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RECHERCHES
DE RENNES
TEMPS DE HENRI IV
llesur cAnuf':
l^m/eMin' it'aUuôK à ÎM XWbW Uw Lettia di hiilian
fARlS
r-QB ftutlNT-RBfiI'CT
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RECHERCHES
L'ADMINISTRATION MUNICIPALE DE RENNES
SUR
LWIISTMTM HiniË
DE RENNES
AU TEMPS DE HENRI IV
PAB
r
Henri CARRÉ
Chargé de Cours d'Histoire à la Faculté des Lettres de Poitiers
PARIS
MAISON QUANTIN
COMPAGNIE GÉNÉRALE D'IMPRESSION ET D'ÉDITION
7, RUE SAINT-BENOIT, 7
1888
J-:
. lev.x
A M. Ant. DUPUY
PROFESSEUR A LA FACULTÉ DES LETTRES DE RENNES
Affectueux hommage,
H. C.
///ys.y'-^ z^-^'
STTB
L'ADMINISTRATION MUNICIPALE
DE RENNES
AU TEMPS IDE HENRI IV
BIBLIOGRAPHIE
MANUSCRITS
lo Archives de Elennes. Liasses : il; 20; 23; 29; 32; 34; 36; 46; 50;
52; 54; 57; 59; 84; 87; 136; 163; 216; 226; 246; 273; 283; 284;
319; 325; 348. Registres : 475, A et C; 476, A, B, C, D (l^e série)
et D (2e série); 477; 478, A et B; 479, A.
Comptes des Miseurs de 1595, 1598, 1600, 1601, 1602, 1603, 1604, 1605,
1606, 1607, 1508, 1609 et 1610.
Registres de baptême des paroisses de Saint-Sauveur, de Saint-Germain,
de Toussaints, de Saint-Etienne, de Saint-Pierre en Saint-Georges,
de Saint-Martin et de Saint-Hélier.
2o Bibliothèque de Rennes : Mss. 307 (Ms. de Robien) et 320 (G. de
Languedoc).
30 Archives de la Cour d'appel de Rennes, Registres secrets : Séances
de février et d'août 1591, d'août 1592, de février 1595, de février 1597,
de février 1598, d'août 1599, d'août 1600, d'août 1601, d'août 1602,
de février et d'août 1603, de février et d'août 1604, de février et
d'août 1605, d'août 1606, de février 1608, de février 1610.
Registre d'enregistrement de 1598.
6 BIBLIOGRAPHIE.
40 Archives d'il Ic-et- Vilaine : C. 2646; C. 2705 (Registres des États).
5° Archives de la Loire-Infôrieure. B. Plumitif, 40 (Fonds de la Chambre
des Comptes).
II
IMPRIMES
Brissac (Maréchal de), Recueil de plusieurs harangues, remontrances,
discours et advis d'affaires d'Estat de ({uelques officiers de la couronne
et d'autres grands personnages, faict par Jean de Lanncl, escuyer,
seigneur de Chaintreau et du Charabort (Paris, 1022, in-8°,.
Closche, Plan de la ville de Rennes : 1616 (d'Argentré, Histoire de
Bretagne, 1G18).
DupUY (Ant.), Histoire de la réunion de la Bretagne à la France (Paris,
1880, 2 vol. in-80), t. n.
Forestier, Plan de la ville de Rennes levé après l'incendie de 1720
(Bibliotlièquc de Rennes, Ms. 307, l^c partie).
Meuret (François-Claude), Annales de Nantes (Paris, 1830-31, 2 vol. in-80).
M0RICE (Dom), Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique et civile
de Bretagne (Paris, 1746, 3 vol. in fo), t. III.
Musée archéologique de Rennes : Plan de la vieille ville ou cité, ville
neuve et nouvelle ville de Rennes.
Ogée et Marteville, Histoire de Rennes, 2 vol. in-12.
Perthuis et DE LA NicoLLiÈRE Teijeiro, le Livre doré de l'hôtel de ville
de Nantes (Nantes, 1873, 2 vol. in-8°), t. I.
Tassin, les Plans et Profils de toutes les principales villes et lieux
considérables en France, ensemble les cartes (Paris, 1638) : Plan
de Rennes.
PLAN DE REN
51 Calhédrale.
EQ HdpiUl Ssinl-Yvas.
63 Egfise Sniot-Sinivanr.
M Cohui
SI Bmplacemsnl du Pa-
lan fulut
58 Cotpi d'- hgu uccapé
SI Faubourg ds 1» Mad»-
se HApilsl da la Santé.
TOPOCIUPHIE DE LA VILLE.
APERÇU PRÉL[MISA[RE SBR LA TOPOGRAPHIE. LA POPDLATION,
l'iNDUSTHIE ET LE COMMERCE DE RENNES
A LA FIN DO XVI* SIÈCLE
L'ubjet de ce travail e^t de montrer quelle fut et comment
fonctionna l'administration municipale de la ville de Rennes
du jour où le < corps de ville », à qui elle était conâée, sa
trouva investi de tous ses privilèges. Le gouverneur de Rennes
et le Parlement n'étaient pas absolument exclus des affaires
municipales, mais, en droit, ils ne pouvaient y toucher que
d'une façon exceptionnelle; s'ils le faisaient sans nécessité pres-
sante, ils empiétaient sur les pouvoirs de la Communauté. La
Communauté avait des origines assez lointaines. Elle s'était
constituée peu à peu, à mesure que la ville s'agrandissait et
reculait son enceinte; elle devait tous ses rouages aux privilèges
que les rois et les ducs lui avaient concédés. Avant de faire
connaître en quoi consistaienl de tels privilèges et quel parti en
tirait le corps municipal, il ne sera peut-être pas inutile de dire
quelque chose de la topographie de Rennes, de sa population, de
son industrie et de son commerce à l'époque dont il est ici
question.
l» Topographie de la ville.
Il serait superflu d'exposer avec détails comment, dans la
première moitié du XY* siècle, les fortifications de Rennes furent
déplacées à deux reprises (1). Il suffira de constater que
(!) BibliothCque de RcnncR, ms. .120, t" 1S et 20; Cf. m», de Bobien : Eimi
êw l'hUtolre ancienne et naturelle de la Bretagne, l"' partie, f° 77.
8 TOPOGRAPHIE DE LA VILLE.
Tenceinte, telle qu*elle fut modifiée vers 1443 par le lieutenant
du gouverneur, Henri de Yilleblanche , ne s*étendit pas dans la
suite. Jusqu'au milieu du XY® siècle elle se développait tout
entière sur la rive droite de la Vilaine ; avec Henri de Yilleblanche
elle franchit la rivière et engloba une portion notable de sa rive
gauche. Yoici quel était le tracé des fortifications de Rennes au
lendemain des guerres de la Ligue. Au nord elles dessinaient une
courbe irrégulière entre la porte Mordelaise ou Royale et la porte
Saint-Georges ; elles s'ouvraient, de ce côté, par deux autres portes,
la porte Saint-Michel et la porte aux Foulons. Toutes ces portes
étaient flanquées de tours. Toutes étaient reliées entre elles par
des murailles continues. A Test, la ligne d'enceinte enveloppait
l'abbaye de Saint-Georges et suivait presque constamment les
canaux dérivés de la Yilaine. La porte Blanche marquait à peu
près le coude que formait le plus méridional de ces canaux, au
moment où il se repliait vers l'ouest. On a comblé cette dérivation
de la Yilaine. Au XYI* siècle elle formait exactement la limite
sud de la ville de Rennes, de la porte Blanche à la porte
du Champ-Dolent. La porte de Toussaints se trouvait entre ces
dernières. Le âanc occidental du mur d'enceinte correspondait
enfin à la dernière section du petit bras de la Yilaine et s'étendait
sur la rive droite du bras principal, entre le port Saint- Yves et la
porte Mordelaise. La porte au Duc donnait accès sur le port. LÃ
se trouvait une des plus vieilles parties des fortifications; tout
près du pré Raoul s'élevaient les tours Furgon et du Chêne (1).
Les murs de Rennes devaient mesurer un périmètre d'environ
deux mille huit cents mètres et enceindre soixante- deux
hectares (2).
On peut facilement établir avec précision la topographie de la
ville de Rennes vers l'an 1600. Les quartiers du centre et du
nord-ouest furent en grande partie détruits par l'incendie de 1720,
(1) Bibliothèque de Rennes, ms. 320, f<« 20, 21 et 22.
(2) Ogée et Marteville, Histoire de Menues, t. II, p. 182,
TOPOGRAPHIE DE LA VILLE, 9
mais l*on possède des documents, des plans de Rennes, qui
permettent de reconstituer les principales voies de la ville telles
qu'elles étaient antérieurement, et de déterminer la place des
principaux édifices. Un des plus importants documents est à coup
sûr celui où se trouve relatée l'entrée de Henri IV dans Rennes;
il fut rédigé en 1598. On y voit le Roi suivre à travers la ville
un itinéraire fixé à l'avance par la Communauté et parcourir des
rues qui sans doute comptaient parmi les plus populeuses (1).
Un autre document portant la même date parle de la répartition
d'un emprunt forcé (2); un troisième qui remonte à 1591 est
relatif à l'établissement d'une taxe (3). Ces deux derniers
montrent la ville de Rennes divisée en seize circonscriptions, les
faubourgs non compris. Ces circonscriptions portaient le nom de
cinquantaines, probablement parce que chacune d'elles recrutait
pour la milice cinquante hommes que commandait un capitaine
ou cinquantenier. Dans les pièces dont il s'agit les cinquantaines
sont toujours désignées par un nom de rue ou de place.
Pour déterminer la direction et le développement des rues et
des places ou la situation des édifices, il faut rapprocher les
documents cités ici et beaucoup de passages des registres de la
(1) Archives de Rennes, 475 A, fo" 36 v<» et 51 v^. Henri IV pénétra dans la
ville par la porte de Toussaints et gagna la Cathédrale par un long circuit. Il
contourna l'église de Toussaints ; il pénétra dans la rue Vasselot, tournant ainsi
le dos à la Cathédrale qu'il se proposait d'atteindre ; il prit bientôt, sur sa gauche,
la me Saint-Germain, franchit le pont et atteignit l'église du même nom. U
serait tout simple de refaire aujourd'hui, jusqu'à la Vilaine, la première partie
du trajet de Henri IV. Au delà de l'église Saint-Germain tout a changé. Le Roi
gagna la rue de la Charbonnerie qui n'existe plus ; elle se trouvait au Nord de
l'église et reliait la rue Saint-Georges qui subsiste et la rue de la Fanerie qui
ne subsiste pas à la rue du Puits-Mesnil, également disparue. La rue du Puits-
Mesnil que suivit aussi Henri IV devait être une des plus fréquentées de Rennes,
parce qu'elle faisait partie d'une grande voie qui, d'est en ouest, traversait toute
la ville haute, et conduisait du couvent des Cordeliers et du Parlement vers la
Cathédrale. De nos jours il existe un ensemble de rues analogue, mais ces rues
sont complètement rectilignes, tandis que ceUes du XVI* siècle offraient des
courbes et des brisures assez nombreuses. Henri IV traversa la place des Halles
appelées Cohue ; il suivit enfin la rue de la Cordonnerie et entra dans l'église
cathédrale de Saint-Pierre.
(2) Archives de Rennes, 168 (1598).
(3) Ihid., 136 (1591).
^0 TOPOGRAPHIE DE LA VILLE.
Communauté du plan panoramique de Closche. Ce plan fut
dessiné en 1616; la perspective y est assez bizarre, mais une
foule de renseignements y sont rassemblés (1). D'ailleurs les
plans postérieurs peuvent être consultés avec fruit. Ce sont : le
plan de Tassin qui se rapporte à Tannée 1638, mais ne fournit
l'indication d'aucun nom de lieu (2); le plan anonyme de
la « vieille ville ou cité, ville neuve et nouvelle ville de
Rennes > qui n'est pas daté, mais paraît appartenir à la an du
XVIP siècle (3); enfin le plan de Forestier qui fut dressé après
l'incendie de 1720 (4). La muraille d'enceinte n'a pas varié d'un
plan à l'autre ; les bras de la Vilaine sont les mêmes dans chacun
d'eux. Le dernier est très différent des autres parce qu'il repro-
duit la ville telle qu'elle fut reconstruite au XVIII® siècle.
La Vilaine, au temps de Henri IV comme de nos jours, parta-
geait Rennes en deux parties très distinctes, mais elle projetait
alors plusieurs bras vers le sud; le plus important de ces bras
enveloppait toute, la ville basse qui se trouvait former une île. De
grandes voies s'étendaient d'ouest en est, sur les deux rives ;
d'autres conduisaient de la Vilaine à la partie septentrionale de
l'enceinte ou à sa partie méridionale. Beaucoup d'entre elles
présentaient des brisures qui les rendaient très différentes des
rues symétriques d'aujourd'hui. Sur la rive droite de la Vilaine
il existait, au début du XVIP siècle, deux longues voies qui
reliaient l'hôpital Saint- Yves ou la Cathédrale à l'abbaye de Saint-
Georges ou au couvent des Cordeliers. La première était formée
à son origine, soit par la rue Saint- Yves, soit par la rue des
Dames; elle se prolongeait par la place de la Pompe, la rue
Haute-Baudrairie, la rue Basse-Baudrairie, le placis de l'église
(1) Plan de Closche (1616) ; il se trouve dans certains exemplaires de V His-
toire de Bretagne^ de d'Argentré (Édition de 1618).
(2) Les Plans et Profils de toutes les principales villes et lieux considérables
en France^ ensemble les cartes, par le sieur Tassin, géographe de Sa Majesté
(Paris, 1638).
(3) Musée archéologique de Rennes : Plan de la vieille ville ou cité, viUe
neuve et nouvelle ville de Hermès,
(4) Bibliothèque de Bennes, ms. 307, l""* partie : Plan de Forestier,
TOPOGRAPHIE DE LA VILLE. 11
Saint-Germain et la rue Corbin. La seconde partait du chevet
de la Cathédrale avec la rue Saint-Sauveur ; le < grand bout » et le
< petit bout de Cohue », c'est-à -dire la place de la Cohue ou des
Halles lui appartenaient; les rues des Changes et du Puits-Mesnil,
le placis Saint-François la complétaient. La rue Saint-Georges
était, elle aussi, dirigée d'ouest en est, mais elle ne se raccordait
avec les rues précédentes que grâce à celles qui établissaient des
communications entre la Vilaine et la ville haute. L'église cathé-
drale et la porte Saint-Michel étaient enfin reliées par la rue de
la Cordonnerie, la petite rue Saint-Michel et les deux cours de
Rennes. Sur la rive gauche de la rivière, la rue du Champ-Dolent,
la rue de la Parcheminerie, la rue Yasselot et la rue Saint-
Thomas conduisaient de la porte du Champ-Dolent à la porte
Blanche.
Il y avait des rues transversales au nord et au sud de la
Vilaine. On pouvait aller de la tour Furgon à la porte Mordelaise
en traversant la place de la vieille Monnaie et en passant devant
la Cathédrale. La rue des Lauriers et là rue Saint-Guillaume
conduisaient du port Saint- Yves au chevet de la Cathédrale. La
rue de la Miterie et la rue Trichetin reliaient la place de la
Pompe à la place des Halles. La place du Champ-Jacquet s'éten-
dait de la tour de la grosse horloge à la porte aux Foulons; on
descendait de cette place jusqu'à la rivière en suivant la rue de la
Filanderie, la rue Neuve et la rue de la Poissonnerie; on remon-
tait du Pont-Neuf à la porte aux Foulons par la rue d'Orléans,
la rue de la Fanerie, la rue de la Charbonnerie et la rue aux
Foulons. Le pont Saint-Germain se prolongeait sur la rive droite
par la rue Saint-Germain et la rue de la Gigue ; la rue Saint-
Germain se prolongeait elle-même plus à l'est par la rue Derval
et la rue Saint-François. Sur la rive gauche, les principales rues
transversales étaient la rue de l'Ile qui partait du pont de bois,
la rue de Toussai nts et la rue Saint-Germain, dans sa partie
méridionale. Le plan de Rennes fournira l'indication de quelques
rues moins importantes que celles qui viennent d'être citées.
12 TOPOGRAPHIE DE LA VILLE.
On peut ajouter à ces divers détails que l'Hôtel de Ville, la
cathédrale de Saint-Pierre, l'hôpital Saint- Yves, l'église Saint-
Sauveur, les Halles ou Cohue, le Siège Présidial, la tour de la
grosse horloge ou tour Saint-James se trouvaient dans la région
nord-ouest de Rennes, c'est-Ã -dire dans la plus vieille partie
de la ville. Le couvent des Cordeliers et l'abbaye de Saint-
Georges confinaient aux remparts du nord-est; ils étaient
voisins de l'église Saint-Germain. Le Parlement occupait plu-
sieurs « corps de logis » chez les Cordeliers. Tout le quartier
sud-est appartenait aux Jésuites et aux Carmes. L'église de
Toussaints était le centre de la paroisse la plus importante de
Rennes.
Les comptesdes < miseurs > (1) fournissent des renseignements
précis sur les faubourgs de Rennes. Celui du nord était traversé
par les chemins de Dinan et de Saint-Laurent (2). La rue Haute
et la rue Reverdyais paraissent en avoir été les principales
voies (3). La porte Blanche commandait le chemin de Chantepie
sur lequel se trouvait le faubourg Saint-Hélier; la porte de
Toussaints commandait celui de la Madelaine qui traversait le
faubourg du même nom (4). Le 9 mai 1598, Henri IV suivit
la rue de la Madelaine et passa auprès du puits Maugé avant
de franchir le pont de Toussaints (5). On montre encore
aujourd'hui un puits portant le même nom, à côté de la rue de
Nantes, qui doit correspondre à l'ancienne rue de la Madelaine.
A l'ouest de Rennes enfin s'étendait le faubourg l'Évêque que
parcouraient les chemins de Pacé et de Vezin (6). Au nord-est
de la ville et en dehors des fortifications se trouvait l'abbaye
de Saint-Melaine; au sud-ouest l'hôpital de la Santé.
(1) Les a miseurs t> étaient des officiers municipaux chargés de la recette et
de la dépense. Voir plus loin le chapitre qui leur est consacré.
(2) Archives de Rennes, Comptes des miseurs, 1601 (Dépenses pour les pavés).
(3) Jbid., 476 B, fo 2 !<> (12 juin 1600).
(4) Ibid.f Comptes des miseurs, 1601 (Dépenses pour les pavés).
(5) Dom Morice, Preuves (Paris, 1746), t. III, col. 1756.
(6) Archives de Rennes, Comptes des miseurs, 1601 (Dépenses pour les pavés) .
POPULATION, INDUSTRIE ET COMMERCE, 13
20 Population.
On a cru devoir établir ici approximativement ce qu'était la
population de Rennes dans les premières années du XVII* siècle.
On a relevé pour cela, pendant une période de cinq ans, toutes
les naissances signalées dans les registres de baptême que con-
servent les archives de Rennes; on a pris la moyenne annuelle
et on Ta multipliée par le chiffre vingt-cinq, considéré comme
moyenne probable de la vie humaine. Ce travail a porté sur
les années 1604, 1605, 1606, 1607, 1608. Les registres de
baptême qui ont été compulsés appartiennent aux paroisses de
Saint-Sauveur, de Saint-Aubin, de Saint-Germain, de Toussaints,
de Saint-Etienne, de Saint-Pierre en Saint-Georges, de Saint-
Martin et de Saint-Hélier ; il s*agit donc de la population de
Rennes et de ses faubourgs. La paroisse de Saint-Laurent faisait
partie de Rennes, mais on ne retrouve pas de registres de
baptême qui lui soient particuliers; elle était d'ailleurs assez
éloignée de la ville. De 1604 à 1608 la moyenne annuelle des
naissances à Rennes fut de mille quarante- trois ; si on multiplie
ce chiffre par vingt-cinq, on obtient un autre chiffre de vingt-
six mille soixante-quinze qui doit être à peu près celui de la
population (1).
3° Industrie et commerce.
Quelques renseignements sur l'industrie et le commerce de
Rennes à la fin du XVI* siècle sont fournis par des < lettres >
de Henri III, datées de 1578, et par une « pancarte » qu'établirent
les habitants en 1597. Les < pancartes » étaient des tarifs
qui fixaient les droits à lever sur les marchandises quand elles
entraient dans les villes ou quand elles en sortaient. Il ressort
(1) Archives de Rennes, Registres de baptême des paroisses de Saint- Sauveur,
de Saint-Germain, de Toussaints, de Saint-Étienne, de Saint- Pierre en Saint-
Georges, de Saint-Martin et de Saint-Hélier : Années 1604, 1605, 1606, 1607 et 1608.
14 INDUSTRIE ET COMMERCE.
des documents en question que Rennes était un des plus grands
marchés de la Bretagne. Les industries les plus florissantes
y étaient sans doute celles de la tannerie, de la 4: ceinturerie et
baudrairie », de la cordonnerie et de la parcheminerie. Dans les
< lettres » de 1578 le Roi insiste d'une façon tout à fait
particulière sur les cuirs de bœuf ou de vache tannés, secs ou
mouillés, sur les cuirs à poil, sur les peaux à laine, sur les
peaux de veaux, de chèvres et de chevreaux. Dans la « pancarte »
de 1597 la fabrication du parchemin et du vélin est signalée
comme fort active. Il existait d'ailleurs à Rennes une rue
Baudrairie, une rue de la Cordonnerie et une rue de la Par-
cheminerie.
On fabriquait encore à Rennes de la poterie, des lacets et des
rubans de âl, de la quincaillerie et des < escriptoireries ».
Il est surtout intéressant de constater qu'en 1597 les relations
commerciales de Rennes étaient fort étendues. Le commerce
du poisson sec et salé, de la morue et du hareng, s'était développé,
grâce au voisinage de Saint-Malo. Le commerce des draps avait
grandi, grâce à la proximité de la Normandie ; Lisieux et Rouen
avaient des rapports fréquents avec Rennes, mais celle-ci faisait
aussi venir des draps de Paris, de Beauvais et de Boulogne,
du Maine, du Poitou et du Berry, même de Londres, de Flandre
et d'Espagne. Un certain commerce de luxe s'était développé
avec l'usage des 4: taffetas, passements, soies, rubans, clinquants,
toiles d'or et d'argent ». Les velours de Milan, d'Espagne
ou de Flandre pénétraient dans Rennes. Les relations de la
Bretagne avec le port de Bordeaux et avec l'Espagne ou le Por-
tugal avaient donné l'élan au commerce des vins, et les vins
d'Espagne et des Canaries étaient particulièrement appréciés
à Rennes. Les relations avec la Flandre et l'Allemagne avaient
poussé des négociants de ces pays à amener des chevaux aux
foires de Rennes (1).
(1) Archives de Rennes, 260 (22 juillet 1578) ; 70 (31 janvier 1597).
LA COMMUNAUTÉ. 15
Rennes fut à la an du XYP siècle une ville assez peuplée
et assez riche. Elle n*était pas comparable à Nantes qui parfois
lui disputait le titre de capitale de la Bretagne, mais elle était
le vrai centre politique de la province ; elle possédait le Parle-
ment et les lieutenants-généraux. Expliquer ce que fut son
administration municipale sous le règne de Henri IV, c'est donc
montrer comment étaient gérés à cette époque les intérêts d'une
des principales villes de France.
II
des différents pouvoirs qui se partageaient
l'administration municipale
1» La Communauté; ses privilèges, ses assemblées
et ses officiers.
Ce fut au XV® siècle que la ville de Rennes prit sa grande
extension. Il n*est pas douteux que ses accroissements successifs
aient déterminé la formation d*une compagnie qui eut pour
objet principal de surveiller Texécution des travaux publics
entrepris par les habitants. Cette compagnie reçut dans la suite
le nom de Communauté. Elle se recrutait probablement parmi
les hommes les plus capables ou les plus riches.
a) Privilèges de la Communauté.
C'était en vertu de privilèges spéciaux que la ville avait
obtenu le droit de gérer ses propres affaires. L'origine de ces
privilèges remonte à la fin du XIV® siècle. En 1342, le duc
Jean IV permit aux Rennais de lever une taxe qui devait être
exclusivement consacrée à l'entretien de leurs murailles, et que
16 LA COMMUNAUTÉ.
l'on nomma pour cela < devoir de cloison >. Il avait bien fallu
qu*un certain nombre d^habitants se missent, au nom de la ville,
à percevoir et à dépenser les deniers communs. Il semble d'ailleurs
que ces personnages qui constituèrent le « corps de ville > pri-
mitif n'avaient point de fréquentes assemblées ; ils se contentaient
de se réunir une fois par mois pour délibérer sur les affaires
de la ville ; ils n'avaient point non plus de lieu fixe où ils pussent
prendre leurs décisions et installer leurs archives (1). Ils n'en
représentaient pas moins la capitale de la Bretagne qui se glori-
fiait de privilèges considérables. Parmi ces privilèges il faut
distinguer entre les exemptions et les droits : les unes ont trait
à des taxes et à des obligations dont les bourgeois sont affranchis,
les autres les mettent en mesure d'élire leurs officiers municipaux
ou d'établir eux-mêmes des taxes.
Les bourgeois de Rennes ne doivent payer ni < aide des villes >
ni subsides depuis que le duc François II les en a exemptés ;
ils ont été confirmés dans cette exemption par Charles VIII,
Louis XII, François P^, Henri II, Charles IX (2) et Henri IV
lui-même (3). D'après une ordonnance de Charles VIH, la
charge du ban et de Tarrière-ban ne peut pas non plus être
imposée à ceux d'entre eux qui tiennent des fiefs (4). Des
lettres patentes de Henri lU établissent d'ailleurs avec précision
les obligations des bourgeois en matière militaire ; ils sont tout
simplement astreints à se tenir en armes dans Rennes pour bien
garder la ville en temps de guerre ; on les place alors sous les
ordres du gouverneur ou de son lieutenant (5). S'ils acquièrent
des terres nobles ils ne doivent pas payer le droit de franc-fief (6) ;
(1) Bibliothèque de Rennes, ms. 320, fo« 22 et suiv.
(2) Ihid., fP 228 (18 avril 1484; 23 décembre 1497; 17 décembre 1512; 12 août
1534; 23 mars 1559; 21 septembre 1572). Dans les yllles de Bretagne les
a aides j> remplacent les fouages.
(3) Archives de Rennes, 54 (30 juillet 1601).
(4) Bibliothèque de Rennes, ms. 320 (Lettres du 21 décembre 1491, confirmées
an mois d'avril 1516 par François I*''*).
(5) Archives de Rennes, 52 (12 novembre 1575).
(6) Ibid.y 53 (9 mai 1566).
SES PRIVILÈGES. 17
depuis 1589 ils sont autorisés à ne pas acquitter non plus celui
de lods et ventes (1).
Y a-t-il lieu de s'étonner que des privilèges aussi exorbitants
n'aient pas toujours été respectés? Les receveurs généraux des
finances contraignirent parfois les bourgeois de Rennes au
payement des aides (2); quand il plut au Roi de 4: faire la
recherche » des francs-fiefs, les bourgeois ne laissèrent pas
d'être inquiétés (3); on les soumit même parfois à la taille. Une
pièce de 1636 montre le Parlement rendant un arrêt contre les
« paroissiens » de Saint-Laurent qui avaient taxé un habitant
de Rennes comme possédant une propriété roturière sur leur
territoire (4). De son côté la Chambre des Comptes refusa
d'enregistrer des édits qui confirmaient les privilèges de la
Communauté de Rennes, Pour l'y contraindre il fallut que
Henri IV lui adressât des « lettres de jussion » (5). Il n'y
a d'ailleurs rien de fixe et d'indiscutable dans les privilèges de
Rennes. Tantôt il est permis de croire que tous les habitants de
la ville peuvent y participer (6); tantôt la Communauté ne
paraît les réclamer qu'au nom d'une aristocratie bourgeoise de
cinquante familles, mais alors elle prétend exempter ces Êimilles
même des impôts indirects sur les boissons (7).
Profitant de toutes ces exemptions, les bourgeois de Rennes
sont investis de certains droits. Il leur appartient par exemple
d'élire leurs procureurs syndics, leurs « miseurs » ou leurs
contrôleurs (8), de percevoir tous les revenus attribués à la
(1) Bibliothèque de Rennes, ms. 320, Î9 230 (Lettres du 18 décembre 1589, con-
firmées en juin 1596).
(2) Archives de Rennes, 476 B, fo 57 r^ (16 octobre 1600), et 474 C, î? 36 v»
(5 août 1602).
(3) Ibid., 52 (9 mai 1609).
(4) Jbid,, 273 (16 juillet 1636).
(5) Jbid,, 54 (3 juillet 1596).
(6) Ibid.y 273 (16 juillet 1636) ; il est ici question d'un homme qui fait le ser-
vice de messager entre Rennes et Quimper.
(7) Jbid., 52 (9 mai 1609).
(8) Voir plus loin les chapitres relatifs à ces différents officiers.
2
18 LA COMMUNAUTÉ.
Communauté (1) et même parfois d*établir des taxes pour
l'entretien des pauvres (2). L'édit de mars 1592, qui érigea
la Communauté en corps régulier, ne ât assurément que
consacrer des usages depuis longtemps en vigueur; il prétendit
en vain instituer des fonctions nouvelles; il attribua à la ville des
avantages dont elle jouissait déjà ; il ne restreignait pas ses
privilèges. Il est en somme intéressant à étudier en ce qu'il
présente le tableau à peu près exact de ce que fut Torganisation
municipale de Rennes à la an du XYP siècle (3).
b) Assemblées de la Communauté.
Il est nécessaire de rechercher tout d'abord ce que furent les
assemblées de la Communauté, ou elles se tinrent, à quelles
époques elles revenaient, comment on les convoquait, qui devait
y assister et dans quel costume, à qui enân la présidence en était
attribuée.
Au XY* siècle la Communauté siégea indifféremment dans les
tours Mordelaises où résidait alors le gouverneur, au < reves-
tiaire » de l'église cathédrale, dans le couvent des Cordeliers ou
même chez quelques-uns de ses membres. Durant tout Iç
XYI® siècle elle occupa une maison de la place de la Monnaie (4) ;
elle s'y trouvait tellement à l'étroit qu'en 1578, sur cette même
place, elle construisit à la hâte une sorte de pavillon où elle pût
recevoir le Roi. Ce fut encore là pour la Communauté une
installation assez médiocre; elle n'y disposait que de deux
chambres ; un petit perron donnait accès dans la première qui
se trouvait la plus grande et où se tenaient les assemblées du
premier jour de l'an (5); la seconde était réservée au Conseil. Au-
(1) Voir plus loin les chapitres où il est traité des a miseurs » et de la recette
des deniers.
(2) Registres secrets (25 juin 1597).
(3) Archives de Rennes (23 mars 1592).
(4) Bibliothèque de Rennes, ms. 320, f«» 4 et 24.
(5) Ibid., fo 85.
SES ASSEMBLÉES. 19
dessus de ces chambres il y avait des greniers; au-dessous on
renferma des « canons et ustensiles de guerre > dont Rennes
était abondamment pourvue. Dans cette Maison de Ville aucun
local particulier ne fut attribué aux archives ; il fallut mettre
tous les papiers et registres dans des coffres qui servirent de
sièges aux membres de la Communauté (1).
C'était la Communauté qui faisait les règlements fixant les
jours des assemblées. L'huissier de la ville avait pour fonction de
convoquer ceux qui devaient y assister (2). De 1581 Ã 1612, les
convocations avaient lieu de quinze jours en quinze jours; dans
la suite elles se produisirent souvent toutes les semaines (3).
A l'ouverture de chaque séance l'huissier affirmait par serment
qu'il s'était acquitté de ses fonctions, et présentait au procureur
syndic le procès-verbal des convocations faites (4). Cette pièce
permettait à la Communauté de constater les absences et de les
punir d'une amende. Les absences étaient pourtant très fréquentes,
et il est bien probable que, dans l'édit de 1592, Henri IV s'était
proposé de les conjurer, quand il avait déclaré créer un corps
d'échevins (5). En 1596 la Communauté constata pourtant qu'il
n'y avait pas encore d'échevins à Rennes, et décida d'en nommer
huit qui seraient renouvelables tous les quatre mois (6). L'édit
de 1592 avait prétendu former un collège de six échevins élus,
renouvelables tous les ans par moitié. Peut-être les plus riches
bourgeois préféraient-ils ne pas être investis de ces fonctions qui
n'auraient rien ajouté à leur influence tandis qu'elles auraient pu
les contraindre à la partager avec d'autres, La décision prise en
1596 resta lettre morte comme l'édit de 1592. Quand le sénéchal,
sur l'injonction du Parlement, intervenait en personne pour
(1) Bibliothèque de Bennes, ms. 320, f^ 5.
(2) Archives de Bennes, 475 A, f*"» 6 et 20 (20 février et 13 mai 1598).
(3) Bibliothèque de Bennes, ms. 320, f<> 84. .
(4) Archives de Bennes, 475 A, f»» 6 et 8 (20 et 27 février 1598).
(5) Ibld. (23 mars 1592). Les échevins étaient astreints par l'édit à assister Ã
tontes les assemblées de la Maison de Ville.
(6) Bibliothèque de Bennes, ms, 320, f<» 84 et 85.
20 LA COMMUNAUTÉ.
provoquer une assemblée de la Communauté, il pouvait se heurter
à la résistance passive des notables. Le 17 juillet 1598, il invite
la Communauté à siéger. Accompagné de Talloué ou second juge
du Siège Présidial, il se présente à la Maison de Ville et n'y trouve
personne (1)* L'année suivante le Parlement rend un important
arrêt sur les assemblées de la Communauté ; il fait dresser par
elle une liste de tous les bourgeois qui doivent y siéger; il veut
que nul ne puisse s'y refuser sans excuse légitime ; il permet aux
députés d'un seul quartier de délibérer sur les affaires de la
ville, en l'absence des autres députés. Le jour où ce règlement
fut lu dans la Communauté, des protestations se ârent entendre,
et il se trouva des bourgeois qui déclarèrent ne plus vouloir
assister aux délibérations (2).
Il est difficile de dire avec précision ceux des habitants de
Rennes qui prenaient place aux assemblées de la Maison Commune.
Un certain nombre de personnages y entraient de droit; mais
beaucoup devaient s'y glisser qui n'auraient point dû y paraître
et qui n'y venaient que pour assurer le succès de quelques
ambitieux dont ils formaient la clientèle. Un arrêt de règlement
rendu en la Maison de Ville en 1627 le déclare d'une façon
positive; depuis longtemps, dit-il, ceux qui veulent obtenir des
dons de la ville, ou se faire attribuer les indemnités des dépu-
tations, introduisent dans les assemblées « un nombre affreux de
personnes » qui votent selon leur gré (3). Il est bien probable que
ces intrigants furent hostiles à l'organisation régulière d'un corps
d'échevins. Il semble toutefois que l'usage s'établit peu à peu de
considérer certains bourgeois comme investis du droit et comme
ayant le devoir de siéger régulièrement aux assemblées de la
Maison de Ville. C'étaient tous ceux qui avaient rempli avec
honneur les plus hautes charges municipales, les anciens procu-
reurs syndics, les anciens « miseurs ». On leur donnait même le
(1) Kegistres secrets (17 juiUet 1398).
(2) Archives de. Kennes, 476 A, f» 71 r« et v^ (12 novembre 1599).
(3) IHd.y 348 (29 décembre 1627).
SES ASSEMBLÉES. 21
nom d'échevins quoique leur nombre pût devenir assez considé-
rable (1). En 1604 il y avait à Rennes vingt-cinq personnes
qui avaient exercé les seules fonctions de « miseurs » (2). On
peut dire qu*en dépit de Tédit de 1592 il ne fut pas créé à Rennes
de collège d*échevins, mais que le titre d*échevin fut attribué
à des officiers municipaux sortis de charge; la qualité d*échevin
devint comme le prolongement des fonctions de « miseur > ou de
procureur syndic.
Les officiers municipaux devaient tout naturellement paraître
aux assemblées de la Communauté. Sur les registres de délibé-
rations de la Maison de Ville leurs noms sont écrits après ceux
des agents du Roi. Le Gouverneur n*y paraît guère, mais à sa
place on cite son lieutenant ou ses connétables. On cite aussi
des gens d*église et des gens de justice. L'abbé de Saint-Melaine,
le chapitre de Rennes et Tabbesse de Saint-Georges se ârent
représenter en l'assemblée générale et solennelle du 1®' jan-
vier 1604; à côté de leurs procureurs siégeaient, le même jour,
le gardien de l'hôpital Saint-Yves et le principal du collège
Saint-Thomas (3). Ce n'est pas seulement aux assemblées
solennelles qu'ils ont le droit de paraître; le 20 octobre 1606
on retouve sur le registre de la Maison Commune le nom du
procureur de Tabbesse de Saint-Georges (4); très souvent, en
tête des délibérations on lit ces mots : Gens d'église, écrits
à droite de la page, en face des noms des connétables (5). Parmi
les gens de justice, le procureur du Roi au Siège Présidial est
celui qui réapparaît le plus souvent (6); viennent ensuite le
substitut (7), le sénéchal et l'alloué (8), même des officiers du
(1) Archives de Bennes, 52 (9 mai 1609) ; C5f. bibliothèque de Rennes, ms. 320,
fo41.
(2) Ibid., 84 (31 décembre 1604).
(3) Ibidt, 84 (1" janvier 1604).
(4) Jbid., 478 A, fo 2 ro.
(5) Ibid., 475 A, passim,
(6> Jbid,, 476 A et C, et 478 A, passim,
(7) Ibid., 478 B, ^ 2 !<> (1608).
(8) JHd.y 476 A, f» 33 !<> (5 juillet 1599).
22 LA COMMUNAUTÉ.
Parlement : le greffier civil et le greffier criminel, des notaires-
secrétaires (1), des huissiers (2). Il est un règlement de 1627 qui
permet rentrée des assemblées à tous les personnages cités ici
et à d*autres encore; ce règlement fut fait pour exclure des
assemblées nombre de gens qui y pénétraient sans en avoir le
droit; il peut servir de commentaire à chaque registre de la
Communauté. Il cite les capitaines des cinquantaines comme
pouvant assister aux assemblées (3); le 13 mars 1598 il en vint
trois dans la Maison Commune (4}; un mois plus tard on en
compte jusqu'Ã treize (5).
Il ressort de tout ce qui précède que les assemblées municipales
pouvaient être parfois extrêmement nombreuses. Il en était
surtout ainsi le premier janvier de chaque année parce que les
élections avaient lieu à cette date. < L'état-major » du gouverneur
avait le droit de se rendre alors à THôtel de Ville ; tous les officiers
de la Communauté devaient y venir; plusieurs ecclésiastiques
y paraissaient; il s'y présentait à la fois jusqu'à onze officiers de
justice (6); les cinquanteniers étaient convoqués, et Ion pouvait
facilement compter, au temps de Henri IV, quarante ou cinquante
anciens « miseurs » ou procureurs syndics, qui, à leur gré,
venaient y délibérer. D'autres bourgeois encore y entraient sans
convocation. Dans le courant de l'année, il se tenait des
assemblées où l'on inscrivait encore jusqu'à quarante-trois et
cinquante-deux personnes présentes (7).
Il était de règle que tous les assistants fussent vêtus avec
décence ; que chaque bourgeois portât la robe et le bonnet (8) ;
les règlements l'exigeaient avec une telle persistance qu'il est
(1) Archives de Rennes, 479 A, fo 3 ro (l^r janvier 1609).
(2) lUd., 476 A, fo 71 j9 (12 novembre 1599).
(3) Ihid., 348 (29 décembre 1627).
(4) Ibid., 475 A, f» 19 r».
(5) Ihid., fo 29 ro.
(6) Ihid., 478 A, £« 18 r^ (1« janvier 1607).
(7) Ihid,, 475 A, f<» 29 et 32 (13 et 19 avril 1598).
(8) Bibliothèque de Rennes, ms. 320, fo» 84 et 91.
SES^ OFFICIERS. 23
permis de douter de leur efficacité ; ils avaient probablement pour
but d*écarter Iqs hommes du commun qui auraient pu envahir la
salle des délibérations.
La présidence des assemblées appartint au gouverneur de la
ville, et, en son absence, à son lieutenant ou aux connétables.
Comme le gouverneur avait cessé de convoquer les assemblées, du
jour où elles étaient devenues périodiques, on put croire qu*il ne
continuerait pas de les présider. En 1559 les officiers du Siège Pré-
sidial prétendirent s*en arroger le droit à son détriment; un arrêt
du Conseil maintint le gouverneur dans sa prérogative ; il était
même établi qu*en Tabsence du gouverneur, du lieutenant et
des connétables, la présidence serait dévolue aux députés ecclé-
siastiques. L*édit de mars 1592 maintint ces règles; il donna
même le titre de maire au sieur de Montbarot qui était alors
gouverneur^ sans que ce titre lui valût aucune des attributions
quMl semblait représenter. Les juges du Siège Présidial ne renon-
cèrent pas à réclamer la présidence; le premier d*entre eux, le
sénéchal René Le Meneust, s*en empara même une fois en
1604 (1); quelques années plus tard un autre sénéchal la disputa
au sieur de Lombard, lieutenant du gouverneur, mais cet
officier défendit ses droits et les ât prévaloir (2).
Il n'y a pas lieu de dire ici sur quelles questions multiples les
assemblées de la Communauté avaient à se prononcer; ce serait
entrer dans Texposé de toutes les attributions de ce corps qui
seront étudiées plus loin. Il doit être traité au préalable du
personnel d*officiers qui gérait les affaires de la ville.
c) OflSciers de la Communauté.
A la an du XVP siècle la Communauté avait pour principaux
officiers un procureur syndic, des € receveurs et miseurs des
deniers communs », un contrôleur et un greffier; elle investissait
(1) Archives de Rennes, 84 (1«' janvier 1604).
(2) Ibid,, 476 B, ^ 63 vo (17 mai 1610).
24 OFFICIERS.
des commissions ou des députations d*une portion de ses
pouvoirs; elle confiait la garde de la Maison de Ville h un
concierge; elle nommait un < gouverneur et conducteur de
rhorloge publique » ; elle avait sous ses ordres un huissier, un
sergent, un trompette et des tambours jurés, un réveilleur
public et un < escopateur ». Elle choisissait les capitaines qui
commandaient sa milice.
LE PROCUREUR SYNDIC
De tous les agents de la Communauté le plus considérable fut
le procureur syndic. Comme il ne présidait pas les assemblées
de la Maison Commune , il pouvait paraître inférieur en dignité
au gouverneur de la ville, mais il n*est pas douteux que, par ses
attributions, il ait joué, en matière municipale, un rôle infini-
ment plus important que le gouverneur. 11 était le principal man-
dataire de la Communauté dans toutes les afi'aires où elle avait
quelque intérêt à défendre. Cela ressort clairement de la lecture
des registres municipaux.
La fonction de procureur syndic ne paraît pas avoir existé
avant le XV® siècle (1) ; mais, à partir de cette époque, les villes
de Bretagne progressèrent tellement par le commerce et par
l'industrie que de jour en jour il devint plus difficile de les
administrer ; la nécessité de créer des conseils de ville réguliers
se faisait sentir, et chacun de ces conseils se choisissait naturel-
lement un procureur. A Rennes, cette fonction qui fut assez
humble à l'origine, grandit aussi vite que la Communauté elle-
même (2). N'ayant reçu pendant plus d'un siècle que trente-sept
livres dix sous de gages, le procureur syndic, Ã partir de 1570,
toucha soixante-douze livres par an, et, neuf ans après, il
se vit attribuer jusqu'Ã trois cents livres de gages. Cent ans
(1) Elle avait été créée en 1433 (Bibliothèque de Rennes, ms. 320, fo" 45 et 46).
(2) A. Perthuis et ÎS. de la Nicollière-Teijeiro, le Livre doré de V Hôtel de
ville de Nantes (Nantes, 1873), t I, pp. 49, 65 et 70.
LE PROCUREUR SYNDIC. 25
plus tard ses gages étaient les mêmes, mais on lui donnait en
sus une somme égale pour faire face aux frais de son syndicat (1).
Outre ses gages il recueillait des gratifications assez élevées
quand il sortait de charge. Ce fut ainsi que le sieur du Chesnay
reçut de la Communauté cent cinquante livres en 1603 (2).
La Communauté n*avait pas la pleine disposition de la charge
de procureur syndic. Elle désignait au Roi trois notables habitants
de Rennes qui lui semblaient pouvoir la remplir et le Roi
choisissait parmi eux le premier magistrat de la cité. L*édit
de 1592 lui avait reconnu le droit de former une liste de
douze individus parmi lesquels le gouverneur devait prendre les
six échevins qui seraient eux-mêmes appelés à nommer le
procureur syndic. On ne voit rien de semblable se produire dans
la Communauté par cela seul que le gouverneur ne crée pas
d'échevins. Quand, en 1603, il est question de pourvoir au
remplacement de M. Frain, la Communauté présente au Roi
trois candidats, et, peu de temps après, le lieutenant général,
M. de Brissac, lui annonce le choix fait par Sa Majesté (3).
Le procureur syndic se distingue surtout des autres oflSciers
de la Communauté en ce que nulle délibération ne s*ouvre aux
assemblées de la Maison de Ville sans quMl ait requis les assistants
de délibérer. L'ordre du jour y est fixé par lui ou par son
substitut (4). Sa situation dans < le corps de ville » est analogue,
par certains côtés, à celle des procureurs du Roi dans les
juridictions de l'époque.
Tout procureur syndic doit surveiller de près la gestion des
« miseurs », et éclairer la Communauté sur les abus qu'il
y découvre. C'est entre ses mains que les comptables remettent
toutes les pièces justificatives de leurs comptes pour qu'il puisse
faire un rapport sur ces comptes eux-mêmes (5). C'est à lui qu'il
(1) Bibliothèque de Rennes, ms. 320, fo 46.
(2) Archives de Rennes, 476 D, fo 4 !<> (10 février 1603).
(3) Ibld., 32 (l«r février 1603).
(4) Ihid',^ 475 A, passim,
(5) Bibliothèque de Rennes, ms. 320, fo 91,
26 OFFICIERS.
appartient de poursuivre les agents de finances qui, étant en
charge, ont mal tenu leurs comptes ou qui, sortis de chaîne,
n*ont pas fourni Texposé très clair des sommes perçues et
des dépenses faites; il les poursuit pour obtenir le rembour-
sement de ce qu*ils doivent à la Communauté; s'ils viennent
à mourir avant le règlement final de leurs comptes, il poursuit
leurs héritiers (1).
Le procureur syndic n*est pas à vrai dire un agent de finances,
mais il renseigne la Communauté sur tout ce qui touche à ses
intérêts financiers. Annoncer aux bourgeois qu'ils sont illégale-
ment taxés (2); leur faire connaître les exigences de la Chambre
des Comptes à Tégard des < miseurs » (3); leur signaler la mollesse
des collecteurs désignés pour le recouvrement d*un emprunt
fjrcé (4); réclamer la convocation des « redevanciers » qui
chaque année doivent payer à la ville le loyer des maisons qu'ils
occupent (5); emprunter au nom de la ville (6); c'est toujours
faire acte de procureur syndic. Il y a plus; la Communauté
attend encore de son procureur qu'il s'entremette auprès des
particuliers pour les amener à coopérer individuellement à la
construction d'une chapelle (7), ou qu'il fasse poser des troncs
dans les églises quand les fonds manquent pour construire un
hôpital (8); elle compte sur lui pour savoir si les ponts réclament
des réparations (9), si les bâtiments du collège suffisent à ses
besoins (10). Parfois le procureur syndic passe lui-même des
marchés avec des menuisiers (11), achète de la pierre, des grains
(1) Archives de Rennes, 475 A, fo 69 v© (1598).
(2) Ihid., fo 8 r» (6 novembre 1598).
(3) Ihid,, 476 C, f«> 17 r^ (20 mai 1602).
(4) Ihid., 476 A, fo 26 r« (11 avril 1698).
(5) Ihid., 476 B, ^ 70 v« (!«' janvier 1601).
(6) Ihid., 478 B, f<> 24 v« (21 mars 1608).
(7) Ihid,, 478 A, f° 52 ro (11 mai 1607).
(8) lUd., 478 B, fo 14 v» (15 février 1608).
(9) Ihid., 478 A, £<> 76 vo (24 août 1607).
(10) Ihid,, 479 A, fo 9 v^ (16 janvier 1609).
(11) Ihid., 478 A, f° 79 !<> (31 août 1607).
LE PROCUREUR SYNDIC. 27
OU du bois (1), ou signe des baux au nom de la ville (2).
Toujours il représente les habitants dans les procès qu*ils ont
à soutenir : quand un plaideur « obtient exécutoire » contre la
ville, c'est au logis du procureur syndic que l'exécutoire est
signifié, et si ce magistrat laisse passer quatre mois sans faire
droit à la partie adverse, il peut être « contraint par corps *.
En 1607 la (Communauté était en procès avec les notaires-
secrétaires de la chancellerie qui lui disputaient un banc dans
l'église cathédrale de Saint-Pierre ; la cause fut portée devant le
Grand Cîonseil et le procureur syndic dut faire le voyage de
Paris (3)^ Dans les années qui suivirent la paix de 1598, Rennes
fut aux prises avec ses créanciers. Le procureur syndic déclara
à la Communauté que journellement il était poursuivi par eux;
la Communauté aurait voulu faire traîner les choses en
longueur (4), mais son procureur la suppliait d'acquitter ses
dettes; en 1598 il déclarait que sa situation était devenue
intolérable (5). L'année suivante la ville restait endettée et ses
créanciers relançaient toujours le procureur syndic (6); en 1603
ils portent leurs réclamations jusque devant le Grand Conseil (7).
Si la Communauté veut présenter quelque requête au
Parlement, c'est son procureur syndic qu'elle délègue, vers les
juges souverains; si le Parlement rend arrêt sur une requête de
cette nature, c'est à ce même magistrat que l'arrêt est signifié (8).
Que le Parlement veuille prendre connaissance de la situation
financière de la ville, il ordonne au procureur syndic de la
Communauté de communiquer à son procureur général tous les
4: registres et papiers % nécessaires (9); il voit en lui la personni-
(1) Archives de Rennes, 478 B, !<> 35 r» (CS mai 1608).
(2) Ibid,, 476 (2® série), fo 30 ro (5 septembre 1603) ; 226 (7 novembre 1604).
(3) Ibid., 478 A, fo 61 !<> (2 juin 1607) ; 246 (31 décembre 1607).
(4) Ibid,, 476 A, f» 19 vo (1598).
(5) Jbi/f., fo 73 !• (1698).
(6) Jbid., 476 A, fo 5 r» (19 mars 1599).
(7) IHd.. 476 C, fo 65 ro (21 janvier 1603).
(8) Ibid., 476 A, fo 71 ro et vo (12 novembre 1699).
(9) Registres secrets (23 juillet 1598).
28 OFFICIERS.
ficalion du « corps de ville ». N'est-ce pas lui d'ailleurs qui reçoit
les lettres adressées à la ville par les lieutenants généraux et par
le Roi lui-même (1)? N'est-ce pas lui qui se rend auprès du Roi
si la Communauté estime qu'un tel voyage peut servir ses
intérêts (2)? La charge de procureur syndic, en'l'absence de cet
officier, est remplie par un substitut ou par un des « miseurs »
que désigne la Communauté (3).
LES MISEURS ET RECEVEURS DES DENIERS COMMUNS
Immédiatement au-dessous du procureur syndic viennent les
officiers qui encaissent les revenus de la ville et font face à toutes
les dépenses d'intérêt commun. On les appelle receveurs et
< miseurs ». Ce dernier nom vient du mot < mise » qui dans les
registres municipaux est employé comme synonyme du mot
dépense. Les < miseurs » sont au nombre de deux; ils sont
électifs et renouvelables tous les ans. L'année financière ne
commençait alors qu'avec le mois de février, mais la Commu-
nauté nommait ses « miseurs » dès le 1*' janvier. Voici la
relation d'une élection de cette nature. Le 1*' janvier 1604,
le substitut du procureur syndic remontra au « corps et commu-
» nauté de la ville de Rennes la coutume ancienne être à tel jour
» de faire le choix de deux des plus notables personnages, gens
% de bien de la dite ville, ajfin de gérer et administrer la
» charge des miseurs et receveurs des deniers communs et
» d'octroi pour un an qui commencera le premier jour de février
» prochainement venant et finira à pareil jour, le dit an
» révolu ». Le substitut déclara ensuite avoir reçu des
<: miseurs » de l'année précédente un mémoire où ils indiquaient
les bourgeois qui leur paraissaient les plus dignes et les plus
capables de leur succéder. Quand il eut lu les noms de ces
(1) Archives de Rennes, 476 D, fo 1 r<> (3 février 1603).
(2) Ibid., 475 A, f» 33 v» (19 avril 1598).
(3) Ibid., 476 B, fo 58 v^ (11 octobre 1600); 478 B, f» 60 !<> (13 août 1608).
LES MISEUKS. 29
candidats, rassemblée n*eut plus qu*à voter. A la pluralité des
voix elle se prononça pour Jean Loret et Simon Goyer (1). Il
appartenait donc aux « raiseurs » sortant de charge de désigner
à la Communauté les bourgeois les plus aptes à la <: miserie », Il
est probable que, durant les premières années du XVIP siècle,
les assemblées municipales ne votaient que par acclamation, car
un règlement de 1617 établit que leur vote se ferait doré-
navant . « par billets » (2). Il est probable que certaines
conditions d'éligibilité étaient imposées à ceux qui voulaient être
« miseurs ». En 1622 la Communauté décida que les < miseurs >
sortant de charge n'inscriraient sur leur liste de candidats aucun
homme qui n'eût été trésorier en sa paroisse ou prévôt
de l'hôpital Saint-Yves (3). Si la Communauté exigeait qu'il en
fût ainsi, c'est assurément parce qu'on avait tenté de faire
attribuer les fonctions de < miseurs » à des incapables.
Les « miseurs » n'avaient pas de gages ; ils percevaient seule-
ment quatre deniers par livre sur les sommes qu'ils maniaient.
En 1598, la recette ayant monté à trente mille neuf cent
soixante-onze livres deux sous six deniers, les « miseurs > durent
toucher ciaq cent seize livres (4) ; en 1605, la recette ne fut
que de neuf mille six cent quarante-deux livres et par suite
l'indemnité accordée aux € miseurs » tomba à cent soixante
livres (5).
Aux assemblées de la Maison de Ville les < miseurs > occu-
paient une place à part. Comme comptables ils ne pouvaient avoir
voix délibérante pendant Tannée de leur exercice, de quelque qua-
lité qu'ils fussent, et par suite il leur était interdit de s'asseoir
€ dans l'enclos du parquet »; un banc leur était réservé hors
de ce même parquet (6). Une fois sortis de charge ils rentraient
(1) Archives de Rennes, 84 (1^^ janvier 1604).
(2) Bibliothèque de Bennes, ms. 320, fo 86.
(3) Ibid.
(4) Archives de Rennes, Compte des miseurs (1598).
(5) Ibid. (1605).
(6) Bibliothèque de Rennes, ms. 320, £<> 85.
30 OFFICIERS. '
en possession du droit de donner leur avis aux assemblées des
qu'ils avaient « compté » en la Chambre des Comptes (1).
Il sera traité plus loin du fonctionnement de Tadministration
financière qui se confond presque constamment avec la € miser ie » .
Il suffit des maintenant de dire que les « miseurs » recevaient des
mains des fermiers les deniers provenant du < devoir de cloison »
ou deniers d'octroi, les rentes dues par les particuliers qui
occupaient des maisons appartenant à la ville (2), les produits
des taxes temporaires que la Communauté obtenait d'établir (3) ;
ils devaient se faire payer les débets des comptes précédents par
les € miseurs » sortis de charge (4). Toutefois la recette des
deniers ne paraît pas leur avoir demandé un travail bien consi-
dérable. Il en fut tout autrement de la dépense qui exigeait d'eux
une activité extraordinaire. Dans les registres de délibérations
de la Communauté les noms des < miseurs » reviennent presque
à toutes les pages; cela s'explique en ce que ces délibérations
n'avaient guère pour objet que l'emploi des deniers communs.
Les < commandements aux miseurs » s'y multiplient à l'infini,
qu'il s'agisse d'assurer le payement des gages d'un officier ou de
lui faire donner une gratification particulière (5); qu'il soit
question de mettre en état des bâtiments publics, de faire des
achats pour le compte de la ville, de payer des frais d'enregistré-
ment de lettres patentes, de couvrir les dépenses des procès où la
ville est engagée. Le 13 février 1598, les « miseurs » recevaient
l'ordre de faire « raccommoder » les herses des corps de garde (6) ;
le 8 décembre 1600 ils étaient invités à faire mettre des barrières
devant les brèches des murs de la ville (7). Tantôt ils dirigeaient
des travaux de réparations dans la Maison de Ville et dans les
(1) Bibliothèque de Rennes, ms. 320, fo 90.
(2) Archives de Bennes, Comptes des miseurs, passim.
(3) Ibid., 475 A, fo 30 ro et yo (13 avril 1598).
(4) Ibid.f Comptes des miseurs (1601) ; Recettes ; Excuse des miseurs.
(5) Ibid,, 87 (9 novembre 1592) ; 475 A, f«> 19 vo (13 mai 1598) ; 476 D, fo 4 ro
(10 février 1603).
(6) Ibid,, 475 A, fo 3 vo (13 février 1598).
(7) IHd,f 476 B, fo 67 yo (8 décembre 1600).
LES MISEURS. 31
écuries de la porte Mordelaise (1) ; tantôt ils s'abouchaient
avec des charpentiers pour faire couvrir les édifices dont ils
avaient l'entretien (2). Ils relevaient le pont de bois quand il
se rompait (3), et réparaient les ponts des faubourgs (4) ; ils
chargeaient les maîtres plombiers de faire poser les tuj^aux des
pompes (5).
En principe il était des attributions des « miseurs » de conclure
les marchés au nom de la ville. On a vu plus haut que le
procureur syndic passait certains marchés sans avoir recours
à eux (6) ; mais il à ©tait assez rare qu'il en usât ainsi ; il était
plus rare encore que la Communauté appelât dans la Maison
de Ville les entrepreneurs de travaux dont elle avait besoin^ et
qu'elle négociât directement avec eux (7). Les < miseurs »
pouvaient faire mettre en adjudication les travaux publics, ou
employer des ouvriers isolés à des réparations de peu d'impor-
tance. Aussi la Communauté avait-elle sans cesse recours à eux
pour le pavage des rues (8), pour les charrois de matériaux,
pour les démolitions de toute sorte (9), pour le curage des
latrines publiques (10).
Il est particulièrement intéressant de rechercher comment
s'exerce la charge de € miseur > lorsque de grands personnages
doivent entrer dans la ville de Rennes. Les bourgeois avaient
coutume de faire alors des dépenses importantes; ils offraient
des cadeaux à la plupart de ceux qui venaient les visiter.
Aussi les < miseurs > achëtent-ils à l'avance tout ce qui peut
leur être nécessaire, le « vin blanc et clairet», t l'ypocras » (II),
(1) Archives de Bennes, 476 C, ^ 32 r^ et yo (29 juiUet 1602).
(2) Ibid,, 476 A, f> 27 ro (21 juin 1599).
(3) Ibid., 478 B, fo 15 v» (15 février 1608).
(4) IMd,, fo 34 yo (23 mai 1608).
(5) IMd., 476 A, fo 18 r^ (10 mars 1598), et 476 A, fo 36 r» (6 août 1599).
(6) Voir ci-dessus le chapitre où il est traité du procureur syndic.
(7) Archives de Bennes, 476 A, f» 27 v» (21 juin 1599).
(8) Ibid., 476 B, fo 2 ro (12 juin 1600).
(9) Ihid., 475 A, f« 25 r^ et v^ (3 avril 1598).
(10) IMd,, 476 A, fo 36 v» (6 août 1599).
(11) IHd., 475 A, fo 27 vo (11 avril 1598).
32 OFFICIERS.
les confitures (1), les dragées (2) et les jambons (3); ils achètent
des étoffes pour faire des € enseignes » (4) ; ils achètent même
des chevaux de parade; ils font fabriquer des « fusées manuelles »
et des € feux artificiels » (5). Tout en recevant les ordres de la
communauté, ils sont les grands organisateurs des fêtes publiques.
Il importe de ne pas oublier que les € miseurs » pouvaient
difficilement tromper la confiance de la Communauté et se rendre
cx)upables de péculat. On a vu plus haut que le procureur syndic
avait qualité pour surveiller leurs opérations; il faut ajouter qu'il
existait à Rennes un < contrôleur des deniers » dont la fonction
consistait à certifier les dépenses des « miseurs ». La communauté
n'allouait aucune dépense aux € miseurs » sans voir le certificat
du contrôleur. Les registres de comptes fournissent en livres,
sous et deniers, l'exposé détaillé de la gestion des < miseurs » ;
chacun d'eux correspond à une année financière; on y retrouve
tous les articles de la recette et de la dépense approuvés ou
rayés par les officiers de la Chambre des Comptes. Ces registres
nous montrent d'une façon positive que les « miseurs » étaient
des comptables expérimentés.
LE CONTRÔLEUE
Le € contrôleur des deniers » eut pour objet de vérifier tous
les € billets, mémoires ou quittances de la miserie » (6), de
surveiller tous les entrepreneurs de travaux publics (7). Il ne
subsiste pas de documents qui permettent d'établir avec détails
ce que fut cette fonction. On peut constater seulement que le
contrôleur fut un personnage plus important avant l'époque de
(1) Archives de Rennes, t^ 47 v° (5 mai).
(2) iJiéf ., fo 46 r<>(4mai).
(3) Jbid., f» 40 ro (29 avril).
(4) Ibid., fo 42 vo (2 mai).
(5) Jbid,, P 47 vo (5 mai).
(6) Bibliothèque de Rennes, ms. 320, fo 44 ; Archives de Rennes, 476 C, fo« 16 v»
et 50 r», etc. (1602).
(7) Archives de Rennes, 476 B, fo 26 r» (2 juiUet 1600).
LE CONTRÔLEUR. 33
Henri IV que dans la suite. Depuis 1514 il avait soixante -douze
livres de gages et percevait en outre « six deniers par livre
de son maniement ». 11 coûtait très cher à la Communauté. On
peut dire que sa charge était deux fois plus onéreuse pour les
bourgeois que celle des € miseurs » ; elle était d'ailleurs vénale
et fut résignée en 1590 au prix de douze cents livres (1). En 1595
la Communauté en demanda la suppression au Roi; elle l'obtint,
mais en s'engageant à rembourser le titulaire; elle fut bientôt
en procès avec lui (2). Les fonctions de contrôleur devinrent
électives et annuelles. Le premier jour de l'an, quand les
assemblées de la Maison Commune choisissaient leur contrôleur,
il était stipulé que ni t gages > ni < profits » ne lui seraient
attribués (3).
LE GREFFIER ET LES ARCHIVES
On ne découvre aucune indication sur la charge de grefiier
avant Tannée 1486. 11 est probable que le gouverneur et la
Communauté chargèrent d'abord des commissaires de tenir les
registres et de délivrer les € mandements » de la maison de
ville. Tout « mandement » était alors signé par le gouverneur
ou par les bourgeois qui avaient décidé de le publier (4). Au
début du XVII® siècle au contraire, le greffier était revêtu d'un
caractère public et sa signature faisait foi. 11 rapportait tous
les baux et contrats qui concernaient l'administration municipale,
et ses rapports avaient même force et même autorité que ceux
des notaires royaux; les notaires de Rennes lui contestèrent
les pouvoirs qu'il avait ainsi acquis peu à peu, mais Louis XllI,
dans ses lettres patentes de 1611, et le Parlement, par un arrêt
du 3 juillet 1614, se prononcèrent en faveur du greffier de la
Communauté (5).
(1) Archives de Rennes, 87 (18 novembre 1590).
(2) Bibliothèque de Rennes, ms. 320, P 45 ; Archives de Rennes, 87 (23 jain 1597).
(3) Archives de Rennes, 84 (l^^ janvier 1599 ; l^ janvier 1604, etc.).
(4) Bibliothèque de Rennes, ms. 320, £<> 48.
(5) iJwf., fo 232.
3
34 . OFFICIERS.
La tenue des registres de délibérations et la rédaction des
mandements ou des rapports ne constituaient pas tout le travail
du greffier; il faisait aussi des « écritures extraordinaires ».
Une pièce du 6 mai 1608 montre ce que l'on entendait par ces
mots. C'étaient des « actes de procure » délivrés sur parchemin
aux députés que la ville envoyait siéger aux Etats ; des « actes
d'opposition » délivrés au procureur syndic pour qu'il pût
intervenir dans un procès où les juges de Fougères plaidaient
contre Messieurs dû âiége de Rennes ; des lettres écrites par la
Communauté au gouverneur de la ville ; des enregistrements de
lettres du gouverneur ou du lieutenant-général; des actes de
nomination d'officiers municipaux; des inventaires de meubles
appartenant à la ville, des inventaires d'archives ou des copies de
ces inventaires; enfin des ordonnances de toute sorte délivrées
aux agents de la Communauté (1).
Quand un greffier dressait un inventaire d'archives, il avait
certes beaucoup à faire ; mais son travail devait être considérable
si la Communauté réclamait de lui un inventaire général. Il
subsiste un document de cette nature qui remonte à l'année 1593;
il est des plus curieux à consulter ; il permet de constater combien
les archives de Rennes étaient riches à la fin du XVI® siècle, avec
quelle méthode elles étaient classées. Aujourd'hui ce sont les
registres de délibérations de la Maison Commune qui fournissent
sur cette époque les renseignements les plus nombreux; alors
c'étaient les « sacs ». Le dépôt d'archives, dont il va être ici
question, subit les pertes les plus sensibles, surtout à la fin du
XVIP siècle. En 1693 l'hôtel de ville tombant en ruines, la
Communauté dut s'installer dans le couvent des Pères Minimes
en attendant qu'elle se fît construire une autre demeure. Or,
quand on transporta ses « titres, comptes, papiers et registres »,
on dut en jeter une grande quantité de « pourris ou rongés par
rats et souris » (2).
(1) Archives de Rennes, 34 (6 mai 1608).
(2) Bibliothèque de Rennes, ms. 320, fo 5,
LE OREFFIEn. 35
L'inventaire de 1593 comprend cinquante-cinq articles. Ou
y voit signalés deux grands sacs où se trouvent les « édits,
> ordonnances, privilèges et confirmations de privilèges octroyés
» aux habitants de cette ville de Rennes par les rois, ducs et
» duchesses ». Ce sont ensuite les règlements faits par les
gouverneurs et lieutenants de Rennes pour la sûreté de la ville;
ce sont toutes les pièces qui ont trait aux fonctions des
connétables. On y a classé à part les t comptes des miseurs > qui
subsistent encore, et les « papiers des contrôleurs % qui ont
disparu. Un sac est réservé aux élections de^ < miseurs », un
autre à celles des sergents. Dans un grand sac sont rassemblées
les « déclarations » delà Communauté; dans un autre les minutes
de ses délibérations et de ses ordonnances; dans d'autres, les
< brevets % de ceux des habitants qui ne sont pas assujettis au
payement des t devoirs ». Il y a des sacs qui contiennent les
4: devis et marchés » relatifs aux ponts et aux fortifications;
d'autres où sont des procès- verbaux de pavage et de réparations
de chemins; d'autres où se trouvent tous les baux passés devant
le gouverneur ou son lieutenant. On ne possède plus aujourd'hui
les rôles qui furent dressés dans les « cinquantaines » quand la
ville de Rennes fut astreinte à payer des aides; ils avaient été
classés dans l'inventaire de 1593. On pourrait, avec eux, évaluer
approximativement ce que fut, à la fin du XVI* siècle, la
population de Rennes. Nombre de documents sont encore cités
dans cet inventaire. On y voit toute une collection de lettres
écrites aux habitants par les ducs, les duchesses, les rois, les
princes, les lieutenants-généraux et les gouverneurs de la ville.
Il y est question des < prisages » des terres et des maisons
que la Communauté acquérait par voie d'expropriation; des
sacs, des procurations baillées par elle aux personnes qu'elle
chargeait de suivre ses procès. Un seul article de l'inventaire
parle de dix-sept sacs intéressant les procès soutenus par les
habitants; un autre cite deux grands sacs où se trouvaient les
pièces relatives au difi'érend survenu entre Rennes et Nantes
36 OFFICIERS.
sur la question de savoir laquelle des deux posséderait le
Parlement.
L'inventaire nous apprend enân que chaque sac portait une
étiquette indiquant ce qu*il contenait, et que dans chacun se
trouvait en outre un résumé détaillé des < pièces et actes » qu*on
pouvait y consulter. Tous ces documents dont la plus grande
partie n*existe plus, seraient aujourd'hui d*une valeur ines-
timable (I).
L'officier à qui la Communauté confiait la garde de ses archives ,
tout en le chargeant des fonctions de greffier, n*avait encore que
trente-six livres de gages en 1599. La Communauté voulut le
payer cent livres par an, en considération de ses labeurs qui
n'avaient fait que s'accroître depuis la conclusion de la paix, mais
les € gens des comptes » maintinrent les gages du greffier au
chiffre ancien sans vouloir rien entendre; on savait cependant
que le greffier Macée donnait à son commis trente livres par an (2).
La résistance que la Chambre opposa à la Communauté ne peut
s'expliquer que d'une façon. Le greffier tirait un produit spécial
de ce qu'on appelait « les écritures extraordinaires » ; les états de
ces écritures passaient chaque année sous les yeux de la cour
souveraine des finances (3) qui trouvait souvent que les greffiers
se faisaient payer trop cher. Une pièce qui n'est postérieure au
règne de Henri lY que de quelques années le montre clairement.
On y voit le greffier de la Communauté demandant trente sous
pour avoir délivré sur parchemin l'acte de réception des
< miseurs > et la Chambre des Comptes ne consentant à lui
allouer que vingt sous. Quand le greffier demande seize sous
pour l'acte de réception d'un contrôleur, la cour souveraine de
Nantes ne fait pas d'opposition ; mais s'il en réclame trente pour
deux copies de l'inventaire des meubles de la Maison Commune,
elle réduit cette somme d'un tiers; elle alloue seize sous
(1) Archives de Rennes, 93 (2 juin 1593).
(2) Ibid., 34 (2 novembre 1601) ; Bibliothèque de Renues, ms. 320, f« 49,
(3) lUd, (6 mai 1608).
COMMISSIONS. 37
ur l'enregistrement d'une lettre de Brissaoque la Communauté
nsentait à payer vingt sous. On pourrait multiplier les citations
e cette nature. Il semble que la Chambre des Comptes se soit
ontrée un peu dure pour le greffier, car l'état des écritures
xtraordinaires de Tannée 1617 ne montait qu'à une somme
taie de cent dix-sept livres dix-huit sous (1). Or, comme les
adages du greffier dépassaient de fort peu le salaire accordé par
lui à son commis, cette somme de cent dix- sept livres constituait
lonc presque tout le produit du greffe; encore fallait-il en
léfalquer les frais divers qui restaient à sa charge.
LES COMMISSIONS ET LES DEPUTATIONS
Le procureur syndic, les « miseurs », le contrôleur et le
jreffier formèrent le personnel supérieur du € corps de ville ».
k l'exception du greffier ces officiers furent pour ainsi dire le
)ouvoir exécutif d'une assemblée qui n'était autre que la Com-
munauté. Ils ne parurent pas devoir suffire à toutes le? exigences
de leurs attributions et les membres de la Communauté, ne se
contentant pas de délibérer sur les affaires municipales, vou-
lurent, de temps à autre, prendre part à l'exécution de leurs
propres décisions.
Ils formaient des commissions pour évaluer des terrains (2), pour
calculer ce que pourraient coûter tels ou tels travaux (3), pour
dresser les procès-verbaux des réparations que réclamaient la porte
aux Foulons (4) ou l'église Saint-Sauveur (5); ils n'en excluaient
pas systématiquement les « miseurs » et le contrôleur (6), mais, en
les mettant parfois de côté, ils montraient qu'ils n'entendaient pas
les laisser seuls responsables de la gestion des affaires publiques.
(1) Archives de Rennes, 34 (17 février 1617).
(2) Ihid., 475 A, f • 2 v» (13 février 1508).
(3) Ihid, 47<> A, fo 2 !•<> (29 mai 1599).
(4) JhUl,, 470 B, fo 2 v" (28 février 1600).
(5) Jhid., 478 B, f" 15 v« (15 février 1608).
(6) Ifnd., 475 A, ^ 64 v* (31 juillet 1598).
38 OFFICIERS.
Certaines commissioDS étaient assez nombreuses; telle fut celle
qui, le 23 novembre 1609, arrêta le devis du pont-neuf; outre
les membres de la Communauté, elle comprenait des charpen-
tiers et des architectes qui mesurèrent la largeur de la rivière
et calculèrent où devrait s'élever le pont pour être dans l'axe de
la rue d'Orléans (1). D'autres commissions passaient de véritables
inspections générales dans le collège Saint-Thomas, s'enquérant
de < l'état des enfants :^ et du < traitement d'iceux », se rensei-
gnant sur les € comportements » du principal, et vérifiant ses
comptes (2). Les commissions chargées de surveiller les entre-
prises de travaux publics sont innombrables ; on en trouve pour
le pavage des rues (3), pour le mesurage de la pierre de
taille (4), pour l'établissement du câble de la grosse horloge (5).
Celles-ci recueillent les cotisations des habitants pour la construc-
tion de la chapelle (6) et de l'hôpital de la € Santé » (7) ; celles-
là cherchent des logements à louer pour le gouverneur de la ville
ou pour les lieutenants-généraux (8). En 1598 il se forma dans
la Communauté une commission qui dut être particulièrement
active; son objet était de régler l'état des dépenses nécessaires
pour fêter la venue du Roi ; les « miseurs » en furent exclus ;
elle comprit les deux connétables, le procureur syndic, le con-
trôleur et six notables bourgeois (9). Les « miseurs » firent partie
des commissions que Ton chargeait spécialement de tel ou tel
achat (10).
L'usage des députations se rattache à celui des commissions.
11 comporte de très grands abus. Les députations étaient rému-
(1) Archives de Rennes, 216 (23 novembre 1609).
(2) Ibid., 476 A, fo 49 ro (17 septembre 1599).
(3) Ibid., f 0» 36 ro et 63 ro (6 août et 22 octobre 1599).
(4) Ibid., 478 B, f« 21 r» (14 mars 1608).
(6) Ibid., 478 A, fo 85 ro (28 septembre 1607).
(6) Ibid., f 52 ro (11 mai 1607).
(7) Ibid., 478 B, fo 14 vo (15 février 1608).
(8) Ibid,, 476 C, fo 56 v» (6 décembre 1602), et 478 B, fo 60 ro (13 août 1608).
(9) Ibid., 475 A, f»» 54 vo et 55 r° (29 mai 1598).
(10) Ibid.y passim.
DÉPUTATIONS. 39
•
nérées sur les fonds de la ville, et, au début du XVII® siècle,
elles paraissent avoir été particulièrement coûteuses. On a vu
déjà quelles intrigues troublaient les assemblées de la Maison
Commune quand on devait y nommer des députés (1). Si le gou-
verneur de la ville était absent et venait à passer à Dinan^ la
Communauté envoyait pour le saluer un député à qui elle donnait
dix-huit livres d'indemnité (2). En tenant compte de la valeur
absolue de la livre à la fin du XVP siècle ot de sa valeur relative
par rapport à notre époque, on reconnaît qu'une somme de
dix-huit livres équivalait environ à cent vingt francs d'aujour-
d'hui. Si les États de la province venaient à s'assembler, la Com-
munauté de Rennes s'y faisait représenter. En 1601 les < miseurs »
sortant de charge déclarèrent avoir payé cinq cent soixante-dix
livres dix sous pour couvrir les frais de voyage des députés de la
Communauté se rendant aux États de Quimper. Assurément
c'était là une somme assez considérable pour le temps; Rennes
n'avait envoyé que quatre députés à Quimper avec un des
< miseurs >. La Chambre des Comptes estima cependant ne
pas devoir refuser le crédit demandé par la Communauté, mais
elle raya les cinquante-quatre livres que le « miseur » Macée
réclamait pour lui seul comme ayant sacrifié un temps précieux
en allant à Quimper (3).
Avant 1622 des sommes fixes ne furent pas sans doute attri-
buées à ceux qui faisaient partie des députations, mais alors la
Communauté établit un règlement général d'après lequel toutes les
indemnités de députation furent fixées selon la qualité des députés :
Messieurs les juges du Siège Présidial auraient droit à douze livres
par jour; messieurs les bourgeois à huit livres. Les « miseurs »
ne devaient jamais accompagner les députés, sous prétexte de les
(1) Voir ci-dcf>RUR le cliapitro où il est traité des assemblées de la Communauté.
(2) Archives de Rennes, 475 A, f° 22 y° (24 mars 1598).
(3) Archives de Rennes, Comptes des miseurs (1001 ) : Dépenses faites à Quimper.
Une somme de cinci cent soixante-dix livres à cette époque é(iuivaut environ Ã
trois mille francs d'aujourd'hui.
40 OFFICIERS.
défrayer de leurs dépenses. Aux assemblées d'Etats il ne serait
plus envoyé que. deux députés avec le procureur syndic. Quant
à cet ofScier, il ne pourrait jamais s*absenter plus de huit jours,
si ce n*est pour assister aux < tenues d'Etats » ; s*il contrevenait
au règlement, son suppléant serait, en son absence, payé sur ses
gages (1). Il est bien probable que le règlement de 1622 ne resta
pas sans subir quelque infraction.
LE PERSONNEL INFERIEUR DES OFFICIERS DE LA COMMUNAUTE
Il reste à parler du personnel inférieur de la Communauté.
Le concierge de la Maison de Ville n'apparaît qu'à la fin du
XVP siècle. Il a trente-six livres de gages pour entretenir les
meubles de la Communauté (2) ; il était sans doute requis par les
< miseurs » pour le service des « buvettes ». On ne retrouve
aujourd'hui que bien peu de documents sur le mobilier du Vieil
Hôtel de Ville de Rennes, mais il n'est pas douteux que ce mobilier
dût être tout à fait rudimentaire. En 1598 il consistait en quelques
coffres et tables (3). En 1607 la Communauté fit un achat de
meubles assez important, et la responsabilité du concierge se
trouva naturellement plus engagée que par le passé. Il eut dès
lors la garde de quatre bancs de bois de noyer rembourrés et
couverts de drap vert par le tapissier de la Communauté ; il put
étendre sur le bureau de la chambre du conseil un isuperbe tapis
de drap vert bordé d'un galon de soie verte; ce tapis coûtait
quarante-six livres. En 1607, des dépenses qui nous paraissent
aujourd'hui considérables, furent faites par la Communauté dans
la Maison de Ville (4).
Il y avait à Rennes un « gouverneur et conducteur de l'horloge
(1) Bibliothèque de Rennes, ms. 320, f» 90. Règlement de 1622, art. 2, 13 et H.
(2) md,, f 64.
(3) Voir ci-dessus le chapitre où il est traité des assemblées de la Communauté.
(4) Voir plus loin le chapitre des dépenses.
PERSONNEL INFÉRIEUR. 41
publique >, Ã soixante livres de gages. Il logeait dans la tour
de rhorloge afin de tenir toujours en bon état < le câble du
gros poids i^ et de bien régler Thorloge (1). Il avait aussi pour
fonction de sonner les cloches soit en signe d*alarme quand
éclatait un incendie (2), soit en signe d*allégresse dans les fêtes
publiques (3).
L*huissier de la Communauté recevait cinquante livres pour
ses gages (4); dans les cérémonies où paraissait le « corps de ville )►,
il se montrait revêtu de sa casaque aux armes de Rennes (5).
Il avait spécialement pour fonction de convoquer aux assemblées
ceux qui devaient y assister (6) et de faire connaître aux inté-
ressés certaines décisions prises en la Maison de Ville. G*est ainsi
que rhuissier et sergent Yinart invite les collecteurs de taxes Ã
s'acquitter de leur devoir (7), ou annonce au public la < montre »
ou revue du lendemain (8).
Le trompette juré de Rennes ne doit pas être confondu avec
rhuissier, bien que, par la nature de sa charge, il ne diffère pas
beaucoup de cet ofScier (9). Il touche quinze livres de gages
en 1601 (10).
Les tambours jurés, qui remontent à une époque fort ancienne,
sont au nombre de trois au commencement du XYIP siècle (11).
Le réveilleur public exerce sa fonction trois fois par se-
maine (12).
Quant à < Tescopateur des basses œuvres )►, il doit < repurger
d'immondices » les murailles et les tours, les rues et les places
(1) Archives de Bennes, Comptes des miseurs (1601) : Gages des officiers.
(2) Ibid,, 50 (21 janvier 1602).
(3) Ibid., 475 A, fo 36 (27 avril 1598).
(4) Ibid., CSomptes des misenrs (1601) : Gages des officiers.
(5) Bibliothèque de Bennes, ms. 320, fo 61. »
(6) Archives de Bennes, 475 A, f«» 6ro, 26 r», 73 r», etc. (1598).
(7) IHd., fo 18 vo (10 mars 1598).
(8) Ibid., f« 43 vo (2 mai).
(9) Ibid., 36 (10 décembre 1595 et 12 juillet 1613).
(10) Ibid.j Comptes des miseurs (1601) : Gages des officiers.
(11) Bibliothèque de Bennes, ms. 320, fo 68.
(12) Ibid^ fo 70.
42 LE GOUVERNEUR.
publiques; il est astreint à fûre sa revue deux fois par jour (1).
Ses gages sont de douze livres en 1595 (2); en 1601 ils s*élëvent
à dix-huit livres (3).
Dans cette énumération des ofSciers de la Communauté on
a omis de parler du < contrôleur de Tartillerie » et du < grand
portier » dont il sera question en même temps que de la milice
de la ville.
2^ Le gouverneur, son lieutenant et ses connétables.
Au début du XV' siècle le gouvernement de la cité résidait
encore tout entier dans la personne du capitaine-gouverneur.
C*était lui qui décidait de tout ce qui intéressait le bien public,
et il ne consultait les plus considérables habitants de Rennes
que s'il le jugeait à propos (4). Il fut amené dans la suite à réunir
l'assemblée municipale d'une façon régulière et se trouva vis-
à -vis d'elle dans une situation analogue à celle des ducs lorsqu'ils
consultaient les États (5). Au XVI® siècle le gouverneur avait
encore la présidence dans la Maison Commune, mais il en était
venu à former un pouvoir presque exclusivement militaire. En
droit il se plaçait à côté de la Communauté plutôt qu'il ne s'élevait
au-dessus d'elle; il jouait le rôle d'intermédiaire entre le Roi et la
Communauté. Rien ne permet de supposer qu'en temps de paix il
ait souvent cherché à reconquérir le pouvoir qu'il avait jadis
exercé; tout démontre qu'en temps de guerre il ne tenait plus
aucun compte des privilèges de la ville et des attributions de la
Communauté.
Ce qui fit du gouverneur de Rennes un personnage parti-
culièrement puissant et respecté > c'est qu'à sa charge, Ã
partir de 1583, s'ajouta Ma lieutenance-générale des quatre
(1) Archives de Rennes, 475 A, f» 24 r» (27 mars 1698).
(2) Bibliothèque de Rennes, ms. 320, P 70.
(3) Archives de Rennes, Comptes des miseurs (1601) : Gages des officiers.
(4) Bibliothèque de Rennes, ms. 320, P 14.
(5) A. Dupuy, t. II, p. 360.
LE GOUVERNEUR. 43
évêchés de Haute-Bretagne. Les lettres patentes qui instituent
Philippe de Béthune gouverneur de Rennes et lieutenant-général
déclarent positivement qu'en Tabsence du gouverneur de la
province le gouverneur de Rennes représentera Sa Majesté dans
les évêchés de Rennes, Saint-Malo, Dol et Vannes (1). De même
que l'autorité du gouverneur de Bretagne pouvait être dé-
léguée au lieutenant-général qui commandait dans la capitale
du pays, de même le lieutenant du gouverneur de Rennes,
en l'absence de son chef, représentait le pouvoir central; en
labsence du lieutenant un des connétables faisait fonction de
gouverneur (2).
Des gages relativement élevés, des privilèges utiles et des dons
du Roi qui furent parfois considérables, plaçaient le gouverneur
de Rennes dans une situation exceptionnellement avantageuse.
Une ordonnance du 2 août 1594 lui attribue trois mille six cents
livres de gages (3) sur lesquels il doit probablement payer son
lieutenant. La ville loge en outre dans les tours de la porte aux
Foulons le gouverneur et le lieutenant. Le gouverneur peut
prendre tout le bois de chauffage dont il a besoin aux forêts de
Rennes, Saint-Aubin et Liffré (4). En 1598 le Roi lui fait don
de la < finance » qu'il pourra tirer de la vente des oflSces de
< marqueurs de vins > récemment créés en Bretagne; il lui donne
encore une somme de soixante mille livres à prendre sur les
deniers des < parties casuelles >. C'étaient sans doute des créances
très diflSciles à recouvrer et le gouverneur René de Marec de
Montbarot transigea avec les États pour une somme de trente
mille livres à prendre sur les « restes » d'un emprunt forcé ; au
bout de trois ans il n'avait encore recouvré que cinq mille
cent livres (5). Ce n'en n'était pas moins là un accroissement
(1) Begistres secrets (3 janvier 1606).
(2) Ibid. (17 mars 1598).
(3) Archives de la Loire-Inférieure, B. Plumitif, 40, P 14 v^.
(4) Registres secrets (5 mai 1595).
(5) Archives d'Ille-et-Vilaine, C. 2646, fo 51 (24 novembre 1601).
44 LE GOUVERNEUR.
sérieux de ses revenus. Les connétables étaient payés par la ville
soixante-douze livres par an (1); comme le gouverneur ils avaient
droit à un logement fourni par la Communauté (2).
Quels furent exactement les pouvoirs du gouverneur de Rennes
en matière municipale? Il est vraisemblable que cet officier choi-
sissait lui-même son lieutenant et ses connétables en leur imposant
l'obligation de se faire reconnaître par le < corps de ville » ; c'était
axer à l'avance par qui seraient présidées les assemblées munici-
pales quand il ne les présiderait pas lui-même. Le 10 juillet 1598,
Jean-Jacques de Lombard présenta à la Communauté le mande-
ment par lequel M. de Montbarot l'avait nommé son lieutenant.
 l'unanimité les bourgeois présents consentirent à reconnaître
le nouvel officier qui, devant eux, < promit par serment de se
comporter fidèlement » (3). Le 17 septembre 1599 un connétable
fut installé dans ses fonctions d'une façon analogue (4). M. de
Montbarot ne nommait pas seulement le lieutenant et les conné-
tables; il rendait des ordonnances où il disposait de la charge de
grand-portier (5) et de celle de « conducteur de la grosse hor-
loge y^ (6). Ces charges dépendaient de la Communauté puisque
des gages leur étaient attribués sur les revenus de la ville (7),
mais la première avait assez d'importance militaire, et la seconde
intéressait assez la sécurité publique pour que le gouverneur les
eût en quelque sorte sous la main.
On est obligé de remonter au delà de l'année 1598 pour voir
dans quelles conditions s'exerçait l'autorité d'un gouverneur
quand il empiétait sur les droits de la Communauté, quand, sous
prétexte de défendre la cause du Roi, il envahissait toute l'admi-
nistVation municipale et s'arrogeait des pouvoirs souverains.
(1) Archives de Rennes, Comptes des mîseurs (1601) : Gages des officiers.
(2) IHd., 29 (11 janvier 1613).
(3) Ibid., 475 A, f» 61 v» (10 juiUet 1598).
(4) Ibid., 476 A, fo 49 ro (17 septembre).
(5) Ihid., 39 (5 décembre 1597).
(6) Ibid., 50 (21 janvier 1602).
(7) Ibid.^ Comptes des miseurs (1601) : Gages des officiers.
LE GOUVERNEUR. 48
En 1591 les habitants de Rennes se plaignent amèrement que
M. de Montbarot frappe des droits sur toutes les marchandises
qui entrent dans la ville ou qui en sortent; dans un rayon de
quatre à cinq lieues autour de Rennes, les villages sont désolés
par ses exactions. Il lève en effet par an, de cinquante à soixante
mille livres sur des paroisses qu'il n'a pas le droit de taxer (1),
Quand la guerre est finie il ne se défend pas contre les accusations
dont il est l'objet. Il reconnaît que, sans la permission du Roi, il
a perçu les subsides dont il avait besoin pour mettre Rennes en
état de se défendre ; il dit n'avoir pas eu le loisir d'envoyer qui
que ce soit vers le Roi pour réclamer de lui des ordonnances qui
pussent donner à ses actes un caractère légal. Dans la ville et
dans les faubourgs de Rennes, il a démoli et rasé à son gré les
maisons qui gênaient la défense. Il demande au Roi d'approuver
tout ce qu'il a fait et Henri lY accueille sa requête (2). Au temps
de la guerre civile on ne trouve point de traces de rivalités sou-
levées entre le « corps de ville » et le gouverneur. Peut-être les
bourgeois approuvaient- ils souvent les mesures de défense prises
par M. de Montbarot; en tout cas ils n'avaient aucun moyen de
résister à un chef militaire qui avait décidé de tout subordonner
aux nécessités de la guerre, et qui prenait la place du « corps de
ville > quand il ne trouvait pas chez lui assez de docilité. Le
Parlement ne pouvait rien pour eux, et bien qu'il fût la plus haute
autorité morale de la province, il était incapable de faire respecter
leurs privilèges par un gouverneur qui avait en main la force*
Ce gouverneur n'arrachait-il pas les ecclésiastiques eux-mêmes
à la juridiction des juges souverains? Les juges le menaçaient,
mais il leur répondait audacieusement que s'il n'entendait rien
aux lois, il savait faire la guerre et prendrait toutes les mesures
nécessaires < pour le fait des armes » (3).
(1) Registres secret*» (17 mai 1591).
(2) Registres d'enregistrement (mai 1598).
(3) Registres secrets (21 août 1592).
46 LE PARLEMENT.
S^' Le Parlement de Bretagne.
Comme le gouverneur de la ville, le Parlement eut à Rennes
un rôle municipal, mais tandis que le gouverneur avait peu
à peu cédé à la Communauté la plupart de ses attributions
administratives pour ne les ressaisir qu*en temps de guerre, les
juges souverains se montrèrent de plus en plus entreprenants
pour résoudre nombre de questions dont la solution appartenait
à la Communauté. Ce fut en vertu de leur autorité politique et
de leurs pouvoirs de police qu'ils se substituèrent parfois à cette
compagnie. Ils ne pouvaient invoquer aucune ordonnance qui
subordonnât les privilèges de Rennes à ceux du Parlement,
mais, grâce au respect et à la crainte qu'ils inspiraient, ils ne
rencontrèrent aucune résistance de la part des bourgeois quand
ils donnèrent des ordres au « corps de ville », ou quand ils
rendirent des arrêts sur les matières municipales.
La confusion des attributions fut un des traits distinctifs de
l'histoire administrative à l'époque dont il est ici question. Il y
avait dans Rennes des oflSciers municipaux, une force publique et
des institutions exclusivement municipales qui auraient dû suflSre
à maintenir l'ordre, à assurer la sécurité des personnes et des
propriétés, à pourvoir aux approvisionnements de la ville, Ã
défendre les particuliers contre la mauvaise foi des marchands,
à les défendre contre la misère. Or, quand on lit les registres
secrets du Parlement de Rennes, on est frappé de voir cette
cour intervenir d'une façon constante dans une foule d'affaires
où l'action de la Communauté aurait dû seule s'exercer. C'est
que le Parlement n'était pas seulement une cour de justice,
il était un corps politique, et, comme tel, il estimait pouvoir
toucher à toutes choses. Ce fut surtout à Rennes que son
humeur inquiète se donna carrière; elle se révèle dans nombre
de documents.
En matière de police, le Parlement prohibe à Rennes les
LE PARLEMENT. 47
jeux de hasard et interdit les mascarades (1); il ordonne aux
< cinquanteniers » de parcourir de nuit les rues de la ville
pour se saisir de ceux qu'ils trouveront « avec armes et sans
feu » (2) ; il défend aux pères de famille de laisser leurs enfants
ou leurs domestiques sortir la nuit (3); il invite le parquet
à confisquer les armes des écoliers qui commettent dans les rues
toutes sortes « d'insolences » (4). On ne voit point que le
Parlement ait rendu des arrêts au sujet de faits de cette nature
se passant ailleurs qu'à Rennes. C'est aussi à Rennes que les
juges souverains ont entrepris de réglementer la vente des
denrées : ils font visiter par le sénéchal les greniers (5) et les
caves des particuliers (6); ils surveillent la confection du pain (7)
et poursuivent les accapareurs de grains (8). C'est par ordre
de la Cour que sont chassés de leurs caves les débitants qui
refusent de vendre du vin; par son ordre sont installés à leur
place des hommes dont le sénéchal se croit sûr (9). La Cour
établit des taxes sur le vin et fixe même le prix du vin (10). Il
semblerait que la surveillance des marchés eût dû appartenir
à la seule Communauté; or, il existait à Rennes, au début du
XVIP siècle, une commission qui n'avait pas d'autre objet que
d'exercer cette surveillance. Sans doute on y voit siéger le pro-
cureur syndic, des bourgeois délégués par le « corps de ville » ;
mais à côté d'eux prennent place un avocat du Roi au Siège
Présidial, l'alloué do cette juridiction, trois conseillers à la Cour
et le premier président lui-même. Les oflSciers de justice y sont en
majorité, et l'influence du Parlement doit y être fort grande (11).
(1) Registres secrets (4 juillet 1596 et 26 octobre 1606).
(2) lUd. (7 février 1601).
(.S) lUd, (8 novembre 1602 et 13 septembre 1603).
(4) Ihid. (16 février 1610).
(5) lUd. (7 avril 1695).
(6) Ihid. (26 septembre 1591).
(7) Ihid. (7 avril 1596).
(8) Ihid. (19 avrU 1608).
(9) Ihid. (26 septembre 1691).
(10) IHd. (25 juin 1597).
(11) Archives de Rennes, 476, C, f « 1 r» (22 février 1602); 170 (Registre de
police : 17 octobre 1620).
48 LE PARLEMENT.
L'assistance publique ofifre dans toute ville un caractère
essentiellenïent municipal. A Rennes, elle fut surtout représentée
par le « bureau des pauvres ». Or, on voit parmi ceux qui
forment ce < bureau » des conseillers et des présidents du
Parlement (1); c'est d'ailleurs le Parlement qui subvient en
partie aux besoins du < bureau » en mettant à sa disposition
le produit de certaines amendes (2), quelques aumônes (3) ou
une somme prélevée sur les < épices (4) i^, en soumettant à une
taxe spéciale tous les propriétaires de maisons (5), en frappant
enfin un impôt sur le vin (6). Le comptable du < bureau » est
le < përe des pauvres »; il est élu par la Communauté, mais sa
gestion est soumise au contrôle de la Cour (7). Lorsque des
paysans poussés par la faim, se jettent dans Rennes, comme cela
se produisit en 1597, c'est le Parlement et non le « corps de ville »
qui décide de toutes les mesures à prendre pour nourrir ces
malheureux (8).
En réalité le Parlement, n'ayant jamais été resserré dans ses
attributions judiciaires, se voyait invoquer par bien des gens qui
le considéraient comme le dépositaire de la puissance royale.
A Rennes où il résidait on invoquait son intervention plus que
partout ailleurs. Comment n'eût-il pas été amené à donner son
avis sur toutes choses? Il ne désirait pas assurément entrer dans
le détail de l'administration municipale, mais s'il ne se mêlait
pas des marchés passés entre la Communauté et les entrepreneurs
de travaux publics, il se croyait en droit de rendre des arrêts sur
le nettoyage des rues (9), parce que la santé de tous était en jeu;
il se désintéressait des discussions soutenues dans les assemblées
(1) Registres secrets (9 août 1601).
(2) Ibid, (16 avril 1603).
(3) Ibid, (26 mai 1604).
(4) IHd. (4 janvier 1602).
(5) IHd. (22 octobre 1601).
(6) Ibid. (26 juin 1597).
(7) Ibid. (12 juin 1596).
(8) Ibid. (9 avril 1597).
(9) Ibid. (18 août 1606).
ADMINISTRATION FINANCIÈRE. 49
d*Étâts sur les réparations de digues et de chemins (1), mais il
se préoccupait des constructions entreprises à Rennes, des
bâtiments du collège des Jésuites (2), du couvent de Saint-
François où il résidait (3), de réparations faites au pont de la
Poissonnerie (4), ou des travaux concernant la navigation de la
Vilaine (5).
III
COMMENT FONCTIONNAIT L'ADMINISTRATION MUNICIPALE ET SUR
QUELLES MATIÈRES s'EXERÇAIT SON ACTION
Au début du XVII® siëcle le rôle du corps municipal de Rennes
était en grande partie financier ; il avait à assurer la perception
des revenus de la ville et à faire face à toutes ses dépenses :
l'entretien des remparts, des rues et des ponts , la construction
ou l'entretien de certains édifices, les fêtes publiques, les entrées
solennelles des personnages de marque, parfois même les céré-
monies funèbres rentraient dans ses attributions à cause des
dépenses considérables qu'elles entraînaient et dont Rennes sup-
portait tout le poids. L'organisation militaire de la cité, son
organisation ecclésiastique, ses approvisionnements, ses hôpitaux
sollicitaient moins l'attention de la Communauté.
(1) Archives d'IIIe-et-Vilaine, C. 2705, f<» 67 et 68 (27 septembre 1608 et
!«' octobre 1610).
(2) Kegistres secrets (16 septembre 1606).
(3) lhid,y pa^gim,
(4) Ihid, (25 octobre 1600).
(6) Ihid. (8 octobre 1599).
50 RECETTES.
lo De Fadministration financière; des revenus de la ville
et de remploi de ces revenus.
L'exposé de radrainistration financière de Rennes comporte
une double étude, celle des recettes et celle des dépenses. Il sera
nécessaire d'insister particulièrement sur la seconde parce qu'en
recherchant quel fut l'emploi des « deniers communs » on péné-
trera dans le détail des travaux publics, on retrouvera les usages
et les mœurs d'une société qui, sans être bien loin de nous, ne
nous apparaît plus cependant sous ses vraies couleurs.
a) Des recettes ; de leur nature et de leur perception ; du chiffre total
des recettes comparé avec celui des dépenses.
Les revenus municipaux dérivent de quatre sources princi-
pales : revenus patrimoniaux, octrois récemment concédés par
les rois à la Communauté, taxes volontairement établies par les
habitants, ventes mobilières effectuées pour le compte de la
Communauté.
Le plus ancien des revenus patrimoniaux consistait dans un
octroi sur les fers, les draps, la mercerie, les cuirs, les laines et
le bétail « à pied fourché » (1). On a vu plus haut qu'on lui
donnait le nom de « devoir de cloison », et que la première con-
cession en avait été faite à la ville de Rennes dès le milieu du
XIV siècle (2).
Les < devoirs de vingtain et de quarantin » étaient aussi des
octrois fort anciens. Le premier remontait à 1476, l'autre à 1543.
Le « devoir de vingtain » frappait les vins vendus en gros et
consistait dans la levée de vingt sous par pipe de vin < hors du
cru » et de cinq sous par pipe de vin du cru. Le « devoir de
(1) Bibliothèque de Rennes, ms. 320, 1° 242 ; Archives de Rennes, 70 (17 avril
1598).
(2) Voir ci-dessus : Privilèges de la viUe de Rennes.
NATURE DES RECETTES» 51
quarantin » était perçu sur les vins vendus en détail, à raison de
quarante sous par pipe de vin étranger et de cinq sous par pipe
de vin breton. Au temps de Henri IV les habitants de Rennes
n'étaient pas encore bien certains de pouvoir jouir indéfini-
ment des produits de ces taxes. Ils demandèrent au Roi de leur
accorder à ce sujet des « lettres de confirmation » ; le Roi y
consentit en exigeant que les comptables qui auraient le < ma-
niement des deniers du vingtain et du quarantin > comp-
tassent devant la Chambre des Comptes et que Tétat de la recette
et de la dépense fût < communiqué chaque année au sieur de
Rosny » (1). La Communauté devait, dans la suite, continuer
la perception des « devoirs de vingtain et de quarantin » sans
nouvelles « lettres », comme si ces taxes lui fussent devenues
propres (2).
La ville de Rennes jouissait d'une troisième espèce de revenu
patrimonial. Elle possédait des maisons qu'elle affermait;
d'autres maisons , construites sur des terrains qui lui appar-
tenaient, étaient grevées de rentes qu'elle percevait. Le premier
janvier de chaque année ses « redevanciers » devaient compa-
raître en l'Hôtel de Ville pour y présenter chacun les clefs de
leurs maisons, ou pour payer leurs redevances. Il serait facile de
découvrir quelles étaient les plus importantes propriétés muni-
cipales; il suffirait de dépouiller toutes les listes des « rede-
vanciers », dans les registres de la Communauté. Outre la
Maison de Ville, le collège, les hôpitaux, la tour de la grosse
horloge ou les tours des remparts qui ne donnaient aucun
revenu. Rennes possédait et affermait plusieurs maisons sur la
place du Champ- Jacquet, une autre auprès de la porte Saint-
Michel, d'autres encore sur la place « du Cartage » et une foule
de logements moins importants loués au prix moyen de six livres
par an (3) ; elle possédait et affermait les cabarets de la porte
(1) Registres d'enregistrement (11 janvier 1601).
(2) Bibliothèque de Rennes, ms. 320, f» 243.
(3) Archives de Rennes, 476 B, f» 70 v^ (V'^ janvier 1601).
52 RECETTES.
Saint-Michel et de la porte aux Foulons, et attribuait au payement
des portiers le produit spécial qu'elle tirait de ces cabarets (1).
A partir de 1614 on devait citer le rendement des < droits
d'écluses sur la rivière » parmi les revenus patrimoniaux. Au
temps de Henri IV il n'en était pas ainsi; une société financière,
qui s'était formée à Rennes pour construire les écluses et qui
avait accompli ce grand travail de 1576 Ã 1585, exploitait seule
le transport des marchandises sur la Vilaine (2).
La Communauté eut d'autres revenus que ceux qu'elle consi-
dérait comme patrimoniaux. Henri IV lui concéda de nouveaux
octrois qui frappèrent encore le vin vendu en gros et en détail.
Les lettres patentes du 24 mars 1592 établirent en effet le
% devoir » d'un écu et d'un demi-écu par pipe pour la vente en
gros (3); d'autres « lettres » autorisèrent en 1598 le « devoir du
sol et liard par pot » pour la vente en détail (4), mais la perception
n'en fut régulière qu'à partir de 1609. La distinction entre
€ vins hors du cru » et < vins du cru » déterminait la levée de
l'écu ou du demi-écu, celle du sou ou du liard (5).
En principe les habitants de Rennes ne pouvaient pas, par
eux-mêmes, créer des taxes. Ils le firent cependant en temps de
guerre civile. Le 1*^ janvier 1591 la Maison de Ville décida de
percevoir un impôt spécial qu'elle devait employer aux fortifi-
cations; elle taxa même les gentilshommes, les veuves, quelle que
fût leur condition (6).
Le produit des ventes de matériaux de démolition ne peut être
considéré que comme un revenu accidentel et accessoire;
cependant en 1602 et en 1603 la Communauté put tirer parti de
quelques opérations de cette nature, car elle démantelait alors la
(1) Archives de Rennes, 476 D (2^ série), fo 22 v° (8 août 1603).
(2) Bibliothèque de Rennes, ms. 320, fo 252.
(3) Ibid., fo 258 (24 mars 1592).
(4) Archives de Rennes, Comptes des miseurs (1601),
(5) Bibliothèque de Rennes, ms. 320, fo 264. Les oc menus breuvages D payaient
la même taxe que les vins du cru.
(6) Archives de Rennes, 136 (1«' janvier 1591).
PERCEPTION. 53
ville; elle vendait tous les bois provenant de la démolition des
tours (1).
Ce fut par adjudication, f à chandelle éteinte :►, et < au dernier
enchérisseur, » que s'adjugea le droit de percevoir les diverses
taxes qui frappaient les marchandises à leur entrée dans Rennes.
A l'origine l'adjudication se faisait en présence de la Communauté
que présidaient le gouverneur ou son lieutenant; il paraît en
avoir été ainsi pendant la plus grande partie du XVI® siècle;
mais les oflSciers du Siège Présidial tentèrent de faire adjuger
devant eux la perception des € devoirs »; leur rivalité avec le
gouverneur jeta assez de trouble dans l'administration municipale
pour que le Parlement crût devoir intervenir (1588); il décida
que l'on procéderait à l'avenir à l'adjudication des < devoirs »
dans l'auditoire du Présidial, en présence de deux de ses propres
conseillers que pourraient assister le procureur syndic et plusieurs
échevins de la Communauté (2). Les juges présidiaux obtenaient
ainsi la satisfaction dérisoire de prêter leur demeure à des
commissaires de la Cour et de la Communauté; le gouverneur
et son lieutenant ne devaient plus assister qu'aux adjudications
de travaux publics (3).
Les adjudicataires étaient tenus de payer aux < miseurs :^
quatre deniers par livre, en sus du prix de leurs fermes. Ces
quatre deniers formaient la rétribution accordée aux f miseurs »
pour droit de recette. Si un adjudicataire venait à mourir, ses
héritiers étaient responsables des sommes dues par lui à la
communauté; ils devenaient adjudicataires à sa place. En 1599
un certain Jean Mérault se fait adjuger la ferme du « devoir de
cloison » pour trois années consécutives; il meurt en laissant des
enfants en bas âge; sa veuve devient tutrice; elle fait remettre
(1) Archives de Rennes, 476 C, f<> 25 v« (27 juin 1602), et 476 D, fo 8 r»
(28 février 1603).
(2) Bibliothèque de Rennes, ms. 320, fo 261; Archives de Rennes, 475 A,
fo 30 T° et vo, et Comptes des miseurs (1601).
(3) Archives de Rennes, 216 (3 septembre 1599 : Bail des ponts) et 284
(20 mars 1609 : Bail de la construction d'un bâtiment du collège), etc.
54 RECETTES.
aux t miseurs > l'acte de tutelle qui lui est nécessaire pour
rendre sa situation régulière vis-à -vis d'eux, et les € miseurs >
eux-mêmes attachent cet acte à leur compte quand ils le
présentent à la cour souveraine de Nantes (1).
On ne peut pas douter que les fermiers des a devoirs > aient
eu sous leurs ordres un personnel pour les aider dans leur travail
de perception; il paraît impossible de trouver aucune trace de
leur comptabilité particulière ou de celle de leurs agents. Les
comptes des t miseurs » permettent au contraire de voir très
clair dans la comptabilité de la Communauté et l'on sait exac-
tement quels étaient les revenus de la ville au temps de
Henri IV. Ils variaient d'une année à l'autre, suivant que le
< corps de ville > devait pourvoir à des dépenses plus ou moins
importantes. En temps de guerre le budget grossissait nécessai-
rement ; en temps de paix il pouvait encore grossir si la Commu-
nauté entreprenait d'élever des édifices nouveaux ou de faire
des réparations dispendieuses aux édifices déjà existants, si elle
donnait des fêtes ou recevait la visite de grands personnages;
elle demandait alors au Roi de créer pour elle de nouvelles
sources de revenus; elle en créait elle-même. En 1595, en pleine
guerre civile, les < miseurs » de Rennes firent une recette totale
de trente-six mille deux cent quarante-huit livres, douze sous,
dix deniers (2); en 1598 ils n'encaissèrent que trente mille neuf
cent soixante-onze livres, deux sous, six deniers (3); en 1598
les nécessités de la guerre n'étaient plus les mêmes qu'en 1595,
et, si la recette se maintenait encore à un chifi're élevé, la raison
en est dans les préparatifs que faisait la ville pour recevoir le
Roi. Les € miseurs > de l'année 1600, qui se trouvèrent dans
une situation normale, ne perçurent que neuf mille cinq cent
quarante-deux livres dix sous (4); ceux de l'année 1601 dix
(1) Archives de Rennes, Comptes des miseurs (1601).
(2) Ibid. (1595).
(3) Ibid. (1598).
(4) Ibid. (1600).
PERCEPTION. 55
mille sept cent soixante-neuf livres (1). Le chiffre des recettes ne
fat pas sensiblement modifié jusqu'en 1605 (2), mais en 1606 il
devint plus considérable d'un tiers (3); en 1607 les recettes
montèrent au chiffre inouï de quatre-vingt-huit mille deux cents
livres; les premières pages du registre où elles sont consignées
faisant défaut on ne peut pas établir comment elles l'attei-
gnirent (4). Des travaux multiples étaient alors en cours
d'exécution à Rennes, et les adjudicataires des « devoirs », dont
la ferme était triennale, pouvaient en avoir versé tout d'un coup
le prix entre les mains des « miseurs ». Cette .supposition est
d'autant plus admissible qu'en 1608 la recette tomba à douze
mille six cent quatre-vingt-douze livres neuf sous quatre
deniers (5) ; elle remonta en 1609 et 1610 (6), ce qui s'explique
par l'établissement définitif de la taxe du t sol et liard par
pot », mais elle ne remonta que dans des proportions beaucoup
plus modestes.
Les revenus patrimoniaux ne pouvaient couvrir que les
dépenses courantes ; dans les années ordinaires ils formaient à peu
près toutes les recettes; ils devenaient insuffisants dès que la
ville entreprenait de percer' des rues, de construire des ponts,
de faire des embellissements dans la Maison Commune, d'agrandir
son collège ou d'élever un palais pour le Parlement.
Le chiffre total des recettes ne correspondit pas toujours au
chiffre total des dépenses. Entre eux l'écart était parfois énorme.
A la fin de l'année 1595 il resta en caisse treize mille sept cent
quarante-huit livres (7). Le compte de 1598 parle d'un excédent
de recettes de trois mille quatre-vingt-douze livres (8); dans
(1) Archives de Rennes, Comptes des miseurs (1601).
(2) 2Hd. (1602-1603-1604-1605).
(3) Ibid. (1606). On remarque dans le registre des a miseurs » de 1606 que le
prix des locations dont dispose la ville s'est élevé d'une façon assez sensible.
(4) Ibid. (1607).
(5) Ibid, (1608).
(6) Ibid, (1609 et 1610).
(7) Ibid, (1595).
(8) Ibid. (1598).
56 DÉPENSES.
celui de 1607 ce même excédent dépasse la somme de cinquante-
six mille livres (1). Parfois au contraire les recettes demeurent
au-dessous des dépenses et les € miseurs > sont tenus pour
responsables des engagements qu'ils- ont pris sans disposer des
ressources nécessaires. Le mal n*est pas grand quand les
« miseurs :► n*ont à rembourser à la Communauté que des sommes
minimes; en 1609 par exemple, il s'agit pour eux d'une dépense
de cinquante-huit livres qui n'est pas couverte par les recettes (2);
mais comme la Communauté, en établissant son budget, rangeait
parmi les recettes les sommes que les fermiers restaient lui
devoir, les € miseurs > se trouvaient assez gênés si quelque
fermier refusait de payer un arriéré important. Il est vrai que la
Communauté était libre de dégager leur responsabilité; si même
elle constatait que le fermier avait perdu de l'argent sur sa ferme,
elle pouvait renoncer à sa propre créance; ce cas se présenta
en 1601 pour une somme de dix-huit cent soixante-quinze
livres (3).
b) Des dépenses. Deux grandes catégories de dépenses : Les dépenses
ordinaires et les dépenses extraordinaires. Des travaux publics :
Fortifications; rue d'Orléans et rue de l'Horloge; Pont-Neuf et
médaille du Pont-Neuf; pavage des rues et des chemins de la banlieue;
reconstruction de l'Hôtel de Ville et du collège; travaux divers; ad-
' judication de tous les travaux. — Gratifications, fêtes publiques et
cérémonies funèbres : Entrées solennelles des grands personnages;
dépenses faites pour l'entrée de Henri IV (1598), pour celle du duc
de Vendôme (1608), pour les funérailles du maréchal d'Aumont (1595);
services funèbres après la mort de Henri IV (1610).
La Communauté de Rennes distingue entre ses dépenses
ordinaires et ses dépenses extraordinaires. Les premières
concernent le payement des gages des ofBciers et tous les frais
réclamés par les travaux d'utilité publique; aux autres se
(1) Archives de Bennes, Comptes des miseurs (1607).
(2) Ibid, (1601).
(3) Ibid.
DÉPENSES ORDINAIRES. 57
rattachent le payement des aides, les diverses gratifications
accordées par la ville, les frais des fêtes publiques.
Les oflSciers municipaux ne sont pas seuls à toucher des gages
sur le budget de la ville. Quand Henri II établit à Rennes un
siège présidial (1552), il attribua aux nouveaux magistrats
quatorze cents livres de gages, au payement desquels la Commu-
nauté dut contribuer pour deux cent cinquante livres. A partir
de 1585 elle fournit même de ce chef vingt livres de plus par
an. Pour qu'elle pût rentrer dans ses déboursés, les rois l'auto-
risaient à frapper une taxe sur le sel (1). Dans les registres
de comptes des € miseurs » la somme servie pour les gages du
siège présidial est inscrite en tête des dépenses ordinaires.
Les gages des oflScîers de la Communauté viennent immédia-
tement appès (2).
La ville ne devait pas de gages à son gouverneur (3) ; mais
elle était astreinte à lui fournir un logement. Quand Henri IV
eut ordonné aux bourgeois de Rennes de démanteler leur enceinte,
et quand ils eurent rendu inhabitables les tours des fortifications,
il fallut bien que la Communauté louât une maison pour y ins-
taller le gouverneur (4). Elle donnait au lieutenant une indemnité
de trois cents livres par an pour qu'il se logeât à ses frais, et elle
devait, dans le même but, à partir de 1613, accorder deux cents
livres à chacun des connétables (5); mais elle ne pouvait pas
décemment ofirir une compensation de cette nature à son gou-
verneur. D'ailleurs, en 1606, les fonctions de gouverneur étaient
remplies par M. de Béthune, frère de Sully, ancien ambassadeur
à Rome. Ce grand seigneur ne voulait pas venir à Rennes sans
être sûr d'y trouver un logement convenable; il écrivait Ã
M. de Brissac, lieutenant général du Roi en Bretagne, pour qu'il
engageât la Communauté à ne pas se montrer trop avare, et
(1) Bibliothèque de Rennes, ms. 320, f9 284.
(2) Archives de Rennes, Comptes des miseurs, passim.
(3) Voir ci-dessus le chapitre où il est traité du Gouverneur.
(4) Bibliothèque de Rennes, ms. 320, f® 218.
(5) Ihid., fo 220.
I
58 DÉPENSES ORDINAIRES.
Brissac déclarait aux bourgeois qu'il fallait à M. de Béthune
un logement valant au moins le sien (1). Il était assez difBcile
de trouver alors à Rennes des maisons que pussent habiter de
hauts personnages. En 1602 le maréchal de Brissac résidait dans
le manoir épiscopal, et l'évêque, en rentrant dans Rennies, ne
savait où loger. Pendant un an on négocia avec une dame de la Muco
pour qu'elle consentît à louer sa maison à la Communauté; elle
le fit enfin, et la Communauté y installa le lieutenant-général (2).
Brissac et Béthune auraient voulu que la ville construisît des
hôtels qui leur fussent spécialement réservés; mais ils rencon-
traient dans la Communauté une opposition dont ils ne pouvaient
triompher, et ils devaient se contenter d'occuper des maisons
affermées, bien qu'il ne fût pas < accoutumé de loger par fourrier »
les gens de leur monde « aux villes de Parlement > (3).
Les dépenses afiectées aux travaux publics, sont assurément les
plus grosses que l'on inscrive au budget. Tant que Rennes fut
une ville forte, il lui fallut maintenir en bon état ses remparts;
quand on eut décidé d'en faire une ville ouverte, les dépenses ne
diminuèrent pas, parce que le goût des constructions coûteuses
commença de s'éveiller chez les bourgeois. En 1598 la Commu-
nauté délibère sur les réparations que réclament les herses des
portes Mord el aise et Saint-Georges (4), et sur le mauvais état
de la porte Blanche (5) ; l'année suivante elle constate que de
nouvelles dépenses sont devenues nécessaires pour l'entretien de
la tour aux Foulons (6); en 1600 elle fait fabriquer des herses
et répare une brèche de ses murs (7); en 1601 nouveaux travaux
aux portes et aux tours (8). A partir de 1602 tout change. On
démolit les toitures des tours; on en arrache les poutres et on
(1) Archives de Rennes, 17 (3 février 1607).
(2) Ihid., 476 C, fo 48 t^ (23 septembre 1602).
(3) Ihid.j 17 ; Lettre de Brissac à la Communauté (19 mai 1607),
(4) Ihid,, 475 A, f^ 3 vo (13 février 1598).
(5) Ihid., fo 66 ro (7 août).
(6) Ihid., 476 A, fo 22 r^ (28 mai 1599).
(7) Ihid,, 476 B, fo 20 ro (12 juin 1600).
(8) Ihid., Comptes des miseurs (1601).
•TRAVAUX PUBUCS. 59
met en vente a les bois et merrains » qui proviennent des
démolitions (1). Il ne doit plus être question de l'entretien dos
fortifications; tout au plus conserve-t-on , auprès des portes
démantelées, quelques bâtiments qui peuvent être utilisés Ã
l'occasion; c'est ainsi que les écuries de la porte Mordelaise sont
réparées en 1608 pour que le gouverneur de la ville y puisse
loger ses chevaux (2). L'argent que la Communauté consacrait
jadis à son enceinte elle l'attribue à des travaux d'embellissement
et d'assainissement. Dès 1598 elle avait décidé de terminer la rue
de l'Horloge qui faisait partie d'une voie importante destinée Ã
relier la Vilaine à la porte Saint-Michel; en 1605 elle commence
de percer la rue d'Orléans qui fut perpendiculaire à la rivière et
se raccorda directement avec le Pont-Neuf (3) •
Les bourgeois de Rennes avaient, dès cette époque, l'idée
arrêtée de redresser les rues de leur ville. Un document de 1588
jette un jour singulier sur la question des alignements telle
qu'on la comprenait à Rennes à la fin du XVP siècle. C'est un
arrêt rendu par le Parlement, à la requête de la Communauté.
Il y est dit que < les habitants de Rennes seront tenus de
> retrancher toutes saillies sur rue des maisons de la ville et
> faubourgs, lorsque les dites maisons seront rebâties, et sans
> qu'elles puissent être réparées sur rue sans faire le dit relran-
> chôment; et seront tenus bâtir jusques au premier étage de
> pierre ou brique. Que es rues passantes qui seront jugées
> n'être assez larges, ne pourront les dites maisons être rebâties,
> sans prendre alignement du sénéchal de Rennes, en présence
> du substitut du procureur général du Roi, pour être laissé
» telle largeur en la rue que sera nécessaire pour la commodité
» de la ville. Que prohibitions et défenses seront faites à tous
> habitants de la ville et faubourgs, du dit Rennes, de quelque
> qualité et condition qu'ils soient, de mettre aucuns bancs,
(1) Archives de Bennes, 476 C, f^ 25 v^ (27 juin 1602) ; 476 D, M ro (3 février 1603).
(2) Ibid., 478 B, fo 66 r* (21 août 1608).
(3) Bibliothèque de Rennes, ms. 320, fo 322.
60 DÉPENSES ORDINAIRES.
» chevalets, escâbelles, trônes de bois, billots ou autres sur rue
% et hors de leurs boutiques, pendre à icelles aucunes toiles,
% serpillières, perches, balais ou montres à marchands, ni autres
% choses quelconques dont la liberté du passage commun puisse
» être aucunement empêchée » (1). La Communauté revendiquait
donc le droit de fixer les alignements des rues; en 1588 le
Parlement le lui reconnaissait; en 1610 il rendit un nouvel arrêt
confirmatif de ce droit (2).
La construction du Pont-Neuf est liée à l'ouverture de la
rue d'Orléans (3); elle fut un peu postérieure à la mort
de Henri IV. Il est cependant nécessaire d'en parler ici parce que
les plans de ce grand travail furent préparés dès 1607 (4), et
parce que le travail lui-même fut mis en adjudication au mois
de janvier 1610 (5). La Communauté forma une commission qui
s'adjoignit des architectes, des charpentiers et des maçons; elle
fit mesurer la largeur de la rivière et décida que le pont aurait
quatre arches et cinq piliers ; les deux arches centrales devaient
mesurer chacune dix-huit pieds de large, les deux autres
quatorze pieds; trois piliers devaient plonger dans la Vilaine
tandis que deux reposeraient sur ses rives ; chacun des piliers
aurait huit pieds d'épaisseur. Le pont devait mesurer vingt-huit
pieds de large; il serait défendu de construire aucune maison
sur ses rebords, on le garnirait de parapets en pierre de taille,
larges d'un pied et demi; des deux côtés de la chaussée, s'élevant
de deux pieds au-dessus d'elle, on réserverait pour les piétons
des t relais >, véritables trottoirs, larges de cinq pieds. Le pont-
neuf tout entier devait être pavé. On décidait enfin de construire
une écluse à côté du pont (6).
(1) Archives de Rennes, 57 (13 avril 1588).
(2) Ihid,, Pièces de 1588 et 1610.
(3) Le Pont-Neuf a disparu; il mettait en communication la rue d'Orléans
qui subsiste aujourd'hui avec la rue de Toussaints dont la partie nord tenait la
place de la nie actuelle de la Halle aux blés.
(4) Archives de Rennes, 478 A, f» 84 !<> (28 septembre 1G07).
(5) Ibid,, 216 (22 janvier 1610).
(6) Ibid, (23 novembre 1609).
h^ ï
M
'I
MÉDAILLE DU PONT-NEUF. 61
Le mosée de Rennes possède la médaille qui fut scellée en 1612
dans les fondations du Pont^Neuf. La gravure que contient ce
livre en est la reproduction exacte. La médaille est de laiton ; son
diamètre mesure cent ving-deux millimètres. Sur une de ses
f a.ces on voit Louis XIII et Marié de Médicis en costume royal ;
"Une inscription qualifie l'un de roi et l'autre de régente; le
^ champ » est semé de fleurs de lis. La seconde face de la médaille
px*ésente plus d'intérêt pour Thistoire de Rennes; elle reproduit
les armes de la ville : Técusson paie d'argent et de sable, au chef
oousu de quatre mouchetures d*hermine ; la couronne de comte,
simple cercle surmonté de perles, rappelant que Rennes fut jadis
oapitale d'un comté; la cordelière que la Communauté mettait
dans ses armes par vénération pour la duchesse Anne. Cette face
cLe la médaille est surtout curieuse en ce qu'elle présente un
motif qui lui est particulier : au bas de Técu une hermine marche,
le corps enlacé dans la cordelière. Voici Tinscription qui se lit sur
le pourtour des armes de Rennes : CLAUD. DE BRIT. PR^EF.
TJRB. REED. H^EC FUND. lAC. SUNT A CIVIB. 1612 (1).
Cette inscription signale comme gouverneur de Rennes un
Claude de Bretagne qui n'est autre que Claude d'Avaugour, comte
de Vertus (2) ; il descendait d'un bâtard du duc François IL
Le nettoyage, le pavage et l'entretien des rues, des places
et des ponts comptaient encore pour beaucoup dans les dépenses
de la Communauté de Rennes. Tantôt la ville donne à bail
l'entretien des ponts pour six ans, Ã raison de deux cents livres
par an (3) ; tantôt les miseurs se chargent d'y faire faire eux-
mêmes les réparations devenues nécessaires (4) ; ce sont eux
encore qui prennent des ouvriers pour faire nettoyer la place
du Champ-Jacquet (5), ou pour faire transporter dans les jardins
(1) Musée archéologique de Rennes ; catalogue manuscrit, n^ 2485 ; Cf. Biblio-
thèque de Bennes, ms. 320, P 81.
(2) Bibliothèque de Rennes, ms. 320, £<> 139.
(3) Archives de Reiiiios, 470 A, S9 4G. i-^ (3 septembre 1599).
(4) Ibid., 478 B, fo 15 yo (15 février 1608).
(5) llnd,f Comptes cLcs miseurs (1601).
62 DÉPENSES ORDINAIRES.
des Capucins les terres qui encombrent la place Sainte-Anne (1).
La question des pavés intéressait particulièrement la viabilité
dans Rennes. On ne pavait pas seulement les rues de la ville
elle-même, mais aussi les grandes avenues qui conduisaient
à travers les faubourgs jusqu'aux portes de l'enceinte. Dans les
délibérations de la Communauté, dans les comptes des < miseurs»
les adjudications de pavage reviennent très fréquemment.
En 1598 le chemin de la Madeleine et le pont du faubourg
l'Evèque sont pavés aux frais de la ville (2}; en 1599 les paveurs
se transportent dans le faubourg du Nord et dans la rue Haute (3) ;
en 1601 nous les trouvons sur les chemins de Pacé, Vezin,
Dinant, Saint-Laurent et Chantepie; la somme totale qui leur
est payée dans le cours de cette année est de trois mille sept
cent vingt-neuf livres, onze sous, six deniers. Le registre de
comptes des « miseurs » paraît établir avec précision quel travail
chacun d'eux a fait (4). Dans les f bannies » et adjudications
de pavés on voit intervenir des renseignements très précis.
Le 7 août 1600, pour paver un espace de soixante-quatre toises
de large, un paveur demande cinquante écus, un autre quarante;
le premier se ravise et se fait adjuger l'entreprise pour trente-
cinq écus (5). Il serait possible que la Communauté n'eût pas
été astreinte à entretenir le pavé qui avoisinait immédiatement
les églises. Un document de 1598 le fait supposer ; la maison de
ville y décide d'inviter les trésoriers de l'église Saint-Germain
à faire paver au plus vite devant l'entrée de cet édifice.
L'entretien, l'agrandissement et la reconstruction des monu-
ments publics devaient absorber aussi une grosse part des revenus
de la ville. La construction du Palais fut bien décidée au temps
de Henri IV, mais elle ne fut entreprise que plusieurs années
(1) Archives de Rennes, 478 A, f» 77 r« (24 août 1607).
(2) Ibid., 476 A, fo 3 i-o et v^ (13 février 1598); Voir ci-dessus : Topographie
de la ville de Rennes à la fin du XYI® siècle.
(3) Ihid,, 476 B, fo 2 i^ (12 juin 1600).
(4) Ihid.^ Comptes des miseurs (1601).
(5) lUd., 476 B, fo 36 ro.
HÔTEL DE VILLE. 63
apr^ sa mort et ne s^acheva qa*au bout de trente-six ans. Aussi
insistera-t-on de préférence sur les grands travaux qui se firent
dès les premières années du XVIP siècle dans la Maison Commune
et dans le collège de Rennes.
On a dit plus haut que le « corps de ville >, en prévision de la
venue de Henri IV, avait fait construire en 1598 une sorte de
pavillon où il résida près d*un siècle (1). Ce bâtiment fut sans
doute élevé avec trop de précipitation. Au bout de dix ans sa toi-
ture tombait en ruines. D'autre part il était, à coup sûr, beaucoup
trop étroit, et, dès 1608, on lui annexa une vieille maison qui se
trouvait à vendre à côté de lui (2). Dans cette même année 1608,
on construisit sur le devant de l'Hôtel de Ville un escalier en
pierres de taille qui conduisait à un perron sur lequel s'ouvrait
la grande salle réservée aux assemblées générales. Il coûta
à la ville dix-huit cent soixante-dix livres (3). En outre le
maçon qui s'était fait adjudicataire de la construction du perron
prétendit avoir perdu quarante livres dans ce travail, et la
Communauté consentit à lui en tenir compte (4). On plaça des
portes neuves au-dessus du perron et le menuisier qui les
fournit se fit payer vingt-cinq livres (5).
On possède encore le détail de toutes les dépenses faites
à l'Hôtel de Ville en 1608. Dans le document qui les reproduit
elles sont classées avec ordre. On y voit figurer, en difi'érents
articles, le travail des maçons, celui des charpentiers, des
couvreurs, des plombiers, des menuisiers, des tapissiers, serru-
riers, vitriers et peintres; on peut, grâce à lui, se faire une
idée approximative du prix des matériaux et de la main-d'œuvre
au temps de Henri IV. Un charpentier est payé trois cent
soixante-dix livres pour avoir fourni le bois nécessaire à la
charpente de la Maison de Ville et construit cette charpente;
(1) Voir ci-dessus : Assemblées de la Communauté ; Le Greffier et les archives.
(2) Archives de Rennes, 46 (16 décembre 1608).
(3) Ihld., Comptes des miseurs (1601).
(4) Ibid., 478 B, f» 24 ro (2 mai 1608).
(5) im., fo 23 r<» (14 mars 1608).
64 DÉPENSES ORDINAIRES.
un autre demande et obtient vingt livres pour démolir et enlever
un escalier de bois. Un couvreur couvre d'ardoises l'édifice entier
pour quatre cent huit livres. Les maîtres plombiers déclarent
que le plomb coûte deux sous, six deniers la livre et qu'il leur
faut en employer un poids de quatre mille huit cent quatre-
vingt-sept livres et demie. Les menuisiers font payer leurs
« croisées > à raison de vingt-sept livres chacune. L'Hôtel de Ville
fut décoré en 1608 avec une certaine recherche. On peignit le pla-
fond de la chambre du conseil 4 de couleurs d'or et azur », et on
y suspendit douze tableaux de « grotesques % ; dans la grande salle
on peignit les soliveaux et les € croisées », et on disposa des
pièces de bois destinées à supporter les « grotesques » (1). En
1610 la décoration de l'Hôtel de Ville se continuait. Les comptes
des < miseurs » parlent d'un < architecte » et sculpteur » du nom
de Germain Gaultier qui y élève des cheminées monumentales ;
ces cheminées étaient en pierre peinte, enrichies de pièces de
marbre et encadrées de rideaux d'étoffes somptueuses. Elles
coûtèrent la somme considérable de sept cent onze livres (2).
L'installation du collège de Rennes, comme celle de la
Communauté fut profondément modifiée. Gela vient surtout de ce
que cette maison d'éducation fut remise aux mains des Jésuites.
Dès 1586 la Communauté avait décidé de faire venir les Pères
pour leur confier < l'instruction de la jeunesse » ; elle voulait
les installer dans le prieuré de Saint-Thomas qui lui appartenait,
et où elle avait établi déjà des écoles publiques; elle ne passa de
traité définitif avec les Jésuites que le 24 octobre 1606 (3). En
attendant le collège de Rennes demeura sous la direction d'un
principal assisté de régents. Les bâtiments du collège étant
entretenus aux frais de la ville (4), la Communauté se croyait
en droit de mettre la main dans l'administration de cette maison;
elle autorisait le principal à exiger des enfants des riches cinq
(1) Archives de Eennes, 20 (1608).
(2) Ibid.y Comptes des miseurs (1610).
(3) Bibliothèque de Rennes, ms. 320, P 313.
(4) Archives de Rennes, 476 A, £<> 84 !<> (6 mars 1598).
COLLEGE. 65
SOUS par mois, et de ceux des pauvres trois sous (1), mais elle
nommait des commissaires pour vérifier les comptes du prin-
cipal (2); la gestion financière du collège lui paraissait être une
partie de sa propre gestion. Aussi prétendait-elle surveiller les
abus qui pouvaient la compromettre; en 1601 on vit ses commis-
saires faire une enquête sur des désordres dont le collège était le
théâtre, en chasser une femme de mauvaise vie, et en casser le
principal (3). Quand les Pères Jésuites furent installés dans le
collège Saint-Thomas, ils échappèrent en partie au contrôle de la
Communauté, parce qu*on leur constitua une dotation et parce
que des revenus fixes leur assurèrent une certaine indépendance.
En 1605 la Communauté entreprit de faire au collège des
travaux fort coûteux. On ne connaît pas le chifi're total de la
dépense exigée par ces travaux, mais on sait que la ville ne fut
pas seule à en supporter les frais; les États de Bretagne votèrent,
en effet, douze mille livres pour la construction des bâtiments,
en déclarant que l'argent serait remis par leur trésorier, non
pas aux Jésuites qui auraient voulu l'employer à leur guise,
mais aux délégués de la Communauté (4).
En 1606 les < miseurs > font élever un grand bâtiment réservé
aux classes (5); ils achètent des maisons et des jardins qu'ils
rattachent au collège (6) ; l'année suivante ils font réparer < le
» grand corps de logis » du collège (7). Les registres de la Com-
munauté parlent tour à tour de l'adjudication de travaux de
charpente (8) ou de planchers (9), de la démolition du < vieux
» logis » (10) et de la construction du 4 grand logis neuf » (11). La
(1) Archives de Eennes, 476 A, f <> 65 ro (7 août 1598).
(2) Ibid., 476 A, f • 49 r«> (17 septembre 1599).
(3) Ibid., 476 B, fo 79 ro (10 janvier 1601).
(4) Archives d'Ille-et-Vilaine, C. 2646, ÃŽ9 688 (29 octobre 1605).
(5) Archives de Kennes, 477, fo 10 r® (1®' janvier 1606).
(6) Ibid.j 284 (27 septembre 1606).
(7) Ibid,, 478 A, fo 24 v» (6 janvier 1607).
(8) Ibid., fo 56 vo (1«' juin).
(9) Ibid., fo 78 vo (31 août).
(10) Ibid., fo 39 ro (28 février).
(11) Ibid., fo 56 vo (le* juin).
5
66 DÉPENSES ORDINAIRES.
Cîommunauté nomme des commissaires pour surveiller les achats
de matériaux (1) et pour constater si la menuiserie est faite avec
soin (2), pour acheter le mobilier du collège (3). En 1609 on
construit un autre bâtiment où doivent être installées la classe
de philosophie et la « grande salle des actions ». Le 27 avril
sont posées les trois premières pierres de ses fondements; l'une
est posée par M. de Lombard, lieutenant du gouverneur, les
deux autres par le premier et le second connétable (4). La
pièce où se trouvent consignées les conditions auxquelles fut
soumis l'adjudicataire de la nouvelle entreprise subsiste encore;
on y a fixé la profondeur des fondations de l'édifice, l'épais-
seur des murailles, la quantité de maçonnerie qui doit être
faite, la pierre de taille dont l'emploi est exigé, les dimensions
des salles, la largeur et la hauteur des fenêtres, les écussons
qui seront placés au-dessus des portes, la nature de la pierre
que réclament les entablements et une foule d'autres détails sur
les portes, sur les ferrures, sur la charpente, sur les vifres des
fenêtres. Assurément la Communauté et ses agents apportaient
un soin scrupuleux dans les marchés qu'ils passaient avec les
entrepreneurs (5).
On se rendra compte de l'activité des travaux publics Ã
Rennes au temps de Henri IV, si l'on songe que la Commu-
nauté menait alors de front bien d'autres ouvrages; elle ac-
cueillait les Capucins dans Rennes en même temps que les
Jésuites; elle achetait pour eux des terrains et les faisait enclore
de murs (6) ; la tour de la grosse horloge était l'objet de répara-
tions importantes (7) ; il fallait refaire à neuf le pignon de l'église
(1) Archiyes de Rennes, 478 A, fo 39 v» (28 février 1607).
(2) lUd,, fo 77 ro (24 août).
(3) Bibliothèque de Kennes, ms. 320, f» 314.
(4) Archives de Rennes, 479 A, f» 35 r« (27 avril 1609). Les logis neufs dont
il est ici question sont aujourd'hui démolis; ils existaient encore intacts Tan
dernier.
(5) Archives de Rennes, 284 (20 mars 1609).
(6) Bibliothèque de Rennes, ms. 320, f <> 322.
(7) Archives de Rennes, 476 A, fo 36 v» (6 août 1599).
DÉPENSES EXTRAORDINAIRES. 67
Saint-Sauveur (1); on construisait enfin l'hôpital de la Santé (2).
Sur ces divers travaux on pourrait reproduire des détails ana-
logues à ceux que l'on a déjà relevés à propos de l'Hôtel de Ville
et du collège. Il y a plus, la Communauté distribua dans Rennes
des eaux potables; elle pourvut à l'entretien des pompes (3);
elle poursuivit devant le siège présidial les malfaiteurs qui
s'avisaient de rompre les tuyaux des eaux (4) ; elle fit marché
avec des < fontainiers et plombeurs », et fixa avec précision les
conditions de leur travail (5).
Pour en finir avec la question des dépenses ordinaires, il
sufiîra de dire que les t miseurs » devaient acquitter les frais
de chauffage faits dans la Maison de Ville, payer le pain et le
vin qui parfois y étaient consommés (6) ; ils devaient solder les
« épices » que réclamaient < les maîtres des comptes ». L'examen
du compte des < miseurs » de 1601 coûta à la Communauté
cent quatre-vingt quinze livres d' < épices » pour une recette
de dix mille sept cent soixante-neuf livres et une dépense
d'onze mille trois cent quatre-vingt-onze livres (7).
Les dépenses extraordinaires ne pesaient pas beaucoup sur le
budget de Rennes au XVI* siècle; elles s'accrurent démesurément
dans le courant du XVII®.
Parmi les dépenses extraordinaires on peut citer tout d'abord
les droits de recette de l'aide; les bourgeois de Rennes n'étant
pas sujets à la taille payaient exceptionnellement l'aide des villes ;
la Communauté devait alors donner aux receveurs généraux des
finances le sou pour livre, comme droit de recette. En 1601 les
« miseurs » versèrent ainsi deux cent quatre-vingt-cinq livres
entre les mains de M® Claude Cherbonnel, commis de « noble
(1) Archives de Rennes, 478 B, f*» 15 yo (15 février 1608).
(2) lbid,j fo 23 ro (14 mars).
(3) Ibid., 476 A, fo 36 r^ (6 août 1599).
(4) 2Hd., 226 ; 2 février 1602).
(5) Ibid,, Comptes des miseurs (1601).
(6) Ibid., 476 B, fo 75 ro (1^' janvier 1601).
(7) Ibid.f Comptes des miseurs (1601).
68 DÉPENSES EXTRAORDINAIRES.
» homme » Pierre Fyot, conseiller du Roi et receveur général
de ses finances en Bretagne (1).
Les frais des députations comptaient encore parmi les dépenses
extraordinaires de la Communauté. On a vu plus haut quels abus
elles comportaient (2).
L'abus des gratifications fut plus grave encore ; il devint tel
que l'équilibre du budget municipal ne put être établi que par
des expédients. Quand des princes, de grands seigneurs ou des
personnages influents entraient dans Rennes, les gratifications
devenaient fort nombreuses ; leur réception entraînait d'ailleurs
bien d'autres dépenses. Nous ne pouvons guère trouver étrange
que la ville ait cru devoir faire des présents de vaisselle d'argent
à ses gouverneurs quand ils entraient dans ses murs pour la
première fois (3); qu'elle ait fait un présent de vin à M. de
Montbarot revenant de voyage (4); nous sommes plus étonnés
de la voir en user de même à l'égard d'un général des fi-
nances (5), et du fils d'un secrétaire d'État (6) qui sont de passage
à Rennes ; encore peut-on supposer que la Communauté espérait,
par de bons procédés à leur égard, s'assurer leur bienveillance
ou leur appui; mais il y a certainement de la prodigalité dans les
gratifications accordées en 1598 à une foule de personnes qui se
trouvaient dans la suite du Roi. Non seulement M. le chancelier,
M. de Schomberg, M. de Gesvres, secrétaire d'Etat, M. de Vitry,
capitaine des gardes, le baron de Salignac, < commandant en
» l'armée », reçoivent chacun une barrique de vin (7), et le
maréchal de camp de l'armée du Roi reçoit une haquenée (8);
mais les « miseurs » donnent douze écus au maréchal des logis
de Henri IV, treize écus aux fourriers, six écus aux archers des
(1) Archives de Rennes, Comptes des miseurs (1601).
(2) Voir ci-dessus le chapitre où il est traité des commissions et des députations.
(3) Bibliothèque de Rennes, ms. 320, £« 176.
(4) Archives de Rennes, 475 A, fo 25 v» (3 avril 1598).
(5) lUd., 476 C, M8 ro (20 mai 1602).
(6) lUd., 475 A, ^ 24 vo (3 avril 1598).
(7) lUd,, ^ 51 ro (9 mai).
(8) lUd., fo 47 vo (5 mai).
GRATIFICATIONS. 69
gardes, quatre écus aux « archers de la porte », six écus aux
< huissiers de la salle », quatre écus aux trompettes et
vingt écus aux lieutenants des gardes; les huissiers de la
chambre du Roi reçoivent douze écus. Le registre de la
Communauté indique encore d'autres gratifications; il parle de
bouteilles de vin et de barils de confitures distribués en l'hon-
neur de l'arrivée du Roi (1). Il était tout à fait dans les mœurs du
temps que les villes fissent des cadeaux à leurs visiteurs de haut
parage et aux gens de leur suite. Nantes n'agissait point autre-
ment que Rennes (2). Quand il entrait dans Rennes, le premier
président du Parlement voyait le « corps de ville » venir au-
devant de lui et il recevait un cadeau de vin ou de confitures (3).
Il en était de même des gouverneurs, et il vint un temps où les
officiers qui les accompagnaient osèrent se plaindre tout haut
que les gratifications se fissent attendre (4). En I6I3 Madame de
Vendôme vint à Rennes avec son mari pour assister à la < tenue »
des États; comme elle ne l'avait pas accompagné en 1608, et
comme, par suite, la ville de Rennes n'avait pas encore eu
l'occasion de lui témoigner son afi'ection, la Communauté décida
de lui ofi'rir deux bassins de vermeil (5). La question des
gratifications avait tant d'importance à Rennes que plusieurs
articles du règlement de 1622 lui furent consacrés. On y peut
voir qu'il était d'usage que la Communauté fît des présents aux
commissaires du Roi quand les États siégeaient à Rennes, qu'elle
en fit même à quelques membres des États quand ces assemblées
se réunissaient et quand elles se dispersaient; qu'à l'ouverture
de chaque * semestre » du Parlement elle en fît aux « pré-
Ci) Archives de Rennes, 475 A, f» 62 r<> (12 mai 1598).
(2) Meuret, Annales de Nantes^ t. II, p. 161 (1607).
(3) Archives de Rennes, 476 B, fo 5 ro (27 mars 1600).
(4) Bibliothèque de Rennes, ms. 320, fo 169 (Entrée du maréchal de
Thémines, 1627).
(5) Ihid., fo 177. Mn»c de Vendôme avait vingt-un ans en 1613; en 1608, elle n'avait
encore que seize ans ; elle était fiancée à César de Vendôme depuis 1598, mais
son union ne fut célébrée avec lui qu'en 1609 ; elle était de deux ans plus âgée
que César.
70 DÉPENSES EXTRAORDINAIRES.
» sidents à mortier >, aux gens du Roi et au doyen des con-
seillers (1).
Il s'agit maintenant de rechercher quelles dépenses générales
les « entrées solennelles » des grands personnages rendaient
nécessaires ; elles variaient en raison de la dignité des visiteurs
que recevaient les bourgeois de Rennes. En 1598 Rennes eut
l'insigne honneur de recevoir Henri IV lui-même. Le « corps de
» ville » décida de percevoir pendant un an la taxe du « sou et liard
» par pot », < attendu que la ville n'avait aucun moyen de satisfaire
> autrement aux frais qu'elle devait s'imposer » (2). Cette décision
une fois prise il multiplia les « commandements aux miseurs ».
Le manoir épiscopal fut aménagé pour recevoir le Roi ; on en fit
blanchir la grande salle (3) ; on y prépara des chambres et des
cabinets; on en nettoya la cour qui était salie d'immondices (4);
on acheta plusieurs charretées de paille pour mettre dans les lits du
manoir ; on fit faire une douzaine de grands chandeliers de bois qui
furent placés « es salles et chambres du Roi » (5) ; on loua des
tapisseries pour en tendre les murailles (6). Quand le Roi fut
arrivé, les « miseurs » envoyèrent des travailleurs sur la route
de Chateaugiron pour aider au transport de ses bagages (7). Tout
en fixant l'itinéraire que devrait suivre Henri IV pour s'acheminer
de la porte Toussaints vers la Cathédrale, la Communauté décida
de faire sonner la grosse horloge, deux heures durant, le jour de
son entrée, de faire tirer les couleuvrines et le canon (8), et elle
€ délivra » deux cent trente livres de poudre à Michel Morbihan,
contrôleur de l'artillerie (9). Elle commanda douze écussons, dont
quatre aux armes de France, quatre à celles de Navarre, et quatre
(1) Bibliothèque de Rennes, ms. 320, f»" 88 et 89.
(2) Archives de Rennes, 476 A, ^ 30 r<> et v» (13 avril 1598).
(3) IHd., fo 40 vo (29 avril).
(4) JHd., fo 42 ro (2 mai).
(5) IMd., fo 52 â–¼o (12 mai).
(6) Ihid., fo 42 r*> (2 mai).
(7) 2bid,y fo 47 vo (12 mai).
(8) Jbid.j fo 36 vo et 37 ro (27 avril).
(9) Jbid., fo 39 ro (29 avril).
ENTRÉE DE HENRI FV. 71
aux armes de Bretagne ; ils furent placés trois par trois sur la porte
Toussaints, à l'entrée de l'église Saint-Germain, à l'entrée du
manoir épiscopal et au-dessus des portes de la cathédrale. Un
dais de satin gris blanc, < garni de frange de soie avec de la
» crépine d'or » devait abriter Henri IV, mais ce prince fit avertir
la Communauté qu'il ne se placerait pas sous le dais ; la dépense
n'en était pas moins faite et le dais fut confié aux « miseurs » (1).
Une commission fut formée pour acheter des étofies et faire faire
des enseignes aux couleurs du Roi (2) ; une autre fit dresser des
arcades de lierre auprès de la porte Toussaints, de l'église Saint-
Germain et du manoir.
En même temps on construisait € au grand bout de cohue »
un € échafaud » sur lequel devaient se placer des joueurs de
violons et de hautbois (3); on recrutait des « joueurs de
> bombardes » ; on < accoutrait de blanc » cinquante enfants à qui
M. de Montbarot donnait son fils pour chef, et qui devaient être
passés en revue par César de Vendôme (4); on faisait faire
quatre clefs d'argent doré qui furent attachées avec un cordon
de soie aux couleurs du Roi, pour lui être présentées lors de son
entrée dans la ville (5). Vinrent ensuite les discussions sur
les victuailles. Dans la séance du 29 avril la Communauté ne
s'inquiète que des provisions qu'elle doit rassembler : elle décide
d'acheter deux douzaines de jambons de Mayence^ douze douzaines
de cervelas, quatre douzaines de « goullures fumées », six
douzaines de fromages; elle achètera une charge de citrons
et d'oranges, quarante-huit boîtes de marmelade, vingt-quatre
livres d'écorce de citron; elle achètera des barils de confitures,
de l'anis et des abricots secs. Le vin ne sera pas oublié. Les
« miseurs » devront se procurer deux barriques de vin blanc,
deux de vin claret, quatre de vin étranger et plusieurs barils
(1) Archives de Rennes, 475 A, fo 38 ro (27 avril 1598).
(2) Ibid., fo 42 vo (2 mai).
(3) Ibid., fo 44 vo (4 mai).
(4) Ihid., fo 46 ro (4 mai).
(5) Ibid.y fo 47 r» (5 mai).
72 DÉPENSES EXTRAORDINAIRES.
(le vin d*Espagne ou des Canaries (I). La Communauté invite
enfin les habitants à se montrer eux-mêmes généreux, à tendre
leurs maisons de tapisseries (2) et à se tenir « garnis de bouquets
» et eaux odoriférentes, pour jeter sur les rues » par où passe-
rait le Roi; elle invite les trésoriers des paroisses à faire tendre
les façades de leurs églises. Henri lY ne voulut pas que les
rues fussent tendues en son honneur (3).
Si Ton entreprenait d'énumérer les dépenses que fit la Com-
munauté en 1608 pour « l'entrée solennelle » de M. de Vendôme,
gouverneur de la province, il faudrait reproduire beaucoup des
détails relatifs à l'entrée de Henri IV. Il en est toutefois
quelques-uns qui sont spéciaux à l'année 1608. La Communauté
fit alors construire auprès de la t cohue » une pyramide qui lui
coûta quatre cent vingt-huit livres; elle éleva sur la place Sainte-
Anne « un logis en forme de reposoir » où se tint le duc de
Vendôme pour passer en revue les milices des bourgeois et
écouter les harangues qui lui furent faites ; le dit reposoir coûta
six cent une livres. La dépense faite pour les joueurs d'instruments
dépassa huit cents livres, mais la Communauté se montra surtout
généreuse dans le présent qu'elle fit au duc; elle lui ofirit un
a panier fruitier » et une < plaque d'argent pour flambeaux, le
» tout ciselé à jour » ; dans le compte de ses dépenses, ces objets
d'art sont inscrits comme ayant été achetés deux mille sept
cent cinq livres (4).
L'évêque François Lachiver entra dans Rennes le 2 sep-
tembre 1602; on lui rendit les honneurs qui lui étaient dus; le
gouverneur de Montbarot, son lieutenant et le « corps de ville »
vinrent au-devant de lui, en costume de cérémonie jusqu'à la
porte Mordelaise; MM. du Parlement assistèrent à la grand'messe
qui fut célébrée en son honneur en l'église Saint-Pierre ; mais
(1) Archives de Rennes, 475 A, fo 40 r® (29 avril 1598).
(2) JMd., fo 36 yo (27 avril).
(3) JHd., fo 44 ro et v» (4 mai).
(4) Ibid.f 20 (21 octobre 1609), Compte des dépenses faites pour l'entrée
solennelle de M. de Vendôme.
FÊTES, CÉRÉMONIES FUNÈBRES. 73
les dépenses faites par la Communauté pour célébrer Tentrée
de Tévêque furent minimes ; elles ne dépassèrent pas deux cent
trente-quatre livres (1).
Les réjouissances publiques offrent dans Rennes une certaine
variété au début du XVIP siècle; les frais en sont toujours payés
par la Communauté. Ce sont des feux de joie (2) ; des m feux
» artificiels » préparés par les soins des a miseurs » (3), des salves
d'artillerie (4), des concerts en plein air, des « montres » ou
revues de la milice commandée par ses connétables, le lieutenant
du gouverneur ou le gouverneur lui-même, des sonneries de la
grosse horloge (5), des collations avec t confitures sèches et
« dragées », même des bals doûnés à l'Hôtel de Ville (6).
De même qu'elle organisa des fêtes, la Communauté fit
célébrer des cérémonies funèbres ; elle en comptait les frais parmi
ses dépenses extraordinaires. Quand le maréchal d'Aumont
mourut dans le manoir épiscopal, elle lui rendit les honneurs
qu'elle lui devait et ne s'abstint de régler la forme de ses
funérailles officielles que pour ne pas empiéter sur le droit des
États à qui l'honneur en revenait, M. d'Aumont étant mort au
service de la province (7). Quand Henri IV fut assassiné, la
Communauté lui fit de splendides « funérailles » dans l'église
cathédrale. Elle mit en adjudication la fourniture des < torches
» etpillots » (8) et de tout ce que réclamait le € luminaire »; l'ad-
judicataire s'engagea à fournir cent torches neuves, et à disposer
des « pillots » autour de l'église en ne laissant jamais entre eux
qu'un pied d'intervalle; il dut fournir la chapelle ardente d'un
nombre illimité de cierges et de « pillots » ; d'après son « bail »
(1) Archives de Rennes, 476 C, fo 44 ro (1« septembre 1602), et fo 50 r»
(23 septembre).
(2) Ibid.j Comptes des miseurs, 1601.
(3) lUd., 475 A, fo 47 v» (5 mai 1598).
(4) lbid.y 476 C, fo 67 vo (6 décembre 1602).
(5) llnd.f Comptes des miseurs, 1601.
(6) Bibliothèque de Rennes, ms. 320, fo 177.
(7) Ibid,, fo 197 (19 août 1595).
(8) Le mot « pillot » correspondrait au mot : pilon.
74 ORGANISATION MILITAIRE.
il était payé quatre cents livres. On décida de dresser au milieu
de l'église Saint-Pierre un « échafaud » surmonté d'une
t tente », sorte de catafalque dont l'entreprise fut aussi donnée
par adjudication. Les « preneurs » en fournirent la serge et le
velours. Il n'y eut point d'église dans Rennes, point de chapelle
de couvent, qui ne dussent, en signe de deuil, tendre leur maître
autel de serge et de velours noirs (1). Toutes ces cérémonies
durèrent trois jours et coûtèrent à la ville trois mille deux cent
vingt livres (2). On y peut voir une marque de l'émotion où la
mort du Roi jeta les habitants de Rennes; ils se demandèrent
sans doute, comme le maréchal de Brissac aux Etats de Saint-
Brieuc, si jamais ils découvriraient des < signes funèbres suf-
» âsants pour enseigner l'excès de leur malheur » (3).
2o De l'organisation militaire et du contrôle que la Com-
munauté peut exercer sur elle : Capitaines de la ville ;
police; « contrôleur et garde » de l'artillerie; grand-*
portier et sous-portiers; confrairie du Papegault et
privilèges des € rois » du Papegault.
Formant en réalité le seul vrai pouvoir municipal de Rennes,
la Communauté exerça un certain contrôle sur le fonctionnement
d'institutions qui paraîtraient, au premier abord, avoir dû jouir
d'une vie propre, mais qui lui furent soumises dans une certaine
mesure, et pour diverses raisons. On serait tenté de croire que
l'organisation militaire de la ville avec ses capitaines de « cin-
quantaines » et ses caporaux de « dizaines », avec son
* contrôleur et garde de l'artillerie », son * grand-portier » et
ses € sous-portiers »^ n'eût dû dépendre que du gouverneur ;
(1) Archives de Rennes, 42 (6 juillet 1610).
(2) IHd.f Comptes des miseurs (1610).
(3) Brissac : Recueil de plv^ieurs harangues, remontrances, discours et advis
d^affaires d^ Estât de quelques officiers de la couronne et d^autres grands per-
sonnages, faict par Jean de Lannel, escuyer, seigneur de Chaintreau et de
Chamhort (Paris, 1622), 1610.
CAPITAINES DE LA VILLE. 75
mais, à Tépoque dont il est ici question, ces personnages ne
s'étonnaient point de recevoir des ordres de la Communauté. La
confusion des pouvoirs était partout, et, si le gouverneur et le
Parlement entreprenaient parfois d'empiéter sur le domaine
purement municipal, la Communauté, de son côté, sortait
volontiers du cercle d'attributions où Ton serait disposé, de nos
jours, à enfermer un corps municipal. La Communauté n'oubliait
pas qu'elle nommait les capitaines de la ville (1), que devant le
gouverneur, et, en son absence, devant son lieutenant ou ses
connétables, ils étaient tenus de lui prêter serment avant d'entrer
en fonctions ; elle les considérait si bien comme placés sous sa
dépendance qu'à son gré elle les appelait en la Maison de Ville ou
leur en refusait l'entrée ; quand ils paraissaient dans la salle oh
elle délibérait, elle les reléguait derrière son bureau ; si elle les
autorisait à prendre part à ses votes, leur opinion devait être
émise collectivement et ne comptait que pour une voix (2). On
peut déjà trouver extraordinaire qu'elle ait songé à se servir
d'eux pour surveiller la répartition d'un emprunt forcé entre les
différents quartiers de la ville (3) ; mais, il est encore plus sur-
prenant qu'elle leur ait commandé de rassembler ceux des
habitants qu'ils avaient sous leurs ordres, pour se présenter en
armes devant le gouverneur de la province (4). Si le gouverneur
de la ville était absent, son lieutenant aurait dû suffire pour
convoquer de lui-même la milice urbaine; la Communauté eût pu
tout au moins l'inviter à agir sans passer par-dessus sa tête pour
faire connaître ses volontés aux simples capitaines. Lorsque le
Roi entra dans Rennes en 1598, la Communauté donna des
ordres précis à la milice. Elle décida que les bourgeois iraient au-
devant du Roi, à cheval, à la suite de leurs connétables (5); elle
spécifia que chacun d'eux serait a en bon équipage » et avec de
(1) Bibliothèque de Rennes, ms. 320, fo 70.
(2) IMd., ÃŽ9 71.
(3) Archives de Rennes, 136 (1" janvier 1591).
(4) Ibid., 478 B, fo 61 !<> (13 août 1608).
(5) Ibid., 475 A, ^ 40 v» (29 avril 1598).
76 ORGANISATION MILITAIRE.
» bonnes armes » ; ce fut elle qui fixa le lieu où le Roi passerait en
revue les bourgeois; elle menaça d'une amende d'un écu tous
ceux qui lui opposeraient quelque résistance (1). Il est probable
que Tautorité du lieutenant et des connétables n'était pas très
respectée, si la Communauté en était t*éduite à la soutenir par de
pareilles menaces.
On ne voit pas que la Communauté se soit préoccupée de
constituer à Rennes une police régulière. M. de Montbarot avait
bien créé en 1588 trois compagnies chargées de « faire la pa-
» trouille » pour la sûreté de la ville; mais, recrutées parmi les
bourgeois et n'ayant à leur tête que les capitaines ordinaires,
qui ne recevaient point de gages, ces compagnies ne se mettaient
pas facilement en mouvement (2). Le Parlement rendait arrêt
sur arrêt contre les malfaiteurs, ordonnait aux capitaines de
leur courir sus, mais les malfaiteurs restaient en liberté (3).
Le t contrôleur et garde de l'artillerie » était payé par la
Communauté (4). C'était encore la Communauté qui lui « dé-
» livrait » la poudre dont il avait besoin, ou l'argent dont il jus-
tifiait l'emploi sur son m état de frais » (5). Faisant face aux
dépenses de l'artillerie, les bourgeois exigeaient que leur 4i con-
» trôleur et garde > leur soumît de temps à autre un inventaire
de tout ce qui se trouvait en sa possession. Il subsiste un do-
cument de cette nature pour Tannée 1599. 11 y est dit qu'il se
trouve deux canons < dans une halle appelée le Cartage >, que
dans l'Hôtel de Ville il y a deux t bastardes » et trois * faucon-
» neaux > ; les « bastardes » sont t calibre de France, l'une sur
son afi'ut, l'autre non montée > ; chacune d'elles a douze pieds de
long et est « marquée aux armes de la ville >; les faucon-
neaux sont également t marqués > ; ils ont cinq pieds de long et
(1) Archives de Rennes, 475 A, fo 43 (2 mai 1598).
(2) 2Hd., 151 (28 avril 1595).
(3) Archives de la Cour, Registres secrets (4 juillet 1595 ; 2 novembre 1602 ;
13 septembre 1603).
(4) Bibliothèque de Rennes, ms. 320, fo 61.
(5) Archives de Rennes, 475 A, fo 39 vo (29 avril 1598) ; 416 C, fo 57 v» (6 dé-
cembre 1602).
CONTRÔLEUR DE l' ARTILLERIE. 77
sont < montés ». La tour Saint-Yves possède deux t berchés »
en fer, non montées ; la tour de Champdolent une < arquebuse
» à croc » ; les tours de Toussaints deux a fauconneaux » de cinq
pieds, < marqués » et < montés > , deux « arquebuses à croc > et
une < berche » ; les tours de la porte Blanche trois <; faucon-
» neaux » de neuf pieds et six arquebuses. Il serait superflu de
continuer cette énumération. Il suffira d*ajouter que Tarmement
et les approvisionnements de guerre étaient assez importants
à Rennes à la fin de la guerre civile. Il y avait dans la ville
huit canons, deux bastardes, cinq faucons, dix fauconneaux,
deux couleuvrines, neuf berches, cinq bombardes et quarante
arquebuses. On tenait en outre en réserve neuf cent quinze
boulets de divers calibres, dont cent cinquante en pierre, huit
barriques de salpêtre, trois barriques de souffre pesant onze cent
trente-huit livres, deux mille deux cent vingt-quatre livres de
poudre, cinq cent quatre-vingts fers de piques, des lanternes, des
écouvillons et des refouloirs pour Tartillerie, des casaques de
pionniers (1). Le < contrôleur et garde > était alors Michel
Morbihan.
Les charges de < portiers » furent indirectement subordonnées
à l'Hôtel de Ville qui en disposait quand elles devenaient vacantes,
et qui leur assurait des gages. A un moment donné, le gouver-
neur de la province, M. de Vendôme, voulut nommer le < grand-
» portier » ; mais le procureur syndic protesta et prouva que,
depuis plus de cent ans, les bourgeois avaient le privilège de
choisir cet officier. Vendôme renonça à sa prétention (1599) (2).
Le 4( grand -portier » avait pour fonction de fermer et ouvrir
les portes de la ville à des heures déterminées; il considérait
le gouverneur de Rennes comme son chef militaire, et lui
remettait chaque jour les clefs des portes. Il avait lui-même sous
ses ordres des € sous-portiers » qu'il payait comme bon lui semblait.
(1) Archives de Rennes, 163 (7 juiUet 1599).
(2) Bibliothèque de Rennes, ms. 320, P 66.
78 ORGANISATION MILITAIRE.
On voit fonctionner à Rennes, ainsi que dans bien des villes
de Bretagne (1), une institution qui, sans être essentiellement
militaire, eut pour objet d'exercer les habitants au maniement
des armes. C'était une sorte de société de tir, la < confrairie
)^ des chevaliers du papegault », ainsi nommée parce que ses
membres s'exerçaient au tir de l'arc, de l'arbalète et de l'ar-
quebuse, en prenant pour but un oiseau de fer ou de bois que
Ton appelait « papegault » et que l'on fichait au bout d'une verge
de fer, sur une des tours de la ville. Chaque année un concours*
s'ouvrait entre tous les * chevaliers », et le vainqueur, 1' « abat-
» teur du papegault >, était proclamé «roi ». La confrairie nom-
mait tous les ans deux prévôts qui administraient les < deniers »
rais en commun. La Communauté exerça une certaine surveil-
lance sur les < rois », les prévôts et les chevaliers du < papegault ».
Un des registres de la Communauté fournit des détails précis
sur l'institution originale dont il est ici question. Le P' mai 1607,
les prévôts du < papegault », accompagnés d'un grand nombre
de chevaliers, parurent < en l'enclos de la maison commune »,
et présentèrent au ^ corps de ville » un <: joyau du papegault » (2)
dont ils avaient surveillé la fabrication ; ce < joyau » avait été
« chiffré » par le lieutenant du gouverneur; la Communauté
s'assura qu'il était a de bonne fabrication ». Pour se conformer
à l'usage, les prévôts n'avaient plus qu'à faire connaître la liste
sur laquelle les chevaliers devaient leur choisir des successeurs.
Ils le firent, et, sous les yeux de la Communauté, on procéda
à l'élection des nouveaux prévôts qui furent l'apothicaire Jean
Voilant et Guillaume Pichart, procureur au siège présidial.
Quand ils eurent prêté serment devant le * corps de ville », M. de
Lombart se leva pour aller « ouvrir le jeu ». Les chevaliers le
suivirent. Tous se rendirent derrière l'Hôtel de Ville, dans un
(1) Les sociétés de tir à l'arc et à l'arbalète étaient fort anciennes ; le a pa-
pegault de l'arquebuse x> remonte au duc François II (Bibliothèque de Bennes,
ms. 320, f o 235 : 1540).
(2) Le a jojau j> n'est pas autre chose que le d papegault j> lui-même.
CONFRAIRIE DU PAPEGAULT. 79
terrain vague qui s'étendait au pied de la tour Duchesne sur
laquelle « fut monté » le « papegault » (1). A partir de 1608 le
concours de tir ne devait plus se faire en cet endroit, mais, < dans
> la douve » que l'on trouvait au delà de Téglise Saint-Georges.
Dès lors le < papegault » ne fut plus placé qu'à hauteur d'homme;
on le masqua même avec une plaque de fer percée d'un trou par
lequel la balle devait passer pour l'atteindre (2).
Il est un document de 1601 qui permet de compléter les
renseignements fournis par le registre de 1607. C'est un < acte
» de nomination d'un roi du papegault » daté du 19 juin 1601.
Il y est dit que M. de Lombart, assisté de plusieurs < rois des
> années précédentes », des prévôts, et de nombreux chevaliers,
a conduit devant la Cîommunauté le sieur André Chevet, maître
boulanger, qui a pris la parole et déclaré avoir, <; en son rang
» et ordre, abattu le joyau de la balle qui était en son
» arquebuse » ; il y est dit encore que les prévôts ont confirmé
le dire de ce personnage, qu'aucune opposition ne s'est fait jour
contre lui, et qu'enfin M. de Lombart lui a fait prêter serment
de s'acquitter fidèlement de ses devoirs de « roi ». La royauté
de Tarquebuse plaçait celui qui en était investi à la tête de toute
la confrairie; elle l'astreignait, il est vrai, à payer le < joyau »de
l'année suivante, mais, par les privilèges qu'elle lui conférait,
elle était assurément des plus lucratives. Quand André Chevet
eut prêté serment, il sortit de l'Hôtel de Ville et fut conduit par
M. de Lombart, les anciens rois, les prévôts et les chevaliers
jusqu'Ã la butte de l'arbalesterie qui se trouvait voisine de la porte
Saint-Michel ; là il tira « à blanc » un coup d'arquebuse (3). Tous
les ans le < roi de l'arquebuse % en faisait autant, en souvenir
des exercices de tir à l'arbalète qui, dans un temps fort éloigné,
s'étaient faits dans cette partie de la ville (4).
(1) Archives de Rennes, 478 A, f» 49 v» (l®* mai 1607).
(2) Bibliothèque de Rennes, ms. 320, f® 235.
(3) Archives de Rennes, 59 (19 juin 1601).
(4) Bibliothèque de Rennes, ms. 320, fo 238.
80 ORGANISATION MILITAIRE.
Il sufSra de dire maintenant quelques mots de l'administration
de la prévôté du « papegault », des privilèges du « roi » et de la
réunion au domaine d'une partie de ces privilèges. Il subsiste un
compte des prévôts pour l'année 1603-1604. Cette pièce est fort
intéressante en ce qu'elle nous apprend que tout homme qui se
faisait recevoir chevalier payait un droit d'une livre, et que
chaque chevalier payait une cotisation annuelle de deux sous ;
en 1603 il y avait à Rennes deux cent trente-trois chevaliers du
« papegault ». Les prévôts faisaient toutefois des dépenses qu'ils
ne couvraient pas avec leurs recettes, et la (Communauté le
constatait quand elle revisait leurs comptes; elle consentait à leur
accorder quelques secours, et, grâce à elle, la confrairie ne
s'endettait pas. Les prévôts faisaient dire une messe par semaine
dans le couvent des Carmes, ce qui leur coûtait quinze livres au
bout de l'année; ils offraient au prieur du même couvent une
collation de trente sous. Le premier mai, quand s'ouvrait le
concours, ils payaient des hommes de peine pour transporter
dans le champ de tir des tapisseries décoratives, des tables et des
chaises; ils y installaient des « buvettes »; ils y offraient une
collation succulente au gouverneur ou à son lieutenant, aux
connétables et aux notables bourgeois. Dans le compte que l'on
analyse ici les prévôts accusent de ce chef une dépense de
soixante-treize livres huit sous (1).
L'institution du « papegault » paraît avoir été assez démocra-
tique. Le droit payé par tout chevalier, à son entrée dans la
confrairie, n'était pas trop élevé pour que beaucoup de gens en
fussent exclus; des privilèges très enviables étaient conférés au
tireur le plus adroit. Le « roi » du papegault pouvait faire entrer
dans la ville, vendre ou faire vendre en détail, sans pajer aucun
droit, cinquante tonneaux de vin. Il va de soi que s'il avait le
goût de la fraude, il introduisait dans Rennes une plus grande
quantité de vin et faisait de très gros bénéfices, durant son année
(1) Archives de Rennes, 59, Compte des prévôts du <£ papegault j> (1603-1604),
PRIVILÈGES DU PAPEGAULT. 81
de royauté. Gela est si vrai que les fermiers des < impôts et billots »
protestaient contre les agissements des « rois du papegault », et
que Henri IV, pour qu'il ne se vendît plus de vins en franchise,
leur donna le droit de payer eux-mêmes aux vainqueurs du tir
les sommes qu'ils avaient gagnées (1).
On comprendra facilement combien fut impopulaire en Bre-
tagne, et en particulier à Rennes, l'édit de Henri IV, qui réunis-
sait au domaine les < droits du papegault de Tare et de Tarbalëte »,
pour ne laisser subsister que le privilège de Tarquebuse. La
Communauté de Rennes fit opposition à l'édit royal (2). Les
chevaliers du < papegault » s'indignèrent. Les États supplièrent
le Roi de revenir sur sa décision, soutenant que les privilèges
du < papegault » avaient été établis à titre d'utilité publique et
pour récompenser les villes des services qu'elles avaient rendus
aux ducs et aux rois (3). Le Parlement tergiversa, accueillant
les requêtes des États et des corps municipaux, et leur donnant
communication de l'édit pour qu'ils pussent fournir leurs
< moyens d'opposition » (4). Henri IV ne se déjugea pas. Il
déclara aux États que les < droits du papegault » seraient 4: trans-
» portés aux Jésuites de la Flèche et de Rennes ». Son édit fut
enfin vérifié par les juges souverains (5).
La Communauté de Rennes eût dû se montrer moins ardente
à combattre la mesure fiscale du Roi, car sans la suppression des
droits qu'elle essayait de maintenir, son collège n'aurait pas pu
être réorganisé. Dans la dotation qui fut alors constituée aux
Jésuites de Rennes, on voit figurer une rente de 3,000 livres,
qui est prise sur la somme que les fermiers des 4: impôts et billots »
payaient antérieurement aux t rois du papegault » (6).
(1) Archives de Rennes, 69 (avril 1598\
(2) Archives de la Cour, Registres secrets (25 juin 1605).
(3) Archives d'Ille-et-Vilaine, C. 2705, fo 610 (29 octobre 1606, 18 novembre
1606).
(4) Archives de la Cour, Registres secrets (26 juin et 19 juillet 1606).
(5) Archives d'ille-et- Vilaine, C. 2705, fo 510 (8 novembre 1607).
(6) Archives de Rennes, 283 (9 octobre 1604).
6
82 ORGANISATION ECCLÉSIASTIQUE.
30 De l'organisation ecclésiastique et de ses rapports
avec la Communauté.
Un ne peut dire que peu de choses des rapports de la Commu-
nauté avec les paroisses et les congrégations religieuses. A peine
découvre-t-on quelques pièces où la Communauté donne des
ordres aux trésoriers des paroisses, et encore faut-il reconnaître
que ces pièces touchent à des intérêts tout à fait exceptionnels.
En 1598, la Communauté commande aux trésoriers de débar-
rasser les abords des églises des matériaux qui les encombrent,
de faire paver devant la porte d'entrée de ces édifices, en prévi-
sion de rarrivée du Roi (1) ; elle veut que les églises soient tendues
de tapisseries et que toutes les cloches sonnent lorsque Henri IV
entrera dans la ville (2). En 1608, le procureur syndic démontre
à la Communauté la nécessité de faire « recommander par les
» prédicateurs et par les curés des paroisses, Tœuvre du bâtiment
> de la Santé », et les bourgeois prennent une décision dans ce
sens (3). Quant aux congrégations religieuses, elles ne pouvaient
pas pénétrer à Rennes sans y être autorisées par la Communauté;
elles avaient même besoin que celle-ci fît, pour leur établissement»
d'assez grands sacrifices d'argent. Les abbayes de Saint-Melaine,
de Saint-Georges et de Notre-Dame-de-Bonnes-Nouvelles, les
Carmes et les Cordeliers étaient depuis longtemps installés Ã
Rennes (4). En 1604, elle admit les Capucins dans un de ses
faubourgs (5). En 1606, elle admit les Jésuites (6). Dans la suite
ce fut le tour des Ursulines (1615), des Carmélites (1618), des
Minimes (1619), des religieuses de la Visitation (1628), des Bé-
(1) Archives de Rennes, 475 A, f*» 44 r» (2 mai 1598).
(2) Ibid., f> 39 vo (29 avril 1598).
(3) Ibid., 478 B, fo 14 vo (15 février 1608).
(4) Bibliothèque de Rennes, ms. 320, fo» 344 et 346.
(5) Ibid., fo 347.
(6) Archives de Rennes, 478 A, f« 6 vo (27 octobre 1606).
DES JÉSUITES. 83
nédictines du Calvaire (1630), des Gatherinettes (1636), des Reli-
gieuses Hospitalières (1642), etc. (1).
L'établissement des Jésuites à Rennes fut décidé par lettres
patentes de 1604. Les bourgeois l'avaient sollicité; le Roi les
autorisait à abandonner à la compagnie leur collège de Saint-
Thomas ; il les invitait à l'agrandir en achetant les maisons et
lesjardins adjacents (2). Dès 1604 un premier contrat fut passé
entre la Communauté et le Père provincial assisté du futur
< recteur » du collège (3). Le contrat resta sans effet parce
que les bourgeois de Rennes s'obstinèrent quelque temps
à protester contre la suppression d'une partie des privilèges
du « papegault », sans laquelle ne pouvait pas être constituée
la dotation du collège (4). On arrêta enfin un contrat définitif
le 27 octobre 1608. Voici les principales obligations que par lui
s'imposèrent les Jésuites et la Communauté : « Les dits Pères de
» la dite société entretiendront au dit collège six classes de
» rhétorique, humanités et grammaire, et fourniront en outre
» deux maîtres et régents en philosophie, l'un des quels
» commencera tous les ans le cours et l'autre le finira, tellement
» qu'en deux ans tout le cours de philosophie se puisse para-
» chever. Les dits Pères entretiendront le nombre de personnes
» capables et nécessaires pour le gouvernement, bon règlement
» et perpétuel exercice et entretien du dit collège.
» Les dits nobles bourgeois et habitants ont procuré et moyenne
» les résignations des prieurés de Notre-Dame de Livré et de
» Saint-Martin de Noyal-sur- Vilaine, diocèse de Rennes, en
» faveur du dit collège, sous la direction des dits Pères.
» Pareillement ils ont fait obtenir, pour aider à la dotation du
» dit collège, la résignation du prieuré de Notre-Dame-de-
» Bregain, évêché de Dol. Par même moyen les dits nobles
(1) Bibliothèque de Rennes, ms. 320, f»» 347 à 360.
(2) Archiyes de Rennes, 283 (février 1604).
(3) Ibid. (9 octobre 1604).
(4) Ihid., 284 : Lettre de Philippe de Béthune à Louvel, procureur syndic
de la Communauté (10 septembre 1606).
84 ASSISTANCE PUBLIQUE.
» bourgeois ont relaissé aux dits Pères de la dite société Tancien
» revenu du premier collège Saint-Thomas. Les Pères ont accepté.
» En outre les habitants leur ont donné, pour parfournissement
> de la dotation et fondation, le nombre de trois mille livres de
» rente qu'il a plu à Sa Majesté leur accorder sur les devoirs
» d'impôts et billots » (1).
Dès lors les bourgeois de Rennes furent considérés par les
Jésuites comme leurs « bienfaiteurs et fondateurs » (2). De 1606
à 1699, tous les ans, le jour du premier janvier, le recteur
des Jésuites de Rennes devait comparaître en la Communauté
avec les < redevanciers » de la ville (3).
40 Du rôle de la Communauté en matière d'assistance
publique; hôpital Saint- Yves et hôpital de la Santé.
Il suffira de parler maintenant du rôle de la Communauté en
matière d'assistance publique. Le corps municipal aurait pu
s'intéresser encore à la « police des vivres », à la salubrité
publique, aux questions d'industrie ou de commerce. Il
n'en fut pas ainsi parce que la Cour souveraine de justice
se substitua à lui le plus souvent qu'elle put. Elle rendit
une foule d'arrêts sur le commerce du blé et du vin, sur
la vente en gros et sur la vente en détail de toute espèce de
denrées; elle envoya ses conseillers, et ses présidents siéger
dans deà commissions où les simples bourgeois ne pouvaient
guère exercer d'influence; elle se substitua au 1; corps de ville »
pour décider des mesures sanitaires que les épidémies lui
paraissaient devoir provoquer dans Rennes. Ce fut à peine si les
bourgeois eurent le droit d'élire le < Père des pauvres »,
comptable 1; sans gages ni profits » qui administrait les fonds
(1) Archives de Rennes, 478, A, fo» 5 v» et 6 r» et v® (27 octobre 1606).
(2) JHd,f 283 : Lettre du recteur des Jésuites au procureur syndic (2 janvier
1607).
(3) Ibid, (12 octobre 1607).
HÔPHAL SAINT-YVES. 85
dont disposait le « bureau des pauvres i^ (1). Le Parlement se
réservait, pour la distribution des aumônes, de prendre lui-même
toutes les décisions d'intérêt général. Il paraît surprenant qu'il
n'ait pas cherché à se subordonner l'administration des hôpitaux
qui demeura tout entière sous la main de la Communauté.
Il y avait à Rennes deux hôpitaux, l'hôpital Saint-Yves et
l'hôpital de la Santé. Le premier avait été fondé au XIV® siècle.
II s'était enrichi, peu à peu, par les « dons et fondations », et,
en 1558, la Communauté lui avait attribué toutes les dépen-
dances du vieil hospice Sainte-Anne (2). A la tête de l'hôpital
Saint- Yves était un « gardien » que nommait la Communauté,
qui ne pouvait s'absenter sans y être autorisé par elle, et qui,
s'il s'absentait, devait au préalable dresser un inventaire des
meubles dont il avait « la charge i^, tout en faisant apposer le
sceau de la ville sur ses coffres (3). Au-dessous du « gardien i^
venaient trois « prévôts > ou économes que la Communauté
renouvelait tous les ans. Il est bon de remarquer que les prévôts
sortant de charge présentaient à la Communauté une liste de
ceux qu'ils jugeaient dignes de leur succéder; sur cette liste
étaient choisis les nouveaux prévôts (4) .
Nous avons eu sous les yeux deux documents qui déterminent
bien la responsabilité du gardien et des prévôts. L'un est un
inventaire de mobilier daté du 8 août 1600; l'autre est un
compte de recettes et dépenses se rapportant à l'année 1605.
L'inventaire énumère les coffres, bahuts et armoires qui se
trouvent dans les différentes salles de l'hôpital, les pupitres,
escabeaux et bancs qui sont dans l'église; il nous apprend que
l'hôpital possédait soixante-treize douzaines de € linceuls » pour
lits, des rideaux, des taies d'oreillers et du linge de table ; il cite
les ornements ou objets d'art qui sont dans la sacristie; ce sont
(1) Archives de Rennes, 475 A, f© 89 vo (l®' janvier 1599).
(2) Bibliothèque de Rennes, ms. 320, Î9 336.
(3) Archives de Rennes, 476 B, fo 6 r« (27 mars 1600).
(4) Jbid., 476 A, fo 77 !<> (23 octobre 1599) ; 476 C, fo 51 r<> (24 octobre 1602), etc.
86 ASSISTANCE PUBLIQUE.
des calices d'argent et d'étain, des chandeliers d'argent, de
cuivre, d'étain et de fer, une vierge d'ivoire enfermée dans une
châsse d'argent; ce sont des chapes et chasubles en velours et
en satin cramoisi, en toile d'argent, en satin et en velours
orange, des tapisseries, des tapis et des broderies. On trouve
dans ce même inventaire tout le détail de la batterie de cuisine,
avec ses marmites, ses pelles, ses trépieds, ses plats et ses
écuelles (1).
La Communauté avait intérêt à savoir exactement ce qu'était
le mobilier d'un hôpital qu'elle avait doté et dont elle nommait
les administrateurs. Il n'était pas pour elle moins important de
reviser les comptes des prévôts. Elle devait s'enquérir du chiffre
des amendes adjugées à l'hôpital par le Parlement, par le siège
présidial ou par la juridiction séculière de l'évêque; elle voulait
être mise en mesure de constater quelles aumônes l'hôpital
recevait des particuliers, quels a dons testamentaires » lui
étaient faits, combien il récoltait de cidre ou de vin dans ses
propriétés, quelles sommes les prévôts recueillaient dans leurs
« troncs, coffres et boîtes ». La Communauté revisait enfin
toutes les dépenses de l'hôpital; elles sont énumérées en détail
dans le compte de 1605; jour par jour, les prévôts y ont inscrit
les quartiers de bœuf, les veaux, moutons et porcs, les morues,
anguilles ou harengs, les pois et fèves, les pruneaux, la casso-
nade, le vinaigre, le blé noir, l'avoine, le foin ou la paille qu'il
leur a fallu acheter (2).
La construction de l'hôpital de la Santé fut décidée en 1563.
La Communauté voulait le réserver aux € pestiférés ». On qua-
lifiait « peste », toute maladie contagieuse. En 1608, la < peste »
ayant cessé, les bourgeois décidèrent de renfermer les mendiants
dans l'hôpital de la Santé. A la tête de cet hôpital fut placé un
prêtre qui prit le nom de t gardien ». L'évêque ou son grand
(1) Archives de Rennes, 319 (8 août 1600).
(2) JHd.j Minu de la recette et dépense des prévôts du 24 décembre 1604
au 24 décembre 1605.
HÔPITAL DE LA SANTÉ. 87
vicaire, les députés ordinaires du Chapitre devaient se trouver
en la Maison de Ville le jour où il était procédé à Télection de
ce personnage. On a conservé les statuts de Thôpital de la Santé.
Us témoignent de la haute idée que la Communauté se faisait des
fonctions de gardien. Les statuts déclarent que i; le gardien sera
» homme de bien, sage, prudent et sobre, vivant sans scandale,
» et de bon exemple » ; ils veulent qu*il soit < capable et de con-
1^ dition suffisante pour servir la chapelle^ confesser les malades
% et serviteurs », les < exhorter à bien vivre et bien mourir ».
Le gardien doit ^ assister les malades de jour et de nuit », leur
% administrer les sacrements de confession, de la sainte com-
» munion et de Textrême-onction, même le Saint-Sacrement du
» baptême aux enfants qui seront nés au dit hôpital, en temps de
» contagion seulement, et sans salaire ». Les habitants de Rennes
chargent le gardien de pourvoir tout ensemble à la < nourri -
» ture, traitement et médicaments des pauvres malades »; ils
placent un seul serviteur sous ses ordres. On est surpris de
rétendue des attributions du gardien et des difficultés qu*il dut
surmonter pour les remplir toutes en temps d*épidémie. Non
seulement il joua le rôle d*aumônier et d*inârmier, mais encore
il tint un registre où il notait Tentrée et la sortie des malades;
il tint des registres de baptêmes et de décès, des registres de
comptes ; il établit des inventaires de son mobilier ; il y a plus,
il fut chargé de faire le rapport des « testaments, codicilles et
» déclarations de dernière volonté de tous les malades ». On lui
défendit d'exercer aucune pression sur les testateurs; on lui
donna ordre de délivrer les testaments aux héritiers ou exé-
cuteurs testamentaires. Quelque lourdes qu'elles fussent, les
fonctions de gardien de la « Santé » ne rapportaient à leur ti-
tulaire que deux cents livres par an; elles lui donnaient droit
à la nourriture pour lui et pour son serviteur (1).
La Communauté de Rennes eut un tel souci d'assurer tous les
(1) Archives de Rennes, 325 (29 décembre 1608).
I
88 ASSISTANCE PUBLIQUE.
soins nécessaires aux i; malades de contagion », qu*elle nomma
des chirurgiens et des apothicaires de l*hôpital de la Santé. Les
médecins étaient alors si rares en Bretagne qu'il fallait en faire
venir dans la province et les y retenir en leur donnant des
gages (1). Celui de la Santé avait des gages; il se faisait en outre
payer tous les mois sa nourriture et ses t vacations % ; il exigeait
un logement meublé, le chauffage et Téclairage. Les apothicaires
de Rennes étaient tenus de fournir, t chacun en leur rang et
» par chacun mois, tous les médicaments » que réclamait le mé-
decin de la t Santé » (2). Parfois, la Communauté trouvait que
les mémoires des apothicaires étaient trop élevés ; elle refusait de
les acquitter jusqu'à ce que le siège présidial eût fixé la somme
qu'elle devait payer (3).
(1) Bibliothèque de Rennes, ms. 320, fo 359.
(2) Archives de Bennes, 475 A, fo 78 ro (3 novembre 1598).
(3) Ihid,, 476 B, fo 36 r^ (7 août 1600) ; 478 A, fo 53 v« (11 mai 1607).
CONCLUSION
Après avoir exposé en détail ce que fut l'administration muni-
cipale de Rennes au lendemain des guerres religieuses essayons
de porter un jugement d'ensemble sur cette administration et de
déterminer ce qu'elle eut de bon comme ce qu'elle comporta de
mauvais.
La Communauté, en qui résidait presque tout pouvoir muni-
cipal, fut servie par un corps d'officiers assez bien organisé : Un
procureur syndic axant l'ordre du jour des assemblées de la
Maison Commune, défendant sans relâche les intérêts de la ville,
correspondant en son nom avec les lieutenants généraux et avec
le Roi lui-même, comparaissant pour elle en justice, tenant en
somme dans le € corps de ville » la place que les procureurs du
Roi occupaient dans les juridictions royales; des < miseurs » qui
encaissaient les revenus de la ville ou acquittaient ses dépenses,
recrutaient des ouvriers pour les travaux que l'on ne mettait pas
en adjudication, et subissaient le contrôle du procureur syndic,
du contrôleur des deniers, de la Communauté, de la Chambre des
Comptes; un contrôleur dont la fonction consistait à « certifier »
les dépenses des < miseurs » ; un greffier dont la signature faisait
foi comme celle des notaires royaux et qui avait la garde des
archives; enfin nombre d'officiers d'ordre inférieur directement
soumis à la Communauté, ou relevant à la fois de la Communauté
et du gouverneur ; tout ce personnel témoignait d'un assez grande
activité; il paraît avoir eu le souci d'assurer la bonne adminis-
tration des affaires municipales.
L'organisation financière de la ville de Rennes était d'ailleurs
90 CONCLUSION.
assez simple pour qu'il fût toujours facile à la Communauté de
voir très clair dans les recettes et dans les dépenses. Les revenus
de la ville ne restaient-ils pas à peu près invariables tant que les
bourgeois ne se préoccupaient que de payer les officiers muni-
cipaux, de pourvoir à Tentretien des rues, places et édifices
publics? Si on les accroissait en établissant des taxes excep-
tionnelles aussitôt que des travaux importants, de grandes cons-
tructions ou même des fêtes exigeaient que la ville dépensât
davantage, la Communauté savait toujours exactement de quelles
ressources elle disposait, puisqu'il n'était point de revenu qui
ne fût déterminé à l'avance par la mise en adjudication de la
taxe qui devait le produire. En tout état de cause les adjudi-
cataires ou leurs héritiers étaient absolument responsables des
fermes.
Quant aux dépenses, ce fut une pratique constante de les
consigner en détail sur des registres de comptes. On distinguait
entre les dépenses ordinaires et les dépenses extraordinaires. Les
dépenses ordinaires correspondaient aux gages ou indemnités
que la ville accordait à ses officiers et à ceux du Roi; elles
englobaient tous les travaux publics. Les dépenses extraor-
dinaires couvraient les frais des députations et des gratifications.
Il sera permis d'affirmer qu'un grand esprit d'ordre et d'économie
présida toujours aux dépenses ordinaires. On ne voit point que
la Communauté ait attribué des gages trop élevés, ni qu'elle ait
cédé à la pression qu'exercèrent sur elle les lieutenants
généraux, en vue de se faire construire des hôtels ou de se faire
attribuer une installation luxueuse. Sans doute au début du
XYIP siècle on la voit s'engager dans des entreprises coûteuses,
percer des rues, construire un pont et un hôpital, agrandir son
collège, distribuer des eaux potables dans Rennes, refaire le pavé
de ses rues et décider d'édifier un palais pour le Parlement;
mais à coup sûr c'étaient là des entreprises utiles et l'on peut
croire qu'elles étaient proportionnées aux ressources de la ville.
Les documents qui les signalent permettent de constater d'ailleurs
CONCLUSION. 91
avec quelle précision furent toujours rédigés les contrats que la
yille imposait aux entrepreneurs de travaux publics. Tout au
plus pourrait-on prétendre que les bourgeois se départirent de
leurs principes d'économie quand ils firent décorer THôtel de
Ville, mais ce serait leur refuser le droit d*encourager les arts
dans une ville où Ton entreprenait bien rarement des travaux
artistiques.
C'est encore justice que de rappeler quels sacrifices la Com-
munauté de Rennes fit pour Tinstruction publique, combien elle
se préoccupa d'assurer la subsistance des pauvres, de pourvoir
aux besoins des hôpitaux, de conjurer et de combattre les
épidémies.
La responsabilité des abus qu'il faut maintenant signaler danis
l'administration municipale dq Rennes retombe tout ensemble
sur le Roi, sur le gouverneur de la ville, sur le Parlement et
sur la Communauté elle-même. Ni les privilèges qui furent
octroyés à Rennes ni les droits qu'on lui reconnut ne furent
scrupuleusement respectés. Tantôt le Roi souffre que ses receveurs
généraux contraignent les bourgeois à payer l'aide des villes
dont ils sont cependant exempts; tantôt il permet que la Chambre
des Comptes se refuse à enregistrer leurs privilèges. En 1592
le Roi reconnaît à la Communauté le droit de nommer son
procureur syndic, mais bientôt après il l'astreint à lui présenter
une liste de trois candidats sur laquelle il choisit lui-même cet
ofScier, substituant ainsi sa propre autorité à celle du corps
municipal. En temps de guerre l'exercice des privilèges de la
Communauté est en quelque sorte suspendu par le gouverneur
de la ville qui frappe des taxes sur les habitants, s'attribue un
pouvoir discrétionnaire et subordonne tout aux intérêts de la
défense. En temps de paix un autre pouvoir supplante à l'occasion
la Communauté; c'est le Parlement. Par lui la Communauté se
voit enlever la police de la ville, le droit de surveiller les marchés
ou de faire des règlements sur la vente des denrées. Dans une
foule de circonstances oii son autorité aurait pu être invoquée,
92 CONCLUSION.
elle voit les particuliers se tourner au contraire vers les juges
souverains; le voisinage d*un Parlement fut pour le < corps de
» ville % une cause d'effacement et d'impuissance.
n faut d'ailleurs reconnaître que les privilèges de Rennes
n'étaient pas déterminés avec précision ; quel'édit de 1592, qui
tendait à axer le recrutement de la Communauté, ne fut jamais
appliqué, et que les assemblées de la Maison de Ville furent plus
d'une fois de véritables foyers d'intrigue. Il est nécessaire de
constater que, si le gouverneur ou le Parlement empiétaient
parfois sur les attributions de la Communauté, les différents
pouvoirs étaient aussi fort insuffisamment délimités dans le sein
de la Communauté elle-même. On voit des procureurs syndics
passer des marchés, surveiller des travaux, s'enquérir des dégra-
dations des bâtiments municipaux, tout comme les < miseurs » ;
la Communauté prend elle-même assez souvent la place des
t miseurs », et nomme des commissions qu'elle charge du travail
de ces officiers. Il ne paraît pas toutefois s'être produit de
conflits entre les officiers municipaux. Les conflits qui troublèrent
l'administration de la ville éclatèrent en dehors de la Commu-
nauté : les juges du siège présidial entreprirent de disputer au
gouverneur la présidence des assemblées du i; corps de ville >, et
il fallut que le Conseil d'État maintînt le gouverneur dans ses
prérogatives. Ces mêmes juges s'obstinèrent dans la suite
à réclamer, pour eux et au détriment du gouverneur, l'honneur
de présider à la mise en adjudication des revenus de la ville ; le
Parlement intervint et décida que les fermes seraient adjugées
devant ses propres conseillers.
Malgré le peu de fixité des ordonnances et des règlements qui
déterminaient son fonctionnement, en dépit des abus de pouvoir
dont souvent elle était victime, la Communauté de Rennes
témoigna, au temps de Henri IV, d'une réelle entente de
l'administration. Elle se montra en général fort économe des
« deniers communs », et l'on ne peut guère lui reprocher, au
point de vue financier, que d'avoir fait un usage immodéré des
CONCLUSION. 93
députations et des gratifications : quand elle accordait de grosses
indemnités à ses députés, elle surexcitait les convoitises de bien
des gens qui plaçaient leur intérêt personnel au-dessus de celui
de la ville; quand elle offrait de riches présents aux grands
personnages qu*elle recevait dans ses murs et même aux
gens de leur suite, elle s*engageait dans une mauvaise voie;
au XVIIe siècle on vit se multiplier indéfiniment les dépenses
extraordinaires dont le poids fut bientôt écrasant pour le budget
municipal.