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Full text of "Recueil d'archéologie orientale"

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RECUEIL 



D'ARCHÉOLOG[E ORIENTALE 



TOME 11 



ANOBRS, 1MPRIHBRII DB A. BDRDIlf, RUB OARIflBR, 4. 



^^^amm^m-mm-mr^ 



RECUEIL 



D'ARCHÉOLOGIE ORIENTALE 



PAR 



GH. CLERMONT-GANNEAU 



. ». 



MEMBRE DE L INSTITUT, 
PROFESSEUR AU COLLÈGE DE FRANCS 



A.veo Planolies et Oravuz*Qi 



TOME II 



PARIS 

ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 

28, RUE BONAPARTE, 28 

1806 



•"«1 

< 



RECUEIL 

D'ARCHÉOLOGIE ORIENTALE 



Si'- 

Les épimélètes de la source sacrée de Ephca à 

Palmyre. 

L'inscription palmyrénienne de la série de Vogiié, n* 95", est 
une de celles dontlesensesileplusobscur et qui ont provoqué le 
plus de commentaires divergents'. 

C*est une dédicace gravée sur un petit autel en calcaire dur. 
L^original, copié par M. Waddington dans le cimetière musulman 
de Palmyre, a été, depuis, transporté à Gonstantinople, où j'en 
ai pris un bon estampage en 1872. 




1. La substance des §§1-12 a été communiquée àTAcadémie des Inscriptions 
et Belles- Lettres dans ses trois premières séances du mois de janvier 1896. 

2. De Vogué, Syrie centrale, iwicriptions sémitiques, p. 65. 

3. Voir, entre autres : Noeldeke, Zeilschrift der deutsch. morg. Gesellsch,, 



I Rbcubil u'ArciiéoloijIE oiub.mtale. il. 



Février 18%. Livraison 1 f 






2 REVUE D^âRCHÉOLOGIë ORIENTALE 

Je ne m'attarderai pas à revenir sur les points acquis^ et à dis- 
cuter par le menu les points douteux en critiquant les diverses 
solutions peu satisfaisantes qu'on en a présentées. 

Je me bornerai, pour marquer par la divergence même des in- 
terprétations les difficultés de ce texte vraiment énigmaliqiie, à 
citer les traductions qu'en ont successivement proposées MM. de 
Vogiié et Halévy. 

Voici celle du premier : 

(( En rhonneur de la fontaine bénie ! consacré par Bolana, 
lille de Azizou, fils de Azizou, fils de Seeila, purifiée de deux 
malédictions. Accompli de sa main. » 

Voici celle du second : 

(( Au Maître de la fontaine bénie. (Ceci a été) fait, avec deux 
attisoirs^ par Bolana, fille de Azizou, fils de Azizou, fils de Scheila, 
qui a été guérie par lui. » 

Voici comment, à mon tour, je proposerai de transcrire et de 
traduire ' : 

(( A la Tychéàe la source bénie. A fait Bolana, fils de Azizou, 
fils de Azizou, fils de Cheella, dans (les) deux exercices d'épimé- 
lète qui ont été accomplis par lui. » 

Je considère le 4* caractère de la ligne 2, pris unanimement 
jusqu'ici pour un samech^ comme élant^ en réalité, un phé. On 



vol. XXIV, p. 98; Blau, lÙ, vol. XXVII, p. 356; Mordtmann, id., vol. XXXVIII, 
p. 585; Halévy, Mélanges d'épigraphie et d'archéologie sémitiques, p. 69; Prae- 
lorius, Beitr. s. ErkL d. himj, Inschr,, III, 49; etc.. 

i. J*adople, pour le premier mot, la lecture de M. Mordtmann, confirmée par 
l'estampage. Je rejette les law dont on avait tout à fait arbitrairement supposé 
Texistence à la fin des lignes 1 et 2, pour les besoins de la cause, à TefTet 
d'obtenir les mots féminins [nll2y,« elle a fait >» et [n]l2, « fille », et de rendre 
compte ainsi du féminin embarrassant HD^tt^M, qui apparatt à la dernière ligne. 



LES ÉPIMÉLÈTËS DE LA SOURCE SACRÉE DE BPHCA A PALMYRE 3 

sait que ces deux lettres se ressemblent beaucoup dans Talphabet 
palmyrénien et prêtent à de faciles confusions. Le caractère en 
question a bien, sur l'estampage, sa tète armée d'un petit trait 
faisant crochet, trait qui, généralement, aide à distinguer le 
samech du phé; mais il est à noter qu*ici ce trait, peu développé 
d'ailleurs, est retroussé en arrière, au lieu d'être projeté en avant, 
comme il Test d'ordinaire dans le samech. On a, du reste, quelques 
rares exemples d'une amorce de ce genre dans la tète du phé^. 
J'obtiens, ainsi, le mot ]diS)3S«, à rétablir en ]TDSas», epimélè- 
touârij duel — ou, si Ton préfère, puisque nous sommes en ara- 
méen — pluriel régulier de mobttsw, epimélètoût, substantif 
féminin abstrait tiré du grec èTnfxeXTjTi^i;, et signiGant a charge 
à'épimélète ou curateur »'. Le mot est formé par l'addition de la 
désinence n\ oût au radical grec, exactement comme le palmy- 
rénien nuiDTCDK', « charge de stratège », de arpaTriyoçirminSs*, 
(( présidence », de lupoeSpoç. 

La préposition 2, qui régit ce mot, a bien ici la valeur cir- 
constancielle de temps que je lui attribue, comme le mon- 
trent les expressions : nni:iuiT3DH2, « pendant son stratégat»; 
n nmnnbsn, » pendant la présidence de... ». Comparez encore : 
nwwi^, « pendant l'exercice de trésorier ». Les Palmyréniens 
auraient dit de même : ]i:it31UD(^3 ce pendant deux stratégats », etc. . . 
On croyait généralement jusqu'à ce jour que cette préposition 
avait dans notre inscription la valeur de « avec », parce qu'on 
voulait à toute force chercher dans le mot qu'elle gouverne un 
nom d'objet matériel; mais 2 ne s'emploie pas dans ce sens en 
palmyrénien; et, d'ailleurs^ le verbe nb)3u;N, qui apparaît plus 
loin, implique plutôt non un achèvement, mais l'accomplisse- 

1. Voir le n« 40 des Sculptures et Inscriptions de PalmyrCf par SiDionsen, et 
une inscription du British Mustfum citée dans la Tabula scripturae AramaicaCy 
d*Eutinfç (colonne 24). 

2. Cf., pour la phonétique, la façon dont le palmyrénien rend dans le Grand 
Tarif {II, I, 10, et H B, 1. 17) le mot [LriXtaxr\ « toison » = KlDSr2« 

3. De Vogué, op. c, Palmyr., n<» 17. 

4. Grand Tarif bilingue, I. 2. 

5. De Vogué, op. c, n« 124. 



4 HBOUEIL d'aKCBÉOLOGIIs: OKII^NTALE 

ment d'uae chose non matérielle. Ce 2 a presqu^ici la valeur de 
(( à Toccasion de ». 

Ce qui rend cette explication très plausible, c'est l'existence 
d'une inscription grecque de Paimyre* nous donnant le nom 
même de cette source sacrée des Paimyréniens : "Ë^xa. C'était 
une source thermale, objet d'un culte confié précisément à des 
épimélètes : 

Par une coïncidence curieuse, le curateur mentionné dans cette 
inscription, datée de Tan 162 de notre ëre« est un homonyme 
du nôtre; il s'appelle Bôlanos, fils de Zenobios, fils d'Airanos, 
fils de Mokimos, fils de Maththas. Mais ce n'est qu'un homonyme ; 
car, ainsi qu'on le voit, la généalogie diffère. En outre, notre 
épimélète Bolana, semble bien, par sa généalogie, avoir été le 
frère d'un certain Julius Aurelius Ogga, qui apparaît dans deux 
inscriptions palmyréniennes' datées des années 254 et 259 de 
notre ère; il vivait donc près d'un siècle après son prédécesseur. 

Notre inscription nous montre ainsi^ d'une part, que la charge 
d'épimélète de la source sacrée de Palmyre était temporaire, et 
d'autre part, qu'on pouvait l'exercer à deux reprises. Notre 
Bolana avait été deux fois épimélète, exactemeot comme le 
greffier Malé Agrippa^ avait été greffier pour la seconde fois : 
N^mn n O^naaia, YpajxjxaTéa YsvoiAsvdv To SsuTspov. Dans une inscrip- 
tion autrement libellée, il eût été qualifié de : H^nin n (H)iDbDSN, 

L. 4. nDSu;t<, « ont été accomplies » est un nouvel exemple 
du passif araméen interne, à enregistrer à côté de ceux qui ont 
déjà été relevés* 2n3% pr, poa etc.; cf. le nabatéen^33s^(si, 

toutefois, le sens est bien celui qu'on a admis). 

1. Wdddinglon, fnscr. f/r. et lut, de la Syrie, n** 2571 c. L'inscription a été 
trouvée encore en place, auprès de la grande source chaude. Nombre d'inscrip- 
tions grecque^ de la Syrie font mention d'épimélètes. 

2. De Vogiié, op. c, no» 17 et 18. 

3. De Vogué, op. c, n© 16. 

4. Sachau, ZDMG,. 1883, p. 564. 

5. C'irp. inscr. sem., Aram,^ n^ 158. 



LES ÉPIMÉL^TFS DE LA SOURCE SACRÉE DE EPHCA A PALMYRE 5 

Celui que je reconnais dans noire inscription est particulière- 
ment instructif, parce que c'est un passif de la forme aphel'=z 
hophal, ou, plus exactement, ophaL On a voulu, en effet, consi- 
dérer ces francs passifs cités plus haut, comme des pseudo- 
passifs; ce sont^ a-t-on dit, des ithpeal contractés, dont Tadfor- 
mante ih serait assimilée à la première radicale redoublée^ 
comme qui dirait des ippeal^ Or, il est difficile, ici, de soutenir 
celte hypothèse, étant donné la place spéciale qu*occupe Tadfor- 
mante dans les verbes commençant par une sifflante; le réflectif 
de dStt serait oSnu^; par suite, nous devrions avoir rraSnurK, 
« ont été accomplies ». Dans ces conditions, la disparition du 
taw ne serait plus explicable phonétiquement. D'autre part, le 
mouvement général de la phrase, telle que je rétablis, exige im- 
périeusement le passif. Tout s^accorde donc pour nous montrer 
que notre verbe est bien réellement à cette voix. La conséquence 
s*étend naturellement aux autres cas contestés. 

Quant à Paccord du verbe, qui est à la troisième personne du 
féminin singulier du parfait, avec un sujet qui, lui, est au fémi- 
nin pluriel ou, plus exactement duel, nQSttr«....]'n3DbsK, cet accord 
n'a rien d'inadmissible. Il est, au contraire, tout à fait conforme 
au génie des langues sémitiques. Il suffit de se rappeler la façon 
dont procèdent pour ce genre d'accords^ non seulement Tarabe, 
mais rhébreu lui-même *; cf., par exemple : nap v:^y. « ses 
deux yeux étaient fixes » '. 

niT Sy (et non .tt), « par ses mains », c'est-à-dire « par lui », 
correspond exactement à la formule «-V»^ J^, 4»a»^ J^, de Tépî- 
graphie arabe '. 

1. R. Duval, Revue dea Études juives, Vllï, 57-63. CF. Reckendorf {ZDMG., 
1888, p. 398) qui répugne également, à tort, je crois, à admeUre Texistence du 
passif en paimyrénien. 

2. Voir sur ce sujet les réflexions d'Ewald, Ausfiihrliches Lesehuch, p. 781. 

3. ï Samuel, iv, 15. Il s'agit de i*infirmité du grand prêtre fili. Cf. ï hois, 
XIV, 5, où, dans la môme expression, le verbe est au pluriel masculin : v:^ iQp. 

4. Voir sur la valeur de celle formule arabe : Casanova, Mémoires de la Mis- 
sion arch. du Caire, VI, p. 348, et Sceaux arabes en plomb, p. 8. 



RECUEIL d'archéologie ORIENTALE 





§2. 
Un nouveau mois dans le calendrier palmsrrénien. 

A la ligne 4-5 du n" 80 de la série palmyrénîenne de Vogué 
{op. c,)^ au lieu de : 

][T3D] mu, « au mois de Kanouu », 
il faut lire : 

r:a niu, « au mois de Minian. » 

La copie de M. Waddinglon donne clairement ce nom de Mi- 
nian qui, à la riguour, pourrait f^tro lu Qinian (]^:p) : 

J*ai démontré Texistence, dans une autre inscription palmyré- 
nienne inédite, de ce mois de Minian^ jusqu'ici inconnu, dont le 
nom semble signifier « le mois du comput », et j'ai essayé d'en 
déterminer la place et le rôle parliculier dans le calendrier pal- 
myrénien, sur la constitution duquel il jette une lumière inat- 
tendue. 



1. Voir sur ce sujet le mémoire que j'ai communiqué à l'Académie en dé- 
cembre 1895 et janvier 1896, mémoire qui sera publié in extenso dans le vo- 
lume Il de mes Études d'Archéologie orientale. 



LES ANCIE!IS MOIS ARABES 'Ay^xXhx^xd^ ET 'AXsco*^ 



§3. 
Les anciens mois arabes * AyyaMa,6culB et 'ÂXc(o(x. 

Ces mois commençaient respectivement^ d'après saint Épi- 
phane, le 18 octobre et le 17 décembre. Ils correspondaient, par 
conséquent, exactement aux mois de Dios et de Audynaios du 
vieux calendrier dit des « Arabes », conservé dans X Hemerolo- 
gion de Florence *. 

Je crois qu'on peut les identifier avec les mois appelés "kr^ et 
TeXcov (formes altérées ou mutilées) dans le calendrier des Hé- 
liopolitains de Syrie, conservé dans le même Hemerologion. "Ax 
commençait le 22 novembre et FeXcov le 22 janvier ; ils se trouvent 
donc occuper le même rang et la même place relative dans les 
deux calendriers respectifs, étant séparés Tun de Tautre par un 
mois intermédiaire. ' 

Quant à l'écart des équivalences de quantièmes (35 jours, soit 
1 mois + 5 jours), il s'explique par le fait que le calendrier dit 
des « Arabes )> est réglé sur l'année solaire du style égyptien 
(12 mois de 30 jours + 5 épagomènes), tandis que celui des 
Héliopolitains l'est sur l'année julienne ; et que tous deux doivent 
dériver d'un calendrier primitif réglé sur l'année lunaire (avec 
mois embolime). La transformation s'est opérée indépendamment, 
et à des moments différents : chez les premiers, au cours d'une 
année simple ; chez les seconds, au cours d'une année à inter- 
calation embolimique; d'où la différence de 30 jours. Quant 
à la différence des 5 jours, elle est fonction du jeu des épago- 
mènes. 

i. Ideler, Handbuch,,., I, p. 347. 



RECUEIL D AHCHËOLO&IK ORIENTALli 



H. 



Gremme représentant peut-âtre le portrait d'un satrape. 




Cette améthyste, publiée pour la première fois au xvii' siècle 
par Agoslini, a vivement piqué la curiosité de la plupart de ceux 
qui s'occupent de glyptique. On y voit gravée une Iftle d homme, 
barbu, de profil, coiffé d'un casque historié, sans cimier. Dor- 
riëre, une petite figurine de femme, nue, 
debout, tenant une draperie (?|; devant, 
un caractère, ou un groupe de caractères, 
qu'on a considérés comme puniques. 

Les opinions les plus diverses ont été 
émises sur l'identité du personnage ' . Les 
uns ont voulu y reconnaître le portrait de 
Massinissa; d'autres, celui du général car- 
th.'iginois Hamilcar Barca; d'autres, celui 
(te Périandre, tyran de Corinthe. 

Si la légende, cl la pierre elle-même, est authentique. — ce 
que je ne saurais dire, l'original ou, à défaut, l'empreinte do 
Stosch ne m'étant pas accessible' — je proposerais de voir, dans 

1, Voir pour la bibliographit;, très nombreuse, «lu rooninncnL, S. Reinaiîh, 
Pierres gravées, p. 21; cf. pi. 13. 

Puisf|ue j'ai l'occasion de citer cet ouvrage, appel»! à renilre île lions services 
a>ix archéologues, j'en prolilerai pour signaler une correction à faire à la p. 54 : 
la gemme de Gori (II, 23, 1), reproduite :l la pi. 53, ne porte pas une h ins- 
cription de fantaisie ■ ; c'est la fameuse sacdoine phénicienne du Musiîp de Flo- 
rence, inscrite au nom d'Abibaal. Voirsurce monument, et la réplique gros- 
sière qui en été faite par un faussaire, mes Praudts archéologiques en PiUestine, 
pp. 270-291 : La fausse iiUailk .iu Cabinet i. et B, de Vienne. 

2. Depuis, j'ai reçu. grAce a. l'obligeance du D' H. Schaefer, directeur du 
Musée de Berlin, une contre-épreuve de l'empreinte de Stosch; malheureuse- 
ment, \i: monogramme est resté «ii ilehors du champ de l'empreinte. Lu gemme 
originale a disparu du Mus^e de florence. La gravure ci-dessus est un fac- 
similé de la reproiluctroD donnée par Gori, reproduction que M. H. Reinach a 
bien voulu mettre à ma disposition. Il est superflu de faire remarquer que li^ 
dessin de Gori est lrail<^ dans le gofit de l'époque; c'est un bel inTidr^le qui ne 
traduit que trt'-s approximativement le style même de l'inlnilte. 



INSCRIPTION MINÉENNE DlIN SARCOPHAGK PTOLÉMAÏQUE 9 

les prétendus caractères puniques, le monogramme grec S . Il 
suffit, pour s'en rendre compte, de regarder la gemme en l'orien- 
tant horizontalement selon son grand axe, de façon à amener la 
tête à la position de supination. 

Ce monogramme se décompose visiblement dans les lettres 
TST, dont les combinaisons possibles sont assez limitées en grec; 
la plus vraisemblable est encore celle que j'ai indiquée en dé- 
gageant les trois caractères dans Tordre ci-dessus. 

On serait assez tenté de chercher dans Tœt... le commence- 
ment de quelque nom perse, tel que 'rrrioiTY];, Tdravrjç, 
Td-a'xixY;;, etc.. D'autre pari, la tAte casquée, dont le caractère 
exotique a frappé tous les archéologues, me paraît rappeler d'une 
façon sensible celles qui figurent sur plusieurs monnaies de sa- 
trapes, battues dans les satrapies occidentales, par exemple, cer- 
taines pièces de Pharnabaze et de Datame^ si ce n^est que sur 
ces pièces — du moins celles que j'ai pu voir — le casque est à 
cimier. 

Aurions-nous sur cette gemme le portrait d'un satrape, plus 
ou moins connu dans l'histoire, qui, sacrifiant aux modes hellé- 
niques très on faveur sous les Achéménides, avait confié k un 
artiste grec le soin do reproduire ses traits? 



L'inscription minèenne du sarcophage ptolémaïque du 

Musée du Caire. 

Dans la première partie de la longue épitaphe gravée sur ce 
sarcophage en bois, qui a été découvert dans ces derniers temps 
en Egypte et qui constitue l'un des monuments les plus impor- 
tants de Tépigraphie sabéenne, il est dit que le défunt Zaidil vint 
en Egypte sous le règne de Ptolémée, fils de Ptolémée. 

Le nom du second Ptolémée était suivi d'un mot dont il no 



10 RECUEIL D*ARCHÉOLOGIE ORIENTALE 

reste plus que les dernièrea lettres, au commencement de la 
ligne 2, lettres qu*on a lues jusqu*ici : d*i... 

Toutes les restitutions plus ou moins ingénieuses qu'on a pro- 
posées, sur cette donnée paléographique, me paraissent inaccep- 
tables. En eiïet^ elles pèchent toutes par la base, car elles im- 
pliquent que la barre disjonctive, qui devait^ comme d'habitude, 
marquer la fm du mot, aurait été omise par le graveur. 

Cette barre est indispensable^ et elle constitue un élément 
essentiel du problème. Je propose de l'emprunter à la haste de 
gauche du caractère mal conservé, qu'on a pris unaniment pour 
un rt (= o) et qui serait à dissocier en : iS (= i]). 

Le caractère qui précède immédiatement est extrêmement 
fruste; il semble présenter les traces, très faibles, d*un O 0), 
S'il était permis de négliger ces apparences, assurément la res« 
titution la plus simple et la plus naturelle serait celle de ^[^Sd], 
(' le roi », titre tout à fait en situation et formellement exprimé 
à la ligne 3, après le nom de Ptolémée. 

Que si, au contraire, on maintient le % il nous faudrait trouver 
quelque épithèle caractéristique qualifiant Ptolémée et se termi- 
nant en ]i. Dans ce cas, on penserait aussitôt au surnom de 
$i5(jxci)v (]i[3DS]) donné à Ptolémée VIII. 

A vrai dire Physkôn était un sobriquet peu flatteur; et il serait 
singulier qu'il eût figuré du vivant même du roi, dans son pro- 
tocole officiel, qui était Sâièr, Philadelphos et Philométor\ 11 
fallait un certain recul historique pour qu'il pût s'attacher publi- 
quement au nom du roi. Cette condition ne serait pas impossible 
à obtenir, en ce qui concerne notre inscription minéenne, si l'oa 
admettait^ chose parfaitement possible, que le roi Ptolémée^ 
sous le règne duquel Zaidil est mort (I. 3), différent de celui 
sous le règne duquel il était venu s'établir en Egypte (1. 1), était 
Ptolémée XII Aulètès (80-51 av. J.-C), fils illégitime de Pto- 
lémée Lathyros (117-81 av. J.-C). Arrivé en Egypte vers la fin 
du règne de ce dernier prince, de Ptolémée Lathyros, fils de 

1. r. /. 6., np» 4678, 47i6 i, add. 4897, til. b. 



INSCRIPTION MINÉENNE d'oN SARCOPHAGE PTOLÉMAÏQUE 1 1 

Plolémée Physkôn, notre Zaidîl aurait vu successivement les 
règnes, plus ou moins éphémères, de Cléopâtre, veuve de Phys- 
kôn. d'Alexandre I et d^ Alexandre II, et serait mort la 22" année 
de Plolémée Aulètès, soit l'an 38 avant notre ère. A cette époque, 
le souvenir de Plolémée Physkôn était déjà assez lointain pour 
que ce prince, d'assez triste mémoire, au demeurant, put être 
désigné sans incongruité par le surnom sous lequel il fut, d'ail- 
leurs, connu de bonne heure dans l'histoire* et qui, après tout, 
n'est guère plus choquant que celui de Lotm le Gros. 

La restitution ]l[i3a] ^^MaxeSciv, qui serait, à la rigueur, ma- 
tériellement possible, nous reporterait aux premiers Lagides, ce 
qui, à tous égards, est bien peu vraisemblable. 

A la ligne 2, le mot énigmatique non est peut-être à rappro- 
cher du mot identique, engagé dans le groupe, non moins em- 
barrassant : H'^non, de la stèle araméenne de Saqqara*. Sans 
doute, c'est un peu obcurum per obscurius; mais le rapproche- 
ment est d'autant plus indiqué que les deux monuments ont le 
même caractère funéraire et que les deux textes, araméen et sa- 
béen^ sont imprégnés au même degré d'idées égyptiennes. 

Pour rendre compte étymologiquement de ipss au sens 
de « mourir », au lieu d'aller chercher bien loin des analogies 
contestables, le plus simple serait peut-être de rapprocher l'arabe 

3^ (v3j&), même sens ; les deux racines ne différeraient que 

par une de ces interversions (dans leurs deux dernières radicales), 
dont les anciens dialectes arabes nous offrent plus d'un exemple^ 
interversion favorisée ici par la nature même de la lettre r. Cf., 
à ce point de vue phonétique, l'araméen Kpis, Mnpns et l'arabe 

»j^, vertèbre. 



1. Voir le fragment de marbre du Capitole, C. I. G., n^ 6855 (/. 

2. C. h S., Aram,, n» «22. 



12 RECURIL d'aBCHÉOLOGIE ORIENTALE 



Le vraiv final des noms propres nabatéens : ou ou o? 

Cette désinence caractéristique du nabatéen se prononçait-elle 
ouj comme on l'a admis jusqu'ici par hypothèse? Disait-on, par 
exemple, i^Sa, Malikou (n. pr. d'homme); •las:, Nabaton (nom 
de la Nabatène), etc.. ; ou bien : Mali ko ^ Nabato^ etc.? 

Une inscription grecque du Hauràn\à, laquelle on n*a pas 
prêté assez d'attention, me semble impliquer qu'on prononçait 
en réalité, au moins sur certains points et à une certaine époque, o, 
et peut-être même ô. J'y relève, en effet, les noms propres, cer- 
tainement au nominatif d'après la teneur même de la phrase : 

Oua6w, Sa6aw, Naxvaxwi = ism. lyattT, *vp3p: (cf. l'arabe <3**')- 

C'est le seul cas que je connaisse où les terminaisons naba- 
téennes originales apparaissent à nu, sans être masquées par de 
désinences grecques déclinables. 



§7. 
Inscription gréco-nabatéenne de Medaba (M oabitlde) 

La première ligne de ce texte très intéressant, mais malheu- 
reusement bien mutilé, débute par le nom de l'auteur de la dédi- 
cace. Ce nom se présente sous cette forme : ABAAAAACANAMOY. 
Le P. Germer-Durand* le lit et le transcrit ainsi : *A68aXXà 
22ava...ou, « Abdallah, fils de Sana... » 

Je propose de lire, en coupant différemment et en restituante 
troisième avant-dernière lettre qui manque : 'AôîaXXoç 'Ava[[i.]cu, 
« Abdallas, fils de Anamos. » Le patronymique n*est autre chose 

t. Waddinglon, Inscrip, gr, et ht, delà SjynV, n° 2245. 
2. Revue biblique, 1895, p. 590. 



INSCHIPTION GHÉC0-NAI)ATÉ1SNNE DE MEDAHA (mOABIÏIDe) 13 

que le nom nabatéo-grec très fréquenrAvaiJLoç = ia:v/i4;iamow*. 
Quant à 'A6îiXXaç, c est la transcription fort exacte du nom 
nabatéen qui se présente au Sinaï sous la forme mSkiist, Abd- 
allahî; on remarquera l'élimination de la désinence casuellc i 
dans la transcription grecque. On rencontre aussi la forme 
NnSNinv, à Medàïn Sâleh', et, à Palmyre, la forme contractée 

A la ligne 6, dans la lacune qui suit xaxaircaffea);, il devait y 
avoir probablement, non pas le nom de la ville, mais seulement, 
selon rhabitude, les mots Tfjç ^6Xe(i>;, qui fournissent juste le 
nombre de lettres voulu pour combler le vide. 

L'an 19 d'Antonin — s'il s'agit d' Antonin le Pieux — = 157 de 
J.-C. — donnerait pour époque de Tère de la ville : (MT) 340- 
157 = 183 avant J.-C. Cette dernière date parait bien haute et 
ne correspond à aucun événement saillant de l'histoire de Medaba. 
Peut-être les lettres numériques lues MT sont-elles à modifier? 

La (in de la dernière ligne contenait, parait-il, quelques 
lettres nabatéennes; « quelque chose comme N3injo », dit le 
P. Germer-Durand. Le moindre bout de croquis aurait mieux 
fait notre affaire que cette transcription par à peu près. Ne nous 
cacherait-elle pas, par hasard, le nom même de la ville de Me- 
daba? Si, par la pensée, on met sous ces lettres hébraïques les 
lettres nabatéennes correspondantes, Ton obtient un groupe qui, 
étant données les incertitudes propres à cet alphabet, ressemble- 
rait passablement au nom sémitique de Medaba, soit la forme 
biblique K2TC, Meideba, soit, mieux encore, la forme moabitc 
originale Niina, Mahdeba que nous a révélée la stèle de Mésa^ 
En tout cas, Tapparition du nabatéen à Medaba n'est pas pour 
nous surprendre, cette ville nous ayant déjà fourni une très im- 



1. Ou 'Anamo, diaprés l'observation du § 6. 

2. C. i. S., Aram., n* 238. A moind qu il ne vaille mieux lire la copie, un 
peu incertaine, de M. Doughty : NllS^iay, 'Abdelga^ nom connu d'autre pari. 

3. Zeitschr. der. deulsch, morgen, GeselUsch,, XXXVIII, p. 588. 

La forme conjecturale K3TMD ne serait pas non plus, & la rigueur, impos- 
sible en nabatéen. Cf. l'arabe ^jU. 



14 HBCUEIL d'archéologie ORIENTALE 

porlanle inscription dans celte langue et ayant été, comme je Tai 
montré autrefois % occupée, dès l'époque des Macchabées, par la 
tribu nabatéenne des Bené Ya*amrou, ou fils de lambri. 



§ 8. 
Dédicace au dieu Arabique (Djerach). 

Le P. Germer-Durand lit et traduit ainsi* Tinscription gra- 
vée sur une très intéressante stèle provenant de Tantique Ge- 
rasa : 

"Ethîxoç AiQpiyjTptoç MaXx(ou toO xal Neixo|jLa^O'j, tov ^copiov ovéôrjxev. 

(( L'an 212, le 1^ de Daisios. Pour la santé des Augustes, Épi- 
cos Démétrius, fils de Malcius Nicomaque, a dressé cet autel au 
dieu de TArabie. » 

Je crois qu'il y a lieu d'introduire des modifications assez sen- 
sibles dans la lecture des lignes 4 et 5, ainsi figurées : 

BENAPABIKNETVKS 
AHMHTPIDCMKIDY 

J'ai peine k voir, dans le complexe à ligatures terminant la 
Ugne 4, un nom propre "Eirvixcç, d'ailleurs inconnu dans l'ono- 
mastique grecque. 

Je propose de restituer hvr^Aiiù, « qui exauce », en considérant 
la lettre inscrite dans Tintérieur du D comme un N plus ou moins 
net ou bien conservé ; ce serait, dès lors, Tépithète d'un usage 
rituel si fréquent, et le mot serait à joindre à Texpression qui le 
précède immédiatement : ôeco 'Apa6ixG) èxTjxco). 

Le véritable nom de l'auteur de la dédicace aurait donc été 
Demetrios tout court. 

Quant au patronymique lu MaXxbu, à la fin de la ligne 5, il 

i. Journal Asiatique, mai-juin 1891, p. 540 et seq. 
2. Revue biblique f 1895, p. 385. 



DÉDICACE AU DIEU ARABIQUE (dJëRACH) IS 

m'inspire également de grands doutes. Malgré certaines appa- 
rences, il me semble difficile de le rattacher au nom nabatéen si 
répandu de Malkou^ transcrit ordinairement MaXys;. Le kappa 
ne répondrait pas normalement au kaph sémitique =7; de plus, 
la terminaison icç ne s'expliquerait pas. 

Pour ces diverses raisons, je propose de lire 'AXxisu, en con- 
sidérant le groupe M comme formé tout simplement de A + A 
juxtaposés au point de se toucher; si ce groupe était réellement 
un complexe formé de la combinaison M + A + A, le M serait 
ici, autant qu'on peut s'en fier à la figuration typographique, 
d'un type différent des autres M de Tinscription, qui sont à bran- 
ches verticales et non à branches obliques. 

''ÂXxicç est un nom connu dans Tonomastique grecque ; en 
outre, il semble avoir été assez en faveur chez les populations 
hellénisantes de Syrie. Je Tai rencontré deux fois en Palestine : 
1* dans la série des inscriptions bilingues hébraïques et grecques 
marquant la limite périphérique de Gezer ; 2*^ sur un sarcophage 
ou ossuaire venant d'un antique tombeau juif de Lydda'. 

L'an 212 doit être certainement calculé non d*aprës l'ère de 
Bostra — ce qui nous rejetterait en Tan 318 J.-C, mais d'après 
Tère de Pompée, qui, ainsi que je l'ai démontré, est employée 
dans plusieurs autres inscriptions de GerasaV Cela nous don- 
nerait 148 J.-C. Les Augustes mentionnés dans Tinscriplion se- 
raient, en conséquence^ Antonin et Marc-Aurèle. 

Une autre inscription de la même ville de Gerasa publiée dans 
le même recueil^ doit, d'après sa teneur même, être sensible- 
ment contemporaine de celle-ci; or, elle est datée de Tan 142, 
par conséquent d'une ère qui ne saurait être la même. Ici en- 
core, l'ère de Bostra nous rejetterait trop bas (248 J.-G.), si, du 
moins, Ton maintient les leçons données par la copie : BMP et 
BR/P; si, au contraire, Ton était autorisé à corriger ces lettres 

i. Clermont-Qanneau, Archaeological Rdsearches in Palestine, 1836, vo'. il, 
p. 266 et p. 345. 

2. Voir plus loin, 8 9. 

3. Revue biblique, 1895, p. 38 i, n» 25. 



16 RECUEIL d'aKCUÉOLOIjIE ORIENTALE 

numériques en MB — c'est une question à examiner sur Torî- 
ginal ou un estampage — on obtiendrait une date sensiblement 
concordante avec celle de Tinscription précédente, Tan 42 de 
Tère de Boslra nous reportant à l'an 148 J.-C. 



§9. 
Autel de Djerach dédié à Némésis*. 

Les noms des épimélètes, chargés d'exécuter les dispositions 
testamentaires du donateur, sont lus par le P. Germer-Durand : 
Nixoixa^ou, AujaTou Ntxoixo^ou, xal 'A|jluvtou MaXxayet'vr^ç, « Nico- 
maque, Ausatus {fils de) Nicomaque et Amyntas Malcagènes. » 
Soit trois épimélètes. Mais, dans ce cas, on attendrait un xal, qui 
manque après le premier Nixoixa^ou. Il me semble préférable de 
n'en compter que deux, en lisant le nom du premier : Ntxsixa^^ou 
A5(ja ToO Ntxoijwcyoj, « Nicomaque, fils de Ausas, fils de Nico- 
maque. » Le petit-fils aurait porté le nom de son grand-père, 
conformément aux habitudes bien connues de l'atavisme ono- 
mastique. Quant à A5aa, ce serait le génitif de Auaaç, forme con- 
génère du nom nabatéo-grec, Aîjsç =: iûtin*. 

Pour ce qui est du nom (?) MaXxaY6tvY)ç, j'avoue qu'il est com- 
plètement déroulant. J'avais pensé, un moment, à en détacher 
MaXxa, pour en faire un patronymique : MaAxaç=: MaX-/®?'» ^vec 
la désinence traitée comme dans Ajffaç=Ai5Œoç. Mais ici, il y a 
l'objection du x substitué au -^. Et puis, dans ce cas que faire de 
l'élément Yeivr^ç? La lecture aurait besoin d'être vérifiée. 



\. Revue biblique, 1895, p. 384, no 24. 

2. Cf. Waddinglon, op. c, n° 2064, où je propose de lire : Mâo£-/o; Aoù'aa 
(= j<uiK 11 1Dtt7T2), < Masechos fils de Ausas », au lieu de : MaffE/o; Aoù(Tâ[5o\j]. 

3. CF. la transcription MaX/aç, pour MâXr/o;, dans le Périple de la mer Éry- 
Ihrée^ 19. 



DÉDICACES A SÉVÈhË ALEXANDRE ET A JIJLIA MAHAEA 17 

Au moment de donner le bon à lirer des lignes qui précèdent, 
je reçois un numéro de la Zeitschrift du Deutsches Palaestina" 
K^rcm (XVIII, p. 127 et p. 141) contenant une copie en fac-similé 
de cette inscription, par M. Schumacher, et une transcription, 
contrôlée sur un estampage, par M. Buresch. La copie donne 
pour les dernières lettres MAAKAT€INIK///7////, avec €INIKfigu- 

rés dans le fruste ; la transcription : MaXxaxeivtx. 

En m*appuyant sur ces nouvelles leçons, je propose de resti- 
tuer paléographiquement : MaX(x)a t(oî5) Ntx[o[iixow]- Le second 
épimélète Amyntas aurait donc été fils de Malchas et petit-fils de 
Nicomaque, par conséquent, très vraisemblement, le cousin- 
germain de son collègue Nicomaque, fils de Ausas et petit-fils 
de Nicomaque. On remarquera le parallélisme des deux généa- 
logies et aussi des formes des deux patronymiques Auvaç et 
MaX^oç, affectant Tun et l'autre la terminaison caractéristique 

aç = oç. 

Ce nom de Nicomaque^ qui revient ainsi dans cette inscription 
et dans la précédente, semble avoir été très en faveur à Gerasa. 
Ce fait n'est pas indifférent, si Ton tient compte de ce que cette 
ville avait donné naissance à un personnage qui a illustré ce 
nom vers le i*" siècle de notre ère^ le fameux pythagoricien Ni- 
comaque, Nixo^jux^oç repadtjvoç. Il ne serait même pas impossible 
que Tun ou Tautre des personnages apparaissant dans nos ins- 
criptions fussent ses descendants. 



§10. 

Dédicaces à Sévère Alexandre et à Julia Mamaea 

(Djerach). 

Le P. Séjourné * avait attribué ces dédicaces, recueillies par 
lui dans les ruines de Gerasa, à Caracalla et Julia Domna. J'ai 

1. Revue biblique, 1894, p. 621. 



Recueil i/ARcntoLooiB oribiitalb. II. Mars 1896. Livraison 2. 



18 RECUEIL DÂRCHÉOLOGll!: ORIENTALE 

proposé' de substituer à ces noms ceux d'Alexandre Sévère et 
de Julia Mamaea^ en m'appuyant, d'une part, sur les traces des 
lettres conservées, en montrant, d'autre part, que Tère employée 

^ était celle de Pompée (64 av. J.-C), ce qui fournit une con- 

J: ' cordance chronologique parfaite. 

; . Ces conclusions, adoptées par M. Gagnât' à qui je les avais 

^* soumises en lui signalant ces inscriptions, le sont aujourd'hui, 

avec raison, par le P. Germer-Durand' qui publie une nouvelle 

'■'_ copie de ces textes importants rectifiée dans ce sens. Je suis heu- 

reux de cette adhésion. Il me permettra seulement de le ren- 
voyer à la note citée ci-dessus où je les avais consignées le pre* 
mier. 



Sli. 
Le protocole ô xupiôç |Jiou. 

L'inscription de Djerach, reproduite par le P. Germer-Durand* 

sous le n*^23, montre qu'il vaut mieux décidément maintenir la 

lecture ô xuptoç [xou, de préférence à la correction ô xupto; M. $A., 

% dans l'inscription de Djâsim publiée autrefois par moi dans le 

premier volume de ce llecueil (p. 5, n® 4). 






M 






§12. 

Inscription grecque de l'église du Saint-Sépulcre 

(Jérusalem). 

Cette inscription, malheureusement très mutilée et, d'après ce 
qu'on peut en déchiffrer, fort intéressante pour l'histoire de la 
ville sainte sous la domination byzantine, est gravée sur un gros 

1. Clermonl-Gannedu, Études d'Archéologie orientale^ I, p. 142. 

2. Revue archéologique^ 1894 b, p. 403, 

3. Revue biblique, 1895, p. 381. 

4. Revue biblique, 1895, p. 383, n° 23. 



LYCHNARIA ▲ INSCRIPTIONS ARABES i^ 

bloc encastré dans la façade de Téglise du Sainl-Sépulcrc, à 
une grande hauteur, à droite des portes d'entrée. Elle a été dé- 
couverte par moi en 1871 *. J'en ai pris alors un moulage enterre 
glaise et une copie, donnant plus que Tessai de transcription 
qu'en publie aujourd'hui le P. Germer-Durand V Elle figurera 
dans le volume I de mes Archaeological Researches in Palestine. 
Même observation pour le fragment d'inscription grecque en- 
castré dans le mur d^enceinte de Jérusalem, à droite, en sortant 
par la porte de Saint-Étienne, et qui a été publié Tannée der- 
nière par le P. Séjourné'; il a été découvert et publié par moi, 
quelque vingt ans auparavant^ dans mes rapports au Comité du 
Palestine Exploration Fund^. 



tr 

O 



§13. 
Lychnaria à inscriptions arabes. 

J'ai recueilli autrefois en Palestine, soit des mains des iudi- 
ënes, soit dans mes fouilles, plusieurs spécimens de lampes de 
terre cuite, en forme de lychnaria de l'époque byzantine, et por- 
tant, à la place des inscriptions grecques chrétiennes, qu'on y 
trouve quelquefois', des inscriptions arabes en caractères cou- 
fiques. Ces lampes chrétiennes sont du modèle courant bien 
connu : récipient clos» ovale allongé ; trou central pour l'intro- 
duction de l'huile ; à la pointe de l'ovale, trou d'issue de la mè- 
che ; souvent, mais pas toujours^ queue plus ou moins saillante 
à l'arrière; décoration variée sur la face supérieure. J'ai pro- 

1. C'est celle qui correspond au n» 33 de la liste des Inscriptions antiques 
inédites^ recueillies par moi, liste publiée dans la Revue archéologique, mai 1872. 

2. Revue biblique, 1895, p. 444. 

3. W., 1894, p. 260. 

4. Pale$tine Exploration Pund. Quarterly Statement, 1874, p. 141 et p. 148. 

5. Le premier exemplaire connu de ce type de lampes a été publié par moi 
en 1868 (Revu*: archéologique, t. XVIII, p. 77); il porte l'épigraphe : <pa>c 
X(pi9ToO) 9évt tc&9iv (c la lumière du Christ brille pour tous. » 



âO 



1IEUUe.il U AHLUÉlJLUliLIS URlIf.'iTALk; 



posé de leur donocrjcc nom spécifi(]ue de lijchttaria, cii ni'auto- 
risanl de la légende même <)ue portent plusieurs d'eiUre elles 
Dotéos par moi : Xu^vipia xaXà. 
Il ml iuléressaat de constater que ce modèle de lampe sVsL 
perpétué eo Pales- 
tine après la con- 
quête musulmane. 
Je crois mémo 
pouvoir démon- 
trer qu'il n'était 
pas encore aban- 
donné à l'époque 
des Croisades. 

Jusqu'ici, je n'ai 
guère rencontré 
sur les lychnccria 
arabes et fort rare- 
ment, du reste, que 
des formules plus 
ou moins banales, 
et toujours imper- 
sonnelles. Une des 
plus curieuses en 
ce genre est celle 
qui est estampée, en relief et à l'euvers, sur uo lychnarion inédit 
du Cabinet des médailles, vraisemblablement de provenance 
syrienne. Elle consiste en un distique que je lis : 

^^ Vj [sic) Ijrr- \ ^/-' 




a Brille, ô lampe! et ne l'éteius pas, 

H Éclaire avec ta lumière, et ne te renverse pas ! » 

Ip- ^ L est pour -r^j^ k 



LA PLANTE ET LA VILLE DE « TAYIBÈT EL-ISM » 21 

Le P. Germer-Durand* a rapporté de Djerach une lampe de 
la même famille, mais dont Tépigrapho arabe sort tout à fait de 
Tordinaire. Elle est chrétienne, comme l'indique nettement une 
croix figurée sous la base. Tout autour, on lit, en caractères 
coufiques : 



ce que le P. Doumeth traduit : 

« Œuvre de David Barnabe (?)... faite en Tan 125. » 
Cette lecture m'inspire des doutes sur plus d'un point, doutes 
qui ne pourraient être levés que par Tautopsie du monument 
original. 

L'avant-dernier mot de la seconde ligne a en grande partie dis- 
paru, la pâte ayant été écrasée. Peut-être Texamen de l'original ou, 
au moins, d'un fac-similé, permettrait-il de le déchiffrer. Quant au 
dernier mot, qu'on a laissé en dehors de la traduction, je me 
demande s'il ne serait pas à ponctuer fJ'j>-\ ce qui nous donne- 
rait, chose fort intéressante, le nom même de la ville de Djerach, 
où le petit monument a été recueilli. On aurait ainsi indiqué non 
seulement la date^ mais la provenance précise. 



SU. 
La plante et la ville de « Tayibèt el-ism » . 

Dans une des chansons bédouines do la région conRnant à la 
Tripolitaine et à la Tunisie, chansons recueillies par M. Stumme *, 

1. Revue biblique, 1895, p. 591. 

2. TripolUanisch'Tunisische Beduinenlieder, p. 77, vers 2G7. Un autre nom 
He plante mentionné dans ces mômes chansons (p. 71, vers 210) est le simdg^ 
^ilc-. M. Stumme renonce à Tidentifier. Je crois que ce n'est autre chose 

que le soiimmdç, bien connu (le « summac »), ^U««, prononcé à la bédouine. 
Comparez la vocalisation araméenne : plQD, &immoûq, et plD^D, simmoiiq, 
u rouge ». Pour ce qui est, dans la forme arabe, de l'allongement de la voyelle 



22 RECUEIL d'archéologir orientale 

le poète anonyme décrit une vallée verdoyante où croissent la 
tayibèt el-ism et le lislis parfumé : 

Le lislis est connu; c'est, comme Tindique M. Stumme, d'après 
M. Rohlfs, le Didesmus bipennatus. 

Quant à la tayibèt el-ism, c'est une véritable énigme, qui m'a 
longtemps embarrassé tout autant que M. Stumme, lexiques^ 
auteurs arabes anciens et tradition orale moderne restant égale- 
ment muets au sujet de cette plante, dont le nom est très clair 
étymologiquement; il signifie littéralement « bonne de nom », 
c'est-à-dire <r au bon nom ». 

Ce petit problème m'intéressait d*autant plus que j'avais trouvé 
autrefois ce même nom bizarre employé comme nom de ville, 
dans un document arabe du xni'* siècle relatif à l'histoire de la 
Syrie*. En effet, dans une liste des fiefs du territoire de Césarée, 
attribués par le sultan Beibars à ses émirs après la conquête, 
figure une ville de Tayibèt el-ism, qui, ainsi que je le démontrerai 
dans un travail que j'ai préparé sur ce document précieux pour 
la géographie syrienne du moyen âge, est représentée par le vil- 
lage appelé aujourd'hui Et^-Tayibè tout court, au sud et non 
loin de ToulKeram. En outre, j'ai constaté, également en Syrie, 
mais dans une tout autre région, dans le Haurân, à cinq kilomè- 
tres au sud-est de Nawà^ l'existence d'une localité, absolument 
homonyme, localité insignifiante en elle-même, mais ayant le 
mérite de nous avoir conservé le nom intégral de Tayibèt el-ism. 
Peut-être, les autres Tayibè de Syrie, qui sont très nombreuses, 
sont-elles, — au moins quelques-unes^ comme la TayiA^ du terri- 
toire de Césarée — des formes écourtées de Tayibèt el-ism '. 

i remplaçant la réduplication de la consonne m qui la suit, on sait que c'est un 
phénomène constant de phonétique sémitique. 

i. Bibliothèque nationale, manuscrit arabe n^ 1543, f<> 187. Cr. Maqrizi ap. 
Quatremère, Histoire des sultans Mamlouks, I, b, p. 13; cf. p. 257. 

2. Cette considération a son importance au regard de la question si contro- 
versée de ridentité de la 'Ophrah biblique avec la Tayihè située entre Jérusa- 
lem etNaplouse. 



LA PLANTE ET LA VILLE DE « TAYIBÈT EL-ISM » 23 

Ce double fait, rapproché de Tapparition inattendue du môme 
mot comme nom de plante dans le dialecte tripolitano- tunisien, 
parait bien indiquer que le toponyme syrien doit dériver du 
même nom de plante. Mais nous n'en sommes guère plus avancés 
en ce qui concerne Fidentité de la plante même, 

A force d'y réfléchir, j*en suis arrivé à me demander si la 
taybèt el-ism ne serait pas, par hasard, la plante que Pline appelle 
evonymus, et que Ton croit être le fusain. Evonymus est visible- 
ment la transcription du grec eifovujxo; ; or £jwvu[;.cç a précisé- 
ment le même sens que tayibèt el-ism, soit « au bon nom ». L'on 
peut fort bien admettre que Tarabe aura traduit littéralement le 
mot grec, qu'il connaît, d'ailleurs, aussi sous sa forme originale, 
transcrite fj^y^^^ efoûnoumoùs. Il est probable qu'il a dû y 
avoir, comme d'ordinaire, quelque intermédiaire syriaque, soit 
en traduction, soit en transcription. Eucivuixoç aurait un bon répon- 
dant dans l'expression toute faite, nu d;:;, chem-tob^ qui, soit 
dit entre parenthèses, est devenu un nom propre de personne 
assez répandu. Qui sait même si le grec n'est pas simplement la 
traduction d^une vieille dénomination sémitique, dans le cas où 
la plante serait — ce que j'ignore — d'origine orientale? Cela 
nous donnerait du même coup l'étymologie du toponyme syrien ; 
Tayibèt el-ism et Tayibt^ seraient des homonymes de la Eiû)vu[x£ia 
de Carie et du dème attique de ce nom. 

Et maintenant, il reste, je le reconnais, quelques points dou- 
teux qui demanderaient à être vérifiés. Je les signale à l'atten- 
tion de ceux qui sont mieux que moi en position de les tirer au 
clair. Est-il absolument démontré que Vevonymus de Pline soit 
le fusain, ce que nous appelons vulgairement le bonnet de prêtre? 
Quelle est l'origine botanique et l'habitat de cette plante? 
En a-t-on constaté l'existence en Tunisie et en Tripolîtaine? Dans 
ce cas, le nom que lui donnent les indigènes est-il, comme je 
Tai induit, tayibèt el-ism ? 

Il y a aussi un fait dont il faut tenir quelque compte, mais 
dont on aurait tort cependant d'exagérer la portée négative; 
d'après le contexte de la chanson bédouine, le lislis et Ih tayibèt 



24 RBCUETL d'archéologie ORIENTALE 

el'ism sont présentés comme des plantes comestibles pour les 
herbivores ; les bêtes affamées — le texte ne spécifie pas lesquelles 
— se jettent dessus avec avidité. J'ignore si les feuilles du fusain 
seraient un régal bien friand pour des chevaux. Ce serait à voir* 
Mais, s'il s'agit de chameaux — et rien dans le texte ne s*y oppose 
— je sais par expérience que ces animaux, avec leur féroce appétit 
aiguisé par les jeûnes du désert, en dévorent bien d'autres. A 
plus forte raison, s'il s'agit de chèvres et même de moutons. 
D'ailleurs, dans un autre g'slm, ou chant, de la même série (p. 71 » 
vers 210), on nous énumëre comme fourrages excellents des 
plantes qui ne passent pas généralement pour telles, au moins chez 
nous. Je ne suis pas très au courant de ces questions agrono- 
miques, mais j^imagine que des animaux qui broutent avec 
délices Toléandre [difla), VErodium laciniatum (râg^ma), le sumac 
(stmAq)f ne doivent pas reculer à l'occasion devant le fusain. 



§15. 
L'inscription de Tatâbek Anar. 

L'inscription arabe, intéressante à plus d'un égard pour l'his- 
toire des Croisades, du^ fameux Anar, atàbek des émirs de Da- 
mas, relevée pour la première fois à Bosra par M. Rey, a été 
successivement étudiée par M. Reinaud, M. Karabacek, et 
M. Wartabet. Moi-même, j'ai eu occasion de m'en occuper*. 
Ce texte offrait, au commencement de la ligne 3, un groupe de 
deux mots énigmatiques faisant partie du protocole officiel de 
notre personnage, et pour lesquels on avait proposé différentes 
lectures conjecturales : g>-l ^\, g>-l j^C,etc. En réalité aucune 
de ces lectures, basées sur des fac-similés insuffisants^ n^avait 
rencontré juste. C'est'ce qui résulte d'une communication que m'a 
faite M. van Berchem, qui a récemment revu l'original à Bosra. Il 

1. Clermont-Ganneau, Sur une inscription arabe de Boara relative aux Croi- 
sât tes {Journal asiatique, 1878, extrait n- 2). 



INSCRIPTION RKLA'nVfi A LA LÉGION X FRETBNSIS 25 

en a pris des estampages et d*excellentes photographies dont il a 
bien voulu mettre uq exemplaire à ma disposition. On y lit clai- 

rement les deux mots controversés : ^3^1 r^^i ^^ '® champion du 
droit. » 



§16. 

Une inscription relative à la légion X Fretensis 

Gordiana à * Amman. 

Le volume I du Surveij of Easteni Palestine (p. 54) contient 
la transcription suivante d'une inscription grecque découverte 
à *Ammî\n, l'antique Philadelphie, capitale de TAmmonitido : 

O P I K T n 
NONA...Er 
AEKATHZ0I 
rOPAlANHZ 
AYPOYIKTn 

L'éditeur, le major C. R. Conder, avertit que sur l'original les 
lettres Z et E sont de forme lunaire et que les H sont du type N. 
Il ne propose aucune lecture de ce texte, reproduit évidemment 
d'une façon imparfaite, bien qu'un estampage en ait été pris. 
Il se borne à faire remarquer que le nom de Gordiana^ qui y ap* 
parait à la quatrième ligne, rappelle celui de Ulpia Gordiana, 
mère de Gordien l'Africain, et il semble supposer qu'il serait 
réellement question de cette princesse dans l'inscription. 

Je pense qu'on doit restituer aux lignes 3-5 : ^ 

= legionis X Fretensis Gordianae. 

Aux lignes 1 et 5 il faut reconnaître très probablement les 
transcriplions grecques des noms de Victor ou VtctorifiuSj et 
Aurelius Victor ou Victorinus; peut-être bien, àlaligne5, /li/re/êa 
Victorina si^ ce qui est fort possible, il s'agit d'une dédicace 
faite par une femme à la mémoire de son mari, soldat ou officier 
(Ih la X»" légion. 



26 RECUEIL d'aHCHÉOLOGIR ORIENTALE 

L'on sait que la Syrie avait été une des premiëres à se déclarer 
en faveur des Gordiens contre Masimin. Il n'est donc pas éton- 
nant que la X' légion Frelensis, qui continuait à y tenir garnison 
depuis la prise de Jérusalem par Titus, ail pris, ou reçu, ce surnom 
de Gordiana, marquant son attachement à la penonne du jeune 
Gordien III, comme antérieurement elle avait reçu celui de A71- 
loniniana ', en l'honneur de Caracatia ou d'Élagabale. 



Tête de statue archaïque de BSoucbrlfè. 



M. van Berchem, en passant l'an dernier par El-Uouchrifë, 
village situé entre Boms et Salamiyè et b&ti dans l'enceinte d'un 
grand camp romain, a trouvé dans une 
des maisons une léte de statue malheu- 
reusement fort mutilée, d'un style re- 
marquable qui n'est certainement ni 
grec, ni romain. Ce débris semble nous 
apporter un spécimen de la vieille sculp- 
ture syrienne, apparentée aus arts pri- 
mitifs de la Chaldée et de l'Assyrie. Il 
rappelle à plus d'un égard la tète de la 
statue du dieu Hadad découverte à Zen- 
djirli', ot aussi un peu pour la coif- 
fure les personnages gravés sur les 
stèles de Nelrab '. Cette coiffure, en 
forme de calotte hémisphérique très épaisse, emboîtant la tête et 
surplombant le front, est d'un caractère tout particulier, comme 

1. Dans une înscriplion découverte i JêruBalem en 1885 (voir Zangemeister, 
dans la Zeitschr. dexdeutsch. PatàsUnavereins, X, p. 49). Cf. C. /. !.. a* 3472. 

2. Voir la planche VI et la vignette de la p. S4 des Mittlieil. aus dm orien- 
tal. Samml. (Mu<tèe de Berlin), Hett XI, Ausgrab. in Sendschirli, 1893. 

3. Que je terai connailie incessamment. 




UN XOKVEAII CiCHIT ISRAÉLITE ARCHAÏQUE ii 

on peul en juger par le consciencieux croquis ci-dessous pris 
par le cootpagnon de voyage de M. van Berchem, M. Ed. Falio 



§ 18. 
Un nouveau cachet Israélite archaïque- 




Cette petite gemme, qui est venue tout récemment enrichir le 
Cabinet des médailles, est une pierre dure, une sorte de jaspe 
de couleur rouge&tre sombre, taillée en ellipsoïde et bombée sur 
ses deux faces. Sa longueur, mesurée selon le grand axe, est de 
O^iûlti. Elle est percée longitudinalement. 

A première vue, elle présente toutes les particularités signalé- 
tiques des sceaux Israélites arcbaïqucs; tout nous invite à la 
classer dans cette série : sa forme et son aspect g<''néral, aassi 
bien que la disposition matérielle de la légende qui y est gravée, 
sans parler de la paléographie proprement dite de l'inscription. 
Avant même d'avoir déchilfré celle-ci, on est porté à diagnosti- 
quer l'intaille comme israélite ; et cette première impression, 
basée sur l'examen extrinsèque du monument, est, comme on 
le verra, pleinement confirmée par le déchiffrement. Elle res- 
semble tout à fait, par exemple, au cachet de Hananyahou /ils 
de 'Akbor, que j'ai rapporté de Jérusalem el publié autrefois'. Les 
lignes y sont, comme sur celui-ci, tracées selon le petit axe de 
l'ellipse et séparées par des doubles trails. Un douhlt Irait en- 

1. Clermont-Ganneau, Sceaux el catkelt israéHte», fie, t\' 1. 



28 RECUEIL D*ARCHÉOLOGlB ORIENTALE 

cadre également Tensemble du champ gravé, qui se trouve par- 
tagé en trois registres superposés. 

Dans le registre du haut se dresse une uraeus, à quatre ailes 
éployées, inclinant sa tète à gauche. Les deux paires d*ailes ont 
la coupe de celles des scarabées volants. C*est un cas de plus à 
ajouter à ceux, déjà nombreux, où nous constatons des emprunts 
faits par Tart et le culte Israélites à la symbolique égyptienne ; 
car c'est bien, en effet, à un cachet israélite que nous avons 
affaire, ainsi que va nous l'apprendre positivement la légende. 

Cette légende consiste en deux lignes, occupant les deux re- 
gistres inférieurs. Les lettres phéniciennes y affectent les formes 
spécifiques qui distinguent l'écriture israélite antérieure à Texil; 
le hé et le waw, principalement, sont, à cet égard, tout à fait dé- 
monstratifs; d'autre part, le faciès, et ce qu'on pourrait appeler 
l'attitude des autres lettres, d'une structure moins caractéristique, 
sont bien d'accord avec cette conclusion paléographique. Le mo- 
nument peut remonter au vi* ou au vu* siècle avant notre ère. 

La légende est gravée à l'envers, cette intaille étant à usage 
de sceau. Je lis ainsi : 

n^San^ S « A Yahmolyah- 

in^tt^yc 1 ou Ma aseyahou. » 

Yahmolyahou et Ma aseyahou sont des noms théophores fon- 
cièrement Israélites, révélant par leurs éléments m^mes la natio- 
nalité religieuse des personnages qui les portent; ces person- 
nages étaient des adorateurs de Jehovah. 

Le premier nom est dérivé du verbe ban, « être doux, tendre » 
(cf. )>•), et aussi « épargner, avoir compassion », en combinaison 
avec la forme abrégée Yahon, que revêt si souvent le nom de 
Jehovah lorsqu'il est engagé dans la composition des noms de 
personnes. C'est à la même racine que se rattache le nom d*un 
des descendants de Judah, Sion, Hamoul\ Yahmolyahou si- 
gnifie (< Jehovah est » ou u que Jehovah soit doux, compatis- 
sant »; il appartient à la catégorie, nombreuse en hébreu, des 

1. Gent'se. XLvr, 12. 



UN iNOUVEÂU OACUET ISRAÉLITE ARGUAIQUË 29 

noms d'hommes composés du nom de la divinité et d'un verbe, 
à la troisième personne du masculin singulier de Taoriste, pré- 
cédant réiément théophore ; ces noms, constituant, en réalité, 
une petite phrase, très brève mais complète, sont tout à fait dans 
lo goût des Sémites L*on sait que les Assyriens ont poussé très 
loin l'application de ce principe onomastique, en adjoignant fré- 
quemment un régime au verbe. 

Je crois que ces petites phrases sont plulôtde nature optative 
qu'affirmative dans les noms hébreux, étroitement congénères 
des nôtres, tels que * : 

nijTN% Yaazanyak^ et in''JTN\ Yaazmiyahou, « que Jehovah 
écoule » ; 

TV^Wi^'^fYochiyah et ini\rN% Yochiyahon, a que Jehovah fortifie » ; 

r\'^22,\ Yibneyak et Yibniyak^ « que Jehovah édifie » ; 

in>Dia% Yeberekyahou^ « que Jehovah bénisse » ; 

n^nir, Yizrahyah « que Jehovah apparaisse » ; 

SN^n% Yehiel et SNin\ Yehauel, « qu'El vive, ou vivifie » ; 

Sxnrp, Yahaziel et nnn\ Yahzeyah, « qu'El ou Jehovah révèle » ; 

^TD?2D% Yismakyahoiij « que Jehovah soutienne » ; 

Snoht, Yerahmeely « qu'El ait pitié »; 
Etc., etc. 

Ce type de noms propres, très en faveur chez les Israélites, 
n'était pas inconnu non plus aux Phéniciens; témoins : 

■]!7Din\ Yehaumelek, « que Moloch vivifie » ; 
Syajm. Yahaîinbaal n que Baal fasse grâce »; 
aSujD^ Yakonchalom, « que le salut soit » •. 

1. Je laisse à dessein de côlé la question, encore controversée, de savoir si 
les noms comme Ipy^, Ya*qob^ pn3P, Yfjhak, ne sont pas les formes apocopées 
de noms du même type, d'où Félément théophore final ^ Ei — aurait fini par 
disparaître. Je rappellerai à ce propos le no 8 de mes Sceaux et cachets, etc. (pro- 
venant de Naplouse), inscrit au nom de pTrp, Yehezaky nom rigoureusement 
comparable aux noms hébreux SnoTH^, Yehezkeel (Ézéchiel), in^pTn^, Yehiz- 
kyahou (Ëzéchias), et d'où Télément théophore a été éliminé. 

2. Dans ce dernier nom, le mot ubw fait en quelque sorte fonction d*élément 
divin, et le « salut >» devient presque une entité métaphysique. Cf. le nom du 
roi de Juda in^J13% Yekonyahou, 




30 RECUEIL d'archéologie ORIENTALE 

Quant à Ma'aseyahoii, c'est un nom absolument biblique, si* 
gnifiant « œuvre de Jehovah ». 11 est porté par divers person- 
nages mentionnés dans les livres de Jérémie et des Chroniques^ 
tantôt sous la forme pleine, telle que nous Tavons ici : in^wna* 
Maaseyahoii ; tantôt sous les formes plus abrégées : n^TZTîna*, 
Maaseyahj et ^tt^ra*, Maasaî, 

L'épigraphe, lue et interprétée de cette façon, présente une 
difficulté assez sérieuse. Comment agencer ces deux noms ainsi 
juxtaposés immédiatement, contrairement à tous les précédents» 
sans l'intervention d*un autre mot établissant entre eux un rapport 
soit de filiation ou de parenté quelconque, soit de dépendance? 
Il va sans dire qu'il ne saurait être question ici d*une dédicace, 
faite par un personnage appelé Ma'aseyahou, à un autre person- 
nage appelé Yahmolyahou. N'oublions pas que nous sommes en 
présence d'un cachet, et que, dans cette formule constante, le 
lamed ne peut être que le lamed d'appartenance, faisant fonc- 
tion de génitif. Il n'est guère plus admissible que le second nom 
soit à détacher complètement du premier, celui-ci restant le 
nom du propriétaire du cachet, et celui-là devenant, par exemple, 
le nom de l'artiste ayant gravé l'intaille. Il doit y avoir, certai- 
nement, entre les deux noms une corrélation étroite. 

Aurions-nous affaire à un seul personnage portant le double 
nom de Yahmolyahou Ma*aseyahou? C'est peu probable; car 
l'usage des doubles noms semble avoir été inconnu aux Israéli- 
tes, au moins à cette époque. 

Le cachet serait-il, alors, inscrit au nom de deux personnages 
différents, Yahmolyahou et Ma*aseyahou? Voilà qui serait bien 
singulier, et également sans précédents. Un cachet est un objet es- 
sentiellement individuel. D'ailleurs, il est à présumer que. dans ce 
cas, le lamed d'appartenance serait répété devant le second nom. 
Devons-nous, au contraire, considérer Yahmolyahou comme 
le fils, ou le serviteur et client de Ma'aseyahou? Mais, alors, 

1. Jérémie, xxxv, 4; I Chron,, xv, 18, 20; II Chron., xxiri, 1. 

2. Jérémie, xxi, 1 ; xxix, 21 . 

3. I Chron., ix, 12. 



L'N 2«iOtV£AU CACU£T ISHAÉUTE AKCllAÏgU£ 31 

comment expliquer Tomissiou du mol p, « fils » ou du mol 12V, 
« serviteur», qui, dans ce cas, sont toujours exprimés'? On 
remarque bien au-dessous du hé qui termine la première ligne, 
un grand trait oblique, qui, certainement intentionnel, ne peut 
être qu'explétif, car il ne saurait faire partie intégrante, ni du hé, 
ni du ^06/ précédent, au-dessous duquel il se prolonge. On pour- 
rait se demander si ce ne serait pas par hasard une espèce d*a- 
bréviation figurant le mol absent auquel on s'attend. Je ne crois 
pas, pourtant, que tel soit son rôle, si tant est qu*il en ait un 
réellement. 11 est peut-être destiné tout simplement à indiquer 
que le waw initial de la deuxième ligne doit être rattaché au hé 
terminant la première, de manière à obtenir le nom complet 
1 + n^Sarr, Yahmolyah^ouy coupé en deux parties très inégales. 
Je dois dire toutefois que, sur plusieurs de ces cachets, soit 
Israélites, soit phéniciens, soit araméens, où des noms, ou des 
mots, se trouvent ainsi coupés, nous n'avons pas constaté jus- 
qu'ici Texistence d*un signe de liaison de ce genre. 

Pour sortir d'embarras, on pourrait être tenté de remettre en 
question la lecture matérielle elle-même, en essayant de recon- 
naître dans la première lettre de la seconde ligne, non pas un 
waw, mais un aleph, à la tête duquel le lapicide, gêné par l'exi- 
guïté de la place dont il disposait, n'aurait pas donné tout son dé- 
veloppement normal. De plus, on pourrait contester la valeur du 
caractère suivant, un peu empâté et obscurci à sa partie supé- 
rieure par une fêlure ou une faille de la pierre qui le traverse 
obliquement, et y voir, au lieu d'un mem, un noun^ ou même un 
kaph*. Cela nous donnerait alors les combinaisons ci-dessous : 



h^ 



1. Voir, sur cette question, les observations que j'ai présentées dans mes 
Études cCarchéologie orientale, I, p. 87, à propos du sceau d'Adonipheleth, 
serviteur de *Amminadab, où Ton avait cru, à tort, pouvoir reconnaître une 
construction elliptique de ce genre. 

2. En aucun cas, on ne serait autorisé à en faire un beth ; la structure de la 



32 RECUEIL D*ARCUÉUL0U1J£ ORIENTALE 

Soit deux noms propres, ayante eux aussi, de bons répondants 
bibliques, Yahmolyah et 'Asayahoti, qui seraient séparés^ ou plu- 
tôt reliés par le mot dn, ]k ou "^n. Ces deux dernières combinai- 
sons ne nous mèneraient à rien de plausible. La première, au 
contraire, nous fournirait le mot bien connu C3k, « mère » ; et, 
dans ce cas, le cachet serait au nom d'une femme : Yahmolyali^ 
mère de 'Asayahou. 

Mais en s*engageant dans cette voie, on aboutit à de grandes in- 
vraisemblances. Nous n'avons pas d'exemple dans cette épigra- 
phie sigillaire d'une femme se réclamant de son Kls, au lieu de 
se réclamer, comme d'habitude, de son père, ou de son mari. 11 
y aurait donc là une première anomalie. En outre, par sa forme 
même le nom propre Yahmolyah n'est pas de ceux qui appar- 
tiennent à l'onomastique féminine. Parmi les noms de ce type, 
— le nom de la divinité précédé d'un verbe à la troisième per- 
sonne du masculin singulier de l'aoriste — je n'en ai pas rencontré 
un seul qui fût porté par une femme. Le nom de femme i.tS3% 
Yekolyahouy une des reines de Juda (II Rois, xv, 2) ^n^S'Js^ Ye- 
kilyah (II Chroniques^ xxvi, 3, où le keri donne d'ailleurs, avec 
raison n^S3% Yekolyah) ne rentre pas, malgré les apparences, dans 
cette catégorie de noms propres; l'élément verbal est, en effet, 
à rattacher au parfait du verbe S^^ « être puissant, victorieux », 
et non pas, comme le veulent quelques lexicographes, à l'aoriste 
du verbe Si3 (soit au kal^ soit à Vhiphil S^3n), '< mesurer, con- 
tenir ». 

Enfin — considération peut-être secondaire, mais qui n'en a 
pas moins sa valeur, surtout rapprochée des autres — pourquoi 
dans ces deux noms homogènes l'élément théophore apparat* 
trait-il, sur le même monument, sous deux formes orthographi- 
ques différentes : (Yahmol)yâryi, et ÇAsa^yahou? 

Soit dit en passant, la même objection est applicable à la con- 
jecture discutée plus haut d'après laquelle nous aurions affaire 



queue, avec son retour en crochet, s'y oppose. Par conséquent, il ne faudrait 
pas songer au mot IK, « père »• 



SCEAU SASSANIDË AU NOM DE CUAHPOUUK 33 

à deux personnages distincts dont les noms seraient réunis par 
la conjonction waw : in^uyoT n^Son^S, « à Yahmolyah et à Maa- 
seyahou, » 

D'ailleurs, le léger doute qui peut planer sur Tidentité de ces 
deux premiers caractères de la seconde ligne est tout relatif; 
l'hésitation vient surtout de la difficulté qu'on éprouve à relier 
entre eux les deux noms propres immédiatement juxtaposés. 
Âpres les avoir minutieusement examinés à la loupe, et sans 
parti pris, je ne puis reconnaître dans ces caractères autre chose 
qu'un waw et un mem. Cette lecture s'impose donc matérielle- 
ment, et je crois que nous devons Taccepter avec toutes ses 
conséquences, quelles qu'elles soient. 



§19. 

Sceau sassanide au nom de Chahpoûhr, intendant 

général de Yezdegerd II. 

Une très belle gemme du British Muséum, publiée d'abord par 
Thomas*, puis étudiée à nouveau par M- Noeldeke*, représente 
une tête d'homme, aux traits fins et allongés, à la barbe en 
pointe, à la moustache légèrement retroussée, coiffé de celte 
tiare richement ornée qui semble être un des attributs de la 
royauté. Tout autour court une légende en caractères pehlevis, 
qui avait complètement mis en défaut la sagacité de Thomas. 
M. Noeldeke la lit et la transcrit ainsi : 

« Le vrai croyant, Chahpoûhr, le chef des dépôts de TEràn. » 



i. Thomas, V.arly Sassanian inscriptions, n© ii7. 

2. Noeldeke, Tabarit p. 444. 

3. Vahoudén = vch dén =^^ 4», comme le fait justement remarquer M. Noel- 
deke. 



Recueil D'ARCHéoLOGiE oribictale H. Mai 1896. Livhaison 3. 



34 RECUEIL d'arcbéologie orientale 

Depuis, cette lecture a été confirmée par M. Horn ' , qui en donne 
la transcription suivante : 

Vohndèn Sahpuhrê zi AirUn anb[â]rakpalë. 

Il s*agit évidemment, dans la légende, d'un haut fonctionnaire 
de Tempire perse, le chef {pal) des magasins ou dépôts {anbarak 
Ki3D« = jL-1) ^^ Tempire. 

J'ai trouvé, au sujet de cette intaille, une noie manuscrite de 
mon pauvre ami Garrez, insérée dans son exemplaire de Tou- 
vrage de M. Noeldeke, note d'un très grand intérêt que je crois 
devoir reproduire textuellement : 

« Le personnage dont le nom et le titre sont gravés sur cette 
gemme, est^ selon toute apparence, identique à celui qui, d'après 
Elisée et Lazare de Pharp', joua un des principaux rôles dans le 
martyre de saint Léonce et de ses compagnons. Elisée écrit son 
nom et son titre : Hambarakapet Denskapouh; Lazare de Pharp, 
plus correctement : Ambara^ ou Ambaraka pet Wedhen Sha- 
potih. » 

Le rapprochement de Garrez parait tout à fait concluiint; et, 
grâce à lui^ cette belle intaille devaient un véritable monument 
historique, d'une valeur considérable, dont l'exécution est à 
placer par conséquent, sous le règne de Yezdegerd II (438- 

457 J.-C). 

Ici se pose une question. 11 est difficile d'admettre que la tète 
du personnage autour de laquelle court la légende, soit le por- 
trait de Ghahpoûhr lui-même, la tiare dont elle est coiffée sem- 
blant la caractériser comme une effigie royale. Peut-être faut-il 
supposer avec M. Noeldeke que Ghahpoûhr était un de ces grands 
fonctionnaires de TÉtat qui avaient le droit de sceller à l'effigie 
de leur mattre, le roi de Perse. Dans ce cas, aurions-nous là le 
propre portrait du roi Yezdegerd II? 

Reste à vérifier jusqu^à quel point cette conclusion s^accorde 

1* Horn, Zeitschr. d, deutsch^ morg, Gesellsch.^ vol. XLIV, p. 671, n' 115, 
pi. II B, n» 568. 
2« Les historiens arméniens. 



♦ . ^ _ _ .**• 



INSCRIPTIONS ROMAINES D ABILA DE LYSANIAS 35 

avec l'iconographie des rois sassanides, telle qu'on a essayé de 
rétablir par les gemmes et les monnaies. Je laisse ce soin aux 
spécialistes, n'ayant pas les éléments d'information nécessaires. 
Tout ce que je puis dire, après un coup d'œil rapide jeté sur les 
séries sassanides de notre Cabinet des Médailles, c^est que la milre 
du personnage royal qui y est figuré ne se retrouve sous cette 
forme que sur des monnaies classées à Ardéchir I, fondateur de 
la dynastie. C*est la mitre qui apparaît dans le monnayage ar* 
sacide, sur des pièces attribuées, avec plus ou moins de sûreté, à 
Mithridate I, Phraate II, Artaban II, Sanatruces I, Vologèse IV 
et VI et Artavazd. Elle se retrouve également sur plusieurs 
gemmes de l'époque sassanide; entre autres sur celles du British 
Muséum, n®* 569 et 910, reproduites par M. Horn*, qui considère 
la première comme appartenant, par sa légende, à un souverain 
ou, tout au moins, à un prince du sang {mi?i[fi]cùrè)j et comme 
rappelant, par l'aspect de la tête, celle de Ardéchir I (?j. 



§20. 
Inscriptions romaines d'Abila de Lysanias. 

M. J. Loytved, consul de Danemark, de Suède et de Norvège 
à Beyrouth, vient de me communiquer trois ou, pour parler plus 
exactement, quatre inscriptions romaines découvertes le 22 sep- 
tembre 1893, au cours de travaux entrepris sur la ligne du chemin 
de fer de Damas à Beyrouth, entre le tunnel de Soûk Ouâdy 
Barada et le viaduc du Zerzer (chute du Barada au Tekiè)^ sur la 
rive droite de la rivière (au P. 167 4-75). Les relevés et les 
calques que m*a transmis M. Loytved ont été exécutés avec beau- 
coup de soin par M. Frédéric Son, chef de section du contrôle 
à Zebdâny. 

Ces inscriptions sont gravées sur trois tronçons de colonnes, 

1. Honi, l. c, n«» 1 et 50, pi. I A, 



36 HECUEIL d'aRCHËOLOGIK UtHENTALE 

A, B, C, qui étaient enfouis à environ 3 mètres de profondeur, 
sous des terres d'éboulis. 










3 O 



A. A la partie supérieure d'un fût de colonne cylindrique, sans 
base, brisé par en haut, et mesurant : (".SS de hauteur, 0",55 de 
diamètre inférieur, 0",52 de diamètre supérieur. 



ç;»Wt».ntin< 



lUpcAoDJprnfwitfT 

.JS^ARTHlClHIDIVINffVAr 

C'Kfr^t.'^VAVT VWCC ERUDACICOPAKTHIC 
^471^'*'^^ PJ4TRI8POTPP 

I I 

1" A droite : 

/?«/)eratori Caesan, divi T[r]aiani Parthici filîo, dioi Neroae 
nepoii, Traiano Hadrianot' ^uyusto, Germanico, Dacico, Par- 
thic[o], /jonlifici niaximo, iribaaicm po/estatis, patri palriae. 
M'/lia possuum II. 

1. On remarquera, qu'il y a. là, sur le calque, rindicalion d'une lettre, un V 
inachevé, dont je ne suis que faire au juste; c'est peut-être une erreur du la- 
picide, car on ne s'ultend i rien eutre les mots Ba-iriano el Augusto. 



INSCUIPTIONS ROMAINES D^ABILA DE LYSANIAS 37 

2' A gauche, et empiétant un peu, par endroits, sur l'inscrip- 
tion précédente : 

/)oniinis nostris 
Coiistantino Maximo, 
victori ac triumfator[i]^ 
semper Augusio, et 
Constantino, et 
Constantioy et 
Constante (sic), noÂiiissimis 
Cae^aribus. 

B, Sur un fût carré, à angles arrondis^ monté sur une base 
carrée; hauteur de la base 0*,48; du fût : 0",50; largeur des 
côlés de la base : 0°>,55 et 0^60 ; largeur du fût : 0'",46. 

CONrTAKjTlN<>^P\Xl^o 

iCroRiACTRïwmrKToN 
fONfrANTioe T 

C^ONrTAMTeNofb 

Inscription identique de tout point à A 2% Les lignes mêmes 
sont coupées de la même façon. J'insiste sur ce détail, sur lequel 
j'aurai à revenir tout à l'heure. 

C. Fragment de fût cylindrique (hauteur actuelle : 0",46; dia- 
mètre : 0",45), adhérant à une base carrée dont les quatre côtés 
sont en forme de pyramide tronquée ; largeur des côtés de la 
pyramide, en bas : 0°,52 et0®,55; en haut : 0™,48; longueur de 
l'arête des côlés : 0",40 : 

.,, Constant... 

Reste d'une inscription qui devait probablement être identique à 
A 2» et à B. 



38 HECUEIL d'archéologie ORIENTALE 

La forme même des monuments et le libellé significatif de 
rinscription A !<> montrent suffisamment que nous avons affaire 
à des colonnes milliaires. 

Comme on le voit, le milliaire A, gravé sous le règne de l'em- 
pereur Hadrien, a reçu, deux siècles plus tard^ une nouvelle ins- 
cription, sous le règne de Constantin le Grand et de ses trois fils 
associés par lui à l'empire. A cette dernière époque deux autres 
milliaires, B et C, ont, en outre, été gravés pour accompagner 
le précédent. 

Cette accumulation des milliaires sur un même point a déjà 
été constatée en diverses régions du monde romain. Elle est, 
comme j'ai eu l'occasion de Tobserver par moi-même, extrême- 
ment fréquente en Syrie ; j'ai noté parfois jusqu'à douze ou 
quinze milliaires antiques, groupés à côté les uns des autres et 
certainement in situ \ 

La succession des règnes, ainsi que le désir très naturel que 
pouvaient avoir les empereurs de faire marquer à leur nom le 
bornage des routes impériales, souvent réparées par leur ordre, 
comme ils faisaient frapper la monnaie à leur effigie, n'est pas 
suffisant pour expliquer cette multiplicité des milliaires. Il faut 
admettre que, dans le nombre, il a dû y en avoir qui étaient 
gravés en plusieurs exemplaires. C'est incontestablement le cas 
des trois milliaires de Soûq Ouâdy Barada sur lesquels la même 
inscription était répétée mot pour mot. 

J'ai fait remarquer en passant que la coupe même des lignes 
était identique dans A 2"" et B; peut-être Tétait-elle aussi dans C, 
dont il ne reste plus que quelques lettres. Il est curieux de voir 
la façon dont cette coupe, évidemment intentionnelle, amène ré- 
gulièrement à la fin de la ligne la conjontion et, qui relie entre 
eux les noms des trois Césars associés. Le lapicide devaitattacher, 
sans aucun doute, une importance réelle à ce dispositif matériel 
qui lui permettait pour ainsi dire de placer sur le même pied, ex 
aequo, les noms des trois Césars. La preuve que cette coupe 

1. Clermont-Ganneau, Archaeoloqical liesearches in P(ilcsiine^ vol. II, p. ?97 
ei p. 443» 



INSCRIPTIONS ROMAINES d'aBILA DE LYSAMAS 39 

n*est pas l'effet du hasard , c'est que j*en constate Texisience sur 
un autre monument de Syrie congénère, un milliaire de la voie 
romaine du Nahr el-Kelb\ milliaire contemporain des nôtres et 
inscrit, comme eux, aux noms de Constantin et de ses trois fils. 
Même coupe également dans une dédicace aux mêmes Césars, 
gravée sur une petite colonne, à Nedjha, dans la Damascëne '. Il 
devait y avoir là, certainement, une règle de protocole épigra- 
phique, valable, au moins, pour la Syrie ; il vaudrait la peine de 
vérifier si cette règle est observée ailleurs encore. Je me permets 
de signaler la chose aux épigraphistes de profession '. 

Mais rintérêt principal de cette nouvelle trouvaille réside dans 
rinscription A l^ au nom de Tempereur Hadrien^ et particuliè- 
rement dans le chiffre des milles qui y figure. Ce chiffre II, sMl 
est fidèlement reproduit par notre calque, tend, en effet, à con- 
firmer définitivement Tidentité de Soâk Ouâdy Barada avec Tan- 
tique Abila deLysanias. Cette Abila, qu'il ne faut pas confondre 
avec son homonyme, Abila de la Décapole, était la capitale de 
l'Abilène qui, comme on le sait, joua un rôle important dans 
l'histoire de la Syrie, et aussi de la Judée, puisque cette tétrar- 
hie, mentionnée, entre autres, dans TEvangilc de saint Luc, fit, 
pendant un temps, partie des États de la dynastie des Hérodes. 

Plusieurs indices militaient déj à en faveur de cette identification. 

L'Itinéraire Antonin et la Table de Peutinger placent Abila 
entre Damas et Héliopolis, à 18 milles de la première ville, à 
32, ou, à 38 milles de la seconde, ce qui correspond sensiblement 
à la position de Soùk Ouâdy Barada. 

Le nom même d'Abila s*est conservé jusqu'à nos jours dans 
celui d'un ouely éponyme, Neby Abil^ dont le sanctuaire s'élève 

1. Waddington, InscHptiom grecques et latines de SyiHe, n» 1847. Bien que 
rinscription soit très fruste, on voit nettement, d'après la copie de M. Wad« 
dington, que tous les et disparus sont à restituer à la On des lignes» qui débu- 
tent uniformément par les noms des trois Césars. 

2. Id., op. c, n» 2559. Cette colonne porte, en outre, une inscription anté- 
rieure, au nom de Dioclétien. 

3. M. Cagnat, que j'ai consulté sur ce point, me communique une dédicace 
aux empereurs Septime Sévère et Marc-Aurèle Antonin (C. /• L., V, a® 1035) 
qui présente un dispositif analogue. 



40 RECUEIL D'ARCHftOLOGrE ORIENTALE 

au-dessus du village. Le nom antique est, d'ailleurs, encore 
connu des. anciens géographes arabes qui appellent la localité 
JyJ\ Jjl, AbileS'Soûq *, « Abil-le-Marché », pour la distinguer 
d'autres Abils homonymes, tels que Àbil ez-Zeît « Abil-rHuile, 
ou rOlivier », qui est TAbila de la Décapole; ^Abil el-Qamh 
« Abil-le-Blé » (de la région de B&ni&s). 

Enfin, deux inscriptions romaines gravées sur le roc, aux deux 
extrémités de la tranchée qui donne passage à l'antique voie ro- 
maine, au-dessus du Barada, sur la rive gauche, en amont et 
non loin du village de Soûq, nous apprennent que sous le règne 
de Marc-Aurèlc Antonin et de Lucius Verus, vers Tan 164, Ju- 
lius Verus, légat propréteur de la province de Syrie, fit rétablir, 
aux frais des Abiléniens, en Tentaillant dans la montagne, la 
route qui ayait>été coupée par un débordement de la rivière : 
viam flumims vi abruptam interciso monte restiiuerunt,., inpen- 
dits A bilenorum * . 

Hadrien étant qualifié de pater patriae dans l'inscription de 
notre milliaire A, ce milliaire doit être postérieur à Tan 128, si 
c*est bien à<)ette époque, comme on l'admet généralement, que 
l'empereur consentit à recevoir ce titre; par suite, l'accident subi 
par la route a du survenir entre les années 128 et 16i. En tout 
cas, ce milliaire appartenait à l'ancienne route réparée plus 
tard, et peut-être rectifiée, sous Marc-Aurèle et Lucius Verus. 

Cette modification du tracé, destinée à prévenir le retour de 
semblables accidents, expliquerait peut-être pourquoi le milliaire 
de Hadrien se trouve situé sur la rive droite de la rivière, tandis 
que la section de la route de Marc-Aurèle, jalonnée par les ins- 
criptions gravées sur le roc, suit la rive gauche. Il est possible 
que, deux siècles plus tard, sous Constantin, on ait été amené à 
abandonner le nouveau tracé pour revenir à l'ancien; peut-être 
bien parce que celui-ci présentait l'avantage d'être plus court ou 
plus commode. Peut-être aussi y avait-il pour cela une meilleure 

1. Yâqoûl, Mo'djem el-Bouldân. Cf. le Mochtarik du môme auteur. 

2. Waddin.i,non, op, c, n» 1874. Cf. le n« 1875, qui nous donne le nom du cen- 
turion de la XVI« légion, chargé de diriger les travaux, M. Volusius Maximus. 



INSCRIPTIONS ROMAINES D*ARILA DE LT8ANIAS 41 

raison, une raison de force majeure. En effet, la route de Marc- 
Aurèle aboutissait, au nord-est, à une paroi de rocher brusque- 
ment coupée à pic, qui avait exigé l'établissement d'un viaduc, 
aujourd'hui détruit, sur lequel la roule se prolongeait, en fran- 
chissant le précipice. Il suffisait que ce viaduc eût subi quelque 
accident dans l'intervalle, pour que la route de Marc-Aurèle ne 
fût plus, à Tépoque de Constantin, qu'une impasse impraticable. 
Au lieu de reconstruire le viaduc à grands frais, on a pu juger 
plus pratique de reprendre Tancien tracé sur la rive droite, qui 
ne nécessitait pas de tels travaux d'art. C'est alors qu'on a vrai- 
semblablement retrouvé en place le milliaire A, au nom d'Ha- 
drien: on y a gravé la nouvelle inscription au nom de Constantin 
cl de ses fils, et on Ta flanqué, suivant l'habitude dont j*ai parlé 
plus haut, de deux autres exemplaires, les milliaires B et C, ré- 
pétant la même inscription. 

Ces trois milliaires ont été découverts groupés sur un même 
point, et sous une couche d'éboulis de 3 mètres de hauteur, qui 
a dû les protéger contre des déplacements ultérieurs. Ce fait 
montre suffisamment qu ils doivent être iîi situ. Par conséquent, 
à une distance de ce point égale à 2 milles romains^ soit 
2,963 mètres, doit se trouver la ville à partir de laquelle était 
comptée cette distance itinéraire. 

Etant donné les diverses indications résumées plus haut, il est 
évident que cette ville ne saurait être autre qu'Abila de Lysanias. 
Autant que je puis m'en rendre compte, la position de Soûk 
Ouâdy Barada répond d'une façon satisfaisante à cette condition. 
Il n'en serait pas moins très désirable qu'on procédât à une vé- 
rification sur le terrain, en mesurant exactement la distance qui 
sépare Soûk Ouâdy Balada du lieu où ont été exhumés nos trois 
milliaires. Les ruines s'étendent en plusieurs groupes dans un 
grand rayon autour de cette localité ; grâce à ce nouvel élément 
de calcul, on pourrait arriver à déterminer avec précision le 
centre réel qui représente la ville antique et qui pouvait être soit 
à Soûk, soit à Berheleya, soit à El-Kefr. 

Cette conclusion reste, cependant, soumise encore à un cer- 



42 RECUEIL d'archéologie orientale 

tain doute que nous ne pouvons nous dispenser de faire entrer 
en ligne de compte. Abila do Lysanias figure, sur la Table de 
Peulinger et dans Tltinéraire Antonin, comme une étape de la 
grande route reliant Damas et Héliopolis. On peut se demander, 
en conséquence, si le numérotage des milliaires, partant de Tune 
ou Tautre de ces deux grandes villes, n'était pas continu et si 
notre milliaire, trouvé à la hauteur de Abila, ne devait pas por- 
ter un numéro rentrant dans cette série, soit 18^ en comptant de 
Damas, soit 32 (ou 38) en comptant de Héliopolis. Cela nous 
conduit à nous demander si le chiffre II, que nous lisons sur le 
calque de M. Frédéric Son, est bien exact ou, plutôt, s*il est 
complet, et si, par hasard, la pierre ayant soufTert en cette 
partie, les deux barres d*unités n'auraient pas élé précédées 
d'autres chiffres aujourd'hui disparus; par exemple: [XXX]II 
ou [XVI]II. Gomme l'a remarqué M. Gagnât, la position occu^ 
pée par ces deux barres d'unités, par rapport à la justification 
normale des lignes, laisse à gauche un vide suffisant, dont l'exis* 
tence serait assez favorable à cette conjecture. Néanmoins, j'in- 
clinerais à croire qu' Abila a parfaitement pu être prise comme 
tète de ligne, avec un numérotage spécial partant de cette ville, 
et se poursuivant dans la direction d'Héliopolis. Abila était une 
ville importante. Les inscriptions de Marc-Aurële et de Lucius 
Verus nous montrent que ce sont ses habitants qui ont fait les 
frais de la réfection de la route entaillée dans la montagne. Rien 
ne s'oppose donc à ce que Ton admette que la route traversant 
leur territoire eût reçu des milliaires numérotés à compter de 
leur ville. La teneur même de l'inscription d'Hadrien gravée sur 
notre milliaire A, aussi bien que celle des inscriptions de Cons- 
tantin et de ses fils, est plutôt favorable à cette dernière façon 
de voir. L'emploi uniforme du datif implique des dédicaces aux 
empereurs, par conséquent l'exécution d'un travail exécuté, en 
leur nom, assurément, et en leur honneur, mais par l'initiative 
d'un tiers, tiers qui dans l'espèce, pouvait être l'autorité muni- 
cipale. Peut-être même, à côté du bornage général et continu des 
grandes routes impériales, y avait-il un sous-bornage local cor- 



INSCRIPTION ROMAINE d'hÉLIOPOLIS 



43 



respondant à des sections de ces routes et portant un numéro- 
tage spécial. Qui sait même si, dans certains cas^ ce n'est pas à 
ce fait qu'on doit attribuer, au moins en partie, cette multiplicité 
des milliaires accumulés sur un même point, multiplicité que 
j'ai signalée plus haut? 



§ 21. 
Inscription romaine d'Héliopolis. 

En même temps que les inscriptions précédemment expliquées, 
M. Lôyived m'a fait lenir l'estampage d'une autre inscription 
romaine, gravée sur une colonne récemment découverte à Baal- 



TVIBVL 

LIV5TFT 

N-M-P-NFA B 

COkN D 




»-» »— -. ^- 




€TOTC 

T{itus) VibuUius, T{iti) /i[/ius), T(iti) n{epos), M{arci) p{rom) 
p{os), Fftb{if1), com{icm), d{e)d{icavit). — 'Ecsu; exv'. 



44 RECUEIL D*AnCHÉOLOGTE ORIENTALE 

bek. Les caractères de la première ligne mesurent 0'»,08 de hau- 
teur, et leur forme indique une belle époque. 

Il est préférable de restituer cornicen^ a trompette », plutôt 
que comicularius\ car, dans ce dernier cas, comme Ta justement 
remarqué mon savant confrère, M. Gagnât^ l'officier n'aurait 
probablement pas manqué de mentionner le supérieur de qui il 
relevait immédiatement en qualité de cornictdarius , 

L'absence de cognomen est un fait à noter; c'est un indice de 
plus, tendant à faire remonter assez haut la date de l'inscription. 

Cette date est-elle réellement celle qui est inscrite en caractères 
grecs au-dessous du cartouche contenant l'inscription latine? 
Cette dernière date n'aurait-t-elle pas été gravée après coup? 
Elle est libellée dans une autre langue, et les caractères iy epsi- 
lon et le sigma sont lunaires) pourraient sembler d'une époque 
plus récente. Toutefois il n'est pas impossible que Tauteur de 
l'inscription latine, voulant la dater, selon l'usage du pays, à 
Taide d'une ère locale, ait cru devoir en même temps se servir 
pour formuler cette date, de la langue courante de ce pays, lan- 
gue qui était le grec, et cela depuis fort longtemps. Quant à Tob- 
jection paléographique, il n'y a pas lieu de s'y arrêter; il ne faut 
pas oublier que l'emploi des formes lunaires n'est pas aussi 
récent qu'on le croit généralement; nous en avons, en Syrie 
particulièrement, plus d'un exemple relativement ancien S Si 
nous connaissions mieux la forme même du monument, et la dis- 
position respective des deux textes, il nous serait peut-être plus 
facile de trancher la question. 

En tout état de cause, qu'elle soit^ ou non, contemporaine de 
la dédicace latine, je ne vois guère moyen de calculer cette date 
autrement que d'après l'ère des Séleucides. L'an 429 de cetle ère 
correspondrait à l'an 117-118 de la nôtre, ce qui nous reporte à 
l'avènement de l'empereur Hadrien. 

1. Je me bornerai à en citer, au hasard, deux qui sont pleinement suflisants 
pour notre cas, deux inscriptions de Paimyre : le n» 2613 de Waddinglon, 
op. c, qui est daté de l'an 391 des Séleucfdes =79-80 J.-C. ; et le n« 2616 
qui porte précisément la môme date que la nôtre, 6xu' =: \2^ de l'ère des Séleu- 
cides = 118 J.-C. 



LK scxjLC frc iuaiA<\ ni;5^ r« iixaKH w^ 



Lesoeande Ktomaç. fils de EUclKm 



Au coors d*aoe nêceote excorsioo en Ammonilide M Brùmiow 
a recaeilli. à *Aiiiinàii même, et rieolde pabUer* un cichel à ins- 
cription sémitique archaïque. Cest une petite ^emme« dont il 
n'indique pas la forme exacte, probablement un ellipsoïde ou un 
scarabéoîde, une pierre verte à moitié translucide^ qui, à en jug^r 
par récbelle de la reproduction agrandie qui en est donnée, doit 
mesurer environ 0*.017« selon son srand axe. On v voit rravé un 
personnage barbu debout, de profil à droite, vi^tu d'une longue 
tunique serrée à la taille, la main droite relevée à la hauteur delà 
face dans un geste d'offrande ou de prière. 
Coiffure basse et arrondie de la partie anté- 
rieure de laquelle se détache et se projette en 
avant une sorte d'ornement en spirale rappe- 
lant un peu l'uraeus égyptienne. L'ensemble du 
costume et le style général sont plutôt assy- 
riens. 

Disposée en deux lignes, devant et derrière le personnage^ est 
gravée une légende en caractères sémitiques archaïques qui se 
lisent sans difficulté : 

Twhn \i y^nSkS, « A Elamaç fils de Elichou'. » 

Ces noms propres, qui sont laissés sans commentaires par Tédi- 
teur, méritent qu'on s'y arrête un instant. Ce sont tous deux des 
noms théophores formés avec le nom de la divinité £/. 

Dans le premier, le nom divin El est combiné avec le verbe ycN, 
« être fort, vigoureux, hardi », soit au qal, soit au jot>/; Elamffç 
est le pendant exact du nom hébreu niïON, Amaçyah, ou M^rsi^. 

1. Deutsch. Palaestina-Verein, MHth, u, Nachr,, 1896, p. 4. Cf. p. 21. 




\ * 



46 RECUEIL DA^RCHÉOLOGIB ORIENTALE 

Amaçyahou^^ porté, entre autres personnages, par le huitième roJ 
de Juda, fils de Yoach, le vainqueur des Ëdomites, vaincu plus 
tard par Yoach, roi dlsraëK et assassiné à Lakich. 

Dans le second, le nom divin El est combiné avec le thème 
W. C'est exactement le nom biblique n\r>S«, Elichoû\ avec l'or- 
thographe défective en usage à cette époque. On explique géné- 
ralement par : « El est le bonheur», ce nom étroitement apparenté 
aux noms 3nttm«,i4ôeVAoî/\r»r^DSQ, Malkichou\ vy^\7\i^ Yehochou\ 
mais il est fort possible qu'il faille dans ce groupe de noms ratta- 
cher le second élément à la racine yuv » sauver »; comparez, 
à ce point de vue, le nom du prophète Elisée, w^Sn, Elicha\ 

Je rapprocherai noire nom à'Elichou de celui de 3n2r:T«, qui 
apparaît sur un cachet archaïque présenté récemment à TÂcadé- 
mie' par mon savant confrère M. Philippe Berger; ce dernier nom 
est à lire, non pas Adonicha\ ce Celui qu'Adon regarde d'un œil 
favorable », en expliquant le second élément par le verbe ny^, 
« regarder»; mais bien, comme je Tai fait remarquer: Adonîchou' 
{= TiW^^iK) « Adon est le bonheur ou le salut. » Notre nouveau 
cachet me semble confirmer cette dernière façon de voir. 

11 est fort possible que ce petit monument, recueilli au cœur 
même de l'Ammonitide, appartienne réellement à ce pays, et que 
nous ayons là un spécimen de l'art, de la langue et de récriture 
en usage chez les Ammonites cinq ou six siècles avant notre ère. 
Le dieu El appartenait en commun à la famille sémitique, et il a 
pu parfaitement avoir sa place dans le panthéon ammonite, à côté 
du dieu plus spécifique, Molek, Milkom ou Malkam. 



1. Cf. le nom ^3fO^{, Amd, qui en est peui-ôlre une forme contractée 
(= Atwfar?), et yiCK, Amôcj Je nom du père d'Isaïe. 

2. Comptes rendus, 1894, p. 340. 



LE LTCHNARION ARABE DE DJERACH 47 



S 23. 
Le lychnarion arabe de Djerach. 

Le P. Germer-Durand a eu rextrême obligeance de m'envoyer 
Toriginal même de la lampe à inscrlplion coufique dont je parle 
plus hauts pour me permettre de vérifier les modifications que 
j'étais tenté de faire subir à la transcription et à la traduction pro- 
posées par le P. Doumeth. 

Cet examen a pleinement justifié les réserves que j'avais cru 
devoir faire et, comme on va le voir, il confirme sur un point 
très inportant une lecture que j*avais mise en avant à titre de 
conjecture. 

Le lychnarion mesure O'^^IO de longueur. Il est muni d'une 
longue queue, assez élégamment recourbée, qui semble avoir dû 
être terminée par une tète d'animal, peut-être bien de dragon; cette 
tête est mutilée ; elle a été écrasée d*un coup de pouce* avant la 
cuisson, mais je crois reconnaître encore les deux oreilles. 

La face supérieure de la lampe est décorée de lignes sinueuses 
et de traits rayonnants, très rapprochés, rappelant les palmes 
qu'on voit si souvent sur leslychnaria de l'époque byzantine. La 
face inférieure forme une large base plate, ovoïde, avec bourre- 
let ; au centre, une petite croix simple, à branches égales, en re- 
lief. 

L'inscription, en caractères d'un faible relief, court toutautour, 
sur la paroi oblique qui raccorde la face supérieure à la face in- 
férieure. Elle n occupe donc pas une place très en vue, comme il 
sied aune légende de cette nature, qui, somme toute, n'est guère 
autre chose qu'une marque de fabrique, un peu plus explicite 
seulement que d'ordinaire. 

1. ,^'.3, p. 21. 

2. On distingue encore les stries de l'épiderme empreintes dans l'argile 
molle. 



48 RECUEIL d'archéologie orientale 

Voici comment je la lis : 

'^J Ù^j-^J {sic) <-^ O J'j^^ ^...-^1 ô; JJ^» AmL 

« L'a fait Théodore (?), fils de As.. .y (?) ; à Djerach, Tan cent 
vingt-cinq. » 

La lecture du P.Doumelh : jjJ <mL^, « œuvre de David », n'est 

pas possible; c'est certainement <MLa, « Ta fait », c'est-à-dire la 
formule usuelle dans ces sortes d'épigraphes, signatures d'artistes 
ou de fabricants. Le verbe est immédiatement suivi de son sujet, 
le nom du potier. La première lettre n'est pas un lam; un tam 
aurait une tige plus haute ; ce n'est, par conséquent, pas la prépo- 
sition V h » précédant le nom propre, mais bien une lettre inté- 
grante de ce nom même qui, selon les points diacritiques qu'il faut 
y ajouter, peut être n, ô, /, th ou y. Quant à la dernière lettre du 
nom, ce n'est pas un dal; elle devrait avoir, dans ce cas, la forme 
du dal^ certain, celui-ci, qui est la seconde lettredu nom ; c'est un 
ra, semblable à celui qui apparaît plus loin dans les mots indubi- 
tables : ^j^ (- J^jf-) et ù.r^ 

Le nom transcrit jj-Ai est susceptible de se lire de bien des ma- 
nières, grâce au jeu des points diacritiques possibles. La première 
lettre est accostée, à droiteetà gauche, de deuxespècesde points 
qui^ s'ils ne sont pas de simples accidents, conduiraient à lire j j-aT 
Leur position symétrique m'incline à croire qu'ils sont inten- 
tionnels. L'on sait que la vielle écriture arabe a commencé à se 
servir de très bonne heure des points ou signes diacritiques, mais 
d'une façon exceptionnelle, quand on voulait éviter le doutepour 
certains mots auxquels on attachait une importance particulière. 
Le second milliaire de*Abd el-Melik (i«^ siècle de l'Hégire), 
trouvé entre Jérusalem et Ramlé, en offre un exemple remar- 
quable pour le mot O: « huiti ». Si c'est ainsi qu'il faut lire^ jjX 
est peut être bien la transcription du nom grec &s,6l(ùpoq ; notre 
potier était chrétien, comme l'indique suffisamment la présence 



1. Voir, à ce sujet, mes observations dans les Comptes rendus de TAcadémie 
des Inscriptions, 189i, p. 259. 



LE LTCHNARIOS ABABE DE DJERACH 49 

He la croix. La transcription ordinaire de 0:i3u)p:; est, il est vrai 
^ jjC, avec le maintien de l'accent à sa place et de la lerminaisoD 
grecqae. On rencontre, toutefois, dans les auteurs arabes, d'au- 




tres modes de transcription tendant à justifier celui-ci; cf. le nom 
de l'évêque de Masîsa, qui est écrit ^^-jJT dans le Tanbtk de Ma- 
s'oùdi, et que M. de Goeje corrige en jj-*»"', Théodore-, celui de 



1. De Goeje, Bibliotkeea Geogniph. Arabie 


., Vllt, p. 152. L'auteur, ou un 


1 ttECCDL D'AHCMItOLOaiI UHIEXTILX. 11. 


Jl-in 1S9U. LiVHii-0.1 4.| 



50 RECUEIL d'archéologie ORIENTALE 

Théodora^ mère de Tempereur Michel,ôj-xr*. Il est possible, d'ail- 
leurs, que noire jj^" soit la transcription non de ©siîwpo;, mais 
de ÔssBwp'.:;, forme dérivée dont on a des exemples épigraphiques' ; 
dans ce cas, la transcription serait parfaitement régulière, avec 
la chute de la terminaison, et la conservation en place de l'accent 
tonique représenté par la voyelle longue waw. Notre potier chré- 
tien, qui continuait à reproduire les anciens types de lychnaria 
byzantins, devait appartenir à la population grecque de Djerach, 
qui s'était maintenue très nombreuse dans cette ville, après la 
conquête musulmane'. 

Le mot suivant est, sans contredit 0; , ^t non le groupe ^ , qui 
ferait parlie du nom que le P. Doumeth supposait èive Barnabe. 
En effet, la seconde lettre est identique au noun final du mot 
C/^/^j « vingt » et n'a aucune ressemblance avec les ra certains 
de Tinscriplion. On pourrait se demander s'il ne convient pas de 
rattacher au précédent ce groupe de deux lettres, ce qui donne- 
rait, pour l'ensemble du nom propre, 0* jj-A» . Mais quel serait un 
tel nom? Il paraît plus naturel de l'en détacher et, en le ponc- 
tuant cT, d'y voirie mot « fils » suivi du patronymique. 

Ce patronymique est obscur, les lettres du milieu ayant été 
écrasées avant la cuisson par la pression des doigts sur Targile 
molle, La première lettre est un élif; je ne vois pas trace, avant 
le pied coudé de cette lettre l, d'un crochet vertical l, qui, s'il 
existait, impliquerait la présence d'une' autre lettre avant Vélif 
(^> ^y ^y lî» ^')- Puis vient un sad mutilé, mais reconnais- 



copiste a dû confoodre avec le nom de Théodose^ doni ^jjjestla transcription 
normale. On pourrait peut-être penser aussi à une leçon trjJ^^i/'j-*» =Lr>*C« 
Quant à supposer que le jjjC de notre inscription soit à ponctuer j«jC = 
@eoS6(no;, j*ai peine à croire que le sigma ait eu dans la prononciation vulgaire 
le son de z, comme dans notre Théodose; il semble qu*il soit toujours resté une 
sifflante dure : cf. Khirbet Deir Dôsi, Tancien couvent de Tbéodose, aux environs 
de Bethléem. 

1. De Goeje, ibid., p. 170. 

2. C. /. G., n»4793 6. 

3. A la fin du ix» siècle, la population de DJerach était encore à moitié grec- 
que (Ya*qoûby, éd. Juynboll, p. 115). 



LE LYCHNARION ARABE DE DJERACH 51 

sable; puis un débris de lettre [a in, ghàiriyfé, ou qàf1)\ puis la 
place d'une autre lettre; puis les restes d'un mim {fé ou qàfi); 
enfin le groupe final J, avec toutes les combinaisons possibles 
de points diacritiques. Ce ya final semblerait indiquer un nom 
de forme ethnique. Je soupçonne que c'est peut-être encore un 
nom grec, commençant peut-être par un 2, suivi d'une consonne, 
ce qui, d'après les habitudes de la phonétique arabe, nécessitait 
la proslhèse d'un élif. N'étaient la terminaison en î et l'appa- 
rence du second caractère, on songerait à un nom tel que l^Té^a- 
voç (^iL-»l, ^jlila^l.) Somme toute, je n'ai rien de satisfaisant 
à proposer pour le patronymique. 

Vient maintenant le mot où j'avais cru à première vue pou- 
voir reconnaître le nom de Djerach. C'est bien, en effet, le nom 
de cette ville, précédé de la préposition •-;, « dans, à », qu'exige 
la construction; comparez la formule traditionnelle des légendes 
monétaires, par exemple : 
<^j ijjls,^ ^jjt- c^ ^j^J^\ « A Damas, Tan cent vingt-cinq. » 

Le béa, disparu, par suite d'une cassure; mais, en examinant 
attentivement l'original, on constate que le djim n'a pas la forme 
du djim initial telle qu'elle apparaît plus loin dans le mot a^^-, 

<( cinq )).^S. . mais bien celle du djim médial ^^V^ ; on distingue, 

en effet, nettement, devant la lettre, l'amorce de la ligature qui 
la rattachait au bé précédent (^^). 

La façon dont est introduite la date, sans Tintervenlion de la 
préposition (J « dans » avant le mot aI-», « année », est justifiée 
par les formules monétaires dont je viens de citer un exemple 
rigoureusement contemporain, de l'an 123 de l'hégire =: 742 de 
notre ère, c'est-à-dire la même année où fut exécutée notre 
lampe. 

On remarquera la forme <**^ au lieu de j-^, « cinq »; 
c*est contraire à la règle grammaticale, mais la lecture maté- 
rielle est indubitable. 

1. Lavoix, Catalogue des monnaies musulmanes de la Bibliothèque nationale, 
I, p. 121, no 494. 



S2 RECUEIL d'archéologie ORIENTALE 



§24. 
La mosaïque de Medaba. 

Les belles mosaïques qui forment le pavement de Tancienae 
basilique de la vierge à Medaba, en Moabitide, contiennent une 
longue inscription qui en relate Texécution et en donne la date. 
Cette date soulève un problème chronologique intéressant, par 
suite du doute qui plane sur la première des trois lettres numé- 
riques qui la constituent. Elle est ainsi conçue d'après la trans- 
cription typographique du P. Séjourné * : 

MINH<|)€BPSAPHO€TSCXOàINàK€ 

ce que le P. Séjourné lit, avec les corrections naturellement 
indiquées : 

MMvp] ç66po'jap[i(})], Itou; E'o'3' '.vB[i]x[tio)Voç] e'. 

« Au mois de février, de l'an 674, indiction 5. 

Il suppose que la première lettre numérique douteuse, qu'il a 
d'abord figurée comme un X et qu'il représente ensuite par un à- 
peu-près typographique, h^ est un digamma valant 6, qui, avec 
un trait additionnel omis, pourrait prendre la valeur de 600. 
L'an 674 serait calculé selon Père des Séleucides, et Texécution 
de la mosaïque remonterait alors à Tan 362 de notre ère. 

Cette conclusion prête à plus d'une objection. Les Grecs avaient 
une lettre spéciale pour le chiffre 600 ; c'est le x- Pourquoi cette 
lettre n'aurait-elle pas été employée ici? Nous n*avons pas 
d'exemple que le signe d'unité représentant 6 ait jamais passé à 
Tordre correspondant des centaines, grâce à l'addition d'un trait 
diacritique; c'est seulement pour Tordre des mille qu'on a eu re- 
cours à un artifice de ce genre, et ce dans toute la série alphabé- 
tique. De plus, la concordance indictioonelle, dont le P. Séjourné 
tire argument, n'existe pas en réalité. En eiïet, en février 674 de 
Tère des Séleucides on était en Tan 363 et non 362 de notre ère, 

1. Revue biblique, 1896. 



LA mosaïque de MEDAKi 53 

cette année 674 s'étendant du ^•' octobre 362 au 1«' octobre 363 ; 
or, en février 363 de notre ère, Tindiction était 6 et non 5. A la 
rigueur, ce désaccord ne serait pas très grave. Ce qui l'est davan- 
tage^c'est la difficulté archéologique qu'il y a à faire remonter Texé- 
cution de cette mosaïque et la paléographie même de l'inscription 
au iv« siècle de notre ère, étant donné, surtout, les analogies qui 
la rapprochent de celles de Qabr Hiram et de Berdja. 

Le rapprochement avec ces mosaïques s'impose pour quiconque 
est un peu au courant des antiquités chrétiennes de Syrie. 
H. Michon * y insiste avec raison, et il propose une solution dif- 
férente du problème. S'appuyant sur les conclusions de Renan 
qui, à bon droit, il semble, malgré les assertions contraires de 
de Longpérier et de de Rossi, fixe la date des inscriptions des 
mosaïques de Qabr Hiram et de Berdja à la fin du vi" siècle, il 
pense que l'ère employée dans Tinscription de Medaba n^est pas 
l'ère des Séleucides, mais quelque ère locale qu'il s'agirait de 
déterminer ' et qui nous ramènerait aux environs de la même 
époque. 

J'ai eu l'occasion, dans le temps, de m'occuper moi-même de 
cette question, ayant reçu en 1888, du P. Germer-Durand, une 
copie de l'inscription controversée, copie qui diffère un peu de 
celle du P. Séjourné et qui, pour la partie qui nous intéresse, est 
ainsi conçue : 

MIHH (^e3?o\A?Ho eroyc n^ù inâH! € 

Ce n'est pas, à vrai dire, une copie figurée ; il est possible 
même qu'elle soit moins rigoureusement exacte que celle du P. 
Séjourné (par exemple les OY substitués à 8, les mots séparés), 

1. Revue biblique^ 1896, p. 363, § sq. 

2. On pourrait songer à l'ère de la ville de Medaba, qui semble apparaître dans 
une inscriplion que j*ai discutée plus haut (§ 7, p. 13), mais dont Tindication est 
sujette au doute. Si le groupe MT 6st à prendre à la lettre, ïépoque de cette 
ère serait 183 avant J.-C. ; en calculant sur cette base, on serait conduit, pour 
se maintenir au v« ou au vi« siècle et en coïncidence avec i'indiction 5, à lire la 

date controversée, soit CO A = 27 i==: 457 J.-C, soit TOA = 374 = 557 J.-C. 



S4 RECUEIL d'archéologie ORIENTALE 

Mais elle présente l'avantage de nous donner au moins un essai 
de représentation du premier signe numérique si énigmatique. 
Sa forme diffère sensiblement de celles indiquées par le P. Sé- 
journé. Dans sa lettre le P. Germer-Durand l'interprétait comme 
un sigmay et lisait 274, en proposant de compter du règne de Cons- 
tantin, de Tan 313, point de départ du cycle indictionnel, ce qui 
nous mettrait en Tan 587 de notre ère. Cette dernière date serait 
archéologiquement satisfaisante. Mais je doute que le caractère 
controversé soit un sigma^ et l'emploi de l'ère constantinienne, 
sans exemple, je crois, en Syrie, est a priori peu vraisemblable. 

Puisque la question se trouve posée à nouveau par la disser- 
tation de M. Michonje demanderai la permission de soumettre à 
mon tour à la critique une conjecture vers laquelle j'inclinais 
lorsque j'ai eu à m'occuper de la mosaïque de Medaba. Ce carac- 
tère bizarre qui a dérouté tous ceux qui l'ont vu en original ne 
serait-il pas, par hasard, un sampil Cette lettre conventionnelle, 
qui n*a jamais eu qu'un rôle numérique = 900^ offre, on le sait, 
une grande variété de formes, et^ dans le nombre, il en est qui 
rappellent quelque peu celle figurée dans la copie du P. Germer- 
Durand. L'an 974 ne pourrait guère appartenir qu'à l'ère des 
Séleucides; cela nous mettrait au mois de février de Tan 663 de 
notre ère. L'indiction 5 ne concorderait pas exactement, il est 
vrai ; en février 663 on était dans Tindiction 6 ; mais l'on a plus 
d'un exemple épigraphique d'un désaccord de ce genre. 

Une objection plus grave, c'est que cela nous mènerait après la 
conquête musulmane, et que l'on a toujours répugné jusqu'ici à 
admettre que de pareils travaux aient pu être exécutés sous la 
domination arabe. Mais on a tort de perdre de vue que cette do- 
mination fut, au débuts très douce aux populations chrétiennes, à 
qui l'on laissa toutes leurs libertés religieuses. Il y a dans l'ins- 
cription même une expression qui me frappe, c'est l'épithète de 
9'.AS)jpt(rrc; donnée aux habitants de Medaba qui ont contribué aux 
frais du travail : tcO ©iXoxptaTOj XaoO TajTr^ç xôXso); MeSaôwv *. Je ne 

1. Ou, plutôt, MYjoaêwv. 



LA GÉOGRAPHIE MÉDIÉVALE DE LA PALESTINE 35 

pense pas que ce soit là une épithète banale ; c'est bien plutôt un 
qualificatif ayant sa raison d'être; il est employé avec une inten- 
tion marquée qui implique, à mon sens, la coexistence à Medaba 
d'une autre population d'une religion différente. J'ai cité plus 
haut un exemple assez topique de la façon dont musulmans et 
Grecs vivaient côte à côte dans cette même région^ à Gerasa '. II a 
dû en être de même, vraisemblablement^ à Medaba, ville forte- 
ment imprégnée d'hellénisme byzantin. Cette tolérance était 
poussée très loin. L'on sait qu'à Damas, jusqu'en l'an 87 de 
l'hégire, musulmans et chrétiens se partageaient fraternellement 
la grande église de Damas, mi-partie église, mi-partie mosquée. 
On ne voit pas pourquoi, subitement, du jour au lendemain, les 
chrétiens de Syrie qui avaient accepté, parfois d'assez bonne 
grâce, le joug peu pesant de Tislam primitif, auraient cessé d'or- 
ner, voire même de construire des églises. En 663, on était en 
Tan 42 de l'hégire. Il y avait certainement encore à cette époque 
dans le pays des artistes mosaïstes qui avaient gardé Théritage 
des traditions antiques de leur métier et qui étaient capables 
d'exécuter la décoration de l'église de Medaba parvenue jusqu'à 
nous. La preuve en est que, trente ans plus lard, le calife 'Abd 
el-Melik n'eut pas de peine à trouver les habiles praticiens qui, 
sur son ordre, revêtirent la Qoubbet es-Sakhra, à Jérusalem, de 
ces merveilleuses mosaïques datées en toutes lettres de l'an 72, 
mosaïques que nous admirons encore aujourd'hui et où l'on re- 
trouve les principaux motifs de l'ornementation byzantine qui 
pouvaient se concilier avec les scrupules religieux de Tisla- 
misme. 



§2o. 

La géographie médiévale de la Palestine d après des 

documents arabes. 

\j Histoire des Sultans Manilouks^ de Quatremère, contient, 

1. Voir plus haut, § 23, p. 50. 



56 RECUEIL D*ARCHÉOLOGIE ORIENTALE 

comme Ton sait, divers passages * d'un très grand intérêt pour la 
géographie médiévale de la Palestine. M. Rôhricht s'en est 
occupé tout récemment'; mais, s'en tenant aux traductions tout 
à fait insuffisantes de Quatremère, il n^a pu tirer de ces docu- 
ments arabes le parti qu'ils comportent. 

La question ne saurait être utilement abordée que si Ton re- 
court aux manuscrits originaux. C'est ce que j'ai fait, il y a déjà 
bon nombre d'années, dans mes conférences de TÉcole des 
Hautes-Études, et j'ai obtenu ainsi des résultats décisifs que je 
me propose de faire connaître prochainement, en y joignant la 
discussion critique nécessaire. En attendant, voici quelques 
données répondant aux desiderata de M. Rôhricht' : 

A. — Villages érigés en ouaqfpar Melik el-Achraf dans le pays 

de Tyr et d'Acre, 

Sarifeïn^ lisez : Siddiqin ; 

Tabarsiahy lisez : Teir Sinbè (= Teir Zinbeh) ; 

Kâbira = El-Kâbry (avec Vimdlé; et non Kh. Kâbrâ) ; 

Tell el-Moutasouf", lisez : Tell el-MefchoUkh (= Et-Tell, au sud 
et tout près de El-Kàbry); le nom ancien du tell s'est conservé 
dans celui du Nahr Mefchoûkh qui coule au pied du tell, ainsi 
que dans celui de la Birket Mefchoûkh. 

B. — Fiefs octroyés par Beibars à ses émirs dans le territoire de 

Césarée : 

Àfràsin=- Ferâsin^ sans aucune espèce de doute (aphérèse nor- 
male de IV/i/ initial); 
NAmè, lisez : Bâqa (?) ; 
Taiybèt el-Ism = Taiyibé, au sud-est de Qalansaoué; 

1. Qualremère, Histoire des Sultans Mamlouks, l B, 13-15; H A, 431 ; II A, 

2. Zeitschrift des deutschen Palàstina-Vereins, 1896, p. 61. 

3. Les arabisants verront du premier coup d*œll les raisons paléographiques 
qui justifient mes corrections, con6rmées, d'autre part, par les identifications 
topographiques avec les localités modernes. 

4. Le f de Quatremère doit être une coquille pour h (= kh). 



LA GÉOGRAPHIE MÉDIÉVALE DE LA HALESTLNE Oi 

Tabân^ variaale Bathan = Khirbet/iM/î/i (prosthèse de Vélif); 

Bourdj el'Ahmar = la Tour Rouge des Croisés ; 

Deir ei-'Asfoûr, variante el-'Asoàr, lisez : Deir el-Ghousoùn; 

Sair Foiiqa =: Khirbet Sir (?) ; 

Faqtn. lisez : Qouffin; 

Afrâd Nesifd, lisez : AfrâdUid', ( = Ferdisia]) : 

Djèbèlé^ lisez Hablé (nord-est de Djildjoûlia). 

J'ajouterai que le « terrain de Scheïha » [Tin Cheiha) men- 
tionné par Quatremère dans son llist, des Stili. Maml, (I, B, 32 1 
doit ôtre corrigé en TeirChiha (= Tersyha, Tercia, Torsia^ etc., 
des Croisés), au sud-sud-est de QaKat ol-QVeîn i. 

C. — Villages de la principauté de Tyr mentionnés dans le traité 
coîiclu entre Qel4oi)n et la princesse Marguerite, 

Marguerite était représentée par Raymond Visconte (il faut 
restituer ainsi le nom de ce personnage historique qui a été défi- 
guré par Quatremère en lasch/cand), 

Mouaqqa\ lisez : Maclioùqa [:r=^el'Ma'choûq)\ 

Rechmoun^ =: 'Ain-Rachainon, ontro Tyr et Ma'choùq [Raisse- 
mon des Croisés); 

Asrtfia^ lisez : Asriffi [= Sarif/}); peut-tHre la Zirisia — à lire 
Zirifia — des Croisés ?) ; 

Amrada'ùiy lisez : Kafr Dounin; 

Kasemiyé, n'est pas el-Hamsiyé^ mais bien la Kthémiyé\ 

Sedes, certainement Siddein; 

Kahlab, lisez : Mahlab ilaMa/ialliba des documents assyriens, 
Mahaleb des Croisés); 

Marfoûf^ lisez : Marfoûq ou Marhotiq ( = Mahouc, Babouc des 
Croisés, aujourd'hui Baqboûq); 

Djemadiyé, corrigez : HammfUliyé (la Uamadie des Croisés) ; 

Madkalah^ corrigez : Madfala {Medfèlë) ; c'est la Medfeneh * 
d'aujourd'hui, la Meteffele des Vénitiens (corrigez ainsi la leçon 

\, Avec la transformation courante en arabe vulgaire de /=n. 



58 RECOEIL D*ARCHÉOLOGlE ORIENTALE 

fautive Metessele dans Tafel et Thomas, Urkunden, XIII, 11), fief 
du personnage appelé Batiatiro, d*oii le nom français, jusqu'ici 
incompréhensible, de Batiole donné au xm® siècle à ce casai; 

Talebiyè =: Thalabie, Talobie des Croisés ; 

Deriiahy corrigez : Derina {=^Derfnay Dernna, etc., des Croisés); 

Dehriahy corrigez : Zeheriyé (cf. Quatremère, op, cil,, p. 218) 
^ Zaharie, Zacharie des Croisés; aujourd'hui Kh, Zaheiriyé\ 

Funsuniahj corrigez : Fetoûnùjé = Félonie des Croisés [Feco- 
nie est une fausse lecture); 

'Ailhiahy n'est pas 'Itil qui est mentionné plus bas; 

'Arabiah, corrigez : 'Azziyéi^ la Hasye des Croisés); 

Detr ^Amrân ne peut faire l'objet d'aucun doule pour le nom 
et la position {Khirbel ed-Deir, non loin de Neby 'Amrân = Dair- 
ram des Croisés?); 

La correction DeirKaloun en Qânoûn est sûre, et confirmée par 
la réapparition plus loin d'une localité homonyme correctement 
écrite, cette fois; 

SadifaVy corrigez : Siddiqin ; 

Garaïgal, coiTigez : 'Ainlb'dl] 

Allil^ corrigez : 'Ailit; 

Sahnouniyè est plutôt la Sagnomie que \hSahonye des Croisés; 

Hamîray lisez : Hovmaira (= 'Homeire des Croisés); 

Fakiahy lisez Faq'aiyé {:=. ^Ain Faqaiè^ le Focai, Focay des 
Croisés) ; 

Kafr Digal, corrigez : Kafr Dib*dl{=^ Ce/far de bael, Cafar 
Dabael des Croisés); aujourd'hui Dib'àl tout court; 

Hoiibay corrigez : Djoueiyâ {=zJoie, Johie des Croisés); 

Tarsendjath, corrigez : Teir Samhâl (près de Mâroùn) ; 

Kafar Naï =• Khirbel Kefr Nay (au nord-ouest du précédent) ; 

Aschhour = Chouhoûr (à l'ouest du précédent); 

le nom suivant, lu : Alemz par Quatremère, y/^J\j dans le 
manuscrit, est probablement un qualificatif de Chouhoàr^ employé 
pour le distinguer d'un autre Chouhoûr mentionné plus loin 
(=z Chouhoiir el-Qanâ, au nord-est de Ras el-'Ain? — Cf. le 
Szorcoorum des Croisés?); 



Là Géographie iiédié\'àle de la palestitie 59 

Farzoun, corrigez : Qarzoiin «près du précédent; 

Abroukhiah = Khirbel Beroûkhei. au sud de Deîr Doughiya 
( HZ Brochey des Croisés'! ; 

Sawafi .= Soafin, Sohafin des Croisés»; 

Tardeba est sans aucun doute Teir Doubbé; 

Hamràniah, le nom «'est conservé dans celui du Ouàdy el- 
Houmrâniyè {Map, I, N, é»; 

Sarkialy corrigez : Charafiyât (au sud-ouest de Tôra) ; 

Honainaihahy corrigez : Houbeichiyé} ('ain et ouàdy de ce 
nom, tout près du précédent, au sud-ouest); 

Alfdh (=? ) est un simple qualificatif du nom de Achhoùr qui 
]e précède et qui est une localité homonyne, mais difTérente, de 
V Achhoùr déjà mentiouné ( = peut-être Achhoàr el-Qami^ la Kh, 
Shahûr el-Kana du Mao?!; 

Misrtah [Masriyè) est probablement la Massorie^ Massaricy 
Messaria des Croisés. 

Pour les villages jalonnant la limite de la principauté : 

Rif, corrigez : Zabqtn: 

Bârin^ corrigez : ydrin. 

Le groupe ciC- oL^ a été lu par Quatremère: «... SaA^n/aA»; 
il faut rétablir 'Aiyd + Rechkananeih, deux localités bien con- 
nues (aujourd'hui Khirbet 'Aiyâ et Rechkanânîn) ; 

Madjdas, corrigez : Madjdal et joignez-y le nom suivant 
Charkiah qui n'en n est qu'un qualificatif (« Toriental » — à vo- 
caliser et prononcer Charqelh); c'est le casai dont le nom a été 
curieusement estropié en Mediesarche par les Pisans et Michel 
Serquey par les Vénitiens. 

Cet aperçu rapide est loin de représenter toute la matière géo- 
graphique qu'on peut extraire de ce précieux document, Quatre- 
mère ayant, dans un très grand nombre de cas, purement et 
simplement omis des localités dont il ne pouvait peu ou prou 
déchiffrer les noms. J'ai réussi à lire sur le manuscrit la plupart 
de ces noms, à les identifier avec ceux employés par les Croisés 
et à les localiser sur le terrain. Je les donnerai dans le mémoire 
que j'ai préparé sur la question, avec une carte détaillée franco- 



60 KECUtlL D AHCHÉOLOGIE ORIENTALE 

arabe de la seigneurie de Tyr telle qu'elle se comportait à la Rd 
du xiii* BÏëcle. 



S 26. 
Amulette au nom du dieu Sasm. 

J'ai reçu, il y a quelques années, de H. Ldytved, une sorte d'a- 
mulette provenant de la cdie de Syrie. Malgré l'exiguïté de ses 
dimensions, ce monument minuscule préseate un réel intérêt, 
car il est, comme on va le voir, d'origine phénicienne. 

Il consiste en une petite pierre taillée en forme de pyramide 
tronquée très aiguë, une espèce d'obélisque, mesurant O^jOld de 
hauteur. La pierre, dont je ne puis déterminer au juste la nature, 
est de couleur noirâtre ; mais la couche superficielle, qui se laisse 
attaquer assez facilement, recouvre une matière grise et tendre, 
qui a dû se colorer et se durcir à la surface sous l'action de l'air 
et du temps. L'objet est percé, à sa partie supérieure, d'un trou 
destiné à recevoir le fil ou le cordon auquel il était suspendu. 

En l'esaminaatplusattentivementje me suis aperçu qu'il porte 
trois caractères phéniciens, qui, très légëremoat gravés k la 
pointe, avaient tout d'abord échappé à mon attention. 

Ces trois caractères occupent chacun une des trois faces de la 

pyramide. La quatrième face est remplie par une longue palme, 

dont la position nous indique le commencement et la fin de cette 

courte épigraphe. 

^_ Ci-contiele dévelop- 

[il\ »B^ pemcatdes quatre faces 

de la pyramide, accom- 

i/^^/^iSI I^^^MB^ pagné d'une vue en 

perspective. 

Je lis : ddd; et je re- 
connais dans cette légende le nom du dieu Sasm, 
L'origine de cette divinité, son essence mythique, la prononcia- 




l'apothéose de NETEIROS 61 

tion exacte de son nom même [Sasam^ Sasoum^ etc.) nous sont 
inconnues'. Son existence dans le panthéon phénicien avait été 
seulement induite de celle de certains noms propres phéniciens 
de Cypre et d*Égypte* où ddd joue visiblement le rôle d'élé- 
ment théophore : DDDiny, Abdsasnij « serviteur de Sasm ». C'est 
la première fois^ à ma connaissance, qu'il se rencontre à Tétat 
isolé. Ce fait tend à faire rejeter définitivement l'explication qui 
avait été proposée dans le temps, et qui est encore maintenue 
par plusieurs savants, de ddotiv par Abdsousim « serviteur des 
chevaux (sacrés) ». Le dieu dont le nom, inscrit sur notre 
amulette, en constituait la vertu talismanique, est certainement 
un dieu spécifique, et ddd ne saurait être un simple mot signi- 
fiant « chevaux». 

M. Lôylved m'a envoyé en même temps un autre monument 
tout à fait similaire : même matière, même forme pyramidale; 
toutefois, la pyramide est plus large et plus basse (base 0™,009 X 
0",0115, hauteur 0'", 013). L'objet est également percé à sa partie 
supérieure d'un trou pour la suspension; mais il ne porte pas de 
caractères, seulement quelques signes ou symboles très grossiè- 
rement gravés sur deux des faces opposées et sous la base de la 
pyramide. 



§27. 
L'apothéose de Neteiros. 

Au mois de janvier 1885, mon confrère M. Schlumborger 
voulut bien me communiquer la copie, très succincte, d'une ins- 
cription grecque de Syrie, qu'il tenait de W^^ Clément J. David, 

1. Voir sur celte question les observations que j'ai présentées autrefois dans 
le vol. I de mon Recueil, p. 183 sq. 

2. C. i. S., no" 46, 49, 53, 93. — Cf. no 95 : ^QDD, Ssdixxo;; et, aussi, les 
nouveaux proscynèmes d*Abydos (J. et H. Derenbourg, Revue d^assyriologie et 
d'archéologie orientale^ I, p. 98, n<»« 50 et 51). 



62 RECUEIL d'archéologie ORIENTALE 

archevêque de Damas, mort depuis. Cette copie lui avait été 
transmise au mois de juin 1883, avec la note suivante : 

« Voici copie d'une inscription grecque trouvée dans le Hauràn 
et qui se trouve à Nabate; la pierre a 0",80 sur 0",60 et Tins- 
cription est dans un parfait état de conservation... » 

Autant qu'il m'était possible d'en juger d'après cette copie 
assez défectueuse, l'inscription me parut devoir être des plus 
intéressantes. Désireux d'en obtenir un estampage ou tout au 
moins une meilleure copie, permettant de contrôler certains 
passages importants sur lesquels planaient des doutes sérieux, 
ainsi que d'avoir des renseignements précis sur la provenance 
du monument et la localité de « Nabate » qui ne figure pas 
sur les cartes, je m'adressai à mon obligeant correspondant à 
Beyrouth, M. J. Lôytvcd. Il résulte des informations qu'il vou- 
lut bien faire prendre alors, à ma demande, que la pierre était 
déposée dans une « ferme )) située à environ une heure et demie 
de Qatana, village distant de Damas de quatre heures, dans l'ouest- 
sud-ouest, au pied de l'Hermon. Est-ce cette ferme qui est dési- 
gnée sous le nom de Nebate ou Nabat, nom qui rappelle celui des 
Nabatéens? ou bien est-ce la localité même du Haurân d'où la 
pierre aurait été transportée? C'est ce qu'il ne m'a pas été pos- 
sible de tirer au clair. Il est fâcheux de ne pouvoir déterminer la 
provenance exacte de ce monument. 

La personne envoyée aux informations par M.Lôytved se con- 
tenta de prendre la copie d'un autre fragment d'inscription, 
gravée sur un chapiteau mutilé appartenant au même proprié- 
taire. Impossible également de savoir si ce fragmenta été trouvé 
dans la région même, ou apporté du Haurân avec la grande 
inscription. Voici ce que j'en puis tirer : 

'Eirl Tfjç àp^ç N[eixo]Xaou? MàYavTo[ç] ?, [xal] 'A6a6ou *E6pa{o[u], 
xal [Zax]^a{ou ? Map{[vou] ?. . . 

Il faut probablement restituer MoyavToç et le considérer comme 
un génitif anormal du nom bien connu Mi^aq, au lieu de Maya, 
formé par analogie sur le type de la 3* déclinaison, yiyxq, yi-^x^-zoq. 
Je ne crois pas qu'on puisse lire MaY(vou) 'Avt[(i)v(vou]. "AôaSoç est 



l'apothéose de neteikos 63 

certainement un nom sémitique; il s'est déjà rencontré dans les 
inscriptions grecques du Haurân ' ; cf. na» dans une inscription de 
Pftlmyre'. 11 serait à souhaiter que l'on pût avoir une bonne re- 
production de ce texte, qui parait intéressant d'après le peu qu'on 
en voit. _ 

A ? 
EnTTHCAfXHC /\/ . ?- . 

,., Al/K'Bo'{ 'BBTMô 

En plus de ce fragment, la personne envoyée par M. Ldytved 
releva un autre fragment d'inscription gravée sur une petite 
pierre qui était encastrée dans l'escalier d'une maison chrétienne 
de Qatana. Voici ce que je déchiffre sur l'estampage très gros- 
sier qui m'en a été transmis : 




La seconde lettre pourrait être un S, et la dernière un O (peut- 
être : [àvTîYiJpSii') > le H et le (}> sont liés. 

Un peu plus lard, j'eus l'occasion d'enlrer directement en re- 
lation avec M^' Clément David, et celui-ci voulut bien faire 
prendre et m'envoyer un assez bon estampage de la grande ins- 

1. Waddington, op. cit., n°' 2420, 2520. Il est curieux de retrouver ce nom 
porté par le père d'un personnage imporUnt,OronlaB d'01bia(C. J. G., n<"20G0, 
2038 ; cf. 3087, un autre Ababos de la même ville, vers l'époque de Tibère). Le 
nom d'Orontas semble indiquer une origine perse. 

2. Proceedines of tke Soc. ofBibl. ArcA. ,1885, nov., p. 30. Cf. Simonsen, Bustes 
et inscriptiom de Palmyre, p. 44. (C'est ud doublet de la précédente êpilapha.) 



6i 



RECUEIL D ARCHEOLOGIE ORIENTALE 



cription, ce qui me permit d'en établir définitivement le texte, en 
confirmant, sauf pour le [dernier mot, les restitutions que j'avais 
proposées d'après la copie insuffisante communiquée par moi 
dans l'intervalle à l'Académie des inscriptions'. Voici la trans- 
cripfion[de ce texte qui, comme on va le voir, mérite l'attention 
à plus d'un titre : 



^,> 









YIOCdEBACTtUTEBlf^ANIlcÔY 
AAKI^C/i^ENlf^EACBEEMABC^ 
^î^ YBE E Ai>^0t riATP O CSfe 

E N T<î?/^^-J TJAIO YAI0PTAlAr9N 

GAAErETOIsWDTÇNIïrîfefeJKATEY 
IgEBÏ:iAp: ANEQI-fKENOEAAÊYKb 



Tpjttavsîj, Népoua ceôajToO 

AxA'.xcç {sic), Mevviaç BesX'.aôcu, 
Toj BeeXciôs'j, Tcxxpcç Ns- 

TSÎpSU, TCJ à::o6£(»)Ô£VTCÇ 

£V T(o X£6Y)Tt 5'.' oj a? (l)5pTat aywv- 
Tat, £17(7x0^0; rivTtov TWV £V- 
6aB£ Y^Y^vsTtov à'pywv, xai' £'j- 
c£6£{aç x;£6r^xr; ôîa A£uy.o- 
eéaCErEIPQN.' 



1. Séance du 17 septembre 1886. 



l'apothéose de NETËiROS 65 

« Pour le salut de Tempereur Trajan, fils de Nerva Auguste, 
Auguste, Germanique^ Dacique; Menneas, fils de Beeliabos, fils 
de Beeliabos, père de Neteiros, qui a été déifié dans le lébès par (?) 
lequel les fêtes sont célébrées, surveillant de tous les travaux 

* 

exécutés ici, a dédié pieusement à la déesse Leucolhea de Se- 
geira (?). » 

Trajan portant déjà le titre do Dacicus et pas encore celui de Par- 
ihicuSy la date de Tinscriptiondoit tomber entre Pan 103 et Tan 
114* de noire ère. 

On remarquera les fautes d'accord pour les mots jtoç, cc6a7To;, 
Aoxixsç, qui devraient être au génitif; elles paraissent d'autant 
plus sensibles que l'accord est observé pour r6p;;.av'.y,oO. Ces 
fautes, et d'autres incorrections que nous relèverons plus loin, 
trahissent chez l'auteur une certaine inexpérience de la langue 
grecque. Nous allons voir, en effet, que c'est un Sémite pur sang. 

Le nom de BeeX{a6o(;, porté par le père cl le grand-père de l'au- 
teur de la dédicace, doit être rapprochc'î de ceux de Br^/.ixSoq (fils 
de Saphara), dans l'inscription de Hnm que j'ai publiée autrefois', 
et de BeXtaScç dans une inscription de Kefr-Koûk^ localité de la 
Damascène. La forme BeeX(a6oç nous met encore plus près du 
nom sémitique qui se cache sous ces transcriptions. Le premier 
élément n'est pas douteux; ce doit être bvi liaal; le second élé- 
ment avec lequel est combiné le nom divin est susceptible de 
plusieurs explications. Une des plus plausibles semble être 
2N^Syn, Baaliab, « Baal est père » ou « (celui dont) Baal est le 
père », tout à fait comparable au nom biblique iniSn^ Kliaô 
('EXta6 des Scplante). Nous trouvons ce nom sur une antique 
gemme phénicienne ^ avec ses deux éléments intervertis : Sy2''iN% 



1. Le surnom de Parthicus, décerné à Trajan par ses soldats en 114, selon 
de la Berge {Trajan, p. 171), dès 108 d'après Lenain de Tillemonl, ne fut con- 
firmé officielleraent par le sénat qu'en il6 (Gagnai, Cours d'ép, lat., p. 182). 

2. Recueil d'archéologie orientaley 1, p. 22, n» 44. 

3. Waddinglon, op, c.n© 2557 e. Kefr-Koûk est un village situé à 9 kilo- 
mètres de Qatana dans le nord-ouest. 

4. Nombres f i, 9; xvr, 1 ; I Samuel, xvi, 5; I Chroniques, xvi, 4. 

5. De Luynes, Essai sur la numismatique des satrapies, pi. XIII, 1. 



RgCUBIL D'ARCHftOLOOIB ORIBNTALB. II. JUILLET 1896. LIVRAISON 5. 



66 rbcueil^d'archéologie ORIENTALB 

Abibaai, « mon (?) pbre est Baal » ; et aussi, avec Torthographe 
défective régulière Ssna», dans des inscriptions de Carthagc *. Les 
deux epsilon de BeeX{a6oç nous montrent que, dans le nom origi- 
nal, l'élément théophore est employé sous la forme proprement 
phénicienne Sjn, tandis que BeX{a6oç et BYjXtaSoç peuvent faire 
croire à la forme Sa, si fréquente à Palmyre. 

Le nom de Mewéaç, malgré sa physionomie plus hellénique, 
est probablement, lui aussi, un nom sémitique hellénisé, sinon 
transcrit. Nous le voyons porté par un personnage notoirement 
arabe qui semble avoir été un petit prince indigène voisin de la 
régiond'Abila',eton le relève fréquemment dans lesinscriptions^ 
Ce nom rappelle celui de MewaToç, père du Ptolémée qui avait 
en son pouvoir la plaine de Massyas ou Marsyas, les montagnes 
de riturée, Héliopolis et Chalcis \ Il est difficile de déterminer 
avec sûreté la forme sémitique que représente plus ou moins di- 
rectement ce nom de Menneas. Peut-être est-ce un équivalent 
du nom palmyrénien ^:7d^ qui est transcrit dans les inscrip- 
tions bilingues : MxvvaToç, MevvaToç, MaevaToç^ Moevâç, et qui 
dérive, à ce qu'il semble, du verbe njsr, « exaucer ». Comparez 
le nom qui apparaît au génitif, Mewéou, dans une inscription de 
Zorava*. 

Le nom de Ne-cetpoç est franchement sémitique. Il est apparenté à 
ceux de NatoDpoç, fils de Fa^aXoç, mentionné dans uneépitaphe de 
Aerita^ dans la Trachonite ; de Norapo;, dans une inscription de 
B'rak\ même région ; de Noxpaoç, fils de MaXx^wv, à Deir-Kasioun% 
dans la Damascène. Tous ces noms, avec leurs vocalisations 
différentes, paraissent devoir se rattacher à la racine araméenne 
la:, « garder », « surveiller », et être de la même famille que le 



1. 6'. /. S., n- 378 (porté par une femme) ; n^ 405 (porté par un hommej. 

2. Polybe, V, 71. 

3. C. I. G., no» 2705, 3267, 3881, 4009 c. 

4. Strabon, XVI, 2, 10. 

5. Waddington, ùp, c, n© 2497. 

6. Waddington, op, c, n*» 2448. 

7. id., no 2537 6. 

8. id., n*> 2557 a. 



L*APOTHÉOSE DE NETE1R0S 67 

nom de Na-ripr/As;* =:Snit2:*, nom nabatéen signifiant « (celui 
que) El garde ». NsTcipo; implique une forme i^td:, Nelh% parti- 
cipe ;7e</ plutôt que diminutif; dans ce dernier cas, la première 
syllabe serait vocalisée en o (NcTsrpc^, NcTaTps;) ; il est probable 
que et n'est pas ici une véritable diphtongue, mais la figuration 
delà voyelle /. Comparez le nom du personnage juif, NsTÎpa^, na- 
tif du village de Kouma en Galilée ^ 

L'interprétation du passage compris entre les mots XsTcipcj et 
£7{(7%si:sç, bien que la lecture soit certaine, présente des difficultés 
sérieuses. J'y reviendrai tout à Theure. 

Menneas avait présidé à Texécution de travaux importants dans 
un sanctuaire consacré à la déesse Leucolhea, en qualité de 
sirfffxoTTs;. Les £::{jxcTCci reviennent fréquemment dans les inscrip- 
tions du Haurân; M. \Vaddington\ s*appuyanl sur un texte du 
juriconsuUe Charisius, inclinerait à les rapprocher des agorano- 
mes helléniques^ chargés des distributions de vivres. Ils sem- 
blent, cependant, avoir exercé aussi une certaine surveillance sur 
les revenus sacrés, et il n'est pas impossible que ce dernier ca- 
ractère ait contribué à faire donner par les premiers chrétiens ce 
titre de iiv,zy,oT.z\y évéf/ues, aux chefs des communautés. Notre 
inscription apportera peut-être un peu de lumière à cette ques- 
tion obscure. Ici, le iziTAOT:oç est évidemment préposé à la direc- 
tion des travaux entrepris dans le sanctuaire. Je crois que, dans 
cette acception toute spéciale, le mot doit être rapproché d'une 
inscription de Boslra% où le verbe ii:icx5i:eTv est opposé au verbe 

FaAAwviavi^ 'j*aTiy.(cç) r/,Ti|5jcV Ay^iTCTca^ [zzv/^iz) sTCâ^sTCici). 

C'est la première fois, à ma counuissance, que l'on constate^ 
l'existence, en Syrie, du culte de Leucothea. L'apparition de cette 
déesse, autre forme de Ino, est d'autant plus inattendue que c'est 

!• Waddiriglon, ii" 2351 (à Kanatha. en Balnnet*;. 

2. C. /. S. Aram.y n»» 174, 175. 

3. Josèphe, Guerre juive y 111,7, 21. 

4. Waddington, op. c, notes du n» 1990. 

5. Waddinglori, op. c, n" 1911, 



BK HEcuifiiL d'akchéologië orientale 

une divinilc essenliellement marine, au moins d'après les con- 
ventions courantes de la mythologie grecque S et que notre texte, 
quelle qu'en soit la provenance exacte, appartient certainement 
à une localité située très avant dans Tintérieur des terres. 

II est vrai que la personnalité de Leucothea est assez flottante ; 
le nom, à proprement parler, n'estqu'une épithète,etla « déesse 
blanche » semble avoir correspondu à plusieurs personnalités 
mythiques différentes. Les Romains avaient identifié Leucothea 
avec leur déesse Matula; il se peut qu'en Syrie elle ait été l'objet 
d'une identification analogue, plus ou moins arbitraire, avec 
quelque divinité locale. 

Ses accointances, visiblement orientales, ont peut-être facilité 
le rapprochement. Ino-Leucothea est fille de Cadmuset mère de 
Melicertes (cf. Melkarth)*. Sous le nom, légèrement modifié, de 
Leucothoè, elle a pour père le roi fabuleux de fiabylone Orcha- 
mos, un des fils de Belos. 

Deux faits me semblent rattacher d'une façon intime la per- 
sonnalité de Leucothea-Leucothoè au monde sémitique et, en 
particulier, à l'Arabie. 

Le^premier, c'est l'existence, en Arabie, d'une ville de Leuco- 
thea, avec une source miraculeuse d'Isis^ rappelant la source 

r 

sacrée d'Ino-Leucothea àEpidaure Limera en Laconie ^ 

Le second, c'est la fable curieuse rapportée par Ovide ^ diaprés 
laquelle Leucothoè, enterrée vivante par son père, aurait été mé« 
tamorphosée par Apollon dansTarbre à encens. Pourquoi Tarbre 
à encens? Il y a là un trait éminement topique nous ramenant à 
TArabie. 

1. A Rhodes, où elle passait pour être une sœur de TeJchines et la mère môme 
de Tile personnifiée, elle porte le nom, ou surnom, caractéristique de *AXîa 
(Diodore de Sicile, V, 55). 

2. Selon la légende» c'est après leur mortel leur transformation en divinités ma- 
rines que Inô et son fils Melicertes auraient reçu les noms respectifs de Leuco- 
thea et de Paiaemon. 

3. Anligone, Mirab., c. 164 (Fragm. hist. gr,, II, 396) : xaxà ôè ttiv •Apaêîoiv, 
èy 7c6Xei AeuxoOix. Il y avait également, en Egypte, une urbs Leucotheae (Pline, 
Nat, Hist., V, 11, 60). 

4. Pausanias, III. 23, 8. 

5. Métamorphoses, IV, 208 sq. 



l'apothéose de neteiros 69 

La fable me paraît viser le nom même que les Sémites donnaien t 
à l'encens et qui a passé directement en grec sous la forme Xiôavoç : 
n^aS, lebonah, njiS, libneh, y\2ihy lebanon dans la Bible; n^nS en 
phénicien' (cf. ^^ lonbnr), le « styrax », jU loubdn, « résine 
odoriférante »). Or, tous ces noms se ramènent à la raisiné labaUj 
« être blanc », c'est-à-dire à la signification qui est la caractéris- 
tique de Tappellation mythologique Leucoihea, « !a déesse 
blanche ». 

Il semble que la légende, sur laquelle a brodé la fantaisie 
d'Ovide, flotte autour d'une déesse sémitique dont le nom, tel 
que Lebanah par exemple, prêtait à ce double sens : <« la blanche » 
et « l'arbre à encens ^. C'est le cas de rappeler que Lebanah 
est, dans les parties poétiques de la Bible, un des noms de la 
lune, Tastre à la face blanche. La tradition musulmane elle-même 
a peut-être bien conservé le souvenir très aiïaibli, mais réel, 
d'une déesse de ce nom, sous la forme de Têlre d<^moniaque^^, 
Loubaînây fille de Satan*. 

En voilà plus qu'il n'en faut pour nous autoriser à penser que 
la Leucothea de notre inscription nous cache quelque divinité 
sémitique ayant subi, comme tant d*autres, une assimilation 
hellénique, divinité qui avait peut-i^tre un caractère lunaire et 
pouvait porter un nom, ou un surnom, tel que Lebanah, 

La dédicace à la déesse est faite par piété, y,xz ej9e6e{a^. L'em- 
ploi du génitif dans cette formule banale, au lieu de l'accusatif 
plus généralement employé, est un indice de plus du peu de fa- 
miliarité de l'auteur de l'inscription avec la langue grecque. 

Le nom de la déesse est suivi d'un mot embarrassant : Seysipcov. 
La lecture, garantie par l'estampage, est certaine. Il est difficile 
d'admettre, comme j'inclinais à le faire quand je n'avais de cette 
inscription qu'une mauvaise copie, qu'il y a eu là quelque erreur 
du copiste ou du lapicide et que aevEipwv est une faute pour 
xfv(eipb)^ tt construisant ». Une pareille faute supposerait chez le 

1. C. /. S., n» 166 B, ligne 6 (tarif des sacrifices de Carthage) : nJlS nil2r: 

npT. 

2. Satan est dit Abou Loubamâ, « père de Loubaïnil ». 



70 RECUEIL d'archéologie ORIENTALE 

Japicidc une bien grande étourderie ; et, d'ailleurs, ce participe 
s'agencerait gauchement dans la construction de la phrase. Si 
Ton accepte telle quelle la leçon du texte, dont la matérialité 
s'impose, il n'y a guère qu'un moyen de l'expliquer, c'est de con- 
sidérer Seyetp^v, comme un génitif pluriel du neutre Ssystpa, et 
de voir dans ce dernier mot un nom de ville se rapportante Leu- 
cothea : « à la déesse Leucolhea de Segeira ». Ce nom ne peut 
pas rtre un ethnique ; il aurait, dans ce cas, la forme caracléris- 
tique des ethniques, se terminant en njvoç, eu;, v.oç ou loç ; et, de 
plus, il serait précédé de l'article twv, « des Segeiriens ». Ces 
formes de pluriels neutres sont fréquentes dans la transcription 
grecque des noms de villes sémitiques ; elles dérivent pour la 
plupart, comme je Tai expliqué ailleurs *, de formes qui, primi- 
tivement, étaient des féminins singuliers en a (souvent inva- 
riables), indûment traités àla longue par l'usage populaire comme 
des pluriels neutres. Il serait facile de trouver au nom de 5^- 
geira (à prononcer Segira, comme Neieiros = Netiros) de bons 
répondants sémitiques, qu'on le rattache aux racines, lao, latt?, 
lîTîf, ou ITTT. Je n'ai rencontré, soit dans la toponymie des envi- 
rons de Qatana, soit dans celle du Hauràn, rien qui ressemblât à 
ce nom. 

Il faut reconnaître, toutefois, que l'expression Aeuy^ôéa SsYeipwv 
« Leucothea de Segeira » n'est pas d'une très bonne grécité ; ce 
n'est pas généralement le génitif que Ton emploie dans ce cas ; 
on rattache plutôt le nom de la ville à celui de la divinité qui y 
est adorée, par une préposition; on s'attendrait, ici, à : Aeuxo6éa 
èv llv(tipo\ç ; c'est ainsi, par exemple, que nous avons dans une 
inscription de Soada* : -ci) 'Aônjva èv "Appoiç, et non 'Aôr^vS "'Appwv 
« à l'Athèna de Arra » ; ou bien à un ethnique tiré du nom de la 
ville, cf., par exemple, à Kanatha ' : 'AeiQva Fo^iL^iri, « à l'Athèna 
de Gozma ». 



1. Clermont-Ganneau, Archaeologicil Researchesin Palestine, vol. II, p. 241, 
et les notes, pp. 245 et 247. 

2. Waddington, op. c, n« 2308. 

3. W., n« 2355. 



L APOTHÉOSK DE NETE1R0S 1\ 

Il y a là une difficulté. Faudrait-il supposer que A^uy.sOéa serait 
ici non pas le nom de la divinité, mais celui d'une ville : 6ea Aej- 
xodéoç, « à la déesse de Leucothea »? II nous resterait alors 
EYetpidv au lieu de SeYetpwv : Leucothea d'Egeira? Je n'ose m'ar- 
rêter à cette idée. 

J'arrive maintenant au passage le plus obscur, et aussi le plus 
intéressant de ce texte. C'est celui qui est contenu dans les 
lignes 5-8 : 

Le subjonctif dcYcovrat est peut-être tout simplement pour Tin- 
dicatif «YsvTai, en vertu de cet échange orthographique de c et de 
<i) dont Tépigraphie grecque de Syrie nous offre tant d'exemples. 
Âtoprat est pour ai (élopTal, par suite d'un bourdon du lapicide 
semblant bien indiquer que at se prononçait e à cette époque ; le 
mot a été traité comme s'il eût été prononcé et écrit â àcpTal. 

Cette dernière partie de la phrase est à rapprocher d'une courte 
inscription, copiée à Deîr es'-S'meîdj, dans la Batanée, par 
MM. Porter * et Waddington • : 'H lop-d; tcov SoaBY;v(ov aveTr. tw Ôsw, 
Aci>ou a' (( La fête des habitants de Soada est célébrée en Thon- 
neur du dieu, le 30 du mois de Lôos ^ » 

Comme je Tai indiqué autrefois dans ma première communi- 
cation à TAcadémie, Tidée qui semble tout d'abord la plus natu- 
relle, c'est de prendre le verbe iTroôew au sens, qu'il a parfois, de 
« ensevelir ». Par exemple, dans une inscription d'Aphrodisias 
en Carie*, le verbe, aTrsOewôfjvai, et le substantif, azoôéG)^'.;, sont 
employés avec cette acception, qui s'explique suffisamment par 
la conception, commune à l'antiquité orientale et h l'antiquité 
classique : le mort devenant un être héroïque, divin, voire même 
un véritable dieu. Le mot Xéérjç, qui désigne proprement un chau- 
dron, une marmite, et qui s'applique par extension à une urne 

1. Porter, Five years in Damascus, II. p. 89. 

2. Waddington, op. c, n» 2370. 

3. Pour la signification de cette date, voir mes Études tV archéologie, orien- 
tale, vol. II, p. 176. 

4. C: !. G„ ]i»2831. 



72 RECUEIL d'archéologie ORIENTALE 

funéraire, cadrerait assez bien avec ce sens ; et, si la phrase s'ar- 
rêtait Ihy si nous n'avions pas à tenir compte des mots suivants 
qui rattachent formellement cette « apothéose » à l'exécution de 
certaines cérémonies religieuses, le mieux serait peut-être de s'en 
tenir à cette interprétation terre à terre, quoique Ton ne saisisse 
pas bien le motif pour lequel Tauteur de la dédicace aurait in- 
sisté avec tant d'emphase sur un fait aussi simple et éprouvé le 
besoin de proclamer que le fils de son père, ou plutôt de son 
grand-père, avait été enseveli dans un lebès. 

On pourrait dire, à la rigueur, qu'il s'agit peut-être d'une inci- 
nération, et qu'on a tenu à rappeler cette dérogation faite, pour 
des raisons à nous inconnues, au rite ordinaire, qui devait ê' re 
l'inhumation. Le lébès aurait été, dans ce cas, l'urne contenant 
les cendres de Neteiros. Mais alors comment expliquer ce qui 
vient après : « ... dans le lébès, par lequel (?) les fêtes sont célé- 
brées »? Cela devient complètement énigmalique. De deux 
choses l'une. Ou bien les restes de Neleiros auraient été déposés 
dans un vase servant déjà à des cérémonies sacrées, d'un carac- 
tère public (comme l'implique l'expression al àoptai, éclairée par 
l'inscription de Detr es'-S'meîdj que j'ai citée plus haut) ; ou bien 
ils Tauraient été dans une urne ordinaire qui, à la suite de cette 
affectation même, serait devenue l'objet essentiel d'un culte tout 
différent du culte privé par lequel on honorait les morts. Les 
deux cas sont également difficiles à admettre. L'explication doit 
être cherchée ailleurs. 

Evidemment il s'agit là d'une chose tout à fait exceptionnelle, 
d'im fait mémorable que Menneas tient à rappeller comme une 
sorle de titre de gloire de sa famille; le texte a en réalité, cette 
valeur : « Menneas, fils de Beeliabos, petit-fils de Beeliabos, 
lequel est le père de ce Neteiros qui a été déifié dans le lébès, 
etc.. » Cette « apothéose » d'un simple particulier ne peut être 
assurément que d'origine funéraire, et c'est après sa mort que 
Notftiros a dû en être l'objet. Mais, pour être ainsi mentionnée 
avec une complaisance marquée par l'un de ses proches, il faut 
qu'elle ait eu lieu dans des conditions sortant de l'ordinaire. 



Cet ensemble de considérations m'a en^a^ê à examiner d^" 
plus près le verbe tts^sv «rt j'ai .r-rslatH. pîr quelqu^-s t/SrmpK^s 
cités dan« le Thei€iuni< . qui! pouvait aii->i •i'jrsii^ut-r uno mort 
violente. Aurait-il ce sens djn> notre ia^crifi-in? Le verbe ne 
définirait-il pas non lemude *i^ sr^pulture. mai> ie m *» ie de mort '.' 
Ici nous marchons à tAton>. Ii fiu irait savoir ce qu'on doit 
entendre au juste par //4^* et. aussi, quelle est !a valeur exacte 
de la préposition E.i. Rien ne iir-^uve que fV/,/i< ne soit pas un 
nom donné à un certain lieu. :keut-»^tre même a une source, à un 
bassin ou étang sacré*, qu'on auriit appelé le Z*-/-^**. Que le jeune 
Neteiros s*v fût nové riar acoi'i-:rnt. il uVn aurait pas fallu davan- 
tage à la croyance populaire pour voir là l'int-rvention d*une 
action divine quiauraitent'.iuré cvtte tin<i'une s* irte d'auréole reli- 
gieuse. Il en aurait été Je ni»'me, par exemple, si Nein-iros avait 
été frappé de la fou'ire*. Je ne v^-ux nulienii^ut dire que tel soit 
le cas ici; j'indique de pures pûs<i*bi.ités. J'insiste seulement sur 
ce point que, d'après la teneur du texte, Neteiros semble avoir 
dû non pas seulement être enseveli, mais avoir quitté la vie 
dans des conditions exceptionnelles et mémi.»rables. ayant une 
importance particulière au point de vue religieux. 

C'est ainsi que j'ai été conduit à envisager une hypothèse dont 
je ne me dissimule pa< la hardies>»'. mais qui ne nie paraît pas, 
néanmoins, devoir être écartée sans discussion car, une fois ad- 
mise, elle rendrait parfaitement compte, il faut le reconnaître, de 
toutes les singularités de notre texte. 



1. SrhrtL Tz^tza^ EfAit., p. i2'.>, • 1. F^r-?5S- : ix*i'7T%:z i-i::r*:vr, : suprascr. 

pxxoi Êv Cdxoi. 

2. Cf. \e 'Zlftùù *i^ In'>Lrruc jih-^a, î Ko. liir»: Lirneri, où l'o:] ifUii «les srt- 
teaux 83cré5 le^o^jr de li f^irr .:►? a. .j^r-aj.- [*au5iriiis. III. S.i, S). 

3. Cf. les nomorease-ï >iiirc>*. i» n' .\ it\i:n.i. o-^niior»*!?? pir d«» irurîeusps 
traditiocis, qai p-Drierjt ir nom :- Ain -i-Tiunnèi', « .a sourc»: «iu fjur >». et qui 
existent sur div»;r3 p-j ri'.> j- :;yn-. sur c-rr.e ^ji^iiie. vor il^s Ar'hir*tlfjvral 
hesearchis in PaU^Un-:^ v-^l. II, pp. :i;i5, SM, »5o, 4?50, 4yi.». 

4. Oq sait combien rlaii v.ve It au pt^r^- talon â;iii<{ut; C'^ucernant 1*:'S lieux od 
les personnes frappera pir la fou ire >re';tion «iu biUniaL ou put*ral comuiémo- 
ralif; inhiimatiou des fuf'juriii sur U p:ace [fj»*':iie ou i.s avai»*ntéte foudrovvs). 



74 RECUEIL d'archéologie ORIENTALE 

Je me suis demandé, non sans de grandes hésitations, si Ne- 
leiros n'aurait pas été immolé comme victime, et ce, du consen- 
tement même de son père Beeliabos? Je n'ai pas besoin de rappe- 
ler les nombreux textes prouvant que les sacrifices humains, 
et, en particulier les sacrifices d'enfants, des premiers-nés, offerts 
parleurs propres parents, étaient chose courante dans les anciens 
cultes sémitiques, pour ne parler que de ceux-ci, car l'Occident 
n'a pas laissé à TOrient le monopole de cette sanglante coutume. 
Si notre monument était d'une époque plus ancienne, l'hypothèse 
n'aurait rien d'invraisemblable en soi. La question est de savoir 
si l'on peut admettre raisonnablement qu'au commencement du 
II® siècle de notre ère, ces pratiques barbares avaient pu se main- 
tenir en Syrie, soit aux environs de Damas, soit dans le Hauràn, 
selon que notre inscription provient de l'une ou de l'autre de ces 
régions. 

Même si l'on écarte les dires plus ou moins suspects des Pères 
de l'Église, il semble bien que les vieilles religions sémitiques 
n'avaient pas entièrement renoncé à ce genre de sacrifices, en 
dépit des lois romaines qui les leur interdisaient. 

Je me contenterai de renvoyer sur ce point à l'ouvrage de 
Chwolsohn {Die Ssabier und der Ssabismus^ II, p. 142 et suiv.)*, 
où l'on trouvera des témoignages significatifs à cet égard*. J'in- 
sisterai surtout sur les détails circonstanciés dans lesquels entre 
Tauteur du Fihrist au sujet des sacrifices en usage chez les Sa- 
biens de Harràn jusqu'à l'époque musulmane. Le 8 du mois de 
Abon immolait aux dieux un enfant mâle nouveau-né. On re- 
gorgeait, on le faisait bouillir (^3^^) î P^î^» après avoir pétri 
sa chair avec de la fleur de farine, de l'huile et diverses épices, 

1. Cf. pp. 19, 28, 387 et 388, 391, 391, 393, 397. 666, etc.; el vol. I, 
pp. 428, 464. 

2. 11 faut y ajouter celui de l'auteur du De Syria dea (§ 58), qui nous décrit 
d*une façoD si saisissante les sacrifices d^enfants exécutés dans le grand sanc- 
tuaire de la déesse Atergatis à Hiérapolis ; les parents précipitaient du haut des 
propylées les petites victimes enfermées dans les sacs en disant que c'étaient « des 
bœufs ». Ne pas oublier que l'auteur, qui a fait ses dévotions au sanctuaire, 
parle de visu. 



l'apothéose de netkiros 75 

on on faisait de petits pâtés de la grosseur d*une figue qui, après 
avoir éié cuits dans un tamioiir de fer*, servaient pour toute 
Tannée aux célébrants des mystères du Ghamâl qui, seuls, pou- 
vaient communier sous ces horribles espèces. Toutes les autres 
parties du petit corps étaient brûlées en offrande aux dieux par 
les trois prêtres chargés de cette abominable cuisine. Mohammed 
ibn Abou Taleb ed-Dimachqy rapporte, de son côté, que les 
Harraniens immolaient à la planète Jupiter, un jeudis sou jour 
consacré, un nouveau-né de Irois jours; dans diverses autres 
circonstances, ils immolaient soit des hommes, soit des femmes*. 

Tous ces détails, et, en particulier, Timmolation des enfants, 
sont confirmés par le très ancien traité de magie, la Ghâya^ dont 
nous devons la connaissance à Dozy et à M. de Goeje *. 

Comme le dit fort justement M. de Goeje, dans son intro- 
duction, M. Chwolsohn a prouvé que les pratiques religieuses 
des Harraniens étaient, en réalité, celles des anciens Syriens, su- 
perficiellement modifiées par le contact avec les Grecs et il est 
difficile de douter que les sacrifices humains aient été encore en 
honneur chez eux aux premiers siècles de Tislamisme. 

Quelques faits d'un caractère historique me paraissent achever 
de faire la lumière sur ce point. Les sacrifices humains étaient 
pratiqués chez les Arabes païens de Hira; nous voyons Moun- 
dhir en offrir à 'Ouzza, la Vénus arabe\ et immoler rituellement 
le fils de Hârith le Ghassanide^ Na'man, vers 594, avant sa con- 
version, fait des sacrifices humains^, etc. 

Si cette coutume a subsisté aussi tard, il est assez naturel d'en 
conclure qu'elle n'était jamais complètement tombée en désué- 



1. J»Jk»»; ou peut-être juju», « neuf ». 

2. Je rappelle, pour mémoire, la préparation de la tête humaine destinée à 
rendre des oracles. 

3. Actes du Congrès des orientalistes de Leide^ II* partie, !'• section, p. 281 
et suiv. Voir, entre autres, p. 360, pour le nom le sacrifice des enfants, et p. 359 
pour la préparation de la tête humaine. 

4. Noeldeke, Tabari, p. 171. 

5. Procope, Bell. Pers,^ II, 28. 

6. Evagrius, Hist. eccL, VI, 22. 



76 RECUEIL d'archéologie ORIENTALE 

tude. Lorsque Héliogabale, plus d'un siècle après la date de notre 
inscription, introduisait à Rome ces sacrifices d'enfants qui ont 
excité rindignation des historiens romains, il ne faisait qu'y 
implanter les rites fondamentaux du culte syrien dont il était le 
prêtre. 

En voilà assez pour rendre au moins tolérable la conjecture 
d'après laquelle notre Neteiros, nouveau Pelops voué au xaôapoç 
Xé6Y)ç, aurait bien pu avoir été offert par son père, adorateur de 
fiaal, ainsi qu'en fait foi son nom de Beeliabos, comme victime 
d'un de ces sacrifices monstrueux que les cruelles divinités sy- 
riennes n'ont jamais cessé de réclamer tant qu'elles ont eu des 
autels. Un pourrait même se demander si la déesse énigmatique 
qui apparaît dans notre inscription n'aurait pas personnellement 
quelque chose à voir dans ces rites sanglants. Il y a peut-être 
à tenir compte dans une certaine mesure de ce fait que Ino 
Leucothea apparaît dans le mythe grec comme une déesse friande 
de sacrifices d'enfants \ Le culte de son fils Melicertes-Palaemon, 
adoré à côté d'ielle, à Tenedos, comportait des sacrifices d'enfants ; 
c'était un dieu Ppeçs/.Tsvoç*. 

Je n'insiste pas davantage sur cet ensemble de faits, et, sans 
prétendre trancher au fond une question dont je suis le premier 
à reconnaître toute la difficulté, je laisse à d'autres le soin de 
prononcer, me bornant à verser au débat des informations que 
je ne crois pas inutiles. 



M. Fossey, membre de l'École d'Athènes, qui a eu l'occasion 
d'examiner récemment l'original de celte inscription, vient de la 
faire connaître à nouveau dans le Bulletin de Correspondance hel- 
lénique (novembre-décembre 4895, p. 303) que je reçois au mo- 
ment de donner le bon à tirer des pages qui précèdent. Les 
renseignements qu'il a pu recueillir sur place n'éclaircissent pas 

1. Elle demande à ce que le jeune Phrixus, son beau (ils, soit sacrîBé à Zeus. 

2. Lykophron, 229. 



l'apothéose de NETEIKOS 77 

malheureusemenlle point très important de la provenance réelle*. 
Il se borne à dire que la pierre aurait élé trouvée à El-Bourdj, 
au-dessous de Karat-Djendal (non loin de Qatana); il inclinerait 
à voir dans cette dernière localité la ville de Segeira (qu'il ex- 
plique par i^:nr, ht^ut). 

Il considère le nom de Menneas comme un nom purement hel- 
lénique, et il voit dans celui de BseX(aôo; une transcription de 
in^Ssn « Baal a donné ». La transcription de l'élément verbal 
17X^ par ta6(oç)est plausible, phonétiquement parlant'; et le verbe 
est, en effet, usité en hébreu et en araméen. De plus, l'équiva- 
lence BcdX'.aSoç 5 xal AtoBoToç, dans une inscription inédite recueil- 
lie par M. Fossoy dans la mc^me région, donne une certaine force 
il cette étymologic. Toutefois, il ne faut pas perdre de vue que 
dans les dialectes palmyrénien et nabatéen, — auxquels il con- 
vient de se reporter dans l'espèce, — c'est la forme sm qui est 
employée de préférence à la forme in^^. 

Il admet qu'il s'agit simplement de l'ensevelissement de Ne- 
teiros dans un vase sacré servant à un culte public, sans essayer 
de se rendre compte autrement de ce fait inexplicable et sans 
précédent, et il oppose une fin de non-recevoir absolue à l'hypo- 
thèse d'un sacrifice humain, en se fondant sur des raisons de 



1. La fréquence relative du nom de Beeliabos, ou Beliabos, dans des inscrip- 
tions de la région de l'Hermon esl, cependant, plutôt favorable à la conjecture 
que notre pierre ne doit pas avoir été trouvée loin de sa place originaire. Elle 
implique aussi l'existence d'un culte populaire de Baal dans cette région. Ce 
nom apparaît à Kefr-Koùk (Waddington, op. c, n° 2557 e), et dans deux autres 
inscriptions encore inédites relevées par M. Fossey à Deîr el-'Achâïr et à 
Rakhié. Il faut y ajouter Tinscription de Ham, publiée autrefois par moi et dont 
j'ai parlé plus haut, bien que ce dernier village soit situé un peu plus loin, dans 
la direction de Baalbek; en tout cas, tout cela nous éloigne sensiblement du 
Hauriln. 

3. Le he^ comme le khet^ disparaît dans les transcriptions grecques, et, en ce 
qui concerne ce mot, il avait été déjà éliminé sur le terrain sémitique môme, comme 
en témoignent les formes talmudique 2\ et syriaque sn^ avec la linea occultons. 

3. Cf. les noms propres palmyréniens et nabatéens nSam, K3m, ^imni, 
^nSKim, ism; par contre, il est vrai, nous avons une lois à Palmyre le dérivé 
5<1M^ comme nom propre, et le verbe 2.T (no« 16 et 90 de Vogué), (^f. aussi 
le nom 'A6o£>ia (Waddington, op. c, no 2577; lecture, d'ailleurs douteuse), et 
le nom, d'origine incertaine, axniK. 



78 RECUEIL D*ARCHÉ0L0G1E OKIENTALË 

vraisemblance historique. Je ne puis, sur ce dernier points que 
renvoyer M. Fossey et ceux qui seraient de son avis, aux textes 
formels que j'ai cités et qui prouvent, au contraire, que ces 
sacrifices se sont perpétués très tard dans les cultes syriens et 
n^ont pris fin qu'avec eux dans les premiers siècles de Tlslam. 
Il n'est pas indifférent de remarquer, à ce propos, que dans une 
inscription de la région, relevée plus complètement par M. Fos- 
sey que par ses devanciers, figure la grande déesâ'e d'IIierapolis 
dont le culte, comme je l'ai rapporté, comportait des sacrifices 
d'enfants. 



Ossuaire d'Afrique, chrétien ou jîiii? 

M. Alex. Papier vient de publier*, sous le titre de « coffret fu- 
néraire chrétien », un curieux monument découvert en Algérie, 
dans la région de AïnBeida. C'est une petite boite de pierre me- 
surant 0",27 X0"?*8sur0",H de hauteur. Le couvercle, qui a dis- 
paru, s'engageait dans une rainure ménagée à la partie supé- 
rieure. Les faces sont ornées de grandes rosaces hexagonales, 
sculptées en creux; l'une d'elles porte, gravée dans un car- 
touche, l'inscription : Memoria Feliciani p(ositi) a[nte diem) ter- 
tium k{alendas) JuliaSy plus quatre caractères d'interprétation 
douteuse : VLSE (ou, peut-être, VESE). 

Rien, à mon avis, n'indique que Felicianus fût un chrétien. 
Ce pouvait être aussi bien un juif. En effet, ce coffret de pierre 
présente toutes les caractéristiques des ossuaires juifs de Pales- 
tine dont j'ai fait connaître autrefois divers spécimens : la forme 
générale, les proportions, la décoration en rosaces; le motif 
même qu'on remarque entre les deux rosaces est peut-être une 

1. Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques, 1895, p. 76 
(auquel sont empruntés les deux clichés ci-contre). 



OSSUAIRE D AFRIQUE 



reproduction plus ou moins déformée du cliaudclter à sept bran- 
ches, dont j'ai, plusieurs fois, constaté l'existence à cette même 




place sur les ossuaires de Palestine. Enfin le système de ferme- 
ture, couvercle glissant dans une rainure comme celui d'une 
boite à dominos, se retrouve dans ces mêmes ossuaires. D'après 
les précédents, il est probable que ce couvercle devait porter 
à sa partie supérieure une petite encoche destinée à faciliter la 
manœuvre. 



80 UKCUËIL d'archéologie orientale 



§29. 



Le dieu du Safa 



J'ai essayé, il y a quelque temps*, en rectifiant la lecture 
d'une inscription grecque mal comprise, de démontrer l'exis- 
tence d'un Zeus SaphathenoSy et proposé d'y reconnaître une 
divinité topique adorée dans la région du Safa^ le grand massif 
volcanique situé dans le nord-est de Bosra. Je m'appuyais sur la 
forme présumée du nom arabe de cette région, l\L^ « rocher » 
(z=nsy, «Sï), nom qui n'est pas mentionné par les anciens géo- 
graphes arabes et ne nous était connu jusqu'ici que par des 
transcriptions douteuses de voyageurs modernes*. 

M. Noeldeke me signale un passage du Kâmil de Moubarrad 
(468, 13) qui confirme pleinement cette dernière partie de ma 
conjecture; on y lit, en effet, un vers de Djarîr où il est dit : 

m 

a Auprès du Sa/dt qui est à Test du Hauràn. » 



§30. 



Les monnaies phéniciennes de Laodicée de Chanaan. 

Il existe un certain nombre de monnaies de bronze bien con- 
nues, qui ont été frappées à l'époque des Séleucides dans une 
ville de Syrie du nom de Laodicée. Ces monnaies portent une 

1. Études (Tarchéologie orienlalej vol. Il, § 3, p. 31. 

2. Cependant M. Stubel donne positivement «UuaJI, Es-Safilh (ZDPV, XII, 
p. 277.) 

3. A corriger en ^1, d'après une variante. 



LES MONNAIES PHÉNICIENNES DE LÂODICÉE DE CHANAAN 81 

légende en caraclëres phéniciens que^ jusqu*à ce jour, toul le 
monde s*est accordé à lire et à Iraduire ainsi : 

« De Laodicée, métropole en Chanaan. » 

Cette lecture m'a toujours inspiré des doutes, non pas pour 
les deux noms géographiques — qui sont hors de cause — mais 
pour le petit mot qui les relie : dk « mère », au sens de <c métro- 
pole »; et ce, en dépit de l'exemple invoqué à Tappui par Gese- 
nius, le passage de Samuel W, xx, 19 : b«iuuDNiTy, « ville et 
mère en Israël ». Sur les monnaies de Tyr et de Sidon, où le mot 
est incontestablement employé, il est toujours construit avec un 
autre nom de ville au génitif: « de Tyr, mère des Sidoniens »; 

des Sidoniens, (ou de Sidon) mère de Tyr. » Ici, rien de 

semblable. 

Je me suis demandé, en conséquence, s'il n'y aurait pas lieu 
de modifier la lecture reçue, en considérant la seconde lettre du 
mot DN comme un chin et non pas comme un mem» L'on sait 
que ces deux lettres ne diffèrent guère 'dans certaines variétés 
de Talphabet phénicien que par la longueur de la queue. J'ai 
examiné, en me plaçant à ce point de vue, les quelques exem- 
plaires de cette moimaie qui existent, dans notre Cabinet des Mé- 
dailles. Ils sont malheureusement d'une mauvaise conservation; 
j'ai constaté toutefois, sur le plus lisible d'entre eux, apparte- 
nant à la collection de Luynes', que la lettre controversée est à 
queue très courte et peut aussi bien, sinon mieux, être un chin 
qu'un mem. Je serais donc tenté de modifier comme suit la lec- 
ture reçue : 

<( De Laodicée qui [est) en Chanaan. » 

11 s'agirait simplement, on le voit, d'un véritable surnom to- 
pique donné à cette Laodicée de Phénicie^ pour la distinguer 

1. N" 662 du Catalogue. Il est à rioter^ de plus, que les deux noun du mot 
"[ÎTID a(T«*ctent rjis[»ecl de véritables lameda. 

I RSCUBIL DAHCHÉOLOOIE ORIENTALE U. AOUT 1896. LiVHAlSON 6. 1 



82 RECUEIL D*ARCHÉOLOGIE ORIENTALE 

des nombreuses Laodicées homonymes, et non pas d'un quali- 
ficatif spécifiant sa condition de métropole. Ainsi comprise, la 
légende monétaire rappellerait d'une façon frappante l'expres- 
sion d'Appien : Aaoîixeia il) ev tij ^otvtxy)* : et elle correspondrait, 
d'autre part, littéralement aux sigles grecques qui raccompa- 
gnent presque constamment : AA(oStxeiaç) $OI(vtxY)<;). 

La correction que propose laisse, d'ailleurs, intacte la question, 
encore très débattue, de Tidentité géographique réelle de cette 
Laodicée de Phénicie»; si ce n'est, pourtant, qu'elle interdit dé- 
finitivement tout système qui aurait pour résultat de placer la- 
dite Laodicée autre part que dans le pays de Chanaan, c'est- 
à-dire dans la Phénicie propre ^. 



§31. 
Le nom palmyrénien de TaiboL 

On rencontre plusieurs fois à Palmyre un nom propre d'homme 
d'un aspect singulier : Sn^n. On le transcrit généralement 
Tîbâl^ sans qu'on ait, d'ailleurs, réussi, du moins à ma connais- 
sance, à en trouver une étymologie satisfaisante. M- Wright* Ta 
rapproché avec hésitation du nom grec ôeoôouXo;*. 

Je me demande si, par hasard, ce ne serait pas, au contraire, 
une forme contractée d'un nom purement sémitique, Su-f D^n, 

1. Appien, Syr,, 57. 

2. Le D' Rou\riep, dans un mémoire communiqué ré«îemmentàrAca(iémie des 
Inscriptions (G')mptes renias, p. 49), a essayé, en reprenant et développant une 
idée émise autrefois pir Eokhel, de démontrer que cette Laodicée n'était autre 
que Berytus, la Beyrouth de nos jours, laquelle aurait, pendant une certaine 
période de la domination séieucide^ substitué ce nom hellénique à son ancien 
nom phénicien. 

3. Pour ce sensétroitdu nom de Chanaan, représentant à une certaine époque 
t:e que nous appelons la Phénicie, voir les textes réunis par Reland, PalaestinUf 
p. 7. 

4. Proceedings of the Society of Biblical Archaeology, novembre 1885, p. 30. 

5. Oq s'attendrait, dans ce cas, au maintien de la termmaison p;recque qui est 
de règle à Palmyre. CF. le nom nabatéen D^DID = 8sod6(no;, et autres. 



LE NOM PALMYRÉNO-GREG BÔLLAS 83 

avec insertion du mem final dans la labiale iniliaic beth. La pro- 
nonciation réelle aurait été, dans ce cas, Taibbol, Taibol, pour 
Taimbol, et le sens « serviteur du dieu Bol ». Nous avons, pré- 
cisément dans l'onomastique de Palmyre, plusieurs exemples, 
trop connus pour qu'il soil besoin de les rappeler, qui nous prou- 
vent l'existence de contractions similaires lorsque deux éléments 
entrent en contact pour former un nom propre. 



§32. 
Le mot arabe « mâçia 



». 



Le mot arabe mâçia, V^^» inconnu aux lexiques, était em- 
ployé à Damas pour désigner une « prise d'eau », faite par 
exemple, sur une rivière. 11 se rencontre dans les anciennes des- 
criptions des auteurs indigènes et aussi dans une inscription de 
la ville*. Ce mot énigmatique serait-il une survivance, à la fois 
locale et technique, de Thébreu et du phénicien NsriD, « issue », 
et, particulièrement, « issue des eaux » (a^a Njna), de la racine 
HT? Si cette dérivation élait admise, elle impliquerait que, dans 
cette racine (devenue cependant ht en araméen), lesadé avait la 
valeur de ^ et non de ^ 



§33. 

Le nom palmyréno-grec Bôllas d'après une inscription 

bilingue. 

Parmi les inscriptions grecques copiées à Palmyre, sur la co- 
lonnade du grand temple, par Wood*, au xvni« siècle, il en est 

1. Sauvaire, Description de Damas {Journal asiatique, mai-juin 1896, p. 374, 
et 408, noie 16; cf. p. 402). 

2. Robert Wood, Les ruines de Palmyre, Londres, i753, p. 29, n^ 22 de la 
planche. 



84 RECUEIL d'archéologie ORIENTALE 

une qui a été lue ainsi par les éditeurs du Corpus viscriptionum 
grœcarum : 

MaXt;(ov Neaa toj K(u|xa toO gTC'.xaXouiJLivou *Aaaaou, ouXfJç XoixapTjvwv, 
naXp.upr|V(5v ô îfJ[JLO(; 6Jvo(aç ëve/.a. 

Cest-à-dire, en admettant provisoirement la transcription et 
la ponctuation du Corpits\ que je discuterai tout à Theure : a Le 
peuple des Palmyréniens (a honoré d'une statue), à cause de sa 
bienveillance, Malichos fils de Nesas^ fils de Kômas surnommé 
Asasos, de la tribu des Chomaréniens. » 

M. Waddington * se borne à reproduire la lecture du CorptiSy 
n*ayant pas pu, dit-il, retrouver pendant son séjour à Palmyre 
la colonne sur la base de laquelle était gravée l'inscription. 

En 1883, M. Euting', plus heureux que M. Waddington, a re- 
trouvé cette colonne, et, pour comble de bonne fortune, il y a 
découvert une inscription paimyrénienne qui nous donne la 
contre-partie de Tinscription grecque. L'ensemble constitue un 
texte bilingue gravé^ non pas sur la base, mais sur une console 
faisant corps avec la colonne et destinée évidemment à recevoir 
la statue du personnage, statue aujourd'hui disparue. 

Le texte palmyrénien, qui est en général bien conservé, est 
beaucoup plus explicite que le texte grec : En voici la teneur : 
« Statue de Hachach, fils de Nesâ, fils de Bôllha Hachach, que 
lui ont faite les Benè Komarâ et les Bené Mattabôl, après que, 
ayant été mis à leur tète, il eut fait la paix parmi ^eux"et veillé à 
leurs intérêts * en toute chose, grande ou petite. Dans le mois de 
Kanoùn, Tan 333. » 

L'an 333 des Séloucides correspond à Tan 21 de notre^ère. 
Cette inscription, est donc, comme le fait avec raison remarquer 
M. Euting, une des plus anciennes de Palmyre. 

Il y a, en ce qui concerne le nom et la généalogie du person- 



i. C. I. G., n« 4478. 

2. Waddington, op, c, n«> 2578. 

3. Euting, Epigraphische Miscellen, II, p. 4, n» 102. 

4. 'J'in:ai2, mot douteux, auquel M. Euting est plutôt disposé à prêter le 
sens de « enge Verbindung ». 



LE NOM PALMYRÉNO-GREC BÔLLAS 85 

nage ainsi honoré, un étrange désaccord enlre le texte grec et le 
texte palmyrénien, désaccord auquel on n'a pas prêté d'attention 
jusqu'ici. 

C'est ce qui ressort nettement de la comparaison suivante des 
noms et généalogie du personnage : 

ORBC. PALMYRÉNIBN. 

Malichos Hacha ch 

fils de Nesas^ fils de Nesâ 

fils de Kômas fils de Bâllhd 

lequel est surnommé Asasos (surnommé) Hachach. 

L'accord n'existe, comme on le voit, que pour le nom du père 
— Nesas en grec, Nesâ en palmyrénien, et pour le surnom du 
grand-père — ^45^505 en grec, et Hachach en palmyrénien ; les 
transcriptions grecques répondent très exactement aux formes 
palmyréniennes. Comment se fait-il que le nom palmyrénien du 
grand-père, Bôllhâ, soit devenu en grec Kômas, et que celui du 
personnage principal lui-même, Hachach, soit devenu Malichos? 

Je m'occuperai tout d'abord de la première question. Le nom 
de Kômas que nous avons ici est tout à fait isolé dans l'onomas- 
tique gréco-palmyrénienne dont nous possédons de si nombreux 
spécimens; et, d'une façon générale, il ne suggère aucune forme 
sémitique vraisemblable ; ce fait seul est de nature à le rendre 
suspect a priori. Nous ne connaissons, en somme, le texte grec 
que par la copie de Wood, M. Euting ayant miUheureusement 
négligé de le relever à nouveau, dans la persuasion où il était 
qu'il avait dû être vérifié par les explorateurs venus depuis à 
Palmyre, notamment par M. Waddington. Cela posé, je me de- 
mande si la copie de Wood n'est pas sujette à caution et si, 
trompé peut-être par l'état plus ou moins fruste de l'inscription, 
le savant anglais ne nous en a pas donné une transcription erro- 
née en ce qui concerne le nom en litige. Examinons de près sa 
copie figurée : 

MAAIXONNCCATOYKCOMA- etc. 

En appliquant au groupe KCOMA les règles paléographiques 




86 RECUEIL d'archéologie ORIENTALE 

ordinaires, nous constatons que Ton est tout à fait fondé à sup- 
poser que Wood a pu parfaitement lire KCOMA pour peu que la 
pierre eût souffert en cet endroit, un groupe écrit réellement 

BCOAAA. 

Or, BcSXXa serait précisément la transcription, rigoureusement 

exacte, du nom palmyrénien KnSi:i, Bôllha^ auquel il correspond 
dans notre texte bilingue. Nous savons, en effet, que laspirée 
khet n^était pour ainsi dire jamais rendue dans les transcriptions 
grecques de noms sémitiques, surtout lorsque, comme ici, cette 
aspirée avait la valeur du r- et non du Carabe. 

La réduplication du lambda, qui a donné lieu à la méprise 
graphique de Wood ayant indûment rapproché les deux A pour 
en faire un M, confirme pleinement la correction que je propose, 
en même temps qu'elle vient justifier de la façon la plus heureuse 
Tétymologie du nom de KnSi:i, préconisée autrefois avec une 
rare sagacité par le regretté Wright*. On est unanime pour con- 
sidérer ce nom comme un nom théophore, où l'élément divin est 
représenté par le nom du dieu BâL Les divergences portent sur 
l'identité de l'élément verbal combiné avec l'élément divin. On a 
voulu décomposer ce nom palmyrénien en Kn +bn, en considé- 
rant KH comme une forme abrégée de N:n, et en donnant au tout 
le sens de « celui que Bôl favorise » *. 

M. Wright, au contraire, très justement selon moi, le décom- 
pose en NnS+Sia, Bôl-lehay « Bôl a effacé (les péchés), a absous w^. 

1. Proceedings of the Society of Biblical Archaeology, 1885, 3 nov., p. 29. 

2. Ledraîn, Revue d'assyriologie et d'archéologie orienlaley p. 74. Cf. Dic- 
tionnaire des noms propres palmyréniens, pp. 13 et 24. M. Ledrain s'appuie sur 
rexisience d'un nom propre S*i:iNn dans lequel les deux éléments seraient 
interverlis. Il n'a pas jusqu'ici publié, que je sache, l'inscription inédite qui le 
contiendrait, et, jusqu'à plus ample informé, il est permis de n'accueillir qu'avec 
réserve cette lecture, 

M. Simonsen {Sculptures et inscriptions de Palmyre, p. 16) répugne à ad- 
mettre l'explication de Wright et penche vers celle de M. Ledrain, à cause de 
l'existence d'un autre nom, ^Sl^in» qui apparaît dans une des inscriptions pu- 
bliées plus loin par lui (p. 59, H. 4) et qui, à son avis, serait composé des 
mêmes éléments que NnSl3. Mais il est bien plus probable que kSi^II vient de 
la racine *?:in. 

3. Sens pleinement justiGé par le lexique syriaque. 



LE NOM PALMYRÉNO-GRKC bAlLAS 87 

Les deux lameds en contact se sont fondus en un seul dans récri- 
ture, mais ils avaient dû se maintenir dans la prononciation : 
Bôllehâ, Bâir/id. C'est ce que met aujourd'hui hors de doute la 
transcription significative de NnSu par B(oXXa(ç), leçon que je 
n'hésite pas à substituer à l'inadmissible K(ù\i.oi{q) de la copie de 
Wood. 

Il est plus difficile de rendre compte de la divergence portant 
sur le nom même du personnage, MaXi^^oç en grec, Hachachy en 
palmyrénien. MaXr/cç, transcription de idSq, Malkou, Mali/cou^ 
est un nom en soi très vraisemblable et porlé par plusieurs Pal- 
myréniens' ; mais alors de deux choses Tune : ou nous devrions 
avoir idSd dans le palmyrénien, ou nous devrions avoir "Acajoç, 
dans le grec, conformément à Téquivalence même donnée plus 
loin : ''A(jà(j(ov) = xuxDn. La leçon palmyrénienne, appuyée sur un 
estampage, est hors de conteste. Par suite, c'est seulement sur 
le grec que peut porter Teffort de la critique. Ici encore, on pour- 
rait se demander si Wood a bien copié. Nous venons de le prendre 
en flagrant délit d'inexactitude, et sa méprise nous autorise à 
penser qu'il avait sous les yeux un texte ayant matériellement 
souffert. Ce texte portait-il, plus ou moins clairement, ACACON 
(transcription normale, et bien établie par noire texte même, de 
xown), au lieu de MAAIXON? J'avoue que cette fois les ressem- 
blances graphiques de ces deux groupes ne sont pas telles qu'elles 
prêtent à la correction, cependant bien tentante. Si on l'écarté, il 
ne reste plus qu'une explication possible; c'est d'admettre que 
notre personnage, à l'instar de son grand-père Bôllhà Hachach, 
portait un double nom : Malkou Hachach, et que le grec ne lui a 
donné que le premier, tandis que le palmyrénien ne lui donnait 
que le second de ses deux noms. Je dois dire, toutefois, que je 
préférerais de beaucoup la première explication. La question ne 
pourra être tranchée que par le premier voyageur de passage qui 
voudra bien prendre la peine de vérifier le texte original, s'il 
existe encore. Je signale ce petit desideratum aux futurs explora- 
teurs, 

1. Waddington, op. c, n" 2613, 2014, 2615. 



88 RECUEIL d'archéologie ORIENTALE 

En terminant, je loucherai à un autre point que soulève Tinler- 
prétalion des deux textes rigoureusement comparés. Le palmy- 
rénien dit que la statue honorifique a été élevée par les tribus 
réunies des Benè Komarâ et des Benè Mattabôl; il ne parle pas 
du peuple des Palmyréniens. Le grec, au contraire, dit qu'elle 
Ta été parle peuple des Palmyréniens, IlaXiJLupr^vwv b S^ixo;, si du 
moins, l'on admet la ponctuation introduite dans le Corpus et 
acceptée par tous ceux qui la citent de confiance; par contre^ la 
tribu des Benê Komarâ n'y est mentionnée que pour indiquer 
l'origine du personnage, lequel est çuX^ç Xo[ji.apr^vo)v « de la tribu 
des Chomaréniens »; la tribu des Benè Mattabdl n'y figure pas. 

L'expression riaXjjLupTjvwv b îfjixoç aurait donc, d'après les éditeurs 
du Corpus, la valeur de b IlaXiJLupYjvwv S^[ji.oç, ou b îîjfxoç b IlaXiJLupr^vôv. 
Je ne pense pas que cette interprétation soit satisfaisante. Il faut, 
à mon avis, déplacer la virgule et comprendre : çuXfjç XofxapYjvwv 
IlaXjjiopYjvwv, b 8^(ji.oç, etc., c'est-à-dire : « un tel..., de la tribu des 
Chomaréniens palmyréniens, le peuple (a érigé), etc.. » 

Jamais, dans cette formule ou ses analogues, nous n'avons 
rencontré à Palmyre l'expression admise dans le Corpus. Que 
ce soit f^PouX-r; xatô8^|jL0(;, ou il) PouXtj OU i^ tcoXiç, c'est toujours, d'une 
façon absolue, sans l'adjonction de naXfxupTjvcov. 

La manière dont j'incline à comprendre l'inscription a, de plus, 
l'avantage de nous débarrasser d'une contradiction apparente 
des deux textes; le peuple des Palmyréniens n'étant plus opposé 
aux tribus des Bené Komarâ et des Benè Mattabôl, ceux-là, au 
contraire, en faisant partie intégrante, l'on s'explique dès lors 
comment, d'une part, le grec peut dire que la mesure a été prise 
parle peuple, et comment, d'autre part, le palmyrénien peut dire 
qu'elle l'a été par les deux tribus, puisque la première do ces deux 
tribus est expressément qualifiée de palmyrénienne. Il est pro- 
bable qu'il devait en être de même pour la seconde. 

Une dernière observation à ce propos. La formule qur l'on 
rencontre ordinairement à Palmyre est il) PouXr; y.ai b S^ixoç, « le sé- 
nat et le peuple ». Ici, par une exception unique, le peuple apparaît 
seul, il n'est pas question du sénat. J'estime que la non-mention 



FORMULE CHRÉTIENNE OC XY OH TTN ET LYCHNARIA CHRÉTIENS 89 

du sénat n'est pas un cas fortuit, et qu'elle doit s'expliquer par 
la date de notre inscription, remontant, comme nous l'avons vu, 
à Tan 21 de notre ère. 11 esta supposer qu'à cette époque la ville 
de Palmyre n'avait pas encore reçu l'investiture romaine qui a 
amené, peu après, l'institution d'un sénat local. Aucune des ins- 
criptions officielles de Palmyre où figure le sénat, soit seul, soit 
avec le peuple, n'est antérieure à l'époque de Tempcreur Hadrien. 
L'absence du sénat dans la formule de notre inscription de l'an 2! 
rapprochée de son apparition dans les inscriptions postérieures 
à Tan 130, rend très plausible l'opinion qui fait remonter à cet 
empereur l'octroi à Palmyre du jus italicnm et, par suite, la 
formation d'une assemblée provinciale modelée sur le sénat 
romain. 



§3i. 

La formule chrétienne (|)C XY (|)H TTN et les lychnaria 

chrétiens. 

J'ai eu à plusieurs reprises l'occasion d'appeler Tattention sur 
la curieuse formule : ^tû; XpuTcj ?a(v£t r.ivM(\\i\ se retrouve sur 
divers monuments chrétiens, et que j'ai signalée pour la première 
fois en 1868 sur de petites lampes en terre cuite du type lychna- 
rioriy provenant de Jérusalem*. 

Je crois que c'est elle qu'il faut reconnaître dans les groupes 
des lettres suivantes disposées en croix : 

OC 

XY OH 

TJH 

accompagnant deux inscriptions grecques de Trébizonde, du 
X» siècle, que M. Millet vient de publier*. 

1. Voir, entre autres. Revue archéologique, 1868, XVIII, p. T7; Recueil d'ar- 
chéologie orientale, I, p. 171 ; II, 19. 

2. Bulletin de Correspowiance hellénique, 1895, pp. 422, 4'23. J*ai reproduit 
de préférence les formes épigraphiques des caractères de la deuxième inscrip- 
tion, donnée en fac-similé, p. 423. 



90 RBCUKIL d'archéologie ORIKNTALR 

Je lis : 4>(a)ç) X(p:(7To)0 (?(a{v)r3 7:(aît)v. ^aivr; est pour ça^vet, pro- 
noncé çévi *, pai' iotacisme. 

Je ne sais si, en qualifiant ces lettres de « sigles connus », sans 
en donner, d'ailleurs, l'explication, M. Millet entend par là citer 
implicitement une indication contenue dans un ouvrage récent 
de M. Schlumberger *, à propos d^une grande monnaie de bronze 

byzantine, portant au revers les sigles o-n • Dans ce cas, il y a 

X 

lieu de faire observer que la lecture de M. Schlumberger, lecture 

que m'a signalée M. Le Blant, doit être certainement rectifiée. 

En effet, rapprochant cette monnaie de deux plaques de mar- 
bre du « Château du Génois », en face de Buyukdérè, qui portent 
une croix cantonnée des quatre sigles (|)ClXYl<|>C|nC, il propose 
de lire : çûç XpioroO çûç xaat; l'avant-dernier mot ne peut être que 
çatvet, étant donnée la certitude de la formule in extenso que 
j'ai citée plus haut^. 

Je dois également à Tobligeante érudition de M. Le Blant 
l'indication de divers monuments où cette formule apparaît plus 
ou moins complète, avec des dispositions variées. 

** ' 0COC XY (DAIN6IN (*»c)nACIN* 

2** Sur une croix funéraire en bronze, du Vatican* ; 

O XY 

n 



ic 

(|)COC 



NI 
(t>AIN€l 



XC 
XY 



KA 
nACIN 



1. C'est cette forme vulgaire qui se rencontre constamment sur les lychnaria 
de Jérusalem. 

2. Schlumberger, Mélangea d'archéologie byzantinej p. 304 ; cf. Revue ïtrchéo- 
logique, 1880, p. 212, et Numismatique de l'Orient latin, p. 497, pi. XIX, no 24 . 

3. Il faudrait vérifier sur Toriginal si par hasard le C ne serait pas un 6=4>€vi' 

4. De Rossi, Bullettino, 1890, p. 153. 

5. Photographie de Simalli, n« 66. 

6. Ang.-Mar. Bandini, Fasciculus rerum graecarum ecclesiasticarum, p. 32 
(Florence, 1753). 



BC1TLIGGE ET LES GASAUX OCTROYÉS PAR GODEFROY DE BOUILLON 91 

Ce dernier exemple où notre formule se trouve combinée avec 
celle, beaucoup plus fréquente, de 'Itjœouç Xpiaiàç v.xa, est parti- 
culièrement curieuse. 

Puisque j'en suis sur le chapitre des lychnaria palestiniens 
portant la formule en question, je citerai une autre petite lampe 
inédite avec une légende qui mérite d'être rapprochée de celle-ci ; 
c'est un bjchnarion conservé au Musée de Berlin oii je Tai re- 
marqué en 1893 *; il porte ces caractères moulés en relief, tout 
autour de la face supérieure : (|)COTHCONHMAC, çciTTjTsv ^[xoç 
« éclaire-nous! » ^wttjtov est pour (pwxKJov, impératif aoriste do 
ipwTiïo). Bien que le monument ne porte pas de signes apparents 
de christianisme, il doit être chrétien comme l'indique Tesprit 
de sa légende. 

Je citerai encore, bien qu'elle n'ait pas de rapports directs 

avec les précédentes, la curieuse légende que j*ai relevée sur un 

autre lychnarion inédit, de la même famille, conservé au British 

Muséum : 

e€OAOriA©€OYXAPIC* 



§35. 

Beitligge et les casaux octroyés par Godef roy de Bouil- 
lon aux chanoines du Saint-Sépulcre. 

Parmi les vingt-un casaux du territoire de Jérusalem, attribués, 
dès le lendemain de la conquête, par Godefroy de Bouillon, aux 
chanoines du Saint-Sépulcre, il y en a un, entre autres, qu'on n'a 
pas réussi à identifier. II est appelé, dans les différents documents 
où il appsLTdiîl^BetliggeyBeiiligge, Beteligel, Bethelegel, Benteligel, 
Betdigge '. Les deux premières formes semblent représenter le 

1. Provient d'une acquisition en Syrie faite par M. von Luschan. 

2. Les points représentent des petits fleurons coupant ainsi les groupes de 
lettres. 

3. De Rozière, Cartulaire du Saint- Sépulcre, pp. 30, 98, 102, 108, 263. 



92 RECUEIL d'aRCHÉOLOGIK ORIK.NTALE 

loponyme arabe correct; les autres variantes en sont des dé- 
formations graphiques. 

M. Rôhricht* propose, non sans hésiter, de Tidentifier soit 
avec Beii-Liktd, soil avec Beli-Doukkou, Mais ces identifications 
ne sont satisfaisantes ni au point de vue topographique, ni au 
point de vue toponymique. 

En 1874, j*ai recueilli de la bouche de fellahs de Choïât, petit 
village situé au nord de Jérusalem, une tradition d'après laquelle 
la localité ruinée, appelée aujourd'hui Khirbet el-*Adèsè et distant 
de 3,500 mètres de leur village, dans le nord-nord-est, aurait 

porté autrefois le nom de Beii Liddjé^ <->- C^*. Je n'avais pas, 

sur le moment, attaché d'autre importance à ce renseignement. 
Ce n'est que tout récemment, en relisant mes notes, que j'en 
ai compris la portée. On reconnaîtra, en effet, que ce nom de 
Beit Liddjé est exactement celui de l'introuvable casai des Croi- 
sés. De plus, la position concorde parfaitement; ce casai est men- 
tionné avec Kefreachab (= Kafr 'Aqâb), Aram (= Er-Râm), Ka- 
lendie (== Qalandia), Byrra (=: El-Bîrè), qui se trouvent tous 
situés dans la région immédiatement au nord de notre Khirbet- 
el-'Adèsè, autrement dit Beit-Liddjé. L'identification peut donc 
être considérée comme définitivement acquise. 

Puisque j'en suis sur ce chapitre, je propose d'identifier l'un 
des deux casaux, 5wAi7 (variante Bubin) ou Hubiîi (variante Hu- 
bim), mentionnés côte à côte, dans le même groupe, avec 
Khirbet Roiibln^ au sud et tout près de 'Ain-Qâniè {:=^Ainquené)y 
en admettant une erreur de copiste pour la première lettre, B ou 
H=R. 

Pour Subahiet on pourrait penser à la ruine de 'Ain Soûbiè, 
au nord-ouest de Beitoùniâ ; pour Barimeta [Barmitay Barith- 
mela, Ramùta), à Khirbet Meita, au sud-ouest du précédent. 

Les noms des deux casauxqui se suivent immédiatement,i4/ara- 

i. ZDPV.y IV, p. 204; cf Palestine Exploration Fund, Memoirs, III, p. 11. 
2. Voir mes Rapports dans le Statement du Palestine Exploration Puni, 
1874, p. 109, où il laut lire : à l'est, au lieu de au nord, de Bir Neb&ia. 



LES JARDINS ET LES IRRIGATIONS DE PBTRA 93 

béret et Uniei [Urniet), et dans lesquels on a déjà proposé* de re- 
connaître *Atlâra etBeitoùnia, ont probablement été mal coupés 
par quelque copiste qui aura distrait de Beiloiinia Télément ini- 
tial Beithy Beth, pour le rattacher indûment à \4.tara, en l'estro- 
piant en bereth : Atara + béret h + tniiet. 

Le nom du premier casai se retrouve, en effet, correctement 
écrit, sans cet appendice parasitaire : Aithara, dans un autre do- 
cument médiéval •. 



§ 36. 
Les jardins et les irrigations de Petra. 

Parmi les textes nabatéens, malheureusement peu nombreux, 
recueillis jusqu'ici à Pétra, il y a une inscription, d'une étendue 
considérable, dont le contenu paraît être fort intéressant, autant 
qu'on en peut juger d'après la seule copie fort imparfaite qu'on 
en possède ^ 

Mon savant confrère^ M. de Vogué, qui en a entrepris le dé- 
chiffrement, a pu reconnaître qu'il y était question^ entre autres 
choses curieuses, de jardins et d'aménagements hydrauliques. 

Je crois que nous pouvons trouver un excellent commentaire 
de ce passage dans la description que Strabon nous a laissée de la 
métropole des Nabatéens. Voici, en effet, comment il s'exprime*: 

KeÏTai yxp èrt ^wptou xàXXa 6|JLaXcD xat eiri-iSou, xijxXo) Se réipa çpS'j- 

l^ovTOç sfç T£ uSpeiav xai xïjTceiav. 

« Elle est située sur un terrain, qui, d'ailleurs, plat et uni, est 



i. Palestine Exploration Pund, Memoirs, III, p. 11. — Rôhricht, /. c, pp. 204. 

2. De Rozière, op. c, p. i2. 

3. Hogg, Transactions of the Royal Society of Literature^ 2° série, vol. III, 
p. 183; vol. V. p. 33. Londres, 185) et 1856. — Cf. EuLing, Sinaitiscke In- 
schriften^ p. vu, qui a eu le mérite de rappeler rattenlion sur celle copie qu'oa 
avait perdue de vue. 

4. Strabon, XVI, eh. iv, 21. 



94 RECUEIL D*ARCHÉOLOGIE ORIENTALE 

entouré d'une barrière de rochers escarpés et coupés à pic du 
côté extérieur, tandis qu'à l'intérieur il a des sources abondan- 
tes servant aux irrigations et à Tarrosage des jardins. » 

Le renseignement que nous a conservé Slrabon et qui paraît 
si bien concorder avec la teneur de notre inscription, mérite 
d'autant plus de créance que le célèbre géographe le tenait de 
la bouche de son ami Atbénodore qui parlait de visUy ayant ré- 
sidé à Pétra même. 

L'aspect actuel du terrain confirme pleinement cette descrip- 
tion. Le Ouâdy Moùsa, qui traverse les ruines de la ville anti- 
que, située dans la cuvette d'un ancien petit lac desséché, est 
largement arrosé par les eaux du 'Ain Moùsa; Ton y remarque 
encore les restes de ponts, et, çà et là, ceux de conduits et d'a- 
queducs. 



§37. 
L'inscription palmjrrénienne n"" 93 *. 

Cette inscription, gravée sur un petit autel, réemployé dans 
le cimetière musulman de Palmyre, a été copiée par M. Wa- 
dington. Le texte a souffert, et M. do Vogiié avertit qu'il a été 
obligé de supposer quelques corrections. 

Après le préambule contenant la formule ordinaire de la con- 
sécration faite par Nadarbol et Moqimou fils de Douda, fils de 
IlanneP, M. de Vogué propose de lire et de traduire ainsi le 
passage contenu dans les lignes 4-6: 

etc.. bnbavS n pSs I pnS^b[Da]i n^t N^nlSy] I ]inm Sy... 



1. Voir, pour le détail d'un de ces canaux, Duc de Luynes, Voyage d'explo- 
ration, I, 289. 

2. De Vogué, Syrie centrale. Inscr, sémitiques, p. 62, pi. IX. 

3. D'après la lecture rectifiée de M. Noeldeke, ZDMG., vol. XXIV, p. 88. 



MADD ED-DEÎR ET LE GASAL DE MONDISDER 95 

«... pour leur salut. Ces autels et toute leur décoration (sont 
consacrées) à Aglîbol et à Malakbel dieux (?)... » 

Cette restitution me parait soulever plusieurs difficultés. 
M. de Vogiié fait remarquer lui-même le manque d'accord du 
pronom n^i au singulier avec le substantif pluriel K^nSy. L'on 
peut ajouter que cette dernière forme de pluriel, au lieu de *^ri^y^ 

serait elle-même bien irrégulière ; qu'il n'y a qu'un autel, celui 
sur lequel est gravée Tinscription, en non plusieurs; qu'on ne 
voit pas en quoi pourrait consister la a décoration » de ces autels 
multiples, simples cubes de pierre plus ou moins élégamment 
moulurés. 

Enfin, les mots ainsi restitués ne répondent pas d'une façon 
satisfaisante aux indications matérielles de la copie de M. Wad- 
dington. 

C'est pourquoi je serais tenté de lire tout différemment : 

a... pour leur salut et le salut de leurs fils et de leur famille 
tout entière. » 

Nous rentrerions ainsi tout à fait dans l'analogie des formu* 
les ordinaires. 



§38. 
Madd ed-delr et le casai de Mondisder. 

Dans une charte, datée de mai 1236, dont l'original est mal- 
heureusement perdu et qui ne nous est connue que par le som- 
maire analytique qu'en a libellé, au xvnv siècle, l'archiviste du 
prieuré de Saint-Gilles, Jean Raybaud (dans son Inventaire des 
chartes de 5yn>)*, il est question de deuxcasaux, Montdidier et 
Toiirre-Rouge^ au sujet desquels une convention est conclue entre 

1. Delaville Le Roulx, Inventaire des pièces de Terre Sainte, p. 48, a« 247. 



96 RECUKIL d'archéologie ORIENTALE 

Robert, abbé de Sainte-Marie de la Latine, et Guérin II, grand 
maître de l'Hôpital. 

Ces deux casaux réapparaissent dans deux autres actes, con- 
sécutifs du précédent et datés d'août 1248* et octobre i267*. 

Dans le premier. Pèlerin, abbé de Sainte-Marie, cède, moyen- 
nant une redevance annuelle, à Jean de Ronay, grand précepteur 
faisant fonction de grand maître de THôpital, lesdits casaux de 
Mondisder et Turris Rubea^ et, en outre, les propriétés possédées 
par Tabbaye dans le territoire du casai de Gaco, à charge pour 
THôpital de payer pour ces casaux les dîmes revenante Téglise 
de Gésarée. 

Dans le second acte, Henri, abbé de Sainte-Marie, et Hugues 
Revel, grand maître de l'Hôpital, renouvellent les conventions 
antérieures concernant les mêmes casaux. 

Il résulte nettement de ces textes que le casai de Mondisder 
faisait groupe avec celui de la Tour Rouge, et que tous deux 
devaient appartenir au territoire de Gésarée, ainsi que le casai 
de Caco^ aujourd'hui Qâqoùriy puisqu'ils payaient la dîme à 
l'église de Gésarée. 

La chose est confirmée par un passage de ÏEstoire de Eracles^ 
où il est dit que l'empereur Frédéric, se rendant d'Acre à JafTa, 
« vint au flum de Mondidier^ entre Gésaire et Arsur (= Arsoùf ) ». 
Gela est littéralement d'accord avec la relation de Marino Sa- 
nuto*: « Ad ilumen processit de Monder^ quod labitur inter 
Gaesaream et Arsur. » 

On n'a pas réussi jusqu'ici à identifier ce casai dont le nom 
apparaît sous les formes diverses de Mondisder^ Monder^ Mondi- 
dier, Montdidicr, M. Delaville Le Roulx, malgré l'assistance 
de MM. Guérin et Schefer, et M. Rey n'ont rien trouvé à propo- 
ser. M. Rohrichl* émet diverses hypothèses dont il est le premier 

1. Paoli, Codice diplomatico, I, p. 259, n. 219. — Cf. Delaville Le Roulx, 
Les archives de l'ordre de Saint-Jean, p. 181, ii© 78; cf. p. 2'i. 

2. Delaville Le Roulx, Les archives^ p. iO, n^* 6; cf. p. 230. 

3. HistoHens occidentaux des Croisades, IJ, p. 373. 

4. Marino Sanulo, Liber secretorum, c. xii, p. 213. 

5. liôhrichl, Studien, p. 253; cf. Reyesta, p. 306 et p. 354. 



MADD ED-DEÎR ET LE CASAL DE MONDISDER 97 

à reconnaître le caractère précaire ; il est certain, par exemple, 
que ce casai, dépendant de Césarée,ne peut avoir rien de commun 
avec le Disderum qui, dans un autre document, est mentionné 
auprès d'Acre ; et que ni EUMounâtir, au nord de Leddjoûn, ni 
Tell edh-Dhroùr, au sud de 'Alyân, ne conviennent, soit pour la 
position, soit pour le nom. 

Il faut trouver une localité qui réponde aux conditions sui- 
vantes: appartenir au territoire de Césarée; être sur un fleuve 
situé au sud de Gésarée, dans une situation telle qu'elle ait pu 
donner son nom au fleuve; être dans la région de Caco, dont 
ridenlité avec Qâqoûn est parfaitement établie ; et enfin, avoir 
un lien topographique avec la Turris Rubea, dont l'emplacement 
n'est pas certain. 

Entre Césarée et Arsoùf (Arsur) il y a trois fleuves qui se 
jettent dans la Méditerranée ; ce sont, en descendant du nord au 
sud : le Nahr el-Mefdjir, appelé aussi Nahr el-Akhdhar ; le Nahr 
Iskanderoûnè, ou Nahr Abou Zaboùra, et le Nahr el-Fâleq. Sur 
la rive méridionale du second, à 5 ou 6 kilomètres au-dessus 
de son embouchure, à un coude remarquable que fait le cours 
du fleuve, il existe une localité ruinée portant aujourd'hui le 
nom de Khirbet Madd ed-Deîr ; c'est là que je propose de placer 
notre casai. Le nom de Madd ed-Delr aura été, comme d'habitude, 
transcrit par les Croisés de façon à revêtir un aspect occidental, 
et ce nom^ ainsi déformé, ou transformé^ a été donné par eux 
au fleuve, qui passait devant le casai avant d'aller se jeter à la 
mer. Madd ed-Delr est à 2 lieues à l'ouest de Q&qoûn (Caco). 
Il est donc bien dans la région voulue. Il est à plus de 10 kilo- 
mètres au nord-ouest de Bourdj el-*Atôt, où M. Rey et M. Rôh- 
richt inclinent à reconnaître la Turris Rubea. La distance de 
Bourdj el-'Alôt peut paraître bien grande, étant donné que Mon- 
disder et la Tour Rouge forment un couple dans les documents. 
Aussi pourrait-on hésiter à admettre cette dernière identification, 
d'autant plus qu'elle ne repose, somme toute, que sur la pré- 
sence, dans le nom arabe, du dénominatif banal Bourdj ^ « Tour » ; 
c'est là un indice assez faible, et il est possible, en efl'et, que le 



Rkubil d'Archéolooib ORiBifTALB. II. Sept.-Dkc. 1896. Livraison 7. 



98 RECUEIL D*ARGHÉ0L0G1E ORIENTALE 

casai de la Tour Rouge ait élé ailleurs^ plus près de Madd ed- 
Deir. Cependant, il est à remarquer que Bourdj el-'Atôt, où, soit 
dit entre parenthèses^ Ton voit encore les ruines d'une tour re- 
marquable, remontant à Tépoque des Croisades % a ceci de com- 
mun avec Madd ed-Deir qu'elle est située, comme celui-ci, sur la 
rive gauche du Nahr Iskanderoùnè, dans la partie supérieure de 
son cours; il se peut que la bande de terrain bordant cette rive, 
entre ces deux points, représentât les possessions de Sainte- 
Marie, dépendant de Mondisder et de Tour Rouge. Tout ce que je 
puis dire^ c'est que la Tour Rouge des Croisés est incontestable- 
ment leEl'Bourdj el-Ahmar {même sens)^ qui figure dans la liste 
des fiefs distribués par le sultan Beibars à ses émirs, dans le 
territoire de Césarée, liste dont j'ai eu occasion de parler précé- 
demment '. £l-Bourdj el-Âhmar y est mentionné dans le groupe 
de Boûrin, Djelamè, Yemmâ, Dennâbë et Deir el-Ghousoùn', 
toutes localités dont l'emplacement actuel est certain \ 



§39. 

Le culte de la déesse Leucothea dans la régioi^ 

de l'Hermon. 

Depuis l'impression du § 27% j'ai retrouvé après coup un 
indice épigraphique qui a passé jusqu'à ce jour inaperçu et qui 
atteste Texistence du culte de la déesse Leucothea sur un autre 

1. Voir la description qui en est donnée dans les Memoirs dix Palestine Explo- 
ration Fund, vol. II, p. 178. M. Guérin {Samarie^ II, 349; la considère comme 
un fortin d'origine musulmane ; mais on sait que la sagacité archéologique de ce 
consciencieux explorateur est souvent en défaut. 

2. Recueil d'archéologie orientale ^ II, p. 57. 

3. Je donne les lectures de ces noms, méconnaissables dans les transcriptions 
de Quatremère, d*après les manu scrits arabes originaux. 

4. Notre casai est encore mentionné sous la forme de Montdidier, avec Tur- 
viciée (= Turris Rubea ?), u et autres », dans une bulle du pape Clément III, 
du 11 octobre 1189, qui ne nous est plus connue que par une analyse de Ray- 
baud {Inventaire j etc., p. 36, n© 173). 

5. V. plus haut, p. 61. 



L£ CULTE DE LA DÉESSE LEUCOTHEÂ DANS LA RÉGION DE l'hER^ION 99 

point de rHermon, à Rakhlé. Voici, en effet, ce que je lis dans un 
rapport de M. Conder, publié en 1874 * : 

« The second inscription, on a large stone, was more rapidly 
copied and would repay the trouble of a squeeze. It commen- 
ces, ôeaç Xe(u)xoÔ6aa) {sic), and the words auToiç apyupix avaXwjavx.. 
uTcep TTiÇ Bupaç are distinclly legible in one part. They are in ail 
eight lines, the longest conlaining twenly-twoletters : the tepoTraixiat 
or guardians {sic)* of ihe temple, are again mentionned in it. >; 

Il est bien regrettable qu'au lieu de ces quelques essais de 
lecture partielle, Ton ne nous ait pas donné un fac-similé, tel 
quel, de la copie prise. Quoi qu'il en soit, je n'hésite pas à re- 
connaître, dans les premiers mots, le titre et le nom de notre 
déesse Leucothea, mentionnée dans l'inscription de El-Bourdj 
ou Djendal. On entrevoit qu'il s'agit de la dépense faite pour la 
construction d'une porte, peut-être celle du sanctuaire qui lui 
était consacré à Rakhlé. 

Évidemment^ XeuxoOeao) est une fausse lecture pour AcuxcOéaç ; 
le sigma, vraisemblablement lunaire, aura été indûment com- 
biné avec la lettre suivante, peut-être un autre sigma : CC = Ca}. 
Ce second sigma pourrait être le début du déterminatif ISeYeipcov. 

Il devient désormais infiniment probable, étant donnée l'iden- 
tité de cette déesse si rarement mentionnée, que l'inscription 
de El-Bourdj est bien originaire de la même région et n'a pas été 
apportée du Haurân, comme l'assuraient des personnes mal in- 
formées. Cela vient confirmer l'induction que j'avais tirée de 
l'apparition, relativement fréquente, dans cette région, du nom 
propre caractéristique Beeliabos ^ Le fait que nous rencon- 



1. Palestine Exploration Fund, Statement, 1874, p. 48. — Cf. Memoirs : Je- 
rtisalem^ p. 113. 

2. Nous savons que le rôle des lepoTapLÎai n*éLait pas précisément celui-là. 

3. Voir plus haut, p. 77, note 1. Je dois ajouter que les deux inscriptions 
que j'y cite comme inédites et qui ont été recueillies par M. Possey à Deîr el- 
*Ach&ïr et à Rakhlé même, avaient déjà été copiées avant lui, mais d'une façon 
très imparfaite; la première, par M. Warren(P. E. F.,Sl(Uement, 1870, p. 329); 
la seconde, par M. Girard de Rialle (Waddington,op. en'» 2557 e) et M. War- 
ren (/. c). 



100 RECUEIL d'archéologie ORIENTALE 

irons à Kakhié comme à EI-Bourdj, et le nom de Leucothea et 
celui de Beeliabos, me parait significatif à cet égard. 

La déesse Leucothea devait avoir un sanctuaire à Rakhié, à 
Tendroit où s'élevait le temple oriental, endroit marqué par les 
ruines où gisait l'inscription relevée par M. (fonder. Peut-être 
était-ce là qu'était le centre du culte régional de la déesse qui se 
cache sous cette dénominaton exotique. Entre Rakhlé et Djendal 
(non loin d'El-Bourdj), il n'y a pas plus de 10 kilomètres de dis- 
tance. S*il y a quelque chose à retenir de Ton-dit d'après lequel 
la pierre d*El-Bourdj aurait été transportée d'ailleurs, l'on 
pourrait se demander si ce n'est pas de Rakhlé qu'elle l'a été, 
bien que Ton ne voie pas la raison de ce transport assez difficile 
à travers les escarpements de Tllermon. 

Je relève encore un autre indice de Texistence de notre déesse 
à Rakhlé. C'est dans une inscription sommairement copiée par 
M. Harwey Porter dans les ruines du temple * situé au nord-est 
du village, et donnée par lui en simple transcription typographi- 
que, sans plus d'explication ' : 

[KOCY]nACCTIXC0N 

TPICONCYNAYCI 

KOINXAIC€K 



Ta)NTHCe€[OYj 

AlAe€YAAI€ 

P€OC 

Je crois, contrairement à la supposition de l'auteur, qu'il ne 
manque rien à la fin des lignes, et je propose de lire : 

(7p!X(uv, Oîi ^{ejiyjù^ xptwv, ajv outI y.iyx^yx'.q, ex twv Ti*^ 

8e(a;), 8ii ScuSa UpÉ(a));. 

Il s'agit, comme on le voit, de quelque construction exécutée 
par les soins du prêtre Theudas et aux frais du trésor de la déesse. 



1. L'inscription est gravre sur le mur même du temple, près de Tangle sud- 
ouest. 

2. P. E. F., Statement, 1892, p. 164. L'auteur avertit que les lettres entre 
crochets sont d'une lecture douteuse. 



LA SECONDE INSCRIPTION DE BAR-REKOUB iOI 

construction comportant trois rangées de colonnes? ou trois murs?, 
et deux xé^^at, ou niches destinées, apparemment, à recevoir des 
statues*. C'est peut-être bien TédiGce même sur les murs duquel 
est gravée l'inscription. 

Quant à cette déesse innomée, j'inclinerais à admettre que c'est 
la Leucothea adorée à Rakhié et dans les parages environnants. 
Si, comme on a quelque raison de le penser, le déterminatif 
Ssyeipwv, qui est joint à son nom dans Tinscription d'El-Bourdj, 
représente un nom de ville, Segeira, Segira, il y aurait peut-être 
lieu maintenant de voir si cette ville ne serait pas Rakhié même , 
localité antique très importante dont jusqu'ici Ton n'a pas réussi 
à établir Tidentité. 



§40. 
La seconde inscription de Bar-Rekoub. 

M. Sachau vient enfin de faire connaître ' le texte intégral de 
celte troisième inscription de Zendjirli, désignée communément 
sous le nom de « Bauinschrift », texte dont il n'avait cru devoir 
nous communiquer', il y a déjà plusieurs années, que quelques 
fragments plus propres à exciter notre curiosité qu'à la satisfaire. 

La langue est, cette fois, de Taraméen nettement caractérisé, 
ce qu'on pouvait déjà induire des passages communiqués, et ce 
qui, quoi qu'on en ait dit, entraîne le même diagnostic philolo- 
gique pour les deux autres inscriptions* auxquelles celle-ci est 
historiquement liée de la façon la plus étroite. 

• 

1. Voir sur le sens technique de ce mot, qui revient fréquemment dans les 
inscriptions du Haurân, les observations de M. Waddington, op, c, n» 1913. 
C'étaient des niches évidées dans Tépaisseur des murs et dont le haut imite la 
valve striée d*une coquille, d*où leur nom de conques. 

2. Académie des sciences de Berlin, SUzungsberichtey 1896, p. 1051, pi. IK. 

3. Kônigl. Museen zu Berlin, Mittheil, aus den orient, Samml. XI, p. 69, et 
passim (1893). 

4. Le n qui, dans ces deux inscriptions, termine un grand nombre de mots. 



• 



i .' 



102 RECUEIL d'aBCHÉOLOGIE ORIENTALE 

Voîcî la transcription et la traduction de M. Sachau : 

< 

i2y Ss< 3 I nw ^SD iDJS -o 2 | nsi [i]n njs< 1 
p 5 I xni >3i< pTïn ï<p-ii< >:yni 4 | t^-iQ -iD^SsnSan 

^Sa ♦«■» 9 I hshs^:! nxii Ss p Sa si:? »3k noi on 
" >Sj3i «]D u I 3 >S:?n p-01 pSa n 10 1 :7ïa3 iiutn 
3"Oi pSa nn n»n p i3 1 nnsûMi on no 12 1 n"nî<i 
o 16 1 1 >no nnta na bsS « 15 1 »3Sa >nN ownm ] 14 
nrh 1 18 1 aSD no xn Ssaur oS i? | a >nnxS nc'»'? nta 
n>33 nas 20 1 1 «so no sm m 19 1 S xinur no xns 

njf Nno 

« Ich, Barrekùb Bar Panammù, Kc5nig von Sam'al, der Knecht 
des Tîglatpilezer, des Herrn der vier Theile der Erde, ob der 
Gerechtigkeit meines Vaters und ob meiner Gerechtigkeit bat 
niich sitzen lassen mein Herr Rekûb'èl und mein Herr Tiglatpi- 
leser auf dem Throne meines Vaters. Und das Haus meines Va- 
ters'... von Allem, und ich bin gelaufen am Rade meines Herrn, 
des Kônigs von Assyrien, inmitten von grossen Kônigen, Besi- 
tzern von Silber und Besitz3rn von Gold, und ich habe in Besitz 
genommen das Haus meines Vaters und habe es schôner gemacht 
als das Haus irgendeines von den grossen Kônigen, und es haben 
freiwillig bcigesteuert meine Brùder, die Kônige, zu allem 
Schmuck meines Hanses, und durch mich ist es schôn gewor- 
den... fiir meine Vater, die Kônige von Sam'al. Es ist das Haus 
fur sie aile. So ist es das Winterhaus fiir sie und es ist das 
Sommerhaus, und ich habe dies Haus erbaut ». 

a été généralement considéré comme le suffixe pronominal. Je le considère, au 
contraire, comme étant souvent une variante orthographique de Valeph caracté- 
ristique de l'état emphatique. J'ai longuement discuté cette question dans mon 
cours du Collège de France, en juin 1893, et cité divers faits à l'appui de celte 
vue. 
1. « Entbehrte?» 



LA SECONDE INSCRIPTION DE BAR-REKOUB 103 

Celte traduction prêle à diverses observations que j'ai essayé 
de présenter ci-dessous sous la forme la plus concise. 

Lignes 4-5. — "'pixai ^k pian. — Comparez l'inscription B, li- 
gne 2, de Neîrab : nimp ^npTy3,(c à cause de ma justice devant lui ». 

— 7-8. — Sd yo *hny n« nm. — p a peut-être ici la même va- 
leur comparative qu'il a à la ligne 13 : « la maison de mon père 
était (plus) misérable (?) que toute (autre) »? 

La première lettre du mot Say est en partie détruite; il n'en 
reste qu'un petit crochet courbe-^, où M. Sachau est porté à voir la 
moitié d'un aïn, en tout cas, dit-il, un débris de lettre très petite. 
Ne pourrait-ce pas être l'élément de gauche d'un koph (comparer 
la forme des autres koph de Tinscription) ? Cela nous donnerait 
^Dp, « être flétri, languissant » ; en syriaque, « être malade, affai- 
bli » (cf. Isaïej xxxm, 9» où quelques commentateurs attribuent à 
ce verbe le sens d* « être coupé » ; et id., xlix, 6). On a rapproché 
Snp de Son, « être languissant, triste, dévasté, ruiné » (part, pas- 
sif féminin, amoulah) ; s'il faut bien lire Sny, on pourrait y voir, 
à la rigueur, une orthographe, renforcée pour la gutturale, de 
hi2t^, et supposer une forme *amoul=:amouL 

— 8-16. — D'après M. Sachau, Bar-Rekoub dirait à peu près 
ceci : 

(( Après avoir suivi le char de guerre de mon suzerain le roi 
d^Assyrie, en compagnie de grands rois possesseurs d'or et 
d'argent, j'ai pris possession de la maison de mon père, et je l'ai 
faite plus belle que la maison d'aucun des grands rois; et les rois 
mes frères ont contribué avec empressement à tout ce qui pou- 
vait embellir ma maison. » 

Je serais tenté de comprendre d'une manière sensiblement 
différente. Bar-Rekoub voudrait dire qu'étant au service de Ti- 
glatpileser il a profité des dépouilles des rois très riches vaincus 
au cours de la campagne', et que, grâce à sa part de butin, il a 



1. La première lettre du mot est endommagée, et le sens exact reste douteux. 

2. Peut-élre le mot obscur nTSTD, que M. Sachau explique simplement par 
c au milieu de, en compagnie de », a-t-il un sens plus particulier, et moins pa- 



104 RECUEIL d'archéologie ORIENTALE 

pu faire de la pauvre maison de son père une maison plus belle 
que celle des plus grands rois. Si bien, ajoute-t-il, que les autres 
rois ses frères — c'est-à-dire les rois voisins et soumis à son 
maître, qu'il distingue ainsi des rois ennemis — ont envié sa 
maison^ tant elle était devenue belle (ne bJi = ^ J^)« 

Le sens précis du verbe nwnn nous échappe*; le contexte, 
ainsi interprété, nous invite à lui en attribuer un tel que « ad- 
mirer », peut-être avec une nuance d'envie et de jalousie*. 

Le rôle prêté par M. Sachau à ces rois, compagnons d'armes 
de Bar-Rekoub, qui auraient spontanément contribué à l'embel- 
lissement de sa maison paternelle, maison qui, par surcroit, ne 
serait autre chose qu'un tombeau, me parait bien peu vraisem- 
blable. Cette aumône déguisée n'eût été guère flatteuse, en tout 
cas, pour la vanité dont fait montre Bar-Rekoub. 

En outre, le membre%de phrase ne serait pas alors à sa place 
logique; il devrait précéder, et non suivre celui qui débute par 
nn3TD%m « et je l'ai rendue (plus belle) ». En réalité, les expressions 
se succèdent dans Tordre naturel des faits, faits qui sont la consé- 
iquence Tun de l'autre : ^^ campagnes au service du roi d'Assyrie 
et part de butin de Bar-Rekoub ; 2® embellissement de la maison de 
son père, grâce aux richesses conquises ; 3** impression produite, 
sur les rois voisins, par le luxe qu'a déployé Bar-Rekoub enrichi 
par la guerre. 

cifique. Il se retrouve à lai. 10 de Pinscription II de Zendjirli; et là, la suite du 
récit (1. 12), nous montre que le groupe de rois (133 WD) auxquels il s'ap- 
plique, étaient traités en ennemis, et non en alliés par le suzerain assyrien. Le 
rapprochement est d'autant plus frappant qu'immédiatement après, vient, comme 
dans notre inscription, l'expression caractéristique : « ... la roue de mon maître, 
le roi d'Assyrie. » Si TOlfD est bien le mol hébreu et araméen visé par M. Sa- 
chau, on pourrait le rattacher à la racine V^^'t or, cette racine correspondant à 
l'arabe «i»^, on s'attendrait plutôt d'après la règle {y = J^= p) k un hoph à 

la place du ain, comme dans KplD, KplK = NlflD, ï^iriN. Du reste, il est 
possible de concilier à la rigueur mon explication avec le sens ordinaire DWD3, 
« au milieu » i= « à travers »• 

1. M. Sachau, pour lui en attribuer un cadrant avec son interprétation, est 
obligé de supposer une grosse faute de lapicide (pour in^nn). 

2. Ou, si l'on préfère, « se récrier »; p.-ô. simplement « parler » (au sens em- 
phatique « en parler »). Je n'ose m'arréter à l'idée que la racine 1^2 serait phoné- 
tiquement pour DW. 



1 

\ 



LA SECUNDK INSCRIPTION DE BAR-REKOUB i05 

_ 17-18. — «idSd; il m'est impossible d'admettre que ce mot 
énigmalique soit pour DnSi, « eux tous ». Sans prétendre Tex- 
pliquer, j*inclinerais» au strict point de vue grammatical, à y 
reconnaître une forme de substantif féminin à l'état absolu, im- 
pliquant Tétat construit iiicSd; comme i3Sa = mDSa, « royauté ». 

C'est peut-être ainsi, comme des substantifs féminins à l'état 
absolu, qu'il faut considérer plusieurs formes avec la désinence 
\ qui apparaissent dans les deux autres inscriptions de Zendjirli *. 

Il serait môme tentant, mais peut-être trop téméraire, de sup- 
poser que idS3 a été gravé, par erreur, pour idSq*; bien que cela 
fournirait un sens satisfaisant : iDba nn, « maison de royauté, 
palais » (comme dans Daniel, iv, 27). 

Le plus simple est peut-être de regarder tqSd nu comme une 
expression abstraite : <c maison de totalité, maison universelle' » 
— c'était là toute leur maison, — avec la nuance de dédain sur 
laquelle je m'expliquerai plus loin. 

Ligne 19. — Nîr^3 pour Ki'^p; comparer, dans les mêmes condi- 
tions phonétiques,-]iST33^ pour-]ibT2p% dans l'inscription B de Neîrab, 
ligne 11. C'est une application de la loi générale sur laquelle j'ai 
eu Toccasion d'appeler l'attention à plusieurs reprises : quand 
deux emphatiques se rencontrent dans un mot, il suffit de noter 
l'une quelconque des deux pour mettre tout le mot au registre 
emphatique. C'est en vertu de cette loi que nous trouvons, par 
exemple, sur la stèle de Mesa, 'p'vo pour piv (cf. Tarabe ^3*-"*^ 
et ^.-^, et toute une série de mots congénères où la notation 
graphique des emphatiques est, pour ainsi dire^ ad libitum). 

Malgré tous les arguments sérieux qu'on peut faire valoir, j'ai 
peine à admettre avec M. Sachau\ que, dans ce texte, le mot n^i 
désigne une demeure funéraire^ le mausolée des rois du Cham'al. 

1. Cf., en particulier, Finscriplion II, 1. 17 : ^':hu HH^N, à rapprocher de l'ins- 
cription I, I. 30-31 : 1137 nn^K. 

2. Je n'oserais aller ju8qu*à supposer un jeu de mots voulu entre DIdSo et 
n*aS3, « ignominie ». 

3. Cf. l'assyrien kalamou, « tout, totalité ». 

4. Et avec M. Halévy (Acad.des inscriptions et belles-lettres, 27 sept. 1895), 
qui renchérit encore sur lui dans ce sens. 



/ 



106 RECUEIL D^ARCHÉOLOCrE ORTENTALE 

Je ne puis me détacher de l'idée qu'il s'agît du palais royal, de 
rhumble demeure de ses pères et successeurs que Bar-Rekoub 
se glorifie d*avoir transformée en un somptueux édifice. Je sais 
bien qu'il y a a cela une grosse objection; c'est justement la 
mention des rois « ses pères », suivie des paroles qu'on a ainsi 
traduites : « c'est pour eux une maison d'hiver et c^est une 
maison d'été. » Mais la difficulté disparaîtrait peut-être si l'on 
prêtait au simple pronom nh, dont la force verbale est évidente, 
non pas, comme on l'a fait, la valeur du présent, mais, ce qui, 
grammaticalement, est tout aussi légitime^ celle du passé : 
« c'était pour eux une maison d'hiver et c'était une maison 
d'été. M C'est-à-dire, hiver comme été, ils s'en accommodaient 
Ce serait encore un signe de cette médiocrité d'antan à laquelle 
Bar-Rekoub est fier d'avoir fait succéder des splendeurs jusqu'à 
lui inconnues. Un roi qui se respecte doit avoir palais d'hiver et 
palais d'été. Le passage d'Amos (m, 15), qu'on a, avec raison, 
d'ailleurs, rapproché de celui-ci, me paraît militer en faveur de 
mon explication; car, énumérant les riches palais d'Israël voués 
à la destruction, le prophète distingue précisément le palais 
d'été du palais d'hiver, ces doubles demeures étant l'apanage 
du luxe suprême. Et là, on ne saurait dire, en tout cas, qu'il s'a- 
gisse de l'habitation des morts. 

Il y aurait dans la répétition de DnS « pour eux », comme une 
nuance de dédain, accentuée encore par la tournure khs : 
(( c'était cela, tout leur palais à eux; si bien que ce palais leur 
servait en toute saison, été comme hiver. » Cela est tout à fait 
d'accord avec ce que Bar-Rekoub, orgueilleux comme un par- 
venu, dit au début, quand il montre la misérable demeure qu'il 
avait reçue de son père et dont il a fait ce magnifique palais, 
objet d'envie pour ses confrères en monarchie. 

Le nœud de la question git dans le mot énigmatiquenur^S, de la 
ligne 16. Je ne saurais en donner une analyse rationnelle; mais 
j'inclinerais — si toutefois la lecture matérielle en est sûre, comme 
l'affirme M. Sachau — à le rapprocher du verbe négatif arabe ^jjS 

1. Formé, comme le sait, par la contraction de )0^ kS. A noter que sur les 



LA SFCONDE INSCRIPTION DE B4R-REK0Î1B 107 

et à comprendre, en paraphrasant le texte plutôt qu'en le tra- 
duisant réellement : « et j'ai déployé un luxe inconnu aux rois 
mes pères. Voilà ce qu'était le palais de mes ancêtres, le misé- 
rable palais qui leur servait de demeure en toute saison; et moi, 
voici ce que j'en ai fait. » 

Conformément à ces observations, je proposerais de traduire à 
peu près ainsi Tensemble du texte : 

« C'est moi *, Bar-Rekoub, fils de Panammou, roi de Cham'al, 
vassal de Tiglatpileser, le seigneur des quatre parties de la terre. 
A cause de la vertu de mon père et de la mienne, mon Seigneur 
(le dieu) Bekonbel et mon seigneur (suzerain) Tiglatpileser m'ont 
fait asseoir sur le trône de mon père. Et la maison de mon père 
était (la plus misérable?) de toutes. Et j'ai suivi la roue (du char 
de guerre) de mon seigneur le roi d'Assyrie, (dans ses expéditions) 
au milieu de rois puissants, riches en argent et riches en or. Et 
j'ai pris possession de la maison de mon père et je l'ai faite plus 
belle que la maison de qui que ce soit parmi les rois puissants. 
Et les rois mes frères se sont (récriés?), tant ma maison était 
devenue belle. Et j'ai déployé un luxe inconnu (?) aux rois mes 
pères. C'était là toute leur maison (?)^ maison qui leur servait 
pour l'hiver, comme elle leur servait pour Tété. Et moi, j'ai cons- 
truit celle maison (que voici).» 



stèles de Nefrab la particule négative se réduit à ud simple lamed. La fusion 

des deux éléments, que nous montre le syriaque lait et l'arabe _jj , aurait 

donc été déjà un fait accompli dans le dialecte araméen du Cham*al. L'on sait 
qu'en hébreu, le verbe }fft s'emploie parfois avec des suffixes; il en est de 
même pour les form£s négatives congénères, en syriaque et en arabe. Le 
sens littéral de la phrase serait alors, sous 1^ bénéflce de ces observations : « il 
y a en moi un bien qui n'existait pas pour les rois mes pères », c'est-à-dire 
« je dispose de ressources qu'ils n'avaient pas. » 

1. Cette formule par laquelle Bar-Rekoub se présente au public est justifiée 
par le bas-relief qui accompagne l'inscription, et qui nous montre le roi en per- 
sonne, debout, de profil, tenant à la main une fleur à pétales en palmette; der- 
rière lui, un personnage qui a disparu élevait le chasse-mouches au-dessus 
de la tète de son maître. L'existence de cette image est un argument de plus 
à faire valoir contre l'idée que nn serait un tombeau et non un palais; elle 
n'a, en effet, aucun caractère funéraire et serait parfaitement déplacée dans un 
édifice sépulcral. 



108 RECUEIL d'archéologie ORIENTALE 



§41. 
L'autel nabatéen de Kanatha ^ 

M. Sachau vient de pul)lîer, à la suite du précédent*, un noa- 
veau monument nabatéen provenant de Irè, petite localité da 
Haurân, monument qui serait d'un intérêt vraiment hors ligne s'il 
avail bien la signification qu'il lui attribue. 

C'est un grand bloc carré, mesurant 0"»,60 X O^jSO, sur la face 
antérieure duquel est sculpté, en bas-relief, un bœuf, ou tau- 
reau, vu de profil, à gauche, la tète tournée de face. L'animal se 
détache au milieu d*un cadre sur un champ évidé en creux. Le 
bord supérieur du bloc est couronné d'une sorte d'ornementation 
treillissée, et est limité, à droite et à gauche, par deux petits acro- 
tères. Sur les deux plates-bandes réservées au-dessus et au-des- 
sous du taureau, sont gravées deux lignes de caractères naba- 
téens. 

Le mémoire de M. Sachau est accompagné d'une bonne re- 
production, exécutée directement d'après une photographie de 
l'original prise sur place, par un voyageur allemand, M. H. 
Burchard. Il serait intéressant de savoir si M. Sachau a eu, en 
outre, à sa disposition un estampage pour l'aider dans son dé- 
chiffrement, déchiffrement dont nous n'avons pour contrôle que 
cette seule gravure \ Nous pourrons cependant, dans une certaine 
mesure, nous appuyer sur un autre document, qui n'est pas sans 
valeur^ mais dont M. Sachau n'a pas eu connaissance. 

En effet, chose qu'il ignorait, le monument, ou^ tout au moins, 
l'inscription a déjà été publiée, d'une façon très sommaire, il est 

1. Communication faite à TAcadémie des inscriptions et belles-lettres, séance 
du 18 décembre 1896. 

2. SUzungsberichte der k. prcussischen Ahademie der Wissenschaften, 22 octobre 
1896, p. 1056, planche X. 

3. Un mot de M. Sachau, que je reçois en corrigeant ces épreuves, mMnforme 
qu'il n*a pas d'estampage. 



l'autel nabatéen de kanatha 109 

vrai, et sans aucun essai d'explication, d'après un croquis pris 
par le Rev. Ewing *. Suivant celui-ci, les dimensions du bloc 
sont 16" X 12" X 12". La face postérieure est, en outre, à ce qu'il 
nous apprend, ornée de trois tètes de bœuf, ou bucrânes, sculptées 
en relief. Ce dernier renseignement a, comme je vais le faire voir, 
son intérêt. Les indigènes ont assuré à M. Ewing que la pierre 
aurait été, en réalité, découverte à Kanaouât — la Kanatha an- 
tique — et transportée de là à 'Irè*. Voilà qui est fait pour ré- 
pondre aux doutes de M. Sachau qui semble hésiter à attribuer 
le monument à Irë même, à cause de Tinsignifiance des ruines 
que Ton remarque dans celte localité. Je dois ajouter, toutefois, 
que la découverte d'un monument nabatéen à Irë même, n'aurait 
en soi rien d'invraisemblable, car, jadis, Burckhardt yavait déjà 
copié un fragment d'inscription nabatéenne'. 

J'ai lu le mémoire de M. Sachau avec d'autant plus de curio- 
sité et d'attention que j'avais moi-même essayé, Tannée dernière, 
de déchiffrer l'inscription d'après la copie très insuffisante de 
M. Ewing \ J'ai constaté avec satisfaction que mes lectures de 
plusieurs mots et noms propres se trouvaient confirmées par la 
photographie de M. Burchard. Quant à ce qui est de l'explication 
générale du texte et de l'interprétation archéologique de la partie 
figurée, j'ai le regret de dire que ma façon de voir diffère totale- 
ment de celle de M. Sachau. 

Il lit et traduit ainsi : 

NiJiB^a mn msS ^iSs nyp mp 

dSx 

uhvf wa« Swn = V)ip 

1. Palestine Exploration Fund, Statement, 1895, p. 158. 'Ahry est indiqué par 
erreur comme le lieu de provenance; l'erreur est corrigée plus loin, p. 354 
(^Ary = *Irè). Le croquis du Rev. Ewing est reproduit en fac-similé. 

2. Kanaouât est située à environ 15 kilomètres au nord-nord-est de *Irè ; elle 
a fourni une inscription nabatéenne (C. 7. S., Aram,, n» 169). 

3. Corp. inscr, Sem., Aram., n» 189. On pourrait dire, il est vrai, que le frag- 
ment a peut-être été, lui aussi, apporté de Kanaouât à *lrè; mais rien ne le 
prouve. 

4. Leçon du Collège de France, 12 juin 1895. 



HO RECUEIL d'archéologie ORIENTALE 

« KRZW a fait graver un taureau, selon ses moyens (à ses 
frais), comme un objet volif (objet d'adoration?], image de Kou- 
sayyou. Hann*èi Tartiste. Salut. » 

Je suis d'accord avec lui pour la dernière partie, contenant, 
en quelque sorte, la signature de Tartisle qui a exécuté le monu- 
ment. La formule est fréquente dans Tépigraphie nabatéenne. 

Quant au reste, il m'est impossible d'admettre les lectures ma- 
térielles sur lesquelles s'appuie M. Sachau pour aboutir à une 
série d'hypothèses que j'estime être des plus contestables. Il 
suppose que le bœuf, représenté en bas-relief, est l'image même 
du dieu auquel est dédié le monument et que ce dieu s'appelle- 
rait Kousayyou. Il en conclut que cette divinité nabatéenne 
devait être une sorte de congénère du bœuf Apis des Égyptiens. 
Mais, depuis la démonstration péremptoire de M. Noeldeke, le 
prétendu dieu Kousayyou, ou, comme Ton prononçait autrefois, 
Kasiou, a été définitivement banni du panthéon nabatéen, avec 
les autres, non moins imaginaires : le dieu Âumou, le dieu 
Ouaseathou,le dieu Maleikhathou, etc.. Kousayyou, — l'épigra- 
phie nabatéenne nous en fournit des preuves surabondantes — 
n'a jamais été, comme Aumos, Ouaseathos, Malcikhathos, autre 
chose qu'un simple nom d'homme. Ici aussi, ce nom n'a pas 
d'autre valeur. 

La question est seulement de savoir s'il faut rattacher ce nom 
de personne à ce qui précède, ou à ce qui suit. Je penche tout 
à fait pour cette dernière combinaison, et suis porté à voir, 
dans le double trait oblique qui sépare vvp de bK:n, une indi- 
cation du patronymique, équivalant au mot 13, « fils », si tant 
est que ce ne soit pas ce mot même écrit d'une façon plus ou moins 
cursive*. Dans ce cas, le nom de l'artiste serait « Kousayyou, 
fils de Hann'el. » 

Le petit mot gravé entre les deux lignes, sur le bord du cadre 
à gauche, et qui n'est, en réalité, qu'un rejet de la première ligne, 

1, Mon savant confrère, M. de Vogiié me fait remarquer que les inscriptions 
du Sinaï offrent, en effet, de nombreux exemples du mot 12 ainsi figuré par 
deux barres obMques et parallèles. 



l'autel nabatéen de kanatha 111 

est lu, par M. Sachau : dSst « image ». On pourrait tout aussi 
bien, sinon mieux, le lire dSu « salut », comme à la fin de la 
ligne 2. L'inscription se diviserait alors en deux parties^ distin- 
guées, ponctuées pour ainsi dire, par cette petite clausule accla- 
mative qui marquerait nettement la fin de chacune d'elles : la 
première contenant la dédicace proprement dite; la seconde, le 
nom et le patronymique du sculpteur. 

Si nous éliminons ainsi successivement du texte le « dieu » 
Kousayyou, et le mot « image », qui^ selon M. Sachau, régirait 
au génitif le nom de ce*faux dieu, Thypothëse d'après laquelle le 
bœuf sculpté serait une représentation de la divinité elle-même, 
est déjà singulièrement compromise. On peut pousser plus loin 
la démonstration dans ce sens négatif et établir qu'il n'est pas du 
tout question de bœuf dans l'inscription, comme l'a admis à tort 
M. Sachau, égaré par une idée préconçue. Le mot qu'il a lu à la 
première ligne ^Sk, (t bœuf » ne me semble pas possible paléo- 
graphiquement; jamais le phe nabatéen n'a eu la forme que pré- 
sente le dernier caractère de ce groupe; même objection en ce 
qui concerne le second caractère qui suit celui-ci et auquel 
M. Sachau attribue la même valeur, dans le mot lu par lui : 
nisS. J y reviendrai tout à Theure et je discuterai la lecture plus 
au fond. 

Pour le moment je me borne à retenir ceci : c'est que l'ins- 
cription ne parle nullement d'un bœuf. J'irai même plus loin : 
elle ne pouvait pas en parler. Et voici pourquoi. Notre monu- 
ment est, à n'en pas douter, un autel; il en a la forme caractéris- 
tique (il faut tenir compte des acrotères) et, qui plus est, il est 
expressément qualifié « autel » par l'inscription elle-même : 
NT^DQ. Nous savons pertinemment, par de nombreux exemples 
épigraphiques, que le mesged nabatéen est un autel. Le bœuf qui 
y est sculpté n'a pas d'autre signification que celle qu'il a sur les 
autels grecs, romains et puniques, où figure souvent cet animal, 
en tout ou partie : c'est la victime des sacrifices mêmes auxquels 
l'autel devait servir. Ce n'est donc qu'un simple accessoire sym- 
bolique; à aucun degré une représentation de la divinité. M. Sa- 



112 RKCUEIL d'archéologie ORIENTALE 

chau a dû altacher tout d'abord à ce détail, qui en efTet frappe 
les yeux, une importance exagérée; l'erreur archéologique Ta 
conduit à Terreur épigraphique. Et la meilleure preuve que tel 
est bien ici le rôle infiniment plus modeste de notre bœuf, 
c'est que la face postérieure de Tautel est encore ornée, comme 
nous Ta appris M. Ewing, de trois têtes de bœufs, ou bucrânes, 
traduction plastique, en abrégé, de la même idée tout à fait terre 
à terre. 

Le déchiffrement de la première ligne est des plus difficiles. On 
ne reconnaît avec quelque certitude que le dernier mot N7a[Djo. 
La seconde lettre est peu distincte; M. Sachau Ta considérée 
comme un chi?i; mais la forme kt^^d ne s'est, jusqu'ici, jamais 
rencontrée. Autrefois, il est vrai, on avait cru pouvoir lire ainsi 
dans une ou deux inscriptions; mais on a reconnu depuis que la 
lettre douteuse était bien un samech. Il en est probablement de 
même ici. Ce qu'on cherche à côté de ce mot, c'est, d'après Tana- 
logie des formules usuelles, le démonstratif .m, placé soit avant^ 
soit après; il ne me parait pas possible de le chercher dans le mot 
isolé en rejet, que M. Sachau lisait di:: et qui me semble être 
plutôt dSu; l'aspect de la gravure phototypique, aussi bien que la 
copie de M. Ewing s'y opposent. Immédiatement avant kt^oîs, il 
y a bien deux lettres qui semblent être ht; mais il nous manque- 
rait le noun intermédiaire, et, en admettant qu'il ait disparu, je 
ne vois même pas la place matérielle pour le loger entre ces 
deux lettres, m pour n"î, serait, d'autre part, orthographiquement 
et grammaticalement peu satisfaisant, la forme constante du pro- 
nom féminin étant ni en nabatéen, et, d'autre part, Niaon étant 
un nom masculin. En tout cas, je ne puis voir, comme le veut 
M. Sachau, un zain dans la première de ces deux lettres; le zain 
nabatéen n'a jamais cette forme, c'est un simple trait vertical 
rigide; je ferai la même objection paléographique en ce qui 
concerne le caractère identique à celui-ci et qui en est séparé 
par un icaw sûr; ces deux caractères ne sauraient guère être 
autre chose que des daleth ou des rech, La lecture de M. Sachau 
rw^ me parait donc devoir être écartée; d'ailleurs, elle prête 



l'autel nabatéen de kanatha 113 

le flanc à des objections philologiques, ainsi que M. Sacliau s*en 
rend compte lui-même; dans le texte palmyrénien qu'il invoque, 
le mot est employé au pluriel : ]m7, et, j'ajouterai : au sens spéci- 
fique de « drachmes », ou « deniers n\ et non pas d'(( espèces » 
en général *. 

Je continue à procéder à la critique du déchiffrement en re- 
Oiontant. Nous rencontrons, d'abord, deux lettres certaines m, 
précédées d'un caractère que M. Sachau prend pour un phe. J'ai 
déjà dit que jamais h phe nabatéen n'affectait une telle forme; ce 
trait oblique légèrement courbe, tel qu'il est précisé parla copie 
de M, Ewing qui monlre le crochet supérieur, a bien plutôt la phy- 
sionomie d'un yod. Pour le caractère précédent, on peut hésiter 
entre un lamed et un noun-y mais la petite dimension de la lettre, 
comparée à celle du /ame^f certain que nous allons bientôt trouver, 
me ferait pencher pour un noun. Par conséquent, la façon dont 
M. Sachau lit ce groupe msS semble infirmée par la paléographie. 
D'ailleurs, l'expression qu'il obtenait ainsi : r\^^^ msS, « confor- 
mément à, en raison de ses moyens pécuniaires », serait en 
soi des plus bizarres et répondrait médiocrement aux formules 
grecques qu'il en rapproche ; h. tôv I5{(i)v, etc. Ces formules, 
nous savons comment on les rendait en palmyrénien, c'est-à- 
dire dans un dialecte étroitement apparenté au nabatéen : ]d 
HD^s', littéralement : « de sa bourse, de sa poche ». Cela ne res- 
semble en rien à l'expression nabatéenne supposée par M. Sachau. 

Après le noun, nous rencontrons un trait courbe, ayant un peu 
l'allure de celui qui le précède ; l'incurvation est, cependant, plus 
prononcée et la tète ne semble pas avoir comporté de crochet* 
J'inclinerais à le prendre pour un beth. Ici encore M. Sachau a 

1. Dans la contres-partie grecque de l'inscription palmyrt^nienne (de VogQé» 
uo 17), il ne reste plus de visible qu*un delta, 

2 Quant au second exemple (de Vogiié, n° 15) que vise M. Sachau, à côté 
du n° 17, il s*agit d'un mot tout dilférent et, d'ailleurs obscur : ]^KT*T, qu'il faut, 
de plus, d'après M. Mordimann (de Vogué, op, c, p. 152), corriger en ^^«71, ce 
qui nous met bien loin du 7*17 controversé. 

3. Inscription n« 7, de Vogiié (op. c.) : r\Di^ \Qt répondant dans la contre- 
partie grecque à il t${(«>v; t6., qo 16; cf. u9 66 (copte douteuse); n^ 66 {efface), 

I RiCCKlL D AHCUÉOLOnUi OniEXTALI. II. jAKIV.BH-FlbVRlBK 1897. LlVRAlaON 8. | 



H 4 RECUEIL d'archéologie ORIENTALE 

cru reconnaître un phe\ j'ai déjà dit les raisons paléographiques 
qui s'opposent à cette façon de voir. Puis vient le groupe b><, qui 
est sûr; seulement, le phe étant éliminé, il devient impossible de 
lire avec M. Sachau e]S><, « taureau, bœuf » ; son interprétation 
archéologique de la partie figurée pêche donc, désormais, par la 
base. 

Puis, viennent deux caractères qui semblent bien être yj outît. 
Cependant, le aïn n'est pas à l'abri de toute suspicion ; ce pour- 
rait être, à Textrême rigueur, un kaph. Quant à ceux qui restent 
à examiner, je procéderai à l'examen en parlant, maintenant, 
normalement du commencement de la ligne. 

Dans le premier M. Sachau voit un io/>A; je ne sais s'il a entre 
les mains un estampage' autorisant cette lecture, mais, quant à 
moi, je déclare que je ne réussis pas à distinguer la tète de ce 
A:o^A;jene saisis sur la reproduction phototypique qu'un trait 
tîourbe comme celui d'un beth\ c'est ce que montre également la 
copie de M. Ewing exécutée sur le vu de Toriginal. La lettre 
douteuse est suivie de très près par une autre lettre qui peut 
être un daleth ou un rech, renversé en arrière comme le dalelh 
de Niaca. Toutefois, je dois dire que, sur la gravure photogra- 
phique, les deux lettres, réunies à leur partie supérieure par un 
trait, peut-être accidentel, présentent l'apparence d'un complexe, 
d'une seule lettre rappelant assez la forme du samech\ j'ajoute- 
rai, pourtant, que la copie de M. Ewing n'est pas favorable à 
cette lecture et offre deux éléments, au contact, mais paraissant 
être deux lettres indépendantes*. 

Puis vient ce caractère que M. Sachau a déjà pris pour un zain 
et où je vois un daleth ou un rech ; puis, un waw (confirmé par 
la copie Ewing). Je doute que le caractère suivant soit un koph^ 
comme le veut M. Sachau; il aurait plutôt Taspect d'un sade^ si 

1. Voir plus haut, la noie 3, p. 108. 

2. Par suite d'un doublon de copie, M. Kwinc a reproduit deux fois la seconde 
lettre. Je ferai remarquer, en passant, que l'écriture de notre inscription est ca- 
ractérisée par l'absence totale de ligatures. C'est là un signe d'antiquité relative. 
Aussi, je m*étonne que M. Sachau veuille abaisser la date du monument jusqu'au 
II* et môme au m* siècle de notre ère. 



L AUTEL NABATÉEN DE KANATHA 115 

on le compare au sade du nom propre Kousayyou^ et si Ton s'en 
fie à la copie Ewing. Viennent ensuite les caractères que nous 
avons déjà discutés un à un, en remontant de la fin de la ligne. 

Après cet examen paléographique minutieux, Ton voit, si Ton 
tient compte de mes observations, qu'il ne resterait pas grand'- 
chose de la lecture proposée par M. Sachau pour la première 
ligne. Mais, maintenant, quelle lecture lui substituer? C'est là 
une autre question, devant laquelle j'avoue mon embarras. Ce 
qui augmente cet embarras, c'est qu'étant donnée l'absence totale 
de ligatures^ toutes les coupes de mots sont permises. Je n'ose 
vraiment rien proposer de ferme; je craindrais^ à la place des 
lectures qui ne me paraissent pas bonnes, d'en mettre de pires. 
Il y en a plusieurs qui miroitent devant les yeux; par exemple : 
•nm ^n S><"TV3fi 11:1 « Badr et Sa adel fils de Ouitro »; noms 
propres qui auraient une physionomie assez nabatéenne^ Mais 
les objections se présentent enfouie : on s'attendrait plutôt à une 
forme itti, avec la désinence nabatéenne; il faudrait un verbe* 
pour animer la phrase, etc. 

L'élément Sn, d'autre part, si on l'isole, prête à plus d'une 
combinaison; ce pourrait être, par exemple, le mot signifiant 
« famille », la tribu des Béni Ouitro? — avec deux verbes qui 
précéderaient. Mais quels verbes? Le second pourrait être, à la 
rigueur, ijrp, pris au sens arabe (•^). Je ne vois pas moyen de lire 
le premier y\p ou Dip, en admettant même le koph donné par 
M. Sachau'. Et puis, dans ce cas, d'après les analogies, Sn de- 
manderait le verbe au pluriel (cf. C /. S., n® 164). Si l'on coupe 
nm ^nS, l'on n'obtient pas un meilleur résultat. J*ai vainement 
aussi cherché à dégager un nom de dieu, de meilleur aloi que 
celui du prétendu Kousayyou. 



1. Cf. Ba8po;(Waddington, op. c, n<»» 2340 a, 2354), Ba8apo;(t6., n^-2298, 
2330); 0{;tepo; (i6., 2537 h\ cf. le nom madianite de Yitro, Exode, m, 4; iv, 18). 

2. Au singulier, ou au pluriel. Dans ce dernier cas, on pourrait chercher à lui 
attribuer un des nombreux waw qui apparaissent dans cette ligne. 

3. M. Tabbé Chabot a, je crois, pensé à It;]; mais le noun difîérorait sensible- 
ment de ceux que nous montre Pinscripiion. 



116 RECUEIL D* ARCHÉOLOGIE ORIENTALE 

Somme toute, la véritable lecture de cette ligne très difficile 
reste encore à trouver. Tout ce que je crois pouvoir assurer, c'est 
que celle proposée par M. Sachau ne résiste pas à Texamen. 
C'est à se demander, par moment^ si nous avons bien un texte 
complet, et si, par hasard, comme cela arrive sur plusieurs mo- 
numents nabatéens similaires, Tinscription n'occupait pas deux 
faces du monument; il y aurait, dans ce cas, à chercher le véri- 
table début du texte sur la face de droite du bloc, où il aurait 
pu échapper à l'attention de MM. Ewing et Burchard. Je dois 
dire, toutefois, que l'aspect de la grande face sculptée et la dis- 
position matérielle des deux lignes qui y sont gravées ne sont 
pas très favorables à une semblable conjecture. Dans ces condi- 
tions, le mieux est d'attendro de plus amples renseignements, 
et, si possible, un estampage qui, seul, permettrait d'élucider les 
points encore douteux*. 



§41. 
Cachet Israélite aux noms de Ahaz et de Pekhai. 

Le Musée de Berlin s'est enrichi, depuis peu, de deux cachets, 
avec légendes sémitiques archaïques, que M. Sachau vient de 
faire connaître *. 

Le premier est inscrit au nom de Kemochsedek^ pTîftt^DD, nom 
qui indique l'origine moabite du possesseur, adorateur du dieu 

i. Au moment de donner le bon à tirer de ces pages, je reçois de M. Tabbô 
Chabot communication d'une bonne feuille du prochain numéro de la Revue 
sémitique (1897, p. 81), contenant un article de lui sur noire inscription naba- 
téenne. Je constate avec plaisir qu'il est arrivé sur plusieurs points à des con- 
clusions semblables aux miennes. C'est par erreur que je lui avais attribué (dans 
la noie précédente), d'après une communication verbale, la lecture conjecturale 
n^, pour le premier mot; en réalité, il propose miJ « son vœu » pour le 
groupe de quatre caractères précédant immédiatement KlADD; j'ajouterai que 
cette lecture ne me paraît pas paléographiquement possible, non plus que celle 
de n*isb ^Sn, que M. Chabot admet, non sans hésiter, d'ailleurs, à la suite de 
M. Sachau. 

2. Académie des sciences de Berlin^ Sitzungsber.t 1896^ 22 oct., p. 10644 



CACHET tSFAËLlTE AUX NOMS DE AHAZ ET DE PEKHAI 117 

Chamos. Je m'abstiendrai de parler de celui-là qui, avant d'être 
acquis par le Musée de Berlin, avait été ofTcrt à Paris et écarté 
pour cause de suspicion. Je l'ai discuté, en son temps, à mon cours 
du Collëge de France. 

Le second est fort intéressant. L'inscription se lit sans diffi- 
culté, et M. Sacliau l'a transcrite très correctement. Seulement, 
la gravure qu'il en donne n'offre qu'une image tout à fait confuse, 
dont il est impossible de rien tirer. Aussi ai-je cru utile de faire 
exécuter une nouvelle gravure d'après deux excellentes em- 
preintes que je dois à l'obligeance de M. Schœne, directeur gé- 
néral du Musée de Berlin, à qui j'adresse ici tous mes remerci- 
ments pour sa gracieuse communication. 

La partie figurée, dont M. Sachau ne parle pas, représente, 
comme on le voit, un sphinx ailé, biéracocé- 
phale, assis de profil, à gaucbe. C'est un sujet 
qui se retrouve, avec quelques variantes, sur 
plusieurs de ces sceaux congénères. Devant 
l'animal, on remarquera une sorte de signe sym- 
bolique consistant en une hampe verticale sur- 
montée de deux traits bifurques. Ce symbole 
existe également sur d'autres sceaux de la même espèce, el y est 
parfois associé, comme ici, à un sphinx. Je citerai, par exemple, 
les n" 5 et 7 de mes Sceaux el cachets Israélites, etc. (cf. le n" 14, 
où le signe est peut-être incomplet par en haut); le cachet n" 2 
des Mélanges d'archéologie orientale, de M. de Vogiié (le signe a 
trois traits au lieu de deux el est au-dessus du sphinx); le cachet 
D° 9 du Phœniz. Stud. ,hac. u de Levy de BresJau (devant la vache 
allaitant son veau). Je pencherais à y reconnaître simplement 
l'indication schématique d'un arbre ou d'une plante. 

La légende consiste en deux noms propres : inpn Tn«, Ahaz 
Pekhai, juxtaposés sans l'intervention d'aucun autre mot. Ici, se 
pose de nouveau à nous la question que j'ai déjà suffisamment 
traitée' à une autre occasion; celle de savoir comment il faut 

1. Voir plus tiBul, § 18, p. 17. 




148 RECUEIL d'archéologie ORIENTALE 

considérer ces rares cachets inscrits à un double nom. Le nom 
à'Ahaz est identique au nom biblicjue porté par le onzième roi 
de Juda; on remarquera la forme du zain, rappelant tout à fait 
celle du zêta grec qui en dérive, et, aussi, la structure du koph^ 
avec son élément de droite réduit à un simple trait oblique. Le 
nom de Pekhai est de la même famille que les noms, également 
bibliques, de Pekahiah et de Pekah portés par le dix-septième et 
dix-huitième roi d'Israël. Il est à rapprocher du nom de Pekah ^ 
gravé sur un autre cachet que j'ai publié dans le temps *, et qui 
est précisément Tun de ceux sur lesquels se retrouve le sym- 
bole bifurqué dont j'ai parlé tout à l'heure. Il est assez curieux 
de voir ainsi réunis deux noms qui nous reportent d'une façon si 
directe à l'onomastique royale dlsraël et de Juda. Pekah et Ahaz 
étaient contemporains et l'histoire de leurs démêlés est connue. 
Il y a là^ tout au moins, un indice qui a sa valeur pour nous 
aider à déterminer le milieu et l'époque où vivait le possesseur 
de ce précieux petit cachet. 



§42. 
Les archers palmsrréniens à Coptos. 

Parmi les inscriptions grecques découvertes en Egypte par 
M. Flinders Pétrie, sur le site de l'antique Coptos, et commen- 
tées par M. Hogarth, il y en a une que celui-ci lit et traduit ainsi* : 

"'Etouç xB' I ToD xupfou 1^1X0)7 auTOxpaTop[o]ç | Secui^pou *Avt(i)v{vou| 
Ei(j£6oOç EuTu^oyç I SeSaTTôu, èx^ç y.'. | 0£a) ^vf.r:(ù 'lepaô- | Xw M. 
AipT^Xioç BY3Xay.a6cç *l£pa(xoXiTYîç ?) | ouYîÇiXXdtpioç 'ASpiavwv naX[jL[u-| 
pr^vwv 'AvTwvtvtavwv | toÇotwv. 

In the 24^^ year of our Lord Emperor Severus Antoninus Pius 
Félix AugustuSy on the 20^^ of the month Epiphi (July)^ to the 

1. Clermont-Ganneau, Sceaux et cachets israélites, etc., p. 15, n° 5. 

2. Flinders Pétrie, Koptos (1896, in-4o), p. 33; cf. Academy, 1895, p. 134, 
et Revue archéologique , 1896, II, p. 406. 



LES ARCHERS PALMYRÉNIËNS A COPTOS i i 9 

most high god, Hierablous, Marctis Atirelius Belakabos of Hier a- 
polis? y vexîllarius of Hadrians Antoninian Palmyrene Archers^ 
[erected this), 

La date est juillet 216, un an avant le meurtre de Caracalla. 

M. Hogarth rappelle, avec raison, que le nom d'homme ByjXa- 
xa6oç s'est déjà rencontré dans une des inscriptions grecques de 
Palmyre*. Mais c'est à tort qu'il l'explique par « Baal-Yakub », 
ce qui, d*après les rapprochements mêmes qu'il fait avec les 
noms syro-palestiniens de source égyptienne « Yakub-hal » ou 
« Yakub-el » et « Yakeb-el », supposerait une forme sémitique 
orïginale sp^r^Sjrn, <i Baal Jacob ». La véritable forme nous est 
fournie par la contre-partie palmyrénienne même' de l'inscrip- 
tion grecque citée, et cette forme est simplement ipySi, Betakab^ 
M quem Bel retinuit, ou sustinuit ». Le nom se retrouve, du 
reste, nombre de fois dans les inscriptions palmyréniennes, et, 
par suite, il peut être considéré comme spécifiquement palmy- 
rénien. Cela est parfaitement d'accord, comme Ton voit, avec 
l'origine régionale du corps d'archers — ces archers palmyré- 
niens — dont notre personnage faisait partie. 

Si Belakabos, servant dans un corps palmyrénien, était lui- 
même un Palmyrénien, on ne s'expliquerait guère que, cantonné 
en Egypte, il eût éprouvé le besoin d*adorer un dieu qui aurait 
appartenu, non pas au panthéon de sa patrie, mais à celui d'une 
autre ville syrienne n'ayant pas de rapport particulier avec Pal- 
myre. C'est pourtant ce qu'admet M. Hogarth, lorsqu'il propose 
de reconnaître, dans le nom de dieu lu par lui 'lepaSXo), un dieu 
c( Hierablous » qui serait une sorte d'éponyme de la ville de Je- 
rabhU, lequel nom de ville aurait été transformé par les Grecs 
en Hierapolis. Il semble croire que Jerabliis serait la forme ori- 
ginale, et Hierapolis une hellénisation de cette forme, hellénisa- 
tiou analogue à celle qui, de Jérusalem a fait Hieroaolyma. 

C'est là une opinion qui paraîtra bien aventureuse ; il est diffi- 



1. C. /. G., n» 4495 = Waddington, op. c, n» 2604. 

2. De Vogûp, op. c, n» 20. 



120 RECUEIL d'archéologie ORIENTALE 

cile de voir daus Jerablûs autre chose qu'une altéralion directe, 
de source arabe, du grec Hierapolis. Compsiver Neapo lis devenue 
Nâblous (Nâboulous)y la. Naplouse des Européens. J'ai donc les 
plus grands doules au sujet de l'cxislcnce d*un prétendu Hiera- 
blous, dieu de Hierapolis, divinité, d'ailleurs, parfaitement in- 
connue, comme l'avoue M. Hogarth, à laquelle le Palmyrénien 
Belakabos enverrait son hommage du fond de l'Egypte où il te- 
nait garnison. 

Que pourrait donc être alors ce dieu mystérieux 'Iepa6Xoç? Si 
nous passons en revue les divinités adorées à Palmyre, il en est 
une, dont le nom offre une ressemblance assez frappante avec 
celui-ci; c'est Si3ni% dont le nom est visiblement formé du mol 
m^ yerah, « mois », et du vocable divin Si:i, Bol (peut-être forme 
contractée de Baal), Quelle que fût l'essence de ce dieu, tant soit 
peu obscur, mais probablement lunaire, il semble avoir occupé 
uu bon rang dans le panthéon palmyrénien. Dans une inscription 
bilingue, grecque et palmyréniennc, un haut personnage de la 
la ville invoque solennellement son témoignage \ 

Dans une autre inscription, également bilingue, découverte à 
Rome, près de la Porta Portuensis, en un lieu où — chose à 
noter — s'élevait un sanctuaire appartenant aux soldats auxi- 
liaires syriens — il est adoré comme dieu national, ôwç xaTpûoç, 
en compagnie de Bel (BîjXoç)*. 

Ce qui achève de démontrer la popularité dont ce dieu jouis- 
sait à Palmyre, c'est la fréquence des noms de personnes dérivés 
du sien : SinnTi NS^snT. Il est vrai qu'on vocalise ordinairement 
son nom Yarkibol, en s'appuyant, avec raison, sur la transcrip- 
tion 'Iap{6(i) Aoç ' des deux bilingues que nous connaissons*; et 
*Iap{6(i)Xoç diffère passablement de notre 'lepaSXoç. Pas autant, tou- 
tefois, qu'on pourrait le croire à première vue. Il ne faut pas 



1. De Vogué, op. c, n» 15 (bilingue). 

2. Id., ibid.j p. 64, note. 

3. Confirmée par 'laptSwÀeuc = NS"13m^. 

4. Et aussi d'une inscription de Palmyre purement grecque, Waddington, 
op, c, n* 2751 c. 



LES ARCHERS PALMYRÉMENS A COPTOS 121 

oublier que, dans rinscription de Coplos, le nom en litige est 
coupé en deux par la ligne : lEPAB-ACO; or, M. Ilogarlh nous 
dit que le côté droit de la pierre a beaucoup souffert. Ne se 
pourrait-il pas que le B eût été primitivement suivi d'un ou deux 
caractères disparus depuis, soit CO, soit OY, ou même o super- 
posés (comme à la fin de la ligne 4)? Cela nous donnerait 'lepa- 
6[(o]Xa), ou 'Iepa6[ojlX(j), qui serait une transcription très tolérable 
de SnnT, si nous n'avions pas, par ailleurs, à compter avec 
celle, bien avérée, de *Iap{6(i)Xoç. 

Assurément, il y jei là une difficulté. 

Néanmoins, on peut admettre, il semble, sans trop de témérité, 
qu'à côlé de la transcription normale 'lapiSwXc;, il a pu s'établir, 
dans certains milieux plus fortement hellénisés, une transcription 
'IspaéwAsç qui, tout en rappelant d'assez près la vocalisation du 
mot sémitique riT yerahy « mois », formant le premier élément 
du nom divin, avait l'avantage de prêtera une étymologie popu- 
laire, basée sur un rapprochement avec Upsç, « saint ». Ce serait 
le cas, où jamais, d'invoquer ici la transformation de Jérusalem 
en Hierosolyma. 

Voici, au surplus, qui pourrait peut-être donner quelque con- 
sistance à cette conjecture. Les noms de Marcos Aurelios Bela- 
kabos sont suivis d'un mot très mutilé, qui parait devoir être lu 
en partie : l€PA... M. Ilogarlh dit que ce ne peut être qu'un 
ethnique, et il propose, en conséquence, de le restituer en 'lepa- 
(zoXCttiç), « le Hiérapolite ». 

J'ai déjà suffisamment insisté sur les diverses raisons qui mi- 
litaient en faveur de l'origine purement palmyrénienne de Bela- 
kabos. En faire un habitant de Hiérapolis est une hypothèse peu 
satisfaisante, et cette hypothèse est encore rendue plus précaire, 
si, comme j'estime qu'on doit le faire, on écarte du texte le pré- 
tendu dieu Jerablous, éponyme de Hiérapolis. D'ailleurs, il n'est 
pas du tout démontré que ce mot ou ce nom, qui vient après Be- 
lakabos, soit nécessairement un ethnique; ce peut être, tout aussi 
bien, un patronymique. On est en droit de se demander si *Iepix... 
ne pourrait pas être complété en 'Iepa({ou), « fils de leraios, ou 



422 RECUEIL d'archéologie orientale 

Hîeraios ». 'lepaTs; serait une bonne transcription du nom pal- 
myrénien, extrêmement fréquent, ^riT Yarhai, si Ton admet que 
cette transcription aurait subi la même assimilation que celle 
du nom homologue du dieu Yarhiboi =: Hterabôlos. En effet, les 
bilingues nous montrent que le nom d'homme ^ht était transcrit 
ordinairement *Iapaïoç. 

Par conséquent, notre 'UpiîMXoq serait à SnnT», 'Iap(6coXoç, 
exactement comme notre 'lepaïoç est à mr, lapaTcç; c'est-à-dire 
que, dans ces deux noms, l'élément nT, qui leur est commun, au- 
rait été soumis en grec au môme traitement. 

M. Hogarth ne semble pas s'être très bien rendu compte de la 
valeur des épithëtes 'Asp'.avtTw et AvTwv.vtavwv qui accompagnent 
le nom des archers palmyréniens, à en juger, tant par sa tra- 
duction : « Hadrian's Antoninian Palmyrene Archers », que par 
le commentaire où il s'exprime ainsi : « This corps of archers (not 
mentioned elsewhere, so far as I am aware), appropriately takos 
îts firsttitle from the Emperor who incorporated Palmyra in the 
Empire. » Je crois que Tépithète 'ASp'.avwv tombe directement 
sur le mot na>.|xjpY)va)v, plutôt que sur le mot to^otwv « des ar- 
chers ». 11 ne s'agit pas là d'un surnom impérial pris par le corps, 
comme cela arrivait si fréquemment dans l'armée romaine, mais 
bien du surnom propre de la ville même de Palmyre. Il y a là, 
comme on voit, une nuance qui a son importance. Nous savons, 
en effet, que Palmyre devait être appelée officiellement Ha- 
driaiia Palmyra <' Palmyre TUadrianienne ». Le grand tarif de 
Palmyre nous en fournit une preuve convaincante dans le proto- 
cole même par lequel s'ouvre la partie II : 

nain ^^y^^m n waS n NDDa n NOiaa * 

<( loi du portorium de Badriana Tadinor ». 

Tadmor étant, comme chacun sait, le nom sémitique de Pal- 
myre, l'expression Hadriana Tadmor équivaut rigoureusement à 
Hadriana Palmyra y 'ASpiovy; IIaA[i.ypa. Il y a plus; quand un ci- 
toyen de Palmyre se piquait de précision, il ne s'intitulait pas 

1. Voir Reckendorf, Z.D.P.V., 1888, p, 402. 



LES ÂRCHBRS PALMTRÉNIENS Â COPTOS 123 

simplement naX;aupY3v6;, « Palmyréniea », mais bien : 'ASptavoç 
riaXix'jprjvoç, c'est-à-dire « Palmyrénien-Hadrianien ». C'esl ce que 
nous montre clairement une inscription trouvée à Rome * : A. 
Aup. 'HXicSwpcç * AvT'.6)(ou 'ASptavo; FlaXiAupr^voç. Il est permis même 
de se demander si ce n*est pas ainsi qu'il faut comprendre les 
deux mêmes mots qui apparaissent dans une courte inscription 
de la Trachonite (Waddington, op. c, n* 2440), bien qu'alors 
le nom même du dédicant manquerait, s'il faut voir avec 
M. Waddington un nom de dieu dans QYsvet. 

En vertu de cette observation, je croîs que c'est à tort que 
Léon Renier a lu ainsi le début de l'inscription d'Ël-Kantara ' : 
Maximo Zabdiboli Hadriano, Pal{myreno)^ veterano ex ordine 
numeri Palmyrenorum, etc.. ; ce qui voudrait dire : « A Maximus 
Zabdiboles Hadrianus, Palmyrénien ». Hadrianus nest nulle- 
ment, comme il le pense, un cognomen personnel de Maximus 
Zabdiboles, mais bien un qualificatif tombant sur Palmyrenns \ 
il faut ponctuer : Maximo Zabdiboli, Hadriano Palmyreno^ « A 
Maximus Zabdiboles, Palmyrénien-Hadrianien » . 

Les éditeurs du C /. L., s'appuyant sur une vérification du 
texte original, adoptent, il est vrai, la lecture HadrinOy au lieu 
de Hadriano, et supposent qu'il s'agit d'un nom ethnique, « domo 
Hadra Palmyrae »; le personnage serait originaire de Hadra 
de Palmyre; ils proposent de reconnaître dans cette Hadra, la 
ville Adraa, d'Arabie Pétrée. Mais cela est bien peu satisfai- 
sant au point de vue géographique; cette Adraa, aujourd'hui 
Der'àt (cf. Waddington, op. c, n* 2070 e), n'a jamais fait partie 
de la Palmyrène. La lecture matérielle de L. Renier : HADRINO, 
avec AN en ligature^ a pour elle bien des vraisemblances, surtout 
après les arguments que je viens de faire valoir en faveur de la 
dénomination Hadriana Palmyra. 



1. C. J. G., n» 6016. 

2. L. Renier, Inscriptions romaines de V Algérie, n* 1638. L'interprétation 
erronée que je rectifie est nettement établie par la ponctuation du commentateur 
et par le fait quMl inscrit à Tindex des noms de personnes (p. 553, col. 1) le 
nom de Maximus Zabdibol Hadrianus. 



12i RECUEIL d'archéologie ORIENTALE 

Je conclus de là que, dans l'inscription de Coptos également, 
il faut considérer 'ABp'.avwv naXi;.upY3va)v comme formant un groupe 
indivisible, 'Aopiavwv se rapportant exclusivement à naXfjLuptjvûv, 
abstraction faite de toÇôtwv « archers ». Je n'oserais, faute de 
preuves, affirmer qu'il en est de même pour 'AvTwvtv.avwv. Assu- 
rément on pourrait dire que, plus tard, Palmyrc avait ajouté à 
son surnom de « Hadrianienne » celui de « Antoninienne »*; 
mais on pourrait dire aussi que 'AvTwv.vtavwv est le qualificatif 
spécial de to^otwv, « les archers Antoninicns », et cela, avec d'au- 
tant plus d'apparence de raison, que nous avons une foule 
d'exemples du tilrc di Antoniniana pris par les légions, juste- 
ment à l'époque de Caracalla, c'est-à-dire à l'époque à laquelle 
appartient l'inscription de Coptos*. La véritable traduction sem- 
blerait donc devoir être : « vexillarius »,non pas des archers 
Palmyréniens Antoniqiens d'Hadrien », comme le dit M. Ho- 
garth, mais : « des archers Antoniniens Palmyréniens-Hadria- 
niens. » 

M. Hogarth, en terminant, fait remarquer qu'au moment de la 
grande invasion palmyrénienne en Egypte, qui eut lieu sous Ode- 
nath et Zénobie, une cinquantaine d'années après la date de notre 
inscription, la ville de Coptos fut une de celles qui embrassèrent 
le plus résolument le parti des envahisseurs. Il suppose que le 
corps d'archers palmyréniens, qui y tenait peut-être encore gar- 
nison, a pu faire défection et prendre fait et cause pour ses com^ 
patriotes. Il s'autorise, pour faire cette ingénieuse conjecture, du 
silence des documents antiques concernant l'existence ultérieure 
d'archers palmyréniens dans l'armée romaine; le corps aurait été 
supprimé à la suite de cette trahison. La chose est possible, mais 
elle n'est peut-être pas aussi probable qu'elle le paraît à M. Ho- 

1. La raisoa pourrait en être la constitution de Palmyre en colonie romaine, 
si cette constitution était due à Caracalla; la chose n'est pas impossible histori- 
quement, bien qu'on attribue généralement la mesure à Septime Sévère. Voir, 
sur la question, les observations de M. Waddington, op. c, p. 596. 

2. Un exemple, entre autres, assez topique, est fourni parTinscription n» 1617 
(L. Renier, op. c), où le détachement palmyrénien d'El-Kantara prend ce même 
surnom : n{nmtro) H{erculis) Ant{oniniano), 



LES ARCHERS PALMYRÉNIENS A COPTOS 125 

garth. Eatout cas, les Romains, malgré celle défaillance — d'ail- 
leurs hypothétique — ne paraissent pas avoir renoncé aux ser- 
vices que pouvaient leur rendre les contingents paimyréniens, 
grâce aux aptitudes de ces recrues pour Tarme spéciale des ar- 
chers, et en particulier, des archers montés. Il n'est pas indifférent 
de constater que la Notitia dignitatum Imperii Romani^ nous 
montre encore au v« siècle des détachements à^equites sagittarii 
indigenœ tenant garnison sur différents points de la Palmyrène : 
par exemple Casamœ (K£(ja[i.a de Ptolémée) et Adathœ (ASiBa ou 
ABoya de Plolémée) \ 

Je ne rappellerai que pour mémoire le numerus Palmyrenorum 
Berculisy qui était cantonné en Numidie, au Calceus Herculis, 
sous les règnes de Seplime-Sévère et de Caracalla, comme le 
prouvent une série d'inscriptions qui ont été découvertes à El- 
Kantara*. 

On peut alléguer qu'il ne s'agit pas là d'un corps d'archers, 
exactement comparable à celui campé à Coptos. On me permet- 
tra, tout au moins, de faire remarquer, en faveur de ma thèse 
concernant l'origine du dieu adoré par Belakabos, que, parmi 
ces inscriptions d'EUKantara^, nous avons également des dédi- 
caces faites par des compatriotes de Belakabos à une divinité 
étrangère à la région, et que cette divinité, elle aussi, est spéci- 
fiquement palmyrénienne : Malagbelus (= Sasba). 

En ce qui concerne l'arme spéciale dans laquelle les contin- 
gents palmyréniens de l'armée romaine semblent avoir servi de 
préférence, il n'est pas inutile de rappeler que les archers pal- 
myréniens étaient restés célèbres dans la tradition juive. Le Tal- 
mud prétend, en effet, que Palmyre avait fourni 80.000 ar- 
chers pour la destruction du premier temple, et 8.000 pour celle 
du second \ Tout en faisant la part de l'exagération de la lé- 

1. Voir Reland, Falaestinaj p. 233. 

2. Voir Gagnât, Varmée romaine cC Afrique, p. 252 et C. /. L», VllI, 2497, 
8795; 2515 et 3917 (bilingues, cf. addit,)\ 2505. 

3. C./.L.,no« 8795, 2497. 

4. Neubauer, ha géographie du Talmud^ p. 303. 



126 REGUKIL d'archéologie ORIENTALE 

gende , il n'en reste pas moins acquis que les Palmyréniens pas- 
saient pour être des archers hors h'gne. 

Une inscription d'Algérie nous fournit, d'ailleurs, à cet égard 
un renseignement précis et intéressant, dont M. Hogarth aurait 
pu lirer un utile parti. C'est une épitaphe bilingue, latine et pal- 
myrénienno *, trouvée sur le versant de TAurès, à une soixantaine 
de lieues de Constantine, probablement dans le voisinage de la 
station militaire palmyrénienne d'Ël-Kantara dont j*ai déjà 
parlé : 

D{iis) M[anibus) S[acrum). Suricus Rubatis, Pal[myrenus)^ sa- 
g[iUariusyy {centuria) Maximi, [vixit] ann{is) XLV,mi[lU]avit an- 
n(is) XIIIL 

La contre-partie palmyrénienne est ainsi conçue : 

* «main nnn nn isni:; n ' nai «ursa 
San 45 7\yv m diqdd«q ntjp «tac^p 



« Ce tombeau est celui de Chouraikou, fils de Roubat, le Pal- 
myrénien, Tarcher, (de la) centurie de Maximus, âgé de 45 ans. 
Hélas ! » 

Suricus, de son nom national Chouraikou, nous est donc pré- 
senté expressément comme un archer palmyrénien, servant dans 

1. hevue archéologique, IV* année (1848), p. 702. Cf. L. Renier, op. c, 
n» 1639; Levy de Breslau, Die Palmyr. Inschr, (1864), p. 46, et Z. D. Af. G., 
XII, p. 209 sq.; C. L L., n» 2515. 

2. El non sac{erdos), comme lisait encore, avec hésitation, du reste, L. Re- 
nier. La contre-partie palmyrénienne lève tout doute à cet égard. 

3. Levy de Breslau, op. c, lit et traduit >l nSNS tJS3, « dies Denkzeicben 
seinem Vater Suricu, etc. ». On ne voit pas ce que viendrait faire ici la mention 
implicite du fils du défunt, dont il n'est parlé, ni dans le palmyrénien, ni dans 
le latin. D'ailleurs, is^iu n HInS voudrait dire proprement, d'après la gram- 
maire araméenne, non pas « à son père Chouraikou », mais u au père de Chou- 
raikou » (voir, sur cette construction,. le vol. I, p. 301 de ce Recueil d'archéo- 
logie orientale, où, il est vrai, il y a miK et non niN). En me reportant au 
fac-similé qui accompagne l'article du duc de Luynes {Revue archéol,, L c), je 
ne doute pas qu'il faille lire : ni"T N^53, « ce tombeau », comme dans l'autre 
bilingue palmyrénienne de Lambèse (C. L L., VIÎI, no 391, additamenta = 
L. Renier, op. c, tjo 1365). On remarquera ce double exemple de l'emploi de 
\L'S3 avec le pronom démonstratif mascM/m; en nabatéen, également, ce môme 
mot est susceptible des deux genres. 

4. Et non K^IDTn, comme a transcrit Levy de Breslau. 



LES ARCHERS PALMYRÉNIENS A COPTOS 127 

l*armée romaine. Nous n'avons malheureusement aucun indice 
sur la date de Tinscriplion. Notre homme étail-il un archer à 
pied, ou un archer monté? L'indication de la ccnturia — le mot 
est représenté par la sigle ordinaire 7 — et non de la turma 
« escadron », pourrait faire croire, tout d'abord, qu'il apparte- 
nait à l'infanterie. Cependant, il semble que, dans certains cas, 
la centiiria constituait un commandement mixte comportant des 
cavaliers placés sous les ordres d*un centurion. C'est ainsi, par 
exemple, que, dans une autre inscription d'Afrique*, il est parlé 
d*un cavalier de la IIP légion Auguata appartenant à la centuria 
de Julius Candidus. Ce texte, il est vrai, est sujet à discussion'; 
peut-être le nôtre est-il de nature à. l'éclairer, si Suricus était un 
archer monté*. 

On a supposé qu'il pouvait y avoir, dans cette dernière inscrip- 
tion, une erreur de gravure, et qu'on aurait dû écrire turmay 
(c escadron » au lieu de centuriay « compagnie ». D'autre part^ 
on a objecté que la division des cavaliers légionnaires en turmae 
n'est signalée que par Végèce, et la portée des indications épigra- 
phiques invoquées à l'appui du fait a été contestée. 

Il me parait, cependant, certain que les contingents montés, 
provenant du recrutement oriental, pouvaient être embrigadés en 
turmae régulières, et cela même lorsqu'il s'agissait de cavaliers 
montant à dromadaire. Une preuve curieuse nous en est fournie 
par une inscription peu connue, copiée en Arabie, à Makbzan el- 
Djindi. par le regretté Huber*; je la lis ainsi : Mvrjdôfj Kaîjat(o)ç, 
îpciJLsîap'o;, TopiJLa Mapivt. Le dromedarius arabe ou nabatéen% 
Cassius (p. ê. un Kousayyou ou Kaçioul)y faisait donc partie de la 
turma Marini, « Vescadron de Marinus » (l'expression est trans- 
crite, et non traduite dans le grec). A côté, est une autre ins- 

1. C. ]. L., VIII, no 2593. 

2. Voir Gagnât, L armée romaine d'Afrique^ p. 201, note \. 

3. En toul cas, le texte paimyrénien garantit formellement la lecture de la 
sigle 7 = centwia, dontrexistence réelle, dans l'inscription n® 2593, a été mise, 
en question. 

4. Journal d'un voyage en Arabie, p. 407 . 

5. Cf. Waddington, op. c, no» 2267, 1946, 2424. 



128 RECUEIL D*ÂRCUÉOLOGIE ORIENTALE 

criplion d'un compagnon d'armes de Cassius. Le nom arabe 
même que porte encore la localité, Makhzan el-Djindi, me semble 
nous avoir conservé la tradition d'une ancienne station militaire 
romaine. 



§43. 
Le nom palxnsrrènien de Bolleha. 

Je crois avoir suffisamment démontré plus haut (§ 33, p. 83) 
que BcoXXocs (restitué de la fausse graphie KCOMA(C)) était la 
transcription normale du nom propre palmyrénien KnSin, équiva- 
lant à Knb + Ti, Bolleha, Depuis, j*ai rencontré, dans une inscrip- 
tion romaine^ une intéressante transcription latine de ce même 
nom ; elle mérite d'être relevée et mise à côté des formes palmy ré - 
nienne et grecque, entre lesquelles elle établit une sorte de terme 
moyen. Il s'agit d'un vétéran, du numerits Palmy renorum can- 
tonné en Dacie, qui s'appelle Aelius Bolhas. L'origina régionale 
du corps auxiliaire dans lequel servait notre personnage nous 
garantit sa nationalité palmyrénienne. Comme on le voit^ le latin 
a conservé, ainsi qu'il le fait volontiers en pareil cas, l'aspirée h 
que le grec avait laissé tomber, selon son habitude; en revanche, 
il a omis la réduplication du lamed, et cela, justement parce qu'il 
avait figuré le het par un A; Bollhas^ qui serait la forme rigou- 
reusement exacte, aurait eu une physionomie trop barbare avec 
ses deux // devant le h. 



§44. 
La grande inscription nabatéenne de Pétra. 

Plusieurs points restent encore à préciser dans le texte épi'- 

i. C.LL,, no 907. 



LA GRANDE TNSCRIPTION NÀBÂTÉENNB DE PÉTKA i29 

graphique si intéressanl que M. de Vogué vient de faire con- 
naîlre*. 

— L. 1. — A la fin, il n'y a pas trace, au moins sur le fac-similé, 
du v)aw conjonctif que M. de Vogiié a introduit, dans sa transcrip- 
tion, devant le mot mu37. Si, par suite, on doit le supprimer, 
cela change sensiblement l'économie générale de la phrase; il 
devient difficile de traduire : <• avec ses sépultures et les /oc?//iqui 
y sont (ou y seront) creusés. » mu:; semble, dès lors, èlre, non 
plus le substantif « œuvre, construction », mais le participe, 
ayant force verbale, comme à la l. 8 de Tinscription de Medaba*. 
La traduction littérale donnerait : « ce tombeau, etc.. dans le- 
quel les demeures des ensevelis ont été faites (en) loculiy^^ c'est- 
à-dire : « sont creusées en forme de loculi »? 

— L. 2. — Kmsiy. — Il n'est pas démontré que ce mot, s'il a bien 
le sens de « portique », soit, en tout cas, le même que celui qu'on 
lisait ns"):;, sur la stèle de Byblos, et qui, à en juger par les inscrip- 
tions phéniciennes de Ma*soûb et du Pirée, doit être lu, plus pro- 
bablement, nsiV. 

Les jardins funéraires étaient d'un usage très répandu dans 
l'antiquité, surtout l'antiquité orientale. On peut comparer la 
conception des paradis du christianisme primitif et leur figura- 
tion sur les monuments, ainsi que \e ferdaus des Persans et des 
Arabes et la raudha [<^3S) de ces derniers, mot qui a le double 
sens de « jardin » et de « tombeau ». ^^ ^ 

L'énigmatique Kmny serait-il à expliquer par l'arabe ^y^^ 
« vivier»*? Ce serait alors la petite piscine ou le bassin, alimenté 
par l'eau des citernes et servant aux besoins de Tarrosage du 
jardinet funéraire. 

Les NmiD auraient-ils quelque chose à voir avec le nitû du 
Talmud, « rangée, colonnade »? 

1. Journal asiatique, i896, sept.-oct., p. 304, et nov.-déc, p. 485. Sur les 
jardins de Petra, voir les observations que j*ai présentées plus haut dans le 
volume II de ce Recueil, § 36, p. 93. 

2. C. r. 5., Aram., n» 196. 

3. Voir mon Recueil d*arch, or., vol. I, p. 82 

4. Cf. •j4««, « creux avec de i*eau, source. » 



RicuBiL d'Archéolooib omBNTALB. 11. Mars 1897. Livraison 9. 



130 RBGUB1L D*ÂRCHÉ0L0G1B ORIENTALE 

— L. 3. — kSïk n'est peut-être pas simplement la préposition 
(( avec », mais un véritable substantif à Tétat emphatique, dans 
une acception analogue à celle de l'arabe Ju^l. « fond »^ au sens 
juridique, « immeuble, propriété foncière ». Le sens primitif 
étant « racine », on pourrait même se demander, à la rigueur, si 
l'on n'entend pas ici, par ce mot, « les plantations » des jardins 
dont il vient d'être parlé. Cela entraînerait peut-être à cherchée 
des noms spécifiques de plantes et d'arbustes dans les deux mots 
précédents. Toutefois, j'en doute. On pourrait aussi, en rappro- 
chant kSïn de J-»i, être tenté de prêter au mot le sens concret 
de (c dépendance ». 

La véritable signification de ain nous est fournie encore par 
Tarabe, à qui il faut toujours, en dernière analyse, s'adresser pour 
expliquer les éléments les plus intimes du nabatéen. Ce mot cor- 
respond à la racine t^^ qu'on doit se garder de confondre avec 

la racine bien différente ry»-, et qui nous offre les dérivés sui- 
vants, formant un parallélisme parfait avec le sens de Din associé 

à :nn: 



• • • 



, « être défendu comme illicite » ; 



r^;>-, « ce qui est illicite, prohibé, crime »; 






r^^, même sens ; 

, « serment solennel et terrible », 



Il est très probable, du reste, que les deux racines Din et :nn 
sont étymologiquement congénères : l'élément essentiel in, com- 
biné avec les éléments adventices différentiels a et a. 

Nrnn, semble bien être un nom de divinité, et la présence de 
l'a/e/^A, caractéristique du féminin, indiquerait plutôt une déesse 
qu'un dieu. Dans ce cas, ce serait peut-être la parèdre du fameux 
dieu nabatéen Douchara, Peut-être, la seconde lettre est-elle un 
daleth et non un rech. Hadicha se rattacherait alors à la racine 
xam etpourrait être une divinité de nature lunaire (cf. Thébreu et le 



LÀ GRANDE INSCRIPTION NÀBATÉENNE DE PÉTRA 43i 

phénicien hodech « néoménie »). — nama, qui précède immédia- 
tement, est-il bien un nom de divinité? Ce nom, ou ce mot, qui 
s'est déjà rencontré dans une autre inscription nabatéenne de El- 
Hedjr*, y a été généralement considéré comme tel. M. Noeldeke", 
cependant, n'était pas de cet avis, et y voyait un simple mot, 
suivi du suffixe de la troisième personne du singulier; il tradui- 
sait, avec hésitation, du reste, nsmai Niurn, par : « Douchara 
et son trône », et non, comme les éditeurs du Corpus, par : 
« Douchara et Moutebah ». La nouvelle inscription semblerait 
être en faveur de l'interprétation de M. Noeldeke. L'absence du 
waw conjonctif entre nsniD et Ntirnn est, en effet, remarquable, et 
parait indiquer que le premier mot est une sorte d'apposition 
anticipée du second : « Douchara, et son (ou sa ?) motab Hadt- 
cha ». A la ligne i, le groupe divin est de nouveau mentionné, 
mais, cette fois, sans le nom de Hadlcha; par conséquent, dans 
les mêmes conditions que dans l'inscription d*Ëi-IIedjr : HitOM 
nsmûi, « Douchara et son motab ». Faudrait-il prendre nma, 
non pas au sens de « siège, trône » — ce qui donne à l'expres- 
sion une tournure bizarre — mais bien au sens étymologique 
de la racine :in^ = 3ti;> : « celui qui est assis » ? 

Le mot serait, dans ce cas, tout à fait comparable au grec 
rapeSpcçoudjvsSpoç. Cette explication soulève, toutefois, plusieurs 
difficultés. La forme de participe ne serait pas très régulière; 
d'autre part, si Hadicha est une déesse, on s'attendrait à la ter- 
minaison féminine représentée par un taw^ etc. Peut-être avons- 
nous là l'équivalent de la conception égyptienne diaprés laquelle 
la déesse lunaire Eathor était, comme l'indique son nom même, 
Yhabitation — les Sémites auraient dit : le motab — du dieu 
Horus [Hat + Hor). 

— L. 4. — i^ain matira, veut dire littéralement : «• dans des 
actes de consécrations ». Il est permis de douter qu'on doive 
entendre par là « les registres des choses consacrées », expres- 

1. C. I. S., Aram.y n» 198. La lecture matérielle, bien que contestée par M. Ha- 
lévy et D. H. Mulier, n'est pas douteuseï en tout cas. 

2. Eutingy ^ahai. Inschr., p. 31* 



132 RECUEIL d'archéologie ORIENTALE 

sion impliquant Texistence d'archives sacrées. — mvj semble 
avoîr un sens plus étroit, à en juger par les inscriptions de El- 
Hedjr (C. /. 5., n« 204) : Knsma idu; pT p, « inde a tempore /t- 
belli donalionîs (qui in manu ejus) ». Et au n° 221 : « celui qui 
apportera dans sa main un mw dudit *Aidou ». Ce serait donc 
un ou plusieurs actes individuels, non un registre collectif. 

Le mot iSn qui figure, à deux reprises (ici, et 1. 5), dans l'ex- 
pression iSn N^ain '^^^D^J est embarrassant. M. de Vogué, avec 
raison, je crois, suppose que ce doit être un pronom démons- 
tratif; mais je ne saurais admettre, comme il le fait, que ce serait 
une forfne concurrente de hSn, qui est la forme ordinaire du pro- 
nom démonstratif pluriel^ correspondant au singulier masculin 
•"Ui et féminin ni, et qui apparaît d'ailleurs à la I. 3. J'estime 
qu'il faut modifier et la lecture matérielle et Texplication gram- 
maticale de ce mot difficile, de la façon suivante. La seconde 
lettre, avec sa tige courte, a beaucoup plutôt Tallure d'un nou7i 
que d'un lamed. M. de Yogiié lui-même, dans une communica- 
tion verbale qu'il m'a faite après l'impression de son mémoire, 
est de cet avis. Gela posé, nous obtenons paléographiquement le 
mot *):t<, que j'expliquerai ainsi : i^n, innou, forme apocopée de 
]Uîi^ qui, dans l'araméen biblique est employé comme le pluriel 
régulier du pronom personnel in, Nin «lui », concurremment avec 
l^ian et lian = « eux ». Or, cette dernière forme peut s'apocoper 
en ion ; j'en conclus que ]iaN a pu donner naissance, par le même 
phénomène^ au i^)^^ de notre inscription. Nous savons, d'autre 
part, que les pronoms personnels, postposés aux substantifs 
peuvent, dans certains cas, faire fonction de pronoms démons- 
tratifs; nous avons la preuve qu'il en était ainsi en nabatéen 
même : in \^ir\yi ns « ainsi qu'il est (spécifié) dans cet écrit » 
C. I.S., n^ 207). J'en conclus que notre t:n, apocope de r:N, plu- 
riel de in, est employé ici exactement de la même façon et qu'il 
faut, dans les deux passages, comprendre : « dans les actes des 
consécrations susdites. » 

Il y a, en effet, entre l'emploi du pronom démonstratif pro- 
prement dit et celui du pronom personnel faisant fonction de 



LA GRANDE INSCRIPTION NaBATÉBNNE DE PÉTRA 133 

démonstratif, une nuance sensible qui est parfaitement observée, 
ici comme ailleurs : le premier désigne une chose présente et 
visible — ce a: ci, qui est devant loi, devant tes yeux; le second, 
une chose non présente, mais qu'on veut rappeler et dont on a 
déjà fait mention — ce a: dont il vient d*ètre question. C'est 
pourquoi notre inscription se sert très correctement de la pre- 
mière forme rhn, quand elle nous décrit les lieux qui sont sous nos 
yeux ; et de la seconde^ quand elle rappelle simplement les actes 
dont elle vient de parler, actes qui ne sont pas là, devant nous. 

Je ferai la même observation paléographique au sujet du mot 
qui termine la ligne et dont la quatrième lettre me parait être, 
avec sa tige courte, un noim et non un iamed. Je propose de 
lire Nwn\ au lieu de KSti;n% « être enlevé, omis, enfreint »; le 
sens, justifié par Taraméen talmudique, serait « être changé » — 
« et qu'il ne soit (rien) changé ». 

— L. 5. — Le verbe yx9n% difficile à expliquer par les autres 
langues sémitiques, pourrait recevoir quelque lumière de Tarabe, 

soit de ^Jai, « séparer, disjoindre », à la IV* forme, « distraire 

une partie du tout pour la donner à quelqu'un »; soit de ^Jai, 
a rompre, briser ». 

Le P. Vincent a sauté, dans sa copie, le mot yo qui est gravé 
entre ]rh et n^ns n; il existe dans la copie du capitaine Frazer, et 
c'est avec raison que M. de Vogué l'a rétabli dans sa transcription. 

Le mot M:n, au sens de « don, concession », m'inspire des 
doutes sérieux; on est surpris de voir employée en araméen cette 
racine qui ne semblait guère jusqu'ici y avoir fait souche ; c'est 
la racine n^^ nn% qui, sur ce terrain, exprime ordinairement 
l'idée de a donner ». D'autre part, si le mot est à l'état construit, 
Valeph final s'explique mal. Faudrait-il y voir un adverbe signi- 
fiant « ici », congénère de celui qu'on a cru reconnaître dans 
rinscription araméenne de Saraïdin, n:n? Le sens serait alors : 
« excepté celui pour qui il est écrit : (qu'il soit} enterré ici ». 



434 RECUEIL d'archéologie orientale 



§45. 

L*abstlnence du pain dans les rites syriens, païen et 

chrétien. 

« Helcna, religieuse, sœur de Siméon, supérieur du couvent 
de Rabban Yôzédeq, dans le pays de Qardou^ resta sans (manger 
de) pain depuis le samedi de la Rogation des Ninivites jusqu^au 
dimanche de la Résurrection. » 

Ce passage, que je relève dans le traité syriaque intitulé : Le 
Livre de la Chasteté^, me parait prêter à un rapprochement bien 
topique avec une inscription romaine de Syrie, copiée en ces der- 
niers temps, à. Nîha, près de Zahlé, par divers voyageurs • : 

Hocmaea virgo dei Badarajiis. Quia annis XX panem non edi" 
dit, jussii ipsius dei, v[otum) l[ibenlé) a[nimo) s[olvit). Deo Ha- 
drani Hochmea v[otum) s[olvii). 

L'abstinence de la païenne Hochmaea^ vierge consacrée au 
dieu Hadran, l'emporte assurément de beaucoup, par la durée, 
sur celle de la religieuse chrétienne ; mais toutes les deux sont 
du même ordre. Il est assurément curieux de voir cette forme 
traditionnelle si caractérisée de Tascétisme syrien persister ainsi 
à travers temps et croyances. 



§46. 
Le sépulcre de Rachel et le tumulus du roi Archélaûs. 

L'on n ignore pas combien est discutée par les exégètes la ques- 
tion de savoir où l'on doit chercher le sépulcre où fut ensevelie 

1. J.-B. Chabot, Le Livre de la Chasteté, p. 58. 

2. Entre autres, par le P. Jullien et par M. Fossey. Voir la transcription du 
premier donnée par M. de Vogué dans le Journal asiatique ^ 1896, sept.-oct., 
p. 325. 



LE SÉPULCRE DE RÀCHEL ET LE TUMULIJS DU RO! âRCHÉLAOS 135 

Rachel^ morte en donnaat le jour à Benjamin^ sur le chemin 
d'Ephralha. L'opinion générale de la critique n'est guère favorable 
à la tradition actuelle, qui montre avec assurance ce sépulcre^ à la 
Qoubbet Râhll ou « Coupole de Rachel «^ auprès de la route de 
Jérusalem à Bethléem, non loin de cette dernière ville. Les don- 
nées bibliques^ semblent, en eSet, indiquer, pour la position réelle, 
plutôt la région nord de Jérusalem, que la région sud ; le sépulcre 
de Rachel, se trouvait, nous dit la Bible ', sur la frontière du ter- 
ritoire de la tribu de Benjamin, et il est peu probable qu'il s'agisse 
de la frontière méridionale. Plusieurs hypothèses ont été pro- 
posées. Moi-même, j'ai signalé' la possibilité de localiser ce sé- 
pulcre à la remarquable nécropole des Qoboûr Béni Isràïn, ou 
« tombeaux des fils dlsrael », auprès de Hizmé. 

Mais quelle peut être, alors, Torigine de la tradition actuelle, 
tradition qui est d'un âge respectable, puisqu'elle est déjà men- 
tionnée, en 333, dans l'Itinéraire du Pèlerin de Bordeaux? 

Elle repose, assurément, tout d'abord, sur l'identification, 
admise depuis fort longtemps, sur la foi d'une vieille glose 
biblique, de Bethléem avec Ephratha. 

Mais il est peut-être intervenu aussi, dans la formation de cette 
légende locale, d'une précision si singulière, un autre élément, 
demeuré jusqu'ici inaperçu. C'est la préexistence, tout près de 
l'endroit, sinon à l'endroit même de la Qoubbet Râhtl^ d'un tu- 
mulus attribué au roi juif Archélatls. Je me demande si ce n'est 
pas la ressemblance, toute superficielle, bien entendu, des noms 
de Archélaûs et de Rachel^ qui a pu déterminer la confusion, au 
bénéfice de cette dernière. C'est là un phénomène d'ordre popu- 
laire, qui a présidé à la naissance de plus d'un sanctuaire équi- 
voque, en Palestine et ailleurs. Qu'on veuille bien méditer ce 
passage de saint Jérôme \ qui connaissait à merveille Bethléem 

1. Genèse y xxxv, 19. 

2. Clermont-Ganneau, Archœological Researches in Palestine, vo\. II, p. 278. 
J'ai indiqué la chose d'un mot, en passant, me réservant de traiter la question 
en détail à une autre occasion. 

3. I Samuel, x, 2. 

4. Onomasticony s. v. Bethléem. 



136 RBCUETL D*ARCHÉOLOGIE ORIENTALE 

et ses environs, puîsqu^il y a vécu, comme Ton sait, de longues 
années : 

« Sed et propler eamdem Bethléem régis quondam Jndaeae 
Archelai tumulus osiendiiur, qui semitae ad cellulas nostras e 
via publiça divertentis principium est. » 

Si saint Jérôme avait voulu décrire remplacement de la 
Qoubbet Ràhil de nos jours, il n'aurait pas mieux dit. 

Le fait est d'autant plus remarquable que, dans un autre pas- 
sage, saint Jérôme se borne, visant simplement le texte biblique, 
à rappeler que Rachel a été ensevelie auprès de la route, sans 
dire, comme le dit expressément Eusëbe traduit par lui : « qu'on 
y montre encore son tombeau » ^ Si la légende tournant autour 
du tumulus d'Archélaiis était, en ce moment^ en voie de forma- 
tion, Ton comprendrait bien que, tandis qu^EusëbeTavait admise 
les yeux fermés^ saint Jérôme, mieux informé, ait fait cette 
réserve significative; certes^ il acceptait l'identité du lieu en 
général et, notamment, celle d'Ephratha et de Bethléem; mais il 
repoussait discrètement Tidentité du monument lui-même, sur 
Torigine réelle duquel il savait, ou croyait savoir, à quoi s'en 
tenir. Je dois ajouter, toutefois, que, dans son Pèlerinage de 
sainte Paule, il s'est montré moins sévère pour cette croyance 
reposant^ en somme^ sur une étymologie populaire, quand il nous 
fait voir la pieuse Romaine venant à Bethléem et s*arrétant, à 
droite de la route^ auprès du sépulcre de Rachel : « et in dextera 
parte itincris sletit ad sepulcrum Rachel ». 

Naturellement, Ton peut se demander si ce n est pas le phéno- 
mène inverse qui a eu lieu; si ce ne serait pas le sépulcre con- 
sidéré comme celui de Rachel, qui, grâce à la ressemblance des 
deux noms, serait devenu, pour la légende, le tombeau du roi 
Archélaiis. C'est peu probable, a priori. Le nom de Rachel était 
resté populaire aux premiers siècles du christianisme, alors que 
celui d' Archélaiis s'était effacé de la mémoire populaire et ne 
pouvait être connu que par ceux qui avaient quelques notions de 

1. OnomasticoTif s. v. Ephrata : fietxvutai tb (ivr,(ia eîc bti vOv, « Juxtaviam ubi 
sepulta est Rachel, quinto milliario ab Jérusalem. » 



Là PRISE DE JÉRUSALEM PAR LES PERSES EN 6 i 4 137 

rhistoîre juive. Quand il y a confusion de ce genre, nous voyons 
toujours la confusion se produire en faveur du nom le plus popu- 
laire. Esl-il historiquement impossible que le roi Archélaiis, fils 
et successeur d'Hérode, ait été enseveli auprès de Bethléem ? 
Josëphe ^ nous dit bien que, tombé en disgrâce auprès d'Auguste, 
il fut banni à Vienne, en Gaule, oii il mourut. Mais il avait pu^ 
selon Tusage antique, faire préparer son tombeau de son vivant 
même, et son corps a pu même y être rapporté et enseveli. 

Je n'ai pas besoin de faire observer que la question que je pose 
est une de celles qui sont susceptibles de recevoir une solution 
matérielle et décisive. Je recommande aux archéologues une 
fouille à la Qoubbet Ràhll. Nous verrons bien si «la Coupole de 
Rachel » recouvre ou non, le tombeau du roi Archélaus, ce qui 
ne laisserait pas d'être encore assez intéressant. 



§47. 
La prise de Jérusalem par les Perses en 614 (J.-C). 



M. Couret, qui a débuté, il y a déjà bien des années, par un 
très consciencieux travail sur l'histoire de la Palestine pendant la 
période byzantine', vient de consacrer une étude intéressante à 
la prise de Jérusalem par les Perses en 614 '. Dans son premier 
essai il s'était borné à résumer en quelques pages le récit de l'in- 
vasion de la Palestine par les Perses, d'après les seuls documents 
alors connus : les maigres et équivoques relations des chroniques 
byzantines^ et les Annales d'Eutychius, autrement dit Sa*id Ibn 
el-Batrîq. 

1. Antiquités juives, XVlî, 13; Guerre judaïque, H, 7 : 3. 

2. Couret, La Palestine sous les empereurs grecs (326-636), 1869. 

3. Couret, La prise de Jérusalem par les Perses en 614. Orléans, Herluison , i 896. 

4. Auxquelles il fait ajouter la Chronique arménienne de Sépôos, qui n'était 
pas alors accessible à M. Couret. 



138 REGOEIL d'archéologie ORIENTALE 

Aujourd'hui M. Couret reprend la question, en s'appuyant sur 
des documents nouveaux, empruntés à deux manuscrits de la 
Bibliothèque nationale : ce sont^ d'une part, deux élégies ou odes 
anacréontiques en langue grecque, du patriarche de Jérusalem, 
Sophronios, qui était contemporain de Tévénement'; et, d'autre 
part, une curieuse relation en langue arabe, probablement traduite 
du grec. 

A vrai dire, les vers de Sophronios, déjà publiés par MM. Ehrard 
et Sludemund S ne nous apprennent pas grand'chose et font plus 
d'honneur à la sensibilité du patriarche qu*à son talent d'histo- 
rien. Une bonne page de prose eût mieux fait notre affaire que 
cette médiocre et larmoyante complainte. Le principal intérêt 
qu'elle offre, c'est de montrer qu'il n'a dû y avoir qu'un seul siège 
de Jérusalem, et non deux sièges successifs, comme on l'avait 
inféré de la Chronique arménienne de Sépêos. 

A ce propos, je présenterai une observation de détail sur une 
induction que M. Couret a cru pouvoir tirer d'un passage de 
Télégie de Sophronios. 

Paraphrasant les vers 80-83, il dit (p. 10) : « Pour la réduire 
(Jérusalem), les assaillants ont dû recourir aux machines de guerre 
et, chose plus rare, à l'incinération des remparts par d'énormes 
bûchers amoncelés au pied des murs et dont l'action calcinait et 
faisait éclater les assises de pierres. » 

M. Couret ne parait pas se rendre un compte exact de ce qu'était 
cette opération de poliorcé tique, courante dans l'antiquité et au 
moyen âge, et définie ici en quelques mots précis par Sophro- 
nios : 'ri:o0£iç 81 Travca -zeix^i (pXoya. Il s'agit de véritables travaux 
de mine, consistant en galeries creusées par les assiégeants sous 
les fondations des remparts; ces galeries étaient étançonnées par 
des échafaudages en bois, auxquels on mettait le feu, à un mo- 



1. Sophronios est mort en 639 et a, par conséquent, assisté aussi à cette se- 
conde tragédie, moins sanglante, mais cependant plus féconde en conséquences 
historiques : la prise de Jérusalem par les Arabes. 

2. Programm des katholUchen Gymnasiums an S^-Stephan, 1886-1887 (Stras- 
bourg). 



LA PRISE DE JÉRUSALEM PAR LES PERSES EN 614 139 

ment donné, pour provoquer Técroulement subit du mur sur- 
jacent. La brèche ainsi faile, on donnait Tassant ^ Je trouve la 
confirmation de ma conjecture dans la relation du chroniqueur 
arménien Thomas Ardzrouni*, qui rapporte que le général perse 
« ayant miné les remparts les fit écrouler ». 

Avant de passer à l'examen du troisième document, qui fera 
l'objet propre de cette étude, je demanderai la permission de si- 
gnaler deux faits relatifs à l'invasion des Perses, faits qui sem- 
blent avoir échappé à l'attention de M. Couret, généralement si 
bien informé, ainsi, du reste, qu'à celle de ses devanciers. 

Le premier est un renseignement, intéressant à divers égards, 
que j'ai relevé dans un document qui, à raison de son origine 
même, semble avoir une réelle valeur. C'est une lettre synodique 
sur le culte des images, lettre écrite par les Pères faisant partie 
d*un concile tenu à Jérusalem en 836 ^ Il y est fait mention des 
grandes mosaïques décorant la, façade extérieure^ de la basilique 
de la Nativité à Bethléem, et représentant, entre autres sujets, 
l'Adoration des rois mages. La lettre nous apprend que les enva- 
hisseurs perses, ayant reconnu leur costume national dans celui 
porté par les rois mages, épargnèrent la basilique. Cet épisode 
ignoré est instructif à la fois pour l'archéologie et pour l'his- 
toire. Comme on le voit, il s'agit de mosaïques extérieures. Ce ne 
sont donc pas les grandes mosaïques qu'on voit encore à l'in- 
térieur de la basilique de Bethléem et dont l'exécution remonte 



1. Voir, dans le document arabe que j'étudierai plus loin, la mention for- 
melle de la brèche faite par les Perses dans le mur d'enceinte de Jérusalem. 

Une des plus intéressantes descriptions de ces mines de guerre est celle que 
nous a laissée l'émir Ousftma, à propos du siège de Kafar Tftb (éd. H. Deren- 
bourg, p. 101). Il en parle en témoin oculaire. On remarquera que le corps des 
sapeurs musulmans chargés de l'opération appartenait aux contingents du Kho- 
ras&n ; il est à supposer que ce corps était l'héritier des anciennes méthodes 
du génie militaire des Sassanides. 

2. Dulaurier, Recherches sur la chronologie arménienne, I, p. 221. 

3. 'EukjtoXyi <Tvvo3ixin, éditée par Sakkelion (Athènes, 1874). 

4. D'après Eutychius (Annales, vol. II, p. 299), les mosaïques, & Tintérieur 
de la basilique respectée par les Perses, étaient encore visibles, à l'époque de 
la prise de Jérusalem par Omar. Mais, de son temps, les musulmans, oublieux 
des garanties accordées aux chrétiens par Omar, G rent disparaître ces mosaïques. 



140 RECUEIL D*ARGHÉOLOGIE ORIENTALE 

seulemeDt au règne de l'empereur Manuel Comnène (1143-1180). 
Cette décoration de mosaïques extérieures est peut-être attri- 
buable à la restauration de Justinien. Elle était bien dans le goût 
de Tépoque. Les Arabes étaient restés fidèles à cette tradition 
artistique, lorsque au vii^ siècle, ils firent décorer, par les mo- 
saïstes byzantins à leur service, les faces extérieures de la mes* 
quée d'Omar. J'ai retrouvé en 1874 des traces remarquables de 
cette décoration extérieure primitive dont on ne soupçonnait pas 
jusqu'alors Texistence et qui a été, beaucoup plus tard, remplacée 
par le beau revêlement de plaques de faïence visible actuelle- 
ment*. 

Le second fait m*est fourni par un chroniqueur musulman. 
L'historien arabe Tabari ' nous donne sur la façon dont les Perses 
se seraient emparés de la vraie Croix, un détail assez piquant, 
peut-être légendaire, que je ne me souviens pas d'avoir vu cité 
ailleurs. Elle avait été placée, au moment du siège, dans un coffre 
{tdboût) d'or et enterrée dans un jardin. Pour mieux dissimuler 
la cachette, on avait eu Tidée de semer des légumes sur la place 
où elle était enfouie. Le général persan finit par découvrir la 
vérité en mettant les prisonniers à la question, et c'est de sa 
propre main qu'il déterra la précieuse relique pour Tenvoyer en- 
suite au roi de Perse, son maître. 



II 

Le troisième document que fait connaître M. Couret a, au 
moins en apparence, une portée bien plus considérable que les 
poésies de Sophronios. C'est une relation arabe, de rédaction 
chrétienne, racontant en détail la conquête de la Palestine et la 
prise de Jérusalem par les Perses. Le morceau, contenu dans un 

1. Voir mes Reports dans le Palestine Exploration Fund's Statement, 1874, 
p. 153 et p. 262. 

2. Tabari, Annales^ série II, vol. I, p, 102 (cf. Noeldeke, Geschichte der 
Perser, p. 291). 



LA PRISE DE JÉRUSALEM PAR LES PERSES EN 614 iil 

manuscrit de la Bibliothèque nationale % avait déjà été signalé 
sommairement dans Y Inventaire des manuscrits relatifs à r Orient 
latin^. Il fait partie d^un recueil de divers opuscules pieux, visi- 
blement traduits du grec en arabe. Lui-même doit avoir pareille 
origine. En tout cas, la rédaction en est attribuée à un moine du 
couvent de Saint-Sabas qui^ s'il n'a pas été témoin et victime de 
Févénement, était parfaitement placé pour puiser à bonne source. 
A côté de fastidieuses déclamations et d'assertions douteuses, on 
y trouve quantité de détails topographiques qui trahissent, tout 
au moins, chez son auteur une intime connaissance des lieux. 
C'est, même là, à vrai dire, ce qui constitue la principale valeur 
du document et ce qui mérite d*y être étudié de près. 

M. Couret n'est pas arabisant ; il a chargé M. Broydé de faire 
du morceau une traduction qu'il publie intégralement. Il regrette 
de n'avoir pu, par suite des difficultés typographiques qu'il a 
rencontrées à Orléans, y joindre le texte arabe comme pièce jus- 
tificative. On le regrettera avec lui, car^ dans plus d*un cas, le tra- 
ducteur, qui a peut-être travaillé un peu vite, semble s'être mé- 
pris sur le sens et la lecture de certains mots et noms propres — 
j'en donnerai toutàTheure des preuves. Il faut dire à sa décharge 
que le manuscrit, comme j'ai pu en juger par moi-même, est 
d'un déchiffrement souvent difficile, surtout à cause de la rareté 
des points diacritiques; il mérite bien Tépithète de « pessime 
scriplum » que lui décerne le vieux Joseph Ascari dans la courte 
notice libellée par lui en tête du volume. 

J ai examiné avec attention le manuscrit original, en encolla- 
tionnant le texte avec la traduction de M. Broydé. 

Voici le résultat de cet examen. J'y insérerai, chemin faisant, 
quelques remarques qui contribueront peut-être à mettre mieux 
en lumière ce document important. Je laisse de côté les petites 
vétilles pour ne m'attacher qu'aux points qui en valent la peine. 

— P. 32. «Un saint moine ». — Le texte ajoute: IL» ^^ jù j» 
« du couvent de Mar-Sàbâ ». 

i . Catalogue du fonds arabe, n* 262, folios 140-153. 
2. Archives de V Orient laHn, H, A, p. 173. 



142 KECUEIL D*ARCHÉOLOGIE ORIENTALE 

— P. 32. « Césarée, la mère des villes ». — Le texte porte 
jaLI ^1, ce que M. Broydé a traduit littéralement par « mère des 
villes ». Le sens exact est certainement ici : « métropole ». Cé- 
sarée était, en eiïet, comme le prouvent plusieurs documents 
historiques *, la métropole officielle de la Palaestina /*. 

— P. 32. Arsoûf. — Le manuscrit écrit le nom : %J^jl, avec 
le chi?i au lieu du siti usuel. 

— P. 32, dernière ligne. — Après les mots : « et la destruc- 
tion des églises », le traducteur a sauté un membre de phrase : 
JS^iJI J^^j Jl A <J>-, « qui s'étendit même jusqu'au cœur du 
sanctuaire ». 

— P. 33. « Un moine du couvent de Davalis (?) ». — Le texte 
porte : ^jSx^j^ ^\jji\ j^ù v^lj. jU semblerait devoir in- 
diquer, au premier abord, quelque nom de saint*. 

Je me demande, toutefois, si nous n'aurions pas là, plutôt — 
ce qui serait fort intéressant — le nom du fameux abbé Modestos, 
à qui échut, un peu plus tard, après la retraite des Perses^ la 
lourde tâche de réparer les ruines qu'ils avaient laissées derrière 
eux et de ramener dans la Palestine une prospérité relative. 
^jJ!kk^j\A (qui a été omis par M. Broydé) ne serait-il pas pour 

,^^Ja-jL.:zz ^j^x^ùy^ ? Il y a, il me semble, un fort argument à 
faire valoir en faveur de cette conjecture. Nous savons, en eflfet, 
que Modestos était abbé d'un couvent situé non loin de celui de 
Saint-Sabas et appelé par Eutychius ^j^3'^\ j^^ ou ^\^J^ jù : 
« Il y avait, nous dit-il, au couvent de Deir ed-Daouâkès^ qui est 
le couvent de Mâr-Theodosios, un moine appelé Modestos^ supé- 
rieur de ce couvent *. » 

1. Kaidàpeia |j.YjTpÔTtoXic, Georges deCypre, 1. 999. Cf. Novellae^ 103. LeTalmud 
lui-même l'appelle ddSd Su; ]1^!?1S1ua (Neubauer, Géogr, du Talmud^ p. 92). 

2. La tige du kdf présente rinclinaison qui sert à la distinguer de celle du Idm 
dans le manuscrit, le kdf y étant le plus souvent dépourvu de barre supérieure. 

3. P]utychius, Annales, II, p. 246 : j^ ^ ^ij J^ ^^j}\ «-**ïjll ,j.*^mJ^ 

^jjJI ; cf. pp. 101, 137 : ^IjJI jy, p. 109 : ^l^jjl ^j. 

4. Eutychius, i(/., p. 2i8 : ^^aIj u^y^^'^i^ J^ j^ y^3 sj^^y^^ j^ J ô^ 



/ 



LA PRISE DE JÉRUSALEM PAR LES PERSES EN 614 143 

Comme on le voit, Tidenlité du couvent * est complète et elle 
paraît entraîner celle du personnage qui, par conséquent, aurait 
joué un rôle important non seulement après, mais, ce que nous 
ignorions, pendant l'invasion perse. 

Je ne m'explique pas au juste Torigine de la dénomination de 

couvent, ^j I jj) (avec les variantes ^^^Ij-iJi, et ^^Jj-ill, au sin- 
gulier). Cf. pourtant le syriaque Dsn = SouÇ, dux^ et le nom d*un 
autre couvent de la même région, le jxovacm^ptov tou S^^oXapfou, « le 
couvent du Scholarius » *. 

Le couvent de Saint-Théodose est mentionnée d'une façon 
toute spéciale dans la notice De casis Dei*, dont on place la ré- 
daction vers Tan 808. 

— P. 34. « Et couvrirent leurs visages ». — Le texte porte 
I^UJ, « ils souffletèrent ». 

— P. 34, 1. 13. — Après les mots : « Dieu était avec nous », le 
manuscrit a une phrase omise dans la traduction : 

OjJLl ^\J. j LJ j],l jJuJU Jy»- Li^ 



« et nous disions à Tennemi : C'est en vain que tu t^efforces de 
ruiner la ville ». 

— P. 34. « Le couvent de Saint-Sabas ». — Mâr-Sàbâ est or- 
thographié, contrairement à Tusage, LL- ^/^ *, au lieu de jU. 

— P. 35. « Pour regarder du côté de la Croix ». — Le texte 
a ^^V, « pour que je prie ». 

— P. 35. « Quant aux armées (troupes) romaines ». — Il faut 

ajouter : « qui étaient à Jéricho » (l^j' (3 cf •^')- 

— P. 35. « des machines de guerre ». — Il est à remarquer que 



1. La position en est parfaitement connue, c'est la ruine de Deir Dôsy ou 
Deir Ibn ^Obeid^ à environ 2 lieues dans l'est de Bethléem. 

2. Je n'ose pas m'arrêtera l'idée que ,-5^^ pourrait se rapporter à l'origine 

ethnique de Théodosios et serait une forme tronquée de (KaTnca)8oÇ. 

3. Itinera Hierosolym, {Orient latin), I, p. 303. Il y est raconté que le couvent 
venait d'être mis à sac par une bande de brigands sarrasins. 

4. Même orthographe, plus habt, f* 140 a du manuscrit (= p. 32 de la tra- 
duction). 



144 RECUEIL D*ARCHÉOLOGIE ORIENTALE 



le texte se sert du mot technique Cf^Â,Js^^ « mangonneaux »; à 
rapprocher de celui identique (jxdcYYava), qui est employé dans 
Thymne de Sophronios (vers 83). 

— P. 36. « la crucifixion du Pur ». Le texte a ^^1 que 
M. Broydé a traduit en vocalisant mot/M/t^ ou moukhlas. Il faut 
vocaliser moukhallisy et traduire « du Sauveur ». 

— P. 36, note. — Le mois de juin (614) est déjà indiqué par 
le Chronicon Paschale comme celui où Jérusalem a été prise par 
les Perses. 

— P. 36. (( Comme on fauche la paille »; plus exactement 
« l'herbe » (^j^^^^^)- — « Les sacrifices qui se trouvaient sur 

les autels »; d\j-^ est un singulier et signifie proprement 
« rhostie ». 

— P. 37. « des lieux secrets ». — Les ,/^^lla-» sont, à vrai dire, 
des « caveaux ». 

— P. 37. -^^ISH n'est certainement pas le « cadi », mais bien 
« le commandant ». Le mot est employé « plus haut » (p. 33), 
an pluriel : ^1 jiM J^f (« les grands chefs perses »). Il est à re- 
marquer que Tabari * se sert précisément du même mot pour dési- 
gner, dans son récit du môme événement, le commandant en 
chef de Tarmée perse. 

— P. 37 (cf. p. 30, note 2). — L'étang voisin de Jérusalem 
où les Perses avaient entassé leurs prisonniers est plus proba- 
blement la Birket-Mamilla, que la Birket es-Soultàn. La première 
a pour elle une tradition locale qui, persistant pendant des siècles, 
associe le nom de Mamilla au souvenir de l'invasion perse. Eu- 
tychius parle, non pas, il est vrai, des prisonniers, mais des tués 
qui étaient dans « l'endroit appelé Mâmild » *. Notre auteur lui- 
même, comme nous le verrons plus bas, mentionne aussi Mâmila 
(dont il écrit le nom ^^t*). De plus, le mot 3S\;fll est suivi, dans 

4. Tabari, Annales, série I, vol. Il, p. 102. 

2. Eutychius,^nna/es,II,p. Il3;cr. p. 242. Voir sur Mamilla, sur les légendes 
et les traditions qui s*y rattachent, etc., Tobler, Topographie von Jérusalem^ 
II, pp. 62, 180, 219. 



Là prise de Jérusalem par les perses en 614 145 

le manuscrit, d'un autre mot dont le traducteur n'a pas tenu 
compte : ILl; il est peu vraisemblable que ce soit le mot signi- 
fiant « eau »; ce serait un pléonasme inutile et, dans Tespèce, 
peu en situation, car il est à croire que la birkè qui avait reçu les 
prisonniers devait être plus ou moins à sec; autrement, c'eût été 
une pure noyade, chose qu'exclut formellement le contexte. 
D'ailleurs, HI <-> jj-Jl serait une construction grammaticale vi- 
cieuse. J'inclinerais donc à croire que c'est précisément le nom 
tronqué de El'Mâ[mila] ([^J^J»*, tel que nous le retrouverons 
orthographié plus bas). 

— P. 40. « Un saint homme, diacre d'une église ». — Le texte 
porte -uLîll i-^Lwi ^, « des diacres (de Téglise) de la Résurrec- 
tion », autrement dit, de l'église du Saint-Sépulcre. 

— P. 45. « Ce qui est étonnant, c'est que Dieu avait gardé l'arche 
sainte des Israélites et n'avait pas abandonné la grande Croix. » 
Ce passage, qui termine le morceau, immédiatement après la 
mention de la restitution de la précieuse relique à l'empereur 
Héraclius, est peut-être susceptible d'une interprétation diffé- 
rente. En voici le texte original: 

Ce que l'auteur semble avoir voulu dire est ceci : « Ce qu'il y 
a de merveilleux, c'est que Dieu ait préservé le tâbotU des Israé- 
lites et que la Croix vénérée ait gardé ses scellés intacts. » Je 

soupçonne que le mot Ai- , qui s'explique mal ici, est le résultat 

d'une faute de copiste pour «iU:- Izz^ù<jlI^\ du verbe «i^-i, qui 

s'emploie techniquement dans le sens de « briser un scellé » (f^ 

Pour bien comprendre ce passage, il faut se reporter au témoi- 
gnage de Tabari que j'ai cité plus haut (p. 140), et, d'après le- 
quel, la Croix, enfermée dans un coiïre [tâboùt) d'or, avait été en- 
terrée au moment du siège. Il se peut môme que ce soit Tcxistence 
de ce idboût qui ait conduit l'auteur de notre document à parler, 

Recueil o'AiiCHiOLOOiB oriihtalb. H. Avril 1897. Liviuison 10.1 



i i6 RECCËIL D*ARCHÉOLOGIE ORlENtÂLEl 

par assimilalion, du tdboùt^ ou «arche des Israélites i»'. Nous sa- 
vons, par ailleurs*, que, dès le iv* siècle, la Croix était, d'ordi- 
naire, tenue enfermée dans un reliquaire d'argent doré {iocuius 
argenteus deauratus in quo est lignum sanctum cnicis). Quant au 
scellé — le sceau même du patriarche — que pour plus de sûreté, 
Ton avait apposé sur le cofiret contenant le bois de la Croix, 
l'existence nous en est formellement attestée par divers auteurs '. 



III 

J'arrive maintenant au passage qui est, do beaucoup le plus 
intéressant, celui où, vers la fin, Fauteur arabe énumëre une 
série d'endroits situés à Jérusalem, ou dans les environs immé- 
diats, en une sorte de liste qui prétend établir le nombre des 
habitants massacrés par les Perses. Il serait oiseux de s'attarder 
à discuter la question d'authenticité à propos des chitfres donnés 
par l'auteur et du mode même de computation qu'il indique. Il 
est certain que le pauvre Thomas et sa femme auraient eu fort à 
faire s'ils avaient réellement compté, et qui, plus est, enseveli, 
les 62,455 cadavres dont parle Fauteur. A elle seule, l'exagération 
du chiffre suffit pour entacher de suspicion le récit; mais ce récit 
semble reposer sur un fond historique. Il est probable que l'auteur 
aura brodé sur quelque tradition réelle. Les chroniqueurs armé- 
niens* nous apprennent, en effet, que, le massacre terminé, « Tordre 
fut donné de compter les cadavres, et qu'on trouva qu'il avait 
péri 57,000 personnes ». D'aucuns parlent seulement de 17,000 
tués et de 35,000 prisonniers, ce qui est encore un chiffre fort 

i. Peut-être vauUil mieux, du reste, comprendre que Dieu avait préservé le 
tdboût, contenant la Croix, des atteintes des Juifs, qui, on le sait, s'étaient rangés 
du côté des Perses et avaient poussé de leur mieux à Textermination des chré-* 

tiens. •* J^» a bien ce sens de « préserver de ». 

2. Pèlerinage de sainte Sylvie d^ Aquitaine j p. 07 (Palestine Pilgrims* Text 
Society). 

3. Voir les passades de Tliéodoret, d'Alexandre, de Socrate, Nicéphore et 
autres cités par M. Gouret, La Palestine sous les empereurs grecs, p. 244. 

4. Duldurier, op. cit., p. 22 J (Ttiomas Ârdzrouui et Sépéôs). 



LA PRISE DE JÉRUSALEM PAR LES PERSES EN 6l4 i47 

honnête. Il n'est pas impossible qu'un dénombrement des vic- 
times ait été réellement fait et que notre document reproduise 
tout ou partie des rôles dressés alors, avec de fortes majorations 
qui s'expliqueraient d'autant mieux si ces rôles étaient cotés en 
chiffres, ou lettres numériques grecques. Mais peu importe ; 
comme je Tai dit, ce qui fait la valeur du morceau, ce sont les 
indications topographiques qu'il contient et qui, elles, semblent 
bien avoir une base réelle. 

Nombre de ces indications ont mis en défaut la sagacité du 
traducteur. La matière mérite d'être reprise dans son ensemble. 
Aussi, je ne crois pouvoir mieux faire que de donner intégrale- 
ment le texte arabe du passage, en le traduisant à nouveau. Je 
reproduis les toponymes tels que les présente le manuscrit, sans 
y ajouter les points diacritiques, lorsqu'ils manquent. Je com- 
menterai ensuite ceux pour lesquels je m'écarte des transcriptions 
ou traductions proposées par M. Broydé. Pour plus de commodité, 
je disposerai le texte en liste, en numérotant les noms de lieux 
et en mettant vis-à-vis de chacun d'eux le nombre des cadavres 
qui auraient été recueillis; ces nombres, que j'ai rendus en chif- 
fres, sont écrits en toutes lettres dans l'original. On remar- 
quera que le total de ces nombres ne concorde pas exactement 
avec le total indiqué par l'auteur : 



tt II y avait un homme appelé Thomas qui rapporta qu'il avait 
enterré ceux qui avaient été tués et qu'il les avait comptés, lui 
et sa femme; il dit : 

7 à l'autel de Saint-Georges j ij'^j^ (SJ^ f-^ (3 * 

i8 de la Maison dEl-Amâna (?), ^îUVI j\ù jm^ 2 

250 des citernes (?), ^li-1 j*} 3 

290 de r autel de [C église de la Vierge), cJl ^x. ^. ^ 4 



148 RECUEIL o'ARCHéOLOGtE ORIENTALE 



369 de r église de Sainte-Sophie, <iy^ <^Jûi k^S ^y 5 

2H2 du couvent de Cosme et Damien, jL^^j jl^jï -/•> ^^J ^ 

70 de..., ^IH ^. j 7 

212 de la Maison de la Résurrection, <.li)l jlj ^J ^ 

38 rfw Marché, 






723 rfe la rue de Smrnqâ(?), lï^^- .jU ^^ j 10 

1 409 rfc la Maison de saint Marc, 

191 de {C ouest?) de Sion, 
2107 de la Proba tique, 
1700 de la Maison de saint Jacques, 



^sj^ J^ j'^ J-J 11 

j^-» J(^ â"J 12 

^'^'-^-rVl j.) 13 

... , „^.. , ^.^^..^ y>x-u jL. jlj ^;;. j 14 

308 du Golgotha, '^V^^ ô*^ ^^ 

8111 des Qabâïl (?), J..Li'^ ^>* ^ 16 

1708 du ou rfé»5 Bkhàroûn, j^^lic-'* v>»^ 17 

2318 ûfe la source de Siloé, O^^ Cff Ô*J 18 

24518 de Mdmila, ^.L. j^ j 19 



1202 de la ville (?) d'or (?), wJ^^JI o ju ^^^20 

4250 rfîf couvent de Saint- Jean, ^x j^ J^ fj*^ 2i 

167 rfw Gerokomion [hospice pour les 

vieillards) royal, «ilUl j^y^ ;>• J 22 

1207 rfw mo«/ rfe5 Oliviers, 0^1 j'' -?^ <>• J 23 

83 rfe5 Mtroûniyâl rfc la Résurrec- 
tion^ i^Lill jjUj^A t>*J 24 

102 du petit Marché, >lJI J^l j>«i 25 

in du grand Marché, ^-^^ J>— '^ v>»J 26 

38 rfe l'église de Saint- Sérapion, Oy^^s^ J^ ^— ^v>»^ 27 

80 de (devant?) le Golgotha, ^li^JLi-l a\j3 ^) 28 



LA PRISE DE JÉRUSALEM PAR LES PERSES EN 614 149 

6707 * des cavernes^ des citernes et des 

jardins (?), Ol^'i -'^b -^.^' Cy3 29 

221 rfw Mihrâb de David [la citadelle), ^ j*^ ^'^ ^^3 30 

265 de l'intérieur de la ville, <^.-^' J^'^ J-J 31 

1800 de l'endroit où la brèche 
avait été faite dans 
le mur d enceinte, ^}^\ <i (f-^) cfJ' ^^^l ô^}^ 

• • • 

« Le total de tout ce qui avait été tué à Jérusalem par les Perses 
se monle à 62,455 ». 

— N* i. — ^y>'j>' iSJ^ ^•^. Remarquer la forme ^jU au 
lieu de jU, « Saint ». 11 est difficile de déterminer l'identité du 

sanctuaire. Ce doit être, en tout cas. le Sanctus Georgius du De 
casis Dei*, nomenclature rédigée, à ce que Ton croit, en 808. 

Sur les divers couvents ou églises de Saint-Georges à Jérusa- 
lem, voir Tobler, Topographie von Jérusalem. I, pp. 280, 281, 372. 

— N«2. — ÂiLVI jl.>, littéralement: «la maison de la sécurité » 

« (du dépôt » ou « de la foi » ?). Le second mot nous cache peut- 
être la transcription de quelque nom propre estropié. Le premier, 
j\ù, employé ici et ailleurs (n°* 5, 8, H, 14), parait être la tra- 
duction immédiate du mot greccTxoç, au sens chrétien de « mai- 
son sainte, église. » 

— N* 3. — Ce mot, avec sa dernière lettre non ponctuée, n'est 

peut-être autre chose que ^^j pluriel de w>-, « citerne », comme 

au n° 29. Il serait téméraire, je crois, d'y vouloir chercher la 
ra66aôa, ou le LilhosIrAtos de TEvangile, nom qui semble être 
sorti de bonne heure de la tradition locale. 

1. Ou : 6907, les points diacritiques étant omis dans le mot 
?. Itinera Hierosolym. (Orient latin, I, p. 302). 



iSO RECUEIL d*argfiéologie: orientale 

— N° 4. — La lecture du nom est douteuse ; après elify lam, 
il y a deux crochets seulement, suivis d'un hé final ; au dessus 
des deux crochets il y a un point; au dessous, un groupe de 
quatre points; ce qui peut prêter à diverses combinaisons gra- 
phiques très différentes. Il est possible, néanmoins, je pense, de 
démontrer qu'il s'agit, en réalité, d'une certaine église de la 
Vierge, au sujet de laquelle nous avons, d'autre part, des rensei- 
gnements historiques précis et abondants, bien que jusqu'ici 
insuffisamment élucidés. 

Je cominencerai par établir que l'église dont parle notre docu- 
ment est identique à une autre église de Jérusalem, dont le nom, 
également très obscur, nous a été conservé par Eutychius : la 
iJl ^.-alSTlI est évident, si Ton compare cette iJI à notre <^\ 
que le nom, de quelque façon qu'on doive le lire, est le même. 
Ce qui achève de confirmer le rapprochement, c'est que, précisé- 
ment, cette église, d'après ce que nous dit Eutychius, a été, avec 
celle de Gethsemani, une des premières détruites par les enva- 
hisseurs perses*; toutes deux, ajoute-t-il, demeurent encore en 
ruines de nos jours*. Le traducteur d'Eutychius, Pococke, a 
transcrit le nom : ecclesia Eleniae^ semblant ainsi donner à croire 
que ce serait V église d'Hélène^. Mais il ne s'agit certainement 
pas d'une église àe Sainte-Hélène ^ dont le nom, au surplus, s'écrit 
tout autrement en arabe* ; encore moins d'une église de Sainte- 
Anne, comme l'ont supposé arbitrairement quelques auteurs'. 

Dans un autre passage *, Eutychius nous parle encore de cette 

4. Eutychius, Annales ^ II, p. 213 : i^uI-S^ iJU-JLI '^LmÇS ^j^ jyi U J^l 

2. Eutychius est mort en 939. 

3. Dans Tautre passage que je cite plus loin, il transcrit même, cette Tois, 
carrément : Helenae templum; et, pour celui-ci, ii corrige à \'erratum{\{y p 212, 
1. 15), Eleuiae (Eleniae) en Helenne, 

4. âîXjBb; comme l'écrit ailleurs Eutychius lui-même (Annales^ î, p. 408). 

5. Sepp, Jérusalem, I, p. 674, s'.ippuyant évidemment sur un rapprochement 
de Tob'er, Jérusalem, I, p. 428, note, rapprochement que celui-ci ne risquait, 
d'ailleurs, qu'avec plus de réserve (cf., du même. Die Siloahquellty p. 173, 
note 2). 

6. Eutychius, op. cit., II, p. 158, 



LA PRISE DE JÉRUSALEM PAR LES PERSES EN 614 151 

môme église. Pierre, patriarche de Jérusalem, avait, nous dit-il, 
envoyé saint Sabas à l'empereur Justinien, avec mission d'obtenir 
diverses faveurs, entre autres, la construction d'un hôpital 
[bîmarestân) pour les étrangers, et Tachèvement de la kenîsèt 
Elînè, dont l'édification, commencée par Elias, patriarche à Jé- 
rusalem, n'était pas terminée* — ce qui fut accordé et aussitôt 
exécuté. 

Or, si nous nous reportons aux sources grecques parallèles, 
par exemple, à la Vie de saint Sabas* , par Cyrille de Scythopolis, 
que voyons nous? Saint Ssbas, délégué par le patriache Pierre, de- 
mande à Justinien de créer à Jérusalem un hospice {nosokomeion) 
pour les pèlerins malades, et d achever la nouvelle église de la 
Vierge commencée par l'archevêque Hélias : Kai Tr;v auToôt OejjLs- 
XKoOeîcov v£av tîJç 0£oxoy.ou èxy,XT;(7av 7:po ^povo'j ùtto tou <ip/'.£TCt(7y.67:ou 
' HX{a otxoSojAfJffa'. y.at BtaxodfJLYjaat. 

Justinien, déférant au désir de Pierre et de saint Sabas, envoya 
à Jérusalem le machinarius et architecte Theodoros, pour cons- 
truire la nouvelle église de Marie, la sainte Mère de Dieu, tou- 
jours vierge : 'Exl tw TfjV v£av ctxo$o[xî]jat èxxXr^aïav Tijç oir(lx^ ©sotoxou 
xat aeiTrapOivou Map{a<; ^. 

Le travail ne dura pas moins de douze années. L'auteur décrit 
cette église qu'il appelle : y; véa hcfXr^^.oL TfJ; ^avu[xvif|Tou Ôsotoxcu — 
comme un édifice merveilleux, surpassant tous ceux dont nous 
parlent les historiens grecs. 

Le rapprochement sera considéré, je crois, comme décisif: ce 

qu'Eutychius nomme la <lll <--^^, et notre document l'église 

de <-JI, c'est incontestablement la nouvelle église de la Vierge 

de la Vie de saint Sabas, commencée par le patriarche Elias et 
achevée par l'empereur Justinien. C'est là un point historique 

1. En effet, plus haut (II, 109), Eutychius nous dit que le patriarche Elias 
(mort en 513) avait construit plusieurs églises, entre autres la 4;JI â^jiLS^ 

qu*il n'acheva pas (t^->'^ J^). 

2. § 72, Cotelerius, Monum. EccL Graec, IH, p. 343. 

3. id., ib., p. 346, 



152 RBCUKIL d'archéologie ORIENTALE 

important qui avait^ jusqu'à ce jour, échappé à rattentioa des 
historiens modernes de la Palestine. 

Cela posé, il devient, d'autre part, infiniment probable que celle 
église n'est autre chose que la fameuse basilique de la Vierge, 
qui, au dire de Procope*, fut élevée à Jérusalem sur Tordre de 
Justinien, et dont l'historien byzantin nous a laissé une descrip- 
tion très détaillée, objet de tant de controverses parmi les ar- 
chéologues. Procope nous dit expressément que ce sanctuaire 
incomparable était appelé communément, par les habitants, la 
« nouvelle église » (véav £xy,Xr|(j{av xoivcDatv cl àxt^aipiot) — ce qui, 
comme on le voit, est absolument d'accord avec rexpréssion 
dont se sert chaque fois Tauteur de la Vie de saint Sabas pour 
désigner l'église de la Vierge que je propose d'identifier avec 
celle-ci. 

Ce nom caractéristique de Jioiivelle église semble avoir sur- 
vécu longtemps encore, car le traité De casis Dei^ rédigé au com- 
mencement du IX® siècle, dit en propres termes : « in Sancta Maria 
nova, quam Justinianusimperator exstruxit, XII »". Ce document 
dislingue nettement ce sanctuaire de la Vierge, Sainte- Marie-la- 
Neuve, construit par Justinien, de deux autres sanctuaires hié- 
rosolymitains placés sous le même vocable : 

i"* La Sainte-Marie, marquant remplacement où la Vierge 
serait née, dans la Probatique (« in Sancta Maria, ubi nala fuit 
in Probatica, V »). 

i** L'église, sise à Gethsemani, dans la vallée de Josaphat, 
marquant le lieu de la sépulture de la Vierge (« in valle Josaphat, 
in villa que dicitur Gelhsemane, ubi sancta Maria sepulta fuit, 
ubi sepulcrum ejus est venerabile »). 

Celte indication précise nous permet à son tour de nous re- 
connaître exactement au milieu des trois sanctuaires de la Vierge 
dont la relation dWntonin le Marlyr* mentionne, en 570, la 

1. Procope, De aedificiis Justinianit V, G. Voir à ce sujet les diverses théories 
soutenues par Williams, Robinson, Tobler, Fergusson, Sepp, de Vogué, etc. 

2. îtinera Hierosolym, (Orient latin, I, p. 302). 

3. Id.,î6., p. 100, XVII. 



LA PRISE DE JÉRUSALEM PAR LES PERSES EN 614 153 

coexistence à Jérusalem, et que la critique moderne a trop sou- 
vent confondus : 

l** La Sainle-Marie de Gethsemani (« basilica Sancle Marie... 
in qua monstratur sepulcrum... »). 

2** La Sainte-Marie de la Probatique (« ad piscinam natatoriam, 
que quinque porlicus habet, et in una earum est basilica Sancte 
Marie, in qua multe fiunt virtutes »). 

3° La Sainte-Marie qu'Antonin le Martyr trouve, en venant de 
Sion, avec son nombreux personnel de moines, ses hospices pour 
héberger les pèlerins hommes et femmes, — hospices où il fut 
lui-même reçu — el son hôpital pour les malades (« de Sion veni- 
musinbasilicam Sancte Marie, ubi est congregatio magna mona- 
chorum, ubi sunt el xenodochia virorum ac mulierum; susceplus 
peregrinus sum; mense innumerabiles, lecti aegrotorum sunt 
amplius tria miilia »). 

Cette dernière basilique de Sainte-Marie est, à n'en pas douter, 
celle qui venait d'être conslruile par Justinien quelques années 
auparavant. Ce qui, à mon avis, achève de rétablir, c'est que, ainsi 
que nous Tapprend Procope, Justinien avait justement fondé, 
comme annexes au sanctuaire, un hospice pour les pèlerins et 
un hôpital pour les pauvres. L'on se souvient, d'autre part, que 
saint Sabas avait demandé à Justinien de faire construire à la fois 
un hôpital pour les pèlerins et la grande basilique de la Vierge. 

Somme toute, il résulte de celte série de rapprochements que 
la basilique de la Vierge, édifiée par Justinien, dont parle Pro- 
cope avec tant d'admiration, est identique au sanctuaire de ÂjJI 
de notre document. Bien que cette donnée y introduise un élément 
nouveau, ce n'est pas ici le lieu d'examiner la question fort dé- 
battue, comme Ton sait, de remplacement réel de cette basilique. 
Je me bornerai à dire un mot touchant l'origine possible de cette 
dénomination arabe si obscure. En rapprochant et en combinant 

les formes, assurément congénères, cHet<.lJl*, fournies res- 

1 . Cette dernière forme, avec les réserves paléographiques que j'ai formulées 
plus haut. 



154 RECUEIL d'archéologie ORIENTALE 

poclivement par Eutychîus et notre document, je me demande 
si ces formes ne nous cacheraient pas une transcription du grec 
V) Néa, la Neuve y qui, d'après le témoignage de Procope, con- 
firmé par la Vie de saint Sabas et par le traité De casis Dei^ 
semble avoir été le nom spécifique et populaire de la grande ba- 
silique de Juslinien'. La forme normale serait peut-être alors 
à rétablir en <^\ ou i-UH, en-neia^ en-neiija, ou même en-nëa^ 
avec un son mouillé entre e et a, paraissant impliquer une pro- 
nonciation vulgaire neia pour v£a, dont on peut admettre l'exis- 
tence •, même sans aller invoquer Tinfluence, peu vraisemblable; 
des formes ioniennes. A la rigueur, on pourrait même supposer 
^1, qui serait une transcription très fidèle de via, avec un yé 
hamzé rendant l'hiatus des deux voyelles. Quant à Valpha final 
représenté par le hé, notre document môme nous en fournit un 
exemple certain et tout à fait topique (voir le numéro suivant) : 

<ij-» (et non ^y^) = I^ooix, 

— N** 5. — V>^ <^^-xâH iLjp , « L'église de Sainte-Sophie ». 
— C'est la basilique qui est mentionnée dans plusieurs relations 
de pèlerinages du vi'^ siècle*, et qui passait pour être élevée 
sur l'emplacement du Prétoire, ou « maison de Pilate ». Peut- 
être même figure-t-elle dans un fragment d'inscription grecque, 
sommairement reproduit dans le recueil de Waddington(n* 1903) 
et dont j'ai pris une meilleure copie en 1869. 

— N° 6. — jL.^, que M. Broydé a transcrit Kesman (?), est à 

corriger en jL.Jï, ou plutôt, fj'^^\ issu de la forme vulgaire 
Kcïfxa? pour KociJ.a;. Le traité De casis Dei^ mentionne, vers 808, 

1. Je saurais dire, n'ayant pas le texte original à ma disposition, si le monas- 
tère de Neas, dont parle saint Grégoire le Grand (ap. Couret, La Palestine^ 
p. 214, n. 7), a quelque rapport avec la èxx>.r,«Tta via de Justinien. 

2. Cf. VEtéxaTo;, à côté de vîwTaTo;. 

3. Brcviarius de Hierosolyma (Itinera de TOrient latin, vol. I, p. 59) : « ba- 
silica grandis... et voo.atur Sancta Sophia, » — Theodosius, § 7 : ecclesia Sancte 
Sophie. — Antonin le Martyr, § 23 : basilica Sancte Sophie. 

4. Cr. fjmlt^ jU, dans Eutychius, Annales, vol. II, p. 513. 

5. Itinera Hierosof,, p. 302. 



LA PRISE DE JÉRUSALEM PAR LES PERSES EN 614 i 5o 

l'existence à Jérusalem d'un sanctuaire consacré aux deux saints, 
patrons des médecins : « in Sancto Cosma et Damiano, ubi nati 
fuerunt, III, et ubi medicabant, presbyter I ». Ce doit être le 
même que celui dont parle Moschus, dans son Pratum spirituale^ : 
e'.; Tov Tf'.o'f Ko(j[i.av xal Aa(x'.av9v. Il est encore question, à Tépoque 
des Croisades, d'une église de Saint-Cosme à Jérusalem *. Comme 
Ton sait, les saints Cosme etDamien sont associés dans le culte, 
et en plusieurs endroits s'élevaient des églises placées sous leur 
vocable commun. 

— N* 7. — M. Broydé a lu wJ-JI, « la Croix », mais il n'y 

a pas de sâd; le groupe des lettres est très douteux; la quatrième 

peut être un Arî/au lieu d'un Idm; «--1^1, '< Técole », est peu 
probable. 

— N° 8. — Pour j\ù, voyez, plus haut, l'observation relative au 

n* 2. i^Lill j\ù = oh.oq tf^q 'Ava^xacsto^ ; c'est proprement ce que 

nous appelons 1' « église du Saint-Sépulcre ». 

— N** 10. — Je ne vois pas le nom qui se cache sous cette 
forme, probablement quelque transcription, plus ou moins défi- 
gurée, d'un nom grec. La première lettre n'est pas nécessaire- 
ment un ^m; le complexe peut se résoudre en deux crochets qui, 
avec le jeu des points diacritiques, donneraient toute espèce de 
combinaison de lettres. 

Serait-ce, par hasard, une transcription du nom de Véronique 
(Bepovtxi^^, Vironice, Vironica, Veronica, Beronica)? Il faudrait 

admettre, alors, une graphie primitive li'^, ou li'jjy.Il est vrai 

que la localisation à Jérusalem de la légende de sainte Véro- 
nique est tardive. Tobler {op, cit., I, p. 251) dit que la maison 
de sainte Véronique est mentionnée pour la première fois en 
1449, dans les relations de pèlerinage. 

— N** H. — Il est difficile d'affirmer que cette église de Saint- 
Marc réponde au ^s/^ j^ actuel, où se trouve le couvent syrien, 

1. M igné, Patrologie grecque, vol. LXXXVII, § 127 (à deux reprises). 

2, Paoii, I, 236 : Guido de S. Çosma de domibus... juxta S. Cosmam, 



156 RECUEIL D^ARCBÉOLOGIE ORIENTALE 

les témoignages historiques relativement à ce dernier établisse* 
ment ne dépassant guère le xv« siècle*. 

— NM2. — M. Broydé a Ju J^^, « du côté occidental de Sien »; 
on peut conserver encore quelques doutes à cet égard. 

— N* 13. — Au lieu de Tincompréhensible El-lbrounatik 
(Broydé), il faut lire tout simplement: ^\^jyy el-IbroùbâttMy 
transcription rigoureusement exacte de npo6aTtxT^, La Proba- 
tique. Cette appellation évangélique du sanctuaire devenu plus 
tard celui de Sainte- Anne, par suite d'une curieuse déviation de 
la légende que j*ai expliquée autrefois, était encore parfaitement 
connue à l'époque de Sophronios, qui s'en sert dans une de ses 
odes*. 

— ]N° 14. — « La maison de Saint-Jacques ». — Peut-être 
est-ce Téglise de Saint-Jacques, au couvent arménien actuel, 
bien que ce sanctuaire n'apparaisse guère dans les descriptions 
avant le xi® siècle. Je trouve cependant mention d'un monastère 
ou d'une église sous ce vocable [in Sancto Jacobo), dans le traité 
De casis Dei*, rédigé vers Tan 808. Théodosius* parle aussi d'un 
lieu situé près de la ville (au sud du Haram) et appelé Sanctus 
Jacobiis; mais il ne dit pas qu'il y eût là une église. 

— N** 16. — Malgré sa forme d'apparence arabe, ce nom doit 
être, lui aussi, quelque transcription. On pourrait être tenté de lire 
J^'Li = ca7nj)anile\ mais la mention du « beffroi » de l'église du 

Saint-Sépulcre aurait pour effet de faire abaisser la date de la 
rédaction du morceau à Tépoque des Croisades, ce beffroi, qui 
répond à des usages tout à fait occidentaux, n'ayant été construit 
qu'au XII® siècle. 

1. Théodosius (Itinera, etc., I, p. 65), au vi* siècle, place la « maison de 
saint Marc révanpélisle » à Sainte-Sion. 

2. Migne, Patrol. gr., t. LXXXVll, p. 3822 (cf. saint Jeîn Damascène). 
Cette ode est d'un rare intérêt, car elle nous montre en voie de formation la lé- 
gende qui, jouant sijr les mots, a tiré de litthesda « la maison de giûce'», le 
Beît Hannd des Arabes, avec le double sens de « maison de giûce » et « maison 
d'Anne » (même signification). 

3. Itinera »» etc., 1, p. 302. 

4. Id., i6., p. 65. 



LA PRISE DE JÉRUSALEM PAK LES PERSES EN 614 157 

— N° 17. — ji^l>JI est peut-être la transcription de quelque 
mot grec (terminé en ov, ou wv?). 

— N" 18. — « La Source de Consolation ». — C'est tout sim- 
plement la Source de Siloé, avec son nom arabe correctement 
écrit : 'Ain Seloiiân, 

— N* 19. — « Namila »; corrigez : Màmiia, ÂI^L»; c'est le nom 
de la piscine de Mamilla, dont j'ai parlé longuement plus haut^ 
et où avaient été entassés les prisonniers. Il est à remarquer que 
c'est le lieu qui fournit le plus fort contingent de morts (24,518 !). 

— N® 20. — J*ai vainement cherché ce que pouvait être « la 
ville d'or ». Il parait difficile de songer à la Porte Dorée^ déno- 
mination fautive qui ne s'est établie que sur le tard, vraisembla- 
blement par le fait des Croisés [porta speciosa^ FIuXyj 'ûpa(a, 
portes Oires)» Les deux mots du manuscrit sont peut-être deux 
graphies altérées. Serait-il question de quelque église consacrée 
à saint Jean Chrysostomet 

— N» 21. — Il y avait plusieurs églises et couvents de Saint- 
Jean^ à Jérusalem, et nous n'avons que l'embarras du choix. Ce 
sanctuaire est peut-être celui dont parle le De casis Dei* en ces 
termes : « in Sancto Johanne, ubi natus fuit ». 

— N**22. — « De Hercanîen-le-Roi »(?). — La lecture que je pro- 
pose de substituer à celle-là : « du djerokômiôn du roi », me 
parait être indiscutable. Le mot arabe, très exactement ponctué, 
d'ailleurs, j^y^^, n'est autre chose qu'une transcription fidèle 
du grec x^po^o^^iXo^t « hospice de vieillards ». C'est peut-être le 
même établissement dont il est question, en 531, dans la Vie de 
Jean le Silencieux par Cyrille le moine : <( Yenit (saint Jean) 
Hierosolymam et mansit in primo sanctae civitatis gerocernio^ in 
quo estoratoriumS. Martyris Georgii*. » Je considère gerocernio 

1. Le (c Saint-Joh » de la traductioa de M. Broydé est, apparemment, le ré- 
sultai d*une faute d'impression. 

2. Itinera, etc., vol. I, p. 302. 

3. Bollandistes, Acta sanct, 13 mai, III, p. 233. Je n*ai sous les yeux que la 
citation du texte dans les Contributions towards an index bearing upon the to^ 
pography of Jérusalem (p. 30), de M. B. M'Grigor. 



158 KECU£1L D*ARGHÉOLOGIl!: OHIËNTALË 

comme une mauvaise lecture foiir gerocomio.En 1868, j'ai copié 
et estampé une inscription grecque, encastrée à l'envers dans le 
mur nord de la ville, près de la porte Bâb ez-Zâhirè et conte- 
nant la dédicace d'un vepoxo[j.eiov {sic) qui doit être différent du 
nôtre; c'est un hospice de femmes, fondée sous l'invocation de la 
Vierge, par Jean et Veriné de Constantinople. 

Le gerokomion de notre document arabe, étant qualifié de ge^ 
rokomion du roi », doit être un établissement fondé par quelque 
empereur de Byzance. Est-ce un des hospices de Justinien^? ou 
bien fait-il partie des gerokomia, des ptochia et des monasteria 
construits par l'impératrice Eudocie*? 

— N^ 24. — M. Broydé a omis ce passage. Qu'est-ce que peuvent 

être les ol-'jj^ de la Résurrection? Il s'agit, vraisemblable- 
ment, d'une dépendance de l'église du Saint-Sépulcre. Serait-ce 
une transcription altérée de MapTypicv ? Peut-être au pluriel : « les 
chapelles »? L'on sait qu'on appelait proprement le Martyrion 
l'un des trois édifices dont l'ensemble constituait le sanctuaire : 
VAnastasis^ ou église de la Résurrection proprement dite, avecle 
Saint-Sépulcre; le Calvaire ou Golgotha, et le Martyrion^ ou ba- 
silique de Constantin, comprenant le lieu de l'Invention de la 
Croix. Le document nous a déjà parlé de la Qiâmé ou Anastasis 
et de XdiDjoiddjoulé ou Golgotha. Nous pourrions donc avoir ici 
le Martyrion^ qui compléterait l'ensemble. La distinction entre 
les trois édifices ainsi dénommés est déjà faite nettement par 
Eucherius (§ IV), vers 440. — Cf. Arculfe (§ VII) : u basilica... 
a regc Constantino constructa, que et martyrium appel latur ». 
De même, Bôdo (§ II). 

Le Pèlerinage de sainte Sylvie, dont la date est fixée vers 385, 
parle expressément du Martyriimi qui est considéré pourtant 
comme faisant partie du Golgotha (éd. Gamurrini, p. 63 eipassim)*, 

1. Procope, De aedificiis, V, 6. 

2. Vie de saint Euthyme, éd. Colelerius, Mon, EcxL Gr., vol. III, p. 282. 

3. Celte dernière relation, d'un si grand intérêt, est j^'énéraleraent attribuée à 
sainte Sylvie d'Aquitaine. L'attribution est-elle certaine? Est-ce que ce ne pour* 
rail pas être, par hasarJ, la relation détaillée du pèlerinage de sainte Paule, 



La pkise de Jérusalem t»AR li:s perses en 614 159 

— N°* 25 et 26. — Le petit et le grand Marché. — L'auleur a 
déjà parlé plus haut (n^* 9) du « Marché », tout court. Cela ferait 
donc trois Marchés distincts. Tel était bien, en effet, le nombre 
des Marchés de la Jérusalem byzantine à Tépoque de la conquête 
arabe, d'après une vieille et curieuse tradition que nous a con- 
servée Moudjîr ed-Dîn *. 

— N° 27. — « Eglise de Saint-Séraphin ». — Le manuscrit 
porte en toutes lettres : Serabioûn, c'est-à-dire Serapion, Je n'ai 
trouvé nulle part ailleurs mention d'une église de Jérusalem 
placée sous le vocable de Saint-Sérapion. Peut-être est-ce une 
mauvaise graphie de copiste, et, au lieu d'un 5m initial, doit-on 
restituer deux crochets représentant deux lettres à points; les 
combinaisons que j'ai tentées dans ce sens ne m'ont rien donné 
de satisfaisant. La Vie de Pierre l'Ibère » nous parle d'un couvent 
fondé à Jérusalem par saint Passarion; d^}j^ serait-il une in- 
terversion de djiJ^. ? 

— N° 28. — A la rigueur, on pourrait lire i^ï ; mais le mot ou 
le nom serait difficilement explicable. Il vaut mieux, il semble, 
lire, avec M. Broydé, fl-vî , et comprendre « devant le Gol- 
gotha » ; ce serait peut-être la place ou le parvis qui s'étend de- 
vant Téglise du Saint-Sépulcre. 

— N** 29. — Le second mot n'est pas JL>-I, comme semble 
avoir lu M. Broydé, à en juger par sa traduction (« montagnes ») ; 
mais bien ^^\ (cf. plus haut, len** 3). cr^> si c'est bien le mot 
signifiant « jardins », doit être considéré comme un pluriel de 

pluriel (jL^, il:^). 

— N** 30. — a La ruine de David ». — M. Broydé a lu et traduit 
comme s'il y avait ^^^ (forme qui, d'ailleurs, n'existe pas en 

qui a eu lieu sensiblement à la môme époque et que nous ne connaissions jusqu'ici 
que par la notice très succincte de saint Jérôme? ou bien celui de Marcella? 

1. Elouns el'djelil, édit. du Caire, p. 401. Il ajoute que ces trois Marchés 
sont de construction byzantine (min bind er^Roùni). 

2. Raabe, Petrus der Itérer, p. 33 sq. (cf. Chabot, Revue de l'Orient latin, 
1895, p. 372). 



i60 RECUEIL D*ARCHÉOLOGIE ORIENTALE 

arabe). C'est, en réalité, le mot mihrâb, <c oratoire ». Le Mihrâb 
de David, à Jérusalem, est bien connu par les sources * et la tradi- 
tion arabes ; c'est ce qu'on appelle encore aujourd'hui la Tour de 
David, ou la Qal'a, « la forteresse », à droite, quand on entre 
par la porte de Jaiïa. 

— N** 32. — (( De l'endroit où se trouve la muraille ». — Cela 
ne voudrait rien dire, la muraille faisant naturellement tout le 
tour de la ville. Le texte a là, en réalité, le mot f-», « a été dé- 
truite » ; le copiste, ayant mal écrit ce mot, l'a biffé et récrit cor- 
rectement en marge. Il s'agit du point où la brèche avait été 
faite par les assiégeants, au moyen de la mine, comme je Tai 
expliqué en détail plus haut (p. 138). Dans un autre passage 
(p. 36 de la traduction), l'auteur a, d'ailleurs, dit expressément, 
que les Perses Sivaieni pratiqué ia brèche avec leurs machines de 
guerre dans le mur de la Ville sainte, et il se sert du même mot : 

OjJLl ia)U- I^JL^ 

Dans cette longue liste de sanctuaires, il en est deux dont on 
est surpris de ne pas trouver mention. C'est, d'abord, l'impor- 
tante église de Gethsemani, qu'Eutychius dit formellement 
avoir été détruite par les envahisseurs perses. C'est, ensuite, 
la grande basilique de Saint-Étienne, construite, en 460, par 
l'impératrice Eudocie, femme de Théodose, aux portes de Jéru- 
salem. Elle était, à raison de sa position même, exposée aux pre- 
miers coups des Perses, et il est probable qu'elle n'échappa pas 
à la destruction et au carnage. Peut-être les noms de ces deux 
églises se cachent-ils sous quelques-uns de ceux qui ont été défi- 
gurés dans le document arabe et dont je n'ai pas réussi à rétablir 
la forme primitive *. 

1. Voir, par exemple, Eutychius, Annales, vol. I, p. 354. 

2. Par exemple, il ne serait pas impossible que le n^ 3 fût une déformation 

de IL*U«JL-I, Gethsemanii étant donné surtout le passage d'Eutychius, qui men- 
tionne côle à côte Téglise de Gelhsemani et celle de la Vierge (iUl z= 4JJI 
n° 4 de notre document). Pour la basilique de Saint-Étienne, on pourrait songer 
au no 2 (âîU^I jb). Mais ce sont là de pures hypothèses. 



CARTE DE LA PALESTINE d'aPRÈS LA MOSAÏQUE DE MADEBA ^&^ 



§48. 

La carte de la Palestine d'après la mosaïque 

de Mftdeba. 

I 

Dans la séance de TÂcadémie du 12 mars 1897, M. Héron de 
Villefosse a donné communication d'une première note du P. La- 
grange relative à la découverte de ce monument jusqu'ici sans 
analogue. Dans cette même séance, j'ai donné lecture de divers 
passages d'une lettre en date du 2 mars, que m'avait adressée à 
ce sujet le P. Paul de Saint-Aignan, de la Gustodie franciscaine 
de Jérusalem, et qui contient des renseignements intéressants 
sur cette découverte et les mesures prises pour en faire profiter 
la science. Je crois utile de reproduire ici ces passages : 

... Vous aurez sans doute eu connaissance delà découverte faite en décembre 
à Madaba, — une mosaïque du v* siècle représentant la Palestine et TÉgypte 
chrétiennes. — L'auteur de la découverte, le P. Cléopas, bibliothécaire du patriar- 
cat grec, nous a remis sa description, incomplète, il est vrai, sur certains points, 
mais assez détaillée. Notre imprimerie est pour en commencer la publication; 
jen ai déjà commencé la rédaction en français, je vous renverrai manuscrite 
dès que je l'aurai terminée. 

Mais le point capital, ce me semble, est le relevé exact des fragments de cette 
carte, car malheureusement la mosaïque est bien mutilée. Sur Tordre du patriar- 
che grec, M. George Arvanitaki, membre delà Société astronomique de France, 
géomètre du patriarcat, est allé à Madaba. La carte n'était pas mise au net que 
le patriarche mourut; le pauvre géomètre se voit ainsi sur le point de perdre le 
fruit de son travail. Nous Tavons encouragé, et, le 5 de ce mois, il nous pré- 
sentera la carte de Madaba en i2 feuilles de 0"*,50de côté. J'ai déjà sa parole, 
et, à moins d'accidents imprévus, cette carte partira à votre adresse par le pro- 
chain courrier, 9 mars. 

Il importerait, je crois, que ce document fût publié en photolithographie le 
plus tôt possible, pour donner une idée complète de ce document de premier 
ordre sur la tradition biblico-évangélique. 

En effet, les tribus d'Israël sont indiquées avec leurs limites respectives, leurs 
villes principales, les faits bibliques ou évangéliques rappelés d'un mot; les 
parties principales de la prophétie de Jacob sont indiquées avec des variantes 
sur le texte reçu {Genèse, xlix, 25; Deutéron., xxiiii). La division adminis- 



I KlCDllL p'ARCHtOLOQIB ORilWTALB H. AVRIL 1897. LlVHAlSON 11. 



162 RECUEIL d'archéologie ORIENTALE 

trative du v^ siècle s'y trouve aussi; quelques noms de villes inconnues jus- 
qu'ici. 

En dehors de Tinlérét purement historique et géographique, ]*archéoIogie 
trouvera dans celte mosaïque un document intéressant. Chaque ville ou sanc- 
tuaire est représenté par un monument ou un édifice. Jérusalem, Naplouse, 
Gaza sont entourées de murs : les portes principales s'y reconnaissent ; les 
édifîces donnent l'aspect extérieur de ces villes. 

Au point de vue artistique, les ouvriers ont eu à vaincre des difficultés 
énormes pour rendre le relief du terrain : montagnes, plaines, vallées, fleuves, 
torrents, mers, routes, etc. 

Sans doute, il ne faut pas chercher Texactitude mathématique dans les dis- 
tances entre ces villes ou dans leur situation réciproque ; mais l'idée générale 
des directions est donnée d'une manière satisfaisante. C'est, par le fait, un des 
documents les plus curieux et les plus importants dans les questions palesti- 
niennes. 

La carte, que je voudrais pouvoir vous envoyer par le prochain courrier, a le 
grand avantage de présenter toutes les garanties d'exactitude désirables, puis* 
qu'elle est faite pour un homme de profession et qu'elle contient tous les détails 
soit dans le tracé, soit dans le coloris. Sous le rapport épigraphique, M. Anra- 
nitaki possède sa langue à merveille, ce qui est encore à considérer quaud il 
s'agit de relever les abréviations et les copulations. 

En attendant l'envoi du document annoncé par le P. Paul de 
Saint-Âignan, j'ai cru devoir présenter à TAcadémie, au sujet 
de cette découverte, quelques observations dont voici le résumé. 

La vieille ville moabite de Medaba, ou Mâdeba, située de 
Tautre côté de la mer Morte, entre Hesbân et Dhibftn, les Hes- 
bon et Dibon antiques, semble avoir été, à Tépoque byzantine, 
un centre chrétien très florissant. Elle était le siège d'un des 
évéchés d'Arabie. On y avait déjà relevé les restes de plusieurs 
impoitantes églises et basiliques, des inscriptions chrétiennes, 
et aussi des fragments de magnitiques pavements de mosaïques^ 
Quelques-uns de ces fragments me semblent même avoir fait 
partie de notre grande mosaïque géographique et pouvaient en 
faire présager la découverte, si j'en juge par la nature des épi- 
graphes qui y sont inscrites ; sur Tun de ces fragments on lit, 

1. Revue biblique, 1892, p. 639; 1895, p. 588, 1896, p. 263; Palestine Explo- 
ration Fund, Statement, 1895, p. 206; Zeitschr, der deutsch, Palaestina- Vereins, 
1895, p. 113; id., MittheU. und Nachr., 1895, p. 65, 72; 1896, p. 1, 42, 47; 
Byzantin. Zeitschr. ^ IV, 2, p. 345. 



CARTE DE LA PALESTINE DIAPRÉS LA MOSAÏQUE DE MADEBA 163 

en elîel, les mots : ZaôouXwv xapà[Xtoî xaToi]xT^<7ei...xal TrapaieveT ï[iù^ 
SiSwvoç], qui sont visiblement empruntés à la version des Sep- 
tante (Genèse, xlix^ 13 : Bénédictions de Jacob) ; à côté était 
représenté un navire, dans lequel on avait voulu reconnaître la 
« barque de saint Pierre», à qui Téglise aurait été dédiée ; c'est, 
évidemment, ici une simple indication schématique de la mer. 
Sur un autre fragment apparaît le nom de la ville maritime de 
Sarephtha* qui est étroitement associée à Sidon dans la Bible 
(Septante, III Rois, xvii, 9 : Sapexra t5Jç StSwviaç). 

Je ne sais encore sur quelles données s'appuie Topinion rela> 
tée par mon correspondant et attribuant au v« siècle Texécution de 
la mosaïque géographique. Il convient d'attendre sur ce point 
de plus amples renseignements. Tout ce que je puis dire, c'est 
que, parmi les fragments de mosaïque antérieurement décou- 
verts à Màdeba, il y a une grande inscription byzantine relative 
à une basilique consacrée à la Vierge. La dédicace est datée ; 
malheureusement, les lettres numériques constituant la date 
sont d'une lecture douteuse, et il est possible que cette date 
nous fasse descendre au vi« et même au vu» siècle '. Si, ce qui 
n est pas invraisemblable, Texécution de la mosaïque géogra- 
phique est contemporaine de celle-ci, il y aurait là une indica- 
tion chronologique dont on devra tenir compte. 



II 

Le P. Paul de Sainl-Âignan m'a écrit, à la date du 9 mars, 
une nouvelle lettre, dont j'ai également donné communication à 

1. Voir, sur ce point, mes Études cTArchéol. orient. y vol. II, § 1, p. 18, note 4. 
L'origine géographique delà mosaïque étant aujourd'hui établie, l'interprélatioa 
de la légende par SâpeçOa, Maxpà Kcolpnf)], que j'avais mise en avant, non sans 
hésitation, prend une nouvelle force; et il se peut fort bien, en effet, que 
Sarephtha ait porté au v« siècle le nom de « Long- Village »; la- leçon maté- 
rielle du texte syriaque de la Vie de Pierre Vlbère serait, dès lors, à maintenir, 
en môme temps que Tidentification géographique proposée par moi. 

2. Voir, à ce sujet, le présent volume, p. 52, § 24 : La mosaïque de Medaba, 



I6i RECUEIL D*ARCUÉ0L0G1E ORIENTALE 

l'Académie dans sa séance du 26 mars^ et dont je crois utile de 
reproduire les extraits suivants : 

Ma lettre du 2 mare vous annonçait la carte exacte des fragments de Madaba. 
Le patriarcat grec vient de réclamer cette carte ; je ne puis donc yous envoyer 
que les clichés, remettant l'envoi de la copie de la carte au courrier suivant, 
le 16. Toutefois, les clichés que je vous transmets suppléeront jusque-là facile- 
ment pour l'étude de ce document vraiment curieux. 

Malgré toutes les précautions que j*ai prises, il se peut qu*il y ait une petite 
déformation des lignes causée par les trépidations de l'appareil, ce qui empêche 
le raccord parfait. Mais les plaques — ortho-chromatiques Lumière — rendent 
assez bien la gamme des nuances. 

Les légendes sont noires sur blanc, et rouges sur vert, jaune ou noir. Par- 
tout où une ou plusieurs lettres manquent, la dislance a été reproduite mathé- 
matiquement. 

Voici donc la vraie genèse de cette découverte. 

Il y a treize ans, le patriarche grec de Jérusalem, Ms^ Nicodémos, recevait 
une lettre d'un de ses moines établis au delà du Jourdain. Il disait qu'à Madaba, 
il y avait une grande et belle mosaïque couverte de noms de villes telles que 
Jérusalem, Gaza, Nicopolis, Néapolis, etc., et demandait des instructions à ce 
sujet. Le patriarche ne répondit rien : plus tard il fut exilé à Constantinopie 
et Mb' Gérasimos établi à sa place. Ce dernier retrouve la lettre du moine de 
Madaba en 1890; il soupçonne une découverte archéologique importante et 
envoie aussitôt un maître maçon décoré du titre d'architecte avec ordre, si la 
mosaïque est belle, de la faire entrer dans l'église que Ton devait construire à 
Madaba pour les besoins de la population grecque. 

Hélas! les désirs de Mgr Gérasimos ont été bien mal compris! La mosaïque 
presque complète jusqu'alors — quatre moines font attesté, — a été brisée 
en partie pour asseoir les fondements de l'église, de la sacristie, des dépendances 
de la mission... L'église elle-même a été construite sans symétrie par rapport 
à la primitive. La bordure ornée de sujets bibliques se trouve maintenant au 
dehors. Dieu sait ce que les ouvriers ont détruit, quand on voit sur le plan de 
Téglise qu'ils ont brisé la mosaïque pour établir un pilastre ! — Le mal est 
fait. L'architecte est revenu disant que la mosaïque ne méritait pas l'importance 
qu'on lui attribuait. 

En décembre dernier, le P. Cléopas, bibliothécaire du patriarcat grec, allait 
à Jéricho passer quelques jours. M^' Gérasimos, toujours préoccupé de cette 
mosaïque, l'engage à poursuivre jusqu'à Madaba. Ce bibliothécaire est intelligent, 
studieux, ami des antiquités : on pouvait s'en rapporter à son jugement. Il 
revient au commencement de janvier, rapportant une esquisse de la carte et des 
notes qui s'impriment actuellement chez nous. 

M*' Gérasimos, bien renseigné cette fois, envoie M. Arvanilaki relever le 
plan de la carte. Vous savez le reste. 

Pour compléter ces détails je n'ai plus qu'à vous faire parvenir par le prochain 
courrier la copie de cette carie dont je puis garantir la scrupuleuse exactitude... 



CARTE DE LA PALESTINE d'aPRÈS LA MOSAÏQITK DE MADKBA 165 

Les neuf négatifs dont le P. Paul de Saint- Aignan m'annon- 
çait Tenvoi ont été malheureusement brisés pendant le transport. 
J'ai pu, néanmoins, en faire tirer des épreuves telles quelles, que 
j*ai placées sous les yeux de l'Académie en les accompagnant de 
quelques explications. J*ai informé aussi par télégramme le 
P. Paul de Saint-Aignan de Taccident arrivé aux clichés, et celui- 
ci m'a répondu qu'il m'enverrait par le prochain courrier de 
nouveaux documents qui permettraient de réparer le mal. 



III 



Sur ces entrefaites, le P. Lagrange a fait paraître^ sur notre 
mosaïque, une courte brochure \ accompagnée d'un croquis con- 
sciencieux levé par le P. Vincent. Ce commentaire, malgré la 
sobriété qui s'imposait, contient l'essentiel et fait honneur à 
l'érudition de son auteur. Sans prétendre en faire une étude 
approfondie, et, me réservant d'y revenir à l'occasion, je me 
permettrai de présenter dès maintenant quelques observations 
sommaires sur certains points qui ont été laissés un peu dans 
l'ombre. 

Il est à remarquer que l'orientation des églises figurées dans 
chaque localité qui en possédait est pleinement d'accord avec 
celle de la carte ; celle-ci étant orientée à l'est, toutes les églises 
sont posées de trois-quarts de façon à présenter aux regards leur 
façade occidentale, leur abside invisible étant censée tournée 
vers l'est (en fait vers le sud-est, par suite d'une convention im- 
posée par cette disposition). Il n'y a d'exception que pour un 
édifice remarquable de Jérusalem, dans lequel il est bien tentant 
de reconnaître une figuration du sanctuaire du Saint-Sépulcre. 

Pour se guider dans l'enchevêtrement des légendes et des 

1 . La mosaïque géographique de Madaba, par les BH. PP. Kléopas et La- 
grange (lirage & part anticipé de la Revue biblique, i*' avril 1897). 



166 RECUEIL D*ARCHÉOLOGrE ORIENTALE 

lieux figurés, il faut tenir compte de ce principe général que les 
noms géographiques sont systématiquement inscrits au-dessus 
des localités, grandes ou petites, auxquelles elles se rapportent; 
seuls, les textes explicatifs, quand il y en a, peuvent être dis- 
posés au dessous et à côté. 

— La position donnée & KOP€OTC, sur le bord du Jourdain, 
établit définitivement l'identité de la Kopsat de Josèphe avec 
Kerâoua, en faveur de laquelle j'avais apporté de nouveaux argu- 
ments, et porte le coup de grâce à l'ancienne hypothèse qui pro- 
posait KarioîU, en plein massif montagneux. 

— Le pont, ou la passerelle en bois (peut-être avec un bac), 
qui traverse le Jourdain, en aval de Koreous, doit correspondre 
à peu près à l'emplacement du vieux pont arabe de Dàmié. Le 
petit massif détaché, représenté tout près, à l'ouest, est proba- 
blement le Kretn Sartaba. 

— [... ANA... doit être probablement restitué plutôt en [0]a- 
va[ôa], qu'en [0]ava, car, après le second alpha, il y a place encore 
pour deux lettres; cette forme serre de plus près la forme hé- 
braïque originale : Taanat. 

— [AK]PABITT[INH], au lieu de 'AxpaSarcivY;, correspond exac- 
tement à la forme samaritaine Akrabit (nmpy). 

— GEPACniC répondrait assez bien, pour le nom et pour la po- 
sition, aux ruines de Deîr 'Asfiriy au sud-ouest et non loin de Ka- 
lansaoué. L'on sait que le mot arabe delr est un emprunt d'origine 
araméenne; par conséquent, il n'y aurait pas lieu d'être surpris 
de le voir employé dans la toponymie syrienne antérieurement à 
la conquête arabe. 

— BETOMEAfEZIC est très difficile à déterminer. Tel qu'il est 
placé sur la carte, entre Theraspis et Aditha, il semble avoir dû 
se trouver quelque part dans la région avoisinant Medjdel Yàba. 
Le nom oiïre une analogie remarquable avec celui d'un casai des 
Croisés, Bethmelchi ou Bethmelchis , qui n'a pas été identifié 
jusqu'à ce jour, mais qui me semble avoir été justement situé 
dans la région voulue. On me permettra d'entrer dans quelques 
détails à ce sujet. 



CARTE DE LA PALESTINE d'aPRÈS LA MOSAÏQUE DE MADEBA 167 

Une bulle de Grégoire IX, de 1227 \ confirmant les privilèges 
de Téglise de Bethléem, mentionne, parmi les possessions de 
celte église : au casai de Sainte-Marie, huit charrues de terre, et 
les casaux de Bethmelchi^ de Heberre et de Luban. Le document 
parle^ immédiatement avant, du territoire de Ramlé, et, immé- 
diatement après, de Jaiïa et du fleuve Eleutherus'. C'est déjà une 
première indication sur la région où se trouvait ce groupe de 
quatre casaux dont l'un, Bethmelchi, rappelle passablement le 
nom de Betomelgezis. 

C'est à tort qu'on a voulu reconnaître le Bethmelchi médiéval 
dans Kafr Mâlek, au sud-est de SindjiP, village tout à fait diflé- 
rent, qui était parfaitement connu des Croisés sous son nom exact 
{Cafermelic^ Cafcarmelech), 

Voici la preuve formelle que le casai de Sainte-Marie se trou- 
vait bien dans la région que j'ai indiquée plus haut. Par un acte 
en date de 1167\ Baudouin de Mirabel vend à Gilbert d'Âssailly, 
grand-maître de l'Hôpital, au prix de trois mille besants, le casai 
de Sainte-Marie, contigu au territoire de Belfort*. II n'y a pas de 
doute qu'il s'agit bien de notre casai, car le document ajoute 
cette réserve instructive : excepta terra S. Marie de Bethléem 
infra territorium predicti casalis jacente. Nous avons vu, en 
effet, tout à l'heure, dans la bulle de Grégoire IX, que l'église de 
Bethléem possédait justement une terre dépendant de ce casai de 
Sainte-Marie. 



t. Riant, Éludes sur VhUtoire de V église de Bethléem, \, p. 144 : « Incasale 
Sancte Marie, octo carrucatas terre, casalia Bethmelchi, Heberre et Luban. » 

2. C'est la *Audjft. Les Croisés, en lui donnant le nom d* £/eu(A<;rus, semblent 
avoir été influencés à la fois par des réminiscences antiques peu exactes et par 
le nom d'une ancienne localité arabe aujourd'hui disparue et sise sur la "Audjâ : 
El-Aouldriyé, Je traiterai en détail cette question à une autre occasion. 

3. Rôhricht, Sludien zur mitteralterl, Geogr., p. 227. 

4. Cartulaire général de l'ordre des Hospitaliers, éd. Delaville Le Roulx, î, 
n» 371, p. 255. 

5. « Casale quod appellaturS. Marie, contiguum territorio Bellifortis. » Un 
des signataires de l'acte, Isaac de Naalein^ était originaire d'un casai de la 
région (iVa'/ein, au nord et tout prés de Medié (Modin). — Confirmation de 
cette vente par le roi Amaury, i6., n° 388. 



\68 RECOBIL D*ARCHÉOL0G(E ORIENTALE 

Dans un autre document', le casai Je Sainte-Marie est associé 
à celui de Caphaer, qui, ainsi qu*on le voit par ailleurs % dépen- 
dait de la seigneurie de Ramié, et est peut-être EZ-ZT^p/r, au nord 
de 'Aboùd. 

Toutes ces indications concordent pour nous reporter, comme 
je Tai dit, dans la direction de Medjdel Yàba. En examinant le 
terrain dans cette région, j y relève un groupe de localités dont 
les noms répondent bien aux noms requis. C'est, d'abord» e/-Z>oi/^ 
bdn = Luban^ au nord-est et tout près de Rentts. C'est ensuite 
Khirbèt el-Btré^^Heberre^ au sud-ouest de Renlîs. Au sud d'Ei- 
Bîré, il y a une ruine Khirbet *Aly Malkina, qui a peut-être con- 
servé en partie le nom de Bethmalchi; peut-être est-ce là égale- 
ment qu*il conviendrait de mettre la BetomelgezisdQ la mosaïque 
de Mâdeba. Quant aii casai même de Sainte-Marie, il est difficile 
de le retrouver, ce nom purement chrétien ayant dû naturelle- 
ment disparaître avec les Croisés; peut-être est-ce Renlîs, ou, 
mieux, 'Aboùd, où Ton voit les restes d'une église de style franc, 
placée encore aujourd'hui sous le vocable de la Vierge. 

— Le « nom ancien » qui se cache dans la légende : AACûNA- 
TA0 H NYN BHGArAA, et qui a déroulé le P. Lagrange, n'est 
autre que "AXwv 'AtxO = ''AXwv fAXw;) *ATa3 « l'aire d'Alad » 
{Genèse, v, 10, Septante). Le mosaïste n'a fait que suivre ici une 
tradition omise, il est vrai, par Eusèbe, mais rapportée en toutes 
lettres par saint Jérôme dans sa version de VOnomasticon (s. v. 
Area Atad), tradition bizarre d'après laquelle la fameuse localité 
biblique aurait été, en effet, identique à Bethagla, 

— B60HA, rO0NA, TABACON, APMA0€M, d'après leur posi- 
tion relative, répondent visiblement à Beltin, Djifna, Djtbia et 
Beît Rima. Quant à PAMA, qui fait partie du même groupe, je 
ne parviens pas à en déterminer l'emplacement. 

— BHTOMAPC€A H KAI M AIOYMAC— Le rapprochement pro- 
posé avec la Mip'.aaa ou Map^taaa de Josèphe (Antiq. /., XIV, 1 : 4) 

1. Cartulaire, elc, n© 494. 

2. Id., i6., no- 487, 488, 489. 



CARTE DE Li PALESTINE D*APRÈS LA MOSAÏQUE DE MADBBA 169 

est quelque peu sujet à caution, d'autant plus qu'à enjuger par un 
autre passage du même auteur (XIII, 15 : 4), cette dernière loca- 
lité, associée à Adora et Samareia, aurait été, non pas en Moabi- 
tide, mais en Idumée. 

— Le sanctuaire de Saint-L... ? correspond peut-être au Mech' 
hed (= MapTÛptov) actuel, près de Môta. 

— ZOOPA. — L'indication de la plantation de palmiers sur 
l'emplacement traditionnel de Segor est fort intéressante, car 
cette palmeraie justifie le nom de villa Palmarum et de Palmer 
donné à Tendroit encore à Tépoque des Croisades '. 

— Al A ne peut guère être la Ali^ visée par Eusèbe et placée par 
lui à Test d'Aréopolis. 

— 6APAIC serait-il la Kh. Talha d'aujourd'hui, entre Karak 
et la mer Morte? Le nom rappelle aussi celui de 'Ain Terain, 
mais l'endroit paraît être trop au sud. 

— S'il faut bien lire [Z]AP€(A)i 1© « torrent de Zared », on 
pourrait être tenté, au point de vue de la topographie pure, de 
reconnaître la vallée de la mosaïque dans le ouàd Karak, plutôt 
que dans le ouàd el-Ahsà; à noter que la dernière lettre a plutôt 
Tapparence d'un alpha que d'un delia^ et que le ouàd Karak 
porte dans sa section moyenne le nom actuel de ouàd Dhrd'a. 

— KAr,.€POTTA, par son nom, comme par sa position, cor- 
respondrait assez bien à la Kh. Kafr Roût (alias Kafr Loût), au- 
près de Beit 'Oûr et Tahta, dans l'ouest-ouest-nord. 

— AAIA0IM. — La copie de M. Arvanitaki porte la leçon cor- 
recte que Ton attendait, au lieu de AAIA€IM. 

— Modin, — Pour la forme, extrêmement intéressante, de 
MC0AI9A, voir les observations que je présente plus loin, à pro- 
pos de CA0I6A. 

— Geth. — La position attribuée à la célèbre ville de la Penta- 
pole philistine parait assez favorable à la tradition juive qui pré- 
tend la fixer à Ramlé. 

— GedouTy Gidirtha. — L'emplacement concorde sensiblement 

1. Guillaume de Tyr, XXII, 30 (cf. Fulch. Carn.). 



170 RECUEIL d'archéologie ORIENTALE 

avec celui de Gezer; Tanalogie des noms a pu prêter à uue con- 
fusion. Cependant, je ne m'explique pas, dans ce cas, l'existence 
de la forme araméenne Gidirtha, D'ailleurs, VOnomasticon con- 
naît, à 10 milles au sud de Lydda, un Gedrous qu'il identifie 
avec FeSoup, Gerfor biblique, et qu'il distingue nettement de Gezer. 

— €N€TABA. — Cf. lenw p du Talmud mentionné à propos 
de Yabné. 

— CA0I6A. — Me semble devoir, comme nom et comme po- 
sition, correspondre au Tell es-Sâfié de nos jours. On dit aujour- 
d'hui plus couramment Tell es-Sâfi; mais la forme féminine pri- 
mitive nous est garantie par le témoignage des anciens auteurs 
arabes. Il résulterait de là un fait général, d'une portée considé- 
rable pour la critique toponymique : à savoir que la terminaison 
araméenne J/Aa devient normalement tVen arabe'; par conséquent, 
que celte terminaison ié (ne pas confondre avec tye'), si fréquente 
dans les noms de lieux de la Palestine arabe, est un indice d'ori- 
gine araméenne et une marque d'antiquité relative pour le topo- 
nyme. C'est un argument de plus, un argument philologique qui 
n'est pas à dédaigner, en faveur de Tidènlité de Modin et de la 
Medié a.rahe; en effet, nous avons vu plus haut que la mosaïque 
nomme ainsi la célèbre patrie des Macchabées : i^ vùv Ma)3(6a, « qui 
s'appelle aujourd'hui Moditha »; donc, d'après la règle que je viens 
d'énoncer, MwSiôi implique a priori un équivalent arabe Medié*. 

Cet argument est applicable également à l'identification que 
j'ai proposée autrefois — et qui s'est pleinement vérifiée depuis 
— de la SoûsUha talmudique {Bippos de la Décapole) avec Soûsié. 
II trouvera, je pense, son application dans nombre d'autres cas. 



1. La terminaison araméenne (tha peut aussi, dans certains cas, se maintenir 
intacte en arabe. Un exemple remarquable nous en est fourni par une localité 
homonyme de la Haute-Syrie : es-Safila, le a Chaste! Blanc » des Croisés, l'Ar- 
gyrokastron des Byzantins. Cet Argyrokastron est mentionné par Cedrenus et 
Canlacuzène avec un autre château-fort de la même région, MevTxoc, dans lequel 
je propose de reconnaître El-Meniqa, une des forteresses des Assassins dont 
parlent fréquemment les auteurs arabes. 

2. Prononcez MeUdié; le w de la transcription grecque correspond au même 
son dans Aiùt = L€ud{d) "= Lydda. 



CARTE DR LA PALESTINE d'aPRÈS LA MOSAÏQUE DE MADEBA i7i 

*kl\^i'= Haditha arabe, Reconstitue qu'une exception apparente 
à cette règle* le th étant ici une lettre radicale qui appartient au 
corps même du nom (de la racine hadalh)^ et non pas le ih de la 
désinence. 

— Le nom d*Ascalon est précédé de la fin de deux lignes mu- 
tilées dont le P. Lagrange n*avait pu, d*abord, rien tirer, mais où 
il a, ensuite, reconnu avec raison (dans une correction manu- 
scrite ajoutée sur Texemplaîre de sa dissertation) : N AirY[n]- 

TICON. Mais à quoi peut se rapporter cette légende? Je ne doute 
pas qu*elle vise un sanctuaire célèbre qui s*élevait à Ascalon et 
dont j'ai eu l'occasion de parler autrefois * : celui des trois martyrs 
égyptiens (tûv Tp'.wv ixaprjpwv AIyuxtiwv). Peut-être même les trois 
« obélisques » figurés sur la mosaïque, au milieu d'une grande 
place rectangulaire, représentent-ils les monuments commémo- 
ratifs de cette triade de martyrs, le sanctuaire auquel Antonin le 
Martyr nous raconte en 570 avoir été faire ses dévotions. 

— nPAClAlN. — Quelle peut être cette localité énigmatique, 
inscrite à côté de 0a[ucpi et de Ma<!;iç qui, elles, sont bien connues 
par VOnomasticon^Je propose d y voir npa(t)(j{8(t)ov = Praesidium ; 
le premier iota apeut<être été omis par lelapicide; le second fait 
normalement défaut, la terminaison tcv se contractant régulière- 
ment en IV dans le grec vulgaire de Syrie. Ce nom doit tirer son 
origine de Texistence d'un poste militaire romain que saint Jé- 
rôme signale précisément dans ces parages : « Gastellum Tha- 
mara, unius diei a Mampsis (= Mapsis) oppido separatum, ubi 
nunc romanum praesidium positum est ». Eusèbe a, dans le pas- 
sage correspondant : çpo'jpiov ....tûv ŒTpaTtwTwv)*. 

— MCOA* — Si la légende n'était pas complète, on pourrait 
être tenté de lire M(i>(X)[aBa] (cf. Onomasticon^ pour/o5., xv, 26). 
Dans le cas contraire, faudrait-il corriger M(i)(X)==Kh. eX-Melh, 

1. Voir le vol. II de mes Études cC Archéologie orientale, p. 4, note 4, et les 
textes qui y sont cités et discutés. 

2. Pour l'emploi courant en Syrie du mot praesidium, lieu de garnison, cf. 
la Notitia dignitatum : « Ala secunda Félix Valenliniana apud Praesidium... 
cohors quarta Phiygum Praesidio ». 



172 RklCUËlL D*ARC1IÉ0L0GIE ORIENTALE 

au sud-ouest de Tell 'Arad^ ou bien Kh. el-Mouetiehy au nord et 
près de Bersabée*? 

— BHPOCCABA. — Celte transcription du nom actuel de la 
Bersabée biblique est remarquable. On croirait y sentir déjà les 
approches de Tinfluence arabe {Bir {ouys-saba)^ influence qai 
pouvait, du reste, déjà s'exercer dans ces parages de l'extrême 
sud palestinien. 

— r6PAPA. — La position de Gerar, indiquée tout près et à 
Touest de Bersabée*, n*est guère favorable à l'identification mo- 
derne avec la Kh. Oumm Djerrar (près de Gaza, au sud). 

— APAA. — Manque, en effet, dans Eusèbe, comme le dit le 
P. Lagrange. Mais saint Jérôme nous permet de suppléer à la 
lacune (s. v. Arad^ bis] et de corriger, dans le texte correspon- 
dant d'Ëusèbe. 'Âpa[jii en 'Apaî, tout en nous donnant la position 
exacte de la localité. 

— 0COTIC. — Je propose d'y reconnaître Kh. Fouleis ou FellSj 
qui a fidèlement gardé le nom antique et est à peu près à moitié 
chemin entre Gaza et Bersabée. 

— OPAA. Pour la position, Kh. Oumm 'Àdra (avec interver- 
sion de d et de r?) conviendrait assez bien. 

— C€ANA. — ^ Je propose d'y reconnaître Kh. Chlhân, à envi- 
ron 9 kilomètres au sud-est de Gaza'. Ce toponyme de Chthân 
apparaît en plusieurs autres points de la Palestine; Torigine des 
localités qu'il désigne be trouve donc, par là même, reportée à 
Tépoque pré-arabe. 

— COrA. — Si le nom est complet, serait-ce Boûdj, à environ 
9 kilomètres à Test de Gaza? 

— 6APAIN. - Peut-être Kh. el-'Addr (forme du singulier), à 
8 kilomètres sud-sud-ouest de Gaza. 



1. L'on sail que l'omission de Taspirée h est de règle dans les transcrip- 
tions grsBcques de noms sémitiques. 

2. Remarquer que Cyrille, dans son commentaire sur Amos, identifie Gerar et 
Bersabée, ce qui implique lu proximité des deux localités. 

3. Probablement le J^mf^, Sehan, des listes de Robinson. 



CARTK DB LA PALESTINE d'aPRÈS LA MOSAÏQUE DE MADEBA 173 



IV 

J'ai reçu ultérieurement la lettre suivante du P. Germer-Du- 
rand, qui s*OGCupe avec un zèle si louable des antiquités de la 
Terre Sainte : 

Jérusalem, 29 mars 1897. 

Monsieur, je vous adresse, en même temps que cette lettre, une photogra- 
phie complète de la carte de Madaba. Elle se compose de dix cartons. D*abord, 
une vue d*enscmble, prise de la tribune, sur laquelle on peut lire presque tout 
à la loupe; puis, une série de neuf cartons qui donne le détail à réchelle de 
0"*,08 environ. Chaque carton déborde sur le voisin, de façon qu'il est facile de 
les rapprocher, en ayant sous les yeux la vue d'ensemble. Nous n'avons rien 
épargné pour obtenir un résultat qui pût satisfaire toutes les exigences de la 
science. Munis d'un échafaudage léger qu'on pût démonter et remonter rapi- 
dement, nous avons pris des vues perpendiculnires d'une hauteur de dny'jO.De 
cette façon la déformation est presque insensible. 

Je vous serais obligé de vouloir bien mettre ces photographies sous les yeux 
de MM. les membres de l'Institut. Elles compléteront la communication faite 
précédemment par le R. P. Lagrange, auquel je suis heureux de prêter un con- 
cours plein de sympathie. 

Je compte aller, à mon tour, jusqu'à Pétra après les fêtes de Pâques, avec 
une nombreuse communauté d'étudiants, et j'espère rapporter une série de pho- 
tographies et d'estampages, surtout des milliaires de Dhat-Ras à Pétra. 

Les photographies qui accompagnaient la lettre du P. Germer- 
Durand, et que j'ai placées sous les yeux de TAcadémie dans sa 
séance du 9 avril, sont d'une exécution aussi satisfaisante que 
possible. Elles peuvent servir de base à une bonne reproduction 
phototypique. Il est à souhaiter que Ton ait recours à ce procédé 
dans Talbum contenant la mosaïque do Màdeba, qui, à ce que 
j'apprends, doit être prochainement publié à Paris par les soins 
de Tabbé Âbel^ des Augustins de l'Assomption. 



Je viens de recevoir en dernier lieu (15 avril), par l'entremise 
du P. Paul de Saint-Aignan, une intéressante brochure ' du 

1. *0 Iv Ma8Y)6â (iUi>9aVxbc xa\ yuaypaL^ixhz iiep\ £vpiac, IlaXataTivT); xa\ AlyOTcrou 



174 RECUEIL d'archéologie ORIENTALE 

P. Cléopas à qui nous sommes, en réalité, redevables de la con- 
naissance de la mosaïque de Mâdeba. Sans prétendre résoudre 
tous les problèmes que soulève Tétude de ce précieux document, 
l'auteur le décrit en détail^ et nous fournit, chemin faisant, quel- 
ques renseignements nouveaux que je crois utile de relever. 

C*est, d'abord (p. 23), Taffirmation de témoins dignes de foi, 
assure le P. Cléopas, qui ont vu la mosaïque, il y a quelques 
années, avant les mutilations qu'elle a récemment subies^ et 

r 

prétendent y avoir reconnu les villes d'Ephèse et de Smyrne*. Si 
cette affirmation est exacte, la carte aurait donc compris l'Asie 
Mineure au nord, comme elle comprend la Basse-Egypte au sud. 

C'est, ensuite (p. 10), une information due à Tarchimandrile 
Photios, qui aurait lu autrefois, dans un des anciens manuscrits 
grecs conservés au couvent du Mont-Sinaï, un passage ayant trait 
à la mosaïque de Mâdeba. Il serait bien désirable que cette infor- 
mation, sur la valeur de laquelle il est superflu d'insister, pût être 
vérifiée. 

A la fin de son travail, le P. Cléopas reproduit diverses ins- 
criptions chrétiennes, copiées par lui à Mâdeba', une, entre 
autres, qui est relative à la réfection d'une immense citerne par 
l'empereur Justinien. Mais la plus importante, parce qu'elle est 
peut-être de nature à fournir un indice chronologique pour 
l'âge de la mosaïque géographique, c'est celle que le P. Cléopas 
a relevée dans une mosaïque qui forme le pavement d'une petite 
crypte ronde dépendant de la grande basilique. Il la lit ainsi : 

X(p'.(IT0)ç Ô 6(£0)ç Tèv CÎXOV TCUTCV Xti^'^V.^Vi' 6icl S£pY(oU TOO 6^Cil- 



-/apTtjç, viib KXsâna M. KoixuXifiou, 0i6Xio6tjxapiou toO *I. KoivoO toO II. Taçou. 
'Ex8(5oTat TO np&TOVf È7ci(jieXet2 tcov (x1$. IIII. 4>paYxi<ncavà)v. 'Ev 'lEpo(roXu{iotc> ex 
ToO T\j7:oYpa?eîo'j twv «ï^payxtaxavtov. 1897, 26 pp. in-8 (achevé d*imprimer le 
8 mars). 

1. Le P. Cléopas ne parle pas de Constantinople, qui est mentionné par le 
P. Lagrange ((. c, p. 181). 

2. Je ne rappelle que pour mémoire quelques inscriptions copiées en d'autres 

lieux : une inscription en mosaïque (avec la formule 0COC ZCOHC et ACO), un 
couvent de Deîr el-Kelt (^?); une inscription funéraire du Viri Galilœi, et une 
épitaphe judéo-grecque sur un sarcophage de Sébaste. 



CARTE DE L4 PALESTINE d'aPRÈS LA MOSAÏQUE DE MADEBA 175 

(xaTO'j) iiziTY.izo'jf (jxouoij Sâpyio-j xp(6(j6u)T(ép)o'j tsu àyiou AlX'.avôD. èv 

La lecture de la date est sujette à caution; les lettres numé- 
riques qui la constituent sont ainsi figurées dans la transcription 

typographique : YIT. C'est évidemment un à peu près, ces let- 
tres numériques étant inconciliables; ZT semblent avoir formé 
un complexe qui a été interprété par le P. Cléopas comme Vepi" 
sema ^aO. S'il faut bien lire, comme il le pense, Tan 406, il 
s'agirait de savoir d'après quelle ère cette date est calculée; Tère 
de Bostra, ou de la province d'Arabie, nous donnerait 511 J.-C; 
mais il n'est pas impossible que Màdeba eût son ère propre'. 



§ 49. 
Épitaphes palmsrrôniennes d'Alep. 

M. Barthélémy a recueilli à Alep quelques inscriptions palmy- 
réniennes dont il vient de publier des copies qui, bien qu'exécu- 
tées d'une façon un peu sommaire, me paraissent pouvoir être 
déchiffrées. Deux d'entre elles^ au moins ^ accompagnent des 
bustes funéraires analogues à ceux que la nécropole de Paimyre 
fournit par centaines. 

Quoique nous n*ayons pas d'informations précises sur ce point, 
il est plus que probable que ces monuments ne sont pas origi- 
naires de la région d'Alep, mais qu'ils ont été transportés de la 
Palmyrène dans cette dernière ville par quelques colporteurs 
d'antiquités. Gomme on va le voir, la teneur même d'une de ces 
inscriptions nous fournira à cet égard un indice qui n'est pas 
sans valeur. 

Voici, sous réserve de reproductions plus exactes que M. Bar- 

1. Sur les ères employées à Médaba, voir plus haut a la p. 13 et à la p. 52 
du présent liecueil. 



176 RECUEIL D*ARCHÉOLOGIE ORIENTALE 

thélemy' nous a fait espérer, la façon dont je propose de lire 

ces textes : 

I 



Au milieu, une tête, 


OU 


plu 


it6t 


un 


buste. 


B 
A gauche de la tête 

nSiir 

554 T\2W 










A 
A droite de U t«fte 

SihSk 

... 530? 



A. « Elahbel, fils de Teima, fils de Hairau, Tan 530? » 

B. « 'Abdelah Hairan, son frère. L*an 554. » 

Les noms propres sont connus. Celui de Abdelah s*est déjà ren- 
contré dans une inscription publiée par MM. Schrœder et Mordt- 
mann*. Peut-être vocalisait-on 'Abdallah^ comme en nabatéen*. 
A cet état, le nom ressemble singuliëremenl au nom arabe si connu. 

Pour la forme particulière du suffixe, n^K est à inscrire à côté 
de nvHN (de Vogiié n« 82), whk (tô., n«- 8, 85, 90), et ninn (i*., 
n*» 94, 117). 

La date de A est douteuse ; je suppose que la copie a réuni en 
un seul complexe le signe de la centaine avec celui de la ving- 
taine. Le groupe des chiffres est précédé de deux signes qui sont 
biffés dans la copie et dont il no semble pas devoir être tenu 
compte. Les années 530 et 554 de Tère des Séleucides correspon- 
dent respectivement aux années 218 et 242 de noire ère. 

Il est probable qu'il y avait deux bustes conjugués représen- 
tant les deux frères, et que le buste auquel se rapporte rinscrip- 
tion B a disparu. 

Abdelah portait un second nom, Hairan, identique à celui de 

son grand-père. 

II 

biniT 
* Sin 

\ , Recueil de travaux relatifs à la philologie et à Varchéologie égyptiennes et 
assyriennes, vol. XIX, p. 38. 

2. Zeitsrhrift der deutsch. morgenL Gesellsch., XXXVIIÏ, p. 588. 

3. *A6o<xX).a;. Voir plus haut, p. 12 du présent volume. 



ÉPITAPHBS PALMYRÉNIBNNËS D^LEP 177 

« Zabdibol, fils de Chim'on. Hélas! » 

Noms propres bien connus dans Tonomastique palmyrénienne. 

III 

Les originaux de ce numéro et du suivant appartiennent à 
M. Barthélémy. Je suppose que c'est au n° III que doit se rapporter 
l'indication donnée par lui : «celle du sieur Abo? a le mérite d'ac- 
compagner une lète d'homme sculptée avec beaucoup de soin. » 

« Hélas ! Malkou, fils de Malkou. » 



IV 

ma 

M 'Amar, petit-fils de Bar-Chemach.IIélas!» 

Le nom de 'Amar s'est déjà rencontré dans la grande inscrip- 
tion de Nazala*; et, chose curieuse, le 'Amar de Nazala a pour 
père unBar-Chemach. Je ne serais nullement surpris que nous 
eussions affaire, en réalité, à la même famille, sinon aux mêmes 
personnages, et que le monument, actuellement à Alep^ ait été 
transporté de la nécropole de l'antique Nazala (aujourd'hui Qa- 
riateîn). Ce qui achève d'établir entre les deux inscriptions une 
étroite affinitéyC'est l'orthographe toute particulière, syriacisante, 
de la particule n> qui, dans Tune comme dans l'autre, est écrite 
par un simple daleth, sans yod, 

La construction "? nin is « petit-fils de », est intéressante et bien 
conforme au génie des langues araméennes. On peut comparer 

1. Euting, Ëpigraph. Mise, I, n» 5. — Voir, pour la véritable lecture de ce 
texte d'un intérêt exceptionnel, le volume II de mes Études d*Arch. orient. j^S, 
p. 93. 



Recueil d'Archéologie OHiEnTALs. II. Mai 1S97. Livraison 12. 



178 RECUEIL d'archéologie ORIENTALE 

la coQstructiou semblable dont j*ai monlré Texistence dans une 
autre inscription palmyrénienne^ mal comprise jusqu'alors*. 



§50. 
Localités arabes de Tôpocpie des Croisades. 

I 

Le chroniqueur arabe Ibn Moyesser* raconte que, vers la fin 
de Tannée 1158, un corps d'armée musulman, parti d'Egypte, 
envahit le oùady Moûsa {territoire de Petra) où il assiégea pen-' 
dant huit jours le château cTEl-Oua'ira^ el poussa ses opérations 
jusqu'aux environs de Ghaubak. 

Ce château fort, qui devait se trouver alors entre les mains des 
Francs, est resté jusqu'ici sans être déterminé. On pourrait èlre 
tenté d y reconnaître 'Aire\ située justement dans la région vou- 
lue, non loin des ruines de Tantique capitale des Nabatéens, dans 
le nord-est. La leçon donnée par le manuscrit arabe, «j^j)l ^x^'^'i 
nous a peut-être conservé une forme plus complète du nom de 
cette localité, Ouairé, avec un waw qui a pu disparaître de la 
forme moderne; mais peut-être aussi ce waw a-t-il été introduit 
arbitrairement par quelque copiste. CependantYâqoùt et l'auteur 
des Merâsid parlent d'une forteresse de ^J^j^^ dans le Djebel 
ech-Cherâ, près du Ouâdy Moûsa; el, d'autre part, Burckhardt* 
mentionne une localité ruinée Waïra^ au pied du Hanoun (?)% 
plus au sud, ou sud-sud-ouest de Petra. 

J'estime également qu'il doit se cacher quelque faute gra- 
phique, quelques lignes plus loin, dans le même passage. 

1. Voir le volume I du présent Recueil^ p. 301 : «SplS H mSK, « le père de 
Lucilla ». 

2. Recueil des historiens arabes des Croisades^ IIÏ, p. 472. 

3. Travels in Syria, IV, p. 444. 

4. Hanoun est peut-être une coquille pour Haroun^ le Djebel Hâroûn, le mont 
Hor biblique, la montagne couronnée par le sanctuaire légendaire de Aaron. 



LOCALITÉS ARABES DE l'ÉPOQUB DES CROISADES i79 

Les édileurs du Recueil des historiens des Croisades traduisent 
ainsi : 

« A la nouvelle que le prince d'El-A rîch se préparait à entrer 
en Egypte pour y faire diverses incursions, etc.. » 

L*apparition de ce prince d'El-'Artch est bien singulière^ et 
en désaccord avec tous les renseignements que nous possédons 
sur l'organisation féodale de la Terre Sainte par les Croisés. Le 
soupçon augmente si Ton se reporte au texte arabe, que les édi- 
teurs ont atténué dans leur traduction et qui dit en toutes lettres 

^^«Jl liUu, le roid'El-'Arich. Un roi d'EI-'Arîch est encore plus 

impossible qu'un prince. Aussi, je crois que Tauteur a voulu 
parler du roi des Francs qui, à cette époque, était Baudouin III; 

et je soupçonne fort la graphie fj^^^\ ^^ d'être une déforma- 
tion de cT j-^ vllL zn cX j-^i» , transcription courante, chez les 

auteurs arabes, du nom de Baudouin, 11 s'agirait donc, en réa- 
lité, d'une tentative d'invasion en Egypte dirigée, non pas par 
quelque obscur et^ d'ailleurs, invraisemblable personnage des 
Croisades, mais par le roi Baudouin III en personne. 

U 

En 1271 le sultan Belbars s'empare de diverses forteresses des 
Croisés : c'est en premier lieu, Safîta (Castel Blanc) *, puis, Tell- 
Halifah et autres châteaux voisins ; enfin, le Crat des Chevaliers 
ouHesn el-Akrâd*. 

Où était Tell-Halifah? Je propose de corriger le nom en Tell- 
KhaHfa, en rétablissant simplement un point diacritique sur la 

première lettre de la forme originale arabe présumée ^ : <ii>- 

= 4iJl>-. Je suppose que ce tell devait se trouver sur les bords 

du Nahr eUKhalifè actuel, qui lui a prêté ou emprunté son nom ; 

1. Voir plus haut, p. 170, note 1. 

2. Voir Rôhricht, dans les Archives de l'Orient latin, II, App. 398-399. 

3. Je n*ai pas à ma disposition le texte arabe. 



180 HECUEIL d'archéologie ORIEiNTALB 

ce pelit cours d'eau, qui coule au sud et non loin de Uesn el- 
Akrâd et de Safita, est un des affluents septentrionaux du Nahr 
el-Kebîr, TEleutheros de l'antiquité '. 



§51. 
Le culte de saint Mennas en Mauritanie. 

M. Gagnât* a publié, d'après un estampage du capitaine Levas- 
seur, une intéressante inscription découverte àKherbet-el-Ma-el- 
Abiod (Algérie). Elle est ainsi conçue : 

In hoc loco mnt memorie sanc{torum) martirum Laurenti, Ip^ 
polilij Eufimie^ Minne et de cnice D{omi)niy deposite die III nonas 
febr{ii)ariasy anno provinciae CCCCXXXV. 

M. Gagnât a très bien reconnu dans ce texte, exactement daté 
de l'an 474 de notre ère, la mention dos reliques de la Sainte- 
Croix, de saint Laurent, de saint Hippolyte et de sainte Ëuphémie. 

Quant au quatrième martyr, dit-il, « saint ou sainte Minna, 
le nom se trouvant employé au masculin et au féminin, je n'en 
ai rencontré la mention nulle part ». 

Je propose d'y voir saint Mennas. Il y a eu plusieurs saints et 
martyrs de ce nom. Mais le plus célèbre de tous c'est le martyr 
égyptien, magniis et gloriosus, dont le culte, amalgamé à de 
vieilles traditions païennes, était si important en Egypte et s'était 
propagé jusqu'à Gonstantinople, où il y avait une église de Saint- 
Mennas. Un très grand nombre d'ampoules en terre cuite, con- 
tenant les huiles bénites, ou eulogies, de Saint-Menas, sont 
venues jusqu'à nous et attestent l'extrême popularité et la grande 
extension de ce culte; le saint y est généralement représenté 

1. Bien difTérent du prétendu Èleutherus des Croisés qui> comme je l'ai dit 
plus haut (p. 167, noie 2), était la *Audjâ, au nord de JafTa. 

2. Bull. arch. du Comité des trav. hist. et sdentif., 1895, p. 319. — M. Hé- 
ron de Villefosse m'informe que la pierre originale vient d'être donnée tout ré- 
cemment au Louvre. 



DE HBSBAN A KERAK 181 

entre les deux chameaux de la légende. Chose à noter, une de 
ces ampoules a été découverte récemment près de Bône '. C'est 
probablement le saint égyptien dont il est question dans notre 
inscription de Mauritanie. 

La forme la plus fréquente du nom est MiQva;; mais on trouve 
aussi celle de Mr<w5ç, impliquée, d'ailleurs, par la forme latine 
Menuas. Naturellement, le éta grec se prononçait i; comparez, 
dans la même inscription, Eufimte, génitif d'£w/îmia = Ej^r^ixCa. 
D'autre part, le génitif grec MT)vva a été ramené à la forme latine 
e znae, peut-êlre après avoir été considéré lui-même comme un 
nominatif fictif, Minna, Minne^ pour Minnae, génitif de Minna{s), 
serait donc l'équivalent suffisamment exact de MtjwS, et le per- 
sonnage était digne, de tout point, de figurer en compagnie des 
trois autres. 



S32. 
De Hesbân à Kerak. 

KhalU edh-Dhâhery. dans sa Zoubdet kechf el-memâlik *, dé- 
crivant les relais de poste tels qu'ils étaient organisés dans l'em- 
pire des sultans Mamloûks, mentionne les suivants, de Ilesbân 
à Kerak : 



Volney ', qui semble avoir eu sous les yeux un manuscrit de 
cet ouvrage plus complet que le manuscrit de la Bibliothèque 
nationale ^ a rendu ainsi ce passage : 

Hosban — Qanbes, 24 ; Dibiân, 24 ; Qâtè el-Modjeb, 24 : — 
Safra, 24 — Karak, 24. 

1. Bullettino di arch. christ,, 1894, p. 56. 

2. Texte arabe, édit. Bavaisse, p. 120. 

3. Volney, Voyage en Egypte et en Syrie, 6« éd., p. 314. 

4. Voir, sur ce sujet, mon article de la Revue critique^ 19 novembre 1894, p. 339. 



182 RECITKIL d'aRCHÉOLOGIK ORIENTALE 

Les chiffres représentent les distances en milles qui séparent 
ces localités^ distances qui paraissent avoir figuré dans le doca- 
meni utilisé par Volney, mais qui n existent pas dans le manu- 
scrit venu jusqu'à nous. Ces chiffres sont^ d'ailleurs, peu exacts 
et ne sauraient être que d*un faible secours pour Tidentificalion 
des localités. 

Hesbân et Kerak ne font pas de difficulté. Il n'en est pas de 
même des stations intermédiaires. 

Pour Dibidn, il est évident qu'il faut corriger jl^^ en jVi«> 
et y reconnaître le nom de Dtbân {Dhtbdn)y\sL fameuse ville moa- 
bite d'où est sortie la stèle de Mésa. Yâqoût et Tauteur des Merâ- 
sid ont commis la même faute d'orthographe en ce qui concerne . 
le nom de celte ville, et il convient de lui appliquer la même 
correction. 

Qdtè' el'Modjeb n'est autre chose que le passage de rAmon^y 
coulant entre Dîbàn et Kerak. 

Safra^, mentionnée entre l'Arnon et Kerak, me parait n'être 
autre que la Sarafa que Yâqoùt et les Merâsid enregistrent 
comme un village du district de Mi\b (Moabitide), dans la pro- 
vince du Balqâ, où Ton vénérait un prétendu tombeau de 
Josué. Il y a eu une transposition de la lettre r (phénomène 
fréquent pour cette liquide) : ÔjJu», Safara= ^j^, Sarafa. Cette 
dernière forme va nous mettre sur la voie de l'identification géo- 
graphique. Je n'hésite pas, en effet, à y reconnaître la Sarfui el- 
Mdl da la carte du Palestine Exploration Fund, à H kilomètres 
au nord de Kerak, non loin des ruines de Rabba, l'antique Rab- 

1. L'identité du Ouâd el-Môdjeb avec la rivière de l'Arnon est un fait bien 
connu. Toutefois, pour expliquer la substitution du nom arabe au nom biblique, 
ii y a peut-èlre lieu dt> tenir compte d'une circonstance à laquelle on n*a pas 
fait attention jusqu'ici ; c'est que Mudjeb^ d'après Edrîsî, serait proprement le nom, 
non pas de la rivière, mais bien le nom de la montagne où s'encaisse profondé- 
ment le lit de celle-là. 

2. Je trouve bien une localité du nom de Safra (• Ji^l), au nord du Zerqà 

Ma*în {Survey of eustern Palestine, p. 210 et Afap). Le nom est identique en 
apparence, mais la position du lieu ne permet pas de le prendre en considéra- 
tion, puisque la Safra de notre itinéraire est forcément au sud du Môdjeb, c'est- 
à-dire bien loin de là. 



JETHRO ET LE NOM NABATÉEN OUITRO 483 

bat Moab. Sarfut doit représenter une transcription anglaise, où 
le II (5) = a, et équivaloir à Sarfal : Tadjonction de el-mâla l'ar- 
gent », provient d'un de ces jeux de mots, fréquents dans la 
toponymie syrienne, et roulant ici sur le sens étymologique de la . 
raison sarraf a dépenser, changer de l'argent » *. C'est l'adjonc- 
tion de ce mot qui a déterminé dans le toponyme l'apparition 
du / latent, nécessitée par l'état construit: 5ar/a/ implique l'étal 
absolu Sarfa^oxi Sar'fa^ Sara fa. Je trouve, d'ailleurs, sur d'autres 
caries plus anciennes, ce nom de lieu à Tétat absolu, sans Tad- 
jonction (Tel-mâl : Sari fa ". 

Quant à Qanbès [Qanbes de Volney), le relais entre Hesbân et 
Dibân, je crois bien qu'il faut Tidentifier avec un village du 
Balqà que Yâqoùt et les Merâsid ont inscrit sous deux formes 

très différentes entre elles : ^j^^, Biqinnis et ^j^, Niqinnis, 

Notre ^j-fS, que je vocaliserai par analogie QinibbiSy sans, 
d'ailleurs, attacher d'importance à cette vocalisation plus ou 
moins arbitraire, nous fournit une forme intermédiaire entre les 
deux autres. Évidemment, le nom a dû subir, de part et d'autre, 
de graves altérations graphiques, et le seul déplacement des 
points diacritiques permettrait d'obtenir une foule de combi- 
naisons. Aucune de celles que j'ai tentées ne donne une forme 
correspondant à quoi que ce soit de satisfaisant sur le terrain, 
bien que la position de cette localité énigmatique soit assurée, 
entre Hesbân et Dibân. 



§ 53. 
Jethro et le nom nabatèen Ouitro. 
J'ai été amené, dans une étude précédente sur une inscription 

1. Voir sur ce jeu de mois, qu'on retrouve dans le nom de Sarfand n Sarf 
cl^mdlf près de Lydda, mes observations dans le volume II de mes Archaeolo- 
gical kesearches in Palestine, p. 100, noie. 

2. Vi y est marqué long, mais certainement par erreur. 



184 RECUEIL d'archéologie ORIENTALE 

nabaléenne', à supposer que le nom de OuiBpoç, porté par un per- 
sonnage d*origine notoirement sémitique, dans une inscription 
grecque de la Trachonite, devait correspondre à un nom naba- 
téen iim, Ouitro. J'avais, en outre, rapproché ce nom nabatéen 
présumé du nom madianile •nn^', Fe7ro, alias /e/Aro, donné par 
la Bible au beau-père de Moïse. La phonétique ^, d'une part, 
l'ethnographie, d'autre part, me semblaient rendre ce rappro- 
chement assez plausible. J'ai relevé, depuis, un fait qui tendrait 
encore à lui apporter une justification indirecte. 

Le géographe arabe Yâqoùt et l'auteur des Merâsid mention- 
nent un village du Uaurân appelle Outrj j^\ ils ajoutent qu'on 
y voit une mosquée on, d'après la légende. Moïse aurait de- 
meuré; on y montrait même la place où il aurait frappé le rocher 
de son b(\ton. Il est permis de croire que cette singulière locali- 
sation de la légende repose précisément sur la similitude du 
toponyme Outr, identique au nom propre d'homme nabatéen 
Ouitro^ avec le nom du prêtre madianite Yitro, qui joue un rôle 
si important dans Thistoire de Moïse. 

Il est à remarquer que celte légende locale a dû se former en 
dehors de l'influence musulmane, et probablement avant elle, 
les musulmans ayant de bonne heure substitué au nom biblique 
du beau-père de Moïse, celui de Cho'aîb, nébi Cho'aîb, « le pro- 
phète Cho'aîb », comme ils rappellent. 

La localité en question me semble être celle qui porte aujour- 
d'hui encore le nom de Ouatar et qui se trouve située en pleine 
région nabatéenne, entre Bosra au sud, et 'Aire au nord, par 
conséquent pas très loin (une vingtaine de kilomètres) de Ka- 
naouât, l'antique Canatha, d'où provient précisément l'autel sur 
lequel j'avais cru pouvoir reconnaître le nom de Ouitro. 

J'ajouterai, puisque l'occasion s'en présente, que, parmi les 

1. Voir plus haut, p. 115. 

2. L*on sait que, dans les racines congénères, le yod initiai hébreu correspond 
normalement à un uaw arabe. 

3. Il est appelé aussi Yeler ini. Mais la forme 1in^, avec son waw final rap- 
pelant d'une façon frappante le waw caractéristique de tant de noms propres 
nabatéens. semble être la forme madianite originale. 



LES NABATÉENS DANS LE PAYS DE MOAB i 85 

inscriptions inédiles relevées au Sinaï par M. Bénédile et exa- 
minées par M. Tabbé Chabot pour la Commission du Corpus, il 
en est une *, qui paraît contenir un nouvel exemple du nom de 
Ouitro : c'est un court proscynème avec les formules ordinaires, 
ainsi conçu : 

« Salut! Ouitro fils de Hirchou. Pour le bien ! » 
Il y a, je dois le dire, un doute sur la valeur de la première 
lettre du nom qui, avec sa boucle fermée, pourrait être un qoph ; 
mais le nom de linp ne s'étant pas jusqu'ici rencontré dans To- 
nomaslique nabatéeune, il est assez vraisemblable que nous 
avons affaire à un wavj plus ou moins soigneusement gravé sur 
la surface irrégulière du rocher. 



§54. 
Les Nabatéens dans le pays de Moab. 

I 

L INSCRIPTION DE OUMM ER-RESAS 



En 1869 les Bédouins avec qui je négociais Tacquisition de la 
Stèle de Mésa me rapportèrent l'estampage d*une inscription 
nabatéenne, qu'ils avaient trouvée dans les ruines d'Oumm er- 
Resàs, localité antique située à une quinzaine de kilomètres dans 
Test de Dhtbàu, par conséquent en plein pays moabite. 

Nous ignorons le nom ancien de celte localité qui devait avoir 
une certaine importance si l'on en juge par l'étendue de ses 
ruines. Le nom arabe est tout moderne; Oumm er^Resâs signifie 
littéralement : <r la mère du plomb ». On a raconté à Buckin- 

1. Carnel II, n*» provisoire 717. 



486 RECUEIL D*ÂRCHÉ0L0G1E ORIENTALE 

• 

ghatn*,un des premiers Européens qui aient vu et décrit Oumm 
er-Resâs, que ce nom proviendrait de l'existence de <c caisses de 
plomb )) (sarcophages?), remplies de « trésors », qu'on aurait dé- 
couvertes dans les ruines. Je crois que c'est là une pure légende. 
Ce nom, ainsi que d'autres congénères, tels que Mourassas^ 
est très répandu dans la toponymie syrienne. Généralement les 
indigènes prétendent qu'il a pour origine l'existence du plomb 
qui serait employé pour sceller et jointoyer les blocs des édifices 
antiques. Je doute que cette explication soit plus juste que la 
précédente et je soupçonne que toutes deux reposent sur une 
fausse étymologie populaire. Ce n'est qu'exceptionnellement 
que l'on scellait au plomb deux pierres, par exemple une statue 
et sa base; l'emploi courant du plomb pour relier les blocs des 
édifices en guise de ciment me paraît être une fable. En réalité, 

«M WW 

la racine ^j rass, ,^^-^j^ rassas, veut dire « ajuster deux objets 
en les appliquant exactement l'un sur l'autre »; î-*L^ j, ross^wr, 
sont des pierres jointes et ajustées, telles que celles qui forment 
le parapet d'une citerne ; comparez ^y^j^ rosis a posé l'un sur 

«M 

Tautre » (les paupières fermées, par exemple); ^^j\, arass, « qui 
a les dents bien rangées » (c'est-à-dire s'appliquant exactement 
les unes sur les autres); ^yoy/^,marsoûs^^i serré, bien cimenté », 

veut dire aussi, il est vrai, comme ^^f^s/^^ mourassas, « couvert 

de plaques de plomb ou d'étain »; mais ce dernier sens n'est pas 
le primitif. J'inclinerais à croire que ce nom banal de Oumm er^ 
Resds, MourassaSy etc. , donné en maint endroit de Syrie à certaines 
localités antiques, visait à Torigine les blocs soigneusement ap- 
pareillés des édifices qu'on y voyait, abstraction faite de l'idée 
de plomb. L'existence de cette dénomination est un sûr indice 
d'antiquité pour les sites qu'il désigne. Il est à remarquer, du 



1. Voir la substance de sa n^lalion dans Ritter, Erdkunde, XV, part. II, 
p. HGO. 



LES NABATÉENS DANS LK PAYS DE MOAB 487 

reste, que le mot arabe resâs^ au sens de « plomb », vient proba- 
blement du rôle de ce métal comme agent de soudure, servant à 
appliquer intimement deux surfaces Tune contre Tautre; c'est 
« le soudant, le cimentant, le jointoyant » *. 

L'inscriplion nabatéenne d'Oumm er-Resàs fut étudiée suc- 
cessivement par MM. de Vogué, Levy de Breslau, Renan, Socin, 
Halévy, etc. *, et ce n'est que peu à peu qu'on arriva à la dé- 
chiffrer et traduire d'une façon à peu près satisfaisante. La der- 
nière ligne, très mutilée, avait, cependant, résisté jusqu'à ces der- 
niers temps à tous les efforts. J'ai réussi à résoudre celle 
dernière difficulté, grâce à une circonstance heureuse. En 1874, 
j'avais retrouvé, en effet, la pierre originale à Naplouse ^, où elle 
avait été transportée à la suite de péripélies qu'il serait trop 
long de raconler, et j'en avais pris deux-excellents estampages 
qui m'ont permis de lire entièrement la dernière ligne, fort im- 
portante comme on va voir, puisqu'elle contient le nom du roi, 
jusqu'alors indéchiffrable, et fournit ainsi la date précise du mo- 
nument. Cette lecture, que j'avais obtenue à la suite d'un nouvel 
examen minutieux de mes estampages, a pu être communiquée 
aux éditeurs du Corpus, à temps pour être utilisée par eux; 
malheureusement, la reproduction héliographique du monu- 
ment a été exécutée d'après le premier estampage des Bédouins, 
sensiblement inférieur à ceux que j'avais pris moi-même, cinq 
ans plus tard. 



1. Il est intéressant de constater ainsi que Tarabe a tiré de son propre fond 
le nom spécifique du plomb, au lieu de remprunter, comme tant d'autres, à la 
langue de peuples de la famille sémitique plus avancés en civilisation. Le h^l2 
et la nisy de Thébreu ne semblent pas avoir fait souche en arabe, à moins qu'on 

ne veuille retrouver une interversion du premier dans le mot technique ji>, balad, 
« sonde pour sonder la profondeur de Teau ». 

2. Voir, pour la bibliographie, le Corpus InscripiionumSemiticarum, Aram., 
n» 195. 

3. La pierre, un bloc de basalte noir et compact, était alors enfouie dans de 
la farine, dans Tarrière-bou tique d'un baqqdl appelé Ahmed *Othmân Hamâmè. 
J'ignore ce qu'il est advenu d'elle depuis; peut-être se Irouve-t-elle encore à 
Naplouse. 



i88 KECITKIL d'aRCIIÉOLOCiTR ORIENTALE 

L'inscription osl ainsi conçne : 

^mnN wmD« 

« Cetlo slôle (funéraire est celle) de *Abdmalikou, fils de 
'ObaichoQ le stratège, qu'a faite pour lui Ya amrou le stratège, 
son frère, en Tan 2 de Malikou le roi, roi de Nabatène. » 

Le Corpus donne Tan 1, au lieu de l'an 2 ; mais je crois bien 
distinguer sur mes estampages les deux barres d'unités. L'an 2 
de Malchus III correspondrait à Tan 40-41 de notre ère, d'après 
la chronologie généralement adoptée. 

Le défunt, 'Âbdmalikou, ne porte pas de titre; son frère 
Ya 'amrou, au contraire, est qualifié de stratège. Étant donnée 
la transmission héréditaire des charges par voie de primogéni- 
ture chez les Nabatéens ', il est probable que celui-ci était l'ainé 
et qu'il avait succédé comme stratège à son père 'Obaichou, ' 
déjà décodé à l'époque de l'érection du monument. 

Ce nom de Va' amrou ^ qu'on ajustement rapproché du vieux 

nom arabe y^^, Vamourou, présente, en outre, un intérêt his- 
torique tout particulier que j'ai déjà indiqué sommairement, ail- 
leurs % et sur lequel je me propose de revenir plus en délai! dans 
cette étude. Mais, avant d aborder ce point, il me faut parler d'une 
autre inscriplien nabatéeune très importante, découverte depuis 
dans la même région moabite, dans les ruines de l'antique 
Mâdeba, à une vingtaine de kilomètres de Oummer-Resàs, dans 
le nord nord-est. 



1. Voir sur ce point le volume I de mon Recueil d'Archéologie orientale^ p. 62, 
note 1. 

2. Clermont-Ganneau, Journal asiatique, mai-juin 1801, p. 538 sq. 



LES NABÂTÉENS DAiNS LE PAYS DE MOAB 189 

II 

l'inscription de madeba 
Elle est ainsi conçue ' : 

nmn ^j^r S? n^ri ]^nSn lo^r ]nn i^jdt 

n s<nTn:;i no:; nm it^nj ^Sq 

nS nttn ]^:;mN nj^rn m^y; kS:? 

« Ce tombeau et les deux stèles (funéraires) qui sont au-dessus 
de lui, (sont ce) qu'a fait *Abd'obodat le stratège, pour Itaïbel le 
stratège, son père, et pour Itaïbel, chef du camp qui est à 
Louhlto et 'Abarta, fils du dit stratège 'Âbd'obodat; au siège de 
leur gouvernement, gouvernement qu'ils ont exercé en deux fois 
pendant trente-six ans sous le règne de Haritat Philopatris, roi 
de Nabatène. Le travail susdit a été exécuté en Tan quarante-six 
de son (règne). » 

Cette inscription me paratt propre à jeter un jour nouveau sur 
les stèles funéraires appelées nephech^ aussi bien en nabatéen 
qu'en paimyrénien, en hébreu, et dans d*autres langues sémi- 
tiques. 

1. C. I. S,t Aram.^ n*» 196. Il faut observer que les mots sont sensiblement 
séparés par le lapicide. 

2. Les observations qui suivent avaient été consignées par moi dans une de 
mes annotations aux épreuves du C. I. S.^Aram, (n» 162), annotations soumises 
à MM. de Vogiié et Rubens Duval, qui en ont souvent tenu compte dans leur 
rédaction définitive. Ce dernier, par suite d'une réminiscence inconsciente, a 
reproduit les conclusions essentielles de cette note dans une communication à 
la séance du il juin 1894 de la Société asiatique publiée ensuite dans la Revue 
sémitiquey 1894 (p. 260). On me permettra d'en revendiquer la paternité. 



190 KECUËiL d'arcuéologië orientale 

La forme même de la ou du nefech (le mot est employé aux 
deux genres dans les inscriplions) nous avait déjà été révélée, 
comme Ta justement remarqué M. de Vogué, par un intéressant 
dessin gravé sur le rocher et surmontant une épitaphe naba- 
téenne de Petra^ Cétait un cippe de forme pyramidale. 

Quant au rôle symbolique de la nephech^ il me paraît avoir été 
en relation intime avec la personnalité même du défunt et avoir 
caractérisé en quelque sorte son individualité, ce que pouvait 
faire déjà pressentir l'étymologie du mot qui signifie a souffle, 

vie », et par suite « personne » (cf. l'acception arabe, de ^j^y 

acception déjà usitée, du reste, en syriaque). C'est ce qui me paraît 
ressortir des faits suivants. 

Le tombeau élevé par 'Abd'obodat était destiné à deitx per- 
sonnes : un premier Itaïbel, qui était son père ; un second Itaîbel, 
qui était son fils. Or, le tombeau était surmont(^ de deux nefech\ 
par conséquent, une pour chacun des deux défunts. 

Le fameux sépulcre des Macchabées qui s*élevait à Modin, et 
qui était destiné à recevoir sept personnes (Simon, auteur de la 
dédicace, ses quatre frères, et leurs père et mère) était couronné 
de sept pyramides. Ces pyramides dont parlent les textes grecs 
de Josèphe et des Macchabées et qui sont, d'ailleurs, rendues, 
dans la version en syriaque parle mot îiephech*^ étaient évidem- 
ment des stèles de forme pyramidale, de véritables nefech. 

Le superbe mausolée que la reine Hélène d'Adiabène avait fait 
exécuter aux portes de Jérusalem et qui existe encore (les fChoûr 
cS'Salàtin) était orné de trois pyramides, — ici également, il 
faut comprendre trois nefech\ — or, il était destiné essentielle- 
ment à troh personnes : les rois Izatès et Monobaze, et la reine 
elle-môme. 



1. De Vogîié, ^\jY\e centrale , Inscr. sém., p. 90. 

2. Payne-Smilh, Thésaurus, s. v. — Cf. le rapprochement qui y est fait, à 
juste titre, avec le noin douiié, ^e\ou le témoignage de Sozomène, par les indi- 
gènes syriens, au sépuicre tradilionntl du prophète M ichée: N&f<ja|i£e(xav(x,c*esl- 
à-dire ixvrjiJLa hkttôv. 



LES NABàTÉBNS dans LE PAYS DE MOAB 191 

11 y a donc, comme on le voit, dans lous ces exemples variés, 
un rapport constant et significatif entre le nombre des défunts et 
celui des nephech. D'où je conclus que la nephech représentait, 
sous une forme symbolique, la personnalité même du défunt. 

L'habitude de surmonter d*une nephech le sépulcre propre- 
ment dit renfermant le corps du mort existait aussi chez les 
Juifs. Il y a, à ce sujet, dans le Talmud' un passage tout à fait 
topique, qui me parait offrir avec l'inscription de Mâdeba une 
similitude frappante : « de ce qui reste (de l'argent) pour (l'en- 
terrement d')un mort, on lui construit une nephech sur son tom- 
beau (nnp hy wb^ iS ]^:ia) ». 

La locution nzu nSï n, « qui est au-dessus d'elle » me paraît 
avoir son pendant exact dans un passage du livre de Daniel (vr, 
3) : ]^n212 nSvt, « et au-dessus d'eux » ; il s'agit ici des trois sarkin 
dont Daniel faisait partie et qui étaient placés au-dessus des 
cent vingt satrapes de Darius. Comparez, dans l'inscription pal- 
myrénienne de Nazala* : n:a SyS t. 

Le nom de Itaïbel est porté par deux de nos personnages, le 
grand-père et le petit-fils, en vertu de cette habitude d'atavisme 
onomastique dont nous trouvons de si fréquents exemples chez 
les Sémites. Ce nom de Si^n^M ne me parait pas avoir été jus- 
qu'ici expliqué d'une façon satisfaisante. Les éditeurs du C /. S, 
ont rejeté avec raison l'interprétation du P. Lagrange : Itibel, 
« mecum est Bel » ; ils semblent, à en juger d'après la vocalisa- 
tion Aitibel, adoptée par eux, se rallier à ^interprétation de 
M. Noeldeke : « quem Bel adduxit », l'élément ^n^^( étant considéré 
comme un aphel de «n^, « venir » = « faire venir ». 

Je me demande si nous n'aurions pas plutôt là le mot araméen 
^n^M, de n'iN, Mn^«, « être » (correspondant à l'hébreu v\ « il est, 
il y a ») ; le sens du nom propre serait alors « Bel existe » ou^ si 
l'on préfère, « existence de Bel ». C'est ce même verbe qu'on 
trouve souvent dans les inscriptions de Medâïn Sâleh : nay ^n^«s 



1. Taimud, Chekaiim^ 2, 5. 

2. Voir mes Éluder d'Archéologie orientale^ vol. Il, p. 94. 



192 RECUEIL d'archéologie ORIENTALE 

niuttS * Ole. : « or, qu'il soit avec lui à Douchara » ^c'est-à-dire : « il 
aura affaire au dieu Douchara » — celui qui violera ce tombeau)'; 
et eucore : Din njT Nizp ^n^Ni « et ce tombeau sera (ou est) con- 
sacré ». 

L'exclamation de Daniel (ii, 28) : hSn ^d^n, « il y a un Dieu » 
semble faite à souhait pour expliquer le nom do Itaïbel dans le 
sens que j'indique; il suffit de substituer un élément théophore 
à l'autre : elah à Beh. N'avons-nous pas, du reste, un nom propre 
biblique oii la substitution est toute faite, celui de Sn^d^n, IHel 
[Néhémie^ xi, 7), qui est peut-être à vocaliser, on réalité, liaïei? 
Cf. un autre nom biblique ^n^N, ftaï « existant, vivant » (I Chro- 
niques, x\, 31) *. En tout cas, du moment que le nabatéen nous 
offre des exemples avérés du verbe ^n^N, « être », le plus naturel, 
me semble, est de reconnaître ce verbe dans la composition du 
nom propre nabatéen Itaïbel^ sans aller chercher plus loin. 

Pour l'expression inn ]^3)2T, « deux fois », comparer Daniel, vi, 
H : NQT»! MnSn ^'':dt, « trois fois le jour »; et, pour Nmuy, « ou- 
vrage de construction », comparer Esdras, iv, 24; v, 8; vr, 7, 
18 : nhSn nn m^sy, à propos des travaux relatifs à la construction 
du temple. 

Ici encore, nous avons un nouvel exemple de la transmission 
des charges par hérédité, 'Abd'obodat étant stratège comme 
Tétait feu son père. L'inscription ajoute que la durée totale de 

1. Par exemple, C. i. S., Aram.y n° 198. 

2. L*on retrouve Texacl pendant de cette formule comminatoire dans celle qui 
s'adresse également aux violateurs éventuels des sépulcres, dans toute une caté- 
gorie d'épitaphes grecques : satai aOTw Ttpbc xbv ôsôv. Sur cette formule grecque, 
qui est commune aux païens et aux chrétiens, et répandue surtout en Asie- 
Mineure, voir entre autres, Cumont, Mélanges dti rÉcole de Rome, 1895, p. 252, 
qui renvoie aux observations de MM. Duchesne et Ramsay. On rencontre aussi 
l'équivalent : Stoaei 0eâ> X&yov, a il rendra compte à Dieu. » 11 ne serait pas impos- 
sible que cette formule fût d'origine orientale. Peut-être, cependant, le naba- 
téen ne fait-il que traduire ici la formule grecque. En tout cas, le rapproche- 
ment s'impose. 

3. Cf. le nom propre syriaque Nn^ND^Si Uuloho « Deus est », qui est formé 
précisément de ces deux mêmes éléments. 

4. Cf. le nom propre de femme OOm'a = Kssenlia, dans une des inscriptions 
grecques que j'ai découvertes à Gaza (voir mes Archaeolouical Researches in 
Palestine, vol. II, p. 410, n» 13). 



LES NÂBATÉENS DANS LE PAYS DE MOAB 193 

leurs exercices respectifs avait été de trente-six ans». Si 'Abd- 
'obodat n'avait pas survécu à son fils Itaïbel, il est probable qu'il 
lui aurait transmis sa charge de stratège; en attendant, celui-ci 
avait été investi de fonctions, évidemment moindres, celles de 
maître de camp dans une double localité dont les noms sont inté- 
ressants. 

Au début, le premier de ces noms avait été lu m^ra, Behitou 
(le P. Lagrange et M. Noeldeke). J'avais proposé, de prime 
abord, de détacher le beth initial, en le considérant comme la 
préposition, conformément aux habitudes grammaticales bien 
constatées du nabatéen', et en comprenant, non pas, « chef du 
camp de Behitou », mais bien « chef du camp qui est à Hitou ». 
En outre, je faisais des réserves paléographiques sur la lecture 
Hitou^, croyant bien apercevoir, entre le beth et le hethy les traces 
d'un lamed. Je suggérais, alors, dans le cas où cette lecture se- 
rait vérifiée, la possibilité de reconnaître dans Louhitou lafameuse 
localité moabite mentionnée par la Bible, n^mS, Louhit. Ces rec- 
tifications ont été pleinement confirmées depuis par Texamen de 
l'original, et la conclusion que j'en tirais est aujourd'hui généra- 
lement acceptée. 

La position de la Louhit moabite est, comme Ton sait, une 
question très obscure. L'on n'est pas même certain qu'il s'agisse 
d'une ville; le lieu est indiqué parla Bible comme une « montée» 
(maaleh). Si Ton admet l'opinion des auteurs de Y Onomasticony 
qui placent Louhit à Louhita, entre Areopolis (Rabbat Moab, au- 
jourd'hui Rabba) et Segor (sur le bord de la mer Morte au sud- 
est), il faudrait naturellement renoncer à y voir notre Louhito; 
en etTet, nous aurions à nous éloigner beaucoup trop du terri- 
toire de commandement de Mâdeba, et nous tomberions dans 

1. Et oon pas que les deux personnages avaient gouverné « deux fois 36 ans », 
comme traduit le P. Lagrange (Revue biblique, 1896, p. 295), égaré par la ver- 
sion un peu équivoque du Corpus : « duabus vicibus triginta sex annos ». 

2. Cf. C. I. S., Aram., no 182, inSxn « (la déesse Allât) qui esta Salhad. » 

3. Cette lecture élant maintenant définitivement écartée, il convient naturelle- 
ment de considérer comme non avenu le rapprochement conditionnel que j'avais 
été amené à faire avec la localité de Eitha, aujourd'hui HU, dans le Ifaurftn. 



KkCUUL D'ARCHftOLOOIB ORIBIfTALB H. Jui.N 1897. LiVHAlSON 13. 



194 RECUEIL d'archéologie ORIENTALE 

celui de Oummer-Resàsqiii, nous l'avons vu, avait son stratège 
spécial et cela, sensiblement à la même époque. Il est vrai que 
les dires de VOnomasùcon ne doivent pas être acceptés comme 
paroles d'évangile, et que, plus d'une fois, ses auteurs se laissent 
prendre au mirage d'homonymies superficielles. Bien que, dans 
le passage dlsaïe (xv, 5) et de Jérémie (xlvui, S), Louhit soil 
menlionnée en compagnie de villes certainement méridionales, 
Segor et Horonaim, il n'est pas impossible, qu'elle ait été réel- 
lement située dans la région de Mâdeba^ 

L'on a proposé dans ces derniers temps * de fixer remplace- 
ment de la Louhit biblique à Tal'at el-//mïz, à un peu moins de 
6 kilomètres dans le nord-ouest de Màdeba. Cela conviendrait 
assez bien topographiquement pour la Louhito de notre inscrip- 
tioa. Mais ce rapprochement phonétique me laisse des doutes, 
étant donnée surtout la transcription arabe <^^l, telle qu'elle 
est enregistrée par M. Couder. 

Le nom de la seconde localité placée sous le commandement 
militaire de Itaïbel peut être lu de deux façons différentes : 
'Obodta ou 'Abaria^ le dtdeth et le rech ayant une forme identi- 
que dans l'alphabet nabatéen. 

Dans le premier cas, on pourrait songer à la ville nabatéenne 
de Ohoda, ainsi appelée du nom d'un roi nabatéen Obodès 
('Obodat) qui y était enterré et adoré comme un dieu, au dire 
d'Ouranios cité par Etienne de Byzance '. Mais la position de 
cette ville, située bien loin de là, au sud-ouest de la mer Morte, 
ne me semble pas favorable à cette lecture. 

1. Dans le passage de Jérémie, notamment, où la « monlée de Louhit » fait 
pendant à la« descente de Horonaim », on pourrait dire que le prophète oppose 
deux points extrêmes du territoire de Moab. 

2. Gonder, Etistern Palestine, I, p. 228, et à sa suite, le P. Lagrange, Revue 
biblique, l. c. Au point de vue purement phonétique Ouâdy el-Lehesiye (^ ^^ M) 
que le P. Lagrange enregistre, sans observation d^ailleurs, entre Mâdeba et 
ifla'în, conviendrait mieux. 

3. S. V. "OSoôa. Fragm. hisl {/rase, IV, p. 525, n© 23. La ville figure sur la 
carte de Peutinger. Klle était tlorissante au i*^"^ siècle de notre ère; od eu a des 
monnaies frappées sous Néron Barclay-Head, Histor, nii'»., p. 687, citant 
Imhoof, Mon. graec, p. 150). 



LES NABÂTÉENS DANS LE PAYS DE MOÂB 195 

Le commandement en sous-ordre d'Itaïbel et le pouvoir même 
de son père le stratège 'Abd'obodat devaient s'exercer dans un 
rayon très court autour de Mâdeba. Je montrerai plus loin, en 
effet, que les districts des stratèges nabatéens étaient très mul- 
tipliés et, par conséquent, devaient embrasser des territoires fort 
restreints. 

Dans ces conditions, il semble préférable de lire ' Abarta, Ce 
nom, ainsi lu, suggère aussitôt divers rapprochements que j*ai 
déjà indiqués autrefois. 

C'est, d'abord, une localité qui est ainsi mentionnée dans la 
Notitia dignitatum imperii romani : « Cohors tertia felix Arabum 
in ripa vadi Apharis * /luvii in castris Arnonensibus '. Il y avait 
donc là, vers TArnon, un gué, un passage (cf. le sens étymolo- 
gique de 'Abarta) qui, de tout temps, a dû mériter par son im- 
portance stratégique d'être occupé militairement. On voit encore 
aux sources de l'Arnon les ruines importantes d'une forteresse 
romaine qui ont gardé le nom caractéristique de Leddjoàn 
{=Legio) '; un peu plus à l'ouest, celles d'un autre camp fortifié, 
Qasr B'cheir, commandant la route antique, un peu avant le 
passage de l'Arnon. Déjà, à Tépoque d'Eusèbe*, toute celte ligne 
de TArnon était jalonnée de postes militaires : âv ai xal ©pojpu 
::av':axéÔ6v çuXoTTet orpaTicutixi. On pourrait supposer que c'est sur 
quelqu'un de ces points stratégiques que devait se trouver le 

1. Cf., un peu plus haut, le iVaar5a/<!in, également avec une garnison romaine. 

2. Tout ce groupe de localités, occupées par des garnisons romaines, paraît 
avoir été situé dans la région moabite : YArnona, dont Tidentité ne soufTre pas 
de difficultés ; Valtha, peut-être le Ouâdi Oudlét (ou plutôt 0u(i/i7(/); Thamaiha, 
le Ou&di Themed (diVi QdJ&T el-Balqa), entre Zîzé {Ziza)\ et Oumm er-Rcsâs?; 
Libonay Libb^ entre Mâdeba et Dhibân? Asa6aia, Hesbdn^! 

3. Je ferai remarquer, en passant, que Leddjoûn avec ses sources abondautes 
et Zizé, avec sa grande birké qui existe encore aujourd'hui, sont déjà nommés 
par fbn Batouta (I, 255), comme deux étapes des pèlerins entre Bosra et Kerak. 

4. Onomasticon^ s. v. "Apvov. C'est peut-être dans ces parai^^es qu'il faut 
placer la Paremboles, « le camp >> — les Nabatéens auraient dit la machrUa — 
cet évêché « sarrasin » dépendant de Pétra et constitué à la suite de la conver- 
sion en masse au christianisme d^une tribu qui y était fixée, selon ce que nous 
raconte la Vie de saint Euthyme. Cette tribu était peut-être, en réalité, «le race 
et de langue nabatéennes. Voir à ce sujet mes Archaeological Rcsearches in Pa- 
lestine, vol. II, p. 139. 



i96 RECOKIL D'ARCHÉOLOGrE ORIENTALE 

camp de 'Âbaria dont Itaïbel était le chef. Ce qui m'arrête» c'est 
toujours cette nécessité de nous maintenir dans un court rayon 
autour de Mâdeba et de ne pas nous engager trop au sud sur un 
territoire qui relevait nécessairement du stratège de Oumm er- 
Resls. J'incline à croire que la limite entre les deux districts de- 
vait être formée par le Zerqâ Ma'in, et que c'est au nord de 
celui-ci qu'il convient de chercher nos localités de Louhito et 
d"Abarla. 

Aussi avais-je pensé pour 'Abarta à un autre rapprochement; 
c'est avec le Har ha-'Abarim biblique, le système de montagnes 
dont faisaient partie le mont Nebo et le Pisgah. Si celte mon- 
tagne est identique, comme on l'admet, avec le djebel Neba et le 
Ri\s Siâgha, non loin de Mâdeba, au nord-ouest^ cela s'accorde- 
rait assez bien avec les conditions générales de topographie que 
nous imposent les considérations exposées plus haut; Tidentifi- 
cation de Louhit — si c'est la Louhito nabatéenne — avec Tal'at 
el-Héisa y gagnerait même quelque peu, cette montée étant jus- 
tement entre Siâgha et Nebà. 

Je n'ose pas insister sur ces rapprochements. Tout ce que Ton 
peut dire c'est que le sens même du nom *Abarta, « passage », 
explique à lui seul la raison stratégique pour laquelle on avait 
établi un camp en ce point, soit que 'Abarta fût une passe do 
montagne, soit que ce fût un gué de rivière. Il s'agissait évidem- 
ment de proléger une route permettant de pénétrer dans le dis- 
trict de Medaba. A cette époque, au i«'" siècle de notre ère, contre 
qui les Nabaléens, occupant l'ancien pays de Moab, étaient-ils to- 
nus de se défendre? L'histoire, comme nous le verrons plus loin, 
nous répond : contre les Juifs, qui occupaient une longue bande 
de territoire sur la rive orientale du Jourdain, s'étendant de Pella, 
au nord, jusqu'à Machérous, au sud. Cette dernière forteresse 
était même, nous le savons pertinemment, entre les mains de 
ceux-ci *. Cette bande de territoire, c'était ce qu'on appelait la 
Pérée, le pays d'outre-Jourdain. Elle était limitée au sud par la 

1. Il y a, toutefois, une réserve à faire, comme nous le verrons plus loin. 



LES NABATÉBNS DANS LE PATS DE MOAB 197 

Moabitide proprement dite, et, à Torient par l'Arabie, ou pays 
des Nabatéens\ J'induis, de cette situation politique, que les Na- 
baléens, maîtres de Medaba, devaient avoir à se garder surtout 
du côté de Touest, contre les Juifs leurs voisins, avec qui ils 
avaient souvent maille à partir. Par conséquent, j'inclinerais à 
chercher la position de leurcamp retranché de Louhilo et 'Abarla, 
relevant de Medaba, dans cette direction, c'est-à-dire vers Touest 
deMâdeba, à la frontière occidentale du territoire de ce comman- 
dement; peut-être dans le nord-ouest, vers le point où débou- 
chaient les roules d'accès partant des derniers gués méridionaux 
du Jourdain ; peut-être^ au contraire, dans le sud-ouest, pour cou- 
vrir la route qui permettait de se rendre de la puissante forteresse 
juive de Mâcherons à Med<iba, en franchissant le Zerqa Main; 
pour être en état de mieux préciser^ il faudrait connaître, ce que 
nous ignorons encore, où passait exactement la limite séparant, à 
cette hauteur, la Pérée à l'ouest, du territoire nabatéen à Test. 



m 



Mâdebanous a fourni un second texte nabatéen. Il est très court, 
il est vrai, mais, tel qu'il est, il suffit pour nous montrer que la 
présence des iSabatéens à Medaba n'est pas un fait accidentel. Il 
se compose seulement de quelques caractères gravés à la suite 
d'une longue inscription grecque, fort curieuse en elle-même, dont 
j'ai eu occasion de parler déjà*. Cette inscription, datée, a ce 
qu'il semble, de Fan 19 du règne d'Antonin le Pieux, a pour au- 
teur un personnage, qu'à eux seuls, son nom et son patrony- 
mique, Abdallas, fils de Anamos, caractérisent nettement comme 
un Nabatéen, ainsi que je l'ai montré. Malheureusement^ tout 
le texte a beaucoup souffert et est d'un déchiffrement extrême- 
ment difficile. Me basant seulement sur l'essai de transcription 

1. Josèphe, G. J., III, 3: 3. 

2. Voir plus haut. §7, p. 12. 



i98 RECUEIL D^ARCflÉOLOGIE ORIENTALE 

typographique qui en avait été donné, je m'étais demandé si les 
caractères nabatéens ne nous cacheraient pas le nom même de 
Màdeba, sous sa forme sémitique originale. Depuis, le P. Ger- 
mer-Durand a eu l*extrèmc obligeance de me communiquer 
Testampage qu'il a pris du texte; bien que très imparfait, cet 
estampage m'a convaincu qu'il fallait renoncera cette conjecture, 
et je n'ose en risquer une nouvelle*. 

Quoi qu' il en soit, il n'en denieurc pas moins acquis que 
Medaba, occupée par les Nabatéens vers Tan 40 avant notre ère 
avait encore une population de même race dans la seconde 
moitié du u^ siècle^ c'est-à-dire plus de cinquante ans après la 
réduction de l'ancien royaume nabatéen en province romaine, 
sous le nom d'Arabie. Par là se trouve pleinement confirmé le 
dire d*Ëtienne de Byzance qui nous présente formellement Me- 
daba comme une ville nabatéenne : Mrj8a6a. î:sXi<; twv Na6aTa{(i>v • b 

Le renseignement du grammairien byzantin est d'autant plus 
précieux qu'il s'appuie, comme on le voit, sur le témoignage, 
beaucoup plus ancien, de cet Ouranios qui connaissait si bien le 
vieux monde arabe et dont malheureusement l'ouvrage est perdu. 

Nous savions, du reste, déjà par FI. Josèphe', que Medaba 
était au pouvoir du roi nabatéen Obodas P*" au commencement 
du r'' siècle avant notre ère. En effet, lorsque vers l'an 65, le 
prince et grand-prêtre juif Hyrkan II, disputant la couronne à 
son frère Arislobule, sollicite l'aide des Nabatéens, il promet à 
Arétas III, fils du roi Obodas P% pour reconnaître ses services, 



1. Tout ce que je puis dire, c'estqiip l'épigraphe paraît se composer de deux 
mots : le premier caractère semble être un yod, le second est peut-être un fjoph, 
lié à un daleth ou rcck; puis bcth'i, lié à un waw ou daiith'] terminant le mot. 
Le second mot comin*»nce peut-ôtre par le groupe bcih, rech^! et paraît finir par 
un nlep^ Tout cela très incertain. 

•J. PrwfW. hiat, gr.j IV, p. 524. 

3. Anliq. jwL, XIV, 1 : i; cf. XIll, 15, 4. Cf. Antiq. jud., XIII, 13 : 3 et 5; 
Guerre J., 1» 4 et 5. L'état d'hostilité avait déjà dû commencer sous le règne 
de Arétas II, prédécesseur de Obodas I''', puisque les habitants de Gnza comp- 
taient, à tort du reslf», sur le secours «le ce roi pour repousser l'attaque d'Alexan- 
dre Jannée, en 97 avant J.-C. {Ant. J , XIII, 3 : 3). 



LES NABATÉENS DANS LE PAYS DE MOAB 499 

(lo lui rendre les douze villes enlevées aux Arabes — c'est-à-dire 
aux Nabatéens — par son père à lui, le roi Alexandre Jannée, 
qui avait longtemps guerroyé contre Obodas. En tête de la liste 
de ces villes, qui appartiennent toutes au territoire moabite, se 
trouve Medaba. 11 est à supposer qu'elles étaient aux mains des 
Nabatéens, bien avant celte époque. En ce qui concerne particu- 
lièrement Medaba, nous verrons tout à l'heure qu'il en était 
ainsi, en confrontant nos inscriptions mêmes avec certaines 
données historiques dont j'ai réservé à dessein Texameu. 

Un premier fait à constater, et sur lequel j'insisterai, c'est que 
l'inscription de Mâdeba et celle de Oumm er-Resâs sont sen- 
siblement contemporaines, la première étant datée de Tan 46 du 
règne de Arétas IV Philopatris, la seconde de l'an 2 du règne 
de Malchus III, son fils, dates qui correspondent respectivement 
aux années 37-38 et 39-40 de notre ère. Par conséquent, à celte 
époque, Medaba et la ville antique, quelle qu'elle fût, représentée 
par la moderne Oumm er-Resâs, avaient des stratèges distincts; 
et, naturellement, cetle situation n'était pas momentanée et for- 
tuite, puisque, d'une part, 'Abdobodat et son père Itaïbel avaient 
successivement occupé la charge de stratège de Medaba pendant 
une période totale de trente-six ans, et que, d'autre part, le stratège 
Ya amrou, à Oumm er-Resâs, avait été également précédé dans 
sa charge par son père. Donc, Medaba et Oumm er-Resâs devaient 
être les chefs-lieux de deux districts limitrophes, commandés 
par des stratèges qui les gouvernaient de père en fils, au nom 
des rois nabatéens. La proximité de ces deux villes, séparées 
par une vingtaine de kilomètres tout au plus, indique combien 
ces districts nabatéens devaient être peu étendus, et, par suite 
multipliés, et pourquoi ce titre de stratège est employé avec 
tant de profusion dans l'épigraphie nabatéenne. Ces stratèges 
étaient évidemment de très petits gouverneurs. 

Voici un fait qui va nous faire toucher la chose du doigt, et 
qui, en même temps, offre cet intérêt de nous montrer qu'un de 
nos personnages a pu se trouver mêlé à un certain événemeent 
de l'histoire juive qui n'est pas sans importance. 



200 REcrEiL d'archéologie orientale 

Le télrarque de Galilée et de Pérée, Hérode Anlipas, un des fils 
d'Hérode le Grand, avait épousé, nous dit Josèphe^ une fille du 
roi nabaléen Arétas IV, qui résidait à Pétra. Ce devait être une 
alliance politique, le tétrarquc, maître de la Pérée, se trouvant 
être ainsi le voisin immédiat des Nabaléens. Cet Arétas est le roi 
même dont parle l'inscription de Mâdeba. Cette princesse naba- 
téenne, dont malheureusement nous ne savons pas le nom, infor- 
mée des intentions de son mari qui voulait la répudier, pour épou- 
ser sa propre belle-sœur, la fameuse Hérodias, résolut de se 
dérober à cet outrage en se réfugiant auprès de son père, à Pétra. 
Ayant obtenu d'Hérode Antipas, sans rien dire de son projet réel, 
l'autorisation de se rendre à Mâcherons, forteresse qui dépendait 
alors d'Arétas (et située non loin de Medaba, au sud-ouest^, elle 
s'entendit avec le stratège qui prit toutes les mesures pour assurer 
son voyage ; et, de stratège en stratège (xo|jLt5fj twv ^^oLvr^^m k% 8ta- 
8cx^ç), elle parvint rapidement jusqu'à la résidence de son père, qui 
demanda aussitôt à son gendre raison de cette injure parles armes. 

Pour expliquer que Machérous dépendait alors d'Arétas IV, 
Josèphe se sert de l'expression ùzoteX-^^, qui veut dire proprement 
« tributaire ». Il ajoute que cette forteresse se trouvait située sur 
la frontière séparant les Etats d'Hérodc Antipas de ceux d* Arétas. 
Or, la forteresse de Machérous, bâtie à l'origine par Alexandre 
Jannée, puis détruite par Gabinius dans sa guerre contre Aris- 
tobule, était encore entre les mains des Juifs, sous Hérode le 
Grand; ce roi l'avait relevée de ses ruines et en avait fait une place 
forte destinée à tenir en respect les Arabes ou Nabatéens, ses 
voisins*. Peu après, elle appartenait encore aux Juifs, puisque 
c'est là qullérode Antipas interne saint Jean-Baptiste, puis le fait 
exécuter. Il faut supposer que, dans l'intervalle, par suite de 
circonstances que nous ignorons (peut-être à l'occasion du ma- 
riage de sa fille avec Ilérode Antipas?), Machérous avait passé 

1. Josèpfie, Ant, J., XVIII, 5:1. 

2. Josèphe, (i. J., Vil; 6 : 2. Je crois avoi*. M. Sclilalter [Z. /). P. V,, XIX, 
p. 22S) et contrairement à M. Niese, que Machérous avait reçu, à celte occasion 
le nom de Herôdinn, et que cet Uerôdion (G. J.y \, 21-10) est à distinguer de 
l'autre Ucrôdion^ situé sur le mont dit des Francs, non loin de Bettiléem. 



LES NABATÉENS DANS LE PAYS DE MOAB 201 

momentanément au pouvoir d*Arétas, soit que celui-ci l'occupât 
réellement, soit, si Ton prend l'expression de Josëphe au pied de 
la lettre, qu'il en tirât seulement un tribut. Comment fit-elle re- 
tour à Hérode Antipas? C'est ce que l'histoire ne nous dit pas non 
plus. Le tétrarque juif, battu à plate couture par son ex-beau- 
përe^ ne semble pas avoir été en bonne position pour reprendre 
Mâcherons par ses propres moyens. Il est vrai que Vitellius 
reçut de Tibère Tordre d'intervenir en faveur du tétrarque juif, 
d'agir vigoureusement contre Are tas, et de le prendre mort ou 
vif; mais le mouvement oiïensif desRomains futbientôt suspendu 
par l'annonce de la nouvelle de la mort subite de l'empereur. L'on 
ne comprendrait guère que le roinabatéen, décidé,commenousIe 
savons, à une défense énergique^ eût évacué un point aussi im- 
portant que Mâcherons sur une simple menace. Ce qui obscurcit 
encore la question, c*est que, selon Josèphe, la décollation de 
saint Jean-Baptiste aurait eu lieu avant la défaite d'Hérode Anti- 
pas par Arétas, puisque cet historien rapporte l'opinion populaire 
qui regardait cette défaite comme un châtiment de Dieu faisant 
expiera Hérode Antipas le supplice de saint Jean-Baptiste à Mâche- 
rons, événement qu'on place généralement vers l'an 32. D'un 
aulre côté, il semble que le tétrarque juif n'ait pu faire interner et 
exécuter un de ses sujets que dans une forteresse à lui apparte- 
nant. Or, Josèphe vient de nous dire qu'au moment de la fuite de la 
princesse nabatéenne, Mâcherons était dans la dépendance d'A- 
rétas. Il est peu probable que des Nabatéens se seraient prêtés à 
satisfaire la vengeance du tétrarque contre un homme qui, précisé- 
ment, était surtout coupable à ses yeux d'avoir pris trop chaude- 
ment leparti de laprincesse nabatéenne contre Hérodias {voir saint 
Matthieu^ xiv et saint Luc, m). Par une singulière coïncidence, 
c'est à l'endroit même qui avait élé le point de départ de la fuite 
de la princesse nabatéenne, que saint Jean-Baptiste devait payer 
de sa tète ses critiques téméraires contre la rivale de cette prin- 
cesse, la vindicative Hérodias. 

Quoi qu'il en soit, il résulte nettement du récit de Josèphe que 
la région comprise entre Machérous et Pétra devait être divisée en 



202 RECUEIL D'ARCirÉOLOGIE ORIENTALE 

une série de pelits commandements s*écheIonnant d'une ville à 
Tautre et confiés à autant de stratèges nabatéens. 

Nous n'avons donc pas Heu d'être surpris de voir, dans nos 
inscriptions, deux points, aussi voisins que Medaba etOumm er- 
Resâs, pourvus chacun de stratèges, qui sont certainement dis- 
tincts puisqu'ils sont contemporains. 

Il y a plus. La position de la forteresse de Machérous est par- 
faitement déterminée à M'kâoûr du sud du Zerqà Ma*in. Il suffit 
d'un coup d'œil jeté sur la carte pour se convaincre que Maché- 
rous ne pouvait appartenir qu'au district de Oumm er-Resàs, le 
Zerqâ Ma*în forment la ligne naturelle qui devait séparer ce dis- 
trict de celui de Medaba. La forteresse, appartenant à ce moment 
à Arétas, devait donc relever du stratège de Oumm er-Res&s. Or 
la guerre d'Arélas et d'Hérode Antipas se place aux environs de 
Tan 36 de J.-C, et elle a suivi de très près la fuite de la princesse 
répudiée ; cela nous reporte donc sensiblement vers la date de 
rinscription de Oumm er-Resâs. Par conséquent, l'on peut, sans 
témérité, admettre que le stratège nabatéen avec lequel la prin- 
cesse sa compatriote avait secrètement concerté ses mouve- 
ments, était soit notre Ya'amrou, soit son père et prédécesseur 
'Ohaichou, selon l'époque à laquelle celui-ci est mort. En tous cas, 
lo stratège de Oumm er-Resâs a dû figurer, tout au moins, parmi 
ceux qui, de proche en proche, avaient convoyé la fugitive jus- 
qu'à Pétra, résidence du roi son père. Il est probable, d'ailleurs, 
que le stratège deMedabalui-même,soit 'Abd'obodat, soit son père 
et prédécesseur Itaïbel, dont la princesse devait, sinon traverser, 
du moins longer le territoire pour arriver à Machérous, n'avait 
pas dû rester étranger à ralFaire et avait contribué à favoriser 
la fuite de la fille du roi son maître. 

J'ajouterai que c'est à celte même époque que se place un autre 
épisode intéressant-de l'histoire évangélique : l'évasion mouve- 
mentée de saint Paul de la ville de Damas, telle qu'il la raconte 
lui-même *. L'ethnarque — probablement quelque autre stratège 

1. Il Corinthiais, ii; 32-33. Cf. Actes, ix, 2i-25. 



LES NABATÉENS DANS LE PAYS DE MOAB 203 

— qui commandait à Damas an nom du roi Arélas, ayant voulu 
faire emprisonner l'apôtre, celui-ci dut pour s'échapper se faire 
descendre dans un panier par la fenêtre d*une maison donnant 
sur le rempart. Cela se passait vers Tan 39, et ce roi Arélas n'est 
autre que celui de notre inscription. 

C'est à notre Arétas IV que je serais tenté d'attribuer une mon- 
naie nabatéenne, datée de Tan 43 d'un roi dont le nom a disparu, 
monnaie que l'on a proposé successivement d attribuer soit à 
Malchus P'' soit à Arétas III, soit même h un roi nabatéen très 
douteux, Ërotimos *. La longueur du règne de notre Arétas ren- 
drait assez plausible cette nouvelle attribution, puisque l'inscrip- 
tion de Mâdebaest datée de l'an 46 de ce règne. Nous avons, du 
reste, une monnaie, et deux autres inscriptions de El-Hedjr ', 
datées de ran 48 de ce même roi. 



IV 

Il y a un autre fait encore de l'histoire juive, un fait plus ancien , 
qui peut, je crois, recevoir une assez vive lumière de nos inscrip- 
tions nabatéennes de Mâdeba et de Oumm er-Resâs. Il sort de 
ces deux textes comme deux rayons de lumière qui viennent 
converger en arrière, pour le faire sortir de l'ombre, sur un point 
du passé demeuré jusqu'ici quelque peu obscur. 

Le premier livre des Macchabées nous raconte en grand détail 
un épisode des guerres de Jonathan, frère de Judas Macchabée, 
où Medaba et les Nabatéens jouent un grand rôle. Le récit est 
confirmé de point en point par celui de Josèphe ; les deux rela- 
tions ne diffèrent que par quelques légères variantes que j'indi- 
querai chemin faisant, quand elles en vaudront la peine'. 

4. De Vogiié, Revue numismaL, nouv. sér.^ XIII, p. 158. — Guischmid dans 
les Nabat, Jnschr, de Euling, p. 81-82. 

2. C. /. S., Aram.y !)•• 214, 215. 

3. I Macchabées, ix, 32-42 ; Josèphe, Ant, J„ XÏII, 1 : 2, 4. 



204 RECUEIL d'archéologie orientale 

La chose se passe vers Tan 160 avant notre ère. Après la mort 
de son frère Judas Macchabée, vaincu par Bacchidès, Jonathan, qai 
avait pris le commandement du mouvement insurrectionnel juif, 
se trouva aux prises avec le général de Démétrius Sôter, dans les 
parages où le Jourdain se jette dans la mer Morle *. A l'effet d'as- 
surer la liberté de ses mouvements, Jonathan envoya son frère 
Jean 'chez les Nabatéens (NauaTabu;) ', ses amis» pour leur de- 
mander de donner asile aux bagages du corps d'armée juif qui 
étaient considérables. 

Il est presque superflu d'ajouter que ces Nabatéens devaient 
être établis alors à Test du Jourdain, et probablement déjà dans 
le pays de Moab, d'où, une soixantaine d'années plus lard, nous 
avons vu précédemment qu'Alexandre Jannée les délogea; la 
suite du récit va confirmer, d'ailleurs, ce dernier point d'une 
façon formelle. 

La démarche de Jonalhan indique donc qu'à cette époque, les 
Juifs étaient en bons termes avec leurs voisins nabatéens ; on se 
l'explique facilement, si l'on songe qu*ils avaient pour ennemis 
communs les Séleucides qui, dès 312, c'est-à-dire au début même 
de leur puissance, avaient dirigé une expédition contre Pétra, la 
capitale nabatéenne. L'expédition échoua, du reste, misérable- 
ment. 

A différentes périodes de leur histoire, nous voyons de hauts 
personnages juifs s*en aller ainsi, dans des circonstances criti- 
ques, demander asile, aide ou protection aux Nabatéens occupant 
Test du Jourdain. Cela, il est vrai, ne leur réussit pas toujours, 
mais cela ne les empêcha pas de recommencer quand roccasion 
s'en présenta. 

1. Dans les marécages qui existaient encore à celle époque à Temboucliure du 
Jourdain et qui étaient, comme je Tai démontré autrefois, les témoins d'une 
extension de la mer Morte dans le nord, constituant Tancien Lachon ou « Lan- 
gue » de ia mer Morte, dont parie le livre de Jo>uè, 

2. Josèphe : «Jean, surnommé Gaddis». 

3. Josèphe : « Les Arabes Nabatéens » (Na»yaTa:o-.»; "Apiôa;). Souvent même 
riiistorien juif appelle, comme les autres autnirs anciens, « Arat)es •, tout courte 
les Nabatéens. 



LES NABATÉBNS DANS LE PAYS DE MOAB 205 

Par exemple, en l'an 176 avant J.-C, Hyrkan, fils de Tobie *, 
ou plutôt, comme je crois l'avoir démontré autrefois, Hyrkan, 
surnommé Tobie^ forcé de fuir de Jérusalem, alla fonder, sur 
l'emplacement de A'râq el-Emir, la ville dont on voit encore 
les ruines grandioses. Cette ville est située en pleine Ammoni- 
tidc^ à environ 6 lieues dans le nord nord-ouest de Mâdeba, et à 
peu près à la même dislance dans le sud-ouest de *Âmmân^ ou 
Philadelphie^ dans une région où dominaient alors les Nabatéens. 

Une dizaine d*années plus tard, en 169, nous voyons le grand 
prêtre juif Jason, supplanté par Ménélaùs, se réfugier également 
en Ammonitide, sur le territoire du roi nabatéen Arétas I®'*, 
dont il n'eut, d'ailleurs, guère à se louer, à ce qu'il semble. 

Quatre ans seulement avant l'épisode qui nous occupe, en 164, 
Judas Macchabée et son frère Jonathan lui-même, ayant poussé 
leurs opérations à Test du Jourdain, étaient entrés en contact 
avec les Nabatéens, et avaient eu avec eux de très bons rap- 
ports ". 

Une trentaine d'années plus tard, en 135, Ptolémée, le gendre 
du prince juif Simon, massacra son beau-père et sa famille. Son 
coup fait, c'est encore en Ammonitide que lé meurtrier alla cher- 
cher refuge, auprès d'un certain Zenon, surnommé Kotylas, qui 
était M tyran de la ville de Philadelphie (Rabbat-Ammon) » \ Ce 
Zenon, dont le surnom indique suffisamment l'origine sémitique» 



1. Voir mes Archaeological Researches in Palestiney vol. II, p. 261 sq. J*ai 
essayé d'établir que le nom de TobiCj gravée en anciens caractères hébreux sur 
les rochers de A*rftq eUEmlr, n'était autre que le nom hébreu de Hyrkan, el 
que ce personnage dont Josèphe nous raconte la fin tra&^ique était identique au 
Hyrkan-Tobie (et non Hyrkan fils de Tobie) de II Macchabées, m, ii. 

2. II Macchabées, v, 8. Cf. iv, 26. Le texte Tappelle Arétas « tyran des 
Arabes ». 

3. 1 Macchabées, v, 24, 25. Ici le texte désigne les Nabaléens par la forme 
correcte NaSaraioi. 

4. Josèphe, Ant. J., XIII,? : 4; 8 : 1; G. J., I, 2 : 3. 

Une des conséquences immédiates de ce terrible drame de famille fut la prise 
de Medaba par Hyrkan, fils de Simon (Josèphe, Ant. J., XIII, 9 : 1). La ville 
appartenait vraisemblablement encore aux Nabatéens, et Taele de Hyrkan semble 
indiquer qu*il se vengeait ainsi sur eux de Taccueil fait par un des leurs au 
meurtrier de son père. 



206 RECUEIL D^ARCHÉOLOGIE ORIENTALE 

ne devait pas être un roi nabatéen*, mais un simple gouvernear 
de ville, un stratège, comme on aurait dit plus tard, relevant do 
roi; le roi était peut-être bien ce Malchus P', connu jusqu'ici 
seulement par la belle médaille d'argent que j'ai découverte ' et 
qui provient de Kerak. 

Descendons maintenant de près d'un siècle, et arrivons à Tan 
40 avant J.-G. Hérode le Grand aux abois, devant l'invasion des 
Parthes, et cherchant un refuge, s'adresse à qui? Encore à un 
roi nabatéen, à Malchus II qui, d'ailleurs, bien qu'il lui eût de 
sérieuses obligations, refusa de le recevoir. 

J'ai déjà raconté plus haut la façon dont Uyrkan II, vers Tan 
65 avant J.-C, s'était rapproché d*Arétas III. J'ajouterai que» 
pour le gagner à sa cause, il s'était décidé à aller le trouver dans 
sa capitale, à Pétra. Trente-quatre ans plus tard, en Tan 31, 
c'est encore à la porte du palais royal nabal<^en, alors occupé par 
Malchus II, que l'infortuné Hyrkan songeait à aller frapper dans 
sa détresse, pour se soustraire à la tyrannie d'Hérode le Grand, 
tentative qui lui coûta la vie^ 

Après cette digression destinée à faire mieux comprendre les 
rapports politiques continus existant entre les Juifs et les Naba- 
téens, je reprends notre récit au point où je Tai laissé. 

Jean partit pour s'acquitter de la mission dont son frère Jona- 
than, se fiant probablement au précédent favorable et récent 
dont j*ai parlé plus haut, l'avait chargé auprès des Nabatéens. 
Mais, en route, il tomba victime d*une véritable razzia de la part 
des fils de lambri, sortis de Medaba. Ceux-ci l'assaillirent, le 
massacrèrent avec tous ceux qui raccompagnaient, et pillèrent 
le convoi qu'ils escortaient. 

i. Quoi qu'en dise M. deSaulcy {Ann. delà Soc. de num., 4873, extrait, p. i), 
qui a mfime cru retrouver une monnaie de ce prétendu roi nabatéen Zenon Ko- 
lylas, en se basant sur une légende, d'ailleurs, très douteuse : [KJOAPAOr; il 
faut avouer que cela ne ressemble guère à KoruXâ;; et puis, on n'aurait là que 
le surnom, le nom même manquerait; rien n'est moins vraisemblable. 

2. De Saulcy, Annuaire de Ut Soc, de numism., IV, p. 32, pi. I, n» 1. 

3. Josèphe, Ant. J., XIV, U : 1. — G. J., I, 14 : 1. 

4. Id., i6., XV, 6 : 2. Hérode, ayant réussi à intercepler la correspondance en- 
gagée à ce sujet, s'empara de ce prétexte pour faire mettre Hyrkan aussitôt à mort. 



LES NÂBATÉENS DANS LE PAYS DE MOAB 207 

Peu après, les deux frères survivants, Jonathan et Simon, 
tirèrent de ce guel-apens une vengeance éclatante. Ayant appris 
que les fils de lambri célébraient un mariage important et qu'ils 
amenaient en grande pompe, de la ville de Nadabath, la fiancée 
appartenant à Tune des plus puissantes familles de Chanaan (sic), 
ils se mirent en embuscade dans une montagne et guettèrent le 
passage du cortège nuptial. Quand la troupe joyeuse et sans 
défiance déboucha au son des tambours et de la musique, avec 
toute la foule des frères et des amis en armes, les Juifs fondirent 
sur eux à Timproviste, en tuèrent ou blessèrent une bonne partie, 
dispersèrent les autres et s'emparèrent de leurs dépouilles. C'est 
ainsi que Jonathan et Simon vengèrent le sang de leur frère 
Jean. Après cette terrible vendetta, ils revinrent sur les bords du 
Jourdain, pour reprendre position contre Bacchidès, auxquels ils 
infligèrent une sérieuse défaite. 

Selon Josèphe, le châtiment des bandits de Medaba aurait 
suivi et non précédé la défaite de Bacchidès. Mais cette diver- 
gence importe peu pour l'objet de notre étude. Il les appelle, non 
pas (( fils de lambri », mais « fils de Amaraios »; cela est beau- 
coup plus important, comme nous Talions voir. Il donne à la ville 
dont la fiancée était amenée, le nom de Gabatha, ou Nabalha, au 
lieu de Nadabath, et dit que la jeune fille appartenait à une 
famille illustre des « Arabes », et non pas « de Chanaan ». D'après 
lui, c'est daus les environs même de Medaba que les Juifs 
auraient dressé leur embuscade. Il évalue à quatFe cents le 
nombre des personnes qui furent massacrées, tant hommes, que 
femmes et enfants. Jonathan était bien vesgé. 

Qu'est-ce que c'étaient que ces fils de lambri, résidant à Me- 
daba? 

Pour répondre à cette question, que nombre d'exégètes se 
sont posée sans arriver jusqu'ici à une solution satisfaisante, il 
convient, d'abord, d'examiner les diverses formes sous lesquelles 
ce nom se présente dans les récits parallèles du livre des Mac- 
chabées et de Josèphe, d'après les manuscrits. 



208 RECUEIL d'archéologie orientale 

Livre des Macchabées : 

( ol uîcl 'IaiJL6p&{v. 

V 37 • f °' "'•®' '^^^^P^' 
( cTi uîol 'Iap.6p(v. 

D'autres manuscrits ont *Ap.6po( et 'Ap.6p(. 

La Vulgate transcrit : filii lambri. 

Josèphe : 

XIII, 1 , 2 : ()t *Ap.apa{5u ^wOïSeç. 

XIII, 1,4 : { ,; 

( Twv ulwv ToD Ajjiapaiou. 

Les manuscrits de l'ancienne version latine de Josëphe ont : 
Amereij Amarei^ Amri, 

Plusieurs commentateurs ont supposé que la forme sémitique 
originale devait être nc»^ ^:a benê Amori^ « les fils de rAmo- 
rite », et qu'il s'agissait d'une famille de descendance amorite, 
la peuplade chananéenne des Amorites ayant occupé ancienne- 
ment^ à l'époque de l'arrivée des Israélites en Palestine, la ré- 
gion où se trouve Medaba. 

D'autres ont supposé que le nom original devait être nay, 
identique à celui de l'ancien roi d'Israël Omri, transcrit par les 
Septante 'AjAÔpi, 'Ap.5pafiA; dans la Vulgate, i4mri; par Josèphe, 

'AfjLapTvoi;. 

Celte dernière explication me paraîtrait plus acceptable que 
la première, en tant qu'il doit s*agir d*un nom d'homme et non 
pas d'un nom ethnique. Mais elle n'est qu'approchée de^Ia vé- 
rité; car, si elle pourrait être, à la rigueur, suffisante pour la 
forme donnée par Josèphe, elle ne rend nullement compte de 
la forme qui revient avec une insistance significative dans les 
variantes du livre des Macchabées^ et qui montre un iota au 
commencement. Je crois que cet / est une partie essentielle du 
nom. Chez Josèphe même, la leçon cl 'A[j.apa(c'j doit être issue 
d'une graphie primitive en scriptio continua : ot'.ap.apatou; un 'co- 
piste aura sauté un des deux iota par bourdon, et cette forme 
décapitée, une fois acquise, a donné naturellement : ulûv 'AiJia- 



LKS NABATÉENS DANS LE PAYS DE MOAB 209 

paiou, pour ulo^v 'Ia(jLapa{ou. Ce qui nous montre bien que la chose a 
dû se passer ainsi, c'est que le même phénomène a visiblement 
amené la formation des variantes 'A|jL6p{ et 'AjjLÔpoC qu'on ren- 
contre dans certains manuscrits du livre des Macchabées lui- 
même ; heureusement qu'ici c'est la bonne leçon qui a pris le 
dessus. 

Cette façon de voir étant admise, nous restons en face de deux 
formes primitives : 

'Ia|jL6piy et variantes [Macchabées) ; 

(l)ap.apaTôç (Josèphe). 

Cela posé, j'estime que ces noms ne sont autre chose que la 
transcription faite, de deux manières différentes, et également 
logiques, du nom de r\UT, Ta'amroUy que nous avons rencontré 
dans notre inscription nabatéenne d'Oumm er-Resâs. 

La forme originale que nous cherchons à déterminer doit être 
11D3P ^aa, beiié Ya*mrou^ les « fils de Ya'mrou, » les béni Yantrou^ 
comme on pourrait dire en se plaçant au point de vue arabe. Cette 
conjecture, dont je vaisessayer^ avanttout,de donnerune justifica- 
tion phonétique et philologique, aura, bien entendu, pour consé- 
quence naturelle de nous forcer à reconnaître, dans cette famille, 
ou tribu, qui dominait à Medaba, des Nabatéens, C'est une con- 
séquence à laquelle toutes les observations historiques que j'ai 
déjà présentées, nous ont suffisamment préparés et sur laquelle 
d'ailleurs je reviendrai encore. 

r\QT, d'après l'analogie du nom arabe identique ^;-wm, devait 

se prononcer Ya^maroUy avec le second a bref, non frappé de 
l'accent et à peu près élidé : Ya'mrou^ Y^amrou^, La transcrip- 
tion 'Ia|jL6p(du livre des Macchabées — abstraction faite de la finale 
ipouroM, changement dont je reparlerai — est tout à fait conforme 
aux habitudes, on peut dire aux exigences de la phonétique 
grecque, qui intercale volontiers un b entre un m et un r venant 

1. II y a uae éliminatioa semblable de la voyelle, due aux mômes causes, 
dans les transcriptions parallèles Md(X(*/oc et MaX^ocdu nom nabatéen IsSo, ifa- 
likou, MaVkou. 

I Rbcubil d'Archéolooii ORuniTALi. II. JuiLLR 1897. Livraison 14. | 



210 RECUEIL d'archéologie ORIENTALE 

au contacta C'est exactement ce qui est arrivé, par exemple, 
pour le nom hébreu nasr, 'Omrij tiré précisément de la même 
racine que vtQT : les Septante transcrivent *'AîJ.6pt. Cf. les noms 
bibliques may, Amram = 'Aixôpaj/., et «laa, Mamré = Ma|A6piQ. 
On peut dire que Tintercalation d'un b entre m et r est de règle 
en grec, bien qu^elle ne s'observe pas toujours. 

L'onomastique gréco-nabatéenne des inscriptions du Hau- 
rân ' est particulièrement intéressante à consulter à cet égard. 
Voici les des deux façons dont y est rendu un nom dont la forme 
sémitique originale^ bien que n'ayant pas encore apparu dans les 
inscriptions nabatéennes découvertes jusqu'ici» est visiblement 
Sniq^, "Amriel* : 'Aii.6p{Xtoç (no* 1999, 2485) à côté de 'Aii<>e£Xto; 
(n'« 1907, 1984 a) (3). Le nom du prince arabe qui régnait à Hlra 

au vi« siècle de notre ère, ^Amr^^ fils de El-Moundhir» jÂlI Ol ^> 

est transcrit ^'Aji.ôpoç* ô 'AXajAouvSapou par Ménandre, et "Aiiopcç 
par Théophane. 

C'est absolument le même phénomène qui s'est produit dans 
la transcription du nom bien connu de Jambllque^ 'I(X{a6Xixoc« 
porté par toute une série de personnages d'origine notoirement 
sémitique, et même arabe ou nabatéenne : un dynasted* Arabie*, 
un dynastedu Liban, un dynaste d'Émèse, le philosophe fameux 
né en Cœlésyrie, un autre à Apamée, etc. Les inscriptions pal- 
myréniennes ^ nous ont révélé la forme originale du nom qui est : 
13SD^ Yamlikou^ et, de plus, dans une bilingue, sa transcription 
plus littérale : *li\Ck\yipqy qui ne dilTère de la transcription usuelle 

1. Par exemple, Me(rr)(A6pîa, « midi », de |téao; -f- rnilpa. Au contact de IV, Vm 
dégage sa labiale latente, exactement comme l'n sa dentale latente : àvdp^c, 
pour dvipoc, dv'poç, génitif de àvi^p. Les deux phénomènes sont du môme ordre. 

2. Les n*' cités entre parenthèses sont ceux du Recueil de M. Waddingtoo. 

3. Ou, si l'on préfère, SnIQN, Amriel. 

4. Comparez, dans les mômes inscriptions, passim^ les transcriptions variées 
de noms congénères, tirés probablement de la môme racine : *A|upoc, 'A|ipotloc, 
•Aiipoç. 

5. Comparer le nom nabatéen AMBPO (sic) dans une des inscriptions du 
Ou&d el-Mokatteb, au Sinaï (Ci. G., n* 4668 e). 

6. Le IpiaXxout, de I Macch,, xi, 39, le MaX/oc <le Josèphe {Ant, J.| XIII, 5 : i)» 

7. De Vogué, Syrie centrale, Inscr. sém,^ n®* 36 a et 125. 



Les nabatéens dans le pays de moab 21 1 

que parTabsence du ^. Ce ^ a été intercalé entre m et la liquide 
/pour les mêmes raisons phonétiques qu'il Ta été entre m et la 
liquider dans 'Ia[j.6p( = *naîr^ Le rapprochement porte d'autant 
plus que les deux noms sont du même type grammatical : un im- 
parfait terminé par un waw *. 

Si^ maintenant, nous considérons la transcription de notre 
nom iTOy», adoptée par Josèphe : ('I)ap.apa?oç, nous voyons — 
abstraction faite toujours de la question de la désinence — que 
cette transcription est tout aussi justifiée que celle du livre des 
Macchabées. Josèphe, ayant serré de plus près la vocalisation 
régulière Ya^marou^ et conservé Va bref qui intervient entre m 
et r, Tépenthèse du b entre ces deux consonnes n'avait plus de 
raison d'être. C'est à peu près de même qu'il a procédé pour 
le nom nav, 'Omri^ en le transcrivant 'A[xapTvo;, tandis que, 
comme nous l'avons vu, les Septante le transcrivent "A^xôp'. ■; 
comparez les doubles transcriptions byzantines, citées plus haut, 

du nom arabe ^, 'Amr, "Aji-ôpoç et ^'Aij.apoç, L'on voit que 'laixôpi 

et ('l)aiJLapaToç sont tout à fait entre eux dans les mêmes rap- 
ports. 

Reste la question du waw final de iidp, qui serait rendu par 
un iota dans la transcription du livre des Macchabées. La trans- 
cription de Josèphe demeure hors de cause, puisque la finale de 
la forme originale est, en quelque sorte, noyée dans la désinence 
purement grecque dont Josèphe a, selon son habitude, agré- 
menté le nom sémitique. 

La transcription normale aurait dû être : soit 'Iaii.(6)pou, soit 
'Ia;x(6)p(o, ljK(x(6)p6, selon la façon dont on admettra que les Naba- 



1, Je soupçonne, du reste, le nom palmyrénien I^Sq^ avec son («au) final, 
d'être, comme tant d'autres, d'origine nabatéenne. Il est intéressant de constater, 
en passant, que le nom de femme nabatéen, iD^ri Ta^arMLT (C. 1. S., Aram,^ 
n» 173), exact pendant du nom d'bomme *nQ3r^ Ya^^amrou^ et tiré, comme lui, 
d'une simple forme de l'imparfait, ne reçoit pas le waw final. 

2. Même procédé pour DlD3r ^Xmram^ que Josèphe transcrit 'AfjiapaiiY);, 
tandis que les Septante le transcrivent *A{i6pa((A. Pour N1730> cependant, il di^ 
comme eui, MapiSpTic. 



212 RECUEIL d'akchéologië orientale 

téens prononçaient ce ^'«/^; final qui termine un si grand nombre 
de leurs noms propres : ou ou bien o *. 

Il est difficile de supposer que la substitution du i à ou, co, ou o 
provienne du fait des copistes grecs; ces caractères ne prêtent 
pas, parleurs formes, à une confusion paléographique. La faute, 
si faute il y a, ne pourrait guère s'expliquer que par une erreur 
de lecture commise d'emblée par le traducteur même, opérant 
sur le texte sémitique original, hébreu ou araméen ■, du pre- 
mier livre des Macchabées mis par lui en grec. Si le manuscrit 
qu'il avait sous les yeux portait bien liop, Ya^amrou^ le waw 
final aurait pu être pris facilement par le traducteur pour un 
yod\ ces deux lettres se ressemblent, en effet, extrêmement dans 
Talphabet hébreu carré ancien, ne différant guère que par la 
longueur du trait vertical qui les constitue essentiellement ; Ton 
sait, d'ailleurs, que cette ressemblance du yod et du waw a été 
la cause de plus d*une variante dans le texte courant de la Bible. 

Mais, peut-être aussi n y a-t-il pas eu de faute du tout, et le 
manuscrit sémitique portait-il eiïectivement en toutes lettres 
la leçon nay, Yaamri et non Ya*amrou. Cette possibilité sou- 
lève une question du plus haut intérêt philologique, puisqu'elle 
ne tendrait à rien moins qu'à faire supposer que la désinence 
nabatéenne ou n'avait peut-être pas cette invariabilité qu'on lui 
attribue, et que, sous cette forme orthographique l,en apparence 
immuable, pouvaient se cacher des variations vocaliques corres- 
pondant aux flexions casuelles de l'arabe : nominatif ou, génitif 
£, accusatif a. Ces variations, latentes dans l'écriture, ne se révé- 
laient peut-être que dans la prononciation. Qui sait, si tout en 
écrivant r\i2T Ya'mrou (nominatif), on ne prononçait pas 
Yaamriy au génitif? Dans l'expression iiap ija, benê Yaamrou^ 
« les fils de Ya'amrou », Ya^amrou se trouvait justement être 

i. Voir, sur cette question et sur les indices en faveur de la prononciation o 
les observations que j'ai présentées plus haut, § 6, p. 12. 

2. L'existence de ce prototype sémitique du livre I des Macchabées^ formel- 
lement attestée par Origène qui nous en a même conservé le titre original, 
assez énigraatique (^apSriO 2a6avace>, ou SapSavleX), et par saint Jérôme, parait 
être un fait incontestable. 



LES NABATÉENS DANS LE PAYS DE MOAR 213 

au génitif, et l'on peut se demander si, dans ce cas, on ne pro- 
nonçait pas Ya'amrt^ benê yia'amri, c'est-à-dire conformément 
à la transcription que nous trouvons dans le livre des Maccha- 
bées. S'il en était réellement ainsi, ce principe devait être étendu 
à tous les autres noms nabatéens du même type ; le nom de la 
Nabalène, lui-même, par exemple, '.tsi:, Nabatou, ou NabatOy au 
nominatif, se prononçait peut-être Nabati au génitif : tdu -jSd, 
melek Nabati, « roi de Nabatène » ; semblablement isSd et idSd ia, 
Malikou ou MalikOj et bar Maliki^ « fils de Malikos », etc. 

Nous possédons, d'autre part, la preuve matérielle que les Na- 
batéens connaissaient et, au moins à une certaine époque, no- 
taient dans l'écriture ces variations vocaliques qui rapprochent 
si intimement leur langue de celle des Arabes. Les inscriptions 
du Sinaï nous offrent toute une série de noms fort instructifs à 
cet égard : ^!?3raS«TriN, Aus-Al-Ba'aliy mIjndin Aus-Allahi (à côté 
de hSkuin AuS' Allah), ^hnhnuiJi Garm^Al'Baaliy M^Nim, Oxiahb- 
Allahi, ^Sîri!?N"raîr, ' Abd-Al-Ba^ali, etc. 

Est-il trop téméraire d'admettre que les Nabatéens ont pu con- 
server, par mesure purement orthographique, leur ivaw final, 
alors même qu'il était réellement, dans la prononciation, mû en 
yod par la voyelle i caractéristique du génitif? Cela ne serait 
guère plus surprenant, à y bien réfléchir, que de voir les Arabes 

écrire aujourd'hui ^^la.<^^, Moustafa et non UL.A». Il a pu exister 
chez les Nabatéens une convention analogue à celle de l'arabe 
pour l'orthographe du nom de *Amr, ^jéf' {*Amroufi) qui, au 



ox >^c^ 



génitif comme au nominatif, est invariablement écrit j^ et J^, 

bien qu'on prononçât 'Arririû et 'AmrouTi, 

L'analogie, en ce qui concerne ce dernier fait, apparaîtra en- 
core plus frappante, si l'on compare le nom nabatéen, iiasnay* 
Abd'Amron^ des inscriptions du Sinaï — nom de la catégorie 
de ceux que j'ai appelés pseudo-lhéophores — au vieux nom arabe 

1. Euting, Sinait, Inschr,, n'*72. 



214 RECUEIL d'aRCHÉOLOGTE ORIENTALE 

qui, tout en étant orthographié j^ a^, doit être prononcé 

grammaticalement, ' Ahdou-' Amriiï. Pourquoi les Nabatéens 
n'auraient-ils pas, en réalité, prononcé, eux aussi, ^Ahd (ok)- 
'Amri{ji)1 

Les grammairiens arabes considèrent, il est vrai, ce waw 
comme un simple exposant graphique qu'on a ajouté arlificielle- 

ment à yf' pour permettre de le distinguer de l'autre nom con- 



^•^ 



génère ^, *Omar{ou). Mais qui nous dit, que dans cette appa- 
rente anomalie, nous n'avons pas, comme cela est arrivé 
fréquemment en matière d'anomalies grammaticales, le dernier 
témoin d'un état de choses disparu? Le nom de "nasT, 'Amrou^ est 
fréquent dans les inscriptions du Sinaï ; à Palmyre nous trou- 
vons ia:r, sans le watr\ 

11 résulte de cette explication étymologique que les a fils de 
lambri », ou les Benê-Ya*amrou, devaient être une tribu ou un 
clan de race nabaléenne, établi à Medaba au if siècle avant notre 
ère. Le nom peu banal du stratège nabatéo-arabe de Oumm er-Re- 
sâs, Ya'amrou, semble le rattacher intimement à ce clan local. 
Considérant, d'autre part, que ce personnage appartenait à une fa- 
mille importante, et probablement ancienne, de la région ; que 
la charge de stratège avait dû passer, pendant plusieurs généra- 
tions, de père on lils, dans la famille, selon un usage des Nabatéens 
dont j*ai établi l'existence tant par le témoignage des monuments 
que par celui des auteurs anciens ; que les noms se transmettaient 
fréquemment par atavisme du grand-père au petit-fils dans une 
m^me famille; que ce dernier fait nous permet de reporter à 
plusieurs générations en arrière dans cette famille, ce nom 
caractéristique de Ya'amrou apparaissant dans l'inscription 
d'Oumm er-Rosas; enfin, que Oumm er-Resâs est située tout 
près de Mâdeba : j'inclinerais vers la conclusion que notre Ya'am- 
nni de Oumm er-RosAs était un descendant des « fils de lambri », 

l. Voir plus haut, p. 177. 



LES NABATÉENS DANS LE PATS DE MOAB 215 

OU Benè Ya'amrou, de Medaba, el que sa famille était vraisem- 
blablement originaire de cette dernière ville ^ 

Nous avons de nombreux exemples de ces familles ainsi dé- 
nommées, à la mode arabe, du nom d^un ancêtre primitif : « les 
fils, les benê d'un tel ». C'est ainsi que nous trouvons à Pal- 
myre ' : les 3;Sll ^31, Benê Bora ; les SllTiT ^:i, Benê Zabdibol [o\ 
EY Y^vouç Za68t6û)X6(û)v) ; les ^s:n^:i, Benê Hanapi; les Nn^o •»:!, 
Benê Mita; les binna ^Ji, Benê Mattabol (Ma8ôa6(i)X((ov ^uX^); les 
^yiD^n ^:i, Benê Taimresou; etc. 

L'élément nabatéen étant, comme nous le savons, considérable 
dans la population de Palmyre, plusieurs de ces familles pou- 
vaient être d'extraction nabatéenne. 

Le nom même de l'ancêtre de la tribu pouvait naturellement 
continuer à être porté par tel ou tel de ses descendants. Une 
inscription nabatéenne bilingue' mentionne un Kaddou fils de 
'Obaichat^ comme l'auteur d'une statue élevée par la tribu ou le 
dème de 'Obaichat (TWlTf Sk, ô SîJijlpç b tôv 'Oôatcn^^vwv) à Tun de 
ses membres. 

Je dois ajouter quelques mots sur Torigine de la fiancée ame- 
née à Medaba par les fils de lambri et sur le nom de la ville à 
laquelle elle appartenait. 

Gomme nous l'avons vu, Josèphe nous dit que la fiancée était 
la fille d'un haut personnage arabe (OuYarépaTtvàç oSaav tcov èxi^ovcov 
irapiToTç^Apatî/t). Nous savons que par « Arabes », Josèphe en- 
tend les Nabatéens ; par conséquent, il est à présumer que la 
famille de Medaba à laquelle la jeune fille allait s'allier était 



1. TI faut, je croîs, renoncer à Tautre hypothèse envisagée dans ma note du 
Journal cuiatique, d'après laquelle la pierre même aurait pu être transportée des 
Mftdeba à Oumoi er-Resfts. Il est aujourd*hui certain, par la comparaison des 
dates des deux inscriptions nabatéonnes, que ces deux villes avaient leurs 
stratèges distincts et que Ya*amrou, commandant dans la seconde, ne pouvait 
commander dans la première. 

2. Voir le relevé donné par M. Euting, dans ses Epigr, Mise,, II, p. 5, 
principalement d*après le Recueil de M. de Vogué. 

3. C. I. S., n* 164. — Cf. n* 165| un « dème de Kousaiyou »» VSp Sh. 



216 RECUEIL d'archéologie orientalb 

de même race; c'est donc un indice de plus en faveur de ma 
thèse. 

Le livre des Macchabées, lui, nous dit que la fiancée était la 
fille d*un des premiers princes de Chanaan{bèoq toîv pieYtTPavttv 
[xe^déXcov tûv Xavaov). La chose parait assez bizarre au premier 
abord, et quelque peu en désaccord avec le dire de Josèphe, 
beaucoup plus vraisemblable en soi. Ce nom de Cbanaan qui, 
en général, s*applique plutôt aux Phéniciens, paraît nous repor- 
ter dans une tout autre région. Je crois qu'il n'en est rien et, 
qu'a partir d*une certaine époque^ on désignait populairement 
chez les Juifs par le nom de Chanaanéens les habitants de Tan- 
cien pays de Moab et d'Ammon. J*en trouve une preuve curieuse 
dans le livre de Judith S où nous voyons Holopherne, avant d'at- 
taquer les Juifs, faire appeler tous les archontes de Hoab et les 
stratèges d'Ammon (to'j^ àpxovTaç M(i)a6 xat toOç orpanfiYôùç 'A|a{Ui>v), 
et s'adresser à eux en les qualifiant de « fils de Cbanaan » (ûtcl 
Xavaov). Cette observation prendra toute sa valeur si Ton tient 
compte de la date attribuée par la critique au livre de Judith^ et 
si Ton y voit, avec elle, une composition pseudo-historique visant 
un épisode plus ou moins réel des guerres entre les Hasmonéens 
et les Séleucides". 

Ces stratèges mêmes dont parle le livre de Judith sont bien 

caractéristiqueset rappellent singulièrement l'institution des stra- 
tèges nabatéens commandant les divers districts du pays de Moab 
et d'Ammon. Il y a peut-être môme à tirer de là un nouvel argu- 
ment pour la date du document biblique^ si l'auteur a peint, pour 
ainsi dire, d'après nature, l'état de choses qu^il avait devant les 
yeux. La façon spéciale dont il emploie la dénomination de 
Chanaan le rapproche, d'autre part, de l'auteur du livre !•' des 
Macchabées, 

1. Judith, y, 3. Au verset 5, il est question de Achior, chef de tous les fiis 
d*Ammon {'A-/ià)p T)You|jievoc ttocvkov ûiûv *A|i|ia>v). 

2. L'on sait que récemment M. Gaster a retrouvé et publié {Proceed, of Soc, 
of Bibl, Archœol.t 1894, p. 156) une très importante rédaction de l'histoire de 
Juditii, en hébreu, où il n*est pas question d*Holopherne, mais où, en revan- 
ohe, on lit en toutes lettres le nom de Seleitcus, 



LES NABATÉBNS DANS LE PATS DE MOAB 217 

En tout cas, ce qui est certain, c'est que Josèphe et le livre 
des Macchabées sont d'accord lorsqu'ils nous présentent la fiancée 
comme de haute extraction arabe ou chananéenne : nous devons 
ne pas hésiter à comprendre, en réalité, nabatéenne . 

Un petit problème intéressant, c'est celui de Tidentité de la 
ville natale de la fiancée nabatéenne. 

Le livre des Macchabées et Josèphe diffèrent sensiblement 
quant au nom de cette ville, et les manuscrits mêmes des deux 
sources présentent respectivement une série de variantes : 

A) livre des Macchabées : Na8a6a0, Na6aô, Na^a-c, Paôaôa. La 
Vulgate iMadaba. 

B) Josèphe : raôara, BaÔava, Na6a6«. La vieille version latine 
a Nabatha. 

La forme donnée par la Vulgate, Madaba^ est une faute évi- 
dente ; la fiancée ne pouvait venir de Medaba, puisque, au con- 
traire, c'est justement dans cette ville qu'elle était amenée. 

Quelle est, parmi toutes les variantes, en présence desquelles 
nous restons, la véritable forme? M. Niese, que j'ai consulté sur 
ce point et qui est la principale autorité pour la critique du texte 
de Josèphe, m'a répondu qu'il penchait pour Na6a6a ; et c'est cette 
forme qu^il a, en effet, adoptée dans sa savante édition. Il ne 
résulte pas moins de toutes ces graphies divergentes que le nom 
primitif doit être altéré ; nous sommes autorisé, en conséquence, 
à chercher si, moyennant une légère correction, nous n'obtien- 
drions pas un nom de ville répondant aux conditions topogra- 
. phiques requises. Car nous ne connaissons pas, en somme, dans 
la région, de ville appelée Nabatha. 

J'avais proposé de corriger 'Pa6a0a et d y reconnaître le nom 
de Rabbath Âmmon, l'antique capitale de TAmmonitide, voisine 
de Medaba (une trentaine de kilomètres dans le nord-est), qui 
reçut à l'époque des Séleucides le nom hellénique de Philadel- 
phie. Nous avons vu, par divers témoignages historiques, que 
Rabbath- Ammon devait être occupée par les Nabaléens. J'ajou- 
terai qu'en €5 avant J.-C, Arélas III, pour se dérober à Tattaque 
du général de Pompée, Scaurus, se replia sur sa ville de Pbila- 



218 RECUEIL D* ARCHÉOLOGIE ORIENTALE 

delphie^ C'est exactement ainsi /PaSaOa, que les Septante trans- 
crivent le nom de cette ville; de même Josèphe', au moins dans 
un passage; ailleurs, il écrit Âpa6a62. On comprendrait fort bien 
que la tribu nabatéenne des fils de lambri ait contracté une 
alliance avec une famille congénère résidant à Philadelphie. 

11 y a une autre conjecture qu'on pourrait faire aussi, tout en 
maintenant la correction Rabatha. Ce serait de reconnaître dans 
cette ville, non pas Rabbath Ammon, mais son homonyme Bab- 
bath Afoab, l'antique Âr biblique^ VAreopolis des auteurs grecs, 
aujourd'hui Khirbet Rabba^ située dans une direction opposée, 
dans le sud de Medaba, à une cinquantaine de kilomètres. La 
distance serait un peu plus grande, il est vrai, mais elle n'aurait 
rien d'excessif; nous demeurerions toujours en pleine région 
nabatéenne, Rabba étant à environ 35 kilomètres de Oumm er* 
Resâs. 

Tout récemment, M. Schiatter' a proposé une autre identifi- 
cation pour le nom de ville qui nous occupe. Il suppose que la 
leçon primitive devait être NaSaXaO, et que ce nom n'est antre 
que celui de NaôaXwO, ou NaSaXXo), une des douze villes nabatéo- 
moabites énumérées dans un passage de Josèphe qne j'ai cité 
plus haut*. Mais, s'il en est ainsi, ce qui n'est nullement dé- 
montré^ nous ne serions gu^TC plus avancés, car il resterait 



i. Josèphe, G. /., /, 6:3. Voici un indice épigraphiquetendantà montrer qae 
la population de Philadelphie élail bien nabatéenne. C'est Tépitaphe d'un auxi- 
liaire dQ la XV* légion Apollinaire, trouvée à Carnuntum, en Pannonie {Revue 
orcA., 1896, II, p. 135, n" 27) : Proculus. Rabili f{itius\ Col{Una tnhu)^ Pkila- 
delphia).,, c(enturià) P{austini) ex vexil(lariis) sagU{tariis) exer{cUus) Syriae» 
Le patronymique est évidemment le nom, foncièrement nabaléen, Aa6e/ (SnII). 
On remarquera que ce Proculus nabatéen servait, lui aussi, dans Tanne de pré- 
dilection des auxiliaires syriens : le corps des archers (voir, plus haut, p. 118, 
mes observations sur les archers palmvréniens). 

2. Id., i6., IV, 5:3. 

3. Zeitschr. d. d. Pal, Ver., XIX, p. 231. 

4. Josèphe, A.J., XIV, 1 : 4. On pourrait même ajouter à sa conjecture que la 
FaSaXoc du passage parallèle (XIII, 15 : 4), précédant immédiatement Essabôn 
et Medaba^ est peut être pour Na6aXoc = NaSaXeoO, NaSaXXw, qui manque dans ce 
second passage... à moins que ce soit le contraire et qu'on ne doive lire FaSoOM 
dans les deux cas. 



LES SAMARITAINS À TABNEH 219 

encore à trouver sur le terrain l'emplacement de cette Nabaloth^ 
dont il n'est question nulle part ailleurs. 



§55. 
Bacatha, ville éplscopale d'Arable. 

Saint Épiphane parle, à deux reprises, d'une grosse bourgade, 
ou mètrokômia, d'Arabie, qu'il appelle Bacathos^ Ba/jxOoç, ou 
Bacatha^ BaxaOa. Elle était située, d'après ce qu'il nous apprend, 
dans la Philadelphëne, ou, comme il dit ailleurs, dans l'Arabie de 
Philadelphie, de l'autre côté du Jourdain, par conséquent dans 
la région de Rabbath-Ammon ou Philadelphie. Cette ville devait 
avoir une certaine importance, car elle était le siège d'un évè- 
ché, dont les titulaires ont souscrit les actes de divers conciles *. 

L'on n*a pu jusqu'ici l'identifier. Ne pourrait-ce pas être la 
localité actuelle dont le nom est inscrit, dans une liste topony- 
mique de M. Warren", sous la forme Ai-Tabakah^y comme étant 
à iO milles anglais à l'ouest de 'Amman? Tabaka pourrait fort 
bien être pour Bakata^ par suite d'une de ces interversions dont 
les Arabes sont coutumiers. Je dois dire qu*il y a, tout près de 
'Amman, au sud-est, une autre localité homonyme, Tab'kat el- 
Moucheir'fé. On peut hésiter entre les deux; mais, en tout cas, 
toutes deux répondraient bien à la position requise. 



§56. 
Les Samaritains à Yabneh. 

J'ai signalé*, d'après la Vie de Pierre flbêre, l'existence à 

1. Voir, pour les sources, et ainsi, pour les passages d'Êpiphane, Reland, 
PcUxstina, p. 612. 

2. Pal. Expl. F. Statement, 1870, p. 388. 

3. Et-Tubkah, du Map. 

4. Voir mes Arehœological Researches in Palestine, vol. II, p. 490 (add, 
à la p. 183). 



220 RECUEIL d'archéologie orientale 

Yabneh, au y* siècle de notre ère, d'une importante aggploméra- 
tion de Juifs et de Samaritains. J'avais fait remarquer, à ce 
propos, que quatre siècles plus tard, l'auteur arabe Al-Ya*qouby 
mentionne encore la présence dans cette ville d'une population 
samaritaine. 

Il convient d'ajouter à ces témoignages celui du Talmud\ 
qui nous dit que la majeure partie des habitants de Yabneh étaient 
des Guthéens, c'est-à-dire des Samaritains. Il est singulier que 
les sources samaritaines elles-mêmes, qui nous fournissent d'as- 
sez abondants renseignements sur les divers points de la Pales- 
tine où il y avait des Samaritains, restent muettes sur leur pré- 
sence à Yabneh; d'autant plus qu'elles nous montrent ceux-ci 
établis dans la région, par exemple à Dàdjoùn et à Gaza. J'ai, 
dans le temps, recueilli en effet, à Gaza, une belle inscription 
samaritaine; on en a découvert^ depuis, une autre à Amoufts 
(Emmaiis-Nicopolis). Il est à présumer que des recherches un 
peu sérieuses à Yebna permettraient d'y trouver de» monuments 
épigraphiques et archéologiques d^origine samaritaine, sans par- 
ler de monuments proprement juifs^ la ville de Yabneh étant 
devenue, comme Ton sait, un centre juif très important après la 
destruction de Jérusalem par Titus. 



§57. 
Le stratège nabatéen Nakebos. 

Lorsque Hérode le Grand poursuivit sur le territoire nabatéen 
les brigands de la Trachonite, qui s'y étaient réfugiés (à Raipta) 
à l'instigation de Syllaeos, premier ministre du roi Obodas II, il 
eut à en découdre avec un certain Nakebos, « stratège des 
Arabes », venu au secours des réfugiés*. Nakebos fut, d'ailleurs, 
battu et tué avec un certain nombre des siens. 

1. Tosephtha C. I. Demai II, 4 (23 C.) ap, J. Derenbourg, Essai, p. 302,. note 2. 

2. Josèphe, A. J., XVI, 9:2, 3. 



LA STATUE DU ROt KABATÉEN RABEL 1 À PÉTRA 221 

Nakcbos était iacontestablement un Nabatéen^car nous savons 
que Josëphe appelle constamment les Nabatéens des « Arabes »; 
rhislorien juif, au surplus, nous dit expressément que le Nakebos 
était apparenté à Syllseos, dont la nationalité nabatéenne n*esl 
pas douteuse. Son titre de stratège rappelle celui que portent si 
fréquemment dans les inscriptions divers personnages nabatéens. 

Quelle peut être la forme originale de ce nom de Nakebos, 
Noxeôoç? Je n'hésite pas à y reconnaître une transcription fidèle 
des noms nabatéens qui apparaissent dans les inscriptions du 
Sinaï et qu'on n'a pas encore, que je sache, songé à rapprocher 
de celui-là: soit iipj, Nakbou — peut-être à prononcer iVaXr^dot/, 
Nak*bou; soit wpj, Naklbou *. 



§^8. 
La statue du roi nabatôen Rabel I' à Petra. 

Le P. Germer-Durand a donné suite au projet d'un voyage 
d'exploration à Petra, projet dont il m'entretenait dans sa lettre 
du 29 mars 1897 reproduite plus haut*. Voici celle qu'il m'a- 
dresse à la date du 11 mai, à son retour de Petra à Jérusalem : 

« A notre retour de Petra je m'empresse de vous adresser l'estampage et la 
photographie d'une inscription nabatéenne que je crois inédite. Elle est malheu- 
reusement un peu dégradée au commencement des lignes. Le socle mouluré 
sur lequel elle est gravée était presque complètement enfoui sous le sol : nous 
l'avons dégagé, mais la cassure était ancienne, et le morceau manque. Telle 
qu'elle est cependant, on peut la rétablir presque entièrement. Il nous a paru 

1. Euting, Sinaii Inschr., no 441 et no» 99, 153. 

2. Je me conforme à l'usage en transcrivant Rabel, le nom nabatéen Shtll, 
bien que j'incline à croire que la prononciation réelle était Rabil, me fondant en 
cela sur la transcription latine Rabilus, qui apparaît dans une inscription romaine 
que j'ai citée plus haut. La voyelle médiale était, sinon un t pur, du moins un e 
extrêmement fermé, confinant |i VL Cette prononciation par t est tout à fait 
d'accord avec la phonétique arabe. Cf. la transcription Rabilos, donnée par 
Ouranios, et que je rapporte plus loin. 

3. Voir i 48. p. 173. 



222 RECUEIL d'archéologie orientale 

que c'était un document historique de quelque importance. Je vous serai obligé 
de vouloir bien la communiquer à la Commission du Corpus inscripHonum sa»- 
ticarum. 

Nous avons également relevé quelques débris d'inscriptions nabatéennes^dont 
je compte vous adresser les copies ou les photographies, dès que nous auroDi 
achevé de développer nos clichés. 

Malheureusement les inscriptions sont rares à Petra. Le grès s'effritte rapi- 
dement, et la plupart des monuments sont dégradés. Il est probable qu'an 
grand nombre de tituli étaient gravés sur des plaques de marbre qui ont dis- 
paru. On voit sur les façades ou dans les vestibules des tombeaux des troas 
de scellement qui ne s'expliquent pas autrement. 

A notre retour nous avons suivi l'ancienne voie romaine depuis Petra jusqu'à 
Madaba, presque sans perdre de vue l'ancien pavage, qui est conservé en grande 
partie. C'est vous dire que nous avons rencontré un grand nombre de bornes 
milliaires, en particulier la série signalée par MM. Mauss et Sauvaire entre 
Chaubek et Zat Rass. Nous y avons relevé un grand nombre d'inscriptionSi 
souvent mutilées, mais intéressantes, et certainement inédites. Je me propose 
d'en faire prochainement la publication. 

On ne peut que féliciter le P. Germer-Durand, qui a déjà rendu 
tant de services à Tarchéologie et à Tépigraphie de la Terre 
Sainte, de cette nouvelle découverte. Le monument si heureuse- 
ment trouvé par lui à Petra, et qui avait échappé à Tattentionde 
ses devanciers, est, en elTet, comme on va le voir, un docu- 
ment historique du premier ordre ; c*est, en outre, la plus an- 
cienne inscription nabatéeone datée, connue jusqu'ici. 

Le texte consiste en six lignes gravées sur la face antérieure 
d'un piédestal cubique, couronné par une moulure simple mais 
assez élégante, et destiné à recevoir une statue. A en juger par 
la comparaison de l'estampage et de la photographie, le piédes- 
tal doit mesurer, au moins, de O'^Jo à 0",80 de hauteur, sur 0*,52 
à 0°',53 de largeur. Malheureusement, le texte a beaucoup souf- 
fert, notamment au commencement des lignes qui ont dû perdre 
en moyenne, d'après mon estimation^ de cinq à six lettres ini- 
tiales. Ces lacunes, jointes aux cassures qui ont^ çà et là, plus ou 
moins altéré ou fait disparaître d'autres lettres encore, rendent 
l'interprétation incertaine par endroits. Toutefois, il est possible, 
je crois, de déterminer, dès à présent, la teneur générale de la 
dédicace — il s'agit de la dédicace d'une statue — ainsi que l'i- 



La statue du roi nabâtéen rabel i a pétra 223 

dentité et Tépoque des rois nabatéens qui y sont nommés. La 
photographie est bonne ^ ; l'estampage laisse à désirer, et il se- 
rait à souhaiter qu'on pût en prendre un autre, poussé plus à 
fond. 

Voici, jusqu'à plus simple informé, ce que je puis déchiffrer ; 
les lettres entre crochets sont entièrement, celles entre paren- 
thèses partiellement restituées ; 

it3(n)j [i^hp S^m n Ka(b)ï nji] i. 
n(S) D(^)pn (n) ^tanj "(Sa [?mn:7 la]? 2. 

nnim n3-i '??a> ? "o 3. 

■t<-iDU^ (in) n iSd3 mo ...'... 4. 
•[?it33J "|Sa] éoSd nn-in(S) \\mii— i[njïr] ... 5. 

« [Cette stjatue (est celle) de Rabel, roi de Nabatène, [fils de 
Obodat?],roideNabatène, quelai aérigée fils?de?????l'aîné?; 

et Fa restaurée? , au mois de Kaslev, lequel est NiDtt;..., 

[de Tan] 46? de Haritat le roi, [roi de Nabatène?]. » 

Il ne manque rien à la fin des trois premières lignes; mais on 
ne saurait affirmer qu'il en est de même pour la fin de la ligne 4 
et, surtout, de la ligne 5. Les mots sont généralement séparés 
par des espaces vides, plus ou moins marqués. 

La restitution que je propose pour le début de la ligne 1 estjuS'- 
tifiée par Tanalogie du n*» 164 du C. /. 5. aram» A Palmyre, on 
préfère la construction inverse r\2i nrh^, « la statue que voici »^ 
expression qui y est souvent suivie, comme ici, de la particule 
n, précédant le nom du personnage auquel est érigée U statue ; 
on peut comparer, par exemple, pour l'ensemble de la formule, 
rinscription palmyrénienne ' débutant ainsi : 

etc.. wn^in nb o^px n ...nt3t d^Siin o^hv n hjt nûSï 

1. On en retrouyera une reproduction phototypique dans la prochaine li- 
vraison de mon Album d*ArUiquUés orientales. 
2» De VogUé, Syr. Cmir. Palm., n» 4. 



224 RECUEIL d'archéolooib ORIKNTâLR 

a Cette statue est celle de Julius Aurelius Zebeida... que lai 
ont érigée les marchands, etc. » 

La restitution, qu'on peut tenir pour certaine, du début de la 
1. 1 nous permet de déterminer la justification générale des 
lignes et d'évaluer à six lettres Tétendue de la lacune initiale 
avant le mot "|Sd, à la 1. 2. Un reste de haste verticale semble 
indiquer que la sixième lettre devait être un iaw. On peut sup- 
pléer : nmn m?, « fils de Haritat », ou : t\iiv ii, « fils de Obodat », 
selon que notre personnage devra être considéré comme étant le 
roi Rabel 11^ ou bien le roi Rabel I. Je donnerai tout à l'heure les 
raisons qui m'inclinent vers cette dernière conclusion. 

L'orthographe D^pn, « a érigé », était usitée, en nabatéen, à 
côté de l'orthographe D^pN, habituelle en paimyrénien (C 1. S. 
aram*y n** 161 et 164). 

La lacune initiale de la ligne 3 devait contenir le nom de l'au- 
teur de la dédicace, nom irrémédiablement perdu. Les deux let- 
tres suivantes semblent être le mot ii, fils ; le petit trait vertical 
qu*on aperçoit entre elles n'est probablement autre chose que 
l'extrémité inférieure du kaph du mot "jSd, gravé à la ligne 2, et 
descendant très bas. Puis viennent cinq ou six lettres, dont quel- 
ques-unes fort douteuses, représentant vraisemblablement le pa- 
tronymique, suivi du mot nii, « le grand », qu'il faut, peut-être 
ici, comme dans les inscriptions palmyréniennes, prendre au 
sens de «l'aîné » ^ Ce n'est qu'avec beaucoup d'hésitation, et les 
plus expresses réserves, que j'indique pour ce patronymique la 

lecture possible : 'ï:iD''n. Comparer, d'une part, le nom propre 
nabatéen et juif Ss^n *; d'autre part, le nom propre phénicien de 
Cypre, •'JiDTiy*. J'avoue que ce nom, qui serait un théophore 
composé avec celui du dieu Marnas, adoré à Gaza, paraît être 

1. M. de Vogué, op. c. Palm., n®» 33 et 49. — Simonsen, Sculpt, et tiucr. 
de Palm,y p. 58. H. 3. 

2. Euting, Sinatt. Inschr,, n« 370. — Comparez aussi le nom théophore coii'^ 
tracté phénicien nDS?2n, Himilkat, 

3. C. L S. phœn., n» 16. Cette lecture, que j'avais proposée autrefois aux 
éditeurs du CorptAS, n*e8t, d*ailleurs, pas à Tabri du doute. 



LA STATUE DU ROI NABATÉEN RABEL I A PËTRA 22S 

fort sujet à caution. Toutefois, il y a lieu peut-être,, de rappeler 
que Texistence du culte de Marnas en pays nabatéen est attestée 
par Tépigraphie*. Mais la lecture matérielle est trop précaire 
pour que j'insiste sur ces rapprochements, et je suis tout prêt à 
Tabandonner, si Ton en propose une meilleure. Pour faciliter les 
tentatives dans ce sens, j'avertis que la première lettre n'a pas 
l'allure d*un taw — cela dit pour écarter l'hypothèse, à laquelle 
on est tout d'abord amené, d'un nom théophore commençant par 
le mot D'T); tout ce qu^on serait autorisé à faire, ce serait de dis- 
socier les deux jambages verticaux, pour y chercher les élé- 
ments constitutifs de deux caractères distincts, avec têtes indé- 
terminées. Inversement, on pourrait essayer de réunir en un seul 

?? 
les doux avant-derniers caractères lus :i, et d y reconnaître un 

taw^ bien que la jonction des deux éléments par en haut soit très 
problématique; quant au groupe a^ il est matériellement sûr. 

La lecture matérielle des six dernières lettres de la ligne 3 est 
hors de discussion ; elles sont toutes parfaitement conservées ; 
pour la troisième avant-dernière seulement, on peut hésiter entre 
daleth et resch^ ces deux caractères ne se distinguant pas l'un de 
Tautre dans l'écriture nabatéenne. Je penche vers la lecture 
nrnm,« et l'a renouvelée, restaurée »; cf. pour l'emploi de ce verbe 
dans d*autres inscriptions nabatéennes, (7. /. S. aram., n*' 23S et 
158 (ce dernier exemple douteux). La lecture nmn% qu'on y voie 
soit un verbe, soit un substantif, combiné avec le suffixe, me pa- 
rait prêter à des sens moins satisfaisants, que je crois inutile d'in- 
diquer et de discuter. La statue élevée au roi Rabel, de son vi- 
vant, ou peu après sa mort, avait pu subir, dans l'intervalle des 
quinze ou seize années indiquées par la date finale de l'inscrip- 
tion, des dégradations ou quelque accident qui en avait rendu la 
restauration nécessaire, restauration exécutée parles soins d'un 
autre personnage, dont le nom se cacherait dans la lacune initiale 
de la ligne 4. Nous avons, dans l'antiquité grecque, des exemples 

1. Dans une inscription de Kanata (Waddington, op. c, n» 2412 g) : 'AvvtjXoc 
Xaiiaaavou iic6(i)v)ot Ait Metpva t^ xupio). 



RbCUBIL D*ARCHiOL06IK ORIIIITALI. U. AODT 1897. LIVRAISON 15. 



226 



RECUEIL d'archéologie ORIENTALE 



de statues ainsi restaurées, avec mention de ce travail inscrite, 
comme ici, sur les bases mêmes qui les portaient '. 

Le nom du mois de iSd3, Kaslev ou Kislev^ bien qu^assez mal- 
traité, se déchilTre facilement. Il vient fort à propos combler une 
des lacunes du calendrier nabatéen, tel qu'on avait pu le cons- 
truire jusqu^ici d*après les données fournies par les inscriptions 
connues*. Il correspond évidemment au mois de SiSd3, Kasloul, 
du calendrier palmyréuien, iSds, Kislev du calendrier juif; l'ac- 
cord complet avec la forme juive est remarquable. Ce devait être 



MOIS JCIFft 


■018 PAUIYB. 


MOIS NABAT. 


GAUENURIBR 
8TRO-ARABB 


id. 


id. 


^D*»: 1 


22 mars 


id. 


id. 


-i\s 2 


21 avril 


id. 


piD 


CIOYAN 3 


21 Mai 


Tion 




4 


20 Juin 


id. 


id. 


2H 5 


20 juillet 


id. 


id. 


biS« 6 


19 Août 


id. 


id. 


n;rn 7 


18 Sept. 


^icmn 


i"^= 


8 


18 Oct. 


'Scz 


SlSc3 


iSd3 9 


17 Nov. 


id. 


id. 


naT3 10 


17 Dec. 


id. 


id. 


'D'ZW 11 


16 Janv. 
(15 fév. 


id. 


id. 

(position iiicon.) 
p.-ô. le 4» mois? 


"ITN 12 


/17 mari 

(17-21 mare) 



1. C. i. G. n«> 2285 b. — Bulletin de Corr, hell.y vol. V, p. 462 (le verbe em- 
ployé est ÊmentcuaCsiv). 

2. Voir, sur le calendrier nabatéen» mes Études d'archéologie orientale^ 
vol. Il, p. 63. On peut y ajouter, après le mois de lyar, le nom du 
mois de r^D, Siwan^ garanti par la forme CIOYAN qui apparaît dans une ins- 
cription grecque de Pétra (de Luynes, Voyage i' exploration à la Mer Morte^ I, 
p. 293, note de M. de Vogué), et assuré d'ailleurs, par l'accord général avec les 
calendriers palmyrénien et juif. Il ne reste plus qu'à trouver la forme originale 
des IV« et VIII" mois, correspondant au Tammouz juif et au Kanoun palmyré- 
nien ou Marhesouan juif, sans parler de la question de Ténigmatique EAnian du 
calendrier palmyrénien. 



LA STATUE DU ROt NABATÉEN RABEL 1 A PETRA 227 

le 1X« mois de l'année syro-arabe primilive, commençant au 
22 mars, le IIP ('AxeXXaTo;, !•' décembre) de celle même année 
julianisée '. Il n'est pas douteux que nous avons affaire ici au pre- 
mier de ces deux systèmes chronologiques, vu la haute époque 
à laquelle il faut faire remonter Tinscription. 

Les mots Mit:iZ7\n n, qui suivent immédiatement le nom du 
mois ne peuvent guère se rapporter qu'à lui; comparer la tour- 
nure similaire de l'inscription C. I. S. aram,^ n® 161, employée 
pour indiquer Téquivalence de deux années appartenant à deux 

computs différents. « Au mois de Kaslev, lequel est mnw ». Le 
sens de ce dernier mot m^échappe ; ce qui augmente la difficulté, 
c'est l'incertitude qui plane sur la valeur de Tavant-dernier ca- 
ractère, où Ton peut voir ad libitum un daleth ou un rechy ces 
deux lettres étant, comme je Tai déjà dit, identiques dans Tal- 
phabet nabatéen. Le rapprochement avec le mot. lui même obs- 
cur, ^ncu' ou ]na;r, de Tinscriplion du C 7. 5. aram,^ n** 198, ne 
mène à rien de satisfaisant. S'agit-il d'une concordance du mois 
de Kasiev avec un mois appartenant à un autre calendrier, par 
exemple, à ce calendrier proprement dit « des Arabes », dont 
saint Ëpiphane, nous a fait connaître deux mois seulement"? 
Avons-nous là, au contraire, l'indication d'un rôle particulier du 
mois de Kasiev dans le calendrier nabatéen? (^ette seconde hypo- 
thèse ferait songer aussitôt au mécanisme de Tintercalation du 
mois embolime * dans l'année lunaire, ou de l'addition des épa- 
gomènes dans l'année solaire réglée à la mode égyptienne. Il faut 
ajouter, cependant, que la place occupée dans le calendrier par le 
mois de Kasiev (IX* mois = 17 novembre-! 7 décembre), n'est pas 
favorable à cette deuxième façon de voir. Je crois prudent de 
laisser la question en suspens, d'autant plus que le mot énigma- 

1. Voir, sur cette question, le mémoire de mes Études^ elc. cilé ci-dessus. 

Z.'Ky^tMoL^tih et 'AX£(u|i. Voir, plus haut, § 3, p. 7; cf. mes Êludea d*arch, 
orient, t vol. II, p. 70. 

3. Je rappellerai, pour mémoire, un passage rabbinique assez ambigu qui 
semble viser celle opération, et où le verbe IDtt? est employé (Levy, Jicuhebr. 
Woerterh. s. v.). 



228 RECUEIL d'archéologie orientale 

liqiie Hicw pouvait ôtrc suivi d*un ou deux autres mots disparus 
tant à la fin de la 1. 4 qu'au début de la I. 5. 

La date qui termine la dédicace et qui est comptée d*aprës le 
règne d'un roi Haritat, se compose de six barres d'unités, précé- 
dées peut-être d'un signe, mutilé, représentant la dizaine ou la 
vingtaine. Les traces que l'on distingue ne ressemblent pas aux 
signes nabatéens pour le chiffre lU et pour le cbitTre 20; elles 
rappelleraient plutôt le chiffre 10 palmyrénien. 

Après le mot Nsb*2, « le roi », la pierre est entièrement dé- 
truite; il y aurait juste la place pour restituer : lûaj "^So, « roi 
de Nabatène », sillon la formule ordinaire. Si Ton adopte cette 
restitution, tout indiquée, il s'ensuit que le roi Haritat ne por- 
tait pas le surnom de n'sy ann, « qui aime son peuple, = Philopa- 
tris, surnom caractéristique de Haritat IV. C'est là un indice im- 
portant pour déterminer la date de l'inscription. J'y reviendrai. 

Nous sommes donc en présence d'un roi nabatéen appelé 
Rabel, qui était fils d'un autre roi dont le nom, emporté par une 
cassure, finissait par un lau\ et à qui une statue avait été érigée, 
évidemment après sa mort, sous le règne d'un troisième roi, du 
nom de Haritat. Nous trouvons dans l'histoire nabatéenne quatre 
rois qui ont porté successivement le nom de Haritat, hellénisé en 
Aretas, et deux rois qui ont porté celui de Rabel. Auxquels de 
ces rois homonymes correspondent ceux de notre inscription? 

Rabel II, connu par les monnaies et les inscriptions, est monté 
sur le trône on Tan 71 de notre ère; il a régné au moins vingt-cinq 
ans, ainsi qu'il apport de l'inscription de Salkhad% c'est-à-dire au 
moins jusqu'à Tan 95. Onze ans plus tard, en 106, sous Trajan, 
Cornélius Palma met fin au royaume nabatéen qui est réduit en 
province romaine sous le nom de province d'Arabie. 

On admet généralement que Rabel II est le dernier prince de 
la dynastie nabatéenne. Dans ce cas, il ne saurait être question 
de reconnaître on lui le Rabel de notre inscription, puisque la 
statue de colui-ci a été érigée sous le règne d'un roi Haritat qui 

1. ('. / S. Armn.,. u'> 18.^. 



LA STATUE DU ROI NABATÉEN RABEL I A HETRA 229 

ne peut être que son successeur. Il est vrai que, les témoignages 
numismaliques et épigraphiques relatifs à Rabel II s'arrètant à 
Tan 95, on pourrait dire que Tintervalle compris entre 95 et 106, 
date de la réduction de la Nabatène en province romaine, est 
suffisant pour loger le règne d'un autre roi, qui serait le Haritat 
de notre inscription. Ce Haritat, ou Aretas, totalement inconnu, 
d'ailleurs, serait un Aretas V et aurait régné tout au plus onze 
ans. Il est bien regrettable que la pierre ait été justement endom- 
magée à Tendroit de la date; car, s'il faut réellement lire, comme 
j'incline aie croire, Tan seize de Haritat, la question serait immé- 
diatement tranchée : il ne s'agirait évidemment plus d'un pré- 
tendu Aretas V, ni, partant de Rabel II. 

Bien que la pierre nous laisse dans le doute, je crois cependant 
que cette conclusion négative s'impose par d'autres considéra- 
tions. RabelII, successeur de Malikoulll (Malchus), était le propre 
fils de celui-ci. L'inscription de Salkhad (C. LS. aram,, n*> 183) 
nous le dit formellement. La chose est, eu outre, confirmée im- 
plicitement par la numismatique. En effet, sur les monnaies de 
Malikou III figure sa femme, la reine Choukailat, dont le nom 
réapparaît, cette fois comme celui de la reine-mère régente, sur 
les monnaies de Rabel II ; cette Choukailat, femme du premier et 
mère du second de ces rois, nous fournit donc le lien naturel 
entre le père et le fils. Or, notre inscription contient ou plutôt 
contenait le nom du roi, père de notre Rabel, et ce nom, bien 
que presque totalement disparu, ne semble pas avoir été Malikou ; 
la dernière lettre, à en juger par les traces qui en restent, n'a pas 
l'allure d'un waw, et paraît être plutôt le jambage d'un tata; ce 
qui impliquerait un nom tel que nmn, Martial, ou bien mnv, 
Obodat. De ce chef encore, l'identification de notre Rabel avec 
Rabel II semble devoir être écartée. 

Le problème est donc, somme toute, ramené à ces termes : 
trouver dans la dynastie nabaléenne un roi Rabel, qui, d'une 
part, est le fils et successeur d'un roi dont le nom se terminait 
par un taw^ et qui d'autre part, est le prédécesseur d'un roi 
Haritat ayant régné au moins seize (?) ans. 



230 RECUEIL d'archéologie orientale 

Habcl II ne satisfaisant pas à ces conditions, examinons si 
celui qu'on a appelé Rabel I" y satisferait mieux. 

Mais, au préalable, il faut constater que, dans la Hsle desroii 
nabatéens, telle qu'on a pu la dresser jusqu'ici, il n'est pas pos- 
sible d'intercaler le règne de notre Rabel indéterminé, dans la 
longue période s'étendant entre Malchus II, qui régnait au moins 
dès l'an 47 avant J.-C, et Rabel II qui régnait encore en Tan 95 
après J.-C, cette série royale étant continue et sans lacune : Mal- 
chus II, Obodas II, Aretas IV, Malchus III, Rabel IL A la riguenr, 
on pourrait le faire entre Haritat III (Aretas Philhellëne) et Mal- 
chus II ; il y a là, en effet, de l'an 62 à Tan 47 avant J.--C., une 
période de quinze années pour laquelle nous sommes sans ren- 
seignements au sujet de la dynastie nabatéenne; on pourrait 
donc prétendre que notre Rabel était peut-être le fils de Hari- 
tat III; mais il faudrait alors intercaler, en outre, entre ce nou- 
veau Rabel et Malchus II, un autre Ilaritnt, successeur dudit 
Rabel et inconnu dans Thistoire ; et, si le Haritat de rinscription a 
bien, à lui seul, au moins seize ans de règne, la chose devient 
tout à fait improbable, pour ne pas dire impossible. 

D'autre part, nous pouvons tenir pour certain, a priori, quels 
Haritat de notre inscription ne saurait être Haritat IV, Aretas 
Philopatris; car, dans ce dernier cas, son nom serait sûrement 
suivi du surnom officiel, rv^v onn « qui aime son peuple », surnom 
qui ne manque jamais dans le protocole épigraphique de ce roi^ 

Force nous est, par conséquent, de remonter plus haut que 
Haritat III, soit au delà de Tan 85 avant notre ère, époque à 
laquelle ce roi était déjà sur le trône, puisque c'est en cette année 
qu'il se rendit maître de Damas. 

Immédiatement auparavant, en Tan 87-86, il s'était produit 
dans l'histoire nabatéenne un fait mémorable, dont le souvenir 
nous a été conservé par Josèphe*. Le roi séleucide Antiochus XII 

1. Du moins, à partir de l'an 9 de son règne, car, dans une insoription datée 
de Tan 1, ce surnom ne figure pas, si, toutefois, il n'a pas disparu accidentel- 
lement (voir (\ /. S. nram, n° 332, et les observations des éditeurs). 

2. Josèphe, A. J., XIII, 15 : 1 ; G. J., I, 4 : 7. 



LA STATUE DU ROI NABATÉBN RABEL I A PETRA 231 

Dionysos (Ëpiphanès Philopator Callinicos), qui peut être con* 
sidéré comme le dernier de la dynastie*, avait entrepris une ex- 
pédition contre les Arabes, autrement dit : les Nabatéens — c*est 
tout un pour Thistorien juif. Antiocbus fut battu par le roi na* 
batéen et tué dans le combat '. Josèphe ne donne pas le nom de 
ce roi nabatéen. L'on aurait pu induire de son silence que c'était^ 
ou bien Obodat I®', le Obodas dont il parle immédiatement au- 
paravant, ou bien Haritat III, TÂretas dont il parle immédia- 
tement après, si nous n'avions pas, par ailleurs, un précieux 
témoignage qui nous permet de suppléer à ce silence. C'est un 
fragment de Touvrage perdu d'Ouranios sur les Arabes Naba- 
téens, fragment qui nous a été heureusement conservé par 
Etienne de Byzance^ Il s'agit de la ville arabe nabatéenne de 

Môlhô : . 

M(*)6à), xù>[JL-y] 'ApoLiiaç èv ri lOavev 'A'iv.'^o^ù^ b Maweîwv uico 'Pa6(Xdu 
Toîî ^oidikiiùç T(ov 'Apa6(i)v, ùq Obpxiioç èv xé^JL^rci) • o eort TiJ 'Apa6(i)V 
çcovi) Toroç 6avaTou, o? xwjjLfJrai MoiOvjvol xaxi tov èYX^pwv tjwov. 

« Môthô, village d'Arabie où Antigonos le Macédonien fut tué 
par Rabilos, roi des Arabes, selon (ce que rapporte) Ouranios 
dans (son) cinquième (livre); (nom) qui signifie^ dans la langue 
des Arabes, « lieu de mort*; les habitants (sont appelés) Afd- 
thénoiy selon la forme indigène », 

Autrefois, Ion avait été amené à supposer que cet épisode 
devait se rapporter à Taventure tragique du malheureux 
Alexandre Balas qui, vaincu par Ptolémée VI Philometôr P% était 
allé, en Tan 146, chercher refuge chez un dynaste arabe ^ Mal 
lui en prit, car il fut mis ]à mort par celui-ci qui envoya sa tète 
à Ptolémée. Ce dynaste arabe est appelé ZabdieH^oAl\^b'' Xpx^) 

* 

1. Tel est i'airis de Josèphe ; T&XeuTatoc Se à>v àicb SeXeuxov. 

2. Anliochus, d'après ce que raconte Josèphe, succomba ea opérant une charge 
victorieuse contre un retour offensif de la cavalerie nabatéenne, et sa mort en- 
traîna la déroute de son armée. 

3. Etienne de Byzance, s. v, MtaOcd. 

4. ma, wniQ, mot, môta[môtQ), 

5. I Macchabées^ xi, 17. — Josèphe, A. /., XIII, 4 ; 8. — Diodore de Sicile, 
XXXil, 11. 



232 RECUEIL D^ARCHÉOLOGIE ORIENTALE 

par le 7*" livre des Macchabées^ Zabèlos (ZiSïjX©;) par Josëphe, 
Diodes par Diodorc de Sicile qui place la scène du meurtre 
dans une ville arabe d'Abae, complètement inconnue d'ailleurs. 
Le rapprochement était peu satisfaisant à tous égards; les noms 
du lieu et ceux des personnages ne coïncidaient guëres. On y 
avait été surtout entraîné par la ressemblance superficielle du 
nom transcrit par Josèphe : Zaôr/Aoç avec celui de Ta6iXoç;el c'est 
même celle ressemblance, qui pendant longtemps, avait fait 
croire que, Za6r^Xoç étant la forme authentique et 'Pa6tXsç une 
leçon fautive, le nom nabatéen b^ii devait être lu Skit, DabeL 
Mais cette ressemblance n'est qu*un mirage; car, d'une part, il 
est certain, désormais, que la forme nabatéenne originale est 
Rabel et non Dabel\ et, d'autre part, le livre des Macchabées 
paraît avoir conservé la véritable forme du nom du-meurtrier 
d'Alexandre Balas, Zabdiel = S«ni"r, écorché en Zabélos par les 
manuscrits de Josèphe', et traduit par un équivalent grec, 
DioclèSy dans le texte de Diodore. 

En réalité, le passage d'Ouranios semble devoir être rapporté 
à un fait tout différent et de beaucoup postérieur. On a, en efTet, 
depuis, reconnu avec raison * que la leçon 'Avti'yovo; devait être 
corrigée en 'Avxioxoç*, et qu'il fallait voir dans cet « Antiochus le 
Macédonien », le roi Antiochus XII Dionysos. L'événement re- 
laté par Ouranios] devient ainsi le même que celui relaté par 
Josèphe^ et, par suite, le roi nabatéen qui accomplit cet exploit 

1. Si Ton veut donner la préférence, toul en l'amendant légèrement, à la forme 
de Josèphe ot classer le meurtrier d'Alexandre Balas dans la dynastie naha* 
téenne (choses d'ailleurs fort problématiques), il faudrait alors admettre Fexis- 
tence, en 146 avant notre ère, d*un Habel antérieur à ceux qu'on a numérolés 
jusqu'ici Habel I et Habel H. 

2. Voir Gutschmid, dans Euting, Nahat. Insckr., p. 82. 

3. La confusion des noms *Avt:oxo; ei'AvTi'yovo;est une de ces erreurs où peuvent 
tomber facilement des copistes ou des rédacteurs distraits. J'en relèverai un 
curieux exemple dans la version arménienne de la Chronique d'Eusèbe (traduc- 
tion Angelo Mai et Zolirab, p. 85), où le roi Antiochus (Hiérax), lo frère de Se- 
leucus II Callinius, devient Antigonus, C'est, comme Ton voit, l'exacte contre- 
partie de Taccident survenu au texte d'Ouranios. 

4. L'identité du fait historique rapporté respectivement par Ouranios et Jo- 
sèphe soulève une question géographique intéressante. On pourrait être tout 



LA STATUE DU ROI NADATÉEN RABEL I A PETRA 233 

devait porter le nom de Rabéios^ transcription aussi fidèle que 
possible du nom nabatéen Sn:ii, Babel. C'est ce Rabel que l*on 
désigne jusqu'à nouvel ordre sous le nom de Rabel 1*^, que je 
propose d'identifier avec le roi Rabel de notre inscription. 

Rabel I" avait eu pour prédécesseur Obodas (Obodal I*') qui, 
vers Tan 93, eut, de son côté, maille à partir avec le roi juif 
Alexandre Jannée. Le nom de Obodatj avec son tawRnsl, répon- 
drait parfaitement au nom mutilé du roi que Tinscription nous 
présente comme le père de Rabel. D'autre part, le Haritat (Aré- 
tas) de rinscription répondrait non moins bien à Arétas III Phil- 
hellène qui, comme nous Tavons vu, était sur le trône en 85, 
soit un an à peine après la bataille de Môthô, et qui a régné au 
moins vingt-trois ans, puisqu^il fut soumis en 62 par Scaurus, le 
lieutenant de Pompée. Rabel I" aurait donc survécu de très peu 
à sa victoire, car dès Tannée suivante, il est remplacé par Hari- 
tat III. Qui sait même s'il n'avait pas été tué lui-même dans 
rafTaire, ou gravement blessé? En tout cas, ce haut fait d'armes 
valait bien une statue. 

Il est à noter, en outre, que, sur les quelques monnaies de 
Haritat III à légendes nabatéennes qui sont venues jusqu'à nous, 
le nom de ce roi n*est suivi d'aucun surnom, ce qui est conforme 
au protocole de notre inscription. Le surnom de Philhellène ne 



d*abord tenté de recoanuitre dans la localité de Môthô où, selon Ouranios, la 
bataille fut livrée, ifoti^a ou Jfot2(^, à environ quatre lieues au sud du Kerak moabite. 
Mais il est douteux qu'Antiochus ait pu ainsi pénétrer sans coup férir, jusqu'au 
ccBur du pays nabatéen; il semble plutôt, d*après le récit de Josèpbe, que sa 
base d'opération ait été Damas et que c'est du côté de cette région qu'il faut 
chercher Motho, et aussi la Kana sur laquelle, selon Josèphe, l'armée grecque 
battit en retraite, et où la famine acheva sa déroute. La localité de Irrithân 
{zz M'thftn) dont le nom antique, Môthanay ou peut-être même Motha est assuré 
par une inscription grecque qui y a été recueillie, conviendrait assez bien ; elle est 
située dans le Haurftn, à 15 kilomètres au sud-est de Salkhad ; c'est vers elle que 
penche M. Waddinglon (op. c, p. 481 ; cf. p. 535). Dans ce cas, Kana pourrait 
être, comme le pense M. Waddington, soit Kanav^ât (l'antique Kanaiha), soit 
Kerak (l'antique Kanata)^ dans le nord et le nord-ouest de [mlhftn ; les deux 
localités se trouvent sur la ligne de retraite d'une armée se repliant de Imlh&n 
sur Damas. Cette Kana est peut-être l'endroit homonyme où, quelque temps 
plus tard, les troupes d'Hérode le Grand furent battues à leur tour par les mêmes 
Nabatéens (Josèphe, -A . J., XV, 5 : 1 ; cf. G. J. , 1, 19 : 2, avec la variante Kanaiha). 



234 RECUEIL d'archéologie orientale 

figure que sur ses monnaies à légendes grecques ; et Fou com- 
prend fort bien qu'à raison de sa nature même, ce surnom ailété 
exclu du protocole national araméen. 

Il résulte du rapprochement de deux passages de Josèphe * que 
Harital III était le fils de Obodat P'. Comment se CaiUil alors 
qu'il n*ait pas succédé immédiatement à son père, et qu'entre 
ces deux règnes intervienne celui de RabelP"? Notre inscription 
nous apporte, je crois, l'explication de cette anomalie, en même 
temps qu'elle nous révèle un fait intéressant ignoré jusqu'ici. 
C'est que Rabel I" était, lui aussi, le fils de Obodat P'; il était 
par conséquent, le frère, très probablement le frère atné, de Ha- 
ritat III ; monté sur le trône par droit de primogéniture, après la 
mort de son père Obodas I", Rabcl l*' ne l'occupa que peu d'an- 
nées, de Tan 93 au maximum, à Tan 86-85 ; et, n'ayant peut- 
être pas laissé d'héritiers en Age de régner, il eut pour succes- 
seur son frère cadet Ilaritat III, Arétas Philhellène. 

L'an 16 — si c'est bien ainsi que doivent Atre lus les chififrei 
de notre inscription, — l'an 16 du règne de Uarilat III nous don- 
nerait, pour la date de l'inscription, l'an 70-69 avant noire 
ère. 



§ 39. 
Un reliqpiaire des Croisades. 

Cet objet précieux a été découvert à Jérusalem, au cours des 
travaux de démolition exécutés en 1893 dans les terrains grecs 
adjacents à la partie du Moristân concédée à la Prusse en 1869, 
c'est-à-dire dans les dépendances de Tancicn établissement de 
Tordre des Hospitaliers de Saint-Jean, qui, à l'époque des croi- 
sades, s'élevait au sud et non loin de Téglise du Saint-Sépulcre. 

Transporté dans le Trésor que les Grecs possèdent dans celte 

1. JoBôphe, A. J. XIII, 13 : 5 et XIV, 1 : 4. 



UN RELIQUAIRE DES CROISADES 235 

église et où il est actuellement conservé, il a été photographié, 
dessiné, et minutieusement étudié par le P. Paul de Saint- Aignan, 
de la Custodie franciscaine de Terre Sainte. C'est à l'obligeance 
de mon zélé correspondant que je dois les renseignements qui me 
permettent de faire connaître aujourd'hui ce petit monument in- 
téressant pour l'archéologie des croisades*. 
Il se compose de deux parties^ que je décrirai séparément. 
C'est, d'abord, une enveloppe de verre massif, en forme de cône 
très aplati latéralement, ressemblant à une « mitre »; hauteur: 
0",18 ; grand diamètre à la base : 0",22; petit diamètre : 0°»,7. 
Le sommet du cône est surmonté d'un gros bouton sphérique, 
foré d'un trou vertical qui devait peut-être^ comme le suppose 
le P. Paul de Saint- Aignan, avoir regu une croix métallique au- 
jourd'hui disparue. Le verre, malgré son extrême épaisseur, a 
été fêlé en travers par un coup de pioche deTouvrier; il a pris, 
par l'action du temps, une teinte laiteuse et présente l'aspect du 
verre sorti des anciennes fabriques indigènes de Hébron. 

Des bandes de cuivre doré cerclent la base du cône et montent 
jusqu'au sommet, le long des deux côtés étroits. Ces bandes sont 
ornées de rinceaux élégants, exécutés en filigranes, ou plutôt en 
fils métalliques perlés ou guillochés, et de « pierres précieuses », 
serties dans le métal, pierres que le P. Paul de Saint- Aignan ne 
définit pas autrement. 

Sur l'une des bandes de la base, bandes dont le bord supérieur 
forme un cintre concave^ était gravée une longue inscription, 
dont il ne reste malheureusement plus que quelques lettres, ce 
côté du cône ayant été exposé à Thumidité et le métal étant tout 
à fait oxydé. Peut-être, cependant, un nettoyage fait avec pré- 
caution permettrait-il de la déchiffrer plus ou moins complète- 
ment. Ce serait d'autant plus à souhaiter que cette inscription 
nous apprendrait probablement l'époque et le nom de l'auteur 
de la dédicace ou de l'exécution du reliquaire. Pour le moment. 



1. Voir les reproductions photographiques que j'en donne dans mon Album 
cl'AnHquiU$ Orientales. 



236 RECUEIL d'ahchéologie orientale 

Ton ne discerne plus que les lettres : PIO, au commencement, 

et à la fin : RONSIO NAVIT. Le dernier mot pourrait être 

donavit^ ou adomavit. Les caractères paraissent être du xiu' siè- 
cle, peut-être du xn^» siècle. 

Les pierres précieuses, m'écrit le P. Paul de Sainl-Aignan, 
semblent être de provenance diverse. L'une d'elles, sur la face, 
à droite, était, sans doute, autrefois montée en bague; on y voit 
gravés un croissant, deux étoiles et un T. Une autre (à gauche) 
est percée et devait appartenir primitivement à un collier. 

Dans l'épaisseur du verre et au centre du cône est ménagée 
une petite niche, arrondie par en haut, mesurant O"",!! de hau- 
teur, sur O'^fO? de longueur et 0'^,35 de largeur. Ces dimensions 
ont été visiblement calculées pour permettre de loger dans la ca- 
vité, s'ouvrant par la base, une planchette en bois jaunâtre, qui 
parait être du cèdre, recouverte de plaques d'or et d'argent. Cette 
petite tablette arrondie par en haut, carrée par en bas, mesure 
0"*,10 de hauteur, sur 0"*,06 de largeur, et 0",0i d'épaisseur. Elle 
constitue le reliquaire proprement dit, qui était ainsi protégé 
par l'épaisse enveloppe de verre. Il est à présumer que le tout 
devait reposer sur un socle ou plateau qui n'a pas été retrouvé* 

A. — L'une des faces de la tablette est recouverte d*une feuille 
d'or, fixée par des clous. Un double cordon de filigrane court 
tout autour, excepté à la partie inférieure. Entre les deux cor- 
dons est un encadrement de pierres serties, au nombre de dix- 
huit; plusieurs ont disparu et ne sont plus représentées que par 
les vides des bâtes également filigranées. 

Au milieu du champ se détachent deux grandes croix super- 
posées, Tune et l'autre à double traverse, du type dit patriarcal. 

La croix supérieure a perdu la relique qu'elle devait conte- 
nir — un fragment de la Sainte Croix ; la cavité est remplie de cire 
fortement comprimée et les bords de la bâte se sont évasés. A 
droite et à gauche de la croix, sur une feuille d'argent, sont gra- 
vés, en deux lignes et en beaux caractères du xu*^ ou xiii® siècle 
les mots : lignu[m) sancte crucis. 

La même inscription, semblablement disposée, est répétée au 



UN RELIQUAIRE DES CROISADES 237 

pied de cette croix supérieure, et au sommet de la croix infé- 
rieure. Celle-ci est intacte; elle est composée de cinq petits mor- 
ceaux de bois, assemblés et sertis dans une bâte ourlée d*un 
double cordon de filigrane. L'un des morceaux de bois cons- 
titue le montant tout entier de la croix; les quatre autres for- 
ment les quatre bras des doubles traverses. Le bois est d'un brun 
rouge, avec des fibres assez lâches rappelant la texture des coni- 
fères. 

Au pied de cette croix, à gauche et à droite, sont enchâssées 
deux reliques, surmontées respectivement des inscriptions sui- 
vantes, gravées en trois lignes, également sur feuilles d'argent : 

A gauche : Re{liqtiie) de s{ancti) Johan{n)is Bapt{iste). 

A droite : Re[liquié) de sancti Petr[i) apostol{i). 

B. — L'autre face de la tablette aété refouillée, de manière àlais- 
ser^ près du bord^ un chanfrein large d'un centimètre sur lequel 
s'appuie une plaque d'or dont le travail à jour se détache sur une 
autre plaque du même métal recouvrant le fond de la tablette. 

L'ornementation de la première plaque consiste en une série 
de petites arcades ajourées, en plein cintre, de style roman, grou- 
pées trois par trois. Tune au-dessus de Tautre^ de manière à 
former cinq étages superposés. L'artiste a accentué le caractère 
architectural de cette ingénieuse disposition^ en figurant minu- 
tieusement les bases et les chapiteaux des colonnettes qui sou- 
tiennent les arcades, ainsi que l'appareil du mur sur lequel elles 
sont censées reposer. L'ensemble est d'un effet très original. 

Au milieu de chacune des arcades, au nombre de quinze, 
comme dans autant de chapelles en miniature, est enchâssée une 
relique sertie dans un cordon filigrane. Les arcades, recouvertes 
d'une feuille d'argent, portent gravées quinze épigraphes don- 
nant l'explication de chacune des reliques. 

Voici la transcription des légendes dans l'ordre où elles se 
succèdent de gauche à droite et de haut en bas : 
4 . Andréas ap(ostol)i. 

2. Pauli ap(ostol)i. 

3. Jacobi ap[ostol)i. 



238 RECUEIL D*ARCHÉOLOGtE ORIENTALE 

4. S[anctï) Philippi ap{ostol)i. 

5. Bartolomaei ap[ostol)ù 

6. Matthaei ap[ostot)i , 

7. De dente Tomœ ap[ostoli). 

8. Dens Jacobi f[ratris) D(pmini), 

9. Simonis et Jude, 

10. Marci ewang{eli)s[te), 

H. Mattias ap[ostolus), ou ap[ostoli). 

12. Vitiniartyr{is). 

13. Laurenti mart(yris), 

14. Stephani p[ro)to7na{rtyris). 

15. Osivaldi re{g)is. 

La mention la plus caractéristique est la dernière, celle de la 
relique de saint Oswald, le roi anglo-saxon qui régnait au 
vu« siècle dans le Northumberland. l*eut-6lre Tassociaiion de ce 
personnage à ses illustres prédécesseurs en sainteté et la façon 
intentionnelle, il semble, dont sa relique, la dernière en date^ 
est rapprochée de celle de saint Etienne le protomartyr, la pre- 
mière en date, peuvent-elles fournir un indice pour l'origine ou la 
destination de ce reliquaire. L'emploi du w dans l'orthographe du 
mot ewang[eliste) n'est pas non plus à négliger, si Ton se place à 
ce point de vue, comme le fait remarquer le P. Paul de Saint- 
Aignan. Il faut peut-ôtre aussi tenir compte, avec lui, du lieu de 
la trouvaille — THôpilal de Saint-Jean — et du fait que la re- 
lique de saint Jean-Baptiste occupe (avec celle de saint Pierre), 
la place d'honneur au-dessous de la relique de la Sainte-Croix, 
sur la face A. Il est vrai que, selon Guillaume de Tyr, l'origine de 
Tordre de Tllôpital se rattachait, non pas au vocable de Saîat- 
Jean-Baptisle, mais à celui de Saint-Jean-F Aumônier; toutefois, 
nous voyons que, dès le xii« siècle, la tradition franque a com* 
menée à substituer le nom du premier au nom du second, beaucoup 
moins populaire chez les Latins. 

Pour ce qui est Ju bois de la Sainte-Croix, nous savons que 
les Croisés liC se faisaient pas scrupule de disposer de parcelles 
plus ou moins grandes de ce qui avait pu rester à Jérusalem de 



UN RELIQUAIRE DE8 CROISADES 239 

la précieuse relique. Je me contenterai, pour ne m'en tenir 
qu'aux faits antérieurs à la prise de Jérusalem par Saladin, d'en 
citer deux suffisamment significatifs à cet égard. En 1108, An- 
sel, chantre du Saint-Sépulcre, envoie à Notre-Dame de Paris une 
croix faite du bois de la Vraie Croix*. Vers 1155, Foulques, pa- 
triarche de Jérusalem, et Amaury, prieur du Saint-Sépulcre, 
dressent un acte authentique relatif à la fabrication d'une croix qui 
contenait, avec une parcelle de la Sainte Croix, diverses reliques 
provenant des Lieux Saints; le reliquaire était destiné à être 
exposé à la vénération des fidèles en Allemagne*. 

Peut-être le nouveau reliquaire qui vient d'être découvert 
devait-il recevoir une destination analogue en Grande-Bretagne? 
Je me borne à signaler cette hypothèse, sans y insister. £n tout 
cas, étant donné qu'il a été trouvé dans un pan de mur ancien, il 
est à supposer qu'il avait dû être enfoui précipitamment dans 
cette cachette au moment de la prise de Jérusalem par Saladin, 
en 1187. 



§ 61. 

Les « cames » ou gîtes d'étape des sultans mamlouks 

pendant les Croisades. 

J'ai montré autrefois ' que les cames dont parle la Chronique 
du Templier de Tyr et où l'on avait voulu voir des « chameaux », 
n'étaient autre chose qu'une transcription du mot arabe iqdmât, 
au singulier iqdméÇqdmézz came)^ désignant les « glles d'étape » 
des armées des sultans mamlouks. 



1. Mu^e des Archives NatUmates, no. 125, 126. Cr. Archives de l'Orient latine 
II, A, p. 198. Ces lettres d'Ansel à Galon, évoque de Paris, et à Etienne, archi- 
diacre de Sainte-Croix, contiennent d'intéressants détails sur Tétat de la Sainte- 
Croix, divisée en dix-neiif parties après l'incendie de l'église du Saint-Sépulcre. 

2. Voir, pour l'indication des sources, Rôhricht, Regesta regni Hierosolymi- 
tani, p. 8i, n« 317 : « Se de variiis reliquiis locis sanctis desumptis crucem cons- 
truxisse, necnon particula verse *creicis adornavisse. » 

3. Études d'archéologie orientale^ I, p. 144. 



240 RECUEIL d'archéologie orientale 

J'ajouterai que le mot arabe paraît èlre lui-même l'équivalent 
exact, peut-être même la traduction du moiinrcqonaç^ a hôtel- 
lerie, auberge » (cf. les a herberges » des Croisés), de la taciae 
qomaq^ « poser » qonmaq^ a se poser » (cf. respagnol ce posada »)• 
Ce devait être un terme technique de la langue militaire des mam- 
louks, qui s*est maintenu avec ce sens dans celle des janissaires 
d'Algérie, jusqu'à Tépoque de la conquête française : « Qonaq^ 
« gîte d'étape », ou plutôt lieu de campement des colonnes tur- 
ques en tournées ordinaires pour le transport de l'impôt à Al- 
ger». » 



§ 60. 



Nouvelles observations sur les gouverneurs romains 

de la province d'Arable. 

J'ai consacré ailleurs ', à la province romaine d'Arabie et à ses 
gouverneurs, une étude détaillée dans laquelle je crois avoir 
réussi^ en m'appuyant principalement sur des documents épigra- 
phiques, non utilisés, à établir certains faits importants, jus- 
qu'alors inconnus ou méconnus. C'est, d'abord, que les villes 
de Gerasa et de Philadelphie (* Amman) avaient, dès l'origine, fait 
partie de la province d'Arabie créée par Trajan, aux dépens du 
royaume nabatécn, et que, par conséquent, le territoire de cette 
province était sigulièrement plus étendu qu'on ne radmeltait. 
C'est ensuite que les listes chrouologiques des gouverneurs ro- 
mains (le la province d* Arabie, telles que les avaient dressées 
successivement MM. Liebenam, von Rohden, Pietschmann,Rug- 
giero, etc., comportaient de sérieuses corrections et additions. 

Depuis, de nouvelles découvertes épigraphiques ont été faites 



1. Rino, Revue africaine, 1897, p. 133, n. i, 

2. Etuiies d'archéologie orientale, vol. H, § 7, pp. 83-92, 



LES GOUVERNEURS ROMAINS D* ARABIE 241 

qui perme tient, je pense, de préciser encore divers points et de 
combler certaines lacunes. 

En premier lieu^ une série d'inscriptions romaines recueillies 
par le P. Germer-Durand dans la région transjordanique sont 
venues jeter beaucoup de lumière sur la question et confirmer plu- 
sieurs de mes conjectures. Déjà, grâce à une communication privée 
qu'avait bien voulu me faire le P. Germer-Durand, j'avais pu, à 
la fin de mon mémoire, indiquer sommairement cette justification 
fort opportune; par exemple, en ce qui concerne l'hypothèse, 
émise par moi, que Tinscriplion J et le fragment n** 7 de M. Schu- 
macher devaient faire partie de la même inscription, et la consé- 
quence, que G. Glaudius Severns devait être légat d'Arabie sous 
Trajan, quelques années à peine après la destruction du royaume 
nabatéen. 

Plus tard, ces textes ont été publiés et étudiés par le P. Germer- 
Durand* et par M. Michon', qui les a fort judicieusement com- 
mentés, surtout au point de vue de la chronologie. Peu après, 
cette série s*est encore enrichie d'autres inscriptions recueillies 
par le P. Lagrange et ses compagnons, au cours de leur voyage 
àPetra*. 

Voici les données, soit nouvelles, soit confirmatives de celles 
précédemment établies, qu'on peut en extraire relativement à 
l'histoire des gouverneurs de la province d'Arabie : 

NOMS ÉPOQUE 

G. Glaudius Severus (M. a', p. 22; M. />, p. 295) ... lH J.-G. 

1. Revue biblique n 1896, p. 601 et sq. 

2. Mémoires de la Société nationale des Antiquaires de France, t. LV (Ex- 
trait), Nouveaux milliaires d'Arabie, — On me permettra de faire remarquer, à 
ce propos, que plusieurs des idées auxquelles Tauteur s'est tacitement rallié 
avaient été formulées préalablement par moi. Pour ce qui concerne Terreur d'at- 
tribution qu*il relève en note (p. 26, note 5), le véritable coupable est M. Lie- 
benam, que j'ai suivi de confiance. Ce nVst pas seulement « après lui », mais 
a d'après lui » que j'ai attribué indûment à Borghesi une chose qu'il n'avait pas 
dite. Mon tort est de n'avoir pas irérifié le passage de Borghosi ; mon excuse, 
c'est que je ne possède malheureusement pas, dans ma modeste bibliothèque 
d'orientaliste, les œuvres fort coûteuses de l'illustre épigraphiste romain. 

3. Revue biblique, 1897, p. 288; Michon, Inscriptions lalities d'Arabie. 

4. Je cite les inscriptions d'après les lectures de M. Michon : M. a désigne son 



I RbCUBIL d'aRCH£OLOQIB ORIBIfTALB n. SePTIUIBRB 1897. LiVHAlSO.N 16 J 



242 RECUEIL D*AKCUÉOLOGlE ORIENTALE 

NOMS ÉPOQCB 

P. Julius Gcminîus Marciaaus (M. a, p. 27; M. b^ 

p. 296 et (?) 297) 162 J.-C. 

L. Marius Perpeluus (M. a, p. 8) 200 ou 205» 

Furius Severianus (M. a, p. 30) 213 

Flavius Julianus (M. a, p. H et 33) vers 288 

A leur tour, deux explorateurs allemands, MM. Brûnnow et 
Domaszewski, ont apporté un contingent épigraphique qai, 
publié tout dernièrement, à Tétat brut% mérite d'être examiné 
de près, car il contient de nouveaux éléments d'information pour 
le sujet qui nous occupe. 

Voici, d'abord, quoiqu'elle n'ait pas trait directement à ce sujets 
une importante rectification de la S' ligne de la grande inscrip- 
tion de Kasr. B^cheir, en plein pays de Moab qui nous avait au- 
trefois fourni le nom d'Aurelius Asclepiates, prœses de la province 
d'Arabie (entre 293 et 305). Toutes les copies imprimées jusqu'ici 
portaient : 

Castra et eormn mœnia fossamentis^ etc. M. Domaszewski a 
lu sur la pierre — et il garantit la lecture : 

Castra praHorii Mobeni a fundamentis. Il y reconnaît la men- 
tion de la construction du prétoire moabite, 

A Djerach (Gerasa), M. Brûnnow a copié les deux inscriptions 
suivantes qui, bien qu'il ne s'explique pas très clairement sur ce 
point, semblent avoir été gravées sur les deux faces d'une même 
pierre : 

A. — C. Attio Fusciano^ \ leg[ato) Auy{usti), pr[o) pr[aetoré)j j 
co{ïi)s{uli)desî(/{nato) \ ,M. AntoniicsGemelluSy \ comicul{ariti$) \ 
Vihi Celerisy proc[uratoris) Anf/{ifsti). 

(secoml) mémoire publié par la Société des Antiquaires ; M. b son article de la 
Revue bibliu ne. 

1. Ce souL \^s deux dates qu'a obtenues M. Miclioii, en essayant de corriger 
paléograpliiqueinont les chitrres inconciliables des consulats et des puissances 
tribuniciennes de Septime Sévère, tels qu'ils apparaissent dans les copies. Je 
in'élais arr.'té à la d.ile moyenne de '202, 

2. MiUUcilinujcn und SadtriclUen des deulschen PalaesUna-Vereins, 1897, 
pp. 38-40. 



LlilS GUUVfclKNBURS UOMAINS DAKABll!: 2t3 

B. — Imperaiori Cxsari Caio \ Ualerio Aiocletiano, \ mviclo, 
Aug(usto), I Domiiius AntoniriKS, \ v[ir)p[erfectissimus),pr\œses) 
pr{ovincice)^ dévolus n[u)Tnini* \ majestatiqiie eitis. 

C. Attius Fuscianus est le gouverneur de la province d'Arabie 
dont le nom était jusqu*ici écrit dans les listes courantes : C. Allius 
Fuscianus, et qu'on intercale entre Gentianus, ou Terentianus 
(209 J.-C.) et Arabianus, Tuscus, ou Gellius (217-218). 

Domitius Antoninus, gouverneur d'Arabie sous Dioclétien 
seul, nous était jusqu'ici inconnu. Il était peut être le prédécesseur 
immédiat de Flavius Julianus, qui occupait ce poste vers 288. 
Cette seconde inscription présente de grandes analogies avec 
celle du praeses Antiochus, provenant elle aussi de Djerach': 
c'est ce qui m'a engagé à restituer à la ligne 5, VPPkPR, en vtV 
perfectissimiis^ prœses provinciœ, 

A. Der'àt, dans le Hauràn, M. Briinnow a copié une autre 
inscription, celle-ci en grec, qui vient ajouter, elle aussi, un nom 
à la liste des gouverneurs militaires d'Arabie. Il la lit ainsi : 

Tiràp j(i)Tr;p{aç tou xupiou Tf;;/.(l!>v aiTo|xp(r:^p(oç) TaXAn^vcu S£5(a5T0'j), 
(i9'.£p(i6r| b TC'jplyc^ jJLSTi Tfjç Sey^avia*;, irpovoia loiviou | OATMPOV, to5 
o\%[Tr)'^z':i'zzj * YJYtjjLÔvo; , | s^cttwto; ^I>Xaouir/ou p(ev6)9(txiap'0*j) , 
7:p5£o(p(a) I Miy^/SD Bajwj. It(ouç) pv'. 

L'inscription est datée du règne de Gallien et de l'an 150 de 
l'ère de Bostra, correspondant à l'an 255 de noire ère. Cette date 
est sujette à caution, comme je le montrerai dans un instant. 

Le nom du gouverneur Junius ne doit pas être exactement 

copié et appelle une correction^ : "Oajjxtts;, 'Oajixtt'.c;, Olipnpins'i ' 

1. La deuxième lettre est ainsi figurée K; je I«i restitue en R. 

2. La pierre porte NOM INI* 

3. Voir mes Études cV archéologie orientale^ voL H, p. 87. On pourrait même 
se demander, si les copies n'étaient pas aussi formelles, si les noms de An- 
tiochus et de Antoninus n'auraient pas été pris Tun pour l'autre. 

4. La copie porte AlATEIMOTATOY. Je n'hésite pas à faire la correc- 
tion, les hégémones portant officiellement le litre de Ôia<n)piÔTaTo;,per/'ecfissimw.s 
(VVaddington-Le Bas, inscr. no» 551, 1866 6, 1901). 

5. La copie de M. Briinnow, en caractères typographiques, présente un petit 
vide avant le O, au débat de la lign^î, C3 qui indiquerait peut-être l'existence 
d'une première lettre disparue. 



2ii RECUEIL D AKCHÉOLOfîU: ORIENTALE 

Cette inscription a de grandes affinités avec une autre inscrip- 
tion originaire de la même localité de Der'ât, dont j*ai donné le 
texte dans mon premier mémoire (op. c, p. 91)*. Celle-ci est 
datée également du règne de Gallien, mais de Tan 158 de Fëre de 
Bostra = 263 J.-C. Elle nous révélait le nom, non pas d*un gou- 
verneur titulaire d'Arabie, mais d'un intérimaire (S'iicwv Tr,v tj^e- 
iJLsv{av), Statilius Âmmianus, portant le titre moindre de xpaTÎ^rs; 
[egregius). On pouvait supposer alors que le titulaire, remplacé 
par Statilius Ammianus, était Aelius Aurelius Théo, dont on 
mettait la légation entre 253 et 260, et qui apparaît justement 
dans une inscription de Bostra* comme le patron de Statilius 
Ammianus, à ce moment prœfectus alas. Aujourd'hui, en face 
de cette nouvelle inscription, on peut se demander si ce titulaire 
ne serait pas, par hasard, notre Junius... Et cela, d'autant plus 
que la date, telle qu'elle est copiée par M. Briinnow, semble 
devoir être modifiée et augmentée de quelques années. 

En effet, en 255 J.-C. (pv' = 150 de Bostra), l'empereur Valé- 
rien, le père de Gallien, était encore sur le trône, puisque c'est 
seulement en 260 quil fut fait prisonnier par Sapor, roi de Perse. 
On ne s'explique donc pas, si la date copiée par M Brùnnow est 
exacte, qu'il ne soit pas fait mention de Valérien dans Tinscrip- 
tion et que ce soit son fils, jusque-là simplement associé au pou- 
voir, qui soit nommé seul, comme souverain régnant. 

D'autre part^ dans la première inscription, la dédicace est 
faite pour le salut et la victoire (^tiv.r,) de Gallien; dans la seconde 
pour son salut seulement, il n'est pas question de la victoire. Il 
est présumable que cette « victoire » correspond au triomphe 
célébré par Gallienen 262, à la suite de ses succès remportés sur 
les Perses, gn\ce surtout à l'eflicace intervention du Palmyré- 
nien Odeinat. 



{. Il faut ajouter à ma transcription la rormnle initiale 'AyaOr; t^j^t,^ ces deux 
mots étant f^ raves à j^'auche et à droite, «lans I«*s «'coinçons supérieurs des queues 
d'arond»' du cartouche; et, avant xa'i Zr.voSwsov, l-ts mots (|ue j'ai sautés (k la 
fin de la 5<* li^Mie) : è::: (t)xo7:t; AîXiov Hâitrou. 

2. Waddington, op. c, n» 1949; cf. n» \9bi). 



LES GOUVERNEURS ROMAINS d'aRABIB 243 

Celle double obscrvalion tendrait donc à enserrer la date 
réelle de la seconde inscription entre des limites étroites : 260 
et 262 J. C., correspondant respeclivement à 153 et 137 de l'ère 
de Bostra, période pendant laquelle Gallien occupait seul le trône, 
mais n'avait pas encore célébré son triomphe. Je soupçonne, en 
conséquence, que les lettres numériques PN qui terminent la 
seconde inscription devaient être suivies sur la pierre d'une autre 
lettre marquant des unités d'années : E,TouZ= 3,6 ou 7; lettre 
peut-être fruste, qui aura pu échapper à rattenlion de M.Briinnow. 
De cette façon c'est à noire Junius... et non pas à Âelius Aure- 
lius Théo, prédécesseur peut-être de celui-ci, que Slatilius Am- 
mianus aurait succédé comme intérimaire. 

Puisque l'occasion s'en présente, je demanderai la permission 
d'étudier un petitproblèmedechronologienumismatiquequi n'est 
pas sans avoir quelque rapport avec celui que je viens de discu- 
ter et qui a autrefois mis en défaut la sagacité de M. de Saulcy. 

Der'ât représente, comme Ton sait, la ville antique d'Adraa. 
Or, parmi les rares monnaies frappées dans cette ville, d'où sor- 
tent nos deux inscriptions, il en est justement deux au nom de 
l'empereur Gallien et de l'empereur Valérien*. La première ne 
porte pas de date, mais la seconde contient les lettres numériques 
PNA = l'an 151. 

M. de Saulcy a vainement cherché à déterminer l'ère d'après 
laquelle cette date est calculée; ne pouvant la ramener à une 
prétendue ère, propre à Adraa, ère dont Tépoque serait Tan 83 
avant J.-C, il s'arrête, en fin de compte, à la conclusionque la lé- 
gende a dû être mal déchiffrée, soit que la date ait été lue de tra- 
vers, soit, ce qui serait plus grave encore, que rattribution même 
à la ville d'Adraa doive être rejetée. 

Il est facile de voir qu'il n'en est rien. L'ère employée est tout 
simplement, comme dans nos inscriptions, l'ère de Bostra, com- 
mençant en Tan 108 J.-C, Tère universellement employée dans 
la province d'Arabie : l'an 151 correspond à l'an 236 J.-C; or, à 

1. De Saulcy, Numismatique de la Terre Sainte, p. 37(5. 



246 RECUEIL D AKCHÉOLOGIE 0R1ENTALK 

ce moment, Valérien élaiL sur le trône depuis trois ans déjà. Les 
trois données de la date, du nom de Tempereur, et du nom de la 
ville sont donc parfaitement d'accord. 

Ce témoignage numismatique vient, comme on le voit, à l'ap- 
pui de l'observation que j*ai faite sur la date vraisemblement 
incomplète de la seconde inscription de Der'àt. Il est inadmisible, 
en effet, qu'alors qu'en 256 J.-C, on frappait à Âdraa une mon- 
naie au nom de Valérien, une inscription qui aurait été gravée 
dans cette même ville, en Tan 255, serait datée du règne, non 
de Valérien, mais de son fils Gallien seul. 

Cette rectification me conduit à en proposer une seconde du 
même genre pour deux autres monnaies frappées également à 
Adraa*. Ce sont deux pièces de bronze au nom de l'empereur 
Commode, portant, au revers, les légendes similaires: 

1*» AAPAHNCON — TYXH €TOY BO(C?) 
2° AAPAHNCON ... TYXH C C BO 

M. de Saulcy, considérant que la dalo est représentée par les 
groupes trililères BOC on CBO = 272, se demande à quelle ère 
peut se rapporter une pareille date, étant donné que Commode a 
régné de 480 à 192 J.-C. El c'est de là justement qu*il part pour 
supposer Texistcnco de cette prétendue ère particulière d'Adraa 
qui aurait commencé vers Tan 83 avant J.-C. 

L'hypothèse est toute gratuite, et les semblants de raisons 
historiques dont M. de Saulcy cherche à l'élayer ne sauraient faire 
illusion. La vérité est qu'ici encore, nous devons avoir affaire à 
Tère deBostra de 105 J.-C. ; il suffit d'éliminer, des groupes BOC 
et CBO, le C qui n*en fait certainement pas partie' et de corriger 
la gravure ou la lecture B en € ou E, pour obtenir €0 =75, de 
Tère de Bostra = 180 J.-C, première année du règne de Com- 
mode. 

La môme correction est probablement applicable à une troi- 

1. De Saulcv, op. c, p. 'M6, 

2. Le C est peiit-Atre à c(»nsi<1érpr comme la dernière lettre (iu molÇTOTC. 
t« année », dans lequel on aurait pour ainsi dire, enclavé la date: €TOY<€0>C 



L*ANXrEN DIEU ARABE OKAISIR 247 

sième pièce de Commode attribuée encore à Adraa par M. de 
Saulcy, d'après les descriptions de Hardouin et de Eckhel, si 
tant est que cette attribution soit certaine ; là aussi , le groupe déce- 
vant lu, cette fois CKG» se laisserait facilement ramener à 
<C>EO=:75. 



§62. 
L'ancien dieu arabe Okaisir. 

Parmi les nombreuses divinités du panthéon arabe antérieur h 
rislamisme, la tradition musulmane^ en mentionne une dont le 
nom affecte une forme vraiment bien singulière et dont on a 
vainement jusqu'ici recherché Torigine. C'était une idole fa- 
meuse, appelée le Okaisir, ^^-uaJVI. Cette idole, adorée par plu- 
sieurs tribus arabes et par diverses populations de Syrie, semble 
avoir eu un sanctuaire important dans une localité de l'ancien 
pays de Moab, ou bien d'Édom, dite El-Mechârif*. On s'y rendait 
en pèlerinage et Ton y accomplissait certaines cérémonies bizarres, 
dont une consistait à faire l'offrande de sa chevelure. 

Yâkoùt présente le nom de Okaisir comme un diminutif 
(jji-al) de Tadjectif j-tfî\. Bien entendu, on ne saurait prendre 
cette étymologie au sérieux, comme Krehl paraît être tenté de le 
faire*. A vrai dire, c'est moins une étymologie que Yâkoût pré- 
tend nous donner, qu'un moyen de fixer la vocalisation du nom, 
vocalisation, d'ailleurs, contestable, en le ramenant à un type 
grammatical connu. 

1. Voiries passages des Merdsed et du Mo^djem el-Bouldàrif cités par Krehl, 
Ueber die Relig, der vorislam. Araber, p. 13. — Cf. Caussin de Perceval, Essai 
sur l'hist, des Ar., III, 213; et de Goeje, Mémoires d'hist. et de qéogr,, no3, p. 5. 

2. Krehl, op. cit. y p. 14 : Welcher, aller Wahrscneiniichkeit nach von der Ge- 
stalt desselben hergenommen ist. » 

3. Ou El'MecMnq? Cf. la Maapixdt, ouMaapaxade VOnomastimn, ville royalt» 
d'Edom, dans la Gabalène {Genésey xxxvi, 36). On pourrait, bien que la ré- 
gion soit plus occidentale, aussi pensor à El-Mechrifé, avec ses ruines remar- 
quables, au sud de Khalasa (Elusa). 



248 RECUEIL d'archéologie orientale 

Le champ demeure donc libre pour les conjectures sur l'ori- 
gine de ce nom énigmatique. Ne serait-ce pas, par hasard, une 
transcription pure et simple du grec 5 KaTjap, « le César »? Per- 
sonne n'ignore que Cœsar, KaTaap, est régulièrement transcrit en 
arabe par y^. Les deux formes ne diiïërent que par Taddition, 
dans la première, d^un ^/i/ initial, dont il n'est pas impossible, 
du reste, de rendre compte, comme nous le verrons tout à l'heure. 
La vieille idole arabe ainsi appelée ne serait-elle pas l'image 
de Tempereur romain qui, on le sait, recevait, surtout en Orient, 
les honneurs divins, non seulement après sa mort, mais même 
de son vivant? Il n'est pas nécessaire, pour expliquer la chose, 
de remonter jusqu'au culte de Jules César lui-môme, qui avait 
des autels et dos temples dans tout le monde romain. Tout em- 
pereur était un César et, à ce titre, pouvait être mis de pair avec 
les dieux. Nul doute que les populations sémitiques de Syrie, 
habituées de longue date à cette conception du souverain vivant 
divinisé, qui était un des dogmes fondamentaux de l'Egypte, ne 
se soient prêtés facilement, en Texagérant même, à ce culte officiel 
de leurs maîtres romains '. Nous savons combien profondément 
s'était implantée la civilisation romaine dans la province d'Ara- 
bie. Aussi, n'y aurait-il pas lieu d'être surpris si l'idole de El- 
MecliArif était à l'origine l'effigie officielle de quelque empereur, 
qui avait dépouillé à la longue toute personnalité, pour ne garder 
que son caractère général de César-dieu. 

Ce nom, ou plutôt ce titre de César a été familier de bonne 
heure aux indigènes de TArabie romaine. Nous le voyons appa- 
raître dans les inscriptions nabatéennes (iD^p), et il est tout natu- 
rel qu'il se soit fidèlement conservé chez les Arabes, successeurs, 
sinon frères dos Nabatéens. On avait pu finir par appeler chez 
eux, d'une fac^on absolue, 6 KaTaap « le César », la statue impériale, 
quelle qu'elle fûl, en qui s'incarnait, en quelque sorte la religion 
d'Iilat. Dans la forme arabe j-^\y Vélif représenterait l'article 



1 . Il siifiira (le se rappeler, par exemple, Tinscription palmyrénienne où 
Hadrien est, de son vivant même, qualifié de w dieu t (nhSn)- 



INSCRIPTION GRECQUE DE SAREPHTA 249 

grec b ; et, la valeur de cet article grec n'étant plus comprise, 
Tarlicle arabe el serait venu s'ajouter par superfétation : y*-«iV', 
« le ô Kaîaap ». 

On me permettra, en terminant, de faire remarquer que ce 
phénomène de génération mythologique, qui relève en partie de 
ce que j'ai proposé d'appeler Viconologie, trouverait son pendant 
assez exact dans Torigine du dieu mystérieux de Teîma, Çelem, 
ÇalamoxxSalm^ si cette origine est celle dont j'ai indiqué ailleurs 
la possibilité : Teffigie officielle, le Çalam des rois assyriens et 
babyloniens, érigé, selon leur habitude constantes dans le pays 
arabe soumis par eux, et devenu pour des populations, simples 
d'esprit et prosternées devant le maître redoutable, une véritable 
idole spécifique : le Çalam. 

Le dieu Satrape, cette étrange entité mythologique qui appa- 
raît sur le terrain gréco-oriental, et dont j'ai autrefois ' essayé 
de déterminer la nature, est peut-ôtre^ lui aussi, à rattacher à 
cette famille de divinités issues d'un culte officiel rendu au 
maître terrestre. 



§63. 



Inscription grecque de Sarephtha ^ 

L'inscription suivante a été rapportée récemment de Paris par 
un Arabe originaire de Tyr. C'est une courte épitaphe gravée en 
caractères de forme assez cursive, sur une dalle de marbre, visi- 
blement destinée à être encastrée dans une des parois du sé- 
pulcre el mesurant : hauteur, 0",27; largeur à la partie supé- 
rieure, 0'",31; largeur à la partie inférieure, 0™,245 : épaisseur, 

1. C'est le mot assyrien même employé invariablemeQl dans les inscriptions 
où cet acte de haute souveraineté se trouve relaté : çalam charroutiya, <f Pimage 
de ma royauté ». 

2. Voir mon mémoire, Le dieu Satrape et les Phéniciens dans le Péloponèse 
(1878). 

3. Voir le fac-similé phototypique dans mon Album d'archéologie orientale. 



250 RECUKIL D^ARCHÉOLOGIE ORIENTALE 

0"*,045. La dalle est donc, non pas rectangulaire, mais trapé- 
zoïde. 

• 0€OACOPOC 
OK€IAKCOB 
OCCAPE0 
0HNOC 

« Théodore, appelé aussi Jacob, de Sarephtha ». 

L'inscription est complète, sauf une cassure très profonde, à 
l'angle supérieur gauche, cassure qui intéresse le début de Tins- 
cription, et a pu enlever, sinon une lettre, du moins un signe, 
peut-être une croix? Dans ce cas, le défunt aurait été chrétien, 
malgré son nom caractéristique de Jacob; peut-être un juif con- 
verti? 

Ce qui fait Tintérêt principal de ce petit texte, c'est l'ethnique, 
rattachant notre monument à la ville phénicienne, bien connue, 
de Sarephtha, aujourd'hui Sarfcnd, au nord et non loin de Tyr. 
L'orthographe, Sapeçôi, du nom topique qui présente tant de va- 
riantes dans les sources grecques, sacrées et profanes, est à noter. 
Klle est identique à celle que donne la carte de la mosaïque de 
Mâdeba \ et aussi à celle que j'avais induite de la forme syria- 
que, restituée paléographiquement, dans la Vie de Pierre f Ibère *. 
Cet accord est tout à fait en faveur de la leçon SapcoOi de plu- 
sieurs manuscrits de saint Luc (iv, 26). 



§ 64. 

Le plan de l'église du Saint- Sépulcre dessiné par 

Arculphe au VU*" siècle. 

Dans un récent travail', M. Mommert propose une nouvelle 
interprétation architectonique du plan graphique de l'église du 

1. Voir plus haut, p. 163. 

2. Voir mes Études d^arrhéoloyie orientalej vol. Il, p. 18. 

3. Zeitschrift des deuischen Paldstina-Vereins^ XX, p. 34. 



CACHET ISRAÉLITE AUX NOMS d'iCHMAEL ET DE PEDAVAHOD 251 

Saint-Sépulcre, dessiné par Arcalphe vers 670, et de la descrip- 
tion qui s'y rapporte. 

11 considère les trois cercles concentriques du plan, qui sem- 
blent correspondre aux trois parietes du texte, comme représen- 
tant non pas trois parois juxtaposées, au même niveau, celui du 
sol, comme on l'admettait généralement, mais comme trois parois 
superposées, trois étages avec galeries. 

Les considérations qu'il fait valoir à Tappui de sa thèse, par 
exemple la comparaison avec Téglise de Sainte-Sophie de Cons- 
tantinople, sont ingénieuses. Je crois qu'il aurait dû tenir compte 
aussi, pour discuter complètement le problème, de la figuration 
graphique de Téglise de TAscension sur le Mont des Oliviers, figu- 
ration qui nous est également donnée parle vieil évêque de Péri- 
gueux. 

M. Mommert aurait bien fait de préciser ses idées d'une façon 
pi us tangible à Taide d'une coupe schématique de l'édifice tel 
qu'il le conçoit. 

Quant à la monnaie byzantine bien connue, qu'il invoque et 
qui nous montre Timage de YAnastasis^ elle doit être écartée du 
débat, car elle représente, je pense, non pas \' église du Saint-Sé- 
pulcre, comme le suppose l'auteur, mais, ce qui est bien diffé- 
rent, l'édicule même du Saint-Sépulcre abrité par l'église, le 
luguriuiriy ou rotnndum tiigurioluyn, d'Arculphe. 



s 65. 

Cachet israélite archaïque aux noms d'Ichmael et 

Pedayahou. 

Au cours d'une fo.uille sur la colline, dite d'Ophel, à Jérusalem, 
fouille infructueuse à d'autres égards et dont je parlerai plus loin, 
le D*" Bliss a trouvé un précieux petit cachet israélite. Ce cachet 
est tout à fait du même genre que celui aux noms de Haggai,fils 
de Chebaniahou, découvert près de trente ans auparavant par le 
lieutenant Warren sur la même colline d'Ophel, mais dans la ré- 



252 BBCUEIL D ABCBË0L06IE OBIE^ITALB 

gion nord. Cette double Irouvaille, rapprochée de TexisteDce de 
l'inscription archaïque de l'aqueduc de Siloé prouve que nous 
sonimeshinn, sur cette colliuu, dans une des régions importuites 
de la Jérusalem antérieure a l'exil. 

Ce cachot, publié à la suite du rapport de M. Bliss, est un su- 
rabéoïdc do cornaline, long d'un demi-pouce anglais, percé lon- 
gitudinal cm en t et portant, sur une de ses faces, deux lignes de 
caractères phéniciens, séparées par un double trait, caractéris- 
tique de l'origine Israélite de ces petites légendes sigîllaires. La 
forme des lettres et la physionomie du second nom propre COQ- 
fîrmcnt expressément ce diagnostic. 




L'inscription a été expliquée, d'une façon indépendante, parle 
P. Lagrange et par M. Saycc '. 

Le premier nom se lit sans difficulté : [S]«scir', Ichmael. Quoi- 
que ce nom d''< Ismael » soit porté par bon nombre de person- 
nages bibliques, à commencer par le fils d'Abraham, il ne serait 
pas assez spécifiquement Israélite pour permettre, à lui seul, d'af- 
firmer que le possesseur de ce cachet était bien un adorateur de 
Jebovah. 

Le second nom, au contraire, ne laisse pas d'èlre embarrassant. 
Le P. Lagrange le lit mil, Hariakh. M. Sayce, d'abord : '-Tva, 
Bi/r-ïn/toN, puis : \t^s, l'ari/fi/ioit. 

.\ucune de ces lectures divergentes ne me parait être satisfai- 
sante. La première est inadmissible paléographiquement ; le com- 
plexe fmal, pris pour un k/iPt est visiblement, comme L'a bien 
reconnu M. Sayce, à dêcomposrr en un Ae et un ivaw; le hé pré- 
sente ce petit dépassement à droite de la barre supérieure qui 
est particulier à l'iilphabet Israélite phénicien; de même, la haste 

1. 1'. K. F. Quartertg Slalimivnt, Joly lft97, p. 180 et p. 182. 



CACHET ISRAÉLITF. AUX NOMS D^ICHMAEL ET DE PEDAYAHOD 253 

du waw est traversée par le petit trait oblique qui lui est propre 
daus cet alphabet, ce qui nous iaterdit d'y voir le jambage 
gauche du prétendu khet. 

Les deux autres lectures, dues à M. Sayce^ ne sont pas plus 
recevableSjCar elles donnent des noms sans analogues dans Tono- 
maslique israélite. 

Je propose de reconnaître tout simplement dans la seconde 
lettre un dalet au lieu d'un rech ; les deux caractères ont la même 
forme dans cet alphabet archaïque, et Ton sait que, de bonne 
heure, la queue du dalet s'est allongée au point que le dalet et 
le rech ont fini par se confondre. Dans Tinscription du tunnel de 
Siloam, la distinction entre les deux lettres est encore observée. 
Cette particularité paléographique tendrait donc à faire croire que 
notre cachet est d'une époque quelque peu postérieure à celle de 
ladite inscription, soit, vraisemblablement, au règne d'Ézéchias. 

Gela posé, nous obtenons alors une lecture tout à fait satis- 
faisante de ce nom énigmatique : inns, Pedayahou. Pedayahou 
est un nom israélite excellent, que nous retrouvons^ exactement 
écrit ainsi, dans I Ghron.,xxvn, 20, et, sous la forme plus 
abrégée n'^iïi, dans II Rois, xxm, 36; Néhém., m, 2?>, vin, 4, xi, 
7; I Chron.,m,18.Ilest formé de la racine, ms« délivrer, » et du 
nom divin de Jehovah : « Yahou a délivré ». Il est étroitement 
apparenté aux autres noms bibliques congénères : b^niB^Pedael, 
"nirms, Pedasoiir^Gl à celui que j*ai lu autrefois sur un très ancien 
sceau phénicien * : Skis, PedaëL 

On remarquera que, sur ce cachet, comme sur deux autres, 
également israélites et de la même époque archaïque, que j*ai eu 
l'occasion d'étudier plus haut*, nous nous trouvons en présence 
de deux noms propres simplement juxtaposés sans être reliés 
par une indication de patronymique ou autre. 



1. Clermont-Ganneau, Sceaux et cachets israélites, phéniciens et syriens^ 
p. 17, no 10. 

2. P. 27 et p. 116 du présent volume. En outre, sur le second de ces ca- 
chets, les deux noms, Akhaz Pekhai, sont juxtaposés sans être précédés par le 
lamed d'appartenance, exactement comme sur le nouveau cachet d'Ophel. 



254 RECUEIL d'archéologie orientale 

§ 66. 

Les Tombeaux de David et des rois de Juda 
et le tunnel-aqueduc de Siloé '. 

I 

La découverte de la nécropole royale où furent ensevelis Da- 
vid et la plupart de ses successeurs constitue, assurément, le 
problème capital de Tarchéologie hébraïque. Malgré tous les ef- 
forts qu'il a suscités, ce problème passionnant attend encore sa 
solution. 

Si Ton écarte — et on peut le faire sans hésiter — l'hypothèse, 
tout à fait insoutenable, défendue autrefois par M. de Saulcy, 
avec plus de verve que de bonheur •, toutes les théories qui ont 
été successivement et contradicloirement proposées, au sujet de 
remplacement présumé de la nécropole royale de Jérusalem, 
peuvent se ramener à deux : 

!• Cette nécropole est à chercher sur la colline sud-ouest de 
Jérusalem, dite Djebel Nebi-Daoùd et Mont-Sion; 

2" Elle est à chercher sur la colline sud-est, diteD*hoùra et col- 
line d'Ophel, immédiatement au sud du Haram — qui a succédé à 
l'ancien Temple jui f. Les deux collines sont séparées par la vallée, 
aujourd'hui en partie comblée, que Josèphe appelle Tyropoeon^ 
et que, pour ma part, par des motifs, non seulement topogra- 
phiques mais étymologiques, trop longs à développer ici, j'incli- 
nerais à identifier avec celle que la Bible appelle la. vallée de Hifi' 
nom. 

La première théorie a surtout pour elle une tradition relative- 
ment ancienne, mais suspecte; la st^conde, des considérations 

i. Mémoire lu devant l'Académie des inscriptions et belles-lettres, séances 
du 30 juillet et des 6 et 13 août ^897. 

2. Identifiration avec 1»'S Kohnùr d-M'Unùk^ ou Kobnùr cs-SaMlin, « tom- 
beaux des rois », situes au nord de JtMus.ileru. Mais tout concourt pour nous 
montrer que ce vaste hypogée date du i* «• siède de notre ère et n'est autre 
chose que le fameux mausolée d'Hélène, reine d'Adiahène. Voir ce que j'en dis 
plus loin. 



LES TOMBEAUX DE DAVID ET DES ROIS DE JUDA 255 

très frappantes de topographie pure, dont la principale est celle- 
ci : c'est que cette colline sud-est semble avoir été réellemenl le 
site de la Jérusalem primitive, ce que la Bible appelle la « ville 
de David », la véritable montagne sacrée de Sion, sur la partie 
nord de laquelle s'élevaitle Temple, etau pied oriental de laquelle 
jaillissait la seule source véritable que Jérusalem ait jamais pos- 
sédée. 

Mais, à supposer que cette dernière théorie soit juste — et Ton 
doit reconnaître qu'elle a bien des arguments en sa faveur — il 
resterait encore à déterminer une chose essentielle : c'est le point 
de cette vaste étendue où Ton aurait quelque chance de décou- 
vrir rentrée mystérieuse de la nécropole royale que la colline 
sud-est doit cacher dans ses flancs. Autrement, c'est chercher, 
comme on dit vulgairement, une aiguille dans une botte de foin; 
et cela, d'autant plus, qu'ainsi que je vais l'expliquer, cette entrée, 
extrêmement petite, ne doit rien avoir qui la désigne particu- 
lièrement aux regards. 

La colline représente, en effet, une surface considérable, et il 
faudrait, avant tout, des données précises pour circonscrire la ré- 
gion où il conviendrait d'attaquer enfin le problème, non plus 
avec des textes ou des commentaires plus ou moins arbitraires, 
mais la pioche à la main, et avec des données matérielles rédui- 
sant au minimum l'aléa des recherches. 

Je crois avoir réussi à introduire il y a déjà longtemps, dans 
ce problème tant discuté, deux éléments nouveaux, qui me parais- 
sent justement répondre à ce desideratum. Après les avoir étu- 
diés pendant bien des années et signalés verbalement à diverses 
personnes qui s'intéressent à ces questions, je m'étais décidé à les 
formuler publiquement, en 1887*, avec l'espoir, un peu naïf, qu'ils 
susciteraient peut-être quelque entreprise sérieuse de la part de 
ceux qui disposent de moyens d'action me faisant défaut. 

Cet espoir ne s'est malheureusement pas réalisé. J'avais 



1. Revue critique^ 1887, II, p. 329-343. Je suis revenu encore, un peu plus 
tard, sur la question, dans la Revue historique, sept.-déc. 1890, p. 403-406. 



256 RECUEIL d'archéologie orientale 

pourtant, dans la notice dont je viens de parler, pris soin de 
dresser, à l'appui de ma démonstration, un plan schématique da 
terrain, désignant aux chercheurs de bonne volonté Tendroit 
même où j'estimais que doit être creusée la nécropole royale. 
Il aurait suffi de quelques sondages pour vérifier le bien ou le 
mal fondé de cette conjecture, qui a au moins la prétention de 
s'appuyer sur une base positive. Il ne s'est rencontré jusqu'ici 
personne pour tenter l'aventure ; et cependant la partie à gagner 
valait bien le faible enjeu à risquer. Car, qui peut dire les sur- 
prises que nous réserve le contenu de la nécropole des rois de 
Juda, le jour où nous aurons enfin pénétré le secret de sa posi- 
tion? 

Si Hyrkan 1®' et, après lui, Hérode en ont enlevé les richesses 
qui y avaient été enfouies, ils y ont certainement laissé en place 
les sarcophages de David, de Salomon et de leurs successeurs, 
avec les inscriptions qui devaient y être gravées, et les objets en 
matières non précieuses. 

L'on ne saurait se défendre d'un certain sentiment de mélan- 
colie, quand on songe qu'avec la dixième partie peut-être de la 
somme qui a été dépensée pour l'acquisition et la « restauration » 
des prétendus tombeaux des rois de Juda, oflferts solennellement 
au gouvernement français, par de généreux mais trop crédules 
donateurs, — et, ce qui est plus regrettable, acceptés officielle- 
ment comme tels — on aurait pu, si Ton avait été mieux con- 
seillé, découvrir les tombeaux véritables et en exhumer les tré- 
sors archéologiques qu'ils doivent encore renfermer... 

A ce propos qu'il me soit permis d'exprimer un vœu. Notre 
Compagnie, se rappelant une de ses attributions qui a été la 
raison d'être de sa modeste origine, la « Petite Académie », qui, 
avant de devenir r« Académie des Inscriptions et Belles-Lettres», 
était surtout « l'Académie des Inscriptions », devrait bien pro- 
voquer la modification de l'inscription commémorative dont on 
a cru devoir décorer, assurément sans la consulter, le portail du 
mausolée des Koboùrel-Moloùk, propriété du gouvernement fran- 
çais en Terre-Sainte. 11 est vraiment fâcheux, pour la réputation 



LES TOMBEAUX DE DAVID ET DES ROIS DE JUDA 257 

de la science française, dont nous avons un peu la garde, d'y 
lire, burinés sur le bronze, en lettres monumentales, ces mots 
qui ont Pair de revêtir d'une estampille officielle une véritable 
hérésie historique* : 

TOMBEAU DES ROIS DE JUDA 

V Tombeaux des Bois (en langue arabe). Tombeaux des rois de 
Juda (en langue hébraïque). | Monumefit acquis en fannée 1878 
par Emile et Isaac Pereire \ pour le conserver à la science et à la 
vénération des fidèles enfants d'Israël, \ sur les conseils de M. de 
Saulcy, membre de f Institut de France \ et par tes soins de M. Pa- 
trimoniOy consul de France à Jérusalem. \ Restauré par M, C, 
MausSy architecte du gouvernement français, | Donné à la France 
par la famille Pereire \ en tannée M.D.CCCLXXXVI. » 



II 

La question du Tombeau des Rois, question tant de fois agitée 
et jamais résolue, vient d'être mise de nouveau à l'ordre du jour 
par une tentative du D' Bliss, tentative qui pouvait un moment 
faire concevoir l'espoir d'une solution, dans le sens que j'avais 
indiqué. 

Le D' Bliss a, depuis trois ans, entrepris à Jérusalem, pour 
le compte du Palestine Exploration Fund, une intéressante série 
d'excavations méthodiques, malheureusement closes aujour- 
d'hui, le firman qui les autorisait ayant expiré le 20 juin de cette 
année . 

Voici ce que Ton lit dans son XIII^ rapport, daté du 8 juin et 

1. C'est M. de Saulcy, chose piquante, qui s'est chargé de porter lui-même 
le coup de grâce à sa thèse en découvrant dans les Koboûr el-Moloûk, sans 
s'en douter, le propre sarcophage de la reine Hélène. J'ai montré, en effet, il y 
a déjà longtemps, que le nom de Sadan gravé, sur ce sarcophage, en carac- 
tères syriaques et hébreux, n'était autre que le nom de la reine d'Âdiabène dans 
sa langue nationale. A son nom sémitique celle-ci, suivant un usage très à la 
mode alors chez les Orientaux, avait ajouté le nom de Hélène , sous lequel seu- 
lement elle est citée par les historiens grecs. 



I Rkcueil d'archéologib oribrtalb. n. OcTOBfifi 1897. Livraison M. 



21(8 RECUEIL D*ARCHÉOLOGIE ORIENTALE 

publié dans le dernier fascicule du Quarterly StatemerU du Pa- 
lestine Exploration Fund^ Je traduis aussi littéralement que 
possible, en me bornant à souligner Jes mots sur lesquels je dé- 
sire attirer l'attention : 

« On a suggéré que la courbe évideminent sans nécessité dans 
le [tracé du) Tunnel de Siloam, avant qu'il n'entre dans la pis- 
cine, avait été faite pour éviter les Tombeaux des Rois. En consé- 
quence, nous avons fait un grand déblaiement jusqu'au roc 
d'Ophel, dans tin champ à l'est de la piscine et au sud de cette 
courbe... Notre espoir était de trouver une entrée en forme de 
puits (donnant accès) au tombeau ; mais le déblaiement a été 
achevé ce malin, et aucune découverte de ce genre n'a récom- 
pensé notre peine ». 

La fouille du D*^ Bliss, qui a porté sur une surface de 100 X 36 
pieds anglais, a amené incidemment la trouvaille d'un très cu- 
rieux petit cachet Israélite, sur lequel est gravée une inscription en 
caractères phéniciens, certainement antérieure à l'exil, dont j'ai 
entretenu l'Académie dans une séance précédente '. Mais elle a 
eu un résultat complètement négatif en ce qui concerne le but 
grandiose qu'il poursuivait : la découverte des Tombeaux des 
Rois. Il ne pouvait en être autrement, et je vais expliquer 
pourquoi. 

Il me sera permis, avant tout, de faire remarquer que la « sug- 
gestion », dont le D*" Bliss ne nomme pas l'auteur, m'appartient 
en propre. J'en ai donc la responsabilité et, comme révénemcnt 
semble lui avoir donné tort, cela me confère d'autant plus le droit 
d'examiner et de discuter la façon dont on a essayé de la vérifier. 

La théorie du rapport intime de la déviation extraordinaire, 



1. P. E. F. Quarterly Statement, jaly 1897, p. 180 : « It bas been suggested 
tbat tbe apparently unnecessary curve in the Siloain Tunnel before it enters 
tbe pool was made in order to avoid tbe Toinbs of Ihe Kings. Accordingiy, we 
bave made a large clearance to tbe Rock of Opbel in a field to tbe east of tbe 
pool, soutb of tbis curve... Our bope was to Ônd a pit entrance to tbe tomb, 
but the clearance bas been compieted tbis luorniag, and no sucb discovery 
bas rewarded our toi! ». 

2. Voir plus baut, p. 252 du présent volume. 



LES TOMBEAUX DE DAVID ET DES ROIS DE JUDA 259 

et jusqu'alors inexpliquée, du tunnel ou aqueduc souterrain, dit 
de Siloam, avec la position possible des Tombeaux des Rois, n'est 
autre, en effet, que celle que j'avais exposée tout au long, en 
1887, dans Tarticle de la Bévue critique cilé plus haut. 

J'avais eu Foccasion d'exposer mes vues personnelles sur ce 
point à plusieurs reprises, et, dans ces derniers temps encore, à 
des membres du Comité exécutif du Palestine Exploration Fund ; 
et j'ai tout lieu de croire que c'est en vertu des instructions 
données par le Comité au D' Bliss, que celui-ci a procédé à cette 
fouille in extremis. Il est regrettable que je n'aie pas été con- 
sulté à ce moment; car j'aurais pu fournir sur ce sujet des indi- 
cations qui n'auraient peut-être pas été inutiles pour éviter un 
échec qui, si on le laisse passer sans explication, est de nature à 
discréditer pour Tavenir la théorie que j'avais mise en avant et 
que je crois devoir maintenir jusqu'à nouvelle et meilleure expé- 
rience. 

En effet, si l'article de la Revue critique a visiblement été connu 
du D' Bliss ou de ses inspirateurs, il a été, par contre, bien mal 
interprété, malgré la précaution que j'avais prise de donner à 
l'appui un plan schématique marquant sur le terrain le point 
même où devait se cacher l'hypogée royal. La fouille explora- 
trice a été pratiquée au sud\ c'est-à-dire en dehors de la con- 
vexité de l'incurvation de l'aqueduc, incurvation qui avait, selon 
moi, pour but d'éviter l'hypogée interposé sur la ligne directe du 
tracé de la source à la piscine. Or, c'est» au contraire, comme je 
l'avais expressément indiqué, au nord^ c'est-à-dire en dedans de 
la concavité de l'incurvation qu'il fallait, et qu'il faut encore 
fouiller; car l'incurvation circomcrit naturellement, en partie, 
l'obstacle, puisqu'elle est destinée à le contourner. Le D' Bliss a 
donc, comme l'on voit, fait justement l'inverse de ce que l'on 
aurait dû faire, et il n'est pas surprenant, en conséquence, que 
son effort n'ait pas abouti. C'est une opération manquée, et qui 
est à recommencer sur la base réelle dont on n'a pas tenu compte. 

1. Voir le plan sur la planche joinle à ces pa^es. 



260 RECUEIL D^ARGlIÉOLOGliS ORIENTALE 

Je me permettrai de revendiquer aussi la paternité de l'idée, 
dont le D' Bliss parle en passant comme d*une chose qui va de 
soi : à savoir que Tentréc des Tombeaux des Rois devait être un 
puits, par lequel on descendait à Tinlérieur de Thypogée. Cette 
idée se trouve également développée et motivée dans Tarticle 
précité de la Revue critique^. 

£t ce n'était pas là de ma part une conjecture gratuite, pure- 
ment imaginative. Elle repose, en effet, sur Tinlerprétation ra- 
tionnelle d*un passage catégorique de Josëphe * dont on n'avait 
pas saisi jusqu'alors la portée. C'est celui dans lequel l'historien 
juif rapporte quHérode, après avoir violé et pillé Thypogée 
des rois de Juda, construisit un monument expiatoire sur ou 
auprès de la bouche de cet hypogée (stuI ko (r:o|jL{w). 

C'est cette expression caractéristique de « bouche », ce stth 
mion^ qui implique^ à mon sens, l'existence d*une entrée, non 
pas en forme de porte pratiquée dans le rocher taillé verticale- 
ment en façade, comme tout le monde le supposait auparavant, 
mais bien une entrée en forme de puits. 

Je n'ai pas besoin d'insister sur Timportance de cette donnée 
matérielle pour guider les fouilles à entreprendre dans la région 
convenable, région que j'ai déterminée d'autre part. Il ne s'agit 
plus, en effet, d'y chercher une entrée consistant en une porte 
plus ou moins monumentale, analogue à celles des tombes juives 
ordinaires, porte qui donnerait accès à une série de chambres 
funéraires s'enfonçant horizontalement dans la masse de la col- 
line; non, il s'agit de chercher une simple bouche de puits, pro- 
bablement rectangulaire, de dimensions relativement petites^ ne 
dépassant guère peut-être 2*" X 1™, c'est-à-dire tout juste assez 
grande pour livrer passage à un sarcophage. 

On comprend qu'une ouverture aussi exiguë risque d*échapper 



1. Je l'avais antérieurement communiquée à mon savant confrère M. Perrot, 
qui l'a accueillie, avec quelques autres, dans son Histoire de Varl dans Vanti' 
quitfér vol. IV, p. 330. CVst peut-être à celle source île seconde main que le 
D' Bliss l'a puisée. 

2. Joséphe, Ant. J., XVJ, 7 : 1. 



LES TOMBEAUX DE DAVID ET DES ROIS DE JUUA 261 

facilemonl à l'attention, si Ton n*y prend pas garde ; on peut la 
confondre, à première vue, avec celle d'une vulgaire citerne*, et 
passer, sans s*en douter, à côté de la vérité. C'est ce qui explique 
peut-être pourquoi l'entrée de l'hypogée, défendue, en quelque 
sorte, par son insignifiance même, a pu défier jusqu'à ce jour 
toutes les curiosités. 

11 est à prévoir, en outre, que lorsqu.'ou découvrira le puits 
d'accès, on le trouvera entièrement comblé, non seulement par 
les terres déboulis, mais peut-être aussi par des blocs de pierre 
entassés à dessein pour Tobturer. Ce puits, analogue aux puits 
funéraires de la Phénicie ' et de l'Egypte, doit descendre dans le 
vaste hypogée, qui est probablement à plusieurs étages et plonge 
dans les profondeurs de la colline, si ma théorie est juste, au 
moins jusqu'au niveau du tunnel-aqueduc. 

Yoilà ce qu'il faut chercher, et voilà où il faut le chercher. 
Avec quelques milliers de francs, Taulorisation nécessaire, 
et six semaines de travail, on en aura le cœur net quand on 
voudra. 



1. Ce qui aidera à l'en distinguer c'est sa forme, vraidemblablement rectan- 
gulaire, tandis que les bouches de citernes sont souvent circulaires. Je recom- 
mande particulièrement à ceux qui entreprendront la recherche cet indice révé- 
lateur. 

2. Ilnefauipas perdre de vue que Salomon, comme la Bible elle-même nous le 
dit, avait eu recours à des architectes phéniciens pour les travaux considéra- 
râbles et de tout genre exécutés par lui à Jérusalem. Cette circonstance histo- 
rique rend d'autant plus vraisemblable ma théorie d'après laquelle la disposi- 
tion de l'hypogée royal rappellerait celle des vieux sépulcres phéniciens à puits 
d'accès. Comme je le démontrerai ailleurs, il résulte de mes fouilles et relevés 
au monument dii d^Absalon, dans la vallée de Josaphat, que la chambre funé- 
raire qu'on y voit aujourd'hui, était primitivement, avant sa transformation 
architecturale, un simple caveau souterrain appartenant à ce type, avec petit 
puits (à degrés) s'ouvrant dans la surface horizontale du rocher. Une partie de 
la cage de l'escalier ayant été coupée pour la transformation, l'entrée primitive 
est devenue une fenêtre débouchant en contre-haut dans la tranchée au moyen 
de laquelle on a isolé plus tard, de la colline, la masse cubique contenant le 
caveau et formant le soubassement du mausolée. 



262 RECUEIL d'archéologie orientale 



III 

Mes idées sur remplacement des Tombeaux des Rois et sa 
corrélation intime avec le tracé de Taqucduc souterrain de Siloé 
étant demeurées jusqu'ici à peu près sans écho ou, ce qui est 
peut-ôtrc pis, ayant donné lieu à un essai d'application fail i 
contre-sens, il ne sera peut-être pas inutile de reprendre la ques- 
tion d'ensemble. Puissé-jo, cette fois, être plus heureux et ne 
pas prêcher dans le désert. 

L'exposé ci-dessous contient en substance la majeure partie 
des observations que j'avais consignées autrefois dans la Revue 
critiqite. J'y joins, pour plus de clarté, un nouveau plan', dont 
Téchclle plus grande me permettra d'entrer dans des détails plus 
circonstanciés. Sur quelques points secondaires*, j'aurai à ajouter 
divers éclaircissements qui, tout en laissant intacte la solution 
proposée^ tendent à la compléter et à la confirmer. 

A une époque où Jérusalem n'existait pas encore, il y avait 
une source (A') qui sortait tout à fait au pied du versant oriental de 
la colline dite d'OpheP. Ses eaux, suivant leur pente naturelle» 



\. Dressé d'après les levés si consciencieux du lieutenant, aujourd'hui Gène* 
rai R. E., Sir Charles Warren. Cf. la reproduction que j'en ai donnée autrefois 
(plan et coupe longitudinale) dans mon \^'Rapport sur une mission en Palestine 
et enPhffnicie (1881). p. 134, pi. Vil. 

Les courbes de niveau représentent non pas la surface réelle du sol dans son 
état actuel, mais la surface proljable du roc sous-jacent. Je joins à ce plan 
une coupe transversale pratiquée sur une ligne XX, et montrant la position pré- 
sumée de l'hypogée par rapport au tunnel, ainsi que le point par lequel celui-ci 
eût dû normalement passer, si l'on n'avait pas eu Thypogée à éviter ; ce point 
est marqué par la pointe de flèche gauche de la ligne ponctuée, à sa rencontre 
avec le trait vertical blanc. A représente le point par où passe le tunnel dévié; 
B, le point par où passe l'ancien canal à niveau supérieur; C et D, les deux 
chemins descendant le long de la colline. 

2. Je signalerai notamment la correction, chemin faisant, de quelques erreurs 
typographiques qui s'étaient glissées dans l'article de la Revue critique et qui 
portent sur certaines lettres d'appel du plan schématique, et sur des indications 
d'orientation. 

3. Je me servirai couramment, pour plus de commodité, de cette dénominatioQ 
généralement reçue, bien qu'elle soit sujette à caution. 



LES TOMBEAUX DE DAVID ET DU ROI DE JUDA 263 

coulaient dans la vallée appelée plus tard « vallée du Gédron », 
vallée dont le thalweg était alors sensiblement plus profond, et 
elles venaient passer à la pointe sud-est d*Ophel^ au confluent 
des trois vallées, celle duCédron, celle diteduTyropœon et celle 
dite de Hinnom^ pour aller se perdre ensuite dans la direction 
de la mer Morte. 

Cest cette source qui fut le noyau du premier établissement 
humain sur ce terrain, la question de Teau étant, comme tou- 
jours, et surtout en Palestine, la question vitale et la raison déci- 
sive qui préside à la naissance des cités. Là fut le berceau de la 
petite ville jébuséenne qui, conquise plus tard par David, s'étendit 
peu à peu et devint la Jérusalem historique. Si la source n'était 
plus, topographiquement, le cœur de la ville, elle en était et elle 
en est toujours restée Tâme. 

Lorsque la colline d'Ophel fut protégée du côté oriental par 
un mur d'enceinte, ce mur qui, pour des raisons stratégiques, 
devait se maintenir sur la hauteur, laissa nécessairement en 
dehors la source qui sortait au pied de la colline et continuait à 
déverser ses eaux dans le Gédron. Pour y puiser, les habitants 
devaient donc sortir de Tenceinte, ce qui, en cas de siège, était 
un grave inconvénient, puisqu'ils étaient obligés de s'exposer 
aux coups de l'ennemi. 

Aune époque indéterminée, mais, apparemment fort ancienne, 
on essaya de remédier à cet inconvénient en pratiquant une sorte 
de chemin couvert qui, partant de l'intérieur de l'enceinte, per- 
mettait d'avoir accès à Teau^ à l'abri des insultes des assiégeants. 
C'est cet état de choses que représente le curieux système de puits 
et de galeries horizontales et inclinées, découvert en 1868 par le 
lieutenant Warren, des Royal Engineers* ; ce système compliqué 
(A'B'C) part de la source et s'enfonce à l'ouest en remontant 
dans les flancs d'Ophel jusqu'à une distance encore inconnue, 
l'exploration, extrêmement dangereuse, n'ayant pu être poussée 

1. La découverte de Sir Charles Warren a jeté un grand jour sur la question 
des eaux à Jérusalem et elle Ta conduit à d*excellentes observations générales 
sur lesquelles je suis tout à Tait d'aecord avec lui. 



264 RECUEIL d'archéologie orientale 

que jusqii*à un certain point. Mais la direction générale tend vi- 
siblement vers le mur d'Ophel qui descendait de l'angle sud-est 
du Haram jusque vers l'extrémité sud de la colline, en suivant 
sensiblement le tracé du sentier actuel. 11 est clair que le chemin 
couvert devait passer sous le mur et aboutir à l'intérieur de Ten* 
ceinte. 

Assurément, c'était un grand progrès. Mais, pourtant, il restait 
encore d'autres inconvénients non moins graves. La source per- 
dait toujours ses eaux dans le Gédron, et, si les assiégés pou- 
vaient désormais en utiliser une partie en se dérobant aux atta- 
ques, les assiégeants de leur côté pouvaient continuer à en profiter 
pour eux-mêmes sans obstacle. 

Aussi eut-on l'idée, à un certain moment, de pratiquer un 
canal de dérivation, creusé dans le roc, en partie k ciel ouvert, 
qui, s'amorçant à la source^ courait à mi-flanc du versant orien- 
tal d'Ophel * et venait se déverser dans une grande piscine formée, 
à l'extrémité sud d*Ophel, par un barrage transversal du débouché 
de la vallée de Tyropœon. C'est ce canal dont l'existence a été 
constatée il y a quelques années par les fouilles de M. Schick. 
Grâce à cet expédient, les habitants avaient l'avantage de pouvoir 
emmagasiner dans ce vaste réservoir une masse d'eau considé- 
rable. Mais le surplus continuait toujours à s'écouler dans le Cé- 
dron et, en cas de siège, redevenait disponible pour l'ennemi. 
Sans compter que celui-ci pouvait facilement couper un canal 
que rien ne protégeait efficacement, puisqu'il passait en dehors 
du mur d'enceinte, à plus de cent mètres à l'est et était sur cer- 
tains points presque à fleur de terre. 

C'est alors que naquit le projet hardi de boucher complètement 
l'issue naturelle de la source dans la vallée du Cédron et de créer 
pour ainsi dire un nouveau lit à son cours, un lit profondément 
souterrain, consistant en une longue galerie qui, creusée dans 
le rocher, passerait sous la colline d'Ophel et permettrait de dé- 

1. Ce canal, qui n'a été reconnu que sur une section de son parcours, est 
marqué en partie en pointillé sur le plan ci-joint et désigné par la légende 
M ancien canal ». 



LES TOMBEAUX DE DAVID ET DES ROIS DE JUDA 265 

verser la totalité de Teau de la source de Taulre côté de celte 
colliae, sur le versant occidental. 

Là il était facile de la recueillir dans deux ou trois piscines 
étagées à Tinlérieur de l'enceinte. De cette façon, le débit de la 
source devait être à peu près complètement soustrait aux attein- 
tes d'une armée d'investissement et demeurer à l'entière dispo- 
sition des assiégés. 

Une raison plus impérieuse encore avait pu, à un moment 
donné, imposer ce nouvel et laborieux aménagement des eaux. 
En effet, le premier canal, celui découvert par M. Schick, à en 
juger par ses cotes de nivellement et par sa pente, devait partir 
de la source à un niveau supérieur au niveau actuel de Teau, ce 
dernier niveau correspondant à celui du grand tunnel-aqueduc. 
La différence, qui n'a pu encore être exactement déterminée, 
peut être évaluée à deux ou trois mètres environ. Il esta suppo- 
ser que, par suite d'un abaissement de la nappe souterraine ali- 
mentant la source, abaissement du à une cause inconnue — peut- 
être quelque secousse de tremblement de terre* — l'ancien canal 
était devenu absolument inutilisable, la prise d*eau se trouvant 
notablement en contre-haut du niveau auquel affleurait désor- 
mais la source. 

Quoi qu'il en soit, pour l'un ou l'autre, ou pour l'un et l'autre 
de ces motifs, on se résolut à creuser le grand aqueduc, celui qui 

1. Cela parait d'autant plus vraisemblable que la source est une source inter- 
mittente^ ce qui implique l'existence de cavt^^s souterraines ou fontis, avec jeu de 
siphon alternativement amorcé et désamorcé, d'après la théorie physique bien con- 
nue. Une secousse de tremblement de terre peut provoquer,dans un pareil système 
hydraulique créé par la nature, de graves modifications; il suffit pour cela de 
Taffaissement, même léger, d'un sous-sol en équilibre plus ou moins stable. Qui 
sait si le Tait que je suppose ne s'est pas produit lors du grand tremblement de 
terre qui eut lieu sous le règne du roi Ozias ou Azarias, vingt et quelques 
années avant Êzéchias; un pan entier de colline se détacha et alla rouler de 
l'ouest à Test, au lieu dit Ërogé, devant la ville, à quatre stades de distance, 
obstruant les routes et les jardins du roi (Josèphe, Ant, J., IX, 10 : 4. Cf. Za- 
charie, xiv, 5). On remarquera qu'à en juger par la mention des jardins du 
roif la région ainsi bouleversée se trouve précisément dans les parages de la 
source et de l'aqueduc. Il est possible, d'autre part, que ce soit ce petit cata- 
clysme local qui ait fortement contribué au comblement de la vallée du Tyro- 
pœon que nous constatons aujourd'hui. 



266 RECITETL d'archéologie ORIENTALE 

fonctionne encore aujourd'hui, celui dont j'ai à m'occupe r spé- 
cialement. 

Il résulte clairement d'une série de passages bibliques', trop 
souvent cités pour qu'il soit nécessaire de les rappeler ici, que 
cette nouvelle entreprise, qu'on peut qualifier de gigantesque, 
eu égard aux moyens techniques dont on disposait alors, dut être 
réalisée sous le règne d'Ëzéchias, à l'occasion de Tinvestissement 
de Jérusalem par l'armée de Sennachérib*. 

Le fait est virtuellement confirmé parl'existence de la fameuse 
inscription hébraïque en caractères phéniciens, découverte na- 
guère au débouché de l'aqueduc souterrain. Ce texte précieux', 
gravé sur le roc, relate en termes succincts, mais explicites, la 
façon dont on avait procédé pour accomplir ce tour de force dont 
les ingénieurs Israélites n'étaient pas peu fiers et dont, fort heu* 
reusement pour nous, ils ont tenu à transmettre la mémoire à la 
postérité. 

L'inscription nous apprend, ce que Texamen même du tunnel 
démontre, du reste, matériellement, que le percement dans le roc 
vif de cet emissarium de plus d'un demi-kilomètre de longueur 
fut exécuté par deux équipes de mineurs qui, parties des deux 
extrémités opposées et marchant à la rencontre l'une de l'autre 
finirent, après quelques tâtonnements, par se rencontrer sous la 

1. Le plus caractéristique de ces passages est celui de II Chroniques^ xxzn, 
30 (cf. Ecdésiastiquej xLvui^ 17) : « Et c'est lui, Ézéchias, qui boucha la source 
des eaux du Gihon supérieur et les dirigea, en has^ à Touest de la ville de Da- 
vid ». On remarquera que le texte hébreu, par ce mot en bas, HiaDA qui a 
donné tant de tablature auxexégètes, indique expressément — tel est du moins 
mon sentiment — que le nouvel aqueduc était à un niveau inférieur à celui de 
Tancien (Gihon supérieur), ce qui est précisément le cas de notre tunnel com* 
paré au premier canal. 

2. Plus vraisemblablement, après la levée du siège et pour parer, dans Tavenir, 
au retour de semblables éventualités; car ce travail de longue haleine n'aurait 
guère pu être improvisé sous la menace de l'envahisseur. L'approche de celui- 
ci avait posé la question de l'eau d'une façon pressante; on y répondit sur le 
moment par des expédients provisoires (Il Chron., xxii, 3, 4 : obturation des 
sources). Le danger une fois passé, on s'occupa de la solution détinitive et ra- 
dicale, l'exécution du tunnel-aqueduc. 

3. Voir sur cette inscription, dont je crois avoir sensiblement amélioré la lec- 
ture et l'interprétation, mon Recueil d'archéologie oriental*;^ vol. I, p. 293. 



LES TOMBEAUX DE DAVID ET DES ROIS DE JUDA 267 

colline, environ à moitié chemin. C'est, en petit, l'entreprise qui 
a abouti au percement des tunnels du mont Cenis et du Saint- 
Gothard ou, pour rester sur le terrain de Tantiquité^ à celui de la 
diorygé du lac Copaïs, de la galerie de la montagne de Samos, 
des emissaria des lacs Albains^ du grand cuniculus de l'inscrip* 
tion romaine de Lambëse*, etc. 

On a constaté, à différents endroits (au moins deux — et il 
doit y en avoir d'autres) du tunnel-aqueduc de Siloam, Texis- 
tence de certains puits verticaux communiquant avec la surface 
extérieure. II est probable que ces puits ont dû, comme on l'a 
supposé, servir aux ingénieurs à contrôler et, au besoin, à recti- 
fier l'orientation et la direction de leur cheminement souterrain. 
Cependant, je crois qu'ils jouaient aussi le rôle de prises d*air; 

1. C. I. L., voL VIÏI, n« 2728. Ce dernier docuÎDent est d'an rare intérêt, 
car il nous fournit des renseignements techniques sur la façon dont les anciens 
procédaient dans ce genre de travaux cuniculaires et nous donne une idée des 
difficultés avec lesquelles les deux équipes de mineurs Israélites ont dû se 
trouver aux prises en se cherchant à travers la colline attaquée des deox bouts. 

Cest le rapport de Nonnius Datus, librator^ ou ingénieur militaire, de la II [^ lé- 
gion Augmta qui avait dressé le plan d*un cuniculuSy ou aqueduc souterrain 
destiné à faire passer Teau d'une source sous une montagne (Djebel Toudja) et 
à ramener à la ville de Salda. Les mineurs, composés de soldats de marine et 
de mercenaires et divisés en deux équipes marchant à la rencontre Tune de 
Tautre, avaient dévié du tracé indiqué et désespéraient d'aboutir, ayant cons- 
taté que la longueur de leur double cheminement avait dépassé la largeur de 
la montagne sans qu'ils eussent réussi à se rencontrer : « cuniculum dubii operis 
flebant, quasi relinquendus habebatur, ideo quod perforatio operis cuniculi 
long! us erat perfecta quam montis spatium ». Le librator, rappelé sur les 
lieux, constata que les deux équipes, abandonnées à elles-mêmes, s'étaient 
écartées de la ligne droite, jalonné"; par lui sur la montagne (rigor depalalus 
supra montem), de Test à l'ouest ; elles avaient trop appuyé sur leur droite res- 
pective Tune dans le nord, l'autre dans le sud, et s'étaient croisées et dépas- 
sées sans s'en rendre compte. L'homme de l'art remit promptement les choses au 
point, rectiOa l'erreur commise, et mena le travail à bonne fin, conformément au 
plan primitif (secundum formam) qu'il avait présenté au procurateur. Le problème 
était donc, comme l'on voit, précisément le même qu'à Jérusalem. Il est inté- 
ressant de noter que le plan du tunnel était un tracé en ligne droite (rigor); 
Terreur commise par les équipes romaines n'est pas comparable à celle qu'on a 
supposé, comme nous le verrons, avoir été commise par les équipes juives; en 
effet, les déviations involontaires de celles-'à étaient des déviations angulaires 
d'orientation, mais des déviations rectilign^^s ; les déviations volontaires de celles- 
ci sont, au contraire, des sinuosités, des courbes calculées, dont la logique res- 
sortira des explications que je donne plus loin. 



268 RECUEIL d'archéologie orientale 

car Taéralion de ces deux longs et étroits boyaux, aveuglés tant 
que la jonction des deux tronçons n*était pas efTectuée, constituait 
selon moi, une des principales, sinon la principale difficulté de 
l'opération*. 

- Entre le point de départ, à la source, et le point d'arrivée à la 
piscine, la différence de niveau n*est que de O'^ySO environ, ce 
qui, pour un pareil parcours, se traduit par une pente de moins 
de 0^,0006 par mètre; cette pente est tellement faible qu'il faut, 
à mon avis, la tenir pour nulle et non intentionnelle. Je suppose 
que les ingénieurs avaient conçu le fond du tunnel comme un ra- 
dier horizontal, parfaitement suffisant pour permettre à la nappe 
d'eau débordant de la source de trouver, en s'étalant, son che- 
min jusqu'à la piscine. A la rigueur ils pouvaient, après coup, 
pour assurer Técoulement, ravaler le fond de Taqueduc, de fa- 
çon à lui donner une pente totale de quelques centimètres, pente 
inutile d'ailleurs, comme je viens de l'expliquer. 

Pour maintenir le palier horizontal d'un bout à l'autre de leur 
tracée ils n'avaient besoin de mettre en œuvre que des moyens 
élémentaires; un simple niveau de maçon, dans le genre de ce- 
lui dont se servent encore aujourd'hui, avec une remarquable 
ingéniosité, les mo'allems arabes et que les Juifs devaient em- 
ployer dans leurs constructions ordinaires*, pouvait fort bien 
faire TatTairc : avec deux équerres à fil à plomb et un cordeau Ton 
peut, dans la pratique, ainsi qu'il est facile de s'en rendre compte 
par Texpérience, prolonger à volonté une ligne horizontale avec 
une très suffisante approximation. 

Les deux équipes sont donc parties de deux points opposés, 
situés sensiblement à la même hauteur et préalablement déter- 
minés par un nivellement extérieur exécuté parles procédés pra- 
tiques que j*ai indiqués, sur le flanc oriental de la colline, le long 



1. Ces puits ont dû aussi faciliter l'évacuation des déblais provenant du tra- 
vail de mine et, ultérieurement, les opérations de curage nécessaires à Teatre- 
tien de Paqueduc. 

2. Les Juifs avaient, entre autres, la michqolety correspondant à la Ubella 
des Romains, le andk et le qau . 



LES TOMBEAUX DE DAVID ET DES ROIS DE JUDA 269 

du Cédron. L'existence du canal antérieur qui courait sur ce flanc, 
sur certains points à fleur de sol, a pu les guider dans cette opé- 
ration de nivellement et la leur faciliter en leur fournissant une 
base tangible. 

Il est possible que, par suite d'une erreur initiale du nivelle- 
ment^ le point de départ sud, du côté de la piscine, ait élé pris un 
peu trop haut ; cela expliquerait la grande hauteur du tunnel à 
son débouché méridional, le fond de l'aqueduc ayant peut-être 
dû être, dans cette région, baissé après coup, de manière à ra- 
cheter la diflerence ; cette dénivellation s'accuse encore d'une fa- 
çon sensible au point de jonction des deux sections du tunnel, 
dont les axes ne coïncident pas dans le plan vertical, la section 
sud étant en contre-haut de la section nord *. 

Le problème de la jonction se trouvait donc très simplifié, 
puisque les deux équipes n'avaient plus à se chercher que dans 
un même plan horizontal, plan invariable, sans déviations pos- 
sibles dans le sens de la verticale, sauf celles provenant d'erreurs 
d'exécution : je veux dire que les mineurs n'avaient pas de pentes 
à calculer et à raccorder. Or, en examinant de près le plan de 
l'aqueduc, on est frappé de voir combien le tracé en est irrégu- 
lier : les deux points extrêmes, la piscine A et la source A', au 
lieu d'être reliés par une ligne se rapprochant autant que pos- 
sible de la droite, le sont par deux immenses courbes inverses 
ressemblant grossièrement à un Z retourné on à un S très étiré. 
Si bien que la longueur du tunnel qui, creusé en ligne droite, 
n*aurait été que de 325 mètres environ, est en réalité de 
533 mètres, soit une augmentation, dans le parcours total, de 
plus de 200 mètres. 

Est-là le résultat de l'inexpérience des ingénieurs antiques, 
comme on s'est accordé à le dire'? J'en doute fort, pour ma 



1. Voir le croquis qui sera donné plus loin, p. 285. 

2. On a parlé aussi de détours ayant pour but d'éviter des bancs de roche 
dure et de chercher des bancs de roche tendre. Mais celte explication ne saurait 
être prise au sérieux. On ne voit pas les mineurs se promenant ainsi, à droite 
et à gauche, daus une masse compacte dont ils ne pouvaient connaître d'avance 



270 KECUEiL d'archéologie orientale 

part. Si l'on avait voulu effectivement marcher en droite ligne, 
comme le simple bon sens semblait devoir le conseiller, on au- 
rait pu le faire sans qu*il fût nécessaire pour cela d'être grand 
clerc en géométrie ; un simple jalonnement intérieur, avec des 
lumières par exemple — les lampes mêmes dont les mineurs de- 
vaient nécessairement se servir — repéré en arrière sur deux si- 
gnaux extérieurs, permettait de contrôler d'une façon permanente 
la rectitude de l'alignement ^ Que si des déviations angulaires 
s'étaient produites par erreur dans ce tracé rectiligne^ elles eussent 
été d'une tout autre nature que celles constatées par nous : la 
ligne aurait pu être déviée, mais au moins elle serait restée sen- 
siblement droite*. 

Il est bien difficile de comprendre, dans l'hypothèse que je 
combats, que, d'emblée, au moment où il était le plus facile de 
s'orienter, les deux équipes opposées se soient, comme elles Font 
fait, dirigées non pas l'une surTautre, mBX9> parallèlement funt 
à tautre, et en sens inverse. 

Ces énormes déviations initiales doivent avoir une raison d'être 
tout autre qu'une erreur imputable à rinsufHsance des moyens 
techniques dont disposaient les ingénieurs israélites. En effet, 
l'erreur — si erreur il y a eu — a été finalement corrigée, puisque, 
somme toute, on est arrivé à se rejoindre; or, cette prétendue 
erreur, il suffisait, pour l'éviter dès le début, d'employer les 



les strates, à la recherche des points de moindre résistance. D'ailleurs, comme 
je le montrerai, ces déviations, en apparence si capricieuses, ont une fwme 
régulière dont il faut rendre compte. 

1. Et cela d'autant plus facilement que ce tunnel long et étroit formait en 
quelque sorte le tube d'une grande lunette» dont la moindre déviation aurait 
masqué soit une simple lampe placée à Tentrce, soit Tentrée elle-même qui, du 
fond du tunnel, devait, avec la lumière du jour, apparaître comme un point 
brillant, tant que le tunnel restait en ligne droite. 

Pour les procédés de repérage employés par les Anciens dans les travaux 
d'art souterrains, canaux, etc., voir les Dioptra de Héron. 

2. L'inscription de Lambèse, que j'ai citée plus haut (p. 267, note 1), nous 
fournit un exemple frappant de ce qu'aurait été une erreur de ce genre. Elle 
nous montre aussi que, lorsqu'il s'agit de faire passer un tunnel-aqueduc sous 
une montagne, le tracé normal qui s'impose est un tracé en lignt! droite. 



LES TOMBEAUX DE DAVID ET DBS ROIS DE JUDA 271 

moyens mêmes qui auraient dû être employés plus tard, et biçn 
plus difficilement, pour la corriger une fois commise. 

Mon impression est que ce Iracé si extraordinairement sinueux 
ne Test pas par cas forluit, mais qu'il a été voulu, imposé ; et 
que ces deux grandes sinuosités, septentrionale et méridionale, 
avaient pour but, la première, d'aller toucher un certain point; 
la seconde, d'en évùer un certain autre dans la colline... 

C'est ici que je fais intervenir la question spéciale qu'il me faut 
maintenant traiter à fond : 

L'hypogée des rois de Juda, creusé dans les profondeurs dOphel, 
ne serait-il pas u?i de ces deux points mystérieux, celui qu il fallait 
à tout prix éviter? 



IV 



La réponse à cette question nous sera fournie par Tétude ra- 
tionnelle et pour ainsi dire analytique du tracé du tunnel. 

Soit A et A' représentant les deux extrémités du tunnel : A, 
son point d'aboutissement à la piscine ; A', son point de départ 
de la source. Joignons ces deux points par une droite ; cette ligne 
ponctuée AA', qui est en quelque sorte une ligne de visée, bien 
que les deux points ne fussent pas visibles l'un de l'autre, nous 
représente le tracé direct et normal * qu*aurait dû suivre, et 
qu'aurait suivi certainement, à peu de chose près, le tunnel, si 
les ingénieurs n'avaient pas eu à compter avec certaines raisons 
dont j'ai fait pressentir l'existence. 

Cette ligne idéale AA', combinée avec celle du tracé réel, forme 
en gros une figure à deux panses, dont la septentrionale est beau- 
coup plus petite que la méridionale. C'est dans cette seconde 
panse, le long d'une section de la ligne XX', perpendiculaire à la 
droite AA', que j'inclinerais à localiser l'hypogée royal^ dont les 



1. Cf. le « rigor depalatus dupra montem » du librator romain dans Tinscrip- 
tion <]e Lambèse, citée plus haut. 



272 BEcuEiL d'archéologie orientale 

caveaux étages doivent descendre au moins jusqu^au niveau du 
tunnel. Il est évident que, dans ce cas, il fallait de toute nécessité, 
sous peine de crever et d'inonder l'hypogée, modifier en consé- 
quence le tracé normal du tunnel et lui faire contourner l'obs- 
tacle interposé ; il était, en effet, impossible de faire passer 
l'aqueduc au dessus ou au dessous de Thypogée, puisque le ni- 
veau devait en demeurer invariable, maintenu dans le même plan 
horizontal, plan commandé par la cote d'altitude de la source 
(2,087 pieds anglais au dessus du niveau de la Méditerranée). 
Force était donc de faire un crochet, soit adroite, soit à gauche. 
Le crochet par la gauche — je m'oriente le dos à la piscine A, 
dans la position même de Téqnipc sud cheminant vers la source 
A' — eût, semble-t-il, donné un trajet plus court, d^autant plus 
court qu*il s'agissait, comme nous le verrons, d'atteindre non pas 
directement la source en A', mais le sommet de la courbe qui 
fait la branche septentrionale, en D'E'. Néanmoins, on s'est dé- 
cidé pour la droite ; j'essaierai d'indiquer tout à l'heure pour 
quelles raisons. 

Cela posé, examinons d'abord, point par point, le chemine- 
ment de l'équipe sud, remontant de la piscine pour se porter à la 
rencontre de l'équipe nord qui, de son côté, descendait de la 
source, et recherchons les motifs des divers changements de di- 
rection de la ligne suivie. Je m'occuperai ensuite de discuter le 
cheminement de l'équipe nord. 

Si, comme Ta fait Téquipe sud, on part de l'extrémité A, c'est- 
à-dire de la piscine, Ton voit que le tunnel marche d'abord assez 
franchement dans la direction de la source, c'est-à-dire dans le 
nord-est, tout en ayant cependant déjà une tendance marquée à 
s'écarter du tracé rectiligne AA', pour appuyer sur la droite. 
Peu à peu ce mouvement vers la droite s'accentue; le tunnel 
décrit une courbe de grand rayon jusqu'au point B, qui va de- 
venir le sommet d'une sorte de parabole, dont l'autre branche 
sera formée par son trajet ultérieur. 

Tout à coup, arrivé en B, le tunnel s'infléchit brusquement vers 



lU.CUML DARCiitOLOGIË ORlEt;TALE. 




r 

1 



/ 



LES TOMBEAUX DE DAVID ET DES ROIS DE JUDA 273 

le sud-est, faisant avec sa direction première un angle mousse, 
très ouvert, d'environ 120 degrés. Jamais on ne pourra faire 
admettre que ce changement subit soit le résultat d'une erreur; 
Terreur serait trop grossière. Par le seul jeu des lumières éclai- 
rant le travail des mineurs, les ingénieurs se seraient immédia- 
tement aperçusp^ qu'ils déviaient de leur direction primitive, celle- 
ci, d'ailleurs, fût-elle juste ou non. 

Si, croyant à tort s'orienter sur la source, ils avaient voulu 
réellement prolonger en avant la ligne AB qu'ils venaient de 
creuser en arrière, ils auraient dû logiquement continuer à 
marcher dans une direction rectiligne qui les aurait menés à 
peu près vers I. Une prreur de ce genre sérail, à la rigueur, com- 
préhensible, parce qu'au moins la déviation serait de Tordre rec- 
tiligne. 

Non, ils ont tourné parce qu'ils voulaient, parce qu'ils de- 
vaient tourner. C'est qu'ils savaient qu'ils gagnaient la zone à 
éviter; ils Tabordaient avec précaution, par une courbe habile- 
ment calculée qui, se rapprochant peu à peu, obliquement, jus- 
qu'à le toucher presque, de l'obstacle à eux connu, leur permet- 
tait d'en reconnaître la position exacte, afin de prendre leurs me- 
sures en conséquence. 

C'est en C qu'ils ont rencontré le point critique qui devait 
régler leur marche ultérieure. Là, le tracé courbe, s'amortissant 
de plus en plus, cesse tout à fait et se transforme en un tracé 
nettement rectiligne jusqu'en D. Pourquoi? C'est que, de C en 
D, il longe l'obstacle, objectif principal des préoccupations des 
ingénieurs. 

On remarquera que, justement à ce point C, on a constaté, 
Texistence, dans la paroi nord du tunnel, d'une sorte de petit 
réduit, qualifié par le lieutenant Warren de « small natural 
cave ». Je ne sais jusqu'à quel degré cet enfoncement mérite Té- 
pithète de « naturel », et je me demande si ce ne serait pas la 
trace d'un sondage latéral fait par les mineurs pour s'assurer 
matériellement de la distance à laquelle ils étaient de Tobstacle. 
Cette observation prendra toute sa valeur quand elle sera rap- 



I RiCDlIL D'aRCHÉOLOOIE ORIKWTAUt il. NoVKyBRB 1897. LIVRAISON 18. 



274 RECUEIL D*ARCHÉOLOGfE ORIBNTALC 

prochée d'une autre du même genre que j^aurai à faire dans un 
instant. 

Sûrs de leur position, vérifiée peut-être par ce sondage, les 
mineurs ont donc poussé droit en D, serrant l^obstacle au plus 
près. 

En D, nouveau changement de direction. Là, le tunnel faitmi 
angle de 15 degrés, marchant au plein est ; puis enE, un nouvel 
angle de 45 degrés, marchant au nord-est franc, en droite ligne, 
jusqu'en H. Les sections CD et EH, perpendiculaires entre elles, 
forment donc un angle droit, dont les deux côtés ont sensiblement 
la même longueur, avec un pan coupé DE^ beaucoup plus court. 
Cet angle droit, remarquable par sa régularité, me paraît émi- 
nemment significatif. Il enveloppe l'obstacle à contourner, qui 
se trouve ainsi bordé dans le sud-est par la ligne EH, comme il 
Tétait tout à l'heure, dans le sud-ouest, par la ligne CD. Le rac- 
courci DE nous montre, en outre, que les ingénieurs s'appli- 
quaient, tout en doublant l'obstacle, à le ranger au plus près. 

Cette section EH présente deux particularités intéressantes. 
C'est d'abord, euF^ un puits percé dans le roc, débouchant dans 
le plafond du tunnel et le faisant communiquer avec la surface 
extérieure, à une dizaine de mètres de hauteur. Ce puits a dû 
servir à contrôler, sur les repères du dehors, la marche suivie 
jusque-là; mais il était surtout indispensable, comme je l'ai déjà 
indiqué, pour ventiler le tunnel en cours d'exécution et per- 
mettre aux mineurs de respirer et à leurs lampes de brûler, 
dans cet étroit boyau qui avait déjà atteint près de 150 mètres de 
longueur, sans autre prise d'air que celle de l'entrée. 

La seconde particularité, c'est l'existence en G, à une dizaine 
de mètres au delà du puits F, d'un autre petit réduit creusé dans 
le roc de la paroi nord-ouest du tunnel; le lieutenant Warren 
ne le qualifiant pas, cette fois, de « naturel » (il dit simplement 
small cave), il est à supposer qu'il a été pratiqué de main 
d'homme. On ne saurait manquer d'être frappé de l'analogie 
qu'il offre avec le réduit précédemment signalé en C; et j'incli- 
nerais à croire qu'il est, lui aussi, la trace d'un sondage latéral 



LES TOMBEAUX DE DAVID ET DES ROIS DE JUDA 275 

destiné à vérifier la position et la distance réelle de l'obstacle 
longé maintenant par la section EH, comme il Tétait tout à 
rheure par la section CD. Si Ton prolonge par la pensée ces 
deux enfoncements perpendiculaires à deux parois qui sont 
entre elles à angle droit, on obtient deux lignes virtuelles qui 
tendent à venir se recouper en un point Z, digne de toute 
notre attention, parce qu'il doit être, sinon le véritable centre 
de figure, du moins un point essentiel de l'obstacle inconnu. Si, 
réellement, les enfoncements C et G doivent leur existence à des 
sondages de ce genre, ils nous indiqueraient peut-être la voie la 
plus courte et la plus pratique pour accéder directement à la 
région mystérieuse de la colline, si soigneusement évitée par le 
tracé du tunnel. 

A partir du point H, l'allure générale du tracé change com- 
plètement. Le tunnel s'infléchit au nord-nord-ouest, en formant 
* un angle rentrant dans l'ouest, très ouvert, d'environ 130 de- 
grés. Il marche en ligne droite, et garde, sans dévier d'une façon 
appréciable, la même direction jusqu'en I. 

Dans l'intervalle, entre H et I, on remarque un second puits 
de repérage et d'aération *. 

Si nous nous arrêtons ici un moment pour jeter un coup d'œil 
en arrière, sur le chemin parcouru par les mineurs, nous voyons, 
par les exemples des sections CD, DE, EH et même HI», que, 
lorsqu'ils le voulaient, ils étaient parfaitement capables de suivre 
une ligne droite, sous un angle quelconque. Il y a loin de cette 
franchise de mouvements, dont toutes les variations sont rai- 
sonnées, à cette marche à l'aveuglette qu'on leur a bénévolement 

1. Ce second puits, indiqué sur le plan ci-joint par un point d*interrogation, 
ne figure pas sur celui du lieutenant Warren ; mais Tezistence en a été cons- 
tatée plus tard, bien qu'on n'ait pas pu vérifier s'il perçait toute la couche du 
rocher jusqu'à la surface. Il est probable qu'il y a encore à retrouver d'autres 
puits qui ont échappé à l'attention des rares personnes ayant eu le courage d'af- 
fronter les fatigues et, l'on peut ajouter sans exagération, les dangers de cette 
exploration. 

2. La section HI présente une très légère inflexion due peut-être à une vé- 
rification fournie par le second puits et ayant amené le redressement de la 
direction initiale entre H et ce puits. 



276 RECUEIL D*ARCHÉOLOGIE ORIENTALE 

attribuée. On sent des gens qui savent bien où ils vout et qui ODt 
de bonnes raisons pour adopter ce tracé, qui n*a paru si singulier 
que parce qu'on n'avait pas tenu compte jusqu'ici des conditioni 
toutes particulières dans lesquelles ils devaient opérer. 

Et maintenant, pourquoi ce nouveau changement de direction 
en H? Que s'est-il donc produit? Parvenue à ce point H, Téquipe 
sud avait finidedoublerrobstacle,quiravaitjusque-là condamnée 
à cette déviation considérable. Redevenue, dès lors, maltresse 
de ses mouvements et de sa direction générale, elle ne devait 
plus avoir, ce semble, qu'un objectif, marcher sur la source Â\ 
en coupant au plus court. Cela parait tout d'abord d'autant plus 
naturel, que, de E en H, elle cheminait parallèlement, et à quelques 
mètres de distance à peine d'une section de l'ancien canal à 
niveau supérieur, canal devenu hors d'usage^ comme je l'ai 
expliqué, par suite de l'abaissement du plan d'eau de la source. 
Le puits pratiqué en F, peut-être précisément à cet effet, avait 
certainement permis aux mineurs de se rendre un compte exact 
de la position de cet ancien aqueduc par rapport au nouveau 
qu'ils creusaient à un niveau plus bas, tout en leur fournissant 
en même temps un contrôle fort utile pour le niveau auquel ils 
devaient se maintenir. Cet ancien aqueduc, se rendant à peu près 
directement à la source, leur traçait en quelque sorte, s'ils avaient 
pu l'ignorer, la voie à suivre pour atteindre celle-ci. En un mot, 
ils n'avaient qu'à pousser leur tunnel en ligne droite de H en A'. 

Or, c'est ce qu'ils n'ont pas fait ; et la raison pour laquelle ils 
ne Tout pas fait est évidente. En elTet, à cette phase de l'opération, 
leur objectif n'était plus la source, mais bien le raccordement à la 
branche creusée pendant ce temps par l'équipe nord qui, — ne 
l'oublions pas, — partie de la source, cheminait de son côté à 
la rencontre de Féquipe sud. Les deux équipes, naturellement, 
devaient se tenir mutuellement au courant de leurs cheminements 
respectifs, et l'équipe sud, parvenue au point H, devait savoir, 
au moins approximativement, sinon à quel point, du moins à 
quelle distance de son parcours en était arrivée l'équipe nord. 

Si Ton admet que le percement marchait de part et d'autre, à 



LES TOMBEAUX DE DAVID ET DES ROIS DE JUDA 277 

peu près aa même taux de vitesse, l'équipe nord, au moment où 
réquipe sud attaquait le point H, aurait pu être aux environs du 
point r ; mais il est possible, il est même probable, que Téquipe 
nord s'étant trouvée, comme nous lej verrons, aux prises avec des 
difficultés plus considérables ^ n'en fût encore qu*au point H', ou 
même G', c'est-à-dire vers le point où son trajet allait recouper, 
ou venait de recouper la droite idéale AA' joignant théoriquement 
la source à la piscine. C'est cette ligne théorique, calculée plus 
ou moins exactement par les ingénieurs israélites, qui était, 
pour ainsi dire, la ligne de foi, la base commune et le lieu 
convenu de ralliement de la double opération. 

Nous verrons tout à l'heure comment l'équipe nord a procédé 
quand elle a atteint, ou cru avoir atteint cette ligne idéale AA'. 
Pour rinstant, nous avons à nous occuper spécialement des 
mouvements de notre équipe sud. 

Si, considérant la dernière section creusée par elle, nous 
prolongeons parla pensée la droite HI, représentant cette section, 
nous voyons que cette droite viendrait recouper la ligue AA' en 
un point R; c'est donc vers ce point que tendait alors l'équipe 
sud; et elle y tendait, parce qu'elle comptait que, dans cette 
direction, son cheminement viendrait croiser celui de l'équipe 
nord, ou serait croisé par elle'. 



1. Cheminement sous des couches calcaires beaucoup plus épaisses et néces- 
sité de forer dans ces couches, pour communiquer avec la surface, des puits 
d*une hauteur naturellement d'autant plus grande. En fait, au moment de la 
jonction, l'équipe sud semble avoir eu sur Téquipe nord — en admettant, comme 
je Texpliquerai ailleurs, que celle-ci soit partie, non pas de A', mais de B' — 
one avance d'environ 70 mètres. Ce retard de Téquipe nord doit correspondre 
au surcroît de travail qui lui était échu pour son lot. Si Ton admet, au con- 
traire, qu*elle est partie, non de B', mais de A' (ce que d'ailleurs je ne crois pas), 
ce retard ne serait plus que d'à peu près 45 mètres. Nous verrons plus loin que 
Téquipe nord avait eu probablement à percer, en plus de son travail en gale- 
rie, au moins un puits d'une cinquantaine de mètres, tandis que les puits de 
réquipe sud étaient beaucoup moins hauts. L'équipe nord avait, en outre, à dos 
l'afilux de la source, contre lequel elle avait dû forcément se protéger par l'éta- 
blissement d'un batardeau, ce qui n'était pas fait pour faciliter l'extraction des 
matières de déblai. 

2. Il est même possible que l'équipe sud, en visant théoriquement le point R, 
crût viser le milieu de la ligne AA'. Le calcul était dilficile et l'erreur n'est pas 



278 RECUEIL d'archéologie orientale 

Elle aurait continué à pousser vers R^ si, parvenue en I, elle 
n'avait pas eu, tout d'un coup, un renseignement nouveau et 
précieux sur la position approximative de la tête de sape de 
l'équipe nord : le bruit du choc des pics, transmis par la masse 
calcaire constituant le corps de la colline. L'on sait que^ dans ces 
conditions, le son peut se propager à des distances notables. Il 
suffira de rappeler l'expérience classique de Hassenfratz^rapportée 
par le célèbre minéralogiste Haûy: on perçut encore distinc- 
tement, dans une carrière de Paris, le choc du marteau sur le 
mur de la galerie, jusqu'à 134 pas. 

L'équipe nord devait se trouver à ce moment vers le point F, 
peut-être même H', c'est-à-dire à une distance, en ligne droite, 
de 75 à 90 mètres du point I. C'est ce que semble indiquer une 
modification significative, au point H', de son propre tracé, modi- 
fication dont jeparlerai plus tard et dont la cause doit être que là, 
l'équipe nord avait, de son côté, commencé à percevoir le choc 
des pics de l'équipe sud. 

Donc, en I, l'équipe sud abandonnant la direction vers R, où 
elle pointait théoriquement^ indéchit sa ligne à droite, en s'orien- 
tant de son mieux sur le son qu'elle entendait faiblement encore. 
On comprend qu'il est difficile, dans de pareilles conditions, de 
déterminer exactement le centre d'émission d'un son se propa- 
geant par ondes sphériques*, dans un milieu compact et 
impénétrable', tel que la masse rocheuse de la colline. En l'es- 
pèce, ce point d'émission sonore lui a paru être situé le long 
d'une ligne ponctuée qui, de sa station I, aboutissait au point S 
situé sur un arc de cercle passant par SH', et ayant I pour centre. 



tellement forto qu'elle ne se conçoive. Peut-être cependant, sachant que le che- 
minement de Téquipe nord marchait moins vite que le sien, avait-elle réellement 
choisi pour objectir, le long de la ligne A A', un point (R) situé au delà du milieu 
de cette ligne et la rapprochant d'autant de l'équipe nord. 

1. En réalité, ces ondes peuvent être considérées ici comme circulaires et 
pl|nes, puisqu'elles étaient coupées par le plan horizontal du tunnel. 

2. On sait que cette détermination est déjà difficile, sans le contrôle de la 
vue, quand il s'agit de la propagation du son dans Tair. Témoin l'incertitude 
de lorlentation des coups de sirène en mer par un temps de brouillard. 



LBS TOMBEAUX DE DAVID ET DES ROIS DE JUDA 279 

C'est donc sur la ligne IS, rayon de ce cercle, qu'elle a réglé sa 
marche, faisant ainsi avec la direction réelle IH' un écart angu- 
laire d'environ 10 degrés. 

A partir de là, entre I et H' on observe, dans le tracé de cette 
section du tunnel, de curieux tâtonnements qui s'expliquent par 
les hésitations mutuelles des deux équipes essayant de se diriger 
surtout sur le son de leur travail de sape respectif. L'équipe sud, 
guidée par le bruit de l'équipe nord qui, celle-ci avançant de son 
côté, devenait de plus en plus distinct, marcha ainsi jusqu'à la 
hauteur de J. A ce moment, l'équipe nord devait être arrivée à 
peu près entre J' et K'. Les sons paraissaient doncàTéquipe sud 
provenir d'un point situé sur sa gauche, dans le nord-nord-ouest. 
En conséquence, elle se porta un instant de ce côté, comme le 
montre la courte amorce de galerie oblique en J,pointantsur K'. 
Mais, entre temps, la position de l'équipe nord, qui avait fait un 
coude dans l'est-est-sud, ayant changé, et le bruit de ses piCs 
s'élant déplacé^ l'équipe sud abandonna presque aussitôt cette 
amorce de galerie, reprenant sa direction précédente IS. Au bout 
de quelques mëlres, déçue par quelque illusion d'acoustique, elle 
appuya sur la droite et amorça une seconde galerie oblique en K. 
Elle allait faire fausse route, égarée par la direction apparente 
du bruit des pics de l'équipe nord, cependant maintenant très 
proche; mais elle s'aperçut bien vite de son erreur, rectifia son 
cheminement et alla enfin aboutir en LL'^ où elle se rencontra 
« pic contre pic », comme le dit en propres termes l'inscription 
commémorative, avec l'équipe nord. La percée du tunnel, la 
(c comperlusio montis », la nekabah^ était faite de part en part. 

L'inscription ajoute deux détails curieux. Le premier, qu'il 
n'y a pas de raison de révoquer en doute, c'est que, lorsque les 
deux équipes n'étaient plus séparées que par un diaphragme de 
rocher de trois coudées d'épaisseur, elles entendirent leurs cris 
mutuels. L'inscription ne parle pas du bruit des pics qui, depuis 
bien longtemps déjà, avait dû singulièrement leur aider, comme 
nous l'avons vu, à diriger leur marche. Mais, en confessant le 
secours de ce moyen empirique, elle aurait ou l'air de dimiouer 



280 RECUEIL d'archéologie orientale 

le mérite des ingénieurs qui se vantent d'avoir visé juste^ et 
veulent allribuer tout le succès de leur difficile opération à la 
seule précision de leurs calculs. 

Ce sentiment d^amour-propre professionnel est bien marqué 
dans le second détail, sur lequel Tinscriptioa insiste avec com- 
plaisance : (c Le jour, dit-elle^ le jour même où la percée fat 
faite et où les mineurs frappèrent Tun contre l'autre, le pic sur 
le pic, les eaux coulèrent depuis la source jusqu'à la piscine, sur 
une longueur de douze cents coudées. » Gela est manifestement 
inexact. Ce que les ingénieurs ne disent pas, c'est qu'ils n^avaient 
pas su garder d'un bout à Tautre leur niveau exactement hori- 
zontal. La branche sud étant partie probablement, comme je l'ai 
déjà indiqué, d'un niveau un peu trop haut, cette dénivellation 
est parfaitement visible par la différence de hauteur des deux 
plafonds au point de jonction des deux branches ^ 11 est à sup- 
poser que, pour permettre Técoulement des eaux on dut procéder 
au ravalement du radier de la branche sud. Ce travail, fait après 
coup, dut prendre encore un certain temps avant que l'eau put 
couler; et Tinscription a bien soin de ne pas en souffler mot, car 
l'aveu de ce mécompte n'était pas à l'honneur des i^ngénieurs. 



Il me reste maintenant à examiner, à l'aide de la même méthode 
critique, le tracé de la branche nord du tunnel, entre la source 
et le point de jonction avec la branche creusée par l'équipe sud. 
Je le ferai plus brièvement, car, si intéressante que la question 
puisse èlre en soi, elle ne touche que par certains côtés à celle 
qui fait l'objet propre de cette étude: l'emplacement de l'hypogée 
royal. 

L'équipe nord est partie du point A', c'est-à-dire de la source, 
ou, plus exactement peut-être, du point B', la petite section A'B' 

1. Voirie croquis donné plus loin, p. 285. 



LES TOMBEAUX DE DAVID ET DBS ROIS DE JUDA 281 

du tunnel appartenant en réalité au système (C), probablement 
antérieur, de puits et de galeries horizontales et inclinées qui 
permettait d'accéder à la source de l'intérieur de la ville. Mais, 
pour plus de simplicité, l'écart entre A' et B' étant très faible, je 
raisonnerai en prenant A' comme base. 

Ici encore, nous nous trouvons en présence d'une anomalie 
surprenante. Le tunnel, au lieu de se diriger en droite ligne vers 
la piscine A, en se maintenant à peu près le long de la ligne 
normale A' A, fait un détour considérable, cette fois, dans Touesl; 
il décrit une sorte de parabole, ou, si Ton préfère, d'arc de cercle 
irrégiilier, très concave, qui vient recouper la ligne normale A'A 
en G', et dont A'G' forme en quelque sorte la corde. 

Pourquoi, ici encore, un pareil détour? On pourrait être tenté, 
au premier abord, de lui assigner une cause analogue à celle qui 
a motivé le détour de la branche sud : la nécessité d'éviter quelque 
obstacle, peut-être de même nature, interposé sur le trajet 
direct A' G'. Moi-même, j'ai incliné un moment vers cette façon 
de voir. Mais, après y avoir bien réfléchi, j'y ai renoncé. Je crois 
que les ingénieurs, avant de diriger la branche nord vers la 
piscine, avaient un autre objectif en vue ; c'était datteindre un 
point D'*, situé au sommet de la parabole MDIC! que le tunnel 
décrit dans cette partie de son parcours. Ce point une fois atteint, 
ils se sont rabattus vers la ligne normale A'A pour marcher vers 
la piscine A, ou, pour mieux dire, à la rencontre de l'équipe sud 
qui venait de cette piscine. 

Quel était donc ce point D\ si important à toucher, qu'il justifiât 
un tel circuit ? 

On voit, par la position du sentier, représentant sensiblement 
le tracé de l'ancien mur d'enceinte oriental d'Ophel, que ce 
point D' était situé à Touest de ce mur, par conséquent à l'inté- 
rieur de la ville. Je conclus de là que le but des ingénieurs était 
de faire passer Taqueduc sous ce point, de manière à permettre 
auxhabitants delà partie haute (relativement parlant) d'Ophel d'en 

1. Ou, plus exactement, un point situé sur la courte seclion D'Ë'. 



282 RECUEIL d'archéologie ORIElfTALE 

utiliser les eaux au passage. Peut-être y avait«-il à desservir dans 
ces parages quelque établissement important^ forteresse, palais, 
etc. En tout cas, ce deverticulum de Taqneduc répondait d'une 
façon plus pratique et plus commode au besoin auquel on avait 
autrefois essayé de satisfaire en créant le système si compli- 
qué de C 

Si ma conjecture est juste, il doit exister, et une exploration 
attentive doit faire découvrir vers D'Ë' un puits débouchant dans 
le plafond du tunnel et communiquant en haut avec la surface 
extérieure'. Là, la colline est notablement élevée. La cote d'alti- 
tude de la courbe de niveau, dans la verticale du point présumé, 
nous montre qu'un pareil puits devait avoir une hauteur d'une 
cinquantaine de mètres. Assurément, c'est une profondeur consi- 
dérable pour un puits creusé dans le roc vif; elle n'est pas telle, 
cependant, qu'elle exclue la possibilité de faire un semblable puits 
et de s'en servir pratiquement". 

L'inscription me fournit, en faveur de cette conjecture, on 
argument indirect qui n'est pas sans valeur. Elle nous dit — 
toujours préoccupée de faire ressortir les difficultés et, partant, 
les mérites de Topéralion — que les mineurs travaillaient avec 
une épaisseur de cent coudées de rocher au dessus de leur tète. 
Cela n'est guère exact, à vrai dire, que pour un point du parcours 
total du tunnel^ celui-ci cheminant la plupart du temps sous des 



1. Dans ce cas, le radier de Faqueduc doit présenter dans Taxe de os puits 
une cuvette plus ou moins profonde, creusée dans le roc et destinée à faciliter 
la plongée et le remplissage des seaux. Il est probable aussi que, pour empê- 
cher ceux-ci de s'accrocher à la remontée, le débouché inférieur du puits dans 
le plarond du tunnel devait s*évaser en forme d'entonnoir renversé. Quant à la 
cuvette, elle a dû, à la longue, se remplir par les dépôts de Teau de la source 
chargée de matières solides en suspension, et aussi par les débris de toute 
nature tombés du dehors dans le puits, au cours des siècles. Je n*ai pas besoin 
de dire qu'une fouille pratiquée dans une telle cuvette amènerait peut-être la 
découverte d'objets antiques intéressants. 

2. Je me bornerai à citer, pour me tenir sur le terrain palestinien, le puits 
d'eau vive de Safed, qui, probablement alimenté par quelque artifice du même 
genre, ne mesurait pas moins de ilO coudées de profondeur, à ce que nous 
apprennent les auteurs arabes (voir mes Études d'archéologie orierUaU^ vol. II, 
p. 115, note 1). 



LBS TOMBEAUX DE DAVID ET DES ROIS DE JUDA 283 

couches beaucoup moins épaisses. Mais, comme de juste, Tins- 
cription a donné le chiffre maximum, en le généralisant. Or, ce 
maximum est précisément atteint vers les points D'E', qui sont 
situés entre les courbes de niveau cotées 2,249 et 2,259 pieds 
anglais, tandis que le radier du tunnel est à la cote de 2,087 pieds. 
La différence donne une moyenne de 167 pieds, soit environ 
50 mètres, chiffre qui se rapproche sensiblement du chiffre rond 
de 100 coudées dont parle l'inscription. 

Ce fait une fois établi, il est permis de se demander comment 
les ingénieurs Israélites étaient arrivés à une si juste évaluation 
de l'épaisseur de la couche sous laquelle ils cheminaient. Il est 
certain que, si le puits dont je suppose l'existence a été réellement 
foré dans le rocher, rien n'était plus simple dès lors que de 
mesurer cette épaisseur. 

Il y avait peut-être aussi une autre raison technique pour 
décider les ingénieurs à faire ce crochet préliminaire dans Touest, 
en lyE'. Les rares explorateurs du tunnel ont constaté, un peu 
au sud-est et non loin du point E', l'existence d'une sorte d'an- 
fractuosité dans la paroi nord-est, anfractuosité où se produit un 
bouillonnement d'eau encore inexpliqué. On n'a pu s'assurer si 
c'était de l'eau de Taqueduc qui se perdait par une faille du 
rocher, ou bien si, au contraire, c*était de l'eau qui y affluait du 
dehors. Dans ce dernier cas, il y avait là une source secondaire, 
dérivée peut-être, par une fissure du roc, ou filière, de la même 
nappe souterraine où s'alimente la source principale, et vers 
laquelle on comprendrait qu'on ait cru devoir diriger l'aqueduc, 
afin de la capter et d'augmenter d'autant le débit d'eau courante. 
Cela valait bien un détour. 

J'abrégerai, autant que possible^ la description raisonnée du 
tunnel dans le restant de son parcours, entre E' et le point de 
jonction L'L. 

De E' à P l'équipe nord a marché en ligne droite, manœuvrant 
de manière à recouper la droite normale A'A, en G'. En F', elle a 
redressé très légèrement sa direction et l'a maintenue telle 
quelle jusqu'en H^ 



284 RECUEIL d'archéologie orientale 

Entre D' et H', sa marche ne pouvait être réglée que par des 
calculs théoriques, plus ou moins exacts ^ Au point H\ au 
contraire, elle entrait dans la zone où elle commençait à pouvoir 
percevoir, utilement pour Torientation, le choc des pics, encore 
lointains, de Téquipe sud. Elle s'est guidée alors en conséquence, 
avec des tâtonnements expliqués par la difficulté, dont j'ai parlé 
plus haut, de déterminer le centre d'émission du son. Comme 
celui-ci lui paraissait provenir d'un point situé le long de la ligne 
ponctuée H'T, rayon d'un arc de cercle passant par I^ position 
réelle de Téquipe sud, elle a piqué dans cette nouvelle direction, 
faisant un angle très ouvert avec sa direction précédente, ce qui 
l'a amenée jusqu'à ï. 

Là, elle paraît avoir éprouvé de grandes hésitations. Aban- 
donnant sa ligne qui, somme toute, n'était pas mauvaise, 
puisqu'elle ne formait avec la ligne vraie qu'une déviation 
angulaire de 5^» à 6®, elle se rejette obliquement dans le sud-ouest, 
se rapprochant de la ligne d'axe A' A, jusqu'en J'. Puis, bientôt, 
en faisant un petit crochet, elle arrive en K'; là, elle tourne 
franchement au sud-est, à angle presque droit. 

A partir de K', elle chemine à coup sûr, tendant à recouper 
presque perpendiculairement le trajet de l'équipe sud. 

Séparée de celle-ci par une distance de plus en plus faible, 
elle perçoit de plus en plus distinctement le son de ses pics frap- 
pant le roc, puis, bientôt le bruit des voix; et, enfin, elle se ren- 
contre avec elle au point de jonction L'L. 

Le tunnel était désormais établi sur toute sa longueur. 

La section transversale moyenne de la galerie étant de 0*^,63 de 
largeur sur ^"^,^l6 de hauteur ', il est évident que les mineurs 

1. J'inclinerais à croire que l'équipe nord, faisant une erreur assez compré- 
hensible, estimait être parvenue, en i\\ au point d'inlersection de son chemi* 
nement avec la ligne À'A, point d'intersection qu'elle avait déjà franchi en 
réalité, sans s'en rendre compte, en G'. Cette erreur a dû contribuer à la modi- 
fication de sa marche à partir de H', puisqu'elle entraînait une notion fausse 
sur la position présumée de Téquipe sud qu'il s'agissait de rejoindre. Il est fort 
possible que, de H' en K', l'équipe nord ait été dans la persuasion qu'elle se 
mouvait le long de la ligne d'axe â'â. 

2. Actuellement, cette hauteur est sensiblementmoindre sur nombre de points; 



LIS TOHBEàDS DE DâVID ET DES ROIS DE JDDA 2SD 

devaient travailler à g;enoux, ou plutôt, accroupis, assis sur 
leurs talons, c'est-à-dire dans la posture favorite des ouvriers 




orientaux * qui nous semble être si peu commode à nous antres 
Occidentaux, mais qui a aussi ses avantages. Elle avait, dans le 
cas présent, celui de diminuer sensiblement le cube de roc à dé- 
biter au pic et d'abréger d'autant la l&cho. 

Il est probable que les mineurs, ne pouvant opérer qu'un seul 
à la fois à la télé de sape, devaient se relayer fréquemment. 

Le croquis ci-dessus donne une idée de l'aspect du tunnel 
au moment où les deux équipes n'avaient plus qu'à abattre la 
dernière cloison de roc qui les séparait. J'y ai indiqué la diffé- 
rence de niveau des deux branches dont j'ai parlé plus haut, et 
l'attitude des deux mineurs à leur tète de sape respective'. 

elle s'aba^isse jusqu'à 0",4l. Hais c'est li uniquement le résultat de l'ezhauBse- 
meat du radier du tuDnel par le dép0l eêculaire des matières charriées par la 
source. Et c'estjuslementcequirend l'exploration du canal si përilleuse. En elTel, 
si l'on a le malheur d'élre surpris dans certaines de ces sections étranglées, 
par une crue, même très faible, de la source ini«rziiittente, — crues instantanées, 
fréquentes et toujours imprévues — on risrjue d'être noyé comme un rat dans 
un caniveau. C'est ce qui est arriva au lieutenant Warren, qui a bien Tailli y 
rester. Quelques centimètres d'eau de plus et il était perdu. Voir le récit de ce 
warrow escape dnns The Recoveri/ of Jeruialem, p. 240. 

1, Je ferai remarquer que, par une coïncidence singulière, c'est précisément 
à la même hauteur (3 pieds 8 pouces, et mâme 3 pieds 4 pouces) que le lieu- 
tenant Warren avait été conduit par la pratique à ramener celle de ses galeries 
de mine, eu égard aux )iabitudes des fellAhs employés par lui dans ses fouilles 
(The Recovery of Jérusalem, p. 75). 

3. J'ai autrefois {neciteil d'archéologiv orienta/;, vol. I, p. 295) attiré l'at- 
tention sur un fait important, qui avait échappé aux précédents observateurs, et 



286 RECUEIL d'archéologie orientale 

Si, maintenant, Ton jette un coup d'œil d'ensemble sur le 
tracé du tunnel que nous avons parcouru pas à pas, d'une extré- 
mité à Tautre, il y a une question qui se pose tout naturelle- 
ment^ et que je ne puis me dispenser de traiter. 

Étant admis, d'une part, que Téquipe nord devait, pour des 
raisons particulières, aller toucher préalablement le point U ; 
d'autre part, que l'équipe sud devait éviter, au contraire, un cer- 
tain autre point situé sur la ligne droite AA', joignant la piscine 
à la source, comment se fait-il que l'équipe sud n'ait pas eu l'idée 
de contourner l'obstacle en passant à gauche de la ligne A A', et 
que le cheminement des deux équipes, marchant & la rencontre 
Tune de l'autre, ne se soit pas fait le long d'une ligne AD' ? 

L'obstacle méridional ne devait pas s'étendre tellement dans 
l'ouest qu'il nécessitât un détour aussi considérable que celui 
qu'on a dû faire dans l'est. De A en D'on pouvait creuser, semble- 
t-il, presque en ligne droite^ et cela eût abrégé le trajet total de 
près de 150 mètres. Pourquoi, dès lors, s'est-on décidé pour la 
déviation par Test, beaucoup moins avantageuse, en apparence, 
que la déviation par l'ouest ? 

La raison est, je crois, la suivante. Si l'on avait percé le 
tunnel de A à D', on aurait dû passer, pendant la majeure partie 
du parcours, sous des courbes de niveau montant rapidement 
de 2,099 à 2,249 pieds anglais, soit sous des couches de rocher 

dont fait foi Texcellent moulage que j'ai pris sur place de l'inscription Israélite 
gravée sur la paroi du tunnel au débouché dans la piscine. Heureusement que j'û 
eu la précaution de faire ce moulage; car, depuis, Tinscription ayant été clan- 
destinement excisée du roc, sans aucune précaution, et transportée à Constantin 
nople, il est fort à craindre que ce détail essentiel ait disparu. C'est celui-ci : 
rinscription était gravée dans un grand cartouche rectangulaire, dont les six 
lignes n'occupent que la partie inférieure; au-dessus, on avait ménagé un vaste 
champ resté vide, dont l'existence ne peut s'expliquer que de deux manières : 
ou bien il devait être rempli par une partie de l'inscription qui n'a jamais été 
gravée ; ou bien, il avait été réservée à une scène figurée, représentant, à la mode 
égyptienne ou assyrienne, l'opération même expliquée dans l'inscription, avec 
les mineurs à l'œuvre. Dans cette dernière hypothèse, vers laquelle j'inclinerais, 
cette imago, qui n'a pas été exécutée, devait ressembler quelque peu, par sa dis- 
position générale, au petit croquis que je donne ci-dessus, sauf, bien entendu, 
qu'on s'était dispensé, et pour cause, d*y accuser l'accident de la dénivellation 
des deux branches du tunnel. 



LES TOUBEAUX DE DAVID ET DES ROtS DB JUDA 287 

d'une hauteur croissant de 12 à 162 pieds au-dessus du radier 
du tunnel, dont la cote d'altitude est , comme je Tai dit, 2,087 pieds. 
Tandis quen adoptant la déviation par la droite, on se mainte- 
nait, pendant une bonne moitié du parcours (pour la branche 
sud)^ sous une couche dont l'épaisseur, en son point maximum, 
ne dépassait pas 82 pieds et, dans certains points, s'abaissait 
jusqu'à une vingtaine de pieds. 

De son côté^ l'équipe nord y trouvait un avantage : ayant une 
fois atteint le point D', qu'elle avait mission de toucher, et qui 
était à la profondeur maxima de 162 pieds, elle voyait rapide- 
ment décroître l'épaisseur des couches qu'elle avait ensuite à 
traverser pour rejoindre l'équipe sud, en pointant vers le sud-est, 
c'est-à-dire dans la partie déclive du versant de la colline. Or, il 
n'était certes pas indifférent aux ingénieurs Israélites que l'épais- 
seur des couches sous lesquelles ils avaient à cheminer fût la 
moindre possible, car ils avaient à compter avec la hauteur des 
puits qui, de distance en distance^ devaient mettre en communi- 
cation le tunnel avec la surface extérieure. Avec deux ou trois 
puits de 40 à SO mètres, comme celui qu'ils ont dû forer au 
point D', ils auraient bien vite reperdu l'économie de travail 
cuniculaire proprement dit que pouvait leur offrir le tracé plus 
direct Aiy ; sans compter que la percée verticale du rocher, pra- 
tiquée nécessairement de bas en haut, était autrement pénible et 
longue que la percée horizontale. 

D'un autre côté, nos ingénieurs n'étaient pas tellement sûrs 
de leurs calculs qu'ils n'eussent prévu prudemment des cas 
fortuits les obligeant à percer des puits sur un point et à un 
moment quelconques de leur cheminement, pour leur permettre 
de se repérer à l'extérieur, si besoin en était. Or, le tracé par AD' 
eût été compris tout entier dans l'intérieur du mur d'enceinte ; 
ils auraient donc dû passer sous une partie de la ville, où ces 
procédés de repérage forcé n'eussent pas été sans inconvénients 
pour les maisons surjacentes. Ils avaient donc tout intérêt à 
adopter un tracé qui les maintenait, presque tout le temps, à 
l'extérieur du mur, dans les régions non habitées et relativement 



288 RECUEIL d'archéologie orientale 

basses de la colline, sur le ficinc de laquelle ils avaient pu établir 
commodémenl leur nivellement préalable, et où ils avaient en 
plus, pour se guider, Tancien canal à niveau supérieur que leur 
lunnel devait remplacer. 



VI 



Il résulte de Fexposé ci-dessus que le tunnel-aqueduc, creusé 
sous la colline d'Ophel, sur Tordre du roi Rzéchias, pour capter 
la source et en déverser les eaux dans la piscine, dite piscine de 
Siloam ou de Siloé, avait dû faire dans sa partie sud un grand 
détour pour éviter un obstacle, que j*ai supposé n'être autre chose 
que les Tombeaux des Rois. 

Il n est pas sans intérêt de constater que cette conclusion, 
obtenue par un raisonnement d'ordre tout technique, lequel s'ap- 
puie, d'autre part, sur des considérations historiques \ se trouve 
concorder d*une façon remarquable avec une curieuse légende 
d*ongine juive, dont Técho plus ou moins fidèle nous a été 
conservé dans Touvrago attribué à saint Épiphane, De Vitis 
prophetarum et sepulcris *. 

L'auteur, après nous avoir raconté le supplice^ d'ailleurs apo- 
cryphe, du prophète Isaïe, scié en deux avec une scie de bois, sur 
l'ordre du roi Manassé, dit en substance qu'il fut enterré sous le 



1. Il serait facile, par exemple, de démontrer que cette conclusion s'accorde 
rigoureusement avec les indications contenues dans le passage bien connu» et si 
souvent invoqué, avec raison, par les partisans de localisation de l'hypogée royal 
sur la colline sud-est, de ^éhémiey m, 15, 16 (cf. ûi., n, 13, 14 et xn, 37). 

2. Èdit. Migne, p. 398 et 59. 

Nous possédons une rédaction syriaque de cet ouvrage, qu'on a regardée 
comme étant le texte original, dont le grec ne serait que la traduction. La 
chose ne me paraît pas démontrée. On trouvera le texte syriaque du passage en 
question dans la petite Syrische Gvammatik de Nestlé (1888, p. 86). 

Le récit de saint Kpiphane a été mis à contribution par diverses sources 
secondaires, par exemple par Théo Joret (Quxst. in Reg.y 3), qui y môle arbitrai- 
rement l'autorité de Josèphe, et par le Chronicon Paschale (éd/Migne, p. 301 
et 382). 



LES TOMBEAUX DE DAVID KT DBS ROIS DE JlIDA 289 

chêne* de Rogel*, auprès du passage* des eaux qu'Ézéchias avait 
fait disparaître en les enfouissant. Ici se place un miracle relatif 
à la source <( du Siloam » qui aurait été « envoyée^ » par Dieu 
pour désaltérer le prophète au moment de son agonie. 

Dans un autre passage, contenant une variante de la légende, 
la source aurait apparu à la prière dlsaïe, avant qu^Ézéchias 
n'eût fait les réservoirs et les piscines, lors du siège des Assyriens 
qui, cherchant à boire, s'étaient établis auprès « du Siloam ». 

Dans ce récit, la source est nettement caractérisée comme 
intermittente, ce qui^on le sait^ est en effet une propriété de celle 
qui alimente notre aqueduc, et ce qui achève, par conséquent, 
d'assurer l'identité des deux sources. L'auteur insiste sur ce 
phénomène, qu'il qualifie de « grand mystère » et qui, ajoute-t-il, 
se produit encore <x de nos jours ». Les Juifs reconnaissants, et 
obéissant à un oracle, auraient fait au prophète un tombeau 
magnifique auprès <( du Siloam », afin que, grâce à ses saintes 
prières, l'eau ne tarit jamais, même après sa mort. Ce tombeau, 
dit-il, est auprès du Tombeau des Rois, derrière le Tombeau des 
Prêtres^ du côté sud. C'est Salomon qui avait fait les tombeaux 
de David; il les avait tracés à l'orient de Sion*, qui a son entrée 
par Gabaon, à vingt stades de distance de la ville. 11 avait fait 
cette entrée difficile, compliquée, dérobée aux soupçons; elle 
demeure encore jusqu'à ce jour ignorée de la plupart des prêtres 
et du peuple tout entier. Là, il avait déposé Tor et les aromates 
de Saba. Mais Ezéchias, ayant dévoilé le a mystère » de Salomon 
et de David aux étrangers et profané les ossements de ses pères, 
Dieu le punit en réduisant en captivité ses descendants. 

Ce récit bizarre présente plus d'une obscurité, que la compa- 



1. Le texte syriaque parle d*un « térébinthe ». 

2. Nom d'une source mentionné dans la Bible, et qui semble avoir été celui 
de la source même dont nous nous occupons. 

3. Le syriaque dit « Tissue »• 

4. L'auteur joue sur le sens du mot mStt?, Chiloah « envoyé ». Ce sens rap- 
pelle singulièrement celui du mot latin emhsanum, qui est le vrai terme 
technique ancien pour définir le tunnel-aqueduc de Siioé. 

5. L.e syriaque attribue le tracé à David lui-même. 



RKUIIL D'ARCHAOLOeiB ORIBlfTALI. IL NOVBMBRB 1897. LtVHAISON 19. | 



290 RECUEIL d'archéologie orientale 

raison avec la rédaclion syriaque ne dissipe pas et qu'il serait 
trop long d*examiner aujourd'hui. Il s*en dégage cependanl 
quelques indications intéressantes. Le système hydraulique de 
Siloam est intimement rattaché au Tombeau des Rois^ indiqué da 
côté est de Sion. L'entrée, si soigneusement dissimalée, semble, 
malgré la construction, d'ailleurs embrouillée et peu correcte de 
la phrase, être bien plutôt celle du Tombeau des Rois que celle 
de Sion, où il était creusé. Ënfm, Taccusalion singulière portée 
contre le pieux Ëzéchias, quoiqu'elle vise peut-être eu partie une 
tradition biblique* différente, s'expliquerait fort bien, il faut 
l'avouer, par le mécontentement qu'avait pu provoquer chez la 
partie fanatique de la population une entreprise d'utilité publique 
qui rompait avec la routine et qui, malgré toutes les précautions 
prises, pouvait paraître de nature à troubler le repos des hôtes 
de rhypogée royal. Israël n'a jamais vu d'un bon œil ceux qui 
touchaient, même avec respect, à Tétat de choses matériel légué 
par les ancêtres. Témoins, plus tard, toutes ces prophéties de 
malheur qui surgirent au sujet du Temple magnifiquement 
reconstruit par Hérode, prophéties courantes dont celle de Jésus 
n'était elle-même qu'un simple écho'. L'aqueduc d'Ézéchias, 
frôlant dans son cours le Tombeau des Rois, le désignant presque 
à Tatlention publique par le soin même misa l'éviter, n'avait pas 
du être vu d'un œil meilleur par certains rigoristes, qui n*hési- 



1. II RoiSy XX, 12-18 ; haie, xxxix, 1-8. 

2. On n'a pas encore son^é, que je sache, à rapprocher de la célèbre pro- 
phétie de Jésus sur la destruction du Temple, le dicton populaire que nous a 
conservé Josèphe (G, J., vi, 5-4), une prétendue prophétie d'après iaquelio le 
Temple serait détruit le jour où il aurait « son quatrième angle ». On visait 
par là, — tel est, du moins, mon avis, — l'entaille qu*avait dû faire Hérode 
dans le mamelon rocheux sur lequel s'élevait la forteresse Antonia, pour régu- 
lariser Tenceinte quadrangulaire du nouveau hiéron agrandi. L'on a jusqu'ici 
méconnu, selon moi, le véritable sens de ce passage, en croyant que le mot 
xaOaipediç y indique la prise d'Antonia par Titus ; Josèphe eût dit, dans ce cas, 
aipcdi; ; il ne s'agit pas d'un épisode même du siège, mais d'un fait antérieur à 
ce siège, qui se termina par la destruction du Temple, c'est-à-dire par la réa- 
lisation de la u prophétie ; autrement, il n'y aurait plus prophétie, la prise 
d'Antonia et la destruction du Temple n'étant que deux scènes consécutives du 
môme acte de celle trajrédie historique. 



LES TOMBEAUX DE DAVID ET DES UOIS DE JUDA 291 

tèrent pas à accuser le trop entreprenant monarque « d'avoir 
profané les ossements de ses pères » et « révélé le mystère » de 
leur sépulture. 

Une autre indication matérielle, fort importante pour les 
recherches à entreprendre sur le terrain, nous est fournie par ce 
récit. C'est qu'à proximité des Tombeaux des Rois se trouvaient 
d'autres sépulcres, non seulement celui attribué à Isaïe^ mais 
ceux (( des prêtres ». Il y avait donc dans cette région une véri- 
table nécropole ; et si, comme cela est à supposer, chacun de ces 
sépulcres avait son entrée distincte, ce n*est pas seulement la 
bouche du puits donnant accès dans les Tombeaux des Rois qu'on 
peut espérer trouver en s'engageant dans celte voie, mais les 
entrées, en forme de puits ou non, de ces autres sépnlcres. La 
Bible nous apprend, d'ailleurs, que plusieurs des rois de Juda, 
avant et après Ëzéchias, n'avaient pas été, soit pour une raison, 
soit pour une autre, ensevelis avec leurs pères dans l'hypogée de 
David et de Salomon, mais dans des tombeaux à part. Ces 
tombeaux, eux aussi, devaient avoir nécessairement leurs entrées 
propres, ce qui augmente d'autant les chances de découverte, le 
jour où Ton se décidera à entreprendre le déblaiement à fond de 
la région que j'ai déterminée. Il y a peut-être là toute une série 
de puits débouchant à la surface du rocher et répartis sur une 
étendue relativement considérable se prolongeant dans le nord- 
ouest, selon la direction de la ligne X'X. S'il en est ainsi, cela 
n'en expliquerait que mieux pourquoi les ingénieurs israélites 
s'étaient décidés pour la déviation par le sud-est, puisque ce 
n'était plus seulement l'hypogée royal, mais toute une nécropole 
creusée dans cette partie de la colline qu'il s'agissait d'éviter. 



VII 



En résumé, je m'arrêterai aux conclusions suivantes : 

1« L'emplacement des tombeaux de David, de Salomon et de 



292 BECUEIL d'aRGHÉOLOGIK ORIENTÂLfi 

leurs successeurs doit être compris dans la boucle méridionale 
du tunnel de Siloé, le long d'une section de la ligne XX', dans 
une aire polygonale limitée sur trois de ses cAtés par les lignes 
BD, DE, EH ; 

2° L^entréo de ces tombeaux doit ôlre très petite et consister 
en une simple bouche de puits. 

Je propose, en conséquence, pour trouver cette bouche, de 
mettre à nu jusqu'au roc la surface ainsi circonscrite. Je conseille- 
rais d'attaquer la fouille à la hauteur de la section du canal 
comprise entre le puits antique F et renfoncement G de la paroi 
du tunnel. Pour simplifier le déblaiement, on pourrait établir au 
préalable, dans la partie la plus basse du terrain, le long de 
FG, une première et large tranchée en talus, descendant jus- 
qu'au roc; puis on remonterait de proche en proche, dans le 
nord-ouest, en déplaçant les terres d'un talus à Tautre, et en 
faisant pour ainsi dire progresser parallèlement à elle-même la 
tranchée qui , pendant tout son parcours sur le roc successivement 
déblayé et remblayé^ garderait sensiblement la môme largeur. 
Simultanément on pourrait essayer peul-ôtre de reconnaître et 
d'atteindre directement les cavités de Thypogée, en forant des 
trous de sonde dans le roc, à Taide d'appareils appropriés. Dans 
ce cas, je recommanderais de faire ces sondages, de préférence, 
le long do la bande comprise entre les parallèles ZG et XX'. 
Sonder également les deux réduits G et G des parois nord-est et 
nord-ouest du tunnel. 

Je ne sais si notre Compagnie jugera à propos de prendre sous 
son patronage une pareille entreprise, sans attendre qu'une nou- 
velle initiative, venue encore de l'étranger, cette fois mieux 
informé, aboutisse enfin à une découverte dont les conséquences 
seraient inappréciables pour l'histoire biblique. Mais j*ai cru de 
mon devoir, en tout état de cause, de lui soumettre la question, 
en indiquant de mon mieux, soit à elle, soit à d'autres qui vou- 
dront faire leur profit de ces indications, et le but à atteindre et 
les moyens que j'estime les plus propres à l'atteindre. 



LES TOMBEAUX DE DAVID ET DES ROIS DE JUDA 



293 



Je me permettrai seulement, en terminant, d'insisler auprès 
d'elle sur un des points subsidiaires que j'ai touchés en passant, 
et dout je prends la liberté de la saisir formellement : je veux 
dire la modification, si désirable, de celte inscription officielle 
qui a été apposée sur les Koboùr el-Moloùk et qui fait savoir à 
tout venant que le Gouvernement français possède les tombeaux 
authentiques des rois de Juda. A défaut de la découverte de la 
vérité, qui se fera peut-être attendre encore longtemps, il y a là, 
j'estime, une erreur à rectifier, — mettons, si l'on veut, une 
équivoque — qui n'a que trop duré pour la bonne tenue de la 
science française, et à laquelle il importe de voir notre Compa- 
gnie couper court en intervenant auprès de qui de droit avec 
Taulorité légitime qui lui appartient. 



Je crois utile de publier ici une reproduction du plan de l'aqueduc levé en 
1866 par le Frère Liévin de Hamme avec Taide de M. de Terves. Ce plan n'a 




A. Piscine. 

B. Espèce de coupole (ancien re- 

gard?). 

G. Sable. 

D. Racines. 

£. Échancrures en forme de cou- 
pole. 

F. Entaille. 

G. Entaille. 

H. Élargissement. 

I. Élargissement. 

J. stalactites. 

K. Source. 

L. Ganal qui mène au Temple ? 

M. Entaille. 

N. Entaille. 

0. Source. 



sans doute pas la précision de celui qu'a exécuté plus tard le lieutenant Warren 
et que j'ai donné plus haut; les angles, notamment, pris avec une boussole ordi- 



294 REcutiL d'archéologie orientale 

naire, sont plus approximatifs. Néanmoins, tel qu'il est, avec les observationi 
qu'il contit^nU, ce document a une réelle valeur de contrôle et m'a paru mériter 
(l'être pris en considération. Il suflirait presque, à lui seul, pour faire com- 
prendre la marche, la déviation et les tiltonnements des deux équipes de mi- 
neurs cheminant à la rencontre Tune de Taulre. 



§67. 
U ne nouvelle inscription phénicienne de Tsrr. 

Le chapitre du Corpus Inscriptionum Semiticarum ouvert au 
compte de Tyr se clôt, comme on sait, pour néant. Jusqu'en 
188*0 on ne possédait pas, en effet, une seule inscription prove- 
nant de cette ville fameuse qui, avec Sidon, représente le cœur 
m("me de la puissance phénicienne. C'est seulement à cette épo- 
que que j'ai eu la bonne fortune de combler cette lacune et d'i- 
UiUigurer la série tyrienne en faisant connaître dans le premier 
volume du présent Recueil im texte intéressant découvert par le 
hasard des fouilles indiirènes sur l'emplacement même de Tyr*. 
J'avais eu, en même temps, la satisfaction d'assurer au Louvre 
la possession de Toriginal de cette Tyriensis prima. 

Voici aujourd'hui la secunda. Elle s'est fait un peu attendre, 
mais elle est venue, nous apportant bon espoir pour Tavenir. Elle 
a (Hé recueillie dans la région sud de la ville, sur le bord de la 
mer, dans les parages de ce que Ton appelait dans l'antiquité le 
« port égyptien », par un Arabe indigène, qui vient de me rap- 
porter à Paris. J'ai réussi à obtenir qu'elle allât rejoindre au 
Louvre sa sœur aînée. Puisse cette petite famille épigraphique, 
jusqu'ici unique dans les musées d'Europe, s'accroître par de nou- 
velles et moins lentes accessions. 

Ce n'est, cette fois encore, qu'un débris d'inscription, un frag- 
ment se présentant sous la forme d'une plaque carrée, de marbre 

1. J»' reproduis textuellement dans la légende les annotations du F. Liévin. 

2. R*'«;ueil tVarchcolrujie orientaley vol. I, p. 87. 



UNE NOUVELLE tSSCRIPTIOS PHÉMiaESSE DB TYR 295 

blanc, tacheté bleuAtre, dont les dimensions sont : largeur, O^ili; 
longueur, O^.IS; épaisseur, 0",0ÎIS, Sur la face supérieure on 
remarque une sorte de petite cuvette irrégulière, incomplète et 
peut-être pas primitive, mesurant environ 0",02S de creux et 
O-.OSdediamèlre. 




Était-ce un socle bas, servant de support à UQ objet disparu? 
Je ne saurais le dire, non plus que déterminer si le texte com- 
plet avait un caractère religieux ou funéraire. La tranche laté- 
rale gauche est intacte et ne porte ])as trace de caractères; la 
tranche latérale droite semble avoir été, au contraire, retaillée à 
une époque postérieure. 

Sur la tranche antérieure sont gravés quelques caractères phé- 
niciens, fin d'une inscription dont le commencement se trouvait 
probablement sur ta tranche latérale droite : 

nt*a an byon^-j nn 



'<.... de Abdbaal, chef de cent, ou des Cent (?) ». 

Le nom de Abdbaai esl cerlain, ainsi que le motn, qui le suit. 
Il est précédé d'un caractère extrêmement mutilé, à tige inclinée 
de droite à gauche, à ce qu'il semble, mats qui ne saurait guère 
être un isade, ce qui exclut la restitution n3[ïC] à laquelle on 
aurait pu songer. Serait-ce la dernière lettre d'un nom propre, 
rattaché au nom de Abdbaai par le mot t\z, « fille de »? Il serait 
téméraire de l'affirmer. 

Les trois derniers caractères paraissent bien être nttc; Valeph 
a quelque peu soiilTcr), mais il est suffisamment reconnaissable. 



296 RECUEIL d'aHCUÉOLOGIB ORnSNTÂLE 

Littéralement n^<a21, semble vouloir dire « chef de cent»; ce 
serait donc l'indication du titre ou de la fonction de AbdbaaI. 
L'expression est comparable, au moins pour la forme, sinon 
pour le sens, au grec èxarcvrapxcç, qui est lui-même la traduction 
courante du latin centurio. Cela ne veut pas dire, bien entendu, 
qu*il faudrait faire descendre la date de notre inscription jusqu'à 
Tépoque romaine; la paléographie, assez semblable à celle des 
inscriptions d*Oumm el-'Awâmîd, nous reporte vers Tépoque 
moyenne des Séleucides. 

J*ignore si Torganisation militaire macédonienne introduite 
en Syrie comportait un grade d'hécatontarque. Sans doute, il 
n'est pas impossible que ce grade existât dans Tarmée de terre 
ou de mer des Phéniciens. Mais est-ce bien un grade militaire 
qui se cache ici sous cette expression? Ne serait-ce pas plutôt 
un titre de Tordre civil, et n y aurait-il pas eu chez les Tyriens 
quelque « Conseil des Cent », dont notre personnage aurait été 
le président? La chose est fort possible; et, alors, la position so- 
ciale de Âbdbaal s'en trouverait' singulièrement rehaussée en 
même temps que l'intérêt de Tinscription, puisque ce ne serait 
plus à un simple capitaine que nous aurions affaire, mais bien 
au chef d'une assemblée qui devait jouer un rôle considérable 

r 

f dans l'Etat tyrien. Nous ne savons pour ainsi dire rien sur la 
constitution politique des villes phéniciennes sous la domination 
séleucide. Tout ce que nous pouvons affirmer, et cola grâce à la 
Tyriènsh prima dont j'ai parlé plus haut, c'est que Tyr avait des 
sulTètes. Il se peut que le régime municipal, introduit à Tyr en 
273 avant J.-C, par PtoléméellPhiladephe, comportât, sinon au 
début même, du moins un peu plus tard, Tinstitution d'un Con- 
seil des Cent, chargé d'administrer la cité et son territoire. J'a- 
voue que cette idée me tente beaucoup, quand je songe, d'autre 
part, à la fille coloniale de Tyr, à Carlhage, dont les institutions, 
bien que modifiées par le milieu nouveau où elles avaient été im- 
plantées, devaient avoir plus d'un point de ressemblance avec 
celles de la métropole. Or, à Carthage, il y avait des sufTètes, et 
à côté des sudètes, une grande assemblée, le fameux Conseil des 



l'ère d*actium en phénicie 297 

Cent, ainsi appelé couramment, par les anciens auteurs classi- 
ques, bien que, dans la réalité, il paraisse avoir élé composé de 
iOi membres. Pourquoi Tyr, elle aussi, n*aurait-elle pas, eu, à 
côté de ses sulTètes, son Conseil des Cent, avec un président qua- 
lifié de RabMeot^ « chef », non pas « de cent », mais « des Cent »? 
Il n'entre pas dans mes intentions de refaire, après tant d'autres*, 
l'historique et de retracer le rôle du Conseil des Cent de Carthage, 
en discutant les divers renseignements^ souvent difficiles à con- 
cilier, que les auteurs classiques, depuis Arislote jusqu'à Justin, 
nous ont transmis à ce sujet. Il me suffira de rappeler que ce 
rouage essentiel des institutions de la Venise punique y tenait 
une place et y avait une action comparable à celle du Conseil des 
Dix de la véritable Venise. Ce ne serait pas le moindre intérêt du 
fragment de Tyr, s'il nous révélait réellement, sous saforme phé- 
nicienne originale, le nom qui, en Afrique comme en Syrie", 
était donné à cette assemblée si souvent mentionnée dans l'his- 
toire classique. 



§ 68. 
L'ère d'Actiuxu en Phénicie. 

La ville de Tripoli de Syrie a frappé, dans Tantiquité, plusieurs 
séries de monnaies très connues des numimatistes, qui les ont 
bien classées en groupes distincts, mais sans arriver à s'entendre 
sur les époques auxquelles il convenait de rapporter respective- 

1. Voir les ouvrages classiques de Movers, Kenrick, Bosworth Smitb et, 
surto ut, le II* volume (p. 36 et suiv.) de la Gtschichte der Karthager de Mel- 
tzer (avec les Anmei*kungen aiïérentes). 

2. Je relève, par hasard, dans Kenrick, Phcmicia^ p. 273, un passage où il 
est question du roi de Sidon et de ses « cent sénateurs », à propos du syn- 
edriuoi de bidon, Tyr et Aradus, tenu à Tripolis. Je n'ai pas pu retrouver le 
texte sur lequel s'appuie Kenrick pour celle indication. Si c'est celui, bien 
connu, de Diodore de Sicile (XVI, 41), le détail caractéristique du nombre de 
« cent » ne s*y trouve pas; ce ne serait alors qu'une simple conjecture de Ken- 
rick, qui l'aura peut-être empruntée à Movers. 



298 RECUEIL d'archéologie orientale 

mont ces f^roupos caractérisés par l'emploi d*ëres indéterminées. 

GrAro à des exemplaires mieux conservés oa inédits dont il a 
eu la bonne fortune d'enrichir sa collection, M. le D*" J. Rouvier* 
a réussi h jeter sur plusieurs points une lumière qui semble de- 
voir cire défmitive. Dans son mémoire présenté à TAcadémieel 
que celle-ci a bien voulu renvoyer à mon examen, il a établi 
Texislence sur res monnaies de trois ères, quelquefois mises en 
concordance : 

4" L'ère courante dos Séleucides, qu'on avait déjà reconnue; 

2° Une ère autonome, propre à Tripoli, et commençant à 
Tan 403 avîuil J.-C, et non pas à l'an 64 (ère de Pompée) ou à 
Tan 150, ou à Tan 412, suivant les systèmes divergents entre 
lesquels se partageaient jusqu'ici les numismatistes ; 

3** L'ère de la victoire d'Actium (commençant à l'an 31 av. 
J.-C), qui figure sur une série de monnaies de Tripoli allant de 
Tan 4 de cette ère jusqu'à Tan 29. 

Ce dernier fait, jusqu*ici inconnu, est particulièrement inté- 
ressant parce qu'il coïncide, comme le fait justement remarquer 
M. Rouvier, avec l'emploi de Tère actiaque sur des monnaies 
frappées par la ville de Botrys, voisine de Tripoli, et aussi par 
d'autres villes de Syrie. 

J'ajouterai qu'il existe une preuve épigraphique importante 
que je me permets de signaler à M. Rouvier comme venant à 
l'appui de sa thèse. C'est l'inscription, extrêmement curieuse à 
d'autres égards, découverte dans le temps par Renan à Ma'âd, 
village situé entre Batroùn {Botrf/s) et Djebàïl (Byblos), c'est-à- 
dire sur une partie de la côte phénicienne qui peut être considérée 
comme dépendant de Tripoli. Celte inscription est ainsi conçue : 

"Ktcjç y-Y v'>/,y;; K'a(jap:^ i]î6ar:c5 'Ay.TiaxiJç, Qi[koq A63ou9{ps*j 

1. Lcsri'cs (le Tripoli en Vhûnide, (Le m^'-moire est destiné à être publié dans 
la Uetue de. nnmibmatiquc). 

2. Voir sur la vt'Titîihle lecture et l'explication de celte inscription mon mé- 
moire intitulé : Lf dieu Satrape et les VhMcii'ns tians le Péloponnèse (1877), et 
inos notes ('ompléin'Mjlaires dans le Journal asiati'iue, vers la même époque. 



GADARA ET LA X* LÉGION FRETENSIS 299 

Il s'agit, comme on le voit, d'une offrande faite au dieu Sa- 
trape par un Phénicien, un certain Thamos, fils d'Abdousiros, en 
la 23° année delà victoire de César Auguste à Actium, année 
correspondant à Tan 8 avant J.-C. L'ère actiaque a donc été d'un 
usage courant dans une partie de la Phénicie, probablement par 
suite de circonstances politiques qu'il est facile de comprendre, 
et cela pendant une période assez courte, cette ère ayant été sur- 
tout une ère de circonstance instituée par un sentiment d'adula- 
tion qui ne survécut guère à la mort d'Auguste. L'on s'explique, 
dès lors, fort bien, l'emploi de cette ère sur les monnaies de 
Tripoli. 



§69. 
Gadara et la X® légion Fretensis. 

J'ai publié, il y a environ deux ans*, d'après de très médiocres 
empreintes, une intéressante inscription romaine, récemment 
découverte en Palestine, une dédicace de la 1'® cohorte de la 
X* légion Fretensis à l'empereur Hadrien. 

La pierre originale vient d'être apportée à Paris par un Arabe 
qui s'en était, depuis, rendu acquéreur; et j'ai eu la satisfaction 
de constater que le texte que j'avais pu, non sans peine, dégager 
des documents informes qui m'avaient été envoyés, est exact. La 
détermination des figurines sculptées à droite et à gauche, et à 
peine distinctes sur mes frottis, est également confirmée par 
l'autopsie de l'original. J'ai profité de Toccasion pour faire pho- 
tographier le monument; on en trouvera dans mon Album d'An- 
tiquités orientales une fidèle reproduction, destinée à remplacer 
celle, forcément très approximative, qui accompagne ma pre- 
mière notice et qui était une véritable restitution. 

La dédicace est gravée sur un grand bloc de calcaire dur, 

1 . Études (f archéologie orienialej vol. I, p. 168. 



300 RECUEIL D* ARCHÉOLOGIE ORIENTALE 

compact, de couleur rose foncé, mesurant : longueur, 1*,20; 
hauteur, 0°*,5^; épaisseur, O",!?. 

Les fi^Mirines, qui flanquent le texte à droite et h gauche, sont 
très gauchement sculptées et, de plus, ont notablement souffert. 
Elles surmontent deux tètes de taureaux (?), elles-mêmes fort 
mutilées. La figurine de droite est incontestablement, comme 
j'avais cru le reconnaître, un Neptune armé du trident, tenantoD 
dauphin sur sa main droite et le pied appuyé sur une proue de 
navire. La figurine de droite, habillée d^une tunique succincta^ 
avec le suhlvjaculmn , tient d'une main une couronne, de l'autre, 
à ce qu'il semble^ une palme. Elle a Tair d*ètre montée sur ce 
pieu servant de support ordinaire aux trophées; mais la pierre 
est trop dégradée dans celte région pour je puisse garantir la 
réalité de ce détail. N'était son aspect féminin, on pourrait y 
voir une Victoire; mais ce peut être aussi, comme je Tavais in- 
diqué, un (jrnius, génie de la légion, ou de la coborte. 

On se rappelle peut-élre que, par suite des réticences de me» 
correspondants indigènes, il m'avait été difficile d'établir la prove- 
nance exacte du monument; on m'avait successivement parlé de 
Nazareth, de Tibériade, des bords du Jourdain, de Belsftn oa 
Scythopolis. Des nouveaux renseignements que j'ai réussi à 
obtenir, il résulte que la pierre aurait été, en réalité, découverte 
\i Oumm Kels, autrement dit Tantique Gadara. Le fait, s'il est 
certain, aurait son importance historique. Il pourrait même jeter 
une certaine lumière sur la signification des personnages sym- 
boliques accompagnant l'inscription. Nous savons, en effet, que 
la X*" légion Fretemis a dû prendre part, au début de la guerre 
juive, «1 un exploit naval qui eut pour théâtre le lac de Tibé- 
riade, non loin de Gadara. C'est la victoire remportée par Titus 
sur les habitants de Tarichée; les soldats romains, marins im- 
provisés, montèrent sur des radeaux pour exterminer les Juifs 
réfugiés sur leur petite flottille; ce fut, comme nous le dit expres- 
sément Josèphe*, une véritable namnachie. Si la X* légion ne 

1. Josèplie, Cm. y., III, 10 : 1. Nous savons d'autre part (i5., UF, 4 : 2) que la 



GADARA ET LA X^ LÉGION FRETENSIS 301 

portait pas déjà son surnom de Fretensis, elle l'aurait bien gagné 
dans celte affaire, où Neptune ne lui fut pas moins favorable 
que Mars. 

Le souvenir de ce haut fait semble s'être conservé dans la 
tradition locale de Gadara. Nous avons plusieurs monnaies im- 
périales frappées dans cette ville, cependant très mésogéienne, 
et où figurent la galère et le dauphin. L'une d'elles, même, au 
nom de Marc-Aurèle, porte en toutes lettres, au dessous de la 
la trirème, les lettres NAYMA(x(a) *. M. de Saulcy a ingénieu- 
sement supposé qu'il pouvait s*agir de fêtes naumachiques 
célébrées sur le lac de Tibériade, en commémoration de la dé- 
faite des Tarichéens. Aujourd'hui que nous avons lieu de croire 
au cantonnement d'un détachement de la X® légion à Gadara, 
sous Hadrien, on peut se demander si cette légende monétaire 
ne vise pas simplement et directement un des épisodes les plus 
glorieux de Thistoire la légion, tenant garnison à Gadara, dans 
les parages même de l'endroit où elle s'était autrefois illustrée. Il 
est possible, d'ailleurs, que la numismatique de Gadara contienne, 
ou nous apporte un jour sur des exemplaires mieux conservés, 
des indices positifs de la présence de la X" légion dans ses murs. 
11 faudrait voir si, par exemple, sur le vexillum tenu par une 
femme sur une monnaie' frappée à Gadara au nom de Vespa- 
sîen, il n'y aurait par inscrit, selon un usage fréquent, le numéro 
de notre légion. De même, sur une autre monnaie du même 
empereur', la contre-marque « méconnaissable » qui y existe 
porte peut-être, ou ce numéro, ou un emblème distinclif de la 
X* légion (trirème, ou porc*). Le monnayage de Gadara est dé- 
sormais à examiner de près, à la lumière de cette donnée nou- 
velle. 



X« légioD était l*une de celles que Titus avait amenées à soa père Vespasien 
sur le lieu des opérations en Galilée. 

1. De Saulcy, Numism, de Pa/es^, p. 299, no 2. 

2. Id., op. c, p. 296, no 1. 

3. Id., op. c, p. 297, no 3. « 

4. Comme sur les tuiles et briques découvertes à Jérusalem et portant Tes- 
tampiie de notre légion. 




302 RECUEIL d'archéologie orientale 

En tout cas, je relève une preuve épigraphîque non équivoqoe 
d'un rapport étroit entre Gadara et la X^ légion. C'est dans xm 
inscription provenant de DjebâïP, et ainsi conçue : 

Dis Manibus, L. Philocalus, L. filins, colonia Valen{tia) G*- 
darûy miles leghmis X Frietensis), cetiiuriae Cranii Ho... t. Hicsitw 

est. 

Selon toute vraisemblance, ce légionnaire indigène, qui élail 
allé mourir sur la côte de Phénicie, avait été recruté sur place, 
à Gadara, par la légion dans laquelle il était incorporé» peut- 
être au titre auxiliaire. 



§70. 

La basilique de Constantin et la mosquée d'Omar 

à Jérusalem*. 

I 

On vient de découvrir à Jérusalem, non loin de Téglise do 
Saint-Sépulcre, une inscription arabe en anciens caractères coa- 
fiques, qui me paraît offrir un intérêt exceptionnel pour l'histoire 
et pour Tarcliéologie. Elle jette en effet, comme on va le voir, 
un jour nouveau et inattendu, d*une part, sur un épisode célèbre 
de la conquête de la Jérusalem byzantine par le calife Omar; 
d'autrepart, sur la question, encore si obscure, des transforma- 
tions subies par les grands sanctuaires chrétiens, qui, construits par 
Constantin et Hélène sur remplacement de la Passion, avaient 
été réédiflés par le patriarche Modestus, après les ravages de 
l'invasion perse en 614 '. 

Avec un obligeant empressement, dont je ne saurais trop les 
remercier, le P. Séjourné, du couvent des Dominicains de Saint- 

1. Renan, Miss, de Phén., p, 191. Inscription du ii« ou ni» siècle. 

2. Mémoire communiqué à rAcadémie des Inscriptions et Belles-Lettres, 
séances du 22 octol)re et du 5 novembre. 

3. Sur cette invasion, voir plus haut, § 47, pp. 137 et sui?. 



BASILIQUE DE CONSTANTIN ET MOSQUÉE D*OMAR A JÉRUSALEM 303 

Etienne, et le P. Fourier, de la CusLoJie franciscaine de Terre- 
Sainte, ont bien voulu, chacun de son côté, me transmettre des 
documents et des renseignements relatifs à cette importante 
trouvaille. 

Le premier m'a envoyé deux photographies du bloc portant 
l'inscription, photographies excellentes, mais qui, malheureuse- 
ment, par suite de l'impossibilité du recul, présentent le texte 
en raccourci : il y a joint un plan sommaire des lieux, indiquant 
la position occupée par la pierre, et un premier essai de déchif- 
frement et de lecture. Le second m'a envoyé, outre des photo- 
graphies à plus grande échelle, mais affectées du même défaut 
inévitable, un très bon estampage, avec une courte notice en 
latin, imprimée à la typographie de la Custodie de Jérusalem' 
et donnant un essai de transcription et de traduction du texte 
arabe. 

Ces photographies prises au moment de la découverte consti- 
tuent aujourd'hui des documents d'autant plus précieux que, 
d'après les dernières informations que je viens de recevoir, le 
monument original a été la victime d'une mutilation qu'on ne 
saurait trop regretter. La face du bloc portant l'inscription a été 
sciée par ordre des autorités locales; or, comme je vais l'expli- 
quer, le bloc lui-même, indépendamment de l'inscription, était 
un témoin qui avait sa valeur et un document possédant une si- 
gnification propre. 

Avant d'aborder l'examen du texte arabe, il importe de se rendre 
un compte exact de la forme de la pierre et du lieu où elle a été 
trouvée '. 

L'église actuelle du Saint-Sépulcre et ses dépendances sont 
enclavées dans un grand Ilot quadrilatéral, limité par quatre 
rues perpendiculaires entre elles : au nord, la rue de la Khânqâh ; 
au sud, la rue des Dabbâghtn; à l'ouest, la rue des Chré- 

1. ^iudio$i^ Archœologix orientaîis communicandum (Hierosolymis, e Couv. 
SS. Salvatoris FF. Minorum T. S. die 3 aug. 1897; en placard). 

2. Voir, pour la disposition des lieux, le Fr. Liéviii de Haiiime, Guide-indica- 
teur des sanctuaires, etc. î, p. 218. 



304 



RECUEIL d'aHCHÉOLOGIB ORIENTALE 



tiens, à Tesl, la rue du Khàn ezZeît. De cette dernière rue se 
détache une petite ruelle ou, pour mieux dire, une impasse, 
montant à l'ouest, dans la direction de Téglise, et permettant 
d'accéder, d une part, à la terrasse de la chapelle souterraine de 
rinvcnlion de la Croix, terrasse appartenant aux Abyssins (E), 




^ AA"', nngle do mur anticpie. — B, blor portant riusnriptioD couGque. — G, maisoiu coptet. — 
ifdd, bases d«* coloimes in -vt». — E, chapolle souturraiuo de rinTention de U Croix. — F 
Caivairo. — (i, Sainl-Sépulrre. — H, petite mosquée dite d'Omar. — I, petite moequte tans 
iioDi. — J, Makh/ea cl-lieylik. — K, Sainte-Marie de l'Hôpital des CheTaliers de Saint-Jeui. — > 
L, emplacement de l'ancitm atrium, interpoji(^ entre l'Anastatis et le Martyrion. — M, eatré- 
niit<^ ('.') septentrionale du mur antique A. 

d'autre part, à la IX* station de la Voie Douloureuse tradition- 
nelle (Troisième chute de Jésus sous la croix)*. Le niveau de cette 



1. Voir le plan sommaire des lieux, où jVi indiqué la position des points prin- 
cipaux dont il sera question dans cette dissertation. 



BASILIQUE DE CONSTANTIN ET MOSQUÉE d'oMÂR 4 JÉRUSALEM 305 

ruelle est notablement en contre-haut de celui de la rue du 
Khân ez-Zeît ; aussi, pour passer de l'une à Tautre, faut-il gravir 
un étroit escalier à deux volées, orientées sud-nord. Cette diffé- 
rence de niveau, si nettement accusée, est un fait à retenir ; j'y 
reviendrai, quand j'aurai à traiter la question de topographie an- 
cienne soulevée par ce nouveau document lapidaire. 

Le 30 juillet dernier, en procédant à des travaux dans la pre- 
mière maison située, à main droite (G), au commencement de 
cette ruelle, et occupée par des Coptes, on découvrit un pan de 
mur ancien, filant du sud au nord, surTun des blocs duquel était 
gravée l'inscription qui fait l'objet de cette étude. Ce point est 
situé à environ 112 mètres, presque plein est, de l'édîcule du 
Saint-Sépulcre (G). Le bloc (B) appartenait au parement est de 
ce pan de mur, qui, orienté sensiblement sud-nord, semble 
être le prolongement septentrional d*un mur remarquable, de 
construction antique, dont la partie méridionale avait été déga- 
gée autrefois, dans un terrain voisin appartenant à la Russie, 
par les fouilles de Sir Charles Wilson, en J864, par les miennes, 
en 1874 *, et par celles de l'archimandrite russe^ le P. Antonin, 
en 1883. Ce mur, d'un superbe appareil, fait au sud un retour à 
angle presque droit (A'AA")*; on y avait généralement reconnu 
l'angle sud-est de l'ancienne basilique ou Martyrion de Constan- 
tin, Tédifice grandiose que décrit Eusèbe et qui était distinct et 
indépendant de Téglise proprement dite du Saint-Sépulcre, ou 
Anastasis. La première était un édifice carré, dont il ne reste 
plus trace; la seconde, un édifice circulaire, qui s'est conservé en 
partie dans la rotonde de Téglise actuelle. J'entrerai tout àTheure 
dans de plus amples explications sur ce point et je montrerai en 
quoi et dans quelle mesure notre inscription arabe tend à con- 
firmer, d'une façon aussi heureuse qu'imprévue^ cette conclusion 
archéologique. 

1. On trouvera, dans le premier volume de mes Archaeologinal Researches 
in Palestine f la description et les relevés graphiques très détaillés des restes 
antiques dégagés par mes fouilles. 

2. En réalité, cet angle est un peu obtus; jeTévalue à96«, d*après les relevés 
que j'en ai pris avec M. Lecomte, après Tavoir entièrement dégagé en 1874. 



RSCUBIL D^ARCHftOtOOU ORIBNTALB. II. DtCBMBRB 1897. LIVRAISON 20 



306 RECUEIL D ARaiËOLOGIK OBlEIfTALB 

Le bloc, à peu près cubique, mesure 1~,10 de cftté, sur 1",fl5 
d'épaisseur. Sa face antérieure, celle qui a repu l*iD8criptiaiii 




est taillée à rcfeutU, avec une ciselure encadrant une table sail- 
lante, dressée avec le plus grand soin. La largeur de la ciselure 
est de 0'",05: sa profondeiirj actuellement de O^.OOSj devait être 
à l'origine, d'après l'évaluation du I'. Séjourné, de 0",0t ■ Celle 
légère dimiinitioti de la saillie primilive, diminution qui, si 
même elle est réelle', est peul-ëlre plus faible encore, serait 
1. Sur les b[iics iiiliiutï de la parUe uiL'ridiuaali' <Ju ce mur, mise à uu par mes 



BASILK'UE DE CO«STAi>lTI.N ET MOSQUÉE d'oMAR A JÉRUSALEM 307 

attribuable au repiquage qu'on a fait subir à la surface du pare- 
ment pour y graver l'inscription. 

On remarque, en outre, sur la même face antérieure, et dis- 
posés sans symétrie, trois trous carrés, d'environ 0°,03 de cûté. 




Ces trous existaient certainement avant que l'ingcriptioa ait 
élé gravée ; c'est ce que montre nettement le mot aà-JIÎ^ à la 
cinquième ligne, dont on a prolongé, d'une façon anormale, le 
trait rattachant le lâm au fé, pour franchir et éviter un do ces 
trous qui tombait justement au beau milieu du tracé. Ces trous 
sont identiques à cens dont j'avais déjà relevé l'existence sur 
les blocs de diverses assises de l'exlrémilé méridionaic du mur, 



fouilles de 1814, j'avais conslalé que la aaillie de la lable sur le fond de la ci 
lure ^lail de 0<»,008 à 0>°,009. 



308 RECUEIL d'archéologib orientalr 

dégagé par mes fouilles de 1874; ils servaient^ ainsi que je lu 
reconnu alors, à fixer au parement oriental^ un placage, de 
marbre probablement, à Taide de pattes ou crampons en bronze, 
dont j'ai retrouvé des fragments, encore en place au fond des 
trous. Ces blocs présentent, en plus, les mêmes ciselures et re- 
fends. II est donc évident que celui-ci, placé dans le même ali- 
gnement, à une quinzaine de mètres au nord de cet angle sud- 
est, fait partie intégrante du même ensemble archi tectonique, 
et que l'inscription arabe qu'il a reçue a été gravée, après coup, 
sur la pierre in silti. J'insiste sur ce point, parce que j'aurai à 
en tirer, quand le moment en sera venu, d'importantes conclu- 
sions historiques et archéologiques. 

L'inscription se compose de six lignes de magnifiques carac- 
tères coufiques. A part quelques mots qui restent douteux, on 
peut la lire et la rendre à peu près ainsi : 

'.JÀ\ ;>li ^ JUi ^Vi ^> 2 

• •• • 



-il *b jl ô^l J f^-J^* 6 

« Au nom du Dieu clément, miséricordieux. 
« Par ordre supérieur émanant de la Hadhra Sanctifiée (?), à 
l'effet d'(assurer) la préservation de cette mosquée {mesdjed) et 

1. J*ai également constaté Texistence de ces trous caractéristiques sur un 
bloc, au moins, du parement septentrional de Tamorce du mur faisant retour 
d'angle en A^. 



BASILIQUE DE CONSTANTIN ET MOSQUÉE D^OMÂR A JÉRUSALEM 309 

d'(en garantir) la fondation, défense d y laisser entrer aucun 
(chrétien jouissant) de la dhimma, (soit) pour..,, soit pour (tout) 
autre (motif). Que Ton se garde de contrevenir à cette (défense), 
et que Ton se conforme à la teneur de l'ordre y relatif, s'il plaît à 
Dieu! » 

L'expression •^^^Wll IjJaaA, à la fin de la deuxième ligne, est 
embarrassante. On est tout d^abord tenté de prendre le mot •/^>-, 
littéralement « présence », dans son acception la plus ordinaire, 
celle qu'il a eue de bonne' heure en arabe, et d'y voir le titre cor- 
respondant à notre « Seigneurie, Altesse, Majesté, etc. » Ce litre, 
qui s'applique indifféremment à Dieu, aux prophètes, aux sou- 
verains, aux grands personnages, s'emploie couramment encore 
aujourd'hui, et il en est même arrivé, comme celui tout à fait 
analogue de %^^, à n'être plus qu^un terme de politesse banale, 
équivalent à peu de chose près, à notre « Monsieur >/. Il dési- 
gnerait alors ici la personnalité de l'autorité supérieure de qui 
émane Tordre; et, comme il est accompagné d'une épithète ca- 
ractéristique, •j4i^^ « sanctifiée )> , ou, plus exactement « purifiée » , 
il semblerait devoir viser une autorité d'essence plutôt religieuse 
que civile. 

En l'espèce, étant donné que l'inscription appartient, comme 
nous le verrons, à une haute époque, cette autorité pourrait être 
le calife, soit un Abbasside, soit un Fatimite, selon la date qu'on 
sera conduit, par d'autres considérations, à attribuer à ce mo- 
nument. En tout cas, il est certain que le titre de •y*i>- était 
donné autrefois aux califes. Je relève, par exemple, le protocole 
initial suivant, dans la copie d'une ancienne lettre adressée à un 
calife : 



Et, à ce propos, Dozy cite en note un passage intéressant de 
l'ouvrage ElHolaL où il est dit : 

1. Dozy, Script. Arab, loci de AbbadidiSt II, p. i89. 



310 RECUEIL d'archéologie ORIENTALE 

Il semble bien résulter de là que Texpression de #yJi>- élail 
efTectivement employée quand on s'adressait au calife, ce qai 
n'a rien de surprenant et pouvait être admis apriori. Mais nous 
n'avons pas jusqu'ici, ou, du moins, je n'ai pas putrouverlapreuve 
matérielle que Tépilhète, si particulière, de Â^^^la^, servît de qua- 
lificatif à un titre appliqué au calife; le passage cité tendrait 
même à établir que les qualificatifs en usage dans ce cas étaient 

Voilà donc qui irait assez bien^ en tant qu'il s'agit du titre de 

•jM^. Resterait à justifier l'emploi de l'épithète de 1^/4^ qui 

lui est accolée. On pourrait, à la rigueur, essayer de l'expli- 
quer par les prétentions à la « pureté » qu'ont toujours émises 
les souverains pontifes musulmans, tant à raison de leur mission 
d'institution divine qu'à raison de leur descendance vraie ou 
supposée*. Il ne faut pas perdre de vue, toutefois, que le mot 
comporte moins l'idée de « pureté » absolue, que celle de « puri- 
fication », et que la « purification » implique naturellement un 
état antérieur d'impureté. Le dogme musulman a toujours atta- 
ché une grande importance à cette conception théologique de la 
purification, conception pour lui fondamentale, et il l'a appliquée 

1. Le fait paraît être confirmé par une indication du IHoudn el-inchâ (Bibl. 
nat., Manuscr. arabe n^ 4439, fo 160 v), dont je dois la communication à J'obli- 

geance de M. van Bcrciiem. Il y est dit que le titre de ôy^^». était donné autre- 
fois aux califes et accompagné alors des épitbètes 4^uJI 4JU3I. 

J'ajouterai que ces épithètes traditionnelles se sont conservées dans le pro- 
tocole musulman de nos jours ; seulement, suivant une loi générale qu'on observe 
dans i'bistoire de tous les protocoles, qui s'afTaiblissent fatalement par Tusage, 
la seconde a diminué de valeur et baissé d'un degré dans Téchelle biérarchique; 

si un jlc y^\ peut désigner encore aujourd'hui un ordre suprême, ou Qrman, 

un jy'^ y^\ n'est plus qu'un ordre viziriel. 

2. On pense aussitôt, par exemple, au protocole fatimite dans lequel le calife 
parle toujours de la «pureté» de ses ancêtres (j^.. jhiyi Xll ^1^). Il est vrai qu'il 
s'agit là des morts, et non des vivants, et que l'épithète est « purs » et non 
w purifiés ». Voir aussi le Dictionnaire de Dozy (s. vv.) sur l'emploi de y^lt (ou 

jkU» ?), dans le Khorassan, pour désigner le chef des Âlides. 



BASILIQUE DE CONSTANTIN ET MOSQUÉE d'oMAR A JÉRUSALEM 311 

en particulier au sacrement de la circoncision qui, comme le 
baptôme chez les chréliens, efface une tache originelle ; la seule 
dillérence, c'est que cette tache est de Tordre physiologique au 
lieu d'être de Tordre moral. 

«M 

Je dois dire aussi que la lecture matérielle •^^iULt, bien que 
la plus probable^ n'est pas la seule possible ; le mot estsusceptible, 

au besoin, d'être lu aussi •^^4lâll, dérivé de j4)^\ « manifester, 
manifester victorieusement, reconnaître la suprématie de quelque 
chose, la souveraineté de quelqu'un»; ce qui pourrait faire 
songer au verset du Coran qui revient constamment sur les mon- 
naies des Fatimites*. 

Mais je n'insiste pas sur ces possibilités, ayant h mettre en 
ligne de compte une interprétation d'un autre genre, vers laquelle, 
je l'avoue, je pencherais plus volontiers, bien qu'elle ne soit pas 
sans soulever, elle aussi, je le reconnais, des difficultés. 

Le mot •jJa>'\ désigne-t-il vraiment ici une personnalité? Pour- 
quoi, dans ce cas, cette personnalité n'est-elle pas mentionnée 
ès-noms, comme cela a lieu d'habitude? A défaut du nom même, 
on attendrait tout au moins, après le titre honorifique, l'indi- 
cation de la qualité de la personne; par exemple émir aUmoii- 
minîn, ou émir el-mouslimîn*, D'aulre part, la locution ^ ry^' 
littéralement : « Tordre supérieur est sorti de » *, ne laisse pas 
de surprendre quelque peu, s'il s'agit d'une personne; elle sem- 
blerait plutôt annoncer l'indication du lieu d'où Tordre émane. 
Or, il ne faut pas oublier qu'à côté du sens que nous avons vu, 
le mot ÂyJi>- en a un autre, également fort ancien % qui convien- 



1. Coran, ix, 33 : i^ Jj!A ^^ •j4^* ^1 f*"^ observer toutefois que, là, le 
mol en question s'applique à la manifestation victorieuse de la seule vraie reli- 
gion sur les autres, et non pas à celle de son représentant suprême. 

2. Gomme dans les passages historiques cités plus haut; sans parler de Tad- 

jonction du titre ^jjt yw»U, qui semble avoir été de règle dans ce cas. 

3. Je n'ai pas besoin d'ajouter que l'expression ^/i\ *.^ « l'ordre a été pro- 
mulgué », est en elle-même très régulière et s'emploie couramment. 

4. Voir Dozy, op. c. I, 18 (65), 73 (n» 7). 

Je ferai remarquer, à ce propos, que cette acception du « lieu » est peut-être 



342 RECUEIL D*ARCHÉOLOr>IE ORIENTALE 

drail peut-être bien ici : celui de « capitale » ou, plus exactement 
de « lieu où l'autorité souveraine a sa résidence » ; cette accep* 
lion, fort logique, s'explique tout naturellement par le sens pri- 
mitif du mot, « présence » ; la îy^i^-, c'est l'endroit signalé, 

consacré par la présence du souverain. L'on sait que de fout 
temps la résidence du souverain a eu un caractère aug-usle, en 
faisant pour ainsi dire une sorte d*ètre de raison. C^est dans ce 
sens qu'il faut entendre, par exemple, la « Sublime Porte » de 

nos jours, les <iyJJ\ ^^y} et autres expressions analogues aux 
époques antérieures*. 

Un auteur arabe contemporain d'Eutycbius, — de qui j'aurai 
tout à l'heure à invoquer le témoignage, pour d'autres faits — 
Mas'oûdy, dans son Tanbih^, se sert plusieurs fois du mot El" 
Had/tro, pour désigner Baghdàd, en tant que capitale de l'empire 
oriental, ou, plus exactement, de résidence des califes. Qodàma, 
mort en l'an 337 de l'hégire, s'en sert également dans le même 
sens'; et il est probable qu'on pourrait aisément multiplier ces 
exemples*. L'on sait que cette ville est mentionnée par les auteurs, 



même racceplion primitive de ô,^-^»-, et son extension à la « persoane v consécu- 
tive. C'est le processus qu'or constate dans la formation des titres bonorifiques 

personnels >Ull, JUI désignant, à l'origine, le lieu, la résidence. Il en est de 

même de «^U».. 

• ■ 

1. Ces images appartiennent à la même catégorie d'idées que celle dans laquelle 
rentrent nos expressions : « la Cour, le Palais, le Trône, la Couronne, la Curie », 
etc.. Il serait facile de leur trouver des similaires chez les Perses et les Byzan- 
tins, dont les protocoles ont certainement exercé une grande influence sur ceux 
des Arabes, leurs vainqueurs et béritiers. 

2. De Goeje, Bibl. Geogr. Arab., vol. VIII, pp. 374, 381, 382. 

On ne saurait songer à lire matériellement ô^^ = l^;^^ « la verte », et à y 

voir le palais fameux oii les Ommiades avaient fixé leur résidence à Damas, 
bien que ce nom soit quelquefois ainsi écrit, avec un hé final au lieu d*un eUf 
(Tanbihf p. 302, variante d'un manuscrit) Quoique la paléographie n*y oppo- 
serait pas une fin de non-recevoir absolue, il paraît impossible, bistoriquement 
parlant, de faire remonter notre inscription au temps des Ommiades. 

3. Id. i6., vol. VI, p. 236. 

4. Je relève, par exemple, dans la suite de la Chronique de Tabari par *Ar!b 
(éd. de Goeje, p. 149, lignes 16 et 23) le même emploi du mot dans une 



BASTLIOTIE DE CONSTANTIN ET MOSQUÉE d'oMÂR A JÉRUSALEM 313 

et aussi sur les monuments, sous diiïérenls noms, ou plutôt sous 
différentes appellations visant justement le caractère de ville 
sainte quelle avait prise depuis que le second calife abbasside, 
El-Mansoûr, y avait transféré le siège du califat, en 145 de Thé- 

gireif^tJI o-u *, « la ville du salut », <î^i-l jIj', « la maison 

du califat ». 

Le magnifique palais des califes et ses immenses dépendances 
constituaient dans la ville même de Baghdàd une véritable 
petite ville à part, avec son enceinte propre. C'était là réelle- 
ment la Ddr el-khilâfè^ le Vatican des souverains pontifes abbas- 
sides, leur résidence et le siège de leur pouvoir, la Hadhra, en 
un mot. Bien entendu, la condition essentielle, pour appliquer ce 
terme à Baghdàd, c'était la présence effective du calife dans 
cette ville, et je ne crois pas, par exemple, qu'on s'en serait servi 
pour la désigner, en cas d'absence du calife. El-Hadhra el-mou- 
tah/iara, <c la résidence purifiée, sanctifiée », serait à ce compte, 
pour le nom comme pour la chose, l'équivalent sensiblement 
exact de ce que les catholiques sont convenus d'appeler le « Saint- 
Siège », et l'expression reviendrait à peu près à celle-ci : « Par 
ordre suprême du Saint-Siège. » On s'expliquerait assez bien, 
dans ces conditions, l'absence de tout nom propre de personne, 
et la construction grammaticale ^ P-^* Nous verrons plus 
loin, après avoir essayé de déterminer l'époque à laquelle on 
peut rattacher cette décrétale musulmane, qu'il y a peut-être des 
raisons historiques de nature à faire comprendre pourquoi l'or- 
dre transcrit sur la pierre de Jérusalem présente ce caractère 

lettre de Mohammed ben 'AU, vizir du calife El-Moqtader, en Fan 385 de l*hé- 
gire (cf. op. c, p. i61, 172, 185 et p. 90, dans un extrait de Ibn Machkoueîh). 

1. Baghdàd porte le nom de ^XJl 4:.#Ji« sur les nombreuses monnaies qui 

y ont été frappées par les califes abbassides. C'est son fondateur même, le 
calife El-Mansoûr, qui lui avait donné ce nom. 

2. Comparer l'expression, également usitée dans le même sens, 4f>^l Ju et 

la note ci-dessus dans laquelle je signale l'extension du sens de Ji« devenu, 
comme IjU^, un titre personnel. ' 



314 RECUEIL d'arcuéologie orientale 

impersonnel, et laisse dans Tombre rindividualité même ducaiife, 
tout en s'appuyant sur son autorité spirituelle. 
Encore un mot pour en finir avec cette question. Les épi- 

thètes similaires de ô^^^L^ tirées, comme celle-ci, de 11^ formes, 
s'appliquentgénéralemcntbienàdes noms de lieux; témoinscelles 

de i^^ et de Sj^ qui sont de style pour les deux villes saintes 
do la Mecque et de Médine. ô^^^Ixa veut dire^ en réalité, non pas 

la « pure », mais la « purifiée ». Il y a là, comme je l'ai déjà fait 
observer, une nuance qui a peut-être ea valeur et qui pourrait 
au besoin s'expliquer dans le cas où il s'agirait bien de Bagbdàd. 
L'on sait, en oiTet, que, d'après la tradition musulmane, celte 
ville aurait été fondée sur remplacement d'un ancien lieu de 
culte idolâtre. Son nom même décèlerait son origine. Dans ce 
cas, Ton pourrait peut-être dire que cette épithète rappelait, à 
la fois et la condition première du lieu, et sa sanctification ulté- 
rieure en verlu de la présence du souverain pontife musulman 
qui en avait fait sa résidence, effaçant par cela même la souillure 
originelle. 

Il n'est pas indifférent de voir cette épithète de ,.^4l»-», appli- 
quée précisément à une autre ville, dont le caractère de sainteté 
est reconnu aussi bien par les musulmans que par les chrétiens 
et les juifs; celte ville c'est... Jérusalem elle-même. 'Abd el- 
Ghi\ni * , qui a eu la patience de relever les diverses dénominations 
attribuées à la ville, sainte par définition, se sert de cette expres- 
sion-ci : ^^^^ ^ j^i^ jl^l, entendue au sens, de soit « le 

lieu où Ton se purifie de ses péchés », soit le lieu purifié, lui- 
même, « de la souillure du polythéisme » (d'abord, par Omar, 
ensuite par Saladin). Le rapprochement mérite peut-être quelque 
considération. 

A la ligne 4, l'eV// qui suit le mot .x^\, semble bien impliquer 

forcément un accusatif; car il est difficile de supposer une faute 

1. Ap. Gildemeisler, lb}A(j., vol. XXXVI, p. 387. 



BASILIQUE DE CONSTANTIN ET MOSQUÉE d'oMAR A JÉRUSALEM 315 

du lapicide dans un texte d'une exécution aussi soignée. D'autre 
part^ bien que^ paléographiquement^ la lecture soit admissible, 

<Aji\ ja\ Jo'\ , « qui que ce soit jouissant de la dhimma », 

au nominatif, constituerait une expression peu satisfaisante. Il 

découle de là que l-v>'l ne saurait guère être autre chose que 

le régime direct du verbe qui le précède et qui est lui-même déjà 

suivi d'un autre régime direct suffixe ^-A». On est entraîné, 

par suite, à prêter à ce verbe une valeur factitive (IV* forme), 
« faire, ou laisser entrer (dans cette mosquée) ». L'auteur de la 
défense s'adresserait donc non pas directement aux chrétiens, 
mais bien aux musulmans. Il semble nécessaire, dès lors, de 

ponctuer ^-^T, à la seconde personne, et non ^\, Il est vrai 

qu'en ce cas, on s'attendrait à la seconde personne du pluriel, 
plutôt qu'à celle du singulier; mais on peut dire que l'ins- 
cription reproduit textuellement la teneur de rinjonction envoyée 
par la Hadhra Sainte au fonctionnaire qui commandait à Jérusa- 
lem et était tenu comme personnellement responsable de l'exé- 
cution de l'ordre à lui adressé*. Dans ce cas, les verbes suivants 

jj^>cS et S^ pourraient être considérés comme étant dans les 
mêmes conditions grammaticales et appartenant également au 
style direct : j-*^, J^. Toutefois, il est loisible, si l'on pré- 
fère, d'admettre, dans cette seconde phrase, un changement de 
tournure et la lecture à la troisième personne du passif : j-^^, 

En face de ces doutes divers, j'ai, dans la transcription, réservé 
la ponctuation pronominale de ces trois verbes, et, dans la tra- 
duction, je me suis attaché à adopter une tournure qui, tout en 
rendant le sens général, lequel est évident, laisse en suspens une 
question délicate sur laquelle je n'ose encore me prononcer. 

1. Comparez à cet égard le formulaire de la chancellerie ottomane, qui a 
gardé tant de traditions anciennes dans la rédaction de ses firmans, qui sont 
pour la plupart des commandements personnels. 



3! 6 RECUEIL d'archéologie orientale 

Je n*ai pas besoin de rappeler l'origine, bien connue, de cette 
dénomination qui est encore en vigueur aujourd'hui et, sous 
laquelle, dès le début de Tlslâm, sont désignés couramment 

les chrétiens* : <—-»-ill <>-*, <-^4ll J->J, ou t/S, « ceux qui 

vivent sous le régime de la garantie »'; c'est-à-dire ceux qui, 
ayant fait leur soumission régulière aux conquérants musul- 
mans, en ont obtenu, moyennant certaines conditions, dont la 
principale est le paiement de la capitation, le libre exercice de 
leur culte et le maintien de leurs coutumes. 

L*avant-dernier mot de la quatrième ligne soulève, lui aussi, 
une grosse difficulté. La lecture matérielle elle-même en est in- 
certaine, vu Tabsence de tous points diacritiques dans l'écriture 
coufique. C'est évidemment, à en juger, par la physionomie 
caractéristique de la première syllabe, un nom verbal delaX* 
forme ; mais on peut y voir un dérivé aussi bien de la racine 

r/-^, que des racines ry— f , py—?' et même ^J— >-; c'est dire 

que le sens peut varier du tout au tout. Aucun de ceux qu'on 
pourrait tirer, avec plus ou moins de vraisemblance, de chacune 
de ces racines ne satisfait pleinement ici. Je les indique par 
acquit de conscience, mais sans m'arrêtera aucun, tout en faisant 

remarquer qu'abstraction faite du sens, la lecture p\^^C^\ sem- 
ble être encore la plus plausible ; p^isl-l, « faire sortir, extraire, 

inventer, calculer, examiner, dépenser, faire rentrer une somme 
arriérée, encaisser, percevoir Timpôt, extorquer de l'argent », 
et, en prenant en considération Tacception de la VP forme, 

« se partager la possession d'un immeuble; ^^ (à la l'^et à 

la 11^ formes), « produire un contre-témoignage qui tend à en 

1. El aussi les Juifs; mais ce D'est certainement pas le cas ici, comme on le 
verra. La dénomination a été étendue plus tard et elle s'applique aujourd'hui 
d'une façon générale à tous les non-musulmans sujets d'un État musulman. La 
dhimma constitue, en quelque sorte, leur « statut personnel » au regard des 
musulmins soumis aux lois générales de l'Islam. 

2. La garantie accordée à ceux qui en jouissent a un caractère soleonel et 
absolu : c'est celle de Dieu, du Prophète et des califes ses successeurs. 



Basilique de Constantin et mosquée d'omar a Jérusalem 317 

infirmer un autre entaché de suspicion; py>- (II^ et V® formes), 
« vendre à la criée » et « prohiber »; r^ (I^ forme), « aller 

quelque part, là où Ton a besoin ou aiïaire ». 

Certes, on pourrait, avec un peu de bonne volonté, essayer de 
faire cadrer, tant bien que mal, telle ou telle de ces acceptions 
extrêmement variées , comme Ton voit, avec les conditions 
toutes particulières dans laquelle se trouvaitla mosquée, objet de 
cette défense, conditions que j'expliquerai en détail tout à Theure. 
On pourrait, par exemple, y chercher une allusion au fait que 
la mosquée avait été, comme, nous le verrons^ prélevée par les 
musulmans sur un sanctuaire chrétien et se trouvait, par suite, 
dans une espèce d'état de co-propriété sujet à contestation ; 
ou bien Tordre de n'admettre contre cette prise de possession 
par les musulmans, aucune revendication de la part des chré- 
tiens, s'appuyant, comme je le montrerai, sur la production de 
certains documents qui, au dire de ceux-ci, établissaient leurs 
droits antérieurs^ sur l'emplacement usurpé parla mosquée; ou 
bien encore, une disposition relative à la perception de l'impôt 
financier ou kharàdj, ou à l'introduction de déliais chargés de la 
vente à la criée {harâdj), etc. Mais rien, jusqu'à nouvel ordre, ne 
nous prouve que ce soit cela, plutôt qu'autre chose*. Tout ce 
qu'on peut dire, c'est que l'accès de la mosquée était rigoureu- 
sement interdit à tout chrétien, sous quelque prétexte que ce fût. 

Si un décret spécial avait été jugé nécessaire pour assurer cette 
interdiction, c^est donc que l'on estimait ne pas être suffisam- 

1. On pourrait aussi, en s'engageanl dans cette dernière voie, se demander 
si Texpression r' t^l J ne tombe pas exclusivement sur ^ujjj, et si elle n'in- 
dique pas une certaine catégorie de chrétiens, soit les chrétiens indigènes carac- 
térisés parle payement de l'impôt foncier et distingués des autres chrétiens, par 
par exemple non indigènes (clergé et pèlerins d'origine occidentale), ceux-ci 

étant englobés dans l'autre expression «j^ j ^y Mais je n'insite pas sur 

cette conjecture qui prête le flanc à plus d'une objection, grammaticale aussi 
bien qu'historique. 

2. J'indiquerai plus loin deux autres explications possibles pour le mot en 
discussion, explications d'ailleurs très problématiques, s'appuyanl sur certains 
faits qui se dégageront de la suite de cette étude. 



318 RECDEIL D*ARCUÉOLOOIE ORIENTALE 

ment armé par la législation ordinaire et que^ dans certains cas, 
les chrélicns pouvaient avoir accès dans les mosquées? 

Nous ne savons pas au juste sous quel régime les chrétiens 
étaient placés à cet égard. On a cru pouvoir inférer de certains 
passages du Kitâb el-Aghâni ' qu*au moins dans les premiers 
temps, rentrée des chrétiens dans les mosquées était tolérée. 
Pareille tolérance est un peu surprenante, quand on voit avec quel 
soin jaloux, et par quelles prescriptions rigoureuses, dès le début 
de la conquête, les musulmans ont soustrait leur vie privée, 
publique, civile et religieuse à toute immixtion des populations 
chrétiennes vivant au milieu d'eux*. Peut-être a-t-on eu tort 
de généraliser^ en s'appuyant sur quelques faits exceptionnels. 
Quoi qu'il eu soit, on comprend assez bien, en l'espèce — la nou- 
velle mosquée étant, comme je le montrerai, enclavée dans un 
sanctuaire chrétien, sur lequel elle avait été usurpée — que les 
spoliateurs aient cru devoir en interdire formellement Taccès à 
ceux qui pouvaient croire avoir conservé des droits sur cet 
emplacement. Je ne connais qu'un cas avéré où des chrétiens 
aient été autorisés à pénétrer librement dans un sanctuaire 
musulman ; mais ce cas est intéressant et tout à fait topique. 
Peut-être même y aurait-il lieu d'en tenir quelque compte pour 
Télucidation de notre document. Nous savons ' qu'en vertu d'une 
ordonnance du calife 'Abd el-Melik, un certain nombre de chré- 
tiens et de juifs, par conséquent des <-»Jill Jj^l, avaient été atta- 
chés au service intérieur du Ilarâm de Jérusalem, pour les corvées 
de propreté, balayage, curage des citernes, égouls et fosses 
d'aisances, onlrelicn du luminaire, etc. Celte charge était héré- 
ditaire dans certaines familles de Jérusalem et leur assurait 
l'exemption de l'impôt de la djeziyé. On ne saurait dire si cette 
institution a duré longtemps, et si elle n'avait pas disparu à 

* 

1. Voir von Kremer, CuUurgeschichtc des OricnlSf II, p. 167. 

2. Voir le texte des capitulations consenties par Omar et les mesures dracon- 
niennes édictées ullérieurementpar divers cLliFes, mesures basées sur ces capi- 
lulalions. 

3. Moudjîr ed-Dîii, op. rii., edit. du Caire, p. 249, d'après Ebn 'Asàker et 
des sources plus anciennes. 



BASTLTQUE DE CONSTANTIN ET MOSQUÉE d'omAR A JÉRUSALEM 319 

Tépoque à laquelle remonte notre inscription ; mais il n'est guère 
possible d'en nier Texislence. Notre décret interdirait-il un état de 

choses analogue à celui-là, et faudrait-il prêter au mot r\^^^i^\ 

un sens technique définissant une des besognes subalternes men- 
tionnées plus haut, besognes peu ragoûtantes, pour lesquelles on 
aurait pu être tenté, d'après les précédents, de recourir aux 
chrétiens ? 



II 

L'inscription ne nous fait connaître malheureusement, ni la 
date de ce rescrit prohibitif, ni le nom de son auteur, ni celui de 
la mosquée qu'il concerne. On ne saurait admettre, en tout cas, 
comme il est dit dans la petite notice imprimée, un peu précipi- 
tamment, à Jérusalem qu'il puisse émaner de Saladin ^ ; il suffit, 
pour s'en convaincre, de comparer l'écriture à celle des inscrip- 
tions authentiques de Saladin qui sont venues jusqu'à nous; 
par exemple, pour rester à Jérusalem, à celle de la dédicace de 
l'église de Sainte-Anne, transformée en médrésé par ce sultan, 
en 1192. La paléographie, à elle seule, prouve surabondamment 
que ce texte, avec ses beaux et sévères caractères couFiques 
sans aucune de ces fioritures qui sont venues les compliquer 
plus tard % est antérieur, et de beaucoup, à Saladin, antérieur» 
par conséquent, à la prise de Jérusalem par les Croisés. Mais, 
si ce critérium paléographique peut nous fournir un terminus 
ad quem, il est plus difficile de lui demander un terminus a quo. 
L'écriture, en effet, a un aspect fort ancien, et il n'y aurait pas 
de raison même, si nous n'avions pas de contre-indication his- 

1. « Saladinus, ut probabiliter creditur», à propos des deux derniers mots de 
la seconde ligne, lus «yUall lyCûiA Tj* et traduits « a Majestate Viclrice ». 

2. Il n'y a qu'un indice, et encore est-il bien faible, d'une tendance à l'évolu- 
tion; ce sont les trois formes diiïéreotes qu'aiïecte le groupe du ^. Cette varia- 
tion fait pressentir les approches de la virtuosité calligraphique qui, plus tard, 
se donnera libre carrière dans le couHque du type dit carmathique. 



320 RECUEIL D*ARCHÉ0L0G1R ORIENTALE 

torique, pour ne pas la faire remooter aux toul premiers siècles 
de rhégire. 

Est-il possible, néanmoins, dans ces conditions, d'arriver à 
plus de précision ? Je crois que oui, si Ton veut bien toutefois, 
rapprocher de ce document lapidaire^ assez énigmatique aa 
demeurant, certains témoignages historiques qui en recevront 
eux-mêmes une vive lumière. 

Pour rintelligence de ce qui va suivre, il faut, avant toot, 
partir de ce fait matériel, établi plus haut, que notre inscription 
a été trouvée m 5i7w, c'est-à-dire qu'elle a été gravée, après coup, 
sur un bloc faisant partie intégrante du mur antique découvert à 
112 mètres à Tcstdo Tédicule du Saint-Sépulcre et représentant, 
selon toute apparence, soit une portion du mur-limite oriental de 
la basilique primitive, ou Martyrion^ de Constantin, soit tout au 
moins un mur en relation étroite avec cette basilique. 

Gela dit, examinons de près le récit circonstancié que le 
patriarche arabe d'Alexandrie Eutychius \ connu également 
sous le nom de Sa'id ben Batriq, nous a laissé de Tentrée 
triomphale du calife Omar à Jérusalem, en 635, après la capitu- 
lation de la ville. 

Reçu solennellement par le patriarche Sophronius, qui avait 
traité avec lui de la reddition de Jérusalem, le calife, accom- 
pagné de sa suite, se rendit à Téglise de la Résurrection, c'est- 
à-dire à VAnastasis^ l'édifice circulaire qui recouvraitle Saint-Sé- 
pulcre, et qui, s'élevant à Touest de la basilique de Constantin, 
en était séparé par une grande esplanade (L), ou atrium, bordée 
de portiques, comme nous Tapprcnd la description d'Eusèbe. 
Omar s'assit dans le sahen de l'église, mot que les éditeurs 
ont rendu par penetrale^ mais qui pourrait aussi bien^ si non 
mieux, désigner Tesplanadc ou atrium dont je viens de parler *, 

1. Eutychii Annales, éd. Selden et Pococke, II, p. 285. Cf. le récit parallèle, 
mais moins complet, d'El-Makîn (éd. Erpeiiius, I, p. 28), dont l'autorité est 
naturellement beaucoup moindre, puisque cet auteur vivait près de trois siècles 
après Eutychius et a dû le copier plus ou moins fidèlement. 

. Comparer le sahJcn de la grande mosquée de la Sakhra, mot qui dans 



BASILIQUE DE CONSTANTIN BT MOSQUÉE D*OMAR A JÉRUSALEM 321 

Ici, se place une curieuse scène qui fournirait le sujet d'un 
joli tableau d'histoire. L'heure de la prière étant venue, Omar 
dit : Je veux prier. — Prie là où tu es, ô émir des croyants! lui 
répondit le patriarche Sophronius. — Je ne veux pas prier ici^ dit 
Omar. Sophronius le fit alors sortir pour le conduire à Téglise 

de Constantin T^^^vLlLJI <,^jp\ c'est-à-dire au grand Martyrion^ 

qui s'élevait à Test de l'église de la Résurrection, et il fit étendre 

pour lui une nalte (j;-*^) au milieu de l'église. Non, dit Omar, 

je ne prierai pas ici non plus'. Et le calife, étant sorti sur l* esca- 
lier qui est à la porte de C église de Saint-Constantin, du côté de 
l'orient^ fit sa prière, seul, sur cet escalier *. Puis, s'étant assis, 
il demanda à Sophronius : Sais-tu pourquoi, ô patriarche, je 
n'ai pas prié à l'intérieur de l'église? — Non, 6 émir des croyants, 
je l'ignore. — Si j'avais prié à l'intérieur de Téglise, Téglise 
eût été perdue pour toi et serait sortie de tes mains ; les musul- 
mans te l'auraient enlevée après moi, en disant : « Omar a prié 
ici. » Mais, apporte-moi une feuille de papier et je te ferai un 
écrit en règle. Alors, Omar lui délivra un acte en vertu duquel 
aucun des musulmans ne pourrait prier sur l'escalier, si ce n'est 
isolément ; les musulmans n'auraient pas le droit de s'y réunir 

pour prier en groupe, et d'y faire le edhdn \\^ O^^î. ^«^j' c'est- 

Touvrage de Moudjtr ed-Din et de nos jours encore désigne la vaste esplanade 
en terrasse qui entoure le sanctuaire musulman. Ël-Makîn dit : «^ lu*^ j 

4«LâJI lujjret il ajoute qu'Omar sortit de l'église, ce qui semblerait indiquer 

que le calife était réellement entré à l'intérieur. Mais, pour les raisons chrono- 
logiques que j*ai indiquées plus haut, Tautorité d'EUMakin ne saurait contre- 
balancer celle d'Eutychius. 

1. Si les choses se sont réellement passées comme le raconte Eutychius. on 
pourrait expliquer l'insistance singulière que met Sophronius à inviter le calife 
à faire sa prière dans ces sanctuaires chrétiens si vénérés, par la persuasion où 
pouvait être le patriarche que c'était le meilleur moyen de les faire épargner par 
les musulmans. Le moyen était ingénieux, mais il n'était pas sans danger, 
comme le montre bien la suite du récit. 

RkCIIEIL d'aHCUÉOLOOIK ORIBlfTAUl. il. UÉCBMBHB 1897. LIVRAISON 21 I 



322 'RECUEIL d'archéologie orientale 

à-dire l'appel à la prière par la voix du muezzin. Il fit donc cet 
acte et le remit au patriarche. 

Eutychius raconte, ensuite, comment Omar se fit conduire par 
le patriarche sur l'emplacement du temple juif^ qu'il choisit 
pour y établir le grand sanctuaire musulman, où s'élevëreDt 
plus tard la Qoubbet es-Sakhra et la mosquée El-Aqsa. 

Je ne sais jusqu'à quel point les choses se sont passées comme 
le relate Eutychius. Notre auteur vivait près de trois siècles 
après Tévénemcnt S il était chrétien et devait être toat natu- 
rellement porté à soutenir une thèse historique, plus ou moins 
fondée, qui pouvait fournir aux chrétiens, ses contemporains, des 
arguments à opposer à certains empiétements des musulmans, 
dont je parlerai dans un instant. Ce qui tendrait à rendre 
quelque peu suspectes, sur ce point, les assertions d'Eutychius, 
c'est ce qu'il nous dit presque aussitôt après, quand il prétend 
que Sophronius <( donna » à Omar l'emplacement de l'ancien 
temple juif, à condition que le calife lui remettrait un acte en 
bonne forme, par lequel celui-ci s'engageait à ce qu'il ne serait 
construit à l'intérieur de Jérusalem aucune autre mosquée que 
celle-là. Ce qui fut fait. C'était là, vraiment, bien de Texigence 
de la part de Sophronius, qui était un vaincu, et bien de la 
condescendance de la part du calife tout-puissant qui tenait la 
ville à sa merci. D'un autre côté, les récits musulmans pré- 
sentent les choses sous un jour tant soit peu différent et, il faut 
le reconnaître, plus conforme aux vraisemblances, étant donnée 
la situation respective des deux parties. 

Nous allons voir, par un autre passage* de notre auteur, qu'il 
avait peut-être un intérêt particulier et présent à insister sur les 
garanties, réelles ou supposées, qu'Omar aurait accordées autre- 
fois aux chrétiens au sujet du vestibule et de l'escalier oriental 
de la basilique de Constantin. 

Omar, nous dit un peu plus loin Eutychius, se rendit ensuite 



1. Eutychius est mort en 940. 

2.fc:utychius,o/).ct7., Il, p. 289. Cf. le récit parallèle d'El-Makîn, op. ci*., p. 28. 



basilique: de Constantin kt MosguÉE d'omah a JÉRusALtiM 323 

en pèlerinage à Bethléem, toujours accompagné parSophroniu». 
Là, répétition de la même scène qu'à Jérusalem. L'heure de la 
prière élant venue, Omar prie à l'intérieur de l'église (la basi- 
lique de la Nativité reconstruite par Justinien), auprès de Tarcade 
méridionale*. Cette arcade, nous apprend Eutychiu», était lout 
entière décorée de mosaïques. Celte fois encore, après s'êlre 
acquitté de ses devoirs religieux, Omar remet à Sophronius un 
acte en due forme, aux termes duquel les musulmans ne devaient 
venir prier dans cet endroit que un par un, sans s'y réunir en 
groupe pour la prière, sans y faire le edhân et sans y changer 
quoi que ce soit. Sur ce, Eutychius ajoute — et c'est ici que 
s'accuse, à mon avis, cette tendance au plaidoyer pro domo sua, 
que j'ai signalée plus haut : 

« Et cependant, de notre temps MA» 1*^*^^ «jV les musulmans 

ont contrevenu à l'acte d'Omar; ils ont arraché les mosaïques de 
l'arcade, et ils y ont écrit ce quils ont voulu ; ils s'y sont réunis 
pour faire la prière, et ils y ont fait le edhân. Et ils en ont agi de 
même^ poursuit-il, à t escalier qui était à la porte de V église de 
Constantin, et sur lequel Omar avait fait sa prière; ils se sont 
emparés de la moitié du demlIz (« vestibule ») de Féglise, et ils y 
ont construit une mosquée (mesdjed) quils ont appelée la mosquée 
d*Omar'. » 

Étant donnée la position de notre inscription coufique, gravée 
sur un des blocs antiques d'un mur considéré jusqu'ici comme 
le mur oriental de l'ancienne basilique de Constantin, je crois 
que Ton ne saurait hésiter à reconnaître dans le mesdjed dont 

1. ^JLÂJl ÂU^I. Il est assez naturel que le calife ait choisi le c6té qui lai per- 
mettait de s'orienter sur la Mecque et loi otTrait ainsi un mihrâb tout trouTé. Ce 
devait èlre Tabside latérale de droite du transept. El-Makîn dit : « Auprès de 
l'arcade où est né Notre Seigneur le Christ. » Ce serait donc dans la crypte 
même de la Nativité, ce qui, de toute façon, est un peu difBcile h concilier avec 
ce que dit Eutychius, Tarcade de la Nativité étant à Test de la crypte et non 
au sud ; l'arcade sud de la crypte marque, selon la tradition, [^emplacement de 
la Crèche. 

.^ .-r- •^i ^^^ ^ ^ri3 i^j^sJ^ 1.^' 



324 RECUEIL d'archéologie orie?italk 

parle cette inscription, ]e mesdjed même d*Omar dont Eutychins 
nous parle de son côté. 

L'on comprend immédiatement pourquoi l'inscription insisU 
autant sur la défense de laisser pénétrer les chrétiens, sous 
quelque prétexte que ce soit, dans le nouveau sanctuaire musul- 
man, puisque ce sanctuaire venait d'être créé aux dépens du 
sanctuaire chrélien avec lequel il faisait corps. Eutychius nous 
dit expressément que cet empiétement, contre lequel il proteste 
avec plus ou moins de raison, au nom même de Thistoire, eut 
lieu de son temps. Le patriarche d'Alexandrie étant né en l'an 263 
et mort en Tan 328 de l'hégire, c'est donc entre les années 877 et 
940 de notre ère qu'il convient de placer cet événement. 

II semblerait naturel de rapporter à la même époque l'exécu- 
tion de rinscription qui, s'appuyant sur la teneur d'un ordre su- 
périeur, consacre officiellement le nouvel état de choses et tend à 
couper court à toute revendication des chrétiens spoliés. Euty- 
chius, il est vrai, ne mentionne pas l'existence de cette inscrip- 
tion. Mais on peut faire observer qu'il rapproche étroitement 
l'intrusion musulmane dans une partie de la basilique de Goos- 
tantin, de celle, tout à fait analogue, dont a été, en même temps, 
victime la basilique de Justinien à Bethléem; les deux faits 
sont connexes. Or, a propos de Bethléem, Eutychius nous apprend 
que les musulmans, après avoir arraché les mosaïques de Tarcade 
usurpée et transformée en mosquée, « y ont écrit ce qa'ils ont 
voulu ». Ces mots impliquent Texistence à Bethléem; d'une ins- 
cription arabe qui devait ressembler fort à celle de Jérusalem, 
mais qu'on n'aura peut-être pas la bonne fortune de retrouver 
comme celle-ci. 

Il semble donc assez rationnel de supposer que les musulmans 
avaient procédé à Jérusalem comme ils avaient procédé à Beth- 
léem. Toutefois, pour avoir le d^^oit d'affirmer que Pinscription 
de Jérusalem est bien contemporaine de l'événement même relaté 
par Eutychius, il faudrait pouvoir déterminer exactement le sens 
et la valeur des deux mots obscurs •^;4r^^ IjJaàA désignant soit 
l'autorité supérieure de qui émane le rescrit, soit la résidence de 



nASîLTO'JK OK CONSTANTIN ET MOSQDÉE d'oMAR A JÉRUSALEM 325 

cette autorité. Nous ne connaissons pas assez le protocole des 

anciens califes pour être assurés que cette épithëte de •^^4kil, 

qui pourrait aussi à la rigueur, comme je Tai indiqué, être lue 

ô^^^lâil, doive être rapportée à un calife abasside à l'exclusion d'un 

calife fatimite. On peut faire valoir en faveur de Tune et l'autre 
hypothèse des considérations doctrinales également plausibles; 
mais elles sont insuffisantes pour permettre de trancher la ques- 
tion avec certitude, tant qu'on ne produira pas un texte catégo- 
rique. Il y a là une intéressante recherche à faire, que je signale 
aux arabisants plus versés que moi dans la connaissance des 
vieilles choses de Tlslàm. 

Rien ne s'oppose, assurément, à ce que l'ordre visé dans l'ins- 
cription émane d'un calife fatimite*. L'inscription, dans ce cas, 
serait, cela va de soi, postérieure à la mort d'Eutychius, la Syrie 
n'étant tombée au pouvoir des Fatimites que vers l'an 970 de 
notre ère ; mais elle n'en aurait pas moins trait à la fondation de 
la mosquée d'Omar, dont se plaint si amèrement Eutychius, et 
elle consacrerait un état de choses établi, non sans protestation 
de la part des chrétiens, quelques années auparavant. On pour- 
rait^ entre autres arguments, faire valoir en faveur de cette der- 
nière façon de voir le fait que l'inscription parle de la mosquée, 
comme d'un établissement préexistant, et que l'ordre a plutôt le 
caractère d'une simple mesure conservatoire que d'un décret de 
fondation. Et c'est peut-être bien là, tout simplement, qu'il faut 
chercher la raison pour laquelle le calife, quel qu'il puisse être, 
n'est pas nommé ; il l'eût été, bien sûr, s'il se fût agi de la fonda- 
tion de la mosquée; mais pour une simple ordonnance de police 
la chose n'était pas aussi nécessaire. 

Il faut reconnaître pourtant, qu'à d'autres égards, il semble- 
rait plus satisfaisant de regarder l'exécution de Tinscription 
comme contemporaine même de l'événement rapporté par Euty- 



1. Que Ton considère «ys^t comme désignant la personne ou bien la rési- 
dence du calife. Dans ce dernier cas, on comprend aisément que le Caire devait 
être le « Saint-Siège » des Fatimites, comme Baghd&d était celui des Abbassides. 



326 RECUEIL d'archéologie orientale 

chius, ou rayant suivie de peu. On s'expliquerait sans trop de 
peioc la façon ambiguë dont est déAnie l'autorité mise en jea 
dans le documcnl, calife ou autre. L^absence de nom propre 
demeure, en effet, quelque peu singulière, en dépit de l'explica- 
tion que j'ai essayé d'en donner. Elle l'est peut-être moins, si Ton 
admet que le texte a été gravé à une époque où la Syrie se irou* 
vait placée, comme entre Tenclume et le marteau, entre le pon- 
voir des califes de Bagbd/ld et celui des Toulounides et des Ikh- 
chidites d'Esrypte, sans parler des entreprises des Carmathes. 
La Syrie, pendant cette période extrêmement troublée, a dû sou- 
vent se demander quel était et où était son véritable maître; et, 
dans le doute, le plus prudent était peut-être de se retrancher 
derrière un terme vague, dans le genre de celui auquel nous 
avons affaire ici. L'on comprendrait assez bien une telle hésita- 
tion, par exemple au moment où le Toulounide Khom&raoueth 
quittait TÉgypte pour venir fixer sa résidence à Damas, en 279, 
après son rapprochement avec le calife de BaghdAd El-Mo *tadbed, 
à qui il avait donné sa fille en mariage*. 

On la comprendrait encore mieux peut-être, il est vrai, quelques 
années plus tard, alors que le déclin du califat de BaghdAd allait 
s'accentuant davantage chaque jour. Vers Tépoque qui correspond 
à la fin de la vie d'Eulychius, les califes abbassides n'étaient plus 
qu'un jouet aux mains du parti militaire turc, devenu le véritable 
maître du pouvoir. Et cela, au dedans, comme au dehors, dans 
la capitale aussi bien que dans les provinces de l'empire, où ces 
officiers de fortune se taillaient des royaumes. Il faut lire sur ce 
point les lignes saisissantes dans lesquelles Mas'oûdi, à la fin de 
son Janbih écrit en l'an 343, nous fait une peinture sobre, mais 
d'une rare énergie, de ce lamentable état de choses et nous montre 
les califes de son temps, El-Mouttaqi, El-Moustakfi et El-Moutt', 
réduits à l'impuissance par leur.) ambitieux généraux, n'ayant plus 
qu'une autorité purement nominale, tremblant chaque jour pour 
leur propre vie, et non sans raison comme le prouve plus d'un san- 

4. Eutychius, op. ci7., II, p. 481. 



RASILIOUE DE CONSTANTIN ET MOSQUÉE d'oMAR A JÉRUSALEM 327 

glant exemple*. Dans leur résidence même, la direclion générale 
des affaires leur élait entièrement enlevée ; et ici , nous retrouvons 
j ustemenl employé, à deux reprises* et d'une façon bien caractéris- 
tique, par Mas'oùdi lui-même, ce mot de Hadhra dont j Vi discuté 
plus haut la valeur exacte, pour désigner la résidence du califat, 
le sihge du pouvoir central. Si, comme d'autre part, divers indices 
semblent nous invitera le faire, cest à celte période qu'on doit 
rapporter notre inscription, on comprendrait pourquoi Tordre, 
quoique sorti do la résidence officielle du califat, ne porte pas 
le nom du calife ; cet ordre peut avoir été expédié de Baghdàd 
même à Jérusalem par le maire du palais qui avait en ce moment 
la haute main dans la capitale et y commandait au calife lui- 
même. Il émanait de la « Hadhra Sainte »; cela seul suffisait 
pour le rendre sacré et exécutoire aux yeux de ceux à qui il était 
adressé à Jérusalem. 

Il y a lieu aussi, il me semble, de tenir compte d^une autre 
considération. Les empiétements des musulmans sur les sanc- 
tuaires chrétiens de Jérusalem et de Bethléem ne sont pas des 
faits isolés. Ils font partie d'un ensemble dans lequel il convient 
de les replacer pour bien les comprendre. Les premières années 
du quatrième siècle de Thégire ont été signalées par une explo- 
sion du fanatisme musulman sur toute la ligne. Eutychius nous 
fournit à cet égard des renseignements significalifs, qui font 
mieux saisir ce qui a pu se passer à Jérusalem, bien que le pa- 
triarche d'Alexandrie se borne à mentionner ces faits similaires 
en simple chroniqueur, sans y insister autrement', et sans parler 
de l'état d'esprit général dont ils étaient les symptômes. 

En 311, les musulmans détruisent les églises de Saint-Cosme 
et de Saint-Cyriaque à Ramlé d*Égypte; ils font subir le même 

1. Ma8*oûdi, op» cit. y p. 400. 

2. Id., t6., p. 399 : JJ^l \jm JI IjCJ^ jyJC. ^Jl| ^1 ^t Jp «JUIj 
àiy ^\ j^\ (11 s'agit du fondateur de la dynastie bouTde). Et plus loin (p. 400): 

•(^Ji^ J^% ^j^ •j^^ Uj 
3.»^Eutychius. (yp, cit.t p. 513-514. 



328 RECUEIL D*ARCHÉOLOGIE ORIENTALE 

sort aux églises d'Ascaloa et de Césarée en Palestine. Le calife 
El-Moqtader, auquel les chrétiens s'étaient plaints, ordonna, il est 
vrai, la reconstruction des églises détruites ^ Même histoire à 
l'église melkite de Tennis, en la même année. 

En 312, les musulmans de Damas détruisent et pillent l'église 
de Sainte-Marie la Catholique et le couvent de femmes qui en 
dépendait, ainsi que Téglise des Nestoriens et plusieurs églises 
melkites. 

Un fait plus grave encore et qui nous ramène directement à 
notre sujet eut lieu quelques années plus tard, sous le califat de 
Er-Râdhi. En Tan 325 de Thégire (937 J.-C), sous le patriar- 
cat de Christophore, originaire d'Ascalon, le jour do la fête des 
Rameaux, les musulmans ameutés dirigèrent un coup de main 
contre V « église de Jérusalem »; ils brûlèrent les portes méri- 
dionales de Téglise de Constantin^ ainsi que la moitié de la 
colonnade du portique, et ils saccagèrent le Calvaire et TAnas- 
tasis *. 



1. Ce calife semble s'élre montré assez favorable aux chrétiens, car il fit droit 
également aux réclamations des moines égyptiens molestés par *Ali ben 'Isa. 
Nous savons qu'il y avait , à celle époque, dans les bureaux de radministralion 
centrale des califes de fiaghdàd, bon nombre de fonctionnaires chrétiens qui 
devaient, à l'occasion, plaider en haut lieu la cause de leurs coreligionnaires 
des autres provinces de fempire. 

2. Eulychiu8,o/). cit., Il, p. 531 : ly^^ ...^jM il.- Â^oljo ^j^JUll \^Jê^ 

(ou peut-«Hre \yj^, Ij:;:^^ .•.j\yh^^\ Uuai^ aJJô\ g^kJLiwi k^^xS ^\y\ 

comme plus haut à la p. 514?) 4«LÂJt «« J^^^^^' ^^' £1-Maktn, op. cit.,, 
p. 208. 

Je ferai remarquer que, dans ce second passage, Eutychius nous fournit de 
nouveaux et intéressants détails sur la disposition de la basilique constantinienae. 
Plus haut, il nous avait révélé l'existence du vestibule et de l'escalier de la 
façade, du côté oriental; cotte fois, il nous parle du côté méridional. Ce côté 
était donc bordé d'une colonnade (oustoudn) ; cela est parfaitement d'accord avec 
la description d'Eusèbe, qui nous dit que la basilique était, en effet, flanquée de 
portiques latéraux au nord et au sud. Ce que nous ignorions, c'est qu'en de- 
hors de ses portes orientales, qui étaient les portes principales, l'édifice avait 
des portes latérales, pratiquées dans le côté sud et s'ouvrant sous la colonnade. 
Je prends acte, dés maintenant, de celte constatation, car j'aurai à revenir plus 
loin sur cette importante question de la multiplicité et de l'emplacement des 
portes de la basilique. 



BASILIOUE DE CONSTANTIN ET MOSQl^ÉE d'oMAR A JÉRUSALEM 329 

Nous ne savons pas quelle suite put avoir cette affaire. Le ca- 
life Er-Ràdhi, ou son entourage tout-puissant, si^ à ce moment, 
la Palestine se trouvait encore soumise à Tautorité directe de 
Baghdâd, accueillit-il aussi favorablement que Tavait fait Ël- 
Moqtader, une quinzaine d'années auparavant, dans des circons- 
tances analogues, les réclamations que les chrétiens ne durent 
pas manquer d'élever à cette occasion?La Chronique d^Eutychius 
se fermant justement sur ce dernier épisode, nous en sommes 
réduits aux conjectures. Il est permis, toutefois, de supposer que 
cette émeute musulmane, principalement dirigée, comme on Ta 
vu, contre le Martyrion de Constantin, n'est pas sans rapport 
avec Texislence de la mosquée d'Omar, prélevée naguère juste- 
ment sur ce sanctuaire chrétien, au mépris des garanties qu'Omar 
lui-même aurait accordées autrefois à cet égard aux chrétiens, du 
moins selon le dire de ceux-ci. La chose, en tout cas, n'avait pas 
dû se passer sans protestations de la part des chrétiens dépossédés, 
et c'est peut-être bien pour leur fermer définitivement la bouche 
et éviter le renouvellement de conflits, tel que celui que nous ve- 
nons d'enregistrer, que fut prise la mesure sanctionnnant défi- 
nitivement l'usurpation et interdisant aux chrétiens, d'une façon 
absolue, tout accès à la nouvelle mosquée enclavée dans leur 
propre sanctuaire. 

On comprend que les chrétiens n'aient pas accepté de bonne 
grâce l'implantation d'une mosquée dans le plus vénéré de 
leurs sanctuaires. Ils pouvaient craindre, à bon droit, en laissant 
les musulmans prendre ainsi un pied chez eux, de se voir un jour 
complètement expropriés. La basilique de Constantin était 
menacée d'avoir le sort de la magnifique église de Saint-Jean à 
Damas, qui, au moment même de la conquête, avait été d'abord 
partagée par moitié, entre chrétiens et musulmans*, mais qui 
ne tarda pas à tomber entièrement entre les mains de ceux-ci, à 
la suite d'empiétements dont les chroniques arabes nous ont 



1. Cet état de choses existait encore à Tépoque du pèlerinage de Bède le Vé- 
nérable (§ XVIll). 



330 RECUEIL d'archéologie orientale 

laissé de curieux récils. Il esl superflu de rappeler ici ces récits 
souvent reproduits. Je me bornerai à résumer celui, moins connu, 
qu'Eulychius [op. cit.^ II, pp. 374, 380^ 382) a consacré à cet 
incident; il contient certains détails utiles à rapprocher de ceux 
de Taiïaire de la basilique de Constantin à Jérusalem. 

Le quatrième calife ommiade, EUOualid, fils de 'Abd el-Melik, 
voulant annexer à la mosquée de Damas la partie qui avait été 
laissée aux chrétiens, commença par leur offrir une forte indem- 
nité, avec Tautorisation de se construire une nouvelle église là 
où il leur plairait. Les chrétiens refusèrent en se retranchant, 
derrière les « garanties » qui leur avaient été accordées au mo- 
ment de la conquéte^LtS LJj; et ils produisirent à Tappui de 

leur refus un écrit f otj J du général Khâled, qui avait pris 

Damas sur les Byzantins. El-Oualtd passa outre et réalisa son 
projet. Un peu plus tard, les chrétiens de Damas renouvelèrent 
leurs protestations, sous le califat de Omar fils de 'Abd el-'AzIz, 
en faisant valoir le même argument. On leur répondit quo^ s'ils 
exigeaient l'application de cet article de la capitulation, on appli- 
querait celle-ci dans toute sa rigueur et qu'on détruirait toutes 
les aulres églises situées dans la partie de la ville qui avait été 
prise de vive force, et, cependant, épargnée comme la partie prise 
par capitulation. Devant cette alternative il fallut bien que les 
chrétiens cédassent. Le calife Omar, deuxième du nom, leur dé- 
livra alors un acte (sidjil), leur garantissant, en échange du sacri- 
fice qu'ils consentaient, la possession en toute sécurité de leurs 
autres églises et monastères, sis tant à Damas même que dans 

la Ghauta L^^\1j ^ 1^1 ^u. Mais les chrétiens n*en étaient 

pas moins dépossédés à tout jamais de leur église de Saint-Jean, 
devenue la grande mosquée de Damas *. 

1. Cette superbe mosquée a été, comme on le sait, détruite en grande partie, 
par un terrible incendie, en 1893. Les travaux de reconstruction entrepris de- 
puis ont permis d'y faire d'intéressants relevés archéologiques (voir sur ce 
sujet Texcellente étude de M. Dickie dans le Statement du Palestine Explora- 
tion Fund d'octobre 1897, p. 268j. 



BASILIQUE DE CONSTANTIN ET MOSOUÉE D*OMAR A JÉRUSALEM 331 

II y a une particularité qui me frappe dans le dernier récit 
d'Eutycliius relatif à la basilique de Jérusalem; c'est le jour où 
eut lieu le nouveau coup de main des musulmans dirigé contre 
elle : le dimanche des Rameaux. Nous savons, que ce jour-là, les 
chrétiens do Jérusalem, suivant un usage qui remontait fort haut 
et qui s'est conservé très tard, avaient Thabitude de se rendre 
en procession du Mont des Oliviers à la basilique de Constantin'. 
Il se peut que ce soit le passage de la procession par la nouvelle 
mosquée, établie sur l'escalier même donnant accès à la basilique 
de Constantin, et en obstruant en partie l'entrée, qui ait pro- 
voqué TéchaufTourée. Peut-être y aurait-il même à tirer de là 
quelque éclaircissement pour la signification de ce mot déroutant 

'^j>C^\^ employé dansTinscription". 

Si Ton admet, comme je suis porté à le faire, qu'il y a un rap- 
port direct entre l'échaufTourée de l'an 937 et Texislence de notre 
mosquée d^Omar, cette date de 937 pourrait nous fournir un 
repère chronologique pour celle de la fondation de la mosquée 

1. Voir pour ces processions allant d*un sanctuaire à Tautre le Pèlerinage de 
sainte Sy/viV (édition Gamurrini.p. 61; cf. 71). L'usage était encore en vigueur 
au XIII* siècle, comme en fait foi une vieille description des Lieux Saints en arabe, 

description encore inédite, que je compte publier un jour et qui dit : qu^ i^% 

;Xa]l| fy^ ^^ ^" ^^ ^^^" (1^ 'i^u proche de Bethphagé, où Jésus est monté 
sur l'ânesse), chaque année les habitants de Jérusalem cueillent les rameaux 
d'olivier et de là ils se rendent à la basilique de Constantin, en chantant 

des hymnes et des prières. » Le mot ^U«Jt ou ^îLuJI désigne chez les Chré- 
tiens arabes la a fôte des Rameaux »; il est possible, comme on Ta supposé, 
que le mot ail quelque accointance avec N:3!r*win, « hosannah />, et ait, pour 
ainsi dire, ce qui n'est pas rare, une double étymologie, Tune populaire, l'autre 
savante. Sur cette procession du jour des Rameaux, dont les Franciscains avaient 
encore gardé la tradition au temps de Quaresmius, voir mon mémoire sur La 
pierre de Bethphagé (1877, p. 21). 

2. En lisant ^\Jù^]y et en prêtant au mot une acception conforme au sens 

primitif delà racme « vouloir sortir» ou « vouloir faire sortir • ; peut-être « tra- 
verser »? De fait, comme je l'expliquerai plus bas, la nouvelle mosquée obstruait 
une, peut-être même deux, des trois portes de la basilique, ce qui devait singu- 
lièrement gêner les allées et venues des chrétiens dans ce qui leur restait de la 
façade de leur sanctuaire. 



332 RECUEIL d'archéologie orientale 

et pour celle de Texécution de Tinscription, Comme on le voit, 
je distingue Tun de Tautre ces deux derniers faits, ayant déjà fait 
observer que, d'après sa teneur même, Tordre du calife a un ca- 
ractère conservatoire et n'a pas trait à la fondation, mais à la 
préservation d'une mosquée préexistante. En se plaçant à ce 
point de vue, on pourrait se représenter à peu près ainsi la suc- 
cession des événements. Un peu avant 937, fondation de la mos- 
quée d'Omar dans le vestibule même de la basilique de Constan- 
tin; en 937, bagarre, à l'occasion des cérémonies du dimanche 
des Rameaux, entre les chrétiens voulant pénétrer procession- 
ncUcment dans leur sanctuaire, suivant Tusage antique et so- 
lennel, et les musulmans dont la nouvelle mosquée obstruait en 
partie l'entrée de la basilique * ; à la suite de ce conflit, ordre d'in- 
terdire aux chrétiens, sous quelque prétexte que ce soit, l'accès 
de la mosquée, et affichage lapidaire de cet ordre sur le mur de 
ladite mosquée. 

Une considération serait de nature à faire croire que la fonda- 
tion de la mosquée a pu précéder de peu Téchauffourée de 937; 
c'est que, si la cause qui a amené celle-ci avait existé plus tôt, 
elle aurait dû, il semble, produire le môme effet plus tôt. En pres- 
sant cet argument, on pourrait même être tenté d'aller plus loin, 
et de dire que la fondation de la mosquée d'Omar doit se placer 
entre la Pàque de 936 et celle de 937. Mais ce serait peut-être 
dépasser la mesure dans l'emploi de cet argument, après tout 
conjectural. Il demeure toujours possible que la fondation de la 
mosquée remonte un peu plus haut, à quelques années avant 937 ; 
l'indication chronologique d'Eutychius, « de notre temps », nous 
laisse encore pas mal de marge. Les chrétiens ont pu, tout en en 
souffrant, subir pendantplusieurs années le nouvel état de choses, 
jusqu'au jour où, à l'occasion de quelque incident fortuit, au 
cours d'une cérémonie, peut-être même à la suite de quelque 

1. On remarquera que Paltaque des musulmans a commencé contre la partie 
de la basilique qui était la plus rapproché»^ de leur mosquée, si l'emplacement 
de celle-ci est hien à fixer, comme je l'expliquerai plus loin, dans la moitié méri- 
diouale du vestibule. 



BASILIQUE DE CONSTANTIN ET MOSQUÉE d'oMAR A JÉRUSALEM 333 

nouvelle entreprise des intrus qui, ayant déjà un pied dans la 
place, auront voulu en prendre deux; jusqu'au jour, dis-je, où a 
éclaté le conflit dont nous connaissons les conséquences. Je me 
rimaçine un peu, mutatis mutandis, dans le genre de ceux dont 
j'ai été plusieurs fois témoin entre les diverses communions chré- 
tiennes de Jérusalem, se disputant de nos jours, avec un nom 
moindre acharnement, la possession des lieux saints; on en vient 
aux coups pour un clou, pour une natte, pour une marche d'es- 
calier. Et cela peul mener loin ; qu'on se rappelle l'affaire de 
l'étoile d'argent de la crypte de Bethléem et la guerre de Crimée. 

Peut-être n'avons nous là, du reste, qu'un épisode d'une longue 
querelle entre chrétiens et musulmans, querelle dont nous igno- 
rons l'origine et le dénouement et qui a pu présenter bien des 
péripéties. Le dénouement, ce pourrait bien être la destruction 
complète de l'église du Saint-Sépulcre et de ses annexes, décrétée 
une cinquantaine d'années plus tard, par le fameux calife fati- 
mite Hâkem. Qui sait si ce n'est pas celte vieille pomme de dis- 
corde * entre chrétiens et musulmans qui a fourni au calife la raison 
ou le prétexte de cet acte de vandalisme *, devant lequel, depuis 
Omar, tous ses prédécesseurs avaient reculé, devant lequel, plus 
tard, reculera Saladin lui-même, comme je le montrerai en par- 
lant des sanctuaires de la Passion réédîfiés par les Croisés? 

Si telle fut la fin d'une querelle peut-être séculaire, quel put 
bien en être le commencement? Ce n'est probablement pas du 
jour au lendemain que les musulmans se sont avisés d'installer 
une mosquée en plein dans l'entrée de la basilique de Constantin . 
Le motif mis en avant par eux, à savoir que c'était un lieu con- 
sacré par la prière d'Omar lui-même, n'était pas nouveau, il 
datait de plus de trois siècles; pourquoi ne Tont-ils pas fait 
valoir plus tôt? Il est à supposer que la tradition était plus ou 



1. Nous savons qu'en 968 les Sarrasins dirigèrent un nouveau coup de main 
contre le Saint-Sépulcre; le sanctuaire fut encore une fois incendié, et le 
patriarcne Jean périt dans les flammes (Cedrenus, 374, 19). 

2. Les historiens arabes prétendent que la mesure prise par Hilkem fut moti- 
vée par la fameuse cérémonie du feu sacré qui scandalisait les musulmans. 



334 RECUEIL d'archâologib orientale 

moins fondée, et que les musulmans, après s^èire contentés pen* 
dant longtemps de venir faire leurs dévotions individuellement, 
sur Tescalier de la basilique, avaient fini peu à peu par s'y éta* 
blir à poste fixe. On conçoit très bien qu'un beau jour, l'idée leur 
soit venue d y créer un lieu de culte régulier où ils seraient 
chez eux, un mesdjed, une mosquée, avec mihr&b, muezzin et tout 
ce qui s*en suit. A partir de ce jour-là, la guerre était déclarée, 
guerre dont Tissue ne pouvait être douteuse. Reste à savoir si, 
de leur côté, les chrétiens ne l'avaient pas provoquée par quel- 
que imprudence^ et si l'acte des musulmans n'était pas des 
sortes de représailles exercées par ceux-ci contre ceux-là. Assu- 
rément, la recrudescence de fanatisme dont j'ai signalé des ma- 
nifestations significatives, dans le monde musulman, au com- 
mencement du IV* siècle de Thégire, serait suffisante à elle seole 
pour expliquer TofTensive prise par les musulmans de Jérusa- 
lem. Mais ceux-ci avaient peut-être, en outre, des griefs qui 
remontaient plus haut. 

Ici encore> c'est Eutycbius qui, sans y entendre malice, noos 
ouvre sur ce point une vue qui n'est pas à négliger ^ Soas le 
califat de Màmoùn (813-833 J.-C.) lequel, d'ailleurs, semble 
s'être montré personnellement assez favorable aux chrétiens, 
Thomas, patriarche de Jérusalem, mettant à profit une circons- 
tance tout à fait exceptionnelle \ avait reconstruit subreptice- 
ment la coupole de l'église du Saint-Sépulcre qui menaçait ruine. 
Lesmusulmans, furieux de cette atteinte au s/a/u ^tto,dénoncèrenl 
le patriarche à 'Obaid Allah, le général de Mâmoûn, lorsqu'il 
passa par la Palestine, de retour de sa campagne d'Egypte, et ils 
accusèrent les chrétiens d'avoir fait une chose illicite, en élevant 
une nouvelle coupole qui, plus haute que l'ancienne, dépassai! 
celle de la mosquée de la Sakhra. Thomas, d'abord jeté en pri- 
son, finit par se tirer assez adroitement d'afl'aire, grâce au con- 
seil d'un certain cheikh qui, moyennant finances*, lui indiqua un 

1. Eulychius, op. cit.y yoI. II, pp. 421-429. 

2. Kxode des musulmans de Jérusalem à la suite d*uDe famÎDe. 

3. Mille dinars payés comptant, plus une rente réversible sur la t^le de 



BASILIQUE DE CONSTANTIN ET MOSQUÉE d'oMAR A JÉRUSALEM 335 

argument qui devait fermer la bouche à ses adversaires. Les 
musulmans furent déboutés de leur plainte, mais il n'en est pas 
moins vrai qu'ils avaient dû conserver de la chose un vif ressen- 
timent. On peut se demander si ce grief, qui leur était resté sur le 
cœur, ne les poussa pas à entamer une campagne qui, prenant 
texte d'une tradition qu'on avait fait revivre pour les besoins de 
la cause, aboutit finalement à la fondation d'une mosquée aux 
portes mêmes du sanctuaire chrétien? La riposte, si elle est 
réelle, eût été d'assez de bonne guerre et, pour s'être fait quelque 
peu attendre, n'en serait pas moins topique. 



III 

Cette mosquée d'Omar n'eut, en tout cas, qu'une existence 
éphémère. Si elle n'a pas été englobée dans la destruction ordon- 
née par Hâkem, elle dut naturellement être supprimée sous la 
domination des Croisés, dont l'arrivée à Jérusalem ne suivit pas 
de très loin ce désastre. Les Croisés, comme on le sait, modi- 
fièrent, d'ailleurs, totalement, dans leur reconstruction, le plan 
des édifices primitifs et donnèrent aux divers sanctuaires de la 
Passion la disposition et la forme architecturales qui sont^ k peu 
de choses près, celles avec lesquelles ils se présentent à nous au- 
jourd'hui. La vieille basilique de Constantin, ou ce qui pouvait 
en subsister, fut exclue du plan nouveau, et le souvenir de la mos- 
quée parasitaire disparut avec l'édifice même aux dépens duquel 
elle avait été créée. 

Lorsque, plus tard, sous Saladin, la croix dut céder définitive- 
ment la place au croissant, et que les musulmans^ maîtres de 
Jérusalem, y reprirent possession de leurs mosquées transfor- 
mées pour la plupart momentanément en églises, il n'est plus 
question de notre mosquée d'Omar. Une semble même pas qu'on 

enfaDts mâles. Cette redevance s*éteignit sous le patriarcat d'Ëiiâs Bis de Man- 
soûr (880-907 J.-C), ta descendance du clieikh n'étant plus représentée alors 
que par une fille. 



336 RECUEIL D^ÂRCUÉOLOGIE ORIENTALE 

ait songé un moment à rétablir celle mosquée à laquelle, quel- 
ques siècles auparavant, les musulmans attachaient tant de prix, 
et dont la fondation avait coûté si cher aux chrétiens indigènes. 
£t pourtant, nous savons qu*au lendemain de la nouvelle con- 
quête, la question des Lieux Saints avait été soigneusement 
examinée, et sous toutes ses faces^ par Saladin et ses conseil- 
lers. Plusieurs de ceux-ci pressaient même vivement le sultan de 
détruire ce foyer du culte des infidèles. L'avis contraire rem- 
porta et, chose curieuse, Ton &t valoir en faveur du maintien de 
Téglise du Saint-Sépulcre et de ses dépendances, en dehors des 
considérations de politique générale et autres, l'argument his- 
torique que nous avons déjà rencontré sous le kalam d'Eaty- 
chius: à savoir que le calife Omar lui-même, après avoir pris la 
ville autrefois, avait épargné Téglise du Saint-Sépulcre et y 
avait maintenu les chrétiens*. C'était le cas, ou jamais, d'invo- 
quer le précédent de la mosquée d'Omar et de rétablir, au moins, 
ce sanctuaire musulman. 

On ne le fit pas pour des raisons que nous ignorons. Peut- 
être la tradition musulmane elle-même, interrompue depuis plus 
de deux siècles par Toccupation franque, avait-elle perdu le 
souvenir de ce fait, comme elle semble avoir perdu celui de la 
possession partielle de la basilique de Bethléem ; car, là aussi, 
nous ne retrouvons plus, depuis Eutychius, trace d'une intru- 
sion quelconque des musulmans dans le sanctuaire de la Nativité, 
que seules se disputent de nos jours encore les diverses commu- 
nions chrétiennes. 

D'ailleurs, si cette double intrusion des musulmans à Jérusa- 
lem et à Bethléem avait été, sinon favorisée à Torigine, du moins 
sanctionnée après coup par les Fatimites, ce ne pouvait être là 
pour Saladin, le destructeur du califat fatimite et le restaurateur 
du califat abbasside, qu'une raison de plus pour ne pas faire re- 
vivre une mesure remontant à un régime entaché d'hétérodoxie. 

Au surplus, Saladin donna aux musulmans de Jérusalem une 

l. Voir la relation du propre secrétaire de Saladin, *Emâd ed-Dtn (p. 69 du 
texte arabe, édition Landborg). 



BASILlOUt: DK CONSTANTIN KT MOSQUÈK D*OMAB A JÉRUSALEM 337 

salisfaction équivalente, en fondant dans Tancicn palais des pa- 
triarches, un grand établissement religieux, une khanqàh pour 
Tordre des Soufis, khanqâh qui existe encore aujourd'hui, et 
enserre au nord Téglise du Saint-Sépulcre, sur laquelle elle che. 
vauche même en partiel Llslàm se trouve là dans la même 
situation envahissante et dominante que lui assurait jadis la 
mosquée d'Omar qui, implantée dans la vieille basilique de Cons- 
tantin, disparut définitivement à Tépoque des Croisés avec la 
basilique elle-même, celle-ci étant en quelque sorte sa raison 
d'être. 



IV 



Si la mosquée d'Omar dont notre inscription coufique, rap- 
prochée des passages d'Ëutychius, nous a révélé Texistence 
éphémère, mais positive, a disparu de Jérusalem depuis des 
siècles, a-t-elle laissé, du moins, quelque trace dans la tradition 
locale ? 

On ne saurait, bien entendu^ faire entrer ici en ligne de compte 
ce que Ton appelle aujourd'hui indûment, par suite d'une erreur, 
d'ailleurs assez ancienne', la « Mosquée d'Omar », c'est-à-dire 
le magnifique édifice de la Qoubbet es-Sakhra construite sur le 
site de l'ancien temple juif par le calife ommiade 'Abd el-Melik au 
premier siècle de l'hégire. 

Le mihrâb ou oratoire d'Omar», que l'on montrait dans Taile 
annexe occidentale de la mosquée El-Aqsa (mosquée des Moghre- 
bins), aurait peut-être plus de titre à porter ce nom, s'il marque 
bien un point de l'enceinte de Tancien temple juif, enceinte à 



1. Voir le plan donné plus haut (p. 304) [angle nord-ouest de Ttlot]. 

2. Elle paraît remonter à l'époque des Croisades. 

3. Cf. Moudjîr ed-Dîn, Chronique^ p. 370, qui, non sans faire de sages ré- 
serves, rapporte que, d'après une tradition, le sanctuaire aurait été construit par 
Omar lui-môme. Aujourd'hui on montre un mihrâb d'Omar sur un point diffé- 
rent de la mosquée El-Aqsa, dans l'anDeze du côté oriental. 



Recueil D'AncHâoLOOiB ORiErrrALR. II. Décembre 1897. Livraison 22. 



338 RECUEIL d'archéologie orientale 

rintérieiir de laquelle le premier conquérant musulman de Jé- 
rusalem a certainement fait ses dévolions, dès son entrée dans la 
Ville sainte, comme s'accordent à le dire toutes les anciennes 
relations, aussi bien musulmanes que chrétiennes. Mais ce lieo^ 
situé bien loin de la basilique du Saint-Sépulcre, n'a évidem- 
ment rien de commun avec la mosquée dont parle notre inscrip- 
tion et qui, comme je Tai montré, faisait corps avec cette basi- 
lique même. 

Il en est de même des autres mosquées, dites d'Omar, qui 
s'élèvent sur divers points de Jérusalem. Par exemple, celle qui 
est située dans le quartier juif, à Test du Soùq; ou bien encore, 
celle que Ton voit au sud de l'église actuelle du Saint-Sépulcre 
(H du plan), de l'autre côté de la rue qui donne accès au parvis, 
auprès du couvent grec de (icthsémani*. Au moins cette dernière 
se trouve-t-elle dans le voisinage de l'église du Saint-Sépulcre; 
mais elle est située dans une direction toute différente de celle 
expressément indiquée par Eutychius et de celle de l'endroit où 
a été trouvée notre inscription, soit au sud, et non à l'est du Saint- 
Sépulcre. Cela nous interdit donc de songer à l'identifier avec 
la niosquée d'Omar qui nous occupe. 

Dans la description de Jérusalem rédigée au xv* siècle par 
Moudjîr ed-Dîn, natif de cette ville ^ il est question d'une autre 
mosquée dans laquelle, malgré de sérieuses difficultés que je vais 
examiner, il serait assez tentant de reconnaître la nôtre. 



1. C'esl pcut-êlre bien la mosquée que Moudjîr cd-Dîn (pp. 153 et 393) appelle 
la zaouièh de la Dergâh, voisine, dit-il, de l'hôpital de Saladin (Pancienne rési- 
dence de l'Ordre des Hospitaliers [plan K-H]),en face de Téglise du Saint-Sépulcre 
et construite, pnHend-il, par Hrlène, mère de Constantin. 

A signaler encore, d'après le même auteur (p. 397), comme étant dans les pa- 
rages de Péglise du Saint-Sépulcre, le mesdj^d fondé par El-Melik el-Afdbal, 
un (les (ils rje Saladin, au-dessus de la prison de laChorta (« la Police »). Ail- 
leurs (p. 400) il indique la Chorta comme étant située en face de Péglise de 
Saint-Sépulcre, du cMé sud : ce pourrait être la mosquée, aujourd'hui sans nom, 
(plan 1), dont je parl(>rai un peu plus loin et qui est en bordure de ta rue des 
Chrétiens, au sud-ouest de Pt'j^iise du Saint-Sépulcre. 

2. Comme il nous l'apprend lui-même dans une phrase perdue dans la partie 
la plus aride de sa Chronique, Mou<ijîr ed-Din était né à Jérusalem (p. 529 de 
l'édition du Caire) en Pan 8()0 de Phégire. 



BASILIQUE DE CONSTANTIN ET MOSQUÉE D*OMAR A JÉRUSALEM 339 

Le chroniqueur arabe parle à deux reprises* d'une mosquée 
connue sous le nom de « Mosquée des Serpents » {Mesdjed el- 
haiyât), « C'est, dit-il dans le second de ces passages, la mosquée 
dans laquelle se trouvait le « talisman des serpents », et dont il a 
été question plus haut. Elle est située auprès de Téglise du Saint- 
Sépulcre. C'est une grande mosquée, de celles dites « Oma- 
riennes » {el'masàdjid el-'Omarii/è), ainsi appelée du nom d'Omar 
ben el-Khatlâb, Témir des Croyants, que Dieu l'agrée! » Ces 
lignes nous montrent, soit dit incidemment, qu'il y avait toute une 
catégorie de mosquées placées sous le vocable, éminemment 
populaire*, du conquérant de Jérusalem et de la Palestine. 

Dans Tautre passage, Moudjtr ed-Dîn entre dans plus de détails 
au sujet de celte mosquée. Il s'exprime ainsi : 

« Le savant Ebn 'Asâker dit avoir lu ce qui suit dans un écrit 
ancien : Il y avait à Jérusalem de grands serpents à la morsure 
mortelle. Toutefois Dieu, dans sa bonté, a octroyé à ses servi- 
teurs une mosquée {mesdjed) qui est située sur le « dos de la 
rue » et que 'Omar ben el-Khattâb (que Dieu l'agrée!) a prise 

f i]l> i-*ali ^ ... ùJ^Vj sur une église qui se trouve là et qui est 

connue sous le nom de El-Qomdmé {zzEl'Qtâmè^ l'église de la 



i. Moudjîr ed-Dîn, op. cit. (texte arabe du Caire), pp. 398 et 114 (voir la 
traduction de M. Sauvaire que je modifie sur quelques points). 

2. On trouve de toules parts et jusque dans les plus petits villages de Pales- 
tine, (les mosquées appelées de ce nom banal el-^omari (prononcé par les paysans 
eWeumeri) qui n'a d'autre valeur, semble-t-il, que celle de rappeler le souvenir 
de la conquête. Peut-être même bien cette appellation s'appliquait-elle spécia- 
lement à toute mosquée créée par la transformation, totale ou partielle, d'une 
ancienne église, et considérée, par cela môme, comme acquise à l'Islam en vertu 
du droit de conquête que personniOait en quelque sorte le nom d'Omar. S'il en 
est vraiment ainsi, on aurait, dans cette appellation caractéristique si répandue, 
un indice archéologique fort utile, puisqu'il permettrait a priori de conclure que 
toute mosquée qui l'a reçue était primitivement un édifîce chrétien. Il serait inté- 
ressant de vérifier, en se plaçant à ce point de vue, s'il n'y aurait pas, en outre, 
une distinction à Taire entre les églises ainsi transformées, cas si fréquent en 
Palestine, et si les mosquées dites omariennes ne constitueraient pas une caté- 
gorie correspondant aux églises d'origine byzantine^ distincte de la catégorie des 
églises construites par les Croisés, lesquelles, bien qu'ayant subi les mêmes trans- 
formations, n'auraient pas régulièrement droit à ce titre de mosquées omariennes. 



340 RECUEIL d'archéologie orientale 

Résurrection). On y voit deux grandes colonnes {oustouâwUàn)\ 
dont les chapiteaux sont ornés de figures de serpents qu'on dit 
être un talisman contre ces reptiles. Un homme est-il mordu par 
un serpent à Jérusalem, la morsure ne lui cause aucun mal. Hais 
s'il sort de la ville, ne fût-ce qu*à la distance d'un empan, il meurt 
aussitôt'... )^ 

Puis, Moudjlr ed-Din^ reprenant la parole pour son compte, 
ajoute : 

« Cette mosquée est bien connue. C'est celle qui est située 
dans la rue des Chrétiens à Jérusalem, dans le voisinage de 
Téglise du Saint-Sépulcre, du côté de l'ouest, à main droite quand 
on monte l'escalier qui va de cette église à la Khànq&h ' de Sa- 
ladin. Â ce qu'il semble, le talisman des serpents en a dispani. 
— Dieu seul sait la vérité. » 

Il est certain que, si la dernière indication de Moudjîr ed-Din 
doit être tenue pour exacte, cette mosquée d'Omar, surnommée 
Mosquée des Serpents, ne saurait être, elle non plus^ identiBée 
avec la nôtre. Car il ressort pleinement de la description des 
lieux, et particulièrement des points de repères donnés par le 
chroniqueur (la rue des Chrétiens et laKhànqâh)^ que cette mos- 
quée d'Omar se trouvait non pas à Test, mais à l'ouest et même au 
nord-ouest de l'église du Saint-Sépulcre \ Néanmoins, il ne faut 
pas perdre de vue que ce n'est là qu*une identification faite après 
coup, dont la responsabilité incombe à Moudjired-Din lui-même, 
et que celui-ci a pu se tromper en voulant retrouver sur le ter- 
rain la mosquée décrite par les auteurs plus anciens qu*il cite. En 
fait, il n'y a plus aujourd'hui de mosquée d'Omar dans les pa- 
rages décrits par lui, à moins d'admettre que celle qu'il vise soit 



1. Comparer le mot oustoudn employé par Eutychiuff pour désigner la colon- 
nade de la basilique, brûlée par les musulmans. 

2. J'omets, pour abréger, le reste de la légende qui n'offre aucun inlérèt pour 
notre sujet. Ël-Hereoui raconterait, au dire de l'auteur arabe, quelque chose de 
ce crenre dans son ouvrage des Pèlerinages; mais je n'ai pas retrouvé ces pas- 
sages dans les extraits de cet ouvrage qui ont été donnés soit par M. Schefer, 
soit par M. Guy Le Strange. 

3 et -4. Voir le plan. 



BASILTOrC DE CO^STA?ITl!« KT XOSOrtS D*OMAR A JÉRI^ALIV 31! 

la petite mosquée, sans nom \ qui s*élève au sud-ouest de régliso 
du Saint-Sépulcre en bordure de la rue des Chrétiens ^plau I) ; 
ou plutôt l'édifice qui est situé plus au nord, vers la KhànqAh, 
toujours en bordure de la même rue« et qui est appelé aujourd'hui 
Makhzen el-Beylik i plan J), simple magasin appartenant au gou- 
vernement, qui serait, alors, une ancienne mosquée désaffectée. 
Il y a, d'ailleurs, dans la légende, une fluctuation évidente, 
qui marque bien le caractère incertain de la localisation qui en 
avait été faite. Ainsi, deux auteurs musulmans du x* siècle^ 
Ebn el-Faqih et Moqqadesi*, et un autre un peu plus récent, 
Albirouni, parlent, eux aussi, d'un talisman contre la morsure des 
serpents, qui existait à Jérusalem; mais ils le placent sur un 
tout autre point de la ville, à Tintérieur de la grande mosquée 
El-Aqsa. Et là, il n*est plus question de colonnes à chapiteaux 
historiés, mais de simples plaques de marbre portant des ins- 
criptions pieuses purement arabes. Il est à remarquer que c'est 
là également que la tradition musulmane montre encore aujour- 
d'hui, comme je Tai signalé plus haut, un oratoire d*Omar, qui 
n'a, d'ailleurs, rien de commun avec noire mosquée d'Omar. Ou 
dirait donc qu'il y a eu une certaine corrélation, dont la raison 
nous échappe, entre le vocable d'Omar et le talisman des ser- 
pents, puisque, là comme ici, nous constatons l'association do 
ces deux éléments, Tun d'aspect historique, l'autre d*aspect lé- 
gendaire. Peut-être la légende persistante, attachée à l'oratoire 
d'Omar à El-Aqsa, a-t-elle été transportée à la nouvelle mos- 
quée d'Omar, lorsque celle-ci a été fondée dans le sanctuaire 
chrétien. Peut-être, au contraire, le transfert a-t-il eu lieu on 
sens inverse. Le plus ancien des deux témoignages cités ci-dessus, 
celui de Ebnel-Faqth. remonte à Tan 913, c'est-à-dire qu'il tombe 
en plein dans Tépoque d'Eutychîus. 

1. Voir, plus haut, la note 1 de la p. 338. 

2. Voir les passages de ces deux auteurs dans Le Strange, Palenline undrr 
the MosUms, p. 100. Cf., pp. 102,100, lli, les divers passages de llereoui, de 
Nâser Khosrau et surtout de Soyoûli,(|ui montrerit combien latradition muHul- 
mane elle-même est hésitante au sujet du point exact de la mosquée Kl-Aqsa 
où devait se trouver le véritable oratoire d*Omar. 



3i2 RECUETL D*ARCHÉOLOGTE ORIENTALE 

Il se peut donc fort bien, malgré tout, que la vieille Mosquée 
des Serpents, placée sous le vocable d'Omar, ne fût autre que 
celle dont Eutychius nous a appris l'existence et dont notre ins- 
cription coufique nous a révélé remplacement. Moudjîr ed-Din, 
qui écrivait au xv® siècle, s'appuie, en somme, sur l'autorité de 
Ebn *Asâker, qui écrivait au xii* et qui, lui-même, il le dit en 
toutes lettres, avait extrait cet intéressant passage d'un « écrit 

ancien» T^r-wi ^\lj\ Un écrit, déclaré ancien dès le xn® siècle, 

doit remonter à une date passablement haute et confinant de 
bien près à Tépoque où nous voyons notre mosquée d'Omar jouer 
un rôle dans l'histoire, c'est-à-dire sinon à l'époque d'Eutychius 
même^ du moins à celle qui suit immédiatement, soit donc au 
x" ou XI* siècle; très probablement, en tout cas, à une date anté- 
rieure à la prise de Jérusalem par les Croisés, en 1099, car la 
teneur môme du passage de « l'écrit ancien » implique une pé- 
riode pendant laquelle les musulmans étaient maîtres de Jéru- 
salem*. 

Il faut avouer, en effet, si l'on fait abstraction de l'identifica- 
tion, tardive et sujette à caution, de Moudjîr ed-Dîn, que cer- 
taines indications contenues dans ce passage, d'un âge respec- 
table, rappellent singulièrement les conditions dans lesquelles a 
été fondée la mosquée d'Omar mentionnée par Eutychius. Le 
texte cité par Ebn 'Asâker dit formellement que la Mosquée des 
Serpents, ou Mosquée d'Omar, a été prise sur un des principaux 
sanctuaires chrétiens ; or, on se le rappelle, c'est le cas pour la mos- 
quée dont parle Eutychius et à laquelle se rapporte notre inscrip- 
tion. Il est vrai que ce sanctuaire est désigné, comme étant, non 
pas la basilique de Constantin, aux dépens de laquelle, suivant 
Eutychius, la mosquée d'Omar avait été créée, mais l'église de la 
Résurrection, autrement dit, du Saint-Sépulcre, qui s'élevait 
à l'ouest de la basilique. Il ne faut pas oublier, toutefois, que la 

i. Je n'ai pas besoin, d'ailleurs, de faire remarquer que cet écrit ancien repré- 
sente une source tout à fait différente de celle où ont pu puiser Ebn el-Faqth ot 
Moqaddesi, puisqu'il vise non pas l'oratoire d'Omar à Êl-Aqsa, mais la mosquée 
d*Omar usurpée sur le sanctuaire chrétien. 



BASILIQUE DE CONSTANTIN ET MOSQUÉE D^OMAR A JÉRUSALEM 343 

basilique de Constantin avait définitivement disparu à l'époque 
de Toccupalion de Jérusalem par les Croisés; et si, ce qui est 
fort possible, la source, antérieure à l'arrivée des Croisés, mise à 
contribution par Ebn 'Asâker, parlait de la basilique de Constan- 
tin, on comprendrait sans peine que cet auteur et, à sa suite, 
Moudjir ed-Dln, aient substitué dans Tancien récit, au nom de la 
basilique disparue, qui ne représentait plus rien ni à eux-mêmes, 
ni à leurs lecteurs, celui de Téglise du Saint-Sépulcre où s'était 
pour ainsi dire concentré le sanctuaire chétien. La situation de 
la mosquée, décrite comme étant « sur le dos du chemin » 

f ^^^1 j4^ ^cV conviendrait bien aussi à la mosquée d'Omar 

prise sur la partie de la basilique de Constantin qui touchait et 
surplombait la grande voie antique représentée aujourd'hui par 
la rue du Khàn ez-Zeît. 

L'ancien récit arabe signale, comme nous l'avons vu, l'exis- 
tence, dans cette mosquée, de deux grandes colonnes ornées de 
chapiteaux, sur lesquels étaient sculptés ces « serpents » qui ont 
donné naissance à la curieuse légende du « talisman des ser- 
pents » rapportée plus haut. Moudjîr ed-Dîn avoue avoir vaine- 
ment cherché la trace de ce monument dans la mosquée où il 
croyait reconnaître la vieille mosquée d'Omar, et il en marque 
quelque étonnement, ainsi que Tindique la formule dubitative 

qui termine son récit, Ici 4ttlj. Cela veut dire qu'au fond, il n'est 

pas bien sûr de ce qu'il avance. 

La disparition des fameuses colonnes s'expliquerait d'autant 
mieux, si, comme d'autres indices nous ont portés à le supposer, 
la mosquée relativement moderne que Moudjir ed-Dîn avait en 
vue, n'était pas celle dont il est question dans l'ancien document, 
cité par lui de seconde main. 

J'inclinerais à croire, pour ma part, que les deux colonnes, 
avec leurs chapiteaux historiés, qui avaient si vivement frappé 
autrefois Timagination des musulmans, devaient faire partie de 
la colonnade qui, nous le savons, entourait la basilique de 
Constantin; ces deux colonnes, dont la description trahit Tori- 



344 RECUEIL d*arch6olo6ie orientale 

gine tout au moins byzantine, avaient pu être enclavées dans la 
mosquée prise, comme nous Texplique Eutychius, sur le vesti- 
bule et Tescalier de cette basilique même. Il est parfaitement 
admissible que les chapiteaux de ces colonnes, sculptés soit à 
l'époque de Constantin, soit plus tard, aient en effet, représenté 
de véritables serpents; ce motif de décoration architecturale Q*a 
en soi rien d'invraisemblable K Mais il est possible aussi que 
les musulmans, coutumiers de ces sortes de méprises, aient cru 
reconnaître des serpents dans de simples entrelacs, rinceaux ou 
volutes, plus ou moins capricieusement disposés, tels qu'on 
peut en voir, à Jérusalem même, sur tant de chapiteaux de 
facture byzantine. 

Il y a un autre auteur encore, c'est Chems ed-Dtn es-Soyôutî, 
qui parle aussi de notre mosquée d'Omar et du talisman des 
serpents qu'on y voyait. Il le fait dans des termes qui doivent 
peu différer de ceux employés par Ebn 'Asâker et Moudjlr ed- 
Dtn, autant, du moins, qu'on peut en juger d'après la traduc- 
tion anglaise qu*en a donnée autrefois Reynolds '. Malheureu- 
rement cette traduction est, comme Ton sait, très sujette à cau- 
tion ; et je regrette de n'avoir pas le texte arabe à ma disposition 
pour vérifier certaines variantes, qui pourraient avoir leur im- 
portance. Par exemple, celle-ci : « en haut des deux colonnes, 
dirait Soyoùli, il y a l'image d'un serpent; si un homme, mordu 
par un serpent, rims up to this serpent^ he receives no injury ». 
Il fallait donc, d'après cette version, pour jouir de Timmunité 
conférée par le talisman, se mettre en contact avec lui ; ce que 
ne nous expliquaient pas nos deux autres auteui*s '. S'il en était 

1. On pourrait même, à la rigueur, penser à la scène du serpent ou du dragon 
transpercé par la hampe du Labarum, un des motifs favoris de Timagerle con«- 
tantinienne, qui était reproduit dans le vestibuk* du propre palais de Tempereur 
et se retrouve jusque sur certaines de ses monnaies (Eusèbe, Vie de Constantin^ 

m. 3). 

2. Reynolds, The History of the Temple of Jérusalem^ p. 148. Sur certains 
points, il a commis des contre-sens évidents, par exemple lorsqu'il dit « the 
road which Oinar-Al-Khattâb to'tk in mnrchiiuj from Ihe church of Ihe Ri^sur- 
reclion, » 

3. V aurait-il eu un membre de phrase de sauté dans la citation faite par 



BASILIQUE DE CONSTANTIN ET MOSQUÉE d'oMAR A JÉRUSALEM 315 

réellement ainsi, nous aurions peut-être là un « hint » comme 
disent les Anglais, pour rélucidation de ce mot si obscur, de 
notre inscription, définissant un des motifs, et naturellement le 
principal, que pouvaient invoquer les chrétiens pour pénétrer 
dans le sanctuaire à eux désormais interdit. La croyance popu- 
laire à la vertu du talisman devait être commune aux chrétiens et 
aux musulmans; peut-être même est-ce chez ceux-là, les pre- 
miers occupants du sanctuaire, qu'elle avait pris naissance*. 
Je n'insiste pas sur cette conjecture qui ne repose, somme 
toute, que sur une base bien fragile, celle de la créance qu'on 
peut accordera une traduction de Reynolds. Je n'ai pas cru, 
néanmoins, devoir me dispenser de Tindiquer à tout hasard, et 
sous toute réserve ^. 



Il me reste à traiter, ou tout au moins à toucher un dernier 
point, qui est peut-être le plus important de tous ceux que vient 
éclairer la découverte de notre inscription, car, chose assez 
imprévue, cette inscription arabe musulmane, constitue un élé- 
ment essentiel d'une question de haute archéologie chrétienne 
fort débattue : celle de la disposition primitive de la basilique, 

Moudjir ed-Dîn, ou quelque bourdon dans Tédition imprimée au Caire? 11 ne 
figure pas cependant dans la traduction de M. Sauvaire, qui semble avoir eu 
à sa disposition un bon manuscrit pour contrôler Tédition du Caire. Ce serait 
une vériiication à Taire dans les manuscrits, assez nombreox, que nous poss^édons 
de l'ouvrage de Moudjir ed-Dîn, ou, mieux encore, dans les manuscrits des sources 
qu'il utilise, par exemple, dans le Sâouihîr, 

1 . Cette légende cache peut-être une obscure réminiscence de la tradition 
biblique du serpent d'airain, tradition qui était familière aux chrétiens orientaux 
(cf. Eutychius, op. d^, vol. I, p. 109). 

2. Resterait encore à trouver, pour le mot arabe en jeu, une lecture et un sens 

cadrant avec cet ordre d'idées. Bien que -.1 ^ soit le mot courant pour « chi- 

rurgien » et que ^ j>- veut dire quelquefois « chercher à éviter une blessure », 

je ne sache pas qu'on ait jusqu'ici rencontré la X« forme de ce verbe, dont l'ac- 
ception primitive est « blesser », employé dans un sens tel que « chercher un 
remède pour une blessure ». 



346 RECUEIL d'archéologie orientale 

ou Martyrion, de Constantin, élevée sur remplacement de l'In- 
vention de la Croix. 

Je crois avoir suffisamment établi, par le rapprochement de 
notre document lapidaire et des passages de la Chronique d'Eu- 
tychius, les deux faits suivants : 

1® L'inscription concerne la mosquée dite d'Omar, implantée, 
au plus tard au x*" siècle, par les musulmans, dans le vestibule 
de la basilique, en haut d'un escalier qui permettait d'y accéder. 

2° Le bloc sur lequel elle est gravée a été trouvé insiiu elil 
fait partie intégrante de l'appareil du parement est du mur an- 
tique qu'on supposait avoir dépendu de cette basilique; c'est ce 
que prouve Tidenlilé des ciselures et refends de la pierre, ainsi 
que Texistcnce des trous de scellement destinés à fixer les 
plaques de marbre qui formaient le revêtement général de ce 
mur, comme je l'avais constaté dans mes fouilles de 1874. 

Si l'on est à peu près d'accord pour reconnaître dansTangleA, 
dégagé autrefois dans le terrain russe, par les fouilles succes- 
sives de Sir Charles Wilson, par les miennes et par celles de 
l'archimandrite Anlonin, l'angle sud-est de la basilique primi- 
tive, cet accord cesse quand il s'agit d'interpréter la fonction 
architecturale du mur qui, partant de cet angle, s'étend au nord, 
faisant face à l'est, et dans le prolongement duquel était encas- 
tré, à ^sa place originelle, le bloc (B) portant notre inscription 
coufique. Jusqu'à ces dernières années on s'était habitué à consi- 
dérer ce mur oriental comme représentant les assises inférieures 
de lu façade do la basilique; et tous les archéologues qui avaient 
sérieusement étudié le problème prenaient cette donnée comme 
point de départ de leurs essais de restitution, plus ou moins 
divergents pour le reste. La chose paraissait d'autant plus vrai- 
semblable qu'on avait constaté, en avant de ce mur, à une dis- 
tance d'environ 7 mètres, l'existence de plusieurs basse de 
colonnes m siin (rf/rf), formant un alignement régulier, parallèle 
au mur, et paraissant avoir appartenu aux propylées qui s'é- 
levaient devant la basilique. 

Mais une théorie nouvelle, émise en Allemagne, il y a une 



BASiLiorE DE coxsTAxrnc ET yosQUÉc d'oxar a Jérusalem 347 

douzaine d*années*, est venue complètement bouleverser toutes 
les idées reçues. D'après celle théorie qui a été accueillie avec 
quelque faveur et a rallié des partisans en France même, ce mur 
oriental ne représenterait nullement la façade, mais au contraire 
le fond de la basilique : la véritable façade aurait été à Touest, 
c'est-à-dire tournée du côté de Téglise du Saint-Sépulcre ^G). 
M. Schick, Fauteur de celle théorie révolutionnaire, obtenait 
ainsi un édifice régulièrement orienté, à la mode byzantine, avec 
son entrée à l'ouest et sa coupole ou abside à Test. 

L'ensemble des faits que j*ai établis plus haut ne me semble 
être guère favorable à la thèse soutenue par M. Schick. Nous 
avons désormais^ ainsi que je Tai démontré, la preuve matérielle 
qu'au x« siècle, la basilique avait, sur sa face orientale, un esca- 
lier et un vestibule. Eutvchius le dit, et son dire vient d'être 
confirmé d'une façon éclatante parla découverte de l'inscription 
coufique. Il est bien difficile d'admettre que cet escalier et ce 
vestibule aient abouti à un mur plein, sans issue, qui aurait 
formé le fond de la basilique. On se rappelle comment le calife 
Omar, introduit par Sophronius, dans Tatrium interposé entre 
Téglise du Saint-Sépulcre et la basilique, entra dans celle-ci ; 
puis, ayant refusé d'y faire sa prière, en sortit, pour aller la faire 
sur Tescalier qui était à la porte de la basilique, du côté de 
l'orient. Il est donc de toute évidence que l'escalier aboutissait 
à une porte — ce qui est assez naturel pour un escalier — et, il 
est probable que cette porte devait s'ouvrir sous le vestibule de la 
basilique, le dehliz, dont Eulychius parle un peu plus loin. Or 
comme la mosquée d'Omar a été prise sur cet escalier et sur ce 
vestibule qui devait occuper toute la largeur de la façade, ou, 
tout au moins, une partie notable de cette largeur; comme, 
d'autre part l'inscription nous marque, à n'en pas douter, l'em- 
placement précis de ladite mosquée, il en résulte que ce mur 
oriental, où était encastré le bloc, ne saurait guère, du moment 

1. C. Schick, ZeUschrifl des deufschen Pala-^stina-Vereins, 18S5. VIII, p. 259 
sq., planches XI, XII el XIII. Voir en particulier, p. 277, pour la question de 
la façade. 



348 RECUEIL D^ARCHÉOLOGTE ORIENTALE 

qu'on admet qu*il apparlient à la basilique, être autre chose que 
la façade de cette basilique. 

On pourrait répondre, il est vrai, que le témoignage d'Euty- 
chius n'est valable que pour Tépoque où écrivait le patriarche 
d'Alexandrie, tout au plus pour l'époque delà prise de Jérusalem 
par Omar, et que, même dans le cas le plus favorable, la basi- 
lique n*était plus alors telle que Tavait construite Constantin, 
mais telle que venait de la restaurer le patriarche Modestus^aprës 
les ravages de l'invasion perse en 614. On pourrait alléguer 
également, pour renforcer celle riposte, qu'Eusèbe, dans la des- 
cription, qu'il nous a laissée de la basilique authentique de 
Constantin, bien qu'il nous parle en détail des propylées, de 
Tatrium, des cours et des triples portes qui donnaient accès dans 
rintérieur de Tédifice, est muet sur l'existence d'un escalier. 

Je ne crois pas que ces moyens de défense soient suffisants 
pour maintenir la thèse de M.. Schick, en face des faits nouveaux 
qui viennent à rencontre. 

D'abord, il est peu vraisemblable, a priori, que Modestus ait 
transformé, le plan général de la basilique au point de retouroer 
Tédifice de bout en bout, en mettant à Test ce qui était à l'ouest. 
11 a dû utiliser autant que possible ce qui restait de la construc- 
tion primitive et, par cela môme, en respecter les dispositions fon- 
damentales. Autrement, c'eût été compliquer sa tâche à plaisir ; 
or, nous savons que le patriarche de Jérusalem, au lendemain de 
la retraite des Perses, ne disposait que de ressources, restreintes, 
lui interdisant toute innovation trop coûteuse. Il est donc pro- 
bable qu'il a laissé les portes là où elles étaient. 

11 est probable également que Tescalier napas été ajouté par 
Modestus et que cet escalier existait déjà dans la basilique anté- 
rieure. H était imposé par la nature même du terrain sur lequel 
s'élevait Tédifice, terrain qui est et a toujourdû être sensible- 
mont en contre-haut du niveau de la rue du Khân ez-Zett, passant 
à Test et représentant la voie antique. Cette nécessité matérielle 
s'impose tellement, que M. Schick, qui a, d'ailleurs, fait du ter- 
rain une étude approfondie et très méritoire, abstractioo faite de 



BASIUljUE DE CONSTANTIN ET MOSQUÉE d'oMAR A JÉRUSALEM 349 

son hypothèse, a dû en tenir compte dans une certaine mesure. 

Aussi a-t-il imaginé deux petits escaliers latéraux permettant 
d'accéder de la rue orientale, non au corps même de la basilique, 
mais aux portiques qui la bordaient au nord et au sud. Mais rien 
ne justifie cette disposition, qui, bizarre en elle-même, est 
de plus en contradiction complète avec les faits exposés 
plus haut. Rien n est choquant comme de voir dans son essai 
de restitution {op. c, pi. XI), cette ligne de propylées cou- 
rant le long (Ijq mur aveugle, qui n*aurait eu aucune com- 
munication avec Textérieur. Du moment, que M. Schick admet, 
avec ses devanciers, l'existence, en ce point, des propylées 
dont parle Eusèbe, comment n*a-t-il pas vu, en dehors de 
toute autre considération, que ce nom même de propylées 
impliquait nécessairement l'existence des portes repoussée par 
lui? 

Pour en revenir à la question de Tescalier, Eusèbe, il est vrai, 
n en parle pas, comme je Tai déjà fait remarquer, allant ainsi 
moi-même au devant de l'objection. Mais je puis produire un 
témoignage qui me parait suppléer complètement sur ce point au 
silence d'Eusèbe, témoignage peu connu que je crois devoir 
verser intégralement au débat, car il semble avoir jusqu*ici 
échappé aux archéologues qui ont eu à discuter la question. Je 
l'emprunte à la vie de saint Porphyre de Gaza écrite par son propre 
disciple, le diacre Marc. L'auteur raconte comment il fit la con- 
naissance du saint. Marc, venu en simple pèlerin à Jérusalem, 
avait fini par s*y fixer. Il y vivait^ comme il nous l'apprend, du 
travail de ses mains, grâce à son talent de calligraphe. Il voyait 
saint Porphyre, alors très souffrant d'une grave atTeclion du foie 
qu'il avait contractée pendant sa vie d'ascète sur les bords du 
Jourdain, et se traînant péniblement, appuyé sur un bùton, se 
rendre assidûment à l'église de la Résurrection (si; Ty;v xoo 
XptcjToj 'Avijracr.v) et aux autres sanctuaires, et il admirait son 
courage. Un jour, il le rencontra sur les marches du Martyrion 
édifié par le bienheureux roi Constantin (àv to:; x;a5aO|A:T; toj 



350 RECUEIL d'archéologie orientale 

ne pouvant pas mettre un pied devant Taulre. Il se précipita 
pour lui tendre la main, Tinvitantà s'y appuyer afin de gravir les 
degrés (x/a6a{vev tcj; avaSaOjjLouç) *. 

Il est clair que si saint Porphyre montait, et avec tant de dif- 
ficulté, les marches de rescalier,c*est d'abord, cela va de soi, qu*il 
y avait un escalier; ensuite, c'est que cet escalier donnait bien 
accès aux portes de la basilique de Constantin où le pieux per- 
sonnage voulait aller faire ses dévotions. Et Ton ne peut plus 
alléguer ici qu'il s'agit de la basilique réédifiée par Modestus; 
c'est la basilique originale de Constantin, telle qu'elle était sortie 
des mains de ses architectes. Eu effet, saint Porphyre étant mort 
en Tan 420, nous avons la certitude que l'escalier dont parle de 
visu le diacre Marc, contemporain du saint, faisait partie de Tédi- 
fice construit, moins d'un siècle auparavant sur Tordre du pre- 
mier empereur chrétien. Il n'y a, par suite, aucune raison de sup- 
poser que l'escalier qui figure dans le récit d'Eutychius, et qui 
y remplit la même fonction, par rapport h la basilique de Cous- 
tantin restaurée par Modestus, ne soit pas le même escalier, tout 
au plus réparé) mais non pas créé par Modestus. 

Il est difficile, d'ailleurs, de comprendre comment M. Schicka 
pu faire aussi bon marché de l'indication si catégorique d'Eusèbe 
qui, s'il ne parle pas Tescalier, dit du moins de la façon la plus 
nette que les trois portes par lesquelles on pénétrait dans la ba- 
silique regardaient le soleil levant : IIùkoli Se Tpîî; a:p5; aitov xtiT^or:x 
TJA'.cv £j o'.ay.£{;ji.£va'. *, Ta TzXrfirt twv z\7(ù çspspiévcjv uiu€Î£)rovto*. Une 
pareille expression ne peut logiquement s'entendre que de 
portes pratiquées dans la façade orientale d'un édifice; il sem- 
ble tout à fait abusif d'y voir des portes pratiquées dans une 

1. Mard Diamni vita Porphyrii episcnpi Gazensis, Bibliolh. Teubner, 1895, 
p. 5. Il est inléressaril fie n;lever plus loin, p. 8, la mention du Calvaire (sous 
le i)om du Saint-Kranion, 'zo'j àvtoj Koav-ou). Nous avons ainsi i*énuméralion 
complèle «les trois grands sanctuaires : iWyinstasiUf le Martyrion de ConsUn- 
lin, avec son furalin', cl le Calvaire. LVcorri est complet, comme Ton voit, avec 
les infiications contenues dans le Pèlerinage de sainte Sylvie écrit vers Tan 385, 

2. .1 i l'entends au sens de «< équidistantes ». 

3. liusèbe, Vie de Constantin, livre III, ch. xxxvii. 



BASILIQUE DE CONSTANTIN ET MOSQUÉE D*OMAR A JÉRUSALEM 35 i 

façade occidentale. Sans doute^ une porte, ouvrant à l'ouest, 
conduit nécessairement à Test; mais il ne viendra jamais à 
Pidéc de dire pour cela que c'est une porte orientale. Il suffit, 
d'ailleurs, pour achever de dissiper toute équivoque à cet 
égard, de se reporter au passage où, quelques lignes plus haut*, 
Eusëbe vient de nous expliquer que la basilique de Constantin 
est située à Test du Saint-Sépulcre, ce que personne, M. Schick 
lui-même, ne saurait songer à nier : tw yi? xatiavi'xpù izlvjp^ toj 
œnpz'j^ 5 5tj zpo^ àvfj^^ovia ^Xisv Iwpa, ô pacrO.S'.oç cjvfjxro vsco^. L*expres- 
sion employée est exactement la même que celle concernant 
Torientation des portes de la basilique : ^po; avid^ovia i^Xiov; et, 
ici, aucun doute n'est possible, ces mots désignent bien le côté 
oriental et non le côté occidental du Saint-Sépulcre. Il doit donc 
en être de même pour la façade de la basilique qui, elle aussi, 
regardait Torient. 

M. Schick aura, je suppose, élé dominé par Tidée de ramener 
la basilique de Constantin à la règle des basiliques byzantines^ 
normalement orientées, avec leur entrée à Touest et leur abside 
à l'est. Mais, comme Ton sait, cette règle rituelle n'est pas abso- 
lue et n'est pleinement valable que pour Tépoque byzantine pro- 
prement dite, postérieure à Constantin. La basilique de Tyr, qui 
est contemporaine de celle de Jérusalem, semble^ elle aussi, avoir 
été orientée de Test à l'ouest et non de Touest à Test*. Au surplus, 
il ne faut pas oublier qu'en l'espèce, la basilique de Jérusalem se 
trouvait dans des conditions toutes particulières, et que l'orien- 
tation a pu en être déterminée, avant tout, par la position du 
Saint-Sépulcre et du Calvaire, situés à l'ouest. On conçoit que le 
Saint-Sépulcre fût, pour ainsi dire, le véritable pôle sur lequel 
devait se diriger ce qu'on pourrait appeler Taxe religieux de la 
basilique. 

Qu'il y eût, du côté ouest aussi, des portes de dégagement, la 
chose est possible, elle est même probable; mais ces portes de- 



1. Eusèbe, /. c, chap. xxxvi. 

2. Eusèbe, Panég. de saint Paulin, ^ 38. 



352 RECUEIL d'archéologie orientale 

vaient être des issues relativement secondaires, pratiquées dans 
le fond de la basilique, à Topposite de celles de la façade et 
destinées à permettre de passer directement de la basilique à 
TAnaslasis et réciproquement, pour les besoins des grandes cé- 
rémonies qui se jouaient entre les deux sanctuaires et que le 
Pèlerinage de sainte Sylvie nous décrit avec tant de complaisance. 
Je croirais même qu'il devait y avoir des portes latérales^ prati- 
quées tout au moins dans le côté sud de la basilique ; et c*esl ce 
qui parait résulter d'un des passages d'Eutychius que j'ai cité 
plus haut*. N'empêche que tout s'accorde pour nous montrer 
que les portes principales et la véritable façade, sans parler de 
l'escalier, devaient être à l'est*. 

L'abside orientale figurée dans la restauration de M. Scbick 

1. C'est peut-être pour les distinguer de ces portes latérales que le Pèleri- 
nage de sainte Sylvie quallQe de majores celles qui s'ouvraient du côté du mar- 
ché (de quintana parte), c'est-à-dire dans la façade orientale. 

2. Quoiqu'ils n'apportent pas de renseignements bien précis pour le poiot en 
discussion, je signalerai deux autres textes qu'on a jusqu^ici quelque peu négli- 
gés, le premier surtout, et qui nous fournissent tout au moins quelques détails 
sur les dispositions architecturales des approches de la basilique. 

C'est, d'abord, un passage du Pratum spirittMle (ch,cv) de Moschus (vu* siècle) 
où il raconte un fait, plus ou moins miraculeux, dont avait été témoin un cer- 
tain abbé Christophore : après avoir adoré la Croix (dans la basilique), au mo- 
ment de sottir, Tabbé aperçut un frère qui restait immobile, sans entrer, ni sor- 
tir : Ev xt'û Tt'jXsbwi ToO (jLE^ia'jAO'j ToO àytou SraupoO (la Sainte-Croix est» comme 
on le sait, un des noms que portait la basilique de Constantin; cf. !a Crux de 
la relation du Pèlerinage de sainte Sylvie). Il semblerait, d'après ce passage, 
que le {isatauXov, ou fiiTxuXov — vraisemblablement l'atrium séparant TAnas- 
tasis de la basilique — avait lui aussi son entrée propre (sur la face sud?), en 
forme de porte monumentale. 

C'est ensuite un passage de la Vie de sainte Mane l'Égyptienne^ dont Tautear 
est justement notre fameux patriarche Sophronius, contemporain et ami de Mos- 
chus. Il raconte comment la pécheresse, venue à Jérusalem par curiosité, pour 
la grande fOte de l'Exaltation de la Croix, fut empêchée par une force surnatu- 
relle de franchir le seuil de la basilique où file voulait pénétrer mêlée & la foule 
des fidèles : elle arrive jusqu'à toO orxtou Ttpox'jXia, et de là jusqu'au seuil de la 
porte (tt,v ^Xiàv TT,; 0-jpa;); là, elle est repoussée par la volonté divine, ctç ti 
7cpoa'j>.ta, où elle se retrouve seule : elle s'arrête alors dans un angle, èv t^ ywvi'x 
xf,; aC/r,; toO vaoO et, levant les yeux, elle aperçoit au-dessus de cet endroit une 
image de la Viergo. Il est possible que cette dernière scène, et peut-être égale* 
ment la précédente, soit à placer non pas aux portes principales de la façade 
orientale, mais à ces portes latérales qui, ainsi que je l'ai fait remarquer plus 
haut, existaient aussi dans le côté sud de la basilique. 



BASILIQUE DE CONSTANTIN ET MOSQUÉE D*OMAR A JÉRUSALEM 3o3 

est, en lout cas, en désaccord formel avec Tindicalion expresse 
du Bveviarhts (écrit vers 530) : « intranti in ecclesiam Sancli 
Constautini magna ab occidente est absida. » Uabsida du Bre- 
viarius est identique à ce qu'Eusèbe appelle, d'une façon assez 
obscure, V « hémisphère »; ce qui le prouve, c'est le détail ca- 
ractéristique, donné dans Tune et l'autre description, des douze 
colonnes disposées en cercle et surmontées à'hydries cV argent. W 
s'agirait, en outre, de savoir si cet c hémisphère » ou cette ^ ab- 
sida » représentait réellement ce que nous appelons aujourd'hui 
une abside \ c'est là une autre question que je n'ai pas à dis- 
cuter ici. En tout cas, quelle que fût la chose ainsi dénommée, 
elle était située dans la partie occidentale et non orientale de la 
basilique, laquelle était peut-être tout simplement un édifice 
construit sur un plan carré barlong, sans aucun élément circu- 
laire extérieur, et avec deux façades^ l'une à Test, l'autre à l'ouest. 

Il semble donc, somme toute, qu'il faut écarter la nouvelle 
hypothèse, et que le mieux est de s'en tenir à l'ancienne con- 
ception, si rationnelle, telle que ïobler lavait formulée , dans 
le temps, avec une rare sagacité*. Le plan qu'il a proposé, avec 
Tescalicr occupant toute la largeur de la façade orientale, et 
débouchant sous un vaste vestibule à colonnade* qui formait 
narlhex et où s'ouvraient trois portes équidistantes, répond 
remarquablement bien, il faut l'avouer^ au moins pour la partie 
orientale, à la découverte qui vient d'être faite et aux divers 
témoignages historiques qu'elle éclaire d'un jour singulièrement 
vif. 

C'est sous ce vestibule et sur cet escalier qu*au x* siècle, les 
musulmans avaient établi leur mosquée d'Omar. La construc- 
tion de cette mosquée n'avait pas dû leur coûter grands frais, du 
reste. Ce spacieux vestibule avec sa colonnade leur offrait un 

1. Tobler, Golgatha, 1851, pp. 81 et sq. Cf. le plan schématique gravé à la 
page 97. Il avait môme, par une véritable divination, prévu la découverte du 
mur oriental à Tendroit même où elle a été eiïectuée par les fouilles ultérieures 
(voir la page x de sa préface). 

2. Pour les colonnes, voir ce que j'ai dit plus haut au sujet de la Mosquée 
des Serpents. 



I RgÇPglL D'aRCHÉOLOQIB ORlBWTALg. II. DÉCBMBRB 1897. LiVUAlSON 23. 



3Si RECUEIL D*ARCUÉ0L0G1E ORIENTALE 

vaisseau tout txouvé; il leur suffisait, à Taidc de quelques murs de 
remplissage, de clore la partie prise par eux, pour obtenir un édi- 
fice fait à souhait pour les besoins de leur culte, 1res simple 
comme on le sait. L*impIantation de cette mosquée parasitaire 
devait forcément barrer, en partie, Taccès à la basilique, et avoir 
eu pour conséquence de faire condamner une au moins, peut-être 
deux, des trois portes principales par lesquelles on pénétrait 
autrefois dans le sanctuaire chrétien après avoir gravi Tescalier. 
Gomment faut-il entendre^ au juste, en essayant de les appli- 
quer sur le terrain, les paroles d'Eutychius nous disant que les 
musulmans avaient usurpé, pour y établir leur mosquée, la 
moitié du vestibule de la basilique? La réponse à celte question 
dépend, avant tout, bien entendu, delà longueur qu*on attribuera 
au mur regardé comme mur-limite oriental de l'édifice et où se 
trouve encastré le bloc portant notre inscription. Si Ton admet, 
avec M. Schick, qu'il se terminait au nord, en un point M, par 
un retour d'angle faisant le pendant de noire angle A, ce mur 
aurait, de A à M, une longueur d*environ4o mètres, représentant 
en réalité la largeur de ]*édifice. Cette longueur se diviserait en 
deux parties égales M-C et C-A. En prenant au pied de la lettre 
le dire d'Eutychius et en tenant compte, d'autre part, de la po- 
sition occupée par l'inscription, en B, il faudrait supposer que la 
mosquée occupait la partie du vestibule comprise entre C et A", 
c'est-à-dire la moitié méridionale. Cela conviendrait assez bien; 
les musulmans auraient ainsi choisi la partie méridionale, celle 
qui répondait le mieux aux besoins de leur culte, et ils auraient 
pu établir le mihrâb obligatoire dans la partie du mur en retour 
dont l'amorce est conservée en A". On conçoit, d*autre part, que 
le calife Omar, en sortant de la basilique, se soit de préférence 
dirigé, pour y faire sa prière, vers la porte méridionale du vesti- 
bule, afin de s'orienter ver la Mecque. Or,' si M-A représente 
réellement, comme on l'a supposé, le mur-limite oriental — 
mur-limite qui ne peut être dès lors que la façade de la basilique 
— sur les trois portes équidistautes dont nous parle Eusèbe, la 
mosquée en aurait bloqué entièrement une, la plus méridionale, 



BASILIQUE DE CO.NSTÂNTIN ET MOSQUÉE D*OMAR A JÉRUSALEM 355 

et, en partie, une autre, celle du centre. On voit tout de suite 
quelle gêne devait en résulter pour les chrétiens voulant pénétrer 
dans leur basilique; ils n'auraient plus eu de complètement libre 
que la porte septentrionale ; quant à la porte centrale, si elle était 
englobée, en tout ou partie, dans la mosquée, il y avait là ma- 
tière à litige et à conflits perpétuels. Certes, on pourrait imagi- 
ner d'autres combinaisons pour adapter au terrain nos données 
historiques et épigraphiques; mais celle-ci est encore celle qui 
paraît satisfaire le mieux et le plus simplement aux conditions 
requises. Cela dit, bien entendu, dans le cas où notre mur est 
effectivement, comme on l'a pensé, le mur-limite oriental de Tédi- 
fice même. Dans le cas contraire^ si ce mur, tout en étant d'ori- 
gine constantinienne, avait une autre fonction architecturale^ 
hypothèse dont je dirai un mot à la fin de cette dissertation, il y 
aurait lieu naturellement de chercher une autre combinaison 
pour expliquer la position de la mosquée au regard de la basi- 
lique. 



VI 



Je dois rappeler, en terminant, qu'il est un autre document 
dont on pourrait encore tirer argument en faveur de l'ancienne 
théorie, si heureusement fortifiée, et précisée, à ce qu'il semble, 
par la découverte de notre inscription coufique. Ce n'est plus 
un texte ; c'est la figuration matérielle de la basilique de Cons- 
tantin» telle qu'elle apparaît dans la partie de la grande carte 
mosaïque de Mâdeba contenant une vue générale, si remar- 
quable, de Jérusalem et des principaux monuments avant l'ar- 
rivée des Arabes. 

Comme on Ta reconnu de divers côtés *, l'artiste a visible- 
ment voulu nous présenter la partie de cette basilique qui était 

1. L. P. Lagrange, le F. Germer-Durand, M. Berger, et moi -même." Voir, 
à ce sujet, les judicieuses observations de M. Berger dans les Comptes rendm 
de V Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1897, p. 457. 



336 RECUEIL d'arghéologib orientale 

en bonliire de la voie anliquo correspondant sensiblement à 
la rue actuelle du Khân ez-Zeit '. 

Mais^ quelle est cette partie de la basilique? Est-ce la partie 
postérieurede l'édifice, comme doivent nécessairement l'admettre 
ceux qui suivent les idées de M. Schick? Est-ce, au contraire, 
la façade? Il semble bien plutôt que ce doit être la façade, car 
le mosaïste, voulant nous montrer sous son aspect normal, c'est- 
à-dire de face, ce grand sanctuaire de l'Invention de la Croix ou 
du Golgotha* qui, plus encore peut-être que le Saint-Sépulcre lui- 
même, était le centre essentiel et comme la Gaaba du cuite chrétien, 
n'a pas hésité, pour y arriver,à rompre avec la convention constante 
qu'il avait adoptée. En effet, l'orientation générale de sa carte est 
l'est, qui y occupe la place du nord dans les nôtres; les diverses 
églises figurées dans chaque localité s'y montrent donc naturel- 
lement par leur face occidentale, c'est-à-dire qu'elles nous présen- 
tent leurs façades, ces églises datant d'une époque où prévalait la 
rèslc bvzantine de Torienlation de l'abside vers Test. II n'en 
était pas de même pour la vieille basilique de Constantin, orientée 
vers Touesl, comme nous l'avons vu. Aussi, pour figurer cette 
basilique, à tous égards exceptionnelle, le mosaïste s'est-il placé 
à un point de vue diamétralement opposé, en regardant non plus 

1 . La vue piltoresque de cette voie anlique, bordée d'une double colonnade, 
où (levaient être installées des files de boutiques, apporte une brillante con6r- 
m:ition à la conjecture émise plusieurs années avant la découverte de la mosaïque 
d«» Màdeba, par Sir Charles Wilson (Palestine Exploration Fund, SiaiemtnU 
1888, p. 01), sur l'existence d'une grande Via vecia qui, partant de la porte dite 
aujourd'hui porte de Damas, devait traverser Aelia Capitolina, du nord au sud. 
La mosaïque me paraît donner raison sur toute la ligne, c'est le cas de le dire, 
;\ Sir Charles Wilson, qui aie premier formulé cette idée, bienavantM. Hanauer 
{^iaianmi, 1891, p. 318) et le P. Germer-Durand (Hevwe hihL, 1892, p. 376). 

lilusèbe nous dit formellement que les propylées de la basilique donDaient 
Êir* avT/i; tiÎTy); it/.aTcîa; Tr,; àyopâc; el, d'autre part, le Pèlerinage de sainte Syl- 
vie^ dans un passage que j'ai déjà cité plus haut, indique aiosi la position des 
portes principales de la basilique : « Apertis balvis majoribus quœ sunl de 
quinlana parle. » L'on sait que la quintana porta était, dans les camps ro- 
mains, celle auprès de laquelle se tenait le marché. C'est évidemment dans 
cetle dernière aco«*ption que l'auteur de la relation du pèlerinage emploie Tex- 
pressiou. 11 y a là un argument de plus contre l'hypothèse de M. Schick met- 
tant à l'ouest la façade et les portes principales de la basilique. 

2. C'est un des noms que lui donne le Pèlerinage de sainte Sylvie. 



BASILIQUE DE CONSTANTIN ET MOSQUÉE d'oMAR A JÉRUSALEM 357 

vers Test, mais vers l'ouest, seul moyen qui lui permettait de 
montrer la façade. Or, on remarque, à la partie inférieure de cette 
façade, dessinée en plan rabattu, trois baies rectangulaires équi- 
distantes, reposant sur une superposition de traits parallèles hori- 
zontaux, dont la signification est quelque peu douteuse. Ne serait- 
ce pas, comme Font déjà judicieusement supposé M. Berger et 
le P. Germer-Durand, la représentation sommaire des degrés 
d'un escalier et ne faudrait-il pas voir, dans ces trois baies qui la 
surmontent, les trois portes orientales auxquelles on accédait par 
cet escalier? 

Sans doute^ ces baies paraissent être un peu petites et surtout 
un peu basses pour des portes; il est vrai que leur exiguïté rela- 
tive s'explique peut-être par leur nombre. L'escalier^ de son côté, 
d'une hauteur énorme, étant donnée l'échelle apparente, ne serait 
pas en perspective, mais quasiment en élévation géométrale. En 
outre, il faudrait admettre que, pour simplifier son dessin et mieux 
dégager la façade, le mosaïste a cru devoir supprimer les pro- 
pylées et les autres dispositifs architectoniques qui, formant 
Tavant-corps de la basilique, en masquaient plus ou moins les 
abords. La chose n'aurait rien d'impossible, si l'on tient compte 
de ce que l'artiste se sert en général de procédés conventionnels 
d'une exactitude très relative ' et si Ton veut bien ne pas deman- 
der à ce mode de figuration, somme toute naïf^ plus de précision 
qu'il n'en comporte*. S'il en est ainsi, la mosaïque de Màdeba 



1. Il est instruclif, à plusieurs égards, de comparer cette figuration à celle du 
temple juif représenté sur un verre antique qu'a fait connaître de Rossi (Ar^ 
chives de l'Orient latin, U, A, p. 439). 

2. Il s'agirait aussi de savoir si nous avons là Timage de la basilique primi- 
tive de Constantin, ou de celle réédifiée par Modestus, qui avait pu en éliminer 
certaines annexes ou dépendances, trop dispendieuses à rétablir. Tout dépond de 
la date de Texècution de la mosaïque, date que Ton ne saurait encore fixer avec 
certitude. Cotte date peut, toutefois, descendre très bas, comme je l'ai indiqué 
précédemment (p. 1G3). Je n'avais pas craint de parler du vii« siècle; cette 
induction a été ultérieurement sinon confirmée, du moins fortifi»''e parla décou- 
verte, à Màdeba même, de deux autres mosaïques du même style, portant \c9 
dates précises de 59G et 608 J.-C. {Revue biblique, 1897, p. 052 et suiv.); 
cette dernière nous amène presque à l'époque de l'invasion perse. 



358 RECUEIL D'ARCHÉOLOrilB ORIENTALE 

serait alors un témoignage de plus à mettre en ligne pour la so- 
lution (le la question dans le sens que tout ce que nous avons vu 
j usqu^ici nous convie à adopter. 



Vil 



Quoi qu*il en soit, que l'on accepte ou que Ton réserve ce der- 
nier argument, nous avons désormais mieux qu'une image, si 
fidèle qu'elle puisse être; nous avons dans ce bloc, authentiqué 
par Tinscription même qu'il a reçue au x' siècle, et dans le mur 
dont il fait partie intégrante, nous avons^ dis-je, un témoin et un 
élément architectural réel, en place sur le terrain, une ligne 
fondamentale dont devra tenir compte plus que jamais à Tavenir 
tout essai de restitution de la fameuse basilique, premier berceau 
du christianisme officiel. 

Ce mur oriental, avec son retour d'angle dans le sud, ne saurait 
être le mur formant le fond d'une basilique ouverte seulement à 
Touest, comme l'admettait la théorie de M. Schick. Si Ton per- 
siste à croire que c'est bien réellement un des murs-limite de 
Tédifice, ce ne saurait être que celui de la véritable façade. Je dois 
avouer, toutefois, qu'après avoir soigneusement examiné de nou- 
veau, et sous ses divers aspects, cette question si complexe, il me 
reste encore, touchant la fonction architecturale de ce mur, 
quelques doutes que je crois de mon devoir de formuler. Assu- 
rément, il doit faire partie de l'ensemble des constructions éle- 
vées sur l'ordre de Constantin, et il nous représente un membre 
de cet ensemble en rapport étroit avec les abords principaux 
de l'édifice du côté de l'orient. Cela ne parait guère contestable 
après tous les arguments que j'ai produits. 

Mais peut-on affirmer sans réserve que c'était un des murs- 
limite du vaisseau même de la basilique, soit, dans ce cas, le mur 
de la façade regardant Test, avec une amorce du mur-limite la- 
téral regardant le sud? II ne faut pas oublier que, d'après la des- 
cription, malheureusement bien obscure d'Ëusèbe, la façade de 



BASILIOÏIE DE CONSTANTIN ET MOSQUÉE d'oMAR A JÉRUSALEM 3S9 

la basilique était précédée de tout un système compliqué, atrium, 
cours, propylées, qui devait avoir un développement assez consi- 
dérable dans Test. Notre mur ne pourrait-il pas appartenir à un 
de ces éléments annexes? 

D'autre part^ je suis frappé de deux faits matériels. Le premier, 
c'est que les deux branches, est et sud, de notre mur ne forment 
pas entre elles un angle rigoureusement droite mais bien, comme 
je Tai fait observer plus haut, un angle obtus, sensiblement ac- 
cusé*. Le second fait, c'est que l'appareil si soigné de la face 
méridionale, avec ses blocs taillés à refends, com portait une déco- 
ration de pilastres plats^ encadrant des défoncements rectangu- 
laires dont le nu se raccorde, par en bas, au nu général du mur, 
par un large biseau ; c'est tout à fait l'aspect du mur d'enceinte 
du Haram de Hébron et d'un fragment, encore visible à Tangle 
nord-ouest (face ouest), de celui du Haram de Jérusalem*. 

Cet angle obtus est quelque peu difficile à comprendre si on le 
rapporte à l'édifice constituant le corps même de la basilique, puis- 
qu'il impliquerait un plan trapèze, au lieu d'un plan rectangu- 
laire, forme normale de toute basilique. La chose serait assuré- 
ment plus compréhensible, si Ton admettait que les deux branches 
du mur qui forment cet angle obtus appartenaient, non pas à l'édi- 
fice lui-même, mais à une sorte d'enceinte circonscrivant le terre- 
plein sur lequel celui-ci se serait élevé; c'est ainsi qu'on observe 
une déviation angulaire du même ordre dans Tenceinle du Haram 
de Jérusalem, particulièrement à l'angle sud-est'. De telles dé- 
viations, dans un mur d'enceinte, peuvent avoir pour cause une 
configuration particulière du terrain, ou des alignements imposés 
par des constructions préexistantes*. Notre angle présente donc 

i. On peut Tévaluer à 96» ou 97». 

2. Voir un croquis de ce dernii3r fragment dans les jtfemotrsdu Survey of wes- 
tern Palestine (Jérusalem, in-4, p. 214). Nous en avons, de notre côté, pris, 
avec M. Lecomte, en 1874, des relevés qui seront gravés dans le vol. I de mes 
Archaeological Researches in Palestine, 

3. De même, aux deux angles méridionaux de^la plate-Forme ou sahen, au 
milieu de laquelle s'élève la Qoubbet es-Sakhra. 

4. Dans notre cas, on pourrait dire que la déviation constatée aurait eu pour 
cause le désir de rendre la ligne de notre mur — qu'on le considère comme le 



360 RECUEIL d*ârchéologie orientale 

celle double caractéristique des murs d*enceinte enveloppant 
deux des principaux sanctuaires palestiniens, à savoir le motif 
décoratif des pilastres et Tirrégularité angulaire. On est amené, 
par suite, à se demander si^ par hasard, il ne faudrait pas conce- 
voir ainsi le plan général du sanctuaire consfantinien : un grand 
péribole formant un parallélogramme plus ou moins régulier 
(plus exactement un trapèze), allongé de Touest à Test, péribole 
dont nous aurions l'angle sud-est conservé en A, au moins dans 
ses premières assises; les deux côtés longs du parallélogramme, 
nord et sud, bordés de portiques intérieurs, courant d*un bout 
à Tautrc et s'appuyant sur les murs d'enceinte; et, à l'intérieur 
de cette sorte de petit' haram hypèthre, les différents sanctuaires, 
à savoir : à rexlrémilé ouest, Tédifice circulaire de TAnastasis, 
recouvrant le Saint-Sépulcre* et occupant tout ce petit côté du 
parallélogramme qui, là, pouvait être dépourvu d'enceinte, at- 
tendu que les murs même de l'édifice en tenaient lieu ; à l'est 
de TAnastasis, le vaste atrium à ciel ouvert séparant celle-ci de 



mur de façade de i'édifice, ou comme le mur de Tenceinle qui entourait celui- 
ci — parallèle à celle de la grande Via recta à colonnades. Comparer i'orienla- 
tion de Taxe de la rue du Khiln ez-Zeit qui nous a conservé sensiblement Tali- 
gnement de celle principale artère d'Aelia Capitolina. Il est certain qu*un 
édifice important, construit en bordure de cette voie si régulière, eût produit un 
eiïet disjj^racieux s'il eût été posé de biais, par rapport à elle; d'autre pari, Tali- 
gnement est-ouest de la basilique était commandé par la position du Saint- 
Sépulcre. Il n*e.st pas inditTérent de constater que, si Ton prolonge à l'est la 
ligne d'axe ouest-est passant par le centre du Saint-Sépulcre, rintersection de 
celte ligne avec la ligne moyenne d*axe de la rue du Khàn ez-Zell, représen- 
tant la Via recta, forme un angle obtus sensiblemeut égal à celui des, deux 
branches de notre mar; d'où l'induction que ce second angle est foncliou du 
premier et déterminé par les mêmes coordonnées. 

1. Plus grand encore, cependant, que le Haram de Hébron, qui ne mesure pas 
plus de 60 X 3i°». 

2. Il senit^le difficile d\:dmetlre, comme l'ont fait quelques archéologues, que 
TAnastasis ait consisté en une simple colonnade circulaire, à ciel ouvert ; ce 
ne pouvait être qu'un édifice recouvert d'une coupole et clos ; l'existence de 
portes y est formellement attestée par maints passages du Pèlerinage de sainte 
Sylcie ; un, entre autres, est décisif, c'est celui où il est dit que, les portes étant 
closes (claudunlur autem ostia), on entendait néanmoins encore du dehors les 
marques d'approbation de la pieuse assistance enfermée dans l'Anaslasis et y 
écoutant le prône de l'évèque (lantœ voces sunt collaudantium, ut porro foras 
ecclesia audiantur voces eorum). 



nASlLlQlE DE CONSTANTIN ET MOSQUÉE d'oMAK A JÉRUSALEM 361 

la basilique de l'InvcnlionMe la Croix. La basilique, à ce compte, 
aurait eu des dimensions sensiblement moindres que celles qu'on 
lui a attribuées dans ces derniers temps, puisqu'elle devrait êlre 
inscrite dans le reste du trapèze déterminé par notre angle sud- 
est, avec une marge suffisante pour loger les portiques nord et 
sud ainsi que le portique oriental en retour des deux autres, 
formant un second atrium après lequel venaient les propylées. 
En tenant compte de ces nécessités et en se réglant, d'autre part, 
sur noire angle sud-est et sur i*axe général ouest-est, qui passe 
par le centre du Saint-Sépulcre, on serait conduit à attribuer à 
la basilique de la Croix des dimensions sensiblement égales à 
celles de la basilique de Bethléem^ résultat qui, ea soi, serait 
assez acceptable. Notre angle sud-est serait alors proprement 
Tangie de Tatrium oriental, et non celui de la basilique môme; 
et la partie usurpée par les musulmans, pour rétablissement 
de leur mosquée, pourrait avoir compris la moitié environ, 
ou le tiers méridional de cet atrium ■. 

Je n'insiste pas sur cette hypothèse qui aurait besoin d'être tra- 
duite par des croquis ; je me contenterai de dire, pour la faire un 
peu plus facilement saisir^ qu'en prenant pour base la restitution 
proposée par M. Schick, elle consisterait, en gros, à considérer 
ce qu'il donne pour les murs-limite nord, est et sud du vaisseau 
de la basilique, comme étant, au contraire, le mur d'enceinte du 
terrain à Tinlérieur duquel s'élevait la basilique (orientée, bien 
entendu, en sens inverse) ; les propylées resteraient làoù ils sont 
et où on a toujours proposé de les reconnaître depuis Robinson 
etTobler ; il y aurait aussi à faire intervenir le large escalier, 
dont l'existence est désormais un fait acquis et qui montait peut- 
être des propylées à l'atrium. Enfin, entre les propylées et la fa- 
çade véritable de la basilique (regardant Test), façade qui devrait 

• 

1. Abstraclion Faite des addilions de Justinien, qui semblent avoir porté sur- 
tout sur les absides. 

2, Cet atrium avait, lui aussi, ses portes propres, ainsi que nous le dit Eusèbe 
[op. cit., ch. XXXIX), probablement au nombre de trois, comme celles de la façade 
de Téditice (]u'il précédait. L'inscription coufique, dans cette hypothèse, aurait 
été gravée non loin de la plus méridionale de ces portes. 



362 RECUEIL d'ahchéologie orientale 

èlre, par suite, notablement reculée dans l'ouest, il faudrait pré- 
lever encore remplacement de l'atrium, avec son angle sud-est 
légèrement obtus *. 

Je n'entends nullement, au surplus, me porter garant d*un 
système éminemment conjectural, qui, s'il présente certaines 
combinaisons assez spécieuses, prête le flanc à plus d*une objec- 
tion grave ; ces objections, je les vois moi-même tout le premier, 
et c'est ce qui m'empêche de me prononcer. J'ai cru néanmoins 
qu'il y aurait peut-être, ne fut-ce que pour l'écarter, quelque uti- 
lité à l'envisager, en raison des particularités, encore inexpli- 
quées, qui caractérisent notre angle sud-est et dont on ne semble 
pas avoir assez tenu compte. 

Une chose, en tout cas, ressort nettement de l'ensemble des 
faits exposés ci-dessus et parait être au-dessus de toute contesta- 
tion ; c'est que, muet jusqu'ici et se prêtant par cela même aux 
interprétations les plus diverses, ce mur antique, si intéressant 
à tous égards, a commencé à parler, grâce à la précieuse inscrip- 
tion couPique qu'il vient de nous livrer ; il s'agit seulement main- 
tenant de bien entendre ce qu'il nous dit. 



§74. 

L'inscription de Nebl Hâroûu et le « dharlh » funéraire 

des Nabatéens et des Arabes. 

On rencontre dans les épilaphes nabatéennes* un mot wis qui 
semble désigner la chambre funéraire même. Lorsque M. Renan 

1. Il est frappant de voir, en se plaçant à. ce point de vue, que, si Ton pro- 
longe à Touest la branche méridionale de notre angle sud-est, on tombe juste 
dans l'alignement de la façade méridionale de l'église actuelle du Saint-Sépulcre. 
Une telle coïncidence ne saurait être fortuite; eîle me parait montrer que nous 
avons atlaire là à une ligne organique très importante du plan primitif. Les 
Croisés ont dû probablement, p^tur élever leur façade, se régler sur les assises 
de Tancien mur d'enceinte qui bordait au sud l'alrium occidental, englobé dans 
leur nouvel éflifict'. 

2. Par expmph», n" 21.'i du Cnipus Inscr. Sem. Aram. 



l'inscription de nebI habolin 363 

entreprit, au Collège de France, il y a de cela déjà bien des an- 
nées, le déchiffrement et Texplication des inscriptions naba- 
téennes recueillies à Medâïn-Sâleh par M. Doughty, il fut arrêté 
un instant par l'interprétation à donner à ce mot, qui faisait 
alors sa première apparition. Je lui proposai à ce moment d'y 
reconnaître le mot arabe fif^ « sépulcre », qui, comme bon 
nombre d'autres mots arabes que je lui indiquai, me semblait 
être une survivance directe du nabatéen. M. Renan adopta ce rap- 
prochement, qui fut également accueilli ensuite par M. Noeldeke * 
et par les éditeurs du Corpus et est aujourd'hui généralement 
admis*. 

Le mot s'est retrouvé depuis dans la grande inscription de 
Pétra dont j'ai parlé plus haut \ et là, dans des conditions qui 
ne laissent aucun doute sur sa signification réelle. 

Il ne sera peut-être pas inutile de constater que, par une sin- 
gulière coïncidence, le mot arabe que j'avais considéré comme 
étant l'héritier direct du mot nabatéen, est justement employé 
dans une inscription arabe, découverte, pour ainsi dire, à deux 
pas de Pétra. Cette inscription est placée dans le sanctuaire de 
Nebi IlÂroûn, où la tradition musulmane voit le fameux tombeau 
d'Aaron, enseveli, comme nous l'apprend la Bible, sur le mont 
Ilor, ce pic remarquable faisant partie du massif du Djebel-Cbara, 
lequel est adjacent, dans le sud-ouest, à la ville de Pétra. Soit 
dit en passant, il est permis de se demander si cette tradition 
locale, si ancienne et si persistante, ne se rattacherait pas, par 
quelque lien qui nous échappe, au vieux culte du grand dieu 
nabatéen Dusares, Dou-Chara, seigneur de la montagne sainte 
du Chara, comme Jéhovah était le seigneur du mont Sinaï. Mais 
ce n'est pas le lieu de discuter cette grave question qui ne ten- 
drait à rien moins qu'à faire rentrer dans le domaine de la my- 



1. Euting, Nabat. Inschr,^ p. 55. 

2. Voir la Zeitschr. fur Assyriol,, 1896, p. 332, où M, Hoffmann propose, en 
outre, de rallacher le mot en question au lexique hébreu, en s'appiiyant sur 
I Samuelf xiii, 6. 

3. P. 128. 



364 RECUEIL d'archéologie orientale 

tbologie la personnalité, auK apparences historiques, du frère 
de Moïse. Je me bâte d*arriver au document dont je viens de 
parler. 

J'ai reçu, il y a quelques mois, du Comité du Palestine Explo- 
ration Fund, la photographie d*une inscription arabe prise par 
un voyageur anglais dont j'ignore le nom, à l'intérieur de la 
qoubbè de Nebî Hàroùn. Elle montre trois blocs juxtaposés, de 
forme et d'origine diverses, qui doivent être encastrées à l'un 
des petits bouts du cénotaphe que la tradition musulmane pré- 
tend être le tombeau du prophète. Le bloc de droite, simplement 
décoré de moulures rectangulaires concentriques, a dû èlre em- 
prunté par les musulmans aux débris de l'édifice chrétien qui, à 
Tépoque byzantine, avait été élevé sur le sommet du mont Hor 
en l'honneur d'Âaron. Le bloc de gauche contient quelques ins- 
criptions indistinctes en caractères hébreux carrés, d*apparence 
relativement moderne, qui doivent être l'œuvre de pèlerins juifs 
au moyen âge, ou même d*une époque plus récente ^ 

Sur le bloc central, taillé en forme de cippe triangulaire au 
sommet, est gravée une inscription arabe de huit lignes, assez 
difficile à déchiffrer, par suite du manque de netteté de la pho- 
tographie, mais cependant à peu près lisible, sauf vers la fin qui 
devait contenir la date. 

Un rapide examen me convainquit que cette inscription arabe 
ne devait être autre que celle signalée autrefois par de Bertou 
et le duc de Luyncs', et dont M. Reinaud, d'abord, M. Sauvaire 
ensuite, avaient tenté sans grand succès, le déchiffrement. 



1. Nous voyons par le Jichus ha-abot (Carmoly, Itinéraires de la Terre-Sainte, 
p. 457, cf. p. 488) que les Juifs allaient encore sans difTiculté au mont Hor au 
xvi" siècle pour y visiter le tombeau d'Aaron : « Là est enseveli le grand- 
prélre Aaron, dans un caveau fermé; on a élevé au-dessus une belle voûte 
(= la coupole de la qoubbè); les Juifs vont à son tombeau pour s*y prosterner 
et y prier, et personne ne les en empêche. Les Ismaélites même (z: les mu- 
sulmans) traitent ce lieu avec respect, d 

2. Voyage d'exploration à la mer Morte^ I, p. 277. L'inscription n'est pas 
en caractères coufiques, comme le dit le duc de Luynes, mais en caractères 
neskhis indiquant l'époque des sultans Mamlouks. 



l'inscription DE NEBÎ uâroùn 365 

Voici ce qu*une première lecture m'a permis d'y recon- 
naitre * : 



^j\ ^j\ :a\ x-j 



IJL* (f) .liil ^\ *a\ J 



j^j 



IV 



L^IJlI JuUll ^Ul dlil jlLUI 

,jU;i iîji j^l jçj>^\ jy\ ^ jM j^A ^^lîll 
*/r J ^i— j^i ^Vl 's -iU diii^ 



« Au nom du Dieu clément, miséricordieux. Il n y a pas 
d'autre dieu que Dieu* Mahomet est le prophète de Dieu. A 
ordonné l'érection (?) de ce dharih sacré et sa restauration, notre 
seigneur, le sultan El-Sfelik en-Nâser, le champion de la guerre 
sainte, le zélé défenseur des frontières, le vainqueur pour la reli- 
gion, l'associé de l'Emir des croyants, que Dieu exalte ses vic- 
toires! Et ce, par la délégation du grand émir Seif ed-Dîn.... ». 

1. J*ai transmis la photographie à M. Max van Berchem, qui a une si grande 
autorité en êpigraphie arabe, et qui réussira peut-être à faire dire son dernier 
mot à cette inscription, dont je n'ai à m'occuper que pour le point spécial que 
j*ai signalé. 

2. La lecture est quelque peu douteuse, l'é/i/ initial semble manquer. 

3. La lecture de ce mot que j'avais laissé en blanc comme douteux est due à 
M. van Berchem. 

4. M. van Berchem croit encore reconnaître, à la Hn de la ligne 7, le mot 
ijT^I, suivi, au commencement de la ligne 8, de (/yv^UI, et, vers la fin de 

cette ligne, [ô^'>]i% qui appartiendrait à la date. 



366 RECUEIL d'archéologie orientale 

Le dharîh sacré de Nebî Hâroûn, dont il est question ici, est, 
comme je Tai expliqué plus haut, l'écho direct du nnï naba- 
téen; et la coïncidence est d'autant plus frappante que le sanc- 
tuaire plus ou moins authentique d'Aaron peut avoir des atta- 
ches étroites avec le culte local de Dusarës, si populaire chez les 
Nabatéens. 

Le sultan n'est pas nommé; on se borne à nous donner son 
surnom et ses titres. Si la date, qui devait être gravée à la fin de 
rinscription, nous avait été conservée, nous pourrions sans 
peine suppléer à ce silence. J'inclinerais à croire, — et M. Van 
Berchem m'écrit qu'il penche aussi vers cette conclusion — que 
ce sultan doit être Mohammed fils de Qeiâoùn, un de ceux qui 
ont porté le surnom, apparaissant ici, de El-Melik en-Nâser. Né 
en Tan 684 de Thégire, il mourut en l'an 74i, après un règne 
assez accidenté, ayant été déposé deuxfois^ et étant remonté à 
trois reprises sur le trône. Nous savons que, dans un de ces inter- 
règnes, il alla s'installer à Kerak *; cette circonstance explique- 
rait assez bien qu'il ait cru devoir entreprendre la restauration 
d*un sanctuaire se trouvant dans ces parages et sur la route du 
Caire à cette ville. Toutefois, bien qu'en lui attribuant de nom- 
breuses constructions et œuvres pies, Moudjîr ed-Dîn ne men- 
tionne pas celle qu'il aurait faite au mont Hor. Mais peut-être en 
est-il question dans quelque autre chronique arabe plus détaillée^ 
par exemple dans Y Histoire des Mamloûks de Makrizî *. 



§72. 
La statue du dieu Obodas, roi de Nabatône. 

Parmi les nouvelles inscriptions nabatéennes publiées par 

1. Moudjîr ed-Dîn, texte arabe du Caire, p. 438. 

2. L'ouvrage de Quatremère s'arrête au milieu du règne de notre sultan. (I 
sera facile de faire la recherche dans le manuscrit de la Bibliothèque nationale 
qui contient la suilc du récit. 



LA STATUE DU DIEU OBODAS, ROL DE NâBATLnE 367 

M. de Vogué, dans le dernier cahier du Journal asiatique \ il en 
esl une qui, à première vue, me parait présenter un intérêt tout à 
fait hors ligne. C'est la première de celles qua copiées M. Ëhni 
aux environs immédiats de Pétra (n'^ 354 de la planche), et dont 
mon savant confrère a si habilement réussi à déchiffrer plusieurs 
passages malgré Timperfection de la copie. 

Je lis matériellement à peu près comme lui les trois premières 
lignes, si ce n'est que je suis tenté de rétahlir, entre n**2S3: et 
(?)l3rSn ^33, les motsTrny n,dont il me semble bien reconnaître les 
traces caractéristiques dans le fac similé : « Cette stalue-ci est 
celle de Obodatallaha (?)... qu'ont faite' les Benê II... ou .. ». 

Mais s'agit-il, comme le suppose M. de Vogiié, d'une dédicace 
funéraire ordinaire, d'une statue ou d'un husle, analogues à ceux 
de Palmyre et représentant un défunt quelconque, qui se serait 
appelé Obodatallaha? Je ne le crois pas pour diverses raisons 
que je me bornerai à indiquer très succinclemcnt aujourd'hui, 
ayant Tintention d y revenir plus en détail, vu l'extrême impor- 
tance de la question. 

Il faut remarquer, en edet, que la dédicace est faile non pas 
par un groupe d'individualités composé des descendants directs 
du prétendu défunt, mais par un groupe agissant en nom collec- 
tif, par le clan des Benê II... ou (et peut-être d'autres encore). 
D'autre part, elle est faite « pour le saint » du roi Arélas IV 
Philopatris; il est impossible, je pense, d'attribuer un autre sens 
à l'expression consacrée ^^nS:r (littéralement : « pour la vie de » 
=: ÙTcàp ff(i)XY)p{aç, et non « du vivant de ») ; l'inscription a donc 
toutes les allures d'une dédicace religieuse et non celles d'une 
épitaphe. En outre, l'espèce d'excavation taillée dans le roc où 
elle a été découverte ne contient pas d'aménagements funéraires, 
comme le fait remarquer expressément M. Ehni; et rien, de ce 
chef, ne prouve que celte salle soit un sépulcre plutôt qu'un sanc- 

1. Journal aaiaiique, sept.-ocl. i897, p. 109 et siiiv. 

2. Le verbe 127 « f^'ire wpoijL s'employer aussi hien que D^p" cl a^pN '< éri- 
ger », pour désigner rérectiou d'une statue. (Veir Inscriptions de Palmyre, 
passim») 



368 RECUEIL d'archéologie orientale 

tuaire, ou une sorle de chapelle, analogues à ceux de Medâïn- 
Sâleh; le remarquable escalier qui y conduit est plutôt en faveur 
de cette conclusion, les tombeaux nabatéens ne présentant pas gé- 
néralement ces facilités d*accès. Enfin, et surtout, le nom d'homme 
Obodatallaha me parait contraire à toutes les analogies de Tono- 
mastique nabatéenne, si bien connue aujourd'hui; la forme, at- 
tendue dans ce cas, serait nécessairement nS^Tav, Abdelah, Abd- 
allah (cf. 'A6Ba7.Xa;) ou même M^Kiay, Abdallahi, 

Je propose tout simplement de décomposer le groupe en 
nhSn may et de traduire littéralement : Obodat le dieu^ 

Nous savons pertinemment que Obodat ne saurait être autre 
chose en nabatéen qu'un simple nom d'homme. Comment sefail- 
il, alors, que le personnage qui le porte soit qualifié de dieu? 
Quel est donc le mystère de cette surprenante apothéose? Le 
mystère disparait pour peu qu'on veuille bien reconnaître dans 
rObodas ainsi divinisé un des rois nabatéens de ce nom, vraisem- 
blablement Obodas II, étant donné que Tinscription est datée du 
régime d'Arétas IV, son successeur. 

Ce serait la confirmation inespérée et décisive d'une conjec- 
ture que j'avais émise il y a une douzaine d'années ^ et qui avait 
été accueillie, du reste, avec quelque faveur, par de sérieuses 
autorités, telles que M. Noeldeke et M. de Vogué lui-mr»me, mais 
qui n'était, somme toute, restée jusqu'ici qu'une conjecture : à 
savoir que les rois nabatéens, sinon de leur vivant, du moins 
après leur mort, recevaient les honneurs d'une apothéose en 
règle et étaient traités comme de véritables dieux, à telles ensei- 
gnes que leurs propres noms figuraient comme éléments théo- 
phores dans la composition de ceux portés par un bon nombre 
de leurs sujets^ C'est le cas, ou jamais, de citer à nouveau le 

1. Cf. NiTJKDIjmn, Oeb; 'Aoptavb; (l'empereur Hadrien), dans lesinscriplions 
bilingues de Palmyre. 

2. Voir le présent Recueil d'archéologie orientale , vol. I, p. 39. J'ai eu plu- 
sieurs fois l'occasion de revenir incidenomenl ailleurs sur ce sujet. 

3. C'est même celte dernière particularité, jusque-là inexpl quée, qui m'avait 
amené à cette induction, et à prédire qu'à côté des noms propres d'homme Abd- 
haritaty Abdmalkou, Atd'obodati on rencontrerait quelque jour» si ma théorie 



LA STATUK DU DIEU OBODAS, ROr DE NABATÈNE 369 

passage classique d*Ouranios, que j'avais justement invoqué à 
l'appui de ma thèse et qui reçoit ici une application singulière- 
ment topique: '0663t]ç à iJaj'.Xsùç/cvOcc^rsTcjj'.. S'agit-il dans ce pas- 
sage de notre même roi Obodas, ou d'un de ses prédécesseurs 
homonymes*? La réponse' demanderait des développements trop 
longs pour cette simple note; j'y reviendrai. Je me bornerai à 
faire remarquer, dès aujourd'hui^ que la dédicace de la statue du 
roi Rabel P', que j'ai publiée récemment ' et qui présente avec 
celle-ci de sensibles analogies, ne parle pas de la condition divine 
du roi défunt. Faudrait-il conclure de là que celte habitude de 
diviniser le roi ne s'est introduite chez les Nabatéens qu'à partir 
d'Arétas III, lequel, comme l'indique son surnom caractéristique 
de Philhellène, avait un goût marqué pour les modes helléniques, 
et aurait pu emprunter celle-là aux usages ptolémaïques ou sé- 
Icucides? Cette question^ elle aussi, et d'autres encore que je ne 
saurais traiter au pied levé, devront être l'objet d'un sérieux 
examen. J'aurai l'occasion d'en reparler dans le paragraphe sui- 
vant, qui forme la suite naturelle de celui-ci. 



était juste, le nom ^Abdrabel, [irévision qui s'est, en effel, trouvée vérifiée par 
une découverte ultérieure (cf. C. /. S., Arain, no 301 : bsznzv). 

Je relève un nouvel exemple du nom de 'Aldrabel dans les proscyncmes 
récemment découverts à Pétrapar le P. Laj^range [hevue biblique^ 1898, p. 175, 
n«26). 

1. Le roi-dieu Obodas, d'Ouranios, avait été enseveli dans l'endroit môiûe 
(x^piov) qui portait son nom. Cettiî localité (rOboda est-elle identique avec la 
ville du même nom, qui était située à une distance notable de Fétra? ou bien 
faudrait-il y reconnaître le sanctuaire même du roi-dieu Obodas d'où provient 
l'inscription découverte par M. Iilhni? Nous verrons, toutefois, dans un instant, 
qu'il s'agit ici d'un simple sanctuaire, propriété privée appartenant à une fa- 
mille. 

2. Elle pourrait, j'ai à peine besoin de lu faire remarquer, avoir des consé- 
quences importantes pour la détermination de i'épo}ue à laquelle vivait Oura- 
nios, au cas où il s'agirait bien d'Obodas II, l'auteur grec ayant l'air de citer 
l'apothéose du roi de ce nom comme un fait récent qui l'avait particulièrement 
frappé, peut-être parce qu'il était jusque-là sans précédent dans l'histoire na- 
batéenne. 

3. Voir plus haut, p. 221. — Cf. la reproduction phototypique du monument 
que j*ai donnée dans mon Album d'anti'iuUcs orientalts^ pi. XLV, n<> 1. 



RiCUlIL D*ARCHÊ0L00IE OHIB^^TALK. II. jA>VIEH-.k'lN 18US. LlVRAlSOM 24. 



370 RECUEIL d'archéologie orientale 

§ 73. 
Les nouvelles inscriptions nabatéennes de Petra ' 

I. Inscription cTEl-Mer. 

La série des conjectures que j'avais proposées, au mois de dé- 
cembre dernier, dans le paragraphe précédent*, vientd'être entiè- 
rement confirmée parla nouvelle copie du P. Lagrange et aussi 
par Texamen des lieux auquel il s'est livré : c'est bien un sanctuaire 
et non un sépulcre auquel nous avons affaire, et la statue dédiée 
est bien celle du roi Obodas divinisé et non d'un défunt quelcon- 
que qui aurait répondu au nom invraisemblable de 'Obodatallnha, 
Je suis heureux de le constater, moins pour ma satisfaction per- 
sonnelle que comme une preuve que nos méthodes d'induction, 
qu'on pourrait être tenté parfois de taxer de témérité, ont réelle- 
ment du bon. 

Ce premier résultat m'encourage à présenter quelques obser- 
vations sur d'autres points de ce texte extrêmement important 
dont mon savant confrère M. de Vogiié vient de reprendre l'étude 
sur ces bases nouvelles'. Bien que mieux éclairé maintenant, il 
présente encore plus d'une obscurité et n'a pas dit, je crois, son 
dernier mot. Je traiterai ces points aussi brièvement que possi- 
ble, me réservant de développer une autre fois certaines expli- 
cations que je me borne à indiquer très succinctement aujourd'hui. 
Pour faciliter la discussion, je reproduis ci-dessous la trans- 
cription et la lecture de xM. de Vogué : 

nmn ^^n Ss; onay ^irnas mnxn n w^tan nS« «im ia -jiSn 2 

Snthsi S^nii ma2;i isSai iTaaj naSa nnn« 8 [nl^^ptni na]3r om itsa: -]Sa 



i. Leçons du Collège de France, décembre 1897, et avril-mai 1898. 

2. Cf. Journal asiatique, nov.-déc. 1897, p. 518. 

3. /d., janv.-févr. 1898. p. 129. 

4. Il manque, à la fin de la ligne, de 15 à 20 lettres d'après révaluation de 
M. de Vogué. Les trois autres sont complétées parles restitutions qu'il propose. 



LES NOUVELLES tNSCKIPTIONS N^BATÉIfiNMKS DE PSTRA 371 

.(aStn nSy) nav om iru 

1 u Cette statue est celle de Obodatdieu, que lui ont élevée les lils 

de Honeinou, fils de Hatichou, (ils de Pet-Ammoii 2 Telouk, 

fils de Ouitro, le dieu de Hatichou, qui réside dans le de Pet- 

Âramon leur ancêtre : pour le salut de Haretat, roi de Nahatèiie, qui 
aime son peuple, !^et de Chouqaîlatj, 3 sa sœur, reine de Nabatène, 
et de ttalikou, de Obodat, de Ilabel, de Pliasat^l, de Saoudat, de 
Higrou, ses fils, de Haretat, fils de Higrou [son polit filsL 4 [dans le 
mois] de l'année ^29 de Harctat, roi de Nabatèno^ qui aime son peuple. 
— (Sur lui soit le salul). » 

Ligne l. W^ian = Hotaichou et non Hatichou, Cf. ^'OTausç*, 
"Oxaffcç*. 

pocs = Phatmon, Phiimoii, plalôt que Pct-Ammon. Point 
n'est besoin de recourir à une élymologie égyplienne ; les racines 
sémitiques suffisent. Cf. dus « être gras, engraisser », ou Jai 
« sevrer » (cf. O^l», Fâtima, le nom propre féminin fameux dans 
rislam = « jeune chamelle sevrée »). Pour la terminaison y\ en 
nabatéen, cf. ^n-i c souvenir », ^nps « ordre », NaifjLwv * =:^itr:;: 
plutôt que pyj, et le nom propre ^'f i, Barqon^ dans un des pro- 
scynëmcs relevés à El- Madras par le P. Lagrange {Revue Inbl., 

4898, p. 479, n« K7). 

Ligne 2. Les dix piemicros lellres : lecture malérielle douteuse, 
sens incertain. Généalogie d'un second groupe de dédicanls, alliés 
aux premiers, peu probable. La phrase, y compris la lacune finale 
de la ligne 4, devait, à mon avis, conlenir un autre verbe au plu- 
riel ayant encore pour sujet « les (ils de lloneinou », et avoir 
trait à la conciliation ou à fassocialion du culte nouveau du roi 
divinisé Obodas avec celui d'un ancien dieu de la famille % adoré 
par le grand-père Hotaichou (itt;^T2n nSx). 

i. Le P. Lagrani-e et M. de Vo^ué pensent «|iim ces ileiix derniers mots ont 
été ajoutés par une autre main au rorps m^me de l'inscription. 

2. Waddington, inscr. gr. et Int. iU' Sifrv\ n"" 2017, 1084. 

3. Ibid., n» 2070c et 22 J6. Du Viola a été sauté diins les copies, ou l)ien il 
existait des noms propres de la forme -Cûn, à côté de celle x^-^n. 

4. /6it/., n»2413< 

5. Cf. les dieux des Arabes préislamites. 



372 RECUEIL d'archéologie orientale 

mny z= •^f^ a toil de la maison, terrasse ». Là pouvaient être 
placés Tautel ou la chapelle (lADc), et peut-être la statue ou le 
fétiche de l'ancien dieu de la famille. Comme nous Tapprend 
Strabon*, c'est sur les terrasses de leurs maisons que les Naba- 
téens se livraient aux pratiques de leur culte; c'était là qu'était le 
véritable sanctuaire domestique, jouant le même rôle que le foyer 
chez d'autres races. 

D2; •= non pas seulement « ancêtre » d'une façon vague, mais 
proprement « bisaïeul » {proavus)^ ascendant du 3® degré. 

çf * : DV rt avunculus* l avtis^. 

1. Strabon, XVI, iv, 26. Cf. l'usage des Israélites idolâtres (II Rois, xzni» 
12; Jéi\, XIX, 13; xxxii, 29; Soph., i, 5). Celte pratique n'était pas inconnue 
des Grecs; cf. le f,p(o; 'Etcitéyioç, qui apparaît dans des dédicaces d'Athènes 
(C. I. AU,, III, 1, n« 290, et I, n» 286; cf. Philologus, vol. LV, p. 180). Le 
nom curieux du déiuon des traditions syriaques, que me rappelle à ce propos 
M, Tabbé Chabot, Bar Egoro (cf. Thésaurus, s. v.), nous a peut-être bien con- 
servé une trace de cet antique usage; le dieu « fîls du toit » aura été, comme 
cela arrive si fréquemment dans rhistoire du christianisme, ravalé au rang de 
démon. 

KninST doit avoir ce môme sens de « terrasse » dan& la grande épitaphe de 
Petra, vraisemblablement le dessus du mausolée taillé dans le roc. Le mot 
N3DD'y dans cette dernière inscription, s'en trouve éclairé du même coup, et 
toujours par Tarabe, si instructif pour le nabatéen, comme je l'ai montré à di- 
verses reprises; en effet, ly^^ et CU^^ 4$^, sont deux termes étroitement 

connexes désignant, l'un le dessus de la toiture, l'autre le dessous ou plafond 
(Uamdsa, cf. Freylag, Einleit, in das Stud, derArab. Spr,, p. 214). n^a, dans 
la même inscription, est peut-être à rapprocher de l'hébreu talm. 712A « balda- 
quin », et K^TTD de n^llTa « tour » (servant à des pratiques païennes). 

2. u Aïeul ». 

3. si Oncle maternel » = le « petit aïeul ». 

4. « Oncle paternel ». — En arabe, toute trace du sens primitif a disparu 
du mot *amm, qui veut dire exclusivement « patruus ». Tout au plus pourrait-on 

en retrouver une dans la locution ^ \, u 6 mon oncle », qu'on emploie par 
respect en s'adressant à une personne étrangère d'un certain dge. Le véritable 

mot arabe pour dire a ancêtre, aïeul » est j^ djadd. Il est curieux de constater 

que ce mot a en même temps le sens de « bonheur, chance, fortune »; parcelle 
acception il se rattache visiblement au vieux mot sémitique, hébreu et araméen, 
T-l» gady Forluna, T-j/tj. Il ne serait" pas impossible que cette contiguïté des 
sens fût l'indice du culte primitif des ancêtres, Taïeul qui n'est plus devenant 
une sorte de dieu spécial, de genius ou ôat(i(Dv de la famille, pour ainsi dire 
une T\ixr, mâle. 
Si *am avait en nabatéen le sens d' i< aïeul », quel pouvait être alors le mot 



LES IfOCVELLES INSCRIPTIONS NAnATÉENNES DK PETRA 373 

Uhébreu a conservé des traces de cette acception (rnieul, bisaïoiil, 
acception ancienaeetprobablementgénéraleche/Ies Sémites, dans 
cerfaines locutions bien connues et, aussi dans les noms propres 
du type mray (symétrique de m:^2K, STa^n^) ; cf. le parallélisme 
des noms ethniques ^itsv et inid et Torigine légendaire de Ammon 
et de Moab. 

Même sens à attribuer à m, dans rinscriplion do Salkhad ' : 
« bisaïeul », et non pas : « avec », ni môme : « oncle ». A com- 
prendre désormais ainsi : « (H'est le lomple qu'a conslruil Rou- 
hou (II), fils de Malikou, fils d*Aklahou, fils de Kouhou (1), pour 
Allât, leur déesse, qui est on Salkbad, et qu'avait institué (ou 
« instituée »?) Rouhou (I), filsdcQaçiou, bisaïeul du Rouhou (II) 
susdit^ etc.. » 

Cf. la concordance rigoureuse des généalogies des doux familles 



signifiant ce oncle »? Je serais disposé à croire, par induction, étant donnée 
l'étroile affinité du paimyrrnien et du nabatcen, que ce devait étn* C^wpi '/<i- 
ehich. Ce mot apparail sur un bas-relief fun'Taire. de Palmyre, où il a fort 
embarrassé les interprètes {Rcv. iVAss. et (fArch. ûi\, H, n°3, p. 93): « Image 
de Malikou» fils de ilagagou, (ils de Malikou, NC^Cp de Dkia, hélas! Ht Dida 
sa femme (nnriN), hélas! » On a suppos»'; que ijnrhtcfi voulait dire « époux » 
(de Dida) ; mais ce serait une véritabln superfetation. atteiidu que Dîda est 
expressément présentée, dans la même inscrif)tion,conimH lareinimMle Malikou; 
sans compter que Texpression, i]iji équivaudrait alors fi " le vieux de Dîfla >», 
aurait un caractère de trivialité assez surprenant. Je pense que le mol en litige 
indique qu'il y avait entre les deux drfunts un U(?n >le parente, en (h'iiors de 
celui du mariage. Je m'appuie pour cela sur h's act^eplioiis du mot syriaque 
identique : « Senior annis, presbyter, presbyteros, seuator, vaMcsenex, maximus 
seu major natu, filius primogenitus, fraler nain ninjor, avuSf pronvuii, pappos ». 
Il est fort possible que qac/ifch filt pris à Palmyre au sens étroit d' « oncle », 
en vertu du môme processus d'idZ-es que nous avons constaté rlans l'évolu- 

lion de avuneulus = nvus, et de cv « bisnïenl « "^" onde »\ L'inscription 

palmyrénicnne voudrait donc dire tout simplement que Miilikou avait épousé 
sa propre nièce Dîda, chose en soi as"=ez vraisemblnl»le. Li eonelusion c'est que, 
dans le dialecte araméen commun aux I^llmvréniens Pl :iux Nabatéen^, le mot 
qaehtck signifiait « oncle >^. Ri^stenit :\ déterminer si c'est l'uncle paternel, ou 
l'oncle maternel, tous les peuples anlicpies ayant soigneusiMn«'iit distingué par 
des appellations spéciales ces deux formes de parent»'» similaires mais diptincles. 
La découverte de nouveaux texles nous .ipprendr.i peut-être un jour quel était, 
dans ce groupe araméi-n, Taulre [U')l siî,'niliant « oncie ». 
1. C. /. S., nM82. 



374 RECUEIL d'archéologie orientale 

de Petra el de Salkhad, en ce qui concerne le degré exacl de 
filiation représenté par oy : 

Petra. Salkhad. 

5 Qaçiou. 



4 Phalmon (onav). 

3 Hotaîchou. 

2 Honaînou. 

I 
1 Les fils de Honaînou . 



4 Rcuhou I {r\12y). 

3 Aklabou. 

I 
2 Malikou. 



1 Rouhou lï. 



Conséquences historiques : 

a. Rouhou P' avait introduit à Salkhad le culte d'AUnt, Irois 
générîitions, soit une centaine d*années, avant Tan 50 J.-C, dato 
deTinscription. Ce fait doit être corrélatif, sinon rigoureusement 
contemporain, de celui de rétablissement des Nabatéens dans la 
région (cf. la prise de Damas par le roi Aretas 111 vers 85 av. J.-C). 

é.Le Qaçiou, au dieu innommé de qui est faile Toffrande relatée 
dans Tinscription deBosra'en 40 avant J.-C, n'est autre vraisem- 
blablement que le Qnçiou de Salkhad. La famille à laquelle ap- 
partenait ce personnage devait être une ancienne et puissante 
famille dominant dans la région; tandis que Tancêtre Qaçiou ins- 
tallait son dieu à Bosra, son fils Rouhou P' installait la déesse 
Allât dans la ville voisine, à Salkhad. Quel pouvait être ce dieu 
de Qaçiou? Peut-être le parèdre de Allât? Or, Allât étant YAlilat 
d'Hérodote, ce parèdre pourrait être TOrotal de l'historien grec. 
Cf. le dieu ntvn « le dieu qui est en Bosra, dieu de Rabel » "; 
à lire peut-être kistn -4 Va := OVo (=: Orotal? — resterait à 
expliquer le deuxième élément du vocable tal). Le dieu est 
peut-être nommé dans une inscription de Salkhad % d'une lec- 

1. C. 1. S., n* 174. 

2. C. 1. S., n* 218. Le Rabel visé doit être Rabe! 1er (86 av. J.-C), ou quel- 
que autre Rabel plus ancien encore, l'inscription étant datée de Tan 39 avant 
J.-C. et Rabel II n'étant monté sur le trône que vers 70 après J.-C. 

3. C. /. S., n" 183. Le groupe lu niAI aurait-il quelque chose de commun 
avec celui lu Nini dans Tinscription d*El-Mer? 

Le nom de Allât réapparaît, du moins à ce qu^il semble, dans l'insciiplion 
n^ 185> attestant la popularité du culte de cette déesse à Salkhad ; le début 



LES NOUVELLES INSCRIPTIONS NABATÉENNES DE PETRA 375 

turc malheareusement très douteuse. Orotal étail peut-être le 
nom spécifique*^ de Douchara^ celui-ci étant proprement un vo- 
cable topique (« Seigneur du Chara »^ comme Jéhovah était sei- 
gneur du Sinaî); cf., pour l'identité mythologique, le fait que 
Dusares était, comme Orotal, assimilé à Dionysos. 

c. Le surnom officiel du roi Aretas IV, rxov oni, qu*on entend 
généralement : « qui aime son peuple » (= <ftX6icaTptç* — et non 
^iXâSiQiJLoç) , signifie peut-être en réalité, étant donné le sens précis 
que j'ai été amené à attribuer au mot nv : « qui aime son bisaïeul » 
(cf. Tanalogie de $iXc7:aTwp et <^i\ir.xT.r.o<;). Ne pas oublier que 
notre Aretas s'appelait Aejieias avant de monter sur le trône; s'il 
a remplacé ce nom par le nom dynastique de Aretas, il a peut- 
être emprunté celui-ci à son ancêtre Aretas III Philhellène : cela 
expliquerait singulièrement bien, il faut l'avouer, le surnom, ainsi 
entendu, dont il raccompagne et qui serait pour ainsi dire la jus- 
tification de l'emprunt. De là découleraient de nouvelles et impor- 
tantes conséquences historiques que je ne puis aujourd'hui qu'in- 
diquer d'un mot. Si mes conclusions sont recevables, d> signifiant 
bisaïeul, Aretas IV doit être séparé de Aretas III par trois généra- 
tioîis; si, d'autre part, comme j'essaierai de le montrer dans un ins- 
tant, Aretas IV est le fils cadet de Malchus II, il doit y avoir dans 
la dynastie nabatéenne un roi inconnu à intercaler entre Aretas III 



est à lire : (?) ^yQJ2 ISV n N^aDG n:T el non pas : 1Stt;:il *lp1. A la fin on 
aimerait pouvoir lire N3N1D N^^n Sv « pour le salul de notre maître Habel >». 
Si la lecture MmSk doit être maintenue, on serait tenté d*y voir une apposition 
à Allât et à un autre dieu qui lui serait associé (cr. "^sil tlS»'^). Mais qui sait si, 
au lieu de ...ON nSx, l'original ne portait pas tout simplement N^^n'î N21 NnSs, 
etc. (pour S au lieu de Sy, dans cette formule, cf. C, l. S., n© 336, et pour 
«31 KiTîN, mes Èi d'Arch, or., vol. II, p. 97). 

i. Ou peut-être encore un autre vocable simplem^^ni qualificatif? Cf, l'arabe 

Si Ton peut faire fond sur l'inscription palmyrônienne, bien abîmée (de Vogue 
n* 8)i Allât aurait eu pour parèdre Chamachj nom qui caractériserait expressé- 
ment l'essence polaire de cnlui-ci. 

2. Les bilingues palmyréniennes (cf. de Vofiiié, n°* 1, 2) nous donnent l'é- 
quivalent exact de ?t>ouàTpt5e; en araméen : ^inn*172 • -^H"^; l'expression diffère, 
comme on le voit, à plus d'un égard, du nabatê^^n n*D> Dm. 



376 RECUEIL d'archéologie orientale 

et MalchusII, de façon à obtenir le troisième degré voulu ; or il y a 
justement là un trou dans Thistoire nabatéenne, entre 62 avant 
J.-C, dernière année où il est question de Arelas III, et 47 avant 
J.-C, première année oii il est question de Malchus II. On aura 
beau rapprocher le plus possible ces deux dales extrêmes pour 
ressouder la chaîne rompue, il restera toujours assez de place pour 
un règne intermédiaire. Ce roi a: devait être le fils et successeur de 
Aretas III, et le père et prédécesseur de Malchus II; quant à son 
nom, on peut, en s'appuyant, d'une part, sur la loi do V atavisme 
onomastique (transmission du nom du grand-père au petit-fils, 
par primogéniture), d'autre part, sur ce fait que le /ils aîné et 
premier successeur de Malchus II s^appelait Obodas (= Obo- 
das II, frère aîné d'Aretas IV) , on peut, dis-je, inférer que ce nom 
était Obodas. Du même coup, la dynastie se trouverait enrichie 
d'un roi nouveau qui serait le véritable Obodas II, et l'Obodas 
numéroté II jusqu'à ce jour devrait, en conséquence, passer au 
n^ III. Bien entendu, il s'agira ensuite de faire la part de ce nou- 
vel Obodas dans les données de l'histoire^ de la numismatique et 
de l'épigraphie. 

Ligne 3. Il faut peut-être restituer, en plus : n, avant nS^piz;*. 

La reine Chouqaîlat était peut-être la sœur en même temps 
que la femme d'Aretas IV ; même possibilité pour la première 
femme de celui-ci^ Houldou (sœur aînée? de notre Chouqaîlat). 

Remarquer que les noms des trois premiers enfants du roi sont 
des noms essentiellement dynastiques^ : Malikou, 'Obodat, Ra- 

1. Cf. louroure analogue dansC. I. S., ^^ 158. 

2. Il est très frappant de voir que toute la dynastie proprement nabatéenne, 
aussi loin que nous puissions la suivre (de 169 av. J.-G. à 105 ap. J.-C.)» 
repose exclusivement sur le roulement alternatif de ces quatre noms, qui sem- 
blent avoir été réservés aux rois : Obodaty Haritat, Malikou et Rabel. On 
remarquera qu'ils représentent justement ces trois degrés généalogiques qui 
semblent avoir été, chez une partie des Sémites, la base ferme de Tunité fami- 
liale considérée à travers temps : u le bisaïeul, l'aïeul, le père et le fils ». Il 
serait intéressant de pouvoir déterminer, pour la dynastie nabatéenne, quel a été 
le premier termedu j^roupe, c'est-à-dire quel est, parmi les quatre noms dynas- 
tiques, celui du fondateur de la dynastie, du premier 07 ou bisaïeul, point de 
départ de la série alternante. Serait-ce, par hasard, ce fameux Obodat dieu, 
dont l'origine se perdrait alors pour nous dans la nuit de l'histoire? 



LES NOUVELLES INSCRIPTIONS NABATfiENXES DE PETRA 377 

bel ' ; c'est que ces princes pouvaient être appelés éventuellement 
à régner après leur père. L'ainé, Malikou, Thérilier présomptif, 
avait dû recevoir, selon la règle de Tatavisme onomastique, le 
nom de son grand-père. J*en induis : 1° que Aretas IV avait lui- 
même pour père un Malikou ; 2<' que ce Malikou n*était autre que 
le roi Malikou II ; S"" qu'Ârctas lY avait succédé sur le trône à 
son frère aîné, Obodas^dit Obodas II*. Indices à Tappui de cette 
induction : 1* Aretas IV n'a pris ce nom dynastique AWretas qu'en 
montant sur le trône; il s'appelait auparavant Aeneias "; 2<» Au- 
guste, alors arbitre des destinées syriennes \ fut extrêmement 
irrité de voir que Aretas IV avait recueilli la succession royale 
après la mort d^Obodas II \ sans s'être préalablement assuré de 

1. L*ordre même dans lequel se présentent les noms dynastiques portés par 
les trois premiers fiis d'Âretas IV semble reproduire, en remontant, la chaîne 
même des ancêtres : 1° iMalikou (II — le père d'Aretas IV); 2* *Obodat (II — le 
grand-père); 3° Rabel (I — le trisaïeul); le nom du bisaieul Aretas (III) ne 
figure naturellement pas dans cette série régressive, ayant été pris par le chef 
même de la famille, Aretas IV (mais il passe régulièrement à son petit-HIs, (ils 
de Hagirou}. Il y a peut-^tre là un principe onomastique à généraliser. 

2. Le cas serait exactement le même que celui dont j'ai démontré l'existence 
dans- la dynastie nabatéen ne : Obodas I^r, remplacé successivement par ses 
deux fils, Rabel It'r, Tainé, et Haritat IH (Aretas-Philheliène), le cadet (voir 
plus haut, p. 23i) • 

Aretas IV avait été peut-être chargé, avant son accession au trône, du gou- 
veroement d*une province nabatéenne. Serait-ce lui qu'il faut reconnaître dans 
l'Aretas, parent étOhodas /f, qui commandait à Leucè Kômè à l'époque de Tex- 
pëdition d'Aelius Gallus dans l'Arabie méridionale (Strabon, XVI, §24)? On doit, 
toutefois, sur ce point, sous le bénènce de Tobservatioii qui sera faite plus bas, 
tenir compte de la possibilité que ce terme de ovYyevr,; soit ici un simple titre 
honorifique et que, de même que Tépitrope ou premier ministre nabatéen, était 
appelé, à raison môme de ses fonctions, « frère du roi », les gouverneurs de 
eertaines villes ou provinces aient été appelés « parents du roi )>. (Cf. les 
ouYYsveTc de la cour des Ptolémées.) 

3. Le fait qu'il n^avait pas reçu à sa naissance un nom dynastique semblerait 
indiquer qu'il était un des derniers nés de Malikou II, n'ayant pas grande 
chance de recueillir jamais l'héritago royal; il aurait été, vis-à-vis de ses frères 
aînés, dans une situation analogue à celle de Hagirou, sixième enfant d'Are- 
tas IV; on pourrait, par suite, présumer qu'il devait être au moins le quatrième 
enfant mdle de Malikou II. 

4. Cf. Je rôle prépondérant de l'autorité impériale dans les affaires de partage 
et de succession de la famille hérodienne. 

5. Empoisonné par son premier ministre, le fameux Syllsos, qui visait lui- 
même le trône et, fort bien en cour à Rome, n'avait pas manqué d'exciter le 
ressentiment d*Augustc contre Aretas IV (voir Jos»^phe). 



378 RECUEIL d'archéologie orientale 

son assentiment ; si le fils eût succédé au père, la chose eiit 
semblé plus naturelle et aurait été pour ainsi dire de soi : il n'en 
allait pas de même pour la succession de frère à frère \ 

SkûTS. La copie est à corriger en Snxs', bien meilleur, à tous 
égards. Pouvait s'employer comme nom de femme aussi bien que 
comme nom d'homme : ^ao^jéAig ', OiXxta *a(JatéXY)^ Semblable 
observation pour le nom suivant^ miw, qui, lui, est même net- 
tement caractérisé comme féminin* spécifique. Phaçael^ et sur- 
tout Cha*oiidat pourraient donc être deux princesses et non pas 
deux princes; nous aurions ainsi, dans Tun de ces deux noms, 
celui, jusqu'ici inconnu^ de la femme du tétrarque Hérode Anti- 
pas, fille d'Aretas IV, qui joue un rôle important dans l'épisode 
de la fameuse Hérodias et de saint Jean-Baptiste dont j'ai parlé 
plus haut*. L'expression ^mn « ses fils » n*est pas une objection, 
y^Ti étant employée souvent à Palmyre au sens général A' enfants, 
comme uîc{ pour TlxvaV quand il s'agit de désigner un groupe 



1. D'autant plus qu'en l'espèce, il pouvait y avoir d'autres ayants droit, par 
exemple un jeune fils d^Obodas II dont Syllœos, nouveau Tryphon, convoitail 
peut-être la tutelle, en attendant mieux, ou bien quelque fille que l'ambitieux 
épitrope projetait peut-être d'épouser pour s'assurer le pouvoir. 

2. Communication que je dois à Tobligeance de M. Euting, qui a copié à nou- 
veau l'original et compare avec raison le Sk^3?S paimyrénien de ses Epigr, 
Mise, y I, p. 6, n* 13. 

3. Waddington, op. dt,, n* 1928. 

4. ]bid., no 2445. 

5. Je m'attache moins à la désinence féminine, qui à elle seule serait un 
indice insuffisant, qu'à l'ensemble de la forme grammaticale (nSlîTS» adjectif de 
forme plus archaïque que nS^ys et partant plus rare); cf. TO13C, nSiGS. noms 
de femmes. En tout cas, Cha^oûdat pouvait être un de ces noms mixtes, assez 
nombreux, donnés indifféremment à des filles et à des garçons. Les noms de la 
forme rh^VB sont, en très grande majorité, des noms de femmes; il est possible 
que les rares noms d'hommes de ce type fussent vocalises en pou'^ailat (dimi- 
nutifs), et les noms de femmes en pa'ilat (adjectifs). Seuls, les noms de la forme 
tout à fait différente. rhVB (substantifs abstraits?), sont portés en abondance 
par des hommes. 

6. Cf. plus haut p. 200 et suiv. 

7. L'inscr. palm. de Vogué n® 37 est significative à cet égard. D'où remploi 
à Palmyre, pour plus de précision, des expressions, de prime abord assez sin- 
gulières : mXoXq ap<i£<ii (i6., n* 71), «HD! ^1iT32 H21 « leurs petits-fils mdles » 
(Revtie bibl., 1892, p. 436). Même usage chez les Juifs : 137 p (Jér„ xx, 15); 
ûii; àpptjv (ApoCy XII, 5); w Andronicus et Rosa filii Boni >» (Calacoinbe juive 



LES XOl^ELLES INSCRIPTIONS NABATEKNNKS I»K PKTRA 1\19 

tl'eiifanls des deux sexes. Je propost* irinhTprêter do même sn^:i. 
au n* 158 (nabat. de Pouzzoles) : <« leurs eufauts n. lei, nous 
avons %TJi (c ses enfants » (au roi), parce (}u*il s'a:*!! d*enfauts 
du premier iil si, comme je le suppose, Aretas IV avait épousô 
en secondes noces sa sœur Chouqallat, cadette d<' llouldoii '. 

A la fin je restituerais plus volontiers, conformément aux ana- 
logies : nn nan in « lils du Ilagirou susdit ». 

II. Inscription n° \ d'El-MaUrth^. 

Ijfffies 2 ei 3. Je propose de restituer, i»n m'a|»puyant sur Tins- 
criplion de Mâdebà (C. /. .S., n° lîH)) : 

21 'nf ... il2 2 



« (un tel) fils de ..../, clu'f du camp fpii esta ... çUn ». 

Dans ce cas» .,..çUa serait la lin d'un nom de lieu à retrou v(T, 
et Tauteur de la dédicace, ou plutôt son pèn*. un haut fonrlion- 
naire nabatéen. 

Lignes 6etl,ie lis : 

2(N)[nT3l 'i 

• . . • !'-> H-iI? • 

(C Au mois A' août (de r)an IG... » 

L*avanl-dernier caractère me parait être la moitiés d'un ab'ph 
du type fleuri. La restitution proposée : 



de Venosa, «p. .Xscoli, Iscrizione, etc., p. f/î, w 11); Ujy.ryj /.;r..y»^t /.v. 

j'ai découverte autrefois à Ly^lda; cf. ui^s Art:h:/:oio*jirnl lie^t^nrfJiea m hii*:!i' 
Une, Tol. Il, p. 345). Je p-^iirrals rnu l.}*li»îr r.es l'Xfrn :>■<•', 

1. Il esta présuni'T que ce'.'rr -*•':' ^îi fi*: ur.i';'. un fui \tHH Hlén.e. '/efct 'if.'*: 
qae naquît peut-être la Chouq-ïiijt II. &'f:ur et f^rrirne ^U- Mi c^u^ IlI, fe'in O'-t/^^- 
frère, et mère de Rabel II. 0>u\uif: ' 'j'^-^t p-i-: r^u^-htion, 'Jî*»»! notre jrit'.r.p- 
tioD« d'enfants de Chou-i .î :il. i. *--.■. i cr'^>': -ju ]i . ^iv-i.' pvj o»- '••'.'.;.> '. -.•' 
Arelas JV araîtperlu îlou. .' j'i, et ': *- w ^^ort '1" i* y-'U. t-.iH rt^..uf.irK i': .'-'j*' '^t'/,*-. 
de la seconde ont eu lieu .i l".- "' :'à-. j.- i -. » '^'i^-i- t\- l'a-i :^v^ fju r--/'.»: *> '*- 
roi. 

2. Journal a<vUi.[ue, 1. c. 

3. Le r est .le ii i .eltr*: prro >'. e: e r.of. p'op-e '••* t pe'il-^i'*: "17 



• la 



380 RECUEIL d'archéologie orientale 

12 nm] 6 

16 rutt; 7 

me semble être contraire aux errements du nabatéen, le nom du 
mois n'étant pas d'habitude rattaché au mot nau par la préposi- 
tion 3, mais bien en contact immédiat avec lui; de plus, le lapi- 
cide,qui évite visiblement de couper ses mots à la ligne, n'aurait 
probablement pas séparé ia préposition 3 du substantif nau. 

En vertu de cette observation je supprimerais cette même pré- 
position restituée devant ruizr à la ligne 3 de Tinscription d'Ël- 
Mer et préférerais : 29 na^; [ . . . m^2] 1 

La justification de la ligne comporterait un nom de mois de 
trois plutôt que de quatre lettres. 

III. Inscription^ de ' Oneîchou, épitrope de la reine Chouqâilat^ , 

Toutes les difficultés qu'on éprouve, si Ton veut à toute force 
concilier avec les données de la numismatique^ de l'épigraphie 
et de l'histoire, le fait que 'Onelchou serait \e frère de la reine 
Ghouqatlat, disparaissent si l'on admet que, malgré le dire, for- 
mel en apparence, de l'inscription, ce fait n'est pas réel. (Test ce 
qui me paraît ressortir d'un passage décisif de Strabon (XVI, 4, 
21) : S^ei 8'ô PaJiXeùç sxtTpozov twv àiaipcov Ttva, xaXoujxevcv àScÀçsv '. 
C'est en sa qualité d'épitrope, ou premier ministre de la reine 
régente Ghouqatlat (mère tutrice du jeune RabelII), que, confor- 
mément à l'usage, 'Oneîchou prend ici le titre de « frère de la 
reine » ; il n'y avait pas entre ces deux personnages de parenté 



1. Journal asiatique^ I. c. Cf. la copie insuffisante de M. Gray Hili, Palest, 
ExpL F. Slat., 1897, p. 136. 

2. A vocaliser peut-ôlre Chaqllai en vertu de l'observation présentée plus 
haut (p. 378, note 5). 

3. Lé premier membre de phrase : pa(Ti>£veTai {xèv ovv Otco tivoc cit\ tcov &x toO 
PfltffiXixoO Y^vou;, me paraît se rapporter non pas à la royauté môme, comme on 
le comprend généralement, mais, vu le contexte ^ort explicite, à la charge 
spéciale de gouverneur de la ville de Petra, charge qui était toujours confiée, 
dit Strabon, à un parent du roi — un parent réel cette fois, ce que marquerait 
Topposition de {lèv et de dé. 



SUR QUELQUES NOMS PROPRES PALMVRÉxMKNS ET NABATÉËNS 381 

effective '. La position même occupée dans la phrase par ce titre 
de « frère de la reine » en indique bien la nature ; qu'on lui sub- 
stitue, par exemple, celui de simple stratège, on aurait le mot 
KOn^^OK placé exactement de même, entre le nom et le patrony- 
mique : 

« 'Onelchou, le stratège, fils de... » 
correspondant terme à terme à : 

. . 13 Vûz: niS'S nrpu hn t^iv 

(« 'Oneîchou,/rère de Chouqaîlat, reine de Nabalène, fils de... ». 

Semblablement, nous pouvons prévoir que, si jamais on a la 
chance de trouver une inscription relative au fameux Syllabes, 
épilrope du roi Obodas II (ou plutôt III, du moins à mon compte), 
le protocole se présentera ainsi : 

-!3 V.22: -jSc mzv n.s {ou *'^z) •Sr 

n ChouUaï, frère de 'Obodat, roi de Nabalêue, fils de... >» 
Et cela voudra dire non pas que Syllaeos était réellement le 
frère du roi, mais simplement son grand-vizir. 



i''^' 



Sur quelques noms propres palmyréniens et 

nabatéens*. 



I 



M. Fabbé Chabot vient de publii*r' un irroupo inlorossant d'ins- 
criptions palmyréniennos reouoillii's par lui à Alop. où io< iiîerres 
originales avaient été transportées par los haSv^rJs du trafic sy- 

1. Cette fiction de parenté royale peiii .tv..^ : ■. :■ eii-priiv.: ? p.i7 :> Na':\/.-.vs 
aux coutumes des Ploleni^*"? o vmr.e î.iVi: i.i.:'. ''s .;<:^s ;r..ir.i«*> r;y.î.;x 
entre frères cl sœurs, 'liv ii>at:v. lu rv. :\ .- > :-•, ■.;.. 

.£. Leçon du Colèije df Fra'.^e. IT ;\..\i-r 1S.*S. 

3. Journal asiati'jut^ l>i<T. II. \^ 3».»^-S V\ 






382 RECUEIL D^ARCHÉOLOGIE ORIENTALE 

rien. Elles sont gravées sur des bustes et bas-reliefs funéraires 
analogues, comme style, à ceux dont nous possédons déjà tant 
de spécimens. Il faut signaler^ dans le nombre, au point de vue 
particulièrement archéologique, le n** 9 (fig. l)qui représente la 
défunte en pied et est d'une exécution remarquable ; le n*" 7 (fig. 7), 
où le buste se détache en haut-relief, dans la partie droite d*un 
fronton triangulaire; les n®' 3 et 6 (fig. 8) où les défunts tiennent 
à la main celte sorte de petite schedula dont j'ai parlé plusieurs 
fois^ et qui porte, dans le premier cas, Tacclamation funéraire 
Sin w hélas! », dans le second, une lettre isolée; la figure 10, 
fragment d'un buste de femme dont les prunelles creuses devaient 
être incrustées d'émaux ou de pierres colorées ; len" 18 (fig. n® 5), 
femme voilée tenant contre son sein un bébé emmailloté et rap- 
pelant singulièrement la Vierge et TËnfant Jésus '. 

J'aurais à présenter quelques observations sur certains noms 
propres qui apparaissent dans ces épitaphes et dont plusieurs 
sont nouveaux. 

N® 1. — L'estampage et la photographie rectifient sur un point, 
et confirment sur les autres, la lecture que j'avais proposée de ce 
texte' d'après une copie imparfaite de M. Barthélémy. J'avais cru 
pouvoir lire le nom du personnage, mi 13 yov, etc. La seconde 
lettre est certainement un qoph, comme l'a bien vu M. Chabot, 
et non un mem; par conséquent nous n'avons pas affaire au nom 
de ^Amar qui figure dans la grande inscription de Nazala, et le 
rapprochement que j'avais fait entre les deux textes diminue de 
valeur, sans cependant disparaître complètement. M. Chabot pro- 
pose de lire iipv « 'Aqerab, fils de Barsemes. » Je crois que cette 



1. J'ai déjà eu Toccasion de faire remarquer que Fart chrétien primitif a pu 
puiser certains thèmes ou éléments de composition dans l*art secondaire, mais 
si curieux, dont nous observons la floraison à Paimyre (cf. mes Et. dCArch. 
or., vol. 1, p* 113, sur l'icône de sainte Véronique). Par exemple, la légende de 
Jonas et de son arbre miraculeux a pu trouver sa traduction plastique, sinon 
son origine même iconologique, dans ces innombrables petites tessères palmyré- 
niennes représentant le défunt couché sous un arbuste à raspectdecucurbitacé. 

2. Voir plus haut, p. 177. Le n<>2 avait été expliqué par moi, en même temps. 
La lecture n*en est pas modifiée par les nouveaux documents. 



SUR QUELQUES NOMS PKOPRES PALMYRÉNIENS ET NAUATÉEXS 383 

lecture, doit eile-mèine être recliliée; il y a, en effet, encore un 
caractère après le i à la (in de la ligne 1 ; je distingue nettement 
sur Testampage qu'a bien voulu me communiquer M. Chabot^ un 
fwun — c*est le caractère que la copie de H. Bartiiélemy inter- 
prétait comme un rech. Le véritable nom de notre personnage 
n'est doncniiQV *A)nar, ni 2ipv, 'Aqerabj mais bien ]2tpy, 'Açru' 
batfi, qui se retrouve très exactement transcrit dans diverses 
inscriptions grecques de Syrie ', sous la forme 'AxpacavT;^. Il est 
probable, étant donnée la région d'où proviennent ces inscrip- 
tions, que le nom appartenait aussi bien à Tonomaslique naba- 
téenne qu'à l'onomastique palniyrénienne. 

N* 4. — Le nom assez fréquent et d'étymologie obscure. -nn^riN, 
AkhUoûr^ est peut-être à décomposer non en nn +^nN, mais en 
nn^ + nN; de hn « frère » et de la racine in^ « être ajouté » ; 
c'était peut-être un nom circonstanciel qui^ comme ses similaires 
rmi, imv etc., se donnait à des enfants dont la naissance venait 
augmenter la famille; il serait caractéristique des fils puînés. 

N' 6. — Le nom de nti « Waida », difficile à expliquer en soi, 
peut être lu matériellement aussi bien Nir, Waira. Dans ce cas, on 
serait en droit de se demander si ce n'est pas une simple transcrip- 
tion du nom romain Ojijps^, Veriis, D'habitude, il est vrai, dans les 
transcriptions de noms similaires, la terminaison c;, ?/sesl main- 
tenue et rendue par di ou d; quelquefois, cependant, elle dispa- 
raît et est remplacée par un s ; exemple : Nj>Dp * = Kajjiavs;, Cas- 
sianus. Dans une même inscription ^ nous trouvons côte à côte 
Dia^Ss et M^hiQ = <I>tXivo;\ ce qui est tout à fait démonstratif; et, 
dans le second cas, le nom est précédé du prénom Kna» Maria, 
transcription doMapio;, Marins . 

Le second nom, auquel M. Chabot reconnaît avec raison une 



1. Waddington, op. cit., no» 2115, 2143, 2151, 

2. De Vogiié, op, cit.yjftalm, ti« 27 (bilin^^ue). 

3. Id., i7>., n« 22 (bilingue). 

4. Soit dit en passant, cette Iranscriplion montre que l'accent uatioii, sur ia- 
quelle les avis des hellénistes sont parla^n's, devait être *l>tX7vo;, plutôt que 
^sXivoc, du moins dans le dialecte grec de Syrie. 



384 RECUEIL d'archéologie orientale 

physionomie parthe, peut être lu aussi bien pai Bagdan^ que 
^lai» Bagran, Il contient visiblement le mot perse hag^ ou bog 
« dieu », en combinaison avec un autre élément; cf. les nom- 
breuses transcriptions grecques de noms perses commençant par 
Boy ou Boy, et aussi le nom nabatéen maa, BaYpaToç, apparenté 
peut-être à celui-ci. Je propose de reconnaître ce même nom^ 
quelle que soit la véritable valeur de la 3' lettre, dans une ins- 
cription palmyrénienne S où M. Sachau l'a lu, à tort, je crois : 
7132, -flaj'oraz^BaYopaÇcç; le dernier caractère, où il voit unzam, 
semble bien plutôt, d'après son fac-similé même, être un nonn 
final, de même forme que dans notre nouvelle inscription. 

No9. — ^aS^y, 'Ailamei. — Je ne sais jusqu'à quel point est fondé 
le rapprochement avec oSy « être jeune, vigoureux ». La première 
lettre do la racine visée devait être uaghain et non un 'am simple, 

comme nous le révèle l'arabe Ip, ^5^; et, dans ce cas, on s'at- 
tendrait à voir apparaître un y dans les transcriptions grecques 
'AaiXixiJieiÇy 'A(Xa|jioç. Peut-être vaut-il mieux, en conséquence, rat- 
tacher ce nom et ses congénères à la racine dSv = i^. 

No 10. — KUK, Ababa, nom de femme, ne serait-il pas une forme 
féminine, de iiK, Abab^ non d'homme, plutôt qu'une forme em- 
phatique ? 

No 12, — Le nom biblique de lan Bagar s'est retrouvé dans 
une autre inscription palmyrénienneV 

Celui de NSiSp, Qaloupha, qui apparaît ici pour la première 
fois, doit-il être réellement rattaché à un racine sémitique? Je 
doute, en tout cas, que KoXa^toç, qu'on lit dans une inscription 
grecque de Bosra', ait quelque chose de commun avec ce nom sé- 
mitique supposé; j'y verrais plutôt un simple surnom (tcO xal 
KoXaç(ou), un véritable sobriquet tiré directement du grec xcXaooç*. 

i.ZDMG., 1881. p. 737. 
2 Revue bit., 1897, p. 595. 

3. Waddinglon, op, cit., n«» 1936 a. 

4. <c Soufflet ». Le personnage Macentios, fils de Diogène, est chrétien. L'on 
sait que les noms de sens plus ou moins péjoratif n'étaient pas rares chez les 
chrétiens. 



SL-R QUELQUES NOMS PiiOPRES PALMVKÉNIENS ET .NAB\TÊËNS 385 

Quant à noire NS'Sp, Qldpff, si la lecture malériclle est sùrc, ne 
serait-ce pas loutsiiiiplemenl la transcription très exacte, du nom 
purement hellénique KXwTraç' = KA£o::a;, forme contractée, et 
populaire en Syrie, du nom si répandu KXssTraTpsç ? 



n 

Flexion possible des noms propres nabatcem terminés en « i^u ». 

Je terminerai par une observation d'une portée plus générale. 

Je suis assez frappé de voir apparaître ici les noms bien connus 
et visiblement d'origine nabatéenne : "ic^prz, Mof/hnou, et iS\ip, 
Kohailou, sous les formes "tn^y^yMofjhni (n" 13), ^Vnp, Kohaili 
(n* 10 etn* 11). Cette anomalie peut, à la rigueur, s'expliquer soit 
par l'existence d'une forme réelle, spéciale au palmyrénien, soit 
même par une confusion purement graphique entre le fV(uv et le 
yody confusion que les lapicides palmyréniens commettent quel- 
quefois*, à l'intérieur même dos mots (ît des noms. Je me demande, 
cependant, si nous n'aurions pas ici aiïaire à une orthographe 
intentionnelle, adéquate à la prononciation. 11 faut remarquer 
que, dans ces trois exemj)les, ces noms sont au ijmHif^ puisque 
ce sont des patronymiques précédés des mots iz « fils de » et 
ms « fille de ». Saisirions-nous lù sur le vif un fait, très important 
pour la philologie nabatéenne, sur lequel j'ai appelé plus haut 
(p. 211) Tattention à propos des Honv-Yiun{h v\^=^lipnv'Ya mrou 
(ntay^ ^:i) ; à savoir que la terminaison ou, ou plulôt 6 ^, caractéris- 
tique de tant de nomsnabaléens, bien que considérét^ par los phi- 
lologues comme invariable, était susc<*plible, aux ras obliqiu?s, de 
se vocaliser en i dans la prononciation? Qui sait même, si le 
^?2nn 13, a fils de llarîmi » du n° 8 ne rentre pas dans celle caté- 
gorie et si le nonnnatif n'était pas "^z^'^n (cf. "^z'^n), linvimou o\\ 

1. Évangile de saint Jcmij xix, *J5. 

2. Cf., sur ce sujet, mes Éludes d^ Archcol'ifjle ûrirnt>dc^ vol. 11, p. 9G (note). 

3. Voir plus haut, p. 12. 



Rbcukil d^Archrolcksib okientalr. U. Ja>'vikh-.Iuim 1808. Livraison 2.'i. 



386 RECUEIL U*ARGHÉ0L0G1E ORIENTALE 

Harîmô)! Il est vrai qu'au n« 7 nous lisons idSo 12, « fils de Mali- 
kou » cl uon K^io in. Mais V orthographe pouvait ôtre ad libitum, 
et peut-être bien rencontrerons-nous un jour cette dernière forme 
qui serait tout à fait démonstrative. 

Peut-être pourrions-nous, môme, d'ores et déjà, faire état, 
pour ce dernier point, d'une inscription bilingue publiée dans le 
temps par Fabiani et Wright ' : 

ce tombeau de Hahtbi^ fils de Maliki Annoubat » 

Maliki paraît bien répondre au nom nabatéenMtf/iAow, comnje 
Habibi au nom également nabatéen, Habiboti, I2nn*. Ne sont-ce 
pas de véritables génitifs? Il est vrai que la contre-partie latine 
est rédigée de telle sorte que la transcription habIbi semble être 
au nominatif (palmyrenus) ; mais la teneur n'en est peut-être pas 
d'une correction irréprochable et, au surplus, on a pu transcrire 
servilement ce nom étranger en le maintenant à son cas oblique 
originel '. 

Il y aurait lieu, en se plaçant à ce point de vue, de procéder à 
une revision attentive de Tonomastique palmyrénienne pour 
constater la façon dont y étaient traités, à l'occasion, les noms 
d'origine positivement nabatéenne. Assurément la distinction à 
faire est délicate à cause des nombreux noms authcntiquemcnt 
palmyréniens terminés par un t/od (vocalisé ai aussi bien que î). 
Mais, par exemple, un nom de femme tel que nmn2\ Batouahbi 
dont la formation est évidente (« fiUe-rfe-Ouahbi »), n'implique- 
t-il pas un 12m t\z Batouahbou primitif, avec la déclinaison de ce 
nom foncièrement nabatéen : nominatif, Oiiahboii; génitif, 



1. Wright, On a sépulcral monument from Palmyra (London, 1880), p. 3, 

2. C. /.S., nab., n» 221. Cf. Euting, Sin. Inschr., no 23. 

3. L*inscriplion u© iO des Epigr. Mise, !, d'Euling, qui se compose seulement 
des deux noms juxtaposés : i2^2n IXID^n « Taimreçou Hahibi », pourrait pa- 
raître contenir une contre-indication de cette hypothèse, si on y voit un double 
nom porté par un seul personnage. Mais rien ne nous dit qu'il ne faille pas 
comprendre : « Taîmrefjou fils de Habîbi ». Dans ce cas Habibi serait bien en- 
core le génitif de Habibou, 

4. Euting, Epigr. Mise, I, n° 25, 



LES MOTS PHÉNICIENS CHATT <i ANNÉE » tT Cfl.WÔT <« ANNÉES » 387 

Ouahbi? Et Tépitaphe : nvc "i^^z 12 •-S'S * ne doil-clle pas s'inter- 
préter : « Malikou (ils de Malikoii (fils r//») C.lia cU >»? ce qui impli- 
querait Cha^di, génitif de Trjx:. Cliadou, nom très fréquent à Pal- 
myre et certainement d'origine nabatéonnc'. 






Les mots phéniciens chntt <• année » et rbaiwt a années 



i> 



Déjà, à propos d'un passage de rinseriplion de Marnaka*, 
j'avais fait remarquer que le mot prr, qu'on y lit à plusieurs re- 
prises et dont le sens général a année » n'est pas douteux, devait 
être considéré, non pas comme un siugulier : thanaty ainsi ({u'oii 
l'admettait, dans cette inscription el dans mainte autre, mais bien 
comme un pluriel : chamU. J'iudiquais eii mémo temps que la 
forme normale de ce mot, au shigulioi\ devait être chatte et, par 
conséquent, qu'il fallait soigneusement distinguer entre ces deux 
formes qu'on croyait éipiivalontes, eu supposant, à tort, selon 
moi, que le phénicien pouvait indifféremment, suivant les temps, 
les lieux ou même le bon plaisir des auleurs des inscriptions, se 
servir soit de la fonne contractée f'Iinti\ soit di? la forme nou 
contractée chanat (n:c hébr. n:c), pour dire «• anné<' o au sin- 
gulier. Cette dernière vue, que je liens [junr erronée, est celle de 
tous ceux qui font autorité dans la matière, depuis (j(»senius''et 

1. Euting, Kpiyr. Mise, I, ii'^ ?>3. ^h\ pr^ul se «itMnand.T iiièm»', sur lo \u du 
fac-similé, si le second nom ir»:'sl pus écrit liii-rii»Mn»i *lS*2. MiiHhi, uver U* //'"' 
final, indice du génitir<]ui, là, sorait hieii «ti situitioii (///s 'le MiliU-iu . 

2. Kuting, Sm. Insi.r., r/^ 071, J-^l, Isf,. 

3. Conférenco de l'Ecule d.-s llaulcs-Kliidi-s, il juin IS'.K. 

4. Voir mas Éiw les 'i'Air/n'o/otjir uriinlah-, Vi»I. II. p. l'Vj. 

5. D'après la loi d assinnlalion n ■-{•/- = '/. TZ r;z * Ml»* -, «'î tufti iiu<niti. 
Remarquer qu'en plii'Miici«rn, <•.«*. «kMMifr mot t-si tmij'Hiis l'uipLiVi- sou< la riirim 
J12, jainais sous la fornif r^ZI', t'i'Un dcrniiTe l'iiiii.!-, ■.<• j-mr mi nu l- tiMijvi-ra 
dans une inscription, SîTa «Tir. mh'dI riudio-' -lu plun»-'. r^-iz ; nu h'ww, alnrs, 
ce sera un mot radicaleiiionl dillV'p'iil, la fimnifii' i-u iliiixirm'' piMMuiin* du 
verbf rîÛS « construiro »> u'OninH* aux ifis^Tipliuus du (''npu>y ri" ."» et 7 . 

6- Gesenius, Motiumcnlfi, p. 35') '• u rzc "nnH:^. IMorumque fier rompLMi- 
dium 21C7 anno ». 



388 aecuëil d'archéologie orientale 

Schrœder^ ; elle esl admise sans discussion par les éditeurs du 
Corpus inscr. semitic.*^ et, tout dernièrement encore elle est 
adoptée sans hésitation par M. Bloch^ dans son excellent petit 
glossaire phénicien*. 

Je crois utile de revenir sur cette question et de généraliser 
mon observation, en essayant de montrer que, dans tous les 
testes connus jusqu'ici, nax? doit toujours être considéré comme 
= mac et, par suite, traduit par années et non pas par année, ce 
dernier sens étant exclusivement réservé à la forme contractée 
nir. Il faut décharger le phénicien — qui, hélas! en a déjà bien 
assez à son passif -^ de cette équivoque qu'on lui attribuait gra- 
tuitement, équivoque d'autant plus grave, qu'il fallait bien ad- 
mettre que, dans certains cas, le prétendu singulier n:u pouvait 
faire fonction de pluriel, sans qu'aucune modification extérieure 
vînt nous prévenir de cette variation interne *. 

Tout d'abord, je produirai deux textes, étroitement liés, qui 
nous font toucher la chose du doigt. Ce sont deux inscriptions 
néo-puniques de Maktar^, d'une langue encore assez bonne. 
L'une esl l'épitaphe d'une femme appelée Akhatmilkat; l'autre, 
l'épitaphe du propre mari de la défunte. Dans chacune est donné 
l'âge du personnage, La femme est dite avoir vécu soixante-cinq 
ans : tt?Dm Dtt?C n:tt? Nin; le mari est dit être mort à ffîr/e de 
soixante-trois ans : irStt?*. ne nww p. Dans le premier cas, le mot 
annéey écrit nJtt?, précède les noms de nombre*^ — et, conformé- 
ment au génie des langues sémitiques, aussi bien qu'à la logique, 



1. Schrœder, Die pho'U. SprachK^ p. 106. 

2. C. /. S., pasbiniy ainsi que cela résulte de la traduction de n:U2 pa 
« anno », au lieu de « annis » dans les formules de dates. 

3. Blocii, Phnn, Qlossar, s. v. n:C 

4. Par exemple, dans TinscriptioQ du Corpus^ n° 1, ligne 9, où. comme tou 
le monde est lorcé de le reconnailre, le sens pluriel nous est imposé par le con- 
texte : inaC". ".^^ "jINn « qu'elle prolonge ses jours et ses anm^es ». 

5. Schrœder, op. nr, p. 271, n° 17, et p. 272, n^ 20. 

6. C'est la formule d«î beaucoup la plus fréquente dans les éplLaphes néo-pu- 
niques et, toujours, le mot esl écrit DZ'X avec le noun — c'est-à-dire au pluriel 
— quelles que soient, d'ailleurs, les variations orthographiques propres au néo- 
punique ; n:in27, ou môme TOIttT. 



LES MOTS PHÉMCIKNS i'.lIATT « XNNÊE »^ KT THXM'u a AN>ÊKS >* .'^89 

il est là, incoiitestablemeat au pluriel— •« vixit annis x ». Dans 
le second cas, au conlraire, par suite île la formule dilTérenle 
qui a été adoptée % le mot « année » suit les noms de nombres 
et, là, il est écrit ne* = « année », au singulier, et non r:c d'après 
la règle géni^rale des lanj,'ues si^mitiques qui veut que, lorsque 
le substantif suit le nom du nombre qui le commande, il doit être 
mis : A, a,\i plarirl s^'i le nom du nombre est compris entre 1 et 
U ; B, au singulier, si ce nom de nombre est supérii-ur à 10 — ce 
qui est justement le cas ici. Nous pouvons affirmer que si, au 
lieu de 63, le cliiiïre des années avait élé 3, par exemple, nous 
aurions eu, au pluriel : n:cr iir'^c p. 

Il me reste à vérifier le bien fondé di^ celte observation et à 
faire voir que, dans tous les textes où Ton litr:r, il faut vocali- 
ser chantU et non pas chanat, et traduire années et non pas ///^- 
née, en distinguant soigneusement celle forme de celle de n;r, 
qui, jusqu'à nouvel ordre, demeure, à mon avis, la seule nor- 
male en pbénicicn pour dire « année » au sin<^Milier. 

C. /. S. y n" 3, I. i : ^^zhnh H yz-^Ni -«cv r:c2 = <« darïs les années 
quatorze, 14, de son règne » ; 

— Ib., n^ 10, 1. i : 21 nzrz '^z n*^''"? 6 "crz^i « dans les jours 6 du 
mois do Boni, dans les années 21 du règne de... »> On remarquera 
ici le parallélisme étroit entre 3*2" « jours )>, qui est un pluriel 
manifeste^ et n:c = « années » el non « année ». 

Du même coup la portée générale de mon observation réduit, 
je crois, délinitivement à néant, riiypollièsr d'après laquelle c*2^ 
pourrait dans celte formule et autres analogues, être uni' forme 
particulière de singulier, hypolbès*^ vprs laquelb» de bons esprits 
avaient élé enlrainés, précisément pan n (|u'ils considéraient à 
tort n:ur comnie uu singulier. Ils avaient inslinclivement raison 
en cherchant à établir une symétrie logique fulre les deux Ininrs 
de la formule : jnur el année \ seulement civile symétrit*, c'esl au 
profit du pluriel el non pas du singulier, qu'il faut l'établir. 

— /6., n" H, 1. I : "["^^z"^ \K\ riz'z nî-'c n'^.'-î '2ï z^^z ^( dans ies 
jours 24 du mois de M»*rpba, ilans les années .*n du roi... »» ; 

1. « Fils de 6^ ans », l'onniili' hébrai'iu»* l»ifn coimue pour dire ày*} de j- ans 



390 RFXUEiL d'archéologie orientale 

C. r s., n« 13, 1. 1 : ...2 nj^ra ott^^-niT htS 20 dï2[u] « dans les 
jours 20 du mois de Zcbah-Clnchchim \ dans les années 2 { — ou 
plus?) » ; 

— Ih.y n° 88, 1. 1 : 3 n:[tt?i nSy]snT[S] l[0] aan « dans les jours 
16 du mois de Phooullat, dans les années 3 » ; 

— Ib., n« 89, 1. 1 : "jS^aS 4 :;nN n^wi « (dans les jours a: du 

mois .r*), dans les années quatre, i, du roi » ; 

— Ib.. n' 90, 1. 2 : ^dSqS 2 n:ttn bz nv2 « dans le mois de Boul, 
dans les années 2 de son règne ». 

On remarquera qu'ici le quanlième n'est pas exprimé et que, 
cependant, la tournure reste la mémo; si Ton avait voulu dire 



1. A corriger ainsi la lecture et la transcription du C. f. S. Sur l'étymologie de 
ce nom de mois, cf. mes Et. d'Arch, or. y vol. II, p. 157. 

2. La lacune initiale de Toriginal est d'autant plus regrettable qu*à en juger 
par la contre-partie cypriote, nous aurions eu ici le nom donné par les Phéni- 
ciens aux jours épagomènes. Cette inscription est d'un intérêt capital, parce 
qu'elle nous prouve qu'au moins à Cypre, le calendrier phénicien était, à 
Tépoque perse, un calendrier solaire, avec le mécanisme de l'addition, à la On 
de l'année, ou plutôt au commencement de Tannée suivante — selon le mode 
égyptien — des cinq jours complémentaires, ou épagomènes. Le calendrier phé- 
nicien de Cypre paraissant être identique, au moins, comme noms, au calen- 
drier constaté sur les divers autres points du monde phénicien (et, aussi, soit 
dit, en passant, au calendrier prolo-israélite), il est permis d*en induire quo les 
mois phéniciens, en dépit de leur appellation el des expressions niV ClH, élaiont, 
ou pouvaient être en certains cas, des mois solaires ou tout au moins solarisés. 

Qui sait si le nom phénicien des épagomènes n'était pas, par hasard, marzenh^ 
ce mot que nous voyons apparaître dans la date du décret du Pirée : « le 4* jour 
du marzeah'] >» On a généralement considéré marzeah, comme un nom de mois; 
mais je suis frappé de voir que ce prétendu nom de mois n'est pas précédé 
du mot spécifique ycrah^ qui ne manque pour ainsi dire jamais en pareil cas. 
D'autre part, le mot marzvah signifiant, en phénicien, comme j'ai essayé de 
le démontrer ailleurs (Bull, de l'Ac. des ïnscr, et fl.-L., 1898, p. 354-356), 
un festin solennel, un festin sacré, — la fameuse syssitie carthaginoise — il 
ne serait pas impossible que ce nom ait été donné à la période penthémère 
par laquelle s'ouvrait l'année el qui pouvait être une période de liesse générale 
— la grande syssitie. Remarquer qu'avec le quantième de la date du décret du 
Pirée — le 4'^ jour du marzeah — nous restons dans les limites de cette période 
qui se composait de cinq jours. Quant au caractère festival qui aurait pu la 
marquer chez les Phéniciens, il se comprendrait assez facilement par l'antique 
tradition qui lui rattachait la naissance des cinq divinités principales de l'Olympe 
égyptien. D'ailleurs, le nouvel an a toujours été, chez tous les peuples, l'occa- 
sion de fêles solennelles. 11 serait facile d'en multiplier les exemples; cf., sur 
les rapports delaf(He des Pourim juifs, des Farwardin (ou épagomènes perses), 
des Sacaia et du Zagmouk de Babylone, Meissner, ZDdfG., 1896, p. 296. 



LES MOTO PHÉNICIENS CFIATT « AÎ^NÉK » ET CHAnAt « ANNÉES » 391 

« dans le mois de Boni dp F année 2 », on aurait /îcrit : n-<*2 
2 Txh hi. 

C. L S., n'92, 1.2:8 yc'C n3C2 ns T]1['>2] « dans le mois do Ka- 
rar, dans les années huit, 8 » ; 

— Ib.y n** 93, 1. 1 : c^^Sns d-Sî2 p^b 3! n:C2? ^? htS 7 nc^n 
« dans les jours 7 du mois de ? î ?, dans les années 31 du Seigneur 
' des basilies Ptolémée ». 

Celte inscription est des plus instructives; on elVot, l'an 31 de 
Ptolémée (II Pliiladelphe) est mis aussitôt après en concordance 
avec Tère autonome de Cilium, et cela en ces termes : 

« laquelle est — ou <c ce qui est » — Fan 17 de Thomme de Ci- 
lium ». 

Ici, nous avons le singulier t\^ et non \e plt/riel n:*c dont on 
vient de se servir une ligne plus haut. Pourquoi? parce que l'ex- 
pression Hn tt?N implique forcément le siiif^ulior. Sin:^: était réel- 
lement un singulier, pourquoi ne s'en est-on pas servi de nou- 
veau, à quelques mois de dislance? Quanl au sing^ulier xn w'x, qui 
semble former apposition au pluriel n:*w, on pourrait vouloir en 
tirer argument pour soutenir que r:C' est bien, malgré lout, un 
singulier. Mais il ne faut pas perdre de vue(|u'en réalilé la cons- 
truction est prégnante, et que sn es* subit Taltraction du singu- 
lier n^r qui le suit. « 

A rigoureusement parler, du reste, ce n'esl pas l'an 31 de Plo- 
lémée qui correspond à Tan 17 de Citium, mais bien, ce qui n'est 
pas la même chose, a le 7*^ jour du mois ? / ? de Tan 31 », c'est- 
à-dire Vensemhle des éléments chronologiques consliluant celle 
date. En effet, étant donné que le 1*' jour de la 1" année de Pto- 
lémée ne devait vraisemblablement pas coïnrider exactement avec 
le 1" jour d'une année quoloonque de r«»re de C/iliimi, il est farile 
de comprendre que telle anuée dePt(»lénhM' pouvait, devait mt*me, 
selon le mois où l'on se trouvait, corrnspoudre ;i ilnir tinnrrs diffé- 
rentes ^\, consocutiviîs de \Vxy\ do Citium ol réciproqucmont. Ce 
serait donc à la fois un conlre-s(»ns malôrifl (»t nu non-sîMis lo- 
g^ique que de traduire ici. comme on Ta fait : « ... anuo XXX"... 



392 RECUEIL D^ARGHÉOLOGIE ORIENTALE 

Ptolemaei... qui (fuit) annus LVIl"' hominnm Citiensium »; la 
phrase équivaul, en réalité, à : ... « diebus VII meosis ?f ?, annis 
XXX... Ptolemwi... quod [z=, qui) fuit annus LVII, etc.. » Ce 
n'est qu'une nuance, si Ton veut, mais une nuance qui a son im- 
portance pour la philologie phénicienne. 

Cette distinction, qu'on pourra trouver un peu minutieuse et 
subtile, reçoit une pleine confirmation de l'inscription de Narnaka 
dont j'ai parlé plus haut. Là aussi, nous avons deux dates mises 
en concordance, et, cette fois en ces termes (1. 4-5) : 

ayS non «;« ....tir^aSns dsSd \\vh il nairi «tn a^tt^-nsT cnna 

33 n:^ usb 

« Dans la néoménie de Zebah-Chichchim, qui est dans les an- 
nées 11 du Seigneur des basiliesPtolémée lesquelles sont \^o\it 

le peuple de Lapich (= ère de Lapithos) les années 33 ». 

Le rapprochement est, comme on le voit, absolument concluant 
à tous égards; dans les deux termes, nous avons ici le pluriel 

T\2W, « années », et non pas, comme au n® 94, ne, « année »dans 
le second terme ; par contre, nous avons le pluriel dans l'expres- 
sion nan ï^n, « lesquelles », établissant la relation entre les deux 
termes; cela est tout à fait logique et montre une fois de plus 
que T\ya est bien, dans toutes ces formules similaires, le pluriel 
de nw. 

Puisque j'en suis sur Tinscription de Narnaka, je ferai re- 
marquer que les deux autres dates simples, mentionnées plus 
loin, sont invariablement introduites par la formule usuelle * : 

4 njttra UN ySD HT 2, 1. 6. 

a Dans le mois de Mophia qui est dans les années 4. » 

5 n:ti;2 tt?N nSvs mu, i. 8. 

« Dans le mois de PheouUat qui est dans les années 5. » 
— 7" inscr« dldalie «,1.1: 

3 tt^Stt; T\yw2, D[N]5ia 

1. A noter seulement Taddition du pronom UN à la préposition 2, marquant 
la relation du mois à Tannée, ou pour mieux dire, sa position dans ]*année. 

2. Berger, Bull, de VAc. des Inscr. et B.-L., 1887, p. 204. 



^ LES MOTS PHÉNICIENS CHAFT (« ANNÉE ») ET CIIANÔT « ANNÉES » 393 

« (du mois?)* (le Merphaïm, dans les années trois, 3 ». 

— 1'" inscr. de Tamassos ',1. 4 : 

30 DcSc n:c;2 □:n^< nm 

« Au mois de Etanim, dans les années trente, 30 », 

— 2" înscr. de Tamassos ^ I. 1 : 

a Dans les jours 16 du mois de Pheoullat, dans les années 18». 

Faisons maintenant la contre-épreuve et prenons les textes où 
se présente la forme contractée nu qui est incontestablement lo 
singulier — « année ». Nous constaterons que, dans tous les cas, 
ce singulier a une raison d'être qui excluait l'emploi de la forme 
plurielle n:c, « années ». 

— C. /..S'., n«4. I. i : 

« Dans le mois... de Mophia, en Vannée de son règne ». 

Le mot ne n'est ici suivi (Taucun chiirre ou nom de nombre et 
il se relie directement à ^^Sc; d'où la conclusion toute naturelle 
qu'il s'agit de la 1" année du roi, de celle de son avènement au 
trône; il n'y avait pas lieu, par conséquent, d'employer la forme 
plurielle n:u. 

— M., n°7, 1. 4 : 

iï c:**? n'w 144 d::Sc ]inS iho rc2 

a En Vannée 180 du Seigneur des basilies, année i^K du peuple 
de Tyr ». 

Ici, le phénicien subit visiblement Tiulluence des formules 
grecques, où le singulier est de rigueur, h hs'. ou ètcuç; à noter 
que l'inscription, exactement datée de V rrr des Sélenctdes\ et non 

1. Le début fie la ii^^ne est inutile, ce (}ui ne piTiiiPl pus de dire si, oui ou 
non, le nom du mois était prt'cédé du mot spr?cifiqui* n"^^ ; s'il y avait nulle- 
ment CNS^-*?, comme le suppose M. B('r«j^er, co s'-rait un ar^^ument en faveur 
de l'explication de mnrzcah par un simple nom de mois, dans le d<''cret du Pirée. 

2. Proceed. of Ihe ^oc, nf Bihl. Arch., IX. p. i7. 

3. Berger, /o'-. cit. y iXl. 

A, JVi longuement diseuté autrefois i'orij^ine de celte si curieuse dénomina- 
tion « d'ère du Seigneur des basilies », donnée par les Phéniciens à ce que nous 



394 RECUEIL d'archéologie orientale 

plus, à Tancienne mode, du règne du souverain, est de Van 132 
avant J.-C, par conséquent d'une époque relativement très 
basse. 

C. /. S.,n«94, 1. 2 : 

.... 52?ntt? NH 

« (ce) qui est Y année 52... » 

Ce fragment est identique, comme formule, au n** 93, étudié 
plus haut (p. 391), et les mêmes observations lui sont applicables; 
il doit s'agir de Tannée d'un Ptolémée mise en corcondancc avec 
une année de l*ère autonome de Citium. 

— /A., nM24. 1. 3; nM43-, 1. 2; nM7r),l. 1; n^ 179, I. 6, etc. 

Dans tous ces textes le mot invariablement employé est ne; 
et cela se comprend, car il ne s'agit jamais d'années chiffrées, 
mais bien de Vanfiee sufétiquc, désignée simplement par le 
nom du magistrat éponyme annuel; la formule est, après le nom 
du mois (quand il est exprimé) r^jSs nura«dans Vannée d'un tel »»; 
ou bien : D'ast: ntt?i « dans Tannée des sufèles tel et tel ». On n'a 
pas encore rencontré, et, si ma façon de voir est juste, on peut 
prédire qu'on ne rencontrera jamais nw employé dans ce cas. 
Cela achève de démontrer qu'en phénicien, ce dernier mot esl bien 
toujours un pluriel, « années » ; car si les deux formes pouvaient, 
comme on l'admet, être employées ad libitum pour le singulier, 
il serait vraiment bien extraordinaire de n'avoir pas un seul 
exemple de njtt? dans cette formule où le singulier ne prête à au- 
cune équivoque. 

A la ligne 5 de l'inscription de Ma'soûb *, on lit, il est vrai, 

sommes convenus d'appeler « Tère des Séleucides », et j'ai produit divers in- 
dices qui, résultat assez inattendu et même quelque peu paradoxal, tendraient 
à faire croire que cette ère fameuse, qui a toujours semblé être d'essence tout à 
fait syro-babylonienne, pourrait bien avoir, au fond, une origine première égyp- 
tienne et ptolémaïque (voir mes Études d^Arch, orient,, vol. I, p. 60). On en 
rapporte généralement le point initial à la prise de Babylone par Séleiicus I*""; 
mais il ne faut pas perdre de vue que cet événement ne fut que la conséquence 
immédiate de la fameuse victoire de Gaza où Ptolémée, allié de Séloucus, avait 
joué un rôle prépondérant. 

1. Souvent le mot « année )i est sous-entendu, et la formula est : « dans le 
mois de {quand il est exprimé), étant sufètes (DDSttT) tel et tel >.. 

2. Voir mon Recueil d' Archéologie orientale, vol. I, p. 81, 



LES MOTS PHÉNICIENS CHATT « ANNÉE » ET CHANÔT « ANNÉES » 395 

contrairement à Thabilade générale : c^'2Sn3'^ 26 nC2 « on l'an- 
née 26 de Ptolémée (III, Evergùte) >»; ol, un peu plus loin [\. 8) : 

a Cinquante-trois(iëme) afinée du peuple de Tyr ». 

Mais j'estime que, dans cette inscription exactement datée de 
Tan 221 avant J.-C, Tinlluenco grecque dont j'ai déjà parlc^ un 
peu plus haut, u propos du n° 7 du Corpua^ se fait déjà sentir sous 
les espèces de la tournure ïtsj;, au sini^ulier. 

C'est encore à cette même influence qu'il faut attribuer l'appa- 
rition, dans le décret du Pirée, de la tournure suivante : 

u Dans le jour i du marzcah^ dans Vcmnee IS du peuple de 
Sidon )). 

Rien d*étonnanl à cela. Nous sommes eu Tan 96 avant J.-C, 
et, cette fois d'une façon indéniable, eu plein milieu hellénique; 
le texte foisonne d'expressions sous lesquelles transparaissent les 
tournures, lilléralomenl ( ahiuéi^s, des dédicaces grecques hono- 
riPiques. D'où l'emploi du singulier pour le mot « année » ; et ce 
qui est, à mon avis, tout à fait démonstratif, c'est que le mot 
«jour» lui-même est mis au singulier, tandis que dans tontes 
les autres inscriptions examinées, où nous avons n:c = « an- 
nées »,nous avons, en même temps le pluriel^ manif(?ste celui-là 
et traduit par Técrilure a*2^ ^ jours ». D'où l'équation décisive 
qui se dégage de cet ensemble de comparaisons : 

Donc : rov^ = années^ <»t ne -~ nmiêc 

Il y a lieu aussi de l'aire entrer, en ligne de compte, sur ce 
point, les indications numisniatiques. Nous possédons de nom- 

1. Remarquer que les deux inscriptionss îjpparlipnnont à l.a iPiiion «le Tyr (»l, 
bien que séparérs par un inliTvallo (i<' quatn'-vin^'l-tlix ans, ;iu nir!'nn? milieu 
d'idées. Noter la tourrinr»* i'l»înli«}u«* : !•? num Hr nombre dans Tune, l».\ijrronpe 
de chilTres dans l'autre, prévCdaui le mot rc dans liMioncê de la date curres- 
poodante de l'ère de Tyr, 



396 RECUETL d'archéologie ORIENTALE 

breuses monnaies à légendes phéniciennes portant des dates. 
Tantôt, ce sont de simples chiffres * ; tantôt des chiffres précédés 
dumot n*»ir* ou ntt^i au singulier : « année » ou « dans Tannée 
tant ». L'emploi de n::-, au pluriel : « années tant » est extrême- 
ment rare, si même il est réel '. 

Ici encore, c'est à Tinflucnce grecque qui, en matière de mon- 
naies surtout est indéniable, qu'il faut attribuer l'emploi du sin- 
gulier TW « année », au lieu du pluriel n:tt? « années ». Le mot 
est, pour ainsi dire, l'équivalent direct de la sigle l__ := etcu; qui 
précède si souvent les lettres numérales grecques représentant le 
chiffre de la date, même sur les monnaies à légendes phéni- 
ciennes. Je croirais volontiers que c'est précisément cet usage 
monétaire qui a conduit les Phéniciens à introduire dans leur 
langue courante épigraphique, cette tournure particulière avec 
ntt? au singulier, dont l'inscription n** 7 du Corpus et les inscrip- 
tions du Pirée et de Ma'soûb nous offrent des exemples. 

Quant à ce qui est de cette tournure, qui semble être propre 
au phénicien : les mots « jours » (□a''), « années » (j\y^) em- 
ployés au pluriel — ou, pour généraliser, la mise au pluriel des 
mots représentant la chose comptée — et suivis , soit d'un chiffre , 
soit d'un nom de nombre cardinal, j'inclinerais à croire que c'é- 
tait chez les Phéniciens un moyen approché de rendre ce que 
nous appelons « les nombres ordinaux ». Des expressions telles 
que : 7 oau, « dans les jours 7 », 27 n:tt?n, « dans les années 27 » 
équivalent, en réalité, à la façon de dire hébraïque et à la nôtre : 



1. 11 semble que cette formule soit celle des plus anciennes monnaies. Les 
légendes phéniciennes datées avec des lettres numérales grecques sont naturel- 

emenl hors de cause. 

2. Je crois aussi que c*est le mot TW qui est employé sur certains poids de 
plomb phéniciens de la c6le de Syrie, qui me sont passés à plusieurs reprises 
parles mains. Mais mes souvenirs ne sont pas assez précis pour que je puisse 
rien affirmer sur ce point. 

3. Gesenius, Mon. ph.y p. 272, cite un exemple de n^C* au lieu de 7\^ sur 
une monnaie de Marathus. Mais il ne parle de celte pièce que par ouï-dire et 
le renseignement est sujet à caution. Toutes les monnaies de Marathus que pos- 
sède notre Cabinet des Médailles — et elles sont nombreuses — portent inva- 
riablement TW' 



NOUVELLES LNSCRIPTIONS CRECOIES ET ROMAINES DE SYRIE 31)7 

^V'zcn aV2, « au seplièmo jour >» ; ^nr* zn-wV rir^, « dims l*aniiée 
vingt-septième ». Auconlrairo, lalouniure : 7 cz, 27 nC2, adop- 
tée, sinon créée sous une influence grccijuo, a proprement une 
valeur cardinale : « le jour 7, l'an 27 ». 

Au point de vue de la philosophie du langage, on pourrait 
considérer ia première et, pour nos idées, la plus bizarre de ces 
tournures, comme issue de ri»ltc conception : « 7 (dansi les 
jours », « 27 (dans) les années ». Les jours et les années sont, 
pour ainsi dire^ pris <lans leur totalité, comme formant un tout 
indéterminé, ou, si l'on prêtre, indélini, et l'expression équivaut 
à une sorte de fraction dont \o. dénominateur est x joars, x an- 
nées, et dont le numérateur est le chillVc représentant tant de 
cette somme de jours, tant de cette somme damnées : 

7 27 

.7* jours ' ./■ années' 



^ 71). 
Nouvelles inscriptions grecques et romaines de Syrie. 

\. Ouûdy Harada ^Anti-Lihan). — Sur une pierre dans le vieux 
moulin. Photo^Maphir di? M. Moore. Lecture du [)rofesseur 
H. Porter, commentaire de M. A. S. Murrav ' : 



»!• I |ii lla'll 

joiTTjpia^ y.jpiz'j Kxizxzz:^ Ajz'.tlz v.r, ^7:zJ\z'.z; y.xl AvEÎva; ij'.z\ Aj7([cj], 
|£7. lurt Iziurf tsv .'irôv-c v | iv:Or,/.zv y.x\ r.'xz* :\j.z\z\\-{x'f â-s'-V/iJav. 

Je crois qu'il faut lire, d'apivs le facsinïilé même, imn pas At\ 
■'V'!/ {-TM '\V/s\zT.z'/^vr.'(') V. conïine on raeni, mais hien : Ai- Mvr.z-ui 
'irA'.::::A={-r. Dans les insrrinlions ruinaine*^ hi»Mi connues le litre 
ofliciel du dieu est « .Inpiter Oplinius Maximus lleliopolitanus ». 
Mf'f/istos est, d'ailleurs, un vocahle très fréijutîunnent applii|ué à 

1. Palestine exploration Fuml, tjuavltrhj filatimod, IS'JS, p. 'M. 



398 RECUEIL D*ARCRÉOLOGIE ORIENTALE 

Zeus dans les inscriptions grecques de Syrie (cf. Waddington, 
n- 2il6, 2140, 2289, 2292, 2306, 2339, 2340, 2412, 2631). Le 
rapprochement avec Zeus Hj/psistos, proposé par M. Murray, perd 
ainsi toute raison d'être. 11 n'est nuUenient démontré, du reste, 
que ce dernier vocable, là ofi il se rencontre, indique, comme le 
suppose M. Murray, avec MM. Schûrer et Gumonl, un rapport 
spécifique avec le Jehovah des Juifs. En dehors des deux inscrip- 
tions de Beyrouth qui, seules, semblent avoir été connues de ces 
messieurs, on peut en citer sept autres de Sy?ne^ provenant toutes 
de Palmyre; quelques-unes d'entre elles sont bilingues, et la 
contre-partie palmyréniennc nous montre que la divinité sémi- 
tique représentée par Zeus Hypsistos est Chamach (le « Soleil »), 
ou le dieu anonyme, si populaire à Palmyre, qui apparaît dans 
la formule courante : « à celui dont le nom est béni dans l'éter- 
nité, au bon et miséricordieux » (Njcnil nsï:). 

2. Djerach. — Copie du Rev. Thomson, lecture de M. Murray*. 
— .Ces deux fragments, qu'on a cru inédits, appartiennent à un 
texte qui était complet encore Tannée dernière et a été intégra- 
lement copié alors par M. Brîinnow*. L'essai de restitution de 
M. Murray s'écarte sensiblement du texte original. En tous cas, 
cette inscription n'a aucun rapport avec le n° 1907 de Wadding- 
ton, qui est bien du i*"' siècle de notre ère, tandis que celle-ci est 
datée d'une année de Tëre de Pompée, 321, correspondant à l'an 
257 de J.-C. Le tout petit fragment appartient, comme Ta bien vu 
M. Thomson, à la pierre primitive : il comprend une partie des 
lignes 5 et 6. — 'O ir/^û<; Pwjas;, que M. Murray ne sait comment 
expliquer, veut peut-être dire tout simplement « autel apporté » 
(d'un autre endroit). Un pareil transfert serait un fait intéressant 
pour l'histoire du culte. 

3. Jérusalem. — Epitaphe trouvée au cours des travaux de 
construction du nouveau collège anglican. Dessin de M. G. Jef- 
fery, architecte *. Je la lis ainsi : 

1. Palestine Exploration Fund. ijuarterly stalement, 1808, p. 33. 

2. Mitth, und Nachr, des dculsch. PaL-Ver,, 1897, p. 38. 

3. Pal. Expl. F., op. c, p 35. 



GADAR4 ypr^T:o\xo\J'Xx 399 

D(iKs) M{anibm]. | L[uciUfi) Magnufi \ Fvlix \ 7ni/{es) hgionis X 
Fret{ensis) b{eneficiariu.s) tribjmi], MiKJtuvit) annos XVIII \ 
vix[it) XXXIX. 

C'est doue Tépitaphe d'un soldat de la X* légion Fretensis mort 
à Irenle-nouf ans, après dix-neuf ans de services, cl a bénéfi- 
ciaire 5), c'est-à-dire, pourvu d'un privilège par le tribun com- 
mandant sa légion. Jérusalem a fourni depuis quelque temps plu- 
sieurs inscriptions se rapportant à la fameuse légion qui a joué 
un si grand rôle dans ses destinées. On me permettra de rappe- 
ler que les premières de celte série ont été livrées par moi à 
Fépigraphie, il y a quelque vingt-six ans •. 



s 



}i a- 



Gadara xp^jaroiiouata. 

Dans une inscription métrique que j'ai fait connaître il y a 
quelque temps*, le nom Jo cette ville célèbre de la Décapote sy- 
rienne est accompagné d'une épithète singulière et obscure, qui 
a, de prime abord, Tair d'être une [)ure cheville : yoTt'j'.z'j.zjiix, Je 
me demande maintenant s'il ne faudrait pas comprendre : « aux 
belles mosaïques » = ypr,'7':z\xz'jii\x. Le verbe xp^^Toy-cjaio) est 
connu, bien qu'au sens dillérenl de « faire de bonne musique » ; 
mais il ne serait pas impossible (ju'on ait créé, sur ce type, un 
dérivé similaire de ;i.suTEr:v, « mosaïque ^). Y aurait-il lu, par 
hasard, quelque allusion au nom même de <i//'A//y/?si, du moins, 
on peut accorder quelque valeur au renseignement curieux que 
nous a transmis Tzetzès\ et d'a[)rès lequel le mot givhua avail 
en « phénicien » le sens de Hthostmtos^ c'est-à-dire de '« pavement 
en mosaïque ». 



1. Voir mon mônuMn* : Troi^^ In^crii'tiour* 'h^ hi X^^ lt''jitin Frciensis (IrrouLerles 
à Jcrusalrm. Paris, 1872. 

2. Éiudf.sd Archvolotjk orientulf, vdI. II, p. ii-^. 

3. Tzetzès, Chil. 8, 120 : «l'oivi^ 6i y/f'.Kjia yâô^pa >.iy-'. toû; lOiOTcptôxo-jz. 



400 HECUEIL D^ARCHÉOLOGIE ORiENTÂLt: 

§78. 
Une inscription inconnue du calife *Abd el-Melik 

à la Sakhra. 

Je relève le passage suivant dans l'ouvrage extrêmement 
rare*, et plein de détails intéressants*, du Père franciscain Morone 
da Maleo, ciistode de Terre Sainte de 1651 à 1657. Il s'agit du 
Haram de Jérusalem et de ce qu'on appelle vulgairement la mos- 
quée d'Omar : 

« Vi si leggono alcuiie inscritlioni in idioma Arabico, e fui curioso d'haverne 
copia, ma per quanta diligeoza seppi fsre, Dna sola ne hebbi, che traita in 
Ilaliano, vuù dire : Era causa delta fabrica del nobil Tempio, chc l'AUissimo 
Dio lo nobililiy il Rè yrande fl^lio di Mesuan (sic), che Dio gli habbi misei'i- 
cordia, e fù Tanno 65. de' Saraceni... questo figlio di Mesuan fù Abdel Melec, 
che v6 dire, servodel Rè, dunque non fù HomarTautore*. » 

Il résulte clairement de là qu*il existait encore dans la mosquée, 
au XVII* siècle, une inscription arabe, disparue depuis, qui en re- 
latait la construction parle calife *Abd el-Melik, fils de Merouân \ 
Ce ne saurait être la fameuse inscription en mosaïques décorant 
la coupole de la Sakhra, puisque, comme on le sait, le calife 
Al-Mamôun y a fait effacer le nom de 'Abd el-Melik pour y sub- 
stituer le sien, en oubliant toutefois de modifier la date (72 de 
l'hégire), ce qui nous a révélé la fraude •• Si la date de 65 dont 
parle Morone n'est pas le résultat d'un commentaire de son cru *, 
si elle était réellement gravée sur la pierre et si elle a été bien 
lue, elle concorderait assez avec celle de 66 que donne Moudjîr 
ed-dîn» pour le commencement de la construction de Tédifice. 

1. Terra Santa nuovamenle illuUrala^ etc. 1669-1670, vol. I, p. 81. 

2. Par exemple, il avait constaté, bien avant Mariti, la présence des signes 
lapidaires latins sur Tappareil des églises du Saint-Sépulcre et du Tombeau 
de la Vierge et en avait tiré des conclusions archéologiques fort justes. 

3. Il part de là pour réfuter avec beaucoup de sens critique l'opinion erronée 
de Guillaume de Tyr et de Maritïo Sanuto. 

4. La leçon Mesuan est le résultat soit d'une coquille, soit d'une faute de lec- 
ture de rinterprète de Morone dérouté par le groupe ^ljj^> écrit sans points 

diacritiques q\^. 

5. Voir le volume I, p. 212, de ce RecueiL 

6. C'est la date de l'avènement de 'Abd el-Melik. 

7. Moudjîr ed-din, op. cit., p. 212. 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 



P. 6. — Le mois de Qinian tlans le calendrier palmyrénien, — C'est décidé- 
ment Qinian^ et non Minian qu'il faut lire ce nouveau nom de mois, comme 
je Tai établi à propos d'une troisième inscription où il se représente et où la 
lecture matérielle ne prèle à aucun doute (voir mes Études d^ Archéologie orien- 
tale, ▼cl. 11, p. 93). 

P. 13. — Le P. Germer-Durand a bien voulu m'envoyer, depuis, des repro- 
ductions des quelques caractères nabatéens ajoutés à la fin de rinscription 
grecque. Ces reproductions sont malheureusement insuffisantes pour permettre 
d*arriver à une lecture quelque peu certaine; en tous cas, il semble bien qu'on 
doive renoncer à y chercher le nom de Medaba. 

P. 13 (§ 7). — Je ne vois guère qu'un moyen de concilier les deux dates 
d'une façon quelque peu plausible, c'est de faire intervenir des corrections d'or- 
dre paléographique. Si la première date pouvait être lue M F = ^3^ au lieu de 
MT = 340, elle serait à rapporter à l'ère ordinaire de Bostra, qui concorderait 
alors ici avec Tère propre de Medaba, si tant est que le mot xaTa9T0((Ti; doive 
être rapporté, comme on Ta supposé, à la fondation de la ville; mais, je croirais 
plutôt, dans ce cas, que le mot indique la constitution même de la protince 
d'Arabie '. L'an 43 de Tère de Bostra correspond au 22 mars 148-149 J.-C, si 
l'on admet le système chronologique suivi par Wetzstein et Waddington (Inscr. 
gr. et lat. de Syrie, n<* 2463), ou au 22 mars 147-148, si l'on admet celui de 
Kubitschek (Pauly-Wissowa, Real, EncycL, s. v. Aerà), Or, Anton in étant 
monté sur le trône au milieu d'octobre 138, la 19» année de son règne (octobre 
156-157) ne concorde pas avec l'an 43 de Bostra. Pour obtenir la concordance, 
il faudrait modifier également la lecture des lettres numériques : 10 = 10, mar- 
quant Tannée de son règne. En tenant compte, d'une part, de l'état fruste du 
teite, d'autre part des similitudes paléographiques, on pourrait songer à cor- 

1. Peut-être faut- il lire : xataoradôw; [ xr.ç è'jzapxM'-^^ h dont je crois saisir des 
traces sur Testauipage très imparfait qui ma été communiqué par le P. (iermer- 
Durand. Nous avons des expressions épigraphiques similaires employées pour 
désigner Tère de Bostra, nou seulement eu grec, mais en uabatéeu même (cf. le 
no 453 des Sin, Inschr. d'Eutiug. Cf. dans nu manuscrit syriaque du vp siècle 
(Wright, Syr. lat. iU72 b) qui m*est signalé par M. Noeldeke, ce curieux passage : 
"lîfîa 1 N^D"lEn 1 yiUI inCVI XXa yziN* n:tt? « Tan 427 de Téparchie de Bos- 
r(a) • (=532 J.-C). ' 

I RicuEiL d'AbchSolooib oribrtalb. U. Janvikr-Juiii 1898. Livraison 26 | 



402 RECUEIL d'archéologœ orientale 

riger : soit |€ = 15 — mais cela ne conduit pas encore à la concordance, la 
15« ^nn^Q d'Antonin correspondant à 152-153 J.-C. ; soit : |B = 12 = octobre 
1 49-150 — ce qui se rapprocherait davantage de la concordance, toutefois sans 
y atteindre complètement, Tan 43 de Bostra s*étendant de mars i48 à mars 149 
(VVaddington) ou de mars i47 à mars 148 (Kubitschek). On pourrait encore 
corriger : | = 10 — et je dois dire que l'examen que j'ai fait de l'estampage 
serait assez favorable à cette façon de voir; dans ce cas, on obtiendrait une 
concordance satisfaisante, Tan 10 d'Antonin correspondant à octobre 147-148 
J.-G. et l'an 43 de Bostra à mars 148-149 J.-C. (Waddington) ou à mars 147- 
148 J.-C. (Kubitschek). Les données du problème contiennent trop d'éléments 
inconnus pour que j'ose conclure; tout dépend d'une meilleure reproduction du 
monument original. 

Quant à la date, totalement illisible, qui préc^.dait ces deux-ci dans l'inscrip- 
tion, elle appartenait, selon toute vraisemblance, à l'è re des Séleucides; elle 
devait être écrite, si l'on admet la dernière hypothèse : YZA* = 461. 

P. 15. — Si, dans la seconde inscription, l'on maintient la leçon BMP = 142 
et si l'on rapporte cette date à l'ère de Bostra, on obtiendrait l'an 248 J.-C. II 
faudrait alors admettre que cette inscription, malgré les analogies matérielles, 
n'est pas contemporaine de la première et que les empereurs associés qui y sont 
mentionnés, sans ôtre nommés, seraient Philippe l'Aîné et son fils Philippe le 
Jeune, promu Auguste en 246 et tué en même temps que son père, en 249. 

P. 15, note 2. -- Au lieu de § 9, Usez :% 10 

P. 22. — Pour l'emploi de Tayibet el-ism comme nom de lieu, ajouter une 
localité près de Hâïl en Arabie (Lad y A. Blunt, Voy. en Arabie , tr. fr., p. 335, 
cité par Vollers, ZDMG., 1896, p. 334). 

P. 25. — La véritable lecture de la partie la plus intéressante de cette inscrip- 
tion avait déjà été reconnue par M. Ramsay(cf. Pal. Expl. F., Statementy 1894, 
p. 203). 

P. 47. — Lychnarion arabe de Djerach. — On vient de trouver un second 
monument tout à fait similaire confirmant de tout point ma lecture. J'en dois 
la connaissance au P. Lagrange et je compte le publier dans le volume III des 
présentes études. 

P. 52, note 1. Lire : Rev. Bibl., 1892, p. 642. 

P. 53, note 2. — La seconde phrase est k supprimer tout entière avec 
l'hypothèse que je ne faisais, d'ailleurs, qu'indiquer sans m'y arrêter, et qui 
repose sur une base erronée, la date de 183« d'ailleurs, très suspecte en elle- 
même, ayant été, par distraction, calculée après J»-G., tandis qu'elle aurait dû 
être calculée avant J.-C, ce qui entraînerait pour la mosaïque les dates, archéo- 
logiquement impossibles, de 91 ou 191 J.-C» 



1. Disposés plutôt eu ordre rétrograde : AZYj d'après quelques li 
la première lettre que j'ai cru pouvoir discerner sur restampage; 



linéaments de 



ADDITIONS ET RBCTIFICATIONS i03 

P. 53. — La Revus biblique (1898, p. 425) vient de publier uq fac-similé 
de la date controversée, d'après un dessin soigneusement exécuté par le 
P. Vincent. Le premier caractère numérique n*est certainement ni un siyma = 
200, ni Tépisème f au = 6 ; je pencherais de plus en plus pour Tépisème sainpi, 
dont les formes paléographiques sont, comme on le sait, très variées. La date 
serait alors à calculer, comme je Tindiquais, d'après Tère des Séleucidies, dont 
remploi à Medaba semble établi par Tinscription dont je parle au i^ 7 (voir les 
observations additionnelles présentées, plus haut, à propos de la p. 13). 

P. 76. — Immolation d'enfants. — Comparer Tusage des Arabes préislamites 
quîy souvent, faisaient vœu « d*immoler » aux dieux un de leurs enfants, quand 
ceux-ci auraient atteint un certain chifTre. Un fait instructif à cet égard et 
qui peut jeter quelque lumière sur le cas de Beliabos et de son fils Neteiros, 
c'est celui d'EL-H&reth, fils de 'Abd el-Mottaleb qui avait fait vœu, s'il avait dix 
enfants, d'en immoler un à la Ka'ba. Quand la condition fut remplie, on tira 
au sort sous les auspices du dieu Hobal, et la mauvaise chance tomba sur *Abd- 
allah. Son père se mettait en mesure de payer cette dîme barbare quand les 
Coreichites s'y opposèrent. Ne pas oublier, pour apprécier la portée de ce rap- 
prochement, l'époque à laquelle se place Tincident — cet 'Abdallah, qui l'avait 
échappée belle, n'est autre que le père de Mahomet. 

P. 77, note 1. — Les deux inscriptions relevées à Deîr el-*Achaïr par M. Fos- 
sey ne sont pas inédites; elles avaient été déjà copiées, bien qu'imparfaitement, 
par le capitaine Warren (Pal. Expl. F., Statcment, 1870, p. 329). 

P. 78. — Ossuaire d* Afrique. — Le but de ce rapprochement était de faire 
ressortir l'analogie frappante que me paraissait présenter avec les ossuaires 
juifs de Palestine ce petit coiïret funéraire en pierre, découvert en Afrique, à 
Aîn-Beida (Constantine). Je n*avais à m'attacber, dans cette courte notice, qu'à 
la question archéologique, et je m'<Hais borné à reproduire, sans la discuter, la 
lecture proposée par le premier éditeur du monument, M. Alex. Papier, pour 
l'inscription latine gravée sur cet ossuaire. M. Rostovjew, do TUniversité de 
Saint-Pétersbourg, rejette cette lecture, et propose celle-ci, en s'appuyant sur 
diverses autres inscriptions romaines d'Afrique où se retrouvent les sigles |||| 
PA. : 

Memoria Peliciani p{ublicorum) A{fricar) quattw)r Julia Suese\ 

Bien que la rectification s'adresse en réalité à M. Papier, je crois devoir l'en- 
registrer ici, tout en faisant remarquer que MM. Héron de Villefosse et Gagnât* 
sont d'accord pour la déclarer inadmissible et pour maintenir la lecture maté- 



1. Revue archéotoqiqne^ 1897, p. 297. 

2. Bévue archéologique, ih., p. 414 et p. 453. M. Héron de Villefosse renvoie, 
en outre, pour ses observations à ce sujet, au Bultelin des Antiquaires de France] 
p. 334. M. Gsell, de son cMè, s'est occupé de ce monument {Mélanges de CEc. 
franc, de Rome, 189G, p. 483). H est d accord avec moi pour reconuaftrc les ana- 
logies frappantes qu'il offre avec les ossuaires iuifs. Il lutcrprète les deux lettres 
PA par passi et croit que Feliciauos est un chrétien, peut-être donatiste, ayant 
subi le martyre. 



404 RECuEit d'archéologie orientale 

rielle et l'interprétation de M. Papier. Restent toujours à expliquer les derniers 
caractères VLSE- 

Je signalerai, à ce propos, un autre ossuaire africain, qui a été récemment dé- 
couvert à Collo ', et dont les affinités avec les ossuaires juifs sont peut-être 
encore plus marquées. 

P. 87, 1. 12. — Au lieu de : IdSd, lire : IdSd- 

P. 92, 1. 10. — Au lieu de : nord'Hord-est, lire : nord-nord- ouest 

P. 92, 1. 28. — Khirbet Soûhié est marquée à l'est de la source du même 
nom, sur la nouvelle carte de M. Schick {ZDPV.f vol. XIX, pi. 6). 

P. 95, 1. 8. — Au lieu de : en, lire : et 

P, 95, Gn du § 37. — Je propose de lire ainsi la dernière ligne de la dédi- 
cace palmyrénienne (après hSd, « tout entière ») : 

bi^SaSi SnSayS n^ 

ce ainsi qu'(aux dieux) Aglibol et Malakbel... » Ces deux dieux, combinés avec 
la divinité mentionnée au début de l'inscription (probablement Chamach, « le 
Soleil », à en juger par la [comparaison du n^ 108) complètent ainsi la triade 
palmyrénienne. 

P. 106, 1.2. — Au lieu de : successeurs, lire : prédécesseurs 

P. 107, 1. 30. — Au lieu de : ^pn, lisez : ^nps 

Ibid., jiote. — Au lieu de : p. 17, lisez : p. 27 

P. 127 (en bas). — 11 faut, en conséquence, changer complètement la lecture 
partielle proposée dans le C. T, S., Aram. n^'Sll : KaaaîSpoiJ.:, considéré comme 
un nom propre au vocatif (au lieu de Ka(iffi(o);, fipopisSdtpio;). 

P. 139, note 3. — Ajouter : p. 30 

P. 152, 1. 25. — Au lieu de : 1^ L'église, sise, lisez : 2° V église, etc. 

P. 158. — Les Mathouxiyat de (l'église) de la Résurrection, — Faudrait-il 
voir dans CAJj Ji« une transcription de (j.atp6vixov, désignant dans les an- 
ciennes basiliques chrétiennes la partie n'servéc aux femmes (généralement du 
côté gauche), par opposition à àvSpwv? C'est uu mot de basse grécité (cf. Du- 
cange, s, v.)» "^ hybride gréco-latin correspondant à la forme classique y^vat- 
xtôvTTi;. Dans ce cas, ce serait un indice de plus que le document arabe est dérivé 
immédiatement d'une source grecque. On remarquera que Matrouniydt semble- 
rait alors issu plutôt d'une forme hypothétique, mais régulière, telle que (la- 
Tpwvaîov, matronœum, au pluriel piaTptDvaîa, « l'endroit où se tiennent les ma- 
trones ». 

P. 169, 1. 46. — Cf. Édrîsî, qu mentionne côte à côte Segor et «jljjl, variante 

^IJI, à rétablir peut-être en SjlJI (Ez-)Zara? 



1. Bulletin archéoL du Comité des Tr. fiisl., 1895, p. 363. 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 403 

P. 178. — Le P. Vincent (Revue bm., 1898, p. >i31) déclare qu'il n'a pas re- 
trouvé trace de la *^Airé marquée dans les cartes, non plus quo de la Wa'tra 
mentionnée par Burckhardt, dans les environs de Petra. 11 serait porté à ad- 
mettre que le château d'Ël-Oua'tra mentionné par Ibn Moyesscr* est. identique 
à celui de Aswit dont parle Nouaïri, et que lo tout n'est autre que li Vaux Moyse ^ 
des Croisés, dont il croit avoir reconnu h position sur le terrain. Il convient 
d'être d'autant plus réservé sur ce point qu'il y avait encore, dans la région, 

d*autres places fortes qui viennent compliquer la question, par exemple •* Jfc, 

Uormouz^f sans parler de JL, Sela\ qui est peut-être Pelra mr-me. 

P. 187, note 1, 1. 4. — Au lieu de : m57, lisez : mSÏ 

P. 221, 1. 3. -^ Au lieu de : le ^akebosy lisez : ce, etc. 

Ibid»^ note 2, I. 4. — Ajoutez : ;>. 2/tV, note 1. 

P. 223. — Vérification faite sur des estampages ultérieurs, il faut lire 17 au 
lieu de n aux lignes 1, 2, 4 de Tinscription. J'avais déjà indiqué la possibilité 
matérielle de cette lecture à mon cours du Collège de France, mais sans y in- 
sister, vu l'incertitude des seuls documents que j'eusse alors entre les mains, 
en faisant remarquer l'importance de la constatation de cette forme archaïque, 
si on parvenait à l'établir, pour la connaissance de l'évolution phonétique du 
nabatéen et des dialectes araméens en général. C'est désormais un fait acquis et 
qui concorde bien avec la date élevée que j'avais été conduit à attribuer à l'ins- 
cription par des considérations historiques. 

P. 229, I. 16. — C'est par inadvertance que j'ai dit que l'inscription de 
Salkbad (C. /.S., Aram. n^ 183) désignait Kabel H, successeur de Malchus III, 
comme le fils de celui-ci; elle parle seulement de Malchus III fils et successeur 
d'Aretas IV, ce qui est bien différent. Le fait, en lui-même, n'en demeure pas 
moins constant, et il a été confirme depuis par la découverte de l'inscription 
d'El-Mer dont je parle plus loin (voir jj 73 (1;). 

P. 232, note 3, 1, 5. — Au lieu de : Callinius, lisez : CaUinicus 

P. 239. — Au lieu de : S (il, lisez : ?5 6*0 

P. 240. — Au lieu de : S fiO, lisez : § 6'/ 

Ibid., première ligne du paragraphe, au lieu de : ailleurs \ lisez : ailleurs* 

P. 242. — A la liste des nouveaux gouverneurs romains d'Arabie, ajoutez les 
trois noms relevés, depuis, sur d'autres bornes milliaires du pays de Moab, par 
le P. Germer-Durand i^Uevue bibL, 1H07, p. 574 sq., et 1898, p. 110) : 



1. Et aussi par Ibu el-Athîr {Uist. or, des CV., 1. p. 7.'U) et pcut-rlre par Abou 

Chàma (iô., IV, p. 303), si l'on peut corriger en ïj-^^ la lorou, vraisemblable- 
ment fautive, \jJl&. ' ^ 

2. Li Vaux Moyse est, proprement, moins le nom pr«'Cis d'une place forte dé- 
terminée que la traduction pure et simple de Oudd;/ Moûsd. 

3. Forteresse située, d'après le Mochtarîk^ dans le Ouàdy Moi^sû, province du 
CbarAt. 



406 RECUEIL D'ARCnÉOLOGIK ORIENTALE 

Gaecilius Félix, gouverneur sous S^ère Alexandre ; 
G. Fulvius Jan(uarius?), sous Maximin ; 
G. Domitius Valerianus, sous Gordien III. 

P. 247. -- Les notes 2 et 3 sont à transposer. 

P. 297, § 67. — Gomparez aussi les centumviri de certaines municipalilés 
romaines. 

P. 311. — «^4^1 SyOJ-l. — Faudrait-il lire tout simplement, à Tactif, el- 
moulahhiraj « Sa Majesté Purificatrice » et y voir une épithète, pour ainsi dire 
circonstancielle, appliquée au calile qui, en reprenant sur le sanctuaire chrétien 
l'emplacement consacré par la prière d*Omar, avait fait réellement, au point de 
vue musulman, œuvre de purification! 

P. 322. — La dévotion des musulmans pour les lieux saints des chrétiens, — Il 
convient de rapprocher de l'histoire du calife Omar allant prier à la basilique de 
Gonstantin un curieux passage que je relève dans un fragment dn vieille chro- 
nique syriaque* auquel on n'a pas prêté suffisamment d'attention. En Tan 971 des 
Séleucides (658-659 J.-G.), 18* année du rogne de l'empereur byzantin Cons- 
tant II, beaucoup d*Arabc8 se réunirent à Jérusalem et proclamèrent roi (sir) 
Mo*ftwia. Le calife monta au Golgotha,8'y installa et y pria; il se rendit ensuite 
à Gethsemani, au tombeau de la Vierge Marie et y pria également. Il est pro- 
bable, si le fait est réel, que Mo*âwia ne faisait en cela que suivre l'exemple 
donné par Omar. 

P. 362. — La basilique de Constantin et l'église du Saint-Sépulcre. — Depuis 
l'impression de ce paragraphe, M. Mommert* a donné deux reproductions de 
la représentation de la basilique telle qu'elle apparaît dans !a mosaïque de Mâ- 
deba. Ges reproductions, l'une à 1/2, l'autre à la grandeur de l'original, sont 
scrupuleusement exactes; il est regrettable seulement, qu'à défaut de chromo- 
lithographie, l'auteur n'ait pas cru devoir indiquer la coloration des cubes do 
mosaïque, ce qui était chose facile à l'aide de hachures de sens variés. 

Un fait important se dégage de l'examen de ces .reproductions, c'est que les 
trois baies de la façade représentent bien les trois portes d'entrée, et non trois 
fenêtres; la porte du milieu est plus haute que les deux portes latérales. ' 

Je suis heureux de voir que M. Mommertest d'accord avec moi pour repousser 
la théorie de M. Schick sur l'orientation du vaisseau de la basilique. Par contre, 
j'ai peine «à admettre avec lui que les lignes horizontales superposées, alterna- 
tivement blanches et noires, sur lesquelles s'élève la basilique, soient la figura- 
tion conventionnelle du sol de l'atrium oriental ; l'interprétation par les marches 
d'un escalier méritait, au moins, d'être discutée, surtout après les témoignages 



1. Zf).VG., XXIX, p. 9."); cf. les obsenrations critiques de M. Noeldeke, lA., 
p. 83. — Un autre fragment analogue de chronique syriaque, pu})lié tout récem- 
ment (ib., LI, p. 519], ne parle pas de cet épisode. 

2. Mittheilungen und Sachrichten des deutacfien Palaeslina-Vereins, 1R98, p. 10 
et p. 22, » » 1 



ADDlTIOiNS ET RECTIFICATIONS 407 

historiques que j'ai introduits plus haut ; elle ne semble pas s*être présentée à 
Tesprit de M. Mommert. D'autre part, je ne saurais admettre avec lui que les 
trois grands sanctuaires de Constantin étaient englobés dans un seul et môme 
édifice, d*un seul tenant; c*est là une hypothèse paradoxale, qui aurait bien dû 
être traduite par un plan, soit dit entre parenthèses, et qui paratt être en contra- 
diction formelle avec les descriptions d*Ëusèbe et des anciens pèlerins. 

De son côté, le P. Germer-Durand vient de reprendre la question d*ensemble <. 
Partisan résolu de l'hypothèse de M . Schick, à laquelle il s'était entièrement rallié 
dans le temps', il lui demeure fidèle malgré les données nouvelles que j*ai pro> 
duites plus haut. Il est cependant obligé aujourd'hui de la modifier sur des points 
essentiels. C'est ainsi qu'il supprime la coupole qui, dans le plan de M. Schik 
adopté autrefois par lui-même, s'élevait sur la partie orientale de la basilique. 
Quant à la question des « portes orientales », dont l'existence s'impose désor- 
mais grâce au passage d'Ëutychius éclairé par notre inscription coufique, il la 
résout par un expédient, en en faisant les portes du vestibule qui borde le fond 
oriental (toujours aveugle) de la basilique et qui, dans l'hypothèse première, 
s'ouvrait à Test sur une ligne de colonnades. Le chapitre xxxvii d'Ëusèbe me 
paratt, cependant, être catégorique à cet égard; il continue la description de 
l'intérieur du vaisseau de la basilique, édifice à trois nefs, dont les deux laté- 
rales formaient galeries sur deux rangs rie colonnes superposées, avec plafonds 
décorés dans le même goût que ceux de la nef centrale; il ne décrit nullement 
ici, comme le suppose le P. Germer-Durand pour les besoins de la cause, ces 
portiques extérieurs qui longeaient la basilique au nord et au sud, portiques 
dont il a suffisamment parlé au chapitre xxxv. Par conséquent, les trois portes 
orientales dont il est question à la Gn du chapitre xxxvii ne sauraient être autre 
chose que les portes même du vaisseau de la basilique, distinctes des portes de 
Vatrium oriental dont il est expressément fait mention au chapitre xxxix. Cha- 
cune des trois portes était vraisemblablement dans Taxe des trois nefs. Ce sont 
ces portes, pratiquées dans la façade même de la basilique, que nous montre la 
mosaïque de Mâdeba. C'est se tirer à, trop bon marché de cette dernière indi- 
cation si formelle que de dire qu'il est difficile d'y voir autre chose qu'une figure 
conventionnelle en tout pareille aux autres représentations des basiliques. 

Quant à V hémisphère dont parle Eusèbe au chapitre xxxviir, il me paraît abso- 
lument impossible d'y voir, avec le P. Germer-Durand, la coupole de l'Anastasis. 
Quoi qu'ait pu être cet « hémisphère », il était dans la basilique elle-même^ et 
du côté de Touest. C'est ce qui résulte expressément de la comparaison du 
texte d'Eusèbe avec celui du Breviarius (rédigé vers l'an 530 J.-C.) que j'en ai 
déjà rapproché (voir plus haut p. 353); la coïncidence des douze colonnes sur- 
montées de chapiteaux d'argent en forme d'hydries est décisive, et montre que 
l'hémisphère d'Ëusèbe n'est autre chose que Vabsida dix Breviarius. Or, l'auteur 
de celui-ci, après avoir décrit Vabsiday autrement dit a l'hémisphère », sort de 
la basilique pour entrer au Golgotha (procédant de l'est à l'ouest) : « et inde 



1. Échos d'Orient, avril 1898, p. 206. 

2. Revue biblique, 1896, p. 321. 



408 RECUEIL d'àrghéologib orientale 

iotras in Golgotha» ; et, du Golgotha, il entre à rAnastasis : <( inde ad occiden- 
tem^intras Sanctam Resurrectionem m. C'est alors seulement qu'il décrit TAnas- 
tasis; il la caractérise, d'ailleurs, fort bien d'un seul mot: «Supra ipsum (Sepul- 
crum Domini) ecclesia in rotundo posita ». Par conséquent, T « hémisphère » 
d'Eusèbe et Vabsida du Breviarius n'ont rien à voir avec la coupole qui sur- 
montait l'église circulaire du Saint-Sépulcre, et qu'on voit, sur la mosaïque de 
M&deba, dominer à l'ouest le toit de la basilique, derrière laquelle s'élevait 
l'Anastasis. Ce passage me paraît également réduire à néant l'hypothèse de 
M. Mommert, d'après laquelle les trois sanctuaires étaient englobés dans un seul 
et même édifice. 

P. 400. — Les quelques écarts qu'on constate, dans cette traduction d'allure 
très littérale, avec le formulaire usuel de l'épigraphie musulmane, peuvent 
s'expliquer par les difBcultéti de lecture qu'offrait le texte coufique. 



TABLE DES MATIERES 



Pages. 

§ 1. — Les épimélètes de la source sacrée d'Ephca à Palmyre ... 1 

§ 2. — Un nouveau mois dans le calendrier palmyrénien 6 

§ 3. — Les anciens mois arabes 'AyyaXOaSaeiO et 'AXscôpi 7 

§ 4. — Gemme représentant peut-être le portrait d*un satrape ... 8 
§ 5. — L'inscription minéennetiu sarcophage ptolémaïque du Musée du 

Caire 9 

§ 6. — hdxvav 6nal des noms propres nabaléens : ou ou o? . . . . 12 

§ 7. — Inscription gréco-nabatéenne de Medaba (Moabitide). ... 12 

§ 8. — Dédicace au dieu arabique (Djerach) 14 

§ 9. — Autel de Djerach dédié à Némésis 16 

§ 10. — Dédicace à Sévère Alexandre et à Julia Mamu^a (Djerach) . . 17 

§ 11. — Le protocole ù xupio; piou 18 

§ 12. — Inscription grecque de l'église du Saint-Sépulcre (Jérusalem) . 18 

§ 13. — Lychnaria à inscriptions arabes 19 

§ 14. — La plante et la ville de « Tayibèt el-ism » 21 

§ 15. — L'inscription de Tatabek Anar 24 

§ 16. — Une inscription relative à la .légion X' Fretensis Gordiana, à 

*Ammân t 25 

§ 17. — Tête de statue archaïque.de Mouchrilè 26 

§ 18. — Un nouveau cachet israélite archaïque (Yahmolyahou Ma'a- 

seyahou) 28 

§ 19. — Sceau sassanide au nom de Cliahpoûhr, jnlenrhini général de 

Yezdcgerd II 33 

§ 20. — Inscription romaine d'Abila de Lysanias 35 

§ 21. — Inscription romame d'iléliopolis 43 

§ 22. — Sceau d'EIamaç, fils de Elichou' 45 

§ 23. — Le lychnarion arabe de Djerach 47 

§ 24. -^ La mosaïque de Medaba 52 

§ 25. — La géographie médiévale de la Palestine d'après des documents 

arabes. . 55 

§ 26. — Amulette au nom du dieu Sasm 60 

§ 27. — L'apothéose de Neteiros 61 

§ 28. — Ossuaire d'Afrique, chrétien ou juif?' 78 



410 RECUEIL d'archéologie ORIENTALE 

Pages . 

§ 29. — Le dieu du Safa 80 

§ 30. — Les monnaies phéniciennes de Laodicée de Gbanaan .... 80 

g 31. — Le nom palmyrénien de Taibol 82 

§ 32. — Le mot arabe « mâçia » . 83 

§ 33. — Le nom;palmyréno-grec Bôllas d'après une inscription bilingue. 83 

§ 34. — La formule chrétienne 0C XY <t>H HN etleslychnaria chrétiens 89 
§ 35. — Beitligge et les casaux octroyés par Godefroy de Bouillon aux 

chanoines du Saint- Sépulcre 91 

§ 36. — Les jardins et les irrigations de Petra 93 

§ 37. — L'inscription palmyrénienne n» ,93 94 

§ 38. — Madd ed-deir et le casai de Mondisder 95 

§ 39. — Le culte de la déesse Leucothea dans la région de THermon . 98 

§ 40. — La seconde inscription de Bar-Rekoub 101 

§ 41. — L*autel nabaléen de Kanatha • 108 

§ 42. — Cachet israélite aux noms de Ahaz et de Pekhai 116 

§ 42. — Les archers palmyréniens à Goptos 118 

§ 43. — Le nom palmyrénien de BoUeba 1:;8 

§ 44. — La grande inscription nabatéenne de Pétra 128 

§ 45. — L*abstinence du pain dans les rites syriens, païen et cbrélieu . 134 

§ 46. — Le sépulcre de Rachel et le tumulus du roi Àrchelaùs ... i 34 

§47. — La prise de Jérusalem par/les Perses en 614 J. -G ..... 137 

jl 48. •— La carte de la Palestine d*après la mosaïque de Mâdeba. . . 161 

§ 49. — Ëpitaphes palmyréniennes d'Alep , . . . . 175 

§ 50. — Localités arabes de Tépoque des Groisades 178 

§ 51. — Le culte de saint Mennas en Mauritanie ....... 180 

§ 52. — De Hesbân à Kerak 181 

§ 53. — Jethro et le nom nabatéen Ouitro .......... 183 

§ 54. — Les Nabatéens dans le pays de Moab. 

L L'inscription de Oumm er-Resâs 185 

II. L'inscription de Mâdeba 189 

III. — — 197 

IV. — — 203 

§ 55. — Bacatha, ville principale d'Arabie 219 

§ 56. — Les Samaritains à Yabneh 219 

§ 57. — Le stratège nabatéen Nakebos 220 

§ 58. — La statue du roi nabatéen Rabel I à Pétra ' 221 

§ 59. — Un reliquaire des Groisades 234 

I 60*. — Les (c cames » ou gîtes d'étape des.sultans mamlouks pendant 

les Groisades 239 

^ 5i .. Nouvelles observations sur les gouverneurs romains d'Arabie . 240 

§ 62. — L'ancien dieu arabe Okaisir 247 

§ 63. — Inscription grecque de Sarephtha 249 

1. Les §§ 60 et 61 ont été transposés par erreur. 



TABLE DES MATIÈRES 4ll 

Pagct. 

§ 64. — Le plan de l'église du Saint-Sépulcre dessiné par Arculphe au 

vu» siècle 250 

§ 65. — Cachet israélite archaïque aux noms d'Ichmaeiel de Pedayahou. 251 
§ 66. «— Les tombeaux de David et des rois de Juda et le tunnel-aqueduc 

deSiloé . 254 

§ 67. — Une nouvelle inscription phénicienne de Tyr 294 

§ 68. — L'ère.d'Actium en Phénicie 297 

§ 69. — GadaraetlaX» légionKrelensis 299 

§ 70. — La basilique de Constantin et la mosquée d*Omar à Jérusalem . 302 
§ 71. — L'inscription deNebi H&roûn et le « dharlh » funéraire des Na- 

batéens et des Arabes 362 

§ 72. — La statue du dieu Obodas, roi do iNabatène 366 

§ 73. — Les nouvelles inscriptions nabaléennes de Pétra. 

I. Inscription d'El-Mer 370 

IL Inscription no 1 d'EI-Madrâ» 379 

ni. Inscription de 'Oneîchou, épitropc de la reine Chouqallat. 380 

§ 74. — Sur quelques noms propres palmyréniens et nabatéens . . . 381 

1 381 

II • Flexion possible des noms propres nabatéens terminés en ou, 385 

§ 75. — Les mots phéniciens chatt « année » et chanôt « années » . . 387 

§76. — Nouvelles inscriptions grecques et romaines de Syrie . . . . 397 

§ 77. — Gadara •/p»}(rcopLoy<rta 399 

§ 78. — Une inscription inconnue du calife *Abd el-Melik à la Sakhra . 400 

Addit[ons et Rectifications 401 



TABLE DES FIGURES 



Pages. 

Inscription palmyrénienne (source sacrée d'Ëphca) 1 

— — — (mois de Qinian) 6 

Gemme représentant le portrait d*un satrape (?) 8 

Lychnarion à inscription arabe (de la Bibliothèque nationale) »... 20 

Tète de statue archaïque de Mouchrifô 26 

Cachet Israélite (aux noms de Yahmolyahou et Ma*aseyahou) .... 27 

MiUiaires romains d'Abila 36 

— — — 37 

InFcription romaine d*Héliopolis 43 

Sceau d*Elamaç» fils de Elichou* 45 

Lychnarion à inscription coufique, de Djerach 49 

Inscription grecque d'une mosaïque de Medaba 53 

Amulette phénicien au nom du dieu Sasm 60 

Inscriptions grecques de Qatana 63 

Inscription grecque (apothéose de Neteiros) 64 

Ossuaire d'Afrique 79 

Cachet israélite aux noms de Ahaz et Pekhai il7 

— — — Ichmael et Pedayahou 252 

Plan et coupe de l'aqueduc de Siloé montrant l'emplacement présumé de 

l'hypogée des rois de Juda (planche) 273 

Autre plan du même aqueduc 293 

Nouvelle inscription phénicienne de Tyr 295 

Plan de la basilique de Constantin et des lieux saints de la Passion . . 304 
Inscription couflque de la mosquée d*Omar établie à l'entrée de la basi- 
lique de Constantin 306 

Inscription couûque de la mosquée d'Omar établie à l'entrée de la basi- 
lique de Constantin. 307 



AKQBR8, IMP. DZ A. BUROllf, 4, RUI GARNIBR. 




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