faire fortune dans un pays neuf 
où les arts ne préoccupent pas encore les gens, il songe que le terme de 
son existence approche et qu'il doit tourner son esprit vers ses fins 
dernières. 

Le 6 mai 1701, il entre en pourparlers avec les Frères Hospitaliers 
de Saint-Joseph de la Croix, mieux connus sous le nom de Frères Charon 
et (|ui administraient l'Hôpital général, c'est-à-dire un asile pour les 
vieillards, les infirmes et les miséreux. L'artiste veut se "donner"; il a 
l'intention de "servir Dieu et les pauvres en tout ce qu'il pourra de son 
art Vie sculpteur ainsi que dans la conduite de la menuiserie qui se ferait 
dans la communauté: 

"En retour, il demande à être traité conmie un des Frères dé la 
maison. Il se contentera d'une chambre particulière pour travailler ses 



— 185 — 

dessins, pour modelt^r et pour coucher, puis lorsque Dieu l'appellera de 
ce monde, la communauté n'aura qu'à faire dire 30 messes basses "pour 
le repos de son âme" (1). 

Mais la vocation du sieur Chaboillez n'avait pas poussé de racines 
profondes. En quelques mois, il se lasse de la vie monastique, oublie 
ses louables dispositions et (|uitte l'institut junir se lancer dans une 
nouvelle aventure avec un sergent de la ^^aniison que les années forçaient 
peut-être de se retirer du service. 

Le 7 mai 1702 (2), Charles Chaboillez (3) forme avec Lambert 
Kousseau dit LaRose, sergent de la Cie de M. de La Mothe en garnison 
à Ville-Marie, une de ces sociétés fraternelles dont la vogue fut grande 
dans l'île de Montréal aux premiers temps de la colonie. Le contrat qui 
règle les conditions de la société est trop prolixe |)our prendre j)lace ici 
et nous nous contentrons d'en extraire quelques j)arties saillantes. On 
y relève que le sculpteur Chabouillé et le sergent Kousseau "étant tous 
deux sur un âge avancé et désirant se soulager mutuellement ont décidé . 
de vivre en commun". L'un, Rousseau, possède 100 livres en argent et 
une terre de m arpents avec une cabane à la côte .Saint-Laurent. L'autre, 
C;haboillez, a ses outils de sculpteur et 400 livres en monnaie. Rousseau 
travaillera sur sa terre, mais Cluiboillez occupera sa chambre, en ville, 
jusqu'à ce (|u'il ait achevé le tabernacle qu'il fait dans le moment pour 
la cha|)elle des RR. PP. Récollets. Ce travail exécuté, ils vivront ensemble 
et se rendront compte de leurs affaires tous les six mois au moins. 

Les deux associés n'ayant aucun })arent, conviennent en plus de 
donner le total de leur avoir au premier enfant (jui naîtra du mariage de 
Noël Levasseur, sculpteur-menuisier, époux d'une demoiselle Turpin, 
et ce, à cause de la bonne amitié qu'ils portent à ce jeune ménage (4). 

Deux ans plus tard, Chaboillez demeure sur sa "terre à Saint-Laurent 
et il engage pour trois ans Charles Achard, originaire du diocèse de 
Poitiers, qui veut apprendre l'art de la sculpture (5). 

(1) Greffe du notaire Antoine Adhémar. 

(2) Greffe du notaire Antoine Adhémar. 

(3) Le fondateur de la famille signait et très bien Chaboullé. Cette 
ortliographe disparut avec lui. Par la suite ses descendants ou les notaires 
écrivirent Chaboillé. Chaboyer. Chaboiller et Chaboillez. Cette dernière 
forme ayant prévalu nous l'avons adoptée. 

(4) Noël Levasseur avait épousé, à Montréal, le 3 avril 1701, M.-Made- 
leine Turpin. En 1703. Levasseur alla demeurer à Québec où il mourut en 
1740. 

(5) Adhémar. 31 mars 1704. 



— 186 — 

A quelque temps de là, le vieil artiste fait une volte-face qui surprend. 
Malgré ses soixante ans passés, il veut essayer de la vie matrimoniale et 
c'est une demoiselle dans la vingtaine qui lui fait abandonner le célibat. 
La future, ])rénonimée Angélique, était fille de Louis Dandonneau du 
Sablé et de Jeanne de la Barre. Elle était née d'une union antérieure à 
telle que le sieur Dandonneau contracta avec Jeanne Le Noir en 1684 (6). 

Le contrat de mariage fut dressé par Adhémar, le 8 octobre 1704, 
en présence du père de la future, de sa belle-mère, Jeanne Le Noir, de 
Marie-Charlotte Le Compte Dupré, femme de J.-B. Charly, de Marie- 
Anne Le Mire, épouse de Gédéon de Catalogne, de Denis Jourdain dit 
La Brosse, menuisier, et de sa femme Madeleine Fagot, de Pierre Cabazié 
et de Jean Meschin, huissiers royaux, de Michel Parent et de Joseph 
Péré dit Carpentras, menuisiers. , , 

Le ïnariage fut célébré le 13 octobre, à Notre-Dam^, et à l'officiant 
(|ui rédigea l'acte de mariage, le nouvel époux avoua qu'il avait cinquante 
ans. . . 

Sans tarder, maître Chaboillez s'occupa de faire casser la donation 
qu'il avait faite à Noël Levasseur et il réussit; le 26 juillet 1706, l'inten- 
dant Raudot lui donna gain de cause (7). 

Le 16 janvier 1707 (8), Chaboillez vend à Philippe le Saulnier, sieur 
dé Saint-Michel, lieutenant, la moitié de la terre qu'il possédait en 
commun avec Rousseau à Saint-Laurent. Enfin, dans sa quatrième 
année de ménage et moins d'un mois après la naissance de son troisième 
enfant, le sculpteur Chaboillez termine sa carrière. Il fut inhumé le 
20 août 1708. Son acte de sépulture lui accorde 70 ans, ce qui est pro- 
bablement fort près de la vérité, car le défunt avait d\i se rajeunir lors 
de ses éj)Ousailles. 11 laissait- les enfants suivants: 

Marie-Jofipph, bap. â Notre-Dame, le 9 noveml)re 1705 et inhumée 
le 12 février 1711. 

Charles, 1)8}). à Notre-Dame le 8 décembre 1706. 

, Mark-Anne^ bap. à Notre-Dame le 29 juillet 1708. 



(6) Mgr Tanguay fait erreur sur ce point. Voir Dictionnaire généalo- 
fîique, vol. 1, p. 155. A la p. 166 du même ouvrage, on voit qu'un Jacques 
de la Barre, marié, à Jeanne Tavenelle- vivait à la Rivière-du-Loup en 1681. 

•(7')-Voir inventaire des biens dç feu C. Chabouli^. Lepallieur-, 30 
octobre 1708. 

(8) Greffe Raimbault. I-t • . , . .- 



^ 187 — 

Xeuf jours aprèi^ la sépultiire de son mari, là veuve C'haboillez se 
présente au tribunal et demande à être nommée tutrice de ses enfants 
mineurs, ce qui lui fut concédé. Puis le 30 octobre on procéda à l'inven- 
taire des biens de la coimnunauté (9), lesquels ne paraissent pas avoir 
été en valeur suffisante ])our assurer la subsistance des survivants. C'est 
peut-être ce qui décida Madame Chaboillez à essayer de spéculer sur les 
immeubles. Le 20 janvier 1709 (10) elle acheta du R. P. Frs Vaillant, 
supérieur de la maison des Jésuilev-à_AIontréal, un grand lopin de terre 
occupé aujourd'hui par la place Jacques-Cartier et une partie des maisons 
à l'ouest de cette place. Le 27 se{)tembre suivaîit, elle en revendit une 
tranche à Nicolas Gaudry dit Bourbonnière (11), puis une, autre à Mar- 
guerite Cadieu, le 22 septembre 1713 (12). . ' ■, 

Le 15 janvier ITIO, la veuve Chaboillez signait son contrat de nia- 
riage avec Ignace Jean dit Vien et elle convolait le 2 février. Ensuite 
elle vécut à Montréal jusqu'en 1719 (13). Après quoi Madame Jean 
partit avec ses enfants des deux "lits" pour, aller demeurer à Mackinac 
ou au Détroit et c'est à ce dernier endroit qu'elle fut inhumée le 11 août 
1764. 

Des deux enfants Chaboillez qui l'avaient accompagnée dans l'ouest, 
Ja lille, Marie-Anne, épousa probablement à Mackinac et avant 1744, un 
Pierre Parent dont elle eut quelques enfants.- Ces époux revinrent 
demeurer à Montréal vers 1765, sinon plus tôt, car en cette année, le 9 
septembre, Pierre Parent, marchand voyageur, achète de Jacques Le 
Gardeur de Courtemanche, veuf de Louise de Saint-Ours, et de Thérèse 
Hertel de Cournoyer, veuve de F.-X. de Saint-Ours, une maison sise sur 
le côté sud de la rue Xotre-Dame, à l'est de la rue Saint-Sulpice (14). 

L'année suivante, Pierre Parent décédait âgé de 74 ans et son corps 
était déposé dans les voûtes de la chapelle Sainte-Anne, église Xotre- 
Dame. -Sa femme lui survécut longtemps. Le 15 septembre 1780 (15) 
la veuve Parent abandonne sa maison avec l'emplacement à Pierre 
Huguet-Latour, maître perruquier, à charge de la loger, de ^la nourrir, de 



(9) Greffe Le PaUieur. 

(10) Ce contrat qui fut passé devant Adhémar, mentionné dans les actes 
ultérieurs, n'a pas encore été retrouvé. 

(11) Greffe Adhémar. 

■ (12) Greffe Le Pallieur: 

(13) Voir Tanguay, vol. IV, p. 594. 

(14) Greffe Panet et Ten-ier de Montréal, No 173. 

(15> Greffe Foucher. A cette date, madame Parent avait 72 ans. 



— 188 — 

l'habiller jusqu'à la fin de ses jours. Or, comme elle ne trépassa qu'au 
mois d'octobre r<i)(), âgée de 88 ans, le perruquier Huguet ne fut pas 
libéré de ses obligations auvssitôt qu'il avait pu l'espérer. 

Quant à Charles Chaboillez fils, il en sera question dans un prochain 
article. 

(A suivre) 

E.-Z. MASSICOTTE 



QUESTIONS 



On chantait autrefois au Canada une très belle chanson sur saint 
Nicolas. Ma mère qui chantait ces couplets dans sa jeunesse n'a retenu 
que le dernier: 

Saint Nicolas posa trois doigts 
Dessus le bord du saloir. 
Le premier dit: J'ai bien dormi. 
Le second dit: Et moi aussi. 
Et le troisième répondit : 
Je croyais être en paradis. 
Pourriez-vous m'aider à retracer les paroles entières de cette vieille 
chanson qui dût être apportée de France par nos ancêtres ? 

CHANT. 

Dans ses Notes on Esquimaux Bay and the surrounding country, 
AV.-H.-A. Davies écrit: "In 1785 a Canadian from Québec, wintered 
there, since that date, establishments hâve always been kept in the bay, 
by merchants and others of Québec. . ." Quel est ce Canadien de Québec 
qui passa l'hiver de 1785 à la baie des Esquimaux qui est situé à l'extré- 
mité de la côte du Labrador ? 

XXX 

La rivière Cocagne se jette dans le détroit de Northumberland. Une 
jolie paroisse acadienne s'est formée sur ses bords. Pouvsz-vous me 
donner l'origine de ce nom de Cocagne ? 

ACAD. 

Pourriez-vous me donner la liste des ouvrages publiés sur l'île d'An- 
ticosti ? 

, lUBLIO. 



— 189 — 

OPUSCULES DE Mgr LAFLECHE 



Dans le Bulletin des Becherches Historiques, février 1922, page 63 
au bas, on demande la nomenclature des opuscules publiés par feu Mgr 
Laflèehe. Voici la liste de ceux que je connais: 

1. Discours prononcé le 17 décembre 1860 à la cathédrale des 
Trois-Bivières en Thonneur des Zouaves pontificaux. Trois-Rivières — 
1861. 

2. Quelques considérations sur les rapports de la société civile avec 
la religion et la famille. Montréal — 1866. 

3. Discours prononcé le 24 mai 1866, au séminaire de Nicolet, lors 
de la convention des anciens élèves. Montréal — 1866. 

4. Discours prononcé le 25 juin 1866 à la cathédrale d'Ottawa, lors 
de la fête nationale des Canadiens-Français, Ottawa — 1866. 

5. Discours jironoucé le 20 janvier 1867 à la chapelle du séminaire 
de Nicolet, lors de la bénédiction de l'orgue. Montréal — 1867. 

6. Discours ])rononcé le 18 février 1868 à l'église Xotre-Dame de 
Montréal en l'iionneur des Zouaves pontificaux canadiens. Montréal — • 
1868. 

7. Discours prononcé le 18 octobre 1874, dans l'église de Saint-Jean- 
Baptiste de Québec, lors du sacre de Mgr Ant. lîacine, premier évêque de 
Sherbrooke. Québec — 1874. 

8. Mémoire contre la division du diocèse des Trois-Rivières. Trois- 
Rivières — 1875. 

9. Mémoire contre la division du diocèse des Trois-Rivières. Trois- 
Rivières— 1877. 

10. Discours prononcé le 8 janvier 1880, à la cathédrale de Québec, 
lors du jubilé sacerdotal de Mgr Cazeau, P. A. Québec — 1880. 

11. L'influence spirituelle indue devant la Liberté religieuse et civile. 
Trois-Rivières— 1880. 

12. Discours prononcé le 23 juin 1880 à l'Université Laval lors de 
la convention nationale des Canadiens français. Québec — 1880. 

13. Discours prononcé le 24 juin 1880, à l'Université Laval, lors du 
premier Congrès catholique. Québec — 1880. 

14. Ré])onse aux Remarques de M. l'abbé Verreault sur le Mémoire ap- 



— 190 — 

puyaiit la dèmando d'une: Ecole normale aux Trois-Rivières. -^Trois- 
Rivières~1881. 

15. Mémoire sur les difficultés religieuses au Canada. Rome — 1883. 

16. Mémoire contre la division du diocèse des Trois-Rivières. Trois- 
Rivières— 1883. 

17. Conférences sur l'Encyclique "Humaiium Genus" contre la Franc- 
Maçonnerie. Trois-Rivières — 1884. 

18. Discours prononcé le 3 novembre 1885 à la chapelle des Ursulines 
des Trois-Rivières, à l'occasion des noces d'or de Mère Saint-Charles. 
Trois-Rivières— 1885. 

19. Les Biens temporels de l'Eglise et l'immunité de ces Biens devant 
les pouvoirs civils. Trois-Riviêres — 1889. 

20. Discours prononcé le 27 juin 1894, à la cathédrale de Saint-Boni- 
face, lors des funérailles de Mgr. A.-A. Taché. Saint-Boniface — 1894. 

21. Discours prononcé le 9 août 1895 à la Trappe d'Oka lors du 
Congrès des missionnaires agricoles. Montréal — 1895. 

XXX. 



QUESTIONS 

o 

Le 26 mars 1730, Sa Majesté donnait à M. Lanoullier de Boisclerc 
la commission de grand-voyer de la Nouvelle-France. Un an plus tard, 
le 10 avril 1731, Sa Majesté donnait à M. Lanoullier de Boisclerc des 
lettres de provisions de la charge de grand-voyer de la Nouvelle-France. 
Quelle différence y avait-il sous le régime français entre les commissions 
et les lettres de provisions ? 

F.-X. F. 

Dans un acte du notaire Boucault reçu à Québec le 24 septembre 
1748, je vois qu'un certain individu emprunte d'un de ses amis une 
somme de mille livres pour se rendre aux "isles de l'Amérique" afin de 
recueillir la succession de son frère, décédé. Sous le régime français, 
qu'entendait-on par les îles d'Amérique ? 

APO. 

Serait-il ])ossible de savoir quel est le possesseur actuel d'un recueil 
manuscrit de "Chansonnettes rimées", par M. l'abbé Martin, ancien curé 
de Saint-Frédéric, Beauce ? 

D. G. 



— 191 — 

REPONSES 



Madame, MudemoiseUe (vol. II, pp. 112-127). — Le vieux Diction- 
naire de Trévoux, qu'il est toujours utile de consulter lorsqu'il s'agit de 
mots dont on a changé l'acception, définit ainsi le mot madame: 

"Titre d'honneur autrefois réservé aux femmes de qualité, princesses, 
duchesses, marquises, aux femmes de gens titrés, ou des gentilshommes. 
Madame la marquise, madame la présidente, etc. Domina. Aujourd'hui 
ce titre se donne communément aux femmes mariées, soit en parlant 
d'elles, soit en i)arlant à elles, soit en leur écrivant. On l'a même étendu 
jusqu'aux simples bourgeoises. On dit au ]>luriel mesdames, en parlant 
à une assemblée de femmes, de quelque condition qu'elles soient. 

"En parlant d'une reine, on ne dit point madame la reine, mais 
simplement la reine. Si on lui parle, ou si on lui écrit, on se sert du 
titre de madame. "Madame, je sais bien ([ue Votre Majesté n'a que 
faire de toutes nos dédicaces." (Molière). 

"On donne aussi ce titre aux filles de France en parlant d'elles 
ou à elles. Par le mot de madame, sans suite, on entend la fille aînée 
du roi 

"Ce nom se donnait autrefois aux saintes, et l'on disait madame 
sainte Geneviève, comme on disait monsieur saint Pierre. 

"Il y a plusieurs abbayes et quelques communautés où l'on donne 
le nom de madame aux religieuses. 

"Dans les tragédies on appelle aussi les filles madame. Madame, 
se dit aussi absolument de la maîtresse d'une maison, surtout à l'égard 
des valets et des domestiques. Voilà madame qui heurte. Madame veut 
que cela soit ainsi. Laquais de monsieur. Laquais de madame." 

Du titre Mademoiselle, le Dictionnaire de Trévoux dit : 

"Titre d'honneur qu'on donne aux filles de qualité. Puella nohilis. 
Aujourd'hui, on le donne indifféremment à toutes les filles, même bour- 
geoises. 

"Mademoiselle est aussi un titre d'honneur qu'on donne aux filles 
des frères ou oncles du roi. L'aînée s'appelle tout court mademoiselle. 
La fille aînée de Monsieur, frère unique de Louis XIV, s'appelait abso- 
lument mademoiselle. Pour les puînées, on joint à. mademoiselle un 
nom de terre. 



— 192 — 

"Un Je nos poètes s'est servi du mot de mademoiseUe dans une 
comédie, en quoi il n'est pas à imiter; il faut se servir de madame, sans 
distinction de fille ou de femme. Mademoiselle n'entre point dans la 
poésie." 

Jiispt'r Brcircr (vol. XX, ]). 25). — Il y a déjà huit ans, dans le Bulle- 
tin de Janvier 1914, M. E.-Z. Massicotte recherchait l'origine de ce Jasper 
Brewer que M. P.-(j. Roy nous montre marié à Charlotte Frémont, dans 
sa généalogie de la famille Frémont. x\près avoir produit l'acte de l'état 
civil établissant que le mariage avait été célébré devant le ministre angli- 
can, à Chrifit Church, Montréal, le 22 octobre 1821, M. Massicotte dédui- 
sait de cette pièce que le marié ne devait pas être de nationalité anglaise 
et il invoquait en sus à l'appui de cette supposition le témoignage d'une 
dame de Québec qui croyait savoir que le nommé Brewer était un Suisse, 
dont le nom de famille aurait été simplement remplacé par le nom de 
son métier, celui de brasseur. Un hasard vient de nous mettre en mesure 
d'apporter ([uelques renseignements sur Jasper Brewer et de rectifier 
en même temps les souvenirs de la bonne dame de Québec. 

Jasper Brewer n'était pas brasseur, si l'on peut se rapporter aux 
registres de l'état civil de St-Hyacinthe. Le 2 février 1846 avait lieu, 
en effet, à St-Hyacinthe, le mariage d'Emmanuel-Louis (*ouillard Després, 
marchand de Saint-David, avec t^harlotte-Josephte Brewer, et cette der- 
nière est dite dans l'acte fille aînée de Jasper Brewer, écuier, ci-devant 
lieutenant dans le régiment des Meurons. 

Quoique officier du régiment des Meurons, Jasper Brewer n'était 
])as Suisse. Quelques mois plus tard, en effet, le 19 mai 1846, il décédait 
v St-Hyacinthe et, à la date du 22 du même mois, la Revue Canadienne, 
dite de Létourneux, nous apprend, dans une courte notice nécrologique 
(jui lui est consacrée, qu'il était né à Cologne. La Revue Canadienne 
ajoutait qu'il était arrivé en 1813 avec le régiment des Meurons, qu'après 
le licenciement du régiment il avait occupé successivement divers emplois 
dans les dé])artements jniblics, et qu'il était excellent catlioliciue. Ces 
derniers mots laissent entendre que Brewer a dû se convertir à la religion 
catholique après son mariage, c'est-à-dire a])rès 1821 et probablement 
sous la bonne influence de sa femme catholique et canadienne-française, 
Charlotte Frémont. 

AEGIDIUS FAUTEUX 



BULLKTIN 



DES 



RECHERCHES HISTORIQUES 



VOL. XXVIII BEAUCEVILLE-JIILLET lf22 N» 7 



UNE REVOLTE A QUEBEC EN 1763 



Le général Miirray, premier gouverneur anglais de 
Québec, était d'un caractère extrêmement violent, mais 
il revenait si vite de ses emportements et il était si juste 
pour ses su])ordonnés que les soldats avaient beaucoup 
d'e.^tinie pour lui. Le soldat anglais, accoutumé à être 
mené énergiquement, se soumet volontiers à une discipline 
(le fer quand il est traité avec justice. 

Au mois de septembre 1763, le général Murray eut à 
faire face à une révolte qui éclata dans la garnison de 
Québec et dont il vint à bout grâce à sa diplomatie et à 
son énergie. 

Dans les premiers jours de septembre 1763, le géné- 
ral Amherst, commandant en chef des troupes anglaises 
en Amérique, dont les quartiers-généraux étaient à Xew- 
York, donnait ordre au général Murray d'opérer une 
réduction de quatre deniers dans la solde des soldats de 
la garnison de Québec comi)osée des 15e et 27e Régiments 
et du 8e bataillon des Rangers. 

C'est le 18 septembre 1763 que le général Murray 
annonça cette réduction à la garnison de Québec. On 
com^u'end que la nouvelle fut reçue de très mauvaise grâce 
l)ar le troupier dont la solde était déjà assez minime. 



— 194 — 

Le même soir, après l'appel du rôle, les soldats s'at- 
troupèrent en armes et défilèrent devant les quartiers du 
général Murray afin de ])rotester contre l'ordre qu'il 
venait de promulguer. 

Les quelques marchands anglais de Québec ayant 
essayé de faire entendre raison aux soldats furent reçus 
par "une volée de pierres qui atteignirent quelques offi- 
ciers. Ceux-ci furent même obligés de tirer leurs sabres 
pour se protéger contre la troupe. 

Les émeutiers se rendirent ensuite aux quartiers des 
officiers par groupes bruyants dans le but de les inti- 
mider. 

Un peu plus tard, dans la soirée, presque toute la 
garnison se réunit en armes et tambours battants près 
de la porte Saint-Jean. 

Le général Murray qui, avec quelques officiers et 
sous-officiers, faisait la visite des corps de garde, rencon- 
tra les émeutiers et tenta de les apaiser. Les soldats ne 
voulurent pas se rendre à ses conseils et plusieurs déchar- 
gèrent leurs fusils sans, heureusement, blesser personne. 
Les soldats informèrent le gouverneur qu'ils avaient l'in- 
tention de se mettre en marche pour New- York, avec deux 
pièces d'artillerie, pour soumettre leurs griefs au général 
en chef Amherst. 

Murray et ses officiers passèrent la nuit blanche. A 
tout instant, ils s'attendaient d'être attaqués par les sol- 
dats en révolte. 

Le lendemain, 19 septembre, Murray rassembla les 
officiers et les sergents sur lesquels il i)ouvait compter. 
Il signala à tous la gravité de la situation. La garnison 
de Québec était la plus forte de toutes les garnisons en 
Amérique. Si la révolte n'était arrêtée immédiatement, 
elle pouvait se répandre dans toutes les autres garnisons 
et il pouvait en résulter des conséquences très graves dans 
un pays qui n'était i)as encore pacifié et où tous les ci- 
toyens étaient soldats. Il fut donc convenu que les offî- 



— 195 — 

ciers et sergents useraient le jour même de toutes les 
ressources de la persuasion auprès des soldats. Si ces 
moyens ne réussissaient pas, on devait avoir recours, le 
lendemain, aux mesures les plus rigoureuses contre les 
mutins. 

Ijc 20 septembre, à dix heures du matin, toute la gar- 
nison reçut ordre de s'assembler sur le terrain de parade; 
à la Grande-Place. 

Le général Murray s'y rendit accompagné de son 
état-major et donna lui-même lecture du code militaire. 
Sa lecture terminée, il fit voir aux soldats la faute énorme 
qu'ils étaient en train de commettre contre la discipline, 
puis il les informa que lui et ses officiers étaient décidés 
de rappeler les mutins à leur devoir quand bien même ils 
périraient à la peine. 

Puis, s 'avançant bravement vers le régiment d'Am- 
lierst, il s'écria que le premier soldat qui refuserait d'obéir- 
serait inmiédiatement tué. 

Il s'empara ensuite des drapeaux du régiment, les 
fixa en terre à une certaine distance l'un de l'autre, et 
d'une voix de stentor donna ordre au régiment de marcher 
droit entre les deux drapeaux. 

Le régiment d'Amherst s'ébranla comme un seul 
honnne et passa entre les deux points fixés par le gouver- 
neur. 

Le général Murray félicita alors le régiment d'Am- 
herst d'être revenu à de meilleurs sentiments. Il donna 
ensuite le même commandement au 27e régiment puis au 
8e bataillon des Rangers. Ceux-ci obéirent également. 

Le général Murray venait de mettre fin à ;me révolte 
très sérieuse sans avoir fait verser une seule goutte de 
sang ! 

P.-G. R. 



196 — 



RAQUETTES — CLUBS — COSTUMES — 
CHANSONS - CARN AVAL 



LK :\l()T lîAQUHTTE 



D'où viiMit le mot rjuiiu'ttt' apiiliqiié à ces appareils qui servent à 
marcher sur la neige ? 11 semble que les Français, en arrivant au Canada, 
leur aient immédiatement donné ce nom parcequ'ils ressemblaient à l'ins-^ 
trument-rdont on se servait en Europe pour jouer à la paume, ancêtre 
])robable du jeu de huoi-fcnnis. 

Au tome III, ]). 1(J4-, année 1608 de ses "Voyages", le fondateur de 
Québec s'exprime ainsi : "L'hiver, quand les neiges sont grandes, ils (les 
"sauvages) font une manière de raquettes qui sont grandes deux ou trois 
"fois plus «[ue celles de France, qu'ils attachent à leurs pieds ; et vont 
"ainsi sur la neige, sans enfoncer : car autrement ils ne pourraient chas- 
"ser ni aller en beaucoup de lieux." 

Dans la "Relation des Jésuites" de l'an 1611, il est écrit : "que les 
"sauvages s'attachent des raquettes aux pieds à l'aide desquelles ils de- 
"meurent dessus la neige." 

Dans la "Relation" de 16;}o, on lit, à la date du 3 décembre : "nous 
"commençâmes à changer de chaussures et à nous servir de raquettes ; 
"quand je vins à mettre ces grands patins tout plats à mes pieds, je ni'i- 
"magiiuiis qu'à tous coups je donnerais du nez dans la neige, mais l'expé- 
"rience m'a fait voir que Dieu pourvoit commodément toutes les nations 
"des choses qui leur sont nécessaires : Je marche librement avec ces ra- 
"quettes. Pour les sauvages, cela ne les empêche pas de sauter comme 
"des dainfs ni de courir comme des cerfs." 

Ces trois passages tirés d'ouvrages datant des premiers temps de la 
.\((Uvelle-France témoignent que ce n'est pas d'hier (jue ces bizarreU 
chaussures portent le nom de raquettes, mais il reste toujours à connaître 
quel est le ])remier européen qui les a baptisées, si ce n'est pas Champlaiu 
lui-même. 

SOX UTILITE 

Voilà pour le nom, passons à la chose. En physiologie, on prétend 
que la l'onction crée l'organe ; en sociologie on assure que le besoin crée 



— 197 — 

l'industrie. Autrement dit, à quelque race qu'il appartienne et sous quel- 
que climat qu'il vive, l'homme sait inventer les instruments plus ou moins 
compliqués qui peuvent l'aider à améliorer les conditions de son existence. 
Le Finnois et le Peau-Rouge qui, tous deux habitaient des contrées cou- 
vertes de ]ieige se sont fabriqué des chaussures permettant de "flotter'' 
pour ainsi dire, sur les flocons d'eau congelée : chez les uns ce iuf le ski, 
chez les autres la raquette. ( 1 ) 

Combien utile cette dernière n'a-t-elle pas été ? Sans elle, les mis- 
sionnaires et les découvreurs des premiers temps de la colonie n'auraient 
pu suivre les indigènes dans leurs pérégrinations à travers les plaines et 
les bois. 

Sans elle, les soldats canadiens n'auraient pu accomplir plusieurs de 
ces exploits d'audace qui ont perpétué Jusqu'à nous les noms des Le Moyne 
d'Il)erville, Le Moyne de Sainte-Hélène, d'Ailleboust de Mantet et Hertel 
de Eouville. 

Sans elle, les trappeurs et les traiteurs n'auraient pu traquer les bêtes 
à fourrures jusque dans leurs repaires lointains. 

Sans elle, enfln, nos aieux auraient pu difficilement communiquer 
entre eux et s'occuper de leurs travaux. Au temps ancien, la raquette fut 
à l'hiver ce (pie le canot fut à l'été : ini ijistrument de première nécessité. 

AXECDOTE 

Signalons, au fil de la plume, que le premier évêque de la Nouvelle- 
France, Mgr de Laval, ne dédaignait pas de chausser cet appareil. Et 
l'historien Ernest Gagnon nous apprend que le saint prélat, alors qu'il 
dépassait la soixantaine, se rendait de Québec à Saint-Joachim de Mont- 
morency, raquettes aux pieds. Or la distance entre ces deux localités est 
bien de vingt-cinq milles. 

LES AXCIEXXES IIAQUETTES 

Avec les jjrogrès, avec l'amélioration des moyens de communications. 
Futilité de la racpiette a presque disparu, mais par contre sa vogue comme 
appareil d'amusement persiste toujours. Autrefois, elle était grossière- 

(1) Le R. P. Lafltau. missionnaire fameux qui, de l'a-vis de M. Pierre-Geor- 
ges Roy, est un de ceux qui ont parié avec le plus de connaissance des coutumes 
et des moeurs des sauvages d'Amérique, a émis l'opinion que l'usage de la ra- 
quette avait été apporté de l'Asie d'où les premiers sauvages de notre continent 
sont certainement venus. Et le savant religieux cite plusieurs passages d'his- 
toires anciennes à l'appui de son hypothèse. 



— 198 — 

ment fabriquée si on en juge par les A'ieilles gravures, mais depuis un 
.siècle quelle transformation ! Cependant, comme il n'est guère possible de 
faire connaître les diverses sortes de raquettes d'autrefois et d'aujourd'hui 
sans le secours de l'illustration il faut donc se contenter ici d'énumérer les 
principales variantes. 

La raquette primitive, complètement ovale, avait une armature cons- 
tituée de deux pièces de bois ayant chacune la forme d'un U et que l'on 
réunissait au centre par des lanières. A l'intérieur du cadre, le treillis 
était souvent rem])lacé par des peaux. Au moyen de sections de cerceau, 
les enfants pourraient s'en fabriquer de semblables. 

La raquette montagnaise a la forme des éventails chinois. Elle est 
très estimée pour sa légèreté et son exiguité par les chasseurs qui ont à 
traverser des forêts. 

La raquette en usage cjiez les sauvages de la Colombie britannique est 
décrite comme suit par le II. P. Morice : "Son cadre de bois mesure un 
pied et demi de largeur au milieu, sur quatre ou cinq de long ; elle est 
épointée aux deux bouts, surtout à l'arrière, tandis que l'avant est relevé 
en volute, et garni à l'intérieur d'un réseau de lanières en peau de cari- 
bou." (2) 

Son poids est considérable et le novice qui la chausse pour faire une 
longue marche n'échappe pas à ce mal curieux appelé "mal de raquette", 
qui ne doit pas être autre cbose qu'une fièvre de surmenage ou une intoxi- 
cation causée par une trop grande fatigue. La raquette des Sioux est pres- 
que identique, cependant, le devant n'étant pas aussi relevé, il n'est pas 
retenu à l'une des traverses par une lanière. 

La raquette huronne est lancéolée et offre ces particularités que son 
armature est en deux morceaux réunis à chaque bout et que l'avant est 
assez relevé. 

Les modèles les jdus répandus dans notre province se fabriquent dans 
les dimensions suivantes : ])our bommes, elles mesurent 14 par 42 pouces; 
pour femmes, elles ont 11 par '.iC) pouces. D'autres raquettes, dites 
"spéciales" ont des dimensions bien différentes, ainsi la raquette des bû- 
cherons, 16 X 38 pouces, celle des arpenteurs, 12 x60 pouces et celle dte|^ 
coureurs, IOI/2 x 36 pouces. 



- (2) Morice. Au pai/s dr l'oKm voir. Chez les sauvages de l<r Colombie bri- 
ianniqve, p. 81. 



— 199 — 

Quant au pu'uh d'une paire de raquettes il est généralement de deux 
livres et demie ; toutefois, ce poids peut varier, il est souvent plus lourd 
que celui que nous venons d'indiquer, mais il est rarement inférieur à une 
livre et demie, poids réglementaire des raquettes de coureurs. 

Pour clore cette partie de notre article, ajoutons que le réseau ou 
treillis se fait en lanières de peau de caribou, d'orignal, de vache, de veau 
c<u de cheval. La lanière de caribou est préférable, car elle seule ne se 
détend jamais. 

LES CLUBS 

Vers 1840, les Anglais qui appliquent leur esprit d'association à tout, 
fondèrent dans la métropole canadienne le premier club de raquettes con- 
nu. Il avait nom "Montréal Snowshoe Club". Trois ans plus tard, ce 
club instituait des courses annuelles au vieux champ de courses de la Ri- 
vière-Saint-Pierre, compris aujourd'hui dans la ville de Verdun. Cette 
institution en fit naître d'autres. Des Peaux-Eouges et des Visages- 
Pâles luttèrent de vitesse et ces tournois devinrent des événements. Les 
Canadiens-Français se mirent aussi de la partie et deux des nôtres surtout 
MM. Charles Lamothe et Adélard Gibeau remportèrent maints triomphes. 
Lamothe gagna la coupe de Wallingdon en 1879. (3) Cet élégant athlè- 
te est mort il n'y a pas longtemps. Quant à Gibeau il vit encore et de- 
meure à Cohoes, N. Y., depuis nombre d'années. 

ANCIENS CLUBS CANADIENS-FRANÇAIS 

Les plus fameux clubs canadiens-français qui ont existé à Montréal, 
furent le Canadien et le Trappeur. Ils enrôlèrent les meilleures classes 
sociales sous leurs drapeaux. Le premier peut citer dans la liste de ses 
présidents d'honneur, de ses directeurs ou de ses membres : Sir Wilfrid 
Laurier, les honorables Mercier, L.-O. David, A, Dorion, J.-L. Beaudry, 
S. Beaudin, etc ; le second, MM. H. Beaugrand, H. Boisseau, P. M. 
Sauvalle, J.-M. Fortier, F.-G. Granger, Edni. Hardy, A. Desmarteau, L. 
Ethier, C. R., etc. 

LE CANADIEN 

Le "Canadien" fut fondé en 1878 par le docteur Kearney, qui n'était 
irlandais que de nom. Ce club avait pour devise "Soyons distingués, 
soyons unis" e]> sa chanson officielle qui, suivant les uns eut pour auteur 
le docteur Kearney et, suivant d'autres, un M. Charpentier, débutait ainsi : 



(3) Voir l'Opinion publique du 3 avril 1879. 



— 200 — 

Le bleu, hlaiic, louue est notre emblème, 
Nous sommes tous de bons vivants, 
Xous ne faisons jamais carême 
Et nous chantons par tous les temps : 

Refrain : 
La raquette est poui- nous la vie, 
Le Canada notre soutien. 
Ces vers ])as troj) académiques se chantaient sur l'air : Le curé de 
notre rilhige. 

LE TRAPPEUE 
La chanson officielle du Trappeur était plus solemielle ; les paroles 
étaient de Eémi Tremblay et la musique du célèbre Calixa Lavallée. 
En voici un extrait : 

Allons gais trap{)eurs, chaussons la raquette, 
Qui d'un pas léger, 
Xous fera voyager, 
Du froid parmi nous, nul ne s'inquiète, 
Nos torses vaillants. 
Portent des coeurs bouillants ! 
Joyeux et dispos sur la blanche plaine. 
Nous nous élançons ; 
Que le givre en glaçons ^ 
Vienne transformer notre chaude haleine. 
Xul ne s'en plaindra 
Et chacun se dira : 

Refrain : 
En avant mes braves ! 
Jamais le Trappeur 
Xe connaît d'entraves 
Il n'a jamais peur, 
Jl vit des antans, marche sur la neige, 
Acchiine l'hiver et son blanc cortège, etc. 

LE VOLTIGETTR 

Le jjoète Louis Fréchctte composa lui aussi, un chant de raquetteurs 
à la deniande du \'oJli;/eur. de Lévis. Le texte de ce morceau a été repro- 
duit dans II- "(IhiMcur", de Lcvis, année ]S90. Le premier couplet se li- 
sait ainsi : 



— 201 — 

Nos ancêtres vaillants soldats, 

Forts par le courage et la taille, 

Savaient braver nos durs climats 

Comme ils affrontaient la bataille. 

En raquettes, marcheurs fameux, 

Ils ont fait plus d'une conquête 

Marchons comme eux (ter) 

A la raquette ! 

LES COSTUMES 

Suivant rexemj)le donné par le "Montréal Snowshoe Club", chaque 
gr(»uj)ement adopta un* costume composé d'une tuque, d'une ceinture et 
d'une paire de bas en laine tricotée, puis d'une culotte et d'une capote avec 
capuchon en couverte ; enfin, d'une })aire de souliers de chevreuil ou mo- 
cassins. Le tout était léger, chaud, pittoresque. Les costumes de cha- 
que clul) se ressemblaient par la forme, mais ils variaient par la couleur. 

i:XE TKADlTIOxV 

Le "Montréal Club", le pionnier, avait fait choix de la "tuque bleue" 
et avec raison. Autrefois, les gens de Montréal portaient généralement 
une "tuque bleue", ceux des Trois-Kivières, la "tuque blanche", et ceux de 
Québec, la "tu<|ue rouge", en sorte qu'on savait, par la couleur du bonnet, 
;') quelle partie du pays a})[)artenait un individu. 

Pour ce qui est des habits en "couverte", le club de Montréal restait 
également dans la tradition, car des vêtements de cette sorte étaient jadis 
en usage, comme le prouve un passage cueilli dans une donation, rédigée 
})ar le notaire Vuatier, le (> janvier 1769. Dans ce contrat, le donataire, 
entre autres cboses, devait fournir au donateur, tous les trois ans, "un 
cappot de couverte avec un capuchon". 

AUTRES COSTUMES 

Les membres du "Clui) CanadieJi" |)ortaient une tuque bleue et rouge 
avec gland bleu, capote et culotte blanches et bas bleus. 

Au "Trappeur", tout était bleu ]>âle liseré de blanc ; bas, tuque, 
ceinture, culotte et capote. C'était d'un effet joli. L^n club de Québec 
"l'Union Commerciale", je crois, avait un costume de couleur grise sem- 
blable à celle de l'étoffe du pays des patriotes de 1837. Ce costume ori- 
ginal eut beaucouj) de succès. 



— 202 — 

LE PALAIS DE GLACE 

Un Jour, en 1883, quelqu'un ])roposa de "faire un carnaval". Aus- 
sitôt les clubs de raquettes s'emparèrent de l'idée, les souscriptions abon- 
dèrent, on érigea de véritables monuments de glace ; les rues regorgèrent 
de visiteurs et de spectateurs ; l'on vit jusqu'à deux mille raquetteurs por- 
tant chacun une torche, descendre du Mont-Eoyal et s'élancer au milieu 
d'une pluie de feux d'artifice multicolores, à l'assaut de ces palais d'un 
jour. Ce fut l'apothéose de la raquette. 

L'on répéta ce programme pendant quelques années, mais un jour, 
tout cela disparut. L'autorité religieuse commença par défendre le port 
du costume de couverte aux personnes du sexe féminin. Ensuite, les 
membres des clubs s'aperçurent que leurs réunions hebdomadaires, le soir, 
offraient des inconvénients graves. On quittait la ville après souper pour 
traverser la montagne. Après une heure de marche on se reposait dans 
un hôtel où il fallait bien prendre un verre, puis l'occasion s'en présen- 
tant, on dansait, on réveillonnait, on jouait aux cartes, enfin, il fallait 
bien réintégrer le domicile tard dans la nuit, harassé et vanné. Cela ne 
faisait pas l'affaire des hommes de profession, des marchands, des commis, 
des comptables. 

Pour comble, les compagnies de chemins de fer et le "Board of Trade" 
se concertèrent pour abolir les carnavals sous le prétexte que ces fêtes gla- 
cées donnaient un mauvais nom à notre pays et semblaient donner raison 
à Voltaire qui avait écrit que le Canada n'était que des "arpents de neige". 

LE SPORT 

Et ce fut fini. 

Cela n'empêche pas que le sport de la raquette mérite l'attention. 
Moins violent que le patinage, le raquettage convient aussi bien à 
l'âge mur qu'à l'adolescence, au sexe masculin qu'au sexe féminin, et met 
en action un grand nombre de muscles, il active la circulation et le jeu 
des poumons, c'est un exercice sain et agréable. 
Suivons donc le conseil du poète : 

Quand le soleil luit, la neige est coquette. 

Mol et lumineux son tapis attend 

Le groupe rieur qui sur la raquette 

Au flanc des coteaux, chemine en chantant. 

E.-Z. MASSICOTTE 



— 203 — 

JOSEPH DAMOURS DE PLAINES 



Sous ce titre, M. Aegidius Fauteux, dans le Bulletin des Recherches 
Historiques (livraison d'avril, pp. 111-112-113), répond à une lettre que 
j'adressai, il n'y a pas longtemps, à M. P.-G. Roy, le directeur du Bulletin, 
afin de lui signaler une note que je crois entachée d'erreur et dont je fai- 
sais tomber la ïesponsabilité sur Mgr Tanguay, l'auteur du Dictionnaire 
Généalogique. 

Cette note se rencontre à la page 223 du Rapport de V Archiviste de la 
province de Québec (1920-1921) et se lit comme suit : "Il s'agit sans doute 
de Joseph Damours de Plaines qui, d'après Tanguay, serait né en Acadie 
vers 1700, fils illégitime de Bernard Damours et de Marie de St-Etienne 
de la Tour." 

M. Fauteux a publié ma lettre avec quelques connnentaires. Pour 
jeter un peu de lumière sur la question et pour montrer que Mgr Tanguay 
n'est pas en faute, il me renvoie à l'acte du second mariage de Joseph 
Damours, en date du 29 juillet 1754, oii il serait déclaré fils de Marie de 
St-Etienne de la Tour. 

M. Fauteux me présente un acte authentique, aussi bien de sou argu- 
mentation je ne relèverai que le passage suivant : "J'avais simplement 
écrit, ajoute-t-il, que Joseph Damours serait d'après Tanguay un fils de 
Marie de St-Etienne de la Tour. M. Couillard n'accepte même pas ce 
conditionnel. Il affirme tout uniment que Joseph Damours n'est pas le 
fils de Marie de St-Etienne de la Tour." 

Si M. Fauteux veut se donner la peine de se relire, il constatera que, 
d'après la construction de sa phrase, la condition qu'il y a insérée se rap- 
porte bien plus à la date qu'à l'illégitimité de la naissance de Joseph Da- 
mours. J'avais une raison de croire que Mgr Tanguay avait fait erreur 
lui qui, au témoignage des chercheurs, en a commis tant d'autres. Si le 
document cité par M. Fauteux m'était inconnu, j'avais souvenance, par 
ailleurs que, parmi les nombreuses notes que j'ai recueillies un peu partout 
depuis vingt ans, se trouvait un document qui contredit Mgr Tanguay. 
Aussi ai- je tout bonnement pensé que ce dernier avait commis une erreur 
d'annotation en plaçant un renvoi au nom de Joseph Damours quand il 
aurait voulu, par ce même renvoi, indiquer que la mère de Marie-Jeanne 
Le Borgne de Belleisle fut, à la vérité, Marie de St-Etienne de la Tour. 



— 204 — 

M. Fauteux |)t'ut si- tenir pour assuré qu'on tout cela je n'ai pas eu la 
moindre iw-tention de pallier les fautes qui se ])Ourraient rencontrer dans 
la vie des membres de la famille Couillard ou de ses alliés aussi nombreiix 
que les étoiles, ni encore d'étendre sur eux ma protection "sentimentale." 

Que M. Fauteux recourre au registre de la ])aroisse de St-Joseph de 
Lévis, à la dale du 27 juillet 1735, il trouvera que lors de son premier 
mariage, .lose])li Damours est dit fils d'Anne (pour Jeanne) Le Borgne, 
de Port-Koyal, Acadie. 

M. Fauteux »[ui "a l'iiabitude de ])rendre les choses telles que les lui 
£pi)orte l'histoire et sans s'en émouvoir" pourra constater que le dit Joseph 
Damours, d'après nos deux documents, a eu la bonne fortune d'avoir deux 
mères ? Malgré son sang froid accoutumé, en présence de ces deux actes 
contradictoires, pourra-t-il ne pas avouer qu'il y a erreur quelque part ? 
Comme le second acte m'était inconnu et comme, par ailleurs, il n'existe 
aucun motif de mettre en suspicion la note que je possède et que j'ai con- 
trôlée depuis que M. Fauteux a écrit son article, n'avais-je pas une rai- 
son "suffisante" de croire à une erreur de Mgr Tanguay qui a vu les deux 
actes y En effet il les mentionne tous les deux et particulièrement le pre- 
mier figure à deux reprises dans le llle tome de son Dictioniuiin'. 

De tout ce qui vient d'être écrit on peut voir qu'il reste à décider 
lequel des deux documents doit être accepté ? On me permettra de rappeler 
que le mariage de Joseph Damours en 1735 fut contracté en présence du 
père de l'époux, et qu'il est dit le fils d'Anne Le Borgne, que celle-ci mou- 
rut en 1711. Le second mariage eut lieu dix-neuf ans plus tard. L'acte 
lui donnerait pour mère Marie de St-Etienne de la Tour, que le recense- 
ment de Port-Koyal fait en 1 700, dit âgée de 47 ans. Ainsi, de son gen- 
dre et du vivant de sa fille, elle aurait eu un fils à un âge où de tels cas ne 
se produisant qu'accidentellement ? 

Ku attendant (|ue je j)uisse jeter plus de lumière sur cette "petite af- 
faire" les lecteurs du Bulletin me rendront sans doute le témoignage que 
si je porte un certain culte à la famille Couillard "et à ceux qui de loin ou 
de près ont l'honneur de s'y rattacher", je m'efforce, autant qu'il est en 
mon pouvoir de l'appuyer non pas seulement sur le "sentiment" mais bien 
sur des documents qui en valent d'autres. . . . 

A. COUILLAi:!) l)KSPK*ES, ptre. 



— 205 — 

UN AUTRE TESTAMENT DU DOCTEUR 

SARRAZIN 



M. E.-/. Massic'otte a publié dans lo Hnllftin des Rcche relies Histo- 
riques (vol. XXVI, p. 31T) un testament du médecin du roi Michel Sar- 
razin reçu à M<^itréal le 13 août 161)2 par le notaire Adhémar. Celui-ci 
déclare dans cette pièce que Sarrazin est "^sant au lit malade dans une 
des salles de l'hôpital Saint-Joseph." 

Un mois j)lus tard, le 14 se|)temt)re 1();>2, Sarrazin de retour à Qué- 
bec, t'ait un nouveau testament devant le notaire (4enaple. Sarrazin était 
alors chez son ami Fran(|uelin. hydrographe du roi, "détenu au lict malade 
mais sain d'esprit et entendement." Sarrazin ne change pas itans ce 
nouveau testament les dispositions de son testament fait à Montréal le 13 
août précédent, mais il lègue à son frère les hiens qu'il a en France. 

"Pardevant le notaire gardeiiotes du Roy en sa Prévosté de Quél)ec en 
la Nouvelle- France soussigné l'ut présent en sa personne le sieur Michel 
Sarrazin. clnrui'gien major des troupes de Sa Majesté en ce pays, estant 
de présent en cette ville, logé maison du sieur Franquelin, })lace Xotre- 
Dame, où il est détenu au lict malade en la première chambre de la d. 
maison ayant veuë sur la d. jtlace mais sain d'esprit et entendement, com- 
me il est apj)aru au dit notre et aux témoins en fin nommés et soussignés, 
lequel de sa bonne, pure, franche et libre volonté et sans aucune induction 
ny contrainte de quy que ce soit, mais parce qu'ainsy luy plaist a par ces 
présentes fait donation à cause de mort au sieur Claude Sarrazin, son frère, 
bourgeois, demeurant à Xuitz, en Bourgogne, et à ses enfans nez et à naître 
de loyal et légitime mariage de la propriété de tous les biens meubles, im- 
meubles, droits, noms et actions qui jwurront luy compter et appartenir 
au temps de son deces en l'ancienne France ayant iceluy donateur disposé 
de ceux" qui luy peuvent appartenir en ce dit pays de la Nouvelle-France 
qu'il réserve par ces présentes : pour des dits biens qui se trouveront luy 
appartenir en l'Ancienne France, au temps de son décès (sans aucune cho- 
se d'iceux en réserver) jouir, faire et disposer dès lors, par le d. sr Claude 
Sarrazin, son frère, comme de son propre, au moyen de la présente dona- 
tion : à condition que le dit donataire et ses dits enfans supporteront tou- 
tes les dettes et charges de son hoirie, et feront prier Dieu pour le repos 



— 206 — 

de son âme à leur iliscrétion ; iceluy donateur estant persuadé qu'ils s'en 
acquitteront dignement : et à condition encor qu'honneste femme Magde- 
leine Bonnefoy, sa mère, veuve de Me Claude Sarrazin, lieutenant en la 
justice des terres de l'abbaye de Citeaux, jouira pendant sa vie de l'usu- 
fruit et revenus de tous les dits biens meubles et immeubles ; lequel usu- 
fruit luy tiendra lieu de la légitime qu'elle peut prétendre en la succession 
d'iceluy donateur : dont il la supplie de vouloir se contenter, et où sa dite 
mère préférerait la dite légitime au dit usufruit : en ce cas, il veut et en- 
tend qu'elle luy soit payée telle qu'elle peut luy estre deuë par droit et 
coutume, en cas de besoin le dit donateur l'institue son héritière laquelle 
donation il veut et entend sortir son plein et entier effet par la meilleure 
forme que donation et disposition à cause de mort puisse valoir et subsis^ 
ter : cassant, révoquant et annullant toutes autres donations et disposi- 
tions de dernière \olonté qu'il peut avoir cy devant faites de quelque nature 
qu'elles soient, et nonobstant toutes clauses rogatoires et dérogatoires quy 
pourraient y estre apposées à la réserve du don qu'il a fait de ce quy lui 
appartient en ce dit pays qu'il veut avoir son effet par préférence. Ce fut 
aiusy fait et passé au lieu que dit est, maison du d. sieur Franquelin, hy- 
drographe du Eoy, sur les neuf heures du matin le quatorzie. jour, de sep- 
tembre l'an 9 b c quatre vingt douze, et par nous dit notaire leu et releu 
au d. donateur présence du dit sieur Franquelin et du sieur de Pionsac, 
demeurant en cette dite ville, témoins quy ont avec le dit donateur, et nous 
signé ces j)résentes. 

SARRAZIX, FEAXQUELIX, PIOXSAC (1) 

(1) Le notaire Genaple a oublié de signer. 



QUESTION 



Dans son livre jidniirable Aux Glacea Polaires, le Père Duehaussois 
parle de quinze caliiers do notes prises par Mgr Isidore Clut pendant 
Fes années de nii>>i(iii dans l'extrême nord du Canada. Le Père Duehaus- 
sois a vu et lu ces caliiers qui doivent contenir des choses précieuses 
]n>UT l'histoire de n((s missions. 11 souhaite même (|ue ces cahiers seront 
jtubliés un jour. l'ourriez-vous nie dire où sont conserxés les ]ia])iers 
de Mgr ('lut r 
• O. M. 1. 



— 207 — 

LES CHABOILLEZ 



(suite) (1) 

DEUXIEME GEXEEATION 

Elevé clans la région du Détroit, Charles Chaboillez II ne pouvait 
éviter de se familiariser avec le négoce des fourrures, seule occupation 
lucrative des pays d'en haut et il paraît s'y être adonné exclusivement et 
avec succès. 

Au poste de Mackiiiac, il épousa, le 22 septembre 1735, Marie-Anne 
Chevalier, née à Montréal en 1712 (2) et qui était fille de J.-B. Chevallier, 
marié à Françoise Alavoine. Cette famille vécut à Montréal entre 1700 
et 1718, puis elle émigra vers l'Ouest un an ou deux avant les Chaboillez et 
les Jean (3). Signalons ici que la copie des registres de Maclcinac qui 
existe à Ottawa ne fournit pas les noms des pères et mères des époux qui 
furent unis à Mackinae avant 1744, mais que nous avons trouvé les ren- 
seignements qui établissent la parenté de Charles Chaboillez et de Marie- 
Anne Chevallier dans les pièces d'un procès qui eut lieu à Montréal, les 
!• et 10 avril 1748 (4), Dans ces documents on relève que Marie-Anne 
Chaboillez, femme de Pierre Parent, absent, vivait alors à Montréal et que 
Françoise Alavoine, belle-mère de Charles Chaboillez, était veuve de J.-B. 
Chevallier (5). 

Du mariage de Charles Chaboillez II avec Marie-Anne Chevallier 
naquirent au moins neuf enfants tous baptisés à Mackinae. 

. 1 — Cka rles-Jea n-Bapf iste , bapt. le î> juillet 1736, épousa à Montréal 
en 1769, Marguerite Larchevêque. 

2 — Au(/ti.'<tin. ])apt. le 26 juillet 1739, marié en 1765, au Détroit, puis 
en 1770, à Montréal. 

3 — Louis-Joseph , bai)t. le 24 octobre 1741, marié à Montréal en 1766 
à" Angélique Babv-Chenneville. 



(1) Voir Bulletin des Recherches historiques, vu\. XXVllI, p. 184. 

(2) Tanguay, III, 56. 

(3) Tanguay, II, 593. et IV. 594. 

(4) Reg. des audiences, 174-8. 

(5) Françoise Alavoine, veuve de J.-B. Chevallier, fut inhumée à N.-D. le 20 
mars 1756. 



— 208 — 

4 — Paul-Ainahh', \yà\)t. le :il juin 1743. De lui nous savons qu'il 
obtint permis de trafiquer dans l'Ouest en 176i), 1773 et 1773 (6) et c'est 
tout. 

o — Pierrc-Loim, l)aj)t. le 1er février 1745. En 1768, il était à Mont- 
réal et signe un acte avec sa mère. (7) Nous voyons que })lus tard, il 
obtint permission de trafiquer dans l'Ouest en 1773 et 177(5. On peut 
.supposer qu'il alla finir ses jours chez son neveu, l'abbé Ciiaboillez, curé de 
Longuenil, car t'est dans cette paroisse, qu'il fut inhumé le 14 janvier 
1807. 

6 — Marie-Anne Marthe, bapt. le 4 mai 1746. Elle épouse, à la 
Christ Church de Montréal, le 4 avril 1769, le docteur Richard Hope. En 
1773, le 9 septembre, elle fut marraine d'un enfant d'Augustin, son frère; 
nous perdons ensuite sa trace. 

\ — Franrois-Hippoïyfe, ba])t. le 8 octobre 1751. Il épousa Marie- 
Anne Gagnier à Montréal, en 1777 (8). 

8 — Marie-Charlotte-Domitilde, bapt. le 4 avril 1753. Mariée, à la 
Christ Church de Montréal, le 4 janvier 1777, à James Doige qui avait 
épousé en premières noces, à la même église, le 6 août 1774, demoiselle 
Marie-Josephte Leduc Saint-Omer, qui mourut le 2 janvier 1776. 

Du mariage Doige-Chaboillez naquirent Marie-Anne bapt. en 1778 ; 
Jacques, bapt. en 1780, Geneviève-Behecca, bapt, et inhumée en 1784 ; EU- 
zabeth, bapt. en 1785 et morte en 1788. Le sieur Doige qui était mar- 
chand-voyageur dut trouver son trépas dans l'Ouest et il n'avait pas fait 
florès, car un document nous apprend qu'en 1805, sa veuve était dans la 
misère. Celle-ci fut inhumée à Notre-Dame, le 15 juillet 1808, âgée de 
53 ans. 

9 — Marie-Kenée, bapt. le 14 août 1754. Elle épousa, à Montréal, le 
3 avril 1780, Jean Saupin, notaire de l'Assomption, veuf de Madeleine 
Guillon. Dans son acte de mariage, elle dit avoir 24 ans, quand en réalité 
elle en avait 36. Elle signe toujours Eèneite Chaboillez. 

. Charles (!haboillez JI, qui fut inhumé à Mackinac le 19 novembre 
1757, âgé de 50 ans et 11 mois, consacra toute sa vie à la traite des pelle- 
teries et nous voyons |)ar une lettre du 37 octobre 1757 (9) qu'il était. 



(6) Archives publiques, Ottawa, Série S. 

(7) Greffe Mézières, 31 mai 1768. 

(8) Archives publiques, Ottawa, Série S. 

(9) Lettre de Jean Décary, marchand-voyageur, datée de Michel-Makinac et 
conservée dans les archives de Montréal. 



— 209 — 

l'année même de 8a mort, au fort. Saint-Joseph où il devait avoir un comp- 
toir et où ses fils trafiqueront également après lui. Sa veuve, Marie-An- 
ne Chevallier revint demeurer -À Montréal et y vécut longtemps dans une 
grande aisance si l'on en Juge par diverses transactions. Celle-ci, entre 
autres : le 1er se])temhre 17 G."}, elle achète une maison rue Saint-Paul, 
côté sud (10) au ])rix de 9000 livres. Elle paye comptant 6000 livres et 
le reste deux ou trois ans après (11). 

Sur la fin de sa vie, en 1786, elle hypothéqua cet immeuble pour la 
somme de 5000 livres à son fils Charles-Jean-Baptiste (12) et elle alla vi- 
vre à l'Hôpital-général des Soeurs Grises où elle fut confirmée le 5 août 
1787, âgée de 7-") ans, par Mgr Hubert, coadjuteur de Mgr ^fariauchau 
d'Esghs (13). 

Madame Chaboillez mourut l'année suivante et l'ut inhumée le li 
juillet 1788, âgée de 82 ans, dit l'acte de sépulture, ce (pii est erroné, ]Hiis- 
qu'elle était née en 1712. 

Marie- Anne Chevallier, si on en juge par les notes que nous avons 
relevées, fut gratifiée d'une vieillesse exempte de souci et d'infirmité. Elle 
fut présente à presque tous les mariages de ses enfants ainsi qu'aux bap- 
têmes de plusieurs de ses petits enfants, et*chaque fois elle signa d'une 
belle et large écriture ([u'un graphologue aurait plaisir à étudier. 

E.-Z. MASSICOTTE 

(à suivre) 



(10) Greffe de Panet. 

(11) Cette propriété est décrite au Terrier de Montréal, p. 69, No. 37, plan 136. 

(12) Greffe Papineau. 4 mai 1786. 

(13) Annuaire de Ville-Marie, ^e liv., vol. II, p. 98. 



QUKSTION 



Quel est ce sieur Suisse, capitaine de milice de la Baie Saint-Paul, 
dont il est question dans "Journal du siège de Québec du 10 mai au 18 
septembre Hôî)" que vient de i)ublier M. Aegidius Fauteux? Mgr Tan- 
guay, dans son Dictionnaire généalogique, ne nous donne aucune infor- 
mation }H)ur nous permettre d'identifier le susdit Suisse qui, d'après M. 
Fauteu.x, était un ignoble ])er.^()nnage. 

BAIE ST-P. 



— 210 — 

LES SOURCES IMPRIMEES DE L'HISTOI- 
RE DU CANADA FRANÇAIS 

(Suite) 

La monnaie canadienne sous le régime français, par N.-E. Dionne 
(vol. de 1893, pp. 30, 72). 

La pomme de terre, par Benjamin Suite (vol. de 1893, p. 84). 

Jacques Cartier, par l'abbé Auguste Gosselin (vol. de 1893, p. 96). 

L'abbé Léon Provancher, par l'abbé F.-A. Baillairgé (vol. de 1893, 
p. 104). 

Alexis Bonanii dit Lespérance, par L.-A. Prudhomme (vol. de 1893, 
p. 207). 

Le fort et le château Saint-Louis, à Québec, par Ernest Gagnon 
(vol. de 1893, pp. 219, 279, 351, 456, 591, 658, 713; vol. de 1894, pp. 
96, 149, 268, 341, 538, 593, 682, 736). 

L'église de la Longue-Pointe, par A. Bellay (vol. de 1893, p. 420). 

Daniel-Greysolon Duluth, par Benjamin Suite (vol. de 1893, pp. 
480, 541 ) . 

La ruine d'une église naissante, par X.-E. Dionne (vol. de 1893, p. 
490). 

Les Iro(|uois au Xord-Ouest, par L.-A. Prudhomme (vol. de 1894, 
p. 137). 

Octave Crémazie, par l'abbé N". Degagné (vol. de 1894, pp. 321, 
415, 472). 

La première charte constitutionnelle de la Nouvelle-France (1647), 
par T.-P. Bédard (vol. de 1894, p. 351). 

Les frères . Kirke, 1628-1629, par T.-P. Bédard (vol. de 1894, p. 
705). ■■ ■■ ;_ ■ 

Saint-Boniface et l'arrivée de Mgr Taché à la Kivière-Rouge, par 
T.-A. Bernier (vol. de 1894, p. 721). 

Voyage du Frère Taché de Boucherville à St-Boniface en 1845, par 
L.-A. Prudhomme (vol. de 1895, p. 154). 

Certificat compromettant, par L.-A. Prudhomme (vol. de 1895, p. 
211). 

Les i)anics (hi Sacré-Cociir (vt)l. de 1895, p. 213). 

X"ne Jiéroïne canadienne (^Madeleine de Verchères), par Kaoul Re- 
)iauh (vol. de 1895, pj.. 279, 340). 



— 211 — 

La Congrégation de Sainte-Croix an (^mada, jiav .T.-C. C. (vol. de 
1895, p. 419). 

Philippe Anbert de Gaspé, par l'abbé X. Degagné (vol. de 1895, pp. 
456,524). 

Les Eaudot, intendants de la Xouvelle-France, par X.-E. Dionne 
(vol. de 1895, p. 610). 

Légendes du Xord-Ouest: dernier combat des Sauvages au Manitoba 
et Pioheito, par L.-A. Prudhonime (vol. de 1896, p. 11). 

L'esprit d'autrefois, par Ernest Gagnon (vol. de 1896, p. 23). 

Le château de Collier, en France, par Ernest Gagnon (vol. de 1896, 
p. 264). 

Légendes du Xord-Ouest : La danse des Faisans, ]>ar L.-A. Prud- 
liomme (vol. de 1896, ]>. 285). 

Histoire de la charité à Montréal, ])ar J. Genuaiio (vol. de 189(5, 
p. 423). 

Les Métis Canadiens-Français, par Ctunille Derouet (vol. de 1896, 
pp. 611, 658). 

Quelques erreurs historiques à corriger, ])jir l'abbé G. Dugast (vol.' 
de 1896, p. 676). 

Le P. Claude-Godefroy Coquart, S.J., premier apôtre de la Pivière- 
Eouge, par L.-A. Prudhomme (vol. de 189T, p. 81). 

Betsiarais, par l'abbé Y.-A. Huard (vol. de 1897, p. 625). 

L'étendue du Canada et des Etats-L'nis comparée à celle de diverses 
puissances de l'Europe (vol. de 1898, p, 21). 

Contes, formulettes ^t blason populaire, jiar Ernest Gagnon (vol. de 
1898, p. 253). 

Le E. P. Jean-Pierre Aulneau, S.J., par L.-A. Prudhomme (vol. 
de 1898, pp. 365, 422). 

Le typhus de 1847 (vol. de 1898, pp. 599, 665, 719, 794, 847; vol. 
de 1899, pp. 29, 102, 247). 

Les Aborigènes et leurs droits de propriétaire, par L.-A. Prudhomme 
(vol. de 1899, p. 21). 

Mgr Alexandre Taché, par L.-A. Prudhomme (vol. de 1899, 2e partie, 
p. 31). 

L'Hôpital-Général de St-Boniface de la Eivière-Bouge (1844), (vol. 
de' 1899, 2e partie, pp. 183, 254, 406; vol. de 1900, pp. 128, 206, 360, 
450; 2e partie, pp. 27, 376, 456; vol. de 1901, pp. 142, 213, 303; 2e 



— 212 — 

l)artie, p. 220; vol. de 1 !»()•», p. :]2 : vol. de 1!K)3, p. G2 ; ^e partie, pp. 
369, 506). iy 

La renaissance de la nationalité franç-aise en "Acadie, [)ar Camille 
Derouet (vol. de 18î)9, 2e partie, pp. 289, 335). 

Notre- Dame de Lorette en la Nouvelle-France, |)ar l'al)I)é L. Lindsay 
(vol. de 1S99, 2e i)artie, j)p. 32T, 418: vol. de 1900, pp. 109, 2?0, 345; 
2e partie. i)|). 14, 260, 342, 420; vol. de 1901, ])p. 111, 184, 2T9, 3T0, 
436; 2e ])artie, pp. 30, 131, 183. 267, 337; vol. de 1902, j)p. 23, 119, 
177). 

J>ouis Jolliet, par Ernest (lagnon (vol. de 1900, \)\>. 183, 330, 431; 
2e partie, pp. 33, 141, 277, 358, 437; vol. de 1901, p|). 132, 196, 252, 
359, 453: 2e partie, pp. 42, 190, 257). 

La com})agnie de la Baie d'Hudson avant la A'érandrve, par L.-A. 
Prudhomme (vol. de 1900, p. 442). 

Le comté de Xicolet autrefois, })ar Benjamin Suite (vol. de 1900, 
2e i)artie, i)p. 48, 451; vol. de 1901, p. 219). 

L'assemblée de 1701, ])ar K.-\V. McLachlan (vol. de 1900, 2e partie, 
p. 323). 

Louis-l'hilippc Iïél)ert et son oeuvre, par .l.-B. Lagacé (vol. de 1901, 
p. 7). 

Poésie d'outre-tombe, par Ernest Gagnon (vol. de 1901, p. S9>. 

La langue fran(;aise au Canada, par J.-P. Tardivel (vol. de 1901, 
]». 329). 

Vitalité de la race française au Canada, ])ar Ti.-A. Prudbomme (vol. 
de 1901, 2e partie, pp. 18, 117). 

Le Frère Alexis Kaynard, O.M.L, par li.-A. Prudbomme (vol. de 
1901, 2e partie, jt. 207). 

Naufrage du P. Crespel sur l'île d'Anticosti, ]»ar Mgr Guay (vol. 
de 1902, pp. 245, 336). 

Xotre-Dame d'Auriesville, dans l'état de New-York, j)ar l'abbé Leleii 
(vol. de 1902, p. 370). 

Le massacre de l'île d'Anticosti, par Mi^r Guay (vol. de 1902, 2e 
partie, j). 453). 

Cbarles Lesieur et la fondation d'Yamacbicbe, par F.-L. Desaulniers 
(vol. de 1902, 2e partie, pp. 85, 254, 340, 502). 

L'hon. .losepb Hoyal, |>ar l'abbé Dugast (vol. de 1!K)2, 2e partie, 
p. 289). 



— 213 — 

Une page de l'histoire d'Yamachiche, par l'abbé Gérin (vol. de 1903, 
3e partie, p. 435). 

Jean Cabot, par Pascal Poirier (vol. de 1903, pp. 33, 139). 

Chateaubriand en Amérique, par Edmond-J.-P. Buron (vol. de 1803, 
])p. 41, 176). 

Les premiers aborigènes du Manitoba et du Nord-Ouest, par L.-A. 
Prudhomme (vol. de 1903, p. 363). 

L'Université Laval et ses origines, par l'abhé (■ainillc Hov (vol. de 

1903, p. 349). 

Le siège de Québec en 1759, })ar X.-E. Uioiine (vol. de 1903, 3e partie, 
p. 5). 

Au Canachi, par P. de Labriolle (vol. de 1903, 3e partie, p. 186). 

Découverte des ruines du Fort Saint-Charles. j)ar L.-A. Prudhomme 
(vol. de 1!>03, 3e partie, p. 22). 

Mémoires de Hol)ert-S.-M. lîouchctte (vol. de 1!)()3, 3e partie, ])p. 
54, 190, 22',, 3!)3). 

Monogra|)hi«' d'une famille eanadienne-i'ranyaise (Les Juehereau- 
Duchesnay), i)ar ll.-.l.-.l.-H. Chcuinard (vcd. de 1903, 3e partie, p. 138). 

lié grefîe du notaire .lean Cusson, par .F.-T>. Desaulniers (vol. de 

1904, p. ()2). 

La généalogie au Caiiada-t'ran(,ais, par K.-/. ^lassieotte (vol. de 1904,. 
p. 81). 

La laniille Lesieur et les })remiers ccdons d' Vamaehiche, par K. 
Bellemare (vol. de 1904, ]>. 368). 

L'élément l'ran(;ais au Xord-Ouest : A^tyageurs (•anadiens-tran(;ais 
et Métis, par L.-A. Prudhomme (vol. de i;»()4, 3e partie, pp. 115, 3lS()). 

Notre histoire, i)ar Horace Bazin (vol. de 1!)()5, p. 116). 

La po])ulation fran(;aise ih\ Caïuida, par Krrol P>ou(hette (vol. <le 
] 905, p. 363 ) . 

Nos prêtres éducateurs, par l'abbé Elie-.T. Auclair (vol. de 1905, 
j). 390). 

Quelques notes sur Octave Crémazie, ])ar Ernest U.agnon (vol. de 

1905, 3e partie, pp. 39, 330). 

Jugements et sentences du Conseil Souverain, par Benjamin Suite 
.(vol. de 1887, p. 257). 

Urbain Delorme, chef des ])rairies, par L.-A. Prudhomme (vol. de 
1887, p. 270). 



— 214 — 

Juliette, pur J.-Hermas Charland (vol. de 1887, p. 328). 

Mgr Ignace Bourget, par J.-lIernias Charland (vol. de 1887, p. 393). 

Les OJibways, par L.-A. Prudhomme (vol. de 1887, p. 450). 

Les Mémoires de M. de Gaspé, par Chs-]\L Dueliarme (vol. de 1887, 
p. 514). 

Le Xord-Ouost d'autrel'ois, ]»ar L.-A. Prudhomme (vol. de 1887, pp. 
557, 643). 

Mgr Jean-Jacques Lartigue, par J.-Hermas Charland (vol. de 1887, 
p. 579). 

Les Aborigènes de l'Amérique du Xord, ])ar Edmond Lareau (vol. 
de 1887, p. 583). 

Mgr Chs-Edouard Fabre, ])ar J.-Hermas Charland (vol. de 1887, 
p. 647). 

Mgr L.-F. Latlùche, par J.-Hermas Charland (vol. de 1887, p. 650). 

Les Jésuites du Canada sous la domination anglaise, par Philalèthe 
(vol. de 1888, pp. 25, 95). 

Le Xord-Ouest d'autrefois : lord Selkirk, ])ar L.-A. Prudhomme 
(vol. de 1888, pp. 149, 433). 

Le Père Marquette, par L. M. (vol. de 1888, p. 283). 

Le Fort Garry, par L.-A. Prudhomme (vol. de 1888, p. 289). 

LTne Histoire du Canada, par A. Bouchard (vol. de 1888, pp. 348, 
729). 

Des figures oubliées de notre histoire: Frères Kécollets, Frères Jé- 
suites, Frères Gris donnés. Domestiques, par N.-E. Dionne (vol. de 1888, 
p. 382). 

Xotes historiques sur la Baie d'Hudson, par G. Dugast (vol. de 1888, 
pp. 451, 589). 

Les Soeurs de la Charité, par Mgr A. Taché (vol. de 1888, p. 501). 

Mgr de Laval-Montmorency, ]iar J.-Hermas Charland (vol. de 1888, 
p. 601). 

Mgr J.-O. Plessis, par J.-Hermas Charland (vol. de 1888, p. 719). 

Mgr Domini(]iie Racine, ])ar J.-Hermas Charland (vol. de 1888, p. 
724). '^ 

Xotes sur l'Acadie (vol. de 1888, p. 785). 

Le chevalier d'Iberville, par L. Gougeon (vol. de 1889, p. 32). 

Mgr Antoine Racine, par J.-Hermas Charland (vol. de 1889, p. 59). 

Législation et administration de la justice sous le gouvernement 



— 215 — 

d'Assiniboia, par L.-A. Prudhomme (vol. de 1880, pp. 70, 121, 329, 369). 

Le premier vapeur océanique, le Royal William, par Eugène Eouil- 
lard (vol. de 1889, p. 74). 

Les lieutenants-gouverneurs de Gaspé, par X.-E. Dionne (vol. de 
1889, p. 100). 

De quelques coutumes notariales, i)ar J.-l^dmoud Roy (vol. de 1889, 
pp. 126, 184, 215). 

Mgr L.-X. Bégin, par J.-Hermas Charland (vol. de 1889, p. 152). 

Le mal de terre, par X.-E. Dionne (vol. de 1889, p. 205). 

Un document historique : liste du mobilier qui fut saisi en 1800 
par le shérif de Québec à la mort du Père Jésuite Casot, par J.-Edmond 
Roy (vol. de 1889, p. 271). 

Le curé Mon tenon de LaRue, par J.-Edmond Roy (vol. de 1889, 
p. 289). 

Parallèle historique entre le comte de la Galissonnière et le comte 
de Dufîerin, par J.-M. LeMoine (vol. de 1889, p. 297). 

Les premiers almanachs canadiens, par Eugène Rouillard (vol. de 

1889, pp. 317, 411, 458). 

Mémoire sur le Père Mar(|uette, })ar Jacques Yiger (vol. de 1889, 
pp. 385, 446). 

Le Conseil d'Assiniboia, par L.-A. Prudhomme (vol. de 1889, p. 
493). 

Xos quatre historiens uKKlernes, Bibaud, (ianieau. Ferland et Faillon, 
par A. Lefranc (vol. de 1890, p. 19). 

Le séminaire de Xotre-Dame des Anges, par X.-E. Dionne (vol. de 

1890, pp. 65, 148). 

Dans le pays d'en haut, un procès au Fort York, par L.-A. Prud- 
homme (vol. de 1890, p. 82). 

Quelques pages de Garneau, par A. Lefranc (Yol. de 1890, pp. 137, 
238). 

La charité autrefois, par J.-Edmond Roy (vol. de 1890, p. 211). 

Xotre-Dame de Rocamadour, par J.-Edmond Roy (vol. de 1890, p. 
334) . 

LeGardeur de Saint-Pierre, par Edmond Mallet (vol. de 1890, p. 
520). 

Louis Chambalon, par J.-Edmond Roy (vol. de 1890, p. 535). 

Le plus grand des Souriquois, par X.-E. Dionne (vol. de 1890, p. 
577). 



— 216 — 

J.a Justice s('i<jncurial(' de Notre-Dame des Anges, ])ar .I.-Fidmond 
Tioy (vol. de l.S!M). p. 594). 

J.es Indiens en France, par N.-E. Dionne (vol. de 18i)0, p. ()41). 

Français et Sauvages, leur amitié, par~N.-E. Dionne (vol. de 1890, 
p. TU.-)). 

Ftahlissenieiit des Soeurs <le la Charité à la lîivière-Kouge, par G. 
Dugas (vol. de 1890, p. IH»; vol. de 1891, p. 21). 

J/iiiteiidaiit Robert, |>ar .I.-Kdmond Eoy (vol. de 1891, p. 28). 

J.e lî. r. lOtienne de Carlieil, ])ar Pierre Yeuillot (vol. de 1891, ]). 
95). 

l^a Croix et le manitou, ])ar L.-P. Sylvain (vol. de 1891, ]>. 148). 

J..a villa de la Broquerie, ]>ar le E. P. Louis Lalande (vol. de 1891, 
p. 153). 

(Guillaume Audouard Saint-lîermain, par J. -Edmond Poy (vol. de 
1891, j). 213). 

Jean-François Doublet, i)ar X.-E. Dionne (vol. de 18!tl, }>. 278). 

Le curé Philippe Boucher, par J. -Edmond Poy (vol. de 1891, p. 
337). 

Le fort Jacques-Cartier et la FetUe-lIennliic, ]y,\v X.-E. Dionne 
(vol. de 1891, pp. 406, 448, 526). 

Horace Bélanger, facteur en chef de la Compagnie de la Baie d'Hud- 
pon, par L.-A. Prudhomme (vol. de 1891, p. 464). 

Le collège Sainte-Marie de Montréal, par Bellay (vol. de 1891, p. 
578). 

Observations sur une étude archéologique de M. N.-E. Dionne (Le 
fort Jacques-Cartier et la Felite-Hermine), par Paul de Cazes (vol. de 
1891, p. 665). 

M. de Maisonneuve et les origines de Montréal, par Williau) Baker 
(vol. de 1891, p. 721). 

Les Oblats au Canada, par Bellay (vol. de 1892, p. 3). 

A la conquête de la Liberté en France et au Canada, jiar A.-D. De 
Celles (vol. de 1892, ])p. 130, 278). 

Réminiscences historiques: Norway House, ])ar L.-A. Prudhomme 
(vol. de 1892, p. 214). 

Le traité de Paris: son clîet dans Manitoba et les Territoires du 
Nord-Ouest, ])ar L.-A. l'rudlionune (vol. de 1892, p. 449). 

P.-G. K. 
(A siiirre) 



— 217 — 

LETTRE DE M. HOCQUART, 

intendant de la Nouvelle-France, au ministre 
(28 septembre 1740) 

Monseigneur, 

De])iiis loiigtt'nips, \oii.s avez été in l'orme en détail fie ce qui s'est pas- 
sé à la Louisiane à l'occasion de l'expédition qui avait été ])roJetée contre 
les Chicachas. 

Xous ne savons j)oint encore (juel succès auront eu les négociations 
de i)ai\ qui avaient été entamées entre M. de Bieiiville et ces Sauvages, 
tout le monde ])résume qu'elles n'auront })oint eu lieu après la séparation 
des troupes qui étaient au fort de l'Assomption. 

Les munitions et marchandises envoyées de Rochefort cette année se 
sont trouvées d'aussy l)onne qualité et aussy bien conditionnées que celles 
de l'année dernière. 

M. de Iticouart m'a adressé le mémoii'e de la visite qui a esté faite du 
bray sec et de la résine qui furent envoyés l'année dernière à Rochefort. 

Il paraist (pie l'on a esté content du bray sec et que le seul défaut que 
l'on a trouvé à la résine a esté d'être trop cuite. 

Le nommé Servadec (?) qui est chargé de cette fabrique n'est point 

encore de retour de Berthier (gouvernement de Montréal) où il a continué 

à fabriquer ces matières. .le luy remettrai, à son arrivée, une copie du 

mémoire et Je luy reconnnanderay do se conformer l'année procliaine à ce 

qu'il prescrit. 

La culture <lu ilianvre se nuiintient c(mime à l'ordinaire, les habi- 
tants de Cbamplain et <le Batiscan continuent d'en livrer dans les maga- 
sins ; il y en a aujourd'iiui trente milliers de reste qui n'ont pu être con- 
sommez par les trois cordiers éstablis à Québec. 

Les navigateurs sont si mécontents de leur ouvrage que ce n'est que 
dans une nécessité pressante qu'ils les employent. 

Je croirais qu'il conviendrait qu'il y eut un cordier qui travaillât 11- 
dellement et qui eût inspection sur les autres, Je m'en servirais dans les 
occasions du service, on Jugerait son ouvrage, mais J'estime que ]X)ur 
l'engager à l)ien faire, vous pourriez, Mgr., luy donner seulement 20 ou 



— 218 — 

30 pistoles par an, t'u le déi-orant île la qualité de Maître eordier du port 
de Québec. 

Cet expédient, uoii-seulenient procurerait plus fortement le débouché 
des chanvres qui sont en magasin, qui deviendraient de plus en plus à 
charge à cause de Finfidèlité des autres cordiers, mais encore deviendrait 
par là aux habitants occasion d'augmenter leurs cultures. 

Le magasin de la Potasse sera plein l'année })rochaine des effets des- 
tinés pour l'armement de la flûte le Canada. 

J'ai esté dans la nécessité, dès cette année de faire placer ces trente 
milliers de chanvre dans un petit hangard, près de la redoute du Palais, 
et qui me seroit utile pour des besoins plus pressents. 

Le sieur Lanoullier de Boisclerc, grand voyer, est ini des officiers su- 
balternes de la colonie qui fait le mieux sa charge. 

En toute occasion, il se distingue par son zèle et sou attachement au 
service. 

Il vient de faire un long et pénible voyage dans la rivière du fort 
l'rontenac, pour la découverte des chenières qui s'y trouvent. 

De retour à Montréal, Je l'ay envoyé au lac Champlain pour y sonder 
la rivière Chambly, à l'île aux Noix, il a troué ensuite au chemin du fort 
Chambly du rapide St-Jean et il n'a pas laissé de faire d'autres courses 
dans différents quartiers de la Colonie, soit pour y tracer de nouveaux 
chemins ou pour faire entretenir les anciens. Il est pauvre et chargé d'une 
très nombreuse famille. 

Je crois, Monseigneur, que vous le trouvez digne des grâces du Roy, 
et de la gratification extraordinaire de 100 livres que vous avez eu la bon- 
té de lui accorder pendant ])lusieurs années et que vous lui avez retranchée 
celle-cy. 

Tous les bleds que j'avais prêtés en 1738 aux habitants pour leurs 
scmances ont été rendus et même au delà ])arce ([ue j'ay eu attention à 
faire faire ce remplacement, en égard du prix qu'il recevait la même année, 
c'est ce qui fait qu'il eût trouvé 129 minots remis de plus dans les maga- 
sins. 

Cet arrangement n'a point eu lieu pour les pauvres habitants qui 
n'ont point esté en état de satisfaire et qui je présume que plusieurs 
consommèrent alors le ])eu de bled que je leur fis donner pour éviter la faim. 

La même différence de prix fait qu'il en a toujours coûté au Roy en- 
viron 700 livres, somme modique pour des temps aussy fâcheux. 



— 219 — 

Je ne pourray vous envoyer. Monseigneur, que par les vaisseaux mar- 
chands, les inventaires des divers magazins ; Je ne les ay pas encore tous 
reçus. 

Depuis le compte que M. le marquis de Beauharnois et moy avons eu 
l'honneur de vous rendre en commun de l'affaire d'entre le sieur Nor- 
mand ( ?) et le sieur Lestage, il ne m'a pas été possible d'engager les par- 
ties dans un accommodement ; l'affaire fut portée au Conseil le 19 décem- 
bre 1739 ; l'arrêt du même jour a confirmé la sentence du premier juge, 
sans avoir égard au prétendu acte de cession. 

Les écrits respectifs des parties ont été supprimés et il a été ordonné 
que tout l'acte de cession que plusieurs lettres du sieur Barret (?) a diffé- 
rents particuliers et autres ])ièces concernant l'indue rétention de ses effets 
par le sieur Xormant, demeureront déposés au greffe du Conseil. 

Cy- joint la copie du ])rononcé de cet arrest contre lequel il ne m'est 
point revenu qu'aucun ecclésiastique de Québec ayt murmuré. 

J'ay fait avertir la nommée Magdeleine Arsenault de prendre les me- 
sures qu'elle jugera à propos pour retirer à la Louisiane la somme de 910 
1. 15 d. pour le moiitaut des effets confisqués sur Jacques Labarre, son mary. 

Je suis, etc. 

HOCQUART 

Québec, le 28 septembre 1740 (1). 



(1) Archives de la iirovince de Québec. 

POTIER DE POMMEROY 



Dans le Bulletin d'avril dernier, M. Régis lioy nous apporte, d'après M. de 
la Morinerie, quelques renseignements intéressants sur la descendance de cet 
officier de l'Ile Royale. On me permettra peut-être de les compléter. M. de 
la Morinerie ne donne qu'un seul enfant à Gédéon de Pommeroy de son deuxième 
mariage avec Mario de Grange. Nous en connaissons au moins trois, d'après 
1-Etat des pensions publié à Paris en 1791, à savoir : 

Jean-Baptiste, né le 8 octobre 1766, pension de 200 livres, jusqu'à ce qu'il 
soit capitaine en second ; 

Louis-René, son frère, né le 8 juin 1767, même pension ; 

Marie- Anne- Julie, née le 20 février 1770. même pension. 

Ces trois enfants vivaient encoi'e en 1789 et résidaient à Corme-Royal, au- 
jourd'hui dans la Charente-Inférieure. 

Marie de Grange, deuxième femme de M. de Pommeroy, a dû mourir en 1771. 
J'ai sous les yeux une lettre autographe de M. de Pommeroy, écrite de Saintes en 
1773 au chevalier d'Aillebout d'Argenteuil, l'oncle de sa. première femme, et il lui 
annonce qu'il réside près de Saintes, sur sa terre de Bellevue, qui lui est venue 
par sa seconde femme "morte il y a deux ans". 

M. de Pommeroy s'est remarié une troisième fois, après 1771, avec Marie- 
Jeanne Daccarette, née à Louisbourg en 1726, et veuve de Chai'les Denis, mort 
en 1758, capitaine et second aide-major à Louisbourg. D'après l'état des pen- 
sions, M. de Pommeroy et sa troisième femme vivaient encore en 1791. 

AEGIDIUS FAUTEUX 



— 220 — 

REPONSES 



Une Bourbon à t<aint-V(ith''n'. de Buhifodr (IX, ])]). '-Vl, -V.)). — Au 
mois (le mai 1882, M. l'abbé Ivluuard Brunel inhumait dans le cimetière 
de Saint-Valère de Bulstrode une vieille personne connue sous le nom 
de Ijouise LeBourbon, âgée, disait-on de !)2 ans. 

Dans le Bulletin des BecliercJies Hisioriques de 1903 (vol. IX, p. 
51>), M. l'abbé A. -H. (iosselin écrivait ce qui suit au sujet de cette 
LeBounloii : 

'vPlutôt que de prêter serment à la constitution civile du clergé, des 
milliers (h^ ])rôtres — on évalue leur nombre à ]dus de 20,000 — n'hési- 
tèrent ])as à quitter leur ])atrie et à prendre le chemin de l'exil. Ils 
avaient à choisir entre la mort, l'exil ou la trahison de leur conscience: 
ils choisirent l'exil, suivant le conseil de l'Evangile: '^Quuni persequenhir 
vos in ciritate ista, fugife in aliam." 

"l'n bon nonibre ])assèrent en Angleterre: et quelques années plus 
tard, quarante d'entre eux obtinrent du gouvernement anglais la permis- 
sion de venir au Canada, cette autre France. L'illustre Plessis les 
accueillit avec ce tact, cette bienveillance, cette générosité qui le carac- 
térisaient, et leur confia des ])ostes importants: ils se montrèrent dignes 
de sa confiance : c'étaient en général des ecclésiastiques du plus haut 
mérite. Qui pourrait dire le bien que firent au milieu de nous ces hommes 
de coeur, de zèle et de dévouement? Au point de vue simplement fran- 
çais, (|ui ])ourrait dire l'influence que purent exercer parmi nous ces 
bons ])rétres, dans nos différentes campagnes, ])our resserrer les liens 
d'attacliement (pii nous unissent à la France? 

"Détail inédit, je crois: l'un de ces prêtres, 1\I. Courtin, émigrant 
au Caïuula, en 1795, était accompagné d'un jeune ])rince de sang royal^ 
fils naturel de Louis XY, frère du grand Dauphin, oncle ])ar conséquent 
de Louis X\'l, de Louis XVIll et de Charles X. dean-Louis de Bour- 
bon — c'était son nom — ])assa incognito au Canada, et y vécut sous un 
nom em])runté, [)rati(iuant l'bumble métier d'orfèvre dans quelque paroisse 
de la vallée de la rixière Chambly, où il se maria. Plus tard.il vint se 
fixer à Bécancour, où il mourut en 1812. Il laissa plusieurs enfants, 
dont quel(|ues-uns lurent se fixer aux Etats-I'nis, d'autres à Montréal. 
Une de ses (illes est décédée, il y a (|nel((ues années, A un âge très avancé, 



— 221 — 

et fut iiiluunér ;'i Saijit-Valère de BuLstrode, eomté d'Arthabaska. Sou 
père ne lui avait raconté son histoire que dans les dernières années de sa 
vie, et elle-même en fit la confidence à son confesseur avant de mourir. 
La vieille mentionnait surtout le fait qu'on avait coupé le col à un de 
ses parents (Louis XVI), parce qu'il y avait eu du train par en Itauf. 
Je tiens ces détails du vénérable i)rêtre lui-même qui l'assista à ses derniers 
]noments. 

"Jean-Louis de Bourbon portait la croix de .Saint-l.,ouis : cette croix 
fut léguée à une ])auvre paroisse des Cantons de l'Est, et servit à orner 
l'ostensoir du Saint-Sacrement." 

A l'aide de la tradition orale et des registres |)aroissiaux, essayons 
de faire (juchpu' lumière sur vv détail historique, bien secondaire à la 
vérité, mais ([ui ne nuuique pas d'un certain intérêt ])our les chercheurs. 

M. Ivxilia Thibodeau, un vieillard de Saint-Célestin, me disait un 
jour au sujet (h' cette LeBour(b)n, (lu'il avait connue i)ersonnellement : 
"Son véritable nom n'était pas LeBourdon, mais Descaraiîe. Klle se 
donnait ce nom de Bourdon jjaree qu'elle croyait que son ])ère était un 
descendant îles Bourdon, rois de France. Elle s'était, ajouta-t-il, mariée 
deux fois à Bécancour." 

Eu elTet, nous voyons dans les registres de Bécancour tpie le 22 
juillet 1818 Marie Descaraiîe, fille de Jean-Baf)tiste et de Marie-Louise 
DuTremble, épousa un nommé Pierre Matton. Elle était alors âgée de 
3:^ ans. Elle était donc née vers 17!).") et, à sa mort, elle était âgée de 
87 ans, non de !t2 ans. 

Le :'.] février \S',i2, ell'' .''|»ousait. en secondes noces, à Bécancour, 
J>ouis Boucher. 

M. l'a))l)é (îosselin nous dit (|ne .lean-Louis Boui'bon, orleNre de son 
métier, vécut dans une ])aroisse sur la rivière ("hambly, sous un nom 
d'emprunt, et vint mourir en 181;^ à Bécancour. 

Dans les registres de la ])aroisse de Saint-Charles, comté de Ikiclie- 
lieu, nous voyons (pie, le 3 nuirs 17i>4, .lean-Baptiste Decarafl'e, fils de 
«lean-Baptiste DecaratTe et de Marie-Louis Frémont, du diocèvse de Paris, 
se maria à Marie-Louise DuTremble, fille de Michel et de Brigitte 
Cantara. ("est probablement là qu'est née sa fille Marie-Louise. 

Jean-Baptiste Decaraffe fit luiptiser deux enfants à Saint-Mathias, 
un en 179() et l'autre en 171)7. Ce dernier, du nom de Jean-Baptiste, 
épousa en 1828, à Yamaska, Marie Salois. En 1798, Jean-Baptiste 



— 222 — 

Decaratre fit baptiser à Bolueil son quatrième enfant sous le nom dy 
Pierre-André, marié à Bécancour à Marie Robiehaud. 

Le -^4 août 1800, Jean-Baptiste Deearaffe est résidant à Bécancour 
(U'iniis neuf mois et ])rati(]ue son métier d'orfèvre. 

De 1802 à 1812, Jean-Baptiste Deearaffe présente encore huit enfants 
au baptême et, chaque fois, il signe son nom, chose assez rare à cette 
époque. 

Les gens de liécaiicour, on ne sait i»our(|uoi, avaient surnommé cette 
famille nouvellement arrivée dans la ])aroisse les Christophe. 

Jean-Ba])tiste Deearaffe fut inhumé à Bécancour, le Ifi mars 1813, 
âgé de 51 ans. Il était donc né vers 1762. 

Dès les jn-emiers jours de son mariage, Jean-Baptiste Deearaffe avait 
fait connaître secrètement à son épouse que son véritable nom était 
Jean-Louis Bourbon. 

Sur son lit de mort, il aurait en plus dévoilé son secret à ses enfants. 
11 est difficile de sujiposer qu'à ce moment solennel il eût l'intention 
de les tromper. 

Quoiqu'il en soit, tous ses descendants que j'ai vus ou consultés 
sont fermement convaincus que leur ancêtre Jean-Baptiste Deearaffe était 
un Bourbon. 

En 1825, Marie-Louise Du Tremble-Cottenoire épousa Joseph Le- 
blanc, de Saint-Grégoire. Elle fut inhumée à Saint-Célestin en 1866, 
âgée de 98 ans. Enterrée d'abord dans le cimetière paroissial, plus tard 
Mgr Marquis, curé de Saint-Célestin, fit transporter son corps dans sou 
caveau de famille, disant : "C'est le corps de la femme du fils d'un roi 
de France." 

L'abbé CHS-ED. MAILHOT 

M. de Lévis et la conquête du Canada (III, p. 16). — Il y a déjà 
vingt-cinq ans, on écrivait au Bulletin des Recherches Historiques: 

"Lorsqu'en 1778 la France se déclara en faveur des Etats-Unis 
révoltés contre l'Angleterre le désir des hommes d'Etat français était 
de recouvrer le Canada. M. de Taurines, dans son livre La nation cana- 
dienne, dit que le chevalier, devenu le maréchal de Lévis, offrit ses services 
]tour concourir à l'exécution de ce projet. Où a-t-il pris ses preuves ?" 

Je ne crois pas qu'aucun correspondant du Bulletin ait jamais 
ré[)oii(lu à cette question. Je n'ai pas, luui i>lus, la prétention ni le 



— 223 — 

pouvoir d'y répondre, mais Je crois avoir un filon qui aidera à découvrir 
la vérité sur ce point d'histoire. 

En 1TT8, l'ingénieur Desandrouiiis, ali>rs en retraite à Sarrelouis, 
qui avait servi avec le chevalier de Lévis au Canada, lui envoyait un long- 
mémoire dans lequel, j)our me servir de ses propres ternies, il se proposait 
de faire voir: lo combien il importe à la France de soustraire le Canada 
de la domination anglaise ; '2o quelles sont les difficultés et les obstacles 
qu'on aurait à surmonter pour y })arvenir: ;3o quels sont les moyens à 
employer dans une expédition propre à remplir cet objet; lo quelle 
serait la conduite à tenir en arrivant dans le })ays jusqu'au moment de 
l'ouverture de la tranchée devant Québec." 

Ce mémoire a été publié dans les Lettres et pièces militaires de la 
Collection Lévis, page 31i). 

Dans la lettre de M. Desaifdrouins à M. de Lévis qui accompagnait 
son mémoire, lettre en date du 2Q août 17TS, je lis le passage suivant: 

"Vous \-errez, mon général, que le siège de Québec est ma passion, 
à la(juelle je tâche d'amener les vues du gouvernement en en prouvant 
d'abord l'importance de mon mieux. Ensuite Je tâche de démontrer que 
tous les Washington du monde, avec les troupes qu'ils commandent n'en 
viendront ]>as à bout. Puis je détaille en gros ce qu'il faudrait ]iour 
l'expédition. 

"Vous trouverez ])eut-être, mou général, que j'ai demandé un peu 
trop, et (pi'avec moins d'attirails vous en viendrez à bout. Ce n'est pas 
que Je n'aie t(»utt' la coiiflaiict' possible eu votre talent et vos ressources; 
mais je n'ai ])as cru qu'il me fût permis de rien omettre de ce que la 
prudence i)eut dicter. Vous en aurez plus d'iionneur si vous exécutez 
plus rapidement et avec moins de moyens. . . Pour moi, je vous suivrai, 
mon général, n'eussiez-vous (ju'une compagnie de grenadiers pour escorte; 
mais je ne répondrais pas de révénement." 

Ces hgnes indiquent bien clairement, n'est-ce pas, qu'il était alors 
question en France d'une expédition pour aller re])rendre Québec. M. 
de Lévis avait-il offert ses services pour aller reprendre Québec aux 
Anglais? Je l'ignore. 

Le naufrage du "Saint-François-Xavier" (XXVIII, p. 155.) — Pen- 
dant que la flotte de Phipps était devant Québec en 1690, trois navires 
français qui remontaient le Saint-Laurent échappèrent aux Anglais grâce 
à la présence d'esprit de quelques habitants de la Baie Saint-Paul. Ceux-ci, 



— 224 — 

voyant (|iR' k'< navires J'ranyais s'ils coiiliiuiaiciil leur route tomberaient au 
])ouvoir des Anglais, se jetèrent dans de légères embarcations et allèrent 
les avertir du danger auquel ils couraient. Les trois navires entrèrent 
alors dans la rivière Saguenay et n'en sortirent qu'après le départ de la 
Hotte anglaise. Ces vaisseaux étaient la frégate /(/ Fleur de May, le Glo- 
rieux et le Suini-Fntnroi.'i-Xnrier. Ils étaient chargés de provisions de 
toutes sortes pour la colonie et leur perte aurait été extrêmement préjudi- 
cialde au ])ays. 

A l'été de IGiH, le S'diil-Fninroi^-Xavier revint dans la Xouvelle- 
Irauce. 11 repartit i)our la France au milieu de novembre de la même 
année avec un chargement complet et ])lusieurs passagers. On n'en en- 
tendit januiis jdus parler. 

La ])ièce suivante jette un ])eu de lumière sur la perte ou la dispari- 
lion du Sdlnl'Fraurol.s-Xavier : 

"Aujourd'hui quinzie. d'octobre après midy l'an mil six cent quatre 
vingt treize, à la réquisition du sieur Charles Aubert de la Chesna3'e, mar- 
chand bourgeois de cette ville, au nom et comme exécuteur du testament 
ollographe de deffunt le sieur Charles Patu, vivant marchand en cette dite 
ville, pardevant nous ]U)taire gardenotes du lloy en sa Prevosté de Québec 
en la >s'ouvelle-France sousné., sont comparus Mr. ]\Ie. J. Bapte. Peuvret 
de Mesnu, coner. sécrété, du Koy, gretiier en chef au Con. Souverain de ce 
pays, le sr Peuvret de Godarville son fils, Me. Jq. Petit de Yerneuil. et Me. 
Georges liegnard Duplessis, trésorier de la Marine, Lucien Boutteville. . 
mde., en cette ville de Québec, lesquels ont déclaré et certifié qu'ils scavent 
certainement qu'environ le seize ou 17 de novembre de l'an mil six cent 
quatre ^ingt onze le dit sieur Patu s'est einbarqué en la rade de cette ville 
sur le navire le Sf-Fr(in(:ohs-Xavier pour passer en France, et que depuis 
on n'a pu apprendre aucune nouvelle du dit navire ny d'aucune des per- 
sonnes qui estaient dessus, et qu'un chacun croit icy que le dit navire est 
]iéry en mer par quelque mauvais temps, ce (pi'ils affirment en leur âme et 
conscience estre véritable dont le dit sieur de la Chesnaye a requis acte 
pour servir et valoir ce qu'il appartiendra les d. jour et an que dessus pré- 
sence des sieurs Jacques de Pionsac et de Jean Abraham commis du dit 
sieur Boutteville, témoins qui ont avec les d. sr. de la Chesnaye et autres 
susnommés et nous signé ces pntes. 

Peuvret — Peuvret — Duplessis — Boutteville — Abraham — Pion- 
sac — de Verneuil — Perré — Genaple (1). 



<^) Archives .IiKliciaires d»' (^iuébec, greffe de Genaple. 



BULLETIN 



DKS 



RECHERCHES HISTORIQUES 



TOL. XXVIII BEAUCEVILLE - AOllT WI N» 8 



A PROPOS DU REGIMENT DE CARIGNAN 



A Paris, le 2 avril IGfi-t. 
Monsieur 

Quelque temps après la reffonnation de la compe du 
regt dint'rie de Sallieres dont le Sr de Launay estoit Lieu- 
tenant, Le Roy luy accorda l'enseigne colonelle du mesme 
cori)s. Et sur ce que Mr de Salliere luy i)roniist de luy pro- 
curer une lieutenance, je luy abandonnait sa charge. Pré- 
sentement que la compe dans laquelle il debvoit estre 
lieutenant a esté cassée Je demande a rentrer dans la 
charge denseigne de la colenelle. Le Roy na rien voullu 
ordonner sur cela qu'au])aravant Sa Maté n'eust esté in- 
formée de la vérité de ce quil allègue, et i)our en estre 
esclaircy il est necessre que vous voyez celuy qui est ensei- 
gne colonelle que vous luy demandies sil est en possession 
de sa charge en vertu de Lre du Roy, Sil lest par la démis- 
sion du sr de Launay on peut fe promotion a une Lieute- 
nance quil les a Reiiiis et depuis quel temps et si le d Sr 
de Launay na point tiré quelque utilité de luy, en luy 
donnant son consentement. 

Je suis, 
Le Cre Esmale (1) 

(1) Archives du Canada. Correspondance générale, vol. 184, f. 284. 



— 226 — 

A Paris, le 6 janvier 1665 
Monsieur 

Yre âge et voz blessures augmentent lestime que Ion 
(loibt avoir du zèle avec leql vous vous disposez daller faire 
le voyage de Canada. Il ne sera pas dune plus longue 
durée que de quinze ou seize mois et après que vous serez 
revenu et que le Roy aura esté informé des bons services 
que vous luy aurez rendus II est sans doubte que sa maté 
sera fort conviée a vous favoriser selon ce que vous desirez 
et pour mon parer jy contribueray ce qu i)ourra dépendre 
de moy. 

Je suis 

le Sr de la Toiu\ 
A M. de la Tour le bje, Janvier 1665, a Paris (2). 



A Paris, le 17 janvier 1665 
Monsieur 

Sur le besoin que les cappes du regt. dinfrie de Cari- 
gnan qui sont a Marsal ont tesmoigné avoir de recevoir 
leurs appts du mois de décembre je les ay fait payer icy, 
et jay crû que je le pouvois avec toute seureté puisque 
Monsieur Le Tellier et moy navions point expédie dordre 
pour leur payement mais dez que jay appris par la Ire 
que vous mavez fait llioimeur de mescrire le 8e de ce mois 
quies lont esté a Marsal jay accommodé la chose de sorte 
que le trésorier est content, et que vous nen entendrez plus 
l)arler. 

Je vous adresse les du])})ta dune ordce et de divers 
ordres que jay exi)ediez tant pour le payement jusques a 
la fin de lannée dernière des appts des troupes (en faveur) 
des deux gai'des qui sont i)res de sa personne et du garde 
magasin de Marsal que i^our le payement de quatre cens 
livr i)our la réfection du pont de Inoyemin, et de trois cens 
livres i)our la fourre du bois et de la chandelle des corps 
de garde et la place et cirk jusq au })remier jour de sep- 

(2) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 191, f. 44. 



— 227 — 

tembre prochain. Vous aurez sil vous plaist agréable de 
pourvoir a la satisfon dun chacun et de me croire toujours 
M. de (lioisy (3). 



A Paris, le 23 janvier 1665 
Monsieur 

Je vous adresse des ordres du Roy que jay expédiez 
pour faire embarquer dans lun des ports de Brouage ou 
de la Rochelle le régiment Sallières, dans le temps que vous 
jugerez necessre au service de sa maté. Vous trouverez 
aussy cy joint le Du])])ta de lordre que jay donné au treser 
de lextre de faire voicturer le ])lustost quil i)ourra auprès 
de vous le fonds de la subce dud. régiment durant les dix 
derniers mois de cette année et les trois premiers mois de 
la i)rochaine pour estre par vous em])loyez a lentretenne- 
ment de ces corps durant ce temps la (hit les deux premiers 
mois doibvent estre payez complets pour donner moyen 
aux capi)nes de fortiftier leurs compes et de les mettre sur 
le i)ied de cinquante hommes l)ien faits bien vestus et bien 
armez et atin quils employent utilement largent de sa maté 
Il sera ])on que vous preniez la peine de les soliciter de 
faiie leur debvoir, et de leur en faciliter tous les moyens 
qui dépendront de vous. Je suis toujours 

L. 
M. de Terron. 

A M. Colbert de Terron, ce XXIIIe janvier 1665, 
à Paris (4) 



A Paris, le 27 janvier 1665 
Monsieur 

Les deux 1res que vous avez pris la peine de mescrire 
les 19 et 20 de ce mois mont esté rendues avec les procès 
verbaux qui ont esté faits sur les desordres commis par 
le régiment de Carignan Sallières dans les lieux de Mar- 
cs) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 191, f. 140. 
(4) Archives du Canada. Correspondance générale, vol. 191, f. 191. 



— 228 — 

cheiioir et de Peronaille scituez dans la generallité Dor- 
léans, je nay rendu compte au Roy et après que sa maté a 
considéré que ces desordres nestoyent x^as considérables, 
et que ce régiment est destiné ])our aller en Canada elle a 
crû quelle debvoit avoir plus dindulgence pour luy quelle 
en tist faire réprimande au commandant. 

Il seroit bon que Messrs les gouverneurs et les inten- 
dants des i)rovinces fussent exactement informez du pas- 
sage des troupes dans lestendue de leurs charges mais la 
chose nest pas toujours possible et lusage veult que quand 
une troupe i)arte d'un lieu ou il y a un ordr réglé le com- 
mandant leur envoyé par cette voye les 1res de sa maté 
par lesqlles il leur est donné advis de son passage, mais sil 
ny en a i)oint il nest obligé que de les laisser dans le jyre- 
mier lieu du gouvernement ou du département par ce quil 
n'a pas le moyen de fournir aux frais de Lenvoy dun 
homme exprez pour les leur faire tenir. 

Je suis toujours 

L- 

M. de la Gallissonnierre. 

A M. de la Gallissonniere, du 27 Janvier 1665, à Pa- 
ris (5) 



A Paris, le 9 février 1665 
Monsieur 

Vous ne scauriez jamais aporter trop de soin pour 
maintenir en discipline les soldats du régiment que vous 
commandez ny tenir un jour une meilleure conduitte pour 
le conserver. 

Le Roy a fort approuvé que les ca^jpnes ayent con- 
damné aux galleres le soldat qui a esté saisy des meubles 
ql avait volez et Ion donnera ordre a ce qu'il soit attaché à 
la chaisne. 

De tous les cappnes de vre régiment il ny a eu que le 
Sr Delemongne qui ayt eu permission de se desmettre de 

(5) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 191, f. 228. 



— 229 — 

sa eompe en faveur du Sr de Saintour son enseigne mais 
désormais sa maté ne permettra plus a aucun officier du 
corps de se deffaire que sil y en a quelqun qui ne veuille 
pas faire le voyage sa maté pourvoira a sa charge, et pour 
cet effect il sera necessre qu'en ces cas avant le temps de 
vre embarquement vous menvoyez un mémoire de leurs 
noms et de ceux qui pourroyent estre employés en leurs 
places et je croy quapres que sa mate en aura entendu la 
lecture elle i)rendra la resolution de casser les uns et de 
gratiffier les autres. 

Je suis, 
M. de Sallieres. 

A M. de Sallieres, du 9 feber 1665, à Paris (6) 



A Paris, 9e feber 1665 
Monsieur 

La compe du sr de Froment est une des plus faibles 
du régiment de Carignan Sallieres mais parce que cette 
compe lui a esté doimée telle quelle est on ne peut luy en 
attribuer la faulte, et par ce quil est necessre de pourvoir a 
son restablissement Lon a du penser icy de détacher deux 
soldats de chacune des com])e dinfrie qui sont en garon a 
Brouage et a Olleron et de les incorporer dans la sienne 
en i)ayant aux capi)nes quinze livres pour chaque soldat. 
Vous examinerez sil vous plaist cette proposition et si 
vous la trouvez faisable vous i)ourrez la faire exécuter 
pourveu que les Cappnes des susdes garons en demeurent 
daccord. Je suis toujours. 

M. Colbert de Terron. 
M. de Terron, du 9 feber 1665, à Paris (7) 



A Paris, le 28 février 1665 
Monsieur 

Les deux 1res que vous avez pris la peine de mescrire 
les 8 et 15 de ce mois mont esté rendues. Vous aves eu 



(6) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 191, f. 335. 

(7) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 191, f. 340. 



— 230 — 

des eoiiimons plus importantes que celle de faire la cliapt 
d6's choses nécessaires ])oiir la subsistance et entretenemt 
du régiment dinfrie de Carignan Sallieres durant le temps 
quil tni])loyera dans son Voyage dont vous vous estes si 
bien acquitte que je masseure q quand tous les officiers 
seroyent presens ils ne i)ourroyent rien adjouster à vos 
soins, Lon laisse pourtant a vtre liberté dy appeler ceux 
dentreux que vous jugerez a propos. 

Il y a a la vérité quelques cappnes et autres officiers 
du niesme régiment qui sont absens mais vraysemblable- 
ment ils sont allez la i)luspart travailler a leurs recreus 
et a se préparer pour leur voyage. Et afin de donner 
moyen aux cappnes de rendre leurs compes conqjlettes de 
cinquante hommes bien faits bien vestus et bien armez sa 
maté a trouvé bon de les faire payer complette depuis le 
premier jour de Janvier jusqua leur embarquement, vous 
aurez sil vous plaist agréable de les advertir de la grâce 
que le Roy leur accorde et leur déclarer que sils ne font 
un bon usage de largent de sa maté non seullement elle les 
fera casser mais elle les fera arrester prisonnier pour la 
restitution de largent quils nauront point employé au 
service de sa maté. 

Quoique lon présume que tous les officiers se ren- 
dront au corps dans le temps de lembarquement neant- 
moins sils y manquoyent sa maté souhaitte que quinze 
jours avant que ce corps doibve se mettre en mer vous 
envoyez icy un mémoire de tous ceux qui seront absens 
et de ceux que lon pourra gratiffier de leurs charges afin 
que sa maté jouisse y pourvoir. Je suis toujours 

M. de Terron. 

M. de Terron. 
A M. Colbert de Terron, du 28 feber 1665, à Paris (8) 



A Paris, le 28 février 1665 
Monsieur 

Jav receu avec vre Ire du 6e de ce mois les informa- 



(8) Archives du Canada, Ci>rrespondanc'e générale, vol. liU, f. 440. 



— 231 — 

tiens que vous avez fait de lassassinat commis en la per- 
sonne dun sergent de la compe de Rougemont au régiment 
dinfrie de Carignan Sallieres par les enfans du Sr de 
])aillé gentillioe des environs de St. Jean dangely. Le 
Roy qui en a eu eongnoissance ne veult pas que cette action 
demeure impunie et sa maté désire que le procès soit fait 
et i)arfait aux coupa])les selon la rigueur des ordonnances. 

Vous pouvez décerner prise de corps contre ceux que 
vous me marquez qui depuis quelques mois ont commis 
deux assassinats a la cam])agne, et quand vre procedeure 
sera en estât vous me lenvoyrez Jeu rendray à sa maté et 
je ne doubte point quelle envoyé ses ordres ])our vous faire 
assister des trouj) dont vous aurez besoin pour vous saisir 
de leurs personnes dans quelque lieu quils puissent estre 
réfugiez. Je suis, L. 

Le Sr de Launay, prevost des Maraus de St. Jean 
Dangely. 

Au })revost des maraux de St Jean Dangelv du 28 fber 
1665, à Paris (9) 



A Paris, le 28 février 1665 
Monsieur 

Vos leres des 2 et 6 de ce mois mont esté rendues et 
avec la dernière la reveue du régiment de Carignan Sal- 
lieres Quoy que toutes les comp soyent beaucouj) au des- 
soubs cinquante honunes Le Roy veult bien a commencer 
du premier janvier dernier jusques au jour de lembar- 
quement les faire ])ayer sur le pied employé dans son estât 
Ijour domier moyen aux cai)pnes de les rendres complettes 
de soldats bien faits bien A^estus et bien armez, vous leur 
ferez deslivrer les fonds des derniers revenans bons qui 
est en voz mains, vous les exliorterez de travailler inces- 
samment a leurs recreues et a faire habiller et armer leurs 
vieux soldats, et vous leur ferez congnoistre que si de lem- 
barquement les compes ne sont en Estât, que sa maté les 

(9) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 191, f. 445. 



— 232 — 

désire elle fera casser les ca})])nes, et les fera arrester i^our 
la restitution de largent quils auront aplicqué a leur 
prof fit. 

Le sr de la Varenne ma escrit quil seroit bien ayse 
de ne i)as i)ayer ])resentenient les soixante quinze livres 
quil doibt pour des nouriitures qui luy ont esté fournies 
a Amiens et qui doi])vent luy estre retenues en vertu dune 
ordonnance et arrest de Courtin. Je luy responds quil 
est juste quil acquitte ses debtes, et je me persuade quil 
ny aura plus en cela de difficulté. 

Si les liabittans de St Jean dangely continuent a estre 
fascheux et a maltraiter les soldats je croy que les officiers 
feront establir un corps de garde dans la place pour em- 
pesclier les violences et le bruit mais il ne fault pas qu'ils 
sen servent 2:)our faire mal a personne. 

Jay receu les informations qui ont esté faites par Le 
prevost des maraux de St. Jean dangely sur lassassinat 
commis par quelques gentils hommes en la personne dun 
sergent a la compe de Rougemont. Je recomde présen- 
tement aux prevost de continuer les procédures contreux 
et de faire juger le procès suivant la rigueur des ordon- 
nances et Vous y tiendrez la main de vre part. Je suis 

Le Commre du Cliaunoy. 
Au Commre du Cliaimoy, du 28 feber 1665, à Paris (10) 



A Paris, le 28 février 1665 
Monsieur 

Apres que jay fait lecture au Roy de la Ire que vous 
avez ])ris la peine de mescrire, le 8e de ce mois sa maté a 
trouvé bon de faire expédier des routtes pour faire aller 
de Rennes a St Jean Dangely les recrues de trois comp 
de vre n^giment et daugter au mesme lieu celles de quatre 
comp et pour donner moyen non seult a ces cai)])nes mais 
encore a tous les autres du mesme cori)s de rendre leurs 
comp com])lettes de soldats l)ien faits ])ien vestus et bien 

(10) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 191. f. 446. 



— 233 — 

armez sa maté a résolu de les faire payer sur le pied de 
cinquante honnnes a e(jmmencer du premier de janvier 
jusq au jour de leur embarquement. 

Lemportement du Lieutenant de la Comp de Rouge- 
mont contre son cappne mérite le chastiment qui luy a 
esté fait, vous verrez par lordre cy joint que sa maté désire 
quil demeure en arrest jusques a lembarquement du régi- 
ment. 

Puisque le Sr de Rouserel nest pas bien avec le Sr de 
la Varenne son cappne et que le Sr Desgranges Lieutenant 
de la comi)e de Duprat veult bien prendre sa place et luy 
cedder la siemie sa maté a eu bien agréable ce changement 
et pour lexecuter je vous adresse les lettres qui sont ne- 
cessres vous i)ouvez en toute liberté aller faire chez vous 
le voyage que vous i)roi)osez et pourveu que vous vous 
rendiez au régiment a la fin de Mars le service de sa maté 
nen recevra aucun ])rejudice. Je suis 

M. de Sallieres. 
A M. de Sallieres, du 28 febvre 1665, à Paris (11) 



A Paris, le 30 mars 1665 
Monsieur 

La Ire que mon fils vous a escrite il y a quelque temps 
vous aura apris que le Roy avoit résolu de faire expédier 
en son conel, un arrest portant que vous (^ontinuriez les 
])rocedures qui ont esté commencées ])ar vous, et par le Sr 
Roustran allencontre tant des Srs de Paillé gentilshommes 
frères pour raison de lassassinat quils ont commis en la 
personne du nonnné Hirais sergent au regt de Carignan 
Sallieres ; que du nommé Yvon sergent et des quelques 
soldats dud regt. accuses de i^lusieurs desordres, et quapres 
quelles seront achevées leur jjroces sera jugé dans le pre- 
sidial de Xaintes. Présentement il vous adresse le d. 
arrest afin que vous preniez soin de le faire exécuter avec 
ponctualité et diligence. Je suis, 

(11) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 191, f. 447. 



— 234 — 

Le Sr de Laimay prevost de St Jean Dangely. 
Au Prevost de St Jean Dangely, du 30e mars 1665 a Pa- 
ris (12) 



A Paris, le 10 avril 1665 
Monsieur 

Jay receu les deux leres que vous mavez fait llionneur 
de nieserire les 23 et 30 du mois passé et avec la première 
la démission de la lieutenanee de la compe de Cliambly au 
régiment de Carignan. Comme lintention du Roy est que 
de officiers expérimentez servent au voyage que doibt faire 
le régiment dinf anrie Carignan sa mate na pas jugé a pro- 
pos d'agréer que le Sr de la Bartlie se desmist de sa lieute- 
nanee et sil n'est pas en disposition de s'embarquer, elle 
disposera de sa charge en faveur de quelque bon officier 
'qui sera bien ayse daller servir en sa place. Je suis f asché 
de voir que ce quil a désiré nayt reussy mais il na pas tenu 
a moy vous trouverez cy joint la démission que vous mavez 
adressée. 

M. le marq de Marins. 
A M. de Marins, du Xe avril 1665 à Paris (13) 



A Paris, le 13 avril 1665 
Monsieur 

Comme il nest pas hors daparance que quelques Lieu- 
tenants, et enseignes de vre régiment ne se trouvent pas 
presens au corps lors quil sembarquera Le Roy qui veult 
que toutes les charges soyent remplies a jugé a propos de 
laisser a vre choix les enseignes que vous jugerez les plus 
capables de monter aux lieutenances dont les titulaires 
seront a])sens, et les Cadets ou autres personnes capables 
de remplir les Enseignes de ceux qui seront promus aux 
lieutenances ou qui auront abandonné leurs charges. Pour 
exécuter la resolution de sa maté je vous adresse les des- 

(12) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 192, f. 169. 

(13) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 192, f. 233. 



— 235 — 

l)esclies pour douze lieutenants, et i^our seize Enseignes, 
Elles ont esté laissées en blanc afin que vous puissiez les 
remplir de ceux que vous en aurez gratiffies de la part du 
Roy, et vous aurez sil vous plaist soin de menvoyer un mé- 
moire qui contienne bien aparent le nom de ceux que vous 
aurez choisis tant pour les lieutenances que pour les Ensei- 
gnes, celuy de ceux en la ])lace desqls ils auront monté, celuy 
de la compe et le genre de la vaccance soit par désertion ou 
par promotion, jen ai besoin pour le marquer sur noz regis- 
tres et faire congre a sa maté ceux qui ont llioneur de la ser- 
vir dans vre régiment. Je suis 

M. de sallieres L. 

A M. de Sallieres, du 18e avril 1665 a Paris (14) 



A Paris, le 17 avril 1665 
Monsieur 

Je vous adresse un i)lacet qui a esté i)nté au Roy au 
nom du nonnné La Combe Poccatiere maral des logis de 
vre régiment. Le long temps quil parroist que cet liomme 
sert a porté sa maté a luy accorder une charge supérieure 
a la sienne et elle ma conunandé de vous faire scavoir quelle 
se remet a vous de luy donner ou une Lieutenance ou une 
enseigne de celles qui vacqueront 2)ar désertion selon la 
congnoissance que vous auiez de sa cai)acité. Je suis 

M. de Sallieres. 
A M. de Sallieres, du 17e avril 1665 à Paris (15) 



A Paris, le 19 avril 1665 
Monsieur 

Jay leu au Roy la 1ère que vous avez pris la peine des- 
crire a mon fils pour cet oificier le 14 de ce mois, sa maté a 
escouté avec bonté voz raisons, et elle ma commandé de 
vous faire scavoir que si Monsr de Tracy avoit deul) de- 
meurer fixe au pays ou vous allez vous nauriez recongnu 
que luy, que lincertitude de son séjour la obligé destablir un 

(14) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 192, f. 250. 

(15) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 192, f. 272. 



— 236 — 

gouverneur du pays que suivant l'usage du royaume Monsr 
de Courcelles doibt commander a toutes les troupes qui se 
trouveront dans lestendue de son gouvernement de la mes- 
me façon que le font en f ranee Messrs les gouverneurs et 
lieutenants geraux des provinces de quelque qualité quils 
soyent. Au surplus jay eu ordre de vous faire sçavoir 
aussy que sa maté estime vre personne et que comme elle a 
fort a coeur le succès des affaires auxquelles vous allez 
estre employé il ny a rien qui puisse tant contribuer a vre 
fortune que la soubmission a ses volontés et les services que 
vous lu}^ rendrez en cela. 

i Vous aurez veu par les despesclies en blanc que mon fils 
vous a adressées par le dernier ordre que sa maté qui se 
confie en vous a bien voullu vous laisser le choix des offi- 
ciers qui rempliront les charges de Lieutenant et des ensei- 
gnes qui ne se trouveront pas presens a leurs charges lors- 
que vous vous embarquerez. Je suis toujours avec sincérité. 

M. de Sallieres. 
A Mr. Desallieres, du 19e avril 1665 à Paris (16) 



A Paris, le 8 may 1665 
Monsieur 

Comme Le Roy sest remis a mons de Sallieres de dis- 
poser des Lieutenances et des Enseignes qui se trouveront 
comme vaccantes par l'absence des titulaires dans le régi- 
ment quil commande et que je luy ay adressé par cet effect 
des lett en blanc sa maté ne peut disposer du dra^Deau que 
vous luy demandez dans le mesme corps pour le sr de 
Beaumont vre neveu. Vous pourrez vous adresser aud sr 
de Sallieres et je masseure que sil na point donné cette 
charge il la remplira de celuy que vous proposez. Je suis 

M. de Courcelles. 
A M. de Courcelles du 8e may 1665 à St G. L.(17) 
(La fin dans la j^rochaine livraison). 



(16) Archiv'es du Canada, Correspondance générale, vol. 192, f. 291. 

(17) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 193, i. 84. 



237 — 



LE PREMIER NOTAIRE ANGLAIS DE 
MONTREAL, JOHN BURKE 



On lit dans le Bulletin de 191-1:, p. 230, que le premier notaire anglais 
de Montréal fut Edward-William Gray. Plus tard en 1919 {B. R. H. p. 
231) on a signalé que le notaire Kichard McCarthy avait obtenu sa com- 
mission au mois de juillet 176Ô, alors que le sieur Gray n'eut la sienne 
qu'au mois d'octobre. 

Mais l'honneur qu'on a voulu leur conférer n'est dû ni à l'un ni à 
l'autre ; il reviendrait j)lutôt à John Burke qui fut notaire, coroner, gref- 
fier, protonotaire, etc. 

L'historien du notariat, J. -Edmond Koy lui a consacré une notice as- 
seîî copieuse, sans cependant avoir tout dit sur c;e personnage qui sem- 
ble avoir entretenu, au grand jour, des relations amicales avec nos pères, 
alors que dans l'ombre il chorchait à attirer sur eux la méfiance des gou- 
vernants. 

Par une lettre reproduite ci-après, on verra que Burke fut nommé 
notaire par le gouverneur Gage en 1762. Nous savons également qu'il 
exerçait sa profession en 1763, car dans un acte de Mézières, du 9 septem- 
bre, le dit John Burke "notaire royal" loue de Marguerite Ràimbault, 
épouse ot proi-uratrice de Pierre Boucher de Boucherville, pour quatre 
ans, à commencer au mois d'avril 1764, "un verger sis au pied de la mon- 
tagne avec les bâtiments et dépendances qui s'y trouvent." Pour loyer 
le locataire devait payer, cliacpie année, "150 piastres, plus 3 barri([ues de 
pommes et une barrique de cidre." 

Mais revenons à la lettre dont nous parlons ci-dessus ; elle est datée, 
à Montréal, du 21 juillet 1783 et elle est adressée à Eobert Mathews : 
"Cher monsieur, 

Je demande la permission de vous informer que l'an dernier ou il y 
a deux ans, je me ])roposais de faire renouveler ma licence comme notaire, 
ayant été appointé dans ce district en 1762 par le général Gage quand il 
avait le gouvernement de Montréal, (alors un gouvernement) et ayant été 
confirmé dans cette charge ])ar le général Murray. Mais lors de l'inva- 
sion de ce pays ayant été obligé de me retirer à la campagne avec mes pa- 
piers j'ai perdu ma commission et comme je m'attendais de la retrouver 



— 238 — 

un jour ou l'autre, j'ai toujours (liiréré de i'aire une nouvelle apj)lication. 
Voyant qu'il n'est i)as probable que je puisse la retrouver, je vous demande 
(ie supplier son Excellence de m'accorder une nouvelle commission. Plu- 
sieurs raisons m'engagent à l'aire cette demande, vu particulièrement que 
j'ai à régler plusieurs affaires concernant la seigneurie de M. Barrow 
(maintenant capitaine). J'espère, vu que j'ai été nommé notaire il y a 
dix-buit ou vingt ans et que j'ai })erdu ma commission, que son Excellence 
n'aura pas d'objection à m'en accorder une nouvelle. Je suis dans ce 
pays depuis longtemps et comme j'en connais la langue, les lois et les cou- 
tumes je crois que l'on m'accordera cette faveur. Votre complaisance eu 
faisant cette application aussitôt qu'il vous sera possible me sera d'autant 
])lus obligeante que j'attends après cette commission pour terminer des af- 
faires pressantes. J'ai écrit à M. Pownall que si Son Excellence me fai- 
sait cette faveur, de vouloir bien m'envoyer cette commission. 

Je vous demande pardon du trouble que je vous donne et je vous prie 
de croire que votre amitié et votre assistance en cette occasion seront tou- 
jours reconnues." (1) 

X X X 

(3n le voit, Jobn Burke avait été notaire dès 1T62, il avait eu un 
greffe qu'il avait emporté avec lui, lors de l'arrivée des Américains en 
1T75 et il demande à être pourvue d'une nouvelle commission en 1Î83, ce 
qui lui fut accordé sans difficulté. 

Malgré ces deux commissions, nous ignorons encore, si le sieur Burke 
a exercé la jirofession régulièrement ou de façon intermittente, et si son 
greffe fut maigre ou volumineux, attendu que nous n'avons encore trouvé 
aucun acte dressé par lui. Ce que l'on sait, c'est qu'il entretint une cor- 
respondance avec les autorités anglaises et qu'il s'employa à nuire autant 
que possible aux Canadiens français, dont il parlait la langue et connais- 
sait bien les moeurs et coutumes. X^ous en donnerons la preuve suivante, 
entre autres : 

"To Robert Matbews Esquire, 

Montréal, Ist Septemr. 1783 



(1) Nous prenons la traduction libre de cette lettre dans l'Histoire du nota- 
riat, vol. II, p. 142. Le texte exact se trouve à Ottawa, collection Haldimand, 
série B, vol. 75-1, p. 138. A remarquer que dans le livre de M. Roy, le metteur 
en page a i»orté la cotte de ce document ;\ la page 143. 



— 239 — 



Dear Sir, 



I hâve proposée! myself the pleasure of saluting you thus, soon after 
] received your favor, informing me of his Excelleiicy's admitting a Rene- 
wal of my Licence of Xotary but was immediately to the Country partly 
on Circuit and partly at Yamaska. And now take an opportunity of 
thanking you for your kind attention and application in my favor-And at 
same time I cant help taking N"otice to you, of some measures taken by the 
Gentry and others of the Canadians at this place, for the means of procu- 
ring at home, Certain Reformations and altérations, in their Laws, Cus- 
toms and Privilidges in this Country-That of adopting the mode of sen- 
ding home Re presentatives ; l'm informed there are two, to be chosen, by 
a plurality of votes or subscribers for this Purpose, there are some per- 
sons, appointed to go about with a Paper to be subscribed. I dont know 
who ail the Candides are, but am well assured, that Messr. Adhemar and 
John Delisle of this Place are two, who stand a good chance of being 
Elected. The Eniissarys go every cuningly from House to House with 
great secrecy to Collect votes. The p]lected are to go home this Year to 
Represent (as they say) their Grievances to procure such altérations in 
the Laws of this Country as will answer their own ends to procure Liberty 
to get Priests from France ; to be at Liberty to hold Courts of Hault et 
base Justice in the Seigniories. 

Tiie Priests would désire to hold their real Property without any 
Restraint (laid on them by the Act of Parliamt. heretofore) to them and 
tiieir successors for ever. And to bave the Grelf wholly and soly to 
themselves. It is sayd, that their Remonstrances are to bave the names 
of persons of ail âges and Ranks among them subscribed to them, from the 
most aged to the creeping Infant, in order to increase the number of subs- 
cribers as they did on a similar occasion some Years ago and in order to 
procure voters and subscribers. Curions arguments and Councils are held 
forth to the People. Ail This may probably turn out to little efïect ; but 
it may at same time probably bave a bad effect upon weak Ignorant Minds- 
Between you and me, I should not be surry that the famous Représentati- 
ves may be disappointed in going home. They know not what they 
would be at, tho they are as happy as Most Subjects. 

I beg Pardon for troubling vou thus far. 



— 240 — 

Mrs. Burke joins me in ail civilities to you and cai)tain Brehme. 
1 remain with esteem 

Dear Sir, Yoiir most obedt. 
and most humble Servi. 

JOHN BURKE" (3) 

Le zèle que déploya John Burke auprès des autorités anglaises lui va- 
lut d'avoir sa bonne part des charges publiques de l'époque. On en 
pourra juger par cette liste de commissions que nous devons à l'obligeance 
de M. Audet, des Archives d'Ottawa : 

COMMISSIONS ACCORDEES A JOHN BURKE 

Notaire, Montréal 

Coroner, Montréal 

Greffier de la paix, Montréal 

Avocat, etc., " 

Coroner " 

Greffier de la paix " 

Coroner " 

Greffier de la paix " 

Coroner " 

Greffier de la paix " 

Coroner " 

Greffier de la Cour des Plaidoyers ordinaires 

Greffier de la paix, Montréal 

Notaire " 

Coroner, Montréal 

Greffier de la Cour des Plaidoyers ordinaires 

Commissaire de la paix, etc., (Lunenburg) 

Protonotaire et greffier de la Cour du Banc du roi, 

Montréal 11 décembre 

XXX 





1763 


8 septembre 


1764 


?> ?j 


1764 


3-4 mai 


1765 


34 janvier 


1766 


JJ J5 


1766 


18 octobre 


1766 


}> » 


1766 


2 février 


1767 


5J ?5 


1767 


35 juillet 


1767 


1 mai 


1776 


31 mars 


1777 


24 juillet 


1783 


13 septembre 


1793 


36 novembre 


1787 



6 juillet 1790 



1794 



Après une carrière assez fournie, le sieur John Burke mourut le 20 
mai 1 800, âgé de 70 ans, 

E.-Z. MASSICOTTE 



(2) Archives canadiennes — Collection HaUlimand, vol. 75, p. 172. 



~ 241 — 

LES CHABOILLEZ ''' 



(Suite) 
TROISIEME GENERATION 

Les Chaboillez de la troisième génératiou qui ont fait souche sont : 
Charles- Jean-Baptiste, Augustin, Louis- Joseph et François-Hippolyte. 

Nous allons nous occuper d'abord des trois derniers, puis, nous par- 
lerons de l'aîné, car la notice que nous devrons lui consacrer sera plus 
longue que celles qui concernent ses frères, à raison du rôle qu'il a rempli 
et des alliances que ses filles ont contractées. 

C'est donc par le frère puiné de Charles- Jean-Baptiste que nous atta- 
querons la 3e génération. 

Augustin Chaboillez, baptisé à Mackinac le 26 juillet 1739, épousa, 
le 2 février 1765, au Détroit, demoiselle Marie-Joseph Chapoton âgée de 
19 ans, fille de J.-B. Cliapoton, chirurgien-major. Elle dut mourir 
assez tôt, car Augustin convola à Montréal, le 16 janvier 1770 avec 
Josephte Nouchet, âgée de 18 ans, fille de feu Joseph Nouchet qui avait 
été membre du Conseil supérieur et receveur du domaine du roi sous le 
régime français. C'est le notaire Mézières qui dressa son contrat de 
mariage, à l'Hôpital général des Soeurs grises, où demeurait dame veuve 
Nouchet (née Catherine Foucault) avec sa fille. 

Du premier mariage d'Augustin Chaboillez, il ne paraît pas y avoir eu 
de rejeton ; mais du second mariage, nous relevons les naissances qui 
vSuiveut : 

a) Louise- J ose pJie, bapt. à Notre-Dame le 8 août 1771 et inhumée le 
21 août suivant. 

b) Charles, bapt. à N.-D. le 29 juillet 1772 et inhumé deux jours 
plus tard. 

c) Augustin-Maurice, bapt. à N.-D. le 9 sept. 1773 et inhumé le 'ZQ 
octobre de la même année. 

d) François- Augustin, bapt, à N.-D. le •! oct. 1774 et inhumé le 18 
octobre. 

e) Antoine, né dans les pays d'en haut, le 3 mai 1777 et bapt. à N.-D. 
le 30 sept. 1779. Dans le Palmarès du collège de Montréal, de 



(1) Voir pp. 184, 207. 



— 242 — 

17^)0 i\(:uYo un (aroUis-Anloniiis ChahoUle-/. qui doit être lui, 
mais nous ionorons ce qu'il devint ensuite. 

f ) Elizdbeih-.htseplt, bapt. A la rointe-Claire, le 1er mai 1784. 

g) Jeun-Baptide, bapt. A la Pointe-Claire, le 8 août 1786, sépulture 
le 22 août. 

Il) Marie-./ use phi (', hapt. A la Pointe-Claire, le 14 août 1790 sépultu- 
re le 4 avril, même année. 

i) Anonyme, sépulture à la Pointe-Claire, le 3 novembre 1791. 

Augustin Cbaboillez fit le commerce des fourrures et l'on voit aux 
archives d'Ottawa, ([u'il obtint des permis de trafiquer dans les pays d'en 
haut, en 1770 à 1775. 8a femme même le suivit puisqu'un de ses en- 
fants naquit là-bas en 1777. A partir de 1784, il semble demeurer à la 
Pointe-Claire. Il y était encore en 1792, car on trouve dans le greffe de 
Soupras, à la date du 26 juin 1792, qu'étant sur son départ pour Michili- 
makinac, il donne une procuration à sa femme pour la vente d'une esclave 
panisse âgée de 20 ans et nommée Catin. Cette sauvagesse fut vendue à 
André Guy, le 27 juillet au prix de 750 livres de 20 sous. 

Uu acte du notaire Papineau démontre qu'Augustin Chaboillez était 
à Michilimakinac le 6 janvier 1796. 11 vivait encore lorsque sa fem- 
me fut inhumée à Montréal, le 24 mai 1802 ; mais nos informations sur 
lui s'arrêtent lA, })our le moment. 

E.-Z. MASSICOTTE 



REPONSE 



Conipaynie.s franches de lu marine (XXVIil, j». 158.) — Sous le régi- 
me français, on appelait compagnie franche une compagnie qui n'était 
pas en corps de régiment, et qui prenait l'ordre de son capitaine. C'est 
le vieux Dictionnaire de Trévoux qui donne cette définition de la compa- 
gnie franche. 

La compagnie ri-aiichc de la nuirine n'était ])as composée de marins 
comme son nom ])eut le laisser su|)poser. On l'appelait com[)agnie fran- 
che de la marine i)arce qu'elle dépendait du département de la Marine, 
mais elle était composée de fantassins. 



— 243 — 

BOURDON DE DOMBOURG 



Jean Bourdoii;, sieur de 8t-Fraiiçois, arriva à Québec en 1634, avec M. 
LeSueur de St-François, prêtre. La nièce de Jean, Marie Bourdon, née 
en 1636 était fille de Louis et de Marguerite Prunier, de St-André-le-A^erd, 
Aille de Eouen. Jean Bourdon était normand, mais venàit-il de Eouen 
ou de Caen ? Il y avait alors à Caen, une famille Bourdon anoblie en 
1592 pour services militaires et par alliance avec les collatéraux de la 
Pucelle d'Orléans. L'un d'eux : Jean-François, Ecr., sieur de la Rivière, 
demeurait en la paroisse de St-Sanveur de Caen. L'un des fils de Jean 
Bourdon porta le nom de Jean-François. Il naquit en 1647 à Québec. 
Son père lui donna la seigneurie de Dombourg. 

En 1714, le Héros armait à Eochefort pour l'évacuation de Plai- 
sance, Terreneuve, et pour l'approvisionnement de l'île Royale. Le roi 
abandonnait Plaisance et fondait Louisbourg. Le ministre mandait à 
M. de St-Ovide, à Kochefort, inter alia qu'il était aise que M. Bourdon 
s'embarquât sur le Héros. Ce M. Bourdon devait être petit-fils de 
Jean Bourdon ? Serait-ce le même, qui, cinq ans plus tard, commandait 
un petit bateau et ])()rtait de France à MM. de St-Ovide et de Soubras, sur 
l'ordre du Conseil de Marine, 100 tonneaux en vivres ? 

Eu 1733, j\I. Claude-Cbarles Denis de Bonaventure obtient du Pré- 
sident du Conseil de marine le privilège de faire passer avec lui, le sieur 
Bourdon, son neveu. Ce même Président approuve en 1742 que M. du 
Quesnel ait envoyé le sieur Bourdou, cadet, à la mission du P. Maillard, 
pour se familiariser dans les langues sauvages en vue de remplir la charge 
d'interprète. Ce jeune homme a été officier en Acadie. Il avait nom 
Jean-François Bourdon ; il épousa à l'Ile St-Jean, le 6 juillet 1752, Mar- 
guerite Gaultier, dont il eut entre autres : 

a Henriette-Marguerite, b. à La Rochelle, le 12 juin 1767. 

b Jean-François, b. à La Rochelle, le 27 août 1768. 

c Gabriel-Pierre-Bonaventure, b. à La Rochelle, le 30 décembre 1770. 

En 1789, Jean-François Bourdon, ecuyer, sieur Dombourg, chevalier 
de St-Louis, prenait part à l'assemblée de la noblesse, sénéchaussée de La- 
Rochelle. M. Bourdon était noble et avait servi comme officier à l'Ile 
Royale. 

REGIS ROY 



— 244 — 

LETTRE 

du grand-vicaire Charles des Boues au roi 
Louis XIII (2 mai 1662) 



Sire, 

A'ostrp Majesté me permettra s'il lu}' plaist de lui faire enttendre 
comme les ])ères Eécoletz lesquelz sont en Canadas pour y planter nr 
saincte foy ont jugé absolument nécessaire d'establir La Ung Séminaire 
proche Québec por l'instruction et conversion des infidelles, et qu'il s'ap- 
pelle le Séminaire Saint Charles. Ils m'en ont estably sindic et Dieu 
m'a faict la grâce d'y donner l'an passé quelq. petit cômencement. Mais 
il est de besoing de le maintenir et accroistre, et pour ce faire envoyer 
ITng Xavire chargé de Vivres de Laboureurs et Artisans mesures de quelq. 
munitions de guerres ce que je désirerais faire ceste Année justeste soubz 
le bon plaisir de Vostre Maiesté. C'est pourquoy Vostre Majesté est 
très humblement suppliée m'en donner le pouvoir et permission. C'est 
Ung oeuvre d'un Incomparable mérite lequel fera prospérer et heureuse- 
ment succéder les autres affaires de Vostre Majesté, pour Lesquelles 
Incessamment nous Sacrifions prions et faisons crier vers le Ciel voz 
peuples desquels nous condhuisons les âmes ce que nous continuerons 
Comme 

Sire. 

Votre très humble très obéissant et fidelle subject et serviteur. 
CHARLES DES BOUES, grand vicaire de P. (1) 
jionthoise ce 2me May 1623 



(1) Nous devons cette pièce à M. le chanoine Chartier, vice-recteur de l'uni- 
versité de Montréal, qui l'avait copiée sur l'original conservé à la Bibliothèque de 
l'Institut, à Paris. 



— 245 — 

BULLES BLANCHES 



A peine Mgr Faraud avait-il été sacré, en 18G4, qu'il se présentait au 
Vatican, pour demander un auxiliaire "aux Jambes valides", et capable 
de parcourir le vicariat, que le vicaire apostolique administrerait de loin. 
Il redoutait des difficultés ; mais, "comme si l'Ange de nos missions eût 
parlé à l'oreille de l'auguste Pontife, raconte Mgr Faraud, Pie IX me 
répondit aussitôt, en me prenant affectueusement les mains" : 

" — Je connais toutes vos affaires et vus missionnaires, et j'en suis 
très édifié. Je vous accorde tous les pouvoirs que vous demandez. 

"Je suis ensuite entré dans les détails propres à réjouir son coeur de 
père, et à chaque instant il essuyait une larme et disait avec une ineffable 
expression de l)onté et de sainteté : "Mirahilia quae fecil Dominus cum 
apostolis suis ! merveilles accomplies par le Seigneur, avec ses apôtres !" 

Les bulles du coadjuteur, huiles blanches, sans nom exprimé — n'en 
serait-ce pas l'unique exemple dans les Actes de l'Eglise — furent émises 
le 3 août 1864, stipulant que Mgr Faraud consulterait les missionnaires 
de son vicariat ; qu'il choisirait ensuite l'un d'eux ; qu'il le consacrerait, 
sous le titre d'évêque d'Arindèle, in partihus infidelium, et d'auxiliaire 
sans aucun droit de succession ; et qu'enfin il enverrait le nom du prélat 
au Saint-Siège. 

Tous les votes du vicariat, recueillis séparément, et en secret, dési- 
gnèrent le Père dut. 

E. P. DUCHAUSSOIS (1) 



(1) Aux glaces %)olaires, p. 199. 



— 246 — 

MADAME DE GUERCHEVILLE 



"Les PP. Biard et Masse devaient accompagner en Amérique M. de 
Biencourt. La reine mère Marie de Médicis leur fit livrer au nom du 
jeune roi cinq cents écus pour couvrir les frais de leur voyage et leur 
établissement ; quelques dames de la cour, à la tête desquelles était Mde 
de Uuercheville leur fournirent des ornements, du linge et les autres choses 
nécessaires. A Die})pe, deux marchands huguenots, associés de Poutrin- 
court s'()i)posèrent à l'embarquement des deux Jésuites. Mde de Giier- 
cheville, épouse du duc de la Bochefoucaud de Liancour, gouverneur de 
Paris, jouissait d'un grand crédit à la cour ; elle fut fort indignée des pro- 
cédés de ces marcliands et, ayant su que leurs avances ne s'élevaient qu'à 
quatre mille francs, elle fit une quête avec le produit de laquelle elle les 
remboursa. Elle obtint, dans le même temps, que leur contrat d'associa- 
tion avec Poutrincourt fut annulé. S'intéressant beaucoup aux missions, 
elle consacra des sommes considérables afin de former des rentes pour 
l'entretien des missionnaires ; car elle désirait qu'ils ne dépendissent 
point de Poutrincourt. . .Ainsi parle l'abbé Perland au tome premier, 
page 80, de son (Jours d'histoire du Canada. 

Mais Mme de (xuercheville n'était pas l'épouse du duc de la Koche- 
foucaud, et celui-ci non plus n'était pas gouverneur de Paris. François 
V, premier duc de la Rochefoucaud, avait épousé la fille de Mde de Guer- 
cheville, le 1er mars 1611, Gabrielle du Plessis-Liancourt, fille de Charles 
du Plessis, seigneur de Liancourt, comte de Beaumont-sur-Oise, marquis 
de Guercheville, baron de Montlouet et de Gallardon, chevalier des Ordres 
du roi, conseiller en- ses conseils d'Etat et privé, capitaine de cinquante 
hommes d'armes de ses ordonnances, premier écuyer de la petite écurie du 
roi, gouverneur de Metz et du pays Messin, gouverneur et lieutenant-gé- 
néral de la ville de Paris, chevalier d'honneur de la reine mère en 1620 
(mort 20 octobre 1620). Il avait épousé en 1794, Antoinette de Pons, 
veuve d'Henry de Silly, comte de la Eocheguyon, fille de Antoine de Pons, 
comte de Marennes. Antoinette de P(ms fut dame d'honneur de la reine 
mère Marie de Médicis et c'est d'elle que le roi Henry IV disait que c'était 
une véritable dame d'honneur. Elle mourut à Paris le 16 janvier 1632. 
Antoinette eut une soeur du même nom mariée à Henry d'Albret. 

M. l'abbé Ferland comme on vient de le voir avait un })eu mêlé les 
j>ersonnages. 

Les de Pons sont de Saintonge, patrie de noire ilhistre (*ham])lain. 

PE(J1S KM) Y 



247 



CHIRURGIENS, MEDECINS, ETC, SOUS 
LE REGIME FRANÇAIS, A MONTREAL 



(XOUVELLES XOTES) 



La poursuite de la classification des vieilles archives du district de 
Montréal, fait surgir des documents oubliés et nous permet d'ajouter des 
nouveaux noms et des nouveaux faits aux listes des chirurgiens de Mon- 
tréal, publiées dans le BuUciin de])uis 1914. Voici donc notre plus ré- 
cente cueillette. 

1670-1701 — Jean Martinet de Fonbhinrite. Mgr Tanguay et d'au- 
tres ont changé son nom territorial en Tourblanche. C'est une erreur 
qu'il faut éviter. Ce chirurgien était fîls d'un marchand du Moustier 
Saint-Jean, dioeè.se de Langres. Il paraît être le premier qui recourut à 
la justice pour faire payer ses services. Le 11 février 1670, le juge de 
Montréal condamnait Louis Loi sel à lui payer 20 livres pour service de 
chirurgie. Quelques mois plus tard, le 13 juillet 1670, Basset rédigeait 
son contrat de mariage avec Marguerite Prud'homme. Pour autres dé- 
tails voir nos notes dans B. R. H. 1914, p. 255. 

1679 — Jacques Dubois. Au registre de Notre-Dame, à la date du 29 
janvier 1679, on lit que trois enfants de sieur Jacques du Bois, brûlés dans 
l'incendie de sa maison, ont été inhumés dans le cimetière. Le Diction- 
naire généalogique de Mgr Tanguay, vol. I, p. 204, dit bien que ce sont 
les enfants de Jacques Dubois, chirurgien, marié à Jeanne Auber et qui, 
après 1680, vécut à Québec, puis à Trois-Rivières. Cependant, nous n'a- 
vons trouvé aucune j)ièce qui confirme l'a.ssertion de notre généalogiste. 

1682-1692 — Jean Bouvet de la Chambre.. Né en 1641, il se marie à 
Québec en 1673, avec Madeleine Bitquin. Neuf ans plus tard, il est dans 
la région de Montréal et le notaire Mangue, le 8 août 1682, rédige un acte 
par lequel François Bardet de Chambly reconnaît devoir trente livres au 
sieur Bouvet, maître chirurgien demeurant à Saint-Ours "pour médica- 
ments, oeuvres de cliirurgie et aliments fournis". Le 6 avril 1685, com- 
parait devant le notaire Basset, le nommé Léon Batanchon, sieur de La- 
lande, de la seigneurie de Saint-Ours. Le sieur Batanchon est à la veille 
de partir pour les 8ta8as, c'est-à-dire, pour les "pays d'en haut" et il veut 
faire son testament en faveur du chirurgien Bouvet de la Chambre qui 



— 248 — 

était ï^on ami ou soji parent. 11 lui donne tous ses biens, à charge ])ar le 
chirurgien de remettre cinquajite livres aux pauvres de l'hôpital de Qué- 
bec et cinquante livres à une église de son clioix jiour faire i)rier Dieu pour 
le repos de son âme. 

Batanrhon lit son Noyage sans accident, et continua ses bonnes rela- 
tions avec la famille Bouvet ce qui lui valut, à son tour, d'être choisi par 
le sieur Bouvet et sa femme comme leur légataire universel. L'acte en 
fut fait le 11 avril 1692 en la maison seigneuriale de Contrecoeur, par le 
notaire Basset, en présence de l'abbé Pierre Volant, curé de Eepentigny 
et de Pierre Boucher sieur de Grosbois et seigneur de Boucherville. 

1()S8-1695 — Jean-Baptiste Maublant, sieur de Saint-Amant. Le 
jireniier juillet 1688, le sieur Maublant dit Saint-Amant, soldat et chirur- 
gien de la compagnie de M. du Mesny était sur le point de partir avec ses 
camarades dans le but d'escorter un convoi Jusqu'à Katarakouy et comme 
il ])ouvait séjourner dans ce fort ou aller ailleurs "pour le service du roy", 
il décide de faire rédiger son testament par le notaire Bourgine. Dans 
cet acte, il donne la somme de 100 livres aux RR. PP. Récollets de Québec, 
une même somme à l'Hôtel-Dieu de Montréal et le suri)lus de ses biens à 
l'église paroissiale de la même ville. 

Le chirurgien Maublant revint sain et sauf de son voyage, car le 20 
mai 1690, il est à Montréal, où l'abbé Dollier de Casson lui accorde une 
concession ainsi qu'à Etienne Chanceret, Cloutier. Deux ans après, le 
notaire Mangue dresse un acte de société de tous biens entre les deux con- 
cessionnaires. Ils possédaient alors conjointement, une maison, rue 
Saint-Sacrement. L'année suivante, 21 octobre 1691, Chanceret se dé- 
sintéresse de la société. Meublant eut l'honneur d'être l'un des trois 
chirurgiens à qui le docteur Sarrazin légua des ouvrages. (1) 

1689-1711 — Doniiniijae Tliaumur de la Source. Aux notes déjà pu- 
bliées dans B. R. H. 1921, p. 45, ajoutons ce détail, le 16 octobre 1691, il 
loue pour 200 livres par an, la maison d'Etienne Bizaillon, rue Saint- 
François, 

1699-1702— y^'/ié (larlirl. (Addition à la notice ])arue dans B. R. H. 
1921, p. 46. ) Le 3 mars l(i9!), K'eiié Cachet est ])résent à un contrat 
de mariage. J^e 21 mars 1102, il était encore à Montréal ; car il figure 
dans un procès consigné dans les registres des audiences. 

(1) Voir B. R. H. ]9i0, i). ;il7. 



. —249 — 

1690— J(Y/;i Guichard de la Sonde. (Addition à la notice parue dans 
B. E. H. 1921, p. 46). Dans un acte du registre de Notre-Dame de 1704, 
il prend le titre de chirurgien. De même, au contrat de mariage de sa 
fille, 28 septembre 1730, (Eaimbault). En 1715, il fut marguiller de 
Notre-Dame. (Annuaire de Ville-Marie, I, 336). 

1705-1708 — Pierre Baudau. (Addition à la notice j.arue dans B. R. 
H. 1921, p. 75). Le chirurgien-major Baudau dont nous avons déjà 
parlé sans donner de prénom fut inluimé à Notre-Dame, le 4 novembre 
1708, âgé d'environ 65 ans. 

1710 — Samuel Le Comte. Lors du baptême d'un de ses enfants, 
Notre-Dame, le 8 aofit 1710, Samuel Le Conte prend la qualité de chirur- 
gien. Dans d'autres actes de l'état civil, en 1708, 1712, 1714 et 1718, on 
ne dit rien de son occupation. Lors de son mariage, à Québec, il était 
marchand. Voir Tanguav, V, p. 246. 

1712-1740— //r A) /•/■ Bélisle-Levasseur. (Addition à la notice parue 
dans le B. E. H. 1921, p. 75). Le chirurgien Belisle fit dresser son con- 
trat de mariage par LePaillieur, le 14 août 1712. 

1729 — Pierre Boucher de Monhrun, sieur de Noix. Fils de Eené- 
Jean Boucher et de Françoise-Claire Charest, il épousa Agathe Hébert, à 
Yarennes, le 13 juin 1729. Celle-ci était morte lorsque sa fille Claire- 
Agathe épousa le 19 février 1754, Pierre Martel à Verchères. Voir Tan- 
guay, II, 374, 380. 

1724-1749 — Timotliée Silvain. (Addition à notice du B. E. H. 1921, 
p. 77). Le sieur Silvain prend le titre de "médecin du roi", dans un acte 
d'Adhémar, 5 septembre 1741. Un autre acte du notaire Danré de 
Blanzy nous informe qu'il demeurait rue Saint-Paul, le 21 avril 1741. 

1741 — Claude Benoit. (Addition à notice parue dans B. E. H. 1921, 
p. 79). Un acte du notaire Porher, 24 mai 1741, confirme notre con- 
jecture et nous informe qu'il prenait le titre de chirurgien dès cette année- 
là. Son contrat de mariage avec Thérèse Baby fut dressé par le notaire 
Simonnet le 14 janvier 1742. Il dut mourir à la fleur de l'âge, car dans 
un acte de Sanguinet du 3 avril 1780, Thérèse Baby déclare être veuve. 

1748-1777 — Louis-Nicolas Laudriaux. (Addition à la notice parue 
dans B. E. H. 1921, p. 79). Ce chirurgien était à Montréal plutôt que 
je ne le croyais. En effet, il comparait comme témoin dans un procès du 
10 avril 1748 (Eegistre des audiences) et le greffier le nomme Louis Lau- 



— 250 — 

driau dit La Lancette. 11 pensionnait alors chez Théophile Barthe dit 
Bardet, armurier du roi. 

1749-1761 — Pierre Le manceau dit Lahonnerie. Fils d'un cliirur- 
gien de Lapomeraye, en Anjou, il épouse, le 2 juin 1749, à Montréal, 
*Françoise-Louise Martineau. A cette date, il était soldat de la compa- 
gnie de M. de Lepervenche ; mais lors d'une sépulture, le 28 mai 1753, à 
Laprairie, on voit qu'il a adopté la profession, de son père. Pierre Le- 
manceau convola avec Thérèse Barré, le 10 septembre 1753 et vécut à 
Chambly jusqu'en 1761, si l'on s'en rapporte au Dictionnaire de Mgr Tan- 
gway. 

1752 — Charles Cotin. Né en 1725. Fils de Charles Cotin et de 
Marie Fortin de Saint-François, Hâvre-de-Grâce, Normandie. Il épouse 
Catherine Barthe, à Montréal, le 16 août 1752. Le chirurgien Cotin mou- 
rut le 5 août 1753 et fut inhumé le lendemain. Sa veuve convola un an 
])his tard avec Joseph Bargeat. 

1752-1756— i\"ico/(/.s Morant. (Addition à la notice parue dans B. R 
!I. 11)20, ]). 326). Un jeune enfant de ce chirurgien probablement en 
]iourrice à Saint-Laurent fut inhumé le 3 octobre 1755. 

1754-1778 — Marc-Antoine Vigneau. Fils d'un chirurgien de Ba- 
guienes, diocèse de Tarbes, il épousa Marie Quintal à Boucherville, le 8 
juillet 1784. On constate sa présence dans cette localité jusqu'en 1778. 
(Tanguay, VIL 467). 

1755-1766 — IJonoré-Mdur Bonnefoy. Fils d'un avocat en parlement 
domicilié h Penne, diocèse de Glaudère, il épouse Marie-Louise Poulin, à 
Saint-François de Sales, île Jésus, le 28 avril 1755. 

L'année suivante, le 21 novembre, l'abbé J. B. Poulin, curé de Saint- 
Fraiiçois-de-Sales et oncle de dame Bonnefoy fait une donation à sa nièce. 
L'n acte de Danré de Blanzy nous informe que le sieur Bonnefoy exerçait 
encore son art dans l'île Jésus le 14 février 1757. Mgr Tanguay, au tome 
\l, de son dictionnaire, note que, ce chirurgien est à Lachesnaye le 5 juin 
1766. Kjifin, ])ar un acte du iiolairc Leguay nous retrouvons le sieur 
Bctiinefoy et sa IVmmc à Montréal, le 3 octobre 1778, alors qu'ils assistent 
au contrat de mariage du négociant Ilersé. 

1756 — Louis Barbiez. (Addilion à la notice parue dans B. H. H. 
1!»21, ]). 326). Louis Barbiez lils de Pierre Barbiez et de Maileleine Vi- 
•iiieau épousa M. (Jeiu viève (iénéreux, (ille de François et de Marie Beau- 



^-251 — 

grand, A Borthier, le 25 février 1756. Son fils Louis-Joseph fit dresser 
son contrat de mariage avce Agathe Payet, le 7 juillet 1785, par Saupin. 

1756 — Jean-CharJes de la Uousmyc. (Addition à la notice parue 
dans B. K. H. liC^l, p. 226 K Dans le Victionnaue généalogique de Mgr 
Tanguay, vol. IV, p. 329 on Ht que le 17 mai 1774, à Québec, Basile Gos- 
sehn épousa Marie-Joseph Nadeau, veuve de Jean-Charles de la Hous- 
saye. Ce même renseignement, se trouve aussi, au volume VI, p. 132 du 
même ouvrage, au mot Xadeau. Ayant demandé copie de l'acte de ma- 
riage, nous constatons que cette pièce ne parle pas de la Iloussaye. On 
n'y lit (jue ceci : "Mraie-Joseph Nadeau, veuve de Charles Detruval". Ce 
dernier nom avec d'autres, appartenait il est vrai au sieur de la Houssaye, 
néanmoins pour enlever tout doute, il faudrait trouver où et quand notre 
'•'étudiant en médecine" avait convolé avec demoiselle Nadeau. 

E.-Z. MASSICOTTE 



RHPONSE 



Les hlhrs de Veritas (XXVIII, p. 158.)— Veritas était le pseudony- 
me d'un officier ou tout au moins d'un personnage qui avait certaines con- 
naissances dans l'art militaire et qui écrivit dans le Montréal Herald de 
1814 et 1815 une série de lettres sur l'administration militaire de sir Geor- 
ge Prévost au Canada. 

Les lettres de Veritas firent sensation dans le temps. Elles furent 
publiées en volume au mois de juillet 1815 par l'imprimeur W. Gray, de 
Montréal, sous le titre : The letlers of Veritas, re-publislied froni the Mon- 
tréal Herald, coniaining a succinct narrative of the military administra- 
tion of Sir George Prévost, during his command in the Canadas ; wherehy 
it wiU appear inanifest, that the inerit of preserving them from the con- 
quest, helong nol la him. 

Dans son Essai de hihliographie canadienne (vol. 1er, p. 510), Philéa» 
Gagnon dit que les lettres de Veritas étaient l'oeuvre de Stephen Sewell 
ou de l'honorable John Eichardson. Si Veritas n'était pas un soldat de 
profession il avait certainement un homme de l'art parmi ses souffleurs car 
ses lettres contiennent des appréciations et des notes qui sont certainement 
d'un technicien. 



— 252 — 

REPONSES 



,1 quelle race nppnvtiennenl les Esquimaux? (XXVIII, p. 110). — 
A laquelle des races humaines appartiennent les Dénés et les Esquimaux? 

L'ancienne classification de l'humanité en cinq races diverses les 
rangeait dans la rouge ; mais l'anthropologie rattachait naguère tous les 
rameaux de l'espèce humaine à trois troncs : le tronc blanc ou caucasique 
(Japhet), le tronc jaune ou niongolique (Sem), le tronc noir ou éthio- 
pien (Cham). 

C'est indubitablement au tronc jaune, mongolique, sémitique qu'il 
faut rapporter tous nos Peaux-Rouges. ■ 

L'honneur d'avoir mis cette vérité en évidence revient à un humble 
missionnaire du Mackenzie, le Père Petitot. Les circonstances en furent 
presque théâtrales. 

("était en 1875, épo((ue de la poussée rationaliste qui s'efforçait de 
sul)nierirer (Ums la négation et le sarcasme l'autorité des Livres Saints, 
toucluint l'unité de la (■réatit)n de l'iiomnie. Le fait des migrations Scan- 
dinaves qui colonisèrent le Groenland, le Labrador et Terre-Neuve, aux 
JXe et Xe siècles, n'était i)as établi alors; la facilité du passage de l'Asie 
à l'Améri(|ue, par les arc'hi])els du détroit de Behring, paraissait plus que 
douteuse, et les relations suivies — de communications et de langage — • 
entre les tribus du Kamtchatka, en Sibérie, et les tribus de l'Alaska, en 
Amérique, étaient inconnues. L'immigration des j)euj)les indigènes pou- 
vait donc être aisément donnée ])our impraticable. La science n'avait 
qu'à l'affirmer en quelques discours sonores ; et c'en était fait de la foi. 
Si, en effet, les Peaux-Pouges n'ont pu émigrer d'un autre continent, ils 
sont autochtones. S'ils sont autochtones, la révélation de l'unité de 
notre espèce est un mensonge, et la Pible s'écroule ainsi tout entière sur 
les ruines de sa première page! 

Cette conclusion venait d'être formulée dans la salle des Cerfs du 
])alais ducal de Xancy, an mois de juillet 1875, en l'assemblée interna- 
tionale <]eii savants ''américanistes" de l'univers. Le baron de K'osny, 
])rofesseur t\i- hni«iuc jai»onaise, présentait, en une l»rillante conférence, 
ce fruit désiré des travaux du Congrès; et il répétait, triomphant, avec 
Voltaire, "(pi'on ])eut citer ])artout et toujours", disait-il, "Du moment 
(|ue Dieu a pu cré-er (h's nioucbes en Aniéri(jue. poui"(jUoi ii'aurait-il pas 
j)U y créer Ai'^ nommes?" 



— 25a— 

La joie des libres-penseurs et l'humiliation des catholiques étaient à 
leur comble. A ce moment, le Père Petitot, qui se trouvait dans l'as- 
semblée, avec le Père (Irouard, se lève, invoque son titre de missionnaire 
des Dénés et des Esquimaux du Cercle Polaire, parmi lesquels il vient de 
jtasser quinze années, et demande modestement qu'on veuille bien sus- 
])endre jusqu'au lendemain la conclusion du débat. Les a])idaudissements 
firent comprendre au Comité qu'il devait a('ce])ter la re(|uéte du mis- 
sionnaire. 

Quelle nuit i)our le Père Petitot, et pour les novices de Nancy, qu'il 
constitua ses secrétaires! On s'en souvient encore dans la Congrégation 
des Oblats de Marie-Immaculée. 

Le lendemain, il était prêt. 

11 parla au milieu dt- la sympathie croissante de rauditnire : mais 
il ne put finir. Le jour suivant, il poursuivit sa tbèse, devant une salle 
que sa réputation faisait déjà déborder. Les lil)res-])enseurs semblaient 
(loués dans leur silence, et la foule a])plaudissait toujours. Aucune 
des nombreuses célébrités de la science, veinies de tous les ])oints du 
«jlobe, ne fut en état de ré|)ondre au Père IVtitot. Le comité, sentant 
le terrain manquer à la cause de l'impiété, voulut interrompre l'orateur, 
dans son troisième discours; mais l'assistance protesta, et force fut à 
M. de Rosny d'enregistrer cette proposition, dûment |»r()uvée, et désormais 
inattaquable: 

"11 est établi par la communauté de leurs croyances, de leurs usages, 
de leurs coutumes, de leurs langues, de leurs armes, avec les races asiatiques 
et océaniques ; par leurs souvenirs d'autres terres, dont ils décrivent 
les animaux inconnus aux leurs, que les Esquimaux, les Dénés et les 
autres Peaux-Rouges sont incontestablement d'origine asiaticpie." 

Ce fut, j)Our la libre-j)ensée, un échec sensible. 

Le Père Petitot, veim tout simplement en France ])our faire impri- 
mer ses dictionnaires Déné et Esquimau, se vit, à sa grande confution, 
mis en renommée i)ar cette victoire, ainsi que ])ar d'autres travaux auxquels 
l'invita ensuite la Société de Géograi)hie ; il fut nommé membre des 
Sociétés d'Anthroj)ologie et de Philologie; re(;ut une médaille d'argent, 
en récomj)ense d'une carte de ses découvertes polaires, tracée de sa main, 
que la Société de (Jéographie s'engageait à faire graver à ses frais, et 
retourna à ses sauvages de Good-Hope, portant à la boutonnière de sa 
pauvre soutane le ruban violet d'officier d'Académie. 



— 254 — 

Depuis 181 T), l^)rii;iiie asiatique tles Peaux-Houges s'est de plus en 
plus confirmée. Les Dénés et les Ksquimaux ne sont pas loin d'être 
déclarés les l'rères des Chinois et des Jaj)onais, tandis (pie les autres famil- 
les se rattacheraient plutôt aux hiviiiches tartare-hnoises du même tronc 
mongolique. 

R. r. Dl'CHAUSSOlS (1) 

Les inscripllo/is iln fori Chotinyiicn on Onivêgo (XXVllI, p. 142.) — 
C'est le 14 août 17 5() (pie le Tort Ç'houaguen ou Oswégo tomba au pouvoir 
lîe la valeureuse j)etite armée commandée par Montcalm. 

"Aussitôt après sa victoire, dit le Père Martin, Montcalm, que le sen- 
timent religieux dominait au milieu de son triomphe, voulut en faire hom- 
mage à Dieu. Il iit planter, au milieu de l'enceinte du fort, une grande 
croix avec cette inscrij)ti(_)n : /// hoc signo vincunt. C'est par ce signe 
qu'ils seront vainqueurs. 

''Près de cette croix, on ])laça un poteau qui portait, avec les armes do 
France, cette instrij)tion digne d'un littérateur et d'un vainqueur ; "Ma- 
nibus dale lilùi plcnis". Donnez des lys à pleines mains." (2) 

Le choix de ces inscriptions si appropriées fut-il fait par Montcalm 
lui-même ? 

M. l'abbé Casgrain, dans son ouvrage Montcalm. 'et Lêvis, le dit clai- 
rement : 

"Montcalm, qui connaissait le coeur du soldat, voulut célébrer son 
triomphe [)ar une manifestation religieuse et patriotique qui soulevât l'en- 
thousiasme de l'armée. Dans la matinée du 20 août, il fit planter une 
grande croix portant ces mots : //; hoc signo vincunt. "C'est par ce si- 
gne qu'ils triomphent". Et près de cette croix, un mai sur lequel étaient 
attachées les armes de France, avec cette devise, où se révélaient les goûts 
classiques du général : Manibus date lilia plenis. "Apportez des lis à 
])leines mains." 

"L'armée fut aj)])elée sous les armes, et l'abbé Picquet qui avait rejoint 
]'exi)édition, l)énit le ])ieux trojjhée, au milieu du roulement des tambours 
et (\vs décharges réitéivcs du canon et de la mous(pieterie." (3) 

(1) Aux {/laces polaires, p. 28 

(2) 7yf marquis (le Montcnhii et les dernières années de la colonie française 
au Canada, p. G6. 

(3) Montcalm et Lévis, vol. I, p. 129. 



— 255 — 

D'un autre côté, Francis Parkman, dans son ouvrage Montcalm and 
}yolfe, écrit : 

"The priest l'iquet, who luu.l joined the e.\i)edition, plantée! amid tlie 
ruin a tall cross, graven witli tlie words, In hoc .siyno vincunt ; and near 
it was set a pôle bearing the arms of France, with the inscription, Manihus 
date Ulia plenis." (3) 

Montcalm, dans sa lettri' au ministre du 28 août lîÔH, j)arle bien de 
cet éjjisode mais il ne se comprcmiet pas : 

"Les missionnaires de St-.Sulpice, au nombre de deux, ont toujours 
suivi les Sauvages : l'abl)é Picquet, qui eut l'honneur de présenter au Roy, 
il y a quelque temps, trois sauvages, est venu à Chouaguen ])our y planter 
une croix où l'on a mis, in hoc signo rincunt, et à côté un poteau avec les 
armes du Koy et i)our inscription : Manihus date lilia plrnis." (4) 

Mais, Parkman et l'abl)é Casgrain ont fait erreur, le j)remier en at- 
tribuant les inscriptions du fort Chouaguen à l'abbé Picquet, l'autre en la 
mettant au compte des goûts classiques du marquis de Montcalm. 

Le véritable auteur des deux inscriptions placées sur les ruines du 
fort Chouaguen fut M. de Kougainville. Nous en trouvons hi ])reuve dans 
la lettre qu'il écrivait à son frère aîné, le 28 août 1T5() : 

"J'ai goûté k' plaisir (pic donne hi première victoire, mon cher frère; 
j'envoie à notre belle-maman le journal de notre expédition. Bien en- 
tendu (jue ce journal, qui est pour elle seule, sera aussi pour l'historiogra- 
phe du Roi. Cette prise, au reste, est l'une des |)his importantes que l'on 
put faire dans l'Amérique. de vous le })rouverais aisément, mais je n'en 
ai ])as le temps. Si S. M. \()ulait faire frai)i)er une médaille sur cet évé- 
Jiement, (pli en vaut la ])ein(' tout autant que bien d'autres. Vivant, que 
vous connaissez, est en état de vous donner tous les éclaircissements d(3nt 
vous pourriez avoir besoin. Au reste, si le ministre ne juge pas à propos 
de faire imjirimer notre journal comme supplément à la (jazeile de France, 
il faut (pie vous lui fassiez voir le jour par la voie du Mercure ou de quel- 
qu'autre journal ; toutefois, vous y feriez les changements convenables, 
car le style se ressent un peu, je crois, de la rudesse des camps et des bois 
d'Amérique. 

" Je n'ai ])as uji instant à moi. A peine avons-nous le temps 

de manger et de dormir. Cette campagne est bien rude ; le général, qui 



(3) Montcalm. and Wolfe, édition Morang, Toronto, 1898, vol. I, p. 42 

(4) Collection de manuscrits, vol. IV, p. 67. 



— 256 — 

n fait ct'lle de Boliême, trouve ct-lle-ci l'iicore ])lus fatigante. J'oubliais 
de vous dire ((iic j'ai Irancln' de rinscriptionnairp. Sur les cendres de 
CJiouagueti, nous avons planté une croix et un poteau aux armes de Fran- 
ce. Sur la croix; j'ai donné pour devise : "In hoc signo vincnnt" ; sur le 
poteau : "Manibus date lilia pleni.s". Cela peut être fort tintuvais — à la 
honne heure, à ta guerre comme à la guerre." (5) 

*S'(> (ieorge Prévost après son rappel du Canada (XXVIII, p. 158.) — 
Après l'échec de l'expédition entreprise contre Plattsburg, en 181-3, 
sir James Yeo, le commandant des forces navales anglaises sur les lacs, et 
sir George Prévost eurent des démêlés très graves. Yeo porta contre sir 
George Prévost des accusations qui attaquaient son honneur militaire. 
Les adversaires du gouverneur Prévost, assez nombreux, qui lui en vou- 
laient surtout à cause de ses sympathies pour les Canadiens-Français, ne 
tardèrent pas à entrer en scène et à renchérir sur les accusations de sir Ja- 
mes Yeo. 

Le gouvernement impérial, influencé par cette campagne insidieuse, 
rappela sir George Prévost en Angleterre. 

M. Thomas Chapais, dans son récent ouvrage Cours d'histoire du Ca- 
nada (tome III, p. 39), dit au sujet du rappel de sir George Prévost : 

"De retour en Angleterre sir George Prévost demanda la tenue d'une 
cour martiale afin de défendre son honneur militaire contre les accusations 
de sir James Yeo. Pour donner le temps aux témoins résidants au Cana- 
da de se rendre à Londres, l'enquête avait été fixée au mois de janvier 
1816. Mais dans l'intervalle la santé de notre ex-gouverneur, ébranlée 
par les fatigues du service et les anxiétés, déclina rapidement, et il mou- 
rut le 5 janvier. Sa veuve, lady Prévost, et son frère, ne négligèrent rien 
])our obtenir une enquête devant un comité quelconque, afin d'établir que 
sir George avait fait son devoir. Cette manière de procéder fut considé- 
rée impossible. Mais ultérieurement le prince régent, dans un document 
public, rendit hommage à la mémoire du défunt, et autorisa sa famille à 
introduire dans son écusson des additions attestant les services rendus par 
lui aux Indes et au Canada. Ajoutons que le duc de Wellington mani- 
festa son approbation de la conduite militaire de sir George Prévost, spé- 
cialement à Plattsburg, et que le jugement d'un historien comme Alison 
hii est entièrement favorable (Morgan, SJt-etches of celehrated Canadians, 
p. f 71 ; Cliristie, History of Loirer Canada, II, ]). 217). 



(5) René de Kerallain, Ln ieitnessv de Boiu/ahi ville et la atterre de sept mis, 
p. 46. 



BULL 1711 iN 



DES 



RECHERCHES HISTORIQUES 



VOL. XXVIII BEAUCEVILLE- SEPTEMBRE 1»22 N» 9 



A PROPOS DU REGIMENT DE CARIGNAN 



A Paris, le 8 may 1665. 
Monsieur 

Il est assez difficile de vous dire au vray le temps que 
durera le voyage du régiment dinfrie de Carignan Sallie- 
res, mais selon les aparances il ne sera pas de plus de dix 
huit mois. Quelque temps quil dure il fault que vous 
vous attendiez dy demeurer, et vous jugerez bien que le Roy 
ne peut point capituler avec les officiers de ses troup pour 
le temps de leur service, mais si voz affaires ne vous per- 
mettent pas dentreprendre le voyage, sa maté pourvoira 
a vre charge une ])ers()nne capable de bien commander vre 
conipe cest la response que je puis faire a vre Ire du 25 du 
mois passé a quoy jadjousteray que je suis 

L. 

Le Sr de Norois. 
A Mr de Norois, du 8e may 1665 à St G. L. (1) 



A Paris, le 15 may 1665. 
Monsieur 

Jay veu la lettre que vous avez pris la peine de mescri- 
re du 2e de ce mois lembarras ou se trouve le sr de lafouille 



(1) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 193, f. 85. 



— 258 — 

au moyen d 'un arrest du eonel quil dict q sa pâte a obtenu 
contre les lettres destat q le Roy luy a accordées sur quoy je 
nay rien a vous dire sinon que si celuy qui prend soin des 
affres dud, sr de la fouille faict voir q cet arrest ayt esté 
rendu sa maté en donnera un du Conel den haut qui vali- 
dera lesd. lettres destat contre tous les actes qui pourroyent 
avoir esté faitz contre. En sorte q le d. sr de la fouille nen 
recevra point de préjudice, il peult en estre en repos. & 
vous 230uves len asseurer de ma part et en vre parter me 
croire. 

M. de Courcelle. 
A M. de Courcelle, du 15e May 1665. (1) 



A Paris, le 29 may 1665. 

Monsieur 

Yoz 1res des 14 et 18 de ce mois m'ont esté rendues. 
La revue du Conunre du Cliaunoy nous a apris lestât ou se 
trouvent les compes du régiment de Carignan Sallieres et 
que quelques unes parroissent fort bonnes. Et le Roy qui 
en a esté informé a trouvé bon que des deniers qui sont a 
vre disposition sur les vaisseaux vous distribuiez quelque 
légère gratiffon a ces cappnes qui auront embarqués des 
compes les plus complettes de soldats bien faits bien vestus, 
et bien armez. . 

Il est juste de maintenir les letr destat que le Roy a 
accordées au Sr de la fouille et quand Ion me remettra es 
mains Larrest du conel que ses partyes ont obtenu au con- 
traire sa maté le fera casser et le fera jouir de la surceance 
quelle luy a accordée. 

Je suis toujours 

L. 

M. Talon. 
A M. Talon damerique, du 29 may 1665, A St. G. L. (2) 



(1) Archives du Canada, Cori'espondance générale, vol. 193, f. 138. 

(2) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 193, f. 2^4. 



— 259 — 

A Paris, le 25 Décembre 1665. 
Monsieur 

Depuis quelques jours jav reçu la lettre que vous avez 
pris la peiue de mescrire de Québec le 20 de septembre 
dernier avec le mémoire qui contient les raisons que plu- 
sieurs cappnes du régiment de Carignan allèguent pour 
leur rang. Le party que vous avez pris de les faire mar- 
cher conformément au règlement du Roy en attendant que 
Sa maté en congnoissance de leur demeslé, a esté aprouvé 
puisquil va a les retenir, et atin de terminer toutes contes- 
tations entreux, sa maté a jugé a proi)os de faire expédier 
lordonnance que vous trouverez cy jointe, et que vous 
prendrez la x^eine de faire lire et exécuter. 

Lorsque le Sr de Poccatiere maral des logis du régi- 
ment de Carignan Sallieres sest embarqué il luy a esté 
donné une lettre du Roy par laqlle sa maté lasseure de la 
première lieutenance qui viendra a vacquer dans le corps. 
Il demande a jouir de la grâce qui luy est faite et il se 
])laint de ce qu'à son préjudice on a' fait monter cet ensei- 
gne. Sa maté souliaitte que la justice soit rendue aud. Sr 
Poccatiere et vous trouverez cy joint la lettre quil ma 
escrite. Vous estes a la vérité bien esloigné de nous, mais 
voz services ne laissent pas destre parent cognus et con- 
sidérez de Sa maté et pour mon parter je vous asseure que 
je suis veritablem 

L. 

M. de Tracv. 



Monsieur 

Vous avez raison de demander Leffect de la lettre par 
iaqlle le Roy vous promet la premier lieutenance qui vien- 
dra a vacquer dans le regt de Carrignan Sallieres qui est a 
Québec, Sa maté veult ciue vous receviez dans l'occasion la 
grâce quelle vous a ^n'omise et pour cette tin j 'escris prête 
a monsr de Tracy de faire exécuter les intentions de sa maté 



— 260 — 

Je suis 



Le Sr de Poceatiere. (1) 



A Paris, le 15 décembre 1665. 
Monsieur 

A^ous avez esté si longtemps en mer, que lespedition sur 
les Irocois na pu estre faite cette année cy, et qlle ne pourra 
lestre que lamiée prochaine. 

Le régiment de Carignan Sallieres na passé en Canada 
que pour cette entreprise, et après quelle aura reussy, le 
corps retournera en france et vous avec luy, mais cepen- 
dant le Roy ne peut pas vous accorder la permission de re- 
tourner ici, et je mestonne questant aussi bon officier que 
vous estes, vous ne voudriez x)as quitter vre charge dans le 
temps quil faudroit agir utilement pour le service de Sa 
Maté. 

Que si pour vos affaires partres ici vous avez besoin de 
lettres destat je les expedieray, et les deslivreray a celuy 
qui me les viendra demander de vre part. 

Je suis 

Le Sr de Noroye. 
A M. de Noroye, du xbre decembe 1665, à Paris. (2) 



A St-Germain, le 15 février 1666. 
Monsieur 

La Ire quil vous a plû de m'escrire le 24 du mois passé 
ma esté rendue. Et conformément a ce que vous marquez 
le Roy a trouvé bon quil fust ])0urveu a un nouveau fonds 
pour la continuation de la subsistance des trouj^es qui sont 
en Canada si bien que par le moyen du suiDlement qui a 
este fait vous aurez le moyen demployer cent cinquante 
mil livres a lachapt de toutes les choses qui leur sont neces- 

(1) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 196, f. 393. 

(2) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 186, f. 402. 



— 261 — 

saires. Vous trouverez cy joint le Duppta et lordce que jay 
exj^ecliée. 

L. 
M. Colbert de TeiTou. (1) 



A St-Germain, le dernier février 1666. 
Monsieur 

Depuis que je vous ay adressé le Duppta dune ordon- 
nance que jay expédiée pour le parfait payement de cent 
cinciuante mil livres ordonné i)our la subsistance pendant 
les huit derniers mois de lannée courante du régiment de 
Carignan Sallieres et des quatre compes d'infrie qui sont 
en Amérique. Jay sent de Monsr Colbert que le nommé 
lamotte marchand de Canada avoit advancé treize mil cinq 
cent livres ausd troup par les ordres de Mr Talon, et je les 
luy ay fait rembourser a Paris, si l)ieii que la sonmie que le 
treser de lextre de la guerre a eu ordre de vous envoyer est 
diminuée de cette ])artye et au lieu de vous servir de la 
])recedente ordonnance, vous luy frez ils vous plaist exécu- 
ter celle dont le Duppta est cy joint. 

L. 

M. Colbert de Terron. (2) 



A St-Germain, le derer février 1666. 
Monsieur. 

Vre 1er dattée de Québec ma esté rendue, et par ce 
quelle contient vous aurez ainsy que Monsr de Tracy a fait 
de sa part, informé le Roy de la contestation qui estoit sur- 
venue entre quelques ca])pnes du régiment de Carignan 
Sallieres leurs différends ont esté régies i)ar lordonnance 
que j adresse prnte aud Sr de Tracy, et je luy mande de la 
faire exécuter. Il sera bien a propos que vous teniez la main 
de vre part a ce bon effet et que vous vous employez a ce 

(1) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 190, f. 467. 

(2) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 199, f. 637. 



— 262 — 

que riiuion règne entre les officiers des troiip. 

Je suis toujours avec sincérité 

L. 
M. de Courcelles. 
A M. de Courcelles, du 28 feber 1666, a St G. L. (1) 



20 décembre 1666, St-Germain, — a de Baconval 
Le Sr de Codere, Capne de Carignan, en Congé. (2) 



A St-Germain, le 16 novembre 1666. 
Monsieur 

Lorsque Mr De Sallieres, Colonel du regt de Cari- 
gnan, partist pour aller en Canada, le Roy eust bien agréa- 
ble de luy promettre de le favoriser dans ses affaires par- 
ticulières. Et comme Me sa femme ma escrit pour se 
plaindre des injustices que luy fait le juge du lieu ou elle 
demeure, je ql luy doit desorm mes considérât suis oblige 
de vous informer que Sa maté aura bien agréable que vo 
en preniez connoissce que vo luy accordiez vostre protec- 
tion et je vo seray très obligé en mon parer des grâces que 
cette De recevra de vo et je vo suplie de croire que je suis 

M. Pellot. 

A M. de Goindreville et a M. Pellot du 16e Nove 1666 a S. 

G. (3) 



A St-Germain, le 16 Novembre 1666. 
Madame 

La lettre qu vo mavez ft llionneur de mescrire le 9e de 
ce mois ma esté rendue et ])our satisfaire a ce que vo avez 
désire de moy jay escrit a Monsr Pellot po luy faire con- 
noistre que le Roy auroit })ien agréable qu'il vo accordast 

(1) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 199, f. 639. 

(2) Archives du Canada, Corresjiondance générale, vol. 204, f. 358. 

(3) Archives du Canada, vol. 204, f. 186. 



— 263 — 

sa protection dans les affaires que vo avez contre le juge 

(le et que je luy serois obligé en mon 

])arter de ce ql feroit po vre satisfaction de sorte que je ne 
doubte pas quil ne vo en donne une entière. 

Je souliaitte que ce ql fera soit utile et de pouvoir vo 
fe connoistre que je suis Mr de Sallieres 
A M. de Louvat et Me de Sallieres, du xbre Nove 1666, a 

StG. L. (1) 

A St-Germain, le der février 1666. 
Monsieur 

L'on ne i)eut questimer beaucoup les considérations 
qui vous font changer d Sentiment a lendroit du Sr de 
Vuailly, et suivant vre advis sa maté a donné sa charge de 
Cappne du regt de Chambellé qui luy estoit destinée au Sr 
de la Durantaye qui en estoit lieutenant, celle de celuy cy 
au Sr de St Àubert et l'enseigne dud Sr de St Aubert au 
Sr de Laubry, et vous trouverez cy jointes les expéditions 
qui sont necessres aux uns et aux autres vous estes a la 
vérité bien esloigné de nous mais voz services ne laissent 
]:>as d'estre ])arti('ulieremcnt connus et considérez de sa 
Maté, et ])()ur mon ijarter je vous assure que je suis tou- 
jours 

Monsieur 

Vre très humble et très affné Serviteur 
A Paris ce 28 février 1665, M. de Tracy. (2) 



A Paris, le 16 Novembre 1668. 
Mons 

J'ay receu la lettre qe vous avez pris la peine de mes- 
crire Le 5 de ce mois par laqlle je voye quil est desja arrivé 
de Kebec une partye du regt de Carignan Salière a La 

(1) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 204, f. 187. 

(2) Archives du Canada, Correspondance généi-ale, vol. 199, f. 644. 



— 264 — 

rocliclle, Je vous ])rie de f. mettre tous les soldats dans une 
compe et leur faire donner cinq sols i)ar jour et a lesgard 
des otïiciers tant en pied qe refformez vous ferez sil vous 
plaist payer leurs ai)])ointenicnts a la niesnie raison que les 
olfers des autres trou])es de vre deppartenient les rece- 
vront des que le surplus des oificiers et soldats dud régi- 
ment sera arrivé je vous prie de me le faire scavoir. 

Je vous envoyé le Duppta des ordres que j'a}^ donné 
au Treser de lextre de la guerre pour faire payer aux of- 
ficiers des quatre comi) du regt de Navarre, et de pareil 
nombre de celuy de Normandie qui sont revenus des Antil- 
les les appointements qui leur sont deubs du reste de leur 
entretennement pendant les six premiers mois de cette 
année. 

Je suis 
M. Colbert de Terron, du 16 novbre 1668, à Paris. (1) 



A St-Germain, le 3 septembrel669. 
Monsieur 

J 'ay apris par le certificat du garde des magasins de la 
marine en Guyenne que vous avez envoyé a Mons Colbert 
le nombre de mousquets et autres armes revenus de Canada 
appartenant au regt de Carignan Sallieres. Je vous prie 
de les voulloir faire charger sur le premier Vaisseau qui 
partira de voz quartiers pour Calais, et dordonner a celuy 
que vous en chargerez de les deslivrer dans lad ville au 
Connnandant dud regt qui y est en garon. Vous pourrez s'il 
vous plaist payer le fret et sur le premier advis que vous 
m'en donneres je pourvoyrai a vre remboursement. 

Je suis 

M. de Terron. 



Monsieur 

Ensuite de vo lettre avant esté escrit a Mons de Terron 



(1) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 220. 



— 265 — 

pour scavoir ce que yoz armes estoyent devenus, il a envoyé 
ici le certilicat cy joint par leql vous verrez la quantité et 
qualité de chacune desd armes qui ont esté remises en 
mains du garde gnal de la marine, je luy escrit pnte de vous 
les renvoyer par le premier vaisseau qui partira de la Ro- 
chelle pour Calais, et de cette sorte vous les aurez bien tost 
et serez en estât de faire le service. 

Je suis 
Le Sr de Mignarde 
A Mrs de Perron et Mignarde du 3e Sepb 1669 a St. (1) 



(Canada), 19 Nbre 1667. 
Monseigneur 

Il ne se peut faire que M. de Tracy vous rendant 
comi)te de son voyage de L'Amérique, ne vous ayt particu- 
lièrement informé de la disposition en laquelle il a laissé Le 
Canada ainsy je me dispenseray d'en rien marquer. J'au- 
ray donc seulement l'honneur de vous dire, qu'il n'y a eu 
dei)uis son déi)art aucun changement dans les quartiers, 
ou le mesme nombre de troupes est demeuré, que Mond. S. 
de Tracy y avoit laissé ; La seule Compagnie des Portes 
ayant relevé a Mont Real celle de du (lue dont le capitaine 
ne peut compatir avec ini autre officier. 

On a gardé le mesme nombre de forts avec le mesme 
nombre de Compagnies, et aparemment on ne retirera au- 
cunes troupes desd forts, jusques a ce que vous nous ayez 
fait connoistre, si sa Mate veut qu'on fasse une seconde ir- 
ruption sur les Iroquois, ou qu'on se contente de confirmer 
avec eux la paix, i)our en faire profiter les habitans dans la 
culture de leurs terres à l 'avancement de la Colonie, sur ce 
plan j 'ay pris mes mesures, et j 'ay fait porter des vivres, 
et nnuiitions dans lesd forts pour tout l'hyver prochain. 

Un party de quatorze Iroquois qui avoient rodé deux 
ans entiers autour de Tadoussac, au nord de Québec, re- 

(1) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 235. 



— 266 — 

tournants a Agiiez, a esté rencontrés j^ar la nation des 
Lou])s nos alliez, qni les ont tons, on tuez, ou fait i)i'ison- 
niers. Ces coups quoy que petits humilient toujours ces 
Barbares. 

La mort de M. du Prat Capitaine au Régiment de Ca- 
rigiian salière estant arrivée environ le mois de Janvier 
1666, fait que la Conunission n'ayant esté donnée a M. des 
Portes qu'en 1667, il est demeuré dans les magasins du Roy 
de quoy fairc^ la paye de ses appointemens ; car quoy que 
j'aye esté bien pressé de faire des despenses fort utiles, je 
n'ay pas voulu qu'on toucha a ce revenant bon, de 825 1. 
seulement, parce que le mois de Janvier a voit esté payé a 
La Rochelle avant que les troupes partissent de france, 
Jattendray Monseigneur, que vous disposiez de cette som- 
me, de laquelle j 'ay fait espérer partie au Lieutenant de la 
d. Comi)agnie, qui en a pris tout le soing imaginable et qui 
a bien de la douleur de n'avoir pu monter a la place de son 
Capitaine. (1) 

Jay fait vendre quelques denrées pour faire un fond 
])Our les hautes payes, et je continueray d'en user ainsi 
])our les satisfaire au moins i:>our partie, si je ne puis le 
tout. Je suis dans im pays qui demande im peu de pré- 
voyance, et d'oeconomie et je reconnois qu'il y a quelques 
gens qui voudroient une i)rompte dissipation, i)rcqe qu'ils 
ne sont chargez de rien. 

Pour ne pas faire une repetion ennuyeuse sur le sujet 
(pli oblige M. de Laf rediere Capitaine au Régiment de Ca- 
rignan Salière de retourner en france, je vous supplie très 
huml)lement, Monseigneur après luy avoir demandé l'or- 
dre sur lequel il retourne, et avoir considéré le chemin qu'on 
luy avoit ouvert, par le Congé qui est au dessus dud ordre, 
de vouloir vous faire faire lecture de ce que j'ay l'honneur 
d'escrire a Monseigneur Le Tellier, de mesme que des in- 
formations qui sont cy jointes. Je scay que led Sr de La- 

(1) En note — En donner les 2 tiers au lieutenant et le surplus au Sr des- 
portes. 



— 267 — 

frediere se plaint qu'elles ne sont pas dans les formes, mais 
il faut icy dire que quand M. de Tracy, M. de Courcelle, et 
moy Luy avons conseillé de repasser en france, on ne pen- 
soit pas a faire des informations, parce qu'on ne pensoit 
pas a Luy faire aucun mal, seulement a guerrir par son 
esloignement celuy que les Sujets du Roy souffroient icy de 
sa conduite. J'espère l'an prochain repasser en france, 
si sur ce qu'il vous dira et que M. de Salliere son oncle pour- 
ra vous mander. Vous suspendez vostre jugement. Je 
suis asseuré que par le compte que j'auray l'honneur de 
vous rndre de ce pays, vous demeurerez persuadé qu'on a eu 
pour Luy, autant de modération, qu'il a eu d'emportement, 
]:>our les Colons, et peu de déférence i)our les Supérieurs. 
M. de Tracy qui a connu la conduite, et de l'oncle, et du 
Neveu peut vous la dire. Le premier, (si ce qu'il a dit est 
cru), me perdra aui)rez de vous, Je ne me deffends pas la- 
dessus, mais je dis seulement i)arlant pour les Colons de ce 
])ays qu je scay que vous estes le protecteur des troupes, 
mais que vous ne l 'estes, pas moins des peuples, qui atten- 
dent leur appuy du Roy par vostre moyen, contre les vio- 
lences qu'on leur fait. Pour rendre justice distributive 
a tous, il faut vous dire avec vérité, qu'il y a des officiers 
très sages dans ce régiment, mais je i)uis dire aussy avec la 
mesme vérité qu'il y en a quelques uns fort inquiets, et 
ayant peu d'inclinaon a aider aux establissemens que le 
Roy me connnande de faire en ce pays. Comme on sçait 
que sa Majesté donne le prix a la vertu par vostre bouche, 
ou vostre plume qui fait les expressions de ses plus vérita- 
bles sentimens, j'estime que si vous me faisiez l'honneur de 
m'escrire, et de me marquer dans vostre despesche la con- 
sidération qu'elle fait de ceux qui me donnent des secours, 
et apportent de la facilité aux choses que j 'entreprends 
pour son service ; cela produiroit un fort bon effet. 

Ce pays commence a prendre une autre forme, que cel- 
le qu'il avoit avant l'arrivée des troupes du Roy, il se dé- 
couvre en beaucoup d'endroicts, et la Resolution que for- 
ment plusieurs officiers de s 'y habituer, ne contribuera pas 



— 268 — 

peu a son establissement. Desjà Messs de Contrecoeur, et 
du (lue Capitaines, et de Yarenne Lieutenant s'y sont en- 
gagez, mesnie i)ar le mariage avec des filles du pays, quatre 
ou cinq autres subalternes capitulent avec leurs Maistres- 
ses, et si vous tesmoignez i3ar les premières despesclies du 
Eoy qu'ils se rendent agréables a sa Majesté non seule- 
ment en demeurant icy, mais niesme encore en invitant 
leurs soldats a y prendre party. J'estime que plusieurs ne 
retouvneroient pas en l'ancienne france. 

Si je n'estois ])ien i)ersuadé que vous avez de plus 
agréables, et de plus imi)ortantes affaires que ne sont celles 
du Canada, je vous en donnerois un destail dans lequel je 
n'obmettrois rien des moindres particularitez de ce qui s'y 
passe ; mais il ne seroit d'aucune utilité je remetz a me 
domier l'honneur de a^ous informer moy mesme de ce qui 
sera de plus considérable, si vous avez la bonté d'appuyer 
auprès du Eoy le congé que je supplie très humblement sa 
Majesté de m 'accorder sans que je sorte de la soumission 
dans laquelle je dois estre a son esgard, et qu'aura toujours 
très esgallement au Vostre. 

Monseigneur 

Vostre très humble, très obéissant et très obligé Servi- 
Talon 
(Québec, le XIXe 8bre 1667. 

M. Talon, du 19 Bbre 1667, de Quebek. 

Note de la main de Louvois — "rend compte des affes 
de <'e i^ays là et de ce qui s'y est passé depuis le de])art de M. 
de Tracy. Son congé, verbaliser avec luy jay mis une res- 
])onse a costé dun des articles." (1) 

F.-J. AUDET 



(]) Aichives du Canada, Correspondance générale, vol. 463. 



— 269 — 

LA REDEVANCE DES LANGUES 



Sous le régime féodal les seigneurs, barons, comtes et autres s'ingé- 
nièrent à prélever des impôts de toutes sortes afin de grossir leurs revenus. 
C'est ainsi que M. Sébillot dans ses Légendes et curiosités des métiers 
nous informe que les bouchers, en Europe, furent soumis "à des redevan- 
ces d'un caractère original. Dans plusieurs chartes du Xlle siècle, dit- 
il, les seigneurs exigeaient des bouchers domiciliés sur leurs terres toutes 
langues de boeufs que ceux-ci tueront." 

On ne ])eut adresser aux seigneurs canadiens les reproches qu'on a 
faits à ceux de la vieille France, mais il s'est trouvé des fonctionnaires à 
qui l'envie ne nian<|ua j)as de faire revivre ici des inijiositions vexatoires ou 
onéreuses. Tel cet avantage que réclama, une fois, Jacques Bizard, major 
de Montréal, entre 1677 et 1692 dont le gouverneur F.-M. Perrot disait 
"c'est un Suisse plongé dans le vin et l'ivrognerie, inutile à tous services 
])ar la pesanteur de son corps." 

La réclamation du gros major est consignée dans les docinncnts ju- 
diciaires de ilontréal, à la date du 4 juin 1678. En ce jour, Michel Le 
Court, boucher, déclare devant le notaire et greffier Claude Mangue que le 
sieur Bizard "lui a dit que s'il ne lui apportait pas les langues des animaux 
qu'il tuerait il le ferait mettre en ])rison, les fers aux pieds." 

Michel Le Court remarque (pie cette prétention le surprit car il n'a- 
vait jamais vu ])ratiquer cela en Canada. Aussi, alla-t-il incontinent, 
chez Messieurs de Saint-Sulpicc, seigneurs de l'île, ])our savoir si le sieur 
Bizard avait un semblable droit. L'abbé François Lefebvre, supérieur du 
«i^minaire, le consola. 11 fit voir au brave commerçant une ordonnance 
du roi "portant ex])ressément défense à tous majors et autres officiers 
d'exiger et prétendre droit à peine de concussion." Il conseilla même au 
commerçant d'aller de sa part rencontrer M. Bizard et de lui répéter la 
défense rovale. 



— 270 ^^ 

Mais le major ne tint aucun compte de l'avis et le lendemain matin, 
il envoya "le nommé Vincent, domestique du Sr Sulliut, dire à Michel Le 
Court que s'il ne lui envoyait pas la langue du boeuf qu'il venait de tuer, 
il le .ferait mettre en prison." Et le domestique s'acquitta de sa tâche 
dans la bouchiM-ie de Le Court "en présence de plusieurs personnes qui y 
étaient." 

Le houcluT n'()l)tempéra ]ias. 11 aima mieux coniier le récit de l'af- 
faire au i^reffier dn tribunal pour l'édification de ses descendants. 

Va \()ilà coumuMit le peu sympathique Bizard, qui a laissé son nom à 
une belle île, près Montréal, se voit gratifié d'un nouveau trait dont sa 
mémoire — heureusement — ne souffrira guère. 



LE CHEVALIER D^AUTEROCHE 



Je trouve dans des notes recueillies par M. l'abbé Faillon la copie 
d'un testament militaire, signé le chevalier d'Auteroche et daté du Moulin 
à Foucault, le 3 septembre 1776. Ce testament est fait en présence du 
capitaine Carleton, commandant en chef des Sauvages alors au Moulin 
i'i Foucault, de Eichard Houghton, lieutenant dans le 53e Régiment, et 
de M. de Terlaye, aumônier des Sauvages. Le chevalier d'Auteroche, 
étant en guerre, y décide de régler sa successioii. Il prie M. Foretier, 
négociant de Montréal, de vouloir bien se charger de la tutelle de ses 
trois enfants, Joseph, Angélique et Babi, son intention étant qu'ils se par- 
tagent par égale portion tout ce qui pourra lui appartenir après sa mort, 
quoiqu'ils ne soient que ses enfants naturels. 

"Angélique et Babi, ajoute le testateur, sont à l'instruction chez les 
Soeurs de Lachine, et Joseph est pensionnaire au Collège de Montréal." 

Le nom du clievalier d'Auteroche est de résonnance bien fraïK^-aise, 
mais il n'en est pas ])lus familier à nos oreilles canadiennes. Appartenait- 
il à un régiment anglais? C'e ne serait pas le seul cas d'un Français égaré 
à cette époque dans les troupes d'Angleterre. De plus amples renseigne- 
ments sur ce persomiage seraient fort appréciés. J'ai consulté la liste 
des élèves du Collège de Montréal en 1776, telle que ])ubliée dans r"An- 
nuaire de Ville-Marie", et je n'y l'cncontre pas de Joseph d'Auteroche. Il 
est vrai qu'enfant nalurcl, .loseph a pu ne pas |)orfer le nom de son ])ère. 

AEG. F. 



— 271 — 

M. DE MENNEVAL 



M .P. -G. Eoy, à l'aide de deux documents des Archives de Québec, 
]ious apprend que ]\r. de Menneval, gouverneur de l'Acadie n'était pas un 
Eobineau comme on l'a cru longtemps. 

Louis-Alexandre des Friches, chevah'er, seigneur de Menneval, est le 
personnage révélé sous son nom vrai. C'est un ])oint de départ pour 
chercher à découvrir plus long sur lui et les siens. 

Cette ramillc, dit le Mercure de France du nidis de juin lT4(i (pj). 
li)5-()), est distinguée ])<\v son ancienneté, par ses alliances, et })ar ses ser- 
vices militaires. André-Jose})li des Friches-Doria des Brasseuses, dit 
le marquis Doria, seigneur de Cayen, de l'Esquipée, de Cernoy, du Plessis 
et de Bachimont, etc., chevalier de St-Louis, cidevant capitaine de cavale- 
rie au régiment de Fiennes et veuf depuis le 18 octobre 1723 de Marie- 
Anne Colbert de A^illacerf, Il épousa le 28 avril 1746 Perrette-Françoise 
de Lesquen de Villemeneust, fille- de Joseph, seigneur de la Villemeneust 
en Bretagne, brigadier des armées du roi et commandeur de l'ordre de St- 
Louis. André-Joseph des Friches-Doria est fils de François des Friches- 
Doria des Brasseuses, seigneur de Cayen dans l'élection de Montdidier, et 
petit fils d'un autre François héritier de la terre du Cernoy, etc., paT 
testament de Pierre Doria, son oncle, capitaine de la galère de la reine, 
mère du roi, 1G30, à condition pour lui et ses descendants mâles de porter 
le nom et les armes de la maison de Doria, l'une des (piatre premières de 
l'élite de Gênes. 

Sixte Doria s'établit à Carjjentras dans le Comtat Venaissin en 1534. 
Sa fille, Catherine, fut mariée à Artus des Friches, baron de Brasseuses. 

En 1766, Jean-IIenri Doria épousa Louise-Françoise-Charlotte de 
Montcalm-Gozon, fille de Louis-Joseph, marquis de St-Véran, et d'Angé- 
line-Louise Talon. 

^ En 1873 la famille des Friches-Doria était représentée en France par 
le vicomte des Friches-Doria de Brasseuses, maire d'Arromy, par Crépy 
(Oise). Cet endroit a été dévasté dans la grande guerre. 

REGIS ROY 



272 



ORIGINE DES NOMS DE RUES, DE LO- 
CALITES, ETC. DANS LA REGION 
DE MONTREAL 



(1) 



111 

(Iravcl Totni. — La localité qui devait devenir la paroisse de Sainte- 
Cunégonde-de-Montréal, ])()rta d'abord le nom prosaïque de Gravel Town 
jiarce que le terrain était rot'ailleux. (Massicotte, 8ainte-(hincgon(lf-de- 
Monlri'tiJ. Xoies et souvenirs, p. 7) 

Villitge Dclisle. — Le 25 février 1861, l'honorable Frédéric- Auguste 
Quesnel vendit à William Workman, industriel et à Alexandre-Maurice 
De Lisle, ancien shérif de Montréal, une terre de 78 arpents environ, à 
l'ouest de la ville de Montréal. Les acheteurs firent aussitôt diviser le 
terrain et tracer des rues. ( "est alors (|ue la localité prit le nom i)opulaire 
de ViJJdge De Lisle. 

Worl-man (nie). L^ne des rues de la susdite localité reçut le nom 
(l'un des nouveaux propriétaires. 

De Lisle (rue). — Même localité, même exj)lication. 

Quesnel (nie). — Même localité. En l'honneur de l'ancien proprié- 
taire, l'hon, F. -A. Quesnel. 

Conrsol (rue). — Même localité. En l'honneur de Charles-Joseph 
Coursol, avocat, plus tard juge, neveu et héritier de l'hon. Quesnel. 

Souvenir (rue). — Même localité. Cette rue conserve le nom de la 
belle demeure de l'hon. F. -A. Quesnel. 

Bois de Quesnel (Je). — Un attrayant bocage sis à l'ouest du manoir 
Quesnel et de la rue Atwater était connu de tous jusqu'à sa division en 
emplacements sous le nom de son pro])riétaire. Des arbres superbes en 
faisaient l'ornement. Pendant longtemps, ce fut un lieu de pique-nique. 

Sdlnle-CinirgonfJt' (rille). — Le village De Lisle fut constitué en des- 
serte j)ar Mgr liourget, en 1874, puis en paroisse l'année suivante. La 
]i()uvelle paroisse étant détachée de celle de Saint-Henri on lui donna le 
nom de la femme de saint Henri. La ville de Sainte-Cunégonde a été 
ainiexée à Montréal en 1905. 



(1) Voir Vol. XXVIII, w. 49, 111. 



— 273 — 

Audience (L'). — Vers les 1880 on entendait encore assez souvent les 
anciens dire : "Je vais à l'Audience", ou "il demeure près de l'Audience", 
("est ainsi qu'ils désignaient le Palais de Justice. Xos pères avaient 
gardé la coutume française, car autrefois les Montréalais appelaient cou- 
ramment l'Audience, le local où siégeait le tril)unal comme on peut s'en 
rendre compte par la lecture des vieux documents judiciaires. 

E.-Z MASSICOTTE 



ROCBERT ET BEGON 



Dans une lettre inédite écrite de Kochefort le 25 février 1753, à M, 
de Lavaltrie par le comte de Vaudreuil, frère "de notre dernier gouverneur, 
je relève ce passage : 

"C'est avec grand ])laisir ((ue j'ai reçu, mon cher Lavaltrie, la lettre 
que vous m'avez fait l'amitié de m'écrire. Je l'ai communiquée à M. 
Koebert et à M. Bégon qui vous font mils remerciements de votre souvenir. 
Ils se portent fort bien, mais ils disent que Rochefort ne vaut pas le Ca- 
nada. Il est vray que la vie qu'ils mènent est l)ien différente ; ils ne 
.-ortent jamais et ont très j)eut (le monde chez eux. Comme nous sommes 
fort voisins, je les vois tous les jours " 

Qui ])euvent être ce M. Robert et ce M. Bégon ([ui s'ciimiiciit à 
Rochefort vers 1753 en soui)irant après le Canada ? 

M. RocI)ert peut ditïicih'nicnt être autre (|u'Etienne Rocbert de la 
Morandière, garde-nuigasin A Montréal de 1G92 à 1731. M. P.-(l. Roy, 
dans sa famille Rocbert (p. 12), écrit ])récisément à ])ropos d'Etienne : 
"A })artir de K37, nous ])erd()ns ses traces. Il n'est ])as impossible qu'il 
soit repassé en France." Nous aurions maintenant l'ex))licati()n de sa 
mystérieuse disparition. M. Rocbert, né en 1GG8, d'après Tanguay, au- 
rait été âgé de 85 ans en 1753, et la lettre du comte de Vaudreuil laisse 
voir en effet qu'il s'agit d'un vieillard paisiblement retiré. 

Quant à M. Bégon, compagnon de M. Rocbert, ce ne peut être que 
notre dixième intendant, Michel Bégon. Ce dernier avait beaucoup 
connu M. Rocbert, devenu d'ailleurs en 1718 le beau-père de son propre 
frèrp le chevalier Bégon, et il n'est pas étonnant que, retiré à Rochefort 
sur ses vieux jours, il se soit associé avec lui. Dans ce cas, M. Régis Roy 
se serait donc trompé lorsqu'il a fait mourir Michel Bégon en 1740. (Les 
Intendants de la Nouvelle France, dans les Mémoires de la Société Royale, 
1903, p. 95). Cela nous paraît déjà démontré par l'Almanach Royal de 
1747 où Michel Bégon, intendant de 1710, apparaît comme intendant des 
armées navales de 1746, 

AEG. FAUTEUX 



— 274 — 

LES CHABOILLEZ ^'^ 



TEOISIEME GENEEATION 



Louis-Joseph, le troisième fils de Charles Chaboillez II et de Marie- 
Aiiue Chevalier, fut baptisé à Mackinac, le 24 octobre 17-il, et il épousa, 
il Montréal, le 7 janvier 1766, Angélique, âgée de 20 ans, fille de Joseph 
Baby-Chenneville, négociant, et de feue Angélique Eobert Wat/on. Fu- 
ient présents à cette cérémonie : Simon et Christophe Sanguinet, Ignace 
(lamelin, Joseph de Lorimier, J.-B. Adhémar, François Baby-Chenne ville 
et autres. 

Louis- Joseph Chaboillez fut marchand voyageur comme son père et 
ses frères. Il possédait, par sa femme, rue Saint-Paul, une maison qu'il 
loua, en 1783, à Finlay Fisher, maître d'école, pour la somme de 1200 
chelins, ce qui est un prix élevé. (2) Il ne semble pas avoir été heureux 
en affaires, car le -1 juillet 1787, il confesse devoir à MM. Todd, McGill & 
Co., la somme de 446 louis et 3 pences, cours d'Halifax (3), puis le 23 
juin, 1789 (4), il reconnaît avoir augmenté sa dette de plus de 676 louis 
pour marchandises qu'il a euespour son commerce dans les pays d'en haut. 
(•ette progression de son déficit l'obligea à hypothéquer sa maison pour la 
somme de 1122 louis, 15 chelins et 10 pences. Signalons en passant que 
l'un des créanciers de Louis-Joseph Chaboillez était James McGill, le fon- 
dateur de l'université qui porte son nom. Par la suite, notre Chaboillez 
réussit à diminuer son passif, cependant le 15 janvier 1744, sa femme 
(née Baby), au cours d'une absence de son mari, vendit la maison de la 
rue Saint-Paul à son fils le notaire Chaboillez, à charge par lui de payer 
ce qui restait dû à MM. Todd & McGill ainsi qu'à fournir "un titre cléri- 
cal à Me Augustin Chaboillez clerc tonsuré" son frère. (5) 

Louis-Joseph Chaboillez et sa femme allèrent finir leurs jours chez 
leur fils, l'ab})é C'haboillez, pendant que celui-ci occupa la cure du Sault- au- 
liéeollet. 



(1) Voir vol. XXVIII, pp. 184, 207, 211. 

(2; Mèzières, 23 octobre 1783. 

^3) Greffe Foucher. 

(4) Greffe J.-G. De Lisle. 

(5y Greffe de J.-G. De Lisle. 



— 275 — 

Dame Angélique Baby-Chenneville fut inhumée le 3 janvier 1803 et 
son mari, le 27 novembre 1805. (1) 

De leur mariage étaient nés : 

l.— Joseph-Louis bapt. à Xotre-Dame, le 11 octobre 1Î66. Il fut 
notaire et épousa Mlle Conefroy. Il en sera question dans la 4e généra- 
tion. 

2.^— Marie- Angélique', bapt. à Xotre-Dame le '21 avril 1769. Sépult. 
le 3 juillet 1769. 

?,.— Marie- Anne, bapt. à Xotre-Dame le 16 juin 1770. Sepult. le 
12 juillet 1770. 

4. — Jean-Bapiisfe, bapt. <i X^otre-Dame le premier juillet 1771. Sé- 
pult. le 4 août 1771. 

o.—Joseph-Aii;jiislin, bapt. à Xotre-Dame le !) juin 1772. 

(). — Augustin, bapt. le premier décembre 1773. Il eut pour i)ar- 
rain, son oncle, Augustin Cliaboillez et pour marraine Marguerite Baby. 
Il commença ses études au collège de Montréal en 1784 (2) et il y était 
encore en 1790 en qualité de clerc tonsuré et de régent de la sixième. (3) 
11 fut ordonné le 4 décembre 1796, par Mgr Denaut dont il devint le se- 
crétaire." (4) 

L'abbé Cluiboillez fut vicaire à Longueuil de 1797 à 1799, curé au 
Sault-au-Kécollet de 1799 à 1806 et enfin, curé de Longueuil de 1806 à 
1834. 11 décéda à ce dernier endroit le 29 août 1834. (5) 

"Pendant qu'il était curé de Longueuil, dit Bibaud Jeune, il se fit 
connaître par trois brochures en faveur de l'inamovibilité des curés et du 
],>arti qui s'opposait à l'administration de Mgr Lartigue en qualité d'auxi- 
liaire et suft'ragant de l'évêcbé de Québec. Il fut refuté par le grand vi- 



(1) Registres du Sault-au-Récollet. 

(2) Palmarès de 1784. Renseignement fourni par M. -A. Fauteux. 

(3) Annuaire de Ville-Marie, vol. I, p. 226. L'abbé Allaire, dans son Diction- 
naire du clerfjé, dit néanmoins, qu'il fit ses études à Québec. 

(4) Bibaud Jeune, Panthéon Canadien, p. 59. 

(5) Allaire, Dictionnaire du clergé canadien. Anciens. 



ciiiiT ('adieux et \)nv un antre adversaire dont l'.-ll. l'.i'dai'd fui le jjrôlc- 

IIOIII." (1) 

Après sa niorl en I.S.'5I, tout ou pai'tie (\i'>^ biens de l'alihé passèrent ù 
sa nièce, l'eniine du fameux philanthrope canadiend'raneais, Antoine-Oli- 
vier lierllndet. I"]t le preniiei' août IS|;3, les époux Jierthelel donnèrent 
aux l'I'. Ohiats, "en nuMiioire" du (h'^funl euré une maison (pii lui avait 
noniappartenu, à I jon;^iieni I. ('i ) 

(à continuel') 

E.-'/j. MASSICOTTK 



(1) Au sujet des trois l)r()ChureH qu'aurait publif^es lo cur<'' Chaboilloz, lo 
l)i))li()Ui<''<!uiro (le Saint-Sulpico, M. A. l'^auteux, nous dit (|u'il n'en connaît que 
deux dont voici les titres : 

— Questions sui- le KonveiricMient (•(■(•16siaHti((ne du Disirict de Moiilr<''al, par 
Mr Clialioille/,, J'tre., cur<'' de IjoiiKiiciiil. Montréal, Tlios. A. Turner, 182:1. 

--Réponses de Messire Chaixiillez, cuié de Lonfïueuil, à la lettre de P.-H. 
liédard ; suivies de quehiues reinMi-cpies sur les ol)servations imi)rimées aux 
Trols-llivières. Monti-éal, T. A. Turner, 1S24. 

Dans la même notice, Uibaud |)rétend (pie l'alihé (^h;d)()ill<z ét;iil "lils d'un 
notaire". Une sirnililiidc de prénntn l'a tionipé. Il .iiirnil dû dicc "fcère de 
notaiie". 

(L') A innidiri' de \' illc- M<trir, vol. ,1 p. I :{. 



LA PREMIERE FEMME DE VALLIERE DE ST-REAL 



\'allières de St-li(''al s'est marié deux fois, mais ses hio^^'i'a plies se con- 
tentent d'ordinaire de nous dire (jii'il se remaria en i .s;i I avec I*>st her-hîlora 
llart des Trois-Uiv ièi-es. (Quelle l'ut sa pi'emière remme ? ,1e ne trouve à 
ce sujet (pi'mr reiiseii;'ne!iieiil asscz vague dans l'éloge (iirAiitoiiie (i'èi-in- 
Ijajoie consacra au célèhie juge en clnd* le lendemain de sa mort et, (pli fut; 
puhli('' dans l'Alhiim de la Ifeviie ('anadicniie (v(tl. Il, ISli, pp.. <ST-!)()). 
"Dans la personne de sa prennère remnie, écrit (lériii-Lajoic, s'est éteinte 
la eélèhre l'amille des Champlain dont le ch(d' avait été le l'oiidateur <le 
(^uéhec et l'iiii des génies civilisateurs du ('aii.-ida." Antoine ( J('rin- Jiajoic, 
encore jeune ('■ludiaut en droit en I S 1 "^ , n'avait [^as encore ac(piis cette 
connaissance de notre histoire dont il lit preuve plus tar 1 et l'on ne peut 
(pie sourire de sa iiH'prise lors(pril donne pour l'enime à V'allières une 
descendaiile de Samuel de Champlaiii. 'l'ont le monde sait aujourd'hui 
(|Ue le nom (lu l'oiidateiir de (^uéhec s'est ('teint avec lui. Mais il v a eu 
(piehjues familles au ('aiiada (pli ont cru pouvoir' ajouter à leur nom 
|)atn>iiymi(pi(' celui de ('hamplaiii, notamment les l'e/ard et les N'olant. 
Ija première femme de Vallières de Sf-Kéal appartenait prohahlemeiit à 
l'une ou l'autre de cc^^ deux familles. Mais à laipielle ? .le suis forcé de 
laisse!" a d'autres le soin de le (h'coiivrir. 

AEG. F. 



_'u 



JULIEN COURTEAU, MISSIONNAIRE 
EN ACADIE, 1826-1869 



Né à Dcschamljault le 12 octobre 1T97, Julien C'ourteau était fils de 
Julien Courteau et de Madeleine Perron ; il fit ses études au séminaire 
de Nicolet, que Monseigneur Plessis venait de fonder. Ordonné prêtre le 
^1 septembre 1822, il fut vicaire à Sorel de 1822 à 1824 et à Rivière- 
Ouelle de 1824 à 1825 sous Monseigneur Bernard-Claude Panet, évêque 
de Saldes, coadjuteur de Monseigneur Plessis. La mort de Monseigneur 
Plessis arrivée en décembre 182Ô obligea Monseigneur Panet à quitter sa 
paroisse de Rivière-Ouelle pour prendre l'administration du diocèse de 
Québec ; l'abbé Courteau administra la paroisse de Rivicro-Ouellc jus(|u'an 
milieu de l'été de 1826. 

Jus(|u'eii IcSlT, le diocèse de Québec comprenait tout le Canada 
actuel moins la Colombie Britannique qui faisait partie de l'Orégon. Eu 
1817, la Nouvelle-Ecosse fut érigée en vicariat apostolique et séparée du 
diocè.se de Québec ; le premier titulaire fut Monseigneur Edmund Burke, 
évêque de Sion, qui fut consacré en 1818 ])ar Monseigneur Plessis et de- 
vint le premier vicaire apostolique de la Nouvelle Ecosse. 

En 1819, Monseigneur Plessis obtint de la cour de Rome la nomina- 
tion de quatre sufïragants qui exerceraient la juridiction sous sa dépen- 
dance c'étaient ^lonseigneur Alexandre Macdonell, évêque titulaire de 
Rhésine pour le Ilaut-Canada, ]\Ionseigneur Jean-Jacques Lartigue, évê- 
que titulaire de Telmesse ])<)ur le district de Montréal, Monseigneur 
Jose])h-Norbert r.ovanclier, évêque titulaire de Juliopolis pour le terri- 
loire du Nord-Ouest, Monseigneur lîernard-Angus McEachern, évêque 
titulaire de Rose pour le Nouveau-Brunswick et les îles du Prince-Edouard, 
du Cai)-Breton et de la Madeleine. Par une lettre du 15 octobre 1821, 
Monseigneur Plessis annonçait aux fidèles du Nouveau-Brunswick et des 
îles du Prince-Edouard, du C;i[)-Breton et de la Madeleine qu'il avait plu 
au Saint Siège, })ar des lettres apostoliques du 12 janvier 1819, de nom- 
mer Monseigneur Bernard-Angus McEacbern à l'évêcbé de Rose m par- 
tibus infidelium en (pialité de sufïragant et auxiliaire du siège de Québec 
avec une juridiction subordonnée à la sienne. La nomination de Mon- 
seigneur McEachern au gouvernement spirituel des fidèles du Nouveau- 
Brunswick et des îles du Prince-Edouard, du Cap-Breton et de la Made- 



— 278 — 

ieiiie laissait à l'évêque de Québec l'obligation de pourvoir ces territoires 
d'ouvriers évaugéliques. 

Les évêques de Québec n'ont jamais manqué à leur devoir d'envoyer 
des missionnaires aux enfants de l'Acadie, qui relevaient de leur juridic- 
tion. Monseigneur Denaut en 1803, Monseigneur Plessis en 1812 et 
1815 y iirent la visite pastorale. Quand Monseigneur Plessis quitta 
Chéticamp, il vit toute la population s'agenouiller sur le rivage où devait 
se faire l'embarquement et lui demander une dernière bénédiction ; l'é- 
vêque ne put promettre à ces braves gens qu'il leur donnerait un prêtre 
résident, mais à son retour à Québec, il jeta les yeux sur un jeune prêtre 
qu'il venait d'ordonner, l'abbé Dufresne, lui confia plusieurs ornements et 
de beaux vases sacrés, dons du prélat offerts comme marque d'estime aux 
fidèles de Chéticamp. Une catastrophe mit fin à de si belles espérances : 
la goélette qui portait l'abbé Dufresne fit naufrage sur les côtes de la 
Nouvelle-Ecosse et tout fut perdu, corps et biens. 

Il appartenait à Monseigneur Panet de réaliser les intentions de 
Monseigneur Plessis en faveur des fidèles de Chéticamp : six mois après 
son élévation sur le siège de Québec, il jeta les yeux sur son ancien vicaire, 
l'abbé Julien Courteau, et l'envoya dans les missions de Chéticamp, Mar- 
guerie, et autres lieux. Dans l'été de 1826, l'abbé Courteau, accompagné 
(le l'a])bé Lawlor, monta sur une goélette qui faisait le service entre Québec 
et le Cap-Breton et se rendit à son poste ; l'abbé Courteau devait desservir 
les fidèles de Chéticamp et Marguerie, l'abbé Lawlor devait exercer son 
zèle auprès des Ecossais catholiques établis au cap Nabou, Broad Cove et 
autres lieux. 

Les lettres de l'abbé Courteau adressées à Monseigneur Panet nous 
disent quelle était la pauvreté extrême de ces missions et combien pénible 
était alors la vie du missionnaire de Chéticamp, qui devait toutes les se- 
maines faire à cheval trente et quarante lieues pour visiter ses différents 
postes. 

Le 4 septembre 182!), un décret du Saint Siège sépara le Ca]vBreton 
du diocèse de Québec et l'unit au vicariat apostolique de la Nouvelle-Ecos- 
se, dont le titulaire était alors Monseigneur Fraser. Les missionnaires 
appartenant au diocèse de Québec songèrent alors à revenir dans leur dio- 
cèse. Grand aurait été l'embarras de Monseigneur Fraser, s'il avait été 
privé de ))rêtres ca])ables de desservir les missions du Cap-Breton: Le 12 
juin 1830, l'abbé Courteau écrivait à Monseigneur Panet : "Comme Votre 



— 279 — 

Grandeur me le fait remarquer, si Mgr Fraser ne me donne un successeur 
avant que je quitte ma mission, c'est une ])reuYe certaine pour moi que je 
serai obligé d'y rester encore longtemps. Il y a dans ma mission environ 
160 familles acadienues qui n'entendent pas l'anglais, à l'exception d'un 
l)ien petit nombre d'hommes qui le balbutient un peu : par conséquent ces 
gens là ont besoin d'un missionnaire qui parle le français. Je vois que 
])SLT mon départ ils vont être privés de tout secours de la religion, car Mgr 
Fraser n'a pas la moitié assez de prêtres pour en placer où ils sont néces- 
saires et, comme de raison, il en mettra dans les places les plus considéra- 
bles et ma mission, isolée de toutes les autres, en sera entièrement privée. 
Ce n'est pas que je veuille y rester, mais si Votre Grandeur ne peut y pla- 
cer un autre missionnaire cette année, je ferai plutôt encore le sacrifice 
d'une année que de voir ces pauvres gens jirivés des secours de la religion, 
dont ils ont tant besoin." 

Le (i juin 1832, l'abbé Courteau écrivait de nouveau à Mgr l'anet : 
"Voyant que tous les missionnaires abandonnent leurs missions, je ne puis 
me résoudre à abandonner mon {loste avant d'avoir un suppléant. Voilà 
Mr lloy de retour à Québec ; Mr Trudelle se dispose à le suivre et mon 
voisin Lawlor commence à plier bagage ])our le Cap Sable où sont le Rév. 
Père Cicogne et Mr Morin. Me voilà donc seul sur le bout de mon ile. . . 
Je me dispose donc encore, avec la permission de Votre Grandeur, à em- 
ployer mes faibles talents dans mes missions jusqu'à ce que la divine 
Providence y pourvoie par ailleurs, persuadé que mon ministère ne peut 
être aussi utile en Canada qu'il est ici, tant que je jouirai d'une boinie 
santé, à moins que Votre Grandeur ne me donne un successeur ; car je 
regarde mes peines pour rien, ])ourvu que j'accomplisse les volontés de la 
divine Providence." ^ 

Monseigneur Panet fut touché de cette lettre de l'abbé Courteau et 
lui répondit le 22 septembre 1832 : "J'ai reçu votre belle lettre du 6 juin 
m'annonçant votre détermination de rester à votre poste jusqu'à ce qu'il 
soit possible à Mgr Fraser de vous donner un successeur. Je ne puis 
qu'être édifié de votre dessein qui montre le zèle que vous avez pour le bien 
spirituel des âmes jusqu'à présent confiées à vos soins. Vous pourrez 
donc encore demeurer à Chéticamp jusqu'à ce que les besoins de mon dio- 
cèse me mettent dans la nécessité de vous rappeler, ou jusqu'à ce que la 
divine Providence permette à Mgr Fraser de vous remplacer." 

Cette double éventualité ne devait jamais se réaliser : l'abbé Cour- 



— 280 — 

teau, parti en 1826, devait donner toute sa vie sacerdotale aux missions du 
Cap-Breton. Pendant quinze ans, il desservit les missions de (^héticani]) 
et Marguerie, qui étaient les i)lus rloignées du vicariat ; en 1841, Mgr 
Fraser lui confia la mission de FArdoise, qui n'était (pi'à trente milles 
d'Arichat. 

La mission de l'Ardoise, à cette é])0(iue, ccmiprenait un territoire de 
(juarante milles de longueur habité ])ar des Acadiens, des Irlandais et des 
Ecossais catholiques ; les catholiques étaient groupés à l'Ardoise, à Saint- 
Pierre et à la Eivière-Bourgeois ; deux chapelles avaient été érigées, l'une 
à l'Ardoise et Fautre à la Rivière-Bourgeois ; les habitants vivaient de la 
pêche, qui à cette époque était plus abondante et plus fructueuse qu'au- 
,")ourd'hui. 

L'abbé Courteau prit possession de son poste au printemjjs de 1841 
et le desservit jusqu'à sa mort ; tous les actes inscrits dans le registre des 
baptêmes, décès et mariages de FArdoise du 3 juillet 1841 au 5 avril 1869 
furent faits ])ar lui : il fit également tous les actes du registre de la Rivière- 
Bourgeois du 29 juin 1841 au 24 novembre 1868, sauf ])endant un inter- 
valle de six mois. L'abbé Courteau faisait les offices à l'Ardoise pendant 
deux dimanches consécutifs et se rendait à la Rivière Bourgeois pour le 
troisième dimanche. 

La distance qui sépare FArdoise de la Rivière-Bourgeois est de quinze 
milles ; pendant l'hiver, l'abbé Courteau franchissait cette distance à che- 
\iû : ])endant l'été il se servait d'une modeste charrette qu'il avait fabriquée 
de ses mains. C'était un événement, nous racontaient les vieillards de la 
Rivière-Bourgeois, quand, le troisième dimanche, le père Courteau débou- 
chait sur le chemin de Saint-Pierre et faisait son entrée dans la mission de 
la Rivière-Bourgeois. 11 y passait le samedi à entendre les confessions; 
il 3' faisait les offices du dimanche ; il baptisait les enfants nés depuis sa 
dernière visite ; il célébrait les mariages ; il bénissait les sépultures. Le 
mardi ou le mercredi, il ])ouvait retourner à l'Ardoise, oii était le lieu de 
sa résidence habituelle. 

Quand le Père Courteau ne pouvait se rendre à la Rivière-Bourgeois, 
les fidèles allaient à FArdoise, qui n'est qu'à quinze milles de distance ; 
c'est ce qui arrivait assez souvent pour les mariages. Un vieillard, qui a 
dépassé soixaute-dix ans, Mr Michel Boudreault, nous disait : Dans la 
première quinzaine de janvier 1869, l'on aurait pu voir sur le chemin 
conduisant à l'Ardoise plusieurs couj)les accompagnés de leurs témoins et 



— 281 — 

de leurs i)arents allant contracter mariage devant le Père Courteaii ; sur le 
chemin couvert de neige, on utilisait les souliers sauvages bien plus com- 
modes pour la marche et l'on chaussait le soulier français seulement pour 
la cérémonie du mariage. xVprès le mariage, l'on reprenait les souliers 
sauvages pour retourner à la Rivière-Bourgeois. Cette habitude, disait-il, 
permettait aux nouveaux époux de faire leur voyage de noces aussitôt après 
le mariage, et puis cette marche de trente milles par des chemins difficiles 
pendant la saison rigoureuse aiguisait les a])pétits pour le diner qui suivait. 
Vers le milieu d'avril 1869, dans la soixante-douzième année de son 
âge, le P. l^ourteau sentit les atteintes du mal ([ui devait l'em])orter. Il 
fut assisté à ses derniers moments par un i)rêtre de la proviiu-c de Quél)ec, 
l'abbé L.-R. Fournier ; il mourut le 6 mai 1869. 

('in(i Jours plus tard, le 11 mai 1869, eurent lieu les funérailles du P. 
f'oui'teau ; dans le registre de l'Ardoise, à la date du 11 mai 18()9, on lit 
l'extrait suivant : "Le onze mai mil huit cent soixante-neuf, nous, prêtre 
et vicaire général de ce diocèse, soussigné, avons inbumé dans l'église de 
cette paroisse le corps de Révéreiid Monsieur Julien C'ourteau, curé d(> 
cette paroisse, décédé le six courant, à l'âge de soixante-douze ans. Pré- 
sents Révérends Messieurs John McDougall, Hubert Deslauriers et L.-R. 
Fournier. 

11. Deslauriers, Ptre 
L.-l{. Fournier, Ptre 
.]. McDougall, Ptre 

J. Cameron, D. D. V. G. 
La ménioirc du P. Courteau est encore en vénération et à l'Ardoise et à 
la Rivière-Bourgeois. Sur sa tombe, (pii se trouve maintenant dans le 
cimetière de la j)aroisse de l'Ardoise, les fidèles ont érigé un monument en 
marbre blanc sur lequJ on lit l'inscription suivante : 

J'ricz pour l'âme 

de 

Julien Courteau 

Curé de la paroisse de V Ardoise 

pendant 38 ans 

Né à DesctiamhaulUe- 12 octobre 1T97, 

Ordonné prêtre à Québec le 21 sept 1822, 

Décédé à l'Ardoise le 6 mai 1869. 

Que son âme repose en paix 



— 282 — 

Les paroissiens de la Rivière-Bourgeois voulurent rappeler dans leur 
cimetière la mémoire du bon P. Tourteau : les catholiques de langue 
française et de langue anglaise lui élevèrent un monument sur lequel on 
peut lire dans les deux langues l'inscription suivante : 

Erigé à la mémoire 

de 

Julien Courteau 

Comme témoig/uige de reconnaissance pour les 28 années de sa belle vie 

dévouée au bien spirituel et temporel de cette paroisse. 
Ceux qui enseignent les voies de la justice brilleront comme des étoiles 

pendant Véternité. 
Requiescat in pace 

Au milieu de ses grandes éj)reuves, l'héroïque peuple de l'Acadie a 
heureusement trouvé sur son chemin de grands missionnaires cpii, en 
maintenant toujours devant ses yeux l'idéal catholique et français, ont été 
les premiers artisans de sa résurrection, qui aujourd'hui ne fait plus de 
doute. On s'incline avec respect devant les grandes figures des Cigogne, 
des Maillard, des Bourg, des Ciquard, des C^alonne, des Desjardins, des 
Lefebvre, et de tant d'autres ; le P. Julien Courteau, qui a donné quaran- 
te-trois ans de sa vie sacerdotale aux missions du Ca})-Breton et qui repose, 
en attendant la résurrection, dans le cimetière de l'Ardoise, doit être 
compté parmi les grands missionnaires qui ont bien mérité de l'Acadie. 

JOS.-W. GIGXAC, Ptre 



— 283 — 

REPONSES 

Les maîtres d'écoles de F Institut ion Royale. (Vol. XXVIII). — 
M. B. demaudait dans le Bulletin de février dernier des biographies des 
maîtres d'écoles employés par l'Institution Roj'ale dans le Bas- Canada. 
Comme je n'ai pas suffisamment de renseignements pour faire des biogra- 
])hies, ni le temps de faire des recherches, je vais me contenter de donner 
(juelques notes que je possède sur ces intéressants personnages. Ce sera 
toujours autant de pris sur l'ennemi. 

Chambers, Robert. — Il habitait le canton Eaton en 1815, et il y était 
établi depuis assez longtemps, si l'on en croit un certificat qu'il signait le 
1er juillet de cette année, à l'effet qu'il connaissait personnellement depuis 
longtemps certains vieux habitants de cette localité. 

Il obtint une commission d'enseigne dans le oe bataillon de milice 
des townships, mais j'ignore la date de cette commission. 

Chambers fut démis de ses fonctions d'instituteur à Eaton le 25 
septembre 1805. Rentré en grâce, il fut de nouveau renvoyé le 1-4 juin 
1820. 

Un nommé lîobert Chambers est né à llull, P. Q., le 1 T mars 1809, et 
il reqxit une commission d'avocat le 16 juin 1834. Serait-ce le fils du 
maître d'école ? 

Costin, Thomas. — Le 28 décembre 1806, il demande d'être nommé 
maître d'école à Saint-Louis de Karaouraska. Le 15 juin 1809, il accusa 
Joseph Amiot de distribuer des documents séditieux. 

Etablissement d'une école à Kamouraska, 1er décembre 1810. Costin 
offre ses services comme milicien, le 30 octobre 1813, mais il ne paraît pas 
avoir servi durant cette guerre ; je ne trouve son nom ni parmi les offi- 
ciers, ni parmi les soldats. Le 13 juillet 1815 il demande une augmen- 
tation de salaire comme instituteur. Le 9 juin 1818 il est démis de ses 
fonctions, et le 5 novembre suivant il demande d'être réinstallé. 

Le 14 mai 1830, M. Costin écrivait au secrétaire du Gouvernement 
pour se plaindre de ce que deux jeunes gens qui n'avaient pas encore 
atteint leur majorité ; MM. Puize et Déchêne avaient ouvert une école à la 
Rivière-du-Loup (en bas) et lui faisaient concurrence, à lui qui enseignait 
depuis plus de quarante ans. Il se disait aussi magistrat dans le Xou- 
veau-Brunswick. 



— 284 — 

On lui répondit i[i\e la loi n'cnipOchait pas uuv personne mineure 
d'ensei^'ner, et que les commissaires d'écoles étaient liljres d'employer cjui 
bon leur semblerait. 

Cûlé, Antoine. — 11 fut nommé instituteur à Saint-Thomas de Mont- 
magny, le 1er aoiit 180T. Le 27 décembre 1816, il demandait une aug- 
mentation de salaire. 

Jolinslon. John. — Tl demeurait à Sainte-Anne-du-Sud, lorsque, le 10 
mai 1803, il demanda à être nommé maître d'école dans cette paroisse. 

Hohson. Benjamin. — 11 enseignait à New-Carlisle en 1786. Le 9 
mars 1808 il demandait une concession de terre dans le canton de Cox, et 
le 18 septembre de l'année suivante il réclamait une augmentation de sa- 
laire. 

MalJierhc, Fnincis. — Je n'ai pas de note sur ce maître d'école, mais 
je trouve qu'une personne de ce nom demandait, le 19 mars 1799, un per- 
mis pour vendre des liqueurs spiritueuses à Saint- André-de-Kamouraska. 
Cin<( ans plus tard, c'est-à-dire le 8 mai 1804, Francis Malherbe père de- 
mande à son tour un permis pour tenir auberge à Kamouraska. 

Xehon, William. — Il était maître d'école à Sorel et, le 26 novembre 
1831, il demandait au gouvernement un octroi pécuniaire. 

McLeod, Xonnan. — 11 fut nommé maître d'école à Sainte-Marie de 
Monnoir le 18 août 1804. Le 1er juillet 1815, il était fait juge de paix 
dans le district de Montréal. Le 7 février 1819, il demandait en société 
avec d'autres personnes, une concession de terre dans la canton de Duds- 
well ou celui de Bury. Une autre pétition pour un lot de terre dans le 
canton Upton, porte la date du mois de mars 1819. Le 6 mai 1840, un 
nommé Norman McLeod demandait la construction d'une prison à Wil- 
liamstown. 

Perrault, Michel. — Il obtint une concession de terre dans le canton 
Windsor, le 14 juillet 1802, en reconnaissance de ses services comme mi- 
licien lors de la défense de la ville de Québec en 1775-76. Le 30 juin 
1812 il était nommé commissaire ])our administrer le serment d'allégance. 

Tansii'cU, Juntes. — Pour ce personnage, voir le Bulletin, vol. 3, p. 126 
et p. 141. 



— 285 — 

On peut changer la date de 1801 à la fin du troisième })aragraplie de 
cette dernière note et y substituer celle de 1815. Ajoutons que Tanswell 
recevait L40 par année comme interprète dans les cours de Justice à 
Québec. 

James Tanswell laissa un iils, Stephen Joseph, qui fut pendant de 
longues années employé dans le bureau du protonotaire à Québec. (Voir 
encore une note de Horace Têtu, dans le même volume, p. 153.) 

Y.-J. AUDET 

Les publications pour affaires temporelles au prône des messes pa- 
roissiales autrefois (XXVIII, p. 158). — Sous l'ancienne monarchie fran- 
(^■aise, à venir jusqu'à la fin du dix-septième siècle, les curés étaient obligés, 
de par l'ordre du roi, de publier au prône et pendant l'office divin tous les 
avis que leur transmettaient les autorités civiles tant pour les affaires de Sa 
Majesté que pour les actes de justice et autres (pii regardaient l'intérêt 
])articulier des individus. 

Ces publications, on le comprend, ])r()longeaient considérablement les 
offices divins et nuisaient à la décence et à la dignité du culte. 

Par l'article 32 de son édit de avril 1695, au sujet de la juridiction 
ecclésiasticpie, le roi exempta les curés, leurs vicaires et autres ecclésiasti- 
ques de ])ublier au ])rône et jiendant l'office divin "les actes de justice et 
autres qui regardent l'intérêt particulier de ses sujets." 

Par sa déclaration du Hî décembre 1098, le roi alla encore plus loin. 
Les curés furent exem])tés de |)ubiier au prône les "i)ro])res affaires du roi". 

Mais comme l'édit v.u mois d'avril l(i95 et la déclaration royale du l(î 
décembre 1G98 ne furent pas enregistrés par le Conseil Souverain, les cu- 
rés canadiens continuèrent, encore jiendant quelques années, à publier au 
l)rône les avis du roi, les actes de justice, etc., etc. 

Le 2 août 1717, une nou\ '»',le déclaration du roi mit fin aux pnblica- 
tions civiles aux prônes des messes paroissiales. 

" Disons, déclarons et ordonnons, disait cette déclaration, que, 

dans toutes les colonies soumises à notre obéissance, les curés, leurs vicai- 
res et autres ecclésiastiques séculiers ou réguliers, faisant les fonctions cu- 
riales, soient dispensés, comme ])ar ces i)résentes nous les dispensons, de 
publier aux prônes, ni ])endant l'oft'ice divin, les actes de justice et autres 
f|ui regardent l'intérêt particulier de nos sujets, ni même ce qui regarde 
nos propres affaires, excepté cependant l'édit du roi Henry II, du mois de 



— 286 — 

février mil cinq cent cinquante-six, qui établit peine de mort contre les 
femmes qui cachent leur grossesse et laissent périr leurs enfants, lequel sera 
exécuté selon sa forme et teneur, et publié de trois mois en trois mois aux 
])rônes des messes paroissiales. . ." 

Par la même déclaration du 2 août 1717, le roi ordonnait qu'à l'avenir 
les publications des actes de justice, etc., seraient faites à l'avenir par les 
Imissiers, sergents ou notaires, à l'issue des grandes messes de paroisses, et 
qu'affiches en seraient posées aux grandes portes des églises. Pour les 
publications des propres affaires du roi, ses officiers devaient suivre la même 
procédure. 

La déclaration du roi du 2 août 1717 fut enregistrée par le Conseil 
Souverain le 2 octobre 1719. C'est donc depuis l'automne de 1719 que 
]i()S curés sont exem})tés de })ublier les affaires tem})orelles au prône des 
églises paroissiales. 

Côte des Arcjoulets ou Verdun.— {Yol. XXVIII, p. 50). M. E.-Z. 
Massicotte recherche d'où vient le nom de côte des argouïefs, donné au 
fief de Verdun. Les quelques notes qui suivent seront une explication 
sinon une réponse définitive. 

Les argoulets furent, au XVIme siècle, un peu tout ce que l'on vou- 
lut : arquebusiers, fusiliers, fourrageurs, éclaireurs, etc., mais pas tou- 
jours gens de bonne réputation. Ils disparurent vers la fin du siècle 
prétendent les dictionnaires. Mais voici qu'on en trouve à Montréal en 
1665, et, jouissant à cette date et après, d'une excellente réputation, même 
en leur qualité d'argoulets et pour cause. Ce fut M. de Maisonneuve qui, 
il est permis de le croire, leur servit de parrain, c'est-à-dire leur donna ce 
nom d'argoulets et voici comment. 

En 1665, dans le dessein de favoriser la colonisation et aussi dans le 
but d'opposer une barrière avancée aux incursions des Iroquois, plus in- 
solents que jamais à cette date, M. de Maisonneuve offrit un certain nom- 
bre de concessions sur les bords de la rivière Saint-Pierre, promettant à 
ceux qui accepteraient, de leur donner, en récompense ou comme compen- 
sation des risques et périls auxquels ils s'exposeraient, les quatre arpents de 
terre qui- restaient entre le front des dites concessions et le bord de la ri- 
vière Saint-Pierre. Ce lopin de terre formerait une commune à l'usage 
des concessionnaires seuls. 

Sept habitants de Montréal acceptèrent ces propositions et reçurent, 
cliacuii, deux arpents de front sur quinze de profondeur à partir des quatre 
arpents réservés pour la commune. Celle-ci se trouvait donc resserrée, sur 



— 287 — 

l'étendue des quatorze arpents, entre le front des concessions et le bord de 
la rivière Saint-Pierre. 

Les sept concessionnaires se nommaient : Jean-Baptiste Gadois, 
Pierre Raguedeau, Jean Leroy, Etienne Campot, Simon Cardinal, Pierre 
Gadois et Michel Xepveu dit Chicot. 

Le 4 février 1665, par acte sous seing privé, ces braves s'engagèrent 
les uns envers les autres : à se bâtir, à se loger mutuellement, à s'en- 
tr'aider en tout et jusqu'à la fin. . . .Ils se mirent à l'oeuvre, se fortifiè- 
rent d'un petit poste avancé. . . .etc. A la fin d'août, Pierre Raguedeau 
fut tué par les Iroquois. Michel Nepveu dit Chicot eut le même sort, 
mais on ne donne pas la date dans le document que nous avons sous les 
yeux. 

M. de ]\Iaison neuve aurait l)ien voulu voir s'augmenter le nombre de 
ces braves gens qui ne craignaient pas d'exposer leur vie pour protéger 
celle des autres. Etant entré, un jour, chez Pierre Mallet, il lui dit : 
"qu'il venait de voir les argoulets et qu'il croyait bien qu'il en serait un", 
à quoi celui-ci répondit (pi'il y avait trop de risques et qu'il préférait rester 
sur sa concession. 

En voilà assez, croyons-nous pour expliquer l'origine du nom de la 
côte des argoulets. On a commence par dire : les argoulets pour dési- 
gner les sept premiers concessionnaires, puis : la commune des argoulets 
et enfin la côte des argoulets. 

Ces notes sont tirées d'une Ordonnance de Duchesneau conservée au 
Séminaire de Québec et qffi sera i)ubhée en temps et lieu. 

AMEDEE QOSSELIN, Ptre 

Les ouvrages publiés sur Vile d'Anticosti (XXVIII, p. 188). — La 
liste suivante n'a pas la prétention de donner les titres de tous les ouvrages 
publiés sur l'île d'Anticosti. t Nous donnons simplement ceux que nous 
connaissons : 

Baillairgé, Charles — .4 /(/iVo.s/t eu 1900. Québec — 1900. 

Bright, J.-I. — Voyage autour de l'île d'Anticosti. 

Bureau, Joseph — Rapport de l'exploration de l'île d'Anticosti. Qué- 
bec — 1895. 

Combes, Paul — Exploration de l'île d'Anticosti — Paris — 1896. 

Despecher, Jules — Xotice sur l'île d'Anticosti — Paris — 1895. 



— 288 — 

Gregor}', J.-U. — En niconhnil : VUc (VAnticosti cl ses naufrages. 
Québec— 1886. 

Guay, Mgr Charles — Lcllres sur l'île d'AnficusII. Montréal • — 1902. 

Huard, l'abbé V.-A. — Labrador et Aniicosti. Montréal— 1897. 

Luders et Timl)res — Anticosli : ils cl i mate and resources. Lon- 
dres— 188G. 

Schniitt, Joseph — Monographie de l'île d' Anticosli. Paris — 1904. 

Ce dernier ouvrage donne en a])i)endiee une longue liste d'études ou 
d'articles parus dans les revues et journaux sur l'histoire, la géographie, 
l'agriculture, la météorologie, l'histoire naturelle, la géologie, la botanique, 
la zoologie, etc., etc., de l'île d'Anticosti. 



UN NEVEU DE Mgr BRIAND 



Dans son Histoire de la seigneurie de Saint-Ours, M. l'abbé Couillard- 
Després cite deux lettres de Mgr Briand se rapportant à M. You\2lle de 
la Découverte, curé de St-Ours, et, dans les deux cas, l'évêque de Québec 
appelle le fils de Mme d'Youville "mon cher neveu". La première lettre 
(II, p. 15?) est adressée à M. Youville lui-même en 1769 et commence 
ainsi : Monsieur et neveu aimé." L'évêque porte d'abord le respect à son 
correspondant, mais au bout de quelques lignes, il devient plus familier et 
reprend : "Sans te fâclier, lîion cher neveu, souffre que je te dise. ..." 

La deuxième lettre (II, p. 124) est écrite à l'abbé Porlier en 1779 et 
Mgr Briand y ])orte ce jugement amusant sur l'abbé d'Youville récemment 
décédé: "Il aimait à faire l'évêque, notre cher neveu." 

Que signifie ici cette ai)pellation de neveu? Serait-ce simplement 
un terme affectueux que le vénérable évêque aimait à employer à l'adresse 
d'un disciple particulièrement aimé? Mais n'oublions pas qu'il n'y avait 
guère que 9 ans de distance entre l'âge de Mgr Briand, né en 1715, et 
celui de M. Youville, né en 1724. 

N'existait-il pas plutôt entre les deux un lien de parenté au moins 
éloigné? Cela n'est pas impossible. M. Youville était le petit-fils d'un 
malouin, Dufros de la Gemmerai s^, et Mgr Briand lui-même était né à 
Plerin, dans la région de St-Brieuc, ])resque voisine. Qu'il y eut quelque 
alliance autrefois entre les deux familles et cela suffisait au digne Breton 
qu'était Mgr Briand pour faire de M. Youville son neveu à la mode de 
Bretagne. Je donne cette explication pour ce (|u'elle vaut en en attendant 
une meilleure. 

AEG. F. 



IJUI.LETIIV 



D KS 



RECHERCHES HISTORIQUES 



VOL. XXVlll BEAUCEVILLE- OCTOBRE 1«22 N» 10 



LES IRLANDAIS DANS SAINTE-ANNE 

DU-SUD 



Dans les ciiiictièiTs de Sainte-AniK'-dc-la-Pocatière, 
dite autrefois !Saiiite-Aiiiie-du-Sud, des Sauvages, des 
Anglais, çles Ecossais, des Irlandais, des Allemands, des 
Suisses, des Génois ont mêlé leurs cendres à celles des 
Franc^^ais et des Canadiens-Français. L'oubli a pris 
aujourd'hui ceux qui n'ont ])as laissé de descendance. Les 
héritiers des autres ont f^arfois donné à leur nom une allu- 
re qui ne laisse guère sou])çonner la terre natale de l'ancê- 
tre. Le contingent irlandais fut au siècle dernier le plus 
nombreux: c'était surtout un groupe d'orphelins auquel 
l'hospitalière charité ouvrit ses bras. 

La circulaire de Mgr Plessis, 14 novembre 1820, fai- 
sait appel aux ciu'és des campagnes (hi district de Québec, 
et à leurs paroissiens. "N'y aurait-il pas moyen, disait- 
elle, de placer dans toute votre ])aroisse une seule famille 
irlandaise. Ces i)auvres gens périssent de froid et de 

misère dans les rues Ils 'agit de catholiques, nos 

frères, étrangers dans ce pays on ils ont été amenés sur 
des rapports trop avantageux. Il en restera encore assez 
ici pour affamer la ville, quand même chaque paroisse du 
district se chargerait d'une famille. Enfin il ne faut pas 



— 290 — 

oublier cette parole de Notre-Seigneur : Hospes eram et 
colle gistis me." 

Pour M. Paincliaud, curé de Ste-Anne, c'était un 
besoin d'être cliarital)le ; au reste un désir de Mgr Plessis 
était lui ordre pour lui. L'affaire se conclut aussi vite 
que le permirent la distance et la saison avancée, et le 
pain hcnit irlandais fut adopté sans hésitation. L'évêque 
en écrivait au curé le 6 décembre suivant : "Je m'attends 
toujours à vous donner pour l'hiver une pauvre famille 
irlandaise, puisque vos braves paroissiens montrent tant 
de désir de l 'accueillir et de l 'assister. Il n 'y a plus moyen 
d'aller par eau, mais voici de la neige. Deux de ces voitu- 
res qu'on appelle herlines pourraient la transporter. Il 
s'agirait d'en trouver dans Ste-Anne même (où elles coû- 
teraient moins cher qu'auprès de la ville) et de les faire 
venir à la Pointe-Lévis, avec commission à l'un de ces 
drivers de venir m'en donner avis en ville. Je payerais 
à cet homme le prix dont il serait convenu avec vous pour 
le transport et lui livrerais la famille qu'il vous conduirait. 
Une fois dans votre jjaroisse, elle ne m'inquiéterait plus. 
Si vous prenez ce parti, vous m'écrirez un mot." 

Il semble bien que la famille hospitalisée fut celle de 
Michael O 'Sullivan, car, à la date du 23 mai 1821, ce nom 
paraît pour la première fois aux registres civils à l'occasion 
du baptême de Jean- Joseph, fils du susdit Michael O 'Sul- 
livan et de Ellen Lane. 

Le choléra qui fit tant de ravages à Québec en 1832 
laissait à la charité publique bien des orphelins, fils d'émi- 
grés. Un grand nombre furent assez avantageusement 
placés à Québec, mais il en restait encore plusieurs sans 
refuge au printemps de 1833. Au mois de mars, M. 
Painchaud faisait, comme l'on dit aujourd'hui, une retrai- 
te fermée au séminaire de Québec, les grandes retraites 
ecclésiastiques n'étant pas encore inaugurées. Le curé 
de Ste-Anne trouvait le plaisir de ses récréations auprès 
de son ami intime M. Bailla rgeon, curé de Québec ; ils ne se 



— 291 — 

faisaient pas secret des oeuvres de leur ministère. Or 
un jeune orphelin i)lacé chez de pauvres gens venait d'être 
remis à la charité de M. Baillargeon; M. Painchaud se 
chargea de le faire adopter à Ste-Anne. Ce fut aux deux 
amis l'occasion de suggérer à Mgr Signay une circulaire 
à Messieurs les curés de la côte du sud dont les paroisses 
avaient été préservées de l'épidémie funeste à tant d'au- 
tres, afin d'intéresser leurs fidèles à des situations trop 
pénibles. 

Dans sa seule i)aroisse, M. Painchaud trouva sans 
peine des familles à douze au moins de ces orphelins, dont 
les noms sont consignés dans les registres paroissiaux pour 
1833. Ces adoptés furent : 

John Donohue, Timothey Mahoney, Edward Henne- 
sey, James Hyland, William Hyland, Peter Kelly, Mary 
Kelly, Elizabeth Harrison, Mary Kenny, Allice Holywood, 
Elisa Grleason, John Grieason. 

M. Painchaud se fit lui-même le protecteur de John 
Gleason qu'il ])rit à son ju'esbytère; il le recommanda dans 
son testament à la charité de la Corporation du collège de 
Ste-Anne. Elisa, Louisa et John étaient enfants de 
James Gleason, soldat en retraite du 44e Eégiment britan- 
nique, pensionnaire de Shelsea, arrivé à Québec dans les 
premiers jours de juin 1832, mort du choléra le 23 du même 
mois, après avoir fait i)rofession de la foi catholique. Il 
était veuf de Mary Miller, décédée en Irlande neuf mois 
avant son mari. John était admis au barreau en 1853, 
après de brillantes études légales ; son nom, laissé en héri- 
tage, se voile d'un pseudonj'-me dans les lettres canadiennes. 

Trouve-t-on encore dans les traditions des campagnes 
l'hospitalité bienveillante, l'hospitalité chrétienne ? On 
peut dire que oui, que l'étranger même sait en devenir 
l'objet; à l'orphelin, elle trouve toujours une mère. 

DESBRAS 



— 292 — 



LETTRE DE LINTENDANT DE MEULLES 
AU MINISTRE (12 novembre 1682) 



A Quel)ec, le douze novembre 1682 
Monseigneur, 

Ma principale occupation depuis que je suis icy a esté 

de inattaclier a la police, faire rendre la justice, et prendre 

connoissance de tout ce qui regarde cette colonie; je n'au- 

ray point l'honneur Monseigneur de vous rendre compte 

de* beaucoup de choses que je ne puis connoistre que dans 

les voyages que j 'espère faire cet esté. Je prendray la 

liberté seiilement de vous entretenir de ce que l'on peut 

faire icy pour le ])ien du païs, lequel me paroist assez ])on. 

Il y a quantité de bled, bestiaux et denrées comme saulmon, 

anguille, morue seiche et verte, pois, et autres légumes en 

si grande aliondance que la plus part des habitans ne les 

l)ouvant consommer, et n'en trouvant aucun débit sont 

ol)ligés de les garder sans en pouvoir faire d'argent pour 

en achepter toutes leurs nécessités. Il seroit à souhait- 

ter que l'on pust establir un commerce de Canada aux 

Isles; je sçay que c'est l'intention de la Cour, mais il est 

fort malaisé d'y réussir n'ayant icy personne qui soit assez 

bien dans ses affaires pour l'entreprendre, il aporteroit 

l'abondance et soulageroit extrêmement les peuples et par 

le débit qu'ils auroient de ce qu'ils recueillent s'encoura- 

geroient à augmenter leurs habitations et mesine d'en 

faire de nouvelles: ils se trouvent dans de très grandes 

nécessités de tout ce cpii vient de France, comme de toile, 

dra]), serge, chapeaux, souliers, etc. Toutes ces marchan- 

di^^es estant icy deux fois ])lus chères qu'en France; ils ont 

assez de ce qui est nécessaire pour la vie, mais en ayant 

tous également ils n'en ])euvent faire aucun argent* ce qui 

les enqx'che de pouvoir subvenir a leurs nécessités et les 

rend si misérables ^n hiver a ce que tout le monde nous a 

asscuré qu'ils sont obligés d'aller presque nus, hommes et 

fenunes. 



— 293 — 

L'iKjpital général dont parle Mr Talon n'est imlle- 
nient nécessaire parceqii'il y a ici des filles hospitalières 
({iii ne sont que trop suffisantes pour tous les malades de ce 
pais, il y a une grande maison qu'on appelle la brasserie 
qu'il destinoit a cet usage tout proche des filles hospitaliè- 
res qui seroit extrêmement projire pour faire une manu- 
facture qui feroit un bien infini dans le pa'is. Et pour cet 
etfet il seroit à propos que le Roy fist passer icy deux tisse- 
rans, deux sergers, deux cordoimiers et deux chapelliers; 
chaque métier i)rendroit icy de i)etits enfants, lesquels au 
lieu (h; denser et d'estre un jour des coureurs de bois; on 
en feroit en les instruisant de bons ouvriers; on se servi- 
roit ])ar ce moyen de ])lusieur8 choses qu'on néglige faute 
de débit; i)eu de i)ers()nnes icy sencouragent à semer du 
clianvre quoyque le païs y soit bon, quand j 'en ay demandé 
la raison, on m'a dit qu'on n'en trouvoit point d'argent. 
Il y a ici ])areillement assez de laine dont on ne fait aucun 
usage c()nsidéra])le. Ils ont aussy beaucouj) de cuires par 
la (piantité de Ixx'ufs que l'on tire, et pareillement assez 
de matière à faire des cha])eaux, il ne manque icy que des 
ouvriers qui 2)uissent travailler à bon marché ce qu'on ne 
])eut faii'e que ])ar resla))lissement d'une manufa(^ture aux 
desi)ens (hi Roy, Et ])our y parvenir il faudroit ])remière- 
ment réparer le logis de la dte Brasserie, establir des mé- 
tiers, et autres choses nécessaires, payer le passage des 
dts ouvriers pour ( 'anadas, les y nourrir, et leur donner 
des gages i)endant cinq ou six ans ; avoir dans cette manu- 
facture un concierge qui achèteroit par l'ordre de l'Inten- 
dant généralement tous les chanvres, laines, cuires, et au- 
tres choses nécessaires à un certain prix il y a icy une tas- 
nerie et d'autres que l'on commence qui nous fourniroient 
les cuires préparés. Led. concierge tiendroit bon regis- 
tre de tout ce qu'il achèteroit des deniers du Roy en les 
mettant par ordre dans un grand magasin que l'on desti- 
neroit à cet usage pour ensuite les vendre en détail au pro- 
fit du Roy sur le pied de ce qu'elles couttent en France; 
cette dépense ne seroit pas considérable iDOur le Roy, et 



— 294 — 

feroit un l)ieii iiiliiiy dans le i)aïs, et cesser toutes les rai- 
sons de cette grande clièreté des ouvriers qui sont certai- 
nement trois ou quatre fois plus cliers qu'en France allé- 
guant perpétuellement que toutes leurs liardes leur cout- 
tent excessivement, il n'y a pas jusques aux curez qui allè- 
guent ces raisons sans lesquels on les auroit déjà establis 
fixes. 

Si les particidiers trouvoient le débit de leur chanvre, 
j 'espèrerois qu'un jour nous en aurions assez pour en four- 
nir Rocliefort, le fret étant beaucoup moindre d'icy à la 
Rochelle que d'Auvergne à Rocliefort, parceque tous les 
vaisseaux qui s'en retournent en France ne sont au plus 
qu'un mois dans leur traversée, et n'ont que la moitié de 
leur charge. 

Nous travaillons fortement monsieur nostre Evesque 
et moy a l'établissement des curez fixes, je l'ay trouvé ex- 
trêmement raisoimable sur ce sujet, m 'ayant fait claire- 
ment connoistre qu'il estoit impossible d'en mettre par- 
tout attendu la grande distance des habitations qui oblige 
d'avoir des missionnaires x^our les visiter quand on peut à 
cause de la difficulté des chemins par les neiges qui durent 
six mois sur la terre, et aussy à cause du grand esloigne- 
ment d'une maison à mie autre, ce n'est i^as que nous 
n'ayons résolu d'en establir avant qu'il soit un an se])t ou 
huit, ce qui auroit desjà été exécuté, sans qu'il nous man- 
que quelques i)rêtres. Nous avons fixé la portion congrue 
à quatre cent livres monnoye de france ce qui a engagé 
])lusieurs habitans des plus fortes paroisses de vouloir 
s'obliger solidairement à cette portion congriie, quoyque 
les dixmes qu'ils sont obligez de payer ne soient pas assez 
fortes, ce qui fait apprélieiider Monsieur de Québec que la 
pluspart des d. habitans dans une extrême gueuserie ne se 
fassent contraindre ])Our satisfaire au su])lement auquel 
ils s'o])ligeiit très volontairement par la passion qu'ils ont 
d'avoir un curé fixe qui n'abandonne point leur paroisse 
leur dise la messe les testes et dimanches administre 
les sacremens, et instruise leurs enfants; il seroit bon 



— 295 — 

de sçavoir Monseigneur l'Intention de sa Majesté sur cet 
article, si le Roy veult que l'on establisse icy des curez 
fixes en beaucoup d'endroits; on ne le peut qu'en donnant 
tous les ans un supplément h toutes les paroisses que nous 
croyons devoir faire dont la dixnie n'ira pas jusques a la 
portion congriie, nous en pourrons trouver sept ou huit 
dans le Canadas dont les dixmes seront peut-estre assez 
fortes i)Our faire Lad. portion congriie ; j 'ay résolu au 
mois de May de prendre avec moy un ecclésiastique qui con- 
noit tous ces Lieux là, et me trans])()rter dans tous les vil- 
lages et habitations, et en mesnie temi)s faire un plan des 
cures qu'il seroit à ])ropos de faire dans ce païs icy, "nous 
ne donnerons au ])lus (prune lieue et demie ou deux de 
tous sens, l'étalilissement des d. cures ne se pourra faire 
sans que le Roy tous les ans n'accorde un fonds pour sup- 
pléer aux dixmes qui ne seront ])as assez fortes y)o\\v la 
])ortion congriie, j'auiay l'honneur l'année qui vient de 
vous envoyer le plan que je me seray imaginé et un autre de 
l'Estat où sont les choses à présent. 

J'ay assisté à une visite (|ui a esté faite ])our la répa- 
ration du chasteau qui esi fort nécessaire. 

Nous sonmies icy dans une extrême nécessité d'ou- 
vriers, et d'honnnes de journée ce qui renchery sy fort les 
ouvrages qu'ils couttent quatre fois ])lus qu'en France, 
c'est à dire que la journée d'un homme qui coutteroît quin- 
ze sols en france coutte icy im eseu, et quatre francs et à 
])roportion la toise de nmrailles que l'on feroit faire en 
france pour quatre livres ou quatre livres dix sols, coutte 
icy vingt et vingt deux livres, a un pied et demy de]3oisseur 
si le Roy vouloit faire l'advance d'envoyer ic.y deux ou 
trois ans durant cent ouvriers, et cent honmies de journée, 
il soulageroit fort les peuples et rendroit ce pais îcy très 
bon, il faudroit les obliger i^our trois ans moyennant vingt 
et vingt cinq escus par an, il n'en coutteroit au Roy que 
d'advancer le voyage, parcequ'on le feroit restituer icy par 
ceux qui se serviroit des d. hommes de journée, lesquels 
demandent ic}' par an deux cent livres de gages, au lieu de 



— 296 — 

vingt et viiig't cinq escus qn'ils «•aioiiciit en France et tout 
cela fondé sur la cliereté des bardes. 

Je vous suplie très huml^lement Monseigneur de nie 
faire envoyer un nouvel estât des charges indispensables. 
Monsieur Ducbesneau ne m'en ayant fourny un que de deux 
ans. 

Nous avons apris dei)uis que nous sommes en Canadas 
que les Iroquois vouloient faire la guerre aux Ilinois nos 
amis, et que ]>ar une ])olitique non barbare qu'ils avoient 
envoyé a Monsieur le Comte de Frontenac un espèce d'Em- 
bassadeur pour l'asseurer qu'ils desiroient entretenir la 
])aix avec les françois, les Miamis et Quescapous; on peut 
juger facilement que cet envoyé n'estoit qu'un véritable 
espion pour amuser Monsieur Le Comte et scavoir ses sen- 
timens, ayant fait connoistre par cette ruse, qu'ils ne vou- 
loient |)as en mesmes temps s'attirer i)lusieurs ennemis 
sur les bras; tout le monde scait qu'ils ont toujours prati- 
qué cette maxime mais estant des peuples inquiets, embi- 
tieux, braves, et guerriers, et ayant eu beaucoup d'avantage 
sur leurs voisins et notamment l'année passée sur les d. 
Illinois, il est aisé de croire qu'il leur sera facile successi- 
vement de destruire tous ceux qui i30uroient s'oposer au 
dessein qu'ils ont de se rendre les maistres de Lamérique 
se])tentrionale, et mesme par le secours des Hollandois et 
Anglois, ruiner entièrement les habitations françoises, et 
nous obliger à la tin d'abandonner cette colonie. C'est 
pourquoy il ])ar()ist d'une nécessité absolue d'estre en es- 
tât de leur pouvoir résister et d'empescher qu'ils natta- 
quent nos aliez et nos voisins, sans quoy nous verrions périr 
en i)eu de tenqjs la ferme du Castor, parcequ 'ayant vaincu 
les Ilinois, et obligé de s'enfuir, tous les autres sauvages en 
seroient si effrayez qu'ils n'oseroient entreprendre aucun 
voyage i)our venir négocier en ce x>ciïs, au lieu que si dans 
une nécessité nous estions en estât de les attaquer ou au 
moins de les menacer; nous ])ourions en faisant bastir 
quelque ])etit fort du costé des Iroquois, empescher (jue les 
sauvages ne ])0]'tassent leur castor a Baston, et a ()range 



— 297 — 

c'onmie ils font tous les jours, par ce moyen La ferme du do- 
maine d'Occident augmenteroit considérablement au pre- 
mier bail au lieu qu'il est à craindre quelle ne diminue si 
nous ne nous rendons les maistres des d. Iroquois. 

Estât des maisons (|ue Mr. Talon a à Québec. 

Dans la basse ville un magasin de quatre vingt pieds 
sur vingt quatre de large, estimé mil escus monoye de Ca- 
nadas, a cause de sa situation. Entre la haute et basse 
ville, une maison où ^lonsieur Ducliesneau a demeuré, con- 
sistant simplement en un petit pavillon de pierre où il ny 
a point de cave, et dont les planchers et la couverture ne 
vallent rien, et a la gauche une aisle de charpente toute 
pourrie et ouverte de toutes i)arts, et ])reste a tomber. La 
place -est belle et grande, et peut valoir deux mil escus de 
Canadas, estimée quatre mil cinq cent livres monoye de 
France; plus une grande maiscni apellée la lu'asserie dont 
un quart est basty en i)ierre, et le reste de charpente en très 
méchant estât. La d. maiscm estant ])resque tout aban- 
domiée, elle ])eut valoir aussy deux mil escus monoye de 
Canadas; plus une petite maison sans planchers, et sans 
fenestres tout a fait abandonnée estimée quatre ou cinq 
cent livres monoye <le ("a.iadas, phis le ( 'omté Dorsainville 
nommé les Islets a une demy lieue de Québec presque vis 
à vis des Recollects. La Re St ( 'hai'les estant entre deux, 
affermée six cent livres, le fermier est a la tin de son bail, 
et m'a asseuré qu'il s'y estoit ruiné et (pie quand on lui 
voudroit donner p(tur trois cent livres par an monoye de 
Canadas, qu'il ne la i)rendroit pas, elle n'est bastie que de 
charpente, et si meschante qu'il semble en marchant dans 
les chambres (pi 'elle aille touiller, elle peut estre estimée 
six ou se])t mil francs monoye de France. Le Roy pour- 
roit reunir toutes ces maisons a son domaine de ce pais en 
les retirant de Monsieur Talon, et s'acommodant avec luy 
en luy donnant des rentes sur l'hostel de ville; lescpKdles 
]:)Ourroient estre toutes utiles a Sa Majesté. 

lo. — Le Roy peut ordonner a Messieurs les Intéressez 
dans la ferme du Castor de restablir ce magasin bruslé de 



— 298 — 

la ville basse, dont ils se peuvent servir, pour y mettre 
tous leurs castors, et par ce moyen avoir un magasin aussy 
beau que celuy qu'ils ont loiié jusques a présent du Sr de la 
Cliaisnaye quatre mil livres monoye de Canadas, que nous 
avons réduit cette année Monsieur de la Barre et moy a 
douze mil cinq cent livres; je crois que i3our moins de loyer 
de deux années ils le retal)liroient parfaitement, et leur se- 
roit encore plus commode que celuy du d. Sr de la chainaye. 
La maison, où a demeuré Monsieur Duchesneau est fort 
propre a loger un Intendant, estant entre la liautte et la 
basse ville ; j 'espère que par le bon mesnage que j 'y apor- 
terois que moyennant dix mil livres de France, je ferois 
bastir un logis fort connnode i)our tous les Intendans avec 
une salle pour le Conseil, une antichambre i)our les parties, 
et un cabinet qui seroit fort nécessaire ; au lieu que le Con- 
seil est obligé présentement de s'assembler dans l'anti- 
chambre du gouverneur, et de souffrir qu'il soit interrom- 
pu incessamment par ses domestiques qui ont affaire dans 
la chambre où il couche, et de souffrir le bruit, et le tumulte 
que ses gardes font perpétuellement. C'est une incom- 
modité pour Monsieur le Gouverneur nestant pas libre de 
son logis dans ce temps la, et encore plus grande et indé- 
cente pour le Conseil. 

Je croy mestre assez expliqué pour l'usage que le Roy 
peut faire de la brasserie. 

Pour ce qui regarde cette petite maison sans plancher, 
et sans f enestres, elle seroit tout a fait commode pour met- 
tre les poudres estant esloignée de la ville, en faisant quel- 
ques réparations. 

Il seroit encore fort a propos que le Roy se servist de 
la maison nommée les Islets proche des Recollects pour en 
faire une mamifacture de filles sauvages, et au 'lieu de les 
faire instruire aux ursulines, ou elles napreiment qu'a 
prier Dieu et a parler francois, ce quelles ont oublié en si 
peu de temps que des lors quelles ont espousé quelques 
sauvages on les void peu i^rier Dieu, et jamais parler fran- 
cois, mais au lieu de les instruire d'une manière qui ne 



— 299 — 

convient nullement aux sauvages, il faudroit leur aprendre 
a vivre a la façon des villageoises de France, c'est a dire 
sçavoir filer, coudre, tricotter, et avoir soin des Bestiaux, 
et pour cet effet on en prendroit un certain nombre que l'on 
auroit soin d'instruire tous les jours a Hier le til dont on se 
serviroit jiour les toilles de la manufacture, coudre tout ce 
qui seroit nécessaire a leurs usages, et d'autres a prej^arer 
la laine jjour faire des estoffes, on en pourroit prendre deux 
ou trois tour a tour qui serviroient au fermier huit jours 
tous les mois a donner a manger a toutes sortes de bestiaux, 
tirer les vaches, et autres choses de la Campagne, estant 
eslevez dans cet esprit, je ne doute point questant marriez 
a des sauvages elles n'insinuassent a leurs maris cette ma- 
nière de vie qui pouroient les engager a s'a])iller se nourir, 
et vivre connue nous, pour leur oster avec le temx^s cet es- 
])rit de sauvage, et lorsque Ion mariroit les d. tilles en leur 
donnant une vache, un cochon, du )3led, et un peu de graine 
de chanvre ils se feroient ime petite ha])itation dont ils 
])ourroient subsister; en eslevant ces sauva gesses de cette 
manière on ne laisseroit pas encore de leur aprendre a lire 
a escrire et leur croyance il ne faudroit faire consister le 
reveim de la ferme qu'en nourriture de bestiaux le lieii es- 
tant fort 2)ropre i)our''en eslever dont on nourriroit les 
ouvriers, on pourroit faire aussy labourer quelques terres 
pour avoir du fourrage. 

Il seroit a propos Monseigneur de nous envoyer dix 
])ai'riques de graines de chanvre et quelques unes de lin 
l)our en distri])uer a tout le monde, et les obliger d'en semer 
une certaine quantité tous les ans, plusieurs mont asseuré 
que pour un ])eu qu'ils en trouvassent d'argent qu'ils pren- 
droient plaisir den semer, il y en a qui en ont voullu semer, 
mais nen ayant point trouvé de débit, ils ont esté obligez 
de le laisser i^ourrir, et labandonner cela serviroit mesme 
beaucoup a la navigation en ce païs 23arcequon pourroit 
establir icy une corderie et faire des toiles qui sont les deux 
choses les plus nécessaires et dpnt on a le plus de besoin 
pour naviguer, principalement le bois estant a très bon 



_ — 300 — 

inarelié, cela doinieroit lien a i)lnsieurs plus hardiment de 
faire bastir des barques. 

Je eroy vous devoir dire Monseigneur qu'il seroit 
d'une extrême conséquence de nous envoyer icy quelques 
femmes pour aprendre a filer a celles de ce païs icy, et par 
ce moyen en introduire l'usage, ce qui occuperoit icy beau- 
coup de femmes qui ne font rien en hiver. La plus part 
des conseillers du Conseil souverain de ce païs, ont presque 
esté ruinez par l'incendie de la basse ville; le Roy ne peut 
jamais faire une plus grande charité que de leur accorder 
leurs gages monoye de France, au lieu qu'ils les reçoivent 
monoye de Canadas; ils nont aucun proffit dans l'exercice 
de leurs charges ne prenant point despeces et ne retirant 
autre recompense de leur travail que les gages que le Roy 
a la Ixmté de leur accorder, jay tous les sujets d'estre con- 
tent d'eux les trouvant dans des sentimens a rendre bonne 
et prompte justice il n'y a sur- Testât des charges indispen- 
sables que mil livres ; cette somme ne peut pas suffire ; Et 
jay trouvé le fond de quatre vingt trois presque consommé, 
ce que vous pourray connoistre Monseigneur par Testât 
que je vous envoyé, ce qui est cause quon est obligé de souf- 
frir bien des choses auxquelles on ne peut pas remédier 
faute de fonds, comme de faire marcher le Prévost en beau- 
coup d'occasions, i)our suivre les coureurs de bois, et au- 
tres choses. Tout le monde nous asseure icy qu'il y a des 
mines de fer admirables, jeu parleray plus pertinemment 
l 'année qui vient, ayant résolu de me transporter sur le 
lieu ou elles sont ; si le Roy vouloit envoyer des gens con- 
noissans et capables d'entreprendre des forges Sa Majesté 
])ourroit sasseurer que je les ferois travailler utilement et 
que je les engagerois pas mal a propos a faire une despense 
inutile, si cela estoit si certain qu'on nous Tasseure. Le 
Roy f eroit faire icy des canons de fer qui vaudroient mieux 
que ceux qu'il fait venir des forges qui sont en France 
l)arceque Ton ])retend que ce fer la est fort doux, il seroit 
fa(dl de les transporter a Rochefort, dautant (pie le frait 
d'icy a la Rochelle est i)cu de chose, et qu'il serviroit de leste 



— 301 — 

aux navires qui y vont; la preuve se pourroit faire a peu 
de frais, un jour mesme cela asseureroit le païs ])ar le grand 
monde qui seroit occupé à travailler aux d. forges. 

Le gouverneur des trois Rivières et celuy de Mon- 
tréal mont dit qu'ils navoient point de corps de garde pour 
leurs soldats, et mont prié de leur en faire bastir, cette des- 
pense ne va pas a cent escus pour les deux. 

Jay dans mes instructions de minformer de ceux qui 
ont plus de dix enfans ; jen trouve beaucoup des principaux 
de ce païs qui en ont plus de douze, vous aurez la bonté, sil 
vous plaist, Monseigneur de me faire scavoir ce que Ion 
peut faire pour eux. 

Il y a dans Testât des gratifications trois mil livres que 
jay receu de Monsieur Lu])er dont voicy les termes. Pour 
dottei- des tilles des sauvages qui sortent de chez les Ursu- 
lines de Québec, et qui se mariront aux f rançois a raison de 
cinquante livres chacunnes, la sonmie de trois mil livres. 

Je croy vous devoir domier advis Monseigneur qu'a 
peine sen marie il une ou deux par an ce qui fera un fond 
pour longtemps, a moins que vous nayez eu intention que 
la d. sonmie de mil escus ayt esté distribuée à tous les pau- 
vres gens qui se marient de ce païs icy, en leur donnant 
cinquante livi'es en se mariant, ce qui men a desja fait 
refuser quelques uns, ayant crû estre obligé de mattaclier 
aux termes de l'Estat des gratifications que Mr de la Garde 
ma remis entre les mains, je croy que vous pouvez abolir 
cette despense, et appliquer ce fond là a autre chose. 

Je vous diray Monseigneur avec vostre permission que 
nous avons sçeu par larrivée du dernier vaiseau que Mon- 
sieur Talon avoit vendu la maison ou demeuroit monsieur 
Duchesneau, au Major de cette ville nommé Provost prêt 
de six mil livres monnoye de ce païs ; il est d 'une extrême 
conséquence d'empescher que la d. vente nayt lieu, d'au- 
tant qu'il ny a que cette seuUe place qui convienne pour 
bastir une maison a l'Intendant, Lad. place estant située 



— 302 — 

entre la haute et la basse ville comme jay eu l'iiomieur de 
vous le marquer ey dessus; je me suis trouvé obligé a cause 
de l 'Incendie de me loger fort loin de la haute ville et encore 
davantage de la basse par conséquent, ce qui fatigue ex- 
trêmement tous ceux qui ont affaire a Moy estant obligez 
de monter et de descendre de très rudes montagnes i30ur me 
venir trouver principallement dans ce païs ou la terre est 
couverte six mois de neige et de glaces. Il faut que je fasse 
autant de chemin pour aller à la Messe, au . Conseil et a 
toutes mes autres affaires, de plus je ne suis nullement en 
seureté de ma personne estant esloigné de toutes habita- 
tions et facile aux Iroquois dans la pensée de la moindre 
guerre de masassiner d 'un coup de fusil, et puis senf uir par 
les bois qui sont devant mon logis c'est ce qui mavoit obligé 
de prier Monsieur de la Barre nostre gouverneur de me 
faire garder par des soldats, tant que la nécessité m'obli- 
gera de demeurer dans ce lieu, a quoy il ma respondu que 
la garnison estoit foible. 

Les religieuses hospitallières ont un beau et grand 
corps de logis qui est achevé depuis i3eu, elles ont esté obli- 
gées d'emprunter de quelques marchands de cette ville, 
elles ont besoin des charitez de sa majesté ; elles veulent fai- 
re passer cette année deux Religieuses de France pour se- 
courir quelques unes d 'entre elles qui ont soixante dix ans. 
Elles implorent encore les bontez de Sa Majesté pour le 
passage des d. Religieuses en Canadas. 

Jay trouvé un grand desordre dans les Justices subal- 
ternes, elles ruinent tous les peuples par leurs chicannes et 
les désespèrent, Jay acommodé au moins deux cent affaires 
depuis que je suis icy, ce qui a causé un bien infiny dans le 
païs, je ne doute point que vous naprouviez ce procédé 
Monseigneur, cela peut faire du tort a trois oïl quatre juges 
lesquels pour seiunchir par ces sortes de voyes honteuses 
engageroient tous les habitans a passer toute leur vie et 
em])loyer tout leur temps a la sollicitation de leurs aiïaires, 
jaui'ois trop d'exemples a vous citer Monseigneur sur ce 
sujet, ou jay trouvé que malicieusement ils avoient éternisé 



— 303 — 

des aiïaires que jay aconimodées dans mi moment au con- 
tentement des deux parties, on dit que plus il y a de méde- 
cins dans une ville xdus il y a de malades, il en est de mesme 
des juges qui ne demandent qua embrouiller les procès i^our 
les prolonger on na jamais rien fait de si a propos que 
d'empesclier qu'il ny eust icy des advocats, et des procu- 
reurs. Je laisse une liberté entière a tous les peuples de 
plaider en leur jurisdiction naturelle je nacommode que 
ceux qui veullent bien sen raporter a moy, et quand il y en 
a de conséquence je les juge conjointement avec le conseil 
souverain; j'espère Monseigneur que vous seret satisfait 
de mon travail lannée qui vient, je nay esté souslagé de 
l)ersonne jusques a présent parceque le secrétaire que jay 
amené de France nest arrivé que un mois ou cinq semaines 
après moy, et que le second que jay eu l'honneur de vous 
promettre que je i)rendrois, rend encore actuellement ser- 
vice a Monsieur le Comte de Frontenac ce qui vous doit 
l)rouver Monseigneur que je pretens mettre tout en usage 
])our mériter l'honneur de vostre bienveillance, et de vostre 
protection, je suis avec tout le respect imaginable 

^ Monseigneur 

Vostre très humble et très obéissant serviteur 

DE MEULLES (1) 



(1) Archives du Canarta, Série F., vol. 6, pp. 111-131. 



LA REDEVANCE DES LANGUES 



L 'article paru sous ce titre dans le dernier numéro du 
Bullefiu (septembre 1922), i3. 269, est de notre collabora- 
teur M. E.-Z. Massicotte et c'est par inadvertance que sa 
signature a été omise. 



— 304 — 

AVEU ET DENOMBREMENT 

de Nicolas Juchereau de Saiiit-Denys à Robert 

Giffard, seigneur de Beauport, pour 

sou arrière-fief appelé Le Clies- 

uay (4 avril 1659) 



C'est l'adveu et dénombrement que donne Nicollas 
Juchereau Escuyer sieur de St-Denis et Du Cliesnay à 
cause de l 'arrière^ tief qu'il tient de Robert Giffard Escuyer 
seigneur de Beau2)ort appelle Le Cliesnay. 

C 'est à scavoir une maison de quarante deux pieds de 
long ayant deux chambres à feu et un pavillon audevant du 
dit logis. 

Item une grange de cinquante pieds de long. 
Item un estable de vingt pieds en carré. 
Item une cour et un jardin. 
Item arpents de terre désertée. 

Item Jacques Lehoux vassal du dit fief tenant vingt 
arpans de terre faisant deux chappons de rente par chacun 
an et sur les dites terres le dit Lehoux a une petite maison 
bastie, et une petite grange et ime petite estable toutes les- 
quelles choses le dit sieur de St-Denis a dénombré sauf à 
augmenter ou diminuer si besoin est. Fait en la maison 
seigneurialle de Beauport le quatorziesme jour avril mil 
six cent cinquante neuf, et a signé 

Juchereau de St-Den,ys 
Audouart 
Reçue pareille coppie que cy-dessus collatioiniée. 

GIFFARD (1) 

(1) Archives Judiciaii-(\s de Québec, jïreffe de Audouart. 



— 305 — 

UNE ORDONNANCE DE LOUIS XIV 



Versailles, le 5r jour de juin 1685. 

Copie (Viine ordonee par laquelle le Boy sans avoir égard 
à celle du 10 avril 1684, coufinue les hahitaus de Ca- 
nadas établis en la Côte du sud du fleuve de Sf Laurent 
dans la. possession oi) ils ont été de tout te}}ips de 
traitter avec les sauvages depuis le lieu de M<(tan- 
ne jusques à la côte, et leur défend de traitter en 
aucune manière dans retendiie de la traitte de 
Tadousac. 



Du 5 juin 1685. 
De i)ai' le Roy. 

Sa Maté étant informée que les lins de Canada établis 
en la Cote du Sud du fleuve St T.aurent sont en ]K)Ssession 
de traittei' des Castors, Orignaux, et autres pelleteries avec 
les Sauvages de la d. Côte depuis le lieu de Matane jusques 
en la Côte de Lauzon, et que ce Commerce ne fait aucun 
préjudice au fermier de la traitte de Tadoussac faisant 
partie du Domaine de sa Me d'autant que le lieu où se fait 
la traitte de Tadoussac en est éloigné de 2)lus de 50 lieues 
et en est même séparée par le Heuve St Laurent qui en cet 
endroit est large de plus de 15 lieues, que d'ailleurs lad. 
traitte de Tadoussac est bornée et limitée à prendre a deux 
lieiies au dessous de 7 Isles remontant dans le fleuve St 
Laurent et jusques dans la rivière de Saguenay et au des- 
sus des lacs qui s'y déchargent et S. Me voulant donner le 
moyen aux d. bns de la Cote du Sud de subsister aux termes 
de leurs concessions et d'augmenter leur Commerce Sa Me 
sans avoir égard à l'ordce du 10e avril 1684 a permis et 
permet aux hns de Canada établis en la Côte du Sud de 



— 306 — 

traitter dans les habitations seulement avec les sauvages de 
la d. Côte, à ])i*eiidre depuis le lieu de Matane jusques à la 
Côte de Lauzoïi ainsi qu'ils a voient su faire avant lad. 
ordce fait Sa Me défenses aux d. 1ms de lad. Côte du sud du 
Heuve St Laurent de traitter directement, n'y indirecte- 
mt dans l'etendiie et dans les limites de la traitte de Ta- 
doussac et avec autres sauvages que ceux de lad. Côte du 
Sud à peine d'être déchus de leurs concessions et de 10001b 
d'amende fait à Ylles le 5e jour de Juin 1685. 

Signé Louis et plus bas Colbert (1) 



(1) Ai-chives du Cfinada, Correspondance générale, série F., vol. 7, p. 331. 



BIGOT DE LA MOTTE 



JJaus son Ilisloire de la innrlne sous Louis AT ( [>. 323), M. LaCour- 
Gayet publie quelques notes biographiques sur un marin franç;ais qui 
joua quelque rôle en son temps, Bigot, de Bordeaux, et il le dit : "fils d'un 
conseiller au ])arlement de Bordeaux, petit-fils de M. Lambert, inspec- 
teur général de la marine à Bordeaux, frère de Bigot de la Motte, inten- 
dant du Canada, ])arent du marquis de Puisieulx, le secrétaire d'Etat des 
affaires étrangères." 

M. LaCour-Gayet ])araît bien connaître ce tlont il parle et il y a tout 
lieu (le croire qu'il s'agit en effet d'un frère de notre intendant qui était 
bien, lui aussi, fils d'un ccmseiller de Bordeaux, i)etit-fils de M. Lombard, 
sinon de M. Lambert, et })arent du marquis de Puisieulx. D'ailleurs, 
nous savons (|u'en octobre 1T49, Bigot intercédait au])rès de M. de Houille 
en faveur de son frère, enseigne de vaisseau. . Mais ce qui est surtout 
intéressant, c'est de savoir si M. Lacour-Gayet ne fait ])as erreur en a})pe- 
iant l'intendant du Canada : Bigot de la Motte. Quelqu'un a-t-il jamais 
rencontré ailleurs ce surnom de LaMotte appliqué à notre François Bigot".' 

11 y a eu un Bigot de la Motte que nous rencontrons souvent dans nos 
archives de 1720 à 1748. Jl s'appelait Jacques, et a})rès avoir été com- 
missaire de la marine à Nantes, il fut ])en(hinf Av longues années inten- 
dant de la marine à Brest. 

AEG. FAI'TKLX 



— 307 — 

REPONSES 



L'origine du nom Cocagne. — (XXVIII, p. 188;. — 
8aiiit-Pierre-de-Cocagne est une jolie paroisse du diocèse 
de Saint-Jean, Xouveau-Brimswiek. 

C'est la baie de Cocagne qui a donné son nom à la pa- 
roisse de Cocagne. Mais pourquoi a-t-on nommé ainsi la 
baie de Cocagne i 

Un pays de cocagne, d'aj^rès les dictionnaires, est un 
pays où tout abonde, où, conséquemment, on fait ])onne 
chère à bon marché. 

Boileau n'a-t-il pas dit : 

Paris est ])our un riche un pays de cocagne. 
Au milieu de la ville il trouve la campagne. 

Nicolas Denys avait reçu en concession une immense 
étendue de terrain qui partait du détroit de Canso et al- 
lait jusqu'à la baie (hs Chaleurs. Le territoire actuel de 
la paroisse de Cocagne se trouvait dans le tief de Denys. 

C'est Denys qui im])osa ce nom de Cocagne qui a sur- 
vécu jusqu'à nos jours. Dans sa Description gcograplti- 
que et historique des côtes de V Amérique septentrionale, 
Denys fait la description suivante de la ))aie ou rivière de 
Cocagne : 

" Ayant doublé cette ]Jointe (Cap Tour- 

mentin) et fait environ dix lieues le long de cette côte, l'on 
trouve une autre rivière où les barques entrent, il faut bien 
])rendre le canal, passé une petite île (île Saint-Joseph), on 
est bien à couvert, et l'on trouve de l'eau assez ; l'on mouil- 
le l'ancre devant une grande prairie (Cove) qui fait une 
anse d'une raisoimable étendue où l'on se met à Tabri; 
j 'ai nommé cette rivière Cocagne, parce que j 'y trouvai 
tant de quoi y faire boinie chère pendant huit jours que le 
mauvais temps m'obligea d'y demeurer, et tout mon mon- 
de était tellement rassasié de gibier et de poisson qu'ils 
n'en voulaient plus : soit d'outardes, canards, sarcelles, 



— 308 — 

pluviers, bécasses, bécassines, toiirtres, lapins, perdrix, 
perdreaux, saumons, truites, maquereaux, éperlans, huî- 
tres et d'autres sortes de bons poissons; tout ce que je vous 
en puis dire, c'est que nos chiens se couchaient contre la 
viande et le poisson tant ils en étaient rassasiés : le pays est 
aussi agréa])le que la bonne chère, ce terroir est plat cou- 
vert de très beaux arbres tant en grosseur qu'en hauteur 
de toutes sortes que je puis avoir mentionnés; il y a aussi 
de grandes i)rairies le long de la rivière qui entre environ 
cinq à six lieues dans les terres, le reste n'est navigable 
qu'en canot, et il s'y trouve beaucoup plus de pins que d'au- 
tres arbres." 

Les Indiens des deux Aniériques. — (XXVIII, p. 110) 
Pourquoi a-t-on donné le nom d'Indiens aux Sauvages du 
continent américain ? 

Le Père Duchaussois, O. M. I., dans son livre Aux 
glaees polaires, explique clairement l'origine du nom In- 
rliens appliqué aux Sauvages Américains et qui ne devrait 
appartenir qu'aux habitants de l'Inde ancienne. 

"L'exploitation des fourrures ne fut pas, à vrai dire, 
le premier l)ut des marins du Vieux-Monde qui abordèrent 
l'Amérique. Depuis le Moyen-Age, le rêve des nations 
riveraines de l'Atlantique, Espagne, France, Angleterre, 
était de trouver le passage de V Ouest, "conduisant à la 
Chine." 

Y avait-il, entre l'Europe et l'Asie, du côté de l'Occi- 
dent, une autre terre et par suite un autre océan que l'A- 
tlantique ? La géographie ne pouvait que se poser cette 
question. 

En 1492, Christophe Colomb, au nom de l'Espagne, at- 
teignit l'île de San-Salvador, qu'il croyait "avoisiner les 
Indes." 

D'où le nom iV Indiens, qui appartenait aux véritables 
]ial)itants de l'Inde ancienne et passa abusivement pour 
leur rester aux Indigènes de l'Amérique. Par la même er- 
reur, l'Amérique fut dénommée d'abord les Indes Occiden- 
tales. 



— 309 — 

Eli 1534, le 24 juillet, sur un cap de la baie de Gaspé, 
Jacques Cartier plante la croix fleurdelisée, avec l'ins- 
cription : "T^/iT h( France" ! Il pense avoir touché "un 
))out de l'Asie" et il espère, qu'en remontant le fleuve Saint- 
Laurent, il cou])era cette "presqu'île asiatique qui le séjia- 
re encore du ('itliay (la Chine)." 

En 1576, Martin Frobislier, au nom de l'Angleterre, 
s'arrête dans une baie de la terre de Baffn, qu'il croit être 
' ' le p(51e nord, AX)isin de l 'Asie. ' ' 

L'illusion ne sera pas encore dissipée, à plus d'un siè- 
cle de là, car La Salle, arrivant au golfe du Mexique, en 
1682, croira avoir trouvé enfin la "mer vermeille de la 
Chine." 

PencUint deux siècles, la France et l'Angleterre — la 
France surtout — i)oursuivront la recherche de cette lu ci- 
re nueiJle qui doit baigner l'Asie orientale : la France, à 
travers le continent de l'Amérique du Nord; l'Angleterre 
à travers les glaces de l'Océan Arctique. En 1792, seule- 
ment, l'océan Pacifi([ue sera découvert, ])ar delà le Nord- 
Ouest et les montagnes de la Colombie Britannique, ])ar 
Alexander MacKenzie, que conduiront six Canadiens- 
Français." 

Le sieiir Sids.sc, c(i iiifiiiiic de inificc. — (XXVIII, p. 
209). — A la date du 4 août 1759, l'auteur anonyme du 
"Journal du siège de Québec du 10 mai au 18 sejjtembre 
1759" ])ublié dans le Bapport de l'archiviste de la province 
de Québec pour \mO-\mi,C\'V\t : 

"ele viens (rai)])rendre par des habitans de la baye St- 
Paul que le nommé Suisse, officier de milice de cette pa- 
roisse, avait party en canot avec 6 habitans du lieu i)our 
essa^^er à faire quelques prisonniers à l'isle aux Coudres, 
et qu'aussitôt qu'ils turent à terre, le dit Suisse avait dé- 
serté ; les ennemis s'embarquèrent aussitôt pour venii; 
couper chemin à nos gens, qui, heureusement se sauvèrent. ' ' 

M. Aegidius Fauteux, annotateur du "Journal du siè- 



— 310 — 

ge de Québec du 10 uiai au 18 septembre 1759", dit au su- 
jet de ce ca])itaiiie Suisse : 

"Ce iiounné Suisse est sans doute le déserteur dont 
Ijarle Knox et qui se serait rendu le matin du 3 août à l'une 
des frégates anglaises à l'île aux Coudres (Knox, Journal, 
II, 9) . Parmi les traîtres de l'époque il ajjparait bien l'un 
des i)lus ignobles. Knox nous apprend que c'est lui qui 
servit de guide au capitaine Goreliam, lorsqu'il promena 
la torche incendiaire dans son pro^jre village de la Baie St- 
Paid." "Tliey liad a Swiss for tlieir guide wlio had been 
a cai)tain of militia, also a résident for several years in tlie 
township of St-Paul and deserted from tlie enemy some 
time before. M. de Vaudreuil had much confidence in the 
fellow" (Jr>?fr;/ft/,II, 39). 

Qui était ce sieur Suisse ? 

Dans son Dictionnaire généalogique, (vol. 2, p. 295), 
Mgr Tanguay nous fait coimaître l'histoire généalogique 
de Jean-Marc Bouilliane, fils de Etienne Bouilliane et de 
Jeanne Faucon, de Berne, en Suisse. 

Ce Jean-Marc Bouilliane épousa à la Petite-Rivière, 
le 18 novembre 1739, Charlotte Savard, fille de Joseph Sa- 
vard. 

Nous n'en avons pas de preuve absolue mais nous 
croyons que Jean-Marc Bouilliane est le capitaine de mili- 
ce de la Baie Saint-Paul qui, le matin du 3 août 1759, se 
rendit à l'une des frégates anglaises mouillées près de l'île 
aux Coudres. 

Bouilliane, à cause de sa nationalité, était plutôt con- 
nu sous le surnom de Suisse. Un de ses fils, Louis-Marie 
Bouilliane, conserva ce surnom de Suisse. Dans quelques 
actes des registres de l'île aux Coudres il est désigné com- 
me suit : ■ ' Bouilliane dit le Suisse. ' ' 



— 311 — 

LA FAMILLE CHABOILLEZ '' 



(Suite) 
TROISIEME GENERATION 

Le septième enfant de Charles Cliaboillez et de Marie- 
Anne Chevallier et le quatrième de leurs fils qui s'est marié, 
se prénommait François- Hippolyte et il fut baptisé à 
Maekinac, le 8 octobre 1751. 

Comme son i)ère et ses frèrse il s'adonna à la traite dès 
sa jeunesse et il n'avait que dix-huit ans, lorsqu'il obtint en 
1769 (2), un permis de trafiquer dans l'ouest. 

A l'âge de 25 ans, il décida d'épouser, à Montréal, Ma- 
rie-Anne Gagnier hlle du sieur Gagnier et de dame Ursule 
Hurtubise, mais celle-ci qui ne voyait pas cette union d'un 
bon oeil, refusa son consentement, Mlle Gagnier fut donc 
obligé de recourir aux sonnnations respectueuses et cette 
formalité donna lieu à des scènes pathétiques et quelque 
peu cocasses ainsi qu'on en i)eut juger par le procès- verbal 
qu'en rédigea le Notaire Foucher les 7, 8 et 9 février 1777 
(3). Pendant ces sonnnations le c(mtrat de mariage fut 
dressé le 8 février ])ar le notaire Foucher. Etaient pré- 
sents, du côté du futur époux: sa mère, Marie- Anne Che- 
vallier, son frère aine, Charles Cliaboillez, son cousin, Char- 
les Sanguinet, IIii)]jolyte Desrivières et Pierre Foretier. 

Du côté de la future, on mentioime trois de ses tantes : 
dame Elisabeth Hurtubise, veuve de J.-B. Barsalou, M.- 
Anne Hurtubise, veuve de Pierre Leduc et Marguerite Bar- 
salou, épouse de Zacharie Hurtubise, puis MM. Gordien 
d'Ailleboust, sr de Cuisy, Pierre Foretier, négociant, Hip- 
polyte Chauvaudraye et Dlle Charlotte Outas. 

Le mariage fut célébré au lendemain de la dernière 
sommation, soit le 10 février, à l'église Notre-Dame. 

(1) Voir vol. XXVIII, pp. 184, 207, 241, 274. 

(2) Archives publiques, Ottawa, Série S. 

(3) Le texte même de ce document vient justement d'être publié dans le 
Rapport de l'archiviste de la ijrovince de Québec pour 1921-1922. 



— olZ — 

Aussitôt, ou peu de tenii)s après, les nouveaux époux 
allèrent résider dans l'ouest où deux enfants naquirent, 
puis madame Cliaboillez née Gagnier revint demeurer 
dans sa ville natale où elle mourut en avril 1787, âgée 
de 31 ans seulement. Son mari ne lui survécut pas long- 
temps, car il était mort — dans l'ouest probablement^en ou 
avant 1795, connue le démontre une pièce du notaire Gau- 
thier du mois de décembre 1798. Nous parlons de cette 
])ièce plus loin. Pour l'instant, établissons la liste des en- 
tants de François-Hippolyte. 

Aiitoiiic-CJiarles, né le 24 janvier 1779, dans les pays 
d'en haut et baptisé à Notre-Dame le 21 octobre 1783. On 
relève son nom dans les registres du collège de Montréal, au 
cours des années 1789 à 1793. Il fut inhumé le 21 avril 
1794 sous les prénoms de Antoine-Charles-Hippolyte. 

H i ppol fjfe-F )•(( u cois , né le 14 avril 1781, dans les pays 
d'en haut et baptisé à Notre-Dame le 21 octobre 1783. Son 
acte de sépulture porte la date du 23 février 1784. 

AmahJc-Begis, né a Montréal et baptisé à Notre-Dame 
le 31 janvier 1784. Après le décès de son père, en 1795, son 
oncle Louis Cliaboillez accepta d'être son tuteur et il tit 
))rocéder à l'inventaire des biens de la famille par le notaire 
Gauthier. Ce document porte les dates suivantes : 9 au 
15 décembre 1795. 

Il dut faire ses études au collège de Montréal, car son 
nom figure aux palmarès de cette institution pour les an- 
nées 1797 et 1798. 

Le 17 janvier 1805, ayant presque atteint sa majorité, 
il acheta de dame Robert Griffin (4), un emplacement sur 
la rue King dans le faubourg devenu fameux plus tard, 
sous le nom de Griffintown. 

Régis Cliaboillez qui s'occupait de négoce décéda à 
i 'âge i)eu avancé de 27 ans et son corps fut porté en terre, 
le 5 janvier 181L Avec lui s'éteignit le (U'rnier rejeton 
de sa lignée. 

(4) M. (îriffin aviiit ;ic(|iu.s partie du licf Nazarclli par bail en 1804. 



— 313 — 

Dans notre pi'ocliaiii article nous rassemblerons nos 
notes sur Charles-Jean-Baptiste, le plus fameux des Oha- 
hoillez. 

(à continTier) 

E.-Z. MASSICOTTE 



UN CANADIEN PRESENTE AU GENERAL 
LAFAYETTE 



Quel Canadien "parlant frangais" fut présenté au général Lafayette lors de 
son voyage triomphal aux Etats-Unis en 1824 ? 

Disons immédiatement nue ce ne fut pas un Canadien-français. Alors ce 
dut être un Canadien d'origine anglaise, écossaise ou irlandaise ? Non pas. Il 
était d'origine Israélite 1 Nous cueillons la mention du fait dans P.orthwick, 
Montréal. Histortj and Gazetteer, 1892, p. 480: 

"Aaron Hart David, was the second son of the Samuel i:)avid, JOsq. nK ichant 
and was born in Montréal, on the 9th october 1812. He was partly educated in 
Montréal and partly at Round Hill school Northampton, Mass.. under the charge 

of the historian Mr Bancroft, and while there had the honor of being 

jiresented. . . . to the late Cîeneral Lafayette as a Canadian, and speaking 
French; who sliook hai^^is with him, when he visited that celebrated school." 

Plus tard, A. -H. David étudia la médecine, fut professeur de la faculté de 
médecine du Hishop Collège; piésident de la Société d'Histoire naturelle, méde- 
cin à la Montréal General Hospital et à la St Patrick's Hospital. etc. Il avait 
épousé la fille d'un riche Israélite de Montréal, Henry .Joseph. 

E.-Z. J\I. 



AMURY GIROD 



Suisse d'origine, il arriva en Canada vers 1828 et épousa à l'église presby- 
térienne de Montréal, angle Saint-Gabriel et Saint-.lacques, le 2.5 septembre 1833, 
Zoé-Célanire Ainsse, veuve du docteur Joseph Niçois. 

Lors du combat de Saint-Eustache, il s'enfuit à Saint-Benoit, de là à la 
Longue-Pointe, puis au Bout-de-l'île (en bas) où se trouvant cerné par les 
troupes anglaises, il se suicida. Girod aurait été enterré par le docteur Arnoldi 
et les soldats anglais à l'angle des rues Sherbrooke et Saint-Dominique. Sa fem- 
me fut inhumée à Varennes le 28 décembre 1842. Elle était belle-soeur du Dr 
Duchesneau de Varennes. 

On doit au sieur Girod la traduction d'un Traité d'agriculture d'Evans et des 
A^ofes diveses sur le Bas-Canada. En plus, il collabora au journal d'agriculture 
et prit charge dans la région de Québec d'une ferme modèle qui appartenait au 
protonotaire Joseph-François Perrault. 

E.-Z. M. 



— 314 



LES SOURCES IMPRIMEES DE L'HIS 
TOIRE DU CANADA-FRANÇAIS 



LA REVUE CANADIENNE (Suite) ^'^ 

L'honorable Joseph Royal, sa vie, ses oeuvres, par L.- 
A. Prudhonmie (Vol. de 1905, 2e partie, p. 36), 

C vrille Boucher, par G. Lef. de Bellefeuille (Vol. de 
1905, 2e partie, p. 67). 

J.-P. Tardivel, (Vol. de 1905, 2e partie, p. 94). 

Arthur Buies, par Madeleine (Vol. de 1905, 2e partie, 
p. 246). 

L'honorable Pierre Garneau (Vol. de 1906, p. 35). 

Hommage au R. P. Strubbe (Vol. de 1906, p. 38). 

L'honorable Gédéon Ouimet (Vol. de 1906, p. 40). 

Autour d'un blason (Colbert) par Ernest Gagnon 
(Vol.-del906, p. 403). 

Le Saint-Laurent historique, légendaire et topogra- 
phique, par Alphonse Leelaire (Vol. de 1906, pp. 449, 561).- 

La prairie, par J.-Ernest Cyr (Vol. de 1906, 2e partie, 
p. 7). 

LTn drapeau militaire portant Sacré-Coeur des 188o, 
l)ar Henri Bernard (Vol. de 1906, 2e partie, p. 37). 

L'abbé Antoine-Narcisse Bellemare, par F.-L. De- 
saulniers (Vol. de 1906, 2e partie, p. 43). 

Cadet, par P.-B. Casgrain (Vol. de 1906, 2e partie, p. 
127). 

La rivière des Trois-Rivières, par Benjamin Suite 
(Vol. de 1906, 2e partie, pp. 185, 416). 

Le bison, par L.-A. Prudhomme (Vol. de 1906, 2e par- 
tie, p. 229). 

Les Montagnais du Labrador et du Lac Saint-Jean, 
par L. J. C. (Vol. de 1907, p. 89) . 

Au monument Crémazie, par l'abbé Elie-J. Auclair 
(Vol. de 1907, p. 113). 

(1) Voir vol. XXVIII, p. 210. 



— 315 — 

A la mémoire de madame Marchand, par Atliénaïs 
Bibaiid (Vol. de 1907, p. 199). 

Premières eomiaissances de l'Ottawa, par Benjamin 
Suite (Vol. de 1907, p. 237). 

Les grands naufrages du golfe, par Damase Potvin 
(Vol. de 1907, pp. 429, 51.5) . 

Le Royal-William, \yàv Benjamin Suite (Vol. de 
1907, p. 484). 

Le régime paroissial et la colonisation dans la lu-ovin- 
ce de Québec, par Gaston de Montigny (Vol. de 1907, p. 
628, 2e partie, p. 32). 

Chansons des soldats de Montcalm après la ])ataille de 
Carillon, par Ernest (fagnon (Vol. de 1907, 2e partie, p. 
47). 

Pages d'histoires : Esquisse de Tîle Sainte-Hélène, par 
Louis-Raoul de Lorimier (Vol. de 1907, 2e i)artie, p. 69). 

Les professions libérales dans la province de Québec, 
l)ar J.-B. Bousquet (Vol. de 1907, 2e partie, p. 113). 

La colonisation canadienne-française dans l'Ouest par 
J.-Ernest Cyr (Vol. de 1907, 2e ])artie, p. 133). 

Sicux etAssiniboines, ])ar L.-A. Prudhonnne (Vol. de 
1907, 2e partie, p. 239). 

Conventum nicoletain, par F.-L. Desaulniers (\\)1. de 

1907, 2e partie, p. 303). 

Nicolas-Gasi)ard Boisseau tils, par Pierre-Georges 
Roy (Vol. de 1907, 2e partie, p. 393). 

Mémoires de Nicolas-Gaspard Boisseau (Vol. de 1907, 
2e partie, pp. 394, 487). 

Le monument de Mgr de Laval à Québec, par Jean- 
Baptiste Lagacé (Vol. de 1908, p. 15) . 

Joseph-Israël Tarte, par Antonio Perreault (Vol. de 

1908, p. 104). 

Les Pieds Noirs, par L. A. Prudhomme (Vol. de 1908, 
p. 134). 

Louis Riel, par le R. P. A.-G. Morice (Vol. de 1908, p. 
143). 



— 316 — 

Courage ])()litiqut' de Cartier, par J.-A. Beaiilieu 
(Vol. de 1908,]). 303). 

Les ancêtres de Liidger Duvernav, par Benjamin Sui- 
te (Vol. de 1908, p. 349). 

Un éducateur M. A.-D. Lacroix, ])ar Lal^bé Pli. Per- 
rier (Vol. de 1908, p. 433). 

!\.rinoiries et devises, par Ernest Gagnon (Vol. de 
1908, p. 481). 

Mère Caron, par l'abbé Elie-J. Auclair (Vol. de 1908, 
p. 484). 

Prétendue lettre de Montcalm, par Benjamin Suite, 
(Vol. de 1908, p. 529). 

Louis-Honoré Frécliette, par l'abbé Elie-J. Auclair 
(Vol. de 1908, p. 547). 

Les Plaines d'Abraham, par Ernest Gagnon (Vol. de 
1908, 2e partie, p. 97). 

Histoire canadienne, par Louis Madelin (Vol. de 1908, 
2epartie, p. 102). 

Les Canadiens aux Illinois, par Benjamin Suite (Vol. 
del908, 2epartie,p. 150). 

Quelques souvenirs, par L.-O. David (Vol. de 1908, 2e 
partie, p. 201, vol. de 1909, p. 94) . 

L'émigration basque, par Pierre Lliandes (Vol. de 
1908, 2e partie, p. 242). 

Les ])euples des grands lacs, par Benjamin Suite (Vol. 
de 1908, 2e partie, p. 358). 

Henri Julien, par J.-B. Lagacé (Vol. de 1908, 2e par- 
tie, ]). 371). 

L'" Union (^atliolique" de Montréal par l'abbé Elie-J. 
Auclaii- (Vol. de 1908, 2e partie, p. 403). 

Les origines des canaux du Canada, par Ernest Mar- 
ceau (Vol. de 1908, 2e partie, ]). 429). 

La Vallée de la Rivière Souris, ])ar L.-A. Prudlionmie 
(Vol. de 1908, '^e partie, p. 457) . 

Le tief Pacliirini, par Beniamin Suite (Vol. de 1908, 
2e])artie,i)p.491,564). 



— 317 — 

Xos premières écoles normales, i)ar Tabbé L.-A. Des- 
rosiers (Vol. de 1908, 2e partie, p. 531). 

Souvenirs d'nn zouave, par le Dr Séverin Lachapelle 
(Vol. de 1909, p. 15). 

Missions du Haut-Canada, par Benjamin Suite (Vol. 
(Iel909, p. 129). 

Notre histoire, i)ar Tal^bé Henri Gauthier (Vol. de 
1909, p. 214; vol. de 1909, 2e partie, p. 1). 

L'ancêtre de la famille Guillet, par F.-L. Desaidiiiers 
(Vol. de 1909, p. 249). 

Laverendrye ; son oeuvre, découverte du fort Saint- 
Charles, des restes du P. Aulneau, S. J., et du hls aîné du 
découvrein% Ile au Massacre, par L.-A. Prudhomme (Vol. 
de 1909, ])p. 366,419). 

Pages d'histoire, i)ai' Ernest Gagnon (\'ol. de 1909, pp. 
432, 485; Vol. de 1909, 2e i)artie, pp. 118, 316; vol. de 1910, 
pp. 161, 329, 508; Vol. de 1910, 2e partie, pp. 235, 343). 

La Saint-Jean- I>aptiste, ])ar rabl)é Elie-J. Auclair 
(Vol. de 1909, p. 477). 

Les Acadiens de hi Louisiane, pai- l'a])bé Antonio 
Huot (yol. de 1909, 2e partie, ]). 32). 

Les Montagnais ou Tchii)pewevans, ])ar L.-A. Prud- 
honnne (Vol. de 1909, 2e i)artie, ]). 49). 

Jeanne Mance, p-^v l'abbé Henri Gauthier (Vol. de 
1909, 2e partie, p. 15). 

L'avenir du Canada-Français, par Arthur Saint- 
Pierre (Vol. de 1909, 2e ])artie, p. 128). 

Souvenirs des fêtes de Chami)lain à l'île La Mothe 
(juillet 1909), par un hls de France (Vol. de 1909, 2e par- 
tie, p. 220). 

L'âme canadienne, ])ar Hector Filiatrault (Vol. de 
1909, 2e partie, p]). 23:^ 302, 432, 523). 

Les fêtes de l'Hôtel-Dieu de Montréal, ])ar l'abbé Elie- 
J. Auclair (Vol. de 1909, 2e partie, pp. 285, 530). 

L'orphelinat de Notre-Dame de Montfort, par un Pè- 
1^ de Marie (Vol. de 1909, 2e partie, p. 349). 



— 318 — 

L'âme canadienne, par Louis Armould (A^ol. de 1909, 
2e partie, pp. 425, 518). 

Un médaillon de Jacques Cartier, ]iar John M. Clarke 
(A\)l. del910, p. 6). 

Un souvenir de 1838, par l'abbé Elie-J. Auclair (Vol. 
de 1910, p. 97). 

LTn artiste de chez nous (M. Octave Pelletier) par Ma- 
ria (lirard-Lagacé (Vol. de 1910, p. 210) . . 

M. Belcourt, premier missionnaire chez les Sauvages 
de la Rivière Rouge par le R. P. Morice (Vol. de 1910, p. 
218 j. 

Le nord-ouest d'autrefois, par L.-A. Prudhonmie 
(Vol. de 1910, p. 228). 

L'avenir de la race canadienne-française, par Henri 
Leniay (Vol. de 1910, p. 289). 

Oraison funèbre de Mgr Cameron, évêque d'Antigo- 
nish, par Mgr Paul Bruchési (Vol. de 1910, p. 385). 

Le Canada-français poétique : pa^^sages, histoire, 
moeurs, par G.-M. Flahault (Vol. de 1910, p. 396). 

Les congrès eucharistiques, par le R. P. Galtier (Vol. 
de 1910, p. 481, vol. de 1910, 2e partie, p. 7) . 

Le parler français au Canada, par l'abbé Elie-J. Au- 
clair (Vol. de 1910, 2e partie, p. 21). 

Le peuple martyr (l'Acadie), par l'abbé Adélard Des- 
rosiers (Vol. de 1910, 2e partie, p. 97). 

L'oeuvre de M. Pamphile Lemay (Vol. de 1910, 2e 
partie, p. 117). 

Jean Nicolet et la découverte du Wisconsin, 1634, par 
Benjamin Suite (Vol. de 1910, 2e année, pp. 148, 331, 409). 

Noces de diamant à Joliette (Collège de Joliette) par 
A. C. D. (Vol. de 1910, 2e partie, pp. 193, 315). 

Le Nord-Ouest canadien après la Conquête (1760 à 
1784), i)ar L.-A. Prudhomme (Vol. de 1910, 2e partie, pp. 
207,421). 

Les Irlandais et la bataille de Carillon, par Thomas 
Cha])ais (Vol. de 1910, 2e partie, p. 481). 



— 319 — 

Etienne-Michel Faillon, historien de Montréal, par 
l'abbé Henri Gauthier (Yol. de 1910, 2e partie, p. 500). 

Le gouverneur Pothier, par F.-L. Desaulniers (Yol. 
del910, 2epartie, p. 512). 

Les écoles d'Embrun par l'abbé Elie-J. Auclair (Yol. 
del910, 2epartie, p. 531). 

La cathédrale de Xicolet, par l'abbé Elie-J. Auclair 
(Yol. de 1911, p. 98). 

L'instruction au Canada sous le régime français, par 
ra])bé Philipije Perrier (Yol. de 1911, p. 197), 

Les Frères des Ecoles Chrétiennes au Canada (Yol. 
de 1911, p. 217). 

Histoire du sucre d'érable, par Benjamin Suite (Yol. 
de 1911, p. 303). 

Le séminaire de Saint-Hvacinthe et les événements de 
1837-1838, par rab])é C-Philippe Choquette (Yol. de 1911, 
p. 408). 

Saint-Yincent de Paul (île Jésus), ])ar l'abbé Elie-J. 
Auclair (Yol. de 1911, ]). 482). 

Mgr Denis (îériii, ]»ar F.-L. Desaulniers (Yol. de 1911, 
p. 509). 

L'oeuvre térésiemic, ])ar Jos.-B. Mignault (Yol. .de 
1911, 2epartie, p. 7). 

Le nom de Manito])a, })ar 1j.-A. Prudhomme (Yol. de 
1911, 2e partie, p. 23). 

Les seigneurs de la Baie Saint- Antoine dite Baie-du- 
Febvre, par l'abbé Jos.-Elzéar Bellemare (Yol. de 1911, 2e 
partie,pp. 122, 223). 

A propos d'un centenaire collégial (Séminaire de 
Saint-Hvacinthe (1811-1911), par l'abbé Emile Chartier 
(Yol. de 1911, 2e partie, p. 193). 

L'esclavage en Canada, par Benjamin Suite (Yol. de 
1911, 2e partie, p. 315). 

Le cabinet de lecture paroissial, à Montréal, par l'ab- 
bé Henri Gauthier (Yol. de 1911, 2e partie, p. 387). 

Le fondateur des Soeurs de l'Assomption, par F.-L. 
Desaulniers (Yol. de 1911, 2e partie, p. 496). 



— 320 — 

Montealm, par l'abbé Elie-J. Auclair (Vol. de 1912, p. 
111). 

Saiiit-Siilpiee au Canada, par l'abbé Henri Gauthier 
(Vol. de 1912, p. 193). 

Le tricentenaire micmac, i)ar John-M. Clarke (Vol. de 

1912, p. 227). 

Sir Georges-Etienne Cartier, iràv l'abbé Elie-J. Au- 
clair (Vol. de 1912, p. 486). 

Vers la Rivière-Rouge, par l'abbé G.- A. Belcourt 
(Vol. de 1912, 2e partie, pp. 304, 402, 506; Vol. de 1913, 2e 
partie, pp. 112,232). 

Louis Hébert, i)ar Laure Conaii (Vol. de 1912, 2e par- 
tie, pp. 319, 385, 4<)2).'^i 

"Nos amis les Canadiens", par l'abbé Hector FiUa- 
trault (Vol. de 1913, pp. 213, 424). 

A travers les tombes, par ral)bé Hem-i Gauthier (Vol. 
de 1913, 2e partie, p. 5) . 

Les Frères de Saint-Gal)riel au Canada, par l'abbé E. 
Gouhi (Vol. de 1913, 2e partie, p. 193) . 

Pierre Boucher, par Laure Conan (Vol. de 1913, 2e 
l)artie, pp. 240, 303, 390 ; vol. de 1914, p. 17) . 

Haut et Bas-Canada, par Benjamin Suite (Vol. de 

1913, 2e partie, pp. 420). 

Les ])remiers vovageurs vers le Nord-Ouest, par L.-A. 
Prudhonmie (Vol. de 1914, p. 97). 

Lettres à Mme Viger, par Jacques Viger (Vol. de 

1914, pp. 208, 416 ; a^oI. de 1914, 2e partie, i)p. 129, 408, 531) . 
La colonie du Rapatriement, par l'abbé Emile Cliar- 

tier (A^ol. de 1914, pj). 319, 407; vol. de 1914, 2e partie, pp. 
40, 321, vol. de 1915, p. 351). 

Les chandelles d'autrefois, par J.-C. Chapais (Vol. de 
1914, p. 329). 

Sir Joseph Dubuc, ])ar L.-A. Prudhonmie (Vol. de 
1914, ])p. 386, 500 ; vol. de 1914, 2e partie, pp. 22, 97) . 

Les missionnaires des Esquimaux, par Laure Conan 
(Vol.(h'1914, 2epartie, ]). 8). 

(A Suivre) 



hui.i.i:tin 



DES 



RECHERCHES HISTORIQUES 

VOL. XXVIII BEAUCEVILLE- NOVEMBRE If22 N« Il 

LETTRE DU GOUVERNEUR DE VAU- 
DREUIL AU MINISTRE (12 SEP- 
TEMBRE 1757) 



Montréal, le 12 sept (1757) 
Monseigneur, 

J'ay l'honneur de vous rendre compte que dans le 
nombre des prisonniers anglais il s'est trouvé des Irlan- 
dais qui ont fait leur possible i)our me i^ersuader qu'ils 
s'étaient entièrement détachés du service du Roy d'An- 
gleterre. Je les ai fait observer de bien ])rès, et je n'ai pu 
qu'être satisfait de la conduite qu'ils ont tenue. Ils se 
sont choisi pour chef le sieur Xaisne (?) en qui j'ay re- 
connu des talents et des bonnes dispositions, et insensible- 
ment j'ay formé une comi^agnie de 50 hommes. 

Cette compagnie n'a pas été nourrie en vain; elle a 
travaillé aux fortifications de la ville de Québec. J'aurais 
bien pu la joindre aux troupes que j 'ay fait marcher au fort 
St-Georges; mais je n'ay pas voulu m'y iier. Je préfère 
d'avoir l'honneur de vous l'envoyer; je la fais passer sur le 
vaisseau du Roy le Célèbre, commandé par Monsieur de la 
Jonquière. Je lui ordonne de la remettre à l'intendant ou 
commissaire de la marine du i^ort où il abordera, pour 
qu'il la tienne à votre disposition. 



— 322 — 

Vous verrez, Monseigneur, par l'engagement que ces 
Irlandais ont passé le 13 may dernier qui est cy- joint, qu'il 
y a lieu d'espérer qu'ils serviront avec zèle en France. 
Je suis avec un très profond respect, 

Monseigneur, 
Votre très humble et très obéissant serviteur, 

VAUDREUIL (1) 
ENGAGEMENT DES IRLANDAIS DESERTEURS 

{Joint à la lettre de M. de Vaudreuil) 

A Québec, le 15 juin (1757) 

Nous, les soussignés, promettons et nous obligeons par 
les considérations cy-après lo que nous ne serons plus du 
jour et datte de nos signatures prisonniers de guerre et 
que nous serons protégés et traités à tous égards comme su- 
jets de Sa Majesté Très Chrétienne; 2o que nous serons 
sous le commandement et sous les soins autant qu'il sera 
possible du sieur Joseph-Claude Naine (?), sur le bon 
traitement duquel nous comptons en passant cet engage- 
ment ; 3o que nous serons renvoyés en France ainsi que le 
jugera à propos Monsieur le marquis de Vaudreuil. 

La condition de cet engagement est tel que si les arti- 
cles cy-dessus sont décemment et fidèlement exécutés à 
tous égards, nous nous engageons et nous obligeons ferme- 
ment de servir et de défendre de nos vies et de nos biens la 
Couronne et la dignité de Sa Majesté Très Chrétienne, 
quand et où nos supérieurs l'exigeront. 
Hugh Carragan Sergent 

John Lee ' ' 

George Brown Caporal 

JohnMoor " 

Anthony Butler (mort le 9 septembre 1757) 
Robert Cosgrove Tambour 

(1) Archives de la province de Québec. 



— 323 - 

Laureiis Logliran Soldat 

John Dostoii 
James Tewler 
Denis Brainan 
Thomas Mathiews 
Lnc Gihnor 
John Fitzgerald 
Sylvester MeAlroy 
Patrick Higens 
Daniel Dan. 
Daniel Devit 
James Johnson 
»Iose])h Coffin 
^George Gorley 
'John Olberv 
Richard Bynx 
Moses Rite 
Morgan Keney 
Piere Petit ^ 
Mikel Hogan 
Thomas Entier 
Charles Dowerty 
James Garan 
John Nowlan 
John Ma gel 
Nathanial Rnssel 
Charles O'Brien 
John Hegin 
James Mathiews 
Thomas Cockran 
Robert Phili2)ps 
Edward Lande 
John Druyes 

Jacob Delsho 
James Daws 
Thomas Green 
William Lawelay 



324 — 






John Forlaiid 

Artlnir Stoiie 

Jolin Barret 

Ruth Olfreteh 

John James 

Thomas Maccormack 

Richard Robiersoii 

Mary Carragan ' Femme 

Jeanne Droyes et sa fille ' ' 

MaryDelsho " 

Catherme Moore et son enfant . " (1) 



jj 



(1) Archives de la province de Québec. 



LE TRONE PONTIFICAL DE Mgr CLUT 



C'est le Père Duchaussois qui raconte l'anecdote suivante dans son livre 
Aux Glaces Polaires. 

La scène se passa dans la maison-chapelle du fort Rae, Grand Lac des 
Esclaves. 

"C'était à Noël. Mgr Clut officiait quasi-pontificalement, comme il di- 
sait pour marquer qu'il manquait toujours quelque chose d'essentiel à l'appareil 
épiscopal. Il portait la mitre. Au Gloria in excellis Deo, il fut s'asseoir sur un 
joli trône, fait du seul meuble convenable que l'on avait pu trouver, et recouvert 
d'une soyeuse peau de jeune caribou. Les Plats-Côtés-de-Chiens chantaient 
"comme des orgues vivantes." La jouissance du spectacle transportait l'évêque 
parmi les anges du Gloria de Bethléem, lui faisant oublier l'atmosphère compac- 
te d'exhalaisons aiguës de tous ces Indiens tassés autour de lui. Cependant la 
chaleur de cette étuve grouillante amollissait les chandelles de suif de caribou. 
S'apercevant que celle du sauvageon porte-bougeoir, accroupi aux pieds du pré- 
lat, penchait trop vers Sa Grandeur, le Père Roure s'approcha, et lui dit, avec 
calme: 

" — Attention ! Tâche de ne pas mettre le feu au trône: Monseigneur est 
assis sur le baril de poudre. 

"Mgr Clut entendit. Vif lui-même comme la poudre, il n'eut pas besoin 
de la détonation pour bondir en l'air. De ce mouvement, il se croqua la mitre 
contre le soliveau surplombant." 



— 325 — 

LES CHABOILLEZ > 



(Suite) 
TROISIEME GENERATION 

Cliroiiologiquemeiit, la présente notice aurait dû pren- 
dre place au début de nos articles sur la troisième généra- 
tion des Chaboillez, mais si nous l'avons renvoyée en der- 
nier lieu, c'est que nous A^oulions terminer certaines fouil- 
les afin de i)ouvoir signaler une couple d'erreurs graves qui 
se répètent dans des ouvrages historiques im})ortants et 
par ailleurs fort justement appréciés. 

CliaJ*les-Jean-Ba])tiste Cliaboillez fut ba]>tisé à Mac- 
kinac le 9 juillet 1736. Il profita de la grande expérience 
de son x)ère Charles II, époux de Marie- Anne Chevalier et, 
dès sa jeunesse, s'adonna, avec ardeur, à cette vie aventu- 
reuse et libre qui aux mieux doués, procurait la richesse et 
ces satisfactiolf^ que des esprits combatifs et audacieux 
])uisent de n(>s jours dans la direction de la grande indus- 
trie ou les manipulations de la haute finance. 

A l'âge de 33 ans, ayant déjà accumulé une somme de 
biens assez considérable, il rechercha en mariage, une des 
plus riches héritières de Montréal, demoiselle Marguerite, 
hlle du négociant Jacques Larchevêque dit La Promenade. 
Le contrat de mariage fut rédigé x^ar le notaire Panet, le 
26 octobre 1769, en présence des parents et amis des con- 
tractants. Le futur apportait dans la comnnniauté 30,000 
livres en monnaie et la future, 40,000 "tant en argenterie 
et lingerie qu'en une maison de pierre, à deux étages, sise à 
l'encoignure ouest des rues Saint-Paul et Saint-Nicolas. 

Le lendemain, 27 octobre, les époux étaient unis à l'é- 
glise Notre-Dame et ils signaient au registre paroissial 
avec sieur Luc de Cliapt de la Corne, le chirurgien J. B. 
Jobert, sieur Ignace Bourassa et Rénette Cliaboillez. Le 
nouveau marié ne s'attarda pas à jouir de la vie facile dans 

(1) Voir Bulletin des Recherches Historiques, vol. XXVIII, pp. 184, 207, 241 
et 274. 



— 326 — 

la métropole commerciale du Canada ; assez tôt, il retour- 
na surveiller ses comxDtoirs de l'Ouest, car nous voyons 
qu'entre les années 1769 et 1786, Charles- Jean-Baptiste fit 
renouveler ses permis de trafiquer, pas moins d'une dizai- 
ne de fois. (1) 

En cette dernière année (1786), étant à Micliillimaki- 
nac, il adresse avec plusieurs autres "marchands voya- 
geurs" une requête à Mgr l'évêque de Québec pour le sup- 
plier d'envoyer un missionnaire dans cette région qui en 
était privée depuis 1775. (2) En 1801, au cours de sa vi- 
site épiscopale, dans le pays d'en haut, Mgr Denaut ren- 
contra le grand Chaboillez au fort Erié, le 8 juin. (3) 

Comme champ d'activité principal, Chaboillez choisit, 
à partir de 1796, la Rivière-Rouge et l'Assiniboine. A 
l'automne de 1804, il était en charge de la région de l'As- 
siniboine, à la montagne à la Bosse. (4) Ensuite, il entre- 
])renait de pousser la traite au sud-ouest, jusque sur les 
territoires des Etats-Unis et au-delà du Missouri. (5) 

Dans le même temps, le 5 novembre 1804, se signait à 
Montréal la convention qui unissait tous les traitants indé- 
pendants et rassemblait leurs énergies pour lutter contre la 
Compagnie de la Baie d'Hudson. Charles- J.-B. Chaboil- 
lez qui apposa sa griffe par procuration et P. de Rochebla- 
ve étaient les deux seuls Canadiens-français à prendre rang 
parmi les opulents "Bourgeois" de la fameuse Compagnie 
du Nord-Ouest. (6) 

XXX 

Avec les bénéfices qu'il accumulait par ses transac- 
tions dans les pays d'en haut, Charles- J.-B. Chaboillez 
s'occupa de faire des placements dans Montréal et les en- 
virons. Le 20 octobre 1779, il achetait une terre sise à la 
côte de Liesse. Il posséda également, près du bout de 

(1) Archives publiques, Ottawa. 

(2) B. R. H. 1904, pp. 67, 68. 

(3) B. R. H. 1904, pp. 103. 

(4) Lewi.s & Clarlt, édit. 1893, p. 187. 

(5) Masson, Bourgeois du Nord-Ouest, I, 81. 

(6) Masson, Bourgeois du Nord-Ouest, I, 89. 



-^ 327 — 

l'île de Montréal, trois îles sur l'une desquelles, l'île à l'Ai- 
gle (8), il avait une ferme et un roulant de valeur. En ou- 
tre, il devint propriétaire d'une terre avec maison et dé- 
pendances, le long de la petite rivière Cliateauguay (9) ; 
enfin il prêta sur hypothèque à diverses personnes s 'occu- 
pant d'agriculture ou de traite. Le 19 octobre 1795, en 
compagnie de quelques associés, il demanda la concession 
du township de Brompton et il est probable qu'ils l'obtin- 
rent. 

XXX 

A plusieurs indices, on aperçoit que le ménage Cha- 
boillez Larchevêque vécut largement et que la maison de 
la rue Saint-Paul fut le rendez-vous d'une fréquente et 
nombreuse société. Le chef de la famille, il est vrai, pas- 
sait la majeure partie de chaque année dans l'intérieur du 
continent et l'on remarque qu'il fut absent à la plupart 
des baptêmes de ses enfants, même à la sépulture de sa 
femme, mais celle-ch avait une domesticité de gens libres et 
d'esclaves (panis et nègres) (10) et elle paraissait s'en- 
tendre dans la gérance des biens familiaux. Après 1793, 
Charles- Jean-Baptiste cesse de venir à Montréal, ou, s'il 
y vint, il n'y fit que des séjours de courte durée, car il avait 
laissé à sa femme une ])rocuration générale l'autorisant à 
vendre et à acheter à son gré. 

Madame Chaboillez décéda le 29 avril 1798, à l'âge de 
49 ans et fut inhumée le 2 mai, sous la chapelle de saint 
Amable dans l'église Notre-Dame. Ni son mari ni son fils 
n'assistèrent aux funérailles tous deux étaient dans l'Ouest 
et ne donnaient guère de leurs nouvelles. 

Essayons maintenant d'établir une liste des enfants 
nés du mariage Chaboillez-Larchevêque : 

{a) Anne -M argue rite, bapt. à Notre-Dame, le 7 mai 
1771. Marraine, Marie- Anne Chaboillez, grand 'mère de 
l'enfant. Le père absent. Sépulture le 22 mars 1772. 

(8) Greffe Louis Chaboillez, 31 mars 1788. 

(9) Cette terre acquise en 1779, fut vendue à l'abbé Foucher. 

(10) Voir registres de Notre-JDame, années 1773, 1777, 1779. 



— 328 — 

(?/) (' hurles, hapt. à N.-D. le 21 mars 1772. Parrain, 
Pierre Cliaboillez, oncle de l'enfant. Nous parlerons de 
ce quatrième et dernier Charles dans un ]3roehain article. 

{(■) M(irf/H( rite, bapt. à N.-D. le 4 avril 1773. Parrain, 
Augustin Cliaboillez, oncle de l'enfant. 

(d) Marie-Marguerite, bai)t. à N.-D. le 30 avril 1775. 
Parrain, Louis Cliaboillez, oncle de l'enfant. Elle épousa, 
en ])reniières noces, en 1793, Simon McTavish, considéré 
connue le roi des traitants et l'âme dirigeante de la Com- 
])agnie du Nord-Ouest. D'après la tradition, ce mariage 
fut célébré au ])resbytère de la Christ Church (secte an- 
glicane), mais l'acte manque au registre de l'état civil. 
Toutefois, nous avons le contrat de mariage qui suivant la 
coutume de l'époque, dut être dressé im ou deux jours 
avant la cérémonie. Il est conservé dans le greffe du no- 
taire Jean-Guillaume De Lisle et porte la date du premier 
octobre 1793. Dans cette pièce on note la présence de la 
mère de la future, Marguerite Larchevêque, de Joseph 
Frobisher, négociant de renom, du docteur J.-B. Jobert et 
de Charlotte Larchevêque, sa femme. 

Il nous est impossible de réciter ici la carrière mouve- 
mentée de Simon McTavish, le plus hautain, le plus retors 
et le plus redouté des barons de la finance à cette époque. 
Il mourut à l'âge de 56 ans, le 6 juillet 1804 et son monu- 
ment finiéraire reste encore debout, sur le versant sud du 
mont EoyaU vis-à-vis la rue Peel. A son décès, le défunt 
laissait à sa veuve et à ses trois enfants mineurs, Mary, Ann 
et John, une succession dont le règlement difficile à opérer, 
donna lieu à un procès dont les péripéties successives se 
déroulèrent pendant un quart de siècle. 

Dans l'intervalle, Marguerite Cliaboillez avait convolé 
avec William Smith Plenderleath qui est i)eut-être cet of- 
licier anglais dont Morgan fait l'éloge dans ses Sketches 
of Celehrafed Caïuulidiis à cause de sa conduite courageuse 
durant la guerre de 1812. 

Le sieur Plenderleath et sa femme allèrent demeurer 



— 329 — 

en Angleterre où nous constatons leur existence jusqu'en 
1825. 

(e) Adélaïde, née en 1781 hors de Montréal. Elle 
épousa, âgée de 16 ans, à Notre-Dame, le 4 juillet 1797, 
J oseph Boucliette, lieutenant, âgé de 22 ans et fils de J.-B. 
Bouchette, connnandant de marine. Joseph Bouchette 
devenu arj^enteur général du Canada et géographe du ' in- 
gùé, décéda le 8 avril 1841. Sa femme fut inhumée le 12 
juin 1847. 

(/) Marie-AngéUqi'ie, bapt. à N.-D. le 17 niai 1782. 

(g) Marie-Cluaes, bapt. à N.-D. le 31 août 1784. Par- 
l'ain, J.-B. Luc Jobert; marraine, Marguerite, soeur de 
l'enfant. Père absent. Elle i)orta le prénom de Charlotte 
et décéda à l 'Hôpital-Général de Québec où elle fut enter- 
rée le 31 octobre 1805. Trois jours plus tôt, elle avait dicté 
son testament au notaire Josej)!! Planté. Partie de ses 
biens allait à l'Hôpital où elle avait été alitée pendant long- 
temps, le reste était partagé entre son père, sa tante Doige, 
ses soeurs, dames McKnizie et Bouchette, son oncle Paul 
Lapromenade et son frère Charles. 

(//) M((rie-L(>i(ise-R((cheL A son bapt. à N.-D. le 13 
septembre 1786, elle ne reçut qUe les prénoms de Marie- 
Louise, mais par la suite elle s'appela Rachel. C'est à la 
Christ Churcli, le 24 avril 1803, qu'elle épousa Roderick 
McKenzie, un des bourgeois renommés du Nord-Ouest. 
Leur contrat de mariage avait été rédigé par le notaire 
Beek entre le 20 et le 24 avril, mais cette pièce est disparue. 
Rachel Chaboillez laissa un fils, Alexandre McKenzie, qui 
fut lieutenant-colonel dans l'armée anglaise et c'est la fille 
de ce dernier, Louise-Rachel que l'honorable Louis-F.-R. 
Masson épousa en 1856. 

(i) Clément-Benjamin, bapt. à N.-D. le 23 novembre 
1787; sépulture le 21 janvier 1788. 

XXX 

Le jour même des funérailles de madame Chaboillez 
(née Larchevêque) ses gendres McTavish et Bouchette 
^présentèrent au tribunal une xjremière requête pour deman- 



~ 330 — 

der la nomination d'un tuteur aux enfants mineurs et non 
émancipés de la défunte et qui étaient Charlotte, âgée de 
13 ans et Raeliel, âgée de 12 ans ; puis une deuxième requê- 
te i)Our faire nommer un curateur aux biens de Charles- J.- 
B. Chaboillez, père, absent; enfin, le lendemain, une troi- 
sième requête i)Our la nomination d'un curateur aux biens 
de Charles Chaboillez, fils, absent lui aussi. 

Le notaire Beek procéda à l'inventaire des biens de la 
communauté, entre le 20 juin et le 24 décembre 1798. Par- 
mi les effets énumérés dans le volumineux document nous 
relevons : 

— Une horloge française qui se monte une fois par mois. 
— Deux grands cadres en taille douce. 
— Trente-trois autres cadres. 
— Un grand tapis Wilton. 
— Une grosse montre. 
— Deux christs d'argent. 
— Un écritoire et 4 flambeaux argentés. 
— Deux ceintures à flèches. 
— Une petite boite d'imprimerie. 
— Cinq petits cupidons. 
— Une petite girandole (candélabre). 
— Un "optique avec des étampes". 
— Deux cassettes de voyageur. 
— 108 livres de sucre royal. 
— Deux barils de cassonade du pays. 
— Des selles à hommes et à femmes. 
— Des carrioles, berline, calèche, cabrouet, traîne, etc. 
— Quelques livres: V Histoire ecclésiastique de Fleury, 10 
vol. les Causes célèbres, II vol. ; le Parfait négociant; 

etc. 

XXX 

La vente des effets mobiliers eut lieu au mois de juin 
1798 et celle des immeubles au mois d'avril 1799, toujours 
en l'absence des deux Charles Chaboillez. L\m et l'autre 
ne semblent revenir dans la région montréalaise qu'après 
1806. Le père comptait alors 70 ans, et sans doute la vieil- 



— 331 — 

lesse le portait à goûter un repos qu'il s'était refusé depuis 
longtemps. Il s'éteignit à l'automne de 1808 à Montréal 
et le Journal inédit de Josei^li Frobislier nous fournit quel- 
ques brèves notes sur la fin de ce magnat de la fourrure; 
nous en extrayons les lignes suivantes : 

1808, 25 septembre (dimanche). Mr Cliaboillez 
est mort à 5 li. de l'après-midi. 

A ses funérailles qui eurent lieu le 27, les porteurs 
furent James McGill, Wm McGillivray, Frs Desriviè- 
res et Jacques Hervieux, quatre des riches marchands 
de Montréal. 

Au nombre des assistants, il y avait M. Frobislier 
M. de La Promenade (Larchevéque), Rodrick Me 
Kenzie, Louis Chalioillez, Régis Cliaboillez et Charles 
Cliaboillez, fils. 

La carrière du défunt ne laisse aucun doute sur son 
caractère. Charles-Jean-Baiitiste fut un hoiimie supé- 
rieur, intelligent, actif, plein de ressources et le seul Cana- 
dien-français de son temps qui sut disputer de mérite et de 
puissance avec les traitants écossais, anglais ou juifs qui, 
à la fin du 18e siècle, s'efforçaient de monopoliser le com- 
merce de la pelleterie dans l'Amérique du Nord. 

XXX 

Terminons cette notice en corrigeant deux erreurs 
très réi:)andues. La première se rencontre dans les Bour- 
geois du N. O. de riion. Massoii. Au vol. 1er, p. 81, on lit en 
note que le grand Chal)oillez mourut à Terrebonne en 1809, 
ce qui n'est ])as conforme à la vérité. 

La seconde assertion fautive s'offre malheureusement 
à la page 61 du beau Dictionnaire des Canadiens de VOuest 
du R. P. Morice. Voici ce qu'on y lit : 

Cha'boiUez, Charles- Jean-Baptiste — Bourgeois impor- 
tant, etc. "Il naquit à Trois-Rivières où il fut baptisé le 
27 novembre 1742. Son père François Cli. (sic), était lieu- 
tenant dans les troupes en 1759 et sa mère était Margueri- 
te Cardin . . . . " 



— 332 — 

Yériïîeatioii faite il n'y a pas d'acte de baptême d'un 
Chaboillez à Trois-Kivières, le 2.7 novembre 1742; niais à 
cette date, nous dit l'archiviste J.-B.-Meilleur Bartlie, est 
inscrit l'acte de bai)tême de "Louis- Jean-François. . .iils 
de François de Châtelain, lieutenant des troupes et de dame 
Marguerite Cardin. ' ' 

L'erreur est évidente. Ce n'est pas tout. Si le lec- 
teur réfère à la page 67 du dit ouvrage du R. P. Morice, il 
pourra voir ce qui suit : 

CJiafelain, Louis-J ean-F m ncois — Commis de la Cie du 
N.-O. "Il naquit à T.-R. et fut bapt. le 27 nov. 1742. Son 
])ère était François Ch. (sic), lieutenant des troupes en 
1739 (sic) et sa mère Marguerite Cardin. ..." 

C'est la répétition à un chiffre près de la phrase qui, 
à la page 61 est au-dessous du nom de Chaboillez. L'auteur 
du dictionnaire ou son copiste a mêlé ses papiers et il a don- 
né une même origine à deux personnages diiférents. La 
notice de la page 67 sur Châtelain est exacte, mais celle de 
Chaboillez est à remanier. 

(A continuer) 

E.-Z. MASSiCOTTE 



D'HASTREL 

Jean-Baptiste-Christophe d'Hastrel, chevalier et seigneur de Rivedoux, 
lieutenant des grenadiers au régiment du Languedoc, épousa le 1 2 février 1 760, 
à la Pointe-aux-Trembles, Marie-Anne Liénard. Ils eurent deux enfants: 

Marie-Anne-Thérèse, baptisée à la Pointe-aux-Trembles, le 1 3 décembre 
1 764, et, Etienne, baptisé au même endroit, le 4 février 1 766. 

Combien de temps Jean-Baptiste-Christophe demeura-t-il au Canada ? Il 
y avait à LaRochelle en 1 789 Jacques Bruneau Dastrelle, écuyer, chevalier, 
seigneur de Rivedoux en l'isle de Ré, paroisse de Ste-Marie, chevalier de St- 
Louis. 

M. de la Morinerie, auteur d'un livre sur la noblesse de Saintes et d'Aunîs, 
nous apprend qu'Etienne appartenait à cette famille. Il fut baron de l'Empire, 
lieutenant général, grand-croix de la Légion d'honneur, et mourut à Versailles 
le 1 1 octobre 1 846. 

REGIS ROY 



— 333 — 

ORDONNANCE DU ROI 

qui fait défense aux marchands du Canada 

de porter des orignaux, castors et autres 

pelleteries aux Anglais, Hollandais 

ou autres nations étrano;ères (10 

avril 1684) 



DE PAR LE ROY 

Sa majesté estant iiitoniiée que plusieurs mareliands 
et liabitans de la Nouvelle France trans2)ortent les castors 
et pelleteries qu'ils traitent avec les sauvages aux estran- 
gers, ce qui est entièrement contraire a l'establissemt de la 
colonie parceque les François liabitans du Canada pour- 
l'oient dans la suittc i)rendi'e occasicm de se disperser et 
très ])rejudiciable aux droits qui se perçoivent sur les pel- 
leteries lesquelles ai)])artiennent à Sa Maiesté et font par- 
lie du l)ail du Domaine d'occident fait au protfit de Jean 
Oudiette, -a quoy voulant pourvoir, Sa Majesté a fait très 
expresses inhibitions et deffenses a tous marchands et ha- 
bitans du Canada et de la Nouvelle France de transporter 
aucuns castors ny orignaux aux Anglois, Hollandois, ou 
autres nations estrangeres sous quelque prétexte que ce 
soit a peine de 500 Ibs. d'amende et de confiscation des mar- 
chandises qui auront esté trouvées passant chez les estran- 
gers, enjoint Sa Majesté au sr de la Barre gouverneur gê- 
nerai du pays de Canada et nouvelle France et au sieur de 
Meulles intendant de justice police et finance en icelle 
d'empescher le d. transport et de tenir la main chacun en 
droit soy a l'exécution de la présente ordonnance laquelle 
sera leûe publiée et affichée partout ou besoin sera. 

Fait au conseil d'Etat du Rpy. (1) 

(1) Archives du Canada, Coi'respondance générale, série F. vol. 7, p. 96. 



— 334 — 

L'ARMEMENT DU FORT DE QUEBEC 

EN 1629 



Déclaration du sieur de Cliain])lain soubs serment des 
armes, nuuiitions et autres ustensiles, laissées au fort de 
Kebeek lors de la redditicm, qui doyvent selon le Traieté 
estre restituées. 

4 Quattre pièce d'artillerie de fonte du poids 
d'environ 150 l])s. pièce. 

1 Une pièce d'artillerie de fonte pesant envi- 
ron 80 Ibs. 

5 Cinq boites de fer servant pour les dites pie- 
ces. 

2 Deux ])lus petites ])ieces d'artillerie de fer 
])esant chacune 800 Ibs. 

6 Six ]3ierriers avec leurs cliambres ou Ijoites 
l)our les charger. 

1 Une petite jjiece d'artillerie de fer ijesant 
environ 80 Ibs. 
4') Quarante v\m[ ])etits boulets de fer ])our les 
cinci ])ieces d'artillerie susdites. 
() Six boulets i)our les autres pièces chacTui ])e- 
sant 3 l])s. 
30 ou 40 Trente ou quarante livres de i)oudr(' à canon. 
30 Trente de mesche ou environ. 
:')() Ti'ente iiious(|uets entiers et un romi)u. 

1 Une liar(|uel)uze à croc. 

2 Deux longues harquebuzes (k' cin([ ou six 
pieds. 

2 Deux autres ]iar(|ucl)uzcs. 
10 Dix hallebardes. 
12 Douze pic(jues. 
') Mil (j(KJO CiiKi ou six niilK' li\i-cs de plonil). cii boulets 
l)latine èc barres. 
'>n Soixante corcelets, (h'stpiels deu.x sont <-oui- 
plfls ('1 ■\ la preu\'e du pistolet. 



— 335 — 

2 Deux grands pieds fourchus de fonte pesant 
80 Ibs. 

1 Un pavillon ou tente pour loger vingt hom- 
mes. 

1 Une forge de Mareschal avec les appartenan- 
ces. 

Toutes sortes de provisions pour la cuisine. 

Tous outils pour un charpentier. 

Tous outils de fer propres pour un moulin à 

vent. 

Un moulin à bras pour moudre du blé et une 
cloche de fonte. 

L 'endos du document qui précède portait : ' ' Copie de 
la déposition du sieur de Champlain des armes et ustensiles 
laissées au fort de Québec." 

En reproduisant la déposition du sieur de Champlain, 
V Abeille du 23 janvier 1862 le faisait précéder de la note 
suivante : 

"Le petit document que nous publions aujourd'hui, et 
dont l'original se conserve à Londres aux archives du Bu- 
reau des Papiers d'Etat (State Paper Office, Colonial 
Séries, vol. VI, art. 49), n'est pas d'une grande importance 
historique, si on le considère isolément. Mais, souvent 
c'est la réunion et la comparaison judicieuse de ces faits 
en apparence isolés, de ces documents secondaires, de ces 
simples statistiques, qui font jaillir la lumière des ténèbres, 
et éclairent les pas mal assurés de l'historien et du critique 
dans les époques les ply.s reculées de l 'histoire. Pour Qué- 
bec, ce document a mi autre mérite: c'est un souvenir de 
son bien-aimé fondi'ateur, et il nous montre en même temps 
avec quels faible.s moyens Champlain défendit son poste 
jusqu'à l'extrémité, et dans les angoisses de la famine, où 
l'avaient réduit l'intérêt sordide des traiteurs autant que 
les forces supérieures de l'ennemi." 



— 336 — 

REPONSES 



Le décès de Jacques (V/rf/^r— (XXVII, p. 345).— 
"Est-il bien certain que Jacques Cartier décéda à St-Malo? 
A-t-il été inhumé à St-Malo ? Son acte de sépulture a-t-il 
été publié quelque i>art V Voilà trois questions posées au 
Bulletin. A la première nous ijouvons répondre catégo- 
riquement : Oui ! A la page 107 de Jacques Cartier, Docu- 
ments nouveau.r, Tauteur, M. Jouons des Longrais, repro- 
duit le fac-similé du registre du greffe de St-Malo pour le 
premier septembre 1557. On lit en marge: "Ce dit mer- 
credi au matin environ cinq heures décéda Jacques Car- 
tier." C'est mal écrit ; la main d'un méchant scribe a tracé 
ces caractères, et c'est peut-être pourquoi ces lignes ont pu 
échapper à l 'oeil vigilant des chercheurs, devanciers de M. 
des Longrais. 

Etant mort à St-Malo, il est raisonnable de croire que 
le découvreur a dû être inhumé là. D'autant plus qu'il a 
probablement succombé au terrible fléau qui sévit à St- 
Malo cette année-là. La i>este y fit des ravages jusqu'à la 
fin d'août et ceux qui mouraient ainsi étaient mis en terre 
sans délai. M. des Longrais i^résume que ce doit être la 
cause de la fin du Malouin. Je ne crois pas que l'acte de 
sépulture de Cartier ait été publié jamais. 

REGIS ROY 

La première fcinnie de Vallières de Saint-Réal — 
(XXVIII, p. 276).— Joseph-Rémy Vallières de Saint- 
Réal épousa, à Qué})ec, le 16 novembre 1812, Louise Pezard 
de Chami)lain, fille de Pierre Melchior, sieur de la Touche, 
seigneur de Godfroi, Roctaillade, et autres lieux, et de dame 
Louise Drouet de Richerville. 

FRANCIS-J. AUDET 



— 337 — 

LES MARIONNETTES AU CANADA 



Marioiuietfistcfi (inihnJcnits et iiKn-ioiuietfistcs Kniateurs 



Avant de soumettre au lecteur les quelques uotes qui 
font suite à celles que nous avons déjà publiées dans le Bul- 
letin de janvier 1922, p. 8, il serait à propos de risquer un 
mot sur les catégories de marionnettes qui se sont parta- 
gés la faveur du ijublic, car toutes ne fonctionnent pas de 
même façon. Les seides connues en ce pays sont les ma- 
rionnettes à main et les marionnettes à tils. Celles-ci sont 
suspendues par des fils nombreux qui font mouvoir à vo- 
lonté chaque ])artie de la pou})ée. Il peut y avoir quantité 
de mariomiettes à tils sur la scène, à la fois, et "l'intérêt est 
beaucoup moins dans les paroles qu'on leur fait prononcer 
que dans la i)récisi()n des gestes qu'on leur fait accomplir." 
C'est un tour de force de mécanique. Les marionnettes 
du père Marseille, à Québec, appartenaient, sans doute à 
cette catégorie et de])uis, à diverses éi)oques, des Allemands 
ou des Anglais sont venus exhiber leurs sujets à Montréal, 
notamment au défunt i)arc Sohmer. 

Dans les spectacles de marionnettes à fils, l'opérant est 
au-dessus de ses poupées ; dans les mariomiettes à main, il 
est au-dessous. Ces fantoches n'ont qu'une tête et des 
mains en bois plus ou moins bien sculptées, puis un costume 
approprié à leur état. A l'intérieur de ce costume le ma- 
rioimettiste glisse la main et le bras, ensuite, il introduit 
son index dans la tête qui est creuse tandis que le pouce 
et le majeur s'enfoncent dans les manches de l'haloit et 
atteignent les mains. L'exécutant fait mouvoir, au-des- 
sus de sa tête, deux pantins à la fois. S'il a un compa- 
gnon, tous deux peuvent présenter quatre personnages 
animés en scène. On trouve aussi moyen d'ajouter des 
figurants en les accrochant aux clécors ou aux accessoires du 
petit théâtre. 



— 338 — 

Dans ces spectacles le marionnettiste doit avoir une 
bonne langue et des mains adroites et l'on raconte sur cer- 
tains montreurs des histoires étonnantes. Cependant, 
l)armi les professionnels, nul n'a obtenu plus de succès que 
Pierre Roussel, de Lyon. Il faisait parler et agir ses pou- 
pées avec un si grand art qu'on les eût dites vivantes. Aus- 
si son petit théâtre devint, il y a quelques années, une des 
curiosités lyonnaises. Parmi les amateurs distingués qui 
s'éjjrirent des pantins, il faut citer la "romancière" Geor- 
ges Sand, qui organisa dans sa demeure des soirées restées 
fameuses où l 'honneur fut pour les comédiens de bois. 

Les quelques détails qui précèdent proviennent d'un 
fort joli ouvrage copieusement illustré et qui porte pour 
titre Guignols et Marionnettes leur histoire, par J.-M. 
Petite. Ceux que le sujet intéresse feraient bien de par- 
courir ce livre, il leur procurera un agréable et instructif 
moment. 

Et maintenant revenons au Canada. 

Après 1838, date de la suppression des marionnettes à 
Québec, il est certain que des Français, des Anglais, des 
Canadiens ont parcouru le pays avec des théâtres de ma- 
rionnettes. Nous en avons plusieurs témoignages. 

M. Médard Mercier, le doyen des fonctionnaires du 
Palais de justice de ]\Iontréal, se rappelle qu'en 1850, un 
]iommé Palmer donnait dans des hangars ou des maisons 
spacieuses, en divers points de la métropole canadienne, 
des séances dont il faisait tous les frais comme magicien, 
ventriloque et marioimettiste. Le prix d'entrée à ses re- 
présentations était ordinairement de 15 sous pour les adul- 
tes et de 6 sous pour les enfants. M. Mercier qui n'avait 
alors que 12 ans n'a j^as oublié non i)lus que Palmer fut 
l'auteur d'une mystitication qui lui valut une réclame pro- 
titable. S 'arrêtant un jour au-dessus d'un puisard, le 
long d'une de nos grandes rues, il se ])encha soudain ])our 
écouter luie voix d'enfant qui des profondeurs de la terre 
api)elait au secours avec des accents déchirants. En un 
rien de temps, un groupe de badauds s'attroupa autour de 



— 339 — 

Palmer qui recommandait à l'enfant de prendre patience 
et de ne pas s'énerver, car on allait le retirer de sa position 
périllense. Et aussitôt, s 'adressant d'autorité à la foule, 
il conmiandait aux gens de bonne volonté d'aller quérir 
des cables et des échelles afin d'opérer le sauvetage. 

Lorsque les sauveteurs arrivèrent, l'obligeant Palmer 
s'était éclipsé. . . . et le puisard était redevenu muet . . . . 
Que signifiait . . . . ? Les badauds comprirent enfin qu'ils 
avaient été victimes d'un farceur et tout le monde s'amusa 
de la fumisterie. Du coup, Palmer devint un type qu'il 
fallut voir et sa caisse en eut l'aubaine. 

Vers 1883, on voyait à Montréal, rue Notre-Dame, 
ouest, vis-à-vis la rue Dominion, une piste et une hôtellerie 
connues de près comme de loin sous le nom de L'Encan 
Marlemi. Il s'y faisait chaque semaine un troc de che- 
vaux étiques et poussifs qui attirait les maquignons de 
toute la province. L^n été, dans un coin de cet hippodrome 
populaire, s'installèrent un carrousel et un petit théâtre de 
marionnettes à main. L'exécutant se nommait Joseph 
Lemav. C'était un loustic grand, maigre et borgne qui 
avait vécu aux Etats-Unis et qui avait fait ])artie de ces 
troupes de wfuesfrcis dont la A^ogue fut grande il y a ((ua- 

rante ans. 

Lemav baragouinait une langue ])ittoresque formée 
d'un mélange de français et d'anglais. Et ses personnages. 
Punch, Judy, le Policeman, le Gavroche s'exprimaient— 
ô miracle— dans la même langue. A chaque chute de ri- 
deau, le Gavroche de la troupe trouvait moyen de se passer 
la tête sous le rideau et de chanter à l'auditoire, d'une voix 
éraillée : 

Les Canadiens n'sont pas des fous, 
Partiront pas sans prendre un coup. 

Evidemment, Lemay voulait plaire à son locateur, 
l'aubergiste voisin. 

M. Joseph Rousselle, chanteur et conteur bien connu, 
a noté qu'en 1885, dans Kamouraska, un nommé Chaput, 
acrobate forain, parcourait le bas du fleuve et donnait des 



— 340 — 

représentations où les exploits d'acrobatie s'entremêlaient 
de séances de marionnettes. 

M. François Tremblay a souvenance d'avoir vu des 
marionnettes au collège de Murray-Bay, vers 1905. Elles 
étaient animées i)ar un sieur Paul Galy et un compagnon, 
tous deux français. 

Mais le fait le plus intéressant au point de vue tradi- 
tion c'est que des marionnettistes se formèrent dans nos 
campagnes et que grâce à eux les marionnettes devinrent 
un des passe-temps recliercliés de nos paroisses rurales.^ Il 
y a déjà plusieurs aimées, à Valleyfield, comté de Beauhar- 
nois, un iionnné France Lebeuf produisait chez ses parents 
et amis une saynète dans laquelle deux voisins se chica- 
naient à i)ropos de clôture. Un nommé Leduc, de la mê- 
me région, prenait i)Our sujet la fenmie qui querelle son 
mari, un paresseux qui ne pouvait se décider à sortir du lit. 
A Saint-Eustache, M. Bourgeois a entendu un cultivateur 
du nom de Jood, d'origine irlandaise et violoneux estimé, 
qui mettait en scène un habitant faisant ferrer son cheval 
chez le forgeron. Pour ces re]n*ésentations les exécutants 
amateurs se faisaient un théâtre des plus sommaires. Au 
fond d'une grande pièce, ils plaçaient deux chaises à quel- 
ques pieds de distance l'une de l'autre, puis ils les recou- 
vraient d'un drap ou d'une courtepointe. Cet écran im- 
l)rovisé servait à masquer l'exécutant, comme on va voir. 
Chaque fantoche était constitué par deux bâtons en croix 
que Ton revêtait d'un costume approprié. L'opérant se 
couchait sur le plancher et tenait ses persoimages à bout 
de l)ras au-dessus de l'écran. Bien rudimentaires étaient 
les accessoires. Qu'importe, la verve de l'exécutant et 
l'indulgence des auditeurs faisaient pardonner tous les dé- 
fauts et l'on s'amusait ferme. 

Dei)uis quand cette coutimie a-t-elle pris racine dans 
notre région f Fut-elle également pratiquée dans les autres 
parties du Canada-français? Nous ne le savons pas encore. 
Cet article fera peut-être surgir des souvenirs qui nous 
renseigneront. 



— 341 — 

En tout cas, pour l'instant, les marionnettes sommeil- 
lent un peu partout. Leur concurrent le plus redoutable 
c'est le "drame silencieux" ainsi que nos voisins aiïectent 
de qualifier le cinéma. Sommeilleront-elles longtemps ? 

Les enfants répètent un refrain qu'ils affectionnent et 
qui a justement sa place ici : 

Ainsi font, font, font 

Les petites marioimettes, 

Ainsi font, font, font 

Trois petits tours et ])uis s'en vont. 

Elles s'en vont. . . .oui, mais elles revieinient tou- 
jours; un charme les protège qui assure leur survivan- 
ce et i^our longtemps encore elles resteront la joie du ])eu- 
l)le et le divertissement des élites. 

E.-Z. MASSICOTTE 



PONTÏAC 



C'est le nom d'un chef sauvage outaouais, auteur d'une conspiration 
ayant pour but le massacre des Anglais dans les postes de l'Ouest et la reprise 
de ce territoire en faveur des Français. C'est l'une des pages intéressantes de 
nos annales, car on y voit l'attachement que ces tribus avait voué aux fils du 
grand Ononthio. Vous croyez peut-être que Pontiac est un nom sauvage ? Ne 
serait-il pas d'origine française ? Pontiac est né vers 1 720, quelque part dans 
la région de l'Ohio, d'un chef outaouais probablement et d'une mère de la 
nation des Sauteux. Il est mort assassiné en I 769 par un sauvage de Kaskas- 
kia. Ce qui nous porte à croire le nom de Pontiac issu de France c'est que 
nous le rencontrons lors de l'anoblissement de Jean- Baptiste Ponchaval, gentil- 
homme ordinaire du duc d'Orléans, et qui est dit, de Pontiac, en 1674, soit 
quarante-six ou cinquante ans avant la naissance du sauvage nommé. 

REGIS ROY 



— 342 — 

FRONTENAC ET LA CROIX DE ST-LOUIS 



Dans son livre Frontenac et ses amis, M. Myrand, pour- 
tant si particulier, si soigneux de se ])ien renseigner, com- 
met une erreur que nous ne T30uvons comprendre venant 
de lui. Son ouvrage fut imprimé en 1902 et le Bapport 
de Kicliard de 1899 sur les archives du Canada publié en 
1901 lui eût permis de corriger ses pages 94, 95 et 96. 

''Pour son admirable conduite au siège de Québec, 
Frontenac reçut du Roi-Soleil ime lettre de félici- 
tations. . . .Les compliments du souverain comblèrent 
sans doute sa vanité, mais ils trompèrent du même coup sa 
plus chère ambition: la croix de l'Ordre de St-Louis lui 
échappait encore ! 

"Puis vint l'expédition de 1696 contre les Iroquois. 

"Louis XIV entin se montra généreux. Frontenac re- 
çut la croix de St-Louis. La reconnaissance du roi était de 
six ans en retard, une éternité pour un vieillard de l 'âge de 
Frontenac, car le vainqueur de Phip^^s aurait dû recevoir 
cette distinction au lendemain du siège de Québec, c'est-à- 
dire en 1691 .... 

"Cette croix de St-Louis dont l'éclair — en 1690 — eût 
si vivement brillé sur la poitrine de Frontenac, cette croix 
de St-Louis, dis- je, ne dut causer au nouveau chevalier 
qu'une médiocre satisfaction. En effet, cet honneur, loin 
d'être exclusivement distinct if était déjà partagé entre 
])lusieurs dans la Nouvelle-France, au temps où le gouver- 
neur la reçut. Champigny, Callières, Vaudreuil, pour ne 
citer que trois noms bien connus, étaient non-seulement ses 
égaux dans l'Ordre, mais encore ses aînés, ses doyens. . . " 

Le 26 mai 1696, le ministre écrit à Vaudreuil qu'il l'a 
])roposé au roi 2)our la croix de chevalier de St-Louis; n'a 
]>as jugé à x)ropos d'en créer en particulier i3our les officiers 
du Canada, mais l'a chargé de le lui rapj^eler à la i:>i'ochai- 
ne promotion {Rapp. de Richard^ p. 306; arch. Fed.) 



— 343 — 

Le ministre annonce à Frontenac le 28 avril 1697 que 
le roi lui a accordé la croix de St-Louis. (idem, p. 315) 
puis, le 19 juin 1698, il commet M. de Vaudreuil pour rece- 
A'oir chevaliers de cet Ordre, MM. de Frontenac, de Calliè- 
res et de Crisafy. Ensuite vint le tour de d'Iberville. 

D'après ce qui précède on i^eut voir que Frontenac 
n'était pas devancé dans l'Ordre de St-Louis i)ar Callières, 
ni Cliampigny. 

Il est difficile de comprendre les remarques de l'auteur 
québecquois "que la plus chère ambition de Frontenac se 
trouvait trom})ée en 1691 puisque la croix de St-Louis lui 

échappait encore " et "que cette croix dont l'éclair 

— en 1690 — eût si vivement brillé sur la ])oitrine du gou- 
verneur, ne dut lui causer qu'une médiocre satisfaction", 
surtout si l'on considère que l'Ordre de St-Louis n'était 
pas encore institué à cette époque et ne le fut qu'en 1693. 

EEGIS ROY 



ANTOINE DE PLANIOL 



Antoine de Planiol était fils de Barthélémy de Planiol et de Marie Bizard, 
de la ville de Montpellier. 

Laffilard nous apprend qu'il se destina d'abord à la mer. Il fit quatre 
campagnes sur un vaisseau du Roi. En 1677, il entrait dans les Gardes du 
Roi. L'année suivante, il était promu lieutenant dans le régiment d'Anjou. 

Le 1 7 mars 1 687, il obtenait une commission dans les troupes qui servaient 
dans la Nouvelle-France. 

M. de Planiol décéda à Saint-François-du-Lac le 7 avril 1 705. 

Il avait épousé Charlotte Giguère, veuve de Laurent Philippe de LaFon- 
taine. Son contrat de mariage reçu par le notaire Genaple, à Québec, le 23 oc- 
tobre 1693, le qualifie de "commandant au fort de Saint-François." 



— 344 — 



LES SOURCES IMPRIMEES DE L'HIS 
TOIRE DU CANADA-FRANÇAIS 



(SUITE) 

Notes d'iiîstoire, par Benjamin Suite (Vol. de 1914, 
2e partie, p. 141). 

Sir Georges-Etienne Cartier (Vol. de 1914, 2e partie, 
pp. 193, 194, 195, 212, 225, 236, 245, 256, 281). 

Une statue au Père Lefebvre, par L.-G. Cousineau 
(Vol. de 1914, 2e partie, p. 289) . 

La constitution fodérative de 1867, par l'abbé Lionel 
Groulx (Vol. de 1914, 2e partie, p. 387). 

Sainte-Anne-des-Plaines, par J.-R. Lauzon (Vol. de 
1914, 2e partie, p. 515). 

Trois Bastonais en Açadie, par Corinne Roclieleau 
(Vol. de 1914. 2e partie, p. 540 ; vol. de 1915, 1ère partie, 
p. 125). 

Avant l'insurrection de 1837-1838, par l'abbé Emile 
Chartier (Vol. de 1915, 1ère partie, p. 10). 

La langue que nous parlons, par Ernest Marceau 
(Vol. de 1915, 1ère partie, p. 97) . 

Les cageux de l'Abord-à-Plouffe, par l'abbé Elie-J. 
Auclair (Vol. de 1915, 1ère partie, p. 150). 

En pays de mission, par Benjamin Suite (Vol. de 1915, 
1ère i)artie, p. 159). 

Un conseil de guei're à Montréal en 1757, i^v Pierre- 
Georges Roy (Vol. de 1915, 1ère partie, pp. 308, 503; 2e 
partie, pp. 61, 157, 237, 376, 470; vol. de 1916, 1ère partie, 
i)p. 282,447,538). 

Nos luttes constitutionnelles (1791-1840), par l'abbé 
Lionel Groulx (Vol. de 1915, 1ère partie,p. 481; 2e partie, 
])p.42, 120). 

Le problème des races au Canada, par Mgr Paul Bru- 
chesi ( Vol. de 1915, 2e partie, p. 105) . 

Coeur d'indieinie, par Daniel Aubry (Vol. de 1915, 2e 
partie, p. 131). , 



— 345 — 

Un sauveur de la race acadiemie, l'abîmé Jeaii-Mandé 
Sicogne, par le clianoiiie L.-S. Cousineau (Vol. de 1915, 2e 
partie, p. 195). 

La question bilingue ontarienne, par Thomas Chapais 
(Vol. de 1915, 2e partie, p. 289) . 

Le i)rétendu drapeau de Carillon, par Ernest Gagnon 
(Vol. de 1915, 2e partie, p. 304). 

Jacques Cartier (Vol. de 1915, 2e partie, p. 385). 

Les fêtes de Chamblv, par l'abbé Elie-J. Auclair (Vol. 
del915', 2epartie, p. 390). 

L'abbé François-Xavier Lafranee, fondateur du la- 
zaret de Traeadie et "préfondateur" du collège Saint- 
Joseph de Menn-anicook, ])ar le chanoine L.-E. Cousineau 
(Vol. de 1915, 2e partie, p. 482). 

Sir Louis-Hippolyte LaFontaine, son rôle et son ac- 
tion au milieu de la tourmente de 1837-1838, par Montar- 
ville Bouclier de LaBruère (Vol. de 1916, 1ère partie, pp. 
24, 138, 317, 481 ; 2e i)artie, p. 426). 

Les bibliothèques canadiennes et leur histoire, par 
Aegidius Fauteux (Vol. de 1916, 1ère partie, pp. 97, 193). 

Le "])atois" canadien-français, par Wilfrid Guérin 
(A' ol. de 1916, 1ère partie, p. 115). 

Le "])atois" du Quél)ec, x)ar Etienne Blanchard (Vol. 
de 1916, 1ère i)artie, p. 135). 

Le projet d'Union de 1822, par J.-Hector Lapointe 
(Vol. de 19i6, 1ère partie, ]). 305). 

Notes historiques sur les écoles d'agriculture dans 
Québec, par J.-C. Chapais (Vol. de 1916, 1ère partie, pp. 
337,426,520). 

Conte canadien, par l'abbé Henri Longpré (Vol. de 
1916, 1ère partie, p. 422). 

A la faculté des arts, par l'abbé Emile Chartier (Vol. 
de 1916, 2e partie, p. 5). 

Mgr Narcisse-Zéphirin Lorrain, premier évêque de 
Pembroke, par le chanoine L.-E. Cousineau (Vol. de 1916, 
2e partie, pp. 24, 97). 

Thomas-Starrow Brown et le soulèvement de 1837 



— 346 — 

dans le Bas-Canada, par John Boyd (Vol. de 1916, 2eme 
partie, pp. 50, 110). 

Crimes et peines sons le régime français, par Pierre- 
Georges Eoy (Vol. de 1916, 2eme partie, pp. 70, 250, 314). 

Idylle abénaquise, i)ar Corinne Rocheleau (Vol. de 

1916, 2eme partie, p. 151). 

Nax^oléon Bonrassa, par l'abbé Elie- J. Auclair (Vol. 
del916, 2epartie,p. 193). 

Vieux cahiers, vieux journaux (Vol. de 1916, 2e par- 
tie, p. 209). 

Napoléon Bonrassa, sa vie, son oeuvre (Vol. de 1916, 
2e partie, p. 289). 

La Terre y par l'abbé Emile Chartier (Vol. de 1916, 2e 
partie, p. 327). 

Nos oeuvres d'assistance, par Antonio Perrault (Vol, 
del916, 2epartie, p. 481). 

La conservation des traditions nationales, par Mgr 
Choquette (Vol. de 1916, 2e partie, p. 496) . 

La Fontaine et l'exil de Papineau, par Montarville 
Boucher de La Bruère (Vol. de 1916, 2e partie, p. 516) . 

Ernest Gagnon, homme de bon conseil, par l 'abbé Elie- 
J. Auclair (Vol. de 1916, 2e partie, p. 522). 

Précurseurs d'histoire, par Victor Morin (Vol. de 

1917, 1ère partie, pp. 15, 95). 

L'abbé Jacques Odelin ou Audelin dit Jolibois, par 
l'abbé Emile Chartier (Vol. de 1917, 1ère partie, p. 27). 

Louis Juchereau de Saint-Denys, par Pierre-Georges 
Roy (Vol. de 1917, 1ère partie, p. 49). 

La vie du Père Lacombe (Vol. de 1917, 1ère partie, p. 
81). 

Nos avocats d'autrefois, par l'abbé E.-J. Auclair 
(Vol. de 1917, 1ère partie, pp. 189, 263). 

Le pêcheur à la ligne au Canada, par Ernest Marceau 
(Vol. de 1917, 1ère partie, p. 207). 

^- Musique et musiciens d'autrefois, i)ar R. O. P. (Vol. 
de 1917, 1ère partie, p. 278). 

Soulèvement de 1837-1838 : les responsabilités de 



— 347 — 

l'Angleterre, par l'abbé Lionel Groulx (Vol. de 1917, 1ère 
partie, p. 321). 

Jogues, par Louis-Raoiil de Lorimier (Vol. de 1917, 
1ère partie, p. 336). 

Les premières rues de Ville-Marie, en marge de l'his- 
toire de Montréal, par Louis-Raoul de Lorimier (Vol. de 
1917, 1ère partie, p. 401). 

Autour d'un mot fameux; littérature (^anadienne- 
française (1760-1840), par l'abbé Emile Chartier (Vol. de 
1917, 2ème partie, p. 81). 

Descente des rapides du Saint-Laurent du Coteau-du- 
Lac à la Pointe-des-Cascades, par Ernest Marceau (Vol. de 
1917,2èmepartie, p. 98). 

Ballades populaires françaises au Canada, par Marins 
Barbeau (Vol. de 1917, 2ème partie, pp. 124, 448). 

Mgr Baudrillart et l'effort canadien, par l'abbé E.-J. 
Auclair (Vol. de 1917, 2ème partie, pp. 165, 359, 421). 

L'étude des sciences naturelles, son développement 
chez les Canadiens-Français, par le Frère Marie-Victorin 
(Vol. de 1917, 2ème partie, pp. 272, 339). 

Les missionnaires au Canada au début de la colonie 
par Benjamin Suite (Vol. de 1917, 3enie partie, ]). 293; 
v^ol. de 1918, 1ère partie p. 41). 

Les officiers d'état-major des gouvernements de Qué- 
bec Montréal et Trois-Rivières sous le régime français, 
par Pierre-Georges Rov (Vol. de 1917, 2ème partie, p. 
375; vol. de 1918, 1ère partie, i)p. 75, 210, 276, 373; 2ème 
])artie, p]). 214, 290, 375, 432 ; vol. de 1919, 1ère partie, pp. 
51, 130, 218, 299, 360, 439; vol. de 1919, 2e partie, pp. 53, 
131, 210, 286, 366, 442 ; vol. de 1920, pp. 47, 212, 280). 

Le Noël d'un tambour en garnison d'hivernage à Ville- 
Marie (1665), par Louis-Raoul de Lorimier (Vol. de 1917, 
2e partie, p. 437). 

L'étude de nos traditions orales, par Marins Barbeau 
(Vol. de 1919, 1ère partie, p. 24) . 

(A suivre) 



— 348 — 

V ARIA 



SORIOL ET CHA VANNES 

M. J.-Edmoiid Roy, dans son Histoire de la Seigiicit- 
ric de Lauzon (11, 190, note), nous apprend qu'en 1729 M. 
de Soriol et M. de Clia vannes, tous deux officiers, assistent 
comme parrains à la Pointe-Lévy. Tanguay, qui a dû 
examiner les registres de la Pointe-Lévy, ne paraît pas 
avoir relevé la présence de ces deux officiers. Nous ne les 
rencontrons pas davantage dans aucune des listes des 
officiers de la colonie, tant pour le Canada que pour l'île 
Royale. S 'agirait-il d'officiers de la Louisiane de passage 
en Canada f Mais l'alphabet Laiïilard ne catalogue pour 
cette époque aucun officier de la Louisiane dont le nom se 
ra]>])roclie de Soriol ou de Chavannes. Je ne rencontre 
dans le rapport des Archives de 1904 (p. 12) qu'un sieui' 
de Chavannes, qui pourrait être Chavannes, mais il n'était 
pas officier, étant désigné comme secrétaire du Conseil de 
régie de la Louisiane en 1724. Il est possible que nous 
ayons affaire à des officiers de marine et non à des officiers 
des troupes et les registres de la Pointe-Léw contiennent 
peut-être l'explication du mystère. 

LE LIEUTENANT DESRIVIERES 

M. de Gaspé, dans ses Mémoires (p. 483), parle d'un 
Desrivières, lieutenant au 60e régiment, qui aurait été tué 
en duel et que Salaberry, le futur héros de Châteauguay, 
aurait aussitôt vengé en tuant l'officier anglais, son meur- 
trier. Dans toutes ses histoires, il faut se méfier de M. de 
Gaspé qui, s'il n'était pas gascon, méritait assurément de 
l'être. Peut-on savoir au moins s'il y eut réellement un 
Desrivières, lieutenant au 60e régiment avant 1800, et, 
dans l'affirmative, à quelle branche de la famille Desriviè- 
res appartenait-il l 



— 349 — 

''UNE ETONNANTE DECOUVERTE" 
A DECOUVRIR 

D'ai)rès un ioui'iial de New- York, reproduit par 
VUnion Libérale à^ Québec, le 6 févriei; 1891, S.-O. Tru- 
del, ancien élève du Collège de Montréal, aurait i)ublié en 
.1890 à New- York un livre d'environ 400 pages intitulé : 
Une étonnante découverte dans le livre de Job. Le ti'tre 
est donné en français, mais il est assez probable que Tou- 
vrage a été écrit en anglais. Il s'agirait de la macliine ii 
va])eur dont l'auteur, M. S.-O. Trudel, aurait trouvé le 
l)rototype dans Béheniotb. Quelqu'un des lecteurs du 
i^«//6^f/» connaîti ait-il cet ouvrage et pourrait-il indiquer 
où il se trouve f Dans l'Anierican Catalogue de 1890, nous 
ne rencontrons aucun ouvrage sous le nom de 8.-0. Trudel. 

"C'EST LA FAUTE A PAPINEAU" 

Dans une lettre du 13 mars 1834, L()ùis-Jose])b Papi- 
neau écrit : "Le J/rrr/n// vient de ])ul)lier 9 versets de la 
cbanson "C'est la faute à Papineau" qui s'allonge tou- 
jours." Ne serait-il ])as intéressant de c<mi])arer le texte 
du Québec Mercurtj avec celui publié })ar M. E.-Z. Massi- 
cotte, dans le Bulletin dc^ décembre 1918 ? 

MABANE OU NOOTH ? 

Dans sa fameuse Lettre de révéque de Capse, pu- 
bliée à Québec en 1790, Mgr Bailly de Messein invoque en 
faveur de sa tbèse des Universités la i)résence en notre |)avs 
de ])lusieurs citoyens d'élite et signale entre autres, sans le 
nommer "un médecin liabile que les Académies de France 
envient à l'Angleterre et dont le sçavant ^u'ofesseur l'abbé 
Sauri a célébré au milieu de Paris les découvertes et les 
expériences. ' ' 

Maximilien Bibaud qui cite ce passage dans ses "Ins- 
titutions des histoires du Canada" (p. 328) ajoute en note : 
Ceci est pour moi une énigme. Quel est en effet ce méde- 



— 350 — 

eiii dont parle Mgr de Messehi ? Ce ne peut être le Dr 
Adam Ma])ane quoiqu'il fit partie du comité d'éducation 
alors soutenu par l'évêque de Capse. Le Dr Mabane pou- 
vait être médecin, mais il ne se distingua jamais connue tel. 
Ne s'agirait-il pas du fameux docteur J. Mervin Nootli qui 
était alors surintendant de l'hôpital de Québec ? Dans ce 
cas, quelqu'un pourrait-il nous indiquer où et quand l'abbé 
Sauri prononça l'éloge du médecin en question ? 

FRANÇOIS ESTEVE 

Après avoir fait connaître les premières vicissitudes 
de François Estève, secrétaire de MoiHvalm, dans sa li- 
vraison du 22 février dernier, le BnUetin déclare en perdre 
toute trace après 1757. Il est cependant certain qu 'Estève 
ne quitta pas le Canada à cette époque. En effet, nous le 
trouvons présent au mariage de son beau-frère, René- 
Amable Bissonnet-Lafaverie, à Longueuil, le 27 juillet 
1761. Le 5 octobre de la même année, il fait baptiser à 
Montréal un fils, Louis-François. Deux ans plus tard, le 
11 avril 1763, et à Montréal encore, il fait baptiser un 
deuxième enfant, une fille du nom d'Elizabetli-Marie-Ga- 
brielle. 

AEG. FAUTEUX 



LE CANADA EN ITALIE 



On se moque souvent des Français à cause de leur ignorance de la géo- 
graphie. Les Italiens ne sont guère plus forts que leurs voisins sur cette science 
pourtant si utile. 

Nous voyons dans la Vie de Vahhé Bernard, vicaire-général de Cambrai, 
écrite par son parent le marquis de Ségur, que dans l'hiver de 1855 l'abbé 
Bernard fit le voyage d'Italie avec plusieurs autres prêtres français. Mgr La- 
rocque, plus tard évêque de Saint-Hyacinthe, voyageait avec eux. Il s'était 
muni d'un passe port mais il n'eut pas à le tirer de sa malle une seule fois par- 
que ses compagnons de voyage persuadaient les douaniers italiens, partout où 
ils les rencontraient, que Canada était une ville des états du Pape. Voilà qui 
n'est pas banal, n'est-ce pas ? 



— 351 — 

RAIMBAULT DE SAIMBLIN 



M. Massicotte écrivait en 1915 {Bull Rech. Hisf., p. 81) 
"Le fils de Pierre Raimbault, Paul-François, semble avoir 
été anobli ear dans un acte d'Hodiesne (23 septembre 1757) 
il s'intitule majestueusement : ''Paimbault, seigneur de 
Saint-Blin, de la Moelle et autres lieux." 

En février 1922, M. Massicotte a3^ant trouvé le brevet 
réglant les armoiries des Raimbault de Saimblin (Bull. 
RecJi. Hist. p. 52, 1922) place en tête ces mots: "Au cours 
d'un article sur le juge Pierre Raimbault et sa famille, je 
disais dans le Bulletin de 1915, p. 81, que Paul-François, 
fils de Pierre, semblait avoir été anobli. Cette conjecture 
se change en réalité après avoir i^ris connaissance du docu- 
ment suivant où l'on voit que l'anobli requiert le règlement 
de ses armoiries. Seulement pourquoi a-t-il attendu la 
conquête de la Nouvelle-France ?" 

C'est en février 1761 que le juge d'armes d'Hozier 
accorde ce règlement à la demande de Paul-François alors 
à Paris et agissant pour son i)ère. Dans ce document pas 
une fois d'Hozier n'ai)plique aux Raimbault le titre d'é- 
cuyer, c'est la moindre marque de qualité. 

Pierre, il i)arait, a été au Canada maître-ébéniste; il 
était donc roturier. Cependant, il acquiert des biens et 
devient possesseur de deux seigneuries au Canada. Ce 
fait ne lui apporte pas la nol)lesse, ces seigneuries n'étant 
point fiefs nobles. Vers la fin de sa vie, il occupe la cliar- 
ge de lieutenant-général civil, criminel et de police à Mon- 
tréal. C'est un premier j^as vers la noblesse. Son fils 
Paul, officier, le suit dans cette voie. 

Si Paul-François agissant pour son i)ère demande un 
règlement d'armoiries, il faut donc croire que jusque-là 
leurs armes n'avaient x)as la sanction royale. D'Hozier 
dans son brevet les timbre d'un casque de i)rofil. C'est là 



— 352 — 

une marque réservée aux nobles et il faut bien en conclure 
que Paul Raimbault avait cette distinction. Son père 
étant roturier et la charge de Paul non suffisante par elle- 
même iK)ur lui i)rocurer la qualité convoitée, il ne lui res- 
tait qu'une autre manière d'y parvenir : moyennant finan- 
ce. C'est évidemment ce qu'il a fait. 

REGIS ROY 



Ordonnance de Gilles Boyvivet, lieutenant général des 

Trois-Rivières, en faveur de Séverin Ameau 

(19 juin 1681) 



A tous ceux qui ces présentes lettres verront Salut scavoir faisons ; veu 
par nous Gilles Boyvinet conseiller du Roy Lieutenant gênerai au siège ordi- 
naire de la jurisdiction des Trois Rivières l'acte de consignation faicte entre 
les mains de Maistre Severin Ameau Greffier de cette jurisdiction de la somme 
de quatre cens quarante quatre livres par Pierre le Boulanger sieur de Sainct 
pierre en datte du septiesme de ce mois a laquelle il a esté condamné par nostre 
ordonnance du sixiesme May dernier suyvant la taxe précédemment faicte en 
présence de Marie Renée Godefroy sa femme, sur la veu des pièces et regle- 
mens conformément à l'ordonnance, et en vertu des ordonnances de Monseigneur 
l'Intendant en datte des vingt six et vingt huitiesme avril dernier, après que le 
substitut du procureur du Roy nous a requis d'en ordonner la distribution à qui 
et ainsy qu'il appartient, sans préjudice au dit sieur de saint-pierre de se pour- 
voir coritre qui et amsy qu'il advisera bon estre suyvant les procès verbaux des 
cinq avril et cinquiesme May dernier. Tout veu et considéré nous avons ordon- 
né à maistre Severin Ameau greffier de cette jurisdiction de fournir incessamment 
à chacun de ceux portés par nos dits procès verbaux cy dessus dattes les som- 
mes qui leur peuvent appartenir sans delay ny sans frais. Quoy faisant le dit 
Greffier en sera et demeurera bien et valablement quitte et deschargé envers et 
contre tous conformemnt à l'ordonnance sans préjudice au dit saint-pierre de se 
pourvoir contre qui et ainsy qu'il advisera bon estre, deffenses au contraire, ce 
qui sera exécuté nonobstant oppositions ou appellations quelconques. 

Faict aux Trois Rivières ce dix neufviesme juin mil six cens quatre vingt 
et un, signé Boyvinet. 

Collationné à l'original 

(Signé) AMEAU avec paraphe greffier (I) 

(1) Archives du Séminaire de Québec. Nous devons ce document à la 
l)ienveillance de Mgr Amédée Gosselin. 



^% 



HUI.LKTIN 



DES 



RECHERCHES HISTORIQUES 



VOL. XXVIII BEAUCEVILLE - DECEMBRE If22 N» 12 



ETIENNE DE \ ILLEDONNE 



Originaire de Saint-Landry do Paris, Etienne de 
Villedonné était fils de Etienne de Villednnné et de Marie 
de Vesins. 

Laffilai'd qui l'appelle Villedenai) dit qu'il passa ici en 
1684 en qualité de sous-lieutenant. Nous croyons qu'il ar- 
riva plutôt dans la Nouvelle-France en 1685. 

En août 1689, faisant partie d'un détachement envoyé 
] )our combattre les Iroquois et commandé par M. de I^aRa- 
l)eyre, il fut fait ])risonnier ])ar ces barbares et resta entre 
leurs mains pendant trois ans. Ce n'est qu'en 1692 qu'il 
put leur échapper. 

Pour récompenser M. de Villedonné de sa captivité, 
M. de Frontenac le nomma enseigne réformé. 

Lieutenant le 1er mai 1696, aide-major ad honores le 
18 iuin 1712, M. de Villedonné fut fait capitaine le 28 juin 
1713. 

Le 22 octobre 1720, le gouverneur de Vaudreuil écri- 
vait au ministre : 

''Je me suis conformé à l'intention du Conseil en ne 
permettant qu'à deux capitaines de passer en France cette 
année; ceux qui profitent de cette i^ermission sont les Srs 
de Lignery et de Villedonné, le premier n'y a point passé 



— 354 — 

depuis trente-quatre ans qu'il sert en ce pays et a des affai- 
res pressantes qui l'y appellent et l'autre en a aussi de fort 
intéressantes par rapport à la mort de sa mère (?) dont il 
a été informé cette année et au besoin qu'il a du bien qui 
lui en revient " (1) 

Le 26 octobre 1722, le gouverneur de Vaudreuil disait 
du sieur de Villedonné : 

"Le sr de Villedonné, âgé de 59 ans: il a toujours bien 
servi et a été détaché au moi^, de mars dernier pour aller 
commander au poste de la rivière Saint-Joseph. Il sait 
bien le service et y est fort appliqué et il a inie bonne con- 
duite." 

M. de Villedonné décéda à Québec le 12 mai 1726. 

Un des fils de M. de Villedonné entra aussi dans la 
carrière militaire. On le voit commandant à la Rivière 
Saint-Joseph en 1729. 

(1) Manuscrits relatifs à l'histoire de la Nouvelle-France, deuxième série, 
cahier 7. 



QUESTIONS 



(Quelle est la seigneurie ou paroisse du district de Québec qui, sous le 
régime français, était comme sous le nom de Eivière-des-Caps ? 

P. 0. B. 

Peut-on me fournir quelques renseignements sur cet Alexandre-Léo- 
nard Tréhard qui se dit secrétaire de M. François de Beauharnois dans un 
acte de baptême, à Montréal, le 24 juin 1704? 

C. Q. F. D. 

Où trouverais-je des notes généalogiques sur la famille Raiche? 

A. R. 

Pouvez-vous me donner la liste des différentes brochures publiées par 
feu 3Igr Hacine, évêque de Sherbrooke ? 

Curé 

Le mot Hurun, si je ne fais erreur, est d'origine française. Quel 
était le nom sauvage des Indiens connus des Français sous le nom de- 
I lurons? 

Lorette 



LES CHABOILLEZ <^ 



(Suite et tin) 



QUATRIEME GENERATION— LE NOTAIRE 
CHABOILLEZ 

Le premier Chaboillez de la quatrième génération qui 
fonda un foyer se nommait Josepli-Louis. Baptisé à No- 
tre-Dame, le 14 octobre 1766, il était fils de Louis-Joseph 
Chaboillez, marchand- voyageur, et d'Angélique Baby- 
Chenneville, et frère de l'abbé Augustin Chaboillez dont 
nous avons déjà parlé. 

Son cours classique terminé, il étudia le notariat et, le 
12 juillet 1787, il demanda une commission de notaire qui 
lui fut accordée douze jours plus tard, le 24 juillet. (2) 

Le 9 novembre 1789, il faisait rédiger son contrat de 
mariage par le notaire Soupras. La future qui se prénom- 
mait Marguerite, était fille de feu Robert Conefro}^ négo- 
ciant, et de Marie-Jose]jhe Métivier. Sont mentionnés com- 
me présents: Augustin Chaboillez, oncle de Louis; Char- 
les Chaboillez fils, cousin ; Louis Guy ; Michel Dumas, mar- 
chand; Madame Conefroy, mère de Marguerite; l'abbé 
Pierre Conefroy, curé de la Pointe-Claire, frère de la fu- 
ture; Angélique, sa soeur; J.-B. Lefaivre, M. Hill, lieute- 
nant et adjudant au 5e régiment, et Georges Schindler. Le 
lendemain, 10 novembre, le mariage était célébré à la Poin- 
te-Claire. 

Le notaire Chaboillez, qui mourut à la fleur de l'âge, 
exerça sa profession durant un quart de siècle et paraît 
avoir eu une clientèle considérable. Elu marguillier de No- 
tre-Dame, le 17 décembre 1797, (3) il abandonna sa charge 
pour accepter, le 21 avril 1798, celle de greffier de la Fa- 
brique rendue vacante par la démission du notaire Jean- 

(1) B. B. H., 1922, pp. 184, 207, 241, 274, 325. 

(2) Archives publiques, Ottawa. Série S. 

(3) A. V. M., I, 337. 



— 356 — 

Guillaume DeLisle. ( 1 ) Le 8 mai 1799, il devenait juge de 
paix, le 29 uovemln'e suivant, commissaire pour la cons- 
truction des églises ; le 19 juin 1807, commissaire pour ad- 
ministrer le serment aux officiers à demie-paie. (2) Le 
notaire Chaboillez fut inhumé à l'âge de 46 ans, le 22 juillet 
1813. 

Il avait été père des enfants suivants : 

(a) Marie-JosepJi bapt. à Notre-Dame le 28 sept. 1791. 
Parrain, Augustin Chaboillez, "clerc de ce diocèse"; mar- 
raine, Marie- Josephe Métivier, veuve Conefroy, grand '- 
mère de l'enfant. Sépulture, le 10 octobre 1791. 

(b) Marie- An g clique bapt. à N.-D. le 29 avril 1793. 
Sépulture le 21 août suivant sous les prénoms de Marie- 
Joseplie. 

(c) Loids-Rohert bapt. à N.-D. le 31 décembre 1794. 
Parrain, Pierre Baby, marraine Marguerite Chaboillez. 
Sépulture le 5 janvier 1798. 

(d) Marie-Emélie bapt. à N.-D. le 13 février 1796. 
Parrain, Louis Chaboillez, grand 'père; marraine, Angéli- 
que Conefroy. Père absent. Elle épousa à Notre-Dame, 
le 3 octobre 1822, sous les prénoms de Marie- Angélique- A- 
mélie le distingué philanthrope canadien-français, Antoi- 
ne-Olivier Berthelet sur lequel nous avons publié de copieu- 
ses notes. (3) Sépulture, 24 avril 1850, à Notre-Dame de 
Montréal. 

(e) Pierre-Louis, bapt. à N.-D. le 8 octobre 1797. Sé- 
pulture le 21 mars 1800. 

(f ) Louise-Sophie, baptisée à N.-D. le 2 juillet 1799. 
Parrain, Joseph Bouchette; marraine, M.-Josephe Serni- 
dac. Sépulture 4 avril 1803. 

(g) Louis-Edouard, baptisé à N.-D. le 15 janvier 1802. 
Parrain, Samuel Dumas, négociant; marraine, Margueri- 
te Dumas. Le 26 juin 1820, la mère Marguerite Conefroy, 
veuve du notaire Ijs Chaboillez engage son fils mineur })our 

(1) An. de V.-M., I, p. 378. 

(2) Archives publiques, Ottawa, Série S. 

(3) B. R. H.. 11)10, p. 1S3. 



— 357 — 

cinq ans à Frédéric- Auguste Quesnel, avocat, en qualité de 
clerc. Mais le jeune étudiant en droit n'eut pas le temps 
de pénétrer bien avant dans le dédale de la procédure puis- 
qu'il fut inhumé le 8 novembre .1821, âgé de 19 ans. 

XXX 

Après le décès de son mari, madame Louis Cliaboillez 
qui s'entendait fort bien aux affaires, s'occupa de disposer 
de ses propriétés au meilleur de ses intérêts. En 1818, elle 
fit sulidiviser un ]oi)in de terre qu'elle ])ossédait dans le 
faubourg Saint-Joseph, près du troisième collège de Mon- 
tréal (site actuel du marché à foin) et en fit établir le plan 
par notre distingué archéologue, Jacques Viger. Ce ter- 
rain comprenait un ancien petit lac qui, asséché, porte de 
nos jours, le nom de square Cliaboillez. C'est dans ce plan 
qu'on relève les noms des rues Clia])oillez (devenue Mont 
fort) des Inspecteurs et Sainte-Marguerite (aujourd'hui 
Sainte-Cécile) . La vente de ces terrains se poursuivit jus- 
qu'en 1825, de sorte que ce quartier, alors à l'extrémité de 
la ville et maintenant en plein centre commercial, ne date 
que de cent ans. A l'époque de la subdivision il y avait 
encore un cours d 'eau A^nant du nord qui traversait la rue 
Notre-Dame. 

Les obsèques de dame Louis Cliaboillez eurent lieu le 
20 octobre 1840. La défunte était âgée de 75 ans et 10 mois. 
Le lendemain, le ('(Duidien i)ubliait une notice sur l'excel- 
lente femme qui venait de disparaître. 

QUATRIEME GENERATION 

(Suite) 

Après le décès du grand Charles-Jean-Baptiste Cha- 
boillez, ce fut son fils Charles, qui hérita de la renommée et 
semble-t-il de la majeure partie de la fortune de son père. 

Baptisé à Notre-Dame le 21 mars 1772, il eut pour 
parrain, Pierre Cliaboillez, son oncle et x>o^^r marraine, 
Charlotte Jauber. En 1784, Charles figure au palmarès 
du collège de Montréal, mais nous croyons qu'il se dirigea 



— 358 — 

de bonne heure vers l'Ouest, d'où il ne revint définitive- 
ment qu'en 1809 ou 1810, alors que sa santé devait être com- 
promise. Il ramenait avec lui quatre enfants qu'il avait 
eus dans les pays d'en haut et qui tous quatre furent bap- 
tisés à Terrebonne le 3 février 1811. 

(a) Margnevite, née en 1800. Parrain, Josei3h Tur- 
geon; marraine Angèle Marchand, épouse d'Ignace Robi- 
taille. Cette enfant fut inhumée à Terrebonne le 5 juin 
1813. 

(b) Marie-Charlotte, née en novembre 1801. Parrain, 
Michel Turgeon ; marraine, Madeleine Camjjion, épouse de 
Jacob Oldham. 

(c) Jeau-Cltarles, né en 1803. Parrain; F. -Hyacin- 
the Séguin, notaire; marraine, Marguerite Lepallieur, é- 
pouse de Joseph Turgeon. 

(d) Jacques-Charles, né en septembre 1805. Parrain, 
M. Varin, curé; marraine, Rachel Chaboillez, épouse de 
Rodrick McKenzie. 

Un mois auparavant, le 11 juin 1811, à la Metropolitan 
Church de Québec, Charles Chaboillez avait épousé Jessy- 
Dunbar-Selby Bruyères Bruce, âgée de 19 ans. 

A la cérémonie avaient assisté John Bruce, père de la 
mariée, adjudant au 10e bataillon des Vétérans, Jane Bru- 
ce, la mère ; R.-H. Bruyères, lieutenant-colonel des Ingé- 
nieurs royaux, Rodrick McKenzie et Joseph Bouchette. Le 
contrat de mariage avait été dressé, trois jours plus tôt, 
(le 8 janvier 1811) par le notaire Jacques Yiger. Dans 
cette pièce, le futur indiquait qu'il était domicilié à Terre- 
bonne et il assurait à sa future une pension Adagère de 120 
louis sterling etc. 

Cette union fut de courte durée. Evidemment, Charles 
Chaboillez sentait sa vie menacée, car le 24 novembre 1812, 
il fait son testament olograjohe. 

Dans ces dispositions on remarque qu'il lègue à ses 
trois enfants naturels Charles, Jean et Marguerite la som- 



— 359 — 

me de 350 louis, payable au fur et à mesure qu'ils attein- 
dront l'âge de 21 ans. 

Il donne 15 louis cliacim à Roderick MacKenzie, son 
beau-frère, Henry MacKenzie, Louis Cliaboillez, cousin, 
William Halloweîl, John Bruce, son beau-père, Jane Bru- 
ce, sa belle-mère, Marguerite Bruce, sa belle-soeur, Rachel 
Cliaboillez sa soeur. 

Tout le reste de sa fortune va à son épouse. J. D. S. B. 
Bruce qu'il institue sa légataire universelle. 

Un mois après, il décédait subitement à Saint-Henri 
de Mascouche et il était enterré à Terrebonne, le 29 décem- 
bre 1812. 

Durant ses séjours à Montréal, Charles Chaboillez, 
quatrième du ntmi, fréquentait le fameux Beaver Club 
dont il fut un des princii)aux membres. On le voyait sou- 
vent aussi au Beaver Hall, demeure non moins fameuse de 
Joseph Frobisher. (1) Celui-ci, dans son Journal, encore 
inédit, laisse entendre que Charles était son hôte habituel. 

XXX 

Nous avons vu au cours des articles précédents que 
tous les Chaboillez du sexe masculin de la cinquième géné- 
ration moururent en bas âge ou durant l'adolescence, et si 
notre relevé est comi)let, cette famille est éteinte. Pour- 
tant, dira-t-on, on rencontre encore des gens qui s'appellent 
Chaboillez, sont-ils d'une autre souche f Nous avons la 
presque certitude que les Chaboillez contemporains sont 
en réalité des Chevaudier ou des Chavoyer dont le nom a 
subi une transformation et si quelqu'un voulait éclaircir 
ce point, nous lui prêterions volontiers notre concours, au 
besoin. 

E.-Z. MASSICOTTE 



(1) Elle était sise à Tangle de la rue Lagauchetière et de la côte du Beaver 
Hall. Ce dernier nom perpétue le souvenir du manoir en question. 



LES SOURCES IMPRIMEES DE L'HIS 
TOIRE DU CANADA-FRANÇAIS 



LA BEVUE CANADIENNE 

La traite des Jésuites, par Benjamin Suite (Vol. de 
1918, 1ère partie, p. 162). 

Nos poètes du terroir, par Adolphe Robert (Vol. de 
1918, 1ère partie, p. 165) . 

Alsaciens et Canadiens-français, par La Revue Cana- 
dienne, Antonio Perrault (Vol. de 1918, 1ère partie, p. 
321). 

Le sang de France au Canada, par l'abbé Thellier de 
Poncheville (Vol. de 1918, 1ère partie, p. 336). 

Réception de M. le gouverneur d'Argenson au collège 
des Jésuites à Québec (1658), par Louis-Raoul de Lorimier 
(Vol. de 1918, 1ère partie, p. 401) . 

Comment relever le niveau professionnel, par les pro- 
fesseurs McLaren et Cliartier (Vol. de 1918, 2eme partie, 
p. 81). 

Pourquoi une géographie, par Emile Miller (Vol. de 
1918, 2e partie, p. 100). 

Critique de l'Histoire de l'Acadie française de M. Mo- 
reau, Paris, 1873, par l'abbé Couillard-Després (Vol. de 
1918, 2e partie, pp. 131, 191, 271, 362, 422 ; vol. de 1919, 1ère 
l)artie, pp. 39, 200, 347, 423; vol. de 1919, 2e partie p. 115). 

Dieu et la guerre, par A.-B. Routhier (Vol. de 1918, 
2eme partie, p. 161). 

Au berceau de la Confédération, par l'abbé Emile 
Chartier (Vol. de 1918, 2eme partie, p. 166). 

L'énergie mécanique et le Saint-Laurent, par Mgr C- 
P. Choquette (Vol. de 1918, 2ème partie, p. 180). 

M. le curé Eugène Choquette, par A. M. I. (Vol. de 
1918, 2ème partie, p. 276). 

Le conventionnel Bréard, par J.-D.-R. (Vol. de 1918, 
2ème partie, p. 348). 



— 361 — 

La défense de messire Jean Raizenne, par l'abbé 
Louis-Philippe Lamarclie (Vol. de 1918, 2ème partie p. 
411). 

La fête de l'université Laval à Montréal, par l'abbé 
Elie-J. Auelair (Vol. de 1919, 1ère partie, p. 5). 

L'année catholique au Canada en 1918, par l'abbé 
Elie-J. Auelair (Vol. de 1919, 1ère partie, p. 81). 

Sir AVilfrid Laurier, par l'abbé Elie-J. Auelair (Vol. 
de 1919, 1ère partie, p. 161). 

Jacques Pineau, par Ed. Clouin (Vol. de 1919, 1ère 
partie,pp. 176, 288, 839). 

La visite au Canada du général Pau, par l'abbé Elie- 
J. Auelair (Vol. de 1919, 1ère i)artie, ]). 241). 

Les premiers professeurs de droit à Laval de Montréal, 
])ar J.-A. Beaulieu (Vol. de 1919, 1ère partie, p. 261). 

La fête-Dieu dans la Nouvelle-France en l'année 1646, 
])ar Louis-Raoul de Loriniier (Vol. de 1919, 1ère partie, p. 
321). 

L' ()])scui'e souffrance, par Laure Conan (Vol. de 
1919, 1ère partie, p. 401 ; 2e ])artie, p. 32). 

Le discours Leniieux (l'Honorable Rodolphe Le- 
niieux) à la Société Royale, par l'abbé Elie-J. Auelair 
(Vol. de 1919, 2ème i)artie, p. 5). 

Charles Gill, ])eintre et poète, ])ar l'aljbé Olivier Mau- 
rault (Vol. de 1919, 2ènie partie, pp. 18, 180). 

L'université de Montréal, cours de littérature fran- 
çaise ])our l'aimée 1918-1919, par René Gautheron (Vol. 
de 1919, 2e partie, pp. 81, 161). 

Les fêtes du monument Cartier à Montréal par l'abbé 
Elie-J. Auelair (Vol. de 1919, 2e partie, p. 241). 

1840, par Benjamin Suite (Vol. de 1919, 2e partie, p. 
264). 

Les étapes de l'enseignement i^ar Albert Lesage (Vol. 
de 1919, 2e partie, pp. 321, 421). 

"Bridging the chasm", par Benjamin Suite (Vol. de 
1919, 2e partie, p. 362). 



— 362 — 

Mgr Paul Bruehési, archevêque de Montréal, par L.- 
O. David (Vol. de 1919, 2e partie, p. 401). 

Les Bourguignons en Canada, par Benjamin Suite 
(Vol. de 1919, 2e partie, p. 438) . 

La mentalité canadienne, par Atlianase David (Vol. 
del920, p. 81). 

Revue de l'année 1919, par l'abbé Elie-J. Auclair (Vol. 
de 1920, p. 121). 

Souvenir d'enfance, par A.-B. Routhier (Vol. de 1920, 
pp. 161, 248,362). 

Survivance française et participation à la guerre, par 
l'abbé Elie-J. Auclair (Vol. de 1920, p. 241). 

Le Canada d'autrefois (1608-1840) par l'abbé Emile 
Cliartier (Vol. de 1920, p. 255). 

Un éducateur d 'il y a cent ans, Charles- Joseph Du- 
(4iarme, fondateur du séminaire de Sainte-Thérèse, par 
l'abbé Elie-J. Auclair (Vol. de 1920, p. 321). 

Le Canada d'hier et aujourd'hui, par l'abbé Emile 
Chartier (Vol. de 1920, p. 401). 

Sir Adolphe Routhier (Vol. de 1920, p. 481). 

La Semaine Sociale de Montréal, par l'abbé Elie-J. 
Auclair (Vol. de 1920, pp. 484, 561, 641). 

Un sermon de centenaire, par l'abbé Elie-J. Auclair 
(Vol. de 1920, p. 524). 

La vitalité française au Canada, par l'abbé Emile 
Chartier (Vol. de 1920, p. 589). 

De Québec à Percé par le fleuve, par le R. P. Tamisier 
(Vol. de 1920, pp. 605, 680). 

Les origines de la paroisse de Saint-Laurent, par le 
R. P. Armand Grou (Vol. de 1920, p. 721) . 

Les confidences du cousin, par Corinne Roclieleau 
(Vol. de 1920, p. 766). 

Le Canada français, l'enseignement libre et chrétien, 
par l'abbé Emile Chartier (Vol. de 1921, pp. 100, 175). 

L'histoire religieuse des Cantons de l'Est, i)ar l'abbé 
Léonidas Adam (Vol. de 1921, p. 19). 



— 363 — 

Le discours d'un Cartier aux fêtes de Cartier par l'ab- 
bé Elie-J. Auclair (Vol. de 1921, p. 51). 

Revue de l'année 1920 du point de vue canadien, par 
l 'abbé Elie-J. Auclair (Vol. de 1921, p. 81) . 

A propos d'une conférence de M. l'abbé Pinault, par 
l'abbé Elie-J. Auclair (Vol. de 1921, p. 132). 

La politique coloniale de l'Angleterre au XVIIe et 
XVIIIe siècles, par l'abbé Ivanhoe Caron (Vol. de 1921, 
p. 241). 

Universités et universitaires, par l'abbé Olivier Mau- 
rault (Vol. de 1921, pp. 255, 356). 

Le Canada français, la situation économique, politique 
et sociale, par l'abbé Emile Chartier (Vol. de 1921, p. 272). 

A i)ropos des écoles du Manitoba, par sir L.-O. Taillon 
(Vol. de 1921, p. 286). 

Sir Adol])lie Routhier, son oeuvre d'homme de lettres 
(Vol. de 1921, pp. 321,401). 

Le Canada français, l'Eglise et la paroisse catholique, 
par l'abbé Emile Chartier (Vol. de 1921, p. 343). 

Le Canada français l'Eglise et la paroisse canadienne, 
par l'abbé Emile Chartier (Vol. de 1921, p. 414). 

Les lettres de Corinne, par Corinne Rocheleau (Vol. 
del921,pp. 448, 516). 

La mission Fa voile à Montréal, par l'abbé E.-A. Au- 
clair (Vol. de 1921, ]). 481). 

L'ancienne noblesse au Canada, par Régis Roy (Vol. 
del921, pp. 528, 615). 

Comment ils nous jugent, par l'abbé Elie-J. Auclair 
(Vol. de 1921, p. 561). 

Le Canada-français: la langue, par l'abbé Chartier 
(Vol. de 1921, pp. 574, 649). 

L'abbé Dumoulin, missionnaire à la Rivière-Rouge, 
par le juge Prudhomme (Vol. de 1921, p. 662). 

Le Canada-français: la littérature, par l'abbé Char- 
tier (Vol. de 1921, p. 735). 

P.-G. R. 



— 364 — 

LA GUIGNOLEE — Le JOUR DE L'AN 
LA BENEDICTION PATERNELLE — 
LES VISITES— LES CHANSONS- 
ANECDOTES 



Avec l'expiration d'une année, arrivait "le temps des 
fêtes" c'est-à-dire la période des divertissements populai- 
res et des 23lantureux festins. Mais nos pères, au coeur 
sensible et bon, jjouvaient-ils songer à festoyer alors que 
dans quelques masures des malheureux n'auraient que le 
strict nécessaire '? 

Pour que la réjouissance fût générale il fallait mettre 
les pauvres en état de fricoter comme les gens à l'aise, et 
])our fournir un surplus de victuailles aux indigents on or- 
ganisait une fjuignoJée. 

LA GUIGNOLEE 

Ce mot étrange "rappelle un chant et une coutume" 
qui remontent dans l'ancienne France, au temps des Gau- 
lois. Inutile de reproduire ici les études qu'ont consacrées 
à cette coutume, les savants Ernest Gagnon et Benjamin 
Suite, contentons-nous de rajjpeler qu'en Canada, elle con- 
sistait à faire le 31 décembre, au soir, une quête pour les 
])auvres en chantant une chanson spéciale. 

Dans chaque ])aroisse, ville ou village, de bons vivants 
se groupaient, se nmnissaient de poches et partaient ac- 
complir leur mission, accompagnés d'un traîneau spacieux. 

Les guignoleux arrêtaient à chaque maison et enton- 
naient leurs fameux refrains. 

Si on les invitait, ils pénétraient dans le logis et con- 
tinuaient leur chant. Prescpie i)artout on leur offrait un 
l)etit verre, et on leur remettait quelques aliments ou de la 
monnaie. 



— 365 — 

La plus complète version du chaut de la guignolée que 
j 'ai recueillie me vieut de M. Joseph Riendeau, domicilié 
à Saint-Constant, comté de Laprairie et âgé, aujourd'hui, 
de 72 ans. Doué d'une ])onne voix et joyeux drille, il fut 
l)endant longtem})s le chanteur attitré de la guignolée dans 
sa région. Le texte du morceau qu'il rendit maintes fois 
avec succès vaut d'être conservé en entier comme vous al- 
lez en juger: 

(Etant arrivés sans bruit à la porte d'une maison, les 
guignoleux entonnent leur fameux chant) : 

Bonsoir le maître et la maîtresse, 

Et tout le monde de la maison. 

Nous avons pris une coutume 

De v'nir vous voir une fois l'an. 

L^ne fois Tan n'est pas coutume 

La guignolée, vous la devez. 

Nous vous demandons point grand chose 

])our l'arrivée. 
Qu'un i)etit morceau d'échinée 

si vous voulez-e. 
La guignolée, la guignoloche, 
Un morceau de lard dedans ma ])Oclie, 
Et une échinée de trente-six pieds. 

Si vous voulez rien nous domier, 

dites-nous lé. 
Nous prendrons la fille ainée, 

si vous voulez-e. 
Nous sonun' ici, cinq six beaux drôles 
Nous y ferons chauffer les pieds. 

Toute fiir qui n'a point d'amant, 

comment vit-elle ? 
Eir dort ni le jour, ni la nuit, 

car toujours veille. 
C sont ses amours qui la réveillent 
Et qui l'mpêchent de dormir. 



— 366 — 

Quand il fut au milieu du bois 

il fut à l'ombre. 
J 'entends le coucou chanter 

et la colombe. 
Rossignolet des bois sauvages, 
Ambassadeur des amoureux, 
Ali ! va-t-en dire à ta maîtresse 
Que j 'ai toujours le coeur joyeux 

Point de tristesse. 

(Les guignoleux sur invitation pénètrent à l'intérieur 
de la maison). 

Bonsoir, messieurs, mesdames, 
Et tous les assistants 
Je suis venu vous voir-e, 
La veille du jour de l'an. 
Gai Ion la, joli rosier, 
De la nouvelle année 

Je suis venu vous voir-e 
La veille du jour de l'an, 
C'est pour un' pauvre femme 
Qui a quatre z 'enfants. 
Gai Ion la etc. 

C 'est pour un ' x)auvre femme 
Qui a quatre z 'enfants. 
Les plus jeun' sont malades 
La plus vieille (est) au couvent. 
Gai Ion la, etc. 

Les ])lus jeun' sont malades 
La ])lus vieille (est) au couvent, 
Et un morceau d 'échinée 
Ce sera suffisant. 
Gai Ion la, etc. 

(Dehors) 



— 367 — 

Bonsoir le maître et la niaîtress 
Et tout le inonde de la maison. 

(Et les guignoleux s'enfoncent dans la nuit, se diri- 
geant vers une autre maison). 

AU SON DU TAMBOUR ET DU VIOLON 

Parfois, les guignoleux ajoutaient la musique instru- 
mentale à la nuisique vocale. A preuve, cet entrefilet que 
nous extra vous du "journal de l'Instruction publique" de 
1857. 

"Jamais nouvelle année n'a fait son entrée dans le 
monde avec plus de ])ompe et une bienvenue i3lus bruyante 
que 1857 à Montréal. De vieilles coutumes que l'on croyait 
mortes ont été ressuscitées ; des bandes de jeunes gens ont 
chanté toute la nuit la "guignolée" avec accompagnement 
de tambour et de violon, en demandant rauni(5ne ])our les 
])auvres ; des mascarades ont parcouru les places publiques 
avec musique et dra])eaux et les visites ont été plus nom- 
l)reuses que jamais." 

RENCONTRES DE OUIGNOLEES 

"Vers 1860, lisons-nous dans l'ouvrage sur les chan- 
sons canadiemies de M. Ernest Gagnon, le maire de Mon- 
tréal donnait à des jeunes gens, la Abeille du jour de l'an, 
des permis de courir la guignolée. Sans cela, on s'exposait 
à avoir affaire à la police. Cette mesure n'emijêchait ]jas 
toujours les désordres. Lorsque, par exemple deux "gui- 
gnolées" se rencontraient, 230ur peu qu'on se fût grisé en 
chemin, il y aA^ait l^ataille et les vainqueurs grossissaient 
leurs trésors du butin des vaincus." 

TABLEAUX FANTAISISTES 

Entre les tableaux qui ont la prétention de nous faire 
connaître la scène de la guignolée, il faut signaler, à titre 



— 368 — 

de curiosité, celui qui est reproduit dans le volume From 
mij Québec Scyap hook. L'auteur, M. O.-M. Faircliild, ne 
nous en indique pas l'origine. On y voit un groupe de per- 
sonnes des deux sexes chantant aux portes des maisons. 
Ces guignoleux, par extraordinaire, ne savent pas leur re- 
frain par coeur, car ils sont obligés de déchiffrer leur mu- 
sique îi la lueur des lanternes. Si cette scène est exactement 
reconstituée, elle ne représente qu'un cas isolé et qui déro- 
ge à la coutume. 

C 'est dans une catégorie identique que se placerait ces 
Guifinoleux de la vallée d'Ottawa qui pour innover, eurent 
en 1896 la bizarre idée de se grimer en Santa-Claus. De 
telles fantaisies sont-elles de bon aloi f 

CONSERVONS LA TRADITION 

"Dans la vallée d'Ottawa, écrivait naguère M. Benja- 
min Suite, nos compatriotes pour éviter tout excès, ont or- 
ganisé les choses d'après une constitution sévère qui ne 
permet ni les écarts blâmables ni les fantaisies particuliè- 
res. Toutes les villes de cette région se livrent au plaisir 
de faire la charité le 31 décembre, aux accords de l'antique 
chansonnette et cela avec un décorum, une tenue sage qui 
n'excluent nullement la gaieté. 

Les anciennes coutumes sont toujours bonnes à con- 
server; si parfois elles perdent de leur charme par suite 
d'un abus quelconque il est facile de les ramener à l'ordre 
et de leur rendre le prestige disparu." 

LE NOUVEL AN AIT 18e SIECLE 

Nous voilà au nouvel an, à cette fête qui "nous vient 
des Romains et qui est chômée ]:>ar tous les ])eu])les de race 
])lanche." 

Dans les premiers teni])s du régime français, à Qué- 
bec, comme à Montréal, il était d 'usage de se présenter 
tout d'abord aux gouverneurs généraux et i)articidiers. I] 



— 369 — 

en est fait mention dans nos vieilles annales: "Le premier 
janvier 1646, on salua Monsieur le Gouverneur, savoir: la 
soldatesque avec leurs arquebuses et tous les habitants en 
corps. ' ' 

LA BENEDICTION DU JOUR DE L'AN 

' ' Qui de nous, ji 'a conservé le souvenir de cette délicieu- 
se scène de famille, la bénédiction du nouvel an ou mieux 
du jour de l'an, comme on dit si liien dans nos bonnes cam- 
pagnes?. . . ." Telle est la question que se pose l'abbé 
C.-E. Mailhot dans son volumineux ouvrage sur les Bois- 
Francs. Il y répond comme suit : 

"Il y a dans cette pratique générale de nos familles 
clirétiemies, quelque chose de relevé, quelque chose de 
grand, de sublime, même je dirais qui entraîne, qui domine, 
quelque chose qui agit fortement sur l'imagination. . . . 

"Voyez cette famille entière, depuis le grand garçon 
de 20 à 25 ans jusqu'à la iillette de cinq ou six années, à 
genoux aux pieds d'un i)ère ou d'une mère — quand le ])ère, 
hélas! n'est plus là! — et recevant le front courbé, avec res- 
pect, cette bénédiction qu'ils regardent connue un gage 
assuré de bonheur, sans laquelle ils craindraient i)resque 
d'entrer dans l'année nouvelle. D'autres fois, i3iété plus 
remarquable encore, c'est un père, c'est une mère, déjà 
avancés en âge, venant avec toute la famille implorer de 
l'aieul la faveur de sa bénédiction et lui présenter en même 
temps, les honnnages resi)ectueux de sa postérité. On a vu 
dans d'autres circonstances des têtes grisonnantes ou même 
grises déjà, se courber, dans l'attitude de la plus absolue 
déférence, sous la main tremblante d'un vieillard à cheveux 
blancs, le priant de bénir deux et j^arfois même jusqu'à 
trois générations issues de son sang, rassemblées autour 
de lui en cet heureux jour de fête 

"^Vli! qu'un tel spectacle est consolant et comme il 
fait bien voir au chrétien toute la justesse de la vérité de 
ce précepte divin : "Honore ton père et ta mère et tu vivras 



— :]70 — 

longtemps!" En effet, cette i)ostérité nombreuse, n'est-ce 
pas la in^omesse de longue vie réalisée ici-bas dans une race 
forte et ]^leine de vitalité. 

"N'a vais- je pas raison d'appeler cette scène, une des 
])lus belles de la vie de famille. ' ' 

UNE SCENE MEMORABLE 

"C'était le i)remier janvier 1842, écrit M. A. Béchard, 
l'honorable Augustin-Norbert Morin, alors juge au tribu- 
nal de Kamouraska, remontait à Québec avec l'intention 
d'arriver chez lui le jour de l'an. Les mauvais chemins 
cependant, l'ayant trop retardé, il s'arrêta à l'église de sa 
]3aroisse natale: Saint-Michel-de-Bellechasse. C'était \m 
peu avant l'heure de la grand 'messe du jour de l'an. M. 
Morin se met aussitôt descendu de voiture, à chercher son 
respectable père parmi la foule, à la i^orte de l'église. Il 
le trouve bientôt et là, aux yeux de toute la i^aroisse, M. le 
juge Morin ôte sa coiffure, se met à genoux sur la neige et 
im])lore la bénédiction paternelle." 

LES VISITES DU JOUR DE L'AN 

Si l'on veut savoir comment nos pères se réjouissaient 
aux temps des fêtes, il y a un siècle, on peut recourir au ré- 
cit d'un voyageur anglais, E.-A. Talbot, qui vécut à Mon- 
tréal, vers 1821: "Le nouvel an est une des fêtes les plus 
exactement observées : elle est spécialement consacrée à se 
visiter, à se fêter mutuellement. Tout maître de maison, 
soit à la ville, soit à la campagne a, ce jour-là, une table 
chargée de mets délicieux, d'excellentes confitures ou de 
gâteaux de toute espèce. Les hommes doivent aller de mai- 
son en maison, ])our })orter récii)roquement les voeux et les 
compliments de leur famille et prendre leur part des frian- 
dises qui se trouvent partout préparées. A leur entrée 
dans rapi)artement de réception tout le monde s'embrasse. 
Les fêtes durent trois ou quatre j(mrs " 



— 371 — 
LES CHANSONS DU JOUR DE L'AN 

Une telle fête devait inspirer les poètes populaires, aus- 
si trouvons-nous, dans notre folklore national toute une 
série de chansons qui concernent le jour de l'an. 

Signalons, en passant, celle qui commence ainsi : 

Savez-vous ce qu 'une tille 

Doit faire, à tous les jours de l'an ? 

Eir doit aller voir son ])ère 

Aussi sa mèr', pareillement, 
Assurément. 

Oui je l'aurai dans la mémoir' longtemps. . . . 
Et cette autre qui se chante à table : 

Connnençons l'amiée du mieux que nous pourrons 
Faisons disparaître tout ce qui n'est ])as bon. 
Aimons-nous en frèr', d'une amitié sincère, 
Ah ! quel contentement, pour des parents, 
D'avoir des enfants qui s'amus' si tendrement. 
Et encore cette autre : 

Dans la grand' chambre, 

Tout est bien i)réparé. 
En circonstance 

Pour tout' la ])arenté! 

Les i)âtés, les rôtis. 

Les volailles farcies. 

Sans c(mix)ter la côtelette, 

Le flacon de A\niisky .... 

C 'est pas trop bête ! 

LE JOUR DE L'AN DES ORPHELINS 

Mais si beaucoup de genfe à ce moment de l'année, ai- 
maient à s'étourdir et à donner libre cours à une gaieté 
exubérante on en voyait d'autres qui savaient se pencher 
sur les déshérités et tâchaient de leur procurer un peu de 
cette joie qui flottait dans l'air. Citons un fait que nous 
cueillons dans rexcellente monographie que Mlle Claire 



— 372 — 

Daveluy a consacrée à rOri)lieliiiat catholique et à ses mé 
ritoircs fondatrices. Sur la rue Craig, entre les rues Saint- 
Urbain et Cotté, existe encore une vieille maison collée, on 
dirait craintivement, sur l'énorme gratte-ciel de la "Mon- 
tréal Liglit, Heat and Power Co." 

Cette habitation écrasée, à l'aspect lamentable et qui 
abrite aujourd'hui des marchands d'articles d'occasion ou 
des prêteurs sur gages, fut jadis la demeure jolie et sélect 
de l'honorable Jules-Maurice Quesnel, dont la femme 
Josepte Cotté, restée veuve et sans enfants consacra sa for- 
tune à faire le bien. Apprenons comment on y fêtait le 
jour de l'an: C'est Madame Rosaire Thibaudeau qui va 
nous dire les "souvenirs dont l'accueillante maison de Ma- 
dame Quesnel fut témoin vers 1860." 

"Tous les premiers de l'an, neveux et nièces, cousins 
et cousines, s'y réunissaient pour souhaiter la bonne année 
aux trois chères vieilles tantes (qui étaient Madame Jules 
Quesnel, Mlle Angélique Adhémar et Mlle Marie Lafram- 
1)oise). Au sortir de la grand 'messe à Notre-Dame, les or- 
phelins de la ville se rendaient aussi chez Madame Ques- 
nel Ils étaient reçus dans la vaste salle à manger 

meublée à l'antique. Je revois encore les armoires où s'a- 
lignaient les pots de confitures et les gelées couleur de ru- 
l)is et d'ambre; nous en avions l'eau à la bouche. Dès que 
le i)etit compliment d'usage avait été récité par un orphe- 
lin, c'était à qui d'entre nous, aurait le plaisir de passer 
aux enfants des corbeilles débordantes de cornets de bon- 
bons. Quelle joie nous témoignaient les petits! Et ikrw 
nous quelle leçon de charité d'une délicatesse toute chré- 
tienne! Cette coutume s'est continuée jusqu'en 1866, épo- 
que de la mort de tante Quesnel. ' ' 

E.-Z. MASSICOTTE 



373 - 



LA FOIRE DES PELLETERIES A MONT 
REAL AU XVIIe SIECLE 



UN DOCUMENT QUI INTERESSE LES 
GENEALOGISTES 



Après 1665, lorsque les Sauvages descendaient en 
nombre du nord et de l'ouest de la Nouvelle-France ])our 
dis2)oser de leurs i)elleteries, la connnune de Montréal se 
transformait en lieu de foire. Et, comme le négoce durait 
quelques jours, ceux qui voulaient trafi(]uer avec les indi- 
gènes se faisaient accorder des emplacements sur lesquels 
ils élevaient des baraques temporaires dites "boutiques 
volantes." 

Avoii' le privilège de tenir boutique dans la connnune 
signifiait qu'on pouvait réaliser des bénétices ])lus ou moins 
a])i)réciables. Aussi, bjen des gens devaient demander 
des emi)lacements et quand ils ne les obtenaient ])as, les 
plaintes i)leuvaient chez les autorités à Québec ou en 
Fi'ance. 

Qui distribuait ces i)laces d'affaires, qui faisait le choix 
des favoris et en vertu de quelle autorisation ? Voilà ce que 
M. de Frontenac A'oulut savoir en 1678 au cours d'une as- 
semblée qu'il avait conAt)quée et dont on retrouve, dans les 
archives de Montréal un i)rocès-verbal détaillé que nous 
allons re])roduire. Evidenmient, M. de Frontenac était 
au courant de ce qui se passait à Montréal; que pouvait-on 
cacher au gouverneur de la Nouvelle-France? Alors ])our- 
quoi cette enquête ? Obéissait-il à des ordres venus d'outre- 
iner ? Esi)érait-il eml)arrasser le gouverneur Perrot son 
"ennemi intime" i Voulait-il démontrer que les Seigneurs 
de Montréal agissaient de bonne foi et selon leurs droits ? 
Il est difficile de conjecturer avec certitude sur ces i:>oints. 
Considérons, plutôt, que cette enquête eut un résultat que le 
gouverneur généial n'attendait pas: celui de faire indiquer 
aux déposants la durée de séjour à Montréal ou dans la 



— 374 — 

Nouvelle-France de phisieurs colons et par là fournir aux 
générations futures la date de leur arrivée au Canada. 

XXX 

Donc, la réunion se tient à Montréal le 5 août 1678 & 
M. de Frontenac la préside. Auprès de lui sont M. le 
gouverneur Perrot et M. le juge d'Ailleboust. Devant 
eux, x)lus de cinquante notables ont pris place en cercle pro- 
ba])lenient. Le but de l'assemblée étant expliqué, M. de 
Frontenac interroge les assistants de proche en proche et 
chacun se prononce "selon le rang où il se trouve assis". 
Et, comme le gouverneur s'adresse aux gens alternative- 
ment de droite à gauche ou de gauche à droite, le scribe qui 
rédige le procès-verbal ein^egistre les réx)onses sur deux 
colonnes. Comme nous voulons confier ce document au 
Bulletin et qu'il ne nous est pas possible de conserver la 
disposition de son texte, nous reproduirons d'abord le tex- 
te de la colonne de gauche, puis celui de la colonne de droite. 

XXX 

L'an GrVIC (mil six cent) soixante et dix-huit, et le 
cinq aoust a esté fait par ordre de Monseigneur le comte de 
Frontenac, gouverneur et lieutenant général pour le Roy 
en la Nouvelle-France, une assemblée des principaux habi- 
tans tant du Montréal, Québek et qu'autres lieux estant de 
présent audit Montréal pour la traite des 8ta8tats affin de 
scavoir d'eux la manière dont les Places de La commune de 
Ville-Marie avaient esté cy devant distribuées pour y dres- 
ser des boutiques volantes Lors de la traite des Sauvages et 
sy quand les alignements des rues et desd. boutiques avaient 
esté tirez i)ar Monsieur Le Baillif et autres officiers de Mes- 
sieurs Les Seigneurs de Lisle dudit Montréal cavait esté 
])ar Leur ordre ou par ceux de Messeigneurs Les gouver- 
neurs généraux, ou Messieurs les gouverneurs particuliers 
Et command. en Leur absence. 

Et a])rès que Mondit Seigneur Le gouverneur a expli- 
qué à toute L'assemblée Le suject cy dessus })our Lequel il 
L'avait convoqué II a commencé à prendre les advis par 
Monsieur Perrot gouverneur dudit T^ieu de Montréal en- 



— 375 — 

suitte par LeSieur Dailleboust cy devant Baillif dudit 
Lieu, LeSieur Gervaise ey devant substitut et Pd. fiscal, Et 
Le nommé Langevin dit La Croix ey devant Scindicq et 
continué ensuitte selon Le Rang- ou chacun s'est trouvé 
assis. 

PREMIEREMENT 

Monsieur Perrot gouverneur de l'isle de Montréal a 
dit et déclaré que depuis huit ans (1670) qu'il est gouver- 
neur Il n'a point veu que Messieurs du séminaire ou leurs 
officiers par leur ordre ayent jamais distribué les boutiques 
volantes dans la dite coimnune ; mais que les alignements 
des boutiques et des Rues quelles composoient ont toujours 
esté données par Messeigneurs Les gouverneurs généraux 
ou i)ar luy en Leur absence et que sy les officiers de Mes- 
sieurs du Montréal ont marqué les alignements ça esté par 
ordre de Mesdits Seigneiu's Les gouverneurs généraux ou 
par le sien sans que jamais ny les uns ny les autres se 
soyent meslez d'assigner un terrain particulier pour les 
l)laces des boutiques Les laissant ])rendre indifféremment 
à ceux qui estoient les i)lus diligens à les dresser, mais sejLi- 
lemt. faisant tenir La main qu'elles fussent dans L'ordre, 
et selon Les alignemens des rues qu'ils avoient donnez. 

"Monsieur D'Ailleboust qui a esté juge et Baillif ])en- 
dant quinze années a déclaré qu'il n'a jamais désigné Les 
alignemens des rues Et l'Ordre des boutiques que par Les 
ordres de Messeigneurs Tjcs Gouverneurs généraux ou mes- 
sieurs Les gouverneurs i)articuliers, ou commandans sans 
qu'il ayt jamais marqué L'esi)ace des boutiques Les lais- 
sant au i)remier occupant ayant seulement soin qu'elles 
fussent dans L'ordre. 

(PREMIERE COLONNE) 

Le sieur Gervaise qui a esté substitut et Procureur 

fiscal depuis l 'an VIC soixante et douze .... Idem 

Le Sr. Mathurin Langevin dit Lacroix qui estoit 

Sindik il y a dix ans Idem 



— 376 — 

Sinon qu'il y a trois ans que Monsr. Le Curé Les mar- 
qua ensuite de la ])ermission de Monseigneur le gouver- 
neur général qui luy accorda de retirer quelque chose de 
gré à gré de ceux à qui il donnerait des places pour la bas- 
tice de l'Eglise. 

Monsieur de Repentigny depuis neuf ans Idem 

Monsieur de Becancourt depuis huit ans Idem 

Et comme grand voyer a Dit que La i)lus x)art desd. 
l)outiques estant sur le Chemin royal que les Seigneurs de 
cette isle doivent fournir au public. Il se serait opposé 
])ar le deul) de sa charge à la constru. desdites boutiques si 
elles eussent esté permanentes et nous auroit présenté sa 
requeste pour en demander la démolition. 

Monsieur de Belestre depuis dix-neuf ans Idem. 

Monsieur de Brucy depuis huit ans Idem. 

Monsieur Morel depuis neuf ans Idem. 

Monsieur de Chailly depuis huit ans Idem. 

Monsieur de Suève depuis treize ans Idem. 

Monsr. Crevier depuis quatre à cinq ans Idem. 

Monsieur de St. Our (sic) depuis Idem. 

Le sieur Basset qui a exercé longtemps la charge de 

greff. et no 're delà dite Isle Idem. 

Monsr. de la Chevrotière depuis cinq ans Idem. 

Mons. Le Vallon depuis quatorze ans Idem. 

Le sieur Thomas Frérot depuis douze ans Idem. 

Jean-Auger Baron de])uis vingt-cinq ans Idem. 

Pierre Cavelier dit qu'il est habitant depuis dix ans 
Mais qu'il ne s'est meslé de la traite que deux 

années ])endant lesquelles Idem. 

René Baudoin depuis quatre ans Idem. 

(labriel Bélard (Bérard) dit Lepine Idem. 

Le sieur de Saint-Romain depuis quatorze ans. . . Idem. 

Le sieur Landron Idem. 

Le sieur Bru.not depuis huit ans , Idem. 

Le sieur Gadouart, maître-arnuirier_, habitant de- 
puis vingt-huit ans Idem. 

Pierre (Le nom de famille est omis) arrivé 

dejmis vingt ans Idem. 



— 377 — 

Mathieu Roiiillard depuis dix-sept ans Idem. 

Le Sieur Dupré depuis cinq ans ., Idem. 

Le Sieur de Ruisseau depuis dix-liuit ans Idem. 

Pierre Lagarde depuis trois ans Idem. 

Le Sieur Guillory depuis quatorze ans Idem. 

Julien Brossard depuis quinze ans Idem. 

Jean-Ba})tiste Lefe})vre depuis dix ans Idem. 

Le Roux Pelletier depuis dix ans Idem. 

Hughes Pieard depuis dix ans Idem. 

Le nonnné La Rente depuis treize ans Idem. 

Pierre Paillet dit Saint- Amour dei)uis neuf ans. . Idem. 

Paul Dazé depuis onze ans Idem. 

(iuillaume Boucliard Idem. 

Le Sieur Bavie (I]abie) deiniis onze ans Idem. 

Pierre Caillé depuis dix-sept ans Idem. 

Jean Sénécal depuis quat(n-ze ans Idem. 

Pierre Chantreux dei)uis treize ans Idem. 

Jean Baudouin depuis vingt-deux ans Idem. 

Louis Dandonnaud depuis onze ans Idem. 

(DEUXIEME COLONNE) 

Monsieur LeMoyne Dit qu'auparavant Monseigneur 
de Courcelle, cy devant gouverneur de ce pays, on ne don- 
noit point de Places et chacun traitoit dans les maisons et 
que depuis II a veu les otficiers des seigneurs de cette isle 
marquer les places des rues niesme en présence de Messei- 
gneurs Les gouverneurs généraux et Messieurs Les com- 
mandans particuliers. Ne sçait si c'estoit par leur ordre 
ou celuy de Messieurs Les Seigneurs de ladite Isle. 
Monsieur Le Ber Idem. 

Le Sieur Le Duc dit qu'il ne les a jamais veu Marquer 
que L'aimée que Monsieur Le Curé Les marqua qu'il cro- 
yait qu'il en avoit le ])ouvoir. 

Le Sr. de St-Michel dit qu'il na eu de places que deux 
fois. L'une du temps de Monseigneur de Courcelle, l'au- 
tre, il y a trois ans qu'on donnoit quelque chose pour l'é- 
glise et que ces deux fois là, çà esté Monsieur le Curé qui 



— 378 — 

liiy a dit de les prendre. Ne sçait par le.s ordres de qui 
elles ont esté données les autres fois. 

Jean Deearris dit Lehoux dit qu'il est habitant depuis 
trente cinq ans et qu'il n'est jamais venu qu'une fois à la 
traite il y a trois ou quatre ans et que ce fut Mons. Dollier 
qui luy donna la place. 

Le sieur François Bailly dit Lalieur dit qu'il na pas eu 
besoin de prendre des boutiques parce qu'estant concierge 
de la maison où logeoient Messeigneurs les gouverneurs Ils 
luy ont permis de traiter dans le Camx3 des Sauvages. 

Louis Chevalier de^juis vingt six ans dit qu'il les a 
veues marqué et marqué une fois luy mesme par ordre des 
Messieurs Les Seigneurs de Liste, et ne sçait s'ils en avaient 
Le pouvoir mais qu'il estoit i^our Lors scindic. 

Nicolas Perrot dit qu'il n'a jamais traité dans la com- 
mune aincy qu'il ne sçait qui les donnoit. 

Jean Fafar dit qu'il n'y a que deux ans qu'il est icy et 
qu'il a eu seulement une fois une x)lace dans la commune 
que Monsieur le curé Luy donna et qu'il croit que c'est par 
la permission de Monseigneur le gouverneur. 

Et mondit Seigneur le gouverneur ayant aschevé <ie 
])rendre les advis II s'est retiré, après avoir ordonné que du 
tout il seroit dressé Le ]:>résent procès-verbal par n\oy 
greffier du bailliage dudit Montréal pour être mis au greffe 
et servir ce que de raison, fait Les ditz jour et an que des- 
sus, audit Lieu de Montréal. 

FRONTENAC 
MAUGUE, GREFFIER 
XXX 

En faisant les opérations arithmétiques nécessaires on 
obtient la date d'arrivée ou du séjour de Chacun à Mon- 
tréal et l'on peut alors dresser un tableau chronologique 
comme suit. 

.Joan I)e,<carri(' IGrtS Jean l>au(l()iii l()ô() 

(l'icrre) Gadouart ((iadois) 1650 Pierre 1658 

Louis Chevalier 1652 (1) Pierre Picoté de Belestre. . . 165!) 

.1. Auger Baron 1653 De Puisseau (Lustaud). . . . 1660 

(1) Il fait erreur, car il arriva avec la recrue de 1653. 



— 379 



Pierre Caillé 

M. Eouillard 

J. Brossard 

Le Vallon 

C'horel de Saint-Komain. 

Simon Guillory 

De Suève 

B. Vinet dit la Rente . . 
Pierre Chantreux. . . . 
Thomas Frérot (notaire) 

Paul Dazé 

Louis Dandonnaud. . . 
Bavie (Jacques Babie). 

Pierre Cavelier 

J.-B. Lefebvre 

Le Roux (1) 

Hughes Picard 



1(361 Legardeur de Repentigny. . . 

1661 Morel de la Durantaye. . . . 

1663 Carrion du Fresnove 

1664 P. Paillet (Payet^ dit Saint- 
1664 Amour) 

1664 R.-M. Perrot (gouverneur). . 

1665 Robineau de Bécancour. . . . 
1665 Lafresnave de Brucv 

1665 Berthe de Chailly. '. 

1666 Brunot 

1667 Crevier 

1667 De Saint-Simon (Paul Denis) 

1667 Dupré 

1668 René Baudoin 

1668 La Garde 

1668 Jean Fat'ard 

1668 



1669 
1669 
1669 

1669 
1670 
1670 
1670 
1670 
1670 
1670 
1673 
1673 
1674 
1675 
1676 



Ne donnent aucune indication 



Charles D'Ailleboust (Juge) 
M. de Saint-Ours 
Jean (îervaise 
Mathurin Langevin 
Bénigne Basset (notaire) 
Bélard (Berard) dit Lepine 
Landron, (Kticiinc), de Québec. 

X 



G. Bouchard 
Charles Le Moyne 
Jacques Le Ber 
Jean Leduc 
M. de Saint-Michel 
Frs. Bailly 
Nicolas Penot. 

X X 



Avant les gouverneurs de Coureelles, dit Charles Le 
Moyne, "chacun traitait dans les maisons". A ce sujet 
rappelons un petit fait. 

Le premier grand convoi de pelleteries dont Montréal 
eut la visite semble être celui qui atteignit les rives de notre 
île le 22 juillet 1660, deux mois après la mort de Dollard et 
de ses compagnons. Il était conduit par Médard Chouard 
des Groseilliers qui s'était rendu jusqu'au lac Supérieur 
pour le former. Ce convoi amenait des pelleteries pour 
une valeur de 200,000 francs, somme énorme à cette époque. 
Afin d'en profiter le plus possible, Chouard, dès son arrivée 
à Ville-Marie, s'associe avec Charles LeMovne et tous deux 



(1) Pierre Leroux, peHetier de son état, était marié à Marie Bonnelierre. veu- 
ve de François de Rosny. Leroux était mort en 1692. — Voir Adhémar, 12 novem- 
bre 1694. 



— 380 — 

conviennent de partager les bénéfices qu'ils feront en tro- 
quant (les marchandises contre les pelleteries des Sauvages. 
Cette pièce est dans l'étude de Basset. 

Assez tôt les liabitants demandèrent aux autorités, à 
diverses reprises, d'encourager la création d'un marché 
annuel. Enfin, en 1700, le 18 janvier, sous l'inspiration du 
gouverneur de Callières, sans doute, le Conseil Supérieur 
décréta qu'à l'avenir on ne pourrait traiter avec les Sau- 
vages que dans les villes de Montréal, des Trois-Rivières et 
de Québec, qu'il faudrait en avoir le permis des autorités 
civiles et l'agrément des Seigneurs. Ce règlement ajou- 
tait que l'établissement des foires était un bon moyen "de 
rendre les villes considérables, d'augmenter les i)rofits de 
la traite et de limiter le trafic des liqueurs." 

Le marché aux pelleteries, nous informe le document 
de 1678, se tenait dans la "commune". Où était-elle ? Si 
l'on veut s'en rapporter au Vieux Montréal de Morin, la 
commune occupait cette partie de la ville située entre la 
rue Saint-Paul et le fleuve, puis entre la rue Saint-Pierre 
et la chapelle de Notre-Dame-de-Bon-Secours. Un chemin 
public, longeant la grève, traversait cette commune dans 
son étendue. 

Entre la ville et le fleuve le site était bien choisi pour 
encadrer la scène pittoresque que devait présenter cet amas 
de baraques, flanquées de wigwams, aux alentours desquels 
gesticulaient et discutaient un mélange d'individus à la 
langue, aux moeurs et aux coutumes ])ien ditférentes. 

E.-Z. MASSICOTTE 



— 381 — 
TABLE DES MATIERES 



Actes de foi et hommages conservés à Montréal. Les 43 

Affaires temporelles au pr."ne des églises, Les 158, 285 

Ailleboust, Charles-Joseph d" 145 

Ailleboust, Jean d' 145 

Alexcnche en 1747, Le naufrage de 1' 55 

Alonne, Les testaments de mademoiselle de Roybon d' 94 

Ameau, Ordonnance de Boyvinet en faveur de Sévérin 352 

Anticosti, Les ouvrages publiés sur l'île 188,' 287 

Argenson, Les lettres du gouverneur d' 36 

Argoulets, La Côte des 50. 280 

Aubert de la Chesnaye. Charles 145 

Autei'oche, Le chevalier d' 270 

Aveu et dénombrement du fief Le Chesnay 304 

Barbe], Jacques-FrHnc;ois 77 

Barbiez. Louis • 250 

Baudau, Pierre 249 

Bégon. L'intendant Michel 273 

Bélisle-Levasseur, Henri 249 

Benoit, Claude 249 

Bernier, Joseph-Pierre 3 

Bibliothèque de Louis de N'illeray, La 178 

Boisclerc, Jean-Eustache Lanoullier de 190 

Fîonnefoy, Honoré-Maur 250 

Boucher de Monbrun, Pierre 249 

Boucherville, La justice seigné-uriale à ■ 75 

Boues à Ivouis XIII, Lettre de Charles des 244 

Bougainville, Les Mémoires de M. de 117 

Bourbon à Saint- Valère de Bulstrode. Une 220 

Bourdon de Dombourg, Jean-François 243 

Bouvet de la Chambre, Jean 247 

Bressani, Les observations astionomiques du Père 64 

Brewer, Jasper 192 

Briand, Un neveu de Mgr 288 

Brochure canadienne rare. Une 157 

"Brue", Le • 156 

Bulles blanches 245 

Burke, premier notaire anglais à Montréal, John 237 

Cadets à l'aiguillette, Les 32 

Canada en Italie, Le 350 

Canadiens, Moeurs et caractères des , 143 

Canots d'écorce d'antan. Les 149 

Carignan, A propos du régiment de 225, 257 

Cartier, La mort de Jacques 53, 336 

Chaboillez, La famille 184, 207, 241, 274, 325, 355 

Chambers, Robert • • 283 

Chavannes, L'officier 348 

Chetivau de Roussel, Le sieur 31 

Chirurgiens de Montréal. Les 247 

Choléra asiatique. Les migrations du IW 

Chouaguen, La croix de 142, 254 

Clut, Les "cahiers" de Mgr 206 

Clut, Le trrne pontifical de Mgr 324 

Cocagne, L'origine du nom 188 



— 382 — 

Collège Masson, Qui a fondé le 146 

Commissions et lettres de provision, Différence entre les 190 

Compagnie franche de la marine 158, 242 

Complainte de la femme brûlée. La 181 

CorlMère. M. de . 60 

Costin, Thomas 283 

Cotin, Charles 250 

C>;té, Antoine , 284 

Coiirteau. Le missionnaire Julien 277 

Crimée, Les orphelins de la guerre de 117 

Cuvillier, Augustin 118 

J Mamours de Plaints, Joseph 111, 203 

Delisle, Le nom A'illage 272 

Des caraffe, Marie 221 

Després, Nicolas et Madeleine 36 

DesRivières, Le lieutenant • . 248 

D'Hastrel, M 332 

DiesKau fut-il blessé par un Canadien ? 54, 117 

Dubois, Jacques 247 

Duchesnay. I^ettres de noblesse de la famille Juchereau 137 

Dumas Saint-Martin, Jean 86 

Durantaye, Olivier Morel de la 97, 129 

i^squimaux, Baies des 188 

Esquimaux. A quelle race appartiennent les 110, 252 

Estève, secrétaire de Montcalm 51, 350 

Famine. Le fief de la 158 

femme brûlée, La complainte de la 181 

Foi et hommage à Montréal, Les actes de 43 

Fontbrune, M. de 144 

Foucault et le général Murray, La seigneurie de 64 

Foyer Canadien, Le 91 

Frères Instituteurs à Montréal en 1736 37 

Frontenac et la croix de Saint-Louis 342 

Cachet, René 248 

Oravel-Town, L'origine du nom 272 

Guercheville, Madame de 246 

Guichai-d de la Sonde, Jean 249 

Hart. Le supplice de la 93, 160 

Haussaye, Jean-Charles de la 251 

Hobson, Benjamin 284 

Hocquart. Lettre de l'intendant 217 

Hommage, Acte de foi et 43 

lies de l'Amérique, Les 190 

Indiens des Deux Amériques, Les 110 

Institut Canadien-Français d'Ottawa 157 

Institution Royale, Les maîtres d'écoles de 1' 64, 283 

Irlandais à Sainte-Anne-du-Sud, Les 289 

Irlandais à Québec en 1757 322 

Jojinston, John 284 

.lohnstone. Le chevalier 64 

JoiiDKil de l'Instruction Publique, Le 20 

Juchereau de Saint-Denys, Charles 304 

Justice seigneuriale de Boucherville, La '75 



— 383 — 

Laflèche, Les opuscules publiés uar Mgr 63, 159 

Lafontaine de Belcour 145 

Landriaux, Louis-Nicolas 249 

Langues, La redevance des 269 

LeComte, Samuel 249 

LeGardeur de Tilly, Charles 65, 97 

Lemanceau dit Labonnerie, Pierre 250 

Lerolle, Louis de Caussy de 44 

Lettre de l'honorable de Salaberry au héros de Châteauguay 14 

Lettre du gouverneur de Vaudreuil au ministre 321 

Lettres de provisions et les commissions. Différence entre les 190 

Lévis et la conquête du Canada, M. de 222 

Longueuil, La chambre de justice de 115 

Louis XIV, Une ordonnance de 333 

Lydius, Le sieur 23 

Mabane, Le docteur Adam 34'J 

Madame et Mademoiselle 191 

Maîtres d'écoles de l'Institution Royale, Les 64, 283 

Malherbe, Francis 284 

Marionnettes au Canada. Les 8. 337 

Marseille, Le théâtre du Père 8 

Martin, Chansonnettes rimées de l'abbé 190 

Martin, fille d'Abraham, Anne 116 

Martinet de Fonblanche, Jean 247 

Masson, Qui a fondé le Collège 146 

Maublant de Saint-Amant. J.-B , . . 248 

McLeod, Norman 284 

Médecins de Montréal. Les 247 

Médecine chez les Sauvages, La 27, 59 

Menneval, Louis-Alexandre Desfriches de 271 

Méthot, La famille 108 

Migrations du choléra asiatique. Les 161 

Monikai était-il allemand ou sauvage ? 158 

Montcalm, l^n seciétaire de 51 

Montcalm et la poudre alimentaire 93 ,183 

Montorgueil, Dauphin de 23, 159 

Morant, Nicolas 250 

Murray et une révolte à Québec en 1763 193 

Nelson, William 284 

Nicolas, Chanson sur saint 188 

Nooth, Le docteur J.-Mervin 349 

Notaire anglais de Montréal, Le premier 237 

Notaires, La taxe sur les actes de 93, 180 

Ordonnance de Louis XI V 333 

Ordonnance de Gilles Boyvinet en faveur de Sévérin Ameau 352 

Origine de noms de lieux de la région de Montreuil 49, 114, 272 

Palais de glace à Monréal, Le 202 

Papiers de famille, Les 108 

Papineau, C'est la faute à 349 

Paroisse canadienne, La 78 

Paumart, Jean 92 

Peinture, La terre à 85 



— 384 — 

Perreault, Michel 284 

Pionsac, M. de ; 110 

Piquage autrefois. Le 30 

Plaines, .Joseph Damours de 111 

IManiol, Antoine de 343 

Poissant, Le mariage de Pierre 158 

Pontiac, Le chef sauvage 341 

Potier de Pommeroy 113, 219 

Poudre alimentaire et Montacalm, La 93, 183 

Prévost après son départ du Canada, Sir George 1.58, 256 

Prrne, Les publications temporelles au. ; t 158, 285 

Prudhomme, Pierre 28 

Québec en 1629, L'armement du fort de 334 

Rabaska, Les canots 153 

Raimbault, Les armoiries des 52 

Raimbault de Soinhlin 351 

Raquette autrefois, Ij-a, 196 

Redevance des langues, La 269 

Ressan, Octave Zapaglia de 74 

Révolte à Québec en 1763, Une 193 

Rveue Canadienne, La 171, 210, 344 

Rocbert de la Morandière, Etienne 273 

Roy, Les descendants de Charles 63 

Saint-François-Xavier, Le naufrage du 155, 223 

Saint-Louis, Frontenac et la croix de 342 

Saint-Martin, Jean I^umas 86 

Sainte-Anne-du-Sud, Les Irlandais à 289 

Sainte-Cunégonde, Origine du nom 272 

Salaberry à son fils. Lettre de l'honorable de 14 

Sarrazin, Un testament du docteur 205 

Soirées Canadiennes, Les 90 

Soriol, L'officier 34S 

Sources imiîrimées de l'histoire du Canada-français. . 20, 45, 90, 171, 210, 344 

Suisse, Le sieur 209 

Sylvain, Thimothée 249 

Talon à Québec, La résidence de 33 

Tanswell, James • 284 

Taschereau, Les armes de la famille 24 

Tatouage autrefois, Le 30 

Taxe sur les actes des notaires 93, 180 

Thaumur de la Source, Dominique 248 

Tilly, Charles LeGardeur de 65, 97 

Trappeur, l^n chanson du 200 

Trudel, Le docteur S.-0 349 

Vallière de Saint-Réal, La femme de 276, 336 

Varia 348 

Vaudreuil au ministre, Lettre du gouvei'neur de 321 

V^erdun, Origine du nom 49 

Veritas, Les lettres de 158, 251 

Vigneau Marc- Antoine 250 

A'illera.v, La bibliothèque de T>ouis de 178 

Voltigeur. La chan.son du 200 



RECHERCHES HISTORIQUES 



BULLETIN D ARCHÉOLOGIE, D HISTOIRE, DE 

BIOGRAPHIE, DE BIBLIOGRAPHIE, DE 

NUMISMATIQUE, ETC, ETC, 



PUBLIE PAR 



Pierre-Gkorges Roy 



VOLUME VINGT-NEUVIÈME 



QUEIiEC 



1923 



BULLETIN 

DES 



RECHERCHES HISTORIQUES 



VOL. XXIX QUEBEC— JANVIER 1923 No I 



LES BOURREAUX DE QUEBEC SOUS LE REGIME 

FRANÇAIS 

C'est Pierre Boucher, gouverneur des Trois-Rivières, qui 
écrivait dans son livre, Histoire véritable et naturelle des mœurs 
et productions du pays de la Nouvelle-France, publié en 1663: 

"On sçait aussi bien pendre en ce pays-icy qu'ailleurs, et 
on l'a fait voir à quelques-uns qui n'ont pas été sages." 

En effet, on pendait assez souvent sous le régime français 
au Canada. Il est vrai qu'alors la justice était beaucoup plus 
sévère qu'aujourd'hui. 

Jusque vers 1658 l'exécuteur des hautes œuvres fut un 
bourreau d'occasion. 

En 1648, le tambour de la garnison de Montréal s'étant 
rendu coupable d'un crime détestable, que l'on ne fait point 
autrement connaître, M. de Maisonneuve se vit obligé de sévir. 
Il le condamna à mort. C'était la première condamnation 
capitale à Montréal. Les Pères Jésuites obtinrent du fondateur 
de Ville-Marie que le condamné serait conduit à Québec. Là, 
le procès fut revisé, et la peine commuée en celle des galères. 

Le Journal des Jésuites, à la date du . . septembre 1648, 
raconte ainsi la chose: 

"Environ ce temps fut amené de Montréal un tambour 
convictus crimine pessimo, à la mort duquel s'opposèrent nos 
pères qui étaient à Montréal, sed occulte: il fut donc renvoyé 
ici et mis dans la prison. On lui proposa pour se sauver au moins 



des galères d'accepter l'office d'exécuteur de justice; il l'accepta, 
mais on mit son procès auparavant en état et puis on lui commua 
sa sentence." 

Voilà donc le premier bourreau officiel du Canada. Mal- 
heureusement l'histoire ne nous a pas conservé son nom. Quel 
dommage! 

Le 29 avril 1653, M. Charron était blessé à la gorge d'un 
coup de pistolet, dans son habitation de l'île d'Orléans, par deux 
de ses serviteurs. 

Le 7 mai suivant, l'un des deux assassins de M. Charron était 
pendu. L'autre assassin avait fait et pris l'office de bourreau. 
Le bourreau choisi en 1648 était donc disparu. 

Le nom du deuxième bourreau officiel du Canada ne nous 
a pas,* non plus, été conservé. 

Le 14 janvier 1665, le Conseil Souverain décidait de mettre 
le bourreau officiel du Canada dans ses meubles. Ce jour-là, 
il autorisait l'achat d'une maison appartenant à M. Nicolas 
Marsolet (qui l'avait acquise de Guillaume Bonhomme) "attendu 
la nécessité du logement de l'exécuteur des haultes œuvres." (1) 
L'acte de vente de l'emplacement et de la maison en question 
fut reçu par le notaire Michel FiUon le 17 janvier 1665. C'est 
M. Chartier de Lotbinière, procureur général du Roi, qui com- 
parut à l'acte au nom du Conseil Souverain. Le notaire Filion 
décrit ainsi l'emplacement et maison de Marsolet: 

". . .une maison seize sur un emplacement contenant vingt 
toizes de long scytué dans l'enclos de Quebecq sur la grande 
routte qui va de Quebecq au Cap Rouge et de profondeur 
jusques à l'enclos des Révérendes Mères Ursulines joignant 
d'un costé au sor ouest à Mathieu Huboult des Longchamps, 
d'un bout au susd. enclos, d'autre bout à la grande routte, le 
tout ainsy qu'il se comporte." Le prix de vente était de 230 
livres. (2) 

Où était située la maison de Marsolet qu'on destinait au 
bourreau? Le Témoin oculaire de V invasion du Canada par les 
Bostonnais du notaire Sanguinet, nous permet de retrouver ce 
âite historique. Racontant la défaite et la mort de Montgomery 
à Québec le 31 décembre 1775, Sanguinet écrit: "On fit lever les 
corps des Bostonnais et tous furent enterrés sans cercueil, à 

(1) Jugements et Délibérations du Conseil Souverain, vol. 1er, pp. 310, 315. 

(2) Acte de Michel Filion, notaire à Québec, 17 janvier 1665. 



l'exception de M. Montgomery qui fut enterré seulement accom- 
pagné à sa sépulture par neuf ou dix matelots et son corps fut 
enterré avec celui de son aide de camp devant la porte du bour- 
reau." Il est bien établi que Montgomery fut enterré dans la 
cour de la maison de l'Intendance Militaire qui se voit à main 
droite du chemin de ronde qui mène à la citadelle. Il s'ensuit 
que la maison du bourreau s'élevait sur le site ou dans la cour 
de la maison actuelle du chemin de ronde. 

En 1675, le bourreau de la Nouvelle-France était le nommé 
Jacques Daigre (Daigle?). Il faut croire qu'il n'occupait pas 
une sinécure puisqu'il s'accordait par marché, cette année-là, 
avec Jean Renault dit Montauban, moyennant cent cinquante 
livres de gages par année et dix livres de vin de marché, pour 
"luy aider en son exercice d'exécuteur." En avril 1675, Da'gre 
demandait au Conseil Souverain de payer les gages de son aide. 
Le Conseil renvoya Daigre à la Compagnie des Indes Occiden- 
tales. (1) " 

Jacques Daigre fut trouvé mort dans sa maison, où il vivait 
seul, le 27 mars 1680. (2) 

En 1679, Jean Rattier dit Dubuisson, domestique de M. 
Crevier, seigneur de Saint-François-du-Lac, assassinait Jeanne 
Couc, âgée de vingt ans, fille de Pierre Couc dit Lafleur et 
d'une Algonquine, Marie Meti8ameg8k8e. Rattier subit son 
procès aux Trois-Rivières et fut condamné, le dernier jour 
d'octobre 1679, à être conduit à Saint-François et là attaché 
à une potence, y être pendu et étranglé et y demeurer exposé 
pendant vingt-quatre heures. Avant d'être livré au bourreau, 
Rattier devait être appliqué à la question ordinaire et extraor- 
dinaire pour lui faire révéler les noms de ses complices dans 
l'assassinat qu'il avait commis. 

Rattier interjeta appel au Conseil Souverain de la sentence 
de mort portée contre lui. Le 3 novembre 1679, on conduisait 
le condamné à Québec. Ce ne fut qu'un an plus tard que le 
Conseil Souverain se prononça sur l'appel de Rattier. Le 31 
décembre 1680, le Conseil mettait cet appel à néant et con- 
damnait Rattier à être pendu à Québec, "attendu les grandes 
difficultés de faire conduire le dit Rattier au lieu de Saint- 
François." 



(1) Jugements et Délibérations du Conseil Souverain, vol. 1er, p. 927. 

(2) Mgr Tanguay, A travers les registres, p. 62. 



La sentence ajoutait: " . . .Attendu qu'il n'y a point d'exécu- 
teur de haute justice, (Daigre était mort neuf mois auparavant) 
ordonné qu'il tiendra prison jusques à ce qu'il en ait d'établi 
si mieux il n'aime en accepter l'office, auquel cas les prisons lui 
seront ouvertes." (1) 

Rattier accepta avec empressement la charge qu'on lui 
offrait si inopinément et il promit d'en faire les fonctions toutefois 
et quantes. 

Rattier fit donc venir sa femme et sf^s enfants à Québec et 
il s'installa dans la maison du bourreau, Grande-Allée. 

Mais à cette époque, comme aujourd'hui, la population de 
Québec n'aimait pas le bourreau. Tous les jours, Rattier, sa 
femme et sa fille aînée étaient insultés. On allait les relancer 
jusqu'à leur maison de la Grande-Allée. Rattier se plaignit 
au Conseil Souverain et celui-ci, le 4 mars 1686, faisait ''très 
expresses inhibitions et défenses à toutes personnes d'aller chez 
le dit Rattier et de l'insulter en sa personne ou en celles de sa 
femme et enfants, à peine de punition corporelle." (2) 

Il était écrit que ce pauvre Rattier aurait des déboires toute 
sa vie. En 1695, sa femme, Marie Rivière, et sa fille Marie- 
Charlotte Rattier, étaient arrêtées et emprisonnées pour avoir 
recelé des chaudières volées. Elles furent condamnées en la 
Prévôté, la mère à être battue de verges aux carrefours de la 
ville par son propre mari, et la fille à être enfermée pendant 
quinze joursàl'Hôpital-Général "pour être instruite et corrigée 
secrètement par la correctrice du lieu." 

Le Conseil Souverain trouva la punition trop forte et, le 
4 juillet 1695, il la changea comme suit: Marie Rivière fut 
condamnée à être attachée au carcan, à jour et heure démarché, 
pendant une heure, avec sur l'estomac un écriteau en gros 
caractères portant le mot receleuse. Quant à. la fille Rattier, 
sa détention de quinze jours était changée en une réprimande 
par le Conseil lui-même. (3) 

L'arrêt du Conseil Souverain contre la femme de Rattier 
fut exécuté le lendemain matin. Les bons bourgeois de Québec 
qui se rendirent au marché de la basse ville le 5 juillet 1695 
eurent donc le spectacle peu banal d'une femme mise au carcan 
par son propre mari. 



(1) Jugements et Délibérations du Conseil Souverain, vol. 11, pp. 455 et seq. 

(2) Idem, vol. 111. p. 16. 

(3) Jugements et Délibérations du Conseil Souverain, vol. III, p. 1033. 



— 7 — 

Rattier dut disparaître du pays ou mourir vers 1705 puisque 
en novembre de cette année le pays se trouvait encore sans 
bourreau. 

Pierre Berger dit la Tulipe, tambour de la Cie de Lamothe- 
Cadillac, condamné à être pendu et étranglé, était en prison, 
attendant. . un bourreau. Comme l'hiver approchait et ''qu'il 
ne pouvait résister dans les cachots aux rigueurs de l'hiver sans 
en mourir", on offrit la charge de bourreau à un prisonnier, 
Jacques Elie. Cet individu, âgé de vingt-trois ans, originaire 
de Poitou, en Saintonge, avait été condamné à mort à Port- 
Royal, en Acadie. Il avait réussi à s'échapper et était venu 
s'échouer à Québec. Il accepta la charge d'exécuteur de la 
haute justice afin d'avoir sa grâce. (1) 

Elie était une fichue canaille. En avril 1706, il s'introdui- 
sait nuitamment à l'Hôtel-Dieu de Québec pour voler. Pris 
sur le fait, il fut condamné à tenir prison "jusqu'après le départ 
du dernier vaisseau qui partira cette année de la rade de cette 
ville, avec défense de récidiver sur peine de la hard." Son com- 
plice, Louis Henry dit le Parisien, fut condamné aux galères 
pour neuf ans. (2) 

Jacques Elie eut une fin tragique. 

Continuellement en butte aux attaques des habitants de 
Québec qui les poursuivaient dans les rues en les traitant de 
boureiix et de boiirelle, Jacques Elie et sa femme se décidèrent 
à fuir dans la Nouvelle- Angleterre. Le nommé Nicolas, panis 
de nation, s'engagea à les conduire en canot jusqu'au lac Cham- 
plain pour une somme de cent cinquante livres et un habit com- 
plet. 

Jacques Elie, sa femme et leurs deux enfants s'embar- 
quèrent donc nuitamment avec leur petit bagage, dans le canot 
du panis Nicolas. Huit jours plus tard, sur les bords de la 
rivière Duchesne, Nicolas, pour s'emparer du peu de bien des 
fugitifs, tuait Elie et un de ses enfants et blessait mortellement 
sa femme et son autre enfant. (3) 



(1) Jugements et Délibérations du Conseil Souverain, vol. V, p. 192. 

(2) On conserve aux Archives de la province de Québec le procès criminel instruit 
contre Jean Elie et Louis-Henry dit le Parisien pour vol à l'Hôtel-Dieu de Québec. 

(3) Aux Archives de la province de Québec on conserve une pièce intitulée Procé- 
dure criminelle contre Nicolas, panis de nation, pour avoir assassiné Jacques Elie, maître 
des hautes œuvres, sa femme et ses deux enfants. 



— 8 — 

Le successeur de Jacques Elle fut un autre gibier de potence, 
Pierre Rattier. Il accepta la charge de bourreau, à condition 
d'être déchargé des condamnations portées contre lui par la 
Prévôté de Québec le 10 juillet 1705 pour vol. (1) Rattier était 
le fils de Jean Rattier dit Dubuisson, qui avait été bourreau de 
1680 à 1705. Tel père, tel fils, peut-on dire ici avec raison. 

Pierre Rattier exerça la charge de maître des hautes œuvres 
pendant plusieurs années. La chronique, toutefois, a été assez 
injuste à son égard puisqu'elle ne nous a laissé aucun renseigne- 
ment sur sa carrière. Nous ignorons même s'il décéda à Québec. 

Le 30 octobre 1726, MM. de Beauharnois et Dupuy écri- 
vaient au ministre : 

"Nous ajouterons à ces demandes les nôtres particulière- 
ment: celle de nous envoyer de la jeunesse qui ne soit point 
dangereuse dans la colonie et autant que cela sera possible des 
enfants trouvés, par les raisons que nous avons eu l'honneur 
de vous toucher ailleurs. 

"D'y envoyer quelques ouvriers de différents talents pour 
préparer les cuirs, quelques couteliers. 

"De plus, un exécuteur des hautes œuvres et de lui assigner 
ici assez de gages pour qu'il puisse se passer de ce qu'ils ont en 
France. Cet homme est si nécessaire dans le pays que quand 
il en faut venir à punir des malfaiteurs, on est embarrassé du 
parti qu'on a à prendre à cause du transport qu'il faut faire 
en France du criminel, ce qui opère presque, toujours l'impunité; 
les méchants sentent cet embarras où l'on est à ce sujet et en 
sont plus hardis à commettre le crime par l'espérance de l'impu- 
nité." (2) 

Le 20 octobre 1727, MM. de Beauharnois et Dupuy écri- 
vaient encore au ministre: 

"Mais un homme absolument nécessaire est un exécuteur. 
Le manque qu'on en a ici porte les libertins à se licencier et 
pour aller au-devant de leur assurance à faire le mal, il faut 
user d'une rigueur et d'une sévérité qui quelquefois indispose 
les peuples contre ceux qui sont chargés de la mettre en 
œuvre. (3) 



(1) Jugements el Délibérations du Conseil Souverain, vol. VI, p. 74. 

(2) Archives de la province de Québec, troisième série, cahier IX, f. 412. 

(3) Archives du Canada, Correspondance générale. 



— 9 — 

Le 18 mai 1728, le président du Conseil de Marine, écrivant 
à MM. de Beauharnois et Dupuy, se montrait surpris d'apprendre 
que M. Dupuy n'avait pu trouver un exécuteur des hautes 
œuvres dans la colonie. Il leur donnait ordre d'acheter un nègre 
aux Iles pour faire cette fonction. (1) 

Le 1er octobre 1728. MM. de Beauharnois et d'Aigremont 
écrivaient au ministre : 

"Nous avons receu la liste des trente particuliers destinés 
par ordre du Roi à passer en cette colonie, laquelle était jointe 
à la lettre que vous nous avez fait l'honneur de nous écrire le 
27 mai dernier. Il n'en a été remis que 29 à terre, en étant mort 
un dans le voyage. 

"Le nommé Gilles Lenoir qui en est du nombre a accepté 
l'employ de bourreau. Le Sr de Beauharnois a fait mcorporer 
les 3 braconniers et les cinq jeunes gens de famille que vous 
marqués pouvoir estre incorporés dans les troupes, le nommé 
Jean Rouleau qui fait partie de ces cinq l'a esté dans la com- 
pagnie de Beaujeu, conformément à vos intentions; nous veille- 
rons soigneusement à la conduite des uns et des autres et. nous 
empêcherons autant que nous le pourrons qu'ils ne sortent point 
de la colonie, nous avons déjà eu l'honneur de vous représenter 
l'année d""*" que ce n'était pas une chose fort aisée." (2) 

Le 28 octobre 1729, MM. de Beauharnois et Hocquart 
donnaient des nouvelles du bourreau Lenoir au ministre: 

"Le nommé Gilles Lenoir, m'" des hautes œuvres, est un 
si mauvais sujet, si furieux dans le vin et d'une conduitte si 
désordonnée que l'on est obligé actuellement de le tenir toutte 
l'année en prison, d'ailleurs il est imbécile. Nous vous supplions, 
Monseigneur, de trouver bon que nous le renvoyions l'année 
prochaine; un nègre conviendrait mieux pour ce service que 
tout autre, et vous pourriez donner vos ordres pour en faire 
acheter un à la Martinique qui serait envoyé en ce pays-cy."(3) 

L'année suivante, il était encore question du bourreau. Le 
15 octobre 1730, MM. de Beauharnois et Hocquart écrivaient 
au ministre: 

"Le nommé Gilles Lenoir qui a esté cy devant envoyé pour 
exécuteur, est un homme atteint de frénésie, si adonné à l'hyvro- 
gnerie, et si furieux dans le vin, qu'il n'a pas été possible avec 



(1) Rapport concernant les archives canadiennes pour Vannée 1904, p. 98. 

(2) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 50. 

(3) Archives du Canada, série F-51, p. 43. 



— 10 — 

les châtiments les plus sévères de l'obliger à faire son devoir 
d'exécuteur dans les occasions qui se sont présentées et dont 
le S' lieutenant-général de la Prévôté a dressé son procez verbal 
cy joint, cet homme ne pouvant être qu'une charge au Roy, 
nous avons pris le parti de le renvoyer en France. Il passe sur 
le vaisseau du Roy. C'est un malheureux à enfermer et nous 
en donnons avis à M. de Beauharnois à Rochefort. On a été 
dans la nécessité d'employer le nommé Guillaume Langlois à 
la place du d. Lenoir, un nègre conviendrait mieux en ce pays 
cy que tout aaure." (1) 

Quelques jours plus tard, le 25 octobre 1730, MM. de Beau- 
harnois et Hocquart écrivaient encore au ministre: 

"Nous vous avons rendu compte que nous renvoyons en France 
le nommé Gilles Le Noir, M*" des hautes œuvres, auquel le 
nommé Guillaume Langlois a esté substitué et qui ne vaut pas 
mieux que luy. Il est nécessaire qu'il y ait ici un homme capable 
de cet emploi. Le nommé Langlois est vieux, débile, et très 
sujet au vin. C'est tout ce qu'il a pu faire que d'efhgier les trois 
criminels qui se sont évadez. Nous vous en écrivons sur le 
compte que Mr. de La Corne vient de nous en rendre. L'on ne 
manque point en France de gens de ce métier et il en faudrait 
icy un bon." (2) 

Le 12 octobre 1731, nouvelle mention du bourreau dans 
une lettre de MM. de Beauharnois et Hocquart au ministre: 

"M. Hocquart a, suivant vos intentions, pris les mesures 
nécessaires pour avoir un nègre de la Martinique pour servir 
d'exécuteur à la place de Gilles Lenoir que nous avons envoyé 
en France l'année dernière; et il fera payer cette dépense parle 
Domaine." (3) 

Le nègre en question arriva quelques mois plus tard. Il 
se nommait Malgein. Ce nègre fut traité avec grande con- 
sidération par les autorités de la colonie. Il était si difficile de 
se procurer un bourreau! Comme Malgein s'ennuyait beaucoup 
à Québec à cause de son isolement, on fit venir une négresse qu'il 
épousa. 

En décembre 1740, les nommés François Morisset, Nicolas 
Content dit Lafranchise et Elisabeth Content, femme d'Antoine 



(1) Archives du Canada, série F-52, p. 66. 

(2) Archives du Canada, série F-52, p. 115. 

(3) Archives du Canada, série F-53, p. 64. 



— 11 — 

Marchand, s'étant rendus coupables d'un vol au détriment de 
Malgein, ils furent condamnés à être appliqués au carcan dans 
la place publique de la basse ville l'espace de deux heures avec 
chacun un écriteau devant et derrière portant les mots Vagabonds, 
gens sans aveu et ?nenant une vie scandaleuse. De plus, ils furent 
bannis du gouvernement de Québec pour trois ans. C'est 
Malgein lui-même qui exécuta cette sentence sur ceux qui 
l'avaient volé. 

Le nègre Malgein mourut dans les derniers mois de 1743. 

Le 30 mars 1744, le président du Conseil de Marine donnait 
ordre à l'intendant de remplacer par un blanc le défunt bourreau 
nègre Malgein. Il conseillait en même temps de vendre, au 
prix qu'elle avait coûté, la négresse qui avait été envoyée pour 
ce nègre. (1) 

Le successeur de Malgein fut un nommé Sainfront. Nous 
avons très peu de renseignements sur la carrière de ce bourreau. 

Sainfront mourut subitement dans la maison du sieur Marsal 
le 28 décembre 1750. Le procès- verbal du lieutenant général 
de la Prévôté pour constater la mort du bourreau dressé le même 
jour a été conservé. Enregistrons-le ici: 

"L'an mil sept cent cinquante le vingt-huit décembre 
quatre heures de relevée, nous François Daine, coner du Roy, 
lieut-gnal de la prevosté accompagné du procureur du Roy et 
du greffier en icelle et assisté de l'huissier Thibault nous sommes 
transportés en conform. de notre ordce de ce jour en la maison du 
sieur Marsal à l'effet de dresser procès- verbal et faire faire la 
visite du nommé Saint front exécuteur trouvé mort en la ditte 
maison où estant aurions fait dépouiller le dit Saint front et 
ensuitte fait visitter par le S. Soupiran chirurgien en cette ville 
lequel nous aurait dit et déclaré après l'avoir visité que le dit 
Saintfront est décédé de sa propre mort ainsi qu'il appert par son 
raport cy-joint, avons ensuitte fait fouiller dans les poches tant 
de la veste que de culottes dudit Saintfront dans lesquelles il ne 
fut rien trouvé, et sur le réquisitoire du d. procureur du Roy à 
ce que le cadavre soit enterré, nous ordonnons que le d. cadavre 
sera inhumé en la manière accoutumée. Dont et du tout nous 
avons dressé le présent procès- verbal les jour et an susdits. 



(1) Rapport concernant les archives canadiennes pour l'année 1905, vol. 1er, p. 25. 



— 12 — 

Et a le d. s. Soupiran signé ainsi que le d. Thiboult-Daine- 
Boisseau-Hiché-Soupiran." (1) 

Voilà ce que nous trouvons sur les bourreaux officiels de la 
Nouvelle-France. En relisant avec attention la correspondance 
des gouverneurs et des intendants avec le ministre, on devrait 
glaner bien d'autres renseignements sur ces personnages plus ou 
moins intéressants mais qui ne faisaient pas moins partie de la 
machine judiciaire sous le régime français. 

P.-G. R. 



LE DOCTEUR COTÉ, PATRIOTE DE 1837-1838 

On nous a demandé, récemment, si le fameux docteur Côté 
qui fut membre de l'association des Fils de la Liberté, en 1837, et 
qui, après la rébellion, s'enfuit aux Etats-Unis, d'où il nous revint 
apostat, n'était pas un Anglais du nom de Coate? 

Telle n'est pas la vérité, nous assure M. F.-U. Lavallée qui, 
depuis quelques années, s'occupe de dresser la généalogie com 
plète des familles Côté au Canada. 

Et voici les notes qu'il nous fournit sur ce "papineautiste". 
Cyrille-Hector-Octave Côté, fils de Charles-Claude Côté et de 
Rose Duhamel, reçut le baptême, le 1er septembre 1809, à Notre- 
Dame-de-Québec. 

Après des études au collège de Montréal, il suivit les cours 
de la faculté de médecine de l'université de Vermont, où il obtint 
le titre de docteur, en 1831. Revenu au Canada pour exercer sa 
profession, il s'établit à Napierville. Elu député du comté de 
l'Acadie, le 22 novembre 1834, il paraît avoir conservé son siège 
jusqu'au mois de mars 1838. Obligé de s'exiler, comme tant d'au- 
tres, parce qu'il avait pris part à l'insurrection, le docteur Côté 
alla habiter Plattsburg, état de New- York. 

En 1844, cinq ans avant l'amnistie générale, on le retrouve 
au Canada et, le 28 août, à Saint-Pie, il abandonne la religion de 
ses pères. Peu après il devient pasteur protestant. Son nou- 
veau rôle ne dura pas longtemps, car le 4 octobre 1850, le médecin- 
ministre était inhumé à la Grande-Ligne. 

Il avait épousé une demoiselle Marguerite Jobson. 

E.-Z. Massicotte 



(1) Archives de la province de Québec. 



— 13 — 
L'ORIGINE LITTERAIRE D'UN CHANT DE BUCHERONS 

Au cours d'une étude sur le canot d'écorce et les voyageurs 
d'antan {Bnlletin des Recherches Historiques, vol. XXVIII, p. 
154), j'ai publié une chanson du terroir sur le canot cher à nos 
pères. Cette "curieuse production du terroir" m'avait été 
chantée par Joseph Rousselle, natif de Kamouraska, qui fut 
tour à tour marin et bûcheron et qui a fourni aux collections de 
la Société du folklore canadien, une couple de cents pièces, la 
plupart intéressantes. La chanson du canot d'écorce lui avait 
été enseignée à la baie Géorgienne, vers 1897, par un bûcheron 
illettré, originaire du comté de Joliette. 

A divers indices, j'entretenais l'idée que cette pièce devait 
avoir été composée par quelqu'un qui connaissait la versification. 
Et je m'arrêtai de ci, de là, à parcourir les œuvres de nos poètes 
dans l'espoir de trouver quelque chose. Ma constance a été 
récompensée. J'ai, enfin, la version originale et son auteur est 
un des princes de notre littérature nationale, le très distingué 
abbé H.-R. Casgrain. Sa poésie sur le canot d'écorce figure dans 
les œuvres complètes de l'écrivain, mais la meilleure et la plus 
longue version existe dans une plaquette rarissime, tirée à 
cinquante exemplaires seulement, et qui a pour titre Les miettes. 
Pour permettre au lecteur de constater comment les chants 
se déforment lorsqu'ils se transmettent oralement, je reproduis 
ci-dessous le texte du poète, tel qu'il le signa, le 1er juin 1869. 

1 

Assis dans mon canot d'écorce 

Prompt comme la flèche ou le vent, 

Seul, je brave toute la force 

Des rapides du Saint-Laurent. 
2 

C'est mon compagnon de voyage; 
Et quand la clarté du jour fuit. 
Je le renverse sur la plage; 
C'est ma cabane pour la nuit. 

3 
Ses flancs sont faits d'écorces fines 
Que je prends sur le bouleau blanc; 
Les coutures sont de racines. 
Et les avirons de bois franc. 



- 14 — 

4 

Sur les rapides je le lance 
Parmi l'écume et les bouillons; 
Si vite il bondit et s'avance 
Qu'il ne laisse pas de sillons. 

5 

Près de mon ombre son image 
Toujours m'apparaît sur les eaux; 
Et quand il faut faire portage, 
Je le transporte sur mon dos. 

6 

Le laboureur a sa charrue, 

Le chasseur, son fusil, son chien, 

L'aigle a ses ongles et sa vue; 

Moi, mon canot, c'est tout mon bien. 

7 

Mon existence est vagabonde: 
Je suis le Juif-Errant des eaux; 
Mais en jouissances elle abonde; 
Les villages sont des tombeaux. 

8 

J'ai parcouru toutes les plages 
Des grands lacs et du Saint-Laurent; 
Je connais leurs tribus sauvages 
Et leur langage différent. 

9 

J'ai vu plus d'un guerrier farouche 
Scalper ses prisonniers mourants 
Et du bûcher l'ardente couche 
Consumer leurs membres sanglants. 

10 

J'étais enfa'nt quand la flottille 
Des Montagnes vint m'enlever. 
Je ne verrai plus ma famille; 
Ma mère est morte à me pleurer. 



- 15 



11 



Quand viendra mon dernier voyage, 
Si je ne meurs au fond du flot, 
Sur ma tombe, près du rivage, 
Vous renverserez mon canot. 

En comparant la pièce ci-dessus avec celle que nous a léguée 
la tradition, on voit que les chanteurs populaires ont mis de côté 
les quatrains 5, 7, 9 et 10 et que dans les sept autres, ils ont 
modifié ou remplacé les vocables qui ne font pas partie du langage 
ordinaire. 

Le méticuleux abbé Casgrain eût-il été flatté d'apprendre 
que ses strophes avaient été jugées dignes de prendre rang dans le 
répertoire des bûcherons? 

E.-Z. Massicotte 



PRISQUE BELANGER. PIONNIER DE SAINT- VALLIER 

Ce pionnier de Saint-Vallier, auquel ses descendants ont eu 
l'heureuse inspiration d'ériger un monument, est un ancien 
paroissien de Saint-Laurent, île d'Orléans. 

Son mariage, avec l'arrière petite-fille du premier ancêtre 
de la famille Gosselin, lui valut même l'honneur de compter parmi 
les notables de cette paroisse. En effet, grâce à la dot de sa 
femme, il était devenu propriétaire de la moitié ouest de la terre 
que cette famille occupe depuis 250 ans. 

Ces faits, — parfaitement exacts, — je les ai notés dans mes 
Figures d'hier et d'au jour dlmi à travers Saint-Laurent, page 70, 
deuxième volume. 

Seulement, il est inexact d'écrire que Prisque Bélanger soit né 
et soit retourné à la Baie Saint-Paul en quittant Saint-Laurent. 
Il est né au Château-Richer et est allé se fixer définitivement 
à Saint-Vallier, après avoir cédé une moitié de sa terre à la 
famille Maranda, et l'autre moitié à la famille Gosselin qui, 
depuis longtemps, est rentrée en possession de la première moitié. 

Cette rectification pourra être utilisée par ceux qui ont mon 
ouvrage en mains. 

Chanoine D. Gosselin. 



— 16 — 
VIEILLES MODES 

Au tableau de Huot, représentant une séance mémorable 
de notre premier parlement canadien, tous les membres de 
la Chambre d'Assemblée portent perruque de magistrat et 
costume de gentilhomme. L'artiste, dit-on, a donné un soin 
scrupuleux à la couleur locale, et il n'y aurait pas lieu d'émettre 
un doute sur l'exactitude du détail. Le curieux, qui est un 
enfant questionneur, demande alors si cette mise d'apparat 
fut longtemps de rigueur ou d'usage chez nos députés bas-cana- 
diens. 

Quant aux braves paysans que furent nos ariière-grands- 
pères, la tradition rapporte qu'ils n'usaient généralement de la 
perruque que pour atténuer les malheurs de la calvitie et que, 
d'un cordon dont la mémoire est presque perdue, ils nouaient 
leurs cheveux par derrière. Le dernier tenant de la couette 
probablement, mort à Kamouraska en 1856, à l'âge avancé de 
quatre-vingt-quinze ans, ne s'est jamais servi que d'une lanière 
de peau d'anguille. On pense bien que le cordon du bourgeois 
était de provenance plus distinguée. Le costume était de fabri- 
cation domestique, car la femme forte des campagnes savait de 
la laine et du lin faire des étoffes moelleuses, souples et hygiéni- 
ques, dont Salomon ferait encore l'éloge. On assure pourtant 
qu'on tranchait quelquefois du gentilhomme, quand on en avait 
les moyens. Un chapeau haut de forme, le typique chapeau de 
castor, remplaçait la tuque qui avait pour rivale, en hiver, l'ample 
bonnet de fourrure. Le faux-col montant, la large cravate de 
soie, le gilet de satin, la redingote de drap fin, la culotte de droguet 
voire même de velours, le bas bien collant sur le mollet, le soulier 
français étaient presque indispensables à la toilette de cérémonie. 
A distance, c'est presque le député de 1792. Vanité des vanités! 
On vit même des mollets postiches arrondir parfois le grêle de 
la jambe, mais ne reprochons pas cette mode à nos pères: elle 
était si innocente, celle-là. De ce costume, on n'abusait pas; 
il était traité avec un soin qui le gardait longtemps neuf. 

Pourquoi nos mascarades populaires ont-elles souvent 
caricaturé l'ancien habitant canadien? Des illustrations dont 
crurent s'orner des catalogues et des brochures agricoles pour se 
donner du mordant n'ont pas fait meilleure part à ses fils. Le 
paysan du Saint-Laurent, même en ses habits de travail, ne fut 
pourtant jamais paysan du Danube. Desbras 



— 17 — 

LE PREMIER LAVANDIE R DE L'EGLISE PAROISSIALE 

DE QUEBEC 

L'église dont il est question ici est celle qui remplaça Notre- 
Dame de Recouvrance bâtie par Champlain et incendiée le 14 
juin 1640. 

La première pierre de cette église fut posée le 24 septembre 
1647 et la première messe y fut dite par le Père Vimont le 24 
décembre 1650. Les offices réguliers n'y furent toutefois inau- 
gurés que le 31 mars 1657. Cette église fut l'embryon de la 
basilique de Québec incendiée dans les derniers jours de décem- 
bre 1922. 

Le document suivant n'a pas une grande importance histo- 
rique. Il montre tout de même les précautions dont nos pères 
entouraient leurs transactions puisqu'on prenait la peine d'en- 
gager par acte devant notaire le lavandier d'une église qui ne 
comptait pas même cent paroissiens. Il faut avouer aussi que 
les actes notariés, à cette époque, n'étaient pas d'un prix très 
élevé. 

"Pardevant Guillaume Audouart, secrétaire du Conseil 
estably par le Roy à Québec, notaire en la Nouvelle-France, 
et tesmoins soubsignés furent présents le R.P. Joseph Poncet, 
curé de l'église parochiale de Québec, et Mrs les marguilliers 
d'icelle lesquels ont estably Charles Guillebourg lavandier de la 
dite paroisse pour blanchir tout le linge de la dite paroisse à la 
lexive ou au savon que l'église luy fournira ainsy qu'il ingéra 
estre plus convenable pour la netteté et conssrvation du dit 
linge autant de fois qu'il sera nécessaire pour le service de l'église, 
et auparavant le refaire et recoudre s'il estait rompu ou descouzu, 
l'entretenir en son entier autant qu'il pourra estre refaict; mais 
non pas en faire de nouveau, que s'il y avait tant à refaire que la 
besoigne fut fort notable il en fera partie qui luy seront payées 
à part : et s'oblige la dite église à préférer le dit Guillebourg à tous 
autres en cas d'égalité de marché, comme pareillement s'oblige 
le dit Guillebourg de préférer le service de la dite église à toute 
autre besoigne ou marché de blanchissage car a esté ainsy accordé. 
Promettant, etc., obligeant, etc., renonçant, etc. Fait et passé 
en l'estude du notaire à Québec ce 22me jour du moys d'avril 
mil six cens cinquante sept en présence de Mrs Jean LeVas- 
seur, menuisier de la dite église, Jean Gloria et tesmoins sous- 
signés avec les parties et a le Sr Couillard marger déclaré ne 



— 18 — 

scavoir escrire ny signer de ce interpellé selon l'ordonnance 
comme aussi le dit Guilbour. 

JOSEFH PONCET Jh. 

juchereau 

Gloria 

Levasseur ( ?) 

Poirier 

Latour 

Audouart 

L'église paroissiale de Québec ne put jouir longtemps des 
bons services du lavandier Guillebourg puisqu'il mourut moins 
d'un an plus tard, le 12 février 1658. 

Guillebourg, que Mgr Tanguay, dans son Dictionnaire généa- 
logique (vol. I, p. 291) appelle Guillebout, était originaire de 
Tourouvre, au Perche. Il était à Québec depuis au moins 1647. 
Il laissa deux filles. 



QUESTIONS 



Dans la Vie de Mgr Plessis du savant abbé Ferland, je lis les 
lignes suivantes attribuées à Herman-Witsius Ryland : "J'en 
viens maintenant au clergé papiste de cette province. Je l'appelle 
papiste pour le distinguer du clergé de l'église établie, et afin d'ex- 
primer combien je méprise et je hais une religion qui ravale l'es- 
prit humain, et qui entraîne une espèce de malédiction sur les 
pays où elle prévaut. Voilà mon opinion; aussi j'ai depuis long- 
temps posé en principe qu'il faut miner graduellement l'autorité 
et l'influence des prêtres catholiques romains, par tous les moyens 
que la prudence peut suggérer. C'est là le grand, le principal 
objet qu'un gouverneur doit avoir en vue. ... ; conduisons habi- 
lement les choses, et nous aurons réussi avant que dix ans se soient 
écoulés." 

Pourriez-vous me dire où je trouverais le texte anglais de 
cette lettre ou de ce billet du fameux fanatique Ryland. Je suis 
presque tenté de dire: "Je veux voir avant de croire." 

R. B. 

Joseph Campau ou Campeau qui s'établit au Détroit sous le 
régime français y a joué un certain rôle. Ce Campeau a-t-il laissé 
des descendants ? 

L. R. 
Quelle est la plus vieille maison de Québec ? 

X. Y. Z. 



- 19 — 
EXPLOITS PEDESTRES EN CANADA 

On a dit et redit que nos pères, au temps de la Nouvelle- 
France, "ne songeaient ni aux peines ni aux misères du voyage" ; 
qu'ils partaient pour aller très loin à pied, "d'un cœur aussi gai, 
d'une allure aussi leste que s'il se fût agi de se rendre à l'habi- 
tation voisine." 

Pour illustrer ce propos, nous cueillons dans nos notes 
quelques exemples qui nous ont paru assez typiques. On y verra 
par la même occasion que nous n'avons pas dégénéré, car plusieurs 
de nos compatriotes des temps actuels sont encore capables de 
prouesses pédestres dont nos pères auraient été fiers. 

* 

* * 

Vous savez peut-être, que vers 1770, il n'y avait qu'un collège 
dans le Bas-Canada, et qu'il était à Québec. Or, de quelle façon 
les écoliers de la région de Montréal se rendaient-ils dans la 
vieille capitale au commencement de l'année scolaire et comment 
en revenaient-ils, pour goûter les vacances dans leurs familles ? . . . 
Ecoutons notre excellent historien, Ferland, nous décrire un de 
ces voyages d'étudiants: 

"Réunis dans la chapelle du Séminaire, les voyageurs 
saluaient, par un cantique, la protectrice des pèlerins; puis la 
bande joyeuse défilait; elle poussait un cri d'adieu au milieu de 
la grande cour et comme une volée d'outardes, se dirigeait vers 
l'ouest, qui pour elle renfermait la terre promise. 

"Avec six semaines de vacances à l'horizon, un léger paquet 
sur les épaules et un cœur bondissant de plaisir, le jeune étudiant 
marchait lestement, tantôt au refrain de quelque chanson popu- 
laire, tantôt au milieu des gais propos et des rires bruyants de ses 
compagnons. \'ers le milieu du jour on s'arrêtait sur le bord 
d'un ruisseau, ou au pied de quelque orme séculaire; les sacs se 
vidaient et les provisions étalées sur l'herbe disparaissaient rapi- 
dement devant l'appétit des voyageurs. Le soir, on frappait à 
la porte d'une de ces blanches maisons qui bordent le grand 
chemin depuis Québec à Montréal; le costume des Séminaristes 
procurait partout un accueil favorable et une bienveillante hospi- 
talité. La grande chambre était mise à la disposition de mes- 
sieurs les écoliers; pour eux, le feu pétillait plus ardent dans la 
cheminée, la nappe la plus blanche était étendue sur la table et 
les omelettes les plus rebondies se succédaient dans la poêle. 



— 20 — 

"C'était dans la grange, sur le foin nouveau, que les voyageurs 
allaient se reposer des fatigues de la journée; avec l'air frais en 
abondance, ils dormaient plus à l'aise et n'avaient pas à redouter 
de visiteurs incommodes. 

"Au soleil levant, tousétaient sur pied; lorsque après un bon 
déjeuner le trésorier de la bande offrait à la maîtresse du logis 
de payer les dépenses causées par lui-même et ses compagnons, 
il était arrêté par un refus que suivait une invitation de ne pas 
oublier la maison quand ils descendraient." 

Durant la guerre de l'indépendance américaine, le service 
des postes fut interrompu entre l'Angleterre et les Etats-Unis. 
Pour faire parvenir des lettres à Londres, il fallut les faire passer 
par Québec et Halifax; mais il n'y avait aucun chemin entre ces 
deux villes. On dut recourir aux marcheurs. D'entre ceux-ci, 
rappelons l'exploit du courrier Durant, qui fit alors le trajet de 
Québec à Halifax à pied. Quittant Québec le 11 janvier 1784, 
il atteignit Halifax le 29 février et revint à son point de départ 
le 24 avril. Le voyage coûta 191 louis et rapporta 75 louis en 
frais de port. 

* * 
Plus tard un autre Canadien fit encore mieux. Au mois de 
novembre de l'année 1815, J.-B. Lagimodière était chargé, à 
Winnipeg, de porter un message important à lord Selkirk, à 
Montréal. La distance entre les deux villes était de 1,800 milles 
et le courrier la parcourut à pied. Le 6 janvier 1816, Lagimodière 
était à Montréal, et remettait au destinataire les papiers qu'on 
lui avait confiés. 

* * 

Cueillons une autre anecdote, dans V Histoire de Boucher ville 
du R. P. Lalande. 

"Le père de l'abbé Joachim Primeau, ancien curé de Bou- 
cherville, demeurait à Châteauguay vers 1860. Quand la saison 
du flottage des bois de chantier était venue, il partait chaque 
matin, se rendait au "Bassin" aux premières lueurs du jour, des- 
cendait le sault Saint-Louis, sur les trains de bois, maniant comme 
pas un sa lourde rame; puis lorsque tous les autres "voyageurs" 
prenaient les omnibus, à Hochelaga, pour revenir à Lachine, 
lui partait seul, à pied, afin d'épargner jusqu'au dernier les 50 
sous de son salaire. Il traversait le fleuve avec les sauvages de 



— 21 — 

Caughnawaga et de là reprenait "sa course" jusqu'à Châteauguay 
où il arrivait à 9 h. du soir. Le lendemain, à 3 heures du matin, 
il était prêt à recommencer la même besogne. . ." 

* 
* * 

Veut-on un exploit contemporain ? En 1907, le R. P. Frs- 
Xavier Fafard, un Oblat, partit du Fort Albany, près de la Baie 
d'Hudson, et il se rendit à Témiscamingue Nord, en raquettes, 
soit une distance d'environ 500 milles. Le Père Fafard était 
accompagné de deux guides sauvages et de trois courriers pos- 
taux. Voici comment il explique sa manière de voyager qui est 
celle des Sauvages. 

"Petites étapes et repos fréquents. Le lever a iieu à 5 
heures. On prend une tasse de thé chaud, du lard et des galettes 
puis on se met en marche. A 9 h. nouveau déjeuner et nouvelle 
marche. Il se prend ainsi cinq ou six repas par jour, suivis 
d'autant de marches. La journée finit vers 4 h. et demie de 
l'après-midi. On procède alors à établir un campement pour la 
nuit. . . On couche à la belle étoile, dans un trou sur un lit de 
branches et bien enveloppés. . . On s'habitue très vite à ce régime 
qui est très hygiénique." 

Le Père Fafard ajoutait qu'il n'avait pas attrapé le moindre 
rhume, la moindre indigestion, le moindre mal de tête de tout le 
trajet. 

E.-Z. Massicotte 

QUESTIONS 

Dans son livre L'abbé Gabriel Richard, feu M. N.-E. Dionne 
attribue à son héros l'honneur d'avoir fondé le premier journal 
de langue française aux Etats-Unis en 1809. Un journal exclusi- 
vement de langue française n'a-t-il pas été publié à Boston bien 
avant 1809? 

Canada. 

En parcourant les registres de l'état civil, sous le régime fran- 
çais, surtout ceux de Québec et de Montréal, on constate qu'il y 
avait alors une différence entre le simple marchand et le marchand 
bourgeois. Certains actes donnent à des individus la qualité de 
marchand bourgeois; d'autres disent marchand, tout simplement. 
Que voulait dire le qualificatif marchand bourgeois sous le régime 
français ? 

A. B. C. 



— 22 — 
UN PRETRE CHAMPION DU PATIN A QUEBEC EN 1852 

L'abbé Hubert Girroir décédait le 25 janvier 1884, en son 
presbytère du Havre-de-Grâce, Nouvelle-Ecosse. 

"Un saint prêtre, un grand patriote, vient de mourir, écri- 
vait le sénateur Pascal Poirier au lendemain de la mort du curé 
Girroir. Les Acadiens de la Nouvelle-Ecosse, en perdant l'abbé 
Girroir, ont véritablement perdu leur père, car cet homme de bien, 
pendant les trente ans de sa vie sacerdotale, a été le plus ferme 
soutien de leur nationalité." 

Le souvenir de M. l'abbé Girroir est encore vivace dans 
l'ancienne Acadie. Dans bien des foyers on conserve le portrait 
de ce saint prêtre et de ce grand patriote. 

L'abbé Girroir avait fait ses études théologiques au grand- 
séminaire de Québec et avait exercé le ministère pendant quelques 
mois à Notre-Dame-de-Lévis avant de se livrer aux dures missions 
de la Nouvelle-Ecosse. 

Nous laissons à M. le sénateur Poirier la responsabilité de 
l'anecdote suivante. Nous n'avons osé en demander la confirma- 
tion au savant archiviste du séminaire de Québec, Mgr Amédée 
Gosselin. Les archivistes détruisent si vite quelquefois, à l'aide 
d'un texte brutal, les légendes les plus plausibles! 

"M. l'abbé Girroir, écrit M. Poirier, se faisait remarquer par 
sa force physique et son extrême agilité. Pendant le carnaval 
de 1852 — M. Girroir était alors ecclésiastique — un patineur 
américain, soi-disant champion du continent, vint à Québec 
et lança, par l'entremise des journaux, un défi à tous les patineurs 
du Canada pour un enjeu de vingt-cinq louis. 

"Personne n'osait relever le gant. 

"Un ami de M. Girroir lui apporta, un matin, la gazette dans 
laquelle s'étalait le défi de notre gascon américain. 

" — Tu es un excellent patineur, lui dit-il, situ acceptais le 
défi? 

" — Au fait, reprît M. Girroir, j'en ai grande envie. 

''Une demi-heure après il frappait à la porte du directeur du 
Séminaire. 

" — M. le directeur, dit-il, voulez- vous me permettre de pati- 
ner contre cet américain qui se dit le champion du continent? 

"Quelque extravagant que parût ce dessein, le directeur, qui 
connaissait la grande agilité de M. Girroir sur les patins, et qui, 



— 23 — 

au reste, le savait incapable d'une résolution inconsidérée, le 
référa à l'archevêque, Mgr Signai. 

"Celui-ci, en entendant l'étrange proposition de son "Aca- 
dien" comme il appelait M. Girroir, éclata de rire, et lui demanda 
s'il perdait la tête. 

" — Vous n'y pensez pas, dit-il, et votre soutane? 

" — Je la relèverai. 

" — Mais où trouverez- vous vingt-cinq louis. . .à perdre? 

" — J'ai cette somme en banque. Monseigneur, et, d'ailleurs, 
je ne perdrai pas. 

" — Et si vous gagnez que ferez- vous de tout cet argent ? 

" — J'ai mon idée là-dessus, répondit en rougissant le jeune 
ecclésiastique. 

" — Pourrait-on savoir au moins quelle est cette idée, reprit 
l'archevêque, un peu piqué, et surtout étonné de l'étrange persis- 
tance de son "Acadien". 

" — Je donnerai cet argent aux pauvres. Monseigneur. 

" — L'archevêque réfléchit quelque temps, puis il dit à M. 
Girroir: C'est bien, allez: mais c'est une sottise que vous faites. 

"Quelques heures après cet entretien, qu'un témoin de toute 
l'affaire m'a raconté, et que je ne fais que transcrire, un ami 
de M. Girroir allait trouver le champion patineur pour lui annon- 
cer que son pari était accepté, et que les vingt-cinq louis étaient 
déposés entre les mains de la tierce personne désignée. Il ajou- 
tait que c'était le désir de son ami que le tournoi eût lieu sans 
bruit, et sans annonce dans les journaux. 

"Le lendemain, les deux patineurs se trouvaient en présence 
dans le Skating Rink, de Québec, accompagnés des trois juges 
du tournoi et d'un petit nombre de curieux, parmi lesquels on 
remarquait quelques ecclésiastiques. 

"L'Américain attacha à ses pieds une superbe paire de patins, 
et, se lançant sur la glace polie comme un miroir, il exécuta 
quelques tours de force qui démontraient sa grande agilité dans 
ce genre d'exercice. M. Girroir, après avoir retroussé sa soutane 
sous sa redingote comme il l'avait promis à Mgr Signai, entra 
dans la patinoire avec des patins du pays, battus à la forge, et 
assujettis à ses pieds au moyen de bouts de bitords, qui n'étaient 
rien moins qu'élégants. 

"L'Américain sourit superbement en apercevant ce costume. 

" — Quel est votre nom ? dit-il à son concurrent, en s'avan- 
çant vers lui et en s'inclinant avec politesse. 



— 24 — 

" — Hubert Girroir, monsieur. Et vous, me ferez- vous le 
plaisir de me dire comment vous vous nommez ? 

'' — Mon nom est Albumazar, répondit l'Américain, qui avait, 
on ne sait pourquoi, substitué ce nom arabe à son nom propre, 
que personne à Québec n'a jamais su. 

"Aussitôt M. Girroir écrivit sur la glace, en lettres élégam- 
ment contournées et parfaitement lisibles: A-1-b-u-m-a-z-a-r. 

" — Faites-en autant de mon nom, dit-iï en s'adressant au 
champion patineur de l'Amérique. 

"Celui-ci détacha lentement ses patins et, après avoir pré- 
senté la main à M. Girroir, il dit aux juges du tournoi: — Donnez 
les cinquante louis à ce gentleman. 

"Ce fut un événement au séminaire de Québec." 

LES DISPARUS 

Léon Famelart — Né à Paris, il vint au Canada vers 1888 
et s'occupa de théâtre puis de journalisme. Mort à Laval-des- 
Rapides, île Jésus, le 16 octobre 1918. 

Charles Savary — Né à Coutances, département de la Man- 
che, France, le 21 septembre 1845, il était fils de P.-F.-F. Savary 
et de Charlotte-Eliane Quénault. Docteur en droit, député, 
écrivain, sous-secrétaire d'Etat, il fut ruiné par la faillite de la 
banque de Lyon et de la Loire. C'est alors qu'il s'expatria au 
Canada, où il exerça la profession de journaliste. Ses écrits 
parus en ce pays ont été réunis en un volume intitulé Feuilles 
volantes. M. Savary mourut à Ottawa, le 9 septembre 1889. 

Louis-Auguste Perron — Né à Paris, le 16 janvier 1844. Il 
fit la campagne de 1870, puis se livra à l'étude de l'aéronautique. 
En 1884, il fonda à Paris le Journal d' aérostation, dont l'existence 
fut éphémère. M. Perron quitta alors la France à destination du 
Canada. Pendant cinq ans, après 1890, il fut attaché à la rédac- 
tion du Samedi. Lors de son décès, survenu le 2 octobre 1916, il 
était de la société Assehn et Perron, architectes. E.-Z. M. 

QUESTION 

Y avait-il une porte Saint-Nicolas à Québec sous le régime 
français ? Dans un procès-verbal du député grand voyer Gena- 
ple du 28 juillet 1696, je lis: "sur la réquisition d'Adrien Legris 
dit Lepine pour l'alignement de la maison qu'il veut faire élever 
sur son emplacement rue St-Nicolas du côté droit descendant à 
la porte de la ville du même nom." Où se trouvait cette porte 
Saint-Nicolas à Québec ? XXX. 



— 25 — 

LE MONUMENT AU LIEUTENANT HENRY-EDWARD 
BAINES, AU CIMETIERE MOUNT-HERMON, A 

QUEBEC 

Le 14 octobre 1866, le feu détruisait complètement la partie 
du faubourg Saint-Roch, à Québec, épargnée lors du désastreux 
incendie de 1845, et tout le faubourg Saint-Sauveur, avec son 
église, son couvent et son école de Frères. Près de 3000 maisons 
furent détruites et plus de 15,000 personnes se trouvèrent sans asile. 

Au cours de cet incendie, le lieutenant Henry-Edward Hai- 
nes, de l'Artillerie Royale, se préparait avec ses braves compa- 
gnons d'armes à faire sauter une maison au coin des rues Saint- 
Anselme et Prince-Edouard, lorsque la poudre prit feu avant le 
temps, et le jeune officier, lancé à une hauteur de trente pieds, 
retomba avec les décombres de la maison. Relevé grièvement 
blessé, le lieutenant Raines fut transporté à l'Hôpital-Général 
où il succomba, le 27 octobre, au tétanos après d'horribles souf- 
frances qu'il supporta avec une patience inaltérable. 

Le 29 octobre 1866, M. Joseph Cauchon, maire de Québec, 
lançait la proclamation suivante: 

"J'invite les citoyens de Québec à assister aux funérailles 
du lieutenant Haines, de l'Artillerie. Cet acte extraordinaire 
de ma part est justifié par les circonstances extraordinaires qui 
ont présidé à la mort de ce noble et infortuné jeune homme. 
Il a donné sa vie pour sauver nos propriétés, et puisque nous ne 
pouvons faire plus pour lui, montrons-lui au moins notre recon- 
naissance et nos vifs regrets en conduisant à leur dernière demeure 
ses restes mortels". 

Les funérailles du lieutenant Haines, qui eurent lieu le 31 
octobre 1866, furent une véritable apothéose. Le cortège funè- 
bre se composait de toutes les troupes de la garnison, des milices 
de la ville, des juges, du maire Cauchon et de tous les membres 
du conseil, des membres du barreau, des ministres protestants, 
etc., etc. Plusieurs prêtres suivirent le corps jusqu'à la cathédrale 
anglicane. Après une courte cérémonie, présidée par les Révé- 
rends MM. Housman, Innés et Woolrich, la procession se remit 
en marche pour le cimetière Mount-Hermon où eut lieu l'inhu- 
mation. 

Le 3 novembre 1866, avait lieu une assemblée des citoyens 
de Québec pour élever un monument sur la tombe du lieutenant 
Haines. On décida de prélever des souscriptions pour cet objet. 



— 26 — 

En peu de temps une somme de $850 fut recueillie par le 
comité. 

Après avoir mis de côté la somme nécessaire pour payer 
le monument qu'on voulait éîever à l'endroit même où reposait 
le jeune héros, le comité, par l'entremise du maire Cauchon, 
fit transmettre à la mère du lieutenant Baines, en Angleterre, 
un certain montant, avec prière de faire placer dans l'église de 
Brixton, une pierre tumulaire qui redirait pendant longtemps 
encore le nom' de son fils et le souvenir de son action si belle et 
si digne. (1) 

C'est dans l'été de 1867 que le monument dû à la reconnais- 
sance des citoyens de Québec fut placé sur la tombe du lieute- 
nant Baines au cimetière Mount-Hermon. 

Ce monument de style égyptien est un obélisque de dix- 
huit pieds de hauteur placé sur une base de quatre pieds et dix 
pouces. L'obélisque, dû au ciseau du sculpteur québécois F. 
Morgan, est de belle exécution. Il porte l'inscription suivante: 

ERECTED BY THE CITIZENS OF QUEBEC 

TO PRESERVE THE MEMORY 

AND TO RECORD THEIR GRATITUDE FOR THE 

GALLANT SERVICES CF 

LIEUT. HENRY-EDMUND BAINES, 

ROYAL ARTILLERY, 

WHOSE DEATH WAS OCCASIONED BY HIS NOBLE 

EFFORTS TO ARREST THE PROGRESS 

OF THE CALAMITOUS PIRE 
WHICH, ON THE 14th OCT. 1866, 
DESTROYED A LARGE PORTION OF THE CITY. 
BORN AT SHREWSBURY, ENGLAND, APRIL 4, 1840. 
DIED AT QUEBEC OCT. 27, 1866. 

Au-dessus de l'épitaphe on a gravé de façon très artistique 
les armes de l'Artillerie Royale avec, dans un cartouche, la devise 
du régiment du lieutenant Baines: Quo fas et gloria ducunt.(2) 



(1) Madame Baines s'occupa sans retard de faire exécuter ce projet et, peu après, 
elle apprenait au maire de Québec, que leo intentions de ses concitoyens étaient réalisées. 
Les religieuses de l'Hôpital-Général conservent précieusement un dessin du monument 
érigé dans l'église de Brixton. Il leur fut envoyé par madame Baines elle-même. 

(2) Dans l'ouvrage Monseigneur de Saint-Vallier et l'Hôpital-Général de Québec 
(pp. 61 et seq) on trouvera d'intéressants détails sur les derniers moments du lieutenant 
Baines et les relations qui s'établirent ensuite entre les religieuses de l'Hôpital-Général 
et la mère du jeune héros. 



— 27 — 
REPONSES 

Un projet de loterie pour la cathédrale de Québec 

(VI, p. 128)— L'historien Garneau, parlant de la cathédrale de 
Québec, dit que vers 1768 ou 1769 le Conseil exécutif de la 
Province songea à s'emparer de la cathédrale catholique de Qué- 
bec pour la faire servir au culte protestant. 

'*I1 fut question, écrit-il, de créer une grande loterie de dix 
mille billets d'une valeur totale de vingt mille livres sterling, pour 
rebâtir la cathédrale incendiée durant le siège. Afin d'intéresser 
dans cette entreprise les lords de la trésorerie, l'archevêque de 
Cantorbery, l'évêque de Londres et la Société Biblique, on leur 
envoya un projet qui annonçait assez clairement le dessein de 
s'emparer des biens religieux des Canadiens." 

Rien de nouveau sous le soleil! Si les membres du Conseil 
exécutif de la Province croyaient faire une grosse découverte en 
suggérant de reconstruire la cathédrale à l'aide d'une loterie, ils 
se trompaient grossièrement. Près d'un demi-siècle avant eux, 
un humble chanoine du chapitre de Québec avait songé à une 
loterie pour rebâtir la cathédrale de Québec. Le chanoine 
Hazeur de L'Orme, envoyé en mission en France par ses confrères 
du chapitre de Québec, leur écrivait de Paris, le 8 juin 1723: 

'Ue pourrais aussi proposer, l'année prochaine, en cour, la 
nécessité qu'il y a de bâtir une cathédrale autre que celle qui est 
actuellement. Il faut, pour en venir à bout, que Mgr de Québec, 
conjointement avec MM. les gouverneur et intendant, demande 
à la cour de nous aider. Or, comme la cour n'est pas fort pressée 
de débourser de l'argent, il faudrait seulement lui demander la 
permission de faire deux ou trois loteries dans Paris. Nous 
pourrions par là réussir. L'église de St-Sulpice de Paris ne se 
bâtit que par ce moyen. Voyez comme cela se fait: l'on propose 
une loterie, par exemple pour St-Sulpice, les billets sont de un 
franc, chacun prend ses billets au lieu marqué pour cela; et 
quand la loterie est remplie, c'est-à-dire qu'il y a des billets 
pour cent ou deux cent mille livres, l'on commence sur la somme 
totale par payer tous les frais de la loterie. Ensuite l'on prend 
sur chaque cent mille francs quinze mille livres pour l'église 
St-Sulpice, et du reste de l'argent l'on en fait des lots de 100, 200, 
500 plus ou moins, que l'on tire dans un jour marqué, suivant 
que le sort en décide, comme l'on a coutume de faire dans les 
loteries ordinaires. L'on pourrait en Canada introduire cet 



— 28 — 

usage; c'est une fureur à Paris pour ces sortes de loteries, c'est à 
qui y mettra. Il y a des mois à St-Sulpice qui von't jusqu'à 
deux cent mille livres de fonds." 

Les chanoines de Québec ne goûtèrent guère le moyen suggéré 
par M. Hazeur de L'Orme. Ils lui répondirent: 

"Pour ce qui regarde la construction d'une nouvelle cathé- 
drale, nous en trouvons le dessein aussi beau que les moyens 
de l'exécuter nous paraissent difficiles. L'expédient que vous 
nous proposez n'est propre que pour la France, car que faire en 
un pays où il y a si peu d'argent et où d'ailleurs ceux qui ont le 
maniement des affaires sont entièrement opposés aux loteries 
dont vous nous parlez. Si les messieurs du Séminaire voulaient 
nous aider en cette affaire et se charger avec nous du soin de for- 
mer ces loteries, pour lors on pourrait compter voir quelque chose 
et espérer un heureux résultat; sans cela nous n'y croyons point." 

Comme on le voit le projet des membres du Conseil exécutif 
n'émettait rien de nouveau. Leur suggestion n'était qu'une 
seconde édition de l'idée du chanoine Hazeur de L'Orme'. 

MM. Bégon et Rocbert (XVIII, p. 273)— A propos de la 
très intéressante note fournie par M. Fauteux sur MM. Rocbert 
et Bégon, j'aurais un mot à dire. Le dernier alinéa de M. Fau- 
teux commence ainsi: "Quant à M. Bégon, compagnon de M. 
Rocbert, ce ne peut être que notre dixième intendant, Michel 
Bégon." Ce cas échéant, mon étude publiée en 1903 par la 
Société Royale indique erronément la date du décès de l'intendant. 
Cette date, je l'avoue, n'est pas exacte, puisque l'intendant est 
mort le 18 janvier 1747. (1) Depuis la publication de mon 
travail sur les intendants de la Nouvelle-France, j'ai pu recueillir 
quelques notes ci et là, sur ces divers personnages, et j'espère 
bien, un jour ou l'autre, reprendre mes Intendants. En atten- 
dant, je vais fournir à M. Fauteux l'information que je possède 
sur ce M. Bégon de 1753. C'est le fils de notre intendant, un 
autre Michel, le cinquième du nom, baptisé ici à Québec le 22 
février 1717. Il n'avait passé que neuf ans — ses premiers — dans 
la Nouvelle-France, mais comme ce sont les souvenirs d'enfance 
qui sont toujours les plus doux, il n'y aurait rien de surprenant 
qu'il se soit exprimé plutôt en faveur du Canada que de Rochefort. 
Ce Michel Bégon, fils de notre intendant, filleul du gouverneur 
de Vaudreuil, fut conseiller au Parlement de Metz et commissaire 



(1) Lafillard. Alphabet, et Jal. Didlonnairr, p. 169. 



— 29 — 

de la Marine à Dunkerque du 1er novembre 1756 au 1er novem- 
bre 1761, alors qu'il prit sa retraite avec une pension de 1200 
livres. 

M. Rocbert, compagnon de M. Bégon, qui est-il ? S'il est 
permis de supposer — tout en calculant — je serais plutôt porté à 
croire à un compagnon plus jeune qu'Etienne nommé par M. 
Fauteux. Si la trace d'Etienne Rocbert, né en 1668, se perd après 
1737, elle se retrouve en 1749, tel qu'il appert par l'un des Inven- 
taires de M. Pierre-Georges Roy sur les Archives de Québec. 
Vous verrez par la 43e liasse de ces archives qu'Etienne, en 1749, 
y est qualifié ancien garde-magasin à Montréal. Il se trouvait 
à ce moment octogénaire. Les siens étant ici, se serait-il déplacé 
à 81 ans pour aller demeurer en France ? Pensons bien qu'un 
voyage outre-mer en 1753 devait être affaire sérieuse pour un 
vieillard. C'est pourquoi j'opinerais pour un Rocbert plus jeune. 

Régis Roy 

Le vrai nom des Hurons (XXVIII, p. 354) — Le nom de 
Hiiron qui a prévalu dans l'histoire n'est pas le nom indigène 
de ce peuple. Il leur a été donné par les premiers Français, 
"à cause de leurs cheveux droits comme des soies de sanglier, 
sur le milieu de la tête, ce qu'on appelle en français une/zwr^." 
(Bressani, p. 71). 

Les historiens leur ont donné différents noms. Champlain, 
qui les avait appelés d'abord Ochatégiiins, adopta ensuite le nom 
d'Attigouantans, nom de la tribu de ce peuple au milieu de laquelle 
il aborda lorsqu'il visita son pays. Leur vrai nom sauvage, 
d'après le Père Jérôme Lalemant, est Onendat. C'est ainsi que 
les appelle aussi le Frère Sagard. Les écrivains anglais et améri- 
cains en ont fait Wyandots ou Yandois (Idem). 

Mgr LiNDSAY (1) 

Jean-François Bourdon de Dombourg (XXVIII, p. 243) — 
Je vois dans V Histoire de la paroisse de Dompierre-siir-Mer , près 
LaRochelle, par l'abbé Henri Chouinard, un mien cousin retrouvé 
en France, une liste des seigneurs de Dompierre. 

Voici : 

1637 — Germain Girard, sieur de la Pinaudière. 

1649 — Jehan BouUay, marchand, de Nantes. 

1689-1714 — Jean-François Bourdon, écuyer, seigneur d'Om- 
bourg (Dombourg) et de la Pinaudière. 



(1) Notre-Dame-de-Lorette en la Nouvelle-France, p. 308. 



— 30 — 

1728 — François Bourdon, fils du précédent: Jeanne Jannier, 
veuve du sieur Simon-Pierre Denys, écuyer, seigneur de Bonaven- 
ture, demeurant à LaRochelle, tutrice et curatrice de son petit- 
fils. 

Le François Bourdon mentionné ici est certainement celui 
dont il est question dans la note de M. Régis Roy. Pour s'en 
convaincre on n'a qu'à consulter le Dictionnaire généalogique de 
Mgr Tanguay (vol. 1er, p. 181), où on voit que Simon-Pierre 
Denys de Bonaventure, veuf de Geneviève Couillard, épouse 
Jeanne Jannière, veuve de Dombourg. E.-P. Chouinard, Ptre. 

The Death of the Great Wolfe par West (V, p. 63)— 
Le peintre américain Benjamin West était relativement un incon- 
nu lorsqu'il s'avisa de créer The Death of the Great Wolfe. 
Cette peinture lui donna du coup la célébrité. La lithographie 
ne tarda pas à populariser son œuvre et aujourd'hui la gravure 
du célèbre tableau se trouve à peu près chez tous les collection- 
neurs de choses canadiennes. 

Peut-on qualifier l'œuvre de West de peinture historique? 

Non. 

Les principaux personnages groupés par West autour du 
héros anglais sont Monckton, le docteur Adair, le capitaine 
Hervey Smith, le major Barré, le colonel Williamson, le colonel 
Napier, etc., etc. 

M. A. -G. Doughty, dans son ouvrage The Siège of Québec 
and the Plains of Abraham, a noté que la plupart de ces person- 
nages ne pouvaient entourer Wolfe mourant pour l'excellente 
raison qu'ils n'étaient pas même à Québec ou dans ses environs 
le 13 septembre 1759. 

Une lettre publiée dans la Literary Gazette, de Londres, le 
11 décembre 1847, par la fille du général John Haie, qui avait été 
le compagnon d'armes de Wolfe, jette un jour très curieux et fort 
peu édifiant sur l'honnêteté historique du peintre West. 

Mademoiselle Haie écrivait: 

"I hâve read the copy of your letter to my nephew, George 
Grote, M. P., (the historian), and as I am now left the eldest 
member of the Haie family, being sister of the late Mrs Lewin, 
whose daughter Mr. Grote married, I cannot but thank you 
for the faithful history of the late General John Haie. With 
regard to my father being aide-de-camp to General Wolfe, I 
think you are incorrect, for Wolfe's words were, after receiving 
his mortal wound: "I am aware it is the aide-de-camp's privilège 



— 31 — 

to carry the despatches home; but I beg as a favor to request 
that my old friend, Colonel Haie, may hâve the honour." Also, 
General Hale's portrait is not inserted in that fine print of Wolfe's 
death and why ? Becaiise he would not give the printer the sum 
of £100, ivhich he demanded as the price of placing on a pièce of paper 
whal his oivn country kneiv so ver y well, viz: that he {General Haïe) 
fought in the hottest of the battle of Québec, whether the printer thought 
fit to record it or not.'' 

Le fils du général John Haie mentionné ici, l'honorable John 
Haie, décéda receveur général du Canada, à Québec, le 25 décem- 
bre 1838. Le fils de ce dernier, Jeffrey Haïe, fut le fondateur 
de l'hôpital Jeffrey Haie, de Québec. 

Le port de l'épée et les conseillers au Conseil Souverain 

(XX VH, p. 59) — Dans son Histoire de la colonie française en 
Canada (vol. 1er, p. X), M. l'abbé Paillon explique pourquoi 
les conseillers au Conseil Souverain portaient l'épée. 

"On sait, dit-il, que les membres du Conseil de Québec, contre 
l'usage des autres cours souveraines du royaume, siégeaient avec 
l'épée au côté, au lieu d'être revêtus de la robe de justice. Quel- 
ques écrivains, voulant expliquer la singularité de cette coutume, 
n'ont pas craint de la donner, de leur chef, comme une preuve 
frappante de l'esprit martial des conseillers, assurant même qu'ils 
se ceignaient ainsi de l'épée pour être toujours prêts à voler à 
l'ennemi. Ijs n'auraient pas imaginé ce motif, s'ils avaient mieux 
étudié l'histoire canadienne, attendu que les conseillers, qui 
n'étaient guère hommes d'épée, n'ont jamais été dans cette pra- 
tique habituelle qu'ils leur attribuent de voler ainsi au combat. 
La raison de cet usage fut simplement la difficulté où étaient 
les conseillers de faire les frais des robes de justice, à cause de 
leur peu de fortune et de la modicité des appointements que 
le roi leur donnait, chacun d'eux ne recevant que trois cents francs 
de pension annuelle, à l'exception du premier des sept conseillers, 
qui en touchait six cents; et enfin, pour cette raison, ils offraient 
de se pourvoir eux-mêmes de la robe noire, si le roi voulait leur 
faire don de la rouge: ce qu'ils ne purent obtenir." 

Notre intendant Bigot était-il un Bigot de la Motte ? 

(XXVIII, p. 306) — M. Fauteux a fait part aux lecteurs du 
Bulletin des Recherches Historiques d'une note relevée dans 
V Histoire de la marine sous Louis XV, de M. LaCour-Gayet, sur 
un marin français. Bigot, de Bordeaux, "fils", y est-il dit, "d'un 



— 32 — 

conseiller au parlement de Bordeaux, petit-fils de M. Lambert, 
inspecteur général de la marine à Bordeaux, frère de M. Bigot 
de la Motte, intendant du Canada, parent du marquis de 
Puysieulx, le secrétaire d'Etat des affaires étrangères." 

Nos Bigot étaient parents des Lombard de Bordeaux et non 
Lambert, qui doit être une faute de l'imprimeur ou du copiste. 
Notre intendant n'était pas un Bigot de la Motte, que je sache. 
Il se peut que lui ou sa famille ait eu une terre ou un fief ainsi 
nommé, mais je crois que M. LaCour confond une famille Bigot 
de la Motte établie en Bretagne, et originaire du Berry, avec 
les Bigot, de Bordeaux. 

La famille Bigot de la Motte compte parmi les siens le Père 
Toussaint de St-Luc, auteur de mémoire sur la noblesse de Bre- 
tagne en 1691, et un lieutenant général des armées navales, mort 
en 1781. Armes : De sable à trois têtes de léopard d'or. (Courcy, 
Armoriai de Bretagne, vol. 1, p. 66). 

Le frère de l'intendant Bigot a été lieutenant de vaisseau, 
probablement pas plus. La triste renommée de François lui 
nuisait. M. J.-E. Roy {Rapport des Archives, 1911, p. 882) dit 
avec raison: "La famille est en disgrâce et doit porter la peine 
du condamné. On le voit bien au ton de la lettre que le ministre 
écrit à madame Bigot, le 27 août 1764, lorsqu'elle implore pour 
son beau-frère, ou encore dans la réponse qu'il fait à M. de 
Puysieulx qui lui a recommandé le lieutenant de vaisseau Bigot, 
frère de l'intendant (21 déc. 1764)." On peut se demander 
après cela quel rôle aurait pu jouer dans son temps ce lieutenant 
de vaisseau subissant la disgrâce de son frère. M. LaCour ne 
mêle-t-il pas ici le parent du commissaire Bigot de la Motte, qui 
parvint au haut grade de lieutenant général des armées navales ? 

Les armes de François Bigot, intendant en Canada, étaient : 
"d'azur, à un chevron d'or, accompagné en chef de trois étoiles 
mal ordonnées, du même, et, en pointe d'une grenade d'argent." 
(Massicotte et Roy, Armoriai du Canada). En 1789, mourut en 
Saintonge un M. Pierre de Bigot, seigneur de Baulon, portant 
des armes semblables, à l'exception de la grenade, qui était d'or. 
Il était évidemment de la même maison. M. Bigot de Baulon, 
marié à Marie-Jeanne de Blois, de Roussillon, eut un fils et une 
fille: Joseph, ofîficier, tué en Espagne pendant les guerres de 
l'Empire, et Charlotte, mariée en 1807 à M. de Bremond d'Ars; 
morte en 1858, la dernière de son nom. {La noblesse de Sain- 
tonge en 1789, p. 21). . RÉGIS Roy 



I3UI.I^I:TIiN 

DES 



RECHERCHES HISTORIQUES 



VOL. XXIX QIEBBC— FEVRIER 1923 No 2 

LE LIEU DE NAISSANCE DE FAUCHER DE 
SAINT-MAURICE 

Dans les Hotnmes du jour, M. Louis-H. Taché a écrit: 

"Il y a sur les bords du Saint-Laurent, à quelques lieues en 
bas de Québec, un endroit charmant, véritable nid d'arbres 
et de fleurs, dont le nom est aussi joli que le site en est bien choisi. 
Le fleuve étend aux pieds de Beaumont sa large nappe verdâtre 
par delà laquelle les Laurentides ferment l'horizon. Une popu- 
lation saine et vigoureuse y conserve religieusement les vieilles 
habitudes françaises, et nul endroit n'était plus digne d'être le 
berceau de l'homme distingué que nous étudions dans cette 
biographie. M. Faucher de Saint-Maurice naquit donc à 
Beaumont, le 18 avril 1844. . ." 

M. Taché n'est pas le seul à faire naître le délicieux conteur 
Faucher de Saint-Maurice dans la vieille paroisse de Beaumont. 
Ouvrez n'importe quel dictionnaire de biographies canadiennes 
et vous y verrez qu'on donne également Beaumont comme le 
berceau de Faucher de Saint-Maurice. D'ailleurs, celui-ci, 
dans plusieurs de ses chroniques, nous laisse entendre que Beau- 
mont était sa paroisse natale. 

Faucher de Saint-Maurice était-il né à Beaumont ? 

Non. 

Les registres de Notre-Dame-de-Québec, à la date du 19 avril 
1844, nous donnent la preuve que Faucher de Saint-Maurice 
était un fils de la vieille cité de Champlain. 



— 34- 

Lisez plutôt : 

"Le dix-neuf avril mil huit cent quarante-quatre, nouSr 
prêtre soussigné, avons baptisé Narcisse- Henri- Edouard né la 
veille, du légitime mariage de Narcisse-Constantin Faucher, 
Ecuier, avocat, et de dame Catherine-Henriette Mercier, de 
cette ville. Le parrain a été Edouard-Joseph DeBlois, Ecuier, 
et la marraine dame Marie- Louise Bégin, veuve de Louis-Abra- 
ham Lagueux, Ecuier, qui, avec le père, et l'honorable René- 
Edouard Caron, maire de Québec et orateur du Conseil législatif 
de cette Province, et plusieurs amis ont signé avec nous. 

Marie-Louise-B. Lagueux 
M.-JosEPHiNE-D. Caron 
LucE-E.-M. DeBlois 
Ed.-J. DeBlois 
Charlotte Tache 
Ed.-R. Caron 
Narcisse-C. Faucher 

F.-H. Belisle, Ptre". 

Nous pouvons même, sans crainte de nous tromper, indiquer 
la maison où naquit Faucher de Saint-Maurice. 

Comment expliquer, alors, que la plupart des biographes se 
soient ainsi trompés sur le lieu de naissance de Faucher de Saint- 
Maurice ? 

Avec des qualités qui lui firent des centaines d'amis, Fau- 
cher de Saint-Maurice avait une manie qui ne faisait de tort 
à personne: c'était de se croire descendant des croisés. Son père, 
avocat et grand connétable du district de Québec, avait acheté 
la petite seigneurie de Vincennes située dans la paroisse de 
Beaumont. Or, c'est Faucher de Saint-Maurice qui mystifia 
lui-même les biographes en leur faisant croire qu'il était né dans 
le manoir de Vincennes. C'est le 28 octobre 1847 que M. 
Narcisse-Constantin Faucher, avocat, père de Faucher de Saint- 
Maurice, acheta le fief et seigneurie de Vincennes de Etienne- 
Féréol Roy, colonel des milices de Sa Majesté. Une des clauses 
de l'acte de vente reçu par le notaire DeFoy, portait que le ven- 
deur se réservait la jouissance jusqu'à sa mort de " la maison 
seigneuriale et de la grange la plus proche d'icelle, ainsi que du 

hangar, pigeonnière, deux petites bâtisses et laiteries " Le 

seigneur Roy décéda dans son manoir le 22 novembre 1852. II 
s'ensuit que M. Faucher père ne prit possession de la maison sei- 



— 35 — 

gneuriale qu'à la fin de l'année 1852. Faucher de Saint-Mau- 
rice avait donc huit ans bien comptés lors de la prise de posses- 
sion du manoir de Vincennes. 

* 

* * 

On nous a souvent demandé si Faucher tenait de ses ancêtres 
son flamboyant nom ou surnom de Saint-Maurice. 

Dans une conférence donnée à l'université Laval, en 1912, 
sir François Lemieux disait : 

"J'ai connu d'estimables gens qui se sont éteints dans la 
paix du Seigneur, après une longue vie, pendant laquelle ils 
s'étaient contentés de porter, tout court, le nom honorable de 
Faucher. 

"Mais ce nom ne suffisait pas à la manie et à la gloire de 
notre héros. Aussi, sans rectification au préalable des registres 
de l'état civil, dans lesquels on lui avait donné l'appellation de 
Narcisse-Henri-Edouard Faucher, il fit suivre ce nom de la 
particule nobiliaire de — avec l'addition Saint-Maurice, ce qui 
faisait Faucher de Saint-Maurice, nom qui contribuait à lui 
donner un vernis de noblesse et un air de descendant direct 
des Croisés ou de seigneur en possession de grands fiefs et d'im- 
menses terres! 

"Je sais bien que ce nom d'emprunt valut à son auteur quel- 
ques quolibets et a un peu amusé la malignité des cercles et aussi 
des salons, mais, je le demande, est-ce que la postérité n'aimera 
pas mieux connaître notre personnage sous son beau et grand nom 
de Faucher de Saint-Maurice?" 

Le premier ancêtre de Faucher de Saint-Maurice qui passa 
dans la Nouvelle-France se nommait Léonard Faucher. À son 
mariage à Québec, le 15 octobre 1669, on le nomme Léonard 
Faucher dit Saint-Maurice, fils de Barthélemi Faucher et de 
Sybille Briant, de la paroisse de Saint-Maurice, éyêché de Limoges. 

Bon nombre de descendants de Léonard Faucher portèrent 
le nom de Faucher dit Saint-Maurice. Il était facile pour Fau- 
cher de remplacer dit par de, et c'est ce qu'il fit avec une maestria 
superbe. P r R 

QUESTION 

Quelle est la plus vieille maison de Québec ? 

X. Y. Z. 



— 36 — 

PIERRE GADOIS, PREMIER CONCESSIONNAIRE DE 
TERRE A MONTREAL 

La commission des Parcs nationaux du Canada, section des 
sites historiques, projetant de placer une plaque pour rappeler 
le nom du premier Français qui reçut une terre à Montréal, nous 
avons extrait des archives de la métropole, divers renseignements 
sur le colon dont on veut perpétuer la mémoire ainsi que sur le 
morceau de terre qui lui fut concédé. 

Et voici ce que nous apprennent les papiers anciens, mais fort 
bien conservés, des premiers temps de la métropole canadienne. 

De retour à Ville-Marie, à l'été de 1647, après un assez long 
séjour en France, M. de Maisonneuve apportait enfin l'ordre de 
commencer effectivement l'organisation de la nouvelle colonie 
dont il avait charge, car pour une cause ou pjour une autre, Ville- 
Marie, depuis 1642, n'avait fait que vivoter entre les quatre 
murailles du petit fort qui était érigé sur la pointe à laquelle 
M. de Callières devait plus tard laisser son nom. 

Avec l'année 1648, M. de Maisonneuve instaura un tribunal, 
nomma un greffier, un procureur fiscal, un notaire, un huissier, 
donnant à un même individu, deux ou trois fonctions, puis com- 
mença la distribution des terres à ceux qu'il jugeait dignes et 
capables de cultiver. 

Bien entendu, il n'y eut aucune précipitation; ce n'était ni 
une Californie, ni un Klondyke, ni un Cobalt qu'on offrait à la 
convoitise. Aussi n'y eut-il que sept colons au plus qui deman- 
dèrent des terres et sur ces sept, trois seulement reçurent leurs 
contrats sans tarder. Les autres durent attendre l'exécution 
de certaines conditions. 

D'entre ces vaillants qui voulaient tirer du sol la subsis- 
tance de leur famille, le premier fut Pierre Gadois et pour cela, 
l'abbé Dollier de Casson, lui a décerné le titre honorable de 
"premier habitant de Montréal". 

Le choix s'explique. Pierre Gadois était un colon précieux. 
Agé de 54 ans, établi à Québec depuis 1636, avec femme et enfants, 
M. de Maisonneuve l'avait accueilli, sans aucun doute, parce 
qu'il pouvait lui être très utile, à raison de son long séjour en la 
Nouvelle-France et des connaissances de toutes sortes qu'il avait 
amassées. Son contrat de concession date du 4 janvier 1648, 
M. de Maisonneuve le rédigea lui-même avec solennité, comme 
on en jugera par ce début: 



— 37 — 

"Nous Paul de Chomedey, escuyer, sieur de Maisonneuve, 
gouverneur de l'isle de Montréal et terres qui en despendent, 
soubsigné suyvant les ordres que nous avons reçus de Messieurs 
les Associés pour la conversion des Sauvages de la Nouvelle- 
France en la ditte Isle à ceux lesquels auroient affection de s'y 
establir et y faire leur demeure ordinaire afin par ce moyen de 
procurer l'estendu de la foy dans le pays, suyvant la prière qui 
nous a été faitte par Pierre Gadoys." etc. 

Le gouverneur passe ensuite à la description de la terre avec 
toute la minutie qu'il apporte dans le moindre de ses actes. Nous 
ne soumettons pas tout ce texte au lecteur, il nous suffira de noter 
que la terre accordée à Pierre Gadois mesurait 20 perches ou 360 
pieds de front par 200 perches, ou 3600 pieds de profondeur, soit 
40 arpents en superficie. 

En étudiant le terrier de Montréal et en comparant les plans 
de diverses époques, nous arrivons à localiser cette terre comme 
suit: commençant à 40 pieds au nord de la rue vSaint-Paul, elle 
s'étendrait en profondeur jusqu'à la rue Ontario ouest ou Ber- 
thelet. A l'est, elle serait bornée par le milieu de la rue Saint- 
Pierre puis par le milieu de la rue Bleury. A l'ouest, par une 
ligne partant de l'encoignure nord des rues McGill et Saint-Paul 
et se prolongeant jusqu'à la dite rue Ontario ouest. 

Après le décès du pionnier, son bien-fonds passa à ses enfants, 
mais comme la population augmentait, que la ville s'agrandissait, 
la terre fut morcelée rapidement. Et pour énumérer seulement 
ceux qui en ont possédé des parties, de plus en plus menues, 
jusqu'à nos jours, il faudrait un volume. 

Rappelons l'histoire d'un coin de cette terre. 

En 1692 et après, les Récollets en acquirent une tranche 
importante, au sud de la rue Notre-Dame, entre la rue Saint- 
Pierre et la rue McGill, (alors Sainte-Augustine). Ils y eurent 
monastère et chapelle. Ces édifices devinrent propriété de la 
Fabrique Notre-Dame en 1818. Cinquante ans après, l'immeu- 
ble fut vendu à des marchands anglais qui rasèrent les anciens 
bâtiments et les remplacèrent par de spacieux magasins. 

Sur la terre que Pierre Gadois laboura à la pioche s'élèvent, 
en notre siècle, d'innombrables constructions. En bas, trônent 
le grand négoce et la finance, plus loin ont surgi des gratte-ciels, 
un collège, une église et des habitations. En 1648, le colon obtint 
son lopin de terre pour quelques sous, maintenant il vaut des 
millions. E.-Z. MASSICOTTE 



— 38 — 

LES SOURCES IMPRIMÉES DE L'HISTOIRE DU CANADA 

FRANÇAIS 

Dans la Gazette des familles canadiennes et acadiennes, 
(1869-1877), on trouvera les études historiques suivantes: 

La Mère Marie de l'Incarnation, ursuline (Vol. 1er, 1869- 

1870, pp. 247, 273, 298, 404, 456, 506, 559). 

L'abbé Nicolas Audet (Vol. 1, 1869-1870, p. 323). 

L'abbé Edouard Richard (vol. 11, 1870-1871, p. 368). 

L'honorable E.-H.-J. Duchesnay, (Vol. 11, 1870-1871, p. 
392). 

M. l'abbé Proulx, V. G. (Vol. 11, 1870-1871, p. 465, 489, 538). 

Une femme forte, Henriette Boucher de la Broquerie, veuve 
Charles Taché (Vol. 11, 1870-1871, p. 511). 

Encore une femme forte, Mme Henriette-Euphémie Taché, 
née Casault (Vol. 11, 1870-1871, p. 562). 

Le culte de la bonne sainte Anne au Canada (Vol. 11, 1870- 

1871, pp. 31, 56, 78, 101, 151, 176, 198, 222, 247, 271, 293, 317, 
343, 463, 511). 

Monseigneur Modeste Demers (Vol. 111, 1870-1871, pp. 
83, 107, 160, 180, 203, 227, 251, 277, 298, 323, 346, 370, 393, 416, 
466, 539, 560; vol. IV, 1871-1872, pp. 8, 30, 102, 128). 

Le saint prêtre: M. Charles Bégin (Vol. 111, 1870-1871, 
p. 439). 

Le père de la Société de la Croix, l'abbé Quertier (Vol. 111, 
1870-1871, pp. 487, 515, 535). 

M. l'abbé Routier, curé de St-Joseph-de-Lévis (Vol. IV, 
1872-1873, p. 248. 

M. l'abbé C.-H. Laverdière (Vol. IV, 1872-1873, p. 296). 

Sir Georges Cartier (Vol. IV, 1872-1873, p. 394). 

M. l'abbé Edouard Moore (Vol. IV, 1872-1873, p. 512). 

M. l'abbé Lahaye, curé de Saint- Jean Deschaillons (Vol. V, 
1873-1874, p. 15). 

Lucien Turcotte (Vol. V, 1873-1874, p. 207). 

Une page de notre histoire : Louis Riel (Vol. V, 1873-1874, 
p. 337). 

L'abbé Michel Lemieux (Vol. V, 1873-1874, pp. 360, 374). 

Mgr C.-F. Cazeau (Vol. VII, 1875-1876, p. 48). 

La Mère Marie de l'Incarnation (Vol. VIII, 1876-1877, pp. 
16, 50, 71, 102, 134, 171, 205, 234, 268, 298, 318; vol. IX, 1878, 



— 39 — 

pp. 23, 39, 66, 72, 87, 103, 123, 136, 150, 165, 203, 216, 228, 
251, 263, 274, 287, 299, 309, 323. 

Sœur Ildefonce (Vol. VIII, 1876-1877, p. 281). 

L'honorable Joseph-Octave Beaubien (Vol. VIII, 1876-1877, 
p. 362). P. G. R. 



QUESTIONS 



Hawkins, dans son ouvrage Pictiire of Québec with historical 
recollections, mentionne une curieuse tradition au sujet de l'église 
Notre-Dame des Victoires, à la basse ville de Québec. Je le cite 
dans son texte anglais: "It is said that it contained at that time 
(1759) a picture representing a city in fiâmes, with an inscription 
stating that in the year 1711, when Québec was menaced with 
a siège by Admirai Walker and General Hill, one of the Religieuses 
prognosticated that the Church and the Lower Town would be 
destroyed by the British in a conflagration before the year 1760." 
Hawkins ajoute que la tradition ne semble pas beaucoup appuyée 
et que si l'inscription en question a existé elle a plutôt été mise 
sur la peinture après 1759, c'est-à-dire après l'accomphssement 
de la prophétie. 

Connaissez-vous quelque chose de cette prétendue prophé- 
tie ? Québec 

En 1682, le gouverneur de la Barre, inquiet de la situation du 
pays, convoqua à Québec une assemblée des notables de la colo- 
nie afin de prendre leur avis sur ce qu'il y avait à faire. L'inten- 
dant de Meulles, Mgr de Laval, le gouverneur des Trois-Rivières, 
les membres du Conseil Souverain, les Jésuites, le supérieur du 
séminaire de Montréal, les principaux ofliciers des troupes et 
plusieurs citoyens assistèrent à cette assemblée. Le rapport ou 
procès-verbal de cette réunion de notables fut, dit-on, envoyé au 
Roi. Ce procès- verbal a-t-il été publié ? Existe-il dans nos 
dépôts d'archives à Ottawa ou à Québec ? X. Y. Z. 

Dans son ouvrage Les Frères Mineurs à Québec, 1615-1905, 
le Père Odoric-M. Jouve, O.F.M., écrit qu'en 1824 un ouvrier, 
nivelant la Place d'Armes, à Québec, trouva deux plaques de 
plomb qui avaient été mises, le 14 juillet 1693, dans la première 
pierre du monastère des Récollets élevé à la haute-ville. L'une 
de ces plaques portait le nom de Mgr de Saint- Vallier, l'autre 
celui de Jean Bochart de Champigny, intendant de la Nouvelle- 
France. Ces plaques existent-elles encore ? Où sont-elles con- 
servées ? O. F. M. 



— 40 — 

UNE COMPLAINTE SUR LA MORT DE LA DAUPHINE 

Entre les chants historiques du régime français, que les 
anciens se sont transmis de bouche, celui que l'on entend le moins 
fréquemment de nos jours est la complainte sur la mort de la 
Dauphine. 

Cette pièce, naïve et sentimentale, faisait verser bien des 
larmes jadis. On la répétait avec respect, avec onction même, 
com.me s'il se fût agi d'un cantique. Une rare chance nous a per- 
mis d'en obtenir une version pas trop dénaturée et nous la don- 
nons telle que recueillie : 

I 

Gémissons Français 

Pour partager les regrets 

Du Dauphin charmant, 

Qui est âgé de vingt ans, 

Se voyant délaissé 

Par sa chère moitié. 

Oh! non pour un instant, 

Mais pour une éternité. 

On peut dire assurément. 

Qu'ils s'aimaient tendrement. 
2 

Appuyé sur son lit, 

Ce charmant Dauphin lui dit: 

— Faut-il donc se laisser 

Chère princesse si bien-aimée? 

L'arrosant de ses pleurs 

Lui dit: — Mon tendre cœur, 

Que n'puis-je mourir aujourd'hui 

Pour vous suivre en paradis. 

Car je n'ai plus de plaisir 

Dans ce monde aujourd'hui. 
3 

— Adieu cher mari 

Je vois qu'il me faut mourir, 

Ne vous alarmez pas 

Cher objet de nos amours. 

On a besoin de vous 

O mon très cher époux. 

Mon regret le plus grand 



— 41 — 

C'est d'vous laisser sans enfant 
Qui puisse porter le nom 
Du duc de Bourbon. 

4 
— Adieu cher papa, 
Roi de France, je m'en vas. 
Priez Jésus-Christ 
Qu'il me place en paradis. 
Adieu, frères et sœurs. 
Et princesses et seigneurs. 
Adieu, tous mes amis 
De Versailles et de Madrid, 
Adieu, ma chère maman. 
Que mon cœur aimait tant. 

5 
Le roi voyant son fils 
Le cœur triste et contrit. 
Voulant le consoler 
Mais il ne put s'en empêcher: 
Lui-même il pleurait, 
La reine à ses côtés, 
Ah! qu'ils fondaient en pleurs. 
Aussi bien que ses deux sœurs. 
En disant: — Tout est perdu 
La Dauphine ne vit plus. 

6 
Oh, cruelle mort 
Ne vois-tu pas que tu as tort 
De nous avoir ôté 
Une princesse si bien-aimée, 
Agée de vingt ans. 
Faut-il pour une enfant, 
Ah, ne pouvais-tu pas 
Lui retarder son trépas. 
Car tu nous ôtes aujourd'hui 
L'agrément de la cour. 

La complainte ci-dessus nous a été chantée l'année dernière, 
par Joseph-Albert Richard, mécanicien, né à Montréal en 1850. 
Il l'avait apprise de son père, Louis Richard, né au Cap-Saint- 
Ignace en 1807. Celui-ci la tenait de sa mère. 

E.-Z. Massicotte 



— 42 — 

LETTRE DE DENIS-JOSEPH RUETTE D'AUTEUIL, PRO- 
CUREUR GENERAL DU CONSEIL SOUVERAIN, 
AU MINISTRE SUR SES DIFFICULTES 
AVEC LE GOUVERNEUR DE 
FRONTENAC (10 novem- 
bre 1679) (1) 

Monseigneur, 

J'ai pris la liberté par les premiers vaisseaux de vous mander 
l'état auquel Mr. le Gouverneur avait réduit les affaires et officiers 
du Conseil, et que comme il n'en a pu obtenir ce qu'il désirait, au 
préjudice de la déclaration de Sa Majesté, après quelques com- 
mandements et après m'avoir défendu de parler sur ce que je 
croyais être de l'intérêt du Roy, il m'avait exilé avec les deux 
premiers conseillers, ayant refusé tous les expédiens que j'avais 
proposé dans toutes les séances. Comme je me vois dans l'im- 
possibilité de passer en France pour rendre compte de ma con- 
duite à Sa Majesté, suivant l'ordre de Mr le Gouverneur, dont 
il s'est lui-même relâché à cause de ma maladie qui est augmentée 
notablement; je vous supplie. Monseigneur, de me permettre de le 
faire par celle-ci, et de vous donner connaissance de ce qui s'est 
passé depuis qu'il a plu au Roy envoyer la déclaration de l'année 
1675, par laquelle Sa Majesté règle le rang et la qualité des officiers 
qui composent le Conseil. 

Le Roy, par la dite déclaration, fait connaître ses intentions 
tant sur l'établissement du dit Conseil que sur le nombre et 
qualité des officiers qui le composent, et voulant la dissiplire 
et l'usage du dit Conseil conforme aux Compagnies supérieures 
du Royaume, veut que l'intendant lequel dans l'ordre de la 
déclaration n'a que la troisième place comme président du dit 
Conseil demande les avis, recueille les voix et prononce les arrêts 
et ait au surplus ces mêmes fonctions, et jouisse des mêmes 
avantages que les premiers présidents des cours supérieures. 

M. l'intendant fut porteur de cette déclaration qui fut enre- 
gistrée aussitôt qu'il fût arrivé dans b mois de septembre de la 
dite année 1675, en présence du Mr le gouverneur et avait été 
exécutée sans opposition pendant près de trois ans et demi, 
Mr le gouverneur s'avisa l'année dernière, après le départ des 
vaisseaux, et voulut qu'on le traitât de chef et président du Con- 



(1) M. d'Auteuil décéda à l'Hôtel-Dieu de Québec le 27 novembre 1679. 



— 43 — 

seil, et prétendit même en faire quelques fonctions, se fondant 
sur quelques articles de dépêches qui lui sont adressées pour son 
instruction qui lui donnent ces qualités; en effet, Monseigneur, 
les dites dépêches les marquent, ce qui me fit même hésiter, 
mais considérant que la dépêche qu'il avait reçue du vingt deux 
avril, deux mois avant la dite déclaration, était conçue dans les 
mêmes termes que cellesquilui avaient été envoyées depuis, je me 
laissai aller à la pensée que c'était une continuation de style, et 
que Sa Majesté n'avait pas prétendu par là déroger à sa déclara- 
tion, ainsi il ne me resta aucun doute que je n'en dusse demander 
l'exécution, mais voyant que Monsieur le Gouverneur s'était 
beaucoup engagé, toute mon étude fut de rechercher quelqu'expé- 
dient qui pût accommoder cette affaire. 

Je crus que j'y avais réussi en proposant au Conseil de prier 
Monsieur le gouverneur et Monsieur l'intendant de surseoir leurs 
différends, jusqu'à ce qu'il eut plû au Roy en ordonner, et de ne 
prendre cependant autres qualités que celles de gouverneur et 
d'intendant, ainsi qu'il était plus ordinairement pratiqué depuis 
l'enregistrement de la dite déclaration. Monsieur l'intendant 
continuant les mêmes fonctions au Conseil qu'il avait exercées 
depuis l'enregistrement de la déclaration. 

Le Conseil a suivi ma réquisition, et tout le monde a cru 
qu'on ne pouvait trouver un tempérament plus avantageux pour 
Monsieur le gouverneur et par lequel il put se tirer d'affaire plus 
honnêtement; cependant cet expédient ne lui plut pas, il s'em- 
porta de colère contre les deux conseillers qui lui furent députés 
et après les avoir menacés leur dit qu'il voulait que le Conseil 
s'assemblât le lendemain et qu'il allait envoyer dire à Mr 

l'intendant, lequel avait différé à du Conseil 

sans prétendre préjudicier à la déclaration du Roy, le lendemain 
on s'assembla, et après avoir reproché à la compagnie d'avoir 
manqué à son devoir, et l'avoir ensuite exhorté de faire de nou- 
velles réflexions et de ne le pas obliger d'user de son autorité, lui et 
Mr l'intendant s'étant retirés, le Conseil, sur mes nouvelles 
réquisitions, arrêta que Mr le gouverneur serait derechef prié 
d'accepter que l'arrêt et résultat précédents fussent suivis, et de 
ne vouloir point employer son autorité pour aller au contraire. 

Mr le gouverneur n'agréa pas plus ce second arrêt que le 
premier, et de fait, à la première assemblée il déclara à la com- 
pagnie de la part du Roy, qu'elle eut à le traiter désormais de 
chef et président du Conseil, et ordonna au greffier, au nom du 



— 44 — 

Roy, de lui donner désormais ces qualités soit sur son plumitif, 
soit sur son grand registre dans toutes les intitulations, le Conseil 
ordonna que son dire et celui de Monsieur l'intendant me seraient 
communiqués, ce qui fut arrêté en leur présence, Mr le gouver- 
neur non seulement refusa de sortir bien qu'il l'eut fait aux deux 
précédentes assemblées et que Mr l'intendant le voulut faire, 
mais même il obligea chaque conseiller d'opiner par écrit, et qu'il 
en fut tenu registre. 

Et en cet endroit. Monseigneur, il marqua ses intentions 
et fit voir qu'il voulait faire les fonctions de président, et parce 
qu'il voulut opiner et signer le dernier, à quoi M. l'intendant 
s'opposa toujours; le jour que le Conseil se rassembla, j'apportai 
mes conclusions, et avant que de les faire lire je me joignis à toute 
la compagnie pour supplier Mr le gouverneur de se retirer et 
laisser le Conseil en état d'opiner avec liberté, ce qu'il refusa, 
cela m'obligea à la dernière séance d'emporter mon réquisitoire 
par écrit, pour montrer que je faisais mon devoir, mais cela fut 
inutile, j'en usai de même plusieurs fois et je ne me lassai point 
de demander la liberté des suffrages, et toujours sans succès. 

La raison pour laquelle je témoignai cette sorte de fermeté, 
fut que Monsieur le gouverneur avait déjà prétendu ne devoir 
point se retirer et qu'il ne pouvait être récusé, ce qui obligea le 
Conseil dès le 10 septembre 1674, d'ordonner que Sa Majesté en 
serait informée, et très humblement suppliée de faire savoir si elle 
entendait que son gouverneur et lieutenant général dans la 
Nouvelle-France qui présidait alors au Conseil, dut être compris 
dans l'article seize du titre 24 de l'ordonnance de 1667 et si en 
conséquence du dit article, il pouvait être pris à partie et que 
d'ailleurs dans l'affaire du baillif de Montréal, Mr le gouverneur 
avait refusé de se retirer et avait voulu être présent aux opinions, 
quoiqu'il eut été prié de laisser la liberté d'opiner. 

Tout cela me faisait appréhender de manquer au devoir de 
ma charge, si je donnais les mains sans aucune résistance à tout ce 
qu'il plaisait à Mr le gouverneur d'entreprendre pour avilir le 
Conseil et qu'il avait encore bien marqué lorsque sans formahté 
de justice et au préjudice d'un arrêt qui avait été exécuté, il prit 
à son service un soldat de la garnison qui avait été condamné, 
entre autres choses, à servir un habitant par force, moyennant 
quelques gages pendant cinq années pour un crime qu'il avait 
commis et auquel habitant il avait été délivré et conduit à Mont- 
réal. Après avoir continué de requérir la même chose, et enfin 



— 45 — 

Monsieur le gouverneur ayant dit qu'il donnait encore huit jours 
afin qu'on eut plus de temps de penser à ce qu'on devait faire 
pour ne pas tomber dans la désobéissance je fis résolution après 
l'avoir prié de permettre au Conseil d'opiner avec liberté de 
suffrage sans succès, de lui demander de vouloir en user de la 
même manière qu'il avait fait les 20 et 24 mars dernier en se 
retirant du Conseil avec Mr l'intendant, afin que l'on put sans 
paraître aller contre l'ordre vaquer aux affaires des particuliers, 
ce qu'il me refusa et dit qu'il voyait la désobéissance du Conseil 
et qu'il n'y avait que Sa Majesté qui pût apporter remède à un si 
grand désordre, et que cependant il aviserait aux moyens de se 
faire obéir; sur quoi je lui dis, que puisque l'expédient que je lui 
avais proposé ne lui plaisait pas je tâcherais en attendant la 
première séance du Conseil d'en chercher un autre qui lui plairait 
peut-être, à quoi Mr le gouverneur répondit qu'il n'en était plus 
temps, et que les huit jours qu'il avait donnés étaient expirés. 
Peu de jours après, je reçus l'ordre écrit de me retirer dans ma 
maison, que j'ai à deux lieues d'ici pour y attendre le départ des 
vaisseaux et celui de passer en France afin de rendre compte 
à Sa Majesté de ma conduite, et il en envoya de pareils à Mes- 
sieurs de Villeray et de Tilly, l'un pour aller dans le comté de 
St-Laurent, dans la maison de Mr Berthelot, à six lieues de cette 
ville, et le second dans celle du sieur St-Denis, à deux lieues. 

J'obéis et les deux autres aussi, et cette obéissance me coûtera 
peut être la vie puisque j'ai été longtemps éloigné des remèdes, 
ce qui a fait que ma maladie s'est notablement augmentée. 

Un ami commun voulut tâcher d'obtenir de Mr le gouver- 
neur notre rappel parce qu'il voyait que mon éloignement me 
ferait mourir et que Mr de Villeray qui a un grand ménage et le 
Sr de Tilly seraient entièrement ruinés s'ils étaient absens de 
leurs maisons pendant le temps des récoltes, ce qu'il put faire, 
fut d'obtenir de mon dit sr le gouverneur qu'il permit que les 
officiers du Conseil s'assemblassent dans ma maison pour aviser 
à ce que nous aurions à faire, et après avoir conféré ensemble 
nous lui offrîmes de consentir qu'on lui donnât les qualités qu'il 
demandait pourvu que ce fut à la charge de mes protestations, 
pour ne pas préjudicier à la déclaration du Roy, ce qu'il refusa. 
Et voyant que tout ce qu'on avait fait était inutile, pendant qu'il 
était à Montréal, j'écrivis au Conseil et j'envoyai les conclusions 
que j'avais prises dès le 9 avril et demandai qu'on y prononçât; 
le Conseil rendit arrêt le 14 août, par lequel les sieurs Damours 



— 46 — 

et de la Martinière furent députés pour au retour de Mr le gou- 
verneur en cette ville, le prier de vouloir bien en exécutant les 
arrêts des 20 et 24 mars dernier, surseoir l'exécution de la dite 
déclaration qu'il a faite au Conseil le 29 mars, et qu'il sera donné 
avis à Sa Majesté du présent arrêt, laquelle sera très humblement 
suppliée de donner ses ordres sur l'exécution de la dite déclara- 
tion faite par Mr le Gouverneur le dit jour 27 mars dernier. 

Monsieur le gouverneur étant arrivé les deux conseillers 
députés furent s'acquitter de leur commission, il leur dit qu'il 
aviserait à ce qu'il aurait à leur dire, et quelque temps après il 
envoya quérir un d'eux auquel il dit qu'il donnerait avis à Sa 
Majesté de ce que le Conseil avait fait depuis sur les instances de 
Mr l'intendant à cause de l'enregistrement des ordres du Roy. 
Mr le gouverneur a consenti avec quelque sorte de peine, que 
tous les exilés soient revenus et parce que Mr l'intendant avait 
fait connaître qu'il n'y avait consenti qu'à la charge qu'on ne 
parlerait plus de ce qui s'était passé, cela empêcha les deux con- 
seillers de faire le rapport de leur députation. 

Cependant Mr le gouverneur contrevint à sa parole parce 
que le greffier lui donna dans ses intitulations les quaUtés qu'il 
avait prétendues, et qui avaient donné lieu au différend et qui le 
faisaient recommencer, ce qui fit que je me levai et dis que je 
consentais à ce qu'il désirait pourvu que mes protestations fussent 
lues, et qu'on m'en donnât acte, il aima mieux sortir, et Monsieur 
l'intendant ayant fait de même, le Conseil après avoir lu mes 
protestations se résolut de lui proposer encore en d'autres termes 
la même chose qu'on l'avait supplié d'agréer et de vouloir bien 
souffrir qu'à chaque séance au lieu des intitulations on mit seule- 
ment le Conseil assemblé, à quoi il consentit, et dont il fut dressé 
procès- verbal qui lui fut porté, et qu'il agréa. Néanmoins quelques 
jours après il voulut faire ajouter certaines choses au dit procès- 
verbal que le Conseil ne put consentir, ce qui fait croire qu'après 
le départ des vaisseaux il ne veuille recommencer de faire de la 
peine. 

Voilà, Monseigneur, la narration véritable de tout ce qui 
s'est passé, je vous supplie très humblement de me faire connaître 
la volonté du Roy et la vôtre et vous demande en grâce d'avoir 
égard à ma pauvieté et à mon grand âge et à tout ce que j'ai 
souffert, et si je meurs cette année, ayez la bonté d'avoir pitié 
de mon fils que je vous dirais, s'il était séant à un père, qu'il n'a 
guère de défauts que ma mauvaise fortune, j'ai consommé le 



— 47 — 

plus cher (sic, clair) de mon bien pour le faire élever et envoyer 
à Paris, étudier en droit, et obtenir ses licences, depuis deux ans 
qu'il est de retour auprès de moi, il a étudié et travaillé avec moi, 
ainsi, j'espère. Monseigneur, que vous aurez pitié de lui; je prends 
la liberté encore de vous envoyer des règlements qui ont été faits 
au Conseil, par provision entre mon substitut en la Prévôté de 
Québec et moi, jusqu'à ce que le Roy en ait décidé autrement. 
Je ne crois pas que Mr le gouverneur puisse se plaindre de moi 
qu'en ce que je n'ai pas cru que les articles de ses dépêches puis- 
sent prévaloir à la déclaration de Sa Majesté enregistrée, et 
exécutée en sa présence depuis trois ans et demi; toute ma peine 
est de ne pouvoir pas passer en France pour répondre à ce qu'il 
écrit contre moi, et de ne pouvoir pas y faire passer mon fils à 
cause du grand besoin que j'ai qu'il soit auprès de moi, et même 
n'ayant pas les moyens nécessaires pour cela, parce que toutes 
les personnes qui me devaient se sont servies du temps, et que je 
n'en ai pu être payé, ce qui me cause une très grande perte jointe 
à la dépense qu'il m'a fallu faire dans ce changement de demeure, 
étant très malade. J'espère, Monseigneur, que vous aurez com- 
passion de l'état où je suis réduit et que vous m'accorderez la 
permission de me dire avec tout le respect dont je suis capable. 

Monseigneur, 
Votre très humble et très obéissant serviteur, 
D'AuTEUiL, procureur général. (1) 



QUESTION 



Sous le régime français que désignait-on au juste par le mot 
brayet ? Dans un engagement notarié pour aller dans les pays 
d'en Haut qui date de 1741, je vois que le marchand équipeur s'en- 
gage à donner à son engagé ou voyageur, avant de s'embarquer 
pour son périlleux et lointain voyage, "une paire de mitasse et un 
brayet." Je connais bien les "mitasses" mais je ne trouve rien 
dans les dictionnaires français et les ouvrages canadiens sur le 
mot "brayet." Je sais que de nos jours on appelle "brayet" ce 
léger vêtement dont on se sert pour se baigner, mais je ne crois 
pas que c'est dans ce sens qu'on employait ce mot sous le régime 
français? X.X.X. 



(1) Archives de la province de Québec. 



— 48 — 
FRANÇOIS-GABRIEL DE THIERSANT 

M. de Thiersant naquit en 1690, d'après l'âge donné à son 
mariage. Il était originaire de Metz, en Lorraine, et fils de Jean 
Thiersant, écuyer, seigneur de Buys, conseiller du roi et président 
au parlement de Metz, et de Pétronille Clausin de Genlis, de la 
paroisse de Saint-Martin. 

Nous ignorons la date de son arrivée au pays et le grade qu'il 
occupait dans "les armées entretenues en ce pays par le roy de 
France." Mais il n'arriva pas après l'été de 1712. 

Dans une pièce judiciaire des archives de Montréal, il affirme 
qu'il a passé les années complètes de 1713 et 1714, et les six pre- 
miers mois de 1715 au fort Catarakoui. 

Il s'y occupa de la traite des pelleteries. En 1722 et 1723, il 
est en démêlé avec Théophile Barthe, armurier de Montréal, et le 
fond du litige est le raccommodage de vingt-huit fusils, ordonné 
par de Thiersant quelques années auparavant. En cette même 
année, il plaide avec Charles Ruette d'Auteuil au sujet de la solde 
de 200 livres de castor et le litige datait de 1714. 

Le 17 octobre 1715, M. de Thiersant épousait, à Montréal, 
Marie- Joseph Fezeret, fille de René Fezeret et de Marie Carlié. 

Le 2 avril 1717, M. de Thiersant empruntait (Lepailleur) 
de Jean Giasson la somme de 1600 livres, en monnaie de cartes, 
lesquelles il devait employer au bien de ses affaires. Le rem- 
boursement devait se faire à la Saint- Michel. Comme garantie, 
il s'engageait de livrer à la prochaine arrivée des vaisseaux, la 
quantité de 600 livres en marchandise, et au prix de France. 

En 1718, M. de Thiersant était nommé enseigne de compa- 
gnie, comme on le voit par la pièce suivante : 

"Le Conseil de Marine ayant proposé au roi, en présence 
de monsieur le duc d'Orléans régent, de donner au sieur de Thier- 
san une enseigne de compagnie en Canada, à la place du sieur 
Ramesay la Gesse fait lieutenant. Sa Majesté, de l'avis de Son 
Altesse Royale, l'a accordée, voulant qu'il soit nommé en la dite 
quahté d'enseigne de compagnie. Fait au Conseil de Marine, 
assemblée au Louvre le 1er juillet 1718." 

A l'automne de 1719, M. de Thiersant s'embarquait pour la 
France, afin d'y rejoindre son épouse. 

Pendant son séjour en France, le 2 juin 1720, le Conseil de 
Marine écrivait au gouverneur, que le roi le nommait lieutenant 
des troupes dans un détachement de la marine. 



— 49 — 

M. de Thiersant, le 6 juillet suivant, étant à Paris, passait 
avec son épouse un acte de séparation quant à leurs biens. (1) 

Comme son beau-père René Fézeret, Gabriel de Thiersant 
n'eut pas toujours à honneur le paiement de ses dettes. Il se 
disputa maintes fois avec ses créanciers et fournisseurs, qui durent 
à maintes reprises recourir aux tribunaux pour se faire payer. Les 
archives judiciaires de Montréal contiennent plusieurs pièces qui 
relatent les faits et gestes de M. de Thiersant aux prises avec ses 
créanciers, depuis son retour au Canada jusqu'en 1729. 

En 1716, M. de Thiersant s'était engagé à rembourser les 
créanciers de son beau-père qui avait emprunté 2600 livres pour 
payer les frais de voyage de dame de Thiersant en France. 
De Thiersant, cette fois, fit honneur à ses engagements. Ccmme 
garantie, il avait déposé une même somme entre les mains du tré- 
sorier de la marine à Québec. Par deux ordonnances édictées 
en 1722 (Archives de Québec), l'intendant donna satisfaction à 
de Thiersant, en renvoyant les prétentions des réclamants. 

A la suite d'une désobéissance, le lieutf^nant de Thiersant 
fut cassé de ses grades dans le cours de l'année 1728. 

Les détails manquent sur les circonstances de cette grave 
affaire; mais le jugement porté contre lui, tout laconique qu'il 
est, n'en est pas moins formel dans son motif. 

Le président du Conseil de Marine écrivit en ces termes à 
M. Le Verrier, lieutenant du roi à Québec: 

A Compiègne, le 2 may 1729. 

"J'ai receu la lettre que vous m'avez écrit le 15 8bre. de 
l'année dernière au sujet de la conduite qu'a tenu le Sr Thiersan, 
lieutenant dans les troupes, et de sa désobéissance formelle et 
réitérée aux ordres que vous luy aviez donné de monter de Québec 
à Montréal où son service l'appelait; sur le compte que j'en ay 
rendu au Roy, Sa Majesté a jugé à propos de le casser. J'envoye 
l'ordre à M. le Mis. de Beauharnois. Non signé (Président du 
Conseil de Marine). (2) 

M. d^. Thiersant était donc à Québec en 1728, et à Montréal, 
on venait d'apprendre que les sauvages Outagamis, qu'on avait 
cru écraser en 1715 et 1717, avaient repris les armes et leurs 
anciennes habitudes de pillage sur les rives du lac Michigan. Le 



(1) Châtelet de Paris. 6 juil. 1720, Arch. de Montréal, notaire Raimbault. Insinua- 
tions, 6 mars 1721. 

(2) Archives des colonies, B 53-2, page 416. 



— 50 — 

gouverneur de Beauharnois organisa une expédition militaire 
contre ces sauvages. Il est à présumer que la désobéissance de 
M. de Thiersant eut trait à cette expédition. 

M. de Beauharnois annonça au Conseil de Marine qu'il avait 
reçu l'ordre de cassation du lieutenant de Thiersant, et qu'il 
le mettrait à exécution. La lettre traite aussi de différents sujets : 

"A Québec, ce 25. 

"Monseigneur, J'ay receu avec la lettre que vous m'avés 
fait l'honneur de m'écrire le 2 may dernier, les commissions qu'il 
vous a plu m'adresser pour les officiers qui ont eus part à la pro- 
motion de cette année, et je leur ai remis à chacun. 

"J'ay receu aussi l'ordre de cassation pour le S. de Thiersan, 
je l'ay envoyé à M. de la Corne à Montréal, qui luy a remis. 

"Puisque Sa Majesté n'a pas jugé à propos d'accorder de 
croix de St-Louis cette année, je vous supplie, Monseigneur, 
de penser aux sujets que j'ay eu l'honneur de vous proposer lors- 
qu'elle se déterminera à en accorder. 

"Le S. de Bécancour qui exerçait la place de grand voyer est 
décédé ce printemps. Nous avons l'honneur de vous proposer 
M. Hocquart et moi (dans une lettre commune) des sujets pour 
remplir cette place. 

"J'ay remis aux Srs chevalier Bégon, Bailleul, et du Sablé 
les congés qu'il a plu à Sa Majesté de leur accorder pour passer 
en France. Le Sr chevalier Bégon y passe cette année chargé 
des paquets de la Cour, et les Srs Bailleul et Du Sablé vous 
supplient. Monseigneur, de trouver bon qu'ils s'en servent l'année 
prochaine, leurs affaires ne leur permettant pas d'en profiter cette 
année. 

"J'ose me flatter. Monseigneur, que vous ne désapprouverez 
pas que j'ay permis au Sr. Thibert, enseigne des troupes, de 
passer en France, cette année, sur la demande qu'il m'a faitte 
d'y aller recueillir une succession dont il a heritté l'année dernière. 

"J'ay l'honneur d'estre avec un très profond respect. Mon- 
seigneur, Votre très humble et très obéissant serviteur. 

(Signé) Beauharnois". 

Qu'advint-il de M. de Thiersant dans la suite ? Resta-t-il 
au pays ? 

Nous supposons qu'il quitta Montréal en 1729 car en 1730 
il cesse de payer le banc de sa famille à l'église paroissiale de 
Montréal. 



— 51 — 

Nous n'avons pu retracer son décès nulle part. Une chose 
certaine c'est qu'il était déjà décédé en 1733, puisque le 21 avril 
de cette année le ministre des colonies, dans une lettre au gou- 
verneur et à l'intendant, parlant de madame de Thiersant, la 
qualifie de veuve. O. Lapalice 



QUESTIONS 

Dans sa Bibliothèque canadienne ou Annales bibliographiques, 
Bibaud jeune mentionne un mémoire de Pierre LeMoyne d'Iber- 
ville écrit en 1701 sur "la situation de Boston, New- York, etc., 
avec un projet détaillant les moyens qu'il y aurait de les attaquer 
et ruiner." Ce mémoire a-t-il été publié ? Où pourrais- je le con- 
sulter ? 

Le m. 

On me signale une carte de la "Baie Saint-Paul, située à 
dix-huit lieues au-dessous de Québec, à la côte nord du Saint- 
Laurent" faite en 1739 et qui indiquerait d'une manière précise 
les localités où se trouvent des mines d'argent, de plomb, de cui- 
vre et des sources d'eau sulfureuse. Connaissez-vous cette carte ? 
Quel en est l'auteur ? Où se trouve-t-elle ? 

Le M. 

Existe-t-il encore dans notre pays des peintures du Frère 
Luc, Récollet, décédé leJ^S mai 1685 ? Plusieurs des peintures du 
Frère Luc étaient conservées dans l'église des Récollets incendiée 
le 6 septembre 1796. Mais d'autres églises canadiennes devaient 
posséder des- tableaux religieux du Frère Luc. 

O. F. M. 

Dans sa lettre du 2 octobre 1685, le baron de La Hontan nous 
apprend que le gouverneur de Denonville avait amené au Canada 
cinq ou six cents hommes de troupes réglées et renvoyé en France 
MM. de Hainaut, Montorlier et Durivo, capitaines de vaisseau 
et de compagnie, avec plusieurs autres officiers. Pour quelles 
raisons MM. de Hainaut, Montorlier et Durivo furent-ils ren- 
voyés en France par M. de Denonville ? 

A. B. 

Y avait-il des Darcy au Canada sous le régime français ? La 
famille Darcy est-elle d'origine française ou étrangère ? A peu 
près vers quelle époque cette famille s'est-elle fixée au Canada? 

H. D. 



— 52-^ 

LES NOMS DE RUES ET DE LOCALITES DANS LA 
REGION DE MONTREAL (1) 

Berri (rue). — Dans Le bon vieux temps d'^ feu Hector 
Berthelot, première série, p. 69, on lit ceci: "en consultant un 
plan de Montréal préparé en 1816 par M. Jacques Viger, inspec- 
teur des chemins, nous voyons qu'il a été ouvert, en cette année, 
une ruelle de 22 pieds de large, entre les rues Saint-Louis et la 
Petite Rivière (rue Craig). On l'appela la ruelle Guy parce que 
le terrain avait été donné à la ville par les héritiers Guy." Jus- 
qu'ici tout va bien, mais l'auteur ajoute, d'après une source tradi- 
tionnelle qu'il n'indique pas, la conjecture suivante: Lors de 
l'assassinat du duc de Berry (en 1820) on changea le nom de 
Guy en Berri parce que celui de Guy avait été donné à une autre 
rue du faubourg Saint-Antoine. 

Si je ne m'abuse, le nom de Berri fut attaché à ce coin de 
terre longtemps auparavant. Le 19 mai 1669, Migeon de Brans- 
sat loue à P. Ratel une terre appelée LaGauchetière et le Berry 
et qui paraît être sise dans le quartier qui nous occupe. Il se 
pourrait aussi que l'assassinat du duc de Berry ait remis le nom 
ancien en évidence et que notre vieil archéologue Viger ait pris 
occasion du fait pour suggérer le changement. 

Quoi qu'il en soit, dans un plan de l'arpenteur Perrault, du 
21 juin 1855, la rue Berri n'y paraît qu'à l'état de projet. D'autre 
part, le même Bon vieux temps nous informe que la rue Berri, 
entre les rues Dubord & Dorchester, fut ouverte en 1856. 

Bourgogne {la) et le Bourg Guy. — La famille Guy posséda à 
l'ouest de Montréal, en plein faubourg Saint- Joseph, une autre 
terre qui portait le nom de la Bourgogne. Plus encore, on relève 
dans un acte de Doucet du 13 février 1833 qu'il est question d'un 
terrain sis en un lieu "appelé vulgairement la Bourgogne et main- 
tenant le Bourg Guy." Cette dernière appellation ne supplanta 
pas l'autre, car le nom de Bourgogne s'étendit à toute la région au 
sud de la rue Notr^-Dame, entre le square Chaboillez et la rue 
des Seigneurs et les anciens la désignaient encore ainsi, il y a 
quarante ans. 

Guy (rut). — Cette rue traversait la terre d'Estienne Guy. 
Son ouverture en avait été décidée en 1815 pour faire communi- 
quer le chemin de la côte Saint-Antoine avec celui de Lachine, 



(1) Voir Bulletin des Recherches Historiques, vol. XXVIII, pp. 49. 114, 272. 



— 53 — 

maintenant rue Notre-Dame, (Berthelot, Le bon vieux temps, 1ère 
série, p. 57). Trois ans plus tard le notaire Bédouin dresse un 
contrat où il est question des Commissaires et de la rue Guy. 

A l'angle ouest des rues Guy et Notre-Dame s'élevait autre- 
fois une belle résidence en pierre de taille et de style colonial. 
Le peuple l'appelait le "château Berthelet", parce que c'était 
la demeure du grand philanthrope canadien-français, l'hono- 
rable Antoine-Olivier Berthelet, marié à une demoiselle Guy. 
Après la mort de ce distingué compatriote, la maison devint une 
école laïque sous la direction de M. Joseph-Octave Mauffette, 
instituteur renommé autant pour l'excellence de ses méthodes 
que pour la singularité de son costume. 

Ayant porté la soutane et reçu les ordres mineurs, M. Mauf- 
fette conserva dans le monde des allures "cléricales". Toujours 
il eut les cheveux longs "coupés en balais", toujours il porta un 
collet romain et, comme les ecclésiastiques, avait le visage com- 
plètement rasé. 

Plus haut, à l'encoignure sud des rues Guy et St- Antoine, se 
trouvait une autre riche demeure qui existe encore, tout en ayant 
perdu beaucoup de son apparence. Bâtie en pierre, dans le 
style colonial à la mode du temps, elle était jadis entourée de jar- 
dins spacieux. Sur son toit, veillait une statue ... du prince de 
Galles, depuis Edouard VU. C'est là qu'au temps de son activité 
débordante vécut l'honorable Charles-Séraphin Rodier, mar- 
chand, puis avocat, financier, conseiller législatif et maire de 
Montréal. En 1860, il avait eu l'honneur de recevoir le prince de 
Galles dans sa maison et c'est pour rappeler le souvenir de cet 
événem.ent extraordinaire qu'il avait fait placer la statue de son 
auguste visiteur, sur le faîte de son habitation. 

Seigneurs (rue des). — D'après L^ èo;/ vieux temps, cette rue 
fut ouverte en 1816 et donnée en partie par MM. de Saint-Sulpice, 
seigneurs de Montréal, d'où le nom de cette voie. 

Elle n'eut pas tout d'abord l'étendue qu'elle a aujourd'hui 
puisqu'en 1833, le 13 février, dans un acte dressé par Doucet, 
le cessionnaire d'un emplacement s'oblige à" laisser l'espace pour 
la rue des Seigneurs." 

E.-Z. MASSI COTTE 



— 54 — 
OUVRAGES PUBLIES PAR MGR CHARLES GUAY (1) 

Chronique de Rimouski, par l'abbé Chs Guay, vicaire à la 
cathédrale de Rimouski. Premier volume. Québec, P.-G. De- 
lisle, imprimeur, 1, rue Port-Dauphin, en face de l'Archevêché 
^1873. 

Chronique de Ritnouski, par l'abbé Chs Guay, vicaire à la 
cathédrale de Rimouski. Second volume. Québec, P.-G. Delisle, 
imprimeur, 1 rue Port-Dauphin, en face de l'Archevêché — 1873. 

Album photo-biographique du clergé de Rimouski depuis 
l'érection du diocèse, le 15 janvier 1867, jusqu'à nos jours, par 
l'abbé Chs Guay, curé de Notre-Dame-du-Sacré-Cœur, Rimouski. 
Montréal, Eusèbe Senécal, imprimeur-éditeur — 1877. 

Réfutation des accusations de Vévéque de Chicoutimi contre 
Monseigneur Chs Guay, Prot. Apos . ad instar. Strictement 
confidentiel. S. L. N. D. (1885). 29 pp. in-8. 

Recueil de prières, par Monseigneur Chs Guay, protonotaire 
apostolique, ancien missionnaire des sauvages Micmacs à Sainte- 
Anne de Ristigouche. Québec, typographie de J. Dussault, 1, 
Port-Dauphin— 1890. 

Mé?noires (Extraits) Strictement confidentiel. (Sans nom 
d'auteur) Québec— 1891. 

Souvenir de retraite ou Conférences sur le catholicisme prêchées 
à l'église Saint-Joseph de Cohoes, A^.-Y., dans l'avent de 1893, par 
Mgr Charles Guay, protonotaire apostolique ad instar partici- 
pantium. Québec, Léger Brousseau, imprimeur-éditeur— 1894. 

Lettres sur l'île d'Anticosti à l'honorable Marc-Aurèle Pla- 
mondon. Juge de la Cour Supérieure, en retraite, à Arthabaskabille, 
par Monseigneur Charles Guay, protonotaire apostolique ad 
instar participantium. Montréal, librairie Beauchemin (à res- 
ponsabilité Umitée), 256 et 258, rue Saint-Paul — 1902. 

Conférences familières sur l'Eglise et les Sacrements, par 
Monseigneur Chs Guay, protonotaire apostolique ad iiistar 
participantium. — 1907. 



(1) Décédé à Saint-Joseph-de-Lévis, le 2 décembre 1922. 



— 55 — 

UNE ORDONNANCE DE PIERRE BOUCHER, GOUVER- 
NEUR DES TROIS-RIVIERES 

Ordonnance pour ramasser les grains de ceux qui sont allés en 
guerre (le 23 septembre 1666): — Il est ordonnée tous habitans et 
autres personnes qui sçavent travailler dépendants de nostre 
gouvernement de vacquer incessamment à la récolte de tous les 
grains non seulement qui leur appartiennent mais à tous ceux 
qui sont allez en guerre pour le service du Roy, en telle sorte que 
s'il est perdu ou gasté des grains appartenants aux personnes 
qui sont allez en guerre par' la fautte ou négligence des personnes 
qui restent, il sera remplacé aux despens de celluy qui aura esté 
cause de la dite perte et pour cet effect nous prions Monsieur 
Godeffroy que nous laissons icy pour comander en nostre absence 
d'y voir l'œil et de reigler ce que chacun doibt faire pour advancer 
promptement les dites récoltes et de marquer ceux qui par négli- 
gence aurez laissé perdre des d. grains s'il s'en trouvoit, affin 
de les faire payer à nostre retour. Nous commandons à Lavigne 
Capitaine du Cap. . .le mesme soin. . .qu'il y eust personne quil 
fist difficulté de luy obeyr. Il en viendra faire son rapport au dit 
Sieur Goddeffroy lequel y apportera le remède le plustost qu'il 
pourra. 

' Et sera la présente ordonnance leue et affishée tant aux Trois 
Rivières quau Cap à ce que personne n'en prettende cause d'igno- 
rance. 

Faict et Ordonné aux Trois Rivières ce vingt-troisiesme 
7bre 1666. 

(Signé) Boucher (1) 



QUESTION 



Un document légal du 4 novembre 1704 nous donne le nom 
comme témoin de René Filesac, commis au magasin du Roi en 
la ville de Québec. Mgr Tanguay, dans son Dictionnaire généa- 
logique, ne mentionne pas ce personnage. A-t-il fait souche ici ? 
A-t-il joué un certain rôle ? 

P. W. A. 



(1) Cette pièce fait partie des archives du séminaire de Québec. Nous en devons 
la communication à Mgr Amédée Gosselin, archiviste du Sémmaire. 



— 56 — 
DU PIN DE BELUGARD 



Jean-Baptiste Du Pin de Belugard vint à Québec en 1727 
ayant été nommé commissaire de l'artillerie en Canada, par le 
Conseil de Marine. Personne au Canada n'avait les qualités 
voulues pour remplacer le sieur de Rey-Gaillard dans cette charge. 
Jean-Baptiste, né en 1698, était fils de Georges Du Pin de Belu- 
gard, capitaine d'artillerie, chevalier de St-Louis, et d'Adrienne 
Langlois, de Rochefort, Saintonge. M. Du Pin épousa à Qué- 
bec, le 30 mai 1728, Ehsabeth de St-Vincent, fille de Pierre, baron 
de Narcy. J.-Bte Du Pin mourut le 30 décembre 1746, à l'Hôtel- 
Dieu, Québec. 

La ligne masculine de cette maison devait être éteinte en 
1789, lors de la convocation de la noblesse de Saintonge et d'Aunis 
pour les Etats généraux, puisque seules Marie- Agathe et Magde- 
leine-Lucile du Pin de Belugard se font représenter pour leur fief 
de la Vieille-Grolière. Elles étaient filles de Charles Du Pin, 
seigneur de Belugard et de la Vieille-Grolière, capitaine de vais- 
seau, chevalier de St-Louis, m.ort en 1785, et d'Agathe Poitevin. 

Les notes ci-dessus corrigent les pages 430 et 544 du tome III 
du Dictionnaire de Mgr Tanguay. Régis Roy 



QUESTIONS 



Dans un acte de Audouard du 6 octobre 1661, Julien Fortin dit 
Bellefontaine, le premier ancêtre canadien de la plupart de nos 
Fortin, est mentionné comme seigneur en partie de la côte et sei- 
gneurie de Beaupré. Le même acte donne aussi Olivier Letardif 
comme seigneur en partie de Beaupré. Peut-on me dire com- 
ment Julien Fortin dit Bellefontaine se trouvait un des seigneurs 
de la côte de Beaupré ? J. O. F. 

Dans la Vie de Madame de Criquelion par le Père Kestens il 
est dit que cette sainte veuve favorisait les œuvres qui se rata- 
chent à la Propagation de la foi, par exemple celles de la Sainte- 
Enfance, de l'Orient et du Pôle-Nord. Une note du même livre 
dit que la mission aride du Pôle-Nord avait alors (1868) pour 
vicaire apostolique Mgr Bernard. Quelle est cette mission du 
Pôle-Nord dont on parle ici? 

CUR. 

Dans quelle maison de Québec le gouverneur Murray passa-t-il 
hiver de 1759-17G0 ? QUEL 



— 57 — 
REPONSES 

Le denier à Dieu (XIII, p. 352). — "Dans un brevet du 
1er mars 1746 accordé à Henry de Lévy Ventadour dans le but 
d'avancer l'établissement du Séminaire des Missions étrangères, 
il est question du denier de Dieu. Qu'entendait-on par cette 
expression autrefois? "Voilà la question qu'un curé pesait 
au Bulletin, il y a déjà quinze ans. 

J'ignore ce qu'était le denier de Dieu mais, avec les vieux 
dictionnaires que j'ai sous la main, je suis en état de dire ce 
qu'était le denier à Dieu. Il est probable qu'on donnait le même 
sens aux deux expressions. 

Le denier à Dieu était une arrhe, une pièce d'argent, une 
petite somme que donnait, quand un marché était conclu, celui 
qui achetait ou qui louait quelque chose à celui qui vendait ou 
qui louait. Si l'on ne retiiait le denier à Dieu dans les vingt- 
quatre heures, après qu'on l'avait donné, on ne pouvait plus 
rompre le marché qu'on avait fait, et pour lequel on l'avait reçu. 

Le Dictionnaire de Trévoux donne l'origine suivante à cette 
expression: "Quelques-uns disent qu'on appelle cet arrhe denier 
à Dieu parce qu'on le donne principalement pour en faire aumône 
aux pauvres. Peut-être est-ce parce qu'on le donne en disant 
adieu, en se séparant, lorsque le marché est conclu." 

Francis Malherbe f XX VI II p. 283).— Dans le Bidletin de 
septembre 1922, M. F.-J. Audet a publié quelques notes biogra- 
phiques sur des maîtres d'écoles de l'Institution Royale. Francis 
Malherbe est dans la galerie. Il aspirait à la renommée de l'au- 
bergiste, mais il préféra, l'occasion se présentant, rendre des 
services plus distingués. Il fut maître d'école à la Rivière- 
Ouelle jusqu'en 1803, et à la Pointe-de-Lévy jusqu'en 1820. 

Une grande journée illustra la carrière de Malherbe à la 
Rivière-Ouelle : la Gazette de Québec en fait foi. C'est un mercredi 
21 juillet, de l'an de grâce 1802. Le lieutenant-gouverneur du 
Bas-Canada, Sir Robert-Shore Milnes est de passage à la Rivière- 
Ouelle et l'Ecole salue l'Etat. Les jeunes disciples de Malherbe 
savent déjà les avantages inestimables d'une constitution libre; 
leur adresse loue le gouverneur de la sagesse de son administra- 
tion, le remercie de l'honneur de sa présence et proclame leur 
fidélité inviolable à Sa Majesté. Ils sont neuf qui savent écrire; 



— 58 — 

ils ont signé avec leur maître. Plusieurs qui n'apprennent 
encore qu'à lire participent à la patriotique démonstration. 

Qu'on en pense ce que l'on voudra, mais Malherbe était 
rendu à la Pointe-de-Lévy au printemps de 1805 avec sa femme, 
dame Catherine Chiniquy, et trois enfants ''remuants et brail- 
lants''. Une salle du presbytère lui eût donné le gîte avec le 
bonheur, mais le curé Masse ne goûta pas du tout l'idée d'un 
séjour sous le même toit et invita énergiquement le magister à 
placer hors du logis curial le berceau de sa postérité et la chaire 
de son enseignement. 

Malherbe fut maître d'école à la Pointe-de-Lévy pendant 
quinze années consécutives. 

Le troisième volume de V Histoire de la Seigneurie de Lauzon 
de feu J.-Edmiond Roy relate avec plus de détails les faits ici 
rapportés à la mémoire de Francis Malherbe dit Champagne. 

Desbras 

Le signe 8 dans les mots sauvages (XXIX, p. 10.) — Feu 
Mgr Lindsay, dans son ouvrage Notre-Dame de Lorette en la 
Nouvelle-France (p. 308), explique ainsi le chiffre ou signe 8 em- 
ployé dans les noms ou mots sauvages: 

"Les Sauvages n'ayant pas d'écriture, les missionnaires 
durent traduire les syllabes en caractères latins ou italiques, aux- 
quels ils ajoutèrent la lettre grecque thêta, dont le son manque 
dans presque toutes les langues européennes, et le signe 8 pour 
remplacer le diphtongue ou. Ce signe, également emprunté au 
grec, surtout dans la typographie du 18e siècle, n'est pas le 
chiffre huit, mais un caractère résultant de la superposition de 
Vypsilon (u) sur V omicron (o), dont la réunion forme le son ou. 
Il devrait donc être ouvert dans sa partie supérieure. Dans 
l'écriture rapide, il devenait facilement un 8 ordinaire. Il joue le 
rôle du w anglais, dont il a la consonnance." 

Le premier journal français publié aux Etats-Unis (XXIX, p 21) 
— Quel fut le premier journal de langue française publié aux 
Etats-Unis ? 

Feu le docteur N.-E. Dionne, dans son livre L'abbé Gabriel 
Richard, écrit que VEssai du Michigan dont le premier numéro 
parut à Détroit le 31 août 1809, fut le pionnier de la presse fran- 
çaise aux Etats-Unis. 

M. Dionne expliquait ainsi la fondation de ce journal: 

" Par pur patriotisme et pour lutter contre les efforts du 



— 59 — 

protestantisme qu'une propagande effrénée de livrets ou tracts 
religieux rendait de plus en plus dangereux pour la foi des catholi- 
ques, l'abbé Gabriel Richard, curé de Détroit, résolut 
un jour de fonder un journal. L'idée était certainement très 
louable, mais la difficulté était de la mettre à exécution. C'était 
en 1809. Il n'y avait encore ni presse ni journal dans tout le 
Territoire du Michigan. L'abbé se mit en rapport avec un 
imprimeur de Baltimore, qui lui acheta une presse à bras et les 
caractères d'imprimerie voulus. Le tout fut emballé et trans- 
porté par terre, à travers montagnes et vallons, dans des chemins 
difficiles. L'imprimeur s'appelait James- W. Miller. Il se mit 
aussitôt à l'œuvre et le 31 août de la même année paraissait 
l'Essai du Michigan ou Impartial Observer, le premier journal 
français des Etats-Unis. 

"L'Essai du Michigan ne vécut pas longtemps; les uns disent 
qu'il n'en parut que trois numéros, d'autres huit ou dix. Quoi 
qu'il en soit, l'élan était donné, le Territoire du Michigan avait 
son journal". 

L'Essai du Michigan, la chose est certaine, fut le premier 
journal français publié dans le Territoire, plus tard état de 
Michigan, mais le docteur Dionne se trompait en donnant le 
journal de l'abbé Richard comme le premier journal français 
des Etats-Unis. 

Dès 1789 un journal français avait été publié à Boston et 
c'est le Courrier de Boston qu'on doit regarder comme le pionnier 
de la presse française aux Etats-Unis. 

Le premier numéro du Courrier de Boston parut le 23 avril 
1789. C'était un in-quarto de huit pages à deux colonnes. Il se 
publiait une fois par semaine, le jeudi. 

D'après le Diary de William Bently, le Courrier de Boston 
était publié par Paul-Joseph Guérard de Nancrède, professeur de 
français à l'université Harvard. 

Le dernier numéro du Courrier de Boston parut le 15 octobre 
1789. Il avait donc eu une existence d'à peu près six mois. 

A la Bibliothèque publique de Boston on conserve une série 
complète du Courrier de Boston 

M. J.-A. Favreau, journahste canadien des Etats-Unis, qui 
avait eu la bonne fortune de lire toute la série du Courrier de 
Boston, en faisait l'analyse suivante dans une conférence faite 
devant la Société Historique Franco-Américaine le 12 mars 1903: 



— 60 — 

"Dès son premier numéro, le Courrier de Boston s'occupe des 
débats de la première session du Congrès américain, dont la 
première séance venait d'avoir lieu le 6 avril. Elections du pré- 
sident et du vice-président (George Washington et John Adams), 
discours d'inauguration de Washington, ses messages spéciaux 
au Congrès, actes créant les départements de l'Exécutif, débats 
les plus importants, tout est rapporté avec une exactitude 
scrupuleuse. C'est le 29 septembre que finit la session. Ce 
jour-là, Washington envoya au Congrès avec un message 
approuvant le projet des représentants de prendre congé pour 
trois mois, une communication que l'éditeur du Courrier de 
Boston dut trouver fort de son goût." 

"Cette communication était une expression de sympathie à 
"Sa Majesté Très Chrétienne" et à la nation française pour la 
mort du fils aîné de Louis XVI, le Dauphin: Ironie des choses, 
avant la fin de cette même année 1789 les premiers événements 
de cette Révolution, qui allait bientôt dévorer l'autre dauphin, 
le roi, la reine et tant d'autres victimes innocentes, s'étaient 
déjà produits. 

"Les derniers numéros du Courrier de Boston sont remplis 
de la prise de la Bastille et de détails sur l'agitation qui allait 
toujours grandissante en France. Mais toujours le rédacteur du 
Courrier de Boston n'avait que des paroles d'éloges pour le "bon 
monarque". 

"Détail curieux, quand l'éditeur du Courrier veut attirer 
spécialement l'attention des lecteurs dans des avis, ceux-ci sont 
rédigés en français et en anglais. C'est de cette façon qu'il se 
présente devant le public dans son premier numéro. Dans le 
neuvième numéro il fait appel pour l'encouragement. Il faut 
croire que cet appel n'eut pas le succès qu'en attendait l'auteur 
et que les abonnés continuaient à être négligents dans le paie- 
ment de leur abonnement, puisqu'au quinzième numéro, soit le 
30 juillet, il revient à la charge dans un avis rédigé dans les deux 
langues. 

"Hélas! l'encouragement tant espéré ne vint pas. Les 
annonces brillaient toujours par leur absence. Dans les six mois 
de son existence, le Courrier de Boston ne publia qu'une seule 
annonce, de deux lignes, où il s'agissait d'une chambre garnie à 
louer. Enfin, au vingt-sixième numéro en date du 15 octobre 
1789, l'éditeur annonce qu'il est forcé de suspendre sa publica- 
tion." 



— 61 — 
OFFICIERS CANADIENS DANS L'ARMÉE ANGLAISE 

Chez tous les peuples qui ont une histoire, l'on aime à se 
rappeler les hauts faits des guerriers fameux qui ont illustré leur 
pays en défendant son honneur, en s'opposant à l'invasion étran- 
gère et en protégeant le territoire et ses habitants. 

Pendant toute la durée du régime français, nos compatriotes 
ont aidé aux armées françaises à repousser l'envahisseur et ils 
ont fait bonne figure. Après le traité de 1763, ils ont encore, en 
diverses occasions, montré que le sang généreux qui coulait dans 
leurs veines, n'avait pas dégénéré, et qu'ils étaient toujours prêts 
à courir aux armes lorsque la patrie était menacée. Mais s'il est 
beau de porter l'épée et de combattre pour une bonne cause, il est 
aussi nécessaire d'apprendre ce que l'on appelait autrefois le 
"métier" des armes. Le Canada, n'ayant pas d'armée régulière, 
non plus que d'écoles militaires, ceux d'entre nos compatriotes 
qui se destinaient autrefois à la carrière militaire, devaient aller 
en Angleterre pour acquérir les connaissances théoriques et prati- 
ques voulues pour se mettre en état de servir dignement leur 
patrie, plus tard, dans la milice volontaire canadienne. Nous 
avons donc cru qu'il serait intéressant de connaître ceux qui ont 
obtenu des commissions et qui ont servi dans l'armée anglaise 
depuis la cession jusqu'à ces derniers temps. Ces connaissances 
qu'acquirent, par exemple, de Salaberry, Duchesnay et autres, 
leur furent très utiles durant la guerre de 1812. 

Ces notes biographiques pourraient aussi servir de réponse, 
à l'occasion, à ceux qui doutent parfois de notre loyauté à la 
couronne britannique, car plusieurs de ces officiers canadiens 
sont morts au service de l'Angleterre. 

Afin de rendre la référence plus facile, nous procéderons 
par ordre alphabétique et non par ordre chronologique ou de 
mérite. 

Nous croyons avoir épuisé la liste de ces officiers, mais il se 
pourrait toutefois que des noms aient échappé à nos recherches. 
En ce cas, nous serons très heureux si l'on veut bien nous signaler 
ceux qui manquent à la liste. 

TELMOND AUMOND 

Le premier Aumond qui vint au pays fut Michel, fils de 
Gilles et de Jeanne Le Millettier, d'Avranches, et veuf de Marie 
Duplessis. Il épousa à la Rivière-Ouelle, le 15 février 1762, 



— 62 — 

Marie-Geneviève Miville. Veuf une seconde fois, il convolait 
en troisième noces, le 21 septembre 1812, avec Angélique Dubé. (1) 
Fils cadet du lieutenant-colonel Joseph Aumond, l'un des prin- 
cipaux citoyens canadiens de la future capitale du Canada, 
commandant du 3e bataillon de la Milice Sédentaire du comté 
de Carleton, Haut-Canada, et l'un des principaux marchands de 
bois de la vallée de l'Ottawa, Telmond naquit à Bytown (aujour- 
d'hui Ottawa) le 13 septembre 1847. Il fit ses études au Collège 
Saint-Joseph de cette ville. Entré dans la milice volontaire, il 
obtenait, le 14 février 1873, une commission d'enseigne dans les 
Gardes à pied du gouverneur général. Il fut promu lieutenant le 
23 octobre suivant et devint capitaine le 6 avril 1877. 

C'était en 1883, le Madhi venait de proclamer l'indépen- 
dance du Soudan soustrait à l'autorité du Khédive et avait 
annihilé l'armée égyptienne envoyée pour le soumettre. L'An- 
gleterre dut intervenir. Le général Gordon qui avait gouverné 
l'Egypte avec succès s'offrit pour aller au secours des garnisons 
éparses,dont l'existence était compromise par l'avance du Mahdi, 
et cela sans l'aide de troupes anglaises; car l'Angleterre avait 
stipulé qu'elle n'enverrait aucun secours aux garnisons du 
Soudan. Gordon échoua dans cette tentative au-dessus de ses 
forces. Enfermé dans Khartoum assiégée par les troupes du 
Mahdi, il se défendit jusqu'à la dernière extrémité. L'opinion 
anglaise soulevée força enfin le gouvernement à agir. Une 
colonne de secours fut organisée. Le 1er septembre 1884, lord 
Wolseley, commandant de l'expédition, faisait voile d'Angleterre. 
Il fallait remonter le Nil dans un grand nombre de petits bateaux. 
Pour vaincre ces difficultés, les autorités anglaises obtinrent du 
gouvernement canadien la permission de lever ici un régiment 
composé de voyageurs canadiens. Le lieutenant-colOnel Frederick 
C. Denison fut mis à la tête de ce régiment, et Telmont Aumond 
fut nommé capitaine et commandant en second. 

L'expédition anglaise arriva malheureusement trop tard à 
Khartoum; le général Gordon avait été fusillé l'avant-veille de 
l'arrivée de la colonne expéditionnaire. En route, les officiers 
canadiens campèrent durant cinq ou six semaines à Wada Halfa, 
en compagnie de lord Roberts, de sir Red vers Buller et de Lord 
Kitchener, alors simples colonels. L'expédition canadienne 



(1) Michaud, Familles de la Rivière-Ouelle. 



— 63 — 

partie en septembre 1884 était de retour au mois de mars suivant, 
après une rude et laborieuse campagne de six mois. 

Le capitaine Aumond était l'un des plus anciens membres 
en même temps que l'un des plus actifs de la Dominion Rifle 
Association. Il fut à plusieurs reprises directeur du camp de 
tir à Ottawa. 

M. Aumond fut fonctionnaire au ministère de la Marine de 
1881 à 1896, alors qu'il fut transféré à la Secrétairerie d'Etat. 
Il est mort à Ottawa le 9 février 1911. 

Il avait épousé en 1887, Léda, fille de J.-W. Peachey, chef 
de division du ministère des Douanes. Ils eurent huit enfants 
dont quatre (deux fils et deux filles) ont survécu à leur père. 

DANIEL BABY 

Fils de Jacques Dupéron Baby, riche traiteur du Détroit, 
surintendant des Sauvages et ami de Pontiac, décédé à Sand- 
wich, Haut-Canada, en 1789, et de Suzanne de la Croix Réaume, 
naquit à Détroit le 29 décembre 1778. 

Il descendait de Jacques Baby de Ranville, originaire de 
Guienne, venu dans la Nouvelle-France avec le régiment de 
Carignan dans lequel il était officier. Daniel entra dans l'armée 
anglaise le 9 novembre 1797 en qualité d'enseigne au 24e régiment 
d'infanterie, grâce à la protection de son beau-frère lord Belling- 
ham. Il fut promu lieutenant le 10 mai 1799, fit la campagne 
d'Egypte en 1801, devint capitaine le 6 août 1806; fit la campa- 
gne de la Péninsule, prit part aux batailles de Talavera, de Busaco, 
de Fuentes d'Onor et au siège de Badajoz, dont les ouvrages, par 
une singulière coïncidence, avaient été faits par un autre Canadien, 
le lieutenant-général baron de Léry. Plus heureux que son com- 
patriote, Edouard-Alphonse de vSalaberry, qui fut tué à ce siège, 
Daniel Baby s'en retira sain et sauf. 

Promu major le 12 août 1819, il fut mis à la demi-solde, le 1er 
juin 1826; lieutenant-colonel en disponibilité, le 10 janvier 1837; 
colonel, le 11 novembre 1851; major-général, le 31 août 1855. 
Il est mort à Londres dans l'été de 1858, après avoir, lui aussi, 
justifié la devise de sa famille: Au camp valeur, au champ labeur \ 

DANIEL-ANTOINE BABY 

Fils naturel du précédent, naquit en Angleterre en 1826. Il 
entra dans l'armée anglaise; enseigne dans le 98e régiment d'in- 



— 64 — 

fanterie, le 28 février 1845; lieutenant au même régiment, le 1er 
août 1848; servit en Chine, aux Indes et fit la campagne du 
Punjab. Il retourna en Angleterre en 1853 et fut promu capitaine 
au 28e, le 17 juillet 1857; il servit aux Indes durant la révolte 
jusqu'à 1860, capitaine dans le train militaire, le 31 janvier 
1860; major à demi-solde, le 1er octobre 1877. Il se retira défini- 
tivement de l'armée ea 1880, avec le grade de colonel. Il demeu- 
rait à Bordean, Leytonstone, Sussex, Angleterre . 

Il était marié et n'eut qu'un fils, George, lieutenant dans 
l'armée, qui est mort le 9 mai 1889, à Langrish, Angleterre, à l'âge 
de 27 ans. 

ANTOINE DUPÉRON BABY 

Frère de Dariel, naquit à Détroit en 1779. Il étudia au 
Séminaire de Québec, puis il prit aussi du service dans l'armée 
anglaise. 

Lieutenant au 5e régiment d'infanterie, le 14 mai 1801; à 
demi-solde; lieutenant au 69e le 21 décembre 1803, il servit aux 
Indes durant cinq ans dans la province de Madras et dans la 
conquête du Travencore. De là son régiment fut envoyé à l'île 
Bourbon et à l'île de France dont les Anglais s'emparèrent en 1810. 
Antoine était alors aide de camp du général sir Alexander Camp- 
bell, commandant à l'île Maurice. Là, lui et son frère furent 
recommandés chacun pour une compagnie et levèrent dans ces 
îles le régiment "Bourbon Corps". Antoine devint capitaine le 
27 janvier 1812, Le 21 mai 1815, ce régiment fut envoyé aux 
Barbades. Il y fut licencié l'année suivante et Antoine fut mis à 
la demi-solde, le 21 août 1816; il l'était encore en 185S. (voir 
Army List de cette année). 

En 1819, il partit de Londres et retourna à l'île Bourbon, où il 
épousa une demoiselle Giraud. Ils revinrent en 1S21, débarquè- 
rent au Havre et allèrent s'établir à Tours. Il est mort en cette 
ville en 1863. 

F.-J. Audet 
(à suivre) 



QUESTION 

Connait-on les noms des compagnons de Cartier dans ses 
différentes expéditions de découverte au Canada ? Dans ses 
relations, Cartier nomme incidemment quelques-uns de ses offi- 
ciers et compagnons. Mais a-t-on conservé les rôles de ses équi- 
pages dans ses premier, deuxième et troisième voyages au Canada! 
Ces rôles ont-ils été publiés ? Où ? X. X. 



BXJLI-jETIlSr 

DES 



RECHERCHES HISTORIQUES 



VOL. XXIX QLEBEC— MARS 1923 IMo 3 



LE BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES 

Par décision de l'honorable M. xA.thanase David, secré- 
taire de la Province, le Bulletin des Recherches Historiques, 
avec sa présente livraison, devient l'organe du Bureau des 
Archives de la province de Québec. 

Quel sera le programme du Bulletin des Recherches 
Historiques dans son nouveau rôle ? 

Au siècle dernier, le poète Joseph Autran se traçait le 
programme suivant : 

Tirer de l'ombre les vertus inconnues et les mettre en 
lumière : célébrer les petites gens, les soldats, les laboureurs; 
jamais les amiraux, jamais les giénéraux. Ceux-là ont eu 
assez longtemps le monopole de la renommée ; il est juste que 
les rôles soient un peu changés." 

Le poète était trop exclusif. L'histoire ne peut et ne 
doit pas ignorer les chefs puisque, après tout, ce sont eux qui 
accomplissent les grands événements. L'attention populai- 
re, d'ailleurs, a toujours été pour les chefs et, légitimement, 
il en sera ainsi jusqu'à la fin des temps. Le Bulletin des Re- 
cherches Historiques, dans sa modeste sphère, sans mettre 
de côté les personnages de premier plan, s'eflforcera de faire 
connaître les vertus, les travaux, le dévouement, les actions 
des petits, des humbles, des inconnus ou des méconnus qui 
ont bien servi la patrie. 

Le fonds des Archives de la province de Québec est iné- 
puisable, et le Bulletin des Recherches Historiques en tirera 
tout ce qui pourra intéresser et instruire ses lecteurs, ayant 
en vue, toujours, que "le culte des hommes et des choses de 
notre passé constitue la meilleure école pour préparer les gé- 
nérations qui lèvent aux tâches de demain." 



— 66 — 

OU FUT SIGNEE LA CAPITULATION DE QUEBEC 
LE 18 SEPTEMBRE 1759 ? 



Ai)rcs la désastreuse bataille des Plaines d'Abraham, le 
jT^ouverneur de V'audreuil assembla un conseil de ^çuerre au 
cami) de Beauport où les débris de l'armée vaincue s'étaient 
retirés. Il fut décidé que le soir même l'armée retraiterait 
de l'autre côté de la rivière Jacques-Cartier. 

Avant de partir du camp de Beauport, le gouverneur de 
Vaudreuil fit tenir à M. de Ramezay, laissé en commande- 
ment à Québec, un mémoire pour lui servir d'instructions. 

Le deuxième paragraphe de ce mémoire disait : 

"Nous prévenons M. de Ramezay qu'il ne doit pas at- 
tendre ciue l'ennemi l'emporte d'assaut; ainsi, sitôt (ju'il man- 
quera de vivres, il arborera le drapeau blanc, et enverra l'of- 
ficier de sa garnison le plus capable et le plus intelligent 
pour proposer la capitulation." 

Puis, le mémoire portait les articles de ia capitulation 
que M. de Ramezay devait demander. Chacun des onze ar- 
ticles était accompagné d'observations en marge. 

Le 14 septembre, M. Bar rot, capitaine au régiment de 
Béarn, sur un ordre reçu du gouverneur de Vaudreuil, sortit 
de Québec avec les meilleurs soldats de la garnison pour aller 
rejoindre l'armée à Jacques-Cartier. Il ne resta plus à M. 
de Ramezay pour défendre la ville que cent vingt soldats des 
troupes de terre, un certain nombre de miliciens très indis- 
ciplinés et une centaine de matdots qui valaient encore moins. 

Les citoyens de Québec, voyant qu'on les abandonnait, 
se réunirent chez M. Daine, lieutenant-général de la Prévô- 
té, et supplièrent M. de Ramezay de capituler sans retard 
afin de ne pas exposer la ville aux rigueurs d'un assaut et de 
la famine. 

La requête des citoyens de Québec présentée à AI. de 
Ramezay disait : 

''Vous n'ignorez point que nous n'avons de vivres dans 
cette ville, à fournir à mi-ration, pour huit jours ; le compte 
exact que vous vous en êtes fait rendre nous l'assure. 

"La communication des vivres, (jui pouvaient être des- 
tinés en partie pour la subsistance des citoyens de cette vil- 
le, nous est interdite et ne ])eut être utile (ju'au reste de l'ar- 



-67- 

mée qui ne nous couvre plus ; quelle dure condition de tom- 
ber sous le joug die l'ennemi en lui demandant à manger le 
jour de sa soumission, dans le temps qu'il est lui-même peut- 
être réduit à se retrancher. 

"Le peu de troupes réglées et de citoyens exténués qui 
restent dans cette ville, la majeure partie en avant déserté 
depuis le jour du treize, pour se retirer dans les campagnes, 
n'est point suffisante pour en garder sûrement l'enceinte 
avec d'autant plus de raison que nous avons deux parties de 
la ville à découvert : celle le long du Cap aux Diamants, qui 
n'est fermée que par des pieux, partie voisine du terrain où 
est retranché l'ennemi ; celle dm Palais dont il est le maître 
des dehors ; n'y a-t-il donc pas tout lieu de craindre, à tout 
moment, que l'ennemi puissant en nombre, soit ])ar force ou 
par ruse, ne se trouve dans le coeur de 'la ville, le fer à la 
main, (^pour) immoler sans distinction de qualité, d'âge et de 
sexe tout ce qui se présentera sous ses coups." 

Le 15 septembre, M. de Ramezay assembla en conseil 
de guerre les principaux officiers de sa garnison. Tous, à 
l'exception de M, de Fiedmont, qui vota "pour réduire enco- 
re la ration et pousser la défense de la place jusqu'à la derniè- 
re extrémité", en vinrent à la conclusion qu'il fallait rendre 
la ville aux Anglais aux conditions les plus avantageuses. 

Le 16 septembre, M. de Ramezay reçut du marquis de 
Vaudreuil une lettre cjui lui donna un peu d'espoir. Le gou- 
verneur lui annonçait (|u'il espérait faire entrer des vivres 
dans la ville. La journée se passa cependant sans autre nou- 
velle d'aucune sorte. 

Enfin, le 17 septembre, vers les six heures du soir, M. de 
Ramezay, voyant (|ue les vivres n'arrivaient pas et que les 
Anglais se rapprochaient toujours de la ville, se décida à ar- 
borer le drapeau blanc. 

M. de Joannès, aide-major au régiment de Languedoc, 
fut envoyé au camp anglais avec la capitulation préparée sous 
les ordres du marquis de Vaudreuil. Dans son Mcmoirc sur 
la campagne de 1759, M. de Joannès, qui comptait toujours 
sur 'les secours promis par M. de Vaudreuil, nous dit qu'il fit 
traîner les négociations, mais, qu'à dix heures du soir, le gé- 
néral anglais insista pour avoir une réponse immédiate. "Je 
i=<?ntrai donc dans la ville, dit ]\L de Joannès, et rendis compte 



— 68 — 

à AI. de Ramezay des difficultés que j'avais fait naître: mais 
je reçus un second ordre par écrit pour y retourner à onze 
heures du soir, le secours n'ayant pas paru encore dans ce 
temps." 

Lorsque AI. de Joannès revint au camp anglais, les offi- 
ciers de l'état-major s'étaient retirés pour la nuit. Il les at- 
tendit jusqu'au lendemain matin. 

Le i8 septembre, de bonne heure, l'amiral Charles Saun- 
ders et le général Townshend apposèrent leur signature à la 
capitulation, puis, vers les huit heures, M. de Joannès rentra 
en ville où M. de Ramezay signa à son tour. 

Le dernier paragraphe de la capitulation porte : "Arrê- 
té dou'ble entre nous au camp devant Québec, ce i8ème de 
septembre 1759". Voilà qui dispose d'une partie de la 
question : Où fut signée la capitulation de Québec le 18 sep- 
tembre 1759 ? L'amiral Saunders et le général Townshend 
signèrent à leur camp devant Québec. Il aurait été plus vrai 
de dire derrière Québec, car le camp des Anglais se trouvait 
sur la Grande-Allée actuelle, un peu en arrière de la rue de la 
Chevrotière. 

En 1759, AI. de Ramezay habitait la maison connue au- 
jourd'hui sous le nom de Kent Ho use, rue Saint-Louis. II 
avait fait l'acquisition de cette maison le ler juin 1758. Pro- 
bablement protégée par ses voisines, la maison de AI. de Ra- 
mezay n'avait pas trop souffert du bombardement. _ Nous 
avons le droit de supposer que AL de Ramezay coucha chez 
lui le 17 septembre 1759. C'est donc là que AI. de Joannès 
vint le rejoindre le 18 septembre, à huit heures du matin, 
pour lui faire apposer sa signature au document qui donnait 
Québec aux Anglais. 

Ajoutons, toutefois, pour être plus honnête, que nous 
n'avons aucune preuve écrite que la capitulation fut signée 
par AI. de Ramezay dans sa propre maison. Quant à Saun- 
ders et Townshend, comme nous venons de le voir., ils signè- 
rent la capitulation à leur camp. 

Les Guides de Québec qui nous montrent Saunders et 
Townshend attal)lés dans la maison de AI. de Ramezay, lieu- 
tenant de roi à Québec, pour y signer la capitulation, faus- 
sent donc la vérité. 

P. G. R. 



-69- 

NOTES GENEALOCxIQUES ET BIBLIOGRAPHI- 
QUES SUR EDAIOND LAREAU 



C'est parmi les bons annalistes, les jurisconsultes aver- 
tis et les piocheurs indispensables qu'il faut ranger le docte 
et sévère écrivain que fut Lareau, encore qu'il se soit essayé 
dans la grande histoire, dans la nouvelle, la dramaturgie, le 
journalisme et la politique. Au cours d'une vingtaine d'an- 
nées, il a publié quantité d'articles et de 'livres et dans tout ce 
qu'il a produit on peut puiser avec avantage. Il importe 
donc de confier au Bulletin les notes qui pourront aider ce- 
lui qui voudra étudier, un jour, l'oeuvre de cet érudit. 

Lareau, a-t-on prétendu, descendait d'un Normand qui 
se fixa à Chambly vers 1750. Ce détail n'est vrai {ju'à demi. 
Son ancêtre était originaire de la Normandie ; mais il avait 
pris racine à Québec, un siècle avant ([u'un de ses arrière- 
petits-fils partit pour s'établir dans la région de Montréal. 
Nous allons essayer de le démontrer par le tableau suivant : 

I — LARAU, Jacques — Né en 1624, à Saint-Ré- 
mi de Dieppe, diocèse de Rouen, il paraît être venu en Cana- 
da vers 1660 avec sa femme Anne Fossé et deux enfants : 
Charlotte, née en 1641, mariée à Jean Dumanoy et Fran- 
çois, né en 1646, qui sera le continuateur de la lignée. Ce co- 
lon était menuisier. Devenu veuf, il convola à Québec, le 27, 
novembre 1682, avec Jeanne Caillé, veuve de Guillaume Du- 
pas, qui fut inhumée à Saint-Jean, ils d'Orléans, en 171 t. 

II — LARAU, François — Né en 1646, probablement en 
France, il épousa, à Québec, le 28 octobre 1669, Anne de 
Quain, née en 1647 et fille de Florimond de Quain et de Hen- 
riette Fermilis, de Bourg-du-Sceau, diocèse de Poitiers. Le 
sieur Larau fut inhumé à Québec, le 30 juin 1726 et sa fem- 
me le 7 février 1734. (Tanguay, I, 351). 

Plusieurs enfants naquirent de leur union, dont le sui- 
vant : 

III — LARAU, Noël — Baptisé à Québec, le 7 février 
1682, il se maria au même endroit le ler février 1712, à Ala- 
rie-Agnès Pilotte. veuve de Pierre Hédouin. L'acte de sé- 
pulture de Noël Larau est daté du 8 décembre 17 18. f^Tan- 
guay, \, 1 62 ) . 



Ce fut l'nn de ses enfants qui alla se fixer près de Cham- 
bly. 

I\^ — LARAU, Not^l — Baptisé à Québec, le 28 décembre 
1712, il épousa, à Chambly. le 2.2 janvier 1753, Marie Mé- 
nard, fille d'Antoine Ménard et de Marie Huet. (Tanguav, 
V, 162). 

N — LAREAU, Noël — Le 6 mars 1791, il é])ousait dans 
sa paroisse natale, Marguerite Racine, fille d'Urbain Racine 
et de Jeanne d'Anthiné. Il avait fait dresser son contrat de 
mariage par le notaire Grisé. 

VI — LAREAU, Bénoni — Né vers 1802, cà Saint- Atbana- 
se, comté d'Iberville, il se maria à Saint-Luc, comté de Saint- 
Jean, le 20 mai 1821. Son épouse, Margiuerite Spooner, était 
fille mineure d'Edouard Spooner et de Alarguerite Grier. 
Elle décéda à Saint-Grégoire, le 11 août 1868, âgée de 66 ans. 
VII— LAREAU, Pierre-Bénoni— Marié le 16 juin 1843. 
à Saint-Grégoire, Mont-Johnson, à Odille Sylvestre, fille 
d'Alexis-Amable Sylvestre et d'Angèle Voligny. 

Mil — LAREAU^ Edmond — Il fut baptisé à Saint-Grégoi- 
re, ^lont-Johnson, le jour de sa naissance, 13 mars 1848, et il 
reçut les prénoms de Pierre-Bénoni-Evremond. Poiu-quoi a- 
t-il toujours signé Edmond ? Voilà ce que personne ne peut 
expliquer. 

Quoiqu'il en soït, Edmond Lareau frécjuenta le collège 
de Sainte-Marie de ATonnoir, puis l'université \^ictoria et 
il en sortit en 1870 avec le titre de bachelier en loi. Peu 
après il devenait membre du barreau de la province de Qué- 
bec. Il poursuivit ses études légiales à l'université McGill et 
en 1876 il était nommé professeur à la faculté de droit de 
cette dernière institution. 

Le 9 février 1880, M. Lareau épousait, à Saint-Jacques 
de Montréa'l, Marguerite Robillard, fille mineure de Joseph- 
Clétus Ro1)il]ard et de Marguerite Dufaux. 

De son mariage naciuirent 4 enfants, trois filles et un 
fils. Celui-ci prénommé Jules-Edmond fut baptisé à Mont- 
réal en 1883 et se maria le 19 février 1912 à demoiselle Edith 
Lévy, fille du notaire Joseph-Charles Lévy, décédé en 1909. 

L'historien Lareau décéda le 24 avril 1890, à peine âgé 
de 42 ans. 



— 71 — 

Au sujet de ses funérailles qui furent imposantes, on 
lit dans la Patrie du zy avril 1890 : '*Une foule énorme ac- 
compagna le corps du défunt jusqu'à sa dernière demeure. 

"Les porteurs étaient l'hon. H. Mercier, premier minis- 
tre, l'hon. juge L.-A. Jette, l'hon. L.-H. Archambault, MM. 
L.-O. David. Philippe Roy, M. Hutchinson et F.-L. Béique, 
avocats, et le docteur E.-P. Lachapelle. Parmi les assis- 
tants, on remarquait encore les honorables juges Loranger, 
Ouimet, Champagne et Barry, les honorables Laflamme, La- 
coste, H. Archambault, W. Prévost, Louis Tourville, H. 
Starnes, R. Thibaudeau, M. Sylvestre, S. H. le maire J. Gre- 
nier, etc." 

Les journaux consacrèrent des notices élogiieuses au dé-, 
funt. 

Dans la Patrie du 2-/ avril, ]\L L.-O. David écrivait : 
"Lareau ne voyait dans la vie que le côté sérieux et utile, le 
devoir à remplir envers son pays et sa famille. C'était un 
philosophe et un chrétien sincère qui ne se contentait pas d'a- 
voir des i)rincipes, mais les mettait en pratique." 

D'autre part. Israël Tarte, dans le Cultivateur du 3 mai, 
signait un long article dont nous détachons ce qui suit : "La- 
reau fut un chercheur persévérant et consciencieux... un 
homme public que ses attaches de parti ne firent pas dévier 
du chemin du devoir... 

"Ce n'était ni un éblouissant ni un prime-sautier. Il ap- 
partenait à cette école sérieuse, réfléchie, pondérée qui re- 
cherche les arguments de l'histoire, la puissance du raisonne- 
ment plutôt que les fleurs captivantes de la rhétorique..." 

A ces extraits, ajoutons la liste des oeuvres qui portent 
la signature du défunt. 

— Tableau des délais flxes contenus dans le Code civil, 
le Code de procédure civile, les règles de pratique et l'acte de 
faillite, 1869. Montréal, E. Sénécal, 1870, i br in-8 de 45 pp. 
— Le droit Civil Canadien. /"En collaboration avec Gon- 
zalve Doutre) Montréal, Alphonse Doutre, 1872, i vol. in-8 
de 784 pp. 

— Histoire de la littérature canadienne. Montréal, John 
Lovell, 1874. I vol. in-8 de 496 pp. 

— Mélanges historiques et littéraires. IMontréal, E. Sé"- 
nécal, 1877. ^ v^l- in-8 de 352 pp. 



— Libéraux et conservateurs. Montréal 1879. i br. in-8 
de 44 pp. 

• — Réformes judiciaires. Examen critique du rapport 
de la commission de codification des statuts. Montréal, Louis 
Perrault et Cie, 1882, I br. in-8 de 42 pp. 

— Histoire abrégée de la littérature. ^Montréal, Lovelî 
& Fils, 1884. I vol. in-8 de 556 pp. 

— Code civil du Bas-Canada, Montréal, A. Périard, 
J885. I vol. in- 12 de 654 pp. 

— Histoire du droit Canadien. Montréal, A. Périard, 
1er vol. 1888, in-8 de 518 pp. ; 2e vol. 1889, in-8 de 54^. pp. 

Enfin Edmond Lareau collabora au Pays, à V Opinion 
publique, au National, à la Patrie, etc. 

E.-Z. MASSICOTTE 



QUESTIONS 



Notre moineau domestique, si je ne fais erreur, est d'o- 
rigine européenne. Quand le moineau a-t-il été introduit au 
Canada ? 

L'asile des aliénés de la Longue-Pointe est sous le patro- 
nage de saint Jean de Dieu. Peut-on me donner la raison de 
ce patronage ? L.-P. 

Est-il vrai que pendant l'été de 1759 les défenseurs de 
la Nouvelle-France furent nourris presque exclusivement de 
viande de cheval ? A.-B. 

La mendicité était-elle permise au Canada sous le régi- 
me français ? N'y a-t-il pas une ordonnance d'un intendant 
qui menaçait de prison ceux qui mendiaient dans les villes de 
Québec et de Montréal ? Av. 

Un ami qui arrive d'Europe, me dit qu'il y a un buste de 
Montcalm dans un des musées de Versailles. Est-ce bien le 
cas ? Dans quel musée se trouve ce buste ? Quel en est 
l'auteur ? X. Y. Z. 



— 73 — 
UN TABLEAU DE 1665 



La revue illustrée de la Presse, du samedi, 20 Janvier, 
donne la reproduction d'un tableau "Sainte Anne et la Vier- 
ge Marie" par Le Brun. Comme il est probable que des lec- 
teurs de la Presse feront des découpures dans cette revue 
pour en orner leur album ou recueil d'extraits, il importe que 
le texte accompagnant ces images soit exact, surtout lors- 
qu'il s'agit de choses historiques. Quiconque est en mesure 
de relever les erreurs qui peuvent y paraître parfois, doit le 
faire afin que ces extraits aient pleine valeur. 

Au bas de l'image "Sainte Anne et la Vierge Marie", 
on lit : — "Cette toile fut peinte à la demande du marquis de 
Tracy, en 1665. Les personnages de gauche et de droite re- 
présentent le gouverneur français et sa femme vêtus en pè- 
lerins du temps..." D'abord, ]\I. de Tracy n'était pas le gou- 
verneur du Canada, c'est M. de Courcelle qui l'était. Il est 
évident que M. et Mme de Tracy ont posé pour ce tableau. 
C'est ainsi que travaillaient les artistes afin de rendre fidèle- 
ment les traits des figurants. A cette époque et antérieure- 
ment, les grands, les seigneurs puissants aimaient à se voir 
sur des toiles reproduisant de saints personnages. Ces ta- 
bleaux étant destinés à des églises, etc., c'était une façon 
comme une autre de passer à la postérité. 

M. de Tracy fit voile de La Rochelle le 26 février 1664, 
pour aller combattre les Hollandais à Cayenne et aux An- 
tilles. Le 25 avril 1665, il laisse la Guadeloupe à destination 
de Québec, où il débar(|ue le 30 juin suivant, malade de la 
fièvre. A peine rétabli, il est très occupé par l'arrivée des 
compagnies du régiment de Carignan, à faire bâtir des forts 
et à faire préparer l'expédition contre les Iroquois. Dans 
son voyage aux Antilles et à Québec il n'est pas parlé de 
Mme de Tracy. Suivait-elle son mari ? C'est peu proba- 
ble, pas plus que du peintre Le Brun. Le 26 août 1667, le 
marquis s'embarque sur Le Sf-Scbasficn pour rentrer en 
France, s'en allant remplir le poste de gouverneur à Dun- 
kerque, c'est-à-dire dans son pays, en Picardie. Aussitôt là, 
il a pu faire expédier à Québec le tableau précité, peint bien 
certainement avant 1665, puisqu'alors il était plus avancé en 
âge que ne le montre cette toile. Le marquis mourut en 



— 74 — 

lô/O. La sainte Anne du tableau ressemble à Mme de Tra- 
cy, et la Vierge, habillée à la mode de 1665. était peut-être la 
fille du marquis. 

REGIS ROY 



QUESTIONS 



Dans une étude publiée en 1897, feu M. Léon Ledieu 
écrivait que Alexandre-André-Victor de Léry, né à Québec, 
était mort en 181 6 gouverneur de la colonie française de la 
Martinique. Ce fils de Québec a-t-il réellement été gouver- 
neur de la Martinique ? Y. O. 

Dans les premiers statuts de la province de Québec il 
est souvent question du "cours d'Halifax" ou "Halifax Cur- 
rency" pour la monnaie. On mentionne souvent aussi les 
piastres d'Espagne. Cette dernière monnaie avait-elle cours 
ici ? Ban. 

Les premiers évêques de Québec sous le régime anglais 
prêtaient un serment d'allégeance. On voit dans la Vie de 
Mgr Plessis que ce grand prélat prêta aussi ce serment. 
Quand nos évêques canadiens ont-ils cessé de prêter le ser- 
ment d'allégeance ? X. X. X 

Combien de bancs ont-ils été concédés à perpétuité dans 
l'ancienne église paroissiale ou cathédrale de Québec ? 

A. D. 

Champlain n'a-t-il pas proposé de changer le nom de 
Québec en celui de Ludovica ou Louisville ? 

Queb. 

Dans sa Ccncalogie des familles de l'Ile d'Orléans, l'abbé 
Forgues mentionne plusieurs familles du nom de Moor éta- 
blies dans différentes paroisses de l'île dès avant 1759. Ces 
familles étaient-elles d'origine française ou anglaise ? 

I. O. 



— 75 — 

LES PREMIERS BUREAUX D'ENREGISTREMENT 
DE LA PROVINCE DE QUEBEC 

On donne le nom de bureaux d'enregiistrement dans la 
province de Qué'bec aux bureaux x^iblics établis pour l'ins- 
cription des documents qui, par leur nature intrinsèque, doi- 
vent être publiés pour l'avantage des parties contractantes et 
dans l'intérêt public, de même que pour faciliter l'obtention 
des renseignements particuliers et généraux touchant l'état 
hypothécaire des individus dont les héritages sont grevés par 
la suite. Le bureau d'enregistrement tire son origine du 
rcf/isfry office. Il dififère essentiellement du bureau d'hypo- 
thèque français qui, lui, n'inscrit ou n'enregistre que les do- 
cuments comportant hypothèque. 

Nos bureaux d'enregistrement actuels doivent leur exis- 
tence à l'Ordonnance du Conseil Spécial 4 Victoria, chapitre 
30, décrétée, sous l'administration de lord Sydenham. le 9 
février 1841, et qui entra en vigueur le 31 déceml)re de la 
même année. 

Mais lors de l'entrée en vigueur de l'Ordonnance 4 Vic- 
toria, chapitre 30, plusieurs bureaux d'enregistrement exis- 
taient déjà dans la province du Bas-Canada, dans les divi- 
sions territoriales tenues en franc et commun soccage, c'est- 
à-dire dans les Cantons de l'Est et ceux du Sud-Ouest. 

Ces bureaux avaient été éta'blîs par des actes de la lé- 
gislature du Bas-Canada qui furent remplacés par l'Ordjn- 
nance 4 Victoria, chapitre 30. Citons : 

10 L'acte 10 et 11 Georges IV, chapitre 8 (^sanctionné 
le 26 mars 1830), établissant des bureaux d'enregistrement 
dans les comtés de Drummond, de Sherbrooke, de vShefford 
et Missisquoi. 

20 L'acte I Guillaume IV, chapitre 3 (^sanctionné le 31 
tnars 1831), établissant des bureaux d'enregistrement dans 
les comtés d'Ottawa, de Beauharnois et de Mégantic. 

30 L'acte 4 Guillaume IV, chapitre 5 (sanctionné le 18 
mars 1834), établissant des bureaux d'enregistrement pour 
parties des comtés du Lac-des-Deux-Montagnes et de l'Aca- 
die. 

L'Ordonnance du Conseil Spécial 4 Victoria, chapitre 
30, divisait le Bas-Canada en vingt-quatre circonscriptions 



-76- 

d'enreo-istrement ou districts d'hypothèques. Dans^ la suite, 
ces circonscriptions furent subdivisées et de nouvelles furent 
établies à différentes époques. Aujourd'hui on compte soix- 
ante-seize divisions d'enregistrement dans la province de 
Québec. 

L'Ordonnance établissant les bureaux d'enregistre- 
ment fut très mal reçue dans toute la province de Québec. Il 
est bon de dire qu'elle nous venait de lord Sydenham et du 
Conseil Spécial. L'esprit de parti était alors poussé à un tel 
point qu'on ne pouvait croire qu'il pouvait sortir quelque cho- 
se de bon d'une institution comme le Conseil Spécial. Les 
plus violents adversaires de l'Ordonnance du Conseil Spé- 
cial furent l'avocat L.-H. Lafontaine, plus tard sir L.-H. La- 
fontaine, et le journaliste Btienne Parent, deux esprits pour- 
tant bien pondérés. Plus tard, sir L.-H. Lafontaine chan- 
gea un peu d'opinion et convint que les bureaux d'enregis- 
trement avaient du bon. 

On ferait plusieurs gros volumes avec tous les articles 
de journaux cpi furent alors publiés contre l'Ordonnance 
d'enregistrement. 

P. G. R. 



QUESTIONS 



Dans une lettre au ministre du 15 novembre 1723, le 
sieur Ruette d'Auteuil, ancien procureur général du Conseil 
Supérieur de la Nouvelle-France, lui apprend que son fils aîné 
est au service du roi d'Espagine depuis le siège de Barcelone 
et qu'il est capitaine de frégate. Qui me donnera des rensei- 
gnements sur ce Canadien-Français devenu capitaine dans la 
marine royale d'Espagne ? Est-il mort en Espagne ? Sa fa- 
mille s'est-elle perpétué là-bas ? R. d'A. 

Il y a bon nombre de familles Péloquin dans la province 
de Québec. Le capitaine Michel Péloquin, né à Québec en 
1753 (^) ^t décédé capitaine de vaisseau à Brest en 1818, 
appartenait-il à une de nos familles Péloquin ? 

A. O. B. 



— "/I — 

NOMS DE RUES ET DE LOCALITES A MONTREAL 



Terre des H ermites (La) — Le 17 mars 1704, J.-B. 
Mesnard comparaît au gireffe de Montréal et fait élection de 
domicile chez A.ntoine Pacaiid, marchand bourgeois, de la 
rue Saint-Paul. Il déclare qu'il veut mettre un prix sur la 
terre des H ermites, dont la vente a été annoncée la veille, à 
l'issue des vêpres. Il en ofifre 7000 livres du pavs. Le Ter 
avril, la sœur Marguerite Lemoine du Saint-Esprit, supé- 
rieure des filles séculières de la Congrégation Notre-Dame, 
et la sceur Louise de Saint-Bernard, dépositaire, surenché- 
rissent et déclarent ofifrir 8050 livres. 

Le sieur Mesnard ajouta 50 livres et obtint le morceau. 
Le contrat de vente fut dressé le 3 avril 1704, par le notaire 
Adhémar. 

Quelle était cette terre au nom curieux ? Jean-Vincent- 
Philippe de Hautmesnil avait reçu de son oncle, l'abbé Ga- 
briel Souart, le 20 décembre 1665, un fief sis entre le fleuve 
Saint-Laurent et la rivière Saint-Pierre. 

Vingt-deux ans après, lorsque IM. de Hautmesnil ven- 
dit son fief, il y avait une maison, une étable, une grange et 
des animaux. Il céda le tout pour 4500 livres. 

Ce furent les Frères Instituteurs de Montréal, une com- 
munauté nouvellement fondée par les abbés Souart et La 
Paye, qui achetèrent le susdit fief, en 1687. Les Frères ne 
la gardèrent pas longtemps, car, en 1693, ils firent cession de 
leurs 'biens à la Fabrique de Notre-Dame et se dispersèrent. 

N'est-ce pas parce qu'il avait appartenu aux susdits re- 
ligieux que le fief de M. de Hautmesnil avait pris le nom de 
terre ji es H ermites et aussi celui de terre des Beoles. 

Le Mesnard dont il a été question était un simple env 
ployé des Religieuses de l'Hôtel-Dieu. Dans divers docu- 
ments de l'époque, on l'appelle "le procureur ou l'économe 
des pauvres et le contre-maître des Hospitalières de Mont- 
réal." 

Devons-nous croire qu'il acquérait la terre des Hermi- 
tes pour le compte de l'Hôtel-Dieu parce que cette institu- 
tion préférait ne pas paraître concurrencer une autre com- 
munauté ? 



-78- 

Brock (rue) — Longue d'une couple d'arpents au plus, 
elle n'était en réalité que la prolongation de la rue Beaudry, 
entre la rue Notre-Dame et la rue du Bord-de-l'eau. La 
rue Brock a disparu lorsque le Pacifique Canadien creusa 
tout un coin du faubourg Québec pour asseoir sa gare 
Viger à l'angie est des rues Berri et Craig. La toute petite 
rue Brock voisinait d'un côté la rue Panet et le Parc Sohner, 
de l'autre l'ancien hôpital militaire. 

Le II juin 1844, quatre religieuses de France vinrent 
fonder en notre ville, la communauté du Bon Pasteur et c'est 
dans cette rue qu'elles commencèrent leur oeuvre. Elles ha- 
bitaient une maison de 50 pieds par 40, à trois étagies, que 
leur avait fait construire l'abbé Anraud, P. S. S. Les reli- 
gieuses du Bon Pasteur quittèrent ce bâtiment le 25 juillet 
pour aller s'établir sur le coteau Barron, rue Sherbrooke, o\x 
elles sont encore. 

D'après une note dont j'ignore la source, la maison 
qu'elles abandonnaient, rue Brock, devint l'orphelinat St- 
Jérôme-Emilien où les Soeurs de la Providence recueillirent 
les petits orphelins dont les parents avaient été victimes du 
typhus. Plus tard, on aurait commencé là à faire l'école aux 
sourds-muets. L'édifice fut rasé au cours du grand incendie 
du 9 juillet 1852. 

D'où venait à cette rue le nom de Brock qu'elle portait 
déjà en 1819 ? 

Etant dans un quartier militaire, on avait très proba- 
blement voulu rappeler le souvenir du général anglais, sir 
Isaac Brock, tué à la bataille des hauteurs de Queenstown, le 
13 octobre 181 2. 

E.-Z. AL\SSICOTTE 



QUESTION 



Le testament du gouverneur de Alézy à Québec le 24 
avril 1665 ])()rte comme témoins les noms de Guillaume Sou- 
daye, sieur de la Gimanderye ; Esdine Lemoyne, sieur de la 
Croix : Thomas Langlier, sieur Chevallier, et Mathieu Mu- 
tault, sieur du Buisson. Quels étaient ces personnages ? 
Tanguay, je crois, n'en mentionne aucun ? PIop. 



— 79 — 

LES SOURCES IMPRIMEES DE L'HISTOIRE DU 
CANADA-FRANÇAIS 



Dans VEcJio de la France (1865-1869), on trouvera : 

A^oyages de Jacques Cartier au Canada en 1534, 1535 
et 1536. (Vol. de 1865, p. 282). 

Jugement erroné de M. Ernest Renan sur les langues 
sauvages. (Vol. de 1866, p. 198). 

Chansons populaires du Canada. (Vol. de 1868. p. 410). 

Histoire de Montréal, par Dollier de Casson. (Vol. de 
1869, p. 603). 

h' Album de la Minerve (1872-1874) contient : 

Sabre et scalpel, par Napoléon Legendre. (Vol. de 1872, 
PP- 3' 33^ 98. 163, 226, 292, 418, 482, 546, 609, 674 ; vol. de 
1873. pp. 4, 17,33, 50). 

La caverne d'or de Montcalm. (A'ol. de 1872, pp. 9, 39, 
103, 166). 

Esquisse canadienne : Paquet, par Benj. Globensky. 
(Vol.de 1872, p. 56). 

Esquisse canadienne : François Dumont, par W.-B. de 
Léry. (Vol. de 1872, p. 120). 

Les rigueurs de dame justice, par Charles Ameau. (Vol. 
de 1872, p. 134). 

Un épisode de 1837. (Vol. de 1872, pp. 352, 436, 486, 
621, 686, ; vol. de 1873, pp. 7, 20, 36). 

Saint-Antoine de Richelieu. (Vol. de 1873, pp. 251, 
262). 

Notes historiques : Manuscrits Papineau. (Vol. de 
1873, p. 297). 

Une légende indienne. (Vol. de 1874, p. 329). 

Dans la Revue de Montréal (1877-1881), les études his- 
toriques suivantes ont été publiées : 

L'expédition de l'amiral sir Hovenden Walker contre 
Québec en 171 1, par Faucher de Saint-Maurice. (Vol. de 
1877, pp. 42, 79)- 

Suppression des Relations de la Nouvelle-France, par 
l'abbé H.-A. Verreau. (Vol. de 1877, pp. 107, 162). 

Population de la province de Québec, par J.-C. Lange- 
lier. (\^ol. de 1877, pp. 225, 346, 448). 



— 8o — 

Histoire de la colonie française en Canada. (Vol. de 

1877, pp. 239, 298, 363, 440). 

Légendes canadiennes, par P.-J.-O. Chauveau. (Vol. 
de 1877, pp. 243, 280, 337). 

Un délégué du pape au Canada, par l'abbé H. -A. Ver- 
reau. (Vol. de 1877, pp. 273). 

Constitution physique des Canadiens-Français, par 
Benjamin Suite. (Vol. de 1877, p. 294). 

Notre langue, par Benjamin Suite. (Vol. de 1877, P- 

657). 

Impression des ouvrages et des journaux canadiens, 
par l'abbé Chandonnet. (Vol. de 1877, pp. 671 ; vol. de 1878, 

P- 5)- 

Deux légendes des Cantons de 1 Est, par Roclef. (Vol. 

de 1877, P- 679). 

Colbert et le Canada. (Vol. de 1877, p. 711 ; vol. de 

1878, pp. 51, 69, 161, 242, 410, 509). ^ 

Notre constitution et nos institutions, par Napoléon Le- 
gendre. (Vol. de 1878, pp. 92, 149, 201). 

Notice biographique sur Claude de Ramezay, par S. 
Aubin. (Vol. de 1878, p. 381). 

La monnaie de carte au Canada, par Edmond Lareau. 
(Vol.de 1878, pp. 433, 456). 

Un procès en 1680, par Onésime Boisvert. (Vol. de 

1879, p. 113). 

The old régime in Canada, par J.-C. Langelier. (Vol. 
de 1879, pp. 313, 443, 481, 599). 

Jacques ]\Larquette, par P. Brucker. (Vol. de 1879, p. 
808 ; vol. de 1880, pp. 49, 114). 

Une installation au bailliage de Montréal en 1690, par 
B. Fournier. (Vol. de 1880, p. 138). 

Un mariage d'autrefois, par Benjamin Suite. (Vol. de 

1880, p. 357). 

L'avocat-général Marriott devant la Chambre des Com- 
munes en 1774, par Th. Brennan. (Vol. de 1880, pp. 540, 
627). 

Mgr Chs-Félix Cazeau. (Vol. de 1880, p. 802). 

Naissances, mariages et décès, par Alphonse Lusignan, 
(Vol. de ]88o, p. 81 1 ; vol. de 1881, p. 37). 

P. G. R. 



— 8i — 
PAUL-AUGUSTIN JUCHEREAU DE MAURE 



Né à Québec le 13 juin 1658, du mariage de Jean Juche- 
reau de la Ferté et de ]\Iarie Giffard. 

A la mort de son père, en 1685, il hérita de la seigneu- 
rie de Maure (Saint- Augustin). 

Le 13 juillet 1701, la direction de la Compagnie de la 
colonie de la Nouvelle-France lui remettait la commission de 
"receveur préposé à la recepte des castors et dixiesme des 
originaux." Il occupait encore cette charge en 17 14. 

On sait qu'en 171 1 une flotte anglaise, sous le comman- 
dement de sir Hovenden Walker, remonta le Saint-Laurent, 
portant un bataillon de soldats de marine et sept régiments 
de vétérans de Malborough, destinés à envahir le Canada. 
Huit des transports de Walker se brisèrent sur l'île aux 
Oeufs et plusieurs centaines d'hommes périrent. L'amiral 
anglais, découragé, re^broussa chemin. 

**Les poètes, raconte la mère Juchereau de Saint-Igaiace, 
épuisèrent leur verve pour rimer de toutes les façons sur ce 
naufrage. Les uns étaient historiques et faisaient agréable- 
ment le détail de la campagne des Anglais ; les autres sati- 
riques et raillaient sur la manière dont ils s'étaient perdus.'* 

M. Juchereau de Maure succomba à l'engouement gé- 
néral et composa quelques chansons assez bien tournées qui 
nous ont été conservées par cette même mère Juchereau de 
Saint-Ignace. 

Parlant des armées levées contre la Nouvelle-France, 
l'une de ces chansons disait : 

L'une partie de Boston, 
Sur cent vaisseaux portée ; 
Les plus 'beaux ont fait le plongeon 
Dedans la mer salée ! 

Le poète ne se doutait guère qu'il aurait le même sort 
que les marins de Walker ! 

Dans l'automne de 1714, M. Juchereau de Maure s'em- 
barqua pour la France sur le Sainf-Jcrôme, navire de trente 
canons. Une tempête se déclara dans le Saint-Laurent et ce 
navire qui portait, outre ses passagers, une riche cargaison 
de pelleteries, alla se briser sur l'île au Sable. Au nombre 
des personnes qui périrent furent MM. Juchereau de Maure, 



— 82 — 

le marquis d'Aloigny, commandant des troupes, Lechtier de 
Chalus, capitaine, le sieur Dumontier, secrétaire du gouver- 
neur de Vaudreuil, etc., etc. 

P. G. R. 



QUESTIONS 



Le roi de France dotait-il les sauvagesses qui se ma- 
riaient avec des Français ? Il me semble que Garneau dit 
quelque part dans son Histoire du Canada que les autorités 
françaises s'opposaient de toutes leurs forces aux mariages 
entre Français et sauvagesses. Le passage suivant que je 
trouve dans une lettre de l'intendant de Meulles en date du 
12 novembre 1682 prouve plutôt le contraire. De Meulles 
écrivait : "Il y a dans Testât des gratifications trois mille li- 
vres que j'ai reçeu de Monsieur Luber dont voicy les termes: 
Pour dotter des filles des sauvages qui sortent de chez les 
Ursulines de Québec, et qui se marieront aux Français à rai- 
son de cinquante livres chacune, la somme de trois mil li- 
vres." 

Cette phrase est assez explicite. Pendant combien d'an- 
nées le roi de France a-t-il ainsi accordé des dots aux sauva- 
gesses canadiennes ? ' A. D. 

A la suite de la réédition de la Relation originale du 
voyage de Jacques Cartier au Canada en 1534 (publiée par 
Michelan et Ramé en 1867) se trouve un "Abrégé des vola- 
ges, découvertes et habitacions faits en l'Amérique septen- 
trionale par les Français." On lit dans cette relation : 

"L'an 1542, le dit seigneur de Roberval y fut en person- 
ne avec trois navires chargez et équipez de toutes choses né- 
cessaires, et y fit lors une habitation à Tisle d'Orléans en la 
dite rivière." 

Garneau ni Ferland ne parlent de cette habitation faite 
par Roberval sur l'île d'Orléans. L.-P. Turcotte et l'abbé L.- 
E. Bois qui ont publié des histoires de l'île d'Orléans ne men- 
tionnent pas, non plus, cet établissement de Roberval sur l'île 
d'Orléans. Ce point d'histoire peut-il être tiré au clair ? Ro- 
berval a-t-il réellement étal)li un poste quelconque sur l'île 
d'Orléans ? A. M. M. 



-83 - 
REPOx\SES 



Le sieur Marcel, secrétaire de Montcalm f XXVII, p. 2^2J 

— Les renseignements sont assez maigres sur le sieur Mar- 
cel, secrétaire de Montcalm. Nous savons qu'il arriva ici en 
même temps que son maître en mai 1756. Il dût retourner 
en France à l'automne de 1759. 

Dans une lettre qu'il écrivait à sa mère, la marquise de 
Saint-Véran, le 9 mars 1756, c'est-à-dire quelques jours 
avant^ de s'embarquer pour la Nouvelle-France, Montcalm 
lui faisait connaître sa future maison. 

"Ma maison, disait-il, sera composée de trois aides-de- 
camp : M. de Bouoainville, M. de la Roche-Beaucourt, lieu- 
tenant au rég-iment de cavalerie de Montcalm, le sieur Mar- 
cel aide-de-camp de peine et du secrétariat, c'est un sergent 
qui devient oificier ; un cuisinier, un aide, un demi-valet de 
chaml)re ; Grisou ; Joseph ; Dejean, premier laquais, deux 
autrs hommes de livrée, un secrétaire ; chirurgien, point ; 
J'en amène de premier ordre, avec des garçons chirurgiens 
que le roi envoie." 

Pontiac est-il un nom français ? 
In Biillcfiii for novemijer, 1922, Mr. Régis Roy raises the 
question as to whether the name Pontiac, borne by a well- 
known Indian chieftain, was French in origin. In the course 
of some researches I made recently I learned that this is 
quite probable. In the seventeenth century there stood at 
Nos t6 and 17 Lombard Street, London, Eng., an eating 
house known as Puntack's Head. The site later passed into 
the hands of Edward Lloyd and was known as Lloyd's Coffee 
House. It was from this that the well-known London Insu- 
rance underwriters took their name. In a book entitled The 
Sigjis of Old Lombard Street by F. G. Hilton Priée, I find 
the following account of this site : 

"Through the kindness of Mr. Robarts, who permitted 
me to examine the title deeds, and therein ascertain that 
previously to this house being Lloyd's it was called Pun- 
tack's Head. The back part of thèse premises originally 
belonged to \'yner, and afterwards to the Post Office, of 
which latter it was purchased by the bankers, including 



-84- 

messuag-es in Al)church Lane, callccl the ''Golden Bail," 
afterwards the "Rose and Crown", and then "The Bear". 
Althoug-h spelt Puntack in the deeds, we find by contempo- 
rary literature, that the house was kept by a Monsieur Pon- 
tack or Pontac, a Frenchman, son of the Président of Bor- 
deaux, who was owner of the vineyards of Pontaq and 
O'Brien, ( Probably "Haut Brion") from whence came the 
choice clarets. He came to London to establish a famous 
eating house, and set "up his father's head as a sign, which 
is mentioned by Dryden, Swift and Defoe, likewise Evelyn, 
who States that, in 1694, the Royal Society dined at Pun- 
tack's as usual. He also describes him as "having- studied 
well in philosophy, but chiefly the Rabbins, and was exceed- 
ingly addicted to cabalistic fancies, an external hablador 
(romancer) and half distracted by reading abundance of the 
extravagiant Eastern Jews. He speakes ail languages, was 
verv rich, had a handsome person, and was well bred, about 
forty-five years of âge. I think I may truly say of him. 
which was not so truly said of St. Paul, "that much learning 
hath made him mad !" Swift, in his letters to Stella, says 
that the wine was charged seven shillings a flask, ''are not 
thèse pretty rates." Before Pontack had the house it was 
known by the sign of the "White Bear". The premises now 
form part of Messrs. Robarts, Lubbock and Co.'s bank." 

I am not certain whether you will regard the names 
"Pontack" and "Pontiac" as likely to be of the same origin, 
but the item seemed to be of sufficicnt interest historically 
to warrant bringing it to vour attention. 

A. St-L. TRIGGE 

Les portes de Québec sous le régime français (XXIX, p. 24) 
— Pendant le sièg-e de 1759, M. de Foligné, capitaine en se- 
cond de la corvette Sivinfon, fut chargé du commandement 
d'une batterie des Remparts, du côté du fleuve. M. de Foli- 
gné, par conséquent, devait connaître parfaitement les forti- 
fications de Québec. Cet officier a laissé un journal commé- 
moratif du siège de Québec. 11 commence son journal en 
donnant une description très fidèle de Québec. Or, voici ce 
qu'il dil des ])ortes de Québec : 



-85 - 

''Québec a trois portes qui se trouvent dans la partie 
murée sans ponts levys, dont une au S. S. O., qu'on nomme 
porte St-Louis qui conduit sur le chemin de la Côte d'Abra- 
ham et de Samos ; la seconde se nomme la porte St-Jean qui 
conduit au chemin de Sainte-Foix, paroisse éloignée de Qué- 
bec d'une lieue et demy ; enfin, la troisième se nomme porte 
du Palais qui conduit dans le faubourg- Saint-Roch, et che- 
min qui va droit à l'hôpital-général, fondé par M. de Saint- 
Vallier." 

Le curé Compain et la guérison des chancres (V, p. iiO 

Nous ayons parlé, dans les Petites choses de notre histoire 
(2e série, p. 128), du remède du curé Compain pour la gué- 
rison des cancers. 

Le curé Compain guérissait aussi les chancres. La Ga- 
lette de Québec du 16 mars 1799 publiait une curieuse an- 
nonce de l'a'bbé Compain où il invitait ceux qui étaient at- 
teints de chancres de s'adresser à lui pour leur guérison. 

Un acte du notaire Dumas, du 2/ juin 1796, nous fait 
connaître un singulier marché conclu entre le curé Compain 
et George Longmore, un médecin en vue de Québec, ^ous 
en citons les principales parties : 

"Fut présent messire Pierre- Joseph Compain, prêtre, 
résident et desservant la paroisse Saint-Etienne de Beau- 
mont, en le comté d'Hertford,- lequel dit sieur comparant a 
promis et par ces présentes promet et s'oblige envers M. 
George Longmore, chirurgien, de Québec, de lui enseigner et 
apprendre l'art ou secret efficace qu'il emploie depuis plu- 
sieurs années de guérir radicalement les chancres ou exulu- 
rations fréquentes en ce pays, et pour cet effet s'oblige aussi 
de lui indiquer sans réserve et dès la signature ou perfection 
des présentes la recette ou composition du remède qu'il em- 
ploie à cette guérison, ainsi que la manière de l'appliquer ou 
donner, et le régime indispensable qui doit être observé par 
le sujet qui se fait traiter et qui désire guérir ; enfin, de don- 
ner et fournir au dit sieur Longmore les preuves autant con- 
vaincantes qu'il soit possible de l'eft'icacité du dit remède, de 
l'application d'icelui, et du régime du sujet malade pendant 
le traitement, lequel susdit art ou secret une fois connu du 
dit sieur Longmore sera gardé et professé secrètement par 



— So- 
les deux parties contractantes pendant dix années soit g-ra- 
tuitement ou autrement suivant que chacune d'elles en par- 
ticulier jugera à propos ou lui plaira ; après lesquelles dix 
années le dit secret ou traitement sera rendu public par les 
deux actuels contractants ou le survivant d'eux, pour raison 
de laquelle dernière et particulière convention le dit secret ou 
traitement bien et exactement déduit par écrit signé des 
dux parties sera déposé sous leur scel et cachet respectif, et 
immédiatement la perfection des présentes ez-mains de Mon- 
sieur le supérieur du séminaire de Québec que les dits con- 
tractants prieront de vouloir bien en avoir soin et garder 
pendant les dites dix années à moins que les deux parties ne 
s'accordent entre elles de le rendre public avant les dites dix 
années. 

"Le dit sieur Longmore étant sur son départ pour la 
Grande-Bretagne et convaincu de rincertitude de la durée de 
la vie, il est ici convenu que s'il décédait pendant ce voyage, 
mon dit sieur Compain communiquerait alors le dit art et se- 
cret et traitement relatif à M. ]\Iervin et Nooth, écuier. lequel 
dit sieur Nooth à ce présent promet au dit sieur Longmore 
le pratiquer et en user pour le profit et l'avantage de la dame 
épouse du dit sieur Longmore et de leurs enfants qui alors 
seraient chargés de satisfaire et remplir l'obligation suivan- 
te de leur dit mari et père envers mon dit Compain ou ses 
ayans cause." 

Le docteur Longanore donna à l'abbé Compain, pour 
l'indemniser, une somme de cent vingt neuf livres, dix-sept 
chelins et neuf deniers. Il s'engagea, en outre, à lui payer au 
bout de deux ans, une autre somme de quatre cents livres. 

Il faut croire que le docteur Longmore n'avait pas fait 
un marché d'or avec le curé Compain car, devant le même no- 
taire, le 29 août 1798, les deux mêmes parties comparais- 
saient et la somme de quatre cents livres était réduite à soix- 
ante-quinze livres. Longmore s'engageait, toutefois, à ne 
divulguer à personne le secret du curé Compain. P. G. R. 

Le capitaine Desrivières { XXVIII, p. 348) — Il ne m'est 
pas encore possible de garantir d'une manière absolue l'exac- 
titude de l'histoire racontée par M. de Gaspé au sujet de la 
mort de M. Desrivières et du duel qui s'en suivit entre M. de 



-87- 

Salaberry et l'ofificier boche qui avait tué son compag-Jion 
d'armes, mais, jusqu'à preuve du contraire, je la tiens pour 
véridique, et voici pourquoi. 

Il n'y a pas de fumée sans feu, dit un vieux proverbe, 
or les faits authentiques suivants créent au moins une forte 
présomption en faveur de la véracité de l'auteur des Mémoi- 
res ; ils sont, pour ainsi dire, le prologue du drame et il n'est 
pas inadmissible que la tragédie se soit déroulée jusqu'au 
bout. 

Disons d'abord que le 6oe régiiment, levé au com- 
mencement de la guerre de Sept-Ans, reçut comme offi- 
ciers une forte proportion de protestants étrangers, c'est- 
à-dire, d'Allemands, de Suisses, de Hollandais, et même de 
huguenots français. Pas moins de douze capitaines de ce ré- 
giment disparaissent de VArmy list en janvier 1802. Sur ces 
douze noms, au moins quatre, et peut-être sept, sont d'asso- 
nance teutonne ; ainsi, pas moyen de dire lequel de ces bo- 
ches tua en duel le capitaine Desrivières et fut à son tour dé- 
pêché ad patres par de Salaberry. 

Remarquons, en passant, que MM. Desrivières et de Sa- 
laberry n'étaient pas, à cette époque, les seuls officiers cana- 
diens du 60e régiment ; il y en avait un autre, le capitaine 
John Fargues, qui était originaire de Québec. 

Venons maintenant à M. Desrivières. Fils d'Amable 
Trottier Desrivières et de Charlotte Guillimin, Thomas-Hip- 
polyte naquit à Montréal et fut baptisé à l'église Notre-Da- 
me, le 20 septembre 1769. Il entra dans l'armée anglaise en 
qualité d'enseigne au 60e régiment d'infanterie de ligne le 

22 octobre 1791. M, Desrivières obtint une lieutenance le 12 
avril 1795, et il fut promu capitaine au même régiment le 

23 mars 1797. Son nom paraît encore dans VArmy List du 
1er janvier 1801, mais on ne le voit pas dans celle du mois de 
janvier suivant. Je ne le retrouve pas non plus au Canada, 
ni ailleurs, après cette date. J'en conclus qu'il a dû mourir 
soit à la fin de l'année 1800 ou pendant l'année 1801. 

Je ne sais si ces explications satisferont la légitime et 
louable curiosité de mon excellent ami M. Fauteux et raff'er- 
miront sa foi ébranlée. En tout cas, voulant tirer l'affaire 
au clair, j'ai écrit au Jl'ar Office, Records Branch, pour sa- 
voir comment M. Desrivières est sorti du 60e régiment, et 



— 88 — 

j'aurai le plaisir de faire connaître aux lecteurs du Bulletin 
la réponse que j'en recevrai. En attendant... je crois à l'his- 
toire de M. de Ciaspé ! 

FRANCIS J. AUDET 



QUESTIONS 



L'expression populaire chanter poiiille est-elle française 
ou canadienne ? A. G. 

En 1648, Pierre Boucher, qui devait devenir gouver- 
neur des Trois-Rivières, épousait une huronne, Marie Chré- 
tienne, ancienne élève des Ursulines de Québec. L'abbé Fer- 
land, dans son Cours d'Jiistoire du Canada (vol. ler, p. 439) 
laisse entendre qu'il a vu le contrat de mariage de Pierre 
Boucher et de Marie Chrétienne. Il écrit : "La siginature de 
Marie Chrétienne, apposée au contrat de mariage, est tracée 
d'une main ferme; c'est une des meilleures de cette pièce." 
Ce contrat de mariage existe-t-il encore ? Où est-il conser- 
vé ? Cur. 

Je vois qu'en 181 8 mourait à LaRochelle un capitaine de 
vaisseau et chevalier de la Légion d'Honneur du nom de An- 
dré de l'Echelle. On le dit originaire de Québec. Pourriez- 
vous me donner des renseignements sur la famille de André 
de l'Echelle ? S'est-elle perpétué à Québec ? 

I. A. O. B. 

Le 5 août 1701, un arrêt du Conseil d'Etat nommait 
MM. d'Aguesseau et Amelot, conseillers d'Etat, et M. Le 
Haguais, conseiller d'honneur à la Cour des Aides, pour exa- 
miner les actes de concessions de terre faites aux habitants 
de l'Acadie et donner leur opinion sur la validité de ces titres. 
Ces commissaires durent faire rapport. Cette pièce a-t-elle 
été publiée ? Où ? Si elle n'a pas été publiée, où est-elle 
conservée ? Acad. 



-89- 

OFFICIERS CANADIENS DANS L'ARMEE 
ANGLAISE 



(Suite) 

LOUIS BABY 

Frère de Daniel et d'Antoine, naquit à Détroit en 17^2; 
il obtint une commission du lieutenant dans l'armée anglaise 
le 3 avril 1801 ; lieutenant au 4e régiment d'infanterie le 15 
mai suivant ; il partit de Sandwich dans ie cours de 1802 
pour rejoindre son régiment, et fit naufrage sur l'île de 
Wight. Il fut mis à la demi-solde en 1803 ; devint lieutenant 
au 69e, le 20 décembre 1803, et suivit son frère aux Indes et 
à l'île Bourbon où il devint capitaine dans le "Bourbon 
Corps". Il fut tué en duel en 1812. 

LOUIS-CHARLKS-AUGUSTE LEFËBVRE DE BELLKEEUILLE 

Né à Saint-Eustache, Bas-Canada, en 1835 ; fils d'An- 
toine, seigneur des Mille-Iles, et de dame Margaret INIcGil- 
lies, de Williamstown, Glengarry, Haut-Canada. 

Il entra tout jeune dans l'armée française et prit du ser- 
vice dans la Légion Etrangère. Il fit la campagne de Kaby- 
lie, de 1857, dans laquelle le général Randon dompta les Ka- 
byles et rétablit la paix. 

De retour au Canada, il entrait dans le looe régiment 
d'infanterie anglaise, levé en ce pays, et obtenait, le 29 juin 
1858, une commission de lieutenant. Après avoir servi cinq 
ans dans ce régiment, il vendit sa commission et s'en revint 
au Canada. 

Il obtint ensuite une commission dans la milice cana- 
dienne, devint lieutenant-colonel et major de brigade sous 
l'ancienne organisation, pour le district militaire de Saint- 
Hyacinthe. Plus tard, il fut nommé paie-maître et surinten- 
dant des magasins du cinquième district militaire, position 
qu'il occupa jusqu'à sa mort arrivée à Longueuil, en 1889. 

Il avait épousé une fille de M. Robert Terroux. Celui- 
ci mourut subitement le même jour que son gendre. IMadame 
de BeMefeuille perdait son père et son mari à quelques heu- 
res d'intervalle. 



90 — 



CHARLES-HENRI CARRIERE 



Naquit à Québec vers 1834 et vint tout jeune à Ottawa. 
En 1854, il entrait comme comptable chez le lieutenant-colo- 
nel Joseph Aumond, l'un des grands marchands de bois de 
Bytown. 

Le 2 mai 1856, le jeune Carrière entrait dans la milice 
et recevait une commission de lieutenant dans la Second 
Rifle Coin pan y ' de Bytown, commandée par le capitaine J.- 
B. Turgeon, ancien maire de Bytown (1853). 

Deux ans plus tard, il entrait dans le looe régiment 
d'infanterie anglaise que les autorités levaient alors au Ca- 
nada, et obtenait, le 29 juin 1858, une commission de lieu- 
tenant. Il servit en Angleterre puis à Gibra/ltar. Il vendit 
sa commission, se retira de l'armée en 1864 et revint à Otta- 
wa. 

En t8()8 il était comptable et tenait un bureau dans 
l'immeuble Aumond, rue Rideau, près Sussex, précisément là 
où se trouvent maintenant les bureaux de la Banque Natio- 
nale. 

Le 2 janvier 1873, M. Isaac B. Taylor, imprimeur et 
journaliste, formait une compagnie qui achetait le journal 
du matin Tlic Otfazca Cifi.ce}i. M. Carrière qui détenait le 
quart des parts dans cette compagnie, devint le directeur-gé- 
rant du journal, et fut président de la compagnie de 1877 ^ 
1880, alors qu'il vendit ses parts à Charles Herbert Mackin- 
tosh, qui devint le président de la compagnie et le rédacteur 
en chef du Citizen. 

En 1884, M. Carrière devenait le gérant de la succur- 
sale de la Banque Nationale, à Ottawa. Il occupa ce poste 
juscju'à l'année 1889, ^lors (ju'il f[uitta la banque pour ouvrir 
un bureau de courtier général et d'agent d'assurance. En 
1913, il s'associait son fils William. Al. Carrière est mort à 
Ottawa en 1917, âgé de 82 ans. Il a laissé deux fils. 

Il avait épousé à Ottawa, le 31 août 1874, la veuve Ma- 
ry Desmond Fox, fille du colonel William Poster Coffin, du- 
rant de nom'breuses années agent du bureau de Tartillerie 
anglaise à Ottawa. 



— 91 — 

LOUIS-ADOLPHE CASAULT 

Fils de Louis Casaiilt et de Françoise B'iais, et frère de 
sir Louis-Edelmar-Napoléon, qui fut juge en chef et admi- 
nistrateur du gouvernement de la province de Québec, le 
lieutenant-colonel Louis-Adolphe Casault, CM, G., nac[uit à 
Saint-Thomas en octobre 1832. Il commença ses études au 
séminaire de Québec et les termina au collège de Ste-Anne- 
de-la-Pocatière. Il étudia le droit avec son frère durant 
trois ans, et il abandonna cette étude pour aller s'engager 
dans l'armée française, prit part à la bataille de l'Aima et fit 
tout le reste de la campagne de Crimée. Il fit ensuite la 
campagne de Kabylie avec le 2e régiment étranger auquel il 
était attaché. Malgré sa petite taille, il fut fait caporal des 
grenadiers en Crimée et fut à différentes re])rises proposé 
pour un avancement, mais il ne réussit pas à l'obtenir, faute 
de protection. De retour au pays, il allait se remettre à l'é- 
tude du droit, lorsque le looe régiment fut levé. Il y entra 
comme lieutenant. Sa commission est datée le 29 juin 1858. 
Il servit en Angleterre, puis à Gibraltar et à IMalte. 

Il quitta 'le service impérial en 1870 et entra dans la mi- 
lice canadienne où il obtint le grade de Heutenant-colonel, 
fit .la campagne de la Rivière-Rouge, et fut créé compagnon 
de l'ordre de Saint-Alichel et de Saint-Georges (CM. G.) le 
j6 décembre 1871. 

Il fut assistant-adjudant-général de la milice de la pro- 
vince de Québec. 

Le colonel CasauU i)rit sa retraite le 6 mai 1876 et eut 
pour successeur le lieutenant-colonel Henri-Théodore Du- 

•iCEussqD 

Il mourut à Québec le 2 juillet suivant. Les funérailles 
eurent lieu en cette ville avec tous les honneurs militaires. 

Le colonel Casault avait épousé, en t868, Cimodecée 
Cauchon, fille de fhonorable Joseph Cauchon. Elle mourut 
peu de temps après son mari, en 1876. 

PTTIIJPPE-IIKNRI-DUPKRON CASGRAIN 

Troisième fils de Philippe-Baby Casgrain et de Char- 
lotte-Mathilde Perrault, et frère de l'honorable Joseph-Phi- 
lippe-P)aby Casgrain, sénateur, naquit à Québec le 31 mai 



— 92 — 

1864. 11 lit son cours d'études au Collège Mi'litaire de Kings- 
ton où il gradua en 1884 ; fit la campagne du Nord-Ouest 
Canadien, en 1885, en qualité d'adjudant du 9e régiiment 
d'infanterie de Québec, et reçut la médaille frappée à cette 
occasion. 

Il recevait au mois de juin de la même année, une com- 
mission de lieutenant dans les Ingénieurs Royaux. Promu 
capitaine en 1894 ; major en 1902. 

Il prit part à (l'expédition de Manipur (Indes) en 189T 
(médaille et barrette) ; inspecteur d'artillerie de 1891 à 
1895 ; servit au Sud- Africain, fut mentionné dans les dépê- 
ches et reçut deux médailles et cinq barrettes. 

Le major Casgrain fut durant quelque temps attaché à 
l'ambassade anglaise au Japon. Il avait subi avec succès en 
1893, l'examen d'interprète de la llangue russe. 

S'étant retiré de l'armée en 1907, il se rendit à Rome où 
ilétudia au Collège Canadien et fut ordonné prêtre en 191 1. 

Un peu plus tard il était nommé directeur de l'Associa- 
tion Catholique d'Emigration du Canada, et se retirait à 
l'archevêché de Québec. La Grande Guerre le ramenait en 
Europe en 19 14. Il servit durant toute la durée de cette 
guerre, dans les bureaux du War Office. 

De retour à Québec en 1918, il reprenait ses fonctions 
de directeur de l'association ci-dessus nommée. 

L'abbé Casgrain est l'auteur de Bxaincn Conscient iae 
et interrogationcs proponendae in collationc. Examen Bap- 
tismi et Matrimonii, Examen Lingna Polonica Editum et 
Locutioni gallicae phonetice adaptatum . 

FRANÇOIS DAM BOURGES 

Nacjuit en 1742 à Salies, ancienne province du Béarn, 
aujourd'hui département des Basses-P3a-énées. Il était le 
fils de Jean-Baptiste Dambourgès qui avait épousé, à l'âge de 
vingt-(iuatre ans, en février 1740, Anne de Lambeye, âgée 
de vingt-six ans. Il fréquenta l'école de Bayonne située à 
quelques lieues seulement de Salies. Gai, vif, plein de bon- 
ne humeur, sobre, laborieux ; son esj^rit inquiet et aventu- 
reux le poussait vers l'inconnu où devaient se trouver ri- 
chesse et fortune. 



— 93 — 

Les récits des pêcheurs d'Orthez, à 15 lieues de Salies, 
revenant de Terreneuve et du Canada, excitèrent Timag-ina- 
tion du jeune écolier. Il résolut donc de traverser l'océan 
et d'aller chercher fortune dans la Nouvelle-France. Il vou- 
lait aller à Saint-Thomas dont il avait beaucoup entendu 
parler, pour y établir un commerce. 

Il partit muni de lettres testimoniales de Mgr Guillau- 
me D'Arche, évêque de Bayonne. La traversée fut facite et 
agréable. Arrivé au Canada à la fin de 1763, il se rendit à 
Saint-Thomas, aujourd'hui belle et florissante ville, chef- 
lieu de comté, centre judiciaire, mais alors humble village, 
aussi connu sous le nom de Pointe-à-Lacaille. 

M. Maisonbasse, curé depuis 20 ans, fit bon accueil au 
jeune émigré qui ou\'rit un magasin. Les affaires allaient 
bien. Il repassa en France en 1766 pour amener sa famille 
ici. Sa mère étant morte la veille de son arrivée, il revint 
avec son père et son frère Pierre, en 1767. Les affaires pro- 
gressaient ra]jidement. Survint la guerre d'Indépendance 
américaine. Dambourgès offrit ses services au gouverneur. 
Il commença par lever une compagnie de miliciens, attaqua 
et chassa dts brigands qui parcouraient les campagnes. 

Danibourgès entra dans le 84e régiment Royal Hîgh- 
land Bmigraiits, sous le lieutenant-colonel McLean. if se 
montra bon officier, valeureux, ferme et prudent. Lieute- 
nant 'le 2y février 1776, il fut mis à la demi-solde à la paix. 

II se signala pour son courage et son initiative lors du 
siège de Québec par Montgomerrv. 

Le capitaine Dambourgès était de haute taille, avait 
une pose fière, un front noble et serein. Son adresse et sa 
vaillance avaient déjà attiré sur lui l'attention de tout le 
monde ayant le coup de main par lequd il se signala à l'atta- 
que du Sault-au-]Matelot, où il reçut un coup" de sabre en 
travers de la figure. Son Altesse Royale le prince Edouard 
le surnomma le Capitaine Balafre. Le duc de Ken^ qui l'es- 
timait beaucoup l'appelait, tantôt, l'inventeur de la baïonnet- 
te en souvenir de son pavs natal, tantôt le compao-non de 
Henri IV. 

Son régiment ayant reçu l'ordre de se rendre à Alont- 
réal au printemps de 1798, il dut se décider ù. le suivre ; mais 
ne voulant pas se séparer de sa famille, il l'emmena avec lui. 



— 94 ^ 

Jl tomba malade à rautomnc. Une pleurésie violente mina 
en peu de jours son tempérament si vigoureux. Il mourut à 
Montréal le 13 décembre 1798 et fut inhumé le 15 dans l'é- 
glise paroissiale. Ses restes furent transportés dans la nou- 
velle église paroissiale en 1830, 

BENJAMIN DE LISLE 

Fils de Jean-Guilllaume De Lisle, notaire de Montréal. 
Obtint une commission d'enseigne dans les Canadian Feiici- 
Mes le 24 septembre 181 1 ; lieutenant le 2 septembre 1812; il 
servit pendant toute la durée de la guerre dans le deuxième 
bataillon de la Milice incorporée et prit part à la bataille de 
Châteauguay. Il fut mis à la demi-solde le 11 octobre 1816, 
lors du licenciement de son régiment. 

Nommé grand connétable à Montréal le 19 mars 1831 : 
il est mort vers 1867. 

KERSIKL DE LISLE 

Il était, je crois, le frère du précédent. 

Il reçut une commission d'enseigne dans le 49e régi- 
ment d'infanterie, le 27, septembre 181 3. Promu lieutenant 
le 12 février 1824, capitaine le 22 avril 1826 ; mis à la demi- 
solde, le 14 février 1828. 

Il est mort vers 1864- 

LOUKS-JOSEPII ELlvl'RV DESCIIAMBAULT 

r'ils de Joseph Flcury Deschambault et de Catherine 
Veron de Grandmesnill, naquit à Montréal le 20 février 1756. 

Il fut le premier gentilhomme canadien à prendre du 
service dans l'armée anglaise. Après avoir servi en qualité 
de volontaire durant la campagne du général Burgoyne, il 
obtint, le 8 octobre 1777, une commission d'enseigne dans le 
24e régiment d'infanterie. Fait prisonnier à Saratoga, M. 
Deschambault ne fut rellâché qu'en 1780. Il avait été fait 
lieutenant au 44e, le 3 novembre 1779, et lit la campagne 
suivante sous le gLMiéral Clinton. 

L'amiral Arbuthnot ayant, en 1781, demandé des vo- 
lontaires de l'armée pour servir dans la marine, le lieute- 
nant Deschambault leva cent volontaires parmi les soldats 
du 44e et servit à leur tête à bord du Robitst, vaisseau de 74 
canons, commandé par le Ccipitaine Crosby. 



— 95 — 

En 1785. il était fait aide de camp du brigadier-général 
Hope, puis du général Haldimand, auquel il servit d'écuyer, 
lors de son installation comme chevalier de l'Ordre du Bain, 

l'I achetait une commission de capitaine le 27 septembre 
1787 et entrait au 60e Royal Américain en cette qualité le 
16 janvier 1788. 

En 1793, lord Dorchester le nommait major de brigade 
des forces de Sa Majesté au Canada. Le 6 mai 1795, M. 
Deschambault recevait le brevet de major dans l'armée an- 
glaise et devenait major au 60e régiment le 3 août 1796. La 
même année le général Prescott le nommait surintendant 
des Sauvages. 

Avec la permission de Son Altesse Royale le duc de 
Kent, le major Deschambault échangeait, en 1797, avec le 
major Thomas Aimsley du 109e de ligne. Il était nommé 
aide de camp provincial du lieutenant-gouverneur Alilnes le 
10 septembre 1799. Lieutenant-colonel du 109e le ler jan- 
vier 1800 ; il était mis cà la demi-solde en 1802. 

En octobre 1809, le lieutenant-colonel Deschanibault 
était nommé surintendant des Postes du Bas-Canada. Sir 
George Prévost le recommandait au Prince régent pour le 
grade de colonel dans l'armée et pour le poste d'inspecteur 
général de la milice du Bas-Canada. Le colonel Descham- 
bault ne put obtenir ces faveurs, mais il devint, peu de te.uips 
après, quartier-maître général de la milice" bas-canadienne 
(25 avril 1812). 

Colonel commandant le 7e bataillon de la milice séden- 
taire incorporée, (1812-1813), sous le nom de Corps de Des- 
chambault, il prit une part très active à la guerre. Il servit 
sous le major-général Stovin, dans la région de Château- 
guay, de Beauharnois, etc. A la fin de la guerre il reçut, 
pour ses services et ceux de son bataillon, les remerciements 
élogieux de sir George Prévost. 

Le colonel Deschambault fut l'un des officiers supé- 
rieurs choisis pour tenir un coin du poêle aux funérailles du 
colonel ]\IcDonnell tué à la bataille de Queenstown Heights, 
en même temps que le général sir Isaac Brock. 

Le colonel Deschambault mourut à Montréal le 24 juil- 
let 1824 et fut inhumé à Saint-Denis dont il était le seigneur. 



-96- 

Il avait épousé, le 6 octobre 1792, Gilles Boucher de 
Montarville qui lui donna huit enfants. 

THOMAS-HYPOLITE DKS RIVIERES 

Enseigne au 60e d'infanterie anglaise, le 22 octobre 
1791 ; lieutenant, le 12 août 1795 ; capitaine, le 23 mars 1797. 
Son nom disparait de VArniy list entre le ler janvier 1801 et 
le 1er janvier 1802. 

Il était le fils d'Amable Nottin DesRivières et de Char- 
lotte Guillimin, de Montréal, et il fut baptisé à l'église No- 
re-Dame de cette ville, le 20 septembre 1769. 

Il fut tué en duel par un capitaine allemand du même 
régiment. Le capitaine Charles-Michel de Salaberry, le fu- 
tur héros de Châteauguay, vengea la mort de_son ami. Il 
provoqua le boche qui se vantait de son exploit et, quoique 
blessé à la tête dans son premier assaut, il reprit le combat 
après s'être bandé la tête avec son mouchoir. Prompt com- 
me la foudre il s'élança à l'attaque et fendit son adversaire 
en deux. 

JKAN-BAPTISTE DUBKRGKR 

Né à Détroit le 7 février 1767, il était le fils de Jean- 
Baptiste Duberger dit Sanschagrin, boulanger, et de Marie- 
Louise Courtois. A l'âge de quatorze ans ses parents l'en- 
voyaient au séminaire de Québec pour y faire ses études. Son 
inclination le portait vers les sciences. Il étudia l'arpentage 
sous la direction du major Samuel Ilolland, alors arpenteur- 
général de la Province. En 1789, il entrait dans le corps des 
Ingénieurs-Royaux — dans lequel il devait servir pendant un 
quart de siècle — en qualité de lieutenant, de dessinateur et 
d'arpenteur royal de première classe. C'est en cette qualité 
qu'il fut employé à l'érection des tours Martello et des forti- 
fications de Québec, et qu'il prépara une carte de la province 
pour l'usage des Ingénieurs Royaux. 

FRANCIS-J. AUDET 
(A suivre) 



LE BULLETIN 

DES 



Recherches Historiques 



VOL. XXIX QUEBEC— AVRIL 1923 No 4 



LES EVEQUES CONSACRES A QUEBEC 

Mgr Mariauchëau d'Esglis 

Le premier évêque consacré à Québec fut Algir Louis- 
Philippe Mariaucheau D'Esglis. Elu coadjuteur de Québec 
en septembre i/jo, le pape Clément XIV, par une bulle datée 
du 22 janvier 1772, le nommait évêque de Dorylée. Mgr 
D'Esglis fut sacré dans la chapelle du séminaire de Québec, 
servant alors de cathédrale, le 12 juillet 1772, par Mgr 
Briand, évêque de Québec. 

Comme Mgr Briand n'était pas en possession de sa ca- 
thédrale à cause d'un différend avec les marguilliers de No- 
tre-Dame de Québec, il ne voulut pas annoncer officielle- 
ment le sacre du nouvel évêque, ni lui donner des pouvoirs 
extraordinaires. 

IMais, le 14 mars 1774, ^Igr Briand fit enfin son entrée 
solennelle dans l'égilise cathédrale, et, par un magnifique 
mandement, il proclama solennellement son coadjuteur, qui 
était présent, et lui conféra tous les pouvoirs de sa charge. Il 
faisait de plus un magnifique éloge de Mgr D'Esglis et rap- 
pelait à ses diocésains les titres qu'avait son coadjuteur à 
leur vénération. 

Mgr Jean-Francois Hube:rt 

Mgr Jean-François Hubert, nommé par une bulle de Pie 
VI, en date du 14 juin 1785, évêque d'Almyre in partibus. et 
coadjuteur de l'évêque de Québec, fut sacré sous ce titre dan§ 
la cathédrale de Québec, le 19 novembre 1786, par Mgr 



- 98 - 

Briancl, ancien évêque de Québec, assisté de M. Gravé et de 
M. Bailly de Messein. 

Mgr D'Esglis annonça par un mandement le sacre de 
son coadjuteur : 

"Le contentement extrême, disait-il, qu'a témoigné le 
peuple de Québec, à l'occasion du sacre de Mgr Tévêque 
d'Almyre, est pour nous un garant de l'heureuse impression 
que la nouvelle de cet événement fera sur les cœurs de tous 
nos diocésains. Ne craignez donc plus. Nos Très Chers 
Frères, que la succession de l'épiscopat soit interrompue dans 
votre province ; elle y paraît établie de la manière la plus so- 
lide ; seulement, rendez-en grâce à Dieu, et tirez-en un nou- 
veau motif d'amour et de ferveur dans son service. Pour 
nous, dont les yeux ont vu les miséricordes du Seigneur, nous 
attendons en paix le jour auquel il lui plaira nous retirer du 
monde pour nous appeler à lui." 

Mgr Bailly dk Mlssëin 

Mgr Charles-François Bailly de Messein fut nommé par 
le pape Pie VI évêque de Capse in partibus, et coadjuteur de 
Québec, le 26 septembre ] 788. Il fut sacré sous ce titre 
dans la cathédrale de Québec le 12 juillet 1789, par Mgr Hu- 
bert. 

Lorsque lord Dorchester était parti du Canada en 1773, 
il avait amené avec lui l'abbé Bailly de INIessein en qualité de 
précepteur de ses enfants. L'abbé Bailly de Messein vécut 
quatre années en Angleterre avec la famille de lord Dor- 
chester. 

Lorsque lord Dorchester revint au Canada en 1784, il 
insista tellement auprès de Mgr Hubert qu'il lui fit choisir 
M. Bailly de Messein comme son coadjuteur. Mgr Bailly 
de Messein ne fut cependant jamais évêque de Québec puis- 
qu'il mourut trois ans avant Mgr Hubert. 

Mgr James-Louis O'Donnell 

Mgr James-Louis O'Donnell fut nommé, le 5 janvier 
1796, par Pie VI, évêque de Thyatire in partibus, et vicaire- 
apostolique de Saint-Jean de Terre-Neuve. Il fut sacré dans 
la cathédrale de Québec, le 21 septembre 1796, par Mgr Hu- 
bert, évêque de Québec. 

Mgr Josk pii-Octave: PlEssis 

Mgr Hubert, fatigué, malade, sentant ses forces dimi' 



— 99 — 

nuer sensiblement et souhaitant avoir quelques jours pour se 
préparer à la mort, donna sa démission le ler septembre 
1797. Il s'était démis de son siège en faveur de son coadju- 
teur, ^Igr Denaut. 

Le premier soin de celui-ci fut de se ciioisir un coadju- 
teur jeune, en santé, qui pourrait parcourir une longue car- 
rière. Mgr Denaut prit possession de son siège le 4 septem- 
bre 1797, et, deux jours après, il donnait des lettres de grand- 
vicaire cà M. Joseph-Octave Plessis, alors curé de Québec, et 
annonçait qu'il avait choisi ce digne prêtre pour être son 
coadjuteur. 

La demande de ^Igr Denaut au Pape fut longtemps 
sans réponse. Pie \l, forcé de quitter Rome par le direc- 
toire, fut conduit à Florence et de là à A'ienne, sur le Rhône, 
où il mourut au mois d'août 1799. Le 14 mars 1800, le car- 
dinal Chiaramonte succédait à Pie VI et prit le nom de Pie 
\'II. Le nouveau pape s'empressa de régler les affaires ac- 
cumulées pendant la captivité de Pie VI. Il ne put cepen- 
dant expédier les bulles qui nommaient M. Plessis évêque de 
Canathe et coadjuteur de Québec que le 26 avril 1800. 

Au commencement du dix-septième siècle, les évêques 
étaient rares dans l'Amérique du Xord. Les plus voisins du 
Canada étaient ^Igr O'Donnell, vicaire apostoHque de Terre- 
X'euve. et Mgr Carroll, évêque de Baltimore. Comme ni l'un 
ni l'autre ne pouvaient facilement se rendre à Québec, sur- 
tout pendaiU l'hiver, Mgr Denaut, pour sacrer son coadju- 
teur, dût se faire assister par deux prêtres. ]\IM. Pouget, cu- 
ré de Berthicr, et Bertrand, curé de la«Rivière-du-Loup eu- 
rent ce grand honneur. 

La cérémonie eut lieu dans la cathédrale de Québec le 
25 janvier t8oi, en présence des personnages les plus distin- 
gués de la province. 

"L'intéressant spectacle, nous dit un témoin oculaire, 
que celui de sa consécration, où nous le vîmes, le front cou- 
vert du bandeau sacré et décoré des insignes de l'épiscopat 
par les mains du pontife consécrateur, où nous pûmes le con- 
templer dans toute la pompe du souverain sacerdoce. La pré- 
sence du représentant du roi, de tant de personnages recom- 
mandables par leur rang, n'était-elle pas comme un présage 



— lOO — 

de la faveur qu'il sut depuis constamment mériter de tciutes 
les classes de la société." 

Mgr Bkrnard-Claude: Pankt 

Mgr Bernard-Claude Panet nommé, le 12 août 1806, 
par le pape Pie VIT, évêque de Saldes en Mauritanie et coad- 
juteur de Québec, fut sacré dans la cathédrale de Québec le 
19 avril 1807, par Mgr Plessis. 

Mgr Plessis écrivait au cardinal préfet de la Propagan- 
de à ce sujet : 

"Je dois informer Votre Eminence que, quoiqu'il ne se 
soit écoulé qu'environ douze jours entre la mort de mon pré- 
décesseur et la nomination de mon coadjuteur, les esprits du 
peuple étaient déjà échauffés et très occupés du choix qui se- 
rait fait, sur lequel chacun raisonnait d'après ses préjurés, 
ses affections ou ses espérances. Pour arrêter d'un seul coup 
toute cette fermentation, j'ai considéré entre tous les ecclé- 
siastiques canadiens, celui qui m'a semblé devant Dieu le 
plus qualifié du côté de la piété, des talents et de la réputa- 
tion, et sans qu'il en eût connaissance, ni même qu'il le soup- 
çonna en aucune manière, je l'ai fait agréer pour mon coad- 
juteur par l'administrateur de cette province... Il se nomme 
Bernard-Claude Panet, est âgé de 53 ans, prêtre depuis 1778, 
et gouverne depuis vingt-cinq ans une paroisse de ce diocè- 
se." 

Mgr Edmund Burk^ 

Mgr Edmund Burke, qui avait été curé de Saint-Pierre 
et de Saint-Laurent, île d'Orléans, de 1791 à 1794, fut nom- 
mé par Pie VII le 4^'uillet 1817 évêque de Sion in partibus, 
et premier vicaire-apostolique pour la Nouvelle-Ecosse. Il 
fut sacré dans la cathédrale de Québec, le 5 juillet 181 8, par 
Mgr J.-O. Plessis. 

Mgr Aiv^xANDi^R McDoneivL 

ATgr Alexander McDonell, décédé évêque de Kingston, 
fut nommé le t2 janvier 1819, évêque de Rhésine, en Méso- 
])otamie, et suffragant et auxiliaire de l'évêciue de Québec 
pour la province du Haut-Canada. Il fut sacré dans l'église 
du couvent des Ursulines de Québec le 31 décembre 1820. 
Mgr Bernard-Angus McEaciikrn 

Mgr Bernard-Angus McEachern, né en Ecosse le 8 fé- 
vrier J 759, était venu dans l'île du Prince-Edouard pour des- 
servir ses compatriotes établis dans cette île. 



— lOI — 



Il fut nommé par Pie VII, le 12 janvier 18 19, évêque de 
Rose, en Syrie, suffragant et auxiliaire de Québec pour les 
provinces et les îles du golfe Saint-Laurent. Il fut sacré 
sous ce titre, dans l'église Saint-Roch de Québec, le 17 juin 
1821, par Mgir J.-O. Plessis, assisté de Mgr Panet, son coad- 
juteur,^et de Mgr McDonell, évêque de Kingston. 

C'était la première fois qu'on voyait au Canada quatre 
évêques réunis 'dans la même église. M. Bruneau. curé de 
Beauport, fit le sermon de circonstance. Lady Dalhousie 
était présente à la cérémonie. 

La Ga::ettc de Québec donnait le lendemain le comp- 
te-rendu suivant du sacre de Mgr McEachern : 

"Hier, Sa Grandeur l'évêque catholique de Québec, as- 
sisté de Messeigneurs de Saldes et de Rhésine, donna, en pré- 
sence d'une nombreuse assemblée de clergé et de peuple dans 
l'église du faubourg Saint-Roch, la consécration épiscopale à 
Monseigneur Bernard-Angus McEachern, titulaire de Ro- 
se et son suffragant pour la province de New-Brunswick et 
pour les îles du Cap-Breton, du Prince-Edouard et de la Ma- 
deleine. On n'avait pas encore vu quatre évêques réunis 
dans une même église en Canada. La cérémonie fut exécu- 
tée à la satisfaction de tous les assistants. Lady Dalhousie 
l'honora de sa présence, et l'on assure que Son Excellence le 
gouverneur en chef y aurait aussi assisté, s'il n'eût été enga- 
gé à un voyage depuis longtemps prémédité et qufne souf- 
frait point de délai. Mgr Bruneau, curé de Beauport, y pro- 
nonça un discours analogue à la circonstance. L'après-midi, 
le nouveau prélat chanta vêpres à la basilique." 
Mgr Joseph Signay 
^ Mgr Joseph Signay, nommé évêque de Fussala en N^u- 
midie et coadjuteur de Québec par Léon XII le 15 décembre 
1826, fut sacré dans la cathédrale de Québec, le 20 mai 1827, 
par Mgr B.-C. Panet. Mgr Signay était, lors_de sa nomina- 
tion à l'épiscopat, curé de Notre-Dame de Québec, et il conti- 
nua à agir comme tel jusqu'au ler octobre 1831. 
Mgr Pierre-Flavikn Turgeon 
Mgr Pierre-Flavien Turgeon élu coadjuteur de Mgr 
Signay le 14 février 1833, fut sacré évêque de Svdime m 
partibus le 11 juin 1834, dans la cathédrale de Québec, par 
Mgr Signay, assisté de Mgr Lartigue et de Mgr Gaulin. 



— 102 

Mgr W11.1.1AM DULI.ARD 

jMgT William Dullard. qui avait été ordonné prêtre à 
Québec le 12 octobre 18 17, fut nommé évêque du Nouveau- 
Brunswick en 1843. Il f^^ sacré sous ce titre, dans la cathé- 
drale de Québec, le 11 juin 1843, P^i" Mgr Turgeon. 

Nous lisons dans le Canadien du 12 juin 1843 • 

"Le sacre de Mgr Dullard, premier évêque du Nouveau- 
Brunswick, a eu lieu hier dans la cathédrale 'de Québec. 

"C'est Mgr l'évêque de Sydime qui a fait la cérémonie 
tout en célébrant le 9e anniversaire de son sacre. Mggrs les 
évêques de Québec et de Montréal assistaient l'évêque élu. Il 
y avait grand concours de peuple pour contempler cette im- 
posante cérémonie. E'ile a commencée à 8 heures et demie 
et a fini après midi." 

Mgr Edward-Joiin Horan 

Le sacre de Mgr Edward-John Horan, successeur de 
Mgr Phelan sur le siège épiscopal de Kingston, eut lieu dans 
l'église Saint-Patrice le ler mai 1858. 

Plusieurs évêques, un girand nombre de prêtres et une 
foule considérable de fidèles assistaient à la cérémonie. 

C'est Mgr Baillargeon, assisté de Mgr Prince et de Mgr 
Pinsonneault, qui sacra Mgr Horan. 

Le sermon fut donné par M. l'abbé Kelly, curé de Brock- 
ville, dans le diocèse de Kingston, qui prit pour texte ce pas- 
sage des Psaumes : "Renovabitur ut aquila? juventus tua ; 
Votre jeunesse sera renouvelée comme celle de l'aigle". 
Mgr Jkan Langevin 

Le diocèse de Rimouski fut créé le 15 janvier 1867. Par 
une bulle datée du même jour, M. l'abbé Jean-Pierre-Fran- 
çois Laforce-Langevin, principal de l'école normale Laval, de 
Québec, était choisi par Pie IX comme premier évêque du 
nouveau diocèse. 

Mgir Langcvin fut sacré le ler mai 1867, dans la cathé- 
drale de Québec, par ]\Igr Baillargeon, évêque de Tloa. Mgr 
Horan et Mgr Lafièche agissaient comme assistants de Mgr 
Langevin. 

C'est Mgr Larocque, évêque de Saint-Hyacinthe, qui 
donna le sermon au sacre de Mgr Langevin. Il avait pris 
pour texte ces paroles des actes des apôtres: "Posuit vos 
episcopos regere Ecclcsiam Dci Spiritus Sanctus", le Saint- 



— 103 — 

Esprit vous a établis évêqnes pour gouverner l'Egiise de 
Dieu." 

En terminant son compte-rendu du sacre de Mgr Lange- 
vin, le rédacteur du Courrier du Canada écrivait :' 

"Sainte Thérèse disait, en parlant des cérémonies du 
culte catholique : '"Je donnerais ma tête pour la plus petite 
cérémonie de l'Eglise." 

"Ceux qui ont eu le bonheur d'assister à ia consécration 
d'un éyêque peuvent au moins comprendre, s'ils ne peuvent 
la sentir, l'attraction qu'ont pour les cames pures et aimantes 
les imposantes cérémonies du culte catholique." 

Son Eminench le cardinal Taschereau 

C'est le 24 décembre 1870 que M. le grand-vicaire EI- 
zéar-Alexandre Taschereau fut préconisé" archevêque de 
Québec. 

Les bulles du nouvel archevê(|ue de Québec arrivèrent à 
l'archevêché le 23 février 1871. 

Algr Taschereau fut sacré dans la cathédrale de Qué- 
bec le 19 mars 1871, par Algr Lynch, archevêque de Toron- 
to, assisté de Mgr Horan, évêque de Kingston, et de ^Lgr La- 
rocque, évêque de St-Hyacinthe. 

^ Six autres évêques et plus de cent cinciuante prêtres as- 
sistèrent à la cérémonie. Mgr Langevin, évêque de Rimous- 
ki, fit le sermon de circonstance, et le curé de Québec donna 
lecture du mandement d'entrée de l'archevêque. "L'obéissan- 
ce, Nos Très Chers Frères, disait Mgr Taschereau, l'obéis- 
sance à la voix du vicaire de Jésus-Christ nous fait un devoir 
de monter sur ce trône archiépiscopal de Québec, illustré par 
le zèle, la prudence et la vertu de nos prédécesseurs. Dieu 
nous est témoin que nous n'avons ni recherché, ni désiré cet- 
te charge redoutable dont nous comprenons aujourd'hui, 
plus que jamais, les dangers et la responsabilité." 
Mgr Antoine Racine 

Le 28 août 1874, le pape Pie IX érigeait le diocèse de 
Sherbrooke, qui devait comprendre un démembrement des 
diocèses de Québec, Saint-Hyacinthe et Trois-Rivières. 

Par une bulle datée du ler septembre 1874, le vicaire de 
Jésus-Christ nommait M. Antoine Racine, curé de l'église 
Saint-Jean-Baptiste de Québec, premier évêque du nouveau 
diocèse. 



— 104 — 

Le i8 octobre 1874, Mc^r Racine était sacré dans l'ég-lise 
Saint-Jean-Baptiste qu'il allait quitter pour toujours. Le pré- 
lat consécrateur fut Mg-r E.-A. Taschereau, archevêque de 
Québec. 

La cérémonie fut Tune des plus belles et des plus impo- 
santes dont la vieille cité de Champlain ait été témoin. Ce 
fut Mgr Laflèche, évêque des Trois-Rivières, alors dans tou- 
te la vigueur de son beau talent, qui fit le sermon, admirable 
pièce d'éloquence dont se rappellent encore avec admiration 
ceux qui eurent le bonheur de l'entendre. 

Mgr Dominique Racinp: 

Mgr Dominique Racine, premier évêque de Chicoutimi, 
fut sacré 'dans la basilique de Québec le 4 août 1878. 

Mgr Taschereau fut le prélat consécrateur. L'évêque 
élu de Chicoutimi était accompagné comme assistants de 
Mgr Fabre et de Mgr Antoine Racine, son frère. 

Le sermon fut donné par M. ra1)bé Hamel, recteur de 
l'Université Laval. 

Son Eminknck lK cardinal Bkgin 

Sa Grandeur Mgr Louis-Nazaire Bégin, élu évêque de 
Chicoutimi le ler octobre 1888, fut sacré dans la basilique de 
Québec le 28 octobre 1888 par Son Eminence le cardinal 
Taschereau. 

"C'était hier une belle fête pour la population catholique 
de Québec, disait le Courrier du Canada au lendemain du 
sacre de Mgr Bégin, c'était une belle fête et par elle-même et 
par les souvenirs qu'elle était de nature à réveiller. 

"Pour rehausser la pompe déjà si imposante des céré- 
monies de la consécration du nouvel évêque de Chicoutimi, on 
avait décoré le chœur de la basilique et le trône pontifical ; 
mais de toutes ces décorations, la plus belle, la plus majes- 
tueuse, c'étaient les milliers de fidèles qui, à neuf heures, se 
pressaient sous les voûtes austères de la basilique ; c'était ce 
grand concours de prêtres venus de tous les coins de la pro- 
vince ; c'était, surtout, la présence des membres de l'épisco- 
pat et des représentants de ceux (|ui sont actuellement dans 
la Ville Eternelle. 

"Toutes les cérémonies de l'Eglise sont belles, mais une 
des plus imposantes est sans contredit la cérémonie de la con- 
sécration d'un évê(|ue. l*our faire comprendre aux fidèles 



— I05 — 

par des signes extérieurs la grandeur et la mission de l'évê- 
que dans la société chrétienne, TEgilise déploie à sa consécra- 
tion une pompe extraodinaire. Elle met à contribution tout 
ce qu'elle a de plus précieux dans ses ornements, de plus so- 
lennel dans ses rites." 

Mgr Andre-Albkrt Blais 

Mgr André-Albert Biais, évêque de Germanicopoiis et 
coadjuteur de Mgr Langevin, évêque de Rimouski, fut sacré 
dans la basilique de Québec le i8 mai 1890. 

Son Eminence le cardinal Taschereau fut l'évéque con- 
sécrateur. Les évêques assistants furent les deux plus jeu- 
nes membres de l'épiscopat, ^Igr Lorrain, de Pontiac, et Àlgr 
Bégin, de Chicoutimi. 

Mgr Langevin donna le sermon. 11 rappela, en commen- 
çant, que lui-même avait été sacré dans la basili(|ue de Qué- 
bec vingt-trois ans auparavant. 

Les évêques présents au sacre de Mgr Biais étaient NN. 
SS. Taschereau, Fabre, Duhamel, Langevin, Laflèche, Ra- 
cine. ]\Ioreau, Lorrain, Bégin, Clut. On comptait aussi 150 
à 200 prêtres. 

Mgr Michel-Thomas Labrecquk 

Le sacre de Mgr Michel-Thomas Labrecque, successeur 
de Mgr Bégin sur le trône épiscopal de Chicoutimi, eut lieu 
dans la basilique de Québec le 22 mai 1892. 

Le consécrateur fut Son Eminence le cardinal Tasche- 
reau et les évêques assistants XN. SS. Bégin et Biais. 

Le sermon de circonstance fut donné par Mgr Gravcl, 
évêque de Xicolet, qui prit pour texte ces paroles de Jésus- 
Christ : "Euntes docete omnes gentes." Mgr Gravel fit voir 
comment l'Egiîise fondée par Jésus-Christ, accomplit sa mis- 
sion, sur quelles bases divines elle repose, à quels besoins ré- 
pond son autorité enseignante et par quelle force surnaturel- 
re elle résiste à toutes les erreurs. 

Mgr Paul-Eugene Roy 
• Mgr Paul-Eugène Roy, évêque d'Eleuthéropolis et auxi- 
liaire de Québec, fut sacré dans la basilique de Québec le 10 
mai T908, par Mgr L.-N. Bégin. 

Les archevêques et évêques présents cà la cérémonie de 
consécration étaient : Mgr Duhamel, archevêque d'Ottawa ; 
Mgr Bruchési, archevêque de ^lontréal ; ^Igr Biais, évêque 



— io6 — 

de Rimouski ; Mgr Labrecque, évêque de Chicoutimi ; Mgr 
Cloutier, évêque des Trois-Rivières ; Mgr Bernard, évêque 
de Saint-Hyacinthe ; MgT Emard, évêque de Valleyfield ; 
Mgr Brunault, évêque de Nicolet; Mgr Racicot, évêque auxi- 
liaire de Montréal. On comptait aussi un grand nombre de 
prélats romains et plus de deux cents prêtres. Le sermon fut 
donné par Mgr Cloutier, évêque des Trois-Rivières. 

Détail édifiant : Mgr Bégin, le consécrateur, avait pour 
diacres d'honneur deux des frères de ]\Igir Roy, et Mgr Roy 
avait pour assistants ses deux autres frères dans le sacerdo- 
ce. 

AIgr Olivikr-Elzëar Matiiicu 

Mgr Olivier-Elzéar Mathieu nommé premier évêque de 
Regina le 21 juillet 191 1 fut sacré dans la basilique de Qué- 
bec le 5 novembre suivant par Mgr L.-N. Bégin. 

Vingt-deux archevêques et évêques étaient présents a la 
consécration épiscopa'le de Mgr Mathieu. C'étaient : Mgr 
Stagni, Mgr Bégiin, Mgr Langevin, Mgr Bruchési, IMgr Gau- 
thier, Mgr McCarthy, Mgr Spratt, Mgr Biais, Mgr Emard, 
Mgr Lorrain, Mgr Labrecque, Mgr Cloutier, Mgr Casey, 
Mgr Barry, Mgr Brunault, Mgr Archambault, Mgr Ber- 
nard, Mgr Pascal, Mgr Grouard, Mgr Latulippe, IMgr Char- 
lebois, Mgr Roy. On comptait, en outre, dans la basilique 
une trentaine de prélats romains et plusieurs centaines de 
prêtres et de religieux. Jamais la vieille basilique de Qué- 
l3ec n'avait vu assemblée aussi illustre. 

Le sermon fut donné par Sa Grandeur Mgr Roy, évê- 
que d'Elcuthéropolis et auxiliaire de l'archevêque de Québec. 

En résumé, jusqu'à date, vingt-deux évêques on,t été sa- 
crés à Québec, dix-sept dans la cathédrale ou basilique, un 
dans l'ancienne chapelle du Séminaire, un dans l'église de 
Saint-Roch, un dans la chapelle des Ursulines, un dans l'é- 
glise Saint-Patrice et un dans l'église Saint-Jean-Baptiste. 

P. G. R. 



QUESTION 

Les îles Saint-Pierre et Miquelon étaient-elles sous la ju- 
ridiction de l'évêque de Québec avant 1759 ? Dans l'affir- 
mative, quels furent les missionnaires envovés dans ces îles 
sous le régime français ? X. X. X. 



— I07 — 
LES SHERIFS DE MONTREAL (1763-1923) 

L'expression shérif paraît être formée de deux mots 
saxons : scyrc ou shire (comté) et reeve (giardien, baillif). 
On appelle ainsi, de nos jours, le représentant de la Couron- 
ne à qui sont confiées l'administration et l'exécution de la jus- 
tice dans un comté ou dans un district (i). 

Les principales attributions de ce haut fonctionnaire 
peuvent se résumer comme sui