(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Recueil de memoires orientaux;"

Google 



This is a digital copy of a book thaï was preservcd for générations on library shclvcs before il was carcfully scanncd by Google as part of a projecl 

to makc the workl's books discovcrable online. 

Il lias survived long enough for the copyright lo expire and the book to enter the public domain. A publie domain book is one thaï was never subjeel 

lo copyright or whose légal copyright lerni lias expired. Whether a book is in the public domain may vary country locountry. Public domain books 

are our gateways lo the past. representing a wealth of history. culture and knowledge thafs oflen dillicull to discover. 

Marks, notations and other marginalia présent in the original volume will appear in this lile - a reminder of this book's long journey from the 

publisher lo a library and linally to you. 

Usage guidelines 

Google is proud to partner with libraries lo digili/e public domain malerials and make ihem widely accessible. Public domain books belong to the 
public and wc are merely iheir cuslodians. Neverlheless. ihis work is ex pensive, so in order lo keep providing ihis resource, we hâve taken sleps to 
prevent abuse by commercial parties, iiicluciiiig placmg lechnical restrictions on aulomaied querying. 
We alsoasklhat you: 

+ Make non -commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals. and we reuuest lhat you use thesc files for 
pcrsonal, non -commercial purposes. 

+ Refrain from autoiiiatcil (/uerying Donot send aulomaied uneries of any sort lo Google's System: If you are conducting research on machine 
translation, optical characler récognition or other areas where access to a large amount of texl is helpful. please contact us. We encourage the 
use of public domain malerials for thèse purposes and may bc able to help. 

+ Maintain attribution The Google "watermark" you see on each lile is essential for informing people about this projecl and hclping them lind 
additional malerials ihrough Google Book Search. Please do not remove it. 

+ Keep it légal Whatever your use. remember thaï you are responsible for ensuring lhat whai you are doing is légal. Do not assume that just 
becausc we believe a book is in the public domain for users in the Uniied Staics. thaï the work is also in ihc public domain for users in other 

counlries. Whelher a book is slill in copyright varies from counlry lo counlry. and we can'l offer guidanec on whelher any spécifie use of 
any spécifie book is allowed. Please do not assume thaï a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner 
anywhere in the world. Copyright infringemenl liabilily can bc quite severe. 

About Google Book Search 

Google 's mission is lo organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps readers 
discover ihe world's books wlulc liclpmg aulliors and publishers reach new audiences. You eau search ihrough llic lïill lexl of this book un ilic web 
al |_-.:. :.-.-:: / / books . qooqle . com/| 



Google 



A propos de ce livre 

Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec 

précaution par Google dans le cadre d'un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l'ensemble du patrimoine littéraire mondial en 

ligne. 

Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression 

"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à 

expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont 

autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel cl de la connaissance humaine cl sont 

trop souvent difficilement accessibles au public. 

Les notes de bas de page et autres annotations en marge du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir 

du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains. 

Consignes d'utilisation 

Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages appartenant au domaine public cl de les rendre 
ainsi accessibles à tous. Ces livres soni en effet la propriété de tous et de toutes cl nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine. 
Il s'agit toutefois d'un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les 

dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des 
contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées. 
Nous vous demandons également de: 

+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l'usage des particuliers. 
Nous vous demandons donc d'utiliser uniquement ces fichiers à des lins personnelles. Ils ne sauraient en ell'et être employés dans un 
quelconque but commercial. 

+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N'envoyez aucune requête automatisée quelle qu'elle soit au système Google. Si vous effectuez 
des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer 
d'importantes quantités de texte, n'hésite/ pas à nous contacter. Nous encourageons (tour la réalisation de ce type de travaux l'utilisation des 
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile. 

+ Ne pas supprimer l'attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet 
et leur permettre d'accéder à davantage de documents par l'intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en 
aucun cas. 

+ Rester dans la légalité Quelle que soit l'utilisation que vous comptez faire des fichiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilité de 
veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n'en déduisez pas pour autant qu'il en va de même dans 
les autres pays. La durée légale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays à l'autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier 
les ouvrages dont l'utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l'est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google 
Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous 
vous exposeriez en cas de violation des droits d'auteur peut être sévère. 

À propos du service Google Recherche de Livres 

En favorisant la recherche et l'accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le franoais. Google souhaite 
contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet 
aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les ailleurs cl les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer 
des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adresse fhttp : //books .qooql^ . ■:.■-;. -y] 



1 ,380.232 



s* g PROPERTYOF * 

Mickimn 



JWaries { 



% 




i 8 i 7 



ARTES SCIENTIA VERITAS 



. 



S 



i 
? 1 



* i 






tf a 



J**" 



i 



■M 



i 



W- 




mx 










**&*«?" 



v •:*"-'>": 
















!>^fi^ 



^^ 



i~^ -4L* * ■-'*■> 

. '■«;•"■>••■ •*.„-■' 



.•ji-^i * .t. ? 






&*-:_.; 













x • 



SC-l't- 






*x ,, f 









PAR £ÊS PROFBS«Bllwé^ ; -^^- 



0E^S MN6DÉS 











■t ► 






"*-^ : i 



/V 






1 ..< •''*-'.'- 



0V XW^ €OPîCBÈS INTKRNà^iT^ÉS.^àBlSI^^ IIÉU»-k?i®i^î^^-^ 



''il — 



UVM&rtWH'i- 






*' - - 



* ; y--'- ~* 






SStCïi 



EiiiW'i 



*.»#■ 






f»r 



->*ï 



-■«; 



»-» ^ -." ' . 



* 






•^* 



."^ 



PARIS 

IMPRIMERIE NATIONALE 






k ^«w 



■* Sa ' *i- - '^ - 

,J3 T JL7 >■'...;, 



EJUNKST LEKOJJX, ED1TKUK, RUK BONM'ARTK, 28 



MDCGGCV 



.'s'"- - * A. * 
■ : *• sfc.il- V 

' v.r- ^** • ^r 











i^g-r .... .,. 



1V-,, ,'x» 






P^. '. «/ 



*. >" 



1 



f , - 







^s. 



A 



h 



PUBLICATIONS 



l- y • , DE 



L'ECOLE DES LANGUES ORIENTALES VIVANTES 



V" SERIE. — VOLUME V 



RECUEIL 



DE 



MÉMOIRES ORIENTAUX 



~~ VlVc-j/V'-- 

RECUEIL 



MÉMOIRES ORIENTAUX 



TEXTES ET TRADUCTIONS 

PUBLIÉS 

PAR LES PROFESSEURS DE L'ÉCOLE SPÉCULE 
DES LANGUES ORIENTALES VIVANTES 

À L'OCCASION 

OU XIV CONÇUES INTERNATIONAL DBS ORIENTALISTES RÉUNI A ALGER 

(AVRIL 19051 




PARIS 
IMPRIMERIE NATIONALE 

ERNEST LEROUX, ÉDITEUR, RUE RONAPARTE, 28 



ï 



v.<T 






UNE AMBASSADE MAROCAINE 
À CONSTANTINOPLE 

PAR 

A. BARBIER DE MEYNARD 



MKMOIBES OBIE5TAUX. 1 

fMrtlIIKtlC **TIO<IAUl. 



i 



UNE AMBASSADE MAROCAINE 

À CONSTANTINOPLE 



AVANT-PROPOS. 

Le court fragment qu'on va lire n'est qu'un épisode de 
l'histoire des relations du Maroc avec la Turquie, épisode secon- 
daire et qui n'a pas attiré l'attention des chroniqueurs indigènes. 
Il n'en est fait mention ni dans le Terdjomdn d'Ez-Ziâni , dont 
nous devons une excellente traduction à M. Houdas, ni dans le 
Kitdb el-Islikça, ce précieux document qui fournira de si utiles 
matériaux au futur historien du Maroc. 

A la fin du xvni e siècle, la situation critique dans laquelle son 
éternelle lutte avec la Russie avait jeté la Porte ottomane lui 
imposait une politique de ménagements et d'apparente amitié 
avec les chérifs Hassani. Ceux-ci , de leur côté, avaient dû renoncer 
à l'orgueilleuse attitude qu'ils gardaient devant les autres puis- 
sances musulmanes ep leur qualité de descendants et d'héritiers 
légitimes du Prophète. Menacés à l'intérieur par les révoltes 
incessantes des c Abid et des nomades du Bled es-Siba, au dehors 
par l'ambition des Beyler-bey d'Alger ou les insolentes provoca- 
tions de la Taiffe, ils avaient compris la nécessité sinon de s'in- 
cliner devant ceux qu'ils considéraient comme des usurpateurs 
du khalifat, du moins de s'assurer, le cas échéant, leur alliance 
ou leur neutralité. 

Le troisième prince de la famille des Hassani, le seul peut- 
être de cette dynastie qui possédât les qualités d'un sou- 
verain, Muley c Abd er-Rahmân ben 'Abdallah, avait senti tous 



• 



4 A. BARBIER DE MEYNARD. 

les avantages de cette politique de conciliation et, pendant 
son long règne, il la suivit avec une persévérante habileté. 
C'est ce qui explique les relations plus étroites qui rappro- 
chèrent les deux grandes puissances du monde musulman à 
cette époque. 

Sans prendre au sérieux l'assertion d'Ez-Ziâni qui parle de 
vingt ambassades envoyées à Gonstantinople par le Ghérif son 
maître, il est incontestable que les rapports diplomatiques de- 
vinrent plus fréquents entre le Makhzen et le Divan ottoman 
durant les dernières années du xviu e siècle. 

En 1179 de l'hégire (1765-1766), l'Empereur du Maroc 
envoie à Sultan MoustafaHI, en qualité d'ambassadeurs (bach- 
doureïn), deux de ses conseillers intimes, Sidi Tâher ben c Abd 
es-Selâm Es-Salawî et Sidi Tâher El-Benâni Er-Ribâti , porteurs 
de riches cadeaux et d'instructions sur lesquels la chronique 
locale garde le silence M. 

Deux ans plus tard en 1181 (1767), c Abd el-Kerîm Arghoun 
amène au Ghérif, de la part du Sultan turc, un bâtiment 
chargé d'engins de guerre. 

En 1197(178 2- 1783) se place l'envoi de la mission maro- 
caine dont nous devons la relation à l'historien turc Djevdet 
Pacha, et qui fait l'objet de la présente notice. 

Enfin en 1 900 de l'hégire (1 786), c'est Ez-Ziâni lui-môme, 
l'auteur du Terdjomdn, qui va porter à Gonstantinople les féli- 
citations amicales et les présents de son maître et bienfaiteur 
Muley Mohammed. Rien n'est amusant comme le ton de naïve 
complaisance avec lequel ce diplomate improvisé retrace le 
succès de sa mission. Choyé — c'est lui-même qui l'affirme — 
par le Sultan qui ne peut se passer de lui , comblé de prévenances 
par les hauts fonctionnaires de la Porte, il retourne enfin au 

(l} Voir plus loin p. i3, note 1. 



UNE AMBASSADE MAROCAINE À CONSTANT1NOPLE. 5 

Maroc et le Chérif se pâme d'aise en écoutant le récit hyper- 
bolique de son ambassadeur M. 

Bien plus sérieuse est la relation dont nous sommes redevables 
à Djevdet. Puisée aux archives de la Porte et résumée sur les 
Mazbata ou procès- verbaux des conférences diplomatiques, elle 
a un caractère d'authenticité qui inspire toute confiance. La 
traduction que nous en donnons ci-après est aussi littérale que 
possible, sauf quelques phrases ou épithètes oiseuses exigées 
par le protocole oriental , que nous avons cru pouvoir omettre 
sans inconvénient. On devinera sans peine , dans l'interrogatoire 
du grand vizir, l'orgueil intraitable de l'osmanli, dans l'appa- 
rente obséquiosité du bachdour maghrébin, le sentiment inné 
chez lui de la supériorité du Chérif sur le Padichah issu d'une 
obscure tribu nomade des bords de l'Oxus. 

A ce titre donc, moins comme document d'une grande valeur 
historique que comme tableau de mœurs, comme un jet de 
lumière éclairant un tout petit coin de cette terra ignota qu'est 
encore le Maroc, nous avons cru que ces quelques pages tirées 
du Tarikhi Djevdet , un des chefs-d'œuvre de la littérature turque 
contemporaine, méritaient de figurer dans un volume destiné 
au Congrès qui réunira prochainement les Orientalistes à 
Alger, et où l'Orient musulman, principalement le Maghreb, 
doit occuper la place d'honneur. 

(,) Kitàb el-Istikça, p. i55. Cf. Budgett Me a k in, The Moorish Empire, p. 167. 



A. BARBIER DE MEYNARD. 



FRAGMENT 

TIRÉ DE LA CHRONIQUE DE L'EMPIRE OTTOMAN 

(WBVDBT-PACHA, T. II, P. 59 ET SUIV.) 

ANNÉE 1197 (1782-1783). 



LA COUR DE FÈZ ENVOIE UN AMBASSADEUR \ LA PORTE. 

Le maître de Fèz (I ), Muley Mohammed ben c Abd Allah ben 
Isma'ïl, désigna comme ambassadeur extraordinaire Molla Seïd 
Taher trMou'tamed ed-dawleh* avec le titre de premier con- 
seiller (mustechér), et comme second ambassadeur le deflerddr® 
Molla Seïd el-'Arbi. Ces envoyés apportaient des présents des- 
tinés au Sultan de Constantinople : un cheval de la race de ceux 
qu'on tient à la main' 3 ) dans les cortèges officiels et qu'on 
nomme mahmoudi, plus cinq chevaux du Maghreb avec leur 
harnachement complet, six esclaves noirs, deux coffres scellés 
et un coffret plein de porcelaines de prix. Us étaient porteurs 
aussi d'une lettre d'amitié (ikhlas-namèh) en langue arabe, dans 

(,) L'empereur du Maroc n'est jamais désigné dans le texte turc autrement que 
sous le titre de *£^ » conformément aux documents originaux consultés par Djevdet. 
Pour les Ottomans le sultan de Constantinople était Tunique chef de la communauté 
musulmane et seul avait droit au nom (Y Émir cl-Mouminîn. 

(t) Le titre de muslechàr répond à celui de sous-secrétaire d'État dans les diffé- 
rents services administratifs ; il se donne encore aux conseillers d'ambassade. Sous 
l'ancien régime , le titre de defierdâr, à Constantinople et probablement aussi au 
Maroc, désignait soit le ministre des finances, soit le directeur du système finan- 
cier connu sous le nom de nizdmi djedid, dans lequel était compris le rendement 
des impôts. 

(1) Le texte turc porte *y^\ ^\ o^xjlSÛL^. Le premier mot de cette phrase , s'il est 
correctement reproduit dans l'édition de Constantinople, reste tout à fait inintelli- 
gible pour moi, et je ne le traduis que par conjecture, d'après le sens ordinaire 
du persan dest. 



UNE AMBASSADE xMAROGAINE A CONSTANTINOPLE. 7 

laquelle le maître de Fèz témoignait sa satisfaction de savoir 
que les cadeaux envoyés par lui précédemment à la Porte et 
confiés aux soins d"Ali Pacha, Beyler-bey W de Tunis, avaient 
trouvé bon accueil. Mais il exprimait en même temps le chagrin 
d'avoir appris que d'autres présents qu'il avait chargé le gou- 
verneur d'Alger de transmettre à la Porte avaient été refusés par 
celle-ci. crll est vrai, ajoutait-il, qu'on avait été informé depuis 
que ce refus ne provenait pas d'un ordre formel du gouverne- 
ment ottoman, et qu'il devait être attribué uniquement aux 
mauvais procédés des Algériens. En conséquence, il offrait, cette 
fois, à Sa Hautesse, entre autres présents, cinq chevaux pur 
sang et, comme souvenir de feu *Abd Allah HuseïniW, père du 
souverain actuel de Fèz, un sabre ayant appartenu au défunt, 
et dont la poignée était sans aucun ornement » 

La Porte ayant jugé nécessaire de demander quelques éclair- 
cissements aux deux envoyés marocains, ceux-ci furent convoqués 
en audience particulière et le résultat de la conférence fut con- 
signé sous forme de demandes et de réponses dans le procès- 
verbal qui suit. 

PREMIÈRE QUESTION. 

«Le cheval de main et les cinq autres chevaux richement 
équipés et harnachés de pierreries, que le chef de Fèz vient 
d'envoyer au Sultan notre maître par votre entremise, recevront 
certainement de Sa Hautesse l'accueil le plus favorable. Néan- 

(1) Titre porté autrefois par les gouverneurs généraux de Roumélie et d'Ana- 
lolie, et que la Porte continuait à donner aussi aux souverains de Tunis, pour 
bien marquer ses droits de suzeraineté. Cf. d*Ohsson, Etat de l'Empire ottoman, 
t. VII, p. 978. 

(,) Ce souverain mourut le 27 de safar 1171 (11 novembre 1757); son carac- 
tère despotique et sanguinaire fit de son règne une des périodes les plus tragiques 
de l'histoire du Maroc. Voir Kitdb el-Islikça, t. IV v p. 59 à 86. 



8 A. BARBIER DE MEYNARD. 

moins on a reçu ultérieurement la nouvelle que la cour de Fèz 
avait envoyé aussi à l'empereur d'Autriche six chevaux avec un 
équipement enrichi de pierres précieuses. Si cet envoi n'est pas 
motivé par une préférence du Maroc à l'égard du souverain 
chrétien , quelle peut en être la cause ? Des explications à cet 
égard sont nécessaires, n 

REPONSE DE L'AMBASSADEUR. 

et Notre maître Muley Mohammed ben c Abd Allah met tous ses 
soins à racheter de ses propres deniers les prisonniers musulmans 
originaires 'du Maroc ou de tout autre pays, retenus en capti- 
vité dans les Etats chrétiens. C'est ainsi qu'il m'a chargé précé- 
demment, moi son humble serviteur, d'aller négocier auprès du 
gouverneur de LivoumeM, représentant de l'empereur d'Au- 
triche, le rachat et la mise en liberté d'El-Haddj Hachera El- 
Mesireti , commandant d'une brigantine , qui fut faite prisonnière 
avec son équipage et son chargement dans les eaux de Livourne 
en 1 187^. Après en avoir référé au souverain d'Autriche son 
maître, ledit gouverneur reçut l'ordre non seulement de 
remettre entre mes mains le capitaine, ses hommes et le char- 
gement, mais d'y joindre aussi, à titre gracieux, cinq cents pri- 
sonniers musulmans. L'empereur d'Autriche ayant en outre 
manifesté le désir de conclure un traité de paix et d'amitié 
avec le souverain du Maroc, à l'exemple d'autres puissances 
chrétiennes, notre maître Muley Mohammed ben *Abd Allah, 
se conformant aux voeftix exprimés par l'Empereur, me chargea 
de l'informer qu'il consentait à ce que Fèz devînt la résidence 
d'un consul et d'une colonie de négociants allemands. Il importe 

(1) Le nom de cette ville était altéré sous la forme j^J^iJ dans les documents 
que Djevdet avait sous les yeux , mais il en a rectifié l'orthographe dans une note 
jointe au texte imprimé. Cf. t. II, p. 5a. 

(,) Celte année musulmane commença le 9 5 mars 1 7 7 3 et finit le 1 4 mars 1 7 7 4. 



UNE AMBASSADE MAROCAINE À CONSTANTINOPLK. 9 

aussi de rappeler que les six chevaux offerts à l'Empereur ne 
provenaient pas du haras particulier de notre maître , mais que 
c'étaient des chevaux de médiocre valeur et pourvus d'un har- 
nachement en simple filigrane d'argent D'ailleurs le roi notre 
maître n'a jamais cessé de consacrer tous ses soins au rachat 
des Musulmans prisonniers en pays chrétien, de même que son 
zèle en faveur de la foi musulmane ne s'est jamais ralenti. Ainsi 
il a traité, par l'intermédiaire du roi d'Espagne, avec (les che- 
valiers de) Malte pour racheter 2,i3o captifs W musulmans, 
au prix de 5oo réaux, soit 1,000 piastres, par tête. Les Maltais, 
il est vrai, n'ont livré que i,/io8 captifs, contrairement aux 
engagements stipulés, sous prétexte que, s'ils rendaient les 
710 prisonniers restants, ils risquaient de dégarnir leurs vais- 
seaux et de ruiner le service de leur (lotte. Cependant le roi 
mon maître, se contentant de ces excuses, a refusé l'indem- 
nité que les Maltais lui offraient, et il continue de négocier, 
avec le concours du roi d'Espagne, pour le rachat définitif des 
Musulmans qui sont encore retenus en captivité W. -n 

DEUXIÈME QUESTION. 

<rLe maître de Fèz aurait, dit-on, conclu un traité de paix 
avec le roi des Deux-Siciles. Cette information est-elle véri- 
dique?7) 

RÉPONSE. 

te L'année dernière, la disette s'étant déclarée à Tarabolousi 
Gharb (Tripoli de Barbarie), le Beyler-bey de cette province 

(1) Tel est le chiffre donné par le texte turc , mais la nomenclature qui suit prouve 
que le nombre des esclaves à racheter ne dépassait pas 3,108. 

(1) On ne trouve aucune mention dans le Kitâb el-htikça de négociations entre 
la cour du Maroc et Malte à cette date; mais le chroniqueur arabe a consacré un 
paragraphe entier k rechange des prisonniers, qui eut lieu avec l'Espagne en 1 178 
(1764). Cf. ihid., t. IV, p. 100. 



10 A, BARBIER DE MEYNARD. 

écrivit, à maintes reprises, au souverain de Fèz mon maître 
pour lui demander des vivres. Le roi fit charger aussitôt de 
céréales deux bâtiments et les envoya en cadeau avec leurs 
approvisionnements au gouverneur de Tripoli. Un de ces bâ- 
timents arriva sain et sauf à destination; l'autre fut capturé, en 
cours de route, par des corsaires originaires des Deux-Siciles , et 
emmené dans ce pays. Mais le roi des Deux-Siciles déclara que , 
son père le roi d'Espagne étant l'ami du souverain de Fèz, il en- 
tendait, lui aussi, donner une preuve d'amitié audit souverain, 
et sur-le-champ il lui renvoya le bateau capturé avec son char- 
gement, plus sept captifs marocains. Un procédé aussi amical 
devait être payé de retour: en conséquence, on négocia un 
traité de paix, qui n'était pas encore définitif au moment de 
notre départ, mais qui ne tardera pas à être signé entre les 
deux puissances. » 

TROISIÈME QUESTION. 

<r Votre mission a-t-elle d'autres buts que la remise des ca- 
deaux ? n 

REPONSE. 

crLa Russie et l'Autriche ont conclu une alliance en vue d'at- 
taquer l'Empire ottoman et font actuellement des préparatifs 
de guerre. Cette nouvelle, portée à la connaissance de notre 
maître par les consuls des Puissances amies, lui a causé un pro- 
fond chagrin. Informé ensuite par les mêmes consuls que la 
Porte s'occupait avec ardeur de lever des troupes, d'envoyer 
des munitions dans les places fortes et d'équiper ses flottes, 
mon maître, si convaincu qu'il soit que ces préparatifs formi- 
dables suffiront pour paralyser la résistance de l'ennemi, a cru 
devoir réunir son Conseil pour se rendre compte de la situation 
et y porter remède. H a lui-même, dans cette assemblée, fait 
la déclaration suivante : cr II serait criminel de refuser au gou- 



UNE AMBASSADE MAROCAINE À CONSTANT1NOPLE. 11 

vernement ottoman les ressources pécuniaires et les subsides 
qui lui sont nécessaires. Lors même qu il me demanderait la 
vie de mes enfants, je ne saurais la lui refuser. Que Dieu le 
Très-Haut préserve l'Empire ottoman des^périls qui le me- 
nacent ! » Après que notre souverain eut exprimé ces vœux em- 
preints de sincérité, les membres du Conseil, comme c'était 
leur devoir, invoquèrent le Ciel pour le salut de la religion et 
de l'Empire. 11 fut décidé ensuite que toute demande de secours 
formulée par la Porte serait accueillie dans la mesure du pos- 
sible et c'est pour notifier ces déclarations amicales que j'ai 
été envoyé spécialement auprès de la Sublime Porte , séjour du 
Khalifat. * 

Les motifs de l'envoi de l'ambassadeur et la teneur des ques- 
tions qui lui avaient été posées ayant été soumis au Sultan , il 
fut décidé qu'il serait reçu par Sa Hautesse. En conséquence , le 
a3 du mois de cha c bân (29 juillet 1783), à la suite d'un grand 
divan tenu pour le payement de l'armée, l'envoyé marocain 
obtint la faveur insigne d'être admis par le Sultan et fut comblé 
de faveurs sans limites. Bien qu'il ne fût pas d'usage jusqu'alors 
d'admettre les envoyés de la cour de Fèz en présence du Padichah, 
la réception eut lieu avec le cérémonial usité pour l'ambassadeur 
que le Khân de Boukhara avait délégué précédemment auprès 
de la Porte W. Ce fut un précédent dont profitèrent ensuite 

(,) En effet, deux ans auparavant, en 1 195 , Mohammed Er-Nazari (^^kJ;! ±4-) 
envoyé du Khân de Boukhara , avait été admis en audience solennelle par Sultan 
'Abd ul-Hamîd. Des démarches avaient été faites par l'ambassade de Russie pour 
s'opposer à cette réception , mais elles échouèrent contre l'intérêt qu'avait la Porte 
à se ménager l'alliance du Khân contre l'éternelle ennemie de l'Empire ottoman. 
D'ailleurs , la mission boukhariote n'avait pas un caractère officiel , le but ostensible 
du voyage de l'ambassadeur étant le pèlerinage de la Mecque. En outre, pour mo- 
tiver l'exception faite en sa faveur, le Divan alléguait que , la principauté de Boukhara 
n'étant pas limitrophe de la Turquie, les motifs qui obligeaient le Sultan à ne pas 



12 A. BARBIER DE MEYNARD. 

l'envoyé de Raguse, puis Mikhalaki Bey qui venait d'être promu 
vaïvode de Valachie; l'un et l'autre obtinrent la faveur de 
déposer leurs hommages aux pieds de Sa Hautesse. 

Le dimanche 37 de cha'bân (1" août 1783), le grand viiir 
réunit chez lui le Kapouddn deryâ (grand amiral) Ghazy Hassan 
Pacha et le Rets ul-kouttdb (') Mehemet Khairi Efendi. L'envoyé 
marocain et le personnel de sa mission furent convoqués de 
nouveau et voici le résumé de la conférence qui eut lieu entre 
ces dignitaires'. 

L'ambassadeur commença par faire l'exposé suivant : «Le 
souverain de Fèz et du Maghreb , mon fils [sic) Muley Mohammed, 
ainsi que ses aïeux, ayant été toujours les amis dévoués de la 
Porte, lorsque, sous le règne du Padichah défunt Sultan Mous- 
ta fa Khân, la guerre fut déclarée à la Russie, le susdit Muley 
Mohammed envoya à la Porte, dans une intention pieuse, plu- 
sieurs sabres avec d'autres cadeaux et une lettre d'amitié. Le 
gouverneur de Tunis 'Ali Pacha fut chargé de faire parvenir 
ces objets à Gonstantinople. Un long espace de temps s'étant 
écoulé sans qu'on reçût au Maroc une réponse relative à l'envoi 
annoncé, c Àli Pacha fut interrogé à cet égard. Il garda longtemps 
le silence, puis finit par répondre : & J'ai envoyé les cadeaux à 
<r Gonstantinople et avis m'a été donné de leur arrivée à desti- 
nation; mais en ce qui concerne la Cour impériale, le fait de 

recevoir en audience les ambassadeurs musulmans n'existaient pas pour le repré- 
sentant du Khân. On trouve dans la Chronique de Djevdet (t I, p. 271 et «83) 
le récit des fêtes qui furent données en l'honneur de ce diplomate. Au surplus , sa 
mission fut de courte durée : après avoir quitté Gonstantinople pour continua* sa 
route vers la Mecque, il mourut subitement en Karamanie, aux abords de la ville 
dEregii. 

(1) Le grand amiral est nommé aussi jS l^j dérya beyi, ce qui correspond au 
grade actuel de bahryè muchiri et aussi aux fonctions de ministre de la marine. 
Dans l'ancienne administration , le reïs ul-kouttdb ou ni» efendi était ministre des 
affaires étrangères; il faisait fonctions de secrétaire d'Etat et de chef du Divan 
impérial. Voir d'Ohsson, t. VII, p. 189 et 166. 



UNE AMBASSADE MAROCAINE À CONSTANTINOPLE. 13 

«les accepter tient lieu d'accusé de réception et il n'est pas 
«r d'usage qu'une lettre soit envoyée à cette occasion de la part 
tcde Sa Haut esse, v Muley Mohammed fut vivement contrarié 
de cet incident. crEh quoi, s'écria-t-il , non seulement nous 
<r sommes maître d'un grand royaume, — qu'Allah en soit 
trloué! — mais encore nous appartenons à la noble lignée du 
k Prophète; n'avions -nous donc pas le droit d'espérer que le 
(r Sultan chef de l'Islam aurait répondu à notre lettre, "si ce 
«r n'est à cause du rang que nous occupons,. du moins en consi- 
dération de notre origine? v Telles furent les propres paroles 
que j'ai recueillies de la bouche de Muley Mohammed W. •» 

EXPLICATIONS DONNEES PAR LE KAPOUDAN PACHA. 

«r J'étais dans le détroit des Dardanelles, lorsque les présents 
en question me furent adressés par le Beyler-bey de Tunis. 
Obligé, à celte époque, de me rendre à Roustchouk pour ac- 
complir une mission qui m'avait été confiée, je dirigeai ces pré- 
sents sur Gonstantinople revêtus de mon sceau. Assez longtemps 
après, je reçus du Bey de Tunis une dépêche m'informant que 
Muley Mohammed insistait pour savoir si son envoi était par- 
venu à destination. Je transmis sa lettre à la Porte, laquelle 
m'envoya sans retard la liste du nombre et la description des 

(l) L'auteur de Ylstikça passe ces faits sous silence, sans doute pour ménager 
l'amour-propre de son maître. Mais, en revanche, sous la rubrique de l'armée 1 179 
(1765-1766), il fait mention du ne ambassade envoyée par la cour du Maroc à Sultan 

Moostafa IV. Voici le texte mémede la chronique arabe : ^ iai U l ^ U la. J l <£«&? l*^ 

w^L* Jl yjfaù^Li àfeliyiï i^o 7 <ôtLJ! *X~J!j tfPUJl J.1LJ! Oox ^ ^LUl o^J) 
*U . t .« zyr ~i £U* Jui* Ife» L*i3 l^Jh t^*>tj JUUJI <Jl*o« ylkJLJl JJ^JLL-o»! 
o^y^ *u.y* ^uliJl, fcUs vjL^I lit*, ; L*0>! j^liy c*ll*fy jÉptb **-V *-**&* 



14 A. BARBIER DE MEYNARD. 

cadeaux, en ajoutant qu'ils avaient été présentés au Sultan, et 
que cette notification devait tenir lieu d'accusé de réception. 
Je me hâtai de transmettre cette réponse au gouverneur de 
Tunis. L'exposé que vient de nous faire l'ambassadeur est par 
conséquent exact. •» 

L'envoyé marocain fit ensuite le rapport suivant : «Cette 
question étant réglée, voici l'autre objet de la mission que le 
roi mon maître m'a confiée. Ayant appris que la flotte ottomane 
était bloquée dans la Méditerranée par les forces navales de la 
Russie, il a équipé quatre vaisseaux de guerre qu'il a pourvus 
de tout le matériel nécessaire; il y a joint des cadeaux à l'adresse 
du Sultan, puis il a écrit au Bey de Tunis dans les termes sui- 
vants : crCes bâtiments et tout ce qu'ils renferment sont des- 
crtinés à Sa Hautesse c Abd ul-Hamîd Khân à qui nous les offrons 
(r comme un témoignage de notre vénération. Nous avons donc 
cr recours à vos bons offices pour les faire parvenir à leur adresse. * 
Mais le Beyler-bey d'Alger (0 traita avec insolence les officiers 
et les équipages de ces bâtiments et les obligea de rebrousser 
chemin, sous prétexte que la Cour ottomane n'avait que faire du 
concours de la marine marocaine. Ces paroles malveillantes, 
qui furent bientôt connues de tous, et ces procédés hostiles 
commis en face de l'ennemi inspirèrent un profond chagrin à 
notre maître; il crut que tout cela s'était fait avec l'assentiment 
de la Porte et pensa en mourir de douleur. Heureusement, 
quelque temps après, sous le ministère du Silihdâr Seïd Mo- 
hammed Pacha ( 2 >, on reçut (de la Porte) l'ordre de ne tolérer 

(l) Le Dey qui avait alors Alger sous sa domination, Mohammed ben 'Othmân, 
était en état d'hostilité non seulement avec plusieurs puissances européennes, mais 
même avec son coreligionnaire de l'Ouest, et en très* mauvais termes aussi avec la 
Porte. Cf. de Gr au mont, Histoire d'Alger sous la domination turque, p. 333 et suiv. 

(i) Ce grand vizir, qui avait été d'abord le porte-glaive du Sultan , d'où son sur- 
nom de Silihddr, occupa pendant environ deux ans le poste de Sadraazem et dirigea 
les affaires de l'État avec une habileté à laquelle l'historien Djexdcl décerne les plus 



UNE AMBASSADE MAROCAINE A CONSTANT1NOPLE. 15 

aucune agression contre les sujets de Raguse. Le sens intime de 
cette lettre rédigée en arabe et les termes dans lesquels elle 
était conçue nous donnèrent la conviction que le gouverneur 
d'Alger avait agi à l'insu et sans l'assentiment de la Porte. Le 
roi mon mattre en éprouva une satisfaction profonde et donna 
Tordre que les bâtiments. appartenant à l'Etat de Raguse fussent 
reçus avec plus d'égards encore que ceux des autres nations, 
sur les côtes du Maroc W. Après quoi, désirant se conformer aux 
paroles du Prophète : «Faites-vous mutuellement des présents et 
<r vous serez amis d M , il m'a chargé d'apporter ces présents et une 
lettre à la Porte ottomane, et m'a donné verbalement les in- 
structions suivantes : <r L'alliance de l'Angleterre et de la Russie 
«a été extrêmement préjudiciable aux nations musulmanes. 
<r Pourquoi nous, les chefs de l'Islam, ne serions-nous pas aussi 
<r unis par les liens de l'amitié et d'une étroite alliance ? 11 im- 
ff porte que S. H. le Padichah, <r refuge du mondes, soit con- 
vaincu que le royaume du Maroc lui appartient, que notre 
a armée et nos biens sont à lui et que nous considérons comme 
crun honneur de mettre notre fortune, nos vaisseaux et tout ce 
<r que nous possédons à la disposition de Sa Hautesse. Nous te 
<r donnons l'ordre formel de faire ces déclarations à la Porte. r> 

DÉCLARATIONS DU GRAND VIZIR. 

cr II n'est pas douteux que le texte manifeste du Livre sainl : 
v Aidez-vous les uns les autres dans les œuvres de bienfaisance et de 
«piétc-n ' 3) , crée un devoir sacré pour les rois et les sujets de la 

grands éloges. Il mourut le s 5 safnr 1 195 et fut profondément regretté du sultan 
'Abd ul-Hamid [Hist. de l'Empire ottoman, t. I", p. 2 k 9-2 76). 

(l) Sur les événements auxquels il est fait allusion ici, voir L. Godard, Descrip- 
tion et histoire du Maroc , p. 558. 

(,) Le diclon l^sU? I^l*?, attribué au Prophète, est souvent cilé par les chroni- 
queurs turcs. 

m afrixKj^JÎ Ji ipjUi (Coran, chap. v, verset 3). 



16 A. BARBIER DE MEYNARD. 

nation musulmane : ils doivent s'unir, de loin comme de près, 
parles liens de l'amitié et d'une alliance réciproque. Notre illustre 
maître et bienfaiteur le Sultan a reçu avec une entière satisfac- 
tion la lettre et les présents du chef du Maghreb. Aujourd'hui, 
grâce à Dieu, les Etats de Sa Hautesse sont asseï vastes, son 
armée et ses ressources assez considérables pour qu'il n'ait besoin 
d'aucune assistance. Néanmoins la dernière guerre a coûté près 
de deux mille bourses (1 > au Trésor et a entraîné pour nous de 
graves préjudices. Nous avons, il est vrai, — que Dieu le maître 
des mondes en soit loué! — trente mille bourses en numéraire, 
mais si la guerre éclatait de nouveau , nous aurions besoin de 
trente mille autres bourses. Puisque vous représentez le chef 
du Maroc, dites-nous, dans le cas où un emprunt nous serait 
nécessaire , quelle somme votre maître pourrait nous fournir ? * 

L'AMBASSADEUR. 

trCinq mille bourses d'argent. Mais il s'empresserait aussi de 
mettre à votre disposition tout ce qu'il possède, u 

LE GRAND VIZIR. 

«r Cinq mille bourses d'argent ! Mais moi et mon collègue le 
grand amiral nous pourrions les offrir à Sa Hautesse !t 

L'AMBASSADEUR. 

<r Le souverain du Magreb n'a pas de plus cher désir que de 
sacrifier sa fortune entière pour la cause de l'illustre Maison 

(i) De cinq cents piastres chacune. À la fin du xvm* siècle, la piastre turque valait 
3 francs, selon Djevdet, t. V, p. a 26 : la bourse ou kéçè représentait donc une valeur 
de i,5 00 francs. Sur la pénurie du Trésor et les tentatives de réforme économique 
sous le règne d'Àbd ul-Hamîd I er , voir Bilui, Histoire économique de la Turquie, 
dans le Journal asiatique, VI* série, t. IV, p. 5i a et suiv. 



1 



UNE AMBASSADE MAROCAINE A CONSTANTINOPLE. 17 

ottomane. Quoi que vous demandiez, et à quelque époque 
que yous le demandiez, soyez assuré que rien ne vous sera 
refusé. •» 

LE GRAND VIZIR. 

«Nul autre que Dieu ne connaît l'avenir^; mais si Ton considère 
la marche des événements, il est probable que, dès Tannée 
prochaine, nous devrons proclamer le djihdd (guerre sainte) et 
marcher contre les Infidèles. Dans cette prévision , la prudence 
exige que nous augmentions nos ressources pécuniaires. C'est 
sur ce point que nous appelons surtout votre attention. Ecrivez 
à votre maître et nous lui enverrons le reçu des sommes dont 
il pourra disposer en notre faveur. De plus, si vous avez de la 
poudre et du salpêtre, nous vous les prendrons volontiers 
contre remboursement. ■» 

L'AMBASSADEUR. 

«r Notre pays est riche en salpêtre et nous en expédions, chaque 
année, de nombreux chargements en Angleterre. Mais depuis 
que notre souverain a appris que le roi d'Angleterre avait fait 
alliance avec la Russie, il a interdit l'exportation de ce produit. 
Dès à présent, nous pouvons vous fournir deux bateaux de 
poudre et huit bateaux de salpêtre. Rien ne nous est plus facile , 
mais à une condition : c'est qu'on informe de cette fourniture 
l'ambassadeur d'Espagne, afin qu'il mette à notre disposition 
les bateaux nécessaires au transport des munitions et qu'il s'ea* 
gage à les garantir contre toute agression des corsaires de la 
Régence. Un avis de même nature devra être adressé en même 
temps au roi de la Petite Espagne. Je me charge d'écrire à mon 

(1) Voici le texte complet et le sens exact de ce verset du Coran , xxvii , 66 : 
àjJ&i U/ &î$l J^iT^Sî; v^î^JÎ i ^ iUi i Jj «Dis : Nulle créature dans 
les cieux et sur la terre ne connaît l'invisible; excepté Dieu, tous l'ignorent.» 

MEMOIRES ORIENTAUX. 2 



I M PRIWr RI r. NATIOXiLT. 



V 



18 A. BARBIER DE MEYNARD. 

gouvernement pour la question de l'emprunt; en ce qui con- 
cerne la fourniture de là poudre et du salpêtre , c'est au grand 
vizir à en faire la demande spéciale. Je vais me rendre à la 
Mecque pour les cérémonies du pèlerinage avec trois membres 
de ma légation; mais mon frère, accompagné de deux autres 
attachés, portera au Maroc la lettre impériale et mes dépêches. » 

L'Ambassadeur Ht ensuite l'exposé qui suit : 

«Le roi notre maître, son père (1) et ses ancêtres ont envoyé 
au tombeau du Prophète plusieurs exemplaires du Coran en- 
richis de pierres précieuses et destinés à être lus dans la grande 
Mosquée (de Médine). Mais comme notre maître a appris que 
ces copies ne sont pas employées à la sainte récitation et 
qu'elles restent sans objet, il exprime le désir que les bijoux 
ornant la couverture de ces livres soient détachés et vendus au 
profit des pauvres appartenant à la famille de Hasan et de 
H u sein , domiciliés à Médine et à la Mecque M ; que les exem- 
plaires du Coran soient désormais utilisés pour la récitation et 
que des instructions en ce sens soient données au sourreh-eminU*). 
Ce vœu est respectueusement soumis à la décision du Sultan, 
chef de l'Islam. » 

(1) Ez-Ziâni mentionne en ces termes le cadeau fait à la Mecque par Muley 
'Abd Allah V, père de Muley Mohammed, en 1767 : * Quand la caravane des pè- 
lerins partit pour la Mecque, 'Abd Allah lui remit, pour les disposer sur la tombe 
du Prophète , vingt-trois exemplaires du Coran recouverts d'or, parsemés de rubis 
et d'autres pierres précieuses et 2,700 pierres précieuses de diverses couleurs. n 
(Trad. de M. Houdas, p. 94.) 

(,) C'est-à-dire aux descendants de la lignée d"Ali, compris sous le nom hono- 
rifique de Chirifi. 

(S) «Le dépositaire de la bourse» était le titre de l'officier chargé, tous les ans, 
par le Sultan de porter aux deux villes saintes une somme considérable provenant 
du Trésor et des biens de mainmorte. On trouve, sur cette fondation pieuse et 
le cérémonial usité le jour du départ (19 redjeb) de ce dignitaire, d'intéressants 
détails dans d'Ohsson, Tableau de l'Empire ottoman, t. III , p. 357. 



UNE AMBASSADE MAROCAINE k CONSTANTINOPLE. 19 

LE GRAND VIZIR. 

«r Le trésor du Prophète est plein de bijoux et d'objets pré- 
cieux, dons de nos anciens Sultans et d'autres souverains. En 
distraire la moindre parcelle serait une action blâmable, à 
laquelle nous ne saurions consentir. Mais, jpar une faveur spé- 
ciale du Sultan, les copies du Coran et du Delaïl ulr-Khaïrdt^ y 
d'une belle écriture, qui ont été données dans une intention 
pieuse par les aïeux de votre maître et par lui-même, seront 
recherchées et des lecteurs seront désignés, afin que les mérites 
de ces récitations reviennent aux donateurs, n 

L'ambassadeur, heureux des assurances qui venaient de lui 
être faites, se confondit en remerciements. Et, en effet, confor- 
mément aux promesses du grand vizir, trois copies du Coran 
et trois du Delaïl furent expédiées à Médine. Trois notables de 
cette ville, qui se recommandaient par leur piété, furent choi- 
sis comme lecteurs avec une pension mensuelle de 70 aspres 
(environ a 10 francs), prélevée sur les redevances de la ban- 
lieue de Damas. 

En retour des cadeaux qu'il avait envoyés au Sultan, le 
maître de Fèz reçut un sabre magnifique, un poignard et une 
dague avec poignées ornées de pierreries , un carquois broché 
d'or, un arc , sept carabines richement ciselées , une gaddara M 

(1) C'est le livre de prières par excellence, l'eucologe musulman que tout fidèle 
doit posséder et lire souvent Rieu a donné de ce manuel d'édification une descrip- 
tion détaillée dans le Catalogue des manuscrit» arabes du British Muséum, I, 76a. 
Des exemplaires ornés de miniatures et principalement de la vue des mosquées de 
la Mecque et de Médine se trouvent en nombre dans le fonds oriental des prin- 
cipales bibliothèques publiques d'Europe. Cf. aussi le Catalogue des manuscrits 
arabes de la Bibliothèque nationale 1180-1196; Catalogue de Berlin, n° 3919; 
Pertsch, n° 807; Bibliothèque kkédiviale , t. II, p. 19&, etc. 

(,) Épée courte à deux tranchants très affilés, qui se suspend à l'arçon de 
la selle. Dozy dans son Supplément arabe (s. v.) cite l'étymologie d'ailleurs très 
suspecte *la perfide" donnée à ce mot par un auteur arabe. 

9. 



30 A. BARBIER DE MEYNARD. 

d'argent ciselé, des harnais, une selle, desétriers d'un travail 
précieux, et diverses étoffes de fabrication ottomane. Enfin, 
une lettre impériale en réponse à celle du chef du Maroc fut 
remise à son ambassadeur W. 

Quelques mois après, le maitre de Fèz ajouta aux cadeaux 
offerts précédemment les objets suivants : un cimeterre avec 
son baudrier enrichi de pierreries, un chapelet en perles fines, 
une montre entourée de pierres précieuses, une tiare incrustée 
de diamants et de rubis, un collier, une paire de pendants 
d'oreille, six filles esclaves noires et un eunuque. Ces cadeaux 
furent apportés à Gonstantinople par un envoyé spécial, El- 
Haddj Mekki, lequel fut reçu au Palais impérial avec le céré- 
monial de rigueur. 

L'année suivante (1198=1783-1786), le gouvernement 
marocain envoya à la Porte un ambassadeur chargé de lui com- 
muniquer une lettre relative au rachat des Musulmans retenus 
en captivité à Malte. Dans ce message le chef du Maroc pro- 
testait de son zèle à négocier l'échange des prisonniers. Il avait 
dépêché à Malte un envoyé spécial, porteur d'une somme de 
370,358 réaux destinée à la rançon de 612 prisonniers mu- 
sulmans. «Mais, ajoutait la dépêche, les Maltais ayant rompu 
ies négociations et rendu la somme offerte pour le rachat; en 
outre, la plupart des captifs étant sujets de l'Empire ottoman, 
le gouvernement du Maroc croit devoir se borner à appeler la 
bienveillante sollicitude de la Porte sur cette affaire. D'ailleurs, 
il ne doute pas que l'autorité et le crédit dont le gouvernement 
turc jouit auprès des puissances européennes n'assurent le plein 
succès des négociations. n En conséquence, la cour marocaine 
envoyait à Gonstantinople la somme destinée à la rançon des 

{l) Voir le texte et la traduction de ce document ci-dessous, p. a a et suiv. 



UNE AMBASSADE MAROCAINE. À CONSTANTINOPLE. 21 

prisonniers, et elle exprimait le désir que, au cas où les Maltais 
persisteraient dans le refus de livrer ceux-ci, l'argent fût dis- 
tribué entre les habitants des deux villes saintes, la Mecque et 
Médine. 

La réponse de la Porte au message de la cour de Fèz est 
rapportée en résumé dans la Chronique de Djevdet' 1 ); en voici 
les passages importants : 

«Le gouvernement impérial, qui s'est toujours signalé par 
son zèle dans les questions d'échange et de rachat, promet de 
ne rien négliger, dans cette circonstance, pour aboutir avec 
Malte à un résultat favorable. Néanmoins, si la résistance de 
l'Ordre ne pouvait être vaincue, la somme destinée à la 
rançon des captifs ne pourrait être distribuée entre les habitants 
des deux villes saintes, comme la cour de Fèz le désire. En 
effet, la population de ces deux villes se trouve, grâce aux libé- 
ralités de la Porte, dans une situation des plus prospères, et 
leur donner cet argent à titre de gratification pourrait être 
considéré comme un acte de prodigalité blâmable. En consé- 
quence, à la suite d'une délibération à ce sujet, le Divan décide 
que la somme en question sera placée en dépôt à l'hôtel des 
Monnaies. r> 

Quant à l'envoyé marocain, il fut reçu selon les règles du 
protocole en honneur à cette époque chez les Ottomans. Il 
n'obtint pas d'audience chez le Sultan ^, mais il fut admis 
d'abord par le lieutenant du grand vizir, puis par l'Àgha des 
Janissaires, le defterddr emini, le rets ejendi (ministre des affaires 
étrangères), le commandant des tchaouch® et le surintendant des 

(l) Histoire de l'Empire ottoman, 1" édition, t. II, p. 229. 

(ï) Voir ci-dessus, p. 1 1. 

(S} Le tekaouch-bachi , * chef des huissiers employés au service des tribunaux*, 
avait le rang de ministre d'Etat et exerçait les fonctions de chef de la police. Il 
était en outre introducteur des ambassadeurs, et c'est en cette qualité qu'il figure 
parmi les dignitaires cités ici. — d'Ohssox, op. cit., t. VU, p. 166 et 189. 



22 A. BARBIER DE MEYNARO. 

douanes. Plusieurs repas de cérémonie furent donnés en son 
honneur chez ces fonctionnaires. On le promena dans la capitale 
et aux environs et, après qu'il eut été gratifié des cadeaux 
d'usage, il reprit le chemin de son pays. 



ANNEXE'". 



Jyy* Ubji* <Ji 0ÏLj\i O^fSbL ^\è 



pL&l, j^L^iyi ,^1 ^L*. r »3^}*l v <tf\\ ^jJ*. tf Js^ 
y* LU^I, ^I^JI Joà**» J* sal^tf, dliu^tyâi UàLu, ,<*>&£] Bj£\\ 

y-* J , t , h » H yj^y» /^^LaXA^t jl^it Ifejl** £*L* u* 5**3> yW y*«' 

JULàl vhs-^J i ^Jub ,ljjj3 y t lôiDI jLv. y*»2 J^k» JkU. jujU* 
iùu^II uLwUalt y* A** «3^& .X*, {&U^3 .L* y« IdUo «iyî;, *Lw 
XU oLï,l i, 'jLdl *£U> i OO.XAJ, oJU;I tfJI / JiUI, OyùrtjJt, 

j ^Jt 'ïjuhUI iU^JoUI A-o r >Jlj ^i^kJll *~>yi Jl <JU*1I -^to^l, 

tf-^-i»-* ^;LLiJI JJUt cst^U» t*A»»U> J* ^t^l JUUfc», /;|^t JU^à. 

1 »«»';« 'Xty^Jt u»l^U^ < Jgitrjft iiU^ll ax^v CeJJo rf***^ dj*d» 

<'' Djevdet, t. I, p. 3a a. — « Éd. turque «£_!'. — (S) Éd. turque v ^ 



UNE AMBASSADE MAROCAINE À CONSTANTINOPLE. 23 



/ j^LwyJI y-* l+Jb yrt^L jfcu, <i*yeïi\ Si l*fy* p** 1 '«*>** JSl 
,U-eL», jl+Wl f y^l ,UyJU l^iUl <>£ /^ ^ iA^*'>4 

ûrJ-4' f*ta»> fS*l**J, 

yA\yA f jjJUl, •j^UI iw04l JU^i. ^ /j^UI uU*UU s ]^t Ltf; l*, 
'*-»!-s*Jl fXiJLJba? Ciuia^ '&Ç^3l *&àJlà? CiJLh. LjeLfelj l*i* Jâ, 

/ (9 a^cju, IS-.U* pliJJI ^los^t ytÛ, /«^t, i^Jo. r y3l *£SLI W U y, 
olyJL^JI xJÎ J-e, jlaJLc /ii^Jl^à* ,L*jJII y UaLJ a,,^^ d^j l^il, 

«J&k, *^, Ij-jU i yX*^J yf, /Ji^l *i1ytt y* UJôJ, A*,**]» gl^l, 

yl /i&uJt *&***!© ouu, i (jiJLuU, û,*I«iUi»» »ys»_, J^XfcJ &b y tf L*. 
Jj^M) y-j-J*^— -Il oL*l? Âi^U sjuXxJI JU^all iljlb i /jÇ^JJ! JU$Â 

ol£*j y- uû^li^yrt^l y- /4^s4i .bUstt, y«»!^ Wou^ <<«Ui 

JLfi. sjOjuJI *ÉJlk# J^^r /4IU)f Us^l (jJjù JJJsJLi /ptyca^lj v^ 1 A 



/ JLk^ïl ^ât<x^l^ |»XSL>I cj>^^ /JLiÀlj (^j^^ J 1 ^!^ t^^^ 



24 A. BARBIER DE MEYNARD. 

juLe^l y-. /^Ull *^i-J OftUû ****>! Ui /^Ul 14* ieUJj 'Wyt, 
^Lw, ,alxil»j «SsjiJl, cyuJb ,àL*N,yÛI >l* ;j«ll J^l lil /àU-tf, 
y*, sÇjèj C^Û piUill Jya 4*Ji" utfyUI y* lo*6 u 6 IC <»l*£ «l^-. 
y tj /C^J, IJoJ /«LùUiH iU~*wll JUaZà», s£ykk«U ÂA-Jt yJ«JI 

JUUeb, fejlj iliTjil\ «ab>?j /b^ a *iÛsî, iOsAlû iÇyJI culfcûlj < Cay 
^LuLtill jj«Xj U-Jle filai /•«XjOt» £*ty^ s»,X*Xc ^éj^t i 'b^a. Iç 

*x.LàjoJI *^Lvi ly, y tf IC /jj^-Jl, c ywi» ; y b^o-* i 5*01, sj^Jl, 

U5W ^a,, ^d^ lu* ioJ£l» Uaitj*, bj**, *li, ^^ k^l «**? 
•^0 /piA» *^-i~ lub*fj /ji^l f/ âJI *SUoJ fty/b, / J^ill f£îl/!j 

4 ^.«Jt^b y'yOlt <j;l*3, / *!ïm aJU^U* y^ y» LlL-J *J^Ju Ux^fi 
y-*_ijl »+là eOj, JUil /yL^JI^Î i L^. 51 /ylç« >ï ^Ij yî jS 

'«^JL«? /^a^jm <_**5* 'oU^iii, jij>an ; b,i £\kÂs\ 9 /ytoJLJt ,i o^tjwâjt) 

sjjcJI y_» 1 ; « h tt Le *X3j UJ i«l j£»j /**Jly6t f y,W ou* y,!**,. J2 

i jL*yJlj MmJI Ojl^ yfj /ÂAfvJt «CiujC» tf&A*) /JUJUJI aSÔmm} (^AXiÇ 



UNE AMBASSADE MAROCAINE À GONSTANTINOPLE. 25 
£&« <%yj&\, ii^yJt «SoiUlj /^a! fiJl^j /«Ml ^Jat^y^^À* 






TRADUCTION. 



LETTRE IMPÉRIALE ADRESSÉE AU SOUVERAIN DE FÈZ. 

(Après les complimente et les vœux d'usage.) Nous avons 
reçu votre noble message et les beaux présents qui raccompa- 
gnaient, par les soins de votre honorable ambassadeur, l'un 
des plus distingués parmi les serviteurs de Votre Altesse, l'hon- 
neur des hommes d'élite , Seïd Taher — que sa gloire s'accroisse ! 
— Nous avons fait le meilleur accueil à ces présente, comme 
l'exige la coutume musulmane. Outre la joie qu'ils nous ont 
inspirée, ils nous ont apporté le témoignage de votre sincère 
amitié. Nous avons lu avec un bienveillant intérêt votre lettre 
affectueuse. L'encre qui l'a tracée est pour nous comme un 
collyre salutaire. Empruntant à la rose ses parfums, aux par- 
terres de fleurs leurs couleurs variées, ses pensées brillent 
comme la pleine lune, illuminent le regard attentif et font 
jaillir dans l'âme une source abondante où l'amitié se désaltère. 
Votre style éloquent est pour les gens de mérite comme un 
collier de perles, et par leur beauté expressive, les mots y 
prennent la forme d'un organe vivant. En considérant ces lignes 
si régulièrement tracées, on croit voir briller un sourire au 
milieu des ténèbres (de l'encre). 



26 A. BARBIER DE MEYNARD. 

Vous faites mention des copies (du Coran) enrichies de 
pierres précieuses, copies offertes en cadeau sous votre règne 
auguste et du temps de vos nobles aïeux, au jardin parfumé, à 
la terre bénie et lumineuse, à l'écrin brillant, au trésor des 
saints mystères (le tombeau) de notre seigneur le Prophète — 
que les bénédictions du. Dieu de miséricorde soient sur lui ! — 
Vous ajoutez que ces copies, données dans une intention pieuse 
et dont la lecture est une source de grâces, ne sont plus lues, et 
que le but de cette donation est oublié; enfin, que plusieurs 
des bijoux qui les ornaient ont disparu. En conséquence, vous 
nous demandez de faire enlever de ces manuscrits ce qui leur 
reste d'ornements précieux et de les vendre, pour le prix en 
être distribué entre les chérifs de la Mecque et de Médine, 
qui sont l'honneur de la communauté musulmane. Vous désirez 
aussLque les copies, après l'extraction des pierres précieuses, 
soient données aux fidèles qui fréquentent les deux mosquées, 
à la condition qu'une récitation (du Coran) serait faite, chaque 
jour sans interruption, pour le salut de votre âme et des âmes 
de vos illustres ancêtres. 

Nous estimons que dépouiller Médine de ces précieux exem- 
plaires, en arracher les bijoux et les vendre serait un acte peu 
conforme à votre noble caractère, en contradiction avec la 
pureté de vos intentions et indigne de la mémoire honorée de 
vos aïeux. En effet, ces présents ont été pieusement consacrés 
au roi des Prophètes, à la plus noble des créatures, — que de 
fervents hommages lui soient adressés à lui et à sa famille ! — à 
l'apôtre qui certainement est vivant au fond de son tombeau 
et ne cesse d'implorer pour nous le pardon du Ciel. Enlever ces 
souvenirs sacrés au Trésor du Prophète constituerait sinon un 
acte criminel, du moins une innovation contraire aux usages 
des rois et des princes de l'Islam. Or il est certainement gravé 
dans votre cœur que le Trésor du Prophète, conservé dans la 



UNE AMBASSADE MAROCAINE À CONSTANTINOPLE. 27 

Ville sainte (Médine) est riche en cadeaux, hommages des sou- 
verains anciens, des Khakâns et des Khalifes du temps passé; 
qu'ils ont été donnés, dans un but de sanctification, par nos 
ancêtres et les vôtres, par les souverains qui ont vécu autrefois; 
que nos glorieux prédécesseurs n'ont jamais touché au Trésor 
du Maître des hommes (le Prophète) et qu'on n'a point entendu 
dire que vos pères aient eu une pareille intention , si peu con- 
forme au respect et aux bienséances. 

En conséquence, désirant donner satisfaction à vos pieux 
désirs et prévenir en même temps un résultat aussi regrettable, 
nous avons décidé que trois exemplaires du Delaïl^ et trois 
copies du Coran remarquables par la beauté de l'écriture et 
leur élégance seraient prélevés pour être affectés au saint 
tombeau d'où émanent les effluves salutaires, au séjour lumi- 
neux du savoir et de la Certitude , au parterre des jardins célestes 
et des demeures paradisiaques (la Mosquée du Prophète à 
Médine). Mais nous y mettons cette condition que la récitation 
sera faite jour et nuit, pou? les mérites en être appliqués à 
Votre Altesse et à vos glorieux ancêtres. Nous avons assigné 
une dotation à la lecture du Delml et du Coran, de peur qu'elle 
ne soit interrompue et que les grâces obtenues par cette œuvre 
méritoire cessent de vous être accordées à vous et à vos nobles 
prédécesseurs. 

Votre légation, composée de l'élite de vos serviteurs, a été, 
par nos soins, dirigée vers la maison de Dieu (la Kaaba), pour 
accomplir ensuite le pèlerinage au tombeau du chef des Pro- 
phètes — que les plus abondantes bénédictions soient répan- 
dues sur lui et sur sa famille ! 

Nous avons été informé des instructions verbales que vous 
avez données à votre ambassadeur relativement à une offre de 

(l) Voir ci-dessus la note 1 de la page 1 9. 



28 A. BARBIER DE MEYNARD. 

subsides en cas de guerre contre les Infidèles, subsides en nu- 
méraire, armes et matériel d'expédition militaire. Cette assis- 
tance est en effet un devoir prescrit par Dieu aux rois musul- 
mans, en Orient comme en Occident, une règle dont l'origine 
remonte au Prophète, une des plus nobles coutumes de l'Islam, 
dans les pays voisins ou éloignés. Les vrais croyants doivent 
être les uns pour les autres comme un édifice indestructible, 
et l'alliance formée entre eux pour la défense de la religion, 
une règle de stricte observance. Les paroles du Prophète té- 
moignent en faveur de ce que nous vous prescrivons et les 
versets du Coran viennent, en maints passages décisifs, con- 
firmer ce que nous vous écrivons. Cette circonstance nous 
inspire une vive satisfaction : elle illumine notre cœur d'une 
joie sincère, parce qu'elle est conforme aux exigences de la 
confraternité religieuse qui doit unir les chefs de l'Islam. En 
conséquence, l'offre d'appui et d'assistance que vous nous faites 
est strictement conforme aux règles de l'islamisme; elle répond 
fidèlement au pacte d'amitié qni.a été conclu entre nous et, 
précédemment, entre nos ancêtres glorieux, et elle a pour base 
les préceptes de notre loi religieuse. 

Nous avons remis à votre ambassadeur une copie de notre 
traité avec le gouvernement espagnol , parce que l'Islam exige 
que vous, comme tous nos coreligionaires, soyez instruits de ce 
qui vous intéresse à toute époque, et notamment dans ces der- 
niers temps où les séditions et les désordres survenus dans 
notre Empire ont troublé l'harmonie et la paix. Ces renseigne- 
ments leur sont nécessaires pour qu'ils se prêtent mutuelle- 
ment secours dans les dangers qui les menacent. Puisse Dieu 
faciliter pour nous et pour vous la réalisation des pieux devoirs 
dont nous parlons et seconder notre assistance réciproque en 
faveur de la religion et de la piété ! 

La proposition que vous nous faites en ce qui concerne les 



UNE AMBASSADE MAROCAINE À CONSTANTINOPLE. 29 

subsides en argent et en matériel de guerre vous est inspirée 
par votre noble origine hachémite et la générosité inhérente à 
la famille d' c Ali ; elle résulte de la richesse et des hautes res- 
sources qui sont en votre possession. Quelles que soient la 
prospérité et la puissance de notre gouvernement, nos ennemis 
sont nombreux, leurs ruses et leurs perfidies se renouvellent 
sans cesse. C'est pourquoi nous faisons volontiers appel à votre 
amitié bienveillante, à vos bonnes prières et à votre appui 
matériel et moral, en rappelant les paroles de notre glorieux 
Prophète : «Dieu assiste ses serviteurs, tant qu'ils assistent leurs 
frères ii^. 

Nous vous adressons cette lettre ornée du frontispice de 
l'amitié et de l'union ; nous y joignons des présents qui témoi- 
gneront de la sincérité de ces sentiments, en nous conformant 
d'ailleurs à l'ordre suivant du Prophète : <r Faites-vous mutuelle- 
ment des cadeaux et vous serez amisn®. C'est vous au surplus qui 
avez pris en notre faveur l'initiative de l'obéissance à ce pré- 
cepte, et il n'est pas douteux que la supériorité appartient à celui 
qui commence W. — - Nous glorifions Dieu des faveurs qu'il nous 
accorde ! 

(') **iJ ^ i pb U »jt*A a> * i /il a b . Ce hadîth du Prophète doit certaine- 
ment être consigné dans ie Recueil des Traditions de Boukhari, nous n'avons pas 
cependant réussi à le trouver dans l'édition de Boulac. 

(,) Voir ci-dessus le texte de ce précepte, p. i5\ note 2. 

(') poou^J JuàU!. Sur ce dicton toujours en honneur chez les Musulmans , voir 
Arabum proverbia, Freytag, t. H. p. 989, où se lit la variante <$ooJUJ. Mais la 
première leçon parait être la plus usitée ; c'est celle que cite Hariri à la fin de sa 
préface en reconnaissant le mérite de son prédécesseur Hamadâni, le premier 
auteur connu des MaqâmâL Voir le commentaire des Séances de Hariri, édition 
de Sylvestre de Sacy, p. 1 5. 



\ 



LE CULTE DE LA DÉESSE AL-OUZZÂ 

EN ARABIE 

AU IV* SIÈCLE DE NOTRE ÈRE 



PAR 

HARTW1G DERENBOURG 



LE CULTE DE LA DÉESSE AL-OUZZÂ 

EN ARABIE 

AU IV e SIÈCLE DE NOTRE ÈRE {,) 



Le vaste Panthéon de la Ka'ba païenne avait abrité pendant 
des siècles dans son enceinte dieux et déesses qui, outre leurs 
places respectives dans le temple universel, possédaient leurs 
sanctuaires particuliers fréquentés par leurs tribus fidèles. Le 
Jupiter de cet Olympe, Aflâb crie diein>, promu par l'Islam au 
rang de dieu unique, revendiqua la possession exclusive de sa 
ce maison t> et en exila les compagnons et les compagnes dont il 
avait longtemps toléré la communauté de domicile pour y jouir 
désormais de ses prérogatives sans rivalité et sans partage. La 
reine déchue, Al-Lât cria déesses, qui, malgré ses accointances 
polygamiques et polyandriques, n'en était pas moins sa parèdre 
légitime, n'a pas plus trouvé grâce devant crie Maître» que les 
sujettes Al- c Ouzzâ tria Toute Puissante t>, l'associée d'Al- € Azîz 
«rie Puissant *M (A2«?os), et Manât cr la Fortune n, l'associée d'un 
présumé Al-Mânî crie Destin*' 3 ). Les trois déesses, dépossédées 

(l) Le jeudi 1" septembre 190 4, un résumé de ce petit mémoire a été commu- 
niqué par l'auteur à la section sémitique du deuxième Congrès de l'histoire des 
religions siégeant à Bêle. 

(,) Le Livre des nulle nuits et une nuit connaît l'Histoire d'Âziz et Aziza ; voir la 
traduction du docteur J.-C. Mardrus, III, p. 990-31 5; IV, p. 1-137; ^ Na'am 
et Na'ama , ibid. , V, p. 1 5 1-1 98. 

(S) Ces accouplements divins ont été révoqués en doute par Robertson Smith et 
par- Wellhausen. Quant a Al-Màni, littéralement tri' Arbitre du destin», synonyme 
d'Al-Kàdir et d'Al-Moukaddir, il figure dans l'hémistiche souvent cité : «pij JL. 
jUf dJ <£.£ U « jusqu'à ce que tu te rencontres avec ce que te destine l'Arbitre du 

MÉMOIRES ORIENTAUX. 3 



mrftiiuaig iiatiojuh. 



34 HARTW1G DERENBOURG. [A] 

et fugitives, avaient conservé à La Mecque et dans la banlieue 
leurs bétyles au milieu des palmeraies O, leurs autels avec les 
parfums suaves aux divinités des sacrifices sanglants, leurs 
adorateurs zélés et fervents pratiquant le tawâf, le pieux tour- 
noiement des dévots autour des pierres et des arbres sacrés W. 

Gomme autrefois dans Israël, le paganisme vaincu opposait 
une résistance d arrière-garde au monothéisme vainqueur. C'est 
pourquoi, vers 616 de notre ère, le prophète Mohammad, 
dans une objurgation indignée, avait apostrophé les Koraischiles, 
ses congénères récalcitrants, et surtout son oncle paternel 
Aboû Lahab c Abd al- c Ouzzâ< s ), le seul personnage contemporain 
dont mention explicite soit faite dans le Coran W. 

Voici la parole véhémente d'Allah (*) : «Eh bien! Avez- vous 
vu Al-Lât et Al-'Ouzzâ et ManâtW, la troisième, l'autre? Est-ce 
que vous avez réservé pour vous les mâles et pour Allah les 



destin*; voir entre autres Ibh Mànthoûh, Lisdn al-Arab, XX, p. 161-169. AU&h 
est ie Mâni d'après Wellhausen, Reste arabischen Heidtnikums, 9 - éd. , p. 999. Les 
Septante traduisent par t/j ri^rj le nom du dieu ^D ou \JDn ( Isaïe , lxv, 11), 
qu'il convient peut-être de comparer. Un rapprochement probable , c'est celui de 
Mina (c^»)i la célèbre station <r visitée* par le petit pèlerinage musulman, par la 
'Oumra, dans la banlieue immédiate de La Mecque. Sur la dérivation de Mina, qui 
provient clairement de la racine manà, YakoCt, Moudjam, IV, p. 649 , et surtout 
p. 65a , a réuni des matériaux de choix. 

(l) Le culte de la mimosa sacrée et odorante, que les anciens Arabes confondaient 
avec celui d'Al-'Ouzzâ, se continuait à Nakhla «r Palmeraie » , a une journée de dis- 
tance de La Mecque; voir Al-AzràkÎ, Akhbâr MaJcka, dans Wûstknfild, Ckroniken 
der Stadt Mekka, I, p. 79; cf. Idem, Gesckichte der Stadt Mekka, IV, p. 18 et 1 1 5. 

{,) Al-Azrakî, ibid., I,p. 80. 

(,) Mot à mot : «Le père de Flamme», c'est-à-dire de Géhenne, d'adorateur 
d'Al-'Ouzzâ». 

(l) Coran y exi, 1 et 9 : <r Puissent les deux mains d'Abou Lahab périr et puisse- 
t-ii périr I Puissent sa fortune et ses biens acquis ne lui servir de rien ! * 

($) Coran, lui, 19-93. 

(<5) Le prophète Mohammad descendait , à la quatrième génération , d'un Abd 
Manât <rLe serviteur de Manât». 



[5] LE CULTE DE LA DÉESSE AL-OUZZÂ EN ARABIE. 35 

femmes' 1 )? Gela serait alors un partage inique. Ce ne sont là 
que des noms que vous leur avez donnés, vous et vos pères, 
sans qu Allah ait fait descendre en leur faveur une parcelle de 
puissance. r> 

Parmi « les femmes -n dont le culte tenace bravait dans l'Arabie 
centrale la colère jalouse d'Allah, Al- c Ouzzâ apparaît dès le 
iv e siècle de notre ère au Yémen dans un texte sabéen inédit, 
dont la date, sans y être donnée, peut être établie sans témé- 
rité par la comparaison et par l'analogie d'autres dédicaces. Ce 
document curieux d'histoire religieuse antéislamique est inscrit 
sur un petit cippe en pierre jaunâtre, haut de o m. 1 65 , large 
de o m. 10, profond de o m. 06. Rapporté de la côte en i885 
par M. Gamoin , qui commandait alors un vaisseau des Messa- 
geries maritimes, cette petite colonne votive est venue tout 
récemment enrichir les merveilleuses collections orientales 
du Louvre, où il figure sous la cote d'inventaire AO ûi/19. 

«Ce ne sont que des noms que vous leur avez donnés, vous 
et vos pères », dit le Coran qui, pour l'époque et l'entourage 
du Prophète, est un témoin irrécusable. Quant à leurs ce pères», 
c'est-à-dire aux ancêtres des Koraischites, j'apporte à l'appui 
de son assertion, au moins pour l'Arabie méridionale, un mo- 
nument authentique et décisif, complet, sauf une cassure à la 
droite des deux premières lignes et une éraflure qui a détruit 

(l) On lit dans le Coran, iv, 117 : rrlls n'invoquent en dehors d'Allah que des 
femmes. * Ce passage se rapporte aux déesses rivales, mais non xxxvn, 1/19-1 53, 
duquel on a détaché le premier verset pour en inférer qu'Al-Lât, Al-'Ouzzâ et 
Manât étaient considérées par le Coran comme les filles d'Allah. Cette conclusion 
est démentie par le contexte : <r Demande-leur (aux Mecquois) une décision : Ton 
Maître a-t-il les filles et eux ont-ils les fils ? Ou encore avons-nous créé les anges 
du sexe féminin, alors qu'ils en étaient témoins? Ds n'en disent pas moins dans 
leurs inventions fausses : Allah a enfanté. Ils mentent. Allah aurait-il choisi des 
filles plutôt que des fils?» Allah n'a choisi ni les unes ni les autres. <rll n'a ni 
engendré, ni été engendré», comme il dit lui-même (Coran, ex, 3). 

3. 



36 HARTW1G DERENBOURG. [6] 

la surface tout le long de la huitième et dernière ligne. Dans 
cette partie fruste, le haut des lettres finales se devine plutôt 
qu'il ne se laisse déchiffrer. Les caractères des sept premières 
lignes sont profondément gravés à la pointe sur la face anté- 
rieure polie. Ils se lisent ainsi sans hésitation : 



a| i» | nn. , | «x-^ | z ». 

»hpn |p*|î * i <*»* | <** I u 
]M* | innm 



para 



s mn i sh. . 


1 


n innoin'o. 


a 


B 1 îh*V 1 hog | s 


3 


hîX<> 1 »VXh) 


& 


nVHH 1 HXB1* 


5 


ah i »vxm i h 


6 


■11 «TA I HÎXoX 


7 


hîxon i . . . 


8 



• • • {£ .!j * ? 

Voici un essai de traduction française, avec des restitutions 
que je tenterai de justifier : 

i <Ab]d (ou Zai]d),fiU de Me- 

9 ha]rwah, vassal des Ba- 

3 noâ Tha*an> a consacré à sa 

k déesse c Ouzzâ 

5 cette statue d 9 o- 

m 

6 r en faveur de sa fille, Tado- 

7 ratrice de c Ouzzâ, Kohlthd- 

8 hir (?)]. Au nom de *Ouzzâ. 

Ligne î . Le nom propre initial peut être complété en oi[3* 
ou en oi[/Ȕ. 

Ligne a. Le participe nn[n]D, dont le hê a disparu et dont 
le rêsch ne subsiste que dans sa partie inférieure, apparaît pour 
la première fois comme nom propre, n'ayant à la fin ni lemim 
de l'indétermination, ni le noûn de la détermination. Quant au 
parfait nnn, il a été constaté dans Halévy 3 69, 1. 6, d après 
l'ordonnance rétablie par Joseph et Hartwig Derenbourg, Etudes 



[7] LE CULTE DE LA DÉESSE AL-OUZZA EN ARABIE. 37 

sur fépigrajthie du Yémen, I, p. 3-3 5; voir d'autres exemples, 
ibid., p. 20, n. 2W. Ne dit-on pas en arabe ££l et aussi £$ e * 
££&\ à côté de c t ; î et de z \y^\ 1 

Ligne 3. p est forme abrégée de *» cries filsn, dans le sens 
de cries descendants fl ; cf. le Corpus Inscriptionum Himyariticarum, 
77, 1. a et 3; 80, 1. 5; 86, 1. î et 2, ce dernier exemple 
portant oifno | p | 12* trie vassal des Marthaditesn. Il en résulte 
qu'il faut chercher dans j*n un nom de tribu. Je ne vois à com- 
parer que, d'une part, Jtfv, surnom fréquent et premier terme 
des noms propres composés *?Kyft\ iDiorfv» , 3-oyfr ; d'autre part, 
*épl| ^ (var. £$&) £*>£ dans Ibn Dorzid , Ischtikdk , p. 269, 1. 18. 

Ligne h. Remarquez njoo a maîtresse» dans le sens de 
cr déesse r> ; cf. le masculin *od employé de même pour un dieu 
dans une inscription minéenne du Louvre [Revue archéologique 
de 1903, I, p. Û07-/110; Répertoire d'épigraphie sémitique , I, 
p. 345, n° 454); le féminin n*no appliqué à une femme dans 
Glaser 1052, 1. 3 (D. H. Mûller, Sûdarabische Alterthûmer im 
Kunsthistorischen Hofmuseum, n° 6, p. 21-22), et le phénicien 
nain et la maîtresse » = ^ la déesse» dans l'inscription d'Esch- 
moun'azar, 1. 2 et 1 5; *SJ\ = Al-Ldt chez les Banoû Thakîf 
d'après Wellhausen , Reste arabischen Heidenthums , 2 e éd. , p. 2 1 8 . 
— py, terminé par le noûn emphatique, ici, 1. 7 et probable- 
ment 1. 8, répond exactement à l'arabe c^xJl, nom de la divi- 
nité proscrite par le Prophète Mohammad. C'est avec l'article 
arabe que le nom de cette déesse a été constaté sur l'inscription 
sinaïtique 946 du Corpus araméen (I, p. Û19 a), une commé- 
moration de n^Niay = ç^iJ! «x**' 2 ). La déesse Al-Ouzzâ, assi- 

(1) Cf. Fr. Hommbl, Sùd-Arabische Chrestomathie , p. 3a. 

(î) L'orthographe KW^ma? se trouve dans une autre inscription du Sinaî, 
publiée sous le n° i46 dans Euting, Sinaitische lnschriften (Berlin, 1891), 
inscription qui portera la cote 2178 dans le Corpus araméen. 



38 HARTW1G DERENBOURG. [8] 

milée à la planète Vénus, a été étudiée par Wellhausen, Reste 
arabi&chen Heidenthums, a e éd., p. 36-65; par Nôldeke, dans 
la Zeitschrift d. deutsch. morg. Ge$ell$chaft , XLI (1887), p. 710- 
7 1 1 ; par Dussaud et Macler, Mission dans les régions désertiques 
de la Syrie moderne, p. 60-61. Doit-on conclure de ce qui pré- 
cède que, dans le groupe 'Athtar et Sahar sur un monument 
sabéen du Louvre (Répertoire (Tépigr aphte sémitique, I, p. 2 5 5- 
260, n° 310; cf. p. 3Ag-35o,n° 660), Sahar est une déesse, 
laparèdre de 'Athtar, comme Al-'Ouzzâ est celle d'Al- c Azîz ? Ce 
serait encore un ménage légitime qui aurait eu ses entrées, dont 
les images auraient été en honneur dans la Ka c ba antéislamique. 

Ligne 5. Le féminin nD^s, appliqué à une image de déesse, 
au lieu du masculin d^s habituel pour les divinités des deux 
sexes, est un araméisme, dont je ne connais en sabéen qu'un 
autre exemple : jw | nD*?x, inscription 27 du Louvre, publiée 
par moi dans la Revue d ' assyriologie et d'archéologie orientale, VI, 
2 (1906), p. 66. Le tâw final de note y a influé sur le lapicide, 
qui a omis rrt , premier terme si fréquent dans les noms com- 
posés attribués aux déesses sabéennes, et qui a gravé Yafân au 
lieu de Dhât Yafân. — pnYt est peut-être l'équivalent de 
pn 4 ) | rrt cr celle d'or», avec insertion du tâw, terminaison fémi- 
nine du démonstratif, dans le second dhâl, à moins que Ton ne 
considère le premier comme une préposition équivalente au di 
araméen. Cette deuxième explication est corroborée par des 
exemples analogues dans D. H. Muller, Siegfried Langer s Reise- 
berichte, p. 90. Dans l'inscription I de Marseille, 1. 7, IfruoVs 
prrtl ce deux statues d'or*, 1 est accouplé à un duel. 

Lignes 6 et 7. Quelle nuance exprime la préposition *? placée 
devant inro rsa fille», contraction de inn:a comme en hébreu? 
La dédicace a-t-elle été faite par le père cr au nom de » ou cr en 
faveur de» ou ce en mémoire de» sa fille? J'ai supposé que la 



[9] LE CULTE DE LA DÉESSE AL-'OUZZA EN ARABIE. 39 

fille était vivante et que c Abd (ou Zaid) appelait sur elle les 
bénédictions d'Al- c Ouzzâ, dont elle était une adoratrice. En 
effet, je n'ai pas persisté dans ma première impression, d après 
laquelle pynDK = ( g&\ *ut serait un nom propre féminin P). Il 
m'a semblé bien plutôt que ce mot composé indique le plus 
beau titre que la jeune suppliante puisse faire valoir auprès de 
la déesse invoquée. Quant au nom ou au surnom, quelle décep- 
tion de n'en avoir conservé que les quatre premières lettres! 
On y reconnaît d'abord hrv ■=* Jl£ <r collyre pour les yeux *, l'ori- 
gine de notre alcool. Or, le Yémen a sa province de Kahlân ou 
Kouhlân (2 ), Tune des plus étendues et des plus considérables. 
Quant au ô, je suppose que c'est l'initiale de pnù cr l'extérieur -n , 
c'est-à-dire «l'œil*; cf. l'expression arabe ï^Uô^as <r un œil 
proéminent*. Dans l'inscription minéenne Halévy 365, 1. ,2, 
jrP3K cries intérieurs» paraît opposé à yinùx <r les extérieurs*. 
La racine ">nô se trouve encore dans Halévy k 9, 1. ta et ik 
(D. H. MiiHer, Himjarische Inschriften, dans la Zeitschrift d. 
deutsch. morg. Geselkchaft , XXIX, p. 609 et 61 5), et 386, 1. 2. 

Ligne 8. Le haut des lettres permet de soupçonner une 
conclusion analogue à celle qui est usitée dans l'épigraphie 
yéménite, le rappel final de la divinité, objet de la dédicace : 
p*3 cr Au nom d'Al-Ouzzâ *. 

En dehors de l'apport philologique et lexicographique , ma 
première tentative de déchiffrement et d'interprétation permet 
de constater sûrement le culte de la déesse AI- c Ouzzâ dès le 
iv c siècle de notre ère. De nouvelles découvertes le feront peut- 
être remonter plus haut ou nous permettront de suivre son 

(i) L*une des femmes de HAroûn Ar-Raschid n'est-elle pas appelée y y *J\ juî; voir 
At-Tàbarî, Annales, Index, p. 5o. Ce même Index n'énumère-t-il pas plusieurs 
'Àbd al-'OuzzA, sans compter l'oncle paternel du Prophète, mentionné pins haut? 

« YâkoAt, Moudjam, IV, p. aûo. 



40 HARTWIG DERBNBOURG. [10] 

histoire depuis lors jusqu'à l'époque de la révélation musulmane. 
Ce point de vue religieux se superpose sur un phénomène 
d'onomastique intéressant au point de vue profane, la singula- 
rité de la dénomination Collyre de l'œil intérieur pour la jeune 
personne recommandée à la bienveillance de la déesse Al- 
'Ouzzâ. Là encore l'avenir confirmera ou infirmera ma lecture 
provisoire et décidera si j'ai eu raison de croire reconnaître 
une princesse, émule par son appellation de l'esclave noire Pru- 
nelle de l'œil des Mille nuits et une nuitW. 

Au sommet du cippe, on aperçoit un trou de scellement, 
long, large et profond de o m. 02 environ. C'est dans l'orifice 
qu'avait été fixée la statuette en or massif ou en bronze doré 
consacrée à Al-'Ouzzâ. La statuette a disparu , comme les autres 
représentations en métaux précieux, dont mention est faite sur 
les monuments inscrits. Les voleurs de grands chemins les ont 
enlevées partout sans scrupule et s'en sont débarrassés au profit 
des plus offrants sans souci de l'exécution artistique des idoles. 
C'est ainsi qu'un vrai musée de sculpture a été disséminé, jeté 
au vent, égaré chez les receleurs et les marchands, fondu en 
lingots, jeté dans les moules d'où sont sorties les monnaies. 
Quant aux inscriptions, réjouissons-nous qu'elles aient été dédai- 
gnées par les caravanes cupides de Bédouins pillards. Pour eux , 
elles étaient des écritures inconnues n'ayant aucune valeur vé- 
nale, placées sur des pierres quelconques qui ne pouvaient être 
employées utilement que pour élever des murs, lorsqu'elles 
étaient assez massives. Pour nous, ces textes anciens, échappés 
à la fureur destructrice des razzias, sont conquêtes hardies de 
bonne prise, riches butins pour notre avidité d'apprendre et de 
savoir, trésors abandonnés ouverts aux chercheurs. 

(1) D r J. C. Màrdhus, Le Livre des mille nuits et une nuit, VI, p. 371-999. 



NOTICE 

SUR 

UN DOCUMENT ARABE INÉDIT 

RELATIF 

À L'ÉVACUATION D'ORÀN PAR LES ESPAGNOLS EN 1792 

PAR 

0. HOUDAS 



NOTICE 



SUR 



UN DOCUMENT ARABE INÉDIT 



Depuis que le bey Moustafa-bou-Chelâghem avait réussi 
en 1708 à s'emparer d'Oran de vive force, les Musulmans de 
l'Oranie en particulier supportaient avec plus d'impatience 
qu'auparavant l'occupation nouvelle de cette ville par les Espa- 
gnols. Ceux-ci cependant n'étaient plus aussi gênants qu'au- 
trefois, leur influence ne dépassant plus les abords immédiats 
de la place dans laquelle ils demeuraient étroitement confinés. 
C'était donc l'effet moral produit par la présence des Infidèles 
sur le sol musulman qui provoquait chez les Arabes le désir de 
purifier leur patrie de la souillure des étrangers. 

Une circonstance toute fortuite et dans laquelle on pouvait 
croire à une intervention providentielle vint favoriser les pro- 
jets des Algériens. Dans la nuit du 8 au 9 octobre 1790, de 
nombreuses et violentes secousses ébranlèrent tous les édifices 
de la ville d'Oran. Presque toutes les habitations particulières 
s'écroulèrent ou menacèrent ruine, et seuls les remparts et les 
fortifications résistèrent sans éprouver de trop grands dom- 
mages à ce mouvement sismique W. L'alarme fut vive dans la po- 
pulation et la panique gagna l'armée elle-même qui se trouva 
ainsi dans les conditions les plus défavorables pour résister à 
une attaque sérieuse. 

(1) l^e rapport officiel adresse à cette occasion à la Cour d'Espagne par le 
comte de Cumbre-Hermosa, gouverneur d'Oran, se trouve reproduit en entier 
dans L. Fiy, Histoire d'Oran , Oran, i858, p. a3o. 



44 0. HOUDAS. [4] 

Hanté depuis longtemps par l'espoir de renouveler les 
prouesses de Moustafa-bou-Ghelâghem , le bey de Mascara, 
Mohammed ben Otsmân , avait demandé au dey d'Alger l'auto- 
risation d'entreprendre le siège d'Oran. Mais les Turcs, tout 
disposés d'ailleurs à laisser faire, hésitaient à prendre officielle- 
ment l'initiative de la rupture du traité qui les liait aux Espa- 
gnols pour une conquête dont l'intérêt matériel était somme 
toute assez médiocre. Le souvenir des deux bombardements 
d'Alger par les Espagnols en 1783 et 1786 était trop récent 
pour qu'on n'hésitât pas à s'exposer à de nouvelles représailles. 

Cependant, malgré les réponses négatives ou évasives du 
Divan d'Alger, le bey de Mascara se tenait prêt à marcher 
au premier signal; ce qui l'avait retenu jusque-là, c'est qu il ne 
possédait pas de matériel de siège, et l'eût-il eu que le personnel 
capable de s'en servir lui aurait fait défaut. La nouvelle du 
cataclysme qui venait de bouleverser Oran lui permit de croire 
que les fortifications seraient détruites au moins sur certains 
points, qu'il pourrait donc surprendre l'ennemi en désarroi et 
entrer dans la place en donnant immédiatement l'assaut sans 
avoir à faire un siège en règle. Aussi, dès le 1 octobre, il partit 
à la tête de ses troupes pour tenter ce coup de main. 

Les prévisions du bey ne furent pas justifiées, mais sa ten- 
tative amena le dey à donner l'autorisation qu'il avait refusée 
jusque-là. Le blocus de la place commença aussitôt et un peu 
plus tard un siège en règle qui, sans causer de graves préju- 
dices aux Espagnols, les détermina cependant à conclure plus 
rapidement la convention par laquelle ils se décidèrent à aban- 
donner pour toujours Oran et Merselkebir. Cette occupation 
restreinte leur coûtait de grosses sommes d'argent et immobi- 
lisait un corps de troupes sans qu'ils pussent trouver la moindre 
compensation à ces lourds sacrifices. 

Un des membres de l'expédition, Mohammed-El-Moustafa- 



[5] NOTICE SUR UN DOCUMENT ARABE INÉDIT. &5 

ben-'Abdallah-ben-'Abderrahmân , surnommé Ibn-ZerfaW (^t 
*iy), originaire du Sig (vJu**), reçut mission dubey d'écrire la 
relation de tous les événements qui s'étaient produits ou se 
produiraient devant Oran, depuis le jour où l'on avait tenté de 
surprendre la place jusqu'au moment où les Musulmans s'y 
fixèrent définitivement le 27 février 1792. 

L'auteur a donné à son ouvrage le titre de : & a^jJJ aJU^JI 
jÇ«>tZ*?JI il^uJi. L'exemplaire que je possède forme 2 volumes : 
le premier, d'une bonne écriture courante maghrébine , contient 
186 feuillets et chaque page a 19 lignes de 0,095 de longueur. 
Un double feuillet manque, c'est le premier qui aurait dû for- 
mer les folios 1 et 9. La copie, datée du 21 moharrem de 
l'année 1296 (1 5 janvier 1879), a été faite par El-Mouloud- 
ben-El-Mokhtâr-ben-Hammou-El- c Abedli-Ech-Chelefi. Le second 
volume est la mise au net de l'original. Il manque un ou deux 
feuillets au commencement et on y trouve dans l'intérieur deux 
lacunes : la première très peu importante; la seconde, dont il 
est impossible de déterminer l'étendue, sans cependant qu'elle 
doive être très considérable , est plus grave car elle se rapporte 
à une des périodes intéressantes du siège. Déduction faite de 
ces deux lacunes, il reste 1 55 feuillets dont chaque page con- 
tient 2i lignes de 0,1 1 5 de longueur. L'écriture est d'un type 
maghrébin régulier. Le manuscrit est daté du 5 avril 1793 ou 
23 cha'bân 1207. 

Gomme le fait justement remarquer Ibn-Zerfa, le récit des 
événements journaliers qui se produisent au cours d'un blocus 
ou d'un siège ne se prête guère à une division en chapitres sous 
des rubriques spéciales. Il a donc adopté une coupe chronolo- 
gique rassemblant tous les faits mois par mois. Ainsi s'explique 
le titre qu'il a choisi de â^jJI âJU^JI, le mot âJL^ étant pris 

(l) Zerfa était le nom de la nourrice du grand-père de l'auteur. 



46 0. HOUDAS. [6] 

ici dans le sens qu'il a parfois de «biographie* ou «chronique». 
On rendrait assez exactement le titre de l'ouvrage par ces mots : 
Chronique mensuelle des faits et gestes du bey Mohammed. 

Il a semblé à 1 auteur qu'un événement aussi important 
qu'une sorte de croisade contre les Chrétiens espagnols méritait 
d'être retracé sous une forme plus relevée que celle de la prose 
ordinaire. Cependant, il n'a pas cru devoir écrire son récit en 
vers et il s'est contenté de ce genre bâtard intermédiaire qui a 
reçu le nom de prose rythmée ou rimée. On doit d'ailleurs re- 
connaître qu'il manie assez bien ce genre de style et qu'il a su 
en éviter les principaux écueils. Mais, il faut bien le dire, la 
recherche des mots qui doivent former les rimes nuit à la pré- 
cision du récit et au développement de toute la pensée dans la 
plupart des cas. 

Suivant la méthode arabe, tout ce qui, chez nous, est rejeté 
en notes au bas des pages est intercalé pêle-mêle dans le contexte 
même de l'ouvrage. La trame du récit est donc d'autant plus 
alourdie que l'auteur veut faire montre d'une plus grande éru- 
dition. En outre , les textes cités étant très souvent rédigés en 
prose ordinaire , il en résulte un mélange de styles différents 
qui choque un peu nos habitudes d'unité de composition dans 
le corps d'un même ouvrage. Or Ibn-Zerfa était doué d'une 
excellente mémoire et il ne manque aucune occasion de montrer 
qu'il était érudit, en sorte que plus de la moitié de son ou- 
vrage est consacrée à des choses qui n'ont rien à voir avec les 
opérations du bey contre la ville d'Oran. 

La chronique de chaque mois débute par l'indication des ex- 
péditions du Prophète pendant le mois homonyme. C'est une 
façon de prouver par des exemples la légitimité de la guerre 
sainte entreprise par le bey de Mascara. Puis viennent les 
hndils qui se rapportent à ces événements et qui justifient 
certains procédés plus ou moins corrects au point de vue de la 



[7] NOTICE SUR UN DOCUMENT ARABE INÉDIT. 47 

morale pure que les nécessités de la guerre peuvent imposer. 
C'est seulement après ces préliminaires que commence le récit 
proprement dit, qui est fréquemment émaillé de digressions ou 
d'anecdotes n'ayant pas toujours un lien bien étroit avec le 
sujet, comme le moyen de détruire les puces ou le procédé 
qu'il convient d'employer pour empêcher les marmites neuves 
de se casser la première fois qu'on les met sur le feu. Enfin, il 
y a souvent des pièces justificatives telles que les lettres adres- 
sées au camp par le bey; malheureusement elles ne renfer- 
ment guère que des détails d'un médiocre intérêt : liste d'ob- 
jets envoyés ou admonitions adressées aux troupes ou à leurs 
chefs à l'occasion d'actes d'indiscipline ou de concussions. 

En dehors de la doxologie habituelle , quatre discours préli- 
minaires précèdent la Chronique mensuelle. Le premier discours 
est tout entier consacré à rénumération de nombreux hadits 
relatifs à la guerre sainte. Ces hadits font connaître les prin- 
cipales règles à observer dans les diverses circonstances que pré- 
sente la guerre sainte; ils indiquent les mérites qu'il y a à 
y prendre part et les récompenses que Dieu réserve à tout Mu- 
sulman qui expose sa vie pour cette œuvre sainte ou qui lui 
consacre tout ou partie de sa fortune. Le deuxième discours in- 
dique d'une façon assez vague les causes de l'expédition dirigée 
contre Oran ; le troisième est un panégyrique du bey, et le qua- 
trième contient un résumé de l'histoire d'Oran tiré en majeure 
partie d'Ibn-Khaldoun ; il fait valoir toute l'importance de cette 
place dans une lutte contre les infidèles à cause de son voisi- 
nage de l'Espagne et des facilités que son port devait fournir à 
la piraterie barbaresque. 

Il y a peu de choses à retenir de tous ces avant-propos que 
l'auteur a composés surtout à l'aide d'ouvrages connus. On con- 
naissait par ailleurs la malédiction proférée contre Oran par 
Sidi El-Haouâri et qui fut cause , au dire des Musulmans , de 



A8 0. HOUDAS. [8] 

la prise de la ville par les Espagnols. Le résumé des diverses 
expéditions dirigées par les Chrétiens contre l'Algérie n'apprend 
rien qui ne soit déjà bien connu. Quant aux songes et prédic- 
tions annonçant la chute prochaine d'Oran au pouvoir des Mu- 
sulmans, ils ont l'inconvénient de n'avoir été publiés qu'après 
l'arrivée du fait qu'ils prétendaient annoncer. 

Cependant il convient de noter un passage relatif au ribâf et 
emprunté au célèbre jurisconsulte tunisien, Ibn- c Arfa. tr Toute 
cité, dit-il, qui, après avoir été conquise sur les Musulmans 
par les Chrétiens, est plus tard reprise par les Musulmans, de- 
vient une ville de ribât pendant une durée de 60 ans; si elle 
a été reconquise deux fois par l'ennemi, elle reste îao ans 
ville de ribât; enfin elle conserve indéfiniment cette qualité 
quand l'infidèle l'a occupée à plus de deux reprises différentes. * 
On voit d'après cela qu'un ribât ne saurait être installé que 
dans une ville frontière ayant déjà été occupée par l'ennemi. 

A noter encore, en passant, un violent tremblement de terre 
qui eut lieu à Alger le 5 mars i35g et dont parle le atjjll &***, 
l'ouvrage que le frère du célèbre historien Ibn-Khaldoun a con- 
sacré à la dynastie llemcénienne des Abdelouadites. 

Bien qu'en réalité elle s'étende jusqu'au 37 février 1792, 
la chronique, débutant par le mois de safar de l'année tao5 
(10 octobre 1790), donne comme dernière rubrique le mois de 
moharrem 1206 (3i août-3o septembre 1791). Les opérations 
militaires furent en effet terminées au début de ce mois, et la 
période de temps laissée aux Espagnols pour évacuer Oran et 
Merselkebir ne pouvait comporter rien d'intéressant au point 
de vue des Musulmans. Voici maintenant mois par mois l'ana- 
lyse des faits les plus saillants indiqués par Ibn-Zerfa . dans sa 
chronique. 



[9] NOTICE SUR UN DOCUMENT ARABE INÉDIT. 49 

MOIS DE SAFAR 1205. 

C'est exactement le premier jour de ce mois que le bey de 
Mascara, Mohammed-ben-Otsinân, se met en roule pour Oran. 
Après avoir campé à Oued-El-Hammâm (pU^ <s*b®) et au 
Sig, il va s'installer à l'endroit dit Koudiet-El-Khiyâr (*a«x£ 
;LiL), à proximité des remparts d'Oran. Aussitôt arrivé, il 
ordonne à ses troupes de faire une grande fantasia afin de mon- 
trer aux assiégés que personne ne se ressent des fatigues du 
voyage et que les Musulmans sont prêts à engager vigoureuse- 
ment la lutte. C'est sans doute dans le même but que deux fois, 
pendant le cours de la première nuit, les assiégeants vont faire 
des feux de salve sous les remparts et se retirent ensuite pour 
aller piller les jardins et les quelques habitations situés aux 
environs immédiats de la ville. 

Cette démonstration ne produisit nullement l'effet qu'on en 
attendait et qui était d'attirer les Espagnols hors de la place. 
Aussi, le lendemain, malgré l'avis de ses officiers qui voulaient 
brusquer l'attaque et profiter de l'effroi que venait de causer le 
tremblement de terre, le bey pensa qu'il fallait tout d'abord 
essayer de pratiquer une brèche dans les remparts et il ordonna 
de mettre en batterie les canons de campagne qu'il avait ap- 
portés avec lui. Puis il écrivit au dey d'Alger le priant de l'au^ 
toriser officiellement à engager là lutte et de lui expédier ou 
de lui procurer le matériel de siège dont il avait besoin. 

En attendant le retour du courrier qu'il avait envoyé à Alger, 
le bey installa des batteries : à Regbet-Deinmouch (<jsyî:> *-£;)» 
à un point qui dominait le fort de Safarrando (jjsjfjju San 
Fernando M), dans l'espace compris entre le Château-Neuf 

(,) L'orthographe arabe indiquée entre parenthèses est toujours celle donnée 
par le manuscrit. 

(f) Ce fort était en avant du fort Saint-Philippe actuel. 

MEMOIRES ORIENTA UI. h 



taraitfiBii «itiovali. 



50 0. HOUDÀS. [10] 

(«xjjJL ç^Jt) et le Châleau-d'Eau (t^**N g^)* et en6n sur le pla- 
teau de El-Mâïda^ (ijsîW). Les canons et mortiers étaient 
d'une portée si faible qu'ils n atteignaient point les remparts de 
l'ennemi; aussi celui-ci pro6ta-t-ii du répit qu'il lui était ainsi 
laissé pour se mettre en bon état de défense. 

Cinq jours après son départ d'Oran, le courrier était de re- 
tour d'Alger, devançant d'un jour le délai qui lui avait été fixé. 
La réponse du dey était ainsi conçue : 

ULi / U aJaH, Jl^jJt oax duOJbjbtirj /UUI £*+» >.m u I JLUâ, 

C'est avec plaisir que nous avons reçu la bonne nouvelle qui nous 
annonce que la cité des Infidèles s'est écroulée sur eux et que le tremble- 
ment de terre les a vigoureusement secoués. Cela nous a comblé de joie 
et nous a fait éprouver un large et vif soulagement. Mettez-vous hardi- 
ment à la tâche afin de nous annoncer bientôt une autre bonne nouvelle. 
Dieu vous accorde contre eux secours et victoire. Vous nous demandez conseil 
au sujet du désir que vous avez de fondre sur l'Infidèle perfide et ignoble; 
c'est affaire k vous de décider cela et vous êtes mieux à même que qui que 
ce soit pour juger de la situation en présence de laquelle vous êtes. Gar- 
dez-vous toutefois de vous mêler aux combattants et d'exposer votre vie 
au moment de la rencontre et du combat. Nous vous demandons au nom 
de Dieu de songer à votre personne, car nous désirons conserver votre 

(,) C'est le nom de la terrasse qui surmonte la montagne de ^y** Heïdour; 
le nom de Mourdjadjo semble plutôt s'appliquer au pic que couronne le fort de 
Santa-Cruz. 



[11] NOTICE SUR UN DOCUMENT ARABE INÉDIT. 51 

existence afin de tirer profit des lumières de votre intelligence. Veillez 
aussi à ne pas exposer inutilement la vie des Musulmans et faites en 
sorte de vous préparer chaque jour à ce qui pourra vous arriver le len- 
demain. 

En même temps qu il envoyait cette réponse un peu ambiguë , 
le dey expédiait à Mostaganem et à Tlemcen l'ordre de remettre 
au bey tout le matériel de siège dont il aurait besoin. Avec ces 
ressources et les engins, dont il avait précédemment fait dépôt 
au Sig et à Arbal (jL*l), le bey s'était cru en mesure d'entamer 
un siège en règle. Mais, outre le temps qu'exigea le transport 
de ce matériel en l'absence de routes carrossables, ce qui permit 
aux Espagnols de recevoir des renforts de leur pays, les canons 
et leurs affûts étaient dans un tel état de délabrement qu'il 
fut impossible de s'en servir avant de leur avoir fait subir 
d'importantes réparations. 

Enfin cependant on réussit à se mettre définitivement à 
l'œuvre. L'armée fut divisée en trois corps : celui du centre 
commandé par le bey en personne ; une aile droite , postée à 
l'ouest du ravin de El-HâïdjW (^IfM), et placée sous le com- 
mandement de son fils Otsmân; une aile gauche installée à 
Ech-Cheffa M (xiaJl) sous les ordres de Mohammed-ben-El-bey- 
Ibrahim, gendre du bey. Pleins d'ardeur au début, les soldats 
du bey allaient jusque sous les murs d'Oran provoquer les assié- 
gés et l'on fut sur le point d'enlever de vive force un fort qui 
depuis a reçu le nom des Beni-Zerouâl, tribu qui en avait entre- 
pris vaillamment l'attaque. A ce moment l'enthousiasmé fut tel 
que le bey dut défendre à ses troupes de continuer leurs bra- 

(,) Le nom de cette localité rappelle-t-il , comme semble le croire L. Fey, le 
combat acharné livré en cet endroit par Bou-Chel&ghem aux Espagnols en 1739 
et dans lequel les Musulmans furent vainqueurs ? Je ne le pense pas et je suppose 
que ce nom était déjà employé avant cette époque. 

(,) C'est la prononciation vulgaire. 

/1. 



52 0. HOUDAS. [12] 

vades héroïques qui ne pouvaient avoir que des conséquences 
fâcheuses. 

Les batteries, mal armées et mal dirigées, ne réussissant pas 
à pratiquer la moindre brèche, l'armée, qui n'entrevoyait pas le 
moment où sa vaillance serait enfin utilisable, commença bientôt 
à donner des signes de découragement. Et ce fut en vain alors 
que le bey tenta de relever l'état moral de ses gens en faisant 
appel à leurs convictions religieuses. Les tolbas, qu'on avait en- 
régimentés pour prêcher la croisade musulmane, parcoururent 
chaque jour les tentes des soldats leur récitant, soit des passages 
du Coran, soit des hadits qui étaient de nature à enflammer 
leur zèle; mais ces tournées quotidiennes ne réussirent pas à 
arrêter la démoralisation générale que provoquaient l'inaction 
de la plupart des hommes et l'impuissance du feu des batteries. 

Tous ces hommes, qui n'avaient abandonné leurs terres et 
leurs familles que dans l'espoir d'un prompt et riche butin, 
s'apercevaient qu'ils avaient lâché la proie pour l'ombre et que 
leur présence dans leurs foyers leur serait plus agréable et plus 
avantageuse que le séjour devant ces murs dont rien ne faisait 
prévoir la chute prochaine. Aussi les moindres incidents dégéné- 
raient-ils en querelles et conflits et il suffisait qu'une mine fût 
éventée pour qu'on criât tout haut à la trahison. 

Cet état des esprits menaçait de se terminer par une déser- 
tion générale. Le bey, qui avait manqué d'audace au début, 
comprît enfin qu'il fallait coûte que coûte arrêter ces fâcheux 
symptômes. Sur une indication fournie par deux prisonniers 
espagnols, il décida d'attaquer le bastion qui défendait l'entrée 
de la ville d'Oran. Un coup de canon tiré par la batterie de 
El-Mâïda devait donner le signal de l'assaut, et, dès la veille, 
chacun prit toutes ses dispositions en vue de l'événement et se 
prépara à la mort en rédigeant son testament ou en réglant 
ses affaires par devant les magistrats établis au camp. 



[13] NOTICE SUR UN DOCUMENT ARABE INÉDIT. 53 

Grâce à la prudence des Espagnols qui se gardèrent bien de 
quitter leurs remparts, l'attaque des Musulmans ne produisit 
aucun résultat. Après une vive fusillade parfaitement inutile 
les assiégeants retournèrent à leur camp et décidèrent de lever 
le siège. On brûla aussitôt les fascines, on détruisit les retran- 
chements qu'on avait élevés, puis on se mit en route pour Mas- 
cara a6n de se préparer à une nouvelle attaque dans de meil- 
leures conditions. Toutefois on laissa aux alentours de la place 
quelques groupes de soldats avec mission d'établir une sorte 
de blocus. Cette première partie de l'expédition avait duré en 
tout dix-huit jours. 

A chaque instant le récit qui précède est interrompu par 
des digressions. L'auteur, qui était né au Sig, fait un éloge 
pompeux de cette localité; il parle d'une grande ferme que le m 
bey de Mascara y possédait et qui servait en même temps d'ar- 
senal où était remisé le matériel de guerre encombrant. Il dit 
que le premier barrage de la rivière fut construit par les Abd- 
elouadites. Ce barrage aurait été détruit en 997 (1589) par 
une pluie torrentielle provoquée par les malédictions d'un cer- 
tain Sidi € Omar-Amhâdj (gl**!)* à qui les Benou-Ziyân avaient 
refusé le droit de prendre de l'eau pour irriguer ses champs. Du 
temps d'Ibn-Zerfa, les ruines de ce barrage étaient encore très 
visibles. Avant d'arriver au barrage, la rivière se nomme El- 
Mebtouh (^Ai>-U); elle prend ensuite le nom de Sig. 

Pendant le siège , le bey avait cherché à trouver la conduite 
qui amenait l'eau à Oran ; malgré la promesse d'une somme 
de 1,000 sultanis, à qui donnerait cette indication, personne ne 
put fournir ce renseignement, qui eût provoqué la reddition 
d'Oran à bref délai. A peine arrivé à Mascara, le bey fait con- 
struire un arsenal au Sig dans l'un des deux forts bâtis en cet 
endroit. Il reçoit la visite du mufti de Miliana et d'un juriscon- 
sulte hanéfile, tous deux excellents musiciens. 



54 0. HOUDAS. [14] 

MOIS DE REBf T. 

Tout ce mois est employé à préparer le retour à Oran dans 
des conditions meilleures que les précédentes. On s'occupe tout 
d'abord de se procurer les bois de charpente dont on avait be- 
soin pour fabriquer des affûts, des roues et des chariots. Des 
détachements vont couper ces bois dans diverses forêts, situées 
dans le district de la Qalaa des Beni-Râched, aux Oulad-Mi- 
moun, dans la montagne de Nesmet* 1 ) (u£j), près des villages 
de Mesrâla (ttt^**) et de Talayouânet (JLsÇÛj). Des ouvriers 
venus de Tlemcen et d'Alger se mettent aussitôt à 1 œuvre pour 
réparer le matériel endommagé et établir du matériel neuf. 
On fabrique de nouveaux fusils et on remet en état les^nciens. 

Pendant qu'il forge ainsi de nouvelles armes, le bey songe 
aussi à maintenir un blocus plus rigoureux autour de la place 
d'Oran. Pour cela il imagine une organisation assez singulière. 
Durant sa première expédition il avait déjà eu l'idée d'emmener 
un certain nombre de tolbas qui, tout en prenant part comme 
les autres soldats aux opérations militaires, faisaient en outre 
office d'aumôniers pour ainsi dire. Le résultat de cette expé- 
rience avait sans doute été satisfaisant, puisqu'il se décida à lui 
donner une plus grande extension. Il s'agissait surtout d'avoir 
sous les murs d'Oran un groupe compact de bons Musulmans 
qui sentiraient toute l'importance de la tâche qui leur serait 
confiée aussi bien au point de vue militaire qu'au point de vue 
religieux, et en même temps de leur assurer une occupation 
régulière en dehors des courts instants consacrés le plus souvent 
à une simple surveillance. 

(l) Dans une plaquette intitulée : Quelques notes sur les entreprises des Espa- 
gnols au cours de la première occupation d'Oran, Oran, 1 886 , M. L. Guin donne, 
p. t3, la prononciation Ncsmout et ajoute en note : «Aussi Mesmout, forêt au sud 
des Hachem». 



[15] NOTICE SUR UN DOCUMENT ARABE INÉDIT. 55 

Au cours du mois de rebf I er tous les professeurs, instituteurs 
ou même simplement les personnes qui savaient le Coran par 
cœur furent invités à se rendre sous les murs d'Oran. Là chacun 
d'eux, en échange d'émoluments fixés et de rations journalières 
lui constituant une situation égale à celle qu'il allait abandonner, 
devait continuer son enseignement à un certain nombre de toi- 
bas en âge de porter les armes, et constituer un véritable ribât 
dont les membres partageraient leur temps entre le souci de la 
guerre et celui de l'élude. Cette sorte de cohorte sacrée fut 
placée sous l'autorité de deux chefs : Mohammed-ben-Abdallah- 
El-Djilâli et Et-Téhar-ben-Haouâ, cadi de Mascara M. 

Deux immenses tentes, destinées à servir de salles de cours, 
furent mises à la disposition de ces troupes d'un nouveau genre 
dont un premier convoi, d'environ 600 hommes armés et équi- 
pés, quitta Mascara solennellement, drapeaux et tambours en 
tête. Les Musulmans eux-mêmes furent quelque peu surpris 
de cette innovation, car la population de Mascara ne ménagea, 
paraît-il, ni ses sarcasmes, ni ses quolibets en voyant défiler 
sous ses yeux ces gens dont l'allure sans doute avait un carac- 
tère fort peu martial. 



MOIS DE REBf IL 

Ce fut seulement au commencement de ce mois que le pre- 
mier convoi de la cohorte sacrée quitta Mascara pour se rendre 
à son poste. Les tolbas arabes ont conservé assez tard les tradi- 
tions de nos étudiants du moyen âge. Rosser le guet était pour 
eux péché mignon et c'était pain bénit que de brimer le bour- 

(1} Le cheikh Bou-Ras, qui prit part personnellement à ce siège à partir du mois 
de chaou&l, fait un pompeux éloge de ces tolbas; cf. Voyages extraordinaires et 
nouvelles agréables par Mohammed- Abou-Ras-ben-Akmtd-ben-Abd-el-Kadcr En- 
Nasri, traduit par M. A. Arnaud; Alger, i885, p. 189. 



56 0. HOUDAS. [16] 

geois et de puiser dans sa bourse. Les heures de cours étaient 
longues et, après la bonne tenue qu'on devait y observer, il fal- 
lait bien donner un peu d'essor à l'exubérance de la jeunesse. 

Aussi est-il à peine besoin de dire que le voyage de ces jeunes 
gens, cumulant leurs licences habituelles et celles du soldat en 
campagne, se fit dans des conditions déplorables. À la première 
étape, à Oued-El-Hammâm, tout alla bien cependant grâce à la 
plantureuse hospitalité qui leur fut offerte. Mais le lendemain, 
quand on arriva à la tribu des Tahelâït (os>tt^), installée sur 
une roule très fréquentée et qui ne pouvait nourrir tous les 
voyageurs qui passaient, les choses changèrent d'aspect. 
Gomme on refusait de les héberger gratuitement, les tolbas 
n'hésitèrent pas à s'emparer de tout ce qui leur tomba sous la 
main, et peu s'en fallut que la bagarre qui s'en suivit dégénérât 
en combat. Au Sig, où l'on séjourna dix jours, les mêmes 
désordres se renouvelèrent. Enfin on finit par arriver à Oran 
après un arrêt au TléhU (c^ttJii &*]>). 

La saison d'hiver étant commencée, la cohorte abandonna 
Hâsi El-Ahrach (^olt^Ut), où elle s'était tout d'abord in- 
stallée, pour se réfugier en partie dans les grottes de l'Oued 
Ifri (<^irf i£^>), à la bifurcation du chemin de Merselkebir vers 
Oran. On édiGa en outre un certain nombre de gourbis qui ser- 
virent également à l'habitation des tolbas, tandis que les tentes 
étaient réservées aux études de droit et de grammaire. L'exis- 
tence des tolbas était assez précaire à ce moment, faute de 
trouver sur place les moyens de se ravitailler; aussi, les approvi- 
sionnements qu'on leur envoyait étant insuffisants et n'arrivant 
pas toujours bien régulièrement, leur turbulence fut-elle loin 
de se calmer. 

Tout d'abord ils se plaignirent vivement de l'incurie de leurs 
chefs et de la partialité qu'ils mettaient dans la distribution 
des vivres et de l'argent que le bey envoyait. Ils trouvaient en- 



[17] NOTICE SUR UN DOCUMENT ARABE INÉDIT. 57 

core que l'on favorisait à leur détriment les troupes de blocus 
campées à Miserguin ((^a^***) et qui comprenaient également 
des tolbas. Toutefois, bien qu'il fût informé de toutes ces que- 
relles et des altercations assez violentes auxquelles elles don- 
naient lieu, le bey persista à maintenir le système qu'il avait 
imaginé, et un nouveau convoi de 4oo tolbas vint rejoindre le 
premier qui était établi sur l'Oued Ifri. 

Les Espagnols ne firent que de timides tentatives pour se 
débarrasser de ce voisiuage incommode. Pourtant ils opérèrent 
quelques sorties et, dans l'une d'elles, les tolbas eurent 3 tués 
et î a blessés au lieu dit Koudiet-el-Âfouâl ( Jlyail **«*£). Mais 
tout cela n'avançait guère leurs affaires et le blocus ne fut nulle- 
ment interrompu par ces petites passes d'armes. Pendant ce 
temps on travaillait activement à Mascara à être en état de re- 
prendre le siège. Des instructeurs étaient venus d'Alger dresser 
le personnel inexpérimenté du bey, et des écoles à feu étaient 
organisées pour exercer les artilleurs au tir de leurs canons. 

Pendant ce mois on tenta de nouveau de couper l'eau qui 
alimentait la ville d'Oran. Les travaux d'adduction avaient été 
faits autrefois par le cheikh Abou-Sâlim-Sidi-Ibrahim-Et-Tâzi. 
Il avait été question à cette époque d'amener à Oran les 
eaux du Tessâlâ (illib). On finit par découvrir le lieu où se 
trouvait la source, mais on ne réussit pas à l'atteindre, protégée 
qu'elle était par de grosses roches formant cavernes. 



MOIS DE DJOMADA I*. 



Durant ce mois, des escarmouches de peu d'importance oc- 
cupent parfois l'attention des tolbas et interrompent un mo- 
ment leurs querelles et leurs récriminations. On leur avait 
même annoncé qu'une affaire sérieuse allait être engagée, mais 
ce ne fut qu'une fausse alerte. La distribution des vivres, des 



58 0. HOUDÀS. [18] 

munitions et de l'argent donnait toujours lieu à de vives con- 
testations, car on avait constaté que la quantité des choses répar- 
ties était souvent bien inférieure à celle annoncée dans les lettres 
du bey. Les tolbas n'avaient donc peut-être pas toujours tort 
de se plaindre. 

Le 8 de ce mois coïncida avec le i w janvier de Tannée ju- 
lienne 1 79 1 . A cette occasion les habitants du Maghreb central 
avaient l'habitude de célébrer une fête dont l'auteur parle en 
ces termes : 



»jo5 *4** iLJLk» ji* r «xs i*l+&\ JUuJt ^ J^il p^JI y*> JUUb & , 

'SWw<fW> <k*t ^5>uii ^^iiJi j^*i ^ â»y **i, /àr o^**» 

^U* pj ^U^J^^LJî x*~y buwpil c^àIL ibl*)t si tjt ^jâJtJlj t***^ 
^L^-3^ /«hJI IôjL*? 1^53 ^LJL ,Utfl fôs* ^^J^ ^ ^1^ ^U 

fVy*\£*h 'jUtfl , tfjjM pjj| yjJ^J tfàtj*)! ^ #JâW jLft &MmyÙ\ 

'fttLtjl **i y^X^ j-UI ^ j #>yi 3 ^«Hll ^ j^II dite» / JjJI 

Le huitième jour de ce mois, le premier jour de Tannée chrétienne, 
l'auteur de cette chronique mensuelle arriva chez les tolbas. Il revenait 
de chez sa Hautesse, notre seigneur l'Emir — que Dieu lui accorde aide et 
facilités ! Il ramenait avec lui viogt-trois charges. L'une d'elles consistait 
en pots contenant des tiges de qasab-fârisi avec leurs racines W. Le reste 

{1) Les mots qasab-fârw désignent ordinairement les roseaux à écrire ou bam- 
bous. 11 s'agirait donc de boutures destinées à être plantées. 



[19] NOTICE SUR UN DOCUMENT ARABE INÉDIT. 59 

des charges comprenait une grande quantité de figues sèches, en tout 
cent pains W, dix sacs de noix, de raisins secs et aussi quelques dattes W. 

C'est l'usage dans le Maghreb central que les gens fassent des largesses 
à leurs familles le jour de janvier (ji^t) en leur distribuant de la viande, 
des figues sèches et des noix; toutes ces choses sont appelées naïr (j*k), 
parce qu'on les conserve pour cette circonstance et qu'on les offre ce 
jour-là. Telle est la coutume chez les gens des grandes villes. 

Dans les bourgs, on prépare pour cette fête de la viande grasse, des 
fèves cuites k feau et salées, des figues sèches et des cœurs de palmiers 
nains. Telles sont les diverses choses dont on fait des largesses à ses pa- 
rents. Vous voyez alors les paysans apporter des palmiers nains dans les 
bourgs et les villes et recevoir en échange les fruits secs qui, d'après eux, 
sont destinés* à ce jour spécial. On ne trouve à payer ces palmiers nains 
que de cette façon, car tel est le désir et l'espérance de ceux qui les 
offrent. Ce jour-là vous voyez tous les parents se réunir et se témoigner 
affection et respect. 

Rien de saillant n'est noté au cours de ce mois en dehors de 
la turbulence ordinaire des tolbas, sauf leur conduite cruelle à 
l'égard de femmes espagnoles qui pleuraient la mort de quelque 
parent. Au lieu de respecter la douleur de ces femmes, ils se 
moquent d'elles et leur crient à plusieurs reprises : «r C'est nous 
qui l'avons tué. -n 

Les Espagnols coupent les arbres qui se trouvaient dans leurs 
jardins sous les murs d'Oran. L'auteur suppose que c'est dans 
le but de dégager les abords de la place et d'empêcher les em- 
buscades; il est plus vraisemblable de croire que c'est la pénurie 
de combustible qui les avait engagés à agir ainsi. 

MOIS DE DJOMADA II. 

Si fréquents qu'ils fussent, les envois du bey étaient toujours 
insuffisants pour assurer le ravitaillement des tolbas qui man- 

(1} On appelle J±* des figues sèches agglomérées en gros pains. 
(*> Tous les fruits secs que Ton consomme en cette circonstance sont désignés sous 
l'appellation générale de JaLfc . 



60 0. HOUDAS. [30] 

quaient souvent d'argent, de vivres ou de munitions. La viande 
faisait souvent défaut faute de marché à proximité, et il fallait 
aller à cinq milles de là à l'ouest de Merselkebir pour s en pro- 
curer. Le mauvais temps rendait d'ailleurs les communications 
assez difficiles et expliquait un peu la pénurie dans laquelle on 
laissait la cohorte sacrée. Le mécontentement était encore accru 
par l'inaction à peu près complète dans laquelle on était, et 
aussi par les intempéries qui obligeaient tous ces jeunes gens à 
rester entassés dans leurs grottes ou leurs cabanes. 

Les privations qu'on s'imposait étant devenues trop grandes, 
on résolut d'aller chez les Ghomra dont le territoire était assez 
voisin et produisait de tout en abondance. Les Ghomra firent 
bon accueil à la députa tion des tolbas, mais ceux-ci ne se con- 
tentèrent pas d'une large hospitalité et de quelques cadeaux en 
nature. Privés depuis longtemps d'une foule de bonnes choses 
qu'ils trouvaient là en abondance et à leur portée, ils n'hési- 
tèrent pas à faire main basse sur tout ce qui leur convenait. Un 
des Ghomra ayant malmené un de ces pillards, une vive que- 
relle s'engagea, et elle se serait terminée par un véritable combat 
si les maraudeurs ne s'étaient décidés à battre en retraite. 

Les escarmouches avec les Espagnols étaient peu fréquentes 
et toujours sans importance. Derrière leurs remparts les assiégés 
étaient tout à fait invulnérables et ils n'avaient rien à gagner à 
sortir de chez eux. Leurs espions les tenaient au courant des 
algarades des tolbas qui avaient sans cesse maille à partir avec 
leurs propres chefs ou avec les soldats des tribus installées dans 
leur voisinage. Ils pouvaient donc espérer lasser la patience de 
leurs ennemis d'autant mieux qu'ils se montreraient moins. 

Vers la (in du mois, des troupes plus vaillantes et mieux dis- 
ciplinées que les tolbas arrivèrent en nombre et commencèrent 
les travaux préparatoires du siège. Il fallut tout d'abord tracer 
des routes pour permettre de faire passer les canons qu'on allait 



[21] NOTICE SUR UN DOCUMENT ARABE INÉDIT. 61 

mettre en batterie. Un des points les plus difficiles à atteindre 
était le sommet du Mourdjadjo, qui dominait les positions espa- 
gnoles. Quoique assez malaisée, l'opération fut exécutée avec 
une grande rapidité. 

L'arrivée de ces troupes détermina les Espagnols à établir 
une batterie avancée à Hâchiet-el-Àfouâl (jtyiH **£l»>), en face 
du fort des Beni-Zerouâl. Cette tentative ne fut pas couronnée 
de succès. Les premiers retranchements élevés durant une nuit 
furent détruits le jour suivant par les tolbas. Les travaux , repris 
la nuit suivante, furent de nouveau bouleversés le lendemain 
par les assiégeants et il fallut renoncer à s'installer sur ce point. 
Les assiégeants devenaient d'ailleurs de plus en plus nombreux, 
les armes et le matériel de siège arrivaient chaque jour et le 
corps des tolbas devenait lui aussi de plus en plus considé- 
rable. 

Les Musulmans étaient persuadés que, sans la malédiction 
de Sidi-El-Haouâri , la ville d'Oran ne serait jamais tombée au 
pouvoir des infidèles et que l'intervention du saint personnage 
était indispensable pour faire cesser les effets de sa colère. Aussi 
décidèrent-ils de chercher à l'intéresser au sort de leurs armes. 
Dans ce but on imagina de faire, pendant un mois, toutes les 
prières et toutes les récitations du Coran en l'honneur de Sidi- 
El-Haouâri. Et, pour que cette manifestation lui parvînt plus 
directement, on monta sur le plateau de El-Mâïda d'où l'on 
voyait le tombeau du saint, et c'est de là qu'on lui lança les 
premières invocations. 

MOIS DE HEDJEB. 

A maintes reprises déjà, l'auteur a parlé de la détresse des 
tolbas qui mangeaient rarement à leur faim et dont l'installa- 
tion devenait de plus en plus difficile à mesure qu'ils augmen- 
taient en nombre. A ce moment ils étaient au nombre de 1 ,45o, 



63 0. HOUDAS. [23] 

répartis dans 58 tentes qui contenaient chacune a 5 personnes. 
Aucun marché n'existait à proximité où Ton pût se procurer 
les objets les plus indispensables. Tout venait du dehors; Tlem- 
cen et Mostaganem envoyaient surtout du beurre, des fruits 
secs et des grains tout préparés tels que la dechîcha (&&*&*); 
Nédroma envoyait des marmites, et les Àbîd-Gherâba du sel. 

D ordinaire les grains arrivaient non préparés et personne 
n'était là pour les moudre, ce travail étant toujours exécuté par 
des femmes lorsqu'on vit à la campagne ou sous la tente. Le 
bey comprit enfin qu'il avait manqué de prévoyance et il décida 
que l'on installerait des moulins à Miserguin. 

Au cours de ce mois, on termina les routes destinées à assurer 
le transport du matériel de siège et sa mise en place. Une par- 
tie de la route qui menait au Mourdjadjo était sur le flanc de la 
montagne qui donnait sur la mer. Les Espagnols profitèrent de 
cette circonstance pour envoyer des navires qui lançaient des 
bombes contre les travailleurs. Ce tir ne produisit aucun effet; 
les Musulmans ne perdirent pas un seul homme et il n'y eut, 
paraît-il, qu'un âne qui fut tué par une bombe. 

Les tolbas s'étaient vite habitués à voir sans effroi les bombes 
tomber autour d'eux. Ils se précipitaient sur celles qui n'écla- 
taient pas immédiatement, ils en arrachaient la mèche et s'em- 
paraient de la poudre qu'elles contenaient. Cette insouciance du 
danger avait sans doute de temps à autre de graves inconvé- 
nients, car on leur défendit de se livrer à ce jeu, en se basant 
sur cette disposition de la loi musulmane qu'il y a faute à ex- 
poser sa vie quand il n'y a aucun intérêt matériel à le faire, 
soit pour la personne elle-même, soit pour la communauté 
musulmane. 

Les préparatifs étaient déjà fort avancés et une action déci- 
sive semblait devoir être bientôt imminente, quand le bey fit 
appel aux tribus voisines et leur demanda de venir se joindre 



[23] NOTICE SUR UN DOCUMENT ARABE INÉDIT. 63 

aux assiégeants. Les Douâïr, les Zemâla et les Abîd-Gherâba 
répondirent à cet appel et leurs contingents grossirent bientôt 
l'effectif de l'armée musulmane; cependant aucune action de 
guerre bien sérieuse n'eut lieu au cours de ce mois. 

A propos d'une excursion qu'il fit aux environs d'Oran, l'au- 
teur parle des deux sebkhas situées : la grande, près de Mi- 
serguin; la petite, près de la Sénia. Il assure que la présence du 
sel y est récente et qu'elle est due à un miracle de Sidi-Bou- 
Medien à qui les habitants du pays s'étaient plaints de manquer 
de sel. Le saint patron de Tlemcen n'eut qu'à planter successi- 
vement sa pique dans les deux endroits ci-dessus indiqués pour 
qu'aussitôt le sel s'y montrât en abondance et en grande quan- 
tité , sans pourtant que l'eau des puits voisins devînt saumâtre. 

À la suite de ce premier miracle, qui n'a rien d'étonnant, 
dit-il, quand on sait quelle était la sainteté de Sidi-Bou-Medien, 
il en cite deux autres, dont un consista à convertir tout un cou- 
ventde moines chrétiens à l'islamisme. Voici d'ailleurs en entier 
le texte de ce passage et sa traduction. 



+}) yjjj] £* lj*Jk.j «>**4I Ijl&td) (jaWU tf) !j***Jj \)J&* ylflSX^I^ 
U aJ JUi loLà* Ja^ {+ JL. cSm jkXo q\ $jj\ *t;l Lfcj «>oJ +fr jfcjo 

c*-ili% L*Ii *X^Uî Jo:>L* Ukili *uûJt yJLo Is ^ 



64 0. H01DAS. [2t] 

JL^yJuUI JU£^ jJjJI £* ^U^JI Js^si j-tJt «X**> Jvjfrvi iJ^cnJI £*t i 
«XJ Ul, JJ à^-rOt y *^-U ,J y*W*4î V**'j «** yU^H *^ y*> J*U* 

w Ui« ^ JJ^jLÙI «LfcJè y* f**^ w U«yt, J^âJJ y* foJiiU JU^ 
y^a i !>J-^^ y^' j»*ie tf^* «>J> A »>*^ y* f*«»; y^l £*) U 

Ju* t^J 3 ^aJI IjjU ^Milt IjhJo, l^-U ^**lt .x^y t j^aJI jjui 

yli, J^^lt ,J ,l£jj|> C U«»>^ j^» yi^ i* <i* V^ * !^> If'b ««^ 

El-Horaïfechi et d'autres racontent que le cheikh Abou Medien faisait, 
après la prière du matin, une conférence sur les vérités fondamentales 
dans la mosquée d'Algésiras en Andalousie. Les moines d'un couvent, dit 
couvent du Roi, et qui étaient au nombre de 70 personnes — ou suivant 
une variante, 70 hommes — avaient entendu parler de celte conférence. 
Dix des principaux moines de ce couvent décidèrent de s'y rendre aCn 
de juger de sa valeur et, dans ce but, ils se déguisèrent et revêtirent le 
costume des Musulmans. Ainsi costumés, ils entrèrent dans la mosquée, 
y prirent place parmi les assistants sans être reconnus par personne. 

Au moment où le cheikh devait prendre la parole, il garda le silence 
et resta ainsi jusqu'à l'arrivée d'un tailleur auquel il dit : * Qu'est-ce qui 
t'a mis en retard? u — <r Maître, répondit-il, j'ai dû attendre d'avoir ter- 
miné les bonnets W que tu m'as recommandé de faire. * Aussitôt le cheikh 
prit ces bonnets, se leva et revêtit d'un bonnet chacun des dix moines. 

(1) Je lis £eib, nom que l'on donne aux bonnets d'étoffe que Ton porte en des- 
sous de la calotte rouge. 



[25] NOTICE SUR UN DOCUMENT ARABE INÉDIT. 65 

Toute l'assistance fut surprise de cet acte, personne n'étant au courant de 
l'affaire. 

Cela fait, le cheikh prit la parole et entre autres choses il prononça 
ces mots : ((Mes frères, lorsque les brises de la déférence, de la sympathie 
et de l'admiration à l'égard de la Vérité soufflent sur des cœurs éclairés, 
toute lumière s'éteint.» Le cheikh poussa alors un soupir et toutes les 
lampes de la mosquée s'éteignirent. Et elles étaient au nombre de trente 
et quelques. Après cela le cheikh se tut et baissa la tête. Personne, tant 
était grand le respect dont on l'entourait, ne souffla mot et ne fit le 
moindre mouvement. 

Un instant après le cheikh releva la tête et dit : «Il n'y a d'autre divi- 
nité que Dieu. Mes frères, lorsque les lumières de la grâce brillent sur des 
coeurs morts toutes les ténèbres s'eflacent devant elles. » Et, sur un nouveau 
soupir du cheikh, toutes les lampes se rallumèrent, reprirent leur clarté 
et s'agitèrent si violemment qu'elles faillirent se heurter les unes contre 
les autres. Le cheikh, ayant ensuite parlé du verset de la prosternation, se 
prosterna. Tous les fidèles se prosternèrent également, y compris les 
moines qui redoutaient l'éclat d'un scandale. Pendant qu'il était pro- 
sterné le cheikh prononça l'invocation suivante : «0 mon Dieu, tu sais 
mieux que personne diriger tes créatures et assurer le sort de tes adora- 
teurs. Or, ces moines qi^e voici ont déjà imité les Musulmans dans leur 
costume et leur prosternation devant toi; j'ai pu changer leur extérieur, 
mais nul autre que toi ne peut changer leur foi intérieure. Puisque tu 
les a admis à s'asseoir à la table de ta bienveillance, délivre-les du poly- 
théisme et de l'hérésie; fais-les sortir des ténèbres de l'infidélité vers la 
lumière de la foi. r> 

Les moines n'avaient pas relevé la tête après leur prosternation que 
déjà leur éloignement pour l'islamisme avait complètement disparu et 
qu'ils étaient entrés dans la religion du Souverain, du Maître, de 
l'Unique, de l'Adorable. Ils se convertirent à l'islamisme d'une façon 
complète ; ils se présentèrent au cheikh, abjurèrent entre ses mains et, re- 
venus dans la bonne voie, ils pleurèrent et regrettèrent ce qu'ils avaient 
fait autrefois. Les cris et les sanglots éclatèrent alors dans toute la mosquée 
et ce fut un jour mémorable. 

L'auteur termine le récit consacré à ce mois de redjeb en par- 
lant d'une dénonciation dont il avait été victime et qui l'obligea 

MÉMOIRES 0R1EWTAUY. 5 

IllrlUMKftIB ^«TIOlilE. 



66 0. HOUDAS. [26] 

à aller se défendre à Mascara auprès du bey qui lui fit bon 
accueil et le renvoya à Oran en lui conservant ses titres et 
fonctions. 

MOIS DE CHA'BÂN. 

Le matériel de siège terminé, le bey quitte Mascara et se met 
en route. Il campe à l'Habra (f^** J?»)? puis à l'étang de For- 
nâka (a^Im), et gagne Mostaganem où il fait un assez long sé- 
jour. Le départ a lieu en grande pompe ; le bey est entouré d'un 
brillant cortège de cavaliers. Son grand étendard porte l'inscrip- 
tion suivante : ^j* jùy M yy** *-**y à^ <£* j«x£)t. Le dey 
ayant annoncé que des pourparlers s'étaient engagés entre les 
Turcs et les Espagnols au sujet de l'évacuation d'Oran par ces 
derniers, un armistice d'un mois est conclu, et c'est en attendant 
la fin de ces négociations que le bey demeure à Mostaganem. 

L'auteur, qui était arrivé à Mascara après le départ du bey 
et qui l'avait rejoint à Fornâka, le quitte pour se rendre à 
Oran. Il passa à Sidi Ma'rouf W sur lequel il donne la notice sui- 
vante : 

LU*J ySlyii »y ylÛ ê^k.' \J 9 JO* «^ Ek^ l^ô Cy Atyïà éii, Jx 

JLi-i oUJL? y JuJi» «yi £«** *&t ] «J^» J' <**j> **«** J* JM> Ai* 

El-Horaïfechi rapporte que le père et la mère de Ma'rouf étaient chré- 
tiens et qu'ils le confièrent à leur instituteur qui lui disait: <f Dis que Dieu 

(1) Ce nom est encore porte par cette localité où se trouvent quelques grandes 
fermes. 



[27] NOTICE SUR UN. DOCUMENT ARABE INÉDIT. 67 

est te troisième d'une Trinité.» — *Non, répondait Ma'rouf, il est 
l'Unique, le Maître.» L'instituteur ne cessait de punir l'enfant de sa ré- 
sistance et finit un jour par le frapper avec violence. L'enfant s'enfuit et 
on ne sut ce qu'il était devenu. *Ah! s'écriaient les parents, si nous le re- 
trouvons, nous adopterons sa religion quelle qu'elle soit! » Ma c rouf se rendit 
auprès de Ali-ben-Mousa-Er-rida et embrassa l'islamisme entre ses mains 
Puis il retourna à la demeure de ses parents. Comme il frappait à la 
porte on cria : «f Qui est là N — «fMa'rouf», répondit-il. — <r Quelle est ta 
religion?» lui demandèrent ses parents. — «La religion musulmane», 
répondit-il , et les parents se convertirent et adoptèrent sa religion. 

Une députation de tolbas était venue présenter ses hom- 
mages et sans doute aussi ses doléances au bey pendant le cours 
de son voyage de Mascara à Mostaganem. Â leur retour au camp 
devant Oran, ces hommes turbulents ont des querelles avec 
toutes les populations qu'ils rencontrent sur leur parcours. Ils 
s'imaginent que tout leur est permis et croient avoir le droit 
de s'emparer de ce qur leur convient à cause de leur double 
qualité de tolbas et de soldats. 

A la faveur de l'armistice, assiégeants et assiégés eurent de 
fréquentes relations. La seule curiosité attirait les tolbas, tandis 
que le» Espagnols paraissaient surtout tenir à montrer la soli- 
dité de leurs remparts et la discipline de leurs troupes. Peut- 
être espéraient-ils ainsi obtenir de meilleures conditions et con- 
server Merselkebir en abandonnant seulement la ville d'Oran 
dont, à vrai dire, ils ne pouvaient tirer aucun profit réel du 
moment qu'ils restaient confinés dans les murs de la place. Un 
bon port leur suffisait au point de vue de la répression de la 
piraterie et comme débouché commercial. 

Le bey blâma vivement les tolbas des rapports trop amicaux 
qu'ils avaient avec l'ennemi. Il leur enjoignit de se tenir sur la 
réserve et de profiter seulement des facilités qu'ils avaient en ce 
moment de bien connaître les moyens de défense des Espagnols, 
afin de se servir de ces renseignements dès que la lutte recom- 

5. 



68 0. HOLDAS. [38] 

mencerait. Peut-être craignit-il que paf des moyens peu scru- 
puleux on cherchât à détourner ces jeunes gens de leur devoir. 
Du moins c'est ce qui semble résulter du récit d'une visite à 
Merselkebir faite -par trois tolbas. Après leur avoir fait visiter 
la forteresse, les Espagnols les avaient conduits dans vm salon 
et les y avaient laissés seuls avec leurs femmes. Au lieu de voir 
dans ce fait une simple marque de confiance, les jeunes musul- 
mans furent persuadés qu'on avait voulu attenter à leur vertu. 

Avec leur indocilité habituelle, les tolbas ne tinrent aucun 
compte des observations que Ton venait de leur (aire, et, pour 
se faire obéir, le bey dut avoir recours à un moyen héroïque et 
fort peu scrupuleux. Il écrivit aux Oulhâça (juel+Ij), chez qui 
régnait une grave épidémie, d'envoyer à Oran vendre des effets 
ayant appartenu à des victimes du fléau, sachant, par expé- 
rience, ajoute l'auteur, que la contamination était plus sûre par 
ce moyen que par tout autre. Ces effets furent vendus à vil prix 
à des Musulmans alliés aux Espagnols, et aussitôt quatre morts 
se produisirent. Dans une lettre qu'il adressa aux tolbas le bey 
leur fit connaître ce résultat qui était de nature à les retenir 
dans leur camp. 

Par ce procédé, quelque peu barbare, le bey avait voulu sur- 
tout atteindre les Musulmans au service de l'Espagne. Quelques- 
uns d'entre eux au moins avaient abjuré l'islamisme, car Ibn- 
Zerfa les appelle meghdfis (jmJpUu) <r baptisés n , pluriel, qu'il 
forme de jjLu pour le faire rimer avec cr <Jlf \ cr démons ». Ce mot 
sç retrouve sous la forme de Almogataze dans les chroniques, espa- 
gnoles. Dès le début de L'armistice on avait cherché en vain h. les 
décider, à abandonner les Espagnols. Le chef des tolbas qui avait 
été chargé de s'occuper de cette affaire fut d'ailleurs sévèrement 
bljânié par le bey de n'avoir pas réussi. 

Pendant toute la durée de la trêve, les Musulmans avaient 
poussé très activement leurs préparatifs, afin d'être en mesure 



[29] NOTICE SUR UN DOCUMENT ARABE INÉDIT. 69 

de reprendre le- siège avec ube riouvelle vigueur le 28 de ce 
mois, jour fixé pour la reprise dés hostilités si le projet de con- 
ventiôn n'avait pas abouti. De leur côté lès Espagnols n'étaient 
pas restés in actifs et des renforts leur arrivaient par mer. Ils 
s'étaient aussi approvisionnés de bois dé chauffage dans la mon- 
tagne dite des Lions que l'auteur appelle y$\ j*^ W. 

Les hostilités qui reprennent consistent en légères escar- 
mouches, le bey étant encore à Mostaganëm et une partie du 
matériel de siège ayant été remisée ail Sig. Quelques Espa- 
gnols surprid dahs Une sortie but la tète tranchée et le bey pro- 
met 5o réaux pour chaque tête qui lui sera apportée. L'auteur 
parle de l'emploi de kXû^W, sorte de canons de rempart qui 
lançaient des projectiles de la grosseur d'une pêche aii nombre 
de vingt à la fois. 



MOIS DE RAMADAN. 

Le 3 de ce mois le bëy quitte Mostaganëm pour aller re*- 
prendre la direction du siège. Il passe par le Sig où se trouvait 
une partie de ses canons et de ses mortiers. Il s'arrête ensuite 
au Tlélât et à Sidi-ChamiW (^*^)t), et le 12 il est sous les 
murs d'Oran. Son premier soin est d'organiser son artillerie; 
il répartit ses 19b artilleurs en groupes très inégaux, le plus 
nombreux ayant 53 hommes; le plus faible 6 seulement, et 
forme ainsi le personnel de 1 1 batteries. Les bombardiers, au 
nombre de 7/1, ne forment que 3 batteries ayant 3i, 21 et 
22 hommes. Le matériel arrivé cinq jours auparavant était 

» 

(1) Le mot j&\ est une épithète du lion. De là le nom de montagne des Lions 
sous lequel on désigne d'ordinaire cette montagne. 

(1) C'est la transcription de l'espagnol mosquete. 

(S) C'est ainsi qu'on écrit en français le nom de cette commune des environs 
d'Oran qui devrait être Chahmi. 



70 0. H01ÎDAS. [30] 

confié aux soins de Qaddour-ben-El-Malti , nom qui selon toute 
vraisemblance indique le fils d'un renégat maltais. 

Le matériel était insuffisant et, comme nulle part dans le 
pays on n'était à même 'd'en fabriquer, le bey écrivit à Maulay 
Yezid, l'empereur du Maroc, le priant de lui faire acheter en 
Europe les engins qui lui faisaient défaut. Maulay Yezid, oc- 
cupé à ce moment à faire le siège de Geuta , répondit qu'il lui 
était impossible de déférer au désir qui lui était exprimé, mais 
il engagea l'envoyé du bey à se rendre lui-même à Gibraltar, où 
moyennant finance, les Anglais, lui dit-il, lui fourniraient tout 
ce qu'il voudrait. 

En attendant l'arrivée de la commande qu'on alla faire à 
Gibraltar, on essaya de fabriquer des mortiers à bombes, en 
pierre. On s'adressa pour cela aux Bettfoua (*>*W) qui sont éta- 
blis aux environs d'Arzew (yjj;) et qui possèdent des carrières 

d'où ils extraient des meules de moulin. Puis, pour remédier 
au manque de boulets, on écrivit à Tlemcen de ramasser tous 
les boulets de pierre qu'on y trouvait en grand nombre et qui 
provenaient des sièges que cette ville avait subis autrefois. Ges 
projectiles, qui avaient servi aux catapultes, gisaient dans les 
rues, principalement aux abords des portes des maisons. 

L'installation des batteries et la confection des fascines prirent 
un certain temps, car c'est le s 8 seulement que les assiégeants 
purent commencer à répondre au feu de la place. Quelques 
musulmans trouvèrent qu'on eut tort de choisir ce jour là qui 
était un mercredi, le mercredi étant un jour néfaste à toute 
entreprise. On avait acheté dans le Sahara une quantité consi- 
dérable dç laine qui, concurremment avec les fascines, fut 
employée à protéger les canonniers. 

Le fils du bey avait amené les troupes de la région de 
Tlemcen; il établit son camp à l'ouest de El-Hâïdj (^Jt), entre 



[31] NOTICE SUR UN DOCUMENT ARABE INÉDIT. 71 

l'Oued Ifri et Djerf-Sa'ïd-ben-'Omar (jt & «\**» ô^). Peu 
après arrivèrent des soldats turcs qui formaient une troupe 
autrement habile au combat que les tolbas ou même que les 
gens des tribus dont la valeur n'était vraiment efficace que 
dans une lutte en rase campagne. On les fit camper à l'endroit 
dit Koudiet-el-Khiyâr (jLâ **«xST). Afin d'éviter des querelles 
trop fréquentes entre ces divers groupes hétérogènes on avait 
pris la sage précaution de les isoler les uns des autres, ce qui, 
au point de vue stratégique , pouvait avoir de graves inconvé- 
nients. Les Turcs occupaient 6 5 tentes. 

Dispersées de divers côtés, les troupes musulmanes n'avaient 
pas toujours à leur portée l'eau nécessaire à leur alimentation. 
Aussi avait-on fait venir de Figuig une équipe d'hommes ayant 
la spécialité des travaux souterrains pour forer des puits dans 
les camps qui manquaient d'eau. Cette équipe fut également 
employée pour creuser des mines. Les avantages matériels que 
l'on avait accordés à ces puisatiers pour les faire Venir et les 
conserver loin de leur pays excita la jalousie des tolbas, et 
il fallut que le bey intervînt à plusieurs reprises pour répri- 
mer des conflits et empêcher le départ en masse de ces utiles 
auxiliaires. 

Lors de son arrivée à Oran, le bey ne semble pas s'être rendu 
un compte exact de la situation. Dans une conversation avec 
l'auteur de cette chronique il avait dit ces mots : cr Du moment 
que les tolbas en petit nombre et mal outillés ont réussi à tenir 
en échec les Espagnols, il n'est pas douteux qu'une armée nom- 
breuse munie d'engins de siège en vienne facilement à bout?) 
Il n'avait pas compris que les Espagnols ravitaillés par mer 
n'avaient aucune raison d'exposer la vie de leurs soldats en se 
privant de la protection de leurs remparts dans le seul but de 
mettre en fuite un millier de tolbas tout à fait in offensifs tant 
qu'on n'allait pas au-devant d'eux. 



72 0. H00DAS. [33] 

Le bey qui, jusque-là, n'avait pas réussi à calmer la turbu- 
lence et l'indiscipline des tolbas se décide è les isoler du reste 
de l'armée. A l'avenir ils formeront un corps spécial composé de 
compagnies de 5o hommes chacune; ils éliront eux-mêmes 
le chef de chaque compagnie et camperont à Aïn-Tîghersîn 
( y Am j i u s (s) a^) où ils auront l'avantage d'avoir de l'eau courante. 
Puis, dans le but d'atténuer l'effet moral de cette sorte de qua- 
rantaine, le bey se rend à leur camp et les passe en revue. La 
lente beylicale est dressée à l'ouest et en contre-bas de Tendrait 
dit El-Hâïdj, et deux des principales batteries sont établies, 
Tune sur le plateau de EI-Mâïda, l'autre à Daïet -Moula y- 
Isma'ïl (ju*Uwt Jy *U)W. 



MOIS DE GHAOUÂL. 



Les deux lacunes que présente le second volume du manu- 
scrit se trouvent dans ce même mois : la première est très 
courte à coup sûr, mais il n'est pas possible de se rendre faci- 
lement compte de l'étendue de la seconde, 1 auteur ne suivant 
pas toujours bien exactement l'ordre chronologique. 

Les opérations militaires commencées vers la fin du mois 
précédent se poursuivent sans donner de résultats saillants. Si 
les canonniers musulmans sont pleins d'ardeur et de vaillance 
ils ne sont pas tous préparés d'une façon suffisante à la ma- 
nœuvre de leurs armes. L'un d'eux, en effet, se fait tuer par sa 
propre pièce, faute de lavoir écouvillonnée avant d'y intro- 
duire une nouvelle gargousse. Les bombardiers, qui n'ont été 
prêts que le 5 du mois, font preuve d'une grande habileté, car 
en moins de trois jours ils tuent 3o hommes du fort de Mour- 
djadjo et en blessent un nombre beaucoup plus considérable. 

(1) Localité ainsi nommée depuis l'expédition dirigée contre Oran par l'empereur 
du Maroc Maulay Isma'ïl. 



i 



[88] NOTICE SUR UN DOCUMENT ARABE INÉDIT. 73 

Les Espagnols remportent cependant quelques légers avan- 
tages. Ils réussissent à éventer une mine dirigée contre le fort 
de Mourdjadjo et obligent ensuite les Musulmans à évacuer la 
position avantageuse qu'ils occupaient sur le plateau de El- 
Mâïda. Toutefois ils ne s'emparent pas de la batterie qui est 
transportée sur un autre point. Une sortie leur permet de sur- 
prendre les tolbas et les Figuiguiens qui perdent 7 hommes. 

Le bey fait exécuter deux tranchées, l'une en contre-bas du 
fort de San-Fernando ; l'antre à l'endroit dit El-Afonâl; ptris il 
ordonne de creuser deux mines, l'une sous le bordj El-Djèfdîd 
(le Fort-Neuf), l'autre sous le bordj El-AhmarW. Tontes lés 
batteries, au nombre de 11, étaient maintenant en plaWe et 
lançaient ies unes des boulets de métal, les autres des boulets 
de pierre. Le feu était très vif de part et d'autre, puisque, en un 
seul jour, on compta 3,ooo coups de canon ou de bombarde. 

Tout cela, paraît-il, faisait beaucoup plus de bruit que de 
mal, car les tolbas continuaient pendant ce temps à cultiver 
les jardins que les Espagnols avaient créés aux abords de la 
place. A part les canonniers, chacun se livrait à ses occupations 
habituelles sans faire le plus souvent œuvre de soldat. Aussi, 
comme on commençait à douter d'arriver jamais à un résultat 
sérieux, le mécontentement se mit peu à peu parmi ceshomrties 
inoccupés. Un arabe Hamyân ayant déclaré hautement que la 
ville d'Oran ne serait jamais prise, le bey crut devoir faire un 
exemple en tranchant la tête de cet homme dont les paroles 
pouvaient provoquer de nombreuses désertions chez ces gens 
très superstitieux et à moitié démoralisés. 

L'ennemi, renseigné par des espions musulmans appartenant 
aux tribus qui faisaient cause commune avec lui, aurait pu pro- 
fiter de ces mauvaises dispositions des troupes assiégeantes en 

(1) Lê^oM gj4, d'après Bou-RAs, fat construit par Ya'qoub-ben-Abd-el-Haqq, 
le sultan merinide en 7*8 (i3 avril 1347-1" avril i3&8). 



74 0. HOUDAS. [34] 

favorisant par quelque argent les premières tentatives de déser- 
tion. Aussi le bey jugea-t-il prudent de simuler l'arrivée de nou- 
velles troupes de renfort. Il ordonna, dans ce but, aux gens 
d'Eghris de quitter leur campement pendant la nuit et de se 
porter provisoirement sur un autre point en y allumant de nom- 
breux feux de bivouac. 

A deux reprises différentes les bombes des Musulmans mirent 
le feu aux baraques en planches que les Espagnols avaient fait 
établir pour loger tous ceux dont les habitations avaient été dé- 
truites par le tremblement de terre. Ces baraques étaient pla- 
cées dans I'espaee compris entre le bordj El-Djedîd et le bordj 
El- c Aïn et arrivaient jusqu'à la porte dite de El-Hannâchîn 
(t^llfi). Le feu fut si violent que les étincelles parvinrent jus- 
qu'à l'endroit dit Kheneg-el-Metâhen ((^IbJU i^)^, probable- 
ment l'endroit appelé par nous Karguentah. 



MOIS DE DZOU-'L-QA'ADÀ. 

Les munitions étaient presque épuisées au camp des Musul- 
mans, quand on vit arriver de Gibraltar deux navires qui por- 
taient le matériel de guerre acheté par l'envoyé du bey. Cela du 
reste ne modi6a pas sensiblement la face des choses, car on ne 
réussit pas à pratiquer une brèche suffisante pour permettre 
un assaut, et les Espagnols, bien au courant des négociations 
entamées avec les Turcs d'Alger, avaient tout avantage à éviter 
un corps à corps qui ne pouvait que leur être funeste en leur fai- 
sant perdre du monde, et qui, en cas de défaite, les exposait à 
trouver de plus dures conditions pour la reddition de la place, 
à peu près certaine à ce moment. 

Un éboulement qui fit périr 99 Figuiguiens, quelques Es- 

(1) D'ordinaire on donne Karguentah comme l'altération de gU*jJ) £jjl Kheneg- 
en-netAh ; cependant il semble bien ici qu'il s'agit de Karguentah. 



[35] NOTICE SUR UN DOCUMENT ARABE INÉDIT. 75 

pagnols tués par les bombes que les Musulmans lançaient 
contre leurs forts, et enfin une petite brèche pratiquée dans 
le bordj El-Djedîd sont les seuls événements mentionnés par le 
chroniqueur. Ils avaient d'autant moins d'importance que 
la conclusion d'une convention était tout à fait imminente. 

Le 1 1 de ce mois mourut le dey d'Alger, Mahammed-ben- 
OtsmAn W. Il fut aussitôt remplacé par Hassan-el-Khaznâdji. Le 
beau-frère du nouveau dey, qui se nommait également Hassan 
et qui était Oukîl-el-hardj , avait été désigné par le dey défunt 
pour lui succéder, mais, dit Ibn-Zerfa, il refusa cette haute si- 
tuation , la céda à son beau-frère et partit ensuite pour le pèle- 
rinage de la Mecque de façon à bien montrer qu'il n'avait aucun 
désir de revenir sur sa résolution. 

Le siège traînant en longueur et le changement de dey pou- 
vant faire surgir quelques complications, le bey s'adresse au 
ciel pour obtenir le résultat que ses armes ne lui avaient pas 
permis d'atteindre jusque-là. En conséquence, il décide de con- 
voquer tous les ulémas présents sous les murs d'Oran et leur 
enjoint de faire une lecture du Sahîh d'El-Bokhâri avec para- 
phrases et commentaires. Tous les grammairiens sont invités à 
surveiller très attentivement cette lecture, afin de ne laisser 
échapper aucune faute de prononciation qui en pourrait altérer 
le sens. Une lecture inexacte et, par suite, une fausse interpré- 
tation du texte auraient nui sans doute au succès de cet appel 
fait à l'intervention divine. 

On était occupé à se livrer à ce pieux exercice lorsqu'une dé- 
putation venue d'Alger apporta au bey un caftan d'honneur et 
lui annonça que le nouveau dey le maintenait dans ses anciennes 
fonctions. Tous les grands personnages furent assemblés pour 

(,) L'orthographe Mahammed est celle donnée par le chroniqueur oranais; 
elle semble plus exacte que celle de Mohammed, que Ton rencontre d ordinaire 
chez les Européens. 



76 0. HOUDÀS. [36] 

entendre là lecture de la décision du dey. On tira de nom- 
breuses salves d'artillerie et tout le cartip fut en fête. Cette 
allégresse fut eticore accrue par i annonce qu'une poudrière 
veinait de Sauter dans le bordj El-Djedfd par suite de l'éclate- 
ment dufie bombe tancée par tes assiégeants. Tout le monde 
fut persuadé qtfe cet événement était dû à la lecture du Sahîh 
d'El-Bokbâri. 

Dn vivant du dey Mahammed, les Espagnols avaient demandé 
la cessation des hostilités, offrant de rendre Oràn dans l'état où 
cette Ville se trouvait quand ils s'en étaient rendus maîtres. Ils 
se réservaient seulement le droit de détruire tons les ouvrages 
défensifs qu'ils avaient élevés eux-mêmes depuis cette époque et 
insistaient pour conserver la possession de Merselkebîr. Le 
bey, à qui Ton avait fait part de ces conditions, avait reftisé 
de cesser les hostilités tant que Oran et Merselkebir ne lui 
seraient pas livrés sans aucune réserve , ni restriction. 

Aussitôt élu, le nouveau dey, Hassan, songea à hâter la so- 
lution des pourparlers déjà engagés. Il adressa au bey une 
lettre qu'il écrivait à ce sujet au roi d'Espagne. Si, disait-il au 
bey, vous êtes maître d'Oran au moment où vous parviendra 
cette lettre destinée au roi d'Espagne, vous n'aurez à en tenir 
aucun compte ; dans le cas contraire , faites-la remettre au com- 
mandant de la place d'Oran et demandez une trêve de quinze 
jours afin de laisser le temps à cette lettre de parvenir à sa 
destination et de connaître la réponse qui lui sera faite. 

Bien qu'il ne fût pas maître d'Oran, le bey, avaht de re- 
mettre la lettre du dey au roi d'Espagne, attendit le résultat 
d'une mine sur laquelle il comptait pour entamer les remparts 
de la place et tenter ensuite un assaut. La mine ayant été 
éventée, il fit porter la lettre et aussitôt commença la trêve de 
quinze jours que le dey avait demandée. Cette trêve débuta 
juste le s 8 du mois, au moment même où s'achevait la lecture 



[37] NOTICE SUR UN DOCUMENT ARABE INÉDIT. 77 

du Sahîh d'EI-Bokhâri. On tira bon augure de cette coïnci- 
dence et chacun fut persuadé que la lecture pieuse aurait pour 
conséquence inévitable la reddition d'Oran et de Merselkebir. 
À vrai dire celle d'Oran ne faisait déjà plus question. 

Les Espagnols avaient demandé que, pendant la trêve, l'ar- 
mée assiégeante s'éloignât quelque peu des abords immédiats 
de la place. À la suite de ce mouvement de concentration des 
troupes sur un seul point, les toi bas et les Turcs, de nouveau 
mis en, contact, se prirent de querelle et faillirent en venir aux 
mains. Dans l'impuissance, où il était de maintenir l'ordre entre 
ces deux groupes turbulents et batailleurs, et le siège étant vir- 
tuellement terminé , le bey licencia les tolbas et leur enjoignit 
de rentrer dans leurs pénates. Toutefois, il leur laissa leurs armes 
pour effectuer leur retour, et c est à Mascara seulement qu'ils 
furent désarmés. 

Après le départ des tolbas, les Turcs furent congédiés à. leur 
tour. Le bey avait promis une gratification, de 1 o sultanis d'or 
à chaque soldat turc le jour où Ton. s'emparerait d'Oran. 
Quoique la ville ne fût pas prise, les Turcs arguant de la red- 
dition, prochaine , réclamèrent la gratification promise en son 
entier. Il fallut de longs pourparlers pour arriver à les décider 
à se contenter de la moitié delà somme, et le. bey, qui, n'avait 
cédé à cette transaction que contraint et forcé, se plaignit au 
dey d'Alger. Gelui-ci tint compte de la plainte et, dès leur ar- 
rivée à Alger, tous les soldats turcs furent punis plus ou moins 
sévèrement suivant le rôle qu'ils avaient joué dans cette injuste 
revendication. 

MOIS DE DZOU-L-HIDDJA. 

Dès les premiers jours de ce mois, le bey disloque le gros de 
l'armée qui l'avait aidé dans son entreprise contre Oran. Les 
contingents fournis par les tribus sont autorisés à regagner, leurs 



/ 



78 0. HOUDAS. [38J 

foyers dès qu'ils auront assuré le transport au Sig de tout le 
matériel du siège. En dépit de toutes les probabilités, il pou- 
vait arriver que l'on eût besoin d'avoir de nouveau recours à 
ces engins et il était prudent de les laisser dans une localité en 
communication facile avec Oran. Ni Mostaganem, ni Mascara 
ne pouvaient, sous ce rapport, offrir les mêmes avantages que 
le Sig. 

Le 9 du mois, le bey lui-même s'éloigne d'Oran. Il fait une 
halte à l'endroit dit Mandzour (^^) et arrive le même jour 
au Sig où a lieu la fête des sacrifices. De grandes réjouissances 
ont lieu à cette occasion : fantasias, festins et jeux de toutes 
sortes, entre autres celui dit megdrcha (&&jUu), lutte dans la- 
quelle les deux adversaires, les mains appuyées sur le sol, 
cherchent à s'atteindre avec leurs pieds. 

Après cette halte, le bey regagne Mascara. Là, il reçoit une 
lettre d'Alger lui annonçant que les Somâta (fcU*) occupent 
les gorges de l'Oued-Djer (1) (^'j &*b) et empêchent toute com- 
munication entre la plaine de la Mitidja et celle du Ghélif. A 
la tête de ses troupes, le bey devait châtier rudement ces 
pillards rebelles et rétablir la sécurité dans cette région par 
où para la voie la plus praticable entre Alger et toute la partie 
occidentale de l'Algérie. 

Ce fut également dans le courant de ce mois que le bey eut 
connaissance des propositions faites par les Espagnols au sujet 
d'Oran; ils offraient, ou de garder la place en remboursant 
toutes les dépenses occasionnées par le siège, ou de livrer Oran 
tel qu'il était le jour où ils s'en étaient emparés la dernière fois. 
Le bey choisit cette dernière alternative bien que l'expédition 
lui eût coûté 260,0/1/1 sultanis d'or. Voici, à titre de curiosité, 

(,) Si l'orthographe indiquée ici était exacte on aurait, dans la transcription 
française, pris la première partie du nom pour le mot oued. 



[39] NOTICE SUR UN DOCUMENT ARABE INÉDIT. 79 

le détail de ces dépenses : 1 6,0 3 1 charges d orge; 6,2 6 k charges 
de blé; 3,1 1 1 pots de beurre; 55a jarres d'huile; 1 6,3 5 9 mou- 
tons; 700 quintaux de poudre. Tout heureux du résultat de 
cette affaire, le bey fait mettre en liberté tous les prisonniers. 
Puis il se met en route vers Alger et dégage la route barrée 
par les Somâta en leur infligeant de grandes pertes. Il réussit 
également à s'emparer d une troupe de brigands installés dans 
une forêt à peu de distance d'Alger. 



MOIS DE MOHARREM 1206. 



Après qu'il eut assuré par ces actes de vigueur la sécurité 
des relations entre Alger et Oran, le bey reçut du dey la lettre 
suivante qui lui parvint le 1 6 de ce mois : 

.aJ ju> *4i**> **)y **£ >*Uw M 



gjj, ^UajJt JJU y- UjO^U t> (£;U Àw^JT g>-^ ^^1 1£ **Ut** 

1^-jLle ^3, UyWji*? $S } U*L. i ,.^->j, M ,3 yt 3y iU Jj«* *fc»;U (jiM; 



80 0. HOUDAS. [40] 

<*J*aJh>, jM-M <^U> <£*> JJL* U J* ft+Lj) di* «J ^ £^ ^ 

«Les Chrétiens — Dieu disperse leur communauté et frappe d'impuis- 
sance leurs paroles et leurs actions! — répondent qu'ils acceptent ce que 
vous avez demandé et qu'ils sont d'accord avec vous sur les désirs que vous 
avez exprimés. Ils vous livrent donc les deux villes d'Oran et de Mersel- 
kebir à la condition toutefois que vous leur accordiez un répit de quatre 
mois pour Oran et de six mois pour Merselkebir afin qu'ils aient le 
temps d emmener leurs familles, d'emporter leurs bagages et tous les 
biens qu'ils ont acquis depuis que Oran est tombé en leur pouvoir. 

«r Quant aux engins de guerre qu'ils ont trouvés à Oran, à l'époque 
déjà lointaine où ils l'ont arraché des mains des Turcs, ils n'en garderont 
absolument rien et n'en tireront aucun proGt. Nous avons accepté ces con- 
ditions et approuvé tout cela , de même que nous avons accepté de mettre 
en liberté cinq des prisonniers chrétiens que nous avons entre les mains. 
Vous avez également des prisonniers par devers vous; vous devrez les 
mettre en. liberté par égard pour nous et pour nous être agréable. 

Les Espagnols nous ont demandé que le commerce de Merselkebir 
leur fût réservé et qu'aucun négociant, qui n'y serait pas autorisé par 
eux, fût admis à y prendre part. Ils nous ont encore demandé de leur 
laisser exporter tous les ans 7,000 mesures de grains au cours du jour 
chez nous. Nous leur avons concédé ces avantages à la condition qu'ils 
payeraient chaque année une somme de douze mille grands réaux (douro) 
à titre de contribution (1) de paix, et c'est pour cela que nous avons 
accédé aux demandes ci-dessus formulées. 

«Les Espagnols vous demandent encore de faire cesser le blocus d'Oran 
et d'éloigner d'eux les troupes qui, nuit et jour, gardent leg abords de la 
place. Il faut que vous leur accordiez ces facilités et que vous leur don- 
niez toute latitude à cet égard jijsqu au moment où expirera le délai fixé, 
et alors ils n'auront plus rien à espérer. Salut. » 

Le bey se rend à Alger où il reçoit le meilleur accueil de la 

(1) Ou littéralement freapitation*. On voulait sans doute laisser entendre par là 
que les Espagnols qui viendraient négocier a Merselkebir . seraient traités en . tri- 
butaires, même s'ils n'y résidaient pas. L'étranger en pays musulman ne devient, 
comme on sait, tributaire que lorsqu'il y demeure plus d'une année. 



[41] NOTICE SUR UN DOCUMENT ARABE INÉDIT. 81 

population et du dey, en reconnaissance des services qu'il a ren- 
dus à l'islamisme en guerroyant contre les Infidèles et en con- 
tribuant à leur expulsion définitive de la régence d'Alger. On 
lui savait aussi grand gré du zèle qu'il avait apporté dans la ré- 
pression du brigandage des Somâta. Aussi le dey lui accorda-t-il 
les plus grandes faveurs; il déclara le fils du bey héritier des 
fonctions de son père et conféra à ce dernier les insignes dits 
cornes dW^yy*)^). On désignait sous ce nom des plumes do- 
rées qui s'attachaient au turban et constituaient une des plus 
hautes récompenses honorifiques que l'on pût accorder. En 
l'an 96/i de l'hégire (io juin i537~3o mai 1 538), Kheir-ed- 
Din avait reçu ces mêmes insignes de la main du sultan Soli- 
man I er . 

La visite du bey à Alger et les événements qui vont suivre 
sont postérieurs au mois de moharrem; mais l'auteur a cessé à 
partir de ce moment de suivre la division qu'il avait adoptée 
jusque-là, se contentant d'indiquer les dates des faits les plus 
importants. 

Les Espagnols avaient à leur solde un certain nombre d'in- 
digènes algériens qu'ils appelaient moros de paz et qui , pour la 
plupart, appartenaient à la grande tribu des Beni-Ameur (j*l*)* 
Maintenant que la reddition d'Oran était imminente, le bey 
consulta les ulémas sur les mesures qu'il convenait de prendre 
à leur égard. Les uns voulaient qu'on les laissât partir avec 
les Espagnols; les autres, au contraire, estimaient qu'il valait 
mieux les retenir sur le sol algérien. Le bey réussit à faire pré- 
valoir la seconde de ces deux opinions en faisant remarquer 
que les femmes et les enfants de ces renégats politiques de- 
viendraient sûrement chrétiens si on les laissait partir pour 

(,) 11 faut lire £^7*s mot tore qui signifie plumet, aigrette. A l'origine c'étaient 
deux plumes de héron dont le sultan Soliman avait le premier orné 6a coiffure. 

MÉMOIRES ORIENTAUX. 6 



IMPRIME*!! KATIOSALK, 



82 0. HOUDAS. [42] 

l'Espagne, tandis qu'ils rentreraient tous dans le giron de la 
foi musulmane en reprenant place parmi leurs contribuiez 

Les délais fixés pour l'évacuation étant sur le point d'arriver 
à terme, le bey se met en route pour prendre possession 
de la ville d'Oran. Le 17 du mois de djoinada 11 (12 février 
1 799), il quitta Mascara à la tête de ses soldats et accompagné 
d'un nombreux cortège d'ulémas. On emporta de nombreux 
exemplaires du Coran et du Sahîh d'El-Bokhâri, ainsi qu'un 
magnifique étendard qu'on devait déposer dans le mausolée de 
Sidi El-HaouârL On reconnaissait ainsi que c'était à la bien- 
veillante intervention du saint plutôt qu'à la force des armes 
qu'on devait le départ des Infidèles. 

L'entrée solennelle à Oran eut lieu le k W du mois de redjeb 
(27 février 1792). Les artilleurs du bey occupèrent tous les 
forts et tirèrent de nombreuses salves au moment où leur sei- 
gneur et maître pénétra lui-même dans la ville au milieu des 
acclamations enthousiastes de la foule des musulmans accourus 
pour assister à ce mémorable événement. Chacun, pour cette 
circonstance, avait revêtu ses plus beaux habits et les fêtes et 
réjouissances publiques durèrent pendant trois jours consé- 
cutifs. Des courriers expédiés dans toutes les directions allèrent 
annoncer la bonne nouvelle dans tout le monde musulman qui 
fit parvenir au bey ses félicitations. 

En terminant, Ibn-Zerfa reproduit une des qacida qu'il a com- 
posées en l'honneur de la prise d'Oran , et il ajoute que c'est à 
la demande du bey lui-même qu'il a rédigé sa chronique qui fut 
terminée et mise au net le 5 avril 1793. 

A vrai dire, l'auteur de cette chronique a porté toute son 
attention sur la milice sacrée des tolbas. Tout fait auquel ils 

(1) Bou-RAs dit le J et d'autres disent le 6. Il y a tout lieu de croire à l'exacti- 
tude de la date indiquée par Ibn-Zerfa. 



[43] NOTICE SUR UN DOCUMENT ARABE INÉDIT. 83 

n'étaient pas mêlés lui a paru d'ordre secondaire, quand encore 
il ne le laisse pas complètement de côté. Gela est fâcheux au 
point de vue de la connaissance des opérations militaires aux- 
quelles les tolbas n'ont pris qu'une part assez médiocre. En re- 
vanche il donne une idée très exacte de l'état d'âme de ces 
guerriers improvisés et, s'il rend hommage à leur dévouement 
pour la cause delà foi, il en fait somme toute un portrait peu 
flatteur «. 

(1) Ce travail était déjà mis en pages quand j'ai eu connaissance d'un article 
du Journal asiatique publié par M. René-Leclerc sur l'argot en usage chez les ha* 
bitants de la Qalaa des Beni-Râched dans le département d'Oran. Afin de ne pas 
avoir à remanier tout mon travail au point de vue typographique, j'insère ici la 
note suivante qui aurait dû figurer au bas de la page 63 : 

M. René-Leclerc cite, sans en indiquer l'origine, l'expression de «Sidi-Bou- 
Medien* pour désigner le sel dans l'argot de la Qalaa des Beni-Râched. La légende 
rapportée ici (p. 63) explique très bien l'origine de cette appellation. Il est même 
permis de se demander si cette légende ne correspondrait pas à quelque phéno- 
mène géologique contemporain de Sidi-Bou-Medien (xn* siècle). En effet, s'il n'en 
était pas ainsi, on aurait peine à s'expliquer que les habitants des rives des deux 
sebkhas d'Oran ne se soient pas aperçus de la présence du sel ou n'aient pas songé 
à en tirer parti. 11 convient d'ajouter encore que la constitution du sol aux environs 
d'Oran , dans les parages des sebkhas , n'est point celle qu'on rencontre d'ordinaire 
dans le Tell algérien et qu'elle rappelle plutôt celle des Hauts-Plateaux. 



6. 



DOCUMENTS PERSANS SUR L'AFRIQUE 



PUBLIES ET TRADUITS 



PAR 

CL. HUART 



DOCUMENTS PERSANS SUR L'AFRIQUE 



Les pages qui suivent renferment des extraits de divers 
ouvrages manuscrits contenant une partie de ce que les Per- 
sans ont pu connaître de l'Afrique par les sources arabes. On y 
rencontrera un grand nombre de renseignements sans valeur 
et de légendes populaires; mais on remarquera que souvent 
ces renseignements proviennent d'ouvrages arabes que nous 
n avons plus, et quant aux légendes, il n'est pas sans intérêt, 
au point de vue du folklore, de constater qu'elles ont compris 
la Perse dans Taire de leur propagation. 

Le premier de ces extraits est tiré du Nauzhèt oulrQoloilb de 
Hamd-oullah Mostaufî, écrit en 7Û0 de l'hégire (1 33g) et sur 
lequel on peut consulter : Reinaud, Géographie d'Abou'l-Féda, 
introd., p. clv; Rieu, Catalogue of the Persian mss. in ihe Brilish 
Muséum, t. I, p. h 18; M. Rarbier de Meynard, Dictionnaire de 
la Perse y p. xix; Ch. Schefer, Siasset-Namèh , Suppl., p. vi. Dans 
les notes, la lettre A désigne les variantes d'un manuscrit 
qui fait partie de ma collection, in-8°, 272 folios; d'après l'in- 
dication placée à la fin, la copie en aurait été exécutée en 1 287 
Hég. (1822); mais comme les feuillets 1 à 23 et 271-272 
ont été refaits, et que le reste du manuscrit paraît ancien, il 
est probable que cette dernière date est celle de la réfection 
des feuillets manquants. La lettre R indique l'édition lithogra- 
phiée à Rombay en 1 3 1 1 Hég. par les soins d'Aqâ Mirzâ 
Mohammed de Chirâz, Mélik oul-Kouttâb. Les manuscrits con- 
serves à la Ribliothèque nationale, que j'ai consultés, sont dé- 
signés de la façon suivante : G est le manuscrit de l'ancien 
fonds persan n° i3(), daté de 853 Hég. (1/1/19), fol. 38o r°- 



88 CL. HUART. [*] 

38â v°; D marque celui du supplément persan n° 36o (copié 
en 1073 Hég. [1661]), fol. 317 r°, et E celui du même Sup- 
plément n° 36 1 (ms. dont les parties anciennes paraissent 
remonter au ix e siècle), fol. 5167 v°. 

Le second extrait est un passage du Djawâmï ouIrHikâyât de 
Djémâl-ouddîn Mohammed c Aufî, cité dans l'extrait précédent. 
Sur cet auteur, il faut voir : Nathaniel Bland, On the earliest 
Persian biography of poets, dans le Journal of the Royal Asialtc 
Society, t. IX, p. 1 12 et suiv.; M. Edward G. Browne, dans la 
préface de son édition de la seconde partie du Lubâbiïl-Albdb 
(Londres, 1 ()o3), p. 1 1 et suiv. Le texte en a été copié sur le 
manuscrit de la Bibliothèque nationale, Supplément persan, 
n° 95, fol. 376 r°, dont la date remonte à 717 Hég. (1317). 

Enfin viennent des extraits du Haft-IqKm, d'Ahmed Bâzî, 
géographie littéraire rédigée au xvi e siècle de notre ère, sur 
laquelle on peut consulter : Etienne Quatremère [Notices et 
Extraits, t. XIV, p. /17Û); M. Barbier de Meynard, Dictionnaire 
de la Perse, p. xx; Bieu, Catalogue, t. I, p. 335; Blochmann, 
Aïni-akbéri, 1. 1, p. 5 08. On s'est servi, pour constituer le texte, 
des deux manuscrits de la Bibliothèque nationale, Supplément 
persan, n°* 356 (copié en 1094-1683) et 357 (copié en 
1068-1 658); le premier est désigné dans les notes par la 
lettre A et le second par la lettre B. 



EXTRAITS DU «NOUZHÈT-OUL-QOLOt)b». 

(,) u-^IjlS^;^ < - « ** % -* <sy& *^y^ ***Utf tyî*TowJ JuJUI ÎUs>«X* 



(») 



G %r À t f n E j-^. — » G M,*. — < 5 > G j.>UJt, D ij>r*M, E J^JbuTJ. 



C« à*, .Il 



[5] 'DOCUMENTS PERSANS SUR L'AFRIQUE. 89 

*1 ïjUla ^gyJ) aJLU> \jjlJ LuL d^Jb V/* J* ^mJTaJUûH 

■ 

c/u>^5 ^-* (i^> ^ ^Tc^r^ ^LJ^j Jô ; T^i.^ «XJ^Û aU** 
WLuto^ ^^ Ut *^ ^ Ù^Jj^s 3 I b ^ u ^^ «x^ ^ 

W ,$_!, O^w.^ yLi^l COLÙCC '"tfOU* «Jj, Jl^i. VSOij, tfJll» 



A ^"«U-, D g>Jl *JUu, E ^î JUUu. — m B gUJi, D gM. E èUJi. 
— < 3 > A, D «M-l u J i;. — (4) E *^a^. — {5) B ^, D uV- E >;^ *^. — 

<•> E c^ÎJ^. — î 7 ) C 3^. — A <*±J~*4. — (,) A c^>;. 



90 CL. HUART. [6] 

y LA-,jl y U-« ;*> »*jjT;» p**»L* I^Ual, o»*.l «O^ |j p^Iil^ » Jsa« ; ^î 






w A «^i. — m A JU*^. — (*) G oo,^ c^-Lu. — (•) C ajoute : ^y 
tfH» D c l^ ^)>. — ( J ) B, D *l«^. _ « C «b. — w B, C et D : 

^ ; ijj fo ^^ juj^ ^ ^ <*• u*I^ a J^5 [G d*]> n ^ >W ^ [G >]. — 

(•) A «U,.. — m B et C tf; ij^ D ; ô^ ; . _ ( ,0 ) A ^ *. — < n > B, C et D 

c^-;. — «") B yloô^lo^, G et D Jo^\±±. — (,3) A iiU- U iiLk.3. 




[7] DOCUMENTS PERSANS SUR L'AFRIQUE. 91 

vXJU-iS"^ e? ^«\j A^. «Xib (jwS^ft b «X£l* U* u Ly» ;* *jl4teyyj\j3 i&jS~ 

♦x^iL, £ ]>j a*, fi l ; U «x*o^#y co.L ) àJb U S U^ U> jfl^Ut JLft 

*U> y^-a. ouiJ^^W s LaS ^L*> ^Ubj *b «X^ ûLai\ JÇà U 
0ouULS > «)oLJL5" ( jà4^ *>*£*. *y» ;^ *^> Js> 3 1^1 om«a* *£ta»j 
jLLhhû o^Lm^ Oh^ $*j* ^^ ç*>yi **^ p**' &> &j& *S"os?U b 
d^â^j jdLe <^al )I ^Luio^ jLbx^ Làiyàày jj 2^ ««XjjI^j ^«K»M^ L§ y 



>» ^\ Ai <yjjjS~<y«X> 



<jL* jl JL^jljT^Uj (^ iaokfbjTgia I^T^ < 6) e**uJ* «ooà^ 



(l) A ajoute la glose yî;W <^*rf. — (,) B ^;b ^ ^t)^; C ajoute : ^;î^ ^ 
jC4^ ili^U^,; D a aussi : ^b ^. — W G ^s;lo^ y >;î ^ y*. — (4) B et G 
ydC. — « A o~-j. — w A c>*^ ^. _ o B et G ji^-. — (8) A ajoute : 



92 CL. HUART. f8J 



ifLy4 e>-^ ^lÀt^ viU^Uv muât, f^\»\ isr ^ Ij>j* 



et 









Kûf&r* (9) ^l* **&&) a^-àJ yfttk 4^t JT^sUél 






t \n iT Oi^mI j^JUU 



c,1) u4*» fc»M otf tf«~» ^€^ «'y' >* U T (,,) tf^ »b ;^ **f* 

c*J ^ «X^^T^tb^-J yyil ^^ JJa ^«N* ylty-J! i yUaJl^-J, 

OJfy *^£j pU ^à £*^1 (U, 0S^ 0Ot>ùyÇ JU jlj* j* jl < 14 >^ I; fy* J*> 

05-^ «V* f';* °^ M*? )* tb* **• ; W **sfi£'j*h ^j** gp & 

< l > A d^ «>^**« ;•> *t. — m A JyWi, C yui. _ w A y UU. _ w B i 

jsJb/^^uu «^ujuoy^i. _ ( & ) A .^uu». — w A 00W. _ n yLa^i j.^u*,. 
— « A et C vi»^. — « B et D ^W; D ajoute *£ — ^ ,0 ) C ^l^ 0-^. — 
<"> Cl«ur. — M A <*Us, C *U*. — «"> B, C et D uU^fJ^ (sic). — c 1 *) A 
ytf. _ ('•) A osj^. — ('•> A u*jHi. — {,7) C et D j^^--. 



[9] DOCUMENTS PERSANS SUR L'AFRIQUE. 93 

•àjjT;*^-*^ ^^-jJLS^jX^ yîjl OOO l1 ' AXi) J^ALÛ ^&. ;t*AÇ) »>'* 

» ; L£ •«jjfVS'lAjLtt £j 1*£â~ WplOJl? yU^, *S»T } * ^O^f «*>j^4[ 
pLk^ LiA*l ^ .«j «*J ^ ^i ^ 0J5 u lj3 u T;à u Uu^jj 







(,) A ***; dt> •UjS'ju^ o*xû; B J^tf* J»j* ;*>> <*>^ ^o-aXS. — « B et C 

jurt*. _ e> A »y*.. — w C r lo^^. — B o~l *-;<*£; G c»J f>lA. — 

<•) G ^;. — < 7 > B ;!;•>, C » *&* . — « A ^;J*. — (9) B *Uû^. 

TRADUCTION. 

Le Maghreb relève du premier climat et même de ce qui le 
précède; c'est une contrée peuplée et incommensurable. Sa 
plus grande ville est la cité de l'Éléphant, que l'on appelle 
aussi CataneW; c'est une ville considérable qui renferme de 

(1} Catane relevait de Palerme, capitale de la Sicile; on l'appelait la ville de 
l'éléphant à cause d'une statue de pierre de cet animal , considérée par les Orien- 
taux comme un talisman, dressée autrefois sur une haute construction et trans- 
portée du temps d'Edrisi dans l'église du couvent à l'intérieur de la ville. Cf. 
MoQADDÉsi, BibL geogr. ar., t. III, p. 55, aai, a3a; Yâqoût, t. IV, p. i3i = 
Amabi, Bibliotheca arabo-sicula , p. 35, ia3, i3i = Mérftçid, t. II, p. 4a8; Edrist, 
t II, p. 7 4 et suiv. 



94 CL. HUART. [10] 

nombreuses églises et des merveilles sans nombre. Le Çowar ei- 
AqdlîmM nomme encore Ghana M, Qamrât^, Qaçr el-Foloûs O 
et d'autres grandes villes qui sont situées dans le Maghreb, non 
loin de l'Equateur. 

(À) Sofala ez-Zendj( 5 ) est une caverne qui a près de cinq 

(l) Traite de géographie d'Abou-Zéïd Ahmed ben Sahl el-Balkhi, mort en 934 
Hég.; c'est une des sources du Nomhkt oul-Qoloùb. Cf. Cl. Ht ait, Littérature arabe, 
p. 998; le Livre de la Création et de l'histoire (dans les publications de l'École des 
langues orientales), t. I, p. xv; M. di Gobji, Die Istakhri-BaQchi Frage, dans la 
ZeitschriJÏ der D. M. G., t. XXV, p. 53 et suiv. 

(,) Ville du Soudan, sur le Niger, à cinquante jours de marche de Sidjilmassa; 
cf. âbou'l-F4da, Géogr., texte, p. 1 56, trad. t. II, i,p. aao; Chkms-iddIn Dimachqi, 
Manuel de la cosmographie du moyen âge, trad. A. -F. Mehren, p. 34 1 ; El-Bkieî, 
Description de l'Afrique septentrionale , trad. de Slane, p. 17a; Ibn-Hauqal, p. &a; 
EdeÎsî, Description de l'Afrique et de l'Espagne, par R. Dozy et M. J. de Goeje, 
p. 7; Qazwtnl, t. II, p. 37. 

(<) Qimràta dans le Méraçid, t. II, p. kh 8 = YAqoût, t. IV, p. 173, l'ancienne 
Camarata maritime, dont on voit les ruines à l'embouchure de l'Oued-Ghazer, 
près de Sidi-Djelloul , département d'Oran. Cf. Commandant L. Dbmaeght , Géo- 
graphie comparée de la partie de la Maurétanie césarienne correspondant à la province 
d'Oran, Oran, 1888, p. 35. 

(4) Port de commerce entre Ténès et Oran , qui avait été récemment bâti et en- 
touré d'un mur en terre du temps d'Ibn-Hauqal (p. 5a) : * C'est une ville très 
agréable, dit le vieux géographe, qui est arrosée par une source qui sourd à l'ex- 
térieur; ses habitants récoltent du blé et de l'orge, et possèdent de nombreux 
bestiaux. » Au temps de Moqaddési , c'était une ville fortifiée au bord de la mer, 
dépendant de Tâhert [Tiaret] (p. 38 , 56, a 18 , 339). * Ville inhabitée sur le bord 
de la mer, où il y a de l'eau apportée d'ailleurs et des puits; port peu sûr, en face 

"duquel, *en Espagne, se trouve Carthagène. A 35 milles est situé le port de 
Moghtla des Banou-HAchim.» ( Binai, éd. de Slane, p. 81.) Aujourd'hui Saint- 
Leu, près d'Arzew, ancien Portas magnus. Cf. Commandant Demaeght, op. supra 
laud. y p. 4a. Yâqoût cite son nom sans autre explication (t. IV, p. 118). On le 
retrouve encore dans E. Quatremkrb , Notice d'un manuscrit arabe contenant la 
description de l'Afrique , i83i, p. io4. 

(5) <r Sofala de l'or, dit Imi-el-WardI, Kharida, p. 37 (=Hylander, p. 17/i), est 
voisine du territoire des Zendjes, à l'Orient; c'est un vaste territoire où Ton trouve 
des montagnes qui renferment des mines de fer; les indigènes extraient ce métal, 
et les Indiens viennent le leur acheter à haut prix , bien qu'ils aient aussi dans 



[11] DOCUMENTS PERSANS SUR L'AFRIQUE. 95 

cents parasanges de largeur dans tous les sens. A cause de la 
masse de sables mouvants que Ton trouve dans ce pays, de 
la chaleur et de la sécheresse, il n'est pas très peuplé. Certains 
récits appellent cette caverne Maghdral el-Alidj; et à propos 
de ce dernier nom, on rapporte cette tradition du Prophète : 
cr Celui qui dit au moment de se mettre au lit : Je demande 
pardon à Dieu, Tunique, le vivant, le stable, et je viens à rési- 
piscence vers lui, Dieu lui pardonne ses péchés quand même 
ils seraient au nombre des bulles de l'écume de la mer et du 
sable d' 'Alidj «. * 

Un passage du Djdmi* elrhikdydt® nous apprend que sur un 
côté de cette caverne est un désert de sable mouvant qui 
n'offre qu'un seul chemin, et cette route même ne donne pas- 
sage aux voyageurs qu'un seul jour dans la semaine, le sa- 
medi W. Au milieu de ce désert de sable s'élève une ville qui 
n'est habitée que par des femmes. Si un homme va s'y établir, 

l'Inde des mines de fer, mais les minerais de Sofâla sont plus doux , plus purs et 
plus moelleux. Les Indiens affinent ce fer et en fabriquent un acier tranchant. 
Dans le pays même sont des mines pour la fabrication des sabres indiens et autres. 
Une autre merveille de Sofâla, c'est qu'on y trouve l'or natif, en grande quantité, 
à fleur de terre; le poids de chaque pépite est de deux ou trois mithqâls, ou 
même davantage. Cependant les habitants n'emploient que des ornements de 
cuivre, qu'ils préfèrent à l'or. Le territoire de Sofâla est contigu à celui des Wâq- 
wâq.» Comp. Yftqoût, t. III, p. 96; Edrist, i w clim., 8* sect., p. 66; Marcel 
De vie, Le pays des Zendjs, p. 87 et suiv., et p. 173; Qazwînf, t. II, p. 99. 

(1 % } 'Alidj est proprement le nom d'un désert de sable dans l'Arabie. 

(t) Cet ouvrage n'est pas cité dans la préface du Nouzhèt parmi les sources; 
cf. Hadji-Khalfa , t. II, p. 5 10, n° 3899, qui donne le même titre qu'ici; mais 
celui-ci est plutôt e»l*lCll £*!» . H a été écrit en persan par Djémâl-ouddin 
Mohammed 'Àuft pour le vizir Nizhâm-oul-Molk (comp. la préface de G.-Edw. 
Browni, p. 1 1, de son édition du Lobdb oul-Albàb au même auteur) et a été tra- 
duit en turc par Ibn-'Arabchâh , alors précepteur de Mourad II, par Nédjâti et le 
molla Çâlih ben Djélâl. Voir plus loin l'extrait que nous donnons de cet ouvrage. 

(3) Sur la dérivation de **J-£, anciennement ±*m, de natf «tsabbat», voir Nôl- 
obkb, Persische Sludien , II, p. 37. 



96 CL. HUART. [12] 

il perd, par suite de l'effet du climat, toutes ses qualités viriles 
et meurt au bout de peu de temps. La propagation de la race 
est assurée au moyen d'une source où les femmes vont se bai- 
gner, ce qui les rend enceintes, et elles mettent au monde des 
filles; s'il survient un garçon de temps en temps, il meurt tou- 
jours en bas âge. Lorsque ces femmes sont purifiées de leurs 
menstrues, celles-ci réapparaissent le second jour après qu'elles 
ont été se baigner dans cette source, et il coule tant de sang 
qu'elles sont en danger de mort. 

v Par un effet de la toute puissance du Dieu très Haut, ces 
femmes n'ont point de passions; c'est à un tel degré que si une 
femme d'entre elles arrive à cette province M, quand un homme 
a commerce avec elle, elle devient gravement malade; mais 
quand elle y est restée longtemps et s'est habituée à ce climat, 
le désir de la passion la prend aussi. 

Ces femmes appartiennent à la religion musulmane et ont 
même atteint un rang élevé dans la pratique de l'obédience et 
de la dévotion. Les œuvres qui dans l'organisation du monde 
appartiennent aux hommes, telles que l'agriculture, l'indus- 
trie, etc., ce sont des femmes qui les accomplissent. Elles sont 
associées entre elles pour le partage des produits; il n'y a point 
entre elles de différence entre petits et grands, ni de dispute 
pour le profit ou le dommage W. H est interdit, d'après leurs 
croyances, de chercher à augmenter son avoir, de songer aux 

(l) Le Maghreb. 

(,) Ce récit sur le royaume des femmes , qui a été insère en grande partie par 
Medjdi dans le Zinet-oul-Médjdlis , fol. 906 r°, doit être rapproché de ce qu'où 
raconte des fabricantes de lances chez les BédjA v femmes qui vivent dans un endroit 
écarte', n'ayant commerce qu'avec ceux qui viennent leur acheter des armes. Lors- 
qu'une d'entre elles met au monde une fille, elle la laisse vivre; mais si c'est un 
fils, elle le tue, parce qu'elles prétendent que les hommes ne sont propres qu'à 
faire naître le trouble et la guerre. Maqrlzi , cité par QuATREiifetE , Mémoires sur 
l'Egypte, t II, p. 1A0. 



[13] DOCUMENTS PERSANS SUR L'AFRIQUE. 97 

délices de la vie, de courir après les ornements, d'emporter à la 
maison les mets du repas. Réellement, leur rite et leur conduite 
sont bons, et de telles femmes sont bien préférables à beau- 
coup d'hommes — que Dieu nous fasse désirer leur situation ! 

Sur un autre bord de cette caverne, et également dans le sable 
mouvant, est une autre ville où habitent les débris d'une des 
[douze] tribus d'Israël. Après la noyade de Pharaon et des Egyp- 
tiens, ils adressèrent à Dieu la demande suivante : tr Seigneur, 
ne nous ramène plus au milieu des hommes, et fais que nous 
ne nous occupions plus d'eux; envoie-nous en un lieu où nous 
puissions le servir sans trouble et sans avoir à crainte les sug- 
gestions de Satan.?) La grâce divine les délivra en effet des 
suggestions du démon et les conduisit dans ce territoire, où le 
désert de sable les sépare du reste du monde, car le chemin 
qui le traverse ne laisse passer les voyageurs qu'un seul jour 
dans Tannée, et cela afin que les autres hommes aient de temps 
en temps avis de leur existence et se conforment à leurs actes 
dans le culte du Dieu très Haut. C'est à eux que fait allusion le 
Qor'ân dans le passage où il est dit : et II y a dans le peuple de 
Moïse un certain nombre d'hommes qui prennent la vérité pour 
leur guide et qui pratiquent l'équité W. n 

Dans la littérature consacrée à l'ascension de Mahomet, on 
trouve que le Prophète est arrivé jusqu'à cette ville, a vu ce 
peuple, l'a converti à l'islamisme et lui a adressé des questions 
auxquelles il a répondu. Le Prophète a dit à ces gens : rcJe 
vois que toutes vos demeures sont sur une seule mesure et 
d'une seule manière : il n'y a ni supériorité , ni excellence de 
l'une sur l'autre; quelle en est la cause? — Us répondirent : rcLa 
cause en est que nous sommes tous d'une seule race, que nous 

(1) Qoran, ch. vu, v. 159. Entre autres explications de ce passage, on a dit qu'il 
désignait des colonies juives établies au delà de la Chine, et que le Prophète aurait 
visitées pendant la nuit de l'Ascension. Cf. Béïçlâwi, éd. Fleischer, 1. 1, p. 348. 

m émoi 1 es oiieimui. 7 

IMPRIMEUR HATIOSALI. 



98 CL. HUART. [14] 

ne sommes nés de nos parents que pour servir Dieu; dans ce 
service nous n'admettons pas que l'un de nous dépasse l'autre; 
nous ne faisons que passer dans ces hôtelleries, et dans une 
route de passage et de voyage , attacher son cœur à un relais et 
l'orner est pure sottise. — Je vois, reprit le Prophète, des 
tombeaux à la porte de toutes les maisons; pourquoi cela? — 
C'est, répondirent-ils, pour que nous n'oubliions pas la mort et 
que nous travaillions avec sèle pour pouvoir goûter le repos 
dans le tombeau. — 11 n'est pas permis de se livrer à la dévo- 
tion dans le but intéressé de pourvoir à sa subsistance et à son 
vêtement, et cette dévotion, dans un cas pareil, ne saurait être 
agréée; d'où vous viennent la subsistance et le vêtement, de 
manière à ne pas provoquer 'ce doute ? — Ils répondirent : 
«Nous sommes tous les habitants d'une maison dont le maître 
est chargé de pourvoir à la subsistance de ses hôtes ; le maître 
de celte maison est Dieu, et notre entretien est à sa charge; 
quand nous semons dans la campagne les graines de blé, de 
coton ou d'autres plantes, c'est Dieu qui envoie, de l'atmos- 
phère, l'eau nécessaire W; nous moissonnons, nous rassemblons 
la récolte en un seul endroit, et chacun de nous en prend la 
quantité nécessaire à ses besoins; Dieu nous en donne en abon- 
dance, et la récolte nous suffit pour vivre jusqu'à l'année sui- 
vante. — D'où vous vient la viande de boucherie ? dit le Pro- 
phète. — Nous avons des moutons dans la campagne, qui sont 
propriété commune de même que la récolte et les autres produits; 
mais la plupart d'entre nous mangent rarement de la viande. 
— Avez-vous, dit le Prophète, des balances et des mesures 
afin que chacun connaisse la quantité qu'il emporte? — Non, 
répondirent-ils ; comme personne n'emporte plus que ce dont 
il a besoin, quelle nécessité d'avoir des mesures? — Y a-t-il 



eu 



Glose : c'est-à-dire la pluie. 



[15] DOCUMENTS PERSANS SUR I/AFRIQUE. 99 

ici des artisans, demanda Mahomet? — Tout le monde est 
artisan , répondirent-ils , mais les produits qu'ils fabriquent ne 
se vendent pas; ils les font les uns pour les autres, selon la 
quantité nécessaire. 

<r Qui est votre cadi ? reprit le Prophète. — Le cadi et le juge 
sont nécessaires à des gens qui ont des disputes entre eux; 
comme nous sommes tous les enfants de Dieu , qui nous donne 
ce dont nous avons besoin, quelle dispute pouvons-nous avoir 
entre nous ? Seulement il faut pratiquer l'équité , pour ne pas 
avoir besoin de cadi et de juge. — Puisque, dit le Prophète, 
vous n'avez ni cadi ni juge, si l'un d'entre vous commet un 
crime, comment le jugez-vous? — Ils répondirent : tr Avant 
même que nous fussions musulmans, la grâce divine avait 
fermé pour nous la route des suggestions du démon; or sans 
la suggestion du démon l'homme ne commet pas de péché. 
Maintenant que nous avons le bonheur d'être musulmans, 
nous espérons que notre rang dans la dévotion deviendra 
encore plus élevé qu'auparavant, et qu'aucune désobéis- 
sance ne se produira de notre part. — Y a-t-il des méde- 
cins ici? interrogea le Prophète. — Non, répondirent-ils; 
la maladie et le repos viennent par l'ordre de Dieu; si c'est 
une maladie mortelle, il n'y a point de doute que le médecin 
ne pourra la guérir; et si elle n'est pas mortelle, le médecin 
est inutile, la nature suffit à la chasser. — J'entends, dit le 
Prophète, un bruit de pleurs d'un côté et un bruit de rires 
d'un autre : qu'est-ce que cela veut dire ? — Les rires , dirent-ils , 
proviennent de ce qu'une personne vient de quitter le monde 
en vrai croyant, et les pleurs de ce qu'un enfant vient de naître; 
or nous ne savons pas s'il sera vrai croyant, ou non W.d 

Quand le Prophète les eut trouvés tous agissant bien et 

(l) C'est à peu près ce qu'Hérodote (V, 4) rapporte des Trauses, peuplade 
tbrace voisine des Gèles. 



100 CL. HUART. [16] 

d'une croyance pure, il fit des vœux pleins de bienveillance à 
leur égard et continua sa route. — Grand Dieu! pardonne-nous 
par la considération de leurs bonnes actions et fais que nous 
nous occupions de t'adorer selon leur exemple, par ta souve- 
raineté, tes anges, tes prophètes, et par ta miséricorde, ô très 
miséricordieux ! 



LES PYAAMIDES. 

Elles se trouvent sur la limite de l'Egypte et font partie du 
troisième climat. C'est une des merveilles du monde, et d'après 
l'auteur de Y Histoire du Maghreb , certains ont dit que le pro- 
phète Idrîs les avait construites, et que, à l'extérieur, sur les 
pierres mêmes, il a montré et disposé cet ouvrage extraordi- 
naire; il a gravé la plupart des opérations, de sorte que s'il 
arrivait au monde une destruction telle que celle du déluge ou 
autre du même genre, que la propagation de l'espèce fut inter- 
rompue et que les arts disparussent, les nouvelles générations 
qui paraîtraient pussent prendre ces dessins et ces gravures 
comme modèles de ces arts. 

Certains ont dit qu'elles ont été bâties par les Pharaons, et 
sont leur [dernière] couche. L'intention qu'on a eue en élevant 
des édifices aussi solides est de les faire résister à l'action du 
temps et d'empêcher que les morts qu'ils renferment ne vien- 
nent à être découverts et dévoilés. D'autres ont dit : <r A cause de 
leur antiquité, on ne peut connaître leur constructeur; l'écri- 
ture qui y est gravée en creux a des caractères que personne 
aujourd'hui ne peut lire; et pour ce motif le véritable sens de 
ces inscriptions ne peut être connu, n 

Leur date est donnée par un proverbe [arabe] qui circule sur 
les bouches, à savoir : rcCes deux pyramides ont été construites 
alors que l'Aigle volant était dans la constellation du Scor- 



[17] DOCUMENTS PERSANS SUR L'AFRIQUE. 101 

piont 1 )», ce qui prouve, attendu que maintenant l'Aigle volant 
est à l'extrémité du Capricorne , et qu'il ne peut traverser une 
constellation zodiacale en moins de deux mille ans, que si 
même un cercle complet n'a pas été parcouru, il s'est au moins 
écoulé plus de douze mille ans depuis leur construction jusqu'à 
ce jour; — mais la vraie science est auprès de Dieu I 

Ce sont sept édifices dont le plus grand s'appelle pyramide 
de Méïdoûm. Dans le Mésdlik el-Mànâtik®, dans Y Histoire du 
Maghreb et dans d'autres outrages, l'auteur nous apprend que 
cette pyramide a une base carrée de 600 coudées de côté; 
elle s'élève perpendiculairement à la hauteur de 3o coudées, 
au-dessus desquelles elle prend une forme de coupole, de sorte 
que chaque côté paraisse un triangle^; sa hauteur totale est 
de tioo coudées. Au milieu se trouve une coupole de 20 cou- 
dées sur 2 ; sa partie basse est carrée , sa partie haute octo- 
gonale, et se termine par une coupole circulaire. Les pierres 
ont été tellement bien placées les unes sur les autres qu'on 
dirait que c'est un seul morceau de pierre et qu'il n'y a ni cou- 
ture ni jointure. Au bas est une cave qui a une grande pro- 
fondeur : on peut y descendre au moyen d'une corde, et on 
y trouve des tombeaux qui contiennent encore des membres 
et des os bien conservés, grâce à une particularité du sol de 
l'Egypte W. Le reste des murailles de cette pyramide est abso- 
lument plein : il n'y a d'autre creux à l'intérieur que la cou- 
pole dont nous venons de parler. Elle est construite en pierres 

(1) Comp. Maqrîzi, Khitat, t. I, p. 1 1 5, qui attribue ce renseignement à Abou- 
Zéïd el-Balkhi. Les différences qui existent entre les deux textes n'ont aucune 
portée. Cf. également Sotoôt!, Hosn el-Mohâfora, t. I, p. 35. 

(1) Titre du traité de géographie d'El-Içtakhr! ; cf. Bibliot. geogr. or., I, p. 5i. 

(S) L'auteur veut dire que la pyramide a d'abord la forme d'un parallélipipède, 
et qu'elle ne prend celle de pyramide qu'à partir d'une hauteur de trente coudées. 

(4) Tout ce passage, depuis le début, a été utilisé par Medjdî dans son Zmet oui- 
Médjâlis, fol. 9o4 v°. 



y 



103 CL HUART. [18] 

taillées, dont chacune a plus ou moins a 5 coudées [de long] 
sur 3 de large; ce sont des pierres rouges tachetées de noir. 
Les [autres] pyramides sont de la forme carrée qui vient d'être 
décrite, de îoo coudées de côté, plus ou moins. Il est écrit que 
la grande pyramide a été construite en trois cents ans, la plus 
petite en soixante-dix , et les autres en proportion. 



EXTRAIT DU <DJAWiMr EL-HIKilYÀT* 

DE DJÉMÂL-OUDDÎN MOHAMMED C AUFÎ. 




U IJ^ 4*^ yf\y r^ ^ o y £* yU*t U Lyt;5, Jsil **lt A*, JL-JI **** 

^^ ç-*J jlTjwI Jtfi^ *iyy gUm ^ r l^ tyl^ om*I i^T 

juj ^^ il^l^ u^^Q; °^!y^ <£**~Jt ^S tyTj^^j-^ OMnl ijs^; 



(«) Mb. Jj. — & Ms. Jr. — < 3) Ms. or-iyl. — < 4 > Ma. •>**. Cette expres- 
sion n'est pas usuelle, elle est même inconnue à 1 arabe; elle équivaut i ^ ou 



[19] DOCUMENTS PERSANS SUR L'AFRIQUE. 103 

TRADUCTION. 

On rapporte, dans le Siyèr oul-Moloûk M, qu'il y a, dans les 
déserts du Maghreb, un peuple qui descend d'Adam — que le 
salut soit sur lui ! — et qui ne se compose que de femmes : il n'y 
a aucun homme parmi elles. Si un homme pénètre dans cette 
province, il meurt immédiatement. La race est perpétuée an 
moyen d'une rivière qui coule dans leur territoire; toute 
femme qui plonge dans cette rivière en devient enceinte, mais 
n'a que des filles. On raconte que Tobba* a pénétré jusqu'à 
cette rivière, au moment où il se dirigeait vers la Mer Téné- 
breuse, par le même chemin que Dhou'l-Qarnéïn avait suivi. 
Ce Tobba* avait un fils nommé Afrixon ( 2 ), qui est celui qui a 
construit AfrîqiyaW et lui a donné son nom. On dit donc que 
Tobba c a pénétré jusqu'à la vallée du Maghreb, à un endroit 
qu'on appelle Vallée du Sabbat; le sable y coule comme le Nil. 
Tout animal qui s'y engage périt immédiatement. Quand 
Tobba c se fut rendu compte de cet obstacle, il revint sur ses 
pas; mais Dhou'l-Qarnéïn, une fois parvenu au même endroit, 
patienta jusqu'au samedi, suivant le conseil que les sages lui 
avaient donné; [ce jour-là,] le cours du sable se ralentit; il 
traversa le fleuve de sable et atteignit la Mer Ténébreuse. 

(l) Le même ouvrage qui a été publié et traduit par Ch. Schikir, sous le titre 
de Siasset Namèh, traité de gouvernement, composé pour le sultan Melik-châli 
(Mélèk-châh) par le vizir Nizam oul-Moulk; texte persan, préface, p. i; mais celte 
citation ne s'y retrouve pas. 

(>) Ordinairement appelé Àfrtqous; voir notamment Mas'oôdi, Prairies d'or, 
t. III, p. 99A. 

(3) Ce nom, qui est celui de l'Afrique propre, est pris souvent pour le nom 
d'une ville et désigne alors QaïrawAn. Voir R. Dozr, Recherches sur l'histoire et la 
littérature de l'Espagne, 9* éd., 1881, t. I, p. 3oo. Sur l'orthographe de ce nom 
en arabe, transcription ftàÇplxr), consulter Fleischer, Beitràge zur arab. Sprach- 
kunde, n° 4, 1870, p. a 55. Primitivement il avait servi à désigner Carthage 
(cf. Tabarl, I, p. 738). 



104 CL. HUART. [20] 

EXTRAITS DU «HAFT-IQLÎM» 

D'AHMED RAzî. 

c r » * » «*-"' <*-€ «* & ■ * ;<-"*•' y^ JUa c**,! £*«, <$s£S ^Jt &M* 

^^ u^*/* ^^^ c * û * tr«^ *e>* «*A cr*br> uy^^ tf^L* 



• - La 




^ki j^ ; jl»Ua c*A* c»«X*. I; <jîJjk> » *X£ £1) J*i ^i J^^ji *y ^ 

jI /^1«X^3 «XJl£lf i£ifj*j )[aoa\ /.il /.iLJdfciUi 



• *■ « • 



j^j e*XLtf, JoiU ; L-* «*&* yl^a «iljjj, «Xiy ; l£ ^L^ywi, o£^ 
s jà jissl^, Os»; «*C; jl 3Uo UrT,à ATylà^Jl »»> y owJ J*A* 

t 

U L^1 ^LJj c*~jl$ u U*t fi**, Jsj;jTom**>o I; U;j »o^tT UJ!; jo 



(1 > B jjS^m. — m Manque dans B. — < a > B yi. — <•> A y*. • 



[91] DOCUMENTS PERSANS SUR L'AFRIQUE. 105 

)l Jwfc^ AJj,; ;l*> yJO* (fol. HT*) yl,y CÙd&, J&jfo Owfit, c^Ul^. 

■ v ; a ; ? t«x^. U-». ,5-^-. ; » ^k £■*•!* ou») j«i* »ly w i^ J^», 
; i, o^; juuuI ^ç*: *^ <*»> ;^ u^Ty »M» ibty ^T <J u b 

^ A*, 1^1*, JUSflt, ^ O^IÀfiU» yîV «*♦*" "f 1 ** J*>b* 

•wy* „$) ; U? *Ttfa, b'^Jstlji** yly al* t^ ou<L* ^ u î jl# ^ 
pU*, «jùiL,! u^fi >\ j.U? «^ ^ »^ c y y* J.U. w y^ ftr )\ *^i> 
c^_a_j S-A-yf »^<x-»J gM* 5' u'^y 3' L»' *a£1* pUàxil L*>î JJL» ; a 

(j"^» *^ vb** ^* f* z# *ï» JS '* J, * S V u*^ b e **^ «^^-y 



jajj^sJ ^t, c . «» > ,«»; « p* c y & pL. ^ j^l ^ j*s. yaA (fol. 189 r*) 
jl y T tf iAJLii, L^T^à oa^ ^* JU« v>^ j' «=*-«' J**"*» «& 
l»U jlT»L^j5, ^&m <»•*** pv>^ **>j*^ ****" <** *=*-'b*>»' ^ <r* 

uj-** ^ jjc£*»y aau ^L^ (fol. 189 v-) «xjtfl y ; ^ U UJ ^yi c**w 
xT^xjlC^ Ja> cmmI voUsJI uM ubJb 4 7 ^wU» aTjU; ^yl <x**JI 



(») 



B jIju. _ m a w^. 



106 CL. HUART. [22] 






JL* >Uju6 v^hX4 j*j tel** Lu cjub^ll ^- 1; ptyM jS^a^Jjii^a* ^1 

•x-i^5cui^L^ i^aj u i {t) j*)jt) * *>y ^ u^* ub* )\*~*j*)y» jy •? 
;>-V-* •*- j*b-w :» f-* 1 ^ £U*t$ oa£yt u t ; > ^ly, (^T*^ ^ 



JL-àb jU c*—a 5^a JLt J*J a^Ç »0^L»; jM^OUi l^iîjt c& jt^ ; a 
t ; ^^t u ^tj Jj^ jl ^a^ JîTcmJ JJii *>&** K&ji 00]^ 




ou, ï;jJâj> tf^; ( fol - 15 ° r °) ^u^y 5 tf 1 **** *>;>* **** &**** 1**^° 

J)Uj\ A-S"^ AJU^J L*î^ àTcOI* S;U ^ tfjjj, b <£à*L JTc^l 



(«) A uy*. — < 5 ' A ^;^, Jyj*,. — P) B yU^. 



[23] DOCUMENTS PERSANS SUR L'AFRIQUE. 107 






j^j^U *4> J^JLXit aL* glj* c**jb j5'^U5' f cwJJb 



;33' tfr^ &*?**** ***** ^ùiïjiutô f** •* M~j*>* & 

*-S*ab (&) ^h ^ y** ;^ otiAj (8) JU 



P) B^W. — (,) A ajoute *^par inadvertance du copiste. — (3) B ;^. — 
<•> Manque dans B. — « A oo^U. _ w B dJU. — ^ B ajoute Jt-^. — 
(i) Manque dans B. 



108 CL. HUART. [24] 

uy*i a»»*» j» ^j^ «wU «x*)y u>w ^^^ b *>> u'^)> p^ 



^13! ^E-S^l i fl v a ^ Uu^ j5~c*J jLS 1*1* c y^ji ? fr **£ ***»* 

;L? JULit^ JU^t JO^ ^*Ç U>W «X-ÛJ* «jLa^ £*à JO)L ^ JOU^ 

jl «XJ^ft-5 (j^A-S ^S^l u >^ djf ^Lu^> l** gôu* JljZiJ) y^jta» )*) 
y* *,$& »■ & a 4 £^*» j**t to*U / c& ;^ *XiAl? d*L^ »0^5 c**j*T 

Ui* y';*» à *r^ ,»-* >*-? H» <r& JD *^> V* oir** *^-^ :> fc^V^ 
<£«X^.j (fol. 191 r - ) p) d*)±i &**» ;li^3 *XAl? Ji^i u^U yT^^X^ 



(») b 



[25] DOCUMENTS PERSANS SUR L'AFRIQUE. 409 

j àUjL»l j, ; Jlj^. b JL. ^ JjU^. Jà. AAsXf ,f ^a $ $»] «S" 
jja-*, m ya>;J> (,, *1j|, y . li ... U y*> l» JUÏ, àyÀ** ( JaxU ylj! Jutfe OoL. 

(>^-^ J>-k o^jLmw^ »^yl er jl cx^U ^)|^^j **U» *ttl* ^ U; yu 
•^ dLLII ; b <>-*L* gUj ; * jLT^g^^A, cwrt; ^ *La J^ ya* 

^L^jJL^ li^^^A ^^ ou»! £llj JuJ jUà^> <*>*Tom*I OUI*»* 

Mj&BZpT dULjfj jl il -, « <^*»li0 om»I lôlk^J ^a £iU A*j cxJ JU3w# 
)S) JUil^h. utfj I; Jdu#$ «Xajua* \ji\ ^tJ^ c*J xwJ j«Xj xwJU* l*lk*** 

(sr iL-S'^ » h~ ^LjjUSjt t ; tsJj*lj «x*l *:>Uit l^lj* ^tS^J «S^oumI^Lu 

tlb' J^" ^Hî^ 1 ^*=*~' )J*~* Ji^i) <-**l# ;* d^ &[> OUUt (jT^ 
STfltk»»* i&Xji ;5j Cv-U^U»^. (^yC^ y"^ à>£*» J-*la. yl^^-» 

Jai jb JUtL »»à JoL. .X^^j •«S'ykt. JUiU» m JxL, \J\tS 



;i o«_i,li pi h » \\ ji^L^L* dUL»^ J^^Uvy^. (fol. 191 v*) JajmwI 

A et B «M; — m A yy*,. — « A et B !»U>-i. — <*» B «Uw. — '»'. A 
fli-. — c» B,. 



110 CL. HUART. [26] 

(jMufûJI (£-*-*} l^UdUMbi ^Lu* ià^l jâ ôj*aA> Ijjya* oU^j *l>^& «X*u«* 

JU oIjUj j«»- £^ *«xk ub* **») V3*' *ft °^» uw ^*** U^!> 



p^ 4-y** fc^ 1 *" ^AiJ ***-l~ oviLu JIC )± ^Lflfc. ^i l^à ^1 ;UT;*> 

&)<*-*» <£*±. } * j^ o^y^ «,*«, v 1 ? b p 1 *^ *5b)*> *bj** jw & ** 

4K-uU jJû^^U (fol. 19a r°) Mb u^ oJ^ *j4k b^ 8 ^ J) 1 ^ 4X Î^ y 
tïyjii o-LuA> j^» W J;^ ^^ &*y* JT^l JoU 4XftLâ3 l^ y *3~<£*>*> 

y fl" *»-» ^Li^ p^-* x? t^b cp**l ^s?^ *^b à y *^^U J^yt (j^yit ^ 



A 4»i ^^î j*ii. — w A *^?^l. — ^ A *>**•. — ^ A «»^>t. 



[27] DOCUMENTS PERSANS SUR L'AFRIQUE. 111 

»_£« »*Uj /-^ a^Timm ^ vXJdCJ AS"«>ôab o *\uToJTl*>oo 



ty I; AJL^Tb ^^i *J^fi AJùby ^ a JJo oOlai, ISS *^Tb 

I (j^àbW i& *Jj«>a£j p*v*j'j iXJJOiXi ducL. (jTUt «Xi^5%uâi 
i^tjl i^jÇ vJL*JU cJjiS'^ JO^j **y *yU* p^j A~«>U* ; * a4 



i*mJ ; ÔJ£ ;^ p^lô J4t ^ pjj* v=>«X^ pi* Jià AS"«X*b c^l jjjjf* ^ 
A4 ytllâ ^1 ;UmO v=>bl* ^t^j KSjUy^éjLa pLt ;^ »^ô ;^a^ 



(5j^ ouu«jl«Xfr« ^JO) l^lj^* J^tyu^o^ Aub £*fo (fol. 19a v°) 






w A>é^. — « A«-.t>^^. 



112 CL. HUART. [28] 

^ ^L^ JUt «XJ«X^* ^J u ^>. (£&Sj*\ ftb utë^U ylJo, cu^J 



yljï Oy^ vJ^ ;* j«tc3^ *Tc*i^ 

*X.*U JlS"<3)L* a5~«XJ«X*i»j4 «MjlifcJl ^U;^ ;2> jCfow^J ft^li vil* fljJyÇ 

»«xjl; a5~o*«J w I o***^** o*iS ^LjI jt t«x4^ vjLjl jl Owb ^^t oJlS 



«X^U j-O^ db jSyS oJ& cJU* j,l (jotjât. Î^Jj Oymt *L$ ;l 



« v 



^ ;» Cô2 «X*l? J2* ^1 «XâXÀS O^ii tr J, j^ 1; ft^. 



^ îjLi-* yj-^j ^1 * J^JTjt JUJU^I A3 «X*T«X*I>* uy A\ ^ 4^1 

^ a^L* js $±± «a* *^^ *xi^ *x&yi )*j$ U^V <&/ ^jLafiby 

j-> C^ûijl (j^Jl ji «Xa«*j v^àl+à AfcJo j^a^ oJ&* jU&l? ^>* «X**y 

jLT^L^JjU (fol. iq3 r°) «XJ^UJb c^i »<X*3 *S^*X, 



^^ u^w °^ **?& **}& & ^^^'y- ^^^ & «â»*y 



i£»U AMI c^yxw («X* *S^0kJJs>^ «X^> ^m« k# jt jUj^^J oJ^ 



0) A)». — « A*v 



[29] DOCUMENTS PERSANS SUR L'AFRIQUE. 113 



(jL^-L? C^L;^ C*J^ ^ JU^L c>~>> %^ UçOj &&f*h 

J Lia* ^b *Lum ^UkJo *SVt* «ILUm ^LX; \l 



{') 



7* w uJ-*3' 

51 ëJS'tsy* &£*»* wy^j* *^*A *^> f** ** ^ ^-'; lt^-;^ 

J 5 '*^** ca*;* f*^ u»y*^ fh *>'* '; à'^b «ir*** «y*»* *^^ 1*1 
(fol. i 9 3 v*) £gt, ^ ; (5^3^ u-uOsj c*J iU^i ,» ^^ b Uy jlj ou»l 



a **•. — « A^r^. — ^ A /. — w A r> *5. 

HéHOlRES ORIEKTADX. 8 



iMPBiurBir. ^«riotAtc. 



116 CL. HUART. [30] 

TRADUCTION. 



PAYS DES ZENDJS. 

C'est une vaste province, bornée au nord par les villes de la 
province du Yémen; au sud, par des déserts inhabités; à Test, 
par la Nubie, et à l'ouest, par l'Abyssinie W. Les habitants de 
cette contrée ne sont jamais soucieux , comme le Chéïkh Abou- 
Sald , Gis d'Abou'l-Khéïr (2) l'a montré dans ses vers : 

Qui a le cœur sans chagrin pour que faille frotter ma main sur luiO ? 
Le cœur sans souci est celui des Zendjs amoureux et ivres. 

Les philosophes ont trouvé la cause de la joie habituelle de 
cette sorte d'hommes dans l'apparition de l'étoile Canopus, 
qui chaque nuit se lève pour eux W. Tous les Zendjs descendent 

(I) Sur les limites du pays des Zendjs, il faut voir la monographie de Marcel 
Devic, Le pays des Zendjs ou la côte orientale d'Afrique au moyen âge, Paris, i883 , 
p. aa et suiv. L'orientation de notre auteur est la même que celle de Qizwhii, 
Athdr cl-Bildd, éd. Wûstenfeld, p. 1 4 , et lui est sans doute empruntée. Les déserts 
inhabiles au sud correspondent au Faydfi (= déserts) du géographe Qazwiol. 
L'édition lithograpbiée du Habib ous-Siyèr de Khondémtr, dernière partie, p. 3, 
m'a permis de corriger la leçon u*£» W des manuscrits. Comp. Devic, op. hnuL, 
p. 3i. 

(t} Çoàf t compatriote et contemporain du poète Anvéri , né dans le canton de 
Khâvérân (Khorasàn), qui Ta célébré dans ses vers. Daolbt-Châh, Tezkirèt ouck- 
Cho'arâ, éd. Browne, p. 84 el 5s 1 ; M. Barwbi de Mitoard, Dictionnaire de In 
Perse, p. 193, note; MedjdI, Zink oui-Médjdlis , fol. 9 r°; DjImI, Nafakdt omWns, 
éd. de Calcutta, p. 339. 

(3) En vue de s'attirer une part de sa chance. 

(4) Sur la galté habituelle aux nègres, voir Mas'oôdî, Prairies d'or, 1. 1, p. 16S; 



[31] DOCUMENTS PERSANS SUR L'AFRIQUE. 115 

de Zendj, fils de Koûch, fils de Chanaan, fds de Gham; on les 
appelle les hommes sauvages, parce qu'ils mangent la chair de 
l'ennemi qu'ils ont vaincu ; de même , quand ils sont mécon- 
tents de leur souverain, ils le tuent et le mangent. Bien que 
lor soit abondant chez eux, la matière qu'ils préfèrent pour 
leurs ornements et leurs bijoux est le fer W. Ils disent que toute 
personne qui porte du fer sur elle échappe aux étreintes du 
démon et sa bravoure en est accrue M. Le bœuf de ce pays vaut 
le cheval arabe au combat (3 >. Leur nourriture habituelle est la 
chair de l'éléphant et de la girafe. On dit que dans cette pro- 
vince se trouve un arbre dont les feuilles, quand on les jette 
dans l'eau et que les éléphants boivent de celte eau, rendent 
ceux-ci tellement ivres qu'on les prend aisément "à la chasse W. 



LA NUBIE. 

Ce pays se trouve placé sur les deux rives du Nil; il faut huit 
jours et huit nuits pour le traverser dans sa longueur. Les habi- 
tants sont chrétiens et se nourrissent surtout d'orge; la viande 
de chameau leur est aussi très utile. On y trouve beaucoup de 
girafes. La Nubie comprend également le Soudan, où l'or croît 
dans le sable ; le climat en est excessivement chaud ; les habi- 
tants passent leurs journées sous la terre; à la nuit, ils sortent 

Qizwint, Âtkar el-Bildd, p. i4 ; 'Ami bbw Bahr rl-Dj1hizh, Tria opuscula, éd. van 
Vloten, p. 67, ligne 17. 

(1) Sur les mines de fer dans les montagnes de Djentama et Dendéma, où des 
navires du Zâbedj (Java) venaient le prendre et le transporter dans l'Inde où la 
vente en était très avantageuse, voir Édrisf, trad. Jaubert, p. 45, 46; Devic, op. 
laud.,f. 83. 

<*> Cf. QizwtKt, Âthàr, p. i5; Bâkoûi, p. 395. 

& Cf. Devic, op. laud., p. t&i. 

(t) Cf. MasoûdÎ, Prairies d'or, t. III, p. 7-8; E. Quatrbmkre , Mémoire sur Us 
Zmijes, dans Mémoires sur l'Egypte, t. II, p. 186. 

8. 



116 CL. HUART. [32] 

de leurs retraites et s'emparent de l'or. Ce métal est l'objet de 
leur commerce; leurs vêtements sont faite de peaux de bêtes; 
les négociants se rendent au Soudan au prix de mille diffi- 
cultés; une fois qu'ils y sont arrivés, ils battent de la timbale et 
disposent leurs marchandises séparément dans un endroit. Les 
habitants, avertis de l'arrivée des négociants par le bruit de la 
timbale, se rendent de nuit à l'endroit où sont exposées les 
marchandises et laissent de l'or, formant le prix de l'objet, en 
face de chaque denrée; au matin, les négociants arrivent au 
même endroit et s'ils ne sont pas satisfaits de la quantité d'or 
qui a été laissée, ils éloignent la marchandise de la contre- 
valeur offerte et s'en vont ; la nuit, les habitants reviennent et 
augmentent la quantité d'or jusqu'à ce que les marchands 
soient satisfaits M. 

Nouba était un fils de Cham , 61s de Noé , et ce pays est devenu 
célèbre sous son nom. Cham est rangé parmi les prophètes, 
mais aucun de ses fils n'a atteint ce rang, pour la raison que 
voici, ainsi que cela a été écrit : Un jour, Noé s'était endormi 
et avait découvert ses parties honteuses ; Cham vint à passer et 
ne le recouvrit pas, mais tout au contraire se mit à rire ; c'est à 
cause de ce manque de respect que la couleur de ses descen^ 
dants fut noire et que le don de prophétie disparut de sa lignée. 
H eut neuf fils, que voici : Hind, Sind, Zendj, Nouba, Cba- 
naan, Ko&ch, Qibt, Berbèr, Habèch. 

(,( Comp. MIrehond, Rouget ouç-Çafd, dernière partie, p. s3. C'est à peu près 
ce que raconte Cosmos Indicopleustès de la manière dont le troc se fait aux mines 
de Sasou, pays très voisin du pays de l'encens, dans la contrée où le Nil prend sa 
source, et où se rendaient des marchands nubiens qui ne comprenaient pas le 
langage des naturels. On trouve déjà ce procédé indiqué par Hérodote (IV, 196) 
pour le commerce des Carthaginois avec les Lybiens d au delà des colonnes d'Her- 
cule. Comp. QaiwînI, Athàr, p. 29. 



[33] DOCUMENTS PERSANS SUR L'AFRIQUE. 117 



L'EGYPTE. 

L'Egypte (Miçr) est ainsi appelée de Miçr, fils d'Abîm, fils de 
Cham, fils de Noé — que le salut soit sur lui ! Parmi les raretés 
qui distinguent ce pays est le fleuve du Nil qui, contrairement 
aux autres rivières, coule du sud au nord. Sa source est située 
au delà de l'Equateur, dans les montagnes de Qdknr, et son 
embouchure est dans la Méditerranée. Ses eaux croissent à la 
saison où toutes les autres rivières sont en décroissance. La 
cause en est, dit-on, que l'été en Egypte correspond à l'hiver 
au delà de l'Equateur, car le soleil est alors plus éloigné du 
zénith du premier de ces pays et plus rapproché des contrées 
australes; [au contraire,] quand l'hiver règne sur les pays du 
Nord, les contrées du Sud sont plongées dans l'été. Cependant 
l'auteur du Rauzatouç-ÇafdW rapporte, d'après c Abd-ouç-Çamad 
Ibrahim Riqâ'î, auteur de ï A$bâb-el- Adjdïb , que la cause de 
l'élévation et de l'agitation de l'eau du Nil est que la Méditer- 
ranée est agitée en automne et que ses vagues, s'élevant au- 
dessus de son niveau habituel, forment comme une digue en 
face de l'eau du fleuve et l'empêche de s'écouler; l'eau du Nil, 
ainsi contrainte , retourne en arrière. 

Les Egyptiens ont un miqyds qui leur sert à déterminer la 
quantité de l'augmentation et de la diminution de l'eau ; il est 
installé au milieu du fleuve; il y a là un certain nombre de lignes 
qui servent à indiquer la règle de la quantité suffisant aux 
besoins de la population. Quand la crue atteint seize lignes, cela 
produit beaucoup de bien et de profit; l'extrême limite de la 
crue [probable] est dix-huit lignes; quand elle les dépasse, 

(1) Mirkhond. Voir l'édition lithographiée, dernière partie, p. i3, où il y a 
<|Uyi; YAsbàb el- Adjdïb est indiqué par Hadji-Khalfa, t I, p. 966, n° 579, où 
l'auteur est appelé 'Abd-eç-Çamad ben Ibrahim el-Fârisi. 



118 CL. HUART. [34] 

c'est la ruine pour l'Egypte. On dit que ce miqyâs a été institué 
par Joseph le Véridique — que le salut soit sur lui ! 

Une autre merveille, ce sont les pyramides, c'est-à-dire trois 
coupoles bâties par les sages d'autrefois. L'auteur de Y'Adjdïb 
el-Makhloûqdt [Qàzmni] rapporte, d'après Ibn-Ghafîr, que c'est 
Hrmyar le Mou'téfik qui les a construites et les a entièrement 
terminées dans l'espace de soixante-dix ans ; soixante-dix mille 
hommes y ont travaillé. Certains ont dit qu'ldrîs avait connu, 
par une révélation surnaturelle, qu'il y aurait un déluge au 
temps de Noé, et que ce déluge couvrirait le monde entier. 
Il fit enfouir dans cet endroit plusieurs tombeaux de ses pères 
et de ses ancêtres avec de l'or en abondance et des joyaux 
nombreux, et fit élever les pyramides au-dessus de ces tom- 
beaux. On dit que le fer et l'acier ne peuvent aucunement 
entamer ces monuments. Un souverain, poussé par le désir de 
trouver de l'or et des joyaux, déploya des efforts considérables 
pour démolir l'une de ces pyramides; mais finalement il renonça 
à son entreprise sans avoir atteint son but. 

Quelques individus croient que cet état est dû à un talis- 
man, et que toute personne qui y participe peut en obtenir 
un don. 

Quoique ces discours ne paraissent pas trop raisonnables, 
cependant nous les avons reproduits, à cause de leur singula- 
rité, parce que nous les avons rencontrés dans nos lectures. 
On rapporte que le fils d'un grand personnage d'Egypte était 
tombé dans la misère et que la gêne et la pauvreté l'avaient 
rendu sans protection. Dans l'idée qu'il pourrait obtenir une 
portion de ce talisman, il se rendait chaque jour aux pyramides 
et regardait attentivement de tous côtés. Un jour il trouva 
un morceau de papier où était écrit ceci : k Quand on me- 

(i) Corop. Qazwlnî, I, p. 186; 'Abdallatif, p. 4o6; Maqrîzi, Kkitat, t. If, 
p. i85. 



[35] DOCUMENTS PERSANS SUR L'AFRIQUE. 119 

surera huit coudées sur telle face de la petite pyramide, on 
trouvera sûrement quelque chose. r> Ayant agi selon ces direc- 
tions, il apparut un coffre de fer dans lequel, quand il l'ou- 
vrit, il trouva une coupe au milieu de laquelle était un disque 
d'or. Il laissa le coffre, prit la coupe avec le disque d'or 
et se rendit à la ville. Il porta l'or à un changeur qui lui 
remit en échange quelques pièces d'or. Rentré à la maison, 
il aperçut le disque d'or au milieu des pièces ; il le revendit 
à un changeur et le retrouva encore au milieu des pièces d'or 
qui lui avaient été données. Il reconnut alors que ce disque 
possédait la propriété de rester entre les mains de celui qui 
l'avait une fois vendu. Par ce moyen il se procura des richesses 
sans pareilles. La coupe avait, elle aussi, la propriété de 
changer l'eau qu'on y versait en un vin qui n'avait pas son pa- 
reil dans toute l'Egypte W. Cet individu se construisit une maison 
sur les bords du Nil et se mit à y vendre du vin; comme son 
vin était meilleur et qu'il le vendait meilleur marché, les 
clients se dirigèrent vers son établissement et les autres mar- 
chands furent ruinés. Ceux-ci s'étant livrés à une enquête, 
firent connaître la vérité au roi qui le fit venir et confisqua la 
coupe et le disque d'or. 

On raconte, dans YAihàr oul-bildd> qu'une personne se 
procura, en Egypte, une clef talismanique , qu'elle creusa la 
terre dans les environs de la grande pyramide et qu'il apparut 
un puits dans lequel chaque personne qui y jetait les yeux voyait 
apparaître des dragons. Cet individu lança dans ce puits la clef 
talismanique qu'il possédait et tous les dragons disparurent. 
Accompagné de dix de ses amis, il entra dans le puits et aperçut 
quatre estrades sur chacune desquelles on avait posé dix vases 
d'or pleins d'or; au goulot de chaque vase était accroupi un lion 

(1) Ce genre de coupes est attribudà Cléopâtre; Maqrîzî, Khitat, 1. I, p. 35. 



120 CL. HUÀRT. [36] 

d'or qui blessait de ses griffes la main de quiconque retendait 
vers ces vases. Sur chaque estrade il y avait également un 
lit de pierres précieuses; un des gens de la bande, plein d'au- 
dace, en enleva trois; immédiatement il disparut aux yeux 
de ses compagnons. Au bout d'une heure, le mur de la chambre 
se fendit et on vit apparaître la tète coupée de l'homme dis- 
paru. Cette troupe de gens, ne sachant comment entrer en 
possession de ces trésors, s'en retourna toute déconfite (1 l 

L'auteur du Tdrîkh ElfîW dit, d'après Ibn-Kéthîr le Syrien, 
que sous le règne de Mélik-'Adèl , en 587 W [de l'hégire], il y 
eut en Egypte une famine telle que, dans l'espace d'un mois, il 
mourut deux cent mille personnes de faim. Mélik-'Adèl leur 
fournit à tous des linceuls aux frais de sa cassette particulière, 
mais la foule de ceux dont le roi n'eut aucune connaissance 
dépassa toute analogie. A la fin, il ne resta en Egypte ni chats, 
ni chiens, et les hommes dévorèrent leurs propres enfants; et 
quand il n'en resta plus, on se mit à manger les médecins; en 
effet, tout médecin qu on amenait à la maison sous le prétexte 
d'y visiter un malade se voyait entouré de tous côtés par des 
couteaux; on dépeçait alors cet infortuné comme l'on fait de la 
viande des victimes des sacrifices, et l'on s'en arrachait les 
membres. 

(,) Voir d'autres contes relatifs aux Pyramides dans Soyoûti, Hosn el-mokddara, 
t. I, p. 38; [IdrâhÎm ben WIçif-Châh], Y Abrégé des Merveilles, trad. Carra de 
Vaux, p. su et suiv. 

(S) Cet ouvrage , que l'empereur Akbar fit commencer en 993 Hég. (1 585 ), était 
alors dans toute sa nouveauté, Ahmed Râzi ayant composé le Hafllqllm vers 1 593. 
Cf. Rieu, Calai, p. 117. Quant au damasquin Ibn-Kéthîr, qui vécut de i3oa 
à 1379 et écrivit le Biddya w'hn-Nthàya, voir Cl. Huaet, Littérature arabe, 
p. 34o. 

(S} 11 faut lire 597 (iaoo-1201); c'est en effet la date de l'affreuse famine dont 
'Abdallatif fut témoin oculaire et dont il a donné une si épouvantable description 
(p. 36o et suiv.). Ibn-el-Athir, t. XII, p. 119, n'y consacre que deux lignes et 
Abou'1-Féda (éd. de Constantinople, t. 111, p. 106) qu'une demi-ligne. 



[37] DOCUMENTS PERSANS SUR I/AFRIQUE. 121 

Il n'y a pas de cours d'eau dans toute l'Egypte, à la seule ex- 
ception du Nil. La neige y est inconnue et la pluie n'y tombe 
que par intermittence. Lorsqu'il pleut beaucoup , c'est un signe 
de famine, parce que les grains pourrissent dans le sol. 

Dans certaines localités croît une herbe dont on fait les cor- 
dages des gros navires; elle donne une lumière à la façon d'une 
chandelle; quand elle s'éteint, on la fait tourner plusieurs fois 
et elle redevient lumineuse W. On voit encore*dans ce pays un 
bassin où tombe l'eau d'une fontaine; toutes les fois qu'une 
femme en état d'impureté place sa main dans l'eau de la fon- 
taine, celle-ci s'arrête et l'eau du bassin prend une mauvaise 
odeur ; la source ne recommence à couler que quand le bassin 
est entièrement vidé. 

Il y a, en Egypte, des ânes et des mulets de prix en grand 
nombre. Quand on prend ceux-ci de la saillie des onagres, ils 
deviennent vites et bons coureurs* Dans un canton du même 
pays il croît des melons si grands qu'il suffit de deux pour former 
la charge d'un chameau; ils ont une tête tordue à la façon d'un 
serpent, de près d'une demi-coudée, et une queue qui est aussi 
très longue, de sorte qu'il y a une distance considérable entre 
la queue et le ventre. 

Dant ce même pays il y a un lac dont l'eau est saumâtre ; 
quand le Nil déborde cette eau devient douce ; au moment de 
la décroissance du fleuve l'eau du lac recommence à être sau- 
mâtre t 2 '. Ce lac renferme quelques espèces de poissons qu'on 
ne rencontre nulle part ailleurs. Depuis cet endroit jusqu'à la 
Syrie , tout l'intervalle est de sable mouvant; on l'appelle Djifâr W. 

(,) C'est de la même façon qu'on active la combustion de la mèche à bord des 
navires. 

^ Le lac de Tinnis, comme on peut le voir en comparant Içlakhrî, p. 5a, 
d'où ce passage est traduit. 

(3} Cf. Abou'l-F4da, Géogr., texte ar. , p. .108, 109; Mioatzf, Khitat, t. I, 
p. 189. 



122 CL. HUART. [38] 

Il y a , dans ce Djifâr, de nombreux serpents qui mordent et 
qui sautent; si quelqu'un se trouve dans un palanquin, ces 
animaux sautent et se jettent à l'intérieur de la litière; leur 
morsure est mortelle. Ce désert est borné d'un côté par la 
mer des Grecs et de l'autre par le désert de l'Egarement des 
Israélites. 

Celui-ci s'étend sur une distance de quarante parasanges; il 
est entièrement sablonneux, et en partie pierreux; on l'appelle 
aussi le désert des Arabes. On y voit deux arbres qui ont des 
oiseaux en guise de feuilles, comme des alouettes. Cet état se 
prolonge pendant quarante jours, puis cesse' 1 ). Le désert des 
Israélites s'étend entre la Palestine, Aïla, le Jourdain et l'Egypte. 
Les Israélites y ont été éprouvés pendant quarante ans : ils 
étaient au nombre de six cent mille, dit-on. Quand leurs pro- 
visions furent épuisées, le Donneur de pâture absolu (Dieu) 
leur accorda la manne et les sahvâ; la manne est quelque chose 
qui ressemble au terendjoubin®, et le saliva un oiseau aquatique 
qui ressemble à la perdrix. Des traditions juives nous appren- 
nent que pendant la durée du séjour des Israélites dans le 7ÏA, 
leurs vêtements ne vieillissaient pas et ne tombaient pas en 
lambeaux; tout enfant qui naissait venait au monde tout 
habillé; quand il grandissait, ses vêtements s'allongeaient à 
proportion. 

Les dimensions de l'Egypte, en long et en large, sont de 
quarante jours et de quarante nuits de route. Son ancienne 
capitale est FosUU, située au nord du Nil; cette ville a des rues 
et des quartiers élevés où habitent des gens appartenant à 
toutes sortes de tribus; ses maisons sont toutes à trois et quatre 

(,) Cf. MtiiKHOND, Rauzet ouç-Çajâ, dernière partie, p. 8. 

(>} Gomme produite par YAlhagi maurorum, sur laquelle on peut voir J.-E. 
PoLàK, Pertien, t. II, p. 986; Schlimmbr, Terminologie médico- pharmaceutique, 
p. 356-36o. 



[39] DOCUMENTS PERSANS SUR LAFRIQUE. 123 

étages. Le tombeau de Châfé c î est à Fostât. L auteur du Mésdlik 
o-Mémdlik rapporte que cette ville se partage en deux parties : 
la haute, appelée Moçafid, et la basse, nommée Zoulf W. Le 
Gharâïb oulrAsrdr ( 2 ) mentionne que le Ça'id est au sud de Fostât. 
Dans la campagne qui entoure cette ville sont des cavernes où 
sont enterrés des morts, ensevelis dans des linceuls de grosse 
toile frottés de médicaments, de telle sorte que les corps ne 
tombent pas en morceaux et ne pourrissent pas. On dit qu'une 
fois on enleva leur linceul à ces morts ; aucun changement ne 
s'y voyait; il restait encore des traces de henné sur les mains et 
sur les pieds de ces morts. 

Il est écrit, dans Y'Âdjâib el-Bolddn W f que la momie 
d'Egypte vient de ces corps et que c'est la meilleure momie M. 

Près de Fostât est une montagne appelée Moqattam , d'où l'on 
tire des chrysolithes. 

Actuellement la capitale de l'Egypte est le Caire de Mo'izz. 
Le Habtb otut-Stycr W rapporte qu'au temps de Mo'izz lidîn-illâh , 
un eunuque nommé Ismâ'îl Djauhar, qui était l'un de ses es- 
claves, s'empara de l'Egypte en l'an 357 et construisit entre 
Fostât et c Aïn-ouch-Chèms W f une ville qu'il appela le Caire de 
Mo'izz. En 36 1, Mo'izz vint d'Afrîqiya au Caire et fit de cette 
ville sa capitale. Dans son voyage il était accompagné de quinze 
mille chameaux et de dix mille mulets chargés d'or. Chaque 

(1) Le passage vise se retrouve dans Içtakhri, p. 5 1, où il est dit ceci : <rLa 
partie du Nil en amont de Fostât se nomme Ça'id , et la partie en aval , Rîf. » 
Ahmed Râzî avait certainement un manuscrit défectueux sous les yeux. 

(,) Ouvrage persan dont le titre seul est donné par Hâdji-Khalfa, t. IV, p. 3o5, 
n 9 8554. 

< 9 > Par Ibn el-Djezzar (Abou Dja'far 'Ali ben Ibrahim el-Afrlqt); voir Hâdjî- 
Khalb, t. IV, p. 186, n° 8060. 

w Cf. 'Abdallatif, p. a 7 3. 

(k> De Khondémir. Cf. Schrfer, Siasset-Namèh , Supplément, préf. p. n. Dans 
l'édition lithographiée a Bombay, le passage cité se trouve t. II, k* partie, p. 65. 

(<) Héliopolis. Cf. MaqrIzI, Khilat, 1. 1, p. aa8; Qazwinf, t. II, p. i4ç). 



124 , CL. HUART. [40] 

jour on lui présentait un certain nombre de coffres qu'il don- 
nait à ses courtisans et aux habitants de la ville' 1 ). Quand ce 
fut au tour des Eyyoubites de régner, on construisit au Caire 
de nombreux établissements de bienfaisance et des édifices 
élevés. 

Le Caire est situé sur le bord du Nil; ses édifices sont à quatre 
et cinq étages, ornés de sculptures et de peintures; on y voit 
des coupoles merveilleuses et des portiques agréables; les va- 
riétés de ses demeures sont hors de toute description et limite. 

Une autre ville célèbre est Alexandrie, qui est aussi sur les 
bords du Nil W; tous ses édifices sont bâtis de marbre de diverses 
couleurs. Ses fortifications sont percées de quatre portes ; Tune 
est toujours fermée; l'autre s'appelle porte de Rosette, et la 
troisième, porte de la Mer, parce qu'elle s'ouvre du côté de 
la mer des Grecs M. 

* 

Sur le rivage de cette mer est bâtie une citadelle extrêmement 
forte. Les navires du Maghreb, de l'Asie -Mineure et de la 
Syrie vont et viennent dans ce port, où l'on trouve toutes les 
marchandises et toutes les étoffes que l'on peut désirer. On va, 
par la voie de la mer, à Constantinople en cinq jours, tandis 
qu'il faut trois mois de chemin par la terre ferme. 

La quatrième porte est la porte du Lotus, ainsi appelée d'un 
buisson de lotus qui croît en face de cette porte ; on dit que 
cet arbre est un reste du temps d'Alexandre. Le ^Adjâïb el- 
Makhloûqdt dit que dans les temps anciens cette ville fut con- 
struite en trois cents ans et resta florissante pendant mille ans, 
et qu'ensuite elle fut ruinée. Une des particularités d'Alexan- 

(l) Dans le texte du Habib ous-Siyèr, il est dit que Ton ordonna aux indigents de 
prendre chacun une poignée d'or dans ces coffres. 

(>) Confusion provenant de ce que le même mot , ^r en arabe et ^ en persan , 
désigne à la fois la mer et le Nil. 

(S) Comp. MtfiKHOKD, Rauztt, dernière partie, p. a 5. 



[41] DOCUMENTS PERSANS SUR L'AFRIQUE. 125 

drie, c'est que les bêtes malfaisantes, telles que les serpents et 
les scorpions, en sont absentes. Chaque matin, les gens du 
pays, en se levant, nettoient et balayent leurs demeures, puis 
les regardent, et on ne voit pas de trace de la fumée qui s'é- 
lève dans le ciel. C'est dans cette ville qu'Apollonius de Tyane 
construisit une colonne par l'ordre de Dhoul-Qarnéïn; on y 
inventa un miroir qui gêna considérablement les Européens; 
Gnalement les principaux d'entre ceux-ci envoyèrent à Alexan- 
drie une compagnie de gens qui se montrèrent au peuple 
revêtus du vêtement de l'ascétisme et de la crainte de Dieu ; 
quand ils furent acceptés par les esprits, ils se mirent à crier 
qu'Alexandre avait caché un trésor derrière le miroir, et c Amr 
ben el- c Âç, malgré son intelligence et la clarté de son esprit, 
fut trompé par ces paroles et ordonna d'arracher le miroir de 
sa place; mais comme il n'y trouva rien en dehors de la ruse 
et des machinations [qui l'avaient fait inventer], on le remit 
en place; seulement il avait perdu la qualité spéciale qui le 
distinguait. 

Parmi les hommes célèbres d'Alexandrie est Ptolémée, unique 
dans la géométrie et l'astronomie ; il a composé de nombreux 
livres, entre autres un traité de logique W qu'on appelle Alma- 
gesle en arabe. Il mangeait peu et jeûnait fréquemment. Voici 
quelques-uns de ses apophtegmes : cr L'homme heureux est 
celui qui prend conseil d'après l'état d'autrui , et l'infortuné est 
celui de l'état de qui autrui prend conseil. — Quiconque pos- 
sède une parcelle de raison sait que l'ombre des nuages, la 
durée des hommes du commun, et l'injustice des tyrans ne 
font que passer, n Un autre personnage célèbre de cette ville 
est le guide des mystiques , le chéïkh 'Ali ben 'Abdallah ech- 
Châdhilî (*), l'un des plus parfaits des gens de son époque , qui 

(l) Cette confusion est extraordinaire. 

(1) Fondateur de 1 ordre religieux des ChAdhilis, mort à la Mecque en 656 



126 CL. HUART. [42] 

a atteint, dans la science, la vertu, l'ascétisme et la dévotion, 
un rang qu'on ne peut s'imaginer plus élevé. Durant le cours 
de sa carrière monastique, des miracles et de nombreux faits 
extraordinaires ont été accomplis par lui. Sa généalogie se rat- 
tache au second imâm, Hasan fils d'Ali — que le salut soit sur 
lui! Il vécut la totalité de sa vie à Alexandrie; il mourut en se 
rendant en pèlerinage à la Mecque, dans un désert où il n'y 
avait que de l'eau saumâtre; après qu'on l'eût enterré, l'eau de 
ce désert devint douce. 

lkhmîm est située dans le désert, et entourée par les sables; 
il y a- de nombreuses plantations de palmiers, et les impôts 
rentrent aisément W. De braves gens sont nés dans cette ville, 
comme Dhou'n-Noûn M, qui marcha dans la voie du mysticisme 
et de la vérité. C'était un parfait derviche; il avait un regard 
subtil. La plupart des Égyptiens croyaient qu'il était zindiq; quel- 
ques-uns ne savaient que penser à son endroit; jusqu'à sa mort 
on ne sut rien de son véritable état. Une fois , il se trouvait à 
bord d'un navire [où était monté] un négociant qui perdit une 
perle; tout le monde fut d'accord que c'était Dhou'n-Noûn qui 
l'avait par devers lui; on le soumit à des vexations, et on le 
considéra avec mépris. Quand ces traitements eurent dépassé 
toutes les bornes, on vit mille poissons mettre la tête hors de 
l'eau, chacun tenant une perle dans sa bouche; le saint prit une 
de ces perles et la donna au marchand. Quand les gens du 

(i*58). Mouradgea d'Ohsson, Tableau de l'empire ottoman, t. IV, p. 6a3; Cha'ranî, 
Lawàqih el-Anmàr, t. II, p. 5. 

(l) Bâkoûï, dans les Notices et Extraite, t. II, p. 4aa; Istakhrt, p. 53; lbn- 
Hauqal, p. io5; Moqaddési, p. soi; Qazwinf, t. II, p. 93; Maqrîzî, t. I, p. 939. 

{,) Sur ce célèbre mystique, voir Dbfr^mert, traduction du Gulistan, p. 83, 
note; QaxwM, Âthdr el-bilàd, p. 94 ; CharânÎ, Lawàqih d-Anwâr, 1. 1, p. 81 et 
suiv.; Djâmî, Nafahât oul-Ons, édit. de Calcutta, p. 35. Ce passage du Haft-Iqlim 
a été reproduit par Quatrbmbre , Recherchée sur la langue et la littérature de Ftigypte, 
p. q8i, 282, note. 



* 

1 



[43] DOCUMENTS PERSANS SUR L'AFRIQUE. 127 

navire furent témoins de ce miracle, ils tombèrent à ses pieds 
et offrirent leurs excuses. On rapporte, d'après lui-même, 
l'anecdote suivante : «Dans un de mes voyages, je rencontrai 
une femme; je lui demandai quel était le terme extrême de 
l'amour? — Elle me répondit : L'amour n'en a pas. — Pourquoi? 
répliquai-je. — Parce que l'objet aimé est lui-même infini. r> 
Voici quelques-uns de ses adages : «Aie pour ami celui qui ne 
change pas quand tu changes. — La crainte du feu, à côté de 
la crainte du Qorân, a la valeur d'une goutte d'eau que l'on 
jetterait dans la mer.* — <r Qu'est-ce que le mystique ?t> lui 
demanda-t-on. — a C'est un homme, répondit-il, qui appar- 
tient à l'espèce humaine et pourtant en est séparé, -n — La 
vraie adoration de Dieu consiste à être son esclave en toute cir- 
constance, comme il est ton maître en toute circonstance. — 
Les gens du commun se repentent de leurs péchés, et les gens 
distingués de leur négligence. — S'abandonner à Dieu, c'est 
renoncer à disposer de soi-même. — <cQui a le plus de sou- 
cis??; lui demanda-t-on. Il répondit : <c L'homme qui a le plus 
mauvais caractère, n — a Qu'est-ce que le monde ?u — «rTout 
ce qui t'occupe loin de la pensée de Dieu très Haut, -n Quel- 
qu'un lui demanda un conseil. <r N'envoie pas ta pensée devant 
et derrière, répondit -il. r> — Cette réponse a besoin d'un 
commentaire, foi répliqua-t-on. — <rNe vous souciez pas, dit-il, 
ni de ce qui est passé, ni de ce qui n'arrivera pas. Soyez la 
monnaie prête pour le payement, n 

Il mourut en l'an 2 4 5 de l'hégire ^) ; cette même nuit, 
soixante-dix personnes virent en songe le Prophète, — que Dieu 
le bénisse et le sauve ! — qui disait : <r Dhou'n-Noûn viendra cette 
nuit; nous sommes allés à sa rencontre.?) Quand on enleva le 

(l} 86o de J.-G. La même date est donnée par Aboc'l-F^da, Annale* muslemici, 
t. II, p. ao4 ; ëdit. de Constantinople, t II, p. 43; Ibn-el-Àthîr, ëdit. Tornberg, 
t. VII, p. 5g. 



128 CL. HUART. [44] 

I 

cercueil, une troupe d'oiseaux avaient entrelacé leurs ailes les 
unes dans les autres, de sorte que tous les assistants marchaient 
à l'ombre; jamais, jusqu'alors, personne n'avait vu d'oiseaux 
de cette espèce. Sur la route parcourue par le cortège, un 
muezzin prononça l'appel à la prière ; quand il fut arrivé à la 
formule du témoignage , Dhou'n-Noûn leva l'index ; les assistants 
crurent qu'il était encore vivant et déposèrent le cercueil ; mais 
malgré tous leurs efforts pour faire rentrer l'index qui s'était 
levé, ils ne purent y parvenir. A sa mort, on vit écrit sur son 
front, avec une écriture de couleur verte, ces mots : <r Celui-ci 
est l'ami de Dieu, mort dans l'amour de Dieu par le sabre de 
Dieu, -n Cependant le Nafahdt oul-On* dit que le lendemain on 
trouva écrit sur la pierre placée au chevet de son tombeau : 
<r Dhou'n-Noûn, l'ami de Dieu, tué par Dieu en récompense de 
son désir. r> Toutes les fois qu'on grattait ces mots, on les re- 
trouvait écrits à nouveau. 

Abou-Tâlib W est encore un autre personnage connu de la 
même ville; il est rangé dans le nombre des grands chéïkhs. 
On rapporte, d'après Abou- c Othmân Maghreb! , qu'Abou-Tâlib 
parlait toujours aux oiseaux et comprenait leur langage ; dans 
ses supplications, il disait : «Mon Dieu, sans votre ordre, per- 
sonne n'aurait pu prononcer votre nom. -n 

Une autre ville célèbre de l'Egypte est Aïn ouch-Chems, située 
au sud( 2 ) de Fostât, qui fut la capitale du Pharaon de Joseph. 
Le pavillon que Zoléïkha ( 5 ) fit élever pour Joseph était dans 
cette ville. On dit que l'arbre du balasdn < 4 > s'y trouve; ses vertus 
proviennent de l'eau d'un puits où l'on avait baigné Jésus; on 

<•> Cf. DjamI, Nafahdt, p. 98. 
{V) Lire tr au nord *. 

(S) Prononciation usuelle pour Zalikhâ. 

(4) Le baume. Comp. "Abdallatif, p. ao et 89; Maqrîz!, Kkitat, t. I, p. a3o; 
Qazwinî, t. I, p. 2^9. 



[65] DOCUMENTS PERSANS SUR L'AFRIQUE. 129 

arrose toujours l'arbre avec l'eau de ce puits. Parmi les mer- 
veilles de cette ville est un obélisque fait d'un seul morceau 
de pierre rouge marquée de points noirs; il a plus de cent cou- 
dées de haut; à son sommet est la figure d'un homme faite de 
cuivre, à sa droite et à sa gauche sont deux autres figures des- 
quelles suinte constamment de l'eau W; partout où celle-ci par- 
vient, l'endroit devient verdoyant et couvert de plantes. Cet 
obélisque a été élevé du temps de Salomon, dit-on. 

11 y a encore la ville de Hamrâ M, qui fut la capitale d'Ahmed 
ben Toûloûn < 3 ) ; ses dattes sont renommées ; il y en a une espèce 
que l'on appelle merdjoûsi, qui mûrit un mois avant les autres ; 
le dattier qui la produit est haut et droit; il ne se recourbe 
pas. On dit que Merdjoûs était un derviche dont l'influence se 
traduit par les qualités susdites. 

La ville de Faramâ, quoique petite, est extrêmement ver- 
doyante , fraîche et florissante ; on y voit le tombeau du sage 
GalienO. 

Deux parasanges séparent Faramâ de Tellîs ( 5) , qui est bâtie 
sur un terrain élevé; d'un de ses côtés est un monticule que 
l'on appelle Ther-k&m ( 6 ). La cause de cette surélévation [autour 

" Cf. 'AbdaDatif,p.a36et569; Maqrîzt, t&ûi. 

(>) Quartier de Fostât, au bord du Nil. Cf. Içtakhri, p. 6g; Mirdçid, t. I, 
p. 319. 

(3) Remarquer que le texte porte Tâloûn au lieu de Toûloûn; cette prononciation 
s'est conservée dans la bouche du peuple égyptien, au Caire, qui ne connaît que 
le Camé* TMoùn-, la mosquée de Toûloûn. Moqaddési et Abou'1-Féda écrivent (^«b. 

(4) Cf. MaqbÎzI, Khitat, 1. 1, p. ai 1 ; en copte, Peremoun, Baremoun (Quatre- 
mèbb, Mémoires géographiques sur l'Egypte, t. 1, p. a 59); hn-HkVQkL>Bibl.geogr. 
arab., t. II, p. io5. 

(i) Plutôt Tinnis, Maqrizf , op. laud., t. I, p. 176. Voir la longue description 
qu'en a donnée Nâçir-i Khosrau , Sèfer-nàmè, trad. Schefer, p. 1 10-1 1 4. 

(6) Içtakhrî, p. 53, et Ibïi-Hauqal, p. io5, ont boûtoûn, rapproché du copt 
béout * tombeau» par Quatremère, op. cit., t. I , p. 33a. Il faut voir les Notes d'Iç- 
takhrt et le passage cité de Quatremère à propos de la fausse leçon du texte persan. 

MAMOURS OIIIHTAIX. 9 



ivriinriur liTioxAir. 



v 130 CL. HUART. [46] 

du terrain environnant] est qu'on y enterrait les hommes les 
uns au-dessus des autres, jusqu'à ce qu'elle arriva au degré 
[quelle atteint aujourd'hui]. Cette coutume était, prétend-on, 
répandue avant le temps de Moïse — que le salut soit sur lui ! 

Fayyoùm est une ville située à l'occident du Nil , dans la ré- 
gion de la Haute -Egypte ; son territoire est piat ; l'opium 
d'Egypte s'y récolte ; le pavot qui le produit est noir. 

Voilà ce que nous avons pu savoir de vrai au sujet des villes 
d'Egypte , qui sont celles que nous avons inscrites ; les autres ont 
été passées sous silence à cause de l'insuffisance de nos moyens 
d'information. 



NOTES SUPPLÉMENTAIRES. 



P. 101. Sur Méïdoûm, dans la province de BahnésA, où est un 
groupe de pyramides, voir Qalqachendt, Géographie und Verwakung von 
Aegypten, irad. Wûstenfeld, p. 45. 

P. n A, note 3. Ajouter Mohammed ben el-Monawwar el-Méïhani, 
Asrdr out-tauhid, éd. Joukovski, Saint-Pétersbourg, 1899. 



DE 



QUELQUES ÉVANGÉLIAIRES ARMÉNIENS 



ACCENTUES 



PAR 



A. MËILLET 



9 



DE 



QUELQUES ÉVANGÉLIAIRES ARMÉNIENS 

ACCENTUÉS 1 » 



Parmi les manuscrits en capitales de l'Évangile arménien 
conservés à la bibliothèque du couvent d'Etchmiadzin , il en est 
un certain nombre qui portent, doit en leur entier, soit en cer- 
taines parties seulement, des signes d'accentuation régulière- 
ment poursuivis. 

Les manuscrits, dont on trouvera la description dans Mecpom. 
TepTr-MoBceciam», Hcmopin nepeeoda datiMu na apMHHcniu fi.MKt>, 
p. 159 et suiv., sont : le ms. 229, daté de 989; le ms. 362 G, 
daté de 1067; le ms. 369, daté de 1066 ; le ms. 960, daté de 
1071; le ms. 357, daté de 1099. — Le ms. 229 est accentué 
à l'encre noire jusqu'à la fin, de même que le ms. 369 (les 
fragments Me, xvi, 9-20 et J., vin, 1-11, ajoutés respective- 
ment aux évangiles de Marc et de Jean dans 369 n'y sont pas 
accentués). Le ms. 362 G (qui, dans la suite de ce travail, est 
nommé simplement 362) n'a d'accents que jusqu'à la fin du 

(l) Le présent travail repose sur le dépouillement de manuscrits d'Etchmiadzin 
vus en juillet-août 1 908. Il me sera permis de remercier ici le savant biblio- 
thécaire du couvent, le R. P. Mesrop vardapet Ter-Movsesian , qui, dans des cir- 
constances pénibles pour la communauté (on était au moment de la prise de pos- 
session de ses biens par le gouvernement russe), ma communiqué avec une libé- 
ralité sans limites les manuscrits dont il a la garde et qui m'a donné toutes les 
facilités que j'ai pu désirer. Je tiens aussi à exprimer ma reconnaissance au philo- 
logue pénétrant qu'est M. Galoust Ter-Mkrttchian d'Etchmiadzin; je lui dois 
nombre de renseignements utiles et quelques précieuses suggestions. 



134 A. MEILLET. [6] 

feuillet 127 (Me, xi, 3o). Les accents du ms. 260 sont en 
rouge d'un bout à l'autre, et ajoutés après coup, sans doute de 
la même main à laquelle sont dues les corrections du manuscrit 
écrites en rouge; toutefois, dans l'addition de la fin, qui com- 
prend les morceaux d'authenticité contestée (parabole de la 
femme adultère, etc.), les indications d'accents sont en noir et, 
à ce qu'il semble , de la même encre que le reste du manuscrit. 
Dans le ms. 267, les accents sont en noir et de la main de 
l'auteur du manuscrit du feuillet 22 (Mt. , xu, 39) au feuillet 
Aa; du feuillet 65 au feuillet is5 (où se termine l'Évangile 
de Marc), les accents sont en rouge, comme les corrections en 
minuscule, et, d'après un colophon qui se trouve au verso du 
colophon principal, cette revision aurait été effectuée par le 
scribe même du manuscrit, Aharon; le reste du manuscrit n'est 
pas accentué. 

Du fait que certains manuscrits ne portent aucun accent et 
que certains autres ne sont accentués que fragmentairement , il 
résulte que les accents ne sont pas dus au traducteur original , 
ou du moins ne font pas partie intégrante du texte traditionnel 
de l'Evangile arménien. Cette conclusion est confirmée par ceci 
que la répartition des accents varie d'un manuscrit à l'autre, 
ainsi que le montre immédiatement l'examen des spécimens 
qu'on trouvera ci-dessous. Le ms. 299, en particulier, diffère 
assez souvent des autres. 

Mais, d'autre part, les signes sont les mêmes dans les divers 
textes, et les principes généraux suivant lesquels les accents 
sont employés ne diffèrent pas de l'un à l'autre; l'application 
seule varie. Du reste, ces procédés ne sont pas limités aux 
évangéliaires; on les retrouve dans les manuscrits (tous très 
sensiblement postérieurs) de la Bible entière et dans des ma- 
nuscrits profanes; et M. Conybeare a donné un exemple de 
texte profane accentué dans son excellente édition d'une tra- 



[5] ÉVANGÉLIAIRES ARMÉNIENS ACCENTUÉS. 135 

duction arménienne d'ouvrages d'Aristote (Anecdota oxoniensia, 
class. ser. t vol. I, part, vi, p. 107 et suiv.; Oxford, 1892). 

11 semble que, avant d'accentuer le texte d'une manière 
suivie, on ait accentué certains mots dont l'accentuation n'était 
pas immédiatement connue du lecteur arménien. Le ms. 363 
(daté de io53), où les mots arméniens ne sont pas accentués, 
sauf de rares exceptions , a souvent des accents sur les noms 
propres d'origine grecque; on en jugera par le verset Me, ni, 
1 8 dont la disposition est la suivante dans ce manuscrit (les 
accents des autres manuscrits sont indiqués au bas de la 
page; tous les manuscrits accentués énumérés ont l'accent à 
la même place que le ms. 363 , sauf indication contraire) : 

hfL. aufbq.nl*utu M hfL. Tfjp}^ 
ifihqJfiMfuinuW» Itl. tfp 
pMtnp-nqniFifnu M« ift- Ij 
Jiump-^nu W nJuy>utiHL 
nfi> &-£. qp-tiifJtuuW- bu 
ajuil^nifp.nu -H) tuqihbuy (*)• 

{1) 999, 960, 357, 36a; lufowk 1 "- 369; gr. kvàpéav. 

(t) Le signe que porte le manuscrit au-dessus de %e. indique que cette fin de 
ligne est à lier à ce qui suit; de même à la fin des deux lignes suivantes; ce signe, 
semblable ici à celui de l'abréviation, en diffère dans le manuscrit. 

(3) 39g, 360, 369, 369 (^&A'*¥*T WI/ )î l'accent manque dans 357; gr. <I>fÀnr- 

TCOP. 

W ffuatppmfjntTéfnu 999 et 369, qfUupPnqirtTirnu 36 9 ; mais fpjâtfÊfin/jni/J*£rnu 

957 ; gr. Bapdo\opaïov. 
(5) 960; ifmm,ptinu 999, 369, 3Ô9; pas d'accent dans 957; gr. MaOOaïov. 
(C) 999, 960, 957, 369, 369 (avec un second accent sur <*); gr. dwpfc. 

(7) 999, 960, 369; UÊMÈlimifemu 957; 1Jwk!"l*" u 369; gr. \àxù&OV. 

w utqjfrtui 967; gr. ÀÀ^a/ov. 

(,) 999, 960, 957; ipuÊ^^Au 369; gr. ScAIolïov; la variante de 369 pro- , 
vient sans doute de ce qu'il est souvent malaisé de déterminer sur laquelle de 
deux voyelles contiguës tombe l'accent; un copiste aura mal lu; cf. ci-dessus n. 4. 



136 A. MEILLET. [6] 

qufijnifù^ Ifutùafùtu 

Dans le ms. 260, les accents de ce passage ont été marqués 
en noir, sans doute de première main, d'après le modèle qui 
n'avait probablement d accents en principe que sur les mots 
étrangers, comme le ms. 363; puis, lors de l'addition des accents 
marqués en rouge (sans doute d'après un manuscrit entière- 
ment accentué autre que celui qui avait servi de modèle pour 
la copie du texte), les accents en rouge ont été ajoutés, exac- 
tement aux mêmes places. La raison d'êfre de ces accents était 
d'éviter au lecteur l'accentuation de la fin du mot, normale en 
arménien. C'est ainsi qu'on lit encore Mt., xxvii, 46 : 4'^ 
tfqf, qulJiu (mss. 363 et 260). 

Outre l'aigu ', identique au ^k^tn du Sarakan, le ms. 363 a 
deux autres accents : un grave \ identique au p.m-(£ , et une 
sorte de circonflexe ', comparable à Yninpmli du Sarakan. Le 
grave ne se rencontre guère que sur les conjonctions qjp , kp-lï 
et sur les formes du verbe utub-/^ notamment dans ^«4\ pour 
annoncer qu'on reproduit-des paroles de quelqu'un; cet accent 
grave est aussi employé dans le ms. 267; on en verra des 
exemples assez nombreux dans les spécimens cités; le ms. 3 62 
ne l'ignore pas non plus; on lit par «exemple : étl. npg (1 w[n-pnu£ 
Me, m, 8 dans ce manuscrit; partout le grave indique une 
suspension de la voix qui fait attendre une suite du discours; 
ainsi, dans Mt, xxvi, 35, le ms. 267 a qp ^uiqgtrtnj fr*_ bwrii^ 
ffùi nuinif/^ 6-tupujL.triffi In. ui[ip.nt-tjt*g /&<?; etc. — Quant au 
circonflexe, il se place, dans le ms. 363 comme dans tous les 
autres, sur le mot de la phrase sur lequel a lieu la montée de 
la voix qui caractérise l'interrogation; l'emploi de ce signe, 

(ï) 3*jg, 960, 957 (où l'accent est marqué ici par <), 369, 36a ; gr. 2/fuwa. 
w ÇiMtutyff 960; l(u,VLu0jfi (sans accent) 939, 36a. 



[7] ÉVANGÉLIAIRES ARMÉNIENS ACCENTUÉS. 137 

qui est régulier dans les manuscrits systématiquement accen- 
tués, est sporadique dans le ms. 363. — D'autres formes d'ac- 
cents apparaissent encore dans les manuscrits; mais la valeur 
n'en est pas claire. Par exemple r au lieu de l'aigu (^fc^y*), 
on rencontre parfois un signe (le ^#n-^du Sarakan) : dans le 
passage Me , ni , 1 8 cité ci-dessus , le ms. 267 a le ^"*-^_ et non 
le ib^ut sur le t de ufhq.ptruiu. — On trouve parfois aussi un 
signe < qui en général est placé deux fois : au commencement 
et à la fin du mot, ou bien l'un des deux signes est sur un mot 
précédent étroitement joint par le sens; ainsi dans Me, 111, 
23, le ms. 257 a < sur m et sur fi de uin-fagb; le ms. 369 
n'a < que sur Y m de mn.. 

Les deux accents principaux sont l'aigu et le circonflexe. Le 
circonflexe ne se rencontre que dans les phrases interrogatives, 
et il n'y figure jamais que sur une seule syllabe d'un seul mot, 
celle sur laquelle s'élève la voix (dans le ms. 260, on lit assez 
souvent l'aigu au lieu du circonflexe , par exemple dans fii^e 
Mt., vin, 26). L'aigu a un emploi moins fixe : il ne frappe pas 
toute syllabe accentuée, mais seulement la syllabe accentuée 
de mots qui ont dans la phrase une importance particulière; 
il arrive que , dans une même phrase , plusieurs mots soient 
accentués, il arrive aussi qu'une phrase ne renferme aucun 
mot accentué; il y a d'ailleurs de grandes divergences entre les 
textes en ce qui concerne l'aigu, tandis que l'emploi du circon- 
flexe est sensiblement le même dans tous les manuscrits régu- 
lièrement accentués , et à peu près constant dans les phrases in- 
terrogatives que renferment ces manuscrits. Le R. P. Komitas 
Keworkian indique l'exécution actuelle des accents, Sammelbànde 
d. internat, musikges. , 1 , 5 7 et suiv. 

Une étude définitive de l'accentuation des évangéliaires 
arméniens ne pourra être faite qu'après la publication d'une 
édition critique de l'Evangile reposant sur le dépouillement 



138 A. MEILLET. [8] 

complet de tous les manuscrits existants. En attendant, il ne 
sera pas inutile de donner un aperçu de la question; en effet, 
l'accentuation est poursuivie d'un bout à l'autre du texte 
suivant les mêmes principes. 

Par le fait même que seuls les mots les plus fortement accen- 
tués portent un accent, l'accentuation de ces textes présente un 
intérêt particulier; c'est en effet l'accent de phrase qui se trouve 
ainsi être noté , et l'on sait combien il est rare que le linguiste 
ait des renseignements précis sur ce point. Aujourd'hui encore , 
l'accent de phrase est particulièrement sensible en arménien, 
et, tandis que l'accent de mot est peu intense, le mot essentiel, 
se détachant avec force dans la phrase, notamment dans la phrase 
înterrogative où il y a en même temps montée de la voix sur la 
syllabe accentuée, attire vivement l'attention. 

L'accent de mot se trouve d'ailleurs être noté indirecte- 
ment parce que, dans le mot qui porte l'accent de la phrase, 
c'est la syllabe normalement accentuée dans ce mot qui est 
marquée, suivant le cas, ou de l'aigu, ou du circonflexe, et qui 
par suite, doit être tenue pour intense, quand l'accent est l'aigu, 
ou pour intense et aiguë, quand c'est le circonflexe. Il y a donc 
à examiner les renseignements fournis par les textes : t° sur 
l'accent de mot; a sur l'accent de phrase. 

i° Renseignements fournis sur V accent de mot. — L'accent 
frappait, en arménien ancien comme encore aujourd'hui dans 
la plupart des parlers de l'arménien moderne, la dernière 
syllabe du mot pourvue d'une voyelle pleine , c'est-à-dire autre 
que £; et en effet l'accent de phrase noté dans les manuscrits 
ne figure que sur la voyelle de la syllabe finale du mot; le fait 
signalé plus haut que l'accent de noms propres étrangers ou de 
mots étrangers transcrits, autrement placé, est noté dans des 
textes où les mots indigènes ne portent pas d'accent confirme 



[9] ÉVANGÉLIAIRES ARMÉNIENS ACCENTUÉS. 139 

de la manière la plus nette la règle de 1 accentuation des finales 
telle que l'examen des faits linguistiques anciens et médié- 
vaux oblige à la poser; la versification repose également sur 
l'accentuation des finales, comme on le voit dans P. Aubry, 
Le rythme tonique dans la poésie liturgique, p. 69 et suiv. 

Toutefois quelques mots proprement arméniens semblent 
recevoir l'accent à d'autres places. Mais, dans tous les cas, il 
s'agit de la juxtaposition de deux mots originairement distincts, 
et dont le premier seul était accentué, ou dont le premier était 
plus fortement accentué que le second. Ceci est tout à fait évi- 
dent dans nffii, qui peut s'écrire tout aussi bien en deux mots, 
Me, iv, 3û et 38 (les mss. 229, 260, 257, 369, 362); évident 
aussi pour des cas tels que uyuufcu, Me, iv, 26 (mss. 229, 
260, 25*7, 369), liAjùufcu, Mt., xxih, 28 (ms. 957), voir 
Hûbschmann, Armenische grammalik, I, p. 2 3 0; et pour uj<Çuji-uj^ 
ufrlf, Me, m, 3A (mss. 260, 257, 369), puisque u#^ii# existe 
isolément. 

Un cas plus remarquable est celui de injUn^l^, J., xvi, i5 
(mss. 229. 260, 369); ujjfinpfilf, J. xvi, 19 (mss. 260, 369; 
non accentué dans 229); car, d'après le principe général, il 
résulte de cette accentuation qu'il faut voir dans uy JSr , uy^t , 
uij^u la juxtaposition de deux mots originairement distincts : 
i° une particule uy,fa même sans doute qui figure au second 
élément de îr^ii#(j),^u#(j),f/_fi/(j)(v.Af.5.L., x, 1 36 et suiv.), 
et, 2 d'anciens démonstratifs *no-, */o-, *k x 0-; sur les forma- 
tions comparables, comme osq. eiseis, eizeis, ombr. erer 9 voir 
Brugmann, Die demonstrativpronomina , p. 27 (Abhandlungen de 
l'Académie saxonne, phil. hist. cl., xxii, n° 6); et en effet, la 
flexion uybp , uybtT, etc. de la forme courte des démonstratifs s'ex- 
plique par la position de l'accent sur o#^, en partant de *uljùnp, 
*uijùnLtTi etc.; il ne s'agit pas ici de la chute constante des finales 
après l'accent, car ^#u.iT au moins n'était pas une ancienne 



140 A. MEiLLET. [10] 

finale absolue et a fort bien subsisté dans npm.iT, tT^m^T^ etc. , 
mais d'une chute comparable à celle de F* de *£ lorsque la né- 
gation n'était pas accentuée ; on a de même uyJ-iTde ^ayu^é-unT^ 
et uyé-iTdi reçu la même finale ^// qu'on a dans uijùnp^ d'où 
uyê-J^li, qu'on lit J., xxi, 10, mais malheureusement sans 
accent. Le premier élément ffb^ de ffbgb est sans doute aussi 
le même que celui qui figure AdJks%n^fu , ^ulin^Ju etc., et dans 
ffb^ju^ffb. M. Pedersen a, il est vrai, critiqué l'étymologie de 
îru#, etc. admise ci-dessus (voir K. Z., xxxvm, a 38); mais les 
raisons qu'il allègue ne sont pas convaincantes; il ne réussit pas 
à affaiblir la preuve tirée de la présence d'un j final dans des 
phrases telles que hu np fA^Jh^ tpu et en est réduit à affirmer, 
a priori, que les Arméniens auraient, pour une raison inconnue 
et impossible à imaginer, éprouvé une répugnance pour *Wu& 
alors que la diphtongue u/u est fréquente en arménien ; contre 
la réduction de *%nuy à Wj w W, il n'invoque que des raisons 
de sentiment; enfin il n'y a aucune raison de croire que **unp^ 
uy, etc. devaient se réduire à *î#/*/i, etc. car la particule*^ était 
sans doute sentie comme un élément ayant encore une certaine 
autonomie dans la phrase. — L'accentuation uijbnpfilf, etc., 
était connue (voir par exemple tyturAiulf, dans la revue armé- 
nienne J^îrif^/ufr, année 1903, p. 129); mais il est important 
de l'observer dans quelques-uns des plus anciens manuscrits 
arméniens; on voit d'ailleurs qu'elle ne fait en aucune manière 
échec au principe fondamental de l'accentuation arménienne 
ancienne sur la fin du mot, lequel paraît absolu. 

2 Renseignements fournis sur F accent de phrase. — C'est sur- 
tout sur l'accent de phrase que les textes examinés fournissent 
des renseignements précieux, dont il convient de mettre quelques- 
uns en évidence. 

La négation nj_ est souvent accentuée de préférence au verbe 



[11] , ÉVANGÉLIAIRES ARMÉNIENS ACCENTUÉS. 141 

qu'elle accompagne : ainsi on Vit n^q^yp, Me, iv, 5 (mss. 229, 
260, 257, 369, 36s); A^ irw, Me, iv, 7 (mêmes mss.); A^ 
irfiniï, Me, iv, 27 (mêmes mss.); de même avec un indéfini : 
*£/&£ , Me , iv* 3k (mêmes mss.); A^n^, Me, 111, 97 (mss. 260, 
257, 369, 36s); et ceci n'est pas propre à #1^, car on lit aussi 
iTfi ftJiuugpù^ Me, iv, 12 (mêmes mss.) et tT/f typl,^, ibid., 
(mss. 229, 260, 257, 369). Quand #?r est uni à un mot forte- 
ment accentué, le n tombe, et l'on a par exemple <r#i_, Me, 
îv, ko (mss. 229, 260, 257, 369, 362) et^AV' Me, iv, 22 
(mss. 229, 260, 267, 369). La négation apparaît ainsi ou 
fortement accentuée, ou dépourvue d'accent, et en ce second 
cas amputée de sa voyelle; les prépositions, qui sont toujours 
inaccentuées, ont constamment subi le second traitement : 
chute de la voyelle. 

L'accent est noté d'une manière particulièrement fréquente 
quand un mot accentué est suivi d'un mot non accentué qui se 
joint à lui dans la prononciation ; ainsi un participe avec son 
auxiliaire: qjuuutugbui^ fy , Me, tu, 1 (mss. 260, 267, 260, 

369); i/nikqUilriAi^ptfk, Me, III, 2 1 (mSS. 229, 287, 260, 369, 

362); un démonstratif suivi du verbe être, non accentué W £, 
Me, m, 35 (mêmes mss.); de même encore on a : l(wpnq 
ifijkfàj, Me, iv, 33 (mêmes mss.). 

Dans les locutions , assez nombreuses en arménien, qui sont 
constituées par l'union d'un substantif et d'un verbe suivant , 
c'est le substantif qui porte l'accent : uiljb nt5i£p, L., i, 21 
(mss. 229, 260, 369); b-pliflp t^ii#^/Sf, Mt., xxvm, 1 7 (mss. 229, 
260, 287, 369, 362, 363); fi fuui^ Çuiuhi^ Mt., xxvii, 3i 
(mss. 260, 257, 369, 362; le ms. 229 n'a pas été relevé en 
ce passage); etc. 

Quand deux formes verbales, personnelles ou non, sont juxta- 
posées de manière à former un groupe, c'est le second verbe 
qui est accentué; ainsi Me, iv, 36 kl(uy^ uSuggAi^ (mss. 229, 



142 A. MEILLET. [12] 

260, â57, 369) juifit Ifnq&b; Me, IU, 10 dpb£ q^ui^ fun^iri^ 
(ms. 92<)) fent/iut ; Me, III, 3l jqbg/fb bu lin^if^h (mss. 2*29, 
â6o, 357, 369, 36â) firu#; Mt., XX VII, 2 liujuibgffu tjpw, bu 

uunfîj tfittuypi (mss. 260, 357, 369, 062; le ms. 239 n'a pas été 
relevé ici); au contraire, lorsque deux substantifs sont joints, 

* 

c'est le premier qui a l'accent : L., 1, ik bqfcgfg ^bq^nupuifunu^ 
ppi/u (mss. 229, 260, 369) bu gù é-nLpt,i5i. Get usage n'est 
qu'un cas particulier d'un usage plus général : dans plusieurs 
phrases unies, on accentue avec une intensité particulière le 
verbe de la dernière phrase : Me , m , 32 i/uyp ^n bu kqpjupg 

^n Ifutb utptntugry, bu (ubiuplfu (mSS. 229, 260, 267, 369, 
302 ) aj>bq\ Me, IV U jt ubnJuhibfb ntfù uhiliuiu tutu "Xu/btu^ 
uiujpÇuji^ bu blfu pn.£nûb bu Irlilrp (lîlSS. 229, 260, 369, 36s) 
ijhiu; Me, IV, 6 bi-jrrpJ-tuiT é-uiqJrtug tupbu gbn.uiu (lîlSS. 229) 
200, 207, 369? 302J, bu qfc nj_ tuyftu uipJtuuig gunJuiftbguiu 

( mêmes mss.), etc. Mais le cas des verbes juxtaposés, tels que 
hf(uygufuggrit^>, présente un intérêt particulier; en effet il est 
usuel en arménien (par exemple, Mt., h, 16, àtTOf/leikas 
dvsTXev est traduit par tun.ut.gbiug iinumpbuig ; un tour tel que 
fuuiquig ifituig est constant chez Fauste de Byzance; cf. Murad, 
Ararat und Masis, p. 100; M. Marr signale des faits analogues, 
dans l'introduction de son édition du Physiohgus arménien et 
géorgien, p. xxxii [Tencmbi u pasbicKanin no apMHHCKo-epyâiiHCKoû 
(fiiAOAoeia , VI]), et cette accentuation du second des deux verbes 
a eu de grandes conséquences pour le développement ultérieur 
de la langue; si chez Eznik, iv, h (p. 2 56), on lit i(uyp bu 
uju{uuiuji/[ibgnL.guju£(i, ou chez Elisée, p. 66, 1. 3i (édit. 
Venise, i838), l(uy[i bu uiuiuiJÇp, on voit maintenant que l(ugp 
était relativement inaccentué dans ces groupes, tandis que 
uiuiumujJp.bg m. uufù^p , uiuiuiu%ti avaient leur finale fortement 
accentuée, c'est-à-dire que, dans un groupe tel que t(uy bu 
"fcki il n'y avait qu'un accent principal, sur le £ final : c'est 



[13] ÉVANGÉLIA1RES ARMÉNIENS ACCENTUÉS. 143 

ce qui explique la réduction de Ipjy In- , précédant le verbe , 
à liuij m-,l(nÈL, fe (cf. Zeitschrift f. arm. phil. y u, 27), et la 
généralisation de ^m-,i^i qui en est résultée. Le fait que deux 
verbes couplés soient inégalement accentués est du reste na- 
turel; on l'observe aussi en russe par exemple (voir P. Boyer 
et Spéranskij, Manuel de russe , p. 71, n. 10). 

Le verbe d'une phrase qui énonce le résultat obtenu par des 
actions précédemment indiquées est fortement accentué ; ainsi 
Me, m, h \fi, uiulf (ms. 260) ghnutu. ifh^ (mss. 229, 260, 

267, 369, 362) ujpJ-ufu Ç [i ^uiputP ni. , puipp (mSS. 229, 260, 

369;pj£#{i/r, 257) /&£ ipYrj-fr^ ypB (ms. 363) £ulp (ms. 362) 

Uân < ùb[ 1 niffi Jfr tu mpii g m_guju if i (mSS. 229, 260, 369; uiu£pt _ 
gnL.guiblfi%& r j) kpB (ms. 363) IfnpmLuufbtr^ irt- *hrigut fn^tr^ 

gpu (mss. 229, 260, 257, 369, 362); le mot in.kg[fij, qui 
énonce le résultat des paroles de Jésus , est accentué dans tous 
les manuscrits examinés. 

Le seul principe essentiel tout à fait universel est que : 
sont accentués les mots importants de la phrase, quelle que 
soit la place qu'ils occupent. Le pronom personnel, qui n'est 
exprimé au nominatif que là où il doit attirer l'attention, est au 
commencement dans Me, m, 12 ^Al. (mss. 229, 260, 257, 
369, 362) bu npÊiffù ulj. L'accent est, au contraire, à l'intérieur 
delà phrase dans Me, ni, 28 VV^** ( ms - "9) «w*W(m8s. 

260, 257, 369, 362) Itrq^ qfi uiuVbuiJb (mS. 267) P"qgp 
(mSS. 229, 260, 369, 362) np^Lng Jujpq.iiujU t/tqj^ trt_ ^uy^n^ 
• //w.^/r£3fp S np^tuift bi. ^uy^njfah'b. 29. [\uyg np <fuyfnjtrug£ 
H<£nq-fiu unLppL, ii^ïïlSS. 260, 267, 36g, 362) m.uftgfi pnqnu^ 
PfniMjiui.ptnlrutb uyq^ luujpwujiuulu (mSS. 229, 260, 267, 369, 
3 02) /tigfi jUMi.Jtuiiruftg'u dkrqtug\ leS mots pnqgft, n£, lutnnmuj^ 

upiiu sont accentués à l'intérieur des phrases dont ils font partie. 
De même, dans la phrase suivante où des adjectifs au comparatif 
sont accentués : Me, iv, 3i np^u Çuanu Juibufh[uiij (ms. 229) 



144 A. MEILLET. [14] 

npjnp€ftutTulrpJiu^ttgttjlFpl(p[i,iflrigpiut^^(ïïlSS. 229,260,25*7, 
36*j; ifirtgn, 3 OQJ fc jïluU t^iuJlrUuijîi ubpdiàjhfcu np tfù jb pl^p^* 
3 2 \^u jnp& uiiT ubpJiiiU^tjf* 9 pni.uuMUli tri- [tfbp i/#£- (mSS. 229, 

260, ^5y, 369, 36s) ^uSu ÊjiuJtrbuyb pmfijjpiup; le comparatif, 
qui n'est très souvent pas exprimé par la forme , l'était donc par 
la force particulière avec laquelle l'adjectif était prononcé. — Le 
parallélisme est souvent pour. beaucoup dans l'accentuation; 
ainsi : Me, iv, 20 tnufù m urAi.t£ (mss. 260, 369) gbq Jfny 

bpbuiit!ù (mSS. 229, 360, ^7, 369, 36â)£rjL{iifjf. dfciy t[tupuritïb 

(mêmes mss.;lems. 3 6 9 écrit êfunnum^u par m, comme aussi le 
ms. 363) Ifl. pbri Jfinj ÇuippLp (mss. 229, 260, 25y, 369, 362). 
Les spécimens ci-joints, pris au hasard, permettront de com- 
pléter ces remarques et de voir comment sont répartis les accents 
dans la phrase. 

L'objet de la notation des accents dans les manuscrits de l'Evan- 
gile ci-dessus indiqués était assurément de marquer les modu- 
lations à employer dans la récitation rituelle. Les notations 
correspondantes des évangéliaires grecs où l'on rencontre /les 
mêmes signes, accompagnés d'un assez grand nombre d'autres 
signes neumatiques, n'ont absolument rien à faire avec l'accent; 
et, si l'on examine par exemple les mss. gr. 68 et suppl. gr. 79 de 
la Bibliothèque nationale de ParisW, on constate aisément que les 
signes neumatiques, marqués en rouge, n'y coïncident qu'acci- 
dentellement avec les accents, notés en noir; on a vu ci-dessus, 
p. 1 3 6 , que , dans le manuscrit arménien 260 d'Etchmiadzin , les 
accents proprement dits avaient été à l'origine marqués en noir, 
par opposition aux neumes qui sont notés en rouge. Mais, en 
imitant les notations grecques, dont ils reproduisent jusqu'à la 
disposition extérieure, les Arméniens les ont singulièrement 

(1) L'indication de ces manuscrits et de plusieurs autres semblables est due à 
une communication obligeante de MM. P. Aubry et Gastoué. 



[15] ÉVANGÉLIAIRES ARMÉNIENS ACCENTUÉS. 145 

simplifiées; les signes, réduits à deux ou trois (sauf les cas plus 
ou moins exceptionnels signalés ci-dessus , p. 1 3 7 ) , ne se trouvent 
plus que sur des syllabes que l'on sait par ailleurs être accen- 
tuées et dans des mots qui sont les mots importants, ou ceux 
qui reçoivent la montée de voix de l'interrogation; et c'est ce 
qui fait que ces notations ont pu être employées en dehors des 
textes destinés à être récités dans les cérémonies de l'église et 
figurent même dans des textes profanes; le signe de montée 
de la voix des phrases interrogatives est celui qui dans la typo- 
graphie arménienne sert aujourd'hui d'équivalent au point 
d'interrogation; l'aigu a aussi subsisté et marque l'emploi des 
noms en fonction de vocatif, des verbes en fonction d'impé- 
ratif; etc. Ainsi, en arménien, les neumes, qui originairement 
notaient les modulations de la voix, apparaissent simplifiés et 
réduits dès les plus anciens manuscrits de l'Evangile et ont 
fini par jouer le rôle de simples signes de ponctuation. 



SPÉCIMENS DE TEXTES ACCENTUÉS. 

Dans les morceaux cites ci-dessous , les appels de notes en chiffres (1,9, 3, etc.) 
se rapportent aux accents, et les appels en lettres (a, b, c, etc.) aux variantes 
de texte. — Les accents marqués dans le texte se trouvent dans le ou les manu- 
scrits indiqués en note, et dans ceux-là seulement, parmi les manuscrits envi- 
sagés ici. L'orthographe et les abréviations sont celles des manuscrits; la ponctua- 
tion seule et les majuscules initiales des versets ont été ajoutées. 

On remarquera qu'il y a plus d'accents dans le spécimen ci-dessous que dans 
aucun manuscrit considéré isolément , puisqu'on y a réuni les accents de tous les 
manuscrits étudiés: et même il arrive souvent que les accents juxtaposés dans les 
textes ci-dessous soient inconciliables les uns avec les autres. 

Aux variantes d'accent qui forment l'objet essentiel du présent article, il a 
semblé utile d'ajouter les variantes de texte des manuscrits examinés; on y a joint, 
pour les premiers chapitres seulement, des indications relatives au manuscrit de 
Moscou (indiqué par la sîgle Ms.), d'après le fac-similé qui en a été publié, mais 
sans intention d'épuiser les particularités de ce manuscrit , et sans noter les endroits 
où le fac-similé n'est pas lisible. — Les variantes du ms. 399 d'Etchmiadzin , 

MÉMOIRKâ obiihtaux. 10 



IMMilUllI IAT10XALB. 



166 A. MEILLET. [16] 

qui n'a pu être vu qu'un peu rapidement, ne sont pas complètes , et il ne sera pas 
licite de tirer des conclusions du silence de la collation à l'égard de cet important 
manuscrit. 

Les variantes signalées ci-dessous sont intéressantes à divers égards. Il en est 
qui répondent à des variantes du texte grec (ainsi Me, i, 1 et a), et qui, par 
suite , intéressent l'histoire du texte. D'autres sont importantes pour l'histoire de 
la langue, par exemple la confusion de /uauma^tJ^^^et de (unuinnjuibàru»^ Me, i, 
5 , qui atteste la confusion faite par le copiste entre **■» et tr ; la forme moderne 
{utcylrfm de buÈpmàru, ge lit déjà dans le manuscrit de Moscou, Me, n, ai; la 
forme nunp^u Me, i, 17, Ms. présente une chute de p par dissimilation dont 
l'équivalent se retrouve dans le ms. 363, pour fum^m^n^ (par ex. Me, m, 6; 
même graphie dans le ms. 399) en regard de f»»pifiiT; la leçon A jtyp'fo, Mt., 
xivm, 9 , présente un type de fautes fréquent dans les manuscrits (on lit de même 
bj*+b /"-fi Me, vm, 1 9 , dans le ms. 999), et qui a souvent passé de là dans les 
éditions; la variante <Y AVM v MMrm ^f 4Vâ -^ Me, xiv, 19, rentre dans la série de celles 
qui ont été indiquées dans le Journal asiatique, 1903, n, p. 5 06; et d'une ma- 
nière générale , les variantes citées ci-dessous serviront d'illustration à cet article 
du Journal asiatique, 1903, u, p. 687 et suiv. 

Matthieu , XXVHI. 

1. \}*- J^P^ilJ^ ^u»p.uMp-ntH k jnpnuirini-utiMbuiin i/fttiijtupLiii^, 
Pffh ) 1*1 jh 1 iJutfthutif Juiij-t^iuqirbuinh , tri. dftLU iTutnhtnifti* iniruiu^ 
*bBf^ t^qJrpkqJu/îfb s 2. \^«- ui^ui gtupJ'itt-iRi 1 Jl'A-* trntri-» qfi 
<£plr£inuil( a hum ftgkuti^jbpljbfigj* i/uitnnL.Mftrutip puila* p-tut-tuib^ 
9119* vU?*fi' t f hP tu 9 UÈ ^ Mm l t > kl- 'hutntfp 11 p ifirpuy %nptu s 3. 1/*- 

Matthieu, XXVHI (mss. 999, 960, 957, 369, 369, 363). 

1. 1: 999-2 : 960, 957, 369, 369. 

2. 1 : 960, 369, 369 - 2 : 999 - 3 : 960, 957, 369, 369 - A : 999, 
960,957,369,369. ' 

3. 1 : 999, 960, 957 - 2 : 999, 960, 967, 369, 369. 

Matthieu, XXVHI (mss. 999, 960, 957, 369, 369, 363, etMs.). 

1. a :jbpkkijp' Ms. -b : Jfc pwppi a 60 (n* omis à la fin de la ligne) - 

t/Ùt^ç ut^AW^ 363', t/uiÇqJilnirhiMtjfi 3Ô9 ; t/ù'f.ig.ur^W^ q6g , 967, 869, Ms. J 
Jatl^H utqjfhuâijjr 999. 

2. a : ÇpjjnwÇ 3Ô9, 363, Ms. - b : tj^p^ts 369, Ms. - c : putuivjlrji-iyg 
369 (le même ms. 36a a, par exemple, »»^L.njuu Mt. XXIll, 6). 

3. a : qifcuyqtulfu 369, Ms. (et ms. q3) - b : f^tAf-t-pA'' 363. 



[17] ÉVANGÉLIAIRES ARMÉNIENS ACCENTUÉS. 147 

%n inbuhi*unpui hpnbt- qrfrujjiullju la , bu ^uShi^bpi *hnpuj iuuh 
tnuili* hppbu qJhuu s A. 1 -xujuj^^ ufhuih 'unpuM htn.nJbqu/b uiui^ 
^uiUMuh^b s bu bqlFb 1 fippbu ai/bn-buitu** s 5. *\\tutntuujuuJuh btn 
^pb^ututljb* bu ujui^ 1 tjlpuuiujuu* i/p 2 bnlju^fag q.nup, n-huibiT qji 
a/u qfug£Ê^bibii}ftj z hfbq.pl^p_t 6. j£~ ! uiutn , ouAqp a jmpbulu^ , 
npufÇu uMuiugb- blpiy^ utbu£p? qmbqffu nup tyuyp * 7. 1 "**- i j}*"1^ 
tîutniulih bnp-uiËO iuuujql^o} ui£iulfbntnujnh a *ùnpui p-b iLupbtiit. 2 » 
bu ui^tu juituujOujuiuj* Jtutù qibqh q.iâjqJiq^iu tlC , u/un. utbuuu^ 
%bq^P_ qpui' iwÇiam tuuuigb ibq t 8. 1>*- ^ r /^ ru, /_ *lujqi[iuquibh a 
h tubpbttJiuul^ ufbuih uj^[iu bu hfbtunup-biuJp. piuntfuju nùfJ-ui^, 
iuMipii* UÊUitntlVi* tu^uiifbntnuiah s 9. lj**- uê^um iutjutmu^biûq la 
inqutju bu utu£» rtq£j* £p* ^* L - ^* n (L UJ ùTuuinuqbujilfutiufu nnuiu 
*bnnuj bu bpliHp tuujnJfù* *ùdui s 10. 9\ujjuJ'tJUÙ r * luulf 1 qunuiu jû* 

A. 1 : 999, 960 -2 : 967, 369, 369. 

5. 1 : 960, 369, 369 - 2 : 999, 960, 957, 369, 369 - S : 960, 369, 

369; ffum^itruf/if 957. 

6. 1 : 999, 960, 369, 363-2 ; 999, 960, 957, 369, 369 - 3 : 999, 960, 

369, 36a. 

7. 1 : 369 - 2 : 960, 957, 369 - 3 : 960, 369 - à : 960 (accent en noir), 
363, cf. gr. TaXiXaia; fu^^i» 957, avec accent * sur *> de r». 

8. 1 : 999, 960 - 2 : 369, 369. 

9. i : 369 - 2 : 999, 960, 957, 369, 369 (le signe place sur * dans 369 
diflère de '; c'est / ) - 3 : 960, 957, 369, 369. 

10. 1 : 960, 369 - 2 : 999, 960, 957, 369, 369 - 3 : r»qbijrui 363, 
960 (avec accent en noir); ^j^qL^ 369 - à : 999, 960, 957, 369, 369. 

* 

4. a : fiOrn.lrtÊÊ^6o , (et Zohrab); npmku Jim-b u» L ^ Ms. 

5. a : ÇpimuiQi 3Ô9, 363, Ms. - b : futMtjJruu^ 399. 

6. a : *yij&bz. 

7. a : Êât^uiliirpmuitf 3Ô9 , Ms. - b ! jwn.m^uhiut 367, 3Ô3 - C .* t ut ^l"l^' u U 

363; t^itt^u Ms. 

8. a : ê[uÈii4uÈiiuilifc ir i àruii^ùb f j (faule corrigée parle correcteur à l'encre rouge). 

9. a : mu*$lru» g 357 («"•», du correcteur à l'encre rouge, au-dessus de la 
ligne). 

10. a : kfpwpj Çh ajouté à l'encre rouge) s 57 ; kqpwps 360 - b : t*uqbqkw 

... 
Ms. - c : wÊruufofoVu 357 (les points à l'encre rouge). 

10. 



U8 A. MEILLET. [18] 

ifti 2 bplju^jig, bppujjj* utuuttjl^g bnjLiupgu* ftJhg aft trpp-htfbi 
h tLtuqhqtruM* , tru uïhif.* utbuqb% c qfiu t 1 1. YipplfL. 'Uiy^tu n^htu^ 
qlfh 9 ui^tu nJuftjD h oint-niuLuiUiuq'h bbfiU h ^tuqujpu ht- miuinJh^ 
qffc 1 p.tu^ufUuiiUMu^k'tnhgii nuidEùvyh np /&£_ bqbiJu* s 12. 1 "**• 
*hnpiiJ J-nnntfbuji ^ufun.bpl A-trpntf^b 9 funpÇni-pn. 1 * UMnJruii 
iâjn&-ujp jnié- 2 kinnt'b nuiL.piuipjJuuiqh , 13. 1>*- wul?*b*' ututiiu^ 

qhtu iffiii^ ifltft p ^jfthi Ifujq^* s 14. \f L - kpl* i"*~p ibyfc "Ut* Uin 

ir.uitnuji.nnij, Jho} ^ujTfbuqnLo aùtu bi- aibq luu^nttLu' 1 tuptuu^ 
jF"*-/> * 15. \ft- € untjuj £jjn.irujiaiiJnA-ijjf^u,titptittiffb l , npuu£u a nu^ 
uuflju* bi- iff 2 <ÇujJp.ujL.u z êjjju h ^plïfig dffbgbi- quJjuiuLp 5 s 
16. 1*"^ t/btnuiuufb UM^uilfèrnuigb t^htuqffii 1 h tj.usqfiqlfut** h 
ibuinith 3 ^ nL-n é-iuJlunbp bqbi. 'unqujjij t 1 7. YtppkiL uibujfh tfljiu a , 
bplrflp u^tAJt^ r f§ij X€ hù r ùjp bu nJuJiigjb'filfni.iMtnujÏÊ* t 18. 1 >*- JtiJutnL.^ 

11. 1 : 339, 360, 957, 369, 36a. 

12. 1 : 399, 36s, 363 - 2 ; 957, 369. 

13. 1 : 957 (accent grave) - 2 : 957, 369 - 3 : 960 - à : 399. 
là. 1 : 999, 369 - 2 : 999, 960, 957, 369, 369, 363. 

15. 1 : 999, 960, 957, 369, 3Ô9 - 2 : 999, 960 - 3 : 363 - A : 369 - 
5 : 957 (accent de la forme '), 369. 

16. 1 : 960 - 2 : 363 (^qbqàrui 369) - 3 : 369, 369. 

17. 1 : 939, 960, 957, 369, 36s, 363 - 2 ; 999, 360, 357, 369, 363. 

18. 1 : 960, 957 - 2 ; 957 (accent grave) - 3 : 999, 960, 957, 369, 363 
- â : 369 - 5 : npm^u avec accent ' sur *, 369 - 6 : 999, 960, 957, 369, 
36-2, 363 - 7 : s^t avec accent 'sur ^ initial, 369. 

11. a : trqéruMs. 

12. a : funÇAupu. 363 (forme ordinaire du ms. 363; de même par exemple 
Ml. XXVII, 1). 

13. a : kuij. 369, Ms. 

14. a : umji^ def. 960; 077- int-p (bst "y?- 369. 

15. a : m^ u a 60; np^u **_ 357 (les points sur **- correction, en rouge) - 

16. a : q.utqpq^uu Ms. - b : JuiiTajq.(,(, *§'] (Yi en noir, de première main; 
' en rouge). 

17. a : qtnp 3Ô9 — 6 :jL(t{nt.éryu/b 3Ô9. 

18. a -j^cktp 36a ; t J^ckct Ms. - b : uin-uM^bg 36s - c : Çuyp £</*363. 



[19] ÉVANGÉLIAIRES ARMÉNIENS ACCENTUÉS. 149 

gbtut jiï fuuiLubuuji- 1 fi"h *unuuj bu uiulf*» tnnLutt-* jfbi uâJtr^ 
iuijb* jt^luuMUnLpfit-ùjkpI^jfbu bt. jirptfpfi a • npu^u^ tu mugir tua h 
qhu <£uyp e , bt- l/u* utnju^pbtT aibaj s 19. *YAtuqlf m p l uitunt-^ 
^btnbt-* s uj^uil^bpuibu^ p l nuu/buujju <Çbpufhnuw Jluitnbqtjj»' 1 * 
tfltttuutjuAniit ^utLp bt- npq.unj bt- ^nt^Liii* uppnj s 20. fji-f/fii-^ 
q£p 1 'un qui uiui^bi^ a auiJlruujju np ffb£_ uiutuint-hpk qh £bq» 
bt- ut^ult-utuhl(* c bu pîttL. ilfa^ btP^ nuut/buujju utunt-pu , iQfu^bi. 
h lâuttnutpulA- 5 ' ujjjuujp^h s 

19. 1 : 339, a57, 363 - 2 : 36a - 3 : 339, 360, 357, 369 - ù : 339, 357, 
363, 363 - 5 : s6o, 369, 363. 

20. 1 : 339 (?), 36s, 363 - 2 : 339, 360, 357, 369 - 3 : 357 (l'accent a 
la forme y/) - b : 360, 369, 36s - 5 : 339. 

19. a : JnipwL^^ 260 - b : Ç—p-nju 357, 36s, Ms. 

20. a : *p*pÇIti_IIb. - b : ynp JfuànfjuiT 357 ; »p (fo^ JfrufaÇui$r 36s. - c : 
lut-tuL-utuM 36s (corrigé en i»<«a-um^ d'une autre main) - d : £<rdef. 36s - 

e : y^uturufputè- 36 3. 

Marc, I. 

1. y^l^aph 1 UJLbuiujpujufi jp \gp a s 2. flfrc^" ^"*- *j-pbui^ 1 
4" jlfuutih JujptM.utpfc*' tu^ujtLUJuhif bu uin.u^pbiF q^nb^jnujif htF 
utnujOp J>n> np ^uAq.bp£buut** tjpfuJùuMupup'Ç ^pn tun-ujffi j±n t 
3. O f **fA /l pujpputn-trt tuJitujufUJinh , u[UJtnpujutn* uipujpi^p oTLuj^ 

Marc.I (mss. 339, s6o, 357, 369, 36s, 363). 

1. 1 : 960. 

2. 1 : 36s,363~â;339 f 36s. 

3. 1 : 360, 357, 36s - 2 : 339, 360, 36s - 3 : 357, 36s. 

Marc, I (mss. 339, s6o, 357, 369, 36s, 363, et Ms.). 

1. a : mpq-L-ty êmêJ add. 369. 

2. a : kuuyfc Jlupqaiàpt; 357; truuylrut JutptfMipirf 36 3, Ms. (où k manque 
après if.pàriÊH_); fi iluÈp^âuplï 339 ; fi Jtupif.utp^u 369 - b : qÇpupwk 363 , Ms. (en 
marge). 

3. a : qTCmbuÊUitupÇu 36s , Ms.; tjTfutUuiuiUMpÇù 3 57 —Ut qiu*i-^iju 363 ; qU" * 
ufiuqu Mg. - C : u$J Jkpiy 3Ô3. 



150 A. MEILLET. [20] 

< ùutu^uip<Ç' x uttt 9 ht. nt-qfi'q* tuptupl^g q^uit-fiqu %npui c t 4. 1>*~ 
bnbu nfi tnt/^u/îth^u 1 a tJIfputlfp ^ju/ùinu^uiinft , Êfl ^guipmjlfp* tflntp^ 
mnt-Ppt^U^ 9 uttMpiu^Juutpni-p-htuii* fi p-nqnt-f}pLb ù Jkqutg t 5. 1 ^*- 
fcnp-uyn 1 tun. %ué tutllrùtiijù ui^Jutup^b* ^plftuutnufbh , ht- biFutghp* 
mt/fùb^pb tâlh' ht- tUfptnhf/it^ j§ %Jufbl^ fi e jnpq.u/bufb tf.br m funu^ 
tnntftubbuif^ aJhqu jtLpbufUg t 6. \f- £p jnfôu!i/b£u l * l&h^ 
qbutÈ* utnbu nt-qtnnt- , ht- tf.uiLtnp^ tlui^bjbqtfu* phq. tfljf f"-P' ht. 
Ifbpuilfnt-p %npttt Jutputfu* ht- d&qp* tfujjphhfi s 7. ^l\utpno^p 
bt. tttuÇp' 1*y l tjtut-puitfjljiMÙ** ^fttâtù qfau nffbfi fctT, npnt-tT ^JrtT* 
nuit-tulttub funhuip<Çbi tntS-tuittft* nfuptutfu buttLjbtug *ùnput s 
8. IX" 1 tltiputh-gfi' 1 * n&bt^ £pnt£, bt. %ut Jlfpwbutjif 1 qihq^nq.^ 
t-ntfb 5 uppnilt 9. 1>«- bnbt. jutunt-pub* jujjhnuftl^ tfifb 1 ju h 
itâtqutphfJ-^ t£tttqfiqbuMtfLntj e ht- tflqptnhyuitJ 1 jt jntfâuiVùlï* d h 
jnpn.u/bufb' 1 s 10. Xf- 'bryùch uttliujU phn- t^hpuAutt h fpnqh , 

h. 1 : 957 (accent sur l'initiale) - 2 : 999, 369 - S : 960 - ù : 957 - 5 : 
957, 369, 369 - 6 : 957. 

5. 1 : 999, 957 - 2 : 957, 369, 3Ô9 - 3 : 960, 967, 369, 3Ô9. 

6. 1 : 960, 369 - 2 : 960, 957, 369 - 3 : 999 - 4 : 960, 957, 369, 36g. 

7. 1 : 369, 369 - 2 : 960, 369 - 3 ; 999, 960, 957, 36g, 369 - A : 369. 

8. 1 : 957 - 2 : 369 - 3 : 960, 369 - U : 999, 987 - 5 : 960, 369, 3Ô9. 

9. 1 : 36a - 2 : 999, 960, 957, 369, 369 - 3 : 960, 967 - 4 : 369. 

10. 1 : 999, 957, 369, 3Ô9 - 2 : 960, 369. 

i. a :jn^M»l^u 957 (avec accent mal placé); jmjiMiku 36 9, 363 - b :j—^ 

lbiÊHi[UMinpib 369 - Cl Jlfjipuini-Pfcul» 960. 

5. a : uiiiuutpÇii def. 957 ; ^Jh"'^ Ms. - b : Çpbu$umu»ufc 369, 369, Ms. — 
c : kJùtjfo 999, 960; H'foske 369 ; LpkJutjfe Ms.; kc mt -» u "L ir Jù, s fr 4 £i. 369 - 
d : i/^/»/t«»Ar/r , i» a 60 - e :l (en fin de ligne,' faute évidente) Ms. -/: /umuênm^m^ 

^L^l* 369. 
.6. a :jm[ufiiulp* 957, 363 - b : u^ÂryémÊ^ Ms. (placé avant jm^u/Vu^u) - c : 

JluiÇfcqtrb Ms. 

7. a : ^i[u»t.pusi^nfl» 957; fu*ÊL.pu0ç.t_ryh 3Ô9 ; ^uiL^tun^njU Ms. - b 2 funUmp^ 

<£u//^ 369 (t» ex ponctué). 

sh 
8. a : Jiyiuiirsf, 939; iHpminr tôj (5^5 en rouge); «fy»inW369 ( et Ar-^obn 

corr.); d^pmy,,^ Ms. 

9. a :jwunt-pu Ms. — b : f îtuifuipêrpir 987, 363, Ms. - C : fJÊHifruIrtêÊifi-mg 
9 99, QÔO, Ms. - d : ftjniluSïililr 957; frj—[uiVl,l; 363. 



[21] ÉVANGÉLIAiRES ARMÉNIENS ACCENTUÉS. 151 

but bu ubtbuii* qbpifffuu , bi. q^Çnq.fiu uïj jtppbi. qtuqujL.'ufi qp 
hùuJblffi* /f ifbpiuj unput s 11. *^uijb l bqbt- jbplfbpg bi- tuuÇ 2 » 
jp/i. 3 bu npqft piT uppbfp, pbq. 4L&1^ ÇuiXbuujj* x 12. \f*- *"**/& -~ 
J-tvt/uiju ^nif.lfb ^ujutf 1 qpui juAuju^ujuj' 2 t 13. 1>*- ^P < uuj a u/uti. 
quiLni-nu DUMft-Uiunthi ifmn£h~uji* e h uujuiujuujj^ , bi- t^n ppn. 
qjuquAu* bi- ^pb^tnullfp 2 luui^uilrfiu* qbui t 

14. 1 **- J^ ruw diuufùbinfu jm/£uii/bnt- la , iïlju* 1 jû ft quirj[i^ 
niruj 1 ^ •ouipnqjfp utui-buiuipu/iiu ùîT bi- uuulçp» 15. (n±b la Ifujuwuj^ 
nbuît* 4" <f~UJtfuAujl(, bi- ^ujubulr* £ utpj>ujjni~f}fn5/u uïy uit^fi/v 
tuujpbntlg} bi- ^uii-Uiinuiglj^ juii-buiujpuhiU s 16. V\ppbi- 
u/bouA^p UJfL A-mlbahppù u-UiqpqbusutLnu , but bu 1 qufidnifu 2 bi- 
qufun.plfuju* a bqjLUJjp uhilhttuh , qp utpIfbuitÇp < unniu c wtL.n.lpubu 
fi A-mh^uAqp iljbnpnç m tid bffu» 17. \f- uéuI^ 1 gùnuui ju a * blpûf^ 
qtjb h piT Bl uipujpjtu qibq ifruiff^ npunpn.u 11 Jtupnlpifli^ s 
18. 1>*- ihun^uiquil^p pnqbui^ qni-n.lpuuuu , qOiUitjfl'u 1 q^but 

11. i : 260, 36a - 2 : 257 (accent grave) - 3 : a 39, 360, 257, 369, 363 
- â : 260, 267, 369, 362. 

12. 1 : 229 - 2 : 260, 257, 369, 362. 

13. 1 : 229, 260, 287, 369, 362 - 2 : 229, 260, 257, 369 - 3 : 362. 

14. i : 260 (accent en noir) - 2 : 229, 260, 257, 369, 362 - S :■ 260, 369, 
363. 

15. 1 : 3Ô2 - 2 : 260, 257 - 3 * 260, 257, 369, 362 - à : 229 - 5 : 260 
267, 369, 362. 

16. 1 : 260, 257, 369 - 2 : 260 (accent en noir), 257, 369 (accent plus 
petit que les autres) - 3 : 260 (accent en noir), 369 (accent très petit) - à : 
229, 260, 257, 362. 

17. 1 : 260 - 2 : 257 - 3 : 3Ô2 - A : 229, 260 - 5 : 267, 369. 

18. 1 : 229, 260, 257, 369, 362. 

11. a : ÇiuTOrfUÊ Ms. 

13. a ; W def. Ms. - b : ufut^ def. 229 - c : ^npAL'i_ 257; ifrnplérw ^_ 362; 
+"pAlu_M8. - d : ipi"»u>it£. 363, Ms. 

14. a : ja^iMimL. 257, 363 - b : r^lkltt Ms. 

15. a : bpir 362 - b : Aplbu,^ 362. 

16. a : quàiUfiruMi 260, 287, Ms. — b .* 4ht- qufliqpirutu Stl. qbqpuu$fp uftJhiÇufc 

362 - c : def. Ms. - d : -ty^'V"'* ^7 Çp ajoute en rouge). 
17. a : def. Ms. - b : numpuM Ms. 



152 ' A. MEILLET. [22] 

*bnnui s 19. 1 "\u diuuinuqbuiiuSbinh uuiLuiuhli tJft juin.tiiO, bwlru* 
qjuibniJp.nu' 1 qbp.bq.btut aS bu njmfôuTifbfcu* bqpmMjn %nntu 9 bu 
apnuiÉi h %wuffb *rf*b£ iftu^tThftii^ nurulfUÊbu* , bu l^njfbuig^ 
nUnuui t 20. 1 ^«- ifujqilujqiulfh pnqbtut q^tMitpii ftLJtbuAa qqb^, 
abiLlfnu 1 * h ituuffb JuinitfuAutu^i ^uihr^bpi , t^JtuqJfb' 1 q^btn 
inntu s 

21. 1 "H- tfïnufbb'h* j§ ^tuipuiniitunuiT 1 , bu fiulf bu fiulf j§ £*u^ 
^Liup-nub i/inbuti* h J-nnnt/nunnii ,nuunugutbl^n^ aùnutu s 22. 1 ^*- 
ÊfvunJîi/buyfSîi * fi"t t l* u P f l u 'inbinnuphub *IjnntJU , q L nuunugutb^n 
apnuui hfLnbu b^fuu/hnup-b ua/p. bu n^ nnu^u ^"(hflf^ * 23. 1 >i- 
^>C t à" nt W l lv t lt i 'uhiii *bnnui uyn Jfr, jnnnuiT* uyu 1 utf"l£~ t t J NP A 
< ùJiu* nn tuqutquilfbuiq* bu itrii^ 3 i 24. W*^/7 la utnunt nji * Ifuy 
Jbn bu jpn ju < ùiijanJpbqh , bbhn Ifnnnuuutblfi** aJba* qJunbtfh^ 
a^bn ndbu ununpb 9 uïT t 25. Vluiumbuiq 1 h *Imum jiï bu luulf» 
l(ti*[il(bulif* bu lâi* h n.Ju/h^ s 26. \> t - l^rkZfS t fi IUi "y**** utfiqà'* 
bu wntijquitfbuiq h lujjli t/bé-, bu A*/ 1 h'hJuiUi^ s 27. 1>*- R^P ~ 

19. 1 : 360, 357, 369, 36a - 2 ; 5260 (accent en noir; cf. gr. IdbwoSov) - 
3 : 360 (accent en noir); yjnfêufUMp* 267 - 4 : 339 - 5 : 260, 357, 369, 
363. 

20. 1 : 357 (l'accent a la forme *) - 2 : 339, 360, 357, 369, 36s. 

21. 1 : 360, 357, 369 - 2 : 339, s6o, 357, 369, 363. 

22. 1 : 339, 360, 357, 369, 3Ô3 - 2 : 360, 357, 369, 36s. 

23. 1 : 360, 357, 369 - 2 : 360 - 3 : 357 (accent grave). 

24. 1 : 339, 360, 363, 363 - 2 : 339, 360, 357, 369, 36s - 3 : 339, 360, 

357, 369 - à : 339, s6o, 3Ô3; Çapnt.uufoi/'i^ZD'] , 369. 

25. 1 : 360, 36s - 2 : 339 - 3 : s6o, 357, 369, 36s. 

26. 1 : 339, 360, 357, 369, 36s. 

19. a : q^pirt^h-tÊÊ Ms. - b : fjun-iufiàitpi Ms. - C : fBi-n-Çufbu 367 (les 

points sur f_en rouge). 

20. a : qbpjrq.br nu 369 (avec fr au-dessus du dernier *), 36s. 

21. a : pppért- Jtnuftiirfïli Ms. — b : 4utt£u0n3MUtL.nu$r $ty ; l(U*ifiu*a*butnuXt Ms. — 

c : Jlnuhjty Ms. - d : in- add. Ms. 
23. a : npnj Ms. 

24. a : #«//_339 - b : %u*qusi-putgfc Ms. - C : limupauuufutr^}Hs. — d : Jtf^ 

360 - e : um- Pn 339(7), 357, 363, Ms". 



[23] ÉVANGÉUAIRES ARMÉNIENS ACCENTUÉS. 153 

Jutquïii 1 gudtfùb m glîU* 9 Jfth^bu <Çé-é-£i* pbf- dfiilkuibu* bu tuubi* 
ipb£* 4" *y u < ^nftJiuftq.iiJuftfinni-p-fti^ù, oR^ h^fuufUnufJ-b tut/p. bu 
uifung u^qé-nq utuutnÇ- bu ^htu^uAq.ph^ ut/tu * 28. J/*- U t* l" l -P 
*bnntu nhq. uiilb%uijÙ* Ijnqiïb* Êumqpqbtuyuiiy^ s 29. 1>*- *U* i n4**'*+ 
qtuttfi ktbuiih ff-nqnibtrf.bi^b , tèljb 1 fi tnnub ufitfnifîîfi bu ufb^, 
tf-nbiuj* jtut(np.uiu bu jntfâuhfhÀu 1 ^uuUtubni s 30. 1 ^*- 1fU* u 'bj 
uhi/hifith r£ùl}n l Obpt/luqbuii^ a , bu ihutji/uiquil(f! z iuutfïi* flhui 
i/tut/h *bnnui t 3 1 . 1 *A- iliutnnugb uéè jtunnjq ' * Aau btiiibuji njib^ 
n-ufhlj < Unnt*M* bu bp-Aq* qbuM utb%q5i S bu ufuijtnlfn* ifUnuui s 
32. \^*- / r f E f^ JL kfiblinj bqbu fi JinuAb[_ utnbtuuMlftMiÎMb*, p.bpl/ffb l 
utn. *bui nuMifhflMuijh' 1 ^huu/hq.u bu ttgLhutu^uinu^> 33. 1 "**- t>P wJb^ 
Ibuifù jtwqtuph J'nqnt/buji 1 * turu rinnubi/U • 34. 1>*- p.<f~^Jibti}q l 
fLÊuanuiT ^huu/bq.u* h u^buu^u uifutnhq , bu n.buu 2 p.iuqnuifij* 
b^uhi' bu #F£* wuÊtn futuuubt q.huuiqb • qji tuhtnbffb aùui phb 
#*%* £ x 

27. 1 : 999, 960, 957, 369 -2 ; 369 - 3 ; 999, 960, 957, 369, 369, 363 
- 4 : (accent grave) 363 - 5 : 957, 369, 36g. 

28. 1 : 960, 957 - 2 ; 999, 957, 369 - S : 369. 

29. 1 : 999, 960, 369, 369 - 2 ; 369. 

30. 1 : 999, 369 - 2 : 960, 957, 369 - 3 : aS*], 369 - à : 999, 960, 3Ô9. 

31. i : 999, 960, 957, 369 - 2 : 999, 957, 369 - 3 : 960, 957, 369, 3Ô9. 

32. 1 ; 999, 960, 369, 369 - 2 ; 957 - 3 : 957 (l'accent sur *» est hori- 
zontal : -). 

33. 1 : 960, 957, 369, 369. 

34. 1 : 999, 960, 967, 369, 369 - 2 ; 957, 369 - 3 : 999, 36o, 369 - 
â : 999, 960, 369 - 5 .* 960, 957, 369, 369. 

27. a : utJVbhrjkuh 369, Ms. - b : tt**** Ms. - c : «*«&» Ms. 

28. a : ^nÊUpÈÊUa 957; 4 4Vi Z5/*363, 369 - b : n-UtqtruiijL.nij 363; ^Juqbqiruiy-nj 
3Ô9; fJ»qfrnbu,jt_nj2 369. 

29. a : iuuq.ptnu 367, 3Ô9 , Ms. — b :jiu^a^tuL. Ms. 

30. a : ftrpiRiÊgiru0i_ kp Ms. 

31. a :ju$puiyg 369 - b : def. Ms. 

32. a : —ptripuliufti Ms. 

33. a : ^«^A-m»^ Ms. - b : i^nupu Ms. 

oh. a : futJtrUuyU Ç/it-ui'bq.nL.ftfiiJlju J|g, — b : *£_ «*u{jp f9n/q^ /uutL.uh /^Ibnjut 

Ms. 



154 A. MEILLET. [24J 

35. 1 **- fo*[ "f/t* fot utn ~ UJt - UJL ***** JutpnL.gbuMibi bu qHiuig l 
jufbujufului* ufbqfi, bu uftiq.* f{ u */ t1 juiquiup-u* t 36. }/*-* qpiuig 1 * 
autrui %npuM ufMntfu' 2 bu np foq- *ui/ùjju bfo s 37. \f*- fofo*- q^fo 
qhui tuulr% 1 foui, p-b ujJb € hb < gfl € h <la fubq.pt/h* q^bq t 38. \xi- 
iuu/f 1 qÙntfku» blpùtf^ bpPfignu^* bujUÉjq** JutuuiuMunp qJtuqtu^ 
^iuqutpuh , qfi bu uîuq.* m ^utpnqbgftg c » qp juiju* ftulf bl^buMibiTt 
39. \>*- J> u, P n l]>p l p J'nqnt/nupq.ub *ungiu foi}- uMuVbuyb qju^ 
qftqbuighu ht- q^buu* <Çufbl;p s 40. M' 1 ^/ t ** n - *uuê pnpmn* M, 
uiquM^p h &-rluup l ftOuA^p s bu usul^p» ufp bpB* Ipudftu , Ifut^ 
piiq* c bu qftu uppbl i 41. 1*"^ J** q-pujgbuji* iqbuig qibiA r, 
JbpJtbguËL.' ft < buj bu ut ut; foui, Ifusuji'tf 1 uppbuig* s 42. 1*1- 
ftp p bu UÊUiugù foui f tftuqtfuiquil^ft l qHiUig ft %duhilç pnpnuinu^ 
PfiuVb* bu uppbguiu* s 43. 1 \t- uuiuinbuit %Jum b^ulu 1 * quui 
ujpuiuigu 2 tfuiqtfuiquilfft , bu uiutf* c t 44. O lAjZl ll?C *$'* nutlh^ 

35. i : 229, 36a -2 : 287, 36g - 3 : 36q - à : 260, 287, 36g. 

36. 1 : 260, 36g (*W 5 /ft, 362) - 2 : 36g. 

37. 1 : 260 - 2 : 260, 257, 369 - 3 : 229, 362. 

38. i : 260 - 2 : 257 - 3 : 229 - 4 : 362 - 5 : 260, 257, 36g, 362 - 6 : 
260, 257, 369, 362. 

39. i .'.229, 260, 257, 369, 362 - %: 260, 257, 369, 362. 

40. 1 : 362 -2 : 260 (accent en noir, tout petit; A-fM? ainsi avec accent noir 
souvent dans 363) - 3 : 260, 257, 369, 362. 

41. 1 : 257, 359 -2 ; 229, 260, 257, 369, 362. 
43. 1 : 260, 257, 369 -2 ; 260, 257, 369, 362. 
43. i : 229 - 2 : 257, 369 - 3 : 260. 

35. a : uyifL 362 , 363 , Ms. - b : k L £-«_ def. Ms. 

36. a : def. Ms. - b : fWjffe 957, Ms.; fWj/to 362. 

37. a : tmOriih^iruÊU 369. 

38. :juy[^ 229 — : ^Iri-qui^têiqut^uii 369t ^kutt-qui^iâêiiuijfêfb sHy \ ^A«- w 
fu^utqui^u Ms. — C : ^wp*u[qlrijfo Ms. - d : jutjb 267 (« ett rOUge). 

40. fl : pnfo Ms. - 4 : def. Ms. - c : 4"V""- 4 lMs. 

41. a : def. 36a - b : t*-r *dd. 362 - c : Çwuiys 362. 

42. a : fLmpn^nni-fïfitJlSb np ut , . Ms. 

43. a : kÇuti* Ms. - b : t[uut def. Ms. - c : o»«t^ m (5*"» en ronge), 257; 

utut; gluu 3Ô2. 



[25] ÉVANGÉLIAIRES ARMÉNIENS ACCENTUÉS. 155 

ffb£_ utuhgbu» uyi ^PP {/*&&* Hj&^'L ^. tu ^ iuuu {jp t * I**- dtutnn** 
dtuuti uppnL.p-bufb e ,pn tuututuiptua- 5 nnp <Çptut/ùjjbujq G ùndulfu , h 

iîhuyni-p-hi5b %ngut s 4 5 . 1 **- *uw ^ r l^ tu L u ^ uutL - •£ gu P n l^ll * Jl)^" 
bt. ^ii£uil(* ÇiuplfuAbt qfLiuVu f dpu£_ A^ kt-u Iftupnq* ijuibi %Jîu 
jutturututulfu b atuqtua dintubbt*, uyn tupuiLU^pnj jufututuuiui* 
tnbqjtu £#?• bt- a-UJiKu* tun. ulu tuêJIAutfti IpiqJuSbu s 

44. i : 3*9, a6o, 257, 369, 36a - 2 : 360, 357, 369 - 3 : 357, 36a - 
à : 329, a6o, 369, 36a - 5 ; «y"" /, "t»"'T avec ' au-dessus de «y et de f, a6o 
(en noir), avec ' au-dessus de «* et ' au dessus de ?, 369 - 6 : 36a. 

45. 1 : 339 - 2 : 36a - 3 : 339, a6o, 357, 369, 36s - 3 : 360, 357, 369, 
36a - à : 360, 357, 36s - 5 : 339, 369, 36s. 

44. a : n$.Jht,^ Ms. - b : ifcimnj 357, 363 (mais sans j final, 339) - c : 

uppnt-ftfriAq. 363, Ms. 

45. a : ^uÊftnt/^h-f^Ms. - b : Jp»jJrt. n^_ ^«4 ÇuiputuifMs . - c : ^uiquyt corrigé 

tll Jfvqmçu 360, 357 ; Juh»k-i_ f ^u*t[u*.pb Ms. — d : utptntài^n Ms. 

Marc, IL 

1 . 1 -wi. Jtnbuit n.utpibutt h btutfituniiiunL.tP * jbui uiL.ni.ptj , 
2. 1 nLp bobu bpb a ft mufh 1 £• ht. d nqntfbtjusu ptuqnL.tQ> 
JpbjJïL. uibqjt Ltl.u Aj* rfSbki bt- A/} tun. tipuiVu*- bu fuLUL.utfp 5 
ungtu ofLtuVb s 3. 1>*- a r tM iff' u utn - ^"^ pbpbllu 1 tuun.uMÙuJint&- djt 
puip£bu}[2 h £pphg * 4. 1 "*£- hppbL. A^ buipbKb Jbpiufutut* tun. 

Marc, II (mss. 339, 360, 357, 369, 36a, 363). 

2. i : 360, 357, 369, 36s - 2 : 339, 363 - 3 : 360, 36s - ù : 357, 369 
- 5 : 360, 369, 363. • 

3. i : 369, 3Ô3 - 2 : 360, 357. 

4. i ; 363 - 2 : 339, 360, 369 - 3 : 3Ô3. 

Marc, II (mss. 339, 360, 357, 369, 36a , 363 et Ms.). 

1. a: {«i»^uMK.Wi.»t_ir 939, 363, 357, 36a - b : au-dessus dejirm u*unu(i<j, 
le correcteur a ajouté ««"f*"-, et «fV^ au-dessus de {uun-uty 957 (correction en 
rouge). 

2. «.-^357, 363, Ms. 

4. a : Apieuu>i_ 369, 3Ô3 , Ms. - b : £ Ms. - c : juiJpnfal; uAnn/, def. Ms. - 

d : fjwp% mêÉÙX Ms# - e : kfi» 357; Srp% Ms. -f : futn.tuumtu/is 363, aa9; fut^. 

iffos 357 (le point sur « en rouge), ^uto.untmutqui» 36s. 



156 A. MEILLET. [26] 

uui juu/pn/uÇ a/but L c ,j>uil(b g ftb ajutptfu s nup Çp'jiï, bu puigbuii 
auirvuiuututnV hfnugffu^ ntfuj<Çh7(uu jnpnud* Ipjijp* ujuqujt/ujrnjé-u t 
5. X^ 1 - uibubuii jh q^ÇtULUJuiu unguj , mut* 1 gtuÙr^utduitntirU* 
npq^buSlf* p-nnkuit* ibgffi* 4^7 Jbqjt^n s 6. |>*- bffb nûufhp h 
q.iunuig ufbuifi np ufùtL uuutbffb» bu funp^bftb h uftpuiu hupbuSug* 
7. Djiv/} 4" "y* n P fywi-ufi util q^ujj^njnupftuuu' n Iftup^* fïn^, 
nnuiat/bnu , bffb #i£ i/ft ut A- s 8. \>*- tt ,u1iJ "3 l J"J n tt h L P bpb* 
uifbu^u Junn<Çhu fi uhpuiu fiunbufug , ht. usulf*» . QJi* /""P^flB 
nuyt* (i uftpuiu ibp s 9. O /rfc^ 1 q.ftupftb £ a , utubi gufbq.uii/uj^ 
ityéV* p-nqbui^ Ipjjpb ^^1 J^q^ £.n, P"b uiubf utpfl^ utn. udîu^, 
^ÇfïXu ^n bu bpp fi uwuu ^#i 5 i-10. \V/^ ib q-fruiuiuffe bpb 
ftjjuu/bnuppub^ nubft npiuji Jiupq.nj fi ijbpujj bpffpfi* pnqnug 2 
adknu f ututf* guhuuuiùuMtnjirb» 11. ^I^Ara 1 tuiiÊiT* 2 , Ui pb UJn - 
nJui<Ç[ï2(u j±n bu tèpp-* ft mm^u j>#i s 12. |>*- thuqtjujqujbh* jut^ 
pbuîu* uitibutt ajtu^k2fuu , b*i* c utrLusùh uiuVùbgnub • Mhtbu 
UiupJufhuji* uiuVùbgnuu , bu tftuin uiuiip * uiiùubi qiué~ S bu utubi, 
p-b uyuiuhuh ffu£ e bppb^ nt% uibuuj^ s 

5. 1 : q6o, 36q - 2 : 957 (accent grave) - 3 : 999, 960, 957, 369, 36a. 

7. 1 : 999, 960, 957, 369, 369 -2 : 960, 957, 869, 369, 363. 

8. 1 : 960 - 2 : 960 (*«- uêu^ avec signe ' sur * et sur <r, 957) - 3 : 999, 
960, 957, 369, 369. 

9. 1 : 999, 960, 957, 369, 369 - 2 : 960, 987, 369 - 3 : 999 - U : 957 

- 5 : 369. 

10. 1 : 957, 369, 3Ô9. - 2 : 960 - 3 : 960, 3Ô9. 

11. 1 : 960, 369, 369 - 2 ; 957 (accent grave) - 3 : 960, 957, 369. 

12. 1 : 999, 957 - 2 : 999, 960, 957, 369, 369 - 3 : 3Ô9 - à : 960, 987, 
369 - 5 : 960, 957, 369, 369. 

7. a : «"£960. 

8. a : pir 957 (la leçon de 999 n'a pas été notée) - b : {u*pÇtrfù qbMM; Ms. 

- c : def. Ms. 

9. a : i*^add. Ms. - 4 ; kptr 957, Ms. 

10. « 'j^rkrb Ms. 

12. a : juipt-un- ifiuq^iuqut^ 987, 369 - 4 ; qJiuÇfrvù (Yi en rouge) 957 - 

C 2 Stl. Srj_ 369 — d : lrt-jutpni.i]lrun_utn- qJîu^TCub ÊÈin_uifJi uti&'ulr^nL.'u Ms. — t l 
«£ 957. 



[27] ÉVANGÉLIAIRES ARMÉNIENS ACCENTUÉS. 157 

1 3 • 1 >*- &[} q-uspibuMtjt S-nJi/apb 2 , fri_ uitlbuutfb ê~nqntlnt-pqÙ 
q.uijp* tun. uut> bu nLunL-ntifbtfn* qbnuut s 14. (>*- dffbjttbn. 
u/bgtuu^p a , builfu 1 qqtt.lt utqthbutj qjtuuurlfp* ft tlutnuun.npnt.^ 
piru/b tri. utttlf qbtit' If If* qffi'h htF bt. j tun nt.q trust quujn* 'tjp'b 
unptu s 15. \> L - bqbt- h ptuqJbfîs* un nui h utufb unptu } ht- pu§^ 
ant-tf^ tfiupuujt-nnp putqtfbuit* blfb phu jp bt- pbq~ ujitul(bpuiuu e 
unpui* oujbqji kltb ptuqtti.tQ>* np bpfJ-ujjfib q^but unptu s 16. 1*"^ 
qutltpBfb Itl. tftutphubnhp hppbt. uibuhu ff-b nt-utlf l phq- Ju\putut-npu 
ht- phn dbqtuunpu*, ujuItÏm' 1 gtu^tulfbputub unptu» Qp* k if 9 fol 
Jbqtuunpu bt. nj*q- tltu^auuML.npu nt-utt;^ bt. pt/iql^p s 17. YippbL. 
mt-tuL. Jiï ujutf 1 nu nu tu» n^J Irïr^r k ut/tut n a p^b^jl nn £rg > u U r l^b'~ 
i-ufbnuin*, bi- n£ l*hh h n Sf*L 1 UM P t l iU P u "{Jl qff&'quJi-n'ptÊ* i 
18. 1 j**- bftb ut^tulfbpuxgù jni^usuunu bt- tftutpftubnfcpb fi uçui^u 1 *» 
qiuu bt- tuubu nu ut* nùqtïp* tujutffbpuipb jntfôusuunL. bt. tftutpft^ 
ubnhpu uitu^lfb , b l. ,pn tujtulfbpuipq. /ir 3 utui^lfÙ s 19. \>*~ wulf 1 

13. i : a6o, a57, 369 - 2 : 36a - 3 : 339, 357, 36a - à : a6o, a5y, 369, 
36a. 

14. 1 ; 369, 36a - 2 : 339, 36a - S : 339, a6o, ^7, 369, 36a - à : 339, 
a6o, 387, 369, 36a. 

15. 1 : 369, 36a - 2 : 339, a6o - 3 : 339, a6o, 357, 369, 36a. 

16. 1 : 36a - 2 : a6o, 36a - 3 : 339, 360, 257, 36s. 

17. 1 : 360, 369 («»«£ 357, avec accent grave) - 2 : 339, a6o, 357, 36a 

- 3 : s6o, 357, 369, 363 - à : 339, 360, 357, 369. 

18. 1 ; 339, a6o, 357, 369, 36s - 2 : 339, 387, 369, 36s {fri^r 360) 

- 3 : 36a. 

19. 1 : a6o - 2 : 339, 357, 36a (Jùipfi 360, 369) - 3 : 339, 260, 387, 
369, 363. 

• • • • 

14. a : ^#7- Ajfr jr, a dd. 357 (avec exponctuation en rouge) - b : uiq^tnu 

357, 36s; *"7j#£Ms. (en fin de ligne). 

15. a: t puiqJiri^iy en rouge); imput def. 357 - 4 : piuqJb^ 36s - e : foi- 

«*;u/{£f <#> ûjyfc 357 (" et les points en rouge). 

16. a : foi Jyqu*t-apu manque les deux fois dans 357; rétabli la première 
fois en rouge — 4 : wuh-fb 387. 

17. a : ifrvy k s 57, 36s; iq/tmn (rMs.; 4 <?^<"<v/ 369, a6o. 

18. a : -lutp^u Ms. - b : muipÇlfb Ms. (les deux fols). 

19. a : tyfMr 357, 360, 369, Ms. - b : ifrtyfAj 36a - c : toute la fin du 



158 A. MEILLET. [28] 

gùnuuijiï» tt^hbp-b* t/ùâpp^ ffb^ftg^ npq.L.ng tun.tut^uiutnft c JJSb^ 
pbn. IbnutiJ hq^ tftbuugb upuÇki* gnngufb pkq. hi-pbu/bu ntitb 
gftb tnhbuuijb , Aj* £ Jtupp upu^ki s 20. lV/7* trlfbuijk'b iuunLM 
janthiMÊtT Jk-nt£tuqfi c ft %ngufbl^ tfl/ruuyb , bi. usupii 1 u^tu^trualrb^ 
jUÊL.nunb jtâijUdftl^ s 21. W±} ry^ lpuu^bptn a *hnp u/bpuâtf/ luplpâi^ 
*b£ fi Jbpuy ^btuqbtui inpini • luupu pb c n£ utrAnL. /pm,^ 
p-btudpb fiLnni]*bnnb ft ^hnj ufbtnh, Ifl. £u&p* bt-u iâpuutuinjnL.tRi 
//rir/r t 22. |^«- A^ 1 #ip tupi pub t; ç/rîf^r *Ùnp ft uiftlfu ^ffhw utupu 
p-h* nj upyp-nL.gutù^ q.[fbftb ntnfilft/b» t^fibftb ^bqnL., bi- 
mftl^pù Ifnphjjfb*, "M il tfàb *b n P f* uiftlp** 1 Ï##j#ii# 5 tupîpu^ 

23. \> L - bqbi. %dui h ^uipwp-nL. nAgu/bUt* fini- usptnnpuyu*» 
bt. tu^tu^lrpiMigh h t^ùuifù huptuâba uliuufb ^uiulr 1 h n P t l}'l ^ r£ - 
nt-tnU'i* s 24. \>L- t {' ui p[tutFijligb iuulfii 1 tjùtu» tnifu' 2 qpi*£* tf.np£-tfb 
iis^iulflrpiuffb j>n ft gutptup-nL* qnp ^ a tupj-utb t 25. \f- "iu^ 1 
gbnuutju* A^J kpptrg ftgl^ pUp-bpgbuii ibp unp lupiunù t^tuL-hp , 
jnpé'iutTu^htnnfb 9, trqbL. Ltl. DuiqgbuiL. *biu bu np pïin.'bifujfb bftb t 

. 20. 1 ; q6o, 957, 36 9 - 2 : aa 9» 369. 

21. 1 ; 93g, 360, 357, 369, 36a - 2 : 939, 360, 357, 369, 3Ô3. 

22. 1 ; 960, 957, 363 - 2 : 960, 36g - 3 : 99g, 960, 957, 369 - 4 : 36g 
- 5 : 999, 960, 369 - 6 : 957. 

23. 1 ; 99g, 960, 957, 36g, 369 - 2 : 99g - S : 960, 957, 36g. 

24. 1 ; 960 - 2 : 99g, 960, 357, 36g - S : 93g, 363. 

25. 1 ; 360 - 2 : 960, 957, 369 (<i36g). 

verset est mutilée (et difficile à lire) dans Ms. - d : ^«^4-^ 369 (les deux fois), 
99g et 363 (la première fois seulement). 

20. a : uyi_ 99g - b : 4-^%^ 363 - c : pu*pl 3 fc 3Ô9 - d : tqiupÇirugtrï* 39g ; 

muip^kiêglrh 363, Ms. — e :ju»i.ni-iiaibjuyUMifcli 987, Ms. 

21. a : Çivpiulru, Ms. - b : JLnpÀm Ms. - c : è-pt- Ms. - d : «ïu*o»u#«l/i«_«tMs. 

22. a : irfHr Ms. - 4 : iyuyPirpnujuAil; 967 (les points en rouge) - c : uyt_ 
999, 363. 

23. a : aupmnpuy 960; UÊpuiiui^b-uyub Ms. — b .* def. Ms. 

24. a : ȣ k Ms. 

25. a : *&u>"j 957 (y en rouge); utfui* Ms. 



[39] ÉVANGÉLIAIRES ARMÉNIENS ACCENTUÉS. 159 

26. Kjhutpq. 1 trt/ni-in h uwl.Vu luT Lun. Luphujfï-LupLUL.* diu^um^ 
'btujiULulrLnftL. , Ifl. n^Lunuh utun-UjOtuL.npnL.p-b'ujb bltbp e Ifl. trut 
uyuntffilf np £%"£• 'uduyu bftb , 1"C **£* kp UMLpIfù nunlrt, p-tya 
Jfttiâjù ^LU^LUULUjflyu^ e i 27. \>*- usulf 1 ounutu» 9tup.tu& ihuuù 
tfiupq-iij* bqbu, Ifl. n£ kp-k* JLupiiL tfujuu ^lupujp-nL. s 28. ^i^ii# 
nL.pt Xi uitfp l * £ n ["f-h t ^ Èt ( lt l J ll ki- ^utputp-ni- s 

26. 1 : 339, 957, 36a - 2 : 36a - 3 : 357 . 

27. 1 : a6o - 2 : 36a - 3 : a6o, 36g, 36a. 

28. 1 : aag, a6o, 369, 36a. 

26. a : uÊpfiputpuÊL. 36a, 363, Ms. - b : i^uiifu 36a; q$—3 Ms. - c : trÇtrp 
exponctué ici et récrit en rouge avant *$«"y«*» 307 - d : bu ^p 36a - e : 4m „ 
^"vh **§\-ï'»$ u iJ Uu yb • • • Ms. 

27. a : fiHr 357 (* en ronge). 

28. a : m'p a6o, 357; vf Ms. - b : def. Ms. 

Marc, XIV. 

1.1 ^«- £p nutinhlfu Ifl. ptuqtupùtiilflfpg 1 J^lu bplfnL.y uMunL-pg» 
juùtLpbKb Dtu^ufbuguiiMfb utifb Ifl. f r u (t'(l(> bfUr njiLupq.* Ablu *blfu^ 
llmul. If lu ib lue uuiLuuLÛbbnb'u s 2. t\ujfa Luubffh pb tTjt 1 ft uiLuihift 
tuutn, qp t/fi 2 fun.ntbtL.pfisJb f^/^/ r fc J'nqnLfpq.bLuVb 1 3. \f- 
dffu£_ £p h ptrp-LuutiLU 1 * h uiuîù uht/ri^fbfi pnpnmft pLum/ktui, tfljb* 
tfpu Jft np niis^p ^£_ pL-nm 4 uuspn ? irLub LUtjhnL.fi 1 Jb&iuqSinj* , iri. 

Marc, XIV (mss. 339, a6o, a57, 369; le ms. 36a n'est pas accentué dans ce 
passage). 

1. 1 : 339, a6o, 369 - 2 : 339, 357, 369; ib*»ct *6o. 

2. 1 : 339, 3.S7, 360, 369 - 2 : 357, a6o, 369. 

3. 1 : a6o; fJrfimbfiM, 369. - 2 : 339 - 3 : ûS*] - 4 : 360, 357, 369. 

Marc, XJV (mss. 339, 360, 357, 369, 363; il n'est pas tenu compte ici du 
ms. 362 , et le manuscrit de Moscou n'est utilisé que pour quelques détails par- 
ticulièrement importants). 

3. a : pkfhÊh/fui q6o; p^P^'b"* 363 - b : <»"<- 367 (î* en rouge; un petit 
trait rouge horizontal sur *>) - c : tfflr$-a#^ty Ms. 



160 A. MEILLET. [30] 

phlibtut qjhfu k££q^ fi Mrpuy Q~({uy *bnpui- 4. \>*- tupuifibptngb 
q£uipbh"b la Étl. tnubftb 2 - AqJ^p^ irnlrL. Ifnpni-Utn [iLqnjq. uy m 

t n Cth l **• Xl^^CP 1 f>F VHJt ^ FLJ l^ ihu2fuin.ki iAML-kip jtufb kptr^ 

Dtijnht-n n.iwÇbliiifb(i c , bi. utuit UMq^uâuiuiq*» bi- quypufbtypb* 

€ ibJtujnjé- lk % 6. 1 *i-jïï* uiulf tjbnuui 2 * flif/q** iftni^g q.Jtu s Qp* ui i^ 

hiuttn luniifcp, qft qjipS- Jft piupp^ qjtpA-butq iiiujbu t /• ÇXiuJb^ 

< buijb l thutiT qturépuitnu pbif- ibq m^bft^p, bt- jnpê~tutT Ipuilfip but^ 

piirj** £j» tunithi Tbnqtu piupftu- ujjrj ajiu n^ juêdtfùusjÙ J~tutT-phn 

ifcqnubbg s 8. # l**t# qnp nLb£p* uipu}p l 'ju£n.inùu£qjyb^b/bbbtiiq 5 

qjiuprfpii btF fi 'bjuib upuwuâïiiug x 9. 1 VfV êêmuBiT* ibq, 

nt-p bi- ^puipnqbugfi LULbintupufbu Ufju pkq. uidtrbuihi tu^juiup^, 

Ifl. Qnp uiptvpn.* nui fuwi_ubunp* JiÊJubjhjiutnujbh n\.npKù s 10. 1 **- 

jnL.q.ui ulpupbndinuiqh* Jpjbpl^niniuuu/bhq ufbuih qpMLuq x tun. ^tu^ 

<Çufbuyuju(binub qft Jiutnbkuulf* qbui 'bnqtu s 11. l^npu* hppbi- 

rnL.u/b s bfbn.tuqflii 1 , Ifl. funuiniuqiifb m vit* € bJiu a Lup&iup-» bi- 

fubqp^p ££b qjiuipn.* upiMpuiuini^ JtuinbbuqL^ qhtn t 

4. 1 : 960 - 2 : Stl. uiuirfb avec signe h au-dessus de **- et signe ' au-dessus 
de^» a57 - 3 : 999, 960, 957, 369. 

5. 1 ; 999 (et un signe sur «» dans 957) - 2 : 960, 957, 369 - 3 : 999, 
aôo, 257, 369 - 4 : ' sur,/ et ' sur + dans 960 (en noir). 

6. 1 : il y a une sorte de croix au-dessus de « dans 957 - 2 : ' au-dessus de 
* dans 957 - 3 ; 999, 960, 957, 369 - U : 999, 957, 960, 399 - 5 ; 960, 
36 9 . 

7. 1 : 999, 960, 369 - 2 : 999, 957, 960, 369 - S : 999, 960, Q07, 369. 

8. 1 ; 999, 96o t 369 - 2 : 967, 960, 369 - 3 : 999. 

9. i : 999 - 2 : 960, 257. 369 - 3 : 999, 960, 957, 369. 

10. 1 : 999 - 2 : 260, 257, 369. 

11. i : 260, 257, 369 - 2 : 229, 260, 369 - 3 : 229, 260, 957, 369. 



h. a 

5. a 

6. a 

7. a 

8. a 

9. a 



u^uupir^U 999. 



£«-73 363; t'-ISi Q *>7 -b : itpêr^utppt.p 957 - c : ç.£W^ Ms. 

PVL 92 9 ( e * Ms.) - b : yq-ut 363. 

^ut(iusuq_ Ms. — b : *ujL_ 369. 

nultyq. ajouté en rouge et en minuscules par le correcteur, 957. 

iupuip Ms. ~ b : /uutt-ul;tjfi Ms. 
10. a : ftuÇutpfin^uitvgfi 957. 

11. a : W2* «10^999 (et Ms.). 



[31] ÉVANGÉLIAIRES ARMÉNIENS ACCENTUÉS. 161 

12. \^t.jiun^iufiiniJ % iUL.ni m n piâiqiupfiubhpiuA a jnpé'iutruqui^ 
uihtfb n/fbni-iïb , wulru 1 ffi"** UMjuibbpiMiBb* ni-p* buaShu hnph 
*}"*-£ upâMwpiuuuibuqni-p qfi libphqbu qqunnblA i 1 3 • 1 "**- ui^, 
n.u^pi^ bpbnuu jus^tubb puituq uSbtnh tri., uiut} 1 qùnuui» knp-ulip 2 
ft j>UÊqui£>, tri. 3 ftpphu Jinu/bhqi^p h ^gujquipu* uiuitnus^buql^ 
ibq UMtp Jh rip • ututhnp 9pnt jnt.u a nAbqb , bpG-uiip 5 q<Çhui 
*bnpu£ t \à. y?ki_jnp innthi dlnufbbqt^ , tuuujuOfip quni/bnLtn^pb' 
ihupntuuibui usu£ #ii_#r l irb h0uitJuÂf^pb , nt.p uipusbbptntui^pu 
nLuihqbtT nquanblju» 1 5 . 1 ju. %us gni-qql^ ibq tlbpUwuinihi §Ift 
JbS~ aujpn.ujp/ruii*' uFùq? upuuipiuuuib uf^o Jhq s 1 6. 1 "M. tàtuiqKh 1 
wwwpUiuwB'i* tujujbb'puiifh *ùnpui* bbjiù h Dtuqujnfb* bi. aiii/fâr* 
nnuit^u uiuuiqu *hnqiu • b~L. UMUMUipuiumkqtfu 5 qquiutMSb s 17. 1 "**- 
fipptrL. èrpèripy bqki? t"!/ 1 b'ptp'tnutuiifbfiL g jSi ^ufbqhpi t 18. \> l 
fippbi- puiaJh-quSh hi- qJbn. nt-inbffjb* tuuif l ju» tiMtTtj'ii* luui/tf^ Ibq 
qjt i/Tfr ntfh h itfùp Jluufbbuiij* £ qftu 9 np /vili/i^T 5 {itity pUq. pu t 
19. 1 -\i- € hr\p_uj uliuuih tnptni/kttrL. uiubiiJJt nuut t/fanût; • Jftpb b~u l 
figbiT, bi- g/fiL-ub* g/ftfJ-b èru 1 jtgbtT x 20. |jf tquitnujupiuJbfi but 
fri_ iiMut^ 1 tfbnuuj' g/ft jbpIfnuiLUuiifbfîij 2 ugtnft , np djubuig* fol fc u 

12. i : 260 - 2 : 229, q6o, 257, 36g. 

13. 1 : 260 -2 : 229, 260, 369 - 3 : signe r sur in- 267 - 4 : signe r sur 
"» de^«*»^*»^ a ^7 ~ *> : aa 9» 2 Go, 369. 

14. 1 ; 229, 357, 369; "'«-{i «160. 

15. i : 339, 287 - 2 : 260, 257, 369. 

16. i : 257 - 2 : 229, 260, 369 - 3 : r sur £, 'sur **.£, ' sur*», 267 - 
i : 229, 260, 369 - 5 : 260, 257, 369.' 

17. 1 ; 229, 260, 369. 

18. 1 : 260» 257, 369 - 2 : 229 - 3 : 260, 267, 369 - à : 229, 260, 267, 
369 - 5 : 260, 257, 369. 

19. 1 : 229, 257, 369; #« 260 (ainsi les deux fois). 

20. i ; r sur y de ^*- ef sur t de ««««t, 267 - 2 : 229 - 3 : 257, 369. 

12. a : fUMtqutp^Cut^è-putiflt q57 — : »nuiinpuHiutirym-^ 369 (^ Ms.). 

13. a ;jnuMb 257 - i : mùbgfr entre *»/» et um^np 257 (l'ordre ancien a été 
rétabli par le correcteur à l'encre rouge). 
20. a : u^uiLjÈin.iul[u 257 (1- en rouge au-dessus de %). 

MEMOIRES OMEimUT. 1 1 



162 



A. MEILLET. 



[32] 



h ulpui-Uin-tulp^. a t 21. |\/7 "Clfc *f* £ P11J ^ r Pp' a 4/ * " nngg^l^u bt. 
tf.nl» tut £ ihuuÙ *unpiu* puyg Julj^ fcsk dlupnjtSb ujjUèJJity jyp 
ibn.u e npn-h tfiunqjy i/unnbirunfi • /un- £(' îfi/îtf fcHr jjîp z b u H 
irùÊruMÈ JlupqSb ujjU * 22. 1 ^*- JffÙ^nJfn. ni.tnirftb , tun-fcuii j/t ^ujg s 
UMt-n^hbruiq tri. fcpbl[lfm l 'ungtii, bt- tuulf** iunJ*p? "{Jt* t f ^ Uf / , >. 
djfù hiT t 23. 1>*- wn./ruii piuJ-iulf njn^iuguiL. ht- If ut 1 *Ungtu 9 
isL. ujppfl'u^ h Ibt/uib^ luuVhbob ufb a t 24. 1>*- uiulf 1 gùnutu» 
luju 2 £ uipftiHb fiiT unpnj nujuuih, nn iftnfuu/buih piuuJujg ÇhnnL. : 
25. \\u"fu l uju^iH Ibqjpt* A^ bt-u jiuulrfèg pJ^bf^ fr phpnj 
nppTy ùjtu^jri. gtULjSb qusfb jnpthtUiT iuna.hu nbiu *ùnp jtuppuj^ 
jnup-buSb uy % 26. \ 9 > L - n-nÇuigbiuf fri/r'ïf 1 fi jbuinJb' 1 ifip-tr^, 
Ibirujn t 

27. (j* 1 -* wulf 1 gùnutu Jû* uitàVbb^pu ^uypuiniqb'Êng' 1 * £p 

j/fr4* j^w^ tbilrpb- it w^L k- pk farta ï^HèM»* kg - *y> 

fuuipjfù g pi*- b ugjFk* i 2 8 . 1 \jH J^*" jwpni-fcïtrujb HJnj S jtun^ui^ 
giunjtfb 1 bppuygj>ufu nibuft q.utnjintfuj' 2 t 29. ^Uitnuiufuusbfi 1 
tut ufi/inpnu' 2 trL ujuÇ gbw p-bu^^^n* bi- luiflfubpffb qjypuj^^, 



21. i 

22. i 

23. 1 

24. 1 

25. 1 

26. 1 

27. 1 

28. i 

29. 1 



260, 357, 369 - 2 : 229, 260, 257, 369 - 3 : 229, 260. 

257, 369 - 2 : 260, 257 - 3 : 229 - h : 229, 260, 369. 

229, 257, 369 - 2 : 260, 369. 

260 — 2 : 229, 260, 369. 

229, 260, 267 - 2 : 369 - 3 : 229, 260, 369. 

260, 369 - 2 : 229. 

260 - 2 : 229, 260, 369 - 3 : 229, 260, 257, 369. 

329, 260, 257, 369 - 2 : 260. 

260 - 2 : 260, 369 - 3 : 229, 260, 369. 



21. a : trpPut q57 - b : fok addition a l'encre rouge 257 - c : JUraù 260 - 

d : iTutuïhL u 9 l; 939, 363 (JÙÊuAiirjfi Ms.). 

23. a : ustltSuL^ph ^57. 
25. a : hrpir 257. 

27. a : Lu ajoute au-dessus de la ligne en rouge 257 - b : t»u^ add. 260 
(et ajouté en rouge au-dessus de la ligne par le correcteur de 257) - c : *tuyptu^ 

I^ITS Ms. - d : gpnuè-yffo 369. 

29. a : fMr^lru, 987, 363 - b : uiJVulr^kuh. 360, 369, 363. 



! 



[33] ÉVANGÉLIAIRES ARMÉNIENS ACCENTUÉS. 163 

qjrugftu , uyn_bu n^ s 30. 1 **- tu ut* 1 gbiu jïï» uitTtf'b' 1 ujulfiT* 
o£ro> (J-b* n-riiJ* hulf juyutT q-fijbpft dJfù^jjrL, <Cuu.nL. btujL.ubujiJig£ 
bpKgu 5 ni-pujugllu* qjtu t 31 . 1*"^ uibuipnu LunujL.i/t* bcu ufbrvl^p 
bu ujut^p* BfJ-b Jbn-uhitrt buu ÇutuuAhgfc (Aq. ^t*u qj>bq /J^r 2 
nLpuiguyg» %njbuât^u bu LuuVibb,obufu* uiubftb s 32. ^tuA 1 L 
qJruiuqb* npnuiT uAnûù t^p tr^u^JuAft • bu uiulf 1 gui^uilibpuiuu* 
uuuiuipnt^g 5 umuui s djfu^bu bu jusquit-flu* Ipugftg t 33. \f- wru^ 
unu /fuq. L up qujttuipnu 1 bu ajuilpit^anu' 1 bi- qjmfôufifuljïu* 9 bu 
uImuuju uifuntfi* bi- Çnqjiti* t 34. îXtiijui- uuT luu^ gùnuui 
uinuirtL.tr 1 £ u/bJu htT Jftb^bu ft t/iu^, Sbujgl^p^ luuui bi- iupff-riûu* 
huiul^p t 35. 1>*- Juiuinugbuii uuilpuiubl^ Jft juin-UjO , umuImuIu* 
A t uMp u U kp DUU *q bupng jbptyfip* bt. liujjp jLunuiupu* 1 , qp bpb 
^uuip Kuj_ Ç s ufbgutf* L€ bJuSbl^ J-tut/b i 36. } ^*- uiut* 1 - uippui 2 
^uiip* s uiûVuuliu* h u £_ ^ï*n* ^UuipuiL-np* Ç , uAgn 6 qp.uié~uiliu 
Qtuju ifiulfu* puyg ti^J npuil^u bu ImuéJ^J^ uyn npuji^u q_nu* Ifui^, 
dftu t 37. 1>*- aau J q-uiu/b^ qbnuuj qfiVuOb*ffii l , bu luuÇ 2 guitrui^ 
pni# 3 - ufljnu* Vbfbu*' #i£ G * Ifutpujgbp thuaT Jft ujppnûù btut \ 



30. i : a6o - 2 : 999 - 3 : 967, 369 - à : 960, 369 - 5 : 399 - 6 : 957. 

31. i ; 960 - 2 : 929, 960, 957, 369 - 3 : 960, 957, 369. 

32. 1 : 999, 960, 987, 369 - 2 : 960 - 3 : 999 - à : 960, 957, 369. 

33. 1 .* 999, 960, 957 (où l'accent a la forme *), 369 - 2 : 999, 960, 369 

- 3 : 939, 369 - à : 999, 957 - 5 : 960, 369. 

34. 1 : 999, 960, 957, 369 - 2 : 967 - 3 : 999, 960, 957, 369. 

35. 1 : 999, 960 - 2 : 960, 957, 369 - 3 : 999, 960, 357, 369. 

36. 1 : 999 (accent très petit, distinct des antres), 960 - 2 : 999 - 3 : 960, 
9.57, 369 - 4 : 960, 957, 369 - 5 : 999 - 6 : 999, 960, 957, 369 - 7 : 960 
-8 : 999, 960, 369. 

37. 1 : 960, 957, 369 - 2 : signe * sur Xk> 357 - 3 : 369 (accent très petit) 

- i : 369, 360 (en noir); signe ^ sur £, 339, 957 - 5 : 999; Vupifu 960, 
957, 369 - 6 : 999, 369; »,*_ 960. 

30. a : érpir 957 - b : ut-puntyiru 999. 

32. a : nJrt-qti 369 - b : ^fin^Jh/h/, 960; i^PubJuili^ 957; q.irpuujdùfbfi 

369 (et Ms.). 

36. a .'.jplr^def. 960 - b : *»>?»/ 957. 

37. a : bu «^957. 

11 . 



164 A. MEILLET. [34] 

38. \*jpftrli-u l Ipugl^ irt- jujqtULpu Ifujgkg, qp dp* Jïn^f^ fi 
ifinnini-P-hi?b» naJtu tuiL.é'uip £ s puyg Juiptlfibu uilfulp* s 39. 1 "**- 
nujpJtbuJt jjiivuil. blpug a juinuti-P-u , bu abnjb 1 puAu tu u tua t 
40. t \\ÊunSuêL. Jfti.uuhinautT ufhriptfli , bu btf.hu! A nu tu ft otiub 1 ' 
pu/bqfi btfb LU£g*bnuLU &uApujgbuit^, bu nj* aJiuttriïb (J-b fA^£* 
upumuiubiulub muitgtru utliu t 4t. *\*uij bppnpq. uAiu.ua J\ bu 
ujulf 1 qbnuuM. Vbfbglj^p* UÊjunwÇbutbu '/tl ^u/uujrpitup* qft ^ut^ 
ubuir 1 £ tftuiuTfiuu» trlfb thuttT* bu um^um JtuuiUl^ "Plfr ^"Ptnj A 
£lïn.u* Jbnuiunpujg s 42. J^éA "V/î£ ifiwutjnt-^*» aji uj<Çluuuj^, 
ufth Jbpibguiu* np duMufbbtAgù* £ npu* s A3. \? L JJfÙ^n-bn. uut 
qtujb htutL.u^p s quit jnutuut ulpupftnJutuigft 1 * Jft jbptfnuruJuuAfig 
ufhwh , bu pUn. *uJÙj utt/prlfu* unuubpuiuo bu ppuit^p h oum^um^ 
%uyutu£buipgu 3 bu h njiutujg bu ft S~bpng t 4 4- Qnubuit £p 
'u^tuu t/tuuAjjSit bu uiui;p* nUn. npnutT bu ^uitlpnupbgjtg *uuj 1 4"* 
IputMip Jùui bu uiujpOfi[p <î qq-nuinup-buit/pS t 45. \ "*£- Jtuutnugb uj£ 
tftuqtftuqtulfh tuui^ ghui* iLUippp tuujppJl 1 » bu ^uitlpnupbuig* abui t 
46. 1 -\uunoui ujplAfh h*îbui 2b nu bt. Iputtutt 1 tfbuj % 47. 1 "*£- dft nuu 

38. 1 : 339 ~ ^ ; a ^°» Q ^7» 369 - 3 : 229, 260, 357, 369. 

39. 1 : 229, 260, 257, 369. 

40. 1 : 260 - 2 : 257 - 3 : 229, 260, 287, 369. 

41. i : 260 - 2 : 357 - 3 : 369 - à : 260, 267, 369 - 5 : 229, 260 - 6 : 
369. 

42. i : 260, 257, 369 -2 : signe * sur l'a* de $»» - 3 : 260, 369 - à : 229. 

43. i : signe • sur t u et sur fi final, 257 - 2 ; 229, 260, 369 - 3 : signe • 
sur (f et sur ^y, 357. 

44. 1 : 229, 260, 257, 369 - 2 : 229, 257, 369 - 3 : 360. 

45. 1 : n-utprf 260 (le mot n'est pas'répété); «Luip/i/f n.^ 257 (avec l'accent 
indiqué, et en plus * sur Yw du premier «-«», v . sur «- du second et * sur !'«* 
suivant, enfin " sur le dernier ^); n-u*ppjf n-tupp/, 369 (avec ; au-dessus du 
second «-«*»); njulpp.fr n.ulppfc 229 - 2 : 229, 260, 267, 369. 

46. 1 : 229, 260, 369. 

47. 1 : 229, 260, 257, 369. 

39. a : {u*y 257. 

r 

40. a : kpir y/fy_257; ï/fy_ 260. 

43. a : ftufuMpfimlinuMjfi 257 - b : l'article^ ajouté par erreur au-dessus de la 
ligne, 25 7 . 



\ 



[35] ÉVANGÉLIAIRES ARMÉNIENS ACCENTUÉS. 165 

junUguShl^ np qbnthâitii IfuyKÙ in^kuâg unLp , Ifl. ir<Çujn airtUiLUMj 
£Ui^ufbujjuJU{kuifib , Ifl. h ptug 1 kÇuiïb anHilju *unpuj x 48. *l| um ^ 
utusuhiufuft but jïï Ifl. tuul^ 1 tjbnuiu* fipptrL. fi iflrnuls* uml.um^ 
tnulffl* l'ikf. uni-ub-puMi^ç* Ifl. pputt^g nLutrt nftu x 49. ^y*"^ 
'ibuMujuin tun. ilrnkh Ifl. nt.unL.tjufbtrfi a h inutTCuipKù f ki. ji/ 1 h***^, 
pupnL^ nfru- uyi nfi Jgy/fo 2 * q£pf> ulup tLiup ^fagh c t 50. Qpjii^ 
J-tutT fUnqftù tjUiu ut^ut^trpui^b tuâ/irHr m pftu a Ifl. tf/uilukuSu 1 x 
51. 1>*- nuu trpfuniuuiupq. autrui kpp-uyp *unput ujpIfkuiA qfiL.ptfL. 
IpnuâL. dp h Jkplpti.g» nifulrffu' 2 ifbui b pfiiniu uuiprL^b x 52. l 'W- 
'bnptu ff-nqtruii abuiuji^u aS tf/ut/utrutL. 1 Jkptf filUnnu/u^- x 53. I it- 
tniupiifu 1 Qjû" utn. ourÇufuujfUJUflrutu' 2 Ipyftiutfiuj**» Ifl. uujjfhj^ 
fii n. *Uuuj iudtfuuyti ^ui^tifbuyuiiutruigu Ifl. ^og/W ^ riL ^^ilB * 
54.1 'M- uj k utn nu} kpO-uMip* h ÇktLtuutnuAÇ o^kui 'un pus dffb^kL. h 
Hfnpu* h**l{ h a-Uii-ftf^^puj<ÇujhujfUMu^buifib, Ifl. € ùuml^p !i phiL uluuj^ 
uuML,npuli Ifl. pktLbiijp** wn. ^ni-untfh x 55. \* u l( ^lu^ujUujjuj^, 

48. 1 : 260 - 2 : 257, 369 - 3 : 329, 260. 

49. i ; 929, 260, 257, 369 - 2 : 229, 260, 257, 369. 

50. i : 229, 260, 257, 369. 

51. i : 229 - 2 : 260, 257, 369. 

52. 1 : 229, 260, 257, 369. 

53. 1 : 260 - 2 : 369 - 3 ; 229 (et signe ? au-dessus de 4 dans 260 [en 
noir], au-dessus de !'<» de {«# dans 287, au-dessus de t dans 369) - à : 260, 
*5 7 , 36g. 

54. 1 : signe * au-dessus de * dans 257 - 2 : 260, 257, 369 - 3 : 229 - 
4 ; 229, 257 - 5 : 260, 369. 

55. 1 : 229, 260, 257, 369 - 2 : 229, 260, 257, 369. 

48. a : wt-utrpnil^ 2 2 9' (et Ms., qui a aussi wfa). 

49. a 2 *rfi fi i»ut2Cu*(ipu Ifl. nuunuyu/birfi *&'] (et Ms.) - b .* if/fo Ms. - C : Jutp^ 

v* F irfo% 257 (et Ms.). 

50. a : uiJkîilf+Iruîu 257, 369. 
53. a : t^tntuuuù 957 (avec « exponctué), Ms. 

53. a : l{Uijfiui^uMj 260, 267 (où le mot ^utÇuîiÊuyiUinlrufu a été ajouté après 
coup en rouge), 369 - b : i^M^ 369. 

54. a : fh-mùni-fo 363. 

utUJi 

55. a : uuimtbtfh^i 369; uÊ^ttÊ%gir% 257 («■*»£ ajouté en rouge par le correcteur.) 



166 A. HEILLET. p6] 

uibu\pU bu ujt/trbujju utuitrutVb juun.pbfSb ^tulftun.tulf jh ifbuynu^ 
f^ffub fàéjf ib uti£u/buAftyU f h la tfitnj, bu AjJ tuutuAb^u t 56. O h 
puitniudjp} unuui ifbujjnupftuÙ Muyblfb ifln/u/blj^* bu *bâtuA ilfc^ 
tlbulùg AjJ bffù tfLujjnufïfiubjfb s 57. Wj^^ft* J tu pnugbutt i l\ UÉ ^ 
jbjtb unuut êAJimA^ , bu mubKù t 58. f()i& *^L|! i nLti ip A q-JuAljf 
np utulfp» bu ouitfbqha nuiuSXujnn QtUiq. ibn.uitunpA' , bu qbphu 
utunupu ^fi*byttq l uhq** uifuuhiq £bnjutunp&'f!* s 59. \\uil^ujjb 
bu umJUu^u < r4V ?l €uuf * i * u ifl(u*Jfiufl[tuVu a *bnquj t 60. |^ iuuijtupnu^ 
qbwiouj^uMUUJjiuuâbgnb h ùT^Ù* ^uipgulblfp ajU* bu utu^p» nrffu^ 
wuiu luujuiuiufuiifbh , qjfhj_ q.nouj 0jȣ% tfliUMjlfh s 61. 1>*- ****** 
in un. 1 bubp Iff/P bu Jinuyp* (*"£ uiUÊUtutuhiuîùp t luuMp&buit 
Dtu^ufbtiJjuJuibinu ^uipqu/btfp* nbut IfptfKb utùujuiJ* bu uiu^n» 
nnu* bu j>u npnJt ujup^hb injh s 62. H\uiuiujufuuAh but jiï bu 
ujulj 1 qhuj' nnu^ uiuusqbp fHb bu biH puijq uibuuSÙhqt^p a anpH-b 
Jujnnjy *buuibuji phn.. uiOt/lf* qiuupnup-buà/u , bu blfbuii* fi*"- 
tuJuiu bpISbhq* i 63. 1>*- .puj^uAujjtjuuibufu uiuâuiuinbulq 1 thun^ 
ihunuibh inuuMuiJhuTiuluu f"~n s bu uiulf» apu^J buu uAtutnj tfh 
Jbq' tflfiifj.p t 64. I 1 ^"* L nâ - tJ il4t la ujJlrhb^ffu^ a^tMjj^njnupfiub 

56. 1 : 369 - 2 : 239, 260, 257, 369. 

58. 1 : 229, 260 - 2 : 369 (' au-dessus de la fin de zfi» L jtj % ' au-dessus de 
l_de uyi^) - 3 : 257 (où «"«.tiAj a un grave sur */*; avant l'initiale de uÊ-jAg 
et au-dessus du <f de <-i*#?.njity, il y a le signe :). 

59. 1 : 229, 260, 369 («avant «y, ^57). 

60. 1 : 229, 260, 257, 369. 

61. 1 : 260, 257 - 2 : 229, 260, 257, 369 - 3 : 260 - à : 229, 369; ? »*- . 
260, 257. 

62. i ; 260 - 2 : 229, 260, 257 (avec en plus un signe r sur *), 369 - 
3 : 257 - à : 229, 260, 369 - 5 .* accent grave après 5, 257. 

63. 1 : 229, 260, 257 - 2 : 229, 260, 257, 369. 

57. a : "(/i* 229 - b : umuù v 267. 

58. a : *yi_ 229. 

59. a : iHuynupfiL. % (% ajoute au-dessus de la ligne à l'encre rouge). 

60. a : (f J£^ 257 (correction marginale à l'encre rouge). 
62, « ; inifuwv^^ 257 (h correction en rouge). 



[37] ÉVANGÉLIAIRES ARMÉNIENS ACCENTUÉS. 167 

h pbpufbty njtput > qjtutpq.* p-nuft ibn* bu utuVbbpKb nutuiut^ 
upupuibnKb tptut ff-tr .Jut^ututulpui 11 £ s 65. \> l - nJîu%o ubuutb 
P^u/ùèri 1 fi*H bpbuu* *Ùnput , in pi ttn.tptnil_utplpubb^ Un.thbi 
bu tuubt*» Jutpaoupl^utg^ Jfcnjfûq. nt£ fc umJu np b^utpÙ ttj^btt» 
bu uututuutunndtt utupnuibu 4 ^u/bbftb 'bdut s 66. 1 "**- utbutpnu 1 
itftu^tf-trn. 4y t 9 hunhujp^ 1 h n-iut-fi-ffh , f-uy utqutfuflib ujt j£uj<Çuj^ 
iutiutufbuiffb , bu uibuufhk; A ut qjt 0bn5styp* a » ^uybttutu phn. *uut 
bu utuh;* 67. \> L qjlu 1 /â"{- jf 'itutqntjpbtjuty* bfip s 68. |jit# 
nuputuutu bu uiulf' n^r 1 'T^ufbut^btT bt- A^ 1 o-jtuibtT n[tlij_ q.nun. 
mubu s bu hppbu b tjutputu^jSb nMtuftÇFu , bu z <Çuji_' 1 fuutuubtjutu t 
69. g \\utpitruttbutbu A tu utnuthtKitÙ , bt- ulptutu utub tgunun^ 
uhlf np ^nup^t l( u i/t'*' > Pk ^1- uui 1 ft Ibniju/b/f* £ t 70. | **- if*/ 1 
iLtupibutt* nuputnuiu 5 , bu jbin uutlpuu u^ftnt q.utpibutt np 
^nupfù btitijSb , Uiuifîi^ quibuipnu^* utpnutpbu* bu nnu h*unnufbif Q 
buoutitajt a-utq/tqb utnH 1 bu s bu* fuuluqgq. 9 fiufy j±n ijùtit 10 b*h u s 

64. 1 : 999, 960, 369 - 2 : 357 - 3 : 999, 960, 957, 369 - 4 : 399, 960, 
257, 369. 

65. 1 : 960, 957, 369 - 2 : 929, 960, zbj - 3 : 999, 960, 967, 369 - à : 
999, 260, 957, 369. 

66. 1 : 960 (petit accent en noir; signe * sur *, 957) - 2 : signe r au- 
dessus de f et de «» - 3 : 999, 957, 369. 

67. i : 960; \*u 369 - 2 : signe ' sur », 999; signe 'sur », 957. 

68. i : 999, 960, 957 - 2 : 960, 957, 369 - 3 : le signe ' au-dessus de *, 
960 (en noir), 957; • dans 369 - ù : 999, 960, 957, 369. 

69. 1 : 960, 957, 369 - 2 : 999. 

70. 1 : '. au-dessus de*», 957, 960 - 2 : '. au-dessus de ^ 957 - 3 : 999, 
960 - 4 ; 960 - 5 : 960 (en noir) - 6 : 999, 960, 369 - 7 : 999, 960, 369 
- 8 ; " au-dessus de «-, 957 - 9 ; 369 - 10 : 960, 957, 369 - 11 : ' au-dessus 
de £, 369. 

64. a : ini-wj> 957, 363, Ms.; /« <-«*£ 369 (j de première main) - b : utJVuk . 
^trufu 960, 369, 363 - c : utjeiàkçkuh, 360, 369. 

65. a : kpA-uu 957 - b : b-u 957 [(exponctué en rouge) - c : uip^ui%i-fii 
k^kfu bu u,uir[?L 363. 

66. a : fjrnùnufrp 363. 

70. a : utffi^utpfirL. 957 - b : ifauqbqkui 3 fc 960, 369. 



168 A. MEILLET. [38] 

71. \ "**- *bui ulptuiL. *î"l" t Hfl} a bpqubnLibL. iuubi, (J-b #/r 2 aJimbiT 
quypb anptfl; qjii-gq. tuul^g s 72. \^ L € un/ué"UMifiafù l(pl(pu l $u1l.* 
hiUii-uknuig-* bi-ibibuiq* ujittnnnu* 1 apu/î/u qnp umuêuq tfbuj* jû, 
P~b Ip 1 - fcgt, ^uii-nL. kplffiifu e fuuti-ubiuf qp t^ttL. bnftqu ttLptuu^ 
q bu qjiu» bi- uffutuL /***/ 5 t 

71. 1 : 229 - 2 : 260, Q57, 369. 

72. 1 : 257, 369 - 2 : 229, 260 - 3 : 239, 260, 369 - à : 260 (en noir) 
- 5 ; 229, 260, 369. 

71. a : y*- add. 267 - 4 : t-pè- 257. 

S k 

72. a : *uJui 257 {s est une correction) - b : kpk 257 - c : £?&« 369, 

257 (dans 257 4 correction en rouge), ^pts* Ms. - d : at-puso 9 fiu 369, Ms. (la 
leçon *i-putujiru , donnée ici d après les manuscrits , semble fautive ; cf. le verset 3o). 



V 



SOMDET P'RA MAHA CHAKRAP'AT 

ROI DE SIAM 
SEIGNEUR DES ÉLÉPHANTS BLANCS 



FRAGMENT 

DE 

L'HISTOIRE DU SIAM AU XVI 1 SIÈCLE 

PAR 

E. LORGEOU 



SOMDET P'RÀ MAHA CHAKRAP'AT 

ROI DE SIAM 
SEIGNEUR DES ÉLÉPHANTS BLANCS 



LA REINE SI SCDAGHAN 
ET LE K*UN WORAWONGSATIRAT. 

Le prince qui devait porter dans les annales siamoises le 
surnom de Seigneur des Éléphants blancs s'appelait d'abord Pra: 
Tierarâm (prince auguste), et ne paraissait pas destiné à 
régner. Son frère, le roi Pra Xaya Ràxôt'irât, laissa, lorsqu'il 
mourut en 1597 (889 de l'ère siamoise), au retour de la con- 
quête de Xiengmai, deux fils peu avancés en âge, mais aptes, 
par les conditions de leur naissance, à lui succéder. L'aîné, 
Pra Yotfa, avait onze ans; le second, Pra Si Sin f était de six 
ans plus jeune. Le prince Pra Tierarâxa était encore écarté 
du trône par le rang inférieur de sa mère ; une suite d'événe- 
ments tragiques que nous allons raconter renversa tous ces 
obstacles, et le porta au pouvoir suprême. 

Ce ne fut, selon l'usage, qu'après la crémation du feu roi, 
que les grands dignitaires du royaume intronisèrent son suces- 
seur. Bien que le principe de ^l'hérédité monarchique ait tou- 
jours été reconnu au Siam , et que la plupart des rois aient 
désigné, de leur vivant,' par l'attribution de titres particuliers, 
ceux de leurs enfants ou de leurs parents auxquels ils désiraient 
léguer la couronne , il était réservé à l'assemblée des ministres , 
des sages et des conseillers de ratifier par leur choix cette dési- 
gnation. Le prince Pra Yot fa fut reconnu pour roi, et l'on 



172 E. LORGEOU. [4] 

décida que sa mère, Si Sudàehan (fortunée fille de la Lune), 
gouvernerait comme régente en son nom. 

L'inauguration de ce nouveau règne fut, parmi le peuple, 
l'occasion de grandes manifestations de joie. Cependant les 
esprits clairvoyants ne partagèrent pas cet enthousiasme. Le 
prince Pra Tieraràt, soit qu'il eût des pressentiments de l'ave- 
nir, soit qu'il fût particulièrement éclairé sur le caractère de la 
régente , jugea que dans la situation actuelle le monde n'offrait 
plus aucune sécurité pour lui. Il prit donc le parti de chercher 
un refuge dans la vie religieuse, et revêtit, dans un monastère 
peu éloigné de la capitale , l'habit de la congrégation bouddhique 
qu'il appelait l'étendard sacré de la religion. Toute la suite de sa 
vie montre en lui un homme de goûts tranquilles, généreux, 
ami de la justice , éclairé , mais de peu d'énergie. Incapable de 
prévenir par des démarches hardies ou des mesures habiles 
le danger qu'il savait prévoir, même de loin , son premier mou- 
vement était de s'y dérober par la fuite. On le voit toujours 
irrésolu , faible et se laissant conduire par son entourage. Il était 
né pour la retraite et la paix , pour l'étude , si l'on veut , non 
pour les luttes et l'exercice du pouvoir. La carrière qu'il embrassa 
en cette circonstance , et qu'il devait bientôt quitter pour y ren- 
trer une seconde fois et la quitter encore , était assurément celle 
qui convenait je mieux à son caractère. 

Cependant on vit se produire, peu de temps après, des pré- 
sages funestes qui parurent justifier les craintes du prince Tie- 
raràt. Nous les rapportons pour donner une idée de l'état d'es- 
prit des populations siamoises. Elles se trouvaient alors sous 
l'influence de ces appréhensions encore indéterminées où les 
moindres incidents sont remarqués, où l'on attache une signi- 
fication menaçante ou favorable à tous les phénomènes qui 
sortent un peu du cours ordinaire des choses. 

L'année même de la mort du roi Pra: Xaya Râxât'irât, il y 



[5] SOMDET P'RA MAHA CHAKRAP'AT. 173 

eut un tremblement de terre, phénomène assez rare au Siam. 
Le jeune Pra Yotfa voulut, un jour, faire parer les défenses de 
l'éléphant favori qui lui servait de monture dans les cérémo- 
nies; Tune des défenses se brisa en trois morceaux pendant 
l'opération, et, la nuit, on entendit l'éléphant crier comme une 
personne qui pleure. Enfin la porte d'honneur du palais fai- 
sait, en tournant sur ses gonds, un bruit qui ressemblait à des 
plaintes lugubres. 

À quelque temps de là , la reine Si Sudâchan sortit de l'en- 
ceinte du palais, et alla visiter par divertissement le ho pra ou 
pavillon sacré , dans le haut de la ville. On appelle de ce nom 
un édifice consacré au culte , mais indépendant de tout monas- 
tère et de tout établissement public. On y conserve des images 
bouddhiques; les religieux sont, à certains jours, invités à venir 
y réciter des prières, et à y faire entendre des prédications. 
C'est en quelque sorte une chapelle domestique qui a naturel- 
lement des dimensions plus ou moins importantes suivant la 
situation de la famille à laquelle elle appartient. Les ho pra 
royaux sont des édifices considérables; des salles de réception 
y sont annexées; ils sont entourés de jardins avec des pièces 
d'eau, des statues et des ornements divers. Celui où la reine se 
rendit avait alors pour gardien ou surintendant un officier du 
titre de Panbut Sù'ep. Cet officier occupait, comme l'indique 
son titre de pan, chef de mille, un rang assez élevé dans la 
hiérarchie des jeunes gens de famille qui sont attachés au ser- 
vice intérieur de la maison royale; il avait été chargé autrefois 
de missions dans les provinces; mais ses fonctions actuelles le 
tenaient à l'écart des affaires publiques. La reine le vit, fut 
frappée de sa beauté, et conçut immédiatement pour lui une 
passion à laquelle elle s'abandonna tout entière. A peine rentrée 
au palais, elle lui fit porter, par une de ses suivantes, le bétel 
et l'arec enveloppés dans une serviette. Le partage du bétel 



174 E. LORGEOU. » [6] 

entre l'homme et la femme est chez les Siamois la cérémonie 
symbolique du mariage; il n'y avait donc pas à se méprendre 
sur les intentions de la reine. Le P'anbut Sit'ep s'engagea sans 
hésiter dans la voie séduisante mais dangereuse qui s'offrait à 
lui. Par la même messagère, et enveloppées dans le même 
linge, il envoya à Si Sudàchan des fleurs de ehampaka, fleurs 
sans éclat, mais d un parfun très capiteux, qui sont, dans l'Inde 
et dans tous les pays de même civilisation , le signe d'un amour 
ardent et soumis. 

Afin de se rapprocher de son amant , Si Sudàchan lui fit don- 
ner les fonctions de gardien du hop'ra de l'intérieur du palais. 
Elle l'éleva ensuite par degrés rapides aux situations les plus 
hautes, et particulièrement le chargea du contrôle général 
du personnel des administrations publiques; elle lui conféra le 
titre princier de ICun Warawongsât'irât qu'il devait porter jusqu'à 
sa mort, et sous lequel il est généralement connu dans l'his- 
toire; enfin elle le mit ouvertement à la tête du gouverne- 
ment, et voulut que tous les mandarins fussent tenus d'obéir à 
ses ordres. 

La reine avait emprunté , pour prendre ces mesures succes- 
sives, le nom et l'autorité du gouverneur du palais qui n'osait 
faire d'opposition à ses volontés. Un jour, l'un des ministres , le * 
Praya Mahâsenâ, rencontra le gouverneur, l'arrêta et, après 
qu'ils eurent échangé quelques mots, lui dit : <rOn déshonore 
le royaume; que faisons-nous In Cet incident fut dénoncé à la 
reine comme l'indice d'un complot. Elle fit appeler le Praya 
Mahâsenâ au palais, l'y retint quelque temps, et, quand il sortit 
à la nuit tombante pour rentrer chez lui, des gens apostés le 
poignardèrent. H comprit aisément d'où venait le coup qui 
l'avait frappé, et, au moment d'expirer, il eut encore, dit-on, la 
force de prononcer ces paroles : <rSi c'est ainsi qu'on nous 
traite , que fera-t-on à ceux qui restent après nous ? n 



[7] SOMDET P'RA MAHA GHAKRAPAT. 175 

Vers le même temps, la reine, s'apercevant qu'elle était 
grosse , se décida à déclarer son union avec le fCun Worawon- 
gsàt'irât, et attribua à celui-ci le titre de roi et l'autorité royale. 
Le message quelle adressa à cette occasion au conseil des mi- 
nistres et des grands dignitaires était conçu dans ce sens : cr Le 
prince Pra Yotfa, mon fils, est encore un enfant, et n'a de goût 
que pour le jeu. Cependant les provinces du nord sont trou- 
blées et la sécurité du royaume est compromise. Je suis d'avis 
de remettre temporairement le soin du gouvernement au ICun 
Worawongsàt'irât. On avisera pour l'avenir, lorsque le prince 
sera parvenu à l'âge adulte. r> 

Le conseil, terrifié par la reine, accorda tout ce qu'elle 
voulut. 

Si Sudâchan ne perdit point de temps. Elle ordonna aussitôt 
que le Kun Worawongsàt'irât , reconnu pour son époux, fût 
introduit au palais avec la pompe des cortèges royaux et revêtu 
de tous les insignes du pouvoir, suprême. Ensuite elle le fit 
consacrer par l'ablution rituelle, suivant les traditions brah- 
maniques, et donna au frère cadet du nouveau roi la dignité 
de Mahâ uparât, la première du royaume, après la dignité sou- 
veraine, par les honneurs, les privilèges et l'autorité qu'elle 
confère. 

Ces événements s'accomplirent dans le cours de l'année 1 5 2 8 . 

Cependant, beaucoup parmi les grands du royaume nour- 
rissaient, d'une manière plus ou moins ouverte, des sentiments 
d'hostilité contre l'usurpateur. De plus, les provinces du nord 
persistaient dans leur attitude d'insoumission. Le K'un Wora- 
wongsàt'irât résolut de destituer tous les mandarins dont il 
soupçonnait les sentiments à son égard, et de les remplacer 
par des hommes qu'il croyait dévoués à ses intérêts. Il com- 
mença par appeler à la capitale les gouverneurs des cinq pro- 
vinces du nord : Pitsanulak, Piœit, Pixai, Suféôt'ai et Sawank'alôk. 



176 E. LORGEOU. [8] 

Bientôt après, il osa, de complicité avec la reine, faire saisir et 

• 

mettre à mort à la pagode de tCok Praya y dans la banlieue de 
la ville, le jeune roi Pra Yol fa. Ce malheureux prince avait 
régné deux ans et six mois; victime de sa propre mère, il mou- 
rut âgé de quatorze ans à peine, le dimanche, cinquième jour 
du huitième mois de Tannée 891 de l'ère siamoise (juillet 
1529). La vie de son jeune frère, Pra Si Sin, fut épargnée 
pour le moment. 

COMPLOT. ASSASSINAT DE LA REINE ET DE SON ÉPOUX. 

Ce meurtre d'un enfant mit le comble à l'indignation pu- 
blique. Un complot fut formé par quatre personnages de rang 
inégal : le ICun Pirent'arat'ep, de sang royal; un autre prince, 
le ICun Int'arat'ep , et deux mandarins , le Mûn Ràxasanehâ et le 
Luang Si yot. Ils se réunirent en secret, et convinrent que des 
hommes de cœur ne pouvaient rester spectateurs impassibles 
de tant de turpitudes et de crimes. Le K'un Worawongsât'irât de- 
vait périr: mais, lui mort, qui mettrait-on à la tête du gouver- 
nement? A cette question, le ICun Piren, qui parait avoir été 
Ta me de la conjuration, répondit qu'il ne voyait qu'un homme à 
qui l'on pût songer pour cela, c'était le prince Tierarâl. L'ac- 
cord fait sur ce point, la première démarche à accomplir était 
de s'assurer le concours ou du moins le consenlement du prince. 
On se transporta donc au monastère de Wal Praditsat'ân où il 
résidait. Il fut mis au courant du complot formé par les quatre 
conjurés, et lui donna son acquiescement. 

Le ICun Int'arat'ep, le Mûn Ràxasanehâ et le Luang Si yot 
proposèrent alors d'invoquer la protection du Bouddha, et de 
consulter le sort sur l'issue de l'entreprise par le moyen des 
cierges : on verra tout à l'heure en quoi consiste ce mode de 
divination. Le ICun Piren se moqua de cette idée. kNous avons, 



[9] SOMDET P'RA MAHA CHAKRAP'AT. 177 

dit-il, formé un grand dessein, un projet qui intéresse le pays 
tout entier; nous avons tout prévu pour sa réussite; et si la ré- 
ponse du sort ne lui est pas favorable, la fortune du royaume 
en sera-t-elle moins compromise? Faudra-t-il alors s'abstenir, et 
que ferons-nous? * Sur ces paroles, il quitta ses amis et s'en 
alla. 

Restés seuls le fCun Int'arat'ep, le Mûn Ràxasanehâ et le Luang 
Si yot préparèrent deux cierges en cire de même longueur, de 
même poids, avec des mèches composées du même nombre 
de fils , et se rendirent , accompagnés du Pra Tieraràt au temple 
du monastère de Pa kèo. Là , en présence de la statue du Boud- 
dha, le prince prosterné, touchant la terre des genoux, des 
coudes et du front, prononça la prière suivante : 

tr Seigneur des trois mondes , lorsque vous viviez sur la terre, 
vous éclairiez des lumières de votre science infinie les êtres ani- 
més qui s'agitaient dans le doute. Entré dans le Parinippân, vous 
voulez bien être représenté au milieu de nous par vos cinq 
emblèmes : les images, les figuiers sacrés, les st'upas, les re- 
liques et les trois corbeilles des livres de la loi, afin qu'ils ser- 
vent de recours aux êtres vivants. Voici donc mes sincères dé- 
clarations. J'aspire en ce moment à prendre le pouvoir suprême; 
mais ce n'est pas dans les vues d'une ambition mondaine et 
par le désir des grandeurs. Mon but est de rétablir l'adminis- 
tration du royaume dans les voies de la justice. Je veux être le 
refuge et le soutien de tous les êtres vivants qui sont dans ce 
pays, et leur donner le bonheur, l'abondance et la paix, en me 
conformant aux usages. Tels sont les engagements sincères que 
je prends sur ces deux points. Cependant je suis en peine de 
savoir si mon entreprise réussira ou si elle doit échouer. Je viens 
donc vous supplier dans la vertu des cinq emblèmes que vous 
nous avez laissés, et en particulier dans celle de vos images, 
d'avoir égard aux promesses que je viens de faire et d'éclairer 

MÉMOIRES OR1EHTAUX. 13 



tMPAIlRBIS WlTtOtULt. 



178 E. LORGEOU. [10] 

mon doute. Je vais consulter le sort par le moyen de ces deux 
cierges, l'un qui me représentera, l'autre qui représentera le 
ICun Worawongsât'irât. Si par votre miséricorde et votre puis- 
sance, il doit arriver que l'événement réponde à mes désirs, si 
l'état présent de mon karma me rend digne du grand parasol 
blanc et des autres insignes de la royauté, digne de mettre un 
terme aux crimes qui se multiplient et qui désolent le corps des 
religieux, les chefs du peuple et toutes les classes de la popu- 
lation, digne enfin de devenir, par l'exercice de la royauté, 
l'appui, le protecteur et le bienfaiteur de la sainte religion du 
Bouddha, que le cierge du ICun Worawongsâdrât s'éteigne le 
premier. Si, au contraire, mon dessein ne devait pas aboutir, 
que ce soit mon cierge qui s'éteigne. Je supplie votre misé- 
ricorde, en considération de mes engagements, de me tirer 
de mon incertitude, et d'éclairer l'avenir, suivant les termes de 
mon vœu, par le moyen de ces deux cierges que je fais brûler 
en votre honneur, avec une dévotion sincère.* 

Ayant prononcé ces paroles, il alluma les deux cierges qui 
avaient été plantés dans un grand bassin plein de riz. Sur ces 
entrefaites, le ICun Piren rentra. Il crut s'apercevoir que le 
cierge du ICun Worawongmt'irât était plus long que j'autre. 
<r Arrêtez, s'écria-t-il, il faut recommencer.* En même temps, il 
cracha violemment le bétel qu'il avait dans la bouche, et attei- 
gnit, par hasard et sans avoir visé, suivant ce qu'il assura et 
que l'on feignit de croire, la flamme du cierge qui représen- 
tait le ICun Worawongsàt 'irât et qui fut éteint du coup. 

Ce fait causa une vive joie aux conjurés. 

Ce n'est pas tout; ils virent entrer dans le temple un reli- 
gieux vêtu du costume sacré et tenant à la main l'éventail en 
feuille de palmier. Cet inconnu les salua et leur dit : <r Soyez 
assurés du succès. * Sur ces mots que l'on regarda comme un 
avis des intelligences célestes, il sortit et disparut. 



[11] SOMDET P'RA MAHA CHAKRAPAT. 179 

De leur côté, les conjurés se séparèrent et rentrèrent chez 
eux. 

Quinze jours environ plus tard , ils eurent l'occasion d'exécuter 
leur projet. Trois autres personnages, cédant aux instigations 
du JT** Piren, s'étaient joints à eux dans l'intervalle : un cer- 
tain Mûn Ràamanehâ, mandarin alors sans fonctions, différent 
de celui qui a été mentionné sous le même nom comme l'un 
des quatre premiers conjurés, et les gouverneurs de Fixai et 
de Sawanh'alok qui venaient d'arriver à Ayufayâ. Ces deux der- 
niers, menacés dans leur situation par les desseins du roi, 
s'étaient résolument associés à une entreprise dont le succès 
était d'un intérêt si pressant pour eux. 

Le Mahâ U parât et le K'un Worawongsât'irât lui-même avaient 
promis de se rendre au Paniet de la pagode de Wat Song, à 
une petite distance de la ville. Le Paniet est un vaste enclos 
quadrangulaire fermé de murs épais comme des remparts, qui 
s'ouvre d'un côté sur la campagne, et qui, de l'autre côté, com- 
munique, par un système de portes formant trappe, avec un 
réduit construit de la même manière. Des bandes d'éléphants 
à demi sauvages, rassemblés dans les forêts voisines par des 
rabatteurs aidés d'éléphants apprivoisés, sont amenés dans cet 
enclos où l'on capture ceux de ces animaux que les chefs du 
service ont jugés propres au dressage. Cette opération excite 
toujours au plus haut point la curiosité des Siamois de toutes 
les conditions. Ils aiment à voir le mouvement tumultueux de 
cette foule d'éléphants réunis au hasard, mâles et femelles, 
jeunes et vieux, et les sentiments divers que ces animaux font 
paraître dans le danger dont ils se croient menacés. On ad- 
mire aussi le sang-froid, le courage et l'adresse des hommes 
qui circulent au milieu d'eux. Les spectateurs se tiennent sur 
des espèces de tribunes installées sur les murs, et protégées 
en avant par une ligne serrée de forts poteaux. A défaut du 



13. 



180 E. LORGEOU. [12] 

roi, c'est un prince ou un -mandarin du plus haut rang qui 
préside. 

Il ne s'agissait pas cependant, celte fois, d'une des grandes 
battues dont nous parlions tout à l'heure. Mais on venait d'amener 
de la province de Lop'aburi où on l'avait pris, un des éléphants 
que l'on qualifie d'extraordinaires, et qui se font en effet re- 
marquer par quelque singularité dans la disposition des dé- 
fenses, dans la taille ou dans la couleur. On devait le montrer 
en public, faire les cérémonies de son admission au rang des 
éléphants royaux, et procéder aux premières opérations du 
dressage. 

Les auteurs du complot jugèrent l'occasion favorable pour 
détruire d'un seul coup l'usurpateur et sa famille. Ils se parta- 
gèrent les rôles sous la direction Kun Piren. 

Le Mahà Uparât, qui devait en cette circonstance exercer des 
fonctions officielles, se rendait au Paniet monté sur un élé- 
phant, et revêtu des ornements de sa dignité. 

Le premier Mûn Râxasanehâ se posta sur son passage au lieu 
nommé a Rive des tigres *. H l'attendit en prenant l'attitude 
d'un homme qui cherche son chemin; dès qu'il le vit à sa 
portée il déchargea sur .lui une arme à feu ou quelque sorte 
d'arbalète, et le tua du coup. 

Le K'un Worawongsât'irât était parti dès le point du jour. 11 
était accompagné de la reine, de leur enfant nouveau-né, et du 
jeune Pra Si Sin dans la même embarcation. Cette absence d'éti- 
quette, montre qu'ils regardaient leur excursion comme une 
partie de plaisir. Ils avaient à remonter le canal de 5a Bua ou 
de Y Etang aux lotus. Le ICun Piren et ses amis, montés chacun 
dans une barque dont tous les pagayeurs étaient armés, s'em- 
busquèrent dans le canal de Bang pla mo, près de l'endroit où 
il débouche dans le canal de Sa Bua. Mais le K'un Int'arat'ep, et 
et avec lui le second Mûn Râxasanehâ suivaient la barque royale 



[13] SOMDET P'RA MAHA CHAKRAP'AT. 181 

à distance, sans la perdre de vue. Au moment où celle-ci arri- 
vait à la jonction des deux canaux, les conjurés, sortant brus- 
quement de leur embuscade, vinrent Ini barrer le passage. 
ff A qui ces barques qui osent se mettre devant nous?*, cria le 
K'un Woramongsât'irât. <r C'est moi , répondit le K'un Piren en se 
montrant, c'est moi qui suis ici pour vous tuer l'un et l'autre. * 
En même temps, la barque du couple royal était abordée avec 
fracas par celle du ICun Int'arafep, et tous les conjurés se préci- 
pitant ensemble frappèrent mortellement le roi et la reine, sans 
épargner leur enfant. Leur acte accompli, ils revinrent en hâte 
à la ville, et s'emparèrent de la garde du palais afin de le 
préserver du pillage. 

Sans laisser aux amis du tyran le temps de se reconnaître 
et d'agiter la population, on organisa un cortège pour aller 
prendre à son monastère de Pra Ditsatân, le ICun Tierarât. Ce- 
lui-ci dépouilla l'habit religieux, et, porté dans la litière royale, 
arriva bientôt au palais. Tous les grands du royaume assemblés 
lui remirent les insignes du pouvoir suprême. Il fut consacré, 
et prit le nom de Somdet Fra Mahâ Chakrap'at, qui correspond 
au titre de Chdkravarlin si pompeusement célèbre dans les an- 
nales de l'Inde. 

Le K'un Warawangsàt'irât auquel il succéda n'avait porté la 
couronne que pendant six mois. On ne fait pas figurer son nom 
dans la liste officielle des rois de Siam. 



DÉBUTS DU RÈGNE. 

Le nouveau souverain commença son règne en comblant de 
biens, de dignités et d'honneurs tous ceux qui avaient joué un 
rôle actif dans la révolution qui venait de s'accomplir, et parti- 
culièrement les deux princes et les deux mandarins qui en 
avaient eu l'initiative. Cependant, la part principale dans ces 



182 E. LORGEOU. [14] 

faveurs revint naturellement au ICun Piren. Le roi lui donna 
sa fille en mariage, et lui délégua, à titre de vice-roi, le gou- 
vernement de l'importante province de Pitsanulok. 

Le royaume de Siam s'était formé, comme la plupart des 
Etats en Indo-Chine, par la réunion successive d'un grand 
nombre de petites principautés indépendantes les unes des 
autres ou faiblement rattachées par les liens d'une vassalité pré- 
caire. L'organisation primitive montrait de temps en temps une 
tendance à reparaître, et nous avons en cette circonstance un 
double exemple de démembrement de la monarchie; car l'autre 
prince qui prit part au complot, le lCunlnt'arat'ep, reçut de son 
côté la province de Sup'an en apanage. 

Le ICun Piren avait en sa faveur, outre l'énergie de son ca- 
ractère, des origines qui lui permettaient d'aspirer légitime- 
ment au premier rang. Il était par son père, le dernier descen- 
dant de ce Pra Rmng qui avait fondé le royaume de Suk'otai, 
berceau de la monarchie siamoise, et parent, par sa mère, du 
feu roi Pra Xaya Ràxâfirât. Il unissait donc le sang des deux . 
grandes familles souveraines du pays. Il prit le titre royal de 
Somdet Pra Mahâ Tàmmar axât' irai et régna, nominalement 
vassal, mais de fait presque indépendant, à Pitsanulok, en atten- 
dant l'époque où il devait supplanter la famille de son suzerain 
sur le trône d'Ayut'ayâ. 

Afin de rendre plus sacrés les témoignages de sa reconnais- 
sance , le roi Pra Mahâ Chakrap'at voua à la colère des dieux et 
à la vengeance des hommes, d'après une formule empruntée 
aux traditions de l'Inde, quiconque oserait attenter à la vie, 
aux honneurs ou aux biens du ICun Pirent'ara, du ICun Inta- 
rat'ep, du Mûn Râxasanehâ et du Luang Si yot. II déclara en 
outre se charger de l'éducation du jeune prince Pra SiSin, 
alors âgé de sept ans, qui avait été retiré vivant de la scène de 
carnage où sa mère avait péri. 



[15] SOMDET PRA MAHA CHAKRAP'AT. 183 

PREMIÈRE INVASION DES PÉGUANS. 

Les événements qui venaient de s accomplir kiyuïayâ étaient 
parvenus, mais dénaturés, à la connaissance du roi Pra Tabeng 
Suei Ti, qui régnait alors sur les Mon que l'on appelle aussi 
Talaing, et Péguans, du nom de leur capitale Pégu ou Hongsâ- 
wadi. Il jugea qu'une anarchie complète régnait dans tout le 
royaume de Siam , et qu'il n'avait qu'à s'y présenter à la tète de 
ses troupes pour en faire la conquête. Il ressembla donc une 
armée forte de trente mille hommes, de trois cents éléphants 
et de deux mille chevaux, et, après avoir franchi la Salween, se 
mit en marche dans la direction du Sud-Est. Il ne se laissa 
pas arrêter par les montagnes abruptes dont la chaîne sépare 
de ce côté le territoire siamois du Pégu, passa la frontière à 
l'endroit nommé les Trois Chedi, et parvint à la ville de Kanburi 
dont il s'empara. Là , il fut informé pour la première fois de la 
nouvelle révolution qui avait mis sur le trône Pra Mahâ Cha- 
krap'at, et du rétablissement de l'ordre. Mais il lui parut qu'il 
s'était trop avancé pour revenir sur ses pas. Il dit qu'il voulait 
aller au moins jusqu'aux abords de cette fameuse Tawârâwadi 
(c'était le nom officiel de la capitale siamoise), et jeter un coup 
d'œil sur la ville. Il ajouta qu'il était curieux de voir si des 
troupes, et quel genre de troupes, viendraient à sa rencontre. 

Pra Mahâ Chakrap'at, averti de l'approche de l'ennemi, 
ordonna de lever des troupes en toute hâte et d'organiser la 
résistance. Ces préparatifs , trop tardifs pour être efficaces , res- 
tèrent heureusement inutiles. Le roi de Hongsàwadi, après être 
resté trois jours dans son campement de Lump'li et avoir con- 
templé, comme il se l'était promis, les murs de la ville, les 
toits du palais, les tours et les pyramides des temples, se retira 
tranquillement, sans avoir même essayé une attaque. 

Une tentative du même genre, et provoquée par les mêmes 



184 E. LORGEOU. [16] 

motifs, mais plus grave dans ses effets immédiats, avait lieu 
presque en même temps du côté du Cambodge. Le roi de Lawèk 
s'était avancé jusqu'à Prachin, à deux jours de marche d'Ayu- 
t'ayà; craignant alors de s'aventurer plus loin, il se contenta 
d'enlever la population de cette ville , et rentra dans ses Etats 
avec les prisonniers qu'il venait de faire. 

Cette pratique de l'enlèvement et de la transplantation sur 
un sol étranger d'une masse entière de population, hommes, 
femmes et enfants, était d'un usage courant entre les divers 
Etats de l'Indo-Chine. Siamois, Cambodgiens, Laos, Péguans, 
Birmans l'exerçaient tour à tour, suivant les occasions. Ils pré- 
tendaient par ce moyen peupler leur territoire et augmenter 
leurs forces en diminuant celles des nations rivales. Ils n'arri- 
vaient en réalité qu'à s'affaiblir les uns les autres, le nombre 
des habitants diminuant d'un côté sans augmenter de l'autrf • 
Mais l'expérience de ce résultat n'arrivait pas à triompher d'une 
tradition barbare, et cette odieuse coutume s'est continuée 
presque jusqu'à nos jours. 

Le roi de Siam n'avait pas à garder envers le Cambodge la 
réserve prudente que lui imposaient les forces du Pégou, et il 
résolut de tirer vengeance de cet outrage. Jugeant toutefois 
qu'il fallait attendre un temps plus favorable, il s'occupa 
d'abord de pourvoir aux nécessités intérieures du royaume. 
Lorsqu'il se crut tranquille du côté de l'ouest , il fit réparer plu- 
sieurs parties de la ville qui commençaient à tomber en ruines; 
il construisit des temples et des monastères, et affecta à l'entre- 
tien et à la nourriture des religieux les revenus fiscaux de la 
région où il avait coutume d'aller mendier lorsqu'il portait lui- 
même la robe de p'ikk'ou. 

Les faits que nous venons de raconter se rapportent à l'année 
892 (i53o de l'ère chrétienne). En 896, toutes les affaires 
intérieures paraissant réglées, le roi songea à réaliser son pro- 



[17] SOMDET P'RA MAHA CHAKRAP'AT. 185 

jet d'expédition contre le Cambodge. L'attaque devait se faire 
simultanément par terre et par mer. Tandis qu'une flottille 
gagnait les côtes du Cambodge avec l'ordre de pénétrer dans 
l'intérieur du pays par le canal de Pull' aimât, l'armée de terre, 
commandée par le roi en personne, prenait la route de Battam- 
bong; elle arriva sous les murs de Lawèk, sans rencontrer d'ob- 
stacle. Le roi du Cambodge , se croyant hors d'état de résister 
aux forces siamoises, demanda la paix. Elle lui fut accordée à 
la condition de reconnaître la suzeraineté du Siam et de rendre 
les habitants qu'il avait enlevés de Prachin. Ses deux 61s, Pra 
Sul'o et Pra Sut'an, devaient en outre suivre, comme otages, à 
Tawârâwadi le roi Pra Mahâ Chakrapat. Comme le roi du 
Cambodge manifestait de la répugnance à se séparer de ses 
fils, le prince siamois lui dit pour le rassurer : «r Soyez tran- 
quille, j'aurai soin d'eux comme de mes propres enfants.?) Afin 
de justifier cette promesse, du moins en apparence, il confia, 
peu de temps après son retour à Ayut'ayâ, le gouvernement de 
la ville et de la province de Sawank'alok à Pra Sut'an. 

Les années qui suivirent furent calmes. Somdet Pra Mahâ 
Chakrap'at célébrait des fêtes religieuses , visitait ses troupeaux 
d'éléphants et ne se préoccupait en aucune manière de pré- 
parer la défense du pays dans le cas possible d'une nouvelle 
invasion. 

DÉSASTRE AU CAMBODGE. 

Sur ces entrefaites, c'est-à-dire dans le cours de l'année 897 
(1 53 5), on apprit que le Cambodge venait d'être envahi par 
une armée annamite. L'ancien roi, père de Pra Sul'o et de Pra 
Sut'an, avait péri dans la lutte, et le vainqueur l'avait remplacé 
par un protégé qui devait rester sous son influence. 

Somdet Pra Mahâ Chakrap'at jugea que le Siam, dans l'intérêt 
de son prestige , devait intervenir et rétablir l'ancien ordre de 



186 E. LORGEOU. - [18] 

choses. Ainsi commença entre le Siam et l'Annam, jaloux l'un et 
l'autre d'assurer leur prépondérance au Cambodge, cette lutte, 
féconde en malheurs et en crimes, qui devait se prolonger, 
avec de fréquentes et longues interruptions, il est vrai, jus- 
qu'au milieu du xix e siècle. 

Le roi convoqua son conseil et soumit à ses délibérations ie 
choix du chef qu'il fallait donner à l'expédition. Tous les 
membres de cette assemblée furent d'accord pour désigner le 
gouverneur de Sawank'alok, Pra Sut'an. a Personne, disaient- 
ils, n'était plus propre que lui à se concilier la faveur et à ob- 
tenir le concours des populations cambodgiennes. » Le jeune 
prince fut appelé à Ayut'ayâ et instruit de la mission qu'on 
voulait lui confier. Poursuivi par des pressentiments sinistres, 
il montrait la plus vive répugnance à l'accepter. Il dit que son 
horoscope le menaçait vers cette époque d'un destin fatal. 
Mais le roi ne voulut point se rendre à ses raisons. Le conseil 
s'était prononcé ; d'ailleurs , c'était son royaume à lui , Pra Sut'an, 
qu'il s'agissait de reconquérir. Il fallait donc absolument qu'il 
prît le commandement de l'armée. 

Gomme on l'avait fait trois ans auparavant, il fut décidé que 
des troupes embarquées sur mer combineraient leurs efforts 
avec ceux de l'armée de terre. Mais la flottille fut arrêtée par 
des vents contraires, et elle était encore dans le golfe lorsque 
Pra Sut'an arriva devant Lawèk, capitale du Cambodge: Le 
Praya Kâmalaksanâ, qui commandait l'avant-garde de l'armée 
siamoise, voulut, dès l'arrivée, tenter une attaque de nuit, 
croyant surprendre ses adversaires. Ce fut une erreur; les 
Annamites se défendirent avec vigueur. Les assaillants furent 
rejetés en désordre sur le gros de l'armée et la déroute deviut 
générale. Pra Sut'an fut du nombre des morts. Les Siamois, dé- 
couragés par des pertes énormes en hommes, en chevaux et 
en éléphants, abandonnèrent leur entreprise et se retirèrent. 



[19] SOMDET P'RA MAHA CHAKRAPAT. 187 

SECONDE INVASION PÉGUANE. 

Le mauvais succès de cette affaire parait n'avoir fait qu'une 
faible impression sur l'esprit du roi que nous voyons, au cours 
des années suivantes, plongé de nouveau dans ses distractions 
favorites. C'était cependant le début d'une série de, désastres 
et d'humiliations où la fortune des Siamois fut sur le point 
de s'engloutir et de périr pour jamais. 

Le roi Fra Tabeng Suei ti régnait toujours à Hongsâwadi, et 
ne perdait pas de vue son voisin, le royaume diAyut'ayâ. Sa 
première invasion n'avait été qu'une brillante promenade, 
mais il s'était promis de revenir avec des desseins plus sérieux. 

Ce prince avait bien l'âme d'un conquérant. Chef par sa 
naissance de la petite principauté de Tongou, il parvint par 
sa valeur militaire et ses intrigues, deux choses où il excellait, 
à s'emparer du trône de Hongsâwadi et à affermir sa domination 
sur toute la nation péguane. Il fit reconnaître son hégémonie 
par la Birmanie et par tous les Etats Lao, à l'exception du 
royaume de Vieng chan, qui conserva, avec son indépendance, 
une attitude menaçante. On lui voyait autant de prévoyance et 
de sagesse dans la préparation et la conduite d'une expédition , 
que d'intrépidité dans les combats et de persévérance au milieu 
des difficultés. Rien ne faisait plier sa volonté. Il gouvernait son 
armée avec une main de fer. La moindre négligence de ses 
officiers dans leur service était punie de mort; les insuccès eux- 
mêmes étaient comptés pour des crimes. D'ailleurs, il se mon- 
trait volontiers généreux avec les vaincus, quoiqu'il y eût 
encore de la cruauté dans la familiarité affectée ou railleuse 
dont il usait avec eux. Entre les Péguans, les Birmans, les Laos 
et les Siamois, il y avait identité de religion : le bouddhisme, et 
les usages civils différaient peu. Aussi ce prince parlait-il sou- 
vent des intérêts de la religion, de ceux du corps des religieux, 



188 E. LORGEOU. [20] 

de ceux des populations. On aurait cru sur ses paroles qu'avec 
un amour sincère de la paix il ne faisait la guerre que par 
nécessité. Cependant il reconnaissait, probablement dans ses 
moments d'oubli, qu'il est dans la nature d'un vrai Ksalria de 
chercher à étendre sa domination et à se faire redouter aux dix 
points de l'horizon. 

Les annalistes siamois donnent aux armées péguanes des 
chiffres énormes. Il est évident que lorsqu'ils parlent de trois 
cent mille, de cinq cent mille hommes, d'un million d'hommes, 
il ne faut pas prendre ces indications au pied de la lettre. Ce- 
pendant l'exagération n'est peut-être pas aussi forte qu'on 
serait tenté de le croire. Il faut se rappeler que dans l'organisa- 
tion de ces Etats asiatiques tous les hommes étaient à la disposi- 
tion du roi pour le service militaire aussi bien que pour les ser- 
vices civils. On y exécutait des travaux gigantesques; on 
détournait le cours des fleuves; on construisait des monuments 
prodigieux avec un outillage rudimentaire , grâce aux multi- 
tudes de bras qui s'y employaient. Le déplacement des villes, 
des grandes capitales se faisait de la même manière. La popula- 
tion étant attachée moins au sol qu'à ses chefs, ceux-ci n'avaient 
qu'à se mettre en marche , et la multitude les suivait. Il en était 
de même en cas de guerre. 

Ce fut au commencement de l'année i5û3 que le roi de 
Hongsâwadi se mit en campagne avec la résolution de s'emparer 
d'Ayut'ayâ. Son armée, forte de trois cent mille hommes, de 
sept cents éléphants équipés en guerre, et de trois mille che- 
vaux, était divisée en trois corps. Le fils du roi, avec le titre 
à'Uparàxa, commandait les troupes de première ligne. Le gros 
de l'armée, qu'on appelait aussi l'armée royale parce que le roi 
s'y trouvait en personne, était sous la direction du prince vassal 
de Frè. Enfin les réserves avaient pour chef le P'raya Pasim. 

Le départ eut lieu à l'aurore du deuxième jour de la troisième 



[21] SOMDET P'RA MAHA GHAKRAPAT. 189 

lunaison, qui se place dans le courant de janvier. A cette époque 
de l'année, la moisson du riz est faite; les eaux de l'inondation 
qui suit la saison des pluies se sont retirées et ont laissé les che- 
mins à sec; d'un autre côté, les sources ne sont pas encore 
taries et peuvent fournir de l'eau pour les besoins des hommes 
et des animaux; la chaleur est modérée. C'est donc le moment 
favorable pour le mouvement des troupes. Pendant la saison 
des pluies, les guerres ordinairement cessaient. Les hommes 
rentraient dans leurs foyers; c'est le temps de la culture des 
rizières , et ils se livraient tranquillement à leurs occupations 
familières. 

Ce départ fut accompagné de tout l'éclat traditionnel. Le 
souverain avait revêtu ses ornements. Les éléphants et les che- 
vaux étalaient des caparaçons brillants. Les étendards et les 
crins des lances flottaient au vent; les gongs, les tambours et 
les instruments de musique retentissaient. 

Les armes offensives en usage dans ces armées étaient, outre 
les arcs avec lesquels on lançait des flèches ou des battes de 
terre cuite, le sabre, la pique et le fauchard. Comme armes 
défensives, la plupart des soldats portaient dès boucliers, les 
uns ronds, les autres en forme de rectangles légèrement cin- 
trés dans le sens de la longueur pour envelopper le corps. Les 
princes péguans revêtaient des cottes de mailles ou plutôt des 
casaques couvertes d'écaillés d'acier. Du côté des Siamois, le 
roi lui-même allait au combat sans cuirasse. Dès cette époque, 
les armes à feu étaient connues par les deux peuples. Il y avait 
plus de vingt ans que les Portugais étaient entrés en relations 
avec le gouvernement d'Ayut'ayâ, et ils avaient des établisse- 
ments au Pégou depuis plus longtemps encore. D'ailleurs, avant 
les Portugais, les marchands arabes qui fréquentaient les côtes 
de la Malaisie avaient fait connaître dans toute cette région 
l'usage de la poudre à canon, qui avait même pris le nom de 



190 E. LORGEOU. [22] 

cr poudre arabe». Les Siamois, comme les Péguans, se servaient 
donc pour la défense de leurs forteresses de canons et de fusifs 
de rempart; ils en montaient aussi sur des barques et des 
radeaux. Quant aux armes à feu portatives, leur emploi, qui 
devait se généraliser dans le siècle suivant, était certainement 
exceptionnel au début de la campagne dont nous parlons. 

Les armées traversaient les fleuves non guéables sur des 
ponts formés de clayonnages que des radeaux de bambous 
supportaient. Les camps avaient régulièrement la forme d'un 
carré qui s'ouvrait sur les quatre faces; ils étaient clos d'une 
palissade serrée faite de bambous dans toute leur longueur et 
de troncs de palmiers pour consolider les bambous. En avant- 
était un fossé, et devant ce fossé des chevaux de frise et des 
abatis de branchages épineux. En cas de retraite, les hommes 
qui fermaient la marche semaient des chausse- trapes sur le 
chemin. 

La première nouvelle de l'invasion parvint à Ayufayâ par 
les soins du gouverneur de Kanburi. Somdet Pra Mahâ Chakra- 
p'at, pris encore une fois au dépourvu, prescrivit à la hâte les 
mesures les plus urgentes. Il ordonna l'évacuation des villages 
et celle des villes qui n'avaient pas des forces suffisantes pour 
tenir tête à l'ennemi. Les habitants, ainsi que ceux de la ban- 
lieue SAyuCayâ, devaient venir se réfugier dans la capitale. En 
même temps, il fit prévenir le roi vassal de Pitsanulok, Somdet 
Pra Mahâ Tammarâl y cet ancien Kun Piren qui l'avait placé sur 
le trône, et dont il avait fait son gendre, en l'invitant à mettre 
immédiatement sur le pied de guerre l'armée des provinces 
du nord. 

PREMIER SIÈGE DÀYUTÀYÀ. 

La ville d'Ayut'ayâ ou Tawàrâwadi occupait une situation 
heureuse sous plusieurs rapports. Bâtie entre les deux branches 



[23] SOMDET P'RA MAHA CHAKRAP'AT. 191 

du fleuve et à la pointe méridionale de l'île quelles forment, 
près du confluent de la rivière de Saraburi, entourée de plaines 
immenses et fertiles que des canaux coupent dans toutes les 
directions, elle avait les moyens de s'approvisionner en abon- 
dance des deux choses qui sont le fond de la nourriture des 
habitants : le riz et le poisson. Tous ces cours d'eau lui don- 
naient encore les plus grands avantages pour les communica- 
tions et le commerce, quoiqu'elle fût à vingt lieues de la mer. 

Enfin, au point de vue de la défense, n'étant découverte que 
du côté du nord, elle eût justifié son nom et eût été presque 
imprenable, à la condition de posséder fine armée qui fût 
capable d'arrêter l'ennemi au passage du fleuve. 

Malheureusement cette armée n'existait pas, et tout ce que 
l'on put faire au premier moment fut d'établir dans la plaine 
de Lumpli, précisément au nord et à peu de distance de la 
ville, un camp .où le Fraya Chakri se retrancha avec quinze 
mille hommes. Cette position de Lumpli était considérée comme 
la clef de la résistance, et on se rappellera que le roi de Hong- 
sâwadi l'avait occupée lors de sa première invasion. 

Au milieu de l'agitation causée par l'imminence du danger, 
un religieux du titre de Mahânàk, chef de la grande pagode du 
Puk'ao t'ong ou Montagne d'or, donna l'exemple du courage et 
du patriotisme. Il quitta le vêtement de son ordre, rassembla 
tous les habitants libres du voisinage, tous les esclaves, hommes 
et femmes, qui dépendaient de son monastère, et forma un 
camp retranché destiné à protéger la ville contre une attaque 
possible des barques de guerre. Ce camp s'étendait de la pagode 
du Puk'ao t'ong à celle de Pa plu (le Bosquet de bétel); il 
était couvert par un large fossé qui conserva le nom de Canal 
du Mahânàk. 

Trois autres camps de dix mille hommes chacun, et formant 
autant de forts détachés, furent établis autour de la ville. 



\ 



192 E. LORGEOU. [24] 

En6n on organisait de tous les côtés une résistance éner- 
gique. 

L'armée péguane parut le samedi, cinquième jour de ta cin- 
quième lunaison (mars i5A3), un peu plus de deux mois 
après son départ de Hongsâwadi. Le roi prit ses quartiers à 
K'um dong; YUparâxa au Paniet; le prince de Prè au village 
neuf des Tamarindes; le Praya Pastm dans la plaine de Praxet. 

Dès le lendemain , lorsque le tambour des astrologues royaux 
eut annoncé l'heure favorable, le roi Somdet Pra Mahâ Chakra- 
p'at se mit à la tête de ses troupes et sortit de la ville pour se 
mesurer avec l'ennemi dans la plaine du Puk'ao t'ong. Il por- 
tait la couronne à pointe haute, le collier et le plastron d'or, 
semés de pierreries. La reine Pra Suriyot'ai, revêtue du cos- 
tume et des insignes d'Uparâxa, l'accompagnait. Les deux époux 
étaient suivis de leurs fils, Pra Ramesuon et Pra Mahint'ara. Ils 
s'avançaient l'un après l'autre, dans leur ordre de préséance, 
comme pour un cortège de fête, montés chacun sur un élé- 
phant de haute taille. 

L'éléphant équipé en guerre avait le haut de la tête couvert 
d'une sorte de casque plat, laqué et doré; un caparaçon orné 
dans le même genre protégeait le dos et une partie des flancs. 
Le guerrier se tenait accroupi sur le cou à la place ordinaire 
du cornac; au crochet dont il était armé pour diriger les mou- 
vements de l'animal était ajustée, en prolongement du manche, 
une lame solide et tranchante comme une faux, avec laquelle 
il combattait. Sur la partie proéminente du dos de l'éléphant, 
on voyait un siège surélevé en forme de trône; ce siège élait 
occupé par un homme qui tenait une ombrelle déployée, 
blanche pour le roi, et, pour les princes, de diverses couleurs 
suivant leur grade. Le poste du cornac était sur la croupe. 

Les principaux mandarins avaient un équipage ne différant 
de celui que nous venons de décrire que par un moindre 



[25] SOMDET P'RA MAHA CHAKRAPAT. 193 

degré de richesse. Les hommes de pied marchaient en rangs 
serrés. 

Cette troupe prit position sur une petite éminence appelée 
ICôk Fraya a la Butte du Gouverneur*. 

Le roi de Hôngsâwadi, averti du mouvement de l'armée sia- 
moise, donna Tordre de marcher à sa rencontre. Lui-même prit 
son rang au milieu de ses troupes; on remarquait sur sa cou- 
ronne et sur son armure des inscriptions de formules magiques 
destinées à le rendre invulnérable; il était monté sur un élé- 
phant d'une taille monstrueuse, n'ayant pas moins de sept cou- 
dées (3 m ,5o) de haut. L'armée péguane se rangea au milieu de 
la plaine, en face des Siamois, à une distance d'environ quatre 
mille mètres. Le roi attendit l'heure astrologique favorable, et 
lorsque celle-ci fut arrivée, il donna un signal : les gongs reten- 
tirent , les trompettes sonnèrent; les conques brahmaniques firent 
entendre leur murmure profond semblable à celui des tempêtes 
lointaines. Aussitôt les soldats commencèrent à exécuter des 
danses guerrières, suivant les traditions nationales. Pra Tabeng 
Stiei ti, levant alors les yeux vers le ciel, aperçut le soleil qui 
brillait de l'éclat le plus pur au milieu d'une masse de nuages 
sombres; en même temps, un aigle royal prenait son vol et 
se dirigeait du côté de l'armée siamoise. Encouragé par ces 
présages, il commanda l'attaque. 

Les Siamois avaient pris leurs dispositions de combat; ils 
s'étaient étendus sur les deux flancs et formaient ce qu'on ap- 
pelle les ailes de corbeau. 

Les troupes de pied s'abordèrent en poussant des cris et com- 
battirent avec le sabre et les piques. La mêlée devint confuse; 
il y avait déjà de part et d'autre un grand nombre de morts et 
de blessés. Le roi de Siam jugea que le moment était' venu de 
prendre part au combat; il pousse son éléphant contre ceux qui 
formaient la première ligne de l'ennemi. 

MEMOIRES ORIENTAUX. 1 3 



IMPlIMtklB KATIOIAir.. 



194 E. LOftGEOU. [26] 

On sait que les éléphants de guerre ne servent pas seule- 
ment de monture, mais qu'ils sont exercés à lutter les uns 
contre les autres. Ils font effort de la trompe, des défenses et 
du poids de leur corps, et prennent dans le duel qui s'engage 
une part ordinairement décisive. 

L'éléphant siamois se trouva inférieur à son adversaire. Ru- 
dement poussé de côté, il se sentit vaincu et lâcha pied. Le 
cornac et le roi firent de vains efforts pour le retenir : il prit la 
fuite. Dans cette situation, le cavalier se trouve à peu près 
sans défense ; il est exposé aux coups de l'ennemi sans pouvoir 
les parer ni les rendre. Le prince de Prè se mit à la poursuite 
du roi. La reine Suriyot'ai donna alors un mémorable exemple 
de fidélité et de courage; voyant le danger de son époux qui 
ne pouvait plus échapper à l'ennemi, elle se jeta au-devant du 
prince. Les deux éléphants se rencontrant face à face enga- 
gèrent le combat. Cette fois encore l'éléphant péguan se trouva 
le plus vigoureux ou le plus adroit. Il réussit à passer ses dé- 
fenses sous celles de son adversaire, et, le soulevant de toute la 
force de sa tête , l'accula sur ses pieds de derrière , en le dres- 
sant en l'air. Le prince de P'rè saisit le moment où la reine, 
perdant l'équilibre, se trouvait à découvert, et lui porta un 
coup de son fauchard avec une telle violence qu'il lui fendit 
l'épaule jusqu'au sein. 

Les jeunes princes Pra Ramesuon et Pra Mahint'ara accou- 
raient de toute la vitesse de leurs éléphants au secours de leur 
mère; mais, quand ils arrivèrent, elle venait d'expirer, morte, 
pour me servir de l'expression siamoise, sur le cou de l'élé- 
phant. Ils se dégagèrent à la hâte, et unissant leurs efforts 
pour repousser l'ennemi, en couvrant le corps de la reine, ils 
parvinrent à le ramener dans Ayut'ayâ. En ce moment, toutes 
les troupes siamoises se débandèrent et fuirent en désordre, 
laissant le champ de bataille couvert de leurs morts. 



[27] SOMDET P'RA MAHA ÛHAKRAPAT. 195 

Le lendemain, au point du jour, YUparàœa péguan attaqua 
le camp retranché du Fort des Champa, sous le commande- 
ment du Pra Sun fort Songk'ràm. Les Siamois firent une vigou- 
reuse rémtance, et le combat se prolongea jusqu'à la nuit 
tombante. Enfin l'ennemi, revenant une dernière fois à Tas- 
saut, força f entrée du camp, et s'en empara ainsi que du fort 
sur lequel le camp s'appuyait. Dans cette nouvelle affaire, les 
Siamois eurent encore un grand nombre de morts et de 
blessés. 

Bientôt après, le camp du Praya Chàkriy dans la plaine de 
Lump'li, était altaqué à son tour. Cette fois, les troupes assail- 
lantes étaient dirigées par le roi en personne; droit sur son 
éléphant d'une taille gigantesque dont le corps avait été peint 
en rouge, il indiquait de la main les points que les différents 
corps devaient occuper. L'infanterie, formant une double file, 
s'avançait sous le couvert de la lisière des bois, des deux côtés 
de la plaine. Au centre, un groupe de cavalerie, fort de 
cinq cents hommes, fit une démonstration contre la position 
siamoise. Le Praya Chakri ordonna une sortie pour repousser 
l'attaque. Lorsque ses troupes se furent dispersées dans la 
plaine, les ennemis cachés dans les bois en sortirent tout à 
coup et, se précipitant de tous les côtés à la fois, enveloppè- 
rent les Siamois et en firent un horrible carnage. Ceux qui 
furent assez heureux pour s'échapper se réfugièrent dans la 
ville, en abandonnant le camp au vainqueur. 

Les Péguans, comme tous les peuples voisins, avaient la 
coutume de couper les têtes des ennemis qu'ils avaient tués 
dans le combat, et de les rapporter comme une preuve tan- 
gible de leur valeur. En cette occasion, les quatre cinquièmes 
des cavaliers qui avaient combattu dans la plaine de Lump'li 
rentrèrent dans leurs quartiers avec une tête de Siamois pour 
le moins. Le roi imagina un moyen singulier de récom- 

i3. 



196 E. LORGEOU. [28] 

penser ces braves et de punir du même coup ceux de leurs 
compagnons qui ne s'étaient pas distingués de la même 
manière. Il fit construire avec des bambous une vaste plate- 
forme à hauteur d'homme. Sur cette plate-forme, on servit 
pendant trois jours un repas de viande , de poisson et d'eau- 
de-vie. Les coupeurs de têtes seuls prenaient part à ce festin. 
Les autres, réduits à la nourriture ordinaire, étaient relégués 
sous la plate-forme, et recevaient sur eux les débris qui tom- 
baient à travers les bambous du plancher, et l'eau avec laquelle 
leurs camarades s'étaient lavé les mains. 

Du côté des Siamois , Somdet Pra Mahâ Chakrapat rassembla 
son conseil a6n de délibérer sur la conduite à tenir dans les graves 
circonstances où l'on se trouvait. Il montra l'armée péguane exal- 
tée par le sentiment de sa force , fière de ses succès , et encore 
pourvue de vivres. Ce serait folie, dans ces conditions, que de 
se hasarder à lui livrer bataille en rase campagne. Mais, dans 
l'espace d'un mois, la situation pouvait changer de face. Le roi 
de P'itsanuloh allait arriver avec pne armée de troupes régu- 
lières assez forte pour se mesurer avec l'ennemi dont les vivres 
commenceraient à s'épuiser. Il ne s'agissait donc que de rester 
quelque temps sur la défensive, et d'employer l'artillerie à 
b^tre le camp des assiégeants sans leur laisser de repos; le roi 
avait confiance dans le succès final de ce plan. Son avis fut 
approuvé à l'unanimité. 

On se mit à l'œuvre en conséquence. 

On avait dans la ville une grosse pièce d'artillerie nommée 
le Nârâyan Sanghân, c'est-à-dire l'arme de Vishnou le massa- 
creur. On la plaça sur une jonque que l'on fit remonter, dans 
la direction du camp ennemi, par l'étroit canal qu'on appelait le 
fossé de la ville. Une escorte accompagnait ce convoi des deux 
côtés du canal dans la crainte que l'ennemi ne tentât un coup 
de main pour l'enlever; on s'arrêta près de l'endroit où le canal 



[29] SOMDET P'RA MAHA CHAKRAPAT.- 197 

vient déboucher dans le fleuve, et l'on fit feu de la pièce dès qu'elle 
fut en position ; le projectile vint tomber dans le camp des as- 
siégeants près du pavillon du roi. Celui-ci se fit apporter l'énorme 
boulet de pierre ou de terre cuite, et le consacra en offrande 
aux génies protecteurs; mais en même temps il éloigna prudem- 
ment son quartier qu'il établit dans la plaine.de Fut? a lao. 

Trois jours plus tard, les Péguans dirigèrent une nouvelle 
attaque contre la ville. Leur armée passa par Sam Fo (les trois 
figuiers sacrés) et vint se masser dans le voisinage du Faniet; 
le roi se tenait en personne dans la pagode des Trots temples. 
Ces mouvements furent aperçus par les Siamois. Le Fraya 
Aram, intrépide soldat et chef plein de ressources, qui devait, 
pendant de longues années, se montrer l'adversaire acharné 
des Péguans, fit monter un canon sur une autre jonque et, 
s'avançant par le canal jusqu'à portée de l'ennemi , commanda 
le feu. Le recul de la pièce fit couler la jonque; mais le coup 
avait porté , et le boulet brisa un figuier sacré dont une grosse 
branche tomba, dit-on, à huit pas de l'éléphant royal. En 
même temps, le fort du Mahàxai, faisant feu de toute son ar- 
tillerie, tuait ou blessait un grand nombre d'hommes parmi les 
ennemis; ceux-ci furent à la fin obligés de se retirer. 

Lorsque Somdet Fra Mahâ Tammarât, roi de Fitsanulok eut 
appris la situation de. la capitale assiégée par les Péguans, il 
rassembla les troupes des cinq provinces du Nord, en tout cin- 
quante mille hommes, et vint se retrancher à Xainat, des deux 
côtés du Mènam. Dans cette position , il était à une distance de 
cent kilomètres environ d'Ayut'ayâ. Une reconnaissance envoyée 
du côté de Singhâburi rencontra un détachement ennemi qui 
faisait des vivres. Les Siamois ne se trouvant pas en force s'en- 
fuirent; mais ils furent poursuivis par les Péguans et lais- 
sèrent deux hommes prisonniers entre leurs mains. Ces deux 
hommes furent amenés au roi de Hongsmradi qui les interrogea. 



198 E. LORGEOU. [30] 

En apprenant l'arrivée de l'armée de Pitsanulok, il se mit à 
sourire, et dit : crQue l'on rase la tête de ces deux misérables, 
et qu'ils aillent dire à Pra Mahâ Tammarât que, puisqu'il a 
envie de se battre avec nous, je l'attends ici. S'il ne vient pas, 
qu'il se tienne bien sur ses gardes, car c'est moi qui irai le 
chercher, n 

Les ordres du roi furent exécutés. Les prisonniers vinrent 
rapporter ses paroles à Somdet Pra Mahâ Tammarât. Ce prince 
leur demanda de combien d'hommes environ pouvait se com- 
poser l'armée péguane. «Nous n'avons pas eu le temps, lui 
répondirent-ils, de parcourir le camp ennemi; nous n'en avons 
vu que le tour; il remplit toute la plaine de Putt'a lao. -n S'adres- 
sant alors à ses ministres, il leur demanda s'ils croyaient (pie le 
roi de Hongsàwadi eût parlé sérieusement. Ils lui dirent que, 
d'après tous les renseignements, ses menaces étaient toujours 
sérieuses, a Dans les affaires de guerre, reprit le roi, il est bien 
difficile de connaître au juste les intentions de l'ennemi. Il 
n'est pas impossible que les Péguans, dans la crainte d'être 
enveloppés par nos troupes, pensent au contraire à lever le 
siège, et à retourner dans leur pays par le chemin qu'ils ont 
suivi en venant. Nous allons pousser vers le Sud; nous nous 
établirons à proximité des opérations de la guerre, et nous 
attendrons les événements. a Par ses ordres, les gouverneurs 
de Suk'ot'ai et de Sawank'alok allèrent en effet camper avec 
vingt mille hommes à Muang In ou Int'aburi. 

Mais c'étaient plutôt les prévisions du roi PraMahâ Chakrapat 
que l'événement devait justifier. Malgré de nouveaux succès, 
et la prise, après un combat meurtrier, de l'un des deux der- 
niers camps qui défendaient les abords d'Ayut'ayâ, les Péguans 
songeaient sérieusement à se retirer, et c'était bien le manque 
de vivres qui les obligeait à le faire. Tous leurs approvision- 
nements étaient épuisés, et il ne fallait pas compter sur le pays 



[31] SOMDET P'RA MAHA CHAKRAP'AT. 199 

pour s'en procurer d'autres. Dans leur camp, le riz se vendait 
un huitième de tical la mesure d'une noix de coco, prix de 
famine surtout pour cette époque. Emu de cette situation, le 
roi Pra Tabeng résolut d'abandonner pour le moment la suite 
de son entreprise. Il ^rassembla donc en conseil les chefs de son 
armée, et leur parla ainsi : crLes vivres nous manquent; de 
plus, voici la saison des pluies qui arrive. Il faut songer à ren- 
trer chez nous. La question est de savoir quel chemin nous 
allons prendre. T 

- Plusieurs généraux dirent que la route du Nord, par Kam- 
p'eng Pet et le poste de Mè Lamao, s'excluait d'elle-même. On 
se trouverait arrêté par les troupes de Fitsanulok; les opéra- 
tions traîneraient en longueur, et l'armée, vouée à la famine, 
risquerait de se voir anéantie. La route de Kanburi, que l'on 
avait suivie en venant, paraissait plus facile et plus sûre. 

Le roi repoussa cet avis : <r Si nous prenons , dit-il , la direc- 
tion de Kanburi, nous sommes encore plus exposés à mourir de 
faim, car nous avons épuisé le pays en venant. De plus, j'ai 
invité Pra Mahà Tammarâl à venir se mesurer avec nous, et je 
lui ai fait dire que s'il ne descendait pas, c'est moi qui irais le 
trouver. Or on ne l'a pas vu descendre; il s'est obstiné à tout 
risque à garder ses positions, et il a fait des provisions de 
bouche en quantité considérable. Si l'on adopte ma manière 
de voir, nous n'avons qu'un obstacle devant nous, l'armée de 
Pra Mahà T-ammarât. Mais en un jour no\is en aurons fini avec 
elle, et tous ses approvisionnements tomberont entre nos 
mains, n 

Le conseil applaudit à ce raisonnement. Le roi ajouta : cr Dans 
cette retraite , nous aurons à combattre en avant et en arrière. 
Nous aurons devant nous, à Xainat, l'armée de Pitsanulok; 
d'un autre côté, le roi Pra Mahà Chakrap'at aura certainement 
appris l'arrivée du secours amené par son gendre , et se mettra 



200 E. LORGEOU. [32] 

à notre poursuite. N'importe, j'espère que nous serons victo- 
rieux d'un côté comme de l'autre, d 

La levée du camp fut fixée au troisième jour suivant. Les 
différents chefs avaient à prendre leurs dispositions en consé- 
quence. 

* RETRAITE DE L'ARMÉE PÉGUANE. 

Au temps convenu, le dimanche, 9 e jour de la lune décrois- 
sante du 6 e mois , c'est-à-dire vers le commencement de mai , à 
minuit, la retraite commença. L'armée du Chao P'rè marchait 
en avant. Ce prince avait pour instructions d'écraser d'un seul 
coup l'armée de Pra Mahâ Tammarât, en quelque lieu qu'il la 
rencontrât : tous les officiers répondaient du succès sur leur tête. 
L'armée royale suivait; YUparâxa était à l'arrière-garde. Les 
troupes passèrent le canal de Bang Kèo, et suivirent la vallée du 
Mènam, sans s'écarter du fleuve. 

Au lever du jour, les Siamois qui surveillaient l'ennemi du 
haut des remparts, le virent abandonner ses positions et se re- 
tirer vers le Nord. La nouvelle en fut aussitôt apportée au roi. 
Ses deux fils, Pra Ramesuon et Pra Mahint'ara, avaient sollicité 
d'avance, en prévision de l'événement qui se réalisait, l'hon- 
neur de poursuivre les Péguans en retraite; le roi les autorisa 
à prendre la campagne avec dix mille hommes. 

Les deux princes ne s'avançaient qu'avec précaution, et, 
assurés que l'ennemi se tenait sur ses gardes et prêt à répondre 
vigoureusement à leurs attaques, ils se contentaient de le suivre 
à la distance d'une demi-journée de marche environ. Ils 
avaient résolu d'attendre qu'il fût aux prises *avec l'armée de 
Pra Mahâ Tammarât : ce serait le moment de se précipiter 
en avant et de prendre les Péguans entre deux feux. 

Mais les Péguans, qui étaient en effet sur leurs gardes, 
avaient prévu tout ce qui allait se passer. 



[33] SOMDET P'RA MAHA CHAKRAP'AT. 201 

UUparâxa posta derrière lui un détachement de cinq cents 
cavaliers chargés d'observer les mouvements des Siamois sans 
se laisser apercevoir eux-mêmes. Il était convenu qu'ils lâche- 
raient autant de chevaux que les Siamois pouvaient compter 
de milliers d'hommes; en rejoignant d'eux-mêmes et de toute 
leur vitesse le gros de l'armée, ces animaux feraient connaître 
immédiatement l'importance des forces qu'on aurait à com- 
battre. Ainsi renseigné, le général péguan 6t disposer, en em- 
buscade dans les bois, des deux côtés du chemin, des soldats 
en nombre suffisant pour envelopper les troupes engagées à sa 
poursuite. 

Cependant, l'avant-garde de l'armée en retraite, refoulant 
devant elle les bataillons cantonnés à Mûaiig In, avait atteint 
Xainat. Les chefs, sans perdre un moment, lancèrent leurs 
troupes à l'assaut du camp siamois. Les soldats, poussant des 
cris, brandissant leurs armes, tous rivalisant d'ardeur, arrivent 
en courant au pied du rempart. Rien ne les arrête; ils arra- 
chent les chevaux de frise, escaladent ou brisent la ligne d'en- 
ceinte, malgré les victimes que les projectiles de l'ennemi font 
dans leurs rangs. On combat corps à corps avec acharnement. 
Mais les Siamois sont bientôt écrasés; ceux qui ont échappé 
à la fureur des assaillants, prennent la fuite et vont porter à 
Pra Mahà Tammarât la nouvelle du désastre. 

Dans le même temps, les Péguans remportaient à l'arrière- 
garde un succès aussi brillant, quoique d'une importance 
moindre. Les princes Pra Ramesuon et Pra MahinCara avaient 
jugé le moment venu d'agir avec audace, pensant que l'ennemi 
était engagé avec les troupes de SuVoCai et de Sawank'alok à 
Mûang In. Ils pressent leur marche pour l'attaquer par der- 
rière, et tombent dans le piège qui leur avait été tendu. Ils 
sont cernés, faits prisonniers et conduits au roi de Hongsâwadi. 
Presque au même moment, on annonce au souverain triom- 



202 E. L OR CE OU. [34] 

• 

phant la prise du camp de Xainat, et l'arrivée des deux princes 
prisonniers. Il gardé le silence, continue sa route, et ce n'est 
qu'à l'étape de Xainat qu'il se fait présenter les fils de Pra 
Mahà Chakrap'at. tr Jeunes gens, leur dit-il, nous sommes en 
guerre, et vous voilà entre mes mains: que ditps-vous décela?* 
Pra Ramesuon et Pra Mahint'ara, prosternés aux pieds du roi, 
lui répondirent : * Le malheur nous a frappés; si vous ordon- 
nez notre supplice, nous sommes prêts à mourir; si vous nous 
accordez la vie, il en sera suivant votre volonté.* Le roi sourit 
et se contenta d'ordonner à YUparâxa de les prendre sous sa 
garde. 

Lorsque Somdet Pra Mahâ Chakrap'at eut appris la captivité 
de ses deux (ils, il envoya au roi de Hongsàwadi son grand 
parohit ou prêtre domestique : c'était le personnage qui rem- 
plissait à cette époque, et dans tous les pays de civilisation in- 
dienne, les *fonc! ions de héraut. Ce messager était porteur d'une 
lettre aîïTsi conçue : rrLe roi d'Âyut'ayà vient demander la paix 
au roi de Hongsàwadi, le plus puissant des princes du Xomp'u 
t'awip (de la terre de l'Inde). L'armée de Voire Majesté est 
venue faire la guerre à notre royaume. Cette entreprise était 
autorisée par les usages qui sont en vigueur depuis l'antiquité 
entre les grands monarques. Ensuite, il vous a plu de vous 
retirer sans avoir été vaincu; mes fils, ignorants de l'art de la 
guerre sont partis à votre poursuite; tombés entre vos mains, 
ils sont comme des oiseaux pris dans les filets du chasseur et 
mis en cage. Je vous supplie d'épargner leur vie et de me les 
renvoyer. Vous acquerrez par cette conduite une gloire impé- 
rissable. * 

Le roi de Pégu, ayant pris connaissance de cette lettre, se 
mit à sourire suivant son habitude, et dit au messager siamois : 
<r Notre frère aîné nous demande ses fils, je les lui rends*; et 
ensuite s'adressant aux princes : cr Je vous prie de dire à votre 



[35] SOMDET P'RA MAHA CHAKRAPAT. 203 

père que je lui demande deux grands éléphants mâles, celui 
qu'on appelle Si Mongk'on, et l'autre qui se nomme Mongk'on 
Tanip; c'est pour les garder dans mon palais comme des objets 
de curiosité. •» 

Lorsque les princes se trouvèrent en présence de leur père, 
ils se jetèrent à ses pieds en lui disant : «Nous nous sommes 
laissé prendre en nous engageant à la poursuite de l'ennemi, et 
nous avons compromis l'honneur de Votre «Majesté. Cette faute 
mérite la mort; cependant nous vous supplions de nous par- 
donner pour cette fois. r> Le roi leur pardonna. Ils lui exposèrent 
ensuite la demande dont ils avaient été chargés par le roi de 
Hongsânadi. Somdet Pra Mahâ Chakrapat crut nécessaire d'en 
référer à son conseil. Le premier ministre jugea convenable de 
répondre aux bons procédés du roi Pra Tabeng en lui accor- 
dant ce qu'il désirait. Les deux éléphants furent donc envoyés 
à Xainat. Mais ces animaux, ne reconnaissant plus la voix des 
conducteurs auxquels ils étaient habitués, devinrent furieux; 
iïs se jetaient sur les hommes et sur les autres éléphants et 
mettaient le désordre dans l'armée, de sorte qu'on ne put les 
garder, et le roi les fit reconduire à Ayut'ayâ. 

L'armée péguane, après avoir renouvelé ses approvisionne- 
ments, reprit sa marc e sur Kampeng Pet, et sortit enfin du 
territoire siamois. 

LA REINE SURIYOTAI. 

Somdet Pra Mahâ Tammarât, roi de Pitsanuloh y descendit 
alors à Ayut'ayâ pour s'entretenir avec le foi son suzerain et 
lui rendre compte de ce qu'il avait fait pendant la guerre. 
Avant de retourner dans ses Etats, il assista à la crématiou de 
la reine Pra Suriyot'ai. Cette cérémonie fut entourée d'une 
grande solennité et s'accomplit au milieu des témoignages de 
douleur et d'admiration prodigués par le peuple. 



204 E. LORGEOU. [36] 

Pra Suriyot'ai, dont le nom signifie aurore ou soleil levant, 
était une princesse de Viengchan; le courage qui lui fit prendre 
les armes pour sa patrie d'adoption, et la mort glorieuse à 
laquelle elle se voua pour le salut du roi son époux, ont per- 
pétué son souvenir à travers les bouleversements de plusieurs 
siècles. Elle est demeurée l'héroïne de la race fat, et aujour- 
d'hui encore on ne prononce son nom qu'avec une émotion res- 
pectueuse. 

Débarrassé des soucis immédiats de la guerre, le roi Pra 
Mahâ Chakrap'at s'occupa d'abord des mesures d'administration 
rendues nécessaires par la crise que le pays venait de traverser. 
Il y avait eu des déplacements de population; on changea le 
siège de plusieurs anciens gouvernements, et on en créa de 
nouveaux; plusieurs villes importantes qui existent encore au- 
jourd'hui datent de cette époque. On avait reconnu que plu- 
sieurs villes fortifiées n'offraient aucun avantage pour la défense 
du pays et pouvaient au contraire servir de points d'appui à 
des armées d'invasion: on démolit les remparts de ces places. 
Enfin, on fit le recensement de tous les hommes en état de 
porter les armes dans les provinces directement soumises à la 
couronne. 

LES ÉLÉPHANTS BLANCS. 

Une période d'accalmie succédant aux orages dont nous 
avons parlé, la prospérité revint avec la paix. La ville <¥Ayu- 
t'ayâ s'agrandit et les richesses y affluèrent. Des navires euro- 
péens : portugais, hollandais, anglais, commençaient à fré- 
quenter le port pour y faire le commerce ; ceux qui partaient 
de Surate, ainsi que les jonques chinoises, continuaient à s'y 
presser et reparaissaient chaque année avec les moussons. 

Mais, plus encore que par le développement de la fortune 



[37] SOMDET P'RA MAHA CHAKRAP'AT. 205 

publique, l'esprit superstitieux des populations était frappé par 
le nombre des éléphants blancs qu'on découvrait successive- 
ment dans le pays, et qu'on amenait à la capitale. Le roi avait 
réuni jusqu'à sept de ces animaux, ce qui ne s'était jamais vu 
dans les siècles précédents et qu'on ne vit plus depuis. 

Ce fut alors que, dans un élan d'enthousiasme, les prêtres 
du culte brahmanique et les chefs des religieux bouddhistes, 
unis aux grands mandarins du royaume, décernèrent au sou- 
verain le titre de P*ra chao xang p'uek, le Seigneur des éléphants 
blancs, qu'il ajouta désormais à son nom. 

Les éléphants blancs, ou plutôt de couleur claire (car le mot 
dont les Siamois font usage n'a pas d'autre signification et s'ap- 
plique également à d'autres animaux), sont caractérisés par 
des taches de couleur blanchâtre, légèrement rosée, répandues 
sur la trompe, sur la face et d'autres parties du corps. Suivant 
le nombre et l'étendue de ces taches, on distingue des éléphants 
blancs de premier, de second et de troisième ordre. Les hon- 
neurs qu'on leur rend non seulement au Siam, mais en Bir- 
manie et au Cambodge, et dans tous les pays laos, sont fondés 
en principe sur la valeur généralement attribuée aux choses 
rares, extraordinaires, et qui sortent pour ainsi dire de l'ordre 
naturel. Quand il s'agit des éléphants, animaux qui dans la 
hiérarchie des êtres vivants occupent certainement le premier 
rang après l'homme, cette valeur s'accroît en proportion de leur 
force, de leur intelligence et de leur utilité; mais pour les élé- 
phants blancs elle est de plus consacrée par les doctrines brah- 
maniques qui lui donnent un caractère presque divin. De même 
en effet qu'on divise les hommes en plusieurs castes suivant 
l'origine de leur création, on distingue de même des castes 
parmi les éléphants , suivant qu'on les suppose issus de parents 
qui furent créés à l'origine par tel ou tel dieu, dans telle ou 
telle circonstance, pour tel ou tel usage; et c'est à la couleur, 



206 E. LORGEOIL [38] 

à la disposition des défenses, à certaines singularités de la con- 
formation qu'on reconnaît cette descendance. Sur ces bases, 
qui n' ont bien entendu rien de commun avec la science de 
l'histoire naturelle, on énumère, dans les traités spéciaux, un 
très grand nombre de catégories d'éléphants extraordinaires. 
Quelques-unes de ces catégories sont entièrement fabuleuses 
et n ont jamais existé. Les éléphants blanc*, d'autres encore qui 
même surpassent les éléphants blancs en noblesse , rentrent dans 
les catégories qui ont une réalité, non comme races, ni comme 
variétés, mais comme accidents peu communs. Les éléphants 
blancs des trois ordres appartiennent à la création de Vishnou, 
et l'on suppose que ce dieu leur a communiqué quelque chose 
de ses qualités. C'est ainsi qu'ils assurent au souverain dont ils 
sont la propriété toutes les faveurs de la fortune. Il acquerra 
des trésors; il sera puissant et célèbre; il triomphera dans 
toutes les guerres qu'il aura à soutenir contre ses ennemis; il 
deviendra Chakravartin. 

Les brillants présages attachés au titre de Seigneur des élé- 
phants blancs devaient hélas! recevoir, dans la personne du 
roi de Siam, le plus cruel démenti Mes événements qui sui- 
virent. Sa renommée s'était répandue partout; mais il était 
en même temps devenu un objet d'envie pour tous les rois 
voisins. Le reste de son histoire n'offre plus qu'un enchaîne- 
ment de désastres et d'humiliations. Somdet Fra Mahâ Chakrap'at 
touchait déjà au déclin de son existence; il vécut encore assez 
pour voir ses Etats envahis une troisième et une quatrième fois 
parles Péguans. Le roi de Pilsanulok, son ami et son gendre, 
le trahit, et passa à l'ennemi avec toutes ses forces, par con- 
trainte d'abord, puis par un dévouement sans réserve. Le mal- 
heureux roi dut aller lui-même implorer la clémence du vain- 
queur, subir ses hypocrites démonstrations d'amitié, et acheter 
la paix en livrant son fils aîné comme otage. Peu de temps 



[39] SOMDET PRA MAHA CHAKRAP'AT. 207 

après, sa fille préférée, celle qu'il avait eue de Pra SuriyoCai, 
fut enlevée dans un infâme guet-apens, pendant qu'on la con- 
duisait au roi de Vienchan, son fiancé, et livrée à son tour au 
roi de Hongsâwadi. 

Enfin, lorsqu'il mourut, à l'âge de soixante-six ans, dans sa 
capitale assiégée et réduite à la dernière extrémité, il pouvait 
prévoir le comble des revers : son dernier fils n'échappant à la 
captivité que par la mort, l'effondrement de sa dynastie, le 
royaume ruiné et privé de son indépendance, du moins pour 
un temps. 



LE COLLÈGE DE ËAHOUR 

(ÉTABLISSEMENTS FRANÇAIS DANS L'INDE) 

AU IX" SIÈCLE 

PAR 

JULIEN VINSON 



MEMOIRES ORIENTAUX. I U 

lUPKIVKMr 1ATIOXALC. 



LE COLLEGE DE BAHOUR 

AU IX B SIÈCLE 



En 1878, M. Jules Delafon, ancien magistrat, greffier en 
chef de la cour d'appel de Pondichéry, avait obtenu l'autorisa- 
tion de faire des explorations, dans un intérêt archéologique , 
sur notre territoire. Au cours de ces recherches, il découvrit 
deux documents anciens, gravés sur des plaques de cuivre et 
qui ont une grande valeur historique. Le plus considérable, 
formé de onze plaques, mesurant m. i58 sur om. 060, 
réunies par un anneau, est demeuré entre ses mains; mais il 
en avait envoyé en France une copie, accompagnée d'une 
double traduction française et tamoule : sur le vu de cette copie 
et de ces traductions, j'avais rédigé une note intitulée Spécimen 
de paléographie tamoule, qui a été imprimée aux pages A33-/i6g 
des Nouveaux mélanges orientaux publiés par les professeurs de 
l'Ecole des langues orientales vivantes, à l'occasion du Congrès 
de Vienne (1887, gr. in-8°, xiv-599 pages). M. E. Hultzsch, 
épigraphiste du gouvernement anglais, auquel j'avais adressé 
un exemplaire de ma notice, réussit à obtenir communication 
des plaques elles-mêmes; il en a publié un fac-similé, avec une 
transcription en caractères modernes et une traduction com- 
plète, dans le troisième fascicule du tome II de ses South-Indian 
Inscriptions (Madras, 1895, p. 3&2-36i). Le document avait 
été trouvé à Cassacoudy, à quatre kilomètres au nord de Ka- 
rikal; il contient l'acte de donation à un brahmane, par le roi 
Nandipdtavarmâ , du village de KodukoHi, dans le Tondâman- 
dala, près de la rivière Pâlâr'u. 



212 JULIEN VINSON. " [4] 

L'autre document fut découvert en juin 1879, à un mètre 
environ de profondeur, au milieu d'un massif de briques, à six 
mètres au sud de la pagode de Bahour, importante localité au 
sud de Pondichéry, dont elle est éloignée de 2 3 kil. 5 00. H est 
écrit sur cinq plaques de bronze ; envoyées à Paris aussitôt après 
leur découverte, ces plaques furent remises par M. Jules Godîn, 
alors député, aujourd'hui sénateur de l'Inde française, à M. Jules 
Ferry, ministre de l'Instruction publique; mais «lies s'étaient 
égarées et je n'avais pu en trouver trace. Grâce à la bienveil- 
lante amabilité et à la complaisance de M mc Jules Ferry, elles 
viennent d'être retrouvées, en décembre 1906, et elles vont 
être déposées à la Bibliothèque nationale, où est leur place 
naturelle. Quoi qu'il en soit, M. Delafon avait envoyé, avec les 
originaux, une copie et une traduction française. La copie, faite 
avec négligence, est assez défectueuse; la traduction est de 
seconde main, c'est-à-dire qu'elle est une traduction française 
d'une traduction lamoule; de plus, elle a été recopiée par un 
scribe d'une instruction médiocre : de là certaines confusions 
et certaines erreurs qui rendent parfois pénible la lecture des 
textes. Les traducteurs ou le scribe ont d'ailleurs maladroite- 
ment amalgamé la fin de la partie sanskrite et la portion du 
texte tamoul qui y correspond. Les cinq plaques, en effet, sont 
écrites en deux langues. Elles contiennent 79 lignes : les cinq 
premières pages, qui sont en sanskrit, ont neuf lignes à la page; 
le tamoul, moins compliqué, occupe dix lignes à chacune des 
pages suivantes. Sur les 79 lignes, les 65 premières sont en vers 
sanskrits; puis viennent 28 lignes de prose tamoule; on lit 
ensuite deux strophes en sanskrit (lignes 76 à 77) et enfin une 
ligne et demie en tamoul. Les cinq derniers caractères de la 
45 e ligne forment le commencement du texte tamoul, qui finit 
avec la première lettre de la ligne 7/1. 

Les cinq plaques originales, en bronze, sont en bon état, à 



[5] LE COLLÈGE DE BAHOUR AU IX' SIÈCLE. 313 

part quelques dégradations inévitables. Elles mesurent, en 
moyenne, 91 millim. 5 de hauteur sur 201 tnillim. 9 de largeur 
et A millim. 1 d'épaisseur. Elles pèsent respectivement 6 1 6 , 648 , 
585, 667 et 610 grammes, soit au total 3, 106 grammes ou 
621 gr. 2 en moyenne; en cuivre pur, le poids devrait être de 
673 gr. 6. Les plaques sont percées d'un trou rond, de 1 3 millim. 5 
de diamètre, à 9 ou 10 millimètres du bord vertical gauche, 
vers le milieu de la hauteur, mais plus près du bas que du 
haut : par ce trou devait passer l'anneau, portant l'empreinte 
du sceau du roi, qui reliait les plaques ensemble. Cet anneau 
n'a pas été retrouvé; il avait certainement été brisé depuis 
longtemps, car le recto de la troisième plaque et le verso de la 
deuxième sont en plus mauvais état que les autres pages; elles 
étaient sans doute à l'extérieur du paquet, ce qui permet de 
conclure que le document a été enfoui avec insouciance ou avec 
une précipitation impatiente. 

L'écriture, sauf dans les endroits endommagés, est en général 
nette et très lisible. Le trait, gros et égal, mesure en moyenne 
un peu plus d'un demi-millimètre de large et est presque aussi 
profond. Pour rr tourner la page?), il faut retourner les plaques 
horizontalement, de haut en bas. Ni les plaques, ni les pages 
ne sont numérotées. L'écriture y est tracée longitudinalement. 
Les strophes ne sont pas numérotées, mais elles sont séparées 
par des barres, des traits, des points. Le signe de la consonne 
muette, le virdma, est une sorte d'accent aigu placé en haut à 
droite de la lettre; le même signe sert pour le r suscrit. Je crois 
mes lectures et mes transcriptions exactes. 

Le texte sanskrit se compose de trente-deux strophes, dont 
trente au commencement de l'inscription , avant le texte tamoul , 
et deux après. Sur ces trente-deux strophes, il y a 2 5 çlâkas, 
trois drutavilambitas , deux vasantntilakas et deux strophes d'autres 
mesures. 



214 JULIEN VINSON. [6] 

Cette variété de mètres est remarquable. La première 
strophe est une invocation à Vichnou ; la strophe â rappelle la 
naissance de Brahmâ; les strophes 3 à 6 donnent la généalogie 
légendaire et mythologique des Pallavas; les strophes 7 à i5 
contiennent la généalogie historique du roi Nrpatunga; les 
strophes 16 à 3o paraphrasent en vers le dispositif de l'acte 
royal ; les deux strophes finales contiennent une formule dépré- 
catoire et l'indication du nom de l'écrivain. La partie tamoule 
est, au point de vue matériel, la plus importante du document : 
c'est l'acte , le décret royal lui-même , une dçnation faite par le 
roi pallava Nrpatungavarmâ en faveur du Collège de savants 
de Bahour. Je me propose de reproduire ci-après le texte com- 
plet du document, en caractères modernes, avec une transcrip- 
tion et une traduction française. Mais, dans la partie sanskrite, 
l'écrivain, comme la plupart des graveurs de tous les temps et 
de tous les pays, a fait des fautes d'orthographe, a omis ou 
ajouté des lettres, passé des mots, rendu des vers faux; certains 
caractères sont entièrement effacés ou peu lisibles; d'ailleurs 
• et kh, u et rf, g et p, j et 6, bh et h; tt, tr> ir et tu, etc., se 
ressemblent beaucoup et se confondent facilement; i et î ne 
sont pas distingués, ni même parfois u et û. J'ai cru pouvoir 
faire quelques corrections, peut-être malencontreuses. D'autre 
part, le style de l'auteur est fréquemment obscur. Il en résulte 
que mes traductions sont trop souvent approximatives et con- 
jecturales. Je laisse aux sanskritistes compétents le soin de les 
rectifier et de les compléter. La partie tamoule, dont la langue 
devait être plus familière au graveur, n'est pas exempte d'erreurs; 
ainsi, on y lit e£\Q<$& pour ç£\Qœœ et eQQj5&> pour eÊQ 
pp; deux passages, dont le premier contient sans doute un 
nom topographique, sont tout à fait inintelligibles. 

M. Delafon avait communiqué une copie de ces cinq plaques 
à M. Hultzsch, qui en a parlé dans ses Epigraphia indica 



m 



LE COLLÈGE DE BAHOUR AU IX' SIÈCLE. 



215 



(t. IV, p. 180). Je ne sais si cette copie était plus lisible que la 
mienne. 

Voici d'abord le texte; ne pouvant en donner un fac-similé, 
je n'ai pas cru devoir m'astreindre à ie publier exactement 
ligne par ligne. 











*|4|ci||4M f<MI$«l {flUIflq fMllfaW II M I 

Pift iwww vwiMfM 
fîwwrew *wk*mi ■ ^ ■ 

?rfîiwn *if mi*: iwmiwiçAiiifl: n o. 11 



216 



JULIEN VINSOTV. 
Ml^qftq miO^ «IMlfM f«l*iwin: l W I 

*roR tSfMfaMiJjpK^fiïto Sprat: h ^ h 

xnrfW^TT^ïf^^KfKJ^^ M$ll 
^^<^^ll*l^11 | il i ilW**l ^ MÇ II 

pwk *m ^t v*fèiç *re*WRn: n ^8 n 

qHlJUHM4JH«i **TO «HHHUflMi : Il *M II 
ffWNflfUwiWliq Ht 411*1*1 TOR 7T 

Ov ^ ^ >• 



[»] 



[9] LE COLLÈGE DE BAHOUU AU IX- SIÈCLE. 217 

WTO ^WWWTWf*TO ffîf ^rt II ^o. n 



6o\j e=/r o\? lj 6 lj /j* £S> th-u gov <ns axx 6gotljlj &&t<?o 

<TL£Ql^<?0<rLS(ii}®&>n'(S>LJL^L-Q.&&L& i_p I— I Q I— 1 /T £2> T 
UJ(50r 2J,<500rSJdp£L9> 

2U0[5cyu/r/3>TL-(5'65^L 5 p(TU| B= pcru /ren-T/jT i-^^tl. 

I— T /J" 0> >T0OOr 0> 

BJ/3/3T l_ (f^Gs 2 L_S* LJ LJ /T^CF LD <TL5 OVT T TO 9> f l_ 
I— /Tv 5> ([? (TU 22>T" CQÊ LD @!ÎS)iV5LJLJ?(5ror^SGP : ^ r> LL|LD>TS> @ LD 

Q? ôot A^yr en? ld ljlp lu <tu *£ qf ld wjf^ lu GF ld /jpgjdT 

QF<50r(oLJiV}^£g>/XLD>TiV}&5"* LU>T(50Z5r(^ <5T U. I— T (TU g/ 

<yu/ren_T f^raiWT ôsre>S>T / 7"ë><g> fa*TWtT lotku u (JbbP 27 
Cbjld 

^T/TÛ65<3^LDLJ I_/T"£2>9>ri5 l_ /^ ^ 6> CTO (£2/ LD fc OVT (T/P 

llild /5TU ljçl ^(©^GLun-a^oGePLU^cn-sS^sjeçGaYJcjnr 

ùû) /^Tl— l— /T/7"9>@^^Q^Cp , 5'>LD(rLSl_- /^ /T l— l_ H" O" dT (£E 

GFeçnv9>(5OTT(5'(2^ / r© , S'SJ 2^0 05 @ £g> cru s" W lu lj i_ /r 
g5)Egry>L_ /^g^Egg\!)C20//TwS>ovTqv p PLiJrfs/r i_ i_£. 2J £3)^(2 lu a* 

»0O6^LU^/3'TL_l_/r/rcn^(5 > BJBJ^^^^}(DLU>T2^OLJ LJ l_£. 

npOsD&QV&G&î CTO 2rtJ0 

<TL£ OVT >T /K> 65 rç i_ L. /K> 6> © (TU ëS^T TSîi&^Co^l— 6*LJ 

LJ/re>0>ejg>/0>@ LD/T55® ry 6VUT ® 2LDVT CT U> <& fFû &? L£ LJ T A£) 

6^<^2^0^/TL_(5'(5r<3 > 2^\D@OTri2^UD6s<5OTUD 0X9 LJ LJ HT 05 
e>^S^<5TO\32y0\3®OTr(2LDiV} ^^ Q&GGr\_jrrA0Q&>(?0 atro 

6^OTrLDo\S*LJLj/rK95^G5rcT^) 2^oo @ <5sr ssy ld 6 rj> o\d 
o\jtiuu i_i>T6>05^(oE£(TO2rt3\D@<5sr29y ld sdvts" g/r Qrr <ro 



218 JULIEN VINSON. [10] 

^^6^<^a^Jo®(5OTi^Li>(Scru<rLSONn">T/io^>TL-i_/io s> ©cru 
22>T/TLJLjn-^Li*/ruD6^ujLDn-(S(5OT3q^yi— i^g^^y <su 0> 
©e>dTL£B>®i-0 (Tui_Lj>T^GB5(Toa^o(ru/ren_G/T(3>o»oo 

Lj/r^6^cro2^6/]5ç^s^®^LOL5'<5OT<3r<T02^®<5sr (ru 
i_g>® 6i-D(TOLj/r^69><TO»oo <ru/r^i-6o"(5>o^oo®(5or^ 
UP9>®ld cruL_LJ/r^6eç(T02^o^^rLDn-(5orLj/r5r^ gtgo 
»oo®(5or6^)^®LD/reç 

®>T&^iî!P^^^6i^ç^/3/r(3OT(o^<TO»oo^av1^CÈ^ Lf>e& lj 
lji_ L-r&GVGorr&rrr&ovGgyLD M<5ar6e=LumLD aovrçpLD 

arVT/^(^^(îS)^LL4LD»tWrLMLD»tWr LJLJL_LJL-|LD<50r^y/Tv 

e&Gor^yGi-ouS 1 !— GT/iv ®ovt^/tv G0>ti— i_0>G5*ivr ar 
i_/Rr®/Tû 6^ôtoTll|/io .^/r©no 9>ovt<£5lo ®<s>i— luld a_ 
(îS)l-ljmld a. ovt o\rf> l_ © df/ru^ 6/5©ld ljtldGlj 
#J^/5E/^©LoGLj>TL-a2i > <î5> Loe^cru u>'5^G^0\3<roTLD 

1, (5PPT <5PPf* (ToGiTO LJ? (TLS 6OT /XP (TU >T Gïi- O" fa^l^N (5BT S" 

ïïTrr&Qs ftfWÎlJ|LD/ruS cru/reô-Gcr/rGi— ovt#5"> cru/ren_/x 
Gi-i^/^Ljrf fT^O'LD «w%ll|ld 6lj/^^> *nî LJCPfT'T" 
ld nr uS wff^TLD /r uS lj lj T^far G 9= <50T ^ s> 

"*Hraw «i<ig>f hji: Miqgnwrofl^ Il ^ Jl 



[11] LE COLLÈGE DE BAHOUR AU IX- SIÈCLE. 219 

Je vais transcrire ces textes en caractères européens. On 
aura remarqué ci-dessus que, dans le tamoul, les e et q brefs 
ne sont pas distingués -des e et o longs et que les consonnes 
muettes ne sont marquées d'aucun signe particulier. Je transcris 
conformément à la prononciation classique (gg par ai ou et; « 
par k ou g; 0= par ç , c ou j; p par r, t 9 d> etc.). Je rends jp , 
qui est probablement un r cérébral ou plutôt lingual , par/, 
puisque c'est ainsi qu'on le prononce à Pondichéry. Quant au 
sanskrit, j'emploie c et j pour ^ et *r, p et s pour ir et *, m 
pour l'anusvâra, h pour le visarga, etc. 

Svasli çrî. 

1 Dîçatu vaçriyam ambujalôcanas 

tridaçamâuiinisrastapadâmbuja 
sakalalôkabhayankararâksasa 

praçamahéturajô madh.usûdanah 
1 Çrlbhartuççayanaparasya nêtré 

yattêjasthitilayasûtihêtuh 
tannâbhêrajani samastâmbijam 

abjam âtmayônis tatô bhavitah 
3 Angirâs tala ulpannô lôkanâthâc caturmmukhât 

brhaspati tatô ma n tri çakrasya valabhédinah 
h Tataç çamyus tatô jajnê bharadvâjasamAhvayah 

tatô drônô mahêsvâsas samaré çakravikramah 

5 Tatô drônân mahâbâbus sarvvâyudhaviçâradah , 

açvatthâmâ kilângéna sambabhûva pinâkinah 

6 Açvatthâmnas tatô râjâ pallavâkhyôbabhûvaia 

raraksa navakhandastbân bhûpattn sakrsîvalân 

7 Vimalakonkanikâdi tad anvayâd 

ajani iraïufamaripramadâiiatam 
nihitasâsanam anyanrpêsvapi 
priyataman jayafosam anâratam 

8 Bhuktvâ bhuvam suvlryêna catussâgaramêkhalârîi 

tata svarggam vimânêna gatêsu vimalâdisu 



220 JULIEN VINSQN. [12] 

9 Âsit purandarasamô râjà dravabhaktirmuradvisi 

tantivarmmâ mahâbàhuh ksmâpâlamakutânalah 
io Dharména vâlanât bhûmim kalâvapiyugé nrpah 

varsanâd api dânasya parjjanya iva nirbahôh 
ii Atmanô bandiyuklànà yamâlaya didrksayâ 

pâthêyamiva krlvarin vandâniva visarjjayah 
ia Nandivarmmà ma hâ bah us sajâlô tantivarmmanah 

samaré 'pijitâbhûmir asahâyéna yéna sah 
i3 Asit sukhâhvayâ dêvt tanvangî nandivarmmanah 

râstrakûtakulé jâtâ laksmiriva muradvisé 
i4 Ksamâpati dharitriva jwtoajjagatah priyâbahôh 

sankhà sukhâhvayâ dêvî râjna çrîriva râpinih 

i5 Tasyâm babhûva matikântikalâdi matyâm 
mânyah kuléna gunavân bhuvanatrayéça 
utpadyamâna tapanâdhipa tulyaléjâ 
jisnuh kalâvân samaré nrpatungadêvah 

i6r Yatprasâdâjjitâ sénâ pândyéna samaré purâ 

paré citâm sarâjagnir dadâra ripusambhrtim 

17 Nrpalunga iti khyàtô bâlô'pi bhuvanéçvarah 

khyâlô nakévalam bhûmâvamusminn api râmavat 

18 Tasyôpakâra samyuktô râjnah kurukulôdbhavah 

VéçâlivamçamarUândah prajânâiîi çaranéralah 

19 Çaçivat tilakô lôké gâmbhîryéna samudravat 

Sûryéva drksan uHôkân lôkânân nilayé nrpah 

90 Tasmâttasyôcitannâmanîlâitamgiti dévavat 

alhava sularân nâmapratyaksatvâdviçâmpaléh 

91 Grâmatrayam svarâstrê sah kuruvâmçavivarddhanah 

vijna nrpalungêra labdham âjnâptipûrvakam 

aa Céttuppâkkam phalâdhâram grâmamékam alhâparam 
grâmam vidyâviddhârngâdi rébhâttapadanâmakam 

93 Tasmâv idâippûnaccéri Irllyam sarvvapuspada 

bhavain grâmalrayarîi labdham vidyâstliànâya datlavân 

<*h Mandâkinim samâyuktibhûmivaçasamâkulâm 

sambabhâra yalhâ dévô dhûrjatir jatayâikayâh 
Vidyânadllathâgatâc caty/ddaçagunâkulâ 

vâgurgrâmabusaslhânam vyâpya yasmâddhyavaslhitah 



95 



[13] LE COLLÈGE DE BAHOUR AU IX' SIÈCLE. 221 

96 Tat sthânam êvarîi vidûsân vidyâslhânam pracaksaté 

lêbhyô datvâ sabhûpâlô grâmân âjnâptir pûrvvakân 

97 Hasthisastûrisimântân âtmânara babhumanya lé 

raktân sarvvaparihârâir akaralvéna raksitân 

98 Ajnâptir uttamaçllas trâilôkyéçvarapûjitah 

manlribrhaspatiprakhyô râjiiaçrlluugavarmanah 

99 Açâminah prajâvâlânyâcaté kurunandanah 

dhasyâirtasya yamânyâtvâlaniya iti svayam 
3o Dâsasthânasya vidyàyà vâgûrgrâmabusâm ayarîi 

krtavân çâstratatvajnah praçastin nâgayassutah 

Kùvireiya nrbatongavarmmat ku yându ettavadu 
Vêçâlippérareiyan'vinnappaltâl 
Vidélavidugukâdupattittamijppérareiyan' ânatti âga 
Anivânâttukkijvajivâgûrnâttunâttârkânga 

Tannâttu çéttuppâgamum vilângâttankaduvan'ûrum ir'eippûnaccèri- 
yum âga immûn'd'ûrum pajayavar amum brahmadéyamum ntkki mun- 
pet t'ârei mât't'i yându ettavadu vâgûr vidyâsthânattârkku vidyâbhôgam 
âgappanitlém 

Tângalum padâgei nadandu kallum kalliyum nâtti ar'eiyôlei çeydu vi- 
dukka vend u nâttârkkut tirumugam vida nâttâr tirumugan kandu tojudu 
laleikku vaittup padâgei nadandu kallum kalliyu nâtti ar'eiyôlei çeydu 
nâttâr vidutla ar eiyôleippadi nilattukkellei 

Vijângâttankaduvan'ûrkkun céttuppâkkattukkum âga irandu ûrkkun 
kljpât kellei kâttu ellei in'n'um ten malippâkkattu ellei in' mét'kun ten- 
pât kellei ten'raalippâkkattellei in'n'um nelvâyppâkkattellei in'n'um ûtlû- 
relleikku vadakkum mél pâtkellei mâmbâkkattellei in'n'um ivvilângât- 
tankaduvan'ûrppât' piramadéyamâ in'a ar'ubaduçéYuvukkukkijakkum 
vadapât'kellei vâgûr ellei in' t'etkum 

Ir'eippûnaccérikkellei kljpât kellei nattara ullitta kâttukkumét'kun 
ten'pât'kellei nerunji kur'umbin' ellei in' vadakku mél pâtkellei vâgûrel- 
lei in' kijakkum vadapât'kellei kir imàn pâtti ellei in' t'etkum âga 

Inniçeitta perunân'gelleigalilumagappatta nilan' nirnilan'um pun'çey- 
yum ûrum ûrirukkeiyu man'eiyu man'eippadappu m and un kandu 
méyidamun kulamun kôttagamun kidangun kèniyun kadun kalarum 
ideiyum udeippum ullittu nirpûçi nedum param per indu udumbôdi âmei 
tavajndadellâm unnilan' ojivin'd'i vâgûr vidyâsthânattârkku vidyâbhôga- 



222 JULIEN VINSON. [14] 

mâyi vâgûrôdejar'i vâgûr pet't'a parihâramum vyavaslhéyum pet't'ii sarvva 
parihâramâyi brahmadêyamâyip paradatti sen'd'adu 

3i Punyam samam krtavalâm pariraksatâtyé- 

tadraksaté'ti nrpatln nrpatungavarmmâ 
BbAçâminah ksitipatin pr.nam.syajasram 

ma mukundacaranambujaçêkharénah 

3s Udit&ditakulatilakasuvarnalqrt. . .ça. . .nisnâtâh 

alikhan nrpatungâkhyah pallavakulakulaprakhyôtra 

kacci pêttu ktjpairàragattu uditôdaya péru tattâ magan' mâdêvi péru- 
tattân' magan nrpatunga éjuttu 

Ces textes peuvent être traduits ainsi qu'il suit. Quelques 
passages sont un peu obscurs, mais je crois l'ensemble exact. 
J'aurai d'ailleurs des observations à présenter. 

Bonheur! Prospérité! 

î. Qu'il accorde ta prospérité, le (dieu) aux yeux de lotus, le lotus 
dont les pieds s'appuient sur les diadèmes des dieux, qui a détruit les 
Râksasas qui effrayaient tous les mondes, l'inné, le meurtrier de Madhu ! 

a. Dans l'œil de l'époux de Çri (Laksml) qui repose sur (sa) couche, 
(il y eut) une splendeur conservatrice, destructrice, créatrice; de son nom- 
bril, se produisit le lotus, germe W universel; puis exista celui qui est 
sa propre matrice. 

3. Puis, Àngirâs naquit du Seigneur du monde, du dieu aux quatre 
visages; puis, Brhaspati, ministre de Çakra (Indra), du destructeur de 
Val a; 

&. Puis fut engendré Çamyu , puis celui qui est appelé Bharadvâja ; puis 
Drôna au grand arc, plus vaillant que Çakra dans la bataille; 

5. Puis, de Drôna reçut l'existence, par le moyen du dieu armé du 
trident (Çiva), Àçvatthâmâ, au grand bras, habile à toutes les arînes; 

6. Puis, d'Àçvatthâmâ naquit le roi Pal lava [qui] protégeait, comme 
de vulgaires cultivateurs, les maîtres de la terre, dans les neuf parties du 
monde. 

(1) Ambija, corr. ambuja, proprement * lotus»; le sens de « germe» est cer- 
tain, quoique les dictionnaires ne le donnent pas. 



[15] LE COLLÈGE DE BAHOUR AU IX- SIÈCLE. 223 

7. De sa race, se produisit la famille qui commence par Vimala et 
Konkanika, saluée par les femmes de ses ennemis, rendant avec bien- 
veillance aux autres princes leur autorité détruite, joyeuse de la victoire, 
toujours active (?). 

8. Puis, quand, après avoir, par leurs belles qualités, gouverné la 
terre dont les quatre mers font la ceinture, Vimala et ses successeurs 
furent allés au Svarga sur un char, 

9. il fut un roi semblable à Purandara M, profondément dévot au 
meurtrier de Mura, Dantivarmâ <*) au grand bras, devant lequel s'incli- 
naient les couronnes des gardiens de la terre. 

10. Ce prince, vertueux dans le Kaliyuga, [fécondait] extrêmement la 
terre par l'abondance de la pluie de sa libéralité, comme Parjanya (?). 

11. Quoique exposé à être fait prisonnier, à voir le séjour de Yama, 
faisant comme des provisions pour la route, il rendait la liberté aux . 
ennemis prisonniers. . . 

ta. Nandi vanna au grand bras fut le fils de Dantivarmâ, et par lui, 
sans aide, la terre fut conquise dans les combats. 

i3. La femme au nom heureux, au corps délicat, de Nandivarmâ, née 
de la race Râstrakûta, pareille à Laksmi du meurtrier de Mura, 

i4. patiente comme la terre, extrêmement aimée (3) , Çankhâ, 

la femme du roi au nom heureux, était belle comme Çrl. 

i5. D'elle naquit, distingué par son esprit, sa beauté, son instruction; 
noble de race; digne d'être enfanté par le maître des trois mondes; égal 
en splendeur au soleil brûlant; victorieux et habile dans les combats; le 
divin Nrpatunga. 

16. Son armée invaincue, allant au secours du Pândya, sur la rive 
opposée orientale, consuma la masse des ennemis comme le feu royal 
(dévore) le bûcher. 

17. Nrpatunga était appelé le seigneur de la terre des son enfance; il 
n'était pas appelé ainsi seulement sur cette terre, comme Bâma. 

18. Avec ce roi était lié par la reconnaissance Marttânda de la tribu 
de Véçâli, issu de la race de Kuru, qui se plaisait à protéger ses sujets, 

(1} Le vers est faux : il a deux pieds de trop. Il suffirait pour le rendre juste de 
remplacer Purandara par Indra. 

w Le texte porte Tantiv. 

(3) Le traducteur de Pondichéry a mis «aimée des hommes»; tel qu'on le lit, le 
vers est faux. 



324 JULIEN VINSON. [16] 

19. un lilaka sur le monde à la façon de la lune, semblable à la 
mer par la profondeur, brillant comme le soleil des mondes supérieurs, 
prince dans le séjour des gens du monde W. 

âo. Aussi, son nom lui convenait-il,. . . . comme le dieu , ou 

mieux, son nom était tout à fait digne d'un chef des hommes. 

ai. Le continuateur glorieux de la race Kuru (demanda) au seigneur 
Nrpatuiiga, dans son propre district (2) , trois villages et obtint Tordre. . . 

22. Un village (est) Céttuppâkkam qui produit des fruits; un autre 
semblable (est) nommé Rébhâttapada, jadis Vidyâviddhânga (?); 

2 3. Avec eux, un troisième (est) Idàippûnaccèri, où se trouvent toutes 
espèces d'a/bres; il donna ces trois villages obtenus à un établissement 
scientifique. 

2 4. De même que le dieu dont la chevelure porte un fardeau réunit 
dans sa chevelure unique la IWandâkini et les autres fleuves qui fécondent 
la terre (î), 

95. le fleuve delà science, ainsi arrivé, avec les quatorze espèces de 
qualités (?), vient arroser le territoire stérile du village de Bahour (?). 

26. L'exécuteur, semblable à un prolecteur de la terre, proclama ce 
territoire rétablissement scientifique des sages, après leur avoir donné les 
villages nommés plus haut. 

27 libres de toute charge, 

libérés 

28. L'exécuteur (est) l'homme d'un caractère supérieur, l'adorateur 
du Seigneur des trois mondes, le ministre, semblable à Brhaspali, de 
l'illustre roi Tungavarmà. 

29. Le descendant des Kurus, le pacificateur, offre aux hommes des 
fortes races W 

(l} Le traducteur de Pondichéry explique ainsi les trois çlôkas 18, 19 et 20 : 
rrlln roi nommé Vaissalyvamsa Martanda, de race Courou, attentif à protéger son 
peuple, brillant comme la lune dans le monde, était lié d amitié avec Nirouba- 
lounga; veillant sur le monde comme le soleil, il était le soutien du monde, et ce 
nom de Martanda lui seyait de toutes façons , car il était infatigable de corps et sem- 
blait l'œil du roi Niroubatounga comme le soleil Test de Vichenou.* 

(,) Ràstra, qui correspond au tamoul nddu, est proprement « légion territo- 
riale r>. 

^ Le second vers est faux. 



[17] LE COLLÈGE DE BAHOUR AU IX' SIÈCLE. 225 

3o. Dans le sol stérile du village de Bahour, avec sa science de la 
demeure de servitude (?), Nâgayassuta, qui connaît* les castras et les 
tatvas, a composé ce préambule poétique. 

Partie tamoule, en prose : 

L'an huit de Nrpatongavarmâ victorieux, roi, 

Sur la demande du grand prince de Véçâli, 

Étant chargé de l'exécution le grand prince tamoul du bourg de Vide- 
lavidugukâdu (?), 

Que les chefs du pays de Bahour qui est sur la route à Test du pays 
d'Aruvâ voient (ceci)! 

Nous avons ordonné que ces trois villages, savoir Vilângâttankaduvan ûr, 
{léttuppâkkam et Ir eippûnaccéri, dans leur pays, soient attribués en jouis- 
sance pour la science aux gens du Collège savant de Bahour, Tan huit, en 
supprimant les anciennes œuvres de charité et les dons aux brahmanes, 
en remplaçant ceux qui en avaient la jouissance antérieurement : 

Comme on avait laissé Tordre sacré aux chefs du pays en leur disant 
d expédier (l'affaire) en marchant eux-mêmes avec la bannière, en plan- 
tant des (bornes de) pierre et des euphorbes épineux, et en faisant un 
procès-verbal, — les chefs du pays, après avoir vu l'ordre sacré, l'ont 
salué, l'ont approché de leurs têtes, ont marché avec la bannière, ont 
planté des (bornes de) pierre et des euphorbes épineux et ont fait un 
procès-verbal ; 

Limites du terrain conformément au procès-verbal expédié par les chefs 
du pays : 

Aux deux villages de Vilângâttankaduvan'âr et de Çêltuppâkkam , li- 
mites à l'est : l'ouest des limites du bois et des limites de Ten'inâlippâk- 
kam; limites au sud : le nord des limites de Ten'mâlippâkkain, des limites 
de Nelvâyppâkkam , et des limites d'Uttûr; limites à l'ouest : l'est des 
limites de Mâmpâkkam et des soixante rizières qui constituent le don aux 
brahmanes dans ce même Vilângâttankaduvanûr; limites au nord : le sud 
des limites de Bahour; 

Limites à Ir eippûnaccéri : limites à l'est : l'ouest de la forêt qui est 
comprise dans la bourgade; limites au sud : le nord des limites du hameau 
des tribulus épineux; limites à l'ouest : l'est des limites de Bahour; limites 
au nord : le sud des limites de Kir'imàn'pâtti; 

(Ceci) étant, 

MÉMOIRES ORIENTAI*. l5 



IMPMHKBIK lATIONALt. 



226 JULIEN VINSON. • [18] 

le terrain compris dans les quatre limites générales énumérées ci-dessus 
— et terrains irrigables, et sols de médiocre qualité, et villages, et dé- 
pendances de villages, et habitations, et jardins clos, et clairières, et 
jeunes plants, et pâturages, et étangs, et bassins, et réservoirs, et puits, 
et bois, et salines, et diguçs, et fuites d'eau, — partout où se répand 
longuement l'eau qu'on verse, partout où court le lézard et où rampe la 
tortue, — (tout) le terrain y compris sans exception — pour qu'il soit 
attribué en jouissance pour la science aux gens du collège savant (ou de 

rétablissement scientifique) de Bahour. , acceptant les charges et 

les conditions acceptées par Bahour, avec toutes charges et dons aux brah- 
manes, — l'acte de donation a été expédié. 

3i. Le même mérite est acquis par ce qu'on fait et par ce qu'on con- 
serve; aussi Njrpatungavarmâ recommande aux rois (son œuvre); le paci- 
ficateur de la terre salue à jamais les maîtres du sol de sa couronne où 
s'appuient les lotus des pieds de Mukunda 

3a. Nrpatunga, d'une race semblable à celle des Pallavas (?), instruit, 
d'une caste , un tilaka pour la race Uditôdita, écrivait (ceci). 

Écriture de Nrpatunga, fils du grand orfèvre Mâdévi, fils du grand 
orfèvre Uditôdaya, du hameau oriental des faubourgs de Kacci (?). 

La première question qui se pose est celle de la date. Quand 
régnait Nrpatunga? Nous voyons qu'une de ses armées, envoyée 
pour aider le Pândya, roi de Maduré, fit une expédition victo- 
rieuse sur Ter autre rive i> , c'est-à-dire à Ceylan sans doute ; mais 
les expéditions de ce genre ont été si nombreuses qu'il ne sau- 
rait y avoir là une indication précise. Nous apprenons aussi que 
Nrpatunga était le petit-fils de Dantivarmâ et le fils de Nandi- 
varmâ qui avait épousé une princesse râstrakûta, Çankhâ. 
Dans mon article de 1887 cité plus haut, j'avais identifié Dan- 
tivarmâ avec Dantiga, le roi de Kâncipura, que le roi râstra- 
kûta Gôvinda III se vantait, en 80&, d'avoir défait [Nouveaux 
mélanges, p. 466) : Dantivarmâ et Nrpatunga sont aussi men- 
tionnés dans un acte de donation en sept plaques signalé par 
M. R. Sewell (Archœological survey, t. II, p. 3o, n° 209); ce qu'il 



[19J LE COLLÈGE DE BAHOUR AU IX- SIÈCLE. 227 

y a de remarquable, c'est que ce document a été égaré comme 
celui de Bahour. M. Hultzsch a adopté cette identification et il 
a fait remarquer en outre que le nom Nrpatunga a été porté 
spécialement par les Râstrakûtas, entre autres par Amôgha- 
varmâ II, qui aurait régné de 8 1 4-8 1 5 à 876-878 et qui pour- 
rait être le grand-père maternel de Nrpatunga (fils de Nandiv.); 
celui-ci en effet, ne portant pas le nom de son grand-père pa- 
ternel, a pu prendre celui du père de sa mère. Nous nous 
trouverions ainsi reportés, pour le commencement du règne 
de ce roi, au milieu du ix c siècle. M. Hultzsch a fait observer 
aussi que le nom de Nrpatunga se retrouve dans diverses in- 
scriptions de Tanjaour, de Trichenapally, de Kôviladi, datées 
des années 91, 29 et 2 3 de son règne. On sait que dans le 
pays tamoul les inscriptions anciennes sont datées uniquement 
de Tannée du règne du roi vivant, et que le synchronisme seul 
permet d'établir la date exacte. Nrpatunga avait-il donc con- 
quis le pays SôjaW? En tout cas, l'histoire des Pallavas est 
assez bien connue : leur décadence a commencé dès le 
vu c siècle. Je n'ai pas à revenir sur les détails que j'ai donnés 
en 1887 dans l'article précité, mais on admet généralement 
aujourd'hui avec M. Hultzsch qu'après Nandivarmâ, le roi dont 
le nom se lit sur les plaques de Cassacoudy, qui a régné au 
moins cinquante ans, et qui fut vaincu et tué vers 765 par le 
calukya Vikramâditya II, le trône de Kâncipura passa à un 
prince de la dynastie Ganga, Narasimhavikrama, père deDan- 
tivarmâ. Les rois de cette dynastie prennent les qualifications 
de Vijaya avant leur nom et de Vikrama après. On trouve des 
actes aux noms de Skandaçisyavikrama , Narasimhavikrama, 
Nandi vikrama, Nrpatungavikrama (celui qui nous intéresse 

(l) J'écris sâja, et non cola ou chôla, parce que le mot est purement tamoul 
et qu'il n'y a aucune raison pour adopter l'adaptation sanskrite. La véritable 
orthographe devrait être Çora. 

i5. 



228 JULIEN V1NS0N. [20] 

aujourd'hui), IçYaravikrama, et Kampavik rama que M. Hultzsch 
regarderait volontiers comme un frère de Nrpatunga. Les Sojas 
au contraire ont vu leur puissance s'accroître à partir du 
i\ c siècle; en 900, Purântaka I possédait Trichenapally et Tan- 
jaour; vers 1 1 00 , un de ses successeurs, le grand Kulôttunga 11, 
conquit M et annexa définitivement le royaume de Kâncipura. Ce 
roi célèbre, calukya d'origine, avait pris la bannière, le sceau, 
les insignes des vieux Sojas; ainsi firent les Sojas installés au 
Pândi vers 1070; ainsi avaient fait les Gangas-Pallavas. Quoi 
qu'il en soit, nous sommes à peu près certains que les plaques 
de Bahour sont de 85 o environ. 

Mais qu'était-ce que ce Collège, cette Ecole, ce Vidydsthdna 
de Bahour? Evidemment une école supérieure pour les brah- 
manes, annexée à la pagode de ce village ou établie dans l'en- 
ceinte même du temple. On y apprenait aux jeunes gens — 
qui parlaient un prâkrit plus ou moins altéré — la pure langue 
sanskrite; on les instruisait aussi dans l'étude méthodique du 
vêda. Dans l' Indian antiquary, t. II, 1873, p. 1 3 2, le professeur 
indien Râmkrsna Gopal Bhandarkar a expliqué que cette étude 
très longue et très minutieuse comprenait cinq espèces de tra- 
vaux successifs : la samhitd, lecture et explication du texte; le 
pada, analyse des mots séparés; puis le krama, répétition des 
mots un et deux, deux et trois, trois et quatre, etc.; la jâtd, 
répétition des mots un et deux, deux et un, un et deux avec 
euphonisation (sanrft), etc.; le ghana enfin, répétition des mots 
un et deux, deux et un, un, deux et trois, trois, deux, un, etc. 
Ces exercices apprennent à composer les mantras «c formules 
pieuses, prières n. Le jeune étudiant, bhiksuka <r vivant de cha- 

(l) La conquête parait avoir été faite par un fils naturel de Kulôttunga, Adontfei. 
Les potentats indiens , comme ceux de l'occident, avouaient leurs maîtresses, dont 
ils parlaient dans leurs actes publics. Elles sont appelées en tamoul GLJirQiufrir 
pàgiyàr (pluriel honorifique) * favorite» * du sanskrit *ftïT <r plaisir, jouissance». 



[21] LE COLLÈGE DE BAHOUR AU IX' SIÈCLE. 229 

rites ^ ou ydjnika cr sacrificateurs, devient alors vdidika <r versé 
dans le Vêda*. 

Quoi qu'il en soit, le document relatif à l'Ecole de Bahour a 
été trouvé à l'endroit même où elle était établie, depuis peu de 
temps sans doute. Du reste, la pagode elle-même n'était pas 
très vieille : j'imagine qu'elle fut construite pendant la période 
de ferveur religieuse qui suivit probablement la victoire des 
Galukyas brahmanistes et l'expulsion définitive des Bouddhistes 
du Tondâmandala en 788. Ceci expliquerait aussi la fonda- 
lion de l'Ecole. Les pagodes du sud de l'Inde ne sont pas 
très anciennes; soit qu'elles aient remplacé d'anciens sanc- 
tuaires bouddhistes, soit qu'elles aient été élevées de toutes 
pièces, elles ne remontent guère au delà de mille à tlouze 
cents ans. Les plus vieilles, celles de Mâmallapura (les sept 
pagodes), qui était le port de Kâncipura, ont été, suivant 
les inscriptions qu'elles portent, élevées par le roi pallava Na- 
rasimha au commencement du vu e siècle; elles sont dédiées 
à Giva. Sur le territoire français de Pondichéry, la pagode 
la plus ancienne est celle de Bahour; la plus importante est 
celle de Villenour. Toutes les deux sont consacrées à Çiva, 
mais celle de Villenour a sa légende traditionnelle qui a été 
écrite en prose et en vers' 1 '. Le nom original tamoul de Vil- 
lenour paraît être efil&eunï&epjriT vilvanallûr rie beau village 
des vilvas (crateva religiosa)*, nom qu'on abrège en e£lâ<5tà 
villei, comme on dit G>(£fjar>& tanjei pour ^Qj^/rg^/r tanjâvûr 
tria ville du refuge (?), Tanjaour*, et L^^joneu puduvei pour 
Ljgj&G&fi puduccéri cr nouveau hameau, Pondichéry?). La 
pagode est sous le vocable de «/rzifew kdmîça (wnfar), forme 

(l) En prose, cR&2pùr^aîrL^iriTcmcu9cnù^ Villeinagarpurànavaçanam , PondichéYy, 
1877, i Q - la » (y}7^ pages; en vers, ddAâtfùqj7r<nnrnL Villeippuràtwm ( 9 chants, 
1979 vers), dont le seul exemplaire connu a appartenu à M. Ariel et fait partie du 
fonds lamoul de la Bibliothèque nationale (n° 3i h). 



230 JULIKN VINSON. [22] 

de Çiva demi-femme; dans un vieux recueil de dessins indiens 
conservé à la Bibliothèque nationale (fonds indien, n° 100) 
figure, sous le n° 127, une vue de rrla pagode de Vilenour où 
est la déesse Dircamy et le lingam Issuren *. La légende dit que, 
si quatre des pagodes de l'Inde font obtenir le bonheur suprême 
de la libération (Sidambaram, Chellambïon, par la vue du sanc- 
tuaire; Tiruvârûr, en y procréant des enfants; Kâçi, Bénarès, 
en y mourant; et Arundmalei, en s*y repentant de ses fautes), 
d'autres peuvent procurer en ce monde des biens matériels; 
ainsi, Villenour a la spécialité de faire avoir des enfants. Gomme 
preuve de cette puissance, on raconte l'histoire de la bayadère 
tr Toute belle* ou plutôt <r Belle de tout le corps* (Sarvârtgasun- 
dori> **$Tf4J«<0, dans le purâna en prose; Sakalérigasâundari y 
WHHttftt^t, dans le poème) : c'était une fille du pays Kalinga 
qui avait amassé de grandes richesses et qui ne pouvait obtenir 
du ciel la faveur de devenir mère, malgré ses prières et ses 
actes de bienfaisance. Un ascète qui passa dans le pays et qu'elle 
reçut avec toute la dévotion et la vénération possibles lui con- 
seilla d'aller en pèlerinage à Villenour. Elle s'y rendit en grande 
pompe et, après s'être baignée dans l'étang sacré, adressa sa 
requête au dieu local qui lui répondit en personne qu'elle 
obtiendrait satisfaction. En s'en retournant en effet, elle ren- 
contra un beau jeune homme dont elle eut un fils, qu'elle 
appela par reconnaissance Kâmîça. Un de mes anciens élèves, 
M. G. B. de Fontainieu , a parlé de cette légende au Gongrès 
des orientalistes de Hanoï en 1902. 

On ne rencontre rien d'analogue pour Bahour, mais les murs 
de la pagode y sont couverts d'inscriptions ta moules; elles ont 
été relevées en i85o par M. Ed. Ariel et on peut les lire dans 
les papiers de ce savant orientaliste, trop peu connu, à la 
Bibliothèque nationale. Ces inscriptions sont, les plus anciennes 
en prose seulement, les suivantes en prose précédée d'un pré- 



[23] LE COLLÈGE DE BAHOUR AU IX e SIÈCLE. 231 

ambule poétique, sorte de formule plus ou moins longue 
rédigée une fois pour toutes pour chaque roi; il en est d'ail- 
leurs de même dans tout le pays. Gomme partout aussi, les 
plus anciennes inscriptions remontent au roi ŒmarrirG ^eu /f 
kannaradêva, c'est-à-dire le râstrakûta Krsna III, qui conquit 
le Tondâmandala et le Sôjamandala Tannée 870 de l'ère 
de Çâlivâhana (9^8 de l'ère chrétienne); cf. une inscription de 
Sôjapuram publiée par M. Hultzsch dans ses Epigraphia Indien , 
t. VII, p. 1 9/1 : c'est un des rares documents tamouls qui soient 
datés; on y lit : ijwrfii erçrm'^^iTpQp(Lùu^Q^ir€vrjgj& : '9f 
*rfiî ŒarrmirGéseijeiicùçdUttr TJW\G)ld)é5ar>(r erj^jg^j Qgiirem 
mL-Uxm-t—GdLùy(9)j5é5LLi(ranrrQ çakavarsam ennût 't 'éjubatton 'à 'u 
çakravartti kaririaradêvawllabhari rdjddittarei erindu tonàeimanàa- 
lam pugunda yându <r l'année où le souverain du monde , le puis- 
sant Kannaradêva, a détruit Râjâditya et est entré dans le 
Tondâmandala, huit cent soixante et onze de çaka». Le Soja 
reprit d'ailleurs son indépendance, et Bahour lui resta an- 
nexé , car, sur les 2 9 inscriptions dont M. Ariel y a pris copie , 
9 portent le nom de Kannaradêva, 6 celui de Râjarâjasôja 
(985-1016, formule ^(j^LùŒçnGuir^ù tirumagalpéla) , 8 de 
Vîrarâjêndra (1062-1070, formule SàqjjuxvTafàeuGïTiT tirumari- 
nivalara W ) , 3 de Kulôttunga (1070-1118, formule z_y <s ip 
<95\pj50> pugajçûjnda) , â de Vikramasôja (iii8-n3:2, formule 
L^Lùfr^jLfŒfrff pûmâdupunara ou y,Lû/r2rôLjfiar>L_/5^/ pûmâlei- 

{,) Un savant indien , V. Venkayya-avargaj , a fait observer que les deux premiers 
vers de ce préambule sont cites dans le commentaire de la vieille grammaire Vira- 
çôjiyam dont l'auteur, Buddhamitra, invoque Àvalôkitéçvara. D y est parlé aussi 
de deux batailles gagnées par Vtrarâjéndrasoja et on y reproduit des extraits de 
petits poèmes à la louange de ce prince (édition de 1881, p. 11 8, i36, 186- 
190) dont l'ouvrage porte d'ailleurs le nom. Le commentateur était un élève 
de l'auteur. Il est donc infiniment probable que le Vîrasôjiyam a été composé vers 
1 o65 ; c'est un des rares ouvrages tamouls dont la date peut être déterminée avec 
quelque certitude. 



232 JULIEN VINSON. [24] 

mideindu) et 3 indéterminées. Je crois qu'une de ces inscriptions 
'doit se rapporter à l'Ecole de Bahour. Elle se lit sur le mur du 
temple, au nord, dans la cinquième division, où elle occupe 
quinze lignes. En voici les passages principaux : 

lurem-QuttTttflfTem-i—nrçijgîj eunr&h.iTLùpJonrWfïQujrrLù mLùQp 

QunrŒLùn-&j5iriEiQŒrrQt$&)j£leùLù svastiçri çâleikalamar 'uttdkôvi- 
râjardjakémrivarimakku ydndu pan n iront jdvadu vdgûrmahdsabhdi- 
yôm mmmiideiyaçâleimûleippâdaçdleimrigeikkultimmm pô- 

gamdgandnkoduttanilam <r Bonheur ! prospérité ! L'année douzième 
du roi Râjarâjakêsarivarmâ, qui a détruit le vaisseau à Çâlâ^, 
terrain donné par nous en jouissance pour la sainte nourri- 
ture' 2 ' pour la dame du lieu du savoir dans l'angle de notre 
salle, nous-qui-sommes-la-grande-assemblée*. Suit la descrip- 
tion sommaire du terrain, limité au nord, à l'est et au sud par 
le canal de l'étang. Le terrain donné sera gjùanjpu9& ireiyili 
rr franc d'impôts v. Les derniers mots sont ^juulH^ru^rsfl^ 
G^itlù LLpjDrrWxGiLKTLù ippariçupaniltâm mahdsabhâiyâm «nous 
avons ordonné cette donation, nous-qui-sommes-la-grande-as- 
semblée*. Je ne pense pas me tromper en voyant dans Gut 
ebGFtrlkù pôdaçâlei (skr. Jtallltu) un synonyme de PlONHIl, car 
on ne peut le traduire que « salle * ou «lieu du savoir*. La pisi 
ar><5 nangei «dame* est peut-être Sarasvati. 

Après Krsna III, le Soja recouvra son indépendance et le 
Tondâmandala revint aux descendants des Pallavas; mais Ba- 
hour resta uni au Soja et partagea désormais son sort : inva- 
sion musulmane, morcellement entre plusieurs petits principi- 

(l) C'est-à-dire à Kândafûrçâlà cria salle de Kândajùr, le village des gloriosa 
superba*. M. Hultzsch pense qu'il s'agit de Sidambaram. Le fait historique auquel 
il est fait allusion n'est pas connu. 

(,) Ou er entretien »; amudu esl une des adaptations du sanskrit SPOT. 



[25] LE COLLÈGE DE BAHOUR AU IX* SIÈCLE. 233 

cules locaux, conquête définitive persane et organisation de 
royaumes indigènes feudataires, jusqu'au 20 novembre 1 7 4 9 , 
date à laquelle il fut cédé à la France avec les aidées (villages) 
qui en dépendent. 

Bahour faisait-il proprement partie du Tondâmandala? Cette 
vaste région qui était la partie tamoule, la principale et plus 
tard la seule province des Pallavas, était divisée en vingt-quatre 
districts ((p<5/tlLl_u> kôt/am <r forts *) et soixante-dix-neuf pays 
[jBrrQ nâdu). Chaque district était commandé par un fort élevé 
sur une hauteur; ce n'était le plus souvent qu'un simple ouvrage 
de terre. Les écrivains rapportent qu'il s'y trouvait îâooogy/- 
tras ou familles de cultivateurs, réparties en 1900 j^^^ù^ 
naltam <r centres d'habitation * ; ce mot natlam M s'appliquait exclu- 
sivement aux villages de çûdras : ceux de brahmanes portaient 
le nom d'agrahdra (^HîfT?:). Le mot tamoul ©ot/r tir désignait 
un village en général, avec tout le territoire qui s'y rattachait. 
Chaque village avait à sa tête un conseil, une assemblée, e=ctnu 
çabei ou LùpjDfr&Gnu mahdçabei : ce nom est ordinairement 
écrit en caractères granthas avec l'orthographe mixte *TfTOÎ? 
mahdsabhâi; il se retrouve, sous les formes dérivées &anuujrnf 
çajteiyâr «ceux de l'assemblées et plus souvent &ar>uGujirLL> 
çabeiyôm <r nous de l'assemblée n dans un grand nombre de do- 
cuments. Un procès-verbal de réunion de deux villages, au 
xu e siècle, contient même cette phrase caractéristique de ce 
qu'on appelait naguère le génie de la langue tamoule : Lùev&ir 
0=anuGujirLù f^ç^amû eu nri^Geu !TLLrrG(Q)Lû mahdçabeiyâm ârû- 
rây vdjvém dnâm, où vdjvâm est un futur verbal nominalisé, et 
qui doit se traduire : «nous-qui-sommes-la-grande-assemblée, 
nous-sommes-devenus nous-qui-prospérerons un-seul village 
étant-devenus i> , c'est-à-dire (rnous vivrons désormais réunis en 

(,) Ce mot se trouve dans la donation de Nrpatunga (voir ci-dessus , p. 2 1 8 , 1. 8 ). 



23A JULIEN V1NS0N. [26] 

un seul village»; dans ces trois mots en 4m, 4m a nettement le 
sens absolu et indépendant de «nous». 

Le nom de Bahour, pas plus d'ailleurs que celui d' A ru va, 
ne se trouve dans la liste officielle des 79 pays du Tondâ- 
mandala. Cette province est pourtant limitée, suivant les auteurs 
tarnouls, au nord par le mont Tiruvêngadam ou le sanctuaire 
de Kâlahasti; à Test, par l'océan; à l'ouest, par le mont de 
corail (ueiiLpu&ù pavajamalei, vers le i3 e degré de latitude 
nord); et au sud par la rivière G&iuirjpi çeydr'u ou la Qumr 
2sm pennei. D'autre part, on nous dit que le Soja se termine 
au nord, à la Qumn2sm pennei, à vingt-quatre «/r^ii kddam 
de sa limite inférieure : un kâdam ou ydjand est la distance que 
peut parcourir un homme ordinaire en marchant pendant une 
veille (iLimùLù yâtnam irw, c'est-à-dire pendant sept piranip 
ndjei ou j& irions ndjigei WtfoWl et demi, soit pendant trois 
heures) ; on l'évalue généralement à seize kilomètres. Il paraît 
que la Qucm2sm est dans le pays à'ija *LpiL : serait-ce là 
ïtjamandalam que tant de rois Sojas se vantent d'avoir conquis 
et où l'on voit généralement l'île de CeylanW? En tout cas, il 
ne saurait y avoir aucun doute que la pennei ou Quem2zm 
ujrjpj penneiyâr'u tria rivière féminine » est le ponnéar des cartes 
françaises qui forme la limite méridionale de notre territoire 
de Pondichéry et qui passe à deux kilomètres de Bahour; son 
embouchure est à six kilomètres et demi du même village. 

Une des inscriptions de la pagode de Bahour (au sud, sur le 
mur, première division, i4 lignes) parle de Bahour en ces 
termes : Q^<y/rd3LJLj/n£^L-«6y>zray/r^ 
euir&Liï Vêçdlippddivadakarei vâgûrnâttuman f d 'ddikareivâgûr <rBa- 

(,) Y a-t-il un rapport étymologique entre îja et çôja f Le nom de Coromandei 
est, on le sait, une adaptation de Çojamandala; le durcissement de l'initiale s'ex- 
pliquerait par une ancienne orthographe portugaise çoromandela et la suppression 
postérieure, en Europe, de la cédille. 



[27] LE COLLÈGE DE BAHOUR AU IX* SIÈCLE. 235 

hour, an bord de Man'd'âdi, dans le pays de Bahour, au bord 
septentrional de la division de Vêçâli*. Ce nom de Vêçâli est 
celui du domaine du solliciteur de la donation de Nrpatunga. 
L'inscription est datée de la 22 e année de Kannaradêva ou 
Krsna III, c'est-à-dire de 970, si on compte depuis qu'il avait 
conquis le pays, ou 962, si on compte depuis son avènement 
au trône des Râslrakûtas. 

Bahour est aujourd'hui le chef-lieu d'une des communes que 
le décret du 12 mars 1880 a organisées dans les Etablisse- 
ments français de l'Inde; c'était auparavant le chef-lieu de l'un 
des trois districts entre lesquels se partageait le territoire de 
Pondichéry. Il est situé par 77 22' de longitude ouest et 
1 1° 48' de latitude nord, à un demi-kilomètre d'une assez vaste 
étendue d'eau qu'on appelle le grand étang de Bahour; il n'est 
pas question de cet étang dans la donation de Nrpatunga , mais 
cela ne saurait nous étonner, car les trois villages qui font 
l'objet de cette donation sont au sud et à l'est de Bahour, au 
nord-ouest duquel est l'étang actuel. En revanche, il y avait à 
cette époque à l'est de Bahour une grande forêt, que rappelle 
aujourd'hui le nom de œtiI-Qœ^uulù kdttukkuppam cr hameau 
de la forêt M*, qui est celui d'un village à h kilomètres et demi 
du chef-lieu. Je ne retrouve sur la carte ni les noms de Vilâiir 
gditankaduvanûr^j de Çêttuppdkkam , d'Ireippûnaccêri, ni ceux 

(,) Je dois rappeler ici qu'en 188 a on a découvert à Bahour des lignites; non 
encore exploitées, on estime qu'elles pourront donner environ a5o millions de 
tonnes, car on évalue leur surface à 600 hectares, sur une épaisseur moyenne 
d'une dizaine de mètres. — «/rffl kddu tt forêt» se retrouve dans le nom très ancien 
de la ville d'Arcate, àpxarov des géographes grecs. On explique généralement ce 
nom par jy^a/r® arukddu rrsix forêts»» , mais je préférerais y voir ^pairQ ât'- 
kâdu rr forêt de multipliants» , pour j^à-air® âl-kàdu; beaucoup de gens pro- 
noncent ar'kàdu; les illettrés écrivent ^irâairQ ârkkddu; c'est de l'oblique J^p 
«/ril® ât'kdttu que vient la transcription grecque et l'indo-persan ol>15^I . 

(,) D'après ce nom, la forêt aurait eu pour essence principale le vilà trferonia 
elephantum». 



236 JULIEN VINSON. [28] 

de Mdmpdkkam, dullûr, de Nelvây, de Terimalippâkkam, de Àï- 
rimânpdlti; ces villages ont été détruits depuis longtemps sans 
doute. IVfais je trouve à 6 kilomètres au nord-est Kirimdmpdk- 
kam, et à 5 kilomètres à l'ouest Kaduvan'ûr, dont les noms con- 
servent en partie les appellations anciennes de Kirimdri et de 
Kaduwri, qui étaient peut-être des noms d'hommes, de person- 
nalités ou de divinités locales primitives. C'est ici le cas de rap- 
peler que, dans la toponymie tamoule, (bjljulù kuppam est 
proprement «hameau formé d'habitations groupées confusé- 
ment*, G&iï çéri « hameau avec maisons alignées, rue*, utrà 
«lu pdkkam «côté, bord*, (gip. kudi «habitation*, &§kït ûr 
«village*, LLfSJŒCdLû mangalam « prospérité (skr. *nF*f), village 
appartenant à des brahmanes*, eunrùjvdy « bouche, source (?)*, 
urrpG)! pdtti « compartiment, champ, carreau cultivé*, GulL 
Q pètlu ou GuL-Gni-.'pêUei «faubourg, marché*, etc. (Cf. Oh 
the naines of places in Tanjore, by lieut.-col. B. R. Branfilu 
5o p. in-8°; extrait du Madras Journal of Literature and Science, 
nouv. série, t. II, 1879, p. 43-92.) On peut se demander 
quelle est l'origine, l'élymologie exacte et la signification du 
nom de Bahour : à en juger par cette orthographe, ce serait 
un dérivé du sanscrit bdhu WTW «bras*, mais le nom original 
est euiT0n.iT vdgûr et, dans la partie sanskrite du document qui 
nous intéresse, il vient deux fois, aux strophes â5 et 3o, sous 
la forme «nwiïti vdgûrgrâmam; c'est donc un mot purement 
tamoul, formé de &skit ûr «village* et de euir(S) vdgu «régu- 
larité, beauté* (peut-être aussi «mimosa*, ordinairement 
eufTonŒ vdgeiavec la dérivative gg et) et ayant le sens de «beau 
village, belle ville, bellocq* (ou de «village des mimosas*). 

Si maintenant on examine les cinq plaques de Bahour en 
elles-mêmes, au point de vue de leur intérêt intrinsèque, la 
partie tamoule donnera lieu à de nombreuses observations. 

On remarquera d'abord le cérémonial indiqué pour l'exécu- 



[29] LE COLLÈGE DE BAHOUR AU IX' SIÈCLE. 237 

tion de l'ordre royal. Les chefs du pays (ndttâr) reçoivent le 
document, reconnaissent l'empreinte sacrée (tirumugam), sa- 
luent le précieux manuscrit, qu'ils placent sur leur tête en signe 
d'obéissance; puis ils vout solennellement, précédés du drapeau 
ou de la bannière, reconnaître le terrain concédé, dont ils 
font le tour et sur les limites duquel ils feront planter des 
bornes de pierres et des euphorbes épineux (kajji). Mais qui a 
apporté aux nàtfâr l'acte royal? Probablement l'exécuteur (dj- 
napti), ce qui fait voir que les villages avaient leur autonomie 
et que leurs chefs étaient les seuls intermédiaires entre ce qu'on 
pourrait appeler le peuplée tle souverain. Plus tard, on créa un 
fonctionnaire spécial, un représentant du pouvoir central, 
un GgiFfruQ dêçdyi (du skr. ^j), qui surveillait pour ainsi dire 
l'administration locale. Chaque village (ûr) avait son conseil de 
propriétaires (ŒrrGnsfliuŒŒirnriT kâniyakkârar, de Œiranfîl kdni 
ff fonds, patrimoine, possession, héritage»), présidé par le 
nâttâri ; ce conseil (çabei) prit plus tard le nom sanskrit de © 
trrrLùi3[reiJiTé)&)l&Lù 4JH*HtI**. 

La réunion des ndlfâr d'un district (kôttani) prenait le nom 
de mahàeabei, d'où les dérivés lùc^ofrj^ïrQ mahânâdu cr grand 
pays» et lùps^ir j^irL-i-îr^rr mahânâtlâri cr grand chef, membre 
de la grande assemblée». Ces conseillers de district se parta- 
geaient en trois commissions, dont la première s'occupait des 
cultures annuelles; la seconde, des étangs, du régime des eaux; 
et la troisième des jardins. H y avait, pour la tenue de la comp- 
tabilité, un secrétaire, ^zrarcr^ç iran çaranatiân ', du skr. IH^T 
prie vénérable» (appelé en skr. *n*H!M rr arbitre»), plus tard 
GsanrrŒŒaT Jcanakkan cr comptable». C'est qu'il y avait une 
comptabilité très compliquée. La propriété était collective, mais 
les kâniyakkârar avaient des droits inégaux; il y avait de plus 
à payer de nombreuses redevances, au roi, aux brahmanes, 
aux œuvres pies, et à divers copartageants Œ&ir&ŒirriT kaçdk- 



238 JULIEN VINSON. [30] 

kdrar <r usufruitiers (?)", sans parler des douze <r serviteurs du 
village* @Lp-LD<g6<95ar kudimakkal toujours payés en nature : le 
desservant du temple, le maître d'école, le chanteur, le distri- 
buteur d'eau ((p^/tlI^l tétti ou QeuiLi^.iuirch' vettiyâri), le 
blanchisseur, le barbier, le potier, le cordier, le garde-cham- 
pêtre (^âOoj/r/R taleiyâri), le cordonnier, le forgeron, le char- 
pentier W. Ces serviteurs étaient considérés comme appartenant 
à des castes très inférieures, mais leur condition était meilleure 
que celle des ouvriers cultivateurs du sol, parias, pallas, pallis y 
véritables esclaves attachés à la glèbe et qu'on vendait avec le 
champ où ils travaillaient. Ces esclaves agricoles se préten- 
daient d'ailleurs les anciens possesseurs du sol, que les velldjas 
auraient usurpé. On observait encore naguère près de Madras, 
en plein Tondâmandala, un usage remarquable : à l'expiration 
de chaque année culturale, les parias se réunissaient hors du 
village, qu'ils faisaient mine de quitter; les propriétaires se ren- 
daient alors auprès d'eux, les suppliaient de revenir et leur 
promettaient, outre l'entretien et la subsistance, le maintien 
de leurs privilèges. A Madras même, dans la ville noire, pen- 
dant la fête (ÏÊftdUdI, une forme de Kâli, c'est un paria qui 
épouse la déesse, au nom de toute la communauté (cf. Galdwell, 
Comparative grammar, 2 e éd., 1876, p. 548). * 

Mais, pour en revenir à notre texte, les tamulisants seront 
agréablement surpris en voyant combien le style en est pur et, 
si j'ose me permettre cette expression, classique; le langage en 
est absolument correct. Très peu de mots étrangers y sont em- 
ployés, ce qui confirme une fois de plus l'assertion que le ta- 
moul peut se suffire à lui-même et peut être écrit sans qu'on 
ait besoin de recourir à aucune expression étrangère. 11 est rare 
que les langues agglutinantes soient dans ce cas et aient un 

(l) D'autres listes en comptent quatorze et même dix-huit, ce qui prouve que le 
nombre variait suivant la région. 



[31] LE COLLÈGE DE BAHOUR AU IX- SIÈCLE. 239 

vocabulaire assez développé pour n'avoir pas besoin de mots 
d'emprunt. 

Les quelques mots sanskrits qui se trouvent dans notre texte 
forment deux catégories distinctes : la première se compose, 
outre le nom du roi Nrpatungavarmd (transcrit avec o pour w), 
des mots pour ainsi dire officiels et administratifs Brahmadeyam, 
Vidydsthdnam , Vxdyâbhôgam, sarva, parihdram, paradatti, vyavastâ 
(écrit vyavasié, qui représente la prononciation tamoule, comme 
le mbhdi dont nous avons parlé plus haut) ; vidydsthdnam a seu- 
lement été adapté à la dérivation tamoule en prenant la finale 
-nattdrkku, ce qui donne le sens de : <rà ceux du collège*. Mais 
tous ces mots sont manifestement superposés, juxtaposés, im- 
posés à un texte dont ils ne sauraient faire partie intégrante; 
aussi ont-ils été écrits en caractères sanskrits : brahmadeyam a ce- 
pendant aussi été transcrit piramadéyam, l9otlùG0)Ujlù . Lesautres 
mots sanskrits sont cQem&LLi triçeiya, juarxrujttT areiyan', eQ&prr 
çmùuLù vinnappam, JXftttêîSb ânatti, l£)(/£(Lp<£t£ tirumugam, 
qui représentent ftraw vijaya <r victoire » , KT*T râjâ <r roi » , fïnrfïl 
vijnapti <r représentation , requête», ^TPBfjT âjnapti cr exécuteur 
d'un ordre» et 1 ft^i çrimukka <r visage sacré» : ce sont encore 
des expressions d'ordre administratif, mais d'un usage plus 
ordinaire et plus fréquent, et nous savons qu ânatti est une 
forme prâkrite que nous trouvons notamment dans la dona- 
tion, en prâkrit, delà femme du prince héritier Vijayabuddha- 
varraâ (fils de Skandavarmâ), publiée par M. Fleet dans l'/n- 
dian Antiquary (t. IX, p. 100-102) : c'est un des plus anciens 
documents que nous connaissions des Pal la vas; la formule dé- 
précatoire finale y est d'ailleurs en sanskrit. Vijaya fait en quelque 
sorte partie du nom du roi. Quant à areiyan, pour râjâ, il est 
pris dans une acception très nette et très précise; il ne signifie 
pas (rroi, souverain», mais seulement (relief, administrateur, 
ministre, feudataire» et c'est pourquoi je l'ai traduit <r prince». 



2'i0 JULIEN VINSON. [3â] 

TTOT a fait en tamoul ^J/r/r^/r irdçd, transcription moderne et 
pédantesque, ^trirtuevr irdyari, adaptation plus euphonique, 
qui est employée dans les noms d'hommes comme appellation 
indicative d'une caste qui prétend être kchalrya, ^zrerJr ara- 
cari et wiïiuçvr arayari, d'où wanirujm areiyari, et — forme 
évidemment la plus ancienne, n'ayant aucune apparence du 
genre masculin — M 11 ^ oraçu. Le vrai mot tamoul pour 
«roi*, dans le sens absolu du mot, est Gdsrr kâ, dont la forme 
oblique ou adjective est G&nrm- kâri ; il est aujourd'hui tombé 
en désuétude et ne se retrouve plus que dans l'expression 
Gasircfilâ kô-y-il ou GasrreQd) kâ-v-il « temple, église, maison 
du Seigneur*, primitivement « maison du roi, palais*. 

Un autre mol, sinon oublié, du moins peu usité aujour- 
d'hui, est lUïrcmQ ydndu « année*, remplacé généralement 
par eii(!ï)cfiLû varvmm (^rô) et qu'on écrit mmrQ dndu. Pho- 
nétiquement, il faut en rapprocher typnLù dmei « tortue * , que 
l'on trouve écrit lurremiL ydmei dans certains vieux auteurs. Il 
y a un certain nombre de mots où le y initial, qui paraît 
primitif, a été supprimé à une époque relativement récente : 
LUfrif ydr «qui*, et ses dérivés ou ses corrélatifs; LLirr2m ydriei 
« éléphant*; ujrrciï yd\i «lion*; qu'on écrit aujourd'hui jyJr 
dr, jm&st driei, jyfft dix. Dans d'autres, le iu y des formes 
poétiques paraît plutôt adventice et analogique qu'organique : 
oj/TbTOLû ydmei pour J^pnu* dmei « tortue*, ujtrQ yddu «brebis* 
pour g&Q ddu, tunrjpj ydru cr rivière* pour J&M dru qui a de 
plus le sens de «chemin, voie*. D'autres fois la forme sans 
y est manifestement irrégulière et résulte probablement d'un 
c-iprice d'écrivain : ^jfp^rlf dnar pour tufr^vrif yânarx beauté*, 
JMLpà djal pour ujrrLpti) ydjal «termite*, et surtout jmAcit>g> 
dkkei pour LurréanŒ ydkkei «corps*. La comparaison avec les 
langues congénères, dont les unes (canara et malayâ]a) ont d 
et les autres (télinga et tulu) ê (pron. yê), la variation des in- 



[33] LE COLLÈGE DE BAHOUR AU IX' SIÈCLE. 2fti 

lerrogatifs et indéfinis yd ou é, confirment l'hypothèse que les 
formes en yd sont primitives. Rappelons que le a radical du 
pronom de première personne, qui est le démonstratif éloigné, 
s affaiblit en e dans les suffixes verbaux. 

Plus loin, nous trouvons jupu* ar'am, avec la signification 
évidente de cr œuvre de bienfaisance, générosité, don chari- 
table*. On le traduit d'ordinaire par cr vertu*; dans son Dic- 
tionnaire canara, M. Kittel explique ç^ca ara par crvirtue, 
charity, alins, law*;*le sens propre est cr charité*, la vertu par 
excellence des Indiens. Les radicaux congénères sont j^j§\ ar'% 
cr savoir, connaître, distinguer*, Jtfjp* aru erse diviser, se 
rompre*, Jtfanp arei «parler, déterminer*, qui donnent le 
sens général de ccdiviser/partager*; or la charité, dans l'Inde, 
est surtout la distribution de son bien, le partage avec les 
autres de ce qu'on possède. 

Ce radical jUGnp or et vient qualificativement dans l'expres- 
sion juempGiuirïïtà arei-y-ôlei crl'ôle qui décrit*, c'est-à-dire 
rr le procès-verbal*. On sait que sj&û ôlei est croie, feuille de 
palmier sur laquelle on écrit* et, par extension cr plaque rec- 
tangulaire de cuivre écrite, ordre royal, letlre*; ainsi, dans 
les plaques de Cassacoudy, il y a le titre G&trG(Q)2tà kôtïâlei 
rr lettre royale, ordre royal*. g>&>) âlei diffère de J£)(5(Lp<s5La 
lirumtigam (^ft*PS), qu'on prend aussi pour cr lettre*, en ce que 
ce dernier mot se rapporte surtout au cachet, au sceau, à la 
figure ((lp«lL) qui rend le document vénérable, illustre, res- 
pectable, sacré (J5(5). 

Arei est souvent employé par les auteurs classiques sim- 
plement pour cr parler*. ^ona= tçei est pris aussi dans la même 
acception, mais tçei est proprement cr harmonie*; or l'harmonie 
résulte d'une succession de sons; c'est pourquoi j'ai traduit 
$)&>&=<£&) içeùta par crénumérés*. 

Les noms des quatre points cardinaux doivent attirer 

MÉMOIRES ORIENTAUX. lG 

ivpRiMraie satiovalk. 



242 JULIEN VINSON. [M] 

notre attention : em-ê>(&) vadakku «nord*, Glù(P(&) mêt'ku 
(r ouest a, Qgîpfg) tet'ku ce sud a, @Lp<é@ kijakku (resta, sont dé- 
rivés de 6i;l_ tWa, (plao) m$, Q^m téri et §l£ A^*, par (5 fcw, 
où il est difficile de ne pas voir le suffixe du datif, dont le rôle 
grammatical et la signification originelle se trouvent ainsi 
précisés : @ ku doit avoir le sens de cr direction, mouvement a. 
Le datif en effet marque un rapport d'espace qui comporte un 
changement de place , le passage d'un endroit à un autre. Or, 
il me semble que les radicaux verbaux secondaires dérivés par 
(«5 ku ou gu, expriment tous un mouvement : Q&yfrL-têifQ) to- 
dangu (r commencer a, q^ujiei(q muyangu cr s'efforcer a , euanniu 
(«5 vanangu ce vénérer, saluera, ^o)@ ilagu ce briller a, etc. 
Mais quelle est l'étymologie des quatre radicaux ci-dessus, com- 
posés avec ku? Aucun doute pour «esta et cr ouest a, qui sont 
les régions cr inférieure a et cr supérieure a du pays; cela veut 
dire que le pays tamoul primitif était entre les montagnes à 
l'ouest et la mer à l'est. J'ai fait remarquer ailleurs que le ma- 
layâla , qui est un ancien dialecte tamoul , emploie les mêmes 
mots, quoiqu'il se trouve dans une situation topographique 
toute contraire, ce qui donne le droit de supposer que le pays 
a été peuplé par des gens venus de l'est, d'au delà des mon- 
tagnes. Vada eut- ce nord a est apparenté à un grand nombre de 
radicaux, dont eui—th vadam cr égalité a, eiup_ vadi ce couler, s'al- 
Ipngera, cuQ vadu ce défaut, manque a, ojlLljI* vattam ce rond, 
disque, plat a, oumr van ce beau a, eventù va]am «bien, ordre, 
abondance*, eu or va} cr force, vase, plat a, ewrQ vâdu erse flé- 
trir, s'affaissera, etc., d'où paraît se dégager l'idée de cr plaine, 
étendue régulière a. Quant à Qpâr téri ce sud a, il se rapporte 
à QpttT téri cr bonté, rencontre, opposition a, Qg>6vrjr)â téri d al 
cr vent du sud (qui trouble) a, Qppjpj teiiu ce vexer v troubler a , 
Qpjp ter'u cr broyer, piler a , QpnSl téri cr se briser a , Qpâ tel 
rr troubler a, G peu tel «être délivré, échappera, etc., ce qui 



[35] LE COLLÈGE DE BAHOUR AU IX- SIÈCLE. 243 

donnerait le sens général de « trouble, désordre, mouvement 
violent*. Ces étymologies prouveraient que le pays d'origine 
des Tamouls était vers la pointe extrême de l'Inde, quelque 
chose comme le Tinnévèli, entre les montagnes à l'ouest, le 
rivage bas du golfe de Bengale à Test, les longues plaines au 
nord, les tempêtes et les agitations de la mer au cap Gomorin 
dans le sud. 

Une autre expression intéressante est er&dtà ellei « limite*, 
dérivé de er& el par la terminative substantive gg et. H est 
difficile d'en déterminer le sens primitif : on trouve erS éli 
«rat*, ercpj élu «ours*, er& el « soleil, jour*, erâcûfrih elldm 
«tout*, erçpjLùt-i elumbu «os*, €rr$l éri « lancer, briller*, 
atpnfîl e{(\* avoir compassion*, erpjpj eù'u* battre, répandre*, 
erttr en «parler, dire*. Dans mon Manuel de la langue tamoule 
(Paris, Impr. nat., 1903), j'ai dit (p. 96) que er&cdtrLù elldm, 
apparenté à erebdtà ellei, est peut-être formé d'un erâ el corré- 
latif des négatifs de quantité ^jâ il et de qualité jyd) al, er é 
marquant l'interrogation ou l'indéfini, alors que w a est le 
démonstratif prochain et ^ i le démonstratif éloigné. Une 
ancienne divinité tamoule est er&eûLùLùar ellamman ou erâ 
rtiianLû elhmmei, où wlùlùot ammari, juLLanu* ammei, veut 
dire «mère, matrone* : c'est une déesse redoutable qu'on 
cherche à se rendre favorable par des prières, des processions 
et des sacrifices; on paraît y voir une sorte de dieu Terme, 
défendant et protégeant les bois, les propriétés closes. Dans 
son dictionnaire inalayâla, M. Gundert explique elldm «tout* 
par «unbounded*; dans son dictionnaire canara, M. Kittel rat- 
tache àe> ella «tout* à àeao eru «lo be ail, entire, full, or 

complète*, radical inconnu au tamoul. Peut-on conclure de 
tout cela à une racine erà) el «plénitude, perfection*? 

J'arrive maintenant au mol uipiu pajaya «ancien, an- 

iG. 



2M JULIEN V1NS0N. [36] 

tique », qui se prononce généralement pakiya (ce devrait être 
exactement pareiya) et qu'on n'a pas manqué de rapprocher du 
grec vraXcués. Le radical est uemLp pajei, uup paja, apparenté 
à uip(&) pajagu, uLp&(9j pajakku rr s'habituer, accoutumer*, 
ui£Lù pajam ce fruit mûr», ul£1 paji rr faute, mal, haine», u(Lg 
paju ce mûrir, jaunir», uçlù^ pajugu rr défaut*, ucfH(Ej(^palingu 
ce miroir», uâraTLb paUam ce creux, fosse», u^rcfH pallx rr habi- 
tation, retraite, r.éduit», u cm pan rr pièce d'eau, fosse», ucm 
Q pandu ce ancienneté», etc., et môme euLpisj^ vajangu rrêtre 
usité», euLpës(3) vajakku rr procès, querelle», eui£l vaji rr chemin, 
usage, antiquité», cuQ£ vaju rr faute, erreur», etc.; tous ces 
radicaux réunissent l'acception commune évidente de rr faiblesse, 
fatigue, usure», rr Vieux» se dit ordinairement Stp kija (fct/a, 
kira) ou, comme on prononce vulgairement, kéja, qui se rat- 
tache à Slp kij ce dessous», Qi£i kijix déchirer, se déchirer» et 
dont les dérivés ont le sens de rr propriété, maître, épouse». 
En canara, on a ica pa\a rrmûr», Zty paît rr blâmer», iwo 
palu rr forêt, jungle», Z>t33 pa\e rr vieux» (le canara moderne dit 
So? haie, BoÇ haU), mais les radicaux en kij> k%l sont réduits 
au sens d'rr inférieur». En télinga, on dit ie;o2 paluva rr mau- 
vais». — Une autre racine en Lp jl(/, r) se trouve dans Q^ïtq^ 
toju rr adorer, vénérer», qu'on peut rapprocher de Qd>ranrrQ 
tondu rr ancienneté , servitude » , Q^/n^lsï) tojil « office, fonction » , 
Qptr&T toi * diminuer», QpïrVhr tojei rr trotter»; en canara, 
~Sjw> to\a s'emploie avec le sens de retourner, errer». — Ces 
trois séries de mots sont manifestement inspirées par la même 
idée générale de rr faiblesse, diminution, décadence, ruine», etc. 

Nous trouverions du reste une conception» analogue dans 
rr jeune» Jà)or ila ou ^<hruj ileiya : cf. (*£)Lp ija rr se perdre», 
J£)l£) iji redescendre, diminuer, s'avilir», Jï)(L£> iju rr tirer, 
glisser, se tromper», J£)<nn{£ ijei rr frotter, mêler, amollir», 



[37] LE COLLÈGE DE BAHOUR AU IX* SIÈCLE. • 2*5 

^)6Trd5@ ilakku cr amollir, adoucir*, ^)ofl ili «avilir, bâiller *, 
$)3kn ifei « maigrir *. 

J'aurais encore bien d'aulrcs expressions à relever, mais je 
me borne à signaler : . 

i° LfevrQ&uj puriçéy (et son opposé jzttrQ&iu nariçéy) de 
Q&uû çéy « champs; les radicaux en Q& ^'paraissent exprimer 
tria perfection, la beauté, l'éclat * : puriçéy est trie champ vil, 
inférieur*, le terrain élevé où ne poussent que ce qu'on appelle 
ffles menus grains*, c'est-à-dire le millet, le coriandre, etc.; 
nariçéy crie bon champ* est uniquement le nom des rizières. 

2° LD§br mari ex cr maison*, proprement «ferme, maison 
avec cour environnée de bâtiments et jardin derrière*; l'un 
de ses dérivés les plus intéressants est u&ncQ marieivi « épouse *. 
Les principaux mots correspondant à « habitation * sont en lamoul : 
Jl)ri> il, @Lp. Jeudi, cffQ vtdu (pron. ûdu) et Lù2m mariei. Le 
canara emploie spécialement Ko& gudi et le télinga ge>o Mu; 

Jeudi ou gudi paraît se rattacher au sanskrit gjfè Jcuti. Vtdu vient 
probablement d'une racine en via, vin, vij, vil, exprimant l'idée 
de cr départ, accident, chute, faiblesse* : c'est donc probable- 
ment rr halte, séjour, domicile temporaire* et le mot semble 
d'usage relativement moderne. 7/ est plus original; il sert de 
suffixe locatif et son initiale * le rattache au démonstratif pro- 
chain : corrélatif de al, ul et el, il a sans doute le sens primitif 
de «cet endroit-ci*; cf. JS)ffi/(9) ingu «ici*, JS)<^ ccceci*, Ji)<r£r 
gp ff aujourd'hui * , etc. Quel rapport y a-t-il entre JJ)ri) « maison * 
et l'idée négative, exprimée aussi par J£)ri) i7? Cela tient évi- 
demment au rôle fonctionnel des démonstratives locatives a, 
i, u, e, en dravidien. 

3° Lùttrjpj mari du ou lùcvtjdlù mari dam rr place, endroit dé- 
couvert, salle publique*, d'où LùttrçyQ maridddu rr supplier, 



246 JULIEN V1NS0N. [38] 

implorer*, c'est-à-dire <r s'agiter en public*. J'ai traduit rr clai- 
rières *. 

h° Œarr^i karidu «jeune plant, petit arbre*, qui a aussi le 
sens de crveau*; «veau* se dit même ordinairement Œttrgi 
Qjily*. karidukutti, qu'on prononce ^smr^^és^iLi^ kannuk- 
kutti. Il est intéressant de rappeler à ce propos la confusion 
que font les Tamouls entre les noms d'enfants, déjeunes arbres 
et de petits d'animaux. On trouvera une liste de ces noms dans 
la Grammaire française-tamoule du P.Dupuis(Pondichéry, i863, 
petit in-8°, 554 pages). œ^t^j karidu s'applique encoreau petit 
buffle, au daim, au petit éléphant. — @/°ip kutti sert, dans 
le langage courant, à désigner une petite fille; il a même sou- 
vent un sens péjoratif et dans ce cas peut prendre la forme 
(g^iLi^iuïtot huttiyâl : (^iLi^iuTL^iBâr^ïï kuttiydtpillet , prononcé 
vulgairement kutliydpuUé, est l'équivalent exact du trop commun 
béarnais hil-de-pule. Mais @ûf est le nom propre du petit 
des serpents, des requins, des quadrupèdes domestiques, des 
crocodiles, des singes et d'autres animaux encore. — iS^âir 
pillei est de même cr enfant* ou rr petit écureuil, petit perroquet, 
petite mangouste, petit singe* ou cr petit cocotier, petit aré- 
quier*. — (&j(Q)3ï kunju rr petit rat, petit oiseau, petit poisson* 
est employé quelquefois pour rr petit enfant*. Ces confusions 
témoignent évidemment d'une mentalité très primitive. 

5° q-Qlùlj udumbu, que j'ai traduit <r lézard*, est plutôt 
le gros lézard à langue bifide, l'iguane, lacerta iguana, dit aussi 
GW^/r kôdâ (skr. gôdhd *FtVî). 

Deux passages du texte tamoul sont obscurs : cQQl-cùçQQ 
(&)&irQuil.i$. doit être un nom de localité (cf. S.I.I., III, p. 92); 
evrr0h.Q[rrrQi—çrTj$l ne paraît offrir aucun sens intelligible. 

Au point de vue grammatical , on remarquera que les règles 
euphoniques sont en général observées; mais une des singula- 



[39] LE COLLEGE DE BAHOUR AU IX* SIECLE. 247 

rites les plus curieuses est la formule *rri)&>) J^sïtsej/lL ellei 
irinum, où a_iL um est la conjonction «et*, ^finr in le suffixe 
de l'ablatif; on écrirait aujourd'hui er&<kdu9gg>]Lù ellei-y-in'um, 
parce que ^th in est devenu en quelque sorte un enclitique; 
le redoublement du m n fait voir que ce suffixe conservait son 
indépendance entière. Le texte porte aussi ad)<kd {eftevr ellei in 
pour er&<hdu9ttr eUeiyin. On trouve même «y, Jj)*£r d in pour 
euuSttr âyiri, radical verbal du passé de * être, devenir -n. H con- 
vient de noter également ^(èiiSian&pp iivàiçeitta pour ingiçeitfa 
$j[5i@i.ar>6F<g>8)\ cette assimilation du g au ri précédent est une 
des habitudes actuelles de la langue malayâla, qui est un vieux 
rameau détaché du tamoul il y a quelque dix à douze siècles. 

Dans la transcription sanskrite des deux noms de lieu çêttup- 
pdkkam et ir'eippûnaecéri, a= ç est devenu c^et^pra été changé 
en d *• Le signe du p sur les plaques n'est qu'une modification 
de celui du d /_; il en était de même sur les plaques de Cassa- 
coudy. Le troisième village a un nom différent dans chacune 
des deux langues. 

Il n'y a aucun féminin dans ce texte; on y rencontre seule- 
ment le masculin singulier *£r dans cuiriùLùm varmmari et jy 
anirujttT areiyari, le masculin pluriel it dans ^/tlIl/t/t ndttâr 
et où&)rr&Té50)[riT stdriattdr. Les deux formes j&cùevr nilan et 
jBgùlù nilam indiquent, comme dans les vieux auteurs clas- 
siques, que la distinction des genres, limitée d'ailleurs aux 
noms d'hommes et de femmes, était d'introduction relativement 
récente. 

J'ai traduit par le pluriel les mots terrains, sois, villages, etc. , 
qui sont au singulier dans le texte. Le pluriel était évidemment 
dans l'esprit du document. Dans le langage ordinaire, même 
écrit, on juge souvent inutile de l'exprimer par les suffixes qui 
y sont affectés. 

Le pluriel ordinaire œot se présente dans <>rri)&T)<s56Yr elleigal 



248 JULIEN VINSON. [40] 

<rlcs limites*; dans ^irosjŒar tâiigal creux-mêmes*, il est pléo- 
nastique. Nous avons plusieurs exemples de singuliers employés 
comme pluriels, d'accusatifs confondus avec le nominatif et de 
génitifs exprimés uniquement par la position du déterminant. 
Les seuls suffixes employés sont ceux de l'accusatif dans Qup 
(jp^n/r pet't'ârei creeux qui ont obtenu*, de l'instrumental dans 
eQmraprruu&>&)r& vinnappattdl erpar la demande*, du locatif 
dans er&2tà&çfiïâ elleigal-il cr dans les limites*, de l'ablatif dans 
erâ<bdu9ttT ellei-y-iri rrde la limite*, et du datif @ feu, dont il 
y a plusieurs exemples. Nous avons deux formes obliques ou 
adjectives, œtiLQ kâttu de œtQ kddu crbois, forêt* et jbtlLQ 
ndttu de jbitQ nddu ce pays* d'une part, ufr&Œpgj pàkkaltu de 
L//rd5«Lû pdkkam or côté* de l'autre. 

L'honorifique ou respectueux n'était pas encore distingué du 
pluriel, ce que nous prouve pjsjëiril-Q tan-ndttu ce de leur pays, 
du pays d'eux* à côté de ^irisjŒaT tdngal creux*; umfi&> 
Ge>\jb panittém ernous avons ordonné* est un pluriel pris pour 
le singulier. 

Il n'y a pas d'autre pronom que prŒUŒar tdngal, ni d'autres 
noms de nombre que ce deux* JJ)zranrr® irandu, cr trois* ÇLpevrjpi 
mûri du, cr quatre* jBir^r^ ndrigu, employés adjectivement 
sous leurs formes pleines, jujpi-igj arubadu cr soixante*, et 
l'ordinal eru-urreu^j ettdvadu cr huitième*. Un seul adjectif dé- 
monstratif, JJ) i, dans (^Lùçtpttrjpj immûri du crees trois-ci*, 
^&çQçfrri&&ril-L-(E]&Qei]ggirT(T ivvxldrïgcUtankaduvariûr ce ce Vi- 
lângâttankaduvan'ûr-ci *. 

En fait d'adjectifs, nous avons uipiu pajaya cr ancien, 
vieux* et les deux variations Guif pêr et Qu(nj péru ce grand*. 
On peut ajouter les participes passés Qutpp peda cr obtenu*, 
efilQ&ïp vidutta cr laissé * , JJ)lLl. i(( a ff donné *, judsuuLLL-agap - 
patta retrouvé*, et le radical verbal ^ertjD ar'ei employé ad- 
jectivement dans juanjpGujirdtà areiyâlei croie de description, 



[41] LE COLLEGE DE BAHOUR AU IX* SIÈCLE. 249 

procès-verbal* (c'est ce que les grammairiens appellent le par- 
ticipe futur abrégé). 

Deux formes verbales seulement : uanfla>G8)Lù pani-tt-êin 

<r nous avons ordonné* pour cr j'ai ordonné*, employé respec- 
tueusement parce que c'est le roi qui parle, et Qe=drp^j çé- 
ri-d-adu tri! est allé, il est parti* (3 e pers. neutre du prétérit), 
de Q&=eû çél rc aller*. — uanfà pont, apparenté à u2sm panei 
rr s'accroître * , umr pan «r façonner* et cr prestance * , uaprrL-Lù 
pandam cr objet mobilier*, prend à l'intransitif le sens de cr s'in- 
cliner, saluer* et au transitif celui de <r parler, commander, 
abaisser*. — Q&çùçél a proprement la signification de cr passer * 
et par extension de cr s'écouler, s'employer, s'exécuter*; il est à 
rapprocher de Q& pi/cr petit, mince*, && ir çilir erse hérisser*, 
Qgpj çilu rr bouillir*, S^iLl/ çilumbu <r faire saillie*, $&>) ci- 

lei rrarc, son*, &p(&) çir'agu «raile, plume* (can. -£ v kela), 
fàp cira erse distinguer*, Qjpj çir'u a diminuer, se rétrécir*, 
&ar>p çir'ei rraile, captivité*, etc., ce qui indique une pensée 
primitive de cr fuite, échappement, glissement*. 

Le signe pronominal de la première personne plurielle est 
ici çjlù ém; aujourd'hui, la forme générale est £>lL ^ w > ma,s 
on trouve aussi jzllù dm dans les poètes. J'ai dit dans mon Ma- 
nuel (p. 1 13, note) que peut-être la première a été employée 
plus spécialement dans le nord, la seconde dans le sud-est et la 
troisième dans l'intérieur du pays. On pourrait supposer aussi que- 
cr^ ém, formé par analogie avec le singulier çian en, est plus 
particulièrement respectueux. 

Deux autres formes verbales sont prises substantivement : 
Qujpayann- pet't'drei, accusatif de Qup(n^^ pe-t't'-dr rr ils ont 
obtenu*, c'est-à-dire rrceux qui ont obtenu*; et ^eui^jè^^j 
tavajndadu cr il a rampé (neutre)* qui, suivi ici de erâciïiTLù 
elldm fftout*, se référant à jËlcùdr nilari cr terrain, sol* précé- 
dent, donne le sens, de r partout où rampe*. C'est ce qu'on 



250 JULIEN V1NSON. [&2] 

appelle une phrase relative; on sait que ces contractions sont 
communes aux langues dravidiennes et à beaucoup d'autres 
idiomes agglutinants. 

Je dois signaler enfin I optatif Œrmras kdnga <r qu'ils voient! * ; 
plusieurs infinitifs ou gérondifs présents : *u<5 àga frétant, de- 
venante, çQQ&œ vidukka (renvoyer, lâchera, et dJ}i_ vida 
«laisser, quitter * (dont eQQés est le transitif); et un assez 
grand nombre de gérondifs passés, dans lesquels je comprends 
$)€vrr$ in'di «sans*, c'est-à-dire <r n'étant pas*. 

Une dernière expression nous arrêtera un instant : €TQ§<h&* 
(récriture* ou « lettre*, pris ici dans l'acception de l'espagnol 
letrade. . . J'ai fait voir ailleurs que ce mot est proprement : 
(r marque, signe*; cf. erQ edu (r tirer*, eriLQ etfu «atteindre* 
et rrhuit*, €Tcm en (r compter, penser*, eri£lâ ejil ((beauté, 
couleur*, ctl^S ejili cr nuage*, er(Lg eju« se lever, se dresser* 
et (r pilier*, ct(lù&j éjudu cr écrire, tracer, peindre*, erefH e\i 
(t pauvre, faible*, eràr e\ (r mépriser* et a sésame*, cri-cî) édal 
(r penser*, çjQ êdu (r feuille de palmier*, crswfl éni (r échelle*, 
çrem ê$ rrse courber*, çjip éj asept*, etc. 

Je tenais à établir fétymologie exacte de ce mot, parce que 
c'est un de ceux que l'on met en avant lorsqu'on affirme que 
les Dravidiens, ou tout au moins les Tamouls, avaient déve- 
loppé une abondante littérature originale et s'étaient fait une 
écriture indépendante avant l'arrivée des Àryas dans te sud de 
l'Inde. Rien ne le prouve; il est vrai que le tamoul a un voca- 
bulaire assez riche pour qu'on puisse écrire un ouvrage entier 
sans employer un seul mot sanskrit, mais ceci est purement 
théorique; en fait, il n'existe aucun livre tamoul où l'on ne 
trouve des mots sanskrits. Même dans le langage le plus vul- 
gaire, il en intervient toujours quelques-uns; seulement, on a 
fait remarquer depuis longtemps que les plus anciens poèmes, 
comme les phrases les plus communes de la conversation cou- 



[48] LE COLLÈGE DE BAHOUR AU IX' SIÈCLE. 251 

rante, ont réduit ces emprunts au minimum nécessaire, tandis 
que les lettrés et les gens instruits affectent au contraire de se 
servir de mots sanskrits. Ceci ne justifie point au surplus la 
distinction proposée par Beschi entre le haut ou pur ta m oui, 
Q&j5g)L£li£ çéntamij, et le tamoul ordinaire ou commun, Qœit 
Qj5&)l£I£ koduntamijy pas plus que celle , indiquée par les gram- 
mairiens indigènes, entre le tamoul courant, ^jiuppiÊip iyat'- 
ïamij, le tamoul poétique, ^an&êiGïiÊip içeittamij, et le ta- 
moul dramatique, j^tuœ^^lQl^ nddagattamij . En réalité, il 
n'y a qu'une seule langue, et les différences qu'on y constate 
entre les écrits des diverses époques ou les langages des diverses 
classes de la société ne sont pas plus absolues que chez nous. 
Si les Tamouls ont connu anciennement l'écriture, il n'en est 
resté aucune trace, pas plus qu'ils n'ont gardé aucun souvenir 
des ouvrages antiques que cette écriture aurait transcrits. On 
prétend que l'alphabet primitif est représenté par le gijlLQi— 
(Lùpgj vattéjuttu cr caractère rond», qui a été longtemps en 
usage dans le sud-ouest du pays tamoul, et on a invoqué à 
l'appui de cette hypothèse l'opinion de M. A. G. Burnell; mais il 
a dit seulement que le vattéjuttu a pu être emprunté directement 
aux Sémites par les gens du sud , tandis que les autres écritures 
de l'Inde méridionale sont des réductions d'alphabets importés 
du nord. Il est incontestable que l'alphabet tamoul — quelle 
que soit du reste sa forme — offre ce caractère tout particulier 
de représenter plusieurs consonnes par un seul signe. Les six 
explosives ta moules <s, <f, l_, ^, u, p se lisent respective- 
mentkoug, — ç,c(tch)ouj (dj), — t, d, — t, d, — p, 6, — 
r, t\ d (r fort, t et d mouillés), mais il n'y a aucune difficulté 
à les prononcer exactement, car cela dépend uniquement de 
leur position dans le mot, des consonnes ou des voyelles qui les 
accompagnent II y a là un procédé graphique raisonné, témoi- 
gnant d'une observation très précise et indiquant par suite la 



252 JULIEN VINSON. [M] 

nature artificielle et mécanique de l'alphabet tamoul. Mais ceci 
n'est pas spécial au vattéjutlu; tous les alphabets tamouls font 
de même. Quant à l'isolement du vattéjuttu, je ferai remarquer 
qu'on l'a exagéré; ainsi, pour nous en tenir aux deux docu- 
ments de Cassacoudy et de Bahpur, les mêmes consonnes y sont 
quelquefois écrites différemment dans la partie sanskrite et 
dans la partie tamoule. Dans celui de Bahour par exemple, les 
caractères tamouls sont généralement plus simples; ç, t ou d, 
p, m, /, ont des formes toutes différentes des lettres sanskrites 
correspondantes. Ce qui démontre enfin l'origine sanskrite du 
vattéjuttu, c'est, outre l'ordre des lettres dans l'alphabet, l'absence 
de signes distinctifs entre é et é 9 o et 6; le redoublement du 
signe de i pour ai; la combinaison de d et é pour indiquer o; 
la suscription de t, i et la souscription de w, û; la parenté de 
k, ç et t y de p et m; l'addition d'un signe à ka, ta, pa, etc., 
pour faire k, t> p muets, etc. 11 n'est pas jusqu'aux consonnes sans 
correspondantes en sanskrit dont la forme ne confirme cette 
dérivation : r (i, d!) rattaché à t et ri à n; j il est vrai paraît 
formé de m; mais, en canara, il est apparenté à r et r et, dans 
l'alphabet tamoul, l'ordre symétrique y, r, /, — v 9 j 9 l indyjue 
bien que c'était primitivement un r. 

11 ne me paraît pas douteux par conséquent que les Tamouls 
ont reçu l'écriture des Aryas et que leur littérature s'est formée 
sous l'influence des auteurs sanskrits. Comment et à quelle 
époque? C'est ce que je vais essayer d'établir d'une manière 
aussi approximative que possible. 

Je ne m'occuperai pas de l'origine des Dravidiens; c'est une 
question oiseuse. Il suffit de constater que bien avant l'ère 
chrétienne des Occidentaux étaient venus sur les côtes ouest et 
sud de l'Inde et avaient eu des rapports relativement fréquents 
avec les indigènes. Les noms du Pândi, du Soja (Sora), de Ma- 
duré, et d'autres encore, y compris celui du cap Comorin qui 



[45] LE COLLÈGE DE BAHOUR AU IX' SIÈCLE. 253 

est sanskrit, sont connus depuis longtemps. Le Pândi et le Soja 
sont les deux pays où le tamoul a été parlé de mémoire d'homme; 
les Indiens y ajoutent le Çêra; et l'histoire nous apprend que 
le sud du royaume Pallava était aussi compris dans le domaine 
du tamoul, quoique les grammairiens locaux ne connaissent 
que les trois royaumes tamouls du Pândi, du Soja et du Çêra. 
Ces faits suffiraient pour établir qu'il y a plus de deux mille ans 
l'aryanisme avait déjà pénétré jusqu'à l'extrémité méridionale 
de la péninsule et que le Tondâmandala a toujours été consi- 
déré par les gens du pays comme faisant partie du Soja : peut- 
être en avait-il été détaché à l'époque où s'est formé le royaume 
des PalIavasW. Ces rois portaient le titre ou le surnom ou la 
qualification de Irdirdjya rraux trois royaumes»; leur domaine 
était donc formé de trois pays, de trois provinces administrati- 
vement séparées, sans doute le Vêhgi, où l'on parlait télinga; 
le Tond4mandala , où l'on parlait tamoul; et une région occiden- 
tale, où on parlait canara^. A la différence de Pdndi , Sâja, Çêra 
(skr. kérala ifar), qui sont des noms géographiques durables, 
Pallava est un nom dynastique qui a disparu avec les rois qui le 
portaient. Le royaume Pallava n'est généralement pas connu 
des écrivains tamouls; le Qj^pn-Lùttisfl (çinddmani, fq*!mfïl!) 
seul y fait voyager son héros : il en appelle la capitale Candrâpa 
et y fait régner Lôkapâla (<fltam<l) (rie gardien du monde»; à 
côté de ce pays, il place celui de Dakka, peut-être Daksa ou 



(1) C'estnà-dire au ni* siècle de notre ère; le Pallava comprenait alors seulement 
le pays de Véngt. Plus tard le Tondâmandala fut conquis et la capitale transférée 
à Kâncipura. Il y a eu longtemps une enclave à Mâmallopura (les sepl pa- 
godes). 

(,) Il est question aussi, dans les inscriptions, des a cinq Panel yas» et l'un des 
qualificatifs du roi de Maduré était ufâ&cucvr pahjavan rrl'un des cinq» (skr. 
Q^ciM?). S'agit-il encore ici, comme je l'ai suppose pour le Pallava, d'une division 
en cinq provinces, d'une fédération de cinq pays, ou bien les royaumes du sud 
de l'Inde étaient-ils de véritables polyarchies ? 



254 JULIEN V1NS0N. [46] 

Dafaina crie décan, le méridional», puis celui de Matlima, c'est- 
à-dire Madhyama wle milieu, le moyen». 

Pour résoudre la question qui nous occupe, il faut tenir 
compte de deux grands faits : l'évolution religieuse et l'organi- 
sation sociale. 

La population du pays famoul, du Drâvida, se composait de 
quatre catégories différentes de personnes qui correspondent 
presque aux quatre castes classiques : les brahmanes, les rois 
et les militaires, les marchands et les agriculteurs, les ouvriers 
agricoles et les serfs. Les habitants des villages appartenaient à 
ces deux dernières catégories, excepté les cas relativement 
rares où il s'était formé, grâce aux libéralités royales, des éta- 
blissements de brahmanes : dans ce cas, le village prenait un 
nom spécial terminé par la formule &^iH2€i]GjliL(âj&€ûL£> ça- 
durvédimangala (^{jqtyiy*); ainsi, dans les inscriptions des 
Sojas, Bahour est appelé jugQujGe : n-gê : &^iKslGijë$LLiRiŒ 
cùih ajagiyaçdjaccadurvédimangalam rr le beau (village) prospère 
çôja des gens des quatre vêdas». Nous avons vu que ces villages 
s'administraient eux-mêmes et que le pouvoir central n'y avait 
aucun représentant permanent. Le roi était aux yeux des villa- 
geois un personnage considérable, mystérieux, qui pouvait dis- 
poser à sa fantaisie de leurs terres, de leurs revenus, de leurs 
personnes; on l'appelait G&ir ko, titre qui se confond avec 
rrdieu», car rr palais» et rr temple» sont également G&tru9â kô- 
y-il rr maison du kôn. Le mot râjâ> ou ses adaptations rdyari, 
arasan', areiyari, araçu, areiçu, n'a jamais eu que le sens de 
k prince, chef, gouverneur, ministre, serviteur, feudataire, tri- 
butaire du Souverain». C'étaient ces <r princes» sans doute qui 
assuraient par leurs agents le recouvrement en nature des con- 
tributions; les marchands intervenaient probablement souvent 
et donnaient, en échange des produits de la terre, des armes, 
des bijoux, des vêtements ou de l'argent. Il y avait de grands 



[47] LE COLLÈGE DE BAHOUR AU IX' SIÈCLE. 255 

négociants en grains dans le pays : Çdltari (*ITOT?), de Maduré, 
est célèbre entre autres et comme on généreux protecteur des 
lettres et comme un habile poète; on lui attribue le poème 
bouddhiste utànflGLù&2kù manimêgalei (tffâlStaKlIl). C'étaient 
aussi probablement ces petits chefs qui étaient chargés de faire 
exécuter les actes* de donations royales : ils arrivaient dans le 
pays avec le donataire et remettaient aux anciens des villages 
le document officiel scellé de l'empreinte sacrée. Les marchands 
et les propriétaires ruraux formaient ce qu'on pourrait appeler 
la bourgeoisie : ils étaient assimilés aux vdiçyas et aux çûdras 
brahmaniques; au-dessous d'eux étaient les serfs, les esclaves, 
les ouvriers attachés à la glèbe, vilains méprisés, exclus de 
toute classification; peut-être cependant étaient-ils les descen- 
dants des vrais propriétaires, des habitants primitifs du sol. 
Ces êtres inférieurs constituent en effet des castes parfaite- 
ment définies dans la longue hiérarchie contemporaine; les pa- 
rias prennent même le titre de eucùsj^n^Q^Œ^^frif valangai- 
mugattdr «ries représentants, les ayants droit de la main droite* 
(contracté dans la prononciation populaire en valangamaltâr). 
On connaît cette * division des castes çûdras en main droite et 
main gauche 9 fondée surtout sur la nature de la profession : les 
castes de la main droite sont principalement celles des cultiva- 
teurs et des bergers, celles de la main gauche comprennent les 
marchands, les orfèvres, les charpentiers, les tisserands; on 
voit que le principe *de la distinction est uniquement agricul- 
tural. Les cultivateurs du pays tamoul appartiennent surtout à 
la caste des vellâjas; j'ai essayé d'expliquer ce mot dans mon 
Manuel de la langue tamoule, p. 3 8-3 9. Il importe d'ajouter ici 
que le titre de &>iÊipttT tamijan r homme tamouK ne se donne 
jamais ni aux parias ni aux brahmanes. 

Les vieux poèmes tamouls nous montrent les principicules, 
les vassaux, les soldats, appelés par le roi en cas de guerre, 



256 JULIEN V1NS0N. [68] 

rejoignant le camp et revenant couverts de gloire et chargés de 
butin. Beaucoup d'entre eirx du reste passaient leur vie auprès 
du roi, à la cour pourrait-on dire. Dans les villes royales se 
pressaient également les marchands et les brahmanes, savants, 
poètes, professeurs ou prêtres officiants. Quelle langue ou mieux 
quelles langues parlaient ces rois, ces marchands, ces prêtres, 
ces cultivateurs, ces vilains? Les inscriptions et les documents 
écrits nous renseignent suffisamment à cet égard. 

Parmi les plus anciens documents des Pallavas, trois sont en 
priikrit et en prose, les autres sont en prose sanskrite. Plus 
tard, nous constatons que les actes de donation ont (Jeux par-* 
ties distinctes, le dispositif en prose et un prologue eulogistique 
en vers appelé praçasli (nnfar). Plus tard encore, le dispositif 
est abrégé, mais il est suivi d'une traduction développée, ou 
plutôt d'un autre acte officiel complet en langue vulgaire, 
lamoul, canora ou télinga. Enfin, dans certaines donations, 
comme celle de Nrpatunga, la partie sanskrite tout entière est 
en vers et n'offre plus qu'un intérêt platonique, pour ainsi dire. 
Dans le Soja, le Pàndi, le Çêra, se rencontrent dès la fin du 
viu c siècle des documents en simple prose tamoule; à partir 
du x c siècle, ils sont le plus souvent précédés, tant sur les murs 
des pagodes que sur les plaques de cuivre, de préambules en 
vers tamouls; ces vers, du mètre agami, qui est très ancien et 
qui est une sorte de prose rythmée, sont des formules spéciales 
à chacun des rois sous le règne duquel a été rédigé l'acte et 
qu'on tenait au courant des nouveaux exploits du monarque. 
J'ai indiqué plus haut quelques-unes de ces formules pour les 
Sojas; pour les Pândiyas, on aurait de même LLtsrtLùL-jsand) 
pûdalamadandei ou L£a£)*£r©Lp^£) pûviri kijatti (Kulaçêkharaval- 
labhadéva, tooo?), ^{^iùŒ^i^œfrtr tirumagalpunara (Parâk- 
krama, 1100?). Trois siècles plus tard, on en revient à la 



[49] LE COLLÈGE DE BAHOUR AU IX e SIÈCLE. 257 

simple prose W. Ceci montre que la langue du pays, d'abord 
absolument dédaignée, prend une importance de plus en plus 
considérable et finit par s'imposer aux gouvernants. Ceux-ci, 
descendants de soldats d'aventure venus du nord, parlaient un 
dialecte prâkrit; les brahmanes, qui les avaient suivis, écri- 
vaient en sanskrit classique et peut-être même le parlaient-ils 
entre eux. Les marchands qui, comme les cultivateurs, ne con- 
naissaient que le tamoul, lé canara ou le télinga, durent, pour 
les besoins de leur commerce, apprendre la langue des con- 
quérants, dont un certain nombre de mots s'introduisirent peu 
à peu dans l'idiome populaire. C'est exactement ce qui s'est 
passé, cinq ou six siècles plus tard, lors de l'invasion persane, 
et c'est ce qui se passe encore aujourd'hui à mesure que la 
domination anglaise se développe et s'affermit. Mais, au 
xix c siècle, comme au xiu , les Dravidiens savaient écrire, et ils 
ont pu se borner à exprimer de leur mieux dans leur système 
graphique les mots qu'ils se trouvaient obligés d'emprunter aux 
nouveaux administrateurs. 

Quant à la religion, nous voyons que les Pallavas ont été 
d'abord et longtemps bouddhistes : des noms tels que Buddha- 
varmâ et Paramêçvarapôlavarmâ ou Nandipôtavarmâ , dans 
lesquels Pôta paraît être une altération de Buddha W, le prouvent 
surabondamment. Ils furent ensuite çivaïstes, mais les derniers 

(,) Cela tient sans doute à la subdivision des grands étals en petites princi- 
pautés. On pourrait dire que les inscriptions murales des temples sont, à partir 
du x* siècle , uniquement en tamoul , parce qu'ils s'adressent h la masse de la popu- 
lation et non aux seuls chefs, prêtres ou fonctionnaires. Mais, alors, ce sérail 
seulement à partir de cette époque que récriture lamoule serait devenue d usage 
courant. Auparavant, ce devait être la spécialité de quelques professionnels. 
Cf. Tamil and Sanskrit Inscriptions, par G. Burgess and S. M. Nateça Çâstri. Ma- 
dras, 1886; E. Hultzsch, South- Indian Inscriptions, Madras, 1890-1903. 

(,) Peut-être vaudrait-il mieux voir dans Pôta un ancien nom de divinité locale. 
Le dernier roi Pallava qui parait avoir porté ce nom est le Nandivarmè des plaques 
de Cassacoudy, qui fut tué vers 765 par le Calukya VikramAditya H. 

MIM01BU OII1HTAUX. I 7 

IVPHIWCHft SATIOtALr.. 



258 JULIEN V1NS0N. [50] 

professent un culte passionné pour Vichnou. Les rois du Soja 
ont été de même Vichnouvistes et Çivaïstes, mais ils ont eu 
affaire à des Bouddhistes et à des Jâinas. Ces derniers jouent 
un rôle très important dans l'histoire religieuse du Pândi. Nous 
savons par Hiuen-Tsang qu'au vn c siècle il y avait encore beau- 
coup de Bouddhistes à Kâncipura , c'est-à-dire dans le Tondâ- 
mandala; ils en furent définitivement expulsés vers 788. Au 
Soja, ils revinrent beaucoup plus tard, de Cfeylan sa us doute; 
leurs principaux établissements paraissent avoir été à Pugdr 9 
aujourd'hui Kdvéripattanam , et à Négapatam, où il a existé pen- 
dant longtemps un monument en ruines qui était probablement 
un ancien édifice bouddhiste. Aucune tradition locale ne s'y 
rattachait; on l'appelait cria pagode chinoise» ou cria pagode 
Jâina r>. Elle fut démolie par les Jésuites pour la construction de 
leur collège en 1867; onze ans auparavant, en faisant arracher 
aux environs de cette vieille tour un arbre âgé d'environ huit 
siècles, ils avaient trouvé cinq statuettes soigneusement enfouies 
et dont le caractère bouddhiste était certain; l'une d'elles est 
aujourd'hui au musée Guimet. Mais jusqu'à quel point ces reli- 
gions officielles s'étaient-elles imposées au peuple des cam- 
pagnes? Il est difficile de le dire, quoique nous pouvons sup- 
poser par analogie que, surtout dans le çivaïsme, beaucoup 
des anciennes choses se sont maintenues sous des déguisements 
transparents. 

Ce qui nous apparaît de l'état religieux des Dravidiens à 
l'époque préaryenne, c'est un naturalisme qui se manifestait 
surtout par la terreur d'un grand nombre d'êtres malfaisante 
et redoutables : tant est vraie la remarque de Pétrone ! Les vieux 
poèmes lamouls, le Kallddam par exemple, abondent en pas- 
sages où il est question de ces êtres nuisibles qui peuplent, la 
nuit surtout, les déserts brûlants et les forêts profondes (1) : les 

(l) Je pourrais citer les strophes où il esl question de démons femelles enceintes 



[51] LE COLLÈGE DE BAHOUR AU IX e SIÈCLE. 259 

Guuj pêy' <r démons*, les @^or leur al «nains, gnomes*, les 
&».efi) kûli cr fantômes * , juçdeinŒ alagei cr esprits méchants*, 
<s5i£_ kadi cr revenants * , œ(lù^j kajudu <r vampires * , &=frey çâvu 
cr meurtriers*, JH^p™ 7 a / an ' «feux follets*, LDmrâwT mannei 
er crânes errants * , Qeu($ vér'i « esprits enivrés * , @^?rrfl&@ fcu- 
norigw cr esprits difformes * , ^orâïr a//$t ir ravisseurs * , u^/jor 
morte/ et lùiliÛ tnayal «fascinateurs*, lj/t/?? Lji pâridam cr troupe 
fantastique*, etc.; je traduis par conjectures. Beaucoup de 
ces monstres sont femelles, comme sont aussi du sexe féminin 
les grandes divinités redoutables Piddri l9l-/t/R, qu'on a assi- 
milée à Kâli; 6T<£a)LDLûdrr ellammari , qui défendait les limites 
des champs; Lbïrftiui&Lùttr mdriyammari, la déesse de la petite 
vérole, dont la fête amène ces cérémonies cruelle^ où les 
dévots se font tourner dans l'air suspendus à un crochet qui 
leur entre dans le dos (ce qu'on appelle Q& : i$J63n.<£g>i çédiU 
kûUu cr danse du croc suspendu*); QurthaiïujLùLbttr pan ni- 
yamman', etc. On cite pourtant divers noms de divinités mas- 
culines, par exemple iùœsr^s)n'er€ufnÊ mannârçuvdmi , et deux 
autres plutôt bienfaisantes, Scn^niuïrir pilkiydr cr l'enfant*, 
dont on a fait Ganêça, et çduj(gs)(t aiyanâr crie Seigneur*, 
qui paraît être un dieu agricole ou forestier et qu'on a incor- 
poré dans le Panthéon hindou sous le nom de Hariharaputra 
«fils de Çiva et de Vichnou métamorphosé eh femme* : il a 
pour monture un cheval noir, sa bannière porte l'image d'un 
coq, il est armé d'une balle et son corps est de la couleur de 
l'océan. Les temples ou pagotins d'Âiyan'âr abondent; ils sont 
petits et la porte en est gardée par deux monstres de pierre : 
le dieu y est assis sous la forme humaine, entre ses deux femmes 

auxquelles les monstres apportent des débris de cadavres; des pleurs de leurs 
petits abandonnés dans les clairières, sous la garde d'une statue de Kâli, que 
l^s voyageurs épouvantes entendent de loin, etc. Le mirage fuyant du désert 
s'appelle en tamoul GutûpGpa- péyttér frchar de démons*. 

'7- 



260 JULIEN VINSON. [52] 

l^j&tot pûranei (ÇHÎ?) «la pleine lune» et l/lI^Sd) ptilkalei 
(y^wr) ^l'excellente, la bienfaisante», au milieu de sept jeunes 
filles. On invoque son secours contre les mauvais esprits; on 
lui offre des figurines représentant des coqs, des chevreaux, 
des chevaux, des éléphants; sa fête annuelle est célébrée après 
la moisson (cf. J. Garrett, A classical dictxonary oflndia, Suppl., 
Madras, 1873, in-8°; L'Inde française, dessins de J. J. Cha- 
brelie, texte d'Eug. Burnouf et E. Jacquet, Paris, i835, t. II, 
livr. 21, pi. II et III). Dans quelques-unes des cérémonies qui 
composent le culte de ces dieux, les hommes se dépouillent de 
leurs vêtements, qu'ils remplacent par des feuilles d'arbres; du 
reste, j'ai vu moi-même, pour des fêtes çivaïstes, des brahmanes 
ôter une partie de leur costume : on sait que sur les côtes et 
dans les endroits habités par les Européens, les femmes ont or- 
dinairement la poitrine couverte; à l'intérieur des terres, ce 
serait presque inconvenant. Les Ganaras ont les mêmes divi- 
nités, notamment Mâri-amma, Ellamma, Pidari, etc. Les Ku- 
dagu (Coorg) disent Ayyappa cr Seigneur père» pour Aiyandr. 
J'aurais pu ajouter bien d'autres noms : çdmundd ou çdmundi 
(une des formes de Kâli, en skr. ^T*porr), où l'on voit un com- 
posé de ^rretj çdvu « mort, meurtre, meurtrier» et a_*wn£. undi 
<r dévorant»; Kdlfêri, Maruddyî, Kulumdndî, Pajuppari, le fils de 
Mâriyamman' è'^^G^eu^vr çattidévan (^ffl^) ou œt<$G)€u 
niriuar kâltavardyan <r le prince gardien » , « dieu de l'ivresse » , 
qui fut condamné au supplice du Q&i}.& çédil trcroc suspendu» 
pour avoir enlevé la fille d'un rdjd, etc. Les prêtres des anciens 
Dravidiens portaient-ils le nom de u rrtrùu ot pdrppdri (pron. 
pdppdn) <r regardant, surveillant», qui est actuellement un 
synonyme péjoratif de <t brahmane» et que M. Caldwell compare 
à ènfoxonos! 

De tout ceci, je prétends seulement tirer la conclusion que 
si, à l'arrivée des Aryas, les Dravidiens, les Tamouls n'étaient 



[53] LE COLLÈGE DE BAHOUR AU IX' SIÈCLE. 261 

pas au dernier rang de l'espèce humaine, leur évolution n'était 
cependant pas très avancée. Ils avaient une religion, mais elle 
était assez rudimentaire et se fondait uniquement sur la peur. 
Ils étaient bergers et cultivateurs; ils avaient peu de relations 
en dehors du cercle de la famille ou du clan ; ils vivaient cepen- 
dant dans des cabanes réunies en villages et reconnaissaient 
l'autorité de chefs, soumis eux-mêmes à des chefs supérieurs; 
ils payaient à ces chefs des impôts en nature; s ils avaient des 
vêtements, ce n'était ni par pudeur ni pour se garder des in- 
tempéries des saisons, mais peut-être par coquetterie. Leurs 
fêtes se célébraient vraisemblablement la nuit par des danses et 
des chants. Il ne semble pas en résumé qu'ils aient été en état 
d'avoir besoin d'une écriture et de développer une littérature 
écrite. Quand donc et comment a-t-on écrit le tamoul pour la 
première fois? 

A part le vattéjutlu, dont le prototype sanskrit n'est pas 
connu, et qui est manifestement une écriture courante, tous 
les alphabets tamouls se rattachent aux alphabets sanskrits em- 
ployés dans les mêmes documents : c'est le cas notamment pour 
les plaques de Gassacoudy et de Bahour. L'alphabel tamoul 
actuel vient du grantha, à l'aide duquel on écrit encore aujour- 
d'hui le sanskrit dans le pays tamoul; cet alphabet est une com- 
binaison, un mélange des deux écritures ronde et carrée qui 
ont été en usage , la première à l'ouest et la seconde à l'est de 
la péninsule méridionale : l'alphabet malayâla se rapporte au 
type carré, le canara-télinga au type rond. Toutes les écritures 
tamoules procèdent du même système et le seul caractère ori- 
ginal qui les différencie du sanskrit est l'habitude d'écrire les 
consonnes précédées d'une muette sur la même ligne horizon- 
tale que celle-ci et non verticalement au-dessous W; mais cela 

(1) C'est à cause de cette habitude que s'est formé le signe <r> et, contraction 
graphique de QQ . 



262 JULIKN VINSON. [56] 

vient peut-être de ce que les consonnes muettes, en tamoul, 
sont ordinairement des doubles ou des nasales, or les nasales 
sanskrites sont très souvent remplacées, dans les écritures mé- 
ridionales, par Yanusvdra, c'est-à-dire par un point mis sur la 
ligne même. 

L'écriture tamoule, très raisonnée, très logique, a été évi- 
demment fabriquée par des brahmanes, lorsque les rapports 
des intrus septentrionaux avec les naturels sont devenus plus 
fréquents; à mesure qu'ils se répandaient plus profondément 
dans le pays, ils avaient de plus en plus besoin de comprendre 
ei de parler le langage des indigènes. À la longue, ils ont fini 
par le parler même entre eux, après que les soldats et les chefs 
militaires, moins lettrés et moins puristes, leur eurent donné 
l'exemple. Et c'est ainsi que la littérature tamoule a pris nais- 
sance. Les plus vieilles inscriptions du sud de l'Inde sont du 
111 e siècle de notre ère; aussi est-il bien difficile d'admettre que 
le tamoul ait été écrit avant le v e ou le VI e . Il ne saurait donc 
y avoir aucun ouvrage tamoul qui remonte à plus de treize ou 
quatorze cents ans. 

Ces conclusions paraîtront-elles évidentes? Elles s'accordent 
en tout cas avec les faits et sont plus vraisemblables que les 
théories contraires basées sur des hypothèses et des inductions. 
La linguistique a .le malheur d'être une science encore trop 
peu connue* et en apparence trop facile; c'est pourquoi des 
amateurs qui n'oseraient discuter sur la chimie ou la médecine 
décident hardiment de la nature et de l'origine des langues. 
Les langues agglutinantes surtout, ces idiomes si intéressants 
et si variés, qui font connaître les étapes successives de l'évo- 
lution de l'esprit humain, ont été l'objet de travaux aventureux 
et fantaisistes. L'un les réunit toutes en une seule et vaste famille 
qu'un peu d'effort ramènera au chinois, à l'hébreu et au sanskrit. 
Un autre apparente les Basques aux Guanches et aux Américains 



[55] LE COLLÈGE DE BAHOUR AU IX' SIÈCLE. 263 

d'une part, aux Finnois et aux Magyars de l'autre, pendant qu'un 
troisième fait de leur langue un prolongement du berbère et du 
kabyle. Celui-ci y voit un patois indo-européen, comme 
celui-là ramène à l'aryanisme toutes les racines dravidiennes. 
On a même fait venir les Dravidiens de l'Australie ou des îles 
des Maoris, parce que les Malgaches sont venus de la Malaisie, 
ce qui est un argument d'une valeur contestable. Ces rêveries 
ne méritent même pas d'être discutées. Celui qui, sans arrière- 
pensée, sans idée préconçue, recueille des observations et les 
compare les unes avec les autres, poursuit tranquillement la 
tâche qu'il a entreprise. Il ne s'inquiète pas du temps qui 
s'écoule , des événements qui s'accomplissent dans les sphères 
des contingences humaines; il va toujours en avant, jamais 
lassé, jamais découragé, suivant pas à pas les progrès de la 
science, comme le vieillard de Vérone qui voyait vieillir avec 
lui les arbres qu'il avait plantés dans sa jeunesse, œquœvumque 
videt consenuisse nemus. 



UN SCEAU DE TSIÀNG K'IU 

MINISTRE DU ROYAUME DE YEN 

AU IIP SIÈCLE AVANT L'ÈRE CHRÉTIENNE 

PAR 

A. VISSIÈRE 



UN SCEAU DE TSIÂNG K'IÛ 

MINISTRE DU ROYAUME DE YEN 

AU IIP SIÈCLE AVANT L'ÈRE CHRÉTIENNE 



La collection de documents chinois que possède l'Ecole des 
Langues orientales vivantes de Paris s'est enrichie d'un curieux 
petit tableau que lui a adressé, vers la fin de l'année 1902, le 
gouverneur de la province du Hoû-pèi, Son Exe. M. Touân 
(-fàng) , qui fut depuis chargé par intérim des vice-royautés des 
Deux Hoû et de Nankin et dont les fonctions sont aujourd'hui 
(1905) celles de gouverneur du Hoû-nân. Ce tableau est exé- 
cuté sur papier et monté sur un rouleau, dans la forme habi- 
tuelle chinoise. Il présente, en rouge et en noir, la double 
empreinte, directe et en transparence, d'une inscription en 
caractères antiques, figurant sur un sceau dont la masse exté- 
rieure et la poignée sont dessinées plus haut. Une note manu- 
scrite a été ajoutée, en écriture cursive, par le gouverneur 
Touân au-dessous de la double épreuve, ainsi que le montre 
la reproduction réduite qui se trouve sur la planche annexée 
au présent travail. Cette note, dont nous donnons ci-après la 
traduction et la transcription en caractères carrés, porte : 

<rCe sceau ( J|| si), pendant les premières années du règne 
Kouâng-siû (années 1875 et suivantes), est venu (}K) du 
département de Yi-tcheôu ( Jâ jU ), de la province du TchA- 
li, en Chine. 



268 



A. VISSIÈRE. 



1*1 




est le caractère JjfjJ , «'est-à-dire la ville qui fut donnée 
en apanage à Tsiâng K'iû (■$£ £||). 

<r Tsiâng K'iû, homme de l'État de/Yën ( f«fv), sous la dynastie 

des Tcheôu ( ^9 ), fut premier ministre ( ^5? >f@ ) de Yen. 

cr Lé caractère 'ir n'a pas été précisé. Je suppose qu'il indique 
sn charge officielle et ses fonctions. 

cr ^jjf est le caractère J|| si, nom des sceaux dans l'antiquité. 

<r Cet estampage a été fait pour l'offrir . . . n (Suit la dédicace, 
datée de Woù-tch'âng, h juillet 1909). 



* 




A 

•rt 

te 

m 
El 



A A 





* « *t 









4BU 




ut 



Z ë M 

8,1 * m en #5 

-r » iffw ^ 



^-. -t S 

en t 

m m 



«&„£: Àv ÏR je 



t * I 





I 



Avant de procéder à l'examen détaillé des cinq caractères 
archaïques qui composent la légende du sceau ainsi attribué à 



t^gm 




t 


*- 


,1 


.1 


>® % 


■ \n 


& 


»* 


* 


vS' 


* 


'il 


1* 


il 


*, 


-i 


■* 


l ft 


H 




,v* 


«.Si 


H 




* 


!f 







* ^ # 
f ïf & 



4 

AI 



^ 
#- 



fa 

n i 



w. 



[5] UN SCEAU DE TSIÂNG K'IÛ. 269 

Tsiâng K'iû, qui fut un sage conseiller du roj Hi 5Ë , de l'Etat 
de Yen, nous remarquerons que S. Exe. Touân ne fait ici aucune 
allusion à un ouvrage dans lequel ce sceau est reproduit identi- 
quement, mais accompagné d'un commentaire différent. Nous 
voulons parler du "i" ^£ [gj j& Koù yu ioû k'àoW ou cr Figu- 
ration et étude des jades antiques*, formant deux cahiers in-/»°, 
dont l'auteur est l'ancien gouverneur du Hoû-nân, aujourd'hui 
décédé, .§£ ^ j|j[ Woû Td-tch'êng, bien connu pour son goût 
des choses antiques et ses collections de bronzes et de cachets. 
Dans ce recueil, un chapitre est consacré aux Sceaux de jade, 
sous le titre ££ «£. Le second de ces deux caractères ne figure 
dans aucun des dictionnaires indigènes que nous avons consultés, 
notamment dans celui de K'âng-hî, et nous ignorons quelle pro- 
nonciation Wôu Tà-tch'êng lui assignait. H est composé de l'élé- 
ment Métal ( j[£ ) , sous une de ses formes antiques, et d'un autre 
groupe de traits qui peut avoir été, dans la pensée du rédacteur, 
soit TJ£ pat, soit ^ pd, soit le moderne 7J^ mou, Bois, dont 
le tracé antique est plus compliqué , soit encore Tffr choû> Riz ou 
Millet gluant, qui serait également incomplet' 2 '. Nous croyons que 
&k et son équivalent jffi , qui figure en tête de la note manu- 
scrite de S. Exe. Touân, ont été imaginés comme conséquence 
d'une lecture inexacte du cinquième caractère du sceau de 
Tsiâng K'iû. Nous montrerons plus loin que ce cinquième carac- 
tère antique ne doit pas être identifié avec S *t, ni avec le 
problématique jffo, mais avec ff] yw, Sceau. 

Quoi qu'il en soit, le chapitre ^ «m nous offre la repro- 

(1) Un exemplaire de ce recueil archéologique nous a été obligeamment prêté 
par S. Exe. M. Souën , ministre de Chine à Paris. 

(î) Le Dictionnaire de K'âng-hï donne le mot £j(C , avec la prononciation chou 
(-ffr US) et le sens de Longue aiguille et, comme signification dérivée, celle de 
Guider, Conduire ( £j$ JJb ) , puis la prononciation *tii ( ^ff fâ) , avec le sens 
de Séduire, Tromper par des paroles spécieuses ( Sf -fi» ). Aucune de ces leçons ne 
saurait convenir ici. 



270 A. V1SS1ÈRE. [6] 

duc liou de dix-sept cachets, qualifiés tels par l'auteur du Kou 
yutoûk'ào, sans que le mot ^fc, sous son vêtement antique, 
apparaisse sur aucun d'eux. Le premier de tous est précisément 
le sceau de Tsiâng K'iù et l'auteur, Woû Tâ-tch'êng, l'accom- 
pagne des remarques suivantes : 

er Jade blanc. Taches terreuses sur toiite la surface. C'est le 
plus grand des <§Â (sceaux?) de l'antiquité. 11 était conservé 
autrefois chez Koû Tsèu-kiâ, de Nân-siûn (Nanzing). Siû Hân- 
k'ingW l'obtint en l'échangeant contre un calice carré à liba- 
tions dit tchoù nid M et il appartient maintenant au K'iô-tchâi t 3 ' 
(c'est-à-dire à l'auteur), n 

Puis : 

tr Je suppose que |ggP est une forme différente du caractère 
4£p du touéi dit isông fou W. C'est un nom d'Etat. |^$ est -ffî 

(1} Le bourg de Nanzing, près de Hoû-tcheôu-foù (Tcho-kiâng), est l'un des 
centres les plus importants du commerce de la soie , auquel la famille Kou prenait une 
part considérable depuis plusieurs générations. Kou Chedu-tsâng H ^ $$ , dont 
il est ici question, avait en même temps, à Chang-hai, une maison de vente con- 
nue sous la raison commerciale jjf )j| Fông-chouén. M. Siû Hï |& JS} , qui est 
également désigné ci-dessus par son hdo ou surnom , est un amateur et marchand 
d'antiquités de Chang-hàî, qu'il habite sans doute encore. Nous puisons ces ren- 
seignements dans une lettre qu'a bien voulu nous écrire, en réponse à nos investi- 
gations, un de nos jeunes amis, M. Kïn Kôog-pô ^ 35 f El » de Nanzing. 

(l) Le tsouên d^ est le calice en forme de « cornet» ou de rr flûte». La désigna- 
tion |$ £ tchoù niù, tries filles*} , rappelle une légende gravée sur le vase métal- 
lique. Jouàn Yuan, dans le livre VII de son SflJ "Éf 3F il Jlft 9fc S Ifc SU » Tn- 
kovrtchâi tchông-ting yt-h'i k'ouàn-ché (que les auteurs chinois abrègent souvent 
en Ht é & ?Jfc)» en ^ te un exemple emprunté à un vase à couvercle pour 
les ablutions, en forme de saucière, appelé §£ ^f @[ tchoû niù yi, et rapproche 
tcfioû niù des désignations fjf -^ tchoû tsèu et §£ jfe tchoû Ici tries belles ». 

m &** m* ±m*&**z***owm ****** 
mo&nmnw-kiî%-%ftZo*îto%m<> 

(4) Les jjjfc fouet sont des vases bas , à large panse et à couvercle , qui servent à 
contenir les grains offerts en sacrifice. 



[7] 



UN SCEAU DE TSIÂNG K'IU. 



271 



tsiâng. Xfo composé de -et et de ]JÏ , peut être une abréviation 
de ^ k'iû. 1*1 ressemble au caractère $$ du long tsié, ou 
Tablette portant un dragon (l'un des insignes de délégation, de 

mission diplomatique), en changeant £& en h A . C'est un 

tracé, altéré à dessein , de l'époque des Six royaumes (*). * 

Après une minutieuse étude du sceau dont il s'agit, il nous a 
semblé que la lecture suivante pouvait en être proposée avec 
sûreté : 



fëïng 4 



(auj. $\\)yin 5 



m 


m 




m 


fê 


m 



« lW(auj.^) 
9 Tsiâng 

3 rtt(auj. |g) 



. et Sceau de ministre, de Tsiâng K'iû de Ts'6. y* 

Nous allons examiner successivement chacun des caractères 
primitifs de cette légende sigillaire et montrer ce que les deux 
notices analytiques traduites ci-dessus nous présentent de vrai- 
semblable et aussi ce qui, en elles, nous paraît devoir être 
abandonné. 

H y a lieu de considérer, tout d'abord, à titre d'observation 
générale, que si, d'une part, l'unité d'écriture n'existait pas dans 
l'antiquité chinoise, comme le prouvent surabondamment les 
collections épigrapbiques indigènes, un dessin particulier était 
recherché, d'autre part, pour les caractères à graver sur les 
sceaux' 2 ^ de façon à constituer une marque personnelle devant 

IK * M, E* * bp m * Z «o r$1 * gg B *§* * *HEU il 

(,) Les sceaux de Ts'în Chè-houâug-tf, si curieux et si beaux à la fois, que 



(») 




272 A. VISSIÈRE. -[8] 

faciliter la découverte des contrefaçons qui seraient tentées de 
ces attestations des actes de l'autorité. Nous n'avons donc pas lieu 
de nous étonner, si nous constatons que les caractères du sceau 
par lequel le ministre du royaume de Yen authentiquait les 
documents émanés de lui ont un style spécial. Leur tracé s'écarte 
en effet, au moins partiellement, des spécimens multiples que 
nous ont conservés les répertoires de la graphie chinoise dans 
l'antiquité, tels que le |^ jj£ Chouôwên, le ^ :3fc 3^ Lieou 

chou t'ông, le ^ ^f 1 1 /fr Kïn chê yiinfoù, le ^ ^f ^ 
Kïn chê sa, etc., sans que nous y rencontrions toutefois de véri- 
tables monstres. 

Quant à Tsiâng K'iû, l'un des sujets et fonctionnaires du roi 
Hi (££ 5sL, de 9 56 à 232 avant l'ère chrétienne), de Yen, 
état qui comprenait la région du Pékin actuel, le rôle qu'il joua 
à l'époque troublée des Royaumes combattants, antérieurement 
à l'unification de la Chine sous le sceptre de Chè-houâng-ti des 
Ts'în ^ , nous est indiqué dans le chapitre Yen Chdo-kông -î*V 

^ /fe du Chè ki de Sseû-mà Ts'ièn. M. Ed. Ghavannes en a 
donné une traduction française (voir Mémoires historiques, 
t. IV, p. 1Û7 ss.). On y lit comment Tsiâng K'iû — tel Cinéas, 
qui naquit quelques années avant lui — s'efforça en vain de 
détourner son souverain d'entreprendre contre le royaume 
voisin de Tchéo une guerre qui devait être désastreuse pour celui 
de Yen. L'historien chinois nous rapporte les mauvais traite- 
ments dont ce prudent mais intempestif conseiller fut l'objet 
de la part du prince, qui le frappa du pied, et la réponse de 
K'iû, qui insistait en pleurant : jfi £( gj jg % % j£ & , 



reproduit le Km chê si, peuvent être invoques à l'appui de cette remarque, quelle 
qu'en soit la date réelle. Aujourd'hui encore, les sceaux chinois portent des in- 
scriptions en caractères du genre tchoudn 9£ > dont les traits sont compliqués à des- 
sein et s'allongent en sinueux replis destinés à en rendre plus difficiles la lecture 
et l'imitation. 



[9] UN SCEAU DE TSIÀNG K'IÛ. 273 

(r Je ne suis pas mû par mon propre intérêt, mais par celui du 
Roi.* Tsiàng K'iù devait devenir ministre, lorsque son concours 
fut requis, après la défaite, pour traiter de la paix. 




La partie gauche de ce caractère présente une de ces parti- 
cularités auxquelles nous faisions allusion un peu plus haut. 
C'est le redoublement du Soleil JjJ ; sinon, nous aurions ici la 
structure classique , pour ainsi dire , du mot i|| , dans l'antiquité. 
La ligne brisée répétée, que les modernes ont remplacée par 
dtE , s'est maintenue dans les préférences de quelques écrivains, 
qui ne manquent pas d'écrire, encore de nos jours, m& pour 
tst, etc. 

fê Tso (ou Ts'ouô) est le nom d'un territoire qui dépendit, 
dans l'antic^iité , du jg j^ ^[[J Kiû-loû-kiûn, puis du ^ 
Pi 95 Ts'ïng-hô-kiûn (sous les Ts'în et les Hén : fê §fr T$ 9 d- 
hién), et qui est représenté aujourd'hui parles sous-préfectures 
de fâ fij JjJ£ Ts'ïng-hô-hién (dépendant de jj| ^ /fj) et 

de # À ffi Koû-tch'êng-hién (dépendant de frj fgj /fr), 
dans la province du Tchê-ii, auxquelles il faut ajouter une par- 
celle comprise actuellement dans le Chàn-tông W. Cette expres- 

(l) Li Tchéo-16, dans son dictionnaire historique Kf^MSIîÈâHIB^ 
f$ , localise Ts'6 dans le fff fîif Jft Ts'ïng-ho-kiun , sous les Han occidentaux , et 
dans le fff *$ ff& Ts'ïng-p'îng-hién, dépendance de la préfecture actuelle de J(( 
j|| fâ Tông-tch'âng-foù (province du Gliân-tông). Les trois villes de Ts'ïng-ho- 
hiéu, de Kou-tch'éng-hién et de Ts'Ing-p'ing-hién sont, d'ailleurs, voisines, à 
gauche et à droite du Grand canal , sur la frontière commune du Tché-K et du 
Chàn-tông. C'est, d'autre part, sur le territoire de Ts'ing-p'ing-hién , et au sud de 
cette ville, que la géographie impériale Ta Ts'ïng yi fong tché place les ruines 
de l'antique cité de "ff J$£ Kân-ling, qui paraît bien n'avoir été autre que Ts'6 
(voir les Commentaires du Che-ki et les Dictionnaires géographiques). Le Kouàng 
yû ki assigne à la ville de Kân-ling, construite sous les Hân, un emplacement 
dans le Kouang-p'ing-foù J( êfi Jff . 

MÉMOIRES ORIENTAUX. l8 



IMPIIMr.ftIK RATIOBALK. 



274 A. VISSIÈRE. [10] 

sion géographique est toujours écrite fê sans la clef (S u 
fj. Mais celle-ci est, avec le sens de Ville ou de District, l'ac- 
compagnement naturel de maint nom de lieu. Il est donc lo- 
gique que le groupe 7W ait été jadis précisé, suivant une 
méthode habituelle aux Chinois M, par l'adjonction de cet élément 
significatif qui, s'il fut jamais d'un usage local ou général, n'a 
pas été maintenu dans le cas qui nous occupe. 

Notre sentiment est, d'ailleurs, que la présence de (§» à droite 
de Tsô milite en faveur de l'authenticité de l'inscription ou de 
son prototype. Nous disons prototype, dans l'hypothèse où le gou- 
verneur Touân serait devenu possesseur d'un cachet provenant 
de la région de Yi-tcheôu, qui ne s'identifierait pas avec celui 
qui appartint à Woû Tâ-tch'èng. Les termes employés par Son 
Exe. Touân dans sa note manuscrite pourraient nous porter à 
croire, en effet, que l'auteur ne tenait pas son sceau de Woû et 
même qu'il ignorait que celui-ci l'eût possédé et décrit. 

Le Dictionnaire de Kàng-hi ne fait aucune mention des formes 
fé[J et j&n , même dans son supplément (;ttj[ ^f[), ou dans la 
liste des caractères qui y sont réservés en vue de nouvelles 
études ( ^ ?& ). Il est à remarquer aussi — et c'est là une 
lacune plus grave — qu'il est muet sur l'emploi du mot M 
Tsô comme nom géographique , bien que cette acception ait été 
signalée antérieurement par le Tchéng tseu t'ông et par le P'éi 
wén yûn fou. 

Ici nous retrouvons tous les éléments de $& tsiâng, mais avec 
un enchevêtrement voulu, comme dans un monogramme ou 
une signature. 11 s'agit d'ailleurs, du nom de famille de Tsiâng 

" Exemple : H #| Mé-tcheôu, l'ancien gR Mo (Tché-li actuel. Cf. K'àng-hx 

à m 



[11] UN SCEAU DE TSIÀNG K'IÛ. 275 

K'iû. Ce mot qui, prononcé au ton partant, signiûe : <r Général, 
Commandant militaire*, était devenu aussi un nom de famille. 
Un commentateur du Chè ki le dit expressément; puis, rappro- 
chant le nom de Tsiâng K'iû de celui de K'ing Ts'în, personnage 
dont il est question dans le même chapitre, il ajoute : <rOn dit 
aussi que, dans K'ïng Ts'în^ mentionné plus haut, et dans 
Tsiâng K'iû , ici cité , k'ïng Ji£j] et tsidng -ffi indiquent des fonc- 
tions officielles (Ministre et Général), tandis que Ts'în ^k et 
K'iû j^| sont des noms personnels. Les historiographes d'Etat 
employèrent ces mots dans des tours différents de rédaction et, 
par suite, les noms de famille furent perdus. Lorsque le Tchdn 
kouô tsô mentionne M| ^k , K'ing Ts'în , J^ K'ing est le nom 

de famille (du même personnage), dont J/£j] k'ïng (Ministre) 
était la fonction W. v 

H faut donc lire : le Ministre ( J/^|J) K'ing Ts'în J^ ^, en 
tenant compte d'une différence, apparente dans l'écriture, mais 
que la voix ne marque que par un changement de ton de la 
même syllabe. 

En ce qui concerne Tsiâng K'iû , si -^ tsidng avait été un titre 
de fonction pour un ou plusieurs de ses ancêtres (les familles j|^ 
Chè, jîj S| Sseû-mà, etc., se trouvent dans le même cas), 
ce mot était déjà devenu pour lui un nom patronymique; le 
fait résulte de l'examen des expressions avec lesquelles le carac- 
tère en question entre en construction dans le Chè ki et notre 
légende sigillaire le confirme. 

L'exemple que fournit le Dictionnaire de fCâng-hï de Tsiâng 
nom de famille nous reporte précisément à la région où vécut 

(,) ^ B* après Tsiâng K'iû): A « *t -fc* - Wv ± » £ * ft » 

H ^ W M Mo £:£&-&* JWttlïSoLes tours différents de rédac- 
tion consistent à avoir dit : «Le ministre (litre) Ts'în * et «Tsiâng (nom de famille, 
au lieu d'un titre) K'iû'» et non : -Le ministre Ts'în * et «le général K'in." 

18. 



276 A. VISS1EIIE. [12] 

le conseiller du roi Hi : fè fê %' Hj ^ Çf $f ^ 
(rTsiâng Yông, préfet de Tch'âng-chân, sous les Tchéo posté- 
rieurs, n Le i§|5 kiûn ou département de Tch'âng-chân occu- 
pait, depuis l'époque des Han, le pays, situé dans le sud-ouest 
cle la province actuelle du Tchê-li, où fut antérieurement le 
royaume de Tchéo jj|j| SJ , dont la préfecture moderne de Tchéo- 

tcheôu j^ jty j^£ ^^ jty perpétue le souvenir, quoiqu'elle 
se trouve à une distance assez grande au nord de la ville de 
"|J|] Bj] Hân-tân, capitale de l'ancien royaume. Le Tch'âng- 
chàn-kiûn avait son chef-lieu au nord-ouest de y£ j^ Jj& 

Yuân-ché-hién, qui dépend de Tchéng-ting-foù j£ fê ïfô • 
Dans le voisinage de ce chef-lieu, et dans la direction sud-est, 
avait existé l'antique ville de &j£ Hào, qui fit partie du royaume 
de Tchéo et du Tch'âng-chân-kiûn et dont le nom s'est perpétué 
dans celui du pj (& jfëfc Kaô-yi-hiénW. 

Dans le caractère antique, tel qu'il figure sur le sceau, le 
tracé primitif des groupes H yué, Lune, et tJ' ts'ouén, Pouce 
(mesure), se présente au regard sans doute possible. Quant à 
l'élément phonétique \^ Isiàng, il semble avoir été remplacé 

par son synonyme ^ p'ien, Morceau de bois. Ces deux groupes 
représentaient les moitiés, gauche et droite, de 7^ mou, Bois, 
fendu en deux. 

3. Je 

Quelque étrange que puisse paraître, à première vue, ce 
monogramme, les auteurs des deux notices que nous avons tra- 

(l) Il s'est passé, pour le nom de Hao, un fait qui n'est pas sans analogie avec 
la suppression de [5 à droite de /ff . On sait, en effet, que l'empereur Kouàng-wou- 
tf, des Han, décomposa fiJS en ses deux éléments graphiques et donna ainsi à la 
ville le nom de jÇ Ë Kâo-yf, qui s'est maintenu jusqu'à nos jours. Héo-yi |$ 
ê, est aujourd'hui une appellation littéraire de la sous-préfecture de jfÉI $JS |$ 
P()-hiàng-hién , au nord de laquelle se trouvait l'antique Hao (Hao, des dicL chin.). 



[13] UN SCEAU DE TSIÂNG K'IÎ". 277 

duites au commencement de cette étude n ont pu se tromper 
sur son identification et ils y ont discerné, sans erreur possible, 
ses deux composantes : i° ^fc chouè** l'Eau, sous sa forme 
antique qui est celle même du trigramme primitif ^-^ , disposé 
verticalement et infléchi pour figurer les sinuosités de l'eau cou- 
rante, et 2° ^ kiû, Equerre, Grand. 

Le style particulier du groupe résulte de rallongement inso- 
lite des deux traits horizontaux, supérieur et inférieur, de "^ . 
Trop souvent, de nos jours, les Chinois écrivent ce dernier 
caractère comme un ^ incomplet et semblent oublier qu'il 
est formé à l'aide du mot JJ\ H y a, au contraire, dans le ca- 
ractère y]î figurant sur notre sceau, comme l'exagération voulue 
d'un lettré, qui voit dans la primitive J£ kông, Equerre. la 
partie saillante de tout le composé, au point d'y insérer l'élément 
Eau tout entier. C'est d'ailleurs "]ï qui donne au mot sa pro- 
nonciation. La main fermée sur un des côtés de l'Equerre, 
qu'elle tient par son milieu (i£ ^ ^) 9 affecte ici, dans le 
groupe archaïque, la forme particulière d'un cercle qui enserre 
ce côté. 

11 est d'usage d'écrire le nom de Tsiâng K'iû en ajoutant ^ 
mou, le Bois, comme base à ^jï et c'est ainsi (-^|) que le Ckè 
fci, tel que nous le possédons aujourd'hui, orthographie ce nom. 
Mais en était-il de même dans l'antiquité? Il est permis d'en 
douter. j[|5 n'existe généralement pas dans les dictionnaires chi- 
nois. On le rencontre cependant dans le P 'in tséu tsiên, parmi 
les additions, avec la signification dVEau dans laquelle sont des 
êtres nombreux, ^C 4* %fyj ffi *, qui peut convenir parfaite- 
ment à un nom de personne , tel que ceux que les Chinois ont cou- 
tume de porter. Les significations du J^ moderne sont, pour 
la plupart, empruntées (l'idée de 7^. n'y apparaît généralement 
pas et Jjj^. forme une phonétique). Synonyme de ^f? avec le 
sens de Grand, ce mot se substitua vraisemblablement aussi à un 



.c-^ 



278 A. VISSIÈRE. [14] 

yj? , qui semble avoir disparu de la langue. Les dictionnaires con- 
firment cette manière de voir, en classant *|| sous le radical *{. 
D'autre part, ]JÎ l'Equerre, qui s'écrit dans le style moderne, 
pour garder cette signification, en y préfixant le mot ^^ chè 
(flèche), ce qui forme ^£ kiù, EquerreM, put très naturelle- 
ment s'adjoindre aussi l'idée de Bois, 7^. mou, et s'orthographier 
Ê , mot qui n'a pas prévalu mais qui persiste comme phonétique 
dans le groupe le plus souvent (rempruntée, *|| k'iû, demeuré 
dans l'écriture et d'un emploi fréquent. Il est à remarquer que 
^)i kiù, l'Equerre (dans son tracé plus moderne), à une va- 
riante , £J| , qui est composée d'après les mêmes principes que 
j£|| ; toutefois les dictionnaires Tséu houei et Tchéng tséu t'ông 
ont, par une anomalie que le fCâng-hï tséu tien n'a pas rectifiée, 
classé |y| sous la clef ^ et non sous ^ , comme l'attribution 

faite de j^| à la clef ^ eût dû l'exiger. 

Telles sont les vicissitudes des caractères chinois, dont on 
peut à tout moment citer des exemples. Telle est aussi leur for- 
mation logique. 

Nous identifions ce caractère avec le moderne JJ^JJ k'ïng. Ce 
titre correspond à celui de Ministre, dignitaire chargé d'exercer 
le gouvernement soit auprès du Fils du Ciel, soit auprès des 
grands feudataires de l'antiquité, qui n'avaient qu'un nombre très 
limité, deux ou trois, de ces hauts fonctionnaires ("ij "^j" 

Le Chè ki nous montre Tsiàng K'iû d'abord comme un ^ 
■=& tdifoû, ou magistrat, au moment où il supplie son prince 
de ne pas courir à un échec certain en ouvrant les hostilités 

(1) D'après le Chouô wên, la Flèche ajoute l'idée du But à atteindre en se servant 
d'une équërre, qui est de réussir un tracé correct, $$ % :B: ff» JE «&• 



[15] UN SCEAU DK TSÏÂNG K'ifï. 279 

contre l'état de Tchâo, puis comme ayant été fait ministre par 
le royaume de Yen pour entrer en composition avec l'ennemi et 

obtenir la paix, B ft fâ ^ft & tH (M Ht '• tt 
-$| ^ ItËb ffi)' ^ r ' ^ es ffi sidng, ou Ministres, étaient les 
premiers de tous les fonctionnaires, comme le marque le Diction- 
naire de ICâng-hi : ^g 1& "j£j ^ ^ -j= ^ . Nul doute que 
le titre de Jî£j] k'ing n'ait appartenu à Tsiàng K'iû. 

Le mot JîjJjJJ se compose étymologiquement de la phonétique 
^ hiâng et de deux P tsié, Insigne (tablette ou bâton de com- 
mandement, comme nos bâtons de maréchaux), que le souve- 
rain ou prince remettait aux fonctionnaires en témoignage de 
l'autorité dont ils étaient investis, et aussi le Sceau de leur 
charge. Ces deux tsié se font vis-à-vis et figurent, au dire du 
P. Wieger [Leçons étymologiques, 26 M et 55 A), «ceux qui, à la 
cour, se tiennent rangés des deux côtés, tenant les sceptres, 
insignes de leur dignité». Il nous semble aisé de retrouver ces 
deux emblèmes tournés l'un vers l'autre dans les deux crochets 
inverses du caractère gravé sur le sceau qui nous occupe. Quant 
à la phonétique © hiâng (aussi pi, ki et p't), dont l'écriture 
1% a fait H, elle se décompose en une enveloppe ou récipient 
£j , contenant du grain — ■ , et en une cuiller (^ qui sert à 
prendre ce grain, au moment où le parfum que lui donne la 
cuisson annonce qu'il est propre à être mangé. On considère, 
pour cette raison, â ou ^ comme la forme primitive de ^f 
hiâng, Parfum W. Or nous retrouvons l'enveloppe, son contenu 
et la cuiller à leurs places respectives dans le groupe graphique 
du cachet de jade; mais un cercle y remplace le carré du ré- 
ceptacle, le pinceau de poil n'ayant pas encore substitué, à 

«•> l'ftv-ta : % P >i, «£*# 4* ££«#* + £ fêv tm 

JKlft^o Puis, d'après ie Kouàng yûn : Ç ff hiâng ; £g # -fo- Et, d'après le 
Tchéngtséut'ông: * f£ £v gp £ # ^- 



280 A. VISSIÈRE. [16] 

l'époque où nous devons nous reporter, ses anguleux contours 
aux cercles originels, que traçait sans difficulté le poinçon 
antique. Comme indices spéciaux, nous signalerons : le petit 
fleuron qui couronne Yenveloppe, au lieu du trait unique qui a 
persisté jusqu'à nos jours, en s'infléchissant, en tête du groupe, 
— le rond qui Ggure à la base du caractère et remplace les 
deux traits divergents de la cuiller,' — et surtout la croix qui 
représente le contenu , ou le grain , à l'intérieur du réceptacle 
ou de la marmite. Cette croix, nous la verrons reproduite de 
façon analogue dans le caractère suivant. 

Ici, l'hésitation est permise, car Q§ (dont le cercle inférieur 
n'est pas fermé) est, dans l'écriture siàô tchouân, l'équivalent 
du moderne 1|| ou S. tchouân. Spécial. Mais il n'existe pas de 
caractère dans lequel ce groupe se combine avec J^p (notre 
h A) ni même avec ^y, auquel on pourrait songer. D'ailleurs, 
ce dernier caractère était jadis p§ , dont les traits, divergeant 
vers l'extérieur au lieu d'être tournés en dedans, suffisent à nous 
faire écarter comme impossible cette hypothèse. Nous sommes, 
par suite, amenés à considérer $ comme représentant ici Éî 
et non ]|j . Ces deux mots, différenciés par la prononciation et 
par des formes modernes nettement indépendantes, paraissent 
avoir été faciles à confondre dans la graphie antique, et nous 
voyons le Dictionnaire de K'âng-hi indiquer, comme formes ar- 
chaïques de SL ou ]|| tchouân, le groupe é| , qui diffère peu 

de l|î , et cet autre jg£ qui, dans son tracé primitif était 

ressemblant à $ du sceau de Tsiang K'iû moins les deux traits 
en croix W. On se rend compte par là de l'affinité ou de la 
confusion qui existait jadis entre fQ [ou Ô ] et ||[ [ou çB] 

et on s'étonnera moins de voir l'élément médial de JJjjjJJ figurer 

(,) 11 est à noter que, dans l'écriture antique, J^ qui sert de base a % est sou- 
vent représenté par un rond. C'est ainsi que i s'écrivait £ . 




[17] UN SCEAU DE TSIÀNG K'IÛ. 281 

sous une forme qui, sans être identique à celle de ce second 
caractère, n'en est que peu différente. 

Quant à la similitude, mentionnée par Woû Tâ-tch'êng, entre 
notre caractère et le %ffi de la tablette long tsiê, il nous paraît 
inutile, après l'examen des faits qui précèdent, d'y insister lon- 
guement, d'autant plus que la configuration du groupe dont il 
s'agit n'est pas marquée avec une grande netteté dans le Koû yû 
f où k'ào 9 qui le reproduit. Il nous paraît comporter, outre ]§| 
ou notre ^ , un élément à gauche et un autre en dessous qui 
se combinent habituellement de façon à former le radical ^ , 
toujours ^ dans la graphie antique W. 

Ce dernier caractère est celui dont l'identité nous a semblé 
la moins aisée à préciser. Il lui manque, croyons-nous, deux de 
ses éléments primitifs. 

Disons de suite que nous ne voyons pas la possibilité de nous 
rallier à l'opinion de S. Exe. Touân qui, d'une part, lui assigne 
comme équivalent ^p£, caractère incertain, apparaissant sans 
aucune attestation d'état civil dans le Koû yû t'oû k'ào de Woû 
Tâ-tch'êng, et qui, d'autre part, en parle comme d'une forme 
antique de Jj| si, ernom des sceaux dans l'antiquité n. 

En effet, si nous comparons Aô et £k , il convient de nous 
rappeler que la caractéristique du Métal, dans sa représentation 
antique est la présence de points — grains de minerai ou 
pépites — mêlés à la terre ifL . À cette figuration vient s'ajou- 
ter la phonétique <éS> km pour constituer le mot ^^ kïn, Or, 



(1) Ayant fait connaître à S. Exe. Touân, par la bienveillante entremise de 
S. Exe. M. Souën, ministre de Chine en France, l'identification que nous proposons 
du quatrième caractère du sceau qui se trouve en sa possession , nous 'avons eu la 
satisfaction de recevoir, depuis, son adhésion à nos conclusions.. 



282 A. VISSIÈRE. [18] 

Métal P). Ces pépites ont eu , dans la pensée des écrivains chinois, 
une importance assez forte pour que les points qui les repré- 
sentent se soient conservés apparents jusqu'à notre époque dans 
l'écriture nationale, malgré les révolutions qui l'ont, tour à tour, 
modifiée dans le cours des âges. Or, sur le sceau de Tsiâng K'iû : 
pas de pépites, et, au lieu des assises terrestres /rigoureusement 
horizontales, du caractère ^ kîn y une sorte de panier au fond 
légèrement arrondi , traversé par deux traits en croix dont l'un , 
vertical, s'allonge de façon à dépasser le cadre formé par le 
panier. Quelques déviations que l'auteur du sceau ait voulu 
imprimer à sa légende, mû par des préoccupations d'ordre 
cryptographique, il n'eût certes pas songé à dénaturer le Métal 
jusqu'à en faire disparaître les points essentiels, caractéristiques 
du minerai disséminé dans le sol. 

D'autre part, l'élément de droite ù n'a rien de commun 
avec les formes antiques de 7^. , Ggurant les branches, le tronc 
et les racines d'un arbre, ni avec celle de Tffr , qui est la même 

image surmontée de la main à trois doigts ( 5t )* 

Quant au mot J|| *t, c'était, à la vérité, un nom des sceaux 

dans l'antiquité, aussi bien de ceux des particuliers que des 
souverains, jusqu'au jour où ces derniers le réservèrent à leur 
usage exclusif. Si nous en croyons les auteurs du Kïn ché so, 
l'empereur Ts'în Chè-houâng-tf, considérant que le motst avait 
une prononciation peu différente de celle de ^P s&èu, qui signifie 
la Mort, abandonna l'appellation de «t J|| pour les sceaux im- 
périaux et lui substitua celle de -w pào (Joyau) , qui est encore 
le terme en usage à présent. Suivant d'autres écrivains , la dési- 
gnation de pào donnée aux sceaux impériaux n'aurait commencé 
que sous la dynastie T'âng. En recherchant, dans les recueils 



0) 



&:^±> £#&*&&±+^^* (Chauô wên). 



[19] UN SCEAU DE TSIÀNG K'IÛ. 283 

spéciaux tels que le ^ ife ^ Lieôu chou t'ôug et le ^ ^ 
Sh )fa Km chéytinfoù, quelles étaient les formes antiques du 
caractère J|[ «t, nous n'en avons rencontré aucune qui se rap- 
prochât du groupe final du sceau de Tsiâng K'iû. Aucune ne 
présente deux moitiés accouplées dans le sens horizontal et, si 
l'on est tenté de voir dans jjj un substitut de la primitive <fc 
ou ^fc , qui est à l'origine de JjS avec un rôle phonétique et 
qui a persisté dans sa partie supérieure *rc , les traits de gauche 
ne sauraient, à aucun titre, s'assimiler à 3? ni h cet élément 
joint au reste de si : Jj$f . 

Il convient dope de chercher ailleurs la valeur de Aô . 

Aucun équivalent moderne ne saurait, croyons-nous, lui être 
assigné avec plus de vraisemblance que le groupe ^fc tch'é, au 
point de vue graphique. Les significations et usages de ce mot sont 
d'après K'âng-hi: « Rendre solide; Attentif; Réparer; Diligent; 

Mettre en ordre; synonyme de ^ tch'é (Ordonner, Ordre, ^ 
^rt *&)' f° rme alternative de ^fjj chè (Orner, Ornement) -n. 
Sfij est formé étymologiquement de J^ ts( (devenu ^jj |), 

Union de trois (Chouô wén: Jh± ^ ^ ^ . D'où : ^, ^, 
^, etc.), de ^ hiâng, Grain parfumé parla cuisson, Nourri- 
ture (groupe que nous avons longuement examiné ci-dessus), 
de ^ jén, Homme, et de ^1 U, Force' 1 ). 

Or, depuis longtemps, le trait horizontal de ^ ses t con ~ 
fondu, dans ^ chê, Nourrir, Nourriture, avec le sommet de 
^ , sauf pour quelques puristes — au nombre desquels il 
faut compter ^ ,S^ ;|§r Tchoû Tsiûn-chéng, l'auteur du mo- 
derne *|^ ]p£ ^ "gj|| *jj? jS? Chouô-wén Công-hiûn ting-chêng, 
— qui restituent à la clef S tous ses traits anciens et qui 

< l) Cf. K'âng-hï, caractère IK (on fh), phonétique de g£ et gfr ( j| ffifk S 
jj , Liéou chou kou). 



/ 



28 A A. VISS1ÈRE. j20j 

écrivent £. Le groupe ^ , que nous ayons comparé, un peu 
plus haut, à un panier, s'identifie avec la figure analogue, que 
nous avons vue au milieu du quatrième caractère du sceau. 
Quant à la Cuiller (^ , qui devait compléter le groupe à sa 
partie inférieure, elle est absente et nous devons sans doute 
admettre ici une licence, particulière peut-être à la pièce sou- 
mise à notre examen. 

Par contre, la moitié droite de ffij transparaît nettement 
sous le \ de sa composition primitive , ainsi que sous la re- 
production, à peine altérée, de la figuration antique de fi li, 
Force, qui est A4 (un nerf humain sortant d'une sorte de gaine 
ou muscle). Les deux lignes verticales extrêmes dépassent, au 
surplus, très nettement en haut la barre horizontale, ce qui 
est l'indice de fi , de préférence à pf} . 

Nous écartons, en effet, la possibilité de la présence ici de 
&fo chê, Orner, Ornement. Outre que pf} kïn n'offrirait pas 
au regard les mêmes montants latéraux qui appartiennent au 
fi antique, sa ligne sinueuse était évasée vers le bas (/i\), 
de façon à imiter les bouts flottants du morceau d'étoffe que les 
anciens Chinois portaient, assure-t-on, passée dans leur cein- 
ture et qui leur servait d'époussette. 

H y a lieu de remarquer, d'ailleurs, que &fa est parfois 
employé pour jjjfc (cf. JCâng-hi 9 d'après le Tsiyiin). 

Nous ajouterons même que, si l'absence de (^ au bas de % , 
sur le sceau, devait faire rejeter cet élément comme suspect et 
reporter sur ^ une préférence que nous ne saurions partager, 
le Dictionnaire de Kâng-hi nous ramènerait , par cette voie dé- 
tournée , à |j{jj et à son synonyme occasionnel jjfc . Nous trou- 
vons, en effet, dans le lexique impérial, le mot ^R suivi de 

l'explication suivante : ( ^L jgj ) || fi 4# v ff JK.fS &• 
Et jj$£ tclié, indiqué ici comme équivalent phonique, est préci- 



121] UN SCEAU DE TSIANG K'IU. 285 

sèment l'homophone et le synonyme de jjfc tch'é. Ordon- 
ner W. 

Convient-il donc de lire ainsi cette légende sigillaire : Ordre 
du ministre, Tsiâng-K'iû de Ts'6? Nous ne le pensons pas. Les 
sceaux chinois, depuis l'antiquité, portent inscrits sur leur sur- 
face un titre officiel, une phrase ou devise, ou la mention ex- 
plicite : cr Sceau de . . . ^, comportant comme derniers caractères 
de la légende pfj, jÊ[, pfj J||, J^ ou -5fer. La substitution 
du mot Ordre à ces termes consacrés impliquerait une déroga- 
tion à l'usage dont nous ne voyons, dans les nombreux spéci- 
mens de sceaux anciens que nous trouvons reproduits par les 
collections indigènes, aucun exemple. Aussi arrivons-nous à cette 
conclusion que notre Aô final doit être identifié avec ?fô , forme 

antique du mot pfj yin, Sceau , indiquée parle -^ ^& ^fi Tséu 
houéipoà, si précieux pour l'étude des caractères archaïques, et, 
d'après lui , par le Kàng-hi tseu tien. Dans le monogramme ancien , 
les deux traits que le pinceau interprète aujourd'hui par le y 
de gauche, en haut, ont été omis, l'élément -^ a été tracé 
indépendamment, tout en conservant à son faîte (\) un dé- 
veloppement plus considérable que n'a le même élément f^ 
dans le groupe de droite, ce qui peut être significatif. Mais ce 
groupe de droite, j[ dans Kâng-hï, d'après le Supplément au 
Tseu-houéi, se présente ici comme 4ï . Il y a là, sans doute, aussi 
une licence, attribuable soit à Tsiâng K'iû soit au Tseu houéipou, 
ou une structure équivalente et facultative. 

Peut-être un doute s'élèvera-t-il sur l'existence de sceaux, de 
véritables timbres humides, servant à authentiquer des écrits 
à l'aide d'une impression, à l'époque à laquelle nous devons 
nous reporter dans cette étude, soit deux siècles et demi avant le 



(>) 



K'àng-hi: ft, t« X * # fôv fr ♦ 4 



286 A. VISSIÈRE. [22] 

commencement de l'ère chrétienne. On pourrait objecter que les 
Chinois de cette période écrivaient sur des tablettes de bambou, 
peu propres assurément à recevoir de semblables empreintes 
— à moins qu'elles ne fussent faites au moyen d'un cachet de fer 
préalablement chauffé, — et que le papier, même en admet- 
tant que son invention soit antérieure à Ts'âi Louên Jjjê jf^ 
(i-ii siècle après J.-C), n'existait pas à cette date reculée, qui 
a précédé les conquêtes de Ts'în Chè-houâng. 

A cela il convient de répondre que l'emploi de sceaux dans la 
haute antiquité ne fait pas de doute pour les auteurs chinois, 
que le Tsô tchoudn notamment le mentionne à une date bien 
antérieure à celle où vivait Tsiâng K'iûW, et que les tablettes 
de bambou n'étaient pas seules destinées à recevoir l'écriture, 
mais que des étoffes de soie blanche ou unie (m pé, lÊt sou, 
yjM ^è kiènrêoû) remplissaient le même office. Aussi l'expression 

\*t m tchou pé, Bambou et soie blanche M, est-elle demeurée 
dans l'usage des littérateurs chinois pour désigner ce qui est 
destiné à recevoir l'écriture, à commémorer graphiquement un 
fait. Les caractères étaient tracés, à l'aide d'un morceau de 
bambou ou d'un autre bois trempé dans l'encre W, sur l'étoffe, 
dont la surface souple dut se prêter parfaitement à l'impression 
d'une légende sigillaire. On appelait J^ 3* tch'è séu une lettre 

écrite sur soie blanche (d'un pied) et ft jj|§ tch'è ton celle qui 

(1) Tsi tchoudn, a 9/ année du duc Siâng Jl & de Loù (544 avant J.-C.) : g 
^ iê W H £ B » «Muni d'une lettre portant un sceau , il se mit à sa poursuite 
et la lui donna ; il y était dit ... * 

(,) & # ^ *fc ft S ( He6u Hdn chôu )- 

{3) Les bâtonnets à écrire n'avaient pas de poils à l'origine, mais portaient déjà, 

dans certaines régions au moins, le nom de 2JË pi, que nous traduisons par Pin- 
ceau. «En ce qui concerne les pi de l'antiquité — est-il dit dans le "6" ^ $• 
Koù ktn tchou , — que l'on employât du bambou ou un autre bois, du moment 
où l'on pouvait former des caractères en imbibant d'encre l'instrument, celui-ci 
était appelé pin. 



[23] UN SCEAU DE TSIÂNG KIÛ. 287 

était gravée sur bambou de même dimension. Ces expressions 
sont restées dans le style moderne comme synonymes du mot 
Lettre. 

Nous sommes donc fondés à admettre que les sceaux impé- 
riaux de Ts'în Chè-houâng-ti, différents peut-être de ceux dont 
le Kin ché sa nous offre l'image avec leurs caractères en forme de 
dragons ( ^ "^£ ) et d'oiseaux ( /jf| ^ ) , avaient eu de nom- 
breux précurseurs. Leur empreinte était destinée, sans doute, à 
figurer sur des documents inscrits sur la soie, roulés ou non 
à la façon des volumina de l'Occident, dont la Chine présente 
encore l'équivalent dans ses i£ 4& cheôu kiudn, où se replient 
des cartes géographiques ou les œuvres de ses peintres. 



ESSAI 



DE 



GRAMMAIRE HISTORIQUE 



SUR 



LE CHANGEMENT DE X EN p DEVANT CONSONNES 

EN GREC ANCIEN, MÉDIÉVAL ET MODERNE 



PAS 

JEAN PSICHAR] 



MI1011ES OllElfTACX. "J 

l«r»IMtRIE IUT10IAU. 



ESSAI 



DE 



GRAMMAIRE HISTORIQUE 

SUR 

LE CHANGEMENT DE X EN p DEVANT CONSONNES 

EN GREC ANCIEN, MÉDIÉVAL ET MODERNE 



On ne sera pas trop surpris, nous l'espérons, de voir figurer 
dans ce volume de Mélanges Orientaux, un mémoire composé 
en grec moderne par le professeur chargé d'enseigner cette 
langue; on voudra bien songer, au surplus, que ce professeur 
s'efforce de faire la plupart de ses cours, ceux au moins de 
troisième année, dans la langue même qu'il enseigne, et qui 
est aussi sa langue maternelle. Ce travail-ci, cependant, n'est 
pas précisément écrit dans la langue qui se parle, mais dans 
une langue plus savante. Elle est savante — est-il besoin 
de l'ajouter? — non pas dans ses formes grammaticales, 
lesquelles sont toutes vivantes et rejoignent par là même la 
langue parlée, mais savante par son vocabulaire seulement, 
comme cela se voit dans toutes les langues d'Europe, dès qu'elles 
viennent à traiter un point scientifique quelconque. Il est cer- 
tain, par exemple, que éocène et pléocène, conformes de tous 
points à ce que l'on peut appeler la morphologie française, 
sont bien des mots français — ils n'ont même jamais été grecs; 
il n'en est pas moins vrai que ces mots ne font point partie du 
français qui se parle , à moins qu'il ne s'agisse d'une conversa- 
tion entre géologues. 

19. 



292 JEAN PSICHARI. [4] 

H y a donc, dans le présent mémoire, une tentative, et, 
qu'on nous permette de le dire, plus qu'une tentative, une 
preuve. Nous avons voulu démontrer que le grec moderne (le 
grec appelé vulgaire), avec son extraordinaire flexibilité, avec 
je ne sais quelle rapidité dans la tournure, qui lui est propre, 
peut donner des composés clairs et précis et s'adapter par cela 
même aux nécessités de tous les vocabulaires spéciaux. C'est 
pourquoi nous avons choisi un sujet à la fois historique et lin- 
guistique, un sujet dans lequel l'étude des textes joue un rôle 
égal à celui des exégèses purement phonétiques. On jugera de 
la mesure dans laquelle nous avons pu réussir, puisque, con- 
formément aux traditions de l'Ecole, nous donnons, en regard 
du texte, la traduction française. Cette traduction, qui pourra 
servir en quelque sorte de critérium et de contrôle , est unique- 
ment réservée à ce volume de Mélanges Orientaux. Quant au 
texte lui-même, il constitue un chapitre d'une Grammaire histo- 
rique dont le premier volume — elle doit en comprendre trois 
— est à moitié terminé; nous avons tenu à en offrir ici la 
primeur. Comme cette étude, ou ce spécimen, — s'il inté- 
resse jamais personne — ne saurait intéresser que le public 
spécial auquel il s'adresse, celui des néo-hellénisants, nous 
n'avons pas cru devoir donner dans les notes le titre in extenso 
des ouvrages cités en abrégé. D'ailleurs, ce qu'on entend par 
grec moderne est plus vaste que le mot ne l'indique : le grec 
moderne est partout; il y en a dans Homère et encore davantage 
dans les inscriptions de toute la grécité. Les épigraphistes et 
les philologues en général n'auront donc pas besoin de grandes 
explications pour reconnaître des ouvrages qui, la plupart, leur 
sont familiers. 

Un mot encore pour situer le présent extrait dans son 
contexte. Il est précédé, dans le volume consacré presque en 
entier à la phonétique descriptive , par une longue analyse phy- 



[51 ESSAI DE GRAMMAIRE HISTORIQUE. 293 

siologique des différentes qualités de X en grec moderne. D'autre 
part, le chapitre se termine par le relevé de quelques traite- 
ments dialectaux de X, peu connus et que nous signalons ici, 
en passant, aux amateurs, p. e. 0àpo<7<7a, époLtre =yé\aL<je 9 
£upa, poioi = Xayoi (Naxos) ; TpeÇos = rpeXkés, x<5£6 = xaXrf, 
deux accents (Naxos); rpeÇds, rpeÇaLOy, vol t<ti rpeZâveo (San- 
torin; Ç palatal provenant d'un X palatal ouvert au milieu); 6<x- 
\auT<ra, (ifjXo, 7raXaTi, puis iïcliolti, fjuiioLfiaL, enfin Scl^tv^ki 
et Sa/rvaxi (Naxos); (SoKjiSa = ^a<riXià, taxi& == y vaX/£ei , i//a- 
xtëi, xiSi — xAeiSi, xxditx = xXeiSict, 'MoLpovxà = Mapovhd, 
toxi7to = to \om6, xaxifiépCL == xaXwftépa , Béxis, fjLixycrù), (xs- 
yaxtfy Snros = \om6s , yjtixlariux, = yXvxKTfia , vxxixa = yvahxà 
(on n'accentue que paroxyton dans ce village de Santorin, 
Nemborio, et à Apiranthe, Naxos), >?So = jjfXio (Santorin; 
X, devant i, s'est d'abord mouillé, X, puis s'est fermé)* 1 ); aa 
= yàXa, ao <Tvpvei = akoyotrépvei , xol66& . xacrtréa = xa<7- 
<reXXa, </lo&Tp6vcus</Ii = &16 \&rpo vol Xuaflii, Se Oéœ, œv = 

XœXify, xoLdOi, 60 — 5Xo, xolo = xaXo (Naxos; le phénomène a 
commencé devant les voyelles postérieures, que X ne pouvait 
pas suivre). A chaque paragraphe, ces changements divers 
sont longuement étudiés dans leurs causes physiologiques. On 
en trouvera un échantillon, p. 336, en Appendice, pour un 
traitement de X, que nous ne mentionnons pas ici. Nous ne 
pouvons tout donner. L'entreprise d'une grammaire historique 
est, nous le savons bien, ardue par elle-même; elle le devient 
davantage dans une langue scientifique qui reste à créer. 
Le vocabulaire technique sera établi et motivé en temps et 
lieu. On voudra bien nous faire quelque crédit, en atten- 
dant. 

(,) V. p. 3 10. n. 5, pour la valeur des lettres employées; le périspomène au- 
dessous de la lettre marque toujours une mouillure, comme cela est consacré 
pour la notation j, iota périspomène renversé, ou yod. 



294 JEAN PSIGHARI. [6] 

QUELQUES TRAITEMENTS PARTICULIERS 

DE X ET DE p m . 

1 . Permutations de ces deux sans. — a. Les sons p et X peuvent 
permuter, soit quand il y a deux p dans le même mot et que 
l'un d'eux devient X , soit quand il n'y a qu'un seul X et qu'il 
devient p. — b. Lorsqu'il y a deux p dans le même mot et que 
l'un d'eux, le premier ou le second, devient X, on dit alors 
que c'est par dissimilation; en d'autres termes, on ne veut pas 
avoir deux fois le même son dans le même mot. — c. La 
dissimilation est le contraire de Y assimilation (=#jtoTOip*a£ià, 
ou accordance des sons) ; on peut l'appeler aussi bien désaccordance 
des sons (vxoÇeTCupiaZià) , ou simplement désaccordance (Çsrcu- 
po£*à). — d. La désaccordance ou dissimilation n'est pas à pro- 
prement parler une permutation; celle-ci se produit lorsque, 
dans le même mot, il n'y a qu'un p à la place d'un seul X. — 
e. Ce dernier changement est dû à des causes physiologiques; 
la dissimilation est due à des causes plutôt psychologiques. 

2. Dissimilation des sons p et\. — a. La dissimilation s'observe 
dans les formes suivantes, qui sont aujourd'hui usuelles et pan- 
hellènes : iXérpi (ipovpov), yX^yopa (yptyopos), Xv- 
Opivi (èpvdpïvos, pagel, poisson rouge), TrXœpy (irpwpa), 
(pXsfidpys (pe|3p8apios, pef3p8ap*s). — b. On la recueille 
également dans les mots xXidapi (xpidapiov, xpiBy), /xà- 
XaOpo (jxàpadpop, sorte de plante, cf. Mapadwv; peut-être 
même ne dit-on jamais fiâpadpo, mais plus probablement 
jxàpaôo' 2 '), naXeOvpi (7rapà0vpos), iteXtalèpi (irepi- 

(1) Les lettres grasses indiquent que l'on considère le son en lui-même et par 
conséquent ne doivent pas être épelées. 

(,) Je l'avais conjecturé, puis j'ai trouvé dans le dict de Vlachos «(iâpad[p]ov*. 



[7] ESSAI DE GRAMMAIRE HISTORIQUE. , 295 

KÀTI IIAeÉMATA iAIAiTEPA TOT ÔXOT X 

KAÎ TOÎ ÉXOr p. 

1. 2vi>aXXà£gi>T0U p xal X. — a. SwaÀXà&vTOu rà p xcd 
to X (iè Svo rpànw, fl <ràv eJvcu t/lifv tSia Xê&n Svo p xal to 
ëva yivercu X, fj cràv dvcu fiâvo ëva X xcd yivercu p. — f3. 2àv 
dvcu </}yv iSia Xéèv Svo p xcd rà ëva — to irpwxo # xal to Sé- 
Çrepo — yivercu X, TOTesXévenœs faai yivercu àir6 Çéfioiaafia, 
SvXctSrj yià va (ivv fyPne &lijv Qia XéÇy tov iSio %yp Sv6 
Çopés. — y. To £ijxoja<7|x& ehcu to èvavrio rris fiyprcuptadiias 9 
$ <rà OéXeis wxoÇeraipiaÇiâ, ff xal axérfa %eraipial;ià. 
— S. È £eTCupict£i<i Sfieuç fj to £é(LOia<T(ia Skv eïvcu xada^TO 
avvaXXaZid* awaXXa&à dà irëfie, aàv dvcu &lyv tSvx XéÇy 
fiàvo ëva p xal yivercu X. — e. À^to yivercu yià Xàyt&s tpvmo- 
Xoyixés* to êifiOMMJjxa ^ei X6y&s nepicrcrôiepo ypvypXoyixés. 

2. EéfioiatTfia % ÇeTaipiaÇià <rlo p xal alo X. — a. Si- 
fjLOKKTfxa TTdparnpBfie arovs ovvvôivpévus xcd iraveXXwvius 
<jy(upvès v!m&s aXèxpt (&porpov),yXifjyopa (yptiyopos), 
Xvdpivi (èpvdpïvos, xàxxivo ypapdxi), irXoopv (irpûpa), 
(pXefiàpvs ((pefipovdpios, (pefipovâpis). — (3 kxéyercu 
ÇéfiOMUTfjLa xal (AU XéÇes xXiBdpi (xpiddpiov , xpidify) , (xd- 
Xadpo (fiàpadpov, élSos Çvt6, cryxp. MapaOœv ïaws 
fjÂXi&lairoTè fiapadpo, irapà mOavœTspa fiapado^), 7raXe- 
dvpi (napddvpos), iteXiaTèpt (wspKTlépiov),TvXoxcopéï(y 

(I) Ta avvBbtaaa xévetra rà liâfiaa* al à BÀ. «p.âpaO[p]ovT>. 

O 01 avPTOpyfpéves \é£*s èpiir/véfiowTcu fapatixa oH)v ip/$ rffc r pap pa- 
ri x#f, &wh insép/ju xal xppiolà xcÇéXato if xpptdl-iï utfpuglwnj yià ràv xàût 
Ôpo. É8à>, àlénfàoTsacrpLa, éfrat Trpoawptvà Çyryrfpépa oïl) yaXXtxi) ni) arjpztdxrrj 
(<?. 9^96^997). kxôpoj xi Ôtmûç râxppis, sMtraAa/Sa/yei xartls irôaïf ifpocox^ . 
'Kpévtt va lodi) &là vvàvta 9 67 0» rà avpâÇupLê. — Tià rà pâpmdo Çaiverat 
vS>ç fUXrfat xi à XarÇtjlâxïjç, xofr. Byz. Zeitschr., 1905, 3 a a. 



296 JEAN PSICHARI. [8] 

crlépiov), irXoxwpeî'firpoxwper* H.,R., conv., LC.,Naxos, 
Ville ( l) ), etc., etc., etc. — c. Les exemples anciens les plus 
connus sont : âpyaXéos (àXyoAéo?, &Xyos), KépfieXos (Kép- 
|3epos), xeÇ>aA<xpy(a (xe^aAaXy/a), vavxXvpos [yaxh 
xpapos), etc., etc. — d. Comme en grec moderne (irepi- 
trlépi elneXicrlépt, irapadvpi et iraXeôtipi), de même en 
grec ancien on trouve les deux formes vavxXwpos, vavxpa- 
pos (avec un sens différent), xe^aAaXy/a, xeÇaXapyia 
(avec le même sens). — e. Il n'existe cependant nulle part de 
forme àXyaXéos dans les textes; seul âpyaXéos, c. à~d. ce 
qui est la faute, s'est maintenu. 

3. Comment a lieu la dissitnilatwn de p et X. — a. Lorsque 
je suis sur le point de dire (idpadpo ou Képfiepos et que je 
dis (idXaOpo ou KépfieXos, l'extrémité de ma langue ne se 
porte pas, soit d'un seul coup, soit peu à peu, des régions de p 
aux régions de X; en d'autres termes, il n'y a pas permutation 

(l) Voir la note en regard dans le texte grec. Voici l'explication des abréviations 
françaises : H. = Homme; F. = Femme; V F. = Vieille femme; H V. = Homme 
vieux; Jh. = jeune homme; j. p. = jeune pâtre; g. = garçon; f. = fillette; J. f. 
= jeune fille; ëc. = école (pour marquer que le sujet y va); m. v. = même vil- 
lage; A. m. = Age moyen; s. d. » sans dents; conv. » conversation; c. = conte 
(signifie que les formes recueillies l'ont été tantôt au cours d'une conversation, 
tantôt pendant un conte populaire que me racontait le sujet en question); I). = 
rue (signifie que la forme a été recueillie en passant dans la rue et non pas à la 
veillée ou chez le sujet lui-même); LC. = langue commune (signifie que le sujet 
s'entretenait avec moi en langue commune et non pas dans son patois); le chiffre 
qui suit quelques-unes de ces lettres (p. e. , j. p. 1 6) donne l'Age du sujet. On est 
prié de se reporter, pour l'intelligence de ces détails qui ne sont pas inutiles , aux 
Et. ng. XXIX suiv. Investigations dialectales, Milieux psychologiques etc. Il ne fau- 
drait pas croire, en effet, que le paysan parle la même langue dans la rue et chez 
lui. L'étude du langage se fait aujourd'hui sur l'individu et, chez l'individu même, 
il faut distinguer les moments. Je suis heureux d'ailleurs sur ce point de m'étre 
rencontré, dès 1899, avec mon éminent ami M. l'abbé Rousselot, sans que nous 
nous soyons donné le root l'un à l'autre. 



[9] ESSAI DE GRAMMAIRE HISTORIQUE. 397 

[it pomper A., Sp., ô. f Kl\, c/ly NàÇo, Xwpa) xtX. xtX. 
xxXW. — y. TàpxaT<*Tà -tho y^o^à dvcu- OLpycCkèos (âXya- 
Xios, àXyos), Kép/3eXos (Kép|3epos), xepaXapy/a(xepa- 
XaXy/a), vavxX>?pos (vavxpapos) xtX. xtX. — 5. ùncos 
artv yXdaarcL p-as (nepKjlépi xcu neXicrlépi, napadvpi xcu 
TtaXeBvpi), hm xcu tflyv àpyoUa PpitTx&yrcu oi Svo tvttoi 
vavxXvpos, vcLvxpapos (pÀ%e%fi)pi</}ii crnfjuicrta to xadéva) , 
xe$a\a\y(cL, xeÇxxXapyla (fii jyv ïSia frnfxacria). — e. 
kXyaXéos 8p.tôs Sèv imàpysi vovdevà (/là xeip&va xcu eco- 
0>7xe pLOvd/jx o àpyaXéos, SvXaSv to XAOos. 



3. nS>$y(vsTait6l;ép.oia,<Tp.CL<r'lo pxai </loX. — a. ôrav 
ndœ vàn5> p.apa6po xod Xéœ jxàXadpo, Képfiepos xcu Xéco 
KépfieXos, Tàxp6y\û)<T<r6 p.ov Sèv mrycdvet pAvopuas fj xcdXtyo 
Xfyo àno xà xarcLTéma rov p (/là xararània rov X v SyXdSt) Se 

(1) L'étude des formes dialectales (ou paloises) étant aujourd'hui devenue très 
rigoureuse, il est bon, quand on recueille tel ou tel mot, d'en marquer exacle- 
la provenance, en indiquant non seulement le pays et le village, ce qui va de 
soi, mais le sexe, l'âge du sujet parlant, ainsi que les circonstances où le mot 
a été recueilli (dans un conte ou dans une simple conversation, dans la rue où è 
domicile). En Grèce, il y a aussi quelque intérêt à savoir si la langue de l'individu 
observé est purement dialectale ou s'il ne s'est pas servi en vous parlant de la 
langue commune. Pour les formes que j'ai moi-même entendues sur place, j'ai 
donc cru devoir faire usage d'une série d'abréviations qui répondent aux desiderata 
énoncés et dont voici l'explication : Â. = kvrp%g; T. Tvvalxa; IT. =yptà yvv%lx%; 
U.='waXXrpiàpt; 3. l.=liycoç lama; à. =b(uX(a; ». =r irapzfivdi ; KI\ — xoivif 
yXàxraa ; p. x. = fieaàxoTroç , (uaôxowq ; dy. = àyàpi ; t. %. = rtio xo>p<4 ; K. = xô- 
pktrt; x. — xopnaâxi ; <nt. = axoXetà (qui va à l'école); ÀI\ = âvrpaç yépoç; le 
chiffre qui suit les lettres I\, K., x., éy., ou la mention d'un nom de profession 
(£o<Txfrxov\o), marque l'âge des personnes; le point d'interrogation (? ou ; en 
grec) marque que l'on ne se rappelle plus exactement le sujet observé. — Voir la 
note en regard, dans le texte français. Ces explications en français résument tout 
un chapitre du texte original où les choses sont développées tout autrement et 
plus en détail. Voir p. 995, n. a. 



398 JEAN PSIGHARI. [10] 

proprement dite. — b. Le phénomène est différent; au moment 
même où je vais dire fidpadpo, j'oublie que je dois former 
deux p dans ce mot et il me semble que le premier ou le second 
est et a toujours été X. Mais, si j'oublie et ail me semble, c'est 
donc que le mouvement est purement psychologique. — c. Il 
l'est aussi pour d'autres raisons; car, avant d'ouvrir la bouche, 
je préentends, en quelque sorte, les sons que je vais émettre. 
Et cette préaudition me fait à demi sentir que je dois former 
tout à l'heure dans le même mot deux fois le son p. — d. Mais 
j'estime alors que cette répétition n'est pas un avantage pour 
moi et que donc il est plus juste de ne former qu'un seul p. 
C'est pourquoi j'en arrive à penser que X est le juste son, et 
d'un trait je cours aux points linguaux intéressés dans la pro- 
duction de X, sans passer tout d'abord par les points linguaux 
intéressés dans la production de p. — e. La préaudition et 
l'oubli, à l'état simultané, ne sont pas des mouvements con- 
tradictoires de mon cerveau. Je préentends bien deux p, mais 
comme il n'y en a qu'un qui me convienne , j'oublie l'autre im- 
médiatement et je fais X. — /. D'autre part, si je remplace p 
par X et non point par autre chose, c'est que X ressemble à p 
plus qu'à tout autre son. P. e., pour former un X alvéolaire au 
moment où j'allais former un p alvéolaire , il me suffit de faire 
cesser la vibration de la pointe de ma langue, en l'appliquant 
contre les gencives médianes intérieures. A la même minute, les 
paroislatérales de ma langue s'appliquent contre mes deux rangées 
dentaires supérieures. — g. Remarquons encore que la dissimi- 
lation , dans la langue ancienne , atteint le second , tandis qu'elle 
atteint aujourd'hui le premier p. En d'autres termes, la préaudi- 
tion est plus rapide chez les modernes. — h. Quant à quelques 
dissimilations similaires de v, ce n'est pas ici le lieu d'en parler. 

4. Quand se produit la permutation proprement dite de X et de 



[11] ESSAI DE GRAMMAIRE HISTORIQUE. 299 

yivsvcu xaBaJ^rb ^x,oaXXa£ià xaxxix^. — f3. Yiverai xàxi àXXo - 
tv </l$yp>y itov 6à noo (idpaBpo, Zeyyw itS* tfyfiû va fxop^œad) 
Svo p xcd (jlqv ÇcUvercu vàx xi npÛTO $ xi SéÇrepo elvcu xeï- 
rave Travra X. Av 8p/a* fiov Çalverai xt Av Zsxvco, aypaXvu 
itus eJvcu ypvxoXoyixà t6 xlvypud jxa. — y. Elvcu ypvyoXoyixè 
xcu yiè. xâmoi&s âXX&s Xày&s • itpiv àvofëb) to c/làfjua, Trpoaxéco 
xès rf)(&$ ivë Bcl {2y£koâ. -kçfld p& xo tcpodxHapja pi xdvei xcu /xi- 
arovoiwdb) nus Bà pjop$ti)<Ttô Svo Çopès cflyv ïSia XéÇy tov fjyp p. 
— S. Ma vofjJÇù) ràjes irœs Sk jxS avtyipvzi va SetpTepdveo hm , 
xcu Xotniv nœs xo acoc/Jà dvcu va (toppûacû h>a p (iovd%a. 
Tiol xSxo Bappœ xufXas irœs xo X eïvau <T(o</16$ VX°*> X(Xi 7^ 
xSxo Tpafiœ pÀ pxà Spofuà </là ykcûaaroràma xS X, x w pk irpÛTCL 
va mpduTGô dira xS p xà yXeoaaojàina. — e. To va npocutéù* 
xcu va %sx?à> ovvâpa,, Se aypxuvti dvrfBera xwhpaxa xS pvaXë 
p&. Upoaxéœ Svo p, xcd neiStj xo ïva Se pS </lpéyei, xo Ss/yœ 
àpÂatù* xcd xdvœ X. — f. Ba£&> X dvrïs p xi Ôyj âXXov vx°> 
ywtl ittpujuàitpo fxoidXei xo p (xi xo X, 7rapà pi xaôe £XXos>e. 
A. £., X^ *** fJLop<pw<Tœ yovXâjtun/lo X, éxeT -ttS efirape va 
(lopÇcoarcû yuXàrpep/) p , Çrdvei va tkx^jj xo iptpjoxlvypja &ld- 
xp6y\G><T(j6 fi& xcd ràxpéyXùxrdO va xoXkydrj (/là pscnavà xà 
fi&royéha. \8to</ltypls , xoXv&vs xcdrà yXùKTtrânXefUpa (/ldirdvœ 
TtXayloSovra. — y. Wpbnzi va <ryp&ui>oVfte dxàpy w5>s y 
àpXcda xavei xo £é(j.oiCKJfjux </lo SéÇrepo, èpjûfc </l6 npdno p. 
ArjXaSv , xo 7rpoaxtt(j/xa aï pas yivercu tuo yXyyppa napà &lè$ 
apxcu&s. — B. Ttà TrapéfxoiCL $e/xo^r/xaxa xS v, piXëfie dXXS. 



4. Ilrfxe yiverai y xaBaÇjo (rvvaXXaÇià aïo p xaï 



300 JEAN PSICHARI. [12] 

p. — a. Nous avons appelé permutation ou changement pho- 
nétique proprement dit l'aboutissement d'un X unique à un p dans 
le même mot. — b. En fait de changements phonétiques, nous 
connaissons donc les suivants, qui se produisent' 1 ) : 

1. devant des continues sourdes, c'est à savoir : 

a. devant la labiale (labiodentale) <p : iSspÇos (iSepÇv, 
àSépÇia, ÇdSepÇos, iiz&SepÇos, izaSépÇri, i^aSép^tu 
i£(xSép<pia, ÇaSépipia ou encore i$sp<p<XTO et iSspÇo- 
avvy), <xp<pa (et apÇ>a@vTOL ou àp(^à(3r;TO, dpÇxxfiv- 
rapi), SepÇivi, xép<po$ (ou yxôptyos, et yxôpÇi, Ilir. 

er. 8 7 ) ; 

G M. v. LM 2 ., I, p. 26, 1. 24 (= G. Meyer, Gr. C., 980) 
iSep<p(a(ms de i555, v. LM 2 ., I, p. v); DC.s. v.« (= Wil- 
helm Schulze, KZ. XXXIII, p. 225, n. 10); x6p<Ç>os (à peu 
près de la même époque, v. MBCh., p. 109); 

G A. (b. é.) v. Dieterich, GGS., p. 107 àSepÇîs (=BCH. 
VII, p. 238, N. 22, t; toutefois, la pierre porte : + AAEPÎ2IC 
AYTO8|Cî2MATO0|IKONOCAYnir|MONAZONTOCKA| 
IMAPIAC. M. Ducliesue lit : k3e[\Ço]ïs avxS. 2a)/xaTo0>/[x>;] 
Kévovos. . . fiov&ZovTOS xai Map/as. Isaurie, ép. chr.); AM. 
XIV, p. 946, N. to, 1. 10 iSep<p(œv (= W. Schulze, 1. c.( 5 ', 
p. 227; Asie Mineure, v e -vi c siècle de notre ère; iSepÇos, 
comme l'écrit W. Schulze, p. 297, n'existe pas sur l'inscription : 
c'est dSeXÇos qu'on trouve aux H. 6-7); CIA., III, N. 353i, 



(1) Dans les exemples qui suivent, on commence toujours par le grec moderne 
(= contemporain), sans indication spéciale, puis on passe au grec médiéval (= 
G M.), au grec ancien (= G A.), dans lequel on distingue l'époque posl- classique 
ou basse époque (= b. é.), et l'époque classique (= é. c), dans le texte grec ». è. 
(= vapaxocriavtfs èisoyfls) et x. è. (= xAoawxijte ivoytffc). 

(>) L'abréviation du texte grec signifie : ypàÇe rr) Xé^rj (cherchez le mol). 

(S) L'abréviation grecque 6. et. , signifie Ôttov e/iraçie. 



[13] ESSAI DE GRAMMAIRE HISTORIQUE. 301 

<x7o X. — a. ZtwaXXa£ià fj Kada^rà nxoaXXa£*à enra/xe, Ôtolv 
eïvai a-lrjv J3*a Xé£w (idvo ha X xcù xaTa<r7aXàfei aè p. — 
|3. 2twaXXa&ès yvcopfcco ris ix6\&de$' ylv&vrcu après W 

• 

1. fie xcltottivus £<xxo\&dt)Tixb$ àyppSdvx&s , Sv^ctSv 

a. ftè to xeiXérjxp (SovToxeîkéTpiÇTo) <p* iSepÇos (iSepÇ>r} 9 
iSépÇicL, ÇiSspÇos, iÇiSepÇos, ÇaSépÇv, iÇcLSépÇt], 
iÇaSépÇia, tzaSépipiaL, ff xi iSep<piro, iSepipoavvv), 
âpÇa (xi OLpÇoLprJTa fj ipÇifiriTO, âpÇafivTcipi) , Sep- 
<pivi, xdpÇos (fj yxépÇos, xcd yxdpÇi Wh. 6l\ 87)* 

MA. x. AM. 2 , A', <r. 26, yp. $4 (=G. Meyer, Or. G., 280) 
dSepÇi* (xœS. tS i555, x. AM 2 ., A', v. V)- DC. yp. t. X.M 
( = Wilhelm Schulze, KZ. XXXIII, <r. 2 25, crp.. 10) xâpÇos 
[xovrà rrjs iSias èntoyjn* • x. MBCh. , a. 1 09 ) • 

AE (7r. è.). x. Dieterich, GGS., or. 107 àSep<pls (=BCH. 
VII, a. 238, ip. 22, i* y Trérpa S(ieos ypétyei +AAEPOI- 
CAYTp»|Cî2MATO0|IKONOCAYnir|MONAZONTOCKA 
JIM API AC. Ô L. Duchesne &a(SdtÇer À<fe[Xpo]ïk avrë. 2&>|xa- 
to0)/[x*7] Krfrovos. . . pioviZovTOs xcù Map/as. \<J<ivpia,xp. è.)* 
AM. XIV, a. 266, ip. to, yp. 10 iSepÇlœv (= W. Schulze, 
8. et.®,<r. 227 • Mixpour/a, E'-Ç' alœva Xp. # iSepÇàs, xaOws 

TÔ^ei ô W. Schulze, <j. 227, Sèv xmàpx^ ^ v &**ypdp$ m ^** 
àeîeXprfs, yp. 6-7)* CIA., III, ip. 353i, yp. 2-3 iSepÇol 

(l} 2t»ç tfarw irâf xaTaAoy/fope, ipxnrêp* irirra f£é ta peoXXrjvtxà 
(lyjXa&i) rà <j))(i*pvà xai dvyxatphtxé pas), gapif *^ T0 îvMhn*(u xai pi xa- 
*&>a atffuTo Çexvptolô' àrttra ip^umau *à (t*(jatà)vixà (=^ H. A.), Tap^afa 
éÀAipuxa (= A. E.), xai (j'àÇrrà fiétra £e&faxp/t>8fte 3và èvoxjés, TapeTaxÀa?- 
<rixà f) èXX. vapaxariavifç èTtoyfle (=*. *•) *«i rà xÀaawxà (=x. é.). Tfà 
wapaxar ia*à Ôfza* Aoyapidt&jfte 6<ra 3*v efraf t« «iprcj» Téraprci )) xai rp/rv 
alùrva vpà Xptolô, Xonrdv fihrà to liprepo aubv* xai xârco. 

(3) A>;Aa3>; Ôwou efaape (= /. c). 



303 JEAN PSICHARI. [14} 

11. 2-3 àSeptpoi ÇE[v]yévios $>\$e xîps, à$ep\Çol. il xjipis tS| 
Xpio^S. M. Bayet, BCH. I, p. 397, N. 3 (pi. XV, 3) lit : 
Evtyévioç &\Se xïjxe iSep\(pc[ï]); Sterrett 11, N. 699, 11. 5-6 
dSep(pol (t# eiSl* fxrjrpl Avp. TepTvAAfl ; Asie Mineure , ép. rom.) ; 
AM. , 1. c, 1. 12 iSepÇœv (v. ci-dessus iSepÇiœv); 

b. devant la dentale ou interdentale : àizapdivbs (ènab- 
\y0iv6s, Chatz. À0. I, 683. Crète), OàpOû, 0ap0«, 
vàpdœ, vâpOœ, fjpOa, xtprApi (c. -à-dire d'abord xipOdpi, 
de *x<X0àpf, xXidâpi, x\iddpiov MBCh., p. &3, Chypre; 
c'est le xpiO&pi de la langue commune); 

GM. v. Imb. III, v. i53 (=S.P., p. 96) %pOes (éd. etréd. 
en i638, v. Essais, I, p. 12); Eroph. p. 307, v. 3o5 ifpOafie, 
p. 317, v. 5&i ijpdot,<7i (entre 1600 et 1620, v. Essais, 11, 
p. 276-277); LM*., p. h, ta, p. 5, 22, i?prev, p. i3, 5 
vptdv, p. î/t, 10 v&pr&v, p. i4, 1 1 âv épiris, p. io3, ad 
dikstv èprrjv (= G. Meyer, Cr. G., p. 281, v. ci-dessus 
6bSsp<pl<x; à Chypre, fjpde devient wprs, et Ton a toujours, de 
même, pt pour pfl, v. S. Ménard, kO. VI, p. 167, N. 1); 

GA. (b. é.). GPR., p. 32, N. 10, col. 2, 1. 1 1 eavSe enzXOû) 
( (t X corrigirt a us p t> dit Wessely, au même endroit' 1 ); en d autres 
termes, le p qui se trouvait d'abord sur le papyrus a été corrigé 
en X; 321/2 de notre ère; v. Dieterich, GGS., p. 108); 

e. devant la fricative gutturale ou postérieure £, il est pro- 
bable que X devient p, mais je ne connais aucun mot popu- 
laire qui en témoigne , si ce n'est 

G A. (b. é.). Le Bas, Inscr. gr. et lot., Paris, 1837-39, 
fasc. 5, p. 161, N. 228 (= Dieterich, GGS., p. 107 et n. 1) 
Kapxvàovia (? Le Bas traduit «née à Carthage»; si c'est 

(1} L'abréviation du texte grec, t. fx. (= tito pipot), signifie précisément an 
même endroit; c'est une nuance de plus que /. c. = ô*. cf. (voir plus haut, p. 3oo, 
n. 3), lequel ne conviendrait pas ici, le renvoi étant trop proche et l'aor. indi- 
quant le renvoi comme plus éloigné. 



[15] ESSAI DE GRAMMAIRE HISTORIQUE. 303 

(E[v]yei>ios iï>\$e xïpe, dSep\Ç>oL y X&pt? Të\Xpu/l[ë. Ô Bayet, 
BCH. I, <r. 3g 7 , dp. 3 {ntv. XV, 3) Siapà&t Ev]y&«* $\Se 
xïfu àSep\Ç>o[f\) • Sterret II &p. £99, yp. 5-6 d$ep<pol (jp 
eiSla fxrjrpl A Op. TepTvXkrj- Mtxpûurla, p. £.)• AM., #. sï., 
yp. iâ dSspÇœv (x. tt. d. dSepÇiœv)- 

fi. (ik to SovrérpiÇro $ psaoSovrârpiÇro 0' dirapdtvos 
(ènaXyOïvéç, Xax£. Ad. A', 483, Kp^n/), ddpdœ, O&pOcô, 
vdpOœ, vâpdù), vpOa 9 xiprdpi (Srikcdii irpœra xipddpt, 
dno to *x<X0dpf, xXiBdpi, xXiÔdpiov MBGh., a. 63, 
Kv7rpo, to xoipo xpiddpi)' 

MA. x. Éjxtt. 1*, or. i53 (=S. P. <T. 96) vpOss (&£. xod 
axnrç. crrài638, x. Essais, I, er. i2) # Épû>p. <7. 307, o^. 3o5 
tlpOofu, er. 317, <rf. 56 1 tipd&cn (fxeTot£v 1600 xod 1620, 
x. Essais, II, ex. 976-377)* AM 2 *, <r. &, 12, <r. 5, 22 %prev, 
(T. i3, 5 yprav, a. 16, 10 v&provv, <r. i/i, 1 1 <4t> ëprys, 
a. io3, 2Û déXeiv èpTïjv (=G. Meyer, Cr. C.,<x. 281, x. tt. 
d. dSepÇia • o^v Kv7rpo, xi #p0e y/verou r;pTe, x' ftw 7rdtvra 
pr aura p0, x. 2. Mwop^o, Àd. Ç', a. 167, ôp. i)- 

AE (7r. i.). CPR., <r.32, dp. 10, otfX. 2, yp. 11, eav Se 
enekOu («X corrigirt aus p » Wesseiy, &16 î. p. [l) , SuopOcûfiévo 
SyïaSy cflov vœnvpo to p, 7r5 éfyé Trparra, si X • 32 1 ) 2 Xp. • x. 
Dieterich, GGS., er. 108)* 

y. pk to xaTôfrrpi^ro # Xapvyyrfrpipro £, mdav6 va y A 
vera* p r6 \,pÀSe yvoopiZoj XéÇrj Snpœrtxy irS va pas ro Set/vy, 
wtpàpuivo 

AE [it. è.). Le Bas, Inscr. gr. et lot., ll<xpi<n, 1 837-39, pvXX. 
5, ex. 161, dp. 228 (= Dieterich, GGS., a. 107 xoti aft. 1) 
K<xp%T}3ov{<x (; ô Le Bas /xerotppaÇei «née à Garthage^* dit* 

(1} Ô ovrrôpLgfa t. pu OTffiahti tlto ftépoe, xért mpmàrgpo hjXaAfi èmb 
ril avrràp*ifa 6. si (x. v. i. 9. 3oo , ap.. 3 xoi <ryxp. rà XartPoyaXXntà L c. = foco 
et(aio). Ô êwpota pi rdr èàpt&lo àXkéX/u xpwyucniâ, ttt&i m à âàpu/JtH bfXApet 
xdhrw? -rtè èwàpaxpo pépoe (xaâfax'j fisrox^ ckato). 



304 JEAN PSICHARI. [16] 

X<x\xy$6vio$, -/a (y. Dieterich, 1. c, n. î), alors cet exemple 
appartient au changement Xx = px;si cest KaXgty^vfo?, sa 
place est bien ici; v. aussi Pape-Benseler, WGEn., s. v. (1) KaX- 
%vSmv, on trouve également des K<xp%rjSévoi; si c'est Kap- 
XwS6vtos, de Carthage, il n'y a pas permutation); 

à. devant la fricative bidentale s: ëfiyaparj (Santorin, Méro- 
vigli, VF., s. d.,c, L. C. W; ë{ZyoLp<ry = ë{ïya\<TTi, qui veut 
dire promenade, crepytcivi, ou plutôt, comme elle disait , aipvivi; 
le t. est o!r*"s seiran; donc, le i de mpukvi est sanlorinien; on le 
recueille aussi à Ghio, dans le même mot); 

GM. v. Wes8ely, Pap. El-F., p. 929, N. LXXIII, i3, 1. s 
(== W. Schulze, 1. c, p. 299, et Dieterich, GGS., p. io8)<rap- 
(TtxapiH (c.-à-d. celui qui fait des sa\sicia y le charcutier (Wes- 
sely), le (T<x\<JixoTrœ\v$ DC., cherchez ce mot, le oXXavro- 
nœXyf, èxeîvos ne nbXeî yptpivà); 

2. devant les continues sonores, c'est à savoir : 

a. devant la labiale (labiodentale) (S : kppavirvs, kpfia- 
vitioê, fiopfSès ({HoXpàSi sorte de racine d'oignon, v. MAE.K', 
v. le motW, et globe de l'œil, Dict. VI., Vy«., Legr. etc.), 
X<xp|Sàs (^aXjSàs, Santorin, Pyrgos, Jf., c, L C.W, et Chio, 
parfois C P. ) ; 

GA. (b. é.).ClA.,lll, 2171 KaXXAroXis|Ôp(3/»|MiXi;<jia,| 
I>ùô<r$xpAw\PaL(ivu<rfo\ yvvify* N. 76, 1 Tafe [Ô]p(Sfo ; J H S. , 
XII, p. a/i/i-2/i5, 1. 27 ÔpjSf? À7roXX«vfe (W. Schulze, 1. c, 

(i} Dans le texte grec, A. (= XéÇij) signifie proprement (à ce) mot, t. v. 
(S) V. p. 296, n. 1. 

(3) Uéya Ae£ixàv rrfç èXXrjvtxrfç yXdxrarfç, kvé&lrj VLuvGlavripfoov, Athènes, 
«901. 

(4) Dans le texte grec, 3. t. A. = liés n) Aé6/; la nuance +«& (au lien de 
Sim) contient souvent une indication utile au chercheur. 

{l) V. p. 396, n. 1. 



[17] ESSAI DE GRAMMAIRE HISTORIQUE. 305 

elvat XaXxriSSvioÇt-ia, x. Dieterich, Ô. ef. 9 afi. 1, Téresnâei 
(flo Xx = px* âv etvcti Ka\%rjSévios, Toupià&i èSœ* x. xod 
Pape-Benseler, WGEn., \A l ) RaX^j/^f, fy? 1 xaiKap^r;5rf- 
vor àv eïvcu Kapgty^wo?, dnà to Carthago, Sèv vndp%ei av- 
vaXXaÇidy 

S. fie SovroSovr6Tpt(pTo s* e^yapcrrf (Savropivr), Mèpofityh, 
YT., S.S.,ir., Kr( 2 ' # £|3yap(7r7'= SpyoLkay, Oànycrepyidvi, 
kcu fjuxh&la, Sitcûs (x5 T^Xeye, eipi.dvr to répx. elvou y^*», 
<reXpdv Xomov to i <tt6 rnpidvt elvat aaiVToptvi6' dxéyerouxal 
(TTtf Xirf, (ttvv ÏSkx XéZw) • 

MA. x. Wessely, Pap. El-F.,<r. 229, dp. LXXI1I, i3, y p. 2 
(=W. Schulze, 0. cf., a. 229, xolI Dieterich, G G S., a. 108) 
erapexixapiB [èxéivos SrfkaSrf ne xdvei sateicia, ô charcutier, W es- 
se ly, ô eraXeTixo7rûiXi;5, DC. >/>. t. X., aXXat>T07rwXr/», èxeïvos 
ne n&\eî%oipivd)' 

2 . f*i /xaT07iwès £axoX&0?;Tf xè? xppàiyyp* > ^V^o^v 

cl. fie to ^eiXrfr/^o (^ovro^eiXrfTpi^To) jS - ÀpjSaviT>7?, Àp- 
{3<xvtTid, |3opjSos (|3oXjS(fe, eiSos plÇa xpo/xjxv&S, x. M AE.P), 
S. t. X. W, xou aÇaipcL tS fiarië, Ae£.a BX., BvÇ., Legr. xtX.), 
yjxp^às (^aXjSàs, I*avToplvw, Uvpyos, K., 7r., KI\( 5 ), xai Xio'* 
xdnoTe xaî (flyv HéXv)' 

AE. (ir. i.). GIÀ., III, 2171 KaXXnroXisj Ôp/3i*| M^Xr/er/a,] 
2w<r<xpaT« | Pdfivbcrib \ yvvy • âp. 76, 1 Tafe [Ô]p/3/«- JHS., 
XII, <r. 26/1-2/15, yp. 27 OpfSis knoXkûôvfe (d W. Schulze, 8. 

(,) K. a. 296, *p. 1. 

(3) Mfya Ae&xàv rflf éÀAi/vixijf? y^WTone, kvèalrj Kwal avr tvihov, kdijva, 1901. 

(4j A?;Aa&) 8ié* t>) AiÇi7 * 4AAd(ti Atydbci rà txh;pa fxi roi' Ôpo ^. t. A. (x. 
v. 4. <r. 3oi, a^. a), w» fnroperx&rt nrêpiatràrepo va* fiât ^orjâyjarj al 6 ^d&po, 
èveihrf x'sïvai xdbrortf ij XéÇtj xpvfifiévrj <rià XeÇixà (X. %- <*1à TXcocrcjiptOTê 
lovxâyxti). 

(l) K. o*. 296, <TfA. 1. 

■ {MOIRES ORIEKTiUX. 30 



ia»UMSRll RATIOIAU. 



306 JEAN PSICHARI. [18] 

p. 339, se demande s'il n'y a pas là ÔXjSio?; y. cependant 
CIA., III, 9 8 îx3 Èfivfodrf br' iyadrj\ttvdovUvs Moapxos) Or- 
bius , et J H S. , XII , 3 3 6 , s Èmt/laTéovros ïl\e$</lipxp \ tS 
Wkeic/lcLpyp ÔXj3i&>?; p. 336, i 9 1 Ait à\filq>\ aussi Dieterich, 
1. c, 108); le p dans le nom propre BapjS/XX?7a (BaXjS/X- 
Xeia etc., Dieterich, ibid.) peut reposer sur une dîssimilation ; 

b. devant la dentale ou interdentale S : 

GM. v. LM 2 ., I, p. 36, 1. 5 eopSiwç, 1. i5 (ropSarot 
(= 'troXSéTQi, G. Meyer, Cr. C, 981); L. C. : rroXSl; 

c. devant la fricative gutturale ou postérieure y : Bapyà- 
poi t Bgpyapià (v. aussi P. &81, 1); 

GM. v. LM 2 ., I, p. 306, \k et 16 (= MBCh., 43 et 
G. Meyer, Cr. C, 38i)Bapyàpoi; Imb. II (cette version est la 
plus ancienne et la rédaction probablement du xiv ou xv e s., 
v. Essais 9 I, 19) porte sur le titre et donne partout (de même 
les autres versions) Mapyapcbva, (c.-à-d. *MaXyapwva, 
*MaXyaX«t>a, cf. M Maguelonne; cependant le nom propre 
Mapyap/rapeut n'être pas resté étranger à ce changement); 

d. devant la dentale £, je n'ai recueilli et je ne connais 
aucun p pour X; 

3. devant les explosives sourdes, c'est à savoir : 

a. devant la labiale ir : ivépiricrlos (lier. ©. T., 87), 
èpiriSa (Thumb, G G.. 17), èpniÇoô («èXnlÇœ ë\m£a oder 
IproÇa (und auf Kreta #p7n£a)ïï, Hatz. Einl. 6s; crauf den In- 
seln [?] und sonst ifpx&fi&v, #pin£a == #X7n£ov * , ibid., 71), 
Épirtv/x}/(Àd. VI, i58, S. Ménard, Chypre), xàpiri;*(xàX- 
irixos, ibid.), Mepnofxévr) (MeXirofiévv, ÈXntvixy de la 
langue savante, ibid.), ôpir/5a(Foy, LS., 61, Crète), àpirtSss 

(,) Celle abréviation se rend exactement en grec moderne par <ryxp. = avyxptve, 
au lieu de wpjSA. , qui est savant. 



[19] ESSAI DE GRAMMAIRE HISTORIQUE. 307 

et., a. 229, poôra /x)frr6>s xêïvan OX/3ios # x. œsràao CIA., 
III, 38 a 3 Èfxvvcrdrj èrn;<xycLdrj\ï\vdovixys Màapxos | Orbius , xai 
JHS., XII, aa6, 2 ÈmcfloLTéovTos Hùeu/lap^u | tS IlXeio^àp^a 
ÔX|3iw <j. 226, 1, i A11 oX(S/y xai Dietericb, ô'. e£, 108*)- 
V BapjS/XXipa (BaXjS/XXeia xtX., Dieterich, £ fx.) finopûv&vcu 
xi atro Çép/naurpa, • 

(3. ftè Sovréxpi^TO $ iisaoSovréTpêÇro S • 
MA. x. AM*., A', er. 26, yp. 5 cropSaTovs, y p. i5 <rop- 
Mtoi (— aoXJdkoi, G. Meyer, Cr. G., 281)- KI\ eroXi/- 

y. /xi xarwTpi^TO # Xapvyydrpi^TO y B&pyàpoi, Bovp- 
yapià (x. xai P. 48i, i) # 

MA. x. AM 2 . A', <r. 206, i4 xai 16 (=MBCh., 43 xai 
G. Meyer, Cr. C., 281) Bspyàpoi* (5 É|X7r. B' (ô 7tio àp^aTo?" 
0wr. mBdvo ai. 1$ fj te, x. Essais ; I, 1 2 ) é^ei crfot* t/tXo xaOœs 
xai 7ràvra (£r<7i x'oi àXXes 7rapaXXay&) Mapyapava (SrfkaSYi 
•MaXyapcôva^MaXyaXwvajOyxp.WMaguelonne'piàpiTropeï 
va {ZorfOticre x il Mapyapira)' 

S. fxe SovT6rpiÇ>TO f , £ét> dtxaexa xai <îèi> Sipa> xavéva p 
àvrls X* 

3. fii xaTOTrivks ÇaÇvtxks àyopSârrxjis , Srîkaàri 

cl. pÀ ro yu^^Hkeidla ir m àvépirtalos (lier, 0I\, 87), 
èpnlia (Thumb, GG., 17), èpnfcw (« SknlÇco ëXmÇa oder 
ëprnÇa (und auf Kreta #p7n£a) », Hatz. Einl. 62 - « auf den 
Insein [?] und sonst tipxpp&v, ifpmÇa = #Xtti£oi> » , f. jx:, 71), 
ÈpirtvUv (À0. Ç', i58, S. MevipSos, Kvirpo),xàpir>/s(xàX- 
irixo?, £ fx.), Mepnofxévrj (MeXirofxévv, ÈXirtvixt) ttjs 

(1) ArçÀafo) fféyxpive» »a tô Kara.Xa€alv9i à xadévas, ivrlç rd irp6À., 
vov SfencoÀa xaraXaSaiyrrai. kvéyxtj ièv inâp^ei va eïvcu à rimos àpyjiïoç 
fora* tô cf. yaXXtxi • rà ayxp. atj palpe t iTsapàXkayra rà iïio. 

90. 



308 JEAN PSICHARI. [20] 

(Chalk. % NL., 35o), opir/£« (Foy, l. c, S. Ménard, l. c, 
p. i5 7 ); 

GM. v. À S S., 22 Août, p. 522 E (= Tomascbek, W. Sb., 
t.'isli (1891), p. 75 = W. Schulze, L c, 226) xaT^XajSe 
Bidvviav ek èfxjrépiov Xeyâfisvov Kâpinv (Mémoire, côte mé- 
ridionale); DG. v. le mot(=W. Schulze, 1. c, p. 2 25, n. 10) 
xépnos; LM 2 ., I, 371, 20 (= G. Meyer, 1. c, 281) xop?r&>- 
fiévot (c.-à-d. blessés par les Sarrasins); DC. v. le mot (= 
W. Schulze,]. c.) xopndvœ; LM 2 ., I, 288, i3 (=MBCh., 
43) dpir/£oft£t>; ibid., 366, 22 èpnlK&v; 

G À. (b. # é.) CIA. III, N. 3666 (pour cet exemple et pouo 
ceux qui suivent, v. G. Meyer 3 , 236, W. Schulze et Dieterich, 
H. ce.) xvfivTvpi | ov ÈpmS(\& oixo86\pM (ép. chr.); A M., XII, 
p. 2 56, N. 2 5 ÈpntSoÇépo | v t2 x(ou) EvTv\vefo 7rpi(xei7r/|X« 
ÈTttydpfiti , ijpwoL (l'esprit rude est de l'éditeur; ép. chr. et 
rom., Philadelphie, Asie Mineure); CI A. III, N. 1202,!. 128 
Vkvxepos Èprjt$velx& (milieu du 111 e s. de notre ère); CIA. III, 
N. 3526 ld[(Ti(ioç] | ÈpTHvlxo[v] èvOdSe x7[re\ (ép. chr.); Ann. 
Ist. arch., 1861, p. 67 Êprrfe deë SovXv TTOLpaxaXeï fiySéva re- 
dijvau irpos avivv (ép. chr., Sparte); CIA. III, N. 81 (col. 2) 
Evépmaloç [Z]wer/[ft8 (milieu du 111 e s. de notre ère); AEMÔ., 
VII, 181, N. 38, h yX]vxvTdtT>7 Kapitepvi | a é]avrS vvv<py (ép. 
rom.); IGSI., N. 1733 Kap7r«p/a{*) | ÛpaxXeicu(t) K*p\i&p- 
vlcu Ûp*\x\e(cu rijt fxrfTpl\ènoiei (ép. chr.); CI G. II, N. 3665, 
1. 53 (p. 928) Kapnévvios Zwti^os (pas antérieur à Marc A u- 
rèle, 11 e s. de notre ère); CIA. III, N. 1198, 1. 2 3 K&pirovwios 
kitoXkdyvios ( 2 h o de notre ère ; tous ces noms nous ramènent au 
nom romain Calpurnius, qui pourtant se lit aussi en latin'Car- 
purnius CIL. VI, 161 53 ; v. W. Schulze, 1. c. , p. 228); 

G A. (ép. cl.) v. 1GS., I, N. 1379 (= W. Schulze, 1. c, 
p. 2 3 2 ) HcLpmvyfe (= SAPllimS , de eràX7ny£, comme le veut 
W. Schulze, ibid. et 11. 2 ; nom de femme, v e s. av. J.-C; Béotie); 



v\\ 



[21] ESSAI DE GRAMMAIRE HISTORIQUE. 309 

xadoLpé{i}&(T<xs* î. jx.), opiriSa (Foy, LS, 4i, Kp^rrf),opniSeç 
(Chalk.NL.,35o),op7r/£&> (Yoy,8.eï.,I,.MevdpSos,8.ei.,(T.'i 57)' 

MA. x. ASS. 22 ÀjSy. , a*. 52 2 E (= Tomaschek, W. Sb., 
t. 1^4 (1891), <x. 75 = W. Schulze, 8. st., 226) xariXajSe 
Btôvvtav sic èfxnépiov \sy6fievov Kipiriv (Màf3pr/ OdXaujva, 
(jLsavfipivos o^ros) • DC. S. t. X. (=W. Schulze, 8. si., er. 2 25, 
(Tfi. 10) xépiros* AM 2 ., A', 37*, 20 (=G. Meyer, ô f . si., 281) 
xopnojfiévoi (dno jhs I,apa9twvés , (JT/Xa^r/)' DC. <î. t. X. 
(=W. Schulze, ô'.ef.) xopvuvco- AM 2 . A', 288, i3 (MBCh., 
63) opiFtZofjLev i. (x., 366, 22 opiriÇ&v 

AE. (7r. è.). CIA. III, ap. 346o (x. yi' â^ro xai y*à râxrf- 
X«0a G. Meyer 3 , 2 36, W. Schulze xai Dieterich, 5 8. et si.) 
xvfivrwpi | ov ÈpmSi\& oixoS6\(in (xp. é.) # AM., XII, er. 256, 
dp. 2 5 ÈpmSoÇépo | v tS x(ai) Et>Tv|i>e/8 7rpi/xettr/|X8 É7n] 
ydpp&, 7/pwa (i; Sourela elvcu tS èxSàrv • xp. P« é., ^iXa^iX^a, 
Mfxpow/a)* CIA. III, ap. 1202, yp. 128 rXvxepos Êp7rn>e/x8 
(ftécn; T' ai. Xp.) # CIA. III, àp. 352 6 Z(à\eipjos\ | Ép7rw/xo[v] 
èvddSe xl\y£\ (xp. é.)* Ann. Ist. arch., 1861, er. 67 Êpras 0e3 
SéXrj napaxaXéï fiySéva Tedffvai irpos avrvv (xp. è., ZitdpTïf) 9 
CIA. III, dp. 81 (<ttX. 2) Evépmaros [Z]wer/(fi« (jx&tt/ T' a/. 
Xp.) # AEMO"., VII, 181, dp. 38, h yXJvxvTan; Kap7r«pW|a 
é]avrS vvvÇy (p. é.) # IGSL, dp. 1733 Kapn&pv(a(i) | âpa» 
xXeia(<) Kap 1 7r«pv/ai àpa|xXes'at ri/i p7Tpi| £7ro/e< (xp. è.)* 
CIG. II, àp. 3665, yp. 53 (er. 928) Kap7rrfvwos Zmiyps (o%i 
npîvdirÙTO Màpxo Àvt&mwo , B'a/. Xp.) # CIA., III, dp. 1 198, 
y p. 2 3 Kap7r«wio? kvoXXwvios ( 2 /i o Xp. • àprà #Xa fiyaiv&vs &to 
poôficuxo Tovofia Caipurnius, ne. SiafiaÇerai 6ôst6<jo xai Carptir- 
nias, pojficuxd, CIL. VI, 1 A 1 53 • x. W. Schulze, ô'. si., <r. 228)* 

AE. (xX. è.) x. IGS., I, ap. 1379 (=W. Schulze, 8. si., 
a. 232) 2ap7nvy/s (=ZAPnHTI2, owro to eràXiny£, 8nw* 
t6 OéXsi à W. Schulze, i. (1., xai erjx. 2* y vvaux6vo fia, E' ai. 
irp. Xp. • Boi6)Tia) • 



310 JEAN PSIGHARI. [92] 

b. devant l'occlusive alvéaiaire ou dentale t : apTdti>ot(Foy, 
LS.. 4i, dXrdva, terrasse de jardin ou belle-vue, belvédère), 
pdp'ro (S. Ménard, À0. VI, i58, Chypre), (3<£pTe(|3aXTe, 
Naxos, Damariona8, VF., s. d., c. W), (3yàp'TO (Santorin, 
Vounitso, ?(*)), (Srfpra (aussi f3eftiTa = |3dXTa, Thumb, GG M 
17), xdprass (xdXrcrsç, P. x. M., I, p. 287,!. 3= Errata, 
p. 3o5; Syra), Mapra (Malte, S. Ménard, 1. c; je suppose 
aussi Mapri£os), MepT(à<5>* (Mr/XTidWi;*, Naxos, Damario- 
nas,,H. de Philoti, conv.W), fi^aprâs (|X7raXTas, Pernot, 
oralement; Chio), itopths (Sak. Kvirp., Il 2 , v. le mot; le 
Tïopios est du moût bouilli, dans lequel on jette du blé moulu 
gros, du sésame et des arômes; v. Foy, LS-, S. Ménard, À0., 
ibid.; v. Plut. 201 C Aprov # iroXrév), vdpto (= cxàXTo; 
s'entend quelquefois; voir ci-dessous M 6,*), (reirHprépa (P. 365, 
lx sepultura; calabrais), ypdprrj* (= chantre; du même qui a 
dit MepTidSrjs, v. ci-dessus); 

GM. v. LM 2 . , I, p. 937, 1. 19 (=G. Meyer, 1. c, 280) 
pàp'Ttiv; G. Bustr. XK. (== Sathas, M. ai. B., II) £76, i4 
ènapTZafxtacravTOv (tTnbalsamare, G. Meyer, 1. c; le groupe 
prK doit s'écrire pr<r; ainsi le veut la prononciation, qui est la 
même que dans TrapTcras, bien qu'on l'écrive avec un Ç; 
sinon, ce serait le seul exemple d'un X devenant p devant f < 5 >, 
donc itoLpf^oLfiidKco); DC. (= W. Scbulze, 1. c, 2a5, 
10) (jtT(tp6iïoptos (eriT^7roXTo?, v. le mot; v. ci-dessus tt oX- 
t6ç); LM. 2 , I, 100, 19 (T&prdvov; 119, 3, 35i, 2 <rup- 
rdvos; 

(,) Voir ci-dessus, p. 996, n. 1. 
(S) Voir ci-des8U9, p. 997, n. 1. 

(3) Voir ci-dessus, p. 996, a. 1. 

(4) Dan9 le texte grec, x. (ou K.) = xolraÇe, voir, x. w. x. — xohaÇe ma 
narra (plus bas), de même que x. ir. d. = xolraÇe ma ohrivco (plus haut). 

(b) Ces lettres # f x sont des notations pour b d g : la ligne tremblée au-dessus 
de la lettre doit représenter la vibration qui seule les distingue de p t k. 



[23] ESSAI DE GRAMMAIRE HISTORIQUE. 311 

(3. (ik y&X6xXei</lo fj SovréxXeu/lo t # AprAva (Foy, LS., 
Ai, dXrâva, rapatria 7repi|3oXiov fj ôpopÇy Oéa>, belvédère), 
fiàp'To (S. MwApSos, k6. ç' , i58, Kvnpo), fiApre ((3àXTe, 
No£o , AapapMwa*, IT., <î. 5. , 7r. W), PyAp'ro ÇZoLvroplvtj , B«- 
i;tfT(ro ,;(*)), |3dpTa (xai p6XtT*= $6X7*, Thumb, GG., 17), 
xapTcres (xi\T(?es, P. x. M., A',<r. 287,7p. 3 = IIapaTV7rw- 
fxaTa,(T. 3o5 # Stîpa), Mapia (y MàXra, 2. Mevap<îos, 8. et. • 
wo0£ra>xaiMapTiÇos),MepTià£i7s (MtyXTta^)?? Na£o, Aa- 
pjCLpuovas , À. a7rè to OiX^ti, ô.( 3 )),fi7rapTas (|X7raXTas, Per- 
not,7rpo£op*xà,Xid),7ropTàs (Sax. Kv7rp.,B 2 , ^/. t.X. # ô nopros 
dvcu pJè</loç ppaaiiévoÇfirë pÂaaL'plyvuve, an Api AX&rpÂvo ypv- 
rpd ,e&<rapix$Apù)pja,Tixé,- x. Foy, LS. , 2. MevApSo,kO.,f. p. - x. 
IlXttT. 201 CàpTot>#7roXT(h>), vApro (=(rAXTo,Axéyer<ux<xi 
pÀ p, x. n. x. 6, tW), (reiruprépoL (P. 365, A igmlttira* 
xaXapTrpéÇixo) , \p<xpiys (ô t. ne dits MepriASys, x. 7T. ot.)- 

MA. x. AM 2 ., A',<r. 237, yp. 19 (=G. Meyer, S. ef., 280) 
P*P'tvv T. Baofy. XK. (=Sa0as, M.ai.B., B') 4 7 6, 16 
èirapr^aplacrav rov (imbalsamare , G. Meyer, 5. ef. • to prÇ 
Ttpénei vol ypaÇy p7tr • #r<7i xo 0iXei x')) vpoÇopA, &n(ûs Xèpe 
TTOLpradis, Av xai ypA$ercu pÀ £• eiSepy, Av elvou prÇ, d&rave 
xai ri pâvo p pÀ xoltoiuvÙ f W, Srj'XaSrj irapfÇapiAKùô) • DC. 
(= W. Schulze , #. e?., 225, to) (Ttrapéiropro^ [01761^0X70$ , 
i/>. t. X. • x. 7r. a. 7toXt^)* AM 2 . A', too, 19 (ruprAvov 
119, 3, 35i, 2 (Tovpicivoç' 

(,) K. w. d. a. 396, 0ja. 1. 
(t) K. ». i. <r. 297, 9fc. 1. 

(3) K. V. 4. 9. 996, <T(l. 1. 

(4) A)/Àa8i) xo/raÇe wià xàra* x. *jt. i. = xo/t. via iiriv»* 
(*) Ta ^£ià # f x eîvcu arjfxtta y ta rèç yvwriès fane b, d, g, w dXXô rès 
(TrjfMtwvuvt fié if/vÇià Xartvixâ, iv& <rri\L*uhvHmai vgplÇïjfAa xai fié rà èXXtj- 
vtxà , hyâxi dXkay fiéva ' >) ypayifiiraa 1) rptfxsXiaalrf ivâvco </là tyrjQià v r 
h, lijXâvet xai rd Tpepoxlvyiia al à Xâpvyya, vô \lôvo iÇrô £c;gâ>p/(«t rrjv 
vpoQopà rov ffx cbrô Ttfp vpoÇopà wîtx. 



312 JEAN PSICHARI. [24] 

c. devant l'occlusive gutturale ou postérieure x : Àpxt- 
fiiiSris (S. Ménard, 1. c, 1 58; y. ci-dessus, Èpirivixy, 
Mepnofiévn), HcLpxâvi (|X7raXxefoi, Naxos, Vothri, F M 
c.( 1 )) 9 iripxi (|X7riXxx',S. M.,t6ii/.), £àpx6>/xa(?W, Andros 
et Pyrgui, Chio), %<xpxià$ (W. Schulze, 1. c, 226); 

G M. v. Tomaschek, Le, p. i5 (= W. Schulze, 1. c, 226) 
Ùpxov (ÔXxâv; Propontide; 759-836 de notre ère); LM 2 ., I, 
36, 18 (= G. Meyer, 1. t., 281) (papxovi* (falcone; de 
même, G. Bustr. XK., 1. c, p. 5o6, 1. 19); ATEE., Il, 
p. 26, N. 6 (v. Dieterich, GGS., 107) /xi^a(r;)X Xopxav- 
S(y)\(t)ç) ev erei fies (=7085 de la fondation du monde, c.-à-d. 
1677 de notre ère; cf. ibid., N. 8 AvvZv t« XaXxavTizXi); 
LM 2 ., I, â3o, 9 x&px/i>; a3o, 10 ^apx^7r»Xoy; 8, 19 
%apxév; 66, is %dpxœfxav; 63 1 , col. 1 Gl. xapxwpaTa; 
(« chaudronnier r>y, 

GÀ. (b. é.) v. A M., VI, p. 162, N. 32 kioyevvs Xapxa- 
fta|T<x<îos (c.-à-d. x<xpxœfxaTa,Soç, gén. de £apx&>jxdTas, 
suivant la belle démonstration de W. Schulze, 1. c, 229 

suiv. (3 '); 

à. devant l'explosive sonore labiale H : yipfiiro (Dict. 
Vlachos) = ven. gdXho (avec g=y); ff. galbé; 

5. devant nasales, c. à savoir : 

a. devant p. : &pp.èyu (* i\p.éya), àfiéXyœ), apfiv 
(aXjx?/, lier. ©T., 87; Foy, LS., 61), àpjxvpa (Pco. 9i., I, 
3 1 5 ; Dict. VI., v. ce m.), àpp.vp6ç, kpfxvpos (localité de 
Paros; kdyv. V, 3i), papp.évos (Tbumb, G G., 17), (Sà- 
aapfxoç . ((SaejaXpto^, arbre, Foy, LS.. 6t), éWappa, vp6- 
fiapfxa (aXiyeTow xàXXi^a 7rprfj3apfta, ëvrapfia xtX.*, 

(,) V. p. Q96, n. 1. 
(,) V. p. 297, n. 1. 
' 3) Dans le texte grec, xt ixà\. (ou <xx) = xai dxàïovdee. 



[35] ESSAI DE GRAMMAIRE HISTORIQUE. 313 

• 

y. fie XapvyyéxXeuflo # xaTcoxktu/lo x # kpxifïidSys 
(S. MevdpSos, 8. e£, i58* x. n. à. Èpntvixy, Mepirofxévy), 
iïapxôvt (p.ita\x6vt, Na£o, B49po*,r., tt. (1 '), itépxi (|X7r£- 
Xx£f, S. M., T. pu), %dp xoôfxa (;M, Avrpo, xcd Uvpyl, Xirf), 
X&px*a? (W. Schulze, ô'. et., 235)* 

MA. x. Tomaschek, 8. e£, <j. i5 (W. Schulae, ô'. e£, 396) 
Ôpxot* (Ô\xév UponovrlSoL' 759-826 Xp.)* AM 2 ., A', 34, 
18 (=G. Meyer, #. ef., 281) Çxxpxovict [faloone; t6 t. xcd T. 
Bvrfp. XK., 8. et., <r. 5o6, yp. 19)- AIEE., B', <x. 26, dp. 4 
(x. Dieterich, G G S., 107) fuyjx(ri)\ 6 \apxavS\y)\(ys) ev erci 
£ks (=7085 dira ^t6ti(xo xrfer/x» , SyXaStf 1677 Xp. • <ryxp. T. ft. , 
dtp. 8 As>7&7 to XaXxairn/Xi)* AM 2 ., A', 23o, 9 ^apx/v 23o, 
10 x<xpx6ir&\ov 8, 19 ^apxôv 46, 13 %dpxœ fxav 
43 1, (rrX. 1 Gl. £apx&>jxaTa? (* chaudronniers) • 

AE (7r. £). x. AM., VI, er. i42, ap. 22 Afoyevs? Xapxwfia] 
touîos (Sy\<xày %apx<ùfiaLTaSo$,yev. t3 ^apxajfiaràs, Ôttoôs 
ëSeiÇe ùopouà W. Schulze, #. eT. 229 x* ax^X. W) • 

4. /xi xccTomvo ÇclÇvixo xet\o , xpp&6ri'xp *' ydpp.no (BX. 
Ae£), {Zevermdvixo galho (aèro g=y)* yaXkixù galbe é 

5. fii x&iomvhs (wréti/pç, SykabSy 

a. fxi xaToiiivo p.- dppéyœ (*d\p.éyœ, dp.é'kyùj), oippy 
[âXpLV, lier., ©I\, 87* Foy, LS., 4i), àpptvpa {£&>. dé., A', 
3i 5 • BX. A., <î. t. X.), dpp.vp6$ , kppvpos [tOTtoBetrla Ilà- 
pos* Àô^v. E', 3t), j3app,ii>o?(Thumb,GG., i r j),^d(rapp.os 
(fid(j<x\p.os y Shnpo, Foy, LS., 4i), /frappa, np6^app.a 
(•X/yerai xàXXurfa 7rpdjSap(xa, ^rapjxa xtX. », XarÇ., À0. 

(,) K. ir. i. a. 996, *p. 1. 
w K. ». i. <r. 397, a^. 1. 
w Arjxabt),xtixà\*6es. 



314 JEAN PSICHARI. [26] 

Ghatz.. À0., I, 53o), crxapfxi, erxapjùufe, Tépp.v£v (Naxos, 
Damarionas, H. (agoyate) de Philoti, conv.), ropfiœ (Myti- 
lène, Argyri Ephtahoti; aussi ailleurs), ^Tapp/£6> (DG. 
«oÇ>da\fL(Çeiv,Fascinare y Oculis laedert, ficKrxaupetvn , \ . Ghatz. 
kdvv. X, i3; ibid. on lira une explication de flapjx/Çw), 
(pTapftos (àÇ>d<x\fiés f xo xclko fian, le mauvais œil, 
v. W. Schulze, 1. c, sa5, et n. 5); 

GM. v. LM 2 ., I, 3a4, 10 (G. Meyer, Cr. C., 380 suiv.; 
MBGh., 63) inéfiyapfjLCLv; 10, k; i5, 7 iir6Topp.o$\ 
a34, ik àpfivpd; t&8, 37 èfiyccpfiévoi; 334, ta 7rapa- 
(Txipfiov; Tomaschek, 1. c, p. 8 (= W. Schulze,!. c, aa5) 
Pormoni (UoXefiœvrj, dans la Mer Noire, côte méridionale); 
Leont. Tact. 19, 5 et Gonst. Porph., Adm. lmp., p. 75, 1. 11 
<JX<xpfjiéç;LW., I, 206, 5 èropftrjcrav; 260, ±li èrapfxë- 
crav; 26, 2& Toppycrei; 3o, s Topp-ycry; /ii, s3 Topfitcrris; 

G A. (b. é.) v. BCH., XIII, p. 4o5, N. a3 Mi^|^e)ibi>| 
E0(je|(3/a)ç| Trapà À|pjxvpà|â7ro0a|[^]ro[? (Thessqlie); A M., 
XII, p. 2&8, N. 7, 1. 3 ropp-foei (Asie Mineure); À0. IX, 
p. 171, N. 2 +Mw7(*aôe|oxpa'n/ • f t|« TOpfifo\y àvooxAtye, 
S(ùû)v *ov\ Xéyov 6œ (Laurium, ancienne ép. chr., v. Kouma- 
n ou dis, ibid.); MxB., fasc. 2/3, p. 97, N. 07/Ç\ 1. 5 Tér« tS 
ypéu xrfSerau Avp. kvjœ\viOf | xou Âvp. Tariatty xXeurijf? Bo- 
piaxrjs xarà ovv^toprjcnv Avp. TpoÇifib xou kfifuavë xcu 
ïœ\crifx&- èSevi Se èrépœ è£6v Te6i}va(i)' eis Se w| ropfjivcrei 
faepov Odypcu r$va $ y papa, èx6\pcu 6v\cre(t) rœ rafiico (etc.; 
Smyrne, environs); Perrot, GB., I, p. 90, N. 58, 1. 5*6 
(=CIG., 3690; mais beaucoup mieux chez Perrot) 1*]rrrf- 
[p.vyp&\Av(py\fo) Xpy</lë\ (etc.) si Se ra ropp-fo 9 hepov xaxà- 
0ar0ai (le marbre dit KATAQEZTAI, c.-è-d. xzTzdécrUi, 
qui d'ailleurs est régulier; Pandermo); CIA., III, i433 KA)/- 
fxaTe/|a S&kos tl\pzios xîre èv\ tû Tàneû t«|t^ npîjxo?» É w| 
Tpofirfcrri rœ\ fi<xcflepvoLpi(i)\v 9 x<XT<xfi<x\vTe\ tS) Tajxeiiw }(p« | <xov 



[27] ESSAI DE GRAMMAIRE HISTORIQUE. 315 

A', 53o), axapp.1, <Txa.pp.6s, TâppvZv (Nd£o, AafAapie*- 
vols, A. [iytûyiàrns) œrrà t6 OiXrfri, à.), roppû (MvtiX^vt;, 
kpyvpys ÈÇTahœvns , xi aXkë), ÇrappJÇœ (DG. <r é^daXjx&w , 
Faseinare, Oculis laedere, (ZacntcUveiv-n , x. XarÇ À%i>., I', i3 * 
il p., fyzi &ryV(TV xai tS OappiZù)), (p7a.pp.6s (oÇ>6a\pâ$, 
to xa.xopa.Tt, x. W. Schulze, S. st., 225, xai (T(jl 5)- 

MA. x. AM 2 ., A', 224, io (G. Meyer, Gr. C., 280 dx.* 
MBGh., 43) àn6^yapp.av îp, 4- i5, 7 &Tï6?opp.Qs* 
234, i4 àppvpa* 1 48, 37 èfiyapfxévoi- 334, 12 7rapo- 
tTx6.pp.ov Tomaschek , #. eil , er. 8 (= W. Schulze, #. eil, 225) 
Pormoni (HoXepwvv, <flh Mâfïpw Bakaatra., peav^pivos 6yros) m 
Aéovr. Toxt., Star, tff, 8 e xoù Ktôvtrr. XVoptp^itp. Pu)., ex. 75, 
yp. noxappés* AM 2 ., A', 206, 5 èTopprjcrav 260,1 4 .éxop- 
/xacrav 26, *î4top/x 7; (Tec 3o, 2Topft^c7;7°4i, ^Toppicrys- 

AE. (tt. &). x. BGH., XIII, a*. 4o5, ap. a3 Mvy\p.(&)'ïov\ 
Ev<re\ @{ù)s\7ïapot, k\ppvpà\œrco6a\[v6v]r6[s (0e<7<7aXid)* AM., 
XII, er. 2 48, dp. 7, yp. 3 ropp^erei (Mixpowr/bt) • À0., 0', er. 
171, ap. 2 iMvripa 9e|oxpaTi7' fT|i5 Top(x^er|i7 àvcurxi^e^ 
S(œ)ri T&v\\âyov OS) ( Ad|3pio • 7r. xp. ^*> *• K«pwwé&i, a7i il 
ft.)* MxB., pX. a/3, a. 97, dp. <n;r, yp. 5 Téra tS #p«« xtf- 
<Jera* Avp. Àvt«[wos| xai Avp. Tanavi/ xXeivrjs Bopiaxijf? xarà 
(TV v | ^wpr?(TW Avp. Tpo^/jxB xai ÀjxjxiavS xai Za> | er/jxa • ô^evi £é 
ér^pa) è£ov Teôrjva(i) • e& £i us | ?oppdi<Jti hepov Oaipcu uva 
H y papa. èx6\pau 6v\<?e(i) t&> rapJœ (xtX. # Sjxvpt^Trep/xûJpa)* 
Perrot, GB., I, er. 90, dp. 58, yp. 5-6 (=CIG. t 3690* pà 
iroXv xaX^xepa ô Perrot) 1*]7rrf[(XM7|xa| Avp(i;X/«) Xpi7a75| (x. 
t. X.) ei Ji ti* Topfivv hepov\xard6ea6au (to pa.ppa.po ypdtyei 
Speos KATA0E2TAl,(î>;Xa5^xaTa0i<T7ai,7r5 efrai xai wrfrf* 
IlavTepfto)- G I A., III, i433 KXi7/xaTe/|8 $SXos t/| jxeio* xïre èv\ 
tS) T&rtq) ré\r(j) Upïpos* E us\ tpopymji tç5| fkuTTepvaLpiœ\v, 
xaTa(3aX>/Te | tc5 tapeiu %pu\(rë &>x/a? rp& (yià to p£raj6= 



316 JEAN PSICHARI. [28] 

œxias rpk (pour le déplacement de p dans Tpofxwcrrj pour 
TopfxvcrYi, voir W. Schulze 1. c, 226, et se rappeler f 1 ) les 
formes locales bien connues xpaSià = xapSid, èypdviae, 
juSpixâ, (iné&pefiOL, TtéSpixœ, wéSpus, ÇaiSpeUs, de Pyrgui, 
Chio, ou iSépÇia, qui se disent aussi parfois à Spétyia, etc.); 

b. devant v : Tcapayyépvtis (Ghalk. NL., 35o; Céplia- 
lonie), crlépvù) (ibid., Crète, et Thumb, GG., 17 «</lèpvto 
(gew. (/likvw)*, c.-à-d. habituellement (rléXvco), crlépvei 
(Naxos, Philoti, Jh., c; Vothri, F. c.W). 

5. Comment a lieu la permutation proprement dite de p et de X. 
— a. Dans les mots précédents, de quelque époque qu'ils 
soient, il y a eu permutation proprement dite, puisque, au mo- 
ment même où, p. e., je pensais former X et dire iSe\<pâ$, 
l'extrémité de ma langue a commencé à se détacher de mes 
gencives intérieures. Elle ne s'est pourtant pas détachée tout de 
suite, elle s'est seulement éloignée quelque peu, pour se 
trouver en position de mieux vibrer. — b. Jusqu'à ce que le 
mouvement s'achève, c.-à-d. jusqu'à ce que nous fassions en- 
tendre p pour X, il y a naturellement un degré intermédiaire 
où l'on entend à la fois X et un certain p. — c. Dans la langue 
commune, ce son intermédiaire ne se laisse plus observer au- 
jourd'hui, parce que X y a définitivement abouti à p, p. e. 
dans <x$ep<pés y et autres formes semblables. Mais il est très 
probable que ce son existe encore dans quelque dialecte, puisque 
le mouvement est physiologique et ne peut s'accomplir que gra- 
duellement et non point tout à coup, comme nous avons eu sou- 
vent l'occasion de voir que nous modifions les sons peu à peu et 
par déplacements lents et successifs. — d. Un linguiste de 
premier ordre, Grammont, a essayé de démontrer, a dit même 

(!) L'abréviation du texte grec Ofi. = Ovfitfau (se rappeler). 
(,) Voir p. 396, n. 1. 



[29] ESSAI DE GRAMMAIRE HISTORIQUE. 317 

mcrpa m p, Tpofnbcry àvris Toppycry, x. W. Schulze, 8. eï., 
226, xai Ofi.M xà yveot/la pas vxàma xpaStà = xapcîia, 
èypo)vi(re, pe&pixa, pitéSpepa, véSpixeo, itoSp&s, ÇaSpeiis, à-no 
76 Uvpyl rys Xios, fj TàSépÇtia, m àxéy&mou xinores 
xi iSpéÇia, xtX.) - 

(S. fik xaromvo v vapayyépveis (Chalk. NL, 35ô* Ke- 
(pakuvia), cxlépvoj (T. p.., KpYfry, xai Thumb, GG., 17 
«olépvcû (gew. afléXvù))'», SyXaSy ovvyOa (/léXvoj), alipvti 
(Na£o, <D<X<fo, IL ,tt. • B66pot, T. , n. M). 

5. UùJsyiveTattf xada(^To (TwaWa^tà crl6 p xai<r7oX. 
- -a. Stis Tvporryépeves \é!;es, Snoias èntoyijs xi dti; efoa* àÇrés, ëyivs 
xadaJpTO ovvaXkal*id 9 ènetSy rtfv i$ia t/lryp^y X. %., 8it# IXeya 
va fioptpdKTGû X xai va nw d$e\<po$, TàxpdyXœaaâ p&$Lpyia& 
va Zexokvé.y àmb rà petroyàha. âkèv £ex6Xkv<7e 8p/j>s ap&rcas, 
fxéve Çexiviiae hydxi , y là va fipeôrj crk déay va xdfxrf xaXrjTepa 
rà Tpefio)(TvirnfiaL. — (S. ilsm vol ylvif o\6reka 76 xivrj fia, 
SrikaSy &srtu vdx&<r1rj p diflls X, vrtàpyu èvvoûrou x'Uvte 
fiaôfjioç fxsaiavos, 8it& àxéy&rcu trvvdpa X xaï xditoio p. — y. Zryv 
xoivrj XaXià, Téroios p&rtavbs rjyos evfiepis Sev napary pthai, 
yiarl xaTou/léXaÇe ma joXc/là xararâma tS p, crà Xijxe d$ep- 
<pb$xi £XXa xéroia. Ma no\v mdavo va tqi> fyj&ve dxàpy <xh xa- 
fjuà vromoXahà, èneiày to xivypa éfoau fyvaiokoytxb xod Sèv 
(inopel va yivrj napà fiaOfxo fiafifio, xi 6y} pÀ fuàs , Sikos efyaps 
(Tv/ya jifv dtpoppy va Sëpe vus X/yo TJyo àXXà&*|xs rks $x** 
xai pÀ ovvexjxà atyavà peraTOTthpLara. — S. Évas yXwer- 
<To\6yo$ npeûrys ypàppys, 6 Grammont, npormèOycre vinoSeÛ;y 
x'ehte pÀXi(/la pyrà (Dmirn., a. 1 1 1) itœs xai to Çéfxoiacrfxa 
sïvau xtvypa 8%$ ypv)(oXoyix6 (x. ir. à. 3, cb-s), vapà <pvtno- 

(,) lijXa&r) dvfiijtrov xdbrore xaXrjrepa ratpti&t dvà rà trptp. 
w K. <r. 996. 0fl. 1. 



318 JEAN PS1CHARI. [30] 

formellement (Dissim., p. ni) que la dissimilation n'était 
pas un mouvement psychologique, mais physiologique, comme 
tant d'autres, et qu'il obéit donc à des lois phonétiques, posi- 
tives et absolues. 11 est possible qu'il ait raison , bien qu'il ne 
semble pas avoir exactement défini la nature de la dissimilation. 

• 

. 6. Comment permutent X et p dans la langue commune de nos 
jours. — a. Il est certain que la permutation de X et de p ne 
se fait pas avec la même facilité , ni devant chaque son ni dans 
chaque mot, puisque tous les cas que nous avons énumérés 
n'ont pas encore passé dans l'usage commun. — b. Les plus 
communs sont : àSepÇù* (iSepÇy etc.), SspÇivt, x6p<po$, 
VpQoi, vipOœ, 6dpOS> (et les autres formes), ÀpjSaWr)/?, 
fiopfïoç, ipp.£yo), âpp-V, âppupa, dppuprf?, axapp/, 
<jxapp.éç, <prapjx/£a>. — c. Nous appelons communs, c.-à-d. 
appartenant à la langue commune, les mots au sujet desquels 
il n'y a pas contestation pour savoir si on les emploie ou non; 
tel est le cas pour les mots que nous venons de mentionner; et 
même beaucoup d'entre eux, p. e. <xpp.èyw et cxapp/, ne 
se disent pas autrement. — d. On ne saurait, en revanche, 
considérer comme communs ceux qui surprennent l'oreille, 
ceux que Ton remarque ou ceux au sujet desquels on Vous dira 
qu'ils existent aussi avec p,' p. e. épir/?&>, roppu; mais 
personne ne vous fera la même remarque pour les autres , ni 
même ne fera attention, quand il les entendra , parce que tout le 
monde les connaît. — e. D'autre part, il est tels mots qui 
nous engageront à réfléchir, avant de pouvoir répondre s'ils 
existent ou non avec p (pour X), p. e. xéXnos (dans la locu- 
tion tS x<XTé@yxe je.), MeXirvfxévrj, (xiraXra?, (iiteXrks 
(la confiture ainsi nommée), jxiraXx^pf , 7roXxa, £aXxa£e?, 
X<x\xos\ ces mots nous sont à peu près inconnus avec un p. 
— /. Cela signifie, semble t-il, queX, du moins de nos jours, 



[31] ESSAI DE GRAMMAIRE HISTORIQUE. 319 

Xoytxb xoù tSto , nus àxéu Sy\aSy v6p&s vypkoytxés , derixè? 
xi iv6\vr&s. MbropeT v&^V Sixio, Av xoù vopJÇco Sèv ëftyaXe 
Spo ncu/lptxoL yià to t( vp&pa xadaÇro dvou to iiéfxoicujfxa. 



6. ÏIS)$ <7VvaXXcc?8i>Tai trlyv xoivrj ayfxepvy XaXià 
to X xal t6 p. — a.È <7vvaXXa£idt tê X xoù tS p |3i|3aia nûs Se 
yiverau fié Tyv iSia èÇxoXia, (ivre pi xAOe vx° xcltottivo, fir/re 
ae xdde \e^y, A<pë Sèv sïvcu % Sèv xcLravrfocLve ixofiy va dvou 
Trjs xcuvys avvyOeias Ô\es oi <JvvctXkci£às ne apa&àexape. — 
p. Oi mo xoiv&s dvou- àSepÇos (àSeptpw x. t&.), S&pÇivi, 
x6p<po*,%p0a,vàp0û,0Ap0Sô(x.Tâ.),kpfZavhy$,(ïopfZ6s, 
ipfiéyeû, âpfiv, àpfivpa, àpp.vp6$, axoLpfii, axcLpfiés, 
^Tapj&/?&>. — y. Koivks <7waXXa£i&, $y\<xSr) Xi£e? pÀ p àvrl* 
X, Xifxs tIs avvcùXaJïikç Ônb avKvrrjcrv Shv vn&pyei Av t\ç ovv- 
ydi&fxe fj 6yj' choies dvou oi \é£es ne ivajpépapœ • wciXXè* 
ètfèjpTk* pahcfloL, X. %. to dpfiéyco xoù to crxa,pfi(,Skv ixé- 
yt&vrou xi iXXioûs. — S. Koivèç Skv dvou Ôaes pas yr\mëvt xAr 
tïùôs cflœpTt, Ôcr$s TTOLpaTTjpëfxs fj y ta 8<res Ool aë nëve n5>* tiç 
Xéve xal pi p, X. £. épir/£a>, Toppw, èvu xolvus Sk dà ne 
xApy ttjv iSta TTOLpcLTVpwcrv ytèi t\s &Xk&ç y fxrfje dà npootiçqiy 
(jclv rk dxé<nj, èneiSy xal ris Çép&ve Skoi. — e. Ehcu wake 
pspixks ne npénei xavels npœra vol to (rvXkoyicfiri xërn&ntx va 
ne œjroLVTyoy Av imApx&ve fj 6%i pÀ p, X. £., x6\no& (tS 
xoLTéfZyxe x.), MeXnofiévy, piraXTÎs, p.ns\Tks (to y\yx6), 
p.noL\xévt, n6Xxa, xaXxASes, ^aXxo^, ne pi p pas dvou 
xovtol (tolv âyveotTTes. — C À$t6 aijfxoUvei Oapjtâ 7ws t6 
X, TôXà^Kj^o ayftepix, &pxoXa Sk ylverau p pÀ rbs xolto- 
mvès ZaJpvixâityjis ir, t, x. Nà pyv fyyyëp& xi6\<xs it£>$ oi 
itepHraérepes <xn auprès ris XéÇes dvou vioÇeppÀves [if MeXiro- 
p.évy, à MyXriAStfç, à kXxifiiciSys woLpdrtxaLve dno rà 



390 JEAN PSICHARI. [32] 

ne devient pas facilement p devant les explosives ir t x. N'ou- 
blions pas non plus que la plupart de ces mots sont nouveaux 
venus dans lalangue(MeXiro|xii;)7 9 M);XTia^y;(,ÀXxi|3idt^)7^ 
ont été pris dans les livres; ce sont, par conséquent, des mots 
éti-angers), et de la sorte ces mots nous montrent exactement le 
degré phonétique où se trouve aujourd'hui la langue commune 
en Grèce. — g. H y a bien d'autres mots qui sont aussi des 
nouveaux venus, p. e. ùittppéTpt* (domestique), àfyrjpri- 
(lévos (distrait) et autres du même genre. Mais ceux-ci ont pu 
devenir Trtpirpia et i$*py\tèvos, parce que la loi *p = tp a 
tout de suite agi; par contre, nulle action dans MeXiro^iéw 
pas plus que dans fjLTteXréç, lesquels doivent être certainement 
plus anciens dans la langue* que vntfpérpia et que àÇyprj- 
fiévoç. Gela veut dire que la loi Xir = pw (Xr = pT, Xx = px) 
a moins de rigueur que la loi *p = tp. — h. Ge que nous 
voyons dans la langue, nous le retrouvons dans les livres qui 
l'écrivent; XErophile, rédigée en vers par un Cretois en Crète, 
au xvii s., présente en tout, dans l'édition de Sathas, quarante- 
neuf fois èXniÇù), £Xm?a, éXir/?&>, iiveXmcrfiévos, è\irlSa 
ou èXniSa etc. etc. (c.-à-d. toutes autres formes de ce 
genre), toujours avec Xw, et trois fois seulement le verbe avec 
pw, dans l'édition de Legrand (v. Sathas, p. 38a, v. »85; 
p. 4aa, v. 5oo ijpmZa; p. &07, v. 189 wpwiÇa). — *, 
VErophile n'a point de série Xt ou Xx, si ce n'est dans le mot 
@$pT6via, qu'on lit toutefois sous la forme (2e\Tovia (uelto- 
gnia) dans le manuscrit de Legrand (v. Sathas, p. 3ao, 
v. 599). — : J. En revanche, XErophile donne régulièrement 
iSep<po, àSépÇi etc. avec p, onze fois, deux fois avec X 
(v. Sathas, p. 299, v. 81 iSe\<pé; acte III, se. IV, p. 38o 
àSeXÇë); on y trouve aussi une fois yxo\<pi (S. 3o8, 3Ao). 
— k. Les formes vpOoi, v&pdys etc., et jusqu'à une forme 
èpdwfiévv (S. 355, 483; 356, 48g où Legrand présente 



[33] ESSAI DE GRAMMAIRE HISTORIQUE. 321 

jSijSX/a- \om6v%év<x xi a^rà), x'ëjm pas Myyuve, xclOcl^to crk 
ri (Sadfio ifyp\oyix6 fipiaxeToa if ayfiepvy fias xoivrj y\w<r<jcL. 

— y. NioÇepfiéves \é£es elvai x'ri ùnypéTpia xt o àfyypy- 
(lévos, xt &. ré. Ùlaflocro yevyxave nepérpta xt àfyepyfièvos, 
y tari à fié (T(o s SéXetye o v6(ios tp = ep* Se SéXeype véfios 
fifre &ly MeXnofiévy, fia fifre xal t/lbv fnteXré, irë Bavai 
ytà fiéficuo àpyotàrepos </Iif yXwarara fias àno Ttfv intypérpta 
xal t6v à<Pypri(iévo. 0à ity Xombv irœs o vâfios Xn=pn 
(Xr = pr, Xx = px) ifyet èvépyeta Xtyœjepy d7t6r6v6fiotp = ep. 

— 0. O t< fSXén&fie <fiy yXdxKra, to (iXén&fie xal <flà fZtfiXla 
7rS ry ypèfyHve- if ÈpuÇlXy, ne t/ltx&pyydyxe </Iyv KpjfTy 
oœo Kpyrtxà, aflo Séxaro ifiSofio où., ifyet, #Xa fta£/, aflrjv 
ëxSoav t5 2a0a, aapàvta èvvtà popes éXir/Çw, ëXntÇa, 
oXniZu, àneXntcrfiévos, èXntSa # oXntSa xtX. xtX., Sy- 
XabStf 8 ti àXXtfs rvn&s déXets, navra fie Xn , xai rpéis (Çopls fio- 
vâya r6 pyfia fie pir, t/lyv êxSoay tS Legrand (x. £ada, c 38 2 , 

rf\. 285, (T. 422, 0*7. 5ûO tjpTTlÇcL- (T. /Ï07, (^7. 189 WpTTtÇa). 

— 1. È ÉpoXp/X»; £è fias napwt&Çet XéZes pÀ to àpdStacrfia, Xt 
# Xx, irapà ftdvo t^ Xét£y (Zeprévta (ftà j3eXr(yv<a [ueltognia] 
t/16v xdStxarë Legrand, x. £dtda,<7. 320, <j7. 599). — x. Bà£ei 
è'fjwy? ra^Tixà 77 ÈpcoÇlXy tov aSepÇé, ràSépÇt xtX. pi p, 
ëvrexa Çopés , Svo Çopès fieX (x. £àda,0 > . 299,(77. 81 â^eX^é* 
np. T', (xx. <T, o*. 38o àSeXfyë), threos x'hayx6X<pt (2. 3b8, 
34o). — X. Toffp0a,v&p0ifsxTk.,ùsx 9 èpd(iôfiévy (S., 355, 
483 • 356, ^89 &«* Legrand èxdpwfièvy^ecthronmgni* 35g, 
32 — oi) (Zaaikéfove navra/ëOe- rànavrëfie aux/là aapavra 
oyrù <popês, xal fuà Ç>opà fiévo rfkBe (S., 45o, 282). — fi. 
A ÈpwÇlXv Xèeixi ànapOivà (2., 3o&, 227 * x. ir. a. ap. &, 
t, j3)* to X^ei ^fjwy^ âXXS iXydwà (S., 3o3, 123* 3n, 
607- 4oi, 75* 4^9, 2 5 7 ) , (TvÇcova fie Tyv xoivy ry (TvvrfOeia. 

— v. Bpi(Txtifie ndvTa xi àve^alpeja fiàXdyxa, (3aX6^, 
xtX., $%ï) <popés, xaBœs (ïpfox&fie xal @<x\fiévoi, fuà Çopd, 



t 



MKMOIRBS ORIENTAUX. SI 

HirMHEftlE RATIOMALE. 



322 JEAN PSICHARI. [34] 

èxdpeofiévv = ecthramegni; 35g, 3a-oi) régnent de toutes 
parts; nous rencontrons ces formes quarante-huit fois exacte- 
ment, pour un seul 0X06 (S. 45o, 282). — /. LïErophile dit 
aussi inapOivà (S. 3o4, 227; y. ci-dessus, N. 4, 1, fr); 
mais elle dit ailleurs iXtfOtvà (S. 3o3, 123; 3 1 1 , A07; 4oi, 
75; 44g, 257), conformément à l'usage commun. — m. Nous 
trouvons toujours et sans exception (3àX0r;xa, /3aX0p, etc., six 
fois, de même que @<x\f*évot y une fois, fiya'kfiévos, quatre 
fois, parce que l'aor. est toujours £|3aXa etc., vingt-six fois 
(v. aussi Legrand = Sathas, p. 363, v. 92 éirpoj3àXa<Ti), 
ë(Zy*\cL etc., neuf fois; l'oreille, habituée par la déclinaison, 
a ainsi pu sauver le X, comme cela a lieu encore aujourd'hui. 

— n. H en va de même de la forme <r<£àX/xa, toujours avec X 
dans YErophile, dix-huit fois, peut-être à cause de iapaXa etc., 
huit fois, peut-être parce que le mot populaire propre est pour 
elle le mot (prcUaifiQ (cf. S., p. 617, v. 389 et 390); si donc 
elle n'a pas l'habitude de dire <7</5àX|»a, il n'est point extraor- 
dinaire que X n'ait pas eu le temps de devenir p. Pareillement, 
YErophile emploie certaines formes 6<p0aXpjbs (S., 337, 84; 
357, 526; 388, 429; 37/i, i32 ofanno, Legrand), tandis que 
dès le début elle connaît et emploie le mot jxana (S. 291, 21). 

— 0. LïErophile offre seulement airoxoT&i, ànéxoros, àno- 
xoTtà; on n'y rencontre ni roXj&â ni ToXfiy, si bien qu'on 
ne peut pas savoir si X a pu changer dans ce mot. — p. H n'y 
a point de présent crléXvoû dans YErophile; il n'y a dans ce 
texte que ^ex^eiXa, aleTXe etc., neuf fois, ainsi que àiro- 
<r1o\aTopaLs (S. 409, 224); il semble qu'elle connaît plutôt 
le mot du cru néfiTTù) (cf. Ttéyf/y, 322, 65o — toujours ainsi 
sans /x — irefiiràfievoi, 317, 54^ ; 358, n., N. 2, Legrand; 
etc. etc.); mais iri(X7rw lui-même est sans présent dans YErth 
phile. — q. Les noms VivâXSos — celui-ci dans tous les Inter- 
mèdes — etOv(2â\$os (S., 363, 92 et 365, i33 dans le ms 



[35] ESSAI DE GRAMMAIRE HISTORIQUE. 333 

fîyaXfiévos xtX., tiaazpus <popès>, èiretSy xi à iâpu/los 
ûvai TtâvTCL SfiiaXa xtX., etxom S^y Ç>opk (x. xai Legrand « 
2à0a, a. 363, </l. 92 ènpopàXacrt), ëfiyaXa xTX.,iwià 
(popés, x'hm yXvrœvet t6 X, yiaxi ri aw^Otcre ri^rl fias, xXA 
voira? xi pr?f*a, #7Tû* rv^alvei xai ai\p&pis. — £. Êrtn xai t6 
(T$é\(ia, afltfv ÈpwÇiXy, navra fik X, Sexo/ri) Çopés, tiorcos 
^ourlas rë i<r<p aXa xtX., oyrto <popéç, foœs y tari xupioXe£/a 
Syfiortxy riis dvcu t6 Çraicrifio (<ryxp. 2., a. /117, (/7. 38() 
xai 390)' <£t> Tjjfe efoai Xombv àcrvvrïduflo va Xéy (rÇâXfia, 
TtapéZevo S16X& va fiyv npé^ra^e t6 X va y/v# p. Ilapofxoia, 
ypéJp&xaùxâTiôtpdaXftès (S., 337, 86* 357,524 -388, 629 • 
376, i3s ofanno, Legrand), évw àttapyjfctb Zèpei fiaria (2., 
291, 21). — 0. Û Ép&>^/X# fiera/eplZ^Toi fiâvo inoxcrS), 
avàxoTOs, ànoxoTid- fufae toXj&&> ^ei pfre toX/xt;, #*Tf 
& pXén&fie Àv dtXXaÇe tô X # <5x* 0^ Xi^V ip-nfr . — w. Éve- 
<jrwra crléXvœ Sèv ivrajicbv&fie t/lyv ÈptoÇiXy, 7rapà jxdvo 
ëaletXa, (rteïXe xtX., ivvià $opk, xt àitocrloXdTopas (2., 
/109, 2 2&) • rà vrémo t6 véfiwcj fioi£Çet aà va rfjç elvau ttio 
yvw</16 {(ryxp. né^prf, 322, 65o — 7rdtvra frexi X^P'* I* — 
nefj.Tr a fxevoi, 317, 542- 358, ex/x., àp. 2, Legrand* xtX. 
xtX.)- ftà ëre to né fin m crlyv ÈpwÇiXy èvtcfldna xavtva U 
fias S&xvei. — p. ô PiviXSos, aï 61a rà IvTepfiéfaa, xi 6 
OvfiâXSos (li., 363, 92 xai 365, i33, <fl6v xeoSixa tS Le- 
grand), x&ôe Çopà fie X. — a. Tfooia </]yv ÈpwÇiXy, iito^ 
paXXaxja Sitùôs xai aflyv xawépia fias xoivy Syfior$xy. Ô B77- 
Xop&, X. x-> <ri° xXaurcnxo ypififia m (x. K. Krumbacher, 
Da$ Problemd.ngr. Schr. Spr., 1903, a. i56 àx.) 9 Bol tttj Ittar 
piyyeXwe [a. i58, yp. \), iXipâfiyTO (i58, 36j, aXth 
Oivà {159. 7), ifiâXOyxav (159, 22), fia {jpdaue 160, 
12). ô UaXafiâs xai ayfiepts 6à ypayj/rj trféXvafie, </io fito 
pipes x$ a&epÇcafiéveç "Szfiâç, dp. U ]] \(y>'<\, a. 2, t^o 
xo&oç tvwoç xarimycre ô a&epÇés, %/j£, iSepÇ'jôavvys 



%t 



324 JEAN PSIGHARI. [36] 

de Legrand) apparaissent à chaque fois avec X. — r. Tels sont 
les faits dans YErophile; ils sont exactement les mêmes aujour- 
d'hui dans la nouvelle langue populaire commune. P. e., Vila- 
ras, dans sa lettre classique (v. K. Krumbacher, Dos Problem 
d.ngr.Schr. Spr. 9 1903, p. i56 suiv.), dira èirapayysXve 
(p. i58, L 1), ûtX^àjS^To (i 58, 36), àXtfOivà (i5g, 7), 
èf3à\dvH0LV (159, 22), en regard de vpOafxs (160, 12). 
Palamas, de nos jours, écrira a-lé\voL(ie, et, au même en- 
droit, iSepÇœfiéves (Noubas, N. /17, 1903, p. 2), tant 
dSeptpos est devenu forme commune; ailleurs il écrira àSsp- 
<p(0<Tvvv* (Notifias, N. hh, igo3, p. 1), rjpOzs (ibid.), et 
en même temps fîyaL\(iéves (ibid.), ToXfiStre (ibid., p. 2); 
nous en voyons tout autant chez Papadiamantis , Tlavadrfv., 
1903, p. /199, col. 1, va @<x\dëv, p. 5oo, 2 trléXvet, et, en 
même temps, vpOes p. 699, 2, r\pB(t p. 5oo, 2. — *. En 
un mot, aujourd'hui, ceux qui écrivent la prose populaire, 
emploient ainsi toutes ces formes, j'entends celles-là même dont 
nous avons plus haut (N. 6, b) dressé la liste; ils ne diront 
donc pas èpnl$<x, èpnlÇœ (pas plus que opniSa ou op- 
ir/£«), xép7ros,*@<xp'To, @opT<x (que l'on recueille pourtant 
quelquefois), xaprtres (à moins que cette forme ne trouve sa 
justification dans quelque usage local ou ne soit mot propre, 
v. P. x. M., I, p. 3o5, correction à la p. 287, 1. 3), crâpro 
(usité chez quelques marins, à Ghio, et ailleurs), crupravos, 
ypOLprvs, fLTTOLpxévi, £apxiàs, j^apxrfs, %ipxœ(ia, /3àp- 
aifto, fiyipcjifAO, ëfiyaLpay (dans le cas où ce mot viendrait 
à s'écrire; et encore est-il probable, si le mot devient commun, 
qu'on l'emploie sous la forme ë^yaiXcrtf, tout comme le com- 
mun @yiX<rifio), ëvTOip[jL<x y TrpofioLpfMX, TOppLûô (qui semble 
dialectal), napayyépvcô, a-lépvco (qui est rare; cf. Uotà 
BéXcLcraoL îi alépvei x 9 ëpx&vT&ij dans une petite pièce de 
A. Simirioti, ÏIclvolÔ., 1903, p. 688; dans la langue commune, 



[371 ESSAI DE GRAMMAIRE HISTORIQUE. 325 

(Nttjxas, dp. l\k, 1903, a-. 1), ypdes (t. fi.), xai avvdfia 
(Zya\(M.éves [ï. (x.), To\p&(Te (f. (x., <r. a)- àXXa t6(tol x< ô 
na7ra&ajx&i>T>/?,x. Ilavadrfv., 1903,0*. 699, <^X. 1 va (3aX- 
ÔSt-, (7. 5oo, 2 erf'iXyef, xai crwàpua ypdes c 699, z^ypOe 
ex. 5oo, 2. — t. M'èW Xrfyo, cr^fiepts, ô'<70i ypaÇtuve veÇy 
Syfionxify, dÇrà avvyOiÇtive , SyXaSy èxeïva icria fotanë xaTa- 
\0ylaa\1e ma dnavœ, dp. 6, (3, xai Se Xéve Si6\& èpnlSa, èp- 
irlÇco — firfre opiriSa, # opir/Çw — xâpnos, (Zdp'ro, 
{26pra — tt5 dxéy&vrat œsjâtro xanore — xdpr&es — 
èÇov âv to Ç>éptf xctfuà <ruvy6ei<x vtottkx # xapuà xi*p*oXe£/a (x. 
P. x. M., A',er. 3o5, Ô7r« SiopOœveTou a. 287, yp. 3) — ' trapro 

— 7rS tôx&vs fieptxol vêpres • toypve xai cWtf Xiè x* âXXS — 
eupravos, ypaprys, finapxôvi, %apxêàs ,%apx6s , xap- 
xœ(i*,{iàp<TifLO,(i}yip<Tifto, ëfiyaprry — Ai; to ypdyf/Ufie 
SyXctSy- pÀ no\v mOaLvœTspo, Av xatavvhaiQ Xé^y xowy, va 
^avayivrf xai téty ëfUyaXtry, xadùs &xpp>e xai to xoivb jSyaX- 
(Ttfio — êvTappia, Trp6@apfia, TOpfiû, — irë jxojàÇet vt&imo 

— napayyépvGû, crlépvGô — (nravio àtyré, X. £.• Iloià 
dàXa<7<7a Ta alépvet x'ëpx&vrai, afïva itoiypxiTaxi t5 À. 
2yfiypiœTy , Ilai/a0. 1903, (7. 488 • fxvrjaxet to X t/lyv xoivifr, 
yutTi rdxé fie </16v àépuflo, xaOœs fivyaxei xai &16 fiaXdyxa, 
fiaXpiévos, xtX., x. ir. a., fi — ^ap/Sàs (xdMTOTe £aX*|3as, 
Avrpo) xtX. xtX., &« ypaÇuvrau iteptyypja 8Xa TaXXa, à? xi 
àptpafiyia $ Bépyapos, X^P^ v * G**v*tyv ^OLvévas. 



386 JEAN PSICHARI. [38] 

X reste, parce qu'on l'entend à l'aoriste, comme il reste dans 
|3àX07;xa, ^aXfiévos etc., v. ci-dessus, m), x<xpf3âs (Ghio; 
quelquefois yjxhfZSs, Andros) etc. etc. Mais on écrira parfaite- 
ment les autres formes, et même ip<papwT<x ou Bépyapos, 
sans que cela arrête personne. 

7. Pourquoi dans la langue commune la permutation de X et de 
p na pas lieu dans tous les mots. — a. La permutation de X et 
de p, dans la langue commune, n'a pas lieu dans tous les mots, 
pour plusieurs raisons, dont voici les trois principales. — 
b. Nous avons vu (ci-dessus, N. 6, m) que X se maintenait grâce 
aux aoristes ou futurs qui présentent un X net, c.-à-d. un X 
sans aucun son contigu et collatéral capable de changer le son 
médial (£|3aXa, 6 à j3àX&>); c'est donc ainsi que X se main- 
tient dans les dérivés, |3àX<7i|xo, ^yaXcifxo, Ttp6fiaXp.a 
etc. — e. Pour ce qui est de Ttp6(ZaXpLCL (et de ëvraX^a), 
Ghatzidakis écrit (À0. I, 53o; v. ci-dessus N. A, 5, a) que 
«l'on dit parfaitement (Xéyerou xolXXk/1cl)t> irprf/Sapjxa (£v- 
rapjxa), et Wilhelm Schulze comprend (K. Z. XXXIII, âs5) 
que telle est la prononciation générale (<rman scheint auch 
allgemein zu sprechen»). Mais ce rr Xéyerou xàXXurfa», ou 
bien signifie que l'on peut aussi entendre ces mots avec p, en 
d'autres termes que ,p n'y est pas encore devenu commun, 
ou bien ne veut rien dire. — d. Le cas de ëvraXficL est diffé- 
rent. Ce mot vient des livres et n'a pas encore eu le temps de 
se modifier, tout au moins de devenir commun. En effet, il 
est à remarquer que les mots savants, soit quand ils sont inu- 
sités, comme axaXfJilSiov (lequel jamais ne se dit), soit quand 
ils sont nouveaux, comme êWaXjtta, soit quand ils n'ont dans 
le pays que peu de cours, comme iraXfiés (le peuple emploiera 
xapStoyvinci) , gardent encore quelque temps, si ce n'est tou- 
jours, leur forme savante. — e. Dès qu'ils vieillissent, c.-à-d. 



[39] ESSAI DE GRAMMAIRE HISTORIQUE. 327 



7. riar/ Se yiveiai <r 9 8\e$ ris \é%es y a-uvaXXaêià tS 
X xai tS p crtyv xoivy. — a. Aè yivercu o>8\es ris \è%es t) 
(TvvaKkaJiiCL tS X xai tS p, y ta iroXXès Xây&s, es ne fie y ta 
Tpék xvpuorepbs. — (3. EiSafie (x. 7r. a. ap. 6, v) iras ficu/lU- 
tcu to X x*P^ °^ àéptt/l&s # jxiXXofTes 7r5 TÔ/uve (rxérro, 
Sv\aSrj xppls ifxps <rvp.Ttepnikaytvhs npéOvfibs vaKkéJ&ve tov 
avafieatavo (£|3aXa, da |3àXa>) * faut (Hcu/IUtcu xai aflànapàr 
ycjya, /3àXai(xo, ^yaXcrtfio, npâfiaXfta xtX. — y. Ttà to 
7rprf|3aXj&a (xai to SvraXfia) ypéfyei à XaTÇySaxys (Ad. A', 
53o * x. 7T. a. ap. 6, 5, a) irais « \éyercu xaXhcfla » Trprf- 
jSapjxa (evT(XpfjL<x), xi 6 Wilhelm Schulze xaTaXa|3s (K. Z. 
XXXIII , a 3 5 ) ttûôs jéroKX sïvou v yevtxrf npoÇopà (« man scheint 
auch allgemein zu sprechen »). Ma to t X^yera* xàXXi(rra » # 0à 
7T77 irôs finopëve aÇrès oi Xi£e? vàx&aflëve xai ptè p, Sy\abSy 
nous Sk yevyxave àxopjy xotvés, $ Sk 6à m[i rlnora. — 5. Ti 
ëvj(x\fia TraXe eTra* àXXos Xoyaptaapuôs. Ta irfipGLve awro rot 
(2t@Xia xai Sèv irp6$Tcd;e vaXkàZri, m\Ayi</lo va xaTavrytjy 
xotvâ. Ki akvOeta, aï ô'Xss rks Saaxa\t(rphs naparv ptérou vus 
Stclv ûvat # &%py</lot, X. %., (Txa\fi.tStov,WTTOTé t« Se \èye- 
toi, # xatvéptot,\. x-, to ^i/TaX|»a, fj TJyo mjvyd$(T(iévoi dhrà 
to gBvos, X. x* iraX/xos (ô \a6s Oà iry xapSto%Tvm), xparëve 
xàpmoao xcup6 xai xâitore navra tov tvtto rfjs xadapéfoaas. 
— e. Afta iràXe yepaa&ve, SykaSy ë.pja ws ovvydfo&fie , ovp.- 
(jLopÇœvHvTau cfly yevtxy <rvvifydeta, chrus to àX^a, ne ïata 
ïata yiari StSdaxerat xàOe fxépa t/là axoXsia, finôpeae 7roXv 
l^xoXa xëyive, ap<pa (x.n.à. àp.[\, i,a).Zci)<flàTtapaTvpvveô 



328 JEAN PSICHAR1. [40] 

dès qu'ils entrent dans l'usage, ils se conforment aux habi- 
tudes générales du pays, comme c'est le cas, p. e., pour le 

mot aX(pa, lequel, justement parce qu'il s'enseigne tous les 
jours dans les écoles, a pu très facilement devenir &p<p<i (v. ci- 
dessus, N. 6, *). Bayet a justement remarqué (BCH. I (1877), 
p. 3 08) que dans les premiers temps du christianisme on se 
servait beaucoup du mot aSe\Ço((«trè& employé par les pre- 
miers chrétiens?)); c'est pourquoi ce mot est très vite devenu 
et, depuis, est resté àSepÇoi, comme nous l'avons montré ci- 
dessus (N. 4, 1, a). — /. La troisième raison me paraît 
d'ordre physiologique, car il semble que p nous plaise davantage 
devant les continues que devant les explosives. Pourquoi cela? 
— g. Parce que le son p fait passer l'air directement par le 
milieu de la bouche et non point par les côtés, comme le son X; 
alors, comme les continues <p (S se forment près des lèvres, 
au moment où ces sons se trouvent enroutés et vont sortir 
librement, le son X vient détourner le canal de l'air, tandis que 
le son p le ramène à sa place, puisqu'il va droit devant lui 
tout comme eux, en d'autres termes puisque, comme eux, il 
est isodrome. — h. Mais le n et les autres explosives ont besoin 
d'une occlusion; ils s'accommodent donc mieux de X, qui, lui 
aussi , fait occlusion au milieu de la voûte palatale. — 1. N'oublions, 
pas non plus que l'occlusion de X n'est pas l'occlusion d'une 
explosive , et lorsque nous prononçons l'un après l'autre les sons 
Xir, l'air ne se brise pas deux fois, mais une seule, au moment 
de l'émission du w, car avec X il sort immédiatement, fût-ce 
de côté. — y. Donc le son ?r, dans la succession des deux sons 
Xir, trouve à la fois en se produisant l'occlusion qui lui est ha- 
bituelle et une certaine ouverture à côté de lui, qui lui est 
commode. C'est ainsi que dans deux explosives sourdes qui se 
suivent, nous voyons la première devenir continue, pour échap- 
per à une occlusion successive double, p. e., dans ^t&>x&, 



[Al] ESSAI DE GRAMMAIRE HISTORIQUE. 329 

Bayet (BCH, I (1877), Cm ^9$) n **s (rfà npwTCL xpjcrfiavfxà 
Xpàvia ovvvOtZoLve iroXO tv Xi£>7 iSeXÇoi (« très employé par 
les premiers chrétiens » ) • yià tSto èyivz yMyopa x'êfieive àito 
tôtss àSepÇoi, Snœs Sefl£&p£ (x. n. ot. âp. &, 1, a). — £. Ô 
Tphos \6yos p& Çcdvsrou aà v&vcu tyvmokoyixâs , èn&tSv xoti 
UJOiâXfit (jol vol pas àpémf Ttepuro-âTepo rà p pi xoLTomvbs £otxo- 
X&QvTixés, TtapoL pÀ xaTomvhs Zajpvixévx**- TioltI tSto; — 
tf. Tkxti fxk to p nepvâsi ô iépas yp*p.p.y ino tv pÀav tS 
y\co<T(T<iô<TmTi& , ^x 1 àml T * ?rapdbrXe/3pa, #7T&)$ to 0&ei ri X, 
xai neiSys oi foxohiBvTtxol <p, y @ pop<pd)VHVTCu xovrà olk 
XeîXa, tv (rftyp*v 1*% &VM à$Tol Spopuaafïévoi yià va fiyëve 
\é(pTepa, t6 X tb* napacrépvei tov dtipa, èvœ to p (pépvei to 
pifta <yî^ ôàn; re, a^S eîi/ou hoSpopo <ràv xai SA^tcl. — 0. 
To ir ô'ft&K x'o* dtXXoi ZxÇvixovx * SéXbve o-pàXoiy f*a , x'ërat 
itâve pÀ to X , ira xoti tSto xà»e< v<pA\oiyp.* cfiv pÀtrv tvs ovpar 
vioxi&s. — 1. Nà avpeia) crêpe xtâkas Ttœe to crtyoCkotypa t3 X 
£èv efoou a^dXorypjx ZclÇvixovx* > xcu <*™> ^V s V* T ^ v ApASa tus 
Svo vy# s ^ n > ° Aépas Se (rx&vTAÇTei Sv6 $opés, irapà puà px>- 
i>dt£a, SvkctSv <flb w, a<pS pti to X fiycUvei àpÂaws, As elvou xai 
TÙJCLyttôpopjCL. — x. Aonrov ^ei ovvapa t6 n, </l6 cvfiTrXeyfta 
Xw, xoti to (j<pâ\oiypjcL ne tS eTi/ou avvvBiapJvo, xai xdforoio 
ivotypjaL 7r5 t5 eîi/ai (Zo\st6. ET<7i fiXénzfie </lbs %%<pvtxhs 
iyopSéwxps, 6tolv dvou Svo pÀ tv a&ipA, ô np&TOs vàyiverou 
£<xxo\&6vTixos,yià vAitotyvyij to ^7rXo ipccSi&cfio aÇakotypa,, 
X. X-> <rà\èpz fyTuxàs, àvTUitTtoxàs, xtX. — X. To ft iràXe 
yvpéftei to p, ytoLTÏ to /x, xglOùjs %hpvpz y elvou ^Xo'r/^o, owàpa 
xoti iri<T(oSpop.o. Mi to iik*ytéSpop.o t6 X, x^^P 16 T ^ Xoya- 
piacrp.6 y xoti yià va jx^v âXXot^jxe ^pc^fio xade toVo, $yêXjt&pz 
iaràSpofxo p. — fi. Ti v, irS xi a<^Tà eZvai TturcoSpopo , pÀ ne tol 
X^ol, (tolv to Xijxe^ (Avvax&ve âi/oi^Tà, TOupfàÇfi f/i X è'ao xai 
fxi p. Éttê^ ô'fi6)? T5^a/xe jxovàxot ck pvpa.TCL, npOTipëpe to X, 
&>exa 7r5 to xkiv&pz (x. 7r. i., jS). — v. H Aydmv AÇtv t& 



330 JEAN PSICHARI. [42] 

pour itTtoxéç. — A:. Quant à p, ce son cherche le p, parce 
que ft, comme nous savons, est un son labial et qu'il est aussi 
en même temps un son régressif. Avec le son X, qui est 
bilatéral, le compte s'embrouille , et, pour n avoir pas à changer 
de route à chaque instant, nous émettons un p qui va droit son 
chemin. — /.Le son *, qui est aussi régressif, mais qui 
permet aux lèvres de rester ouvertes, pendant son émission, 
s'accommode de X aussi bien que de p. Toutefois, comme il 
n'apparaît que dans des verbes, nous préférons le X que nous 
donne la conjugaison (v. ci-dessus, b). — m. Cet amour qui 
s'observe chez les continues pour p au lieu de X, nous apprend 
peut-être pour quelle raison le grec de la belle époque ne con- 
naissait point de formes <xSep<bos, #p$e, kpBavàç, etc. Le 
<&, le 8, le B étaient alors des explosives et la permutation ne 
pouvait pas se faire facilement, de même qu'encore aujourd'hui 
cette permutation est plus difficile devant explosives, puisqu'elle 
ne s'est pas généralisée. — n. Lorsque, dans l'ancienne langue, 
il y a dissimilation de X et de p, p. e. dans les mots ipTaXéos, 
rXwTTaplVa, xe^aXapT/a, cette dissimilation a lieu, non 
par le fait que T est une explosive , mais bien parce que devant la 
gutturale T nous aimons mieux former un p laryngal qu'un X 
laryngal (ou postérieur). — o. De même aujourd'hui l'on dit 
Bépy&pos, parce qu'il y a plus de parenté entre p et y 
qu'entre y et X, puisque p peut parfois devenir y, ce qui n'est 
pas le cas pour X. — p. Donc, y à part, la permutation telle 
qu'elle se pratique aujourd'hui, montre de la préférence pour 
les labiales et les dentales, lorsque celles-ci ne sont pas des inter- 
dentales comme a, car ce ne-doit pas être uniquement la faute 
des aoristes si l'on n'emploie pas beaucoup ni jSàpaifto, ni 
fiyàpaiiio, ni <x7àp<xi|xo. — q. Dans les lieux et aux époques 
où X devient p devant les explosives tttx, cela tient, croyons- 
nous, à cette raison que les explosives doivent y former très vite 



[43] ESSAI DE GRAMMAIRE HISTORIQUE. 331 

TtapdTypSfie </lks ÇaxoXHOyrtxks y ta rà p, âvrls X, faœs pas 
Seiyvei y ta iroio Xéyo ff àpyoda. yXdxraa tt}s yjpvtrîis ènoxw* Shv 
e?x« tvws àSep&6s, vp&e, kpBavés,xrX. To 4>, t6&,t6 B 
j6reç ehave ZaJpvtx&nxp* > x '^ ovvaXXa&à Skv pnopëtre va ylvrf 
SÇxoXa, Ôirœs xal aifpzpis àxépa fi erwaXXa&à rtio Svcrxokrj 
pas TtÈpxst pÀ rks ÇaQvatévx&s , à<pè Sk yevtxéÇryxe. — - |. ôrav 
fepoid&vTau X xcd p alyv ipxcUa yXétraa , X. x* > <rf** XéÇeç 
àpYaXéos, YXœrTapYia, x&ÇaXapYia, Sk ytverat éJpxo 
ra^a y tari %6 Y slvou %a®vtx6wx * > pà y taxi pÀ t6 XcLpvyyérrxp 
T xaXXta pLOpÇœv&p.e Xapvyyàrpepo p napà Xapvyy6nta(/lo (# 
xcLTtoymacflo) X. — 0. To tSto xal aifpzpts Xéve Bépyapoe, 
y tau iteptanéiepo avyyevéfiet t6 p pÀ to y, irapà to X, à$H 
xdwrore t6 p puropet va yivrj xal y, èvœ Sk yivercu t6 X. • — it. 
\0m6v, <5£&> airo to y ff aypspw/j pas avvaXXa^tà Seiyyei vpo- 
rifxrjcrv <flbs yeiX6vx&s xal Sovr6vx**y &P& Sèv £&** é/prol pzao- 
Sovrévx 01 <*& v to <r, y tari Sk Oà' t6 Çroly ààpt&los fiova^a 
itë Skv TToXvGwyOlÇerat puffre (Zapatp.0, pubre fiyàp<np.o , pabre 
aldpaifxo. — p. Stbs Tân&s xal (/Ils èno)(ks Situ ro X yivercu 
p p.k tus xaromvès %aJpvtx6riyps n r x,6à nrj , vopJÇcj , nûs oi 
%a$vtx6riyoi *àvwz, t6 crÇâXorypa t&s noXv yXyyopa xal y ta 
va irpoÇràcruve , Skv àJplwvs to pépua va StnXoSpopLtaoy npœra 
pÀroX, itapà Tpé/pve hoSpopis xaràitt dno t6 p. — - a. kxépv 
Spœs Skv Zép&fxs y ta iroto Xéyo, èvœ TouptdZ&pie Ttzptynpa to 
p pÀ tks y&X6rixP s Çy P> (* xo " (^ T ° Sovrértyo 0, Se pas 
(ripéyet fii* to Sovrévx $y ^- X-> ^ ^&f croXSi, ne âv xal Se 
(Tvvydl£$Tai (nfipzpts, efcave pua tyopa xotvy yjpiljcm (x. Novptà, 
âp. 1 2/i , 6. 5 , ctfX. 2 • Sox. rov 1801, 8 Toi; &exé(2pw Xéyera 
àxépjrf y*à ri yaXX. ^ to iraX. to aoXSt). — t. ÀXXo t6<to àyvo- 
Sjxe y ta voto Xâyo Sèv àpeae c/lks noXkhs tvwos TOpp.00, 
Xapfiàs , pHfxt ytarl SJ^aJpva Se pas Spx^rou va nëpe p.Tteprks 
(</Itjv Udkv ttàina pneXrés, pdvo (mopaStxà pLiteprés, aï 
Svo rpia itpoàdlzta , ytarl xal <Ar\v xotvv Svpjortx^ , Tris xoivot- 



332 JEAN PS1CHARI. [44] 

leur occlusion, et alors, pour y arriver, elles ne laissent pas au flux 
de l'air le temps de bifurquer d'abord, ce que fait X, mais 
courent tout droit leur chemin à la suite de p. — r. Nous 
ignorons encore cependant pour quel motif, tandis que p 
s'accommode si bien des labiales <p |3 p et de la dentale 0, il 
ne trouve pas à sa convenance la dentale £, comme cela 
ressort du mot cro\Si y lequel, il est vrai, n'est plus employé 
de nos jours, mais était jadis d'usage commun (v. Novfias, 
N. 1 a4 , p. 5 , c. 2 ; doc. du 8 déc. 1 8o t ; se dit encore pour le sou 
fr. ou it.) — s. Nous ignorons tout autant pourquoi les formés 
jappa, X<tp$*s n'ont pas su plaire au grand nombre, ni pour- 
quoi, par exemple, il nous répugne de dire (ineprés (toujours 
(nreXrés à Constan tinople , sauf dans deux ou trois faubourgs, 
sporadiquement, car la langue populaire commune — de 
la société comme du peuple — présente elle-même des 
formes savantes , (nrekrés, et des formes plus vulgaires, [iireprés; 
mais ici vulgaire signifie forme plus rare, et savant forme plus 
commune), (xiraprâs (cf. le nom propre MitaXTarlvs), 
\pipTvs (peu importe que ce soit un terme ecclésiastique, 
v. P. x. M., II, p. a 4-3 5); aàpro na pas trouvé plus d'accès 
et pourtant la forme xaprcres nous échappera plus facilement 
dans la conversation. — t. C'est encore une chose plus curieuse 
que tout en aimant la combinaison de p et de £, nous n'ayons 
pas de p dans le mot x<x\<pas; du moins, à Constan tinople, 
on le dira rarement ainsi, bien qu'on le recueille quelquefois 
de la bouche du xap<pàs lui-même, lorsque celui-ci est Macé- 
donien. — u. Je suppose que l'accent doit jouer un certain rôle 
dans tout ceci ; mais jusqu'à présent ce rôle n'a pas été étudié. 
Il n'est donc pas mauvais, lorsque nous relevons les mots qui 
donnent p pour X, de relever à chaque fois la forme, c.-à-d. 
la déclinaison même, comme nous l'avons fait ci-dessus N. à et 
partout; il convient d'ajouter toutefois que les mots ^àpri/s, 



[45] ESSAI DE GRAMMAIRE HISTORIQUE. 333 

vfas ôncos xaù rov Xoloxj, dvTCLfxùbvowTai SoloxolXktploi , akv 
rov fX7reXxi, xcri xvSaïcrixol, ctolv rov fxirepré' pÀ èSu 
XvSaï(T(i.6s Bol ttij 7\mos itto oitdvios, xoù SoL(rxoLkt<rp.os. 
tvtïos 7r»o xoivés), fXTrctpTcis [<ry*P* *** t6 xvpio rôvofia 
M^OLXrarKvs), ^âprvs (7rS eïvou Spos èxxkqaioLdlixâs 9 Sèv 
TtsipaÇei, x. P. x. M., B', a. a 4-95), pÀ ërs xoi crapTO, 
xi oôsiocto ma âipxoXa Bol pas çeÇvyy cflvv xisfiévr* vol i&pz 
xaprass. — v. ïïio mpUpyo dxopuoL, irë èva> TauptâZ&fJLS to p 
fît t6 <p, Se <jwndiÇ&iie to p </ly Xé^rj xd\<pas- TaXa^iaro oi 
ïloXhss (ttiolviol Bol to 7r3i>e pÀ p, è'<xo xi âv ràxéve xdmores 
œno 70V tSio i6v xdp<p<x, S70LV <xÇ>7os eïvœi W<xxeSovi7Tj$> — 
(p. 'two8é7Cô wœs p6\o Bol TtcUÇy, xi à 7Ôvos aflri awaXXa£ià • ùs 
7(opa SfKos Sèv'Zerdo'Itixs 6^76. KaÀo \ombv elvat, ctolv £eo7?- 
xûv&fxe 71s XéÇes 7r5 fypvs p àv7is X, vol Z&jvxùbv&fxe xctOe 

$OpOL XOÀ 70V TV7TO, Stf^OLStf TtfV x\((TT} , &ITù)S xAvOLfJLS 7T. a. £p. 

4 xaî 7towtS, &v xaù 6 \pdp7ws, 76 adpro, oi xdpraes xt ô 
xdpÇoLs, xoLfuà SiaÇopà Sk (pavspœv&ve rflév 70vtap.6 tw. — 
£. Mas diràfiuve vol <rt)\uito<jH\xz nus xdiru (/lyv KaTntaSoxioL 
ftoia&j (tol vol fxrj (jwaXXà&ve X xoi p pi xcl70tvivq <p> ofyë 
\êve dUXpo (x. Thumb, GSH., 192), &Se<p\e, rflbv W6v70 
(x. Thumb., GG., a6 # 7roXtm|xos à 7évos) , xolBojs noXkès Çopès 
Tvjfjxlvu xou @p(crxttp.s as v7omoXaXiès # crk yeopioXoLkiks 7vnu$ 
ehe mo Ttpoytopr\pÀvxs eftre mo àpyoutts duo rè? xoivhs xoU avv- 
yBKjpJvvs. — t//. ki*6 TV (lOLxpivfi pas Spjws yXodaaokoytxrj 
xou ic/lopixv ixeXérv, fuxdouvttfie Çdolepa xoù ispocrSiop&fxe 7&s 

(Ttfpspvks TVTTtiS 7TJS XOiVtfc X0d XOL7CLkOL$cUvHp£ y là TtOlHS \6yus 

xaBiepuBrjx'ive r/ïr\v xouvépux <pCko\oyixy yXoocrcra 7rjs ÈWdSas. 



%» 



334 JEAN PSICHARI. [46] 

aapTO y xaprtres et x dp (pas ne présentent dans leur accen- 
tuation aucune différence. — v. Il nous reste à noter que 
quelque part en Cappadoce, il semble que Xetp ne permutent 
pas devant <p, puisqu'on y dit ie\<pé (v. Thumb, G S H., 
199), ££e^Xe,dans le Pont (y. Thumb, GG., 96; l'accent est 
précieux); il arrive, d'ailleurs, plusieurs fois que des dialectes 
ou des patois nous offrent des formes tantôt plus avancées, tan- 
tôt plus anciennes que les formes usuelles et communes. — 
w. De cette longue étude linguistique et historique, nous ap- 
prenons en tout cas clairement à déterminer les formes com- 
munes de nos jours et nous comprenons pour quelles raisons elles 
ont été consacrées dans la nouvelle langue littéraire de la Grèce. 

8. Autre permutation de X et de p. — a. Jusqu'à présent nous 
avons vu la permutation remonter du son qui suit au son qui 
précède, de <p à X, qui change sous l'influence et dans le voi- 
sinage du son qui suit. Donc, c'est là ce qu'on peut appeler un 
phénomène de permutation régressive. — b. Mais il existe 
aussi une permutation progressive, c.-à-d. que, dans quelques 
dialectes, tout au moins en Galabre (Otrante) et en Tzakonie, 
X devient p, non seulement sous l'influence et dans le voisinage 
des sons qui suivent, mais aussi de certains sons qui précèdent; 
on dira p. e. Xpw&ly (x,\ùû</1$) , npéaio (irXé<x*os), en Ga- 
labre; ypêaa (yXw<r<ra), xpéÇu (xX^tw), irpoow* (irXdur- 
cto)), en Tzakonie. — c. La raison m'en est inconnue. Il fau- 
drait auparavant examiner les véritables caractères de X et 
de p et des sons qui les précèdent, dans ces deux régions. Je 
crois qu'ici également le changement est dû à Yisodromie de p. 
(V. pour les détails du changement, Morosi, Otr.,p. 110, col. 2, 
N. 9 (à Bova, rien de tel n'existe, v. Morosi, Bova, p. 97), 
Deffner, Zak. Gram. 9 ioA-io5.) 



[47] ESSAI DE GRAMMAIRE HISTORIQUE. 335 



8. AXktf <7vt>aXXa£fà tov Xxai tov p. — a. fos -vépci 
uSafie ttws y 0waXXa£<à yiv&rau àvsficuvovTCLs œno tov xolto- 
mvo (flbv irporepivo tov yyp y à™ 7 ° P ^ ^ > *5 àXXà£ei èneiSy 
x 9 # yeirowà t5 xaTomvë Hyp hm to (pépvei. \ombv dvcu 
avvakXoL^tà ttpos toœolvoô fj oœclvoô <jwaXXa£ià (rsdei va /ay 
inaveoSpofjty). — f3. 'titdpyju Ôp/os xcd xireo <TvvaXXa|ià 
(tfâei va isrj xaTcoSpopy). 2i pzpixks vTomoXcLhés, Srikaiïif, Sao 
Z&pHpz, <flvv KaÀàj3p*a [Ùrpàvro) xcd oryv TÇaxwvia, to 
Xyivercu p, <$# pdvo pk xaromvés, pÀ xcd pÀ xàu irpoTspi- 
vhs rfx&s, 7r8 y yeiTOvia ws tylpvzi t^v iXkayrf- 6à <xS irëve , 
X. £., xpcoaly (xXcoctt^), irpécno (irXovaios), aflyv Ka- 
Xàëpia* ypovacL (yXw<x<xa), xpéÇov (xXi^Tw), irpà<x<xov 
(nXiacTù)), </lyv TÇaxcovia. — y. ô \6yos plë eïvau âyvœc/los. 
S&Trpeire vp5>TOL va ZeTau/lëve rà xclBol^to yvapicrpucLTCL tS 
X, tS p xcd tùûv irporepivco tw tgjv #x&we °^^ s T( fot*s àÇrés. 
6app&> vus xcu Sêo xpù)</1ëps rrjv àXkayv c/lyv hoSpopuà tS p 
(x. yi% rà xadéxcu/la Ttjs aXXayife, Morosi, Otr., <r no, </7X. 
2, ip. 2 — afli/v Mtt6Sol réront Sfo ë/ei, x. Morosi, Bova, <x. 
27 — Deffner, Zak. Gr. , io4-io5). 



336 JEAN PSIGHARI. [48] 

APPENDICE. 

Voici le petit spécimen annoncé p. 993; il s'agit du changement de 
l en d, dans le dialecte grec de Bova. 

To X ylvetai Siit\6 f . — a. Tvùûaflo itœs ë/ei avyyéveui 
6 rtyps X fik rov vx° * [Of- * TT - ÔXvrrevs — ÔSvggsvs, ïloXv- 
Sevxys = IIoXvXevxT/*). Ët<xi Xonrov finopeî xai ylverau afîriv 
Mnéfia (rrjs (i&rnfipivris IraXias) to X f , xdde Çopà ne fipi- 
axercu r6 X avâfiecra dlks rf^us a » u. — |3. To X àtyio 
ehai X èyxe(pa\(Ti)co, nasi va irij aitavdmiadlo xai to 
077jxei6we< Morosi fie d , SrjXaSrj f, X. £. fiddo, (pfàto = ptiXXo, 
poddi, iroff i = 7roXv , xtX. xtX. (x. Mor. B., 37, àp. i5o). — 
y. Ti &ttX6 to f ££v fntopeï dtXXo va (TVfuxivri vapà 7r&is e*rave 
o'ïis i3ie? Xi£es SmXo xai to X # X, p'dtXXa Xrfyia 7r5s to £1X0 
(xi #£* p/XXo) xai r6 7roXi (xi <5j(i 7roXX/), nporë yiveve Çftfo 
xa moVtly yevfixave irpura (p/XXo , jxaXifltfa p/XXo xai 7roXX/, 
7roXX/. — £. Ki aXrfÔeia fZXén&fie (flyv MvSfia (x. Mor. B., 

34, àp 176) 7T&JS Ss<pTSpùbvVVS (JLSpiX&S t})(&S, X. £. jXITTI 

= (xvti; àirirlSi = àiri$i, xtX. xtX. — e. Ma ivo8m\acna- 
(T[i6s irë àxéyeTcu crk êmeipes vjomoXahés fias (X. j£. fiaKKi, 
fiayaÇÇi, (nrp(ZKe$, vapytXXé, KaXvfivo- vnaai, Wàpo' 
/rtififiepi, ôpvviOa, T&émrri, nacrai pix à (SnrXérovo), 
ifxx&a, x8TT<rà, xaTT<x>/, éj(TTV7r>?<xa, xopirrcri, fiacr- 
(r1i%ri, ïïvpyi, \t6, xtX.), St6Xti Se fiacflàei àn6 tvv àp^pua 
tv Smko , n)(iây itapà tsoXv mdavc&repo àvà rov t6vo, x'^ei va 
fieXervOy àxéfia (/là yepà. 



NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE 



SDR 



LE PROTOPOPE MIHAIL STRÊLBICKIJ 



GRAVEUR ET IMPRIMEUR 



A IASSI, A MOGILEV DE PODOLIE ET A DUBOSSAR 



PAR 



EMILE PICOT 



MKMOIBKS ORIENTAUX. 



39 

iMPaïamiK watioialk. 



NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE 

SUR 

LE PROTOPOPE MIHAIL STRÊLBICKIJ 

GRAVEUR ET IMPRIMEUR 
À IASSI, À MOGILEV DE PODOLIE ET k DUBOSSAR 



La belle publication exécutée par MM. Bianu et Hodos aux 
frais de l'Académie roumaine nous permet d'étudiep les produc- 
tions typographiques des pays roumains jusqu'à Tannée 1 7 1 6 (l > ; 
en attendant que les savants bibliographes de Bucarest com- 
plètent leur œuvre et la conduisent au moins jusqu'au com- 

• 

mencement du xix e siècle, nous nous proposons de faire 
connaître un modeste pope, Polonais d'origine, qui eut pour la 
typographie une passion comparable à celle qui animait un 
siècle plus tôt le métropolitain Anthime, dont nous avons jadis 
décrit les productions M. Nous voulons parler de Mihail Strèl- 
bickij. 

Mihail appartenait à une famille de graveurs polonais dont 
le véritable nom était Strzelbicki. Jan, dont on possède un 
certain nombre de planches sur cuivre, travaillait en 1695 
à Kijev, en 1706, 1707 et 1709 à Cernigoyt 3 ). Theodor 

(1) Bibliografia românêscà veehe, 1 5o8-i 83 0. Tomul 1 , 1 5 08- 1716 (Bucurescï , 
J.-V. Socec, 1903, in-fol.). 

O Notice biographique et bibliographique sur Vimprimeur Anthime d'ivir, métro- 
politain de Valachie, dans les Nouveaux Mélanges orientaux, 1 886 , gr. in- 8% p. 5 1 3- 
56o. 

(3) D.-A. RovmsKu a consacre un article à Jan, ou Ivan, Strzelbicki dans le 

39 . 



340 EMILE PICOT. [h) 

Strzelbicki, probablement petit-fils de Jan, a gravé sur cuivre 
et sur bois. Les pièces que Ton connaît de lui ont été exécutées 
au monastère de Poéajev (Poczaiéw). Une de ces pièces, qui 
représente l'image de la Vierge miraculeuse du Monastère, 
porte la date de 1773 M. Une autre pièce, un saint Jean, est 
dei8oa( 2 ). 

Mihail était-il frère ou cousin de Theodor? Nous l'ignorons. 
Ce que nous savons, c'est qu'il ne se considérait plus comme 
Polonais, mais comme Russe; qu'il appartenait à l'Eglise grecque 
orientale et que, renonçant à la forme Strzelbicki, il n'écrivait 
plus son nom que Strêlbickij, Strêlbêckij ou Strilbickij. 

La plus ancienne mention de notre personnage qui -no us soit 
connue est une inscription qui se lit sur la reliure d'un ma- 
nuscrit appartenant à l'Académie roumaine. Ce volume, qui 
contient une traduction de Ylthika jeropolitika^\ porte, sur le 
premier plat, en lettres dorées, les mots : 

lePeH : A\HX/iHA2 : GTPHAEHIJKIH : 176/1. 

Mihail n'a été que le possesseur du manuscrit; la copie, 

HoApoÔubiH donapb pyccsH.Vb rpaeepOBb xvi-xix bb., II (CaHRToeTeptiypri», 1895, 
gr. in-8*), col. 979-975 ; il déêtit 38 pièces signées de l'artiste. Les n" 7 et 8 sont 
dates de la Peèerska Lavra de Kijev, 1695; le n° 3 (une planche exécutée pour 
YAljaeit de l'archevêque Joan Maksimoviô imprimé à Cernigov en 1705) porte : 
Joannes Strzelbicki sculp.; le n* 1 (une image religieuse) porte : in coUegio Çzerni- 
hoviensi scuipsit Joannes Strzelbicki , anno îyoy.LelJapcKifi IJyrb Kpecra rocn<Mtui, 
imprimé à Cernigov en 1709, in-4° (Kaiwtajev, Poamcb, n° 1807), contient 
1 9 figures signées des initiales de l'artiste. • 

(1) H30Epdtt€N΀ HtfAOTKOpNUA iKWNkl IIpCCTkU A^« Eljkl IIOMdCKCKÏÀ 
BtHMdHHkIA PdttJ MtàfrO . . . T.SttlbickiScuL D.-A. Rovinskij , /oc. ctf. , col. 976. 

(>) Gravure sur bois accompagnée des initiales et de la date. T. S., 1803. 

(3) L'édition originale de TH^MKa icponoAHTHKd , imprimée à la Peèerska Lavra, 
à Kijev, en 1719, est citée par Kahatàjev (XpoHOJorHHecKaH Pocimcb ciaBHucKiixi» 
KHHn uaneqaTaHbix'b kbphjjobckhmh 6yKBaMH, 1/191-1730, CaHrrneTeptfyprb , 
1861, in-8°), n" i337- Des réimpressions parurent à Saiut-Pétersbourg en 1718 
et 172 k (ibid., n°* îûio et i5oo). 



[5] NOTICE SUR MIHAIL STRÊLBICKU. 341 

comme la traduction elle-même doit être l'œuvre de l'archi- 
mandrite Vartolomeiû Màzàreanul W. 

Nous ne savons rien de Strêlbickij pendant les années qui 
suivent. Il est probable qu'il remplit ses fonctions sacerdotales 
à lassi et qu'il s'occupa en même temps d'impression et de gra- 
vure. A la date du 2 5 juillet 178a, son nom reparaît à la fin 
d'un acte de vente authentiqué par le métropolitain de Mol- 
davie, Gavriil Gallimachi. Cette fois il signe : 

IIp0TOI€p€M MhXdMAd €f d'pxtf CD MHTporiOAÏC (2) . 

L'atelier typographique de lassi, après avoir été assez actif, 
semble avoir été fermé à la mort de Grégoire Ghica (oc- 
tobre 1777). Le règne agité de Constantin Moruzi ne pouvait 

{1) On lit, au verso du 1" feuillet, ce titre que nous reproduisons, comme 
M. Bianu, en caractères latins : 

cintra slava sfîntel ceï de fiinfâ, de viiajâ fecâtoaré si nedespàrÇiteï Troty, 
Tataluï , si a FiluluI si a Sfîntuluï Duhù : în zilile preluminatulul de Hristos ïubi- 
torlulul Domnulul nostru Ioannû Voevoda, fiindù mitropolitû |àràï Preosfin^ie 
Sa Kyriu Kyr Gavriilû, si Episcopû Rftdâu^ulul Preosiio^ie Sa Kyriu Kyr Dosithel, 
dupa multa duhovniciascâ oserdila ci dorinfâ a cuviosulul Kyr Léon il, proto- 
seggelû Mitropoliel, scris-amù si amû tàlmàcitù aciastâ carte Itbica Ieropolitica. 
— Anulû de la Hrisftosû 1 766.^ 

A la fiu, le copiste dit encore : «rTuturorû cul s'a intëmpla sa citlascâ pe aciastâ 
carte [sic], eu toatâ smirenila si eu toatà umilin^a me ma rogù, aflàndû gresalë in 
cuvinte saù orl in ce, eu duhulû blânde^ilorû se îndrepta{I , iarà pe mine pàcà- 
tosul sa ma erta^I, fiindù ce de odatà am p tâlmàcit-o $i scris-o, si poate or fi si 
gresale.» Voir Biblioteca Aeademieï romane, Catalogul maniucriptetor romàne&d 
intoemit deloan Bianu, I (1 897-1 goA), n° 67, p. 1 55- 157. 

M. Bianu attribue la traduction à l'archimandrite Vartolomeiû Màzàreanul , et 
en effet celui-ci nous a laisse une liste des ouvrages traduits par lui depuis son 
retour de Russie jusqu'au mois de janvier 1773, et Ylthikajeropolitika y est men- 
tionnée. Voir V.-A. Urbchia, Archimandritulû Vartolomet Mâzàreanulû, dans les 
Analele Aeademieï romane, ser. II, tom. X (1889), Memoriile Secfwneï Utorice, 
p. 36. s 

(,) Constantin Erbiceamj, htoria mitropoliel Moldavie* fi Suceveï, 1888, in-fol., 
p. 3o8. (La signature est reproduite en lettres latines.) 



342 EMILE PICOT. [6] 

guère favoriser le développement des arts pacifiques; mais ce 
prince fut déposé au mois de juin 1782, et sm successeur, 
Alexandre Mavrocordato, tout' dévoué à la Russie, permit à 
Michel Strêlbickij de rouvrir l'imprimerie. Notre protopope fit 
paraître en 178/1, peut-être même en 1783, un Psautier y 
bientôt suivi d'autres productions. Il gravait lui-même les 
planches qui ornaient les volumes sortis de sa presse , et nous 
sommes fort tentés de croire qu'il gravait également les carac- 
tères et les fleurons. Son principal collaborateur était son fils 
Policarp, dont le nom est parfois associé à celui de MihaïlW. 

L'imprimerie , qui avait recommencé à fonctionner pendant 
le règne d'Alexandre I er Mavrocordato, subsista pendant celui 
de son cousin, Alexandre II Mavrocordato, qui lui succéda 
le 1 a janvier 1 786; mais, avant mêr^e que celui-ci eût pris le 
parti de se réfugier en Russie, Strêlbickij jugea qu'il n'était 
pas en sûreté à Iassi, et transporta sa presse à Mogilev, crsur 
les confins de la Moldavie et de la Russie r>W; il y termina, le 
98 juin 1786, l'impression d'un Psautier. 

L'existence du protopope devait être alors des plus pré- 
caires. Sa passion pour la typographie ne pouvait que l'en- 
traîner à des dépenses, elle ne pouvait le faire vivre. Il se vit 
contraint d'abandonner son modeste atelier et passa, comme 
interprète et comme agent d'information, au service du feld- 
maréchal Petr Aleksandrovic , comte Rumjancov, qui comman- 
dait les forces russes dans l'Ukraine au moment où la guerre 

(1) Voir la Bibliographie, n° 8. 

(t) Le Mogilev dont il s'agit ici est situé sur le Dniestr; c'est un chef-lieu de 
cercle du gouvernement de PodoKe. Il ne doit pas être confondu avec le Mogilev 
qui est situé sur le Dniepr et qui est le siège d'un gouvernement Cette dernière 
localité possédait l'imprimerie depuis le xvii* siècle. Karatajev (Omicaiiie, i883, 
n° 237) cite un Sluiebnik qui y fut imprimé en 1616 et (n° 369) un EvangeUje 
ucitelnoje de Tannée 1619. — La forme polonaise qui correspond à Mogilev est 
Mohilew; la forme roumaine est MovilSù. 



[7] NOTICE SUR MIHAIL STRÊLBICKIJ. 343 

éclata entre la Russie et les Turcs. A la vérité, malgré son long 
séjour en Moldavie, Strêlbickij n'écrivait le roumain que d'une 
manière tout à fait incorrecte; mais il était plein de zèle pour le 
service du général en chef, au point que les Moldaves virent en 
lui un espion. L'hetman, qui était probablement un Phanariote, 
craignit de se voir compromis, il le vit d'un mauvais œil, et 
le menaça de le traiter «non en prêtre, mais en Turc*. Le 
pauvre protopope fut obligé de se cacher; mais il n'en travailla 
pas avec moins d'ardeur à recueillir des renseignements au 
profit des Russes. Nous avons sur ce point de curieux détails 
dans une lettre adressée par Strêlbickij au métropolitain de 
Moldavie, en date de Knêzoje, le ao novembre 1 787 W. C'est un 
document des plus intéressants, qui nous fait connaître l'état 
des esprits en Moldavie, au moment où la guerre recommen- 
çait entre la Russie et la Porte. Toutes les sympathies du 
clergé , des boïars et du peuple sont acquises aux troupes du tsar, 
dont on espère la délivrance; les Turcs ne sont soutenus que 
par quelques Phanariotes. 

Voici le texte original et la traduction de cette pièce dont 
la fin a été en partie détruite : 

IIp€iuc<t>MijMT€ ujm Md'pc CTunuie Très saint et grand maître, mé- 

MHTponoAMT a al Moaa6b6M, mm- tropolitain de Moldavie, mon gra- 

AÔCTHKitaL M€$ CTinim». cieux maître. 

IL\€K'LMK)N'fc ai* m* cipdKi» ujm J'apporte devant Votre Sainteté 

Smhamtl 5 <ÎA$Kk ^NdMNT* IIpcio- ma pauvre et humble révérence, 

c<t>NyïH t<îa€, ujm Ali pori Kd a» et vous supplie de me pardonner 

dto ipTLMK)H€ Kl <t>ipT> A€ K€CT€ si je suis parti de ma maison sans 

M4Mk AÔc A€ Ad Kd'cd Ali. AVLKap avertissement. Comme bien des 

(1) Une lettre de Rumjancov au métropolitain de Moldavie, Léon Gheuca, lettre 
datée de Parofiefka, le ta novembre 1787, porte la mention * traduite du russe* 
(Cd3 T<fcAAVmim \iwb M€AL ptfC€CK$); le traducteur est certainement Strêlbickij. 
Voir V.-A. Urechia, Documente dintre ij 6g- 1800 (Ânalele Academieï romane, 
ser. II, tom. X, Memoriile Secfiuneî i&torice, p. i3). 



\ 



•Wi 



EMILE PICOT. 



[»1 



Kl J^N A\£aT€ piNAfyH dM Tp€M>J- 
p4Tk \Ù Tp£fltf A WH Ktf HNHMd ACCnpC 
N€l|l€ CAftltHTOp .4M XdTANdNtf Atf H , 
Kd'pe Cdtf Al^Tk Kl Ml Kd ÎKtfKd 
NÏ nOn€l|l€ MM T^pM€l|J€, OCCEMTk \t 

2m€CT€ [sic], ne o cdém 2 m* o £nkh- 

C€C€ AH n€ SaHIJI Kd Cl Ml Cn#€ 
5HA€ CANT, UJH n€NTp^ dM1i€d l|IMp€ 
tà IJdMk AdT, Kd, ^Tp€B^HA^T€, 
Cl tà Ml 14JIM 5HA€ CINT, UJH NHM€ 

Jji npeirëc cl rô noijH ^HTpà Aecnpe 

HHNCKd. /iMd'CTl KdpTC A€ Ad <t>€AA~ 
MdpilJdA^A AH n€ pÔCÏ6 dM TlAMl- 
MHTO n€ MOAAOKCNÏC UJH Cd'tf n€M€- 
TAtfHT A€ rpd<t»?A PtfM. , Kd Cl N^ Cl 
nopTC [*tf] ne Ad TlAMlMHTOpiH 
M€M M€ N)i ClNTk Ad W 8nh'p* [sic] 
^ A&tptyHAe M€A6 A€ TdHNl. M&VNdM 
M€TMNA^U; Cl np^ COKOTHIJH Kl ROp- 
E€A€ €H CINT <()dpT€ [sic] HdAT€, 

ki A&ni crôpTdped ah'meIh moaao- 

B€N€l|IM NI? nOdTC Cl dl)IONri Ad 
jlNlAIJHM'fi CM. A<*P ne KlTk dMtf 
[sic] <|>o'CT n^T€pt l|JÏHNl)iH dM 
TIAMIMHTO. HpeOC(|>HNl)ïe Td, Kd 
$Nk dpXHniCTOpiO UJH piKNHTOpiO 
EÂNk fKMTptf npdKOCAdKNHHlH AHN 

ndTpïe [*/c] npeoc<|>Ni)iH TdAe, ko- 

AHNAk K& HNHMd fl€MTptf JjlNTpHCTd'pi» 
THKlAOCtfAtfH NOpOAk WH dAc'd tUpH 
KltfTlNA Ad rtCnHNtyHAe AOp, BMN€ 

an koh Kd ci de AecKonepn Ad avSaijm 

TdHNd dMdCTO dCKâNCl : A<»pi dpd /f n 
[sic] N&YNdH M€AOp M€ CINT Ad W 

ftinp* [sic] ujh Ad tu KpeAHNyï rà 

KMCepMKd piCipHT)?A)?H , Kd' Cl C€ 
E$Ktfp€ UJH Kd' Cl C6 SaU1A€ \<E NiAe'ft- 



fois j'ai tremblé de tout mon corps 
et de toute mon âme devant cer- 
tains agents de i'hetman, lequel 
s'est vanté qu'il me ferait danser, 
non pas comme un prêtre, mais 
comme un Turc; comme, outre 
cela, [Thetman] a fait arrêter dans 
la rue un serviteur k moi, pour 
qu'il lui dit où j'étais; pour cette 
raison, je n'ai pas voulu vous 
donner de mes nouvelles, afin que 

si Ton vous interrogeait, vous ne 
sussiez pas où j'étais, et que vous 
ne pussiez même pas être soup- 
çonné par quelqu'un. Cettre lettre 
du feld-maréchal , je l'ai traduite 
en moldave, et elle a été scellée 
par le comte RumQancov], a6n 
qu'elle ne fût pas remise aux tra- 
ducteurs qui ne sont pas au cou- 
rant des choses secrètes. En la 
lisant, il faudra seulement prendre 
garde que les termes en sont très 
élevés et que, par suite dé l'in- 
suffisance de la langue moldave, 
on ne peut arriver à leur hauteur. 
Je l'ai traduite ainsi que l'ont 
permis mes connaissances. Votre 
Sainteté, comme un pasteur et un 
zélateur bon pour les orthodoxes 
de la patrie de Votre Sainteté, 
souffrant au fond du cœur de l'af- 
fliction du misérable peuple et prê- 
tant souvent l'oreille à ses plaintes, 
voudra bieu communiquer à beau- 
coup ces confidences secrètes; mais 
faites-en part seulement à ceux 



NOTICE SUR MIHAIL STRÊLBICKIJ. 



345 



A6, KjIiMH TOdT€ fltfTCpHAC dpMÎCH 
Cd'tf nopNHT JJLTpdMdCTL AON* d Atffi 

HocAicpïc : N€KL>^riNA nhmh ^rpn- 

^MNA^Cb A€ l)CptyHA€ UJH ÔMVnJpHAC 
M€A€ H€KOHT€HHT€, Cl CHACClté MdH 

jfr rpdEi Kd cl CKOTk [sic] amn rpii- 

KHAC [fM?] n€ THKdAOdCd MOAAOKd. 



AVLKdpi kl ctf ujh <t>ip ac cnéato d 
np€ivc<t>iiyïM Td'A€ cdtf d eocpHAop 
givpiiî , dMk qJï^TL MdM ehhc mc ci 

rpiCClté, K$Mk ncHTptf np€iVC(|>Ni|΀ 
Td UJH fl€HTptf EOCpiH MOAAOKCH, 

dWH^Acp'b ujh ncHTptf NcrâyiiTopiH, 

dUJd MH fl€HTptf OfCnHHtf Ak HOpOA^A^H 
MCA^H jjlCCpMHHdT UJH £€ TOT npi>- 
AdTk UMf CipikMHTk, nCHTptf KCHHp* 
M€AO|lk CTp€HHH, Kd'pC AHN M€H MdH 
AldpH nd'lUH, dH&At€ tà nop€KA€A€ 
AOp UJH Ktf KhTh COA\*L CdS dUJ€3dVk 
A€ dAOKfyH UJH KbTh 3dXdpd UJH 
<J>iHk, Cd5 UJH 5p3k, TOdT€ dH&M€ 
UJH Ad M€ AOKk TOdT€ A*M dpVTdTk. 

w 

/IlUHftACp'fi UJH IIp€lUC(t>NI|f€ Td K& 
M€H M€ ClHTClJk Ad Sh riNAtf, Cb 
dpiTd'ljH TOdT€ ^ CKpHCk M€ Cd'tf AldH 
J^HOHTk A€ Ad ÛfKTOKpïC £ 1 1\ UJH 

n£»rh dKA\â. IDh dicVrc [mc] apLTLH- 

Atf, UJH dAT€A€ Kdp€A€ AC KCIJH l|JH, 
Cl ^IjJÏMMlJd'yk n€ rCHipd'AtfAk dH- 

uiétyvh 6AAinTd (1) : Kl rcucpdAtf a d$ 



qui sont dans l'union et partagent 
la foi de l'Eglise d'Orient, afin 
qu'ils se réjouissent et soient rem- 
plis d espérance, car toutes les 
forces de l'armée se sont mises 
en mouvement pendant ce mois de 
novembre. Ne pensant ni ne re- 
gardant aux gelées et aux neiges 
continuelles, elles se hâtent tant 
qu'elles peuvent pour tirer de peine 
la misérable Moldavie. 

Bien que je n'entende pas ce que 
dit Votre Sainteté ni ce que disent 
les boïars du pays, je n'en ai su 
que mieux parler au sujet de Votre 
Sainteté et des boïars moldaves, 
comme aussi des marchands et des 
plaintes du peuple accablé, com- 
plètement dépouillé et appauvri. 
Au sujet de la venue des étrangers, 
j'ai indiqué quels sont ceux qui 
figurent parmi les grands pachas, 
avec leurs noms, en quel nombre 
ils se sont établis en certains points , 
combien ils ont de vivres, de foin 
et d'orge, le tout en détail et en 
quels endroits. 

Que de même Votre Sainteté et 
ceux qui sont dans les mêmes sen- 
timents indiquent par écrit tout ce 
qui s'est passé depuis le 1 4 octobre 
jusqu'à présent. Et notant cela et 
les autres choses que vous saurez , 
avertissez-en le général en chef 

d'Elmpt^, car le général a placé 



(l) I^e baron, plus tard comte, Johann von Elmt, ou Ivan Karpovié Elmpt, né 
à Clèves en 1738, appartenait à une ancienne famille allemande. Il servit d'abord 



346 EMILE PICOT. [ÎO] 

SpftNTtfHTk Ad MdAtfAL HncTptfAtfH sur les bords du Dniestr un fonc- 

om ^nipiTCCK^ Kdpc Kd difjenTd tionnaire impérial qui attendra 

picnâNOtak; aàwdM c^ipi 3ï>Ed'KT> , Kl votre réponse. Surtout pas de re- 

wijjmac ciMT ne mac. IDm Kd' cl c€ tard , car les armées sont en marche, 

ifjic K/fcTï» octc [sic] ci Kop op*LNAtfM Et que l'on sache combien de sol- 

ujm Ad M€ ao'k>J, Sha€ ciNTk T$pnM dats seront en ligne et en quel 

A\dM m&ai)m, ujm 8na€ ciNTk Mdii endroit; où les Turcs sont le plus 

mfyHNH, Kd cl C€ nodTi COKOTM coAtd nombreux et où ils sont le moins 

Ktf ntfT*p'fi ôijjMpiM, kl Kop ôaatl nombreux, afin qu'on puisse éva- 

nc TOdTC nipi)HA€ cl KtfnpMJNjAi tuer le nombre des troupes, car 

ujm cl CAiedOCb TOdT elles voudront tout à coup envahir 

de tous côtés et affaiblir toute. . . . 

AVLXNMpti iftoAAOBCH l'affliction de la Moldavie 

nipHNTC dAk Moaaokch père de la Moldavie 

Ktf TOdTL ijd'pd iHoAA. . . i avec tout le pays de Moldavie .... 

ujm a* k£ti> ecijm Tp et chaque fois que vous 

ujm i& anSatl 3isdttb et avec un long retard 

MMTcpe Ad AMAtfAk envoyer sur la rive 

M6 €CTC opàkNA^MTk qui est établi 

KiNAi? koa\ TpMA\^T€ quand nous enverrons 

dHUJ€<t>Tk rcNcpdAk général en chef 

Ad dM€rrt reNcpdAk à ce général 

[ALoaaoJecnïc ne p$cï€ ujm Jji [de moldajve en russe et 

rpd(f»^Ak PtiMiziNijOK (1) le comte Rumjancov W ..... 

€ctc jji MdAO Poccï€ est dans la Petite Russie 

A. Poccteï, A^pi» •* de la Russie, mais en 

Kïcttb, Kd ciiî rvri>CKT> Kijev, pour qu'ils les préparent . . 

en France, puis il passa en Russie, avec le grade de capitaine (1769). Colonel en 
1755, brigadier en 1758, major général en 1763, puis quartier-maître général 
et chevalier de Sainte-Anne (1763), il obtint le grade de général en chef en 1780. 
H fut fait général de l'infanterie en 1796, enfin feld-maréchal général le 5/i 6 avril 
1797. 11 mourut en 180a. Voir Bantts-Kambnsku , CioBapi» AocTonaMATHux-b jK^eë, 
IH(i84 7 ,in-8 ), p. 556-55 9 . 

(1) Petr Àleksandrovié comte Rumjancov, né en 1795, s'était illustré dans la 
guerre de 1768, qui lui avait valu le bâton de feld-maréchal et le surnom de 
Zadunajskij. Il était alors chargé du commandement supérieur de l'Ukraine. Il 
mourut à Tasan (gouvernement de Kijev), le 8/19 décembre 1796. 



[11] NOTICE SUR MIHAIL STRÊLBICKIJ. 347 

<\VLK<ip ki ac ui^i pi^MÀN bien qu'ils restent 

. . . ùcl noAKtyHAC A\an ^ les régiments les plus 

noAKfyH rp€H€i|J€ cl régiments en grec 

nhmhn* h* cl rwéi|je personne ne se trouve 

ciNTk opLHA^MT aHMC K suis établi ici [avec] \ 

n€NTptf TLA/WLHMTtf pour traduire 

konkcnh uih ïtf i& a me rencontrer aussi avec 

KLTpi toijm , uim. . * envers tous et 

npoTOÏ€p[€M MMXaHAk GTp*A- Le protopope [Mm kil Strêlbicuj]. 

EMI^KIm] 

i 7 8 7 1787 

Hocaik. 20. 20 novembre. 

Amm Knrikoc. De Knézoje. 

ZlMCCTd M€ Kd \â piKdurtAk Kd Celui qui vous remettra cet écrit 

cti$N€ Aomtak ne 8ha€ MipnJ KipijMAC vous dira en quel endroit les lettres 

neerc Hucrp* ; KiM aok* €CT€ <|>opT€ passent le Dniestr, car l'endroit est 

[sic] nptfNTOCk, mit A€ binai mm- très sablonneux; et ne craignez 

AWKk cl ni TCAicijk, klm MCiofcMT rien de lui, car il est aussi intelli- 

uim Ad aamntc ujm Ad Saaeactc. gent qu a droit. 

Nous ne connaissons pas la lettre de Rumjancov, dont les 
termes étaient si élevés; mais nous pouvons facilement ima- 
giner ce qu elle était. Le général en chef promettait beaucoup , 
mais restait immobile. Sa tactique consistait à se tenir sur la 
défensive et à laisser les Turcs s'épuiser d'eux-mêmes. Ces len- 
teurs ne (levaient pas manquer de décourager les Moldaves et 
rendaient fort difficile la situation de ceux qui s'étaient com- 
promis pour la Russie. Le 20 février 1788, Eimt écrivit une 
nouvelle lettre au métropolitain Léon pour réchauffer son zèle 
et lui recommander d'envoyer .tous les renseignements possibles 
à Strêlbickij. Celui-ci, qui était alors à BraclawW avec son chef, 
joignit à la dépêche officielle une lettre privée dans laquelle il 

<■> En Podolie. 



348 



EMILE PICOT. 



[12] 



indiquait avec plus de précision les informations demandées 
par Elmt , puis il ajoutait : 



\ ~ * 



goeCKtf Kd CL IJIHIjH UJH dMUCTd, 
Kl K£pijMA€ H€ KM HT» Ad r€N€pdAtfA 
BdpONk , JfiXÂTh A€ TpHA\MT€ Ad N- 
AMZlNIjOrtAk UJH PtiMIdNIjOrtAk lilH 
A\dH Jfi rpdBl l& K^pi€piM A€ TpHMHT€ 

Kvrpe ^nipiT^cd, \t w ^ijjIhh- 

l|1>31>, lilH AC dKOAO KHNC OpM 46 
nOp^NKL dp <t>M. TCNepdAtfA dMCCTd 
€CT€ AlldH AlWipe nCCT€ TOdTï» dpA\Ï€ 
[sic] OV r KpdMN€H, UJH TOljM T€N€- 
pdAlM jlAk dCh^ATL np€ CAk, tapi 
n€CT€ A^NC^Ak €CT€ AMH Mdp€ rpd- 

<(>tfAi PtfMidNijortA , rapt n€CT€ Ptf- 

AMdNIjOrtAk €CT€ ^Ln'Lp'LTicd , IJJM 
JjlTp' d4*CTT» dpAÙ€ d 0\fKpdMH€M 
€d €CT€ nOAKOKNHlTL. Mpi A€ K€H 
dK* M€Kd d CKpiC Kd'pC Cdpk M»p* Kl 
N^îf l& KdA€ d CKp΀ KLTp€ 0Ep£3HA€ 

dM€CT€ [*î'c] Aupii, CKpÏ€IJM ne Adprô 

Ad A\MN€; KLHM UJH d4€A€ [sic] npHNk 
AMIffiAOMHp'fe A\€d A€ TOKAVLCKtf UJH CL 
TpHAVLTL UJH dM€AC [sic] Ad Il€TCp- 
B^pX. &€ljM i|JH UJH dM-tCTd Kh n€ 
A\MH€ AJld'tf ÔpiNA^HTk \t dMk KCNMTk 
Ad AtdAtfAk H€CTptf Atfh Ktf K^gH-Kd Kd 
3dMH n€NTpti CA&KBd A\€d, UIM dK&rô 

dijienTk picnâNrtAk ah n€ dM€CT€ 

KipijM. UlH K>J dH€CT€ p*LA\Al5 dAk 
TtiTtyOp A€ OEl|l€ CAân Kp€AHN- 
MOdCL UJH AMIffiAOHAHTOpiO BHN€A)tâ 
MOAAOB€H. 

I1pOTOI€p€M AVMXdHAk GTpHABHgKJH 
1 788. <(>€KpdA *2 1. 



Je veux que vous sachiez aussi 
que les lettres qui arrivent au gé- 
néral baron, il les envoie aussitôt 
à Rumjancov, et Rumjancov, avec 
une hâte plus grande encore et par 
courriers, les transmet à l'Impéra- 
trice pour la tenir au courant, et 
c'est de là que viennent les ordres, 
quels qu'ils soient. Ce général com- 
mande toute Tannée de l'Ukraine, 
et tous les généraux lui obéissent; 
mais au-dessus de lui il y a encore 
le comte Rumjancov, et au-dessus 

de Rumjancov est l'Impératrice. 
Dans cette armée de l'Ukraine, 

c'est elle qui est la commandante. 
Si vous aviez à Scrire quelque chose 
qui vous paraisse ne pas devoir 
être écrit à ces grands person- 
nages, écrivez-moi tout au long à 
moi; car ces [lettres] par mon in- 
termédiaire sont arrangées et en- 
voyées aussi à Pétersbourg. Vous 
saurez aussi qu'ils m'ont désigné 
pour venir au bord du Dniestr avec 
quelques Cosaques pour mon ser- 
vice, et maintenant j'attends la ré- 
ponse à ces lettres. Et, sur ce, je 
demeure le serviteur fidèle de tous 
en général et l'intermédiaire du 
bien de la Moldavie. 

I^e protopope Miiiail Strilbickij. 
ai février 1788. 



[13] NOTICE SUR MIHAIL STRÊLBICKIJ. 349 






Amh EpacAdKk mpnhuop. De la petite ville de Braclaw. 

Hipopiti M€A€ JjiH KO€CKk tôt A ma belle-fille, je souhaite tout 

ehncac ijjh CLHtTdT€. G8 oéntS clht>- bien et santé. Je suis bien portant, 
tocl jjiTptfNk AOKk Ktf <t>€ioptf Ak AAcS nu même endroit que mon fils Po- 
IloAHKdpn noAnop^MMKk (1) . licarp, le sous-lieutenant W. 

Tandis que les Russes montraient une hésitation désespé- 
rante, les Impériaux, devenus leurs alliés, entraient en Mol- 
davie et occupaient Iassi (8/19 avril 1788); mais ils évacuèrent 
bientôt la ville. Alexandre Ipsilanti feignit d'avoir été enlevé 
par eux et trouva un refuge en Autriche. Tandis que Nicolas 
Mavrogheni, qui régnait en Valachie, essayait de s'emparer de 
la principauté sœur, les Turcs donnèrent l'investiture à Em- 
manuel Roset (juin). 

Le nouveau prince essaya de décider ceux qui avaient fui , 
soit à l'étranger, soit dans l'intérieur du pays, à regagner les 
villes; il écrivit dans ce sens au métropolitain LéonW. On peut 
se demander si Mihail Strêlhickij ne profita pas de la cir- 
constance pour rentrer à Iassi. Tout en s'occupant de sa typo- 
graphie, il pouvait rendre plus de services aux Russes dans la 
capitale du pays qu'auprès d'une armée inactive. Peut-être 
aussi le protopope avait-il abandonné le métier d'informateur 
politique pour revenir à ses travaux antérieurs. Toujours est-il 
que l'on cite un volume imprimé par lui à Iassi à la date de 
1788; mais nous n'avons pas vu ce volume, et nous ne serons 
pas trop affirmatif. 

En 1789, la presse de Strèlbickij fonctionne régulièrement. 
Ce n'est plus dans l'atelier de la métropole qu'il imprime ses 
livres, c'est dans un atelier à lui appartenant; il a grand soin 
de nous le dire dans ses souscriptions. 

(l) V.-A. Urbchia, Documente dintre 1769-1 #00, p. 19-ao; hloria Romànilorù, 
Séria 1786-1800, tomul 111 , p. iâ8-iA(). 

{i) V.-A. Urechia, Documente, p. 110; Istoria, III, p. 17^. 



350 EMILE PICOT. [14] 

La typographie particulière de StrêLbickij se maintient régu- 
lièrement jusque dans le courant de Tannée 1796. Mihail reste 
associé avec le hiérodiacre Gherasim, et tous deux, aidés du 
moine Inochentie, comme correcteur, et de deux compositeurs, 
signent encore, à la date de 1 796 , un missel roumain (Biblio- 
graphie, n° 25). 

Ce gros volume frappe le métropolitain Iacov Stamati 
qui veut rouvrir l'imprimerie archiépiscopale. Strêlbickij et 
ses aides se transportent à la Métropole ; ils y font paraître le 
roman de Critil et Andronius (Bibliographie, n° 26); mais 
bientôt sans doute le protopope ne s'entend plus avec son chef 
suprême. 

D'après Melchisedec W, il aurait suivi sur le territoire russe 
l'archevêque Amvrosie quand celui-ci quitta la Moldavie pour 
rentrer à Poltava; mais on vient de voir que Mihail avait été 
installé à la Métropole de Iassi par le métropolitain Iacov Sta- 
mati. Les raisons qui le décidèrent à s'éloigner restent donc 
fort obscures. D'ailleurs le protopope laissa ses collaborateurs à 
Iassi W; il se retira dans la petite ville de Dubossar, où il fit 
paraître, dans le courant de la même année 179/1,. un Abécé- 

(1) Ckroniea Hufttor fi a a episcopieï de aseminea numire (Bucurescï, 1869, 
in-8°), II, p. 168. — Melchisedec rapporte que, d'après les registres de la Mé- 
tropole, Amvrosie, retournant en Russie, aurait pris avec lui la typographie 
archiépiscopale. 

(1) Le hiéromoine Gherasim et Pavel Petrov, assistés du hiéromoine Inochentie, 
comme correcteur, du diacre Théodore et de Ioan, comme Compositeurs , im- 
priment, en 1795 , à la Métropole de Iassi trois ouvrages traduits par Amfflochie, 
évéque de Hotin : la Gramatica theologhiciascà , d'après Platon, archevêque de 
Moscou; la De Obfte Gheografie, d'après une version italienne du texte français du 
P. Claude Buffier, et des Elementi Arithmetice; puis un Calendar, un Apostol et le 
Catalogul preofilor Moidovei du métropolitain Iacov Stamati, et un Molitoenic. Voir 
Revista pentru istorie, archéologie fi JUologie, V, p. 3qq-3q5; M. Phiuppidb, In- 
troducere în isloria limbeï fi literatureï rotnine, 1888, p. 9oâ-9o5; Noua Revistà 
romdnà, IV, p. 107. 



[15] NOTICE SUR MIHAIL STRÊLBICKIJ. 351 

daire slovène (Bukvar) destiné aux Roumains de la Moldavie, 
de la Valachie et de la Bessarabie [Bibliographie , n° 27) et un 
livre d'heures (n° 28). 

Strêlbickij ne paraît pas avoir résidé longtemps à Dubossar; 
il retourna dans le bourg de Mogilev, où il avait été précédem- 
ment. Ce fut là qu'il imprima, en 1796, le célèbre roman 
d'Alexandre {Bibliographie, n° 29). Le protopope n'avait plus 
auprès de lui son fils Policarp, qui, ainsi que nous l'avons vu 
ci-dessus, suivait la carrière militaire, mais il avait son gendre 
Simion Isoteski. Mihail et son gendre s'appliquaient dès lors 
particulièrement à la gravure sur bois W. Leurs ressources étaient 
peut-être insuffisantes pour éditer des livres. Du reste ils 
n'étaient pas toujours à Mogilev. Ils séjournaient parfois en 

Moldavie, à Husï et au monastère de Niamt ( 2 >. 

» » 

Le jour de l'Ascension de l'année 1800, Strêlbickij se trouvait 
à Niamt quand l'archimandrite Dosofteiû Galmuschi lui demanda 
et obtint de lui du matériel typographique. Le protopope fit 
don aux religieux d'une vieille presse en bois, d'un certain 
nombre d'outils et de caractères en plomb et en boisW. H se 
chargea en outre d'apprendre le métier à deux moines : Ignatie 
Shimonahul et Sofronie Rusu. 

Le premier livre imprimé à Niamt est, dit- on, de 1802; 
c'est une Histoire de la sainte icône du monastère W ; il fallut 
toutefois plusieurs années pour que l'atelier commençât à fonc- 
tionner régulièrement; ce ne fut qu'en 1 80 5 qu'il produisit des 
volumes importants. Les religieux augmentèrent leur matériel 

(1) Simion Isoteski avait notamment exécuté les bois qui décorent le grand 
Ceaslov imprimé à Iassi en 1795 après le départ de Strêlbickij. 

(S) M. G. lonescuem prunte ce renseignement à une lettre de Strêlbickij qui se 
lit dans l'histoire manuscrite du monastère de NiamJ par le P. Narcis Crefulescu. 

(2) Ces détails sont tirés *du mémorial du monastère. Voir l'article de -M. G. lo- 
nescu dans la Noua Revistà romand, 111, p. 110. 

(4) HCTÔpïd C<(>. HKOdN€ AMHk MLH'LCTMpt HtAUjl . 



352 EMILE PICOT. [16] 

et furent en mesure, à partir de 1808, de mettre au jour des 
ouvrages de formats divers. 

Strélbickij ne vit sans doute pas le développement complet de 
l'atelier qu'il avait fondé; il est probable qu'il mourut peu 
après i8o5; son nom resta inscrit dans le poménnikàe Niamt 
et on le lit sur un certain nombre de planches gravées sur bois 
qui ont servi à la décoration des livres pendant une grande 
partie du xix c siècle W. Il nous a semblé juste de tirer de l'oubli 
un modeste artiste qui, peu instruit lui-même, eut l'ambition 
de répandre l'instruction autour de lui, et qui fonda l'une des 
imprimeries roumaines auxquelles nous devons le plus de livres. 

Nous donnons ci-après une bibliographie, malheureusement 
fort incomplète, des ouvrages imprimés par Strélbickij. Tous 
ces ouvrages sont de la plus grande rareté et nous n'en avons 
trouvé aucun dans les grands dépôts de Paris et de Londres. 
Notre ami, M. Valtazar BogiSic, le savant codificateur des cou- 
tumes du Monténégro, nous a communiqué trois volumes 
d'après lesquels nous avons fait exécuter quatre clichés. Ces 
reproductions feront voir que les impressions de Strélbickij sont 
plus nettes et plus élégantes que la plupart des impressions 
roumaines du même temps, et donneront une idée des gra- 
vures exécutées par lui. Des notes prises par nous à Bucarest, 
d'obligeantes communications de M. Ion Bianu , bibliothécaire 
de l'Académie roumaine, et du P. Ivan Berezkov, de Njezin, 
enfin diverses mentions recueillies dans les revues scientifiques 
nous ont permis de donner au moins l'indication sommaire de 
'J9 ouvrages. 

(1} Un bois représentant le Sauveur qui est signé Mihail Strélbickij se re- 
trouve dans plusieurs volumes. ( Voir Noua Revistâ romand, III , p. 1 1 5.) La figure 
que nous reproduisons sous notre n° 8 est signée : Protoùrij Mihail. Sur d'autres 
bois, notamment sur une figure de saint Nicolas, le 'nom de Policarp est associé à 
celui de son père. (Noua Revistâ romand, III, p. 109 , 1 1 5.) 



[17] NOTICE SUR MIHA1L STRÈLBICkU. 353 



BIBLIOGRAPHIE. 



1. — Atelier de Iassi. 

1. ^dATHp-fc flpOpOKtfAtfH UJH ^nfcpdTk AdBHAk «|L I/IllJk.. 1786. 

In-4°[?]. 

Cette édition du Psautier est citée par M. G. Ionescu (Noua Revistd romand, IV, 
1901, p. 1 06*); nous ne l'avons pas vue. Il est probable que le texte est semblable 
à celui qui fut imprimé en 1786, 1790 et 1791. Voir ci-après, n°* 9, 18, 20. 

Une édition exécutée à Iassi, eu 1809, parles typographes Macarie, prêtre de 
la Sainte Métropole, et Pavel [Petrov] (rclopotariul», porte: ^dATMp'fc II npo- 
pomtotiM uih ^inipaTk A*bhm. Il Ktf Tponape ujh ité aaoahtkc Ad toutc 
Ka^îcM€AC. . . (Bibl. de T Académie romaine, A 777.) 

2. IlpiKM AÏOdpa , Kap€ KtifipHNAC M€A€ UrtuTC Td'HN€ EHC€pHM€l|JH , Ktf Kd'p€ 

cl ce AenpMHA-L npconm, A\dH dA€Ck a^xoknhmIh, ka cl tfjic JjiMencp-6 ujh 

rbK^pnjMpt TdHN€H K&ttk CL W <j>d'KL, UJH Cd'tf A\dH dAdOCk UJH Û^HnjdNÏd MIL 
A\HKl KÔAU UJH KAtT€Bd AAOAH<|>T€, Cnp€ <|>OAo'rtAk Kp€IJJHN€OtfAtfH NOpÔAk. Ktf 
BAarOCAOK€NÏA fip* U>C<t>HgHT>?A)tâ /WHTpOUOAHTk dAL AlOAACB€H KYpïO KvpL 
FdKpÏHAk KdAHAUfck, .^Tptf d G<|>HNIjiH GdA€ THnorpd<|>Ï€ jjl C<(>,Y>NTd 
AlHTponOAI€, * 3HA€A€ Atf A\H N d Ttf A tf H ACMNliAtiH NOCTptf /lA€- 
JdHAp^ /WdBpOBOpAdTk EE. .* *T<fcïd AOA\H΀ d A\tplM GdA€ £ 
dHIM A€ Ad /lAdA\b j*3CMk [7292] âpk A€ Ad Nd'lJICp* AS'M XC 
j^ratnA [«784]. ©KT. 24. Gdtf THUipHpk A€ flOUd AlHXdH GTptiA- 

B€gKÏH. In-4° de 68 ff., impr. en beaux caractères neufs. 

Petit (Iode qui comprend les sept sacrements de l'Église , etc. 

Nous reproduisons ce titre d'après la Noua Revistd romand (IV, 1901, p. 106'), 
où il est donné en caractères latins. La graphie n'est donc certainement pas tout 
à fait semblable à celle de l'original. 

Cette Pràvilioard avait déjà été imprimée à Bucarest en 1781, par Stonciul Po- 
povicï (voir Biserica ortodoxd romand, XVI, 1893, p. 91 5); mais il y a ici dfis 
choses nouvelles, en particulier un curieux bois, gravé par Michel lui-même, qui 
représente la cérémonie au cours de laquelle le mélro[>olitain Gavriil lui confère 
les fonctions d'économe (Noua Hcviétd romand, III, 1901, p. 108"). 

MéMOIBES OBIESTAIX. *3 



IMFBIMrtlE *ATIO*lLr. 



354 EMILE PICOT. [18] 

3. /ÏH^OAo'hONL. J£ Dluik, 1785. In-?. 
Edition citée par M. G. Ionescu (Noua Revistà romand, IV, 1901, p. io6 b ). 



« V 



à. A!lOAHTB€NHKk . . . J£ MUIk 178&. In-?. 

Livre de prières imprimé par Mihail Slrélbickij sous les auspices du métropoli- 
tain Gabriel, frère du prince Jean-Théodore Callimaahi. 
G. Ionbscc, Noua Revistà romand, IV, 1901, p. 106*. 

5. KYpÏ03HMKl II UlH .^CKipTl dp*hTdp€ M€ Il AOpk M€ K)E€CKk ÙHtfÙ 

•• •• •• 

Kp€ Il ANHM€ jkfftgiTipk AMNl II <j)L3IOrHOMIG il Tl>AAM>HHTl> || ^HUt 
AHMEa N€AU)dCK*h || £ M* ptfCaCKl, K§AU UJM || H€ AMMEd dMdCTl 
MOAAO II KCH-tCKL. || Gd^ TlAMfcHHTk UJM Ca'tf || TY01>pMTk .JVTY- 

norpd(J>ï€ Il m* noAMTïMdCKi>, À* no' || na MMxa'M ctpmaemijkïm II 

GKCdpX^AMHk MHTpOnOAlC II MlUtiAtiM. 1^85 : ÛlKTOMk : Il 16. 

In-8° de 2 feuillets et i36 paj;es. 

Démonstration curieuse et succincte à ceux qui aiment chercher de sérieux enseigne- 
ments dans la physionomie; traduite de la langue allemande en russe et dans cette 
langue moldave. 

Ce singulier traité , dont il est difficile d'indiquer l'original allemand , se divise 
en quarante-deux chapitres. M. M. Gaster en a reproduit quelques passages dans 
sa Literatura popularâ romand, i883, p. 53i-f>3a. et dans sa Chrestomatie ro- 
mdnà, 1891, II, p. i44-i46. 

Bibl. de l'Académie roumaine. 

6. /lA<t>4BMTa ni c^(J> A€ r-tcKi . . . .flL Muik jfratn€ [«785]. In-8° 
d'environ 3 5 9 feuillets chiffrés. 

Alphabet spirituel, traduit de l'Aj^aBHT-b AyxoBHwâ composé par saint Démètre, 
métropolitain de Rostov. L'original avait paru pour la première fois à Kijev en 1 7 1 
et avait été réimprimé en 1713, 1717 et 1719 (Karatajbv, XpoHOjorHHccuui 
Pocnncb, 1861, n°' i3i9, i3o3, 1396, î&ao). 

Bibl. centrale de Bucarest (exemplaire incomplet du commencement et de la 
fin). 

M. M. Gaster a reproduit quelques passages de ce volume dans sa Chrestomatie 
romand, 1891, II, p. 1/16-1^9. 

7. KaACMAa'pn. . . Jfc Mwk, 1785. In-8°. 

M. G. Ionescu, qui cite ce (Àdendrier(Noua Revistà romand , IV, 1901, p. io6 b ), 



[19] • NOTICE SUR MIHAIL STRÈLB1CKIJ. 355 

pense que ce doit être la reproduction du Calendrier pour 1 1 a ans qui avait paru 
pour la première fois à Brasov en 1733 (voir un extrait de cette édition dans la 
Chrestomatie romdnà de M. Gaster, II, p. 96-97). 

8. ©KTOMXOCk II UACKb II ©CMOrAd'CNMKk II AK&Vtl ^TpaM€CTaUJk KMHk 
TYnipHTk II Kti EÀ>OCA0K€NÏA IIp€ W C<t>NLjMT>w\>>H AlMTponOAMTk II /lAk AtOA- 

Ad'gï€H. Il KYpitf Kvpk A€ùJHk II .JVTptf dC<)>NijïHcaA€ TYnorpd'<|>ï€ * 
c 4> ti t a II A\MTponoAi€ ^ mujk. Il .flL 3MA€A€ As'ANMHdT^A^M ujh np* 

JjlNLAliaT^A^H II AOMNtfAtfM NOCTptf /lA€|4HAP>> Il UÙdNk A\dKpOKU>pAdTk 
MO€KOAk II .flLTptf J|lT<ftA À°MNÏ€ dAVLpÏMCdA€. || Ad dNÏH A€Ad dAdAAk 

y 

j*3cma. Il Mpi A€Ad Nd'iucp* Atfii xe : MrAfïiE [1 786]. Gdtf TYni- 

pMTk A€ HOnd MHXdK) CTpMABtgKÏM || I KO NOAM; AHNk AftHTpOflOAÏA 

V 

MwtfAtfM. Il IDh A€ <)>ïK)Ak citf IIoAHKd'pnk. In-4° de 3 feuillets lim. 
et ? feuillets chiffr. , titre encadré. 

Okloih, publié sous les auspices du métropolitain Léon et imprimé par Mihail 
Strilbickij et par son fils Policarp. 

Le 9' feuillet contient, au verso, un bois qui représente saint Jean Damascène. 
Ce bois est signé de Mihail Strêlbickij. 

Bibl. de l'Académie roumaine , A 785 ( exemplaire , incomplet à la fin , qui compte 
96 feuillets). 



II. — Atelier de Mogilev de Podolie. 

9. ^dATHp* npopo'ltfAtfH UJH ^nipdTk AdKHAk . . . Cd'tf THflLpMTL 
A€. . . AlHXdHAk GTptiAB'bljKiM jlTptf .jvCtfWk d Cd TY(10rpd(()Ï€ 
•ft T/^pr^Ak AAOKHAi^A^ii Kd'p€ ACTE .^Tp€ XOTd'pfe'Ak PtfCICM UIH 
dAk A\OAAOKÏ€M jl dH^Ak A€ Ad XC. 1 786 £ AÔNd K)NÏ€ 28. 

In-4°. 

Cette édition du Psautier, qui est probablement conforme à celle de 17 84 
(n° 1), est dédiée à l'impératrice et à la famille impériale de Russie, comme le 
n° 18. Il doit y en avoir un exemplaire dans la bibliothèque Urechie, à Gala^I. 

V.-A. Urechia (Istoria Românilorû, tomul 1, 1786-1793, p. 53g) reproduit les 
dernières lignes du titre, mais ne nous dit pas quelle qualité prend l'imprimeur. 



S 



i 



356 EMILE PICOT. |20| 

III. — Atblier de Iassi. 

10. KdTdKdcirapio. .|l Muik. 1788. In-?. 

Noua Revistd romand, IV, 1901, p. io6\ 

M. G. Ionesco dit que le volume a été imprimé par le pope Mihail et le hiéro- 
diacre Gherasim. 

Il parut en quelques années plusieurs éditions du Catavasier. Ce recueil fut im- 
primé à Bucarest, en 1781, par Stanciu Popovicï (notre bibliothèque); à Runnic, 
en 178A , par Mihaï Popovicï (Iabcu, Bibliografia romand, p. 16 : Biserica ortodoxn 
romand, XI, p. i3a); à Blaj (Bdldsfàlva, Blasendorf) en Transylvanie, pour les 
Grecs-Unis, en 1769, 1793 et 180a (Vasilie Popp, Àk€pTdgie A€cnp€ Tino- 
rpa<|>iiA€ poAM>Net|JÏ, i838, p. 48). 

11. A!lOAMTK€NMKk. J£ Mlllk, 1789. In-?. 

Cette édition, citée dans la Noua Revistd romand (IV, 1901, p. io6 b ) reproduit 
sans doute celle de 1785 (n° &). D'après M. G. lonescu, elle aurait été exécutée 
par le pope Mihail et le hiérodiacre Gherasim. 

12. A<MMUJNÏe Pd3r0K0pkl PoCCiMCKÏC M A&OAAdKCKÏ€ CL npÏÀTCAkCKMMM 
KOAUl AMA\€NTdA\M ; H3A4NU Ilp OTOK p €€A\*h AlOA AdKCKHAAL M E€CCd- 
pdBCKMML AlHXdHAOML GTp* ABtgKHAIlL KL COECTKCNNOM CKO€M 
TMnorpd(()ÏM KL IflCCdXL. 1789.^-8°., 

Ces Dialogues russo-roumains ont dû paraître avant la Grammaire de Toader 
Scoler (n° i4). Il y est fait allusion dans ce dernier ouvrage, p. 5 : « dnOM npMN- 

3MNAt> KpC W KdpT€ d M€TM* AJM>AAOK€NACKL, dtf pd3r0K0dpHAH [sic] M€ Cdtf 

THnipim A€ npoTonond AMtxdiiAk Gtpmabmijkïm . . . * 

Sopikoy, OnbiTi» pocciâcBoS ÔHÔaiorpaoiH , IV, n° 9 hk a. 

13. KpdTK0€ Il GOBpdHÏ€ HAA6NL nO rAdKH3NdA\L, || PdCnOAOtt€NNO€ 
ÀKOAÙ ÀïdACKTdAM, || &H0A3tf XOTAtJJMAVL OyHMTkCA Pôc- Il KdrO M MOA- 
AdBCKdrO Efl3MKd. Il «|LClrtpTL || /UtfNd'pC N&V\€AlVpk A^flL Kdn€TMA€ || H€ 
Cdtf dUI€3dTk, Ktf AOdlV ÀMA\EM , || .flLTptf <(>OAOCtfAL H€AOpk M€ KlVpk Epi II 
A .^KLIjd AHAABd Pftd'CKL WM AlOA II AOK€M«fcCKL, || Il€HdTdNO KL IflCCdXL, 
IIpOTOnonOAIL AlOA || Ad'KCKMAAL, KOAOCKMML, H E €CCdp dBCKM A\L, Il 
MMXdMAOAM* GTpMABil)KMA\L, KL GOECTK€- Il NNOH GK0€M THflO- 

rpd<|)ïM. 1789. ToAd. Petit in-8° de om [78] pages. 



[21] NOTICE SUR MIHAIL STRÈLBICKIJ. 357 

Voici la reproduction du titre : 

Kf âTKO0 

QûStÀftff HMIHÎ no l AaÇH^HAM* » 

fknoàomnwoi \<lqmm JtfAAitvrAm» 

4TATO M MoA^AfiïKATO Ê^HIçÀ , 



" ' "'— 



4iOK$fTl 

igtidn ^MtAWfk jtâm KaIicthai 







■KATCiotM Tiw^i^it « œg m ityf* 

A' m 

Au verso du titre est un avis en russe et eu roumain » où il est dit que celui 
qui veut apprendre les deux langues doit d abord étudier ce vocabulaire: «apol sa 
intre tnlru al doile [sic] carte a vorbelor, care la desâvîrsita* pravila [sic] limbilor 
moldovenesti si ruseste [sic] va veni*. 

Les mots sont classés sous 35 rubriques différentes : î . Pentru DumnezAu si 
duhurï. a. Pentru lumea ceriuluï si stihiile. 3. Pentru vremï si sarbâtorï. 4. Pentru 
ape. 5. Pentru locitrï si pdmînturï , eic. 

Le russe et le roumain sont imprimés en regard. 

Le vocabulaire contient environ i,5oo mots. 

Bibl. des Archives de l'Élat à Bucarest (voir B. Pbtbiceïcu-Hasdeo , Cuvente den 



358 EMILE PICOT. [22] 

bfttrânï. Limba românà vorhitil mire 16Ô0-1600, 1878, p. -i5g). — Bibl. de 
M. V. Bogisic, à Paris. 

là. A6KUlu>H6 II dACKl K&AHTdpe, Il cKOdce, Il Aertit ,'pTÎt na'pTî i 

rpdittdTH'HH. Il II. 6. X. /I. X. Il IlÉNTpi» .jlBlljlTlîpd, AHMtÏH II fllOAAO- 




"** 



tytm C40Ê6 - ik KijfflHre , 

H6HTPS 4HWBÏ ftWilAOESHACKi , 
«g Po*ïtWtWSj 

WMf MOBftlîljlH «flSttptHA&S « Itfi 
lt^A<M£ flWEÎ «s« ft&T*, ifitf 
ntST^ «BHJlM/tyKHtlt J^JACTHSBi* 

EdlfMIH , 1 1 1 M Plîcé l|IH , Ad- Il TE .H'I'HIldpiO , IlEHTpîi (JtOAOrtrt L II H£AOpl 4E KlÛpt 
EpÈCl jjllICIJH, At II OVHd, dit rtrtTd, AHHTpli d'IÉCTH II A0d.f> AHA\EH. || Jf TK- 

norpdipïe ne noAHTMMdCKi || ^ TÂp-riiAi, GuiiUtfH [| 1789. Hoém- 



[23] NOTICE SUR MIHAIL STRÈLBICKIJ. 35<J 

Kpï€, 8. Petit in-8° de 8 et mg [56] pages pour lai "partie et mo [78] pages 
pour la seconde. 

Au verso du titre commence une dédicace à un personnage laïc dont nous igno- 
rons le nom. Cette dédicace est signée à la page 3 , ligne 5 : TodA€pk WKOACpto. 

A la suite de Tépitre on trouve : Invâfàturâ cum trebue sa se învefe cârticica aciasta, 
puis (p. 6) : Adunare amhtie pentru un Rossian (Observations sur la prononciation 
des signes IJ, .11, T», <fc) et (p. 8) la Table (Scarâ). 

La première partie se divise en dix chapitres, dont le premier seul est écrit 
entièrement en roumain, tandis que les autres offrent une série de mots ou de 
petites phrases en roumain et en russe, accompagnées ça et là d'observations dans 
ia première de ces langues. 

Nous reproduisons le recto du 1" feuillet de la 1" partie (p. 358). 

Les chapitres traitent de l'orthographe, de l'étymologie et des parties du dis- 
cours : Pentru orthografiê, p. 1; pentru etimologhie , p. 10; pentru nume, p. ii; 
pentru loc de nume (du pronom), p. a5; pentru vorbà (du verbe), p. 28; pentru 
impàrtàfire (du particîpe), p. 53; pentru avorbiï (des adverbes), p. 5 h; pentru 
prepunire, p. 55; pentru giungire, p. 56; pentru intrare (de l'interjection), p. 56. 

La seconde partie contient la syntaxe : Pentru adunare [sic] cuvintelor rusestï si 
moldovineftï. 

Bibl. de l'Académie roumaine. — Bibl. de M. V. Bogisié, à Paris (exemplaire 
de la r partie, sans titre). 

15. [Enciclica preasf. arhiepiscop al Iecaterinoslavieï chir Amvrosie.] 

Kti nop^HKd nptAtiMMNdTtfAtfH KN'fok TpHropiC /ÏA€|dNApOKHMk IIOTCAMtHNI. 
TdBpHM€CKk, A AldpCAtfH XdTAAdNk UJH A€ U»CI|I€ /IpXHCTpdTHrk UJH d 4>€AL A* 
OpAHNC KdKdA€pk, K>J EAdrOCAOK€NÏA IIp'fcC<|>HNIjH'n?A>tâ ApXÏ€nHCK0nk d GKd- 
T€pMHOCAdBÏ€M, TdYpMH€CKtfA>>H X€pC0N€3k UJH IJÏMTOpK) \t AOKtfAk G|dpXÏ€M 
A\OAAOKAdXÏ€M , KYpiO KYpk /ÏA\Kpo'cÏ€ , Cd'tf TLAAVKMMTk ÀHNk AUAABd ptiC'fcCK'L 
UJH Cdtf AdTL Ji THHdpk 41 AHAABd /WOAAOKCMiCKL dM-feCTL ^EigiT^pi Kp€- 
ipHN-tCKt Cnp€ <t>OAOCS\\d A€ IUBIJJC UJH AtdH dACCk d MCAWpk M€ KlUpk <|>H 
tÙp^HA^'MljH Jjl Kp€ OVfHk IHNk AMHk M-feA€ C<|>HNT€ UJH BHC€pHM€l|JH CA&KB€. 
THnipHTl jt MUJH Ad dHÏM At Ad Xc ^rdfM [1790]. <|)€Kptfd'pÏ€ K. 
A€ 3MA€. In-?. 

Lettre pastorale de C archevêque de Jekaterinoslav, imprimée en russe et en roumain , 
par ordre de Grigorije Ateksandrovic Potemkin. 

L'archevêque de Jekaterinoslav, Amvrosie Serebrennikov, qui administrait la mé- 
tropole de lassi, était un prédicateur renommé. N'étant encore que simple moine, 
il avait publié un manuel de l'art oratoire ( KpaTKoe Pvroboactbo m» opaTopin poc- 
ciHCKoS; MocKRa, 1778, in-8°). Voir Catal. Smirdin, i8q8, n* 6o4i. 

Biserica orthodoxà rom., XVI (i8g3), p. 91 4. 



360 EMILE PICOT. [24] 

1G. GAOKO Kl NCAtAK) TpCTIK) CK. £€AMKdrO UOCTd, npOJlOK. Kl» HtA\€l)- 
KOAU» &OCKp€C€NCKOAMk MONdCTUpU , npH nOCfcl|J€NiH ndCTKU AlOAAOKOAdXiM- 
CKÏA AVHTponOAiH AAAKpOCÏCAMk , ApXÏCnHCKOJlOMlk GKdTCpHNOCAdKCKHMl. &l 

fflccaxfc. 1790. In-4 q . 

Discours prononcé au monastère de la Résurrection, à Niamf, le 3* dimanche du 
grand carême, par Amvrosie Serebrennikov, archevêque de Jekaterinoslav, administra- 
teur de la métropole de Moldavie. 

Sopikov, V, n* i3i6q. 

Revista pentrv is tarie, archéologie fijilologie, III, p. 1 63. 

17. HtacM'fejOBaHie XpHcriaHCTBa. nepeDO^T» ct> Ar^Hucnaro. Bt> 
flccax-b 1790 ro4a. In-6° de 190 pages. 

Examen du christianisme, traduit de l'anglais. 

En tête du volume est une dédicace du traducteur Luka Séékarev [sic] «A Son 
Altesse Grigorije Aleksandroviè Potemkin de Tauris, prince du Saint- Empire ro- 
main , commandant en chef des armées et des flottes du Sud , feld-maréchal général 
et chevalier d'un grand nombre d'ordres, grand hetman des Cosaques impériaux 
de Jekaterinoslav et de la Mer Noire». 

Luka Ivanoviè Sièkarev avait déjà publié, en 1770, 1778, 1786 et 1785, 
diverses traductions de l'anglais et du grec. Voir Catal. Smirdin, n" 48o8, 17, 
6a5, u3'j, 38. 

Bibl. de l'Institut Bezborodko à Njezin, n° /io83. (Communication de M. Ivan 
Berezkov, alors diacre, 1896.) 
Catal. Smirdin, 1838, if 776. 

18. JfJTÇill CAdKd d OV'H^A AMN€3l^4i II TTpOHirL [sic] CAfcKHTk. I! A>* n T» 

mMAOCTMKd nop^NKL d •|LinP2TG II IJ1ÏM GAAG M^PmPM GKATGPHHÏH II 

AAGâlG&HIH dTOdTL PoCCIA : jlTp>?0)€pH- || HHT€ 3HA€ d' M0t|J€NHT6pK)Afe'H 

GH Ehn€ Il KpcAMNioaiAtiH AoA\Nk ujh Aid'pcH [sic] KN*3k || IIAYGAL IÏG- 
TPOKHHL, UJH d C0l)i€H Atffi || EhN€ Kp€AHHHOdC€H ÀfHN€ UJH A\dp€ KN€ni- Il 
H€ M/lPlGH -O-Gu'AOPu'&HGH , ujh d II o)iHAiupk Awpk Ehh€ KpCAHNHOUJH- 
Aop N Aoa\hh II UJH Aftdpn Kn€*h AAGâAHAPX Ï1AYAO- Il £HHk UJH KOH- 
GTAHTHHK I1AYA0£HHK, Il UJH d Eh'n€ *p€AHNHOdC€AlVp A<>dA\N€ UJH 

Atd'pH II Kn*?kn6 AAGâAHAPA I1AYAOKHA GAG- Il HA IIAYAOGHA 
AlAPÎA IÏAYAOSHA || ujh GKAT6PHHA IIAYAOEHA : *Kp*'- || M* 

KiTtNAtf ^LinP2TGl|IHA6 PwCCICIjlH II Ql|IM Cl d(J)Ad dHMti J|iIlpHNIjHndT^Ak. Il 
AHUJAAOK€H, C&JTk U>KT>pA\>ta'pii I7p€AS'- Il A\HNdT)JA^H KN*3k TPHriûPlG 

AAGâAH- Il APOSHHL I10TGA11KHHL, d A\dp€A*H || XATAMHL UJH A€ 



[25] NOTICE SUR MIHA1L STRÊLBICKIJ. 361 

utBipe /tfXHGTP/I- U THrL wh a MâATiupk wpAHNe KdKdAc'pk. Il Mpi 
KnccpMHÏM npHNk L|MH€pt AwirtAtfH G- Il |apxi€M AVOAAOKAaXICH £pà CUKLp- 
AitfHTopio U npt âic<|>NgïA Gà /MAgPGGIG a npt c<|>n- Il TtfAtffi j^ApciiTi- 

TOpiOA^H CYNOAk MIAtf- Il Ad'pK) Apx'lCnHCKOntfAk GKdT€pHNOCAdKiM , UJH II 
à TagpHHCCrôAtfM XcpCONHCl», Ktf â KiptfA || K AATOC AOK€ HÏ€, Cdtf 
THHipHTl dMdCTL KdpT€ || M€ Cl NtfA\tL|J€ ^aATHp€. Il A* lipOTO 
ICpCH, dAk AVOAAOBCH, â £d- Il AdXÏ€M, UJH d KdCdpdCÏ€H, MH- 

XdHAk GTp-tA- || B-tgKÏM, .^Tptf jtctiiui â Gà TYnorpd<|>Te II * 

MUIH : Ad dNÏH A€Ad XG : AH-dtM [1790] : Il GKTWgpie, 6. In-4° do 
5 feuillets et & 1 & pages. 

Le Psautier avait déjà été imprimé en 178& et en 1786 (n** 1 et 9). Cf. n* oo. 
Bibl. de l'Académie roumaine. 

19. AnocTOAi ca&K€Enmh. — [A la fin :] Gta arc» BoroAoxNOBCNNdA 

KHWd AnOCTOAl T€TpL Cl KklIUCMKACNNdrO n€p€KOAd KO KC€All COrAdCHO 
NdKMdTdCA nO A03K0A€NilO Gf'O GKtTAOCTM KNA3A TpHrOpiA AACKCdNApOBHMd 
IIOTCAtKHNd TaKpHMCCKdrO , rAdBOKOA\dHA^K)ljldrO /IpA\iAA\M M C^AOTOAVL Hd 
K)pfc, r€H€pdAL-<t)€AAA\dpUJdAd M MNOrHXl 5pA€NOBl KdBdA€pd , HAUUpdTOp- 
CKHtfl GKdT€pHNOCAdfiCKHXb H HepNOAIOpCKHXl Kd3dlJKHXl KOHCKl KCAHKdrO 
rCTANdHd. Kl tflCCdXt Kl A*TO OTl C03AdNÏA Allipd j*3CM4 [7299 ], 

A\tCAgd TcNKapA €i \ha. In-fol. de 3i8 feuillets. 

Aposlol, imprimé avec la permission de S. Â. le prince Grigorje Aleksandrovié 
Potemkin de Tauris. 

Achevé d'imprimer le 1 5 janvier 1 79 1 . 

Institut Bezborodko à Njezin, n° 56 1. (Communication de M. Ivan Berezkov, 
diacre, 1896.) 



M V 



20. ^aATtip* npopoiutatiH ujh ^nipaTk Amenai». J£ Muik, 1791. 
In-4° de 262 pages. 

Édition citée par M. G. lonescu à la suite de la précédente. Cf. n" 1,9 et 18. 



•» / 



21. P€np€C€NTdt)ïA. JQ. fflwk, 1791. In-?. 

Nous ne savons quel ouvrage M. G. lonescu désigne soirô ce titre tout moderne. 

22. KdpT€ néNTptf <|>oAoaJAk a* iubijic. ^L Mujk, 1791. In-?. 

G. lonescu, loc. cit. 

Le même auteur cite encore sous la dote de 1791, un ouvrage intitulé : Citc-va 



362 EMILE PICOT. [26J 

Paginl relative la arttmeticà fi gramaticâ de epueopul de Hotin, Amjtlochie Zago- 
vianu. Il y a là une confusion. Aucun volume imprime alors n'a pu porter le titre 
que nous venons de reproduire; c'est en 1795, alors que Strêibickij ne s'occupait 
plus de l'atelier de Iassi, que parurent trois ouvrages portant le nom de l'évoque 
Hotin, Àmfilochie. Nous les avons cités ci-dessus, p. 35 o, en note. 



23. [Catavasier.] .flLTptf cAdKd a ovfHtfA hfoiityùl * II TpoHiri Gaikhtl. 
A^ni MHAOCTHBd nopifaife a 41ITZ- Il feTGipiH G/ÏA6 M^PhPh || 6K/Ï- 
T6PHHIH AA6âI6ÉHIH || IIpc KAaiwcTHKCH ^LIIZP2T6G6 II a Toan» 

POCCÎA : JflTptf <|>€pHMHT€ Il 3HA€ à MOUKNHTOpiOAtfH , 6H Kh'hC- || tyCAHNHO- 

atatfH AoMHk uih A\ape H Ktubk IMÉ6AL IIGTPOÉHHL II uih dcoyîcw a>*h 
Khh€ KpcAHHMoaccii II A°<MM*e uiM mapc KHcrHNi MdPlG II <0>6u>AOPO£HIH , 

111 M d (JHHAlUpk II AWpk EHNC KpCAHNHOUJHAlUpk AOM- || HH UJH A\dpH KH€^M 

/IAGâ/!HAP8 II IMYAOÉHHk ium KOHGT/IHTHH II IMYAOgHHk, ujh a 

EHNC KpCÀHN- Il HOaCCAWpk A^dANHC UIH A\dp€ KNIiffi || H€ AAG&AR&fA 

IMYAOÉrM II GAGrM IMYAOÉFM AlWlPl || IMYAOÉFM uih 6K/ITG- 
PHH/ï II IMYAO&FM : ^ Kp€Mt kànài âtf Il kcnhti» dMMt ^niAvANTtfAk 

MOAAO D B€H, AOMH^Ak GK€TNHK^Ak A* TdH || NI UJH KdBdAepk rP/ï(j)L 

AAGK- Il G/ïHAGPl /IHAPGG^HML E€3 II GopoAUW , n€NTp>* âiUMap* Hl- 

HIM jlTp€ IIOdpTd /iTTd/WdHMAlVpk, || UIH jlTp€ K^pTU PoCCÏ€MHAU>pk JA- 
pi EHCCpHHÏH npHNk IjHNCp* AOKtf Il Atffi 6napXI€H MlUAAOKAdxM épd 

OKipAtéHTopio npnu;c<|>HHi)iA cà II AM&POGIG ânpt c<()^ht^a^m j|i || Apcn-rv 

TOpiOAtfH GYHOAk MLA^ Il Adpk /IpXÏCnHCKOlrôAli GKdTCpHNO U CAdK€M, 
IUM dTdKpMH€CKtf AtfH Xcp- || COHMCk , tô dKLptfA KAdrOCA0B€HÏ€ || catf THnipHTt» 
dHdCTL KdpT€ H€CT> || N>*AVfcl|J€ KdTdKdCÏ€pk. || A* npOTO l€p€H dAk MOA- 
AdK€H H S &dAd?C΀H, UJH d' EdCdpdGÏ€H A\H || XdMAt CTptABtgKÏM, 

*Tptf jtctfwii II d'ca THnorpi<|>ï€ * HIuih. Il Aa dNïfi A€Ad XG : 
atHK [1792] : Il IaNtfapïc ^. In-8° de 3 feuillets, 376 pages et 3 feuil- 
lets. 

Le conseiller privé Aleksandr Andrejevié comte Bezborodko, dont le nom est 
cité sur le titre, était arrivé à Iassi vers la fin du mois de novembre 1791 pour y 
remplacer Potemkin,* mort le 5/i6 octobre précédent (Hurmdzaki, Documente 
privitére la istoria Românilor, Suplement I , vol. II, 188 5, p. 82). Ce personnage, 
né le 8/19 mars 1767, avait oté secrétaire d'Etat, grand-maître de la cour, ambas- 
sadeur auprès de l'empereur Joseph II. En 17 84, il avait été créé comte du Saint- 
Empire romain. L'empereur Paul le fit vice-chancelier et, le jour du couronnement 



[27] 



NOTICE SUR MIHAIL STRÈLB1CKIJ. 



363 



( 5/i 6 avril 179 7), lui conféra le titre de prince russe. Il mourut le 6/1 7 avril 1799. 
Voir Petr Dolgobdiij, Pocciacsaa poAoejoBHaa Kunra, II, i855, p. 176. 
Bibl. de.l' Académie roumaine. 



24. Jprp'i GAdKd à Oy^ta A*- Il N€3itf ^TpoHiji Gaiehtl. Il M/lGOGAOKk 
Ak&«m, TYnipMTt &in% wpwxtiAa II Hca^m rpcnccK^, uih p&ccirt, jJl 3h- 





•■Mo oeil oc& 

MeKoAHAfS KOHGTilB , 
Sfflft MOflESE f»0fc£0JU< 

J S1Ap(AOBfVlfll|ilît^rt 
M HTpOnoAH ATOAT» AtOA^OBA; 



W^NP««#fM*|««MMMril 



Tptf 4$u>i*<* T««0ty*$ïe Jpwtytffof] 





A€Ae II np* AAttHNi'rtAtfH Amni,. || /IA6K/IHAP8 KOHGT/IH- Il THHL 

AfcOP&3L Ê06ÊOAL. « .jjpt *T,fcA AOMHIt i\VLp.H G4A€. Il Ktf BAdrOCAO- 



364 * EMILE PICOT. [28] 

K€HÏ€ Upi UIC<t>H- || lJMT*A>tà. || KrPk rA&tillAL. || fflHTponOAH dTOdtli 
MOAAOKd || UlH Cdtf THnipHTk A€ IIpOTO l€p€N II GTlIlAtNHpH AlUpk 
MOAAaBÏM &AAdXÏ€M UlH il dEHCdpdEÏ€M AlHXdHAk GTft AEt'ljKÏH 

Jji || Tptf .flLctfwk dcd THnorpi<|>ï€ jiT*pr>>Ak II MwtfAtfH Jfr dtotak 
A€Ad Xc; jfrdtMK[i792]. Il ÂnpMAk k. Petit in-8° de 3 feuillets lim. et 
ynh [458] pages, plus î feuillet. 

Le titre est entouré d'un encadrement typographique; voir la reproduction ci- 
dessus (p. 363). 

Au verso du titre est un bois signé : Protoiereï Mihaii, lequel bois est accom- 
pagné de trois lignes de texte (voir ci-après , p. 365). 

Le a* feuillet contient, au recto, trois oraisons : «Condac. Gel ce pentru nol s'au 
rfistignit venty top sa cîntâm . . . » Au verso est le commencement de la table 
(Scard). 

Le 3' feuillet est occupé, au recto, par la fin de la table, et, au verso, par un 
bois représentant la Trinité. Cette figure est également signée : Protoierei Mihaii. 

Le dernier feuillet contient au recto : Pravila care au dat 'o tngerul Domnului 
mareluï Pahomie. Inceputul asa : Sjinte Dumneteule, si dupa Tatâl nostru : Doamne 
miluieple i a or! . . . Le verso est blanc. 

Bibl. de M. V. Bogisié, à Paris. 

Parmi les impressions de Tannée t 792, M. G. Ionescu (Noua Revistd romand, 
IV, 1 901 , p. 1 o6 b ) cite le volume suivant : htoria craiuiui Sfedieï Carol XII, octroi 
întàiû tâlmàcità dupa al nostru dialect prin silinfa smeritului Gerasim, arhimanUrit 
mitropolieï Iasuluï. Il est évident que Gherasim , qui dirigeait alors avec Strélbickij 
l'imprimerie de Iassi , devait se proposer de donner au public l'ouvrage de Voltaire; 
mais sa traduction, dont la Bibliothèque de l'Université de Iassi possède le manu- 
scrit, parait être restée inédite. V Histoire de Charles XII ne parut que cinquante- 
quatre ans plus tard, en Valachie, traduite, cette fois, par Nicolae Racovijâ (Isioria 
MCàrolXII; Bucureslï, i846, a vol. in-8°). 

25. Acrtpru Kd'pc âittiMk a ai» aona* ca'tf TYnipMTk jiTpdH€CTdWk km'hu 

Jji3HA€A€ np€ AtfA\HNdTtfAtfM UJH fipc ^HLAlJdT^A^H AOMHk AmXAK) K. (&lj>?Ak 
g&. Ki WCÙp\\Jk UJH Ktf TOdTL K€AT>>AAd d np€lUC<|>HNIjH'n?A>tâ MHTpOIlOAHTk 
dAk MOAAAKICH KYpîtf KYpk MKOBk JjiTQli d Cd TYnOrpd'<|>l€ AHNk NOtf 
<t>lKJTl Jjl C<|>NTd MHTponOAI€ £ ffllUk Ad dHJM A^Ad AA4AU jfr3f K 
[730a]*, fckpk A€AA Hdl|J€pt Atffi XC^AtHA[l79Û].UJMCA / >jTYnipMTI» 

A€ nond A\MXdAdK€ TYnorpa<|>k. UlA \t TcpacHMk GpoAïAKONk 
TYnorpa'<|)k. In-fol. 

M. G. Ionescu, qui cite ce volume (Noua Rcvislà romand, IV [1901], p. 106), 
ajoute que le surveillant Je la typographie était le hiéromoinc Inochentie , chapelain 



[29] 



NOTICE SUK MIHAIL STRÈLBICklJ. 



et ecdénarque de la métropole, et que la composition a élé faite par le diacre 
Teodor et par Ion. 




| iïplNf ifju«>f, r'Ai'tH TW$rf- - 



Bibl. Urechie, ù Gala II (voir V. A. Ubeciiii, htoria ttonuinilor». Séria 177'i- 
1800, V,p. 5a5). . 



26. KpHTHAL II UIH flHApOllîïfCL. Il fiKllm .JITvf.ii TYflL|>HTk, .^SHAErtE 

npc rt^HHiirt'rtrtiiti, mit II npc .Mn,Ai)drt.\^ii AÔMinlAitH nôcTptî. MH^diÔ || 



366 EMILE PICOT. [30] 

KOHCTdHAHHk, GSljttali &OCKOAI, Il Ktf A\HAd Atffi AMN€3€>{ 9 AOMNk IjipÏH 
A\OAAdB΀M || Ktf BAdrOCAOK€HÏA, UIH TOdTL K€AT>*AAd. Ilp€UX<|>MNIjiMCd'A€ II 
Ktyfc KYpk, MKOKk /IpxfenMCKOflk , UIH || MHTpOIlOAHTk A\OAAdKÏ€M. || Ilp€ 
KATIi Cdtf nb'T^Tk ThAAVhHH NOdiV Kd'n€T€ niNl» dltfMk, || A€ np€ AHMEd 
rpCHd'cKl, np€ AMMBd NOdCTpi MOAAOK€N'fcCK<L. il Cdtf AdTt ^TYnd'piO, 
^TYIIOrpd(})ÏA np€lUC(})MHl|ÏHCdA€, M* || AMHk NOtf ^LK^TL, ^ 

C<|)NTd MHTpOnOAfc, ^ MllJli. || tflitfAli A* Ad XC, Jfrd+HÀ [ 1 79^]. Il 

Gdtf TYnipHTii A€ ndnd MHXdAd'itc TYnorpd<|>k. Il UIh a* rcpd'- 
CHMk cpoA'MKONk TYnorpd<|)ii. In-fol. de a feuillets lim. et 98 pages. 

Au verso du titre, les armes de Michel Constantin Suju, accompagnées de 
à distiques : 

Doaë Chipurï eu sterne ce in pecete s'au tnsemnat 
DomnuluI Mihail Costandin Su^ul veovod s'au Incredin^at . . . 

Le second feuillet lim. contient une Aràtare xn scurt. 

Le volume se termine par la mention du correcteur, le moine Inochentie, ec- 
clésiarque de la sainte métropole de Iassi. Ce personnage était en même temps le 
directeur de l'imprimerie. 

Le roman de Critil et Andronius, dont nous avons ici les neuf premiers chapitres, 
met en scène deux hommes , dont l'un , Critil , personnifie la vertu , tandis que l'autre 
représente la nature inculte et bestiale. Cet ouvrage moral est donné au public 
comme traduit du grec; mais il semble bien probable qu'il reproduit en réalité 
un original français. Le traducteur, qui paraît être le métropolitain lacov Stamatl 
lui-même, n'a pas voulu indiquer une source qui aurait pu paraître aux fidèles 
suspecte d'hérésie. Telle est du moins l'hypothèse qu'a développée non sans 
vraisemblance V. Alecsandrescu Urechie dans VAtheneulu românù de Iassi (mai- 
juin, 1861, p. 33) et dans son htoria Românilorà (Séria 177/1-1800, V, 1893, 
p. &91, 5o5, 5q3). M. Pompiliu Eliade {De l'Influence française sur l 'esprit public 
en Roumanie, 1898, p. 33a) a reproduit les mêmes conclusions. 

M. Gaster a donné quelques extraits de Critil et Andronius (Chrestomatie romand, 
II, 1891, p. i5o-i53). 

Bibl. centrale de Bucarest. — Bibl. de l'Académie roumaine, fonds de Scheie, 
n° 4io5. 



/ 



[31] NOTICE SUR MIHAIL STRÊLBICKIJ. 367 

a 

IV. — Atelier de Dubossar. 

27. ByKBapb aiaBeHCKin H34aHHbiô Mo^4aBCKUMi> , Bo^OHecKHArb 
h Beccapa6cKHMT> IIpoToepeeM'b MnxaiLiOM'b CTpti^ôeqKHM b , B r b 
coôcTBeuHoâ Tunorpaora. Bt> 4y6ocapax r b. 1 796 r. In-8°. 

Sopikov, Onwrb, I, p. 60, n* 188. 

28. HdcocAOKk. . . vJL A^BLCdpM, 179/1. In-?. 
Melchisedec, Chronica Husilor, 1869, ''» P- *68. 

V. — Atelier de Mogilev de Podolie. 

29. HGTOPlA H A âA^ÂHA^AM : || H€A>iH <Mdp€ ahnl MdKCÀoVU II 
uih dA>tâ A^pïc AHHk IIcp- Il cMAa a ^LnipaijHAïupk. Il Gdtf THnipHTi. 
^ThnorpL- Il <t>iA M-t Koanhki; a- Il IlpoTO nontfAtfH A\H- 
X/IHAL II GTptABMlJKÏH, ^T^pr^Ak II AlOKHAittatfii, ^Tpc xo- 

Td- H fXOAk PoCCÏ€M, WH *T(>€ dAk || MOAAOKÏCH. £ dHtfAk 

A€Ad II XG : j*dtHs[i796] : TcNd'pïc, €ï. ln-8° de 277 pages et 
1 feuillet. 

Les Roumains paraissent avoir connu de bonne heure le roman d'Alexandre 
par la rédaction slovène, et divers témoignages rendent probable l'existence d'une 
traduction roumaine dès le x vu* siècle (voir M. Gâstek 9 Literalurapapularâ românà, 
i883 v p. 9-3 1). Antonmaria Del Chiaro nous apprend dans son htaria délie mo- 
derne rivoluzioni délia Valachia (Venezia, 1718, in- 4*, p. hk) que YAlecsandrie 
était alors imprimée, et, comme la mention qu'il en fait précède immédiatement 
celle d'un ouvrage à la publication duquel Del Cbiaro avait eu part, Le Massime 
degli Orientait (en roumain Pilde filoêofefiî) , qui sont datées de Tirgoviste, 1713, 
il est à croire que le roman avait paru cette année même , ou l'année précédente. 
On ne retrouve aujourd'hui aucun exemplaire de cette édition originale (voir 
I. BiAiro si N. Hodos, Bibliografia romdnésca veche, 1903, in-fol., p. 686), et l'on 
ne peut dire si elle a servi de base à l'édition de Mogilev, ou si Michel Strélbickij a 
reproduit quelque manuscrit. 

Bibl. de l'Académie roumaine. 



^ 



EPISODES DE LA JEUNESSE 



DE 



TAÏ-KAU SAMA 



• • 



SUBNOMME 



LE NAPOLÉON DE L'EXTRÊME-ORIENT 



TRADUITS DU JAPONAIS 



PAR 



LEON DE ROSNY 



MÉMOIRE* ORIENTAUX. 



•26 



ItlfniUEBIL «tATUMALt. 



ÉPISODES DE LA JEUNESSE 



DE 



TAÏ-KAU SAMA 

SURNOMME 

9 

LE NAPOLÉON DE L'EXTRÊME-ORIENT 



Le personnage qui devait être connu de la postérité sous le 
litre de Taï-kau Sama {l \ et qu'on a surnommé rr le Napoléon du 
Nippon, représente sans contredit une des figures les plus ori- 
ginales de l'histoire du moyen âge japonais. Sorti des basses 
classes de la société, dans un empire où la noblesse féodale 
était encore toute puissante et le peuple réparti en castes rigou- 
reusement distinctes les unes des autres, il parvint, grâce à 
l'énergie de sa nature et surtout à l'ingéniosité de son intelli- 
gence, à atteindre une situation sociale prépondérante dans 
son pays. Doué d'une finesse d'esprit peu commune et d'une 
habileté sans pareille dans l'art d'être agréable aux hommes 
puissants dont la protection lui était nécessaire, il ne se montra 
pas moins habile à caresser les passions de la masse dont il eut 
besoin à certaines heures de sa carrière politique. H savait 

(l) C'est-à-dire «le Grand Conseiller ». — Les mois Taï-kau représentent un 
titre que Ton peut traduire par «rie Grand Conseiller» ; mais, comme ce titre n'a 
été attribué qu'à lui seul , nous devons le considérer en quelque sorte comme le 
nom populaire de celui qui est appelé Hidé-yosi dans les histoires du Japon 
(cf. Hall Chamberlain, Things Japanese, p. i56). 



372 LÉON DE BOSNY. [h] 

cniin dissimuler merveilleusement son insatiable ambition et 
donner à ses actes arbitraires et parfois même d'une témérité 
révoltante l'apparence d'un immense amour de sa patrie et 
de ses concitoyens. » 

La laideur proverbiale de son visage et son défaut à peu 
près complet d'instruction primaire ne devaient pas être un 
obstacle sérieux à l'accomplissement de ses desseins. S'il répugna 
à quelques femmes, il eut son genre de succès auprès de beau- 
coup d'autres et trouva dans la personne de sa seconde épouse 
une admiratrice dévouée à sa cause et à ses idées. S'il eut à 
l'école des insuccès et des déboires, au point qu'on fut obligé 
de l'en chasser honteusement, il sut en la quittant se faire dis- 
tinguer et chérir par un chef de voleurs, le fameux Petit-Six, 
dont il devint le lieutenant habile et dévoué, alors qu'il était 
encore un tout jeune enfant. 

A l'époque où Taï-kau Sama fit son entrée sur la scène du 
monde, le Japon était en proie aux plus terribles tourmentes 
politiques et sociales. La caste militaire, profitant de la faiblesse 
des mikados qui s'étaient succédé depuis plusieurs siècles sur 
le trône impérial, se montrait partout en armes, prête à s'em- 
parer du pouvoir que se disputaient, appuyées sur elle, plu- 
sieurs grandes familles du pays. 

La culture morale, que les Japonais avaient empruntée à la 
Chine, à laquelle ils devaient en outre la possession de l'art 
d'écrire et toutes les connaissances scientifiques et littéraires 
qui font sortir un peuple de l'état de barbarie pour entrer dans 
celui de civilisation, était abandonnée de toutes parts. Le Con- 
fucéisme, dont renseignement public, longtemps préconisé dans 
l'archipel de l'Extrême-Orient, avait eu pour résultat d'opposer 
une digue puissante aux excès de l'autoritarisme, en même 
temps qu'il établissait la société et la famille sur des bases 
relativement satisfaisantes, cette puissante doctrine, qui avait eu 



/ 



[5] ÉPISODES DE LV JEUNESSE DE TAÏ-KAU SAMA. 373 

pour effet d'établir au Nippon comme en Chine la suprématie 
de la raison sur la force brutale, était en pleine décadence. Le 
militarisme, qui abrutit les peuples et les soumet bientôt à lous 
les esclavages et à toutes les démoralisations, devenait au con- 
traire de jour en jour davantage la formule exclusive de l'acti- 
vité nationale. Comme le dit un ouvrage célèbre intitulé Taï- 
heïkiW : *A cette époque, dans les hautes classes, on ne 
respectait plus la vertu du Prince; dans les basses classes, 
on avait perdu le respect pour les fonctionnaires publics, de 
telle sorte que le peuple tout entier ne jouissait, plus de la 
tranquillité. * 

s 

Au milieu de cette désorganisation générale, il y avait évi- 
demment une place prépondérante à prendre pour un auda- 
cieux intrigant capable d'attacher à sa fortune les innombrables 
convoitises d'une foule d'ambitieux mercenaires aptes à remplir 
toutes les besognes, même les plus sales et les plus honteuses, 
pourvu qu'elles leur soient profitables; il y avait enfin une oc- 
casion exceptionnelle pour s'emparer du pouvoir suprême qui 
n'existait plus alors que d'une façon purement nominale entre 
les mains d'un empereur réduit à vivre à l'état de fétiche et 
sans aucune autorité effective dans une captivité somptueuse, 
mais non moins réelle, en dehors du centre des affaires pu- 
bliques. 

Telle avait été la pensée de Nobou-naga, qui avait entrepris 
une œuvre de centralisation que Taï-kau Sa ma s'efforça à son 
tour de poursuivre avec une habileté qu'il est impossible de ne 
pas reconnaître. 

L'ambition de ce singulier personnage n'avait pas de bornes : 
non content d'accaparer le pouvoir absolu dans son pays, il 



o) 



«Hisloria magnœ pacis (recnppralœ). 



374 LÉON DE ROSNY. [6] 

voulut annexer la péninsule coréenne au Japon et même la 
Chine tout entière, dont il se préparait à entreprendre la con- 
quête, lorsque la mort vint le frapper, à l'âge de soixante-deux 
ans, au mois de septembre i5g8 (1 ). 

On trouve, dans la littérature japonaise, des ouvrages de 
toutes sortes sur ce fameux personnage. La plupart, il faut le 
dire, sont bien plutôt des livres d'histoire romanesque que des 
livres historiques proprement dits. Voici, à titre de spécimen, 
quelques extraits d'un de ces ouvrages qui est très populaire 
au Nippon, où il est connu sous le titre de Tai-kau Ici. 

ENTREVUE DU JEUNE TÔ-KITSI (TAÏ-KAU SAMA) 
AVEC SON ALTESSE ODA NOBOU-NAGA. 

Sur ces entrefaites, le jeune Tô-kitsi, qui avait quitté la 
maison de l'officier Matsou-sita, s'en était retourné dans son 
pays natal. Un jour que son père, sa mère et tous ses parents 
se trouvaient réunis, il partagea entre eux les taëls dont il avait 
reçu le montant pour la cuirasse qu'il tenait de son ancien 
maître Youki-tsouna. 

crBien que j'aie été au service chez Youki-tsouna, leur dit-il, 
son peu de talent ne m'a permis de trouver chez lui qu'un bien 
mauvais moyen pour me produire dans le monde. Son Altesse 
Nobou-naga, tout au contraire, est un homme de rare valeur à 
notre époque : me mettre à son service me semble un moyen 
avantageux pour tirer parti de mon activité, v 

Or il advint que le premier jour du neuvième mois de la 
première année de l'ère impériale Yeï-rokû, Son Altesse Oda 
Nobou-n^ga alla chasser sur le mont Ko-maki-yama. Le jeune 
Tô-kitsi , voulant profiter de l'occasion qui se présentait , «arrangea 

(1) Né à Naka-moura en 1 536 , Taï-kau Sama fut déclaré Kami par un décret im- 
périal et un temple fut élevé en son honneur. 



[7] ÉPISODES DE LA JEUNESSE DE TAÏ-KAU SAMA. 375 

avec soin ses vêtements et se rendit à l'endroit où devait avoir 
lieu la chasse privée. 

11 exprima alors à l'avant-garde du prince son désir d'être 
présenté au chef de la forteresse de Kyo-sou; mais un fidèle 
sujet de la maison de Son Altesse Oda, le nommé Siba-ta 
Gonrokou Kalsou-iyé, accueillit sa demande avec colère et 
dit: 

r C'est par trop d'audace d'avoir la prétention d'être pré- 
senté à notre Prince. Cet individu, à mon avis, est un espion 
d'une province voisine. Qu'on le garrotte et qu'on le conduise à 
la forteresse, n 

A peine cet ordre fut-il donné, que le jeune Tô-kitsi se vit 
entouré de soldats. Ce déploiement de forces, toutefois, ne lui 
causa pas la moindre frayeur : 

crie ne suis à aucun égard, dit-il, un personnage suspect. 
Mais quand bien même je serais un espion d'une province 
ennemie, je ne comprends pas qu'il faille appeler tant de monde 
pour garrotter un petit bonhomme de ma taille. Si vous étiez 
convaincus que je suis un espion, vous auriez dû agir avec 
moins de manœuvres pour m'arrêter. Je me contenterai donc 
d'accueillir en riant votre langage irréfléchi. * 

Son Altesse Nobou-naga, qui se promenait, entendit par 
hasard cette discussion et donna ordre qu'on fit approcher le 
jeune Tô-kitsi. Interrogé sur le motif qui l'avait porté à venir à 
la forteresse, celui-ci répondit : 

<r Bien que Votre Altesse rencontre dans cette chasse beau- 
coup de cerfs et de singes, il n'en résultera aucun avantage 
pour le pays. Mais, si vous daignez me prendre à votre service, 
l'Empire recouvrera aussitôt la paix et toute la nation vous 
souhaitera la longévité, n 

Tô-kiïsi s'étant expliqué de la sorte sur le motif qui l'avait 
engagé à se rendre à la forteresse afin de pouvoir faire une 



37t> LEON DE ROSNY. [8] 

telle déclaration, Son Altesse Nobou-naga réfléchit à cet étrange 
événement et adressa la question suivante au jeune inconnu : 

r Quelles sont tes connaissances en art militaire ? » . 

Aussitôt le jeune Tô-kitsi éleva la voix et répondit : 

cr En haut, moi je connais l'astronomie; en bas, je connais 
la géographie; au milieu, il n'y a rien que je ne sache complè- 
tement, rien que je ne 'sois capable de discerner. Pour vous 
dire la vérité, je suis le Koung-ming des temps troublés, le 
Tcheou-koung'des temps paisibles. Vous n' avez qu'à me mettre 
à l'épreuve pour vous en convaincre ! t> 

Son Altesse Nobou-naga, étonné de cette réponse, admit tout 
d'abord le jeune Tô-kitsi au nombre de ses serviteurs, afin de 
juger ce qu'il pouvait y avoir de vrai ou de faux dans ses dé- 
claialions. Sur son ordre, il fut donc confié à Foudzi-i Mata- 
yé-mon, chef des fantassins. — - Aussitôt après, il retourna dans 
son château principal. 

La même nuit, Foudzi-i, pour se conformer à l'ordre de son 
maître, invita le jeune Tô-kitsi à venir le voir. Celui-ci lui fit 
connaître son pays natal, son nom de famille et son petit nom. 
Interrogé au sujet de l'astronomie, de la géographie et de la 
stratégie, sciences qu'il avait déclaré connaître à fond, il ré- 
pondit : 

«Mon père, appelé Yarsouké Masa-yost de Naka-moura, a servi 
le Seigneur de Boungo, votre précédent prince, en qualité de 
voltigeur. Blessé au genou par une flèche sur le champ de ba- 
taille, il dut quitter le service militaire et alla vivre dans ce 
pays-ci , à Naka-moura, où il se fit cultivateur. C'est pour ce motif 
que j'ai reçu le nom de Tô-kitsi, de Naka-moura, fils de Ya-souké 
Masa-yosi. Je dois vous avouer tout d'abord que je n'ai jamais 
étudié l'astronomie ni la géographie, malgré ce que je vous ai 
dit à cet égard. Sentant bien mon insuffisance, j'ai compris que, 
quel que fût mon désir d'entrer à votre service, je n'avais point 



[9] ÉPISODES DE LA JEUNESSE DE TAÏ-KAU SAMA. 377 

de chance d'y réussir. J'ai donc mis ma confiance dans mon 
bavardage et, grâce à un mensonge, je suis parvenu à attirer 
l'attention de mon Seigneur. Pour l'accomplissement de mes 
vœux, que pouvais-je entrevoir d'égal à ce résultat? 

cr Permettez-moi d'espérer que, grâce à votre recommanda- 
tion, je serai admis comme domestique dans la maison de Son 
Altesse et que je pourrai vous donner des preuves de mon 
inépuisable dévouement. * 

Foudzi-i, qui ne s'était guère attendu à cette déclaration, 
voulut tenir compte de la manière humble avec laquelle le 
jeune Tô-kitsi avait exprimé son désir. Il alla donc rendre compte 
à son maître de ce qui s'était passé. 

Son Altesse Nobou-naga se mit à rire et lui dil : cr Ce polisson 
est très drôle avec son attitude audacieuse. Enrôle-le dans ton 
personnel. * 

Nommé aussitôt palefrenier, on l'appelait en riant : cr Petit 
singe ! petit singe ! v 

Dès lors , Tô-kitsi n'eut pas jour et nuit la moindre négligence 
dans la remise du fourrage aux chevaux; et, dans ses moments 
de loisir, il caressait avec ardeur tout leur corps, de sorte qu'en 
peu de temps leur pelage prit un beau brillant, ce dont s'aperçut 
Nobou-naga. 

Nommé plus tard porteur des sandales, il avait la précau- 
tion, lorsqu'il faisait froid, de mettre les chaussures sur son 
sein , afin de les réchauffer. Bref, il avait d'innombrables atten- 
tions. 

Nobou-naga, qui était un brave général alors dans la fleur de 
l'âge, ne se préoccupait jamais de la température. Qu'il fît- 
un froid rigoureux ou une extrême chaleur, dès le point du 
jour il se livrait à l'exercice. 

Or il arriva qu'un matin où la température était très froide, 
il s'était levé de meilleure heure que d'habitude. Comme il 



378 \ LÉO!S DE ROSNY. [10] 

n'aperçut absolument personne sous le portique du palais, il se 

mit à crier : <r Y a-t-il ici quelqu'un ? n 

Tô-kitsi, qui était déjà sur pied, répondit : <r Présent It> 
Nobou-naga lui dit alors : <r Comment se fait-il qu'en dehors 

de toi , il n'y ait ici personne ? n 

Tô-kitsi répondit respectueusement : <r Comme Votre Altesse 

est sortie ce matin une demi-heure plus tôt que d'habitude, 

personne en effet n'est encore à son poste. 

— Eh bien! ajouta le prince, comment se fait-il que toi tu 
sois venu d'aussi bonne heure ? 

— Votre humble serviteur, répartit Tô-kitsi, n'a pas agi 
seulement ce matin de la sorte. Tous les jours, il vient une 
heure avant les autres, attendre la sortie de Votre Altesse. t> 

Ainsi qu'il a été dit dans les chapitres précédents, Tô-kitsi 
n'était pas homme à se résoudre aisément à rester domestique 
quelque part. Néanmoins, comme on l'a vu, il tint à se mon- 
trer attentionné dans son service chez Son Altesse Nobou-naga, 
dont il parvint très vite à comprendre le caractère et à obtenir 
la confiance. Les endroits où Tô-kitsi avait servi antérieurement 
étaient des maisons de petites gens où il ne pouvait trouver 
carrière pour l'accomplissement de ses vues. 

Nobou-naga était un de ces héros dont on rencontre peu 
d'exemples dans l'antiquité et dans les temps modernes. Son 
intelligence l'emportait sur celle des autres hommes et la pos- 
térité l'a parfois considéré comme supérieur à /fûfc-yo*f ( Taï-kau 
Sama) lui-même. Aussi le jeune Tô-kitsi s'aperçut-il bientôt 
qu'il était un personnage capable de collaborer à ses desseins. 
Rusé et fidèle tout à la fois, il se fit son serviteur et parvint de 
la sorte à réaliser finalement de grandes actions. 

Nobou-naga, de son côté, sut vite apprécier la valeur de 
Tô-kitsi; et bientôt, n'ayant plus le moindre doute sur son 
compte, il n'hésita pas à tout lui confier. On peut dire qu'il y 



[11] ÉPISODES DE LA JEUNESSE DE TAÏ-kAU SAM A. 379 

eut, en cette circonstance, la rencontre extraordinaire de deux 
héros. 

Or Nobou-naga fut frappé des aptitudes de Tô-kitei à dépasser 
tout le monde dans l'accomplissement de son service et finit par 
l'appeler aux fonctions les plus importantes. Bien vite il lui 
remit la direction de ses cuisines. v Très économe, Tô-kitsi par- 
vint à y diminuer considérablement les dépenses. Donnant ainsi 
de plus en plus de satisfaction à son maître, il reçut de lui un 
traitement de trente enfilades. 

Un jour où Nobou-naga était à la chasse sur le Komoki , il 
vint à l'idée de Son Altesse de faire compter les arbres de cette 
montagne. Gomme ces arbres étaient nombreux et répandus 
pêle-mêle de tous côtes, le calcul semblait difficile. Aussi tous 
les gens de la suite du Prince furent-ils fort embarrassés pour 
accomplir l'ordre qui leur avait été donné. Tô-kitsi trouva un 
procédé ingénieux pour se tirer d'affaire. 11 coupa de petits 
bouts de ficelle et les fit attacher au pied de chaque arbre. 
Comme il avait compté à l'avance combien il avait coupé de ces 
bouts de ficelle, il lui fut facile, d'après ce qui restait entre «en 
mains, de savoir le nombre des arbres de la forêt. 

La présence d'esprit du jeune Tô-kitsi se traduisait miris cnnm 
par des actes de ce genre. 



LE MARIAGE DE TtVltfTSf 
AVEC LA PILLE DE FOL'DZI-I MATA-YÉMO.V 

Isolé, le Principe Femelle ne produit pas; Holitaiie, h? Prin- 
cipe Mâle ne se perpétue pas ' . CV«4 pour \t; infant* motif qui? 

(,) Cette idée est empruntée à r*n!irjrie phiio*r;phj*: rjp%uvty t huu\ti* *\** ('Anw*i* t 
qui atinboe toute crétù/m en « %u<m<\* au vmtatt fc <i#it% \#\ir\\*% opp**/**, Ut 
ytn ou r principe femelle* H V ytK% un *pnr*np*r mil**, 



380 LÉON DE ROSNY. [12] 

l'union du Ciel et de ici Terre ne devint effective que par le con- 
cours du principe femelle et du principe mâle. L'homme fait de 
la femme sa chambrée; la femme fait de l'homme sa maison (l >. 

De la sorte, la condition normale de la vie dérive du mari 
et de l'épouse. Le yin et le yang une fois réunis, la pluie tombe. 
Le mari et l'épouse une fois réunis, il en résuite la constitution 
de la famille. 

Foudzi-i Mata-yé-mon, chef de fantassins de Son Altesse 
Nobou-naga, avait une fille qui s'appelait Ya-yé®. Née dans 
une famille riche et opulente, elle n'était étrangère à aucun 
art. En outre, elle avait un charmant visage qui n'empruntait 
pas son incarnat au fard rouge; de sorte qu'elle avait acquis une 
grande renommée dans le pays. 

Or, il y avait à cette époque un jeune homme appelé Maé-da 
Inou-t&i-yo y chef des pages de Nobou-naga. 11 pensa à la belle 
Ya-yé et, au moyen d'un entremetteur, il la demanda en ma- 
riage à son père Mata-yé-mon. 

(,) Autre formule empruntée à la vieille littérature de la Chine, où le mot chih 
«chambre» est employé dans le sens de * épouse» et le mot kia * maison» dans 
celui de «épouse» et ensuite de « famille». Ces expressions ont toutefois, dans les 
idiomes de l'Extrême-Orient, une portée bien autrement étendue que dans nos 
langues. Le mot chih, par exemple, ne désigne pas seulement une maison ou une 
partie de la maison , mais on l'emploie comme désignation de <rla chambre spéciale 
de la femme» ou «gynécée». Il signifie enfin «le corps» ou «la personne» (chin), 
«un nid» (tchao), «l'intérieur d'une tombe» (tchoung-lcouang ), «la salle des an- 
cêtres», dont on connaît le rôle considérable dans la vie chinoise, etc. 

Quant au mot kia (vulg. «maison») qui , par parenthèse, est parfois une appel- 
lation de «réponse» , il peut aussi se traduire par «le mari». 

Il y aurait à faire sur ces deux mots une étude des plus intéressantes, qui éclair- 
cirait plus d'un point resté obscur de l'antique organisation sociale des Chinois. 
Dans une simple note , j'ai le regret de ne pouvoir en dire davantage. 

(,) C'est-à-dire «octuple». Ce nom, pour une jeune fille, peut sembler bizarre. 
Je crois en avoir découvert l'origine. Dans la pensée des Japonais, il rappelle une 
légende contenue dans leurs livres sacrés (voir mon Histoire des dynasties divines 
du Japon). 



[13] ÉPISODES DE LA JEUNESSE DE TAÏ-KAU SAMA. .381 

Mata-yé-mon fut.très joyeux et accueillit tout d'abord en prin- 
cipe la demande qui lui était faite. Puis il en informa sa fille 
Ya-yé. 

Que pensa la jeune tille de cette proposition? Elle éprouva 
une véritable horreur à l'idée de se marier avec Inou-tsi-yo et 
repoussa avec véhémence l'engagement pris par son père. 

Mata-yé-mon fit alors venir Tô-kitsi de Naka-moura et lui ra- 
conta de point en point ce qui s'était passé. Puis il le chargea 
d'aller chez Inou-tsi-yo et, après lui avoir fait des excuses, de 
lui expliquer le motif qui l'obligeait à revenir sur sa promesse 
au sujet de son mariage avec sa fille. 

Tô-kitsi, pour se conformer à ces instructions, se rendit aus- 
sitôt chez Inou-tsi-yo. 

Arrivé chez celui-ci et malgré les paroles onctueuses dont il 
fit usage, Inou-tsi-yo, qui était un guerrier de caractère éner- 
gique, se refusa tout d'abord de la façon la plus formelle à ce 
retrait de promesse. Il ajouta qu'il donnerait une réponse défi- 
nitive lorsqu'il aurait reçu des explications motivées au sujet de 
cette rupture. Tô-kitsi imagina alors un subterfuge et lui fit Ce 
mensonge : cr Ya-yé, fille de Mata-yé-mon, a contracté depuis 
longtemps avec moi une promesse de mariage. Son père n'en 
savait rien. Quoiqu'il ait accordé sa fille à Votre Excellence, 
l'accomplissement de votre union ne pourra pas réussir. Ayez 
un bon mouvement et pardonnez-moi ma faute. Si vous voulez 
bien consentir à la rupture de votre projet, vous me comblerez 
de bienveillance, u 

Inou-tsi-yo fut très surpris en entendant ces paroles et com- 
prit qu'il y avait là une ruse de Tô-kitsi. 

er Cette fille, se disait-il à lui-même, a pu contracter un 
engagement de mariage avec quelqu'un autre que moi; mais 
est-il possible qu'elle ait été jusqu'à entretenir dçs relations 
avec un jeune homme à figure de singe tel que Tô-kitsi ? t> 



382 LÉON DE ROSNY. [14] 

Il composa donc intentionnellement son visage et dit : 

«J'ignorais complètement qu'une pareille promesse vous avait 
été faite. Aussi ne sais-je comment m'y prendre 'pour réparer 
les fâcheuses paroles que je vous ai dites tout à l'heure. À partir 
d'aujourd'hui, je renonce à l'idée que j'avais eue de me marier 
avec la demoiselle Ya-yé et je me fais votre entremetteur pour 
aboutir à la réussite de vos desseins. » 

Tô-kitsi, qui ne s'était pas mépris sur le fond de la pensée de 
Inou-tsi-yo, éprouva un grand trouble en entendant ces paroles. 
Mais, bien qu'il ait décliné l'offre qui lui était faite, Inou-tsi-yo 
se montra de plus en plus entêté et alla rendre compte de l'in- 
cident à Nobou-naga. Tô-kitsi en fut très ennuyé et se vit dans 
l'obligation d'aller entretenir Mata-yé-mon et sa , femme de ce 
qu'il avait fait. 

Mata-yé-mon, lui aussi, ne savait comment sortir de cette im- 
passe. Il raconta donc ce qui s'était passé à sa fille Ya-yé; comme 
elle n'avait pas de dégoût pour la laideur de Tô-kitsi, elle 
consentit volontiers à le prendre pour époux. 

Mata-yé-mon et sa femme, très joyeux de cette résolution de 
leur fille, invitèrent Tô-kitsi à venir les voir et lui racontèrent 
ce qui s'était passé. 

Tô-kitsi, dont l'embarras ne faisait que s'accroître, ré- 
pondit : 

<r L'histoire que j'ai racontée n'était rien autre qu'une ruse 
imaginée sur le moment, et je ne pensais pas que les choses 
en viendraient là. v 

H eut alors beau chercher un moyen quelconque pour 
ajourner le mariage, Mata-yé-mon s'opposa formellement à 
toute temporisation. 

«Les choses, dit-il, en sont arrivées à un point où il n'est 
plus possible de tergiverser. D'ailleurs, ma fille désire se marier 
avec vous, et toute rupture devient d'autant pliis impossible 



[15] EPISODES DE LA JEUNESSE DE TAI-KAU SAMA. 383 

que le récit de cette aventure est parvenu aux oreilles de notre 
Prince, n 

On décida donc de choisir un jour faste pour l'accomplisse- 
ment du mariage. Inou-tsi-yo fut pris pour entremetteur et 
Tô-kitsi devint l'époux de Ya-yé. 

Inou-tsi-yo, toutefois, épia la conduite des nouveaux mariés. 
Il n'aperçut entre eux aucune incompatibilité d'humeur. Tout 
au contraire, en s'estimant mutuellement, ils éprouvèrent un 
respect et un amour réciproques; ils vécurent ainsi dans une 
heureuse intimité. Plus tard, lorsque Tô-kitsi eut pris en mains 
le gouvernail de l'Etat, il donna à son épouse le nom honorifique 
de Kita-no Man-dokoro. 

C'est cette noble femme qui reçut plus tard le titre de Kau- 
daï In. Sans s'être laissé détourner par la laideur du visage de 
Tô-kitsi, elle n'avait pas hésité aie prendre pour époux. C'est 
évidemment parce qu'elle avait pressenti sa haute supériorité. 
Aussi n'y a-t-il pas de comparaison possible à faire entre elle 
et Kiku-zyo rr Madame Chrysanthème*, sa première femme. 

DISPUTE DE KI-NO-SITA ET DE OUYÉ-SIMA. 

Le quinzième jour du premier mois de l'ère impériale Yeï- 
rokûy au printemps, les sujets de la maison d'Oda se rendirent 
tous sans exception à la citadelle et y présentèrent les félicitations 
en usage les jours fériés. 

Son Altesse Nobou-naga, qui était tout particulièrement dans 
de bonnes dispositions, avait fait préparer un grand banquet. 

A cette occasion, il s'adressa aux officiers qui étaient présents 
et leur demanda de lui dire s'il valait mieux faire usage, dans 
les combats, de lances à manche long ou de lances à manche 
court. 

Ouyé-sima Mondo, qui avait été nommé fonctionnaire de la 



384 LEON DE ROSNY. [16] 

maison du Prince grâce à sa supériorité dans le maniement de 
la lance, s'avança alors et déclara que les lances à manche 
court lui semblaient les plus avantageuses. 

Or Nobou-naga , qui était depuis longtemps partisan des lances 
à long înuuclie, ne fut pas satisfait de la réponse de Mondo et 
ordonna que chacun des généraux fît connaître son avis sur la 
question qu'il avait posée. 

Tô-kitsi, qui avait l'habitude de se mêler de tout, s'avança 
et dit : «Dans ma pensée, les lances à long manche sont 
bonnes; celles dont le manche est court ne le sont pas. Pour 
en faire l'expérience, mandez des fantassins qui ignorent le 
maniement de la lance. Si vous faites combattre un groupe 
auquel on donnera des lances à long manche contre un autre 
groupe auquel on donnera des lances à manche court, la vic- 
toire sera à coup sûr du côté de ceux qui auront reçu les 
longues lances, et de la sorte vous saurez à qubi vous en tenir 
sur le mérité des unes et des autres. La question n'est pas dis- 
cutable; faites-en l'expérience sous vos yeux.» 

Mondo, en entendant ces paroles, se mit dans une grande 
colère et dit à Tô-kitsi : <r Vous qui êtes un ignorant dans l'art de 
manier la lance, vous venez déparier à la légère. Je vais prendre 
sous ma responsabilité cinquante fantassins et, pendant trois 
jours, je les exercerai au maniement de la lance. Vous faites- 
vous fort de gagner une bataille contre eux en faisant usage de 
lances à long manche? Dites-le, oui ou non.* 

Tô-kitsi répondit en riant : <r Vous disputer ici sur le système 
qui provoquera la victoire et sur celui qui causera la défaite, 
est bien inutile. Moi aussi, je vais prendre sous ma responsabi- 
lité cinquante fantassins et, pendant trois jours, je leur ensei- 
gnerai la supériorité des lances à longs manches. Lorsque le 
quatrième jour sera venu , on livrera le combat et on fera une 
expérience pour trancher la question. 



[17] ÉPISODES DE LA JEUNESSE DE TAÏ-KAU SAMA. 385 

Son Altesse Nobou-naga, ayant approuvé cette proposition, 
donna ordre à Souga-ya Kou-yé-mon de mettre cinquante fantas- 
sins à la disposition d'Ouyé-sima et un nombre égal à celle de 
Ki-no-sita. 

Or donc, dès qu'Ouyé-sima Mondo eut réuni ses cinquante 
soldats, il leur expliqua minutieusement les motifs qui permet- 
taient de vaincre avec des lances à long manche plutôt qu'avec 
des lances à manche court. Puis il donna à chacun des lances 
de bambou, et du matin au soir on ne cessa pas les exercices, 
au point de mettre les combattants eu grande sueur. Toutefois, 
comme il n'y avait là en somme qu'une sorte d'improvisation, 
le succès de l'exercice fut nul, et il ne se produisit dans la mêlée 
qu'un affreux désordre. 11 s'en suivit un tumulte et l'exercice 
tourna en jeu d'enfant, ce qui mit Mondo en colère. Il prit 
alors un sabre de bambou et en frappa ses soldats, ce qui les 
indisposa fortement. Ainsi finit l'exercice pour cette journée. 

Quanta Ki-no-sita, il réunit de son côté ses cinquante hommes 
eu vue de leur faire étudier le maniement de la lance. Tô-kitsi 
lit alors venir lui-même du vin et de la viande qu'il donna à 
tous ses soldats. Après avoir bien bu et bien mangé, au comble 
de la joie et enivrés, ils dirent qu'ils allaient s'en aller. Tô-kitsi 
ordonna alors aux gens de service de les faire festoyer de 
nouveau. 

Lorsque le repas fut terminé, Tô-kitsi, se tournant vers les 
fantassins, leur dit : « Pour cette fois, allez-vous en chacun chez 
vous prendre du repos. Demain vous viendrez de nouveau.» 
Les fantassins demeurèrent un instant et dirent : ce Mais nous 
avons eu l'honneur de venir aujourd'hui pour recevoir vos 
leçons dans l'art de manier la lance. » 

Gomme ils allaient alors se retirer tous à la fois, Tô-kitsi se 
mit à rire et se borna à ces quelques mots : cr II était inutile de 
vous faire faire l'exercice aujourd'hui. Maintenant que vous 

VKMOUtRS ORIENTAUX. 2 5 



IMPBIWr.BII'. %«TI<I*AM 



386 LÉON DE ROSNY. [18] 

avez bien bu et bien mangé, retournez vite à votre demeure 
pour vous reposer, n Puis il se leva sans attendre la réponse. 

Les soldats, ne sachant que faire, s'en allèrent en compa- 
gnie les uns des autres. 

Chemin faisant, ils se dirent : «Le seigneur Ouyé-sima est 
passé maître dans l'art de manier la lance; quant au seigneur 
Ki-no-sila, il n'est pas au courant; c'est pour cela qu'il a suspendu 
l'exercice cette fois-ci; Ouyé-sima sera vainqueur. C'est pour 
que nous ne disions rien qu'il a festoyé aujourd'hui. Quoi qu'il 
arrive, victoire ou défaite, ce ne sera pas notre faute. Que la 
responsabilité en incombe à Ki-no-sita ou à Ouyé-sima, toujours 
est-il que nous avons eu le plaisir de bien nous régaler. r> Puis 
ils rentrèrent chez eux en émettant toutes sortes d opinions 
différentes. 

Or, à ce moment et pendant toute la durée de trois jours 
consécutifs, les fantassins d'Ouyé-sima, couverts de sueur, se 
livrèrent à l'escrime sans prendre haleine, dans le but d'assurer 
la défaite des soldats de Ki-no-sita. Les troupes de ce dernier, 
au contraire, ne se livrèrent en aucune façon à l'étude du ma- 
niement de la lance. On se contenta de leur bien donner à 
boire et à manger, et en plus on leur fit passer la journée 
à causer gaiement les uns avec les autres. 

Lorsque le quatrième jour fut arrivé, de très grand matin, 
conformément à ce qui avait été convenu à l'avance, on apporta 
des lances de bambou aux cinquante fantassins d'Ouyé-sima et 
à ceux de Ki-nb-sita. Puis on établit la place où devait se faire 
'expérience projetée à l'Est et à l'Ouest du champ des courses. 

S. A. Nobou-naga, Siba-ta, Sa-kou-rna, lké-da Mori regar- 
dèrent dès le début avec inquiétude de quel côté serait la vic- 
toire du jour. 

Souga-ya Kou-yé-mon fit alors battre le tambour pour donner 



[19] ÉPISODES DE LA JEUNESSE DE TAÏ-KAU SAMA. 387 

le signal du combat et les troupes de l'Est et de l'Ouest, en 
entendant. le son, s'approchèrent l'une de l'autre. 

Aussitôt qu'on aperçut l'engagement des lances, suivant la 
tactique arrêtée par Ki-no-sila, les soldats de sa troupe se divi- 
sèrent en trois corps et poussèrent ensemble une clameur. Puis, 
en profitant de l'impétuosité que cette clameur avait provoquée, 
ils se jetèrent sur la troupe d'Ouyé-sima, sans dire ni deux ni 
trois. 

Les soldats de celui-ci, qui n'avaient rien gagné aux exercices 
auxquels ils s'étaient livrés pendant plusieurs jours, furent ter- 
rifiés par les clameurs de leurs adversaires, tombèrent en plein 
désordre et se mirent en fuite. Ki-no-sita Tô-kitsi-rau ouvrit alors 
son éventail et donna l'ordre à ses soldats d'avancer, d'avancer 
encore et avec leurs longues lances de percer et de frapper leurs 
adversaires. Après les avoir poursuivis tout au plus à une dis- 
tance d'un demi tsyau (3o mètres), Souga-ya Kou-yé-mon fit 
sonner la cloche pour mettre fin au combat. La troupe de Ki-no- 
sita, qui avait obtenu un complet triomphe, témoigna de sa joie 
en faisant entendre avec enthousiasme à trois reprises succes- 
sives des cris de victoire, et elle opéra sa retraite d'une façon 
merveilleuse. 



DU HALDE ET D'ANVILLE 

(CARTES DE LA CHINE) 



PAR 



HENRI CORDIER 



DU HALDE ET D'ANVILLE 

(CARTES DE LA CHINE) 



Parmi les grands travaux entrepris sous les auspices du cé- 
lèbre empereur K'ang-hi |j| JJR , le second souverain de la dy- 
nastie Ta Ts'ing ;£}&, qui règne encore aujourd'hui sur la 
Chine, il faut compter la carte de son Empire dont il confia 
l'exécution aux missionnaires jésuites établis à sa cour. Cette 
œuvre immense fut commencée le k juin 1708= 16 e jour de 
la 6 e lune de la /17 e année K'ang-hi, par les PP. Bouvet W, 
Régis W et Jartoux (3 > qui dressèrent la carte de la Grande Mu- 
raille, terminée le to janvier 1709; les cartes de la Mand- 
chourie et des autres provinces chinoises furent levées par les 
PP. Jartoux, Régis, Fridelli W, Cardoso^, Bonjour^), de 
Tartre' 7 ), de Mailla M et HindererW; le Yun-nan par Fridelli, 

(1) Joachim Bouvet ÉJ -ff-, Pe tsin, né au Mans, 1 8 juillet 1 656 ; t a 8 juin 1 730 , 
à Pe-king. 

m Jean-Baptiste Régis, ff i£ §, Lei Kiao-se, né à Bourg dlstres, Pro- 
vence, 29 janvier i664; t à Pe-king, si novembre 1738. 

(3Î Pierre Jartoux, $t 4j§^|, T° u Te-mei, né à Embrun, 2 août 1669; 
t 3o novembre 1730 , à Pe-king. 

(4) Ehrenbert- Xavier Fridelli, H fë, Feiln, né à Linz, 11 mars 1673; 
t h juin 17^3, à Pe-king. 

{t) François-Jean Cardoso, ^ ^J jft, Me Ta-tch'eng, né en 1676, au Por- 
tugal; t \k août 1733, à Pe-king. 

(6) Moine augustin. 

^ Pierre-Vincent de Tartre, fâ fâ ^F , Tang Chang-hien, né 22 janvier 1 669, 
à Pont- à-Mousson ; t à Pe-king, 2 5 février 173 h. 

($ ' Joseph-Marie- Anne de Moyria de Mailla, $f Dfc JE, Fong Pin-tcheng, né 
16 décembre 1669, au bourg de Moirans (Isère); t 28 juin 17&8, à Pe-king. 

(9) Romain Hinderer, {}§ 3§ t?£ , 7* Ma-no, né à Reiningen, Alsace, 21 sep- 
tembre 1669;! 2/1 août 17 A4, à Nan-king. 



392 HENRI CORDIER. [à] 

Bonjour et Régis fut commencé en 171 5; quand les PP. Ué- 
gis et Fridelli revinrent à Pe-king en janvier 1717, on s'oc- 
cupa, sous la direction du P. Jartoux, retenu dans la capitale 
par ses infirmités, de réunir les cartes des provinces en une 
carte générale qui fut offerte à l'empereur en 1718W. Les 
manuscrits du P. Jartoux relatifs à ces cartes furent plus tard 
expédiés à Paris M. 

D'ailleurs je renvoie pour la description de ces cartes à la 
préface de Du Halde, à la Bibliotheca sinica 9 col. 183-187, et 
enfin à l'excellent article du P. J. Brucor, lu au IV e congrès 
international des sciences géographiques, tenu à Paris en 
1889W. 

Le P. Charles le Gobibn étant mort le 5 mars 1708, on fil 
choix du P. Jean-Baptiste Du Halde W pour continuer la publi- 
cation des Lettres édifiantes et curieuses commencée en 1709 et 
dont huit volumes avaient paru. Les recueils IX-XXVI de cette 
collection ont été en effet donnés par Du Halde qui eut le P. Pa- 
touillet pour successeur. Les nombreux mémoires qui parve- 
naient à Du Halde comme directeur des Lettres édifiantes et qui 
ne pouvaient d'ailleurs prendre place dans ce recueil à cause 
de leur quantité et de leur étendue , donnèrent à ce religieux 
l'idée de publier un ouvrage dans lequel seraient insérés et 
fondus ensemble tous les matériaux qu'il avait entre les mains. 

Le prospectus de la Description géographique . . . .de la Chine 
parut dans les Mémoires de Trévoux® et dans La Clef du Calri- 

(1) Du Halde, Description, I, p. xxxv. 

(4) Gaubii, Lettres édif., Panthéon littéraire, IV, p. 60. 

(3) Communication sur l'exécution des caries de la Chine par les missionnaires 
du xvn e siècle d'après des documents inédits, par M. l'abbé Brucker. (IV* Congrès 
int. Se. géog.y Paris, 1889, 1, p. 378-896.) 

(t) Jean-Baptiste Du Halde, né à Paris, 1" février 1676; entré dans la Com- 
pagnie de Jésus, le 8 septembre 169a; t 18 août 17&3. 

(&) 1733, pp. 496-594. 



15] DU HALDE ET D'ANVILLE. 393 

net' l \ et enfin en une pièce in-4° de quatre pages, imprimée 
chez P. G. Le Mercier fils, en 1733. Pour la rédaction de son 
ouvrage, Du Halde, qui n'est pas allé lui-même en Chine, mit 
en œuvre les mémoires manuscrits et imprimés des vingt-sepl 
missionnaires suivants : Martin Martini, Ferdinand Verbiest, 
Philippe Godplbt, Gabriel de Magalhaens, Jean de Fontanet, Joa- 
chim Bouvet, Jean-François Gerbillon, François Noël, Ixmis 
Le Comte, Claude de Visdelôu, Jean-Baptiste Régis, Joseph-Henri 
dk Prémare, François-Xavier Dentrecolles, Julien-Placide Her- 
vied, Cyr Contancin, Pierre de Govillb, Jean-Armand Nyel, 
Dominique Parrenin , Pierre Jartoux, Vincent de Tartre, Joseph- 
Marie-Anne de Moyria de Mailla, Jean- Alexis Gollet, Claude 
Jacquemin, Louis Porquet, Emeric de Chavagnac, Antoine Gaubil, 
et Jean-Baptiste Jacques. 

Afin d'augmenter l'attrait et l'importance de son ouvrage, 
Du Halde songea à utiliser les cartes de ses confrères de Chine, 
et dès 1728, il s'adressa au célèbre géographe J.-B. d'AnviHe^ 
pour les mettre en état d'être gravées. Le i5 avril 1728, le 
traité suivant était signé entre le jésuite et le géographe. 



1 

Aujourd'hui quinzième d'Avril, mil sept cent vingt huit, Nous soussi- 
gnés Père du Haldb de la Compagnie de Jésus, et S r . d'An ville, Geo- 
graphe ord*. du Roi, sommes convenus de ce qui suit, scavoir : Que moi 
d'Anville m'engage de réduire et dessiner les Cartes particulières des pro- 

(l} Juin 1733, pp. 379-395. 

(S) Jcan-Baptiste-Bourguigiion d'Anville, <r premier Géographe du Roi , Pension- 
naire de l'Académie des Inscriptions et Relies-Lettres, Adjoint-Géographe de l'Aca- 
démie des Sciences, de la Société des Antiquaires de Londres, de l'Académie des 
Sciences de Pétersbourg, Secrétaire ordinaire de M. le duc d'Orléans, naquit à 
Paris le 11 juillet 1697, de Hubert Bourguignon et de Charlotte Vaugon». 
(Éloge, p. 1 5.) Il est mort le 28 janvier 1789. 



m HENRI CORDIER. [6] 

vincesde la Chine et de la Ta r Une Chinoise, faites par les RR. PP. Jé- 
suites, item d'en faire les trois Cartes générales, et tons autres morceaux 
de Géographie qui doivent entrer dans l'ouvrage que le R. P. Du Halde 
compose sur la Chine et la Tartarie. Et moi P. Du Halde m'engage de re- 
compenser ledit S r . de la somme de six cent livres, dont la moitié sera 
payahle en argent, et l'autre moitié par le nombre de trente exemplaires 
du recueil complet de toutes les Cartes faites pour ledit ouvrage. Item, de 
permettre audit Sieur d'avoir, en faisant les frais du papier et de l'im- 
pression, cent exemplaire* de chaque Car^e générale, ou bien un plus 
grand nombre de celle seulement qui comprendra la Chine et la Tartarie, 
en rabattant d'autant sur le nombre des deux autres cartes générales, 
au choix dudit S r . d'Ànville. Et vft que le recueil complet desdites Cartes 
générales et particulières aura du débit séparément de l'ouvrage imprimé, 
il a été arrêté que ce débit se fera par le Sieur d'Anville, ce qui sera in- 
diqué sur les Cartes, et sera attribué audit S r . le tiers du prix de ce qui 
sera vendu pour droit de marchand. Promets en outre moi P. Du Halde 
audit S r . un exemplaire complet de mon ouvrage dès qu'il sera imprimé, et 
me ferai un plaisir d'obliger ledit sieur en faisant mention de son travail, 
dans le plan que je dois donner au public de mon ouvrage, et dans l'ou- 
vrage même, s'engageant ledit Sieur a avoir une attention particulière à ce 
que les Cartes soient correctement et proprement exécutées par les gra- 
ueurs, et à corriger les épreuves. 

Fait double entre nous : 

d'Anville J.-B. Du Haldi 

Géographe ord N . du Roi. de la Comp* de Jésus. 

Dès 1799, les cartes des quinze provinces étaient dressées 
par d'Anville. Un nouvel arrangement intervint le 9 juillet 1799: 



II 

Nous soussignés sommes convenus de ce qui suit : scavoir, que moi 
Père Duhaldb, de la Compagnie de Jésus, consens de donner à Monsieur 
d'Anville, Géographe ordinaire du Roi, chargé du travail des Cartes géné- 
rales et particulières delà Chine, Tartarie Chinoise, et Tibet, une aug- 
mentation de deux cent livres en argent, au moyen de quoi, moi d'An- 



17] DU HALDE ET D'AN VILLE. 395 

ville, Geogr. ord" du Roi, consens de rabattre vingt exemplaires sur le 
nombre de trente, auxquels le Révérend Père Duhalde s'est engagé envers 
moi, m'en tenant au nombre de dix exemplaires de rassortiment complet 
drsdites Cartes par moi dressées, le Révérend Père consentant en outre 
que je puisse avoir cent exemplaires de la Carte générale du Tibet, aux 
mêmes conditions que les Cartes générales de la Chine et de la Tartarie 
Chinoise. Fait double entre nous, le vingt deuxième de Juillet mil sept 
cent vingt neuf. 

[Sig.] J.-B. Do Haldb. d'Anvillb 

Géographe ord". du Roi. 

De 17.30 à 1733 paraissent d'autres cartes dressées par 
d'Anville, d'après les documents fournis parles Jésuites, mais 
il dessine entièrement : la Carte générale de la Chine (1730), 
la Carte générale de la Tartarie chinoise (1732), la Carte gé- 
nérale du Tibet (1 733) et la Carte générale de la Chine, de la 
Tartarie chinoise et du Tibet (1736); ces quatre dernières 
cartes ont été formées par d'Anville, rc d'après celles de détail, 
en les assujettissant aux observations astronomiques, et il y a 
même ajouté, de son propre fonds, tout ce qui remplit le cadre 
de ces mêmes Cartes, et qui ne lui avoit pas été fourni par les 
Jésuites D M. 

Un dernier arrangement a lieu le 1 1 janvier 173/1: 



III 

Je promets de donner le dessein de la Carte générale, qui reste à faire, 
autour du quinzième d'Avril prochain. 

Si par quelque accident ou difficulté de travail imprévue, il arrivoit 
que ce dessein fut retardé d'une quinzaine de jours, cela n'infirmera rien 
dans ce qui suit. 

Je me désisterai du privilège ou droit de la vente particulière des 

(,) Notice des ouvrages de M. d'Anville. . . Paris, An X (1803), in-8*, p. 84. 



396 HENRI CORDIER. [8] 

Caries, pour le tems qu'il plaira au Révérend Père de ne point débiter 
lesdites Cartes hors de son ouvrage imprimé : moyennant que le R. P. n'en 
fasse point débiter par quelque autre persone que ce soit, et m'en con- 
serve le droit pour le tems qu'il jugera à propos d'ouvrir le débit particu- 
lier de ces Cartes, aux conditions dont il a été convenu par le premier 
traité. 

Je me désisterai même du droit qui m'avoit été accordé d'avoir cent 
exemplaires de chaque carte générale. Moyennant que le R. P. veuille 
bien me conserver dix exemplaires de chaque Carte générale, dont le R. P. 
voudra bien me gratifier. 

Je conserverai aussi le droit d'un Exemplaire imprimé de l'ouvrage, 
tel qu'il m'a été accordé par le même traité. 

À l'égard des mil livres qu'il plaist au R. P. de irf accorder en dédom- 
magement et gratification, ris seront payables dans le courant de la pré- 
sente année, en plusieurs payemens, de mois en mois, de quatre vingt 
livres chacun, qui pourront être reçus le premier de chaque mois, si ce 
n'est que le R. P. m'accordera un premier payement de quatrevingt 
livres actuellement, et en signant les articles dont il s'agit, et comme le 
douzième payement a échoir le premier de Décembre prochain, ne lais- 
sera plus que quarente livres pour le parachèvement des mil livres, ce 
restant sera payable au dernier dudit mois de Décembre. 

Les termes de ces payemens pour les six premiers mois seront assurés 
par le présent accord. Quant aux termes suivans, le R. P. promet seule- 
ment de faire de son mieux pour y satisfaire. 

Les susdites conditions acceptées, et l'écrit fait et signé double le 
onzième de Janvier 1734. 

Du Halde d'An ville 

de la Comp. de Jesvs. Géographe ord". du Roi. 

Enfin l'ouvrage de Du Halde parut en 1 ^35^) et lecompi- 

(,) Description géographique, historique, chronologique, politique de l'Em- 
pire de la Chine et de la Tarlarie chinoise, enrichie des cartes générales & parti- 
culières de ces Pays, de la Carte générale & des Cartes particulières du Thibet, & 
de la Corée, & ornée d'un grand nombre de Figures & de Vignettes gravées 
en Taille-douce. Parle P. J.-B. du Halde, de la Compagnie de Jésus. À Paris, 
chez P. G. Lemercier, Imprimeur- Libraire, rue Saint -Jacques, au Livre d'Or, 
M.DCC.XXXV. Avec Approbation et Privilège d.i Roy. h vol. in-folio. 



! 
[9] DU HALDE ET D'ÀNVILLE. 397 

lateur ne manqua pas de rendre au géographe la justice qui 
lui était due; il a en effet le soin d'écrire dans sa Préface 
(pp. XLviij-XLix) : 

rrPour rédiger ces Cartes, & les mettre en état de passer entre les 
mains des Graveurs, j'ai jette les yeux sur M. d'Anville Géographe ordi- 
naire du Roy : c'est ce qu'il a fait avec cette netteté & cette exacte jus- 
tesse qu'on lui connolt. Apres quoi des Cartes particulières, il a dressé 
les Cartes générales, & leur a donné une étendue propre à faire con- 
noitre, indépendamment même des Cartes particulières, jusqu'où les Mis- 
sionnaires ont porté le détail & la précision dans ce grand Ouvrage de 
Géographie. Il n'a entrepris la Carte générale de la Tartarie, qu'après 
avoir pris communication des Mémoires particuliers du Père Gerbillon , 
& les avoir combinez avec les Cartes; & même pour remplir le carré de 
cette Carte, il y a fait entrer le Japon tout entier, & quelques Terres 
plus Septentrionales qu'il y fait paraître avec des circonstances particu- 
lières. Pour ce qui est de la Carte du Thibet, il l'a conformé dans la par- 
tie qui confine à l'Indostan, aux connoissances positives qu'on peut 
prendre par ce côté-là. 

« Enfin dans la Carte qui est à la tête de l'Ouvrage, & qui comprend 
toutes les autres en général, outre la vaste étendue de pays dont on vient 
de parler, on se porte jusques sur la Mer Caspienne. Les Missionnaires 
en ont eu quelques connoissances qu'ils n'ont pas été en état de perfec- 
tionner; ils ont souhaitté néanmoins qu'on en fît usage, après les avoir 
comparées & jointes aux connoissances qu'on pourroit rassembler d'ail- 
leurs. C'est aussi ce que M. d'Ànville a exécuté avec un grand soin, 
comme on le verra expliqué en détail dans les Observations Géogra- 
phiques & Historiques sur le Thibet. 

« Je ne dis rien de l'Impression de cet ouvrage, ni des soins qu'on s'est 
donné pour l'enrichir de tous les ornemens dont il étoit susceptible. On 
verra assez que rien n'a été épargné pour la beauté du papier, des carac- 
tères, & des gravures; les Vignettes, les Cartouches des Cartes, & les 
Planches en Taille-douce ont été gravées sur les desseins & par la direc- 
tion de M. Humblot, qui est parfaitement entré dans le goût des Pein- 
tures faites par les Chinois mêmes 1 , que je lui ai mises entre les mains, 
& dont une partie m'avoit été communiquée par M. du Vclaer, qui a de- 
meuré plusieurs années à Canton en qualité de Directeur de la Compagnie 



398 HENRI C0RD1ER. [10] 

des Indes. Je lui suis également redevable des connoissances très-sûres 
qu'il m'a données de l'isle de Hai nan, où il a fait quelque séjour, & je 
me fais un plaisir & un devoir de lui en marquer ici ma reconnois- 
sance». 

Les cartes de d'AnviHe furent d'ailleurs réunies en un atlas 
séparé (i 737)^^ pour l'édition de DuHalde, faite en Hol- 
lande en 1736^). Cet atlas ne contient que 4 a cartes, aussi 
préfère-t-on le suivant, publié à Paris chez Dezauche^, qui 
contient 66 planches, c'est-à-dire les 5o cartes et les i h planches 
du Du Halde de Paris. 

Les planches de d'An ville furent retouchées afin de former 
Y Atlas général de la Chine ■(*) publié en 1 785, à Paris, chez Mou- 

(l) Nouvel Atlas de la Chine, de la Tartane chinoise, et du Thibet : contenant 
les Cartes générales & particulières de ces Pays, ainsi que la Carte du Royaume 
de Corée; La plupart levées sur les lieux par ordre de l'Empereur Cang-Hi avec 
toute l'exactitude imaginable , soit par les PP. Jésuites Missionnaires à la Chine, 
soit par les Tartares du Tribunal des Mathématiques, & toutes revues par les 
mêmes Pères : Rédigées par M r d'An ville, Géographe ordinaire de sa Majesté très- 
chrétienne. Précédé d'une description de la Boucharie Par un Officier suédois qui 
a fait quelque séjour dans ce pays. À la Haye , chez Henri Scheurleer , MDCCXXXVI1. 

(t) Description géographique, historique, chronologique, politiques, et physique 
de l'Empire de la Chine et de la Tartane chinoise, enrichie des Cartes générales 
et particulières de ces pays, de la Carte générale & des Cartes particulières du 
Thibet, & de la Corée; & ornée a un grand nombre de Figures & de Vignettes 
gravées eb taille douce. Par le P. J.-B. Du Halde, de la Compagnie de Jésus. Avec 
un Avertissement préliminaire , où Ton rend compte des principales améliorations 
qui ont été faites dans cette nouvelle Edition. A la Haye, chez Henri Scheurleer, 
M.DCC.XXXVI,4vol. in-4*. 

(3) Atlas général de la Chine, de la Tartane chinoise, et du Thibet. Pour ser- 
vir aux différentes Descriptions et Histoires de cet Empire. Par M. Danville, 
Premier Géographe du Roi. A Paris, chez Dezauche, Géographe, successeur des 
S" Delisle et Philippe Buache , premiers Géographes du Roi, et de l'Académie 
Royale des Sciences. Rue des Noyers. Avec Privilège du Roi. In-fol. 

(4) Atlas général de la Chine; pour servir à la Description générale de cet 
Empire, Treize Vol. in-4. Rédigée par M. l'Abbé Grosier, Chanoine de Saint- 
Louis du Louvre. A Paris, Chez Moutard M.DCC.LXXXV, in-folio. 



[H] DU HALDE ET D'ANVILLE. 399 

tard, pour accompagner la Description de l'abbé Grosier; l'Aver- 
tissement suivant fut placé en tête : 



AVERTISSEMENT DU LIBRAIRE. 

Cet Atlas est composé des mêmes Caries et Planches qui ont servi à l'édi- 
tion de l'Ouvrage du P. Du Halde. Un hasard heureux ayant produit la ré- 
union de tous ces cuivres, & mis à portée d'en faire l'acquisition, on a 
cru devoir en enrichir la nouvelle Description générale de la Chine, dont 
lé texte correspond à toutes les parties de cet Atlas. Le nom célèbre de 
feu M. D'Anville, premier Géographe du Roi, suffit à l'éloge de ces Cartes, 
dont le travail lui fut confié. Il est vrai que le P. De Mailla, dans quelques- 
unes de ses Lettres, a paru se plaindre de leur inexactitude : mais, 
d'après le Mémoire justificatif publié en 1776 par M. d'Anville (1) , il est 
suffisamment prouvé que les légers changemens qu'il s'est permis de 
faire aux Cartes autographes étoient fondés & nécessaires; & l'on sait 
d'ailleurs que ce Jugement un peu précipité du P. De Mailla n'a été porté 
que sur les premières épreuves des Cartes, envoyées de Paris à Pe-king. 
C'est une justice que l'Éditeur même de l'Histoire générale de la Chine 
s'empresse de rendre à la mémoire & aux talens connus de feu M. D'An- 
ville. 

Les cartes originales de d'Anville achetées de Demanne, 
sont aujourd'hui déposées à la Bibliothèque nationale à Paris; 
celles qui sont relatives à la Chine sont conservées dans le 
portefeuille marqué : rr 5. d'Anville. E. Manusc. g. mod. 
ù* part. 3*. 

Plusieurs de ces cartes sont endommagées : la Carte géné- 
rale de la Chine (mars 1730), dont la partie supérieure est 
enlevée; celle du Chen-si, avec une bràlure au milieu; et 

(l) Mémoire de M. d'Aaville, Premier géographe du Roi, des Académies 
Royales des Belles-Lettres et des Sciences, sur la Chine. A Pe-kin, et se trouve à 
Paris, chez t Auteur, aux Galeries du Louvre, rue de FOrtie. M.DCC.LWVI, 
pet. in-8*, pp. £7. 



400 HENRI CORD1ER. [là] 

celle du Hou-kouang avec de grosses taches; les autres cartes 
sont en très bon état (, l 

Ayant trouvé les pièces inédites qui font aujourd'hui partie 
de ma collection particulière, du contrat intervenu entre Du 
Halde et d'An ville, j'ai cru que l'histoire des Cartes célèbres 
de la Chine offrirait quelque intérêt. 



;»} 



BibUothcea êinica, col. i84-i85. 



QUELQUES NOTES 

SDR 

LA VIE EXTÉRIEURE DES ANNAMITES 

PAR 

JEAN BONET 



M AVOIRBS ORIENTAUX. 96 

IHrUlHKBIK RATIOIALK. 



QUELQUES NOTES 

SUR 

LA VIE EXTÉRIEURE DES ANNAMITES 



Comme an peu partout en Extrême-Orient, les pays annamites sont en 
pleine évolution. Les lois fondamentales de la nation ayant été adaptées aux 
principes de la pnissance souveraine, et l'action française se faisant sentir 
sur toute rétendue du territoire, nos idées pénètrent de jour en jour plus 
avant dans les masses de la population indigène. Par suite le caractère 
national peu à peu se modifie, la pensée du peuple change, une autre 
conscience s'éveille, de nouvelles préoccupations surgissent, et, lentement, 
insensiblement, tout se transforme. Il est visible qu'une autre psychologie 
est en train de se créer. L'application de méthodes gouvernementales nou- 
velles, la mise en pratique de règles d'économie politique et sociale tota- 
lement ignorées jusqu'ici, devaient également contribuer pour une large 
part à développer chez ce peuple comprimé par un despotisme millé- 
naire, un état d'esprit plus libre, plus dégagé, un sentiment de la res- 
ponsabilité personnelle et du respect de soi-même plus profond, plus 
réfléchi. L'Annamite, on le sait, possède un don d'imitation et une fa- 
culté d'assimilation remarquables. N'est-il pas d'ailleurs tout naturel que les 
hommes de la génération présente, élevés pour la plupart dans nos écoles et 
vivant en contact perpétuel avec une société européenne d'élite, se fassent 
de la vie intellectuelle et matérielle une conception sensiblement différente 
de celle que pouvaient s'en faire leurs ancêtres? Aussi, en ce qui nous con- 
cerne, est-ce d'un regard peu étonné que nous voyons ce peuple, 
naguère si attaché aux antiques coutumes, se prononcer résolument au- 
jourd'hui pour les avantages et les commodités que leur dispense sans 
compter la science occidentale. Le nouvel outillage économique — chemins 
de fer, transports fluviaux, postes et télégraphes, etc. — a été, dès son 
apparition dans le pays, en pleine faveur auprès de toutes les classes de 
la société indigène. Il n'est pas jusqu'aux sports européens — véiocipé- 
disme, r.utomobilisme, courses, régates, etc., — pourtant d'importation 

*6. 



404 JEAN BONET. [4] 

récente, qui ne soient à l'heure actuelle suivis, recherchés ou admirés 
par la grande majorité des habitants des principales villes et chefs-lieux 
de provinces. 

Les choses étant ainsi, on ne saurait trouver extraordinaire que cer- 
tains usages, certaines coutumes, quelques manières d'être ou de faire 
tendent, sinon à disparaître tout à fait, du moins à se fondre, à se mé- 
langer dans une certaine mesure avec les nôtres. Et il nous a alors semblé 
qu'il y aurait peut-être utilité à faire connaître ou à rappeler, en une 
courte étude et avant que la forme primitive n'en soit changée, les prin- 
cipaux traits de la vieille physionomie annamite, le mode d'existence des 
différentes classes de la société indigène, ainsi que quelques habitudes 
bonnes ou mauvaises, privées ou publiques de cette grande et historique 
famille humaine aujourd'hui soumise à nos lois et que nous trouvons, 
pour notre part, digne d'intérêt, de sympathie et d'affection. 

Nous avons cru pouvoir annoter notre propre travail. Outre les ré- 
flexions philosophiques et les constatations utiles qu'elles peuvent sug- 
gérer, les remarques ou notes qui accompagnent le texte présenteront 
ce double avantage de mettre en relief certaines particularités encore peu 
connues, tout en coupant la monotonie inévitable de descriptions forcé- 
ment très nourries et peut-être même un peu trop détaillées. 



I 

Au point de vue ethnographique les Annamites font le trait 
d'union entre les races mongole et malaise. De taille ordinaire- 
ment petite et d'apparence plutôt grêle, ils ont néanmoins les 
membres bien constitués, les muscles suffisamment développés. 
La couleur de leur épidémie varie selon le rang, la position so- 
ciale , le genre de vie ou les travaux auxquels ils se livrent i depuis 
le blanc terreux jusqu'au foncé presque noir. La tête, d'une gros- 
seur moyenne , est très bien proportionnée avec le reste du corps, 
le front haut, large et presque toujours bombé, les pommettes 
fortement proéminentes, les tempes et les oreilles entièrement 
dégagées par l'habitude de ramasser sur la tête leur longue cheve- 
lure. La bouche est modérément fendue, les dents sont saines, 



[5] - VIE EXTÉRIEURE DES ANNAMITES. 405 

solides et bien plantées, noires et luisantes, non par l'usage du 
bétel comme on le dit souvent à tort, mais teintes au moyen 
d'une préparation spéciale W. Le nez est court, rond et un peu 
trop ouvert, plat et déprimé vers le haut. Les yeux d'un brun 
sombre, petits etoblongs, sont un peu bridés, moins cepen- 
dant que ceux des Chinois et des Japonais; ils ont une expres- 
sion douce , timide , prudente , dubitative , avec parfois comme un 
éclair à peine perceptible de malice ou d'ironie. Les cheveux, 
d'un brun foncé, sont portés dans toute leur longueur par les 
hommes comme par les femmes. Rendus très épais par la cou- 
tume de raser la tête des enfants en ne laissant subsister qu'une 
petite touffe au sommet du crâne, ces cheveux, fréquemment 
imbibés et frottés d'huile de coco , répandent une odeur forte 
et désagréable à laquelle les Européens ne s'habituent que diffi- 
cilement. Chez les hommes la chevelure est rassemblée en chi- 
gnon, et enveloppée ou retenue, suivant la condition, soit par 
un turban en crêpe de soie , généralement noir ou bleu et ar- 
tistement enroulé, soit par un simple morceau d'étoffe dont 
les bouts, ramenés en avant et négligemment noués sur le haut 
du front, forment comme deux petites cornes. Les femmes ne 
se coiffent guère qu'en cheveux; elles relèvent cet ornement 
naturel sur la tête par un mouvement des bras qui n'est pas sans 
quelque grâce, et le tordent solidement en forme de 8, pre- 
nant bien soin d'en laisser tomber l'extrémité derrière l'oreille 
gauche, presque sur l'épaule, ce qui est considéré comme une 
marque de suprême élégance (2 >. Ajoutons qu'elles font presque 

(1) Pour noircir les dents et leur donner le brillant de la laque, certains peuples 
de l'Asie se servent d'un mélange de noix de galle et de fer en poudre. Il existe 
chez les Annamites une préparation à peu près analogue à l'usage des gens de la 
classe aisée. Mais dans le peuple on emploie plus communément une sorte de 
corrosif que Ton obtient en appuyant une lame de fer rougie au feu sur l'écorce 
d'un coco sec. 

(,) On trouvera plus loin la traduction de quelques vers formant un chant popu- 



\ 



406 JEAN BONET. [6] 

toujours usage de postiches : une longue mèche de ces faux 
cheveux vient renforcer la chevelure naturelle. La femme anna- 
mite est ordinairement bien faite et quelquefois même assez 
gracieuse sinon jolie; malheureusement l'usage invétéré de se 
noircir les dents et de mâcher du bétels lui enlève, aux yeux 
des Européens du moins, une partie de ses avantages physiques. 
Gomme tous les peuples d'origine indo-chinoise, les Anna- 
mites ont la barbe peu fournie; tant qu'ils sont jeunes, ils 
s'épilent ou se rasent, et ce n'est guère qu'en approchant de 
la cinquantaine que, dépouillant toute coquetterie, abandon- 
nant tout désir de plaire, ils commencent à laisser pousser une 
maigre moustache et une barbiche souvent longue, mais dont 
on pourrait presque compter les poils tellement ils sont clair- 
semés. L'allure habituelle des hommes est singulièrement déci- 
dée : le milieu du corps en avant, la tête renversée en arrière 
comme entraînée par le poids des cheveux et du turban i ils 
s'avancent résolument sans se retourner. On en croise sur les 
routes qui, le parasol en papier sur l'épaule, les bourses à ta- 
bac et à bétel dans le dos, quelques chapelets de sapèques 
passés autour du cou , ont l'air de marcher à la conquête de la 
a Toison d'Or 7), alors qu'ils se rendent bien prosaïquement au 

iaire et où il est justement question de cette manière de porter les cheveux que le 
poète qualifie de cheveux retombant en queue de coq «técbô iuoi g à fâ ^| £| 

(1) La chique de bétel se compose d'une feuille de bétel fraîchement cueillie, 
d'un peu de chaux vive teinte en rouge que Ton étend sur la dite feuille, d'une 
petite boulette de tabac humide et d'un tiers ou d'un quart de noix d'arec Le tout 
soigneusement enveloppé dans la feuille de bétel même, forme un petit paquet 
que l'on place dans la bouche comme un gros bonbon à sucer, et on mâche et 
remâche avec des façons de ruminant. Le curieux européen qui voudra se rendre 
compte par lui même des effets de cet arôme éprouvera tout d'abord aux muqueuses 
de la bouche une sensation de fraîcheur assez engageante; mais s'il persiste , il ne 
tardera pas à être pris d'un malaise général, de maux de tête, de nausées : lout à 
fait les effets d'un premier cigare ou d'une première pipe. 



[7] VIE EXTÉRIEURE DES ANNAMITES. 407 

bureau du collecteur d'impôts de leur arrondissement ou chez 
le chef de leur canton. C'est là le type pur de l'Annamite de 
l'ancien régime, type très curieux à observer et qu'il faut s'em- 
presser de saisir, car il tend à disparaître de jour en jour. 

Les femmes ont une démarche plus lente, plus cadencée; 
elles se donnent une sorte de déhanchement et une certaine 
faconde balancer les bras où il entre beaucoup d'affectation, 
mais qui semble leur paraître à elles le comble du bon ton et 
de la distinction. Les deux sexes ont les mains et 'les pieds pe- 
tits W. Certaines femmes de complexion délicate ont les mains 
très flexibles et presque diaphanes. Pour en montrer la trans- 
parence et la souplesse, un jeu d'enfantin badinage consiste chez 
elles à renverser la face dorsale de la main de manière à faire 
porter l'extrémité des doigts sur le haut du poignet. 

Ce peuple, esclave d'une antique hiérarchie, se comptait infi- 
niment à marcher à la file indienne. Aussi n'esl-il pas rare de 
rencontrer dans les belles et spacieuses avenues de Saigon ou 
de Hà Nôi de longues théories de notables indigènes se rendant 
gravement à quelque convocation officielle et marchant l'un der- 
rière l'autre, le plus important par l'âge ou la situation tenant la 
tète, comme ils ont coutume de le faire dans les sentiers étroits 
de leurs villages ou sur les talus de leurs rizières. Pour blasé 
que l'on soit sur la bizarrerie de certaines coutumes locales, un 
pareil spectacle est toujours pour un Européen amusant à con- 
templer. 

(,) Mentionnons un usage vraiment déconcertant et, croyons-nous, unique au 
monde , lequel consiste à porter les ongles de la main démesurément longs. Nous 
avons vu et même touché des mains dont certains doigts étaient ornés (?) d'ongles 
odieusement recourbés et mesurant de ao à 2 5 centimètres de longueur : des mains 
de grands lettrés ou de hauts mandarins, naturellement; on dit là-bas : £W méng 
tay dài là ddu sang trong , ce qui signifie : porter les ongles longs est un signe 
de noblesse et de distinction. 



608 JEAN BONET. [8] 

H 

Chez ce peuple l'art de s'habiller n'est pas inférieur. La 
mise des Annamites semble bien appropriée à leur constitution 
physique et au climat. On peut même dire qu'elle correspond 
exactement à jeur mentalité, à leur compréhension des choses. 
La mode n'a aijcune prise sur le vêtement qui, depuis des 
siècles, n'a subi aucune modification, aucun changement; il est 
à peu de chose près le même pour les deux sexes. Le costume 
ordinaire présente la même forme ou la même coupe pour 
toutes les classes de la société, et il ne diffère que par la finesse 
ou la valeur des étoffes. Celui des gens de la classe supérieure 
(riches, lettrés, fonctionnaires) est en drap léger ou en soie 
unie ou brochée; celui des gens du peuple est en cotonnade plus 
ou moins grossière. Pour tous il se compose principalement 
d'un vêtement supérieur (cdi do ^HH), sorte de tunique à pe- 
tit col droit, fendue sur les côtés et se boutonnant à droite M et 
d'un large pantalon (cdi qudn ^ $B) sans boutons, sans poches 
ni ouvertures d'aucune sorte, maintenu aux reins par une 

(1) Ce n'est pas par simple fantaisie que les Annamites boutonnent leurs vêle- 
ments à droite. Cela vient du temps où le côté droit était le côté d'honneur chez 
les peuples de civilisation chinoise. Bien que, depuis, la gauche soit devenue le 
côté honorifique, c'est-à-dire le bon côté, l'ancienne coutume a été conservée. C'est 
ainsi que , pendant de longs siècles , le fait de boutonner l'habit à gauche a été con- 
sidéré comme un signe de révolte contre l'autorité légitime. Aux époques de 
troubles et de bouleversements politiques les insurgés se reconnaissaient à ce signe. 
Par suite, l'expression TA nkàn £ fa (boutonné à gauche) est devenue 
un qualificatif que Ton applique aux rebelles, aux conspirateurs, aux dissidents, 
aux esprits subversifs en général, et, par extension , aux enfants insoumis qui mé- 
connaissent l'autorité paternelle. Les membres d'une société secrète dite &ço lành 
JJ ^ (saine raison), qui nous créa d'assez sérieuses difficultés en Cochinchinc 
quelques années après l'occupation française, avaient adopté comme signe de re- 
connaissance ou de ralliement le geste rapide et visible pour les seuls initiés de 
boutonner l'habit à gauche. 



^ 



[9] VIE EXTÉRIEURE DES ANNAMITES. 409 

simple mais solide torsion de la bordure supérieure, comme 
les Malais, les Siamois et les Cambodgiens le font pour leur 
pagne ou langouti, dont le pantalon annamite actuel tire sans 
doute son origine. Ce costume, correct et très décent, sévère 
même, se trouve complété ou agrémenté chez les hommes seu- 
lement d'une ceinture en soie rouge (ddyjtcng Ifcllâ) qui, bien 
que très longue , ne fait ordinairement qu'un tour et dçnt les deux 
bouts, noués sur le devant, forment une large boucle retombant 
presque sur les genoux. Gomme les Annamites n'ont pas de 
poches, c'est aux plis intérieurs de cette ceinture que sont confiés 
les menus objets qu'ils ont l'habitude de porter sur eux, notam- 
ment un porte-monnaie (tût (tyrng bac j§fc fi|S $|) de couleur tendre 
et brodé d'or ou d'argent. H y a parfois exception pour le porte- 
cigarettes {day thuéc #? 5£ ou vi thudc ^ 5£) que les jeunes élé- 
gants plantent crânement sur leur tète, dans la chevelure, tout 
contre le peigne en écaille (Iwc ddi mai £ #Ç ï§) qui orne et 
retient leur chignon. L'usage du linge est en principe inconnu. 
Pourtant la mise chez les gens distingués ne serait pas correcte 
sans une chemisette blanche très courte (do khdch fH % ou 
do qua IHtÂ) qui se porte sur la peau. Outre cette chemi- 
sette, les femmes et les jeunes filles, qui ignorent totalement 
l'usage du corset, se couvrent parfois la poitrine d'une sorte 
de plastron (edi yém ^ îl) en étoffe légère. Pour les dames et 
les jeunes personnes de la classe aisée, comme pour celles dont 
le mari ou le père occupe une situation officielle, la grande 
toilette consiste à mettre les unes sur les autres plusieurs légères 
tuniques de couleurs plus ou moins tendres et différentes entre 
elles : blanc, bleu, vert, rouge, mauve, violet, noir, le bon 
goût voulant que la plus foncée soit toujours placée par-dessus 
les autres. Ces tuniques étant toutes longuement fendues sur 
les côtés et le mouvement de la marche soulevant et faisant 
flotter les étoffes, il en résulte un effet de tons diaprés assez joli. 



MO JEAN BONET. [10] 

L'uniforme officiel des fonctionnaires civils et militaires 
n'est autre que celui des anciens Chinois et rappelle peut-être 
quelque peu celui des Coréens actuels W. Très décoratif et très 
imposant, il se compose : i° d'uiî couvre-chef (cdi mào ^ +B) 
d une forme particulière et un peu haute, sorte de casque muni 
de brides ou bandelettes horizontales et orné, selon le rang, de 
broderies en or ou en argent; q° d'une robe {do phuc %% Wl ou 
do cânh IJïï#) à grands ramages et à manches très longues 
et très larges; 3° d'une ceinture (cdi dai ^ M) lâche et massive 
où brillent quelques grosses pierres de couleur; 4° d'un or- 
nement de forme bizarre dit cr ailes d'épervier x {cânh dieu £B #1) 
qui tient à la ceinture et à la robe, en arrière, presque sous les 
bras; 5° d'un pantalon (cdi qudn ^ %) ordinairement en soie 
noire brochée; 6° d'une paire de bottes (dôihia %%%) légères 
et à haute semelle de feutre ou de carton. Ce costume de grande 
cérémonie ne peut se porter que dans certaines circonstances 
officielles déterminées avec précision par un règlement de l'ad- 
ministration des Rites. Tout mandarin qui en est revêtu doit 
tenir à la main, dans une attitude digne et réservée, un insigne 
de son rang (cdihât *** ^ï), sorte de tablette de 3o centimètres 
de longueur environ, en ivoire pour les fonctionnaires supé- 
rieurs, en bois précieux pour les autres, et qui, primitivement 
en bambou, servait à prendre des notes au cours des audiences 
royales ( 2 ). 

{1) Nos fonctionnaires indigènes de la Cochinchine et do Tonkin , complètement 
indépendants aujourd'hui de la cour de Hué, ne portent pas cet uniforme. Ils ont 
comme marque distinctive une écbarpe à glands d'or ou d'argent, selon le grade, 
qu'ils mettent sur leur costume de ville dans les circonstances officielles, soit en 
sautoir, soit autour de la ceinture. 

( ' } Cette description que nous donnons en quelques lignes est beaucoup plus 
compliquée dans les livres rituels, dans le Lé Ry jj( 5£ P ar exemple, où les 
moindres parties du costume sont expliquées et détaillées d'une façon symbolique. 
Ce costume ne doit se porter qu'à la cour et dans quelques rares circonstances stric- 
tement officielles. Aussi en 1878, lors du séjour à Paris d'une mission annamite 



[11] VIE EXTÉRIEURE DES ANNAMITES. 411 

Les Annamites , qui , ainsi qu'on l'a dit plus haut, n'ont pas de 
poches à leurs vêtements, n'aiment guère à s'embarrasser d'ob- 
jets inutiles. Ils ne portent donc avec eux que l'indispensable. 
Toutefois ils usent largement du parasol et de l'éventail, les 
hommes surtout. Ne rien porter sur soi constitue d'ailleurs à 
leurs yeux une marque de distinction, un signe de puissance 
et de grandeur. Aussi les hauts fonctionnaires et autres per- 
sonnes de rang élevé ne manquent-ils jamais, lorsqu'ils sortent, 
de se faire suivre d'un satellite ou d'uu domestique quelconque, 
souvent un jeune garçon, muni du nécessaire. Celui-ci doit tou- 
jours être très attentif et deviner au moindre geste les besoins 
ou les intentions de son maître. Tantôt il lui offrira le bétel 
dans une boîte généralement élégante et destinée à cet usage 
(hyp trdu EËtf), tantôt il lui passera une cigarette qu'il aura 
allumée au besoin lui-même et dont il aura tiré au préalable 
quelques bouffées avant de la présenter respectueusement des 
deux mains et en s'inclinant, comme le veut la politesse an- 
namite M. 

La tunique des femmes est un peu plus longue que celle 
des hommes, les manches eu sont plus étroites aux poignets; 
il leur plaît beaucoup que la main pourtant molle et fluette ne 
puisse y passer sans risquer de faire craquer l'étoffe. Contraire- 
ment à ce qui se voit en Chine et au Japon, les vêtements 

envoyée par la Cour de Hué, fallut-il parlementer longtemps avec les membres de 
rambassade avant de les décider à revêtir l'uniforme de cérémonie pour assister à 
une soirée de gala de l'Opéra. Ces hauts personnages ne s'inclinèrent que lorsqu'il 
leur fut représenté que la loge présidentielle, d'où ils devaient assister au spec- 
tacle , était considérée comme une annexe du palais du Chef de l'Etat. 

{,) Dans ce pays aux mœurs patriarcales, boire à la même tasse, fumer à la 
même pipe ou à la même cigarette sont choses parfaitement admises entre amis et 
même entre étrangers , et nul ne songe à montrer la moindre répugnance. La 
chique de bétel n'est-elle d'ailleurs pas là pour tout purifier? Les Annamites 
croient, en effet, que cette préparation constitue un spécifique mettant les mu- 
queuses de la bouche à l'abri de toute contagion. 



412 . JEAN BONET. [12] 

féminins annamites ne comportent ni bordures, ni broderies, ni 
garnitures d'aucune sorte. Dans certaines circonstances, la tu- 
nique est recouverte d'un ample vêtement à manches très larges 
et très longues (do rong ÏJÏWt), sorte de robe de ville ou de 
visite qu'accompagne presque toujours un immense et original 
chapeau de forme cylindrique (nàncu 18^ ou nàn tkwpng $$ 
_t), et confectionné avec les feuilles élégantes et flexibles du la- 
tanier, véritable monument retenu par une mentonnière déme- 
surément longue et dont les glands en soie jaune paille traînent 
presque sur le sol. Ce chapeau, d'ailleurs incommode, semble 
n'avoir aucun rapport avec le sentiment du beau. 

Gomme coiffure, les hommes se contentent habituellement 
du turban; toutefois pour se préserver du soleil ou de la pluie, 
ils se couvrent la tête, par dessus le turban, d'un large cha- 
peau en forme d'abat-jour et sans calotte intérieure (non ngwa 
Si SX). Ce chapeau, adopté en principe pour aller à cheval, 
ainsi que son nom l'indique, est muni, comme celui des femmes, 
d'une riche et longue mentonnière; il a des dimensions assez 
grandes pour abriter les épaules de celui qui le porte. 

Le grand deuil consiste à se couvrir de vêtements blancs et 
très grossiers comme tissu. En signe d'affliction et de détache- 
ment des joies de la vie, toute recherche d'élégance doit être 
bannie du costume. Les hommes et les femmes portent un pan- 
talon et une longue robe non ourlés du bas, et un turban qui 
ne doit pas être ourlé non plus. Les femmes font aussi usage 
d'une sorte de serre-tête en coton écru qui cache complètement 
leurs cheveux et que l'on nomme khan xéo rfj 13 . 

L'éventail (tdi quai ^ftf), objet de nécessité autant que 
de luxe, est employé par les deux sexes; mais, chose étrange, 
les hommes en font un usage beaucoup plus fréquent que les 
femmes. Les personnages se font éventer par un serviteur au 
moyen d'un grand éventail en plumes (quai long 4K Si)- 



[13] VIE EXTÉRIEURE DES ANNAMITES. 413 

Les gens du peuple, paysans, ruraux, hommes el femmes, 
vont pieds nus. Les mandarins et les riches se servent de san- 
dales en cuir à minces semelles (giày dép H Me ) qui claquent en 
marchant. Les femmes se complaisent à traîner aux pieds une 
sorte de chaussure complètement découverte, à semelle en 
bois très épaisse et à haut talon (gude il*), et qui n'est main- 
tenue au pied que par une courroie arrondie passant entre le 
gros orteil elle second doigt. Il ne s'agit, cela va sans dire, que 
de la classe aisée. Quant aux pauvres gens, tels que travailleurs 
de terre, manœuvres, rameurs, coolies, etc., non seulement 
ils ignorent l'usage de la chaussure, mais ils accomplissent leur 
dur labeur le buste complètement nu , n'ayant pour tout vête- 
ment qu'un misérable pantalon en toile grossière qui cache à 
peine les parties sexuelles*. 

Dans les campagnes on voit aussi des femmes qui se montrent 
en simple pantalon. Habituellement elles remontent ce vête- 
ment, très large et qui a la forme d'un double sac, aussi haut 
que possible, de manière à pouvoir en nouer la ceinture un 
peu au-dessus des seins, sous les aisselles. Mais, dès qu'elles 
sont vieilles et flétries , perdant toute pudeur, elles ne se gênent 
guère pour exhiber en public leur pauvre poitrine délabrée. 
Ceux qui les ont vues dans les marchés de la Cochinchine ou 
du Tonkin se les représenteront longtemps, accroupies sur leurs 
talons derrière quelques méchants paniers d'oeufs ou de ba- 
nanes, la bouche pleine de bétel, cherchant à attirer l'attention 
du passant sur leur modeste étalage de marchandises. Tout cela 
est peu réjouissant à voir. Toutefois, considéré dans l'ensemble 
d'un décor asiatique le spectacle n'a rien de particulièrement 
choquant pour l'œil européen, bien que, au point de vue de 
l'esthétique pure, le nu convienne peu aux Annamites, qui sont 
trop grêles et pas assez noirs de peau. 



àlU JEAN BONET. [14] 



III 

La femme annamite possède de nombreuses qualités de fond 
comme mère de famille et comme femme d'intérieur; elle est 
souvent vaillante, et on aurait tort de se la figurer passant ses 
journées nonchalamment étendue dans le hamac classique, 
ainsi que le font les femmes de certains pays d'Orient. Son rôle 
dans la société est très important, car, comme dans presque 
toutes les sociétés du monde, la direction du foyer domestique 
appartient de droit à l'épouse, à la mère de famille. Chez les 
paysans, si le mari s'occupe du travail des champs et des af- 
faires extérieures en général, la femme a le souci et la respon- 
sabilité des travaux de l'intérieur et\le la bonne lenue de la 
maison. Mais, campagnarde ou citadine, femme de lettré ou de 
fonctionnaire, elle se fait un point d'honneur de remplir les 
multiples devoirs de maîtresse de maison avec conscience et 
exactitude. Souvent de visage agréable et de manières douces, 
toujours sérieuse, pondérée, il n'y a pas de meilleure ménagère 
qu'elle, se levant de bonne heure, veillant à tout, s'adonnant 
sans cesse et sans défaillance au labeur quotidien. Quoi qu'on en 
ait dit ou écrit, elle aime beaucoup ses enfants. Si elle les laisse 
courir à demi nus et en toute liberté autour de la case, c'est que 
le climat le permet et que de tout temps il en a été ainsi sans 
inconvénient. Mais que la maladie survienne, qu'un accident 
quelconque se produise, elle s'inquiétera des soins à donner" 
avec autant de sollicitude que les mères européennes. Dès que 
l'enfant aura atteint l'âge de raison, si c'est un garçon, il sera en- 
voyé à l'école du village où un bon vieux maître, souvent un 
fonctionnaire retiré, lui enseignera avec les us et coutumes et les 1 * 
règles élémentaires de la vie, les premières notions de l'écriture. 
A la maison, c'est de la bouche même de la mère que les en- 



[15] VIE EXTÉRIEURE DES ANNAMITES. 415 

feints des deux sexes recevront une sorte d'instruction morale 
et familiale indépendante de toute religion, de toute doctrine, et 
qui portera principalement sur les convenances, les formes 
extérieures de la politesse, la manière de rendre le culte aux 
ancêtres, etc. 

Cependant, prise dans certains milieux et sauf les différences 
provenant de son éducation, la femme annamite est aussi fri- 
vole et aussi coquette que n'importe quelle femme du monde 
européen. Dès qu'elle dispose d'un peu d'argent, elle le trans- 
forme en parures, en bijoux. Ces bijoux constituent son avoir, 
sa caisse d'épargne, sa réserve pour les mauvais jours; elle ne se 
lasse pas de les contempler, de les toucher, de les exhiber; 
elle s'en amuse comme une enfant qu'elle est au fond. Il est 
rare qu'elle les confie à une cassette, à un coffre quelconques. 
Par crainte de les perdre ou pour en jouir d'avantage elle les 
portera constamment sur elle, ne les ôtant pas même pour se 
coucher. La femme annamite a encore un autre défaut plus 
grand si on peut dire que l'amour exagéré des bijoux : la passion 
du jeu. Un jour qu'elle sera sortie pour visiter des amies, des 
voisines, elle rentrera à la maison les bras, le cou et les oreilles 
dépourvus de toute parure: c'est qu'elle aura tout perdu sur 
la natte qui tient lieu là-bas de tapis vert. Pourtant elle ne se 
désole pas trop; joueuse, elle sait, elle espère plutôt qu'en un 
moment d'heureuse chance elle pourra réparer le désastre et 
rentrer en possession de son bien. 

Ces bijoux du pays ont une forme vraiment originale; 
quelques-uns sont même de véritables petits objets d'art, d'un 
art souvent très délicat et aussi précieux par le travail que par 
la matière; ils sont pour la plupart assez jolis et d'assez bon 
goût pour que les dames françaises qui habitent la colonie lie 
dédaignent pas de s'en parer quelquefois. 

On compte quatre sortes de colliers : i° un collier en grains 



M6 JEAN BONET. [16] 

d or (mut xdu chuôi vàng 8t 38 1$ &) , qui fait cinq ou six fois 
le tour du cou et que Ton peut enrouler aussi autour du poi- 
gnet en guise de bracelet; a°un collier en grains d'ambre (mtft 
xdu chuôi hi fSiUW^k), lequel se porte comme le précédent 
et qui atteint un prix assez élevé lorsque l'ambre est fin, pur, 
transparent, et que les grains sont bien appareillés W ; 3° un 
collier rigide et à coulisse en or (kiêng ci vàng $& "ET &); U° le 
même en argent (kiêng cô bac $& "éf $|). ^Ges deux derniers, en 
plus petit modèle, se portent aussi, mais plus rarement et 
par les toutes jeunes filles seulement au bas de la jambe, juste 
au-dessus des chevilles; on les nomme alors kiêng iA<m$&Ht 
(collier de pied). 

Les bracelets sont : i° en jais (chiéc huyén Ht £); 2° en or 
(chiéc vàng HtM)i 3° en une sorte de composition cuivre et 
or (chiéc vàng IfcÈSç). Ils ont tous la forme d'un de nos grands 
anneaux de rideaux; les uns sont lisses, d'autres sont ornés en 
relief de figures emblématiques; ils n'ont ni charnières ni fer- 
moirs d'aucune sorte W, et celles qui les portent ne peuvent se 
les passer au poignet qu'au prix d'une pression violente de leur 
main presque toujours pourtant flexible et menue. 

L'ornement des oreilles ne comporte ni boucles, ni pen- 
dants; il consiste uniquement en un charmant petit bijou en or 
ou en ambre, sorte de clou à tête curieusement travaillée qui 
traverse le lobe et que l'on désigne par les expressions poé- 
tiques de hoa toi fê IS (fleur d'oreilles) et de long lai M t& (bou- 
ton d'oreilles). 



(1) Les femmes annamites échangent continuellement entre elles les grains de ces 
colliers; elles en achètent, elles en vendent. 11 en est qni n'arrivent qu'après de 
longues années de patientes recherches à constituer un collier de grains d'ambre 
irréprochable. 

(,) I^es orfèvres et bijoutiers indigènes en fabriquent maintenant qui peuvent 
s'ouvrir et se fermer, à l'usage des femmes européennes. 



[17] VIE EXTÉRIEURE DES ANNAMITES. 417 

Les bagues (cà rd $ £S et chiéc nliân MtJJ}) sont portées par 
les deux sexes; il y en a à facettes et à fleurs; on en fait de très 
curieuses à secret et qui ont un chaton sur lequel sont gravés, 
soit des animaux fabuleux, soit des caractères de bon augure 
ou des mots évoquant la chance, tels que phtwïc SS (bonheur), 
llw $ (longévité), qui sont certainement les signes graphiques 
emblématiques ou symboliques les plus répandus dans le 
pays. 

L'usage des pierres précieuses et des perles fines est très peu 
répandu. 

Les gens de la classe aisée n'ont en général aucun penchant 
pour les bijoux en argent, qu'ils dédaignent et qu'ils laissent 
aux vulgaires nhà que Mû (paysans, campagnards); ils ont 
encore moins de goût pour la bijouterie dite imitation, les 
articles en chrysocale ou en doublé, et ils méprisent autant que 
n'importe quel peuple d'Europe ces verroteries et ces objets 
de pacotille qui font les délices de certains peuples arriérés ou 
sauvages. 

Avant de clore ce chapitre, il nous a paru intéressant de don- 
ner avec le texte en caractères nationaux ou vulgaires, la tran- 
scription et la traduction littérale d'une innocente chanson popu- 
laire qui roule justement sur les agréments extérieurs de 
la femme annamite, c'est-à-dire sur ce qui, physiquement, 
plaît, charme et attire en elle, au goût des indigènes. On y 
verra entre autres particularités, et en un marivaudage naïvement 
galant, que les poètes de l'Annam chantent cries dents plus 
noires et plus brillantes que le jais*, comme les nôtres célèbrent 
ries rangées de perles enchâssées dans le corail des gen- 
cives*. 

En donnant cette traduction nous avons tenu expressément 
à ne point nous éloigner du texte original, mais au contraire à 
le serrer de très près, conservant autant que possible àlastance 

MÉMOIRES OHIKNTAUX. 97 

IMPRIMCMK RATIOMALE. 



M8 JEAN BONET. 118] 

tout entière, et môme à chaque vers, ce qu'il peut y avoir de 
menue psychologie libertine. 

321 W hK Mivtri thurang ca. 

LA CHANSON DES DIX AMOURS. 

& \^ U *§ M m Wt, thwomg toc bà duoigh; 

é- % P M Pft fa Ht S %k Hai, thwwng miêng noi mang ma cô duyên, 

ʧ % US 9k M $1 Ba > thwomg ma nung dong tien; 

* US fê ïft Jfc £ M Jft Bôti, thwomg rang lâng h$t huyèn kém thua; 

îSï 115 "Éf tl <J Vf Nâm, thuxrng ci hqc deo biia; 

3Ëi1i5SlJl3|È3ïîS£ J NI ^ M ' thwwng non thwomg quai tua diu dàng ; 

Ht US ti fï $* 8Ï B <i y> thwo>ng tành hanh hhon ngoan; 

È# % M # tô 38 tfc ¥$• TAm > thwomg ma phdn giôi càng thémxinh; 

î£ % iït Vf S fa Chin > thwomg dém ngà mfrminh; 

iSt % ^H WP •}$ fâ ^C S JMwK fAtwi^ mât tor frao tmh cho ta. 

Premièrement, j'aime tes cheveux tombant en plumes de coq; 
Deuxièmement, j'aime ta bouche parlant lentement avec grâce; 
Troisièmement, j'aime tes joues empreintes de fossettes (1) ; 
Quatrièmement, j'aime tes dents plus noires et plus brillantes que le jais; 
Cinquièmement, j'aime ton cou de cygne* 2 ) entouré d'amulettes; 
Sixièmement, j'aime ton grand chapeau orné de franges souples; 
Septièmement , j'aime ton maintien modeste et chaste; 
Huilièmement, j'aime tes joues que le fard rend encore plus jolies; 
Neuvièmement, j'aime à te voir la nuit dormir seule; 
Dixièmement, j'aime ton regard de côté qui m'enflamme d'amour. 

(,) Littéralement : de sapèques. 

(,) L'oiseau hoc ££ est une sorte de cygne fabuleux et mythologique à plumes 
blanches qui vit, dit-on, des milliers d'années et qui est regardé pour ce motif 
comme l'emblème de la longévité. Selon la légende , après deux mille ans d'exis- 
tence ses plumes deviennent noires. On représente fréquemment cet oiseau en bronze 
et perché sur la carapace d'une tortue symbolique tenant lieu de socle ou de pié- 
destal. Hqc est aussi le nom du cygne ordinaire. 



[19] VIE EXTÉRIEURE DES ANNAMITES. M9 

Nota. La forme prosodique de cette strophe appartient à celle que les 
Aaaamites nomment van ]£ . Les vers en soûl alternativement de six et de 
huit pieds. Conformément aux règles de la versification le dernier mono- 
syllabe du premier vers rime avec le sixième du second, et le huitième 
monosyllabe du second vers rime avec le sixième du vers suivant, ainsi 
de suite. Il y a là un entrecroisement de rimes qui produit à l'oreille un 
très curieux effet. — Dans la poésie annamile, les mots ou plutôt les 
monosyllabes sont considérés comme longs ou brefs selon le signe to- 
uique qui les affecte : c'est la quantité. ,La quantité d'un mot est indi- 
quée par deux signes, binh £pi, long, et trie Jg, bref. Les mots affectés 
du huyèn ( *), ou ceux qui se prononcent sur le ton égal sont longs, c'est- 
à-dire binh 2p • ceux qui sont marqués du nàng (.), du sic ( '), du hôi(l) 
et du ngâ (~) sont brefs, c'est-à-dire trâc jj| . 



IV 

Les jeux sont en assez grand nombre* Parmi les plus en vogue 
on peut citer : le bài tw sac J{$ pg fe (jeu des quatre couleurs), 
qui sô joue à quatre personnes et qui compte 112 cartes; le 
bàiphung fâ jjg, (jeu de l'aigle), qui se joue également à quatre 
personnes et qui compte 60 cartes. Ces deux jeux sont très ré- 
pandus en Gochinchine où l'tfn est plus joueur que partout 
ailleurs, sauf peut-être à la cour de Hué, — dans l'entourage 
même du Souverain. 

En Annam et au Tonkin les mandarins et les lettrés aiment 
beaucoup le ti t&ng jjfi ?£ et le bài kiêu W ïïf , deux jeux aristo- 
cratiques qui se pratiquent, le premier à cinq personnes, le 
second à trois seulement. 

Il faut mentionner également le bài hoâc M J& qui, par 
certains côtés, ressemble un peu h notre baccara. 

Les cartes annamites, sur lesquelles figurent des caractères 
indicateurs, ont la forme et les dimensions de nos tickets de 
chemin de fer ou de nos correspondances d'omnibus. Les joueurs 
les jettent avec force sur la natte qui leur sert de tapis. De là 

37. 



420 JEAN BONET. [20] 

sans doute l'expression ddnh bai ff fft k frapper des cartes*, 
employée couramment pour k jouer aux cartes*. 

On connaît aussi, dans les hautes classes seulement, le jeu 
des échecs, cfr tw&ng & W ou là tk ££ îp en chinois W. 

Mais le plus dangereux des jeux annamites, celui qui pas- 
sionne le plus les indigènes, est un jeu de hasard d'importation 
chinoise, ou plutôt cantonnaise, dénommé ddnh me JTH 
et improprement appelé ha quan par les Européens. Voici en 
quelques lignes en quoi il consiste. Les joueurs, en nombre 
indéterminé, sont assis ou accroupis en cercle sur l'éternelle 
natte servant de tapis. Au centre de cette natte se trouvent: 
i° un tas de sapèques en cuivre polies et brillantes par l'usage; 
2° une minuscule tasse à thé; 3° un bâtonnet; h° une plan- 
chette carrée portant sur chaque face un numéro en caractères 
si no-annamites, depuis un jusqu'à quatre c'est-à-dire — I£H 
nhûH, nhi, tam, tû\ La partie va commencer. Le banquier plonge 
la petite tasse renversée dans le tas de sapèques et l'en retire plus 
ou moins pleine, mais toujours renversée et en rasant la natte. 
Cette opération terminée, chaque joueur choisit un des quatre 
numéros de la planchette et y place son enjeu. Tout cela s'exé- 
cute assez rapidement. Les jeux étant faits, le banquier, avec le 
geste attentif d'un prestidigitateur, soulève délicatement la tasse, 
saisit le bâtonnet, et, de son bout, se met à séparer quatre par 
i|uatre les sapèques qui se trouvaient sous la tasse. Puis il annonce 
le résultat sur un mode qui rappelle la manière de faire des crou- 
piers européens. Si, le partage fait, il reste une sapèque, c'est 
le numéro un qui a gagné, s'il en reste deux, c'est le numéro 
deux, ainsi de suite. Ce jeu prohibé aujourd'hui par le gouver- 

(,) Le jeu d'échecs de 3a pièces ou co> tw jfe "p » petite échecs, aurait été 
inventé par l'empereur Vô vtwng j3(J J, 1 1 ao avant l'ère chrétienne. Le même 
jeu avec 36o pièces noires et blanches ou vi Ici [|] jfe » grands échecs, remonte- 
rait à une époque beaucoup plus reculée. 



[21] VIE EXTÉRIEURE DES ANNAMITES. 421 

neinent français fait moins de victimes qu'autrefois, mais on ne 
peut empêcher de le jouer toujours un peu partout clandesti- 
nement. Le moraliste annamite dit à propos du jeu en général': 
cfr bqc sanh Un/m cu'âp |& îl £ fi # «rie jeu engendre le vol et 
la pirateries. Mais le joueur endurci a aussi pour lui des pro- 
verbes, tel celui-ci : dçp gay Uy gai ma le |$ % jft 3t Ht JE 
a pour s'extraire une épine du pied il faut prendre une autre 
épine », autrement dit : les blessures du jeu ne sont guéries que 
par le jeu. 

Les tenanciers des tripots sont presque toujours des Chinois 
cantonnais venus pour exploiter les Annamites. 



Dans ce pays où le tabac est très abondant, tout le monde 
fume : hommes, femmes, enfants, grillent à l'envides cigarettes 
toute la journée. Ces cigarettes [dieu thuéc %) 5£)ont une forme 
assez originale, on dirait d'un cornet de bonbons pour poupée; 
le tabac n'y est pas également réparti : il se place tout à fait au 
fond, roulé presque en boule, le reste du cornet demeurant à 
peu près vide. Le fumeur enfonce profondément dans la bouche 
ce tube pointu sans crainte d'en déchirer le papier qui, bien 
que mou, est très résistant. S'il mâche en même temps du bé- 
tel, ce qui a lieu le plus souvent, la partie de la cigarette qui 
trempe dans la bouche prend une teinte sanguinolente d'un 
aspect peu engageant' 1 ). 

(1) Quelquefois les Européens sont étonnes de voir chez les indigènes des bouts 
de cigarette teintés de rose sang fixés aux murs ou aux colonnes qui séparent les 
compartiments dans les cases annamites, et ils se demandent ce que cela peut 
bien signifier. L'explication en est très simple : comme les indigènes vont généra- 
lement pieds nus, surtout dans leurs maisons, ils craindraient, s'ils jetaient sur 
le sol leurs bouts encore allumés, de se brûler la plante des pieds en marchant, et 
ils préfèrent les coller aux murs sans plus de façon. Il va sans dire que cette petite 
malpropreté se voit rarement chez les Annamites d'un certain rang. 



422 JEAN BONET. [22] 

On fume aussi une sorte de tabac aromatisé ou opiacé dans 
une énorme pipe en bambou (lùnh dieu M 15), formée d'un tout 
petit fourneau et d'un récipient à eau, et dont le système ne 
diffère pas sensiblement de celui du narguilé. 

Le tabac du pays tel qu'il est actuellement préparé par les 
indigènes a peu de succès auprès des fumeurs européens, qui le 
trouvent généralement trop faible et d'un goût peu agréable. 

L'opium {nha phién 'jsf )r) , cette plaie de l'Exfrême-Orient 
tout entier, a causé et cause encore de terribles ravages dans 
les villes et les grands centres des différents pays indo-chinois. 
C'est un vice à la mode, une passion aristocratique qui, fort 
heureusement et en raison du prix de la drogue, n'est à la por- 
tée que des gens riches. Chaque classe de la société indigène 
fournit cependant son contingent de fumeurs; on voit même 
de malheureux domestiques, coolies, rameurs, etc., se priver 
d'objets de première nécessité et même de nourriture afin dé 
pouvoir satisfaire leur funeste passion. 

L'habitude de fumer de l'opium n'est pas très ancienne, 
mais elle est tellement ancrée aujourd'hui dans les mœurs de 
la haute société annamite que les derniers souverains du pays 
n'ont jamais pu ou voulu la combattre sérieusement par des 
mesures coercitives, si ce n'est par quelques décrets à sanctions 
assez rigoureuses il est vrai , mais visant uniquement les membres 
de la famille royale et les fonctionnaires, décrets demeurés 
d'ailleurs presque toujours lettre morte. H y a cependant excep- 
tion pour une ordonnance de MinhMang HfJ fr (1820-18/11), le 
roi taciturne et cruel, édictant des peines réellement sévères et 
s'appliquant à tous les sujets sans distinction de classes M. Du 

(,) Ordonnance du roi Minh Mang. «]\ est rigoureusement interdit de fumer 1 V 
pium. Quiconque fumera clandestinement, pour un cân fy d'opium trouvé en sa 
possession (le cAn Jy vaut 16 Iwwng j^§ ou onces), sera puni de l'exil ; pour plus 
d'un cân , de la confiscation des biens. En outre les parents ou les amis qui t ayant 



[23] VIE EXTÉRIEURE DES ANNAMITES. 423 

roi Thiêu Tri $8 të (18/11-18/17), dont le règne fut court, on 
ne cite aucun décret contre les fumeurs d'opium; mais son 

eu connaissance de la faute n'auront rien fait pour l'empêcher, seront punis de 
cent coups de bâton. Les dénonciateurs recevront comme récompense , pour un cdn , 
60 ligatures, pour plus d'un eân, une somme proportionnelle» — selon la loi de 
Tàn nàc £g [g (dénonciation de fraudes) dit le texte. 

Sous le règne de Txp Bwc §jj fjg , plusieurs décrets furent rendus et publiés. 

Quatrième année, îa* mois : 

«Quiconque sera devenu fumeur d'opium devra prendre un congé de six mois 
pour se soigner et se guérir de son vice. Celui qui, ce délai expiré, continuera à 
fumer sera sévèrement puni.» 

Sixième année du même règne, autre décret : 

«Tout fonctionnaire ou officier qui n'aura pu encore se défaire de son vice 
devra prendre un congé d'un mois pour se soigner. Pourront aussi demander des 
congés de santé : è Hue, les mandarins du k* degré et au-dessus; dans les pro- 
vinces, les Tàng Bôc g& >|J (gouverneurs chargés de l'administration de deux 
provinces), les Quan B6 *f? tfj (chefs des services financiers et administratifs d'une 
province), les Quan An ^ ^ç (juges criminels, chefs du service de la justice dans 
une province), et autres fonctionnaires du même rang. A l'expiration de ces congés 
chacun devra déclarer son état. Les fumeurs guéris seront rétablis dans leurs charges 
et fonctions, les autres seront définitivement révoqués* Les employés et agents sub- 
alternes sont placés sous la surveillance de leurs chefs respectifs qui aviseront aux 
mesures à prendre. 

<rLes dispositions du présent décret sont applicables, sous la responsabilité du 
Grand Conseil de famille, aux princes du sang et autres membres de la famille 
royale : les fumeurs partiront en congé et l'entrée des palais ne leur sera accordée 
que s'ils reviennent complètement guéris. Ceux qui ne feront pas de déclaration 
à l'expiration des délais seront punis par le Grand Conseil de famille.?) 

Onzième année du même règne, nouvelle ordonnance : 

«Tout fonctionnaire ou employé qui, s'étant débarrassé du vice de l'opium aura 
recommencé à ftimer, sera puni de la rétrogradation, conformément aux règle- 
ments sur l'inconduite. Si l'abstention a été de trois ans, il perdra quatre degrés; 
si elle a été de cinq ans, il en perdra un de moins; si elle a été de six ans, il sera 
statué sur son cas. Les mandarins militaires seront, selon leur rang, rétrogrades 
ou chassés de l'armée." 

Les gouverneurs particuliers ou généraux qui se sont succédé en Indo-Chine 
depuis le commencement de l'occupation française n'ont pas cru devoir se montrer 
plus rigoureux que l'ancienne cour de Hue. Bien plus , se trouvant dans l'impossi- 
bilité de couper le mal dans sa racine , ils l'ont circonscrit , localisé en quelque 



42/4 JEAN BONET. [84] 

fils, Tyr&û'c ifl H (i848-i883), fit paraître trois ordonnances 
à intervalles différents et avec des sanctions infiniment plus 
douces que celles contenues dans les édits de son grand- père. 
Tip Dire, dit la chronique scandaleuse, était lui-même au fond 
de son palais un fervent adepte de la pipe d'opium. Ceci admis, 
sa tolérance relative s'expliquerait naturellement. 

La pratique ou l'usage de l'opium n'est pas, nous l'avons 
dit, à la portée de tout le monde. Outre que le produit se vend 
très cher, il faut encore, pour le consommer, une véritable 
petite installation. Sans compter que, si on veut opérer soi- 
même, un apprentissage est nécessaire. On fume de préférence 
dans une pièce écartée (pkànghût & %), loin des bruits de la 
rue et du va-et-vient des domestiques. 

Les ustensiles nécessaires au fumeur sont : i° un plateau 
(mdm hûtfe *S) de forme rectangulaire ou ovale en bois dur 
et de couleur foncée, avec ou sans incrustations de nacre; 
s° une pipe (ông âiéu lS #j) à long tuyau et à grand fourneau 
à surface lisse, n'ayant à son centre qu'un tout petit trou; 
3° une lampe, sorte de veilleuse (làng dèn fite), dont la 
flamme est protégée par un verre en forme de clochette; 4° une 
broche en fer (tiêm thuâc ife Jjt) ayant à peu près les dimensions 
d'une aiguille à tricoter; plus quelques menus accessoires 
comme racloir, éponge, petit vase à eau, etc. L'opium, à l'étal 
d'extrait doux, se trouve dans une petite boîte (h(tp thuâc S 
3t) de forme cylindrique avec couvercle vissé, généralement 
en os ou en ivoire. 

L'appareil ainsi composé porte le nom de b<) d6 hût SB H P S; 
il est placé à plat sur un lit de camp garni d'une natte et d'une 
sorte de petit oreiller quadrangulaire et plutôt ferme (il y en a 

sorte, en réglementant, soua forme de fermage ou de régie, la vente de l'opium. 
La mesure était d'ailleurs nécessaire au double point de vue politique et écono- 
mique. 



[251 VIE EXTÉRIEURE DES ANNAMITES. 423 

même en porcelaine). Le fumeur étendu sur ce lit et tourné 
vers l'appareil, trempe l'extrémité de la broche dans le liquide 
épais, l'approche avec précaution de la flamme de la lampe, 
la roule en tous sens entre le pouce et l'index pour faire gonfler le 
liquide, aplatit, arrondit sur la surface polie du fourneau le léger 
globule qui se forme à l'action de la chaleur, reprend du liquide 
et continue l'opération jusqu'à ce qu'il ait obtenu une boulette 
cuite à point de la grosseur d'un petit pois; puis, rapidement, pen- 
dant que la préparation est encore molle et chaude, il enfonce la 
broche avec précaution dans l'orifice du fourneau, la retire lente- 
ment par un mouvement rotatoire, laissant la boulette d'opium 
fixée au trou du fourneau ( ! ). Alors le fumeur porte le tuyau delà 
pipe à sa bouche, et, approchant en même temps l'orifice du 
fourneau de la flamme de la lampe, se satisfait goulûment en 
quelques longues aspirations. Cette dernière opération aura duré 
dix à quinze secondes à peine. Il est vrai qu'on peut recom- 
mencer. Certains intoxiqués vont jusqu'à fumer successivement 
et à quelques minutes seulement d'intervalle plus de vingt pipes. 
On connaît les dangereux effets de l'opium. Nous pouvons 
néanmoins les rappeler. Les deux ou trois premières pipes 
n'amènent chez le fumeur qu'une légère excitation mentale 
ordinairement accompagnée d'un besoin irrésistible de rire, 
de plaisanter, de bavarder. A ce moment tout lui paraît rose 
dans l'existence, et il tombe dans une sorte d'extase intel- 
lectuelle entrecoupée de projets grandioses et de rêves déme- 
surés. Mais si le nombre de pipes va en augmentant, il ne 
tardera pas à se sentir envahi par la tristesse, le décourage- 
ment, et il sera en proie à de vagues terreurs, à d'indicibles 
et chimériques craintes. Chaque repas d'opium ou bwa hûl i$ 
'S, comme disent les Annamites, procure au fumeur quelques 

(l) Cette opération relativement longue et délicate demande, pour être bien 
réussie, une certaine dextérité et surtout beaucoup d' expérience. 



426 JEAN BONET. [26] 

instants de gaîté nerveuse et de soulagement momentané, après 
quoi il retombe plus bas que jamais, et il s'égare de plus eu 
plus dans ce que quelqu'un a appelé pompeusement crie tour- 
billon de la désespérance sans bornes n. Et les rêves dorés se 
changent alors en odieux cauchemars. Chez certains fumeurs in- 
corrigibles le système nerveux arrive parfois à un tel degré de 
sensibilité douloureuse que le moindre bruit les fait sursauter sur 
la natte où il sont étendus, et que l'idée d'une simple piqûre 
d'épingle serait pour eux un supplice insupportable. L'intoxi- 
cation complète, ce que les Annamites appellent ghién thuâc 9t 
3t ou lie nhtï £$g (textuellement : abruti par l'opium), est 
caractérisée par le manque d'appétit, la perte des forces, 'une 
insomnie persistante, une constipation obstinée alternant avec 
la diarrhée, et une grande fatigue intellectuelle dès que les 
nerfs et le cerveau cessent d'être sous l'influence du narco- 
tique. Au physique les ravages ne sont pas moins grands : 
l'homme n'est plus qu'une loque lamentable I 1 ). 



VI 

Les beaux-arts tels que nous les comprenons en Europe 
n'existent pas dans les pays de civilisation chinoise. Aussi, même 
en matière d'arts d'agréments comme la musique, le chant, le 
dessin, la peinture, les Annamites sont-ils tout à fait inférieurs, 
pour ne pas dire nuls. On sait que l'esthétique varie sensible- 
ment d'une race à l'autre; mais chez eux, la conception du 

(1) Généralement les fumeurs d'opium ne deviennent pas vieux. On en voit ce- 
pendant qui atteignent un Age assez avancé. L'un de ces derniers , un lettré de 
l'ancien régime, nous confia un jour que le moyen de vivre longtemps, tout en 
étant ghièn fjf (intoxiqué), consistait simplement a opérer avec méthode et régu- 
larité , c'est-à-dire à fumer tous les jours exactement aux mêmes heures sans ja- 
mais augmenter ni diminuer les doses. Notre homme était d'ailleurs sec comme 
une momie, avec un ne* constamment bouché et des yeux aveuglés par la chassie. 



[27] VIE EXTÉRIEURE DES ANNAMITES. 427 

beau ne diffère pas seulement de la nôtre, elle lui est presque 
opposée. 

Les professionnels et les amateurs de la musique et du chant 
paraissent n'avoir eu jusqu'à présent que des vues peu élevées. 
Très terre à terre, la musique annamite n'est, en réalité, 
qu'une pâle imitation delà musique chinoise qui, elle, sans être 
savante, n'en est pas moins soumise à des règles compliquées ^. 

En principe, il existe huit sons musicaux qui proviennent 
du bruit fait par les huit instruments primitifs classiques sur 
lesquels on frappait et qui sont : i° la calebasse (6do#6); 
2° la terre cuite, les poteries (ihi ±); 3° le cuir (câch $); 
4° le bo\s(mfjc 7fc); 5°la pierre [içch #); 6° le métal (kim &); 
7° les fils de soie, les cordes [tu* ffc); 8° le bambou creux 
(trwâc ffr). 

Les tons principaux sont au nombre de cinq. On les connaît 
sous la dénomination générale de ngà dm JE Hr (cinq sonorités). 
Ce sont : cung'g, thuxmg ]$, giàc fa , Irwng &, vu 20; ils cor- 
respondent à peu près à fa, sol, la, ut, ré, et, à l'aide de demi- 
tons, forment l'octave. 

La musique écrite n'existant pas, les airs doivent être appris 
par cœur; on se les passe oralement les uns les autres. Aussi 

(t} La musique (nhac $£ ) est l'un des six arts libéraux de la Chine et par con- 
séquent de l'Annam. Le mot «r musique* , synonyme de plaisir et d'allégresse, sert 
aussi à désigner les agréments et les joies de la vie; il peut même signifier paix, 
tranquillité, satisfaction, car, comme les peuples européens, les Chinois et les An- 
namites ont érigé en principe que la musique est faite pour calmer, pour adoucir. 
A notre aphorisme «la musique adoucit les mœurs» correspond la maxime sino- 
annamite suivante : Di phong difc tyc mac thifa vu nhac |$ JR f& fô )| |$ 
^f" m , c'est-à-dire: rien ne vaut mieux que la musique pour changer (améliorer) 
les mœurs et les usages. 

L'invention de la musique chinoise est attribuée au sage et vertueux Linh Ludn 
'fr fit (prononciation annamite) qui, plus de deux mille ans avant Pylhaghore, 
aurait établi un rapport entre la longueur des tuyaux et des cordes et l'harmonie 
des accords musicaux. 



428 JEAN BONET. [28] 

les véritables musiciens sont-ils assez rares, et c'est à peine si 
Ton rencontre par-ci par-là une personne sachant jouer de mé- 
moire quelques morceaux d'ailleurs insignifiants, quelques 
ritournelles toujours les mêmes. Ce sont des airs étranges, bi- 
zarres, aux notes tout à la fois douloureuses et joyeuses. 

Le pays — nous venons de le dire — ne compte guère de 
musiciens de profession. Mais à la cour il y a des orchestres 
officiels qui se font entendre dans les cérémonies rituelles ou 
publiques W. 

Pris séparément, les instruments à cordes et à vent donnent 
des sons assez harmonieux, mais la musique d'orchestre où 
dominent les instruments à percussion et les notes criardes 
semble péniblement discordante pour les oreilles européennes. 

Voici, classés par séries, les noms des principaux instru- 
ments de musique en usage dans le pays : 

i° Instruments à percussion : trâng l&n 11$$, grand tam- 
tam; tràng phdch Mi $L , tam-tam ordinaire; trâng chauffa $J, 
tam-tam pour acclamer les comédiens; trâng chien %#i H , tam-tam 
de guerre; trâng ccm Éfcff, petit tam-tam, tambourin; trâng 
bât S4JS, trâng canh H$£, tambours de veille; chiéng £H, 
gong à bords rentrés avec gonflement intérieur; thanh lafftM, 
autre espèce de gong; trâng dd ifftlft, timbale; chum chuèfètfi, 
cymbales; mo âng fêlS, crécelle, bambou; sénh tien 2g[£$, 
crécelle à sapèques; khdnh U, instrument en marbre noir 
sonore, suspendu comme une cloche, en usage dans les temples, 
pagodes, édifices royaux et qu'on touche avec une ou deux 
grosses baguettes. 

a° Instruments à vent : kèn S$, clairon; kèn £?* fit fê, trom- 
pette à double tube; kèn loa$fc§&, trompette en bois à large 
pavillon; ângquyenUM, flûte, flageolet; âng MolSff, cha- 

{,) Le chef de ces orchestres, Hoa thinh nhçc trw&ng ftS^^, porte le 
litre de mandarin de 8" degré. 



[29] VIE EXTÉRIEURE DES ANNAMITES. 439 

Jumeau, bambou ; ddng fêf, id.; coi%%, cor, corne, cornemuse; 
coi côlu'&i jft @ 16, hautbois; dich tay $f |fi. clarinette. 

3° Instruments à cordes : dfrn tranh 5? tf, sorte de harpe 
à table horizontale; thqp lue fè ^, id.; Â&fri *& 5? S, même 
instrument à 36 cordes; dôm nguyet 5? /ï , petite mandole 
ronde à deux cordes; tam H, petit instrument à trois cordes; 
nhi H, petit violon à deux cordes; M H, autre violon en forme 
de coupe et à deux cordes; dfrn dày 5? £, autre violon à trois 
cordes; ctfrn gdo 5? té , instrument à calebasse à plusieurs cordes, 
espèce de mandoline; dfrn bdu bân dây 5P S %$ft, instrument 
à citrouille à quatre cordes, sorte de violon; ddmkim 5? ^, in- 
strument à plusieurs cordes, rappelant la guitare; dfm A bà 5P 
3ê H, autre espèce de guitare à quatre cordes. 

Jouer d'un instrument à percussion se dit danh ¥ï , battre -, 
frapper, ex. : ddnh tràng ¥ï H£, battre du tambour ou du tam- 
tam; jouer d'un instrument à vent, se dit thii PiS, souflller, 
siffler, ex. : thiihèn GB8£, sonner du clairon, de la trompette; 
jouer d'un instrument à cordes, ddnh 4T, taper, ou gày 4Qfc 9 
pincer, ex. : gày ddm tâm fâfcSf 9, pincer de la guitare; jouer 
à l'aide d'un archet, kéo fê, ex. : kéo dfrn 4S 5? , jouer du 
violon. 

Pour pincer de certains instruments à cordes et particulière- 
ment du dfrn tranh ou du th4p /w, les femmes et les jeunes filles 
se servent — afin d'obtenir de meilleures vibrations et aussi 
par coquetterie — • d'ongles postiches en argent. 

Chaque nation a ses chants populaires. Les Annamites, sans 
être très remarquables à cet égard, possèdent une quantité 
considérable de chansons (edu hdt Ç] PS ou bàihdt $ PS). L'art 
du chant n'est pas plus cultivé que celui de la musique instru- 
mentale, et il serait bien difficile, pour ne pas dire impossible, 
de découvrir un chanteur vraiment digne de ce nom. Mais les 
gens instruits, les femmes de lettrés ou de mandarins princi- 



430 JEAN BONET. [30] 

paiement, connaissent même de mémoire les passages les plus 
intéressants des œuvres poétiques littéraires du pays. Ces 
œuvres en tète desquelles il faut placer le Luc Vdn Tien iSli 
le Kim Vdn Kiéu & # f| et un recueil de poésies sino-anna- 
mites appelé Thi kinh |# fi ou Livre des vers (attribué à Con- 
fucius), constituent pour eux un fonds inépuisable de sujets ou 
de matières qui, arrangés selon le goût du public, procurent 
les divertissements et les passe-temps nécessaires à toute vie 
nationale. Indépendamment de ces œuvres de premier choix, 
les Annamites ont encore différentes anthologies et une foule 
de mélodies populaires, satiriques, guerrières, amoureuses, à 
l'usage des travailleurs, et dont le rythme correspond au mou- 
vement exécuté* Pour les bateliers, par exemple, ce rythme 
concorde avec le mouvement cadencé des rames; les strophes 
sont chantées alternativement de l'avant à l'arrière et souvent 
même d'une barque à l'autre. 

En dessin et en peinture les règles les plus élémentaires sont 
inconnues des Annamites, qui ignorent complètement la manière 
de représenter les objets selon la différence que l'éloignement et la 
position y apportent, soit pour la figure, soit pour la couleur. 
Ils dessinent et peignent en s'inspirant des seules traditions, et, à 
l'exemple de leurs modèles, les Chinois, ne se complaisent guère 
que dans la bizarrerie, l'exagération et l'invraisemblance. 
Pour la figure tout ce qu'ils font est étrange, démesuré, excessif, 
presque risible pour nous, en tout cas souverainement enfantin. 
Pas de procédé, pas d'effort pictural, mais une candeur et une 
naïveté parfaites. A ce dernier point de vue leurs productions 
ne sont pas tout à fait dépourvues de quelque intérêt- Ils ima- 
ginent rarement et se préoccupent peu de rechercher pour 
leurs dessins des formes nouvelles, préférant s'en tenir aux 
vieux modèles, aux banales compositions, aux éternels clichés 
empruntés à la Chine. Toutefois s'ils n'inventent pas volontiers, 



[31] VIE EXTÉRIEURE DES ANNAMITES. 431 

ils ne copient pas non plus servilement. Pour la faune et la 
flore, pour les animaux et les fleurs fantastiques, ils essaient 
de faire comme les Japonais — qui, eux, sont dans leur genre 
des artistes supérieurs — en subordonnant l'exactitude des 
menus détails à l'effet décoratif de l'ensemble. Ce qu'on peut leur 
reconnaître encore, en se plaçant au point de vue de leur esthé- 
tique propre, c'est une certaine facilité dans l'imitation de la 
nature vulgaire. Sans l'aide de la perspective, qu'ils ignorent, et 
en quelques coups de pinceaux seulement, ils représenteront un 
petit paysage qui ne s'éloignera pas trop de la réalité. On peut 
également leur accorder quelque adresse de main pour vau- 
trer un buffle dans une mare, camper un cerf au milieu d'une 
clairière, saisir au vol une fine et héraldique aigrette, percher 
un grave marabout sur l'une de ses échasses. Où ils sont 
par exemple étonnants , c'est comme enlumineurs de pagodes. Là, 
à défaut d'art véritable, une sorte d'intuition semble leur avoir 
révélé le secret de faire vibrer et resplendir leurs couleurs. 
Malheureusement le champ d'action chez ces artistes est limité, 
car ils n'ont que quelques compositions décoratives banales et 
presque toujours les mêmes, représentant des allégories ou des 
emblèmes. 

Mais, parmi les arts qui paraissent convenir le mieux aux 
Annamites, la gravure et la sculpture sur bois ainsi que l'in- 
crustation de nacre tiennent incontestablement le premier rang. 
Dans ces deux branches importantes d'art industriel indigène 
les artistes font preuve d'un réel talent; certains ouvriers in- 
crusteurs semblent même parvenus au dernières limites de 
l'habileté manuelle. Adroits, patients, appliqués, ils s'inquiètent 
peu du nombre d'heures à employer à tel ou tel travail, pourvu 
qu'il sçit bien exécuté W. 

(l) Une école indigène des Arts industriels a été fondée et organisée à Ha noi 
en 1897, par le gouverneur général M. Paul Doumer. 



432 JEAN BONET. [32] 

Parmi les principaux produits de luxe des arts industriels 
ou décoratifs, il faut citer les meubles et objets incrustés de 
nacre comme bahuts, panneaux, plateaux, coffrets, jolis et dé- 
licats travaux de patience jusqu'ici inimitables; les brillantes 
laques rouges; la fine écaille travaillée; les ivoires; les ou- 
vrages en or et en argent; les bronzes et les cuivres relatifs à 
l'art religieux tels que vases à encens, brûle-parfums pour 
pagodes et autels des ancêtres; les faïences et les porcelaines 
décorées; les belles étoffes de soie brodées d'or ou d'ar- 
gent; la vannerie fine; les dessins, gravures et inscriptions 
pour panneaux à sentences parallèles, et nombre d'autres 
articles confectionnés dans le goût indigène — cela va sans 
dire — mais avec infiniment d'intelligence, d'application et 
d'adresse. 

Malheureusement les artistes consciencieux et capables qui 
osaient se révéler au public n'étaient que très rarement à la 
disposition de l'industrie privée, le gouvernement — la Cour 
plutôt — ne se faisant jamais aucun scrupule de les accaparer à 
son profit en les incorporant bon gré mal gré dans les compagnies 
d'ouvriers d'art de la capitale. Là, soumis au labeur quotidien 
par une règle fort sévère, ils étaient contraints de travailler 
ad honores y ce qui n'était pas fait, on le reconnaîtra, pour aider 
au développement des arts dits libéraux. Est-il nécessaire 
d'ajouter que sous ces anciennes monarchies, les rapporte de 
l'art et de l'Etat étaient à peu près nuls? L'art n'étant pas au 
même degré qu'en Europe l'expression de la vie même de la 
nation, les régimes passés ont pu s'en désintéresser. H n'en est 
pas de même assurément sous la domination française. Aujour- 
d'hui plus de mesures vexatoires entravant la liberté du tra- 
vail. La loi protégeant les initiatives et garantissant à tous les 
producteurs la mesure de leurs droits, le talent se trouve assuré 
d'une juste rémunération, ce qui permet à chaque artiste, non 



[33] 



VIE EXTÉRIEURE DES ANNAMITES. 



433 



seulement de travailler avec une entière indépendance, mais 
encore et surtout de collaborer à la grande œuvre de la prospé- 
rité nationale. Et il en sera des arts comme de tant d'autres 
choses : parlout où sévissait autrefois la mortelle routine triom- 
phera désormais la vivifiante méthode. 



MEMOIRES ORIENTAUX. 



98 

IMPBIHtEIK HATIOBALt. 



UN VOCABULAIRE FRANÇAIS-RUSSE 

DE LA FIN DU XVI 1 SIÈCLE 

EXTRAIT 

DU GRAND INSULAIRE D'ANDRÉ THEVET 

MANUSCRIT DE LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE 

PUBLIÉ BT ANNOTÉ 

PAR PAUL BOYER 



98. 



x 1 



UN VOCABULAIRE FRANÇAIS-RUSSE 

DE LA FIN DU XVI' SIÈCLE 



EXTRAIT 



DU GRAND INSULAIRE D'ANDRÉ THEVET 



I 

Cosmographe de quatre rois, ami des poètes de la Pléiade, 
André Thevet, l'auteur des Singulariiez de la France antarctique 
et de la Cosmographie universelle y n'a jamais eu ce qui s appelle 
une bonne presse : mystifié et bafoué de son vivant t 1 ), vilipendé 
après sa mort par de Thou qui, dans son Histoire®, le déclare 
«t ignorant au delà de ce que Ton peut s'imaginer, et n'ayant 
aucune connnoissance ni des belles-lettres, ni de l'antiquité, 

(,} Moins pourtant qu'on ne Ta dit. C'est ainsi qu'à deux reprises Ferdinand 
Denis a présenté Thevet comme l'une des victimes de Rabelais : une première fois 
à l'article Thevet de la bibliographie de son ouvrage Le Monde enchanté, cosmo- 
graphie et histoire naturelle fantastiques du moyen âge (Paris, 1 843), où il assure 
que «l'impitoyable Rabelais se moque fort de notre crédule cosmographe *; une 
seconde fois dans sa Lettre sur l'introduction du tabac en France, où, à la page ix, 
il confirme que «le bonnet dont le [Thevet] coiffa si libéralement le malin Rabelais 
laissa toujours passer le bout de l'oreille * (Lettre sur l'introduction du tabac en 
France, à la suite de l'étude d'Alfred Dehersay [compte rendu de mission] 
intitulée: Du Tabac au Paraguay, Pans, i85i); et cette dernière assertion de 
Denis a été prise en compte par le prince Augustin Galitzin, daus son intro- 
duction à la Cosmographie Moscovite (voir ci-dessous, p. 44 o, n. 3), et par M. Paul 
Gaffarel , dans la notice dont il a fait précéder sa réédition des Singularitez de la 
France antarctique (Paris, 1878, Maisonneuve). Or Rabelais n'a pas même une 
seule fois nommé Thevet dans ses écrits. 

c> De Thou, Histoire universelle, édit. de 1734, t. II, p. 65 1. 



438 PAUL BOYER. [4] 

ni de la chronologie*, à l'envi on Fa accusé de sottise, de pla- 
giat, de mensonge. Mais ce sot a montré, au cours de ses 
voyages, tant au Levant qu'aux Indes occidentales, une curiosité 
de toutes choses digne d'un véritable savant; ce plagiaire a été 
lui-même maintes et maintes fois plagié, et il n'est pas jusqu'à 
l'introduction du tabac en France qui ne lui ait été dérobée 
par Jean NicotW; ce menteur enfin a péché par excès de 
confiance et de crédulité plutôt que par altération délibérée 
de la vérité. Telles qu'elles sont, les œuvres de Thevet, impri- 
mées ou inédites, fournissent nombre de renseignements pré- 
cieux qu'on chercherait vainement ailleurs ; et ce n'est pas sans 
raison que le regretté Charles Schefer, publiant le Discours de 
la navigation de Jean et Raoul Parmentier, de Dieppe, et le 
Voyage de la Terre-Sainte de maître Denis Possot, continué par 
Charles Philippe, a cru devoir donner, comme indispensable 
complément à ces deux textes, plusieurs descriptions d'îles em- 
pruntées au plus considérable des ouvrages inédits d'André 
Thevet, le Grand Insulaire et Pilotage, manuscrit de la Biblio- 
thèque nationale < 2) . 

Un trait surtout recommande Thevet à l'attention, sinon 
à l'indulgence des linguistes : le souci qu'il témoigne des lan- 
gages parlés par les hommes dont il visite ou décrit les pays. 
Sans doute, ce souci ne lui appartient pas en propre : à des 
degrés différents on le retrouve chez presque tous les grands 
voyageurs qui, au xvi c siècle, ont contribué par leurs ouvrages 
aux progrès de la connaissance de la terre et de ses habitants. 



(,) Voir dans la Cosmographie universelle, t. II, liv. XXI, cbap. vin, p. gaô v°, 
la très légitime protestation de Thevet 

{i) Voir le Discours de la navigation de Jeau et Raoul Parmentier, de Dieppe, 
publié par Ch. Scbefkr, Appendice, p. i55-i8i (Paris, Leroux, i883), et le 
Voyage de la Terre-Sainte de Denis Possot et Charles Philippe, publié par Ch. Sche- 
fer, p. aâ5-3oo (Paris, Leroux, 1890). 



[5] UN VOCABULAIRE FRANÇAIS-RUSSE. 439 

Mais nul peut-être ne s'est préoccupé davantage de se rensei- 
gner lui-même et de renseigner le lecteur sur les idiomes 
peu connus ou rares W. 

Il ne se contente pas, dans son Grand Insulaire et Pilotage, de 
donner l'Oraison dominicale et la Salutation angélique <ren 
langage irlandois * W et en basque ( 3 >, l'Oraison dominicale et le 
Symbole des Apôtres <ren langue hongresque n W : il donne 
encore ces trois mêmes prières <ren sauvage », à la fin de sa 
description du Goulphre ou Rivière de Ganabara (Rio de Ja- 
neiro)^); puis, sous le nom de Langage des habitons des Terres 
Neuves, il présente «run petit dictionnaire de quelques mots 
propres et principaux de leur patois?), et le fait suivre d'un 
Second dictionnaire du langage du reaume d'Ochelaga et Canada et 
autres pays^. Ailleurs, après sa description de Xlsle de Zacotera 
(Socotora), il s'étend assez longuement sur la prononciation 
et l'écriture de l'arabe local : <rOr j'ay bien voulu icy mettre 
plusieurs mots pour entendre le jargon de ce peuple . . . Vray 
est qu'il y a certains mots qui différent fort peu de l'autre, 
comme faict le grec literal de la langue grecque vulgaire *; 
sur quoi il donne les et noms et pronoms de Dieu, des saincts, 
des choses célestes et' autres t> en ce parler des Arabes de 
Socotora , soit 7 3 mots , qu'il fait suivre de certains des signes 

(1) Jean-Burkhard Mencke dit en propres termes, dans son traite De Charlataneria 
eruditorwn, p. 116 de la 3 e édit., Amsterdam,, m d ccxvi: « Andréas Thevet viginti 
octo [linguas] itacallebat, ut expeditissime loqueretur. » On conviendra pourtant, 
avec le P. Niceron (Mémoires, t. XXI II, p. 77), qu'il y a quelque «• exagération * 
dans ce témoignage. 

« Grand Insulaire, L I, B. N. fr. i545a, fol. 97 v°. 

<*> /ML,foL i3i». 

(4) Grand Insulaire, t. II, B. N. fr. 1 5653 , fol. 48 v°, au cours d'une digression 
dans la description delà * petite Cepkalonie*. 

(5) Grand Insu r aire, t. I, fol. a5a v° et a53 r°. 

{6) Ibid., fol. 1 58-i 59, à la suite de la description de Ylsle des Démons (em- 
bouchure du Saint-Laurent). 



440 PAUL BOYER. [6] 

diacritiques ou « signaux n de l'écriture arabe (^.Ailleurs encore, 
entre la description de Ylsle de Bebel Mandel et celle de Ylsle 
(FOrmuz, il insère un Dictionnaire de la langue moresque et 
éthiopique, comprenant les terres de la haute et basse Ethiopie 
et autres royaumes et pays comprins en Afrique, et, dans ce même 
dictionnaire, il intercale <r l'oraison que ce peuple moresque 
dit au lieu que les chrestiens disent l'Oraison dominicale Pater 
Norter*M. 

Enfin, se souvenant sans doute que, tant dans sa Cosmograr- 
phie universelle que dans le chapitre consacré à Basile, duc de 
Moscovie, de ses Vrais pourtraicts et vies des hommes illustres®, 
il avait fait preuve d'une assez sérieuse connaissance de la 
langue russe, traduisant en français tel terme russe cité, inter- 
prétant tel autre, rapportant même, «rpour contenter ceux qui 
prennent plaisir à apprendre choses qu'ils n'ont pas entendu-*, 
l'Oraison dominicale «en langage des Moscovites n^\ Thevet 
a voulu faire plus et mieux : dans le Grand Insulaire, à la suite 

M Grand Insulaire, t. I, fol. 359 v °- 3di r °- 

(,) Ibid., fol. 38o v°-387 r*. Voir également, dans la Cosmographie universelle, 
t. I, liv. X, chap. ix, p. 339 v°, l'Oraison dominicale en langues «arabesque et 
turquesque», rOraison dominicale et la Salutation angelique en syriaque; t. II, 
liv. XVII I, chap. m, p. 778 r°, les mêmes prières «en esclavon»; t II, liv. XX, 
chap. 11, p. 88 q v°, l'Oraison dominicale «en langue polonoise» , puis en allemand, 
tren suece» , «enlappon et finnois * , a en livonien» ; enfin, t. II, liv. XXI, chap. vin, 
p. 9q5 r% l'Oraison dominicale, la Salutation angelique et le Symbole des Apôtres 
tren sauvage » (reproduit dans le Grand Insulaire, t. I, fol. a5a v* et a 53 r°; 
cf. ci-dessus). 

(S) Les chapitres de la Cosmographie universelle qui traitent de la Russie et des 
choses russes, comme aussi le chapitre que, dans ses Vrais pourtraicts et vies des 
hommes illustres (Paris, i58i), Thevet avait consacre à Basile, duc de Moscovie 
(liv. V, chap. 56, p. 389-391), ont été « recueillis et publiés» par le prince Au- 
gustin Galitzin sous le titre de Cosmographie moscovite, Paris, h d ccc lviii, chez 
J. Techener (in-16 de xvi +179 pages + 1 f- de table). 

(4) Vrais pourtraicts et vies des hommes illustres, p. 390 r°; p. 168 de la réim- 
pression du prince Galitzin. 



[7] UN VOCABULAIRE FRANÇAIS-RUSSE. Ml 

de sa description de l'île d'Alopécie, à l'embouchure du Don, 
il donne un Dictionnaire des Moscovites qui, ne comprenant 
pas moins de 6&A mots ou petites phrases, devient ainsi le plus 
considérable des <r dictionnaires * introduits dans ses ouvrages^ 1 '. 
11 a semblé qu'il ne serait pas sans intérêt de publier ce 
Dictionnaire des Moscovites, important comme témoignage des 
relations qui, dès la fin du xvi e siècle, s'étaient établies entre 
les Français et les Russes, important surtout pour l'élude, du 
vocabulaire, des formes et de la prononciation de la langue 
russe en ce même temps. 

II 

La rédaction du Grand Insulaire et Pilotage, sous la forme où 
le manuscrit de la Bibliothèque nationale nous la présente, est 
de i586< 2 ), donc très exactement contemporaine du voyage en 
Russie de Jehan Sauvage, de Dieppe t 3 '; et Thevet a mieux que 
connu la relation de ce voyage puisque, dans un autre de ses 
recueils manuscrits, intitulé Description de plusieurs Isles et con- 
servé à la Bibliothèque nationale sous la cote fr. 1717&, sorte 

(,) Grand Insulaire , t. H, fol. ai3-aa&. 

(,) Grand Insulaire, t I, dernier fol. [4i3] v*. Au reste, dès l'année i584 , La 
Croix du Maine, à l'article Andr4 Thevbt de sa Bibliothèque, donnait le titre de 
Y Insulaire, ouvrage «mon encore imprimé?' ; voir l'édition originale de la Biblio- 
thèque du sieur de La Croix du Maine, Paris, h d Lxxxmi. 

(3) Le voyage de Jehan Sauvage, de Dieppe, eu Russie «à Saint-Nicolas et Michel 
Archange» est du mois de juin i586; la rédaction en est datée du ao octobre de 
la même année. Ce voyage a été deux fois imprimé : la première fois par Louis 
Paris , dans le recueil de pièces inédites dont il a fait suivre sa traduction de la 
Chronique de Nestor, Paris, i834, t. I, p. 385-396; la seconde fois par Louis 
Lacour, dans Tune des plaquettes du Trésor des pièces rares ou inédites, du fonds 
d* Auguste Aubry, Paris, i855. Le texte publié par Louis Lacour est celui du 
ms. 71 W de l'ancien fonds français de la Bibliothèque nationale (actuellement 
fr. 70A), fol. 89-93. Louis Paris semble s'élre servi cTun autre manuscrit 



442 PAUL BOYER. " [8] 

de recueil de brouillons pour le Grand Insulaire , il la démarque 
à deux reprises f 1 ). Or, dans l'un des manuscrite où ce voyage 
nous a été conservé, le n° 844 de la collection Dupuy, à la 
Bibliothèque nationale, la relation de Jehan Sauvage est suivie 
d'un Dictionnaire moscovite qui, bien que disposé sans souci 
aucun de Tordre alphabétique , moins complet dans l'ensemble 
et, parfois, moins correct, reproduit, sauf quelques variantes 
de rédaction , et en quelques endroits même rectifie le Diction- 
naire des Moscovites d'André Thevet W. Et c'est ainsi que dès 
l'abord se pose une question d'origine : le vocabulaire français- 
russe dont deux états nous sont parvenus par ces voies dif- 
férentes est-il de Jehan Sauvage ou d'André Thevet, ou le 
mérite en doit-il être reporté sur un troisième auteur demeuré 
inconnu? 

L'attribution à Jehan Sauvage n'a pour elle que la place 
même qu'occupe le Dictionnaire moscovite dans le manuscrit de 
la collection Dupuy, à la suite de la relation du Voyage en Russie : 
autant dire que rien ne l'appuie. Dans cette relation, Sauvage 
ne dit pas un mot de ce dictionnaire; il ne dit pas non plus que 

(1) Une première fois sous les titres de Roule qu'il Jaul prendre pour faire le 
voyage de* h les des Neiges et pays de Moscovie (fol. t r°-3 r°) , puis de Suite de la 
Route qu'il faut tenir pour aller en Vide Gilledin (fol. 3 r°-3 v°); et de nouveau 
encore en tète des descriptions des Isles dis Neiges, pays de Moscovie (fol. 45 r° 
-46 v*) et de Ylsle Gilledin (fol. 46 r°-48 r°). On noiera d'ailleurs que ni la 
description des Isles des Neiges, pays de Moscovie, ni celle de Ylsle Gilledin ne se 
retrouvent dans le Grand Insulaire. 

(1) Le Dictionnaire moscovite du ms. 844 de la collection Dupuy (fol. 4 1 8-4 3 3 r*) 
a été signalé par M. Ch. de la Roncière, sous le nom de Dictionnaire de la con- 
versation franco-russe , dans un article intitulé Premier toast de V alliance franco- 
russe, i586 (le Correspondant, d" du 10 janvier iqo3). Il ne contient que 
6a î mots ou petites phrases contre les 644 du Dictionnaire des Moscovites de 
Thevet; en revanche, les mots «vingt* et «grand mercy, monsieur *, glosés 
dans le Dictionnaire moscovite en devasset ( = awuqaTb) et e spacibo aspondare 
(= cnacHÔo ocnoAàpb), manquent dans le ms. de Thevet. 



[9] UN VOCABULAIRE FRANÇAIS-RUSSE. 443 

ni lui ni personne de ses compagnons se soient même préoc- 
cupés d'apprendre la langue du pays où ils abordaient : c'est 
un interprète qui les présenta au gouverneur de Saint-Michel 
Archange. D'autre part, ni le ras. fr. 706, ni le texte pu- 
blié par Louis Paris (voir ci-dessus, p. hh 1, n. 3) ne portent 
aucune mention qui autorise à supposer que, dans sa teneur 
. originale, le routier de Jehan Sauvage ait été accompagné d'un 
vocabulaire quelconque. C'est donc par un simple à propos de 
copie que, dans la rédaction du manuscrit Dupuy, ce routier 
se trouve suivi du Dictionnaire moscovite. Les Russes étaient 
à Tordre du jour : Feodor, le fils d'Ivan le Terrible, et Henri III 
négociaient un traité de commerce <t en toute amitié et frater- 
nelle correspondance * , le premier ayant envoyé en France son 
<r truchement d Pierre Ragon (ou Ragouse), le second ayant 
commissionné à la cour du tsar son cr serviteur* François de 
Carie W; il n'y avait rien que de naturel à ce que l'un des 
copistes qui nous ont transmis le routier de Jehan Sauvage eût 
l'idée d'ajouter au texte même de ce routier le très utile com- 
plément d'un vocabulaire français-russe, d'où que vînt ce voca- 
bulaire et quel qu'en fût l'auteur. 

(1} Voir la lettre du tsar Feodor, en date du mois d'octobre 1 586 , dans la Chro- 
nique de Nestor de Louis Paris, t. I, p. 38i-383. Dans cette lettre, le nom du 
tr truchement 1» moscovite est donne sous la forme de Pierre Ragon; mais, dans la 
Description de plusieurs hles , Thevet, qui avait connu ce « signalé gentil-homme de 
Moravie» (voir ci-dessous , p. 444 , n. 5) , le nomme Pierre de Ragouse. <r Ce notable 
personnage, écrit-il, se disoit estre envoyé de son Roy par deçà pour asseurer les 
marchands de sa volonté, qui estoit que le passage à l'advenir leur seroit libre s'ils 
vouloient négocier en ce pays-là, aussy bien qu'aux Dannemarcoys, Suèdes et 
Anglois.» {Description de plusieurs lsles, au commencement de la description de 
Ylsle de Solochi, fol. 7 r°.) Le texte correspondant du Grand Insulaire porte Ragon , 
corrigé en Ragouse d'après la Description de plusieurs lsles. Consulté par moi sur 
le nom et les actes de ce Pierre Ragon ou Ragouse, M. Serge Rélokurov, conser- 
vateur du dépôt d'archives du Ministère des affaires étrangères, à Moscou, n'a pu 
me fournir aucune indication. 



444 PAUL BOYER. " [10] 

Si Thevet était de ceux que Ton peut croire sur parole, la 
question d'attribution serait aussitôt résolue que posée : lui- 
même en effet se déclare expressément l'auteur du Dictionnaire 
des Moscovites, cr J'ai bien voulu icy , écrit-il, présenter au lecteur 
amateur des vertus ce petit Dictionnaire, lequel j'ay recueilly 
en beaucoup d'endroits, conversant au pays de Levant avec 
plusieurs Moscovites et autres qui ont conversé et demeuré . 
longues années avec eux' 1 ).» Et, même à ne voir en cette pré- 
tention qu'une de ces hâbleries dont Thevet était coutumier, il 
faut pourtant reconnaître qu'elle pourrait s'appuyer sur d'assez 
solides arguments. Ce que Thevet savait de russe, il l'avait 
prouvé déjà dans maints passages de ses écrits antérieurs^; 
d'autre part, il n'y a rien d'invraisemblable à ce que, dans 
ses séjours <rau pays de Levant*, il ait effectivement rencon- 
tré des Russes et se soit entretenu avec eux : c'est peut-être 
à ces amis de hasard qu'il aurait dû tels détails précis de 
géographie russe que l'on lit, non sans étonnement parfois, 
dans sa Cosmographie universelle, la description de Moscou par 
exemple, avec ses trois rivières, la Moskva, la Jausa el la 
Neglinna' 3 ), ou la description des sources. du Don' 4 '; enfin, à 
Paris même, Pierre Ragon (ouRagouse), l'envoyé du tsar, avait 
été l'hAte de Thevet^ 5 ' : et il n'est nullement impossible que 
Thevet ait mis à profit le séjour du cr truchement n moscovite à 



(,) Voir cMessous, p. 459. 
(i) Voir ci-dessus, p. 44o. 

(3) Cosmographie universelle, t. II, liv. XIX, chap. vm, p. 84 3; p. t5-i8 
de la réimpression du prince Galiizin. 

(4) lbid., liv. XIX, chap. vin, p. 843 v°; p. 37-38 de la réimpression. 

(6) Grand Insulaire, t. 1, fol. 11 r°, au commencement de la description de 
Ylsle de Solochi : «rie plan de ceste Isle m'a été donné en ma maison à Paris par 
un gentilhomme de Moscovie, nommé Pierre Ragon (Ragouse)*; et de même les 
additions et corrections qu'on lit en tête de ce feuillet et qui reproduisent le texte 
de l'autre recueil manuscrit de Thevet, la Description de plusieurs Isles. 



[11] UN VOCABULAIRE FRANÇAIS-RUSSE. 4/i5 

Paris pour contrôler ou fortifier ses propres connaissances 
en langue russe. Si donc André Thevet n'est pas l'auteur du 
Dictionnaire des Moscovites, il eût pu l'être; et c'est pourquoi le 
bénéfice du doute est le moins qui lui soit dû. 

Quant à la comparaison du Dictionnaire moscovite du ms. Du- 
puy SUU et du Dictionnaire des Moscovites du Grand Insulaire, 
elle ne prouve nullement que le Dictionnaire moscovite soit l'ori- 
ginal dont le Dictionnaire des Moscovites ne serait qu'une contre- 
façon. Sans doute, en quelques endroits, comme il a été dit 
ci-dessus, la rédaction du Dictionnaire moscovite est plus correcte 
que celle du Dictionnaire des Moscovites; et deux mots figurent 
dans le ms. Dupuy qui manquent dans le ms. de Thevet (cf. 
ci-dessus, p. 6/12, n. 9); mais, d'autre part, le Dictionnaire 
des Moscovites contient une vingtaine d articles de plus que le 
Dictionnaire moscovite; et, dans l'ensemble, la rédaction des 
deux manuscrits demeure parfaitement homogène, les diffé- 
rences se bornant, le plus souvent, à de simples variantes de 
graphie (y pouç t, n pour u ou l'inverse, séparation des 
mots, etc.). La seule conclusion permise est donc que le Dic- 
tionnaire moscovite du ms. Dupuy et le Dictionnaire des Moscovites 
de Thevet sont issus l'un comme l'autre d'un même original 
disparu, reproduit en ordre analytique dans le premier, classé 
suivant l'ordre alphabétique (ou ordre donné comme tel) dans 
le second. 



III 



Quel qu'ait été son nom, fauteur du vocabulaire français- 
moscovite était Français : ses transcriptions mêmes le prouvent, 
toujours phonétiques ou s'efforçant de l'être, sans nul souci 
de la correction morphologique, ni de la séparation des mots. 
Et son procédé de travail, exclusivement oral et auditif, 



446 PAUL BOYER. [12] 

« 

apparaît clairement : il posait des questions en français (com- 
ment se dit tel mot, telle phrase?) et enregistrait les réponses 
(le mot russe, la phrase russe); il arrivait que telle de ses 
questions ne fût pas comprise : c'est le cas pour celles dont la 
glose russe est laissée en blanc; ou qu'il comprît mal lui-même 
ou du moins n'entendît pas distinctement la réponse faite : et 
ceci explique l'étrangeté, souvent déconcertante, des tran- 
scriptions françaises. Ces transcriptions, trop -incertaines en 
général pour qu'on en puisse dresser un alphabet systéma- 
tique, masquent parfois jusqu'à les rendre méconnaissables 
les formes originelles des mots russes : il a donc paru utile 
de donner en face de chacune des gloses de transcription les 
mots russes qu'elles représentent, dûment accentués et ramenés, 
autant qu'il a été nécessaire, aux formations en usage à la fin 
du xvi c siècle. 

En de certains cas, l'embarras de l'auteur n'était que fort 
excusable : c'est quand il devait rendre des sons dont la langue 
française ne possédait pas l'équivalent, les chuintantes par 
exemple, si différentes des chuintantes françaises, la semi- 
occlusive ij, la fricative gutturale sourde x, ou encore la 
liquide vélaire 1 ou la voyelle u. Il a procédé par à peu près. 

Il rend le ni par s ou ss, parfois aussi par ch, une fois par 
sj : ses = uiecTb, padousquy = noAyuiKH, coechais = xoneiiib; 
chouche = uiyHy, pochol = iiomë^i>; losjet = ^éuia4b; — le m 
par z, s, ss, parfois j ou g : chelouzachaya = aiyreâman; sedou 
= »«4y, ros = porab; cossa = KÔma, casseuenicq = KOH<éBHHirb°, 
jouit = «ë-ïTb; gemsouginna = weMMyHUiiia; — le h générale- 
ment par ch (trace probable d'influence anglaise), mais aussi 
par s ou c, une fois par sch y une fois par % : noche = Hoib; 
sorna = nëpiia , sessenocq = qecHÔicb , corsema = KopnMÛ ; cernilla 
= HepuÛAa;pesche = ne«n>; chatery, sattery et zathery = HeTwpe; 
— le m également par ch, s ou z : fichai = nnmé^ib , nauechayt 



[13] UN VOCABULAIRE FRANÇAKS-RUSSE. hhl 

= HaB-kmiTb; camensxcq = KàMeHmHm>; amanezicq = oÔMamiuurb; 
et de même le groupe ci par z : zitaya — cwrââ. 

La semi-occlusive u est communément transcrite par s ou 88 9 
plus rarement par z : deuysa = ^BHija, mieses = Mtcairb ; pettissa = 
nTiiqa, pere88e = népein>; zaar = ijapb, zaarissa = ijapima. 

La fricative gutturale sourde x a deux traitements différents, 
suivant qu'elle est initiale de syllabe ou finale : rendue par c, 
queh ou ch dans le premier cas [clyeba pour xjrfc6a, barquehayt 
pourôàpxarb, pouchou pour nyxy), elle peut.aussi l'être par/ou 
s dans le second (g<*Hyouf= k6hk)xt>, pielous = n-feTyxb), 

Et de même pour la liquide vélaire 1 (= ^n>) : régulièrement 
transcrite par / ou II français (avec altération fréquente du 
timbre des voyelles voisines) quand elle commence la syllabe, 
elle admet, quand elle la termine, une plus grande variété 
de traitement (/, el, lien) : loucq = jiym>, guyelot = 4-kiaTb, 
mouuylla = Mh\AO , salouyecq et solouecque = nuios-bit'h , polletenicq 
= n^ÔTHHK r b; setoel = cto^t>, dallen = 4aAi>. 

Quant à la voyelle bi, ses transcriptions hésitent entre ay, oy 
et ouuy : tay = tu , daynyee = 4mhh , ddbray = 4Ô6pbrâ ; uoy moy 
= BbiMoâ ; mouuylla = MbMo. 

L'hiatus de voyelle + h a également embarrassé l'auteur du 
Dictionnaire des Moscovites : au lieu de le résoudre en diphtongue 
de i, comme en russe, il le résout en voyelle + w, c'est-à-dire, 
autant qu'il semble, en diphtongue de u, mais sans qu'il soit pos- 
sible d'affirmer que le u ait ici la valeur de voyelle et non pas 
celle de consonne, puisque u voyelle et v ne sont pas distingués 
dans l'écriture du manuscrit : poudem (etpoudam) pour noâjëMi, 
(ou nofijeMt,), pouidyt pour noâ4HTe. Parfois il entend mal ou 
n'entend pas du tout les consonnes finales: senya = cirfcrb, 
myessa = arfccaivb, sedyella = c4k*a-rb, pomina = noMHHOin>; ses 
= mecTb, doys = 4o«4b. Entendant plus mal encore les voyelles 
finales inaccentuées, assez indistinctes de leur nature, il les 



448 PAUL BOYER. [14] 

remplace volontiers par l'une des nasales françaises en (ou em), 
on, parfois an : sabacquen = coôâica, borzem = 6ôp3o; lyse$efn = 
TbicH«ia, samechan = sauoia, suesson = cbItoh (ou cirfeHy); et cette 
nasalisation apparaît aussi en substitution du - b : uocheman = 
b6thhmt>, diacquen = 4iâirb, goden = ro4T» (sur datten = 4a.ii>, 
voir ci-dessus). On notera de même qu'une fois la consonne n 
est préfixée à une initiale vocalique, sans qu'il soit possible de 
déterminer si cette préfixation est imputable au <r truchements 
russe ou au rédacteur français : nagoursse =(u)oryj>nb\. 

Enfin les groupes de consonnes , et cela même quand la se- 
conde consonne est une sonante ou que la première est la 
sifflante c, donnent lieu à un double traitement : ou bien le 
groupe est simplifié par chute de ses éléments implosifs: zaguy 
= aaxcrif, resoqua = peuië-rica, satdsa = cÔAuu,e; o\x bien il est 
brisé, et un élément vocalique d'appui qui, presque toujours, 
est e, s'intercale au point de brisement : deua -= 41m, tkeuoye = 
tboh, quetto = kto, lafequa = ^aBKa; menye = anrfe; seto = cto, 
ze quolqua = cn6^bKo; massela = mAcao; souuodenicq = cbÔ4hhio>. 
Sur polletenicq = d^6thhki>, voir ci-dessus. 

Le peu d'espace réservé à ce mémoire ne permet pas de 
donner un relevé complet des particularités de phonétique ou 
de prononciation attestées par le Dictionnaire des Moscovites; les 
plus essentielles sont les suivantes : 

i° o inaccentué et placé dans la syllabe qui précède immé- 
diatement la syllabe accentuée est prononcé a : aguon = orÔHb, 
atees = oTéi^b, garchocq = ropujÔKb, catol = kotwt», casseuenicq 
= KOjKéBHHKi,, sabacquen =co6âKa, guelaua -= ro-ioBa, ty caracha 
— ^ Tw xopoiuà; 

q° e ouvert accentué admet la prononciation en ë : lyot = 
*ië4i>, zauiot = 30BëTT> , lyoliqm = TëTKa, pochol= nomë^i», copyo 
= Koribê ; 

3° h inaccentué et placé dans la syllabe qui précède ou suit 



[15J UN VOCABULAIRE FRANÇAIS-RUSSE. M9 

immédiatement la syllabe accentuée est prononcé e : y essemain 
= HHMéiib, poes = nôncb, mteses = Mkflii'b; 
. U° Les consonnes sonores finales sont prononcées sourdes : 
sat = ca^-b, gorot = rôpo4T>, losjet = -ï6ma4fa, y as = h3t>, boch 
[ch = x) = 6orb. 

Ces quelques traits su (lisent à montrer que le Dictionnaire des 
Moscovites ne ment pas à son titre : la langue russe dont il nous 
offre des spécimens est bien la langue de Moscou, parler grand- 
russe de prononciation dite en a (aKaHbe). 

L'ordre dans lequel Thevet a disposé les articles du Diction- 
naire des Moscovites n'est que très approximativement alphabé- 
tique : il n'a pas semblé cependant qu'il y eût lieu de le mo- 
difier. D'autre part, ce Dictionnaire terminant la description de 
Ylsle d'AlopeHe dicte des Renards, il a paru que la description 
de cette île en était la préface nécessaire, et on la trouvera 
ci-dessous. Mais, comme le texte de Thevet est parfois assez 
obscur, ce serait trop peu faire que d'en donner seulement la 
reproduction diplomatique; aussi bien le manuscrit du Grand 
Insulaire, non pas manuscrit original, mais copie, et d'ailleurs 
assez incorrecte, ne vaut-il pas cet honneur. Le texte qu'on 
va lire a donc été divisé en paragraphes; la ponctuation en a 
été corrigée ou du moins ramenée aux règles communes; 
quelques notes éclairassent les passages diûiciles; d'autres pré- 
cisent l'identification des noms géographiques. 

L'exacte reproduction des disparates d'orthographe que 
présente la description de Ylsle d'Alopelie n'eût été que gêne 
pour le lecteur, et sans nul profit : ces disparates ont été régu- 
larisées, en même temps que les v écrits par u étaient restitués 
en v et les ç écrits par c restitués en ç. Par contre, on a scru- 
puleusement respecté les inconséquences orthographiques du 
Dictionnaire des Moscovites; et la lettre w, dont on a cru cepen- 



M fa 01 RIS 0R1ENTAGX. 



fl 9 
iinimut hatioialk. 



450 PAUL BOYER. [16] 

dani devoir fixer les valeurs respectives de u et de v dans la 
partie française, a été, dans les transcriptions du russe, partout 
maintenue en sa fonction indéterminée de u voyelle ou de v. 
Le texte du Dictionnaire moscovite du ms. 866 de la collection 
Dupuy a été intégralement collationné; les observations aux- 
quelles cette collation a donné lieu ont été consignées dans les 
notes. 



[17J UN VOCABULAIRE FRANÇAIS-RUSSE. 451 



ISLE D'ALOPETIE DICTE DES RENARDS (1) . 

Incontinant qu'avez laissé et prins congé du Bosphore Thra- 
cien, et qu'estes entré sur ceste mer Noire pour passer et tirer 
la droite route du promontoire dict du Bélier M, qui est de si 
grande estendue qu'il aboutit assez près de la Taurique Cher- 
sonnese, à l'élévation de laquelle laissés à gauche le goulphre M 
pour tirer à voile deploiée au sac de cul M : au bout duquel' 5 ) 
vous apparoit les tourbillons et mouvement de ceste mer 
impétueuse qui sont violents à cause de plusieurs rivières qui 
se desgorgent et rendent leur tribut au mcsme goulphre, 
comme sont les rivières du Boristhenes-Neper( fi ), Concane, 

(l) L'île d'Alopécie ('AÀanwc/a dans Ptolémée, III, 5, 16, Alopece dans Pline, 
IV, ta [a6]), que les alluvions du Don ont plus tard réunie à la terre ferme, est 
marquée sur les anciennes cartes, mais assez rarement nommée. Marquée sur la 
carte de Jenkinson que reproduit Y Atlas des plus célèbres itinéraires de Pierre 
van der Aa, marquée également sur les cartes de Thevet (cartes d'Asie et d'Europe 
de sa Cosmographie universelle), sur la Tabula Russiae de Hessel Gérard (dans la 
Géographie de Blaeu), sur la Nouissima Russiae Tabula d'isaac Massa, sur la Tabula 
Russiae de Jean Vischer ( 1 634), elle est nommée sur la carte de Guillaume Sanson 
intitulée Tartarie européenne ou Petite Tartarie, où sont les Tartares du Crim ou de 
Perecop, deNogais, d'Oczakow et de Budziak, Paris, i665. 

Sur l'exacte position de l'île d'Alopécie , voir la note de C. Mûller dans l'édition 
Didot de Ptolémée (loc. cit. I, p. 434) et les cartes Europae tab. VIII et Asiae 
tab. II de son atlas (Paris, 1901). 

(,) Le Front du Bélier, Arietis Frons , en grec lLptov (léramov àxpov, à la pointe 
Sud de la Crimée. 

(,) Le frgoulphrer» (golfe), c'est-à-dire la partie de la mer Noire comprise entre 
la côte ouest de la Crimée et les limans de la côte opposée. Plus bas, Thevet donne 
à ce golfe le nom de * goulphre de la Taurique Chersonnese*. 

(lî cr Au sac de cul *> , c'est-à-dire vers l'entrée de la mer d'Azov. 

(8) <rAu bout duquel", c'est-à-dire au fond de ce (rgoulphre». 

(-) Thevet n'en est pas à ignorer que le Borysthène et le Dnêpr sont un seul 
et même fleuve : il paraîtra donc légitime de remplacer par un trait d'union la 
virgule qui , dans le manuscrit , sépare ces deux noms. 

a 9- 



452 PAUL BOYER. [18] 

SaniaraO et autres, lesquelles ayans arrousé diverses provinces 
et contrées de Swest' 2 ), NovigrodW et autres, qui sont et cou- 
lent asses près de la ville métropolitaine de Moskoud, se vien- 
nent rendre à la mer Major. Or laissant ceste coste et le 
goulphre de la Taurique Chersonnese pour entrer à l'autre 
goulphre qui luy est opposite, nommé des Tartares du pays 
Mosollamith M (d'autant qu'il n'est si difficile ains plus pai- 
sible à naviguer que l'autre, luy ont ainsy donné ce nom, car 
les vaisseaux qui y vont mouiller l'ancre ne sont en si grand 
dangier); entré donc que vous estes dans le Bosphore Sine- 
rien < 5 ', incontinant vous apercevés la mer estre turbulente 
et impétueuse quand le vent est desbordé de la part du Nord, et 
tant plus vous approchés du rivage du Tanais et d'une infinité 
d'autres rivières, tant plus les flots de la marine y sont dangereux. 
Bosphore Quant au Bosphore Sinerien, que les Tartares qui l'avoisinent 
appellent Marais Mapotis ( A ), se treuve grand nombre de bas- 

(l) Concerne, Samara. Ces deux rivières, nommées respectivement Konsha voda 
et Samarjl. dans la carte de Russie de Hessel Gérard , sont deux petits affluents 
de la rive gauche du bas Dnépr. Les noms modernes en sont K6uck8h ou Kômca 
et Caaiâpa. 

(,) §wcst, pour Sévsk (CisBcm»), dans le pays des Viatitches , sur un affluent 
de la Desna (gouvernement actuel d'Orel), vieille ville mentionnée dans les 
chroniques russes dès Tannée 1 1 46. Thevet n'en indique qu'assez inexactement la 
situation géographique dans la carte d'Europe de sa Cosmographie universelle. 

(3) Novigrod. C'est de Novgorod-Sêverskij qu'il s'agit ici (sur la Desna, gou- 
vernement actuel de Tchernigov). Dans la carte de la Cosmographie universelle, 
celte ville est marquée sous le nom de Nouigrod Sidersky. 

{k) Mosollamith. L'auteur du présent mémoire ne possède aucune espèce de 
compétence en fait de langues turques ou sémitiques : il a donc cru devoir 
s'abstenir de donner, sur ce nom et les noms orientaux qui suivront, telles expli- 
cations ou telles conjectures dont il n'eût pu prendre lui-même la responsabilité. 

(i) Bosphore Sinerien : les fautes de graphie du même genre sont nombreuses 
dans le ms. du Grand Insulaire, 

(6) Marais Mapotis semble également n'être qu'une faute de lecture pour « Ma- 
rais Maeolis». 



Sinerien. 



[19] UN VOCABULAIRE FRANÇAIS-RUSSE. /i53 

tures et escueils à fleur d'eau t 1 ), qui sont rangés droict de l'Est 
à l'Ouest quatre grands lieues; les mariniers les descouvrant 
de deux ou trois lieues tournent bride, s'ils ne se veulent 
mettre en dangier; et sont fort redoutés, tant pour les petits 
vaisseaux que pour les moyens qui vont trafiquer en ces quar- 
tiers-là; mais, cognoissant la violence de l'eau, prenant la 
route de l'Est Nord-Ouest et suivant leur droite voye, leur 
apparoit incontinant une fort belle isle, nommée des Mosco- Ponrquoy ett 
vites et Tartares Alopetia, du nom d'une ville qui luy est fort Aiopotia. 
proche, bastie en terre continente, ainsy dicte (*). 

Elle est à l'emboucheure de ladite rivière de Tanais, Rivière Tanais 
nommée en langue du peuple du pays Asoph, et des Mingre- ses appellations. 
liens, peuple asiatique, Lignols, à cause que quand ce fleuve 
se desborde il ravit et gaste tous les pays là où il passe, faisant 
plus de degasts.que ne font les tigres, lyons ou loups, esta n s 
au mitan d'un grand troupeau de brebis ou autres bestes do- 
mestiques : ou bien luy donnent le nom de Ghicas, à cause que 
lesdits Tartares qui vivent comme bestes mangeans en fait de Noms 
guerre aîi lieu de bonne viande leurs chevaux, qu'ils nomment 
de ce nom chicas (les Moscovites tho losjet iz ï), et les chiens 
(qu'ils appellent sabacquen W). Et pour monstrer leur cruauté 
à un chascun, ils depessent avec les dents comme loups tout ce 
qu'ils peuvent attraper, et boivent le sang desdites bestes sans 
scrupule et dangier, comme ils pourroient faire du laict. Les 
Juifs qui judaisent en ces pays-là nomment la mesme rivière 

(l) Ces «bastures (= battures) et escueils à fleur d'eau * sont grossièrement figurés 
dans la carte Nova descripeione de la Moscovia de Gastaldo, Venise, m d lxiiiiii. 

(,) Ptolémée, III v 5, 16 : 'AAûnrex/a 7) xal Tavats vr}<ros. Et Tanaïs est aussi le 
nom sous lequel les Anciens désignaient la ville d'Azov. 

(3) Le nom du cheval est -160104 b en russe; sur cette étrange forme tholosjct, 
voir plus bas, p. 48o, n. 4. 

(,) (fQuils (c'est-à-dire les Moscovites) appellent sabacqueny> (=co(5aKa) : 
voir plus bas, p. 681, 1. 3. 



des chevaux 7 
en tartarc. 



454 PAUL BOYER. [20] 

Naas, pour autant que, faisant son cours, va d'une pari el 
d'autre, ainsy que la vipère qui scillonne la terre, sans aller le 
droit fil comme fait le Tigre, le Nil ou la grand rivière de Ma- 
ri gnan. 

Or quant à notre isle d'Alopetie ceux du pays l'appellent 

Zohéleth, et les Moscovites qui l'avoisinent luy donnent le nom 

de Lassiza, qui ne signifie autre chose que Renard, ainsy que 

je vous ay monstre dans mon Dictionaire que j'ay fait de la 

Pourquoi langue moscovite W. J'estime qu'ils luy ont donné ce nom d'Isle 

est nommée aux Renards à cause du grand traflîc qui s'y fait de peleterie 

isle des Renard». j e ces i) es t es renardières et autres peaux, comme celles de 

marthes , que les Moscovites appellent counissa ( 2 5, loups cerviers 
qu'ils nomment loute$syer$\ et les cerfs lo$e^\ en quoy la terre 
continente abonde et desquels ils font un très grand profit, et 
s'en apportent de plusieurs contrées lointaines* Les marchands 
asiatiques les permutent à d'autre marchandise; entre autres 
les peuples Nomades, qui est proprement le pays de Tartarie, 
en font des magasins très grands, et puis les débitent aux Per- 
siens et Géorgiens; les autres les achaptent de nos insulaires à 
purs deniers comptans, desquels ils en sont fort avares à cause 
que en leur pays volontiers ne se trouvent or ne argent, 
comme se fait en Turquie, Hongrie, Transsylvanie et en d'au- 
tres endroits. Je ne veux icy faire l'incongruité qu'a fait Jean 
de Bohême en sa petite Histoire du monde, desrobée et aug- 
Erreur de mentée de bourdes par François de Belleforest, qui dict que 
J ° ci de f! de™ ' e P eu pl e de Moscovie n'usent d'argent monnoyé < 5 '. Ce qui est 



Brlleforcst. 



(1) Lassiza : voir plus bas, p. 48 1, n. 3. 

(1) Counissa, transcription du russe uyHHqa; voir plus bas, p. 48o, 1. 16. 

(3} Loutessyer, pour -hotuS 3B*fepi>; voir plus bas, p. 48i, 1. S. 

(4) Lose = jocb', voir plus bas, p. 48 1, 1. a. 

(5) C'est des Scythes et non pas des Moscovites que * Jean de Bohême" , dans son 
chapitre De Scylhia Scytharumque feris moribus a écrit : «Nullius ipsi (huic gettii) 
aut auri, autargenti usus». (Jean Bobm [=ïoannes Boemus Adbamds Tentonicns], 



pi] UN VOCABULAIRE FRANÇAIS-RUSSE. 455 

très faux et mal considéré à luy et à son correcteur, attendu 
que les Moscovites usent d'or et d'argent monuoyé; et ceux qui 
voudront soustenir leur party viennent en ma maison : je leur 
en monstreray plusieurs pièces d'argent forgées à la ville royale 
de Mosco et en d'autres villes sujettes au Prince Moscovien. 

Nostre Isle d'Alopetie, quoy que loin d'icelle y ait plusieurs is- 
leaux qui servent pour le pasturage des bestes à cornes à cause 
que l'herbe y est fort abondante, le peuple qui habite tant l'Isle 
que les isleaux sont fort accostables des estrangers, qui les four- 
nissent et leur apportent mille commodités, commg fruits confits, 
espiceries, et sur tout du sel. Vers le Ponent^ en la Moldavie 
et Podolie jusques à la Tane ( 2 ), y comprenant les Gesariens ( 3 ), 

Omnium gentium mores, leges et ritus, Lyon, md xxxv, p. 93. (François deBelle- 
forest, en effet, après l'anonyme français dont la traduction avait déjà été plusieurs 
fois imprimée (Paris, i53q, i54a, i558, Anvers i54o, Lyon i544 et 155a), 
avait donné une version française, avec de considérables additions, de l'ouvrage 
de Jean Boem, sous le litre de L'Histoire universelle du monde, contenant F entière 
description et situation des quatre parties de la terre, . . . Ensemble F origine et parti- 
culières mœurs, loix, coustumes, relUgion et cérémonies de toutes les nations, et 
peuples par qui elles sont habitées, Paris, s 570, in-4°; mais le nom de Jean Boem 
ne figure même pas dans les titres de ces traductions. — Sur les démêlés de 
Thevet et de François de Belleforest, voir Bayle, à l'article Bellbforest du Dic- 
tionnaire historique et critique. Thevet, entre autres griefs, accusait Belleforest 
d'avoir crassez indiscrètement voulu rebobeliner la Cosmographie de Muoster» ; 
voir Thëvet, Vrais pourtraicts et vies des hommes illustres, liv. VI, chap. n3, 
p. 5 60 r°, dans la notice sur Sébastien Munster. La Cosmographie universelle de 
tout le monde. . ., auteur en partie Munster, mais beaucoup plus augmentée, ornée et 
enrichie, par François de Bblle-Forest, avait paru à Paris, en deux volumes in- 
folio, la même année que la Cosmographie universelle de Thevet, en 1675. 

(1) Vers le Ponent. . . Cette phrase, jusqu'à «plus que barbaresque* inclusive- 
ment, a été, mot pour mot, copiée par Thevet dans la Cosmographie universelle de 
tout le monde de François de Belleforest, t. II, col. 680 (voir la note précédente, 
in fine). La seule différence est que Thevet écrit rrCumans, citoyens d'Alanie», 
tandis que le texte de Belleforest porte rrCumans et ciloiens d'Alanie*. 

(,) Le nom italien du Tanaïs est Tana. 

(3) Gesariens, c'est-à-dire Khazares. Sur les Khazares (en russe Xaaâpu), peuple 



456 PAUL BOYER. [22] 

CumansW, citoyens d' Manie, compris le temps passé sous le 
nom de Tauroschytes^, Sinlhes' 3 ', Arinces' 4 ) etNapees^ furent 
furieux, farouches et recommandés d'une cruauté plus que 
barbaresque, mais, depuis qu'ils eurent receu le christianisme, 
furent réduits à plus grand douceur, police et civilité. 

Au reste je ne veux oublier advertir le Liseur que ceste mer 
Noire ou Major, encor qu'elle ne soit jointe à celle du grand 
Océan, qu'elle ne doibve avoir le nom de mer Septentrionale 
aussy bien que l'autre , attendu qu'elle (f) > tire bien avant vers nostre 
Mer Major Pol Arctique.JLa plus commune appellation de ceste dicte mer 
Septentrionale. es t Glacée ou Septentrionale. Elle a aussy esté dicte de quel- 
ques anciens Grecs Arctique, Cronnie M, Mortel, Scythique M, 

de nom et de souche turques, voir J. Marquart, Osteuropàische und ostasiatische 
Streifiûge, Leipzig, 1903, p. 4i et passim. Communément appliqué à la mer 
Caspienne, le nom de «mer des Khazares» a été parfois aussi donné au Palus 
Méotide. Cf. J. Marquart, loc. cit., p. 335. 

(1) Cumans : c'est sous ce nom que les historiens et voyageurs du moyen âge 
désignent les Polovtses (en russe IIojoBqu). 

(,) . Tauroschytes , pour Tauro-Scythes. Sur les limites de leur habitat, voir Pto- 
lémée, III, 5, 11, et Pline, IV, iq [96]. 

(S) Sinthes. Thevet veut parler ici des Sindi, peuple voisin du Bosphore Cimmé- 
rien. Sur ce peuple, voir le Grand Dictionnaire géographique de Bruzen de la Mar- 
tinière , à l'article Sindi. 

(4) Arinces. Sans doute les Arimphaci de Pline; cf. Pline, VI, 7 [7] et i3 [i4]. 

(5) Napces : les Ndtorai(?) de Diodore de Sicile, II, 43; ce sont les Napaei de 
Pline, VI, 17 [19]. 

w crEHe*, c'est-à-dire celle-ci, la mer Septentrionale. Thevet met le lecteur en 
garde contre une confusion possible de la mer Noire, mer dont les rivages septen- 
trionaux sont occupés par des populations scythiques, avec l'Océan glacial du 
Nord connu des anciens sous le nom dV Océan Scythique*. Et cette digression, 
comme on va le voir, l'entraîne fort loin. 

(7) Cronnie. Pline, IV, 16 [3o], donne le nom de Cronium mare h la mer qui 
est à une journée de navigation au delà de File de Thulé. 

(8) Tacite, hgric.y 10 : irmare pigrum*; Germ., 45 : ^pigrum ac prope im- 
motumn. 

(9} Scythicus Oceanus : c'est le nom sous lequel Pomponius Mêla et Pline dési- 
gnent communément l'Océan septentrional. Cf. Pomp. M. , I , a , et Pline , VI , 1 3 [1 4]. 



23] UN VOCABULAIRE FRANÇAIS-RUSSE. 457 

et, approchant la grand montaigne de Tabin M, est pareille- 
ment dicte mer de Tabin. Les Russiens ou Moscovites la nom- 
ment Pezorke morie' 2 '. Quelque temps elle fut depuis estimée 
innavigable par opinion, comme estant totallement prise d'ex- 
trême froid, ou si pleine de glaçons qu'il ne se pouvoit trouver 
route asseurée pour y naviguer, chose toutesfois qui n'a esté 
receue généralement des anciens. De nostre temps le seigneur 
Herbestrim M, gentil-homme hongrois, qui a faict office d'ambas- Herbestrim 
sadeur au pays de Moscovie, a si exactement enquis et fait ° nere ' 
inquisition de toute ceste coste marine (et quelques pilotes min- 
greliens et trabizontins, le tems que je demeurois en Constan- 
tinople, ont pénétré au m es me pays et mouillé l'ancre des 
goulphres et rivières par le commandement de Sultan Sol y ma n 
lors Empereur de Grèce), qu'à la par fin cogneut que ces dicts 
pays froids estoient à une température assez supportable. Et 
depuis ont fait voir à ceste nation turquesque, comme dans un 
miroir clair et luisant, que c'estoit de ces pays compris l'un en 
Europe et l'autre en Asie, divisés, comme ailleurs je vous ay 
dict, par le grand fleuve TanaisW; davantage, dechifrant la 
largeur de ce grand monstre de fleuve' 5 ' avec celuy d'Oby, 
avoir huit mois de chemin qui le voudroit scillonner ou ar- 
penter ainsy qu'il fait son cours, tantost vers Midy, tantost vers 
Septentrion, incontinant il s'espand en diverses contrées lavant 

(1) La montaigne de Tabin, voir : la carte d'Asie de la Cosmographie universelle. 
(,) Pezorke morie, en russe lïewpcKoe Mope, la mer de la Petchora. 
(S) Herbestrim, faute de lecture pour Herberstain, l'illustre auteur des Rerum 
Moseoviticarum commentant (i* w édit. , Vienne, i54ç)). 

(4) Cosmographie universelle, t. II, 1. XIX, chap. vin, p. 84 1 r° et 843 v* (p. C 
et 27 de la réimpression). Pour les Anciens et jusqu'aux temps modernes, le Don 
marquait la limite entre l'Europe et l'Asie. Dans sa Tabula Russiae (161 3), 
Hessel Gérard écrit encore : «Tanais nunc Don Jlu. terminus inter Europam et 
Astamn. 

(5) trLa largeur de ce grand monstre de fleuve» : largeur semble être ici une 
faute de lecture pour longueur; ce grand monstre de fleuve : le Tanaïs ou Don. 



458 PAUL BOYER. [24] 

plusieurs Royaumes difficiles pour les dangiers que Ton y 
treuve, qui sont des hommes félons et farouches, et diverses 
espèces d'animaux cruels et sauvages. A la parfin se vient 
rendre par diverses bouches, comme fait la rivière du Nil, à 
cette mer Major, nommée des Turcs et Arabes Cara-dinguis 
(et d'autres luy baillent le nom de Dyrech-dinguis). 

Cependant il n'y a de quoy mordre ne moins ouvrir la 
bouche pour blasmer ceux qui m'ont aidé des mémoires par 
escrit tant des choses plus remarquables de ceste mer que de 
ce qui est contenu en terre continente, comme des fleuves, 
montaignes dans la Sarmatie, naissance des fleuves Boristhenes 
et Tanais, monts Hipperborées et Riphées, si cela n'estoit fort 
tolerable, d'autant qu'il n'y a rien de perdu que quelques 
monstres ydeux d'historiens, lesquels, lisant les escrits que l'on 
a fait de ces pays septentrionaux, s'en sont mocqués; et les 
ignorans qui n'ont jamais voiagé s'en mocquent encor de pré- 
sent. De moy j'honnore et révère Pline, Pompone Melle et 
autres, qui en ont dit à la traverse et asse? maigrement du bon 
zèle qu'ils avoient au public, et m'asseure qu'ils n'eussent tant 
hardiment parlé de ceste mer Scythique et Tabin, ne des Isles 
et promontoires, s'il n'eusse (sic) eu confirmation par gens 
dignes de foy, outre les mémoires des précédents géographes, 
cosmographes. Et jaçoit qu'encor pour le jourd'huy la conti- 
nuation de ces pays lointains ne sont encor de présent bien 
esclaircis, j'ay espoir que le tems nous ressuscitera quelques 
nouveaux capitaines, pilotes et mariniers, qui nous en diront 
nouvelles certaines et autant véritables que feirent Americ Ves- 
puce, Colon, Magellan et Thevet de ce qu'ils ont escrit des 
terres australes incogneues aux Anciens, pour en avoir fait la 
recherche, ce qui par cy devant estoit tenu au renc des fables 
et histoires tragiques sans respecter ceux qui ont monstre et 
escrit la vérité de ces pays incogneus. 






de reste lsle. 



[25] UN VOCABULAIRE FRANÇAIS-RUSSE. 459 

Nostre Isle gist à cinquante un degré douze minutes de Ion- Elévation 
gitude, et à soixante un degré trente six minutes de latitude. 

Je vous ay asses, ce me semble, discouru tant de l'Empire 
du Prince Moscovite que de plusieurs autres grans provinces 
et terres que ce Seigneur tient tant en Europe qu'en Asie, 
paiians presque tous une mesme langue, depuis les rivières 
de Tanais jusques à celle de Volga qui desgorge à la mer de 
Bachus dit de Caspie' 1 ), ensemble les Isles, villes et terres qui 
abboutissent tant à la mer Major qu'à celle d'Hircanie; et d'au- 
tant qu'icelle langue diffère de celle des Turcs, Scythes quelque 
peu et de celle des Grecs, et de plusieurs autres leurs voisins, 
j'ay bien voulu icy présenter au lecteur amateur des vertus ce 
petit Dictionnaire, lequel j'ay recueilly en beaucoup d'endroits, 
conversant au pays de Levant avec plusieurs Moscovites et autres 
qui ont conversé et demeuré longues années avec eux. Lequel 
Dictionnaire porra servir pour apprendre la langue, tant pour 
le traffic des marcha ns que pour autres qui voudront voyagier. 
Et pour plus facillement donner entendre, j'ay bien voulu 
nommer les noms propres et autres suyvans par Àlphabeth de 
la A,B,C. 

(,) «Quant à la mer de Bacchu, elle a pris ce nom d'une ville de mesme nom 
[Bakou], laquelle aboutit à cestemer.» (Thevet, Grand Insulaire , t. II, fol. as5 r°, 
dans la description de F Isle de Saraich en la mer Caspie.) Cf. cTHerbfxot, Biblio- 
thèque orientale, au mot Bacu. 



460 



PAUL BOYER. 



[26] 



DICTIONNAIRE DES MOSCOVITES. 



CE PRESENT DICTIONNAIRE EN LANGUE MOSCOVITE 
APPARTIENT A M. ANDRE THEVET PREMIER COSMOGRAPHE DU ROY. 



Appeliez ce serviteur. 

Appeliez la cham- 
brière. 

Allez achatter. 

Allons proumener, 
monsieur. 

Allumez de ia chan- 
delle. 
Allez tost. 

Allons jouer. 

Avea; vous faict cella ? 
Allons tost. 
Allons. 

Attendez le. 



Po$suay chehugou^ . 
Poêsuay chelouzacha- 

ya ». 
Pouidyt coupyet. 
Pouerem collent, asou- 

dare. 

Zaguy stiesson w . 

Poudern borzem. 

Podem y gratte. 

Thy zediello laxto ? 

Poguena. 

Poudam. 

Sedoudyeno®. 



IloaoBH (Myry. 
rioaoBH ciyjK^myio 

(ou <MyH«â«iyio). 
IloHjHTe KynuTb. 
ïlouAGM'h (ou nofi- 

4e^ r b)ry^HTb f ocy- 

4épT» (3) . 
3a>KrH CB-fene (ou CBli- 

*y)- 

HoH4eMT> (ou IlÔfi- 

AeMii) 6ôp30. 
HoH4eMT> (ou nôfl- 

4eMi>) HrpàTb. 
Tw cj'feja.i'b 3TO ? 
rioroHAH (?). 
rioH4ëMT> (ou nrifi- 

4eMT>). 
H\4HTe ero. 



(l) Posêouy ehelongou dans le ms. 844 de la collection Dupuy (voir ci-dessus, 
p. 44a, n. a, et 665). Les lectures de n pour u ou l'inverse sont particulièrement 
fréquentes dans ce ms. ; il n'a pas semblé utile de les signaler toutes. 

(,) Chelouzaâhaya, forme du nominatif: mal entendu par le rédacteur français, 
le mot russe, que sa dépendance syntaxique voulait à l'accusatif, a sans doute 
été répété au nominatif. 

(S) Ocyjâpb pour rocyAapb; cf. ci-dessous ocnoA&pb pour rocnojâpi», ocnoAapuHfl 
pour rocno4âpMHH. 

(,,) Le ms. Dupuy porte «rallumez la chandelle glosé en zazeguy tuesso. 

• 6) Sedoudyeno, sans doute faute de lecture pour sedoudyeuo. 



[27] 



UN VOCABULAIRE FRANÇAIS-RUSSE. 



461 



Allez au bordeau. 


Pouditty guebledan. 


lloiuHTe kt> 6ah- 

4HMb. 


Accorder. 


Segouorylysa. 


GrOBOpM-IMCH W. 


Avril. 


Aprilla. 


AnpH^a^. 


Aoust. 


Ay gousta. 


w 

AnrycTa. 


Bonjour, monsieur. 


Dabes derouue, aspon- 


4àn Borb 34opÔBbe. 




dare. . 


ocnojapb. 


Bon soir, monsieur. 


Dobra niche, soudare. 


4ô6pa HHMb (3) , cy- 


• 




4apb. 


Bon jour, madame. 


Dabes derouue, asponda- 


4âfi Bon» 34opô- 




renya. 


Bbe, ocno4apbiHn. 


Bon soir, madame. 


Dobra niche, a&ponda- 


4o6pa HHHb, ocno- 




renya. 


4apbiHfl. 


Beuves. 


Pey. 


Ileô. 


Bon preu vous face (4) . 


Pay nasderouue. 


Hèik ua 34opÔBbe. 


Bouttes moy (5) le linge 


Moya plalya. 


Môft n^aTbe (6) . 


a la buée. 






Blanchises moy (7) le 


Moya belloua. 


Môft 6tibë. 


linge bien blanc. 






Blanc. 


Biello. 


B-k*T> (ou 6-kio). 


Bleu. 


Lazeurenay. 


jlaaypHbiâ. 



(1} CroeopMjHCfl rrils se sont accordes ». Dans le ms. Dupuy, l'infinitif * accorder» 
vient immédiatement après les deux inGnitifs * parlementer» et <r contracter». Voir 
ci-dessous, p. 463, n. 7. 

(,) On notera que tons les noms de mois sont donnés à la forme du génitif, à 
l'exception du nom du mois de janvier, ianuar= h HBapi». Cf. à la p. 463, la ques- 
tion * combien avons nous de ce mois?». 

(3) Hhii», forme petite-russienne, mais trop isolée pour prouver quoi que ce 
soit quant à l'origine de la partie russe de ce vocabulaire. 

w Preu four prou; dans le ms. Dupuy, pour, leçon évidemment fautive. Celle 
locution est encore dans La Fontaine : 

Or buvez donc et buvez à votre aise ; 
Bon prou vous fasse ! 

Contes, i" part., xi. 
(5j Ms. Dupuy : mêliez, et non bouttes moi. 
( °J Traduction par à peu près, et de même celle qui suit. 
(7) Mou manque dans le ms. Dupuy. 



662 

Gomment vous portez 

vous? 
Chambrière , v re m e 

est il au logis ? 

Gest bien dict. 
Cest bien faict. 

Gomment appelle on 

cela? 
Combien vendez vous 

cela? 
Comme se nomme 

cestuy la ? 
Coupez. 
Comptez. 
Cinq. 
Cent. 

Cent mille. 
Cinq cens mille. 
Changeant. 
Cela me plaist. 
Combien vault lesqui- 

pont de lin (3 ' ? 



PAUL BOYER. 

Caiheborh [millouet]^1 

Chelouzachaya, guedye 
theuoye asoudare ? 

Dobro guouory. 



Dobro dieloch. 



Quaquesto zaul ? 

Quaquesto prodays ? 

Qua te as août ? 

Seguy. 

Zitaya. 

Peit. 

Seto. 

Seto tysesen. 

Pet sot tyses. 

Denoy ly chelay. 

Temene luba. 



[28] 

Kàmb Ta Bon» mh- 

•iyeTb? 
Ciyacâmafl (ou <My- 

Hcénafi), ra-fe tboh 

ocyjapb? 
4ô6po (ou 4o6po) 

roBopHrab. 
466po (ou joôpô) 

4-k*aenib. 
Kam» ôcto aoByT-b? 

KaKi> âcTO npoa a - 

émb? 
Kam> erô aoBy-rb? 

C-feKM. 

Ct .» 
4MTHH. 

llHTb. 

Cto. 

CtÔ TblCflHeH. 
ïlflTb CÔTb TWCHH'b. 
4BOe^HMHbIH &\ 
Tu MH* 4K>60. 



(1) Millouet, qui manque dans le ms. de Thevet, esl donné dans le ms. Dupuy. 
Cette formule « KâK-b re6n (ta) Bon» rnuyen»?» est demeurée très usuelle dans le 
parier courant. 

(,} tt Changeant » , dans le ms. Dupuy, clôt la série des adjectifs de couleur; et 
cette place même en fixe le sens. Denoy, faute de lecture pour deuoy. 

(3) Cette question et les trois qui suivent sont sans réponse : le «truchement* 
russe, apparemment, ne les avait pas comprises. De ces quatre questions, la 
seconde seule figure dans le ms. Dupuy, également sans réponse. — Lesquipont 
pour l'equipont : voir Juiuus , Nomenclator, omnium rerutn propria nomina veriis lin- 
guis explicala indicans, Anvers, m d lxxvii, p. a 38 b, De re mensuraria, au mot 
Aequipondium , glosé en français par contrepoix. 



[29] 

Combien vault lesqui- 

pont de chire? 
Combien vault lesqui- 

pont de chanvre ? 
Combien vault la 

lacque de cuir (1} ? 
Combien vault un re- 

nart noir ? 
Combien vault la livre 

de bievre? 
Comme s'appelle un 

barbier? 
Combien dé liens (6) y 

ail? 
Contracter. 
Combien avons nous 

de ce moys? 
Cinquante. 
Dieu vous doinct bon 

jour. 



UN VOCABULAIRE FRANÇAIS-RUSSE. 



463 



Seto daltye lychisa 

sorna? 
Seto datlye grinnin- 

qua (3) pouchou ? 
Lyecar. 

Ze quolqua feurst y 

est? 
Zapisy. 
Quatoraya chichellos 

miesesa ? 
Pete dessaùte. 
Boch day dobray den. 



Hto aaTH ^Hcuua 

HëpHa (a) (?) 
Hto aaTH rpMBeHKa 

nyxy'»'(?) 
%4*Kapb (5) . 

ClC&AbKO BëpCTT> 

écTb? 
3âlIHCH (7) . 

KoTÔpoe MHOiô arfc- 
cflqa? 

IIflTb4eCHT , b. 

Bôrb jân jôôpbia 
4éHb. 



(1) Tacque de cuir, compte de dix peaux. Cf. Du Cangb , Glossarium mediae et w- 
fanae latinitatis, au mot Taenia 3., ainsi glose : rrldem quod paulo post Taera, 
Coria decera. . . Nostris Tache et Picarchs Tacque, eadem notione». 

(,) Phrase assez peu correcte, maïs suffisamment claire; et de même la suivante. 

(3) Grinnùiqua pour griuinka. Sur les valeurs variables de fogrivenka (csajosan 
rpHBeHRa), voir Prozorovsku , Monema u enct m> Pocciu do kohiml XVIII cmojubmi*, 

Saint-Pétersbourg, i865. 

(4) Ilyxi», en vieux russe, s'employait au sens de onymb <r garniture, bordure* 
(cf. Sbeziievsku, Materialy dlja slovarja drevne-russkago jazyka , au mot Hyx-b); et, 
comme la fourrure de er bievre» servait couramment pour les garnitures ou bor- 
dures de manteaux fourres, le traducteur russe a entendu bievre au sens de 
ff garnitures, bordures * en général. 

(6) Réponse à la question posée, et non pas traduction. Le ms. Dupuy porte 
simplement «ung barbier*. 

(6) Liens : lire îieus, pour lieues. 

(7) Dans le ms. Dupuy, crcuntracter» vient immédiatement après «r parlementer », 
placé lui-même à la suite de <rtre(8)ves; ces deux infinitifs sont l'un et l'autre tra- 
duits par des noms. 



464 


PAUL BOYER. 


[30] 


Dieu vous doint bon 


Boch day tebe^ dobray 


Bôrb 4afi Teôi» 


soir. 
Dou venez vous ? 


uechere. 
Doloches ydes ? 


AÔôpuâ Bénep'b. 

4aaé*ie[-^b] lijeuib^? 


Donnez moy du pain. 
Donnez moy a boire. 


Day menye clyeba. 
Day menye pity. 


4âu MH-fe JM-fcôa. 

4âH MH'fe IJHTH (OU 
IlHTb). 


Donnez moy de la 
chair. 


Day menye maison ([s) . 


4afi MH-fe MHca. 


Donnez moy du sel. 
Donnez moy a boire 
du vin. 


Day menye solly. 
Day menye uina. 

• 


4au MH-fe côau. 

4àâ MH-fe BHHâ. 


Donnez moy du me- 
dou* 4 ). 


Day menye medou. 


4ân MH-fe Mé4y. 


Donnez moy de la 
bière. 


Day menye piua. 


4âîi muIî niiBa. 


Desabillez moy. 


Rassenastay metiea. 


. PaacHacTH (? ou peut- 
être paacHacTafi?) 

MeHH. 


Donnez moy a des- 


Day menye zafetra- 


4ââ MH-fe aaBTpaKaTb. 


jeuncr. 
Disnerons nous bien 


quyt * 5) . * 
Borzelnam obyedet ? 


Bôpao-ab naMT> o61;- 


tost? 




4aTb? 


Des flesches. 


Setrela. 


CTplMbl. 


Du feu. 


Aguon. 


OrÔHb. 



(,) Tebe manque dans le m s. Dupuy. 

(,} La question , semble-t-il , n'a pas élé bien comprise. La glose russe tradui- 
rait plutôt ffvas-tu loin ?».D autre part, comp. ci-dessous, p. 676, 1. 90 et 99. — 
Sut* l'accentuation hav, iueiiib, etc., voir Paul Boyeb, De P accentuation du verbe 
russe, dans le Centenaire de l'ticole des langues orientales vivantes, p. 993 [1 3]. 

(3) Maesson , dans le ms. Dupuy. 

(4) L'auteur connaissait la boisson russe dite Méj-b (soi te d'hydromel) et, ne 
sachant comment la designer en français, il lui garde son nom originel; mais ce 
nom lui étant familier surtout par des constructions au génitif partitif (type 

aâS MH-fe Mêjy), c'est la forme du génitif qu'il reproduit ici : du medou. Comp., 
en français moderne : du vodki, pour de la vodka. 
{ùj Zafretaquait, dans le ms. Dupuy. 



[311 UN VOCABULAIRE FRANÇAIS-RUSSE. ^65 


>De leau. 


Uauda. 


Bojà. 


De lancre. 


Cernilla. 


Hepmwa. 


Du papier. 


Boumagua. 


ByMara. 


Du bois. 


Derroua. 


4poBa. 


Des linccux. 


Nauelaguy. 


HâBCMOKlf (1) . 

* 


Des orîlletz. 


Padousquy. 


I1o4yiiiKH. 


Deux. 


Deua. 


4»a. 


Dix. 


Dessctty. 


4écflTb. 


Douze. 


Deua nasselly. 


4Bana4miTb. 


Dix sept. 


Sem nasselly. 


CeMbHa4uaTb. 


Dix huict. 


Uossemeny nasselly. 


BoceMbHa4qaTb. 


Dix neuf. 


Deuel nasselly. 


4^BHTbiia4i^aTb. 


Deux cens mille. 


Deuy esta lyeses. 


^B^CTa (pour 4B*fe- 

CT*) TbICflHT>. 


Disnes avecques moy. 


Abieday cetiam. 


06*fe4aâ cb Haut*. 


De la poudre {2) . 


Zellyn. 


3é*ibH (ou 3é^be). 


Du fil. 


NyL 


HHTb. 


Des cartes. 


Carte. 


KâpTbI. 


Des dees à jouer. 


Zernem. 


3epHb. 


De la croyee (3) . 


Myella. 


M-kia. 


Du sucre. 


Sacra. 


Càxap-b (ou câxapa). 


Du poyvrc. 


Peresse. 


Ilépeu'b. 


De la cannelle. 


Carissa. 


Kopâiia. 


Du gingembre. 


Imber. 


Miiôupb. 


De la muscade. 


Muscatte. 


MycKaTb. 



(,) HaeojoKH «taies, enveloppes», el non pas «Unceux». Les draps de lit étaient 
inconnus dans l'ancienne Russie, et le traducteur i\;sse a mal compris le mot crlin- 
ceux*; au reste, la glose h«îbo.iorh se trouvait confirmée par le mot même qui 
suivait, rrdes orilletzT), noAyiDKR. 

(,) Les gloses de ce mot et de la plupart de ceux qui suivent , jusqu'au mot 
« dimanche *, semblent données indifféremment au nominatif ou au génitif du 
singulier (génitif partitif). Sur tous ces mots, voir Kostomarov, Owpxb mopeo9.m 

MocKoecKMO locydapemna m XVI u XVII cmoATbmiRXb, Q* édit. , Saint-Pétersbourg , 

1889. 

(1) Croyee, pour croye (ms. Dupuy ) ou croie, ancienne forme du nom de la craie. 
Voir Linné, Dictionnaire de la langue française , à l'historique du mot craie. 

MÉMOIRES OR1BKTAUX. 3o 



IMPRIMEUE XATIOXALt. 



666 

Du masif {1) . 

Du clou de girofle. 

De la rubarbe (2) . 

Du safran. 

De lyvoyre. 

Du morfil (3) . 

Du muscq. 

De lor. 

De largent. 

Du métal. 

Du cuyvre. 

Du plomb. 

De les tain. 

De lassier. 

Du 1er. 



PAUL BOYER. 

Seuylta mouscalenicq, 
Guoesseniqua. 

Safren. 

Coêty rybya. 

Morsouescosty. 

Meuecous. 

Zololta. 

Sereba. 

Myetyf. 

Saperoudo (6) . 

Seuinessa. 

Ollora W. 

Uossequa. 

SeUza. 



132] 

L^TTi MyCKàTHblH. 
TB034HKa. 

LUaopaHb. 

KÔCTb pbl6bH. 

MopîKOBan KÔerb. 

MycKycb. 

36wioto (ou 3Ô.iOTa). 

CepeÔé^. 

M**b (5) . 

... ? pyaâ. 

CBHHéqi> (OU CBHHIjâ). 

O^OBa. 

jïôcica (8) . 



(,) Masif doit être lu tnasU, lequel est lui-même pour maris. Cf. Jonids, 
Notnenclator, p. Si b, De aromaùbus, au mot Macer vel maris : «Macer, vel 
maris, (xàxep, ÇvXofiâxep. Cortex aromaticus, nucis myristicae inuolucrum , ami- 
culumve. — Al. Muscatenbloemen, Muscatbluhe. — B (=Belgice) Maciis-foelie, 
bloem van moscaet. — G. et It. Macis. — H. (=Hispanice) Macas, macias, 
gingibre maquis — Je dois cette précieuse référence à l'obligeante érudition 
de M. Brunot. On trouvera le Notnenclator de Junius, avec les corrections et addi- 
tions de Hermann Germberg, à la suile du Thresor de la langue française de 
Nicot (160C). — Cf. Heyd, Histoire du commerce du Levant au moyen âge, t. 11, 
p. 644 et suiv. de la traduction française de F. Raynaud. 

(,) La glose manque également dans le ms. Dupuy. 

(3) Morfil : tt Nom donné à l'ivoire qui n'a pas encore été travaillé , aux dents 
d'éléphant séparées de l'animal. » (Littriî, Dictionnaire.) 

(k) Cepeôâ, par dissimilation , pour cepe6pâ. 

(l) M*4b ff cuivre», glose déplacée, et qui vaut pour le mot français qui suit 

(-) Saperoudo (saperondo dans le ms. Dupuy), peut-être pour cbipân pyjâ, 
proprement «• minerai brut», glose du mot français qui précède. 

(7) Ollora , faule de lecture pour olloua. 

(8 > ^ockt> rr lustre, poli, brillant». Le brillant de l'acier? L'acier était connu en 
Russie au xvi* siècle, mais, semble-t-il, seulement à titre d'objet importé; voir 

M. D. Khhvrov, MemaMibi, MenuLiAutecKin usdibAin u MunepcuAbi {sic) 8b dpeeneû 

Pocciu (ouvrage corrigé et complété par K. A. Skal'kovskij), Saint-Pétersbourg, 
1875, p. 1/17-1 58. 

(9) HCejiîao, forme petite-russienne, pour xej-feao. Cf. ci-dessus, p. 46 1, n. 3. 



[33] UN VOCABULAIRE FRANÇAIS-RUSSE. 467 


De lencentz. 


Crassequa. 


KpâcKa (1) . 


De locre. 


Craseua. 


KpâCHO (?) M. 


Du verd de gris. 


Rondoul myel denaye. 


P6H4e^ r b(?) M'Ï54- 
HblH W. 


Du cuir de marroquin. 


Safien. 


Ca<i>bflH r b. 


Du chamois. 


Somechon ^K 


3aMiija. 


Du cuir de vache. 


Tellayteua. 


• . . . 


De la butîe. 


Boy couya cossa. 


BbIKOBbH KÔ'/Ka. 


Du cuir de cheval. 


Coessa lachedinna. 


Kôwa ,iouiaAHiia. 


Du cuir de boucq. 


Cosse latynna. 


Ko3^HTHHa. 


Du cuir de pourceau. 


Seuynna cossa. 


CBHHaH KOHta. 


Du cuir de veau. 


Tesfessya cossa. 


Te^HMbH KÔwa. 


De la pluye. 


Doys. 


40îK4b. 


De la neige. 


Senya. 


Cirferb. 


De la glace. 


LyoL 


*/ïë4 r b. 


Devisons de quelque 


Gouuorinnes selo ny 


ToBopÔMb (ou TOBO- 


chose. 


bout. 


pii MH'fe) HTÔ Illi- 

6y4b. 


Des dames. 


Por mollodis. 


llpO M0^04HU'b. 


Des armes. 


Roussequa. 


OpyjKbe(?). 



(l} Le traducteur russe ne parait pas avoir bien compris la question. Il entend 
seulement qu'il s'agit d'une denrée exotique et, Fans plus de souci, il traduit par 
Kpàcia qui, en ancien russe, était la désignation spécifique de l'indigo (ainsi, par 
exemple, dans le Voyage d'Athanase Nikitin). Au reste, il n'est pas impossible 
que KpâcKa, pris au sens de «couleur rouge*, ait été également une désignation 
spécifique de l'encens de l'Inde, de cet encens dont Cotgrave, dausson Dictionary 
ofthejrench and english longues, dit qu'il est «of a faiut, and withered red 
colour». — Répété plus loin (à la fin de la lettre D), le mol encens est de nouveau 
traduit par crassequa dans le ms. de Thevet, mais, cette fois, plus exactement 
glosé en themian = eBMiâm» dans le ms.Dupuy. 

{i) Craseua semble être une faute de lecture pour crasena; Rpâcno,gén. icpâciia, 
«du rouge» ? 

lS) PôiMe-n», mot polonais (rondel), «casserole». Faut-il supposer que l'auteur 
français, voulant expliquer le mot par la chose, aura montré à son «truchement» 
russe . . ,une casserole de cuivre tachée de vert-de-gris? Peut-être lire simplement 

pyjâ îtfuuafl. 

(4) Somechon, faute de lecture pour samechon; la glose du ms. Dupuy est 
semechon. 



3o. 



468 

Des arènes. 
De lestourgeon. 
Du poisson frais. 
Des fers de cheval. 

Des doux. 
De lesque (2) . 
Du soufre. 
De la gomme. 
Du ble. 
De lavoyne. 
De segle. 
De lorge. 
Des choux. 
Des poreaux. 
Des oignons. 
Des aulx. 
Des rozes. 
Des violettes. 
Du savon. 
Des concombres. 
Des melons. 
Du velours. 
Du satin. 
Du damas. 
Du taffetas. 



PAUL BOYKR. 

Selgua. 
Assettrinna. 
Byella riba. 
PaUecauoy lacheàinne. 

Gouesseday (1) . 

Tivut. 

Syera. 

Chiera { ». 

Gittà. 

Auyes. 

Ros. 

Y essemain. 

Capoussella. 

Nagowrssc. 

Loucq. 

Sessenocq. 

Rosse. 

Seuyettay. 

Mouuylla. 

igoursy. 

Daynyee. 

Barquehayt. 

Attellas. 

Camqua. 

Tajfettas. 



134] 

C&4b£H. 

OceTpHHa. 
Erkia pbiôa. 
llo4KÔBbi 40iua4U- 

Hbl. 
FBÔ34H (ou rBÔ34be). 

Tpyn>. 

Gfcpa (ou ivfepb). 

.... 
/Khto. 

OBéC'b. 
PoJKb. 

flqMéHb. 
KanycTa. 
(H)orypqbi (4) . 
AyKi>. 

HeCHÔKT». 

PÔ3bI. 

IjB'fcTbl (5) . 

MbMO (OU MhMa). 

Orypubi. 

4bIHH. 

BâpxaTi». 

AlVfâc'b. 

KaMKa. 
TaoTa. 



(l) Gouesseday, faute de lecture pour gcuossoday. 

(i) De lesque pour de Fesque — de l'esche. Esche, nom ancien de l'amadou; voir 
Littrë , Dictionnai re , à l'historique du mot Fusil. Le mot «• amadou i» n'est pas en- 
core dans la première édition du Dictionnaire de l'Académie française. 

(i) Chiera parait n'être qu'une simple répétition de la glose précédente : le mot 
«gomme», habituellement transcrit rymm en russe moderne, n'avait pas été 
compris. 

(1 Or\pma, proprement *des concombres- : voir ci-après. Sur la préfixa lion de 
h, voir ci-dessus, p. 448 , 1. 6. " 

5} Traduction du particulier par le général. 



[35] 



UN VOCABULAIRE FRANÇAIS-RUSSE. 



/i69 



Du drap dor. 

De lescarlate. 

Du vin clairet. 

Du vin despaigne. 

Du beurre. 

Du froumage. 

Du laict. 

Du rys. 

de ce que vous luy 

donnerez (5) . 
Des salières d'argent. 
Des cloches. 
Dimanche. 
Décembre. 
De lensentz. 
Estes vous malade? 
Et je yray chez vous. 

et aux bons garçons. 



OUabas. 
Escoruotto. 
Uino gr assena. 
Uino Espenqua. 
Massela. 
Chira. 
Molbqua. 
Pechano. 
seton se teydal. 

Sohmca ccreltrena. 
Collo chella. 
Uascrsenya. 
Destembra. 
Crassequa. 
Tynyemoyze chely ? 
la boudou tebe naue- 

chayt. 
Vessye drougue. 



A^Taôâcb (1) . 

CKop^aT'b (2) . 

Bmio KpàcHO (3) . 

Bhhô uinâncKoe. 

Mâcwio (ou Macvia). 

Chipa* 

Mo^okâ. 

IlQieHÔ (4) . 

htô ace Tbi 4âjn> (ou 

Aauib). 
Co.ioHKa cepéôpeHa. 
Ko^oKo^a. 
BocKpecéHbe (c) . 
4eKeM6p« (7) . 
KpâcKa (8) . 

Tbi HeMÔaceuib au ? 
fl 6yjy Te6é HaB'fe- 

mâTb. 
Bcfe 4pyrn (9) . 



(1) Sur le brocart d'or dit ajTatiâci. (en polonais altembas, du turc àllunbadl), 
voir Kostomarov, loc. cit., p. 334. 

(î) Cf. Srbznrvsku , Materialy, à ce mot. Ve initial de la glose cscorlotto est 
dû à l'analogie du mot français; et de même, ci-dessous, pour Ve de Espenqua. 

(3) Littéralement trvin rouge». Cf. Cotgrave, Dictionary au mol Clairet : «rClaret 
wine (is commonly made of white and red grapesmingled , or growing, logetlier)». 
— Sous la forme claret, le nom du vin clairet s'est conservé en anglais moderne 
comme désignation du vin rouge. 

(t ) Iluieuo, au sens de capaiHucsoe nuieuô. 

(4) Dans le ms. Dupuy, ces mots viennent immédiatement après cet respondray 
pour luy ». Voir ci-dessous, p. £70, n. 8. 

(é} Va final de uascrsenya, la syllabe finale même étant inaccentuée, doit se lire e. 

(7) Sur la forme ancienne de Aesâôpb , voir Sreznevskij , Materialy. — La glose 
du ms. Dupuy est decembra. 

(8) Voir ci-dessus, p. Û67, n. 1. 

(9} Voir ci-dessous, p. 673, n. 3. La question, sans doute mal posée, ne 
semble pas avoir été mieux comprise; et Ton se demande s'il faut rattacher 
Apyre (forme moderne pour Apy3ii)à 4pyre» <mmi* ou à Apyrôfi «rautre*. 



'i70 

et de la guerre (1) , 
et des faictz de Ale- 
xandre le Grand, 

et de César, 
et de Pompée, 
et de Hanibal de Car- 
thayo , 

et de Scipion lafri- * 
cain. 

et vous me condui- 
rez (5) . 

ei je vous accompai- 
gnerey (6) . 

En quelle rue demeure 
il? 

et respondray pour 
luy {8 > . . 

Février. 



PAUL BOYER. 

prosselousebou , 
[gouuory] 4 pro Aie- 
xandre pissanye , 

y prossesara , 
y Pompée, 

Je Hannibal y progua- 
rot Carthanno, 

y prauuoy uodo Sipian- 
no lafricanno scon- 
na^ zemely. 

tymenea prouedossela ? 



y iebe prouecho. 



[36] 

npo c^yraôy, 
[roBopâ] npo Ajie- 
KcaHApe nncâ- 
Hie (2) , 
h npo Uécapa , 
h IloMnéfl, 
de Hannibal h npo 
répo*^ Carlhan- 
no^K 
h npo BoesÔAy Si- 
pianno A<r>pMKân- 

CKOH (?) 3e»MIf . 

Tbi MeHH npoBe4ëiDb 
an? 

h Te6é npoBOHcy. 
Ilo KOTÔpofl 4opôrfe 

HCHBëTT> (OU éCTb)? 

B3T> no HeMT» nopy- 

Kd • • • 

4>e6papA (ou oeBpa- 
pn). 

(l) Ces mots et ceux qui les suivent viennent, dans le ms. Dupuy, immédiate- 
ment après *r parlons de l'amour, — des dames, — ■- des armes». 

(,) Le rr roman d'Alexandre» n'était pas moins populaire en Russie qu'en 
France. Sur ¥ Alexandrie russe et ses diverses rédactions, voir V. Istrin, Amucoh- 

dpin PyccKnxb xpoHOiparfioab , MOSCOU, 1893. 

(3) Le traducteur russe paraît n'avoir eu que des notions ass z vagues sur 
Annibal et Carthage. — Carthayo, faute de lecture pour Carthage, leçon du 
ms. Dupuy. 

(4) Sonna, dans le ms. Dupuy. Peut-être lire lafricanno sconna en lafricanno 
scoua — AopHKàucRaro? 

(&} Dans le ms. Dupuy, cette phrase vient immédiatement après rrje vous con- 
duiray»; la conjonction <retn manque. 

(<5) Après rr venez moi accompaigner» dans le ms. Dupuy, fret» manquant. 

(7) Polacoray, dans le ms. Dupuy. 

(g) Dans le ms. Dupuy, cette phrase vient après <rje demeureray ici si vous 
voulez», et immédiatement avant rrde ce que vous luy donnerez » . 



da 



Pocataray (7) 

giest? 
y as poenam porouca 

Febrara. 



rogua 



[37] 



UN VOCABULAIRE FRANÇAIS-RUSSE. 



471 



Gardyen. 

Grys. 

Huict. 

Huictante (2) . 

Huict cens mille. 

Je vous donneray de 

largent. 
Je vous remercie du 

plaisir que mavez 

faict. 
Je ne scays. 
Irons nous au chas- 

teau? 

Jeaune. 
Il est venu. 

U viendra bien tost. 
Jen suis fort ayse. 

Il ne tardera poinct 

beaucoup. 
Je vous escoutois (7) . 



Setoros. 
Caidloup. 
Uosemy. 

Uôsemy dessayty. 
Uosemy sot tyses. 
las tebye dam denye. 

Y a tebye zatodyella 
clwlombyon setteme- 
nye sedyeUa. 

Nye uidy you. 

Poudem ofguorot^ ? 



Jault. 
Prichal { V tuopt. 

Secorot priedet. 

Y a se rahe dobryee. 

Niedolgua gît. 

Y a tebe chelouchaye. 



CTÔpOH^T». 

BôceMb. 
BôceMbjecHT'h. 

B6ceMbCÔTT>TblCHq r b. 

fl3T> TeÔ* 4aMi> 4e- 

Hen>. 
fl reô'k aa to 4^0 

HCIÔMT» 6bK), HTO 

Tbi MH-fe c4-fua^b. 
He BH4aio (3) . 
IloH4ëMT> (ou n6S- 

4eM r b) (o)bt> r6- 

p04i»? 

JKëjTTb. 

Ilpniuë^b (ou npii- 

Xa^T.) BOT r b(?). 

Cnôpo npi^eTT». 
Hbt> pâ4 r fc 466p , fe (ou 

4o6pi). 
He4Ôaro wàrb^K 

fl Te6é oiyuia^T>. 



(1) Voir le Slovar cerkovno-slavjanskago i ru&xkago jazyka de l'Académie impé- 
riale des sciences de Saint-Pétersbourg (1847), au mot rojyôwfi. 
(,) Oetante, dans lems. Dupuy. 

w BH4aio, forme petite-russienne pour r-basio. Cf. ci-dessus, p. 46 1, n. 3, et 
466, n. 9 

(,) Ofnorot, dans le ms. Dupuy. — Sur obt. rôpoA-h pour bt» rôpoji», cf. ci-des- 
sous, p. 476, n. 1. 

{S) Prichal : il faut sans doute corriger en prrxechal (= npi*xaj'h), conformé- 
ment à la glose qui, dans le ms. Dupuy, suit immédiatement celle-ci : «le voici 
venir» — priechal. Voir ci -dessous, p. 473, 1. 9. 

< A} TKnTb au sens de «4 a™. Le mot rrpoinct» manque dans le ms. Dupuy. 

(7) Escoute, dans le ms. Dupuy, ce qui donnerait ciyniaw comme transcription 
de chelouchaye. 



472 


PAUL BOYER. 


|S8] 


Il vous escoutera (1) . 


// vous escouttera. 




Je me joue. 
Je y prens grand (2) 
plaisir. 


Y a chouche. 

Y minyetto uellicque 
lubo. 


fl myqy. 

H MH'fe TO B&ftHKO 
,Ilb6o. 


Je vous conduiray. 
Je mennuyres jamais 
avecques vous. 


Y as the prouedo. 
Neny est^ oboy ny 
escliua. 


flaT» Te npoBé4y. 
Mh* cb to6oh He 

T1>CKj!HB0(?). 


Je men yray. 
Je demeurerey icy si 
vous voulez. 


Y apoydou. 

Yas sedicha asta nocha. 


fl noâ*y. 

flaT» 34HCH {4) OCTâ- 
HyCH. 


Jeudy. 
Il est jour. 
Il est nuict. 


Seteuerque. 

Den. 

Noche. 


HeTBépn». 
4eHb. 

HoHb. 


Janvier. 

Juing. 

Juillet. 

L'Empereur y est il? 


Ianuar. 

Y Iunya. 

Y Iullya. 

Pessarem ^ ueguorodel ? 


fliiBâpb. 

IlOHfl. 
IlCMfl. 

[Jécapb bt> rôpoj-fc- 


Le Roy y est il? 
Lavez vous faict? 


Sare ueguorodel? 
Zediello laitay ? 


£|âpb bt> rôpo^t-^b? 

Cfi'kA&A'b AU Tb'l ? 


Le ferez vous? 


Zediella chelitay ? 


Càiuaeiiib ah tu? 


L'hyver. 
L'esté. 


Zimya. 
Lyela. 


3uMà. 


La teste. 


Guelaua. 


To^OBa. 


Le corps. 
Le bras (7) . 


Brerucha. 
Rouquy. 


BpK)XO (6) . 

1 PyKH. 



(1) Cette phrase, demeurée sans réponse, manque dans le ms. Dupuy. 
(S) Grand manque dans le ms. Dupuy. 

(3) Meny est, et non neny esl, dans le ms. Dupuy. 

(4) 34HCA pour 34*c« , nouveau trait de prononciation petile-russienne. Cf. ci- 
dessus, p. 46 1, n. 3, 466, n. 9 et &71, n. 3. 

(5) Pessarem, faute de leclure pour Sessarem. Cetle question et celle qui la 
suit viennent, dans le ms. Dupuy, immédiatement après la question «irons nous 
au cliasleau?» 

(6) Bpioxo, proprement * le ventre <>. 

(7) *Lc bras* : la glose indique suffisamment qu'il faut lire les bras. 



[39] 



UN VOCABULAIRE FRANCAIS-RUSSB. 



473 



Les cuysses. 


Setoguena. 


CTëraa. 


Les jambes. 


Nogue. 


Hôrn. 


Les pîedz. 






Laissez moy. 


Nessa moy. 


He 3aMaH (1) . 


Le vent est froid. 


Syuericq uyetra. 


CHBepHITb B-feTepT» 
(ou B'ÈTpa)^. 


Le vent est chaud. 


Uyelra tyoplay. 


BlrrepT» TërMbiii (ou 
B-frrpa Tën^an). 


Le voici venir. 


Priechal. 


npi-fexauib. • 


Lattendray icy. 


Y a tebe sedoudyel. 


fl Te6é »4y aj'fccb. 


Lon vous y demande. 


Solouecque tebe zauiot 


He^OBtirb Te6é 30- 




obledena. 


BëTT» m> 6ar- 

4flM r b {3) . 


La chair nest point 


Meeua nye pospyella. 


Mhco He nocrrfuo. 


bien cuitte. 






lia chair est dure. 


Meessa tougua. 


Mhco *ryro. 


Le pain nest pas bien 


Clyeba nye pospiella. 


X^-fe6i> He nocirfejn> 


cuict. 




( ou , peut-être , 
xjrfcôa He nocirfc- 






A*S*\ 


Lavez moy cela. 


Uoy moy menyelto. 


BbIMOH MH-fi 3T0. 


Le jour sainct Nicolas. 


Nycollm dm. 


HhkÔ^hhi» 4éHb. 


La guerre. 


Chelouseba. 


CiymÔa. 


La paix. 


Myr. 


Mup-b. 


La mer. 


More. 


Môpe. 


Le bourreau. 


Pallachy. 


Fla^éH'b. 



(>) Voir StEZifivsKU , Materialu, au mot 3aM«TH. 

(t} LOptft oblastnago velikorusskago slovarja de rAcadëmie impériale des sciences 
de Saint-Pétersbourg (i85a) et le dictionnaire de DaT sont d'accord jwor attri- 
buer la forme ciiepiin» au parler d'Olonets; cf. Dal\ Tolkovyj slovar, au mot 

Gkftepb. — Bi-rpa pour rfa-epi : sur la tendance de la langue populaire à rem- 
placer les neutres en -o et les masculins en -n, par des féminins en -a, voir 
Paul Boni et N. Spéeanski, Manuel pour l'étude de In langue russe, p. 192, n. 1. 

{3) Dans le ms. Dupuy, cette phrase vient après craliez au bordeau* (voir p. 46 1, 
i. 1) et est immédiatement suivie de «et aux bons garçons* (voir p. &6g, n. 9). 

(4} Cf. ci-dessus, n. 2, in fine. 



Lenseigne. 

e tambour. 
Lundy: 

Le jour de Noël. 
Le jour de Tan. 
Le jour de Pasques. 
Le jour de Pentecostes. 
Le jour sainct Jean. 
Le jour sainct Michel. 
Le soleil. 
La lune. 
Le ciel. 
Les estoilles. 
Le vent. 

Lorloge va elle bien ? 
Mouchez la chandelle. 
Machatterez vous 

quelque chose? 
Mon lict est il faict? 

Menez moy coucher, 

garçon. 
Monslrez moy le pry- 

vé. 
Ma ceinture. 
Mengez. 
Mes gandz. 



PAUL BOYER. 

Parparchicq^K 

Nabanichicq. 

Panyedernicq. 

Razouteuo. 

Peruoy den uoguadou. 

Uelicque den. 

Troysen den. 

Iuan den. 

Mie halle den. 

Saulsa. 

Myessa. 

Nyoba. 

Zeuyesde. 

Uyeter. 

Chacyl dobroayl ? 

Paguasy suesno. 

Coupymenye seto ny 

boudy. 
Moya pastella passela- 

naya ? 
Pouedy menea espat, 

mallades. 
Ouquazemenya crele- 

cho. 
Couchacq. 
Guy es. 
Rouqua uissa. 



[401 

llpânopmHirb. 

Ha6âTHHin> (2) . 

lloHe4 , kfbHMirb. 

PoHcecTBÔ. 

IlépBbiH AéHb bo roay . 

Be^HKb AéHb. 

TpÔHIJblUT> AéHb. 
HsaHb AéHb. 
MnxaiMb Aérn». 

M'feCflUT>. 

Hë6o {3 >. 

3B-fe3AW- 

B'feTep'b. 

HacwMb 4o6pw-^b? 

IIoracH cB'feHy. 

KynH MH-fe HTÔ HH 

6yAH. 
Mon nocTé^ifl nô- 

CT^aHafl? 
IloBeAH Me h a cnaTb, 

MOAOAél\b. 

YKà»cb (pour ynaani) 

MH-fe KpbMbqÔ (1) . 

KyniaKT>. 

"Boib. 

PyKaaHi^bi. 



(I) Parparchicq pour praparchicq , par dissimilation. Ni ce mot, ni le précédent 
( ii fuâ«n>), ni le suivant ne se trouvent dans les Materialy de Sreznevskij. 

(5) S'il fallait voir dans nabanichicq (nabamehicq dans le ms. Dupuy) aulre chose 
qu'une transcription par à peu près, on pourrait supposer une forme Ha6âuaiHKi>, 
refaite sur Ha6âT<wEi>, d'après 6apa6âHmiiHi>. 

{r> He6o, en prononciation populaire, pour ué6o. 

(4) Le Dictionnaire de l'Académie (iSk'j) donne au mot Kpwjbijô la glose sui- 
vante : (THapysKuaa npe AOM*fc j-fecrHHqa, cjyxcaujafi 4-ih eexo^a h BMXoja h3t> cisuefi». 
Et il n'y a pas lieu dépenser que spbMbqô, au xvi e siècle, signifiât autre chose. 



[41] UN VOC 


IABULAIRE FRANÇAIS 


-RUSSE. 475 


Mon père. 


Atees. 


OTén'b. 


Ma mère. 


Mattya. 


MaTH. 


Mononclo. 


Dadyn. 


4«4H. 


Ma tante. 


Tyotiqua. 


1 eTKa. 


Mon frère. 


Brale. 


BpaTT>. 


Ma seur. 


Sestra. 


CecTpâ. 


Mon cousin. 


Pleniennicq. 


n.*eMflHHnm> (1) . 


Ma cousine. 


Plemennissa. 


lLïeMaHHima (2) . 


Mon nepveu. 


Plemetinicq. 


IljieMflHIIHKl>. 


Ma niepce. 


Plemennissa. 


HjieMHiiHHua. 


Mon beau père. 


ioclieman. 


B6thhmt>. 


Ma belle mère. 


Machaca. 


Mânexa. 


Mon beau frère. 


Zeitta. 


3flTb. 


Ma belle seur. 


Nieuesqua. 


HeetcTRa. 


Mon gendre. 


Zeitta. 


3hti>. 


Ma belle fille. 


Nyeuisqua. 


HeB'fecTKa. 


Mon cofnpere. 


Com. 


KyMT>. 


Ma commère. 


Comma. 


Kyaiâ. 


Mon grand père. 


Dieta. 


4*4b. 


Ma grand mère. 


^Baba. 


Ba6a. 


Mon grand amy. 


Myella droguo. 


Mi'î.ibiH (ou MIMI») 
4pyn>. 


Ma grand amye. 


Myella podrouffua. 


Mn.ia no^pyra. 


Mon voysin. 


Moy sousiet. 


Mofi cycfe^T». 


Ma voysine. 


Maya sousieda. 


Mon cycfe^a. 


Mon hoste. 


Moy prodeuornicq. 


Mofi np04BÔpHHK r b 

m (3) 


Mon hostesse. 


Moya prodeuornissa. 


v) • 

Mon npo4BÔpHHija(?). 



(,) rijenflHHHin., en vieux russe, n'avait encore que le sens général de pÔACTBeH- 

HHBl», CpÔAHHRT». 

(,) Voir à la note précédente. — Les mots rrma cousine, *mou nepveu» et 
leurs gloses sont omis dans le ms. Dnpuy. 

w HpoABÔpHHK-b et npo^BÔpHima manquent dans Sreznevskij. On notera qu'en 
russe moderne le patron et la patronne d'un nocTOHJbifi ABop-b sont dits respecti- 
vement 4BopHnm> et 4BÔpuHHHxa (dial. Anàpmma). Peut-être faudrait-il lire nojBop 
HHirb et no^eôpHHqa, d'après iiojBÔpbe. Ms. Dupuy : prodeuornicq, sans moy. 



.'i76 


PAUL BOVER. 


[48] 


Mille. 


Tysesem. 


Tbicana. 


Myllon. 


Seto sot tyses tyesesay. 


CtÔ CÔTb TWCHHT» 

TbicRieâ. 


Mardy. 


Oftornicq. 


OBTépHHKT»^^. 


Mercredy. 


Sereda. 


Cepe4à. 


Mars. 


Martha. 


MâpTa. 


Mav. 

• 


Maya. 


Mâa. 


Nenny, monsieur, il ny 


Nyeta Asoudare dama. 


H-feTT» ocyjàpn 4611a. 


est point (2) . 






Nenny, madame, il ny 


Nyeta Assotidarinye 


H-feTi» ocy^puHH 


est point. 


dama (3) . 


4ÔMa. 


Non. 


Nyette. 


H'feTb. 


Neuf. 


Deuety. 


4éeaTb. 


Nonante. 


Deuenossetta. 


4eBHH6cTO. 


Neuf cons mille. 


Deuety sot tyses. 


4éBIITb CÔT'b Tbï- 
CflHT>. 


Noyr. 


Chomocq. 


Hôpao. 


Ne vous faschez pas. 


Nye crochins. 


He KpyHHHbCH M. 


Novembre. 


Novembra. 


HoeeMÔpa. 


Ou allez vous ? 


Delechel y des ? 


4a^éqeMb H4euib t6 )? 


Ou avez vous este ? 


Gtiedye yessye bouel ? 


T^k eCH 6hMT> ? 


Ou est il aile ? 


DolecheUyon pochol? 


4a4éneMH on r b no- 
uiëjrb (6) ? 


Ouy. 


Yes. 


EcTb M 



(1} Sur orrôpHHKT,, conservé en russe dialectal, cf. ci-dessus, p. 671, n. 4. 

{i) Cette phrase et celle qui la suit manquent dans le ms. Dupuy. Ni Tune ni 
l'autre n'ont été exactement comprises par le traducteur qui n a pas vu que 
monsieur et madame étaient ici des vocatifs. 

(S} Dama , faute de lecture pour doma. 

(4) KpyiHHHTbc/i , en vieux russe, signifiait «se fâcher» plutôt que «s'affliger». 
PamvaBerynda, dans son .iefccuKOK»(i653) t glose KpyiHHaiocii en : *iiPAMiiaioc#i, 
AMycfl, nyxiiy, miBaiocfl*. 

(i) Voir ci-dessus, p. â6â,n. a, 

(é) Voir la note précédente. 

(T} Actuellement encore, dans la marine et Tannée russes, l'affirmation est 
communément exprimée par ecrb et non par 4a. Si Ton se reporte à ce qui a été 
dit de la composition du Dictionnaire des Moscovites (voir ci-dessus, p.* kkh ), on 



[S3] 



UN VOCABULAIRE FRANÇAIS-RUSSE. 



477 



Ou avez vous tant 
este? 

Ouvrez cestc porte. 

Onze. 

Orengé. 

Ou est le chemin pour 
aller? 

Ostages. 

Octobre. 

Pariez. 

Prions Dieu. 

Prenez cela. 

Peu à peu. 

Pariez a luy. 

Prenez le en jeu, sil 
vous plaict. 

Parions de l'amour. 

Parlementer. 

Pièges w . 

Quesce que vous de- 
mandez ? 

Quelles no"" par la 
ville, monsieur? 

Quesce que vous avez? 



Guedye tliy boyl dol- 

gua? 
Ai tapry uerotla. 
Odinnasseti. 
Norenge ceuyeL 
Coudy darogua ? 

Porrouchyquy. 
Octobra. 
Gouory. 
Moelin Boch. 
Uosscmyty. 
Patticlio. 
Gouuory yamon. 
Pomeryca. 

Gouuorye^ prolu of. 
Rasguanor (6) . 
Porrouca. 
Cheuopotays ? 

Seto uestay, assoudure ? 

Selo ou tebey est? 



14* Tbi ôbM'b 4(i.iro? 

Oronpii BopoTa. 
OAHiiaaAuaTb. 
HapaHAW (?) ijbïjt i» ( x \ 
Kyjbi 4opora? 

Ilopy«iHKH (2) . 

OKTOÔp/l (3) . 
TOBOpH. 

M6^hmt> Bora. 
BoabMHTe. 

rio THXy. 
ToBopii HMy (l) . 

flOMHpHCfl. 

ToBopii npo .«oôoBb. 

PaaroBÔp-b. 

llopyna. 

Herô nbiTâeuib? 

4to B-fecTeâ, ocy- 

4âpb? 
4to y Te6é écTb ? 



admettra sans peine que tout au moins certaines de ses gloses aient pu être fournies 
par des gens de guerre ou de mer. 

(1] Si le traducteur n'a pas simplement reproduit le mot français, il fendrait 
admettre qu'il en connaissait l'original arabe, nàrandi. 

(i) Voir le Dictionnaire de l'Académie (18/17) e ** au m °t nopy^HHin», les Malc- 
rialy de Sreznevskij. Dans le ms. Du pu y, où le mot «ostages* ne figure pas, la 
glose porrouchyquy est attribuée au mol <r pièges *. 

(5) La» forme orroôpb manque dans Sreznevskij. Les formes qu'il donne sont : 

OKTOy bpilH , OlTOBpBH, OKTJMpb, OKTJIIfOpb, OKTflÔpb. 

(4) fluy, forme dialectale pour eiiy. 

{i) Gouuorye = ronopH > comme si le texte français portait «parle*. 

* } Rasguanor, faute de lecture pour rasguanor. Cf. p. 463, n. 7. 

(7) Ce mot est inexactement glose en porrouchyquy dans le ms. Dupuy. 



478 

Que ferons nous ? 
Que couste cela? 
Que voulez vous? 
Quy (,) faict froid. 
Quy faicl chaud. 
Quatre. 
Quatorze. 
Quinze. 
Quarante. 
Quatre cens mille. 
Quatre tours dorées. 



PAUL BOYER. 



Quatre tours argen- 
tées. 



Quel jour avons nous? 

Quelle heure est-il? 

Qui est ce qui est 
céans ? 

Revenez tost. 

Rouge. 

Serviteur, vre mais- 
tresse est elle céans ? 

Souperons nous bien 
tost? 



Seto nom guyelot ? 

Setolo dallen ? 

Achauo coechays? 

Setu deano. 

Tyeplo. 

Chatery. 

Zathery nassetty. 

Pet nassetty. 

Sorocq. 

Sattery seto tyses. 

Sattery setoboy zellatye. 



Sattery setoboy 
brenna. 



sere- 



Quatoray den ? 
Quatoray chays? 
Quetto doma ? 

Predys secora. 
Grassenol. 

Cheloiigua, assoudari- 
nye theuoye domal? 
Borzelnam obyedel^l 



[4«] 

HtÔ HàMi> j'kiaTb? 
Htô-to 4À^T>? 

A hzbô xôneinb? 

CTy4ëHO. 

TeiMÔ. 

HeTbipe. 

HeTbipHa4uaTb. 

IlaTbHàjuaTb. . 

CôpOKT>. 

HeTbipe CTa Twcam». 

HeTbipe (pour néTBe- 
pw) cto^6w (?) aaa- 
Twe (ou cTonbi^ 2j 

ÎMaTblH?). 

HeTbipe (pour nèr- 

Bepbl) CT<M6b'l(?) 

cepéôpeHHbie (ou 
CTonbi cepéôpeH- 

Hblfl?). 

KoTÔpwô 4éHb ? 

KoTÔpblH lâc'b? 

Ktô 4ÔMa? 

OpH4H CKÔpO. 

KpacHO (3) . 

C a y r a , ocy4apw h h 

TBOfl 4ÔMa-4b? 
B6p30--lb IiaMT» o6-fe- 

4aTb? 



{,) Quil, dans le ms. Dupuy, et de même à la ligne suivante. 

(î) CTona étant entendu au sens de *grand verre ou gobelet de métal, sans 
anse, évasé par le haut» (Dictionnaire de l'Académie, édit. de 1867). Mais le mot 
français rrtour» fait difficulté. 

(n) Comp., p. A 69 , 1. 3 : uino grasse na = bhu 6 spâcuo. 

(4) Déjà plus haut (p. A 64, 1. 9 1) on a vu celte même glose pour irdisnerons nous 



[45] 



UN VOCABULAIRE FRANÇAIS-RUSSE. 



479 



Serrez la porte. 




Zatheuary uerotta. 


3aTBopH BopÔTa. 


Six. 




Ses. 


IIIecTb. 


Sept. 




Sem. 


GeMb. 


Seize. 




Ses nassetty. 


IIIecTbHâ4uaTb. 


Soixante. 




Ses dessaitle. 


mecTbaecHTT». 


Septante. 




Sem dessaitty. 


CeMb4ecflT r b. 


Six cens mille. 




Ses sot tyses. 


IIIecTb c6tt> Tbl- 

CflHT». 


Sept cens mille. 




Sem sot tyses. 


CeMb CÔTT> TblCHH'b. 


Soupez avecques 


moy. 


Uouzenaye chenamye. 


By>KHHaH (l) CT> IlâMH. 


Sil vous plaist 


ferez 


Rubelly tebye tho sedyel- 


Ak)6o au Teôi» to 


vous cela? 




laty? 


C4-fcf a-ni ? 


Sergent mayor. 




Guelcha oulchicq. 


EpTay^bu^HK'b (?) (2) . 


Samedy. 




Soubota. 


Cy66Ta. 


Septembre. 




Septembre 


CenTeMÔpH. 


Trois. 




Try. 


TpH. 


Treize. 




Try nassety. 


TpHHa4uaTb. 


Trente. 




Trayzet. 


Tpii4ijaTb. 


Trois cens mille. 




Trysta tyses. 


TpHCTa TblCflH'b. 


Tanne. 




Bagrof. 


BarpÔBTr (3) . 


Trêves. 




Peremyrya W. 


riepeiiâpbe. 


Tous les sainctz. 




Den uesya seueathe. 


4^Hb BCfeXT> CBHTb'lVb. 


Vous plaist il quelque 


Seto lebye na dobet ? 


4tô Teô'fe Ha4o6 , feTb? 


chose ? 








Vous avez beaucoup 


Thys fpuidycl dolgua. 


Tw cro4H^n> aôato. 


tardé. 









bien tost?» Le ms. Du pu y, plus exact ici, traduit frsouperons nous bien tost?» 
par ouge nateli-nam — yxmiaTb jh Hâvi>. 

w ByjKHHafi pour yKHHafi : Irait de prononciation dialectale connu. 

(î) w Sergent mayor » (sergent-major), c'est-à-dire, suivant l'acception du mot en 
ancien français, sergent de bataille. EpTay,n>mmn>, d'après epTay-n» : voir ce mot 
dans \e Dictionnaire de l'Académie (1867) et aussi EpTy-n> dans les Materialy de 
Sreznevskij. 

(3} Tanne pour tanné, au sens de * couleur de tan*. Earpon», forme courte de 
l'adjectif <5arpÔBMÔ , proprement «• pourpre, écarlate». Cf. ci-dessous, p. 687^ n. 3. 

{k) Peretnia, dans le ms. Dupuy. 



480 




PAUL BOYER. 


Vous n'estes 


poinct 


Tynyemoyze. 


joieulx. 




• 


Voyla un homme de 


Zaout dobray salouyecq. 


bien. 






Voyla une femme de 


Tkojanne dobray. 


bien. 






Vovla une belle fille. 


Tho deuysa dobray. 


Voyla une saige 


fille W. 


Tho deuysa semyrnaya. 


Vovla une belle mai- 


Tho deuor guaroch. 


son. 






Un cheval. 




Tho losjet. 


Un cimeterre. 




Sable. 


Un areq. 




Lucq. 


Un couteau. 




Noymcq. 


Une robe. 




Chouba. 


Une marthe. 




Counissa. 


Un beuf. 




Bouycq. 


Une vache. 




Carouua. 


Un mouton. 




Cazol. 


Un loup. 




Uolcq. 



[46]. 
Tw HeMoweiiJb (1) . 

3oByrb AÔÔpbiii qe- 

viOB-feirb. 
To Hcenâ 4Ô6pan. 

To 4'feBHua 4Ô6paa (2) . 

To 4'^BHua CMlipUUH. 

Tô 4Bop r b xopôui-b. 

To ^ôina4b (4) . 

Ca6.An. 

Ayin*. 

HÔHCHK-b. 

IIty6a. 
KyHuua. 

Bum> (5) . 

KopoBa. 

Koaëji-b^. 

B(MK r b. 



(l) HeMÔseuib, proprement rrtu es malade». Dans le ms. Dupuy, cette phrase 
vient a la suite de «estes vous malade?" Voir ci-dessus, p. 469, 1. 16. 

(1) On attendrait to A-fcraqa spàcHaa ; mais il est possible que dobray ne soit à 
cette place qu'une répétition mécanique du dernier mot de la ligne précédente. 

(S} Cette phrase et sa glose manquent dans le ms. Dupuy. Cf. ci-dessous, 
p. 487, n. 6. 

(4) Comme s'il y avait en français * voilà un cheval» , par analogie avec ce qui 
précède. 

(5) Bbiin», en petit russe, a le sens de rrbœufn et non pas de * taureau* ; et il en 
est de même , en grand russe moderne , dans la langue des bouchers. 

(4) Il n'y a pas, dans le parler russe usuel, de terme propre qui corresponde 
exactement au français 9 mouton = bélier châtré » ; et c'est le nom de la brebis , omjâ . 
qui s'est généralisé pour désigner les bétes à laine en général , le * trou peau de mou- 
tons», brebis, béliers et agneaux réunis. Cette dissemblance des deux langues 
explique sans doute l'inexactitude de la traduction : ne trouvant pas dans son 
langage de terme qui fût l'équivalent exact de * mouton» , le traducteur russe a 
traduit par à peu près. 



k 



[47] 

Un ours. 

Un cerf. 

Un chien. 

Un oyseau. 

Un loup cervyer. 

Un renard. 

Un lièvre. 

Un coning. 

Une jument. 

Une escritoire. 

Un chapeau. 

Un bonnet. 

Un père [sic) de bot- 
tes (5) . 

Un livre. 

Une chaire. 

Une nappe. 

Une serviette à essuyer 
les mains. 

Un cofre. 



UN VOCABULAIRE FRANÇAIS RUSSE. 



481 



Myeuiedy. 

Lase. 

Sabacquen. 

Pet tissa. 

Loutessyer. 

Lassiza (pour lissiza) (3) , 

Zaes. 

Zaesque. 

CabouuyUa, 

Cernyllynysa. 

Calpacq. 

Chapeqm. 

Chabegay. 

Grynenque. 
Sequambya. 
Sequatert. 
Outyralnenicq M. 

Souldoucq. 



Me4B+>4b. 

Coôâica. 
Urnija. 

AwThm SB-hpb (2) . 
•AHCHija. 
3aHu p b. 

3âmyb<»>. 

KoôbMa. 

4epHH^buni^a. 

KcunâK'b. 

LLlânKa. 

Canonî. 

rpMBeHKa 0) . 
GKaMÎH (1 K 

CKaTepTb. 
yTHpâ^biuiirb. 

CyiiAym». 



(,) Aocb, proprement «élan» , le grand cerf du Nord. 

{r > Sur jwTbifi 38-fepb au sens de «loup», voir Sheznevsku, Materialy, au mot 

./llOThlH. 

(5) Il n'est pas douteux que lassiza doive être lu lissiza : inaccentuée , la voyelle 
de la première syllabe a été mal entendue et, partant, mal transcrite. L'homme 
qui savait la glose russe exacte de * marte* et de «loup cervier» ne pouvait pas 
traduire « renard « par -lâcmja, nom russe de la belette. 

< 4) Kpojmrb, nom du lapin en russe moderne, n'est que la transcription du po- 
lonais krolik. Cet emprunt ne parait pas antérieur au xvu* siècle; cf. Sbeznevsku, 
Materialy, au mot Kpojmrb. 

(6) Simplement rr des bottes», dans le ms. Dupuy. 

(6) «Un livre» pour «une livre»; le genre de livre =lat. libra n'était pas encore 
parfaitement fixé à la fin du xvi* siècle. Grynenque pour gryuenque. Sur rpHeeuxa, 
voir ci-dessus, p. 463, n. 3. 

(7) Peut-être faut-il corriger sequambya en sequatnlya (confusion paléographique 
de b et de /) , ce qui donnerait la forme russe cxaiufl , encore vivante dans le parler 
de Novgorod. 

(8) Outyralenicq , daus le ms. Dupuy. 



MBMOinKS ORIKNTAUX. 



3t 

JIPB1MEAIE *ATIO*ALE. 



482 


PAUL BOYER. 


Un carquois. 


Zadacq. 


Une lance. 


Copyo. 


Une arquebouze. 


Pichal. 


Une pistole. 


Senapal. 


Une jaque de maille. 


Pausero ^\ 


Une cuyrasse. 


Zerssalla. 


Un moryon. 


Cholom. 


Une artillerye. 


Pouchequa. 


Un navire. 


Carable. 


Un batteau. 


Ladya. 


Un arbre. 


Derreua. 


Une coignée. 


Thopaur. 


Un banc. 


Lafequa. 


Une table. 


Setoel. 


Un lict. 


PasteUa. 


JJn. 


Odin. 


Une lisse (4) . 


Saynya. 


Une charrette. 


Clemagua. 



[48] 



Caa4âKT> (1) . 
Konbë. 

IÏHLIjâAb (2) . 

CaMonâ^i>. 

IlâHCJbipb. 

3epuâ^o. 

IlyiiiKa. 
Kopâô^b. 

4épeBO. 

Tonop r b. 

•Aânica. 

CT(M r b. 

IIocTé^H. 

04HHb. 
U*Hbl (?). 

KcMHMâra (5) . 



(1) Voir Sreznevskij , Materialy, à ce mot. Sur l'armement et les termes qui s'y 

rapportent, voir P. SawaÎTOV, Onucanie cmapuHHUxb pyccKOXb jmeapeû , odeotcdh, opy- 
otcm, pamMAXb docnn>xoot> u kohckozo npuÔopa, a* aaôynHOMh nopndKTb pacnoAoaiceHHoe , 

avec figures, Saint-Pétersbourg, 1896. 

(i) 11 emâjb n'est sans doute qu'un emprunt à l'italienpûto&i, fr. pistole, rapproché , 
par étymologie populaire, de namâjb rr flûte champêtre, chalumeau, pipeaux. 
Et ce rapprochement n'avait rien que de naturel : M. Delboulle a remarqué que , 
dans le Trésor de Brun. Latino, le mot français canon est employé, par un rappro- 
chement tout pareil, mais en sens inverse, pour désigner un instrument de musique 
analogue à la flûte (Delboulle, cité par Ad. Hatzfeld et Ars. Darmesteter dans leur 
Dictionnaire général de la langue française , au mot (Àmon). ' 

(3) Pausero pour pansero. 

(4) Lisse, peut-être pour liste, au sens de * liste de chiffres, de prix* , ce mot 
venant, dans le ms. Du pu y, après la série des nombres.' La transcription de la 
glose, dans ce même ms. , semble devoir être lue saynye. 

(r,) KojHMâra (russe moderne Kojbmâra) manque dans Sreznevskij. Les Mate- 
rialy ne donnent que KoiHMon» = ncunMan>, avec la glose axeinj, tabernaculutn , 
ma-rep-b. Kojbmâra, proprement « chaise de poste couverte, berline, dormeuse * , ne 
s'emploie plus guère, dans la langue actuelle, que comme désignation plaisante de 
toute voiture d'aucien style, lourde et maladroite, fr. guimbarde , angl. shandrydan. 



[49j 



UN VOCABULAIRE FRANÇAIS-RUSSE. 



483 



Une ville. 


Gorot. 


rôpo4 r b. 


Un pont. 


Most. 


Moctt>. 


Un villaige. 


Dereuenya. 


4epéBHfl. 


Un controulieur. 


Pribafequo. 


IlpHÔaBKa (?). IlpH- 
CTaBb (?) (1) . 


Unes estuves. 


Isoba. 


HcTb6â(H36â) {2 >. 


Venez moy voir. 


Predymena nauechayt. 


npejiï MeHH HaB-fe- 

II^âTb. 


Vous estes belle. 


Ty caracha. 


Tw xopouiâ. 


Vous estes beau. 


Ty carouos. 


Tbi xopôan>. 


Un gentilhomme. 


Boyartn. 


BonpHHT>. 


Une damoyselle. 


Aspondaritmya. 


OcnoAapbiiifl. 


Un conte. 


Quenes. 


KHH3b^. 


Un prince! 


Zaar. 


LJapb. 


Une comtesse. 






Une princesse. 


Zaarissa. 


LJapiiija. 


Une fille de cham- 


Pastelnissa. 


riocTé^biiHua^'l 


bre. 






Un fourniment. 


Felacq. 


<lMflra( 5) . 



(1) Il semble qu'ici questionneur français et traducteur russe aient eu- quelque 
peine à s'entendre. IIpHCTaB-b convient bien pour le sens; mais la transcription, 
exactement pareille dans ies deux manuscrits , demeure énigmatique. 

(5) Sur l'élymologie et le sens du mot H36â , voir Paul Bover et N. Spkransii , 
Manuel pour l'élude de la langue russe, p. 1 18, n. 6. 

(,) Le traducteur russe ne sait pas très bien ce que c'est qu'un comte; et, on 
va le voir, il ne sait pas du tout ce que c'est qu'une comtesse. Il n'est que juste 
d'ajouter que les mots rpa«i> et rpa^iiun (ail. Graf, Grâfin) sont inconnus en 
ancien russe. 

(l) Sreznevskij , dans ses Materialy, ne donne que nocive bh h rt>. Cf. Ko(to)sikhin , 

Pocciu, oh wapcmeoeouie Aackcih Muxan-ioewia , Saint-Pétersbourg , l84o, éâxL de 

la Commission archéographique, chap. n, ao, p. a 5 : *nocTe.immbi (sic); koto- 
puc nocTe^o nocTHjaiO'rb 0041» qapmjy h 0041» Ôonpbmb*. 

(6) LiTTRé, Dictionnaire delà langue française , au mot Fourniment: * ancienne- 
ment, étui à poudre que portaient les mousquetaires à pied au xvn' siècle». — 
«fr-inra, forme refaite d'après le diminutif ojflacica., lequel est un emprunt direct au 
polonais ûaszka, diminutif de jlasza. On notera que le mot allemand Flasche, qui a 
donné jlasza , fias zka en polonais , a donné égalementj/o^tte en vieux français, et 
précisément au sens de * poire à pondre*. 

3i. 



484 

Une balle de canon. 

Une balle de mous- 
quet. 

Une balle de harque- 
bouze. 

Un cheval moscovytte. 

Un cheval tarte. 

Un cheval turcq. 

Une hacquenee. 

Une mulle. 

Un eschameau (6) . 

Un mosquet. 

Un trésorier. 

Un masson. 

Un charpentier. 

Un menuysier. 

Un laboureur. 

Un battelier. 



PAUL BOYER. 

Yadro pichalna. 
Yadro zalina. 



Yadro pichalna. 

• 

Merin. 

Coin tatarasque. 

Argueniacq. 

Uina godes. 

Lacliacq. 

Uerbellut. 

Zatymena. 

Quasenaquay. 

Camensicq. 

Pelodenicq. 

Selolesnicq. 

Cretyanicq dyolonayq. 

Sonda fecicq. 



150] 

fljpô nflinâ-ibHO (1) . 
ÏÏAipô aaTiiHHO (2) . 

fljpô nHiuâjibHo. 

MépHHT> (3) . 

KoHb TaTapeu r b (4) . 

ApraMâKTï^l 

HHOx64euT>. 

jlomaKb. 

Bep6^K>4 r b. 

3aTHHHan W. 

Ka3Ha^éâ. 

KaMeHlUHKT>. 
ILlOTHHlTb. 
CTO^éniHHK'b. 
KpeCTbHHHHb 4lîwlb- 

Hum> (8) . 
Cy^OBmHirb. 



(l) Même glose, trois lignes plus bas, pour mine balle de harquebouze» ; canon 
est donc entendu ici au sens de * canon à main». 
{i) 3aTHUHo : voir plus bas, au moi *un mosquet t. 

(3) Cheval moscovite, au sens de * cheval hongre» , ne paraît pas avoir été usuel. 

(4) Coin tatarasque : le ms. Dupuy porte coin tartaresque. — Tarte pour tartre : 
ou a «rie roi des Tartres» dans un texte du xiv' siècle (communiqué par M. A. 
Delboulle). Cf., à Tin verse, tartre pour tarte, pâtisserie bien connue. Sur le com- 
merce des chevaux tatars dans l'ancienne Russie, voir Kostomarov, loc> «l. , p. 1 i, 
99, îao, 3oi-3o& et 3oG. 

(5) Voir le Slovar russkago jazyka de l'Académie impériale des sciences de Saint- 
Pétersbourg (commencé en 1891), au mot ApraMâin». 

(fl) Ms. Dupuy : rrun chameau». 

(7) 3aTHHHafl, c'est-à-dire 3aTiiuHaH unm«u»b. Voir!. Bêljajev, O PyccKOMb eoùcKib 
et, wapcmeosanie MuxauAa Scodopoeuna , Moscou, 1 84G , p. 67, et aussi le nouveau 
Dictionnaire de V Académie (1891), aux mots 3aTHHT>'i. et 3aTHHHt»i5. 

(8) Cre{s)tyanicq , pour cre(s)tyanin , par analogie de la consonne finale du mot 
qui suit. Seznevskij, dans ses Materialy : (r44uf»Hiirb — èpjirrjs, operarius». 

Cf. A'kiOBue jk>4H, et voir Djakonov, OiepKU U3b ne 1 no pin cc.ibCKMo Haccicnin 0» 

MocxoocKOMb zocydapcmeib , Saint-Pétersbourg, 1898, p. 287. 



[51] 



UN VOCABULAIRE FRANÇAIS-RUSSE. 



485 



Un passagier. 

Un courretyer (2) . 

Un chappeilier. 

Un orlogier. 

Un paintre. 

Un brasseur de bière. 

Un paUefrenyer. 

Un tournyer (3) . 

Une met. 

Un thamys. 

Un four. 

Une rouuee. 

Une coche. 

Un cochier. 

Un mareschal. 

Un pouldryer. 



Pelot. 

Baresnicq. 

Calpassenicq. 

Sasouenicq. 

Y quollonicq. 

Piuauar. 

GaUyouf. 

Tacar. 

Cuessenar. 

Moustofeca. 

Pesche. 

Quelesse. 

Cloumagua. 

Uassenicha. 

Poudecousicq. 

Zellenicq. 



rLiOTT> (1) . 

BapbiniHHK'h. 

Ko-inaTOHirb. 

4ac6BHHKT». 

Mk6hhhkt>. 

FlHBOBâpi». 

KÔHIOX'b (kohk)xt>?). 

ToKÀpb. 

KBaoïHH b\ 

MyTÔBKa^. 

IleHb. 

Ko.*ec6. 

KcMHMara (G l 

Bo3iniqa. 

IloAKÔBlUHKb^. 
3e^éHHHKT» W. 



(,) rjjoTT>, glosé par Sreznevskij (Materialy) en frn.ioByqiH noMon-b». Passagier 
est donc entendu ici au sens de «bac servant à transporter le bois», d'où simple- 
ment a train de bois*. 

(t) Ms. Dupuy : «rung courtiers. 

(S) Tournyer (= tournier) , pour tourneur. Le ras. Dupuy place en face de ce mol 
la glose cuessenar (traduction de mine met»), les deux mots qui suivent, tamis et 
four, se trouvant respectivement accolés aux gloses pesche (traduction de «rung 
four») et quelesse (traduction de * une rouuee»), alors que, dans la partie fran- 
çaise, les mots ffune met» et «une rouuee» sont omis : cet ensemble de confu- 
sions et d'omissions suffirait à prouver que le Dictionnaire moscovite ne peut pas 
être l'original dont le Dictionnaire des Moscovites ne serait que la copie. 

(4) Ce mot manque dans les Materialy de Sreznevskij. Il semble que la finale 
-ar de la transcription cuessenar soit due à une simple influence de voisinage : 
cuessenar d'après tacar. Met, au sens de frpétrin», puis de crcoflre» en général, est 
demeuré usuel dans le parler de Touraine. 

(5) MyTOBBa trmoussoir». Il faudrait donc admettre que tamis a pu signifier, en 
français du xvi* siècle, une sorte de cylindre en bois ou en métal, percé de trous, 
et servant à faire mousser. 

w Voir ci-dessus , p. 48s, n. 5. 

(7) Ce mot et la plupart des noms de métier qui le suivent manquent dans 
les Materialy de Sreznevskij. 

( * } 3ejéHHHm> : en ce sens de oopoxoBÔfi MacTep-b, on disait plus communément 

8ejé&IIlHK'b. 



use 

Un fondeur (1) . 

Un voirrier. 

Un chauderonnyer. 

Un tellyer {5 >. 

Un couryeur de cuyr (ï) . 

Un passementier. 

Un chaussettier. 

Un gantier. 

Un armeurier. 

Un cousturier. 

Un serrurier. 
Un bottonnier (6) . 
Une lingere. 
Un drappier. 
Un tapissier. 
Un recouvreur. 
Un fauconnier. 
Un chasseur. 
Un macquereau. 
Une macquerelle. 
Un pailiart. 
Une putain. 
Un larron. 



PAUL BOYER. 

Poscar. 

Zeelaynisicq. 

CateUenicq. 

Tecallenicq. 

Casseuenicq. 

Zamechenicq. 

Portenoy maestro. 

Rouqua uissenicq. 

Bronicq. 

Naplessenay maestro. 

Zomochenicq. 

Pouuesenicq. 

Roubachenicq. 

Souconnicq. 

Cauernicq. 

PoUetenicq. 

Saucoutl. 

Pessar. 

Souuodenicq. 

Souuodenissa. 

Pelledon, 

Bleda. 

Tayt ladre. 



152] 



[IyiDKâpb. 
GreK.iflHmMK'b (2) . 

KoTéjIbHHITb. 

TlduAbHHK'b. 

KoHtéBHHITb. 

3aMineHHK-b. 

[IopTHÔH MâCTepT>. 

PyKaBHHHHITb. 

BpÔHHHK'b. 

HanwiéHHbiâ (?) 
CTep r b (5) . 

3aMÔHHHKl>. 
HyrBHHHHK'b. 

PyôâniHHKi» l7) . 
Cvk6hhhkt>. 

KûBépHHKb. 
ll^ÔTHHKl» ^. 
CoKÔ.AbHHK'b. 

Ufcapb. 

CB04HHK'b. 
CB(J4HMUa. 
B^fl4yHT». 
BjIH4b. 

TaTb ... ? 



Ma- 



(,) trUn fondeur», au sens de <r fondeur de canons*. 

{î) Voirrier, ancienne forme du «mot verrier. — CTeujflHmmrb : cf., en russe 
moderne, creKÔ4binHrb, cTeKÔJbHHB-b, et, dans les dialectes, cTCRjHHHfrb. 
(3) Tellyer (^tellier) ou telier, c est-a-dire fftoilier, tisserand de toile». 
( * } M s. Dupuy : «rang corroyeur de cuir'». 
(5) HanjéHHbifi, peut-être de Haiué«rie <rcol, collet, pèlerine»? 
(fl) Ms. Dupuy : <rung boutonnière, graphie plus moderne. 

(7) On eût attendu pyÔàuiHHqa. Mais les femmes étaient peu nombreuses, en 
Russie, dans les corps de métiers ; et la traduction tient compte de cette circonstance 
de fait plutôt que de l'exactitude verbale. 

(8) Cf. ci-dessus, p. 484, au mot «run charpentier». — Reconvreur, au sens de 
couvreur; cf. Godbfroy, Dictionnaire de V ancienne langue française , et la Pantagrue- 
line Prognosticadon , chap. v. 



[53] 



UN VOCABULAIRE FRANÇAIS-RUSSE. 



487 



Une larronnessc. 
Un trompeur. 
Une tromperesse. 
Un escolier. 
Un maistre. 
Un imprimeur. 
Un yvroigne. 
Une yvroignesse. 
Un sizeaux (2) . 

Une esguille. 

Violet. 

Un des a coudre. 

Un tablyer. 

Vous estes un joueur. 

Vous estes une joue- 

resse. 
Vous estes un fol. 
Vous estes une folle. 
Vous nestes pas saige. 
Un monnoyeur. 
Un faulx monnoyeur. 

Un esculteur. 



Raytaya ymxcqua^. 

Amanezicq. 

Amanezissa. 

Ochenicq. 

Maestro. 

Pochatenicq. 

Pian. 

Pianna. 

Naysseuyssa. 

Y guetta. 
Bacharetz. 
Na peur setocq. 
Tauelyer. 
Thy y gresse. 
Thy y gressa. 

Thy essy durren. 
Thy essy durraua. 
Thy nesmyrua {t K 
Denesnicq. 
Amanenicq deinnestiay. 

Zenamensicq. 



Pa36ÔHHnija(??). 

06MaHlUMKT>. 

OÔMamijima. 
YneHiiKT». 
MàcTep-b. 
IIeHâTirHKT>. 

[IbflHa. 

HôsKHHi^bi (peut-être 

HÔTKBHUbl ?). 

Barpéin» (3) . 
HanëpcTom>. 
TaBe^épi> M. 
Tw Hrpéin». 
Tw Hrpiiija(?). 

Tw ecA jypeHb. 
Tw ecâ 4ypaBa^. 
Tw HecMiipHa. 
4énewHHK r h. 

OÔMâHHHITb 4éiie7K- 

HblH. 
3HaMeHLUHKT> W. 



(1) Ralaya ynucqua, dans le ms. Dupuy. 

(î) «Un sizeaux* («ung cizeaux* dans le ms. Dupuy) : d'après la règle de 
l'orthographe en usage au xvi" siècle , on attendrait uns et non un. 

(S) Cf. tfarpÔBUH au sens de * rouge bleu, rouge violacé » : Ôarpoeun njrrfia; et 
voir ci-dessus , p. £79, n. 3. 

{h) Tablier, c'est-à-dire table pour les jeux dits anciennement «jeux de tables* , 
tels qu'échecs, trictrac, etc. 

(5) 4yp&Ba manque dans les dictionnaires russes. 

(6/ Nesmyrua, faute de lecture pour nesmyrna. Cf. p. h 80, 1. 8. 

(7) 3HaMeHinnm>, au sens de pHcoBâjbmmrb, îkhboiihc( ht» (Sreznevskij). Sculp- 
teur, en ancien français, ne paraît pas impossible au sens de * graveur, dessina- 
teur-graveur». 



488 



Un arquemiste. 
Un astrologue. 

Un cosmographe. 



Vert. 

Un musicien. 

Un joueur de luth. 

Un joueur despinette. 

Un joueur de violon. 

Un cornet a bouquin. 

Un joueur de hault- 
bois. 

Un joueur de muzette. 

Une salle dorée. 

Venez moy accompai- 
gner. 

Vous estes de bon dis- 
cours. 

Voyla un bon cuysi- 
nier. 



PAUL BOYER. 

Mouldressa. 

Setrollicq seuyes da- 

chocq. 
Semellen mierchicq guo- 

roda pichost. 



Zelon. 

Pieêsdnicq. 

Doumernicq. 

Samballenicq. 

Semousenicq. 

Doudenicq. 

Souuachay. 

Doudenicq. 
Palalio boUochaye. 
Prouedymenea. 

Thy gouuory gratda. 

Tito pobre dobray. 



[54] 
Myjpéin». 

CTpO^IHITb (?) , 3Bfe- 
JOlëTI». 

SeM.ieM-fepmHirb (ou 
3eMe^eHT> irfep- 
ihhkt»), ropojoirii- 

ceip». 
3e^ëHT> (=3éjieH-b). 
n-fece^bHHirb (1) . 

40Méj)HHKT> W. 
LlblMÔâ^bHHITb. 
CMblHHHlTb M. 
4y4HHI^> (4, . 
CBHpHIOHiH (?). 

4y4HHKT> (5) . 

FIsuiâTa ôo^bmân. 

IIpOBe4H MeHH. 

Tbi roBopiiTb ro- 

pa34i>. 
Tô noBapb 466pbi3. 



;1) II-fecejbHHK'b, ainsi glosé dans le Dictionnaire de l'Académie (18 £7) : ffyqacrBy- 

fOOjifi BT» XOp-fe, BT> KOTOpOMl» OOIOTCII HapOAHMJI n"feCHHT). 

(S) 4oMépHHrb , c'est-a-dire joueur de Acwpâ . Sur la domra ( instrument à cordes) 
et les instruments du même genre, voir A. S. Famintsyn, AoMpa a cpodutie eu 

MY^biKaAbHbu VLHcmpyMenmjbi pyccKcuo uapoda, Saint-Pétersbourg , 1 891 . 

(3) CMwqHHrb, de cMurb (ou, au plur. , cMbiso), dont le diminutif mbiMÔrb 
(pour cMHHéK-b) s'est conservé au sens dVarchet*. 

(4) 4>4«Hrb, de 4V4« , c'est-à-dire «joueur de AyA»» ; le mot actuel est avaoihhkt», 
d'après le diminutif avakû (ou mieux, au pluriel, a J4kh). * Cornet à bouquin» 
est donc entendu ici au sens 011 il était couramment employé au xvi* siècle : in- 
strument à vent, en bois, dont le tuyau est percé de trous. 

(b) Le traducteur, on le voit , n'a pas fait de différence entre le cornet à bouquin 
et la musette. 



[55] 



UN VOCABULAIRE FRANÇAIS-RUSSE. 



489 



Voyla un bon pâtis- 


Thuost garas peroguy 


Tbi ecTb ropâaji» 


sier. 


dyollet. 


nuporà j-ïuaTb. 


Une perdrix. 


Courat pateca. 


KyponâTKa. 


Un faisant. 


Tetref. 


TéTepeBT>. 


Un merle. 


Sallenay. 


C0J10Béfi(?) (l >. 


Une bécasse. 


Sequenarays. 


ClCBOpélVb^. 


Une oie. 


Gous. 


Tycb. 


Un canart. 


Outequa. 


yTKa. 


Un ohappon. 


Capon. 


Kanc5irb (3) . 


Un cocq. 


Pietous. s 


fl'ÈTyx'b. 


Une poulie. 


Courissa. 


Kypnua. 


Un saulmon. 


Salemon seymesenay. 


Ca^bMÔHi» céMeac- 

HbIH {4 >. 


Une bailayne. 


Bellougua. 


ErLiyra H 


. Une carpe. 


Loche. 


Aenxb W. 


Un brochet. 


Choqua. ' 


IHyKa. 



tl} CojoBéfi «- rossignol», traduction par à peu près, sallenay étant lu salleuayf 

(1) Sequenarays pour sequeuarays, leçon du ms. Dupuy. — CsBopéqi» cr sanson- 
net, étourneau», et non pas <r bécasse». D n'existe pas de mots proprement russes 
pour designer la bécasse ou la bécassine ; et ceci petit expliquer la méprise du 
traducteur. Le nom de la bécasse est Bjubjnmém» (de l'allemand Waldschnepfe): 
la double bécassine est dite communément Aynejb, pour Ayneubumem» (de l'alle- 
mand Doppelschnepfe); la bécassine, moitié moins grosse, est dite ôexaci» (du 
français), — ce dernier nom étant d'ailleurs couramment employé comme terme 
générique. 

(,) On a KaiioH en bulgare , kopun en serbo-croate , kapoun en tchèque ; seul le 
polonais a /, kaplon, kaplon, forme qui a passé en petit russe et en russe moderne, 
KanjvH-b (cf. Miilosich, Etymohgisches Wôrterbuch der slavischen Spraehen). Tous 
ces mots étant empruntés, on peut admettre que le russe ait connu une forme «a- 
nôin» (latin capo, italien cappone, français chapon, allemand Kapoun) avant d'ad- 
mettre la forme polonaise. On notera que ni Kaném» ni ianjyHi> ne sont dans 
Sreznevskij. 

{4) CajbiioHT», simple transcription (de l'anglais salmon plutôt que du français), 
et non pas traduction. CénesHbi5 , adjectif de céiira . 

(5) B-kiyra, acipenser huso L. , le plus gros des poissons de la Caspienne, de 
la mer d'Azov et de la mer Noire, se trouve également dans las estuaires des grands 
fleuves qui se rendent à ces mers. Le traducteur russe, tout ingénument, a donc 
entendu baleine au sens de rrgros poisson». 

($) Aemb (en orthographe moderne jeun»), proprement «brème». 



490 

Une anguille. 
Une troyste. 
Une escoufle (3) . 
Un signe. 
Une caille. 
Une escharpe. 
Une bride de che- 
val. 
Une selle de cheval. 
Un marteau. 
Unes tenailles. 
Un peigne. 
Un myroir. 
Un raseoyr. 

Un fouet. 

Une plume pour es- 

crire. 
Une malle. 
Un feustre. 
Un paire desperons. 
Un fuzil. 
Un sacq. 



PAUL BOYER. 

Ocharra^K 

Lochays. 

Carchon. 

Yoncha. 

Plepdqua. 

Peruays. 

Housseda lachedinna. 

Sedela. 

Mallotacq. 

Cloche. 

Craben. 

Cerquena. 

Noysseuys. 

Pelleaytys. 

Peroa. 

Souycq. 
Yenpanchacq. 
Ostreguay. 
Cremenne oguenyna. 
Mechocq. 



[56] 

yropb (?), yrpa (?). 
JôcocbW. 
Kôpuiym». 
BeoHbija (?) M. 
rie^en&iKa (5) . 
népeB*i3b. 
ya^â wioaia4ifHa. 

Mo^OTÔKT». 

K-iëmn (7) . 

TpéôeHb. 

3épicaAO. 

HÔ5khhkt> (peut-être 

hôjkbhkt>?) (8) . 
FI^eTb (ou, au plur. , 

n^éTH). 
Ilepô. 

CyH4yicbl 9) . 

EnaHMa. 

OcTporH. 

KpeMéHHO OrHHBO. 
M'kllÔK'b. 



(1) harra dans le ms. Dupuy. 

{î) .ïorôcb (accentuation ancienne jàcorb), proprement saltno salar L. , et aussi sau- 
mon en général : la traduction de truite par j6cocb n'a donc rien qui doive surprendre. 

{3) Écoufle, nom d'une variété de milan, figure encore dans l'édition de 1769 
du Dictionnaire de l'Académie. 

(4) BeoHbqa (?), peut-être pour neoHbi*b(?)? Voir Sreznevsku, Materialy, aux 
mots Ae6e*h et BeoHbqb. — Dans le ms. Dupuy : *un cygne. 

(5) Sreznevskij, dans ses Materialy, donne nejenejHqa. Cf. Miilosich, Etymo- 
logisches Wôrterbuct, au mot perpera. 

(6) OfeAJa, pour cfe4JÔ; cf. p. 4 73, n. 9, in fine. 

(7) KjemH, en prononciation moderne. 

(8) Cf. ci-dessus, p. £87, I. 9. 

;9) Cf. ci-dessus, p. 48 1 Je dernier mot. 



[571 



UN VOCABULAIRE FRANÇAIS-RUSSE. 



491 



Une tente. 

Un pavillon. 

Une dague. 

Un poinson. 

Une hache d'armes. 

Une masse. 

Un fillet a pescher du 

poisson. 
Un amesson. 
Un avyron. 
Un gouvernail. 
Une fontaine. 

Un jardin. 
Une jardinière. 
Voyla un beau présent. 

Voyla un beau ai- 



gneau 



(6) 



Un cousturier. 
Un cordonnier. 
Un médecin. 



Setyor* 

BoueUechior seyor {l K 

Dyaca^K 

Bourraue. 

Pallxm. 

Pallissa zelessinna. 

Neuet. 

Ouda. 

I esselto. 

Carma, 

Cle ou se seuiessa uau- 

da. 
Sol. 

Sadoequenicq. 
Topo mina guarochay. 

Toperstain guarochay. 

Portenay maester. 

Chapossenicq. 

Dohtor. 



IIlaTëp-b. 

hojibiuôiï uiaTëp'b. 
• • • • 
BypâBT>. 
lléwiinja. 
Ilâ^wua Hte*ri?3iia. 

HéBOJT». 

y*a. 

Becjiô. 
Kopaiâ (3 >. 
KwUOHeBtîija BO^a ( ^. 

Ca4i>. 

Ca4ÔBHHKT>^. 

To noMHHOK'b xopri- 

miâ. 
To népcTeHb xopô- 

niiâ. 
HopTHÔH MacTepT> (7) . 
Can6?KHHKT>. 

46KTOpi> (8) . 



(1) Seyor, faute de lecture pour setyor; et de même dans le ms. Dupuy. 

{5) Dyaca semble n'être cpi'une transcription du mot français, avec terminaison 
féminine. 

(S} Kopsiâ (K-bpsia), en ancien russe, avait les deux sens de * poupe, arrière * 
et de «gouvernail n. 

; * : KnoieBtîqa Boaâ , pour luioiera* soja. Sreznevskij , dans ses Materialy, donne 
la forme masculine, K.«oHOBHirb = K.ïioHeBHm>. 

{5) Ca40BHiirb : cf. ci-dessus, p. 486, n. 7. 

{ù] Aigneau, dans le ms. Dupuy ayneau, pour anneau, 

(7) Cf. ci-dessus, p. 486, 1. 7 et 10. 

(S} La transcription du russe est ici parfaitement fidèle : encore aujourd'hui 
la prononciation populaire de aÔK-rop-b est ^éxi-opi» (ou AÔtTypi»), avec substitution 
de la fricative à l'occlusive. 



492 

Un appotiquaire. 

Un pasie. 

Une taverne. 

Un marché. 

Une boucherye. 

Une prison. 

Un prisonnier. 

Un captif. 

Une captive. 

Une chaîne dor. 

Une bague. 

Une perle. 

Un pant oreille (5) . 

Un chapeau. 

Une coupe dargent. 

Une ceinture dargent. 

Une douzaine de cul- 

liers dargent. 
Un plat dargent. 



Un vaze dargent. 



PAUL BOYER. 
Apettyquer. 

Pirogua. 

Corsema. 

Torgua. 

Meesnoyret. 

Tourma. 

Tourmachicq. 

Pollonenicq. 

Pollanyecq (3) . 

Chey zallatya. 

Persetem. 

Gemsouginna. 

Sergua. 

Calpacq. 

Chargua cerebrena. 

Pues cerebrena^. 

Deuanaset lossacq cere- 
brena. 
Belluda cerelirena. 



Couba cerebrena. 



[58] 

AnoTHKépT>(?), airré- 

Kapb (lî . 
IlHpôrb. 
Kop<raâ. 
Topn>. 
MflCHÔH pflji». 

Tiopbifâ. 
TiopéMmHKT> (2) . 

rio^OHéHHKT>. 
llo^OHHHKa. 

Htiib^ a^aTaa. 
IlépcTeHb. 
/KeMMy>KHHa. 
Cepbrâ. 
KojinâK-b. 
Hapna cepéôpeHa. 
nôncb cepéôpeHT» 
(ou cepéôpeHbifi). 

4BaH34ljaTb «flÔîKCK'b 

cepéôpeHbixi». 
Rakmo cepéôpeHO 

(ou ô-uoja cepé- 

6peHa?). 
Ky6oKT> cepéôpeH'b 

(ou cepéôpeHbiô). 



(1} 11 n'y a rien d'impossible à ce qu'une forme ancrraKépi», calquée sur la 
forme française, ait précédé la forme an-réKapb, plus voisine de la forme allemande 
Apothéker. 

O TlOpéntqHK-b pOUr TIOpéMHHKT»? 

(S} La transcription du ras. Du pu y est un peu moins incorrecte : pollanyeca. 

(4) H*n*, en vieui russe, pour ij-feni». 

(ft) trUng pendant d'oreille* , dans le ms. Dupuy. 

(fl) Cerebrena, même transcription qu'à la ligne précédente, par influence de 
voisinage. Et de même pour les transcriptions qui vont suivre. *Une ceinture d ar- 
gent » manque dans le ms. Dupuy. 



[59] 



UN VOCABULAIRE FRANÇAIS-RUSSE. 



493 



Un esguyere dargent. 


Rouqua tnoynicq cere- 


PyKOMÔHHHio» cepé- 




brena. 


6peirb (ou cepé- 
6peHbià). 


Un seau. 


Uedro. 


Bejpô. 


Un chaudron. 


CatoL 


KoTë^b. 


Un pot de terre a 


Garchocq. 


TopilJÔK'b. 


cuire la chair. 


• 




Une poyle a frire. 


Sequaurada. 


CicoBopoAâ. 


Une grille. 


Resoqua. 


PeuiëTKa. 


Une cullier a es- 


Ou pallomenicq. 


ynO^ÔMHHK r b (,) . 


brouer le pot. 






Un flacon destain. 


Felagua oloueanay. 


<lMflra OwiOBHHa (ou 

(MOBflHafl). 


Une bouteille de terre. 


Felagua sequelaniche- 


<ÏMflra CTKwIHHHH- 


* 


naya. 


Han (2) . 


Un plast de terre. 


Coubisca guelinenaya. 


KyÔblIDKa TwIHHHHaH. 


Un plat de boys. 


Bellouda derreuanoya^K 


B^K)40 4epe.B/iHoe.. 


Un collet de chemyse. 


Aguarellya Rouba che- 


Owepé^be pyôaui- 




naya. 


Hoe (4) . 


Une rivière. 


Requa. 


Pfccé. 


Un lac. 


Ozera. 


Oaepo. 


Une ysle. 


Ostrop. 


OcTpOB'b. 


Une campaigne. 


Polie. 


ïlo^e. 


Un boys. 


Lies. 

i m 


Aic-h. 



(l) ynojÔMUHKi> pour yuojÔBHHrb. A escumer, dans le ras. Dupuv. 

(1) Le traducteur a donc glose comme si le texte français portait «une bouteille 
de verre*. Peut-être terre n'est-il qu'une faule de copie pour verre. Sur o-inra , voir 
ci-dessus, p. 683, o. 5. 

(3) Cette glose, dans le ms. de Tbevet, se trouve placée par erreur en face des 
mots qui suivent, «rua collet de chemyse». En face de «un plat de boys» se lit la 
glose bellouda senymenaya, dont le second mot ne paraît répondre à rien de ce 
qui se trouve dans la partie française; et de même dans le ms. Dupuy, où la 
question «un collet de chemyse» n a d'ailleurs pas été reproduite. 

(4} Cette glose, dont la place est ici même (au lieu de bellouda derreuanoya : 
voir la note précédente) a été déplacée dans le ms. de Thevet : il faut l'aller 
prendre tout à la fin du Dictionnaire des Moscovites, en face de la phrase française 
«vous ne faictes que demander *. 



494 

Une ville. 
Une cité. 
Une esglise. 
Un chasteau. 
Un clocher. 
Un prestre. 
Un moyne. 
Un secrestain. 
Un evesque (3) . 
Un pape. 
Un chancelier. 
Un escrivain. 

Un (juyemant. 

Un juge. 

Un procureur. 

Un sergeant. 

Un gouverneur. 

Un capp" 6 de cinq 

cens hommes. 
Un soldat. 
Un centenyer. 
Un cinquantenyer. 



PAUL BOYER. 

Darretienye. 

Guorot. 

Cercaue. 

Gourot. 

CallecaUenyca. 

Paupe. 

Charnesse. 

Diatfuen. 

Uelodicqua. 

Y tropallyUa. 

Diacquen. 

Podyachan. 

Prochacluty. 

Soudya. 
Ya benyt. 
Aguenauchicq. 

Uoy uauda. 
Callayt seteellecho. 

Setrellet. 

Codenicq. 

Pety dessaytenicq. 



[60] 
4epéBHfl W. 

r6po4T> (2) . 

IJépKOBb. 

r6p04T> (2) . 
Ko^OKO^bHHUa. 

Iloirb. 
HepHéivb. 

4îâKOHT». 

B^a4biKa. 

MHTpOnOwlMT'b. 

4iâKT>. 

ri04bflHiH (OU 1104bfl- 

iefi). 
IIponiâHiH(?) (ou 

npouiâ^efi?)*^. 
Cy4i/i. 
H6e4iinKT>. 

40B64HMK-b(?), 

orHeB(b)iuHm> (5) . 

BoeBÔ4a w . 

FcMOBa CTp-kiéuKJH. 

CTpluéivb. 
C6thhkt>. 

riflTH4eCHTHHK r b. 



1 Cette glose est en contradiction avec celle que Ton a lue p. 483, 1. i; on 
attendrait plutôt nocâA-b ou rôpoj-b. Sur l'exacte signification des mots nocàj-b et 
r6po4-h dans l'ancienne Russie, voir Kostomarov, loc. cit., p. i44. 

(:) Voir à la note précédente. 

(S) Ce mot et les deux qui suivent manquent dans le ms. Dupuy. 

{4) Quyemant, plus communément orthographié caimant, «quémandeur, impor- 
tun solliciteur, mendiant*. — rjpomâqift : cf. la forme dialectale moderne npo- 
niaTbiH,au sens de npocHTeab. 

(5) OrHeB(b)tqHrb , proprement noacâpubifi (Srbznbvskm, Materialy), noxcâpHufi 
c.ïvwHTCjb (Dict. de l'Acad., 1847). 

(0; Voir Srbznbvskij, Materialy, au mot BoeBoaa. 



[61] 

Un dixzenier. 

Une trompette (1) . 

Un gênerai darmee. 

Une trenchee. 

Une bresche. 

Une batterye. 

Un assault. 

Une sepmaine. 

Un moys. 

Un an. • 

Un jour. 

Un livre. 

Vendredy. 

Voyia une belle jour- 
née. 

Voyla une belle nuittee. 

Vous ne faictes que 
demander. 

Vous estes un quye- 
mant. 

Y avez vous parlé ^? 



UN VOCABULAIRE FRANÇAIS 

Dessaytenicq. 
Troubenicq. 
Boychaluoy uauda. 

Rof. 

Prestoub. 

Trellaba. 

Pristoup. 

Nyedyela. 

Myessesem. 

Goden. 

Den. 

Grinenque. 

Petinza. 

Guarochaden. 



-RUSSE. 



495 



Guarocha nocha. 
[Aguarellya Rouba che- 

naya] (6) . 
Ty nedyelas Rassenaya 

profis. 
Thy em gouuory ly ? 



4ecHTHnm>. 
TpyÔHHK-b. 
Boamiiôh BoeBÔaa (2) . 

POBT>. 

IIpecTym». 

CTp'Libôâ. 

IlpHCTyn'b. 

HeA'fe-iH. 

Mtcflirb. 

ro4i». 
4eHi>. 
rpHBeHKa (3) . 

IlflTHHIja M. 

Xopôurb (ou xopô- 

ruiè) 4eHb. 
Xopôina HOHb. 



Tu MH-fe A'Liaeiiib 
paBHbie npôcbi M. 



Tw 



eMy roBopMwn> mi 



(1) Au sens où l'on dit en français moderne un trompette; cf. ci-dessus, p. 488, 
1. 13, «un cornet à bouquin*. Dans le ms. Dupuy, «une trompette* vient à la 
suite des mots «l'enseigne* et crie tambour». 

(,) Bojbmôfi BoeBÔaa : c'était le terme propre; voir le Dictionnaire de l'Académie 
(18/17), au motBoeBo^a. 

* S) Voir ci-dessus, p. 48 1 , n. 6. Cette répétition a été évitée dans le ms. Dupuy. 

{ï) IlflTHHua, d'après nirriiiia au sens de «cinquième jour*; à moins que 
petinza ne soit une faute de lecture pour petniza = nin-mma. 

(5) La place légitime de cette glose Aguarellya Rouba chenaya a été indiquée 
ci-dessus, p. £9 3, n. 4. Les deux phrases synonymes «vous ne faictes que de- 
mander* et «vous estes un quyemant* manquent dans le ms. Dupuy. 

(6) npocu : voir Sreznbvskij , Materialy, au mot Hpocb. Profis pour prosis. 

(7) Cette phrase, dans le ms. Dupuy, vient immédiatement après «parlez a lui* 
(voir ci-dessus, p. 477, 1. 1 4). Le pronom y (= lui) manque dans ce ms. 



TABLE DES MATIERES. 

Page». 

Une ambassade marocaine à Constantinople, par A. Barbier de Meynard . . 1 

4. 

Le culte de la déesse At*Ouzzft en Arabie, an rv* siècle de notre ère, par 
Hartwig Derehbourg 3t 

Notice sur un document arabe inédit relatif à l'évacuation d'Oran par les 
Espagnols en 1799, par 0. Houdas 4 1 

Documents persans sur 1* Afrique, publiés et traduits par Cl. Huart 85 

De quelques évangéliaires arméniens accentués, par A. Meillet 1 3i 

Somdet P'ra Maba Chakrap'at, rôi de Siam, seigneur des éléphants blancs. 
Fragment de l'histoire du Siam au xvi* siècle, par E. Lobgeou 169 

Le Collège de Bahour (Établissements français dans l'Inde) au ix* siècle , 
par Julien Vhisoii 309 

Un sceau de Tsiâng K'iù, ministre du royaume de Yen au m* siècle avant 
l'ère chrétienne, par A. Vissierb q65 

Essai de grammaire historique sur le changement de A en p devant 
consonnes, en grec ancien, médiéval et moderne, par Jean Psichari. ... 289 

Notice bibliographique sur le protopope Mihail Strélbickij, imprimeur à 
lassi, à Mogilev de Podolie et à Dubossar, par Emile Picot 337 

Episodes de la jeunesse de Taï-kau Sama, surnommé trie Napoléon de 
l'Extrême-Orient», traduits du japonais par Lion de Roshy 369 

Du Halde et d'Anville (cartes de la Chine), par Henri Cordier 389 

Quelques notes sur la vie extérieure des Annamites, par Jean Bo.net 4ot 

Un vocabulaire français-russe de la fin du xvT siècle, extrait du Grand Insu- 
îaire d'André Thevet, publié et annoté par Paul Boter 435 



MKMOIBES ORIENTAUX. 39 

IMPBIMKB1I 1ATI0IAU. 



/ 








»', 






- v 






v 






.* l"s »*. - 



4-. 



.V-