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r
RECUEIL
DBS
INSTRUCTIONS
DONNÉBS
AUX AIBASSADEURS ET IINISTRES DE FRANCE
depuis les traités de westphaue
jusqu'à la Révolution française
II
COMMISSION DES àKGHIVES DIPLOMATIQUES
« ... Lef , conclusiofff ^d\i rapport de M. AaxA^ Basghet^
tendant à charger M. Geffrot de la publication des Instructions
pour la Suède M à^nammer: Commmaire M. AiusftT Sorsl,
sont mises aux voix el adoptées', ..')>*'"
(Extrait dey procèa-verbaaz des «lances du 15 décambre 1882
et du 3 décembre 1884.)
Vu parle Comtni^saire délégué,
. ' ': f: 'i'I,; .\ t M ; 'I
Vàflz, 4 février 48S5.
SIGNÉ :
AlBEUT SOREL.
\r"a^vic.c f H^^-Aa^v^c.^ c* iol^ v^^"Ti *^v«.s Cûwi vvn i ss\i> m <J<
RECUEIL
DES
INSTRUCTIONS
DONNÉES
AUI AMBASSADEURS ET MINISTRES DE FRANGE
DEPUIS LES TRAITÉS DE WESTPHAUE
' JUSQU'À LA'KÉVOLtiTîON FRANÇAISE
f»UBLlft
S'OtfV LKt Airt^ICKt DE LA eOMWlitlOtt D«i' AMClblVtl ttl'^LO^IÀtltttlKt
AU ■INIiTftflK DCt APPAintt tTRANOiflCB
SUÉDE
AVEC UNE INTRODUCTION ET DES NOTES,
PAR A. GEFFROYu
PARIS
ANCIENNE LIBRAIRIE GERMER BAILLIERE ET C»
FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR
108, BOULBTARD SAINT-OBRH AIN, 108
1885 >..
ralU réterW
Tous dralU rétenréf.
^4*<p^-
TABLE DES CHAPITRES
INTRODUCTION
I. — Admirable école française de diplomatie an ZTn* siècle, xiz. — DéTOuement
et labeur de ces agents, xx. — Leur désintéressement, xzm. — Leur noble
fierté, xzYi.— Instructions et dépêches. Utilité de Talliance entre là France
et la Saède,xxzni. — Inflnence sur la Baltique, xxxt.— Possessions suédoises
sur la Baltique, xxxvi. — Influence dans l'empire d'Allemagne, xxziz. — In-
flaence sur les princes allemands du Rhin, xl.
II. — Pierre Chanut : médiation française entre la Suède et la Pologne, xly. —
Abdication de Christine, 6 juin 1654, zlv. — D'Avaugour envoyé ven Char-
les X Gustave, xlti.— Charles X Gustave aspire à dominer sur le bassin de la
Baltique, xLYi.^ Ses guerres en Pologne, xlyi.^ Inquiétudes des puissances
maritimes, xlyi.— Les Provinces-Unies imposent à la Suède le traité d'Elbing
avec ses élucidations, septembre 1656, xlvii.— Importance dès lors des questions
de commerce maritime, xLvn. ~ Renouvellement de Talliance entre Suède et
France, 1657, xlyii.— Ligue du Rhin, xlvii.-— Avènement de Léopold I*' empe-
reur, xLYni.— Capitulation qu'on lui impose, xlvui.— Guerre de Chartes X Gus-
tave contre le Danemark; passage des Beits sur la glace, 30 janvier et 5 fé-
vrier 1658, XLvni.— Paix de Roeskilde sous la médiation IHnco-anglaise, xlvui.
—La Suède acquiert la Scanie, le Halland et le Bleking, xlvui.— Mort de Char-
les X Gustave, 11 février 1669, xux. — Terlon, ambassadeur, xlix.— Maxarin
procure la paix d'Oliva, 3 mai 1660, xux.— La Pologne cède à la Suède la Livo-
nie lithuanienne et rEsthonie,XLiz. - Traité de Copenhague, 10 juin 1660, xux.
III. — Majorité de Louis XIV, l. — Intervention de Tinfluence française en Polo-
gne, u.— Candidature des Condé, u.— Traité de Fontainebleau, 24 septembre
1661, ui.— Ce traité désavoué pour les articles secrets, ui.— Le traité du 3 jan-
vier 1663 le remplace et diminue les subsides français, ui. — Pendant ce temps,
ambassade d'Annibal Sehested en France. Traité de commerce entra le Da-
nemark et la France, février 1663, Lm. — Un traité d'alliance suit, 3 août
1663, un. — On invite la Suède à s'y joindre. Terlon ne l'obtient pas, un. —
Mission de Pomponne, uv.— Indécision de la Suède, liv.— Guerra entra l'An-
RECOBIL DES UfSTRUCT. DIPLOMAT. II. — a
11 TABLE DES CHAPITRES.
gleterre et la Hollande, 1664-1665, lv. — Louis XIV engagé envers la Hollande
par un traité du 27 avril 1662, ly.~ Son peu d*empressement à la secourir, lv.
— Quadruple alliance entre Hollande, Suède, Danemark. Brandebourg, 27 oc-
tobre 1666, LV. — La journée de Chatam, 31 juillet 1667, rend la paix souhai-
table, Lvi. — Invasion de Louis XIV dans les Pays-Bas espagnols, lvi. — La
Suède, jusque-là hésitante et pressée par Terlon et Pomponne, adhère fina-
lement, avec l'Angleterre et la Hollande, à la Triple alliance, 1668^ lyii. — Paix
d'Aix-larChapelle, lvii. — Puissance excessive de Louis XIV, lviii. — Lutte
de tarifs entre la France et la Hollande, lix.— Guerre entre les deux pays, lxix. —
Œuvre préparatoire de notre diplomatie. Pomponne et Courtin chargés d'at-
tirer la Suède, lxix. — Pomponne remplace Lionne aux affaires étrangères,
lor septembre 1671, lx. — Instructions à Courtin, son successeur, lx. — Traité
entre la France et la Suède, 14 avril 1672, lxi. — Engagement de la Suède contre
la Hollande, lxu. — Articles secrets, lxii. — Invasion de Tarmée suédoise sous
Wrangel dans la Poméranie brandebourgeoise, lxhl— Elle est battue à Fehrbel-
lin, 18. juin 1675, lxiii. --Dangers des Suédois, lxiii. ~ Fin de la régence,
mais embarras de Charles XI, lxiy. — Anarchie intérieure, lxiy. — Louis XIV
négocie pour le roi de Suède, lxvi. — Traités de Nimègue, lxvii.
IV.— Chambres de réunions, Lxvn.— Affaire du duché de Deux- Ponts, lxvu.— Irri-
tation de TEurope, Lxvm.— Traité d'Association de La Haye, 30 septembre 1681,
Lxviii.^L'Empereur y accède, 28 février 1682,Lxvnj.— La France oppose au traité
d'Association des contre-alliances, lxix. — Elle excite une guerre entre le
Sultan et l'Empereur Léopold I, lxix.~ Visées peut-être de Louis XIV sur le
trône impérial, lxix. — Accession de la Suède au traité d'Association, lxix. —
Louis XIV la ménage cependant, lxix.— Charles XI lui-même s'occupe de
réformes intérieures, lxxi.— Trêve de Ratisbonne imposée par la France, 1684,
Lxxi. — Nouveaux sujets d'irritation contre la France. Grande Alliance,
12 mai 1689, lxxi. — Refroidissement notable entre France et Suède, lxxii. —
La Suède reconnue cependant médiatrice pour la paix de Ryswick, lxxiu. —
Mort de Charles XI, 15 avril 169J, lxxiy. — La paix est conclue sous la minorité
de Charles XII, 20 septembre et 30 octobre, lxxyi. — Majorité de Charles XII,
18 novembre 1697, lxxyii. — Nouvelle alliance entre la France et la Suède,
19 juillet 1698, LxxYii. — Règlement de l'affaire de Deux-Ponts au traité de
Ryswick, lxxyiu.— Clébourg et la Petite-Pierre, lxxix.— Guerres de Charles XII
contre le Danemark, la Pologne et la Russie, lxxx. — Craintes dans toute
l'Allemagne, lxxx. —Succès de Louis XIV dans l'affaire de la succession espa-
gnole, LXXX.— Il irrite l'Europe, lxxx.— Préparatifs de guerre générale^ lxxx.—
Alliances françaises en Allemagne contre FEmpereur, lxxxi. — Ligue contre un
neuvième électorat pour le duc de Hanovre, lxxxi. — On invoque la France et la
Suède, LXXXI.- Louis XIV tente d'attirer Charles XII à une alliance déclarée
avec la France, 1706-1707, lxxxi. — La défaite de Pultava ruine toute espérance
sur la Suède, lxxxii.— Louis XIV lui offre cependant encore ses secours, lxxxiii.
— II aide l'armée suédoise de Stenbock, lxxxiy. — Le roi de Prusse craint, lui
aussi, les progrès du Russe, lxzxv. — Mais Charles XII s'obstine contre toute
concession, lxxxy. — La paix d'Utrecht se conclut sans comprendre les affaires
de Suède, lxxxy. — Louis XIV renouvelle un traité défensif avec Charles XII,
3 avril 1715, lxxxyi.
V. — Mort de Louis XIV et de Charles XU, lxxxyi.— Vaines négociations et supplice
de GOrtz, lxxxyii. — Avènement d'Ulrique-Ëléonore, puis de son mari Frédéric
de Hesse-Oassel, lxxxyii. — Le comte de La Marcket Campredon procurent la
paix de la Suède avec l'Angleterre, lxxxyii. — Paix de la Suède avec le Dane-
TABLE DES CHAPITRES. m
mark, 14 jain 1720, lxxx vin.— Paix de la Suède avec la Prusse, lxzxviii.— Paix
de la Suède àNystad avec la Russie, 30 avril 1721, xjutxvm. — NouTelle consti-
tution suédoise du 2 mai 1720, lxxxix.— Prétentions du duc de Holstein Qottorp
à la couronne suédoise, lxxxix. — Il épouse Anne, fille de Pierre le Grand, 1725,
lxxxix. — Alliance de Hanovre entre France et Angleterre, 1727, contre les pro-
grès de la Russie, xc.— La Suède y accède, 1727, xc— Mort d'Auguste III de
Pologne, 1733, xci.— La Suède n'envoie pas le secours promis à Stanislas, qui
échoue, xci. — Guerre de la succession d*Autriche, 1740, xciii.— La Suède engagée
contre la Russie par le traité du 10 novembre 1738 avec la France, xcrv. — Dé-
faite des Suédois, perte de la Finlande, xciv. — LUnfluence de la Russie élève
Frédéric de Holstein au tr6ne de Suède, xcrv. — Guerre de Sept ans, xcrv. — La
Suède engagée contre la Prusse par son traité avec la France de 1749, renou-
velé en 1754, xcv. — Convention suédoise avec la France et TAutriche, 21 mars
1737, x<:x. — Nouvelle convention, 22 septembre, xcv. — Un corps armé suédois
combattra Frédéric II en Allemagne, xcv. — Promesses qu'obtient la Suède en
échangée, xcv. ~ Accord particulier de la Suède avec la France pour les sub-
ùdes, 13 avril 1758, xcvi.— Choiseul aux affaires étrangères, 1758-1761, xcvi.
— SoQ projet de descente en Angleterre avec le concours de la Suède, xcvi.—
La Suède se retire et traite avec la Prusse, 22 mai 1762, xcvii.
VI. — De retour aux affaires étrangères, 1766, Choiseul inaugure une nouvelle
politique à l'égard de la Suède. Opposer à l'anarchie suédoise un relèvement
de la royauté héréditaire, xcvm. — La révolution de 1772 a été en grande
partie oeuvre française, xcn.— Gustave III, xcix.— Dépit de Frédéric II, xcxix.
— Le traité du 13 décembre 1769 avait préparé le démembrement de la Suède
entre Russie, Prusse et Danemark, c. — La France continue d'assister et en
même temps elle contient Gustave III, c. ~ Ses nouvelles conventions avec
lui, c. — Imprudences et nouveaux dangers du roi de Suède, ci.
Résumé, en.
I
cHANnr, AXBASSAOBoa, 1652.
Représentant du roi de France médiateur dans les conférences ayant pour objet de
conclure une paix entre la Pologne et la Suède, il doit observer une attitude
impartiale et égale envers tous les négociateurs, 2. — Qu'il encourage la neu-
tralité des villes hanséatiques entre l'Angleterre et les Pays-Bas, 3. — Qu'il
surveille les levées de gens de guerre dans les contrées qu'il visitera, 4.
II
LB BABON d'avaugocb, ambassadbub, 1654, 1656.
Première Instruction. — Féliciter le nouveau roi de Suède Charles X Gustave, 9-
— Lui exprimer les sentiments d'amitié du roi de France, 9. — Désir d'un
renouvellement d'alliance, 10. — Avantages pour les deux pays, 11. — Les
troubles intérieurs en France sont éteints. Ardeur générale. Prospérité des
finances, 11. — Constante protection du Roi envers ses alliés, 11. — Surveiller
d'ailleurs les accroissements de la Suède, 12. — Se concilier les sénateurs sué-
dois, 12. — Pénétrer les intérêts particuliers du roi de Suède, 13.
IV TABLE DES GHAPITHES.
Seconde Inetruction. — On lui envoie on pouvoir pour conolure une alliance par-
ticulière avec le roi de Suède, 14. — Ce roi a déclaré ne pas vouloir entrer
dans la querelle de la France avec TEspagne. De mômei la France ne pourra
faire avec lui aucune liaison pouvant tourner contre le roi de Pologne, 15. —
La nouvelle alliance comprend surtout l'observation du traité de Munster et la
défense des Ëtats actuellement acquis aux deux couronnes, 15. — Desseins con-
traires et cachés de l'Empereur, 16. —Prévenir ses desseins par la paix de Polo-
gne, 16. — Convier le roi de Suède à cette paix, 17. — Le baron d*Avau-
gour ouvrira la négociation si le roi de Suède l'agrée ainsi, 17. — La première
condition de l'alliance serait la conservation de la religion catholique, 17. —
Intérêt des deux rois à cela, 18. — Convier le roi de Suède à entrer dans la
ligue d'Allemagne, 18. — Chaque membre de cette confédération contre TEm-
pereur devrait déclarer le chiffre de ses forces et le lieu où elles agiront, 18. —
Subside annuel que paiera la France au roi de Suède en cas de rupture entre
la Suède et l'Empereur, 19. — Diversion française en Allemagne au cas de
cette rupture, 20. — L'alliance serait conclue d'abord pour trois ans, 20. —
Subvention de la France en cas de non-rupture avec TEmpereur, 21. — Secours
d'hommes et d'argent par la France en cas de rupture de la Suède avec l'Em-
pereur et de paix entre la France et l'Espagne, 21. -^ Empêcher que le fils de
l'Empereur ni quelque autre ne soit élu roi des Romains, 21. — En cas
d'élection du fils de l'Empereur par voie de douceur, nulle obligation de
rompre avec lui, 22. — Reculer cette élection, pour éviter les divisions entre
les confédérés, 22. — Il faudra notifier Talliance une fois conclue à l'Empereur,
22. — Les deux rois s'informeront réciproquement avec fidélité, 23.
Addition. — On peut fonder le traité proposé sur le grand armement maritime
maintenu par l'Empereur et sur son attitude, 23. — Les deux couronnes veu-
lent garantir les traités de Westphalie, 24. — Il faudrait faire correspondre le
nouveau traité à celui qu'on ferait avec les princes de l'Empire, 25. — Subside
annuel que paiera la France à la Suède, mais seulement après la fin complète
de la guerre de Pologne, 26. — Sauvegarder partout les intérêts de la religion
catholique, 27. — De la conduite à venir envers les princes de l'Empire, 27. —
Il faut surtout que l'Empereur ne puisse pas seconder l'Espagne contre le roi
de France, 28. — Le baron d'Avaugour cherchera à connaître les dispositions
générales du roi de Suède avant de commencer à traiter, 29.
III
LB CaSVALISR DE TBAI^OIf» ENVOYÉ, 1662, 1664, 1665.
Première Instruction, 1662. — Terlon est envoyé en hâte, en attendant que parte
l'ambassadeur qu'on destine, 32. — Il partira avec le simple caractère de gen-
tilhomme envoyé, 33. — Histoire du traité de Fontainebleau, du 22 septem-
bre 1661 ; la ratification suédoise n'est pas arrivée, 33. — Ce retard a empêché le
roi de France de remédier à l'anarchie polonaise, 34. — ^ Il est du suprême
intérêt de la Suède d'empêcher que l'Empereur, le Moscovite et le Brandebourg
ne se partagent la Pologne, 36. — Le roi de France continuera, si la Suède le
veut, d'entretenir les stipulations publiques du traité de Fontainebleau, 39. —
Il accordera des subsides pour l'entretien des troupes suédoises, 40.
Addition. — Que Terlon ne souffre qu'en une certaine mesure les récriminations
des Suédois, s'ils y viennent, 41. — Réponse à l'objection des délais, 42. —
C'est par la seule faute de la Suède que l'affaire de la succcession de Pologne
s'est perdue, 43. — Sa Majesté est prête à entendre à une autre convention,
TABLE DES CHAPITRES. t
4{. — fiCaîs si les Suédois Tonlaient eoToyer maintenant la ratification qu'ils ont
trop tardé à fournir, Sa Majesté ne la recevrait point, 45.
Seconde Instruction, 4664. — Terlon fera connaître au roi et à la régence de Suède
le traité conclu Tan dernier par Sa Majesté arec le Danemark, mais sans les
articles secrets, 46. — Ce traité est très favorable à la Suède, 46. — Sa Ma-
jesté y a voulu assurer au roi de Suède la possession des trois provinces enlevées
an Danemark et les avantages stipulés par les derniers traités, 47. — Terlon
s'efforcera d*j attirer la Suède, 47. — Si toutefois le roi de Suède préfère un
nouveau traité spécial, qu*il nomme un négociateur. Annibal Sehested ne
serait-il pas l'homme pour cela? 48. — Le Roi communique à la régence de
Suède son traité avec l'électeur de Brandebourg, 49.
Sa Majesté prie le roi de Suède de ménager les intérêts du duc Christian-Louis de
Mecklembourg, contre lequel la cour de Vienne lui a confié des exécutions, 50.
Article du traité de Fontainebleau pour l'introduction du sel français en Suède,
50. — Sa Majesté concertera avec la régence les moyens d'écarter un des ducs
de Lunebourg du trône de Pologne, 50. ~ Mauvaise conduite de la reine
Christine envers le Roi et la France, 51.
Troisième Instruction, 1665. Terlon, étant à Copenhague, doit obtenir du roi de Da-
nemark qu'il insiste à Londres pour un arrangement entre Angleterre et Hol-
lande, 52. — Il importe que la Suède fasse de même, 52. — Que Terlon s'informe
du détail du traité récemment conclu entre Angleterre et Suède, 53. ~ Sa Ma-
jesté espère pouvoir écarter les difficultés subsistantes entre Suède et Hollande
pour les élucidations du traité d'Elbing, 59. — Sa Majesté est disposée à aug-
menter, selon le vœu de la Suède, la garantie qu'elle a promise au Danemark)
60. — Le comte Magnus a affirmé que la Suède, en traitant récemment avec
l'Angleterre, s'était réservé sa liberté de conseils, 60. "- Sa Majesté espère donc
que Terlon obtiendra les résultats souhaités, 61.
Écrit envoyé, 1665. ~ Désir de Sa Majesté de resserrer son alliance avec la Suède,
61. — Sa Majesté reçoit avec joie les félicitations du roi de Suède pour la des-
truction des corsaires d'Afrique, 63. — Mauvaises conditions de paix acceptées
par l'Empereur après la défaite des Turcs en Hongrie; sacrifice de la Transyl-
vanie, etc., 63. — Danger de Venise ; Sa Majesté lui a donné un secours d'ar-
gent, 64. — Affaire d'Erfurt. Intervendon bienveillante de Sa Majesté, 65. —
Affaires de Pologne. Intervention de Lubomirski, 66.
IV
ARNAUD DE POMPONNE. PREMIÈRE AMBASSADE, 166S-I668.
Sa ICajesté, la Suède étant son premier allié, adjoint à Terlon Arnaud de Pomponne
comme ambassadeur extraordinaire, 72. — La Suède a consenti, par les articles
secrets du traité de Fontainebleau, à s'intéresser & la candidature du duc d'En-
ghien au trône de Pologne, 75. — Obtenir l'envoi de 3,000 cavaliers suédois en
Pologne; Comment présenter cette instance, 75. —Le succès de Lubomirski et
des confédérés favoriserait le démembrement de la Pologne, projeté depuis
longtemps par FEmpereur, le Moscovite et l'électeur de Brandebourg, 76. —
Ne pas paraître d'ailleurs vouloir affaiblir l'action de la Suède en Allemagne ni
Tempécher de prendre part à la guerre actuelle entre Angleterre et Hollande^
77. — La Suède a un traité avec l'Angleterre qui conseillera peut-être ici une
action diverse, 78. — Raisons contre cette interprétation, 78. — La Suède doit
concourir avec la France contre l'irruption de l'évéque de Munster, 79, 83. — Elle
doit s'unir à Sa Majesté si les Autrichiens veulent faire comprendre le cercle
VI TABLE DES CHAPITRES.
de Bourgogne dans la garantie générale de TEmptre, 85. — Affaires d'Brfurt
et de Brème, 85. — Sa Majesté attend le concours du roi de Suède quand Elle
aura à soutenir les droits de la Reine sur certaines provinces de Flandre, etc.,
86. — Affaires de Pologne : les articles secrets du traité de Fontûnebleau an-
nulés, 87.
Ce que peut faire la France pour le roi de Suède en échange de ce qu*on lui
demande : Affaire d'Erfurt, 90. — Différends du Palatin avec les Électeurs et
princes du Rhin, 91. — Oarantie en faveur du comte de Holstein Gottorp, 91.
' — Affaire de Brème, 92. — Subsides français^ 93.
Ce que Pomponne devra dire au roi de Danemark en passant par Copenhague, 97.
Addition, 98.
IV bU.
Lettre de lionne au secrétaire Rousseau, 11 janvier 1669, ayant toute la valeur d'une
réeUe Instruction. V. aux Notes additionnelies et rectificatives^ page 477.
V
ARNAULD DE POMPONNE, SECONDE AMBASSADE, 1671.
Mauvaise conduite des Provinces-Unies envers Sa Majesté, 102. — Bonnes disposi-
tions de la Suède, 103. — Son intervention contiendrait plusieurs princes de
son voisinage, 104. — Pomponne s'ouvrira prudemment. Il dira l'entente de
Sa Majesté avec l'Angleterre et avec les princes de l'Empire, 105. — Il assu-
rera que Sa Majesté n'a nul dessein contre les Pays-Bas espagnols, 107. —
Profits commerciaux à prévoir, 108.— Sa Majesté compte moins sur une action
directe de la Suède que sur la crainte des armées suédoises retenant les princes
de l'Empire qui voudraient secourir les Ëtats généraux, 108. — D'ailleurs la
Suède ferait passer 16,000 hommes dans le duché de Brème, 109. — Subsides
que Sa Majesté accorderait selon les divers cas, 110. — Si la Suède insiste
pour une part dans les conquêtes, promettre une convention spéciale sur ce
sujet, 110. — Tâcher que la Suède s'engage à n'agir que quand Sa Majesté
l'en requerra, 110.— Décliner la demande d'un concours armé contre la ville de
Brème, 111. — Si la Suède parle de ses droits sur la succession de Julie rs, ne
pas s'engager au delà du traité de MOnster, 113. — Excepter des cas pouvant
engager la France les attaques polonaises ou moscovites en Livonie, 113. —
Expédient à employer si la Suède veut absolument exclure le Danemark de
cette guerre en commun, 113. — Tâcher de détourner cette disposition, 113. —
Ne pas laisser trop durer la négociation et revenir en France, 114.
Supplément, 116.
VI
HONORÉ COURTIN, AMBASSADEUR, 1671.
Qu'il se réfère aux Instructions données naguère à Pomponne, 120. —Dans l'article
par lequel Sa Mij^Bté s'obligerait à respecter le traité d*Aix-la-ChapeUe et à
ne pas attaquer les Hollandais, qu'il coule adroitement quelques paroles don-
nant à cet égard quelques facilités au Roi, 121. — Des subsides à offrir aux
Suédois pour leur neutralité, et comment entendre cette neutralité, 121 . —
Laisser subsister l'engagement des Suédois de tenir une armée de 16,000
TABLE DES CHAPITRES. vu
lionmiM dans le duché de Brème et d'attaquer la Hollande ou les États de
rSinpire quand Sa Majesté le requerra, menace qui, une fois connue, con-
ttendra les ennemis, 122. — Dire dans un article secret que, si la Suède, au
moment oii elle sera requise, se déclare non en état d*agir, cette déclaration
sera admise, et le subside français lui sera toujours payé, 123.
VII
LK MABQUIS DK FEUQniÂRE, AMBASSADEUR, 1772.
Anciens prétextes de mécontentement de la cour de Suède : !• Annulation d*une
partie du traité de Fontainebleau, 1661-62, 126 ; -- 2« Traité de Paris avec le
Danemark en 1663, 127; — 3« Assistance de Sa Mijesté à TÉvéque de Mayence
contre Erfurt, 127; — 4» Insuccès de la Suède en 1666 devant Brème, et plainte
de n*y avoir pas été assisté par le Roi, 127. ~ Formation dans le sénat suédois
d*un parti autrichien malgré les bonnes dispositions du grand chancelier, 128.
— Conclusion toutefois du récent traité entre la Suède et la France, 14 avril
1672, 129. — Explications sur ce traité, 129. — Partialité visible de l'Élec-
teur de Brandebourg pour les Hollandais, 130. — Sa mauvaise conduite : occu-
pation de certaines places de concert avec les HoUandais, 130.
Désir de la Suède d'éviter toute action pendant la minorité de son roi, 131. —
Elle préfère offrir sa médiation; mais elle évitera difficilement de tenir la
parole qu'elle a donnée à Sa Majesté, 132.
Que Feuquière ne parle pas de tout ce passé. Tout est effacé devant l'alliance ré-
tablie et les bonnes intentions de Sa Majesté, 132. — Il rappellera la modé-
ration du Roi, qui, vainqueur, a accepté la médiation suédoise, 133. — 11 ne
pressera pas la Suède sur la condition d'agir, qui doit être précédée d'un fort
paiement; mais il pressera l'envoi de 6,000 hommes en Allemagne, et la décla-
ration publique de la garantie suédoise donnée à la France, qui doit précéder
aussi, 133. «— Engager la Suède à favoriser une ligue des princes de l'Empire
alliés pour employer les remontrances > puis au besoin la force contre les
ennemis de la Suède et de la France, 134. — Sa. Mij^sté continue d'agir près
de ces princes, 134. — Elle leur a promis de ne pas attaquer la première
l'Électeur de Brandebourg, s'il se contenait, 134. — La déclaration de majorité
du roi de Suède est un moment favorable, 136. ~ Sa Migesté, ayant accepté
la médiation suédoise, ne veut évidemment pas renverser tout à fait le gouver-
nement de la Hollande, 137. — Dans l'intérêt de son commerce et de sa marine
aussi, la Suède doit souhaiter une paix prompte et équitable, 138. — Elle doit
craindre, si elle s'obstine, de porter Sa Majesté vers le Danemark, 138. -*
Maintenir la bonne intelligence entre les deux couronnes du Nord, 139.
VIII
BAZIN DE BAUDEVILLE, AMBASSADEUR, 1682.
Sa Majesté a ponctuellement satisûdt aux obligations des derniers traités. Elle a
continué le subside, bien que la Suède ne pût pas entretenir les 16,000 hommes,
142. — Elle a procuré à la Suède une paix excellente, et lui a fait rendre ce
qu'on avait pris sur elle en Allemagne, 143. — Cependant la Suède a recherché
l'alliance danoise sans en prévenir Sa Majesté, 143. — Dès qu'elle a vu que Sa
Majesté l'approuvait, elle y a mis du retard et de la froideur, et finalement
vm TABLE DES CHAPITRES.
n*a pat eonchi, 144. — Elle a fait avec les États Oénérauz le traité d'Associa-
tion, et a prétendu interpréter à sa manière les traités de Westphalie, 146. —
Sa Majesté a donc dû accepter des propositions d*autre part, 147. — Cependant,
si la Suède se ravisait, Sa Majesté reviendrait à elle, 147. — il faut d*ailleurs
observer la fin de certaines affaires en Allemagne, et si le difliârend de Sa
Majesté avec l'Empire se termine, 148. — En cas d'accommodement, Sa Majesté
n'aurait plus de pressantes raisons de tenir au renouvellement d'alliance avec
la Suède, et Basin attendrait ses avances, 146. — Le principal sujet de mécon-
tentement, pour Sa Majesté, est le traité d'Association, 147. — Conditions
auxquelles devrait se prêter la Suède, si elle voulait renouveler l'alliance, U7.
-^ Conditions réciproques auxquelles la France s'engagerait, 147. — Question
du duché de Deux-Ponts : la souveraineté en appartient au roi de France ; le
roi de Suède peut en avoir le domaine utile ou en disposer, 148. — Question
du duc de Holstein : Sa Majesté ne saurait, par de nouvelles stipulations en sa
faveur, donner des sigets de plaintes au Danemark, 148.
État intérieur du gouvernement suédois, 149.
IX
LE MAHQUIS DE BÊTHUNE, AMBASSADEUB, 1691.
Refroidissement depuis quelques années entre la France et la Suède, 152. — Cepen-
dant bonnes dispositions de celle-ci, 152. — Lui montrer qu'elle doit persister
dans sa proposition de médiation, 153. — Qu'elle joigne une partie de ses
forces à celles du duc de Hanovre et de l'Évéque de Munster, 154. — Qu'il se
forme ainsi un tiers parti pour la paix, 154. — Ce pourrait être une reprise
des anciennes liaisons entre la France et la Suède, 155. — Entretenir Tentente
actuelle entre Suède et Danemark, 155. — La Suède doit comprendre le danger
qu'elle court si le prince d'Orange reste maître de l'Angleterre, etc., 156. —
Elle doit se défier des desseins de la cour de Vienne qui, sans la France et la
Suède, dominerait seule en Allemagne, 156. — Il faudrait détacher adroitement
Bengt Oxenstierna du parti de TEmpereur, 157. — Occasion favorable pour la
Suède de s'agrandir vers la Poméranie ou la Silésie, 160. — S'asaurer avant
tout de l'exacte neutralité de la Suède et de la détermination du roi de Suède
de procurer la paix, 161. — Affaire de Deux-Ponts, 162.
X
LE COMTE D'AVAUX, EKVOYÉ EXTBAORDINAIBE, 1692.
Première Instruction. Il est fort bien que le roi de Suède veuille agir en vrai
médiateur, 167. — Qu'il conserve donc d'abord une exacte neutralité, ce qui
lui est facile, 167. — L'amitié du Roi lui sçra plus profitable que celle de l'Em-
pereur et de ses alliés, 168. — Danger des succès du prince d'Orange pour les
États du Nord, 168. — La Suède a un traité définitif avec les États Oénéraux
l'obligeant à les assister de 6,000 hommes s'ils sont attaqués; mais ici ils sont
agresseurs, 168. — Détourner le roi de Suède d'un renouvellement de traité avec
l'Empire, 169. — Que le roi de Suède ne manque pas d'agir de concert avec
les princes de l'Empire opposants contre l'érection d'un neuvième électorat,
169. — Il faut qu'il maintienne son crédit en Allemagne, 174 ; — qu'il s'oppose
à l'agrandissement de la maison de Brunswick, 175. — Encourager la bonne
TABLE DES CHAPITRES. ix
•Btenta de Snëde et Danemark, 175. — Empêcher que le roi de Suède ne renou-
velle son traité avec TËmpereur, 175. — U voudra probablement refuser tout
engagement à agir; mais, s*il reçoit quelque sujet de mécontentement du côté
de l'Empereur ou de l'Électeur de Brandiebourg, lui insinuer qu'il pourra se
venger en s'approchent de Sa Majesté, 175. — Affaire de Brème, 176.
Seconde Instruction* Devoirs du roi de Suède comme médiateur, 178. ^- Con-
dition préalable d'un désaveu, 179. — Question de Strasbourg, 180. — Offres
du roi de France en Alsace, 181. — Affaires des réunions, 18dt •— Oflires du
Roi en Lomdne, 183. — Offres relatives à l'Espagne, 184.
XI
LE COMTE DE GUISCAHD, AXBASSADEDB, 169d.
Rappel du traité conclu par d'Avaux à Stockholm en juillet 1898, 189. — Médiation
suédoise lors' des traités de Ryswick, 190. ^ Les rapports entre le roi de
Danemark et les ducs de Holstein peuvent rompre la paix ; en quelle mesure
l'intervention diplomatique du roi de France y a été mêlée, 191. — Affaires
pendantes entre la France et la Suède : subsides, 194 ; ~ réclamation suédoise
sur le bailliage de Kleburg, 195; — sur la principauté de la Petite-Pierre, 196;
_ maintien de la religion catholique particulièrement dans le duché de Deux*
Ponts, 197; — question du neuvième électorat en faveur de l'Électeur de
Hanovre, 199. — Les ducs de Wolfenbûttel, intéresses à ne pas laisser grandir
cette branche cadette de leur maison, ont invoqué le roi de France comme
garant du traité d'Hildesheim de 1666, 201. — Raisons qui doivent obliger la
Suède à s'opposer à la réunion des duchés de Zell et de Hanovre, 201. —
Affaire de Brème, 202.
Personnel de la cour de Suède, 203.
XII
LE MARQUIS DE BONNAC, ENVOYÉ EXTRAORDINAIRE, 1701.
Assurer de Vappui du roi de France les ducs Antoine-Ulrîc et Rodolphe de Wol-
fenbûttel, 206. — Tâcher d'amener le roi de Suède à une paix avec le roi de
Pologne, 209. — Cette pûx se ferait sous la médiation et la garantie du roi de
France, 209. — Dh'iger les deux rois de Suède et de Pologne contre l'Électeur
de Brandebourg, le premier attaquant la Poméranie, et le second la Prusse
ducale, ou bien le roi de Suède assurant l'état du duc de Holstein, et le roi de
Pologne attaquant, pour s*agrandir, les États héréditaires d'Autriche, 210. —
Le roi de Suède doit se défier d'une alliance avec les Hollandais, 211.
Affaire do neuvième Ëlectorat. Si le roi de Suède est trop engagé avec le duc de
Hanovre, que tout au moins il ne se déclare pas contre les ducs de Wolfen-
bûttel, 213.
Que le marquis de Bonnac tâche d*obtenir la permission de suivre le roi de Suède,
214.
XIII
DE RICOOS ET DE BB8ENVAL, ENVOYÉS EXTRAORDINAIRES, 1707.
lostraetion pour le sieur de Ricous. Conjectures sur les projets de Charles XII,
218. — L'Empereur a aidé secrètement le roi Auguste contre lui, 219. — Inter-
X TABLE DES CHAPITRES.
▼ention intéressée d'une escadre anglo-hollandaise, dëelinëe par Charles XII,
219. — L'Électeur de Brandebourg, d'accord avec TEmpereur, l'Angleterre e^
la Hollande, conspirait sa perte, 221. — Confiance présumée du roi de Suède
dans le Roi de France : traité de juillet 1698 entre les deux pays, et médiation
de la Suède à Ryswick rappelés, 222. — Rapports entre les deux gouveme-
ments en présence de la question de la succession d'Espagne, 223. — Il refuse
maintenant de négocier. L'aborder comme pour le féliciter et le recevoir pour
médiateur, 229. — L'attirer à cette médiation; on récompenserait ses mi-
nistres, 230. — Il faut l'encourager dans son ressentiment du traitement fait
par l'Empereur aux deux Électeurs de Cologne et de Bavière, 231. — Ne pas
l'encourager au contraire dans ses desseins favorables aux protestants d'Alle-
magne, 231. ~ S'il était vrai qu'il songeât à donner la couronne de Hongrie
au roi Auguste pour le dédommager de celle de Pologne, il est certain que
les conjonctures seraient très favorables, 233. — En dépit du traité défensif
conclu en juillet 1703 entre Suède et Prusse, il y a défiance mutuelle, 235. —
Il y aurait intérêt, en résumé, à voir se former dans l'Empire un tiers parti»
236.
Si le roi de Suède accepte d'être médiateur, il doit connaître les conditions qu'a
offertes le roi de France, 236. — Tableau des dernières offres et des dernières
négociations, 242.
Mémoire pour le sieur de Besenval, 245.
XIV
LE COUTE DE OlOISST, AMBASSADEUR, 1715-1716.
Rappel des bons services rendus par le Roi de France à la Suède, 248. — Carac-
tère de Charles XII, 249. — Secours qu'il accorde contre le roi de Danemark
au duc de Holstein, son beau-frère, 248. — Dessein présumé de celui-ci sur le
trône de Suède, dont il était l'héritier présomptif, 248. — Invasion du roi de
Pologne dans la Livonie suédoise, et du grand-duc de Moscovie en Ingtie,
février 1700, 250. ~ Charles XU impose au roi de Danemark le traité de
Travendal, 18 août 1700, 250. Il défait les Russes à Narva. Il détrône Au-
guste II de Pologne et fait élire à sa place le jeune palatin de Posnanie,
Stanislas Leczinski, 18 novembre 1705, 250.
Alliance de Charles XII avec la Prusse, l'Angleterre et la Hollande dès 1703. Ce
dernier traité l'engageait contre la France; mais il prétend bientôt en être
dégagé, 251. — Les ennemis de la France, notamment l'Empereur, font tous
leurs efforts pour l'empêcher d'entrer en Saxe, ce qui eût été une diversion
favorable à la France, 251. -- Il y entre, et impose à Auguste II le traité d'AIt
Ranst&dt, 24 septembre 1706, 252. — Il était appelé dans l'Empire par les pro-
testants de Bohême et de Silésie, par les princes de Saxe-Ootha et de Hesse-
Cassel, 253. — Ses projets : de faire élire un roi des Romains protestant, et de
rendre la dignité impériale alternante entre protestants et catholiques, 253; —
d'aller au secours des protestants de Bohême et de Silésie, 253; —de
faire valoir ses prétentions sur le comté de Weldentz, usurpé suivant lui
par l'Électeur palatin, 253 ; — d'aller tout d'abord imposer au czar un traité,
253. — Pultava, 8 juin 1709, 254. -^ Charles XII cinq ans en Turquie, 254. —
Louis XIV lui offre ses vaisseaux, et, sans conditions ni promesses, contribue
au paiement de l'armée suédoise, 254. — Succès passager de Stenbock contre
les Danois, 255. — Brunswick désigné pour y traiter de la paix du Nord;
Charles XII refuse d'y envoyer des plénipotentiaires, 256.
TABLE DES CHAPITRES. xi
Iboraifl gouTemement du Sénat suédois pendant la longue absence du roi, 256. —
Taxes extraordinaires, anarchie, 257. — Les possessions suédoises de toute
part menacées, 357.
Tnâté particulier de Tadministrateur du Holstein et du roi de Prusse pour garantir
Stettin et ^Wismar, et empêcher les ennemis de la Suède de les prendre, 258.
Secret dessein du roi de Prusse qui convoite la Poméranie, 260. — Il fait
accepter par le roi de Pologne et le czar son projet d'occuper Stettin (traité
de Schwedt), 261.
Charies XII de retour en Poméranie : le roi de France lui envoie Croissy, 266. —
n faut négocier avec les ennemis de la Suède, amener une paix particulière
entre Suède et Pologne, entre Suède et Prusse, 269. — Ainsi seulement la
Suède pourrait reprendre ce que les Danois lui ont enlevé, 270.
Croîssy passera par Cassel, et demandera au landgrave ses conseils, 270 ,* -— et
aussi à la cour du duc de WolfenbQttel, ami de la France et de la Suède, 271 ;
~ qu*il tAche de pénétrer par ce dernier les projets du roi d'Angleterre
Électeur de Hanovre, 272.
La paix avec l'Empire permet aux envoyés du roi de France d'assister aux confé-
rences de Brunswick; ceux du roi de Suède y viendront peut-être, 273. » La
paix entre Suède et Russie sera difficile à obtenir, 273. — Croissy doit essayer
de se faire agréer de Charles XII « en entrant, s'il est possible, dans son
génie, et le suivant dans ses expéditions avec une assiduité qui ne lui soit pas
incommode », 274. — Une partie des si^ets anglais attendent une diversion du
roi de Suède pour le chevalier de Saint-Cteorge. Croissy recherchera ce que
les princes étrangers pensent à ce sujet, 275.
Vaccord entre la Suède et la Prusse, voilà ce qu'il faudrait avant tout obtenir ,
276.
XV
LE COXTE DE LA MARGE, AMBASSADEUB, 1717-1719.
Bon vouloir du Roi de France pour le roi de Suède, prouvé par le renouvellement
de la garantie du traité de Westphalîe en avril 1715, 278. ~ Il n'y a cependant
qu'un mois qu'on a obtenu de OHVrts des propositions au nom du roi de Suède
pour la paix, 279. — Il propose de céder à la Prusse Stettin avec quelques dé-
pendances, au czar Pétersbourg et un district en Carélie et en Ingrie, sauf
Viborg et Narva, de faire restituer le Holstein par le roi de Danemark, et de
rétablir tout le reste selon ce qu'avaient réglé les traités de Westphalie, 281.
— Ces propositions, certainement insuffisantes aux yeux des ennemis de la
Suède, doivent être entre les mains du Roi de France une base de négociation,
281. — Il faudrait ménager les intérêts du roi d'Angleterre avec ceux de la
Prusse et de la Russie, 282. — Le roi d'Angleterre voudra sans doute la cession
de Brème et Verden ; le roi de Prusse Stettin et ses dépendances, avec la na-
vigation de l'Oder; le czar Revel et l'Esthonie, Narva et Viborg^ 288. — Faire
en sorte d'amener le roi de Suède à traiter t la fois avec le roi d'Angleterre et
le roi de Prusse, en y comprenant la Pologne, 289. — La Russie deviendrait
trop redoutable, si le roi de Suède lui cédait les établissements qu'elle veut
conserver sur la Baltique, 289.
Il serait utile que le roi de Suède envoyât ses ministres à Brunswick ou dans quel-
que autre ville où se tiendrait ime conférence, et qu'il acceptât clairement la
médiation du roi de France, 291. — Le Roi de France ne connaît pas bien
encore la vérité sur l'arrestation de Gyllenborg et de GOrtz; mais il faut garder
le roi de Suède des résolutions extrêmes, 293. — Que le comte de La Marck,
zii TABLE DES CHAPITRES.
en passant par La Haye, s'explique de cela avec le pensionnaire de Hollande,
294.
Le comte de La Marck prendra ou non, selon quUl croira plus à propos, le carac-
tère d'ambassadeur, 296.
XVI
LE COMTB DB BBANCA8, V1NI9TRB PLÉNIPOTENTIAIRB, 1725-1727.
Rappel des négociations et traités qui ont suiri la mort de Charles XII, 298. -^
Conditions arec T Angleterre, le Danemark, la Prusse, la Russie (traité de
Nystad), 301. -;- Fâcheuse anarchie au dedans, 302. ~ Avènement de la prin-
cesse Ulrique Éléonore, puis de son mari le prince de Hesse-Cassel, 302. —
Capitulation signée par le nouveau roi, 303. — Il tâche de s'en affranchir, 304.
— Parti du duc de Holstein, opposé an prince de Hesse, roi de Suède; ce
parti compte sur Tinfluence russe, 304. — Un traité particulier est conclu entre
la Suède et la Russie, 305. — Mort de Pierre I»' de Russie, 305. — La nou-
velle czarine tout aussi favorable à Tambition de son gendre le duc de Hol-
stein, 307. — Difficulté de tracer en présence d'une telle situation îles Instruc-
tions précises, 309. — La France ne saurait du moins laisser enlever le Sleswig
au roi de Danemark, 311.— Le comte de Brancas s'expliquera à ce siyet sur le
traité défensif de 1723 entre la Suède et la Russie, conclu sous la médiation de
la France, et concernant le Slesvig, 311. — Le Roi de France prêterait Toreille
à la proposition d'un équivalent, 312. — Agir de concert avec l'Angleterre, 313.
Du gouvernement suédois; du sénat; principaux ministres, 315.
Supplément à riostruction, 318.
XVII
DE CASTBJA, XINISTEE PLÉNIPOTENTIAIRE, 1727-1737.
L'accession de la Suède au traité de Hanovre a resserré Talliance de ce pays avec
la France, 324. — Modérer l'ardeur de la Suède contre la Russie, 330. — Si
l'Angleterre avance dans son projet d'amener une alliance entre la Suède et le
Danemark contre la Russie, pénétrer ses intrigues et s'y opposer sans éclat,
331. — Tâcher de connaître les Instructions données par la Suède au ministi*e
qu'elle envoie au congrès de Cambrai, selon le vœu du Roi, 333. — Caractère
des personnages suédois en ce moment au pouvoir, 334.
XVIII
LE COMTB DB SAINT-SÉVERIN, AMBASSAOEUB, 1737-1741.
Intermittences de l'alliance suédoise, très ébranlée après la mort d'Auguste II, 339.
— La crainte de la Russie l'empêche de secourir le roi Stanislas à Danzig, 340.
— Une alliance défensive signée même avec la Russie, malgré notre ministre
Casteja, 341. — Divisions intérieures de la Suède, 343. — Influence de l'Angle-
terre et de la Russie sur cette cour, 343. — Tâcher de diriger l'élection du
maréchal de la diète très prochaine, et d'être informé de ce que fera le comité
secret, 344. — Le roi de France non disposé à ratifier maintenant la convention
TABLE DES CHAPITRES. zili
de 1733, Btipulant un subside firançatSt 345. — Il attendra que les Suédois s'éloi-
gnent des Rtisses, 346.
Entretenir les pensions en Suède, 347. — Rapports à ménager avec les ministres
étrangers, 348. — Cérémonial, 349.
XIX
LE MARQUIS DE LANMART, AMRASSADEUR, 1741-1749.
Heureuse rupture de la Suède avec la Russie, qui aurait pu balancer les efforts du
roi de France et de ses alliés en vue de TélecUon de TEmpereur, 352. — Re-
tour sur les divisions intérieures de la Suède depuis 1720, 353. ~ Bonne con-
duite de rambassadeur Saint-Séverin, 355. — Irritation de la Suède contre la
Russie après le meurtre du major Sinclair, 356. — Peu dHnfluence du roi de
Suède : il a ignoré les résolutions de la diète, 357. — Traité d'amitié et de
subsides entre la France et la Suède, 10 novembre 1738, 359. — Le roi de
Suède renouvelle un traité de subsides avec FAngleterre au milieu de 1740, 359.
— Dangers de cette situation, 360. — L'Angleterre voudrait assister la Russie,
en agissant sur les affaires d'Allemagne, 360. — L'armée que le Roi fait avan-
cer en Westphalie empêche cette diversion, 360. — La régence de Hesse-Cassel
sous le prince Guillaume, frère du roi de Suède, aide l'Angleterre par des corps
armés, 362. — Le roi de France travaille à porter au trône impérial l'Électeur
de Bavière, 362. — L'invasion de la Silésie par le roi de Prusse profitera à la
Suède, 363. — Le roi de France aide à un projet d'alliance entre la Suède et
la Prusse, 364. — Lui-même a conclu avec le roi de Prusse, pour le rendre fa-
vorable à rélecteur de Bavière, un traité secret, 365. — Secours d'argent accor-
dés à la Suède outre ceux du traité de 1738, 365. — Convention de commerce
entee la France et la Suède, 25 avril 1741, 368. — Traité de Stockholm entre
la Suède et le Danemark, 5 octobre 1734, 369. — Le Danemark s*est opposé à
ce que l'accession de la France transformât ce traité en une solide et souhai-
table triple alliance, 369. — Laisser la Suède rompre d'elle-même avec la Rus-
sie, 371. — Les circonstances sont d'ailleurs favorables pour les Suédois, 372.
— Conduite hésitante du roi de Pologne, 374. ~ Question de la succession
suédoise, 375. — Éloignement de la reine de Suède pour le parti holsteinois,
376. ^ Observer une grande réserve à l'égard du duc de Holstein, 377. —
Surveiller les agissements du ministre d'Angleterre, 379.
XX
^LË MARQUIS o'havrincourt, amrassadeur, 174^-1 763.
Lettre tenant lieu d'Instruction provisoire, 12 mai 1749, 382.
Instruction, 12 mai 1757 : démontrer au gouvernement suédois qu'après la vigou-
reuse déclaration contre la Prusse qu'il vient de faire à la diète de Ratisbonne
de concert avec la France, il ne peut rester inactif et neutre, 384. — La Suède
doit son appui aux princes opprimés qui le réclament, 384. — Elle peut l'offHr
sans danger^ grâce aux récentes garanties qu'elle tient de la cour de Vienne et
grâce aux diversions des armées combinées, 385. -^ fille y est de plus fort inté-
ressée, car France et Autriche sont secrètement d'accord pour procurer à la
Suède, si elle le mérite, la Poméranie antérieure, 386. — On garantirait cette
possession à la Suède lors de la paix, 386. — - La Russie y contribuerait rolon-
J
XIV TABLE DES CHAPITRES.
tiers, 386. — La Russie a déjà accédé au traité de VersailleSi 386. — Ne s*oa-
Trir sur ce sujet qu^avec précaution au ministère suédois, 387. —Prendre garde
que la reine de Suède et le roi de Prusse son frère ont grand intérêt à pénétrer
cette matière, 387.— D'Havrincourt agira du reste de concert avec le ministre
impérial, 387.
La diversion suédoise en Poméranie est pressée, les circonstances y étant excep-
tionnellement favorables, 388. — Des ouvertures en ce sens ont été déjà faites
par le baron Scheffer à Paris, 388. — Trois objections ; réponses, 388. — Ques-
tion des subsides que doivent apporter les cours de Versailles et de Vienne,
390. •« Quels armements on doit attendre de la Suède, qui devra assiéger Stet-
tin, 391. — L'ambassadeur devra préparer le projet de convention de concert
avec le ministre impérial, 39i.
S'appliquer à écarter les obstacles qui pourraient venir du Danemark, 393. — Neu
traUté offerte par la France pour TÉlecteur de Hanovre et ménagements pour
les princes protestants, 393. — La Suède ne doit prendre nulle défiance des
arrangements à intervenir entre la cour de Versailles et la cour de Vienne : on
les lui fera connaître, 394.
Addition secrète : rechercher si la Suède pourra, outre Texpédition projetée en
Poméranie, envoyer un corps armé à Danzig contre le roi de Prusse, 396.
Observations sur le projet de convention militaire avec la Suède, 397.
XXI
LE BARON DE BRETEUIL, AMBASSADEUR, 1763-1768.
Première Instruction. Conduite équivoque de la Suède à Tégard de la France depuis
la mort de Charles XII, 402. — Ambition de la reine de Suède, 403. — Intrigues
des partis, 403. — Bonne conduite -du marquis d'Havrincourt, 403. — Subsides
de la France, 405. — Dangers que peut offrir la prochaine diète de Suède, 405.
— Le Roi veut bien continuer les subsides à la Suède, 405. — Donner au gou-
vernement suédois les assurances de sa bonne volonté, 406.
Seconde Instruction. Tenir secrètes les dispositions du Roi de France envers la
Suède, tout en continuant de témoigner confiance aux «patriotes» Suédois, 407.
— Le gouvernement français a, depuis quelques années , fait fausse route en
courtisant un des partis en Suède au lieu de s*adresser au roi et à la reine, 407.
— Plan qu'on avait formé avec la Suède contre la Prusse, 408. — Les intrigues
intérieures de la Suède en ont empêché le succès, 408. — U est manifeste qu'il
est de l'intérêt de la France de rendre au roi de Suède son autorité, ou sinon
de fortifier le sénat, de le rendre inamovible, de régler les attributions des
diètes, 409. —Les dépenses actuelles de subsides sont absolument stériles, 409.
— PI as la Suède s'affaiblit, plus elle nous devient inutile ,410. — Il faut con-
vaincre de cela le parti français à Stockholm, les Chapeaux ; il faut arrêter un
plan de conduite, avoir dans cette vue une correspondance secrète avec la
reine, 411.— Substituer aux subsides des secours particuliers, pour les
« patriotes », amis de la France, 412. — Ne plus se mêler activement des
affaires de la Suède ; demeurer seulement témoin, 412.
XXII
LE COMTE DE MODÈNE, MINISTRE PLéNIPOTENTIAIRE, 1768-1771.
Constitution suédoise da 2 mai 1720 : Abaissement de la royauté, 414. — Partis
des Chapeaux et des Bonnets, 415. -^ Faiblesse du roi de Suède; ambition de
TABLE DES CHAPITRES. xv
U Reine, 415. — Le roi et U reine se sont éloignés des Bonnets et rapprochés
des Chapeaux, 416. — Anarchie , mauyais emploi des fonds concédés par la
France, 416. — Le Roi est résolu à un autre système de conduite envers la
Suède : relever la rojauté, 417. — Mais faiblesse des Chapeaux, leur répu-
gnance à trayailler pour le pouvoir royal, 417. — Diète annoncée pour octobre
1769 au plus tard, 418. — Le sénat» presque tout entier dévoué aux Bonnets,
s*y oppose, 418. — Cependant le Roi accorde aux Chapeaux quelque argent
pour agir sur les élections à cette diète, 419. — Mauvaise conduite, au demeu-
rant, de Ton et de Tautre parti, 420. — Quelques chefs honnêtes du parti
patriotique ou des Chapeaux sont toutefois à distinguer : le comte de Fersen,
le comte et le baron de Scheffer, le comte d'Ekeblad, le baron Hermansson, etc.,
420. — Provoquer les confidences de ces chefs, 420. — Se montrer à l'égard
des Bonnets très réservé et très circonspect, 421. — S'enquérir de ceux des
Bonnets qui sqnt sénateurs : essayer de les éclairer, 422. ~ Étudier l'état
actuel de la négociation pour un traité d'alliance entre la Suède et l'Angle-
terre, 423. — Rechercher si la csarine n'a pas formé avec Londres et Berlin
des engagements au sujet de la constitution intérieure de la Suède, 423. -^ Y
a-t-il aux traités publiés des articles secrets? 423. — Y a-t-il des liaisons entre
la Suède et la Porte? 424. — Se préparer à l'élection du grand maréchal de
la prochaine diète, 424. — Le comte de Fersen ou le baron Ulric Scheffer
seraient les plus souhaitables, 425.
Question de l'héritage du marquis de Lanmary, 426.
Cérémonial, 427. — Chiffre, 427.
XXIII
LB COMTE DB YBBGENNB9, AMBASSADEUR, 1771-1774.
Résumé de la situation politique en Suède depuis 1720, 431. -^ Peu d'initiative des
Chapeaux à la diète de NorrkOping, 432. — Leur peu de lèle pour l'accroisse-
ment de la puissance royale, 432. — Échec complet de cette diète et inutilité
des dépenses que le roi y a faites, 432. ~ Heureuses dispositions du jeune roi
Oustare III, 432. — Son récent voyage en France, 435. -^ Lui recommander la
prudence, 435. — Qu'il se délie de l'esprit ardent de sa mère, sœur du roi de
Prusse, 435. — Le roi paiera à la Suède les arrérages de subsides qui restent
dus; il enverra une somme pour contribuer aux élections de la diète pro-
chaine, 446. ~ Travailler à rapprocher les esprits, à terminer une anarchie
honteuse et qui ruine la Suède, 437.
Rechercher, en passant par Copenhague, les dispositions relativement à la Suède,
438. — Montrer l'intérêt léciproque d'une alliance avec la Suède contre la
Russie, 438. — Observer de quel crédit jouissent l'Angleterre et la Russie à
Stockholm, 439. — Conduite à tenir avec les ministres étrangers à Stockholm
UO. — Chiffre, 441.
XXIV
LE COMTE DUSSON, AMBASSADEUR, 1774-1782.
fiétabliasement de l'union intime après la part prise par la France à la révolution
de 1772 : Entretenir cette union, 444. — Surveiller les dangers extérieurs, 445.
1* Rapporti de la Suède avec la liiusie. Moyens de corruption qu'a employés la
Russie en Suède dans les derniers temps,446. — Irritation de Catherine II,
de voir avorter son œuvre de ce côté, 446. — La rupture des conférences de
XVI TABLE DES CHAPITRES.
Bukarest Ta forcée d'interrompre ses préparatifs contre la Suède; mais elle le4
reprendra, 447. — Gustave III doit rester d*autant plus en défiance que la
czarine vient de faire sa paix avec les Turcs, 447. — Se défier de ses menées
secrètes, 447.
2» Rapports de la Suide avec la Prusse. Le roi de Prusse, oncle de Gustave III,
convoite la Poméranie suédoise, 448. — Il est lié avec la Russie, 448. — Gus-
tave III doit se déffier de lui également, 448.
3* Rapports de la Suéde avec- le Danemark. Êloignement naturel entre la Suède et
le Danemark, 448. — Dépendance du Danemark à Végard de la Russie, 448.
*-> Intrigues intérieuDreB du DanemarlL, 449. — Mauvais état de Tarmée et des
finances, 448. — Impuissance acturile, 448. — La marine danoise est seule à
considérer oomme dangefeuee pour la Suède, 448.
4» Rapports de la Suède avec FAn§tétei^rè. Les engagements politiques entre la
F^wioe et la Suède et les engagements mexfcantiles entre- TAngleterre et la
Russie éloignent 1^' Angleterre de la Suède, 449. — Nombreux efforts de T An-
gleterre pour les Bomets pendant les diètes de 1765 ef 1769, 449. — L'Angle-
terre n'a pourtant pas d'intérêts directs contre la rëvolutioii de 1772, 449. —
Elle est d'ailleurs occupée de ses colonies d'Amérique, 449. — On a vu son
indifférence pour le- démerabreihent de la Pologne et pour les dangers qui
menacent Danzig et le commerce anglais dans la Baltique, 449.
5« Rapports de la Suède avec les Turcs. Alliance naturelle de la Suède et de la
Porte contre la Russie, leur commune ennemie, 449. — Incertitude sur les dis-
positions actuelles de la .Porte à l'égArd d^ la révolution de 1772 et du traité de
1741 avec la Suède, 450. — Au reste, la Porte, fatiguée de sa récente guerre,
serait inactive en ce moment, 450. — Nul appui à espérer pour la Suède en ce
moment de ce côté, 450.
60 Rapports de ta Suède avec f Empereur, BApporU iadireota seulement, 4M.— L'a-
mour de la paix et l'alliance avec la France animent d'ailleura en ce moment la
oourde Vienne, 451.— La Suède obtiendra de ce côténa. moins une exacte ntn*
tralité, ou même des efforts en laveur de la paix du Nord, 431. ^ La cour de
Vienne souhaite, vivement que le roi de Prusse n'acquière pas la Poméranie
suédoise, 451.
Le désir que peut bien avoir le roi de Prusse d'envahir le reata de la Puntéranie
serait, à vrai dire, le seul motif de redouter de sa part des projets redou-
tables pour la Suède, 452.
État intérieur de la Suède. La récente corruption a hâté le succès de la révolution
de 1772, -^53. — Les racines de cette corruption subsistent, 453. — Il reste en
Suède des ennemis cachés du roi de Suède, de sa maison, de son œuvre, 454.
— Le goût de la dépense et de la frivolité, dont le roi de Suède a donné des
marques, alimenterait ces haines, 454. — Lui recommander une sévère éco-
nomie, l'exacte administration de la justice, l'amélioration de son armée, de sa
flotte, de ses places, 455. — Désintéressement évident des conseils du roi de
France, 455. — Quels moyens a la Suède d'assurer sa tranquillité extérieure,
456. — La Poméranie ne saurait avoir des moyens de défense communs avec le
royaume, 456. -^ Le Danemark n'attaquera que de concert avec la Russie, 456.
— Le plan de Catherine II est de couper d'abord les communications entre la
Suède et la Finlande, 456. — - Mais infériorité de la flottille suédoise, 457. —
Nécessité et difficultés de l'intervention d'une flotte auxiliaire, 458. — Difficultés
d'une assistance militaire de la part de la France, 459. — Un secours français
en argent a paru préférable, 460. — Mais prévenir adroitement de nouvelles
demandes du gouvernement suédois, 461. — L'ambassadeur devra veiller au
bon emploi des sommes concédées, 462. — Cérémonial, 462. — Rapports bien-
veillants à entretenir avec les ministres d'Espagne et d'Autriche, 463.
TABLE DES CHAPITRES. xvii
XXV
LE MAHQUIS DE PONS, AMBASSADEUR, i 782-1790.
Eatrelenir ramitié réciproque entre la Suède et la France, 466; ~ une relation
oorrecte mais froide entre la Suède et la Russie, 467. — Une guerre étant im-
minente entre la Russie et les Tuixs, ceux-ci pourraient se réclamer auprès de
la Suède du traité de 1741. La Suède n'est pas en mesure de les assister :
aider le cabinet de Stockholm à décliner les conséquences de ce traité, 468. —
Dans la récente guerre avec TAngleterre, le roi de Suède n*a pas fait assez
valoir le droit des neutres. Le Roi de France a Fintention de maintenir la
liberté de navigation, 468.— Entretenir Theureuse entente actuelle entre Suède
et Danemark, 469. — Recommander au roi de Suède une sévère économie, 469.
— Cérémonial, 470. — Rapports avec les ministres étrangers, 470.
Sopplément, 20 juin 1788, 471. — Détourner le roi de Suède d*une guerre contre la
Russie, 472. — Ne doit-il pas informer particulièrement le roi de France? 478.
— Pénétrer les engagements pris par Gustave III, 474. — Il ne doit avoir
aucune crainte du côté de la Russie, 475.
NOTES ADDITIONNELLES
Lettre de Lionne à Rousseau, 11 janvier 1669, tenant lieu dlnstruction, 477.
Billet de Louis XIV à Amauld de Pomponne, 5 septembre 1671, 478.
Ad^on à rinstrnction de Conrtin, 17 septembre 1671, 480.
Constitution de TEmpire allemand, 480.
Cinq pièces relatives au baron de Gôrtz, 481 à 496.
Pnjet de convention entre la Suède et la France, 12 mai 1757, 496.
Archives du château de Breteuil, 497.
Suris traité du 14 avril 1772, 498.
bDBX.
PIN DE IJk TABLE DBS CHAPITRES.
RECUEIL DES IN8TRUCT. DIPLOMAT. U. — 6
'•h);n / i
INTRODUCTION
I
Les rois de France ont accompli, surtout pendant le xvu* siè-
cle, cette double tâche qui s'impose très légitimement à tous les
grands pays dès qu'ils sont en ferme possession de leur existence
nationale et d'une force intérieure suffisante, de tendre à l'acqui-
sition de leurs frontières naturelles et à la revendication d'une
influence extérieure absolument nécessaire. En ce double sens,
la politique de Richelieu, de Mazarin et de Louis XIY n'a été,
dans son inspiration première et pour un certain temps au moins,
ni excessive ni blâmable. Louis XIY a été, faisant lui-même si
bien son métier de roi, admirablement secondé par des ministres,
des hommes de guerre, des diplomates d'un talent extraordinaire
et d'un éclat incomparable. Les Instructions et les dépèches que
nous a léguées leur activité féconde ne témoignent pas seule-
ment de leur zèle patriotique et de leur intelligente énergie ; elles
ont encore une véritable valeur littéraire, elles portent le recon-
naissable cachet de cet esprit de discipline et à la fois de liberté
intellectuelle qui animait toute une société polie, heureuse d'é-
chapper aux guerres civiles sous la protection d'une royauté
encore respectée.
Celles des ambassadeurs de France près la cour de Suède
pendant les règnes de Louis XIY et de Louis XY offrent particu-
lièrement un fidèle tableau de notre action diplomatique. Il y a
à cela deux raisons : la première, c'est que, très glorieuse encore
XX INTRODUCTIDN.!
et par là puissante , la Suëde a été pour LcMii»Xiy par exemple, . ^^
moins encore qu'il De>rairaltvôul«i, un itisirament contre la mai--^
son d* Autriche, qui continuait d^ètre eEnversnops renneiaie faéré^*
ditaire; la sèeonde raison^ conséqilende naturelle de kpremièret
c'est que nos r<As paraissant aVoir destiné «à la cour.âuédoise
leur» meilleurs ankbassadeurs. U n'y a pas une^sètdrccourétcaa-
gère peut^tre^ pendaiït toute celte période, qui aitvreçu un si'
grand nombre d'agents français du premier mérite. U'u.Chanulir
un d' A vaux, un Feuquiëre, un Pomponne» un Courtin^ comme*
plus tUHl Un Breteuileli un Yergennes; comptent parmi :les plue
illustres dé nos hégociateurs. •
La première impression du lecteur qui parcourt Ijbs ismem--
brables registres ébnservés dans les arèhives db notre ministère
des affaires étrangères est l 'étomiement du travail immenlse que
ces hommes s^mposaifenti Un* ambassadehr de France devait
coirespondire atorë honseulelnteni avecfîle roi et le ée^élairja
d'État chargé des affaires* étrangères, mai^i avec les autres minis.-
treSf et avec tous lee agens franiçais oiicuplibt'de& postes oxté^
ribnrs de^elque importance au point de vue d'une aotion; com-
mune. D'Avaux, étant près du roi d'Angleterre, rendait compte
des affaires générales, dit Saint-Simon, aux deux ministres àe la
gtierre et des affaires étrangères : des troupes^ des muniiions,
des mouvcmcfnts et des projets de guerre, -à iiouvois ; des négocia'-
tioni» du cabinet, de la conduite du roi d'Angleterre, de l'inté-
rieur de Tlrlande, à Colbert de Groîssy. On reste confondu si Ton
calcule, rtett que d'après- les Tolumes quinous restent, ce qu'éeri*
vait en une semaine un Pomponne ou un Feuquièro. U n'y avait
de comparable que l'assiduité du Boi, cent fois attestée, à so
faire lire ou à lire lui-même les dépêches reçues du dehors et les
minutes préparées pour les principales réponses. U les voulait
précisés, substantielles et justes, a Je ne vous dirai rien de nou-
veau, écrit Pomponne à Courtin (48 novembre 1672),* quand je
vous assurerai que le Roi voit toujours vos dépêches avec beau-
coup de plaisir. C'est assez que vous connoissez pour cela la
délicatesse du goût de Sa Majesté. »
Il y a un très intéressant témoignage de ce consciencieux et
assidu labeur du Roi dans les spirituels Mémoires de l'abbé
INTRODUCTION. xxi
Amauld; f^re 4e^Fôikip(mhev QuMid ce déminer dut retourner eu
Suède comme 'ambassadeur, eu 16T1, Liomie, qui donuait du
tdmp* aussi' à ses plaisir»,' le chargea, actes ravx)ir entretenu de
oc qu'il aurait' à négocier, de dr^98er lui-même, son Instruction.
«De Lionne, rdconte Arnauld, la p<Hrta au Roi sans y rien
cbaàgeTi>6a Majesté la goûta^ eli ayant dit à M. de Lionne^ en la
hnifitit, ;qu'il'S>''étofl surpassé lui*-méme cette foiq, un discours si
surprenant -pour mie &me moims bien faite, que la sienuey et. qui
rauroît pu pîquchr de dépit ou de jalousie, n'ébraoïla point dans
son cœur la justice qu'il devoit à son ami, qui n'y :avoU travaUlé
que par ses ordres. Sans hésiter un moment : IL ne faut point,
Sire,' £1*^11; imposer à Votre Majesté; c'est M. de Pomponne
qui Fa faite. ^^ Je suis bien aise^ lui dit le Roiy que vous me
r«fe2^Tt ocNDUottre ; c'est un homme dont on pourra se servir
Aans^ Toecasion. » Lionne mourait au mois. d'août .suivant, et
Louis XI Y voulut que Pomponne lui succédât .au.mioisière des
affaires étj^angères. « Nous avons toujours cru, et avec beaucoup
d'appareaoe, dit rabb)é Arnauld^ que lalecture-de cette InstruCf-
tion et «0tte réponse au Roi fièrent le premiier londeoient de la
fortime de mon frère. » . •
L'obstacle des distances et le temps considérable qu'il fallait
aux ordres royaux et aux dépêches joainistérielles pour les fran-
chir avaient pour canséquence nécessaire alors une large part
d'initiative et de responsabilité laissée aux représentans du Roi,
et c^^est ce qui contribue à la haute valeur de leurs vastes corres*
pondances; mais on doit se représenter aussi, pour apprécier les
dévouements, de quelles difficultés matérielles (d'autant plus péni-
bles quand il s'agissait de pays lointains comme le paraissait
alors la Suède ou le Danemark) l'activité de ces agents diploma-
tiques était embarrassée. Il leur fallait d'abord transporter à
grand'peine avec eux un énorme bagage et un nombreux domes-
tique. <c Je n'ai que quarante ballots et vingtrhuit personnes, »
écrit l'un d'eux. On allait en cinq jours & Dunkerque s'embar-
quer sur un vaisseau du roi. Cependant la tempête empêche pen-
dant plusieurs jours de suite Gourtin de s'embarquer : elle brise
an sortir du port plusieurs navires ; quand elle a cessé, il doit
attendre encore, jusqu^à ce que le vent devienne favorable. Le
XXIX INTRODDCTION.
vaisseau se rendait à quelque port de Norvège, par exemple à
Ghristiansand ; mais de là il faut à d'Avaux, en février 1 69S, douze
journées pour gagner seulement Gothenbourg. « M. de Béthiine
vient d'arriver, mande-t-on de Stockholm en janvier 1698. C'est
un miracle comment il a pu passer dans une saison si avancée.
Gomme la tempête Fa contraint d'aborder dans un lieu qui n*est
pas un port fréquenté, on a voulu l'empêcher de mettre pied à
terre. Enstiitë on a défendu aux paysans de lui donner des che-
vaux, et il est demeut*é dans un fort méchant lieu jusqu'à ce que
je lui eusse envoyé un' ordre du gouverneur de la province sur
lequel il a eu ce qui lui était nécessaire pour continuer son
voyage. » Le comte de Guiscârd, en novembre i76i, subit
jusqu'à onze jours de traversée pour aller par mer de Test à
l'ouest de laBaltique, deRevelen Esthonie à Stockholm. Regnard,
l'auteur du Joueur, m«t six jours pour Melt d'EIseneur h
Stockholm, et dit qu'îl a été très vite. *^ Les trajets par la voiô
de terre, soit pour franchir la distance du port d'arrivée à la
capitale étrangère, soit qu'on ait choisi la rottte d'Allemagne,
sont singulièrement laborieux et dispendieux. De Ghristiansand
à Gothenbourg, il n'y a pas de sorte de véhicule que d'Avaux
n'ait essayée pour aller plus vite, galères et chaloupes sur les
fiords, traîneaux, carrioles, berlines... « Rien ne vous peut
représenter, écrit d'Avaux, ce que nous avons souifert trois jours
de suite. Le temps s'étant radouci, la surface de la neige s'était
fondue et couverte d*eau, qui, venant à être gelée la nuit, faisait
un verglas épais d'un pied sur les rochers rendus encore plus
glissants. Il fallait grimper sur des montagnes gelées de cette
sorte, et en descendre, quoiqu'elles fussent droites comme des
échelles ; la berline, après être montée au milieu de la montagne,
retombait avec les six chevaux qu'elle entraînait... Nous n'avons
eu pendant toute la route ni vin qu'on pût boire ni une seule
goutte de bonne eau, mais de la bière détestable, et ce pain que
les paysans de Suède cuisent une fois l'an et qui est pendu à
leur plancher ». — Courtin, parti de Paris le 24 septembre 1671 par
.la voie de Dunkerque, a pris ensuite par l'Allemagne ; il est en
Westphalie le 3 novembre seulement ; il lui faut onze heures,
le 12 de ce même mois, pour traverser l'Elbe pendant la nuit. Il
INTRODUCTION. xxiii
arrive à Stockholm après on dangereux voyage de plus de deux
moist et demi, le 12 décembre*
Mai9 qu'estfce que cela auprès de ce que subira Tambas-
sadeur. s'il doit suivre ou seulemeiit joindre des rois farouches
ou batailleurs conune Charles X Gustave ou Charles XII? En
temps de paix, Charle^ustave vit solitaire, silencieux, enfermé
avec- quelques {avons, ou. variant aans cesse, pour échapper aux
aflaii«3, des résidences dont ses propres ministres sont mal infor-
més ; si Yfii^ s'eogage h sa poursuite, c'est ;au risque de ne jamais
ratteiadr0. Ou. hi^n.il fB^tlachasse àTours, parfois corps à corps,
et volontiers il y invite. En temps de guerre, c'est dans son camp
qu'il {aut visiter le roi de Suède, et ce camp, il le transporte avec
une rapidité inouïe en Pologne,, en. Prusse, eji Poméranie, dans
le Holatein. D'Avaugour meurt de latigqe. h le suivre ; Terlon
ra£CQiEipaga0 en traîneau lors du fameux passage de l'armée sué-
doise, eu ifi^S^a^x les Belts glacés : « Je ppis dire qu'il y avoit
quelque chose d'aiïr^uK. à marcher, de .nuit sur cette mer, parce
que ln.muUHude .4ea chevaux qui étoienjt avec le roi de Suède
avpit^ eu fcaywt lo chemin, fait foudre la meige, en sorte qu'il y
avoit deui; pi/^s d'eau par-^eseus la glace, et l'on étoit toujours
dans la craiut^ de trouver la mer ouve]:t'e en quelque endroit. Il
y eut pluaieurs tratnfiaux qui périrent pour avoir trouvé la glace
trop loihte«.. » Charles XII, lui, donnait audieuce aux diplo-
mates étrangers dans la tranchée même, parmi la poussière du
combat et sous les balles. Besenval et Colbert de Croissy y furent
souvent, et ne s!eu plaignirent jamais. << Envoyer un homme à la
tranebée ou ea ambassade auprès de Charles XII, c'étoit, dit
Voltaire^ presque la mémo chose. Le roi entretenoit Croissy
des heures entières dans les endroits les plus exposés, pendant
que le canon et les bombes tuaient du monde à côté et derrière
eux, sans que le roi s'aperçût du danger ni que l'ambassadeur
voulût lui faire seulement soupçonner qu'il y avait des lieux plus
convenables pour parler d'affaires. »
Cesdiploihatee sont insuffisamment et irrégulièrement payés.
Un ambassadeur de France en Pologne est pourtant mal en
ordre s'il n'a que vingt-cinq chevaux et le domestique cor-
respondant, car beaucoup de seigneurs polonais sont suivis de
xx!V INTRODUCTION.
cinq ou six cents valetë ou ébûyers. Le lu^e àé'lù. tet^résentation
à Stockholm, pour être moins excessif, leur est ehcore une kMilrde
charge. L'ambassadeur doit avoir fout au moins, selon Rebenac.
un gentilhomme, un secrétaire, un aumônier, tmmattre d'hMel,
un officier, un cuisinier, deux valetii de chambre, — dont Vun soit
tailleur, — trois laquais, deux palefréniei*s,de huit à dix chevaux.
On ne s'étonne donc pas de lire, dans ses Lettres, qui ont été
publiées, les incessantes lamentations de Feuquiëre sur le déla-
brement de sa fortune et Tabandoli de sa famille {^eûdaiit les dix
années de son ambassade suédoise. Comme il doit suivre rarmée
du roi de Suède et s'associer à ses combats, il faut qu'il ajoute
un équipage de guerre à ses dépenses d'ambassadeur. « Trente
chevaux ne me suffisent pas, dit-il; je n^ai pas de tentes ni beau*
coup d'autres ustensiles trfes nécessaires dans titr camp: Mon train
est de plus de iquatre-vingts bouches; j'ai à faire de coQtmnelles
distributions à des Français déserteurs et autres... Voyez où cela
peut aller, avec le vîh, dont il faudrait avoir une source! Gom-
ment soutenir tant de dépenses avec 36,000 livres et de rares
gratifications? — Je paiei'ai de la grandeur de mon maître, et
c^est, à la vérité, une monnoie de bon aloi, qui a cours partout I »
Il ne s'écrie pas moins^ après plusieurs instances : « Je man-
querai d'argent! je suis résolu de me retrancher jusqu'à l'indé-
cence plutôt que de faire l'escroc bu le Jérémie ! d D'Avaux
mande de même : « Je n'^ai pas touché un sou de mes appoin-
temens depuis dix-neuf mois que j'ai quitté Paris... J'ai vendu
il y a quelque temps un peu de ma vaisselle d^argent; j'en viens
de mettre pour 4,000 livres en gage, sur quoi on m'a prêté
î,000 livres; je ne sais plus de quel côté me tourner... » Il
apprend enfin, en septembre 4694, qu'il va être payé de la pre-
mière moitié de 1693, et qu'il recevra en décembre la seconde
moitié, et le voilà qui se répand en actions de grâces au ministre :
« Sans vos sollicitations et l'honneur de votre protection, j'aurois
eu bien de la peine à tirer cet argent, et je ne sais comment j'au-
rois pu fournir aux frais de cette ambassade. »
Ce n'en est pas moins par ces agents mal payés que passent
les innombrables gratifications que Louis XIY distribue. Le roi
de France paie non seulement les ministres étrangers, mais leurs
ÏNTHQRUCTJON. xxv
f6iiiia63,.fiqn,9êaie|Df^tlfshQi)ip^.ç8 4'État, les princes ecclésias-
Ui^a9i Jes.CQii3eiUei^,.iiuiU le^pripcçs, les rois et les reines. Une
tj^aitteumii^ Cihwr}^8 )y[ d'^ftglçteprçy j5 janvier 1674, iponte à elle
seole i S mllÎQns.de Jiiyr^ai^ £ncore ^u milieu du xviii" siècle, le
roi et)A.r.eiDe de Suède,, Adolp^e-f'irédénc et sa femme, Louise-
(Jlriqiiey so^OT du gi:aû4,Fi[é^riç,.oJjtiei^dront du roi de France
IflOOtOQO livi^afM^w p^ye^ Uurs d^ttes personnelles : leur Iç^tre
de rem^rcieinçint^ psjb du^ 3 ayril ,1.767,. ]LiOuis XIY eut presque
cMutaorniei^t,^ 9^'()i#pps^ipq,, jiiar de tels moyens,. les petits
prince», allfroyids» . les ^lect^eurs ecclésiastiques oi^ séculiers,
j oompp3 rj^lect^ur de Braadebqurg, le plus cher ji tous égards,
el la cour dç. Suàije ^ntre toutes. Quelquejs grandes puissances
ataîent ...tenté dç iaire dp mênie, et Iqs pçtits gouyerne-
meD|$ Qp ét<M€^. \euu4. ^. coi;npter au nombre de leurs res-
sQiifcaa régulières çp qu'il? appselaient les « subsides » ; il allait
desoique W^|tQée3 d^yc^ie^t être; au,,s^};\ic^ de qui les avait le
mieuz.p^iées«. A$i9st&4'pn,Gol))ert,, Louis Xry ne redoutait en
ee gftnre auAunQ,iQ0Oçui;rei)ice sérieuse ou durable; ses bonnes
finîmes, luÂ.as3ur^îep,t pour ce)a aussi d'a|)ondantes ressources.
C'éliûl, h f^A. pu^tres des. affaires étrangères et à ses ambas-
sadeurs qu'il laissait le soin de conseiller et de diriger tout ce
négoce ;ilj8 a€^ît^ientl0S j^uhsides, ils répartissaient les gr&ces ;
mais.ils reCusfiiept pour eux-mèn^es }e^ présents des souverains
étrjaogQFs. P^à> pendaut les négooiatiQns de Westphalie, la vé-
nalité des envoyés de Tempereur et 4e la Suède avait fait con-
traste avec le caractère de d'Avaux, 4^.9^i*vien et du duc de Lon-
gueville. Le chancelier Séguier disait; de Pierre Chanut qu'il
n'avait jamais connu d'homme ay^nt eu plus de moyens et d'oc-
caskms de s'enrichir, et d'établir sa maison et les ayant méprisés
plus glorieusement, ne prétendant pas d'autre récompense que
celle d'avoir bien servi '. Feuquière, en mai 1674, tout gêné qu'il
est avec sa nombreuse famille, n'accepte pas une assignation de
80,000 écus dont le roi de Suède veut obstinément lui faire
cadeau. Golbert de Croissy, en mai 1715, refuse un di^^mant que
lui ofiîre le roi de Prusse *.
i. Linage de Vauoîennes, Mémoires,., tirés des dépêches de M, Chanui. Préface.
2. n n'y * p** de pratique sans exception. L'abbé de Oravel, envoyé de France
A
XXVI INTRODUCTION.
Ces diplomates, quoi qu'il leur en oo&te, représentent le roi
au dehors avec fierté et magnificence. Très exacts à ne rien aban-
donner^ dans le cérémonial, de ce qui lui est dû, ils prétendeiit
montrer autour d'eux à l'étranger quelque image de la cour de
Versailles. Cette prptection des lettres, des sciences et des arts
que )e roi de France exerce au dedans et au loin, ill veulent y*
concourir, et ils font de cela une partie de leur office. Si les pay»
du Nord ne laissent point place à un Nointel, qui, comme Ghoi^
seul-Gouffîer plus tard, fit un si noble butin en Grèce et enrichit
notre musée du Louvre, du moins un Ghanut seconde la reine
Ghristine à former ses riches collections ; il relit avec elle Épie-
tète, Tacite et Virgile ; avec elle; il discute, en bel esprit peut-èlre,
mais aussi en hoxmête homme, les questions de philosophie et
de morale; il assiste Descartes mourant. Un Pomponne dispute
les restes du gi^and philosophe français au^c nombreux disciples
du Nord qui ont embrassé sa doctrine ^ Tous deux^ Pomponne et
en Allemagne, et frère du diplomate de ce nom bien conpu, est moins scrupule^uz
et plus avisé pour ëviter les eiÀbarras. 11 ]!)ropose rtettemenf à Louvoîs, "en ôctotre
1673, qu'une petite contribution de gueixe^. À son proât persoimel,! soit kwie si» 1d
pays voisin de sa résidence : cela lui sera un petit avantage, dit-il, sans qu'il en
coûte rien. [Correspondance adminisirative de Louis XIV, publiée par Depping, iv,
741.) . •. . .
1. Registre Suède n<» 19 aux archives des affaires étrangères, Pomponi\o à Col- .
bert, 8 mai 1666. — Il est regrettable que nous n* ayons pas encore un recueil com-
plet des Lettres de Ckanut; le départemciit des manuBcrilâ de la Bibliothèque riatio-
nale, à Paris, offrirait, pour une telle publication,, de très riches éléments. Pn peut
lire, en particulier, dans le Fonds Harlay, p. 244, 2, 317, une curieuse lettre à Des-
cartes sur l'amitié et Tarnoor (11 mai 4647} à propos d'une épStre adressée par' Te
philosophe sur ces mêmes sujets à la reine Ch^ifitine. Chanut' rapporte ses conver-
sations avec la reine. Elle a voulu se récuser sur Tamour, « pour ce, disoit-elle,
que, n'ayant pas ressenti cette passion, elle ne pouvoit pas bien juger d*une peinturé
dont elle ne connoissoit point Toriginal. » Mais elle pouvait au moins, réplique
Chanut, parler de Tamour intellectuel , <f qui regarde un bien pur et séparé des
choses sensibles, » etc. — Chanut se plaisait fort, ce semble, à ces cfttrctiens avec
Christine : « Il me semble, écrit-il à Brienne, le 12 octobre 1648, que la reine de
Suède prend, dans la conduite do son intérieur, le chemin d'une haute vertu. Depuis
ces trois semaines dernières que j'ai l'honneur d'être auprès d'elle plus de huit
heures par jour, je vois plus de force et de lumière dans son esprit que je n'en sau-
rois comprendi'C. Elle mêle si bien l'étude de la sagesse et l'innocence de la vie avec
la prudence et la dignité du commandement qu'on no la peut voir sans admiration.
Tout ce voyage s'est passé dans la lecture de l'Épiclète, du Tacite et du Virgile,
dont elle explique les pensées en notre langue avec une incroyable facilité. Si Dieu
me fait la grâce de me donner quelque inclination aux choses bonnes, il est impos-
sible qu'elle n'augmente auprès d'un si grand exemple, et quand il plaira à Votre
Émincnce de me tirer de cet emploi pour la servir en une autre condition, elle me
INTRODUCTION. xxvii
CiMUiiit, recherchent pour Mazarin et Golbert les livres rares, les
gravures, les médailles et les manuscrits.
L'idée suprême qu41s se sont faite du pays et du roi qu'ils
servent leur est une force ; ils s*en expriment en mainte occasion
avec une franchise de langage qui traduit leur fier sentiment.
Amauld de Pomponne écrit à Lionne, le 20 juin 1668 : « La
Suède aifecte depuis trop d'années un ressentiment mal fondé de
quelque mépris qu'elle n'a point en effet reçu, et elle veut trop se
faire honneur d'une égalité en toutes choses en négligeant la
France comme elle se plaint à tort d'en avoir été négligée. Ce
D'est pas que tous rois ne soient rois ; mais, pour me servir des
termes dont on dit que M. de Chamacé usa autrefois en parlant
à Gustave-Adolphe sur le même sujet, quoique tous velours
soient velours, il y en a de moins forts et il y en a à trois poils ! »
Ils affirment couramment, ces diplomates français, que le roi de
France est le premier des rois, et la couronne de France la pre-
mière des couronnes, et ils n'en souffrent pas le démenti.
Avec cela, ils ont l'entière conscience de leur dévouement et
de leur méritée Le succès d'une négociation dont le Roi exprimera
son contentement leur sert de récompense, et ils savent se féli-
citer entre eux avec une fine et sincère appréciation du talent vé-
ritable. Des ministres tels que Lionne, Arnauld de Pomponne,
Loménie de Brienne, traduisent l'approbation royale à des agents
tels que Chanut, Terlon, Courtin, en des termes exquis, avec un
accent très personnel. Loménie de Brienne écrit à Chanut, qui
lui demande une direction et des conseils, 29 septembre 1650 :
« Monsieur, je vois bien que vous aurez Tapprobation de tout le
inonde avant que de la pouvoir obtenir de vous-même; c'est une
qualité ordinaire aux honnêtes gens que la défiance de leurs pro-
troaTera pins ferme dans le bien et plus capable d*étrc, Monseigneur, de Votro
Ëmioence, etc.. » (Suède, registre 14.)— Il écrit le 3 septembre 1650 : « La reine
de Suède a eu la curiosité d'appeler ici M. de Saumaisc, que ses admirateurs appel-
lent un homme dirin, qui n'ignore rien de ce qui a été su dans tous les siècles pas-
sés. Je les croiroîs en une matière qui n'est pas de mon ressort, et j'irois à Tadora-
tiun comme les autres, s'il n'étoit calviniste si aheurté, car je ne puis croire qu'un
homme soit fort éclairé au reste quand il est aveugle en ce qu'il dcvroit le mieux
connoltre. m ibid. — Nous n'en finirions pas avec ces citations, qui auraient leur
prix, non pas seulement pour l'histoire littéraire, mais pour une juste idée do ce
qu'était alors la diplomatie française.
xxviii INTRODUCTION.
près forces; mais si Texpérienoe, < les bons suecès, Tapplavulis*
sèment de ceux qui en savent jnger^ peuvent donner assurance
à un homme qui manie de grandes affaires, tous la devez avoir
tout entière. Vous voulez pourtant de moi quelque information
sur le sujet du traité qui va se faire^ et moi je proteste que, si
j'avois à y être employé, je tàcherois d'obtenir de vous ce que
vous me demandez. » — Lionne écrit* à Terlon e(l à 'Pomponne,
qui sont ensemble dans le Nord (21! juin 1666) : « Vous ne vous
contentez pas de faire de delà^ des merveilles ; vous.. en laites
encore dans le compte que vous en reqdez, qui Jie peut. être, ai
plus net ni mieux couché par écrit. » — Citons encore cetinconi*
parable billet de Lionne à Pomponne^ 28 janvier 1667 : k Je vous
vois, ce me semble, si proche de pouvoir donnerla dernièire main
à votre traité que j'ai cru devoir me réjouir avec vous^ "par avance ,
de la gloire que l'habile négociation et l-heureuse conclusion d'un
aussi important ouvrage va vous donner dans Thistoire 4e notre
siècle, et qui passera, jç m'assure^ encore ^ lapdstéi7ité-la«plus
reculée, si les effets qui s'ensuivront, de votre travail peuvent
répondre à nos belles espérances. Il me seroit itialaisé.devous
exprimer la joie que j'en ai, car elle va jusqu'à quelque* espèce
de sensualité. Je nç croyois pas, monsieur, vous aimer la moitié
tant que je fais; permettez, s'il vous pintt, oc terme à ma ten-
dresse. M. Le Tellier ne se peut lasser de louer votre suffisance,
et cela se passe en très, bon lieu, ce qui mérite bien que M^* de
Pomponne lui en fasse uu remerciment de votre part sur «e que
je vous en eÀ témoigné. Pour moi, afin qu'elle ne se donne pas
cette peine inutile, je ne &i8 que crier, parlant de vous au même
lieu : c< Haie malhabile homme I Ha le butor! Ha l'écrivain de
balle ! » -^ La plaisanterie franche ne dissimule ici qu'à peine la
gravité affectueuse et l'obligeant office.
Chacun de ces hommes d'élite occupait une grande place
dans l'estime des contemporains, soit par la gravité du carac-
tère, soit par les dons de l'intelligence, la vivacité de l'esprit, la
finesse du goût. Ils ont presque tous mérité d'avoir en Saint-Simon
un témoin respectueux. Pour Saint-Simon, Claude de Mesmos
est « le célèbre d'Avaux, le grand d'Avaux, dont la parole valait
un serment ». L'incomparable historien moraliste, en rendant
INTRODUCTION. xxix
honiBMB» «B droit' «ODS, à la modéiation austère, aux signalés
serviceS'de cet honnéie homme, le Teage des duretés de Servien
et de rinjnsiice de sou temps. D' Aveux avait négocié pour le roi
de France, toujours avec la même habileté et le même succès,
à Rome, à Yeniae, à Mantouei à Turin, àFlorenoe, auprès de la
piop»! dee prinoee d'Allemagne, en Pologne et en Danemaric
ansBÎ bien ^'â Mûnsler' et Osnabrâck et en Suède* — Saint-Si-
mon* vani» aTuasi les talents de Jean-Anteine, comte d'Avaux,
petit-neveu de Claude, qui fini également à quelqoesHines de ces
amberssadee, négocia la paix de Nimègue et pr^ara la paix de
Ryswidc.
Comme lea d^Avanx avaient élsé délia famille de Mesmes, cé-
lèbre don» I» inagistratnrefvançaise, Pomponne appartenait, lui,
àtette famille des Araaidd qui répaadit sur Port^Aoyal et reçut
de liî, an-oèmmesoement du siècle, une ai vive lumière. L'amour
de la juMû» était le* même* patmi eux, qu'ils adoptassent la vie
rdigieuse^ oh bien qu'ils «ervissent fo pays dans les grandes
affairesj' Saint -Siuften Kend à^ l'ambassadeur, fils du célèbre
ÂTBauMd^AndiUy, et neveu du grand Amauldy devenu en i671
le sueeeeseuP'de lioBne au ministère des affaires étrangères, ce
beau témoignage qu^il exc<dlait par un sens jvsté, exquis, par
une modestie et' ime simpKcité Admirables, par la piété la plus
éclairée «t la plus solide, a Ses yeux, dit^il, montraient de la
doueeêr et de l'esprit; lente sa physionomie^ de la sagesse et de
la candeur; vai art, une dextérité, un talent singulier à prendre
ses avantagea en traitant, une finesse, une souplesse sans ruse
qui savoit parvenir à ses fins sans irriter, une patience qui char-
moit dans les affaires, et avec cela une fermeté et, quand il le
!alioit,une hauteur à soutenir l'intérêt de l'État et la grandeur de
la couronne que rien ne pouvoit entamer. »
Saint-Simon en parle à distance, avec ce respect ; mais M*** de
Séyigné en parle de tout près, avec son cœur. On sait quel charme
familier et fidèle tous deux goûtaient dans une amitié qui avait
préeédé de vingt ans la faveur royale et Tapplaudissement public
enfin décernés à Pomponne. C'est à lui qu'étaient adressées les
1. IV, 26S. ÉdiUoa Hachette iii-18.
XXX INTRODUCTION.
célèbres lettres sur le procès de Fouquet, à cause de sympathies
communes. Avec cet ami, dans un intérieur sévère et simple où
respiraient la sécurité morale et la confiance récipi^oque, M""** de
Sévigné conversait à perte de vue, de sa fille d'abord, dont il
parlait tendrement, et puis de la Providence, doctrine qu'à son
avis il entendait fort bien, et de Tamour de Dieu, et de la gloire,
et des travers humains, et de la cour et de la ville, et des «c des-
sous de cartes * ». Quel chagrin lors de sa disgrâce, en novem-
bre 1679! « Quel changement! quel retranchement! quelle éco-
nomie dans cette maison I Huit enfans ! n'avoir pas eu le temps
d'obtenir la moindre gr&ce I » Mais il « n'étoit pas de ces minis-
tres sur qui une disgrâce tombe à propos pour leur apprendre
l'humanité; la fortune n'avoit fait qu'employer les vertus qu'il
avoitpour le bonheur des autres ». Ces vertus allaient de nouveau
servir, wcruâs encore, à l'honneur de sa vie privée, jusqu'à ce
que le roi lui rendit de nouveau justice, et lui donnât l'occasion
de former aux afi'aires son gendre Torcy.
Chanut, avant Pomponne, s'était ftdi admirer par sa science
en même temps que par son habileté aux afiaîres. U excellait dans
la philosophie, la jurisprudence et les mathématiques. Il parlait
latin, grec, hébreu, dit l'éditeur de ses Mémoires, comme sa
langue naturelle, et de sa langue naturelle il connaissait toutes
les ressources et toutes les beautés. Au retour de voyages qu'il
fit tout jeune pour s'instruire, il réfléchit sur le véritable prix de
la vie et sur le mauvais usage qu'il en voyait faire autour de lui.
U résolut de régler sa conduite sur les plus sévères principes de .
la philosophie chrétienne, et l'on a retrouvé parmi ses papiers,
après sa mort, le texte latin du contrat passé avec lui-même le
22 février 1631 : « De vitas ratione imtitui ut quoscunque mihi
1. <f 24 juillet 1675. — ... Nous parUmes lundi au soir. M. de Pompone, en vëritë,
fut aise de nous yoir... Vous avez été célébrée, dans ce peu de temps, avec ramitic
et tonte Testime imaginables. Je trouyai que la joie faisoit parler parisien, c'est un
effet que tous n'avez peut-être jamais remarqué ; nous avons fort causé. Une de nos
folies a été de souhaiter de découvrir tous les dessous de cartes de toutes les choses
que nous croyons voir et que nous ne voyons point, tout ce qui se passe dans les
familles, oii nous trouverions de la haine, de la jalousie, de la rage, du mépris, au
liexi de toutes les belles choses qu'on met au-dessus du panier, et qui passent pour
des vérités. Je souhaitai un cabinet tout tapissé de dessous de cartes au lieu de
tableaux; cette folie nous mena bien loin et nous divertit fort. »
INTRODUCTION.
XXXI
Oeus imdulgerei atmos sciem prudensque viverem... » Il s'était
d^nîlleiu^ «profondément instruit des institutions et des mœurs
cfaéâ les peuples étrangers. Il parlait l'italien, Tespagnol, Fan-
glaÎB, 1b soédois. Nous avons dit ses soins littéraires à la cour de
Christine: '
Auprès de cMb reine fantasque, il fut toujours le très bien
Teiàu^ mèoie après Tabdication de 1654. C'est ce qui lui donna
oeeaaion de* recevoir d'elle deux lettres bien curieuses, encore
înéditee* Je ies ai déchiffrées, non sans peine, écrites et rédigées
qu -elles sont avec un égal emportement, dans les registres de
Suède aux archives du ministère des affaires étrangères.
Le S3 novembre i6â7 , Mazarin écrivait à Terlon, notre ambas-
sadeur en Suède, ce qui suit : « Je suis obligé- de vous dire avec
grand dépkîair que, par quelque mauvais conseil, la reine de
âaMb« fait tuer le marquis Monaldeschi, personne de condition,
qû étoit son grand écuyer, et que les circonstances de cette
action la font regarder avec horreur dans un pays où l'on n'est
pas ir&p accoutumé de voir de semblables tragédies... » Immé-
diateofeent a|^ès le meurtre, Mazarin avait dépêché à Christine
Chanut, qui, de retour en France^ était resté en relation avec la
reine. On faisait dire à celle-ci, de la part de Louis XIY, qu'elle
agirait sagement si elle s'abstenait de paraître dans Paris, où elle
seraût mal accueillie du peuple. Yoiei ce qu'elle répondit par
Chanut au cardinal :
« Mon cousin ,
« Monsieur Chanut, qui est un des meilleurs amis que je
pense avoir, vous dira que tout ce qui me vient de votre part est
reçu de moi avec estime ; et, s'il a mal réussi dans les terreurs
paniques qu'il a voulu susciter dans mon âme, ce n'est pas faute
de les avoir représentées aussi effroyables que son éloquence est
capable de les figurer. Mais, à dire vrai, nous autres gens du Nord
sonunes un peu farouches et naturellement peu craintifs. Vous
excuserez donc si la commission n'a pas eu tout le succès que
vous auriez désiré; et je vous prie de croire que je suis capable
de tout faire pour vous plaire, hormis de craindre. Vous savez
que tout homme qui a passé trente ans ne craint guère les sor-
xxxii INTRODUCTION.
nettes. Et moi, je trouve beaucoup moins de diRiéulté à étrangler
les gens qu'à les craindre. Pour Taction que j'ai faite avec Monâl-
deschy, je vous dis que, si je ne Tavois faite, que {sk) je ne me
coucherois pas ce soir sans la faire ; et je n'ai dulte raison de'
m'en repentir*... Voilà mes sentimens sur ce sujfet : fe'îls vous
plaisent, je serai aise ; si non, je ne laisserai pa6 de les avoir et
serai toute ma vie votre affectionnée amie
« Christine. »
Et à Ghanut lui-même, elle écrivait le même jour r
« Je vous envoie la lettre que j'ai écrite à M. le cardinal. Je
n'ai rien à y ajouter, sinon de vous prier de l'assurer de ma part
que je suis capable de tout faire pour lui et pour le roi son mattre,
hormis de craindre et de me repentir. Je ne connois personne
assez grand ni assez puii^sant pour me faire démentir mes' senti-
mens ni pour m'obliger à désavouer mes actions. Je ne vous dis
pas ceci comme un secret que je vous confie comme à xm ttmi ;
mais je vous le dis comme un sentiment que je sui'S prête à'
déclarer à toute la terre, et qu'on ne pourra m'empêcher de
l'avoir ni le déclarer qu'en m^empèchant de vivre. »
Leibniz a beau démontrer à sa manière ' que la reine Chris-
tine était dans son droit : jure suo non abusa est; la férocité de
ces lignes, avec ce qui se laisse deviner de l'action' qu'elles
soutiennent, dément une fausse fierté, et nous gâte en même
temps la femme, la précieuse et la reine, sans parier de la nou-
velle convertie.
Si nous revenons, après cette parenthèse, à nos négociateurs,
il faut placer au second rang, après les hommes de principal
mérite que nous avons nonmiés, le marquis de Feuquière, Isaac
du Pas, parent des Àrnauld par sa mère, ami familier de M""*" de
Pomponne, descendant d'une rade jugée fort bonne par Henri lY
1. Ici quelques mots peu liiibles : « mais que c'est plus de orci qu'il doit, être
ravi (?) » Les lettres de Christine sont d'une grande écriture hâtive souvent difficile
à lire. Celle-ci| je le répète, écrite avec furie, de haut en bas, avec des taches d'encre,
est quelquefois absolument indéchiffrable : l'effet do cet horrible billet n*en est que
plus saisissant. — - Los curieux pourront le retrouver au registre Suède^ supplé*
mentt 22, page 142.
2. Voyez l'édition des Œuvres de Leibniz par Dutens, t. iv, p. 348.
INTftûDUGTION. xxxiii
à*laj»ataîlle d'Ivry, et qui remonlait aux croisades. Fils de
Manaa^s de FeuquièFe, i'habile ambassadeur et homme de
guecre que le ptee Joseph protégeait, père d'Antoine de Feu-
quière, auteur de lUémo^es bieu coonuB, duquel M"* de Sévigné
disait : « Il a un.coin d'Anftiitd dans la tète qui le fait mieu!^
écrire que les autres », Isaao déploya pendant dix années d*am^
bassade en Suède une énergie et un entrain extraordinaires,
sans cesse la plume ou Tépée à la main, accompagnant dans ses
campagnes un roi belliqueux, apprenant coup sur coup la mort
de ses deux fils et la blessure d'un troisième sur les champs de
bataille : f< J)ieu aoit loué de tout I ditril ; mais toujours ie roi
voit-il bi,en que nous n'épargoçns rien pour son service ! » il fau-
drait rappeler encore le spirituel Courtine et ce marquis de Bé^
thune, si séduii^uat que te roi de, Suède interdisait k ses minis-
tres d'aller dtner chez lui, et que les Hongrois pensèrent lui
donner leur Qouronoe.^-T Pour combien ne doit-^n pas compter ia
part que, prirent de tela diplomates au prestige et à Tautorité du
QOQif^uçai/9 pendant le xvjii* stèele?
II
Silergouvemement deLaais XIV réserve pour l'ambassade
de Suède les meilleum peufriètre de ses agents diplomatiques,
cest, nouSs le diBÎon», que les relations politiques de la France
avec cette couronne offrent alors une importance capitale. Uai*
liance aaédoise n'est rien moins, entre les mains de Louis XIY ,
qu'un principal moyen pour la direction générale de FËurope.
La France a terminé, de concert avec la Suède, la grande
œuvre de la paix de Westpbalie. La.paix de 1648 vient de fixer
la condition religieuse, civile^ politique de la société européenne
pour toute la période qui s'étend jusqu'à la révolution française.
En ouvrant à la France une brillante carrière de progrès, elle Ta
récompensée de ses longs efforts conformes à d'autres intérêts
aussi que les siens propres. En faisant de la Suède une puis-
sance vraiment européenne et continentale, elle l'a payée de sa
victorieuse action sous un glorieux règne dans le même sens.
IICUEU. DES INSTRUCT. DIPLOMAT. II. — C
J
XXXIV INTRODUCTION.
Elle a sauvegardé rAllemagneetrEuropecontre une souveraineté
ambitieuse et redoutable. Elle a constitué Tempire en face de
Teropereur. Elle a fait faire un pas notable aux idées de tolérance
religieuse et d'indépendance nationale. Mais, pour que les
résultats en soient confirmés et assurés, le vaste travail dont les
traités de Munster et d'Osnabrûck ont été une première fois le
prix et la sanction doit se poursuivre ; la lutte n'est pas terminée,
puisque la maison d'Autriche est encore debout et menaçante, et
qu'elle prétend, par exemple, ne pas rompre avec l'Espagne ; il
faut la contenir ou bien la subjuguer, soit par les négociations,
soit au besoin et de nouveau par les armes.
Dans Tœuvre entreprise de concert avec la Suède, la part de
la France a été certainement et doit rester la première. Aux
ambitions passionnées et complexes, aux sourdes et confuses
a^gitations, aux mouvements énergiques et vastes, expressions de
sentiments et comme d'instincts inconscients qui composaient la
vie du moyen âge, ont succédé d'abord les guerres religieuses
du xvi"* siècle : elles en étaient la suite naturelle et comme la
synthèse ardente. Puis sous l'enveloppe religieuse l'esprit poli-
tique a grandi ; la guerre de Trente ans a mis aux prises avec les
passions survivantes l'idée moderne, qui, au nom de la logique ,
^au nom de la raison générale, au nom même d'une religion
devenue plus intérieure et mieux réfléchie, tendait à séparer les
éléments dissemblables. Les souverains allemands ou espagnols
de la maison d'Autriche paieront de leur défaite l'obstination k
demeurer dans une confusion d'autant plus dangeseuse qu'elle
est désormais aperçue et dénoncée. La Suède elle-même, avec
son Gustave-Adolphe, bien qu'elle fût alors un des organes ou
tout au moins un des auxiliaires du mouvement moderne, ne
s'est guère écartée du terrain confessionnel. La France, au
contraire, avec Henri lY, Richelieu, Mazarin, a distingué très
nettement et de bonne heure l'imminence d'un partage néces-
saire; elle a compris que les intérêts politiques et les intérêts
religieux doivent se concilier et non pas se confondre, puisqu'ils
réclament les uns et les autres un respect particulier et absolu ;
et finalement une si vive intelligence des choses lui a montré
comme salutaire et logique ce système de l'équilibre européen
INTRODUCTION. xxxv
daquel plus tarH (Certains politiques ont pu médire, maïs quHlà
n'ont pas récusé sans amener de gtanids malheurs sur la patrie.'
Un des négociateurs français adjoints à Servien et d'Âvaux
pour la p^ix de Wiéstphalie, Henri Groulart, seigneur dé Là
Court, dont M. Ghéruel a fait connaître par fragments Tintéres-
santé correspondance', a noblement exprimé dans une lettre
confidentielle à scm ami, Nicolas Bret^ de Gréiiionville, frère dû
célèbre diplomate de ce nom, quelle grande situation était faite
à la France à Miinster et Osnabrtick t « Je vous avoue, écrit-il
en 164T, que M. d'Avaux a pris le plus beau poste du monde,
ayant ici Tempereur et tous les princes d* Allemagne soumis et
demandant à la France justice comme à leur souverain. Les
protestans avouent qu'ils étoient perdus sans son secours, et lès
catholiques, que la religion étoit perdue dans ï* Allemagne si elle
avoît voulu continuer la guerre encore six mois"^, parce que, lé
duc de Bavière ruiné, le parti éatbolique é'toît sans ressource.' Je
vous ai mandé que nous donnions des audieûcés depuis huit
heures du matin jus4u'à neuf heures ' dû ' soii^, dans lesqûellies
nous voyions les estats Hè réiripire' avec numîlî té rendre la
France arbitre de toti^ leurs' dîfférèids; Cela se fait si atlsblument
que nous ti*avons qu'à régler les c'ôiiditîotis. » Ce triomphe de là
politique française était là récompensé d'une viiê générale très
juste, d\ine appréciation équitable de ses propres droits et dé
ceux des autres puissances de l'Europe.
Que la France dilit toutefois, pour achever Vœuvre, retenir la
Suède dans son alliance contre la maison d'Autriche et ses
futurs alliés, il suffit d'un coup d'œil sur là carte de l'Europe au
xvu* siècle pour s'en convaincre.
En premier lieu, cette alliance devait nous servir à enve-
lopper la Baltique, où se croisaient tant d'influences diverses,
politiques ou! commerciales. La Suède pouvait y devenir souve-
raine. Elle en occupait les rives orientales, puisqu'elle possédait
la Finlande depuis le xu' siècle. Elle avait acquis, dès 1561,
Revel et l*Eslhonie, c'est-à-dire l'entrée du golfe de Finlande.
Elle avait obtenu, en 1617, par la paix de Stolbova, l'Ingrie,
1 . Bévue des sociétés savantes, 2« série, tome iv.
J
xxxTi INTRODUCTION^.
c^estrà-dire le territoire dont Pierre le Grand se fera le maître et
où il fondera Pétersbourg en 1703. Douze ans après, elle avait
eu, par la trêve de Stumsdorf, une partie de la Livonie, au sud
de ce même territoire. L'Ile d'Œsel, à l'entrée du vaste golfe de
Riga, lui appartenait, ainsi que la belle et grande lie de Gottland,
ao milieu de la Baltique méridionale. La paix de Bromsebro,
conclue le 13 août 1645 par les soins du roi de France, lui avait
valu quelques acquisitions du côté de la Norvège, possession du
Danemark ; mais cette dernière puissance avait encore les trois
provinces situées au sud de la péninsule Scandinave, Seanie,
Bleking et Halland, de sorte que le détroit du Sund était entière-
ment danois. D'ailleurs, la paix de Westphalie venait de donner
à la Suède Tarchevèché de Brème sécularisé et converti en
duché, l'évèché de Yerden avec le titre de principauté, et la
ville de Wismar, dans le Mecklembourg. Surtout Tarticle 10 du
traité signé le 34 octobre 1648 à Osnabruck cédait à la couronne
suédoise la Poméranie occidentale, en deçà de l'Oder ; Sti^sund
en était le chef-lieu : c'est le même territoire que la Suède retint
après ses désastres dû temps de Charles XII et jusqu'en 1814«
On y comprenait Stettin, capitale de tout le duché, le Bas4)der
et ses diverses embouchures. La Suède conservait ainsi une
partie considérable d'une province par elle occupée pendant la
guerre de Trente ans et qu'elle avait toujours prétendu garder.
Elle était donc maîtresse d'une grande partie des côtes de la
Baltique. Alliée au Danemark, elle pouvait fermer le détroit du
Sund aux puissances maritimes, l'Angleterre et la Hollande; Or
combien de rivalités ardentes, combien d'occasions de lointains
succès et de vastes profits n'y avait-il pas à surveiller sur ce
champ maritime où la France *était presque aussi intéressée que
la Suède? Il fallait, en vue de la sécurité suédoise, mais dans
l'attente aussi d'alliances et de combinaisons commerciales qui
pouvaient, selon les circonstances, favoriser ou gêner no8
constants efforts de ce côté, observer la république polonaise : si
elle acquérait un port, elle pouvait s'entendre avec les villes de
la Hanse et avec l'Espagne pour prendre sa'part du commerce des
Flandres. Les Moscovites n'étaient pas encore redoutés ; cepen-i
iiant, les royaumes du Nord commençaient à voir en eux des
INTRODUCTION. xxxvii
Toiftins suspecte et gênants, et ils occupaient d^importantes routes
de commerce. S'il arrivait^ comme on le croyait assez probable,
qu'avec Taide des Cosaques la Polo^e les attaquât, on n'était
pas éloigné, à Stockholm, de songer à faire cause commune avec
estto dernière puissance, afin d'acquérir entre la Finlande, pos^
session suédoise, et TÉtat moscovite une bande de terre jusqu'au
golfe d'Arkhangel. Par une suite de canaux réunissant les nom-*
breux lacs, on ouvrirait de là une route aux marchandises de la
Russie septentrionale vers le port suédois de la Baltique, Revel,
et Ton devancerait ainsi dans la voie commerciale les Hollandais,
qui ne communiquaient avec Ârkhangel que par, une longue
navîgaticm au nord du continent européen.
Le complot suivant, tramé en i638, s'il faut en croire les
Mémoires rédigés et publiés par Linage de Yauciennes d'après
les dépâches de Chanut, montre sous on jour saisissant de quelles
ambitions et de quelles luttes commerciales la Baltique pouvait
ëlrealors le théâtre* Ces Mémoires assurent que l'Espagne et le
Danemark, de concert avec le duc de Holstein^ avaient résolu
d'en finir avec le tiommerce rival de la Hollande. Ils se propo**
saieAt de mettre la main sur la Suède, et d'exclure entièrement du
Koord les vaisseaux hollandais. Pour accaparer le trafic du Levant,
ilfi avaient imaginé de détourner le commerce des soieries avec
la Perse en ouvrant à ce négoce un chemin plus rapide et plus
sûr à travers les États du grand^duc de Moscovie, limitrophes de
la monarchie persane. On se serait servi, pour amener les mar-»
chandiaes, des diverses rivières qui affluent à la Baltique; on
aurait ensuite, par un canal creusé à travers le duché de Holstein,
évité le détroit du Sund, qui oblige à un aseez long circuit : c'est
précisément l'entreprise que l'empire d'Allemagne poursuit de
nos jours. Déjà, paraît-il, on se mettait à l'œuvre pour cette
communication nouvelle entre l'Océan et la Baltique; une ambas*
sade était reçue amicalement en Perse, et les ambassadeurs, au
retour, achetaient du grand-duc de Moscovie pour une grosse
somme annuelle le transit par ses États. Il ne restait plus à
obtenir que le passage à travers la Livonie, que détenaient les
Suédois... Une victoire de l'amiral Tromp sur la flotte espagnole,
envoyée au roi de Danemark prêt à envahir la Suède, avait suffi
iKViii INTRODUCTION.
pour renveteer ces grands desseSkis, qui supposent tout au moins
mïe ardeur très remarquable ^
Les desseins de Golbert^ ^lus sèrenÉient fondés s n'étaient
guère moins étendus. A peifue arrivé au pouYoir, il caleulait
avec un patriotique ressentiment rinfériorité commerciale de la
Franeev surtout daas le Nord , quinze ou seize mille bàtinieos
(sur les vingt mille chargés du commerce du monde) apparteiiAntt
à'iéi république hollandaise et cinq qn six cents à la France, la
ieompagnie néeriandaise des Indes orientales donnant à ses
actionnaires un intérêt de 40 pour 100, alors que les oompagnies
«françaises, fondées et soutenues à forœ de subventions, ne rap-
portasent pas plus de 4 pour 100. Sa guerre de tarifs visera en
particulier le commerce de la Hollande dans la Baltique. On sait
•coiûbién il s'intéressait à une compagnie dite du Nord, qui devait
létablir des comptoirs sur les>c6tes de cette mer, introduire dans
4es contrées riveraines les sels et les vins français, sans préjudice
ides produits naturels des lies d' Amérique et des pays d'Orient,
que hiS transmetti^àient les compagnies des Indea orientales et
'Occidentales on échange des bois, du goudron et des fers de
<rEui<ope du Nord. Lui aussi, il voulait nouer des relationa avec
la Mosoovie et faire pénétrer liotre commerce dans ces régions
presque inconnues ; mms il ne dédaignait pas des communica-
tions moins lointaines, qui pouvaient servir d'anneaux à une
chaîne toujours plus solide et plus vaste. Non seulement il con-
cluait des traités de ^commerce avec le Danemark et la Suède
pour lutter contre Tinfluence de TAngleterre et de la Hollande,
mais il ouvrait encore des négociations avec les petits souve-
rains, avec les villes, pour multiplier les liens réciproques. On le
voit accueillir d'utiles propositions du duc de Courlande, et lui
laisser espérer que le roi donnera les mains pour lui faûrc
1. J'ai interroge en vain, mais trop rapidement peut-être, les archives des affaires
étrangères à Copenhague sur ce tfès curieux épisode. Les registres de nos archives
des affaires étrangères (Danemark, Supplément, 3, folio 250 environ) m'en iournis-
^ent du moins une sorte de confirmation sommaire : « L'intime union des deux
branches de la maison de Holstein (après leur traité de 1637) donna lieu, est-il dit,
à une nouvelle négociation entre elles, oh le roi d'Espagne même intervint, et d<mt
l'objet étoit de ruiner le commerce des Holiandois. Mais ce dessein échoua par la
défaite de la Sotte espagnole ; et, comme la part qu'y avoit eue le duc de Holstein
demeura longtemps scoràte, il n'on arriva auoun préjudice à ce prince. »
INTRODUCTION. xxxix
ftdieier un port sur nos côtes, Marennes, auprès de Bronage^ oh
'û trouvera toute sorte de commodités pour son commerce. Oft
le voit encourager l'électeur de Mayénoe au projet d'une cokinie
mi-firançaise, mi-allemande en Guyane^ et Ton mesure aisément
par ces incessants et patriotiques effoirts Timportance que devait
avoir à ses yeux l-alliance intime avec la principale puissance
èlablie sur les côtes de la Baltique. ^
L'amitié de laSuède ne permettrait pas seulement àLouis XIV
d'intervenir dans les rivalités poétiques et commerciales qui
choisiraient pour théâtre les mers du Nord ; elle lui donnerait
en outre im moyen de faire pénétrer l'action de la France en
AUemagney de s'y faire écouter et obéir. Cette grande machine
de Tempire allemand n'avait ' toujours d'autre constitution
que celle qu'elle avait reçue au xiv* siècle ; la Bulle d'or de 1886
était encore sa charte politique. L'empereur voyait son action
limitée et menacée pour chaque mesure par les résolutions des
électeurs et des princes. Il s'ensuit que le roi de France, s'il
disposait d'un ou de quelques membres influents de l'Empire,
pouvait susciter des ligues, obtenir des résolutions, suggérer
des votes dans la diëte impériale de nature à paralyser toutes
les entreprises de l'empereur. La diplomatie française s^était
montrée de bonne heure fort habile à s'avancer sur ce terrain.
Dès le temps des négociations de Westpbalie, elle avait lié fort
utilement, par exemple, avec l'électeur de Mayenee, qui, en qua-
lité de premier électeur, avait sous son influence le directoire de
la diète. Groulart-raconte qu'elle avait acquis un certain député
de cet électeur, « un vieux stoïque, dit-il, avec une casaque et
une barbe datant de la même époque )>. Singulièrement instruit
dupur&oit constitutionnel impérial, ses citations et ses com-
mentaires étaient écoutés, et de la sorte, ajoute Groulart, « de
son poêle il faisait trembler tout l'empire ».
A côté de ces liens plus ou moins secrets, une alliance ouverte
comme celle de la Suède ne pouvait que nous être d'un puissant
secours en vue des afl'aires même intérieures de TAUemagne. Il
ne faut pas oublier que la paix de Westphalie avait fait du roi de
Suède un prince de l'empire. La Suède avait été reçue, en raison
de ses récentes acquisitions en Allemagne, comme État immédiat
XL INTRODUCtlGN.
4le ce grand oorps, de sorte que ses Bouyerains étaient désorttiâiis
appelés aux diètes^ avec trois voix, comme ducs dei BlrèaM^ de
Yerden et dePoméranie '. Il leur serait assignémë plac0>atilt
assemblées impériales, dans le premier des troiS' collèges, oeAiii
des princes. La Suéde était en outre chargée*, ocM^oint^metRi
avee la France;, de prendre en main la garantie de tootes l^es sii*
pulations de 1648. Il est clair qu'elle aurait par là mainte occasion,
mainte obligation même d'intervenir, et ses alliés à sa suite, dails
lesafiEfltires impériales. Ajoutez qu^elle avait 4<iccupé dans Tittlé-
^riéur même de l^Uemagne un bon nombre de place»' pendant^a
'guerre. Onntlart écrit à Grrémonviile en 1647 que « quand tonte
rAUemagneseroit réunie contre les Suédois, il faudroit quinze
ans et des prospérités continuelles pour les chasser de toutes les
places qu'ils tiennent, n'y ayant pas un Ëlat dlemand dans lequel
ils n'eussent quelque chose; )> et Flossan, danis scon Bùiowedeùsi
dipiomatiB (m, 90), assure qu'un anrangement pris penéanf la
:méme année 1647 avec Téleeteur bavarois avait donné 'à la Soède
et à la Fiance un graoïd nombre de villes fortes en Allemagne. La
8uèd^ en était venue, suivant lui, à détenir jusque dans? lecéâtre
du pays allemand cent trente-deux villes considérables, voisines
les unes des autres* Ces possessions avaient été sans nful doute
rendues lots de la paix de Westphalie; mais assuréiAent elles
a.vaieiit laissé après elles des souvenirs et des relations utiles.
La Suède> au sortir de la gueiTe de Trente an» et des négocia-
tions de Westphalie, jouissait d*un très grand crédit en Alle-
magne. Elle passait pour être toujours, comme au temps de
^ustave*Adolphe, la protectrice des protestants dispersés sous la
domination des divers princes de l'empire. Plus d'une fois après
1648, les évangélîques de Hongrie invoquèrent d'elle assistance
et refuge; Charles XI alla jusqu'à leur proposer un établisse-
ment dans la Poméranie, avec une réduction d'impôts durant
vingt années. C'est ce qui explique pourquoi la révocation de
l'édit de Nantes causa une émotion particulière à Stockholm. Les
luthériens chassés de France reçurent des offres de la couronne
1. Pfeffel, Nouvel Abrégé chronologique de l'histoii^ et du droit public d'Aile-
magne, à Tannée 1648.
mTRODUGTlON. xli
«iMoiMf qui. leur ouvrait des Miles dans le duché de Oeuz*Pont8
et d«Mi te Palatioat (on sait que les rois de Suède étaient, depuis
iCbailee'X Gustave, successeur de Christine, comtes palatins du
Bhin, comtes de Spoaheim et Weldenz). Charles XII sera encore
;«ppel6 ocMume un libérateur par les protestants de Sîlésie et de
Aobteie^ ei on lui prêtera même le dessein de faire akemer la
eottionsuB impériale entre les protestants et les catholiques.
Louis XIY saura plus d'une fois, mieux inspiré qu'en 1685,
mettre 4 profit ce moyen de diversion religieuse que lui offrira le
jceste^d'ajjitorité confessionnelle conservé à la Suède; il tiendra
parfois, pour nécessaire d'avoir la seule promesse publique d'un
oonoou» militaire des Suédois, afin de rassurer en Allema^e
lespiinces protestants sur ses propres desseins ^
UEueurieux récit d'Arhauld de Pomponne dans ses Mémoires^
SjMMàlra dlairamentqoe ces Suédois avaient conscience delà bonne
lenoflfioBaée dont ils jouissaient encore sur le continent, et qu'ile
^tendaient bien escompter cette force d'opinion. Lorsqu'on 4 668
tes commissaires se réunirent à Stettin pour régler les littiites de
hPomévanie s^on le traité d'Osnabriick, les ministres de Chrâs-
Une, doni le principal était Salvius, abusèrent, dit-il, de la puii^
saace et de l'autorité de leur cour, qui étaient grandes en Alle-
magne. L'article ih du traité portait que le cours de l'Oder en
Poméranie resterait à la Suède en souveraineté, avec la largeur
in bord oriental qui serait réglée par les commissaires. Ceux de
Brandebourg soi^nrent que le bord d'une rivière ne se peut
étendre au plus qu'aussi loin que les eaux se peuvent répandre
dans les plus grands débordements de l'hiver. A quoi Salviue
1. Encore en 1776, la France invoque ce droit de garantie et de protection qu'avait
^ Suède. Je lis dans une dépêche inédite du comte de GreutZi ambassadeur de
Saède en France, à Gustave III, 30 mai de cette année : « Le comte de Vergeunes
me parla de la rupture delà chambre de Visitation de Wetzlar, et il me dit que tout
!• corps des protestans était très irrité contre le subdélégué de Votre Majesté, qui
«Toit abandonné leur cause. Comme garant de la paix do Westphalie, Votre Majesté
^toit le protecteur du corps évangélique en Allemagne, et il étoit essentiel, suivant
loi, de conserver ce beau fleuron de la couronne de Suède. Il croyoit donc conforme
^^ sagesse de Votre Majesté de ne pas aliéner ce corps, mais de conservej son
attachement même en ménageant la cour de Vienne, ce qui devenoit fort facile en se
'AMlant le conciliateur des deux partis. »
t Publiés par M. Mavidal, 1860, p. 306.
XMi INTRODDGTION.
objecta qu'il se pouvait bien que tel fût le droit commun, mais
que ce droit ne valait pas à Tégard des couronnes, et que celles-ci ,
pour assurer les bords des rivières qui leur appartenaient,
devaient porter leurs limites aussi loin que la sûreté de leurs
places et de leurs pays le requérait : « Il fit valoir en cette sorte,
dit Pomponne, un nouveau mot et une nouvelle prétention de
litius regium, et se fit céder à titre de rivage royal un pays large
en quelques endroits d'une lieue, en d'autres de deux et de trois
tout le long du cours de l'Oder. »
En résumé, pour ce qui concerne l'Allemagne, le roi de
Suède, maître de la Poméranie occidentale, pouvait avoir con-
stamment des troupes à la disposition du roi de France son allié,
et concourir de la sorte à ses démarches contre la maison d'Au-
triche. Maître de Brome, il pouvait agir sur les princes allemands
des bords du Rhin, il pouvait aider aies liguer contre l'empereur
pour faire interdire le passage des troupes impériales vers l'ouest,
c'est-à-dire vers les ennemis qu'allait combattre Louis XIY. Une
armée suédoise menaçait facilement de Brème soit les Pays-Bas
espagnols, soit au besoin les frontières des Provinces-Unies. —
Louis XIY ne négligea aucun de ces moyens d'action, et, dans
toute la première partie de son règne, c'est-à-dire jusqu'au
moment où la Suède, lassée de le suivre en des luttes devenues
excessives et passionnées, se replie vers* une politique plus
restreinte et plus nationale, on trouve l'alliance suédoise inti-
mement et utilement mêlée à presque toutes ses entreprises.
Louis XIY a été sans cesse préoccupé de faire servir l'Allemagne
à ses longs desseins, non pas seulement pour l'abaissement de la
maison d'Autriche, mais pour la satisfaction de certaines ambi-
tions qui peuvent paraître excessives. Mazarin, lors de la for-
mation de la Ligue du Rhin, avait songé pour le jeune monarque
à la couronne impériale, et il n'avait pas été le seuP; le sou-
verain devenu tout-puissant lors des négociations de Nimègue
1. D'Avaugour, ambassadeur de France dans le Nord, écrit à la date du 19 avril^
1667 : « Monseigneur, nous croyons bien ne pas donner à Votre Éminence la pre-
mière nouvelle de la mort de l'Empereur. Le roi de Suède nous a dit qu'il se join-
droit à la France pour exclure de l'empire la maison d'Autriche, et aideroit même
le Roi s*il vouloit y parvenir, reconnoissant qu'il falloit un Empereur catholique. »
Mazarin avait les voix de cinq Électeurs.
INTRODUCTION. xuii
voulut certainemeiit se faire élire roi des Romains : Pomponne
ait dbargé expressément de négocier cette affaire en octo-
bre 1679 avec Féleoteur de Saxe ^ Ces préoccupations constantes
ei ces ambitions expliquent que la bonne entente avec la Suède
fut une tradition et une règle pour la politique française pendant
tout ce règne ^.
III
Bien que la France et la Suède eussent triomphé ensemble
aux négociations de Westphalie, une parfaite concorde n'avait
paB régné entre les deux cours. Il est probable que la Suède
-accusait dès lora la ppépondérance française; et elle avait des
kauieurs, soit à Tégard de l'empereur, soit envers Mazarin, que
ne justifiait pas ce qui lui restait de puissance réelle, mais qui
pouvaient gènèr les combinaisons d'une politique aux vastes
YtïeSi telle que serait celle de son alliée naturelle.
Le premier objet de nos relations diplomatiques avec la
Suéde après 1648 devait donc être de renouveler ou de resserrer
l'alliance. Les traités de Westphalie ne disaient rien des rapports
entre les deux pays. Une convention arrêtée le 6 mars 1638
à Hambourg, entre Louis XIII et Christine, avait disposé qu'une
garantie rédproque des États possédés par l'une et l'autre puis-
i. Mavidal, pagq 273.
2. On a attribue à Louis XIV le projet de se ftiire nonimer roi des Romains en 1672
, v03r. D^vpfiig,i7ii projet de Louis XI Vy dans lo Speclateur de MaUe-Brun, III, p. 89,
1814), cela sur la foi d*une lettre latine de Conringius à Colbert que conserve la
bibliothèque de lUniversitë de GOttingcn. Je dois à la parfaite obligeance de
M. Wilnanns, eonserrateur de ce lâohe diépôt, la cotAmumioation de cette lettre iné-
dite. Elle dit simplement que le pensionné de Louis XIV croira témoigner de sa
reconnaissance et de son zèle en travaillant à écarter les obstacles qui s'opposeraient
an succès du vœu qu*il suppose. « Spero futur um uti rerum Imper ii germanici péri-
tia, cui me multum operae impendisse sine jactantia queo profiteri, christianissimae
regiae Majestati, cui video caesaream Msgestatem jam tum fato destinatam, posthac
haud inutilem prestem operam. Quin consilium cepi in tempore et romanae curiae
et nostrorum quorumdam hominum crcditis porsuasis que etiam vulgo sententiis ,
quae regiis rébus in caesarea electione obstaculo possint esse, occurrere, easque
qaaotnm licet animis excutere Ab nostris hominibus multum adeo remorae injec-
tum iri haud equidcm arbitror... »
XLiv INTRODUCTIOxN.
sauce interviendrait lors de la paix générale. Cela n'ayant pas eu
lieu, Chanut proposa à la reine un engagement mutuel et perpé-
tuel au moins pour ce qui était acquis en d648. Christine y con-
sentit, et Ton entra en négociation; mais les Suédois y appor-
tèrent tant de difficultés que bientôt on n'en parla plus. Les
pourparlers recommencèrent entre Chanut et l'ambassadeur
suédois Salvius en 1651; toutefois, la garantie réciproque des
traités de 1648 ne fut établie définitivement entre les deux puis-
sances que lors de la formation de la Ligue du Rhin, et elle finît
avec cette ligue en 1667. Une nouvelle garantie, stipulée pour
dix ans par le traité de Fontainebleau du 19 septembre 1661, se
termina en 1671. Ravivée lors du traité de la Hollande en date
du 14 avril 1672, elle fut alors déclarée perpétuelle.
En même temps qu'on s'efforçait de resserrer Tùnion, il
fallait veiller à ce qu'elle demeurât utile; il convenait de tégler,
s'il était possible, les rapports difficiles et dangereux qui subsis-
taient entre la Suède et d'anciens ennemis de cette puissaùce.
La décadence rapide de la Pologne, déterminée par les victoires'
de la Suède au xvi^ siècle, avait offert à celle-ci des perspec-
tives brillantes mais périlleuses. Les rois de Pologne mainte-
naient leurs revendications sur la couronne suédoise à titre de
mefmbres de la famille de Vasa, et prétendaient n'y renoncer que
si on leur cédait une partie de la Livonîe. La France, de son
côté, n'était pas indifférente aux affaires de la Pologne, qu'elle
voulait retenir sous son influence, et à qui Mazarin avait donné
pour reine Marie de Gonzague, devenue la femme de Ladis-
las VU en 1646, puis, en 1649, de son frère ot successeur Jean-
Casimir. La suite devait montrer à quel projet sur la couronne
polonaise ce mariage conduirait. Mais l'inutilité de ces premiers
efforts allait paraître, car la Pologne tombait bientôt en proie à
des guerres violentes, poursuivies avec une sorte d'emporte-
ment par la Suède, fort peu docile à la direction que la politique
française voulait lui imprimer de ce côté*.
4. Au malheureux Éric XIV, fils a!në de Gustave Vasa, Jean HI, second fils de
Gustave, mais d'un autre lit, avait succédé. Entraîné par sa femme Catherine Jagel-
lon, fille de Sigismond !•', roi de Pologne, Jean III s*était prononcé pour le catholi-
cisme. Son frère Charles, duc de Sudermanie, se mit à la tête de l'opposition suscitée
INTRODUCTION. xly
La première gcande affaire qui figure dans nos Instructions
est donc, avec le renouvellement de Talliance avec la Suède, la
médiation française entre elle et la Pologne. Ghanut, parti de
Stockholm pour, un congé en 1649, y retournait quelques mois
plus tard avec cette lettre de Louis XIY à la reine Christine,
11 octobre ; « Le sieur Ghanut nous a paru de nouveau digne
d'une place que nous souhaitons qu'il occupe autant h votre
satisfaction qu'à la nôtre^ non seulement en votre oour, où il est
particulièrement destiné, mais Picore à la médiation de la paix
qui se doit traiter entre les royaumes de Suèdp et de Pologne en
rassemblée de Lûbeck, où il gardera Téquité... >i L'Instruction
du i6 septembre 165â, par laquelle s'ouvre notre sérij&t peut
donc, en Tabsence d'une Instruction antérieure ou plus générale»
que les Registres ne nous ont pas offerte et que nous avons
vainement cherchée ailleurs, être acceptée comme étant) en
réalité, le premier do nos documents.
La reine Christine déposait solennellement à Upsal, la
6 juin 1654, en présenic;e des États assemblés, la couronne de
Suède, qu'elle transpnettait à son cousin Gbarles-Gustavei fils
aîné du comte pc^ajiîn de Deux-Ponts Jean-Gasimir et d'une fiUe
du i^oi Charles IZ> sœur de Gustave-Adolphe, On a beaucoup
cherché de son temps et depuis lors les vrais motifs de cette
résolution, d^ Cbristicie, que suivit bientôt, en 1686, une abjura-
tion religieuse. On a parlé de son horreur pour le mariage, de
son dégoût des mcsurs suédoises, du charme qu'elle trouvait à
en Suède par cette condaito, opposition qu'excita, surtout dans les rangs de la no-
blesse, la pensée que lo jeune flls de Jean III, Sig^iimond, également catholique,
devenait le seul héritier futur de la maison de Vasa. Jean avait imprudemment
cooToité pour ce jeune prince la couronne de Pologne : la noblesse vit de ce côté
UA moyen de Téloigner du trône dû Suède, et Ton s'empressa de le faire élire en
Pologne, 1587. Jean III avait espéré que son héritier réunirait les deux couronnes*
Sigismond devint en effet roi de Suède en 1592, après la mort do son père ; mais
Charles de Suderraanie ne manqua pas de se porter comme lo défenseur du Inthè*
ranisme contre le fils de Catherine Jagellon ; il obtint finalement la régence de Suède
en 1598, fit déposer Sigismond qui n'avait cessé de résider en Pologne, et devint roi
en 1604, la couronne suédoise étant déclarée héréditaire dans sa descendance. Char-
les IX, mort en 1611, eut pour fils le grand Gustave-Adolphe, lequel eut pour fille
U reine Christine. Celle-ci quittant le trône sans laisser d'héritier direct, les préten-
tions suédoises que la branche des Vasa devenue polonaise n'avait jamais abdiquées
Paient renaître.
XLvi INTRODUCTION.
la littérature et au bel esprit, à la science et aux arts, tels que
l'Italie et la France les connaissaient alors. On a signalé à bon
droit son peu de capacité aux grandes afikires, ses difficultés en
présence d'une aristocratie et même de ministï^es assez peu flexi-
bles, et les embarras financiers que des gueitès incessantes
causaient à la Suède. Toutes ces raisons doivent être comptées
assurément ; mais il y faut ajouter Tinconsistance d'esprit, et Cette
sécheresse de cœur qui allait jusqu'à la cruauté. L'humeur
inquiète et déraisonnable de Christine allait devenir pour les
deux cours de Suède et de France un continuel embarras.
Charles X Gustave , son successeur, prétendit pratiquer une
politique nouvelle^ moins générale, moins allemande, plus
nationale à son gré que celle vers laquelle semblait Tattirer
Talliance française. D'une part il comptait bien trouver dans les
conquêtes extérieures des ressources pour son trésor épuisé ;
avec une année aguerrie, qui avait encore à sa tête le valeureux
maréchal Wrangel, il voulait marcher sur les traces de Gustave-
Adolphe, ^on oncle. Cependant ses desseins n'allaient pas à des
entreprises lointaines. Sans rêver d'un rôle à jouer sur le conti-
nent, il songeait à rendre la Suède maltresse de la Baltique, et
à compléter le réseau de ses provinces au sud de cette mer. Il
lui fallait, pour cela, en attendant qu'il pût conquérir sur le
Danemark les parties méridionales de la péninsule Scandinave,
incorporer à la monarchie suédoise les côtes maritimes de la
Pologne. Il ne répugnait pas à ce projet : les archives de Stock-
holm ont conservé les témoignages écrits de ses desseins. ÏI
comptait s'approprier les côtes, constituer du reste du pays trois
ou quatre duchés pour des feudataires de la Suède, ou bien
réserver des parts aux puissances voisines disposées à l'assister
pour Tacquisition ou le maintien d'un vaste empire. Comme la
Courlande et la Prusse, États vassaux de la Pologne, interrom-
paient la série des possessions suédoises entre la Livonie et la
Poméranie, il voulait qu'elles devinssent États vassaux de la
Suède ; il donnerait en échange à leurs princes certaines parties
de l'intérieur. Il est assez curieux de noter que le pays qu'il des-
tinait de la sorte à l'électeur de Brandebourg correspondait
presque exactement à la portion de Pologne que la monarchie
INTRODUCTION. xlvu
prussienne obtint plus tard dans le célèbre partage. Dès le milieu
de 16S5f apprenant certaines intrigues des puissances pour un
démembrement de la Pologne, il prétendait se réserver pour lui-
même la côte depuis la Poméranie ultérieure jusqu'à la Prusse
ducale, jusqu'à la Netze et la Wartha, jusqu'à ïhorn *.
n n'importe pas beaucoup de décider si Tensemble de ces
projets était dans la pensée du roi de Suède dès son avènement,
ou s'il les conçut au cours de ses victoires, puisque la Pologne
se hâta de lui chercher querelle, et que les succès de Charles X
Gustave furent singulièrement rapides. On sait qu'en quelques
mois des années 1655 et 1656 son ennemi parut entièrement
défait, jusqu'à ce que l'excès de ce triomphe éveill&t la jalousie
de plusieurs puissances contre le vainqueur, et fût suivi de
prompts revers*.
U était impossible à la France de se dissimuler que la Suède,
90US un tel roi, allait s'éloigner toujours davantage des condi-
tions d'une alliance qui, datant de François P' et de Gustave
Yasa, pouvait déjà passer pour traditionnelle. Elle fit des effo^rts
pour les rappeler, pour se porter médiatrice entre les deux adver^
saires et sauver la Pologne, pour modérer le vainqueur, qu'elle
n'entendait pas toutefois mécontenter ni aliéner.
Mazarin écrivait à d'Avaugour (29 octobre 1655) : w Travaîllea
de toutes vos forces pour l'ajustement des deux rois, dont l'un
est victorieux et triomphant, à ce qu'on nous mande de tous
côtés, et l'autre est malheureux... Ne laissez pas de témoigner
au roi de Suède que le Roi prend toute la part à ses glorieux
suc<^s qu'il doit attendre d'un bon allié et parfait ami, qu'il lui
en souhaite la sûreté et l'afTermissement, mais que Sa Majesté
croit que cette sûreté et cet affermissement se trouveroient bien
mieux dans certaines bornes où il pourra se restreindre que
dans le cours étendu des entreprises fort vastes, qui excitent des
jalousies et font naître des traverses qui les interrompent quel-
quefois. » Ces conseils n'avaient pas le pouvoir de toucher sensi*
blement le roi de Suède; il répliquait en taxant de froideur
i. P.-P. Carlaon, Sveriges Historia^iomùU^, 1855, page 93.
2. A. Gcffroy, Histoire des Étals Scandinaves, Hachette, 1851, ia-12, page 257.
XLViii INTRODUCTION.
égoïste son allié français. Mazarin se résigna de ce c6té, multi-
plia les bonnes paroi es, et. envoya à d'ATangtoor' rinstriïction
détaillée du 17 mars 4686, pour un renouvellement' de traité
entre les deux couronnes, qui eut lieu en effet l'année sui-
vante* ' -
C'est en vertu de Tentente qni s'ensuivit que la politique de
Louis XIY attira rattention et le concours du roi de Suède aux
deux graves^ épisodes des années 4657 et 1688. Les deux cou-
ronnes agii'ent de concert pour faire échec à la caiididature de
Léopold I" à Tempire, et travaillèrent à ce qu'on imposai du
moins june capitulation rigoureuse au nouvel empei*eur; toutes
d^x prirent une part active à la formation de cette Gonfé-
déraHion du Rhin qui. devait réunir contre lés forces impériales
un nombre important' do ]^rinces allemands, protestants ou
catlloUques^ ' *
Deux ' guerres rapides contre le Danemark avaient valu à
Charles X Gustave l«s ikiéines éclatants succès et finalement les
mêmes revers^ peu s'en faut, que la gtierre de Pologne. C'est
au cours de la première de ces expêditiokis qull accomplit ce
célèbi^e passage du petit Beli dans la journée du 8, du grand
BeU pendaflit éelle du Itl février 1688, sans s'émouvoir si là
glace, cédant parfois. sous le |)0]ds de son armée, engloutissait
ç^; et là quelques cavaliers ou fantassins. La médiation de la
France et de T Angleterre procura cependant la même année le
traité de Roeskilde, aux lerines duquel la l^uède acquérait pour
toujours les provinces méridionales de la péninsule Scandinave,
la fertile Scanie^ le Halland, dont les rives sont baignées par la
mer du Nord, et le Bleking, où lesui^cesseur de Charles X Gus^
tave devait fonder le port de Carlscrona et de beaux établisse-
ments maritimes. La Suède recevait encore l'ile de Bornholm,
le district de Bohus et celui de Trondhiem en Norvège. Elle
reconnaissait, en compensation, les droits du Danemark sur les
péages du Sund.
A peine Charles X Gustave était-il emporté par une épidémie
1. Voy. sur la Ligue du Rhin un important mémoire de M. Chëruel, dans le
Compte-rendu de* tiances de V Académie des sciences morales et politiques, jan-
Tiev i885.
INTRODUCTION. xlix
(11 février 1660)^ |a sollicitude intéressée mais prudente de la
France pour un équilibre nécessaire procura une nouvelle paix
du Nord. Masarin, avec l'autorité que lui douait le g^lorieux
traité des Pyrénées, avait déclaré à l'empereur Léopold P' et b
rélecteor de Brandebourg que, s'ils n'avaient pas fait avant la
fin de février* 1660 leur accommodement avec la Suède, sHls
n avaient pas^ dan& ce délai, rendu la Poméranie suédoise, il
enverrait 30,000 hommes au secours des Suédois. A la suite de
cette décliMnalLion, l'ouverture était consentie d'un congrë's de
paix à DfUDtzig dont la France, par l'habileté de son ambbseadeur
Terlon et,s€tlonle vœu de ses alliés, prenait la directîoû. Les*
négpcia^qns se terminèrent au couvent d'Oliva, près de Danzig,
par la signature d'un traité entre la Suède d'une part, et la Po-
logne, Tempereur, l'électeur de Brandebouiig d'autre part,
3 mai i660. Le roi polonais Jean-Casimir renonçait à ses préten-*
tions.sm'lacouiioniie suédoise; la Pologne cédait à la Suède la
Livonie lithuanienne, et lui confirmait k possession de TEs- '
lhoQi€|. 0|i put proir^ terminée cette guerre entre la Suède et la
Pologne qui durait depuis on siècle. Quelques semaines après,
le traité ^t Copenhague, du 6 juin 1660, garanti par la France,
TAngleterre et la Hollande, rendait au Danemark la province de
Trondhiem en Norvège, l'Ile de Bomholm, et loi confirmait,
moyennant une sonfune de â,ttOO ri^dale»par an, les revenus du
Sund ; la Suède copservait les provinces que lui avait données
la paix de Roeskilde. Leç Provinces-Unies, d'autre part, avaient
arrêté l'effort de. Clf caries X Gustave pour se rendre maître de la
Baltique; elles lui avaient t im|>osé, le H septembre 16B6, le
traité d'JElbing, garantissant dans cetie mer leurs pressants
int^rèt^i et ce traité avait rei^u, par la convention d'filseneur
(1651)), une ratification jusqu'alors attendue. Les clauses d'inter--
prétaiion, désignées et connues sous le nom d'ÉIucidations, le
rendaient plus avantageux encore pour la république. Les États-
Généraux, si intéressés à ne pas permettre une prédominance
suédoise dans les mers du Nord, avaient envoyé avec un plein
succès contre Charles X Gustave, sous des amiraux tels que
Ruytor et Obdam, deux énergiques expéditions, la première
pour sauver Danzig, leur vrai grenier d'abondance, la seconde
USCOBIL DES INSTRUCT. DIPLOHAT. U. — d
^
L INTRODUCTION.
pour sauver Copenhague et le Sund, clefs de la mer inté-
rieure*.
Cependant Louis XIY, après la mort de Mazarin en 1661 ,
avait pris en main la direction des affaires publiques. Secondé par
des ministres tels que Colbert et de Lionne, tels que Le Tellier,
le futur chancelier, père de Louvois, il n'était pas disposé à
laisser inachevée la grande œuvre de Richelieu et de Mazarin ;
il voulait consolider Tunité territoriale et constituer les vraies
frontières françaises. Dans la première partie de sa lutte contre
la monarchie espagnole, alors qu'il a pour but unique l'annexion
ou la conquête de ce qu'on appelait «ncore le cercle de Bour-
gogne, Louis XIY ne mérite aucun reproche. C'était une politi-
que purement défensive, celle qui revendiquait au nom de la
France des provinces aussi nécessaires à sa sécurité; à son exis-
tence, que la Franche-Comté et la Flandre. Les traités de West-
phalie ', en nous assurant les Trois-Évèchés, en nous donnant
l'Alsace, c'est-à-dire en cédapt au roi de France la souveraineté
et la suzeraineté qui appartenaient à l'empire et à la maison
d'Autriche sur la hauie et la basse Alsace, avaient comme impli-
citement reconnu ce que déclarait Mazarin, que la France était
encore incomplète au Nord-Est, et que Paris était beaucoup trop
voisin de la frontière. Quels que fussent les arguments sur les-
quels Louis XIY fondait ses prétextes, il n'excédait pas ses droits
comme souverain d'un grand peuple, il restait au contraire dans
les limites de ses plus impérieux devoirs tant qu'il se contentait
de pratiquer une telle politique d'agrandissement légitime. C'est
en une parfaite conformité avec la juste préparation de ces des-
seins que ses premières années de règne effectif sont consacrées
au dehors à la conclusion de traités ayant pour principal but
d'isoler l'Espagne et de la priver des alliances capables de proté-
ger ou de garantir la possession des Pays-Bas espagnols, sans
1. M. Antonin Lefèvre-Pontalis a très bien exposé cette lutte à la fois politique
et commerciale dans son ouvrage intitulé : Vingt années de république parlemen-
taire au dix-septième siècle, Jean de Witt^ grand-pensionnaire de Hollande, 1884,
I, 248.
2. C'estrà-dire les actes de cession consentis le 24 octobre 1648 par Tempercur,
par TEmpire et par la maison d'Autriche.
f
mTRODtîCTIOr^. Lx
œise^ de faire échec à TAutriche par ses diverses liaisons sur le
continent.
Déjà là liigtiè da Rhin, où Louis XIV a\'aît fait entrer le roi
deSiiëde \(îomme duc de Brème, et^ur laquelle il' exerçait une
sof^réitie influence; menaçait fort Tempère ur, et interceptait
particalièrement' son: action ver^ leis frontières occidentales de
rEiftpire. La diplomatie française prétendait lutter contre son
influence aussi bien que contre rélectéilr de Brandebourg et
Contre la Stiëde même, si elle ne voulait pas être alliée, sur un
autre champ de bataille, dams cette Pologne, vaste champ ouvert
à toutes les convoitises. Nous aVons dît qu'une princesse fran-
çaise, Marie de Gonzaguey-^'àœur de la célèbre Anne dé Gônza-
gue, princesse palatine, dôUt Bôssuet a écrit l^oraisoïi fùnëbi'èV
— avait épousé en toàw 1646 Ladislas^YII, roi de Pologne^ eî
en mai 1649' aprèis la mort de ce prince, son frère et suocesseui^
JeainCasimir, le dernier des Jagellons. Son énergie et son întclJ
%enee lui avaient assutéua^ud crédit et offraient à la politi-
que fraliçaise une alliance foi^t utile. Elle- en vint â' concevoir un'
projet ambitieux dansi l'intérêt de sa pfrbpi-e fcimilîé. Elle souhaiul'
i« préparer la sudcessîon royale en Pdlôgne en faveur de sâ^
nièce Anne de Bavière, seconde fflle de 4a princésàe Palatine, '
eu hiî faisant épouser lé jeutle Henrî-Jfulés Aë Condé, celui'
qu'on appelait M, le Prince, fils du grand Cond^, qu elle ti^avaiï-*
ferait à faire élire parles Polonais. C^était un J)rôjet àë nature à '
intéresser la politique deHIa^rin ; on oonséiltît k proposer aux
Polonais, comme'calidîdat rbyal, soit le jeune prince, sôit le duc '
ie Condé Itti-méme, de retour en France après Ha paix des
Pyrénées. On y trouverait le double profit d'éloigner des princes
quelque peu gênants et d^étendre en Europe l'influence française .
D fallait seulement amener la diète polonaise à élire un roi
an vivant do son prédécesseur, et c'était ce qu'on obtiendrait
difficilement de ces nobles, jaloux de leurs dangereux privilèges,
kien que le principe de l'adoption substitué à celui de l'élection
^ût peut-être de nature à prévenir les malheurs futurs, en em-
Çfcchaut la maison d'Autriche et l'électeur de Brandebourg
d'étendre sur ce champ disputé leur influence dangereuse. On
offrindt à la Suède de travailler de concert en face d'ennemis
LU INTRODUCTION.
qu'elle devait craindre également. Si elle ne s'y prêtait pas, si
elle se laissait aller de nouveau à des ambitions malsaines pour
le Nord et pour ses propres intérêts, on aurait un gage qui per-
mettrait de se passer de son alliance, ou même de restreindre ses
visées. On espérait finalement la conserver comme amie; elle-
même souhaitait fort de ne pas perdre nos subsides.
En vertu du traité conclu à Fontainebleau par le comte
suédois Claes Tott en 1661, il fut convenu que la France paierait
un subside annuel de 480,000 rigsdales, contre la promesse de
la Suède, contenue dans un article secret, de contribuer en
Pologne à l'élection du duc d'Enghien. Or l'élection n'eut pas
lieu, par suite sans doute de la négligence et de l'inactivité
suédoise. Aussi Louis XIV envoya-t-il immédiatement le che-
valier de Terlon à Stockholm, avec la mission d'abolir un traité
si onéreux, et le gouvernement suédois dut se résigner à voir le
traité de 1661 remplacé par un autre traité, du 3 janvier 1663,
qui diminua les subsides à 100,000 rigsdales pendant quatre
années. Il était chaque jour plus évident que les régents de
Suède, pendant la minorité de Charles XI, s'éloignaient de la
France, ou voulaient du moins se conduire de manière à recevoir
nos subsides sans pour cela compromettre leurs relations avec
les autrjes puissances.
C'était le cas d'opposer à l'alliance fort coûteuse et peu profi-
table de la Suède celle du Danemark, et, tout en les conciliant
s'il était possible, de faire voir aux Suédois qu'on pourrait con-
server sans leur bon vouloir effectif une influence nécessaire
dans la Baltique et dans le nord de l'Allemagne. Une révolution
intérieure, survenue à Copenhague en 1660, y avait fortifié la
royauté, et le pays aspirait à prendre un rôle utile dans la poli-
tique générale. Il eut comme alliée maritime l'Angleterre : le
traité du 23 février 1661 avec Charles II fut très avantageux au
Danemark, puisque, chacune des deux parties contractantes
s'engageant à ne pas donner aux ennemis de l'autre des secours
quelconques, le roi de la Grande-Bretagne promettait, en cas
d'attaque contre cette couronne, non seulement de l'assister
selon les conditions des traités antérieurs, mais encore d'agir de
toutes ses forces contre l'agresseur. Sur le continent, le Dane-
INTRODUCTION. lui
mark devait accueillir volontiers l'espérance d'enlever Talliance
française à la Suède ou de lui en ôter le monopole et de la par-
tager avec elle. Un de ses hommes d'État les plus éminents,
Hannibal Sehested, fut envoyé comme ambassadeur en France
au commencement de 1663. Il était du petit nombre d'intelligents
politiques qui, devançant les idées et délaissant les préjugés de
leur époque, comprenaient qu'une sérieuse union entre les deux
grands htats Scandinaves s'appuyant sur la France vaudrait à ces
États l'indépendance et la sécurité avec le crédit extérieur. Tout
au moins furent signés entre la France et le Danemark un traité
de commerce le 24 février 1663, et, le 3 août de la même année,
un traité d'alliance, auquel le ministre suédois à Paris, Gambro-
sius, t&cba vainement de susciter des obstacles en intéressant la
France aux intérêts particuliers du duc de Holstein-Gottorp.
Sans tenir compte de ce prince, le traité stipula que le Danemark
entrerait dans la Ligue du Rhin, et qu'il joindrait ses troupes &
celles de la France et de la Suède, pour soutenir contre l'empe-
reur les libertés du corps germanique. La France assisterait
d argent et de troupes les Danois s'ils étaient attaqués. Si c'était
par la Suède, le Roi très chrétien serait tenu, non pas de donner
des troupes, ni de faire en Suède une diversion armée, mais
seulement de payer 400,000 écûs en subsides annuels. Toutefois,
la France agirait ouvertement contre la Suède elle-même, si elle
attaquait le Danemark dans le temps où des troupes danoises
combattraient en Allemagne pour le maintien de la paix de
Westphalie. La Suède, sans qu'on lui fît connaître, bien entendu,
les dispositions secrètes, serait invitée à accéder à ce traité. Une
triple alliance était peut-être en voie de s'accomplir.
Le chevalier de Terlon fut envoyé, en 1664, à la fois à
Copenhague et à Stockholm. D remercia le roi de Danemark
Frédéric III du traité d'alliance que la France, grâce à sa
médiation, avait récemment conclu avec l'électeur de Brande-
bourg, et il exprima le vœu que le cabinet de Copenhague ne
soutint pas, au détriment du candidat français, l'élection comme
roi de Pologne du duc de Lunebourg, Jean-Frédéric, ce qui lui fut
promis. Mais en Suède, notre agent ne put pas obtenir l'accession
au traité de 1663, et bientôt d'autres événements, rendant néces-
LIT lOTRODOGTION.
saires d'autres mesures , firent adjoindre' à Terlon, comme
ambassadeur dans le Nord, le marquis Araauld d'Aiidilly de
Pomponne.
L'envoi de ce nouveau plénipotentiaire 'aux icours do Nord
avait pour occasion la Intte acharnée que se livraient sur iner la
répiAilique ieà Provinces-Unies et la Orande^Bi'ôtagtie, lutte
qu'il importait à Louis XIV de silrveiller^ pour l'empèdher de
s'étendre au crartinent, ^our prévenir la roine entière de la plus
faible des de^x> puissances et le triomphe trop complet da
vainqueur; pedl-^tre aàssi pour laisser s'entretenir ^itre ces
Aënx natioÀs^^esTivàles une* guerre qui les empêcherait d'offrir
auil ennemis delà France ime aide 'efficàbe, «t qui pourrait les
affaiblir toujtes deùx.'Cettie dernière pensée apparaît, ce semble,
si l'on considère les rietards que Louis XIY apporta; dans ces
graves circonstasioes, à PeKéèùtidn de ses engagements les plub
préfdi^, G'était pendant l'été de i 664 que rAngletérrei par une
difficulté de simple procédure^ aVaît cbei^ché queroliè aux
Pnovinoes-^Uùîesl 'Ses vrais motifs 'étaient un sentimebt de
conmrrenGB jalouse et Pambitionde dominer seule sûr 4eië mers.
On sait à quels aetesdepiralerfe sauvàgte, jusque dans les eaux
africaines^ et aussi à' quels' 'faits dlbémîtsme national et de
valeur militaire cette lutte des années 1664 et 166S donna lieu.
Du côté de l-Angletérrè, leiduc d'Yoïic, le prince palatin Robert,
le vice-amiral Montague, firent assiitrément 'par leur courage
porsoùnel honneur à levr ktation; mais'les Provinces^Unies, avec
un homme d^État tel^quei 9ei(n dé Witt^ <â^e& des hommes de mer
tels que Ruyter et Trom|i, miiltiplièrent lés prodiges soit d'intré-
pidité dans l'action, soît d^Audaceréfléchiey de dévouem^it sans
limites, d'abnégatidn^ et, pour toiAi dire ^ de haute et patriotique
vertu. , ' \ , ■ . '/
Après une péHode de froideur envers les Provinces-Unies à
eauise d^une alliance qu'elles avaient conclue avec l'Espagne au
temps de la paix de Westphalie, froideur qui avait persisté
pendant leur guerre contre les Anglais en 16S2 et 1683, parce que
Mazarin recherchait alors l'amitié de Cromwell, Louis XIV avait
cédé aux conseils de Golbert, et s'était rapproché de la puissante
rivale du commerce et de l'ambition britanniques. Il avait conclu
INTRODUCTION- Lf
avec «Ile le traité du 27 avril 1662, qui engageait Tune et Tautre
partie à des secours rédproques. Jean de Witt avait retardé
pendant toute une année, il est vrai» la ratification de ce contrat,
parce que Tachât de Dunkerque par la France, quelques mois
après, Favait mis en présence de Timminente menace d'une
co&qaèle des Pays-Bas espagnols et d*nn voisinage trop immédiat
av^ la France ; mais ses craintes s'étaient dissipées, et le grand-
pensionnaire n'avait fait nulle difficulté de réclamer du roi de
France l'exécution d'une commune promesse en prés^fice des
grands périls qui pesaient sur sa patrie. Louis XIV répandit en
demandant une sorte de garantie préalable de ce qu'il méditait
d'accomplir contre les Pays-Bas espagnols; t'était ajouter à la
convention une clause nouvelle, que de Witt s'raopressa de
décliner. En juin 1665,- les Hollandais prouvent une grave
défaite : le belliqueux évèque de Munster les attaque sur le
continent pendant qu^ils sont accablés sur mer. Louis XIY
n'accorde cependant qu'un faible secours, fort peu efficace,
contre l'adversaire allemand, et ne déclare à- l'Angleterre son
intarvention tardive que le 26 janvier 1666 ^ Il arme une flotte
sous le commandement du duc de Beaufort; mais elle a tant de
prétextes d'atermoiements que les Hollandais en pénètrent bien
facilement les causes et savent du moins désormais qu'ils ne
doivent compter que sur eux. Leur diplomatie leur vient en aide.
Au prix de concessions commerciales, ils peuvent apaiser la
Suède, alliée, réceate dé l'Angleterre^ et qui se rappelait leur
intervention contre elle sous Charles X Gustave. Le Danemark,
qu'iia ont alors secouru, les écoute; Téiecteur de- Brandebourg,
effrayé du secours français envoyé contre l'évèque de Munster
son voisin, et craignant que la Hollande ne cède à la France la
place de Wesel, dans son duché de Clèves, traite avec eux, de
sorte qu'ils parviennent à former (27 octobre 1666) une quadruple
alliance. Une nouvelle grande bataille a lieu sur mer» les 14 et
12 juin, et Louis XIV, déclarant que la saison est trop avancée,
i. « Il est enjoint à Canto, juré crieur du Roi, do publier Tordonnance ci-dessus
(déclaration de guerre aux Anglais), et icelle faire afficher aux lieux ordinaires de
cKte ville et fauxbourgs de Paris. Fait à Paris, ce 27 do janvier 1666. Signé : Dau-
^wy. » Registre ScènE, 33.
Lvi INTRODUCTION.
remet encore au printemps suivant Texéontion «de ses «iigage-
ments avoués. On sait par quel coup de prodigieuse vigitétir,
qu'ont préparé des merveilles d'administration prompte^ patrio-
tique et résolue, les HoUandais, pendant que les négoqiaitions
ont commencé à Bréda, jouent leur dernière ekanee en alfiBmt
briser jusque dans la Tamise Torgueil de leur vainqueur ; la
mémorable journée de Ghatam rend la paix souhaitable pour
TAngleterre elle-même (81 juillet 1667). Le roi de France Tient
au reste d'envabir les Pays-Bas espagnols, et c'est lui désomàais
que Tune et l'autre puissance devront observer et peut-4(are com-
battre.
Qu*on lise maintenant les Instructions si nombreuses et si
détaillées qui ont'été remises au chevalier de Terlon et à M. de
Pomponne, on y trouvera mûrement traitées toutes lès affaires de
premier ordre que nous venons de résumer. Pomponne arrive à
ce seul résultat d'obtenir de la Suède, non pas qu'elle agisse
activement en faveur des Provinces-Unies, mais * qu'elle ne
prenne pas d'engagements contraires à ceux qtiela France aura
acceptés. Peut-être était-ce là précisément ce que £ôal& XIV
voulait; peut-être faut-ril interpréter en ce sens les lignes qui
terminent le récit publié que hous a laissé Pomponne de ces
premières négociations en Suède : « Par l'honneur que le Roi
me fit de me témoigner quelque satisfaction du compte que je
lui rendis de mon ambassade, je remportai le plus précieux
avantage et presque l'unique fruit que je m'étois proposé de mes
services. »
La vérité est que, pendant toute la durée de la guerre mari-
time entre la Hollande et l'Angleterre^ la politique suédoise,
sollicitée par l'Angleterre et par la France en des sens opposés,
s'était appliquée à recueillir des subsides et à donner des pro-
messes sans prendre aucune mesure décisive. En mai 1665, elle
avait paru souhaiter, par l'envoi solennel du comte O.-W.
Kônigsmark, que le cabinet de Versailles reprit la négociation
du traité secret conclu naguère avec le comte Tott et rompu
presque aussitôt; cela n'avait pas eu de suites.
Si deux mois après, en juillet, à la suite d'une convention du
l^'mars avec l'Angleterre tenue secrète à l'égard de la France,
IMTaOJDXJCTiON. lvu
fe .^eoMTOfiiDient-ituédois avait résolu l'env^ dluoe armée à
Bvte»evil s'agbsaH luùquemeat d'une expédition simulée pour
.. mérîter les subside» du dehors saus courir de grands dangers.
laft paix ide Wesit^haJie avftit donné h- la Suède le duché de
*Jkèiiid;-0Mia'la vUte de Buèmo prétendait riester.ind.épendAnte et
neiï-ebvar qiAe^ de fTempire. D^autre part^ le duché était tout
voûin de !& frontière omeudale de la Hollande, et l'Angleterre
aTaitivocdu que, d^ là^ le9 forQ08 suédoises «tta<}uassent cette
frstttière'malgardéej La régence de Suède avait donc fait cet
ingéueux' calcul que, ». elle dirigeait ,d6 ce côté .un corps
d^armée, elle paraîtrait se conformer aux vœux de FAngleterre,
doBt>aU€t abtiondmt pour cala les munificences : ou verrait
enaiiite il. n'employer ce corps suédois qu'aux démêlés avec la
^Ue de-BHme; on tâcherait. d'éviter une attaque ouverte contre
laHoUasule; d^kieureuses circonstances viendraient peut-être en
aîdef.&tjon aui;ait. tous, les profits» La régence, pendant la mino-
rilà d^ Charfes XI^ était xestéeid'aotant plus réellement attachée
aux iniérèts J^tanniques que le Danemark était partisan déclaré
• Al&Ia JQbUande. En même temps, elle s'était éloignée de la France
jusqu'à pftraitre incliner vers uj^e entente avec l'Autriche. Peut-
être Terlon et Pomponne, après de. longs et dévoués efforts,
. aUaîeat-ils réussir à empêcher certaines mesures décisives où la
S«ède( w laissait, entraîner ; mai^ ils furent désarmés quand se
répi^ndit l'émotion causée par la nouvelle de l'invasion de la
Elandrie; ils virent la Suède se joindre avec l'Angleterre et la
Hollande réconciliées, et conclure cette célèbre Triple alliance
(23 Janvier 1668) qui allait contenir pour la première fois les
armes de Louis XIV en décidant la paix d'Aix-Ia-GhapelIe.
L'attitude et la conduite de la Suède en ces nouvelles circon-
stances montrent une fois de plus combien sa politique était
devenue réservée, mais en quelle mesure considérable l'impor-
tance relative de sa coopération comptait encore. Le nom même
de Triple alliance n'a été donné à la convention préparée surtout
par FAngleterre et la Hollande en vue d'une médiation armée
entre la France et l'Espagne que parce que chacune des deux
puissances principales supposa tout d'abord que la Suède s'y
adjoindrait. Cette adjonction se fit longtemps attendre. La
Lvxii INTRODUCTION.
diffioulté consistait dans les prétentions suédoises quant aux
subsides, constant objet des préoccupations du cabinet de
Stockholm. C'était naturellement à TEspagne à les supporter,
puisque râllianoe était faite à son profit. Mais la Suède, peu
confiante apparemment aux créances espagnoles, voulait la
garantie des deux autres puissances, qui y répugnaient fort.
Ellene consentit finalement que le 2K avril adonner sa signature,
quand la paix d' Aix-la-Chapelle était décidée depuis trois jours,
et qu'on attendait d'heure en heure la nouvelle d'un arrangement
franco-espagnol de nature à mettre à néant tout ce qui n'aurait
pas été précédemment conclu. La Suède avait pris une part bien
peu active k la ligue, et pourtant son importance n'y avait pas
été inutile. Louis XIV n'avait pas compté pour rien le danger
de rencontrer en Allemagne, autour de Brème, les forces sué-
doises réunies aux forces alliées sous le commandement du
célèbre Wrangel, et il s'était arrêté. Il restituait à l'Espagne la
Franche-Comté; mais il gardait ses conquêtes dans les Pays-Bas,
et frappait une médaille avec cette devise : pax praelata trinm"
p/iù. II avait mis en effet une certaine modération prudente à
préférer la paix à de faciles triomphes.
Il n'avait qu'à jeter un regard sur l'Europe pour se tenir à
bon droit convaincu que l'héritage de Richelieu et de Mazarin et
l'habileté de ses propres ministres mettaient entre ses mains une
puissance que nul autre État contemporain ne pouvait atteindre.
L'Autriche et l'Espagne paraissaient plus faibles qu'elles n'avaient
jamais été; le Brandebourg, quoique toujours fort compté, n*en-
tre voyait qu'à peine sa royauté future ; on ne nommait pas encore
la Russie parmi les nations de l'Europe ; l'Empire restait profon-
dément divisé ; l'Angleterre n'était pas parvenue à ce haut degré
deipuissance qu'elle devait atteindre. Il n'y avait que la Hollande
qui fût en possession d'une fortune prospère et d'une force
incontestée, grâce à la marine et au commerce. Or cette alliée
d'hier était une rivale. Colbert calculait avec un patriotique ressen-
timent, nous l'avons dit, que des vingt mille bâtiments faisant le
commerce du monde, quinze à seize mille appartenaient à cette
république, tandis que la France n'en avait que cinq à six cents.
La marine marchande des Provinces-Unies était maîtresse à peu
INTRODUGTtON. lix
pcès incontestée de la Baltique. Golberf, pour abattre cette supré-
iii|iti&, commença par. engager une lutte de tarifs. Déjà le fameux
droit de cinquante sous par tonneau sur les marchandises impor-
ta en Fraoce sous «pavillon étranger, droit établi par Henri lY,
rf^oiivelé par Fouquet, maintenu par Colbert, avait irrité les
ProvmQeiB-UxiieA; le /nouveau .tarif de douane, déclaré en avril
i667, e« doublant les droits di^entrée, devint pour le commerce
boUaactais comme une exclusion directe et excita ses vifs ressen-
timeoifi. L» réponse fut .une exclusion des vins et eaux-de-vic
de France,, à quoi Colbert, voyant là une contravention formeUe
aax imités, répliqua par une surtaxe des harengs de Hollande et
eu prolubant l'exportation de reau*de*vie sur des bâtiments
holUi»4ai^-
A.U reste,* Tambitiou politique et conqnéraùte du souverain
n*avait paa besoin d'être longtemps excitée par Tambition com^
merciale 4u ministre, et la guerre de Hollande fit entrer le règne
de JLouis SIV dans une période d'excès que ne devait pas
toujours accompagner la victoire. M. Mignet a exposé admira-
blenieoi, et. de telle sorte. que ce tableau n'est pas à refaire, avec
quelle habileté la diplomatie française sut alors envelopper à
l^avanç^ son ennemi et le priver d'alliances. L'Angleterre fat
détachée parle traité de I>outre8 de 1670; l'empereur fut contenu
par U cifainte des soulèvements suscités en Hongrie, par les
engagements des princes, de l'empire situés vers le Hhin, qui
s'étaient obligés à ne point aecorder de passages militaires dans
leuiiS États, par. la. communication enfin d'un projet de partage
de la monarchie espagnole, et par sa promesse formelle, à ce
prix, de ne pas secourir les HoUandais. Le Danemark était alors
not^e aUiér Quant à la Suède, Arnauld de Pomponne, rappelé de
La Haye ^ii il était ambassadeur depuis 1669, fut chargé, et
Courtm après lui, de l'engager contre les Provinces-Unies, bien
qu'elle se fût avancée récemment en sens contraire par la
garantie des possessions espagnoles le 7 mai 1669, et par le
renouvellement de la Triple alliance le 31 janvier 1670. On
verra en pleine lumière, par la lecture des Instructions données
à Pomponne et Courtin, ce que M. Mignet a si bien signalé déjà.
Louis XTV avait moins en vue de faire agir directement la Suède
Lx INTRODUCTION.
contre la Hollande que de l'interposer dans le duché suédois de
Brème comme un nouvel obstacle entre l'empereur et ceux des
princes de l'ouest de l'empire qui, restés indépendants de la
France, méditeraient d'entreprendre ou de favoriser quelques
mouvements en faveur des États-Généraux. La coopération
sujédoise ne devait être active que dans la mesure et au moment
que le Roi fixerait. Il la récompenserait par des subsides plutôt
que par des agrandissements de territoire en Allemagne, qui ne
sauraient s'eiTectuer sans mécontenter ou léser des princes
voisins. C'était à Pomponne à écarter ou bien à éluder adroi-
tement des prétentions ou des exigences gênantes de la part de
la Suède, comme de vouloir être soutenue dans sa querelle avec
la ville de Brème ou dans ses réclamations sur la succession de
Juliers, ou de vouloir faire exclure le Danemark de l'union qu'on
voulait former contre la Hollande. S'il éprouvait sur ce dernier
point en particulier une vive résistance, il devait recourir à cet
expédient de promettre qu'une lettre particulière de Louis XIV
au roi de Suède contiendrait l'assurance de ne pas adjoindre
effectivement le Danemark à la guerre de Hollande. Si Pomponne
triomphait, au contraire, de l'aversion accoutumée de la Suède
contre l'État voisin, et s'il lui paraissait que des engagements
communs pussent être stipulés, le roi de France, averti, jugerait
s'il serait de son intérêt, la Suède une fois engagée, de disposer
la cour de Copenhague à grossir le nombre des alliés contre la
Hollande. Cette jonction, comme dit l'Instruction adressée à
Pomponne, serait d'autant plus inportante qu'elle fermerait
entièrement aux États-Généraux le commerce de la Baltique. On
promettrait de défendre la Suède contre l'empire, si elle était
inquiétée par suite de ce traité, à condition toutefois que cette
défense ne s'étendit pas à la Livonie, dans le cas où la Suède y
fût attaquée par la Russie ou la Pologne.
Appelé pour remplacer comme secrétaire d'État aux affaires
étrangères de Lionne, mort le !•' septembre 1671, Ârnauld de
Pomponne quittsût Stockholm le 3 décembre, laissant la négo-
ciation à Courtin, son successeur. Les Instructions remises à ce
dernier se référaient naturellement aux précédentes; on lui
suggérait pourtant deux observations nouvelles et d'importance.
INTRODUCTION. lxi
Louis XIY, pour qu'on ne se défiât pas d'une extension redou-
table de la guerre de Hollande, offrait d'abord de s'engager à ne
pas attaquer à la faveur de ces troubles les possessions espa-
gnoles, et à respecter strictement le traité d'Aix-la-Chapelle,
pourvu du moins que les Espagnols observassent eux-mêmes
une rigoureuse neutralité. Mais on insinuait à Courtin de t&cher
de ménager quelque ouverture aux libres agissements du Roi
sur cet article, « Sadite Majesté se promettant que ledit sieur
Courtin, sans donner aucun soupçon aux Suédois, fera son
possible pour faire couler dans l'article quelques paroles en vertu
desquelles Sa Majesté puisse prétendre que les Suédois obser-
veront ponctuellement le traité de neutralité ou de ligue offensive
qui aura été conclu avec eux quand bien même Sa Majesté
romproit avec les Espagnols parce qu'ils auroient envoyé des
troupes auxiliaires aux HoUandois. »
De même Louis XFV avait voulu que l'armée que les Suédois
mettraient sur pied restât à sa disposition pour agir quand il le
requerrait ; toutefois, pour mieux attirer la Suède, on mandait à
Courtin de faire un article secret par lequel, si elle déclarait, au
moment où elle serait requise, ne pas être en état de s'y con-
former, cette déclaration serait admise, et le subside continuerait
à être payé. L'important, en effet, c'était que l'on crût en Alle-
magne que les forces suédoises seraient à la disposition de la
France : la présence d'une armée suédoise non active coûterait
moins cher à Louis XIY et lui serait suffisamment profitable. Il
faut lire, au milieu de ces complications nombreuses et subtiles,
les consciencieuses dépêches d'Arnauld de Pomponne pour com-
prendre avec quel soin, avec quelle richesse de ressources,
avec quelle pénétration des hommes ces habiles négociateurs
servaient leur pays. Le 14 avril 1672, le traité entre la France et
la Suède était signé '. Les articles publics stipulaient le renou-
vellement du traité de Fontainebleau et la garantie des précé-
dents traités, en y comprenant toujours ceux de Westphalie.
Selon les articles secrets, la France s'obligeait à défendre l'indé-
pendance duducdeHolstein-Gottorp, à n'accorder aucun subside
1. Flassan, UI, 396.
Lxii ÏNTRODtJCi'ïOr*.
au Danemark, àne Finviter à prendre pai*t à la ^erre que 6i la
Suëde y consentait. Le roi de Suède, de son côté; s'oppôsehiît
par les armes à ceux des princes de l'empire qui tentcraiètit de
secourir les Etats-Généraus; il ferait passeï dans ce cas, vaprës en
«rmt été requis trois mois auparavant par le roi de France, un
corps armède 16^000 hommes en Pomérabié Où dans le duché
de Brème; le roi de France y enverrait aussi tme armëe au
besoin; la Suède recevrait par an 400,000 écus avant Taction, et
600,000 pendant la période de gueiTe. La paix de 1660 entre le
Danemark et la Suède était garantie; quant au Danemark, il ne
serait admis dans Tallianoe que du commun consentement des
deux rois, et la durée» de l'intervention suédoise dans Tempire
serait de trois années : c'était la période pendant laquelle les
articles, secrets du traité de 4672 devaient rester en vigueur '.
Courtine qui avait enfin conclu cette alliance^ non sans peitee'iii'
sans concessions importantes', prenait soin d'en' reporter' tout
rhomieur à M. de Pomponne; il écrivait au Roi le 48 avril,
lendemain de la signature : a 'C'est le résultat 'de l'esitime et dé '
la créance que H. de Pomponne a acquises ici dans sa première
ambassade. L'alliance de Votre Majesté avec le Danemark avoit
tellement ulcéré les esprits qu'il n'y avoit ^ue la sageséfe, la
prudence et la probité d^un homme comme lui qui fussent
capables do les faire rentrer dans leurs anciennes liaisons. »
Ainsi donc la régence suédoise «e laissait ramener à TaHiance
française dans un temps où cette alliance, avec un maître tel '
que Louis XIY, allait la dominer, lui susciter des défiances
intéressées, lui créer des illusions dangereuses et de graves
périls. Le marquis de Feuquière était envoyé vers les régents
en octobre 4672, après l'invasion de la Hollande, pour les
entraîner et les maintenir. Par ses insistances et son obsession
constante, il allait triompher des hésitations, des scrupules, des
efforts de médiation vaine, des faux-fuyants suédois, et con-
traindre cette couronne à une participation directe dans une
1. V. Mignot, m, 364-365.
2. V. la dissertation do M. J.-J. WoibuU, Bidrag tilL,. Contribution à rhistoire
de la diplomatie Scandinave pendant la seconde moitié du XVI I^ siècle. Alliance de
la Suède avec la France en 1672. Luud» i865| 9fl pages.
INTRODUCTION. lxiii
guerre qui ne devait bientôt pins concerner que les intérêts du Roi
conquérant. Le 19 décembre 1674, Tannée suédoise, commandée
par Wrangel, faisait invasion dans la Poméranie brandebour*
geoise, pendant que Télecteur de Brandebourg, déclaré contre
la France, se trouvait avec ses forces en Alsace. Une terreur
panique se répandait tout d'abord dans toute la province envahie,
et la vieille réputation des troupes suédoises revenait en mémoire.
Les électeurs de Hanovre, de Bavière, de Saxe, et Tévèque de
Munster faisaient mine de se joindre à elle. Mais de si belles
apparences ne durèrent pas. Cette année était mal dirigée;
Tincertitude était dans le commandement et Tindiscipline parmi
les soldats. Un temps précieux fut perdu. L'électeur de Brande*
bourg revint en hâte surprendre les Suédois, qui s^étaient
avancés jusqu'à quelques milles de Berlin; il les battit à la
journée de Fehrbellin, 18 juin 1676, et ce fut le naufrage de*
leur renommée, Féchec irrémédiable des projets de la France
sur leur coopération, le signal pour eux-^mémes d'une nouvelle
et triste période. Le bruit en retentit dans toute TEurope. Déjà
les alliés franchissaient le Rhin, la guerre devenait toute défen-
sive pour la France elle-même ; Turenne succombait i Saltzbach ,
le Hanovre et la Bavière rompaient avec nous, là Hollande
déclarait la guerre à la Suède, et le Danemark s'unissait avec
empressement aux États-Généraux, à Tempereur, au ftrande-
bourg, àFEspagne (traités du 22 septembre 1673, du 30 mai 1673,
des 26 janvier et 10 juillet 1674 et 25 septembre 1675). On
parlait de nouveau de chasser d'Allemagne ces Suédois qu'on
appelait des barbares. Un grand complot se formait : les troupes
du Brandebourg et de la Hollande, jointes aux troupes impé-
riales, devaient envahir la Poméranie, pendant que l'évêque de
Munster marcherait sur Brème.
La guerre ainsi préparée fut en effet désastreuse pour la
Suède, dont les armées danoises envahirent sur plusieurs points
le territoire, et qu'un extrême désordre intérieur livrait à l'inertie
et bientôt au désespoir. Le cabinet de Stockholm en vint à
songer à négocier avec le Danemark en abandonnant les pro-
vinces méridionales conquises par Charles X Gustave, ou bien
avec l'empereur eu abandonnant les provinces allemandes. Les
Lxiv INTRODUCTION.
chefs militaires n'avaient plus la confiance ni ;def soldats, ni.^H
gouvernement, ni du roi. Charles XI commençait à réclf^mer ie
pouvoir ; mais un singulier ahatten^ent le domptait à lo, yue d«
tant de dangers accumulés. Il prenait Tau torité, n^ais sans qiiCp^
pût obtenir de son irritation et de son embarras extrènie un s^ul
ordre, une seule parolç, jusqu'à çe^ qu'enfin^ prenant le de^sius»
il ramenât un peu d'unité dans le cpmmandemeat et obtînt 4,? l?»
sorte quelques succës. Ajoutez les querelles intérieures, |^ luJtjLe
de Tancienne aristocratie, dépouillée d'une partie de ses aiici^Q.$,
pouvoirs, contre le^ partisans d'une royauté affaiblie et mise, e^
défiance. Le marquis die Feuqiuiëre, dont la correspondance offre
un tableau navrant de ces anxiétés et de cel^e anarchie, dam^-r
d'ail en i676 des Instructions à sa cour ei) vue des trois hypor
thèses suivantes, qu'il jugeait réalisables : 1** Si le roi ^e.Suèdç
est tué en combat^int contre ceux qui eiivahi^s^n^ ses; É^i^^.
quelles dispositions Contrer aux futurs cfindidats. à la ç^uroijii^p.
suédoise, entre lesqu^ il faudra compter le roi dç Dançnjiafk,?
i"* Ouêlle conduite tenir si la noblesse profite des ^ciro^uçjl^ç^
pour tenter de restreindre les droits de la royauté, ce .qui jpourr^-.
bien excltier une guerre civile? â® Quelle attitude .si c'est .Ja
royauté qui devance ses adversaires, et tente de s,q lairet
absolue? , ^ . . ! •
La meilleure réponse que pût donner la France, en outrA des
subsides qu'elle multipliait^ de l'envoi promis d'unq flotte dans
la Baltique, d^un appui à la diversion tentée en Prusse par
une armée suédoise en 1678, c'était de prendre en piaip ,les,
intérêts de la Suède dans les négociations de Nimègne., ^^ faire
profiter sa malheureuse alliée de l'ascendant que la victoire avait
finalement conservé à Louis XIV, et de préserver ainsi d'une
ruine certaine ceux qu'elle avait entraînés dans ses propres
querelles. C'est ce qu'elle fit avec succès, mais au prix d'une
négociation bien étrange, par laquelle ce qui concernait la Suède
fut réglé presque sans la participation et sans le consentement
ou même presque à l'insu de cette dernière puissance par neuf
traités séparés, conclus en cinq endroits et en cinq moments
différents. La première convention stipulée par la France pour
le compte de la Suède désintéressa en janvier 1679 les ducs de.
INTRODUCTION. lxv
Branswick et de Lunebourg ; ils rendirent aux Suédois tout le
duché de Brème, à la réserve de deux bailliages, et ils reçurent
de la France, par manière de dédommagement, une somme de
300,000 écus. A peu de jours de là, une paix particulière, signée
à IVimègue entre la Suède et Tempereur, imposa des conditions
avantageuses pour Charles XI, puisqu'elle confirmait en tout
point la paix de Westphalie et qu'elle accordait le libre passage
ans troupes françaises allant au secours de la Suède. Le 19 mars
de la même année, les envoyés suédois conclurent, également à
Nimëgue, leur paix séparée avec Tévêque de Munster; il restitua
à la Suède la principauté de Verden pour la somme de
100,000 écus que la France lui paya. Quant à Télecteur de Braur
débourg, une armée française occupa une de ses possessions, le
pays lie Clèves, pendant qu'il était occupé à combattre une
diversion suédoise dans ses possessions de Prusse. Bientôt^ les
succès du maréchal de Créqui pénétrant en Allemagne, la perte
du duché de Clèves, de la principauté de Hinden et de ses autres
États de Westphalie, la crainte de voir fondre sur lui les Saxons
et les Bavarois et peut-être Tempereur lui-même, le décidèrent
à demander la paix, et Louis XIV en profita pour traiter à Saint-
Germain en son propre nom et au nom de son allié, ^9 juin.
L'une des conditions était que la Suède ne conserverait au delà
de rOder que les deux districts de Damm et de GoUnow, mais en
recouvrant la Poméranie occidentale. Vainement Charles XI
protestait-il contre ces négociations arbitraires qui lui imposaient
c-e qu'il s'obstinait à rejeter; vainement déclarait-il que, tout
vaincu quMl était, il n'abandonnerait pas un pouce du territoire
suédois. La nécessité et son réel avantage parlèrent plus haut
qne son orgueil de jeune souverain. 11 sut d'ailleurs très habi-
lement, dans cette occasion comme lors du traité avec le prince
de Lunebourg, stipuler au sujet des territoires cédés une clause
importante de retour éventuel.
Il restait à désintéresser le Danemark. Le belliqueux
Châties XI aurait voulu que cette même armée française qui
s était avancée en Allemagne sous les ordres de Créqui franchit
le Weser, fit sa jonction avec l'armée suédoise, et envahit le
Holstein et le Jutland. Louis XIV ne le permit pas, et rappela ses
BBCUEIL DES IMSTRUCT. DIPLOMAT. U. — 6
à
hx\i INTRODUCTION.
troupes en deçi du Rhin. Bien plus, en dépit de Charles XI, qui
prétendait se réserver au moins ce traité-là, et se flattait de le
dicter à son gré par quelques succès militaires, ce fut encore
Louis XIY quit sans s'occuper des pourparlers déj& commencés
entre le Danemark et la Suède, prit en main cette .nouvelle
né(9ociation. Il déclara nettement que, si la paix n'était pas signée
le l^septembre, il entrerait ea guerre ouverte contre le Dan^r
mark; le ,2 septembre, la paix était conclue entre les trois cou-
ronnes. Pour ne pas trop irriter le roi de Suède et sauver au
moins les apparences, Louis XIV souffrit que la négociation
»'achev&t à Lund en Scanie, Après quelques modifications insi*
gnifiantes, la paix définitive fut arrêtée entre les deux États du
Nord, et cimentée par le mariage de Charles XI avec la fiUe de
Frédéric III de Danemark, cette Ulrique-Éléonore qui devint la
mère de Charles XII. Le l^'Vootobre suivant, une simple décla-
ratipn tenait pour rétablie la bonne inteUigenoe entre la Suède et
TEspagne d'un côté,. entre la Suède et, Tempereur d'autre part. Le
lendemain, lapais étaithie^ facilement conclue avec.la Hollande,
qui depuis longtemps avait cessé les hostilités. La France avait
sauvé d'une perte à peu près certaine la puissance alliée qu elle
avait attirée dans la sphère de ses propres intérêts et qu'elle avait
mise en péril. La Saède> que ses ennemis voulaient dépouiller
de ses États d'Allemagne et de villes comme Landskrona et
Helsingborg, sortait d'une si redoutable lutte sans avoir presque
rien perdu de ses possessions et de çea récentes conquêtes.
L'ébrttolement. et le trouble intérieur qu'elle avait subis n'en
étaient pas moins une profonde blessure, qui avait aggravé les
maux dont elle commençait de souffrir. Elle allait se rappeler
longtemps et les angoisses de sa récente alliance avec la France
et l'excès, sensible quant à la forme, de la protection dont elle
avait été l'objet, de sorte que les relations ultérieures des deux
pays devaient en être considérablement modifiées. Le temps
n'était plus de l'héroïque et féconde alliance entre Richelieu et
Gustave-Adolphe.
Pour cette période depuis la campagne de Hollande jusqu'aux
négociations de Nimègue, nous n'avons qu'une Instruction,
celle qui fut donnée à Feuquière en octobre 1672. Elle montre
fNTriOflUCtlON. Lxvii
! ms^stance dé Louis XIV, cherchant Ioûjoûm à engager davan-
tage la Saëde. A peine daignait-il tenir compte dn sonpçon qne
sa conqttéte inspirait sur ses intentions finales relativement &
Texislence de hi Hbllstiide t il vonlait bien déclarer cependant
qu'il n'avait pas là pensée de détruire cette république ; maïs
le doute, en subsistant, îivsSl aiiigmenté le nombre et Fardenr
de éés ennemis, et ouvert la sérié des guerres interminables
que tes traités allaient à peine interrompre satis les jamais
éteindre.
L'o^deOT des lis avait ainsi commencé de se faire sentir avec
trop d'intensité en Europe ; les f&Cmeuses tihanibres de réunion
là portèlrent à un dangereux excès. On sait que les traités de
Westphalie, d'Aix-la-Gha{^elle et de Nimègue ayant attribué it
h France un grand nombre dé villes et de di^ricts à avec leurs
dépendatieès », Loùi's XIV institua près ^ les parlements de Met^
et de Besànçotiet le conseil souverain d'Alsace siégeant à Bri*
saïsh, des chambrés spéciales, qiit déclarèrent que tout ce qiit
avait 'k Uéj^endu » antérieurement des pays désignés devait y
être « réuni » àe nouveau. Ainsi furent adjugées à la France!
pIusiëtirH villes et seigneuries des trois Évèchés àé Metz, Toul
et Verdun ou des provinces id' Alsace, de Franche-Comté et
de Flandre. L'une de ces dépendances n'était rien moins que
Strasbourg. Louis XIV prétendait faite de si Importaiites con-^
quêtes en pleine paix *.
La chambre de Met2 ayant assigné à la France le duché de
Deux-Ponts, berceau de la famille régnante de Suède',
Charles XI se vit ajourné-'à venir rendre hommage. Il adressa
des remontrances par son ambassadeur; mais on passa outre, et
la Chambre décida qu'après un certain délai, si la condition
imposée n'était pas satisfaite, le duché serait réuni à la cou-
ronne de France. Louis XIV, qui s'était saisi de ce petit État
pendant la guerre, le retenait. Toutefois, ne voulant pas s'enri-
chir des déponiUes de son ancien allié, il en fit présent au pa-
latin de Birkenfeld, qui en reçut l'investiture et prêta l'hom-
i. V. A. LegrcUc, Louis XIV et Strasbourg. Essai sur ta poUtigue de la France
en Alsace y d*après des documents] officiels et inédits, 3» édition, Paris, Hachette,
18S3, in-8.
Lxviii INTRODUCTION.
mage. C'était multiplier les humiliations à plaisir. Charles XI
conçut de cette mince affaire un profond ressentiment ; il déclara
que, comme un de ses prédécesseurs avait élé le premier à
s'opposer à la puissance excessive delà maison d'Autriche, il ser-
rait aussi le premier à réduire la couronne de France en de plus
étroites limites S menace qui pouvait paraître impuissante, si
elle n'eût rencontré un écho.
Un ennemi redoutable, un enujemi mortel de Louis XIV
veillait, et allait recueillir toutes ces colères. Guillaume d'O-
range s'empressa d'offrir à Charles XI une alliance dont
l'acceptation^ dans l'état de stupeur et de cminte où était l'Eu-
rope, dut paraître un acte décisif, signal d'une poliliique nou-
velle, très menaçante pour la France. Le même jour où l'armée
française entrait dans Strasbourg et prenait possession de Casai,
les deux clefs de l'Allemagne et de l'Italie, 30 septembre 1681, la
Hollande, par les soins de Guillaume, et la Suède, malgré ses
anciennes attaches avec la France^ convenaient' ensemble de
ce qu'on appela alors a le traité d'Association de la Haye »,
première base de la future Grande alliance. Les ratifications
en étaient échangées le 23 janvier 1682, et mettaient fin
aux doutes sur l'accomplissement définitif de cette grave démar-
che. L'émotion fut profonde à cette nouvelle en Europe, où
nulle puissance n'osait s'avancer la première, en France, où
l'on comprit qu'il fallait renoncer désormais à l'alliance sué-
doise, en Suède môme, où Ton n'était pas sans appréhension.
C'était si bien un changement de la politique générale qu'on
vit l'empereuT) n'hésitant pas à se rapprocher de la puissance
qui l'avait si longtemps combattu et de deux couronnes pro-
testantes^ prêter l'oreille au traité d'Association, et y accéder
formellement le 28 février 1682. L'Espagne fit de même, le 2 mai
de la même année. La coalition fondée par le prince d'Orange
avait ses premières bases, elle allait se développer rapidement.
Ce fut pour la diplomatie française une occasion de se mul-
tiplier avec une ardeur et une habileté remarquables. Pour faire
1. Lettre do Louis XIV à Fcuquiërcs, 11 décembre 1681, dans le recueil de
H, Gallois, Lettres inédites des Feuquières.
INTRODUCTION. lxix
échec au traité d'Association, elle fit briller aux yeux du vieux
Grand-électeur, Frédérîc-Ouillaume , la conquête de la Pomé*
ranie suédoise, et le retint de la sorte. Elle conclut avec le roi
Christian V de Danemark une alliance, 38 mars 1682, à
laquelle se joignirent Tévèque de Munster, le 44 septembre de
cette même année, et le prince électeur de Cologne, le 27 fé-^
vrier 1683. C'en était assez pour menacer la Suède dans ses
possessions allemandes, le Danemark s'engageaot de plus
à armer pouf empêcher les passages de troupes suédoises sur
le C43ntiiient. Mais ce qui contribua plus que toute autre mesure
à neutraliser le traité d'Association, ce fat la guerre que
Louis XIV fit éclater entre le Sultan et l'empereur Léopold I~^.
Alors seulement, incapable de résister de deux côtés à la fois,
Léopold se prêta aux négociations ouvertes à Francfort, trans-
portées à Ratisbonne en décembre 1682, au cours desqudles on
devait examiner le grave sujet des réunions et de la conquête de
Strasbourg. Le ton dèi la France haussait ou baissait suivant
les dangers que coilrait l'empereur. Si Louis XIY ne profita
pas du siège de Vienne par les Turcs (1* juillet — 12 sep-
tembre 1683) pour déclarer la guerre à Tempire, comme on le
craignait, ce fut sans doute par égards pour le pape, pour les
princes allemands de son parti, le Brandebourg, par exemple,
pour l'opinion publique en Europe et en France ; ce fut aussi
peut-être, on Ta conjecturé, par la ferme croyance que les Otto-
mans prendraient Vienne. Peut-être voyait-il déjà les États de
l'empire lui offrir la couronne impériale dans leur commuti
péril ; c'eût été compromettre de telles espérances que de pa-
raître s'allier à l'ennemi de la chrétienté.
En même temps qu'il enveloppait la Suède par ses combi-
naisons politiques, Louis XIV n'avait pourtant pas de raisons
pour la brusquer, de sorte que l'adhésion dissimulée de cette
puissance au traité d'Association (elle ne jeta le masque que
par son traité formel avec l'empereur, 12 octobre 1682) ne la mit
pas immédiatement en hostilité ouverte avec la France. Les
ambassadeurs de part et d'autre restèrent à leur poste. Il est
vrai que le marquis deFeuquière eut sur le cœur d'avoir ignoré
la formation du traité de la Haye. On lui fit subir, quelque es-
Lxx INTRODUCTION.
timé qu^il fût personneliement après un si long séjour en Suëde,
lès désagréables eiïets d'un changement d^Àttrtude. Lors du ma-
riage du roi avec la fille de Frédéric III dé Daliemark; et aiissi
quand ii eut eoffin de Louis XIV {a pemiisëion de rëvenit éa
France, il eut à se plaindre dés procédés émplô)^ à soa
égard : il quitta Stockfaotni le 80 juillet 1689^ fort mécontent.
Son successeur, le conseiller Bazin, à peine arri'Vé, eut une que*
relie sûr le cérémonial avec le cointe ôxenstiema, et partît de
la Suède* à la fin de septembre, laissant un simple seci^étairo,
Michon, quirestachatgé des affaire^ jusqu'en 1687. Malgré ces
apparences, la vérité était que Charles XI ne voulait pas se
lancer dans les témérités aventureuses. Il estimait, au contraire,
qu'Çllttî fellait d'autant phiB de prudence en 'un tel irioment,
s'il voulait parvenir -à' se créer une politique indépendante et
personnelle.
il avait beaucoupdè raisons ide se inionti:'er, B*il lui était pos***
sible, en ttièmie tém^ réservé, patient et énergique. 11 venait
dè'revendiquér'àrii^érièiin', avec le secours des diètes de 4680
et i^9iy et par une conséqnencenattfrellé' dès dangers qu^avait
subis la S*cièdè, îès droits soùvemins: de la loyauté au détrinient
d'une nobles]^ ed discrédit; niAiB eii même temps- la fameuse
(( Héduotion V) par laquelle^ non sans, violences, il avait k'epris
lesbien^ d'État, les domaines royàtix jadis aliénés, -ne» laissait
pas d'iavdir' >setné 4ans 4out-le pays Un mécontenteUient • fo-
neste. • En ' delelleâ cîroonstances, Charles Xt- méditait sagement
dé fuir les entreprises trop hardies au dehors et de s'appliquer
à une réforme administrative qui bommençéit à devenir pour
son pays une nécessité suprême. Il concevait la pensée de donner
à la Suède, par un ferme dessein et d'après un plan raisonné,
un gouvernement stable, et ne relevant que de lui-même, une
indépendance territoriale et politique dont elle avait depuis
longtemps manqué. S'il lui eti été possible avec cela d'étouffer
certains germes de guerres que la complexité des liens exté-
rieurs multipliait et propageait, le nouveau roi eût peut-être
évité à son pays l'effet des dangereuses tentations qui sédui-
sirent et emportèrent un Charles XII; il aurait peut-être assuré,
quand il en était temps encore, ce retour aux intérêts intérieurs,
INTRODUCTION. lxxi
ce renoncement aux grandes entreprises lointaines qu^ plus
tard, après le rfagne foneste de son trop célèbre fils, la Suède
dut adopter par une fâch^se et stérile néeessité. Le calcul de
Cbarlea XI allait. donc, pour <oeqnjr concernait la politique étran-
gère, à iftcber de contracter des alliances dont il s'efforcerait
d'esqpîver les charges, k laisser durer, sans les rompre décidé**
ment, les conveationa anciennes, k observer une attitude toute
de défensive et d'équilibre. lia suprtoie récompense d*un tel
système, plue avisé qu'béxc^que, serait de parvenir à se £aire
reconnattre, au mijiiett des négociations qui allaient se croiser
de toutes parts, en qualité de médiateur ; . il y rénsssît.
Ce ne lut pas sans subir de difficiles et périlleuses alterna-^
tives. Louis XIY poursuivait à la fom les négociations, les me-*
naces, les bo&tilibéa ûatermittentes. et partielles. Sa diplomatie
attentive, patiente, habile, savait profiter non seulement de la
faiblesse < de Cbàrlea II, que sompajrlement tenait en. échec, Biais
des inimitiés SQulevées à Tiniérieur de la Hollande contre Gutl^
laume d'Orangey. de Ve^prit de. réy^te. .des Hongroi» contre
Tempereur Léopold, d0S.divwon3. entre les princes allemands,
de Tagr^ssion des Turcs qui paralysait Jes eJSorls de- la cour
ûnpérialei D se vengea du mauvais accu!ei] fait au sucées^
seur du marquis de FeuquÂère en assistant de quelques vais-
seaux, pendant Tété de 1683, le Danemark prêt à envahir la
Suède, et en envoyant jusqu'en Pologne M. de la Piqnetière
avec deux agent» danois pour pratiquer une diversion ennemie,
Bientôt le maréchal de Créquî prenait l'importante place de
Luxembourg, et la trêve de Ratisbonne, que L'autorité de
Louis XIV imposait (15 aftut 1684), laissait à. la France les
plufl importantes places conquides par les Chambres de réunion,
notamment Luxembourg et Strasbourg.
Ces progrès de la domination française devaient effrayer parti-
culièrement la Suède, parce que le souvenir non effacé de l'an-
cienne et intime alliance, que le traité d'Association n'avait pas
entièrement dissoute, ne lui laissait pas de milieu entre une
solidarité dangereuse ou une hostilité difficile à masquer. La
révocation de l'édit de Nantes la touchait plus que les autres
États, car on se rappelait en Europe, elle se rappelait elle-même
Lxxii iNTHODUCTIOfî.
qu'elle avait éHé jadis, lors de la coopération à l'iatëUig^iite et
ferme politique de Richelieu, la tutrice des intérêts proteatasls
contre la maison d'Autriche. Les opprimés Ini attribuaiwt en^
core une partie de ce rôle; plus d^une fois dans les derniers
temps, les Évangéliques de Hon^e avaient invoqué TasâiB-f
tance du roi de Suède, lui demandant une istervention et des
conseils, et même un asile : Charles XI avait été jusqu'à \enï
offrir un établissement en Pptnéranie, avec une réduction d'îm-r
pots pour vingt années. De son oMé, l'empereur demandait qu'il
tisftt de son influence pour calmer leur esprit de révolte, et les
inviter à la paix. Les luthériens chassés de France reçurent
eux-mêmes les offres du roi de Suède : il leur offrit des re*
ftiges dans le dnehé de Deu^'-Ponts et dans le Palatinat.
An reste, Louis XIY semblait alors prendre à tàchede braver
lés princes. L'électeur palalin étant mort en 16SK, il réclama la
succession des allodiaux et des biens meubles (parmi •lesquels il
comptait l'artillerie des places fortes) pour son frère le duc
d'Orléans, qui n'avait en effet épousé la sœur du {»înce décédé,
Ghariotte^Élisabeth, la future mère du Régent, que pour faire
valoir un jour des droits assez vraisemblables sur le Palatinat et
des droits assez éventuels sur la Bavière. Cependant ub prince
de la branche collatérale de Neuboui^ fut appelé à remptaoer
rélecteur, et s'empressa de réclamer l'assistance de la Suède ;
Charles XI l'aida de ses conseils et de sa diplomatie, non pas
de ses armes. — L'année suivante, un nouveau grief venait
encore irriter le roi de Suède. Des lettres écrites de Paris, lois
de la cérémonie d'inauguration de la statue élevée par la Feui^
lade sur la place des Victoires (38 mars 1686)*, avaient répandu
à la cour de Stockholm un vif mécontentement par des comm^ir
taires irréfléchis et des soupçons excessifs. Parmi les figures
représentées autour du monument et parmi les inscriptions qui
les accompagnaient, il y avait, disait-on, de véritables insultes à
diverses puissances. On assurait qu'une de ces figures, portant
une couronne suédoise et offrant l'évidente ressemblance du roi
1. J*ai dû à M. Courajod, le savant conservateur adjoint de la sculpture moderne
au Louvre, tout uo dossier sur Vœuvre de Desjardins.
INTRODUCTION. lxxiii
Gharies. XI> était courbée devant Louia XIV, et paraissait l'ado-
ifir M& Vhnmilianti Iline reste aujourd'hui de ce vaste mouu«
aieatiqueles. 8tat«ies de peuples - vaincus qu^om a placées, aux
a^les deepandlloos' de la façade des Invalides, et les six basrre-
liai» cen8ft|Tvés>au musée du Louvre« Il est impassible, à vrai, dixe,
ée TMonnalire dans ces débvis.nen d^insultaat pour la Suède*
Unt deS'-iosoriplioQB tub fait que rappeler que l'alUance fran-
çaise avait servi à rétablir leroi deSuède dans ses possessions
li^AileiDiagiiie. La eonrespondance diplomatique afgrme cepeu*
danl^qfn'tiprfes des remontrahees inutiles^ GhiarleS' XI ordonaa i^
aoD . ambasaaddurV si du Bûtoios les soupçons se vérifiaient,, d^
<piittoÉr inutiédîaiteiinent Paris sans; prendre congé* Pentrêtre le
Cerbère ^e la statue: de Louis XIY f^^ulait aux pieds, et, qui
était en. symliele diéi la iTriplé ailianoe, ^VcUl-il paru offensant; il
étaîtirbieft facile, alu reste, que le aens g[énéral de: ce vaniteux
Irephée iemblAt dégénérer ea inj.u7e personnelle.. Le Grandr
titetsur^ien voyant huimiier TOdisr et TËlbe personniftéSi
a^bfénsa aiissif* et; prit de^ là prétexte pour quitter rallianœ
Aançaise^ à: laquelle Si était resté attaché avec le Danemark et
f ÂBgfeteMe. S'il n'accéda pas à la ligue d'Augsbourg, .foroaée
•contre Louis XIV lé 17 juiUett 1686 entre TËspagne,; l'Autriche,
iti Bamëre et plusieurs princes de TEmpire, et dont la Suède
fit partiel seulement- pour ses possessions allemandes, après
-s'être garantie j^ar des traités récents avee la Hollonde et Ip
Brandebourg (3 jauviep et 40 février 1686), il contracta du
moins ntie alliance seerète avcic l'empereur, qui, de son côté^
redeieilSBt alors ^us* libre du côté de rOrient. Ce que devenait
^L-raiême temps TAnglèterre pfu*le grand changement de 1683,
efD'le sait^ Menacé dealers très réellement et d'autant plus irrité,
homs XIV attaqua» Ileommença le premier la guerre ouverte
qui VannoRçait et dont Tattente retenait les cours si inquiètes.
L'Earepe lui répondit par la Grande alliance du 12 mai 1689,
conclue à Vienne entre l'empereur, la Hollande, TAngieterre,
puis l'Espagne et l'Empire. La guerre était déchtdnée pour une
nouvelle période de huit années.
Ce fut cette fois une occasion de triomphe pour la politique
calculée et prudente du roi de Suède Charles XI. Les engage-
Lxxiv INTRODUCTION.
meots qu'il avait dû contracter avec les alliés lui imposaient
de se joindre aux États-Généraux avec un corps de 6,000
hommes, et à l'empereur avec 3,000 hommes ; mais il usa de
perpétuels retards, il fit mine de se rapprocher de la France et
du Danemark, de travailler en Allemagne contre la maison de
Brunswick, de s'opposer, de concert avec plusieurs princes de
Tempire, au projet d'ériger lé duché hauovrien en un neu*
vième électorat, d'écouter enfin les suggestions de la Franoe,
qui, ne comptant pas l'attirer à un traité d'action, le flattait de la
pensée de composer un tiers parti, et finalement de proclamer
et de maintenir une neutralité sincère, de se faire décerner une
médiatioti qui l'autoriserait à recevoir les propositions des deux
parts et à servir l'utile cause d'une paix générale.
De 1683 à i694 , depuis le jour où,pour une question de céré-
monial, notre ambassadeur à Stockholm, Batsin de Baudeville,
avait dû quitter son poste, jusqu'à la nomination du marquis de
Béthune, o'est^à**dire pendant nenf années, un refroidâssement
notable avait presque rompu les rapports bienveillants entre la
France et la Suèdej Louis XIY s'était tourné d'autant plus vers
le Danemark, avec lequel des traités de subsides étaient toor-
dus le 35 mars 1683, le 16 novembre 1683, le 37 mars 1691. Le
Danemark, lui aussi, promettait sa neutralité et prétendait offrir
sa médiation. Louis XIY eût été très satisfait de toat concilier
de ce côté en attirant les deux royaumes du Nord à s'unir entre
eux et avec lui. Il chargea la Suède de faire savoir aux alliés
et de leur recommander ses propositions de paix; et ce fut sous
la médiation universellement reconnue de cette puissance, re-
présentée par son envoyé à La Haye, le baron Lillieroth, que le
congrès s'ouvrit le 9 mai, et que furent signés les quatre traités
composant la paix de Ryswick(30 septembre et 30 octobre 1697).
Charles XI ne vit pas la conclusion de cette paix, indirecte-
ment glorieuse pour la Suède ; il était mort le 15 avril de cette
même année ^ Voltaire n'en a pas moins dit à bon droit : « Il
1. L^empereur seul mit cq question si le successeur de Charles XI, malgré sa
minorité, conserverait Thonneur de la médiation.
Lillieroth ne fut pas chargé seul de représenter la couronne médiatrice. Le rési-
dent Snoilsky lui fut adjoint à cause de sa connaissance parfaite des affaires aile-
INTRODUCTION. lxxv
laissa à 3011 fiie, âgé de quinze ans, un trône affermi et respecté
m dehors, des sujets pauvres mais belliqueux et soumis, avec
des finanoes en bon ordre, ménagées par des ministres ha-
Inles. » La Sùëde conserve au règne de Charles XI un sou*
vtosr reconnaissant. II a été pour elle un roi utile, par là
fermeté de sa politique extérieure, dirigée dans le sens des meil-*
lears intérêts de son pays et indépendante; par rétablissement
en i68f d'une royauté souveraine et héréditaire. qui était proba-
Mement! Tunique condition de tout progrès contre une aristo^
cratie pen capable de gouverner; par la solidité d'acquisitions
letritoriales indispensables au développement de la nation ; par
le bien&it de réformes et d^améliorations intétrieures, banques,
cadastre, routes, ports et canaux^ fondation die l'Université de
Lund, téorganisatioD de Tarmée, tous changemens nécessaires,
grtcoMx^els la StSkde a pu 8U}q)orter sans périr les malheurs
des années suivantes. Bengt Oxens^iema lui fut un Colbert, et
la fameuse Réduction, retrait des parcelles du domaine royal
naguère aliénées/ surtout enire les moinfi de la noblesse, parut
reproduire. l'opération analogue pmtiquée en France parl'édit
de 4663. Le Danemark aussi- avait eu. en 1660 son évolution
dafeis ie sens d'une souveraineté monal'chique héréditaire :
c'était, à' vrai dire, nn mouvement oomnaun aux divers États
de TEurope* ' ; / .
Charles XII était. placé sous la tutelle de son ^eale, régente,
assistée par un conseille cinq sénateurs. Son père avait fixé sa
majorité à dîx-huii ans. Maïs le lundi IS novembre i 697, selon le
récit de d'Avaux dans une de ses. dépêches*, les États devant
nauuules. Bien plu^, jo conseil de régence suédois craignant la partialité de Lillieroth
pour les alliés, ceux de ses membres qui étaient dévoués à la France, Wrede, Gyl-
denstolpe, Wallenstedt, Oyile'nstîerna, firent nommer, contre Taris de Bengt Oxen-
stiema, le comte Cari Bonde, ancien ministre de Suède à Paris de 1674 à. 1678, pour
lui être associé ; mais il n'arriva à La Haye qu'après la conclusion des principales
afiEaiires. On trouvera dans VHistoire de la èuède sous le règne de Charles Xll de
IL Carlson (prenuâre partie, 1881, en suédois, pages 36-53), un intéressant tableau
des négociations et de toutes les peines que se donna Lillieroth. Louis XIV avait le
double avantage d*une force militaire imposante et d'une énergique unité de résolu-
tion; il sut, comme à Nimègue, diviser ses ennemis et conclure, en dépit du média-
teur, des arrangements particuliers. Son triomphe fut, comme on sait, de garder
Strasbourg.
1. 20 novembre.
Lxxvi INTRODUCTION.
s'assembler, et un certain nombre de nobles étantréunisd avance ,
tout à coup le comte Axel Lewenhaupt demanda pourquoi on ne
mettait pas tout de suite sur le trône un jeune roi qui se montrait
actif, intelligent, capable de bien régner. Cronhielm dit que Taf-
faire était délicate et qu'il y fallait réfléchir; mais Lewenhaupt
lui demanda s'il pensait donc à s'y opposer, auquel cas il le jet-
terait par la fenêtre. « Là-dessus Axel Sparre s'écria qu'il fallait
mettre le roi sur le trône ; dans le même instant, tous les nobles
jetèrent leurs chapeaux en l'air en criant: Vivat rex! Il n'en
fallut pas davantage : on députa soixante gentilshommes porter la
proposition aux sénateurs, puis aux différents ordres. Les prêtres
se firent un peu prier; mais les nobles, qui étaient presque tous
ivres, commencèrent à parler de telle sorte que les prêtres se con-
formèrent aussitôt à l'avis commun. En quelques heures, la
chose était faite, w Triste début d'un règne pendant lequel un
emportement de gloire militaire et le caprice d*un seul homn^e
allaient précipiter la ruine d'un peuple courageux et énergique.
Ce règne s'était pourtant ouvert par la conclusion du traité
de Ryswîck sous la médiation suédoise, par un règlement de plu-
sieurs affaires depuis longtemps contestées entre la France et la
Suède, et par la conclusion d'une nouvelle alliance des deux pays,
19 juillet 1698. Il faut insister sur l'accommodement survenu en
vertu du traité deRyswickausujet de difficultés qui avaient irrité
souvent le gouvernement suédois.
L'article 9 du traité conclu le 30 octobre 1697 entre Louis XrV
d'une part, l'empereur Léopold I" et l'Empire de l'autre, dispo-
sait que le roi de Suède, conime comte palatin du Hhin, comte
de Sponheimet de Weldenz, serait rétabli dans l'ancien duché de
Deux-Ponts librement et entièrement, avec les appartenances et
dépendances, avec les droits dont les comtes palatins et ducs de
Deux-Ponts prédécesseurs de ce roi avaient joui ou pu jouir
selon la paix de Westphalie. En conséquence, tout ce qui avait
été prétendu, occupé et réuni jusqu'alors par la couronne de
France sur ce duché, sous quelque titre que ce fût, devait reve-
nir de plein droit au roi de Suède et à ses héritiers comtes pala-
tins du Rhin ; tous les titres et papiers concernant le duché lui
seraient rendus, avec l'artillerie qui s'y était trouvée lors de l'oc-
INTRODUCTION. lxxvii
cupation. L'article 10 du même traité ajoutait que le roi de Suède
devait aussi recouvrer ce que le feu prince Léopold-Louis, comte
palaiia du Rhiu, avait possédé de la principauté de Yeldenz.
Louis XIV fit donc restituer au roi de Suède, avant la fin de cette
année 1697, tout le duché de Deux-Ponts» Même, l'Électeur
palatin ayant cru pouvoir revendiquer au préjudice du roi d^
Suède certaines parties de la^ succession de Yeldenz situées en
Alsace, et ayant même envoyé un détachement de ses troupes
pour prendre possession de la principauté de la Petite^Pierre,,
située dans cette province» le maréchal d'HuxeUes, qui y comr
mandait alors, Tobligea de s'en retirer, et le comte d'AvauK,
ambassadeur à Stockholm, ne manqua pas de faire remarquer au
roi de Suède cette attention de Sa Majesté pour lui. Cependant
une difficulté d'exécution se présenta. La régence suédoise du
duché de Deux-Ponts se plaignit à Stockholm de ce que Tintcn^
daot français d'Alsace voulût retenir la ville et prévôté de Berg^
zaberor Klebourg et Gatherinebourg. Le marquis de Barbezieux
qui, comme secrétaire d'État de la guerre, avait l'Alsace dans son
département, déclara que le roi de France ne voulait sans doute
retenir aucune chose du duché de Deux-Ponts à l'égard du
domaine utile, mais que la souveraineté de Bergze^ern et Kle^
bourg lui appartenait en vertu de l'article 4 du traité de Ryswick,
qui le laissait souverain de ce qui était en Alsace. Les commis-
saires du roi de Suède répondirent que les bailliages contestés
n avaient jamais été soumis à l'intendance d'Alsace ni à la sou-
veraineté française que depuis les réunions de 1682; mais que
le traité commandait de remettre les choses comme elles étaient
avant les réunions. Selon les cartes de Sanson les plus nouvelles,
ajoutaient^ils, Bergzabern est marqué dans le Palatinat... Ces
diseussions géographiques peuvent nous sembler mesquines
aujourd'hui; mais, dans une dépèche du 30 avril 1698, le comte
d'Avaux signalait l'importance d'un tel débat au point de vue des
relations entre les deux couronnes de France et de Suède : « Ce
qui a le plus contribué à éloigner la Suède de Votre Majesté
après la paix de Nimègue, dit-il, a été l'affaire de Deux-Ponts^
et la difficulté qu'on voudrait faire à cette heure au roi de Suède
a peu de fondement. Les commissaires du roi m'ont demandé si
Lxxviii INTRODUCTION.
Votre Majesté voudroit traiter pins mal ce prince qu'CSle n'a
traité les princes d'Orange qui, ayant eu les armes à ]a main
contre Elle, n'ont pas laissé d'être rétablis dans une propriété et
une souveraineté, quoique Tune et l'autre fussent conten-
tieuses... Quelque désir qu'ait le roi de Suède de faire l'alliance,
il ne consentira pas à l'échange des ratifications qu^aprèë qu'il
sera assuré de la restitution entière du duché de Deux-Ponts,
car il ne croit pas devoir être le premier à ratifier un traité qoi
lui ôte une partie d'un duché dont il porte le nom. fl y est ti^s
sensible, n croit qu'on feroit peu de cas de lui et de son amitié si
on la mettoit en compromis avec la souveraineté d'un baiUiage
qui n'est d'aucune conséquence pour Votre Majesté, et qui
démembre l'héritage de ses ancêtres. »
Louis XIV céda pour Bergzabem, mais soutint que Klebourg
et Gatherinebourg, étant de la souveraineté d'Alsace, Velev^ent
des droits de l'empereur et de l'empire, droits qui lui avaient été
transportés par les traités de Westphalie, et le gouvernement
suédois continua de réclamer.
Quel qu'eût été le résultat final du congrès de Ryswick, la
Sùëde y avait occupé une situation d'éclat, et son alliance' parti-
culière, au lendemain de cette paix générale, dans l'attente où la
pensée d'une prochaine ouverture de la succession espagnole
retenait l'Europe, était recherchée par l'Angleterre, par la Hol-
lande, par l'empereur et la France. Au lendemain même des
traités de 1697, en novembre de cette année, Louis XFV s'ouvrit
à d'Avaux de sa volonté à ce sujet, et, dès le 30 janvier 1698, il
lui envoya un projet de renouvellement d'alliance, sur la bafjo
d'une garantie réciproque des traités de Westphalie, de Nimègue
et de Ryswick. Il s'agissait d'attacher de nouveau la Suède à la
politique française, et de l'empêcher de se lier avec nos ennemis.
On devait s'attendre à l'opposition de Bengt Oxenstierna dans le
ministère suédois ; mais d'Avaux pouvait compter sur le comte
Piper, que Charles XII consultait secrètement, même sur les
questions de politique étrangère. D'Avaux avait su préparer son
action en inspirant à l'entourage du jeune roi et au roi lui-même
un sentiment de réelle admiration pour les actions et la personne
de Louis XIV. Oxenstierna, président de chancellerie, apporta à
INTRODUCTION. lxxix
cette négociation tous Us retards possibles, pendant quHl hâtait
celtes qui étaient engagées aveo T Angleterre et la Hollande.
D'Avaux commençait À en devenir inquiet, lorsqu'un jour le
chancelier s'enhardit jusqu'à déclarer à son jenne maître qu'il
tenait Valliance fean^se pour dommageable, et que sa conscience
lui imposait de la déconseiller.. Il reçut du roi de quinze ans cette
r^onse quille fitp&lir : « Je vous al dit ma volonté : c'est moi
qui ferai le traité l » Oxenstierna était tenace : il ne se tint pas
eaoove pour btittu. Louis XIV demandait une garantie du trait4
de Ryawick. aussi bien que des précédents traités. Or un des
artidLes de 1697 contenait dos dispositions qui étaient regardées
comme nuisibles pour la religion protestante et contre laquelle
la Suède avait protesté. Si on garantissait cet article, ou s'atr
tirait le /essentimenl de tous les princes évangéliques d'Alle-
magne. Oxenstierna introduisit dans un contre<*pro}ei une
demamle d'explication à cet égard; La Suède avait en outre une
ancienne réclamation à faire valoir pour des subsides non payés
pendant la dernière guerre. Enfin, elle demandait un traité de
commerce &i des compensations pour certaines pertes maritimes.
Autant d'armes entre les mains du chancelier pour retai'der la
conclusion demandée par la France. Il finit par obtenir en partie
gain de cause, avec le dépit de ne pas tout empêcher; d'Avaux^
craignant un entier échec, modifia les conditions souhaitées par
Louis XIY, ne parla, plus d'une garantie des actes de 1648,
de 1678 6t de 169T, mais seulement d'une assurance générale
d'amitié réciproque, sans exclusion d'autres liaisons étrangères.
Bien que mécontent de cette issue, le roi de France fut obligé
d'y consentir, et le traité fut signé, 9 juillet 1698. Même
Oxenstierna prit un mois plus tard une réelle revanche de ce
qu'il avait dû céder, en concluant avec l'empereur une alliance
qui renouvelait pour douze années celle de 1692. II se rap*
prodiait en même temps de l'Angleterre et de la Hollande.
On sait que la première cause de guerre pour Charles XII fut
son intervention en faveur de son beau-frère, le duc de Holstein-
Gottorp,sans cesse en querelle avec le roi de Danemark, particu-
lièrement pour le Slesvig. Le roi de Pologne et le czar de Russie
ayant profité de cette occasion pour envahir les provinces sué-
Lxxx INTRODUCTION.
doises au sud-est de la Baltique, on sait quelle heureuse
ardeur et quel succès irrésistible firent Charles XII partout
victorieux. Narva et les traités de Travendal et d'AIt-Ranstâdt '
entourèrent les commencements du jeune roi de Suède d'un
éclat incomparable. L'Europe et particulièrement TAutriehe et
la France étaient attentives. Quelles suites annonçait un pareil
début? Était-ce un nouveau Gustave-Adolphe qui s^élançait du
Nord? Charles XII allait-il poursuivre Auguste II de Pologne
dans son électorat de Saxe et envahir l'Allemagne? On lui
prêtait de très vastes desseins. Appelé comme un libérateur par
les protestants do Silésie et de Bohème, il allait peut-être pénétrer
sur les terres de l'empire. On disait qu'il voulait traiter avec
Auguste II, et lui donner la Hongrie en échange do la Pologne.
On disait qu'il avait déjà pris des accommodements avec les
maisons de Brunswick et de Brandebourg, et qu'il entendait
revendiquer le comté de Weldenz, usurpé suivant lui par l'élec-
teur palatin. On lui attribuait enfin l'intention de faire élire un
roi des Romains de sa religion, et d'introduire pour la dignité
impériale la pratique d'une alternance régulière entre protestants
et catholiques. Comment la diplomatie de Louis XIV n'eût-elle
pas prêté l'oreille à ces nouveautés, qui lui offraient la perspec^
tive de tant de diversions utiles? Un moment apaisée par la paix
de Ryswick, la guerre européenne allait renaître.
Louis XIV venait d'obtenir ce grand succès de la succession
d'Espagne pour Philippe V après la mort de Charles II, 1" no-
vembre 1700. Malheureusement, en décembre, il n'hésitait pas
à réserver les droits de Philippe sur la couronne de France; il
promettait ensuite à Jacques II mourant de reconnaître et de
soutenir son fils, et il irritait par là l'Angleterre et la Hollande.
L'empereur Léopold qui, sans de telles fautes, eût été sans
doute impuissant contre lui, trouva désormais des alliés, et déjà
il avait, pour se l'attacher, conféré le titre de roi à l'électeur de
Brandebourg Frédéric III, 16 novembre 1700. Cependant notre
diplomatie multipliait ses efforts et ses succès. Aux protestants
d'Allemagne, irrités d'un des articles du traité de Ryswick, on fit
i. 20 noyembre 1700; 18 août 1700; 24 septembre 1706.
f
INTRODUCTION* lxxxi
promettre Tappui de la France contre rAutriche. On se servit
hahilemetit de la ligae formée contre l'empereur en Allemagne
à propos* fle l'érection en 4692 du neuvième électoral pour le due
de Hanovre. On se lia étrcdtement avec les deux fràres Rodolphe*
Auguste et Antoine-Ulricb, ducs i^elfs de Brunswick- Wolfcn^
bâttel, qui s'étaient mis à la tète de cette ligue contre le duo de
Hanovre leur parent et contre Tempereur. Ils eurent à Paris un
envoyé- apéaial (décembre 1697), et conclurent avec le Roi, le
30 août 16B8j une alliance de trois années pour le maintien dee
traités de Westphalie, de Nimègue et de Ryswick, mais parti-
culiisreaient pour le maintien des droits de leur famille. Deux ans
plus lard, 19 juillet 1700, la Kgue contre le neuvième électovat
devenait une aUianoe formelle, dont les membres s'd^Ugeaient
i lever une armée de 24,000 et au besoiu de 4&,000 hommes;
Ijei<9 août, eqtte confédération feisait appel aux deux couronnes
guaUtes deë traités de Westphalie, la France et la Suède^
Louis 'XIYdonoluait en outre, en mars 1701^ une. convention
spéciale avec l^s deux dueâ^ qui promettaient de mettre sur pied
mi corps de troupes de 8,000 hommes, chiffre bientôt élevé
(eD novembre 1701) à 13,000 hommes, en échange des sub*-
eides français. Le due Frédéric II de Saxe-Gotha s'était joint
à cette . alliance le 13 avril 1701; mais ils furent surpris en
mars 1 702 par les troupes de Hanovre, et forcés de renoncer
à farar ligue avec la France.
Louis! XrV n^avait pas négligé d'attirer Charles XII vers
œtte confédération armée. Il offrit, par le très habile abbé Ridai
i Hambomrg et par le comte de Guiscard à Stockholm, son inter^
ventîon entre le Danemark et la Suède, pour apaiser les irritant^
dtiwts concernant le duché de Holstein. Il essaya tous les moyens
de tourner contre ses ennemis le trouble profond, que causaient
en Allemagne les guerres rapides et incessantes de Charles XII;
mais la dépêche suivante qu'il fit adresser de Marly, le 21 juil^
let 1701, au comte de Guiscard, montre bien ses propres incerr
titudes : c< H seroit bien nécessaire que la guerre entre le roi de
Suède et le roi de Pologne finit incessamment par ma médiation^
et qu'entrant tous deux en alliance avec moi, ils prissent des
mesures pour porter de concert leurs armes contre les princes
RBCITBIL DBS INSTRUCT. DIPLOMAT. II. — f
Lxxxn INTRODUCTION.
qu'il conviendroit davantage à leurs intérêts d'attaquer. Si le roi
de Suède préféroit la sûreté du duc de Holstein à Fagrandis-
seffient de ses États, il pourroit attaquer le roi de Danemark
pendant qu'il n'a nulles troupes pour la défense de son pays. Le
roi de Pologne, attaquant en même temps l'électeur de Bran-
debourg ou les États héréditaires de l'empereur, les mettroit
horSi d'état, de donner aucun secours au Danemark. S'il aimoit
mieux au contraire augmenter ses États, il*, le pourroit faire
aisém,ent en attaquant la partie de la Poméranîe qui appartient
à. Télecteur de Brandebourg, pendant que le roi de Pologne^
pro^tant 4e la disposition présente des Polonois, porteroit ses
armes, dans la Prusse. C'est sur ce plan qu'il faudroit presser la
pi^ixet.une alliance étroite entre la Suède et la Pologne. Mais
s'il y a peu d'apparence que l'effet réponde à vos soins, si Ton
ne peut engager le roi de Suède dans mon alliance, il vaut mieux
que la guerre continue entre ces princes que de procurer une
paixi qui donneroit au roi de Suède les moyens d'engager ses
.troupes au service des puissances dont les intentions ne sont
présentement que trop connues, et que vraisemblablement je
pourrai bientôt nommer ennemies. L'Angleterre et la Hollande se
flattejit de terminer J>ient6t la^* guerre de Livonie par leur mé-
diation. Je ne doute pas de votre attention à traverser les propo"
sittons qu'elles , pourront fiûre. » La diplomatie française tra-
vaillai en effejL, pepdant toutes les années suivantes, àattirer vers
elle Charles XII. La France fut des premières à reconnaître le
roi Stanislas, et M. dç Ricous, puis M. de Besenval, déguisé en
marchand, furent chargée d'aller joindre dans ses camps le roi
de Suède, pour t&cher d'obtenir une déclaration d'alliance,
1706-1707.
D'un coup, Pultava ruina ces espérances. Subitement tout
l'édifice construit par Gustave-Adolphe, reconstruit par Char-
les XI, s'écroula, et laissa voir derrière ses décombres la Russie
en marche et la Prusse aux aguets. Ce fut pour la Suède comme
une inexorable contagion de désastres. La Livonie, la Finlande,
Brème étaient perdues; la Poméranie était menacée; Auguste II
rentrait en Pologne ; le roi de Danemark déclarait de nouveau la
guerre et accablait le Holstein; les traités précédemment conclus
INTRODUCTION. lxxxiu
avec la Saède étaient déchirés; Danemark, Pologne et Russie se
liguaient ensemble. Vainement Charles Xn invoquait ses alliés
d'alors, les puissances maritimes, TAngleterre et la Hollande,
qui avaient promis la garantie du traité d'Âlt-Ranstadt. Épuisées
par la guerre qu*elles soutenaient contre Louis XIY, ces puis-
sances répondirent par un traité de neutralité (La Haye, 20 no-
vembre 1710) auquel Charles XII refusa de se soumettre. Il
allait envenimer par son étrange conduite ces motifs extérieurs
d'hostilités et de désastres, pendant que d'autres maux, éclatant
au dedans de son royaimie, couperaient court à tout solide espoir
de remède. La Réduction des biens de la noblesse et du clergé
et Tabsolutisme de la royauté, les deux changements accomplis
sons Charles XI , avaient produit de graves mécontentements,
à la suite desquels l'inquiétude de l'avenir était générale. Les
levées militaires, les taxes oppressives, l'interruption du com-
merce et de l'industrie par suite de plusieurs années de guerre
accablaient le pays. Le sénat, chargé de Fautorité centrale en
Suède pendant l'absence prolongée du roi, et sans l'avoir tout
entière, puisqu'il lui fallait attendre et faire exécuter les ordres
royaux, manquait d*autorité et de confiance; il ne pouvait se
faire obéir et il ne partageait pas les illusions du roi quant à
rissue de tant de ferres.
D^autre part, la même année 1709 avait vu la journée de Pul^
tava et celle de Malplaquet. La France était épuisée presque
autant que ses adversaires. Comme eux, elle souhaitait une paix
générale; mais plus qu'eux, opposant au prince Eugène et à
Harlborough sa vitalité et ses ressources, son Unité d'action,' un
Vilkrs, un Louis XTV, elle était capable finalement d'un grand
effort. Son infatigable diplomatie ne songeait donc pas à aban-
donner ce qu'un réveil de la Suède pouvait encore lui promettre
de concours efficace ou de diversions et de prétextes utiles. Sans
robstination insensée de Charles XII, ce réveil eût été possible.
A peine était-il réfugié pour cinq ans en Turquie, Louis XIV lui
faisait offrir le secours de ses vaisseaux pour le ramener dans ses
États. Sa résolution opiniâtre d'exciter à tout prix les hostilités
des Turcs contre la Russie ne contrariait pas entièrement la
politique française, et les trois déclarations de guerre qu'il obtint
mxiv INTRODUCTION.
de la Turquie coatre les Russes en 1711 et 1712 donnèrent lieu à
quelques espérances \ Pendant ce temps Louis XIY accordait
un secours d'argent et des grains pour aider à Tentreprise du
comte Stenbock, qui, pendant Fabsence du roi de Suëde, débar-
quait avec une année en AUemagne et obtenait un succès éphé-
mère. D'ailleurs, lorsqu'il fut évident que les Russes, désormais
instriûtS'dans Fart de la guerre, étaient sans cesse vainqueurs,
leurs alliés mêmes en Europe s'effrayèrent de leurs progrès. Le
roi de Pologne commença de trouver que le czar était un dan-
gereux ami, et proposa de partager sa couronne avec Stanislas,
le candidat du roi de Suède. Le roi de Prusse, songeant à Tave-
nir, proposa au commencement de 1712 de conclure avec la
Pologne et la Suède une alliance à laquelle le Danemark se
serait joint probablement, et qui aurait pu devenir un grave
obstacle pour la Russie. Ajoutez que celte année 1712 ame-
nait des événements favorables à la France, comme la ohute
du ministère whig en Angleterre et la bataille de Denain.
Les circonstances n'auraient donc pas manqué au roi de
Suède pour modifier la situation où les malheurs de la guerre
l'avaient plongé. Dans un autre temps, la France aurait proba-
blement voulu, pour un profit mutuel, susciter la médiation
suédoise à Utrecht comme à Ryswick. La Suèâe envoya du moins
un représentant, Palmquist, au congrès réuni en janvier 1712;
mais il ne fut que l'organe des refus de son mattre à toute sœrte
d'accommodement. En cédant alors la province d'Ingrie avec
Narva, Charles XII aurait pu sans doute obtenir la paix, garder
Wismar et la Poméranie, et reprendre une situation que la com-
munauté des intérêts aurait peut-être rapidement fortifiée et
grandie. En vain ses principaux ministres, Wellingk et MûUern,
se jetèrent à ses pieds en invoquant le salut du pays et celui de
sa .couronne; il avait juré, lui aussi, comme son père Charles XI
au temps de Nimègue, et avec une obstination plus folle encore,
de ne pas céder un pouce de territoire ; il ne voulut pas que
Stanislas, qui s'y offrait, consentit à la moindre concession, et
1. Espérances qui échouèrent complètement : Pultava et la défaite sur les bords
du Pruth ont ourert définitivement aux Russes les chemins de l'Allemagne.
INTRODUCTION. lxxxv
tout accord se trouva impossible avec cette « tète de fer ». On
apprit en même temps au- congrès Téchec final de Stenbock et
l'absurde Kalabalik^, Toutes les puissances abandonnèrent donc
la Suède ; l'Angleterre proposa une ligue pour contraindre à la
paix ceux qui combattaient encore, et le roi de Prusse profita du
trouble général pour se faire remettre, à titre de garantie tem-
poraire, la ville de Stettin, cette capitale de la Poméranie sué-
doise, que le roi de Pologne assiégeait et que certainement la
Pmsse garderait. Non seulement on traitait de la paix sans la
Suède, mais il semblait que ses ennemis eussent carte blancbe
pour so partager ses dépouilles. Les trop tardifs efforts du diplo-
mate suédois Éric Sparre lors de la paix de Rastadt et du
congrès de Bade pour introduire quelques combinaisons d'al-
liances n'aboutirent pas; mais Eugène et Yillars arrivèrent à
Bade an mois d'août 1714, et ce dernier, qui avait l'ordre de
servir les intérêts de la Suède, ne put que consentir en trois
jours à la paix définitive, sauf les affaires suédoises, qu'un
congrès ultérieur réglerait.
Et ce fut encore la France qui, après le retour de Charles XII
dans ses États, à la fin de 1714, prit à tftche d'amener enfin cette
entière conclusion. La Suède était fort déchue. La misère inté-
rieure était arrivée à un tel degré que la chancellerie de Stock-
holm, nous disent les chroniqueurs suédois, n'avait plus de
frais de bureaux, plus de papier à lettres ni de cire à cacheter.
Au Kste, elle n'écrivait plus de dépèches, le roi s'étant réservé
toute action, et cela pour rester des semaines entières sans oom*
•maniquer avec ses agents du dehors. Pourtant cette misère
ialime n'était pas bien connue en Europe; le nom de la Suède,
la réptitMion de ses armées et de son roi, continuaient d'exercer
quelque action. Sa situation géographique, sa marine, les secours
qu'elle pouvait retrouver, tout cela permettait de songer encore
à tirer quelque profit de son alliance. L'année même de sa mort,
Louis XrV, cédant aux instances de l'ambassadeur de Suède
Sparre, qui demandait sans cesse du secours, renouvelait à
1. Le singalier combat soutenu par Cbarles XII et son escorte à Vamitza, le
l« férrier 1713, contre une petite armée de Turcs, était connu d'eux sous le nom
de Kala-BoHky téehauffourée.
LXXXYi INTRODUCTION.
Paris avec cette couronne un traité défensif (3 avril 1715). Le
principal article du nouveau traité entre les deux rois était la
conservation de leurs États réciproques, particulièrement de
ceux qu'ils possédaient actuellement ou devaient posséder en
vertu des traités de Westphalie, confirmés par ceux de Nimègue,
de Ryswick et de Bade. Louis XIY promettait d'insister pour
faire rendre à Charles XII les portions de ses États perdues en ce
moment, et de lui procurer des secours jusqu'à la fin de cette
guerre. L'obstacle des distances empêchant Tenvoi d'un corps
français, la cour de Versailles mettait à la disposition du roi de
Suède un subside annuel de 600,000 rixdales de Hambourg
pendant la durée des hostilités. Le roi de Suède communiquerait
à Louis XIY toutes les propositions de paix qui lui seraient
fttites. Il agirait de concert et ne prendrait seul aucun enga-
gement ; Talliance était conclue pour trois années. Les ratifi-
cations paraissent avoir été échangées entre Torcy et Sparre à
Marly le S mai. Trois jours plus t6t, un traité secret venait d'être
signé à Berlin entre le roi de la Grande-Bretagne comme élec-
teur de Hanovre et le roi de Danemark, avec l'espoir, qui
se réalisa, d'y attirer le rOi de Prusse, pour se garantir mutuel-
lement les duchés de Brème et dé Werden et celui de Slesvig,
et enlever à la Suède Wismar et la Poméranie depuis la Peene
jusqu'à Stralsund.
Est-ce que, malgré ces apparences de sincérité, la France
a eu, dans les intrigues et les malheurs qui accablèrent les
dernières années de Charles XII une part d'influence active ?
Est-il vrai, par exemple, que son ambassadeur à Stockholm,.
Golbert de Groissy, ait appuyé de son crédit les instances des
chefs jacobites, qui voulaient obtenir le concours intempestif
d'une armée suédoise en Ecosse? Rien n'a été moins démontré.
Est-il vrai, cOB3rme on Ta dit aussi, que le gouvernement français
n'ait pas été pour rien dans le meurtre de Gharles XII, empressé
qu'il était de faire donner la couronne de Suède au jeune duc de
Holstein Gharles-Frédéric? Il est facile, au contraire, enlisant
les correspondances politiques, de constater que cet événement
prit le ministère français au dépourvu. Instructions et de dépè-
ches montrent que Ton recommandait à nos agents de se t^r
INTRODUCTION. lsxxvu
ea observation; et, s'il arrivait malheur à Charles XII, de se
porter vers celui des candidats à la couronne qui serait pro-.
clamé par les Suédois eux-mêmes. Il est bien prouvé d'ailleurs
que Charles XII a été tué par un biscaïen lancé de la forteresse.
norvégienne de Frederikshald, qu'il assiégeait. C'est le temps où
le Holsteinois Goertz, devenu ministre tout*puissant de Char-
les XII, chargé par lui d'administrer les finances et de procurer
«ne paix quelconque, multipliait ses remarquables ressources
d^esprit et obtenait quelques succès éphémères. Il est probable
qae^, s*il avait écouté un instant les Jaeobites, qui croyaient
trouver par lui le secours effectif de la Suède, c'était pour obtenip
d'eux en faveur de son maître des sonmies en échange desquelless
il comptait ne rien donner \ Ses mesures arbitraires en finance,.
son mépris des droits personnels et de la propriété privée, eix
partie explicables par la situation affreuse à laquelle il entre--
prenait de remédier, accumulaient sur lui d'innombrables
haines, qu'il expia au lendemain même de la mort de Ghar^
les Xir, quand ses ennemis triomphèrent. Pour ce qui létait de
la paix, il avait entrepris avec le czar Pierre des négociations
qui paraissaient devoir tourner au profit de la Suède.
C'est également à rétablir la paix du Nord que la diplomatie
française, pendant toutes ces années, s'employa. Elle finit par
y réussir, quand le gouvernement suédois, confié par- élection
à la seconde sœur de Charles XII, Ulrique^Éléoinorei et bientôt
i^rès à son mari le prince de Hesse-Cassel, comprit qu'il lui
fiiUait expier les fautes du précédent règne, et traiter à tout prix*.
Le comte de la Marck, notre, ambassadeur, et après . lui Cam4
predon, procurèrent par leurs soins l'aocommodemeiut avec l'An^
gleterre, 20 novembre 1719. Celle-ci obtenait les duchés de
Brème et de Yerden, que le Danemark détenait, et qu'il céda en
échange d'une garantie anglo-française du Slesvig 26 juillet,
1. U M peat bien qoo Colbert de Croissy, rambassadeur d^ France, ait fait à
Charles XII au sujet des Jaeobites des ouvertures qui dépassaient ses Instructions
officielles. On loi écrivait de Versailles ces paroles quelque peu équivoques : « Le
temps n'est pas venu où le roi de Suède peut prendre aucune mesure au siyet de
Tagitation actuelle en Angleterre. Ne l'y excitez pas. J'ai promis de laisser le roi
d'Angleterre régner... Si la nation angloiso faisoit une rupture, alors je scrois
Ubre. n Juin 1715.
r
Lxxxviii INTRODUCTION.
48 août 1720. Un traité de la Suède avec le Danemark reeoaBi&t
cette garantie, 14 juin 1720, sauf à pourvoir ultérieuremeiit aux
moyens de dédommager le duc de Holstein ; et la même année,
un traité du 1** février avec la Prusse céda à cette coorMime
Tobjet de ses longues convoitises, cette ville de Stettin qu'cMe
s'était fait remettre sous prétexte de garantie, avec la ferme
résolution de ne jamais la rendre. On y ajoutait ce qu'on appe-
lait les dépendances, c'est-à-dire une partie considérable de la
Poméranio occidentale jusqu'à la Peene, avec les trois embou-
chures du Pommersche-Haff et les lies de WoUiu et Usadoiod,
ce qui livrait à la Prusse la navigation de TOder. Enfin la
paix de Nystad avec la Russie, 10 septembre 1791, livra au
czar ta Livonie, TËsthonie, la Carélie, Tlngrie, et la place de
Viborg on Finlande. La paix avec le Danemark du 14 juin 1720
avait été seule un peu moins désavantageuse pouf la Suëde; qui
était rentrée en possession de Wismar et d'une partie de la Pomé-
ranie. Elle ne conservait en définitive que les pays entre le Mec-
klembourg, la Baltique et la Peene, avec Tlle de Rûgen. C'est
tout ce territoire qui fut cédé par elle en 1814 en échange de
la Norvège au Danemark, lequel le céda Tannée suivante, en
échange du Laucnbourg et do dix millions de franes, à la
Prusse, devenue ainsi maîtresse de toute la Poméranie.
En résumé, le principal résultat des traités de 1719 à 1921
était de constituer la force nouvelle de la Prusse et de la Russie.
La Russie en particulier passait de l'état de puissance «liati^ue
à celui de puissance européenne. Sa nouvelle capitale 4tait
désormais fondée; des milliers de Suédois prisonniers étaient
employés par le czar à civiliser ses sujets moscovites; les débris
de l'armée suédoise allaient servir à former et à discipliner Far-
mec russe. Quant à la Suëde, elle sortait entièrement Abattue
des luttes où l'insensé Charles XII l'avait précipitée. Pierre P*
s'était vanté dans une relation publique de lui avoir détruit en six
semaines cent quarante et un châteaux, mille trois cent soixante
hameaux ou villages, etc. Ce qui était pire encore, elle demeu-
rait avec une constitution détestable, que ses cupides roisins
allaient, à cause de cela, prétendre garantir, et qui la conduisait
sûrement aux mêmes maux dont souffrait la Pologne et aux
INTRODUCTION. lxxxix
mêmes destinées. Esi eifet^ l'acte du 2 mai 1720 rendait la
royauté suédoise élective ; l'absolutisme dont Tavaient investie
les derniers rois faisait place aux capitulations imposées, aux
réactions ambitieuses, à Tautorité incertaine d'un sénat solidaire
des États du royaume, à Tanarchie, aux querelles des partis, à la
corruption politique (Voir llnstruction au comte de Modène, du
38 août 1768). Ulrique-Éléonore, la sœur puînée de Charles XII,
avait été élue reine, disions-nous, et elle avait accepté cette
constitution funeste de 1720, cette diminution de Tautorité royale
dans uM État sans unité, cette prétendue revendication des libertés
nati<male^ dans un pays sans esprit public. Le 4 avril de cette
même année, elle associait au trône, du consentement des États,
son mari Frédéric, prince de Hesse-Gassel. Elle-même cependant
n'avait puisé son droit à être désignée à Tavance préférâblement
à Hedwige-Sophie, sa sœur atnée, moile d'ailleurs en 1.708, que
daittunevieilleloide 1604 rappelée parle testament de ChaflesXI,
et sdon laquelle^ à défaut des màles, la couronne appartiendrait
à k We ojon'maipée ; eUe s'était mariée plus tardivement que sa
sœur^ce qui rendait d'autant plus faible runiqqe fondement
légal de son privilège. Mais Hedwige-Sophie avait laissé de son
union avec Frédéric lY, -duc de Holstein-Gottorp, mort en 1702,
un fils, Charles-Frédéric, dont les prétentions rivjiles allaient être
seutennes par un gifind nombre de partisans. Devenu en 1725
le gendre du czar Pierre et de Catherine, ce candidat à la cou-
ronne encouragea en Suède des espérances souvent coupables,
qui n'hésitèrent pas à invoquer rintefvention étrangère. Ce fut
le signal de factions, et -l'origine de cette misér{J»le période dite
« de la liberté », mais plus exactement désignée par les novof^
ridikdes que se donnèrent alors les deux principaux partis, les
Chameaux et les Bofinets. La France ctvait trop d'anciennes atta-
ches avec la Suède, trop d'intérêts subsistants dans la politique
générale du Nord, pour ne pas revendiquer sa part d'influence
mène au milieu de ces luttes. S'il n'était plus question de con-
server une compagne de gloire, il fallait au moins veiller à ce
que la profonde décadence qu'on n'avait pi\ arrêter jie profit&t
pas outre mesure à des puissances nouvelles déjà redoutables;
Peut-être ne devait*on pas désespérer de retrouver un jour, si
xc INTRODUCTION.
Ton savmt lai rendre quelque force, un utile appui dans ralliance
raédoise.
IV
Le danger russe était certes le plus menaçant. Catherine,
pendant ses deux années de règne après la mort de Pierre P%
parlait d^envoyer une flotte pour imposer comme roi à la Suède
le duc de Holstein, mari de sa fille Anne, et elle prétendait gou-
verner sous son nom. Ce changement aurait coûté san^ doute au
Danemark toutau moins le Slesvig, et à TAngleterre, qui lespos*
sédait depuis 1720, les duchés de Brème et de Yerden. Pour
s'opposer à ces nouveaux troubles, Angleterre, France et
Prusse formèrent l'alliance de Hanovre, 3 septembre 1725. Il
importait fort d'y attirer la Suède. Sollicitée de toutes parts
pendant une année, elle comprit que l'alliance française était
toujours celle qui menaçait le moins son indépendance, et, le
14 mars 1 727, elle accéda entièrement au traité qui subsistait entre
la France et FAngleterre, mais dont la Prusse s'était complè-
tement séparée. Une g^antie réciproque unissait les trois cou*
Tonnes contractantes. En cas d'attaque, la France devrait fournir
un corps de 12,000 hommes, l'Angleterre db même, et la Suède
8,000 hommes, ou bien un secours équivalent en argent ou en
navires. La Suède s'engageait par un article secret à procurer
10,000 hommes qui entreraient à la solde de la France et de l'An^
gleterre, à moins qu'elle n'eût besoin de cette même force pour
sa propre défense. Ni l'un ni Tautre des deux corps suédois ne
pourrait être employé en Espagne ou en Italie. La France et TAn-
gleterre promettaient en revanche de payer à la Suède chacune
un subside annuel. Un traité signé le 16 avril de la même année
par M. de Camilly au nom de la France avec le Danemark, d'ac-
cord avec l'Angleterre, et constituant dans la basse Allemagne
un corps de troupes contre les progrès de l'invasion orientale,
était un corollaire de ces importantes mesures. Le péril d^une
influence extrême de la Russie sur la Suède et dans la Baltique
était pour quelque temps conjuré, la politique suédoise était de
INTRODUCTION. xci
nenveav TamdDiée vers la France, et les années qui suivirent
immédiatement furent pour le Nord une période trop rare et
trop courte de calme et de sécurité.
La mort du roi Auguste III de Pologne faillit Ten tirer subi-
tement en 1733. Le roi de France devait naturellement saisir
cette occasion d*une nouvelle tentative dans l'intérêt de Stanislas
Leesiiiâki, devenu son beau-père. On devait s'attendre ausû à ce
qu'il fédamàt la coopération de son allié le roi de Suède, toujours
si intéressé aux vicissitudes des pays riverains àe la Baltique, et
partieulièrement de la Pologne. Mais la Russie, la Prusse et
FAutriche, toujours à Faffùt dès qu'il s'agissait des affaires polo-
naises, avaient pris à l'avance des mesures en commun. Des deux
candidats naturellement désignés pour la succession royale, l'un,
le fils d'Auguste II, le. prince électoral de Saxe, déplaisait aux
diés, soit parée que son père avait protesté contre la fameuse
pragmatique sanction de Charles YI, soit parce que lui-même,
par sa femme y avait des prétentions à la succession autrichienne,
soit enfin parce que son électorat le rendait assez puissant pour
&ire de hii un voisin fâcheux. L'autre candidat, Stanislas,
déplaisait aussi, à cailse de ses liaisons avec la France et la
Suèdes Les alliés avaient donc pensé à présenter et à soutenir
comne candidat un prince portugais, don Emmanuel. Le fils
d'Auguste H chetcha cependant à gagner. l'Autriche en pro-
mettant de reconnaître et de garantir lapragmatique, et la Russie
e& promettant de préeurer au fovori de la czarine Anna le duché
deCoutlazide; il y réuissit, et le roi de Prusse, qui avait certes
pi»8 .de raisons encore que ces deux puissances pour redouter
Télection du juînoe de Saxe, resta simple spectateur des évé-
nettients : une axinée aiistro^russe se mit en mouvement pour
appuyée l'élection.
D'autre part, la France avait agi avec empressement pour
Stanislas ; l'or friançais avait acheté des voix, tout en déclarant
qu'on voulait maintenir la liberté de l'élection. La Suède com-
prenait aisément qu'avec le sort de la république polonaise,
menacée comme elle par les Russes au dehors et par une mau-
vaise constitution au dedans, c'étaient ses propres destinées qui
s'agitaient. Il y avait encore dans le gouvernement suédois des
xcii INTRODUCTION.
hommes qui avaient combattu jadis avec Stanislas et pour lui ;
son nom; était mêlé au souvenir des derniers jours honorables
que la Suède eût connus. L'écrit public lui était donc favorable ;
mais il fallait absolument le concours actif de la France. Les
Polonais déclaraient de leur cdté, dans la diète du 23 mai, que le
futur roi devrait être de naissance polonaise, et ne disposer d'au-
cune possession ni d'aucune force militaire en dehors de la
Pologne : c'était assez éloigner le prince de Saxe et désigner
Stanislas. La France parut se mettre en mouvement. Une flotte
fut armée à Brest, pour conduire Stanislas en Pologne, disaitroa.
Des négociations commencèrent à Stockholm; mais il fallait
qu'elles fussent conduites secrètement. En effet, le roi de Suède
Frédéric avait conclu à Smalkalde, comme landgrave de Hesse,
une alliance avec TEmpereur ; on avait vu par là quels étaient
ses vœux personnels, et on craignait qu'il ne révélât à la cour
de Vienne les plans formés en Suède pour le succès de
Stanislas. Notre ambassadeur Gasteja se contenta donc de con-
versations confidentielles avec les ministres suédois. Ils lui
demandèrent un subside de deux millions de rixdales et le
concours de galères françaises pour agir dans l'archipel finlan-
dais, car les Suédois voulaient aller attaquer Viborg. L'arrivée
d'une flotte française dans le Sund en ces circonstances fut
saluée en Suède avec joie ; on lui fournit des pilotes, avec un
port suédois pour ses quartiers d'hiver. Cependant Stanislas
échouait en Pologne. Élu roi le 12 septembre, il voyait élire son
riv^l le 5 octobre sous la pression russe ; la noblesse qui l'avait
d'abord soutenu se dispersait; il en était bientôt réduit à cher-
cher un asile à Danzig. La flotte française elle-même revenait
à Brest, et Gasteja restait plus de quatre mois, du 23 septem*-
bre 1733 au 27 janvier 1734, sans recevoir de réponses décisives
du cabinet de Versailles.
L'indifférence française venait de ce que l'aSiaire de Pologne,
pour la cour de France, n'avait qu'un intérêt secondaire et n'était
qil'un moyen en vue d'un autre but, la lutte contre l'Autriche.
Le bruit se répandait précisément que l'empereur voulait marier
sa fille au duc de Lorraine, ce qui pouvait devenir pour la France
un danger presque intérieur : l'immixtion de l'empereur et de la
INTRODUCTION. xciii
Russie dans la question polonaise offrait, en de teUcs circon-
stances, un excellent prétexte de diversion et d*attaqae. On ne
demandait pas mieux que de voir Stanislas, au milieu du débat,
gagner sa couronne, mais il pouvait paraître que les hommes et
Talent dont on disposerait seraient mieux employés en Italie ou
sur le Rhin. Si les Suédois se laissaient entraîner à une attaque
directe contre les Russes, on en profiterait; mais on n*était pas
disposé à sacrifier pour eux des subsides. On laissait donc sans
réponse les propositions suédoises, on s'assurait l'allianee
de la Sardaigne, le concours de FEspaghe, et, cela fait, on dé*
clarait la guerre àTempereur.
Quand on vit cependant les Russes se répandre en Pologne
presque sans obstacles, et les partisans de Stanislas n'opposer
presque aucune résistance sérieuse, on reprit les négocia^
lions (36 novembre) ; Gasteja trouva le ministère suédois défiant
sans doute, mais désireux encore que des subsides français et des
négociations avec le Danemark permissent une action directe. -
n demandait la liberté d'acheter 4,000 soldats suédois pour
aller d^vrer Stanislas à Danzig; il lui fut seulement permis
d'enrOler des officiers et des soldats volontaires, et d'acquérir de
la poudre, des canons et des armes ; le tout fut conduit à Danzig,
avec deux ou trois cents Suédois, dont la moitié étaient officiers.
Pendant que les négociations continuaient pour obtenir qu'un
corps auxiliaire se joignit de Stockholm à l'expédition que la
France préparait, on sait quelle faible troupe le cardinal de
Fleury ^ivoyait aux assiégés. Il se rendait ainsi responsable de
Téchec du candidat français et de Théroîque mort de Pléio K
La guerre de la succession d'Autriche offrit d'abord à Tarn-
bition suédoise de tout autres séductions que la guerre de la
succession de Pologne. Frédéric II avait envahi la Silésie
aussitôt après la mort de l'empereur Charles YI, en 1740. La
France, qui le soutenait contre la jeune impératrice et contre la
Russie, alliée de Marie-Thérèse, appelait à son parti les États du
Nord, en essayant de nouer une alliance entre le Danemark et
i. V. rintëressant volume de M. Rathery : Le comte de PUlo, 1876, in-8. V. notre
Toliiiiie des InsteactionB pour le Danemark.
xciv INTRODUCTION.
la Suède. Apres quelques hésitations, qui cédèrent aux instances
de notre ambassadeur M. de Saint-Séverin, la Suède promit une
coopération en échange de laquelle on voit qu'elle avait conçu
d'étranges espérances. Elle comptait recouvrer par la défaite de
la Russie tout ce qu'elle avait possédé jadis sur les rives méri-
dionales et orientales de la Baltique ; elle voulait acquérir, en
outre, tout le pays entre le lac Ladoga et la mer BlÀnche. Si les
chances de la guerre n'étaient pas favorables, elle se contenterait
de recouvrer la Carélie et le cours de la Neva, avec les forte-
resses et les villes riveraines, Pétersbourg et Gronstadt com-
prises. Elle n'attendait pas moins d'une alliance active avec deux
puissances telles que la France et la Prusse, et d'une forte diver-
sion de la part des Turcs. Un traité récemment conclu par elle
avec la France, le 10 novembre 1738 \ amena sa déclaration for-
melle de guerre contre la Russie en 1 741 ; mais les deux campagnes
suédoises de 1741 et 1742 furent malheureuses. Toute la Fin-
lande tomba au pouvoir des Russes, et ils ne la rendirent, avec la
Botnie orientale et les lies d'Aland, qu'à la condition que l'admi-
nistrateur du duché de Holstein-Gottorp, Adolphe-Frédéric, serait
élu prince royal de Suède de préférence au prince royal de Dane-
mark, dont le succès eût renouvelé Tancienne union des trois
royaumes du Nord. L'élection eut lieu en effet le 23 juin 174S ;
c'est par elle que, neuf ans après, en 1751, Frédéric de Hesse-
Gassel étant mort sans enfants, le candidat imposé par la Russie
régna sur la Suède.
On sait quel changement subit des alliances européennes,
quelle transformation de la politique française en particulier,
furent introduits par la guerre de Sept ans. Tout entier à l'al-
liance autrichienne en 1786,1e ministère français avait désormais
pour ennemi déclaré le roi de Prusse. Tandis qu'on avait applaudi
jadis à l'invasion de la Silésie, les opérations de Frédéric en Saxe
et en Bohême étaient maintenant dénoncées comme d'intolé-
rables infractions aux traités de Westphalie. La Suède, avec
laquelle la France avait renouvelé pour dix nouvelles années, en
1. G. O. MalrastrOm, Sveriges poHHska hisioria,», Eistoire politique de la Suède
depuis la mort de Charles Xli jusqu'à la révolution de 1T72, tome II, page 159.
INTRODUCTION xcv
1754, le traité de 1749 non encore échu, fut donc invitée à dé-
poser à la diète de Batisbonne, avec les autres États garants,
une déclaration pour la défense de ces traités, et la France et
TAutriche ouvrirent avec le ministère suédois une négociation
qu'il filUut tenir secrète le plus longtemps possible, puisque la
nouvelle reine, Louise-Ulrique, femme d'Adolphe-Frédéric, était
la propre sœur du roi de Prusse : il y avait danger que celui-ci,
informé à temps, mit la main sur Stralsund, la seule place forte
qui restât aux Suédois en Allemagne. En vain le ministre danois
Bemstorf conseillait-il une alliance entre les deux royaumes du
Nord et une ferme neutralité; la Suède ne Técouta pas, et con-
clut le 21 mars 17S7 avec la France et TAutriche une convention
que la Russie approuva ^ Cette convention et les pourparlers qui
suivirent — on en peut juger par Tlnstruction envoyée au mar-
quis d'Havrincour en mai 17S7 — ouvraient aux Suédois des per-
spectives moins vastes sans doute que celles de 1741, mais qui
pouvaient leur paraître plus assurées. En échange d'un corps
armé qui viendrait faire dans TAllemagne du Nord une diversion
fort gênante pour Frédéric II, on leur garantirait le recou-
vrement de ce que les traités de 1679 et de 1720 leur avaient fait
perdre de la Poméranie. La présence de Tannée suédoise prou-
verait à l'Allemagne et à l'Europe que les alliés ne méditaient
aucun mauvais dessein contre les États protestants. Cette armée
serait un noyau autour duquel les princes allemands, faisant
cause commune contre la Prusse, pourraient grouper leurs trou-
pes. Les armées françaises s'empareraient deMagdebourg, après
quoi Stettin serait attaqué de concert pour être remis aux Sué-
dois. Une nouvelle convention, en date du 22 septembre 1787 ',
obligea en conséquence la Suède à faire passer en Allemagne un
corps de 20,000 hommes, et l'engagement des alliés de procurer
aux Suédois la possession de toute l'ancienne Poméranie sué-
doise fut inscrit, non pas dans le traité même, qui devait être
ratifié par le roi de Suède, mais dans un acte spécial, qui n'aurait
besobi que des ratifications du roi de France et de l'impératrice,
i. Malmstrôm, IV, 276. Cf. A. Soxel, Instructions pour TAutriche, p. 367, 373.
2. M&lmstrOm, là,, page 282.
W
xcvi INTRODUCTION.
tant il y avait d'intérêt à tenir dans Tignorance d*une telle trans-
action le faible roi de Suède, beau-frère de Frédéric IL Un
accord particulier de la Suède avec la France, 13 avril 1758, fixait
la question des subsides. A la fin do cette même année, le duc de
Ghoiseul remplaça le cardinal de Bemis au ministère des affaires
étrangères, et son ardeur enfanta de nouveaux projets, tels que
celui d'une descente en Ecosse et en Angleterre, pour laquelle il
n^hésitait pas à demander avec instance le concours actif des
armes et de la flotte suédoises : il se chargeait de tous les frais et
promettait en récompense Ttle anglaise de Tabago ^
C'était aller trop vite en besogne, et une pareille proposition
avait bien de quoi efirayer ]a Suède. Ajouter à la guerre contre
la Prusse, pour laquelle on avait du moins quelques graves
motifs, une autre guerre contre une puissance telle que l'Angle-
terre sans aucun grief réel, rompre avec la nation commerçante,
en partie maltresse du trafic de la Baltique, qui soutenait le mieux
l'exportation suédoise, c'était risquer des désastres que peu de
chances de succès pouvaient conjurer. Le ministre suédois,
M. de Hôpken, fit au duc de Ghoiseul des objections sensées ;
comme la fougue de celui-ci le rendait intraitable, M. deHÔpken,
intéressé à ne pas rompre, feignit do se convertir : il en vint
à s'extasier même sur un si beau dessein, que le brillant homme
d'État français avait seul pu concevoir; mais il y fallait, disait-il,
de la prudence et du secret; le corps suédois destiné à l'Alle-
magne en serait diminué d'autant, on devait s'y attendre; il fau-
drait le temps d'armer la flotte suédoise,... et pendant tons ces
retards, Hôpken l'espérait du moins, quelque complication nou-
velle, quelque changement de vues pareil à ceux que multi-
pliait la politique capricieuse et passionnée de ces temps,
viendrait dispenser la Suède de remplir des engagements insen-
sés, que sa faiblesse lui interdisait de rejeter ouvertement
et d'avance.
La coopération suédoise à la guerre de Sept ans ne fut certes
pas inutile. La petite armée à laquelle était attaché un officier
1. V. aux archives dos Affaires étrangères dans le registre Suède, Documents,
15, un tt Mémoire historique concernant la négociation qui a pour objet d*engager
la Suède & concourir & Texécutiondu projet de descente dans les tles Britanniques ».
INTRODUCTION. xcvii
fra&cais diplomate, H. de Hontalembert, retint en Poméranié un
corps prussien qui aurait pu, sans cela, relier les troupes de Fer-
dinand de Brunswick, et lui permettre de presser avec plus de
succès encore les Français entre le Rhin et TElbe. M. de H^ken
n'en exprimait pas moins dès la fin de 17S8 son grand désir de
voir faire la paix. Plusieurs campagnes se succédèrent sans que
la Suède osât se retirer. Finalement, le 22 mai 1762, en même
temps que la Prusse et la Russie se réconciliaient, elle signa sa
paix à Hambourg avec la première de ces deux puissances. Elle
conclut plus tard, le 5 avril 1766, un traité particulier avec TAn-
gleterre. Il semblait donc qu'elle nous échappât entièrement par
de teUes relations extérieures, et à Tintérieur aussi, elle paraissait
96 laisser entraîner à l'influence anglo-russe remplaçant Tin-
flaence française. Ce n'était là toutefois qu'une apparence, ou
tout au moins qu'une réalité passagère, qu'allait arrêter et
transformer un nouveau système politique de la cour de France
envers la Suède, dès que le duc de Ghoiseul, en avril 1766,
aurait repris le pouvoir.
Ici s'ouvre une dernière campagne de la diplomatie française
considérée dans ses rapports avec les États du Nord et princi-
palenient avec la Suède de 1648 à 1789, campagne dont l'objet
fat précis, la marche prudente et continue, le résultat heureux
et utile. Elle compte deux périodes presque également quoique
différemment actives, celle qui dut préparer à Stockholm les
changements souhaités, celle qui fut consacrée aux efforts
nécessaires pour protéger et achever de faire mûrir les fruits
obtenus.
Nous n'avons pas à refaire le tableau si souvent tracé de la
profonde et humiliante anarchie poKtique et morale dans laquelle
les malheurs suscités par les folies de Charles XII avaient plongé
la Suède. Ce o'étaient pas seulement l'industrie et le commerce
qui étaient ruinés par l'effet de tant de guerres, quoique loin*
taines, c*étaient les sources vives du pays qui s'étaient épuisées,
et les principales de toutes, l'énergie native, le caractère national.
On ne saurait dire jusqu'à quelles hontes descendit la corruption
des consciences politiques pendant la funeste période qui com-
prend les règnes de Frédéric I" et d' Adolphe-Frédéric. Les deux
BKCUBU. DES INSTRUCT. DIPIX)MAT. II. — Q
xcvni INTRODUCTION.
factions s'offrirent à l'or étraqger, à la Russie^ à rAngleterrç,
à la France, et leur vendirent publiquement le^.intérièts et Tl^pn-
neur de leur pays. Le rétablissement de la monarchie élective
donna la couronne de ^uèd^ à un électeur de Hesse, à un. duc de
Holstein. La royauté ell?-m^mç, dépQurvMC de toute pudeur
comme de tous. droits, se fit payer a^ del^ers. Adolphe-Frédéric
et sa femme, soeur du roi de Prusse, demandèr^nt et .reçurent
du roi de France jusqu'à onze cent mille livres pour payer
leurs dettes pçrsonnjelles.On les a vus, lors des négociations
de 1.786 et 1757,. retenus soigneusçiment .par lep puissances
et par leurs propres ministi^s .da,ns l'ignorance des dém^ches*.
et des .engagements conelus avec les autres cours* La cons^
quence naturelle et immédiate. d'une si profonde anarchie. a;vait
été de faire déchoir la nation de Gustave^Âdolphe au.mAmo
degré de faiblesse menaçante que la Pologne : les ipçièmes clangers
pesaient certainement sur les deux pays. En Suède, comme eq
Pologne, des interventions étrangères prétendaient garantir e4
sauvegarder de tout amendement les vices de la constitution
récente, ceux de l'esprit public^ les mauvaises passions et les
appétits cupides. La Russie et la Prusse ne vouLaienJtpas:gu'pn
touchât à la constitution de 1720, parce qu'elles savaient qua la
Suède, en proie à dé tels fléaux, ne tarderait pas à mûrir pow un
démembrement inévitable.
Si la France, elle aussi, avait soutenu son influence on Suède
par l'achat des consciences, elle avait eu d'autant plus tort que la
pensée d un partage où elle pût chercher quelque profit lui était
étrangère. Mais du moins, f^rès s'être convaincue que les
sommes considérables par elle affectées à ce vil usage ne pro-
duisaient que la ruine^ sans aucun avantage durable pour les
autres ni pour elle-même, elle résolut d'y renoncer, et de Tra-
vailler au contraire au rétablissement de la constitution sué-
doise sur de plus salutaires principes. Les circonstances étaient
favorables. Adolphe-Frédéric et Louise-Ulrique avaient un fils né
en Suède même, habitué à la langue et aux mœurs suédoises, un
prince vraiment national. Sur lui devaient reposer les nouvelles
espérances; il fallait le mettre en état de prendre en main le
gouvernement de son pays, l'aider à vaincre les résistances du
INTRODUCTION. xcix
dedans et Au dehors, et conquérir de la sorte un solide allié en
même temps qu*ùn 'détitiimit dans le Nord une dangereuse
anarchies.
La réTolutfon 'fle 1772 fut en réalité Fôeuvre de la diplomaliei
française, une c&uvrîe conçue et éohduite par le duc de Choi*
seul, le* comté de Breteuil et le comte de Yergennes, par
Louis XY lui-même, qui s'y intéressa, et ne donna pas à ses
agents secrets d^autres Instructions à ce sujet que celles de son.
ministère. C*est î Versailles qu'on résolut quels subsides seraient
destinés à cette cduse ël quelles démarches seraient conseillées.
C'est de Versailles qu'on veilla sur Gustave et sur ses ennemis,
afin de le fenir en gardé et de prévenir leurs intrigues ; et le gou-
vemenient français eut pour collaboratrice l'opinion. La société
firançÀise, représeiitée par les philosophes et les parlementaires,
ainsi que par quelques grandes dames, reines des salons et ani-
mées par un esprit piiblic fort en mouvement alors, adopta Gus*
tave, prince de Sùfede, comme celui qui devait réaliser dans le
Xord Tidèdl du roi réformateur et philosophe. Gustave, pendant
mn premier voyag'è en France, fut Thôte de Paris autant que de
Versidlles. Voltaire lu! fit accueil; M""" de laMarck, deBoufflers,
de Brionne, d'Egmont, souhaitèrent son triomphe tout en lui
recommandant ce qv'ellésr appelaient les droits des peuples ; et
cette adoption de l'esprit français, force vive en ce temps d'acti-
vité ihtellectueUe et morale, lui fut une alliée puissante. D'ail-
leurs il s'aida lui-même par une vue très nette des circonstances
qui Tentouraient, et parle sang-froid, le courage alerte, la mode*
ration avec lesquels' il accomplit sa journée dû 19 août.
Ce fut une autre tâche, laborieuse aussi, pour la diplomatie
française, quand il fallut détourner les périls qui menaçaient
rce^rvre accomplie en côtnmun. Nous savons aujourd'hui que le
dangtf pour la Suède avait été plus grand encore qu'on ne le
soupçonnait. De très curieux documents historiques, connus
seulement de nos jours, nous l'ont révélé. Frédéric II, dans son
dépit et parmi ses menaces, laissa percer qu'une convention
secrète signée quelques années auparavant engageait la Russie,
la t^sse et le Danemark dans un projet formel de partage de la
c INTRODUCTION.
monarchie suédoise ^ Nous avons montré ailleurs le dépit des
spoliateurs trompés dans leurs espérances et privés *d'mi& se-
conde Pologne. Leurs nouveaux armeniôtitsr parurent mefiMer
la Suéde pendant toute uAé année '/Où prêtait^ Gustave Ili^ponr
se donner le prétexté de les prévenir, des dispositions agres-
sives ; on exigeait qu'il rétablit dans ses États la constitutkm de
1720, qu'on s'était obligé à garantir.. TMais la France déclara
énergiquement qu'elle soutiendrait son àHié. En même temps,
elle le contint lorsque, dans l'enivrement du suecës, dans l'en-
trainement d'une haine héréditaire et hatioùale, avee le* sen-
timent profond d'une nécessité qui s'imposeMil tôt on tard à la
Suède, il convoitait la Norvège et voulait envahir celte posses-
sion danoise. Les ambassadeurs français eurent ordre de eafaner
les ressentiments des cours ennemièé et demies rassurer siur les
projets ultérieurs du jeune roi de Suède, ce qui n'empèeiia' pas
de projeter l'envoi d'une flotte française dàiis la Baltique ou
dans la Méditerranée, pour s^opposer directement ou par diver-
sions aux hostilités des Russes. Ceci loftitêfoiS devenait grave :
il fallait se demander ce qu^en dirait TAngleterre, non pas tant
le cabinet britannique, devenu assez indifférent, que la nation
même, irritée et jalouse depuis la malheureuse guerre de Sept ans.
Un émissaire secret fut envoyé à lord Rochford, quipn^ioea de
singuliers compromis tout en opposant la jalousie nationale *. Un
stratagème de Dumouriez pour aller faire des enrôlements fran-
çais en Allemagne ne réussit pas davantage. On reconnut que le
seul moyen praticable d'assister utilement la Suède était toujours
de lui faire passer des secours en argent. D'ailleurs tout s'apaisa,
parce que nulle puissance n'avait alors intérêt à la guerre eu-
ropéenne. Frédéric II lui-même, qui avait eu le ton si menaçant,
fut des premiers à le comprendre : <( Ceux qui voudront toucher
1. Le traité do 13 décembre 1769 entre la Russie et le Danemark « touchant les
affaires de la Suède » est imprime en entier dans le volume Danske Tractater, 1751-
1800, publié en 1882 à Copenhague, ia-8o, par les soinn de M. P. Vedel, directeur
général du ministère des affaires étrangères de Danemark. Les articles 2 et 10, qua-
lifiés d^articles secrets dans la publication de M. le comte de ManderstrGm, intitulée :
Recueil de documente inédite concernant t histoire de Suède, sont là dans le corps du
traité. Cf. A. Gcffroy, Gustave llî et la cour de France, tome !«', p. 38 sq.
2. V. Le secret du Roi, par M. le duc Albert de Broglie, II, 415.
INTROQUCTi^ON. ci
à. la fmx da Nord, ditril cm ^ de ,co;npte, s*y brûleront les
doiglAn » Gustave III ^vait doac Jsiea choisi le momeot de reven-
dî[q«iir:rîiidépeii4im<%9. de.^oa peiip.lç, et la France pouv^t espé-
rer derretrottvev dai^ le nouve^a ^i un allié vraiment utile.
jGe {ut ea .tout cas uu allié fort occupant. Il lui importait
d'obtenir de fréquentes, marques de notre amitié, parce que
eldtait pour li|i, à Tégard de ses sujets et des autres puissances,
une Aouireci de considération; il lui importait surtout de con-
server et, s'il était po9aible« de voir s'augmenter nos subsides. Il
autorisa volontiers. plusieurs, pfiSciers suédois, comme Stedingk
etFersoa, à prendre purt dans lesraqgs de Tannée française
pour la guerre d'Amérique, et obtint en 1784 qu'une de nos An-
tiyea, 111e Saint-Bmihélemy ^ lui fût cédée en échange d'un en-
trefbi £Eançai3 à Gotheborg.. Lia même année, sur des bruits
inquiétants d'armemeAts en Russie et en. Danemark, il renouvela
ses» anciennes conventions avec la France; un traité secret lui
pfomît» indépendamment des subsides ordinaires selon la con-
vwtîoa de 1783 renouvelée, un secours d'un million deux cent
mille livres par an pendant six années '. Ce n*était pas qu'on
voulût encourager ses velléités un peu turbulentes et ambi-
tieuses; on ne fut pas satisfait de le voir, à l'instigation de l'An-
gUterre et de la Prusi^, chercher querelle à la Russie en 1789 ;
on eût préféré lui faire comprendre que le temps était venu,
pour la Suède comme pour la France, de se préoccuper vivement
des affaires intérieur^s; mais Gustave n'était pas pour goûter ce
conseil-là; il allait se mettre en tète de devenir pour la France
eUe-mèoie un. sauveur; il allait s'imaginer que la révolution
française pouvait bien n'être qu'une brillante occasion offerte
tout exprès à son génie militaire et à son intervention chevale-
resque.
En résumé, l'histoire des relations diplomatiques entre la
France et la Suède de 1648 à 1789 montre clairement à elle
seule quel prodigieux labeur s'imposait à la diplomatie française
pour maintenir son action sur l'échiquier européen. Par l'al-
t. Voy. Gustave îllet la cour de France, t. Il, p. 40 %q.
cil INTRODUCTION.
liance avec la Suède, Louis XTV avait su envelopper la Bal-
tique, Tempereur et rAUemagne, contre-balancer dans le Nord
TAngleterre et la Hollande, contenir pour un temps la Russie et
la Prusse. Louis XY et Louis XYI avaient continué la même tra-
dition. Mais quels incessants efforts n'avait-il pas fallu pour
préserver de nombreux écarts cette alliance qui paraissait bien
conçue, naturelle, avantageuse aux deux pays ! Plus d'une fois,
la diplomatie française a donné le conseil d'une étroite union
entre les trois royaumes du Nord Scandinave, union qui aurait eu
probablement des conséquiBûees iieiir^u^4^ ^^^ les destinées de
TEurope occidentale, en opposant une barrière à des puissances
nouvelles et dangereuses. Mais . les jalousies nationales qui
séparèrent si longtemps deux nations sœurs, et le tempérament
emporté décrois telst qpf ^Charles ^ QuftaVi et^hâr)ifs Xll,
cmpèchèr^iit qiie te ^ sa|^es^cdtnbiqîiis6ni n'ari^Cssem à quel-
que succès. Nous avons vu les peuples en souffrir, jusque dans
notre temps, et c'est un triste mais concluant témoignage à l'hon-
neur de notre vieille diplomatie, de laquelle une; t¥;i&te e^qiérience
nous a trop bien appris à ne pas médire^
RECUEIL
DES
INSTRUCTIONS
AUX AMBASSADEURS ET MINISTRES DE FRANCE
depuis les traités de westpuaue
jusqu'à la Révolution française
SUÉDE
PIEfiRE CHANUT
1652
Les traités de Westphalie avaient réglé la situation politique de
l'Europe, et consacré la puissance extérieure de la Suède; mais il
restait de graves sujets de troubles dans le Nord/La diplomatie fran-
çaise avait cependant besoin que le Nord fût uni, afin qu'elle pût con-
tinaer de le faire servir à ses desseins. Aussi Pierre Gbanut, qui avait
séjourné à Stockholm comme résident pendant les années 1646, 1647,
1648, et les premiers mois de 1649, et que le Roi, après l'avoir fait
conseiller d'État, avait renvoyé comme ambassadeur ordinaire en
Suède en octobre 1649, reçut-il en même temps la mission générale
de travailler, sans toutefois se trop avancer, au renouvellement de
l'alliance entre la France et la Suède, et la mission particulière d*exer-
cer la médiation du roi de France entre la Suède et la Pologne pour
réconcilier ces deux royaumes. La France avait d*ailleurs conçu au
sujet de la couronne polonaise divers projets à l'exécution desquels
le rétablissement de la paix était nécessaire (v. notre Introduction).
En 1652, Mazarin est premier ministre; Henri-Auguste de Lomé-
nie-Brienne, a, conjointement avec son ûls Henri-Louis, la direction
des affaires étrangères.
RECUEIL DES INSTRUCT. DIPLOMAT. II. — i
PIERRE GHANUT, 1652.
INSTRUCTION AU SIEUR CHANUT, CONSEILLER ORDINAIRE DU ROI EN SES
CONSEILS, s'en ALIJkNT SON AHRASSADEUR Pl^NIPOTENTIAIRE A LURECK
POUR Y EXERCER LA MÉDIATION DE SA MAJESTÉ AU TRAITÉ DE PAIX
ENTRE LES COURONNES DE SUÈDE ET DE POLOGNE. COMPIÈGNE ,
16 SEPTEMRRE 1682 ^
La vraie intention de Sa Majesté dans la médiation qu'EIle a .
prise entre ces deux couronnes du Nord n'étant autre que de
leur procurer une paix durable pour le bien de la Chrétienté et
le repos des rois ses alliés, ledit sieur Ghanut travaillera par
toute sorte de bons moyens, expédiens, avis et exhortations, à
conduire le traité à cette conclusion. Et si les esprits des parties
n'y peuvent être disposés par la difficulté de la matière de leurs
différends, il fera son possible pour obtenir que l'on convienne'
d'une prolongation de la trêve entre ces deux royaumes pour de
longues années ; et, si cela même ne se pouvoit, il procurera que
l'assemblée se sépare sans rupture de la trêve, et avec dessein de
reprendre le même traité auparavant qu'elle finisse.
il observera une conduite égale entre les ministres des deux
rois et ménagera ses offices avec telle justesse que les uns n'aient
point occasion de penser qu'il ait ordre de favoriser moins leilrs
intérêts que ceux des autres. Et pourceque ce soupçon pourroit
entrer avec plus d'apparence dans l'esprit des Polonois à cause
de la liaison de la France avec la Suède dans la dernière guerre
d'Allemagne, et aussi pourceque ledit sieur Chanut a longtemps
servi Sa Majesté auprès de la reine de Suède, il aura un soin
particulier de ne leur donner aucun ombrage et de leur per-
suader qu'il agit comme il a été commandé, sincèrement et sans
prévention. Avec cela, néanmoins, il n'ôtera pas aux Suédois
l'opinion qu'ils peuvent avoir conçue de l'inclination de la
France à leurs avantages.
1. Suède, RiTgistre 17.
MÉDIATION A LUBEGK. 3
Si la queslion de la préséance s'élève entre les minisires des
autres médiateurs, ceux de TÉlecteur de Brandebourg disputant
le pas à l'ambassadeur de Venise, et ceux des Provinces-Unies
aux ambassadeurs de Brandebourg, ledit sieur Ghanut cherchera
les moyens d'éviter la difficulté, et d'empêcher, s'il se peut, que
ces différends ne privent les uns ou les autres de rendre leurs
offices dans la médiation ; mais s'ils se rendoient difficiles à tous
accompodemens, et qu'ils ne voulussent pas, en quelque ma-
nière que ce fût, participer aux conférences de la médiation
qu'ayant chacun Tavantage qu'ils prétendent, il choisira de com-
muniquer plutôt avec le ministre de Venise et des États des
Pays-Bas qu'avec ceux de M. l'Électeur de Brandebourg, sans
faire toutefois aucuns préjugés manifestes contre la prétention
dudit sieur Électeur.
Il fera valoir aux villes anséatiques qui auront leurs députés
à Lubeck le soin qu'il prendra d'empêcher que, dans l'accom-
modement des couronnes, il n'entre aucuns expédions qui retran-
chent la liberté du commerce desdites villes, et néanmoins si,
pour la satisfaction du roi de Pologne, il étoit convenu que la
Suède consentit à quelques impositions maritimes à la côte de
Prusse pour peu d'années, et que la conclusion du traité ne
dépendit plus que de cet article, il ne s'y faudroit pas arrêter.
Si pendant celte négociation quelqu'un des ambassadeurs de
"Suède, ayant charge de la reine sa maîtresse, propose ouverte-
ment ou laisse entendre en quelque façon qu'elle persévère dans
la volonté de renouveler l'alliance entre la France et la Suède '
dont le traité avoit été commencé l'année dernière par ledit sieur
Cbanut avec le sieur Salvius, chef de l'ambassade de Suède, il
recevra cette ouverture, et, sans en témoigner de l'empresse-
ment, il travaillera sur le pouvoir qui lui fut lors envoyé et les
Inslructions qui lui furent données ' avec celui qui aura pareil
pouvoir de Suède pour remettre les articles de l'alliance en état
qu'ils puissent être envoyés au conseil de Sa Majesté, y être
1. Voir notre Introduction.
2. Nous ne les avons pas retrouvées dans les Registres des Archives du minis-
tère des Affaires étrangères, ni dans les papiers de Chanut conservés à la Biblio-
thèque nationale, ni dans les volumes manuscrits de correspondances diplomatiques
que possède la bibliothèque de T Arsenal.
4 PIERRE CHANUT, 1652.
examinés et résolus, et les derniers ordres donnés pour la conclu-
sion ; mais si les Suédois ne font d'eux-mêmes mention de cette
alliance, il ne donnera de sa part aucunes marques qu'i] ait
ordre d'en parler.
Durant le séjour qu'il fera à Lubeck, il veillera pour empê-
cher les levées de gens de guerre pour le service des ennemis de
Sa Majesté, dans le cercle de la Basse-Saxe, et, pour cet effet, il
écrira aux princes directeurs et audit État pour leur faire con-
nottre qu'ils ne peuvent permettre de telles levées sans violer la
paix de Munster.
Dans les conférences qu'il aura avec les bourgmestres et
députés des villes anséatiques sur le sujet de la guerre qui
s'ouvre entre les Anglois et les États des Pays-Bas, s'il les re-
connolt disposés à prendre parti, il leur représentera les raisons
qui les doivent porter à favoriser plutôt les États que l'Angle-
terre; mais s'ils lui paroissent d'inclination à demeurer neutres,
il les confirmera autant qu'il pourra dans cette volonté, et les
exhortera à fréquenter nos ports et prendre le profit que les
Anglois et les HoUandois ont de coutume d'y faire, les assui*ant
qu'ils y trouveront sûreté, faveur et assistance.
Auparavant que d'entrer à Lubeck, lieu de l'assemblée, i]
séjournera quelque temps à Hambourg ou autre ville voisine,
afin de s'informer si les ambassadeurs des deux couronnes y sont
arrivés ou en chemin d'y aller, et s'il apprend que l'ennemi ou*
les Autrichiens ne s'y doivent pas trouver de cette année, et qu'ils
prétendent remettre les conférences après l'hiver prochain ou
autre temps, il le fera savoir aux ambassadeurs de l'autre partie,
et se retirera sans entrer dans ladite ville de Lubeck, après avoir
écrit en Suède et en Pologne la cause de son retour.
Mais si, la conférence étant commencée, il arrive qu'elle soit
rompue sans conclusion, comme il aura fait tous les efforts pos-
sibles pour empêcher ce désordre, aussi demeurera-t-il au lieu
de l'assemblée jusqu'à ce que les ministres des deux royaumes
l'aient abandonné, et, en écrivant en Suède et en Pologne au
sujet de la rupture, il s'abstiendra de faire aucun jugement et de
déclarer sur quelle des parties le blâme en doit tomber, mais se
réservera d'en rendre compte à Sa Majesté.
MÉDIATION A LUBEGK. 5
Dieu bénissant la médiation du Roi par un traité de paix ou
au moins par la prolongation de la trêve entre les deux cou-
ronnes, après que ledit sieur Chanut aura pourvu avec les mi-
nistres des autres médiateurs et les p*arties aux choses qui concer^
neront Texécution du traité, et qu'il connoltra que ses offices ne
sont plus nécessaires, il se pourra mettre en chemin pour venir
rendre compte de son emploi à Sa Majesté, sans attendre d'autres
ordres que celui de la présente Instruction.
Fait à Compiègne, le 16 septembre 1652.
II
LE BARON D'AVAUGOUR
4654 — 1656
La reine Christine venait de déclarer au sénat de Suède son iné-
branlable résolution d'abdiquer en faveur de son cousin Charles-Gus-
tave, fils aîné du comte palatin de Deux-Ponts, Jean-Casimir, et de
Catherine, fille de Charles IX, roi de Suède. Après avoir cru pendant
nn temps qu'il serait accepté de Christine comme époux, Charles-
Gustave célébra ses noces avec la seconde fille du duc de Holstein,
Hedwige-Éléonore, en. octobre 1654. Né en Suède, le 8 novem-
bre 1622, son éducation était toute suédoise. Pendant deux séjours à
Paris, en 1638 pendant plus de six mois, puis en 1639, il avait vu
Richelieu à l'apogée de sa puissance ; il avait assisté aux fêtes de la
naissance de Louis XIY. D'Avaugour, accrédité par le roi de France
près les deux cours du Nord, Suède et Danemark, devait, à Stockholm,
s'appuyer sur ces souvenirs, gagner la confiance du nouveau roi, et
resserrer l'alliance.
Mazarin est premier ministre, et Henri - Auguste de Loménie-
Brienne, avec Henri -Louis de Loménie, son fils, dirige les affaires
étrangères.
LE BARON D'AVAUGOUR, 1654.
INSTRUCTION DONNÉE AU SIEUR BARON d'aVAUGOUR, CONSEILLER DU
ROI EN SES CONSEILS d'ÉTAT ET PRIVÉ, S*EN ALLANT EN QUALITÉ
DE SON AMBASSADEUR ORDINAIRE EN. SUÈDE. PARIS, 27 MAI 4654*.
Gomme le principal motif de l'envoi dudit sieur baron d'Avau-
gour en Suède est la retraite de la reine de Suède du gouverne-
ment de son royaume et ia démission <|u'elle en veut faire en
faveur du prince de Suède, il doit faire toute sorte de diligence
pour se rendre en la cour de Suède, afin d'empêcher de tout son
pouvoir que les bonnes intentions qui y ont paru jusqu'à cette
heure pour les intérêts de la France ne s'altèrent point dans ce
changement, de prévenir les intrigues des malintentionnés, et
de s'emparer des premiers de l'esprit et des inclinations du nou-
veau roi.
Trouvant le prince de Suède sur le trône, comme apparem-
ment et selon les avis que nous en avons, il y doit déjà être *, ledit
sieur baron d'Avaugour lui fera entendre :
Que le Roi conçoit une joie extrême de voir élever à
1. Suède, Supplément, 20.
2. Le nouveau roi de Suède Charles X Gustave, né à NykOping le 8 novembre
16S$2, était fils du comte palatin de Deux-Ponts Jean-Casimir et de Catherine, fille
de Charles IX, roi de Suède de 1604 à 1611 'et père de Oustave- Adolphe. La
dignité de comte palatin du Rhin appartint, dès le commencement du xiii* siècle,
à la maison de Wittelsbach, Tune des grandes familles de TAIlemagne pendant la
dernière partie du moyen âge, et de laquelle une antre branche possédait le duché
de Bavière. En 1410, la première branche des Wittelsbach se divisa en quatre et
bientôt en cinq rameaux. Des rejetons de deux de ces rameaux s'étaient déjà assis
sur le trône de Suède : le comte palatin Christophe, parent par sa mère d'Éric de
Poméranieet qui régna en Suède de 1439 à 1448, et la première femme de Charles IX,
Anne-Marie, issue du comte palatin Frédéric de Simmern. C*est le frè^H) de ce Fré-
déric, le comte palatin Louis, qui fut la tige de la ligne de Deux-Ponts, laquelle,
après son descendant en troisième ligne, le comte palatin Wolfgang, mort en 1558,
se partagea de nouveau en plusieurs branches. Ces partages répétés amoindrirent
toujours davantage les possessions de chacune de ces branches, de sorte que Jean-
Casimir, petit-fils du comte palatin Wolfgang, et le plus jeune des trois frères,
n*out pour héritage de son père que le château do Kleburg avec le domaine qui en
dépendait. Cependant un voyage l'amena en Suède, et il obtint la main de la prin-
cesse Catherine, fille du roi Charles IX, sa parente éloignée. Il fut ainsi le père
ALLIANCE A RENOUVELER. 9
h royauté un prince qu'il a toujours particulièrement aimé
et estimé, dont la vertu ne pouvoit être dignement reconnue
que par une couronne, et qu'ayant déjà gagné le. cœur de
S. M. par sa valeur, sa prudence et sa sagesse, il lui fait naître
maintenant par cette conformité de puissance un ardent désir
de contracter avec lui non seulement une amitié de bon allié
et d'intérêt d'État, mais même une amitié de frère, pleine de
confiance et de tendresse, dont ledit sieur baron d'Avaugour
assurera que le Roi lui donnera toute sorte de témoignages aux
occasions.
En suite de cela, il intimera l'intérêt d'État qui les convie de
s'aimer et d^ entretenir entre eux une liaison et une union indis-
solubles, représentant les grands avantages qu'elle a produits
aox deux couronnes, et tout au contraire le mal que peut causer
leur division, à laquelle les ennemis communs ont aspiré comme
à la seule cause d'où ils espèrent que doit dériver l'accomplisse-
ment de leurs mauvais desseins contre la cause commune ; que
la maxime la plus assurée de la politique est d'employer pour la
conservation des États les mêmes moyens qui ont servi à leur
défense et à leur agrandissement; que Sa Majesté se propose
sans cesse de suivre l'exemple du feu roi son père, qui a toujours
regardé la Suède comme le principal soutien de la cause cpmr-
mune en Allemagne, et qu'à présent que Sa Majesté a remarqué
^e le prince de Suède a toujours fait parottre une particulière
înclination à imiter la valeur et la conduite de ce grand conqué-
rant, le roi Gustave, Elle jette déjà les yeux sur lui comme sur
le chef des entreprises qui se pourront faire pour les intérêts de
l*un et de l'autre royaume, étant bien aise de partager ses lau-
riers et sa fortune avec un prince si accompli; que, pour ce qui
ï^garde les deux couronnes en elles-mêmes, Sa Majesté a
observé qu'elles doivent leur gloire et leurs conquêtes en AUe-
inagne : 1*^ à la force et la puissance de leurs États, S^ à leur par-
faite union et bonne intelligence, et puis au bon concert et à
^ Charles X Gustave. Le comte 'de DeDx-Ponts, d'où ce rameau prit son nom,
i^ appartint jamais à Jean-Casimir ni à quelqu'un de ses fils, mais échut en 1681,
^ plus ancienne des ligpies issues du comte palatin Wolfgang étant éteinte, à
Charles XI.
10 LE BARON D'AVAUGOUR, 1654.
rharmonie qu'elles ont gardés dans la protection et défense de
leurs amis et alliés communs.
Repassant en particulier sur chacun de ces trois derniers
points, le sieur baron d'Avaugour fera ses efforts pour détruire
les mauvaises opinions que les envieux de la prospérité de la
France pourroient avoir semées, faisant accroire qu'elle est affai-
blie par les remuemens domestiques jusqu'à être dans Timpuis-
sance de rien entreprendre. U représentera au contraire que la
rébellion a été attaquée dans sa source, que tout lé royaume
n'en a aucuns vestiges, que toutes les places sont réduites à
l'obéissance du Roi, que tous les gouvememens sont remplis de
sujets fidèles et dont la foi est éprouvée, que les finances sont
rétablies, et que depuis longtemps l'épargne ne fut si riche, que
jamais les troupes ne furent plus lestes ni plus fortes, qu'en un
mot la prospérité de l'État est revenue avec la majorité du Roi,
qui, par sa propre vertu et la prudence de son conseil, a mis
ses affaires en état de ne pouvoir plus être ébranlées, et qu'après
tout, s'il se trouve encore quelques-uns qui répugnent de rentrer
dans leur devoir, le mal qu'ils peuvent faire est tout pour eux.
Ils ne grossissent le nombre des ennemis de l'État que de leurs
simples personnes et ne le menacent par conséquent d'aucun
nouveau danger.
Reprenant le point de bon concert entre les couronnes, le
sieur baron d'Avaugour coulera des termes de renouvellement
d'alliance avec la Suède, mais avec retenue, et amenant les
esprits d'un pas égal, leur faisant adroitement connoltre que ce
ne sont pas de simples paroles, mais que le Roi y a inclination.
Sur le troisième point de la protection uniforme des alliés de
l'une et l'autre couronne, le sieur baron d'Avaugour observera
si les ennemis de la France n'auroient pas fait quelque impres-
sion en objectant que quelques alliés ont été sans secours pendant
les troubles passés. Et en ce cas-là, il fera connoltre que, le mal
venant d'une cause étrangère et extérieure qui ne subsiste plus,
il a cessé en même temps que sa cause; que le Roi, qui a toujours
conservé la même passion pour la défense de ses alliés, ainsi
que le secours qu'il envoya ces jours passés à l'Électeur de Co-
logne en est une évidente preuve, est prêt de mettre pour eux le
AVANTAGES COMMUNS. 41
toot pour le tout*, et que ce louable dessein est d'autant mieux
fondé qu'on ne voit désormais aucun obstacle qui y nuise, et que
Dieu, bénissant ses justes entreprises, a donné des apparences
visibles qu'il va porter sa gloire plus haut que jamais elle n'a été ;
que Sa Majesté pourtant ni son conseil ne Testimeroit point
parfaite si EUe n'en faisoit part à ses bons alliés, et qu'ainsi elle
aredoublé le soin particulier qu'EUe a toujours pris des affaires
étrangères, résolue de préférer, s'il est besoin, le salut et le bien
de ses amis à ses plus chers intérêts ; cela étant, qu'EUe convie
la Snëde d'en faire de même, et de ne pas tolérer que les enne-
mis communs molestent leurs amis, même en les choses légères,
de peur de bailler lieu h leur audace de s'accroître ; et sur ce
sujet, le sieur baron d'Avaugour combattra le plus qu'il lui sera
possible l'indignation qu'il pourra remarquer dans les esprits
contre quelques princes d'Allemagne dépendans des intérêts
communs, même contre lar Hollande ou quelqu'autre voisin con-
sidérable à la France, observant toujours de détourner les Suédois
de prendre les armes au cas que la guerre qu'ils feroient pût ou
affoiblir les alliés dont la France tireroit un bénéfice en ses
affaires, ou servir tellement à l'accroissement de la Suède qu'elle
en devint formidable, lui représentant sur ce sujet que le Roi ne
considérera récit>roquement ses alliés qu'en vue des intérêts de la
Suède, laquelle il a toujours mise à la tête de ses meilleurs amis.
Toutes ces choses très importantes ne pouvant être insinuées
dans un seul discours, le sieur baron d'Avaugour fera son pos-
sible pour entrer le plus qu'il pourra dans la confidence du nou-
veau roi, afin de lui ouvrir l'esprit de toutes ces raisons par plu-
sieurs entretiens familiers, et de lui tourner le cœur vers la
France : et non pas seulement cela, mais, comme il est vraisem-
blable que ce roi, dans le commencement d'un règne qu'il voudra
1. L'Électeur urdievéque de Cologne, Maximilien de Bavière, avait plusieurs
motifs de mécontentement contre la maison d'Autriche. Les Espagnols et leurs allies
les Lorrains s*étant établis, à la fin de 1653, dans Tévéché de Liège, qui apparte-
nait alors à cet Électeur, il protesta vainement. C'est alors que Mazarin lui fit offrir
le secours de la France. Pabert, gouverneur de Sedan, entra dans le pays de Liège,
força les Espagnols et les Impériaux de se retirer, et prouva aux Électeurs do l'Em-
pire que la France, sortie des troubles de la Fronde, était de nouveau capable de
soutenir Vindépendance de ses voisins. (Voy. Chbrurl, Histoire de France ious le
minisière de Mazarin, t. H, p. 141.)
12 LE BARON D'AVÂUGOUR, 1654.
rendre agréable, donnera quelque créance à son sénat et aux
grands officiers de son royaume, le baron d'Avaugour tâchera
d 'attirer leur inclination aux intérêts de la France et de les rendre
serviteurs du Roi, les persuadant en général et en particulier de
Tavantage de l'union et de Talliance des deux couronnes,* de
Testime que le Roi fait d'eux en particulier, et entre autres du
chancelier d'Oxenstiem ou de quelqu'autre que ledit sieur baron
d'Avaugour connoitra avoir déjà gagné les bonnes gr&ces du
nouveau roi ; se servant aussi de l'habitude qu'il a avec les offi-
ciers et généraux d'armée pour les rendre bien intentionnés
envers la France, les assurant de l'estime particulière du Roi
suivant le récit que le sieur baron d'Avaugour en auroit fait en
cette cour.
Sur ce point néanmoins, il observera que sa conduite ne donne
aucun ombrage au roi régnant, lui faisant connoltre au contraire
que Sa Majesté espère tout de lui seful, qu'Elle a une parfaite
confiance en son amitié, et qu'on l'estime infiniment pour le
mérite de sa personne. Et si le baron d'Avaugour reconnoissoit
dans l'esprit de ce prince quelque méfiance de ces paroles (se
pouvant faire que des calomniateurs auroient déjà tâché d'y jeter
quelques semences d'aversion secrète), il lui insinuera la bonne
opinion que cette cour a de sa personne en termes les plus pres-
sans de confidence, lui donnant à connoitre que cette confession
part plutôt de la pure vérité et du zèle que ledit baron d'Avau-
gour a pour 'Ce qui touche la 'personne de ce prince que de quel-
que ordre majeur. Et s*il étoit besoin même d'avancer quelque
proposition du dessein qu'on auroit de lui en bailler des démons-
trations par quelque régal, il ne l'omettra pas, mais passera
toutefois sur ce point avec adresse et sans engager sa cour posi-
tivement à aucun eifet. Si même ledit sieur baron d'Avaugour
reconnoissoit que ce prince eût quelques intérêts distingués et
particuliers, soit pour sa personne soit pour sa maison et les
siens, il ne manquera pas de l'assurer des bonnes intentions du
Roi à seconder et favoriser tous ses desseins.
Le sieur baron d'Avaugour aura soin pareillement de bien
vivre avec les ministres des autres alliés de la France qui se
trouveront dans la cour de Suède, et de les appuyer même de ses
SECONDE INSTRUCTION. 13
offices quand il s*agira des intérêts du Roi, de quoi et de toutes
ses autres négociations il ne manquera surtout de donner avis,
comme aussi d^attendre les ordres du Roi sur les occurrences des
affaires, entendant toutefois Sa Majesté qu'à cause de l'éloigné-
ment des lieux, qui pourroit rendre Tenvoi des ordres de trop
longue attente, le sieur baron d'Avaugour ne laisse point échapper
d*oecasions qu'il jugera d'importance au service du Roi sans agir
avec le plus de prudence aux affaires qui ne peuvent souffrir de
remise sans un préjudice considérable.
Fait à Paris, le xxyuP jour de mai 4654. Louis.
SECONDE INSTRUCTION, 17 mars 1656.
La négociation d'alliance entre la France et la Suède dont le baron
d'Âvaugour était formellement chargé fut empêchée par les guerres
incessantes qui occupèrent le roi Charles X Gustave et par la mort
même du négociateur. D'Avaugour, obligé de suivre Tinfatigable roi
de Suède dans ses camps, en Prusse, en Pologne, en Poméranie,
dans le Holstein, en mourut accablé, àKiel, le 6 décembre 1657, lé-
Kmant sa mission au chevalier de Terlon, qui l'accompagnait. Si la
négociation n'aboutit pas encore entre les mains de ce dernier, et
dans la forme indiquée par l'Instruction du 17 mars 1656, ce ne fut
qu'un retard qui ne se prolongea pas, et les préoccupations de la
diplomatie française trouvèrent du moins satisfaction dans plusieurs
actes importants que cette Instruction fait prévoir, et qui ne se firent
pas trop attendre. Une de ces préoccupations constantes était de lier
les mains à l'Empereur, et d'empêcher qu'il ne fit parvenir ses secpurs
à l'Espagne, encore en guerre avec la France.
Cet important résultat fut pleinement acquis par la capitulation
que Louis XIV réussit à faire imposer à LéopoM 1", en 1657, et par
la célèbre Ligue du Rhin de 1658, qui reconnaissait pour chef
Louis XIY, et lui assurait en Allemagne une influence absolument
U LE BARON D'AVAUGOUR/ 1656.
maîtresse. Quant à la paix du Nord, la médiation française, d'abord
avec l'Angleterre, puis avec l'Angleterre et la Hollande, valut à la
Suède et au Danemark les traités de Roeskilde en 1658 et de Copen-
hague en 1660, puis à la Suède et à la Pologne la paix d'Oliva en
mai 1660. Le traité de Fontainebleau de septembre 1661, confirmé
avec modification par le traité du 3 janvier 1663, allait formuler une
nouvelle alliance directe entre la France et la Suède.
HÉMOIRE POUR SERVIR d'iNSTRUCTION AU SIEUR BARON d'aVAUGOUR,
CONSEILLER DE SA MAJESTÉ EN SON CONSEIL D^ÉTAT ET SON AMBAS-
SADEUR AUPRÈS DU ROI DE SUÈDE. PARIS, 17 MARS 16S6 ^
4 . — Le sieur d'Avaugour, dans le pouvoir qu'on lui envoie
de traiter et de conclure une alliance plus particulière avec le roi
de Suède que celle qu'il a avec la France, lui mettra première-
ment en considération que ce prince ne pourra douter de la
sincérité et de la cordialité avec laquelle le Roi s'y porte, s'il se
souvient de la conduite pleine de foi et d'une dernière corres-
pondance que nous avons observée à Tendroit du roi Gustave et
envers la reine Christine depuis le traité de Beervalde jusqu'à la
paix de l'Empire '.
2. — Et bien que cette paix sembl&t avoir assez obligé les
1. Suède, 20 et 22.
2. C'estrà-dire du 13 janvier 1631 aux mois d*aoùt et septembre 1648, pendant
toute la guerre de Trente Ans. Le traite signe à Bcrwalde, dans la Nouvelle Marche,
entre Gustave-Adolphe et Richelieu, le 13 janvier 1631, obligeait le roi de Suède à
portçr ses armes au cœur de TEmpire, pour rendre, était-il. dit, Tancienne liberté à
la navigation et au commerce de TOcéan et de la mer Baltique, pour mettre un
terme à l'oppression des États d'Allemagne, pour faire restituer aux protestants
leurs droits, leurs biens et leurs privilèges, sans prëjudicier à ceux des catholiques.
Il entretiendrait pour cela pendant six ans une armée de 36,000 hommes en Alle-
magne, moyennant un subside annuel de 400,000 écus que la France s'obligeait à
payer.
CONDITIONS DE L'ALLIANCE. 15
deux couronnes et les autres intéressées avec elles de conspirer
toujours unanimement à faire observer celte paix, si est-ce que ,
le temps ayant fait voir qu'il y a des puissances qui Tout violée
manifestement, et qu'on a juste sujet d'appréhender qu'elles
pousseront plus avant cette infraction si leur ambition n'est rete-
nue par quelque bride puissante et plus forte, nonobstant cette
obligation générale qui s'est trouvée imbécile jusqu^ici pour la
garantie du traité susmentionné, Sa Majesté veut bien consentir
aune alliance plus précise qui ait pour sujet la susdite ga-
rantie.
3. — Elle entend donc en premier lieu et pour un fondement
fixe et immuable que, conmie le roi de Suède a déclaré né vou-
loir se brouiller avec nous contre l'Espagne ni entrer dans la
querelle que nous avons avec elle, nous ne pouvons aussi faire
aucune liaison avec lui qui tourne directement ou indirectement
contre le roi de Pologne.
4. — Ce n'est pas qu'il faille tirer conséquence de cela que,
8'il arrivoit que le roi de Suède changeât de dessein et qu'il
voulût joindre ses armes aux nôtres pour faire la guerre aux
Espagnols, cela nous apporteroit une obligation de joindre les
nôtres aux siennes pour faire la guerre de Pologne. Ce que nous
avons dit n'a été que pour borner et restreindre les obligations
qui seront imposées par l'alliance que nous prétendons faire aux
choses qui seront précisément et spécialement désignées par
ladite alliance, sans qu'il soit loisible de les allonger et étendre à
dautres dont il n'y sera point fait de mention précisément et
spécialement, comme il a été dit. Bien entendu pourtant que
lalliance présente n'a pas seulement pour objet l'observation du
traité de Munster, qui met à couvert et en sûreté les conquêtes
que lune et l'autre couronne ont faites en Allemagne, et qui
leur sont demeurées par le susdit traité, ni la défense de la liberté
que les Électeurs doivent apporter à la future élection, soit d'un
roi des Romains, soit d'un empereur, en cas qu'on entreprit de
lopprimer, mais que la même alliance embrassera respective-
ment la défense des anciens États des deux couronnes en cas
qu'elles viennent à être attaquées dans lesdits États.
5. — Ce qui donue plus do sujets d'appréhension qu'on ne
16 LE BARON D'AVAUGOUR, 1656.
viole le traité de Munster et d'une manière plus forte et plus
dommageable qu'on n'a fait jusqu'ici est le grand et extraor-
dinaire armement de l'Empereur qui, ayant pour prétexte les
armes du roi de Suède et la jalousie qu'elles lui donnent, qui
l'obligent à armer de son côté, a d'autres fins cachées qui
éclateront avec le temps, et dont on voit déjà les signes avant-
coureurs par un corps de ses ^^[eilIes troupes qu'il a accordé
au roi d'Espagne contre la France, par les levées qu'il lui per-
met dans les pays héréditaires, et par Télection future du roi
des Romains en la personne de son fils, qu*il médite et qu'il
veut, à ce qu'on dit, procurer à main armée.
6. — Or d'autant que les deux couronnes, unies et fortifiées
des amis et alliés que l'une et l'autre a dans l'Empire, peuvent
faire un juste contrepoids aux desseins de l'Empereur, et rompre
les mesures qu'il commence de prendre au préjudice de la cause
commune, qui en souffriroit beaucoup à la longue si l'on ne s'y
opposoit, et d'autant encore que Ja France seule, qui soutient
une puissante guerre contre l'Espagne et qui, par conséquent,
prive l'Empereur des grandes assistances qu'il en recevroit sans
cela, qu'elle, dis-je, seroit un peu trop chargée*s'il falloit qu'elle
seule essuyât les efforts de toute la puissance des deux maisons
d'Autriche, Sa Majesté estime qu'il seroit absolument néces-
saire que le roi de Suède se rendît facile à entendre quelque
accommodement qu'il se pourroit ménager avec celui de Po-
logne. Cette paix, encore qu'elle lui pourroit laisser quelque
avantage solide de la guerre qu'il vient de faire et le mettroit à
couvert des cbangemens et révolutions que des causes supé-
rieures à la prudence et à la valeur des hommes apportent
quelquefois aux choses du mbnde, le mettroit aussi en état do
pouvoir s'appliquer avantageusement à celles de l'Empire et,
conspirant avec la France et avec ses amis et alliés, faire en
sorte que l'Empereur, à la suscitation des Espagnols, n'y entre-
prit rien qui fût préjudiciable à aucun d'eux ni à la liberté de
l'Empire.
7. — C'est pourquoi Sa Majesté le convie et le conjure même
de souffrir qu'EUe introduise un traité d'accommodement entre
lui et le roi de Pologne, où les ministres qu'EUe y emploiera
CONDITIONS DE L'ALLIANCE. 17
auront un tel égard à ses intérêts que lui roi de Suède aura tout
sujet de se louer de leur conduite et des avantages que cette mé-
diation lai apportera.
8. — Et au cas que ledit roi y donne les mains et agrée la
négociation, le sieur d'Avaugour l'entreprendra et^ après avoir
bien reconnu les intentions du roi de Suède, dépêchera le sieur
de Lumbres * ou Tun de ses secrétaires vers celui de Pologne
avec une Instruction bien exacte et bien ample de ce qu'il aura à
faire. Ce qui fait croire encore que ledit roi ne s'éloignera point
de cette négociation est une lettre que le vice-chancelier de Po-
logne Rabziowski a écrite au sieur de Meulles *, dans laquelle il
le désigne assez, clairement. On envoie la copie de cette lettre
audit sieur d'Avaugour^ afin qu'il s'en prévale ainsi qu'il le
jugera.
9. — La première condition que Sa Majesté souhaite comme
fondamentale, perpétuelle et immuable dudit traité, est la con-
servation et la protection des lieux et des personnes destinées
particulièrement et par professio expresse au service de la reli-
gion catholique. Sadite Majesté, dis-je, exige cette condition
surtout par les véritables mouvemens de sa conscience et de sa
piété, et pour ne se départir point de celle des Rois ses prédé-
cesseurs, qui en ont usé de la sorte, de Henri le Grand, son aïeul,
qui avoit stipulé cela dans le traité qu'il avoit fait avec plusieurs
princes protestans quelque temps avant sa mort , de Louis le
Juste, son père, dans les traités qu'il avoit faits avec le roi Gus-
tave et continués avec la reine Christine, sa fille, jusqu'à la paix
de l'Empire.
iO. — Mais outre que Sa Majesté se persuade que le roi de
1. Antoine de Lombres ou Lumbres, seigneur de Herbinghcn Loos et La Cloye,
êuit président de la juridiction du grenier à sel de Montreuil quand le duc de
Longueriile le fit connaître à Richelieu, qui l'envoya en mission vers TÉlecteur do
TrèTcs, en 1635. Il représenta la France près le prince évéquo de Liège de 1646 à
1650. En 1651, il fut envoyé près TÉlectcur de Brandebourg. Kn 1656, il dut signer
un traité avec les ministres de ce prince. Il fut ensuite ambassadeur en Pologne,
H siégea comme ambassadeur plénipotentiaire et médiateur au congrès d'Oliva,
en 1660.
2. On rencontre dans les listes diplomatiques un sieur de Meules, résident à
Hambourg de 1638 à 1649, et Claude de Meulles, chargé d'une mission particulière
en Danemark, en 1657. — Voir V Annuaire de la Société de rhiitoire de fS^ance,
uinéc 1648, pages 186 et 188.
RBCDEIL DES INSTRUCT. DIPLOMAT. Ih — 2
i8 LE BARON D'AVAUGOUR, 1656.
Suède voudra bien donner cela à la considération de son amitié
et à l'exemple du roi Gustave et de la reine Christine, Elle juge
encore qu'il le doit donner au bien qui en reviendra à tout le
parti, d'autant que, par cette conduite chrétienne et raisonnable,
Sa Majesté ne laissera aucun scrupule dans l'Ame ni ne donnera
lieu à des personnes pieuses de lui en faire. Ce roi pourroit en
quelque façon diminuer et affoiblir la chaleur avec laquelle il se
portera à l'entretenement de l'alliance projetée ; il conservera la
bonne odeur de piété en laquelle elle est à Rome et ailleurs
parmi les catholiques, et fera que plusieurs de ceux-ci ne feront
point difficulté d'entrer dans l'alliance qui sans cela y auroient
delà répugnance.
li. — Et d'autant qu'il y a déjà sur le tapis un projet de ligue
en Allemagne où plusieurs princes protestans témoignent vouloir
entrer pour la garantie et manutention du traité de Munster et
d'Osnabruk envers et contre tous ceux qui entreprendront de le
violer, et que le Roi a déjà donné chaleur à ladite ligue. Elle
désire savoir, en cas que la chose s'avance, si le roi de Suède en
voudroit être comme un des membres des plus intéressés par le
susdit traité à cette garantie et manutention.
42. — Cela posé et l'alliance résolue, encore qu'on pût établir
en général que tous les confédérés ensemble, et chacun à pro-
portion de son pouvoir, contribueroient ce qui sera nécessaire
pour rompre les desseins que l'Empereur pourroit former contre
les obligations du traité de Munster et au préjudice de quelqu'un
des confédérés ou contre la liberté des Électeurs, il est néanmoins
à propos que chacun des confédérés déclare avec quelles forces
il agira et les lieux où il pourra agir plus utilement.
13. — Et d'autant que les deux rois sont capables de fournir
les plus grandes forces et faire de plus grands efforts, et pour
donner moyen à celui de Suède de soutenir la dépense qu'il lui
conviendra de faire en cas de rupture avec l'Empereur pour les
causes susmentionnées, le Roi offre en ce cas-là de lui fournir
annuellement la somme de 400,000 risdales, payables en deux
termes à Paris.
44. — Et de peur que, la rupture faite, tout le faix des forces
de l'Empereur ne tombât sur les bras du roi de Suède, qui en
CONDITIONS DE L'ALLIANCE. 49
pourroit être surchargé, Sa Majesté s'oblige, outre ce que dessus,
défaire entrer et agir en Allemagne jusqu'à 10,000 combattans
aux lieux qu'on jugera les plus propres à faire diversion des
forces de l'Empereur, moyennant quoi le roi de Suède s'obligera
d'entrer dans les pays héréditaires avec des forces capables de
bire l'effet qu'on se sera proposé.
15. — Le temps de la durée de l'alliance se limitera à trois
années, sauf à l'allonger selon l'exigence des occasions ' ; bien
entendu que tout ce à quoi les deux couronnes sont obligées,
pour la garantie du traité de Munster, demeurera toujours en sa
force et en sa vigueur.
16. — Que s'il arrivoit que l'Empereur demeur&t fidèlement
dans l'observation du traité de Munster, et n'entreprit rien direc-
tement ni indirectement contre aucun des confédérés, ni contre
les libertés de l'Empire en général ou contre celle des Électeurs
en particulier, en les voulant forcer d'élire son fils ou tel autre
qu'il lui plairoit roi des Romains, mais à causé seulement que
l'Empereur seroit extraordinairement armé, et les autres princes
à qui ses armes sont suspectes étant obligés par raison d'État de
l'être de même, le Roi seroit content en ce cas là et pour cette
considération de fournir annuellement au roi de Suède, pendant
le temps que cette jalousie subsistera avec raison et fondement,
la somme de 150,000 risdales payables en deux termes comme
ci-<iessus, bien entendu que la paix de Pologne soit conclue. Que
si la difficulté se trouvoit trop forte pour l'ajustement du roi de
Pologne et que le sieur d'Avaugour jugeât qu'on la pourroit sur-
monter avec une certaine somme d'argent payable en une fois
an delà de ce qui est porté ci-dessus, il n'y a point de danger
qu'il la promette ; il pourra étendre la somme jusqu'à * ,
après que l'accommodement entre les deux rois et la république
de Pologne sera arrêté, conclu et exécuté.
17. — Que s'il arrivoit encore que, pendant que la guerre
allumée par l'Empereur se maintiendroit, la paix se fit entre la
France et l'Espagne, et que l'Empereur, fortifié des puissantes
1. La Ligue ou Confédération du Rhin, conclue au mois d*aoùt 1658 pour trois
uiâ, fut prolongée ensuite jusqu'en 1666.
2. En blanc dans le manuscrit.
20 , LE BARON D*ÂVAUGOUR, 1656.
subventions qu'il recevroit des Espagnols, vtnt aussi à attaquer
plus puissamment, comme il feroit, le roi de Suède ou quelqu'un
des confédérés, et exécuter d'autres desseins qu'il pourroit avoir
dans l'Empire, le Roi promet d'envoyer en Allemagne, où il seroit
jugé à propos, une armée de 20,000 combattans, et de fournir
600,000 risdales au roi de Suède en considération de la dépense
qu'il seroit obligé de soutenir. Le sieur d'Avaugour ménagera
les offres que dessus avec retenue et sans précipitation, ce qu'on
remet à sa prudence; surtout il est nécessaire d'emporter l'ajus-
tement du roi de Pologne comme un point des plus importans
du traité et comme la base et le fondement des autres.
18. — Les deux rois pourront encore convenir d'un autre
point, qui est non seulement d'empêcher que l'élection qui se doit
faire du roi des Romains ne tombe pas en la personne du fils de
l'Empereur, mais encore qu'il ne s'en fasse point du tout *, ce qui
sera aisé en détournant les assemblées électorales qui doivent
précéder les diètes générales, puisque l'opposition d'un des
Électeurs peut empêcher lesdites assemblées, au lieu qu'aux
diètes générales la pluralité des suffrages l'empêche.
19. — Que s'il arrivoit que l'Empereur, sans agir à main ar-
mée et sans faire violence aux Électeurs, mais seulement par
offices, par sollicitations, par brigues et autres pratiques, fît tom-
ber la nomination du roi des Romains en la personne de son fils
ou de tel autre qu'il lui plairoit, les deux rois n'entendent point
d'être obligés pour cela d'entrer en guerre avec lui, ni de pour-
suivre par les armes la cassation d'une telle élection, mais seu-
lement de travailler conjointement et par les offices qu'ils feront
et par la vigueur qu'ils donneront et aux Électeurs et aux Prin-
ces et États de l'Empire, à faire restreindre et réduire, dans la
capitulation qui a coutume de suivre cette élection, le pouvoir
du roi des Romains dans les bornes qui lui sont assignées par la
Bulle d'or' et peur les autres droits et constitutions de l'Empire.
1. Ferdinand III n'avait plus longtemps à vivre. Il devait mourir le l«r avril
1657; Louis XIV, après avoir cmpèchë que son fils ne fût, de son vivant, ëlu roi des
Romains, allait contester et retarder Télection de ce fils, Lëopold I«', comme em-
pereur jusqu'en juillet 1658.
2. De 1356.
CONDITIONS DE L'ALLIANCE. 21
20. — Il y a des raisons pour empêcher ces journées électo-
rales que MM. les Électeurs savent et qu'il n'est pas besoin de
mettre ici ; mais on estime qu'il est nécessaire de reculer cette
élection pour éviter les jalousies et les différends qui pourroient
naître des poursuites qui se feroient en faveur de telle ou telle
personne, dont peut-être la bonne intelligence et le juste concert
qui doivent être entre les confédérés pourroient recevoir quelque
atteinte et quelque altération.
2i . — Aussitôt que Falliance sera conclue, et: avant que d'en
faire agir les forces, on en notifiera le sujet à l'Empereur par
des envoyés exprès, et on l'exhortera de faire cesser les sujets
de jalousie qu'on a de son armement par l'observation exacte du
traité de Munster, qui lui défend d assister ni directement ni in-
directement les Espagnols contre la France ni contre aucun
autre des confédérés. On le priera même de rappeler les forces
qu'il pourroit avoir déjà envoyées en Flandre et en Italie. On le
priera encore, si la diète résolue pour le mois de mai prochain
venoit à se convoquer, de n'empêcher la liberté de s'assembler
ni la liberté des délibérations et suffrages par la terreur et le
voisinage de ses armes, à faute de quoi les princes et Etats inté-
ressés seront obligés de pourvoir par les moyens que Dieu leur
a laissés en main à la sûreté de l'un et de l'autre.
22. — Enfin les deux rois s'avertiront fidèlement et exacte-
ment do tout ce qui regardera leur bonne correspondance et qu'il
importera qu'ils sachent, et cela pour éviter les soupçons et la
défiance que leurs ennemis communs tâcheront de faire couler
dans leurs esprits par leurs artifices ordinaires.
23. — Et pour faire connoitre au roi de Suède la bonne in-
telligence et la sincère correspondance que Sa Majesté désire
d'entretenir avec lui, et pour lui en faire les avances, auxquelles
Elle s'assure qu'il correspondra de son côté, le sieur d'Avaugour
lui donnera part de l'envoi d'un ministre du Roi à Francfort,
qui partira cette semaine avec des ordres précis de vivre en une
parfaite union avec les ministres dudit sieur roi qui sont en
ladite ville et de ne rien faire sans leur participation «et que de
concert avec eux.
24. — U lui donnera eiicore part des puissans offices que Sa
22 LE BARON D'AVAUGOUR, {656.
Majesté a fait faire ensuite par son ambassadeur pour éteindre
la guerre qui commençoit à s'allumer parmi quelques-uns des
cantons en Suisse, comme Elle étoit résolue d'y envoyer extra-
ordinairement le duc de La Rochefoucaud, ' dont le mérite est
grand et la naissance illustre, et comme Elle avoit appris que les
soins du sieur de La Barde ', son ambassadeur ordinaire, avoient
porté les choses à une suspension d'armes et ensuite à la paix et
à l'entière concorde et au même temps au renouvellement d'al-
liance avec les'cantons protestans qui avoit été un peu aupara-
vant conclu avec les cantons catholiques.
25. — Il fera aussi voir audit roi les lettres que Sa Majesté
écrit à l'Empereur, aux Électeurs et aux princes et États de
l'Empire sur la contravention du traité de Munster. Pour cet
effet, on lui envoie lesdites lettres. Et d'autant que les Espagnols,
après avoir satisfait à leur vanité et traîné en triomphe à Rome
la reine Christine, commencent à s'ennuyer d'elle et à J'avoir à
charge quoiqu'elle soit tout à fait dévouée à leurs intérêts, le
sieur d'Avaugour saura du roi de Suède quelle conduite il désire
que le Roi observe en son endroit, qu'Elle est résolue d'observer
pour l'amour de lui '. En passant cet office, le sieur d'Avaugour
saura adroitement séparer du reste le point de la conversion de
cette princesse, à laquelle le Roi a pris la part qu'il devoit comme
prince catholique.
Il lui donnera part aussi comme lé Roi envoie vers l'Empe-
reur le sieur de Vignancour, et lui fera voir la copie de la lettre
que Sa Majesté lui écrit, afin que le roi de Suède s'assure qu'aux
1. La Rochefoucauld ne fut sans doute pas appelé à cette mission. Les troubles
de la Fronde apaisés, il était rentré dans les bonnes grâces du Roi, et avait com-
mencé une vie de repos et de réflexions pendant laquelle il composa ses mémoires
et ses Maximes,
2. Jean de la Barde, marquis de MaroUes, ambassadeur ordinaire de France
près la Diète et les cantons suisses, de 1647 à 1661.
3. La reine Christine est, pendant ces années 1656, 1657, 1658, une cause perpé-
tuelle d*embarras pour le gouvernement français. Elle prétend commander une
expédition maritime que la France enverrait & Naples pour forcer les Espagnols à
la paix ; elle veut qu'on prodigue des bénéfices à ses créatures ; elle fait tuer Monal-
deschi; elle demande sans cesse de Targent. Le roi de Suède la redoute presque
autant que le cardinal Mazarin, qui finit par écrire à Tcrlon, 19 avril 1658 : « Dites
au roi de Suède que je me suis, appliqué avec soin et succès à empêcher cette reine
de lui aller tomber sur les bras; que cela coûte S0,000 écus au Roi. »
SUPPLÉMENT D'INSTRUCTION. 23
grandes ni aux petites choses il n'y aura rien qu'on lui cache du
côté de la France de ce qu'il lui importera de savoir.
Paît à Paris, le xvii« jour de mars 1656.
ABDITION AU MÉMOIRE SERVANT d'iNSTRUCTION POUR LE SIEUR BARON
o'aVAUGOUR, CONSEIIXER de SA MAJESTÉ EN SON CONSEIL D*ÉTAT ET
SON AMBASSADEUR AUPRÈS DU ROI DE SUÈDE. PARIS, 17 MARS 1656 ^
1 . — Il semble qu'on peut fonder le traité proposé sur le
grand et puissant armement de l'Empereur, qu'il a fait et qu'il
tient toujours sur pied, quoiqu'il n'ait rien à craindre du c6té do
la France ni de la Suède, qui lui ont donné toutes les assurances
qu'il pouvoit souhaiter, et le peu de soin qu'il a pris de corres-
pondre à la sincère amitié que les deux couronnes lui ont
témoignée depuis la conclusion de la paix donnant un très juste
sajet de se défier de ses' desseins, les deux couronnes alliées ont
jugé a propos de se mettre en état de ne craindre pas au moin-
dre mauvais succès qui pourroit arriver à l'une ou à l'autre de
voir fondre sur leurs bras toutes les forces de l'Empire ; et, pour
se garantir de ce mal, elles ont estimé nécessaire, en cas que
l'Empereur ne puisse pas être persuadé de licencier les troupes
qu'il a sur pied, et qu'il continue à donner les justes sujets de
jalousie aux doux couronnes alliées que sa conduite fait pren-
dre, l'une et Tautre mettroit des forces considérables sur pied,
pouropposer aux entreprises qu'il pourroit faire dans l'Empire
ou ailleurs au préjudice de la paix, et les faire agir selon que le
besoin le requerra et qu'elles l'auront concerté ensemble et ré-
solu d'un commun consentement.
2. — On peut ajouter dans le présent traité qu'outre l'obliga-
1. Soéd^, 22.
24 LE BARON D'AVAUGOUR, 1656.
lion portée par les précédens, qui durent encore, celui de Muns-
ter obligeant aussi tous les potentats qui y sont intervenus d'en
garantir réciproquement l'exécution, les deux couronnes qui y
ont plus notable intérêt que tous les autres princes ont jugé à
propos de convenir ensemble des moyens plus prompts et plus
propres pour empêcher ou faire réparer les contraventions qui
ont été jusqu'à présent ou seront faites audit traité de Munster.
Le meilleur et le plus plausible moyen seroit de rendre, s'il
est possible, le traité qui sera fait relatif à celui qu'on doit ména-
ger au même temps avec les princes de l'Empire, tant catholiques
que protestans, pour l'exacte observation du traité de Munster,
comme ci-devant les traités particuliers que les deux couronnes
alliées ont faits ensemble ont été relatifs à la confédération de Heil-
bronn ^ Pour cet effet, les deux rois ont jugé à propos, avant
toutes choses, d'affermir leur ancienne confédération par un
traité nouveau dont l'objet et la un principale doit être la sincère
observation du traité de Munster, la défense des amis communs
et confédérés par ledit traité ; la conservation des Électeurs et
autres princes de l'Empire dans la jouissance de tous leurs droits,
biens et libertés.
3. — Cependant les deux rois ayant reconnu la nécessité
qu'ils ont l'un et l'autre d'être plus puissamment armés qu'à l'or-
dinaire, bien que Sa Majesté soit encore chargée du présent far-
deau de la guerre d'Espagne, et que, de son côté, Elle soit aussi
résolue de s'agrandir dans l'Empire avec les armes, néanmoins «
voulant en toutes occasions donner des preuves nouvelles de son
affection au roi de Suède, Elle lui fera de bon cœur fournir une
assistance de 180,000 risdales pour chacun an, qui seront payées
en deux termes dans la ville de Paris pour être employées aux
i. Le gouYernemcnt suédois avait pu craindic, au lendemain de la mort de
Qustave- Adolphe, que la direction de la guerre de Trente Ans et celle du corps
germanique ne vinssent à lui échapper et ne fussent les objets de compétitions
rivales. Le chancelier Axel Oxenstierna soutint alors que le traité par lequel les
protestants avaient choisi pour chef le roi de Suède subsistait en son entier ; et, dans
une assemblée tenue à Heilbronn en mars 1633, les États protestants des cercles
de Franconie, de Souabe, du haut et bas Rhin, déférèrent à sa demande, en lui
adjoignant un conseil qui devait lui être subordonné. La Hollande accéda aux con-
ventions do Heilbronn, et la France renouvela, en se référant aux mêmes actes, ses
engagements avec la Suède.
CONDITIONS DE L'ALLIANCE. 25
dépenses extraordinaires que ledit seigneur roi sera contraint de
supporter pour l'entretenement de ses troupes, dont toutefois,
comme il a été convenu, le paiement ne pourra être prétendu
qu'après que la guerre de Pologne sera entièrement cessée.
4. — Et d'autant que les ennemis du Roi tâcheront par toute
sorte d'artifices de blâmer le Roi à Rome et ailleurs, d'avoir fait
une nouvelle alliance avec les Suédois en cette conjoncture oii ils
sont engagés à une nouvelle guerre que les.Polonois déclarent ne
leur avoir donné aucun sujet d'entreprendre pendant leur trêve
qui dure encore, il importe extraordinairement au Roi de se ga*
rantir de ce blâme, et il faudra faire connoltre aux Suédois qu'ils
ont presque autant d'intérêt que le Roi d'user de toute la précau-
tion et prudence possible pour faire cesser les impressions qu*on
tâche de donner dans le monde que leurs desseins tendent non-
seulement à envahir sans sujet et sans titre les États voisins qui
sont à leur bienséance, mais aussi à affoiblir ou détruire la reli-
gion catholique, à quoi l'honneur ni la conscience de Sa Majesté
ne lui permettra jamais de contribuer le moins du monde. Il est
absolument nécessaire en premier lieu qu'il paroisse à tous ceux
qui auront connoissance du nouveau traité qui doit être fait pré-
sentement avec les Suédois que ce n'est pas tant une nouvelle
alliance qu'une continuation des précédons ci-devant conclus,
de 1636, 1638, 1641, 1643, lesquels sont tous confirmatifs les
uns des autres, et portent en termes exprès que la confédération
des deux couronnes durera dix ans après la conclusion de la paix
dans l'Empire, dont il n'y en a encore que sept d'expirés, et pour
cet effet, il sera bon de limiter la durée de la nouvelle alliance à
trois ans, qui a été le temps de tous les traités ci-devant spécifiés,
sauf à être continuée en cas de besoin.
5. — En cas que l'Empereur ou quelque prince de sa maison
ou de ses adhérons fasse quelque entreprise au préjudice de la
paix de Munster contre l'une des deux couronnes ou quelque no-
table contravention audit traité dont lesdites couronnes ou l'une
d'icelles puisse recevoir dommage, et que, sur les instances qui
seront faites conjointement de leur-part à l'Empereur pour faire
cesser ou réparer lesdites contraventions, on ne puisse obtenir
une satisfaction raisonnable, lesdites couronnes, après avoir cou-
26 LE BARON D'AVAUGOUR, 1656.
certé ensemble les moyens de repousser l'entreprise ou Tinjure,
prendront conjointement les armes pour agir chacune de son
côté avec les plus grandes forces que Tétat présent de leurs af-
faires leur permettra de mettre sur pied contre les États hérédi-
taires de la maison d'Autriche sans incommoder les autres princes
et États de l'Empire voisins.
6. — Au cas ci-dessus spécifié, et ladite rupture arrivant
avant la conclusion de la paix entre la France et l'Espagne, le
Roi fera fournir la somme de 400,000 risdales pour chacun an,
qui seront payées en deux termes en la ville de Paris, envolera
une armée de 10,000 hommes sur le Rhin pour agir de ce côté-là
et s'avancer autant qu'il se pourra vers les États héréditaires de
l'Empereur et des princes de sa maison ou de ses adhérons, et le
roi de Suède fera de même avec les grandes forces qu'il pourra
assembler du côté de la Haute Saxe. En cas néanmoins que la
rupture contre l'Empereur n'arrive qu'après la conclusion de la
paix entre les deux couronnes de France et d'Espagne, le Roi
fera la guerre dans l'Empire avec une armée plus puissante,
composée au moins de 40,000 combattans, et augmentera aussi .
de bon cœur la subsistance qu'il promet au roi de Suède pour la
présente confédération, en sorte que l'assistance, sera de
600,000 risdales payables en deux termes dans la ville de Paris.
7. — Si les Suédois vouloient obliger le Roi de ne faire
aucune autre confédération avec les princes de l'Empire, il fau-
dra rejeter ou détourner habilement cette proposition, et leur
faire connoitre que le véritable intérêt des deux couronnes est au
contraire d'attirer dans leur confédération le plus grand nombre
des princes de l'Empire qu'il leur sera possible, de crainte que,
voyant les deux couronnes alliées former des desseins et pres-
crire des lois dans l'Empire sans leur participation, ils ne pren-
nent résolution de se liguer ensemble sans l'intervention des
couronnes et peut-être de se joindre à l'Empereur, ce qu^ seroit
extrêmement dangereux et fait voir combien il est avantageux
et nécessaire do les engager, si l'on peut, à faire un traité nou-
veau avec les deux couronnes pour l'entière exécution du traité
de Munster, pour conserver l'Empire en l'état où il se trouve, et
les Electeurs et autres princes dans la paisible jouissance de tous
CONDITIONS DE L'ALLIANCE. 27
leurs droits et libertés, qui est, comme il a été dit, le principal
but de la présente confédération. Tout ce qu^on peut promettre
sur ce sujet et à quoi il semble être nécessaire de s'appliquer de
part et d'autre est de ne faire point de traité avec TEmpereur ni
avec ses adhérons ni aucun prince de TËmpire qui soit ennemi
des deux couronnes.
8. — U est absolument nécessaire pour Thonneur du Roi et
pour rentière décharge de sa conscience qu'il soit expressément
connu qu'en quelque lieu que les armes de Suède soient obligées
d'agir, il ne soit rien changé ni innové en Tétat présent de la
religion catholique, dont Texercice public sera conservé avec la
même liberté et sans que les prélats , chapitres, monastères et
autres particuliers ecclésiastiques tant séculiers que réguliers
puissent être directement ni indirectement troublés ni inquiétés
dans toutes leurs fonctions, ni dans la libre jouissance de tous
leurs droits, biens et revenus.
9. — Il faudroit aussi ménager qu'en cas qu'il soit fait pré-
sentement ou ci-après quelque confédération ou traité entre les
Electeurs et autres princes de l'Empire, de quelque religion
qu'ils soient, pour la conservation de la paix et de l'état présent
de l'Allemagne, dans lequel ni la France ni la Suède ne fussent
point intervenues, et qu'en conséquence du nouveau traité qui
sera fait avec la Suède, il fallût employer les armes et en venir à
une rupture contre l'Empereur ou quelqu'autre prince de sa
maison ou son adhérent, les deux couronnes seront obligées
d observer la neutralité avec les princes de l'Empire confédérés,
jasqQ*à ce qu'on ait pu ajuster avec eux une liaison plus particu-
lière, pourvu que toutefois lesdits princes confédérés veuillent
de leur côté observer la neutralité.
10. — L'on n'est pas moins obligé de soutenir que, le Roi ne
pouvant pas avec bienséance et pour cette raison ne voulant pas
qu'on lui puisse imputer d'avoir contribué directement ou indi-
rectement dans la présente guerre de Pologne, que Sa Majesté
désire passionnément de voir bientôt finir par un accommode-
ment suivant les instances réitérées qu'Ëlle en a fait faire auprès
des rois de Suède et de Pologne, Sa Majesté ne prétend point
èlre obligée de fournir au roi de Suède l'assistance qui lui sera
28 LE BARON D'AYAUGOUR, 1656.
promise pour Talliance qu'après que la guerre de Pologne sera
entièrement terminée.
H. — Il faudra bien expressément encore stipuler que, la
rupture avec l'Empereur arrivant, les armes de la Suède seront
obligées d'agir dans les États héréditaires de la maison d'Au-
triche du côté de la Haute Saxe, sans attaquer aucun prince de
l'Empire, si ce n'est ceux qui seront ouvertement déclarés en
faveur de l'Empereur contre la France et la Suède.
12. — Il semble bien utile que les principaux intérêts de la
France et de la Suède capables de causer la rupture avec l'Em-
pereur en cas de contravention au traité de Munster soient
déclarés et spécifiés par la nouvelle alliance, et, comme les prin-
cipaux qui regardent le Roi sont que l'Empereur ne se mêle
point de la guerre d'Espagne et ne puisse envoyer des secours
aux Espagnols, il importe de bien faire connoltre aux Suédois
qu'ils ne sont pas moins obligés que la France de prendre part
à l'observation de l'article 3 du traité de Munster, qui défend
cette assistance en termes exprès, parce que, si le secours de
TEmpire qui peut être envoyé aux Pays-Bas réduisoit la France
à faire un traité désavantageux avec l'Espagne, les armes de cette
couronne-là, étant dégagées de la guerre que le Roi soutient
contre elle, seroient en état d'assister puissamment l'Empereur
contre tous les desseins de la Suède, joint que les Suédois sont
obligés par le traité de Munster d'empêcher ou faire cesser cette
contravention. Et il seroit inutile de s'engager dans des nouvelles
confédérations si on n'avoit pas soin d'observer religieusement
celles qui sont déjà faites.
13. — Il faut se souvenir d'user des termes d'alliance et de
confédération auxquels les précédens traités seront conçus et
de s'abstenir du mot de ligue, qui parott en quelque façon
odieux en l'état présent des affaires.
14. — Sa Majesté désire que le sieur de Lumbres ait part à la
négociation qui sera faite, et à ces fins Elle lui écrit de se rendre
au lieu où sera le sieur d'Avaugour, auquel Elle envoie un ample
pouvoir pour traiter et conclure une nouvelle alliance avec le roi
et la couronne de Suède, ce qu'il lui fera savoir aussitôt qu'il aura
reçu ledit pouvoir.
CONDITIONS DE L'ALLIANCE. 29
15. — Ledit sieur d'Avaugour se souviendra néanmoins qu'en-
core que ledit pouvoir lui donne une entière liberté de traiter et
de conclure, et qu'il soit à propos de déclarer aux ministres sué-
dois qu'il, est en cet état, il importe qu'après être entré en dis-
cours avec eux selon le contenu de la présente Instruction, ne
s'expliquant d'abord que des dispositions générales où est le Roi
d'entrer en un nouveau traité avec celui de Suède, il engage ces
ministres de lui donner un projet de l'alliance qu'ils entendent
de contracter ; et après en avoir réduit les conditions à peu près
des termes contenus dans la présente négociation, avant que le
signer ou conclure, il enverra par un courrier exprès à Sa Ma-
jesté avec un éclaircissement exact des Instructions des Suédois,
afin que Sa Majesté y puisse prendre sa dernière résolution.
16. — Pendant le cours de la négociation, le sieur d'Âvaugour
tâchera de découvrir et de pénétrer adroitement et sans faire
paroilre de dessein étudié, quelle est l'intention et quels sont les
sentimens du roi de Suède touchant la future élection du roi des
Romains et de l'Empereur, et en la personne de qui il a voit pen-
chant qu'elle tombât. Que si l'on tâchoit de savoir la même
chose de lui touchant les intentions et les sentimens du Roi, il
protestera que cela est au delà de sa connoissance, mais qu'il
sait bien que c'est l'intérêt des deux rois d'empêcher autant qu'il
sera en eux qu'il ne se fasse point de nomination de roi des Ro-
mains au moins si tôt, et qu'on attende, s'il se peut, la mort do
TEmpereur ou un autre temps plus éloigné du présent.
17. — Que si néanmoins, pour le plan de l'alliance que les
ministres suédois pourront proposer audit sieur d'Avaugour, il
^ trouvoit avoir par la présente Instruction de quoi résoudre
toutes les difficultés et ajuster tous les points proposés, ou si les
difficultés qu*on pourroit avancer étoient de peu d'importance,
etlaissoieut entières les parties essentielles du traité, en ce cas-là
il ne laissera pas de passer outre pour la signature dudit traité,
attendant la résolution des difficultés non terminées par le même
courrier par lequel on enverra la ratification.
Fait à Paris, le xyii« jour de mars 1656. Louis.
III
LE CHEVALIER DE TERLON
1662— 1664 — 1665
Le chevalier de Terlon, fils d'un homme de loi et gentilhomme du
cardinal Hazarin, avait été envoyé, dès 1655, vers Charles X Gustave,
à l'occasion de son mariage. Il l'avait partout suivi, de concert d'abord
avec d*Âvaugour. Il était à côté du roi de Suède dans les moments les
plus périlleux de ses expéditions militaires, par exemple en traîneau
lors du fameux passage de Tarmée suédoise sur les Belts glacés. Il
poursuivit d'abord les négociations laissées inachevées par d'Avaugour,
mort à la peine, et put apposer sa signature comme ambassadeur
extraordinaire au traité de Roeskilde, de 1658, qui enleva au Dane-
mark et donna à la Suède les provinces de Scanie, de Halland et de
Bleking. C'est après avoir rendu ces premiers services si effectifs que
Terlon fut envoyé de nouveau en Suède, où un changement de règne
s'était accompli : Charles XI avait succédé à son père Charles X Gus-
tave, mort le 13 février 1660.
Un certain trouble allait se produire dans les relations diploma-
tiques entre la France et les États du Nord. Le traité conclu par le
ministre suédois Tott à Paris, en 1661, à condition que la Suède con-
tribuerait à l'élection du duc d'Enghien en Pologne, n'ayant amené
aucun résultat, cet échec donna à réfléchir au cabinet de Versailles
^ur l'alliance suédoise, probablement toujours incomplète tant que le
Danemark, avide de recouvrer ses pjovinces, ne ferait pas cause com-
mune. Le traité du 3 janvier 1663, par lequel la France amendait ses
conventions de 166i avec la Suède, mécontenta celle-ci; on lui op-
posa un traité de commerce entre la France et le Danemark en date
du 24 février 1663 et un traité d'alliance entre ces mômes puissan-
ce, du 3 août de la même année. C'était entrer hardiment dans un
32 LE CHEVALIER DE TERLON, 1662.
système de rapports égaux de la France avec la Suède et le Danemark,
système proposé par le ministre danois Annibal de Sehested.
Terlon fut chargé, dans ses diverses missions, de veiller à Texécu-
tion de ce plan et d*y amener bon gré mal gré la Suède, dont on vou-
lait en tous cas conserver Talliance. Également accrédité, comme
Tavait é}é d*Avaugour, dix années auparavant, auprès du roi de Dane-
mark et du roi de Suède, il reçut plusieurs Instructions. Pour ce qui
* regarde la Suède, il y en a une de 1662, une de 1664 et une de 1665,
à laquelle il faut ajouter, sous la même date, une pièce intitulée :
Écrit envoyé à M. le chevalier de Terlon, qui est encore une Instruc*
tion véritable, traitant d^intérèts plus généraux encore et d'affaires
plus importantes que les pièces précédentes, dont elle est d'ailleurs
un complément utile et un grave commentaire. De ces derniers mor-
ceaux, plusieurs sont de la main de Lionne ; destinés» en quatre an-
nées, à un seul et môme agent diplomatique, ils témoignent de l'in-
croyable activité d'un si zélé ministre. Quiconque a touché aux
documents originaux de cette période du règne de Louis XIY sait
combien l'écriture de Lionne est difficile à déchiffrer. Nous espérons,
sauf quelques mots qui nous sont restés incertains, donner ici de ces
pièces autographes une transcription exacte.
En 1662, Mazarin est premier ministre, et Henri-Auguste de Lo-
ménie-Brienne, avec Henri-Louis de Loménie, son fils, dirige les
affaires étrangères.
l"". — MÉMOIRE DU ROI POUR SERVIR d'iNSTRUCTION AU GHEVAUER
DE TERLON 8*EN ALLANT EN SUÈDE PAR ORDRE DE SA MAJESTÉ,
1662*.
Le Roi ayant jugé à propos pour le bien de son service de
dépêcher à Stockholm une personne expresse avant le départ de
1. Suède, 25. Le Registre du ministère des Affaires étrangères ne donne que
cette date & la suite du titre; mais il est dit dans cette Instruction que le traité de
Fontainebleau est signé depuis dix mois ; ce traité est du 22 septembre 1661 ; la date
de rinstruction est donc entre le 22 juillet et le 22 août 1662.
COMPLICATIONS RÉCENTES. 33
Tâinbassadeur qu*ElIc a destiné d'envoyer au roi de Suède, qui
ne sauroit faire en chemin les diligences. que Faflaire requiert,
Sa Majesté a jeté les yeux sur celle du sieur chevalier de Terlon,
comme étant la plus propre qu^Elle eût pu choisir pour la fm
qu'Ellc se propose, tant pour les habitudes et Tétroite amitié
qu'il a contractées avec la plupart des principaux régens et séna-
teurs du royaume pendant lo cours de son ambassade auprès du
feu roi de Suède que pour la connoissance particulière qu'il a
acquise par une longue expérience de la meilleure manière de
traiter avec eux, Sa Majesté sachant d'ailleurs qu'il leur sera
plus agréable qu'aucun autre, ayant eu occasion de leur donner
plusieurs marques signalées de son affection dans la négociation
et la conclusion de la dernière paix que la Suède a faite avec le
roi de Danemark.
Le Roi désire donc qu'aussitôt que ce mémoire aura été
remis audit chevalier avec les lettres de créance de Sa Majesté,
qui ne lui donneront point d'autre caractère que celui de gentil-
homme envoyé, il prenne la poste et se rende à Stockholm en la
plus grande diligence qu'il lui sera possible, le sujet de son envoi
ne pouvant être plus important qu'il est ni plus pressé, ce qu'il
reconnoitra lui-même si évidemment par la teneur de cette
Instruction, qu'Elle se promet de son zèle qu'il franchira toutes
sortes de difficultés pour se rendre à Stockholm en moins de trois
semaines.
Pour le bien informer de ce qu'il aura à faire et de la con-
duite qu'il devra tenir, il est nécessaire de reprendre la chose un
peu de haut.
Lorsque Sa Majesté, au mois de septembre de Tannée der-
nière, fit un traité secret avec la Suède ', dont ledit chevalier eut
dès Io^s une connoissance générale, mais dont on lui remet au-
jourd'hui une copie, afin qu'il en sache le détail. Elle eut grand'-
raison et prit une résolution digne de sa grandeur et de sa
prudence, de ne regarder point à sacrifier une somme excessive
d'argent pour avoir la gloire et l'avantage de faire tomber
!. Le traité de Fontainebleau, de septembre 1661, dont une iiartic au moins se
comiK>sait d articles secret*.
RECUEIL DES LNSTRUCT. DIFLOIIAT. II. — 3
34 LE CHEVALIER DE TERLON, 1662.
la couronno de Pologne sur la tête d'un prince de son sang,
et empêcher que la maison d'Autriche, venant à joindre ce
royaume-là à ses autres États, comme elle y travailloit avec
grand soin, ne pût, par un coup de celte importance, réparer
avantageusement toutes ses pertes passées, et se remettre au
même état de puissance qui avoit toujours été si formidable à la
chrétienté, et que Sa Majesté, par ses victoires, a eu le bonheur
d'afToiblir si notablement qu'à moins de la nouvelle acquisition
qu'elle pourroit faire de la Pologne par l'élection d'un de ses
princes, elle ne peut plus donner aucun sujet de crainte aux
autres États chrétiens.
Mais il est depuis arrivé (sans qu'il y ait de la faute de Sa Ma-
jesté, qui n'a pu, d'une si grande distance, pourvoir à temps à ce
mal) que les divisions intestines des Polônois, fomentées par
L'Isola', ministre de l'Empereur, et par les cabales du grand-
maréchal du royaume Lubomirski', ont fait entièrement changer
de face à l'aiïaire, qui se trouve aujourd'hui tellement ruinée,
qu'il ne reste plus quasi aucune espérance de pouvoir porter sur
ce trône-là M. le duc d'Anghien, suivant le concert qu'en avoient
fait ensemble le roi de Pologne et celui de Suède.
Sa Majesté ne veut pas dire que les longueurs que la couronne
de Suède a apportées à ratifier le traité aient été cause que cette
affaire s'est ruinée, mais bien qu'elles ont contribué beaucoup
à empêcher qu'on n'ait pu remédier à temps au mal qu'on voit
aujourd'hui comme irréparable.
1» François, baron de llsola ou de Lisola, ambassadeur d'Espagne à Stockholm ,
ëtait tië en 1613 à Salins en Franche-Comté, et par conséquent sujet espagnol. Il
avait été, dès sa jeunesse, au service de TEmpcrcur, et employé à des négociations
importantes à Londres, à La Haye. Inquiet do la domination française, il associa
SCS inimitiés à celles du grand-pensionnaire de Hollande, et resta désormais Ten-
tiemi déclaré de la France, le conseiller do toutes les coalitions contre elle. Son
premier écrit : le Bouclier (TÈtat et de justice, parut en 1667. Traduit dans toutes
les langues, il eut un immense retentissement dans toute rKuropo. C'était une
réponse au long manifeste français intitulé : Traité des droits de la reine Très Chré-
tienne sur divers États de la monarchie espagnole.
2. Sébastien George, comte de Wisnicz Lubomirski, prince du Saint-Empire,
fcld-maréchal général de la petite Pologne, avait siégé comme plénipotentiaire dii
roi de Pologne Jean-Casimir au congrès d'Oliva, 1660. Il se rangea ensuite parmi
les ennemis de ce prince, et engagea contre lui une lutte pleine de vicissitudes, après
lesquelles il alla mourir à l'étranger.
TRAITÉ DE I66i. 35
Ce n*est pas néanmoins Fintention de Sa Majesté que ledit
cfievalier en fasse des plaintes que fort mpdérées, et bien moins
aucun reproche, s'il n'y est absolument forcé, Sa dite Majesté ne
doutant pas, comme la Suède avoit un aussi grand intérêt qu'Ëllc
au bon succès de notre concert, que les régens du royaume
n'aient eu des raisons très fortes et comme invincibles pour en
user en la manière qu'ils ont fait. C'est pourquoi, aussi souvent
que ledit chevalier aura occasion de tomber sur ce discours, il en
parlera comme on fait à des amis sur un malheur commun dont
nous les croyons aussi fâchés que nous, sans vouloir leur en rien
imputer, mais voir seulement de bonne foi quelles nouvelles
mesures on pourroit prendre ensemble pour le bien commun, et
pour empêcher qu'un traité que Sa Majesté avoit eu tant de joie
de conclure ne tombe pas au moins en toutes ses parties, et que
Ion en conserve, s'il est possible, ce qui sera nécessaire pour
maintenir l'étroite union qui avoit été rétablie enlre la France et
la Suède.
Cependant, comme il importe que ledit chevalier n'ignore
pas quelles ont été ces longueurs et ces irrésolutions de la part
de la Suède à ratifier le traité, afin qu'il en puisse parler avec
fondement, selon qu'il s'y verra nécessité, Sa Majesté juge néces-
saire de faire ici une déduction particulière de tout ce qui s'est
passé entre les ministres du Roi et le comte Tott ^ depuis le com-
mencement du mois de janvier, auquel Cambrosius' arriva à
Paris, de retour de Suède, où il avoit porté le traité signé à Fon-
tainebleau le 22 septembre de l'année dernière.
Il saura donc qu'il revint chargé de la première ratification
1. Claude, comte de Toit, ne en 1616, mort à Paris en 1674, ambasstadcur do
SiiÀcl& en France : « C'étoit, dit Tabbé Choisy, un homme bien fait, jeune, de beau
roap d'esprit, magnifique, galant, grand joueur, donnant dans toutes les dépenses ;
Tair noble et parlant mieux francois que pas un courtisan, adoré et flatté des femmes
qai trouToient leur compte arec lui. » A Paris, il fréquentait M^^ de Sévigné et sa
wciété. *
3. Cambrosius ou Gambcrosins, sans doute le même agent suédois qu on trouve
^é»ï§aé àtfmm i9M dans les listes diplomatiques du ministère des Affaires étran,
gères à Stockholm, coimne résidant à Paris sous les noms do Stophanus Gambro-
tius Hirschenstiema. Voir A. Gepp&oy, Notices et extraits des manuscrits concer-
nant ^histoire ou la littérature de la France qui sont conservés dans les bibUothè-
ques ou archives de Suède ^ Danemark et Norvège. Paris, Imprimerie impériale,
\VS, page 220.
30 LE CHEVALIER DE TERLON, 1662.
dudil traité ; mais que, peu de jours avant son arrivée, le Roi
avoit reçu une ample dépèche de la reine de Pologne à qui
Sa Majesté avoit envoyé communiquer ledit traité, par laquelle
ladite reine faisoit de grandes plaintes qu'on y eût omis le point
le plus essentiel, vu la constitution où se trouvoient alors les
affaires de Pologne, qui étoit que la Suède fût obligée d'y faire
entrer son armée et agir avec les forces du Roi aussi bien contre
les confédérations de Pologne et de Lithuanie, comme le traité
Tobligeoit déjà d'agir contre l'Empereur et toute autre puissance
étrangère qui voudroil troubler à main armée la liberté de l'élec-
tion, et que, sans cette précise et particulière obligation des
Suédois contre les rebelles du Roi son mari, elle ne faisoit pas
grand cas dudit traité ni d'en pouvoir recevoir aucun avantage.
Sa Majesté, ayant eu cette connoissance assez à temps, refusa
de passer outre à l'échange des notifications dudit traité, à moins
que le comte Tott, qui l'avait signé, y ajoutât un ailicle qui en-
gageât aussi la Suède à envoyer ses forces contre lesdites confé-
dérations, quand elle en seroit requise.
Ledit comte y résista longtemps, sous prétexte que c'étoit
une nouveauté qui venoit trop tard, et sur laquelle il n'étoit pas
instruit des intentions do son maître et même n'y avoit aucun
pouvoir, croyant le sien tout à fait épuisé dès le moment qu'il
avoit signé le traité. Mais on lui remontra si vivement la néces-
sité dexet article, et que la Suède n'y avoit pas moins d'intérêt
que le Roi, si elle vouloit véritablement et sincèrement empêcher
que la couronne de Pologne ne tombât sur la tête d'un prince
autrichien, ou moscovite, ou de l'Électeur de Brandebourg, qu'à
la fin il fut fait un nouvel article qui ^portoit expressément ren-
gagement des Suédois à envoyer leurs forces contre les révoltés,
quand ils en seroient requis ; ainsi que ledit chevalier le verra
par la copie qu'on lui remet de cet article. Après quoi on fit de
part et d'autre l'échange des ratifications du traité, sous condi-
tion qu'il viendroit de Stockholm une nouvelle ratification de
l'article qu'on y avoit ajouté, et quoique Sa Majesté demeurât
dans l'incertitude si la Suède vouloit entrer dans ce nouvel enga-
gement, sur lequel son ministre protestoit n'être pas instruit et
n'avoit même aucun pouvoir. Elle ne laissa pas, par un mou-
AFFAIRES DE POLOGNE. 37
voment bien singulier de son aiïection et de sa générosité, de
faire le même jour payer au comte Tott cent mille écus sur et en
moins des cent trente-trois mille du premier terme stipulé par
le traité.
Le comte Tott envoya aussitôt après Cambrosius en Suède
pour y porter les ratifications du Roi et le nouvel article, et s'ar-
rêta ici pour attendre la ratification dudit article, qu'il s'étoit
obligé de fournir, et sans laquelle tout le traité devoit demeurer
nul du fait et par la faute des Suédois.
Quelque temps après néanmoins, ledit comte prit une autre
résolution, et dit qu*il vouloit aller attendre cette pièce à Amster-
dam, à dessein, disoit-il, ou de revenir à Paris si, par les délibé-
rations du Sénat, il y avoit quelque chose à négocier de nouveau
sur ledit article, ou de pouvoir passer plus promptement en
Suède, se trouvant déjà bien avancé dans le chemin, en cas qu'il
se fût rencontré quelques difficultés dans le Sénat à la ratifi-
cation dudit article, lesquelles il se promettoit de surmonter par
sa présence.
Ledit comte n'a point donné de ses nouvelles d'Amsterdam,
si ce n'est par un seul mot de compliment pour faire savoir qu'il
y étoit arrivé, et on n'apprit que par les gazettes et avis publics
qu*il eût passé droit en Suède.
Et quoique Sa Majesté, depuis son arrivée à Stockholm, en
ait reçu diverses lettres, voire du roi de Suède même, qui lui a
écrit en faveur des barons de Levenhaupt, Elle n'a reçu aucunes
nouvelles dudit roi, ni de ses régens, ni du comte Tott, ni d'au-
cuns ministres touchant l'affaire commune et la ratification
qu ils étoient obligés de fournir, quoiqu'il y ait déjà dix mois
d*écoulés depuis la sigimture du traité, et qu'il y ait six mois
entiers depuis celle de l'article de Paris. Cependant letraité même
portoit une obligation réciproque d'en fournir de part et d'autre
les ratifications dans trois mois.
Le grand inconvénient qui est arrivé de ces longueurs, c*est
que, dans un si grand intervalle de temps, les affaires de Pologne
ont tous les jours empiré à vue d'œil, sans que Sa Majesté y ait
pu donner aucun remède, comme probablement il eût été assez
aisé par l'un des deux moyens dont Elle a été incessamment
38 LE CHEVALIER DE TERLON, 1662.
pressée par la reine de Pologne, ou de lui donner une assurance
positive qui pût fortifier le courage de ceux de son parti, que
r^rinée de Buèdo passeroit infailliblement cet été en Pologne
pour se joindre au corps que commande Czarneski, et agissant
ensemble, réduire les confédérés à leur devoir; ou, si la Suède
en faisoit difficulté, assister le roi de Pologne d'une somme d'ar-
gent considérable pour lever un grand corps de cavalerie, qu'EIle
voyoit toute facilité à former en Pologne, et même s'en servir à
débaucher les meilleures troupes des deux confédérations, en
sorte qu'ayant fortifié le général Czarneski, qui est entièrement
&la dévotion du roi, de ce nouveau corps. Elle tenoit infaillible
qu'il auroit bientôt mis les révoltés à la raison, et qu'un mois
après l'élection du successeur se seroit faite sans que personne
eût eu l'audace de s'y opposer.
Le Roi cependant n'a pu promettre ou donner à la reine ni
l'un ni l'autre ; car, ni Sa Majesté n'a pu donner parole que l'ar-
mée de Suède passeroit cet été en Pologne contre les confédérés,
puisqu'Elle-mème n'avoit pas tiré cette parole de ceux qui la
dévoient exécuter, ni Sa Majesté n'a pu assister le roi de Pologne
de la somme considérable d'argent que la reine lui demandoit,
parce que tout ce qu'Elle eût pu lui fournir, vu l'état présent de
ses finances. Elle Tavoit déjà promis à la Suède, en cas qu'elle
eût ratifié.
Cependant il est arrivé que, dans toutes ces incertitudes, l'af-
faire de la succession de Pologne a comme péri sans ressource,
et comme Sa Majesté a considéré d'un côté que la Suède non
seulement n'a pas ratifié dans le temps que le traité l'y obligeoit,
mais a laissé écouler six mois entiers sans envoyer un acte abso-
lument nécessaire qui pouvoit être fourni en moins de six se-
maines, et qui le devoit être sur la parole qu'en avoit donnée le
comte Tott, lequel s'étoit même arrêté à Paris plus que ce
temps-là pour l'attendre, et que, d'autre part, il n'est pas juste
d'abandonner entièrement le roi et la reine de Pologne et tout
leur parti à la discrétion de leurs ennemis, ayant témoigné
autant d'affection et de douleur qu'ils ont fait pour le bon succès
de notre dessein, jusqu'àsacrifier leurs intérêts et hasarder leur
sûreté et leur propre couronne, qui se trouve aujourd'hui en
AFFAIRES DE POLOGNE. 39
grand danger, Sa Majesté, pour ces deux considérations jointes
ensemble, comme aussi par bienséance, par honneur et par inté-
rêt, s*est crue obligée de prendre la résolution d'employer dans
la Pologne même, à soutenir lesdits roi et reine et leur parti, les
sommes qu'EUe avoit destinées à la Suède si elle eût voulu ou
jugé à propos de ratifier le traité dans le temps dont on étoit
convenu. Sa Majesté, ne doutant nullement que les pégens du
royaume, faisant réflexion sur le pitoyable état présent des
affaires de Pologne, n approuvent beaucoup cette résolution et
ne l'eussent eux-mêmes conseillée à Sa Majesté comme une
chose sur laquelle la Suède, à cause du voisinage, a encore bien
plus dMntérêt que la France, et qu'il lui est incomparablement
plus important d'empêcher que l'Empereur ou le Moscovite ou
rÉlecteur de Brandebourg ne s'emparent par une élection de
toute la Pologne ou ne la partagent entre eux par morceaux,
qu'ils ne doivent avoir d'égard à la somme d'argent qu'ils
eussent touchée, et laquelle même il leur auroit aussitôt fallu
employer au soutien d'une pesante guerre, dont l<^s succès sont
toujours incertains, et de laquelle Sa Majesté les tient aujour-
d'hui pour entièrement déchargés.
Tout ce que dessus sont des vérités si palpables, et où l'on
peut si peu trouver de bonnes répliques, que Sa Majesté se pro-
met que, quand elles seront ingénuemont représentées par ledit
chevalier aux régens du royaume, non seulement ils ne pourront
s'empêcher d'en demeurer d'accord, mais qu'ils lui témoigneront
beaucoup do sujets de se louer de tout le procédé de Sa Majesté,
et qu'il ne pouvoit être plus sincère ni plus obligeant, et parti-
culièrement lorsqu'il se sera expliqué à eux de la dernière partie
du sujet de son envoi en la manière qui suit, qui est :
Que le roi veut toujours chèrement conserver l'amitié de la
couronne de Suède et restreindre par toute sorte de démons-
trations et d'effets de sa bienveillance royale, et, pour preuve
indubitable de cette vérité, qu'encore que le traité fait à Fon-
tainebleau se trouve présentement annulé par les incidens qu'on
a dits ci-dessus, dont la faute ne peut en aucune façon être rejetée
sur Sa Majesté, Elle ne laissera pas d'entretenir, s'ils le désirent,
le traité public, qui ne regarde que l'union pour les affaires d'Âl-
40 LE CHEVALIER DE TERLON, i662.
lemagne, et de le confirmer en tant qu'il seroit besoin, voire d'y
ajouter et stipuler de nouvelles conditions si avantageuses à la
Suède même en matière d'argent, qu'à tout prendre elles lui
seront plus utiles que ne seroit tout le traité secret et l'article de
Paris quand ils auroicnt subsisté l'un et l'autre, parce que
Sa Majesté est disposée d'accorder annuellement au roi de Suède
une somme d'argent considérable, pour lui donner moyen d'en-
tretenir ses troupes, et qu'il la touchera fort ponctuellement sans
être chargé d'aucune obligation d'entreprendre et de soutenir
une guerre en Pologne.
Ledit chevalier déclarera donc qu'il est prêt de convenir d'un
nouvel article sur ce sujet, lequel il se fait bon de ratifier à
Sa Majesté suivant le pouvoir qu'Ella lui en a donné, qu'il
pourra leur faire voir en cas qu'ils veuillent y entendre.
Si cette négociation s'entame, ledit chevalier saura que l'in-
tention de Sa Majesté est qu'il puisse promettre de sa part, et Vy
engager par ledit article, qu'EUe fournira au roi de Suède un
subside ou assistance gratuite jusqu'à cent mille écus par an, et
cela pendant le même cours de six années, par une marque sin-
gulière et un pur effet de sa bonne volonté, sans obliger à rien
ledit roi en échange, si ce n'est aux mêmes choses auxquelles le
traité dç Munster l'oblige déjà suffisamment et les articles publics
du traité de Fontainebleau, qui seront confirmés.
Elle lui recommande seulement de ne pas d'abord faire une si
grande offre, ni pour la somme, ni pour le nombre d'années
qu'elle devra être payée, mais de n'y monter que par degrés et à
mesure qu'il s'y verra obligé pour leur donner plus de satisfac-
tion, tâchant autant qu'il pourra de ménager la bourse de Sa
Majesté. Mais, à toute extrémité. Elle lui donne pouvoir, comme
il a été dit, de l'engager à payer jusqu'à cent mille écus six ans
durant, qui est un assez beau présent pour espérer que les Sué-
dois n'en seront pas moins satisfaits que de la somme qui avoit
été stipulée par le traité avec la charge infiniment pesante de
devoir entreprendre et soutenir de leurs seules forces une grande
guerre en Pologne, dont l'occasion même eût pu être si pro-
chaine et le succès si douteux.
RECOMMANDATIONS SPÉCIALES. 4i
ADDITION A l'instruction CI-DESSUS.
Quoique les résolutions qu'a prises le Roi, et qui sont conte-
nues dans l'autre mémoire, soient dans tous les termes de la
bienséance et de la plus exacte justice, quoiqu*élant regardées
du bon biais elles soient plus avantageuses h la Suède que no
Fauroit été le traité secret de Fontainebleau avec l'article de
Paris, s'ils avoient subsisté, et quoique la manière dont Sa Ma-
jesté a chargé ledit chevalier de taire savoir à Stockholm Icsdites
résolutions ne puisse être plus obligeante, puisqu'on lui ordonne
(le ne faire aucune plainte ni' reproche lorsqu'on en auroit tant
de sujets; comme les Suédois sont d'ordinaire plus avantageux
et hauts à la main en leurs négociations quand on est d'humeur
de le souffrir, et qu'il pourroit arriver qu'ils ne gardassent pas la
même modération et la même douceur quand ils traiteront avec
ledit chevalier, criant plus haut plus ils ont de tort, selon leur
coatume, Sa Majesté a voulu ajouter ce mémoire à part à l'autre
Instruction, afin qu*il sache comme se conduire, et ce qu'il aura
à répliquer au cas que les régens ou les ministres en usassent
avec lui de la manière qu'on vient de dire, comme il est assez
probable qu'ils feront, étant sensibles au point qu'ils le sont sur
les intérêts d'argent.
S'il arrive donc qu'après que ledit chevalier aura exposé sa
commission, aucun d'entre eux, par paroles directes ou indi-
rectes, voulût toucher le moins du monde à l'honneur de Sa Ma-
jesté, comme si Elle avoit voulu, en ce rencontre, leur faire une
de ces querelles qu'on appelle d'Allemand, c'est-à-dire qu'EUe
eut cherché des prétextes mendiés et peu soutenables pour s'em-
pèchcr de leur payer, comme ils pourront dire, ce qui leur est dû
puisqu'il leur a été promis par un traité que Sa Majesté a déjà
ratifié de sa part, et auquel aujourd'hui Elle manque, ou fen cas
que les plaintes qu'ils en feront passent les bornes de la bien-
séance et du respect qui est dû à Sa Majesté ou excèdent les
termes de la modération et de la bonté dont Elle a chargé ledit
42 LK CHEVALIER DE TERLON, 1662.
chevalier d'user à leur égard, c'est alors que Sa Majesté trouve
bon, et même lui ordonne qu'après en avoir souffert ce que par
prudence il croira devoir tolérer, l'honneur de Sa Majesté demeu-
rant sauf, il leur réplique avec grande fermeté et ne permette
aucun de leurs emportemcns qu'il ne le rabatte aussitôt avec
vigueur, en quoi même il aura beaucoup d'avantage, puisqu'il
parlera pour la raison, qu'au fait dont il s'agit la Suède ne se
peut justement plaindre que d'elle-même et de ses irrésolutions
ou de sa négligence, ou peut-être même de ce qu'elle avoit déjà
formellement résolu de ne pas ratifier, ce que les ministres pour-
tant n'auront garde d'avouer.
Peut-être voudront-ils soutenir que, l'article de Paris ne
fixant aucun temps dans lequel ils fussent obligés d'en fournir la
ratification, ils sont en droit encore aujourd'hui de la donner, et
que Sa Majesté, qui a déjà ratifié de sa part ledit article, ne peut
la refuser sans manquer au traité.
Pourvu que cela soit dit en termes modérés, ledit chevalier
y répondra de même, et leur représentera que le traité portant
lobligation de ratifier dans trois mois, il a été superflu de la
répliquer dans l'article séparé, parce qu'outre que l'accessoire
suit toujours la nature du principal, le comte Tott a souvent
assuré les ministres du Roi que non seulement cette ratification
arriveroit dans le terme des trois mois, mais même dans six
semaines, et en effet il dépêcha dès le mois de janvier un cour-
rier exprès, qui devoit rapporter en toute diligence cette ratifica-
tion, et lui-même s'arrêta jusqu'à la fin de mars à Paris pour
l'attendre.
Il pourra ajouter à cela, pour fortifier son dire, que, comme
au retour de Gambrosius de Suède, quand il rapporta les pre-
mières ratifications, le comte Tott demeura d'accord que le Roi
étoit encore en droit de faire et de convenir d'un nouvel article
qui contenoit quasi toute la substance du traité, puisque les rati-
fications n'étoient pas échangées de la même manière et par les
mêmes raisons, Sa Majesté est aujourd'hui en droit de faire une
nouvelle convention, puisque la ratification 'de Suède n'a pas été
fournie, et que non seulement elle a laissé écouler le temps
auquel elle étoit tenue de la donner, mais le double du même
RÉPONSE A FAIRE EN SUÈDE. 43
temps, pendant quoi toute Taffaire a changé de face en Pologne ;
de sorte qu'il est besoin, comme l'autre fois, d'une nouvelle con-
vention, & laquelle Sa Majesté est toute prête d'entendre, si les
Suédois savent quelque bon moyen de la redresser, pourvu tou-
tefois que ce moyen soit autre que de faire passer l'armée sué-
doise en Pologne, puisque la Reine a fait déclarer ici que cela
n ayant pu être fait cet été, il seroit désormais non seulement
inutile, mais ruineux au parti du Roi de le tenter.
Si ensuite ledit chevalier, pour rendre la pareille, est obligé
de se jeter sur les plaintes et sur les reproches, ce qu'il évitera
autant qu'il lui sera possible, parce qu'il faut souffrir quelque
chose de ses amis, il aura beau champ de leur faire connoitre
par les raisons qu'il tirera do l'autre mémoire, mais qu'il dira
avec plus de force et de vigueur, que c'est quasi par la seule
faute de la Suède que l'affaire de la succession de Pologne s'est
perdue, et, cela étant, que Sa Majesté ne croit pas les régens
assez déraisonnables pour prétendre ni oser demander que Sa
Majesté leur continue le paiement des subsides qui ne leur
avoient été accordés que comme le prix de l'engagement où ils
étoicnt entrés de soutenir une guerre en Pologne qu'ils ne feront
plus, et dont Sa Majesté les décharge, quoiqu'avec un extrême
regret, parce qu'Elle voudroit de bon cœur avoir payé le double
desdtts subsides, et que l'affaire fût encore en état d'en espérer
un bon succès.
Que c'est même beaucoup que Sa Majesté ne dise mot des
cent mille écus qu'Elle a déjà payés sur un traité non accompli,
et qui a manqué de leur propre fait par le défaut de fournir leur
ratification à temps, Sa Majesté sachant même d'ailleurs, à n'en
pouvoir douter, que de ces cent mille écus-là, il n'en a pas été
payé un seul sol à leurs troupes.
Si ledit chevalier est encore plus pressé, il y pourra ajouter
que ce n'est pas seulement do ce chef du manquement de la rati-
fication que Sa Majesté pourroit se défendre avec grande raison
de la continuation du paiement des subsides, voire même quand
le traité auroit subsisté ; car la Suède lui en a déjà donné un autre
sujet fort légitime, en ce que le fondement principal du traité
fait à Fontainebleau, ce qu'on ne croit pas que le comte Tott lui-
41 LE CHEVALIER DE TERLON, 1662.
même veuille désavouer, iut que le Roi accordoit lesdîts subsides
à la Suède afin qu'elle ne fût pas obligée, ainsi que ledit comte
déclaroit qu'elle y seroit forcée autrement, par défaut d'argent, à
licencier un corps de six mille chevaux étrangers, le meilleur et
le plus aguerri qui fût en Europe, et qu'elle pût au contraire le
maintenir pour être employé quand il en seroit temps, ou dans
l'affaire de Pologne ou dans celle de l'Empire, pour le bien
public, et il ne faut, pour justifier celte vérité, que voir les termes
du traité même qui Texpliquent dé la sorte. Cependant, contre
cette stipulation expresse, et même depuis le traité signé, le roi
de Suède s'est défait entièrement de toute ladite cavalerie étran-
gère, dont deux mille en une seule fois ont été embarqués dans
la province de Schonen, et renvoyés en Allemagne chercher
parti; dont la plupart même l'ont pris au service de l'Empereur,
et tout le reste a été congédié au même temps ou en Livonie, ou
par le général Vrangel dans la Poméranie et les duchés de Brème,
de Yerden' et Minden; et cela seul suffiroit au Roi pour annuler
le traité avec justice, ou du moins pour ne pas accomplir de sa
part les conditions onéreuses dont Sa Majesté s'étoit chargée,
afin que la Suède maintînt ledit corps en état d'être employé aux
besoins communs dont toutefois le parti qui nous est contraire a
profité.
En voilà, ce semble, assez et plus qu'il n'en faut pour donner
lieu audit chevalier de rembarrer vigoureusement, et par des
raisons même sans réplique, tout ce qui lui pourra être dit sur
le sujet de sa commission. Sa Majesté pourtant ne cesse de lui
recommander encore de n'user de cette espèce de représailles
qu'à loute extrémité, et purement en défense, pour repousser les
attaques des autres, leur faisant d'ailleurs, autant qu'il pourra,
connoître leur tort, et parlant toujours du changement qui est
arrivé comme d'une chose dont Sa Majesté ne peut se consoler,
dont Elle est persuadée aussi que les Suédois auront le même
déplaisir, et que, bien loin d'avoir songé à gagner ou à épargner
Fargent des subsides, Elle souhaitcroit plutôt avec passion d'en
avoir payé le double, et que Tarmée de Suède eût pu passer en
Pologne dans cet été, comme on voit qu'elle l'eût pu aisément
si clic eût envoyé sa ratification à temps.
SUBSIDE ACCORDÉ. 45
Cependant ledit chevalier aura encore une bien ample matière
de faire valoir la générosité et la sincérité de Taffection que Sa
Majesté a pour la couronne de Suède, en ce qu'après toutes les
choses qui se sont passées et sans qu'EIIe y ait la moindre obli-
gation, Elle s'est résolue de son propre mouvement à lui accor-
der une somme aussi considérable qu'est celle des six cent mille
écus dont il est parlé dans l'autre mémoire, et cela par pure
marque d'amitié, sans rien exiger de ladite couronne en échange
de ce bienfait.
Ledit chevalier saura seulement que Tiniention de Sa Majesté
£st que les cent mille écus payés au comte Tott fassent partie
desdils six cent mille écus, que le paiement du second terme
ii*échoit, comme il est juste, qu^après l'année finie, c'est-à-dire
au mois de janvier prochain, et ainsi des quatre autres consécuti-
vement au même mois de janvier des années suivantes.
Il doit aussi savoir, afin qu'il le puisse déclarer à Stockholm,
s*il en est besoin, qu'au cas que, dans l'intervalle du temps qu'il
mettra à s y rendre, les Suédois eussent ici envoyé la ratification
qu*ils doivent fournir. Sa Majesté ne la recevra point, et ne fera
répondre à celui qui seroit chargé de cette pièce que les mêmes
choses en substance qu'Elle ordonne audit chevalier de dire aux
régens, si c'est une personne avec qui on puisse traiter d'affaires ;
et si c'étoit un simple courrier, on l'obligera à rapporter ladite
ratification en Suède.
V INSTRUCTION AU SIEUR CHEVALIER DE TERLON ALLANT AMBAS-
SADEUR DU ROI EN SUÈDE, DU 11 AOUT 1664.
Comme le principal point des négociations que ledit sieur
chevalier doit faire à Stockholm regarde le traité que le Roi a
1. Suède, 28. Entièrement autographe de Lionne.
46 LE GHEVALIEU DE TERLON, 1664.
fait Tannée dernière avec le roi de Danemark S des conditions
duquel la Suède n'a encore aucune connoissance, Sa Majesté fait
remettre audit sieur chevalier une copie dudit traité et même
des articles secrets, afin qu'il ne manque d'aucunes des lumières
qui peuvent contribuera sa bonne conduite; mais Sa Majesté,
pour certaines considérations qu'on lui a dites ici de vive voix,
ne désire pas que la régence de Suède voie présentement lesdits
articles secrets ni même qu'elle sache qu'il y en ait aucun de cette
nature. Il concertera et avertira celle de Danemark à son pas-
sage, afin que le roi de Danemark en use de même de son c6té,
Sa Majesté ayant estimé à propos de se contenter de communi-
quer seulement ledit traité, qui est tout le fondement de
l'alliance dont lesdits articles secrets ne sont qu'un léger acces-
soire, qu'il n'importe en rien à la Suède de savoir.
Il n'est pas besoin de faire ici aucun commentaire sur ledit
traité pour donner lieu audit sieur chevalier de faire remarquer
à lia régence de Suède combien le Roi y a ménagé les intérêts de
leur couronne, quels sont les avantages qu'elle en retirera dès à
présent, et encore plus grands avec le temps. La seule teneur
dudit traité et sa simple lecture fera assez connoltre aux Sliédois
ce qui a été dit ci-dessus, que Sa Majesté y a eu bien plus eu
vue l'utilité particulière de la Suède que la sienne propre, et
qu'ElIe y a eu deux principales visées dont elle devoit être
venue à bout, Tune d'assurer et bien affermir au roi de Suède
pendant sa minorité la jouissance et paisible possession des trois
provinces de Halland, Schonen' et Bleking, de la place de Bohus^
et de tous les autres avantages que la Suède a remportés sur le
Danemark dans les trois dernières guerres, et qui lui ont été
cédés en propre et en toute souveraineté par les vrais traités de
paix qui ont mis fin aux différends des deux royaumes, la seconde
démettre la couronne de Suède en état que, si le Roi et le roi de
Suède sont jamais obligés de faire conjointement agir leurs
armes dans l'Empire pour le maintien de leurs alliés ou pour
faire réparer les contraventions qui se feroient aux traités de
1. Voir plus haut, page 31.
2. C'est la Scanic.
PROJET DE TRIPLE ALLIANCE. 47
Westphalie, la Suède le puisse faire de sa part plus vigoureuse-
ment et plus sûrement, n ayant aucun ombrage du côté du Dane-
mark qui Toblige à laisser dans lesdites trois provinces de
Schonen, Halland et Bleking et dans la forteresse de Bohus
aucunes autres troupes que celles des garnisons ordinaires, Sa
Majesté ayant considéré qu'à moins de s'être assurée, comme Elle
a fait, du roi de Danemark, tant par le crédit que cette .nouvelle
alliance lui donnera sur les esprits qu'en le détachant de ses
anciens engagemens avec la maison d'Autriche, la prudence
el la raison de bon gouvernement auroit obligé la Suède en toute .
occasion de mouvement ou de guerre dans l'Empire de laisser un
corps de vingt mille hommes dans lesdilès trois provinces et en
diminution de l'armée qu'elle auroit voulu envoyer en Allemagne.
On peut ajouter à cela un troisième grand avantage que retirera
ta cause commune et le bien public, quand le roi de Danemark,
dans les occurrences quipeuventfacilement arriver dans l'Empire,
joindra aux forces de la France et de la Suède le corps de troupes
qu il s'est obligé de fournir par le dernier traité fait à Paris.
En outre, ledit sieur chevalier fera remarquer à la régence
de Suède que ledit traité est conçu de sorte, et pour la substance
elpour les termes, qu'on peut dire qu'il ne sauroit avoir la der-
nière perfection que lorsque la Suède aura donné son consente-
ment aux conditions que Sa Majesté a cru pouvoir et devoir sti-
puler, tant pour l'avantage de la Suède que pour le bien de la
cause commune. C'est pourquoi l'objet dudit sieur chevalier
doit être de porter ladite régence de Suède à entrer dans le même
traité, ce qui semble se pouvoir faire de deux manières, l'une
un peu plus longue, qui seroit que les rois de Suède et de Dane-
mark, députant chacun de son côté de nouveaux commissaires
avec pleins pouvoirs, fissent un traité entièrement conforme et
relatif à celui qui a été fait ici, l'autre plus court, qui seroit
quau bas d'une copie dudit traité de Paris, le roi de Suède
donnât une déclaration au Rot et une autre semblable au roi do
Danemark, par laquelle il s'engageât a accomplir et exécuter
ponctuellement et de bonne foi en ce qui le concerne toutes les
conditions du traité fait en France encre le Roi et le roi de
Danemark.
48 LE CHEVALIER DE TEHLON, 1664.
Pour cet effet, il sera nécessaire que ledit chevalier ménage
par avance, à son passage k Copenhague, que le roi de Dane-
mark lui donne pouvoir d'assurer le roi de Suède qu'il demeure
d'accord de Tun et Tautre de ces deux expédiens qu'on vient de
dire, et qu'il en laisse le choix à la Suède; mais ledit chevalier
fera de part et d'autre ses efforts pour faire choisir le dernier
comme plus prompt et également sur.
Cependant s'il reconnoissoit à Copenhague que le roi de
Danemark ne fût pas du même sentiment que le Roi, ne croyant
pas avoir la même sûreté par une déclaration de la Suède qu'il
auroit par un nouveau traité avec elle, il tâchera de disposer
ledit roi à envoyer h Stockholm un ambassadeur ou commissaire
avec plein pouvoir pour concerter, arrêter et signer ce nouveau
traité. Il semble que pour cela la personne du sieur Ânnibal
Sestet ^ seroit la plus propre, non seulement comme la mieux
informée de toute l'affaire, mais- comme ayant intérêt pour sa
gloire particulière de voir perfectionner et heureusement se
consommer un ouvrage de cette considération, auquel il a déjà
eu tant de part, et même ledit sieur Sestet, étant ici, s'est sou-
vent expliqué que, par cette raison, il désiroit encore faire le
voyage de Suède.
Lorsque le sieur Cambrosius arriva ici au mois d'avril dernier,
il présenta au Roi un ample mémoire contenant une confi-
dente (?) citation des divers raisonnemens que la régence de
Suède fait sur les affaires présentes de la chrétienté, mais princi-
palement sur celles de l'Empire et sur la succession de la cou-
ronne de Pologne. Sa Majesté a cru qu'il étoit bon de faire
remettre entre les mains dudit chevalier la réponse qu'ËUe
jugea à propos de faire audit mémoire, afin qu'il soit particulië-
ment informé de ses sentimens sur les mêmes matières, et qu'il
en parla en cette conformité à son arrivée à Stockholm. Il y a
seulement un endroit dudit mémoire et de la réponse qui requiert
un plus grand éclaircissement de Sa Majesté sur la question que
font les Suédois quelles résolutions devront prendre la France
1. Schcslcd. Voir sur ce personnage le volume des Instructions pour le Diinc-
mark.
CONDITIONS OFFERTES Â LA SUÉDE. 19
et la Suède en deux cas qui peuvent arriver, Tun si le Turc
venoit à pousser ses progrès dans l'Empire même, Tautre si
TEmpereur, Taisant son accommodement avec la Porte, vouloit
après cela employer les forces qu'il se trouvera avoir sur' pied à
Foppression des États, sur quoi Sa Majesté s'est remise à faire
conununiquer à la régence ses sentimens par le chevalier de
Terion, et à écouter ceux de ladite régence pour lui en rendre
compte et prendre ensuite de commun accord les mesures qui
auront été jugées nécessaires.
Ledit sieur chevalier dira donc là-dessus aux régens que sur
le second cas, qui est celui de l'oppression des États par l'Empe-
rear après la paix faite, Sa Majesté voit qu'il y a déjà été fonda-
mentalement pourvu par le traité de renouvellement de l'alliance
tait à Fontainebleau en l'année i661, par lequel le Roi et le roi
de Suède se sont réciproquement obligés de faire agir leurs
armes dans l'Empire quand il sera besoin, pour faire réparer les
contraventions que quelque puissance que ce soit voudroit entre-
prendre de faire aux traités de Munster et d'Osnabruck, et qu'il'
ne reste plus qu'à convenir ensemble combien de part et d'autre
ils seront obligés de fournir pour ce dessein. Ce qui se pourra
facilement traiter et conclure dans un mois de temps dès qu'on
en verra Toecasion et la nécessité pressante.
Quant au premier cas, de l'entrée et des progrès dans l'Em*-
pire des armes du Turc, Sa Majesté sera bien aise que la régence
de Suède lui veuille dès à présent communiquer par le moyen
dudit sieur chevalier les pensées qu'elle a et les moyens qu'elle
veut et peut employer alors pour la préservation des amis et
alliés que la France et la Suède ont en Allemagne et pour celle
de leurs propres États; et sur cette communication, ladite Ma-
jesté envoyera ses ordres audit chevalier de dire aussi ce qu'EUe
veut et peut faire de âon côté pour le même dessein. Sa Majesté
fait mettre entre les mains dudit sieur chevalier une copie du
traité qu'elle vient de conclure avec l'Électeur de Brandebourg,
afin qu'il le communique de sa part à la régeilce de Suède, et,
lorsqu'il le fera, il n'omettra pas de bien faire remarquer, par la
teneur du dernier article, la circonspection que Sa Majesté a eue
de ne vouloir point s'engager, en cas que la Suède l'attaquât, à
RECUEIL DES hNSTBUCT. DIPLOHAT. II. — 4
$0 LE CHEVALIER DE TERLON, 1664
fournir Aucunes troupes audit Électeur pour sa défense, mais
surtout à proposer ses offices pour un accommodement, au lieu
que si ledit Électeur était l'agresseur, Sa Majesté assisteroit la
Suède en vertu des deux traités de l'alliance du Rhin et de Fon-
tainebleau.
Le Roi ayant pris la protection de Monsieur le duc Christian
Louis de Mekelbourg par un traité particulier fait à Paris au
commencement de Tannée dernière, il est arrivé que la cour de
Vienne, en haine vraisemblablement dudit traité, a accordé à ses
frères et à ses créanciers des exécutions contre ledit duc, dont
elle a commis une partie au roi de Suède comme duc deBremen,
de Yerden et de Poméranie. Sa Majesté se promet de Tamitié
dudit roi qu'en sa considération il voudra bien défendre à ses
ministres en Allemagne de presser lesdites exécutions, comnne
Elle l'en prie instamment et charge ledit chevalier d'en faire de
vives et continuelles instances, afin que cette survoyance et ce
délai puisse donner lieu audit Christian de s'accommoder de
*gré à gré avec ceux qui ont obtenu à Vienne lesdites com-
missions.
Dans le traité de Fontainebleau, il y a un article pour l'in-
troduction du sel de France en Suède, lequel étant jusqu'ici
demeuré sans effet et sans exécution, ledit sieur chevalier ren-
dra un devoir fort agréable à Sa Majesté de s'appliquer avec soin
et chaleur à finir cette affaire.
Ledit sieur chevalier concertera confidemment avec la
régence de Suède par quels meilleurs moyens on pourra s'effor-
cer à empêcher le projet qu'ont fait plusieurs princes appuyés de
la cabale du maréchal Lubomirski de porter à la succession de
la couronne de Pologne un des ducs de Lunebourg, Sa Majesté
voyant que la Suède y sera fort contraire, ledit duc étant frère
de la reine de Danemark, et par conséquent devant avoir grande
raison pour appréhender une pareille liaison des royaumes de
Pologne et de Danemark, entre lesquels la Suède se trouve
située.
La reine Christine a continué jusqu'au bout à donner des
marqués d'une si forte aversion à la France et aux intérêts du Roi
dans la cour de Rome que Sa Majesté a cru devoir témoigner au
LA REINE CHRISTINE. 5i
public eombien £Ue étoit mal satisfaite de la conduite de ladite
reine, en défendant au duc de Gréqui, son ambassadeur, do la
visiter à .son retour et d'avoir aucun commerce ni de civilité ni
autre avec le cardinal Âzzolin, principal et seul directeur de
toutes les actions de cette princesse, et Sa Majesté désire que,
eomme Elle avoit ci-devant recommandé avec chaleur ses inté-
rêts en Suède, ledit chevalier déclare à présent aux régens
qu'ËUe n'y prenà plus aucune part.
Ledit sieur chevalier entretiendra un commerce ponctuel de
lettres avec tous les autres ambassadeurs et ministres qui servent
te Roi au dehors, qui auront les mêmes ordres de Sa Majesté de
rinfonner, comme lui eux, de tout ce qu'ils entendront être
d'importance pour le bien de son service, et il sera bien même
qo'iis aient les chiffres ensemble, en particulier avec les sieurs
deCominges^ d'Estrade, de Lumbres et Gravel ^
3. -> MéMOlRE DU KOI POUR SERVIR d'iNSTRICTION AU SIEUR CUEVA-
UER DE TERLON, SON AMBASSADEUR VERS LES ROTS DU NORD. SAINT-
GERMAHY, 30 JUIN i668^
Sa Majesté a différé quelque temps à renvoyer le sieur Haque-
reau audit sieur chevalier parce que, voyant que les flottes an-
gloise et hoUandoise étoient sur le point d'en venir aux mains
sans qu'Elle pût détourner ce coup par ses offices. Elle a désiré
de voir auparavant quel seroit le succès de ce combat imminent,
2. Jean-Baptiste Gaston , comte do Commingc, était en 1664 ambassadcui- en
An^eCerre; le comte d'Estrade ëtait ambassadeur aux Pays-Bas; M. de Lumbi'cs
était ambassadeur en Pologne , bientôt en mission près les ducs do Brunswick;
Robert de Oraycl était plénipotentiaire près l'Électeur de Brandebourg.
1. Suède 28. Entièrement autographe de Lionne.
52 LE CHEVALIER DE TEULON, H65.
et, selon révènement qu'il a^uroit, donner sur un fondement plus
certain ses ordres audit sieur chevalier de ce qu'il auroit à faire
ou à traiter de sa part avec les deux couronnes du Nord sur cette
guerre de TAngleterre et des Provinces-Unies, comme étant la
matière la plus importante qui s'agite aujourd'hui dans l'Europe ,
et à laquelle les autres rois ou ministres des États, au moins les
plus voisins comme la France, la Suède et le Danemark, ne
pourront à la fin s'empêcher de prendre quelque part directe ou
indirecte, soit en vertu et en conformité des traités précédens,
soit pour leur propre intérêt et celui du trafic de leurs sujets.
Ce sera donc sur ce point le plus pressant et sans doute de
plus grande considération .qu aucun autre que Sa Majesté infor-
mera par un mémoire ledit sieur chevalier de ses intentions, ci
comme il est présentement à Copenhague S Elle lui fera savoir
avanl toutes choses la conduite qu'il doit tenir en cette affaire à
l'égard du roi de Danemark.
En premier lieu, il remerciera vivement ledit roi au nom de
Sa Majesté de la manière dont il a bien voulu jusqu'ici procéder
en cette affaire, laquelle, à dire vrai, ne pouvoit être plus obli-
geante pour Sadite Majesté, en ce que ledit roi l'a continuelle-
ment fait assurer par le sieur Goe, son résident', qu'il suspen-
droit toutes ses résolutions jusqu'à ce qu'il pût connoitre en
particulier les inclinations de Sadite Majesté, afin da ne se point
détacher des intérêts de la France dans cette rencontre et en toute
autre. Il veut courir la fortune, et cependant ne pas hasarder,
par une déclaration trop précipitée en faveur de l'un des partis,
de se trouver dans la suite opposé à celui que Sadite Majesté au-
roit depuis embrassé, sur quoi ledit sieur chevalier témoignera
audit roi que Sa Majesté n'oubliera jamais une preuve si expresse
et si satisfaisante de la sincérité de son amitié, et l'assurera
qu'ËUe ne souhaite rien avec plus d'ardeur que de retrouver les
occasions de lui en faire paroistre sa parfaite reconnoissance.
Que jusqu'à présent Sadite Majesté n'a rien fait savoir de précis
audit roi sur cette rupture des deux nations, parce qu'en effet Elle
1. Terlon avait fait un récent séjour à Copenhague d'octobre à décembre 1664 ; il
y revint du 12 avril au 1<" septembre 1663.
2. Le nom de ce résident danois doit s'écrire Oide.
GUERRE ENTRE ANGLETERRE ET HOLLANDE. 53
D a songé elle-même qu'à calmer, si Elle Teût pu, par son entre-
mise, cette grande tempête qui agite les mers, non sans beaucoup
de préjudice de tous les autres États pour raison de leur com-
merce ; mais qu'après le succès de la bataille où la fortune s'est
déclarée pour les Ânglois, ou pour mieux dii:e en laquelle leur
puissance a paru en toutes manières si supérieure k celle des
Provinces-Unies qu'un second combat qui se donneroit avec le
même désavantage pour celles-ci pourroit les réduire à la dure
nécessité de subir le joug qu'on leur voudroit imposer et rendre
TAngleterre maîtresse absolue de toutes les mers, il se voit clai •
rement qu'à moins de commettre une grande faute , toutes les
puissances qui ont intérêt à la liberté et à la sûreté du trafic et à
ne voir point les mers dominées par une seule nation, n'ont point
de temps à perdre à joindre toutes leurs offices pour presser
vivement le roi de la Grandc-Bretaigne à donner complètement
les mains à raccommodement à des conditions équitables.
Aussi la conduite que Sa Majesté a estimé à propos de tenir
après cet important événement a été d'envoyer de nouveaux
ordres à ses ambassadeurs en ] Angleterre de presser plus que
jamais un accommodement, et comme, lorsqu'ils remirent il y a
quelques jours entre les mains diidit roi la première proposition
des HoUandoiSy il leur promit de leur donner bientôt sa réponse,
dans laquelle il s'expliqueroit de toutes ses intentions sur le fait
de la paix, lesdits sieurs ambassadeurs lui doivent aujourd'hui
demander instamment reflet de cette parole, afin que Sa Majesté
puisse être éclaircie au vrai par la qualité des propositions que
les Anglois feront si on peut espérer ou non cet accord et le con-
clure dans rintervalle de temps que les États emploieront à
remettre leur flotte au même état qu'elle étoit avant le combat.
Lesdits ambassadeurs ont ordre en même temps, pour rendre
leurs offices et leurs instances plus efficaces, de faire connollre
au roi de la Grande-Bretagne et à ses plus confidens ministres
la nécessité qu'Elle a contractée par un traité d'alliance, auquel
son honneur ne peut permettre qu'Elle manque, d'assister les
HoUandois en cas que cette paix ne se puisse faire.
Comme le roi de Danemaric a un même traité avec les Hol-
landois, portant obligation de se joindre (?) en cas d'agression,
54 LE CHEVALIER DE TERLON, i065.
Sa Majesté ne doute point que ledit roi, par les mêmes motifs
d'honneur et dé bonne foi et par les autres aussi de son intérêt
particulier pour les raisons qui ont été ci^^dessus touchées, ne
prenne la même résolution que Sa Majesté a prise se trouvant
dans le même cas sans différence aucune, et cela d'autant plus
qu'il a toujours fait dire à Sa Majesté par ses ministres qu'il sus-
pendroit ses déclarations pour les pouvoir conformer entièrement
à son exemple.
Sur ce fondement donc que Sa Majesté pose pour infaillible, ce
que ledit sieur chevalier devra procurer que le roi de Danemark
fasse présentement en cette affaire sera qu'il envoie en diligence
une personne expresse à Londres avec le caractère d'ambassadeur
s'il est possible, ou en tout cas avec celai d'envoyé extraordi-
naire, et qu*il soit chargé de faire auprès du roi de la Grande-
Bretagne les mêmes offices que le Roi y fait pour la paix et aux
mêmes termes, se joignant aux ambassadeurs de Sa Majesté,
qui auront ordre d'agir en toutes choses de concert avec lui, et
cette personne pourroit aussi avoir les mêmes ordres, pour rendre
ses instances plus efficaces, d'insinuer aux ministres les obliga-
tions que le roi son maître se trouve avoir contractées par des
traités d'assister .les HoUandois, à quoi son honneur ne peut
souffrir qu'il manque. Le Roi ne sauroit trop faire connottre au*
dit sieur chevalier combien il importe au bien public et est de
son intérêt particulier que le roi de Danemark prenne prompte-
ment la résolution de faire cette mission extraordinaire en Angle*
terre aussi bien.que la Suède, comme il s^a dit ci-après, afin
que le roi de la Grande-Bretagne, lequel a intérieurement dîspo*
sition à la paix, se puisse servir des instances de Sa Majesté et de
celles des deux rois du Nord jointes ensemble pour porter aux
mêmes senttmens son parlement et ses peuples, qui souhaitent
démesurément de voir pousser à bout les HoUandois, et que ledit
roi leur fasse appréhender et craigne lui-même que, s'il ne faci-
lite l'accommodement sur les instances pressantes des trois États,
ils ne prennent entre eux des résolutions plus fortes pour le sou-
tien des Provinces-Unies. Ledit sieur chevalier fera savoir au roi
de Danemark qu'il a ordre aussi à l'égard de la Suède de lui
demander de la part de Sa Majesté qu'elle fasse une pareille mis-
' INTERVENTION NÉCESSAIRE. 55
!
, sion à Londres sans perte de. temps, et ce sera un nouveau motif
audit roi d'accorder la chose sans difficulté. Dès qu'elle sera
résolue, il en sollicitera le prompt effet, et partira aussi pour la
Saëde sans entrer à Copenhague dans aucune autre négociation
sur celte affaire ni témoigner qu'il ait ordre de passer plus avant
en matière avec les Suédois, ainsi qu'il le verra ci-après. Il pourra
seulement employer un jour ou deux à disposer le sieur Dame-
ron' de donner satisfaction au roi de Danemark sur quelques-
Qoes des plaintes qu'il prétend avoir de leurs États et de certaines
(torelés qu'il dit qu'ils exercent à son préjudice et au dommage
(te ses sujets sous prétexte de l'exécution des traités auxquels une
iovincible nécessité plutôt que la raison l'a forcé autrefois de sou-
scrire. Et en effet il semble que ledit roi ait grande raison de se
plaindre de divers abus que les HoUandois commettent par les '
fausses mesures des vaisseaux qu'ils envoient en Norwège et
par les fausses vérifications qu'ils font dans le Zondt' par cette
loi avec les Suédois qui y sont exempts du paiement de toute
sorte de droits. Sa Majesté en a déjà parlé au sieur van Beuping,
qui lai a témoigné que ses maîtres étoient entièrement disposés
à se relâcher à l'égard dudit roi de plusieurs choses qu'ils pour-
roient soutenir au nom desdits traités et à le traiter très favora*
blement , pourvu qu'il ne leur manque pas en cette occasion si
pressante , jusque mémo à contribuer considérablement à lui ^
donner moyen de faire l'armement qui sera nécessaire pour bou-
cher le passage du Sund aux Anglois.
Pour ne point confondre les matières, Sa Majesté fera savoir
par ce même mémoire audit sieur chevalier ce qu'il aura à traiter
en Suède sur le même sujet de la guerre des deux nations, réser-
vant à un autre mémoire qu'il a fait aussi dresser toutes les
autres affaires qui peuvent concerner soit la Suède soit le Dane-
mark.
Comme le Roi n'est pas informé du détail du dernier traité
que le comte de Garlile, à son retour de Moscovie, a signé avec ^
t. n s'agît de Godardt Adrian, baron de Recde, seigneur d*Amerongen, comte
d'Athlone. Amauld de Pomponnef dans ses Mémoires, écrit D*Ameronque. C'était
no diplomate hollandais tour à tour accrédité à Copenhague, à Berlin, etc.
2. Le Sund.
aà
56 LE CHEVALIER DE TERLON, 1603.
les commissaires du Régime * de Suède à son passage à Stock-
holm, il ne sait pas même si les ratifications en ont été depuis
. fournies. Sa Majesté se tient présentement à ce que les régens de
Suède lui ont faitdire en général, que ledit traité ne contient que
des choses qui regardent purement le commerce mutuel des deux
royaumes, et qu'ils ont voulu demeurer en pleine liberté de pren-
dre le parti qu'ils trouvent leur convenir le plus dans la guerre
qui se fait entre TAngleterre et les Provinces-Unies.
Sur ce fondement, que ledit sieur chevalier tâchera encore
de mieux éclaircir à son arrivée à Stockholm et de s'en faire don-
ner de nouvelles assurances s'il ne peut pas avoir la communica-
tion dudit traité, ce qui seroit encore mieux et plus conforme à la
sincère amitié et à l'étroite liaison qui est entre la France et la
Suède, Sa Majesté présupposant, comme il a été dit, que les
Suédois soient libres, ledit sieur chevalier, après s'être bien
assuré de cette vérité, dira auxdits régens que jusqu'ici Sa Majesté
ne leur a rien fait dire pendant la guerre des deux nations ni sur
le parti qu'Elle pourroit emln^asscr dans la suite parce qu'EUe n'a
d'abord dirigé toutes ses pensées qu'à procurer entre elles un
bon accommodement par son entremise et sa inédiation que cha-
cune des parties a acceptée, que dans cette négociation il ne s'est
passé jusqu'à présent autre chose si ce n'est que les ambassa-
^ deurs ont remis entre les mains du roi de la Grande-BreUiigne
une proposition qui leur avoit été donnée par l'ambassadeur des
États, dont la substance consistoit à offrir de leur part de consentir
à une restitution générale de tout ce qui a été pris de part et
d'autre depuis la naissance de ce différend, soit places, pays ou
vaisseaux, en quelque endroit que ce soit du monde qu'ils aient
été pris, et que ledit roi recevant de De Wit ce qui s'est passé
avant que le combat se donnât, a promis aux ambassadeurs de
Sa Majesté qu'il leur donneroit bientôt sa réponse, en laquelle il
s'expliqueroit nettement de ses intentions sur la paix, laissant
\
1. Le mot régime est souvent employé alors comme synonyme, ce semble, de
régence. Colbert écrit ainsi : « Le roi de Suède estant mort Tannée précédente 1659<
n'avoit laissé qu'un fils âgé de quatre ans. Le régime et gouvernement du royaume,
pendant la minorité du roi, avoit esté déféré à la reine et aux six officiers de la
couronne,' comme tutrice et tuteurs du roi et administrateurs du royaume, w Letirts^
Infhmctions et Mémoire» de Colbert^ publ. par Pierre Clkmbnt, VI, p. 485.
t SOUTENIR LA HOLLANDE. 57
même espérer que ce &eroH à des conditions fort modérées; que
le premier pas que Sa Majesté a fait après l'avis qu*il eut de la
bataille donnée et perdue par les HoUandois fut d^envoyer un
nouvel ordre exprès à ses ambassadeurs qui sont à Londres de
presser plus vivement que jamais raccommodement, le sommer
de sa parole qu^il donneroit là ses pouvoirs, et s'expliqueroit de
ses intentions^; et, pour rendre leurs' instances plus efficaces,
faire en même temps entendre la nécessité où Sa Majesté se
trouve par un traité d'aUtance auquel son honneur ne lui permet
pas de pouvoir manquer d'assister les Bollandois en cas ^ue la
paix ne se puisse faire.
Ledit sieur chevalier ajoutera à cela que le Roi ne doute pas
que la couronne de Suède, qui prend avec raison tant d^intérèt
au commerce de ses sujets, reconnoisse, comme Sa Majesté fait,
que si les HoUandois perdent un grand combat, ce qui n'est que
trop vraisemblable s'ils ne sont soutenus par d'autres puissances,
ils se trouveront bientôt réduits à une absolue nécessité de subir
le joug que l'Angleterre leur voudra imposer, et que, cet équi-
libre de forces ne subsistant plus, la domination des mers passera
dans les mains d'une seule nation, qui ne traitera pas mieux les
autres que les ennemis qu'elle veut aujourd'hui soumettre ; que,
par cette considération, qui est d'un intérêt commun à tous les
potentats dont les sujets ont accoutumé de trafiquer, et par cèpe
aussi de l'amitié et de l'étroite liaison qui est entre l'une et
Tautre couronne, Sadite Majesté se promet que la Suède em-
brassera dans le besoin pressant qu'on sait le même parti que
Sa Majesté est résolue de prendre en cas que les Anglois préfè-
rent la continuation de la guerre à raccommodement, qui est celui
(le s'opposer vigoureusement à ne laisser pas accroître davantage
leur puissance et à soutenir la cause des HoUandois qui, telle
qu'elle puisse avoir été, bonne ou mauvaise, dans l'origine du
différend, devient aujourd'hui l'intérêt commun de tous les autres
princes qui ont des côtes maritimes dans leurs États, pour éloi-
gnés qu'ils soient.
1. C*est-à-diro (si nous avons bien lu la dilBcile écriture de Lionne) sommer le
roi de la Grande-Bretagne de tenir la promesse qu'il a exprimée de donner ses
iwuvoirs à ses ministres pour traiter, etc.
58 LE CHEVALIER DE TERLON, .1065. ^
Qu'il n'y ^ pas uu moment de temps à; perdre si on ne veut
s'abuser soi-même à prendre conjointement de fortes mesures
pour désister aux Anglois, dont la confiance naturelle est telle-
ment enflée. par le gain de cette bataille qu'ils comptent déjà
toutes l^s autres naticms pour aussi vaincues et soumises qi^ les
HpUandois, quoiqu'il soit vrai de dire qu'en leur fermant simple-
ment le passage du Sund, dont ils doivent nécessairement tirer
tous les agi*ès^et les principales choses requises pour la naviga-
tipn e.t.pour un armement de mer, empêchant d'ailleurs que les
P^-ovi^ççs-lTnies pe s'e^osent mal à propos à recevoir un grand
échec, — et le Roi et les deux rois du Nord paroissent vouloir
sQutenjur.deissoi^ piain en effet, s'il en est besoin, lesdiles pro-
vinçes, <^il es)» i^ipossible que les Anglpis, se voyant sur les bras
tQu^s le^ p^issa^c.ç3, ou peut-être par la seule menace de les y
Ypir tomber,, ne sp portent à désirer la paix et à en faciliter la
conclusion. ...
. . C'ci^st ce que jie roi d'Angleterre connoit déjà si bien qu'ap-
prél;iendant vivement ce coup, il est intérieurement très disposé
à. consentir à l'accommodement; mais comme il n'est pas bien le
maître de ses résolution^, à cause des emportemens de son
peuple et des discours.de son parlement, qui sont persuadés
q^'iIs. n'ont qu'à pousser leur victoire et qu'ils se rendront aisé-
ment naaltres absolus de toutes les mers, il est d'une absolue né-
cessité d'aider aux bonnes intentions dudit roi, lui donnant le
moyen de faire çonnoitre à ses sujets que ce qu'ils entreprennent
n'Qst pas si aisé à exécuter qu'ils se l'imaginent par une estime
trop haute de leurs propres forces quand celles de tous les autres
États leur seront contraires.
L'objet que se proposera ledit sieur chevalier à l'égard de la
Suède doit être de l'engager en premier lieu, comme il auraiait
le Danemark, à envoyer une personne expresse en diligence à
Londres avec caractère d'ambassadeur ou d'envoyé extraordi-
naire, pour joindre ses efforts à ceux des ambassadeurs du Roi
sur le fait de la paix, avec les mêmes insinuations des inconvé-:
niens qui seront à vaincre et dont il est parlé ci-dessus à l'égard
du Danemark ; en cas que les Ânglois ne veuillent pas consentir
à raccommodement dans l'intervalle du temps que les États
OBTENIR LE CONCOURS DE SUÈDE ET DANEMARK. 59
emploieront à raocommodQr leur flotte et à la remettre à la mer, le*
dit sieur chevalier n'omettra rien do possible ppur fms» prompte-
ment résoudre et exécuter le point, de oett^. mission extraordi-
naire par les mêmes importantes raisons qui ont été toudiées
ci-de»8us en parlant du Danement rÉlccteur de Mayence
en forma le siège avec le secours du corps français qui revenait de la bataille de
Saint-Oothard, l«r août 1664, et la ville fut forcée de capituler, 5 octobre. En re-
merciement de ce service, TËlecteur fit présent à Louis XIV du tombeau de Chil-
déric I«r^ qu'on venait de découvrir en 1654 à Tournai, et qui était passé de
Bruxelles à Vienne. L'Empereur voulut bien, pour cet usage, le céder à l'Électeur.
— Colbert, toujours attentif, comptait profiter de ces bonnes relations avec l'Électeur
de Mayence pour obtenir qu'il fit venir de Bohème et envoyât en France, où le Roi
voulait établir cette industrie, des marteleurs et blanchisseurs de fer-blanc. 11 s'a-
gissait aussi d'un projet de colonie en commun sur les côtes de Guyane. — Cf. sur
la réduction d'Erfurt un récit intéressant dans V Archive pour F histoire de Saxe y
1K5, ii|.8, tome lU, en allemand, p. 391.
RECUEIL DES INSTRUCT, DIPLOMAT. II. — 5
66 LE CHEVALIER DE TERLON, 1663.
ville sous son obéissance, et que ses amis et alliés l'assistassent
de leurs forces dans ce dessein, quemèmetout autre prince, quel
qu'il fût, auroit pu sans blâme et avec les louanges de tous les
autres, s'emparer de ladite ville et la châtier, la ville mise de cette
sorte au ban de TEmpire encourant de droit la peine d'apparte-
nir au premier occupant, Sa Majesté ne crut ^lonc rien faire
d'extraordinaire d'accorder l'assistance qu'un prince son allié lui
demandoit, en vertu même du traité d'alliance, contre les sujets
de la ville rebelle, d'autant pins qu^ cette demande d'ailleurs
appuyoit une nouvelle instance de l'Électeur de Saxe, le premier
des protestans dans l'Empire, et qui seul paroissoit à Sa Majesté
pouvoir avoir intérêt à soutenir la rébellion d'Ërford. Au même
temps que le Roi accorda la chose, Sa Majesté donna part de sa
résolution et des motifs qu'EUe avoit eus pour s'y porter au sé-
rénissime roi de Suède par une lettre expresse, et dans l'exécution
du dessein et depuis, Sadite Majesté n'arien omis auprès de l'Élec-
teur et n'omettra rien à l'avenir pour le disposera traiter la ville
avec toute douceur et modération. En quoi Elle a si heureuse-
ment réussi que les magistrats l'eu ont remerciée par lettres et lui
ont même témoigné que leur réduction faisoit aujourd'hui tout
leur bonheur, d'où l'on peut induire que ledit prince Électeur
les laisse jouir pleinement de tous leurs privilèges. S'il restoit
encore même quelque autre chose à faire pour leur satisfaction
et pour leur avantage, Sadite Majesté emploiera volontiers et
très efficacement ses offices et le crédit qu'Elle peut avoir sur
l'esprit dudit Électeur pour la leur procurer, en considération
principalement du désir qu'en fait paroitre Sa Majesté de
Suède.
Les affaires de Pologne semblent plus dignes qu'elles n'ont
jamais été d'une très particulière attention de la France et de la
Suède, tant par les mêmes raisons convenues dans l'écrit auquel
celui-ci répond que pour les cabales que Lubomirski, condamné
et proscrit par la dernière diète, fait auprès de plusieurs poten-
tats pour promouvoir son rétablissement aux dépens et par la
ruine de sa patrie. Le Roi ne peut que beaucoup louer les bonnes
intentions que la régence de Suède témoigne avoir pour ce qui
regarde la Pologne^ d'autant plus que Sa Majesté se trouve être
AFFAIRES DE POLOGNE. 67
dans tous les mêmes sentimens, c'est-à-dire que la liberté et les
privilèges de ce royaume-là soient iaviolablement conservés, que
{quelgues mots illisibles) demeure et appartienne toujours au roi,
au sénat et à la république de Pologne, qu'on empêche par tous
moyens possibles tout démembrement ou partage du royaume
et du grand-duché, et qu'on s'applique efficacement, sur le cas
de la succession à la couronne, à procurer de détruire les brigues
de ceux qui seroient suspects à la France et à ;la Suède, ou qui
pourroient facilement devenir leurs ennemis, et au contraire que
lelection tombe sur une personne agréable à l'un et à l'autre ;
mais comme Sa Majesté donne ses ordres au chevalier de Terlon
de traiter plus particulièrement de cette affaire avec la régence
de Suède, pour voir quelles meilleures résolutions on peut con-
jointement prendre pour parvenir aux fins si justes qu'on se pro-
pose de part et d'autre, et que même, en cas qu'on puisse conve-
nirdesconditions, Sa Majesté envoie un plein pouvoir audit sieur
chevalier d'en signer sans perte de temps un nouveau traité, Sa
Majesté, sans entrer ici dans un plus grand détail, se rend à ce
qui se fera là-dessus à Stockholm même, se contentant d'avoir
pleinement informé ledit sieur chevalier de toutes ses pensées.
Elle souhaiteroit entendre par avance que le régime de Suède
voulût bien envoyer promptement de nouveaux ordres au sieur
Palbiski, s'il est encore en Pologne, par lesquels on lui fit con-
noltre que le- roi son mattre aura fort agréable qu'il se conduise
d une manière avec le roi et la reine de Pologne qu'il puisse les
laisser bien persuadés des sincères et bonnes intentions de la
Suède, parce qu*à dire vrai, à son retour, il a commencé à ne
plus traiter avec eux qu'avec une certaine dureté qui a réveillé
les anciennes méfiances, et quoi que le sieur évéque de Béziers '
puisse dire au contraire, il ne peut pas bien rendre capables ' ledit
roi et ladite reine qu'ils peuvent dans nn pressant besoin prendre
une entière confiance à la Suède, et appeler ses armes au secours
de la Pologne, ce qui est pourtant un fondement préalable qu'il
parolt fort nécessaire de bien établir.
1. Pierre de Bonzy, cvcqiie de Bczicrs, arol>assadcur extraordinaire en Pologne.
3. Le sens parait être : Il no sait pas les persuader qu*ils peuvent, etc.
68 LE CHEVALIER DE TERLOiN, 1663.
Pour parler d'aulres choses avec une entière confidence, le
Roi voit toujours M. l'Électeur de Brandebourg, nonobstant son
entrée dans Falliance du Rhin, étroitement lié avec la maison
d'Autriche sur les affaires de Pologne, car outre qu'il n'a jamais
été possible à Sa Majesté, en qégociant le renouvellement d'al-
liance qu'Elle 1^ conclu depuis peu avec ledit Électeur, de le dis-
poser à prendre conjointement quelques mesures sur la Pologne
avec la France et la Suède, Sadite Majesté a d'ailleurs avis que
l'Empereur lui fait espérer de lui accorder une de ses sœurs
en mariage pour celui de ses enfans qui voudra se faire catho-
lique et de les porter à la coiuronne de Pologne, ce qui est un
leurre bien puissant sur l'esprit dudit Électeur pour le toujours
attacher à ses intérêts, quoiqu'il dût assez connoltre l'artifice do
cet amusement, et que les véritables pensées de la cour de Vienne
ne tendent à rien moins qu'à augmenter d'un royaume entier la
puissance déjà assez considérable d'une maison électorale avec
laquelle même l'Empereur a de vieux différends et divers inté-
rêts à démêler.
Quand on a fait la communication dudit traité de Brande-
bourg, il est vrai qu'on fit l'omission de n'envoyer pas un article
à part dudit traité qui regardoit la garantie de celui d'Olive, par
lequel ce prince a acquis la souveraineté de la Prusse ducale, non
plus que de deux autres articles encore à part par l'un desquels
l'Électeur consentoit à l'admission de M. le duc de Neubourg
dans le même traité d'Olive, l'autre par lequel Sa Majesté lui
permettoit qu'entrant dans l'alliance du Rhin, Sa Majesté s'em-
ploieroit autant qu'il dépendroit d'EUe pour faire qu'il y fût
aussi favorablement traité que tous les autres princes. Comme
cette omission n'est pas arrivée dans aucun dessein de faire un
secret au régime de Suède desdits articles, aussitôt que Sa
Majesté a appris par le sieur chevalier de Terlon le désir qu'on
luiavoit témoigné d'être informé de ce que Sa Majesté aVoit
promis à l'Électeur touchant la* Prusse, afin que la Suède pût
régler là-dessus ses résolutions sur les mêmes demandes que ce
prince lui faisoit, Sadite Majesté a adressé audit chevalier une
copie du même article pour la faire voir au même régime, et lui
en envoie encore à toutes fins une nouvelle.
DANEMARK ET SUÈDE. 69
Dans Tua des écrits que le sieur Gamberosius a ci-devant
présentés au Roi contenant confidemment tous les véritables
sentimens delà couronne de Suède sur toutes les affaires d^alors,
et auquel Sa Majesté répondit avec la même modération (?), il
étoit expressément porté que le régime de Suède ne prendroît
autant qu'il seroit en son pouvoir d'autres pensées pendant la
minorité du roi que celles de conserver sûrement les divers
États qu'elle avoit conquis par ses armes et acquis depuis plei-
nement par des traités, à quoi Sa Majesté donna les louanges
qu'un si prudent et juste dessein méritoit. Sur ce fondement que
la Suède considéroit pour un avantage pendant le bas âge du
roi la sûre conservation de ses acquisitions, lo sieur Annibal
Sested étant quelque temps après arrivé ici, SaMajesté,qui a tou-
jours autant à cœur le bien et l'intérêt de ses alliés qtie le sien propre,
estima de ne pouvoir rien faire de plus utile pour la fin que la
Suède se proposoit que d'ôter et de déraciner une bonne fois de
l'esprit du roi de Danemark toutes les pensées qui pouvoient lui
être continuellement suggérées par d'autres puissances aux-
quelles Elle se trouvoil attachée, de se prévaloir de la minorité du
roi de Suède pour tâcher de rentrer en quelque partie des États
qu'il a perdus par les dernières guerres et par les traités de paix
subséquens. Ce fut le principal motif qu'eut Sa Majesté de songer
à profiter... (?) du pouvoir qui avoit été donné audit Sested pour
faire conclure le traité de Danemark aux termes qu'il est et qui
prouvent assez cette vérité, puisque sa durée ne doit pas être si
longue que celle de la minorité du roi de Suède. Elle eut encore
en cela une autre considération bien forte, qui fut que, comme
malgré les désirs et les desseins de la France et de la Suède pour
le maintien de la paix de Westphalie, le repos dont jouit l'Em-
pire se peut facilement troubler par la naissance de divers
aceidens qui ne sont que trop ordinaires dans le monde, Sadite
Majesté voulut pourvoir de bonne heure à un inconvénient qui
pouvoit aisément arriver, que les couronnes confédérées eussent
à être obligées de reprendre les armes ou pour leur intérêt
propre ou pour la défense de leurs alliés, et que le roi de
Danemark, à la suscitation d'autres potentats, ne^rtt ce temps-
là ou pour divertir les forces de la Suède ou pour l'attaquer dans
70 LE CHEVALIER DE TERLON, 1665.
SCS provinees de Schonen, Bleking ci Halland, ou même pour
Tobliger par prudence à y laisser de grosses garnisons qui
auroient pu notablement diininuer les efforts qu'il lui avoit fallu
faire dans FEmpire.
Ce projet a heureusement réussi à Sa Majesté. Elle a pensé
avoir détaché le roi de Danemark et de ses anciens amis et de
toutes pareilles pensées par le traité qu*il a fait avec lui, et quand
Elle a songé en même temps à l'engager avec la France et la
Suède dans les guerres qu'Elle ne pourroit faii'e conjointement
dans TEmpire, c'a étépourlui demanderqu'ilcût aussi à faire quel-
quechose de sa part en compensation de Tassistance que Sa Majesté
luipromettoitau cas qu'il fût attaqué, cequ'Elle s^avoithien^apres
le fondement établi par l'écrit du sieur Gamberosius, ne pouvoir
arriver par les armes de la Suède. C'est par cette raison que Sa
Majesté ne s'est pas souciée d'insister absolument et jusqu'au
bout pour faire départir ledit roi de Danemark de la clause du
traité où il est dit qu'il ne sera pas tenu de prendre part aux
guerres dé l'Empire quand elles auront leur cause dans les con-
traventions du passé, et néanmoins, si les difficultés qu'a eues la
Suède à entrer dans le traité de Danemark se réunissent à ce
seul point, Sa Majesté s'emploieroit volontiers h les surmonter
auprès dudit roi, comme aussi à faire régler la manière d'agir
des armes communes, en sorte qu'il n'y arrivât point d'embarras
ni de raisonnables suites de méfiance et de jalousie. Du reste,
pourvu que le sérénissime l*oi de Suède connoisse en cette
affaire comme en toutes autres choses que Sa Majesté n'a eu
pour visée principale que l'avantage de sa couronne et la plus
grande sûreté de ses intérêts (ainsi que le mémoire donné au
sieur chevalier de Terlon déclare que le régime du royaume a
pleinement reconnu cette vérité), Sadite Majesté demeurera très
satisfaite soit que la Suède entre présentement dans ledit traité
de Danemark, comme on l'avoit espéré, soit que les mêmes con-
sidérations alléguées dans ledit mémoire lui fassent remettre
cette délibération à d'autres temps, après avoir mieux examiné
la chose et en avoir traité directement elle-même avec le roi de
Danemark.*
IV
ARNAULD DE POMPONNE
PREMIÈRE AMBASSADE
1665 — 1668
Dans le récit de son « Ambassade extraordinaire en Suède à la fin
de 1665 », qui fait partie de ses Mémoires, publiés par M. J. Mavidal,
d'après le manuscrit conservé à la t)ibliothèque du Corps législatif
^Paris, 1862, 8*), Arnauld de Pomponne a expliqué lui-même, en tra-
çant on résumé de Tétat de l'Europe, combien d'affaires importantes
pour la diplomatie de Louis XIY devaient se réglera la cour de Suède.
Le chevalier de* Terlon s'était montré fort zélé, et l'on était très satis-
fait de ses bons services à Versailles; cependant les questions à traiter
étaient si nombreuses et la solution en était si urgente, que Louis XIV
n'hésita pas à lui adjoindre Arnauld de Pomponne.
« De toutes les affaires principales de l'Europe, dit Pomponne
(p. 42), il n'y en avait guère qui n'eussent rapport aux Instructions
dont Sa Majesté me ût l'honneur de me charger». Il devait, dit-il :
i* communiquer en Suède le dessein de la rupture avec TAngletcrre;
3* demander une jonction contre cette puissance, et, s'il ne pouvait
Tobtenir, se retrancher à la neutralité suédoise ; 3* amener la négo-
ciation entre la Suède et la Hollande ; 4* demander que la Suède con-
tribuât à imposer la paix à l'évêque de Munster; 5* seconder les in-
tentions du Roi sur les troubles qui divisaient les Électeurs du Rhin ;
6"" présenter et soutenir la doctrine du droit de dévolution ; 7"" obtenir
une heureuse solution de l'affaire de Pologne ; H^ passer vers le roi
de Danemark et y faire connaître à quelles conditions l'Angleterre
voudrait traiter. — Il quitta Paris le 30 décembre 1665 et arriva à
Stockholm le 14 février 1666; il était de retour à Saint- Germain,
72 ARNAULD DE POMPONNE, ^665.
après cette première ambassade de Suède, le 17 septembre 1668,
Terlon continuant de résider à Copenhague comme ambassadeur
extraordinaire.
En 1665, Hugues de Lionne est ministre des affaires étrangères.
MÉMOIRE DU ROI POUR SERVIR d'lNSTRUCTION AU SIEUR ARNAUD D*ANDILLY
SEIGNEUR DE POMPONË, s'eN ALLANT AMRASSADEUR EXTRAORDOTAIRE
KN SUÈDE. PARIS, 19 ET 37 DÉCEMRRE 1665.
Minute ai|tographe de Lionne et copiée
L'état présent des affaires de la chrétienté, agitée de
troubles en beaucoup d'endroits et menacée encore d'ailleurs de
nouvelles et plus grandes .divfsions, ayant fait juger à Sa Majesté
que rien ne peut tant. contribuer à lui donner un moyen non
seulement de conserver, mais d'accroître la gloire de sa couronne
et la félicité de ses sujets au haut point de grandeur et de pros-
périté où la fermeté et l'application infatigable de Saditc Majesté
ont déjà porté l'une et l'autre, comme de s'assurer de l'amitié et
de l'attachement de ses anciens alliés (sans omettre le soin d'en
acquérir de nouveaux), joignant de cette sorte à sa propre puis-
sance les forces de ses amis et particulièrement de ceux dont
Elle a déjà éprouvé la foi et la valeur, Sadite Majesté a considéré
que, dans ce nombre-là, la couronne de Suède est celle qui, par
toutes sortes de raisons, doit sans contestation aucune tenir le
premier rang, soit par la puissance, soit par la conformité de ses
intérêts avec ceux de la France, soit par la situation et l'impor-
tance des États qu'elle possède dans l'Empire, soit par la bonté
de ses troupes et Texpérience de ses chefs et officiers au fait de la
1. Suède, 30 et 33.
POMPONNE ADJOINT A TERLON. 73
^erre, soit enfin par le souvenir de tant d^avantages considé-
rables que la France et ladite couronne ont remportés quand
leurs armes ont pu ag4r conjointement. Ces réflexions si pruden-
tes ayant fait prendre la résolution à Sa Majesté de ne rien
oublier en cette constitution d^affaires pour attacher ladite cou-
ronne de Suède à tous ses intérêts, et l'engager à concourir à
tous ses desseins, Elle a estimé que, pour venir plus facilement à
bout d'un si grand et si utile projet (quoique d'ailleurs Elle ait
tout sujet d*ètre satisfaite du zèle, de la capacité et des services
du sieur chevalier de Terlon, son ambassadeur en Suède), une
seule personne, quelque habileté qu'elle eût, ne suffisoit pas
pour traiter de si grandes affaires et les conduire heureusement
à leur perfection. Elle a aussi jeté les yeux sur le sieur Arnaud
d Andilly, seigneur de Pompone, conseiller en son conseil d'État
et privéy pour lui en commettre le soin et la direction conjointe-
ment avec le sieur chevalier de Terlon ; et, pour les traiter avec
plus de dignité, Elle a voulu revêtir ledit sieur d'Andilly du
caractère de son ambassadeur extraordinaire vers ladite cou-
ronne de Suède, sachant que, pour un emploi qui se trouve être
de si grande considération dans les conjonctures présentes. Elle
ne pouvoit faire un meilleur et plus digne choix que de la
personne dudit sieur de Pompone, dont elle connolt le zèle et la
Suffisance par diverses expériences qu'EUe en a faites en plu-
sieurs autres occasions où il s*est toujours très dignement acquitté
et à son entière satisfaction des commissions dont Elle Tavoit
chargé tant dedans que hors le royaume.
Et d'autant que la saison s'avance, que la Suède est fort
éloignée, et que l'affaire requiert grande diligence, afin que le
Roi soit promptement informé de ce qu'il peut se promettre de
cette négociation, pour avoir le temps de prendre d'autres me-
sures en cas qu'elle ne réussit pas, Sa Majesté désire que ledit
sieur de Pompone, ne regardant qu'au solide et sans s'arrêter
aux formalités et aux usages ordinaires, parte d'ici incessamment
et aille en poste à Stockholm, accompagné seulement de trois ou
quatre de ses domestiques, après avoir laissé ses ordres pour la
préparation de son équipage, qui le suivra avec plus de loisir.
Cependant ledit sieur chevalier de Terlon le logera et l'assistera
74 ARNAULD DE POMPONNE, i 665.
dans tout ce dont il aura besoin jusqu'à œ que ledit équipage
l'ait pu joindre.
Pour commencer à informer ledit sieur de Pompone de Fétat
des affaires qui se sont passées ou négociées depuis quelques
années entre la France et la Suède, afin que ces lumières lui
servent pour mieux acheminer celles qu'il aura en main, Sa Ma-
jesté lui fait présentement remettre les copies de toutes les pièces
suivantes :
En premier lieu, de deux mémoires que le sieur Cambrosius
lui a présentés en deux différens vojrages qu'il a faits ici, conte-
nant toutes les pensées et les intentions de la Suède sur les
affaires delà chrétienté; en second lieu*, les réponses que Sa
Majesté fit aux deux mémoires, contenant aussi, avec la même
confidence, ses pensées et ses intentions sur les mêmes affaires;
en troisième lieu, le traité et les articles secrets regardant la Po-
logne qui furent conclus et signés à Fontainebleau, en 1661,
avec le comte Tott; en quatrième lieu, les Instructions qui furent
données en 4662 au sieur chevalier de Terlon, pour aller traiter
à Stockholm Tannulation desdits articles secrets ; en cinquième
lieu, l'acte d'annulation desdits articles, comprenant la conces-
sion d'un subside de cent mille écuspar an à la Suède durant cinq
ans; en sixième lieu, les Instructions qui furent données audit
. chevalier lorsqu'il partit d'ici la dernière fois pour aller ambas-
sadeur en Suède; et en septième lieu, les nouvelles Instructions
ou dépêches qui lui furent envoyées, lorsque Sa Majesté, il y a
quelques mois, le fit retourner de Copenhague à Stockholm sur
le sujet de la guerre qui s'étoit allumée entre l'Angleterre et les
Provinces Unies. Tous ces écrits ou actes donneront d'abord une
si parfaite connoissance audit sieur de Pompone de toutes les ma-
tières dont il est traité qu'avec ce qu'il en pourra encore apprendre
par les entretiens qu'il aura avec le sieur chevalier de Terlon,
il seroit superflu d'en faire aucune répétition dans ce mémoire.
Le véritable et principal sujet qui oblige Sa Majesté à préci-
piter si fort l'envoi et le départ dudit sieur de Pompone sont les
affaires de Pologne, car pour toutes les autres^ quoiqu'elles soient
de la dernière importance, elles pouvoient être traitées avec
moins de hftte.
• AFFAIRES DE POLOGNE. 75
Le fait est en peu de mots que le roi et la reine de Pologne,
plusieurs sénateurs et les principaux seigneurs du royaume ont
signé depuis six semaines un écrit par lequel, moyennant cer-
taines conditions qu'ils demandent à Sa Majesté et qu'Elle a
toutes accordées, à la réserve d*une seule qui ne dépend pas en-
tièrement de sa volonté, ils se sont solennellement engagea à
porter Monsieur le Prince ou Monsieur le Duc^ au trône de Polo-
gne par leur élection et de la faire dans le mois de mai prochain.
Les conditions qu'ils demandent pour cela sont des assistances
d'argent et un secours de quatre mille hommes de pied et trois
miUe chevaux avec les personnes desdits. »eurs princes.
Et comme ils ont bien reconnu, à Tégard de la cavalerie, que
Sa Majesté ni n'en peut faire embarquer un si grand nombre, ni
songer aussi à lui faire traverser toute TAlleniagne, h quoi elle
rencontreroit de grands obstacles, ils ont eux-mêmes proposé
que les trois mille chevaux fussent Suédois, à condition qu'ils ne
seroient reconnus que pour François, ce qui formera peut-être
une seconde difficulté en Suède contraire au bon succès de
laffaire.
II faut néanmoins s'efforcer à les vaincre toutes, et si le prin-
cipal est une fois accordé, ce point accessoire n'empêchera pas
vraisemblablement la conclusion de tout. C'est pourquoi il ne
faudra point parler de cette dernière condition que quand la Suède
Aura consenti à l'envoi en Pologne de ce corps do cavalerie, et
que toutes' les autres conditions en auront été concertées et
arrêtées.
Une autre précaution qu'il est encore plus nécessaire de
prendre quo celle qu'on vient de dire,' c'est qu'il faut bien se
f^der d'expliquer à la régence de Suède que la demande qu'on
lai fera de trois mille chevaux soit faite en vue d'appuyer, par le
moyen de ce renfort de troupes, l'élection desdits sieurs princes.
Et bien moins encore leur dire que le Roi en ait de si bonnes
i. A la date de ces Instructions, 1665, on désigne par ces mots : u M. le Prince »
>«' grand Condc, et par ces raots : « M. le Duc » ou par ceux-ci : « M. le duc d'An-
*^n ou d'fingfaien -» le fils du grand Condc, qui, né eu 1643, mort en 1709, épousa
'^ 11 décembre 1663 Anne de Bavière, fille d'Edouard de Bavière, prince palatin
<iu Rhin, et d'Anne de Oonzague-Clèves, princesse palatine. Il devenait ainsi neveu
^ U reine de Pologne.
76 ARNAIJLD DE POMPONNE, ifi«5.
espérances; car quoique, par les articles secrets du traité de
1661, fait avec le comte Tott, la Suède ait déjà formellemen. I
consenti & Télection de la personne de M. le duc d'Anghien et ù
Tappuyer de ses armes, comme il ne fut point parlé de celle d e
M. le Prince, dont les grandes qualités leur donneront plus
d'ombrage et réveilleront sans doute, voire augmenteront los
craintes qu'on remarqua dès lors dans Tesprit dudit comte Toit.
qu'un prince (rançois s'établissant en Pologne et y montant s\xv
le trône, TalTection et rattachement de la Suède en deviendront
bien moins considérables à la France, il importe extrêmement
que le Roi ne se forme pas lui-même un obstacle à la concession
de sa demande en s'expliquant sans nécessité du véritable des-
sein qu'il a lorsqu'il la fait, lequel dessein, à dire vrai, ne s'ajuste
pas entièrement aux intérêts de la Suède pour les raisons qu'on
vient de toucher.
Il faut donc chercher une autre cause à cette demande, et
heureusement on la trouve fort naturelle dans l'état présent des
affaires de la Pologne. Il n'y a qu'à dire que le Roi, considérant
avec sa prudence et sa prévoyance ordinaire que si Lubomirski,
avec la faveur et l'.appui des troupes confédérées ou pour mieux
dire révoltées, vient à bout de chasser le roi et la reine de Polo-
gne du royaume, il sera facile à l'Empereur, au Moscovite et à
l'Électeur de Brandebourg, sinon ennemis de la Suède, du moins
dont la puissance leur doit être fort suspecte, de mettre à exé-
cution le dessein qu'ils ont depuis longtemps formé de concert
ensemble de démembrer ledit royaume et de s'en partager les
pièces entre eux. Sa Majesté, voulant prévenir un coup si dan-
gereux, et qui seroit si préjudiciable à la France et à la Suède^
a très volontiers accordé à la réquisition du roi de Pologne l'en-
voi d'un corps de troupes qui le puisse tirer de l'évident péril où
il se trouve de succomber sous la puissance de ses ennemis, et
qui lui donne moyen de réduire les mutins à son obéissance et de
, chasser de son royaume son sujet rebelle, etc.
Il n'y a qu'un seul cas qui obligeroit lesdils sieurs de Pom-
pone et chevalier de Terlon à parler d'autre manière et à s'expli-
quer ingénuement des véritables pensées de Sa Majesté, quoique
même alors ils le devroient faire en termes qui ne donnassent
AFFAIKKS DE POLOGNE. 77
[•oint à connoltre qu'Elle espère beaucoup des diligences
qu Elle Y fait, mais qu'Elle les donne au seul désir qu'EUe a
(ontre son espérance de contenter Tesprit de mesdits seigneurs
le prince de Condé et duc d'Anghien. Ce cas seroit si, avanl Tar-
rivée dudîl sieur de Pompone à Stockholm ou pendant sa négo-
(iaiion, on y recevoit la nouvelle que Lubomirski et les confé-
dérés se fussent accommodés avec la cour de Pologne, parce ^
(]a alors ce prétexte de secours contre les révoltés venant à man-
•)QiT. on ne pourroit pas plus longtemps tenir caché le véritable
sQJeUe renvoi dudit sieur de Pompone, et il faudroit seulement,
dans les discours, en aiToiblir Fespérance de la manière qu*on
vienl de toucher.
Quoique cette affaire-ci, comme il a été dit, soit la plus
pressée. Sa Majesté néanmoins n'estime pas que ce soit celle
parlaqueUe lesdits sieurs de Pompone et de Terlon doivent com-
mencer leurs négociations. La raison en est que si, dans le temps
qne presque toute la chrétienté se met en armes et que la Suède
envoie un corps de troupes dans l'Empire pour se faire consi-
dérer, et peut-être aussi pour prendre part aux mouvemens
présens ou à ceUx qui peuvent encore arriver selon qu'il lui con-
viendra et qu'elle y trouvera ses avantages, . on lui propose
d'abord de détacher de son armée un corps de trois mille che-
vaux, qui est tout ce qu'elle peut avoir de cavalerie et possible
plus qu'elle n'en a présentement, les régens du royaume pour-
roient facilement se persuader que le Roi ne fait cette demande
que par un motif d'ombrage qu'on a ici des forces de la Suède et
de leur emploi, que pour les reléguer dans un lieu fort éloigné,
'lonner plus de séburité au Danemark, et empêcher que leur
couronne soit considérée dans l'Empire, et ne puisse prendre
part dans la guerre qui se fait entre l'Angleterre et la Hollande
oi en tirer aucun avantage. Cette considération et quelques
autres encore font juger à Sa Majesté que la conduite desdits
rieurs ambassadeurs sera meilleure quand ils entameront leur
négociation par des propositions plus générales, et qui seront
'^ns doule plus agréables et mieux reçues, c'est-à-dire par une
ouverture telle à peu près en substance que celle qui suit :
^jue Sa Majesté, comme* il a été dit ci-dessus, faisant
78 ARNALLD DE POMPONNE, iG6o.
i
réfléxron à la constitaticNDt présente de la chrétienté et aux divi-
sions déjà pées et qui peuvent encore naître, rien ne peut être
plus sûr ni plus avantageux à la France et à la Suède qu'une
étroite et dernière liaison en union de tous les i^térèt8, tant pour
les afhtr^ dû dedans de TEmpire, de la Pologne, et de tout ce
qui peut regarder la maison d'Autriche, oh l'une et l'autre cou-
ronne semblent aVoîf les mêmes intérêts et sont entièrement
libres d'y prendre le -parti ^'filles voudront que pour tous Les
autres où elles auront la même liberté sans être déjà liées par
quelque traité de telle nature qu'il les eo^ehe de s'unir encore
en cela et d'agir ensemble pour une même fin.
On a fait cette distinction à cause principalemeal de l'obliga-
tion que le Roi se trouve avoir contraotée par le traîté que Sa
Majesté a fait avec le roi de Danemark de défendre ses États
contre tous agresseurs, et pour l'obligation que la Suède peut de
son côté avoir contractée par le dernier traité qu'elle a fait avec
l'Angleterre, sur lequel peut-être elle voudra se défendre de
marcher dans le même chemin que le Roi tiendra dans la guerre
qne l'Angleterre feit aux Provinces Unies. Il ne faudroit pas
qu^une ou deux affaires particulières où le Roi et le roi de Suède
se trouvent avoir les mains* liées par de préeédens traités, em-
pêchassent Leurs Majestés de s'unir et d'agir conjointement en
tous les^ autres où elles sont encore libres. Il ne sera pas néces-
saire d'expliquer que ce 90it le Danemark, dont le nom est tou-
jours enqaelque façon odieux àla Suède, qui aitobligé SaMajcslé
à faire cette distinction. Les ministres de Suède le verront assez,
et en tous cas, lesdits sieurs ambassadeurs, étant pressés là-des-
sus, ne feront aucune difficulté d avouer la chose ingénuement,
faisant seulement remarquer qu'en cela Sa Majesté n'a pas plus
le Danemark en vue que les autre» alliés, comme les États
Généraux, l'Électeur de Brandebourg et celui de Mayence, dont
les deux derniers sont dans l'alliance du Rhin, en cas que la
Suède voulût les attaqu.er, et nommément le dernier pour l'af-
faire d'Erfurt.
Du reste, pour ce qui concerne le Danemark, lesdits sieurs
ambassadeurs trouveront dans les premières Instructions de la
dernière ambassade du chevalier de Terlon plus de raisons qu'il
GbERRE ENTRE ANGLETERRE ET ROLLANIML 79.
n'en faut pour faire voir évidemment que, dans rengagement que
le Roi a pris avec le roi de Danemark, il n'a eu pour visée princi-
pale que le bien et la sécurité de là couronne de Suède.
Quant à la guerre qui se fait entre les deux nations mari-
times, le Roi veut espérer qu'aucune considération n'empêchera
la Suëde d'embrasser le même parti que Sa Majesté a déjà pris
en partie, envoyant des troupes contre FÉvêque de Munster ^ et
qu'EUe est sur le point de prendre encore plus avant contre les
Anglois, comme il sera dit plus bas dans ce mémoire. Sa Majesté
fonde cette espérance sur deux raisons : l'une que le traité de
défense mutuelle fait depuis peu entre la Suëde et rAngleterre
ae doit point être entendu pour cette guerre, qui se trouvoit déjà
allumée entre le roi de la Grande-Bretagne et les Etats lorsque
ledit traité a été signé, et c'est en ces termes que le siem* Pufen-
dorf^ secrétaire ducomtedeKonismark, qui vint ici ambassadeur,
s en est expliqué au sieur de Lionne. En tous cas, Sa Majesté a su
que, quand même ledit traité se devroît entendre dé la guerre
présente, il est porté par un article secret, signé à part, qu'il
Qaura son effet qu'après que le roi de Danemark y sera aussi
entré, ce que ledit roi a déclaré ne^ vouloir point faire. Et cette
seule condition stipulée et non accomplie met la Suëde en pleine
liberté à cet égard.
L'autre raison, et qui est d'autant plus forte que les Suédois
ne la sauroient nier, comme il pourroit arriver de la précédente,
cest que le grand chancelier de Suëde et les autres ministres
ont souvent déclaré au chevalier de Terlon que la Suëde, ne
i. Christophe-Bcrnard-Ma^hicu de Oalcn (1604-1678) avait d abord servi sous
1 Electeur de Cologne Ferdinand de Bavière contre les Français et les Suédois,
pendant la guerre de Trente ans. En 1650, il fut olu princo-évéquo de Mflnster.
n lui fallut assiéger sa ville, dont les habitants le redoutaient. D*huincur belliqueuse,
"^ prit part à la campagne de Hongrie contre les Turcs en 1664. U 6*aUia Tannée
^Tante à Charles II d'Angleterre contre les Hollandais ; et c'est alors que Louis XIV
eavo^a une armée contre lui. Voir notre Introduction. Pomponne raconte dans ses
^émoires, p. 378, que ce singulier cvèquc « avoit porté à un tel point de perfection
lut de jeter les bombes, et avoit invente do tels [nouveaux feux d'arti^ce, qu'il
crofoit qu'il n'y avoit point de places qu'il ne réduisit en cendres. » Basnage
Mnakt de» Provinces Unies, II, 273) dit que du sein de ses bombes et de ses pots
^ ^n sortaient des l&mes de cuivre gravées en caractères gothiques et chargées de
"gores effrayantes ; il voulait jeter la terreur par ces talismans.
2. Voir plus haut la note sur Jcan*Christophe KAnigsmarck.
80 ARNâLLD de pomponne, 1665.
sachant pas quel parti le Roi prendroit en la querelle desdites
nations, avoit eu égard à se tenir toujours maîtresse de ses conseil s
et de ses résolutions, pour ne bazarder pas de s'obliger à faire agir
ses armes dans un parti opposé à celui de SaMajcsté ; et ledit grand
chancelier a ajouté et s'est aussi souvent expliqué aux mêmes
termes au sieur d'Isbrand, député des États à Stockholm, que
si lesdits États donnoient au roi son maître la satisfaction qu^il
prétend sur les élucidations du traité d'EIbing, rien n'empêche-
roit plus la Suède de se conformer en tout et partout aux résolu-
tions que la France j^rendroit à leur avantage, marque infaillible
quele traité d'Angleterre n'engage la Suède à appuyer l'un des
deux partis en la présente guerre qu'autant qu'elle le voudra et
qu'elle estimera qu'il convient à ses intérêts.
Et comme depuis un mois Sa Majesté, employant efficace-
ment le crédit qu'EUe a sur les États, les a enfin portés à envoyer
audit sieur d'Isbrand le pouvoir et les ordres de donnera la Suède la
satisfaction qu'elle demandoit sur les élucidations du traité d'El-
bing, c'est-à-dire de consentir à l'annulation de celui d'ElsenorS
et comme aussi à l'arrivée du sieur de Pompone à Stockholm,
ce sera une affaire achevée, lesdits sieurs ambassadeurs, sur les
paroles qu'en a données le grand chancelier de Suède, ne devront
plus trouver aucune difficulté à faire comprendre cet intérêt de la
guerre des deux nations dans le nombre des autres que Sa Majesté
voudroit à l'avenir rendre communs entre la France et la Suède.
A quoi lesdits sieurs ambassadeurs ne doivent rien omettre de
leur part, d'autant plus que Sa Majesté, si Elle ne veut entièrement
, manquer à sa foi et à son honneur, dont Elle nt; sera jamais
capable, ne peut plus longtemps se dispenser d'entrer Elle-même
en guerre contre les Anglois, en conformité de ce qu'Elle a pro-
mis par le traité fait avec les États en l'année 1662. Et comme,
dans cette' fâcheuse nécessité, Elle ne se propose d'autre objet
que, par la voie des armes, celle de la négociation n'y ayant pu
rien avancer, de porter le roi de la Grande Bretagne à la paix,
il est aisé à juger que si ledit roi, outre les forces de la France
et des Provinces Unies qu'il aura sur les bras, voit encore les
1. Voir rintroduction.
GUERRE ENTRE L'AiXaETERRË ET LA HOLLANDE. 8f
deux couronnes du Nord s'unir dans le même intérêt, lui fermer
rentrée de la mer Baltique et ôter les commodités des ports du
Zond et de la Norvège, à quoi le roi de Danemark parolt être
entièrement disposé, il est aisé, dis-je, h juger que les Ânglois,
recoonoissant que leurs grands projets de ruiner la puissance
maritime des États sont si éloignés de pouvoir réussir, ne son-
geront plus qu'à sortir bientôt d'affaire par un prompt accom-
modement.
Partout ce qui a été dit ci -dessus, lesdits sieurs ambassadeurs
coimoitront que le dessein du Roi seroit d'engager la Suède dans
tous ces intérêts généralement, s'il étoit possible, et ne l'étant
pas. dans tous ceux au moins dont on pourroit convenir en-
semble. Quant aux meilleures voies d'entamer et de bien con-
duire cette négociation, Sa Majesté s'en remet à la prudence
desdits sieurs ambassadeurs, après quoi il semble qu'il ne
reste qu'à les bien instruire sur les deux chefs principalement
qui seront comme la division de tout ce mémoire : le premier,
quels sont les intérêts de Sa Majesté avec chaque prince ou po-
tentat et ce qu'Elle désire de la Suède à leur égard; le second, ce
que le Roi, en échange, fera pour la Suède, soit pour l'aVantage
de ses intérêts particuliers, soit pour ce que Sa Majesté contri-
buera afin de lui donner moyen de faire agir ses armes quand
il en sera besoin, suivant les conventions qu'on pourra faire dès
à présent.
On peut diviser le premier chef en cinq points principaux : la
guerre d'Angleterre avec les États, l'irruption de l'Évêque de
Munster, ce qui regarde le dedans de l'Empire, ce qui concerne la
maison d'Autriche, et enfin les affaires de Pologne.
Touchant la guerre des deux nations, l'intérêt de Sa Majesté
est que les Anglois ne viennent pas à bout du dessein qu'ils
^voient formé de ruiner la puissance des États pour se rendre
^euls les maîtres de la navigation, de tout le commerce du monde,
et établir des péages et des impositions dans la Manche à
'exemple de celles du Zund; à quoi tous les autres potentats
qui possèdent des côtes maritimes et dont les sujets font trafic
sur la mer ont les mêmes intérêts que la France.
Sa Majesté d'ailleurs se trouve engagée par un traité formel
RECCEJL DES 1N8TRUCT. DIPLOMAT. II. — 6
82 AHNAULD DE POMPONNE, i665.
à soutenir les Provinces-Unies contre tout agresseur, et par
conséquent aujourd'hui contre le roi de la Grande Bretagne, dont
l'agression est notoire et ne peut être contestée que par de très
méchantes raisons.
Ce que la France maintenant désire en cela de la Suède, c'est
que cette couronne se joigne à eUe pour nécessiter plus tôt et
plus fortement les Anglois à la paix, qui est le seul objet que
Sa Majesté se propose, sans aucun désir de profiter de rien sur
eux par la guerre qu'ËUe va leur déclarer dans peu de jours.
Il y a toute apparence que si la Suède, jointe au Danemark,
veut embrasser la même cause, cette paix ne tardera pas un mois
après à se conclure, puisque les ambassadeurs qui sont en Angle-
terre avoient déjà porté raccommodement à un seul point près,
lequel n'étoit point même de grande importance, et qui néan-
moins n'ayant pu être surmonté, toute leur négociation y a
échoué. C'est le seul rasement du Cabo Corso dont il s'agissoit,
car le roi de la Grande Bretagne, s'étant expliqué au Roi de toutes
ses prétentions, qui consistoient à vouloir retenir la Nouvelle
Belgique dans l'Amérique, à vouloir qu'on lui remit Tile de
Poleron* dans les Indes orientales, à vouloir dans la Guinée
retenir Cabo Corso, qu'on lui mit en mains les forts Saint-André
et de Boa Yista, et qu'on lui restituât Cormantin, les États ont
donné les mains à se dépouiller de tout ce que dessus, pourvu
que Cabo Corso fût rasé ou que, si les Anglois n'y vouloient pas
consentir, il leur demeurât, mais qu'ils pussent en échange
retenir le fort de Cormantin*. On laisse à juger après cela aux
1. Loi*$ do la paix de Brcda, conclue le 31 juillet 1667 sous la médiation de la
Suède entre TAnglcterre et les Provinces Unies, rAnglotcrrc garda la Nouvelle-
Amsterdam ou New- York , et Xew-Jersey en Amérique ; les Provinces Unies se
firent rendre la colonie de Surinam qu'elles avaient perdue, et, quoiqu'elles eussriu
antérieurement promis de restituer à TAngleterre Tilc de Fouleron, Tune des Mulu-
ques, la plus riche peut-être des colonies de la Compagnie des Indos, elles la C(ui-
servèrent, en alléguant qu'elles ne s'en étaient jamais dessaisies. Lefèvre-Pontalis,
Vingt années de république parlementaire au XVll^ siècle, Jean de Witty t. I»',
p. 408.
2. Les Hollandais possédaient alors sui* la côte de Quinée quatre établissements
for ti (lés : Saint-George-de-la-Minc, enlevé par eux aux Portugais en 1637, le Fort-
Xassau, Saint-André et Cormantin. Les Anglais leur avaient enlevé on 1664, apré<
de violents massacres, plusieurs de leurs places dans ces parages. Ruytcr les reprit
pendant sa campagne maritime de janvier-mars 1665. «< Après avoir surpris (M
IRRUPTION DE L'EVÈQUË DE MUNSTER. 83
ministres de Suède si, les parlies s'étani déjà si fort approchées
sur les conditions de la paix, le roi de la Grande Bretagne voudra
un seul instant soutenir tout seul une guerre contre la puissance
de la France, les deux couronnes du Nord, et les Provinces
Unies jointes ensemble, pour l'intérêt de conserver un fort dont
il peut même priver ses ennemis en consentant à sa démolition,
et y ayant d'ailleurs tant de choses à dire contre le droit qu il
prétend sur ledit fort.
Touchant le second point, qui est Firruption de TÉvèque de
Mtinster, Sa Majesté a un double intérêt, non seulement de la
repQQSser, mais de ruiner entièrement, s'il se peut, l'armée, le
crédit et les forces dudit Ëvèque, tant parce qu'il attaque présente-
ment ses alliés sans qu'ils aient donné aucun juste sujet à une
pareille agression que pour les autres fins qu'il s'est proposées
dans son armement, dont le premier projet fut fait et concerté à
Vienne même, lorsqu'il alla l'année dernière pour la guerre de
Hongrie, sur la promesse qu'il fit à l'Empereur qu'ayant armé sous
prétexte du différend qu'il avoit avec les États pour la terre de
Borklo', il tiendroit toutes ses forces tant qu'elles subsisteroient
à rentière disposition de la maison d'Autriche, et prêtes toujours
à accourir à la défense des Pays-Bas, en cas que la France les
attaquât.
Voilà l'intérêt du Roi, qui est double, comme il a été remai*-
que, et Fnn et l'autre très considérables.
Quant à ce que Sa Majesté peut désirer en cette affaire de la
capture les vaisseaux auglais qui stationnaient à Gorcc, il fit capituler le lurt du
Cap-Vert. Se dirigeant ensuite sur la cote de Guinée, il reprit l'ile de Sierra-Loone,
"^ rendit maître du fort de Tacorari, entra dans la riyièrc do Gambie, attaqua le
fort de Cormantin et remporta d'assaut, ne laissant aux Anglais que la forteresse
«icCaljo Corso, dont il ne pouvait s'emparer sans le concours des nègres du pays,
qui restaient fidèles à Talliance avec l'Angleterre. » Lkfbvrr-Pontalis, Vingt
années..., t. 1er, p. 331.
1. Le prince-cvéque de Mûnster prétendait s'approprier la seigneurie de Borckelo
comme fief, après l'extinction de la maison des anciens comtes de Bronchorst et on
rrriu d*un traité d'Hildesheim, conclu sous la médiation de la France et de la
'^Qéde ; la cour féodale du duché de Gueldre l'avait adjugée aux comtes de Lim-
Wrg-Styrum, comme une dépendance de ce duché. Il fit la guerre pour cela en
1666 et eut d*abord quelques succès dans l'Over-Yssel ; mais le secours envoyé par
Louis XIV â la Hollande le força d'accepter les conditions des Électeurs de Mayt»nce
rt de Brandebourg, arbitres au traité de Clèves, de la même année. La même que-
relle devait se renouveler en 1672.
84 ARNA(JLI) OE POMPONiNE, i665.
Suède, c'est qu'elle concourre de ses forces au dessein de ruiner
Tannée de ce prince, et à le mettre en état que l'inquiétude de
son esprit hardi et ambitieux ne puisse plus lui faire entreprendre
d'autres pareilles nouveautés, et de donner de l'embarras et des
traverses aux desseins que la France et ]a Suède pourront former
en vue du bien public ou pour leurs particuliers intérêts.
On peut même dii*e là-dessus que la Suède a aussi de son
côté un double intérêt de concourir à l'objet que Sa Majesté se
propose, en voulant ruiner l'armée de TÉvêque. L'un est que sa
puissance et ses pensées ne peuvent qu'être fort suspectes et don-
ner continuellement de grands ombrages à tout le parti protes-
tant; l'autre qu'il s'est déjà suffisamment expliqué des préten-
tions qu'il a sur le comté de Delmcnhorst après la mort du vieux
comte d'OIdembourg, ce qui étant directement contre l'intérêt du
duc de Holstein-Gottorp, frère de la reine de Suède, et que la
Suède a toujours protégé, Sa Majesté croit qu'elle en sera aujour-
d'hui d'autant plus portée à ne pas laisser l'Évêque en état de
faire valoir ses raisons, quoique mauvaises, à la tête d'une bonne
armée.
Sa Majesté croit même que si, dans l'assemblée qui se vu
tenir le mois prochain à Brunswick, où l'on dit qu'un ministre
de Suède sera appelé, on peut porter les autres princes à la réso-
tion de faire avec leurs forces communes destituer ledit Evêque.
et en établir un autre à sa place d'un esprit plus tranquille et
plus modéré, on n'en doit pas perdre l'occasion. Ce prélat a déjà
contre lui son chapitre et tous ses sujets, qu'il tyrannise par des
actions exorbitantes, et qu'il expose encore par sa conduite à de
plus grandes souffrances; et les princes catholiques même qui
pourront être appelés à la même assemblée seront assez enclins
à concourir à sa destitution, ou au moins à lui ôter l'administra-
tion de son Etat, quand on voudra résoudre d'un commun con-
cert de mettre en dépôt entre leurs mains les places fortes dudit
État, et cela moins pour le désir qu'auront lesdits catholiques de
ne voir point troubler le repos de l'Empire par les caprices dudit
Évêque que pour l'espérance que chacun d'eux conservera que
les places pourront tomber entre leurs mains par le moyen de ce
dépôt.
INTÉRIEUR DE L'EMPIRE. 85
Touchant le troisième floint, qui regarde le dedans de TEm-
pire, rintérèt de Sa Majesté est d'y maintenir les traités de paix
de Westphaiie et leur observation, à moins que la maison d*Au-
triche ne soit la première à les violer, et comme la couronne de
Suéde a suffisamment témoigné de se vouloir toujours proposer
le même bat, et que le roi et la reine de Suède ont déjà pris des
mesures ensemble pour le maintien dudit traité par celui qui fut
fait à Fontainebleau en Tannée 1661, dont les articles publics
subsistent et sont demeurés en toute leur force et vigueur, après
même Tannulation des articles secrets qui regardoient la Polo-
gne, il n'échoit présentement rien à dire de plus auxdits sieurs
ambassadeurs sur ce point.
Sa Majesté a seulement à requérir les régens que si, dans
la conclusion de la diète de Ratisbonne, les Autrichiens
faisoient quelques efforts pour faire comprendre le cercle de
Bourgogne aussi bien que les autres cercles dans la garantie
générale de TEmpirc, le sieur Snolsqui, leur député', ait
ordre de traverser de tout son pouvoir ce dessein, et de s'en-
tendre là dessus avec le sieur Gravel * pour en concerter en-
semble les meilleurs moyens, et lesdits ambassadeurs doivent
prendre soin de faire promptement envoyer cet ordre audit
Snolsqui.
Il pourra arriver que les régens parleront auxdits sieurs am-
bassadeurs de deux affaires qui regardent encore le dedans de
l'Empire, celle d'Erford et celle de Bremen. Pour cette dernière,
il sera dit plus bas comme ils auront <i s'y conduire quand il sera
traité de ce que le Roi peut faire à l'avantage de la Suède, entrant
dans tous ses intérêts ; et, touchant Erford, lesdits sieurs ambas-
sadeurs, pour se défendre de cette attaque, n'auront qu'à revoir
re qui en est dit dans les Instructions du sieur chevalier de Ter-
1. Snolitki, ministre de Suède à Ratislionno.
3. Robert de Gravel était alors plénipotentiaire du roi de France près plusieurs
grinces d* Allemagne à la fois. Sa correspondance, conservée aux Archives du mi-
jùstère des affaires étrangère*!, à Paris, est très considérable. M. Chéruel s'en Cî^t
^'rvi pour son Histoire du ministère de Mazarin et particulièrement dans son
Mémoire sur la Ligue du Bhin, Son frère, Tabbé de Gravel, occupa aussi des postes
diplomatiques, ainsi que son fils, Jules de Gravol, marquis de Marly, ambassadeur
f-n Suisse en 1684.
86 ARNAULD DE POMPONNE, 1663.
Ion ou daas les dépèches que Sa Majesté lui a faites depuis son
départ'.
Touchant le quatrième point, qui regarde la maison d'Au-
triche, rintérèt et l'intention de Sa Majesté est de ne laisser point
faire de tort aux droits acquis à la Reine et à Monseigneur le
Dauphin sur certaines provinces de Flandre, et entre autres le
Brabant, TArtois et le Haynaut, où, par les lois et coutumes
locales du pays, observées de tout temps non seulement entre
les sujets, mais à Tégard du souverain même, quand il y a eu
ouverture à sa succession, les enfans du premier lit, mâles ou
femelles, en excluent et ont toujours exclu ceux du second, de
quelque sexe aussi qu'ils soient; et, ce fondement^à posé, dont
on a plus d'exemples qu'il n'en faut pour prouver la vérité de la
loi et de la coutume et son observation inviolable, il ne reste
qu'à détruire la prétendue renonciation qu'on a extorquée de la
Reine pendant sa minorité, lors de son mariage. Or il est sj facile
de démontrer que ladite renonciation est non seulement défec-
tueuse en sa forme et en sa matière, mais nulle de plusieurs
sortes de nullité (comme on le fait voir audit sieur de Pompone
dans un écrit qu'on commence à préparer), qu'il se peut dire que
jamais droit ne fut plus clair ni mieux établi qu'est celui que la
Reine a sur certaines provinces de Flandre, où cette coutume
qu'on vient de dire est établie de temps immémorial, et y est tou-
jours demeurée en sa force et en sa vigueur, comme tous les juge-
mens donnés par leurs tribunaux mêmes et par des empereurs et
des rois à l'égard des souverains en font foi indubitable.
Sa Majesté se promet que, quand Elle fera représenter et ccn-
noitre à Madrid les fondemens incontestables d'une prétention si
légitime, on s'y disposera à lui en faire raison par voie amiable,
en quoi de sa part Elle se rendra facile et se contentera de choses
justes. Mais si, pour tirer cette raison, il est besoin d'en venir
aux armes, ce qu'EUe se promet en ce cas-là de l'amitié du roi de
Suède, et l'effort qu'Elle lui en demande comme au meilleur,
plus considérable et plus fidèle allié de cette couronne, c'est qu'il
i. 11 n'est pas question de Taffaire d^Erfurt dans les Instructions au chevalier de
Tcrlon que nous ont off*»rtes les Rogristres des affaires étrangères.
AFFAIRES D'AUTRICHE. 87
veuille Uen concourir avec ses forces à un si juste dessein, et
convenir dès à présent des mesures nécessaires pour lui donner
moyen d'en venir plus facilement à bout, soit en l'assistant dans
la Flandre d*un corps de troupes de cavalerie et d'infanterie
proportionné à la puissance de la Suède, soit par une forte diver-
sion contre TEmpereur, en cas qu'il veuille se mêler et prendre
part à l'affaire en faveur des Espagnols, comme il y a grande
apparence qu'il le fera, ou par l'espérance qu'il aura, en se décla-
rant pour eux, de tirer plus tôt de leurs mains l'infante qu'on lui
fait tant attendre, ou par reconnoissance et pour son propre inté-
rêt, si on la lui avoit déjà donnée lorsque le Roi, par le refus de
tous accommodemens,4era forcé de commencer à faire agir ses
armes.
Le cinquième et dernier point est celui qui regarde les affaires
de la Pologne. Par les articles secrets du traité qui fut fait à Fon-
tainebleau en 1661 avec le comte Tott, la Suède s'obligea de con-
courir avec le Roi à l'élévation de M. le duc d'Anghièn au trône
de ce royaume-là, et d'y envoyer, s'il étoit besoin, un corps de
douze mille hommes, moyennant un subside de quatre cent mille
écos que Sa Majesté avoit accordé pendant l'action de l'armée,
et cependant deux cent soixante mille par an, pour donner moyen
à la Suède de conserver ses troupes, qu'elle disoit être obligée
de licencier. Ce traité devoit être ratifié de part et d'autre dans
trois mois; mais la Suède, dans la crainte d'être obligée d'en-
voyer son armée en Pologne dès le printemps de l'année 1662 (à
quoi elle avoit grande répugnance) , tarda huit mois entiers à
fournir sa ratification, pendant lequel temps le roi et la reine de
Pologne, ayant témoigné au Roi que les principaux seigneurs du
royaume faisoient difficulté d'y appeler les armes de Suède pour
quelque raison que ce fût, et que leur seule approche ruineroit
plutôt l'affaire dej'élection qu'elle ne seroit capable de l'avancer,
Sa Majesté envoya le sieur chevalier de Terlon en Suède pour
dire aux régens les nouvelles raisons qui l'empêchoient d'ac-
cepter la ratification des articles secrets du traité de 1661.
Après avoir vu expirer non seulement les trois mois dans les-
quels elle devoit être fournie, mais cinq encore au delà, cepen-
dant en annulant lesdits articles, quoique Sa Majesté ne fût plus
88 ARNAIJLD DE POMPONNE, iA65.
obligée à rien, Elle donna pouvoir audit chevalier de rengager,
comme il fit, par de nouveaux articles (mais seulement pour mar-
que de sa bonne volonté envers la Suède), à lui donner cinq ans
durant cent mille écus par an au commencement du lùois
d'avril.
Depuis cela, s'étant tenue en Pologne une grande diète en
Tannée 1662, il y fut fait un décret solennel, sous des peines très
rigoureuses, comme en cas d'infamie et de trahison, qu'il ne
pourroit être parlé ni proposé pour l'élection d'un roi qu'après
le décès de celui qui règne à présent.
Lesdits ambassadeurs doivent dire aux régens de Suède que,
depuis ce décret, quelques bruits que les envieux de cette cou-
ronne aient fait courir du contraire. Sa Majesté n'a plus pensé k
l'élection de M. le duc d'Anghien, non pas même dans l'occasion
de son mariage avec la nièce de la reine de Pologne, mais seule-
ment à tenir les choses en état que, la mort du roi de Pologne
arrivant, ledit duc pût aspirer au trône concurremment avec
d'autres princes , et avec d'aussi bonnes espérances qu'aucun
d'eux d'y pouvoir èlre alors élevé;
Que dans celte vue et par le motif aussi de l'amitié que le Roi
a pour la reine de Pologne, il voit avec un si sensible déplaisir
l'évident péril où ils sont d'être chassés eux-mêmes du royaume
par les armes des révoltés et par les cabales de Lubomirski, qu'il
n'a pu refuser aux pressantes instances desdits roi et reine de
Pologne la demande qu'ils ont faite à Sa Majesté de leur envoyer
au commencement du printemps prochain un secours assez con-
sidérable, pour les tirer de ce danger, et leur donner moyen de
mettre les révoltés à la raison, faisant connoître que ce secours,
pour leur être utile, ne pourroit être moindre de quatre mille
hommes de pied et de trois mille chevaux, et que^ pour plus d'as-
surance d'un bon succès, il devoit être commandé par un grand
capitaine comme M. le Prince, lequel, depuis l'alliance faite par le
mariage de M. son fils, a souvent, disent-ils, oiïert à la reine de
Pologne d'aller même la ser\îr de sa seule personne, si elle le
désiroit. Que Sa Majesté a répondu au roi et à la reine de Pologne
qu'Elle est très sensiblement touchée du mauvais état de leurs
affaires, que si la France et la Pologne n'étoienl pas si éloignées
AFFAIRES DE POLOGNE. 89
l'ime de l'autre, Sadite Majesté ^iroit volontiers elle-même en
personne avec une armée de cinquante mille hommes remettre
les mutins sous leur obéissance, que cequ'EIle pouvçit faire dans
one si grande distance étoit d'abandonner plutôt ailleurs ses
propres intérêts et se charger de leur envoyer au printemps les
quatre mille hommes d'infanterie qu'ils avoicnt demandés, et,
pour les trois mille chevaux dont ils avoient aussi besoin, et dont
le transport par mer étoit comme impossible et leur trajet par
TAlIemagne fort difficile, Elle requerroit très volontiers ses bons
arnis^ comme la Suède, de l'accommoder pour quelque temps
d'an pareil corps qu'elle metlroit à sa solde, pendant qu'il agiroit
pour la sécurité et l'avantage du roi et de la reine.
Que c'est là l'état de l'affaire, que M. le Prince est toujours
disposé d'aller commander ce corps de renfort et M. le duc de l'y
accompagner, pour avoir occasion de saluer la reine sa tante, et
pouvoir apprendre le métier de la guerre en une école aussi
bonne qu'est celle de M. son père ; que le Roi enverra aussi les
quatre mille hommes d'infanterie, et qu'il requiert instamment le
roi de Suède de le vouloir accommoder pour quelques mois du
corps de trois mille chevaux, se promettant de son affection qu'il
aura même quelque joie de lui en donner cette marque, dans une
occasion où il se voit que la Suède a le même intérêt que cette
couronne, et peut-être encore plus grand, à cause de la plus
grande proximité de ses États à ceux de Pologne et de Lithuanie.
Voilà tout ce qu'on peut dire auxdits sieurs ambassadeurs
pour leur information sur le premier chef principal de ce mémoire ,
c'est-à-dire sur les intérêts que le Roi a en cinq grandes affaires,
et sur ce que Sa Majesté peut désirer de l'amitié de la Suède en
chacune desdites affaires.
II reste à parler du second, qui regarde ce que le Roi, en
échange, pourra faire à l'avantage de la Suède, dans ses intérêts
particuliers ou pour lui donner moyen de faire agir ses armes
selon les besoins qui en pourront arriver, soit pour le bien public
dans l'empire, soit pour l'intérêt de Sa Majesté.
Après beaucoup de réflej^ions qu'on a faites sur les choses que
la Suède pourroit aujourd'hui désirer de Sa Majesté, on ne juge
pas que les régens puissent parler aux ambassadeurs que sur
90 ARNAULD D£ POMPONNE, i665.
cûiq affaires : la première est celle d'Erford; la seconde les diffé-
rends du Palatin avec les Électeurs et princes du Rhin; la troi-
sième la garantie de Sa Majesté au duc de Holstein-Gottorp ; la
quatrième sur la place de Brème, et la dernière pour avoir des
subsides en argent.
Touchant la première, le sieur de Pompone pourra être faci-
lement et pleinement instruit par le sieur chevalier de Terlon,
et par ses Instructions, et par les dépèches qu'il a reçues du
Roi^ de tout ce qui s*esl passé de laffaire d'Ërford. U ap-
prendra que rÉlecteur de Saxe, Tun des principaux chefs du
parti protçtstant en Allemagne, ayant lui-même requis Sa Ma-
jesté de donner ses assistances & rÉlectejur de Mayenoe pour
réduire ses sujets de cette ville à son obéissance, Sadite Ma-
jesté non seulement n'eut plus lieu de douter de la justice
de la cause dudit Électeur de Mayence, mais eut tout sujet do
croire que le parti protestant ne trouveroit rien à dire aux assis-
tances qu'EUe lui donneroit, et au contraire les auroit fort
agréables. Aussi, dès le même instant qu'Elle accorda la demande
audit Électeur, Elle communiqua au roi de Suède cette solution
par une lettre expresse.
Si à présent, les régens du royaume faisoient quelques pro-
positions auxdits sieurs ambassadeurs, qui tendissent en quelque
manière que ce soit à engager Sa Majesté à détruire ce qu'ËUe a
fait en faveur dudit Électeur, ils se défendront d'y entendre en
termes honnêtes ; mais témoignant néanmoins avec force que Ton
ne peut, même avec bienséance, désirer de Sa Majesté une pa-
reille chose qui seroit directement contre son honneur, après
tout ce qu'EUe a déjà fait aux yeux ^e toute la chrétienté, dans
une cause qu'EUe a estimée juste. Enfin en nul cas, non pas
même oelui do la jonction de la Suède à tous les intérêts du Roi,
tant dans les affaires d'Espagne que de Pologne, ils ne se relà-
chwont sur ce point, c'est-à-dire n'engageront le Roi à rien faire
pour remettre la ville d'Erford en l'état qu'elle étoit; car, outre
qu'il y va de son honneur, comme il a été dit. Sa Majesté ne
pourroit concourir à ce projet sans ruiner absolument ses inté-
rêts dans l'Empire, ce qui ne peut pas être demandé avec hon-
nêteté, par un ami.
OFFRES A LA SUÉDE. 94
Tonchant le second, comme la Suède incliae à soutenir le
Palatin contre les autres princes à cause de la religion et de sa
pjrenté, elle aura tout sujet d'être contente quand Sa Majesté,
avec qui tous lesdits princes sont confédérés^ et qui n a plus
aucun traité d'alliance avec ledit Palatin, ne se mêlera point de
laffaire et n'y prendra autre part que celle de tftcher d aecom^
moder le différend par voies amiditles, en quoi même Elle agira
volontiers avec la courdnne de Subde.
La troisième est la garantie particulière que le duc de Holstein-
Gottorp* a souvent demandée au Roi, pour ce qui peut regarder
son intérêt dans les derniers traités qui* ont été faits entre la
Suède et le Danemark. Le sieur Cambrosius en a aussi fait ici
quelques instances de la part de lareiue de Suède ; mais Sa Ma-
jesté a toujours résisté à accorder ledit acte do garantie, témoi-
gnant néanmoins qu'Elle seroit toujours disposée d'en faire res-
sentir Teffet audit sieur duc dans les besoins qui pourroient lui en
arrivef . La raison de ce refus étoit qu'il a toujours semblé au
Roi qu'il étoit fort injuste de demander à un prince qu'il se rendit
^:arani d*un traité par ce seulement qu'il auroit eu l'affection et
la bonté de se rendre médiateur outre les parties pour 'accom-
moder leurs différends. Aussi e»t-oe une introduction des der-
niers temps qui n'avoit jamais été pratiquée et qui ne doit son
wigine qu'à l-habileté des Suédois, qui se sont avisés les pre-
miers de faire une pareille demande, et ont été assez beureux
pour se la faire souvent accorder.
Si néanmoins les régens insistent fort sur cette garantie qu'ils
désirent procurer au duc de Holstein, Sa Majesté trouve bon que
lesdits plénipotentiaires la puissent promettre et leur en donnent
le pouvoir conditionné, c'est-à-dire sous la réserve qu'ils ne se
serviront de ce pouvoir qu'en Tun des quatre cas suivans, ou
que la Suède se déclare pour les États contre l'Angleterre, ou
qu*its attaqueront l'Évêque de Munster pour rainer son armée,
ou qu'ils se joindront au Roi contre la maison d'Autriche en l'une
des deux manières qui a été dite ci-devant, ou qu'ils prêteront
i. Pour tout ce qui regarde les duchés dano-alleniands, voir notre volume des
Instnictions pour le Danemark.
92 ARNAULD DE POMPONNE, HG5.
aa Roi les trois mille chevaux que Sa Majesté voudroît envoyer
en Pologne.
Le quatrième regarde la place de Brème qui sera le point le
plus délicat de tous à traiter, parce que, comme d'un côté c'est
celui qui tient le plus au cœur des Suédois, qui ont grand intérêt
et une envie démesurée de se rendre maîtres de la place, ainsi
d autre part, quoique le Roi souhaitât sincèrement TeiTet de leur
désir, il ne peut y concourir de ses fordès sans désobliger très
sensiblement plusieurs de ses alliés et principalement les Hol-
landois, et divers princes catholiques de ce voisinage là, peur ne
point parler du roi de Danemark (qu'il ne faut point nommer en
ce fait-ci en Suède, mais qui en seroit au désespoir).
Lesdits sieurs ambassadeurs se défendront donc le plus qu'ils
pourront de cette instance , si elle leur est faite , prenant pré-
texte du défaut do pouvoir et d'Instruction, et témoignant pour-
tant qu'ils sont fort assurés que le Roi souhaite sincèrement que
la Suède puisse venir à bout de cette entreprise, voire Sa Majesté
auroit intérêt pour Taccroissement de puissance qui en résulte-
roit à une couronne amie et si étroitement alliée avec la sienne.
En cas néanmoins que ce seul point arrêtât la conclusion de
Tune des quatre grandes affaires dont on vient de parler en Tar-
lide de la -garantie que le duc de Holstein demande, lesdits sieurs
ambassadeurs se chargeront d'en écrire à Sa Majesté favorable-
ment, d'y rendre tout bon office, et en donneront même de bonnes
espérances et pourroient toujours signer le traité à cela près.
Le dernier point est celui des subsides que le Roi pourra ac-
corder dans le cas que la Suède veuille bien s'engager avec lui
dans les grandes affaires dont il a été parlé. Si cet engagement,
par d'autres raisons, ne pouvoit réussir, ni la stipulation de la
somme que la Suède pourra désirer pour s'obliger à envoyer en
Pologne un corps de trois mille chevaux effectifs dès le commen-
cement du printemps prochain, cette matière à sa résolution se
doit distinguer par celle que la Suède prendra d'entrer plutôt
dans une affaire que dans une autre ; car si elle veut bien s'en-
gager à déclarer la guerre à l'Angleterre et y employer seulement
douze bons et grands vaisseaux et à la faire en même temps à
rÉvêque de Miinster, avec un corps au moins de huit mille hom-
OFFRES A LA SUÉDE. 93
mes. Sa Majesté s'entendra là-dessus avec les Étais Généraux
pour lui accorder conjointement en cette considération un subside
anauel de deux cent mille écus tant que Tune et l'autre guerre
doreront; et même en ceci ne seront point compris ni précomptés
les cent saille écus que le Roi doit encore lui fournir au printemps
prochain^ en exécution des articles que le sieur chevalier de Ter-
Ion signa à. Stockholm en 166â, lorsque les articles secrets du
tnité de Fontainebleau^ de Tannée précédente, y furent annulés.
En sorte que la Suède, en faisant ce pas que son seul et propre
intérêt lui devroit conseiller de faire, peut être assurée d'y trouver
^ Vavanta^e d'une somme de trois cent mille écus dans Tannée
prochaine pour la subsistance de ses troupes et pour Taimemcnt
de ses vaisseaux \
Comme d* autre part, si la Suède se veut engager avec le Roi
contre la maison d'Autriche, c'est-à-dire à assister Sa Majesté
d'une armée dans la Flandre, quand on Ten requerra, ou à faire
ane puissante diversion dans TËmpire contre TËmpereur s'il se
NÎenl mêler de Tafiaire avec une armée qui ne puisse être moindre
de vingt mille hommes effectifs, en cavalerie ou infanterie, Sa
^jeslè lui accordera volontiers annuellement, tant que ses armes
agiront de cette sorte, une somme de trois cent mille rixdalcs,
sans y comprendre encore les cent mille écus qu'Elle doit payer
^^ printemps prochain, en vertu des derniers articles signés à
Stockholm par le sieur chevalier de Terlon.
^* M. de Pomponne demanda, peu de temps après son arrifôe on Suède, des
<-*cUircisscnienth sur ces offres de subsides. Que devait-il faire dans le cas où la
•Suède voulût se dérlarei- contre l'évèquc de Mûnstcr seulement, et non contre l'An-
0«!^eiTe ? M. de Lionne lui répond par d6i)échc du 19 mars 1666 qu il devra se dire
oUitfé d'attendre de nouveaux ordres. Il ajoute : « Comme c'est ici proprement la
fausc des Provinces Unies, les armes du Roi contre l'évéquc de Munster n'étant
purement qu auxiliaires, vous ne doutez aucunement que les États Généraux no don-
"«nt bien volontiers à la Suède, pour avoir les 8,000 hommes contre ledit évéque,
^** mêmes subsides qu'ont déjà stipulés d'eux fort avantajrpuscmont M. l'Electeur de
J^fandeliourg et les deux ducs de Brunswick ; pour jrajrncr du temps, la répence di>
Suède pourrait promptement faire envoyer ordre et pouvoir à leur ministre à La
W*y«* de faire ce traité, et à Tégard de T Angleterre. Vous pourrez dire encore, pour
^^^ cnjrajrcr à cette déclaration, qu'ils peuvent avoir aussi des Etats 300,000 écus de
*ttV»iUe de ce seul chef-là, s'ils veulent s'obliger à entrer dans le parti et armer vingt
^'aissejiux, auquel cas le roi de Danemark n'en armera que le même nombre de
^•ngt, comme il cst.expressément porté par le dernier traité fait à La Haye entre
^cdit roi de Danemark et lesdits États. »
94 ARNAULD DE POMPONNE» IGOu.
On apposera sans doute là dessus auxdits sieurs ambassa-
deurs que, éans les derniers temps- que la- Suède faisoU agir ses
armes en Allemagne, avant la conclusion du traité de Munster,
le subside annuel qu'elle tirait de la France étoit de quatre cent
mille rixdales, et qu'aujourd'hui on ne lui en offre plus que trois,
qui est une diminution du quart. A cela, lesdits sieurs ambassa-
deurs pourront répondre que la Suède avoit alors plus de cent
mille hommes, sur pied ou en campagne, ou en des garnisons,
et qu'on ne prétend à présent Fdbliger qu'à en avoir vingt miUe
en campagne, qui n'est qu'une cinquième partie du nombre
qu'elle entretenoit autrefois.
Quant aux trois mille chevaux à envoyer en Pologne^ si la
grande affaire qui regarde la maison d'Autriche ou seulement
celles de l'Angleterre et de TÉvéquede Munster se concluent au-
puravant, comme il faudra que lesdits sieura ambassadeurs
tendent à ce but pour les raisons qui ont été ci-dessus touchées,
en ces deux cas-là, le Roi «e trouvant déjà avoir accordé des sub-
sides si considérables, la Suède auroit peu de raisons d'en pix*-
tcndre un* nouveau pour le seul envoiet r^ction de ce pctil corpus
en Pologne; puisque Sadite Majesté lui en tiendroit compte, sur
le nombre do troupe» qu'Elle se seroit déjà obligée de tenir eu
un autre endroit, et il lui devroit être absolument indifférent,
n'en augmentant point le nombre, que les unes agissent dans
l'Empire ou dans la Flandre, et les autres dans la Pologne.
Mais, en cas que la Suède ne veuille pas s'engager ni dans
les affaires d'Angleterre ni contre la maison d'Autriche, et qu'on
ne puisse la disposer qu'à l'envoi d'un corps de cavalerie en Po-
logne, Sa Majesté, pour cette seule affaire-là, consentira à lui
donner cent mille écus une fois payés, qu'elle pourra appliquer
à l'usage qu'elle voudra; et outre cela, Elle se chargera de la
solde des trois mille chevaux pendant tout le temps qu'ils agi-
ront dans la Pologne, sans rien rabattre encore des cent mille
écus qu'Elle doit lui fournir au printemps, en exécution des
derniers articles signés à Stockholm.
Depuis ce mémoire achevé, le Roi a reçu la nouvelle que
raccommodement du roi de Pologne avec les confédérés a été
enfin conclu dans le temps que la bataille étoit prête à se donner
ÉLECTION DE POLOGNE. 95
entre les deux partis, et que les conditions principales de cet ac-
cord ont été que le roi a assigné aux confédérés plusieurs pala-
tinats pour leurs quartiers d'hiver, que Ton convoquera une diète
au mois de février prochain, pour aviser aux moyens de pour-
voir à leur payement, et que, pour la personne de Lubomirski,
après avoir été trois semaines dans ses biens, il se retireroit hors
da royaume, mais que, dans la même diète, il auroit la liberté
de faire ses instances au roi et à la reine pour son rétablissement
dans ses honneurs et dans ses biens, et on a su en même temps
que les confédérés ont secrètement promis audit Lubomirski
leur protection pour le faire pleinement rétablir.
Voilà le cas arrivé auquel il est dit ci-dessus que lesdits am-
bassadeurs seroient peutrétre obligés de découvrir à la régence
de Suède le véritable dessein pour lequel le Roi désire d'envoyer
un corps de troupes en Pologne, qui est celui de Télection; mais
il se rencontre heureusement que les conditious de raccommode-
ment à toutes les circonstances de ce nouvel incident se trouvent
telles que lesdits sieurs ambassadeurs peuvent même aujour-
d'hui faire la demande dés trois mille chevaux suédois, et la
presser vivement sans qu'il y ait aucune nécessité qu'ils s'ex-
pliquent de la pensée de l'élection. Car, après avoir employé
toutes les considérations qu'on a ci-devant touchées, ils peuvent
dire qu'il est aisé à voir que l'accommodement qui a été fait
n'est à proprement parler qu'une trêve de peu de mois aux
maux de la Pologne, puisque le roi de Pologne n'a pu venir à
bout de dissoudre la confédération, ce qui étoit néanmoins le
principal objet qu'il s'étoit proposé dans- son armement pour le-
quel il s'est donné tant de fatigues pendant la dernière campagne,
outre qu'il est d'ailleurs impossible que, dans le pitoyable état
où est réduit tout le royaume, la diète qui est intimée au mois de
février prochain, puisse trouver les moyens de satisfaire seule-
ment au quart des prétentions qu'ont les révoltés qu'ils font mon-
ter à des huit et dix millions. Et partant, qu'il est inévitable que
la diète ne se rompe dès les premiers jours de sa séance, tant
pour cette impossibilité de contenter les mutins que sur le sujet
de Lubomirsiki, que le roi de Pologne ne veut point rétablir ni
ae le peut faire sans se perdre soi-même et tout son parti, et
96 ARNAULD DE POMPONNE, 1665.
qu'ainsi la fin de la diète sera indispensablemenl le commence-
ment de ia reprise des armes.
Lesdits sieurs ambassadeurs ajouteront que cela est si vrai el
si évident que le roi et la reine de Pologne, dès le moment que
raccommodement a été conclu, ont pressé le Roi, par leurs lettres,
d'envoyer le corps de troupes au printemps en termes plus forts
encore qu'ils n'avoient fait jusque-là, prévoyant bien que, sans
cette assistance, il leur est inévitable de succomber sous la puis-
sance de* leurs ennemis dès que la diète aura été rompue.
Quand lesdits sieurs ambassadeurs auront la parole des ré-
gens pour renvoi des trois mille chevaux, et que toutes les con-
ditions en auront été ajustées, alors seulement, lesdits sieurs
ambassadeurs devront s'expliquer de la délicatesse qu'ont les
Pobmois de désirer que ce corps-là soit reçu dans leur pays
comme étant un corps françois, et il n'y a pas d'apparence
qu'étant déjà convenu de tout le reste, ce petit accessoire puisse
ruiner le principe.
Le Roi a reçu avis que le connétable Yrangel a commencé de
faire marcher les troupes de Suède qui sont en Poméranie vers
le duché de Brème avec du canon, et il y a toute apparence que
ce ne peut être que pour attaquer la ville de Brème. A dire vrai,
la couronne de Suède, ayant ce dessein, ne pouvoit trouver une
conjoncture plus propre pour l'entreprendre que lorsque les Hol-
landois, qui s'y seroient certainement opposés, se trouvent eux-
mêmes fort embarrassés par l'invasion de l'Ëvêque de Munster,
et que les autres princes voisins qui auroient aussi pu soutenir
la ville, n'auront l'œil qu'à ce qui se passera dans la guerre dudit
Evêque et à leur propre conservation. Si le sieur de Pompone
apprend dans son chemin ou après son arrivée à Stockholm que
Yrangel ait attaqué ladite Brème, comme il n'y aura plus lieu
de craindre que la Suède demande au Roi des assistances pour
cette entreprise, lesdits sieurs ambassadeurs n'auront plus
sur cette matière qu'à témoigner aux régens que Sa Majesté
louera sans doute leur prudence d'avoir su si bien prendre
leur temps pour mettre à fin une entreprise si importante , et
leur en souhaite très sincèrement tout l'heureux succès qu'eux-
mêmes peuvent désirer, tenant à grand avantage tous ceux qui
MISSION A COPENHAGUE. 97
arrivent à la couronne de Suède, et ne les distinguant pas des
siens propres.
Le sieur de Pomponc, arrivant inconnu à Copenhague, fera
entendre par le moyen du sieur Clerselier au roi de Danemark
qu'il a charge du Roi de lui rendre ses respects en passant, sans
s obliger à aucune cérémonie^ s'il Va agréable de la sorte, et
étant admis à une audience secrète, après les complimens ordi-
naires sur Taffection et Testime du Roi, il lui dira sur le sujet de
son voyage que, le roi de la Grande Bretagne ayant répondu à la
dernière proposition que lui avoient faite les ambassadeurs de Sa
Majesté qu'il ne pouvoitplus entendre à aucun traité d'accommo-
dement avec lés États Généraux sans y appeler aux conférences
les ministres de la couronne de Suède , ceux de l'Évèque de
Mnnster et de ses autres alliés (qu'il n'a pourtant point nommés),
Sa Majesté a voulu s'éclairer sans délai, par l'envoi d'une per-
sonne expresse, quels sont véritablement les engagemens que
la couronne de Suède a pris avec l'Angleterre, et jusqu'où ils
s'étendent à l'égard de la présente guerre ; que c'est là le véri-
table sujet de sa mission, et pour empêcher (si les choses se
trouvent encore en cet état là) que les Suédois ne passent plus
leur temps à prendre parti avec les Anglois, et demeurent au
moins en neutralité avec lesdites nations, Sa Majesté lui a com*
mandé de partir en poste avec peu de domestiques et de faire
suivre son train plus à l'aise. Et en attendant son arrivée. Elle
mande au sieur chevalier Terlon de le loger.
Fait à PariSf le 19 décembre 1665. Louu.
RECUEIL DES INSTRUCT. DiPLOMAT. II. — 7
J
AHNAULD DE POMPONNfi, 166j.
ADDITION A L INSTRUCTION DU SIKUR DE POMPONE 8 EN AIXANT
AMBASSADEUR EXTRAORDINAIRE EN SUÈDE.
Un avis que le Roi a vu dans une lettre écrite depuis peu de
jours de Varsovie a obligé Sa Majesté d'ajouter quelques nou-
veaux ordres au mémoire qui doit servir d'Instruction audil
sieur de Pompone et au sieur chevalier de Trelon.
Cet avis porte qu'il pourroit arriver des cas où les Polouois
ne voudroient pas souffrir des troupes étrangères dans la Po-
logne, comme seroit celui de la mort du roi, lorsqu'il faudroil
après cela procéder à une nouvelle élection, laquelle n'auroit pas
toute la face de liberté dont les Polonois sont si jaloux et de leurs
privilèges et constitutions, si des étrangers, par la présence ou
l'assistance de leurs forces, étoient en état de troubler l'élection
ou d'intimider ceux qui y ont droit de suffrage.
Sa Majesté a encore considéré qu'outre le cas qu'on vient de
dire , il peut arriver de certains malheurs et toutes sortes de
guerres et d'entreprises, .contre lesquels la prudence requiert
qu'on se prémunisse toujours autant qu'on les peut prévoir.
Sa Majesté veut dire qu'il est très important, si le corps des
troupes françoises va en Pologne, qu'Elle puisse être assurée dès
à présent qu'en un cas pressant ou besoin, de quelque cause
qu'il naisse, ledit corps trouvera une retraite ouverte et sûre dans
la Poméranie suédoise, qui est le seul pays contigu à la Polog:ne
où Elle puisse se promettre que ses troupes seront bien reçues
et bien traitées.
Si les Suédois entrent de bonne foi dans la négociation des
dits sieurs ambassadeurs, et qu'ils veuillent bien donner les trois
mille chevaux qu'on leur demandera, ce ne sera plus une affaire
d'assurer aussi cette retraite en Poméranie pour les troupes fi'an-
Qoises, quelque cause qui les obligeât à sortir de Pologne. Ainsi
Sa Majesté n'estime pas que les dits sieurs ambassadeurs doivent
parler de ce point qu'ils ne soient convenus de tout le reste,
ADDITION. 09
d'autaot que le principal étant une fois ajusté, ce petit accessoire,
qu'on ne fera passer alors que pour une précaution de prudence,
sui\Ta sans aucune peine, au lieu que, s'ils en parloient d'abord,
les Suédois, qui sont fort avantageux en leurs négociations, y
feroient plus de difficulté et nous voudroient encore vendre la
chose.
On a omis de dire dans Tautre mémoire que quand ledit sieur
de Pompone veiTa le roi de Danemark en particulier, il lui témoi-
gnera que Sa Majesté a eu une joie extrême d'apprendre par les
dernières nouvelles de Hollande qu'enfin les soins que Sa Ma-
jesté a pris avec toute l'efficace qui a été en son pouvoir pour dis-
poser les États à lui donner la satisfaction qu'il désire avoient
mis l'affaire en état qu'il semble qu'on puisse se promettre avec
certitude qu'elle ne sauroit plus manquer à se conclure avec
beaucoup d'avantages pour le roi, et d'autant plus que Sadite
Majesté renouvelle toutes les semaines les ordres au sieur d'Es-
trade d'y donner toute son application préférablement même aux
propres affaires de Sa Majesté.
Paît à Paris, le â7« décembre 1665. Lotis.
ARNAULD DE POMPONNE
SECONDE AMBASSADE
1671
La première ambassade d*Amauld de Pomponne, malgré le labeur
incessant et le zèle d'un tel négociateur, avait mal réussi, parce que
Tambition visible de Louis XIV, surtout depuis la mort de Philippe IV
en 1665, commençait d'efArayer TEurope. La paix avait été signée à
Bréda (21 juillet 1667), entre TAngleterre et la Hollande, sous la mé-
diation de la Suède contre le désir de la France. La Triple Alliance de
La Haye (13 janvier 1668), formée par l'Angleterre, la Hollande et la
Suède pour exercer une médiation armée entre la France et l'Espagne,
avait été une menace, devant laquelle Louis XIV s*était décidé à trai-
ter à Aix-la-Gbapelle (22 avril). Enfin quelques jours plus tard, le 29,
la Suède traitait avec l'Empereur. La question polonaise n'avait pas
amené une solution plus favorable à la France. Louis XIV avait donc
rappelé Amauld de Pomponne, en laissant à Stockholm un simple
résident, Rousseau, 1668. Mais ces échecs mêmes et de nouvelles cir-
constances allaient lui faire souhaiter plus vivement que jamais l'al-
liance ejL la coopération de la Suède, tout au moins son bon vouloir
ou sa neutralité. On sait comment, irrité de l'ingratitude, puis de la
roideur hollandaise, il résolut de déclarer la guerre aux États Gêné-
néraux. Il lui fallut quatre années de négociations constantes et habiles
pour détacher de la Hollande les alliés que ses dernières mesures lui
avaient faits; il n'hésita pas en particulier, au risque d'éveiller les in-
quiets soupçons du grand-pensionnaire De Witt, à rappeler de La
Haye Amauld de Pomponne, qui y était ambassadeur depuis 1669,
pour le renvqyer à Stockholm, juin 1671.
Trois mois après, le 1'' septembre, Hugues de Lionne étant mort,
Pomponne lui succédait aux affaires étrangères.
^02 ARNAULI) DE POMPONNE, <07K
MÉMOIRE POUR SERVIR d'iNSTRUCTION AU SIEUR ARNAUD DE POM-
PONNE, CONSEILLER ORDINAIRE DU ROI EN SES CONSEILS D^ÉTAT, s'eN
ALLANT AMBASSADEUR EXTRAORDINAIRE DE SA MAJESTÉ EN SUÈDE.
TOURNAI, 8 JUIN 1671 *.
La mauvaise conduite que les Provinces Unies des Pays
Bas ont tenue depuis quelques années avec Sa Majesté, leur
ardeur et leur application si connues dans ces derniers temps de
toute TËurope pour former des liaisons contre la France sous le
prétexte d'autant plus injuste de la conservation de la paix
d'Aix la Chapelle que les intentions de Sa Majesté sont plus sin-
cères et plus religieuses pour le maintien de la tranquillité
publique, leur ingratitude pour tant d'obligations anciennes et
nouvelles dont ils sont redevables aux rois prédécesseurs de Sa
Majesté et à Sa Majesté même, les contraventions qu'ils ont
apportées depuis quelques mois par leurs ordonnances touchant
le commerce au traité qu'ils avoient conclu avec Sa Majesté en
1662, enfin les suites dangereuses que pourroient avoir tant de
mauvaises dispositions, ont obligé l'extrême prudence de Sa
Majesté à les prévenir et à se déclarer hautement contre des
ennemis véritables et qui se mettroient d'autant plus en état de
nuire qu'ils demeureroient plus longtemps cachés.
Mais comme, dans le dessein que Sa Majesté avoit de porter
la guerre dans leurs provinces, particulièrement dans celles qui
sont du côté de TAUemagne, Elle a déjà pris des mesures avec
quelques-uns des princes de l'Empire qui sont dans le voisinage,
Elle a jugé encore qu'il lui pourroit être utile de s'assurer de la
Suède, autant pour rompre le nouvel engagement que cette cou-
ronne a contracté avec les États dans la Triple Alliance que pour
1. Suède, 38. Flassan (III, 393) dit que Pomponne dressa lui-même ses propres
Instructions, d'après Tautorisation de Lionne ; elles furent communiquées au Roi,
qui en fut, lyoute-t-il, extrêmement satisfait. M. Mignet a reproduit presque en
entier ces Instructions au tome III, pages 298-311, des Négociations,
PRKTEXTK DE MISSION. ^03
la faire rentrer dans les premiers intérêts qui Vont liée si long-
temps avec Sa MaJHsté. C'est dans cette vue que Sa Majesté a
jugé de son service de rappeler de Hollande le sieur Arnaud de
Pomponne, son ambassadeur extraordinaire auprès desdits États
Généraux, pour le faire passer en diligence et en cette même
qualité en Suède. La connoissance qu'il s'est acquise de cette
cour dans le temps de l'ambassade qu'il y a ci-devant exercée,
autant que son zèle et sa fidélité si parfaitement connus de Sa
Majesté, ont porté le Roi à lui confier le soin de cettenégociation
si importante, pour laquelle et pour le règlement de sa con*
duite Elle a bien voulu lui faire donner la présente Instruc^
tion.
Hais comme il est nécessaire, avant qu'il parte pour la Suède,
qu'il prenne congé des États Généraux, et qu'il ne faut point
douter que son voyage ne soit un sujet de grandes réflexions et
de nouvelles inquiétudes en Hollande, Sa Majesté a trouvé à
propos qu'il répande dans le monde, à son retour à La Haye,
qu'ayant supplié très humblement Sa Majesté de lui permettre
de repasser en France, où ses affaires domestiques l'appellent
après une absence de six ans dans les ambassades de Suède et
de Hollande, Elle lui auroit fait l'honneur de lui accorder cette
grâce; mais que, par ce que le traité de simple alliance qu'Elle a
avec la Suède et qui fut signé en 1662 expire au commencement
de l'année prochaine, Elle a voulu que, pour le renouveler, il fit
avant son retour en France un voyage de peu de mois à Stock-
holm, d'autant plus qu'Elle a jugé que l'affaire étant naturelle-
ment disposée par elle-même parce qu'elle ne contient que la
confirmation d'une ancienne amitié et la mutuelle conservation
des traités de paix de Westphalie, il la termineroit en peu de
temps par les habitudes qu'il a ci-devant contractées en cette cour.
Sa Majesté a déjà fait l'honneur audit sieur de Pomponne de
lui confier Elle-même les liaisons qu'Elle a prises avec l'Angle-
terre pour agir de concert dans cette entreprise, et Elle a voulu
qu'il fût informé des mesures qu'Elle travaille à établir avec les
électeurs de Cologne et de Brandebourg, les ducs d'Hanover et
de Neubourg et l'Évéque de Munster, soit pour les joindre à
cette guerre, soit pour les renfermer dans les termes d'une neu-
\
104 ARNAULD DE POMPONNE, 1671.
tralité ; mais comme Sa Majesté n'a pas tant besoin de Faction
des princes d'Allemagne en sa faveur que de Tassurance qu'ils
n'agiront point contre Elle, Elle a cru ne pouvoir par aucun
autre moyen les tenir davantage dans cet état qu'en armant ou
faisant craindre d'armer la Suède dans leur voisinage. Les deux
princes de Lunebourg-Zell et Osnabruck, qui paroissent sur le
point de s'engager avec la Hollande, hasarderoient difficilement
de faire sortir leurs troupes hors leur pays lorsqu'ils verroient la
Suède dans le duché de Brème en état do se venger du secours
qu'ils donnèrent contre elle à la ville de ce nom en 1666. Cette
même vue arréteroit les autres puissances qui pourroient être
contraires à Sa Majesté, et fortifieroit celles qui lui sont alliées
dans l'observation de l'action ou de la neutralité qu'elles lui
avoient promise.
Pour arrivera la fin que le Roi se propose, de tirer cette utilité
de la Suède, Sa Majesté juge se pouvoir servir de deux moyens,
l'un de la joindre effectivement à la guerre que Ton voudroit
faire à la Hollande, l'autre de la mettre seulement en état d'en-
tretenir une armée dans les États qu'elle possède en Allemagne,
avec obligation de rompre contre les princes de l'Empire qui
pourroient, à l'occasion de cette guerre, se déclarer en faveur
des États-Généraux contre la France.
Mais bien que la conduite que la Suède a tenue depuis près
de dix ans, si opposée aux anciennes maximes qui l'attachoient
autrefois à la France, dût faire croire difficile de la porter à l'un
ou à l'autre de ces engagemens, l'étroite liaison qu'elle pro-
fesse avec l'Angleterre et les dispositions qui paroissent par les
dernières lettres du sieur Rousseau, résident de Sa Majesté à
Stockholm, semblent y faire voir plus d'espérance.
Dans le même temps que Sa Majesté avoit résolu d'envoyer
le sieur de Pomponne pour entamer cette négociation. Elle a été
avertie par ledit sieur Rousseau que le grand-chancelier, qui a
toujours soutenu dans le sénat de Suède le sentiment de réta-
blir la première intelligence avec la France, lui avoit témoigné
qu'il y voyoit les esprits plus disposés, que l'on se désabusoit des
nouvelles alliances qu'on avoit prises, et que l'on y connaissoit
la solidité des anciennes, qu'il croiroit la conjoncture favorable
BONNES DISPOSITIONS EN SUÉDE. 105
pour y réussir, mais que surtout il avoit fait paroltre un estrëme
désir que le sieur de Pomponne fût renvoyé en Suède, comme
plus propre que tout autre, pour la connoissance qu'il avoit des
esprits de cette cour et pour la créance qu'il avoit acquise, à
achever une réunion à laquelle il avoit travaillé avec beaucoup
de sincérité et d'affection durant tout le cours de son ambas-
sade.
Cette rencontre des sentimens en Suède, qui s'accordent avec
ceux que Sa Majesté avoit déjà pris, semble faire voir plus de
jour d'en profiter, et se trouve d'autant plus favorable qu'elle
6le l'avantage à la Suède de se croire recherchée par la France.
C'est pourquoi le Roi juge à propos que le siéur de Pom*
penne, après son arrivée à Stockholm, où il se rendra incessam-
ment, et après avoir rendu au roi et à la reine de Suède les
lettres de créance de Sa Majesté, auxquelles il joindra les témoi-
gnages de l'affection et de l'estime de Sa même Majesté non seu-
lement pour ce prince, mais encore particulièrement pour cette
princesse, qui a toujours soutenu le parti qui favorise l'aUiance
de la France, témoigne au grand-chancelier qu'il est en quel-
que sorte la véritable cause de son voyage, qu'il lui dise que Sa
Majesté a donné à la connoissance particulière qu'EUe a toujours
eue de ses bonnes intentions pour maintenir l'amitié entre la
France et la Suède, et à l'opinion qu'il lui a fait paroltre d'une
meilleure disposition dans le sénat, la nouvelle ambassade dont
Elle a chargé le sieur de Pomponne, qu'EUe auroit pu, après
tant d'épreuves qu'EUe a faites de Téloignementde la Suède pour
Elle, n'exposer pas encore cette nouvelle démarche au peu de
succès que tant d'autres ont eu jusqu'à cette heure, mais que son
amitié constante pour le roi de Suède, qui sans doute n'approu-
vera pas un jour les conseils que l'on lui a fait suivre jusqu'à
cette heure dans sa minorité, l'avoit porté 4,e nouveau à seconder
les bonnes intentions dudit sieur grand-chancelier pour arriver
au rétablissement d'une sincère intelligence, à laquelle Sa Ma-
jesté lui sait un gré particulier d'avoir contribué ses soins avec
tant de fermeté et de constance.
Sa Majesté pourroit croire qu'après cette première ouverture,
le sieur de Pomponne devroit attendre que le grand-chancelier
^06 ARNAL'LD DE POMPONNE, 167^
se déclarât le premier des moyens qu'il jugeroit les plus propres
pour arriver à la réunion qu'il souhaite et que, sans s'expliquer
des desseins du Roi, il attendit les propositions qui pourroient
lui être faites;mais parcequeSaMajesté juge enmême temps qu'il
y auroit péril à faire languir cette négociation lorsque, du côté
de la France autant que de celui de la Suède, on voudroit ména-
ger l'avantage de s'expliquer le premier, qu'il seroit à craindre
que les malintentionnés dans le sénat de Suède n'attribuassent
ce procédé à un amusement prémédité pour leur faire perdre les
avantages qui pourroient leur être offerts par les États, et que,
le voyage du sieur de Pomponne augmentant le trouble et les
inquiétudes de la Hollande, il y auroit apparence que les États
achèveroient leur sûreté et leur salut en déterminant la Suède
en leur faveur par de grands subsides. Sa Majesté remet à la pru-
dence du sieur de Pomponne ou de confier d'abord au grand-
chancelier et ensuite aux commissaires qui lui seront donnés un
état entier de l'affaire, sur laquelle il leur fera premièrement
promettre de garder le secret, ou, sans leur dire encore positive-
ment la véritable pensée de Sa Majesté, leur faire connoitre seu-
lement son légitime mécontentement des Hollandois; il pourroit
leur laisser pénétrer ensuite qu'ËUe seroit peut-être en des-
sein de s'en ressentir, et savoir en ce cas quels seroient les sen-
timens de la Suède.
Si ledit sieur de Pomponne trouvoit quelque disposition pour
faire entrer cette couronne dans l'affaire, il pourroit s'ouvrir
alors de toute la conduite que Sa Majesté est résolue d'y tenir;
surtout il devroit faire connoitre que rien ne se fait sans parti-
ticipation et même sans concert avec l'Angleterre.
Cette communication plairoit à Stockholm non seulement
pour l'étroite union qui s'y est établie depuis quelques années
avec la cour de Londres, mais encore par la règle que l'on s'y
est faite de ne se brouiller jamais en un même temps avec les
deux puissances maritimes, parce que, la Suède ne subsistant
guères que par la mer, elle a besoin que l'une la lui tienne
ouverte si elle lui étoit fermée par Tautre.
Il pourra de même s'expliquer des négociations que Sa Ma-
jesté a fait lier avec les princes d'Allemagne nommés ci-dessus.
ASSURANCES CONCERNANT LA HOLLANDE. ^07
ftoii pour les faire agir, soit pour les tenir en neutralité. Cette
communication paroltra d'autant plus nécessaire que la Suède
feroit sans doute plus de difficulté de se déclarer seule dans l'Em-
pire en faveur de la France lorsque nul prince ne se joindroit à
son parti ; mais, parce que Ton ne peut dire encore quel sera
Teff et des propositions qui se doivent faire de la part de Sa Ma-
jesté auxdits princes, ledit sieur de Pomponne se contentera de
dire que Sa Majesté se tient au moins assurée de les engager à
une neutralité, et ce parti s'accordera peut-être davantage
avec les sentimens de la Suède, qui a paru jusqu'à cette heure
vouloir plutôt les apparences de la guerre qu'une guerre véri-
table.
Sa Majesté, jugeant de même d'une fort grande importance
d'aller au-devant des défiances qui pourroient nattre en Suède
qu*Elle ne voulût se servir de l'occasion de la guerre qu'ËUe
susciteroit à la Hollande que pour attaquer les Pays Bas espa-
gnols en même temps, et ne voulant pas qu'il puisse rester
quelque scrupule $ur la siQoérité de ses intentions pour l'obser-
vation exacte du traité d'Aix-la-Chapelle, sur lequel la Suède a
donné sa garantie au roi Catholique, Elle veut bien que le sieur
de Pomponne puisse assurer en son nom qu'ËUe n'a aucun des-
sein de troubler les Espagnols des Pays Bas^ à moins que cette
couronne ne rompit la première enjoignant ses armes à celles
des États pour une déclaration ouverte de guerre ou lui faisant la
guerre en effet, quoique sans la déclarer, en assistant lesdits
États de troupes auxiliaires.
Il pourra aussi donner une grande marque que Sa Majesté
considère autant et plus en cette guerre les intérêts de ses alliés
que les siens propres, en faisant voir qu'en cas d'un succès favo-
rable Elle fait état de remettre aux princes de l'Empire qui lui
sont unis les places qui leur sont retenues depuis longtemps par
les Hollandois.
Dans le cas que le sieur de Pomponne trouvât les esprits
assez favorablement disposés pour croire qu'ils pussent être dé-
terminés plus aisément par confiance, il pourroit témoigner que
son voyage est une dernière marque de l'affection de Sa Majesté
pour la Suède, que, bien que toutes ces démarches pour la rete-
108 ARNAULD DE POMPONNE, <67i.
nir dans ses anciennes maximes, même les offres si avanta-
geuses qu'Ëlle lui fit faire Tannée passée, aient été sans effet.
Elle a bien voulu encore, par un plus grand témoignage de son
amitié, ne point entrer dans une nouvelle affaire sans lui en
donner une part entière et sans Vy inviter, que la Suède lui
ayant fait connoitre autrefois les divers sujets de plainte qu^elle
avoit des HoUandois, dans un temps que Sa Majesté, étant liée
avec eux dans la guerre d'Angleterre, n'étoit pas en liberté de
les appuyer, Elle sera bien aise de contribuer à lui en faire avoir
raison à cette heure que leur ingratitude et leur mauvaise volonté
déclarée contre la Franco la met en liberté de s'en repentir. Il
s'expliqueroit alors des* mesures que Sa Majesté a prises autant
à Londres qu'en Allemagne et feroit voir à la Suède les avan-
tages qu'elle trouveroit à y entrer.
Les plus grands qui paroissent pour cette couronne semblent
être le rétablissement de son commerce sur la diminution de
celui de la Hollande, et la part qui lui pourroit être donnée
dans les conquêtes qui se f eroient sur les États ; mais des sub-
sides considérables ne seroient peut-être pas celui qu'elle consi-
déreroit le moins.
Celui que Sa Majesté se propose du traité qu'EUe souhaite-
roit de faire avec elle ne seroit pas tant, ainsi qu'il a déjà été dit,
de la faire agir contre les HoUandois que de retenir par la crainte
de ses armes les princes de l'Empire qui auroient la pensée de
secourir les États.
Cet effet peut être produit en partie par le seul bruit qui se
répandroit dans l'Empire* d'un engagement de la Suède avec la
France, et la crainte de rappeler une seconde fois les Suédois
en Allemagne lorsque les armes de la France s'y feroient en-
tendre seroit peut-être capable d'y arrêter les résolutions qui s'y
pourroient prendre.
Mais si la seule considération d'un traité ne suffisoit pas pour
arrêter les ligues qui se formeroient dans l'Empire en faveur
de la Hollande, Sa Majesté croiroit alors important d'employer
des moyens plus forts, et de faire paroltre effectivement
la Suède armée en Poméranie ou dans le duché de Brème.
Pour obtenir l'une et Tautre de ces fins, Sa Majesté veut
PROPOSITIONS A LA SUÈDE. 109
qu*en cas que le sieur de Pomponne trouve les esprits disposés
à Stockholm h rentrer dans des masures solides avec la France,
il propose que la Suède s'engage à faire passer une armée de
16,000 hommes dans le duché de Brème, composée de 10,000
hommes de pied et de 6,000 chevaux, toutes les fois qu'elle en
sera requise par Sa Majesté dans Toccasion présente de cette
guerre. Mais comme on ne peut lui demander ces assistances
sans lui donner en même temps moyeu d*en faire la dépense, et
que, 8oii que le Roi juge de son service de Tanner, soit qu'il
considère l'avantage qui lui reviendra dans le public de la voir
rentrer dans ses intérêts, Sa Majesté veut bien s'engager par
des subsides, c'est pourquoi Elle donne pouvoir au sieur de
Pomponne de lui en accorder de deux sortes sous deux diiïé*
rentes conditions.
En cas qu'il puisse porter la Suède à se joindre à Sa Majesté
contre les États et à envoyer une armée du nombre d^hommes
cinlessus dans le duché de Brème lorsqu'elle en seroit requise
par Sa Majesté avec obligation de rompre avec les États-Géné-
raux et avec les princes de l'Empire et l'Empereur même s'ils
vouloient leur donner secours ou assistance contre Sa Majesté,
alors Sa Majesté veut bien que le sieur de Pomponne lui accorde,
à toute extrémité et après n'y être monté que par degrés, un
subside de 60,000 écus par mois qui lui seroit payé par avances
de six mois en six mois à commencer du jour qu'elle auroit été
requise par Sa Majesté de faire passer l'armée susdite en Alle-
magne, et trois mois auparavant qulelle seroit obligée de l'avoir
effectivement sur pied dans le duché de Brème.
Mais parce qu'il se pourroit faire que la seule crainte' de s'at-
tirer les armes et Tindignation de Sa Majesté empècheroit les
princes de l'Empire d'entrer dans le parti des États, et qu'ainsi,
n ayant pas besoin d'armer la Suède dans leur voisinage, Elle
feroit cette dépense inutilement, Sa Majesté, pour aller au-
devant de cet inconvénient, pour obliger en même temps la
Suède et pour l'engager par une utilité présente dans ses intérêts,
veut bien qu'ensuite des obligations ci-dessus qu'elle auroit
contractées de se joindre avec Sa Majesté lorsqu'elle en seroit
requise, le sieur de Pomponne lui accorde par an jusqu'au jour
no AHNAULD DE POMPONiNE, 1671.
que Sa Majesté lui demanderoit de faire passer ses troupes en
Allemagne, et avec le même ménagement que ci-dessus, la
somme de 200,000 écus, qui lui seroient payés par avance de
six mois en six mois, du jour de l'échange des ratifications du
traité, et lui seroient continuées durant cinq années soit que la
guerre durât, soit qu'elle fût finie par la paix.
Bien que l'avantage presque le plus considérable que Sa
Majesté se propose de tirer de la Suède soit de tenir par elle
le reste de l'Allemagne sans action, Sa Majesté juge toutefois
important de la faire entrer par un article exprès du même traité
dans l'obligation de rompre avec la Hollande lorsque Sa Majesté
le jugera nécessaire *, qu'il soit arrêté que cette armée aura
ordre de se joindre à celle de Sa Majesté toutes les fois que Sa
Majesté jugera en avoir besoin et qu'Elle sera obligée d'agir
contre les princes de l'Empire et l'Empereur même en cas qu'ils
portassent leurs armes au secours des États contre la France.
Mais parce que Ton ne peut guère douter qu'en cas que la*
Suède se puisse résoudre à entrer en guerre contre les États, elle
ne demandât à avoir part aux conquêtes qui la pourroient suivre.
Sa Majesté ordonne au sieur de Pomponne d'apporter deux pré-
cautions dans cette affaire :
L'une de faire dresser de telle sorte l'article par lequel la
Suède s'obligeroit à joindre ses troupes à celles de Sa Majesté
qu'il y soit précisément spécifié que son action contre les États
dépendra entièrement de la volonté de Sa Majesté et qu'elle ne
pourra faire agir ses armes contre eux que lorsqu'elle en
sera requise par Sa Majesté et que Sa Majesté le jugera néces-
saire ;
L'autre qu'en cas que la Suède, entrant dans la guerre contre
lesdits États, prétende avoir part dans les conquêtes^ il tâche par
toutes sortes de moyens d'en éluder la proposition même, en
représentant le peu d'apparence que la Suède trouvât avantage
à avoir quelques places dans des provinces si éloignées du
reste de ses États. Que si toutefois il se trouvoit si vivement
pressé qu'il ne pût se défendre d'admettre quelque tempéra-
1. La répt'tilum des mots : « Sa Majostc juge imporUinl... >» Qf*i ici sous-fntendu<^.
PKOPOSiTIONS A LA SL'KDE. iH
ment, alors Sa Majesté trouve bon qu'il promette que la chose se
réglera par une convention particulière qui se fcroit sur ce sujet
dans le temps que Sa Majesté pourroit requérir cette couronne
de joindre ses forces aux siennes contre les États, parce qu'il
paroitra suffire de régler les suites de l'action dans le même
temps que Taction même sera demandée.
Mais parce qu'il pourroit arriver que la Suède, s'étant une
fois résolue à entrer dans la condition de rompre avec les Etats
lorsqu'elle en seroit requise par Sa Majesté^ ou tentée même par
Tespérance d^avoir part aux dépouilles de la Hollande, ne vou-
droit pas demeurer inutile dans le duché de Brème et deman-
deroit à faire agir ses armes contre les États en même temps que
le Roi leurcommenceroit la guerre, en ce cas, auquel toutefois
on croit voir moins d'apparence par le peu de pente qu'il a paru
jusqu'ici en Suède pour entrer en aucune affaire importante
durant la minorité, Sa Majesté veut que le sieur de Pomponne
emploie tous ses soins pour la détourner de cette pensée, et
qu'il la renferme à agir, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, lorsque
le Roi le jugera à propos et qu*il l'en requerra; mais en cas
qu'elle insiste si fortement sur ce point qu'il ne puisse le lui
faire abandonner, il conclura* s'il le peut, sur tous les autres
qui sont portés par son Instruction, et se chargera d'écrire sur
celui-ci, parce que Sa Majesté, n'ayant point prévu qu'il lui pût
être demandé, n'avoit point réglé dans son Instruction ce
qu'Elle en voudroit résoudre.
Bien que Sa Majesté ait ordonné ci-dessus au sieur de Pom-
ponne de demander à la Suède de rompre avec les États, en joi-
gnant son armée avec celle de Sa Majesté lorsque Sa Majesté l'en
requerroit, et bien que, pour ne rien omettre, Sa Majesté ait été
même au-devant de la difficulté qui arrîveroit si la Suède s'atta-
choit à être admise dans l'action pour entrer en partage des con«
quêtes, si toutefois, par un autre motif de cette couronne ou de
se brouiller moins avec la Hollande ou de ne pas si fort éloigner
son armée du reste de ses États, il arrivoit que l'on voulût bien
convenir en Suède de tenir, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, une
armée de 16,000 hommes dans le duché de Brème, avec obliga-
tion de rompre avec les princes de l'Empire et l'Empereur même
â
H2 . ARNAULD DE POMPONNE, 167i.
s'ils vouloient donner assistance aux Étais contre le Roi, mais
que Ton tint ferme en même temps à ne vouloir point sortir d'Al-
lemagne et ne point ^gir contre lesdits États, alors Sa Majesté
veut que le sieur de Pomponne conclue sous cette seule condi-
tion, et que, sans obliger la Suède à joindre ses armes à celles
de Sa Majesté, il se contente qu'elle demeure armée pour s'op-
poser, ainsi qu'il vient d'être dit, aux mouvemens qui pourroient
arriver dans l'Empire contre les desseins de Sa Majesté.
Sa Majesté veut aussi que le sieur de Pomponne puisse con-
venir qu'en cas que l'armée de la Suède doive agir ou séparé-
ment ou conjointement avec la sienne, elle demeure sous le
commandement du général suédois, qu'elle auroit sa part des
quartiers dans le pays ennemi, mais qu'elle ne pourroit prendre
ni vivres ni passage chez les princes alliés de Sa Majesté que de
leur consentement.
Après ces points principaux, qui feront la plus importante e(
apparemment la plus difficile parft^ du traité, Sa Majesté juge
que le reste pourra tourner sur les affaires du dedans de l'Empire
et la conservation des traités de Westphalie.
Comme la plupart sont des affaires générale^ déjà réglées
par le traité de Fontainebleau en 1662 ou par le projet du traité
que le sieur de Pomponne avoit négocié à Stockholm en 1666,
Sa Majesté lui ordonne de suivre encore aujourd'hui sur cette
matière les mêmes ordres qu'ËUe lui avoit donnés alors.
Mais parce qu'il pourroit arriver que la Suède prendroit cette
nouvelle occasion de faire revivre ses anciennes prétentions sur
la ville de firême et qu'elle voudroit peut-être faire entrer dans
ses conditions une obligation du Roi de l'y assister, Sa Majesté,
qui connott le mauvais effet que causeroit une semblable entre-
prise en Allemagne, et combien elle seroit capable de soulever
les princes de l'Empire, même ceux qui sont les plus liés à Sa
Majesté, veut que le sieur de Pomponne en élude la proposition
on cas qu'elle lui soit faite, qu'il fasse voir combien le Roi sou-
haiteroit en effet cet accroissement de puissance à la Suède, mais
combien il seroit périlleux de le tenter par la force après le traité
que cette couronne a fait à la vue de tout l'Empire en 1666, par
lequel cette affaire doit être finie avant la fin du siècle par une
OFFRES A LA SUÈDE. 113
composition amiable. Il pourra seulement promettre au nom de
Sa Majesté que, dans la part qu'EUe doit avoir à cette décision
c^nune une des principales parties compaciscentes aux traités
de Westphalie, Elle prononcera que Te^rit desdits, traités a été
conforme à Texplication que donne la Suède à Tarticle qui &iit
sa contestation sur ladite ville de Brème.
En cas que la Suède voulût insérer dans le traité Tintérèt du
roi de Suède touchant la succession de Juliers, le sieur de Pom-
ponne se renfermera sur cet article dans les mêmes bornes qui
lui furent présentées par Sa Majesté en 1666, de ne pas porter
l'engagement de Sa Majesté au-delà du traité de Munster, qui
veut que cette aifaire ne puisse être poursuivie que par les voies
d'accommodement ou de la justice reçue dans TEmpiré.
Sa Majesté donne aussi pouvoir au sieur de Pomponne de
Tobliger à défendre la Suède contre tous les princes dont elle
pourroit être attaquée dans TËmpire à cause du présent engage-
ment. Il observera de marquer nommément « dans TËmpire >n
afin d'éviter les prétentions qu'elle feroit valoir de subside et
d'assistance si elle étoit attaquée en Livoni« par la Pologne et par
le Moscovite.
Sa Majesté veut bien de même, en cas que la Suède doive en
trcr en guerre avec la Hollande, TËmpereur et quelques princes
de TËmpire, que le sieur de Pomponne promette que Sa Majesté
ne fera point la paix que d'un commun concert avec elle et sans
que la Suède, en cas de mauvais succès, fût remise dans les
droits et les pays qui lui auroient appartenu avant la rupture.
Sa Majesté, se souvenant que, lors du projet de traité qui fut
agité à Stockholm en 1666, la Suède demanda expressément que
le Danemark ne pût être joint à la guerre que Sa Majesté pour-
roit alors être nécessitée de faire en Allemagne, juge que cette
même demande pourroit bien encore être renouvelée. C'est pour-
quoi Elle ordonne au sieur de Pomponne de suivre sur ce point
la même conduite qu'EUe lui prescrivit alors, de faire connoltre
qu'ËUe ne peut avec bienséance donner une telle parole dans un
traité public sans désobliger le roi de Danemark , avec lequel
Elle est alliée, et de n'oublier rien pour faire abandonner cette
prévention; mais, en cas qu'il perde Tespéranco d'en faire dé^
RECUEIL DES INSTRUCT. DIPLOMAT. II. — 8
iU ARNAULD DE POMPONNE, 1671.
8»ter les Suédois, Sa Majesté veut bien qu'il se serve encore du
même expédient qu'Elle lui avoit donné pouvoir d'offrir en son
nom, qui seroit de fournir une lettre particulière de Sa Majesté
au roi de Suède par laquelle Elle i'assureroit de ne point joindre
le Danemark à la guerre qu'EUe se propose de faire à la Hollande.
Le sieur de Pomponne emploiera tous ses soins pour adoucir
Taversion que la Suède auroit à se trouver unie dans une mèmi*
action avec le Danemark, sans toutefois faire la proposition deTy
joindre ; mais, en cas qu'il jugeât qu'il ne seroit pas impossible
que la Suède le pût admettre dans des liaisons contre les HoUan-
dois, il en donnera part alors à Sa Majesté, afin qu'EUe juge selon
sa prudence ordinaire s'il seroit de son intérêt, lorsque la Suède
seroit engagée, de disposer la cour de Copenhague à grossir le
nombre de ses alliés qui se déclareroient contre la Hollande, et
dont la jonction seroit d'autant plus importante qu'elle fermeroit
entièrement aux États le commerce du Nord et de la Baltique.
Quelque avantageuses que soient les offres que Sa Majesté
fait faire à la Suède, et quelque espérance que Ton puisse conce-
voir d'un favorable succès, après le sentiment que le grand-chan-
celier en a fait paroître, quelque apparence qu'il y ait même que
la Suède entrera plus volontiers dans un parti où elle saura l'An-
gleterre engagée, et craindra de se brouiller en même temps avec
cette couronne et avec la France, Sa Majesté connoit trop néan-
moins quelles sont les divisions du sénat, combien l'application
du grand-chancelier n'est pas toujours égale à son affection pour
les surmonter, et à quel point la maxime s'est établie en Suède
de n'entrer en aucune grande affaire durant la minorité du roi,
pour ne pas prévoir les obstacles qui pourroient empêcher le
succès de cette négociation; et, comme Elle juge qu'il ne seroit
pas de sa dignité que la Suède abus&t trop longtemps des offres
qu'Ëile lui auroit faites, Elle donne pouvoir au sieur de Pom-
ponne de pouvoir partir de la Suède lorsqu'ayant employé tous
ses soins et son adresse pour faire réussir l'affaire qui lui est com.
mise, il perdroit l'espérance de la faire succéder selon les inten-
tions de Sa Majesté, comme aussi Sa Majesté trouve bon qu'en
cas qu'il pût avoir signé le truite aux conditions portées ci-des*
sus, il se serve du congé que Sa Majesté lui fait l'honneur de lui
GHATIFlGATIOiNS. ilo
accorder dès à présent de quitter la Suède et de repasser en
France.
Le roi ayant fait offrir ci-devant une gratification considérable
au sénateur Biemclou \ pour le rendre plus facile à rentrer dans
des sentimens favorables pour la France, dont il s*est si fort
éloigné depuis longtemps, et l'obliger à rétablir par ce bienfait
ce qu'il a eu la principale part à détruire dans Tancienne intelli-
gence de la France et de la Suède, veut que le sieur de Pom-
ponne lui confirme les mêmes offres et les mêmes assurances.
Mais comme Sa Majesté veut reconnoître en même temps la
constance et la sincère affection que le grand-chancelier de Suède
a fait paroitre dans tous les temps pour maintenir l