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Full text of "Recueil des publications"

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Recueil des publications 



Société havraise d'études diverses 






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—^ 






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RECUEIL 

DES 

PUBLICATIONS 

DK LA 

SOCIÉTÉ HAVRAISE D'ÉTUDES DIVERSES 

DE LA e4n>' ANNÉE 

1897 



PREMIER TRIMESTRE 



LE HAVRE 

iMPRIMEHlE H. MIGAUX 

1897 



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OCT 24 1914 



^ responsabililé des opinioyis et assertions 
émises dans les Ouvrages publiés n'est pas ac- 
ceptée par la Société et reste à leurs auteurs. 




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Tableau des Membres 



BUREAU 

POUR U SOSANT^UÀTRIÉME AllRâ.(1897) 

MM. A. LBVARSY U, Président. 
N. RIDENT U, Vice-Président. 
LBROI, Secrétaire-Oènéral. 
Jean MACK ||, Secrétaire des Séances. 
Alfred BRUNBT, Trésorier. 
A. MARTIN, Archiviste. 
A. BARREY, Bibliothécaire. 



Membres d'Honneur 



Annéede »» 
radmiifkm Min. 



1894 FÉLIX Faube, Président de la République Française. 

1885 Jules Siegfried * A U, Député, Président d'Honneur. 

1884 Meyer *, Conseiller à la Cour d'Appel de Paris, Prés» d'Honneur. 

1892 Fougères,- » de Dijon, » 
1854 J. Ancel ^ *, ancien Maire du Havre. 

1873 V. Toussaint, Avocat, ancien Adjoint au Maire. 

1884 L'Abbé Mazb, Harfleur. 

1884 Lbnniër >{• ^, Conservateur du Muséum, Havre. 

1893 Léopold Delislë, C ^y Membre de l'Académie Française, Paris. 
1893 François Coppée * C. » ► 
1893 ZÉvoRT *, Recteur de l'Académie de Caen. 

1893 JuLBd Lbmaitre ^, Membre de l'Académie. 



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à 



— 6 - 



Membres résidants 



Année de . . ., 
l'admission aial. 



1871 Jules Siegfried * A U, ancien Maire du Havre, Député. 

1874 A. Normand O *, Constructeur de navires, 67, rue Augustin- 
Normand. 

1875 TOUTAIN, Architecte, 72, rue d'Etretat. 
1877 UouETTE, Professeur de Belles-Lettres, 40, rue Thiers. 
1877 Alphonse Martin, Principal Clerc d'Avoué, 6, place de TEglise, 

Sanvic. 

1877 Bailhache, Arbitre de Commerce, 41, rue Dicquemare. 

1877 Haumont a u> Avocat, 55, boulevard de Strasbourg. 

1879 Glaneur, Conducteur principal des Ponts et Chaussées, 29, rue 

de Normandie. 

1884 Thillard, Greffier en chef du Tribunal civil, 124, rue Thiers. 

1884 Levarey y, Avocat, 87, boulevard de Strasbourg. 

1884 Rident U, Avoué, 111, boulevard de Strasbourg. 

, 1884 Alfred Brunet, Négociant, 23, rue delà Bourse. 

t 1884 Lechevallier, Horticulteur, route d'Etretat, Sanvic. 

1884 Brindeau *, Avocat, anciin Maire du Havre, Député, 53. 

boulevard de Strasbourg. 

1884 JOLY, Rentier, 1, boulevard François-I»'. 

1884 Jennequin, Avocat, 9, rue J.-B.-Eyrics. 

\ 1884 Verpillot, Négociant, 46, rue du Champ-de- Foire. 

1885 Jean Mack y, Archiviste de la Ville, 9, rue du Docteur Maire. 

1887 Auger. Notaire. 25, rue Jules-Lcccsne. 
' 1887 Lormelet, 9, rue Diderot. 

1888 CORBLET, Armateur, 56, rue de la Côtc-Morisse. 

1888 Henri Fauvël, Docteur-Médecin, 22, boulevard François-I•^ 

1888 Denis Guillot, Avocat, 148, boulevard de Strasbourg. 

^/ 1888 Couvert*, Négociant, 75, boulevard de Strasbourg. 

i; 1888 SOREL fils. Courtier d'Assurances, rue Félix-Santallier, 29. 

^ 1888 J.-M. Roger, Docteur-Médecin, 161, bouUvard de Strasbourg, 

r 1888 Dubois, Conducteur des Ponts et Chaussées. 

\h 1888 GÉNESTAL *, Négociant, 23, rue de la Ferme. 

J 1888 Jacquot, Avoué. 12i, boulevard de Strasbourg. 

2' 1888 AchÈr, Négociant, 24, rue Léon-Buquet. 

l 1889 L. Braquerais 4|, Sous-Bibliothécaire de la Ville. 

,1891 Delacroix, Rentier, i3i, boulevard de Strasbourg. 

1891 Taïllkux, Avoué, 28, rue de la Bourse. 

1891 Ruffin #, 18, place de l'Hôtel-de- Ville. 

f 1891 Neveu, Pharmacien-Chimiste, 183, rue de Normandie, 

1891 A. Barrey, 20, rue Jça»nç-d'Arc. 



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- 7 — 

Anoécdo M'i# 
l'admission MAI. 

1891 Ghamard I U, Professeur agrégé au Lycée du Harre, 18, rue 

Louis-Philippe. 

1892 Renault, Aroué, 13, place de l'Hôtel-de-Ville. 

1892 Dbsmontils, Docteur, 96, rue de Normandie (Graville-Sainte- 

Honorine). 

1892 Senn, Négociant, Palais de la Bourse. 

1892 AcHER. Juge au Tribunal civil, 23, place de THôtel-de-Ville. 

1892 CoGNARD, pharmacien, 45. rue de Sfe- Adresse. 

1892 GrjiGNERY U, 111, rue Hélène. 

1893 Blanadet, Publiciste, 9, rue Edouard-Corbière. 
1893 David I U, Architecte, 3, rue de Fécamp. 

1893 Cheuret, Notaire. 24, place de l'Hôtel-de-Ville. 

1893 Ramelot y. Courtier, 13, rue Madame-Lafayette. 

1893 Capelle. Avocat, 29, place de l'Hôtel-de-Ville. 

1893 Lhullier U, Conservateur du Musée de Peinture, 68, rue Vol- 

taire. 

1894 Abbé Dubois, Curé de Sanvic. 

1894 Leroi, Professeur agrégé au Lycée, 40, rue Thiers. 
1894 SpRBL, Docteur, 71. boulevard François-I»'. 
189i MiLLARD, Pasteur, rue Vacquerie, 29 (S te- Adresse). 
1894 Thériot i>, Directeur de l'Ecole primaire supérieure, rue Dic- 
quemare, 1. 

1894 Lemoine I y, Inspecteur primaire, rue Guillaurae-le-Conquérant 

(impasse Gonneville) 

189* Letellikr, Avoué, 26, rue Thiers. 

1895 DuBARRY, Docteur, 41, rue Joinville. 
1895 Bernardbeig, Docteur, 41, rue Joinville. 
1895 Louis Lamy, 10, rue Dumé-d'Apleraont. 
1895 Charles Lamy, 10, rue Dumé-d'Aplemont. 
1895 HOUDRY, Ingénieur, 46, rue Hélène. 

1895 Robert Martin, Avocat, 40, rue du Chilou. 

1895 Rambert. principal Clerc de Notaire. 13, rue Escarpée. 

1895 Rey d'Alissac, Ingénieur-Electricien, 55. rue Augn-Normand. 

1895 Le Menuet de la Juganiére, Avocat, 17, place de THôtel-de- 

Ville. 

1895 DUPUIS, Pharmacien à Sanvic. 

1895 Bléry, Conservateur de la Bibliothèque municipale. 

1895 Dero, Avocat, 107, boulevard de Strasbourg. 

1896 Leminihy de la Villehervé, Avocat, 17, rue de Mexico. 

1896 Raoul Polet, Rentier, 8, rue St-MicheL 

1897 Follin. Négociant, 123, boulevard de Strasbourg. 
1897 Godet, Négociant, 98, boulevard de Strasbourg. 
1897 Gallet, Courtier, 138, rue Victor-Hugo. 



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- 6 - 

Anoéedt ^-gg 
l'adminioii luJIl. 

i897 OouDELOUP, Ingénieur, 29, rae Pb.-Lebon. 

i897 Rouget Marseille, Fondé de Pouvoirs, 28, pagsage des Orphe- 
lines. 

i894 Albert Hbrrbnschmidt, Rédacteur an Journal Le Havre (en 
congé). 

Membres Honoraires 



1874 Lefrang, Rentier, 23, rue Bard. 

1884 Th. Vallée, Rédacteur au Journal Le Havre. 



Membres Correspondants 



1860 P. Chahreau, Littérateur, à Paris. , 

1860 Ch. Diguet (Membre résidant dès 1859), Membre de la Société 

des Gens de Lettres, à Paris. 

1861 Lbpicard, Pharmacien à Yvetot. 

1862 Reinvillier, Docteur-Médecin, à Paris. 

1862 L*Abbé Paolo Barola, Président de l'Académie des Arcades de 
Rome. 

1862 Laurent (Membre résidant dès 1860), Capitaine au long-cours, 

à St-Nazaire. 

1863 Grégoire, Professeur de rhétorique au Lycée Bonaparte, à Paris. 
1863 Le Roy d'Étiolés, Docteur-Médecin, à Paris. 

1863 MORIN, Comte Nahuys, Homme de Lettres, à Utrecht. 

1864 Lesouef (Membre résidant dès 1863), Conseiller Général et 

Sénateur, à Rouen. 

1864 Le Docteur Duménil, Inspecteur du Service des Aliénés, i 

Paris. 

1865 ViLLEROY Ûls (Membre résidant dès 1861), Receveur des Postes, 

à St-Dizier (Haute-Marne). 
1865 LÉON DE ROSNY tils. Professeur de Japonais à TEcole des 

Langues orientales, à Paris. 
1865 L'Abbé Lbbret, Curé de St-Léger-du-Bourg-Denis. 
1865 Charles de la Barthe, Bibliothécaire-Adjoint de la Société 

Asiatique, à Paris. 

1865 Le Docteur E. Berchon, Directeur du Service Sanitaire de la 

Gironde, à Pauillac. 

1866 A. Laorelle, Docteur ês-Lettres, à Paris, 



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Anoéede j^j^ 
Vicaùashn JUM. 

1866 Le Marquis de Folin. CommandaDt du port de Pauillac, à 

Bordeaux. 

1866 Le Comte de Charencby, à St-Maurice-lès-Charencey. 

1866 PÉRiER, Pharmacien à Pauiliac (Gironde). 

1866 J. DB Breuvbry, Maire de St-Germain-en-Laye. 

1867 Deshays, Naturaliste, à Paris. 

1867 DucHESNB, Docteur-Médecin, à Paris. 

1867 L.-J. Alary, Rédacteur en chef du Messager de l'Allier^ à Moulins* 

1867 MoNTiBR-HuBT, Propriétaire au Mesnil-sous-Lillebonne, à 

Bolbec. 

1868 BONVARLET, à Dunkcrque. 

1868 Dbslongchahps, Professeur à la Faculté des Sciences de Caen. 

1868 Camille Flammarion, Homme de Lettres, à Paris. 

1868 Le Docteur Offert» Professeur à la Bibliothèque Nationale, à 

Paris. 
1868 FoUBERT, Docteur en Médecine, à Paris. 

1868 F.-B. Durant (Membre résidant dès 1867), Directeur des Douanes 

à Bayonne. 

1869 Achille Millien, à Beaumont-la-Ferrière (Nièvre). 
1869 Rolland-Gosselin, Agent de Change, à Paris. 
1869 Jacques, à Genet-sous-Avranches. 

1869 Fernand Lagarrigub, Consul de la République du Chili et de 

la République Argentine, à Nice. 

1870 Chbrvin aîné, Directeur- Fondateur de flnstitution des Bègues, 

à Paris. 
1870 Brbtonnbau de Moydier, Homme de Lettres, à Paris. 
1870 L'Abbé Pigeon, Aumônier du Lycée de Coutauces. 
1870 Le Docteur Tondu, Médecin des Epidémies, à Niort. 

1870 Bbllot, Docteur en Médecine, à la Havane. 

1871 Léon Gauthier, Homme de Lettres, à Paris. 

1871 KUNZLY, Docteur en Médecine à Paris. 

1872 Le Plé, Docteur en Médecine, à Rouen. 

1872 N. Allianelli, Conseiller à la Cour de Cassation deNaples. 

1872 Le Meiteil, Propriétaire, à Bolbec. 

1872 Messire Stafford Carey, Baillif, à Guemesey. 

1872 Le Docteur Pinel de Gonneville, à St-Branches, près Cor- 
mery (Indre-et-Loire). 

1872 ASSENSio (Membre résidant dès 1871), Consul d'Italie, au Pa- 
raguay. 

1872 Robert Le Minihv de la Villehervé. à Morct, près Fontai- 

nebleau. 

1873 Frédéric Passy, Homme de Lettres, à Passy, 

1873 Renault (Membre résidant dès 1872), Professeur, à Pari;>. 



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— !0 - 



Anoéede ..» 
fadaiissbo iflill. 



1873 HÉLOT, Docleor en Médecine, à Bolbec. 
4873 MENANT (Membre résidant dès 1868), Conseiller, à Rouen. 
1873 ESPINAS (Membre résidant dès 1871), Professeor de Philosophie 
au Lycée de Dijon. 

1873 This, Consul de Suède, de Norvège et de Danemark, à Honfleur. 

1874 PouY, Membre de la Société des Antiquaires de Picardie, à 

Amiens. 

1874 Ernest Dumont, Homme de Lettres, à Paris. 

1875 Gabriel Momond. Homme de Lettres, à Paris. 

1875 BiocHET, Notaire honoraire, à Caudebec. 

1876 Obet (Membre résidant dès 1875), Docteur- Médecin, à Rouen. 

1877 Fougères, Pharmacien, aux Cayes (Haïti). 

1877 Brunswicg (Membre résidant dès 1875), Rédacteur au Phare 

de la Loire, à Nantes. 
1877 Henri Sulzer (Membre résidant dès 1875), à Pernambuco. 
1877 De Fon vielle. Homme de Lettres, à Paris. 
1877 Groslous, ancien Elève de l'Ecole Polytechnique, à Choisy-le- 

Roi. 
1877 Le Docteur Hamy, Proresseur au Muséum d'Histoire Naturelle, 

à Paris. 
1877 Lemarié, Membre de la Société l.innéenne des Charentes, à St- 

Jean-d'Angely. 
1877 Catalan. Professeur à TUniversilé de Liège. 

1877 L'Abbé Lozay, Curé d'Hcugleville- sur-Scie. 

1878 E. DuvAL, Astronome, à St-Jouin. 

1879 Le Général Parmentibr, à Paris. 

1879 MORLET, Agrégé de l'Université, Censeur des Etudes au Lycée 

de Bourges. 
1879 Paul Beaurboard. Docteur en Droit, Professeur à la Faculté 

de Droit à Paris. 
1879 I^ Comte Charles Véronge de la Nux, Licencié en Droit, 

Inspecteur Général de la C'*' le Patrimoine, à Paris. 
1879 Henri Beauregard. Docteur ès-Sciences, Docteur en Médecine, 

Professeur à l'Ecole Supérieure de Pharmacie de Paris. 
1879 Emmanuel Joyau, Professeur à la Faculté des Lettres d'Aix. 
1879 A. BoGDANOW, Professeur à l'Université de Moscou. 

1882 De Szole Rogozinski, Chef de la Mission d'exploration du Congo. 

1883 Delepine. Médecine Pavilly. 

1883 Harri Stbin, ancien Elève de l'Ecole des Chartes, 55, rue du 

Cherche- Midi, à Paris. 
1883 G. Marty, Arbitre à Toulouse. 

1883 De Lajonkaire, Procureur de la République, à Neufchâtel. 
1889 LÉON Berthaut, Professeur à Rennes. 



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— i! 



Année de 
l'tdmissioo 



1889 Jules Lemaitre, Littérateur à Corbeil. 

1890 Charles Durand, Membre de la Société des Gens de Lettres, 

à Fécamp. 
1890 LoBWBNBRUCK, Ingénieur, à Rouen. 
1890 De St-MARC, Secrétaire de la Société de Statistique, des Sciences, 

Lettres et Arts des Deux-Sèvres, rue Fonlanès, à Niort. 

1890 Arnal, Juge au Tribunal civil de Rouen. 

1891 KuHN A y, Ingénieur, Homme de Lettres, Les Roches-Chama- 

lières (Puy-de-Dôrae). 
1891 Charles Rabot A U, Explorateur, 11, rue de Condé, Paris. 
1891 L'AbbéGuiCHARD, Curé de Pupillin (Jura). 

1891 Albert NoDON (j^, Ingén^*, attaché au Laboratoire de la Sorbonne. 

1892 De St-Genis G * I y. Conservateur des Hypothèques à Paris, 

ancien Vice-Prcsideiit de la Société. 
1892 Georges Graterolle, 31, rue Borie, Bordeaux. 

1892 Maurice Graterolle, A y, » » 

1893 L'Abbé Lefebvhe, Prêtre habitué, à Montivilliers. 
1893 A. Mulot, * A U, 183, avenue Victor-Hugo, à Paris. 
1893 Robert David d*ANGERS, à Angers. 

1893 Charles Le Goffic, Homme de Lettres, à Paris. 

1894 DuMENiL, à Yébleron (Seine-Inférieure). 

1894 Barbeu-Dubourg, Docteur, 8, rue Traversière (Tours) . 

1895 V.AUDiN, Pharmacien-Chimiste, à Fécamp. 

1895 Naef {Membre résidant dès 1889), Archéologue, à Corseaux- 
sur-Vevey, canton de Vaud iSuisse). 

1895 Veillon de Boismartin, à Paris. 

1896 De Bbaucamp, Instituteur. 

1896 DiARD, Professeur agrégé (Paris). 

1897 Veuclin, à Bernay. 



La Société tient ses séances à VHôtel-de-Ville, le second vendredi 
de chaque mois, à huit heures et demie du soir. 



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— 12 — 



LISTE DES SOCIÉTÉS CORRESFONDAIÎTES 



Société des Lettres et Arts des Âlpes-Maritimes à Nice. 

— Académique des Sciences, Arts, Belles-Lettres, Agriculture et Industrie de 

St-Quentin. 

— Archéologique, Historique et Scientiûque de Soissons. 

— Historique et Archéologique de Château-Thierry. 

^ Académique d'Agriculture, Sciences, Arts et Belles-Lettres du Département 
de l'Aube, à Troyes. 

— des Lettres, Sciences et Arts d'Aveyron (Rodez). 

— d'Emulation, Sciences, Arts et Belles-Lettres (Moulins). 

— des Sciences, Agriculture et Arts, à Strasbourg (Allemagne). 
•* Académique de Médecine de Strasbourg (Allemagne). 

Académie des Sciences, Agriculture, Arts et Belles-Lettres d*Aix. 

— — Lettres et Arts de Marseille. 

Société Scientifique Industrielle de Marseille. 

— de Statistique de Marseille. 

— des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Pau. 

— des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Bayeux. 
Académie Nationale des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Caen. 
(Société des Antiquaires de Normandie (Caen). 

— Centrale d*HorticuIture de Caen et du Calvados (Caen). 

— Linnéenne de Normandie (Caen). 

— de Médecine de Normandie (Caen). 

— d'Agriculture et Commerce de Caen 
d'Emulation (Lisieux). 

Académie Nationale des Sciences, Arts et Belles-Lettres (Dijon). 
Société Linnéenne de la Charente-Inférieure, à StrJean-d'Angely 
Académie des Belles-Lettres, Sciences et Arts de la Rochelle. 
Société Archéologique et Historique des Côtes-du-Nord (St-Brieuc). 
Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Besançon. 
Société d'Emulation de Montbéliard. 

— d'Emulation du Doubs. 

— Centrale d'Agriculture des Deux-Sèvres (Niort). 

— libre d'Agriculture, Sciences, Arts et Belles-Lettres de l'Eure (Evreux). 

— Académique de Brest. 

Académie Nationale du Département du Gard (Nîmes). 

— des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux . 
Société d'Archéologie de Bordeaux. 

— de Pharmacie de Bordeaux. 

— Historique et Archéologique de Chaumout. 

— Industrielle de Mulhouse (Allemagne). 

— d'Agriculture, Sciences et Arts de la Haute-Saône (Vesoul). 

— d'Histoire et d'Archéologie de Chalon-sur-Saône. 

Académie Nationale des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres de Toulouse. 



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— 13 — 

Société Archéologique du Midi de la France (Toulouse). 

~- d*Hi8toire Naturelle de Toulouse. 
Académie Nationale des Jeux Floraux (Toulouse). 
Société Archéologique, Scientifique et Littérai|*e, de Béziers. 
Académie de Médecine de Montpellier. 
Société Archéologique de Montpellier. 
Académie des Sciences et Lettres de Montpellier. 
Société d'Agriculture, Sciences, Arts et Commerce, du Puy. 

— Archéologique et Historique du Limousin (Limoges). 

— de Statistique de l'Isëre (Grenoble). 
Académie Delphinsia de Grenoble. 

Société Archéologique de Tllle-et- Vilaine (Rennes). 

— d'Agriculture, Sciences, Arts et Belles-Lettres d'Indre-et-Loire (Tours). 
~ d'Emulation du Jura, à Lons-le-Saunier. 

— d'Agriculture, Industrie, Sciences, Arts et Belles-Lettres de la Loire, à 

Montbrison. 

— Académique de Nantes et de la Loire-Inférieure (Nantes). 

— d'Archéologie de Nantes. 

— d'Agriculture, Sciences et Arts, d'Agen. 

— de Borda, à Dax. 

— d'Agriculture, Sciences, Belles-Lettres et Arts, d'Orléans. 
~ Archéologique de l'Orléanais (Orléans). 

— des Sciences et des Lettres, de Blois. 

— Archéologique, Littéraire, Sciences et Arts (Avranches) 

— Académique de Cherbourg. 

— Nationale des Sciences Naturelles de Cherbourg. 

— d'Agriculture, d'Archéologie et d'Histoire Naturelle de la Manche (St-Lô). 

— d'Agriculture, Commerce, Sciences et Arts, de la Marne (Châlons). 
Académie Nationale de la Marne (Reims). 

Société IndustrieHe de Reims. 

Académie de Stanislas (Nancy). 

Société de Médecine de Lorraine (Nancy). 

— d'Archéologie de Lorraine (Nancy). 

Académie des Sciences, Belles-Lettres, de Metz (Allemagne). 
Société d'Histoire Naturelle de Metz (Allemagne). 
<— Phi loma tique de Verdun. 

— Polymatique de Vannes. 

— Industrielle d'Angers et du Département de Maine-et-Loire (Angers). 

— d'Agriculture, Sciences et Arts, d'Angers. 

•— d'Histoire et des Beaux-Arts de la Flandre Maritime de France (Bergues). 

— Nationale d'Agriculture, Sciences et Arts du Nord (Douai). 

— Dunkerquoise pour l'encouragement des Lettres, Sciences et Arts (Dun- 

kerque). 
» Nationale d'Agriculture, Sciences et Arts, de l'arrondissement de Valen- 
ciennes. 

— d'Emulation de Cambrai. 

— Nivemaise des Sciences, Lettres et Arts, à Nevers. 

— Académique d'Archéologie, Sciences et Arts de l'Oise (Beauvais). 



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- 14 — 

Académie Nationale des Sciences. et Arts, d*Arras. 

Société d'Agriculture de l'arrondissement de Boulogne-sur-Mer. 

— Académique de Boulogne-sur-Mer. 

— des Antiquaires de la MoriniCf à St-Omer 
Agricole, Scientifique et Littéraire (Perpignan). 

Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts (Clermont-Ferrand). 

— ■ Nationale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Lyon. 
Société Nationale d'Agriculture, Histoire, Sciences et Industries de Lyon. 

— Littéraire, Historique et Archéologique de Lyon. 

— Linnéenne de Lyon. 

— Nationale d'Emulation d'Abbeville. 

— des Antiquaires de Picardie (Amiens). 

Académie des Sciences, Belles-Lettres, Arts, Agriculture et Commerce de la 

Somme (Amiens). 
Société Linnéenne du Nord de la France (Amiens). 
Bibliothèque de l'Institut National de France (Paris). 

— Mazarine (Paris). 

— Municipale, Scientifique et Littéraire du XVI* arrondissement de la 

Ville de Paris. 
Société d'Anthropologie de Paris, 15, rue de l'Ecole-de-Médecine. 
Académie Nationale de Médecine de Paris. 
Institut Historique de France (Paris). 
Société Nationale et Centrale d'Agriculture de France (Paris). 

— Philotechnique (Paris). 

— d'Encouragement pour l'Industrie Nationale (Paris). 

Association pour l'Encouragement des études grecques en France, Ecole naltonale 

des Beaux- Arts (Paris). 
Académie Nationale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Rouen. 
Société libre d'Emulation du Commerce et de l'Industrie (Rouen). 

— Nationale et Centrale d'Horticulture de la Seine-Inférieure (Rouen). 
Union-Médicale de la Seine-Inférieure (Rouen). 

Société Industrielle de la Seine-Inférieure (Rouen). 

— de Géographie Commerciale du Havre. 

— des Amis des Sciences Naturelles de Rouen. 

Commission Départementale des Antiquités de la Seine-Inférieure (Rouen). 
Société Eduenne des Lettres, Sciences et Arts (Autun). 
Académie de Mâcon, Agriculture, Sciences et Belles-Lettres (Màcon). 
Société d'Agriculture, Sciences el Arts de la Sarthe (Le Mans). 

— des Sciences, Agriculture et Belles-Lettres de Tam-et-Garonne (Montauban). 

— Archéologique de Tam-et-Garonne (Montauban). 
-*- d'Emulation des Vosges (Epinal). 

— des Etudes Scientifiques de la Ville de Draguignan. 

— d'Agriculture, de Commerce et d'Industrie du Var (Draguignan). 

— des Sciences Naturelles, des Lettres el Beaux- Arts, de Cannes et de l'arron- 

dissement de Grasse. 

— des Sciences, Belles-Lettres et Arts du Var (Toulon). 

— — du Var, à Toulon. 

— des Antiquaires de l'Ouest (Poitiers). 



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— 15 — 

Société Académique d'Agriculture, Belles-Lettres, Sciences et Arts, de Poitiers. 

— Archéologique de Sens. ' 

— des Sciences Historiques et Naturelles de TYonne (Auxerre). 
Académie d'Archéologie de Belgique (Anvers). 

— Royale des Sciences, Belles-Lettres et Beaux-Arts de Belgique (Bruxelles). 

— — de Médecine de Belgique (Bruxelles). 

— — — de Madrid. 
Société de Géographie de Madrid. 
Université Royale de Norwège (Christiania). 
Académie Royale des Sciences de Lisbonne. 
Sraithsoniam Institution, à Washington. 
Société Historique de l'Etat de Kansas, à Topeha. 

— Impériale de Géographie de St-Pélersbourg. 
Institut Canadien français d'Okawa (Canada). 

Société de Statistique, des Sciences, Lettres et Arts du Déparlement des Deux- 
Sèvres (Niort). 
Académie Impériale Léopoldine Carolina des Naturalistes de Halle-sur-Saal (Prusse). 
Société des Sciences naturelles de l'Ouest de la France (Nantes). 
Cercle d^Etudes des Employés de bureau Havrais. 
Revue Historique (Paris). 
Annales du Musée Guimet (Paris). 
Revue Historique et Archéologique du Maine (Le Mans). 
Académie des Sciences, Belles Lettres et Arts de Savoie. 
Société Neufchàteloise de Géographie (Suisse). 
. — d'Horticulture de Meaux. 
Syndicat agricole de Meaux. 
Société Historique et Archéologique de Pontoise et du Vexin. 

— Industrielle d'Elbeuf. 

— des Amis de l'Université de Normandie (Caen). 
Journal Le Hat^'c. 

— Journal du Huître. 

— Courtier du Havre. 



Les Procès-Verbaux des Séances se trouvent reportés à la fin du 
Recueil. 



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I. L'ENFANCE D'AUDOENUS 

par M. l'abbé DUBOIS 

Curé de Sanvic et Membre résidant 



PRÉFACE 

Notre siècle a le goût, a la passion du pittoresque. Les pieux 
biographes de nos Saints, tout entiers a l'instruction morale 
quïls voulaient tirer de la vie de leurs héros, développent 
parfois longuement les faits miraculeux, et, plus longuement 
encore, les leçons qu'ils en font découler. Cette manière d'en- 
tendre l'hagiographie s'est continuée jusqu'à notre époque ; 
aujourd'hui elle risque de paraître surannée. A la vie de Jésus- 
Christ, écrite par Ludolphe le Chartreux au sortir de l'extase, 
ont succédé la vie de Jésus du P. Didon, encadrée de paysages 
ravissants où la pure lumière de l'Orient scintille à chaque page ; 
et celle de M . l'abbé Fouard aux touches plus réservées quoique 
autant vécues. Le même procédé doit s'appliquer aux études 
hagiographiques. Il nous serait tout particulièremeut agréable 
de remettre ainsi dans son cadre la vie de saint Ouen, le grand 
évèqu2 de Rouen au vii« siècle. Il n'a, dans notre liturgie, qu'un 
rang secondaire, effacé qu'il est par la brillante auréole que la 
piété des siècles a donnée à saint Romain ; mais dans l'histoire, 
son nom, sa vie, son action sont bien autrement considérables. 
Avec lui, notre histoire diocésaine sort véritablement de la 
légende et s'affirme au grand jour. Avec lui se multiplient les 
grandes fondations monastiques qui ont marqué d'une em- 
preinte si profonde la vie catholique normande ; avec lui se 
complète et s'achève, grâce à ses moines missionnaires dis- 
séminés sur toute l'étendue du territoire diocésain, la grande 
œuvre de l'évangélisation définitive de la Normandie. On 

I 



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— 18- 

aimeraît, n'est-îl pas vrai ? à ressusciter le milieu dans lequel 
s*est passée la vie de ce grand évoque, à le voir agir; on aime- 
rait à le voir voyager, converser, prêcher au milieu de ses 
contemporains. L'édification n'y perdrait rien et le plaisir en 
serait beaucoup plus vif. Noua formons le rêve de donner satis- 
faction à ce désir qui est devenu pour nous comme une sorte de 
passion. Grande, inextricable, paraît la difficulté. En effet, une 
vie d'érudit ne suffirait pas à rechercher curieusement chacun 
des détails de cette mosaïque, détails épars dans une infinité 
de documents divers. Avant d'entreprendre une ligne de 
l'ouvrage que nous projetons d'écrire, il faudrait, tous les 
documents compulsés, s'être fait comme une habitude d'esprit 
de vivre de la vie de saint Ouen et de ses contemporains. Et 
encore, si circonspect que fût le pinceau, il serait bien difficile 
de ne hasarder aucun trait qu'une critique méticuleuse ne pût 
contester. Assurément nous comprenons, nous admirons ce 
scrupule, cette conscience inquiète de l'historien. Mais alors, 
qui donc voudra assumer la responsabilité d'une telle œuvre? 
Et comment pourrait-elle naître au milieu des multiples sol- 
licitudes d'un ministère absorbant ? Il nous faut donc renon- 
cer à la perfection qu'une ardeur de néophyte avait pu seule 
rêver. Nous nous contenterons de tendre de tous nos efforts 
vers ce but. Nous tâcherons, suivant de loin les traces glo- 
rieuses d'Augustin Thierry, de ne rien articuler qui ne soit 
vrai, nous niettrons à contribution les savants travaux des 
érudits de notre siècle, en particulier du regretté Fustel de 
Coulanges, du savant cardinal Pitra, et peut-être nos humbles 
récits, ravivant une gloire trop oubliée, procureront-ils à la 
grande figure qui a ravi nos veilles solitaires de nouveaux et 
ardents hommages. On nous pardonnera les écarts impossibles 
à éviter d'une imagination peut-être trop échauffée par son 
sujet, et qui s'indigne que le trait qu'elle prétend deviner ne lui 
ait pas été fourni par un document qu'on puisse alléguer. 
Nous écrirons un essai plutôt qu'une histoire, mais, si en 
définitive, la mission de l'historien c'est de ressusciter le passé, 
peut-être nos hardis crayons donneront-ils de la vie de notre 
Saint une impression plus nette que de longs et savants 
ouvrages remplis de doctes discussions. Peut-être, enfin, ferons- 
nous des prosélytes, lesquels réussiront mieux que nous, et ce 
sera notre récompense la plus chère. 



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- 19 - 

LTieurc est venue, semble-t-îl, d'essayer cette reconstitution 
du septième siècle. De puissants travaux, nous l'avons dit, ont 
refait sur des bases désormais inébranlables l'histoire générale 
de cette époque. 

Notre diocèse aussi a fourni son contingent de hardis pion- 
niers qui ont dégagé les approches du monument à élever, et 
en ont même, par leurs veilles pieusement consacrées à un si 
noble sujet, nettement circonscrit les limites. D'abord, se pré- 
sente le regretté chanoine Sauvage, si malheureusement et si 
inopinément ravi à l'érudition diocésaine et à l'affection de ses 
nombreux amis. Lui s'était tout particulièrement occupé de 
saint Ouen. Il a publié, dans les Analecta Bollandiana, une 
vie d'abord négligée par les Bollandistes qui ont édité les 
saints du 24 août, et il l'a illustrée de notes savantes, résumé 
de ses longs travaux et que le plus souvent nous accepterons 
comme définitives. Nous n'oublierons jamais comment il 
accueillit nos premières ouvertures, ce premier aveu, heureux 
et timide à la fois, où nous nous hasardâmes à lui faire part de 
nos vues, de nos modestes travaux et de nos espérances ; il se 
mit tout à notre disposition, et avec cette chaleur d'âme qu'il 
déversait si facilement sur tout ce qui touchait à son diocèse 
bien-aimé, il nous enflamma pour le difficile labeur de l'éru- 
dition. 

Un pèlerinage à faire pour les explorateurs du septième 
siècle, c'est celui d'Envermeu. Là vit, dans une modeste 
retraite, un savant doyen, M. l'abbé Legris, que les travaux les 
plus ardus et les plus absorbants ont le don de captiver. Entre 
un catéchisme et une prédication au peuple qui le vénère, il 
soumet au creuset d'une critique minutieuse les textes dont 
il devine d'abord, dont il prouve ensuite les interpellations ; il 
discute, il éclaire, il résout les difficultés chronologiques si 
fréquentes dans la vie de nos saints. A ces divers points de 
vue, son article sur saint Saëns et saint Ribert, publié dans les 
Analecta de 189 1, est un modèle du genre. Nous adoptons ses 
conclusions dont nous lui renvoyons tout l'honneur. 

Et maintenant, nous entrons en lice à notre tour pour 
raconter l'histoire de nos saints et de la vieille patrie normande 
dont ils sont la gloire la plus pure. 



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— 20 - 



L'ENFANCE O'AUOOENUS 

On était aux premières années du vu' siècle. Le monde se 
remettait lentement de la grande commotion par laquelle 
rinvasion des barbares avait ébranlé les nations, ruiné l'empire 
romain et commencé, avec des éléments nouveaux, l'ère du 
Moyen-Age, 

L'un des plus faibles et des moins importants naguère, le 
peuple franc, n'avait pas lardé à prendre, parmi ses frères 
barbares, une place prépondérante. Une suite de bonheurs 
providentiels avait fait de notre Clovis l'arbitre des destinées 
de la Gaule ; il l'avait marquée d'une puissante empreinte 
d'unité, et, malgré les partages successifs que la tradition 
germanique avait imposés au pays qui commençait à s'appeler 
la France, l'Europe renaissante avait appris k compter avec une 
nation nouvelle, riche d'ardeurs et d'espérances. 

Déjà, cependant, l'âge héroïque des Mérovingiens était passé. 
Selon la célèbre vision de Childéric, le lion, c'est-à-dire Clovis, 
après avoir accompli sa mission de force et de sang, avait laissé 
la place à de moins vigoureux successeurs. Il se faisait comme 
une accalmie dans l'histoire. Entre les combats fratricides du 
sixième siècle et les grandes luttes du huitième, par lesquelles 
les prédécesseurs de Charlemagne allaient frayer la voie à ce 
grand homme, il y a au septième siècle comme une sorte de 
trêve ôe Dieu où s'organisent et se développent les éléments 
de civilisation que la guerre empêchait de porter leurs fruits. 

' Surtout, le septième siècle est grand par l'action de l'Eglise. 
Sous l'empire romain, déjà, elle s'était solidement, semblet-il, 
établie dans la Gaule. Quoi que l'on doive penser de la primitive 
organisation qu'elle a pu revêtir à la prédication des temps 
apostoliques, on la voit finalement au troisième siècle se révéler 
àrhistoire dans une hiérarchie fortement constituée. L'ancienne 
Province avec Arles, le centre de la Gaule avec Lyon, les deux 
Germanies, la Belgique, avec Reiras, Trêves, Cologne, Mayence 



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— 21 - 

occupent une place éminente dans les fastes de l'Eglise aux 
temps de Tempire finissant. Mais quelles ne furent pas les 
terreurs de cette jeune Eglise assistant aux funérailles du 
monde ! 

Un moment, elle semble anéantie. La grande invasion de 406 
et, plus tard, la sanglante chevauchée d'Attila ne semblent 
laisser après elles que du sang et des ruines. La sainteté du 
Capilole a été violée par les soldats d'Alaric. C'en était fait, 
croyait-on, du monde dont l'empire romain semblait la forme . 
idéale et définitive; c'en était fait seulement de l'empire! Et 
quand, les incendies éteints, les ruisseaux de sang taris, les 
cris des barbares apaisés, les survivants purent enfin se revoir 
et communiquer entre eux, ils revirent l'Eglise, cette éternelle 
recommenceuse (1), sortant des anciennes cités romaines dont les 
murailles lui avaient servi de remparts, s'avancer vers les 
barbares établis de préférence dans les campagnes et s'efiorcer 
de les gagner au royaume de Dieu. Ce sera justement l'intérêt 
puissant des récits épisodiques que nous entreprenons, de 
montrer comment la majesté desévêques gallo-romains s'imposa 
à la farouche indépendance des vainqueurs, et comment aussi 
les moines, faisant briller aux regards de ces enfants de la 
Germanie l'idéal de la perfection évangélique, les amenèrent 
peu à peu à réaliser en eux ce grand travail de la conversion, à 
brûler ce qu'ils avaient adoré et à adorer ce qu'ils avaient brûlé. 

Pendant que s'accomplissait ce travail profond d'où devait 
sortir toute la grandeur des siècles suivants, un jour de l'année 
607, un groupe de moines étrangers s'avançait, en cheminant 
doucement, sur ce qui restait de l'ancienne voie romaine qui, 
de Paris, conduisait à la vieille cité de Reims. L'antique chemin 
avait déjà bien soufiert, mais, malgré les ravages des hommes et 
des éléments, le ciment indestructible des Romains avait 
résisté ; et la route de nos pieux personnages se poursuivait sans 
grandes difficultés (2). Même pour le peuple, accoutumé depuis 

(1) Renan. 

(2) Pour comprendre comment les anciennes voies romaines pouvaient rendre 
encore au septième siëcle tant et de si importants services, il faut se rappeler le soin 
avec lequel elles avaient été construites. On les établissait une fois pour toutes d*une 
façon inébranlable, afin de n'avoir pas à y revenir. Les voies romaines comprenaient 
une chaussée, agger, «t un trottoir, crepido, avec pierres de bordure, umbonest A, 



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— 22 - 

longtemps aux moines du pays, leur apparition avait quelque 
chose d'insolite. Revêtus d'une robe blanche, le devant de la 
tête complètement rasé, ils attiraient les regards étonnés des 
rares voyageurs qui les croisaient sur la route. Surtout celui 
auquel ils obéissaient était la vivante statue de l'ascétisme et 
de la mortification. Grand, maigre, élancé, les joues creuses^ 
d'une pâleur diaphane^ comme saint Bernard, son frère du 
douzième siècle dans la profession monastique, il ne semblait 
vivre que par la flamme ardente de son regard. C'était le moine 
irlandais Colomban. 

Glorieuse destinée de l'Irlande^ l'île des moines et des saints I 
Convertie sans efl'usion de sang par l'apôtre Patrice et la 
vierge Brigitte, elle avait fait des pas de géant dans les voies 
de la civilisation chrétienne. Les fleurs les plus suaves de 
l'Evangile s'étaient épanouies sur cette terre privilégiée, flère à 
bon droit de la verdure d'émeraude dont les tièdes effluves de 
l'océan revêtent ses riches campagnes. Les monastères, ces 
camps des légionnaires du Christ, s'étaient prodigieusement 
multipliés sur cette contrée bénie, et, pendant que le continent 
subissait les horreurs de l'invasion barbare, pendant même 
que l'île voisine voyait sombrer presque complètement sous 
les coups des Angles et des Saxons venus des rivages de la 
Germanie, et des Pietés et des Scots descendus des solitudes 
brumeuses du Nord, l'Eglise autrefois florissante des Bretons, 
l'Irlande devenait l'asile de la vertu et de la science. Là, par 
une de ces compensations dont la Providence de Dieu est cou- 
tumière dans le gouvernement de l'Eglise, s'accumulaient les 
réserves de l'avenir. Et, en effet, quand le déluge de l'invasion 
se fut un peu apaisé, on vit, comme naguère la colombe sortit 
de l'arche, des essaims de prédicateurs et de missionnaires 
quitter leur île bien-aimée pour recommencer l'œuvre de 
l'évangélisation de la Gaule et de la Germanie, ruinée par les 
récents désastres. Comme Patrice autrefois, ils voyaient dans 



tous les quatre ou cinq mètres, des bornes servant de montoirs pour le^ ca- 
valiers. 

La route était faite de quatre couches de maçonnerie superposées: 1** Couche 
inférieure : fundatio, ttralumen^ mortier recouvert de pierres plates ; ^ ruderalio, 
blocage; 3° nuclen$^ fragments de briques ou de poteries mêlés de ciment; 
A*" iutntna cnista^ pavage de pierres polygonales ou simple jet de gros sable, glarea. 
Les grandes routes avaient une largeur de 4" ,50 à 5 mètres sur la chaussée. 



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- 23 - 

leurs rêves d'apôtres les enfants des païens tendre vers eux , 
leurs petites mains et les appeler de leurs cris gémissants ; et, 
après s'être prosternés aux pieds de leur abbé ou de leur 
évêque, ils parlaient en caravane pour accomplir leur grande 
mission (1). 

On se représente difficilement, dans le milieu chrétien où 
nous vivons, l'impression profonde que produisaient ces ascètes, 
exilés volontaires, sur les barbares, tout entiers encore à leurs 
passions farouches, et sur les chrétiens eux-mêmes souvent 
dégénérés, par le malheur des temps, de la sainteté de l'Evangile. 
Us revenaient rapporter à la Gaule devenue française la pure 
lumière de l'Evangile dont ils avaient conservé le flambeau. 
L'un des premiers dans cette mission de salut fut saint 
Colomban. 

Nous ne déflorerons pas, en le mutilant pour le faire entrer 
dans le cadre étroit de ce récit, le merveilleux tableau peint par 
le comte de Montalembert dans ses Moines d'Occident, Tous, 
d'ailleurs, connaissent ces pages vibrantes où l'éloquent écrivain 
raconte avec amour les combats de l'athlète du Christ, décrit ce 
mélange exquis de fermeté et de douceur qui le fait se dresser 
comme un mur d'airain contre les iniquités des puissants et 
s'incliner, avec la tendresse d'une mère, vers les petits, et les 
humbles, à tel point que, raconte la légende, les oiseaux 
venaient recevoir ses caresses et les écureuils descendaient du 
haut des sapins pour se cacher dans les plis de sa robe. 

Dans le voyage dont il est ici question, il allait en Bourgogne 
trouver l'altière Brunehaut et venger la cause dès lors, hélas ! 
trop méconnue, de la morale chrétienne. Il est, du reste, assez 
difficile de se reconnaître dans les odyssées si souvent renou- 
velées des intrépides voyageurs de ce temps, de saint Colomban 
en particulier, le fondateur vénéré des grands monastères de 
Luxeuil en France, de Bobbio en Italie. 

Les pieux personnages s'étaient arrêtés quelque temps chez 
un noble Franc, nommé Hagnéric, comte de Meaux, figure 

(i] • L'Irlande, dit M. Godefroy Kurth dans son beau livre sur les Origines de la 
CnfiOsation chrétienne, ne s'endormit pas dans son bonheur. Elle voulut être, elle 
devint le séninaire des raisiions européennes, à une époque oii le christianisme 
naissait à peine chez les peuples germaniques et avait besoin d'auxiliaires pour 
l'aider à faire ses conquêtes. Ce fut elle qui les lui fournit. Tous les ann, il sortait 
de nie sacrée des essaims qui portaient au loin le miel de la parole évangélique ■. 



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- 24 - 

attirante malgré réloignemenl un peu indécis où l'ont laissée 
nos pieux annalistes. On le fait père de Tévêque saint Faron et 
de la vierge sainte Burgundofore, conseiller écouté de Théode- 
bert, puis de Clotaire IL Grande serait notre curiosité de savoir 
ce qui fut dit dans cette entrevue. Nous aurions tant à apprendre 
et à retenir dans les propos des pieux interlocuteurs I Mais 
ils avaient bien d'autres préoccupations que de renseigner la 
postérité, avide maintenant de se disserter sur les états d'âme 
des ancêtres. Colomban bénit la famille et les enfants de 
Hagnéric; il éleva les pensées du comte vers les réalités 
éternelles, vers le Ciel qui était déjà la patrie de son âme, puis 
il s'éloigna pour continuer son pénible voyage. 

Il s'avançait vers l'Est, sur les bords de la Marne, jusqu'à ce 
qu'il arrivât à Ussy-sur-Marne (1). C'est là qu'eut lieu la célèbre 
entrevue qui devait rapprocher un moment Colomban, le moine 
étranger, vieilli dans les combats du Seigneur, et le jeune 
Audoenus, notre saint Ouen, appelé par les desseins de Dieu à 
occuper le siège métropolitain de Rouen, à multiplier dans 
toute la Normandie de florissants monastères, à prendre enfin 
une part si active à la vie de son époque. 

Né vers l'an 603, la vingtième année du règne de Clotaire II, 
saint Ouen n'était pas originaire d'Ussy. Il avait vu le jour à 
Sancy, à quelques kilomètres à Test de Soissons, sur les bords 
de l'Aisne où bientôt nous le verrons revenir. A la suite de 
quels événements avait eu lieu la. transplantation du jeune 
arbre ? C'est là un de ces multiples problèmes que posera devant 
nous cette histoire aimée et qu'il nous sera impossible de 
résoudre. Du reste, la distance n'était pas grande du nouveau 
nid de la religieuse couvée. 

Quel dommage que nos chers hagiographes n'aient pas jugé 
utile de nous renseigner sur les conditions matérielles de 
l'existence d'alors ! Force nous est donc, vu leur silence, de 
résumer ce que les érudits, dans leurs savants ouvrages, ont 
dit de la vie rurale chez les Gallo-Romains et les nobles Francs, 
leurs successeurs. 

Il nous faut faire un remarquable effort d'imagination pour 
nous représenter l'état de la France du Nord, des villes et des 
campagnes, au vu« siècle. Volontiers nous croirions que l'état 

(1) VuUiacum (Wltiacum). Canton de La Ferté-sous-Jfouarre. 



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- 23 - 

actuel a toujours existé, tant nous sommes portés h faire agir 
les acteurs des différents âges de l'histoire dans ce cadre qui 
nous est familier. Mais treize cents ans se sont écoulés depuis 
les jours de saint Ouen, et Ton nous accordera volontiers que 
pendant un aussi long laps de temps les choses se soient 
profondément modifiées. 

Ce qui nous eût tout particulièrement frappé, au premier 
coup d'œil jeté sur la France du septième siècle, c'eût été la 
prédominance des bois et des forêts sur les terres cultivées. Ce 
qui est devenu Texception, était alors la règle. Nous sommes 
donc le plus souvent dans un immense fourré, où, de place en 
place, se sont établis les cultivateurs du temps. 

« La tyrannie et la fiscalité romaines d'abord, puis les ravages 
des invasions, dit excellemment le comte de Montalembert (I), 
avaient rendu au désert, à la solitude, des contrées entières. . . 
Là où le temps n'avait point encore suffi pour enfanter de ces 
immenses futaies dont les sommets semblaient toucher les 
nuages, ou de ces arbres gigantesques qui témoignaient de 
rantiquité des forêts primitives, la culture et la population n'en 
avaient pas moins disparu devant les envahissements des 

essences forestières de moindre espèce Le sol cultivable 

était partout usurpé par des taillis où l'érable, le bouleau, le 
tremble, le charme préparaient le terrain à une végétation plus 
imposante, où surtout les halliers de ronces et d'épines, d'une 
dimension et d'une épaisseur formidables, arrêtaient les pas et 
torturaient les membres des malheureux qui s'y aventuraient ». 

Dans les parties défrichées du sol, le pays se divisait non en 
villages, mais en exploitations. Le village ne renfermait pas le 
château, comme nous le voyons de nos jours, mais le domaine, 
qui portait le nom de son propriétaiie, renfermait en serfs, en 
colons, en hommes libres, tout ce qui était nécessaire à la 
culture régulière de la terre seigneuriale. Les humbles habita- 
tions des tenanciers et des laboureurs se trouvaient les unes 
dispersées sur les terres à cultiver, les autres réunies en une sorte 
d'agglomération qui, déjà, fait penser au hameau, à la commune 
future. C'est toujours la grande forme romaine où le villicus, 
chef des esclaves et esclave lui-même, maintenait dans les liens 

(1) Tome II, page 283. 



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— 26 — 

d'une étroite dépendance tous les serviteurs de son maître, 
depuis l'esclave sans foyer occupé à telle besogne qui plaisait à 
son surveillant, et enchaîné dans Vergastule s'il résistait; 
jusqu'à Talfranchi qui devait encore à son ancien maître un 
nombre déterminé de journées pour aider à cultiver la portion 
de sa terre qu'il s'était réservée; jusqu'au colon; jusqu'au 
tenancier dont chaque jour la liberté s'afiBrmait davantage. 

Mais les idées chrétiennes ont conquis droit de cité. L'escla- 
vage va diminuant chaque jour dans la société ; et même, sur 
le domaine où nous allons pénétrer, chez des Francs convertis 
et voués au culte des plus hautes vertus, certainement il a 
disparu depuis longtemps. Les liens de la sujétion se relâchent. 
Sous l'action de l'Evangile, on voit se combiner, surgir sous le 
moule antique, la communauté du Moyen-Age et le village 
moderne. Autant que la chose est possible, on a conservé une 
pièce d'eau et un reste de forêt. 

Au penchant de la colline, s'élève l'ancienne villa qui devien- 
dra le château du Moyen-Age, mais, jusqu'alors, elle n'a ni 
fossés, ni donjoji, ni appareil de défense. 

Les grands propriétaires impériaux avaient déployé dans 
l'édification et dans l'ornementation de leurs demeures un luxe 
inouï. De la Méditerranée au Rhin, on exhume chaque jour 
quelque mosaïque, quelque statue, quelque sculpture qui 
témoignent de leur splendeur princière.(( On avaitsupprimé l'im- 
pluvium et l'atrium des maisons de la Ville éternelle, mais, nous 
dite. Kurth, de vastes galeries extérieures garnies de colon- 
nades les remplaçaient, et des salles de bains chauffées par des 
hypocaustes ne manquaient nulle part. Aussi, quel orgueil ne 
devait-il pas naître dans le cœur du Romain quand, de la 
véranda de sa maison située sur quelque colline ensoleillée, il 
embrassait de l'œil tout le domaine que fécondaient les sueurs 
de ses esclaves et que bordait, à l'horizon, la sombre lisière des 
bois ? » 

Au temps de la conquête, le changement avait été radical. 
(( Les Francs, continue le récent historien de Clovis, ne relevèrent 
pas les villas : ils n'avaient que faire d'hypocaustes, de salles de 
bains, de mosaïques et de bibliothèques. Ils se contentaient 
d'adosser à quelque vieux pan d'architecture leur cabane sans 
étage, sans plancher, sans plafond et ne se distinguant que par 



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— 27 — 

les. proportions, de celles de leurs colons ou de leurs serfs.» Peu 
à peu, cependant, ces mœurs un peu sauvages s'étaient adou- 
cies et, sans tomber dans la prodigalité ancienne, dans le luxe 
extravagant d'une société efféminée, les leudes francs, à Timi- 
tation de leurs rois, s'étaient largement et simplement établis 
dans leurs fermes immenses. De plus, en se convertissant à la 
religion du Christ que les évoques gallo-romains leur avaient 
prêchée, ils avaient reconnu dans leurs sujets, dans leurs 
serviteurs, des âmes semblables à la leur, appelées à la même 
béatitude, et ils avaient construit sur leur terre une église où 
maîtres et serviteurs, bénéficiant d'une égalité jusqu'aloi^s 
inconnue, recevaient la même céleste doctrine, se fortifiaient 
par la réception des mêmes sacrements. Ainsi la lente et 
profonde action de TEglise fécondait les éléments anciens pour 
en faire surgir le monde moderne. 

C'est dans un de ces domaines francs que nous venons de 
décrire que vont pénétrer nos moines irlandais. C'est la demeure 
d'un homme de la plus haute extraction nommé Autbaire et de 
son épouse Ega. Comme toujours, les détails nous manquent 
sur la vie de ces nobles époux ; mais leurs vertus, que nous 
voudrions pouvoir raconter, avaient produit sur le peuple qui 
les environnait une impression telle qu'ils furent l'un et l'autre 
acclamés comme saints et honorés d'un culte public. Si voilée 
qu'elle soit à nos yeux par le lointain des âges, il y a quelque 
chose de profondément touchant dans la vie de ces nobles 
Francs dont la race, hier encore, était adonnée à tous les vices 
d'une barbarie indomptée, et qui, maintenant, soumis au joug 
léger de l'Evangile, mettent à réaliser dans leurs œuvres la 
perfection chrétienne, la même ai*deur, on dirait presque la 
même fougue, que portaient leurs pères dans leurs aventureuses 
expéditions. Sans qu'il soit besoin de demander à nos documents 
des détails plus précis, tious savons déjà l'inspiration qui 
dominait dans la maison d'Authaire, la dignité de sa vie, 
l'harmonie qui régnait entre lui et son épouse, le caractère de 
ses rapports avec ses serviteurs et les habitants de son domaine 
qu'on pourrait ajuste titre appeler ses sujets. Et comme il n'est 
rien de plus eflBcace pour former le peuple aux mœurs douces 
et aimables que l'exemple qui vient de haut, on devine comment 
furent accueillis les pieux étrangers dès qu'ils mirent le pied 
sur le territoire d'Ussy. Colons, affranchis, libres tenanciers, 



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— 28 ~ 

interrompant un moment leur travail, s'inclinaient au passage 
des voyageurs et les guidaient vers la villa du maître. Qui nous 
dira la joie d'Authaire et d'Ega en recevant les religieux étran- 
gers, qui étaient pour eux comme des messagers du Ciel ? 
Mêlé comme il Tétait au mouvement des affaires de son temps, 
Authaire connaissait certainement le noble visiteur que Dieu 
lui envoyait. Quand, donc, il eut été satisfait aux premiers 
devoirs de Thospitalité, le vénérable abbé irlandais, après avoir 
appelé sur ses hôtes les bénédictions du Ciel, raconta ses 
récentes épreuves. Nature vive, ardente, dominatrice, mais 
courbée dès longtemps sous le joug du Christ, il avait cette 
éloquence du cœur qui va à Tâme, tantôt par de pieux épan- 
chements, tantôt par les invectives hardies et brûlantes dont il 
stigmatisait les vices des grands, qu'il s'était donné pour 
mission de combattre. 

On savait la haute autorité dont il jouissait à la cour de 
Bourgogne auprès de Thierry II, fils de Childebert II, et petit- 
fils de Brunehaut. Mais l'altière princesse, pour conserver son 
empire sur le jeune Thierry, favorisa ses débauches. Un jour 
donc que Colomban la venait visiter, elle lui présenta les quatre 
fils nés des désordres du roi. 

— Que me veulent ces enfants ? dit le moine. 

— Ce sont les fils du roi, dit la reine ; fortifie-les par ta 
bénédiction. 

— Non, répondit Colomban. ils ne régneront pas, car ils 
sortent d'un mauvais lieu (1). 

A partir de ce moment, Brunehaut lui jura une haine à mort. 
Elle le fil d'abord conduire à Besançon, mais lui s'échappa et 
gagna son cher monastère de Luxeuil. Chassé encore par les 
sbires de son ennemie, de ce sanctuaire qu'il avait fondé, il dut 
prendre le chemin de l'exil. On le suit de nouveau à Besançon, 
à Autun, à Avallon, à Auxerre, à Nevers, ii Orléans, à Tours où 
il passe la nuit près du tombeau de saint Martin, enfin à 
Nantes. Il fut impossible de faire prendre le large au navire sur 
lequel on l'avait fait monter avec ses compagnons irlandais. 
Après trois jours d'efforts infructueux, le capitaine du navire le 
débarqua et on le laissa libre d'agir comme il le désirerait. 

(1) Moinet dVccident, %. II, p. 509. 



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— 29 — 

Il avait vu Clotaire II qui avait reçu finalement ses conseils 
et, venant de Paris et de Meaux, il allait, sous la protection 
d'une escorte fournie par le roi, traverser la Champagne pour 
de là gagner l'Italie. 

Voilà ce qu'avec un mélange d'humilité touchante et de 
bouillante ardeur, Colomban raconta à ses nobles hôtes. Com- 
bien de fois fut-il interrompu par les exclamations tour à tour 
émues et enflammées de ceux qui Técoutaient? Quelles doléances 
sur les temps malheureux où l'on avait le malheur de vivre 
pour voir ainsi persécuter les élus du Seigneur et triompher ses 
ennemis I C'est l'éternelle plainte de ceux qui ne veulent pas, 
dans leur prudence à courte vue, voir se réaliser cette parole 
pourtant si formelle de l'Evangile : « Le royaume de Dieu 
souflfre violence et il n'y a que les violents qui l'emportent ». 

Ega était mère ; c'est dire qu'elle sollicita le bonheur de pré- 
senter au moine, qu'elle considérait déjà comme un confesseur 
de la foi, les trois enfants par lesquels Dieu avait béni son union 
avec Authaire. L'aîné s'appelait Adon, le second Radon, et le 
troisième, dont nous voudrions suivre dans l'histoire les traces 
glorieuses mais trop effacées, répondait au nom de Dadon qu'il 
devait plus tard changer contre celui d'Audoenus Rien de plus 
simple, au premier abord, que cette rencontre entre le glorieux 
proscrit et le jeune enfant de sept ou huit ans sur lequel il 
étend ses mains chargées de mérites. Mais quand on sait la 
portée mystérieuse que Dieu sait donner parfois au regard de 
ses saints, et la force d'intercession de ceux qui n'ont au cœur 
que son seul amour, quand on se rappelle, d'autre part, la 
persistance des impressions éprouvées dès l'enfance et les fruits 
que, fécondées par la grâce de Dieu, elles peuvent produire 
dans l'âge mûr, on se sent ému par cette simple évocation, et 
on ne peut s'empêcher de lui attribuer une grande influence 
sur la destinée de nos deux saints. C'est ainsi que, pour employer 
une comparaison chère à l'antiquité, le flambeau de la sainteté 
se passe de main en main pour éclairer successivement les 
âges et attester la fécondité immortelle de l'Eglise du Christ. 

Que dire maintenant de Téraotion causée à Authaire et à Ega 
par cette scène inoubliable el par les paroles de Colomban leur 
prédisantdans le Saint-Esprit, comme parle le vieil hagiographe, 
que ces enfants deviendraient glorieux et par les mérites de 
leurs vertus et par leur situation dans le monde? 



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— 30 — 

Puis, comme ces apparitions célestes dont parle TEcriture 
dans rhistoire des patriarches, Colomban s'éloigna avec ses 
compagnons. 11 courait à de nouvelles luîtes, à de nouvelles 
victoires pour Dieu et l'Eglise. Il passa d'abord quelque temps 
en Suisse où il laissa son disciple Gall, fondateur du célèbre 
monastère, berceau de la ville qui conserve le vieux nom du 
moine. Puis, traversant les Alpes malgré les diflScultés d'une 
pareille pérégrination au septième siècle, il fonda dans l'Italie 
du Nord, entre Gênes et Milan, et non loin des bords de la 
Trébia, l'abbaye de Bobbio, qui devint, comme Luxeuil, un 
foyer de lumière et de sainteté pour toute la région avoisinante. 
Enfin, plein de jours et de mérites, il mourut en 616, dans une 
solitude voisine du dernier-né de ses monastères, exilé de 
l'Irlande, sa patrie toujours aimée, exilé de Luxeuil, cette fille 
toujours chérie à laquelle il avait laissé tout son cœur. Son nom 
évoque encore à travers l'histoire l'idée d'un être presque sur- 
humain, si grands sont les travaux qu'il a entrepris et menés à 
bien pour la gloire du Christ, son maître. 

Pendant que s'éloignait le noble étranger suivi de l'escorte 
que lui avait fournie le roi de Neustrie Clotaire, Authaire et 
Ega, accompagnés de leurs enfants, les suivirent des yeux 
aussi longtemps que le permirent les détours de la route, puis 
ils reprirent le cours de leurs travaux sanctifiés par la prière. 
Souvent, dans les longues veillées d'hiver éclairées par les 
lampes antiques, seul luminaire connu alors, il fut question de 
Colomban, de ses combats héroïques et des paroles qui étaient 
tombées de ses lèvres alors que ses mains vénérables s'étaient 
reposées sur la tête des trofs jeunes frères. Ce grand souvenir, 
les exemples de vertu qu'ils avaient journellement sous les 
yeux, développèrent en eux les sentiments chrétiens qui en 
firent des colonnes de l'Eglise. 

Adon, l'aîné, après avoir, comme ses deux frères, joué un rôle 
important à la cour de Clotaire II, embrassa la profession mo- 
nastique et, aidé de son plus jeune frère, fonda le monastère 
de Jouarre, sur la Marne, au confluent du Petit-Morin. II le dota 
de ses propres deniers, et lui vit prendre, sous son autorité, une 
extension considérable. Il y fit fleurir la règle de saint Colomban, 
cette règle particulièrement austère, adaptée peut-être à l'ardeur 
des néophytes de ces temps primitifs, mais que la règle de saint 
Benoît, plus pondérée, plus humaine, devait remplacer bientôt 



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— 31 — 

jusque dans les monastèfes fondés par le patriarche irlandais. 
Plus heureux que tant d'autres établissements religieux dont la 
pioche révolutionnaire n'a laissé subsister aucun débris, 
Tabbaye de Jouarre est représentée à notre époque par une 
crypte fameuse où Ton montre encore de nos jours les sarco- 
phages du bienheureux fondateur, de saint Agilbert, le même 
que saint Agobard, martyrisé à Créteil, près de Paris, au 
m** siècle, et de sainte Théodechilde, première abbesse de 
Jouarre, morte vers 660. La crypte remonterait, dit*on, à la fon- 
dation de Tabbaye et les voûtes auraient été refaites au x*ou au 
XI* siècle. Nous avons là un exemple de ces fondations, com- 
munes alors, de monastères doubles de religieux et de reli- 
gieuses rigoureusement séparés, mais vivant sous la même 
autorité. On vit même parfois, dans des établissements de ce 
genre, les sœurs, soumises au gouvernement spirituel de Tabbé, 
dominer par la crosse de leur abbesse sur le temporel des 
religieux. 

Certains érudits ont voulu attribuer à Radon, le cadet de cette 
famille bénie, la fondation de l'abbaye de Reuil (Radolium). 
Quoiqu'il en soit de ce point contesté, il est certain que Radon, 
lui aussi appelé à bénéficier de la culture distinguée que l'on 
recevait à l'école du palais, y fit de rapides progrès dans les 
sciences divines et humaines. Le roi remarqua ce jeune homme 
également ouvert à l'étude des choses de Dieu et au mouve- 
ment desafiFaires publiques; il en fit son trésorier. L'hagiographe, 
dans son style plein d'une pieuse onction, a soin de nous pré- 
venir que la faveur du prince ne donna à son favori ni orgueil, 
ni arrogance, car il avait perpétuellement devant les yeux la 
parole d'Isaïe : « Toute chair n'est que du foin et toute sa gloire 
passe comme la fleur des champs. L'herbe s'est desséchée et la 
fleur est tombée. » Ainsi continuait de se faire sentir l'eflet 
mystérieux de la bénédiction de Colomban. 

Combien de fois, au cours de sa longue vie, saint Ouen, notre 
héros, ne dut- il pas évoquer le souvenir de cette bénédiction 
précieuse, reçue en son enfance au foyer paternel où l'impres- 
sion se grave dans l'esprit et le cœur d'une façon si inaltérable? 
En attendant, il continua de subir les douces et fortes influences 
de ses pieux parents dans cet atmosphère de calme et de paix 
que la douce Providence lui avait ménagée. Quand Ega, dans sa 
sollicitude éclairée, jugea que ce n'était plus assez de l'éduca- 



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— 32 — 

tion domestique pour développer les dons lieureux prodigués 
par le ciel à son plus jeune fils, comme Anne naguère avait 
conduit Samuel à Jérusalem, pour qu'il servît dans le temple, 
elle alla présenter son Dadon, c'était le nom qu'il portait encore, 
à l'abbé de Saint-Médard de Soissons pour qu'il y fût joint à la 
jeune phalange des jeunes élèves du monastère. C'était bien 
l'école qui convenait à celui qui, selon le mot de ses biograplies, 
devait changer plus tard son diocèse de Rouen en une nouvelle 
Thébaïde, si nombreux sous son influence devaient y éclore 
les monastères. 

Ce n'était pas non plus une cité vulgaire que cette ville de 
Soissons où devait se continuer l'éducation du jeune Franc, 
Capitale du royaume de Neustrie, elle avait été successivementla 
résidence ofiicielle des plus puissants parmi les rois chevelus : de 
Clolairell, de Chilpéric, l'époux de Frédégonde,deClotaire I"''et 
même du grand Clovis. Vainqueur de Syagrius, le dernier 
tenant de la puissance romaine dans les Gaules, il avait été 
heureux de s'initier là aux formes savantes de l'autorité 
romaine, dont son grand sens pratique lui avait révélé l'in- 
fluence sur ses nouveaux sujets. « A l'époque de ce premier roi 
chrétien des Francs, Soissons, dit M. Godefroy Kurth (i), était 
l'une des cités les plus riches et les plus animées de la Gaule- 
Belgique Plusieurs édifices considérables surgissaient 

dans l'enceinte rectangulaire, et les fouilles attestent la richesse 
et la beauté des constructions privées... A l'ombre de tant 
d'opulentes constructions, le christianisme avait élevé ses 
modestes sanctuaires, tout parfumés des souvenirs de ses pre- 
miers combats pour le Christ, Crépin et Crépinien, les deux 
cordonniers martyrs, avaient un oratoire dans la ville, sur les 
fondements de la chaumière qui avait abrité leurs restes sacrés ; 
hors les murs, deux autres églises leur étaient dédiées : l'une à 
l'endroit où ils avaient été emprisonnés; l'autre, au-dessus de 
leur tombeau. Enfin, au quatrième siècle, une belle basilique, 
sous l'invocation de la sainte Vierge, ainsi que des saints 
Gervais et Protais, avait surgi sur les ruines, dit-on, d'un temple 
d'Isis. Tous les monuments étaient debout encore, les humbles 
comme les superbes ; car, au dire de ses historiens, Soissons 
avait échappé non seulement à la grande invasion de 406, mais 
aussi à celle d'Attila en 451. » 

(i) Clovis, page 231, 



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- 33 - 

Plus récemment, venaient d'y être élevées les constructions 
du célèbre monastère de Saint-Médard, Ce saint, l'un des plus 
fameux de l'époque mérovingienne, était mort à Noyon, sa ville 
épiscopale, en 5W, après avoir donné sa bénédiction au roi 
Clolaire qui était venu le visiter sur son lit de douleurs. Si 
grande était la dévotion que le roi de Neustrie nourrissait en 
son cœur pour le vieil évêque missionnaire, qu'il fit lever ses 
reliques de la cathédrale de Noyon où elles avaient d'abord été 
déposées et les flt apporter dans sa propre ville de Soissons, 
Clotatre lùi-mëme voulut s'honorer en portant sur ses épaules 
la châsse de celui qu'il invoquait comme un protecteur. Il lui 
bâtit ensuite un superbe monastère, l'un des chefs-lieux de 
l'ordre monastique dans la Gaule récemment convertie. Cette 
abbaye devint dans le royaume de Neustrie le centre d'un mou- 
vement religieux comparable à celui qui rayonnait du tombeau 
du grand saint Martin à Tours. Dans le progrès de la vie de 
notre saint, nous aurons l'occasion de pénétrer aussi avant que 
possible daus la vie de ces grandes abbayes mérovingiennes 
qui ont pris une part si grande à la conversion du pays tout 
entier. Contentons-nous de remarquer ici qu'aucun séjour 
n'était plus favorable pour préparer à sa grande mission le futur 
évêque de Rouen. Là. si Ton peut ainsi parler, battait le cœur 
de la monarchie nouvelle, là se préparaient les réserves de 
l'avenir. Dans cette grande école monastique, le fils d'Âuthaire 
et d'Ega vil s'approfondir son sens chrétien en même temps 
qu'il put jeter un premier regard sur cette société si mêlée où 
l'élément chrétien, dans les rois comme dans les peuples, avait 
bien de la peine à refouler le vieil instinct barbare dont il 
fallait bien constater parfois les réveils effrayants. Ainsi la 
Providence prépare ses instruments dès l'aurore de leur vie ii 
la mission qu'elle leur réserve dans l'avenir. 

{A suivre) 



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Wmi ET EOSSES il] ïil' SUE 

par MM. Alph. MARTIN et E. VEUCMN 

Membres résidant et correspondant 



Dans (le pnécédentes études sur les origines de l'amitié franco- 
russe, nous avons eu Toccasion de constater combien furent 
peu actives, au xviu° siècle, les relations commerciales entre la 
France et la Russie, malgré le traité de commerce intervenu 
au mois de Mars 1587 entre le tzar Fedor Ivanovilch avec des 
marchands parisiens, Nicolas de Renei et Guillaume de la Bis* 
trade, les premiers français qui s'étaient hasardés de venir en 
Arkhangel pour y faire des affaires (1), malgré aussi les avan- 
tages signalés par ceux de nos nationaux qui, passés en Russie, 
avaient pu en apprécier Timportance. 

En 1893, \e Sémaphore de Marseille, dans son numéro du 18 oc- 
tobre, avaitpublié un article intitulé : v Souvenirs Marseillais » 
et signé J. M., où Ton revendiquait pour le commerce de Mar- 
seille le mérite d'avoir, le premier, en 1774, noué des relations 
amicales et fructueuses avec la Russie. 

Bien qu'il nous en coûte de détromper l'auteur de cet 
article, il nous est agréable, comme Normands, de rappeler que 
la ville du Havre avait devancé de beaucoup celle de Marseille, 
Dès 17i6, un mémoire sur le commerce de la Russie, rédigé 
par Boet de St- Léger, qui avait établi un comptoir français à 
Saint-Pétersbourg, observait que la ville du Havre, où il avait 
envoyé trois vaisseaux, avait beaucoup de moyens de former 
un commerce très considérable avec la Russie. 

Les avis de ce négociant parisien furent entendus au Havre, 
car, six ans plus tard, une des maisons les plus considérables 
de celte ville se mit en rapports commerciaux avec la Russie. 

Cette maison était celle de M. Jacques-François Begouen- 



(1) Ce traité a été publié pour la première fois par M. If. Oroont, dans le Bulle* 
tin de la Société de Cllinloire de Paris, 1884, 



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- 36 - 

j)emeaux, né à SainUacques-du-Bourg-de-Montebourg; près de 
jCoutances, qui était venu habiter Le Havre vers J 731 et qui s'y 
maria en 1751 avec M"*Anlhoinette-UéIeine-Armande Blanche, 
fille de rinspecteur de la Romaine, en cette ville, 

M. Begouen-Demeaux nous apprend les résultats malheureux 
de ses affaires avec la Russie par une supplique qu'il adressa 
dans ces termes, en 1776, à sa Majesté l'Impératrice de toutes 
lesRussies: 

Madame, 

Begoaen-Demeaux, négociant au Havre-de-Grâce, a recours à la jus- 
tice de Votre Majesté et la supplie très respectueusement de recevoir 
favorablement cette requête qu'il prend la liberté de lui présenter. 

Ce négociant, voulant s'ouvrir une branche de commerce en Russie, 
expédia, en 17$â, son navire VEspérancCy avec une cargaison de mar- 
chandises pour Saint-Pétersbourg, dont la vente fut faite au terme d'un 
an, par les sieurs Godin et Bacheracht, auxquels cette cargaison était 
adressée. 

En 1753, il renvoya le même navire à Saint-Pétersbourg, avec une nou- 
velle cargaison, comptant recevoir, par ce second voyage, les retours 
de la vente du premier; mais il fut trompé dans ses espérances et ne 
reçut qu'une faible partie du produit de ces deux cargaisons, ce qui le 
découragea de faire de nouveaux envois dans ce pays, vu la difficulté 
d'en retirer les fonds 

M. Begouen-Demeaux, après avoir rapporté longuement ses 
démarches infructueuses, termine ainsi sa supplique : 

C'est en 1775 qu'il est forcé d'implorer la justice et la bienfaisance 
de Votre Majesté Impériale pour obtenir la rentrée d'une somme pro- 
venant des ventes faites par ses correspondants de Saint-Pétersbour|;, 
en 1752 et en 1753. Ce négociant supplie très respectueusement Votre 
Majesté Impériale de daigner prendre en considération le tort que lui 
fait un pareil retard dans la rentrée de ses fonds, et, combien des évé- 
nements de celte nature sont préjudiciables, non seulement au négo- 
ciant qui en est la malheureuse victime, mais encore au commerce des 
deux Empires, que la confiance seule, fondée sur la libre circulation 
des fonds, peut entretenir et faire fleurir. 

Le sieur Begouen-Demeaux ose espérer que Votre Majesté Impériale, 
dont les succès glorieux remplissent aujourd'hui l'Europe d'admira- 
tion, dont tous les peuples célèbrent à l'envi la justice et la munifi- 
cence et qui accorde au commerce dans ses Etats la protection la plus 
signalée, ne permeUra pas qu'un négociant étranger soit lézé plus 



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- 37 — 

longtemps ponr avoir négocié avec ^es sujels ; et qu'il lui plaira ordon- 
ner que les sommes dues à TExposant par M. le comte de Jagousinski 
lui soieni nîmboursées, avec les intérêts depuis Téchéance, intérêts qui 
ne le dédommageront que faiblement du tort que le retard de ses 
fonds lui a occasionné, en le forçant non seulement d'interrompre ses 
opérations pour la Russie, mais encore des virements toujours dispen- 
dieux pour suppléer aux sommes qui lui étaient retenues. 

Cette flatteuse requête, datée du 2i octobre 1778, fut chaleu- 
reusement appuyée par le ministre de France, mais il ne 
semble pas qu'elle ait eu près de Catherine II le résultat qu'en 
espérait son intelligent auteur. 

En effet, le 18 juillet suivant, le ministre faisait part à 
M^ Begouen-Demeaux des renseignements qu'il avait reçus de 
Russie et qui enlevaient au négociant havrais tout espoir de 
recouvrer sa créance. 

Cette diflBcuIté des règlements de marchandises provenait 
sans doute de ce que Saint-Pétersbourg ne changeait qu'avec 
Amsterdam à qui il donnait un rouble pour un nombre 
indéterminé de sols communs. 

ry insuccès des tentatives faites en 1751 et en 1753 par 
M^ Begouen-Demeaux ne découragea point les négociants ha-^ 
vrais, car dix ans plus tard, en 1763, on vit arriver, sur la 
rade de Saint-Pétersbourg, le navire français nommé La-Ville- 
de-Saint- Péter èbourg, ayant pour capitaine le sieur Berneval et 
appartenant à M"*® Homberg, du Havre, mais ce navire était à 
l'adresse d'un comptoir anglais, ce qui suggérait à l'am- 
bassadeur de France à Saint Pétersbourg, les réflexions sui- 
vantes : 

Le petit nombre de négociants français établis en Russie, sont humi- 
liés de voir que le premier pavillon du Roy qui ait paru depuis long- 
t»mps dans ce port soi! adressé à une maison anglaise. 

CeUe préférence accordée à nos rivaux par la nation même, me 
sefnble peu propre à encourager notre commerce dans ce pays. 

Les historiens du Havre contemporains sont peu explicites 
sur les relations du Havre avec la Russie, au milieu du xvm» 
siècle. L'abbé Pleuvri, qui écrivait en 1763, se borne k dire- 
d'une façon générale : 

Les vaisseaux qui descendent de Dantzick, Han^bourg, Dannemarek, 



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- 38 - 

Suéde, Norvège et Russie^ peuvent aller à 60 ou 70 toutes les années. 
Leurs marchandises sont principalement des mâtsetd'aulres bois pour 
la construction et la menuiserie, des planches de Prusse, des planches 
de sapin, de la graine de lin pour le pays de Gaux, du chanvre, du fer, 
de l'acier, etc. 

Quelques-uns s*en retournent vides, d'autres se remplissent de 
vieux sel ; mais il leur est plus ordinaire de se fréter pour la Hollande, 
Hambourg et la mer Baltique^ qu'ils vont enrichir des marchandises 
provenant des Colonies françaises (i). 

Les armateurs havrais persistèrent donc dans leurs relations 
avec la Russie et nous en voyons un nouvel exemple en 1766, 
à l'occasion du naufrage d'un autre navire de M™* Homberg. 

Notre concitoyenne fut encore obligée de recourir à de 
puissantes intervenfions pour sauvegarder ses intérêts. La 
correspondance échangée à ce sujet démontre combien le Gou- 
vernement français était bien disposé pour favoriser les tran- 
sactions franco-russes. 

Voici, notamment, une lettre de M. le duc de Praslin, chef 
du Conseil Royal des Finances, ministre et secrétaire d'Etat de 
la Marine, adressée, de Versailles, le 22 décembre 1766, à 
M. Mistral, commissaire général de la Marine et ordonnateur 
en Normandie, avec résidence au Havre : 

J'ai reçu, Monsieur, votre lettre du iO ce mois cl le placet qui y 
était joint, de la dame Homberg, armatrice au Havre, dont le navire a 
fait côte sur la pointe de Schagen en revenant des ports de Russie. 
Non seulement je suis très disposé à procurer au dehors toute la pro- 
tection et la judtiçe possibles aux négociants et aux navigateurs, lors- 
qu'ils sont dans le cas de les réclamer avec fondement, mais j'y pren- 
drai encore un intérêt particulier \ïq\xt favoriser les expéditions dans 
le Iford, autant que cela sera praticable. 

Vous pouvez donc assurer M** Homberg que j'écrirai aussi fortement 
à H. le marquis de Blosset, ministre du Roi à Copenhague, pour l'en- 
gager à agir efficacement en sa faveur. 

Je souhaite seulement qu'il n'y rencontre pas de difficultés dont je 
ne pourrai juger que par sa réponse, parce que vous savez que dans 
chaque pays, pour les naufrages et autres incidents qui exigent des 
formalités maritimes, on suit assez fortement, pour les étrangers 

(1) iïwrotnî du Hnvre, p. 232, 



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— 39 — 

comme pour les nationaux, les lois qui y sont *en vigueur et qui 
doivent être égales (1). 

Cette lettre fut transmise aux maires échevîns du Havre, le 
28 décembre i766, et en même temps h Messieurs les directeurs 
de la Chambre des assurances de cette ville avec prière d'en 
donner communication aux négociants et armateurs çle ce 
port. 

A ces encouragements, il faut ajouter que Ton avait projeté 
d'établir au Havre une école pour les langues du Nord et 
spécialement la langue russe, mais il ne paraît pas que les 
échevins Havrais aient même essayé d'étudier cette entreprise 

cependant fort utile : 

Rouen, 5 avrii 1766. 
Aux Maires Echevins du Havre, 

Le Contrôleur Général mande à Tlnlendant qu'il est informé de très 
bonne école qu'il se passe des abus dans le frêlement des vaisseatix au 
Havre, que les vaisseaux étrangers sont beaucoup plus favorisés que 
les vaisseaux français, par les interprètes auxquels on est obligé d'avoir 
recours pour traiter avec les capitaines des vaisseaux étrangers ; qu'il 
lui paraîtrait important de remédier à ces abus, et qu'il désirerait 
savoir s'il ne serait pas possible d'établir sans beaucoup de frais une 
école pour apprendre les langues du Nord. 

Vous sentez aisément combien il serait à souhaiter que les interprètes 
fussent des naturels français, qu'ils seussent bien les langues usitées 
pour les capitaines étrangers. Dans ce cas, il n'est pas douteux que les 
interprètes français devraient être préférés aux interprètes étrangers, 
et, comme on trouverait peut-être peu de Français en état d'entendre 
et de parler les langues du Nord et surtout la langue russe, l'établis- 
sement proposé par le Contrôleur Général, d'une école pour apprendre 
les langues du Nord, semblerait être un moyen assuré de remédier 
§ux abus dont on se plaint. 

Je vous prie, dé la part de l'Intendant, de vous occuper sérieuse- 
ment de cet objet qui peut être important, d'y faire votre réflexion et 
de prendre la peine de me faire part de vos idées, afin que je puisse 
mettre l'Intendant en état de faire réponse au Contrôleur Général et 
de lui proposer ce qui paraîtra le plus^eanvenable et le plus avanta- 
geux pour le commerce national. 

(I) Copie de la leUre du duc de Praslin, chef du Conseil Royal des Financ*»s, 
minlslre et secrétaire d'Etat de la Marine, à M. Mistral, commissaire général de la 
Marine, ordonnateur en Normandie, datée de Versailles, le 22 décembre 17C6, aux 
archives du Havre. 



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- 40- 

Si l'on veut une nouvelle preuve de Tattrait pour la Russie 
qui se révélait parmi nos concitoyens, on. peut rappeler 
l'exemple de notre illustre concitoyen, Bernardin de Saint- 
Pierre, devenu officier de Tlmpératrice de Russie. 

Après avoir essayé sa carrière dans les Ponts et Chaussées, 
Bernardin de Saint-Pierre avait résolu d'aller proposer ses 
services en Russie où Catherine venait de saisir l'Empire. 
C'était dans la première moitié de l'année 1764* qu'il s'était lié 
d'amitié avec le Genevois Duval, joaillier de la Couronne, 
avant d'aller à Varsovie. 

De retour en France, Bernardin de Saint Pierre n'avait pas 
renoncé à son titre d'officier russe, car dans une lettre datée 
deSaint-Romain-enCaux (ou de Colt)osc), du 18 mars 1766, il 
demanda, à son correspondant, le joaillier Duval, de lui 
adresser ses lettres à Paris, à THôtel de Grenelle, à.M. de Saint- 
Pierre, capitaine au service de rimpératrice de Rtissie, 

Dans une antre lettre datée à Paris, du 24 novembre 1767, 
Bernardin de Saint-Pierre fait allusion aux malheurs d'un 
Français qui, à l'imitation de M. Begouen-Demeaux et de 
jjmo v'« Homberg. avait éprouvé certains déboires avec la 
Russie. « Il y a ici un homme qui fait le projet d'une conjpa- 
)) gnie sur la Mer Noire. S'il n'y réussit pas mieux qu'à ses 
» entreprises en Russie, je plains les actionnaires s'il en 
» trouve. » (1) 

C'était dans le but de développer ces relations que M. 
Begouen-Demeaux, dont nous avons raconté les tentatives^ 
avait envoyé en Russie, en Allemagne, son neveu, M. Jacques- 
François Begouen, âgé alors de vingt^cinq ans. Celui-ci a 
consigné ses observations dans une relation manuscrit^ que 
Ton a bien voulu nous communiquer. Nous la donnons en ap- 
pendice de cette étude en lui conservant son style et son ortho- 
graphe (2; : 

(1) Cauteries du Lundi, par Sainte-Beuve, tome vj, p. 429. 

(1) Ce sont de simples notes prises au jour le jour dans un intérêt p)^Rque exclu- 
sivement commercial. D'autres cahiers manuscrits se rapportent plus spêc^le.ment k 
la Russie et comprennent des réflexions bur la législatiçn lusse et un essai, sur le 
commerce de la Russie, 



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41 



Selettiozx dix -^ro^retcre de IS/L. Secro'u.ezx 
en Russie et en Allemagne 

Je suis parti du Havre ou plutost d*Honfleur pour Hambourg, la nuit 
do^auâimay (1768) sur le navire L*i4int7té, capitaine Gaartens- 
Lafrentz, naviguant sons pavillon hollandois ; nous ne pûmes vuider 
le Pas de Calais que le septième jour, et ayant presque toujours les 
vents à TEst.N.E. ; ce ne fut qu*à force de louvoyer que nous arri- 
vâmes, le 4 juin, travers de Tisle de Heiligoland, rocher d'environ une 
lieue de tour, habitée par des pécheurs et des pilotes qui viennent à 
bord des navires des qu'ils en apperçoivent ; quelque gros temps qu'il- 
fasse on peut toujours compter sur leur secours, mais aussi rançonnent- 
ils furieusement le capitaine quand il est en danger et qu'il a besoin 
d'eux ; on dit qu'il n'y a pas un quart de ces gens-là qui meurent dans 
leur lit, presque touls ont la mer pour sépulture. 

Quand nous eûmes passé ce rocher, d'environ 4 milles, il vint 
à bord un autre pilote pour succéder au premier ; ce second pilote est 
fourni par un navire entretenu exprés à l'embouchure de la rivière» 
sur lequel il y a une trentaine de pilotes, qui sont envoyés, chacun à 
leur tour, à bord des navires : quand touts y ont passé, il en revient 
d'autres dans le navire. Ce second pitote entre le bâtiment en rivière 
et lorsqu'il y est entré, il vient des terres un 3® pilote qui conduit le 
navire à Hambourg. 

Je n'ai point vu ce 3* pilote, ayant pris à l'arrivée du second, avant 
d'entrer en rivière, un bateau pêcheur avec lequel je suis arrivé à 
Hambourg le dimanche 5 juin, a 4 heures du matin : 

Dés à mon arrivée j'ai essuyé un trait de coquinerie de ces gens là, 
qui m'a paru de la dernière impudence. Le batelier avec qui j'avois 
fait marché pour 8 marcs pour me mener jusqu'à Hambourg, ce qui 
pouvoit faire un chemin d'environ W milles d'Allemagne, eut TefFron- 
terie de m'en demander 16 quand je fus arrivé ; ne pouvant pas 
m'expllquer avec lui en allemand sur une pareille demande je ne 
concevois en aucune façon sur quoi elle pouvoit être fondée^ enfin 
j'ai su qu'il prétendoit qu'il était bien convenu de me conduire moy, 
c'est à dire ma personne à Hambourg, mais qu'il n'avoit point été 
question de mes effets; je lui ai payé ses 8 marcs, lui ai donné quelque 
chose pour boire et l'ai envoyé promener. 

J'ai logé à Hambourg, au Kayserhoff, vis à vis de la Bourse et de 
l'Hôtel de Ville, et n'y ai resté que deux jours, ayant appris chez 
MM. Loreilhe et Nairal qu'il y avoit à Lubeck deux navires qui n'atten- 
doient que le Vent pour mettre à la voile pour St-Pétersbourg, et 
qu'après eux le plus prochain ne partiroit que dans six semaines. 



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- 42 - 

Je n'ai fait qae saluer à Hambourg MM. His et MM. Boue, etc. 

Le peu de séjour que j'ai fait dans cette ville, fait que je réserve à en 
parler lorsque j'y aurai un peu plus séjourné (1). 

Je suis parti d'Hambourg le 7 juin, pour Lubeck, par le chariot de 
poste, voiture très cahotante. Les chemins sont fort mauvais, et doi- 
vent être presque impraliquables en hyver; quoiqu'il en soit je me 
serois trouvé passablement bien mené si le posiillon n'eut pas été 
aussi altéré qu'il Féloit, mais il a fallu s'arrêter pour boire 5 ou 
6 fois seulement jusquà Schtinberg où l'on dine, c'est à dire à 4 milles 
d'Hambourg, autant en a fait l'autre postillon qui nous a mené de 
Schiinberg à Lubeck, où nous sommes arrivés à 8 heures du soir. A la 
porte de la ville, la sentinelle nous a demandé nos noms sans même 
se donner la peine de les écrire. 

J'ai TU à Lubeck le frère de M. G. Rettich et aussi M. C. Jordan 
pour lequel M. Loreilhe m'avait donné une lettre ; j'ai très peu vu la 
ville, n'y ayant séjourné qu'un jour et demi. Ce que jy ai vu de plus 
curieux, c'est le cadran ou horloge dans l'église cathédrale : A l'heure 
de midi, il s'ouvre deux portes l'une à droite de Jésus-Christ, l'autre 
à gauche, les douze apôtres sortent l'un après l'autre de la porte à 
gauche, et s'en retournent par l'autre porte après avoir fait chacun à 
son tour la révérence à Jésus-Chnst. Au dessus est une sphère où l'on 
voit tourner le soleil, la lune et la terre qui décrivent la même route 
qu'ils suivent réellement dans le ciel, et cela dans le même espace de 
temps ; la lune en 28 jours, la terre en 365 et tant de minutes. 

On voit dans cette même église le portrait en pied d'un sénateur de 
Lubeck qui a eu, il y a 50 ou 60 ans, la tête tranchée pour avoir 
vendu l'isle de Gottland, au Roy de Danemark, pour une contredanse 
ou pour un menuet. Pour avoir l'avanlage de danser avec la Reine de 
Dannemark, il livra cette isie qui est assez grande et qui rapporte, 
dit-on, 2 millions par an. On voit dans cette église un tableau assés 
bisarre, c'est la mort qui danse avec tous les états, d'un côté avec le 
Pape, de l'autre avec l'Empereur, avec le grand Turc, avec les car- 
dinaux, archevêques, prêtres, moines, gens de robe, courtisans, mar- 
chands, femmes, filles, etc. L'église a été bâtie par les Romains dans 
le temps qu'ils soumirent à leur domination toutes les nations bar- 
bares qui habitoient les bords de l'Elbe. 

Le commerce étoit un peu languissant à Lubeck, quand j'y ai passé. 
Leur commerce, avec toutes les places de la mer Baltique, tels que : 
Pétersbourg, Riga, Kœnisberg, Danlzig, qui étoit autrefois très consi- 
dérable, est fort tombé. Ils font généralement le commerce de tous les 

(1) M. Begouen fit un séjour plus long à son retour de Russie comme on le verra 
plus loin. 



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— 43 - 

articles de Russie, tels que le chanvre, le lin, le fer, les planches, les 
cuirs, les cires, etc., elc, mais il m'a paru que tout cela ii*étoil pas 
très animé. Je serai en étal (rentrer dans plus do détail quand j'y 
retournerai et que j'y aurai passé 8 ou 15 jours. 

La ville est assez singulièrement bâtie, à peu près dans le goût 
d'Hambourg, toutes les maisons ont pour ainsi dire l'air de chapelles 
ou plutost ;!e lanternes. 

Je suis parti de Lubeck le 9 juin après dîner, pour me rendre à Tra- 
vemund, à l'embouchure de la Trave, qui est la rivière qui passe à 
Lubeck. C'est là où je me suis embarqué le lendemain iO, à 7 heures 
du matin, pour St-Fétersbourg. Dans cette navigation on ne perd que 
rarement de vue la terre ; nous côtoyâmes d'abord les côtes du Meck- 
lembourg, l'isledcBornholen, etc. Arrivé à Gottland, notre pilote diri- 
gea mal notre route, de façon que le lendemain après midi, nous nous 
trouvâmes engagés entre quatre islesdes côtes de Finlande, lorsque nous 
croypns être à quelques milles seulement de Cronstadt, c'eut été peu 
de chose, si nous avions sçu que nous éiions la, mois ni le capitaine, 
ni le pilote n'en savoient rien, et nous voguâmes ainsi, en aveugles, 
pendant â^ heures, sans savoir où nous étions. Enfin, au bout de 
24 heures, nous nous dégageâmes de ces isles et mouillâmes devant 
Cronstadt, sur le soir du 10® jour de la plus belle traversée, ayant tou- 
jours eu fort beau temps. 

Le lendemain matin, nous levâmes l'ancre pour nous rendre à Croh- 
stadt, le premier Brandevacht que nous rencontrâmes, il vint à bord 
un commis de la douane visiter et mettre son cachet sur les écoutilles 
où étoit renfermé, tant les malles des passagers que toute autre chose; 
il met un soldat sur le navire pour veiller à ce qu'il ne passe rien en 
fraude et ce soldat y reste nourri par le capitaine jusqu'à ce que le 
navire reparte de Pétersbourg soit pour Lubeck ou pour tout autre en- 
droit. 

Après avoir passé ce premier brandewachi, on en découvre un second 
qui nous envoyé un pilote de la marine impériale et en même temps 
un homme chargé de prendre touts les passeports des passagers, et il 
s'en va avec le capitaine les faire viser au brandewacht, le capitaine 
revient a bord et l'on continue de s'acheminer. Quand on est arrivé 
devant Cronstadt il vient encore des commis de la douane vous visiter, 
même fouiller vos poches s'ils le veulent mais nous n'éprouvâmes pas 
cela. 

Ce n'est pas encore tout, avant de mettre pied à terre vous avez en- 
core la visite d'un major officier de la marine : cet honnête gentil- 
homme étoit saoul comme un cochon, il jura, fit un train du diable au 
pilote qui nous avoit conduit si prés de la porte du port, par où devoit 



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— 44 — 

entrer sa Majesté ce jour même, le menaça, etc. et nous fit perdre une 
heure ou deux à disputer et à jurer; enfin il nous permit de mettre 
pied à terre. A rentrée du port, en bateau, on nous visita encore. 
Voila 5 visites et nous en manquâmes une sixième, c*est à dire un 
second vu de nos passeports. Les préposés nous voyant entrer dans le 
port sans aller les leur faire voir, nous crièrent de toutes leurs forces 
de rebrousser chemin, ma foy nous ne savions trop ce qa'ils voulaient, 
nous allâmes toujours notre chemin, ils coururent après nous, etc. 

Cronstadt s*étend sur une longueur d'environ (lacune) et en a (la- 
cune). Dans sa plus grande largeur, elle est couverte de maisons mais 
sans ordre et sans rues formées, c'est jette ça et là ; les maisons sont 
fort basses et la plus grande partie en bois, il y en a cependant quel- 
ques-unes d'assez belles, bâties en briques et couvertes en blanc imi- 
tant la pierre de taille tant bien que mal ; les collèges de justice m'ont 
paru assés beaux. 

Le port est fort spacieux et rempli d'un grand nombre de bâttm«^nts 
marchands de tous pays. Ce port est fait de bois. Toutes les jetées sont 
en bois, ils n'ont point icy de pierres de taille, ils n'ont que cette 
espèce de grès ou pierre dure dont on se sert à Cherbourg pour la 
construction du port que Ton y fait actuellement. 

En arrivant à Cronstadt, je vis défiler 3 ou 4 vaisseaux de guerre, à 
deux batteries, d'environ 60 pièces de canon, faisant la manœuvre. 
Tout l'équipage habillé de verd étant rangé sur les vergues et sur les 
haubans et porte-haubans et tout cela au son des fifres et des clairons, 
et les officiers généraux accourant dans de jolis bateaux avec des ra- 
meurs uniformément habillés. 

Je restais un jour à Cronstadt, où l'Impératrice étoit attendre, mais 
elle n'y vint point. Je pris un bateau le lendemain à une heure de 
Taprès midi pour me rendre à Pétersbourg où j'arrivai le soir à onze 
heures et demie, et descendis chés Demont qui tient la plus grande 
auberge de ce pays cy. 

Cette ville fondée par le fameux czar Pierre I*', l'an 1603, étant 
construite dans des marais, est entièrement bâtie sur pilotis ; on ne 
peut fouiller deux archines dans terre, qu'on ne trouve l'eau, Qussi les 
fondemens sont-ils fort chers. 

Pétersbourg est extrêmement rrrégulier, il n'y a guère de rues for- 
mées que la grande Million, la Perspective, la grande Hoscoy, le 
Galerof qui est un quay plutost qu'une rue. Le reste est composé de 
maisons jettées ça et là qui ne se touchent point, et pour ) ou 3 belles 
maisons il se trouve 10 baraques qui ne sont pour ainsi dire que des 
cases à nègre. La ville est extrêmement spacieuse par cette raison et 
c'est un grand deffaut puisqu'elle poufreit être toute entière dans un 



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- 45 — 

espace moitié moindre qne celai qu'elle occupe aujourd'hui ; une 
grande faute selon moi c'est de n'avoir point tracé d'enceinte à cette 
ville, de façon que chaque particulier a bâti où il lui a plu, et souvent 
à un quart de lieue du corps de la ville, et si on n'y met ordre le mal 
ne fera qu'augmenter. Le premier projet de Pierre le Grand avoit été 
de bâtir la nouvelle ville sur une isie formée par la Neva que l'on ap- 
pelle encore aujourd'hui le vieux Pétersbourg. 

Je suis parti de Pétersbourg le 3 janvier 1769 à 9 heures du soir et 
suis arrivé à Riga le 8 à ii heures du matin. Les principaux endroits 
sur la route sont Jambourg, Narva et Dorpat. Cette dernière est une 
ville ruinée, Narva est fort peu de cliose, on y voit encore la forteresse 
bâtie par les anciens grands maîtres de l'Ordre Teutonique et vis à vis 
-ta nouvelle des Russes. 

Jambourg n'a de remarquable qu'une assés belle fabrique de draps^ 
les plus fins qui se fassent dans toute la Russie ; le directeur est un 
français, Bernard Vallée, de Cbâteauroux. 

J'ai vu toute cette fabrique où il y a beaucoup d'ouvriers du pays de 
Liège, tant hommes que femmes ; ces étrangers sont payés beaucoup 
plus chèrement que les nationaux comme de raison, puisqu'ils vont 
leur enseigner leurs métiers. Il y a 18 métiers de montes, ils ne tra- 
vaillent qu'en laine d'Espagne, et leurs draps m'ont paru assés fins 
pour pouvoir être portés par les honnêtes gens. L*opération est celle 
de toutes les fabriques, au sortir du métier les draps sont foulés puis 
souffres s'ils sont en blanc, puis tondus, nopés (i). Je ne sais si 
les couleurs sont données à la laine en nature, mais je le crois. 

Riga est une petite ville sur la Duyna fort belle rivière qui en facilite 
beaucoup de commerce. Cette ville a été prise sur les Suédois par 
Pierre le Grand qui, par capitulation leur accorda différents privilèges 
entr'autres celui de se gouverner eux-mêmes par des sénateurs ou 
conseillers de ville et bourguemaistres choisis d'entre les bourgeois. 

Il y a outre cela un antre Sénat composé de la noblesse qu'on ap- 
pelle la Régence. Le gouverneur est, comme on le juge bien, nommé 
fMir la Cour. La garnison est russe en partie et en partie entretenue 
par la Ville. 

On estime à un million et demi d'écns l'exportation annuelle et l'im- 
portation à un million. Cette ville a l'avantage de se servir d'une fort 
bonne monnaye qui sont les écus d'Âlberts ; les écns de France y ont 
aussi cours. La ville ne fait point frapper de monnaie à son coin et ne 
se sert point de la monnaye russe ; elle est gouvernée par un Sénat 

(1) Noper des draps, c'est retirer tvec des petites pincettes les petites saletés 
qui restent dans le drap. 



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- 4ft- 

composé de 4 bourguemaistrcs, 14 sénateurs, 4 secrétaires; ce Sénat 
juge en dernier ressort dans les causes criminelles, mais dans le civil 
il y a appel à Pétersbourg ; il est composé de lettrés qu'on appelle et de 
négociants qui n'ont aucune prérogative les uns sur les autres. Ce 
corps a toutes les prérogatives de la noblesse. 

L'Hôtel de Ville est un bâtiment neuf qui n*est achevé que depuis 
5 ans — dont les dedans sont fort honnêtes et dccens, sans sculpture 
et sans peinture. Il y a différents départemens du Sénat, Tun pour les 
affaires des orphelins, un autre pour celles des négocians, etc., il y a 
appel pour le civil au collège de Justice de Pétersbourg et de là au 
Sénat. 

J*ai entendu estimera 100,000 écusd'Alberts, le revenu des douanes 
de cette ville, qui ne sont cependant pas, a beaucoup prés, aussi forts 
que ceux de Pétersbourg. 

La vie est dit-on fort chère icy, cependant le pain m'a-t-on dit ne 
coûte que 3/4 de marks la livre, ce qui fait encore 5 liards monnoyc 
de France. 

Il vient icy tous les ans environ oOO navires étrangers, tant anglais 
qu'hollandais et allemands et fort peu de français. 

Il y a icy un établissement pour le feu qui me paroit fort avantageux * 
en faisant participer toute la ville à un incendie quelconque. Toutes 
les maisons sont estimées par dès experts, et s'il en brûle deux, je 
suppose, qui sont estimées ensemble à 20 mille écus, chaque maison 
est taxée pour rembourser les propriétaires à tant pour cent de leur 
valeur qui est le pied sur lequel, en cas d'incendie, elles eussent été 
remboursées. 

Je suis parti de Riga, le 14, sur les dix à onze heures du matin. La 
première chose que Ton fait c'est de passer la Duina, devant la ville, 
qui est large presque deux fois comme la Neva. Nous allâme^s tout 
d'une traite à Mittau qui est à sept mille de Riga et qui est la rési- 
dence du duc de Courlande. On sort des frontières de Russie à environ 
2 milles d'Allefiiagnc avant Mittau, il y a là sur la frontière, un bureau 
où se fait la dernière Visitation des Russes. 

A Miltau, on vint seulement nous demander, de la part des douaniers, 
si nous n'avions rien qui fût sujet aux droits, nous répondîmes que 
non et ne fûmes point visités. 

Je restai quelques heures dans Miltau que j'ai parcouru pour en 
connaître au moins l'extérieur , qui est fort vilain. J'oublioi de dire 
qu'avant d'arriver à Mittau, on trouve sur la rivière à une demie 
lieue de la ville, un très beau et vaste château dont la vue est très 
étendue, que fait bAtir le duc de Biren ; il est déjà sous toit, on Ira- 



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- 47 - 

vaille maintenant le dedans, on passe trois fois Teau, en tout, de Riga 
à Mittan, dans le cours de rhyver, nous avons été obligés de passer 
sur les bacqs. Le seul port de la Courtaude est Liban qui fait un asscs 
joli commerce. Le duc est extrêmement gêné par les Etats dont le 
pouvoir balance beaucoup le sien. 

La poste se paye dans la Gourlande, un gulden ou 1/4 d*ecu par 
cheval et par mille. Cette poste n'est point établie par le duc, mais par 
chaque gentilhomme sur la terre duquel on passe, de sorte que n'y 
ayant aucuns réglemens, on est entièrement à la discrétion des 
maîtres de poste. 

La Courlande est un pays très fertile, cependant il y a une grande 
quantité de bois a passer pour arriver à Memel. Deux stations avant 
Menet est une station polonaise, dans le petit village de Polangen, 
mais tout y est tranquille au moyen d'un régiment de cavalerie que le 
Roi de Prusse y fait passer pour les tenir en bride. On est visité la par 
les polonais qui cassent le plomb russe. 

A Memel on est visité par les prussiens dans les Etats desquels on 
est entré à la station antérieure, et on se fait plomber pour jusqu'à la 
frontière de Prusse, si l'on veut. 

Hemel qui n'est qu'une fort petite et vilaine ville ne laisse pas que 
de faire une exportation assés considérable en froment et en bois. J'ai 
vu un état de la Douane suivant lequel il est sorti l'année dernière 
571 lasts de bled, 47Q de seigle, 589 schocks de mâts, le schock est 
de 60 mâts. 

Il y est venu l'année 1766, 280 navires; en 1767, 300; en 1768, 366. 
Auparavant ces trois années cy ce n'était rien. Au reste, le port de 
Memel est bon et commode et propre à recevoir les plus grands 
vaisseaux y ayant 17, 18 jusqu'à 19 pieds d'eau, et l'on dit qu'à peu 
de frais on pourrait y en avoir 25. 

Une chose que l'on travaille à Memel à obtenir du Roy, ce serait un 
petit canal de seulement 3/4 de mille ou un mille de long qui rendrait 
la navigation des petites barques polonaises beaucoup plus aisé et 
moins coûteux, y ayant une pointe à doubler dans le Hast qui est très 
dangereux et les empêche même de pouvoir retourner chez eux, de 
sorte qu'ils sont obligés d'abandonner pour rien ces petites barques 
ou vétines comme il les appellent. 

Nous sommes arrivés à Kœnigsberg le 18 janvier à sept heures du 
soir. Kœnigsberg est une assés grande ville passablement bien bâtie, 
mais peu peuplée, en égard à çon étendue, n'y ayant guères que 40 
ou 50 mille âmes. On sait qu'elle appartenait jadis à l'ordre teutonique 
et a passé au roi de Prusse. 



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— 48 — 

Cette ville fait un grand commerce en froment et grains de toute 
espèce qu'elle tire de la Pologne. J*ai pris chés MM. Edward Gollins 
et G*^ une note de l'exportation et de l'importation de l'année 4768 
pour en avoir une idée, ils ont eu cette année 763 navires. Au reste 
ils n'ont pas icy une aussi belle rivière qu'à Riga, il s'en faut beaucoup, 
ni un port aussi commode qu'à Memel. Leur rivière n'a que 5, 6, 7 
pieds d'eau devant la ville, leurs grands navires sont obligés de rester 
à Pilau à 7 milles d'icy sur la Baltique. 

On change ici avec Amsterdam et Hambourg ; le cours est aujourd'hui 
avec Amsterdam de 3iâ petits gros pour 6 florins de Hollande et i37 
petits gros pour un écu de banque d'Hambourg. 

Les étrangers sont icy dans la même situation qu'à Riga, ne pouvant 
acheter ni vendre qu'au bourgeois; il ne leur est pas permis de traiter 
directement avec les polonais. 

On se sert de courtiers comme partout ailleurs, tant pour le change 
que pour les achats et vente. Les maisons sont assurées dans le 
même goût qu'à Riga. 

Il n'y a icy que trois maisons anglaises, celle de Collins, celle de 
M"^* Barclay et une autre dont je ne me souviens pas de la raison. Il 
y a beaucoup de juifs, on cite pour les plus riches Fried Lander et 
Seeligman et quelques autres mais en petit nombre, ils ont icy \trte 
synagogue et toute liberté de conscience comme toutes les sedtés 
quelconques, on sent bien qu'il n'en peut pas être autrement sous un 
roy tel que celui-cy qui pense trop juste sur de pareilles matières potfr 
se priver de bons sujets parce qu'ils ne pensent point tout à fait, l'un 
comme l'autre, sur des choses qu'ils n'entendent aucuns. 

n y a icy un Corps de Ville composé de la bourgeoisie et de 
différents collèges de justice ou Tribunaux pour juger les affaires, 
chacune dans les départements qui les regardent. 

Là princesse de Holstein, cousine germaine du feu Empereur 
ï^ierre III, demeure icy, elle a des terres dans les environs pour 
environ 9 ou 10.000 écus de rente, et reçoit 5.000 roubles de pension 
de la Cour de Russie. 

Le commerce se plaint prodigieusement icy. 

Il vient en dernier lieu de paroîtfe un Edit qui défend rentrée de 
toutes les soieries et étoffes étrangères, si ce n'est par transit pour 
l'intérieur ; on ne sait encore comment interpréter ce mot par transit, 
quelques-uns veulent que par là le roy ne défend que le débit en ville 
mais point la vente à l'étranger, mais il paroit plus que probable que 
le sens de Tédit est que le seul passage à l'étranger des balles entières 



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Satis venle restera permis. Cecy fera beaucoup de lort à loules news 
mannfactares et surtout à Lyon. 

Rœnigsbei^ fait aussi beaucoup en caiïés, indigots et sucres : les 
droits ne sont presque rien sur ces deux derniers, mais ils sont 
énormes sur le caiïc : 19 petits gros par livre. Il vient plus de sucres 
raffinés qu'en poudre. 

Le magi.strat juge les affaires des bourgeois, il y a une Cour de 
justice qui juge la noblesse en première instance d'où est appel en 
dernier ressort au Tribunal suprême composé de gens de loix. 

Il y a à Kœnigsberg 8 à 9.000 hommes de garnison, un régiment 
de dragons de 10 escadrons, deux régiments de campagne et un 
régiment de garnison. Un régiment de garnison est composé en partie 
de jeunes gens tels que nos milices en France, et en partie de vieux 
soldats dont cela fait en quelque sorte la retraite. 

Le Ducat qu'on nous avoit pris en Livonie et en Gourlande, c'est à 
dire jusqu'à une station avant Memcl pour 2 écus ou 8 golden, nous a 
été pris pour 9 florins ou 3 écus en Prusse dont l'argent est un peu 
moins bon, et icy dans la Prusse polonaise, c'est à dire pour prés de 
là livres ou 4 écus d'un argent encore à plus bas titre que celui de 
Prusse. L'écu à Riga se divise en 30 bons gros ou 90 petits gros. 

L'écu à Kœnigsberg vaut environ 3 livres 12 sols de notre monnoie 
actuelle. L'écu de Riga, au contraire, vaut de 5 livres jusqu'à 5 livres 
iO sols. Le florin de Kœnigsberg revient ainsi à peu prés à 24 sols. 

Je suis revenu à Lubcck par la roule d'Oldosloc qui l'allonge d'un 
mille, mais qui, quoique très mauvaise, est encore plus passable que 
la directe. 

Lubeck a un commerce actuellement très borné, ils ne sont pas en 
état de tirer de cliés nous une cargaison entière. Les huit ou dix 
raffineries qu'il y a icy sont peu considérables et les débouchés fort 
resserrés ; il ne leur est pas permis de rien envoyer en Danemarc ; les 
ports de Riga, Kœnigsberg, Dantzig n'ont pas de grands besoins de 
nos denrées de l'Amérique, Pélersbourg lire déjà directement ; le 
débouché de la Suède est fort peu de chose ; Hambourg et Amsterdam 
approvisionnent l'Allemagne, il faut donc qu'ils se tiennent dans un 
débit étroit. Si un négociant d'icy s'avisoit de faire venir pour son 
compte 100, 200 barriques de sucre, le petit nombre de raffineurs 
qu'il y a icy s'entendoit ensemble pour n'en donner que le prix qu'ils 
voudroient, ces raffineurs, d'ailleurs, n'ayant besoin à la fois que de 
10, 20, 25 barriques tout au plus. 

Le sucre se vend icy comme à Hambourg en deniers de gros ; le 
poids est le même dans les deux villes. Les caffés se vendent en sols 

4 



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- 50 - 

courants et non pas en sols de banque comme à Hambourg» le prix 
est acluellenienl de i% 12 1/2 sols pour le Martinique et il sols pour 
le St-Domingue. Au resie, Lubeck est réellement une place de peu 
d'importance pour nous, nous en pouvons aisément juger parce que, 
m'a dit M. Reltich, qu'il se flatloit d'être celui de tout Lubeck qui 
faisoit le plus dans nos denrées : il peut débiter en tout environ 
100.000 de caffé par an et 2.000 livres d'indigo. Le plus grand 
commerce de Lubeck est dans les articles du Nord : chanvre, fers, 
planches, etc., lins pour l'Espagne et le Portugal. Quant aux denrées 
de rAmcrique, ils les reçoivent presque louis par Hambourg; les 
frais de Hambourg icy sont pou de chose et les droits icy au.ssi 1res 
modérés. 

J'ai vu la raffinerie de MM. Paul et Luilke qui est une des plus 
considérables d'icy, mais qui ne m'a pourtant pas paru être grand 
chose, n'y ayant que 7, 8, 10 ouvriers au plus. La raffinerie consiste en 
3 ou 4 maisons, et ils ont assés de place et de chaudières montées pour 
travailler beaucoup, si le débouché étoit assés considérable et lucratif 
pour les y engager. Ils tirent la terre a raffiner de Rouen. J'ai vu de 
leurs plus belles raffinades qui fait de très beau sucre, mais il me 
semble que cela n'approche pas encore de celui de Hambourg. 

J'ai vu le port de Lubeck dans la Trave, il y a 10, 11, 12 pieds 
d'eau, c'est tout ce qu'il faut pour les navires qui naviguent ici qui 
sont : lubecquois, hollandois, hambourgcois, touts navires à fonds 
plats qui tirent peu d'eau. 

La ville de Lubeck n'a pas tout à fait cent navires, et on assure que 
cy devant elle en a eu jusqu'à prés de 200. Le port est fort long entre 
la ville et une partie des fortifications. En sortant par le Burgthor le 
coup d'œil est fort agréable et les environs de ce côté paraissent fort 
jolis, les remparts même sont fort agréables, à droite en sortant la 
porte est la Wagnitz, une petite rivière qui se jette dans la Trave, et 
de l'autre côté est la Trave même qui est jointe à FElbe par la 
Stegnitz, de sorte que ce qui est embarqué icy sur la Trave passe 
dans la Stegnitz puis dans l'Elbe à Hambourg; ce sont des batteaux 
extrêmement plats, y ayant des endroits où il n'y a pas plus d'un 
pied d'eau. 

Le poids de Lubeck devroil être plus fort que celui de Hambourg, 
mais très souvent il ne rend que le pair. 

M. Rettich m'a dit que le paysan icy aux environs buvoit beaucoup 
de caffé, mais fort faible. 

Le Mecklembourg qui avoisine le territoire de cette ville cy lui 
fournit la plus grande partie des bleds qu'elle exporte à l'étranger, 
c'est un territoire très fertile et extrêmement bien cultivé. 



f- 



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— 81 - 

Tool ce qui s'envoie à Siockolm doit passer par Wismar qui csï 
une ville privilégiée pour cela. Il y a 4 ou 5 paquebots danois qui 
vont d'ici à Coppenhague touts les 8 jours, il en part un d'icy et un 
de Coppenhague. 

La construction û Luheck est beaucoup moins chère que chés nous, 
M. Ritlich m*a dit que son père avoit fait bâtir en temps de guerre où 
tout étoit encore plus cher qu'à présent, un joli navire de 150 lasts on 
300 tonneaux, lequel, construction, arracmens, agrès, apparaux, mise 
dehors, vivres jusqu'à Bordeaux, ne lui étoit revenu qu'à 54.000 livres 
environ de notre monnoyc, cela étant, il y aurait assurément une 
vingtaine de mille livres à épargner d'y faire construire, au lieu de 
faire construire au Havre, que sûrement en temps de paix, un pareil 
navire ne nous reviendrait pas à 50.000 livres. 

Je suis arrivé à Dantzig le 23 janvier, à 8 heures du matin ; la 
Vislule était presque entièrement couverte de glaces, je l'ai cependant 
passée sur un bac. Celte ville est l'entrepôt de toute la Pologne et 
fait un commerce considérable en grains de toute espèce, 1)ois, mâts, 
planches, cires, cendres, etc. 

J'ai pris une notte de la sortie des grains pendant l'année dernière 
et pour les navires : 

H en est arrivé 1.151 

Il en étoit resté de Thyver 1707 98 

1.241) 

H en est sorti 1 . 1 90 

Il en reste dans le port cet hyver 59 

1.249 

Il est arrivé 878 grandes barques polonaises longues et qui peuvent 
s'en retourner à rames et à voiles. 

Plus 317 petites barques quarrécs avec lesquelles ils ne peqvcnt 
point remonter, de sorte qu'ils sont obligés de les donner icy presque 
pour rien. 

Il est sorti d'icy l'année dernière 57.000 lasts de grains, ce qui est 
immense et en a furieusement soutenu le prix. Il vaut actuellement, 
qualité quelconque, pourvu qu'il ne soit point échauiïé : 415 à 420 
sols le lasl, ce qui revient à près de 6 livres de notre boisseau de 60 
livres. Ils ont pour faire l'épreuve deux mesures qui forment une 
espèce de balance ; ils pèsent le bled avec un échantillon dont ils 
gardent le poids par devers eux, ce qui leur sert oulre, la confronlalion 
de l'échantillon, à reconnaître leur marchandise, parce qu'il estasses 
d'usage ici que Ton laisse^ dans les magasins mêmes du vendeur les 



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— K2 — 

grains qae Ton a acheté jusqu'à ce que Ton veuille en prendre livraison, 
en en payant comnie de raison le magasinage et Tintérèt du retard, etc. 

On croit que la sortie du seigle va être défendue en Pologne afin de 
pourvoir à la subsistance de Parmée. 

Cette place change avec Amsterdam et avec Hambourg ; elle donne 
à Amsterdam 400, 410, 415 gros pour 6 florins d'Hollande et à 
Hambourg HO, 175, 180 gros pour un V de Banque. 

La Régence prétendit l'année dernière fixer le prix des ducats ei le 
cours du change à 400 gros. Les négociants en haussèrent les épaules 
et firent passer toutes leurs lettres à Rœnigsberg. Les marchands 
boutiquiers qui composent en grande partie le Sénat et qui avoient 
rendu cet édit afin d'avoir les lellres de change à meilleur marché se 
virent frustrés dans leurs espérances et obligés de les payer à 
Rœnigsberg plus cher qu'ils n'auroient fait icy. 

La Régence ou Sénat est composé en quelque sorte de 3 corps. Le 
l**"^ corps e^tde quatre bourguemaitres et douze conseillers ; le second, 
de 12 échevins, et le 3*^, de cent notables; il n'y a aucune voix 
prépondérante. Chaque individu a une voix dans son corps et chaque 
corps seulement une voix, de sorte que deux d'accord entraînent le 
troisième quel qu'il soit. Les deux premiers corps, afin de conserver 
cependant une certaine supériorité, ont soin de ne faire entrer dans le 
3® corps que des marchands boutiquiers et point de négociants 
entendus. 

On distingue icy 4 qualités de bled. La i**"^ est le sendomir ou bled 
blanc ; il n'y a guère que les Anglois qui en tirent pour leurs puddings. 
La 2* est ce qu'il appellent marbré ou bigarré, c'est à dire mêlé de 
blanc et de rouge. La 3^ rouge et la 4% basse qualité. 

On ne reçoit icy comme monnoye courante ni l'argent de Prusse, 
ni celui de Pologne, mais seulement celui de Dantzig qui est d'un très 
mauvais aloy. Le ducat vaut actuellement onze florins 24 gros. Le 
florin contient 30 gros, monnoye imaginaire, il faut 5 sechiers pour 
faire un florin et deux dutchiiis pour un scchier donc le dutchen est 
de 3 gros. On est obligé de payer la poste 3/4 monnoye de Prusse et 
1/4 monnoye de Pologne, on n'y reçoit point la monnoye de Dantzig. 

La moitié des droits d'entrée comme de sortie appartient au roy de 
Pologne, qui relire celle moitié claire et nette. C'est à la Ville à qui 
appartient l'autre moitié à faire là dessus les frais pour l'entretien du 
port, etc. Les droits .sont peu considérables mais ne sont point 
absolument fixes, la régence jugeant quelque fois à propos de les 
augmenter ou diminuer sur certains articles suivant les circonstances. 

M. Gérard résidant de France, frère du l®*" commis du Bureau des 



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— 53 - 

affaires étrangères, m'a dit qu'on se plaignoit prodigieusement icy et 
avec raison des frets exhorbitans que font payer les RouennoU; il 
m'a cité par exemple qu'un équipage qu'une maison angloise avoit 
ordre de faire venir pour le roy de Pologne a été portée à 800 florins 
de fret de Rouen icy, 100 livres de chocolat, 100 florins, qu'on feroit 
si bien que les expéditions se feront par Dunkerqne et que la place de 
Rouen se verra enlever par sa faute une branche de commerce 
considérable. 

Il est presque inconcevable que la France avec tous les avantages 
possibles, ne soit pas le royaume le plus commerçant de l'Europe; 
rien ne lui manque, elle n'a pour ainsi dire rien à désirer, sa situation 
est unique, son terroir excellent, un beau climat, des productions im- 
menses ; l'industrie portée aussi loin que chés aucun peuple de la terre. 
Que lui manque-t-il donc ? Une seule chose, l'habitude de tirer de ces 
avantages tou( le parti possible. Elle fait, avec presque toutes les places 
de l'Europe, un commerce avantageux pour elle et ce scroit bien autre 
chose si elle connaissoit l'économie de la navigation, mais non ; il 
n'est point de nation qui navigue à si gros frais et cela donne aux 
Anglois, et aux Hollandois surtout, un avantage singulier sur nous. 

J'ai vu chés un des meilleurs horlogers d'icy, un nommé Bellard, 
une jolie horloge qu'il fait pour le comte Romanzow, jouant sur là flûte 
et le clavecin. J'ai été exprés chés lui pour m'en faire expliquer tout 
le mechanisme qui, à la première vue, me paroit compliqué, mais qui se 
développe et devient simple aux yeux de qui l'examine. Au milieu est 
la sonnerie, horloge ordinaire, à l'un des côtés, l'engrainage de roues 
qui fait tourner le cylindre noté, dont les petites pointes font jouer les 
marteaux, les uns sur le clavecin, les autres sur de petites soupapes 
qui forment la flûte, au moyen d'un souflct qui fait jouer l'engrainage 
de l'autre côté par un mechanisme pareil. Toute la machine est mise 
en train par des poids, qui, dès qu'ils ne sont plus arrêtés font tourner 
la première roue qui donne le mouvement à toutes les autres. 

J'ai vu les remparts et les forliflcations extérieures delà ville qui me 
paroissent assés fortes; il y a le Bischopsberg qui est fort élevé etdo- 
raine toute la ville ainsi qu'une autre petite ville nommée Tolsemberg 
qu'on peut entièrement détruire par le canon de Bischopsberg. On peut 
faire, hors des remparts, tout le tour de la ville en une heure et 
quart. Les remparts ne forment pas une belle promenade, n'étant point 
d'un terrain égal et en plate-forme, mais du reste ils sont larges et bien 
revêtus ainsi que les fossés. 

Il y a, à la Bourse, la statue pédestre du roy Auguste fait par un 
sculpteur dantzicquois et aussi un fort beau et grand tableau repré- 
sentant le Jugement dernier. 



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— Si — 

Il se fait icy aussi, un assés grand 'commerce en toiles de Pologne 
qui s'exportent principalement pour la Hollande et TEspagne et aussi 
un peu pour TAngleterre. Ce sont des toiles d'emballage et autres toiles 
grossières qui sont à fort grand marché. La toile d'emballage est d'en- 
iriron 5 gros l'aune qui est juste moitié de celle de France, elle peut 
avoir 5/8 d'aune de France de lès, l'autre toile dont j'ai pris un échan- 
tillon est plus belle et de pareil lés, peut valoir 7, 8 à 9 gros l'aune. 

Danizig est la place d'Allemagne la plus forte en soyeries ; on 
ne peut point cependant estimer à i5, i6, 47, i8 millions ce 
qu'elle tire touts les ans soit de France, d'Italie ou d'Angleterre, sans 
courir risque de se tromper de plusieurs millions en trop ou trop peu, 
parce que tout ce qui vient par terre n'est sujet ni à douane, ni à rien 
du tout et entre dans les magasins du marchand sans que le public 
soit informé de rien là dessus. Il n'y a que le commerce maritime qui 
puisse s'estimer à cause des déclarations qu'il faut faire des charge- 
mens. 

M. François Rothembourg a expédié l'année dernière pour la France 
pour compte du roy 0,000 lasls tant froment que seigle. 11 est parti 
d'icy 80 et quelques navires pour les ports de France. 

Un désavantage considérable qu'ont nos navires dans ce port cy, 
c*est d'être d'un trop grand tirant d'eau et trop fins pour l'échouage ; 
ils sont presque touts obligés de rester en rade, n'y ayant icy que 8 
pieds d'eau devant la ville où viennent charger les hollandois, anglois 
et autres qui touts cependant sont obligés de passer par le canal, y 
ayant une barre de sable qui ferme l'entrée de la rivière et la rend im- 
praticable. Ce désavantage est d'autant plus grand qu'outre les fraix de 
port, à bord par allèges, tout le transport est aux risques du navire de 
sorte que s'il se perd une allège, le navire doit supporter la perte de la 
marchandise et payer l'allège même. 

Il n'y a point icy de Chambres d'assurance, on fait assurer à Ams- 
terdam, qui est pour ainsi dire le centre des affaires de Dantzig ; tous 
les pniemens s'y font. C'est Amsterdam qui fait les fonds auxDanlzi- 
quois, à la déilutation des marchandises de la Pologne. On estime 
qu'il faut icy par an, un million et demi de livres de caffè. 

La ville de Danizig est entièrement entourée de fortifications mais 
en outre, il y a beaucoup d'ouvrages avancés du sud au nord par 
l'ouest, il n'y en a point du côté de l'est, parce que, dans le besoin, 
on peut lâcher les écluses et inonder tout le plat pays, de sorte que 
celte place peut pas.ser pour être très forte ; il n'y manque qu^une 
bonne garnison. On sait cependant qu'elle a arrêté et soutenu tous le$ 
efforts des Russes dans la dernière guerre. 



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— 55 - 

La ville contieat environ 50,000 âmes sans compter les 6 fauxboargs 
qai sont considérables. 

Je suis parti de Dantzig, le 5 février, à 8 heures du matin et suis 
arrivé à Berlin le 43 à onze heures du matin. Assés bonne route 
parce qu'il avoit gelé quelques jours auparavant. On paye 8 gros par 
cheval par mille, et l'ordonnance pour le Trinegeld est de 3 gros par 
mille ; les postes vont fort bien, les chevaux excellens, mais on vous 
fait attendre toujours au moins une heure à chaque station. — Le Roy 
met garnison dans toutes les villes quelque petites et peu importantes 
qu'elles soient même dans les moindres bourgs, nous avons trouvé 
garnison partout sur la route. 

La Gasubie et la Pomeranie, du moins du côté ou j*ai passé, ne 
m'ont paru guère fertiles. Les milles, dans la Pomeranie, sont d'une 
longueur énorme, ce sont encore apparemment les milles suédoises ; 
ce pays leur ayant appartenu cy devant. 

En arrivant a Berlin il vaut mieux n'être point plombé, alors on est 
visité à la porte et les choses se passent honnêtement, si au contraire 
on est plombé, on est mené à la douane et visité très sévèrement par 
les François qui ont icy en main toute la régie des domaines du Roy. 
Les 4 principaux régisseurs sont de Latre, Brien, de Launay et 
Pernetti avec chacun 45,000 écus d'appointements. Bernard qui est 
sous intendant des postes a 6,000 écus, La Hoguc, 3,000, etc. La 
nation est furieuse de se voir livrée par le Roy à ces étrangers qui, 
eifeclivement, abusent souvent de leur pouvoir pour vexer cruellement 
les étrangers comme les nationaux. 

Les nouveaux arrangements pris par le Roy pour encourager ses 
manufactures écrasent et ruinent le commerce qui ne peut pas 
subsister s'ils ne sont changés; il n'y a presque rien dont l'entrée soit 
permise, ni draps, ni camelots, ni étoffes, enfin d'aucune espèce, ni 
galons, ni chapeaux, ni bas de soye, rien ne peut entrer, il faut abso- 
lument se servir des fabriques, mais ces fabriques quoique leurs étoffes 
ayent de l'œil, n'approchent point encore pour la bonté des fabriques 
étrangères. N'importe, voila qui est fort bien, mais le but est manqué, 
on encourageroit bien plus véritablement les manufactures de toute 
espèce, en permettant l'entrée des marchandises étrangères avec un 
certain droit qui mit les fabriques du pays en état d'en soutenir la 
concurrence. 

J'ai vu la salle d'opéra, dont le dehors est d'une architecture extrê- 
mement noble et simple, dans le goût antique. Les dedans sont assez 
beaux. La salle est vaste et bien ornée, mais il y a plusieurs deffauts 
et surtout celui d'avoir la première loge de chaque côté placée de ma- 
nière qu'on n'y peut pour ainsi dire rien voir de ce qui se passe sur 



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— 56 - 

le théâtre et aussi que les coulisses sont beaucoup trop avancées sur 
la scène et la rétrécissent. Du reste pour la bien juger il faudrait la 
voir illuminée et y voir représenter une pièce. 

J'ai vu le dedans de la nouvelle église catholique dont le portail est 
très beau; on manque d*argent pour l'achever. 

J'ai vu l'arsenal, superbe bâtiment à l'extérieur; il confient 
140,000 fusils en très bon ordre, une immense quantité de sabres et 
de pistolets : dans le bas, des pièces de campagne mais point de 
canons d'un calibre remarquable. La statue pédestre de Frédéric I^, 
en bronze, avec 4 esclaves enchaînés gît là ; je ne sais pourquoi on ne 
la place point dans quelque place. Du reste les Russes ont enlevé tous 
les ornements militaires qui erobellissoient cet arsenal dans les dedans. 

J'ai vu la fabrique de porcelaine, c'est à dire seulement le magasin, 
car on ne laisse point voir travailler, dont j'ai été fort satisfait, il y 
avait 2 lustres, l'un de i,500écus, l'autre de !,200 qui étoient de toute 
beauté. Ils prétendent maintenant l'emporter, à touls égards, sur celle 
de Metz, par la beauté de la peinture, ainsi que parla blancheur de la 
masse et l'égaler en solidité. Voicy l'épreuve qu'ils m'ont dit avoir 
faite : mettre une tasse dans l'eau glacée, l'en retirer, la remplir d'eau 
froide, et sur le champ la faire bouillir sur un réchaud, puis la rejeter 
dans de l'eau glacée. ËiTectivement il faut qu'elle soit bien forte, si elle 
soutient une telle épreuve : mais l'épreuve ordinaire et suffisante est 
d'y faire bouillir de l'eau dedans. La fabrique est royale, ainsi c'est 
aux dépends du Roy et à ses profits que l'on y travaille et il a donné 
ordre de tout vendre à 10 pour cent au dessous de celle de Saxe. 

J'ai vu un très joli service avec peinture en pourpre superbe, com- 
posé de la boette à thé, de la theyère, de la cafTetière, etc., 6 tasses à 
chocolat, 12 tasses à thé à 245 écus ; d'autres en peintures de difle- 
renles couleurs à 225 écus. Le magasin ne m'a point paru aussi consi- 
dérable que je m'y étois attendu. Il est vrai qu'il y a sept autres ma- 
gasins dans les provinces : un à Kœnisberg, un à Magdebourg, etc. ; 
chacun peut acheter pour revendre en détail. 

J'ai vu une manufacture de pluches, velours de coton, camelots et 
toutes étoiïes pareilles de laine et de fil de chèvre qui est conduite par 
MM. Laurent Soiron et C® ; le bAliment a été donné par le Roy et en 
sus, dit-on, 150, et suivant d'autres 80,000 écus pour l'établir. Il est 
inconcevable avec quelle facilité le Roy a fait souvent de pareilles lar- 
gesses a des étrangers qui viennent lui présenter des projets d'établis- 
sement. Cette manufacture de M. Laurent ne commence d'être en train 
d'aller que depuis 2 ou 3 ans et l'on s'aperçoit bien qu'elle n'est pas 
encore montée comme elle pourroil être, il n'y a guères qu'une qua- 
rantaine de métiers qui marchent et la maison est assçs vaste pour cq 



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— 57 - 

contenir an moins deux cens, mais il est vrai que ce n'est pas le lout 
que de faire de la marchandise, il faut en avoir le débit et c'est ce qui 
leur manque, du moins la consommation étrangère, car pour celle du 
pays même ils Tont, attendu qu'il n'est point permis de se servir d'au- 
cunes étoffes étrangères. Leurs étoffes icy ne manquent point d'œiL, 
mais ceux qui en font usage disent qu'elle n'est d'aucune durée et sont 
d'ailleurs plus chères que ne le seraient les étrangères. 

J'ai vu la Bibliothèque du Roy qui n'est pas riche en livres mo- 
dernes, il s'en faut beaucoup, mais qui ne laisse pas de l'être en ma- 
nuscrits de loute espèce, on m'y a fait voir tous les codes anciens, grecs, 
turcs, persans, égyptiens, arabes ; des manuscrits éthiopiens sur des 
feuilles de palmier; une belle colleclion d'histoire naturelle en des- 
seins; un calendrier lapon sur du bois, etc. On m'a fait voir un livre 
d'une très belle impression faite seulement 30 ans après l'invention, 
quelques collections d'estampes d'un graveur nommé Marc Antoine 
qui l'inventa grava les tableaux de Raphaël et porta cet art à sa per- 
fection dès son berceau. 

Le Kunst-Kammer ou Cabinet de curiosités où l'on voit le modèle 
en petit, mais en bronze et parfaitement bien fait de la statue du 
Grand Electeur qui est sur le pont de la Sprée. Un autre ouvrage en 
fer, d'un homme de Berlin, représentant sous la figure du Grand 

Electeur combattant la chimère ; le cheval, le cavalier, 

le monstre, tout est d'une seule pièce et travaillé avec un soin infini ; 
les moindres veines du cheval y sont marquées ; sa sueur, le fourreau 
de son sabre imite le cuir par la manière dont il est travaillé. La re- 
présentation en cire des sœurs et frères du Roy morts encore enfants ; 
un jet d'eau et fontaine tout d'ambre, le modèle d'un temple en yvoire, 
plusieurs petits morceaux de sculpture excellens pareillement en 
yvoire ; un petit cabinet d'ambre, des vases d'ambre avec de très beaux 
bas-reliefs, puis, les métaux, les minéraux. 

On m'a fait voir un morceau d'une mine d'or extrêmement riche, 
puis un arbre renfermant une tête de cerf dont les bois sortaient de 
tous côtés, on appcrçoit encore un bout du crâne qui n'est pas entière- 
ment couvert par l'arbre. 

On y voit en cire dans ses propres habits et dit-on très ressemblant 
le roy défunt Frédéric l**"; on m'a fait voir, rendu moitié or par un chi- 
miste que l'on a prétendu avoir trouvé la pierre philosophale, et qui 
par une fausse opération trouva la porcelaine et donna lieu à l'établis- 
sement de la fabrique de Meissen, etc. 

J'ai vu la manufacture des tapisseries de haute lice, les couleurs y 
sont fort belles, mais c'est une abomination que la manière dont cela 
est destiné, des jambes et des bras estropiés, ce n'est qu'une bagatelle 



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— 58 — 

mais il est vrai qa*une pareille roanufactnre devrait être entre les 
mains d'un souverain : un particulier ne peut jamais être assés riche 
pour la porter à sa perfection; toutefois ils envoyaient beaucoup en 
Russie. A la bonne heure. C'était bon pour des Russes, mais ceux-cy 
ont à présent aussi une manufacture de pareilles tapisseries, mais 
leurs pièces sont encore plus pitoyablement dessinées qu'icy. 

J'ai élé à Spandau, voir cette terrible prison d'Etat dont on parle 
tant; nous n'en fîmes que le tour en bas car nous eûmes le hazard 
d'être pris pour des françois de la Régie, et sur cette bonne recom- 
mandation le commandant ne voulut pas nous permettre de voir les 
hauts de la forteresse. 

Nous allâmes voir là auprès, la fabrique d'armes qui appartient à 
M" Splitgerber qui ont un marché fait avec le Roy qui leur paye tant 
la pièce. Nous avons vu fabriquer les fusils, les sabres, etc. ; d'abord 
forger le fer, puis l'applatir et l'amaincir graduellement vers les bouts; 
ensuite l'arrondir, puis le forer, puis les sabres sur des meules qui 
tournent très rapidement, et, aussi faire des cuirasses. Ils se servent 
du fer de Suède. 

Il est incroyable toutes les formalités qu'il faut essuyer pour aller 
faire seulement une pareille promenade en voiture. Le cocher est 
obligé d'en avoir la permission du Bureau de la poste qui ne la lui 
accorde qu'en payant un droit par tête d'homme et de cheval, 4 gros 
par personne et un gros par cheval, puis encore un autre droit pour les 
pavés, etc. A la porte il faut donner votre nom, dire qui vous êtes, où 
vous logés, où vous allés et quand vous comptez revenir. Si l'officier 
manquait à vous faire toutes ces questions, il serait mis aux arrêts 
pendant un mois, couché sur te plancher, sans qu'il lui soit permis 
pendant tout ce temps de défaire ni ses habits ou ses bottes. Vous êtes 
visité à la porte et de même en revenant. 

Le Roy, en 58, fît fabriquer une monnoye extrêmement mauvaise 
qui a ruiné icy bien des familles; elle éloil telle que : un auguste d'or 
qui valoit icy 5 écus par l'ordonnance, ne valoit qu^un oiarc et demi à 
Hambourg, et la monnoye d'argent étoit encore pire. Les premiers 
qui s'en apperçurent dupèrent ceux qui n'en savoient encore rien en 
leur offrant jusqu'à 7 écus de leurs bons louis, la monnoye dès ce 
commencement étoit tellement altérée qu'au lieu de 7 écus ils n'en 
recevoient réellement que 3 et demi, et n'ont de leur vie revu leurs 
louis mais la chose alloit toujours en augmentant et chaque semaine 
la monnoye étoit altérée de 12 pour cent. La chose en vint au point, 
comme je l'ay dit ci-dessus que l'on ne recevoit à Hambourg qu'un 
marc et demi pour la pièce d'or valant icy 5 écus il falloit voir alors 
les débiteurs s'empresser de rembourser leurs dettes avec cet argent 



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— 8U — 

de bas aloy, les Danlzicquois et les Polonois en furent les malheu- 
reuses victimes en croyant faire les plus belles affaires du monde. 

Les Polonois vendoient avec un empressement singulier leurs bœufs 
et leurs troupeaux, on les payoit en augustes d'or qui valoient 3 ou 
4 fois moins qu'ils ne croyoient, en ducats fabriqués icy, qui étoient 
plutost des jettons à jouer que des pièces d'or; on les inonda de mau- 
vais argent. La paye des soldats et des offîciers se faisoit sur le même 
pied; les ofOciers quittoient le service, entr'autres deux officiers d'un 
même régiment s'étant retirés, le Roy en demanda la raison au colonel 
qui lui ré|)ondit que cVtoil le mauvais argent qui en étoit la cause; 
Gomment le mauvais argent, dit le Roy, faisant l'étonné, d'où vient 
donc ce mauvais argent, qu'est ce qui le fait fabriquer (!) 

Ce ne fut qu'en 04 (1704) que toute cette mauvaise monnoye fut 
réformée et les choses remises sur l'ancien pied. 

J'ai vu la fabrique de soyeries de MM. Baudouin, mais ils n'ont 
qu'une vingtaine de métiers là ensemble, les autres sont repartis en 
divers quartiers de la ville. Je n'ai pas été extrêmement content de 
leurs étoffes, et c'est cependant une des meilleures fabriques d'icy, ils 
prétendent égaler la France dans les gros de Tours et dans les étoffes 
riches pour veste, mais de leur propre aveu les autres étoffes ne valent 
pas celles de France ; et ils ne peuvent point vendre à moins de 7 à 8 
pour cent, au moins plus cher que les étoffes francoises rendues icy, 
ainsi ils sont encore bien éloignés d'être en état de s'en procurer un 
débita l'étranger; ils se plaignent beaucoup de la paresse de leurs 
ouvriers qui de toute la journée ne travaillent qu'environ 8 heures 
tandis qu'un ouvrier en France travaille !6, 17, 18 heures par jour et 
travaille plus vite encore ; de sorte qu'il leur faut, disent-ils icy, 3 mois 
pour faire ce qu'on fait à Lion en un. Au reste ils sont obligés de tirer 
leurs dessins de France et ils n'ont pas dans tout Berlin, à ce que m'a 
assuréM. Baudouin, plus de4hommes en état démonter comme il faut 
un métier. Le moirage leur coûte icy beaucoup plus cher qu'en France; 
la main-d'œuvre de l'ouvrier presque double; on paye icy pour 
Taune de Berlin ce qu'on paye en France de notre aune et il faut 7/4 
de Berlin pour faire une aune de France. 

Il y a bien icy comme en France des ordonnances au sujet des 
fabriques par lesquelles il est défendu de ne fabriquer les étoffes que 
sur des largeurs rerues, etc., mais on n'y tient nullement la main, 
ainsi que sur l'cmploy des soies crues avec les soies cuites ; ce qui 
rend les étoffes extrêmement cassantes et d'un mauvais usage et où le 
fabriquant gagne les ^ p. Vo de déchet que fait toujours la soye 
par la cuisson. 

Au cpramenccmcDt de la paix, on avoit conseillé au Roy d'acheter 



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— 60 — 

toat ce qui restoit d'anciennes étoffes chez les fabriquants qai en 
étoient touts surchargés afin de les mettre dans le cas de pouvoir 
travailler de nouveau avec ardeur et avec émulation, il étoit prêta le 
faire et auroit fait grand bien :'i toutes les fabriques, mais on Ten 
déconseilla et il se contenta de donner la première année une boni- 
fication de 10 p. 7o sur tout ce qui seroit vendu, ce qui ne fit qu'un 
effort fort passager et fort peu sensible. 

On est obligé icy de payer en Italie les soyes au comptant, au lieu 
que les François obtiennent des Italiens des termes de 9, 12, 18 mois, 
ce qui vient de ce que la France a beaucoup plus de liaisons de 
commerce avec Tltalie que n'en a ce pays ci. Pour remédier à cela, 
le Roy fit icy un fonds de cent mille écus pour former un magasin de 
soyes qu'on tiroit pour son compte d'Italie, pour les recéder au 
fabriquant à 9, 10 mois de terme, c'étoit excellent, mais il mit à la 
tète de cela des conseillers privé et autres gens qui savoient à peine 
ce que c'étoit que de la soye, et qui la payèrent en Italie 10 p. "^/o plus 
cher qu'elles ne valoient, de sorte que les fabriquants n'en voulurent 
point, cela mécontenta le Roy et les choses en sont restées la. 

J'ai vu une des 3 raffineries de MM. Splitgerber et Daun« qui ont le 
privilège exclusif, monopole qui les met dans le cas de vendre leurs 
supres faits le prix qu'ils veulent dans les Etats du Roy, excepté dans 
la Prusse royale qui a permission de les tirer de l'étranger. Dans 
chaque raffinerie ils ont environ 50 hommes employés, en tout environ 
200 en comptant des manœuvres que l'on prend quelquefois à la 
journée : ils font l'un portant l'autre 6 à 7 milliers de sucres par jour 
dans chaque raffinerie, mais fort peu de sucres fins parce qu'ils n'en 
trouveroient pas le débit ; ils fournissent Vienne, outre les Etats du 
Roy. 

On donne aux apprentis : la i*^ année 36 écus, la seconde 42 et la 
3* 62, logés, nourris, blanchis et chauffés. MM. Splitgerber et Daun 
sont morts, le fils du premier a laissé là les affaires et acheté une 
charge de grand veneur du prince Ferdinand, les deux gendres du 
vieux Splitgerber sont donc, à présent, les chefs de cette maison ; le 
premier se nomme Schikler et le second Berents, il y a aussi le neveu 
de Splitgerber, cela fait 3. Les fils de M. Daun ont, je crois, un interest 
dans la maison, mais ne s'en mêlent point du tout. 

J'ai vu à Berlin, les horloges de Huguenin qui sont les plus belles 
que j'aye encore vu dans le genre. J'en ai vu qui sonoient 32 airs sur 
un même cilindre : une horloge astronomique marquant avec précision 
touts les mouvements des astres et ne se montant que touts les 21 ans. 

Je suis parti de Berlin, le 3 mars, à 6 heures du matin, arrivé à 
Potsdam, à 10 heures et demie, je n'ai vu que la fin de la parade. Le 



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- 61 — 

premier bataillon des gardes qui est, je crois, de 700 hommes forme 
bien le plus beau corps que l'on puisse imaginer, ce sont touts beaux 
hommes d'au moins 5 pieds 8 pouces de France les plus petits, uni- 
forme habit bleu céleste, boutonnière en broderie d'argent, revers et 
doublure rouges, veste et culotte chamois, guêtres blanches ; quand le 
soleil donne sur ce riche uniforme on en est ébloui. 

L'ancien château de Potsdam n*est pas grand chose dans les dehors ; 
pour les dedans, je ne les ai pas vus parce que le Roy y étoit. J'ai vu 
la galerie de Sans-Soucy, il y a 38 Rubens, des Rembrandt et autres 
grands maîtres et 34 petits tableaux d'un fini précieux de Van den 
Werth, un flamand, du chevalier Célesti, de Jules Romain, etc. 

Le château même de Sans-Soucy n'est rien, le palais de Japan ne 
peut exciter quelque curiosité que par le dehors. Le nouveau château 
est magnifique, mais l'allée qui y conduit, du côté du jardin, me paroit 
trop étroite, de façon qu'en. arrivant on ne découvre point assés la face 
du château. Les dedans sont bien ornés, cependant je n'y ai trouvé 
rien d'aussi merveilleux qu'on me Tavoit annoncé. Je n'entre dans 
aucun détail sur sa construction extérieure en ayant le dessein en 
élévation. 

M. Begouen-Demeaux avait fait une excursion à Dresde car 
il la mentionne dans son manuscrit sans indiquer comme il 
s'était rendu dans cette ville : 

Je suis parti de Dresde le 16 au soir et suis arrivé à Berlin le 18 au 
matin : trente six heures de route. J'ai vu du lin dans cette partie de 
la Saxe, mais point de chanvre, je n'en ai point apperçu, on dit qu'il 
en croit passablement en Lusace. On trouve aussi beaucoup de pins et 
sapins depuis Luckau jusqu'aux approches de Berlin mais dés avant 
Baruth, quoi qu'encore en Saxe, le terrain devient fort mauvais, 
sablonneux et entièrement semblable à celui du Brandebourg. 

Les noces du Prince Royal avec la Princesse de Hesse-Darmstadl 
sont fixées au 18 de ce mois. 

On estime à 18 millions d'écus les revenus du Roy de Prusse, que 
son armée lui coûte onze millions, sa Cour 2 millions et que le reste 
entre dans ses coffres. 

On est icy de plus en plus animé contre les Français ; on se plaint 
que les assises rapportant moins ; touts les jours ils augmentent les 
droits, en inventent de nouveaux, etc., pour y suppléer. Les droite 
sur les vins sont, dit-on, extrêmement forts et par cette raison, il en 
vient d'autant moins touts les ans; lorsqu'ils ont établi ces nouveaux 
droits, ils les ont perçus sur les vins qui étoient déjà dans les caves 
et qui par conséquent avoient déjà payé Tancienne taxe. 



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- 02 - 

Quatre mois de l'année, le paysan prussien est obligé de nourrir 
touls les chevaux de l'armée, au moyen de quoi il n'en coule rien au 
Roy pendant ce temps pour nourrir toute sa cavalerie. Lorsqu'il alla 
à Dresde pendant cette dernière guerre, la bourgeoisie vomit toutes 
sortes d'horreurs contre lui ; il en lit emprisonner 40 des plus notables, 
et pour réparation de toutes leurs injures demanda dos sommes 
considérables, sans quoi il leur feroit trancher la tète ; il emporta 
leur argent et leur permit de dire ce qu'ils voulurent. 

An reste on nie très fort à Berlin toutes les abominations dont je 
l'ai entendu noircir à Dresde et quant à ce qu'il a brûlé touts les biens 
du comte de Brûl, on répond que ce même comte, si le général 
autrichien ne l'eut empêché, vouloit faire sauter en l'air son château 
de Potsdam que l'on a fait toutes sortes d'indignités dans un de ses 
châteaux jusqu'à fourrer la bayonnette dans le nés d'un buste du 
grand père du Roy, lui déchirer les narines et le jelter ensuite contre 
un superbe panneau de glace pour la briser. Au reste tandis qu'ici les 
Saxons et Autrichiens brisoient beaucoup plus qu'ils ne pilloient, 
les Prussiens au contraire quand ils furent en Saxe pillèrent avec tout 
le soin possible, ils décrochèrent les glaces et vous les empaquetoient 
ainsi que touts autres meubles et l'on dit qu'un seul général prussien 
a vendu icy en vente publique pour 70.000 écus d'effets en bons louis. 

On a vu qu'après son départ de France M. Begouen ne s'était 
arrêté que peu de temps à Hambourg. 11 avait fait, à son retoui% 
une station plus longue par les détails circonstanciés qu'il 
nous donne sur cette ville et sur celle de Brème : 

Il s'en faut beaucoup qu'Hambourg fasse un commerce aussi consi- 
dérable que je l'aurois cru et qu'il a effectivement été cy devant. Jadis 
cette place étoit l'enlrepost général de presque toute l'Allemagne et 
de toute la Baltique, c'étoit elle qui leur fournissoit les vins, les 
denrées de l'Amérique, les épiceries, etc., mais presque touts les ports 
de la mer Baltique font aujourd'hui le commerce directement avec la 
France, y envoyent, par leurs propres vaisseaux en partie, et en 
partie sur les vaisseaux anglois et hollandois, les productions de l'in- 
térieur de la Russie et de la Pologne, et prennent en retour, des vins, 
sucres et caffés, les villes de l'intérieur même de l'Allemagne tirent de 
la France en droiture. 

La Prusse chargée des monopoles et dépourvue d'argent ne peut 
plus rien tirer, plusieurs autres Etats voisins sont dans le même cas. 

Les sucres anglois que l'on appelle lompes font un tort considérable 
à nos sucres terrés, les Anglois étant en état de tes donner à bien meil- 
leur marché que nous par la gratification que leur accorde le Gouver- 
nement de 9 1/2 schellings par quintal de sucre en pain et 4 1/2 du 



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— 63 — 

brut à la sortie pour Tctrangcr, il ne laisse pas ainsi à Hambourg que 
de se faire une grande consommation de leurs caiTés qui s'y vendent à 
peu prés sur le même pied et aux mêmes prix que nos Guadeloupes. 

La navigation de Hambourg est aussi extrêmement bornée, ils 
n'osent paraître dans la Méditerrannée où ils sont exposés à toutes 
sortes de vexations et de pirateries de la part des corsaires de Bar- 
barie. 

Gy devant ou du moins pendant quelques années, ils ont été chargés 
en France d'un surcroit de droit de tonneaux extrêmement fort, au 
moyen duquel ils n'y venoient que très peu et encore sous papillon 
lubecquois et hollandois, il est vrai que le traité vient d'être signé par 
lequel la France les en a déchargés, de sorte qu'ils y peuvent désor- 
mais venir en concurrence des autres nations. Ils ont encore la mer 
Baltique, mais où, comme je Tai déjà dit leurs affaires sont bien tom- 
bées. La pêche du Groenland leur occupe une vingtaine de vaisseaux 
par an. 

Ils font avec le Portugal et l'Espagne un commerce considérable en 
toiles de Silésie, ils ne laissent pas aussi que d'envoyer en France de 
celte espèce de toiles que nous appelions des platilles et qui nous 
servent dans nos cargaisons pour la côte de Guinée. 

Le commerce des sucres est dans ce moment cy extrêmement mau- 
vais à Hambourg. Le grand nombre de raffineurs que les plus modestes 
estiment de 4 à 500 met trop de concurrence dans la vente des sucres 
faits, d'autant plus que la plus grande partie de ces gens là ne sont 
pas en état de garder dans une mauvaise circonstance pour en attendre 
une meilleure^ il faut qu'ils vendent pour payer, s'ils ont acheté les 
matières chères, et qu'il survienne une baisse ils perdent nécessaire- 
ment, c'est ce qui leur arrive pour ainsi dire continuellement depuis 2 
ou 3 ans, de sorte qu'il en a manqué beaucoup, et qu'il y a furieuse- 
ment du choix à faire dans les ventes. 

La position d'Hambourg, son état politique, le peu d'étendue de son 
territoire et de ses forces la mettent hors d'état de pouvoir entre- 
prendre aucun commerce fort étendu, elle n'a aucune possession ni 
en Asie ni en Amérique, aucune compagnie. Quelle différence entre 
cette ville et Amsterdam. Elle était cy devant en contestation avec le 
Dannemark qui s'en arrogeoit la suzeraineté mais tout a été arrangé 
l'année dernière et elle est reconnue actuellement pour Ville libre par 
toutes les puissances de l'Europe ; elle est gouvernée par 4 bourgue- 
maîtres, 4 sindics, lesquels ont le titre de magnificence, et douze séna- 
teurs. On s'y plaint fort des lenteurs et du peu d'exactitude de la jus- 
tice mais en revanche on y peut vanter l'ordre qui y régne pour le feu. 

Il y a sur toutes les tours de la ville des gardes de posés qui à toutes 



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-fin- 
ies heures de la nuit soufflent dans une espèce de cornet pour faire 
connoître qu'ils veillent. Il y a dans lous les quartiers de la ville d'au- 
tres gardes de posés qui crient chaque heure, en avertissant auparavant 
par un tour de cresselle ; en cas de feu, ceux-ci tournent leurs cres- 
selles à rebours et avec rapidité. Ceux qui sont sur les tours donnent 
le signal et touts les sentinelles sur le rempart tirent leur coup de fusil, 
le canon de la citadelle tire. Au moyen de quoi en un clin d'œil toute 
la ville est prévenue qu'il y a du feu. Le Sénat s'assemble aussitôt, 
toutes les pompes sont apportées, les gens préposés pour le feu, les 
gardes à cheval, etc. ; et le Sénat ne se sépare que lorsque le feu est 
éteint. 

Il y a, comme on l'a déjà dit, plus de 4 à 500 rafQneurs à Ham- 
bourg, si l'on veut entendre sous ce titre touts ceux qui travaillent 
avec un seul homme, eux, leur femme et enfants, mais en effet il n'y a 
qu'une quarantaine de raffineries qui méritent de porter ce nom. J'ai 
vu celle de M. Wcyer qui est une des plus considérables. Il travaille 
tantôt avec iO, 12 hommes, tantôt plus, tanlôt moins, suivant les cir- 
constances ; ils raffinent avec du sang de bœuf, comme à Orléans, se 
servent de l'eau même du canal et de la terre de Rouen. 

Ils font le sucre mélis qui vaut actuellement onze gros avec du très 
beau sucre brut mêlé de qualités supérieures ou de sucres déjà tra- 
vaillés, tels que de belles bâtardes. Les bons raffineurs achètent ordi- 
nairement icy au comptant, c'est à dire payable en six semaines, deux 
mois, et vendent à 4 semaines. 

Cependant généralement on est beaucoup plus longtemps à retirer 
ses fonds de la vente des sucres que de celle des caffés qui ordinaire- 
ment sont payés au bout de six semaines. 

Bremen est dans Tordre politique la première des trois villes anséa- 
tiques ; et pour le commerce la seconde. Elle est arrosée comme per- 
sonne nignore par le Yeser qui passe devant la ville et ne le sépare 
que d'un faubourg. Celle rivière est si mauvaise et surtout les eaux en 
sont si basses que les navires ne peuvent monter jusqu'icy et sont 
obligés de se tenir à 4 ou 5 milles de la ville. Là on les fait décharger 
par des allèges ou bateaux couverts dont j'ai vu plusieurs devant la 
ville et de même faut-il en user pour le chargement. 

Le commerce de Brème consiste principalement en laines, en toi- 
lerie et en vin, ils reçoivent en payement de ce qu'ils envoyent dans 
la Wesphalie et dans la Hesse, les toileries qui sont fabriquées dans 
ces deux provinces et qu'ils distribuent en Espagne, en Portugal et 
même en Angleterre. La laine du Holslein fait icy un objet considé- 
rable. Au moyen de leurs vins et eaux-de-vie, les bordelois ont sur 
nous un très grand avantage vis à vis de toules ces places cy, telles 



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que Brenien, Lubec et celle de la mer Baltique où nous avons rare- 
ment des occasions; une cargaison entière de nos denrées de l'Amé- 
rique étant trop forte pour touts ces endroits là, de sorte qu'en tra- 
vaillant pour Brème, faute d'occasions directes, nous sommes obligés 
d'envoyer par Hambourg, d'où il s'en suit de nouveaux frais, une 
commission d'expédition surtout une nouvelle prime d'assurance qui 
n'est pas de moins que de 1 jusqu'à â pour cent suivant ta saison. 

Il n'y a icy qu'une seule raffinerie que l'on peut citer et qui est 
même assés forte et entre les mains d'un homme riche et intelligent, 
c'est celle de M. Meinerzhagen. 

Les caiïés se vendent icy à tant de grotes la livre. Actuellement, par 
exemple, le caffé Sainl-Dommingue est icy à 18 4/2 et 19 grotes et le 
Martinique jusqu'à âO, etc. 

Le débouché de Brème est la Wesphalie, le Hanovre et la Hesse, 
pays pauvre au lieu que Hambourg est beaucoup plus avantageu- 
sement placé, étant environné de voisins riches qui sont plus en état 
d'acheter et de payer. M. Merren m'a dit qu'il y avoit des années où 
M. Bethmanleur envoyoit jusqu'à 200 milliers de caffé; qu'ils ne 
vendent rien dans la ville, mais attendent les ordres qui leur viennent 
du haut pays, c'est-à-dire des 3 provinces citées cy dessus et alors 
expédient à 6 mois de terme pour le compte des demandeurs mais 
jamais pour le leur propre. 

On fait très rarement construire icy. Il y a environ 120 à 130 
navires brèmois naviguant en Angleterre, en France, en Espagne, en 
Portugal. En général leurs marins sont actifs et vigilans et enfin ont, 
dit-on, si bonne réputation en Hollande que les assureurs signent le 
plus volontiers sur les brèmois que sur les navires de toute autre 
nation. 

Brème change avec Hambourg, Amsterdam ou Londres, de sorte 
que c'est avec l'une de ces trois places qu'ils indiquent leurs rembour- 
sements à Paris. 

Cy devant les brèmois se servoient beaucoup de l'entremise de 
Hambourg, tout passoit par cette place, depuis 15 à 20 ans ils ont 
commencé à secouer ce joug et actuellement presque tout leur com- 
merce se fait directement et cette branche d'expédition est perdue pour 
Hambourg. En vin, les brèmois font plus que Hambourg, et les caffés 
presque autant, du moins les années précédentes, car cette année cy il 
est prodigieux combien Hambourg a reçu de caffés de Bordeaux seule- 
ment, plus de 2 millions de livres pendant les deux mois de juin et 
juillet. Ajoutés à cela ce qu'il a été reçu de Nantes, du Havre et de St- 
Malo et 5 cargaisons de la Dominique. Brème a reçu de Bordeaux pen- 
dant les deux mêmes mois de juin et juillet 700 milliers. 



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— 66 - 

Il est réellement prodigieux combien la consommation de cette 
graine augmente en Allemagne, le paysan même ne peut presque plus 
s*en passer, il est vrai qu'il le prend extrêmement léger, j*ai entendu 
dire que d'un lot, ils font 2 ou 3 tasses, c'est à dire d'une livre 64 
ou D6 tasses. 

M. Begouen rapporte encore un fait extrêmement curieux 
sur les progrès de Tartillerie russe au milieu du xviii® siècle. 
11 avait vu tirer jusqu'à trente-deux coups de canon h la minute, 
et en venant en France il n'avait pas manqué de signaler cette 
supériorité à nos oflQciers d'artillerie. Ceux-ci s'étant montrés 
incrédules, M. Begouen fit alors venir une attestation de Tun 
de ses amis qui avait assisté à l'expérience, et le certificat sui- 
sant existe toujours dans les papiers de la famille Begouen : 

Je soussigné certifie que j'ai vu tirer à St-Péterbourg jusqu'à 32 
coups dans une minute par une pièce de 3 livres de boulet. Il est vrai 
que c'était simplement à cartouche. 

Dresde, ce \7 juin 4769. 

(Signé) PERRET, capitaine. 

M. Jacques-François Begouen devint député du Havre à l'As- 
semblée nationale de 1789 et prit une part importante, comme 
Conseiller d'Etat, à la rédaction du Code de commerce. Il était 
le père de M. André Begouen-Demeaux, maire du Havre, dont 
les descendants habitent encore notre ville. 



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mnm d'ootre-loi de niiE ïendéeni, iîii3 

par M. P. LB MENUET de lk JUGANNIÈRE 



Membre résidant 



Comment V armée vendéenne fut amenée à mettre le siège 
devant Granville et quelles en furent les conséquences. 

Le 17 octobre 1793, écrasée k Cholet par Tarmée de Mayence, 
après une lutte terrible, l'armée vendéenne presque en entier 
ne songe qu'à mettre le plus rapidement possible un obstacle 
à la poursuite de l'ennemi, et dans ce but, elle se dirige en 
grande hâte sur St-Florent, village situé sur la rive gauche de 
la Loire, où elle effectuera le passage de ce fleuve. 

Le 18 au matin, 80,000 fugitifs se trouvent réunis à St- 
Florent, impatients de franchir la Loire. 

C'est une armée en déroute, sans vivres, presque sans 
munitions, traînant à sa suite une foule de vieillards, de 
femmes éplorées, d'enfants terrifiés, de blessés. A l'horizon, 
vers Cholet, le ciel est rouge des incendies allumés par les 
vainqueurs. Le canon de l'arrière-garde tonne de moins en 
moins. L'aripée de Mayence approche ; il faut quitter le plus 
vite possible cette Vendée, ce bocage, patrie si aimée, et 
demander asile à la Bretagne. 

La Bretagne semble aux Vendéens une terre promise ; ils 
savent les Bretons pour eux, et ils comptent, après les avoir 
soulevés, avec leur aide rentrer triomphants dans leur bocage. 

Tel est du moins le vœu du paysan. 

Le fleuve franchi, les chefs se réunissent en conseil à Va- 
rades. 

L'état-major a été atteint dans ses meilleurs chefs. Bon- 



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- 70 - 

champs vient de mourir des suites de ses blessures. Cha- 
rette et d'Elbée sont restés sur l'autre rive. Lescure est avec 
rarmée, mais blessé très grièvement. 

Il faut nommer un généralissime. 

En remettant son commandement, Lescure a proposé pour 
le remplacer, Henri de La Rocbejaquelein, jeune capitaine, qui, 
malgré son inexpérience et ses vingt et un ans, était connu 
pour sa loyauté et son courage ; il était très aimé des chefs et 
des paysans qui ne le désignaient que sous le nom de 
Monsieur Henri. 

La Rochejaquelein est élu. StofQet lui est adjoint comme 
major général. C'est un officier sorti des paysans ; au début de 
la guerre, garde-chasse du comte de Maulevrier, antérieure- 
ment caporal instructeur au régiment de Lorraine. Il s'était 
jusqu'alors fait remarquer par son énergie, sa bravoure, jointes 
à de grandes aptitudes militaires, et par l'influence qu'il avait 
sur le soldat vendéen au moment de l'action. 

Le prince de Talmont commandera la cavalerie et Harigny 
i^estera comme jusqu'alors à la tête de Tartillerie. 

Quel plan suivre ? Où conduire l'armée ? 

Vigoureusement appuyé par La Rochejaquelein, Lescure ne 
veut pas s'éloigner de la Vendée ; on jettera la masse dont on 
dispose sur Angers ou sur Nantes, pour y rentrer au plus vite. 
U eût voulu rester sur la rive gauche, dans son Poitou ; mais 
blessé mortellement, il avait été cont)*e son gré descendu sur le 
rivage de St- Florent, puis transporté en bateau à Varades. Quel- 
ques heures avant, Charles Bréchard, l'un des secrétaires au 
Conseil supérieur, le voyant au lit couvert de blessures, lui 
avait demandé comment il se portait et avait reçu cette réponse : 
a Si je n'avais pas été blessé, j'aurais sabré le premier Royaliste 
qui aurait tenté de passer la Loire, eût-il été le prince de 
Talmont. » 

Le projet de marcher immédiatement sur Angers ou sur 
Nantes parut impossible. L'armée catholique était dans un 
trop grand désordre ; toutes les divisions étaient mêlées, des 
paroisses sans capitaine et des capitaines sans compagnie. 
On crut avec raison n'avoir pas le temps de la réorganiser 
assez vite pour emporter Tune ou l'autre de ces villes qui 
seraient défendues chaleureusement. 



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— 71 — 

La route de Rennes restait ouverte, et ce fut un moment 
l'avis du plus grand nombre de s'y diriger en ligne droite, 
pour là, reconstituer Tarmée, soulever les populations, de 
concert avec elles, mettre le siège devant Nantes, s'en emparer 
et rentrer ensuite triomphants en Vendée. C'était le parti le 
plus sage et le plus sûr. 

Ce plan allait être suivi quand le prince de Talmont annonce 
qu'un soulèvement important se produira si Tarmée passe par 
ses Etats de Laval ; il affirme que son nom entraînera tout le 
Craonnais et une grande partie du Maine. 

On décide enfin que l'armée se dirigera sur Rennes, par 
Candé, Château-Gontier et Laval. 

D'Autichamps avait proposé de soulever la Normandie et de 
marcher ensuite sur Paris. 

Ce plan plus que hardi avait été écarté. 

Le 19, les Vendéens quittent les rives de la Loire et se 
mettent en marche sur Laval. C'est une émigration de 80,000 
personnes, où l'on compte à peine 40,000 combattants, la moitié 
n'étant composée que de vieillards, de femmes, d'enfants, de 
malades, de blessés, de traînards, de prêtres. 

Cette armée couvre plus de quatre lieues de colonne et offre 
le plus grand désordre surtout en queue. Elle entre le 23 au 
matin à Laval après deux petits combats où elle a repoussé 
l'ennemi. 

Le prince de Talmortt avait fait entrevoir de puissants 
renforts : 6,000 Lavallois et paysan(s manceaux, seulement, 
viennent grossir les rangs. 

Sous Laval, l'armée républicaine qui, par Angers et Nantes 
a rejoint les Royalistes, est repoussée à Croix-Bataille où son 
avant-garde seule est engagée et ensuite à Entrammes où elle 
essuie une défaite complète et des pertes considérables. Elle 
doit rétrograder k Angers où elle se reformera. 

Après cette victoire, l'armée royale, qui n'est plus inquiétée 
par l'ennemi, fait un séjour à Laval pour se reposer de ses 
fatigues et s'organiser. 

La Rochejaquelein ordonne un recensement. Ce travail donne 
le chiffre de 39,000 fantassins; on compte à peine 1,000 cava- 



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— 72 — 

liers mal équipés et mal montés. L'artillerie se compose de 
65 pièces de tout calibre, d'une trentaine de caissons et de 
deux forges. Plus de 200 charrettes et carrosses suivent 
Tarmée. 

Près de 50,000 vieillards, femmes, enfants, malades, blessés, 
prêtres, formaient cette multitude attachée à Tarmée, entra- 
vant ses mouvements et gênant sa marche. 

Le tout se rangea par paroisses et fut réparti en cinq grandes 
divisions. Dans cette armée, il n'y avait que deux unités : la 
paroisse correspondant à une compagnie et n'ayant pour 
chef unique qu'un capitaine, et la division correspondant à 
une brigade sous les ordres d'un général. 

A Laval, le Conseil se réunit de nouveau ; il y eut beaucoup 
d'avis divers. Trois projets y furent discutés. 

Celui du prince de Talmont et de ses adhérents était d'aller 
en Normandie. Il se rangeait ainsi du côté de d'Àulichamps 
qui, dès le passage de la Loire, avait conçu un plan hardi : Se 
porter rapidement sur un port de mer, St-Malo ou Granville, 
s'en emparer, attendre là les secours que Ton demandera aux 
Anglais et ensuite marcher sur Paris après avoir soulevé la 
Normandie tout imbue des idées girondines. 

Celui des Bretons : marcher sur Rennes, soulever la Bretagne 
et rentrer en Vendée par Nantes. 

Celui des Poitevins : profiter de la victoire sous Laval pour 
rentrer sur le champ par Angers. 
Le projet de Talmont est accepté. 

Le 2 novembre, l'armée royale sort de Laval, indécise sur 
la route à prendre. Les généraux hésitent encore. Malheureu- 
sement La Rochejaquelein, en tête de la colonne, se croit trop 
jeune pour prendre à lui presque seul une décision définitive ; 
il laisse à gauche la route de Vitré, qui eut conduit l'armée à 
Rennes, et il s'engage sur celle de Mayenne. 

Dans cette ville où l'on entre sans coup férir, le Conseil 
décide que l'armée marchera sur St-Malo, dont on cherchera à 
s'emparer. Au projet émis par d'Autichamps de marcher sur 
Alençon pour se porter ensuite sur Paris, La Rochejaquelein 
tint ce discours : « Si notre cause était désespérée, il ne nous 
faudrait que de l'audace, nous marcherions droit sur Paris, 



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- 73 ~ 

nous frapperions au cœur le colosse de la République, et si 
nous étions repoussés, nous irions prendre à dos l'armée du 
Nord, tandis que les Autrichiens l'attaqueraient en tête. » 
Quant au prince de Talmont, il s'exprima ainsi : « L'Angle- 
terre soutient la cause des rois ; ses dispositions nous sont 
favorables. La communication est établie entre Jersey et la 
Bretagne. Que nous demande-t-on ? D'occuper un point sur la 
côte pour favoriser le débarquement. Marchons donc sur 
St-Malo. Là, nous trouverons quelque issue et nous déciderons 
ce qu'il conviendra d'entreprendre. » 

LaRochejaquelein se rangea au plan du prince de Talmont, 
que la majorité des chefs approuvait. 

Le 4, l'armée entre à Fougères, après un vigoureux combat 
où se dévoila la valeur et l'audace des chefs vendéens. 

A Fougères, parmi les prisonniers républicains se trouve 
un officier du génie, Dobenheim, qui avait été chargé de 
fortifier la ville à la nouvelle de l'approche des Vendéens. 

Dans ses mémoires personnels, il s'exprime ainsi : « Des 
soldats vendéens se jetèrent sur moi et me conduisirent à un 
de leurs chefs qui s'appelait Bernard de Marigny ... Il m'em- 
mena au Conseil des Brigands et obtint mû grâce, à condition 
qu'il répondrait de moi... j'avais à choisir entre une mort 
inutile à la République et une prolongation de vie qui pouvait 
me fournir l'occasion de la servir au milieu même des ennemis 
moyennant beaucoup d'adresse, etc. » 

L'état-major vendéen reçut Dobenheim dans ses rangs. Il 
croyait trouver en lui un puissant auxiliaire, dévoué aux prin- 
cipes de la Gironde; de son propre aveu, ce n'était qu'un 
traître . 

A Fougères, arrivent de Jersey, Freslon et Bertin accompa- 
gnés de Prigent, de St-Malo, l'intermédiaire le plus actif qu'il 
y eût entre le cabinet de Londres et la Bretagne. 

Les envoyés apportent une lettre de Georges III contresignée 
par Pitt et Dundas. Le roi d'Angleterre déclare « ofl'rir un 
généreux et immédiat secours aux armées royales dont tous 
les rois de l'Europe devraient encourager les efforts monar- 
chiques. » 

Dans une dépêche détaillée^ lord Dundas indique que le 



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- 74 - 

mieux serait de s'emparer de St-Malo, mais il conseille de 
marcher sur Granville, à défaut de possibilité de prise de St- 
Malo, et il promet l'envoi d'une flotte. 

Prirent ajoute des instructions écrites provenant du général 
en chef de l'armée de secours, désigné par les princes, du 
Dresnay : « Je décide donc que Tarmée royaliste fasse une 
attaque sur les hauteurs de Granville ; l'objet de cette attaque 
est de protéger le débarquement des troupes anglaises et des 
provisions qui sont apportées pour le soulagement de l'armée 
royaliste; elle décidera le temps nécessaire pour sa marche, 
elle fixera le jour de l'attaque sur les hauteurs de Granville, 
et au point du jour désigné, l'armée royaliste apercevra la 
flotte anglaise à peu près vers la pointe de St-Pierre, entre 
Granville et Cancale, si toutefois le vent est favorable. » 

On convient des signaux. Pour annoncer la prise de Gran- 
ville, un drapeau blanc sera planté sur le rocher entre deux 
drapeaux noirs. Les envoyés repartent alors à Jersey avec 
l'adhésion du Conseil de guerre vendéen à ce projet. 

Arrive Bougon-Longrais, l'ancien procureur général, syndic 
du département du Calvados lors du soulèvement fédéraliste. 

Il fait tous ses efforts pour déterminer les chefs vendéens à 
pénétrer en Normandie; il leur indique le port de Cherbourg 
comme plus facile à prendre que celui de Granville, et il leur 
promet de nombreux et puissants auxiliaires. Mais, on s'est 
engagé vis à vis du cabinet anglais; le message est parti. Le 
prince de Talmont s'écrie : « Que nous demande-t-on ? d'occuper 
un point sur la côte pour favoriser le débarquement; marchons 
donc sur St-Malo. » 

De plus Dobenheim, admis au Conseil, dissuade de se porter 
contre Cherbourg et désigne Granville comme le port dont ils 
doivent présentement s'emparer. 

Dans ses mémoires, il s'exprime ainsi : « Je fus mandé plu- 
sieurs fois au Conseil, forcé de répondre aux questions des 
chefs, je leur donnai le change sur les moyens de pénétrer 
dans la ci-devant Normandie, et sur la résistance que pouvait 
leur opposer Granville. Tout le monde sait le mal qu'ils auraient 
fait à la République s'ils s'étaient portés sur Cherbourg, sans 
attaquer Granville • ... On peut forcer un soldat de tirer un 



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- 78 - 

coup de fusil et un officier de marcher à la tête de ses troupes ; 
mais on ne peut contraindre un homme de talent de mettre au 
jour des idées ingénieuses. Un tel homme qu'aucun chef dans 
son art ne conduit, peut même trouver souvent Toccasion 
d'égarer ceux qui veulent tirer parti de lui. Par exemple, si je 
ne dois pas me flatter d'avoir sauvé la République, je puis au 
moins croire que je lui ai rendu un signalé service, que je ne 
lui aurais pas rendu si le hasard ne m'avait fait tomber entre 
les mains de ses plus cruels ennemis. Les militaires instruits 
de l'état où se trouvait le département de la Manche, lors de 
raffkire de Fougères, S novembre 1793, et de la parfaite con- 
naissance que j'en avais, ne peuvent guère douter du service 
que j'ai rendu — 

)) Les Vendéens n'ayant point d'artillerie de siège et ne trou- 
vant pas à vivre deux jours de suite dans le même lieu, surtout 
hors d'une ville, toute place fermée d'un mur de clôture ne fût- 
il que de 3 pieds d'épaisseur était hors d'insulte pour eux. Le 
moyen d'escalade leur était même interdit. . . Ils n'avaient ni 
organisation, ni ouvriers, ni outils, ni assez de temps à rester 
dans chaque endroit. Ils ne pouvaient préparer ni échelles, ni 
fascines... D'ailleurs les escalades ne sont praticables que 
dans Tobscurité et à Texception de l'élite des plus braves de 
Tarmée, tout le reste n'était absolument propre à rien pendant 
la nuit, principalement en hiver. 

» Leur première ressource était de s'emparer de la presqu'île 
du Cotentin en s'y portant avec rapidité, et de s'y tenir en con- 
servant Port-Bail et St-Cosme. Cherbourg était sans défense du 
côté de la terre ainsi que toutes les batteries de la côte. Ils 
auraient trouvé de la grosse artillerie et de la poudre en quan- 
tité plus que suffisante pour se tenir sur une bonne défensive 
jusqu'à l'arrivée des Anglais... Les malades, les blessés, les 
femmes et tous les inutiles auraient cessé de les embarrasser. 
N'ayant à garder que deux points qui ne peuvent être tournés 
et ayant espoir de voir arriver sur leurs derrières les secours 
étrangers, les soldats vendéens auraient sans doute été déter- 
minés à se séparer en trois corps. Depuis le passage de la Loire, 
l'armée vendéenne se tenait en masse. Personne n'allait à 
l'ennemi quand ne marchaient pas en tête La Rochejaquelein 
çt Stofflet avec les drapeaux, w 



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— 76 - 

Les Vendéens n'avaient alors que deux partis à prendre : soit 
attaquer Cherbourg, ce que leur conseillait vivement Bougon- 
Longrais, soit marcher sur Rennes après s'être emparé de 
Dinan. Agir autrement était folie. 

Mettre le siège devant St-Malo paraissait impossible. Doben- 
heim dans lequel on avait trop de confiance appuya vivement 
le projet d'attaque sur Granville et il fut définitivement décidé 
au Conseil qu'on marcherait sur Dol et que de Ik, on irait en 
passant par Avranches mettre le siège devant cette place. 

Le 8, au matin, après 4 jours passés à Fougères dans Tindé- 
cision sur le plan à suivre, l'armée se rassemble pour se mettre 
en marche. Stofflet effrayé de la tentative sur Granville et plus 
que jamais convaincu de la nécessité de s'emparer de Rennes, 
dirige de sa propre autorité l'avant-garde et les drapeaux sur 
la route de la capitale de la Bretagne; il espérait ainsi entraîner 
l'armée à sa suite. Vain espoir! Il s'aperçut bientôt qu'elle ne 
le suivait pas et il apprit qu'elle était engagée tout entière sur 
la route de Dol. 

Si La Rochejaquelein eût suivi Tavant-garde sur Rennes, 
l'armée était sauvée ; mais, au début, partisan d'un retour 
offensif en Vendée, depuis la promesse des envoyés du Cabi- 
net anglais, il s'est rangé au projet de d'Autichamps : la 
marche sur Paris après s'être emparé de Granville et avoir 
soulevé la Normandie; c*est ce que nous aflBrme Bournisseau 
dans son Histoire des guerres de Vendée. 

Le 9, l'armée est à Dol, où de nouveaux renseignements 
pris sur l'état de Rennes et de St-Malo achevèrent de détermi- 
ner l'attaque de Granville, et le 10, elle se met en marche sur 
Avranches où elle entre le 12, sans combat. 

Voilà comment l'armée catholique et royale, à la suite de la 
déroute de Cholet, après bien des incertitudes et des hésita- 
tions, fut amenée à mettre le siège devant la place de Gran- 
ville. 

Siège de Granville. — A quels hommes s'attaquaient les Ven- 
déens? Quelle était la garnison de Granville et quelles étaient 
ses défenses? M. Launay, dans son ouvrage sur le siège de Gran- 
ville, nous l'apprend par les passages suivants: a... Le roi 



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— 77 — 

» Charles VII soùgea à tirer parti pour la France des avantages 
» de la Roque de Granville, 

» Par un édit de 1448, il accordait aux habitants de la nou- 
» velle ville, des privilèges en vertu desquels : « Toutes ma- 
» nières de gens, de quelque état qu'ils fussent, qui voudraient 
» venir demeurer et faire résidence audit lieu de Granville, 
» étaient dorénavant quittes et exenipts des aydes ordonnés 
» pour la guerre, ensemble de toutes tailles, emprunts, et 
» autres subventions, et redevances quelconques, etc. » 

« Il était grand alors le nombre des opprimés courbés sous le 

joug des inégalités sociales Un certain nombre de juifs 

marramos (néo-convertis) y vinrent chercher un abri contre les 
persécutions politiques et religieuses, qui poursuivaient par- 
tout leur race.... Les promesses de Tédil de Charles VII les 
attirèrent dans Granville, où conservant leur nouvelle foi, ils 

s'allièrent bientôt intimement au reste de la population 

Ainsi naquit, ou plutôt surgit pour ainsi dire, du jour au len- 
demain, à la fin du xv* siècle, une ville nouvelle, sans parenté, 
sans affinité avec les cités voisines, véritable parvenue, qui ne 
dut qu'à elle seule sa marche constante vers le progrès et la 
civilisation. 

» Ni religieuse, ni féodale, ni guerrière, la population Gran- 
villaise, sans lien avec le passé, eut dès les premiers jours 
pour devise : En avant ! — Aucune noblesse n'avait daigné se 
mêler à cette roture.... N'ayant rien à répudier, rien à regretter 
dans le passé, les Granvillais virent sans effroi se lever l'aurore 
de la Révolution française, dont les théories nouvelles étaient 

chez eux de pratique courante, depuis trois siècles Ils 

s'étaient toujours tenus en dehors des partis. Ils l'avaient bien 
prouvé par leur esprit de charité et de tolérance envers les 
malheureux Huguenots, dont, après la révocation de l'édit de 
Nantes, ils favorisèrent la fuite à Jersey par tous les moyens 

en leur pouvoir. Tels étaient les Granvillais en 1793 Voilà 

sur quel sol et au milieu de quels éléments, vint s'abattre la 
Vendée, tout étonnée de rencontrer en plein pays royaliste et 
entièrement acquis aux idées girondines, une résistance aussi 
opiniâtre qu'inattendue. » 

.... (( Au moment où Taction allait s'engager, voici quel 
était rétat des forces miUtaires renfermées dans la place. 



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-78- 

)) On comptait 5,538 hommes, 15 pièces de campagne, et 
quelques canons de gros calibre placés en batterie, le long des 
remparts de Tenceinte, sur le rond de Tisthme, sur Tesplanade 
du Roc et sur le bout du vieux môle disparu aujourd'hui. 

» Deux chaloupes canonnières, embossées sur l'empla- 
cement actuel des parcs aux huîtres, étaient destinées à balayer 
le pont et à» défendre Taccès du port. 

» La petite garnison se composait des éléments les plus dis- 
parates, au grand préjudice de son homogénéité. Il y avait trois 
compagnies de canonniers du Contrat Social, des Tuileries et 
du Bonnet rouge ; des canonniers gardes nationaux de Valo- 
gnes; le 31*^ d'infanterie; les 6^ 9^ et 11^ bataillons de la 
Manche; trois autres de la Côle-d'Or, de la Somme et du Cal- 
vados; un détachement du 19® chasseurs à pied; unecompagnie 
de chasseurs d'Evreux ; un détachement de la gendarmerie de 
la Hanche; un autre de hussards; enfin la garnison propre de 
la place composée de 500 hommes, derniers débris d'un corps 

qui venait d'être battu à Fougères Ces éléments de 

défense, encore bien que très insuffisants, acquéraient une 
force réelle par la disposition de la forteresse, que la nature et 
le génie de Vauban avaient rendue presque inexpugnable. » 

Dans un rapport daté du 22 juin 1686 sur les plans de défense 
de la place, Vauban s'exprime ainsi : 

.... « Elle sera de petite garde, quatre compagnies d'infan- 
» terie seules pouvant suffire pour la garnison, avec sa bour- 
)) geoisie qui, en qualité de matelots, savent tous manier le ca- 
» non et le mousquet. D'ailleurs comme elle ne sera attaquable 
» que par une forte petite tête, la défense n'en sera ni embai'- 

)) rassante ni difficile Elle n'est attaquable que par le fau- 

)) bourg, et ce ne sera jamais qu'à la face droite de la demi- 
» lune, que l'ennemi pourra se donner quelque accès, qui sera 
» d'autant plus difficile qu'il n'en pourra s'approcher qu'en 
» se défilant, après avoir monté un grand escarpement qui se 
)) trouverait sous la portée des pierres et des grenades.... » 

Ce rocher couronné de murs, flanqué d'ouvrages et entouré 
de trois côtés par la mer, telle était la place que le major 
Dobenheim avait indiquée aux Vendéens comme facile à 
prendre, même sans matériel de siège. 

Le 14 novembre, l'armée royale partie le matin d'Avranches, 



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— 79 — 

arrive sous les murs de Granville après avoir refoulé, une 
partie de la garnison qui s'était portée à sa rencontre. 

A la vue de la place. Poirier de Beauvais a des doutes sur 
la véracité des dires de Dobenheim. A cette occasion, nous lisons 
dans ses mémoires : (( Dobenheim, ingénieur militaire, se 
donnant pour avoir une connaissance parfaite de la place et 
de ses fortifications, lesquelles avaient été en partie réparées 
sous ses ordres, fut chargé d'indiquer et de diriger les 
attaques. . . Une chose m'avait frappé : c'est que de Marsange 
et Dobenheim, parlant des fortifications de cette place, n'étaient 
pas d'accord sur un fait matériel ; le premier soutenant, pour 
l'avoir vu dans le temps qu'il y était en garnison, que derrière 
tel ouvrage il y avait un fossé, Dobenheim disant le contraire. 
Cette contradiction me trotta par la tête et j'en fis part k 
La Rochejaquelein qui prit la chose légèrement ; cela me fit 
penser que par des connaissances particulières qu'il pouvait 
avoir, Dobenheim lui était suffisamment connu. 

» Comme l'armée était en marche et que je n'avais eu connais- 
sance d'aucuns préparatifs, je demandai à des Essarts de quelle 
manière on était convenu d'attaquer. • .? que, quanta moi, je 
n'en savais vraiment rien ... si l'on savait qu'il y avait des fossés 
à passer. . .? dans ce cas, il nous faudrait des fascines; que nos 
canons étaient trop faibles s'il fallait faire brèche aux murs ; 
qu'il nous faudrait des échelles. 

» Des Essarts croyant ainsi que bien d'autres qu'il sufiSsait de 
se montrer devant Granville pour y rentrer, me demanda en 
riant si je pensais que nous allions attaquer Berg-op-Zoom. 

» Je me figurai alors qu'on s'était procuré des intelligences 
dans la ville pendant que nous étions à Avranches, mais hélas I 
rien de tout cela. » 

Dans ses mémoires, Dobenheim, comme nous l'avons vu 
plus haut, ne cache pas ses intentions de trahison à l'égard 
des Vendéens. Il le confesse le plus cyniquement possible. 

Les royalistes n'aperçoivent nulle voile à l'horizon. Les 
secours anglais viendront-ils? Les a-t-on oubliés? Pourront-ils, 
livrés à leurs propres ressources, sans matériel de siège, sans 
une pièce de gros calibre, battre en brèche ces murs, ce 
rocher ? Telles sont les questions que se pose le soldat. 



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-80- 

Quant aux chefs, ils savent qu'il faut à tout prix s'emparer 
de la place et là attendre la flotte anglaise. 

Granville est le but vers lequel marche Tarmée, vouloir la 
conduire plus loin est impossible. Le paysan veut revoir son 
bocage ; cette marche toujours en avant Teffraye, il a moins de 
confiance en ses généraux. Déjà un grand nombre de com- 
battants découragés ont rétrogradé et repris la route de la 
Vendée. Si on échoue devant la place, la retraite sur la Loire 
est inévitable. Ce sera la déroute et Tagonie de la grande 
armée catholique et royale. 

Devant Granville, Tarmée vendéenne joue là son atout ; pour 
elle, c'est la vie ou la mort. 

A midi et demi est signée par La Rochejaquelein, StofBet et 
rétat-major, une double sommation adressée au commandant 
de la place et aux officiers municipaux. 

Elles sont ainsi conçues : 

(( Au Commandant de Granville, 

» Monsieur, jaloux d'épargner autant qu'il est en nous le 
sang français, nous vous sommons au nom de Sa Majesté très 
chrétienne Louis XVII, roi de France et de Navarre, votre 
unique et légitime souverain, de remettre la ville et le port de 
Granville que vous défendez et de les livrer aux généraux de 
Sa Majesté, pour en être pris possession. A ce prix, nous nous 
obligeons sur notre honneur à vous traiter, vous, Monsieur, 
vos officiers et vos soldats qui composent la garnison, avec tous 
les égards convenables, et sous la simple condition que la 
franchise et la loyauté des officiers de Sa Majesté leur ont 
jusqu'ici permis d'employer. 

» A cet égard, nous vous faisons passer des proclamations 
propres à vous convaincre de l'esprit de douceur et de loyauté 
qui caractérisent les fiers, mais sensibles et généreux sol- 
dats de la Vendée. 

» Nous vous donnons avis au contraire que, si dans une 
heure précise, nous n'avons pas une réponse favorable de 
votre part, nous allons bombarder la ville et peut-être la 
réduire en cendres, et qu'alors vous deviendrez responsable, 
avec les officiers de votre garnison, des immenses ravages que 



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-81 - 

doit causer aux malheureux habitants de Granville un genre 
d'attaque que votre opiniâtreté seule aura rendu nécessaire. 

» Nous sommes, Monsieur, vos obéissants serviteurs. 

)) Signé : de La Rochejaquelcin, Stofflet, le chevalier 
dcsEssarts, Piron, deHargucs, le chevalier de Beau- 
rolliers, le chevalier de Villeneuve et d'Aulichamps. 

» Le 14 novembre 1793, k midi et demi. » 

« Aux officiers municipaux de Granville ^ 

)) Messieurs, les généraux et officiers de l'armée catholique 
et royale, préférant comme ils l'ont prouvé dans tous temps la 
conquête des cœurs h celle des villes et des forts les plus 
redoutables, n'ayant en raison des motifs purs et sévères qui 
les animent d'autre but que d'assurer par la clémence les 
fondements du trône que la plupart d'entre vous gémissent de 
voir si indignement renversé; prêts h toujours distinguer le 
simple égarement du crime; accoutumés à trouver dans le 
repentir du moment le pardon et l'oubli du passé, et ne croyant 
jamais avoir poussé trop loin la loyauté de leurs principes et 
de leur conduite h cet égard, vous proposent d'épargner le 
sang français si cher à leurs cœurs ; ils vous proposent 
d'ouvrir les.portes de votre ville sans coup férir. 

» Un peuple d'amis enlisera dans vos murs avec le rameau 
d'olivier pour y faire régner, h l'ombre de Taulorité royale, 
l'ordre, la paix et le bonheur que vos tyrans vous ont si 
souvent promis, mais en vain. A ce prix, il vous est facile de 
sauver de tous dangers et de tout dommage vos vies et vos 
propriétés, auxquelles nous jurons sur notre honneur le respect 
le plus inviolable et le plus sacré. C'est alors que nous étein- 
drons dans nos embrassements mutuels, tout souvenir du 
passé ; c'est alors que des acclamations réciproques couvriront 
le moindre murmure qui pourrait s'élever du fond du cœur. 
Sinon, Messieurs, un fer vengeur arme nos bras, libres de 
nous avoir pour amis ou ennemis, choisissez. Autant pour le 
bien de l'humanité, nous désirons en nous l'un de ces titres, 
aussi peu que nous redoutons l'autre. Si vous préférez le 
dernier parti, songez que les indomptables habitants de la 
Vendée, ■ vainqueurs et destructeurs des garnisons de Valen- 
ciennes et de Mayence, sont à vos portes et qu'ils vont les 



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— 82 — 

ouvrir par le fer et le feu. Quelle que soit votre décision, 
sachez que tous nos prisonniers, otages de ceux qui vous 
parviennent, répondent sur leur tête du retour de leurs 
camarades, et qu'en conséquence, si dans une heure précise 
nous n'avons reçu de vous aucune réponse, le canon vous 
annoncera que ces mêmes prisonniers ne sont plus. Car quelles 
que soient vos intentions, nous vous demanderons de les faire 
connaître, sans craindre que le refus d'accéder à nos propo- 
sitions nuise en rien à la sûreté de ceux qui nous l'auront 
transmis. 

» Nous avons l'honneur d'être. Messieurs, vos très humbles 
et obéissants serviteurs. » 

Suivent les mêmes signatures. 

Pour des cœurs vrairtient républicains, cette sommation 
était humiliante et blessante, aussi la réponse fut-elle négative. 

Alors, dans la soirée, les batteries vendéennes ouvrent le feu 
et les tirailleurs embusqués dans le faubourg engagent un 
vigoureux combat de mousqueterie. 

Les chefs vendéens comptent sur la trahison du 31^ régiment 
ci-devant Aunis, dont la plupart des oflBciers sont des ex- 
nobles, et ils pensent qu'au moment d'un assaut, ils passe- 
raient k eux. Vain espoir ! Le 22 Brumaire, le représentant du 
peuple à Granville, Le Carpentier, a fait un arrêté portant que 
tous les officiers ex-nobles du ci-devant Aunis, seraient de 
suite suspendus et remplacés provisoirement à la nomination 
du bataillon. 

Aussi dans la nuit, vers dix heures, alors qu'un assaut est 
tenté à la porte de Tisthme, le 31* régiment ne trahit pas la 
République et l'attaque des Vendéens fut repoussée. 

Le lendemain matin, une seconde tentative, cette fois-ci par 
la grève, échoua dès le début, faute de bonne direction, et 
l'armée royale débandée et démoralisée reprend en grande 
hâte la route d'Avranches, laissant derrière elle tout espoir 
d être secouru par les Anglais. 

Aussitôt le faubourg évacué, le feu y fut mis par les Gran- 
villais pour empêcher les tirailleurs Vendéens de s'y établir 
une seconde fois, si l'armée royale tentait de continuer le 
siège. 



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— «3 - 

Les chefs ne purent retenir leurs hommes; le retour k 
Avranches ne fut pas une retraite, mais une déroute complète. 

Ce jour même, le Conseil réuni à Avranches décide que 
l'armée se portera sur Cherbourg dont on sait pouvoir s'em- 
parer facilement. 

Stofflet à la tête de Tavant-garde marche sur Villedieu pour 
diriger ensuite l'armée sur Cherbourg, mais il n'est pas suivi ; 
c'est en vain que les chefs supplient l'armée do s'engager sur 
la route prise par l'avant-garde, elle n'obéit pas et refuse de 
marcher en avant. 

Sur l'élat des esprits après Granville, de Beauvais s'exprime 
ainsi : « L'armée ayant refusé de marcher sur Villedieu, cela 
nous inquiéta beaucoup. Pendant notre expédition de Gran- 
ville, les têtes avaient fermenté. Comme il y avait trois partis 
bien prononcés pour trois marches différentes, chacun s'agi- 
tait en faveur de celui pour lequel il inclinait. Il en résulta 
un trouble qu'il est difficile d'imaginer. » 

11 fut donc impossible de suivre le projet d'aller vers 
Cherbourg. 

Le lendemain 17 novembre, elle refusa pour la seconde 
fois de marcher sur Villedieu ; beaucoup de soldats prirent 
d'eux-mêmes par une marche rétrograde la direction de Pont- 
au-Beau, Pontorson, etc. 

C'en était fait de notre armée, si nos gens n'avaient pas 
éprouvé des difficultés en s'en allant ainsi à la débandade ; ils 
eussent garni ainsi toutes les routes depuis Avranches jusqu'aux 
bords de la Loire, et il eut été aisé de leur faire mettre bas les 
armes et de les avoir à sa discrétion. 

Mai^ pour notre salut, ceux qui avaient pris le parti de 
départ furent tués. Cette nouvelle certaine étant parvenue à 
Avranches, on s'obstina moins à ne pas vouloir marcher en 
avant et nos soldats prirent une ferme résolution de conserver 
leur ensemble. 

Seulement nous fûmes obligés de prendre le chemin que 
nos gens nous indiquaient et de marcher sur Pontorson. 

Ce jour-lâ, 17 Novembre, Stofflet revint à Avranches avec 
Pavant-garde après avoir rencontré, à Villedieu, une vive 
résistance dont il a triomphé. Arrivé sur les confins du Calva- 
dos, apprenant que l'armée du général Sepher approche et 



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— 84 — 

n'ayant aucune nouvelle de la marche de Tarraée royale qui 
devait le suivre, il rebroussa chemin et revint en grande hâte 
à Avranches. 

Ici se place un épisode qui a été interprété de bien des 
façons. Il s*agit du projet tenté par le prince de Talmont de 
s'embarquer furtivement pour Jersey. Nous lisons dans de 
Beauvais : « Ce fut le jour où Tarmée s'en alla d' Avranches et 
que StofBet y arrivait, que MM. de Talmont, de BeauroUiers et 
d'autres personnes, au nombre desquelles étaient plusieurs 
dames, formèrent le projet de se rendre à Jersey. 

)) A la nuit close, cette compagnie quitta la ville pour 
s'acheminer vers le bord de la mer. Le bruit de cette entre- 
prise étant parvenue à Stofflet, celui-ci sans hésiter ordonna à 
cinquante cavaliers de les suivre et de les ramener par la force. 
Ce détachement se met sur leurs traces, mais la tentative 
ayant échoué, nos voyageurs revinrent par un autre chemin. 
Il y eut grand bruit à ce sujet-là à leur retour avec Stofflet; on 
apaisa cette affaire afin de ne pas justifier la nouvelle qui 
s'était répandue dans l'armée que des chefs voulaient passer à 
l'étranger. )) 

Etait-ce une fuite? Par sa conduite au feu. de Talmont a 
prouvé sa bravoure et on ne peut l'accuser de lâcheté. Son but 
n'était-il pas plutôt de gagner Jersey et de hâter le secours des 
Anglais ? 

On objectera, il est vrai : pourquoi de Talmont n'a-t-il pas 
fait part de son dessein au Conseil? Nous devons remarquer 
que La Rochejaquelein et Stofflet, les deux tètes du Conseil, 
étaient alors partis avec l'avant-garde sur Cherbourg et qu'ils 
n'étaient pas encore do retour quand le prince prit ses dispo- 
sitions pour s'embarquer. De plus, le Conseil eut-il donné son 
adhésion à cette entreprise? Le prince n'avait-il pas de bonnes 
raisons pour agir le plus promptement et le plus discrètement 
possible? 

Dans l'état d'esprit où elle se trouvait, l'armée aurait certai- 
nement cru à une défection. A ce moment, les paysans 
n'écoutaient plus que les prêtres. Nous lisons dans le journal 
de Mercier du Rocher : « Les prêtres jouissaient d'une plus 
grande considération que les chefs, les prêtres après la 
déroute de Granville étaient d'avis de retourner dans la Vendée 



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- 85 — 

et d'abandonner les chefs. Les chefs furent obhgés de solli- 
citer les prêtres. Dernier harangua Tarmée pour rengager à ne 
pas presser sa retraite en désordre. » 

Et quand bien même ce départ caché aurait été une défec- 
tion, peut-on en faire un grand crime au prince? 

L'armée est en pleine révolte. Les chefs non-seulement ne 
sont plus écoutés, ils sont même menacés. Malgré tous leurs 
efforts, ils n'ont pu engager l'armée sur la route de Cherbourg 
à la suite de l'avant-garde. 

Le prince voyant son autorité méconnue, sa voix couverte 
par des murmures et des reproches non mérités, se proposait- 
il de quitter l'armée en pleine révolte? Peut-être. En tous cas, 
le prince de Talmont sera toujours pour nous un brave et 
noble cœur, à l'honneur duquel un soupçon de défaillance 
dans un pareil moment ne saurait faire tache. Quant au prince, 
il prétendit, dit-on, n'avoir eu d'autre but que de sauver les 
dames vendéennes qui l'accompagnaient et de hâter les 
secours. Pourquoi ne pas le croire? 

Dans tous les cas, cet incident n'eut aucune influence sur 
l'abandon de la marche en avant et sur la retraite précipitée 
vers la Loire. 

En effet, lorsque le prince tentait de s'embarquer, les trois 
quarts de l'armée étaient déjà en route pour le sud et l'avant- 
garde venait de rentrer k Avranches, puisque Stofflet, le 
commandant de cette avant-garde, fut le premier averti du 
départ secret du prince et qu'il prit seul des mesures pour 
l'empêcher. 

Dans ses mémoires, de Beauvais nous apprend que, dans 
la soirée du 17, les trois quarts de l'armée vendéenne étaient 
déjà en retraite sur Pontorson. et c'est précisément ce soir-là 
que de Talmont tentait de quitter la plage. 

Du reste, nous lisons plus loin dans le même ouvrage : 

« Ce fut le jour où l'armée s'en alla d'Avranches et que 
Stofllet y arrivait que MM. de Talmont et d'autres personnes 
formèrent le projet de se rendre à Jersey. » Donc nul doute 
sur ce point. Dans la soirée du 17, lorsque la nouvelle de la 
défection du prince fut répandue, les trois quarts de l'armée 
étaient en pleine retraite, et elle ne put avoir aucune influence 
sur sa marche. 



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— 86 — 

Voilà comment le 18 novembre, après avoir échoué devant 
Gran ville, l'armée royale désorganisée et démoralisée reprend 
en désordre la route de la Loire, ne songeant plus qu'à rentrer 
rapidement en Vendée. 

Retraite vers la Loire. — Après son échec sous Granville, la 
grande armée vendéenne qui un moment avait inquiété la Ré- 
publique n'est plus alors, comme l'a très bien dit Dobenheim, 
qu'un sanglier blessé qui, avant de périr, ne froissera que les 
chasseurs maladroits qui se trouveront sur son passage. 

La retraite est son agonie. 

Quel plan auraient dû suivre les chefs? Quelles fautes ont- ils 
commises? 

A Laval, dès le passage de la Loire, le Conseil de guerre 
devait suivre le plan de StoflQet : marcher le plus rapidement 
possible sur Rennes, s'emparer de ses armements et approvi- 
sionnements, soulever la Bretagne, et ensuite adoptant le 
projet du prince de Talmont, s'emparer d'un port, y appeler les 
secours anglais, s'emparer de Nantes, puis se rangeant au plan 
de d'Autichamps, soulever la Normandie et marcher ensuite 
hardiment sur Paris, attaquer la Convention en plein cœur. 

Tenter de se rendre maître de St-Malo ou de Granville avant 
d'avoir pris Rennes, c'était folie. Sans matériel de siège, ces 
deux places étaient imprenables. 

Quant à Cherbourg, ce port dont il était facile de s'emparer, 
au fond de la presqu'île du Cotentin, il était trop éloigné 
du centre de l'insurrection. Une fois à Cherbourg, les Ven- 
déens pouvaient s'y trouver bloqués et ils étaient alors à la 
merci des Républicains, comme le furent plus tard sur un 
champ, il est vrai moins vaste, les Chouans à Quiberon. 

Ces graves fautes ayant été commises, quel parti devait 
prendre le Conseil Vendéen, le 17 novembre, après l'échec sur 
Granville ? 

Il faut pour cela se rendre compte de la marche des armées 
républicaines opérant dans le but de faire lever le siège de 
Granville et d'écraser les royalistes. 

St-Malo et Dinan étaient gardés par de bonnes garnisons, 



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— 87 — 

Dans cette dernière ville se trouvaient 4,000 hommes sous les 
ordres du général Tribout. 

Après la défaite d'Entrammes, Tarmée de l'Ouest avait été se 
reconstituer à Angers, puis avait rejoint à Rennes l'armée des 
côtes de Brest, et ces deux colonnes, dont reflfectif se portait k 
20,000 hommes sous les ordres du général Rossignol, mar- 
chaient sur Antrain qu'elles occupaient le 17. 

Enfin, l'ai'mée des côtes de Cherbourg, comptant 5,000 
hommes sous les ordres du général Sépher, est à Coutances. 

Que faisait alors la flotte anglaise ? Elle n'était pas encore 
dans les eaux de France. Arrêtée par des vents contraires, 
elle ne doubla le cap de la Hougue que le 2 octobre, alors que 
l'armée royale était déjà fort éloignée. 

Elle fit escale k Jersey. 

Dans l'incertitude de l'arrivée des secours, que devait faire 
l'armée vendéenne? 

Occuper Avranches et Coutances, reconstituer l'armée, 
communiquer le plus rapidement possible avec l'Anglais pour 
lui donner rendez-vous sous Granville ou à Cherbourg. Voilà 
le seul plan que pouvait adopter le Conseil vendéen. 

S'il Peut suivi, l'armée était sauvée. Dans les vingt jours 
au plus, la flotte anglaise était sous Granville. Mais non ; il en 
devait être autrement. 

L'armée était affolée, les chefs n'étaient pas écoutés. Ils ne 
dirigèrent même pas la retraite, ils la suivirent. 

En quittant Avranches, les royalistes se dirigèrent sur Dol 
et montrèrent ainsi leur intention de parcourir la route prise 
pour venir sur Granville. C'était une folie. Ils indiquaient ainsi 
aux Républicains la voie qu'ils allaient prendre et de plus ils 
traversaient en vaincus des villes et des campagnes dont ils 
avaient épuisé les ressources lorsqu'ils y étaient passés quelques 
jours auparavant en vainqueurs. Quel accueil recevraient-ils? 
Comment vivraient-ils? 

De plus, leurs chefs n'étaient pas ignorants des positions 
occupées par les armées ennemies et marcher sur Dol, c'était 
se trouver resserré entre les garnisons de St-Malo et de Dinan, 
l'armée de Sépher qui les suivait et l'armée des côtes de Brest 
que l'on savait près d'Anlrain. 



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— 80 — 

11 fallait un miracle pour sauver Tarmée vendéenne. 11 eut 
lieu. Quand tout paraissait désespéré, le courage des soldats 
vendéens tiiompha de la lactiqiie des généraux de la Répu- 
blique. 

Le 18, en quittant Avranches, les Vendéens marchent sur 
Pontorson dont ils s'emparent le soir à la baïonnette; le géné- 
ral Triboul laisse treize canons entre leurs mains. 

Le lendemain 20, ils sont à Dol ; le général Westermann 
qui, détaché de la colonne de l'armée de Brest, à Antrain, les a 
pris à dos en occupant Pontorson sitôt son évacuation, les 
attaque de nuit trop précipitamment h la porte de Dol, et il est 
vivement repoussé. Trois heures après, une colonne de l'armée 
de Brest, venant d' Antrain, commandée par le brave général 
Marceau, prend contact avec les Vendéens aune lieue environ 
au sud de Dol. Cette attaque devait se produire simultanément 
avec celle de Westermann ; mais, comme nous venons de le 
voir, la bouillante ardeur de cet impétueux général atout com- 
promis. Après l'avoir battu, La Rochejaquelein accourt rapide- 
ment renforcer la colonne de Stofflot aux prises avec les 
troupes de Marceau et les Républicains sont encore là repoussés. 

Dans la matinée du 22, Westermann, sans ordre, de sa propre 
autorité, attaque une seconde fois les Royalistes sur la route 
de Pontorson et sa troupe est de nouveau mise en déroute. Les 
Vendéens traversent alors rapidement Dol et se portent hardi- 
ment sur la route d'Antrain. L'armée de Rossignol qui veut 
s'opposer à leur sortie de la ville est culbutée, mise en dé- 
route et poursuivie h la baïonnette jusqu'au delà d'Antrain et 
elle fuit sur Rennes dans le plus grand désordre. 

Que devait alors faire l'armée royaliste ? 

Profiler de la victoire, poursuivre l'armée républicaine en 
pleine déroute et entrer derrière elle à Rennes. Son but était 
alors atteint ; elle soulevait la Bretagne, les secours anglais lui 
parviendraient dès qu'un port serait en son pouvoir et elle 
rentrerait ensuite en Vendée par Nantes. 

Mais l'armée était attirée en ligne droite par la Loire comme 
par un aimant et elle était sourde à la voix de ses chefs. 11 n'y 
avait plus rien à tenter avec elle. 

D'Antrain, l'armée se met en marche sur Laval, en passant 



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— 90 — 

par Fougères, Ernée, Mayenne, c'est-k-dire en reprenant la 
roule suivie à l'aller. 

L'armée offre un triste spectacle, la dyssenterie y fait de 
rapides ravages. « A peine la moitié de ces brigands, dit un 
témoin oculaire, ont-ils des armes ; ils ont peu de munitions 
et aucune subsistance, ils vivent au jour la journée. 

» Cette armée nombreuse, sans munitions, ni vivres, ni 
souliers et presque sans vêtements, ne peut subsister. Elle est 
d'ailleurs singulièrement indisciplinée, les chefs souvent sont 
désobéis et même menacés. » Tel est le tableau de Tarmée en 
retraite. Une cinquantaine de charrettes remplies de malades 
et de blessés encombraient sa marche. A Fougères, on fut 
contraint d'abandonner deux mille blessés et malades; deux 
cents furent confiés aux hôpitaux de Mayenne, sans compter 
ceux laissés sans secours sur la route. 

Aussitôt le départ des leurs, tous furent impitoyablement 
massacrés par les Républicains. 

A Laval, le Conseil se réunit. Nous lisons dans les mémoires 
de Poirier de Beauvais : « Il fut encore question à Laval de 
savoir si Ton irait k Rennes où l'armée républicaine battue 
n'était arrivée que par lambeaux et sans penser nullement 
nous résister si nous nous y portions. On devait le faire après 
la dernière bataille d'Antrain, mais enfin il en était encore 
temps. Il y eut de l'hésitation : les deux projets qui balan- 
cèrent celui-ci furent ou de rentrer dans la Vendée par Angers 
et les Ponts-de-Cé ou bien par Nantes. 

» Dans les circonstances où nous étions, on aurait peut-être 
eu plus d'apparence de réussir en marchant sur Nantes. 

)) Cette ville présentant une bien plus grande circonférence 
qu'Angers, il est k croire que certains points seraient moins 
fortifiés ou moins bien gardés partout ; il y avait plus de 
chances en notre faveur, et Nantes k nous on pénétrait dans 
la Vendée par le Pont-Rousseau, au lieu qu'après la prise 
d'Angers, il nous restait k prendre les roches d'Erigné. 

» Notre malheureuse étoile voulut que nous prissions le plus 
mauvais des partis proposés. » 

Il fut décidé que l'on se porterait sur Angers et l'armée prit 
alors la route de la Flèche. 



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— 91 — 

Pour se rendre compte de l'état où se ti'ouve l'armée royale, 

il est bon de prendre connaissance d'une lettre d'un citoyen 

Hamon, commissaire, adressée au Comité central du Mans, et 

ainsi conçue : 

u Sablé, le 12 Frimaire 

» Plus de huit cents sont tombés morts de fatigue. Les 
chemins sont pleins de chiffons avec lesquels ils enveloppent 
leurs pieds, de sabols cassés et de mauvais souliers. Quelques 
bœufs et moutons seulement les suivent. Ils ne vivent que de 
sarrazin et leurs déjections affreuses, disent assez le long des 
fossés l'état sanitaire de leur armée. La commune de Balle a 
déjà fusillé six rebelles^ les habitants de Bajouges en ont 
amené un que j'ai questionné et qui m'a dit qu'il ne restait 
pas dans l'armée rebelle 15,000 hommes en état de porter les 
armes. Cet homme est exténué, décharné et sec comme un 
balai. » 

Nous lisons encore dans une lettre du commissaire Blan- 
chetle à l'administration du Mans: « J'étais à la Flèche lorsque 
l'ennemi y est entré. Tout est dans un état déplorable et je ne 
conçois pas comment on fuit devant une pareille armée ; elle 
est de 20 à 25,000 hommes, encore y a-t-il plus de la moitié de 
femmes, d'enfants et de malades. Cette armée porte l'infection 
avec elle, on a été obligé de brûler du vinaigre dans les 
appartements où les brigands étaient entrés. On en a trouvé 
plusieurs dans les rues et les écuries morts d'inanition. » 

Le 3 décembre, les Vendéens sont sous les murs d'Angers. 

Après un siège infructueux de trente-deux heures et deux 
assauts repoussés, à l'arrivée des éclaireui*s de l'armée de 
Brest, partie de Rennes pour débloquer Angers, l'armée royale 
minée par la fièvre et la dyssenterie, découragée complète- 
ment, prend en grande hâte la direction de Saumur où elle 
va tenter le passage de la Loire. Elle laissait sous les murs 
d'Angers 2,000 des siens, dont 300 seulement atteints par le 
feu de l'ennemi. Mais la division de Kléber lui barre la route 
du fleuve et elle se rallie alors à Baugé pour retourner à la 
Flèche où elle rentre après un vigoureux combat d'arrière-garde. 

Le Conseil se réunit à la Flèche, où Ton stationna deux jours. 

Que faire? Où diriger les pas de l'armée en déroute? 

L'armée des côtQs de Brest, après s'être réorganisée à Rennes, 



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-92- 

barre maintenant la route de la Loire. Le prince de Talmont 
propose de faire campagne entre le Maine et la Normandie et 
même après avoir reformé l'armée de la porter sur Paris. 
Quant à La Rochejaquelein, il veut franchir la Loire coûte que 
coûte. On se décide alors à se porter sur le Mans pour y reposer 
Tarmée et la reconstituer. 

C'était le parti le plus sage. 

Le 10 Décembre, Tarmée quitte la Flèche et marche sur le 
Mans. A cinq heures du soir, au nombre de 20,000 combat- 
tants à peine, les Vendéens entrent au Mans, après avoir 
repoussé les troupes du général Chabot à Clermont et les avoir 
une seconde fois mises en déroute à rentrée du faubourg. Us 
ont alors 31 pièces de tout calibre, ce qui leur constitue encore 
une artillerie respectable. 

Durant la nuit du 11 au 12, le Conseil se réunit, mais aucune 
décision ne fut prise, quoique la séance fut levée que fort tard 
dans la nuit. 

Une grande faute était commise, La Rochejaquelein a formé 
le parc, place des Halles, au centre du Mans. Qu'une attaque se 
produise et que les Républicains pénètrent rapidement dans la 
ville, comment l'artillerie et les nombreux véhicules pourront- 
ils en sortir au milieu de la panique et du désordre inévitable 
qui se produira ? 

Il fallait faire traverser le Mans par l'artillerie et les charrois 
et former le parc au nord-ouest de la ville, au carrefour des 
routes de Laval et d'Alençon. Seuls quelques pièces et caissons 
seraient restés place des Halles en prévision d'une attaque. Avec 
ces dispositions, si l'ennemi pénétrait dans la ville et que la re- 
traite fût inévitable, elle pouvait au moins s'effectuer avec ordre. 

Les Vendéens comptaient sur au moins 5 jours pour se 
reposer. Hélas t le 12, k 11 heures du matin, 42 heures après 
leur arrivée au Mans, Marceau se présente à Pontlieue à la tête 
d'une partie de l'armée républicaine. 

La générale bat aussitôt dans toute la ville. Malgré la nécessité 
immédiate de la défense, La Rochejaquelein et Forestier rallient 
à peine 3,000 hommes et les entraînent rapidement à Pont- 
lieue pour s'opposer à l'envahissement du faubourg. 

Les autres chefs cherchent à tirer de leur torpeur les mal- 
heureux Vendéens assoupis. Ils réunissent enfin 12,000 com- 



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— 93 — 

battants, qui se portent aux diflférentes issues par où Tennemi 
fait irruption. A 9 heures du soir, malgré le courage des tirail- 
leurs vendéens, les Républicains ont pénétré jusque sur la 
place des Halles. 

Dès la première attaque, Tévacuation s'est faite dans le plus 
grand désordre. 

La nuit, le combat se ralentit; mais le lendemain matin k 
7 heures Tattaque reprend avec plus de vigueur; Tarmée de 
Kléber a fait sa jonction avec celle de Marceau ; elles pénètrent 
dans la ville par toutes les issues, et font un horrible carnage. 

Les chefs vendéens firent des prodiges de valeur pour retenir 
les tirailleurs à leurs postes et faire mettre des pièces en 
batterie afin de protéger la retraite ; mais écrasés par le nom- 
bre, ils durent suivre eux-mêmes le torrent des fuyards et di- 
riger sur Laval Tarmée en pleine déroute. 

Les Républicains commirent des horreurs au Mans. Les 
blessés, les malades, les femmes, les enfants furent impitoya- 
blement massacrés. Le carnage continua jusqu'à 8 lieues sur 
la route de Laval. Les soldats de Westermann altérés de sang 
en furent les auteurs. Les grenadiers d'Aunis et de Saintonge 
montrèrent qu'il restait encore des soldats dignes du nom de 
Français. Bien des femmes leur durent l'honneur et la vie. 
Aussitôt le combat terminé Kléber et Marceau, écœurés, firent 
battre la générale comme si Tattaque reprenait, uniquement 
dans le but de détourner leurs troupes du massacre. 

Le 14 décembre, l'armée vendéenne est à Laval; le 15, à 
6 heures du matin, elle se dirige en grande hâte sur Ancenis 
pour y tenter le passage de la Loire, avant l'arrivée de la cava- 
lerie de Westermann lancée à sa poursuite. 

A Laval, La Rochejaquelein a préparé hâtivement un recen- 
sement. L'armée vendéenne a perdu 18,000 des siens, dont la 
moitié des non combattants. Elle n'a plus qu'une vingtaine de 
pièces. 

Le 16, l'armée touche la Loire à Ancenis, après être passée 
par Craon et Pouancé. Il est midi, on construit rapidement 
des radeaux; iltô sont a peine terminés que la cavalerie de Wes- 
termann arrive, l'ennemi approche. Un grand nombre de Ven- 
déens se lancent sur le fleuve dans de légères embarcations, 
sur des poutres, des tonneaux. Beaucoup se noient; d'autres 



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- 94 - 

plus heureux atteignent l'autre rive, parmi lesquels, de 
Beauvais, Stoffletet LaRochejaquelein. 

Pendant ce temps-là, de Talmont et quelques chefs reçoivent 
Tavant-garde républicaine et l'arrêtent, puis ils rejoignent 
l'armée qui se dirige sur Nort dans le plus grand désordre, 
après avoir laissé 13 pièces de canon à Ancenis. 

7,000 hommes à peine et 7 pièces composent cette armée, 
abandonnée de ses deux généralissimes, ne sachant où diriger 
ses pas. Le prince de Talmont en prend le commandement. 

Que faire? Se jeter dans la forêt du Gâvre près de Blain, puis 
pénétrer dans le Morbihan bien disposé pour la cause royale, 
est le seul parti à prendre. Il ne faut pas perdre un instant, la 
cavalerie ennemie les talonne. A peine arrivés à Nort quelques 
hussards attaquent la queue de la colonne mais ils sont 
repoussés. 

A Nort, les Vendéens se donnent un chef. Fleuriot, oncle de 
Charette est nommé ; blessé à juste titre de ce choix, le prince 
de Talmont abandonne Tarmée et se jette dans la forêt du 
Gâvre. 

On arrive enfin à Blain ; on commet la faute de quitter le 
village pour occuper à Savenay une position plus avantageuse, 
mais plus éloignée de la forêt du Gâvre. 

Le 23 décembre, après avoir opéré leur jonction, les colonnes 
républicaines attaquent vigoureusement la petite armée ven- 
déenne exténuée et privée presque totalement de munitions. 

Marigny et les autres chefs firent des prodiges de valeur; 
mais écrasée par le nombre, cette courageuse petite troupe, 
lambeau d'une grande et belle armée, acculée à des marais fan- 
geux, reçut le coup fatal. 

Le massacre dura plusieurs jours; on donna la chasse aux 
malheureux fugitifs malades et blessés, comme à des bêtes 
fauves. Quelques chefs et quelques partis de combattants 
purent gagner la forêt du Gâvre et échapper ainsi aux baïon- 
nettes républicaines, mais le plus grand nombre des Royalistes 
fut repoussé dans les marais et y péril. 

L'armée catholique et royale de La Rochejaquelein et de 
Stofllet avait vécu. Gloire à ellet 



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lË nmmi a nmii m oEReiEits 

de l'Exposition scolaire de Rouen, 189G 



par M. I. TUËRIOT 

Membre résidant 



La botanique était représentée à l'Exposition rouennaise par 
un grand nombre d'herbiers dus pour la majeure partie aux 
instituteurs de la Seine-Inférieure. 

Dans cette notice qui sera très brève, je n'ai pas l'intention 
d'apprécier la valeur de chaque herbier exposé, et par suite de 
refaire en quelque sorte le travail du jury chargé d'attribuer 
les récompenses. Mon but est tout autre. Je veux simplement 
examiner si ces herbiers scolaires répondent bien à leur objet, 
et donner à l'occasion quelques conseils pratiques aux maîtres 
que leur goût d'une part, leur désir d'être utiles à leurs élèves 
d'autre part, conduisent à composer un musée scolaire, dont 
l'herbier n'est qu'une partie, il est vrai, mais une notable par- 
tie dans toute école rurale. 

Il importe tout d'abord, pour bien poser la question, de dire 
quel est le rôle d'un herbier. Pour les botanistes amateurs, 
pour ceux qui étudient les plantes dans un but scientifique, 
l'herbier est un document ; les plantes qui le composent et qui 
sont soigneusement étiquetées sont des témoins précieux et 
aussi des éléments de comparaison. Pour le débutant, la 
confection d'un herbier est, en outre, le moyen d'arriver plus 
vite h la connaissance et à la distinction des types, car la 
manipulation répétée des mêmes échantillons en grave la 
forme, le port, Taspect général, d'une façon nette et définitive 
dans l'œil du préparateur. A l'école, l'herbier doit avoir évi- 
demment un but différent de ceux-là : il doit être un moyen 



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- 96 - 

d'enseignement. Or que doit-on enseigner à Taide d'un herbier? 
Non pas à connaître les espèces les plus rares de la localité, ni 
même les plus répandues, mais bien celles qui sont utiles 
comme celles qui sont nuisibles, et celles-là seulement. Alors 
que rherbier du botaniste renferme sans exception toutes les 
espèces d'une région avec leurs différentes formes, 1 herbier 
scolaire — qu'il ne faut pas confondre avec l'herbier personnel 
de l'instituteur — ne contiendra que les quelques plantes 
qu'il importe de faire distinguer aux élèves et pas d'autres. Ce 
point est à mes yeux des plus importants, si l'on veut obtenir 
des résultats positifs et pratiques. 

J'ouvre ici une parenthèse. 

Tout en considérant l'herbier comme capable de rendre des 
services aux instituteurs dans leur ^seignement, je n'entends 
pas cependant faire de la plante sèche l'unique ni le meilleur 
moyen d'apprendre à reconnaître la plante vivante. J'estime, 
au contraire, que le véritable enseignement de la botanique 
doit se faire au moyen de la plante fraîche, soit en plein 
champ pendant une excursion scolaire, soit en classe avec des 
échantillons recueillis d'avance. Mais comme la mémoire de 
l'enfant ne peut garder le souvenir précis d'une plante après 
ravoir vu une fois seulement, la plante sèche et bien préparée 
de l'herbier qu'on lui présentera plus tard viendra raviver la 
première impression et lui donnera un caractère durable. 

Des considérations qui précèdent, on peut déduire facilement 
les conditions dans lesquelles doit se présenter un bon herbier 
scolaire : il se composera des espèces utiles et nuisibles de la 
région ; les plantes seront très bien préparées, aussi complètes 
que le permettront leurs dimensions ; elles seront fixées sur 
des feuilles épaisses, rigides et mobiles, afin qu'on puisse les 
séparer facilement de la collection ; elles seront pourvues 
d'une étiquette indiquant le nom de la plante, le lieu et la date 
de la récolte, et rappelant sommairement les usages ou les 
propriétés de chaque espèce. 

Maintenant que j'ai défini, à mon point de vue, l'herbier 
scolaire idéal, me sera-t-il permis d'adresser quelques légères 
critiques aux exposants Je pense qu'elles ne blesseront aucun 
de mes collègues ; je n'ai d'ailleurs nullement l'intention de 
leur causer de la peine ; mon plus vif désir est au contraire de 



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-97 — 

faire profiter les débutants de l'expérience qwe seize années 
d'études l)olaniques m'ont acquise. 

Ma première observation a trait à la détermination des 
plantes. 11 est de toute évidence que si l'instituteur présente 
une plante h ses élèves, il ne doit pas les induire en erreur en 
lui attribuant un nom qui n'est pas le sien et surtout des 
propriétés qui appartiennent à une autre espèce. Mieux vaut 
ne pas enseigner la botanique aux enfants que de leur donner 
des notions fausses. Or de tous les herbiers que j'ai feuilletés, 
et j'en ai vu plus de trente, Il n'en est pas un. même parmi 
ceux des Ecoles normales, où je n'aie constaté des erreurs de 
détermination, tantôt plus^ tantôt moins. Et il fout noter que 
la plupart de ces erreurs sont énormes: il ne s'agit pas 
d'espèces voisines, affines, qu'un examen minutieux seul peut 
faire distinguer, mais souvent d'espèces appartenant à des 
genres différents, parfois même à des familles très éloignéep 
l'une de l'autre. Les quelques exemples suivants pirouveront 
que mon affirmation n'a rien d'exagéré. Dans un herbier, Jfi 
Valériane officinale est appelée Sureau yèble. Dans un autre, des 
Carex reçoivent des noms de Graminées. Daps un troisième, 
une Composée est classée parmi les Borraginées, 

Encore une fois, je ne fais pas un crime à mes dévoués 
collègues d'avoir commis quelques hérésies botaniques. 
J estime même, qu'étant livrés à leurs propres forces, leur 
mérite est grand d être arrivés aux résultats que chaque 
visiteur a pu apprécier. Aussi si j insiste tant sur cette question, 
c'est surtout pour rappeler aux instituteurs qui ont le goût des 
sciences naturelles qu'ils peuvent trouver et qu'ils trouveront 
toujours chez les amateurs et les gens compétents un concours 
empressé qu'ils ont le tort de ne pas solliciter plus souvent. 
Pour ma part, j'examinerai avec le plus grand plaisir les plantes 
que mes collègues m'adresseront pour en faire la vérification. 

Dans certains herbiers, le choix des échantillons et leur pré- 
paration laissent aussi beaucoup à désirer. Trop fréquemment, 
une espèce est représentée par un court rameau, quelquefois 
dépourvu de feuilles, incapable évidemment de donner une 
idée vraie et suffisante de la plante dont il provient. Je neveux 
pas ici reproduire les instructions qu'on peut lire dans tous les 
guides d'herborisations, notamment dans celui de mon 



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— 98 — 

collègue, M. Martel, directeur de l'école primaire supérieure de 
Rouen. Je me bornerai k dire : prenez vos échantillons aussi 
longs, aussi complets que possible, racines, fleurs, fruits, et 
pour cela adoptez comme papier le format 44x28 ; conservez 
la plante entière chaque fois que ses dimensions le permettent. 
Pour la préparation, comprimez suffisamment vos plantes, 
changez souvent le papier, et vous n'aurez pas des échantillons 
fanés, crispés, qui semblent avoir été pris dans une botte de 
foin, et méritent d'y retourner plutôt que do figurer dans un 
musée scolaire. 

Je reprocherai enfin à quelques- exposants de n'avoir pas eu 
une conception bien nette de Therbier scolaire, de l'avoir 
souvent confondu avec leur herbier personnel, ou même 
d'avoir rassemblé, au hasard de la cueillette, une série de 
plantes plus ou moins intéressantes qui ne sont guère là que 
pour fah*e nombre et donner plus d'apparence à l'envoi. 

Quoi qu'il en soit, je me plais h reconnaître que l'étude de la 
botanique est en faveur et en progrès auprès du personnel 
enseignant. Il faut s'en féliciter hautement, chacun y trouve 
son profit, maître et élèves. C'est donc faire œuvre utile que 
d'encourager les bonnes volontés, et je n'ai pas obéi à d'autre 
préoccupation que celle-là en écrivant ce rapide exposé. 



;^V- 



^ 



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Analyse littéraire du Sermon de Bossuet 
SUR L'ARDEUR DE LA PÉNITENCE 



Chapelle du Louvre, 20 Mars 1662 



par M. l'abbé DUBOIS 

Curé <le Sanvic et Membre résidant 



J*ai pensé, Messieurs, que vous ne me reprocheriez pas de 
venir vous entretenir ce soir d'une question de littérature 
pure. Si nombreux sont les objets qui, de toutes parts, viennent 
solliciter notre inquiètn curiosité, que les moments deviennent 
bien rares que nous pouvons consacrer au culte tout à fait 
désintéressé des choses de Tesprit. Et pourtant quelle jouis^ 
sance plus profonde et plus utile à la fois que de passer quelques 
instants en Tintime compagnie des maîtres de notre langue, 
de ceux surtout dont le nom, universellement vénéré, fera à 
jamais l'éternel honneur des lettres françaises? Etudions» si 
vous le voulez bien, un sermon de notre grand Bossuet. Ou je 
me trompe fort, ou nous trouverons, au contact de ce puissant 
génie, des leçons de plus d'un genre. 

C'est que Bossuet occupe dans l'histoire de notre littérature, 
on pourrait dire dans l'histoire de l'esprit humain, une place 
à part. On peut trouver peut-être œuvres plus travaillées, plus 
léchées que les siennes : on n'en trouvera pas de plus fortes, 
de plus puissantes. Où donc cette association, toujours cher- 
chée, jamais complète, entre le fond et la forme, l'idée et 
Texpression, la science et l'art, a-t-ellc été plus merveilleu- 
sement réalisée? Pour une fois dans notre histoire, il s'est 
rencontré un esprit merveilleusement doué et merveilleusement 
cultivé, nourri des plus fortes études, continuées pendant les 



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— 100 — 

années de la jeunesse et de l'âge mûr avec une ténacité, une 
persistance dont rien ne peut nous donner Tidée à notre 
époque de culture hâtive et multiple, et cet esprit a trouvé pour 
instrument une langue faite à souhait pour ses qualités puis- 
santes, rude encore et inculte, inhabile encore à exprimer 
dans leur majesté les idées générales^ comme à suivre dans 
leurs dernières nuances les délicatesses de la pensée moderne, 
mais puissante déjà par les qualités quelle tirait de son origine 
et par celles qu'elle avait acquises au cours de sa longue exis- 
tence. Bossuet l'adopte, Tétreint, s'en empare, la fait sienne et, 
pendant le siècle le plus beau de notre littérature, l'histoire de 
la langue française sera l'histoire du style, de l'éloquence de 
Bossuet; ensemble ils grandiront se perfectionneront, s'ano- 
bliront, ensemble ils atteindront la perfection, ensemble ils 
resteront l'objet de l'admiration des siècles à venir. Comme je 
le lisais encore récemment, Bossuet est un accident qui n'est 
arrivé qu'une fois dans l'histoire de l'humanité, son auréole 
tient du nimbe, il semble que cet homme soit au-dessus de 
l'humanité, si vastes sont ses conceptions, si merveilleusement, 
si souplement, si parfaitement il les exprime. 

On peut faire ces intéressantes constatations dans tous les 
ouvrages de Bossuet; M. Nisard disait qu'il n'y a pas une page 
du grand évêque où n'éclatent ses qualités maîtresses, et, aussi 
longtemps que notre belle langue sera parlée, aussi longtemps 
qu'elle sera connue, toujours les amis de la haute et saine 
littérature les admireront dans le Discours sur l'Histoire univer- 
selle, dans le Traité de la Connaissance de Dieu, dans V Histoire des 
Variations et tant d'autres pages immortelles. Hais, si je ne me 
trompe, les Sermotis se prêtent plus qu'aucun autre ouvrage à 
ces utiles études. Ils occupent dans l'œuvre du maître une 
place à part. Jamais Bossuet n'avait pensé qu'ils fussent destinés 
à voir la lumière ; pour lui, c'étaient de simples notes où l'ardeur 
de son grand esprit se donnait librement carrière pour fixer sa 
pensée avant de gravir les degrés de la chaire chrétienne. Aussi 
notre époque, amoureuse de la nouveauté et de l'inédit, avide 
à bon droit de pénétrer dans l'intimité des grands hommes, 
dans les procédés de composition des grands artistes, entoure- 



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- 101 - 

t-elle les sermons de Bossuet d*un culte tout particulier. Lés 
éditions se multiplient : Gandar, Gazier ont eu la bonne for- 
tune d'accoler leur nom à celui de Bossuet en améliorant gran- 
dement le texte donné à la fin du xvni® siècle par le bénédictin 
Déforis. En ces dernières années, un prêtre rouennais, alors 
professeur au Petit-Séminaire, M. l'abbé Joseph Lebarq, a bien 
mérité des admirateurs de Bossuet, c'est-à-dire de la France 
entière, en publiant comme thèse de doctorat une remarquable 
Histoire critique de la Prédication de Bossuet. Avec une patience 
et une sagacité merveilleuses, il a porté la lumière dans 
une foule de questions restées encore ténébreuses dans la 
chronologie des sermons. Le critérium qu'il rend sensible par 
de nombreux tableaux, c'est pour lui l'orthographe de Bossuet 
qui a subi d'étranges fluctuations. Un certain nombre de 
morceaux datés, sans crainte d'erreur, et auxquels H fait rendre 
toutes les indications utiles qu'ils renferment, lui servent de 
points fixes dans sa classification qui, en masse, restera certai- 
nement définitive. Le laborieux abbé a depuis donné au public 
l'édition critique qu'annonçait sa thèse et c'est d'après son 
beau travail que nous voulons étudier. C'est pour tous les amis 
de notre grand dix-septième siècle une intime jouissance, en 
même temps qu'une joie patriotique, de voir enfin méthodi- 
quement classées et traitées avec le soin qu'elles méritaient, jus- 
qu'en leurs débris que des profanes regarderaient comme 
insignifiants, ces compositions extraordinaires, encore toutes 
vibrantes de la foi indomptable et si profondément éclairée 
qui les produisit naguère. 

Du reste, si, comme type de la Prédication de Bossuet, nous 
choisissons, obéissant à un penchant déjà ancien, le Sermon 
sur l'ardeur de la Pénitence, bien des raisons pourraient légiti- 
mer notre préférence. 

Dans la collection de l'abbé Lebarq, il porte le numéro 126; il 
fait partie du Carême du Louvre, le premier Carême royal de 
Bossuet ; il a été pi*ononcé le Mercredi de la semaine de la 
Passion, 29 Mars 1662. Né en 1627, Bossuet avait alors 38 ans, 
il était dans toute la progression de son beau génie, il arrivait 
à sa pleine maturité, et, avec cette longue application, cette 



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- 102- 

patience, ces études si longuement continuées qui Tont élevé 
si haut, il mettait lui-même en œuvre ces conseils si austères 
et si pratiques à la fois qu'il donnera plus tard au jeune cardi- 
nal de Bouillon. En 1660 déjà, il avait donné le Carême des 
Minimes : « Dans ces onze discours qui nous restent, vélié- 
» ments, rudes parfois, toujours gonflés de raisons décisives 
» et tranchantes » (1), il avait déjà donné sa large mesure. En 
1661, il continue par le Carême des Carmélites, où il essaie 
d'une façon plus particulière « de mettre les âmes en commu- 
» nication intime avec les vérités surnaturelles. . . . Nulle part 
» peut-être elles ne trouveront plus de pensées exquises à 
» méditer. Souvent elles seront exprimées de façon sommaire ; 
» n'importe, le tour elliptique n'a pas coutume de nuire à la 
» profondeur; il aiderait plutôt à en donner l'illusion dans les 
» écrivains qui ne seraient pas comme le nôtre de véritables 
» penseurs » (2). 

Solennel dans la vie de Bossuet, le moment est solennel 
aussi dans l'histoire littéraire de la France. Aux auteurs de la 
première moitié du dix-septième siècle : Corneille, Descartes, 
Pascal, pleins de sève et d'énergie, mais non complètement 
dépouillés d'une certaine rudesse archaïque, va succéder une 
génération nouvelle, plus parfaite au point de vue de la forme, 
mais qui laissera regretter parfois la virile énergie de ceux qui 
l'ont précédée. C'est, du reste, un phénomène qu'il est intéres- 
sant et facile de constater dans l'histoire de tous les arts. Pour 
eux comme pour tout le reste, selon le proverbe, la perfection 
n'est pas de ce monde. Sitôt qu'ils ont dépouillé les derniers 
restes de la rudesse légèrement hiératique des primitifs, ils sont 
comme fatalement entraînés vers une certaine mollesse un peu 
sensuelle ; la peur de dépasser les limites exactes d'un goût 
raflSné les contient dans un juste milieu, d'où ils n'osent pas 
sortir, et parfois le spectateur, l'auditeur de cette harmonie 
impeccable, mais un peu monotone, se prend à regretter l'é- 
nergie parfois un peu étrange, mais bien autrement suggestive, 
des vieux maîtres d'autrefois. C'est le charme de Phidias, dans 
l'histoire de la sculpture grecque, si on le compare à Praxitèle, 
de Lucrèce si on le compare à Virgile, de la première manière 

(1) Lebarq, tome iv, lut. i{. 



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- 103 - 

de Raphaël si on la compare à la seconde, de Corneille par 
rapport à Racine, de Pascal par rapport à Fénelon. Chez 
Bossuei le phénomène est unique. Il marche toujours vers la 
perfection; mais la sève chez lui est si abondante, il est si peu 
préoccupé, surtout dans les Sermons, du côté purement artis- 
tique de son œuvre^ il faut à son inspiration féconde un lit si 
large, qu'il n'y a pas à craindre pour lui le maniéré, l'étudié, 
le recherché. Il monte cependant, son goût s'épure, sa manière 
se perfectionne, et, pour le dire en passant, c'est là ce que l'on 
peut constater dans l'édition définitive de M. l'abbé Lebarq. En 
effet, restituant à tous les fragments de Bossuet leur vraie 
place chronologique, il rend faciles et définitives ces compa- 
raisons entre les diverses époques des sermons de Bossuet. 
Il n'y a plus à craindre maintenant de s'égarer, il n'y a plus à 
craindre de voir, comme dans la confusion des éditions précé- 
dentes, se dresser d'inexplicables contrastes entre des morceaux 
d'époques absolument différentes et artificiellement réunis. 

Bossuet est donc comme le chorège de ce chœur unique 
formé par tous nos auteurs du grand siècle; il discipline, pour 
la faire servir à l'expression de ses conceptions sublimes^ la 
langue qu'il a reçue, il la fait grandir, il la perfectionne du 
même pas qu'il marche lui-même. Cependant, ne craignez pas 
que» se dépouillant de lui-même, il perde trop de son 
énergie propre, il lui en restera toujours assez pour éviter la 
monotonie et jusque dans ses derniers essais on sentira l'ar- 
dente inspiration qui animait ses premiers travaux. 

*\ 

Pour la première fois Bossuet prêche un Carême devant 
Louis XIV. Il a débuté par le sermon de la Purification, l'un 
des plus fortement charpentés de ses discours, dans lequel il y 
aurait peut-être à craindre que la place ne manque un peu pour 
l'inspiration du jeune prédicateur qui n'a pas pour habitude 
de régler d'une façon si minutieuse la stratégie de son action, 
bans la trilogie de la semaine de la Passion, sur VEfficacité de 
la Pénitence, sur VArdeur de la Pénitence, sur Vlntégrité de la 
Pénitence, le tout tiré de l'histoire de Madeleine la pécheresse, 
il n y a rien à appréhender de semblable. La composition est 
merveilleuse d'entrain et d'élan. On admire les discours que 



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— m — 

Bossuet écrit, mais on est pressé d'admirer plus encore ceux 
qu'il a prononcés dans l'ardeur conquérante de son zèle 
échauffé par une méditation si fortement conduite et d'une 
contexture qu'on dirait, par endroits, si abandonnée. Le 
Dimanche précédent, 26 Mars, il a proche sur YEfficacité de la 
Pénitence, Il a montré k tous les pécheurs, par l'exemple de 
Madeleine, « que s'ils embrassent avec foi et soumission la 
» grâce de la pénitence, ils y trouveront, sans aucun doute, et 
» assez de force pour les soutenir, et assez de suavité pour les 
)) attirer ». 

Le Mercredi, l'orateur sacré donne le sermon dont nous vou- 
lons faire une étude particulière : Sur V Ardeur de la Pénitence. 
Permettez-moi de vous en offiir ici l'analyse détaillée : entrés 
plus profondément dans la connaissance intime du chef- 
d'œuvre que nous étudions, nous nous y remuerons ensuite 
plus à Taise. 

SUR L'ARDEUR DE LA PÉNITENCE 

El evre muiiiT quœ erat tn civil ate peccalrix 
ut coynovit iiiwd acciiffw'sset in domo Pfiarisœi 
altulil alabastrum unguetUi, 

Luc VIL 37. 

Ëxorde : Admirons Tardenr de Madeleine à la poursuite de Jésn». 
Imitons-là, car Jésus veut être pressé. Allons répandre à ses pieds 
des larmes pieuses. La grâce sollicite Madeleine, mais la nature la 
rétient et l'enchante. 

Proposition : Relarderons-nous la pénitence? Ah ! plutôt, pressons le 
pécheur de retourner à Dieu. 

Division : I. Entendez les caresses, les douceurs de l'amour atliraol 
de Jésus. II. Entendez les reproches, les menaces de l'amour méprisé 
de Jésus. 

I 

Etudions pour connaiire l'amour palernel de Jésus la parabole du 
bon Pasteur : 

I. La brebis, A s'écarte, B fuit, C perd ses forces. 

S. Jésus, A' cherche, B' trouve, C rapporte la brebis égarée. 

A. Le pécheur s'éloigne de Dieu. Interrogeons- nous nous-mêmes. 
N'cst-il pas vrai que le pécheur éloigne Dieu de son cœur? Il l'éloigné 
de son esprit, il n'y veut plus penser; il chasse comme d'importuns 
souvenirs les vérités de la foi, il oublie Pieu, 



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— 105 — 

B. Il fuit quand il remet à demain, quand il ne fait qu*nne demie 
conversion, ce qui est une chute nouvelle» un engagement plus direct 
encore. 

C. Quelle faiblesse dans le cœur de Thomme perpétuellement divisé, 
toujours des volontés incomplètes, des désirs inassouvis surtout 
quand le péché Fa blessé. 

A'. Demandez à voire conscience combien de fois Jésus-Christ vous 
a cherché par ses inspirations, par les divines prédications dans 
lesquelles on a cherché tous les moyens de loucher, de frapper votre 
cœur, et par la crainte et piar l'amour. 

B'. Jésus-Christ vous a trouvé quand une impression profonde a été 
faite à votre âme, quand une douleur salutaire vous a pénétrés tout 
entiers et vous a fait invoquer le nom du Seigneur. (Ps. cxiv, 3, 4). 

C Jésus porte sa brebis perdue par ces fortes résolutions qu'il 
fomente, soutient, affermit. 

Conclusion de la première partie, — Que faire maintenant ? 
M'arrêter et vous conjurer de ne pas recevoir en vain la grâce. 
homme fait pour Tamour, toujours il est trop tard de se donner à 
Dieu, ton cœur fait pour le souverain amour doit se porter vers le 
souverain aimable ; aime donc Dieu. Quand l'aimeras-tu, car enfin tu 
veux Tairoer quelque jour? Lui donneras-tu toujours ce que tu n'as 
pas, en réservant au péché ce que tu possèdes. 

Mais, réponds-tu, j'ai des liens. Toujours faudra-t-il les rompre. 
Laissez apaiser cette passion, après je me convertirai. — Ah ! bien 
plutôt, interrompons cette chaîne malheureuse, rendons-nous à Jésus- 
Christ. Aussi bien, s'il reste quelque chose à faire, voici les rigueurs 
de Jésus méprisé. 

II 

Même dans ses rigueurs, contrairement à ce qu'il faisait dans 
l'Ancien Testament où sa justice agissait toujours promptemcnt et 
invinciblement. Dieu, dans le Nouveau Testament, même en sa colère, 
paraît toujours avec son amour et ses grâces. Mais il n'en est que plus 
terrible, car qui ne connaît les fureurs d'un amour méprisé, d'un 
amour divin surtout? Et certes il a bien sujet de s'indigner, car, non 
contents d'attaquer Dieu en lui-même, ce qui serait déjà une audace 
extrême, nous résistons à son opération en nous-mêmes, ce qui est 
bien plus outrageux encore. C'est par là que nous contristons l'esprit 
de Dieu qui ne peut-être ainsi rebuté qu'en nous, car c'est le seul 
champ de bataille où il ait accepté de lutter. Alors sa tristesse se 
(Qurne en nn poids accablant pour le pécheur. 



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— 106 — 

À. Il appesantit sa main, B. Il précipite sa vengeance. 

A. Il appuie sa main avec une efficacité extraordinaire et il le fait 
avec grande application car il trouve sa joie dans ce châtiment, selon 
que l'indique TEcriture (Deut., xxyui, 63), et c'est justice. Aussi ramas- 
sant en son sein ses grâces méprisées, il en fait des traits mortels qui 
nous tuent. Oui ce sont ses grâces qui nous donnent la mort, aussi 
le prophète nous invite-t-il à fuir la colère de la colombe, de Tagneau, 
car c'est Jésus, le doux Jésus immolé qui exercera sur nous une éter- 
nelle vengeance. 

B. Dieu doit régner. Il doit régner promptement on par ses bontés 
ou par sa justice. Il régne partout ailleurs, il n'y a que dans ce cœur 
disputé qu'il ne commande pas. Il ne le souffrira pas longtemps. Il 
doit à sa gloire d'imposer promptement son empire et il le fera, car 
son régne approche et la cognée est à la racine de l'arbre. 

En voyant se dessiner les grandes lignes de ce discours, on 
devine déjà a comment — selon l'expression de Gandar — y 
» respirent toutes les tendresses de la charité chrétienne, au 
» point d en faii*e un des plus beaux que Bossuet nous ait 
)) laissés ». Hais il faut le lire et le relire pour y goûter tout 
ce que le grand orateur y a mis de douceur évangélique, de 
zèle paternel et inquiet pour le salut des âmes. C'est un aspect 
sous lequel nous ne sommes pas accoutumés à considérer 
Bossuet. Plus familiers avec ses chefs-d'œuvre achevés, publiés 
de son vivant, volontiers nous dirions de lui comme Lamartine 
de Napoléon : 

Rien d'humain ne battait sous son épaisse armure. 

C'est qu'en effet le fond du génie de Bossuet, la grande idée 
qui alimentait son âme, c'est cette antithèse puissante qu'il a 
si souvent et si magnifiquement développée, entre la grandeur 
de Dieu et l'infirmité de Thomme. Il semblerait que ce ne soit 
pas un homme qui paFle, nil mort aie sonans, quand il confond 
l'orgueil humain par la proclamation pompeuse et autorisée 
des excellences divines : « superbe, ô petit Dieu — clame-t-il 
» dans le sermon sur YHonneur du Monde —, voici le grand 
» Dieu vivant qui s'abaisse pour te confondre » (4). « il n'y a 
» que vous — dit-il encore à la fin d'un premier point d'un 
» sermon sur la Visitation —, il n'y a que vous, ô souverain 

(1) Lebarq, ui, 355. 



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— i07 - 

» Grand! ô Dieu éternel! qui êtes singulier en toutes choses, 
» inaccessible en toutes choses, seul en toutes choses. Vous êtes 
» le seul auquel on peut dire : u Qui est semblable à Vous? » 
» Profond en vos conseils, terrible en vos jugements, absolu en 
» vos volontés, magnifique el admirable en vos œuvres. Que si 
)) vous êtes si grand, si majestueux : malheur à qui se fait grand 
» devant vous! malheur! malheur aux têtes superbes qui sont 
)) hautes et levées devant votre face : Vous frappez sur ces cèdres 
» et vous les déracinez; vous touchez ces orgueilleuses mon- 
» tagnes et vous les faites évanouir en fumée » (2). Tout à 
l'heure, dans le second point du discours que nous analysons, 
il reviendra à ces grandes images. Tout le monde a présent à 
l'esprit incomparable péroraison de YOraison funèbre de Condé 
et ces décorations pompeuses « qui portent jusqu'au Ciel le 
» magnifique témoignage de notre néant ». Bref, Bossuet 
semble avoir épousé contre notre nature faible et coupable les 
justes revendications de la sainteté divine. Eh bien ! ce puis- 
sant génie a parfois des tendresses de cœur qui nous étonnent. 
Rien de délicat, de doux, de compatissant, d'harmonieusement 
balancé, comme le début du premier point, où il montre lu 
brebis coupable qui s'écarte, qui fuit, qui perd ses forces, et 
Jésus qui la cherche, qui la trouve, qui la rapporte; c'e^t un 
tableau achevé que je me reprocherais de ne pas vous citer tout 
entier : 

Voyez une âme engagée dans les voies du monde : elle s*éloîgne 
du bon Pasteur et en sVloignant elle Foublie, elle ne counuîl 
plas son vîsag«\ elle perd tout te goût de ses vérités. Il s'approche, il 
rappelle, il touche son cœur. Retourne à moi, dit- il, pauvre aban- 
donnée, quitte les plaisirs, quitte tes attaches, c'est moi qui suis le 
Seigneur ton Dieu, jaloux de ton innocence et passionné jwur ton âme, 
elle ne reconnaît plus la voix du Pnstenf qui la veut désabuser de ce 
qui la trompe et elle le fuit comme un ennemi qui lui veut ôter ce qui 
lui plaît. Dans ceUe fuite précipitée, elle s'engage, elle s'embarrasse, 
elle s'épuise et ton^e dans une extrême impuissance. Que deviendrait- 
elle, Messieurs, et quelle serait la fin de cette aventure, sinon la 
perdition éternelle, si le Pasteur charitable ne cherchait sa brebis 
égarée, ne trouvait sa brebis fuyante, ne rapportait sur ses épaules sa 
•brebis lasse et fatiguée, qui n'est plus capable de se soutenir? parce 
que, comme dit Tertullien, errant deçà et delà, elle s'est trop tra- 

(2) Id.. 7, 



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— 108 — 

vaillée dans ses malheureux égaremeBts : muUum enim errando 
laboraverat. 

N'est-elle pas délicieuse la traduction du mot délicieux du 
vieil Africain? n'est-ce pas que tout ce morceau vous fait 
pensera Fénelon bien plus qu'à Bossuet; on dirait une idylle 
rivale des suaves peintures de TAngelico et qu'aurait vivement 
tracée Taustère eLgrandiose pinceau du Jugement dernier. 

Et le discours continue sur ce ton pénétrant. L'orateur fait 
voir à l'âme pécheresse, d'un côté, ces éloignements quand on 
la laisse, ces fuites quand on la poursuit, ces langueurs quand 
on la ranime, et de l'autre, ces impatiences d'un Dieu qui la 
cherche, ces touches pressantes d'un Dieu qui la trouve, ces 
secours, ces miséricordes, ces soutiens tout puissants d'un 
Dieu qui la porte. Tout le premier point n'est que le dévelop- 
pement de ces pensées tendres et ingénieuses à la fois. Je 
regrette de ne pouvoir savourer avec vous chacune de ces 
lignes qui nous révèlent, je le disais tout k l'heure, un côté 
moins connu du génie de Bossuet, mais il faudrait tout citer; 
écoutez au moins cette phrase, si délicieusement enlevée, pour 
vous dire quelles sont les fuites de l'âme pécheresse : 

Ce sont, vous dil-on, ces délais, ces remises de jour en jour, ce 
demain qui ne vient jamais, cette occasion qui manque toujours, cette 
affaire qui ne finit point et dont on attend toujours la conclusion pour 
se donner tout à fait à Dieu. 

Dans un passage fort important du même point, Bossuet 
indique comment Jésus-Christ cherche les âmes par les 
différents sujets des prédications qu'elles entendent. A cette 
occasion, il dévoile sa stratégie et indique les différents ser- 
mons qu'il avait déjà prononcés : 

Combien de fois, dit-il à ses auditeurs, Jésus-Christ vous a-t-ii 
cherchés dans les saintes prédications? Il n'y a sentier qu'il n'ait 
parcouru, il n'y a vérité qu'il n'ait rappelée ; il vous a suivi dans 
toutes les voies dans lesquelles votre âme s'égara. Tantôt on a parlé 
des impiétés, tantôt des superstitions, tantôt de la médisance, tantôt 
de la flatterie, tantôt des aUaches et tantôt des aversions criminelles. 
Un mauvais riche vous a paru pour vous faire voir le tableau de 
l'impénitence ; un Lazare mendiant vous a paru pour exciter voirt 
cœur à la compassion el votre main aux aumônes, dans ces nécessités 
désespérantes. Enfin on a couru par tous les détours par lesquels 
vous pouviez vous perdre ; on a battu toutes les voies par lesquelles 



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— 109 — 

on pcul entrer dans une ftme : et Tespérance et la crainte, et la 
douceur et la force, et Tenfer et le paradis, et la mort certaine et la 
mort douteuse, tout a été employé. 

Parmi les sermons ici indiqués, plusieurs sont malheureu- 
sement perdus; M. Lebarq les indique : ce sont ceux sur la 
Prière, sur la Charité fraternelle, sur VEnfer. 

Mais j'ai hâte d'arriver à la fin de ce premier point. C'est 
. pour moi un des passages les plus étonnants de Bossuet. C'est 
un poème lyinque, la plus ardente, la plus enlevée des odes. 
L'orateur, le poète plutôt, fait appel aux sentiments les plus 
élevés de l'âme chrétienne et, pai' une suite de mouvements 
d'une éloquence surhumaine, il l'élève à des hauteurs où on ne 
la croirait pas capable de planei*. 11 y a là de la philosophie, de 
la théologie, de Tascétisme, une passion céleste, une superbe 
ironie,le tout exprimé dans celte langue austère, qui jamais 
ne sacrifie à l'effet et qui n'a dans sa sincérité qu'à peindre au 
vif, pour le faire partager, le sentiment qu'elle exprime : 

homme fait à l'image de Dieu, tu cours après les plaisirs mortels, 
tu soupires après les beautés mortelles, les biens périssables ont ga- 
gné ton cœur. Si tu ne connais rien qui soit au-dessus, rien de meil- 
leur ni de plus aimable, repose-toi, à la bonne heure, en leur jouis^ 
sance. Mais si tu as une âme éclairée d'un rayon de l'intelligence 
divine, si, en suivant ce petit rayon tu peux remonter jusques au prin- 
cipe, jusques a la source du bien, jusques à Dieu même, si tu peux 
connaître qu'il est, et qu*il est inGniment beau, infiniment bon, et 
qu'il est toute beauté et toute bonté, comment peux-tu vivre et ne 
l'aimer pas ? 

N'est-pas que je ne me suis pas trompé et que rarement 
l'âme humaine a exprimé plus simplement et plus noblement 
à la fois d'aussi hautes pensées? Et l'orateur poète continue : 

Homme, puisque tu as un cœur il faut que tu aimes ; et selon que 
tu aimeras bien ou mal, tu seras heureux ou malheureux ; dis-moi 
qu'aijneras-tu donc ? L'amour est fait pour l'aimable et le plus grand 
amour pour le plus aimable, et le souverain amour pour le souverain 
aimable ; quel enfant ne le verrait pas, quel insensé le pourrait nier ? 
C'est donc une folie manifeste, et de toutes les folies la plus folle, que 
de refuser son amour à Dieu qui nous cherche. 

Quelle passion, quelle logique, quel entraînement! que sont 
toutes les recherches de style et toutes les trouvailles de rime 



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- iio - 

et de cadence auprès de celte poignante émotion si merveil- 
leusement rendue? Suivez maintenant ce duel triomphant du 
prédicateur avec l'âme croyante, mais coupable : 

Qu'attendons-nous, chrétiens ? Déjà nous devrions moarir de regret 
de ravoir oublié durant tant d'années, mais qael sera notre avengle- 
a»ent et noire fureur si nous ne voulons pas commencer encoi^e ! Car, 
voulons-nous ne l'aimer jamais, ou voulons-nous Faimer quelque 
jour? Jamais! qui le pourrait dire? Jamais! le peut-on seulement 
penser? En quoi donc différerions-nous d'avec les démons? Mais si 
nous le voulons aimer quelque jour, quand est-ce que viendra ce jour? 
Pourquoi ne sera-ce pas celui-ci? Quelle grâce, quel privilège a ce jour 
que nous attendons, que nous voulions le consacrer entre tous les 
autres, en le donnant à Pamour de Dieu? Tous les jours ne sont-ils pas 
à Dieu? Oui tous les jours sont à Dieu, mais jamais il n*y en a qu'un 
qui soit à nous, et c'est celui qui se passe. Eh quoi ! voulons-nous tou- 
jours donner au monde ce que nous avons et à Dieu ce que nous 
n'avons pas ? 

Je ne crois pas m'abuser en proclamant que de tels passages 
ne craignent la comparaison avec rien de ce qu'il y a de plus 
beau dans les littératures les plus vantées. Et que penser de 
cet homme, oui, de cet homme comme nous, si merveilleu- 
sement doué que, non encore sous le coup, sous l'impression 
de son auditoire, mais au cours d'une simple improvisation 
écrite qui ne sera connue que de lui seul, sème comme en se 
jouant de telles merveilles? Quelle jouissance d'assister, pour 
ainsi parler, à Téclosion de pareils chefs-d'œuvre, de voir se 
dérouler la lutte entre l'idée grande, sublime, élevée, céleste, 
et l'expression qu'il faut tirer à coup de génie d'une langue si 
pauvre, si froide, si nue sur les lèvres de la plupart des 
hommes. 

Si Ton veut jouir, et dans des conditions exceptionnel- 
lement favorables, de ces émouvantes péripéties, il faut se 
transporter dans notre sermon, peu après le commencement 
du second point, à un passage qui me semble typique pour 
cette sorte d'études. Tout à l'heure, l'expression juste, précise, 
heureuse, semblait jaillir spontanément comme la fleur de sa 
tige. Maintenant, l'opération paraît infiniment plus laborieuse, 
c'est un enfantement douloureux dont il va nous être donné 
de suivre les phases diverses, en même temps que nous cons- 
taterons les cris de détresse du grand esprit en quête de 
l'expression adéquate de sa pensée : 



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- Hl — 

Il faut savoir, chrétiens, dit-il, que l'objet delà justice de Dieu, cVst 
la conirariété qu'elle trouve en nous, et j'en remarque de deux sortes. 
Ou nous pouvons être opposés à Dieu considéré en lui-même, ou nous 
pouvons être opposés à Dieu agissant en nous, et cette dernière façon 
est sans comparaison la plus outrageuse. Nous sommes opposés à Dieu 
considéré en lui-même, en tant que notre péché est contraire à la 
sainteté et à la justice, et, en ce sens, chrétiens, comme ces divines 
perfections sont infiniment éloignées de la créature, l'injure qu'il re- 
çoit de nous, quoiqu'elle soit d'une audace extrême, ne fait pas une ' 
impression si prochaine. 

La phrase devient laborieuse, tourmentée ; on voitTeffort, 
les incises se multiplient, on sent dans l'esprit une difficulté, 
une angoisse. Comme il doit souffrir le noble esprit accoutumé 
à commander à la langue comme à une esclave dès longtemps 
soumise. La monture résiste et le cavalier ne se tient en selle 
qu'en luttant désespérément. Il continue : 

Hais ce Dieu qui est si fort éloigné de nous par toutes ses autres 
qualités, enU*e avec nous en société, s'égale et se mesure avec nous 
par les tendresses de son amour, par les pressements de sa miséri- 
corde (oh î le joli mot, pressement, pourquoi l'avons-nous laissé 
perdre?) qui attire à soi notre cœur. 

L'élocution semblait plus facile; Tonde torrentueuse et 
mouvementée de tout à l'heure semblait reprendre son cours 
majestueux; mais voici de nouveaux obstacles, de nouvelles 
tempêtes, et Bossuet va se plaindre, oui, se plaindre, s'indi- 
gner, et la page qui reçoit ses confidences nous apportera, 
nous conservera le secret de sa lutte douloureuse. Ecoutons-le : 

Gomme donc c'est par cette voie qu'il s'efforce d'approcher de nous, 
l'injure que nous lui faisons en contrariant son amour porte coup 
immédiatement sur lui-même, et l'insulte en retombe, si je l'ose dire^ 
sur le front propre d'un Dieu qui s'avance, s'il m* est permis déparier 
ainsi. Mais 11 faut bien, ô grand Dieu, que vous permettiez aux 
hommes de parler de vous comme ils l'entendent et d'exprimer comme 
ils peuvent ce qu'ils ne peuvent assez exprimer comme il est. 

Celte dernière phrase m'a toujours profondément touché; 
on y voit, comme dit excellemment Ozanam, parlant lui aussi 
de Bossuet : « cette justice de Dieu qui fait, il veut le dire, suer 
» Bossuet sur ses livres comme le laboureur sur son sillon, 
» quand il interrompt le sommeil de ses nuits et, après avoir 



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» récité tête nue l'office nocturne, il reprend la plume victo- 
)) rieuse qui écrira l'Histoire des Variations ». 

Il faut enfin conclure, car il n'y a pas de raison pour qu'en 
si bonne compagnie je ne m'oublie longtemps encore ; je veux 
donc finir en vous citant un délicieux passage qui semble 
unir la tendresse et la majesté que nous avons trouvé comme 
les caractéristiques du génie du grand prédicateur français : 

Ce qui presse les pécheurs, ce qui les accable, ce n'est pas tant la 
face du Père irrité, c'est la face de celte colombe tendre et bienfai- 
sante qui a gémi tant de fois pour eux, qui les a toujours appelés par 
les soupirs de sa miséricorde; c'est la face de cet Agneau qui s'est 
immolé pour eux, dont les plaies ont été pour eux une vive source de 
grâces. Car d'où pensez- vous que sortent les flammes qui dévoreront 
les chrétiens ingrats? de ses autels, de ses sacrements, de ses plaies, 
de ce côté ouvert sur la croix pour nous être une source d'amour 
infini ; c'est de là que sortira l'indignation, de là la juste fureur et 
d'autant plus implacable qu'elle aura été détrempée dans la source 
même des grâces ; car il est juste et très juste que tout et les grâces 
mêmes tournent en amertume à un cœur ingrat. poids des grâces 
rejetées, poids des bienfaits méprisés, plus insupportable que les peines 
mêmes, ou plutôt et pour mieux dire, accroissement infini dans les 
peines! Ah! mes frères, que j'appréhende que ce poids ne tombe sur 
vous, et qu'il n'y tombe bientôt! 

N'avais-je pas bien raison de vous promettre en la compa- 
gnie de Bossuet un plaisir délicat et élevé? Or, c'est à chaque 
page que les sermons de ce grand évêque nous réservent ces 
pures et profondes jouissances ! Trop heureux Français que 
nous sommes, nous pouvons chaque jour puiser à longs traits 
à la coupe enchantée de la plus belle littérature du monde, et, 
P^rce que ce plaisir est trop facile, nous le dédaignons trop 
souvent. On fait de fatigants et dispendieux voyages pour 
admirer une oeuvre d'art renommée et, certes, on n'a pas tort. 
Lisons donc nos grands auteurs et nous apprendrons dans cette 
lecture que, selon le mot du poète : 

C'est avoir profilé que de savoir s'y plaire. 



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OBSERVATIONS MÉTÉOROLOaiaUBS BE L'AMÉE 1891 

pour Janvier et Février 
par M. A. DUMÉNIL 

Membre correspondant 



Janvier 

Moyenne barométrique : 758™/"5, inférieure k la ndrrhalé ; 
minimum : 742"'/'" le 30, de six heures à neuf heures du soir: 
maximum : TTR""/™ le 2, a dix heures du matin. 11 y a eu deui 
jours de basse pression : TiS^^/^S le 42 et 74f2"V" le 30; les 
hautes pressions au-dessus de 770"/'" n'ont été constatées que 
les trois premiers jours, ensuite il n'y a eu que dix jours de 780 
à 766""/»", et dix-huit jours de 742 à 769"»/". Les variations les 
plus importantes ont été : baisse de 12"'/"' du 8 au 6; de 167* 
du 21 au 22, et de 2l"V" du 29 au 30. Hausse de 11»/"* du 13 û\i 
14; de O"»/"» le 23, et de 9'"/" le 31. 

Moyenne thermoraétrique, +2''0S; les minima ont varié entre 
—5° le 24 à +6*^8 le 8 ; les maxima, de +9° les 8 et 9 à —2° le 23, 
et les moyennes quotidiennes, de +7**9 le 8 à — 2**7 les 23 et 24. 
Les nuits les moins froides ont été celles des l*''" et 8, +6''8, et 
pour toute la série des quinze jours consécutifs de gelée à 
glace, du 15 au 30. Il n'y a eu que deux jours sans dégel, les 21 
et 23. 

Ce premier mois de Tannée a été favo risé par une température 
très douce jusqu'au 10, sous l'influence des vents du sud ; ils 
passent ensuite au nord-est et au nord du 11 au 28, alors la 
température s'abaisse pour donner une série de quinze jours 
consécutifs de gelée du 15 au 30, avec chute de neige du 2( au 
29, très abondante les 23 et 24 ; réduite à l'état liquide, la neige 
tombée pendant ces deux jours a produit SS'^" de hauteurd'eaù. 



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— H4 - 

Jusqu'alors la vie végétale n'a pas cessé de fonctionner dans 
les champs, dans les prés et dans les jardins ; déjà le 18, on pou- 
vait voir des gros bourgeons à feuilles aux lilas, aux cassis, des 
bourgeons à fruits à quelques poiriers, des jeunes feuilles nou- 
vellement écloses sur les tiges de quelques rx>siers, et la motte 
de terre des pousses vertes des plantes bulbeuses : lys, jacyn- 
thes, perce-neige, tulipes, etc. Pareille précocité en janvier a 
été constatée en 1887, 1890 (qui eut une température moyenne 
de +m), 1893, 1894 et 1896. 



Février 

Moyenne tliermométrique : +6'*88, plus élevée que la nor- 
male ; les minima ont varié de — 1*»8 le 17 à +8^ les 2 et 11 ; 
les maxima, de +î>*' les 7 et 17 k -fl3*6 le 26, et les moyennes 
quotidiennes de +^7 le i7 à -fiO"» le 26. 

Moyenne barométrique, 767"/'", supérieure de 8"/™ environ 
à la moyenne normale ; minimum, 743'"/"' le 2 à dix heures du 
matin ; maximum, 782*"/" le 23, à neuf heures du soir; les va- 
riations barométriques ont donné une baisse de 14"'/" du 4 au 
5; de 8""/" du 24 au 25, et de 13"'/'" du 27 au 28. Hausse de 
13™/" du 2 au 3; de 19"/" du 6 au 7; de H'"/'" du 14 au 18, et de 
8"/™ le 21. 

Les basses pressions du 30 du mois précédent ont persisté 
jusqu'au 6, se relevant le 7 pour gagner 772"/" le 8, s'infléchis- 
sant de 5'"/" les 13 et 14, et atteignent leur maximum : 780 à 
782"/" le 23, puis une légère détente se produit chaque jour 
jusqu'au 27, et tombe à 758"/" le 28. 

Les vents n'ont varié qu'entre le sud et le nord-ouest par 
sud-ouest et ouest, ils ont été très dominants du sud-ouest ; 
c'est sans doute à ces courants des régions équatoriales et 
océaniques que nous devons la douce température qu'ils ont 
apportée avec eux de ces contrées chaudes et qui nous a donné 
un régime climatologique n'ayant aucune ressemblance avec 
les mois d'hiver ; ni grêle, ni neige, très faible gelée, pas de 
vents polaires, une température moyenne plus élevée qu'en 



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115 



mars; la végétation est aussi développée dans la campagne 
qu'au commencement du mois d'avril des années 1888, 1889, 
1891 et 1895. 

Premières petites feuilles vertes aux groseillers le 13 ; florai- 
son des perce -neige le 18. 



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01 


iservatioi 


18 météorologiques 


du mois de Janvier 1897 


JOURS 
du Mois 


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ites à Tébleron (Sem6-tnfèrieur&), par A. Ûuménil. 



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75^) . 3 

756.7 

763.7 

761.9 

7:i8.9 

762.5 

7(U.6 

762.9 

762.1 

75». 1 

74:i.2 

7:.!. 3 

758.4 

75i.6 

758.7 

762.2 

765.7 

761.5 

744.1 

748.5 

758"; «5 



Observatioas i^rincipales 



Beau le jour. Pluie et brouillard le soir. 
Brouillard la matinée. Gouttes le soir. 
Brouillard la matinée et le soir. 
Beau. Gelée à glace. 

» » 

Pluie. Forts vents le soir et la nuit. 
Pluie le soir. 

Pluie toute la journée. Temps très doux. 
Beau. I 

Pluie, brouillard ; le soir auréole lunaire. 
Brouillard très épais à 60 mètres. 
Brouillard, pluie le soir et la nuit. 
Brouillard, pluie raprës-midi, neige le soir. 
Neige le matin ; le soir auréole lunaire. 
Couvert et froid. 



Beau. 



Quelques flocons de neige le matin. 

Neige le matin. Forts vents. 

Neige abondante, chemins impraticables. 

Neige la matinée. 

Neige et grêle. 



Neige la matinée. 
Dégel, pluie. 



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Observations météorologiques du mois de Février 



JOURS 
du Mois 



4" 

2 

3 

4 

5 

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9 
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46 
17 
18 
19 
20 
21 
22 
23 
24 
25 
26 
27 
28 



TiliBittHiyenMi 



20 



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2. 
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1.8 



120-/-8 



44 



10 



47 



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à Tébleron (Seine-Inférieure), par A. Dnmènil. 



£RMOMÈTRE 



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11. 


7.35 


9. 


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7.20 


9.6 


7.30 


11.7 


9.35 


11.7 


7.70 


12. 


8.50 


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9.8 


7.55 


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8.85 


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II* 

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746-/- 

743.2 

757.3 

760. 

749.2 

74Q.2 

762.7 

771.2 

766.7 

767.8 

765.3 

706.3 

765.3 

705.2 

772.1 

778. 

776.3 

772.9 

773 5 

771.9 

775. 

779.8 

781. 

779. 

773.5 

771.6 

771.3 

762.2 



767-/- 



Observations principales 



Brouillard el pluie de 4 h. m. à 10 h. m. le 2, 52-/- haut' d'eau. 
Pluie, forts vents, doux. 
Pluie, brouillard matinée. 

» • 

Pluie, forts vents le soir et la nuit. 
Pluie toute la journée. 
Beau, mais couvert. 
Pluie le soir. 
Pluie, brouillard. 



Pluie fine, brouillard. 

Pluie, brouillard très épais à 80 mètres. 

Pluie, brouillard. 

Brouillard le matin. 

Beau ; le soir auréole lunaire. 

Brouillard le malin, beau. 

Beau. 

Pluie le matin. 

Korts vents le matin, beau. 

• « 

Brouillard le malin, beau. 
Beau. 



Beau, brouillard le matin. 



Minimum barométrique : 743-/- le 2 à 10 heures du m^tin. 
Maximum • 782-/- le 23 à 9 heures du soir. 



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PROCÈS-VERBAUX DES SÉAN€ES 



Séance du 8 Janvier 1807 
Présidence de M. LE V ARE Y, Président 



Sont présents: MM. A. Barrey, A. Blért, abbé Dubois, Dopuis, 
HouDRY, Charles Lamy, Lepranc, Le Minihy de la Villehervé, Leroi, 
Levarey, Jean Magk, Alph. Martin, Renault, Rident et D''Sorel. 

M. le Président donne lecture de la correspondance reçue 
depuis la dernière séance. Elle comprend notamment une 
lettre de décès d'un de nos membres correspondants. M. 
Cheryin ; une autre lettre de M. Levacher, informant la Société 
qu'étant obligé de quitter le Havre, il se tfouve dans Tobligalion 
de donner sa démission de membre résidant. Sur sa demande, 
la Société l'accueille au nombre de ses membres corres- 
pondants. 

M. Martin informe la Société qu'il a reçu de M. Veuclin une 
brochure sur les origines de l'alliance franco-russe et une 
demande d'admission en qualité de membre correspondant. 

MM. Blum, Vallée et de Cantelou informent qu'ils acceptent , 
de faire partie de la Commission d'examen du Concours 
Folloppe pour 1897. Cette Commission se trouvant désormais 
au complet, il est décidé, après un échange d'observations, 
que la première séance se tiendra le jeudi suivant. 

Abordant l'ordre du jour et en l'absence de M. Rey d'Alissac, 
M. Leroi donne lecture de trois séries de poésies intitulées : 
Au pays normand, Etudes et Airs variés, réunies sous le titre 
général de : Rimes éparses. 

Il serait difiQcile de décrire le charme pénétrant de ces 
pièces, souvent imprégnées d'une intense saveur de terroir et 
dont quelques-unes, délicieusement ciselées, ont mérité les 
chaleureux applaudissements de l'auditoire. 



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123 — 

M. l'abbé Dubois, dont rérudition nous promenait récem- 
ment dans les campagnes neustriennes, lient à nous démontrer 
que ses études sur la Gaule mérovingienne ne lui font pas 
oublier les célébrités religieuses qui, bien postérieurement au 
siècle du Roi Soleil, ont fait retentir la chaire chrélienre des 
accents chaleureux de leur prédication. Le choix de M. Tabbé 
Dubois s'est porté sur l'Aigle de Meaux qu'il examine au point 
de vue littéraire. L'analyse des sermons prêches devant la 
Cour pendant son premier Carême remplit toute cette étude, 
nous devrions dire cette apologie, car Torateur est rempli pour 
Bossuet d'une admiration que nous partageons — au point de 
vue littéraire; 

La séance est levée k neuf heures quarante-cinq. 

Le Secrétaire par intérim, 

A. Barr£Y. 



Séance dn 12 Février 1897 
Présidence de M. LEVAREY, Président 



Sont présents : MM. A. Baroey, A. Bléry, Alfred Brunkt, abbé 
Dubois, D*" Fauvel, Le Minihy de la Villehervê, Levarey, Jean 
Mack, Alph. Martir, Rey d'Alissac, Ridekt, Ruffih et Thériot. 

Excusés : MM. Leroi, Dupuis et Polet. 

M. le Président communique à l'Assemblée divers docu- 
ments parvenus à la Société depuis la dernière réunion, parmi 
lesquels nous remarquons notamment : 

1" Le résumé des principales obsei'vations météorologiques 
de l'année 1896 faites par M. Duménil, et les observations 
météorologiques du mois de janvier ; 

2* L'ordre du jour voté par la Ligue Nationale contre 
l'alcoolisme, dans son assemblée générale du 8 décembre 1896. 

La lecture des considérants de cet ordre du jour provoque 
un échange d'observations entre divers membres, et l'Assem- 
blée décide d'informer la Société française de Tempérance 
qu'elle approuve la plupart des vœux émis ayant pour but de 



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— 123 — 

combattre Talcoolisme, qui est un grave danger non seulement 
pour la population française, mais encore pour Tavenir dil 
pays, et, en outre, que notre Association à, à diverses reprises, 
publié dans. son Reeueil des travaux traitant des conséquences 
de l'abus de Talcool ; . . 

3* Le programme des concours ouverts par l'Académie 
Stanislas, de Nancy, pour 1898-99 et 1900. 

Enfin, M. le Président donne connaissance d'une lettre par 
laquelle M. Diard nous informe qu'il accepte avec plaisir le 
titre de membre correspondant et adresse ses remerciements 
aux membres de la Société Havraise d'Etudes diverses. 

M. d'Alissac fait une causerie de quelques minutes sur une 
illusion d'optique produite par un phare k feu tournant. 

M. le Président remercie notre collègue et le prie de vouloir 
bien, afin de conserver une trace. do la curieuse obsei*vaWon 
signalée au cours de sa causerie, rédiger une note qui pourri 
être insérée dans le Recueil. 

M. d'Alissac promet de répondre au désir qui lui est 
exprimé. 

M. Martin lit ensuite une intéressante étude historique, 
préparée en collaboration avec M. Veticlin, membre corres^- 
pondant de la Société. Cette étude, q ji a pour litre : Uavrais 
et Russes au XVIII" siècle, relate un voyage en Russie eflfectué 
par M. Begouen-Demeaux à la fin.du siècle dernier. 

Sur la proposition de M. le Président, l'Assemblée vote 
l'impression de ce travail. 

M. le Président dit qu'il y a lieu d'ouvrir le concours de 
poésie (fondation Folloppe) pour Tannée 1897; mais avant de 
faire imprimer le programme de ce concours, M. Lévarey erî 
soumet la rédaction à l'Assemblée. 

Plusieurs membres pensent que diverses modifications 
pourraient être apportées aux conditions dudit concours. — 
Les examinateurs du concours de 1895-1896, dit M. Le Minih;^ 
de la Villehervé, sont à même de pouvoir indiquer les princi- 
pales modifications qu'il serait désirable d'introduire dans lé 
programme de 1897. 

M. le Président répond qu'il n'y voit, pour sa part, aucuiî 



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- m — 

inconvénient, pourvu que ces modifications ne soient pas 
contraires aux intentions du donateur. 

Celte question, qui sera d'ailleurs portée à Tordre du jour, 
pourra être discutée k la réunion du mois de mars. 

La séance est levée k neuf heures quarante-cinq. 

Le Secrétaire, 
Jean Mack. 



Séance dn 12 Mars 1807 
Présldenoe de M. LEVARfiY. Président 



Sont présents : MM. A. Baruey, A. Bléry, Alfred Brunet, 
Capblle, Chamard, Delacroix, D*" Fauvel, Glaneur, Houdry, de la 

JUGANIÈRE, LeFRANC, Le MlNIHY DE LA ViLLEHERVÉ, LevAREY, Jcan 

Mack, Alph. Martin, Millard, Neveu, Renault, Rey d'Alissac, 
Rident, D** Sorel et Thériot. 

La correspondance communiquée à l'Assemblée par M. le 
Président comprend notamment : 

1* Une lettre par laquelle notre collègue, M. Bléry. nous in- 
forme qu'il a récemment retrouvé, au cours des travaux de 
classement et d'inventaire qui s'exécutent en ce moment k la 
Bibliothèque de la Ville, quelques ouvrages appartenant k la 
Société, et qui étaient égarés au milieu des collections de cette 
bibliothèque. 

M. le Président adresse ses remerciements a M. Bléry qui a 
bien voulu nous faire parvenir ces ouvrages; 

V Une demande formulée par M. le Consul du Portugal au 
Havre, demande ainsi conçue : « Désirant connaître le Recueil 
de la Société Havraise d'Etudes diverses, je viens vous prier de 
m'envoyer un numéro si possible, et en même temps de me 
dire si on peut s'abonner au même Recueil et quelles sont les 
conditions de l'abonnement ». 

Quelques observations sont présentées au sujet de cette de- 
mande par différents Membres, et la Société décide d'adrçsser, 



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— 125 — 

à titre gracieux, les fascicules de notre Recueil àe Tannée écou- 
lée, et de faire connaître à M. le Consul du Portugal que notre 
Rectieil n'étant pas mis en vente, nous le verrions avec plaisir 
entrer au sein de la Société en qualité de Membre résidant. Une 
lettre rédigée dans ce sens devra être adressée à M. Castano de 
Carvalho. 

M. le Président informe TAssemblée que M. Léon Berthaut, 
membre correspondant et lauréat de la Société, et M, Pierre 
Cottard, également lauréat de nos concours, ont récemment 
obtenu les palmes d'OflScier d'Académie. 

M. Levarey dit que nous devons nous réjouir de la distinc- 
tion lionorifique accordée à deux de nos lauréats, et cliarge 
M. le Secrétaire d'adresser à MM. Berthaut et Cottard les félici- 
tations de la Société. 

M. Thériot lit un travail intitulé : Une promenade à travers les 
herbiers de VExposition de Rouen. 

Au cours de son intéressante étude, notre collègue signale 
un certain nombre de plantes sur lesquelles figuraient des in- 
dications erronées, erreurs provenant d'une connaissance in- 
complète des herbiers et susceptibles de fausser Tesprit des 
élèves si ces herbiers étaient utilisés pour leur instruction. 
M. Thériot, après avoir rectifié quelques-unes de ces erreurs, 
déclare se mettre à la disposition des personnes, notamment 
des instituteurs, qui désireraient avoir recours à Texpérience 
qu'il a pu acquérir par quinze années consacrées à l'étude de 
cette science. 

M. le Président remercie M. Thériot et met aux voix l'impres- 
sion du travail dont il vient d'être donné lecture. La publica- 
tion est votée. 

M. le Président fait un court exposé de la question des modi- 
fications à apportei* aux conditions du Concours de 1897, et en 
vue de faciliter la discussion, M. Lévarey lit le testament de 
M. Folloppe. 

La discussion sur ce sujet s'engage entre un assez grand 
nombre de Membres : les uns sont partisans de fixer un ma- 
ximum de vers et cela afin d'éviter renvoi de volumineux re- 
cueils qui comprennent tous les genres et toutes les formes, et 



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— 126 — 

conséqiiemment très difficiles à comparer ; les autres, se basant 
sur la volonté du donateur, pensent qu'il y a lieu de laisser 
toute liberté aux concurrents en ce qui concerne l'importance 
et la variété de leurs envois. 

En présence de ces divergences de vues, M. le Président dit 
qu'il y aurait peut-être lieu, pour donner satisfaction à tous les 
Membres, d'introduire dans le programme de 1897, un para- 
graphe qui rappellerait aux concurrents que « l'appréciation 
des œuvres se fera surtout d'après la qualité et non d'après la 
qtuintité)). L'impression de ce nouveau paragraphe est appuyée 
par M. Glaneur et acceptée par l'Assemblée. 

Incidemment, M. Chamard dit que la publicité que nous fai- 
sons pour annoncer nos concours lui paraît insuffisante. C'est 
k ce motif que notre collègue attribue, d'ailleurs, l'absence 
d'oeuvres d'une valeur réelle. 

M. Chamard pense qu'il serait indispensable de faire publier 
le programme de nos concours, non seulement dans les divers 
journaux de Paris et de province, mais encore et surtout dans 
les revues littéraires dont on pourrait se procurer une liste. 

M. le docteur Sorel se demande s'il n'y aurait pas avantage h 
traiter directement avec une agence de publicité qui se char- 
gerait de faire insérer l'annonce des concours dans des jour- 
naux spéciaux. 

Après un échange d'observations, l'Assemblée décide de 
renvoyer cette affaire au bureau qui statuera sur le meilleur 
moyen à employer pour arriver à donner à nos concours une 
publicité aussi grande qiie possible. 

Après une causerie préliminaire de quelques minutes sur le 
travail qu'il a entrepris, M. de la Jugannière lit le commence- 
ment d'une étude ayant pour titre : Comment Varmée vendéenne 
fut amenée à mettre le siège devant Granville et quelles en furent les 
conséquences. 

M. le Président remercie notre collègue. 

Sont présentés en qualité de Membres résidants : 

M. Godet, négociant, par MM. Rident et Glaneur; 

MM. Follain, négociant, et Gallet, courtier, par MM. le docteur 
Sorel et Jean Mack ; 



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— !27 — 

M. Coudeloup, ingénieur, par MM. Neveu et Lefranc ; 

M. Rouget-Mai'seille, fondé de pouvoirs, par MM. Martin et 
Rident. 

Les votes sur l'admission de ces nouveaux Sociétaires auront 
lieu k la réunion d'avril. 

La séance est levée à dix heures quarante-cinq. 

Le Secrélaire, 

Jean Mack. 



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— !29 — 



ACTIF SOCIAL 



Corps de Bibliothèque i .800 

Tableaux, Cartes, Buste, etc 

Imprimés : Recueils de la Société depuis Torigine 

1896 

Volumes composant la Bibliothèque et doot la Yaleu 

de beaucoup supérieure à l'estimation, ne p( 

exactement calculée, le prix des collections des 

Sociétés correspondantes consistant surtout é 

ensemble 



En Caisse : Jetons de Bronze 11 

10 Cotisations à recouvrer 2^ 



4i 
Déficit en caisse 

Total... 



Certifié par le Trésorier delà Société Havraisq d'Etv 
U Havre, le 9 Avril 1897. 

Alfred I 



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- l:lO «- 



COMPTES DE L'EXERCICE 1896 



xtsscsxxss 

réalisées en 1896 

t —————— 

Solde en Caisse de Teifer- 
cice4895...'.. 316 05 

Rev.enu de T Actif social. . . néant 

Vente de collections ou de 
volumes du Recueil néant 

Une cotisation de 189S .... 2i — 

Cotisations de ^7 Membres 
résidants (24 fr.) 1 .?i»7 55 

Subvention du Conseil Gé- 
néral 500 — 

Subvention extraordinaire 
du Conseil Général 300 — 

Subvention du Conseil Mu- 
nicipal .; 400 — 

Vendu iZ insignes 26 — 

Déficit en caisse.; 78 60 



constatées en 1896 

Primes contre Tincendie (C* 
d'Assurances générales). . 5 30 

Impression du Recueil (3* et 
4- trimestres 1805, !•', 2- 
et 3* trimestres 1896). . . . 2.249 — 

Frais de Secrétariat et d'ad- 
ministration 300 — 

Indemnité au concierge pour 
le service des séances et 
les encaissements....*... 120 — 

Achat de livres 10 10 

' timbres- poste et timbres de 

• quittance 7 50 

Médailles de vermeil pour 
les Lycées 60 55 

5 Médailles pour le concours 306 75 

Graveur 4 60 

Cotisation k la Société des 
Amis de l'Université' de 
Normandie, comme mem- 
bre fondateur 20 — 

Jetons de présence rem- 
boursés 159 - 



Total des recettes. 3.242 80 



Total égal 3.242 80 



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Sociôtô Xïsi-v^aàse d.'!EStvLd.es ciiTrerses 



CONCOURS DE 1897 



RÈGLEMENT 



En exécution du legs fait en sâ faveur par M. Martin-Alphonse 
FoLLOPPE, la Société Havraise d'Etudes diverses ouvre, pour l'année 
1807, le troisième de ses Concours annuels de Poésie, dont les 
prix, consistant en espèces et en médailles, seront distribués 
dans une séance dont la date sera ultérieurement fixée. 

Les conditions de ce (Concours sont arrêtées ainsi qu'il suit : 

Article Premier 

Toute pei*3onne est admise à prendre part au Concours Fol- 
loppe, sans distinction de nationalité, qu'elle habite la France 
ou l'Etranger. Les Membres résidants de la Société Havraise 
d'Etudes diverses peuvent concourir comme les Membres corres- 
pondants. 

La Commission désignée pour examiner et classer les tra- 
vaux adressés à la Société, s'inspirera autant que possible des 
desiderata exprimés par le testateur et qu'il a ainsi formulés : 

« Aucun sujet ne sera imposé aux concurrents... Les poésies 
» touchant à la politique et à la religion ne devront point 
» comme telles être exclues du Concours... Je désire que 
)) l'esprit qui présidera aux Concours ainsi qu'à la composition 
» du Recueil, soit un esprit libéral, et qu'à mérite à peu près 
» égal sous le rapport de l'art, les poésies pleines de nobles 
» sentiments l'emportent sur les autres. Je désire aussi que la 
» justesse de l'expression soit préférée à la richesse de la 
» rime.... » 

Dans le cas où aucun des ouvrages soumis au Concours ne 



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-- 132 — 

serait jugé digne d'être couronné, le montant des prix non 
décernés sera réservé et servira à augmenter la valeur ou 
le nombre des prix du Concours de l'année suivante. 

Article 2 

Les travaux envoyés doivent être inédits et n'avoir pas été 
Tobjet d'une mention dans un Concours ouvert par une autre 
Société. 

La Société croit devoir rappeler aux concurrents que l'apprécia- 
tion des oeuvres se fait surtout d'après la qualité et non d'après la 
quantité. 

Article 3 

Les manuscrits seront écrits en français. 

Ils seront adressés ou déposés au Secrétariat de la Société, à 
THôtel de Ville du Havre, au plus tard le 30 Novembre 1897. 

Article 4 

Chaque manuscrit devra porter une devise. Cette devise 
sera reproduite sur un billet cacheté, joint au manuscrit, et qui 
contiendra les nom, prénoms, profession et domicile de l'au- 
teur. 

Les Concurrents qui se feront connaître d'une manière 
directe ou indirecte, seront, par ce seul fait, exclus du Con- 
cours. 

Article 5 

Les billets seront ouverts d'office pour les manuscrits ayant 
obtenu une récompense. Les autres le seront seulement sur la 
demande des auteurs. 

Article 6 

Les manuscrits ne seront pas rendus; toutefois les auteurs 
auront la faculté d'en faire prendre, à leurs frais, la copie au 
siège de la Société 

ART.CLE 7 

La Société se réserve le droit de publier dans son Recueil de 



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Tannée 1898, les travaux qui auront été distingués. Elle mettra 
à la disposition des auteurs, dont les ouvrages seront imprimés, 
les planches typographiques pour en faire, s'ils le désiraient, 
un tirage à part, à prix réduit. Les auteurs s'entendront à cet 
eflFet avec Timprimeur. 

En outre, les poésies couronnées seront insérées au Recueil de 
poésies publié sous le titre de l'Abeille Havraise et distribué 
conformément aux dispositions du testament. 

Le Président, Ach. Lévarbt. 



Pour extrait conforme : 

Le Secrétaire, J. Maok. 



Les Concurrents sont priés de vouloir bien paginer leurs ma- 
nuscrits. 



Pour tous renseignements, s'adresser au Secrétariat de la 
Société, Hôtel de Ville du Havre. 



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— rj'* - 



SUJET FnOPOS^I 



PR»X FOLLOPPE 

Prix 800 fir. (espèces) et Médaille d'Or d'une 
valeur de 200 tr. 

r Prix en Médailles, «*ii y a lieu, et en Mentions honorables^ pouvant 
donner droit à l'insertion dans /'Abeille Havraise 

it ouvrage en vers, quelle que soit sa forme et à quelque 
3 qu'il appartienne. 



"1^ 



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Pages 

Membres du Bureau et Membres d^honneur 5 

Membres résidants 6 

Membres honoraires 8 

Membres correspondants 8 

Sociétés correspondantes : 12 

Récits hagiographiques des temps mérovingiens : ]*enfance d*Audoenus, par 

M. rabbé Dubois 17 

Havrais et Russes au xvin* siècle, par MM. A. Martin et E. Veuclin 35 

Campagne d*outre-Loire de TArmée vendéenne (1793), par M. P. Le Meniet 

DE LA JUGANNIÈRE 09 

Une promenade à travers les herbiers de l'Exposition scolaire de Rouen, 1896, 

par M. I. Thériot 95 

Analyse littéraire du Sermon de Bossuet sur Tardeur de la pénitence, par 

M. l'abbé Dubois 99 

Observations météorologiques de Tannée 1896 (janvier et février), par M. A. 

DUMÉMIL 113 

Procès- Verbaux des Séances 121 

Actif social 129 

Comptes de l'Exercice 1896 130 

Concours de 1897 131 



• g /^zyis> j^<K gjr:r\ > » 




•^ 



Havre — Imprimerie Micaux, rue Jules-Lecesne, 20. 



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RECUEIL 

DES 

PUBLICATIONS 

DE LA 

SOCIÉTÉ HAVRAISE D'ÉTUDES DIVERSES 

DE LA e4'»« ANNÉE 

1897 



DEUXIÈME TRIMESTRE 



LE HAVRE 

IMPRIMERIE H. MICAUX 

1897 



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Tsrorcj^ 



La responsabililé des opinions et assertions 
émises dans les Ouvrages publiés n'est pas ac- 
ceptée par la Société et reste à leurs auteurs. 



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HAÏRAIS ET MAlOeiHS AD TiWY SIECLE 



pai* M. Alphonse MARTIN 

Membre résidant 



Lorsqu'une ville se développe rapidement et grandit au 
point de dépasser ses aînées et ses voisines, il en résulte 
nécessairement des rivalités et des jalousies qui s'apaisent et 
se réveillent périodiquement. 

Pendant son existence de près de quatre siècles, le Havre n'a 
pas été exempt de ces sentiments et ses administrateurs muni- 
cipaux ont eu souvent k lutter contre les ports du littoral de la 
France et de l'étranger. 

C'est le souvenir d'une de ces luttes que nous voulons rappe- 
ler aujourd'hui. Cette fois il ne s'agit pas de l'éternelle querelle 
du Havre et de Rouen qui paraît sommeiller depuis quelques 
années. Si nous voulions rappeler cette rivalité, nous dirions 
que les temps sont bien changés depuis que, dans une assem- 
blée de notables rouennais tenue à Rouen le 8 mai 1515, on 
avait réclamé la création d'un port de refuge à l'embouchure 
de la Seine, soit k Harfleur, soit k Ronfleur, pour la garde des 
navires de Rouen obligés de faire escale k cet endroit. 

Il s'agit ici d'une discussion avec les administrateurs d'un 
port breton, c'est-k-dire avec Saint-Malo, qui a réclamé, k plu- 
sieurs reprises, la création de Dock-Entrepôts ou port franc, 
en même temps que ceux du Havre sollicitaient la même faveur. 

L'établissement de ce privilège était dû k l'initiative du 
grand Colbert, mais déjk, au Moyen-Age, les ports de Harfleur 
et de Leure avaient été constitués comme les entrepôts des 



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— 142 — 

Rouennaîs et des Portugais qui y étaient francs, c'est-à-dire 
exempts de payer les droits de douane connus sous le nom de 
coutumes. 

L'utilité des Docks-Entrepôts avait été reconnue par édit de 
septembre 1664, où il est dit : « Parce que les entrepôts des 
» villes maritimes et autres et les transits par l'étendue des 
» provinces dans lesquelles les bureaux^ des dites fermes sont 
)) établis, peuvent beaucoup contribuer à la facilité du com- 
» merce, nous voulons que nos Fermiers, pour la facilité et 
» commodité du dit commerce de nos sujets et des étrangers, 
» établissent des magasins es villes de la Rochelle, Havre, etc. 
» pour y recevoir les marchandises destinées aux pays étran- 
» gers et y être entreposées franches de droit d'entrée et de 
» sortie : lesquels magasins pour la sûreté réciproque de nos 
)) fermiers et marchands seront fermés à deux serrures, de 
» l'une desquelles le fermier gardera laclefet un député des 
)) marchands gardera l'autre, etc., etc. » 

Cette institution des Docks-Entrepôts ne dura pas longtemps 
au Havre si toutefois elle avait été mise en pratique dans cette 
ville. En 1688, les Entrepôts furent supprimés, à l'exception de 
ceux qui avaient été constitués à Marseille, à Rayonne et à Dun- 
kerque. 

Plus tard, un certain nombre de villes et notamment Saint- 
Malo essayèrent de recouvrer les franchises qui leur avaient 
été enlevées et ce fut l'ouverture des hostilités entre le Havre 
et Saint-Malo. 

Le commerce de Saint-Malo était fort étendu au commence- 
ment du xvin* siècle. Ses négociants faisaient un trafic consi- 
dérable avec l'Angleterre, la Hollande, l'Espagne, les autres 
ports français et surtout Nantes. 

Les Anglais y achetaient les toiles de Rretagne et de Nor- 
mandie, les étoffes, les savons, les vins et les spiritueux. Les 
Hollandais lui fournissaient le bois, les cordages et tout ce qui 
était nécessaire à la construction de ses vaisseaux ; en échange 
ils en tiraient du miel, des savons, des huiles, etc. 

Le commerce des Malouins était surtout très riche en Es- 
pagne. Us chargeaient pour Cadix les toiles de toute nature, les 



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— 143 — 

étoffes de Lyon, Tours, Amiens, Ruinas ; les retoijiîsconaisteienl; 
en or et argent, £uirs, indigos, bois de campêche. 

La pêche de la morue était aussi un objet principal et le pbis- 
son était envoyé à Bordeaux, dans les autres villes du midi de 
la France, à Bilbao (Espagne) et en Italie. 

En 1713, les Malouins, prétextant un agrandissement de leur 
territoire, sollicitèrent du Roi la franchise de leur. port. Cj^tte 
première demande fut écartée. Us la renouvelèrent vingj, aifis 
plus tard, c'est-à-dire en 1734, se fondant, celte fois, surTeniè- 
vement de leurs vaisseaux au Pérou, sur Texlinction de leurs 
privilèges, sur la dépréciation des billets de banque, raflBùence 
des banqueroutes et la diminution du commerce dans leur 
ville, restreint, disaient-ils, à la pêche de Terre-Neuve; enftn, 
l'excès de leurs misères! 

A la nouvelle de cette deuxième tentative, le Havre, dit 
lUfi. A.-G. Lemale. s'émut, et les échevins, vigilants pom* la (ïé- 
fensedes intérêts municipaux, se réunirent immédiatement 
en assemblée générale, pour aviser aux moyens de faire rejçier 
la demande des Malouins. 

D.ans cette réunion, le Procureur-Syndic exposa que ^e. la 
solution de cette question dépendait l'avenir du Havre, Si le port 
de Saint-Malo était déclaré franc, celui du Havre allait depen^ir 
inutile, 

Emotionnée par cette perspective peu rassurante, rassem- 
blée décida que le Procureur-Syndic se rendrait auprès du 
Gouvernement pour le déterminer à repousser les sollicitations 
qui lui étaient adressées et, dans le cas où TEtat se déciderait 
à accorder l'Entrepôt à Tun des ports de la Manche, de deman- 
der qu'on voulût bien choisir le Havre. Dans tous les cas, iUûi 
fallait rendre inutiles les démarches des députés de Saint-Malo. 

Les échevins du Havre rédigèrent et firent présenter au Roi 
un premier mémoire pour lui exposer leurs raisons et lui faire 
prévoir les conséquences qui auraient pu résulter de l'accueil 
favorable de la demande des Malouins: 

(( Si les habitants de Saint-Malo, disent nos échevins, ont à 
» se plaindre du mauvais état de leur commerce, ceux du 
» Havre se trouvent dans des conditions identiques et sont à 



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— 144 — 

)) même de prouver que leur sort n'est guère enviable ; les 
» malheurs allégués par les premiers sont communs aux se- 
» conds. 

» En outre, ceux-ci ont à se plaindre du transfert des Com- 
» pagnies des Indes et du Sénégal au port de Lorient, alors 
» que précédemment elles étaient établies au Havre. » 

Le Havre voyait son commerce de Terre-Neuve ruiné et n'y 
envoyait plus que quatre ou cinq navires au lieu de ceut-vingt 
qui auparavant partaient pour cette pêche. 

Enumérantles raisons qui pouvaient militer en faveur d'une 
demande de franchise, les éehevins havrais soutenaient, avec 
justesse, qu'il fallait un port de mer d'un accès facile d'où les 
négociants eussent pu retirer les marchandises qui leur 
étaient nécessaires et en disposer promptement; il fallait que, 
par la situation du port franc, Tintroduction des marchandises 
étrangères et la fraude des droits des fermiers généraux de- 
vinssent impossibles. Or, le port de Saint-Malo, bien loin de 
posséder tous ces avantages, était le plus impropre à cette des- 
tination. 

Ce port est vague, non fermé et situé dans une province ré- 
putée étrangère, (I) disent les éehevins du Havre ; il est en 
résumé d'autres petits ports, de petites rivières et d'autres ré- 
duits favorables aux débarquements clandestins. Dans cet état 
quel tort ne ferait pas aux Fermes de l'Etat l'affranchissement 
de ce port, quel préjudice n'occasionnerait-il pas aux manu- 
factures de Normandie, au commerce des autres provinces arro- 
sées par la Seine et les rivières y affluant. Pour relever la 
ville de Saint-Malo de ses pertes et de ses disgrâces, faudrait-il 
exposer la capitale du royaume à être réduite aux dernières 
extrémités? Faudrait-il lui sacrifier le commerce elles manu- 
factures de tant de villes et de provinces et exposer les Fermes 
royales à la perte de leurs droits ? 

Par toutes ces conditions, dont quelques-unes étaient exagé- 
rées, il faut bien le reconnaître, les adversaires du port franc 
de Saint-Malo concluaient qu'en supposant nécessaire l'éta- 

(1) On retrouve ici, c'est-à-dire y a 150 ans, cette légende tout à fait injuste que 
(es Bretons n'étaient pas Français et deyaient payer un tribut pour entrer en France, 



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— 145 - 

blissement d'un port de cette nature, dans la Manche, Saint- 
Malo ne possédait aucune des qualités pour en obtenir le siège. 

Il fallait alors démontrer que le choix du Havre était préfé- 
rable et c'est ce que nos échevins essayèrent sans succès. 

D'après eux, le port du Havre, au contraire, réunit seul (?) 
tous les avantages désirables pour son affranchissement et 
cela pour plusieurs raisons : d'abord (nous laissons parler nos 
échevins), il est le plus accessible de l'Europe, c'est un fait 
dont toutes les nations conviennent ; 11 ne s'y trouve ni cou- 
rants, ni rochers, ni autres écueils ; il joint àcet avantage celui 
de recevoir et renvoyer de tous les vents les navires qui y 
abordent de toutes parts. 

« Puis, lorsque les marchandises et denrées sont une fois par- 
venues dans ce port, elles n'ont plus de risques de mer à courir, 
les négociants peuvent les en retirer aisément et les faire 
transporter, à jour fixe, à leur destination définitive. La Seine 
qui baigne les murs de la ville leur présente un secours égale- 
ment commode et sûr pour les transports à Rouen, à Paris, etc. 

« Ensuite, ce port est dans le sein de la ville, son entrée du 
côté de la mer est défendue par deux tours et fermée d'une 
chaîne de fer; il ne reste d'issue que dans la ville et celle-ci n'a 
que deux portes qui sont exactement gardées. Une situation si 
avantageuse mettrait les fermiers royaux en état d'établir faci- 
lement et à peu de frais des bureaux pour prévenir et empê- 
cher la fraude. 

« Enfin, un autre avantage pour le bien du commerce et qui 
ne se rencontre dans aucun autre port de marée, c'est de tenir 
son plein pendant six heures et que, pendant ce plein, d'une 
seule et même marée, il peut y entrer plus de 100 navires char- 
gés et en sortir pareil nombre sans aucun risque et Ton peut 
regarder le port du Havre par sa situation à Tembouchure de 
la Seine comme le port de la ville de Paris. » 

Par toutes ces considérations, les échevins havrais ne dou- 
taient pas du rejet pour la deuxième fois de la prétention des 
habitants de Saint-Malo. Toutefois, ils ne s'en tinrent pas à 
cette seule protestation et ils firent bien. 

Ils adressèrent des requêtes à toutes les personnes influentes 
près du Gouvernement. L'affaire resta longtemps pendante 



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— 146 — 

devant le Conseil du Commerce et de nouveaux mémoires 
furent échangés entre les défenseurs des deux villes rivales. 

Les habitants de Saint-Malo n'ayant pas réussi à faire pré- 
valoir leurs premières raisons, changèrent de tactique; ils ne 
demandèrent plus la franchise de leur port à titre de faveur, 
mais comme une justice qui leur était due ; c'était leur patri- 
moine, ils en avaient été injustement dépouillés et ils deman- 
daient à être réintégrés dans cette possession qu'ils avaient 
eue, disaient-ils, pendant cinq siècles. 

Voyant cette persistance, les échevins du Havre firent aussitôt 
rédiger un autre mémoire beaucoup plus étendu et surtout plus 
sévère que le précédent, tout ménagement envers les Malouins 
semblait être devenu inutile. 

Prenant en main la défense des intérêts du gouvernement, 
les échevins havrais firent de nouveau remarquer que cet 
affranchissement n'était demandé que dans un intérêt particu- 
lier, qu'il ne pourrait avoir pour effet que de faciliter l'échange 
des marchandises françaises et étrangères, d'empêcher Tor et 
l'argent de sortir du royaume. Mais l'expérience avait fait con- 
naître que l'on ne devait pas prodiguer ces sortes de privilèges ; 
que si, en 1688, on avait jugé à propos de donner pour un sem- 
blable établifsementla préférence à Dunkerquesur Saint-Malo 
on avait pourvu à tout ; que les habitants de cette dernière ville 
naturellement inquiets, ambitieux et entreprenants, n'étaient pas 
alors restés dans le silence et que quelques raisons qu'ils aient 
pu apporter pour obtenir cette faveur, on avait alors, comme 
en 1713, préféré l'intérêt général du royaume à l'intérêt parti- 
culier de la ville de Saint-Malo. 

Examinant une seconde fois les résultats de l'affranchisse- 
ment du port de Saint-Malo, les échevins du Havre alléguaient 
que les avantages étaient imaginaires et d'une exécution im- 
possible. 

Suivant les Malouins, si leur port eût été franc, l'étrangei 
aurait dû y aller chercher les vins, les eaux-de-vie, les sels 
français, les produits de nos manufactures, les denrées de nos 
colonies et du Levant. Mais ils oubliaient que ces marchan- 
dises n'auraient pu être transportées de leur lieu de provenance 
à Saint-Malo, sans être chargées d'un fret qui aurait rebuté les 
étrangers; que jusque-là ces derniers étaient obligés d'appor- 



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— 147 — 

ter dans tous les ports du royaume leurs espèces ou leurs mar- 
chandises, de sorte qu'en l'état de choses actuel et sans le se- 
cours des Malouins, tous les ports de France étaient abondam- 
ment pourvus de marchandises étrangères; première preuve 
de rînutilité d'un port franc à Saint-Malo, qui, s'il leur eût été 
accordé, aurait, d'après les échevins havrais, occasionné une 
disette générale, tandis que les habitants de Saint-Malo toujours 
sans bornes daiis leurs idées auraient embrassé tout le commerce 
étranger et avec une poignée d'hommes ils auraient voulu faire 
la loi à deux nations entières, en réunissant le Septentrion 
avec le Levant. 

Au dire des Malouins, leur port serait devenu l'entrepôt de 
toutes les marchandises étrangères et les marchands des Indes 
occidentales seraient venus les y chercher. Mais il n'était pas 
admissible que des marchandises venant du Levant eussent 
passé devant Cadix, entrepôt du commerce des Indes occiden- 
tales pour aller jusqu'à Saint-Malo, chargées de plusieurs frets et 
de nombreuses commissions. D'un autre côté les négociants 
français désirant des marchandises auraient eu la sage écono- 
mie de les faire transporter directement de Cadix plutôt que de 
les envoyer à Saint-Malo. 

Aux objections qui leur furent faites par les syndics de la 
Chambre de Commerce de Normandie, entr'autres au sujet des 
grandes foires de Guibray et de Caen, les habilants de Saint- 
Malo se contentèrent de répondre que l'introduction des étoffes 
étrangères n'était ni assez avantageuse pour la tenter, ni aussi 
facile que les syndics se l'imaginaient à cause de la différence 
des espèces françaises avec celles de Hollande et d'Angleterre. 
Les Malouins ne songeaient pas qu'ils ne demandaient 
Taffranchisseraent de leur port, que pour établir leur commerce 
avec rétranger en échange des marchandises françaises, au- 
quel cas l'espèce est au pair et par conséquent l'introduction 
des marchandises étrangères était aussi avantageuse pour eux. 
Or de cette introduction, répondaient les Havrais, résulterait la 
chute des foires de Guibray et de Caen, des manufactures de 
Haute et Basse Normandie, des villes d'Amiens, Abbeville, 
Beauvais, Reims, Lille, etc. 

Après avoir formulé différents projets de commerce, les habi- 
tants de Saint-Malo en reconnaissaient eux-mêmes l'impossi- 
bilité de les exécuter. 



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- 148 - 

Ces projets, comme le faisaient remarquer leurs adversaires, 
ne pouvaient s'exécuter sans un très grand nombre de vais- 
seaux et toujours animés du mémeenttiousiasme, les Malouins 
n'avaient pas assez d'expressions pour manifester leur joie. 
Combien de vaisseaux seront construits pour fournir à toutes 
les entreprises ! Quelle quantité de matelots il faudra! Quelle 
afûuence d'artisans pour les armements! Quelle augmentation 
pour notre marine ! 

Avec quelle assurance cette poignée d'hommes cantonnée 
sur un rocher ne lit-elle pas dans l'avenir, ripostaient les 
Havrais. Si l'on ne voit que quelques Français en mer, tandis 
que l'Angleterre et la Hollande la couvrent des leurs, c'est que 
ces deux nations sont obligées de venir en France chercher ce 
que leur propre sol leur refuse et qu'elles n'ont pas d'autres 
voies de communication. Les Malouins prétendaient-ils acca- 
parer ces deux Etats par le nombre de leurs navires. 

Enfin les habitants de Saint-Malo terminaient en disant que 
si leur port eut été franc, les navires étrangers chargés pour 
Paris y auraient abordé de préférence au Havre. 

Cette opinion est erronée, si Ton comparait l'accès si facile 
du port du Havre avec l'inaccessibilité de celui de Saint-Malo. 

D'un autre côté, il était évident que toutes les villes du 
royaume, quelle que fut leur situation eussent retiré certains 
avantages de la franchise, par suite de l'augmentation des 
affaires. 

Dans ces circonstances, les échevins du Havre tout en ne 
réclamant pas formellement celte faveur pour leur ville, 
demandaient la préférence pour le cas où un quatrième port 
franc serait créé, parce que ce port ne pouvait être autre que 
celui du Havre et qu'il était beaucoup supérieur à Saint-Malo. 

Tout d'abord, cette affaire ne reçut pas de solution. Au mois 
d'Août 1735 M. Plaimpel, Procureur-Syndic du Havre, dut 
retournera Paris afin de contrebalancer de nouveau l'influence 
des députés de Saint-Malo. 

Grâce à cette opposition énergique, le gouvernement rejeta 
la demande des Malouins, mais n'accorda pas non plus la 
franchise au port du Havre, c'était ce que voulaient au moins 
nos ancêtres. 



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- 140 — 

On serait tenté de croire qu'après ce deuxième écliec, les 
habitants de Saint-Malo renoncèrent à leur projet favori. 
L'énergie et la persévérance qui caractérisent les habitants de 
la Bretagne les portèrent au contraire à faire une .nouvelle 
tentative en 1759, époque où ils demandèrent pour la troisième 
fois un entrepôt. 

Cette nouvelle demande, dit M. A. G. Lemale, pouvait être 
mieux accueillie car les Halouins avaient alors de puissants 
protecteurs à la Cour et les arguments qu'ils mettaient en 
avant étaient de nature à intéresser le gouvernement en leur 
faveur. Ils énuméraient les pertes énormes que les Anglais 
leur avaient fait subir et représentaient la concession d'un 
entrepôt comme une indemnité à laquelle ils avaient droit. 

L'un des échevins du Havre, M. Eustache, fut député par la 
municipalité, près de la Cour, afin d'empêcher encore l'accueil 
favorable de la pétition des Malouins. Les échevins havrais 
furent appuyés par le duc de Saint- Aignan, gouverneur de la 
ville, qui réussit à obtenir du ministre la promesse qu'aucune 
ville ne serait traitée plus favorablement que celle du Havre. 
La Chambre de Commerce de Rouen et les principales villes de 
provinces, stimulées par la municipalité havraise, protestèrent 
également contre la demande des habitants de Saint-Malo. En 
présence de cette réprobation générale leur demande fut re- 
poussée pour la troisième fois. 

A la même époque, Caen et Harfleur essayèrent d'imiter 
SainMUalo, mais leurs demandes eurent le même insuccès et 
les Havrais demeurèrent tranquilles de ce côté. 

Ce ne fut seulement en 1802 que, par arrêté du 30 juillet, la 
faculté d'entreposer fut accordée à plusieurs ports dont le Havre 
et Saint-Malo faisaient partie. Cette dernière ville ne tarda pas 
à profiter de la nouvelle faveur, grâce à l'initiative de la Chambre 
de Commerce, mais au Havre, on discuta pendant longtemps 
sur le point de savoir comment l'on exécuterait la nouvelle dé- 
cision. Une première réunion des négociants le 11 Avril 1802 
n'eut pas de résultat. 

Par un autre arrêté du 8 Novembre 1802, le premier Consul 
affecta l'ancien couvent des capucins du Havre pour le service 
de l'entrepôt réel mais la guerre avec l'Angleterre suspendit 
jusqu'en 1810 l'application de cette décision. 



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- iBÔ - 

Plus lard, c'est-à-dire en 1844, lorsqu'il fut question d'établir 
les Docks-Entrepôts actuels on vit surgir une nouvelle lutte 
intestine entre les administrateurs delà cité et ceux du com- 
merce. Il fallait décider à qui incombait, de la ville ou de la 
Chambre de Commerce, la charge et le profit des nouveaux 
Entrepôts dont le privilège fut concédé aux frères Périer, cette 
concession, rappelait tout récemmentJVI. Ch. Vesque, fut vive- 
ment critiquée et un spirituel critique Victor Caumont publia 
une brochure intitulée les Entrepôts du frère Joseph. Il voulait 
parler de Joseph Périer. On sait Timportance qu'ils ont acquis 
et les services qu'ils rendent aujourd'hui. 



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LE VIEUX CHATEAU 



par Itf. Louis LAMY 

Membre résidant 



Si VOUS cherchez parfois quelque mélancolie, 
Si votre cœur se plaît à rêver douceraent, 
Si vous aimez celte heure où la lutte s'oublie 
Dans un calme naissant qui chasse le tourment, 

Allez au vieux château qu'abrite la falaise 
Un de ces jours d'automne où les cieux semblent gris ; 
L'air est froid, les oiseaux comme atteints de malaise 
Rasent la terre au loin, poussant d'étranges cris. 

Vous franchirez la grille, et la longue avenue 
Pleine de majesté vous troublera d'abord ; 
Sans crainte avancez-vous ; nul n'attend la venue 
D'un être humain : allez, tout sommeille et tout dorl. 

Plus de vie en ces lieux, leur grandeur est passée ; 
Les festins d'autrefois ne s'y donneront plus. 
Les échos sont muets, la splendeur trépassée 
Y donne le frisson en regrets superflus. 

Depuis longtemps déjà mourut le dernier maître 
Ainsi que ses valets touché du même doigt ; 
Dans la loge d'entrée où le ciel le fit naître. 
Seul, un vieux paysan demeure sous ce toit; 

Et le château désert maintenant ne s'éveille 
Qu'au printemps, quand parfois, des couples follement 
Viennent dans le grand parc que l'amour ensoleille 
Pour taquiner l'écho, puis rire bruyamment, 



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— 152 — 



Alors promenez-vous dans les vastes allées 
Où le silence étreint, où Toeil est stupéfait, 
Où les arbres si hauts font des voûtes ailées, 
Vrai travail de géant que les siècles ont fait. 

Approchez-vous du lac où s'ébattaient les cygnes, 
Où les joncs, les roseaux se pliaient sous le vent ; 
Le lac est desséché; partout on voit les signes 
D'un abandon complet et d'un vide émouvant. 

Dans l'antique logis dont les salles sont nues, 
Entrez donc lentement, visitez chaque endroit, 
Et là, vous sentirez des douleurs continues, 
Car ces pièces ont Tair de souffrir, d'avoir froid : 

Les meubles sont partis ainsi que les tentures. 
Les sombres murs sont veufs des portraits des aïeux, 
Le temps qui fait son œuvre a disjoint les toitures 
Et la pierre s'effrite et tombe sous les yeux. 

Et vous remarquerez cette ruine affreuse 
De tout ce qui brillait; vous songerez que Dieu 
Donne à toute splendeur qui s'étale, orgueilleuse, 
L'existence d'un rêve, et qu'après vient l'adieu ; 

Que si la vie est belle et riche en apparences, 
Si les festins dorés se suivent à l'envi, 
On ne voit pas au fond des âmes leurs souffrances. 
Et le néant se dresse en spectre plus hardi. 

Et vous vous promettrez, revenant sur vous-même, 
De chercher un bonheur intime, près de vous. 
Ayant pour idéal l'ambition suprême 
Non de briller : d'aimer et d'être aimé de tous. 



.p 



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L'ÉTRENNË 

Comédie en un acte, en vers 
par M. Robert de la VILLEHERVÉ 

Membre correspondant 



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PERSONNAGES 

Yalentine 

Suzeite 

-Odalbert 



FRANCE - 1804 



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L'ÉTRENNE 



Minuit dans un château au milieu d'un parc. C'est la chambre de la mariée. 
— Au fond, très richement drapé, un grand et somptueux lit du xvin« 
siècle. — Dans les pans coupés : à droite, une fenêtre qui donne sur le 
jardin ; à gauche, une porte dérobée. — Au premier plan, à droite, une 
autre porte. Tapis épais, amples rideaux ; sur la tablette de la cheminée, 
une lampe alhimée. Un des rideaux du lit a été écarté, est retenu par 
quelque cordelière. Les atours de la mariée sont épars. La jeune femme 
n'est pas dans le simple appareil, mais rapidement elle y pourrait être. 
C'est l'instant où sa mère et ses parentes viennent de la quitter. Sous la 
tapisserie qu'elle soutient, dans l'embrasure de la porte de droite, elle 
leur parle encore. 



Scène première 
¥àL6NTINE, ^ule, 

VALENTINE 

Oui, vous êtes ma mère, et vous êtes ma tante, 
Et puisque je vous dois mon sort, j'en suis çoiît^Jp, 
Oh ! bien contente 1 
On lui répond^ elle répète ce qu'on lui a dit, et y réplique : 

Non? comment, non? quand je ris? 
Allez 1 Toutes ïi'opt pa$ le meilleur des maris. 
Plus d'une même, qui ^'y résigne, a le pir^, 
Etppvirt^nt!... 
Mais elle laisse retomber la tapisserie. 

Bonsoir! là I bonsoir! 
Et venant en scène : 

Donc, je respire. 

Je suis seule. Ce n'est pas trop tôt, j'étouflfais ! 
Un rideau au fond s'agite, Suzette passe sa tête^ 
et d'une petite toux appelle Vattention. 



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- 156 — 

SUZETTE 

Hum I hum l 

I 

I 

VALENT INE, poussant un cri d'effroi, ' 

Quelqu'un I 

Scène n 
VALENTLNE, SUZETTE 

SUZETTE 
Je... 

VALENTINE 

Toi! Mais qu'est-ce que tu tais 
Ici? Mais quelle idée as-tu dans la cervelle ? 
Veux- tu bien t'en aller? Ma chambre de nouvelle 
Mariée, à la fin, ce n'est donc qu'un moulin 
Quelconque où, du lever du jour à son déclin, 
Chacun, s'il veut entrer, n'a qu'à pousser la porte ! 



Pardonnez-moi! 



SUZETTE 



VALENTINE 



Non. . . Je suis bonne, je supporte 
Depuis l'aube des tas d'ennuis et de tourments. 
Des oncles m'ont tuée en leurs embrassements; 
Des tantes m'ont donné des conseils par centaines. 
Et que de pleurs! autant d'yeux, autant de fontaines ! 
Plus un regard ! Partout un flot torrentiel. 
On avait ouvert les cataractes du ciel. 
Les femmes, passe encor ! Mais des vieillards fossiles! 
Ma joue en avait des fleuves avec des îles ! 



r^àh(hà^ 



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-tël - 

J*ëtais Iphigénie et, d'xin commun émoi, 
C'était à qui le plus aurait pleuré sur moi ! 
Ahl que c'est amusant, les noces I J'en suis folle! 
Et tout à l'heure encore, à l'instant, comme on vole 
Un soir, au coin d'un bois, la bourse d'un passant, 
Ma mère sur son cœur m'a prise, et me versant 
Toute l'eau de ses deux urnes, tant elle m'aime, 
A fait de moi la nymphe Aréthuse elle-même ! 
Je n'ai rien dit pourtant 1 Mais que, par trahison, 
Pour m'inonder aussi de larmes sans raison. 
Tu te caches derrière un rideau, toi, Suzette, 
Ma sœur de lait, c'est mal. Joue à cligne-musette, 
Si tu veux. C'est un jeu charmant quand on y sait 
Jouer. Mais ailleurs ! va, bonsoir ! 

SUZETTE, avec une révérence et pour, se retirer ^ 

Madame. . . 
Mais arrivée à la petite porte du fond, elle éclate tout à coup en sanglots. 

Oh! c'est 
Plus fort que moi ! 
Et elle se cache le visage^dans son mouchoir. 

VALBNTINB, découragée, au public, 

Que vous disais-je? Une autre averse ! 

À Suzette, doucement :. 

Va-t'en, voyons ! Tout ce chagrin me bouleverse. 
Mon mari ne saurait beaucoup tarder. Crois-tu 
Qu'il ait assez de calme et de ferme vertu 
Pour que dans ces excès ridicules d'alarmes 
Il prenne encore à gré tes soupirs et tes larmes ? 

Elle lui essuie les yeux. 

Ces perles, un orfèvre en serait ébloui. 

SUZETTE 
Mais vous, la mariée, êtes- vous heureuse ? 

VALBNTINE, après un temps et baissant la tête, 

Oui. 



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— 138 — 



SUZETTE, avec éclat, 

C'est-à-dire non I C'est-à-dire, sœur aimée, 

Qu'autour de vous on s'est contenté de fumée, 

Qu'on a pesé les sacs d'écus, les majorats, 

Les parchemins ou ce qu'en ont laissé les rats, 

Jugé les titres, dit son mot de la livrée. 

Calculé ce que peut, ayant été sevrée 

A la fin de Louis-Quatorze, n'est-ce pas ? 

Attendre encor de mois son bienheureux trépas, 

La vieille tante, et que résolu de tout faire 

Comme il est de bon goût qu'on fasse en votre sphère. 

On n'a rien engagé sans d'abord prendre avis 

De vingt parents, d'un tas d'autres parents suivis. 

Car il n'est chanoinesse au monde, ni vidame. 

Qui peut-être, en la paix de quelque Notre-Dame, 

Dormait depuis cinq ans ou plus, qu'en ces cas-là 

On n'appelle ; mais vous, on vous a dit : Voilà ! 

Ce que dit la meunière à l'ànesse bâtée, 

Et Ton ne vous a pas seulement consultée ! 

VALENTINE 

Consultée ? an commande et nous obéissons, 
Et de tout temps ce fut la règle. 

SUZETTE 

En vos maisons 1 

Et docilement prête à tous les purgatoires, 

Aucune jamais n'a jeté leurs écritoires 

A la tète de vos notaires, sous ses pieds 

Brisé leurs plunres d'oie et brouillé leurs papiers, 

Et de bravoure et de franchise et de ciel ivre, 

Car il n'est de liens dont on ne se délivre, 

Dit non ! Pas même vous I 

Se rapprochant et plus bas : 

Pas même toi ? 

VALENTINE 

Parlons 



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Raison. Moi j'aurais dit non! Pour qvie cj^échelpp^ 
En échelons la mer montât, de flots plus amples 
M^ couvrît tout entière, et qu'il fût deux exemples 
De ce qu'est un déluge universel ! Jamais I 
On aurait vu décroître et périr les sommets 
Des monts, et pour bâtir une arche salutaire 
Le pauvre vieux Noé n'habite plus la terre ! 

Et passionnément y à elle-même : 

Mais, ô mon tendre ami qu'on n'a pas invité, 
Odalbert, mon cousin I dans mon cœur irrité 
Qui n'a que sa fidèle amour pour allégeance, 
Ton souvenir palpite et vit ; et ma vengeance 
Est proche. 

ffaut, gentiment y à Suiette : 

Le sommeil te presse, ma Suzon. 
Les pavots sont en fleurs. Cueille dans leur saison 
Les pavots. 

SUZETTE 

Gr€md merci de l'offre gracieuse, 

Mais je retourne au bal. 

Et avec une belle révérence de cérémonie : 

Madame. .. 

Puis à part : 

Ah 1 soucieuse. 
Votre sœur veillera sur vous ! 



Scène III 
VALENTLNE, seule, 

VALENTINE 

Et maintenant. 
Bien qu'à la vérité je tremble en te prenant, 
A nous deux, mon petit couteau ! Sors de ta gaine I 
Et toi, Vertu, par qui Rome républicaine 
Chassant Tarquin sous les bâtons lui cria : Va ! 
Et dans sa force et dans sa rage se leva. 



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-160- 

Lucrèce, relisons ton histoire. 

Dans le meuble d'où elle a tiré son couteau, elle prend un volume d*his- 
toire romaine^ le feuillette rapidement, cherche le passage, le trouve, 
et Ut très vite, puis, s* écriant : 

O merveille 
De bravoure, ton âme en mon âme s'éveille ! 
Odalbert, ne crains rien. S*il est trop résolu 
Mon mari sera veuf comme il l'aura voulu. 

Et sur une petite table elle dispose le volume ouvert et bien en vue. 
Que ce livre l'instruise au moins I 

Même jeu avec un autre bouquin. 

Pour sa gouverne 
Qu'il voie encor ce que Judith fit d'Holopherne 
Et ce que pour montrer aux siens sur leur rempart 
Elle mit dans un sac au moment du départ. 
Car pousser un verrou je peux encor le fedre 
Et, ma propre gardienne, être à ce point sévère 
Que plaintes ni courroux, pour aucune raison, 
Ne me feraient ouvrir une heure ma prison. 
Mais aussi quels ennuis constants 1 et quel supplice ! 
Non, que mon sort ainsi que j'ai dit s'accomplisse ; 
Je ne ferais qu'errer de Charybde en Scylla. 
Foin I Lucrèce, ou Judith, je ne sors pas de là I 
Et voici l'Arsenal et la Bibliothèque ! 

Elle montre le couteau et les deux livres. 

Donc, quelques droits que sur ma douceur hypothèque 
Votre espoir^ monsieur mon mari, vous choisirez! — 
Et vous pourrez encor pleurer, vous qui pleurez I 

Bile remonte et soulevant les rideaux qu^elle ne tardera pas à écarter, 
regarde au dehors, se colle un moment le front aux vitres, 
La belle nuit I combien rafraîchissante et pure I 

Puis elle ouvre la fenêtre toute grande. 

Les feuilles sur le ciel font comme une guipure I 
Que nous eûmes de soirs pareils ! 

Et s*abandonnant à la rêvBrie : 

Oui, tout l'ancien 
Enchantement, ce rêve au bois musicien 
Parmi les chèvre-pieds de marbre et les Hercules 
Bercé dans la douceur des tièdes crépuscules ; 
Tout ce qu'il me disait d'exquis et de charmant 
Et de tendre, mais si mystérieusement, 



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— 161 — 

Car il n'admettait pas qu'en l'azur de leurs toiles 
Un mot, im seul, en fût surpris par les étoiles ; 
Et jusqu'à nos adieux, ce dernier soir de mai 
Qu'avait pour nous de tant d'ivresses parfumé 
L'âme blanche des lys comparable à nos âmes, 
Et de quels puérils desseins nous amusâmes 
Si vainement, hélas! notre affreuse douleur, 
Que du temps ait passé comme fuit un voleur, 
Je m'en souviens. 

ODALBERT, invisibU, sous la fenêtre, 
et d*une vois, la plus caressante qu'il se peut, 

Tu n'es pas la seule. 

VALENTINE, pâU de saisissement. 

Oh! 



Scène IV 
VALENTLNE, ODALBERT, d'abord hors du théâtre, 

VALENTINE seule, écoutant, 

Silence 
Absolu... 

Elle écoute encore. 

Quelquefois la feuille se balance 
Et chuchotte, et le vent semble aussi quelquefois 
Quand il s'égaie auprès de nous être une voix. 

Un peu plus rassurée : 

Oui, caquet de feuillage ou brise qui frissonne. 
Ce n'était que cela, j'en suis sûre, et personne, 
Quoique pour en mourir de peur j'aie entendu. 
Ne m'écoutait dans l'ombre et ne m'a répondu. 

ODALBERT, se montrant (c'est un officier de cavalerie.) 
Si lait! 



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— 162 — 

VALBNTINE 

Vous I 

ODALBERT 

Odalbert, ton Odalbert, Tunique 
Odalbert! et les jeux de la brise ironique 
Ne m'ont pas dit avec ta voix : Je me souviens. 
Donc j'arrive à propos, heureux coquin. Je viens. . . 

VALENTINE 

Je le vois. Mais risquant des surprises pareilles, 
Saviez- vous que le parc est plein d'yeux et d'oreilles? 

ODALBERT 
En effets je m'en suis tout d'abord aperçu. 

VALENTINE 

Et si vous l'ignoriez, si vous n'aviez pas su 
Que c'est le jour qu'on a pris pour mon mariage, 
Ces lumières de fête à travers le feuillage 
Suffisent. On entend les musiques du bal. 
Mon Dieu, vous égalez Alexandre, Annibal, 
César, et je le sais, et que, toute bravoure. 
Loin de fuir le Péril, votre orgueil le savoure. 
Mais d'un moment à l'autre on peut venir. 

ODALBERT, tranquillement, 

C'est vrai. 
Partons alors, viens-t'en. Dis-moi : Je te suivrai. 
Et laisse à ton mari Fescalier et la porte. 
Saute ! me$^ bras te sont ouverts, et je t'emporte I 

VALENTINE 
Comme cela I 



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— 163 — 



ODALBERT 

Sans plus de complications. 
Et nous serons un bel exemple aux nations ! 

VALENT! NE avec U7ie douloureuse surprise, 
Oh ! c'est vous qui parlez I 

ODALBKRT 

Ou, veux-tu, cœur sans tache? 
Qu'une échelle de soie à ton balcon s'attache ! 
Car tu peux avoir peur de sauter, j'y consens. 
Et vers ton Odalbert qui f adore, descends. 
Mais sois prompte ! 

VALENT IN K. « vec une surprise croissante, 
Oh ! c'est vous qui parlez 1 

ODALBERT 

Ou plus vite 
Que la foudre, c'est moi qui monte. Je m'invite, 
De peur que ces trésors où l'avril a souri, 
Tes yeux divins, tes bras, tes lèvres, un mari 
Ne m'en puisse ravir l'étrenne en ses démences. 
Donc, pends à ton balcon l'échelle des romances, 
— Ou si tu n'en as pas, les amours sont ailés. 
Et ce n'est pas pour rien. 

VALENTINE, au comble de son émotion, 

Oh ! c'est vous qui parlez ! 
ODALBERT, s'apprétant à entrer dans la chambre, 
Regarde 1 

VALENTINE 

Monsieur I . . non, je ne veux pas I 
Mais il ne Vécoute aucunement. 



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^ 164 — 

ODALBERT 

Querelle 
Pour rire ! Tu le veux très bien, ma tourterelle. 
Mais que tes yeux où luit un double diamant 
S'allument. Tords ces poings mignons, et méchamment 
Proteste, indigne-toi, gronde, appelle, fais rage. 
Sois la Révolte, sois la Haine, sois TOrage ! 
L'Amour, ce roi, veut un spectacle de gala 1 
Puis, toutes les beautés ont de ces façons-là, 
C'est leur premier bonheur de nous mettre au martyre, 
Mon ange, et nous savons ce que parler veut dire. 
Aussi n'épargne rien. Le grand jeu î 

VALENTINE 

Vous avez 
Fini? 

ODALBERT 

Pas encore. 

VALENTINE, qui s'exaspère, 
Ohl 

ODALBERT 

Très bien, ces yeux levés. 
Très bien, ce mouvement d'épaules. Mais pour être 
Dans la tradition, parle, appelle-moi traître. 
Cruel, bandit, soudard, tyran, monstre, et s'il faut 
Qu'on t'aide, si tu crains de rester en défaut, 
— Tu me vois, je me tiens déjà l'oreille basse, — 
Je te soufflerai. Donc commence, et d'abord passe 
Les bornes, pour qu'après ce jeu fallacieux 
Je t'apaise d'un tas de baisers sur tes yeux. 

VALENTINE, maintenant tout-à-fait détachée de lui, et à elle-même. 
Un vrai soudard 1 



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- 166 — 



ODALBERT 



Bien dit. Tu t'en es avisée I 
Oui, c'est juste. J'ai l'air de mon aïeul Thésée, 
Et pardieu, ce vainqueur fauve des Cercyons 
N'avait pas tant d'ardeur en ses intentions 
Quand, traînant après soi la plus fameuse élite, 
Il soumit et, joyeux, fit captive Hippolyte I 
Aussi, ne brave pas Thésée, ou sur les eaux 
Frémis qu'il ne t'enlève en ses étroits vaisseaux 
Dont la voile se gonfle et que guide Neptune ! 
Et qu'ensuite, ravi de sa bonne fortune, 
Il ne passe sa vie entière à tes genoux. 
Tout en parlant il veut effectivement l'attirer à lui 
et s*agenouille devant elle. 

VALENTINB, se dérobant. 

En vérité 1 

ODALBERT, qui la poursuit, 

Certel 

Mais elle traverse le théâtre, court à ce qu'elle a appelé Varsenal 
et met la main sur son couteau. Odalbert, se reculant : 

Ouais I 
Puis faisant contre fortune bon cceur : 

Mais où donc sommes-nous? 
Dans quelle désastreuse et sauvage Hjrrcanie, 
Pour que manifestant un si cruel génie, 
Sur im couteau d'abord se jette avec des airs 
Dont serait effrayé le tigre en ses déserts, 
Une enfant, car tu n'es qu'une enfant, ma petite ! 

VALENTINE 

Il se peut. Mais de vos manières interdite. 
Cette enfant n'est pas loin d'être une femme. 



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^ÊÊSÊ^:: 



— 166 — 



ODALBERT 

Non, 

Pas loin du tout, mon cœur, ou j'y perdrai mon nom. 
Et regardant autour de lui où sont let issues : 

La porte est là ! 
Il y court et en pousse le verrou. 

Je vois une aube d'amour naître! 
Puis, continuant son inspection et apercevant la petite porte du fond : 

C'en est une autre. 
Il va y couHr, Mais tant d'audace a finalement désarmé Valentine^ 

qui, très eaUnte, fnaù non sans quelque amère ironie : 

VALBNTINE 
Vous oubliez la fenêtre I 



ODALBERT, interloqué, 



La fenêtre ? 



VALBNTINE, qui sourit, 

Sans doute ? 
A ce sourire Odalbert prend le change. 

ODALDKRT 
Ainsi donc tu te rends I 

VALENTINE, qui dès ce moment ne cessera plus de s'amuser, 
C'est qu'il le croit 1 

ODALBERT 

Vois-tu, chère, les tisserands 
Peuvent croiser leurs bras et bayer aux étoiles. 
Je les vaux tous, moi qui t'ai prise dans mes toiles ! 

VALENTINE 
Si peu ! 

QDALBERT 

M aie à présent trêve aux diseotiirs.^Déjâ, 
Parmi tous ces débats (j[ue ton co&ur abfégea 



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— I()7 — 

Ne s'enfuirent que trop de minutes perdues. 

Il suffit. Je veux mordre aux pommes défendues î 

VALBNTINE 

Tout beau I vous avez faim î 

ODALBERT 

Comme un ogre. Je veux 
Tes douces mains, ton front poli, tes beaux cheveux, 
Ces contours, ces regards, cette lèvre hautaine. . . 

VALENTINE 

Pour y mordre comme aux pommes! 

ODALBERT 

Sois-en certaine ! 
Et quand j'y brûlerai mes doigts avec Teffroi 
Du pire avare, avec Torgueil du plus grand roi, 
De ce festin d'honneur où mon rêve s'installe, 
Je serai le divin Lucullus ! 

VALENTINE 

Ou Tantale. 

ODALBERT 

Car en vain séparés par des soins imprudents, 
Tu sais de quel aniour je t'aime. — 

VALENTINE 

A belles dents 1 
Mais si pourtant je ne veux pas être mangée? 

ODALBERT 

Car les tourments dont j'eus mon âme ravagée, 
Tu les connus aussi, car ils te sont restés 
Présents les souvenirs de nos trop brefs étëis ; 



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— 168 - 

r même cette nuit, en T^goisse dernière 

le de ta vie on ait fait une prisonnière 

)ur on ne sait trop quel destin insidieux, 

i te Jes rappelais, ces jours, et nos adieux 

•es des touffes de lys, au jardin solitaire, 

\ dernier soir de mai, quand des bois, de la terre 

: des cieux, pitoyable à nos rêves défunts, 

\ faisait im si doux échange de parfums ! 

VALENTINE 

t que, vous conformant docile à ma pensée, 
DUS n'étiez pas encor Taudacieux Thésée. 

OD ALBERT, s'éehauffani de plus 9n plus, 

mviens'^toi I Souviens-toi I Nous avions des palais 
e feuillage, ou de fleurs, lorsque tu le voulais, 
t nous y courions, fous, dans nos fainéantises, 
es Taube, comme vont les chèvres aux cytises, 
îs femmes aux miroirs, les guêpes au raisin 1 
prodigue pour la convaincre, 
I t'aime! Souviens-toi! 
Hw en chetrotte, il bêle presque. 

- VALENTINE, tout à coup. 

Mais vous chantez, cousin! 
rt : 
h! tu cherches encor la flèche qui m'entame ! 

ODALBERT, sans s'arrêter à la désobligeante remarque, 

ui, souviens-toi 1 

VALENTINE, à part. 

Fort bien ! 

ODALBERT 

Souvenez-vous, Madame ! 
Valentine l'arrête. 



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-- 169 - 



VALBNTINE 

Agitato. Plus vite ! 
Et chantant : 

Oui, aouviens'toi ! 

ODALBBRT 



VALBNTINE 



Comment ? 



L'air est prodigiexix et l'accompagnement 
Unique. 
Elu chante, 

Souviena-toi^ lorsque la brise ailée. . . 

N'est-ce pas du Méhul ? 
Odalbert ne répond rien, mais très correct et non moins farleux, il va 

se retirer. Valentine feignant t^étonhement : 
Vous partez ? 
Et avec une grande révérence : 

Désolée. 

Mais puissiez-vous ailleurs vaincre en d'autres assauts ! 
Alors ^ par la petite porte du fond qui s'est ouverte sans bruit, se montre 

Susette, Elle tient levé un chatidelier à deuw branches dont les^ bougies 

éclairent son visage. 

SUZETTE 
Et je reconduirai Thésée à ses vaisseaux. 



Scène V 
SUZETTE, ODALBERT, VALENTINE 



ODALBERT, en fureur, à Suzette, 

Ah ! masque ! 
À Yakntine, d'un ton de reproche : 

Fourbe I 
Mais Valentine rit, elle bat des mains, elle triomphe. 



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- i70 - 



VALENTINE 

Ah bien ! quel plaisir vou§ me faites ! 
Vite 1 des madrigaux pour compléter nos fêtes ! 
L'amour, ce roi, veut un spectacle de gala ! 
Tigresse! allez! Cruelle! Eh bien?. . Ces façons-là, 
Mais pour les amants c'est leur salut au martyre, 
Mon ange, et nous savons ce que parler veut dire I 

SUZETTE, qui se moquer montrant Odalbert, 

11 est soumis, il tend le cou sous l'arrosoir. 
Cependant elle veut yemmmer. 

Et là-dessus, venez. Monsieur! 
Mais lui, de colère, il lui souffle aux mains ses deux bougies 

ODALBERT 

La paix! 

Et courant à la fenêtre : 

Bonsoir ! 
il se précipite. 3uxeite court également à la fenêtre, le regarde s'enfuir 

SUZETTE 
Et ne vous cassez rien, ce serait grand dommage ! 



Scène VI 
VALENTINE, SUZETTE 

SUZETTE 

Il s'en est allé. Tel plumage, tel ramage. 
Voilà comment ils sont quand on les a dorés ! 
Au moins l'oiseau n'est pas trompeur. 
Mais VaUntine n'apusê tenir de pleurer de rage, d'avoir aimé ce cavalier. 
Elle s'est tournée à demi et cache son visage dans ses mains. Su?etie 
qui riait, la voit, s'étonne : 

Mais vous pleurez? 



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— 171 — 

Elle la rt^oint. Elle lui écarte les mains avec une douce violence^ 
et pour qu'elle se console lui donne un baiser. 
Valentine I 

VALENTINE 

Ah! Suzonl je me serais tuée 
Pour lui! 

SUZETTE 

Vous y songiez ? Pauvre âme habitude 
Aux livres ! Mettez-y Tallumette ! C'est d'eux, 
C'est d'eux que vous tirez de tels desseins hideux ! 
S'emparanl de* livres et du couteau ensuite : 

Ah! je les devinais ces bouquins!... Et pointue 
Comm^ ime aiguille, c'est l'arme dont on se tue 
Quand on est à ce point savante et que Ton a 
Quelque galant semblable, en feu comme l'Etna ! 
La peste ! il n'était pas en peine à l'escalade! 
Me voici. Rendez^^vous ! J'en eusse été malade. 

VALENTINE 

Tu nous écoutais donc ? 

SUZETTE 

Avec avidité. 
Oui, j'ai tout entendu, car j'ai tout écouté, 
Pour en cas de besoin vous tirer de sa griflFe. 

VALENTINE 
L'impertinence même ! . . Un Thésée apocryphe 1 

SUZETTE 
Et ses manières d'ogre avec son appétit I 

VALENTINE 
Il n'était p8t3 du tout ainsi quand il partit. 



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- m 



8UZETTE 

Non. Pas un mouvement dont on se formalise, 
Des adorations comme dans une église. 
Des respects, des soupirs, — 

VALENTINB 

Que même il nous cachait. 
Il portait sur son cœur dans un petit sachet 
Unruhan qu'il me prit un jour. Quelle folie 1 

SUZETTE 

Très douce ! Et vous étiez restée ensevelie 
Dans ce rêve. Et qu'il fût détruit, vous en pleuriez. 
Dût la terre périr sous les flots meurtriers 
Et d*un nouveau déluge être toute inondée. 

VALBNTINE. protestant, 

Non, ce n'est pas cela ! Tu n'as pas cette idée I 
Mon rêve? Ah, j'en ai bien souci vraiment. J'y tiens ! 
Ne regrette jamais plus vivement les tiens. 
C'est de rage que j'ai pleuré, c'est de colère. 
Vouloir mourir pour lui! pense ! Le populaire 
En eût fait des chansons, je l'aurais mérité ! 

SUZETTE 

N'insistons pas sur cette éventualité ! 

VALENTINE 

Et quand il m'oflFensait à plaisir, éperdue, 
Au lieu de lui donner la récompense due, 
Mais tout de suite I et de sonner, que des laquais 
Le jettent promptement dehors, je suffoquais. 
Oui, mais je l'écoutais pourtant, et Ton peut croire 
Qu'il en était heureux et qu'il s'en fera gloire I 
Ah 1 je m'en veux du mal ! Cfiu: il fallait au moins 
Appeler à mon aide, ameuter des témoins, 



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- 173 — 

Briser tout ! C'était digne. Il m'a fait place nette, 
Je n'ai pas cassé même un cordon de sonnette, 
Tenté même d'avoir un secours, ahuri 
Même un valet. Je n'ai rien fait. 

8UZETTB 

Vous avez ri ! 
Et certe à moins qu'en des revanches éclatcmtes 
Vous ne l'eussiez remis tout vivant à vos tantes 
Pour lui donner de la férule, et des avis, 
Les plus méticuleux qu'homme ait jamais suivis, 
Que vouliez- vous de mieux contre un tel adversaire? 
Vous avez ri! Cela seul était nécessaire. 
Il vous l'a bien fait voir du reste, le galant. 
De l'unique façon qui vaille, en s'en allant. 
Donc, qu'un juste sommeil pèse sur sa paupière. 
Autrement cependant vous faisiez d'une pierre 
Deux coups. Et des conseils dont il ne put sortir 
Encor, votre mari se tirait ! 

VALENTINB 

Le martyr ! 
Faut-il à chaque pas que des pièges nous leurrent ! 
Elles pleuraient sur moi des larmes, elles pleurent 
Sur lui de la sagesse I 

SUZETTE 

Oui, toutes à la fois I 
De la sagesse, avec des larmes dans la voix ! 
Et votre aïeule, vos cousines, votre mère. 
Même des veuves dont la douleur énumère 
Des peuples de maris, honneur de leurs maisons, 
Quand tantôt j'ai passé près de leurs pâmoisons, 
Le sermonnaient ensemble, et que Dieu les bénisse, 
11 sera jour avant que leur sermon finisse I 

VALENT INE 
Mais, lui, que disait-il? 



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- 174 - 

SUZETTE 

Héias, comme il paraît 
Qu'il faut que chacun pleure aux noces, il pleurait. 
Oh, très peu ! mais de rage aussi comme vous-même. 
C'était son tour. Le cercle est fait. 

VALENTINE. 

Crois-tu qu'il m'aiqie ? 

8UZBTTB, mutine, 

Tu mériteraji \^^an gi^ Vqo te (lU : n^Roi. 
ais au même i^s^^nt o» fr^^pp$ dA légpr^ coi^ 4anJf id pMT^ 

YALpNTINfi 

Ah, Suzoni 

SUZETTE 

Sa réponse 1 

VALENTINE 

Et le sermon fiai I 
Msitôt elle court vers la Jenétre qu'elle (erms st §fi$U eUê dât Us Piéôausp. 

SUZETTE, ^ui le vi^rdait faire, 

Bien. 
l lui montrant le coufeau : 

Mais ce bijou-là, pleiij de coquetterie? 

VALENTINE 

Cacl)#-le péler^êle avec la librairifi. 
J'^toi$6dl0i 

î nouveaux cotij^ 4ftrti iQ mrU m^i lémr^ «M^ ^ pnapUf n* ; têukment 
on les frappe plus nombreux sur un rythme particulier, comme pour se 
faire reconnaître. Sujette toui ^ suif^ s'est rapprochée de Valeniine 
qui, lui serrant la main : 

Ah ! Suzon I qu'il fr^pe$ iojjfjnMiitl 



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— 175 — 

SUZETTE 
Il est timide. 

VALENTINE 
Il est discret. 

SUZETTE 

Il est charmant. 
La réplique de Valentine est un baiser qu'elle lui donne, 
et Susette^ s' échappant : 
Adieu. 

Puis, avec une révérence, au moment de sortir : 
Madame ! 

Scène VII 
VALENTINE, seule, 

VALENTINE 

Elle est partie. Oh î je suis toute 
Glacée. 

Se rappelant subitement le verrou qu'Odalbert a poussé : 
Et le verrou, mon Dieu ! 

Bile court à la porte^ soulève la tapisserie, et le doigt sur ee verrou : 

Sans qu'il s'en doute, 
Comme nous sommes près Tun de l'autre I J'entends 
Mon cœur battre. Et le sien? peut-être. En même temps, 
Oui, tous deux. Mais demain s'il m'était infidèle ? 

Et voyant à sa portée une rose qui s'est détachée de quelque bouquet 
et qu'on a laissée là, à demi effeuillée : 
Une fleur! M'aime-t-il? Oh ! je le saurai d'elle. 

Au public : , 

Ne le lui dites pas si vous le rencontrez. 

Elle arrache rapidement tous les pétales, puis triomphante : 
Ah ! passionnément 1 Et j'hésitais ? 

Elle tire le verrou, court vers le lit, s'y blottit dans les rideaux, et comme 
son mari frappe une dernière fois et qu'elle ne montre pliu que sa tête 
charmante et un rien de ses épaules : 

Entrez ! 



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ÉTUDE SUR LE SYSTÈME DES IMPOTS 

et le moyen de remédier an déficit budgétaire 
par M. Casimir ROUGET -MARSEILLE 

Membre résidant 



Messieurs, 

Le sujet que je vais avoir l'honneur de traiter est bien aride 
et je vous présenterais presque des excuses pour venir vous en 
entretenir. Votre réunion, habituée aux douceurs poétiques et 
aux charmes d'études aussi intéressantes qu'artistiques, m'en 
voudra peut-être de la transporter sur un terre à terre où 
l'idéal ne peut apparaître, mais puisque la Société Havraise 
d'Etudes diverses fait appel à toutes les bonnes volontés et ne 
dédaigne pas les humbles travailleurs, je vais essayer de vous 
parler de notre système financier et serai trop heureux si je 
puis vous intéresser quelque peu. 

Je ne ferai aucune politique, mais il me sera cependant 
permis d'affirmer mon plus entier dévouement à l'idée répu- 
blicaine, qui, depuis un siècle, a si bien métamorphosé la 
nation Française qu'elle en a fait la plus glorieuse du monde 
en même temps que le flambeau de la lumière morale et 
intellectuelle. D'où vient donc que notre pays, si fertile dans 
toutes ses provinces, si riche en hommes de talent et de génie, 
si fécond en travailleurs de toutes sortes, arrive cependant à 
grever outre mesure ses budgets et accroît perpétuellement sa 
dette dans des proportions inquiétantes pour le salut public. 
Je ne parlerai pas de l'accroissement de dette résultant de 
notre indemnité de guerre, puis des milliards nécessaires à 
notre relèvement matériel et' moral après la défaite. Je ne 



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— 178 - 

saurais m'appesantir non plus sur les dépenses considérables 
faites pour fondre de nouveayx canons et reconstruire nos 
grands cuirassés et nos torpilleurs, trop inférieurs à ceux des 
nations voisines. Non, je ne m'occuperai que des milliards 
dépensés en pleine paix pour améliorer l'industrie, le com- 
merce, l'agriculture, et qui n'ont pas produit les effets entrevus 
et voulus par nos législateurs. Les six milliards dépensés 
depuis 1880 n'ont rien produit et une crise commerciale aigùe 
semble permanente depuis quelques années. L'industrie 
périclite et l'agriculture souffre. Les travailleurs errent dans 
toutes les villes à la recherche d'ouvrage qu'il est impossible 
de leur procurer. Alors comment expliquer cette souffrance de 
tout un pays en regard de la progression constante des cours 
des principales valeurs, surtout des rentes sur l'Etat, et de 
cette diminution effrayante du taux de l'intérêt qui en découle 
obligatoirement. Comment concilier ce que Ton peut croire 
une prospérité sans égale avec la misère qui malheureusement 
nous environne de tous côtés. N'y aurait-il pas un vice sérieux 
dans notre organisation financière et ne semblerait-il pas que 
les charges du pays puissent être réparties d'une meilleure 
façon afin de rétablir l'équilibre qui n'existe plus dans les 
forces vives de la nation. 

Tout d'abord, il paraîtrait indispensable de réduire les 
dépenses générales et c'est là la véritable pierre d'achoppe- 
ment de tous les Gouvernements. Les députés et sénateurs, 
trop préoccupés de leur future réélection, emploient toutes 
leurs influences pour obtenir des subventions nombreuses et 
élevées à leurs circonscriptions respectives. Afin d'arriver à ce 
but, ils votent tout ce qui est demandé par leurs collègues et 
cette bienveillance réciproque amène alors le vote de dépenses 
multiples, parfois inutiles et non compensées par des recettes 
budgétaires équivalentes. 

Le déficit augmente chaque année et pour le conjurer, il y 
aurait lieu, non-seulement de réformer le système actuel 
d'impôts, mais encore de créer de nouvelles taxes. Quel 
problème redoutable s'impose alors aux économistes. De 
quelque côté que l'on se retourne, ne trouve-t-on pas la trace 
d'un impôt quelconque. Sans vouloir aflBrraer que l'air que 
nous respirons soit imposé outre mesure grâce à l'impôt des 



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— 479 — 

portes et fenêtres, considérons qu'en outre des impôts géné- 
raux que chacun connaît, parce qu'ils sont exorbitants : 
foncier, propriétés bâties, personnelle et mobilière, portes et 
fenêtres, patentes, il existe des taxes multiples qui enveloppent 
le contribuable français et l'enserrent dans un étau dont il ne 
peut sortir. On paye pour son chien, on paye doublement 
pour son cheval et sa voiture, on paye encore pour son vélo- 
cipède, son billard, etc. Il existe des taxes spéciales de brevets 
d'invention, d'épreuves d'appareils à vapeur, de vérification de 
poids et mesures, etc. La taxe militaire assujettit tous ceux 
qui bénéficient d'exemptions légales par suite d'études 
spéciales et même ceux que leurs infirmités ont rendu im- 
propres au service. Parlerai-je des impôts indirects? Là aussi, 
tout est bien imposé. Les Douanes, d'un côté; les Octrois, de 
l'autre; enfin les taxes gonéi*ales sur les tabacs, les cartes à 
jouer, les allumettes chimiques, la poudre, le sucre, etc., etc., 
englobent tous les modes de consommation et tous les objets 
usuels. Donc, de ce côté-là, plus rien à imposer et surtout pas 
d'augmentation de taxes, car la matière imposable, non-seule- 
ment n'est plus compressible, mais menace d'éclater. Comment 
donc décharger le pays et rendre à ses finances l'élasticité 
voulue pour lui redonner son essor de jadis. Une seule solution 
se présente : c'est l'impôt sur la rente. A ce sujet, des flots 
d'éloquence ont été déversés, des torrents d'encre ont coulé et 
cependant rien ne paraît se décider. Des hommes de grand 
talent ne craignent pas d'aflBrmer qu'un impôt sur la rente 
atteindrait notre crédit dans ses sources vives et que dans 
l'avenir nous verrions tarir la source des emprunts. C'est une 
grave erreur et d'autant moins raisonnée qu'ils ne craignent 
pas d'annoncer dans l'avenir de nouvelles conversions du 
taux de l'intérêt. Or, depuis un temps relativement court, 
n'a-t-on pas converti la rente 6 0/0 dans des proportions 
énormes, d'abord en 4 1/2 0/0, puis ensuite en 3 1/2 0/0. Notre 
crédit en a-t-il été atteint? Non. Eh bien I pourquoi envisage- 
t-on avec effroi un impôt de 50 centimes pour cent sur nos 
rentes, alors qu'à bref délai on convertira de nouveau la rente 
3 1/2 0/0 en 3 0/0 et la rente 3 0/0 en rente 2 1/2 0/0. Il est hors 
de doute que cet impôt sur la rente contrariera ceux qu'il at- 
teindra, mais cela ne doit pas arrêter le législateur. Après tout, 
il est rationnel que celui qui possède un capital acquis contri- 



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— 180 — 

bue aux charges du pays dans une proportion beaucoup plus 
forte que celui qui ne vit que du produit de son travail. 

L'impôt nouveau n'atteindrait que faiblement les petits 
rentiers et n'enlèverait pas l'aisance aux gros porteurs de 
titres de rentes. Il ne leur ôterait, en un mot, qu'une portion 
de leur superflu et j'avance carrément l'idée que le cQurs de la 
rente n'en serait que faiblement atteint. Un exemple frappant 
s'en trouve d'abord dans les cours élevés de la rente 2 1/2 0/0 
du protectorat de l'Annam et du Tonkin à 95 francs. Un autre 
exemple non moins frappant se trouve dans les conversions 
actuelles des obligations du Crédit foncier (emprunt com- 
munal 1879) de 3 0/0 en 2.60 0/0. Or, Ton voit les obligations 
du type de 2.60 0/0 au capital pair de BOO francs, alors que ce 
revenu de 2.60 diminué encore par un impôt de 11 0/0, le 
réduit à un revenu inférieur de 2 1/2 0/0 à peine compensé par 
des chances illusoires de gain en raison de tirages de lots; 
Puisque un établissement trouve de largent à ce taux réduit, 
que la Ville de Paris en trouve aussi abondamment au même 
taux, pourquoi donc l'Etat n'en trouverait-il pas lui aussi et 
quel motif puéril de croire qu'aux moments critiques les em- 
prunts ne se couvriraient pas? Il vaut donc mieux, dès mainte- 
nant, songer sérieusement à la prompte création de cet impôt 
de 50 centimes pour cent sur la rente sur l'Etat et en employer 
le montant à dégrever principalement le commerce, l'industrie, 
l'agriculture, mais plus encore les charges qui écrasent les 
classes laborieuses dont on entend dans le lointain le gronde- 
ment menaçant provoqué hélas I par la misère et le besoin. 
Venons en aide au travail et à leur tour les travailleurs, 
ouvriers, employés, humbles prolétaires, sauront témoigner 
leur vive reconnaissance aux classes aisées par un dévouement 
mieux compris, ainsi que par une coopération intelligente, 
sérieuse et utile pour la future prospérité de notre belle 
France. 



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DE L'ÉDUCATION DES FILLES 



D'APRES MOLIERE ET FENELON 

par M. DIARD 

Professeur agrégé des Lettres 
Membre correspondant 



INTRODUCTION 



« L'éducation des enfants est une chose à quoi il faut 
s'attacher fortement », dit Géronte, dans les Fourberies de Scapin. 
Ce principe a été compris de tout temps, et les plus grands 
esprits des époques les plus diverses comme mœurs, comme 
religion, se sont occupés de cette question. Il faut cependant 
remarquer que l'éducation des garçons a été Tobjet à peu près 
exclusif des préoccupations de nos ancêtres. Montaigne, écri- 
vant sur ce sujet à propos d'un enfant qui n'est pas encore né, 
suppose tout d'abord et démontre par raisons convaincantes 
que cet enfant sera un garçon. Il part de cette supposition 
toute gratuite et écrit cet admirable chapitre des Essais auquel 
Rousseau a emprunté la partie la plus saine de son Emile, De 
même, Quintilien ne songe qu'à former un orateur et Rabelais 
un fils de roi. Tous ont en vue l'homme el son rôle dans la 
société ; la femme pour eux n'est rien ou presque rien, et à 
l'exception de la lettre de saint Jérôme à Lœta, il faut arriver 
jusqu'au xvn** siècle pour trouver un auteur qui songe sérieu- 
sement à l'éducation des filles. Sans doute, Agrippa d'Aubigné 
admire les femmes instruites qui connaissent plusieurs langues, 
même la grecque et l'hébraïque ; mais, à ses yeux, l'instruction 
n'est bonne que pour les princesses et autres grandes 
dames. Dans les moyennes conditions, la science des femi»^s 



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— 48Î — 

est plutôt dangereuse; elle hausse trop le cœur, apporte le 
mépris du ménage et de la pauvreté, le mépris aussi d'un mari 
moins éclairé, d'où des querelles et des dissensions. D'Aubigné 
semble avoir prévu le ménage de Chrysale et, sauf ses réserves 
pour les princesses, il partage l'opinion du bonhomme. 

Le traité de Fénelon était donc une œuvre absolument 
originale, mais si le directeur des Nouvelles Catholiques est le 
premier qui ait donné aux principes de cette éducation une 
forme précise et dogmatique, Tauteur des Précieuses RidictUes, 
de YEcole des Maris, de VEcole des Femmes et des Femmes 
Savantes, avait senti avant lui Timportance de cette question 
et l'avait traitée sur le ton de la comédie, qui corrige en riant. 

Si Ton songe qu'à la fin du xix» siècle, la loi fait encore de la 
femme un être inférieur à l'homme et la tient en tutelle, on ne 
s'étonnera pas de la triste condition à laquelle la réduisaient 
les sociétés antiques et du peu de considération dont elle 
jouissait auprès des philosophes et des écrivains. L'émanci- 
pation relative de la femme, commencée par le Moyen-Age, 
s'est continuée avec succès surtout au xvn* siècle, et l'œuvre a 
été reprise de nos jours avec plus d'ardeur que jamais. Pour 
nous en tenir au xvn* siècle, nous voyons à cette époque la 
femme intervenir dans toutes les questions les plus graves et 
y jouer un rôle prépondérant. Elle règne avec Marie de Médicis 
et Anne d'Autriche, et prend part au conseil du roi avec 
Madame de Maintenon; elle tire le canon pendant la Fronde, 
décide en souveraine, trônant dans le Salon bleu ou dans les 
Ruelles, sur tout ce qui touche les sciences, les lettres, la 
philosophie, tente même une révolution religieuse à laquelle 
Fénelon se prête, et trouve dans le génie délicat de Racine 
l'interprète le plus élégant et le plus profond de ses aspirations, 
de sa sensibilité, de sa forme d'esprit, qui, par certains côtés, 
semblent la rendre supérieure à Thomme. Aussi Racine 
n'hésite-t-il pas à donner à la femme le plus beau rôle, même 
dans les moindres détails et les situations secondaires, comme 
celle de Junie qui devine Néron avec plus de pénétration que 
n'en montre Britannicus. 

Tout s'enchaîne. Plus la femme prend une part active à la 
vie sociale, plus elle se mêle aux hommes, plus aussi elle tient 
de place dans la tragédie et dans la comédie. Avec Molière, elle 



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— 483 — 

obtient droit de cité sur la scène comique dont les anciens 
l'avaient tenue presque complètement éloignée, mais en même 
temps elle tombe sous les coups de la satire, elle est exposée à 
subir des reproches, à entendre de dures vérités ou de bons 
conseils ; en un mot, elle devient sujet d'étude pour le poète 
comique, au grand déplaisir des Cathos et des Madelons, des 
Célimènes et des Arsinoés, mais à la plus grande gloire des 
Eliantes et des Henriettes. 

Le « Contemplateur » a donc étudié les femmes et surtout les 
jeunes filles, et il les a peintes tantôt telles qu'elles devraient 
être, tantôt telles qu'elles sont ; il les a représentées dans 
des situations toujours à peu près semblables, mais sans 
monotonie, grâce à la variété des caractères, et si on lit atten- 
tivement ses comédies à ce point de vue, on découvre ça et là 
un certain nombre de traits dont Tensemble forme, non pas 
un tableau complet et savamment ordonné, mais une esquisse 
légère que l'esprit suit aisément. 

Au risque de la gâter en appuyant sur les lignes principales, 
nous essaierons de réunir ces traits épars, de faire voir que 
Molière a touché à toutes les parties de l'éducation des filles, 
éducation religieuse, morale et intellectuelle, et de montrer à 
l'occasion jusqu'à quel point il est d'accord avec Fénelon sur 
cette question si délicate et si importante. Nous suivrons à peu 
près dans cette modeste étude le plan adopté par Fénelon lui- 
même. Où trouver un meilleur guide et quel plus sûr garant 
de la moralité du poète comique que l'autorité du prêtre qui 
l'a si injustement critiqué? Aussi, malgré l'opposition, plus 
apparente que réelle, qui existe entre eux, n'hésitons-nous 
pas à mettre ici Molière sous la protection de Fénelon, tout 
en demandant pardon à celui-ci de la liberté grande (1). 



(1) Ce travail est fait avec Tédition Firmin-Didot 1877. Elle ne contient quevingt- 
qualre pièces, auxquelles il faudrait ajouter la Jalousie du barbouillé^ le Médecin 
volant^ don Garcie de Navarre, la Princesse d*Eiide, Mélicerte, la Pastorale 
comique j le Sicilien, les Amants magnifiques et Psyché. Le dictionnaire des 
théâtres donne le titre de neuf autres pièces qui ne nous sont pas parvenues. 



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— 184 — 



Chapitre P^ ~ DE LA FAMILLE DANS MOLIÈRE 

Le caractère dépend le plus souvent du milieu dans lequel 
on est appelé à vivre ; Isabelle et Léonor, de YEcole des Maris, 
en sont la preuve. Il est donc important d'étudier les person- 
nages qui entourent les héroïnes de Molière pour bien saisir 
d'où viennent leurs défauts et leurs qualités, pour se rendre un 
compte exact des principes d'éducation dont elles sont victimes 
ou dont elles ont à se louer, en un mot, des influences qu'elles 
subissent. 

Quoi qu'en dise Rousseau, Molière a respecté la famille; il Ta 
respectée surtout dans ce qu'elle a de plus touchant et de plus 
saint : l'autorité maternelle. A . l'exception de Lucile, dans le 
Bourgeois gentilhomme, d'Henriette et d'Armande, dans les 
Femmes Savantes, aucune de ces héroïnes n'est guidée et sauve- 
gardée par une mère. Sans doute Philaminte s'acquitte mal de 
ses devoirs, son affection pour les pédants nuit singulièrement 
à la tendresse qu'elle devrait avoir pour ses deux filles. Mais, 
outre que cette peinture n'est que trop fidèle, son autorité n'est 
pas contestée ; Armande, qui y trouve son compte, s'y soumet 
avec empressement et la rappelle avec insistance à Henriette 
qui semble la méconnaître. Celle-ci, qui en souffre, n'ose la com- 
battre ouvertement; elle conseille à Clitandre de se montrer un 
peu plus complaisant pour sa mère; elle obéit quand Philaminte 
veut qu'elle assiste h l'entretien avec Trissotin, et se contente 
d'alléguer pour excuse son ignorance des choses de l'esprit ; 
en revanche, elle riposte spirituellement à sa tante et au pédant, 
ainsi qu'à Vadius dans la scène suivante ; une exclamation de 
douloureuse surprise lui échappe quand sa mère lui montre le 
mari qu'elle lui destine, mais elle ne lutte pas en tille révoltée 
contre celte décision; elle fera tout son possible pour en éviter 
l'effet, mais son dernier refuge sera le couvent et non un 
enlèvement. C'est à Trissotin qu'elle s'adresse pour qu'il renonce 
de lui-même à ce mariage, et quand Chrysale est prêt à accepter 
(( l'accommodement » que sa femme propose, la pauvre 
enfant ne trouve pas un mot de colère contre cette volonté 
despotique qui brise ses rêves les plus doux. L'autorité mater- 
nelle dans le personnage de Philaminte est donc respectée 
malgré ses exagérations. Madame Jourdain est encore traitée 



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— 186 - 

plus favorablement, elle est le guide et le soutien de sa fille 
que la folie paternelle expose à un sot mariage; elle défend 
avec vigueur les droits de la femme légitime et remplit en 
conscience ses devoirs de mère ; elle est tout juste Topposé de 
Philaminte. 

Il y a bien encore un type de mère dans le Tartufe : c'est 
Madame Femelle, mais elle est seulement la mère d'Orgon et 
la grand'mère de Mariane ; ce n'est qu'un rôle secondaire, 
elle n'habite pas, Dieu merci, la maison où l'intrigue se 
déroule, elle est sans influence directe sur les événements et 
n'apparaît qu'au début de la pièce pour gourmander tout le 
monde au profit de Tartufe, et à la fin pour assister « toute 
ébaubie » h l'écroulement de l'échafaudage si habilement édifié 
par celui qui l'avait si bien tartufiée. 

Une jeune fille sans mère, telle est donc en général la 
situation choisie par Molière pour ses héroïnes (1). Quel per- 
sonnage, en effet, jouerait une mère dans ce monde de valets 
efl'rontés ou de suivantes intrigantes ? Sa dignité, ce caractère 
sacré que nous reconnaissons tous et que nous vénérons dans 
notre mère, n'y seraient-ils pas compromis? Sa clairvoyance, 
sa tendresse vigilante et inquiète ne déjoueraient-elles pas 
toutes les ruses, toutes les fourberies? Et qu'aurait de comique 
la situation d'une mère auprès de ces maris avares, de ces 
pères sans énergie ou au contraire absolus dans leur volonté ? 
Si Philaminte est comique, c'est comme femme savante et 
comme épouse du bonhomme Chrysale, et non comme mère 
d'Henriette ; de même que le bon sens de Madame Jourdain 
forme un contraste comique avec la bêtise de son mari. 



(i) Cette situation est fréquente dans les comédies, et là où il y a une mère il est rare 
qu'elle s'acquitte sérieusement de ses devoirs maternels. Exemples : dans le Méchant 
de Oresset, rôle de Florise, mère de Chloé, qui trouve sa fille sotte, manque de 
caractère et se laisse mener par Cléon ; dans VOptimiste, rôle de Madame de 
Prinville, mère d'Angélique, elle n'intervient que pour contrarier son mari et sa 
fille qu'elle (çronde toujours ; dans le Mercure galant, de Boursault, cinq rôles de 
femmes et pas une mère ; dans les Femmes, de Desmoutier, sept femmes dont trois 
mères; une seule, Madame de Sl-CIair, aime tendrement sa fille, mais ce côté du 
personnage est perdu dans une peinture générale de la coquetterie féminine ; dans 
les Philosophes, de Palissot, Cydalise, mère de Rosalie, éprise de Philosophie 
comme Philaminte de Belesprit, est sur le point de sacrifier sa fille en lui faisant 
épouser un philosophe qui n'en veut qu'à la dot comme Trissotin. Regnard n'offre 
point de rôles de mère et Racine enterre Babonette. 



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— 186 — 

Mais donnez à Elise la mère qu'elle regrette, quelle figure 
celte mère fera-t-elle ? Et si nous souffrons de la conduite 
d'Harpagon à l'égard de ses enfants, ne nous semblerait-il pas 
intolérable de le voir traiter de même sa femme dont il ne dit 
mot, et qui, sans aucun doute, lui a toujours été moins chère 
que sa cassette? 

Molière a donc sagement éloigné de la scène un personnage 
qui. en général, y eût été ou gêné ou gênant (1), et en cela il a 
fait preuve de respect pour le caractère maternel. Remarquons 
en passant que les comiques anciens ont compris autrement ^^^ 
dignité de la femme ; dans Térence, la jeune fille séduite» 
quand elle est de condition libre, ne parait jamais et po^^ 
cause majeure ; c'est le plus souvent la mère qui vient exposer 
aux spectateurs la situation de sa fille, en déplore les cotisfe- 
quences et avise aux moyens d'y porter remède. 

Molière a-t-il également respecté l'autorité paternelle? O^^ 
caractère a-t-il donné aux pères dans ses comédies ? On coï^""^^ 
les critiques de Rousseau à ce sujet et la réfutation si ju^t^ ^ 
St-Marc Girardin à propos de V Avare. Si Ton étudie 43«* 
question de plus près, voici les observations que Ton ï>^ 
faire. 

Dans V Ecole des Maris, les Fâcheux et VEcole des Femmes, *' 
jeunes filles sont confiées à des tuteurs, et sur ces trois I>^^^-,i 
il y en a deux d'une très grande importance pour le sujet ^^^ 
nous occupe. Sganarelle, Ariste et Arnolphe ont, en effet, ^ y 
théories intéressantes sur l'éducation des filles. Dans un g"^^ /^ 
nombre des autres comédies où il y a deux pères, celui 
jeune fille et celui de l'amant, l'un d'eux a presque toujoi 
rôle insignifiant et parfois même on ne le reconnaît c 
père qu'au dénouement, par une de ces agnitions romane 
qui terminent trop souvent les pièces de notre grand con 
D'autres sont ridicules comme hommes, mais respectés c 
pères; tels sont M. Jourdain, Chrysale et Argan. Henri 



(1) Dans Turcaret, la baronne a mis à la porte sa servante Marine qui li 
tans cesse des remontrances, des remontrances maternelles. « Vous avez ei 
de la chasser >, dit le chevalier; et le valet Prontin approuve aussi : • Oui« ] 
TOUS avez eu raison. Comment donc ! mais c'egt une espèce de mère q 
servante-là. • 



e>l^ 



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— 187 — 

fort à se plaindre de la faiblesse de son père ; elle n'en parle 
cependant qu'avec modération : 

Mon père est d'une humeur à consentir à tout, 
Mais il met peu de poids aux choses qu'il résout ; 
Il a reçu du ciel certaine bonté d'âme 
Qui le soumet d'abord à ce que veut sa femme. 

Angélique est peu satisfaite d'apprendre que son père veut la 
marier à Thomas Diafoirus et non à Cléante, mais c'est Toinette 
qui proleste et Angélique intervient à la fin de peur que son père 
ne se rende malade. Quand Argan feint d'être mort, cette fille 
qu'il contrariait dans ses amours s'abandonne à une douleur 
sincère et regrette de l'avoir iirité contre elle : « ciel ! quelle 
infortune, quelle atteinte cruelle! Hélas! faut-il que je perde 
un père, la seule chose qui me restait au monde et qu'encore, 
pour un surcroît de désespoir, je le perde dans un moment où 
il était irrité contre moi ! Que deviendrai-je, malheureuse, et 
quelle consolation trouver après une si grande perte I... 
Hélas I je pleure tout ce que dans la vie je pouvais perdre de 
plus cher et de plus précieux : je pleure la mort de mon père ! » 

11 y a aussi des pères qui oublient leurs devoirs et en sont 
punis par la résistance ou l'irrévérence de leurs enfants, 
comme Harpagon, qui usent de leur autorité d'une façon bru- 
tale, comme Gorgibus dans Sganarelle : 

Mais suis-je pas bien fat de vouloir raisonner, 
Où de droit absolu j'ai pouvoir d'ordonner? 

Que dit Mariane, qu'Orgon contrarie aussi dans son amour? 
Elle ne veut pas mentir en aflSrmant que Tartufe lui plaît : 
« Pourquoi me faire dire une telle imposture? » C'est encore la 
suivante, Dorine, qui prend en main la cause des amoureux, 
« Sortirai-je pour Valère, dit Mariane, 

Sortirai-je pour lui, de quelque éclat qu'il brille 
De la pudeur du sexe et du devoir de fille? » 

Quelle scène touchante que cette prière de Mariane à son père, 
au quatrième acte, et comme Orgon, pour y résister, a besoin 
de se rappeler les leçons de Tartufe : « Allons, ferme, mon 
cœur ! point de faiblesse humaine I » Ici encore l'autorité 
paternelle est respectée, quoique combattue. Il y a enfin cer- 
taines pièces où le père a le beau rôle ; Gorgibus, des Précieuses 



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— 188 — 

Ridicules, Alcantor, du Mariage forcé, don Luis, du Festin de 
pierre, jouissent d'une influence qui s'impose à tous, contre 
laquelle on lutte en vain. 

Toutefois on ne saurait nier que cette influence soit souvent 
battue en brèche, en général, par les suivantes, filles fort 
impertinentes, « qui se mêlent sur tout de dire leur avis », et 
dont les théories se résument dans cette phrase de Lisette 
{r Amour médecin) : « Allez, allez, il ne faut pas se laisser mener 
comme un oison, et pourvu que Thonneur n'y soit pas offensé, 
on peut se libérer un peu de la tyrannie des pères, m Les filles 
elles-mêmes ne font pas toujours preuve de toute la soumission 
que pourrait désirer leur père, et c'est bien dans la bouche d'une 
fille, Lucinde, que se trouvent ces mots adressés à un père, 
Géronte : « 11 n'est puissance paternelle qui me puisse obliger 
à me marier malgré moi... et je me jetterai plutôt dans un 
couvent que d'épouser un homme que je n'aime point. » Ce 
que dit franchement Lucinde ici, toutes les héroïnes de Molière 
le pensent, mais nous avons montré que fort peu poussent la 
révolte jusqu'à ce degré de résolution et de fermeté. 

Molière a donc mis sur la scène des pères dont l'autorité est 
peu respectée. Nous l'accordons, mais si nous faisions son 
apologie, les bonnes raisons ne nous manqueraient pas pour 
le justifier. Nous dirions, par exemple, que le type du père 
vieux et imbécile lui a été légué par la tradition ; que ce type 
se rencontre assez fréquemment dans le monde pour qu'un 
poète comique ait le droit de le reproduire au théâtre; nous 
pourrions même invoquer les droits sacrés de l'amour, si 
hautement revendiqués par les romanciers au préjudice de 
toute autorité (i). 

Mais qu'il suflBse de faire remarquer que les pères auxquels 
on manque de respect sont ceux qui manquent eux-mêmes de 
tendresse pour leurs enfants, qui veulent s'imposer comme 

(1) Dans un opéra intitulé Alcide, paroles de Garopistron, musique de L. de LuUy 
et Marais, représenté en 1693, on lit celte réponse de Déjanire à Alcide : 

C'est Tamour qui conduit mes pas. 
J'ai cru me pouvoir tout permettre. 
Tai négligé pour lui vos ordres absolus. 
Depuis quand n'excuse-t-il plus 
Tous les crimes qu'il fait commettre ? 



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— 189 — 

maîtres au lieu de se faire aimer comme pères, et donnent 
ainsi raison à La Fontaine quand il dit : « Notre ennemi, c'est 
notre maître » (1). 

Mais quand le père est dépourvu de bon sens, d'énergie ou 
de tendresse, ces trois qualités se trouvent représentées, 
ensemble ou séparément, soit par un ami, soit par un oncle qui 
complètent la famille et protègent les amoureux. Tels sont 
Chrysale, de VEcole des Femmes, Cléante, de Tartufe, Ariste, des 
Femmes Savantes et Béralde, du Malade imaginaire. Les oncles 
ne jouissaient pas de cette réputation de bonté chez les anciens ; 
leur sévérité était devenue proverbiale : « Crains la colère d'un 
oncle I » dit à un jeune libertin un des personnages de Térence: 

J'appuierai, presserai, ferai tout ce qu'il faut, 

dit au contraire Ariste k Clitandre. 

A défaut d'un ami ou d'un oncle, l'amour a pour auxiliaire 
une suivante qui, grâce au franc-parler que le père lui accorde, 
joue un rôle important dans la maison et souvent la gouverne 
à sa guise. C'est Marinette, ou Lisette, ou Dorine, ou Martine 
ou Toinette ; ou bien encore une femme d'intrigue qui flatte la 
manie du maître et le trompe au profil des enfants, comme 
Frossine; ou enfin un homme consolatif comme Scapin. Ces 
personnages, qui sont plus que des confidents, ne sont pas 
assurément d'une haute moralité et leur cooimerce peut être 
dangereux pour une jeune fille. Mais comme en résumé ils 
servent toujours là cause que le spectateur trouve bonne, et 
que leurs intrigues aboutissent au mariage des intéressés, la 
fin justifie les moyens — au moins au théâtre — et tout est 
bien qui finit bien. 

Pour achever cette revue, il ne nous reste qu'à faire remar- 
quer un détail important. Il n'y a dans tout le théâtre de 
Molière que deux familles complètes, et dans chacune d'elles, 
le père ou la mère sont occupés de tout autre chose que de 
l'éducation de leurs enfants. M. Jourdain est tout entier à ses 
visées de noblesse et Philaminte songe avant tout à ses réformes 
académiques. La famille des Femmes Savantes est la plus nom- 

(1) Voir à propos de cette citation Pexplication singulière que donne St-Marc 
Girardin du vers qui suit : • Je vous le dis en bon français. • (Cours de littérature 
dramatique, V, ch. lxx). 



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— i90 — 

breuse; elle comprend un père, une mère, deux filles, un 
oncle et une tante, aussi n'est-il pas étonnant que Taccord ne 
règne pas entre tant de personnes, et de nos jours, sans doute, 
Chrysale n'oserait pas demander le divorce, mais Philaminte 
le demanderait pour cause d'incompatibilité d'humeurs. La 
famille du Tartufe se compose d'autant de personnages, mais 
Cléanteest le frère d'Elmire, et Elmire, seconde femme d'Orgon, 
n'est pas la mère de Damis et de Mariane. De même, dans le 
Malade imaginaire^ Béline est la seconde femme d'Argan, et 
seulement la belle-mère d'Angélique et de Louison qu'elle 
voudrait voir toutes deux au couvent. 

D'où il résulte que les jeunes filles dans Molière manquent 
toujours des deux appuis naturels de l'enfant, ou au moins de 
l'un des deux. Le père leur fait défaut dans toutes les pièces, 
car on ne peut compter la protection que Chrysale accorde à 
Henriette pour un appui eflScace, et si Alcantor oblige Sgana- 
relle à épouser Dorimène, c'est uniquement i/our se débarrasser 
de sa fille : « Loué soit le ciel I m'en voilà déchargé I » Une 
seule des deux mères que Molière a mises sur la scène s'occupe 
de sa fille et la protège contre son père : c'est Madame Jourdain. 

Fénelon termine son traité par un chapitre sur les gouver- 
nantes, où il dit que là où la mère fait défaut, son livre pourra 
être utile aux gouvernantes, n'en comprendraient-elles que le 
gros. Nous voyons que Molière n'est pas de cet avis; il ne 
substitue aucune autorité étrangère à celle de la mère, et 
cependant, ses jeunes filles, à peu d'exceptions près, sont 
honnêtes; elles feront presque toutes de charmantes femmes, 
des épouses aimantes, des mères intelligentes et dévouées. Il 
nous faut donc chercher à quels principes elles doivent leur 
éducation, quels sont les personnages qui autour d'elles pro- 
fessent ces principes et les disposent à suivre la voie de 
l'honneur et de la raison. 



Chapitre II — ÉDUCATION RELIGIEUSE 

« La piété, dit Bossuet, est le tout de l'homme ». Aussi 
Fénelon prend-il la piété pour fondement et pour point de 
départ de l'éducation des filles. Mais il est de faux dévots ainsi 
que de faux braves, il y a une fausse piété comme il y a un 



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- 491 - 

faux point d'honneur. Fénelon a bien soin d'en faire la distinc- 
tion et de prémunir la duchesse de Beauvilliers contre les 
pratiques exagérées, les histoires sans autorité, les dévotions 
que l'Eglise n'a pas approuvées et qui proviennent d'un zèle 
indiscret. « Le mieux est de n'en pas parler. » On n'en parle 
pas k Saint-Cyr et Madame de Maintenon a souvent recours au 
prélat pour diriger l'éducation religieuse de ses pupilles. La 
piété qu'on leur enseigne est une piété bien entendue, raison- 
nable et aimable. 

Molière a attaqué les faux dévots et les prudes, plutôt que les 
pratiques religieuses. Il a respecté la religion et s'est contenté 
de flétrir ceux qui la déshonorent; cependant il a laissé voir 
dans certains passages quelle est sa véritable pensée sur ce 
point délicat. 

On sait qu'Orante mène une vie exemplaire ; 
Tous ses soins vont au ciel. 

On sait aussi qu'Arsinoé est « à bien prier exacte au dernier 
point )), et que 

Dans tous tes lieux dévots elle étale un grand zèle. 

Mais on sait encore que la première est prude à son corps 
défendant et que l'autre bat ses gens et ne les paye point, met 
du blanc et veut paraître belle. Voilà donc deux exemples à 
fuir ; les jeunes filles ne devront pas affecter des dehors pieux 
et se conduire de façon à contredire leur piété apparente, elles 
renonceront à l'espoir de concilier la coquetterie mondaine 
avec la chasteté, le plaisir avec la religion ; mais elles auront 
aussi à éviter Texcès dans les deux sens. 

Si Molière s'en prend courageusement à la bigoterie, il 
n'hésite pas à proclamer son admiration et son respect pour la 
dévotion sincère. C'est dans la bouche de Cléante, du Tartufe, 
qu'il exprime son opinion, et il faudrait citer toute la vigou- 
reuse riposte de ce personnage, le sage de la pièce, à Orgon 
aveuglé par les grimaces de son protégé : « Je ne vois, dit-il, 
nul genre de héros 

Qui soient plus à priser que les parfaits dévots, 
Aucune chose au monde et plus noble et plus belle 
Que la sainte ferveur d'un véritable zélé. » 



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— 192 — 

Et plus loin, après avoir dépeint les hypocrites, les dévots 
intrigants, il ajoute : 

Mais les dévots de cœur sont aisés à connaître. 

Ce ne sont point du tout fanfarons de vertu, 
On ne voit point en eux ce faste insupportable, 
Et leur dévotion est humaine, est traitable. 

Si l'on rapproche ces derniers mots des expressions de 
Fénelon, on voit que les deux écrivains sont d'accord et 
s'expriment presque dans les mêmes termes. L'un veut une 
piété humaine, traitable ; l'autre une piété raisonnable, 
aimable. Tous deux appliquent à la religion ce que saint Paul 
dit de la sagesse : 

La parfaite raison fuit toute extrémité 
Et veut que l'on soit sage avec sobriété. 

Enfin Molière nous a laissé dans la personne de Tartufe un 
portrait du faux dévot qui est la meilleure des leçons que Ton 
puisse donner. On connaît l'homme et les désordres qu'il 
cause dans cette famille dont le chef finit par vouloir le chasser 
et se trouve au contraire exposé à être chassé par lui. Comment 
Tartufe s'est-il insinué dans cette maison ? « Par le dehors plâ- 
tré d'un zèle spécieux. » 

Chaque jour à l'église, il venait d'un air doux 
Tout vis-à-vis de moi se mettre à deux genoux ; 
Il attirait les yeux de l'assemblée entière 
Par l'ardeur dont au ciel il poussait sa prière ; 
Il faisait des soupirs, de grands élancements. 
Et baisait humblement la terre à tous moments. 

Voilà bien les pratiques exagérées que blâme Fénelon. Et 
Tartufe continue à donner avec à propos des marques de sa 
piété. Il distribue aux pauvres les dons qu'Orgon lui fait, mais 
il a soin de les distribuer aux yeux d'Orgon lui-même. A quoi 
lui servirait d'être secrètement charitable et d'appliquer le 
précepte de l'Evangile : « La main gauche doit ignorer ce que 
donne la main droite. » Sa dévotion ressemble à celle de 
Louis XI ; il demande au ciel la faveur d'un tête à tête avec 
Elmire; il adore en elle les beautés que le ciel a formées ; il a 
découvert que cet amour peut se concilier avec la pudeur et sa 
dévotion envers Dieu peut sans pécher se reporter sur son plus 



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bel ouvrage. Et quelle sécurité, quelle jouissance paisible il 
promet à Elmire I Comme Tadultère a des chances avec un si 
saint personnage ! Elle trouvera avec lui : « De Tamour sans 
scandale et du plaisir sans peur l » Quel idéal pieux i 

Dans la seconde entrevue, il se défie d'Elmire et veut la 
compromettre vis-à-vis de sa conscience. Il exige « un peu de 
ses faveurs. » Il lui faut des réalités et pourquoi Elmire les lui 
refuserait-elle? Par crainte des arrêts du ciel? 

Je vous puis dissiper ces craintes ridicules, 
Madame, et je sais Tart de lever les scrupules. 
Le ciel défend, de vrai, certains contentements, 
Mais il est avec lui des accommodements. 
Selon divers besoins il est une science 
D'étendre les liens.de notre conscience, 
Et de rectifier le mal de Faction 
Avec la pureté de notre intention. 
De ces secrets, Madame, on saura vous instruire. 

Ne croit-on pas relire une page des Provinciales et le naît 
jésuite que Pascal interroge dirait-il autre chose ? 

Vous êtes assurée ici d'un plein secret, 
Et le mal n'est jamais que dans Téclat qu'on fait. 
Le scandale du monde est ce qui fait l'offense 
Et ce n'est pas pécher que pécher en silence. 

La belle dévotion I Supposez un Tartufe femelle, ou simple- 
ment donnez à Elmire des prinôipes semblables et voyez 
quelles seront les conséquences de la fausse dévotion dans un 
ménage jusqu'alors uni et heureux. Et combien de femmes 
sont coupables et se croient innocentes, parce qu'elles sont 
convaincues que « le mal n'est jamais que dans l'éclat qu'on 
fait. » Heureusement Elmire n'est pas dévote de la même 
manière que Tartufe ; elle connaît ses devoirs, elle les pratique 
sans affectation, mais avec fermeté ; sa vertu est sincère et 
aimable, tandis que la dévotion de celui qui la sollicite au mal 
est fausse et odieuse. 

On voit donc que Molière n'a pas, à proprement parler 
traité la question de l'éducation religieuse des jeunes fdles. 
Mais, comme dit Montaigne, on s'instruit par suite et par fuite; 
Tartufe, Orante, Arsinoé nous instruisent par fuite ; Elmire 
peut nous servir de modèle à suivre. Enfin nous avons aussi 



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— 194 -* 

inotitré que, dans les quelques mots par lesquels Molîèfe 
exprime son opîriion sur cette matière, il est entièrement du 
tnême avis que Fénelon. La première chose qu'Arnoiptie exige 
d'une femme est qu'elle sache prier Dieu, mais Molière ne 
veut pas plus que Fénelon de cette piété que Tartufe enseigne 
à Orgon et qui étouffe en nous le bon sens et rhumanitê. 

Qui suit bien ses leçons goûte une paix profonde 
Et comme du fitmicr regarde tout le monde. 

II m'enseigne à n'avoir d'affection pour rien ; 

De toutes amitiés il détache mon âme, 

Et je verrais mourir frère, enfants, mère et femme, 

Que je m'en soucierais autant que de cela I 

— Les sentiments liumains, mon frère, que voilà ! 

Aussi quand un homme ou une femme ont ces sentiments, 
quand leur piété, à condition qu'elle soit vraie, va jusqu'à ce 
détachement des affections humaines, c'est dans le cloître qu'ils 
doivent vivre, et non dans le monde auquel ils sont étrangers. 
Or s'il s'agit de former des jeunes filles pour le monde et non 
pour le cloître, elles pratiqueront donc la dévotion, la piété 
aimable qu'admire Molière et que prescrit Fénelon. 

Si nous voulions exposer nos idées personnelles sur ce sujet, 
ou seulement discuter les théories actuelles sur l'éducation 
religieuse des deux sexes, il y aurait beaucoup à dire encore. 
Le sentiment religieux, quelle qu'en soit la source, est général 
et inné ; que l'on fasse son devoir pour satisfaire un dieu ou 
pour obéir à la conscience, il y aura toujours des devoirs à 
remplir et une conscience à respecter et l'éducation devra 
toujours en tenir compte. Mais sans insister davantage sur ces 
hautes questions, il y a un point acquis : c'est que dans la 
pratique de la religion, comme en toute chose, il faut tenir un 
juste milieu ; que la sincérité doit être la base de toutes nos 
actions et qu'il ne faut être ni dévot ni dévote à la façon de 
Tartufe ou de celui que peint La Bruyère : « Un dévot est un 
homme qui, sous un roi athée, serait athée. » La religion ne 
peut être affaire de mode et nous n'approuvons dans aucun 
temps ni la femme bigote, ni la femme libre-penseuse. 



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-- 198- 



Chapitre 111 - ÉDUCATION MORALE 

Les mœurs sont le champ le plus vaste où la comédie puisse 
moissonner ; aussi Molière est-il plus fécond sur ce chapitre 
que sur le précédent ; nos défauts sont si nombreux que qui 
lés êttidie trouve une ample matière, surtout quand c'est un 
homme qui étudie les défauts des femmes, quand cet homme 
est Molière et quand il a eu le malheur de rencontrer une 
femme comme Armande Béjart. 11 est, hélas! trop certain qu'en 
rèmplisàant le rôle de Célimène, M''» Molière ne jouait pas la 
comédie, et que les nombreuses scènes du Dépit amoureux que 
Ton remarque dans presque toutes les pièces de son mari ne 
sont que lés querelles de son propre ménage transportées sur 
le théâtre. 

Ce que Vauvenargues dit de Thomme est encore plus vrai de 
la femme : elle est en disgrâce auprès de ceux qui pensent, et 
c'est à qui la chargera de plus de vices. Lorsque TAmour 
reproche à Psyché sa conduite, La Fontaine lui fait dire : 
t( Vous êtes tombée justement dans les trois défauts qui ont le 
plus accoutumé de nuire aux personnes de votre sexe : la 
feurioâlté, la vanité et le trop d'esprit». « Si la curiosité, lisons- 
nous plus loin, rendait les gens malheureux jusque dans l'autre 
monde, il n'y aurait pas d'avantage à être femme ». Outre ces 
trois défauts, ce qui contribue à la perte de Psyché, c'est la 
JàWlisie qu'inspire à ses sœurs la vue des richesses de leur 
cadette, c'est le luxe auquel elle se livre avec tant de complai- 
sance et qui excite les convoitises. La Fontaine ne tarit pas sur 
ce point, et les descriptions de toilettes, de soins donnés à la 
beauté, d'appartements richement décorés abondent dans son 
récit. Psyché se plaît à changer de parure chaque matin et 
Abante toit cette réflexion : « Changer d'ajustement tous les 
jours I le ne voudrais point d'autre paradis pour nos dames ! » 
On avoua qu'il avait raison. 

La Fontaine nous donne en passant une idée des ressources 
de la coquetterie féminine; il nous dit que de son temps les 
femmes ont trouvé le secret de devenir vieilles à vingt ans et 
de paraître jeunes à soixante « moyennant trois ou quatre 
bottes, l'une d'embonpoint, l'autre de fraîcheur et la troisième 



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— 196 — 

de vermillon, elles font subsister leurs charmes comme elles 
peuvent ». 

A ces défauts s'en ajoutent d'autres que Fénelon cherche à 
prévenir : raffectation, la finesse, la démangeaison de parler 
en toutes choses, la fausse honte, et je signale, ainsi que La 
Fontaine, le bel esprit et Tamour immodéré de la parure. 

Molière ne les a pas tous mis en scène ; si la vanité est tournée 
en ridicule dans la personne de M. Jourdain, nous n'avons pas 
trouvé dans son théâtre de type particulier de jeune fille 
vaniteuse, ni même, ce qui est assez remarquable, de Jeune 
fille curieuse; en revanche, le trop d'esprit, la timidité, la pru- 
derie et tous les autres défauts combattus par Fénelon, ont 
trouvé en lui un peintre et un censeur, comme il a signalé les 
dangers de l'ignorance et fait l'éloge de la franchise, de la 
sincérité et de la pudeur. 

C'est à dessein que nous n'avons pas mentionné parmi les 
écrivains qui ont médit des femmes, les poètes satiriques qui, 
depuis Archiloque jusqu'à Boileau, n'ont pas manqué d'écrire 
une satire sur l'autre sexe. Nous croyons qu'aucun d'eux 
n'était fermement convaincu du mal qu'il disait ; Archiloque a 
mal parlé des femmes par vengeance, Juvénal par indignation 
de rhéteur, Boileau par imitation. Au contraire, La Fontaine a 
passé sa vie dans la société des femmes et a été quelque peu 
marié, Molière Ta été trop et Fénelon, directeur des Nouvelles- 
Catholiqties, était à même, par différents moyens, de connaître 
le sujet qu'il traitait. S'ils disent du mal des femmes, c'est donc 
par expérience et par conviction. 

Quels remèdes proposent Molière et Fénelon, et d'abord de 
quel principe s'inspirent-ils pour arriver à corriger les défauts 
qu'ils signalent? 

Ici encore remarquons le singulier accord qui existe entre 
ces deux esprits, si différents dans l'usage qu'ils ont fait de 
leurs facultés. « Faites-vous aimer des enfants », dit Fénelon ; 

Je trouve que le cœur est ce qu'il faut gagner, 

dit Ariste dans VEcole des Maris, et toute la comédie roule sur 
cette maxime, méconnue parSganarelle à ses dépens, observée 
par Ariste à son plus grand profit. Parce que Sganarelle s'est 



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— 107 — 

fait détester d'Isabelle, elle le joue, elle se moque de lui, elle le 
rend ridicule en déclarant à Valère son amour, en présence 
même de son tuteur qui prend la déclaration pour lui, et 
finalement elle lui extorque son consentement à un mariage 
qui renverse tout l'échafaudage d'éducation si savamment 
combiné. Ariste a su se faire aimer de Léonor ; ce n'est pas là 
sans doute Tamour tel que l'entendent les héros du roman ; 
c'est une affection raisonnée, sérieuse, solide et qui résiste à 
toutes les sollicitations. 

rétrange martyre I 

Qne tous ces jeunes fous me paraissent fâcheux ! 

El moi, d'un tel vieillard je prise plus le zèle 
Que tous les beaux transports d'une jeune cervelle. 

Nous avons déjà montré que l'autorité, quelle qu'elle soit, 
n'est pas respectée dans Molière toutes les fois qu'elle est 
brutale et absolue; qu'elle rencontre au contraire soumission 
et tendresse quand elle est accompagnée de douceur et d'afifec- 
lion. Se faire aimer, agir par la persuasion, tel est donc le 
principe d'éducation que conseillent Molière et Fénelon. 

Quelles sont en effet les conséquences de la contrainte ? La 
révolte et le mal. Toutes les héroïnes de Molière dont le père ou 
le tuteur usent violemment de leur autorité, se croient tout 
permis et trouvent une excuse aux fautes les plus graves dans 
la contrainte où on les tient. 

Mais l'injuste rigueur dont envers moi l'on use 
Dans tout esprit bien fait me servira d'excuse. 

Isabelle, qui dit ces vers, est tellement convaincue de ses 
droits à l'indulgence du spectateur, qu'elle le répète dans sa 
lettre à Valère : « La contrainte où je me trouve me fait 

passer » Elle le redit encore au début du troisième acte, 

et dès le premier, Ergaste a énuméré à Valère les avantages 
qu'il y a pour lui à trouver Isabelle aux mains d'un tuteur 
sévère, sauvage. 

D'un dragon surveillant, dont la sévérité 

Ne lui laisse jouir d'aucune liberté. 

Ariste est d'avis que : 

Les soins défiants, les verrous et les grilles 
Ne font pas la vertu des femmes ni des filles ; 
C'est l'honneur qui les doit tenir dans le devoir. 



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— 198 — 

C'est aussi Topinion de La Fontaine : a Le lendemain qii'U 
Teut épousée il en fut jaloux. Il lui donna des espions et ^es 
gardes ; pauvre esprit qui ne voyait pas que si la vertu ne g?(r,de 
une femme, en vain Ton pose des sentinelles alentour. » Au 
nom de ce principe, il dit à propos de je ne sais quelle viUe : 
« Cette ville est un lieu de félicité pour les femmes; el|e$ y 
font tout ce qu'elles veulent, et cela leur fait vçuloir touj ce quj 
est t)ien. » 

En somme, Molière est partisan de la douceur comme 
système d'éducation, et nous croyons que c'est de nos jours 
l'opinion la plus généralement acceptée. Est-ce un bien? Nous 
n'entreprendrons pas de traiter cette question, mais il nous 
semble qu'il y a dans ce système, en ce qui concerne les jeunes 
filles, un hommage remarquable à la pudeur native, à la vertu 
innée, au sentiment naturel du devoir qui fait honneur à ceux 
qui le rendent et à celles qui en sont Tobjet. 

D'ailleurs. ce n'est pas 1^ le seul hommage que l'on.tropve 
d^ns l^olière à l'adresse des femmes. Il ne manque pas une 
seule occasion de flétrir les prudes conjme Arsinoé, Oraptp oii 
Araminte. « L'honnêteté des femmes, dit Uraine ^ans la 
Critique, n'est pas dans les grimaces. Il sied mal de vouloir 
être pliip sage que celles qui sont sages. L'affectation en cette 
matière est pire qu'en toute autre, et je ne vois rien de si 
ridicule que cette délicatesse d'honneur qui prpnd tout en 
mauvaise part, donne un sens criminel aux plus innocentes 
paroles et s'offense de l'ombre des choses. Croyez-moi, celles 
qui font tant de façons n'en sont pas estimées plus femmes de 
bien. » C'est la même affectation de pudeur que l'auteur raille 
dans les Femmes Savantes, soit dans le rôle d'Armande avec ses 
théories sur l'amour platonique, soit dans cette académie 
féminine qui a le projet d'épurer la langue 

Par le reiranchement de ces syllabes sales 

Qui dans les plus beaux mots produisent des scandales. 

Mais Molière ne uaanque pas non plus rocça,sipi^,4^ célébrer 
la vertu des femmes et de respecter leurs io^incts (}e pudeur. 
Quel chaste embarras dans les entrevup^ (J'Alppi^ne a-veç ce 
double époux qu'elle croit upigue; compie elle rpugît dès 
qu'un soupçon traversp son esprit et jette lalarm.e dans son 
cœur I C'est sans embarras au contraire, mgjs avfîc une fran- 



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199 



chise qui n'exclut pas la chasteté, avec une sincérité beaucoup 
plus pudique que les scrupules de sa sœur, qu'Henriette 
exprime sa pensée sur le mariage : 

Les suites de ce mot; quand je les envisage, 
Me font voir un mari, des enfants, un ménage, 
plt je ne yoh rien là, si j'en puis raisonner. 
Qui blesse la pensée et fasse frissonner. 

Il est vrai qu'Henriette ne songe pas à certains détails dont 
Cathogne peut souffrir la pensée ; en quoi elle est plus chaste 
que celles qui songent. 

a Je suis une pauvre paysanne, dit Charlotte, mais j'ai l'hon- 
neur en recommandation, et j'aimerais mieux me voir morte 
^ue de me voir déshonorée». C'est là en deux mots le dénoue- 
ment des amours de Paul et de Virginie. La pudeur d'Elvire a 
été surprise ; don Juan l'a séduite après tant d'autres, en 
l'épousant après d'autres aussi. Comme elle se défend de 
a'^e laissé tromper t Comme elle cherche des prétextes pour 
expliquer l'abandon dont elle est victime I De quel accent 
elle s'accuse de l'aveuglement où l'ont plongée les transports 
d'une passion condamnable! Après les reproches et les mena- 
ces du pren^ler acte, quelle teqdresse dans les pi:i^e& du 
quatrième, alors que le châtiment du seul coupable s^pproche, 
et qu'elle cherche à détourner de dessus sa tête l'épouvantable 
coup qui le menace I 

« Je vous ai aimé avec une tendresse extrême, rien au monde 
ne m'a été si cher que vous; j'ai oublié mon devoir pour 
vous, i'ai fait toutes ces choses pour vous, et toute la récom- 
pfipse que je vous en demande, c'est de corriger votre vie et 
de prévenir votre perte. Sauvez-vous, je vous prie, ou pour 
l'aipour de vous, ou pour l'amour de moi. Encore une fois, don 
Juan, je vous le demande avec larmes, et si ce n'est asse? des 
larmes d'une personne que vous avez aimée, je vous en conjure 
par tout ce qui est le plus capable de vous toucher». 

m»JUeureu9ement rien n'est capable de toucher dota Jji^an, et 
gpn çhâtipient, comme le remarque Sganarelle, satisffiitun 
chacun, « ciel offensé, lois violées, filles séduites, familles (Jé?- 
honorées, femmes mises k mal, maris poussés à bout, tput le 
monde est content ». Telle est la haute moralité de cette comé- 
die qui £f soulevé tant d'injustes récriminations. 



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-. 200 — 

Enfin l'on retrouve jusque dans les farces ce respect de 
la pudeur des fenomes, et les plus folles, les plus rieuses repren- 
nent leur bon sens et leur sérieux dès que leur honnêteté est 
en jeu. « J'ai l'humeur enjouée et sans cesse je ris; mais tout 
en riant je suis sérieuse sur de certains chapitres, et ton maî- 
tre s'abusera s'il croit qu'il lui sufiBse de m'avoir achetée pour 
me voir toute à lui ». C'est en ces termes que Zerbinette pose 
ses conditions à Scapin, et c'est ainsi que Molière rend hom- 
mage h cette première vertu des jeunes filles, qui est leur 
plus sûre sauvegarde. 

A la fausse honte d'Armande, à la pruderie d'Arsinoé, Tau- 
leur comique oppose la franchise et la sincérité d'Eliante et 
d'Henriette. De même Fénelon veut que l'on accoutume les 
jeunes filles à dire ingénument leurs inclinations sur les cho- 
ses permises ; il bannit la finesse et la dissimulation, qui vien- 
nent toujours d'un cœur bas et d'un petit esprit ; Molière les 
bannit aussi, mais il semble qu'à ses yeux ces défauts vien- 
nent plutôt des nécessités de la situation que du caractère mê- 
me des jeunes filles. 

L'amour du luxe est traité avec plus d'indulgence par le 
poète que par le prélat, et cela se comprend. Toutefois il ne 
faut pas que cet amour aille au-delà de certaines limites : 

Elle aime à dépenser en habits, linge et nœuds ? 
Que voulez-vous ? Je tâche à contenter ses vœux, 
Et ce sont des plaisirs qu'on peut, dans nos familles, 
Lorsque Ton a du bien, permettre aux jeunes filles. 

Mais remarquons qu'Ariste dit : lorsque Von a du bien, c'est-à- 
dire qu'il ne faut pas pousser l'amour du luxe au-delà des res- 
sources dont on dispose. 

Les dangers de la coquetterie sont exposés tout au long dans 
le rôle de Célimène qui finit par voir son salon désert, Eliante 
mariée, Alceste dédaigneux, sa beauté et sa jeunesse méprisées, 
Arsinoé triomphante. 

La manie des conversations frivoles sur tout ce qui se dit et 
tout ce qui se fait est ridiculisée dans le rôle de Madelon des 
Précieuses. Molière est évidemment de Tavis de Fénelon qui 
dit: (( Savoir se taire et conduire quelque chose, cette qualité 
si rare la distinguera dans son sexe ». Voilà un véritable trait 
de satire et du meilleur comique. Donc on devra désabuser les 



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- 201 - 

jeunes filles du bel esprit, et même craindre qu'elles n'aient 
trop d'esprit. Maïs faudra-t-il les laisser dans une ignorance 
complète ? 

Fénelon répond : « Donnez-leur une curiosité raisonnable, 
sinon elles en auront une déréglée ». Molière répond par l'A- 
gnès de YEcole des Femmes. 

Agnès ne sait rien, ne devine rien, ne connaît pas quand on 
se moque ; elle a conservé cet air doux et posé qui, alorsqu'elle 
avait quati'e ans, a inspiré l'amour à Arnolphe; elle a gardé 
aussi l'ingénuité et l'ignorance de cet âge. Arnolphe l'a prise 
à sa mère, l'a fait élever dans un couvent et s'est appliqué à la 
rendre idiote. Quand il Ta admise chez lui, il Ta entourée de 
gens aussi idiots qu'elle, et cependant Horace a réussi à se faire 
aimer d'elle, à s'introduire dans sa chambre, à recevoir d'elle 
une lettre qui est un chef-d'œuvre d'amour ingénu; elle l'a 
caché dans une armoire, elle lui a donné un rendez-vous la 
nuit, elle s'évade avec lui, elle se laissera battre plutôt que de 
le quitter, et à Arnolphe qui veut l'emmener, elle répond for- 
mellement : « Je veux rester ici ». Peste ! la belle éducation, et 
que.voilà une innocente qui en remontrerait à une rouée I Ce- 
pendant elle n'est pas coupable; tout le mal vient de l'igno- 
rance où Arnolphe l'a soigneusement tenue. Comment en esl- 
elle venue là? 

Je crains qu'on ne l'ait encore trop instruite, ou plutôt qu'on 
lui ait mal appris le peu qu'elle sait. En efiet, on lui a enseigné 
la civilité, sans doute la civilité puérile et honnête, et c'est 
pour n'y pas manquer qu'elle a répondu aux saluts d'Horace. 
On a oublié de lui dire qu'une jeune fille n'est pas obligée de 
rendre les saluts que lui adresse un jeune homme. On lui a ap- 
pris la charité chrétienne, aussi elle, 

Qui ne peut sans pleurer voir mourir un poulet, 

elle a reçu Horace pour le guérir des blessures que ses yeux lui 
avaient faites f Que voulez-vous ? On ne l'a pas initiée aux fi- 
gures de rhétorique, et elle ignore qu'on puisse être blessé et 
même mourir par métaphore. Elle demeure interdite aux 
questions de son geôlier, mais elle avoue que si Horace lui eût 
demandé davantage, elle eût tout accordé, le tout par bonté 
d'âme. De peur d'éveiller sa curiosité, on lui a caché qu'il 
existe des trompeurs, aussi elle a cru à tout ce que lui a dit 



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— ÎM — 

Horace, il lui suffit qu'il lui ait dit plus de cent foi$com))l^ |l 
Taime. Elle ne voit pas qu il y ait dans sa cQpduite de q^oi 
courroucer le ciel, elle sait gré à Horace de lui avoir appris de? 
choses si plaisantes et si douces, qu'elle ne savait point encore. 
Enfin elle a obéi aux ordres d'Arnolphe, elle a jeté par la fenê- 
tre un grès sur la tête d'Horace, mais elle y a joint une lettre 
qui adoucit singulièrement le procédé brutal auquel on Pavait 
contrainte. Pourquoi cette lettre? Amolpbe lui a dît que tous 
les jeune» hommes sont des trompeurs et que son galant est 
comme les autres; elle n'en sait lien et le demande naturelle- 
ment à celui qui doit le mleiwt le savoir. * 

Arnol^he lui a dit encore que le mariage efldee lfe<péofaé. 
Après s'être évadée avec Horlace qui veut l'épouser' et ia remet 
entre' lés mains de son tuteur qu'il ne connaît pa», elle peut 
répondre àArnolphe: 

Je n'entends point de mal d^ps tout ce que j'ai fait. 

C'est qn homme qui dit qu'il me v<;nt pou|f sa femme ; 
J'^i suivi vos leçons, et vous m'avez prêché 
Qu'il se fauf marjer pour ôter le péché. 

11 ffiudrait citer toute cette scène ci ao^u^^mtee^ai d^l^0 po^r 
Arnqlphe qui s'entend dire par Agnès elle-même qu'elle ^Uf^ 
Horace, que lui, elle ne l'aime point, qu'elle ne Ipi 4f4^ Vf»a 
pour le^ soins qu'il a pris de son enfance. Ainsi se trouve prou- 
vée la vérité de ce que lui a dit Cjirysalde au début: 

Une feD)(ne stqpjde est doqc votrç m^rpttç ? 

ARNOLPHB 

Tant que j'aimerais mieux une laide bien sotte 
Qu'une femme fort belle avec beaucoup d'esprit. 

CHRY8ALDP 
L'esprit et la beau^... 

ABNOLPHB 

L'hoonlteté snfBt. 

CHRY8ALDE 

Majs comment voulez-vous apré^ Iput qij'nnp Ijpte 
Puisse j^mqjs savoir cç que c'est qu'çtrç h^o^iiêtç? 



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— 203 — 

Une femme d'esprit peut trahir son devoir, 
Mais il faut pour le moins qu*elle ose le vouloir, 
Et la stupide au sien peut manquer d'ordinaire 
Sans en avoir Tenvie et sans penser le faire. 

Tel est le vrai mot de la situation. Sans doute il ne faut pas 
que la jeune fille soit intruite au point de ne plus avqjr rien à 
apprendre une fois mariée, mais il ne faut pas non pii;^ 1^ jet|$R 
dans le mariage comme on jette les gens à Peau pour leur ap- 
prendre à nager. Ni demi-vierge, ni Agnès. Ilyadôticiine 
éducation morale qu'il faut lui donner à ravancé, cerlàtnes 
idées qu'il convient d'éveiller en elle, ce que Fénelort appeHe 
une curiosité raisonnable, de manière à lui épargner de' dou- 
loureuses déceptions et de pénibles étonnements. Cette éduca- 
tion morale demande toute l'expérience et tout le tact d^uhe 
mère ; un Arnolphe, ou même un père plein de tendréste au- 
rait la main trop rude et flétrirait la fleur qu'il voudrait pré* 
server. 



Chapitre IV. — ÉDUCATION INTELLECTUELLE 

L'éducation intellectuelle d'Agnès n'a pas été plu? soignée 
que son éducation morale « Savoir prier Dieu, coudre et filer ». 
Voilà ce qui suffit à Arnolphe. Quant Horace lui lit la lettre dont 
nous avons parlé, son premier mot est un mot de regret. 

Voilà, friponne, à quoi l'écriture te sert, 

Et contre mon dessein l'art s'en fut découvert ! 

Le Chrysale des Femmes savantes est de l'avis d'Arnolphe : 

Nos pères sur ce point, étaient gens bien sensés, etc. 

La tirade est connue. C'est bien, comme il le dit, Topinion de 
nos pères, car nous lisons dans Montaigne: «A l'adventure, 
nous et la théologie nç requerrons pas beaucoup de science aux 
femmes, et François, duc de Bretagne, fils de Jean V, comme 
on lui.p^la de son mariage avec Isabeau, fille d'Ecosse, et 
qu'on lui adjputa qu'elle avait été nourrie simplement et sans 
aucune intruction do lettres, répondit qu'il len aimait mieux, 
et qu'une femme était assez savante quand elle savait mettre 
difl^rence entre la chemisé et le pourpoint de son mari ». 



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- 204 — 

Molière et Fénelon partagent-ils cette manière de voir et 
veulent-ils réduire la femme au rôle de ravaudeuse? Tous deux 
distinguent sur ce point des matières différentes dont les fem- 
mes devront être instruites, comme être douées d'une intelli- 
gence à développer, et comme maîtresse de maison ; ici encore 
ils ont la même opinion et s'expriment presque dans les 
mêmes termes. 

La femme, dit en résumé Fénelon,est chargée de l'éducation 
de ses^enfants, de la conduite des domestiques, de leurs mœurs, 
de leur service, du détail de la dépense, des moyens de tout 
faire avec économie et honorablement; d'ordinaire, même de 
faire les fermes et recevoir les revenus. — La science des fem- 
mes doit se borner à s'instruire par rapport à leurs fonctions. 
On apprendra donc aux femmes : à instruire leurs enfants, k 
gouverner la maison avec économie, sans tomber dans la parci- 
monie et l'avarice, on leur enseignera l'ordre, la propreté, la 
politesse qui les empêche de juger superficiellement les gens, 
la science de se faire servir qui consiste à se faire aimer. 

C'est ce que dit Chrysale : 

Former aux bonnes mœurs l'esprit de ses enfants, 
Faire aller son ménage, avoir l'œil sur ses gens, 
E( régler la dépense avec économie 
Doit être son étude et sa philosophie. 

Est-ce tout ? Non, la femme est un être intelligent, et comme 
telle, elle a droit à un autre genre d'éducation. Molière ne la 
lui refuse pas. 

Je consens qu'une femme ait des clartés de tout 

dit Clitandre, mais il nous montre plutôt ce que la femme doit 
ignorer, sans énumérer les connaissances qu'elle doit avoir. Elle 
peut se passer de philosophie, d'astronomie, de grec et de latin ; 
elle doit se priver surtout d'embrasser les pédants par amour 
du grec. Fénelon est pluscomplet; il trace tout un programme 
d'instruction qui, pour l'époque et de la part d'un prêtre, peut 
être considéré comme assez libéral. La femme saura lire, écrire 
correctement ; elle possédera la grammaire, que Chrysale ne 
trouve pas indispensable, les quatre règles, des notions de 
justice et de droit, la connaissance des droits et des devoirs 
seigneuriaux. L'importance de ce dernier point s'explique par 



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-Î08 - 

la date de l'ouvrage de Fénelon ; aujourd'hui on en ferait volon- 
tiers grâce aux jeunes filles. 

Comme accessoire, on lui permettra des lectures honnêtes, 
on lui enseignera l'histoire de France et des pays voisins, le 
latin pour l'Eglise, mais point d'italien ni d'espagnol de peur 
des romans ; on lui mettra entre les mains des ouvrages d'élo- 
quence et de poésie bien choisis; on pourra même Tinitier aux 
beaux-arts, mais avec beaucoup de précautions. On l'habituera 
surtout à craindre et à mépriser l'oisiveté ! Enfin, Fénelon 
résume toute sa pensée dans ce principe qu'on est peut-être 
trop porté à oublier de nos jours : il faut former l'esprit de la 
femme pour les choses qu'elle doit faire toute sa vie. 

On voit que, comme Molière, il rejette la philosophie, l'astro- 
nomie et le grec. Molière, comme Fénelon, redoute aussi les 
romans, et il faut avouer que ses héroïnes font un mauvais 
usage de l'art de la lecture qu'on leur a enseigné I II y a là une 
question grave et sur laquelle les opinions sont partagées : 
doit-on laisser lire les jeunes filles ? 

La question ainsi posée semble fort simple et Fénelon y 
répond quand il permet des lectures honnêtes, des ouvrages 
d'éloquence et de poésie bien choisis. Mais la tentation est 
forte et le fruit défendu est bien doux. On apprend de bien 
belles choses dans les romans de toute époque. Voyez comme 
Madelon est instruite après avoir lu le Grand Cyrus, et comme 
elle sait par cœur le procédé à suivre avant d'en arriver au 
mariage I Aussi elle rougit de son père qui veut que l'on com- 
mence par se marier, et, fidèle aux leçons de l'histoire roma- 
nesque, elle croit « que quelque aventure un jour lui viendra 
développer une naissance plus illustre. » De là les belles colères 
de tous les Gorgibus, celui des Précieuses ridicules comme celui 
de Sganarelle, contre les romans qui rendent leurs filles folles. 

« Et vous qui êtes cause de leur folie, sottes billevesées, 
pernicieux amusements des esprits oisifs, romans, vers, chan- 
sons, sonnets et sonnettes, puissiez-vous être à tous les 
diables i » 

Voilà, voilà le fruit de ces empressements 
Qu'on vous voit nuit et jour à lire les romans. 
De quolibets d'amour votre tête est remplie 
pit vous parlez de Dieu bien moins que de Clélie. 



*«v ^■^'■*V■ 



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Jelez-moi dans le fen tous ces méchants écrits 
Qui gâtent tous les jours tant de jeunes esprits. 

Proscrivons donc les romans, disent Fénelon et Molière. 
Lafontaine au contraire les recommande : « Le vieillard avait 
fiermis à Tainée de lire certaines fables amoureuses que l'on 
cômÎDOsalt alors, à peu près comme nos romans, et Tavait 
défendu à la cadette lui trouvant Tesprit trop ouvert et trop 
éveillé. C'est une conduite que nos mères de maintenant 
suivent aussi. Elles défendent à leur fille celte lecture pour les 
empêcher de savoir ce que c'est qu'amour, en quoi je tiens 
qu'elles ont tort et cela même est inutile la nature servant 
d'Astrée. Ce qu'elles gagnent par là n'est qu'un peu de temps, 
encot*e n'y gagnent-elles point ; une fille qui n'a rien lu éroil 
qu'on n'a garde de la tromper et est plus tôt prise. Il est de 
l'amour comme du jeu ; c'est prudemment fait que d'éti ap- 
prendre toutes les ruses, non pas pour les pratiquer, mais pour 
s'en garantir. < Si vous avez des filles, laissez-les lire, w (1) 

Voilà une apologie ingénieuse et qui est bien du Lafontaine. 
Cependant nous prenons contre lui le parti des mères qui défen- 
dent la lectui'e des romans à leurs filles et nous approuvons la 
proscription de Molière et de Fénelon. De Taveu même de La- 
fontaine et suivant ses propres expressions, la nature sert d'As- 
jtfée;il est donc au moins inutile de lire VAstrée. Puis, il pousse 
les eboses à l'extrême quand il dit qu une fille qui n'a rien lu 
est plus tôt prise. Nous l'avons bien vu pour Agnès, mais entre 
n'avoir rien lu et lire des romans, il y a place pour d'autres 
lectures capables d'éclairer les jeunes filles sans leur tourner 
\^ tète, pour ces lectures honnêtes dont parle Fénelon. Enfin 
^est-Il bien aussi prudent qu'il le prétend d'apprendre toutes 
les ruses de l'amour ou celles du jeu et cette science que 
l'on aura acquise n'excitera- t-elle pas à tenter des expériences 
dangereuses ? On n'aime pas à garder pour soi ce que l'on sait 
et il faut être bien fort pour résister à la tentation de mettre 
sa science à l'épreuve. Un homme qui sait comment on fait sau- 
ter la coupe sera tenté d'essayer son adresse et ne se contentera 
pas de surprendre celle des autres. Mieux vaut encore Agnès 



(1) Les Américains ne sont pas de cet avis. Voici le texte d*un article de loi porie 
par la Chambre de l'Etat de New- York : « Quiconque vendra, donnera ou prêtera un 
roman i. un enfant de moins de seize ans sans la permission de ses parents ou de ses 
tuteurs, sera passible de prison ou d'une amende pouvant aller jusqu'à âoO francs. • 



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Hiit Càthoîô, Mâddbn ou Armaride ; mieux vaut sartbiit Één- 
riétlè "CôrtHTtfe nt)us le vèi^rons plus loin. Consentons, aVIéc 
Clitandre, ou plutôt exigeons qu'on donne aux jeunes filles 
toute rinètructlôn que Ton voudra, quel usage en feront-elles ? 
Devront-elles s'ériger en docteurs, aborder les plus hautes 
questions de philosophie, choisir entre Aristote, Pylhagore et 
Descartes, préférer Platon, tenir cour plénièrè àe bel esprit, 
fonder des académies et négliger pour ces sublimes occupa- 
tions le soin de. leur ménage, compromeètre l'avenir de leur 
famille, en un mot prendre modèle éUr PhUaminte, Bélise et 
Armande ? 

« Apprëiiez-leur, dit Fénélon, qu'il doit ^ avoir pour le sexe 
une pudeur sur la science presque aussi déjicale que celle qui 
inspire l'horfeur du vice. » Ici Pénelon va trop loin ; le vice est 
mauvais eti ôbî, tàhdis que la science iie peut clevènir mau- 
vaise que par l'usage qu'on en fait. — « Elles ne devront même 
pas parler des choses qui sont au-dessUs de la portée commune 
ties jeuïîes fiHôs, <îuoiqu'elles en soient instruites. Je ne vou- 
drais faire sqp|)rendre le latih cju'aux filles d'un jugeïtlènt féraie 
et d'une ooitduite mx^fdeste ^i cacheraient ne qu'elles autàiéfit 
ipprii. » 

Péhèloh ne veiit donc pas de pédantes ; c'est aux pédantes 
aussi que Molière fait une guerre à outrance dans les Pré- 
èieuses ridicule et dans les Femmes savantes : Lafontaine ne 
les aime pas davantage, et s'il rend hommage dans plusieurs 
dédicaces de ses fables à quelques femmes d'un esprit aimable 
et élevé, il n'est point partisan des précieuses. Quand Vénijs 
cherché pour son fils une autre femme qui puisse lui faire 
oublier Psyché, elle pense à lui donner une des Muses, majs 
eiiè repousse aussitôt cette pensée et s'écrie : « Pour les Muses 
ce n'est pas le fait de l'Amour qu'une précieuse, elle le ferait 
enrager I » 

Que peut faire ce pauvre Chrysale contre trois ? S'il risque 
des reproches, il évite tout d'abord de les adresser à sa femme, 
il se tourne du côté de sa sœur qui le laisse dire sans jl'écouter 
et se contente de l'ahurir en le traitant d'esprit composé d'ato- 
mes bourgeois. S'il exprime une volonté en l'absence de Phi- 
lamhïte, sa fille Armande s'empresse de lui rappeler que c'est 
la mère Qui est maîtresse et qu'il y a fort à craindre qu'elle ne 



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- â08- 

partage pas sa manière de voir. Enfin lorsque son frère, triste, 
lui reproche son manque d'énergie, voici la piteuse réponse 
qu'il est réduit à lui faire : 

« Mon DieU) vous en parlez, mon frère, bien à Taise 

Et vous ne savez pas comme le bruit me pèse ! 

J'aime fort le repos, la paix et la douceur, 

Et ma femme est terrible avecque son humeur ! 

Du nom de philosophe elle fait grand mystère, 

Mais elle n'en est pas pour cela moins colère, 

Et sa morale, faite à mépriser le bien. 

Sur l'aigreur de sa bile opère comme rien. 

Pour peu que l'on s'oppose à ce que veut sa tête 

On en a pour huit jours d'effroyable tempête. 

Elle me fait trembler dés qu'elle prend son ton, 

Je ne sais où me mettre et c'est un vrai dragon. 

Et cependant avec toute sa diablerie 

Il faut que je l'appelle et mon cœur et mamie. 

Voilà la précieuse qui fait enrager son mari. Elle a aussi une 
belle-sœur que la contagion du bel esprit a gagnée ; celle-ci ne 
fait pas enrager son mari, et pour cause, mais elle se rend in- 
supportable k tous les hommes, se figurant que tous sont épris 
de ses charmes. Clitandre même qui la prie de favoriser sa 
passion pour Henriette, ne peut pas lui ôter de la têle que 
sa prière n'est qu'un adroit détour et que c'est elle qu'il aime. 
11 lui dit pourtant très nettement : « Je veux être pendu si je 
vous aime. » Philaminte a encore une fille aînée, Armande, 
atteinte de la même maladie que sa mère et sa tante : aussi 
a-t-elle réussi à dégoûter Clitandre qui l'aimait. L'amour pla- 
tonique n'est point le fait de ce jeune homme ; il veut suivre 
la mode, qui est de se marier, et il a jeté ses vues sur Henriette. 
Armande s'en mord les lèvres et va jusqu'à oublier ses théories, 
à consentir à former des nœuds de chair, des chaînes corpo- 
relles. 

« Il n'est plus temps. Madame, une autre a pris la place. » 

Cette verte et franche riposte est sa punition, la précieuse a 
perdu un amour honnête et sincère qu'elle ne retrouvera sans 
doute jamais. 

C'est Henriette, que le bon sens naturel et un caractère 
ferme ont soustraite à l'épidémie. Aussi le trio des précieusQS 



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-269 - 

la déteste et c'est à qui la fera souffrir. Sa sœur Tespionne et 
la dénonce à sa mère, sa tante ne lui parle qu'une fois et c'est 
avec aigreur: elle lui reproche de manquer d'émotion, d'être 
insensible aux beautés du sonnet sur la fièvre de la princesse 
Uranie, mais enfin elle consent à lui céder Trissotin. Ce qu'il 
y a de plus grave pour la pauvre Henriette, c'est que sa mère, 
après lui avoir imposé une séance de lecture, veut également 
lui imposer le pédant pour mari, et il ne tient pas à elle que 
sa fille ne soit sacrifiée pour l'amour des vers, du grec et du 
latin. 

Enfin toute la maison suit les traces de la maîtresse, Chrysale 
en souffre et s'en plaint vivement à sa sœur : 

Mes gens à la science aspirent pour vous plaire 
Et ton» ne font rien moins que ce qu'ils ont à faire 

Enfin je vois par eux votre exemple suivi 
Et j'ai des serviteurs et ne suis point servi. 

Cependant une servante, Martine, s'est montrée rebelle aux 
leçons de Bélise, on la chasse et Chrysale proteste en termes 
émus : 

Une pauvre servante au moins m'était restée 
Qui de ce mauvais air n'était point infestée, 
Et vous me la chassez avec un grand fracas 
À cause qu'elle manque à parler Vaugelas ! 

Ainsi Chrysale esclave et malheureux, Philaminte despotique 
et revêche, Bélise folle, Armande restée vieille fille, le bonheur 
d'Henriette compromis et Martine chassée, tels sont les effets 
du bel esprit dans un ménage. 

Aussi devons-nous être pleinement de l'avis de Clitandre 
dans ce passage qui résume la pensée de Molière sur l'éducation 
intellectuelle des filles et l'usage qu'elles doivent en faire et 
qui servira de conclusion à ce chapitre : 

Je consens qu'une femme ait des clartés de tout, 

Mais je ne lui veux point la passion choquante 

De se rendre savante afin d'être savante 

Et j'aime que souvent aux questions qu'on fait 

Elle sache ignorer les choses qu'elle sait. 

De son étude enfin je veux qu'elle se cache, 

Et qu'elle ait du savoir sans vouloir qu'on le sache. 



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— 210 - 

C'est aussi, comme on le voit, l'opinion de Fénelon qui 
demande, presque en termes identiques, que les jeunes filles 
cachent ce qu'elles auront appris. 

Chapitre V. — DE L'AMOUR 

La comédie, en général, a ceci de particulièrement moral que 
par sa nature même elle est obligée d'être gaie, franche, et de 
rejeter toutes les actions criminelles ou odieuses sauf dans 
certains cas exceptionnels où elle ridiculise et flétrit le vice, 
comme dans Tartufe. Aussi l'amour y est-il représenté sans 
rouerie, sans crime, et il n'y a point place dans la comédie pour 
les anxiétés, les doutes, les jalousies et les fureurs de l'amour 
adultère par exemple ou de l'amour trompé par- un traître de 
mélodrame. L'amour est donc moins chargé de passions que 
dans la tragédie ; il est moins pathétique, mais il est plus in- 
génu, plus moral, et la peinture en est, par suite, moins dan- 
gereuse, (i) 

Tel est le caractère de l'amour dans Molière. Tous ses amou* 
reux sont honnêtes et semblent avoir toujours présente à 
l'esprit la maxime d'Arnolphe : « Le mariage efface le péché. » 
C'est, selon l'expression vulgaire, pour le bon motif qu'ils font 
leur cour ; on en pourrait citer plusieurs que le hasard, les 
nécessités de la situation ou les fourberies d'un adroit valet 
ont rendu maître de celles qu'ils aiment et qui cependant ne 
veulent les devoir qu'à leur père ou à leur tuteur, ils viennent 
les leur remettre et c'est le plus sûr moyen de les obtenir. 

S'il faut absolument recourir à la ruse, il est rare que ce soit 
l'amoureux lui-même qui s'en charge. C'est un Scapin quel- 
conque qui se risque et bien que la conduite de ces auxiliaires 
ne soit pas exempte de reproches, nous avons fait observer 
plus haut que le dénouement de la pièce nous porte à l'indul- 
gence et que si' l'honnêteté des moyens laisse à désirer, le 
mariage auquel ils aboutissent leur sert de justification. 

De même du côté des jeunes filles. Sans doute nous ne leur 

(1) Nous nMgnorons pas que les adversaires du théâtre trouvent au contraire cette 
peinture d'autant plus dangereuse qu'elle semble plus inoffensive ; mais nous croyons 
que les deux opinions peuvent se soutenir et qu'elle peut produire des effets diftérenta 
selon les personnes. 



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-441 - 

trouverons pas la réserve pudique que nous pourrions sou- 
haiter et Ton admettrait difficilement dans le monde qu'une 
jeune fille s'expliquât sur ses amours avec autant de liberté et 
d'aplomb que le font les héroïnes de Molière. Mais il faut tenir 
compte des nécessités du genre. D'abord la pièce roule presque 
toujours sur un amour contrarié et en général celui de qui 
vient l'obstacle est soit un tuteur jaloux et bourru, soit un 
père atteint d'une monomanie qui ne veut pour gendre qu'un 
gentilhomme comme M. Jourdain, un apothicaire comme 
le bonhomme Argan, un dévot comme Orgon ; soit enfin une 
mère, rôle rare dans Molière ainsi que nous l'avons fait remar- 
quer au début, qui elle aussi a des idées fixes et veut sacrifier 
sa fille à leur réalisation. L'auteur, en mettant ainsi les torts 
du côté de l'autorité, nous gagne d'avance à la cause des 
jeunes gens et nous porte à excuser ces filles que «la contrainte 
où elles se trouvent fait passer sur des formalités où la bien- 
séance du sexe oblige. » 

De plus il faut que l'action se déroule vivement, aussi bien 
au point de vue de l'intérêt que de l'unité du temps; l'au- 
teur n'a pas le loisir de nous faire assister k la naissance de 
l'amour, à ses développements, à toutes ses péripéties, il ne 
peut que nous le représenter déjà né et grandi, connu de tous 
et au moment de la crise suprême qui doit l'anéantir ou le 
satisfaire. La jeune fille n'en est donc plus, quand il nous la 
fait connaître, aux premiers embarras de la pudeur, aux timi- 
dités, aux craintes, elle aime et elle se sait aimée; forte de cette 
conviction, elle lutte courageusement pour l'amour, c'est-à- 
dire pour l'existence. Nous voyons tous les jours ce spectacle 
autour de nous dans la vie réelle et nous applaudissons à la 
fermeté des jeunes filles qui ne veulent pas « se laisser mener 
comme un oison • et se révoltent comme Lucinde guérie de son 
mutisme : « Il n'est pas puissance paternelle qui me puisse 
obliger à me marier malgré moi. » Le spectateur répète avec 
Hyacinthe, des Fourberies de Scapin : « Hélas I pourquoi faut- 
il que de justes inclinations se trouvent traversées ! La douce 
chose que d'aimer lorsqu'on ne voit pas d'obstacles à ces ai- 
mables chaînes dont deux cœurs se lient ensemble I » 

Les jeunes filles montrent dans leur amour autant d'honnê- 
teté que les jeunes gens. A part Ascagne qui a poussé les 
Choses un peu bien loin, et la Dorimène du mariage forcé, qui 



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- 2*2 — 

déclare aimer le jeu, les visites, les cadeaux et les prome- 
nades, et nous inquiète sur l'avenir de son mari, les héroïnes 
de Molière sont honnêtes, et à Texemple de ceux qu'elles 
aiment, si tes intérêts de leur amour exigent quelque intrigue 
obscure et douteuse, elles n'y mettent pas la main, laissent 
agir leur soubrette. 

Ce souci de Thonnêteté dans Tamour se retrouve jusque 
dans les rôles de ces valets et de ces soubrettes fort peu scru- 
puleux quand il s'agit de leurs mattres, mais pas encore per- 
vertis au point de laisser de côté le bon motif; eux aussi ont 
l'intention de se marier, et il y en a qui se marient. 

On conçoit qu'avecce mariage inévitable qui termine lacomé- 
die et en fait la moralité, il n'y ait pas place pour l'amour pla- 
tonique, ni pour les complications romanesques. Molière n'est 
pas partisan du mariage que suit l'amour, mais il est aussi 
éloigné de l'amour que ne suit pas le mariage. Madelon n'est 
pas de cet avis : « La belle galanterie que la leur I s'écrie-t-elle. 
Quoi I débuter par le mariage I La belle chose que ce serait si 
d'abord Cy rus épousait Mandane et qu'Aronce de plain-pied fût 
marié à Clélie I » Aussi est-elle punie de sa sottise ; il n'y a pour 
elle ni amour, ni mariage. De même Armande qui veut n'aimer 
que pour aimer et ne marier que les cœurs, apprend à ses dé- 
pens que l'âme et le corps marchent de compagnie et que le 
mariage est assez àlamode. C'est la méthode de Clitandre, c'est 
aussi celle d'Henriette qui fait malicieusement à sa sœur cette 
remarque : 

Hais vous ne seriez pas ce dont vous vous vantez 
Si ma mère n'eût eu que de ces beaux côtés ; 
Et bien vous prend, ma sœur, que son noble génie 
N'ait pas vaqué toujours à la phiiosopliie. 
De grftce souffrez-moi, par un peu de bonté. 
Des bassesses à qui vous devez la clarté, 
Et ne supprimez point, voulant qu'on vous seconde, 
Quelque petit savant qui peut venir au monde. 

C'est même la méthode de femmes plus grossières, comme 
Charlotte et Mathurine, et pour les abuser, don Juan, Tépouseur 
du genre humain, est obligé de leur promettre le mariage. 

11 ne faut pas croire cependant que les héroïnes de Molière 
soient des jeunes filles positives, qui.n'aiment qu'à bon escient, 



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— 213 - 

ne placent leur cœur qu'à coup sûr et ont perdu toute ingénuité. 
« Chacun a son but en se mariant, dit la fille ainée du Malade 
imaf^inaire ; pour moi qui ne veux un mari que pour Taîmer 
véritablement et qui prétends en faire tout rattachement de ma 
vie, je vous avoue que j'y cherche quelque précaution, » Voilà 
une jeune fille prudente, en qui la raison domine, et il serait 
difficile de blâmer sa circonspection et sa réserve. Mais à côté 
d'elle, les types d'amour ingénu ne sont pas rares ; il y a des 
Isabelles et des Agnès qui jouent gros jeu et s'abandonnent 
avec naïveté aux mouvements de leur cœur. Nous n'en cite- 
rons pour preuve que cette charmante lettre d'Agnès à Horace, 
qui est à nos yeux un chef-d'œuvre d'ingénuité : 

« Je veux vous écrire et je suis bien en peine par où je m'y 
prendrai. J'ai des pensées que je désirerais que vous sussiez, 
mais ne sais comment faire pour vous les dire et je me défie 
de mes paroles. Comme je commence à connaître qu'on m'a 
toujours tenue dans l'ignorance, j'ai peur de dire quelque chose 
qui ne soit pas bien et d'en dire plus que je ne devrais. En 
vérité je ne sais ce que vous m'avez fait, mais je sens que je 
suis fâchée à mourir de ce qu'on me fait faire contre vous, que 
j'aurais toutes les peines du monde à me passer de vous et que 
je serais bien aise d'être à vous. Peut-être qu'il y a du 
mal à dire cela, mais enfin je ne puis m'empêcher de le dire 
et je voudrais que cela se pût faire sans qu'il y en eût. On me 
dit fort que tous les jeunes gens sont des trompeurs, qu'il ne 
^es faut point écouter et que tout ce que vous me dites n'est 
que pour m'abuser ; mais je vous assure que je n'ai pu encore 
me figurer cela de vous et je suis si touchée de vos paroles que 
je ne saurais croire qu'elles soient menteuses. Dites-moi fran- 
chement ce qui en est, car jenfin, comme je suis sans malice, 
vous auriez le plus grand tort du monde si vous me trompiez 
et je pense que j'en mourrais de déplaisir. » 

Abstenons-nous de tout commentaire et répétons avec 
Horace : 

Avez-vous jamais vu d'expression plus douce ? 
Un plus beau naturel peut-il se faire voir ? 

L'amour est donc considéré par Molière comme chose sainte 
et digne de respect. 11 est honnête, il est prudent et parfois 
aussi ingénu ; et quelles que soient les ruses auxquelles il a 



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— 214 — 

recours pour arriver à ses fins, quelle que soit la hardiesse que 
lui inspire la contrainte où on le tient, il se sanctifie par le 
mariage. Est-il rien de plus moral et d'un meilleur exemple? 



Chapitre VI. — DU MARIAGE 

Molière a4-il traité le mariage aussi favorablement que 
l'amour, ou bien la triste expérience qu'il en avait faite ne Fa- 
t-elle pas porté à le présenter sous un aspect sombre qui le 
rend peu enviable. Si Ton s'en tient, comme nous le faisons, à 
ses comédies, il y a du pour et du contre. 

Nous y rencontrons tout d'abord un mot que l'on ose à peine 
prononcer aujourd'hui et encore moins écrire. Ce mol revient 
souvent et avec lui des plaisanteries fréquentes, accompagnées 
d'exhortations à supporter patiemment la chose. Mais il est très 
digne de remarque que la chose elle-même ne figure pas dans 
son théâtre et qu'on n'y trouve pas d'amour adultère, de maris 
trompés. L'inévitable trio des drames contemporains, le mari, 
la femme et l'amant, n'y a pas de place. 11 a cependant mis 
sur la scène des femmes qui ont des amants, comme la com- 
tesse d'Escarbagnas et Céliraène, mais toutes deux sont veuves 
et libres de disposer de leur cœur et de leur personne. Il a 
représenté aussi des ménages malheureux ; toutefois. Je mal- 
heur est dû, non pas à un manque de conduite de l'un ou de 
l'autre des époux, mais à un défaut de caractère, à la manie du 
bel esprit chez Philaminte, à la folie de M. Jourdain, à l'aveu- 
glement d'Orgon, aux exigences du Malade imaginaire. Il serait 
téméraire de se porter garant de la vertu de Béline, la seconde 
femme d'Argan, et elle fait bien voir combien elle serait soula- 
gée si son mari mourait ; mais enfin on ne voit pas qu'elle le 
trompe de son vivant. Il ne faudrait pas répondre non plus de 
la sécurité conjugale de Sganarelle qui a tant peur de la chose 
dans le mariage forcé et Georges Dandin pourrait bien un jour 
ou l'autre être plus qu'un mari confondu. Mais en somme on 
peut dire que, si dans les comédies de Molière, il est souvent 
question de maris trompés et de femmes trompeuses, il n'y a 
pas une de ces pièces qui roule sur ce sujet, tant rebattu 
depuis. 



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— 218 — 

Peut-être objectera-t-on Tartufe ? Nous y trouvons en effet le 
mari, la femme et l'amant : un mari insupportable, une femme 
encore jeune et sans enfants (Elmire est la seconde femme 
d'Orgon), un amant qui offre toutes les garanties désirables 
de discrétion et qui a mis le mari en état de tout voir sans rien 
croire. Mais outre que cet amant n'est écouté qu'autant qu'il le 
faut pour convaincre le mari de sa fourberie, nous y trouvons 
aussi d'excellents préceptes de conduite à l'adresse des femmes 
dans la situation d'Elmire. 

Damis l'engagea révélera son mari les tentatives de Tartufe, 
après la première entrevue. Sa réponse est pleine de sagesse : 
Non, Damis 

Ce n'est point mon hameur de faire des éclats ; 

Une femme se rit de sottises pareilles 

Et jamais d'un mari n'en trouble les oreilles. 

Cependant Damis a parlé et bien que Tartufe ait avoué sa 
faute avec tous les adoucissements et toute l'humilité dont il a 
le secret, Orgon n'est pas convaincu. C'est précisément le 
silence de sa femme qui lui fait considérer comme une calom- 
nie la dénonciation dont son frère a été l'objet. 

Vous étiez trop tranquille enfin pour être crue 
Et vous auriez paru d'autre manière émue. 

ELMIRE 



Ponr moi de tels propos je me ris simplement, 

Et l'éclat là-dessus ne me plaît nullement. 

J'aime qu'avec douceur nous nous montrions sages 

Et ne suis point du tout pour ces prudes sauvages 

Dont l'honneur est armé de griffes et de dents, 

Et veut au moindre mot dévisager les gens. 

Me préserve le ciel d'une telle sagesse ! 

Je veux une vertu qui ne soit point diablesse, 

Et crois que d'un refus la discrète froideur 

N'en est pas moins puissante à rebuter un cœur, (i) 

Excellente conduite I La femme doit trouver en elle-même, 
dans son honneur et le sentiment du devoir, assez de force 

(i) Entre ces deux passages, Elmire revient sur cette règle de conduite, acte IH, 
scène 5. 



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— 216 — 

pour rebuter les amants et ne faire intervenir son mari qu'après 
avoir épuisé toutes les autres ressources. C*est aussi ce que 
pense Dandin : « Quoiqu'on en puisse dire, les galants n'ob- 
sèdent jamais que quand on le veut bien. Il y a un certain air 
doucereux qui les attire, ainsi que le miel fait les mouches, 
et les honnêtes femmes ont des manières qui les savent 
chasser d'abord. » 

Que les manières d'Angélique attirent ou non les amants, les 
tribulations de Georges Dandin ne sont que la juste punition 
de sa faute. Georges Dandin était riche ; ne pouvant devenir 
noble, il a du moins voulu prendre femme dans la noblesse. 
On connaît le monologue qui ouvre la pièce, et nous disons avec 
l'ambitieux : « Vous avez fait une sottise, la plus grande du 
monde. Votre mariage est une leçon bien parlante k tous les 
paysans qui veulent s'élever au-dessus de leur condition et 
s'allier, comme vous avez fait, à la maison du gentilhomme. » 

Cette condamnation des unions avec plus grand que soi et la 
leçon qui en résulte, Molière y revient avec vigueur dans le 
Bourgeois gentilhomme. C'est Madame Jourdain qui fait entendre 
la protestation du bon sens contre la folie de son mari. Elle se 
place, il est vrai, à un point de vue autre que celui de Georges 
Dandin, au point de vue de la famille tout entière qu'un gen- 
dre gentilhomme dédaignera, mais la moralité est la même et 
toutes les mères sensées diront avec elle : « Je veux un homme 
en un mot qui m'ait obligation de ma fille et à qui je puisse 
dire : Mettez-vous là mon gendre, et dînez avec moi. » 

Molière n'approuve pas plus les mariages d'intérêt que les 
mariages d'ambition. « J'ai toujours ouï dire qu'en mariage 
comme ailleurs contentement passe richesse, s'écrie Jacqueline 
dans le Médecin malgré lui. « Les pères et les mères ont cette 
maudite coutume de demander toujours « Qu'a-t-il ? et qu'a-t- 
elle?.... On n'a que son plaisir en ce monde et j'aimerais 
mieux bailler h ma fille un bon mari qui lui fut agréable que 
toutes les rentes de la Biausse I » Ce sont les mêmes idées 
qu'exprime Angélique en se défendant d'être de celles « qui 
font du mariage un commerce de pur intérêt, qui ne se marient 
que pour s'enrichir par la mort de ceux qu'elles épousent et 
courent sans scrupule de mari en mari pour s'approprier leurs 
dépouilles. » Mais le plaidoyer le plus éloquent et le plus com- 



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-217 — 

plet contre les mariages d'intérêt est celui que Molière met 
dans la bouche de Valère [en réponse au sans dot d'Harpagon. 
Relisez le passage et vous verrez qu'avec les mariages d'inté- 
rêt, Valère combat ceux où il y a de la disproportion d'âge 
et les unions où l'on contrarie l'inclination des enfants. Molière 
en effet blâme l'abus de l'autorité paternelle en cette matière. 
Sachez, dit Dorine à Orgon, 

Sachez que d'une fille on risque la verto 
Lorsque dans son hymen son goût est combattu. 

C'est précisément ce qui est arrivé à Georges Dandin ; il a 
épousé Angélique sans la consulter^ et quand il lui reproche 
de ne pas satisfaire aux engagements de la foi qu'elle lui a 
donnée publiquement, il s'attire la triomphante réplique que 
voici : (( Moi, je ne vous l'ai point donnée de bon cœur, et vous 
me l'avez arrachée. M'avez-vous, avant le mariage, demandé 
mon consentement et si je voulais bien de vous ? Vous n'avez 
consulté que mon père et ma mère ; ce sont eux, proprement 
dit, qui vous ont épousé. » Et après lui avoir énuméré « les 
douces libertés qu'elle veut prendre », elle termine par cette 
phrase que l'on n'a peut-être pas assez remarquée, ou qui, sans 
doute, a paru sincère dans sa bouche : « Rendez grâces au ciel 
de ce que je ne suis pas capable de quelque chose de pis. » 

Molière enfin n'admet que les mariages d'inclination. C'est 
là seulement que se trouve cette douce conformité dont parle 
Valère ; c'est là le rêve d'Henriette, c'est dans un mariage ainsi 
compris qu'elle compte trouver le bonheur. 

ârmânde 
De tels attachements, ô ciel, sont pour vous plaire ? 

HENRIETTE 
Et qu'est-ce qu'à mon âge on a de mieux à faire 
Que d'attacher à soi par le titre d'époux 
Un homme qui vous aime et soit aimé de vous ; 

Ce nœud bien assorti n^a-t-il pas des appas ? 

C'est aux pères et aux mères à répondre après avoir fait un 
retour sur eux-mêmes, et nous ne doutons pas qu'en voyant 
leur fille la main dans la main de celui qu'elle aime et dont elle 
est aimée, ils ne soient de Tavis de Molière et ne ressentent les 



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- 2i8 — 

paisibles émotions de Chrysale contemplant Henriette et Cli- 
tandre: 

Ah ! les donces caresses ! 

Tenez, mon cœnr s'émeat à tontes ees tendresses, 
Cela ragaillardit tont à fait mes vienx jours 
Et je me ressouviens de mes jeunes amours ! 

Pauvre Chrysale I Molière ne nous dit pas dans quelles cir- 
constances il a épousé Philaminte, mais assurément ce ne sont 
pas là les jeunes amours dont il se ressouvient et il y a dans sa 
joie paternelle une certaine amertume, un regret qu'il cherche 
du moins à épargner à son enfant. Molière nous conseille de 
suivre son exemple sur ce point. 

Cependant il manque quelque chose à Texposé des idées de 
Molière sur le mariage. Aucune de ses pièces ne nous montre 
une femme dans son ménage d'une façon assez complète pour 
qu'il soit possible d'en tirer des règles de conduite. 11 nous 
donne bien des exemples à fuir, mais point de modèle à imiter. 
Peut-être le sujet ne prêtait-il pas au comique, peut-être s'il en 
eût eu le temps nous eût-il montré Henriette mariée et réalisant 
l'idéal de l'épouse, de la mère et de la femme du monde. Nous 
en sommes réduits sur cette question aux conjonctures ou à la 
fameuse scène entre Arnolphe et Agnès, au troisième acte de 
YEcole des Femmes. 

Elle débute comme les entrevues d'Auguste et de Cinna, 
d'Agrippine et de Néron. 11 y a même entre ces trois scènes, 
d'un caractère si différent, des rapprochements curieux; nous 
ne parlerons que des premiers vers : 

Prends an siège, Cinna, prends, et sur tonte chose 
Observe exactement la loi que je t*impose 

dit Auguste à Cinna, et il lui rappelle ensuite le peu qu'il était» 
les bienfaits dont il a été comblé, etc. 

Approchez-vous, Néron, et prenez votre place 

Vous régnez. Vous savez combien votre naissance 
Entre le trône et vous avait mis de distance 

C'est absolument du même ton qu' Arnolphe s'adresse k Agnès 
et il suit le même ordre d'idées qu'Auguste et Agrippine : 



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-^Î19 - 

Agnès, pour m'éconter laissez là votre ouvrage, 
Levez un peu la tête et tournez le visage. 
Là, regardez-moi là durant cet entretien, 
Et jusqu'au moindre mot imprimez-le vous bien. 

11 est assis comme Agrippine, mais il n'invite pas Agnès à 
s'asseoir, d'ailleurs il n'a fait apporter qu'un siège. Puis du 
ton de cette même Agrippine disant à Néron : « Vous régnez, » 
Il continue : 

Je vous épouse, Agnès, et cent fois la journée 

Vous devez bénir l'heur de votre destinée. 

Contempler la bassesse où vous avez été, 

Et dans le même temps admirer ma bonté 

Qui de ce vil état de pauvre villageoise, 

Vous fait monter au rang d'honorable bourgeoise. 

Vous devez toujours, dis-je, avoir devant les yeux ! 
Le peu que vous étiez sans ce nœud glorieux, 
Afin que cet objet d'autant mieux vous instruise 
A mériter l'éclat où je vous aurais mise. 

Ne croirait-on pas entendre Auguste accablant Cinna du 
souvenir du peu qu'il était et des faveurs auxquelles il doit son 
élévation ? Vient ensuite un tableau du mariage qui n'est rien 
moins qu'attrayant. 

Le mariage, Agnès, n'est pas un badinage, 
A d'austères devoirs le rang de femme engage. 

Votre sexe n'est là que pour la dépendance, 
Du côté de la barbe est la toute puissance. 

Et ce que le soldat dans son devoir instruit 

Montre d'obéissance au chef qui le conduit^ 

Le valet à son maître, un enfant à son père, 

A son supérieur le moindre petit frère. 

N'approche pas encor de la docilité 

Et de l'obéissance et de l'humilité. 

Et du profond respect où la femme doit-être 

Pour son mari, son chef, son seigneur et son maître. 

La femme esclave I Est-ce là le rôle qu'elle doit remplir dans 
la maison ? Nous sommes ramenés à la plus baute antiquité, 



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— 220 — 

et les Maximes, dont la lecture termine cette scène, sont des 
lois draconniennes. En voici le résumé : L'homme qui prend 
une femme ne la prend que pour lui, elle ne doit se parer 
que pour son mari, et ne point se soucier que les autres 
la trouvent laide, point de raffinements de coquetterie, dé- 
marche modeste quand elle sort, point de réceptions particu- 
lières, de cadeaux, de correspondance, de belles assemblées, 
de jeu ni de fêtes. C'est un règlement de couvent qu'Amolphe 
a rédigé, et non une règle de conduite pour une femme appe- 
lée à vivre dans la société. Aussi comprend-on qu'Agnès, après 
un tel tableau, préfère Horace à Arnolphe, et le dise à ce der- 
nier, avec sa naïveté d*enfant terrible : 

Chez Yoas le mariage est fftcheox et pénible 
Et vos discours en font une image terrible. 
Hais las! il le fait, Ini, si rempli de plaisirs 
Que de se marier il donne des désirs. 

Arnolphe devine, avec une clairvoyance un peu tardive, le 
motif de cette préférence. 

Ah ! c'est que vous Taimez, traîtresse ! 

Il n'est pas besoin d*autre explication. Ce mariage qui fait 
envie, c'est le mariage d'amour, nous en revenons donc à ce 
que nous avons dit plus haut. La première maxime du mariage, 
la première condition du bonheur, c'est la mise en pratique du 
précepte : « Aimez-vous les uns les autres. » Molière, si souvent 
d'accord avec Fénelon, Test aussi avec Tévangile. 



Conclusion. — HENRIETTE ET ANTIOPE 

Fénelon oflQre comme idéal de la femme accomplie, la femme 
forte de l'Ecriture ; Molière, nous l'avons vu, n'a pas tracé de 
portrait achevé en ce genre. Toutefois, il a laissé un type de 
jeune fille qu'il s'est complu à orner de toutes les qualités 
propres à la rendre désirable pour épouse. La jeune fille, telle 
que la conçoit Fénelon, ne se trouve pas dans le Traité d'Edu- 
cation, mais dans le Télémaque. 

C'est Antiope, et elle a ce premier point commun avec Hen- 
riette, qu'elle est privée de sa mère. Il est vrai qu'Henriette est 
la fille de Philaminte et que Philaminle existe ; mais elle est si 



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peu mère pour elle qu'on peut ne pas la compter et qu'elle n'a 
eu évidemment aucune influence sur le développement moral 
de sa fille. Henriette et Antiope doivent donc toutes deux à 
leur heureuse nature les qualités dont elles sont douées. Voici 
celles d'Antiope, telles que Télémaque les énumère : 

« Antiope est douce, simple et sage; ses mains ne méprisent 
point le travail, elle prévoit de loin, elle pourvoit à tout ; elle 
sait se taire et agir de suite sans emportement; elle est à toute 
heure occupée et ne s'embarrasse jamais, parce qu'elle fait tout 
à propos ; le bon ordre de la maison de son père est sa gloire, 

elle en est plus ornée que de sa beauté Elle s'est rendue 

aimable à toute la maison, parce qu'on ne trouve en elle ni 
passion, ni entêtement, ni légèreté, ni humeur, comme dans 
les autres femmes. Le cœur de son père se repose sur elle, 
comme un voyageur abattu par les ardeurs du soleil se repose 
à l'ombre sur l'herbe tendre. Son esprit, non plus que son 
corps, ne se pare de vains ornements ; son imagination, quoi- 
que vive, est retenue par sa discrétion ; elle ne parle que par 
nécessité et si elle ouvre la bouche, la douce persuasion et les 
grâces naïves coulent de ses lèvres* 

Voici les qualités d'Henriette ; deux sœurs jumelles ne se 
ressemblent pas plus. 

Henriette est douce. Quand sa sœur lui cherche querelle^ elle 
se contente de lui répondre sans emportement, en la raillant 
doucement sur ses inconséquences ; elle espère même avoir 
son appui auprès de leur mère : 

Loin de vous soupçonner d'aucun chagrin, je croi 
Qu'ici vous daignerez vous employer pour moi. 

Elle supporte également avec douceur la bourrasque dont 
l'accable son père qui lui suppose des doutes sur la valeur de 
ses résolutions énergiques; elle ne s'est cependant point trom- 
pée et c'est sur elle que toute cette énergie s'est épuisée ; mais 
elle ne dit rien. 

Elle est simple et sage, c'est ce qui lui a valu l'amour de Cli- 
tandre, que l'affectation et les idées bizarres d'Armande ont 
rebuté. Son esprit, non plus que son corps, ne se pare pas de 
vains ornements et c'est bien Ikce qui fait son malheur auprès 
de sa mère et de sa tante. Elle dit à sa mère qu'elle se trouve 



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— 22i — 

bien de n'être qu'une bête, et à Trissotin qui lui parie de ses 

célestes appas, elle répond : 

Hé 1 monsieur, laissons-lé ce galimatias ! 
Autre réponse du raême genre au même personnage quand 

il lui dit : 

Les sciences n*ont rien qui vous puisse enflammer, 
Et vous ne vous piquez que de savoir charmer. 

HENRIETTE 
Aussi peu l'un que l'autre. 

Elle est sage et prévoit de loin, lorsqu'elle adresse à Clitandre 
ces paroles pleines de bons sens : 

L'amour dans son transport parle toujours ainsi, 
Des retours importuns évitons le souci. 

Elle fait encore preuve de sagesse et de prévoyance, quand 
elle demande à Trissotin de renoncer de lui-même au mariage 
projeté par Philaminte. 

Nous n'avons pas entrepris un parallèle qui serait nécessaire- 
ment forcé ; Antiope a des qualités, Henriette en a de sem- 
blables et d'autres différentes qui ne sont pas moins recom- 
mandables. 

Elle a de l'esprit, et du meilleur. Toutes ses discussions avec 
sa sœur sont d'une raillerie spirituelle ; elle cloue Vadius sur 
place quand il s'avance pour l'embrasser, par cette vive 
riposte : 

Excusez-moi, monsieur, je ne sais pas le grec. 

Et quand Trissotin exprime la crainte que ses vers ne l'im- 
portunent, elle trouve immédiatement cette saillie bien meil- 
leure que l'épigramme du pédant : « Point. Je n'écoute pas. » 

Sa piété filiale lui fait supporter avec patience les défauts de 
ses parents, quoiqu'elle en souflfre. 

Sa bonne foi la fait croire sans hésitation à l'amour de Clf- 
landre : « Il me l'a dit, ma sœur ; aisément je le crois. » 

Sa franchise lui inspire sa démarche auprès de Trissotin ; 
elle le prévient qu'elle ne l'aime pas et le menace plaisamment 
des suites fâcheuses que leur union pourrait avoir. Mais nous 
la savons trop honnête pour exécuter ses menaces et son bon- 



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-»3- 

nêtelé se manifeste surtout quand, se croyant ruinée, elle 
refuse Clitandre tout en lui faisant voir qu'elle le regrette : 

Je sais le peu de bien que vous ayez, Clitandre. 
Et je vous ai toujours souhaité pour époux, 
Lorsqu'en satisfaisant à mes vœux les plus doux 
J*ai vu que mon hymen ajustait vos affaires ; 
Hais lorsque nous avons les destins si contraires, 
Je vous chéris assez, dans celte extrémité, 
Pour ne vous point charger de notre adversité. 

Est-il possible de pousser plus loin Thonnèteté, la tendresse 
et l'abnégation? 

Enfin on peut dire d'elle, comme d'Antiope : « Le cœur de 
son père se repose sur elle », puisque c'est à elle que Chrysale 
doit ses seuls souvenirs agréables. 

Cette réunion de qualités, dont on trouvera un habile résu- 
mé dans Niêard, fait d'Henriette le type de la jeune fille telle 
qu'elle doit être et nous disons avec plus de sincérité que Tris- 
sotin : a J'aime tout de bon l'adorable Henriette. » De même 
nous approuvons Mentor, quand il répond à son pupille « Vous 
avez raison, Télémaque, Antiope est un trésor digne d'être 
cherché dans les terres les plus éloignées. » Unissez Antiope à 
Télémaque, Henriette à Clitandre, et toutes deux seront dans 
leur ménage la femme accomplie rêvée par Molière et Fénelon, 

Ainsi se trouve prouvée la vérité de ce que dit Boileau dans 
ses stances sur Y École des femmes : 

€ Ta muse avec utilité 
Dit plaisamment la vérité ; 
Chacun profite à ton école. 
Tout en est beau, tout en est bon, 
Et ta plus burlesque parole 
Est souvent un docte sermon. > 



'^ 



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RAPPORT 

fait au nom de la Gommission du Concours FoUoppe ponr 1897 (^) 



par M. CHAMARD 

Meml^re rësûkBt 



Malherbe, jadis, sous figure d'une comparaison qu'on peut 
dire étrange^ soutenait une opinion qui ne Tétait pas moins. 
Lui, un maître de la rime, si célèbre en son temps et encore 
au nôtre, il se plaisait à répéter qu'un bon poète n'est pas plus 
utile à l'Etat qu'un bon joueur de quilles. Cent ans après, Féne- 
lon est d'un avis bien différent : à l'imitation de plusieurs an- 
ciens, il considère la poésie comme la mère de la civilisation et 
des arts. Plus près de nous, Victor Hugo ne se fait guère d'elle 
ime moindre idée. Pour lui la poésie est un écho sonore, u«e 
voix retentissante qui se mêle k tous les bruits de la nature et 
qui célèbre les grands «événements d'une époque; le poète est 
un mage qui fait briller de plus en plus éclatante aux regards 
des hommes la lumière du Progrès. Alfred de Vigny, enfin, 
professe que le poète passe incompris au milieu de ses contem- 
porains, et il se retire, fier et mélancolique dans sa tour 
d'ivoire, gardant jalousement secrètes jusqu'à sa mort ses der- 
ûièpes œuvres, les plus belles et les plus significatives. 

Si juste vénération que puisse avoir notre Société pour 
rhomme généreux qui l'a faite sa mandataire annuelle, je ne me 
hasarderai point à le citer après tous ces grands noms. Et pour- 
tant, lui aussi a ses idées sur la poésie. Ce sont celles d'un 

(!) La Commission était composée de : "MM. Rident, président, Leroi, Le Miniliy 
de la ViUehervé, Chamard, rapporteur, membres de la Société ; Blum. professeur tu 
l,ycée ; de Cantelou, publiciste, et Va)Iée, rédacteur au journal Le Havre, 



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ZZO — 

ive homme qui, s'il n'a pas laissé d'œuvpe remarquable 
on peut-être son testament, a dû se sentir une fois au moins 
ilevé vers les hauteurs sur Taile divine de la Muse. « La poé- 
, écrit-il, est la meilleure nourriture morale qu'on puisse 
*ir aux hommes ». Et c'est pourquoi, au Jury, chargé de ré- 
•tir les récompenses du Concours fondé par ses libéralités, il 
mposé l'obligation de préférer à toutes les autres, « les poé- 
s pleines de nobles sentiments ». 

)ans l'examen des travaux qui nous ont été soumis cette 
fiée, est-il besoin de dire que nous nous sommes entièrement 
iformés à sa volonté expresse ? 

)ouze manuscrits seulement nous ont été adressés au lieu 
5 vingt-trois de Tan dernier. Il est vrai que le nombre de 
*s des nouveaux n'est peut-être pas bien inférieur à celui des 
îiens réunis. Et k ce propos, les futurs candidats au prix 
lloppe feraient bien de se dire que la poésie n'est pas ma- 
i^e de poids ou de volume ; la qualité seule vaut qu'on la re- 
îrche et la moindre pierre précieuse délicatement enchâssée 
a toujours préférable à un lourd amas de verroteries. Pour 
)ir oublié le sage précepte de Boileau : 

Qui ne sait se borner, ne sut jamais écrire, 

isieurs ont inutilement entassé vers sur vers et pages sur 
jes, diminuant à mesure le mérite de leur œuvre, bien loin 
' rien ajouter. 

]omme l'an dernier, nous avons fait trois parts des douze 
muscrits : 

Les pièces dramatiques. 

Les poèmes narratifs et didactiques, 

Les recueils lyriques. 

)écidément. le théâtre semble peu favorable aux candidats, 
i ses règles particulières qui ne font que compliquer les dif- 
ultés déjà grandes de toute composition poétique, La néces- 
é slmpose de trouver une action vraisemblable, de la sou- 
lir à l'aide de personnages plus ou moins nombreux, tous 
turels, tous animés d'une vie intense, tous doués de carac- 
es conformes à leurs faits et gestes ou plutôt n'agissant 
en conformité avec leur caractère. Et le dialogue, à son 
ir, doit être varié, souple, vivant comme l'action et les carac- 



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tères. 'Dcwteeia nfest certes paa ebose facile^ Qnioi qu'il m sait» 
noua avons dû éoarter de oompagnie et sans beaucoup de re^ 
mords, il faut ravouer. une oomédie et ub mystère trop inle*^ 
rî6uri6> touaies deux, à ce que l'on peut raisonnablement exiger 
d'oflivcagdade ce genre. 

Nows nous sommes vus contraints de p!X)cédef avec la même 
sé9érM pour les travaux de la deuxième catégorie; einq^ 
poèmes, de valeur très inégale, il est vrai. Trois d'entre eux ne* 
nous ont pointparu sans mérite : d'abord un poème did^tîque 
iùWculé Ptisteur ; mais une œuvre qui est une pure exposition 
dte* doctrine et qui n'est pas relevée de temps h autre par la cha»» 
te«r Al sentiment, par l'enthousiasme du vrai, ou laprofbndfe 
admiration de la science, en un mot par quelques-uns de oe^ 
beaux. mûavaments lyriques dont Lujcrèce et Virgile soot cou- 
tumiew;. cette œuvre-là reste sèche en dépit des efforts de l'au- 
teur pour la parer de la langue du vers. Nou^ sommes trop 
gâtés par l'abondance des idées, la richesse du verbe et la mar 
gnifix^ence des images qui caractérisent notre poésie scientir 
flque au xix* siècle, pour pouvoir retourner à l'école, presqjxe 
exclusivement descriptive, de Tabbé Delille. 

Les deux autres poèmes qui ont attiré notre attention sont, 
sinon de véritables épopées (le moment en est passé), du moins 
un ensemble audacieux, on peut le dire, de petites coraposir 
tions épiques pour la plupart. Mais ici, nous le regrettons, l'au- 
dace n'a pas été couronnée de succès; outre que ces amoureux 
de récits héroïques ont été précédés sur la route par des génies 
de dangereux voisinage, Victor Hugo et Leconte de Lisle, et 
par Coppée aussi, moins grand sans doute que les deux précé- 
dents, mais de haute et juste renommée encore, l'entreprise de 
nos deux vaillants athlètes eût demandé plus de soin, beau- 
coup plus de soin, et plus de temps peut-être qu'ils n'ont pu en 
consacrer à une pareille œuvre. Tous deux se sont rencontrés 
0D pk»-d'un point : l'un chante les gloires de la France, l'autre 
ptast particulièrement celles de notre Normandie et, comme si 
•e n'étikit déjà assez, les exploits des guerres médiques-rappro- 
elles des souvenirs si tristes, si héroïques pourtant de notre 
défense contre la Prusse en 1870-71. Oui, certes, ce sont là de 
louables essais, louables surtout par ce qu'ils ont de hardi; 
mais ni Finvention, il nous semble, n'en est assez neuve, ni la. 
famâ' suffisamment châtiée. 



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— 228 — 

Restaient cinq recueils de poésie lyrique : hymnes, odes, élé 
gies, sonnets, ballades, compositions sérieuses et chansons lé- 
gères, nous n 'avions que rembarras du choix. L'un d'eux fut 
écarté d'un commun accord. Dans les huit courtes pièces dont 
il était composé, parmi lesquelles quatre sonnets^ Tauteur fai- 
sait preuve d'un certain sentiment de la nature et, çà et là, on 
y pouvait trouver de belles choses, quoique pas très nouvelles 
peut-être. Hais la mesure était enfreinte à chaque page, les 
règles de l'hiatus, de Télision, de la rime n'y comptaient pour 
rien ou à peu près, et néanmoins l'œuvre, à coup sûr, n'était 
pas d'un adepte de ces écoles nouvelles qui ont transformé nos 
vers en lignes de prose plus ou moins harmonieusement ac- 
centuées. 

Un autre recueil, lui aussi formé de huit petites pièces, et 
toutes en l'honneur de l'enfance, se recommandait par d'assez 
grandes qualités de fond : pensées naïves et ingénieuses, 
douce mélancolie, souvent de la délicatesse de sentiment, de la 
grâce et de la gentillesse ; mais la forme était lourde encore, 
heurtée, inégale, même plus d'une fois incorrecte. 

Un troisième cahier nous retint bien davantage : celui-ci 
nous paraissait être d'une plume déjà exercée, d'une inspira- 
tion souvent originale. Aussi quelques-uns d'entre nous furent- 
ils d'avis de lui accorder, sinon un prix (ce que ne permet- 
taient pas des fautes de facture vraiment trop marquées), du 
moins la première récompense de cette année ; mais, après une 
vive discussion, la hardiesse des sujets choisis, la licence de 
plusieurs d'entre eux, le peu de variété de l'ensemble, par des- 
sus tout la considération des intentions morales de H. FoUoppe, 
amena enfin les Membres dissidents à l'opinion de la majorité 
qui, très favorable à cette œuvre en ce qui touche la forme, ne 
pouvait se résoudre à en louer, ni surtout à en accepter le fond. 

La Commission n'avait plus devant elle que deux recueils de 
longueur très inégale : Tun assez volumineux, Les Pâquerettes ; 
l'autre composé seulement de quelques pages, La Gerbe du 
Pauvre. — C'est à ce dernier qu'elle est convenue d'attribuer la 
première mention honorable avec médaille de vermeil à titre 
d'encouragement. L'auteur est H. Honmert, instituteur dans 
l'une de nos écoles communales. Les quatorze sonnets (car 
c'est là tout ce qu'il a envoyé à notre Concours, et nous sommes 



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— 229 - 

loin de Ten blâmer) renferment presque tous une idée originale, 
un sentiment sincère, une notion très juste des nécessités de 
la composition poétique. L'exécution malheureusement laisse 
encore beaucoup à désirer : çà et là des idées ou des méta- 
phores disparates, parfois de l'obscurité, de la monotonie, du 
remplissage, un vers faux, un autre non moins fourni de na- 
sales que le vers si connu de Voltaire : 

Non, il n'est rien que Nanin n'honore 

enfin plusieurs sonnets véritablement par trop irréguliers. Et 
c'est grand dommage, car l'un d'eux est d'une belle conception 
et d'une langue ferme à la fois sobre et colorée : 

Au Christ de la Glèbe 

Tu seras maudit, ta arraeheres 
ton pain à la terre. 

Sous ta croix de misère, incessante torture, 
Tu poursuis, obstiné, ton labeur précieux ; 
Pour tes frères maudits tu combats la nature, 
Sans accuser jamais ni l'homme ni les Cieux! 

Va ! je t'admire ainsi pauvre et silencieux. 
Toi dont l'œuvre nourrit l'humaine créature 1 
Va ! sème en paix le blé dans les champs spacieux 
Et^ dans ton cœur, l'espoir de la moisson future. . . 

Au sol de tes aïeux vouant ta vie austère. 
Des palais, des cités, dédaigne les rumeurs : 
Gloire à qui, comme toi^ sait souffrir et se taire ! 

Armé du soc luisant conquiers le pain du monde 
Et tombe, calme et fier^ sachant comment tu meurs. 
Un soir, agenouillé sur la glèbe féconde t 

Et cet autre, d'un ton si différent, n'est pas moins beau : 

Viens f 

Belle, nous n'avons pas l'ombre de l'oranger, 
Le chant des gondoliers sur les barques lointaines. 
Ni les ciels enchanteurs de Palerme ou d'Athènes, 
Où les baisers ardents, souvent, vont s'échanger. 

Mais, là-bas, dans les bois qu'Eros vient protéger. 
Les parfums printaniers des floraisons prochaines 
Vont embaumer pour nous l'ombrage des vieux chênes 
Où tu seras déesse et moi, tendre berger. 



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~ MO — 

Vols, le iong des sentiers do «otest Mlitune, 
L'ÀYrîl enguirlandé qui revient de Cytiiére, 
Avec 4es genêts d'oripour éloiler le jour ! 

Viens. . . déjà le désir mettes mains dans les miemies, 

Viens, et je le dirai tous mes songes d'amow, 

Baivs en finir aucun— pour qu'ainsi lu reviennes. — 

Quelques efforts de plus, et voilà qui nous promet, pour un 
jour prochain, un poète presque impeccable. 

Les Pâquerettes, comme le dit la devise choisie ipar l'auteur, 
M. Montier, avocat à la Cour d'appel de Rouen, les « Pâquerettes'» 
sont de « petites fleurs blanches au cœur d'or ». En plein au- 
tomne, il a trouvé moyen de nous en envoyer un joli bouquet 
et nous avions d'autant plus de plaisir à respirer, par ce plu- 
vieux hiver, sa douce senteur de prés fleuris que quelques-unes 
d'elles étaient restées très fraîches. Elles le sont encore et le 
seront longtemps. Au OTrplus, autant que noufi i'avons pu 
voir, les pâquerettes ne sont pas les seules à composer ce bou- 
quet. Nous y avons découvert beaucoup d'autres fleurs. Voyez, 
par exemple, celles-ci : 

Les PapUlans 

lis se sont rencontrés tous deux au cœur d'un lis, . 
En buvant la rosée odorante — et l'ivresse 
Sous les vibrations fait luire la caresse 
Des soleils diaprés de leurs ailes sans plis. 

Du violent amour les frêles corps remplis 
S'inclinent attirés et pâmant de tendresse, 
L'antenne, à leur front d'or, s'abaisse et se redresse 
Ils s'aiment dans l'éclat candide ensevelis ! 

Mais un zéphyr les cueille ensemble de la tige : 
Et soudain, vers l'azur natale comme un vertige 
Les Jette, unis encor, couple immatériel. 

Pour eux, un Wanc calice est trop pâle auréole : 
Et fletrr double de l'air, pur et vivant symbole, 
L'un à l'ïintre attachés, ils montent dans le ciel ! 

De iiiéme>pareourez la jolie pièce La Fmtume d'Aréthuse à 
Rouen (page 20) et suftout!jouis«ez dejeedélioteûxbaâinage : 



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— «31 — 

Le petit Chat 

Tandis qu'il neigeait, l'autre jour, 
Miaulant à la porte close 
Je vis en traversant la cour 
Un petit chat gris, au nez rose. 

Le givre étoilait le carreaTi, 
La terre gelée était dure ; 
Ainsi que moi, sons mon manteau^ 
il avait froid sous sa fourrure. 

J'eus pitié du pauvre animal : 
3e l'appelai : lui, pas timide. 
S'approcha ; je le pris sans mal 
Et remontai d'un pied rapide. 

Dans la salle devant le feu 
Je le posai sur une chaise ; 
Dépaysé d'abord un peu 
Il se remit vite à son aise. 

Je vis son minois s'allonger 
Puis il parut se reconnaître 
Et lui, tout à l'heure étranger 
Dans la maison se trouva maître. 

On eût dit que depuis dix ans, 
Il n'avait eu d'autre retraite. 
Sa patte, de ses poils luisants. 
Fit avec grand soin la toilette ! 

Il procéda tranquillement 
Puis sa besogne terminée 
S'alla voluptueusement 
Coucher devant la cheminée. 

Tout cela n'est-il pas bien observé et agréablement rendu? 

Vous le voyez, et quoi qu'il en dise, les Pâquerettes de M. 
Montier ne sont pas, à beaucoup près, d'une seule espèce ni 
d'une nuance unique ; elles sont variées, très variées, et leur 
petit cœur d'or est animé. Parfois même il semble que s'ai- 
guisent tout autour, comme d'un vilain chardon, les piquants 
de la satire : la page 67, par exemple, sur une jeune et triste 



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— 232 — 

renommée maintenant ensevelie dans la tombe... Mais non, 
décidément, les Pâquerettes ne sont pas faites pour s'armer 
de pointes cruelles. Que M. Montier continue à les cueillir telles 
qu'on les trouve en nos prairies, toujours simples, sans préten- 
tion, pleines d'un charme printanier; qu'il n'y mêle pas de 
fleurs orgueilleuses, au coloris trop crû, ni d'herbes banales ; 
qu'il sache mettre en ce nouveau bouquet plus d'unité, d'har- 
monie et de grâce constante, et nous lui prédisons un succès 
des plus légitimes. Pour l'instant nous n'avons pu lui accorder, 
comme à M. Monmert, qu'une mention honorable et une mé- 
daille d'argent. 

Telles sont. Messieurs et chers confrères, les seules récom- 
penses que votre Commission, après un mûr examen particu- 
lier et deux longues délibérations générales, ait cru possible 
d'attribuer aux concurrents de cette année: Elle ne se dissimule 
pas que c'est peu et elle est la première à le regretter; mais 
l'importance des prix à décerner, le bon renom du Concours et 
de la Société appelée à le juger, lui donne le droit et lui impose le 
devoir de se montrer plus difiBcile que les candidats. Elle vous 
propose donc de sanctionner de votre approbation les décisions 
qu'elle a prises et de reporter au Concours de l'an prochain, 
conformément aux dispositions arrêtées par vous pour l'attri- 
bution du prix FoUoppe, les mille francs d'argent et de médaille 
dont elle n'a pu faire emploi cette année. 






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OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES DE L'ANNÉE 1897 

pour Avril, Mai et Juin 
par M. A. DUMÉNIL 

Membre correspondant 



Avril 

Minimum thermométrique: +1"2 le 11 ; maximum: +21* le 
27, la température moyenne jusqu'au 26, n'est que de +7-5, 
contre +7*7 en Mars; la moyenne des minima n'est à peine 
plus élevée que celle de Février et Mars, mais un réchauffement 
semble s'établir à partir du 26: +13*34pour les cinq derniers 
jours. 

Minimum barométrique : 732°/°*5, le ^*^ à onze heures du 
matin ; maximum, 773"/'°5 le 13, à neuf heures du soir. 

Variations: baisse de 18"/" du 2 au 3; de 11"*/" le 3; de 10"/" 
du 8 au 6; de 12"/" du 11 au 12; de 10"/" le 19 et de 10"/" du 
29 au 30. Hausse de 11"/" le 1^^ ; de 10"/" le 2 ; de 16"/" le 4; 
de 23"/" du 4 au 5 ; de 10"*/" du 7 au 8 ; de 15"/" du 14 au 15, 
et de 9"/" du 20 au 21. Il y a eu quatre jours, — les quatre pre- 
miers— de basses pressions moyennes au-dessous de 750, 
treize entre 750 et 760, onze entre 760 et 770, et deux jours 
seulement au-dessus de 770, les 15 et 16. 

Au point de vue des chutes de pluies, qui ont encore été 
très fréquentes, ce mois présente exactement les mêmes résul- 
tats qu'en Mars, ils n'ont eu chacun que huit jours sans pluie. 

Les hirondelles de cheminées qui avaient fait leur première 
apparition dès le 28 Mars, ont été très rares pendant toute la 
période de froid ; ce n'est que depuis le 25 qu'on les voit cons- 
tamment chaque jour en nombre de plus en plus grand. 



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~ 234 - 

Les premiers martinets ont été vus le 26, et Ifes hiwaé^O! 
de fenêtres le 30. 

Premiers coassements des grenouilles de mares le 43 ; épto 
de seigle le 19 ; feuilles aux hêtres le 20 ; fleurs aux fraisiers le 
28; fleurs aux pommiers hâtifs le 25; premières feuilles à la 
vigne le 29 ; fleurs aux lilas violets le 30. 



Mai 



Minimum thermométrique : +2*^8 le 13, avec gelée à glace ; 
maximum 24Me 30. La moyenne : +11*^0 est inférieure de 2* 
environ à la normale. 

Moyenne barométrique : 763"/"3, légèrement supérieure à 
la normale; minimum, 757'^° les 26, 27 et 28; maximum, 774"/" 
le 15, à dix heures du matin. Les variations barométriqueSiOnt 
été moins fréquentes que depuis le mois d'Aoûi de Tanniêre 
dernière ;' baisse de 9"/™ du iO au 11 ; de 12"/" du» fô- ai* Vt^ 
Hausse de 8"^/» du 3 au 4; de U"/*" du 11 au 15i. La» presâoa 
moyenne n'a été inférieure à 760 "/" que pendant Huit; jdMft 
consécutifs, du 22 au 30. 

Ce mois a encore été froid presque tous les j(Mir3» jadqpi/àu 
21, avec une température moyenne de +10**, contm.+lô* duStt 
au 31. Pluie normale, c'est la première fois depuis. aeu£ iwis 
que la hauteur d'eau mensuelle ne présente pas d'excédent sur 
son chiflre moyen. 

Le seul orage de ce mois, le 17, a eu cela de pautiaiiieif qfu'il 
est venu de l'Est, direction rare ici, et a séjourné sur lïb localité 
peadaat uioie doi-ée de cinq heures, depuis six beuires j-ua(^ùi 
onze heures du soir, avec de nombreux et forts coups de bwîi^ 
nerre et peu de pluie : 3""/"' de hauteur d'eau seuleaneo*. 

Les martinets ne sont pas nombreux. Les hilro]&)d0U^ft de 
fenêtres, arrivées le 30 Avril, se sont montrées raBeffijent penm 
dant la période froide, jusqu'au 15 ; mais depuis ce jour,. elles 
ont beaucoup augmenté et se livrent actuellement h la con- 
fection de leurs nids. 

On a noté la floraison des lilas blancs le 6, et d^ amibépioe^ 
blanches et couges le 16. 



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— Î35 - 



Juin 



Minimum thermométrique : +8^5 le li; maximum : +29** 
le 24; moyenne : +17". 

Minimum barométrique : TSB'^/'^S le 18, de deux heures à huit 
heures du soir ; maximum : 770"^/" les 11, 12, 13, 14, 15, 16, 22 
et 23 ; moyenne: 765"/°*. Les oscillations du baromètre ont été 
fréquentes, mais "de peu d'étendue ; cependant nous avons 
constaté une série invariable de 770'°/" depuis six heures du 
soir le 11, jusqu'à dix heures du matin le 16, soit pendant cinq 
jours consécutifs sans apparence de la plus faible variation ; 
baisse i de 5"/"» le l**"; de 8"»/°» le 8; de 7""/"* le 16 ; de O™/"» du 17 
au 18; de 7»/" le 23. Hausse : de 5"»/" le l*^'" ; de 7*°/"* le 10 ; et 
de 10™/"" du 20 au 21. La pression moyenne n'a été inférieure 
à 750 que pendant deux jours. 

Ce mois a quatre périodes de pluies avec orages et trois de 
beau temps. Froid du 17 au 20 inclus. Deux chutes de pluies 
torrentielles pendant les orages des 8 et 30, Tune de 38"/"*, 
l'autre de 45"/" de hauteur d'eau. 

L'orage à grêle qui s'est abattu sur la localité et les environs, 
pendant l'après-midi du 30, a causé des dégâts considérables 
dans les jardins el aux récoltes dans les champs ; il s'est annoncé 
à quatre heures par les grondements du tonnerre au Sud- 
Ouest ; mais entre cinq heures vingt-cinq et six heures quinze 
le tonnerre n'était plus un bruit succédant à Téclair, c'était un 
roulement continu, sans fracas, et de nombreux éclairs de 
faible intensité ; ce n'est qu'à l'arrivée de la grêle que ce rou- 
lement prolongé a cessé pour faire place aux coups de tonnerre 
intermittents, comme pendant les orages ordinaires, et lors- 
que l'orage a été passé au Nord, ce même roulement a repris 
encore une fois depuis six heures trente-cinq jusqu'à six 
heures quarante-cinq. 

Aussitôt après la chute de grêle qui couvrait le sol d'une 
couche de plusieurs centimètres d'épaisseur, on a constaté une 
baisse thermométrique de 11^, de 24° est descendu à 13^ Le 
baromètre n'a oscillé qu'entre 763, 762 et 763"/". 

Le vent, pas fort heureusement, a varié du Sud-Ouest au 
Nord. 



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Ce violent orage, comme celui du 26, s'est abattu sur la ville 
de Bolbec comme une trombe d'eau et de grêle, produisant en 
moins de cinq jours des inondations des maisons et des caves 
de la ville et ravageant les récoltes aux environs, dont les 
pertes sont incalculables. Ces deux catastrophes métôoriqueft 
jettent la population de Bolbec et des environs dans Tépou- 
vante et la plus profonde consternation. 

Epis de blé le 10, on coupe les foins et les trèfles le 20. 



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Observations 


Météorologiqnes dn Mois d'Avril 1897, | 


JOURS 
du Mois 


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755,8 

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756.2 

757.2 

757. 

761.9 

764.9 

766.6 

750.7 



Observations priricipales 



k-i ^. 1 j ,Tf^ 



759-/*6 



Pluie, froid ^r vents forts du Nord. 

• grêle, neige. Tonnerre, éclairs, 5 h. du unatin. 

» neige, froid. 

■ matin, beau raprës-midi, froid. 
Beau froid ; le soir: aaréole lunaire. 
Pluie, neige, froid 

» grêle, forts vents 0., froid. 

> malin, beau l'aprës-midi. 

Gelée blancl^e matin ; pluie soir et i\v.i^ 

Pluie, frçid. 

Beau, vents très variable»; le so^r: Hflo lui^ire. 

Assçz beau, sans soleil. 

Plu^e matin, beau l'apres-midi; soir: aaréole lunaire. 

» forts v^nts Q. ; soir : auréole lunaire. 

» grêle. 
HalQ sol. partiel, 7 h. ài 8 h.; pluie raprè^midi et la i^it. 
Pluie, forts vente S. 0. et 0., le soir et la nuit. 

> forts vente 0. malin, froid. 

Halo sol. partiel 10 h. 30, pluie, forte vente S--0. soir.et nuit. 
Pluie, forte Y^nte matin. 

■ fine matinée. 
BroujiHani matin, froid. 
Gelée blanche, froid, l^eau. 

BfXOi sol. partiel à 6 1^., Parhélie, beau. 

> » » 

Tonnerra S.-O. et S.-E. de 4 h^ 30 è Ç h. 30 du soir, pfuie. 
Pfuie matin. Tonnerre et éclairs S.-O. S. S.-^. 7 h. à 9,li. soir. 
Beau, Tonnerre S. S.-E. à 2 h. 30 du soir. 
Pluie soir et nuit 



Minimum barométrique : 732-/»5 le 1«», ^ 11 h. du malin. 
Maximum » 773-/-5 le 15, à 9 h. du soir. ' 



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Observations météorologiques dn mois de Mai 1897, 



JOURS 
du Mois 



2 

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23 

24 



27 



30 
31 



TttauellIfjeBiei 



14 



II 

H 



0-/- 



2. 



2.5 

5. 
0. 



3. 



0. 



0.3 

2.5 

3.5 

0. 

9. 



30-/-8 



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26 



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faites à Tébleron (Seine-Inférienre), par A. Duménil. 


THERMOMÈTRE 






Minima 


Maxima 


MtyeBnsj 




Observations principales 


+6*7 


+13» 


+9*85 


761-/- 6 


Pluie, grêle le matin ; beaa le jour. 


4.2 


i5. 


9.60 


762.1 


Beau. 


5. 


U.5 


9.73 


763. 


Brouillard malin, pluie fine Taprès-midl. 


5. 


13.2 


9.10 


769.2 


Beau. 


4.8 


i2. 


8.40 


765.1 


Pluie. Forts vents 0. un peu de soleil vers 6 h. soir. 


o. 


12, 


8.30 


766.9 


Beau. 


3. 


11. 3 


7.25 


767.3 


Pluie, grêle matinée. 


8. 


16.8 


12.40 


767.6 


Brouillard matin. 


10. 


U. 


12. 


768.3 


Pluie matin, beau Taprës-roidi ; soir auréole lunaire. 


5.8 


15.2 


io.r.0 


766.2 


Beau. 


5.5 


10. 


7.73 


761.3 


Pluie, grêle matin, forts vents N. Pluie à nouveau la nuit. 


4. 


9.7 


6.83 


765.7 


> matin, grêle le soir, temps froid. 


Î.8 


Il 5 


7.15 


769.7 


Beau, mais froid, gelée à glace le matin. 


3.a 


U.8 


9.13 


772. 


» 


6. 


Kl. 2 


13.10 


773. 


» 


6.0 


14.2 


10.33 


768.3 


» forts vents N.-E. beancoup de poussière. 


9. 


in. 


12.50 


763. 


Brouillard matin. Orages S. S -E. le soir. 6 h. à 10 h. pluie. 


10.5 


18.8 


U.6,i 


762. i 


Brouillard matinée, beau Taprës-midi. Eclairs le soir. 


10. 


16.2 


13.10 


763.1 


Brouillard matin. Beau. 


8.3 


14.7 


11.50 


761.7 


Beau. Epais brouillard le soir. 


9.5 


19. 


14.25 


7G0.1 


m 


9.5 


16. 


12.73 


738.3 


m 


8. 


13.3 


10.73 


758. 


• 


7.6 


12.8 


10.20 


758.7 


Brouillard et petite pluie fine matinée. Beau Tapr^midi. 


7.6 


18.4 


13. 


759. 


Beau. Halo solaire complet de 11 h. à midi. 


7.8 


17.6 


12.70 


757.5 


Pluie le soir. 


10. 


18. 


U. 


757. 


9 » et la nuit 


7. 


13.3 


10.23 


737. 


» le matin, le soir et la nuit. 


9.6 


19. 


14.30 


738.5 


• matinée et forts vents S.-O. 


li.4 


' 24. 


18.20 


760.5 


9 fort coup de yent S.-O. vers 7 h. soir. 


10. 


21. 


13.50 


763.5 
763-/-3 


Beau. 


+7M8 


+ I3<'23 


+ 11«20 


Moyenne barométrique : 763-/"3lécëreraent super* à la normale 
Minimum . 757-/-, les 26, 27 et 28. 
Maximum » 774-/-, le 13 à 10 h. du matin. 



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ObéiHàtitfhs maam^e^ «t ftoiv «f^ Aiif m9f] 



JOURS 
du Mois 


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N. 0. 
S. E. 


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N. 0. 


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N. 


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— 


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S. 


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1 


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S. 


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— 


— 


— 


— 


— 


— 


1 


— 


- 




— 


N. 0. 


1 


13 


— 


— 


- 




- 


— 


— 




— 


- 




— 


N. 0. 


- 


16 




1. 


— 


— 


— 


- 


— 


— 


- 


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0. 




17 




0.5 


1 


— 


- 


— 


— 


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— 


— 




— 


N. 0. 




18f 




1. 


- 


— 


~ 


— 


- 


- 


— 


— 




— 


0. 




19 




2. 


— 


— 


— 


— 


— 




— 


— 




— 


N. 0. 




20 
21 

22 




8. 




— 


— 


— 


— 




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23 


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— 


— 


— 


— 


— 


- 


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— 




— 


S. 


1 


21 


1 


0. 


— 


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- 


— 


- 


— 


— 


— 




— 


S. 


- 


25 


— 


— 


— 


— 


- 


— 


— 


1 


- 


— 




— 


' N. 


- 


26 




2. 


— 


— 


— 


— 


— 


1 


1 


— 




— 


S. 


- 


27 




3.5 


— 


— 




— 


— 


— 


1 


— 




— 


S. 0. 


- 


28 




1.5 


— 


— 




— 


— 


— 


1 


— 




— 


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29 




0.5 


— 


— 


— 


— 


— 


— 


— 


— 




— 


S. O. 


- 


* 




45. 


1 


— 


— 


— 


— 


— 


1 


— 




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31 


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faites à Tébleron (Seine-Inférieure)» par A. Dnménil. 



THERMOMÈTRE 



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Minima 


Maxima 


ItyeBoei 


+12- 


+ 19* 


+15.50 


9. 


18. 


13.50 


9.7 


22. 


15.85 


ii.4 


14.6 


13. 


H.2 


18. 


14.60 


12.5 


•22.2 


17.35 


12.6 


20.6 


16.60 


12.8 


20.5 


16.65 


13. 


18. 


15.50 


12. 


16.7 


14.35 


8.5 


22. 


15.25 


13.2 


25. 


19.10 


14.5 


26.5 


20.50 


13.5 


20.5 


18. 


10.8 


22. 


16.40 


11.5 


19.5 


15.50 


8.8 


16. 


12.40 


8.6 


16.8 


12.70 


9.2 


16. 


12.60 


9.5 


16.5 


13. 


9.5 


19. 


14.25 


12.3 


25. 


18.65 


15. 


26. 


20.50 


17.7 


28.5 


23.10 


17. 


27. 


2Î. 


15. 


29. 


22. 


17. 


23. 


20*. 


17. 


24. 


20.50 


17. 


22. 


19.50 


13.5 


24. 


18.75 


- 


— 


— 


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+21*4 


+17^ 



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761 -/f 8 

764.7 

765.8 

764.4 

765.4 

766.6 

766.6 

782. 

759. 

766.4 

769.5 

770. 

770. 

770. 

770. 

765.8 

764.2 

757.1 

765.4 

760.8 

768.4 

770. 

765.5 

763.4 

7ft4.2 

762.2 

760.5 

762.8 

763.1 

763.4 



765-/- 



Observations principales 



Plaie matinée, beau raprës-midl. 

• Tonnerre S.-O. matin, brouillard le soir. 
Beau. 

Brouillard trës épais à 100 mMres. 
> • » 

» matinée, beau Paprès-midi. 
Léger brouillard matin. Beau. 
Pluie abondante. Orage S. S.-E. à 10 h. du soif. 
Pluie, forts vents 0. 
Pluie fine matin, beau raprës-midl. 
Très beau. 



Brouillard très épais à 80 mëtres matin, beau Tapr^^idL 

Beau. 

Pluie, forts vents 0. Taprès-midi, baisse barométrique. 

> grêle, forts vents N.-O , froid. 

» forts vents 0., froid. 
Forts vents N.-O., froid. Pluie soir et nuit. 

• 0. Pluie matinée. 
Beau. 

• brouillard matin. 
• 

Gouttes Taprës-midi 

Beau. Brouillard soir et nuit. 

Brouillard matin. Orages Taprës-midi. Pluie. 

Pluie. Orages. 

» • 

» matin, beau Taprès-midi. 

• Orages, grêle. Récoltes endommagées. 



Minimum barométrique : 756-/-5 le 18 de 2 b. à 8 h. ^éilr 
Maximum > 770-/- les 11, 12, 13, 14,15, 16, 22 et 23 

Moyenne • 765»»/-. 



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PROCÈS-YERBAUX DES SÉANCES 



Séance du 9 Avril 1897 
Présidence de M. LEVARKY. Président 



Sont présents: MM. Alfred Brunet, A. Barrey, Chamard, db la 

JUGANIÉRB^ Depuis, D** H. FaUVEL^ GlANEUR, HoUDRT, Le MiNIHT DR 

LA ViuEHERvÉ, Levarey, Mack, Alph. Martin, Robert Martin, 
MiLLARD, Neveu et Rident. 

Excusé : M. Lamt. 

Après la lecture du procès-verbal de la séance de Mars, lequel 
est adopté sans observations, M. le Président communique à 
rassemblée un certain nombre de lettres et documents adressés 
à la Société. 

Puis M. Levarey fait connaître qu'il a reçu de la Société 
archéologique de Tarn-etGaronne plusieurs lettres dans 
lesquelles le Président de cette Association l'informe qu'il se 
rendra, avec un groupe de Membres, à Candebec, St-Wandrille 
et enûn au Havre, où lui et ses collègues seraient heureux de 
se rencontrer avec les Membres de la Société Havraise d'Études 
diverses. — M. le Président a répondu que le Bureau de notre 
Compagnie se ferait un plaisir de les recevoir et de leur servir 
de guide pendant les quelques heures qu'ils passeront dans 
notre ville. 

M. le Président se demande si, en dehors de cette réception, 
il ne serait pas bon d'organiser un punch intime auquel seraient 
conviés ces visiteurs. 

Plusieurs Sociétaires croient, en effet, qu'il serait d'un 
excellent esprit de confraternité de réunir, au cours d'une 
petite soirée intime, les Membres de la Société archéologique 
de Tarn-et-Garonne et ceux de la Société Havraise d*Études 
diverses. 



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- 24K - 

La Société décide donc, après un échange d'observations, 
d'organiser un punch par souscription pour les Membres de 
la Société et d'y inviter les Membres de la Société de Tarn-et- 
Garonne qui seront présents au Havre. 

M. le Président informera son collègue de Montauban de la 
décision qui vient d'être prise. 

M. le Président communique ensuite deux lettres adressées 
par MM. Bailhache et Herrenschmidt par lesquelles nos deux 
collègues envoient leur démission de Membres de la Société. 

Après avoir exprimé les regrets que cause à la Société la 
détermination prise par ces Membres, M. le Président propose 
de nommer deux délégués chargés de faire une démarche 
auprès de M. Bailhache en vue du retrait de sa démission. 
MM. RidentetLeMinihy acceptentlamission qui leur est confiée 
par rassemblée. 

Quant à M. Herrenschmidt, dont la démission était prévue 
depuis quelque temps déjà, M. le Président pense, qu'en raison 
des motifs invoqués (exigences professionnelles), il n'y a pas 
lieu d'insister auprès de notre collègue pour le faire revenir 
sur une détermination qui lui paraît d'ailleurs irrévocable. 

Sur la proposition de plusieurs Sociétaires, l'assemblée 
décide, conformément aux Statuts, d'accorder à M. Herren- 
schmidt un congé annuel et renouvelable jusqu'au jour où 
notre collègue pourra revenir parmi nous et prendre part à nos 
travaux. 

M. le Président dépose sur le bureau une brochure intitulée : 
La photographie du spectre infra-rouge et étude des rayons Rœntgen 
que Fauteur, M. Nodon, membre correspondant, a bien voulu 
faire parvenir pour la bibliothèque de la Société. 

Des remerciements sont adressés au donateur. 

Les communications étant épuisées, M. le Président donne 
la parole à M. Le Minihy de la Villehervé pour la lecture de son 
rapport général sur les travaux de Tannée 1896. 

Notre honorable collègue, au cours de son travail, signale, 
étudie et critique quelquefois, très courtoisement d'ailleurs, 
les différentes productions des Sociétaires de l'année écoulée, 
et après avoir mentionné les faits les plus saillants auxquels 
a été mêlée la Société Havraise d'Études diverses, notre rappor- 



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-îtt- 

tenr génétU exprime, en termes empreints de généreux senti- 
ments de sympathie, les regrets qne nous a causés la disparitioù 
de plusieurs de nos collègues durant Texercice 1896. 

Le rapport de M. Le Minihy, souligné par des applaudis- 
Éeïnents, est approuvé par l'assemblée. 

M. le Président adresse à notre collègue les remerciements 
de la Société pour la tâche, généralement délicate, qui! a bien 
voulu accomplir. 

L'impression du rapport, mise aux voix, est adoptée. 

M. Alfred Brunet soumet lès comptes de Texerèice 1896. Ces 
comptes sont approuvés et des remerciements sont votéfif en 
faveur de, notre dévoué trésorier. 

Concours FoUoppe. — La Commision du concours de poésie 
de 1896 ayant achevé son travail d'examen et dé classement, 
M. le Président prie M. Chamard, rapporteur de cette Commis- 
sion, de bien vouloir faire connaître les décisions de la 
Commission (le rapport sera lu à la prochaine réunion). 

La Commission propose à la Société, en raison de llnsuffi- 
sanCe des travaux présentés pour le concours FoUoppe de 1896, 
dé n'accorder que deux mentions avec médailles à titre d'encou- 
ragement. 

Ces deux mentions sont attribuées : 

1* au manuscrit intitulé : La Gerbe du pauvre ; 
V au manuscrit ayant pour titre : Pâquerettes. 

Conformément à Tarticle 5 du règlement du concours, M. le 
P^ésident ouvre les billets cacheté^ concernant ces deux 
manuscrits, et constate que Tauteur de La Gerbe du pauvre est 
M. Gabriel Monmert, instituteur au Havre, et qneX^^ Pâquerettes 
ont pour auteur M. Emile Montier, avocat k la Cour d'appel de 
Rouen, déjà lauréat de la Société. 

M. lé Président est heureux d'adresser à ces deux lauréats lés 
félicitations de la Société, et charge M. le Secrétaire de leur faire 
connaître par lettre le résultat du concours. 

Revenant sur la question de la publicité des conèours 
anïiuels, déjà agitée à la dernière séance, plusieurs Sociétaires 
(lemàrident la nomination d'une sous-Commîssion qui aurait 
pour mission de rechercher les meilleurs moyens i èiflployêr 



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- 1«7 — 

pbirf irtiiêh à donner titie publicité aussi lîirge qu'éfBcacè 
à cè'à cohcodrs. 

Cettd sous-Commission, composée de MM. Rident, Chamard 
et Leroi, dressera, de concert avec le Bureau de la Société, titiô 
liste des revues, journaux, etc., auxquels le programme devra 
6lte envoyé. 

M. de la Juganière termine la lecture de la première partie 
de son étude intitulée : Comment l'armée vendéenne fut amenée à 
mettte le siège devant Granville. En raison de Theure avancée, 
nôtre collègue renvoie la lecture de la deuxième partie de son 
travail k la réunion de Mai. 

Il est ensuite procédé au vote sur l'admission de clnti 
nouveaux Membres. 

Les scrutins étant favorables, M. le Président déclai*e 
MM. Godet, Fpllain. Gallet, Coudeloup et Rouget-Marseille 
îidinîs l^iï qualité de Membre^ de la Société. 

La séance est levée à onze heures. 

Le Secrétaire, 
Jean Mkcsi. 



Séance dn 14 Mai 1897 
Présidence de M. RIDENT, Vice-Président 



Sont présents : MM. A. Barret, Blanadet A. Blért, Alfred 
Brunet, Chamard, Coudeloup, d'Alissac, Delacroix, Dupuis, Follair, 
Gallet, Glaneur, Godet^ de la Juganière, Louis Lamy, Le Minihy de 
LA VillÊhervé, Jean Mack, Alph. Martin, Neveu, Rident et Rouget- 
Marseille. 

Excusé : ïï. Lêvarëy. 

Après avoir communiqué à l'assemblée divers documents 
parvenus à la Société depuis la réunion d'AVril, M. le Président 
souhaite, en quelques mots aimables, la bienvenue aux 
Heiùbres récemment admis au sein de la Société et qui ont 
bien voulu assister à cette séance. Il espère que nos nouvesmx 



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— 248 — 

collègues, MM. Rouget-Marseille, Gallet, FoUain, Godet et Coude- 
loup tiendront à participer activement aux travaux de la Société. 
M. Rouget-Marseille dit qu'ils feront tous leurs efforts pour se 
rendre utiles à notre association ; quant à lui, il assure la 
Société de tout son concours. 

M. le Président informe l'assemblée que Tun des membres 
correspondants de la Société, M. Nodon, vient d'être nommé, 
par M. le Ministre de Tlnstruction publique, Officier d'Académie 
pour ses travaux scientifiques dont les derniers ont été commu- 
niqués au Congrès des Sociétés savantes qui s'est tenu récem- 
ment à la Sorbonne. M. Rident est lieureux d'adresser à notre 
collègue les sincères félicitations de la Société pour cette distinc- 
tion bien méritée. 

La parole est ensuite donnée à M. Louis Lamy qui veut bien 
lire une poésie dont il est lauteur, intitulée : Le Vieux Château, 

M. le Président remercie notre collègue et met aux voix 
l'impression de cette pièce de vers dans le Recueil de la 
Société. — Adopté. 

M. Chamard, rapporteur de la Commission d'examen au 
concours Folloppe de 1896, donne connaissance du rapport 
qu'il a rédigé au nom de ladite Commission. Ce travail renferme 
quelques critiques sévères mais non acerbes sur divers manus- 
crits soumis au dernier concours ; il contient aussi de justes 
éloges adressés aux auteurs des deux manuscrits couronnés : 
La Gerbe du pauvre et Pâquerettes, et propose d'insérer dans 
notre Recueil quatre pièces de vers extraites, les deux premières 
de La Gerbe du pauvre de M. Monmert, et les deux autres des 
Pâquerettes de M. Emile Montier. 

L'assemblée félicite M. Chamard et M. le Président lui adresse 
ses remerciements. — L'impression de ce rapport, mise aux 
voix, est adoptée. 

M. de la Juganière termine la lecture de son étude : Comment 
l'armée vendéenne fut amenée à mettre le siège devant Granville. 

M. le Président demande à notre collègue s'il lui serait 
possible d'intercaler dans le texte un ou deux des plans qu'il 
a bien voulu soumettre à rassemblée au cours de ses lectures. 
M. de la Juganière répond affirmativement. 



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^. ':^ 



— 24Ô — 

M. Martin lit une note historique ayant pour titre : Havraù 
et Malomns au XVIIP siècle. 

M. le Président remercie nos deux collègues et propose Tim- 
pression de leurs travaux dans le Recueil de la Société. Cette 
proposition est adoptée. 

La lecture de l'étude de M. Diard : L'éducation des femmes 
d'après Molière est renvoyée à la séance de Juin, M. Levarey, 
possesseur du manuscrit, ne pouvant assister à cette réunion 
pour raison de santé. 

La séance est levée à onze heures. 

Le Secrétaire, 

Jean Magk. 

Séance du 18 Juin 1897 
Présidence de M. LEVAREY, Président 



Sont présents : MM. A. Barrey, A. Bléry, Alfred Brunbt, 
Chamard, d'Alissac, D'' H. Fauvel, Glaneur, Houdry, Louis Lamy, 
Levarey, Jean Mack, Alphonse Martin, Millard, Neveu, Rident et 
Rouget-Marseille. 

M. le Président dépose sur le bureau un certain nombre de 
volumes adressés pour la Bibliothèque, et communique à 
l'assemblée la correspondance reçue par la Société depuis la 
dernière réunion. 

La parole est ensuite donnée à M. Rident qui a bien voulu 
se charger de nous lire une comédie de M. Robert de la 
Villehervé, membre correspondant. 

Cette comédie inédite L'Etrenne est d'une finesse exquise et 
fait valoir, une fois de plus, le véritable talent poétique de 
notre concitoyen. 

L'assemblée exprime sa satisfaction en soulignant par des 
applaudissements la lecture de Toeuvre de M. Robert de la 
Villehervé. 

Sur la proposition de M. le Président, rassemblée décide 
l'impression de cette comédie dans le Recueil et adresse des 
félicitations à son auteur. 



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- 280- 

Puiâ M. Rouget-])farseille nous communique une étude mr 
le système des impôts et le moyen de remédier au déficit 
l(^dgét2^i^ç. 

Les conclusions de ce travail, très étudié d'ailleurs et fofi| 
clair, amènent une discussion intéressante. Quelques memi>ee§ 
qppibattent le moyen mis en avant par M. RougeÇ-^^spUle 
(lequel consiste îi frapper la rente d'up ipaROt de ciocipjptç 
centimes poi^r cent francs.), se basant sur ce qijie l'E^, ^ 
s'estengagé à ne jamais imposer larente, ne p^ut, s^^jE^iUj^f ^ 
ses engagements, diminuer, sans leur consentement, le revenu 
des porteurs de titres de rente ; il pourrait seulement, et c'est 
là son droit, faire une conversion qui laisserait toute liberté 
aux rentiers pour accepter, laissant leurs fonds placés sur TEtat 
aux taux réduits de 3 ou de 2 1/2 0/0, ou de refuser en 
retirant leurs capitaux pour les plaçef ?^iUeurs, dans l'industrie, 
le commerce, etc. 

Après cette discussion, M. le Président métaux voixTimpres- 
sion du travail de notre collègue. L'impression est votée et des 
remerciements sont adressés à l'auteur. 

M. Leyarey lit ensuite quelques chapitres d'une étud^ ^^i^tf 
littéraire d'un de nos distingués Membres çprr^apôM^flitL 
M. Diard, professeur agrégé des lettres. 

Cette étude intitulée De Védmation des filles^ ^^^^ M^lj^fi^ ^^ 
F^neton paraît intéresser d'une façon spéciale ras5eipbj,é^. §>\^r 
la demande de plusieurs Membres, M. Levarey co,ntinuejra çç^e 
lecture à la prochaine réunion. 

M. le Président propose îdès maintenant VimpreafjjOç. du 
^rayail de M. Diard dans le Recueil de la Sociél^é. Cette, proposi- 
tion est adoptée. 

M. Martin communique à l'assemblée une étude hisjjçpque 
faite en collaboration avec notre collègue M. Bra,quehai^^çur,la 
Longévité au Havre et en Normandie. 

L'impression de cette étude, miseau^ ypix, es^t ^(Jopfée^ 

h^ séancç, est leyiée à d,ix heurps trente. 

Le Secrétaire, 

Jean IficK. 



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T.A.BLB 



Pai 



Havrais et Malouins au xvin* siècle, par MM. Â. Martin. 

Le vieux Château, par M. Louis Lamy 

L'Etrenne, par M. Robert de la Yilleheryé 



Étude sur le système des Impôts et le moyen de remédier au déficit budgé- 
taire, par M. Casimir Kocget-Marseille 



De l'Éducation des Filles, d'après Molière et Fénelon, par M. Diard. 



Rapport fait au nom de la Commission du Concours^ Folloppe pour 1897, 
par M. Chamard 

Obsenrations météorologiques de Tannée 1897 (avril, mai et juin), par M. A. 
DUMÉSIL 2 

Procès- Verbaux des Séances 2 



Pv^ 



^ 



Havre — Imprimerie Micaux, rue Jules-Lecesne, 20. 



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RECUEIL 

DES 

PUBLICATIONS 

DE LA 

SOCIÉTÉ HAVRAISE D'ÉTUDES DIVERSES 

DE LA e4'>*< ANNÉE 

1897 



TROISIÈME TRIMESTRE 



Le ÎÏAVRE 

IMPRIMERIE H. MICAUX 

1897 



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XX responsabililé des opinions el assertions 
?5 dans les Ouvrages publiés n'est pa^ ac- 
e par la Société et reste à leurs auteurs. 



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CONSIDERATIONS 

sur la richesse immobilière et les recettes budgétaires 
des Villes du Havre et de Rouen 



par M. ROUGET-MARSEILLE 

Membre résidant. 



Messieurs, 

11 a été si souvent question dans notre département de 
Timportance commerciale et industrielle des Villes de Rouen 
et du Havre, oserais-je dire même de leur rivalité, qu'il m'a 
semblé utile de vous entretenir de leur situation financière et 
de mettre sous vos yeux la division de leur fortune spéciale et 
ensuite celle de leurs principales sources de recettes. 

Mon travail, basé sur des documents sérieux et très véridiques, 
est absolument exempt de toute critique à l'égard de qui que 
ce soit. 

Je n'ai qu'un seul désir, c'est que l'examen attentif de ses 
ré^iiltals serve peut-être dans Tavenir à l'étude de projets 
pouvant dégrever notre ville des charges qui l'obèrent et 
piovoquer aussi rétablissement de mesures propres à assurer 
d'une façon plus rémunératrice la rentrée des taxes générales 
de son budget. 

Pour mémoire, je rappellerai que la population des deux 

villes se rapproche sensiblement. Celle de Rouen se divise 

ainsi : 

Municipale 107.050 

Totale 114.817 

Celle du Havre : 

Municipale 117.009 

Totale 119.470 



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— 264 — 

En réalité, en ne tenant compte que de la population miatA- 
cipale, le futur chef-lieu de la « Seine-Maritirtie » a IO.(Wft 
habitants de plus que la vieille capitale de la Normandie. La 
richesse du Havre a progressé comme sa population et Ton 
trouve une preuve de sa vitalité dans la valeur considérable 
des propriétés immobilières appartenant en propre à la ville du 
Havre et qui dépasse trente-trois millions, alors que. la valeur 
de celles de la ville de Rouen n'est supérieure qtre de qoatdfîfe 
millions. Chiflre infime, comparativement à la récente origine 
de la cité de François P', « Franscescopolis >>. fondée en 1516, 
et à l'ancienneté de « Rotomagus ». antique capitale des 
« Veliocasses », de « Rudomum », centre de la V Lyonnaise 
romaine, devenue depuis la patrie de Corneille, de Fontenelle, 
et dont l'origine se perd dans la nuit des temps. 

En outre, ce chiffre de quatorze millions se trouve réduit par 
suite de propriétés dont la ville de Rouen n'aura la jouissaïïce 
complète que dans un laps de temps très éloigné, ainsi que je 
l'expliquerai plus loin. 

Le chiffre total des propriétés de la ville du HàVre e^ die 
trente-trois millions trois cent mille ttancs, auxquels M fciot 
ajouter un million pour la valeur des collectiofis ées iMMêtid 
et du muséum d'histoire naturelle. A Rouen, te chtffire total 
des propriétés de la Ville est de quarante-six millions huit eeiH 
mille francs et celle des remarquables collections de ses beaint 
musées de trois millions sept cent mille francs, d'où un total 
de cinquante millions cinq cent mille francs. 

Donc, Le Havre 34.300.600 francs 

— Rouen 80.800.000 — 

Différence l6 . 200 . 000 francs 

Ainsi répartie : 

Propriétés 13.800.000 francs 

Collections 2.700.000 — 

Voici maintenant la division par groupements généraux : 

Hôtel de Ville et annexes 

Le Havre... 2.600.000 fr., Rouen Ï.SOO.OOOfr. 

En plus, Le Havre 800,000 francs. 



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- 268 -- 

Ecoles diverses de garçons et de filles, (primaires, supérieures, mater^ 
nelles, professionnelles, ménagères, d'apprentissage, etc.) 

Le Havre... «.800.000 fr. Rouen 8.150.000 fr. 

En plus, Le Havre i. 350. 000 francs 

Temples protestants 
Le Havre 330.000 fr. Rouen 330.000 fr. 

Eglises catholiques 

Le Havre. ... 3 600.000 fr. Rouen 8.870.000 ff . 

En plus, Rouen 5.270.060 francs 

Provenant en grande partie de la magnifique é^ise gothique 
de Saint-Ouen dont la valeur artistique incontestable est esti- 
mée trois millions six cent mille francs. 

Presbytères 

Le Havre 160.080 fr. Rouen 3S0.0O0 fr. 

En plus, Rouen 190.000 francs 

Provenant en partie du beau presbytère de Saint-Maclou, 
estimé 120.000 francs. 

Bâtiments divers {justice de paix, abris d'ouvriers, fourneaux ali- 
mentaires, morgue, lavoirs publics ^ réservoirs, etc.). 

Le Havre 490.000 fr. Rouen 680.000 fr. 

En plus, Rouen 160,000 francs 

Parmi le chiffre de Rouen, figure 35.000 francs pour la nue- 
propriété des chalets et kiosques de commodité dont la ville 
n'aura la jouissance qu'en 492i. 

Hôtel des Douanes 

Le Havre Néant Rouen 1.100. 000 fr. 

En plus, Rouen 1.100.000 francs 
Au Havre, l'hôtel des Douanes appartient à l'Etat. 

Bispensaires 

Lel!avi*e 100.000 fr. Rouen lOO.OOOtr. 

Pas de différence 



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-266 — 

Squares, promenades, jardins publics de toutes sortes^ etc. 

Le Havre 3.300.000 fr. Rouen 2.200.000 fr. 

En plus, le Havre 1.100.000 francs 

Théâtres, accessoires, magasins aux décors, etc. 

Le Havre i. 500.000 fr. Rouen 2.800.000 fr. 

En plus, Rouen 1.300.000 francs 

Halles, abattoirs, marchés aux bestiaux, marchés divers, etc. 

Le Havre 3.630.000 fr. Rouen 4.600.000 fr. 

En plus, Rouen 970.000 francs. 

Musées divers, muséums d'histoire naturelle 

Le Havre 1.950.000 fr. Rouen 2.450.000 fr. 

En plus, Rouen 500.000 francs 

Collections des divers musées 

Le Havre 1.000.000 fr. Rouen 3.700.000 fr. 

En plus, Rouen 2.700.000 francs 

Cirques 

Le Havre Néant Rouen. 200.000 fr. 

En plus, Rouen 200.000 francs 

Il y a lieu d'ajouter que la ville de Rouen n'a que la nue-pi*o- 
priété du cirque, ne devant en avoir la jouissance complète 
qu'en 4924. 

Bureaux d'octroi 

Le Havre 200.000 fr. Rouen 100.000 fr, 

En plus. Le Havre 100.000 francs 

Casernements divers, casernes de pompiers, postes de police, etc. 

Le Havre 740.000 fr. Rouen 1.900.000 fr. 

En plus, Rouen 1.160.000 francs 

Cimetières 

Le Havre 500.000 fr. Rouen 1.100.000 fr. 

En plus, Rouen 600.000 francs 



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— 267 ~ 

DockSy entrepôts 

Le Havre Néant Rouen 3.600.000 fr. 

En plus, Rouen, 3.600.000 francs 
Au Havre, les docks n'appartiennent pas à la ville. 

11 est vrai d'ajouter aussi qu'à Rouen la ville n'en a actuelle- 
ment que la nue-propriété et qu'elle n'en aura la jouissance 
complète que dans une période très éloignée, en 4975 

Lycée de garçom 

Le Havre 2.500.000 fr. Rouen 2.400-000 fr. 

En plus, le Havre 400.000 francs. 

Lycée de filles 

Le Havre 900.000 fr. Rouen 580.000 fr. 

En plus, Le Havre 350.000 francs 

Service général des eaux (bâtiments, annexes, servitudes, réservoirs, 
Canalisations complètes) 

Le Havre 4.000.000 fr. Rouen 4.300.000 fr. 

En plus, Rouen 300.000 francs. 

Au Havre, les usines et canalisations sont la propriété de la 
ville, moyennant une redevance de 375.000 fr. par an à l'an- 
cienne Société des eaux jusqu'en 4954. (Transaction du 19 mai 
1885, approuvée par le Préfet le 9 juin 1885). 

A Rouen, la ville n'en a que la nue-propriété et n'en aura la 
jouissance complète qu'en 4945. 

Propriétés diverses (immeubles, terrains, délaissements) fournissant 

un revenu 

Le Havre 300.000 fr. Rouen 800.000 fr. 

En plus, Rouen 500.000 francs 

Les propriétés du Havre se divisent ainsi : 

1" Au Havre 200.000 francs 

ï* A Saint- Laurent et communes voisines. 100.000 — 

Celles de Rouen se divisent, savoir : 

1* A Rouen 550.000 francs 

2" A Darnétal, Saint-Martin-du-Vivier, Pe- 
tites-Eaux, etc 250.000 - 



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Monuments historiques spéciaux 

Le Havre Néant Rouen i.lOO.OODïi'. 

En plus, Rouen i. 100.000 francs 

Parmi les monuments de Rouen figurent la tour et l'ancienne 
église Saint-Laurent, la tour du Beffroy, la tour de la Grosse- 
Horloge, la fontaine monumentale de la rue de la République, 
la fontaine de la Crosse, la fontaine de la Croix-de-Pierre ; 
enfin la tour aux Normands (rue des Espagnols) et la tour Saint- 
André (rue Jeanne-d'Arc). 

Ecoles des sciences, de médecine, etc.. laboratoires, etc, amphithéâtre 
de physique, etc. 

Le Havre Néant Rouen. 650.000 fr. 

En plus, Rouen 650.000 francs 

Ces diverses écoles n'existent pas au Havre. 

Je vais passer maintenant à Texamen des principales recettes 
budgétaires annuelles, en laissant de côté une grande quantité 
de petits articles sans importance réelle ou s'appliquant à des 
opérations d'ordre purement administratif. 

I* RECETTES PROVENANT D'IMPOSITIONS 

Centimes ordinaires sur les contributions foncières, personnelles 
et mobilières 

LeHavre 61.000fr. Rouen 65.000 fr. 

En plus, Rouen 4.000 francs 

Centimes pour chemins vicinaux sur les quatre contributions 

LeHavre 125.000 fr. Rouen 85.000 fr 

En plus, Le Havre 40.000 francs 

Provient de ce qu'au Havre il y a une imposition de 8 cen- 
times alors qu'à Rouen elle n'est que de 3 centimes 8â3. 

8 centimes sur les patentes 

LeHavre 70.000 fr. Rouen 65.000 fr 

En plus, Le Havre 5.000 francs 



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— idsr — 

3 centimes pour frais de perception 

Le Havre 30.000 fr. Rouen 30.000 fr. 

Pas de différence 

fl2 centime pour secours aux réservistes 

Le Havre 13.000 fr. Rouen 13.000 fr. 

Pas de différence 

Centimes extraordinaires pour remboursement des annuités 
d'emprunts 

Le Havre...... 770.000 fr. Rouen 780.000 fr. 

En plus, Rouen 10,000 francs 

Les centimes imiH)sés de ce clief sont : 
Au Havre de 30 1/2 
A Rouen de 30 3/4 

2^ ATTRIBUTIONS DIVERSES 

l*» Sur chevaux et voitures 

Le Havre 1.000 fr. Rouen 2.000 fr. 

En plus, ftofuen 1.000 francs 

2» Sur vélocipèdes 

Le Havre 4.000 fr. Rouen 3.000 fr. 

En plus. Le Havre i .000 francs 

3* Sur permis de chasse 

Le Havre 6.000 fr. Rouen 6.000 fr. 

Chiffre égal 

3« ^RECETTES Ot TOUfE NAtUfeË 

Rôles de la taxe des chiens 

Le Havre 35.000 fr. Rouen 39.000 fr. 

En plus, Rouen 4.000 francs 



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— 270 — 

Droits d'octroi 

Le Havre Rouen 

Ordinaires 2 . 800 . 000 francs 3 . 300 . 000 francs 

Décimes et surtaxes 

diverses 800.000 — 590.000 - 



Totaux 3.660.000 francs 3.890.000 francs 

En plus, Rouen 230.000 francs 

Droits Je péage 

Le Havre Néant Rouen 150.000 fr. 

En plus, Rouen 150.000 francs 

Ce droit est payé par les navires entrant dans le port de 
Rouen. 

Droits de pesage, mesurage, etc. 

Le Havre 37.000 Ir. Rouen 56.000 fr. 

En plus, Rouen 19.000 francs 

Abattoirs 

Le Havre 100.000 fr. Rouen 120.000 fr. 

En plus, Rouen 20.000 francs 

Marchés aux bestiaux 

Le Havre 20.000 fr. Rouen 100.000 fr. 

En plus, Rouen 80.000 francs 

Marchés divers, foires, etc., étalages mobiles, etc. 

Le Havre 145.000 fr. Rouen 275.000 fr. 

En plus. Rouen 130.000 francs 

Service des eaux 

Le Havre 500.000 fr. Rouen 101 .500 Ir. 

En plus. Le Havre 398.500 francs 

Mais il est bon d'ajouter que la ville du Havre est grevée 
d'une annuité de 375.000 fr. jusqu'en 1943. 

La recette de Rouen se décompose ainsi : 



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— 271 — 

Redevance annuelle de la Compagnie 70.000 francs 

Intérêts annuels d'une somme de 700.000 fr. 
due par la Compagnie à la ville (au taux de 
4 i/2 0/0) et dont la ville peut retarder indéfi- 
niment le remboursement, en vertu d'une con- 
vention du 1'^ avril 1887 31 .500 — 

Redevances des docks, entrepôts 

Le Havre 250.000 fr. Rouen Néant 

En plus, le Havre 250.000 francs 

Redevance de la Compagnie du Gaz 

Le Havre 125.000 fr. Rouen 165.000 fr. 

En plus, Rouen 40.000 francs 

Redevances" des Compagnies électriques 

Le Havre 40.000 fr. Rouen 75.000 fr. 

En plus, Rouen 35.000 francs 

Produit des Ecoles de médecine 

Le Havre Néant Rouen 40.000 fr. 

En plus, Rouen 40.000 francs 

Location et occupation des propriétés communales 

Le Havre 9.000 fr. Rouen 90.000 fr. 

En plus, Rouen 81 .000 francs 

La ville de Rouen possède de nombreux immeubles produc- 
tifs de revenus, enlr' autres Thôtel de la Douane donnant 
18.000 francs ; les dépendances du théâtre des Arts rapportant 
26.000 francs et enfin divers locaux affectés au service de la 
régie des contributions indirectes 3.000 fr. La ville de Rouen 
tire aussi actuellement un revenu de plus de 30.000 francs des 
immeubles acquis pour r>assainissement du quartier « Martain- 
ville » et rélargissement de diverses rues, entre autres celle du 
«Grand-Pont». 

Concessions dam le cimetière 

Le Havre 65.000 fr. Rouen 40.000 fr. 

• En plus, Le Havre 25.000 francs 



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L31 sojjftrn/^jde 65.000 fr^inçs nerepféçei?^ ^ft^lçç 1/3 cjlu Jftù- 
duit des concessions ; le surplus est affecté au bureau de bien- 
faisance. 

Droits de voirie 

LeHavre 40.Q00{p. Rouen iO.QOOfr. 

Pas de diflférenjoe^ 

moits .(/fi staUmmmt: 

l..^ftavre 5.000 fr. |louan. . . .a, . . . ♦A.flflftfr. 

Sq pjJMS, Rqu^i» 5.000 ftwcs 

Redevance di^ CmfiMmi^ 4^ tr^mw.^ ^^^Q^^ 

Ulfevre 30.000 fr. Rowan S.iWO 

En plus, lie Hav^e S^.QÛI^ fp^uiics 

Mais il y a lieu de remarquer qu'à Rouen le V réseau de 
tramways ne paie encore aucune redevance et que d*icî quel- 
ques années, il va y être assujetti, de même que le prenier 
réseau paiera plus lard un cbiifre plus élevé . 

Vente de fowrnUkiree sfipk^ires 

leUavi^e 65.000fr. w>um MPWt 

Ea plus. Le Bavre 6&.QÛ0.iraQCS 

Mais il y a lieu de considérer que sur la recette defiS.OOOfr. 
le bénéfice réel delà vente n'est que de 20.000 francs, le prix 
d'achat de 45.000 francs formant ailleurs une dépense d'ordre. 
Ce bénéfice de 20.000 francs est employé ^ alimenter la Caisse 

Intérêts de fonds placés 

Lç Havre 10.000 fr. Rouen 48.000 fr. 

En plus, Houen 3JB.000 fraacs 

Pour terminer, je vous dirai que la situation financière des 
deux villes se traduisait au 31 mars 1897 : 

l*' Le Havre : 

Fonds placés au Trésor 428.000 francs 

— — àlaC^is^ed^ Dépôts pour 
les retraites des employés .80.000 — 



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— 273 — 

L'excédent de recettes de l'exercice 1896 
clos à cette date s'élevait à * 470.000 francs 

Avec des réserves de dépenses pour un 
chiffre de 400.000 — 

V Rouen : 

!!• au Trésor 1.410.000 - 
2* à la Caisse des Dé- 
pots pour la retraite 
des employés 50.000 — 

L'excédent de recettes de 1896 s'élevait à. 1 .820.000 — 

Avec des réserves de dépense pour un 
chiffre de 1.500.000 - 



Tels sont, Messieurs, les chiffres sur lesquels j'ai retenu 
votre bienveillante attention. J'espère que leur aridité aura été 
compensée pour vous par le vif intérêt que vous portez à notre 
ville. Je laisse à chacun la conclusion qu'il voudra bien en tirer, 
au mieux des intérêts financiers de la belle cité qui a su con- 
quérir une si grande place dans le monde commercial et indus- 
triel et porter le bon renom de la Normandie à travers tous les 
continents. 



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LA CURE MARINE 

paf ni. le D' Henri FAUVEL 

Membre résidant 



' Nous habitons au bord de la mer et nous en ignorons les 
merveilleuses ressources. Nous prescrivons à nos malades des 
pilules, des sirops, des vins coâteux et malsains. Un médecin 
distingué, le docteur Lalesque, vient de publier une étude 
oomplète de la cure marine dans les traitements des piala- 
dies. Un de nos collègues, M. Barray, nous a intéressé bien des 
fois par ses observations météorologiques : il ne vous sera 
.sans doute pçis indififérent de voir Tatmosphère étudiée k un 
tout autre point de vue. C'est encore le résumé d'un livre no.u- 
yeau que je vous ofFre^ résumé non passif, ^emé parfois d'ob- 
servations et de critiques personnelles. 

L!étude de ratmospbère peut se diviser ^n trois parties : la 
première .étudie le milieu, c'est la clim(j^to\Qgie ; la seconde, l'ac- 
tion du miUeu sur Vorganisme, c'est la dimaHophysiologie ; la 
(troisième, ses. effets curatifs, c'est la çlixnuUothérapie. 

Première Partie. — Climatologie. — La France, baignée par 
trois mers, une grande, une moyenne, une petite, jouit de trois 
climats côtiers bien différents. 

La grande mer, c'est de la pointe du Raz à Hendaye, YOcéan 
Atlantique. La mer moyenne, d'Espagne en Italie, c'est la Mer 
Méditerranée, le lac au milieu des terres, comme son nom latin 
l'indique. La petite mer c'est la Mer du Nord. 

La grande mer possède des caractères fondamentaux, dont 



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-«0- 

l'ensemble constitue le climat atlantique, lequel, comme nous le 
verrons, est le véritable climat marin de la France. 

Certaines circonstances de topographie locale, nature ou relief 
du sol, présence ou absence de forêts, atténuent ou accentuent, 
ainsi que la latitude, les caractères primordiaux d'un climat ; 
il peut y avoir un climat breton, un climat girondin ; ce sont des 
nuances d'une entité climatique, non des climats différents. 

La cause des climats, c'est l'influence plus ou moins immé- 
diate des courants océaniens qui, sillonnant les mers en tous 
sens, répartissent leur calorique dans les trajets le long des 
terres souvent lointaines ; les continents heurtés ou hachés par 
les courants jouissent d'un véritable climat d'emprunt. 

La distribution de ces courants, chauds sur les côtes d'Europe, 
froids sur celles des Ëtats-Unis, est la cause de ce phénomène 
depuis longtemps connu que, dans notre hémisphère et k lati- 
tude égale, les côtes orientales des continents sont plus froi- 
des que les côtes occidentales. Ce principe est rigoureusement 
vrai et applicable, non seulement au bassin de l'Atlantique, 
mais aussi à celui du Pacifique. 

Des trois courants constants qui sillonnent l'Atlantique, le 
plus important, le Gulf-Stream, est un courant chaud. Dans sa 
course, quand l'atmosphère se refroidit jusqu'au-dessous de la 
glace fondante, il se maintient k 26** et au-dessus. « Son pou- 
voir rayonnant, au dire de Maury, est tel que la quantité de 
chaleur répandue sur l'Atlantique dans une seule journée 
d'hiver sufiQrait pour élever la masse d'air atmosphérique qui 
couvre la France et la Grande-Bretagne du point de congélation 
à la chaleur de l'été ». 

Arrivé à la hauteur du 46« latitude nord, le Gulf-Stream se 
divise en deux branches inégales : l'une, la plus importante, 
remonte vers l'Irlande ; l'autre se recourbe vers l'Espagne et le 
Portugal. De cette branche descendante se dégage un courant 
collatéral fort important pour nous, qui, après être entré dans le 
golfe de Gascogne et en avoir léché le littoral, rejoint la branche 
ascendante au niveau du cap Lizard. 

De là vient, vous le savez, que le myrte et le laurier fleurissent 
dans la verte Irlande ; de là viennent aussi les hivers pluvieux 



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— 277 - 

et doux de la Bretagne. Je ne puis vous relater les expériences 
curieuses et les discussions du prince Albert de Monaco ; cela 
nous entraînerait loin de notre sujet. Retenons simplement 
qu'une importante partie du littoral atlantique est baignée par 
des eaux à température élevée et constante. 

Etudions maintenant les caractères : A. Physiques ; B. Chi- 
miques ; C. Biologiques de l'atmosphère du littoral atlantique, 
pour bien nous rendre compte de ce qu'est un climat. 

Chaleur. — Les stations du Midi ayant été longtemps recher- 
chées pour fuir uniquement les rigueurs de l'hiver, on conçoit 
l'importance attribuée à l'élément chaleur. Maintenant, heu- 
reusement, on ne se base plus uniquement sur la chaleur et le 
thermomètre pour juger deja valeur thérapeutique d'un climat. 

Mais il importe de connaître la quantité moyenne de chaleur 
répartie, par année, par saison, par mois, par jour, à une con- 
trée. 

De là une recherche très importante pour l'établissement, 
pour la constitution d'un climat : 

La recherche des moyennes de la température ; 

La recherche du régime de ces moyennes. 

LdL moyenne annt^//e indique la quantité moyenne de chaleur 
que reçoit annuellement chaque point du littoral atlantique. 
Brest : 11- 77 ; Vannes : 11M7 ; Arcachon : 13* 34.- 

Le degré de ces moyennes classe le climat atlantique parmi 
les climats tempérés. 

La moyenne saisonnière est bien plus importante pour le mé- 
decin expatriant son malade dans telle ou telle station pour 
une période plus ou moins longue, il doit connaître surtout la 
formule de climatologie saisonnière. 

Automne Hiver Printemps Eté 

Brest 12» 91 6» 33 10^68 17M6 

Arcachon 14*>41 5^87 12^63 20^56 

Là s'aflBrme l'un des caractères du climat tempéré : les hivers 
ne sont pas froids, les étés ne sont pas chauds. La température 
des deux saisons de transition, automne et printemps, est 
d'une douceur remarquable. 



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\ vu 

Si nous envisagions les moyennes mensuelles, nous verrions 
que régale répartition de calorique y est surtout reinarquable. 
Le climat atlantique est non seulement tempéré, il est uni- 
forme. 

La région française de l'Ouest, dans la bande littorale, n'est 
pas plus froide en hiver que la région méridionale de Valence 
ou de Marseille, grâce à son climat d'emprunt. 

Il est regrettable, pour les moyennes diurnes, que les relevés 
therrhômétriques ne se fassent pas dans toutes les gtatloiis à la 
même heure. A Brest, ces relevés se pratiquent à 7 heures dû 
matin et à 8 heures du soir ; tandis qu'ils brit lieu â 9 heure* 
(du matin et à 5 heures du soir pour Arcachbn. il estimposàîbfê 
dès lors de rapprocher les résultats. 

Prenons les résultats d'Arcachon, observations à : 

1*» 9 heures du matin, 

2** Maximum diurne, entre 1 heure et 2 heures, 

3* 8 heures du soir. 

La moyenne de la température diurne comprise entre 9 h. 
matin et 6 h. soir est : 



Hiver 


7» 23 


Printemps 


14» 83 


Automne 


16" 23 



La température est essentiellement tempérée et douce. 

La connaissance des moyennes de température nous permet 'de 
déterminer la valeur calorimétrique d'un climat. 

Deux dimats peuvent avoir la même valeur calôrimétrî^ue, 
mais dififérer par la façon dont ce calorique leur est réparti. 

L'un peut le recevoir avec régularité et continuité, l'autre par 
saccades. De là, deux classes de climats différents : 1° Climats 
à régime thermique variable ; 2° Climats à régime thermique stable. 
Je ne puis ici reproduire les graphiques du livre de M. Lalesque; 
ils démontrent tous que la température diurne la plus stable 
appartient à l'automne. Puis viennent le printempis et l'hiver. 

Ce qui donne surtout une idée exacte de la stabilité ther- 
mique c'est l'amplitude de la variation riycthémérale de latèih- 



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pérature ; en d'autres termes, l'écart qui se produit chaque jour 
(intervalle de 24 heures) entre la température maximum et là 
température minimum. Moins l'amplitude est grande, plus le 
climat est stable. L'abaissement minimum du thern\omètre se 
produit vers le lever du soleil. Peu après son apparition au- 
dessus de l'horizon, le thermomètre se relève. L'ascension, en 
général rapide, présente deux types : l*» un type traduit par 
une ligne tendant à se rapprocher de la verticale, ascension di- 
recte; 2« un type représenté par une ligne oblique, entrecoupée 
de petites saccades : ascension troublée. L'ascension directe in- 
dique que l'échaufîement de l'air se fait avec une plus grande 
régularité de continuité, elle est liée à une plus grande séré- 
nité de l'atmosphère. 

Les deux mêmes types se retrouvent dans la descente. 

La recherche de la température nocturne acquiert de nos 
jours une grande importance. Grâce aux carreaux perforés, 
aux tendelets de tarlatane, à la cure de la fenêtre ouverte, les 
malades n'étant plus séquestrés comme autrefois, la méthode 
graphique est aussi utile la nuit que le jour. 

B. Uhumidité. — L'air renferme toujours une certaine quan- 
tité d'eau, sous deux états différents : invisible, la vapeur d'eau 
proprement dite ; visible, constituant les hydro-météores, dont 
le plus important est la pluie. La vapeur d'eau joue un rôle pro- 
tecteur pour les ipalades. Même invisible, elle fait à la terre un 
rajanteau protecteur qui met les malades à Tabri des grandes 
oscillations thermiques. 

L'intensité des rayons du soleil, le rayonnement, c'est-à-dire 
répiission de chaleur de la terre vers les espaces célestes sont 
bien atténués. Si la terre n'était pas entourée d'une couche de 
vapeur d'eau, la chaleur du jour serait excessive, même aux 
latitudes nord, tandis que les nuits, par suite du rayonnement, 
seraient très froides, même à l'équateur. Au Sahara, les nuits 
sont froides et pénibles, par suite de la sécheresse de l'air. La 
nuit, il y gèle. Partout où l'air est sec, les oscillations thermi- 
ques sont très étendues^ A Davos, grâce à l'absence de vapeur 
d'eau, j'ai vu les malades déjeuner dehors, au milieu de la 
neige. 

Au voisinage de la mer, où le degré de vapeur d'eau se rap- 



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— 280 — 

proche du point de saturation, les oscillations nocturnes et 
diurnes sont peu sensibles. 

L'état hygrométrique de Tair, c'est-à-dire son humidité relative 
ou fraction de saturation, est soumis à des oscillations annue/te*, 
saisonnières, mensmlles. 

Moyennes annuelles. — Dans tous les tableaux l'état hygromé- 
trique est représenté en centièmes. L'état hygrométrique 100 
indique que Tair est à son maximum de saturation. L'état 
88 p. 100 indique que l'air contient 85 p. 100 d'eau. 
Brest contient 88 7 
Arcachon — 77 

D'après Stennam Weber, un climat est : 

Très sec au-dessous de 88 pour 100 

Sec moyen entre 78 et 88 — — 

Humide moyen — 78 et 90 — — 

Très humide — 90 et 100 — — 

Le climat atlantique est un climat di'humidité moyenne. 

Les pluies. — Reste à calculer l^moyenne atmosphérique, c'est- 
à-dire la quantité moyenne de l'eau tombée. Elle est évaluée 
en millimètres. Longtemps, en médecine, on s'en tint à la 
moyenne thermométrique. 

« Une grande quantité de pluie, dit Stayens, ne constitue 
pas une condition aussi défavorable qu'on pourrait le croire. »> 
De même que pour la température, le point important réside 
moins dans la quantité que dans le régime de la pluie. 

Moyenne hygrométrique— En dehors des grandes lois qui régis- 
sent le mode de distribution des pluies sur les continents, il 
existe des conditions de topographie locale, modificateurs de 
ces lois. Tels sont : la proximité des grandes étendues d'eau 
(la mer en particulier), l'exposition au vent humide, le voisi- 
nage de montagnes, de collines, de forêts qui, arrêtant la va- 
peur d'eau, augmentent l'abondance des chutes d'eau sur un 
versant et la diminuent sur l'autre. 

Moyenne annuelle : 

Arcachon 899 m m. 9 
Brest 883 m m. 4 



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— 281 — 

Je passe sur les moyennes annuelles, sur les moyennes saison- 
nières et sur les moyennes mensuelles. 

Pour le régime des pluies, il m'est impossible de vous citer les 
observations patientes de M. Lalesque et je ne puis non plus 
vous faire passer sous les yeux ses tableaux et ses graphiques. 
Je vous les résumerai pourtant. 

De ces études, il ressort : 

l*Que la pluie tombe exceptionnellement pendant toute la 
journée sans discontinuer ; 

2* Plus fréquemment, la pluie tombe dans la journée, par 
averses, séparées par des éclaircies de plusieurs heures, au 
milieu desquelles le soleil brille ; 

3* Fait très important, très souvent la pluie tombe aux pre- 
mières heures du jour, par intervalles, jusqu'à 9 ou 10 heures. 
Puis alors, il y a une éclaircie, la pluie cesse et, après une ma- 
tinée voilée et humide, il y a une belle après-midi de soleil ; 

4** La pluie nocturne est propre à nos climats. Assez souvent 
une pluie abondante tombe la nuit, cesse tout le jour et reprend 
la nuit. Il se produit quelquefois ainsi des séries successives 
de 3 k 4 nuits pluvieuses avec 3 ou 4 journées de soleil inter- 
calaires. 

En général, dans nos climats, les averses sont fréquentes, 
mais de courte durée ; en général les pluies sont plus abon- 
dantes le matin ou la nuit. 

La pluie a une action marquée sur la température ; elle ré- 
lève constamment, non seulement pendant les pluies du jour, 
mais aussi au moment des pluies nocturnes. Phénomène très 
important pour le médecin et qui montre quelle source d'er- 
reurs se produit quand on envisage simplement le thermo- 
mètre dans l'appréciation médicale d'une station climatérique, 

La pluie est bienfaisante : relèvement et uniformisation de la 
température du jour; relèvement et uniformisation de la tem- 
pérature nocturne. 

Les vents, — Les vents jouent un grand rôle dans la constitu- 
tion sanitaire d'une station. 

Plusieurs éléments entrent en cause : la configuration des 



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côtes; autant de côtes> autant de régimes différents. Vi^w savez 
ce qu'on appelle la rose des vents. Ces roses sont construites e» 
portant sous le vent, c'est-à-dire dans la direction où une mo- 
lécule d'air serait entraînée. 

Pour Brestetpour Vannes,les deuxdirectionsprédominantes 
sontN.-E. et S.-O. C'est précisément la direction de la Mandïe. 

Pression atmosphérique. — On sait que la pression exercée par 
ratmosphèi*e sur tous les corps se mesure par la hauteur à la- 
quelle se maintient la colonne de mercure eu baromètre. 

Si l'on réunît les observations faites sur un grand nombre de 
points, on découvre V influence de la latitude. 

Sur la pression moyenne du baromètre il existe une zone 
dé faible pression vers Péquatèur (758 millim.). 

Entre le 10** et le 40** latitude nord, la pression augmente et 
atteint même un maximum de 765 millim. Versie pôle, la pres- 
sion diminue et arrive à 755 et 780 dans les contrées les plus 
septentrionales. 

L'air atmosphérique est à son maximum de pression au ni- 
veau de la mer. 

Dans un même lieu, la pression atmosphérique est soumise : 
!• à des variations périodiques et régulières ; V à des variations 
accidentelles et d'amplitude variable. 

L'oscillation diurne du baromètre dépend en partie dfe ré- 
chauffement du sol par les rayons solaires et de l'abondance 
des vapeurs formées le jour et condensées la nuit. Plus la t^m- 
pértiture variera entre le jour et la nuit, plus l'oscillation du 
baromètre sera marquée, et inversement. C'est à l'équateur 
que les oscillations du baromètre sont les plus marquées reiies 
peuvent atteindre 2, 3 et même 4 millim. ; dans nos régions, 
elles ne dépassent jamais un millimètre. 

' Si, à la surface du globe, les oscillations régulières ouirrégu- 
hères ne sont jamais assez profondes pour déterminer tes 
troubles physiologiques, produits expérimentalement dans les 
laboratoires ou dans les voyages en ballon, il n'en est pas moins 
acquis que plus le baromètre sera stable mieux lesnifJades'S'en 
trouveront. 



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-1183- 

Parmi tes oscillations irrégulières, nous pouvons noter : 
1* des descentes lentes, sans secousses ; 2^ des variations baro- 
métriques brusques, causées presque toujours par des orages 
violents ; 3** enfin les grandes oscillations de l'hiver, causées 
par les cyclones. 

Les variations barométriques sont bien moindres et moins 
brusques sur les côtes de Gascogne que dans la Manche. M. La- 
lesque déclare qu'Arcachon jouit d'une stabilité atmosphérique 
presque absolue. U convient d'ajouter que M. Lalesque exerce 
la médecine à Aroaohon. 

Caractères chimiques de F atmosphère. — Les cara^ères ctii- 
miques du climat marin découlent de la présence dans son 
•atmosphère de divers corps qui sont : Tozone, le sel marijn, 
le brome iodé. 

Uozone, simple état ôllotropique de l'oxygène, est plus abon- 
dant dans l'air de la mer que dans l'air des continents, par les 
vents d'ouest que par les vents d'est, et surtout g^près les orages. 
La présence des forêts de pins augmente la quantité d'ozone. 

Sel marin. — L'air marin contient du chlorure de sodium, 
mais il en contient moins qu'on ne le croit généralement. Cer- 
tains expérimentateurs ont nié la présence du sel marin dans 
l'atmosphère marin. Le sel n'est pas volatil, du moins à la tem- 
pérature vitale : a une vapeur aqueuse, légère, insipide et 
dégagée de sel, dit M. Morognes (Mémoires de l'Académie des 
Sciences), est la seule qui s'élève des eauxde l'Océan ». 

Le sel marin n'est pas volatil, mais il peut être question de 
gouttelettes imperceptibles, que le vent saisit k la crête des 
lames et éparpille, qu'il divise et pulvérise. 

Chatin a démontré la présence d'iode et de brome dans l'at- 
mosjihère. Sachant que les substances sont en grande abon- 
dance dans les plantes marines, dans les f^ino^, dans les zo^l^r^^, 
certains praticiens ont recommandé les bains de varechs ; c'est 
une cure qui a été tentée dans nos stations du pays de Caux. 

Il nous reste à dire quelques mots, pour ^n finir av€c ces 
.préambules de la cure marine, sur la pureté atmosphérique. 
C'estla condition essentielle de toute cure d'air, aussi bien^ans 



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— 284 — 

les voyages sur mer que dans les stations de plaine ou de mon- 
tagne. 

L'air est un aliment, c'est le premier des aliments. L'air est 
un médicament, pour les tuberculeux surtout. 11 fournit des 
aliments à l'hémaf ose ; il introduit dans l'économie des subs- 
tances absorbables, auxquelles il sert de véhicule ; il exerce 
une action topique sur la muqueuse respiratoire. Quand on 
songe que chaque inspiration introduit dans nos poumons un 
demi-litre d'air dix-huit fois environ par minute, on comprend 
l'importance de sa pureté. L'air pur ne se trouve qu'aux déserts, 
sur la montagne ou k la mer. Mais, pour la pureté absolue, la 
mer prime tout. Le vent de mer est aseptique. Le nombre de 
microbes est bien moins considérable quand le vent souflBe de 
la mer. — La pluie également est bienfaisante, elle balaie 
l'atmosphère et rabat la poussière des microbes. Un litre d'eau 
de pluie balaie 300 litres d'air, dit Frankland. 

« Le chiffre des bactéries, faible en temps de pluie, dit Fran- 
kland, s'élève quand toute humidité a di-^paru de la surface du 
sol » i^Miquel). 

Le rôle purificateur de la pluie survit quand elle est reçue et 
absorbée par un sous-sol essentiellement perméable, comme le 
sable. Les côtes de l'Océan réalisent toutes les conditions d'hy- 
giène. Aussi Miquel a-t-il pu dire que les côtes de l'Océan con- 
tiennent cent fois moins de microbes que l'air des habitations 
parisiennes. 

Nous avons vu que l'atmosphère subit des influences météo- 
rologiques diamétralement opposées, selon qu'elle se trouve 
au-dessus des terres ou au-dessus des mers. La mer se refroi- 
dissant et s'échauffant très lentement, sa température reste 
toujours sensiblement égale ; la terre, au contraire, passe ra- 
pidement d'un extrême à l'autre. L'atmosphère marine jouit 
donc d'une température égale et stable, tandis que l'atmos- 
phère terrestre est inconstante et variable. 

De là, si nous voulons synthétiser, deux formules climatolo- 
giques fondamentales : !• Les climats marins, égaux et doux ; 
2* les climats continentaux, variables et durs. 

Le véritable climat marin de la France est représenté par le 
climat atlantique. Le climat méditerranéen ne représente pas 



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l'idéal du climat marin : il contient trop peu de vapeur d'eau 
dans son atmosphère, en sorte que les rayons solaires arrivent 
directement à terre pendant le jour et le sol rayonne avec ra- 
pidité la nuit vers Tespace. Dans la Méditerranée, sur la 
plage, il y a un trop grand écart entre la journée chaude et la 
nuit souvent glaciale. 

Il en est de même pour les vents. Les côtes de l'occident de 
l'Atlantique sont soumises aux courants océaniens, chauds et 
humides ; au contraire, sous l'influence des dépressions baro- 
métriques qui se produisent si souvent dans le golfe de Gênes, 
les courants aériens s'engoufi*rent dans la vallée du Rhône, 
entre les Alpes d'une part, et d'autre part, les Cévennes et les 
Pyrénées ; ces vents accélérés, secs et froids, ces vents du Nord, 
produiàent un abaissement notable de la température. Il faut 
avoir entendu souffler ce vent, vous connaissez son nom, c'est 
le mistral. 

Nous ne pouvons mieux faire que de citer l'opinion d'E. Re- 
clus : « Le climat méditerranéen, dit-il, est chaud, mais n'est 
pas un climat marin ». La France n'adonc qu'un climat marin, 
l'Atlantique. 

Nous pouvons, maintenant, étudier l'influence du climat 
marin sur l'homme sain et sur l'homme malade. 

L'étude de l'influence sur l'homme sain s'appelle la climato- 
physiologie; l'étude de l'influence sur le malade s'appelle la 
climatothérapie. 

L'homme sain et l'homme malade cherchent, avant tout, k 
se préserver des causes de maladie ; ils cherchent un climat 
sain. L'action préservatrice d'un climat découle de quatre élé- 
ments primordiaux : température, état hygrométrique, vents, 
pression barométrique. 

?o\iv\b. température, il existe une erreur bien accréditée; le 
monde se figure que plus la température est élevée, plus le cli- 
mat est sain. Nous avons vu que la salubrité d'un climat dé- 
pend en partie de sa stabilité thermométriqm^ que le climat soit 
chaud ou froid. Ce n'est pas le froid qui donne les maladies, 
les angines, les laryngites, les pneumonies ; ce sont les alter- 
natives de chaud et de froid, les oscillations brusques. Le froid 



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p'^ngen4r,e pas la tuberculose, la chaleur n'en préserve pas. Çp 
sonjt les changements subits qui amènent Tinflammation delà 
muqueuse, créent /a porte d'entrée et rendent fertilisable le 
terrain dans lequel la graine, la mauvaise graine va tomber. 

La même stabilité est nécessaire dans l'état hygrométrique ; 
or, cette stabilité, nous l'avons vu, n'existe que dans les climats 
marinç. L'opinion, enracinée, que l'humidité est une cause de 
maladie, est ftusse également. Les Hébrides, balayées parles 
courants humides du Gulf-Stream, l'Islande, jouissent ;d'unje 
immunité rç.rçarquable. Leur salu^brité lient uniquemeat à la 
stabilité Jiygrométrique. 

Il n'en est pas de même de l'humidité du sol. Les sols hu- 
mides prédisposent à la tuberculose. En Angleterre, la phtipie 
a diminué dans les villes dont le sol, primitivement humidç, 
a été drainé. De même dans les terrains sablonneux, c'est-à- 
dire pireux et perméables, la maladie est moins fréquente. 
Avec un sol sablonneux, un terrain incliné, l'air est beaucoup 
plus sec, il est drainé lui-même. 

L^ zone côtiêre, le promontoire breton, défirent à La :RocheMp, 
composée de granits, de schistes, est rocheuse et imperméç^ble. 
La zone méridionale de la Gironde à l'Adour, composée d'allu- 
vions, de dunes, est poreuse et perméable. Les dunes sont com- 
posées uniquement de sable. On appelle sable l'ensemble des 
grains indélayables dans l'eau, lors du lavage d'une terre; 
c'est du quartz fin, blanc ou gris. Les terres sablonneusfis,sol et 
sous-sol, sont extrêmement perméables et filtrent les eaux de, pré- 
cipitation. Nulle stagnation des eaux dans ces régions. 

Les t?mf* constituent un des éléments météorologiques les 
plus redoutés. Le vent est dangereux par le refroidissement 
qu'il produit et par les poussières qu'il soulève ; il faut que, les 
régions soient abritées pour qu'elles soient saines. Dans les 
Landes, les dunes, qui atteignent quelquefois jusqu'à cent 
mètres,, constituent un écran naturel et efficace. L'effet varie, 
si le flanc de la colline est nu ou boisé. Quand la cojline est 
nue, le courant d'air heurtant le flanc dénudé, le contourne et 
l'encapuchonné, pour descendre le long du flanc opposé et 
..Si'étaler d^aas la vallée : c'est le y eut plongeant. Si la colline ^^st 
boisée,, le coupant aérien trouve l'obstacle de la forêt, se rejette 



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— i^ — 

vétk lei côdches sûpérièli^ës de l*sltmosf)hèrô J lâlfeâant dâttô 
la colline le côté opposé de là dune boisée, c'est le vent ascen- 
dant. 

Les forêts sont un grand moyen de protection contre le vent, 
siirtôut les forêts de pins ; leurs sommets sont toujours verts 
et leurs rameaux descendent quelquefois jusqu'au sol. L'im* 
faiehsé forêt de pins c|Ui s'étend de la Gironde à TAdour est de 
beàiicoup la plus considérable de France. Les poussières n'exis* 
tent pas dans les dunes, grâce à la végétation, grâce aux ai* 
guilles qui font un lit tassé sur les sables. 

L'influence de la pression atmosphérique n'a pas été étudiée 
d'une manière bien complète; les brusques dépressions pro- 
duiraient de petites hémorragies, des saignements de nez. 

Lés inalâdes attendent d'un climat autre chose que la pré- 
servation ; ils demandent des résultats sérieux et appréciables : 
une action sur l'état général, une action sur l'état local. 

Quelle est l'action de Tétat hygrométrique sur nos organes î 
l'air humide ést-îl nuisible ou utile ? 

On croit généralement que l'air humide produit le refroidis- 
^feéinetit dès organes ^espî^atoires. Il n'en est rien. Ce sont, au 
feontràîre, lescliûlats séics, chauds, instables, qui, en produisant 
révaporation des surfaces pulmonaires les refroidissent. «Lors- 
qu'il pénètre dans les bronches, l'air sec leur emprunte beau- 
coup de vapeur d'eau, les dessèche, les excite, il paraît rude et 
même terrible aux poitrines délicates (Onimus). » L'influence 
de la sécheresse, dit Jaccoud, se fait surtout sentir sur les cra- 
chats dont la viscosité accrue rend l'expectoration difficile. 

Admettons donc, avec ce professeur, que l'air humide, en 
réduisant au minimum révaporation, équilibre et stabilise la 
température des voies respiratoires, diminue la toux, favorise 
l'expectoration. 

Dans les climats secs et chauds, le fonctionnement exagéré 
des glandes sudoripares amène une grande déperdition de ca- 
lorique et, par conséquent, expose à des dangers. 

Donc, l'état hygrométrique d'une station hygrométrique 
moyenne, atténue le fonctionnement exagéré de la peau et du 
poumon. De là aussi, une suractivité du rein et une plus forte 
élimination des produits excrémentitiels. ^ L'air humide a 



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— 288 - 

encore pour action de détendre le système nerveux des ma- 
lades, de calmer l'insomnie. L'action physiologique d'un climat 
hygrométrique est donc sédative ou calmante. 

L'action des vents est différente, suivant qu'ils sont secs ou 
humides. Les vents secs augmentent les mouvements respira- 
toires, la fréquence du pouls, quelquefois provoquent l'éner- 
vement, l'insomnie, quelquefois amènent des crachements de 
sang. Les vents humides, au contraire, apaisent le système 
nerveux et le système respiratoire. 

Passons à la pression barométriqiie. La pression atmosphé- 
rique étant très élevée au bord de la mer, l'air marin est natu- 
rellement, suivant l'expression du professeur Peter, de l'air 
comprimé. Nous savons qu'à chaque inspiration, il entre dans 
nos poumons un demi-litre d'air dont l'oxygène vient revivifier 
le sang. Au bord de la mer, le nombre des inspirations dimi- 
nue, mais l'amplitude augmente. Dans les climats d'altitude, 
au contraire, où la pression atmosphérique est plus légère, la 
fréquence des inspirations augmente, mais l'amplitude dimi- 
nue. 

L'eflfort respiratoire est moindre au bord de la mer que dans 
les montagnes. C'est la pression marine qui fait la moitié de la 
besogne. 

L'air de la mer est pur, riche en oxygène, c'est un des meil- 
leurs toniques. De plus, ce balayage incessant des surfaces res- 
piratoires irritées, malades supputées par cet air exempt ou si 
peu chargé de germes, fait de l'antisepsie pulmonaire efficace. 

L'un des grands caractères chimiques de l'air de nos côtes et 
de nos forêts maritimes est la présence dans sa composition 
d'une grande quantité d'ozone. 

Dans ces derniers temps, deux savants, MM. Labbé et Oudin, 
ont établi les propriétés de l'ozone, microphytiqties, en d'autres 
termes désinfectantes, sa puissance d'oxydation bien supé- 
rieure à l'oxygène, en un mot, toutes sortes d'effets toniques et 
aseptiques. D'autres auteurs, au contraire, l'ont accusé de tous 
les maux. Peut-être l'ozone ne mérite ni tout le bien, ni tout le 
mal qu'on en dit. 

Les climats envisagés selon les effets qu'ils produisent, peu- 



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- 289 - 

vent se grouper en quatre délimitations distinctes : climats sé- 
datifs, débilitants, toniques, excitants. 

Nous avons vu, en analysant le climat méditerranéen, qu'il 
pouvait être défini un climat excitant. Le climat atlantique, 
au contraire, caractérisé par une température constante, un 
état hygrométrique élevé et stable, une forte pression atmos- 
phérique, est par excellence un climat calmant. 

La dernière partie de l'étude du livre de M. Lalesque nous 
importera moins, c'est la climalhérapie. Dans tout le cours des 
aperçus que j'ai mis sous vos yeux, j'ai toujours laissé de côté 
ce qui intéressait spécialement le médecin. Mais il ne nous est 
pas défendu déparier hygiène, car l'hygiène intéresse tout le 
monde, et sa vulgarisation n'a rien de rebutant. 

Les anciens regardaient la cure marine comme la méthode 
de choix ; il n'en était pas ainsi au commencement de ce siècle; 
la plupart des médecins considéraient la mer et le bord de la 
mer comme funestes aux poumons. 

Il faudrait pourtant distinguer : il y a des climats marins, 
il y en a d'autres qui n'en ont que l'apparence. Le climat de la 
Méditerranée, nous l'avons vu, n'est pas, à proprement dire, un 
climat marin. C'est plutôt un climat continental. 

Laclimathérapie ayant un caractère spécial et professionnel, 
je devrai passer plus rapidement sur cette dernière partie. 

Tandis que les anciens considéraient la cure marine comme 
une méthode de choix, presque tous les médecins de la pre- 
mière moitié du siècle lui sont hostiles. Si nos prédécesseurs 
ont condamné en bloc le climat marin, c'est qu'ils n'ont pas su 
faire une distinction. Il est des climats de mer nuisibles, il en 
est de stables et d'utiles. 

Une objection sérieuse est présentée par la fréquence de la 
tuberculose dans certains villages du bord de la mer. Je me 
souviens, il y a quelques années, dans une course de chevaux 
à Pont-PAbbé, chez les Bigouden, où les hommes couraient 
presque nus, d'avoir été effrayé du nombre des abcès osseux. 
La même remarque a été faite dans une revue par un médecin 
en villégiature chez les Bigouden. Peut-être pourra-t-on invo- 
quer le terrain, la nourriture, la race usée ; dans tous les cas, 



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— Î90 — 

si le climat de la mer n'a pu empêcher la tuberculose, il ne l'a 
pas guérie chez les Bigouden. 

Dans la littérature médicale, il y a des auteurs à formules 
générales, qui condamnent la mer tout en bloc, tels sont Ro- 
chard, Fonssagrives, Le Roy de Méricourt. D'autres, au con- 
traire, la recommandent dans presque tous les cas. 

D'autres auteurs ont étudié la cure marine, en la circonscri- 
vant;à un district côtier. Les régions côtières de la Manche 
nous intéressent avant tout. Citons l'opinion de Fonssagrives; 
elle est dure : (( Les villes du littoral de la Manche sont plus 
meurtrières encore que celles de l'Océan. J'ai pratiqué pendant 
quatre ans à Cherbourg, et j'ai pu me convaincre de la rapidité 
de la maladie. » 

Lesquels faut-il croire? Il est admis aujourd'hui que les 
stations maritimes recommandées aux malades valent autant 
par l'uniformité de la température que par l'air salé, à la fois 
aseptique et tonique. 

L'air des forêts de sapins ajoute à la salubrité du elimat ma- 
rin. C'est poui'quoi la ville d'hiver d'Arcachon s'est installée 
tontre les sapins, comme les villes américaines en pleine forêt 
vierge. On peut se croire au fond de la Louisiane. Comme dit 
E. Reclus : « La ville grandissante transforme graduellement 
la forêt en un parc de plaisance, au moyen des allées sinueuses 
qu'elle projette au loin dans toutes les directions. » 

Je suis obligé de passer sur un grand nombre de pages trop 
spéciales du livre de M. Lalesque. Je veux retenir quelques 
notions de son chapitre intéressant : « La Cure d'air ». « Un 
axiome formel, conclut hauteur, c'est qu'aucun climat n'engen- 
dre la maladie et qu'aucun climat ne la guérit. Il faut renoncer au 
climat-providence, au climat-médicament spécifique, auquel 
s'attachent trop de personnes du monde et trop de malades. 11 
est cependant prouvé que certains climats favorisent la ger- 
mination de la maladie et que d'autres aident à la défense de 
l'organisme. C'est à la cure hygiène surtout qu'il faut demander 
nos moyens d'action. Que ce soit la plaine, la mer ou la mon- 
tagne, un seul point importe : la pureté de l'air. Si la cure 
d'air est praticable partout, il est certaines conditions climaté- 
riques éminemment bienfaisantes ». 



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Le D*" Mapfou Ta dit excellemment : c La cure d'air est beau- 
coup plus facile à réaliser dans ces régions où la température 
ne présente que de faibles oscillations, où le soleil pénètre lar- 
gement, où Tair est pur et sans brouillard et où le sol est 
sec ; c'est dans les localités remplissant ces conditions que Ton 
doit construire les sanatoria et diriger les malades. » 

Je ne puis entrer dans tous les détails techniques du livre de 
M. Lalesque sur la cure d'air du jour, la cure d'air de la nuit, 
la cure de repos, sur la cure libre et la cure fermée. Tout cela 
n'intéresse que le médecin et serait hors d'à-propos ici. 

Ce traité de météorologie médicale m'a paru nouveau et utile; 
c'est ce qui m'a donné l'idée de vous en présenter quelques 
aperçus. Le reproche que l'on pourrait faire à l'auteur, vous 
l'avez deviné sans doute, c'est avec beaucoup de bonne grâce 
de trop sacrifier les autres stations maritimes et de faire la 
part peut-être un peu trop belle à Arcachon. Enthousiasme 
bien explicable de l'auteur pour son pays de naissance, pour 
le centre de sa pratique journalière. Le livre de M. Léon 
Petit, que nous avons résumé dans un journal, il y a deux 
ans, nous semble plus complet et peut-être moins partial. Il 
suffit d'avoir passé à Arcachon pour comprendre l'amour de 
Tauleur pour son pays, l'enthousiasme du praticien pour sa 
ville d'hiver. Les dunes, le sable fin et doux, le chant des 
cigales, le lit des feuilles, le bel horizon de la rade, la bonne 
odeur des térébinthçs, la longue enfilade des magasins dans 
la longue rue, les promenades en canot, le soleil, ce sont des 
plaisirs et des joies que l'on n'oublie pas. Mais il faut bien se 
rappeler qu'il y a autre chose au monde qu'Arcachon ; qu'il 
est des stations aussi belles et aussi bienfaisantes. 



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PONTS REMARQUABLES DE LA GHINE 

Récente Information sur un de ces Ponts 

et Description du même Pont au XYIP siècle 

par M. GLANEUR 

Membre résidant 



On lit dans le Soleil Illustré du 4 Juillet 1897 : 
« PONT CHINOIS 

)) S'il faut en croire le journal anglais The Mechanical World, 
» il existe près deSangang,en Chine, un pont de pierre traveiv 
» sant un petit bras de mer qui dépend de la mer Jaune. La 
» longueur de ce pont atteint 8,500 mètres ; le nombre de ses 
» piles est de trois cents. La hauteur de la chaussée se trouve à 
» vingt mètres environ du niveau des hautes mers ordinaires. 
» Chacune des trois cents piles est ornée d-un lion en marbre 
» exécuté au triple de la grandeur naturelle. Enfin, il paraît, 
» suivant Tafifirmation du même journal, que la construction 
» de ce pont remonte à huit cents ans et que malgré son anti- 
)) quité, la maçonnerie est encore dans un excellent état de 
» conservation. 

Ayant été frappé de la similitude des noms et des descriptions 
sur certains points avec ce que nous avions déjà lu, nous avons 
consulté de nouveau la Nouvelle relation de la Chine du P. de 
Magaillans de la Compagnie de Jésus, composée en 1668, tra- 
duite du Portugais par le S"" B. et imprimé à Paris en 1688, chez 
Claude Barbin, au Palais, sur le second perron de la sainte cha- 
pelle. Boileau dit dans le Lutrin : 

• le perron antique 

» Où sans cesse étalant bons et méchants écrits, 

» Barbin vend aux passants des aateurs à tout prix « 



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— Mi- 
volumes servant de projectiles entre les mains des héros du 
Lutrin. 

Loin de nous la pensée de vouloir, en souvenir du combat 
auquel il fut peut- être mêlé, faire servir ce vénérable volume 
comme projectile même littéraire. Nous le présentons à titre 
tout-à-fait pacifique. 

Voici ce que nous trouvons dans ce volume ayant Irait au 
pont de Sangang et à d'autres ponts chinois. 

L'auteur, parlant de diverses erreurs de Maïc Polo dit: (Nous 
copions textuellement) « La quatrième preuve, est que Marc 
n Polo, dans son livre second, chapitre vingt-septième, décrit 
» un pont célèbre situé à deux lieues et demie de Pékin vers 
» l'Ouest, en ces termes : « Quand on sort de la ville de Cambalu, 
» après avoir fait dix mille, on trouve une rivière appelée Puli Sangan, 
» qui se dégorge dans VOcéan; et sur laquelle naviguent beaucoup de 
» vaisseaux chargez de marchandises. Il y a un fort beau pont de 
» pierre sur cette rivière et peut-estre qu'il n'y en a pas un pareil 
» sur la terre. Ce pont est de trois cents pas géométriques de longueur 
)) et de huit de largeur, en sorte que dix cavaliers de front peuvent 
» y passer commodément. Il y a vingt-quatre arcades et vingt-cinq 
)) piles dans l'eau qui les soutiennent, et il est tout de pierre serpen- 
)) tine travaillée avec un grand artifice. Les rebords de part et d'autre 
)) sont faits de tables de marbre et de colonnes rangées avec une belle 
» simmétrie. Aux (ietix extrémitez il est plus large qu'au haut de la 
)) montée ; mais quand on a achevé de monter on le trouve plat et de 
» niveau comme s'il avait esté tiré à la ligne. En cet endroit il y a 
I) une très grande et haute colonne posée sur une tortue' de marbre, 
» avec un grand lion auprès de la base, et un autre au-dessus. Vis- 
» à'Vis il y a une autre fort belle colonne avec un lion éloigné d'un 
)) pas et demy de la première. Les colonnes des appuis ou rebords sont 
» à un pas et demy l'une de l'autre, et cet espace est garni de tables 
» de marbre, ornées de diverses sculptures, afin que ceux qui passent 
» sur le pont ne puissent pas tomber. Enfin sur chaque colonne il y 
» a un lion de marbre, ce qui est une chose très belle à voir. » Ce 
» sont là les paroles de Marc Polo. Il semble que l'imprimeur a 
» oublié sur la fin quelques mots 



« Ce pont est le plus beau de la Chine mais il n'est pas le plus 



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— Î98 — 

» grand» parce qu'il y en a beaucoup d'autres plus longs : L'au- 
» leur (Marc Polo) dit que la rivière s'appelle Puli Sangan, ce 
» qui est un nom des Tartares de l'Ouest qui étaient alors mais- 
» très de cet Empire, et dont il y en a maintenant plusieurs k 
» Pe Kim mêlez avec les Orientaux. Elle s'appelle en chinois 
» Hoèn ho ou rivière trouble, parce que la rapidité de son cours 
» entraîne beaucoup de terrain qui la rend trouble et pleine de 
» limon. Il dit que ce pont a vingt-quatre arcades quoiqu'il 
» n'en ait que treize ; et que beaucoup de bâtimens naviguent 
» sur celte rivière, ce qui est impossible car encore qu'elle ait 
» une grande abondance d'eau, elle n'est pas navigable à cause 
» du grand nombre de chûtes, de tournans et de roches dont 
» elle est pleine. Ce qui a fait tomber Marc Polo dans ces erreurs 
» est que trois lieues plus loin vers l'Ottest, il y a une autre 
» rivière et un autre pont de vingt-quatre arcades. Les cinq du 
» milieu sont faites en voûte : les autres sont plates et couvertes 
» de fort longues et fort larges tables de marbres, toutes fort 
» bien travaillées et taillées en ligne droite. Au milieu de ce 
» pont on voft les colonnes dont parle Marc Polo dans sa des- 
» cription. La rivière s'appelle Ciêu It hô ou rivière de verre, 
» parce qu'elle est claire, paisible et navigable ; et ainsy je croy 
» que cet auteur s'est trompé en confondant les deux rivières 
>: et les deux ponts. Le premier est le plus beau de la Chine et 
» peut-être du monde, comme il dit, tant pour l'excellence de 
)) l'ouvrage, que pour la matière dont il est fait. Il est tout de 
» marbre blanc très fin et très bien travaillé et d'une architec- 
» ture parfaite, les rebords ont cent quarante colon nés, soixante- 
» dix de chaque côté. Elles sont éloignées l'une de l'autre d'un 
» pas etdemy, et séparées par des cartouches faites d'une belle 
» pierre de marbre où l'on a cizelé diverses sortes de fleurs, de 
)) feuillages, d'oyseaux et d'autres animaux ; ce qui forme un 
» ouvrage aussi magniOque qu'il est parfait et admirable. A 
)) rentrée du pont qui regarde TOrient il y a de part et d'autre 
)) deux beaux piédestaux fort élevés avec des tapis de marbre 
» au-dessus, sur lesquels' sont deux lions d'une grandeur 
)) extraordinaire et faits en la manière que les Chinois les repré- 
» sentent. Entre les jambes de ces lions, sur leur dos, sur leurs 
» cotez et sur leur poitrine, on a taillé dans la même pierre de 
)) marbre, avec une beauté et une délicatesse surprenante, 
» quantité de lionceaux dont les uns se pendent aux lions, les 



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— 296 - 

» autres sautent et les autres moDtentou descendeiA. Ail^aatre 
» bout du côté de l'Ck^cident, on voit aussi sur deux piédestaux 
» deux enfans du mesme marbre, travaillez avec autant d'art 
» et de perfection que les lions. Marc Polo a oublié de faire 
» mention des uns et des autres, à moins qu'ils n'ayentesté 
» ajoutez depuis. 

» Les Chinois disent qu'il y a deux mille ans que ce pont a 
» esté bâly, sans que jusqu'à nos jours il eût souflfert aucun 
» dommage. » 

On voit un peu plus loin, à propos d'une inondation extraor- 
dinaire qui eut lieu en 1668 : « Cette mesme inondation entraîna 
» plusieurs rochers qui, heurlans contre les piles de ce pont 
» célèbre, les ébranlèrent de telle sorte que deux arcades furent 
» renversées. 

Dans une note du traducteur nous trouvons : « le père Gres- 
)) Ion ajoute que le reste de ce pont tomba le vingt-sixième du 
» mois d'Aoust de la même année. Il dit qu'il s'appelait Lo-Co- 
» Kiao, qu'il y avait mille ans qu'il estait basty et qu'il n'était 
» qu'à six lieues de Pe-Kim. Les P.P. Rougemont et Intorcetta 
» confirment dans leurs relations la chute du reste de ce pont, 
» le vingt-sixième d'Aoust 1668, mil trois ans après sa fonda- 
)) tion, et le premier dit que le même pont avait trois cens 
» soixante pas de longueur. » 

L'auteur dit un peu plus loin : « Il y a dans les quinze pro- 
» vinces trois cens trente-un ponts célèbres, à peu près «omme 
» celuy dont nous avons parlé cy-devant. » 

Un autre pont est décrit ainsi dans le même ouvrage : « Le 
» pont sur lequel on traverse le fossé qui environne ce palais 
» (le palais de Pe Kim appelé Chum hoa tien ou palais de la 
» fleur doublée) est un ouvrage merveilleux. C'est un dragon 
» d'une grandeur extraordinaire qui a dans l'eau les deux pieds 
» de devant et les deux de derrière, pour servir de piles et qui 
» avec le corps qu'il plie fait l'arcade du milieu et deux autres; 
)) l'une avec la queue, etTaulre avec le col et lateste. Il est fait 
» de grandes pierres de jaspe noir, si bien jointes et si bien 
» travaillées, que non seulement il paraît être d'une seule 
» pièce, mais il représente encore un dragon fort au naturel. » 

Ces extraits prouvent que les magnificences des ponts chinois 
ont été décrites depuis fort longtemps et que si les descriptions 



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— 297 — 

de Tun d'eux faites par Marc Polo et par le père de Magaillans 
diffèrent sur certains points, la description donnée par le 
Mechanical World, ne se rapproche que vaguement de celles-ci. 

Le chiffre trois cents est toutefois cité par Marc Polo et par le 
Mechanical World, mais s'appliquant à des unités fort différentes. 
Le premier dit que le pont a trois cents pas de longueur et le 
second dit qu'il a trois cents piles. Ce n'est pas suffisant pour 
conclure à une grande analogie entre les deux descrip- 
tions. 

En tous cas la question de savoir si le pont de Sangang 
existe encore et s'il a été reconstruit par les Chinois doit être 
facile à éclaircir, Tempire des Célestes étant maintenant plus 
accessible. 

Il faut avouer que si l'histoire est difficile à écrire, la géogra- 
phie ne l'est pas moins. 




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L'ASSISTANCE PUBLIQUE 

dans la Ville du Hayre, aux IW et XYin« Siècles 

par M. V.E. VEUCLIN 

Membre correspondant (i) 



AVANT-PROPOS. 



En 1866, à l'occasion du Congrès de l'Association normande 
tenu au Havre, M. Victor Toussaint, avocat et administrateur 
du Bureau de bienfaisance de cette ville, présenta un remar- 
quable mémoire sur l'assistance publique au Havre durant les 
deux derniers siècles. M. Toussaint rappela qu'elle se fit par 
deux institutions : !*• la Miséricorde, association séculière et 
privée, née dans la première moitié du xvu® siècle ; 2° l'Hôpita' 
général de St-Jean-Baptiste, établi en 1668. 

Je me bornerai donc, dans ce modeste travail, à donner 
quelques notes complémentaires, que je crois inédites, à l'ex- 
cellent ouvrage de mon érudit devancier. (^) 



(i) Communication faite au Congres des Sociétés savantes, à la Sorbonne, en 1897. 

(2) U convient aussi de citer les savantes tudes de M. Alphonse Martin sur les 
établissements hospitaliers du Havre et des environs, publiées depuis 1879, et qui 
traitent si magistralement la question de Tassistance publique dans une région qui 
m'est à peu près inconnue. 



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— 296 — 



LES OaiGINES DE LA MISÉRICORDE. 

Saint Vincent-de-Paul, on le sait, est le créateur de ces admi- 
rables associations de Dames de Charité qui, à partir de 1617.(*), 
se répandirent si promptement datns toutes les provinces de la 
France. 

Il est donc supposable que ce fut sous l'inspiration et peut- 
être à Tinitiative du grand philantrope chrétien qu'une confré- 
rie de Dames de Charité fut érigée au Havre avant 1648, puisque 
sous la date du 4 août de la dite année, on voit les Dames pré- 
posées et nommées pour la subvention des pauvres de la Miséricorde, 
présenter aux gouverneur et échevins de la ville, une requête 
afin d'être autorisées à recevoir des capitaines de navires arri- 
vant de la nêche à la morue, le poisson coupé, pour une partie 
être vendue au profit des pauvres et le surplus servir à leur 
nourriture ; cette requête, communiquée aux parties intéressées, 
fut accueillie favorablement par elles ; et elles accordèrent, en 
outre, quatre ou cinq poignées de morue, suivant l'importance 
du chargement. (^) 

De même que partout, la Miséricorde du Havre était compo- 
sée de daines ou de demoiselles des familles les plus condid^ées 
de la ville, qui se faisaient un honneur et xm devoir d'en 
ftiire partie. C'était par leurs soins que Ton connaissait les vé- 
ritables indigents, les pauvres honteux; leur zèle les portait à 
visiter les malades, les affligés, à leur porter du secours et des 
consolations ; par ce moyen tous étaient assistés et aidés. 

Ce fut, je crois, sur l'instigation ée l'abbé Nicolas Orémoat, 
curé du Havre jusqu'en 1655, qu'eut lieu l'érection de cette 
cçnfrérié dont l'abbé Bourdon (Michel), docteur en théologie à la 
Faculté de Paris, prit la direction à partir du 21 décembre 1666. (*) 

(1) La première confrérie de Daines de Charité, érigée à Châtillon-les-Dombes, 
dont Vincent-de-Paul était curé, fut réglementée le 23 août 1617. 

(2) Toussaint. — On verra plus loin qu'en 1686, ce privilège fut étendu, à moins, 
toutefois, qu'il n*y ait erreur de date. 

(3) Par suite de la résignation de M. Grémont, VMiè Bourdon devient ewré do 



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— 297 — 

Cependant, si Ton en croit M. Toussaint, ce ne fut qu'en 1669 
que les Dames de Charité prirent pour chef le curé de la ville. 
Or, le 23 mai de ladite année, avait eu lieu la prise de posses- 
sion de la cure de Saint-Michel d'Ingouville et de ses annexes 
Saint- François et Notre-Dame-du-Havre par M® Jean-Baptiste- 
Declieu, docteur en décrets, (^) sur le compte duquel M. Tous- 
saint s'exprime en ces termes : 

(( En 1669, la cure du Havre était occupée par le respectable 
curé Declieu qui, par sa science et son zèle éclairé, a laissé au 
Havre de profonds souvenirs. Les Dames de la Miséricorde l'ap- 
pelèrent à présider leurs réunions. Dès lors, ces réunions se 
tinrent au presbytère ou à la sacristie de l'église Notre-Dame, 
le dimanche après vêpres. 

» Sous cette présidence, les dames se constituèrent en con- 
grégation sous le titre et invocation de Notre-Dame de la.Misé- 
ricorde. 

» Par une bulle du 6 août 1681, le pape Innocent XI accorda 
une indulgence plénière et une indulgence in artictdo mortis à 
toutes les associées qui satisferaient aux prescriptions de la 
bulle. Les statuts de l'association furent approuvés, le 20 oc- 
tobre 1684, par Etienne de Fieux, grand-vicaire de Monseigneur 
Rouxel de Medavy, archevêque de Rouen. » (^) 

Deux ans plus tard, le B novembre 4686, par arrôt portant 
règlement général pour la ville du Havre, la Miséricorde eut la 
concession d'une poignée de morue à recevoir par chaque na- 
vire venant de Terre-Neuve. (^) 



Saint-Michel d'Ingouville et de ses annexes Notre-Dame et Saint-François. {Arch, dép, 
de la Seiiie-Inférieure : G. 6125,) 

(1) II avait été présenté parle duc d*Enghien en sa qualité de seigneur de Graville. 

(Arck, dép, de la Seitw-Inférieure : G, 6129.) 
L'article 32 des lettres patentes de Thôpital général du Havre datées du 16 Mai 
1669, portent reconnaissance et autorisation des chantés faites pour les pauvres de la 
Miséricorde. 

(2) Ce règlement, composé de 33 articles, fut imprimé an Harre, en 1735, «hez la 
veuve G. Gruchet et S. Faure, imprimeur et marchand libraire, en un petit Tolume 
in-16 de 24 pages, dont il n'existe probablement qu'un seul extsmplaire qui se trouve 
dans les archives du Bureau de bienfaisance (Toussaint). 

(3) En 1768, cette concession n'existait pins; elle avait été retraiichèe psr ordre 
du ministre. 



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— 298 - 

11 

L ÉCOLE DE DENTELLE. 

Jusqu'en 1743, la Miséricorde du Havre ne semble s'être pré- 
occupée que de procurer des soulagements aux pauvres et aux 
malades; mais en ladite année, pour répondre à la pensée de 
leur saint fondateur Vincent de Paul qui, dès 1820, s'était pré- 
occupé de donner aux enfants pauvres le moyen de gagner leur 
vie par un travail manuel, les Dames de Charité résolurent de 
créer aussi une école manufacturière pour les filles. 

Or, depuis la fin du xvi* siècle, la fabrication de la dentelle 
était la principale occupation des femmes et filles des pêcheurs 
et des mariniers, (*) et à la fin du xvii* siècle, la dentelle du 
Havre était très recherchée; (•*) mais il n'y avait point d'autre 
école que celle établie à l'Hôpital général, où se trouvaient 
beaucoup d'enfants et qui était alors en décadence. (') 

Les Dames de Charité résolurent donc de vulgariser davantage 
ce genre de travail particulier à la ville du Havre en faveur des 
jeunes filles de familles indigentes; le corps de ville appuya 
leur projet et le 7 juin 1743, il adressa à l'archevêque de Rouen 
une supplique en laquelle il expose d'abord que le curé ayant 
réclamé contre le mauvais état du cimetière de la ville, il avait 
été acheté un pré pour en servir, mais que ledit curé* avait 
changé d'avis ; les officiers municipaux ajoutent : 

« Pour prévenir les mauvaises mœurs d'une quantité de 
» pauvres filles qui n'ont dans leur jeunesse d'autre profession 
» que d'aller pêcher des moules le jour et la nuit avec des gar- 

(1) En 1092, le gouvemear portait à âO.OOO le nombre de femmes s'occupant à 
ce travail. (M— Burq-Palliser, Histoire de la Dentelle, Paris, Didot, 1891, in-4*). 

(2) Une pièce non datée, mais du xvir siècle, porte que Nicolas Longuemare, 
marchand de dentelle au Havre, fait embarquer dans le Gabriel- André, pour Cadix, 
un ballot de dentelles contenant six caisses. Vers 16U, Catherine d'Orléans dite Mlle 
de Longueville, • fit venir des maîtres ouvriers en dentelles, du Havre-de-Grâce, et 
• instruire le pauvre peuple dans ce genre de travail.... •> Cette école de dentelle 
d'Etrepagni fut tenue par les Bénédictines. 

(3) Le produit de la dentelle, à THôpital général, s*éleva de 1.000 à 1.200 livres 
mais en 1709, ce chiffre était tombé à 250 livres environ. 

{Arch, de la Seine-Inférieure : C. 997) 



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— 299 — 

» çonsde leur âge, où presque toujours elles perdent leur inno- 
» cence, les maire et échevins, de concert avec les dames dé 
» la Miséricorde qui prennent soin des pauvres honteux, vou- 
/) loient se prêter à rétablissement d'écoles publiques pour faire 
» apprendre gratuitement à ces jeunes filles à faire de la den- 
» telle et ce, sous la direction de M. Rouzée, prêtre de cette 
» ville, qui pendant très longtemps a été chargé du soin de la 
» distribution des aumônes et de la visite des malades de la 
» Miséricorde et qui avoit d'ailleurs la confiance de quantité de 
» personnes charitables qui vouloient bien contribuer à cet 
» établissement ; M. Rouzée n'a pu obtenir à ce sujet l'agrément 
)) de M. le curé. 11 paroît aussi que rétablissement projette de 
» faire venir des sœurs capables pour l'instruction des petites 
« filles n'étoit pas de son goût, et on a lieu de croire que celuy 
» des frères de Saint-Yon pour les garçons, le seroit encore 
)) moins. On prend la liberté d'observer qu'aucune ville cepeii- 
» dant n'auroit plus besoin d'instruction que celle-cy, puisque 
» à la réserve des dimanches de TAvent et d'une partie du ca- 
» rême, il n'y a jamais icy ny catéchisme, ny remontrances. C))) 

Cette critique à l'égard du éuré produisit-elle reflfet attendu, 
et l'école de dentelle fut-elle créée malgré l'hostilité de ce sin- 
gulier prêtre ? Il est permis de le croire, car on verra plus loin 
qu'en 1761, la fabrication de la dentelle était enseignée avec 
succès aux jeunes filles pauvres. 

lil 

L'ARCHEVÊQUE DE ROUEN PROTECTEUR DE L'ÉCOLE. 

Le 23 juillet 1759, Monseigneur Dominique de la Rochefou- 
cauld prit possession du trône archiépiscopal de Rouen et peu 
après, il se montra un digne émule de saint Vincent-de Paul. 

Or, l'éminent prélat témoigna pour la ville du Havre une 
sympathie particulière qui s'affirma en 1761, et dont voici tout 
au long les intéressantes circonstances : 

Lors de sa visite pastorale au Havre, le bon archevêque s'était 

■ lit 

(1) Arch. de la mairie du Havre : Canevas de la requête. 



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— 300 - 

proposé de réorganiser l'école manufacturière de cette ville; et, 
le 28 septembre de ladite année. De son château de Caillou, 
il écrivait aux Dames de la Miséricorde du Havre, la lettre suit 
vante : 

Je vous avoue, Mesdames, que je me suis occupé des moyens de 
procurer aux jeunes filles du Havre une éducation chrétienne, et en 
conséquence j'avois envie de vous envoyer quatre filles de la Provi- 
dence ou autres également capables de remplir cet objet intéressant. 
Comme je suis persuadé que le bien spirituel de la jeunesse vous tient 
encore plus à cœur que les avantages temporels, je pense que celles 
qui rempliront cette sainte carrière méritent la préférence ; les garçons 
exigent aussy quelque attention, il me semble que les frères des écoles 
chrétiennes y feront beaucoup de bien, c'est là leur talent, ils sont 
encore plus utiles dans les villes maritimes, mais comme il n'est pas 
possible que je fasse tout, je voudrois que la ville fournit au moins le 
logement et les ustensiles des uns et des autres. Je vous prie de me 
faire pari de vos observations avant que de prendre un party. Gomme 
j'aitgrande envie de faire plaisir à la ville du Havre, je voudrois savoir 
son goût et ses dispositions. 

J'ay l'honneur d'être. Mesdames, etc. 

+ DOBilNIQUE, arch. de Rouen. 

Le octobre suivant, cette lettre est communiquée par Mme 
Haize et M. Le- Monnier aux échevins de la ville qui, le même 
jour, informent l'intendant de Rouen de cette communication 
ainsi que des pressantes sollicitations des Dames de Charité de 
concourir à des vues si utiles pour le bien général. Les ofiQciers 
municipaux (^) demandent donc l'autorisation d'y contribuer 
par une somme de 400 livres par an pour les loyers des loge- 
ments nécessaires, et pour 3 ou 400 livres une fois payées pour 
rétablissement des ustensiles et meubles. 

De leur côté, les Dames et administrateurs de la Miséricorde 
font, le lendemain, cette réponse à Tarchevêque : 

Monseigneur, 
Nous venons de communiquer votre gracieuse réponse à Messieurs 
nos Echevins qui nous ont paru très satisfaits et reconnaissants de 
votre zèle et de votre charité pour les garçons et les filles de cette 



(1) MM. Laignel de Favretot;— Du chemin; — CoUel de Cantelou; — Jonas 
Eustache ; — G. Lampel ; — Ameliu. 



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- 304 — 

ville en nous promettant d'en inslruire sur le champ M. de Brou pour* 
luy demander en même temps son agrément sur les conditions qpe 
Votre Grandeur demande à la ville, avant de poser la dernière pierre 
à votre pieux établissement. Nous avons tout lieu, Monseigneur, de 
nous flatter d'une réponse très favorable dont nous nous ferons un 
devoir d'en informer aussitôt Votre Grandeur, afin qu'elle puisse nous 
envoyer les maîtres et maîtresses qu'elle jugera les plus convenables 
pour le plus grand bien de cette bonne œuvre dont Votre Grandeur ne 
se propose, selon ce qu'elle nous laisse entrevoir, qu'une partie de 
nos vues qui est le bien spirituel. Le temporel n'est cependant pas 
moins essentiel selon nous. Monseigneur (puisque Votre Grandeur 
nous permet de lui faire nos observations), car sans un métier qui 
puisse mettre le pain en main aux filles, que deviendront-elles ? ne 
seront-elles pas exposées. Monseigneur, aux mêmes dangers de se 
perdre et ne se verront-elles pas réduites dans la dure nécessité de 
s'abandonner à toutes sortes de vices pour vivre (leur père et mère qui 
peuvent leur être enlevés à chaque instant surtout dans un port de mer, 
n'ayant pas le moyen de les^ nourrir par eux-mêmes), raisons qui nous 
a fait jeter les yeux sur les sœurs de Saint-Dominique de cette ville 
qui sont en état de leur procurer l'un et l'autre bien, selon la note 
incluse des exercices qui se pratiquent avec succès dans votre école 
où il y en a surtout deux d'un mérite presque unique par leur 
capacité et leur talent merveilleux à éduquer la jeunesse et à ensei- 
gner les dentelles avec une facilité et une rapidité si grande qu'un 
grand nombre d'enfants ont fait sous elles en si peu de temps des 
progrés si surprenants que nous ne pouvons nous empêcher de les 
préconiser. 

Si Votre Grandeur veut se les conserver, elle n'auroit que deux 
sœurs de la Providence ou autres à nous envoyer (nous remercierions 
les autres), mais il seroit à souhaiter, Monseigneur, que ces deux 
sœurs, outre leur talent particulier d'enseigner la lecture, la religion «t 
récriture, fussent en état d'apprendre aux filles qui n'ont pas la main 
assez alerte pour le fuseau, à filer soit le cotton ou la laine, talent dont 
on pourroit se servir selon les circonstances. 11 n'en coùteroit pas piua 
à Votre Grandeur pour ces quatre maîtresses et elle auroit la satisfac- 
tion de procurer en même temps aux filles de celte ville deux secours 
aussi essentiels l'un que l'autre (l'instruction pouvant se faire pendant 
le travail excepté la lecture par laquelle on commenceroit la classe qui 
seroit terminée par l'écriture), car le travail est un fameux frein 
contre le libertinage et un aiment nécessaire pour engager les mères à 
envoïer exactement leurs enfans aux écoles qui sans cela seroient assés 
souvent désertes. 

Quant aux frères des écoles chrétiennes, ils feront un très grand 



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— 302 - 

bien en cette ville, par leur talent particulier qui sera très avantageux 
à nos garçons vu leur ignorance en tout genre. 

Nous avons, Monseigneur, assuré Votre Grandeur que ses établisse- 
ments seront toujours bien dirigés tant par le choix que nous sommes 
en état de faire des vrais pauvres de la ville qui nous sont tous connus, 
Texactitude que nous aporterons à veiller sur vos maîtres et mai- 
tresses et Touvrage des enfans, que par Taisance que nous aurions de 
punir les pères et mères qui négligeroient de les envoyer aux dites 
écoles en leur retranchant l'aumône que nous distribuons tous les 
mois selon leur misère. 

Nous sommes, Monseigneur, avec un très profond respect, 

De Votre Grandeur, 

Les très humbles et très obéissantes servantes 
et serviteurs les Dames et Prêtres de la Miséri- 
corde du Havre. 

Garrion, curé du Havre. 
Debray-Haize. 
P. T. DE Neufville. 
/ Lemonnier, prêtre. 
J. L. Melet, prêtre. 

Havre, le 7 octobre, 1701. 

Etat des exercices qui se pratiquent dans Técole de la Miséricorde 
du Havre établie et fondée par Monseigneur l'archevêque de Rouen : 

L'école ouvre dans l'été à sept heures jusqu'à douze, et recommence 
à une heure jusqu'à six ; dans l'hiver, dés le commencement du jour 
jusqu'à la fin excepté depuis midy jusqu'à une heure. 

Il y a quatre maîtresses, deux sont occupées à enseigner continuel- 
lement les dentelles, les deux autres à veiller sur le travail des enfans. 
On fait à tous les enfans le catéchisme pendant le travail, lire, écrire, 
prier Dieu matin et soir et l'ouvrage se termine par le champ (sic) des 
cantiques. 

Il ni a de congé que celuy de la fête de Saint-Dominique, ni aucunes 
vacances; les enfants sont instruits gratis et ne sont reçus qu'avec une 
attestation de pauvreté donnée par les Dames ou prêtres de la Misé- 
ricorde. 

L'intendant de Rouen se montra aussi très favorable aux 
établissements projetés par Tarchevêque et après en avoir con- 
féré avec lui à Gaillon, le 30 du même mois d'octobre, il informa 
les maire et échevins du Havre qu'il seconderait autant qu'il 



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- 303- 

dépendrait de lui, un établissement aussi utile et que, malgré 
la situation fâcheuse où se trouvaient les revenus de la ville, il 
les autorisait bien volontiers à donner 400 livres chaque année 
pour le loyer du logement nécessaire et à fournir les ustensiles 
et meubles qui seraient demandés jusqu'à concurrence de 400 
livres une fois payés ; et pour que la ville retire tous les avan- 
tages qu'elle doit espérer de cette nouvelle dépense, l'intendant 
fait part aux officiers municipaux de quelques détails dans 
lesquels il est entré avec Tarchevêque : 

Il se propose de vous envoïer trois frères des écoles chrétiennes 
pour réducation des garçons et il m*a promis de vouloir bien choisir 
ceux qui seront également propres à fournir une éducation chrétienne 
et à enseigner l'arithmétique, Técriture et quelques autres sciences 
utiles pour la navigation. 

A l'égard de l'éducation des filles, les Dames de la*Miséricorde lui 
ont paru désirer qu'elle fût confiée aux sœurs de Saint-Dominique de 
votre ville et il veut bien y consentir d'après les témoignages qu'elles 
lui ont rendu de leur piété et de leurs talents pour élever la jeunesse. 
Elles concilient parfaitement, à ce qu'il paroît, les exercices spirituels 
avec les travaux nécessaires pour remédier aux désordres qu'entraîne 
après elle la misère et l'oisiveté. Et M. l'archevêque désire comme les 
Dames de la Miséricorde que l'on suive ces deux sujets en même 
temps... Il est d'avis de conserver les deux sœurs dentellières ; mais il 
faut en même temps engager les Dames de la Miséricorde à en choisir 
quelqu'une qui soit en état d'apprendre aux filles à filer le coton ou la 
laine et si l'on ne pouvoit pas espérer d'en trouver parmi ces reli- 
gieuses il faudroil prendre une maîtresse fileuse soit à Rouen, soit 
dans le pays de Caux, qui pût former des élèves et introduire cette 
industrie dans votre ville. 

Je vous exhorte à donner tous vos soins pour le succès de cet éta- 
blissement. J'en apprendroi avec bien du plaisir les progrès et je vous 
prie de m'en informer exactement. 

Cette lettre, reçue le l®"" novembre, est immédiatement com- 
muniquée au Bureau de Thôpital général et Hôtel-Dieu de 
Saint-Jean-Baptiste du Havre, composé du curé de la ville, 
MM. Baudry, Lesage et C. Delaunay, lesquels, le 4 novembre, 
se réunissent et prennent la délibération suivante : 

Mme Etienne de Bray, épouse de M. François Pierre Haize, lieute- 
nant-général du bailliage de la ville du Havre, et par Mme Catherine 
Prévost-Tournion, épouse de M. de Neuville, lesdites dames Haize et 



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- 304 - 

de Neuville, supérieure et Irésoriére des pauvres de la Miséricorde 
dudit lieu, a été exposé que sur la représentation qu'elles avoient faites 
à Monseigneur Tarchevèque sur la nécessité d'établir en cette ville 
plusieurs écoles publiques pour y enseigner aux pauvres enfans des 
deux sexes, à lire, à écrire et leur y apprendre différens métiers qui 
pourroient leur être par la suite, très avantageux en leur procurant les 
moyens de gagner honnêtement leur vie, elles auroient reçu une 
réponse favorable, non seulement de la part dudit Seigneur arche- 
vêque, mais encore de la part de Monseigneur l'intendant de cette 
province... ; or, comme par ces lettres y représentées Tintention de 
Monseigneur l'archevêque et l'intendant de Rouen, est d'envoyer des 
frères des écoles chrétiennes et autres pour l'éducation des pauvres 
garçons et des pauvres filles de cette dite ville, à la charge seulement 
de fournir par la ville des logements convenables pour tenir les dites 
petites écoles publiques, pourquoi les dites dames exposantes deman- 
dent à ce qu'il plaise au bureau consentir que le logement occupé 
actuellement par le sieur François Oursel soit dorénavant occupé par 
telles personnes que mon dit Seigneur archevêque jugera à propos 
d'envoïer... Le bureau .. a délibéré et consenti que le logement des- 
tiné ordinairement pour les petites écoles de la paroisse de Saint-Fran- 
çois de ce lieu et actuellement occupé par ledit sieur Oursel, soit 
occupé par tels sujets qu'il plaira à mondit Seigneur archevêque de 
Rouen envoïer à cet eff^t... {*) 

D'autre part, le 7 novembre, les officiers municipaux du 
Havre répondent à l'intendant de Rouen qu'ils chercheront 
toujours à concourir, par tous les moyens possibles, au plus 
grand bien de rétablissement formé par l'archevêque, tant 
pour léducation chrétienne que temporelle, de la jeunesse de 
la ville qui croupit, par pauvreté, dans la plus crasse ignorance 
et dans l'oisiveté, germe de tous les vices. 

Le 11 novembre, l'archevêque écrit aux maire et échevins du 
Havre qu'après en avoir conféré avec le supérieur général des 
frères des écoles chrétiennes, les trois demandés ne pourraient 
être envoyés qu'au mois de septembre prochain après que le 
visiteur aura examiné le local (^) ; il réitère que son intention 

(1) Arch, de la Mairie du Havre : p. 9. 

(2) Reprise en 1764, la question de rétablissement des frères fut résolue négaU- 
vement. Quelques-uns des documents qui précèdent ont été publiés, en partie, dans 
l'excellent et substantiel ouvrage de M. T. Garsault : Histoire de l'enseignement 
primaire au Havre; 1889. Voir aussi : Histoire de la Ville du Haure^ par A.-E. 
Borcly; 1880-1881. 



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est de donner dès cette année la somme de 600 livres quil 
avait destinée pour les maîtresses. 

A la date du 13 mai 1762, les Dames de la Miséricorde récla 
maient les secours qui leur avaient été promis par les officiers 
municipaux et que ceux-ci s'empressèrent évidemment de leur 
accorder, car, peu après, on ouvrit trois classes présidées par 
six maîtresses et on y vit plus de 120 jeunes filles occupées au 
travail de la dentelle. (*) 

Les succès de cette école de dentelle furent si grands qu'ils 
inspirèrent un poète local, qui présenta à Tun des derniers 
concours de Palinod de Caen, la poésie suivante : 

En rhonneur de riininaculée-Gonception 

ODE 

Sujet : Trait de bienfaisance de M. de la Roche foucauU, arc he 
vèqtie de Rotien qui, depuis son entrée dans ce diocèse, soutient au 
Havre-de-Grâce une école de travail pour les enfans du sexe. 

Mars s'applaudit de ses ravages : 

Devant lui se taist Tunivers I 

Doit-on prétendre à ses hommages. 

Quand on Paccable de revers ? 

Tombez, prestige de la gloire : 

Le favori de la victoire 

Ne sera plus qu'un destructeur. 

De son nom le siècle s'honore... 

Peuple ingrat ! souvent il ignore 

De tes plus grands biens l'humble auteur. 

Rachel languit dans les alarmes : 
Les cris aigus de sa douleur. 
Suivis du torrent de ses larmes 
Frappent les airs, percent mon cœur. 
De ses enfans environnée, 
Gémissant sur leur destinée 



(\) Origine de la maison de la Miséricorde de la Ville du Havre, ses jierfec^ 
tionnements successifs et sa situation actuelle. Le Havre, S. Faure, imprimeur du 
Roi. 188i, in-8° de 15 p. Je dois k l'obligeance de M. Homont, du Ha?re, la commu- 
nication de cette notice très rare. 



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a— 3W) 

D(flit'tes maux commencent'Ie coups... 
Comment exprimer sa souffrance, 
Quand sur son sein, dans l'indigence, 
P^âtît ràurorè de leurs jours? 

âëche tes pleui^, ô tendre mère : 

Pour toi se lève un jour serein. 

lœ crois pas que Dieu danssa colère 

Le ciel soit devenu d'airain. 

« Qui donne aux oiseaux leur pâture, 

« Veille sur toute la nature, 

« Etendra sur toi sa bonté... » (^) 

De ce Dieu voici le ministre : 

Au trouble, à la crainte sinistre 

Succédez, ô sécurité. 

A la splendeur d'un nom antique, 
Se joint l'éclat de ses vertus 
Qu'anime un désir héroïque, 
Le désir qui fait les Titus. 
Humanité, ta vive flame 
Guide, pénètre sa belle âme 
Et tu décèle tes ressers : 
A tes impulsions fidèle 
La dextérité de ton zèle 
Ouvre et dispense tes trésors. 

Qu'aperçois-je, aimable rétraite. 
Champs solitaires de Gaillon, 
Où Gérèg toujoura inquêtte, 
Traçoit h regret son sillon ! 
Vos colons m'offrent les prémices 
Du bonheur qu'à ses soins propices 
Sauront étendre à mille endroits ; 
Et des* récoltes abondantes 
Sont dans leurs plaines florissantes 
Le prix qu'il préfère à ses droits. (^) 



^f Ces Ifôis vers sont pris dans Racine. 

(9) 6a 1760, M. Farchevôqae a détruit sa garenne de Gaillon, oontme nà^blé i 
ragriculture de ses voisins. 



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— ao7 - 

Enfans qui du sexe et de i- âge 

Présentez la double saveur, 

Simple, mais vrai, votre langage 

Rend un éloge plus flatteur. {*) 

Dites : « Il nous ouvre un azyle 

• Où notre jeunesse facile 

y> Se forme aux arts, croit aux vertus ; » 

Dites : « De sa main paternelle 

» La largesse toujours nouvelle 

» Verse ses pieux tributs. » 

La nature y reprend ses charmes : 
Et Rachel bénissant son sort, 
Dans les objets de ses allarmes. 
Trouve sa joie et son support. 
Doux fruits de leur naissante adresse {f) 
Que récompense une caresse, 
Dans ses mains réunis chaque jour 
Comblez ses vœux : soïez le gage 
Des biens qu'au déclin de son âge 
Elle tiendra de leur amour. 

Que ce lieu soit Técœuil des vices î 
Insidieuse oisiveté. 
Que jamais tes fausses délices 
N'en corrompent la pureté ! 
Toi qui triomphe des obstacles, 
Travail constant, que tes miracles 
Y trouvent le plus libre accèz ! 
Mais fuis, ô luxe condamnable 
Qui rends inutile ou coupable 
L'art couronné par le succèz I 

Rrillant métal, obtiens la grâce 
Du censeur le plus rigoureux. 
Quand sous ton symbole efficace 
Se voit la manne des cieux. 



(i) Exore, infanlium perfecisti laudem. 

(3) Le produit du travail de chaque enfant est remis aux përeset mbret. 



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— 308 — 

Sous la bienfaisance du Sage, 
Lui seul épure ton usage ; 
Soutiens, consomme son projet 
De compter (comme dans cet asyle) 
Chaque instant de sa vie utile 
Par un essaim d'heureux qu'il fait. 

ALLUSION 

Dans les yeux d'un emblème juste. 
Vierge, que célèbrent nos chants. 
Le sage, ce pasteur auguste 
En suggère un des plus frappants. 
Les bienfaits qu'il répand en père 
Font fuir l'hydre de la misère, 
Commencent un sort gracieux... 
Devant vous l'hydre du Ténare 
Fuit, et votre pouvoir prépare 
Le tems promis des jours heureux. 

Oculi ejas in pauperem respicient. 
Ex. psalm. 10. ^^ 



IV 



LA MISÉRICORDE SOUS LOUIS XVI. 

Laissons un instant l'école de dentelle et voyons quel était, 
vers 1774, Yétat de rétablissement de charité subsistant au Havre 
sous la dénomination de Miséricorde : (^) 

La Miséricorde est une société de Dames respectables de la ville du 
Havre qui se dévouent à Tenvi au service des pauvres de ladite ville, 
du consentement et avec Taide de M. le curé, qui est le chef né de 
cette congrégation, lequel est représenté par trois prêtres qu'il choisit 
dans son clergé pour les associer à la bonne œuvre, ne pouvant pas 
être partout en personne. 

Cet établissement, qui a plus de 100 ans d'existence, et qui devient 

(1) Archives dép. du Calvados : Université, 

(2) Cet étaty en double exemplaire, se trouve aux archives de la Seine-Inté- 
rieure : C. 997, 



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- 309 — 

considérable, pénible et dispendieux de jour en jour, a pour but le 
soulagement des pauvres ; en conséquence, pour y parvenir efficace- 
ment, vers la fin de Tannée, aux jours et heures indiqués, les Dames s'as- 
semblent chez le sieur curé, et là elles procèdent au choix et nomination 
de deux d*entr'elles pour le service de Tannée qui va commencer. 
La première est éliie et nommée supérieure, et la seconde trésoriére 
et distributrice. La fonction essentielle de la supérieure est de prier 
par la ville une Dame de vouloir bien prendre la bourse des pauvres 
pour quêter pendant une semaine, dans la principale église, tous les 
matins de 7 ou 8 heures jusqu'à midy, et ainsi de fournir pendant le 
cours de son année 52 quêteuses dont elle reçoit les quêtes et dont 
elle tient un état. C'est le produit de ces mêmes quêtes qui fait presque 
tout le fond des distributions et dépenses, fond par conséquent bien 
casuel et bien incertain et qui demande beaucoup de circonspection 
pour pouvoir se maintenir et faire face à tous les engagements. 

Les fonctions de la seconde Dame ou de la Dame distributrice sont 
fort multipliées et d'un très grand détail : un de ses principaux objets 
est de faire trois fois par semaine, savoir les lundy, mercredy et 
samedy, une ou plusieurs grandes chaudières de bouillon relativement 
au nombre des malades, que le prêtre de semaine qui les visite, a 
déclaré avoir, et qu'ensuite il distribue lui-même ; car des trois prêtres 
associés par M. le curé, il y en a toujours deux qui sont chargés 
alternativement de semaine autre, de visiter tous les malades pendant 
liîurs maladies, et de leur fournir ce qui leur est nécessaire; d'y envoyer 
le médecin ou chirurgien, et en les visitant et exhortant d^appuïer leurs 
remontrances d'une aumône pécuniaire toujours relative aux besoins 
de la maison et aux moyens de la bourse : ce même prêtre de semaine 
fait encore fournir à ses malades le linge nécessaire. La Dame distri- 
butrice en est la dépositaire et fait les remplacements nécessaires ; 
c'est chez cette même Dame que le Bureau s'assemble tous les mois ; 
c'est elle encore qui est chargée de visiter les femmes en couches et 
d'avoir toujours au besoin de petites coffrées pour les enfants nouveaux- 
nés ; le reste des malades dans tous les quartiers de la ville est la 
charge et la partie des prêtres. 

Monsieur le curé, six Dames et six prêtres font dans la semaine de 
la Passion une quête générale par toutes les maisons de la ville ; les 
six Dames de cette quête sont les deux en exercice, les deux de Tannée 
précédente et deux autres que le sieur curé choisit à volonté... Pour 
abbréger un détail qui pourrait être trop long, et pour présenter plus 
sommairement l'objet de ce pieux et très essentiel établissement, il 
faut savoir qu'il se réduit à trois principaux objets. 

Le premier objet et le plus considérable par le nombre et la dépense 
est de fournir aux besoins des familles indigentes mais saines et valides : 



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— 3i0 - 

en conséquence, le premier jour libre du commencement de chaque 
mois, le Bureau s'assemble chez la Dame distributrice en exercice pen- 
dant Tannée et détermine, en consultant le registre, ce qu'il convient 
de donner, soit en argent, pain, linges, habits ou loyers de maison 
proportionnellement aux besoins connus ; ces registres contiennent le 
nombre des familles indigentes dans le détail et Tordre nécessaire 
pour les bien connoîlre. 

Le deuxième objet, encore plus intéressant pour Thumanité, est de 
secourir les pauvres et de leur fournir trois fois par semaine pain, 
cidre, vin, viande, bouillon, argent, linges, médicaments et générale- 
ment tout ce dont ils ont besoin pendant le cours de leurs maladies 
quand elle n'est pas d'une durée trop longue, car alors on est obligé 
de les faire transporter à l'hôpital vu la modicité des revenus et leur 
casualité ; dans cette classe des malades sont comprises encore les 
pauvres femmes enceintes auxquelles on fournit aussi le trousseau 
de l'enfant; cet intéressant article n'est guère fondé que sur la quête 
particulière, que fait un des trois prêtres qui a la liste d'un certain 
nombre de bienfaiteurs annuels, qui se sont constitués chaqu'un pour 
un petit contingent, au moyen de quoy il tâche de subvenir aux besoins 
essentiels de ses malades, et d'intéresser le moins qu'il est possible, 
le premier objet de dépense déjà considérablement chargé. 

Le troisième objet (qu'on peut aussi rapporter à la Religion) est 
Tentretien de plusieurs écoles où, sous la conduite de neuf maîtresses, 
plus de cent cinquante petites et jeunes filles sont instruites gratuite- 
ment et apprennent à faire et tirer des dentelles afin d'avoir par la 
suite un métier en main qui en les tirant de l'oisiveté par une occupa- 
tion honnête, sédentaire et point fatiguante, leur fournisse en même 
temps un moyen de pourvoir à leur subsistance. Ce dernier objet 
d'instruction a paru si intéressant à Monseigneur l'archevêque de 
Rouen, lorsqu'il faisoit la visite de son diocèse en 1761, qu'il a bien 
voulu de ce moment là se constituer prolecteur et bienfaiteur de ces 
écoles. La vie de cet illustre prélat, trop courte pour son troupeau, 
finira encore plus tôt pour les pauvres qui verront cesser le cours de 
ses bienfaits avec elle. (*) Cet établissement également avantageux 
pour les bonnes mœurs comme pour le bien-être corporel ne porte sur 



(1) En 1779 notamment, M. le cardinal de la Rochefoucauld fit, selon son usage 
annuel, la visite épiscopale d'une portion considérable de son diocëse ; après avoir 
distribué les aumônes les plus abondantes aux difTérentes paroisses quMl visita, 
touché de la misère parlicuUëre ou étaient réduites les veuves, femmes et enfants 
des matelots, il fournit les moyens aux curés de Dieppe, à ceux de Fécamp, de 
St-Valery, Veules et autres petits ports dont il était Seigneur, de pourvoir à leurs 
besoins et de faire chaque semaine une distribution de pain en leur faveur ; c tel 
» est — ajoutait M. de Crosne au ministre Bertin — Tusage respectable auquel ce 



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— 311 — 

àfQcime base solide et ^^a d^êmtre fondement que céhii des quêtes et 
des charités accidentelles. 

Outre les trois ol^jets ci-^deFsns développés, tons 1rs ans on fanrnit 
aux pauvres enfans des deux sexes les habillements les plus néces- 
saires pour leur première communion ; on fait pareillement chaque 
année, aux veilles des fêtes de Pâques et de Noèl, une distribution 
fédérale dé pfetin à èiiviron ttvHIe fhmïlles pour remédier à la cessation 
du travail. 

Quatfd tes fondsle permettent, on di^ribue dans Thyver aux vi^tHes 
gens, aux mères qui nourrissent ou qui ont des^ petits ènftnts, soit en 
bpis, soit du charbon, oiji quelques vêlements de laine tels que gibets 
pour les hommes ou des camisolles pour les femmes. 

Voilà à peu près en quoi consistent les objets de charité de rétablis- 
sement subsistant dans les deux paroisses qui composent la ville du 
Havre et qui y est établi sous le titre et dénomination de Miséricorde. 

d'Anglemont, 

L. DE Neufville^Mighel. 

REVENUS ANNUELS DE LA MISÉRICORDE. 
Quête journalière depuis 1768, année commune 10,000 livres. 

Quête générale et annuelle de Pâques, 1,200 livrés. AumOnes 
accidentelles depuis 1768 (^) 300 livres. 

Aumônes secrètes pour les malades, recueillies par un prêtre, 
1.600 livres. 

Bienfaits particuliers pour l'école, par M. l'archevêque de 
Rouen, 600 livres. 

Rente sur l'hôpital général du Havre, par arrêt du conseu, 
du 14 avril «588, 600 livres. 

Rente par la communauté des bouchers du Havre, dii 8 sep- 
tembre !712, 15 livres. 



» prélat destine une grande partie des biens ecclésiastiques dont il jouit. • (Lettre 
du 5 Juillet 1779). (Arch. de la Seitie-fnferieiire : C. 1002). 

En 178r>, il est qualifié de : cardinal, prêtre de la sainte Eglise romaine, arche- 
vêque de Rouen, primat de Normandie, abbé chef supérieur-général et administrateur 
perpétuel de l'abbaye et tout l*ordre de Cluny, abbé commandataire de l'abbaye de 
la Très-Sainte-Trinité de Fécamp, seigneur des comtés de Lieppe, Alihermont, 
Douvrand et autres lieux. 

(1) Ces articles ont donné ce produit parce que la paix a fait augmenter le 
commerce de la ville. 



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— 312 — 

Testament de Jacques Frémont, notarié le 4 mars 1722, 15 
livres. 

Ferme à Bléville (sentence du 17 avril 1697), 300 livres. 

Rente sur le? décimes du diocèse de Rouen, chargée de 100 
livres de rente en faveur d'un étudiant ecclésiastique. 

Rente sur le clergé de France (contrat du6 Janvier 1756), 
120 livres. 

Rente sur les tailles de Montivilliers (contrat de finance du 
30 juin 1724), 35 livres 10 sols. 

Rente fieflfale due par Pierre la Chèvre, de la paroisse du 
Petit-Anstot (contrat du 13 février 1748) — Total des revenus : 
16.076 livres, 10 sols. 

Cet état est certifié sincère par les curé, dames et ecclésias- 
tiques employés au service des pauvres : Mahieu, curé ; — 
d'Anglemont ; — L. Deneufville-Michel ; — Pajole, prêtre ; — 
Oursel, prêtre ; — Anfray, prêtre. (^) 



AGRANDISSEMENTS DE L'ÉCOLE DE LA MISÉRICORDE. 

On a vu par Télat précité que neuf maîtresses étaient alors k" 
la tête de cent cinquante enfants. Il fallut donc penser à se 
procurer un local plus vaste que celui qui avait été concédé 
par le Bureau de l'hôpital . Or, ce fut, je crois, la présence de 
Louis XVI au Havre, lo 28 juin 1786, {^) qui permit l'agrandis- 
sement tant désiré de l'école de dentelle. En eifet, à la porte 
de l'église Notre-Dame, une Dame de Charité, « Mme la com- 
» tesse de Villeneuve présenta au Roi la bourse des pauvres et 
» le monarque, avec autant de dignité que de grâces, y déposa 
» la sienne » (^) Est-il besoin de dire que l'escorte royale sui- 



(1) Le second état porte deux autres signatures : Le Goulteux-Ghareau ; — 
Deneufville-Costé. 

(2) J'ai déjà rapporté, aux Assises de Caumont, à Rouen, la première partie du 
voyage de Louis XVI en Normandie. 

(3) Cf. : Voyage de Louis XVI dans sa province de Normandie, par Letel- 
lier, maire d'Harfleur: 1787, in-12; — Lettre à A/.... sur le passage de S. M. 
Louis XVI d*Honfleurau Havre et son séjour en cette ville j par Jacques Trupel, 
professeur d'humanités au Havre : 1786, in-8°. 



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- 313 - 

vit l'exemple du généreux souverain et que Taumônière se 
trouva remplie d'une somme considérable. 

Aussi le 13 décembre de l'année suivante (1787), sous l'im- 
pulsion du vénérable abbé Anfray (alors âgé de 86 ans), dont 
la charité a laissé dans la ville du Havre des souvenirs ineflfa- 
çables, la pieuse association décida d'acquérir de l'hospice un 
terrain situé rue d'Estimauville. Louis XVI, sollicité par 
M. Mutral, intendant de la marine en ce port, fit fournir par les 
chantiers de la marine les bois nécessaires à la construction 
projetée, dont la première pierre fut posée le 19 juin 1788. (^) 

Un artiste du Havre, nommé Bertin, exécuta plusieurs gra- 
vures de la nouvelle maison dont la façade fut ornée de deux 
plaques commémoralives, l'une portant les armoiries de France 
et probablement celles de la ville ; l'autre {^) cette inscription : 

LA BIENFAISANCE DE LOUIS XVI 

LE ZÈLE PATERNEL DU CARDINAL LAROCHEFOUCAULD 

LA PIEUSE LIBÉRALITÉ DES CITOYENS 

ONT ÉLEVÉ CETTE MAISON DE LA MISÉRICORDE CONSACRÉE 

A L'ÉDUCATION DES PAUVRES FILLES 

L'AN DU SALUT MDCCLXXXVIII 



L'assemblée provinciale tenue en la dite année à Montivilliers 
mit aussi en relief l'admirable institution humanitaire du 
Havre et c'est évidemment d'elle dont il est question dans le 
procès-verbal où il est dit que « depuis dix ans, dans une des 
» plus grandes paroisses du département de Montivilliers, il 
» existe un établissement de charité qui fournit aux pauvres 
» le pain, la toile, le froc, les couvertures, etc., au tiers de la 
» valeur et gratis aux vieillards et infirmes, établissement 
» alimenté par des contributions libres et une quête faite dans 
» l'église » 

Enfin, les curé, prêtres et Dames de la Miséricorde du Havre, 

(1) Toussaint. — Mémoire de 1866, 

(3) La révolution a enlevé la première de ces plaques ; quant à la seconde elle 
subsiste encore sur Timmeuble en question. Quant aux gravures de Bertin, elles 
sont rarissimeA ; il en eNiste une aux archives de la mairie du Havre, 



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— 314 — 

spécialement chargés du soin des pauvres, envoyèrent à l'as- 
semblée provinciale un Mémoire sur les pauvres de la ville du 
Havre et paroisse dlngouville, en lequel on lit : 

€ Pour fournir à toute espèce de besoins et de nécessités qu'elle 
embrasse, la Miséricorde n'a point ou presque pas de fonds assurés; sa 
grande ressource est dans les quêtes qui se font régulièrement dans 
réglise par les personnes les plus respectables avec un zèle qui n'a 
point d'exemple ni d'imitateurs. La distribution des aumônes qui se 
font avec justice et connaissance de cause, soutient la confiance du 
public et semble les multiplier. Il seroit dangereux de rien innover 
dans une matière aussi importante et aussi délicate. Si comme le 
procès-verbal de MM. de l'assemblée provinciale l'insinue, on se 
détermine à vouloir faire une masse commune, d'où l'on distribueroit 
des secours proportionnés aux besoins d'un chacun ; n*y aurait-il pas 
d'inconvénient à craindre?... >• Après avoir parlé des pauvres honteux 
qui échapperaient ainsi a tout secours, le judicieux mémoire ajoute : 
€ Il ne peut y avoir de base sûre et solide que la charité. La charité 
vraie et sincère ne veut avoir que Dieu seul témoin de ses bonn^es 
œuvres ; elle ne veut pas être gênée par l'obligation la plus légère. 
La Miséricorde demande seulement qu'on la délivre du nombre infini 
de mendiants étrangers qui accablent la ville du Havre; elle rejette le 
projet de taxe parce qu'elle trouvera facilement dans les travaux, soit 
dans la charité de ses concitoyens, de quoi fournir à tous les besoins 
de ses enfants. > (^) 



VI 

CHUTE DE L'ÉCOLE DE DENTELLE. 

On sait que la révolution porta le plus grand trouble dans les 
institutions charitables de l'ancien régime. Or, plus heureuse 
que beaucoup, la ville du Havre conserva ses Dames de Charité, 
et M. Toussaint a dit comment, jusqu'en Tan V (!796-1797), 
l'administration des secours donnés aux pauvres resta 
entre leurs mains, malgré les difficultés suscitées par les 
mesures prises contre les prêtres insermentés; il ne me reste 
donc qu'à dire quelques mots de l'école de dentelle à laquelle 
les mœurs révolutionnaires portèrent un coup fatal, malgré les 
efforts tentés pour* en arrêter la ruine. En effet, le 19 frimaire 

(1) Arch. de ta Seine- Inférieure : C. ill5-:2119. 



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-318 - 

an III (9 décembre 1794), la municipalité du Havre-Marat 
écrivait ce qui suit aux administrateurs du directoire du district 
de Montivilliers : 

« Citoyens. — Vous connaisses l'ancien établissement de 
» notre commune, connu sous le nom de la Miséricorde, et 
)) vous savés combien celte institution, peut-être unique en 
» son genre, est nécessaire à cette ville, combien elle mérite 
» d'être soutenue, qu'elle est même digne de servir de modèle. 

» Vous ne devés pas ignorer que, par Teffet des circonstances 
» et autres causes, cet établissement est prêt à tomber tout-à- 
» .fait, si une main bienfaisante et protectrice ne lui porte un 
» prompt secours. La loi du 23 messidor, art. 4, permet ces 
» secours et charge la commission des secours publics de pour^ 
I) voir aux besoins de ces sortes d'établissements pour leur 
» dépense courante. 

» En conséquence, le Conseil général de notre commune 
» adresse une pétition à la dite commission, en y joignant les 
» tableaux ou étals des cy-devant recettes et des dépenses 
)) annuelles ; nous y demandons une somme de 4 à 5 mille 
» livres par mois. 

» Nous vous remettons cy-joint les pièces en vous priant, 
» citoyens, de les appuïer par toutes les raisons qui pourront 
)) estre à votre connoissance pour obtenir ce secours, et con- 
» server ce précieux établissement, 

» Salut et fraternité 

)) L. Lëmeslb fils, maire, 

)) Sbry, oflScier municipal, 

» A. Meslay, oflBcier municipal. » 

Deux mois plus tard, le 13 pluviôse an III (1®*' février 1795), 
la municipalité havraise revient k la charge et rappelle la 
demande des maîtresses d'école (*) de Thospice dit de la Misé- 
ricorde, tendant à avoir une augmentation et désirant con- 
naître leur sort. 

Cinq jours après, nouvelle requête de la municipalité au 



(1) U s'agit, je crois, des religieuses denlelliferes et institutrices que la Terreur 
avait épargnées. 



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directoire du district, à propos des maîtresses de la maison de 
secours de la commune, dite de la Miséricorde : 

« Vous connaissiés, citoyens, — disaient encore lesoflBciers 
» municipaux — Timporlance de cet établissement dans lequel 
») il y a une espèce d'attellier ou manufacture de dentelles, et 
» dans lequel sont instruites de jeunes filles, ce qui les met à 
» même de pourvoir pendant toute leur vie à leur subsistance : 
» nous pensons donc que vous êtes bien persuadés de Turgence. 

)) Quant aux fonds pour le payement du traitement de ces 
» femmes, ils le prennent dans la caisse de la maison et vous 
» savés que ces fonds proviennent des quêtes et autres objets 
)) de bienfaisance. Nous vous prions d'inviter le département à 
» finir cette affaire pour payer le plus promptement possible 
» ces malheureuses femmes qui languissent depuis longtemps 
» après un faible traitement qui leur est si légitimement dû. » (0 

Le directoire du district semble avoir été sourd à ces plaintes 
réitérées. Or, la fermeture des églises ayant supprimé les 
quêtes qui s'y faisaient, le cardinal de Larochefoucauld et les 
prêtres zélés qui soutenaient la Miséricorde ayant dû s'expa- 
trier (^) ou cesser leurs fonctions, les Dames de Charité, nobles 
pour la plupart, devant être elles-mêmes suspectes dans une 
ville qui avait ajouté à son nom celui du sanguinaire Marat ; 
d'autre part, les parures aristocratiques n'étant plus de mise, 
récole de dentelle ne put se relever et les habiles dentellières 
havraises furent probablement réduites à utiliser leurs agiles 
doigts à confectionner de la charpie et des bandelettes pour 
panser les nombreuses victimes de la guerre du dedans et du 
dehors ! 

En terminant cette incomplète notice, je forme le vœu que les 
antiquaires havrais recherchent et rassemblent dans le musée 
de leur ville tout ce qui se rapporte à l'artistique industrie den- 
tellière qui fit jadis la réputation de leur cité ; il serait fort 
intéressant de voir groupés non seulement des échantillons de 
dentelles anciennes, mais aussi les ustensiles et vélins qui ser- 

(1) Arch. de la Mairie du Havre : G. C. 

(2) Monseigneur de Larochefoucauld ayant refusé de prêter le serment civique 
quitta Rouen en 1793, et éroigra; il mourut à Munster en 1800. 



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virent à cette fabrication disparue et peut-être oubliée. En 
soumettant cette idée aux zélés membres de la Société Ha- 
vraise d'Etudes diverses qui m'ont fait Thonneur de m'ad- 
mettre dans leurs rangs, j'ai la conviction qu'elle aura une 
solution heureuse et que bientôt l'histoire de l'art normand 
s'enrichira de curieuses pages concernant la dentelle du Havre. 



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LA LONGÉVITÉ HUMAINE AU HAVRE 



par Alphonse MARTIN 

Membre résidant. 



Si nous avions l'intention d'étudier la longévité humaine 
depuis Torigine du monde jusqu'à nos jours, nous ferions 
remarquer que ce serait par siècles qu'il faudrait débuter pour 
arriver aujourd'hui à une moyenne de l'existence s'arrêtant 
bien au-dessous de cent ans î 

Mais nous n'avons pas la prétention d'embrasser un sujet 
aussi vaste et aussi compliqué. Il nous suflQra de nous renfer- 
mer dans les temps modernes où les documents, plus nom- 
breux et moins vagues, fournissent des données presque 
mathématiques et bien préférables aux légendes qui se per- 
dent dans le lointain. C'f st dans la période comprise entre le 
xvn* et le xix*' siècle que nous limiterons ce nouveau cha- 
pitre de la démographie havraise. Nous rechercherons si, dans 
cette suite de trois siècles, il y a eu augmentation ou diminu- 
tion du nombre de ces privilégiés qui arrivent à la vieillesse 
ou dépassent le siècle. 

Pour obtenir à ce résultat, il nous sera nécessaire de scinder 
cette étude en deux parties : l'une, pour les octogénaires et 
les nonagénaires, et l'autre, pour les centenaires.. 

Le Havre, datant du xvi"' siècle, nous aurions voulu com- 
mencer cette statistique avec ses origines, mais cela est à 
peu près impossible a établir, à cause des nombreuses lacunes 
qui existent dans les registres de l'état-civil et dans les dénom- 
brements de la population havraise ; mais à titre d'avant-pro- 
pos nons consulterons deux contemporains qui ont parlé d'une 



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— 324 - 

façon générale au xvi* siècle, de cette question de Tâge de 
Thorame. 

C'est d'abord Pierre Messie, gentilhomme de Séville, dont 
les leçons ont été publiées en 1577. En parlant de l'existence 
humaine, il dit : 

(( Toute personne studieuse des lettres divines, doit avoir leu 
» que, lors du premier âge, et auparavant que, par péché, 
» le général déluge vint sur la terre, la vie des hommes estait 
» plus longue qu'elle n'est par le présent. Il est certain qu'Adam 
» a vescu 930 ans ; Seth, 912; Cainain (sic) 910. Ainsi descen- 
» dant de l'un de l'autre le vivre le plus brief estait de 700 ans. 
» Et aujourd'hui nous en voyons peu atteindre octante ou nonante 
)) et si quelqu'un le passe cela est rare et fort esmerveillable, telle- 
» ment que nous ne pouvons parvenir au dixième de la première vie,* 

Des observations de Pierre Messie, il résulte que déjà, au 
xvi° siècle, les vieillards octogénaires, nonagénaire» et cente- 
naires étaient excessivement rares. 

Rabelais ne nous dit pas de son temps combien d'individus 
parvenaient à un âge avancé, mais il nous donne des conseils 
pour parvenir à 99 ans ; sa formule est simple et concise : 

Lever k cinq. Dîner à neuf 
Souper à cinq. Coucher à neuf 
font vivre d'ans nonante et neut 

On peut ajouter cette variante qui permettait de dépasser 
l'âge de 99 ans proposé par Rabelais et d'arriver à cent ans • 

Pour vivre dix fois dix 
faut se lever à six 
manger la soupe à dix 
le soir, souper à six 
et se coucher à dix. 



§ V\ OCTOGÉNAIRES ET NONAGÉNAIRES 

Nos renseignements étant encore trop clairsemés pour com- 
parer le nombre de ces vieillards qui ont vécu pendant les 
\vn*, xvui® et XIX* siècles ; nous devons donc nous contenter de 



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— 328 — 

deux statistiques se rapportant, la première, au xvm* et la se- 
conde au XIX» siècle. 

C'est d'abord le tableau des octogénaires et nonagénaires 
décédés au Havre pendant la période quinquennale de 1782, 
1783, 1784, 1785, 1786, sur une population d'environ 17,000 habi- 
tants. 



AGBS 


1782 


1783 


1784 


1785 


1786 


80 à 84 ans 


14 


10 ^ 


22 


15 


12 


85 à 89 ans 


6 


6 


10 


9 


8 


90 à 04 ans 


4 


1 


» 


4 


4 


95 à 99 ans 


2 


1 


» 


» 


1 




26 


18 


32 


28 


25 



La moyenne de ces cinq années fournit donc un total de 24 
individus de 80 à 100 ans, c'est-à-dire 140 par 100,000 habi- 
tants. 

Si nous rapprochons de ces chiffres ceux des années corres- 
pondantes du XIX* siècle, c'est-à-dire 1882, 1883, 1884, 1885 et 
1886, nous obtenons le tableau suivant se rapportant à une po- 
pulation de 107,000 habitants: 



AGBS 


1882 


1883 


1884 


1885 


1886 


80 à 84 ans 


72 


64 


66 


68 


63 


85 à 89 ans 


22 


30 


25 


36 


33 


90 à 94 ans 


4 


4 


• 7 


2 


11 


95 à 99 ans 


1 


» 


» 


)) 


1 




99 


98 


98 


106 


108 



Cette série de cinq années donne une moyenne de 104 indi- 
vidus de 80 à 100 ans, c'est-à-dire une proportion de 94 par 
100,000 habitants. 

Le recensement de 1895 confirme encore cette proportion 



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HffiarJliûidiqiie jB Jbidiviâup de .rsexeomasciiliabd^ 9O:JkllQ0'Ans, 
et 14 femmes du même âge. 

i ttiMt emoonclure^ si.'L^ftge déclaoé'sup* Pétsft^^oiviUtedt^icact, 
«que le nombre des OQlogéns»res et noDagénaires4tait autrefois 
H^ins^^élevé'etiqued'éoaptseraik de plus der'v4i)gb>pour<ient. 

Nous ajouterons que la statistique des décès de Tannée 1896 
est enopre moins rassurante pour les aspirants à la vieillesse, 
dtple nombre des octogénaires et nonagénaires n'esl^ue de 97 
pour laipopuhtion actuelle de i 19,000 habitants, soit nnepro- 
pqrtiont de 82 pour 100,000 individus. 

Et pour appuyer cet indice de la décroissance de la vieillesse 
il est imtéressanb de rappeler que fi'après le recensemenJt de 
1896 la population bavraise ne compte que : 

.:c 368 individus âgés de 80 à 84 ans 

114 » » 85 » 89 » 

' '16 » » 90 )i 94 » 

3 » )) 95 )) 99 » 

Au total 496 octogénaires et nonagénaires indiquant une 
proportion de 4 par 1,000 habitants. 

>« ïotilefois, te tableau démographique du »»vre'Oomparé'*Nîe- 
lui de la ville de Paris, montre un avantage en notrè^'feveur. 
,£QTeffet, si'.roa p^end, pour .Paris» deuxMaanées.mèma.^eai*- 
tées^par exemple 1826 et 1896,. on trouv^ .pour le premier 1,021 
décès d'octogénaires sur 890,000 habitants, représentant. une 
moyenrie de 84 pour 100,000 et pour la seconde 1,410 décès 
sur uno population de 1,800; 000 individus représentant 80 
pout 100,000. 

La mortalité sur les vieillards varie suivent lesiiépoque» de 
.r^miié^. L.e-dooteui? Bloch estime quelle-- serait plus forte en 
Décembre et en Janvier sans que la pneumonie en soit la cause. 
11 en était à peu près de même il y a cent ans, sauf pour le 
'DK>is de Décembre, car pour la période dé i782'1788 oïï<oens- 
4ate que- cette mortalité- était plus forte en* Janvier- Baseotad 
rang venait le mois de Février puis celui d'Octobre. 

1; tietno«d>ce4e eeaivkildarâs ae^diyiaeirèaiiûé|$alesûftnt^eiitre 



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— 387:- 

été te' pluB avffifitftgè «as ce rapport. Ëxômple : 
Année '4782''"8 Btoïîimes 10 Feniraes • 



» '■ 178»' '8 •• 


» 


10- » 


» 1781' 42 < ' 


» ' 


21 "' » 


» 1785 S 


» 


23 » 


» 1786 7 


» 


18 » 


ToRuX 40 


» 


82 » 



La«itii&tiofi tt^Efpasehangéi dans l'espace de cent aha^-ear/il . 

y atoujoups une forte» diftèréoee entre JesiFieillanli de liuil tou r 

l'aHtp&'Sexe.^Voici 'tedH^hifiBt^Beofpeapondant au !six^ siècle,^* 

qui{ac<Mtt8ntiiDe*moyenne de deux feonnea contre ua totaoBti 

*octogéaEire ou iieoagénaire pour la ville du flafrev'' 

Année* 18»* ^9 Hotomes ■ 60 fterhme*^^ 



» 1883-83: 


)) 


65 


» 


» I88fc-Î6 


)) 


, 72 • 


» 


» iaSB '40 ' 


)) 


63 


» 


» 1886**36- 


» 


, 72 


» 


Totau4^ )174 • 


» 


' 332>. 


)) 



La^latîsttqtiedès^Wcès du Hafre pour l'ailnée iSOCl'ôUWîît^ 
deschiflMfS-aussi déftivbraWes au çexefbrt qtii netêst iJoint' 
assez pour résister après 80 ans. Il y a eu en effet dans le cours 
de celte année 31 hommes âgés de plus de 80 ans qui sont 
décédés, contre 62 fenfmes. 

On entend souvent cette réflexion faite à propos de ces.vieil- 
lards de plus.de 80 ans qu'ils sont bien conservés et dans Ja. 
plépitudade leurs facultés. « Cela tient, dit le docteur Bloch (*), 
» k ce que Ton croit que la^vieillesse même normale doit falar* 
» lement entraîner un affaiblissement marqué de tout Tor^a^ 
» nisme. 11 n'en est pas ainsi dans la généralité des. cas. Les-/ 
» appareils digestif, respiratoire et circulatoire peuvent Conc-rt 
M tionner aussi régulièrement et aussi normalement qu'à Tâge 
» adaMéjtl,es for^s physiques peuvent rester' intactes^^el ufn 
» vietilard indemne 'de toute espèce de maladie' rte doit! pas* 
» ressentir plu«r:fde fatigue que parle? passé; lorsqtftt &e livre ^ 
9 k ses exercices ordinaires^ La surdité imême-^iqued^niovoft 
» inévitable n'exietetpas chez un grand mombret de vieiMoMs 



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— 328- 

) Quant aux facultés intellectuelles elles ne changent pas non 
» plus et il est inexact de dire que Fintelligence diminue à 
» partir de 60 ans. On ne peut pas fixer d'âge pour la retraite 
» comme on le fait aujourd'hui pour les fonctionnaires, car 
» beaucoup d'entr'eux sont sont encore très solides malgré les 
» années. » 

Cette remarque nous amène à signaler un usage déplorable 
et inhumain qui tend k se généraliser dans les ateliers, Les 
ouvriers de plus de 60 ans sont renvoyés, parce que les com- 
pagnie d'assurances contre les accidents du travail ne veulent 
pas courir les risques professionnels pour cette catégorie 
d'individus dont plusieurs sont encore valides. Alors que 
l'Etat récompense, par des médailles, les vétérans du travail, 
les compagnies d'assurances, par un ostracisme sans raison, 
leur ôtent tout moyen de subsister et en fait des mendiants. 
Tout récemment on pouvait voir dans les rues du Havre, un 
vieillard décoré de la médaille de travail et tendant la main 
aux passants. Il est à souhaiter que l'on remédie au plus tôt 
à ces entraves à la liberté du travail, qui justifieraient, si elles 
étaient conservées» le droit à des retraites obligatoires et 
nationales pour tous les ouvriers âgés de plus de 60 ans. 



§ II. CENTENAIRES 

Après avoir constaté que les octogénaires et nonagénaires 
avaient diminué dans la ville du Havre pendant l'espace d'un 
siècle et que sous le rapport du sexe, la femme était plus favo- 
risée que l'homme, nous rechercherons maintenant s'il en est 
de même à l'égard des centenaires dont on peut constater 
l'existence aux xvIl^ xvui* et xix* siècles pour le territoire du 
Havre seulement. 

Les registres de Tétat-civil du Havre de la seconde moitié du 
xvii' siècle nous révèlent les individus dont les noms suivent 
et qui seraient décédés dans leur centième année : 

1669 27 février, Marie Romain, 99 ans, 

1669 10 novembre, Antoine Pouchet, 100 ans, 

1670 20 février, Jean Gautier, 99 ans, 

1671 29 mai, Marie Douville, veuve Lemaître, 107 ans, 



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— 3M — • 

1674 26 avril, Jeanne Touin. veuve Emond, i03 ans, 
1677 !•' février, Jean -Jacques dit La Fortune, 105 ans, 

1679 26 septembre, Marie Ferté, veuve Bellenger, 100 ans, 

1680 10 avril, Blanche Bigot, venve Jumel, 100 ans, 

1681 13 janvier, Pierre Adam, 107 ans, 
1689 14 avril, Guillaume Cardon, 104 ans, 
1689 1*" octobre, Marie Turgin, 99 ans. 

Les mêmes documents se rattachant au xvni* siècle consta- 
tent les décès au Havre d'autres centenaires, mais en nombre 
beaucoup moins considérable, puisque ce nombre s'applique 
à un siècle entier tandis que les précédents se rapportaient à 
une période de ti^ente ans seulement. 

1702 8 janvier, Marguerite Leconte, veuve de Philippe 

Ancel, 99 ans, 
1708 3 février, François Dumont, 108 ans, 
1719 17 septembre, Pierre Carbery, irlandais, 115 ans, 

1738 10 novembre, Louis Falssant, lieutenantinvalide,102 ans 

1739 25 septembre, Jacques Dragon, iOOans, Hôpital du Havre, 
1742 27 septembre, Jeanne Cavelier, 104 ans, 

1745 11 avril, Jean Kramer, lieutenant invalide, i02 ans. 
1745 13 septembre, Guillaume Toutain, 114ans> 
1767 14 mai, Marguerite Auzou, 100 ans. 

Le chiffre connu des centenaires morts au Havre pendant le 
xm* siècle est très peu considérable, mais il existe probablement 
des lacunes dans la première moitié de ce siècle et Ton ne 
pourrait les combler qu'avec de fastidieuses recherches dans 
l'état-civil d'une population de cent mille habitants. Toutefois 
nous allons essayer d'y suppléer. 

Le recensement de 1836 ne mentionne aucun centenaire pour 
la ville du Havre, mais on en retrouve un dans celui de 1856. 

On constate à la date du 26 février 1863 le décès, au Havre, 
de Maxence Monchy, née à Baugy (Oise) le 1" novembre 1768, 
veuve en premières noces de Jacques-Noël Cornel et en secondes 
noces de Emmanuel Borin. 

Le 15 février 1868, on retrouve le décès, dans la même ville, 
de Marie-Anne-Victoire Géret, née à Livarot, le 1*'' Mai 1767, 
veuve de Nicolas Didion. (*) 

(1) Communication de M. Ddbis, économe de l'hApiUI du Havre. 



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— ^30'— 

Le 29 aoûtîîl88f7,fAine ûonveHe centenair&4netint'au<fiatn9 ; 
c'est MaMbe<Mar^iieriteMNeVèU/,veQYei*delefatpLoai5 boflgkit, 
née èf^ôîteip'le 27 ltaM»i787. 

L'année 1897 a vu disparaître <leux centenaires babitanàle 
Havre depuis longtemps^Cest le docteur Frédérie de JBo»y, 
né à Paris le 20 avril l!7d3;'idécéâé dans^sa iQ4*wnée to 40 
mars 1897,. Victoire-Sophie Goujet, veuve Sénécal, née àSanvic 
dans la partie annexée au Havre, le 4 septembre 179?; décédiîe 
le 19 décembre 1897, é'est-à-dire danis sa 105* année. 

Il ne nt8l»f)lu6 mainlenant^laRS notre irillerqu'^iacenteBaifei^ 
d'origine étrangère : Charles îaliabert,tné à/ NeiH-*o»b/iiperhn 
sionnaira deJ'hosfiic^ civil du Havre, et, qui serait âgé aeluelle- 
ment de 102 ans. 

M. le docteur Lecadre, qui a vérifié pendant 30 tins la slatîs 
tique<dâmographique, du Havre, ne mentionne qu'une veuve 
morb&ii pyèp de cent ans en 1879, 6t dans un âge.moinScavancé 
il ne cite que deux f9mmes.de 95 à 100^ ans, en 1869;.troisdD<ii- 
vidus d6«8 ë iOOtâfis, eniSTO ; et trois veuves de 90 àtlOOitfis, 
en 1872. 

En résumé, on ne connaît aujourd'hui qUe six centenaires 
décédés^^s Hafl-e^ pendant tout te xix^ sièdè; 'c'est une ipropar- 
tiott«trè*«liHbta pour- une' populatio*!' ayant avarié de fO,ttOàî' 
120,000 ïittbilàîitei fet encore pas on de ces centeiiairwîD'ert aéi 
au«avfe."> 

D'après la nomenclature qud nous venons d'établir^ -or)ze 
individus seraient morts, au Havre, pendant une période de 
3O9fts/de^^l609^%^*i7OOf; darlÈf leut* ceittrème'année^ou l^ayWit 
mêrtife'dépassée.' Dans une* secende période^ de 4700'à^y90r 
c'eakàfdire beaudoup*p^u6 longue, nous n'avons retrouvé que^8 
centenaires. Ënfin^e xix"^ siècle nous fournit seulement quejque?^^ 
cetit6aairea,.prefM}ue tous nésau dehors. . 

Le nombre des centenaires de la fin du Ivii** siècle rtous' 
pai$ait toutàifait^ps de proportion avec celui qui a étér^tons- 
tatétpour le siècle suivant. Il est vrai que l'on vivait £ûui5 la 
monarque qui a régné le plus longtempsren «France»- mai&fiâ^- 
n'était pas. une raison pour prolonger la vie de ses sujets. Nous 
croyons au cenlraèEei(}ueiles4ecufie6.exisUiBidana.J^tat-ciyJ* 



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(>dwipersf)»DeSr ontiautorisèmombre de^gansTà wttûeUlMl 'outre 
t^Bffraure; ceqtA n'esta paa'Paréicbez. lesrtgeosi égésutlift'jooqijiet- 
*<>bme qui)ipeusse:tanA de personnes^à se rajennittnâans) la^fe- 
:*mière moitié deileur vie.xles engageidans la dernîèveià senddn- 
**<neï* plus'd^âge; précisément parœ que ce grand â^e lest «m objet 
.>d}ai^aiii«tion /'Avoir i cent. •ansl en'^ét/))orsque roa&estteiiMre 
vert, n'est-ce pas se rajeanifiiC^estpeutétre là ttr^seet^^de 
i;J]teaiu]|Qup 4e centenaires. 

xv,AveD M^tLecasieur^'QeuaidifdOfi^u'iliftiul; se méfidrftanwi- 

ndisaot/ ceiitensire&; Ainsi;'Mdfaprèd.rcel)iiil[iondi»ibla''Sftwni|; le 

wraœiifteiBenl) dsiSOt; avait eDff69iste6r8li6redQtQiiaireft,'ceiLitt>de 

Jt«sa^'12I7,.6eliû dièil87S^I,d90 et celui d» i88i^lStr: Or, lQW«ais- 

i'!tèc6jdu commarce ayant procédé aune étiquetai sur Je^néeuUat 

du dernier recensement, il en est résulté que^i suf 48 individus, 

. il .n'a été possible d'avoir aucun renseignement; que 63.n'a- 

,,vaientpas ,atteintJOO ans (sur ces 63 il y avâit.3 personnes de 

., 25 à 3* ans qui s'étaient déclarées centenaicçs par plaisanterie); 

que le3< autres, étaient pour la plupart octogénaires ; que" 83 

seulement pouvaient avoir passé les cent ans, 44 ayant 100 .ans 

révolus ; 18,. cent et un an ; 7, cent deux ans 1/2. 

Nous citerons à ce sujet les pseudo centenaires de la^Iiiiité 
du Mont, près Lillebonne, et mentionnés dans l' Annuaire statis- 
, tique de la Seine-Inférieure pour Tan xin sous cet articleT (cGecn'ges 
j) Cardon, né à la Chapelle-Bayvel, près de Corttleilleâ (EurejT'est 
» mort dans le mois de floréal an xn, à la Trinité-dU-Mont, à 
» l'âge de lOS ans; il est le troisième centenaire niorfrdepuls^un 
))i «iècte àfcet-eadroit ». 

'^ Vérification faite de l'acte de décès de GeorgesCârdon-, trous 
avons retrouvé tîette mention qui conferedittout'k faitPassfertion 
de l'annuaire. L'officier de Tétat-civil «a- constaté le* déeès 
irriuYiTé/àlaTrinitfe'dti-Mont, leâaXîerEiinal anXH, de4e9rges 

11) OardoR',! vivant de son bien, âgé dé »0/an&^ né à laiCbapelle- 

'ttnBeuvel.^) Ilfautdonc entrabattneiSurlesilOHansÂDdiifuâtpar 

iiïtmnuaire. 

Les constatations sommaires des décès étaient d'attteurs 

•impuissantes à prévenir la fraudé; témoin Tacte. mortuairfe'-de 

la femme Perdu, de St-Romain-de-Colbosc, consistantv'dans 

cette seule mention parmi les décès de rimnée'1628. « Iiamêre 

r 4^ Pi0rre'Berd$^4gée iia centMm. » 



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— 332 — 

L'âge extraordinaire de il5 ans, attribué à l'Irlandais Pierre 
Carbery, décédé au Havre, avait peut-être été exagéré, à cause 
de la difficulté de se procurer, en pays étranger, la date exacte 
de sa naissance. Mais il n'en est pas de même de Guillaume 
Toutain, décédé en 1742 sur la paroisse de Leure, annexée au 
Havre, car son acte de décès indique le lieu de sa naissance, 
c'est-à-dire la paroisse deSaint-Jouin. 

Les Ainéricains, qui n'ont pour ainsi dire point d'état-civil 
prétendaient en 1890 posséder 3.981 centenaires, savoir : 2,683 
femmes et 1,398 hommes.C'est encore un journal américain qui 
avait publié cette annonce reproduite dans le Magasin Normand 
du 16 Octobre 1866 : « Un nommé CuUé, habitant actuellement 
» dans le Wisconsin et né aux environs d'Yvetot, en 1726, est 
» arrivé à ses 140 ans î » 

Il semblerait que le nombre des centenaires devrait diminuer 
régulièrement, au fur et à mesure que Ton s'éloigne de la 
centième année. Il n'en est pasainsi eten prenant pourexemple 
ceux du Havre, on trouve 4 individus arrivant dans leur cen- 
tième année, 6 l'ayant dépassée ; aucun de l'âge de 101 ans ; 
deux de 102, de 104 et 107 ans; cinq ayant 103, 105, 108, 
114 et 116 ans, etc. 

Le sexe parait influencer sur la longévité extraordinaire des 
individus dont nous nous occupons, et comme nous l'avons 
observé pour les octogénaires et les nonagénaires, c'est la 
femme qui est toujours privilégiée. 

Cette constatation n'est pas nouvelle puisque le savant 
statisticien Deparcieux l'avait déjà faite il y a 160 ans en 
ajoutant que l'on vivait plus longtemps dans l'état de mariage 
que dans le célibat. 

M. le D' Maire, qui a préconisé un secret pour vivre cent 
ans se demandait, il y a trente ans, « si cette diflférence en 
» faveur de la femme dépendait des chances de la vie exté- 
» rieurechez l'homme, ou de la vie plus régulière, moins 
» accidentée, plus sobre de la femme ? » Quoi qu'il en soit, le 
fait n'existe pas moins et les récentes statistiques démogra- 
phiques de la France accusaient 213 centenaires dont 147 
femmes et 66 hommes seulement. 

Cette disproportion n'était peut-être pas aussi grande aux 



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— 333 — 

XVII* et XVIII* siècles, si l'on en croit les chiflfres donnés pour les 
centenaires havrais où Ton reti'ouve 13 femmes contre 10 
hommes. 

La situation de fortune précaire de la plupart des centenaires 
fait supposer que Ton vit plus vieux en suivant un régime 
frugal plutôt qu'une alimentation abondante et recherchée. 

M. Le Jancourt avait remarqué, il y a un demi-siècle, que la 
longévité se rencontrait plus particulièrement k la campagne 
chez les laboureurs et les artisans, parmi les travailleurs enfin ; 
qu'il en était autrement dans les villes. C'est aussi notre avis ; 
c'est k peine si nous avons retrouvé quelques individus ayant 
joui d'une certaine aisance. Parmi ceux-ci nous ne pourrons 
citer que le D'^ de Bossy. 

Au contraire, les centenaires pauvres se retrouvent partout . 
et à toutes les époques. La veuve Didier, centenaire, est morte 
à l'hôpital du Havre; la dame Dorain, est décédée chez les 
petites Sœurs de cette ville ; Madame Veuve Sénécal n'a 
jamais été qu'une pauvre ouvrière. 

Les régimes alimentaires observés par les centenaires 
seraient intéressants à comparer, mais nous ne croyons pas 
que l'on parvienne k établir une règle pouvant servir d'exemple, 
parce que l'on retrouverait des observations tout à fait contra- 
dictoires. 

Les centenaires étaient ordinairement des gens exempts 
d'infirmités, quoique M. Raulin ait retrouvé un lépreux mort 
à cet âge avancé; Guillaume Toutain, du Havre^ mort à lli ans, 
avait toujours joui d'uue bonne santé ; la seule infirmité qu'il 
ait eu était la surdité ; lorsqu'il dut quitter les ouvrages de 
force, il se mit à filer le lin jusqu'à sa mort. 

Reste k élucider la solution du problème que nous avons 
posé en tête de ce chapitre : Le nombre des centenaires a-t-il 
diminué ou augmenté? 

Nous n'hésitons pas à répondre qu'il doit y avoir diminution, 
de même que nous l'avons constaté pour les vieillards de 80 à 
99 ans. 

En prenant comme exemple la ville du Havre, et malgré les 



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— 334 — 

Qissions que nous avons certainement commises dans le 
)mbre des centenaires du xix* siècle, nous sommes loin des 
ize centenaires havrais, plus ou moins authentiques de la 
uxième moitié du xvii° siècle et de neuf centenaires du xrni* 
^cle. Et cependant la ville est cinq fois plus peuplée qu'elle 

I l'était k ces deux époques. Nous ajouterons que nous 
mmes loin encore des trois centenaires constatés à Sanvic, 
nitrophe du Havre, pendant l'espace d'un siècle^*) et qui ont 
ut-être valu k ce bourg, pendant la 1"» Révolution, le nom de 
nneSanté, 

II est vrai que depuis longtemps on a remarqué que la 
)rmandie était peu favorisée sous le rapport de la longévité. 
) 4824 à 1837, d'après Tannuaire du Bureau des Longitudes, 
[ avait compté : 

151 centenaires dans le département de la Dordogne 
109 » » » de la Gironde 

106 » » » du Gers 

71 )) » » de la Haute-Garonne 

56 » » » de TArdèche 

Kn rapprochant ces chiffres considérables de celui des cente- 
ires normands, Ton constate de notables différences puisque 
Seine-Inférieure n'avait fourni que onze centenaires ; TEure, 
la Manche, 5 ; TOrne, 7 ; seul le Calvados était plus favorisé 
ec 32 centenaires. 

Nous mentionnerons, mais avec réserve, l'opinion du savant 
Levasseur, qui écrivait en 1891 dans son étude sur la poptUa- 
n française. : 

a II existe donc des centenaires mais en si petit nombre 
qu'on peut considérer, sauf exception, un siècle comme la 
plus longue durée de la vie. Sur ceux du temps présent, il 
convient de ne se prononcer qu'après la production des 
pièces authentiques; sur ceux des siècles passés, il faut être 
très réservé parce que la légende est trompeuse, que, lors 



I) État-civil de Sanvic. Marie Bcnet veuve de François Bénard, âgée de 110 ans, 
limée le 21 avril 1712. Anne Dubois, veuve de Robert Viraberl, née à Sainl- 
olas de Leure, décédée le 5 mars 1785 à Page de 103 ans. J.-B. Leconte, décédé 
l*' janvier 1805, à l'âge de 99 aus et 11 mois. (Communication de M. Paul 
tôt). 



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— 338 — 

» même que Térudition parviendrait à exhumer des archives 

» certaines pièces justificatives, comme au Canada, l'existence 

» de quelques centenaires ne prouverait rien pour la longévité 

» moyenne d'une population. /) 

» On a dit quelquefois que les soins grâce auxquels nous 
» sauvons plus d'enfants ont pour effet de prolonger jusqu'à 
» l'âge d'adulte, de frêles existences, et nuisent à la solidité de 
)) la race en contrariant la sélection qui s'opère dans le bas âge 
» par la mort. Tout ce que la science peut dire, c'est que !• la 
)) durée extrême de la vie humaine ne paraît pas avoir été, 
» dans les temps passés, différente de ce qu'elle est de nos 
» jours; 2'* la mortalité des enfants ayant diminué, la vie 
» moyenne s'est allongée depuis le xviii® siècle, en France. 
» Les femmes ont une vie moyenne supérieure à celle des 
» hommes. » 

Sans vouloir généraliser nos observations particulières, nous 
pensons au contraire, au moins en ce', qui concerne notre 
région, que le nombre des vieillards de 80, 90 et 100 ans, a 
légèrement diminué depuis un siècle. Et nous espérons que 
notre ami, M. L. Braquehais, complétera cette courte étude par 
la publication de sa biographie des centenaires normands, à laquelle 
il travaille depuis longtemps. 




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OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES DE L'ANNÉE 1891 

pour Août et Septembre 
par M. A. DUMÉNIL 

Membre correspondant 



Août 



Minimum barométrique : 763'"/'*6 le 25, à 6 heures du matin ; 
maximum : 768"/"* le 3, entre 9 heures du matin et 3 heures du 
soir; ce maximum est peu élevé, les raaxima au-dessous de 770 
sont ordinairement rares ici, durée d'un mois. 

Les variations barométriques sont peu accentuées; baisse de 
S»/» du 7 au 8, de 9»/" du i4 au 15 et de ô"*/" du i9 au 20 ; 
hausse de 7"/"» du 8 au 9, de 9™/"* du i5 au i6, de 5»/"» le 19 et 
de 6"»/° du 26 au 27. 

Minimum thermométrique : + 10**8 le 20; maximum : + 29"2 
le 6 ; la nuit la plus chaude a été celle du 4 au 5 : + 18** ; le jour 
le plus froid a été le 20 : + 17** au maximum ; les moyennes 
quotidiennes ont varié de + 13*9 le 20, à + 23*^6 le 25. (1) 

Les travaux de la moisson ont été faits au milieu de condi- 
tions atmosphériques peu favorables; régime très pluvieux 
pendant toute la durée du mois, divisé par plusieurs périodes. 
Pluies du 5 au 9 ; 11, 13, 15; du 18 au 26 et du 29 au 31 ; fortes 
averses ayant donné des hauteurs d'eau considérables en 
quelques heures. 

Les premiers moissonneurs sont rentrés chez eux le 14, 
c'étaient aussi les premiers partis du 21 juillet, d'autres arrivent 
successivement les 17, 19, puis arrêt dans les travaux jusqu'au 



(1) Les valeurs thermométriques de ce mois sont sensiblement les mêmes qu'au 
mois de juillet précédent, tandis que la pression barométrique moyenne y est infé- 
rieure de 3"/"3. 



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— 338 — 

29, et plusieurs retours les 30 et 31, mais il en reste encore dans 
plusieurs fermes. 

Les martinets ont encore été assez nombreux pendant les 
cinq premiers jours 4e beau temps du mois, plus r^^^siâtt j6t.au 
H, on n'en a plus aperçu après cette dernière date. 



Septembre 

Moyenne thermométrique : + 13**76 est inférieure de 1*7 
environ à la normale, minimum. + 6**le 20; maximum. + 22*2 
le 29 ; les moyennes quotidiennes ont varié de + 9*85 le 19, à 
+ 17*30 les 28 et 29. 

Moyenne barométrique : 765 millimètres, supériewe^deB»/" 
environ à la normale, minimum : 783"/°* le 18, de 6 heures du 
matin à 4 heures du soir ; maximum : 776"/" le 13, k 10 heures 
du matin. Variations : baisse de 8"/" du 5 au 6, de 16"/* du 16 
au 17, deg"»/"" du 17 au 18, de 8"/'° du 29 au 30 ; hausse 4e 40"/'p5 
du 3 au 4, de 6"/°^ le 9; de 7"/° du 10 au 11, de 6 «"/«^S 4al8 
au 19, de 6 "'/" du 24 au 25. Moyennes au-dessous de 760 : du 
1«^ au 3, les 18, 19 et 30; au-dessus de 760 k. 770 lidu 4 au 40, 
le 16, du 20 au 24 et les 28 et 29 ; au-dessus de 770, du 11 au 15 
et du 25 au 27. 

Il y a eu pendant ce mois, deux périodes de pluie, ia pre- 
mière du 3 qu 10, pendant laquelle il est tombé de fortes a^^ens^s 
dont Tune, le 6, a donné 43 "/"^ de hauteur d'eau, la deuzième : 
du 17 au 23 ; il y a eu également deux périodes de beau temps ; 
la première, du 10 au 17, par temps froid avec vents N-E ; la 
deuxième, du 24 au 30, avec temps doux et vents S-6 ; c'est 
cette dernière période qui a été la plus chaude du mois. 

A Texception de 6 jours de vents un peu plus forts 4e V^f^l, 
il y a eu 24 jours de temps très calme. 

Les hirondelles ont notablement diminué après l^Mfk, m^àgPé 
le beau temps avec un soleil chaud. 

Très peu de guêpes, cette année, on n-en a vu que deux ou 
trois vers les derniers jours du mois d'août et les 'deux premiers 
jours de septembre. 



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Les récoltes dô la campagne, qui n'avaient pu être engrangées 
les derniers jours du mois d'août, ont beaucoup souffert des 
grandes pluies persistantes des 10 premiers jours du mois de 
septembre. 



"R$zr 



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Obseirations météoroh 


JOURS 
du Mois 


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12 
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15 
16 
17 
18 
19 
20 
21 
22 
23 
24 
25 
26 
27 
28 
29 
30 
31 


1 
1 
1 

1 

1 

1 
1 

1 
1 
1 

1 
1 
1 
1 
1 
1 

1 
1 

1 

19 


2-/-5 

1.5 
15. 
10. 

9. 
0. 
6. 

7.5 
16. 
12. 
U. 

0. 
11. 
36. 

3. 

5. 

0. 
3. 
2. 






TfluxetlIiyeiBei 


153-/-5 


— 





l»l 



7 & 



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k Tibleron (Seme-Inférienre), par A. Dunénil. 



ERMOMËTRE 


ir 




Maxima 


VOJMIMI 


iîi 


Observations principales 


-hl9*5 


+15.35 


763-/-1 


Beau. 


21.8 


17.70 


764.9 


» 


U. 


19. 


767.4 


» brouillard très épais le matin. 


28.5 


22.50 


765. 


» et chaud. 


29.2 


23.60 


760.2 


Orages et pluie raprës-midi et la nuit. 


22.8 


19.15 


760.9 


Orages Tapres-midi. Pluie. 


23.3 


19.05 


761.8 


Pluie raprës-midi et la nuit 


19.6 


17.80 


755.8 


Pluie maUnée, forts yents 0. l'aprës-midi. 


21.3 


18.30 


761.2 


Beau, forts vents 0. 


23.7* 


18.20 


763. 


» 


23.8 


20.30 


763. 


Pluie. Tonnerre loinUin au S. 0. Paprës-midi. 


21.3 


17.25 


766.2 


Beau. 


21. 


16.25 


765.7 


Gouttes Taprès-midi. 


22.4 


18.45 


764.4 


Beau. Halo solaire complet, 11 h. 40 4 2 h. 


20. 


15.85 


758.1 


Pluie. Halo solaire partiel à 7 h. 15 matin. 


21. 


17.50 


763.6 


Beau. 


21.5 


16.65 


762.2 


» 


20.8 


17.90 


758.4 


Orages S. 0. Taprës-midi. Pluie soir et la nuit. 


19.6 


16. 


760.9 


Pluie matinée, beau et forts vents N. 0. Taprës-midi. 


17. 


13.90 


758.8 


Pluie tout le jour et la nuit. 


18.5 


16.85 


756. 


Pluie tout le jour. 


19. 


15.40 


757.7 


Pluie matinée, beau et forts vents 0. Paprës-midi. 


17.8 


14.80 


759.4 


Pluie matinée et la nuit. 


J9.2 


15.30 


755.5 


Orages Faprës-midi et pluie toute la nuit. 


18.4 


15.30 


736.6 


Pluie matinée^ assez beau le soir. Saturne. 


18.4 


14.70 


757.5 


Pluie raprës-midi et le soir. 


20.5 


17.40 


760.4 


Beau, le matin : Vénus. 


:^).6 


16.50 


763.4 


Beau. Halo solaire partiel à 10 h. 50. 


19. 


16. 


761.6 


Brouillard matin. Halo partiel 8 b. 15 à 11 h. Pluie raprës-midi. 


20. 


17.25 


758.4 


Pluie le matin, assez beau Taprës-midi. 


19. 


15.90 


760.6 


Pluie la nuit et la matinée. 


-f21M5 


4-17«35 


761-/- 


Minimum barométrique : 753-/- le 25 ii 6 h. du matin. 
Maximum • 768-/- le 3, entre 9 b. du n atinet3h.du8oir 



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Obseryaiions létéorologiqves dn lois de SertaM 


JOURS 
lu Mois 


4 

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16 


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16 
17 
18 
19 
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21 
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25 
26 
27 
28 
29 
30 
31 


1 

1 


0-/- 

4. 
11. 

2. 
43. 

0. 
U. 

3. 

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1. 

13.8 
1. 
3. 
0. 
0. 
4. 

7.2 


— 


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17 


109-/- 


s. 



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ï Tébleron (Seine 


-Inférieui 


•e), par A. Duménil. 


THERMOMÈTRE 


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Observations principales 


ma 


Maxiroa 


MoycDiet 




4 


+19-6 


-hl5*50 


759". /« 3 


Pluie, forts vents S. 0. le soir ; baisse barométrique. 


•2 


19.8 


16.50 


756.6 


Beau. 


3 


16. 


13.65 


759.4 


Pluie l'aprës-roidi et la nuit. 


6 


15. 


11.80 


766.4 


Orages matin, pluie; arc-en-oiel lanaire soir au N. N. E. 


2 


15. 


12.10 


766.5 


Pluie, forts vente S. 0. 


3 


15. 


14.25 


760.8 


Pluie tout le jour et la nuit suivante. 


8 


18. 


13.90 


764.1 


Gouttes matin, beau raprès-midi; soir: Halo lunaire soir. 




U.4 


12.70 


762. 


Pluie soir et nuit. 




U.2 


12.60 


761.7 


Pluie. f 


4 


16. 


11.20 


767.8 


Gelée blanche matin ; gouttes Paprës-midi. 


2 


17. 


12.60 


771.5 


Beau. 


3 


17. 


12.65 


774. 


Gelée blanche matin. Beau. 


2 


17.3 


13.25 


775.4 


Beau. 


3 


17. 


13.65 


774.2 


Beau, mais couvert. 


4 


16.6 


13.50 


770.7 


Beau. 


2 


18.8 


16. 


766.2 


Beau, sans soleil. 




15.8 


13.40 


759.7 


Pluie. 


8 


13. 


11.90 


753.4 


Pluie matinée, Orages 0. Paprës-midi et soir. Pluie. 


7 


13. 


9.85 


75S.5 


Gelée blanche maUn. Tonnerre 0. l'après-midi. Pluie. 




U.6 


10.30 


761.4 


Pluie. 


^ 


16.2 


13.20 


761.1 


Pluie fine matinée. Forts vents 0. 


8 


U. 


11.40 


763.4 


Pluie l'après-midi. 




18. 


14.50 


763.5 


Pluie matinée, beau Taprès-midi. 


3 


18.2 


15.75 


766.9 


Beau, sans soleil. 


7 


20.2 


15.95 


771. 


Beau. 


8 


19.2 


16. 


T70.2 


Beau, peu de soleil. 


4 


18.6 


16. 


771. 


Beau, peu de soleil. 


4 


21.2 


17.30 


768.1 


Brouillard matin. Beau. 


4 


22.2 


17.30 


764.3 


Brouillard matin. Beau. Eclairs soir 0. N. C, N. 


4 


15. 


14.20 


759.1 


Pluie le matin et le soir. 


m 


-fl6«86 


H- 13-76 


765-/- 


Minimum barométrique : 753-/- le 18, de 6 h. matin à 4 h. soir. 
Maximum . 776-/- le 16, k 10 h. du matin. 
Moyenne » 765-/-. 



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PROGÈS-YERBAUX DES SÉANCES 



Séance dn Juillet 1807 
Présidenoe de M. LEVARBY. Président 



Sont présent : MM. Barrbt, Blért, Chamard^ Çoudblou, abbé 
Dubois, D"* H. Fauyel, Glaneur, Lefrang, Lbyarbt, Le Miniht de la 
ViLLEHBRVÉ, Magk, Hartin, Millard, Neveu, Rbt d'Alissac, Rident, 
Rouget-Marseille et Thériot. 

Après avoir communiqué à l'Assemblée la correspondance et 
les quelques documents adressés à la Société, M. le Président 
lit la fin du travail entrepris par M. Diard, Membre correspon- 
dant» sur VÉdtLcation des femmes d'après Molière. 

Cette seconde partie de l'étude de notre honorable corres- 
pondant a vivement intéressé l'Assemblée qui, sur la propo- 
sition de M. Levarey, a voté l'impression du travail de M. Diard 
dans le Recueil de la Société. 

M. Glaneur signale un article sur Un pont Chinois, paru le 
4 Juillet dernier dans le Soleil illustré. 

Notre collègue ayant cru reconnaître dans cet article une 
série d'indications déjà signalées ailleurs, eut la curiosité de 
rechercher dans un vieil ouvrage intitulé : La nouvelle relation 
de la Chine et découvrit en effet qu'en 1668 une définition 
exacte du pont de Sangan fut donnée par le Père de Magail- 
lans. 

M. Glaneur profite de cette circonstance pour rectifier 
quelques erreurs de chiffres contenues dans l'article du Soleil 
illustré. 

M. le Président remercie notre collègue et le prie de bien 
vouloir rédiger une petite note sur le sujet en question, laquelle 
pourrait être insérée dans le Recueil de la Société. M. Glaneur 
accepte et l'Assemblée en vote l'impression. 



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— 346 — 

ViLtEHÉRvÊ, Levarey, Mack, Martin, Neveu, Rident et Rouget- 
Marseille. 

M. le Président communique àTAssemblée diverses lettres 
adressées à la Société et dépose sur le bureau une certaine 
quantité d'ouvrages et de brochures destinés à la bibliothèque. 

Au nombre des lettres communiquées on remarque notam- 
ment celles : 

!• de M. Castano de Carvalho, consul du Portugal. Par cette 
lettre, M. de Carvalho remercie la Société de l'envoi du bulletin 
dfe Vannée écoulée, et nous informe qu'il serait heureux de 
faire partie de notre Association ; 

ir de la Société académique d'Archéologie, Sciences et Arts 
de l'Oise, nous faisant connaître qu'elle fêtera les 41 et 12 
Octobre prochain le cinquantenaire de sa fondation. Elle 
invite toutes les Sociétés avec lesquelles est en relation à: se 
faire représenter aux fêtes qu'elle organise à cette occasion. 

M. le Président prie les Membres qui désireraient se rendre 
ïiBeauvais de bien vouloir en prévenir M. le Secrétaire arant 
le 16 Septembre, date à laquelle les Sociétés doivent adresser 
les noms de leurs délégués. Le programme desdites fêtes est 
déposé au Secrétariat de la Société : 

3* de M. le Proviseur du Lycée de garçons et de Madame la 
Directrice du Lycée de jeunes filles remerciant la Société du 
don de médailles fait à leurs établissements pour être remises 
à trois élèves lors des distributions de prix. 

A ce sujet, M. le Président indique les noms des élèves qui 
ont obtenu ces récompenses : 

Lycée de garçons (Mathématiques), M. Gaston de Coninck. 

> » (Discours français en rhétorique), M. Daudin . 

Lycée de jeunes filles (Littérature), M"^ Marie- Antoinette 
Le Roux. 

M. le Président donne ensuite la parole à M. Rouget-Marseille. 

Notre collègue soumet à l'Assemblée quelques considérations 
sur la richesse immobilière et les recettes budgétaires des villes du 
Havre et de Rouen. Celte étude, fort instructive, puisqu'elle nous 
entretient de la situation financière de notre Cité et delà ville 



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-347 - 

M. le docteur Fauvel lit ensuite la première partie d'^e 
étude intitulée : Cure Marine, 

Ce travail de notre collègue est d'autant plus intévesBMt 
qu'il est fait par un homme appelé, par sa profession.;^ 
médecin, à conseiller ce genre de traitement à une cej[\|Mit^ 
catégorie de malades. 

M. le Président remercie M. le docteur Fauvel et le iprie de 
vouloir bien continuer la lecture de json travail k un^ 
proctiaine séance. 

Après un échange d'observations entre M. le Président et 
divers Membres, TAsserajDlée décide que le banquet ancm^l de 
la Société aura lieu à la fin de Tannée, la saison estivale daos 
laquelle nous sommes étant peu favorable à ce genre 4e 
réunions. 

M. le Président informe l'Assemblée que, généralement, la 
Société suspend des séances pendant un ou deux mois, à 
Toccasion des grandes vacances durant lesquelles un assez 
grand nombre de nos collègues sont absents du Havre. 

Quelques Membres proposent de tenir une réunion en Août 
en la fixant au premier au lieu du second vendredi, et de 
supprimer celle du mois de Septembre. 

Cette proposition, mise aux voix par M. le Président, est 
adoptée par les Membres présents. 

La prochaine séance aura donc lieu le vendredi 6 Août otla 
réunion suivante le 9 Octobre. 

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à dix heiwii. 

Le Secrétaire, 
J. MACK. 



Séance du 6 Août 1807 
Présidence de M. LEVAREY, Président 



Sont présents : MM. Barrby, Bléry, Brunbt, Coudblou, abbé 
Dubois, Glaneur, Louis Lamy, Charles Lamy, Lb Mimihy db la 



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} 



- 348 — 

de Rouen, et met sous nos yeux la division de leur fortune 
spéciale et celle de leurs principales sources de recettes, est 
accueillie par des applaudissements. 

Quelques observations sont seulement présentées par divers 
Membres sur la valeur de certains chiffres portés dans ce 
travail, mais M. Rouget-Marseille affirme l'exactitude de ces 
chiffres qui ont été puisés dans des documents officiels. 

M. le Président remercie notre collègue et met aux voix 
rimpression de l'étude mentionnée ci-dessus. L'impression est 
votée. 

M. Martin lit une intéressante note, rédigée par M. Veuclin, 
Membre correspondant, sur r Assistance publique au Havre par les 
Dames de Charité et de l'École des dentelles. 

L'impression de ce travail est votée par l'Assemblée et M. le 
Président remercie MM. Veuclin et Martin. 

il est ensuite procédé k l'admission de M. CastanodeCarvalho 
présenté par MM. Levarey et Rident. 

Le scrutin étant favorable, M. de Carvalho est admis en 
qualité de Membre résidant. 

M. le Président informe l'Assemblée qu'un assez grand 
nombre de demandes de programmes du concours de poésie 
ont été adressées au Secrétariat de la Société. Il y a donc lieu 
de se féliciter, dit M. Levarey, d'avoir employé le nouveau 
moyen indiqué par M. Le Minihy pour la publicité des 
concours. 

MM, Martin et Braquehais présentent M. Talbot, professeur 
à Sanvic, et MM. Neveu et Coudelou présentent M. Voisin, 
pharmacien-chimiste, tous deux en qualité de Membres 
résidants. 

Les votes sur l'admission de ces nouveaux Membres auront 
lieu à la réunion du mois d'Octobre. 



La séance est levée à dix heures. 



Le Secrétaire, 
J. MAGK. 



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Pages 

Considération sur la richesse immobilière et les recettes budgétaires des 

Villes du Havre et de Rouen, par M. Rouget-Marseille 961 

La Cure marine, par M. le D' Henri Fauvel 275 

Ponts remarquables de la Chine, par M. Glatiecr 293 

L'assistance publique dans la Ville du Havre aux XVII* et XVIII* siècles, 

par M. V. E. TiocuN 899 

La longévité humaine au Havre, par M. Alphonse Martin 323 

Observations météorologiques de l'année 1897 (août et septembre), par M. A. 

DOMÉNIL 337 

Proeès-Verbaax des Séances 345 



^ 



Uavfe — Imprimerie Micaux, rue Juled^-Leceâne, 20. 



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RECUEIL 

DES 

PUBLICATIONS 

DE LA 

SOCIËTÊ HAVRAISE D'ËTUDES DIVERSES 

DS LA 64«'« ANNâE 

1897 



QUATRIÈME TRIMESTRE 



LE HAVRE 

IMPRIMERIE H. MIGAUX 

1897 



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ISrOT-A. 

lié des opinions et assertions 
iivragcs publiés n'est pas ac- 
iété et reste à leurs auteurs. 



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DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE 

DE L'ÉGLISE DE GLÉVILLE 

par M. l'Abbé Joseph DUBOIS 

Membre résidant 



L'église de village : c'est tout un poème, toute une histoire î 
Le paysan religieux, qui chaque dimanche vient s'y agenouiller 
pour rendre à Dieu ses devoirs, en s'unissant à la divine victime 
immolée sur l'autel, se sent pénétré, dès qu'il en a franchi le 
seuil, d'une atmosphère de piété. Il semble que là soit plus 
sensible qu'ailleurs le souvenir des ancêtres, près de ces murs 
qu'ils ont élevés, qu'ils ont chéris, auxquels chaque génération 
qui s'est succédé a ajouté quelque chose, a laissé un vivant 
souvenir d'elle-même. 

Aussi avec quelle religion devons-nous traiter ces vénérables 
reliquaires du passé ! Quel bonheur de les étudier, de les faire 
connaître, de leur faire rendre, devant nos contemporains 
attentifs, tous les témoignages enregistrés dans leurs murs 
séculaires ! Cela est vrai des grands monuments, des antiques 
cathédrales dans lesquelles il semble que l'âme de la patrie se 
soit incrustée, mais cela est vrai aussi, quoique d'une façon 
plus intime, des modestes églises de campagne, si douces à 
visiter au milieu de leur cimetière où dorment, sous les bras de 
la croix rédemptrice, les cendres de nos chers morts, à l'ombre 
des vieux hêtres d'où, seule, émerge la pointe du clocher que 
salue de loin le voyageur attendri. Chaque église de campagne 
mériterait une monographie spéciale. On s'évertue, et ce n'est 
pas moi qui m'en plaindrai, à déchiffrer sous la rouille ou la 
poussière qui les dévorent, les anciens parchemins, et ces 
recherches ont renouvelé l'histoire ; mais que bien plus vivants, 
plus suggestifs sont ces documents de pierre qui racontent à 



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— 362 - 

leur manièï*e les siècles écoulés ! Tous ne recèlent pas la môme 
abondance de renseignements, mais tous ont quelque chose à 
apporter au trésor de l'histoire nationale. Par exemple, qui 
donc s'est occupé d'une façon un peu détaillée de Thistoire de 
réglise de Cléville? On avait bien d'autres études! Mais l'his- 
toire de France n'est pas seulement dans les chroniques de 
Saint-Denis ou dans les mémoires où Saint-Simon déchire à 
belles dents la cour du grand siècle, elle est dans les chartes se 
référant au plus humble prieuré, dans les livres de raison que 
tenaient les fortes et patriarcales familles d'autrefois. Faisons 
donc valoir notre document en décrivant notre chère église. 

Cléville (*) n'est qu'une modeste commune du canton de Fau- 
ville. Elle n'a même pas le bonheur d'avoir un curé à elle. Heu- 
i . reusement le curé de Ricarville qui la dessert suflBt à montrer 

K par son exemple que, quand Dieu donne à un père plusieurs en- 

K fants, il dilate son cœur pour qu'aucun ne s'y trouve à l'étroit 

|. et ne puisse se plaindre du voisinage des autres. 



I La pauvre et chère église, ce qu'elle a subi de mutilations et 

t de prétendus embellissements depuis les jours lointains où se 

p , sont élevés les murs qui la circonscrivent ! Elle remonte au 

moins au xn« siècle. Joyeux enfants de Cléville, redites-le à vos 
parents chéris, au temps de saint Bernard, de Louis VI, de 
ItOttia VU, avant Philippe-Auguste et Bouvines, déjà se dressait 
l'église de votre village, déjà elle retentissait du vieux Credo 
de votre foi» déjà on y chantait les Alléluias de Pâques et des 
Requiem pour les morts. 

Le portail est moderne, il porte, sur la clef de voûte du cintre 
de la porte centrale, la date de 1783. C'est un fait digne de 
remarque que les relouches considérables dont furent l'objet, 
à la veille de la Révolution, les églises de toute cette région du 
pays de Caux. C'est l'époque du clocher actuel de Fauville et 
dte bien d'autres reconstructions. Le malheur est qu'à cette 
époque le savoir faire était loin d'être à la hauteur de la bonne 

(I) La population, d'après le recensement de 1896, s'élève à 229 habitants. Cléville 
est cité avec 80 feux ou familles en l^'iO et 52 feux payant impôts sous Louis XV. Il 
comptait 392 habitants en 1872. 

Originalfoment c'était au seigneur de Blanques, dont le château était «tué sur 
GlévUle et Alvimare, qu'il appartenait dénommer les curés de ces.paroisses^ |Hii8<p||i^ 



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- 353- 

volonté, et que rien n'est vulgaire comme ce que construisaient 
les architectes dlalors. Au moins faisaient-ils solide, et bien des 
siècles vraisemblablement se passeront avant que les assises 
de pierres, de briques, de silex du portail, ou, pour parler plus 
e^çactement, du pignon Ouest de Téglise de Cléville, viennent 
à tomber. 

Passons maintenant, pour continuer de décrire l'extérieur, 
au côté du Midi, de beaucoup le plus intéressant; le côté Nord 
n'eu est que la pâle copie et il suffira, tout à Theure, de quelques 
mots pour le caractériser suffisamment. 

Dès la première travée nous voyons se poser de redoutables 
problèmes. Mous sommes là en présence d'une fenêtre à lan- 
cettes de la fin du douzième siècle, peut-être modification déjb 
d*un état antérieur, et qui a été refaite, en briques à l'intérieur, 
en pierres à l'extérieur, mais dans la même forme, au dix-hui- 
tième siècle. Dans la seconde travée on a été moins réservé, et 
sana respect pour les formes de la fenêtre ancienne, on a bru- 
talement ouvert dans la vieille muraille, une immense fenêtre 
sans grâce ni mystère qui inonde Tintérieur d'un jour cru et 
sans poésie. Le grand intérêt de cette partie de Téglise consiste 
dans les modîllons qui couronnent le mur et que, heureusement, 
les toitures successives ont remarquablement conservés. Il est 
même rare que l'on puisse, comme à Cléville, se rendre compte 
de la fonction de ce membre si curieux de l'architecture du 
m* siècle. La dernière assise du mur est formée de pierres 
n'excédant pas beaucoup la grosseur de fortes briques. Le 
sommet et les deux côtés sont ornés d'une saillie rectangulaire 
et ces côtés retombent, accouplés, sur de petites pierres carrées 
également en saillie, ce sont les modillons. Pour racheter la 
saillie de la partie supérieure du modillon et regagner la sur- 
face plane du mur, on trouve une sorte de glacis que les sculp- 
teurs de l'époque romane ornaient ou de figures grimaçantes, 
ou de dessins géométriques également représentés ici. Les 



laume Bonne-Ame, archevêque de Rouen, iOTO-lHO, en reconnaissance des insignes 
(tveiirs reçues de Dieu et des heureux moments qu'il avait passés dans le cloître, 
donpe à Tabbaye S(-Étienne, de Caen, c l'église de Cléville et la chapelle d'Alvimare 
qui est sous sa dépendance, y compris, en ce qui concerne Cléville, la dlme, le 
patronage de la cure, comme aussi la seigneurie, le fief et la haute justice > le tout 
eomvoéi cléi^ndaAoe du prieuré deCléTiUc. 



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— 334 — 

modîllons de la seconde travée, plus maltraitée <|uant à sa 
fenêtre, sont, eux, bien mieux conservés. Pour ceux de la 
première travée, nous hasarderons une opinion peut-être un 
peu osée. Il nous semble que les trois modillons qui ne com- 
portent pas de figures grimaçantes ont été placés là à une res- 
tauration partielle de Téglise au xvi^ siècle. Ils semblent en 
effet être les sections d'une moulure caractéristique de cette 
dernière époque, et ce qui nous confirme dans ce sentiment 
c'est que, au côté Nord, vis-à-vis de la splendide chapelle xvi* 
siècle que nous étudierons tout à l'heure, au-dessus d'une 
grande fenêtre sans meneau et dont Tappareil et les moulures 
accusent franchement le même xvi*» siècle, nous trouvons toute 
une collection de modillons refaits exactement dans le goût de 
ceux que nous essayons de décrire. Rien d'inquiétant pour 
Tarchéologue comme ces relouches de monuments, car si les 
restaurateurs, ou prétendus tels, appliquaient généralement les 
principes de construction en usage à leur époque, ils ne se 
faisaient pas faute, le cas échéant, de reproduire les anciens 
motifs de décorations, quitte à les modifier d'après leurs pro- 
cédés nouveaux. 

Vient ensuite un vieux contrefort roman dont le tuf crevassé 
de mille cavités raconte les longs services. La pierre, l'appareil, 
sont absolument typiques et indiquent, à n'en pouvoir douter, le 
roman normand du xu^ siècle au plus tard. Quelle époque que 
ce siècle qui continue les croisades ! II a marqué sa gloire par 
les épopées grandioses qu'il a accomplies, parcelles qu'il a ins- 
pirées, mais il l'a reproduite aussi, en traits indélébiles, dans cette 
forêt d'édifices élevés à l'honneur de Dieu. Ces vénérables débris 
identifient nos anciens monuments. C'est dans cette salle carrée 
qu'ils délimitent que depuis huit cents ans, peut-être plus, le 
peuple de Cléville se réunit pour la prière. L'église de RicarvHle, 
beaucoup plus défigurée par l'outrage du temps, était debout à 
la même époque, à la place qu'elle occupe. L'église de Fauville, 
l'ancêtre et la mère de tous ces sanctuaires, élevait déjà dans 
les airs son clocher roman que la tour actuelle n'a remplacé 
qu'à la fin du xvm^ siècle. Quelle merveille que cette stabilité 
au milieu des flots des générations qui se succèdent et qui 
voient chaque année se renouveler les promesses du printemps 
et les fruits de l'automne, pendant qu'elles réaUsent ces trois 



iL**^-. 



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~ 35S — 

mots gravés sur une pierre de Tancien prieuré de Cléville (M et 
qui résument l'histoire de chacun des fils d'Adam : Nasci, Labo- 
rare, Mori, naître, souffrir, mourir! 

Après une vieille porte protégée par une pierre en saillie 
dans la maçonnerie qui la surmonte, nous arrivons à ce que 
nous appellerions l'accident essentiel de l'église de Cléville, si 
pareille façon de dire n'était pas répudiée par la saine logique. 
Nous voulons parler de cette chapelle du commencement du 
xvi« siècle qui forme comme le côté unique d'un transept 
inachevé. Là tout est magnifique : l'appareil formé d'assises 
très régulières d'un superbe calcaire, le relief de tous les 
membres de la construction savamment conduite par un archi- 
tecte au courant de tous les progrès réalisés dans son art. Toute 
description serait superflue. Du reste, le lecteur n'a qu'à se 
rapporter à la représentation figurée du monument que nous 
sommes heureux de mettre sous ses regards, pour admirci 
l'ensemble et les détails. Nous nous contenterons de lui faire 
remarquer le caractère de la transition qui conduit à la 
Renaissance, dans ces trois divisions en plein centre de la 
fenêtre centrale surmontées par un remplage d'un flamboyant, 
tournant aux formes arrondies du xvi^ siècle ; tout cela encadré 
dans une somptueuse ogive admirablement proportionnée 

(1) L'église que nous décrivons n'était pas le seul établissement reli- 
gieux de la paroisse, il y avait à Cléville un prieuré dont les bâtiments 
encore existants indiquent par leur masse imposante l'ancienne impor- 
tance. Celte lointaine dépendance de l'abbaye de Saint-Elienne de Caen 
demanderait a elle seule une notice complète. Nous nous contenterons 
de donner, pour les curieux d'histoire locale, les deux pièces les plus 
importantes du volumineux recueil préparé par la patiente érudition 
de M. Ch. Breton, instituteur à Cléville : !• une déclaration du 10 
décembre i54i indiquant les droits et la valeur du prieuré sous le 
régne de François P', et 2* une autre déclaration en relatant l'état au 
commencement du xvni® siècle : 

1** Déclaration du 10 Décembre 1541. 

Sur le vouloir du roi et du bailli de Caux, dom Jean Chapelle, reli- 
gieux de l'abbaye de St-Etienne de Caen, prieur du prieuré de Cléville 
en ledit bailliage de Caux, vicomte de Caudebec, déclare tenir en ladite 
vicomte, en pure et franche aumône, librement et sans aucune charge 
son dit prieuré de Cléville par un fief noble à cour et usage, justice et 



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- 386 — 

avec le pignon qu'elle décore ; nous avons là un raorceau 
achevé. Nous ne savons si les historiens de Cléville pourraient 
nous renseigner sur les circonstances qui donnèrent naissance 
à cette partie de notre monument, sur le nom de Tarchitecte 
auteur de cette superbe chapelle, mais elle suffit par elle-même 
ith glpire de Cléville et de l'église qu'elle complète magnifique- 
ment, 

Arrachons-nous à cette merveille dont un soleil radieux fai- 
sait éclater toutes les délicatesses lors de notre visite et exami- 
nons le chœur : nous avons là un travail de la fin du xu* siècle, 
la fenêtre la plus rapprochée du chevet ne laisse aucun doute : 
lancette très flnemept dessinée, elle apparaît dans le chœur au 
fond d'un ébrasement colossal dont on a eu tort, dans la 
restauration récente, de ne pas accuser le caractère ogival. 
Naturellement l'appareil du mur a passé par bien des épreuves ; 
mais les parties essentielles, les ouvertures, les contreforts ont 
gardé reconnaissables encore les caractères de leur origine. 

En touphant au chevet, nouvel étonnement. Des deux côtés 
du pignon terminal droit, nous trouvons, s'élevant jusqu'à 
la corniche, un double pilier carré faisant office de contrefort. 
L'apj)areil est en petites pierres cubiques, d'un grain très fin, 

juridiction en basse justice, comme membre dépendant de ladite abbaye, 
auquel fief le prieur a domaine fieffé et non fieffé, manoir ancien et 
chapelle, droit de colombier et autres droitures de noblesse : bois, 
taillis et terres labourables, hommages et rentes, tant en deniers, grains, 
œufs, oiseaux, que autres services, reliefs, treizièmes, amendes et 
autres droitures seigneuriales, et consiste ledit domaine non fieffé en 
prés de 90 acres de terre et 21 livres de rente environ... toutes estima- 
tions comprises, charges ordinaires rabaUues,peut valoir la somme de 
150 livres tournois par chacun an. 

2« Déclaration du 12 Décembre 1726. 

Déclaration que donne Messire Jérôme-François Pillon, prêtre licencié 
en Théologie, de la maison royale de Navarre, prieur du prieuré simple 
de St-Benoistde Cléville, dépendant de l'abbaye royale de St-Etienne, 
de Caen, et faisant l'un des membres de ladite abbaye, situé en la 
paroisse de St-Benoist de r4léville dans la vicomte de Caudebec-en- 
Caux des biens et revenus duditprieuré... donnée à l'assemble générale 
du clergé de France, 12 décembre 1726.... 

1^ yne masure qui est la maison seigneuriale dudit prieur, qui est 



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— 357 — 

tfiillées et placées avec un soin extraordinaire. On dirait un 
morceau de cathédrale. Ce doit être un legs de la fin du \w 
siècle. Nous le recommandons instamment à l'attention du 
visiteur, car il est très rare de rencontrer, dans une église de 
çapapagne, un morceau de celte perfection. On sera ravi 
également de son état de conservation : les arêtes ont g^rdé 
toute leur vivacité, la pierre, l'éclat un peu cru de sa nou- 
veauté, ce qui nous induirait à penser que pendant longtemps 
Qes morceaux précieux ont été soustraits, par un revêtement 
quelconque, aux intempéries des saisons. 

Le chevet, autant que nous pouvons le deviner maintenant, 
devait être un morceau très intéressant ; malheureusement, à 
la fin du xvni* siècle, on y a accolé une sacristie sans caractère, 
et, dans ces derniers temps, on a empâté d'une couche de 
ciment le reste du pignon qui émergeait à Tair libre. Npus 
ftvons trouvé là, aveuglées et cachées par les armoires actuelles, 
deu^ fines ogives se répondant (l'abbé Cochet parle de trois, 
mais le milieu du pignon est tellement dénaturé que nous 
n'avons, pu contrôler l'exactitude de son dire), hautes de 1™30, 
larges de 15 centimètres à peine, elles sont un spécimei) 
çhçirman); des essais timides de l'ogive à la fin du ^iV" siècle. 

qn clos planté assis en ladite paroisse de Cléville, contenant en totalité 
4 acres 1/2, 3 perches ou environ, environnée de fossés plantés en 
partie de jeunes arbres, sur laquelle masure il y a plusieurs bâtiments 
savoir : une chapelle, la maison du prieur où il y a cuisine, plusieurs 
chambres tant en bas qu'en haut, des granges, écuries, des étables, 
bergeries, fours, loges ou hangars, colombier à pied, etc. 

2** 16 pièces de terre contenant 66 acres ou environ de terre labou- 
rable. 

3** Une autre pièce qui est la place nommée vulgairement le Carreaij 
de Cléville, un des plus grands du pays de Caux et qifi n'est d'aucu/a 
rapport. 

Toutes lesquelles 18 pièces, selon i'arpentage fait le 2J janvier 1699 
par Lepicard, arpenteur, sur ordr^ de M. Rouland, prieur alors dudit 
prieuré de Cléville, contenant 72 acres ou environ, 

4° Le prieuré a encore les 2/3 des grosses dîmes de la paroisse doat 
le terrain est petit et de peu d'étendue, l'autre 1/3 est cédé à M. le 
curé avec les vertes dixmes et les novalles. 

5® I| y a environ 70 à 80 livres de rentes seigneiiriales, il y en avait 



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— 358 — 

Avant de perdre de vue le côté méridional de notre église, 
nous pourrions faire une utile station auprès du Calvaire situé 
à rentrée du cimetière. La croix en fonte vient d'être restaurée 
grâce à la générosité des paroissiens. Elle repose sur une base 
mon umentale semblable àcelles qui, dans noséglises du seizième 
siècle, supportent les colonnes maîtresses de Tédiflce : mêmes 
moulures prismatiques finement évidées, même délicatesse de 
sculptures, mêmes masses carrées superposées semblant se 
pénétrer mutuellement en opposant leurs arêtes et leurs plans. 
Au sommet de cette base la dernière assise montre une petite 
avancée sur le côté que Ton a en vue quand on rentre dans le 
cimetière. Peut-être y avait-il ici antérieurement une statue de 
la Sainte-Vierge? En tous cas, tout ce morceau ne manque pas 
de caractère et méritait d'être signalé. 

Le côté Nord, nous Tavons dit, est bien loin d'avoir l'intérêt 
du côté Sud qu'il ne fait que répéter modestement. La 
première fenêtre de la nef et la dernière du chœur ont, comme 
leurs sœurs méridionales, conservé leur forme primitive. En 
face de la chapelle si typique élevée au Midi par le xvi* siècle, 
nous trouvons une grande baie de la même époque, sans 
meneaux, mais construite en bel appareil et moulurée avec 



plus, qui ont été perdues par prescription ou par la négligence des 
anciens prieurs. 

Il est important d'observer : i* que les dites terres sont les plus mau- 
vaises de la paroisse, le sol est en cailloux ou mauvaise terre sablon- 
neuse ; S** il y a seulement Cfi acres de terres labourables ; 3^ les dîmes 
ne sont que de IKX) acres moins 120 qui consistent en bois et masure, 
I puis 18 acres pour les novalles, puis 10 acres de lin, =148surles- 

I quelles le prieur ne dime pas ; reste 748 acres à dîmer : 1/3 pour le 

ï^ curé, reste 500 pour le prieur; i6H en jachère sont à diminuer, reste 

I 334 acres à dîmer par chacun an dont 1/2 en blé et 1/2 en avoine, pois 

ou vesce, ce qui est peu de chose ; 4" le nombre des bâtiments est 
grand, grand entretien, grand coût, surtout à cause des vents furieux 
qui régnent dans ce canton et désolent tout. 

Il n'est pas aisé de donner l'estimation de la juste valeur de ce béné- 
fice, parce qu'il y a peu de temps que le prieur y est (3 ans) et y fait 
f..: valoir. 

f Le sieur Paon faisait aussi valoir. 

t M. Rouland, docteur de Sorbonne, pénultième prieur, affermait ledit 



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- 359 - 

soin. Les contreforts en pierre tuffeuse, plus nombreux, 
moins remaniés que sur la face méridionale, sont là aussi pour 
nous indiquer Tâge reculé de toute cette construction véné- 
rable. 

L'intérieur de Téglise de Cléville, disons-le tout de suite, ne 
répond pas aux merveilles extérieures que nous venons de 
décrire. La nef, remplie de bancs vulgaires, déjà anciens, 
surmontée d'un berceau du xvi** siècle reposant sur une 
corniche grossière et composée de planches disjointes jadis 
peintes à la chaux, le tout maintenu par de gros sommiers 
traversant l'église de part en part, la nef, disons-nous, manque 
de caractère. Elle est surtout affreusement défigurée par une 
sorte de caisse en bois blanchi, accrochée à des pierres mises 
en saillie à cet effet le long du mur de clôture du chœur et sur 
leflancseptentrionalderediflce.il ne faut pas trop médire 
de cette disposition qui nous paraît si choquante, parce qu'au 
moins elle laisse libre la perspective du chœur sur lequel 
s'ouvre un magnifique arc triomphal du xin^ siècle reposant 
de chaque côté sur un pilier carré surmonté d'un chapiteau 
rudimentaire. Dans cette caisse en bois de toute la largeur de 
l'édifice reposent les pièces d'appui du clocher qui, sous sa 

prieuré à M. Jacques Osmont, vivant encore, qui payait 1,1 00 livres au 
dit Rouland et loin de gagner, il y était, dit-il, de retour; il remit la 
ferme, M. Rouland lui afferma alors pour 1,000 livres. 
Donc 1,000 livres de revenu pour le prieuré. 

Charges : Les messes chaque semaine, par an « . iW 

310 livres de décimes 310 

200 livres pour entretien du cancelle de l'église, de la cha- 
pelle et des autres bûtimenls 200 

Livres 630 

Reste 370 livres pour le prieur. 

Monl*"" bail fait pour 9 ans à 1,100 livres, je payais les décimes 
dont on diminuait d'autant mon fermage tous les ans ; le 2° bail, 1,000 
livres, fut court, 2 à 3 ans à cause de la mort de M. Rouland. 

Et j'ai signé : Osmont, 19 juin 1726. 

Le prieur atteste vraie la déclaration. 

Pillon, 19 juin 1726. 

Veut-on savoir maintenant comment a (ini cette antique institution : 



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tïhape d'ardoise, s'élève ainsi entre chœur et nef. La flèche e^ 
très vulgaire ; elle n'a même pas le mérite d'un aplomb incon- 
testable et semble s'incliner vers Touest. Le chœur a été dans 
ces derniers temps Tobjet d'intéressantes restaurations. On lui 
a donné un beau berceau en maçonnerie, dégagé de ces 
sommiers si désagréables à la vue qui déshonorent la nef. 
Nous avons parlé des fenêtres. Sur le chevet droit sont prati- 
quées deux basses niches sous lesquelles trônent les statues de 
saint Benoit et de saint Nicolas, qui, à défaut d'autre mérite, 
ont celui de provenir de la chapelle de l'ancien prieuré de 
Cléville. Plus bas, se regardant, se voient deux bonnes statues 
modernes de sainte Scolastique et de saint Joseph. 

Le mobilier de l'église de Cléville donnera lieu à peu 
d'observations. Nous avons dit un mot des bancs. Le retable 
qui s'élève au-dessus de l'autel est mesquin et d'un goût douteux. 
L'autel lui-môme est largement établi et tout de marbre, ainsi 
que le tabernacle. Il provient de l'église de RIville. M. l'abbé 
'Roger, curé de cette paroisse, ap?ès avoir desservi Cléville, 
étant venu à le remplacer dans sa nouvelle église, en fit don à 
ses anciens paroissiens. Le marbre est de teinte rouge brique 

■ - 

voici Taffiche annonçant la vente, à Caudebec, le 7 mars 1794, des biens 
nationaux constituant le ci-devant prieuré de Cléville : 

7 Mars 1791, à Caudebec 
VENTE DES BIENS NATIONAUX 

1^ Une ferme consistant en plusieurs bâtiments et une ehaipelle 
appelée le prieuré de Cléville, une masure plantée d'aii)r68> fruitiers, 
67 acres de terre en labour, tenue par le sieur Trémauville, par bail 
qui finira à StMichel 1791. 

2° Une place vague, inculte, nommée le Carreau, contenant une 
"acre. Deux petites masures contenant demi-acre, édifiées de bâtiments. 

3^ Les rentes seigneuriales et les droits casuels, le tout ayant appar- 
tenu au prieuré de Cléville, sur l'estimation de 35,200 livres. On 
laissera au public et riverains de la place vague, les sorties et entrées 
pour Fusage des mares publiques par les chemins existant comme, par 
le passé. 

La ferme est adjugée au sieur Pierre-Alexandre Fenestre du Montau- 
roux, demeurant à Caudebec, pour le prix de 66,200 livres. 

Les commissaires de la municipalité de Cléville étaient Pierre Née et 
Etienne Trémauville. 



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et richement veiné, mais l'ornementation est d'une sévérité (Jui 
va même jusqu'à la froideur et la sécheresse. La chaire est 
une caisse carrée sans valeur. L'autel de la sainte Vierge, 
travail moderne d'un bon caractère, a malheureusement été 
encaissé dans le coin étroit produit par le mur de clôture du 
chœur rejoignant le mur du Nord. Pourquoi aussi avoir donné 
aux sculptures de cet autel des caractères qui n'appartiennent 
qu'à la Renaissance? 

Au bas de la nef se voient les fonts baptismaux. Ils offi[*ent un 
r.ertainintérêtau double pointde vue historiqueetarchédogique. 
Les fonts dans une église étaient, en effet, le signe de la dignité 
paroissiale, et nous savons, par des documents authentiques, que 
les enfants d'Alvimare devaient être apportés à Cléville pour y 
être baptisés; d'autre part la cuve baptismale de l'église qui nouis 
occupe, puissante masse ronde reposant sur un dé carré, doit 
reiHonter à unehaute antiquité. Ce morceau lui-même s'appuie 
sur une sorte de base carrée de la même largeur, présentant 
aux angles quatre colonnes trapues et sur les parties pleines 
quelques décorations géométriques. Nous inclinerions îi penser 
que cette base, sévère encore mais plus ornée, est moins an- 
cienne que la pièce qu'elle supporte. Peut-être aura-t-on voulu 
exhausser le tout, ou remplacer des pierres usées par les siècles. 

Avec quelle émotion de filiale tendresse les Cléviltais ne 
doivent-ils pas considérer ces pierres vénérables qui depuis 
tant de siècles ont contenu l'eau sainte où a été engendrée à la 
vie surnaturelle la longue suite de leurs ancêtres ? 

Le morceau capital de l'intérieur est encore cette chapelle du 
XVI® siècle qui nous a déjà arrêtés tout à l'heure. Elle nous offre 
une voûte de syôtème ogival reposant sur des arceaux prisma- 
tiques. La clef, morceau de délicate sculpture malheureusement 
empâtée par des couches successives de badigeon, se compose 
de couronnes en retraite les unes ^ur les aUtres.^Un grand arc 
circulaire aux moulures prismatiques met cette chapelle en 
communication avec la nef, il repose vers le chœur sur un pilier 
carré. Vers le portail sur une colonne ronde. Dans la fenêtre 
que nous avons déjà vue de l'extérieur se trouvent -à ta partie 
"supérieure des restes de verres de couleur ; on peut reconnaître 
encore l'image de la Trinité et les quatre évangélistes accom- 
pagnés de leurs caractéristiques ordinaires. L*autel est irïsigili- 



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- 3B2 — 

fiant, il est surmonté d'une niche entourée d'un pauvre cham- 
branle et renfermant une statue de saint Benoît. Non loin delà 
se voit, k gauche, un groupe représentant saint Hubert en 
prières, et, devant lui, le cerf portant la croix dans son bois. 
Le morceau est curieux ; à gauche ce groupe a pour pendant 
une statue de saint Sébastien, ce saint si vénéré dans la haute 
Normandie. Sur le pilier carré faisant face k la colonne ronde 
qui Taide à supporter l'arcade de communication avec la nef, 
se trouvent deux dais étroitement apparentés, sans être exacte- 
ment pareils. On ne trouve au-dessous, actuellement, que la 
statue de l'évêque saint Léger. (1) 

Notre chapelle se continue, vers TOuest, par une sorte de 
couloh' de même caractère qu'elle et éclairée par une grande 
fenêtre vitrée sans meneaux. A quoi servait cet appentis? 
Etait-ce un couloir pour conduire de la petite porte à la chapelle 
St-Benoit, était-ce la place d'un banc seigneurial, y avait-il 
là un autel comme semblerait l'indiquer une sorte de credence 
encore existante? Ce sont là des questions que nous devons lais- 
ser pendantes en raison de notre incompétence à les résoudre. 

Mais nous en avons assez dit, croyons-nous, pour montrer le 



(i) On ne voit plus trace du lambris sur lequel, en 1684, était posé le 
crucifix à l'entrée du chœur, ni de la cloison qui dut le remplacer, 
d'après l'intéressant procés-verbal de visite pastorale que nous 
publions ici : 

Ce jourd'hui, 22 avril 1684, nous, Jacques-Nicolas Colbert, par la 
grâce de Dieu... archevêque et primat de Carthage, coadjuteur de 
Rouen, faisant le cours de notre visite pastorale dans le doyenné de 
Fauville, sommes arrivé dans la paroisse de Cléville auquel lieu étant 
entré dans l'église, assisté de M® Henry Le Tourneur, curé de Beuze- 
villette, notre promoteur subsidiaire et notre secrétaire que nous 
avons commis pour greffier dans le cours général de nos visites, noas 
y avons été reçus par AP J. Gapperon, curé du dit. 

Après avoir adoré le Saint- Sacrement, nous avons procédé à la 
visite du tabernacle, des autels, du Saint-Ciboire, du calice, des 
ornements, du linge, des livres et autres choses servant au senice 
divin ; ensuite du chœur, de la nef, des fonts baptismaux, des saintes 
huiles, du cimetière. Nous avons observé qu'il y avait... un soleil 
d'argent dont on ne se servait plus ; des ornements dans un coffre 



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— 363- 

haut intérêt qui s'attache k cette modeste église de village, 
pour expliquer les sacrifices que les paroissiens n'hésitent pas 
à s'imposer pour elle, et pour les exhorter à continuer de Ten- 
tourer de leur filiale sollicitude. Leur église, c'est Thisloire de 
la patrie chrétienne rendue sensible pour eux et leurs descen- 
dants. Leur plus pure gloire, en effet, sera que les générations 
futures, en se groupant nombreuses à leur tour dans l'édifice 
sacré, se rappellent que si elles jouissent encore de ce que 
nous appelions en commençant un merveilleux reliquaire, 
elles le doivent aux habiles et coûteuses réparations sup- 
portées par les Clévillais du dix-neuvième siècle finissant, qui 
ont sauvé l'édifice et lui ont assuré encore de longs siècles de 
durée. 



CURÉS, PRIEURS, VICAIRES ET PRÊTRES DE CLÉVILLE (1) 

(Liste tirée en majeure partie des registres de catholicité) 

1250 Enguerrand, prêtre-curé de Cléville sous les archevêques Maurice 
et E. Rigaud (pouillé d'Ë. Rigaud). 

malpropre ; le couvercle des fonts était rompu ; point de piscine ; le 
dessus du sanctuaire point lambrissé ; une cloison de plâtre sur 
laquelle était posé le crucifix qui empêchait la vue sur Tautel. 

Nous avons ordonné : que le chœur sera lambrissé au-dessus du 
sanctuaire au moins, au dépens des gros décimateurs, et que le sieur 
curé y contribuera pour son tiers, que le lambris sur lequel est posé 
le crucifix sera abattu et qu'il y aura une autre cloison pour séparer 
le chœur de la nef; des premiers deniers revenant au Trésor, on fera 
faire une armoire pour y enfermer les ornements avec décence et 
propreté ; l'ancien soleil (ostensoir) sera échangé pour une petite 
boîte d'argent pour porter le saint Viatique aux malades ; le couvercle 
des fonts sera raccommodé, et qu'il y aura une piscine pour faire 
écouler les eaux. 

Les régies des comptes 'de la fabrique et de la chapelle ont été 
trouvés en bon état. 

(1) Nous aYons cru utile de donner comme appendice à notre modeste travail la 
liste, aussi complète et aussi précise que possible, dans sa concision, de tous les 
prêtres dont il est lait mention dans les documents se référant à Cléville. Ces 
quelques indications rapides sur les noms, les fonctions, les titres, les particularités 
d'inhumations, aideront le lecteur à se faire Tidée de la vie paroissiale avant la 
Révolution, et à la comparer à l'état actuel si différent. 

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- 364 — 

1412 M^* Guitlanme Cavey, docteur en théologie, prieur du prieuré de 
Cléville (arch. départ.) 

4464 JeanRegnauU, prieur (arch. départ.) 

4517 Dom Jean Chappelle, religieux de Tabbaye de St-Étiennede Caen, 
prieur. — Et encore en 1541 (arch. départ.) 

1597 Pauld Mouchel, prêtre-curé (reg. cathol.) 

1610-1618 Discrète personne M** Michel Bourdin, prêtre-curé, décédé 
à Cléville le 9 février 1618, âgé d'environ 55 ans, et 
inhumé le lendemain. 

Fonda un obiit à un nocturne et à deux messes à note 
avec un libéra, qui se disait le 9 février. 

1614 Religieuse personne Guillaume EUyes, prieur et seigneur de 
Cléviile. 

Tels sont les titres de ce prieur que nous trouvons dans une 
autorisation donnée par lui (sans date mais avant 1624) pour 
ériger la chapelle de la maison du dépôt de Caudebec et dont 
Toriginal est au Trésor de ladite église : « Guillelmus Ellyes, 
» S. Théol. Doctor, consiliarius et Ëléemosynarius régis ordi- 
> narius, abbes de Valedomonte, RR. in christo patris DD. F^^ 
» de Harlay.. arch. Rot... vicarius généralis, patronus et prior 
» de Clevilla, Bavilliaco et de S^ Wandregesilio, etc... In cujus 
^ rei fidem huic concessioni sigillum nostrum duximus. 

» Ellyes, vicarius generalis. » 
1614 Pierre Lhoé (Lhomme) prêtre-chapelain à Cléville. 

1619-1642 Discrète personne messire Romain Le Bourg, prètre-curè. 

« Né de Roquefort, âgé de 59 ans, décéda le dimanche de 
> la Passion, 6 avril 1642, en la maison du prieuré, en 
» la communion de notre mère Ste-Eglise. Inhumé le 
» lendemain au cimetière. > 

« Discrète personne messire Jacques Quenault, prêtre-curé par 
» cy devant d'Ancourteville-sur-la-Mer expira âgé d'environ 70 
D ans, le 6 novembre 1625, et fut inhumé dedans Téglise de 
B céans en la chapelle de St-Mathurin. 

1641 Jean Bellebarbe, prêtre-vicaire de Cléville. 



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1643 Jacqaes Capperon, prêtre-vicaire, et encore en 1656, 1663, fût 
curé en 1670. 

1644-1650 Discrète personne messire Pierre Janin, prêlre-curé. 

Décédé le 29 novembre 1650, âgé de 37 ans^ inhumé le 

lendemain au chœur de l'église. 
Fonda un obiit à un nocturne et à trois messes à note avec 

libéra, qui se disait le 29 novembre. 

1649 Charles Hatthide, prieur commandataire (arch. départ.) 

1650 Discrète personne messire Gabriel d*Escarville, escuyer, prêtre- 

curé. 

1658-1692 Noble homme messire Jacques le Journant, prieur et sei- 
gneur de Gléville, décédé le 15 Janvier 1692, âgé de 
58 ans, et inhumé le lendemain dans Téglise. 

Le 29 septembre 1675, il fut parrain de la grosse cloche 
nommée St-Benoît, qui fut bénite par M. le curé de Gléville, 
J. Capperon. — La marraine fut Anne Capperon, P de Jean 
Osmont, nièce du curé et belle-sœur de Anthoyne Osmont 
qui fut plus tard aussi curé de Gléville. 

1659 Discrète personne maistre Louis Lemaistre, prêtre-curé. 

En 1663, fut parrain de la petite cloche qui, < ayant été cassée 

)) 5 mois, fut fondue le samedy, 2 heures du matin, 18 août 

> 1663, et bénite le lendemain au portail de l'église, issue de 

» la grande messe, par M* Jacques Gapperon, nommée Fran- 

» çoise par discrète personne. M*"® Louis Lemaistre, prêtre-curé 

)) de cette paroisse et dam^^^ Françoise de Blanches, femme du 

» sieur Dam, seigneur du Montauroux.» 

1670-1685 Discrète personne M""* Jacques Gapperon, prêtre-curé. 

Sa famille demeurait à Gléville. — 11 est probable que c'est 
lui qui était vicaire de Gléville en 1643. — Michel Gap- 
peron, son frère, cultivateur, décéda à Gléville en 1683, 
âgé de 68 ans. — Il maria, dans l'église de Gléville, plu- 
sieurs neveux et nièces. 

Il est probable même qu'il était né dans cette paroisse, 
d'après la fondation qu'il fit dans cette église et qui est 
ainsi relatée sur la pierre des fondations qui se trouve 
dans l'église : « 2 messes chaque semaine feria 2® et 4® à 
» la fin Libéra et De profundis pour messire J. Gapperon 



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I - 366 — 



> curé, ses aïeux et postérité, à présent Jacques 
* Osmont, fils d'Anne Capperon, 5 acres, i vergée de 
» terre en deux pièces. 

Ce fut lui qui bénit les deux cloches de Téglise, la petite en 
1663, la grosse en 1675, ainsi que nous l'avons vu précé- 
demment. 

Il donna sa démission de la cure de Clé ville, de 1685 à 1687. 

En 1696 et encore en 1702, il était curé de Trouville. 

1672-1675 Discrète personne M' Zacharie de Saint-Léger, prêtre- 
vicaire. 

1676-1686;'M'^ Pierre Lambert, prêtre. 

Né très probablement à Cléville, fils de Jean et de Françoise 

Allais. Il était sous-diacre en 1674, diacre en 1675, 

prêtre en 1676. 
En 1684 il était vicaire de Cléville (arch. départ.) 
Décédé le 29 avril 1686 et le lendemain inhumé dans 

réglise (Reg. cathol.) 

1685 Discrète personne maistre Louis Hamel, prêtre habitué en la 
paroisse de Cléville et chapelain de la chapelle du prieuré 
dudit lieu (il était en 1669-1672 vicaire d'Auzouville-sur- 
Pauville), décéda le 3 novembre 1685 et fut inhumé le lendemain 
dans réglise, par M. le vicaire de Ricarville. 

1687-1711 Discrète personne M' Anthoine Osmont, curé. 

Fils de Jean Osmont et de Jacqueline Daubalet, frère de 
Jean Osmont, qui se maria en 1672 à Anne Capperon, 
nièce du curé de Cléville, et qui était marchand drapier 
à Cléville, de 1673 à 1702 — était parent de discrète 
personne M. Guillaume Osmont, prêtre, demeurant à 
Rouen en 1692. 

Diacre en 1672. 

Il donna sa démission de la cure de Cléville en 1711, — 
resta à Cléville au milieu de sa famille et décéda en 1714. 

Il fut inhumé dans le chœur de l'église, le 20 août 1714 
âgé d'environ 60 ans, par M*" Dumouchel son successeur. 

1698 Discrète personne maistre DenysBobée, prêtre, ancien chapelain 
de l'église cathédrale de Rouen (qui s'était retiré à Cléville où 
il avait des parents.) 
Décéda à Cléville, âgé d'environ 70 ans et fut inhumé dans le 



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— 367 — 

cimetière, le 23 décembre 1698, par « M. Osmont, caré de ce 
» lieu, en présence de M. le curé de Clypouville, de Trouville 
» et plusieurs autres. 

1699-1704 M' Mary, vicaire de Cléville. 

Il fut ensuite vicaire de Sl-Nicolas-de-la-Hayc, de 1705 à 
1721, et enfin curé de ladite paroisse, de 1721 à 1742, 
où il décéda en juin, âgé de 76 ans. — Inhumé dans le 
chœur de l'église de St-Nicolas. 

1699 M' Rouland, docteur de la Sorbonne, prieur (arch. départ.) 

1706-1707 M*" Thomas Lemarchand, vicaire. 

1707-1710 M-^R. M. BouUard, vicaire.^ 

1710-1712 R. Pollet, prêtre (baptise, marie et inhume) ; probablement 
vicaire. 

1712-1742 Discrète personne M*** Joseph Dumouchel, curé. 

Précédemment vicaire d'Auberbosc, de 1705 à 1712, décédé 
curé de Cléville, le 16 février 1742, âgé d'environ 60 
ans et Inhumé le lendemain dans le cimetière, par M. 
Luc du Goudray, curé de Ste-Marguerite et doyen de 
Fauville. 

1717-1720 M. Jacques-François Paon, écuyerprêtre, prieur de CléyiHe. 

Décédé le 6 juin 1720, âgé d'environ 43 ans, inhumé le 

lendemain dans le chœur de l'église, par M' G. de Thi- 

boutot d'Alvemont, curé de Lintot, en présence de M' le 

curé d'Alvimare. 

1724-1743 Jean-Antoine Osmont, vicaire, neveu ou petit-neveu de MM. 
Capperon et Osmont, curés de Cléville, et né très pro- 
bablement à Cléville. 

A la mort de M. Dumouchel, de mars à décembre 1742, 
< prêtre desservant le bénéfice cure de Cléville. » 

Fut ensuite de nouveau vicaire sous M. Hardy jusqu'en 
août 1743. 

En novembre 1743, il est curé de Pierre, proche Ma intenon 
(arch. départ.) 

1723-1738 Messire Jérôme-François Pillon, prêtre, prieur du prieuré 
simple de St-Benoist de Cléville (arch. départ.) 



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— 368 — 

Discrète personne messire Jérôme Pillon, prienr-comman- 
dataire, décédé le 8 septembre 1738, âgé d'environ 68 
ans et inhumé le lendemain dans le chœur die l'église, 
par M. le curé de Foucard, en présence de MM. les curés 
de Bennonville, de Ricarville et de François Notand, 
chanoine de Beauvais (Reg. cathol.) 

En 1736, un de ses parents décéda à Gléyille et Tannée 
même de son décès, son frère M. le chevalier Antoine 
Pilon, décéda aussi à Cléville. 

4739-i761 En 1739, Roûillard, prieur (arch. départ.) 

En 1748, Fabbé Roûillard, prieur de Cléville (reg. cathol.) 
En 1752, maître Jean-Michel Roûillard, prieur-commanda- 

taire de Cléville. 
Décédé le 8 septembre 1761, âgé d'environ 41 ans, et 

inhumé le lendemain, dans le chœur de réglise, par M. 

le curé d'Alvimare, en présence de MM. les curés de 

Bermonville et de Ricarville. 

1742-1771 Thomas Hardy, curé de Cléville. 

Décédé le 14 décembre 1771, âgé d'environ 63 ans, inhumé 
le lendemain, dans le chœur de l'église, par M. Rouland, 
curé d'Autretot, doyen de Fauville, en présence de MM. 
les curés de Bermonville et de Ricarville. 

1744-1783 Pierre Duchemin, vicaire, précédemment clerc à Cléville où 
il était né probablement, signe en mars 1744 à titre de 
prêtre et en octobre même année, à titre de vicaire. 
A la mort de M. Hardy et toute l'année 1772 il fut desser- 
vant de Cléville puis redevint vicaire de 1773 à sa mort- 
Décédé le 5 mai 1783, âgé d'environ 73 ans, inhumé le 
lendemain dans le cimetière, par M. le curé d'Alvimare, 
en présence de MM. les curés de Foucart et de Bermon- 
ville. 

1773-1792 M' Pierre-François Miette, curé de Cléville, né à Hauville, 
prés Pont-Audemer, le 27 octobre 1742, d'un cultivateur; 
fit ses études au Collège des Jésuites de Rouen. Ordonné 
prêtre, il fut nommé vicaire de Caudebec le 30 mai 1768, 
il en partit le 16 mars 1772 pourvu d'une cure en 
Basse-Normandie, prés de Cherbourg. Il ne resta que 
quelques mois dans ce poste et arriva comme curé de 
Cléville dans les derniers jours de décembre 1772. 



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Ce fut sous son administration que fut bâti le portail actuel 
de Féglise. 

Il refusa le serment à la Constitution civile du clergé, mais 
plus heureux que la plupart de ses confrères, il put 
rester dans sa paroisse jusqu'au mois d'août 4792. Non 
seulement il disait la messe dans son église, mais son 
vicaire et d'autres prêtres Ty disaient comme lui, soutenu 
et protégé qu1l était par le maire de Cléville, Il y eut 
des jours où trente prêtres dirent la messe dans l'église 
de Cléville. 

Mais, en août 1792, des têtes exaltées étant venues troubler 
M. Miette dans son presbytère, et l'ayant forcé de partir, 
il se décida à quitter sa paroisse, laissant sa belle biblio- 
thèque et son mobilier dans son presbytère. Il alla cher- 
cher un refuge chez un nommé Brismontier, à Anque- 
tierville, où il resta très peu de temps et de là s'exila en 
Angleterre. 

Il y resta dix ans chez un baronnet, étudia avec beaucoup 
de succès la langue et la littérature de ce pays, puis 
devint fort savant en bibliographie. 

Dès qu'il put revenir en France, il se rendit à Cléville, où il 
exerça de nouveau pendant quelque temps. N'ayant pu 
rentrer dans son presbytère qui avait été vendu pendant 
la Révolution, il logeait dans une chambre dans une 
ferme de Montauroux. 

Après le Concordat, il fut nommé curé de Caudebec, ville 
qui fut l'objet de toute sa sollicitude et de son amour, 
et où il se livra avec zèle, jusqu'en septembre 4813, à 
l'exercice du saint ministère. 

A cette époque, atteint de surdité, il donna sa démission 
et devint chapelain de Madame la marquise de Nagu, au 
château de la Mailleraye, où il termina sa belle carrière 
le 23 mai 1823, à l'âge de 80 ans. Il fut inhumé dans 
le cimetière de Guerbaville, au pied de la croix où 
l'on voit encore sa pierre tombale. 

Il est auteur d'un recueil manuscrit de compilations ayant 
pour titre : « Mélanges d'antiquités^ de littérature 
et d'histoire » et d'un « Essai sur l'histoire et les 
antiquités de la ville de Caudebec )) qui est resté égale- 
ment inédit. 

Son portrait se trouVe à la bibliothèque de Rouen, dans le 
premier volume des monuments civils et religieux de 
Caudebec par M. Lesage. 



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— 370 — 
4783-1784 Pigné, vicaire de Cléville. 
1784-1792 Guillaume-Charles Langlois, vicaire de Cléville. 

1789 M. Tabbé Dillon, abbé d'Uzerches et député de l'ordre du 
du clergé à l'assemblée provinciale de Normandie, prieur de 
Cléville (abbé Cochet). 

Après le concordat, Téglisè de Cléville fut annexée à la 
succursale de Bermonville. 

1806 M'Dupré. En 1813, l'église de Cléville est érigée en chapelle 
communale. — 1813-1832 Jean-Nicolas-HyppolyteMontellier, 
desservant. — 1833-1838 François Houèl, desservant. — 
1839-1843 L'abbé Bouillon. — 1843-1844 L'abbé Dede. — 
1844-1847 Jean-Aimable Demarais. — 1847-1854 L'abbé 
Giffard. — 1855-1859 Guillaume-Paul Vallery. — 1860-1863 
Philippe-Ambroise Roger. — 1864-1867 Jacques-Nieolas- 
Ursin Hequet. — 1871 Armand-Florentin Picard. — 1871-1875 
L'abbé Hautot. — 1878-1879 L'abbé Briant. — 1880-1882 
L'abbé Martin. 

Depuis 1882, Cléville n'a pas de curé. 






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LES TRAVAUX MARITIMES 

DU HAVRE 

en 1517 et 1897 

par Alphonse MARTIN 

Membre résidant. 



Les deux dates que nous rapprochons ici marqueront dans 
les annales havraises parce que Tune fixe l'origine du port 
établi à Tembouchure de la Seine et l'autre sa transformation 
selon les exigences de la navigation moderne. 

C'est le moment de rappeler que le jeudi 16 Avril 18i7 (^) 
avaient été donnés les premiers coups de pioches et de bêches 
pour le creusement de l'entrée du havre ou port de Grâce du 
XVI® siècle, comme c'est le samedi 22 Juin 189^, c'est-à-dire 
279 ans après, que l'on a chassé les premiers pieux pour asseoir 
les fondations du port havrais du xix® siècle. 



(1) La feuille de paie des ouvriers pour la première semaine, du 13 au 19 Avril 
1517, n'existe plus, mais il est certain que les travaux ont commencé dans le courant 
de cette semaine, car M. de Merval a retrouvé un état récapitulatif « de la despence 
> totale faicte au Havre de Grasse depuis le lundy xiu* jour d'Avril jusque et y 
f compris le dernier jour d'Octobre en suivant V'XVH etc.» Les travaux n'avaient 
commencé ni le lundi, ni le mardi ni le mercredi de Pâques, parce que ces jours 
étaient encore fériés, c'était seulement le jeudi 16 que Ton pouvait se mettre à 
Pœuvre. On en voit la preuve dans le rôle des journées faites Tannée suivante à 
répoque de Pâques 1518 qui tombait le 18 Avril. Dans cette semaine commencée te 
lundi V* jour d'Avril iôiS après Pâques et finissant le samedi en suivant 
X* jour^ les pionniers n'avaient travaillé que pendant trois jours tandis que les 
manouvriers employés aux pompes n'avaient pas cessé d'être occupés pendant les 
sept jours. 



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— 372 — 

Les moyens d'action sont bien différents dans ces deux 
circonstances. Tandis que dans le premier cas, les ouvriers 
n'ont eu à leur disposition que des pelles, des brouettes, (*) 
des banneaux et de la chandelle pour travailler dans le maré- 
cage qui devait recevoir la Ville de François F'', dans le second 
cas, les merveilles de la vapeur, de Télectricité et de Phydrau- 
lique viennentapporter leurconcoursprécieuxànos ingénieurs 
et à nos entrepreneurs et leur permettent de travailler rapi- 
dement, à toute heure de jour et de nuit, à des ouvrages qui 
auraient exigé autrefois des précautions multiples et des 
pertes de temps considérables. 

Toutefois il faut observer que si l'exécution du travail se fait 
avec une grande activité, il n'en a pas été de même de sa 
conception car, depuis plus d'un siècle, onadiscuté sur nombre 
de projets pour aboutir à un système présentant une grande 
analogie avec celui qui avait été élaboré, il y a plus de 60 ans, 
par H. de Bailleul, colonel de génie au Havre. Au xvi^" siècle, 
la création d'un nouveau havre avait demandé près d'un 
demi-siècle de réflexion, mais aussitôt l'endroit adopté, il 
n'avait pas fallu trois mois pour dresser les plans, adjuger les 
travaux, se procurer les ressources et organiser les chan- 
tiers. 

Pour apprécier le but des travaux entrepris pendant l'année 
1KI7, il faut remonter à 40 ans auparavant et suivre les habi- 
tants de Harfleur dans leurs luttes contre l'envahissement des 
sables de la Seine et du galet des falaises qui obstruaient sans 
cesse leur canal ou havre ayant à cette époque son embouchure 
à la Petite heure ou quartier des Neiges, et aboutissant au 
clos aux galées, c'est-à-dire au bassin comblé aujourd'hui et 
où se trouve la place de Grouchy. (*) 



(1) i2 besches ferrées baillées à Thibaut de Lisle, gardain des hoastils du havre, 
achetées au prix de 4 sols la pièce. Â Jehan du Fresne, mareschal, pour radouber les 
beneaulx, brouetes, pelles et autres choses servant au dit havre (Rôle des dépenses 
du 37 Avril 1517. - S. de Merval.) Cette mention de Tusage des brouettes au xvi* 
siècle prouve, contrairement âi Topinion généralement admise de considérer Pascal 
comme inventeur de la brouette, que Ton 8*en servait cent ans avant sa naissance 
et que les ouvriers employés au maniement de cette voiture s'appelaient des 
brouettien, 

(2) D*»prës un mandement délivré le 24 Décembre 1475, on avait arrêté le cours et 
Teau près du moulin à gru d*Harfleur c afin que plus aisément l'on betoognart à 



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— 373 — 

C'était pour obvier à ces inconvénients que le roi Louis XI 
avait ordonné, par lettres patentes du 20 Avril 1474, « que Ton 
» ferait une grant trenchée au devant du havre de sa ville de 
» Harefleupoiirla seurté et entretennement du dit havre et 
» le bien de lui et de la chose publique de la dite ville et du 
» pays d'environ. » 

Cette tranchée avait été exécutée aussitôt entre Tenceinte de 
la ville et la crique d'Espagne comme on le constate par un 
mandement du 14 Octobre 1474 où Ton parle de la tranchée du 
hâble nouveltement faite prés de ta crigue d'Espagne, mais elle 
n'avait pas tardé à être obstruée par les sables et le galet, d'dù 
la nécessité de la rétablir plus à l'ouest. 

Pour obtenir les services réclamés dans cette circonstance 
aux officiers du Roi, les habitants de Harfleur avaient offert à 
Messieurs des Comptes de Paris, les présents ou épices usités 
en pareil cas, c'est-k-dire : 4 toupequins(?) de raisin, 4 pièces 
de figues, 8 pains de sucre fin, 8 livres d'olives, 8 livres 
d'amandes, 8 livres de câpres, 400 oranges, 4 grands fourmages 
de figues et 8 petits fourmages. Il y en avait pour 43 livres 
6 sols. 

Dans la crainte de ne pas réussir par les intermédiaires, les 
Harfleurais avaient tenté de s'adresser au roi Louis XJ lui-même 
et ils avaient profité de ce qu'il était à Honfleur pour le prier de 
venir jusque dans leur port constater de visu le mauvais état 
dans lequel il se trouvait, mais nous ne pensons pas qu'ils 
aient réussi dans leur demande d'audience. 

Quelques mois-plus tard, le général de Savoie était venu 
inspecter la côte depuis Tancarville jusqu'au Chef de Caux 
pour y construire un nouveau havre. A cet effet, il avait levé 
les plans du littoral, et plus tard, les habitants de Harfleur 
avaient obtenu une certaine quantité de bois pour établir dès 
jetées ou épis destinés à détourner le galet. 

Le havre de Harfleur était encore inaccessible aux navires 
en 1509, aussi l'un des élus ou magistrats municipaux de 



oster un grant gravois nommé pouUier estant près la fosse de Leure, lequel estoit 
dedens le dit hable en manière que les navires ne povoient entrer ne ystir dedans 
ice&ui.f 



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— 374 - 

celte ville avait été délégué vers le Légat à Rouen afin d'ob- 
tenir des ressources pour la réédification de ce havre. C'était 
sans doute à la suite de ces informations que les Harfleurais 
avaient obtenu, en 1813, plusieurs arpentsde bois et 1,000 livres 
pour la construction de deux jetées en bois à Tembouchure du 
havre. De plus, les corvéables de l'élection de Montivilliers 
avaient été obligés de venir y travailler de quinzaine en 
quinzaine. 

Il faut croire que ce n'était pas là le résultat désiré, car les 
Rouennais, dont les navires faisaient escale à Harfleur, vinrent 
appuyer les Harfleurais dans cette circonstance. En eflFet, le 5 
Mai 1518, les députés de cette ville aux Etats de Normandie 
eurent pour mission de demander que « Ton fasse un bon havre 
» en ce pays, soit à Harfleur, soit à Honfleur, pour la garde 
» des navires. ^) 

Cette fois l'aflaire devait réussir, car deux ans ne s'étaient 
pas écoulés après ce vœu que la construction d'un havre od 
port était décidée au lieu de Grâce. 

En effet, le 6 Février 1517, François F déclarait que « ce lieu 
» était le plus propre et le plus aisé de la côte et pays de Caux 
» pour faire havre auquel les navires pourraient aisément 
.)) arriver et séjourner. » L'amiral Bonnivet était donc chargé 
d'entreprendre les travaux du havre nouveau, mais il transmit 
sa charge à Guyon Le Roy, sieur du Chilou, seigneur d'Orcher 
et Capitaine de la ville de Honfleur. 

Dès le 22 Février 1817, M. du Chilou se mit à l'œuvre en 
faisant appeler les maîtres maçons de la région, les mattres 
pionniers et le gouverneur des barres de Fécamp, pour 
connaître leur opinion. Tout le monde, c'est-à-dire 8 à 600 
personnes, se réunit sur place le 2 Mars ; le lendemain on 
dressa les plans et devis des travaux et ceux-ci furent adjugés 
le 3 Mars à M^' Gauvain et Guillaume Feré, de Harfleur. 

Ceux-ci étaient chargés de construire deux grosses tours de 
3 étages, de 30 mètres de hauteur et douze mètres de creux ; 
deux jetées vers la mer. Tune du côté d'amont ayant 34 mètres 
de longueur, et l'autre du côté d'aval mesurant 40 mètres de 
longueur, et enfin deux murs de quai à Tintérieur, sur un front 
de 64 mètres, c'est-à-dire depuis l'emplacement de l'ancienne 



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— 375 — 

tour François-I*' jusque dans Taxe de la rue de Paris. Enfin, de 
cet ouvrage avancé devait partir une nouvelle tranchée ou 
canal de 7 kilomètres de longueur et 20 raôtres de largeur 
jusqu'à Tenceinte de la ville de Harfleur. Ce canal était le 
précurseur du canal Vauban actuel, comme il devait remplacer 
la tranchée qui avait été creusée en 1476. 

Pour faire communiquer ces jetées avec Tavant-port, on 
devait percer le banc de galet et de vase qui retenait les eaux 
des criques près des tours projetées. On a prétendu que ces 
criques communiquaient vers l'ouest directement avec la 
mer, cela n'est pas exact car le projet des travaux élaboré le 
2 Mars 1517 porte textuellement a qu'il fallait aviser le lieu le 
» plus propre, utile et convenable et le plus parfaict d'eau pour 
» illec par leur avis et délibéracion faire perser le dit havre. » 

Disons tout de suite que ce vaste projet, qui devait donner 
satisfaction aux Harfleurais en rétablissant la route maritime 
qu'ils avaient perdue par l'obstruction de leur havre vers la 
petite Leure, ne tarda pas a être modifié par la construction de 
la ville au nord et au sud des travaux projetés en Mars 1517. 

La tour François-F fut exécutée comme on l'avait décidé. 
En effet, cette tour avait 12 mètres de creux ou 36 pieds, 
l'épaisseur des murs prévue à 18 pieds à la base fut un peu 
augmentée et portée à 7 mètres ou 21 pieds dans toute la 
hauteur de l'édifice, Les caveaux prévus à 12 pieds d'élévation 
avaient en effet 4 mètres de hauteur. Enfin le troisième étage 
qui devait être couvert fut remplacé par une plate-forme 
crénelée. 

Les travaux commencèrent le jeudi 16 Avril 1517 parce que, 
avons-nous dit, les trois premiers jours étalent considérés 
comme fériés. Ils se continuèrent jusqu'au 31 Octobre de la 
même année pour recommencer dans la même période des 
années 1518, 1519 et 1520. 

L'administration des Ponts et Chaussées étant inconnue à 
cette époque, la haute direction des travaux appartenait à M. du 
Chilou, en résidence à Ronfleur, Il communiquait avec le lieu 
de Grâce par les bateaux passagers de cette ville abordant 
à la crique de Graville. Son traitement était de cent livres par 
mois représentant 2,000 francs au pouvoir de l'argent à ce 



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-376- 

moment. Il avait gous ses ordres Jacques d'EstimauviUe» pour 
suivre les travaux et servir dlntermédiaire entre lui et le roi 
François ^®^ c'est-à-dire pour négocier avec l'administration 
des Finances et avec la Cour afin d'obtenir des ressources pour 
mener à bonne fin les travaux commencés. Ce fonctionnaire 
ne paraît pas avoir eu de traitement fixe, mais il recevait 20 
sols équivalant à 20 francs par jour de voyage. Puis venait 
celui que Ton pourrait appeler le précurseur de l'honorable 
M. Denais, conducteur des Ponts et Chaussées, actuellement 
chargé de ce soin, c'est-à-dire M. Jehan de Saint-Mars, seigneur 
de Blosseville, maître enquêteur des eaux et forêts et capitaine 
de Caudebec. Il recevait des appointements de 20 livres par 
mois représentant 400 francs, c'est-à-dire un traitement se 
rapprochant du taux actuel. Ses fonctions consistaient « à faire 
» besongner les ouvriers, tant pionniers, maronniers, char- 
» pentiers que manouvriers besongnant au havre, et avoir 
» l'cBil qu'ils emploiassent le temps entièrement, aussi que 
» l'ouvrage qu'ils faisoient feust bien et duement fait.» 

Il y avait en outre : un contrôleur des travaux, c'était Nicolas 
de la Primaudaye aux gages de quinze livres par mois et un 
commis-payeur, nommé ClaudeGuiot. Enfin la partie technique 
était confiée à M® Robinet Terrier, maître de navire de Harfleur, 
Harciot Duvallet, pilote de Quillebeuf, et Jean Bontemps, 
maitre marin de Pont-Audemer. 

Tout d'abord et de même qu'en 1813, le roi François F 
voulait utiliser les corvéables de la région d'Yvetot et de 
Montivilliers pour travailler au nouveau port, {*) c'est pourquoi 
on n'avait pas adjugé au rabais les travaux de terrassement que 
l'on se proposait d'exécuter, (^) mais on avait bien vite été 
obligé de renoncer à ces corvées devant la résistance des habi- 
tants. C'est alors qu'au mois de Mai 1517 on s'adressa à des pion- 
niers bretons pour continuer les travaux en régie et à la journée. 

(1) Ordre à Tamiral Boonivet, du 16 Février 1517 f de faire besoigner tous nos 
» subjects des vicontés de Montiervilliers, de Caudebec et autres plus prouchains 
» Toisius du dit lieu de Grasse par chacun chief de maison une fois le moys.» (S de 
Menral, p. 10.) 

(2) « Pour nous donner à entendre que le meilleur et le plus expédiant seroit pour 
advencer le dit ouvraige ne se aider plus des courvées que foisoient les habitans de 
rélection de Caudebec mais les composer à fournir quelque argent au lieu dicelles 
cowT^.» (S. de Merval, p. 110.) 



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- J77- 

Les chefs de bordées ou maîtres pionniers recevaient un 
salaire de 4 sous 6 deniers par jour, les ouvriers 3 et 4 sous et 
les manœuvres 2 sous 6 deniers, ce qui veut dire qu'à cette 
époque le sou eu sol avait le pouvoir d'un franc. C) 

Actuellement la situation est la même : ce sont toujours des 
Bretons qui travaillent au nouveau port et leurs salaires se 
rapprochent beaucoup de ceux que l'on payait à leurs ancêtres 
du xv!*" siècle. Ainsi les maçons gagnent de 5 à 5 fr. 80 par 
jour, les terrassiers environ 3 fr. 60, les manœuvres environ 
3fr. 18 par jour. 

Le nombre des ouvriers employés aux travaux du xvi" siècle 
différait peu de ceux que Ton utilise aujourd'hui. Dans la 
semaine du 4 au 9 Mai 1817 on avait employé chaque jour 
223 ouvriers, dans la semaine suivante 312, puis 332 et 397 à la 
fin de xMai. Aujourd'hui le chiffre des ouvriers est journellement 
d'environ 228. 

Quant à la dépense du port du Havre de Grâce, nous avons 
établi qu'elle avait atteint 8 millions de francs de notre 
monnaie. Les travaux en cours sont évalués aux deux tiers de 
cette somme. Pour la première campagne d'Avril à Octobre 
1817 les travaux de maçonnerie comprenaient un cube de 831 
toises valant 18,722 livres, c'est-à-dire un capital de près de 
375,000 francs. 

Il serait trop long d'énumérer les travaux successifs qui ont 
été exécutés dans l'intérieur du port et de la ville du Havre 
depuis le xvi« siècle jusqu'à nos jours ; nous signalerons le seul 
ouvrage important qui ait été entrepris, en dehors de la ville, 
le long de la plage ouest avant la construction du nouveau 
port. 

En 1833, le roi François I^*" alloua une somme de 14,000 
livres (280,000 fr.) pour le port du Havre, alors qu'en même 
temps il n'avait consacré que 2,000 livres pour celui d'Honfleur 
et4,0001ivrespour celui de Granville. Il ajouta le 13 Juin 1837 



(1) A titre de comparaison, on peut rappeler ici qne le prix de rhectolitre de blé 
valait 18 sols selon les récoltes et qu'aujourd'hui il vaut 20 francs. A cette époque, 
il fallait travailler 3 ou 4 jours pour se procurer cette quantité de blé maintenant 
il est nécessaire de consacrer le même nombre de journées de travail pour obtenir la 
même chose. Donc la situation n'a pas changé. 



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— 378- 

une autre somme de 1,500 livres pour la construction d'un 
espy au Havre de Grâce : il s'agissait de Tépi à pin qui a 
subsisté jusqu'à nos jours malgré les assauts de la mer pendant 
plus de trois siècles- Cet épi en charpente était destiné à 
retenir le galet dans sa marche vers Test parce qu'il menaçait 
continuellement déboucher l'entrée du port à l'extrémité des | 
jetées. 

Nous donnons ici, par l'intelligence de cette étude compa- 
rative, deux plans des travaux anciens et nouveaux. 

Nous avons établi le premier à l'aide du marché passé avec] 
les entrepreneurs de 18i7 où sont relatées les dimensions des] 
ouvrages projetés, et nous avons appliqué ces indications aux] 
plans du xvi« siècle publiés par M. Lemale. 

Le plan des travaux en cours a été dressé par M. Degeorges, 1 
géomètre du cadastre au Havre et dont on connaît la compé-j 
tence en cette matière. 

Tandis que les travaux exécutés en 1817 avaient pour objeti 
de restituer à la mer une partie du terrain pris sur elle, ceux! 
de 1897, au contraire, ont pour but de conquérir un espace! 
occupé par les eaux. Il est nécessaire, pour effectuer cet! 
ouvrage hardi, de se protéger à droite et à gauche contre deux! 
ennemis des plus redoutables, le galet provenant de la destruc- j 
tion des falaises et les sables charriés avec les eaux de la Seine. 

Dans ce but, deux digues d'environ 800 mètres chacunel 
embrasseront une partie de la petite rade et amortiront le chocl 
des vagues si dangereuses à cet endroit, mais une partie del 
cette digue sur une longueur de 300 mètres est en construclionj 
en ce moment. 

Une parcelle de cet enclos ne sera pas conservée à Télémentl 
liquide mais elle sera convertie en terre-plein pour former le [ 
prolongement de l'esplanade du boulevard de Strasbourg, dej 
façon à procurer une superficie de 43,000 mètres carrés. 

Au sud-est de ce terre-plein sera ménagé un bassinl 
d'environ 11,000 mètres carrés et présentant un développement] 
de 340 mètres de quais. 

Nous n'avons pas à apprécier l'ensemble de cet ouvrage sil 
désiré de notre population, mais on nous permettra comme! 
l'historien de cette région d'invoquer l'expérience et la tradition! 



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PLAN des TRAVAlIXen COURS 

( 1597 ) 



i\». 



N 



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— 3?9- 

pouT émettre timidement quelques craintes sur les consé- 
quences de l'exécution partielle de ce projet. 

Les travaux en coups auront poiir résultat de rétablir l'anse 
formée autrefois par le cap de la Hève, alors beaucoup plus 
avancé dans le sud-ouest vers le banc de rEclat(^) et limité 
par le pied des côtes d'Ingouville et de Gravilie. La destruction 
de celte pointe de la Hève a amené la formation des galets, 
lesquels poussés par les courants ont établi un banc parallèle 
k la Seine et s'allongeant sans cesse vers Test» si bien qu'au- 
jourd'hui ce banc est arrivé en face d'Harfleur alors qu'au 
xv*" siècle son extrémité était seulement aux Neiges. C'est dans 
cet espace que se sont consolidés les vases et les sables charriés 
par la Seine et dont le colmatage a constitué le sol alluvion- 
naire du Havre et de Gravilie. 

Si la jetée du Nord n'arrête pas cette invasion des sables du 
fleuve vers le nouveau port, momentanément dépourvu de 
protection de ce côté, ce port peut fort bien être envasé à bref 
délai comme l'ont été la fosse de Leure où l'on voyait 40 à 60 
navires au xiv*» siècle et le port d'Harfleur, non moins 
considérable à la même époque. 



(1) Quoique le cap du chef de Gaux ou de la Uëve ait été considérablement 
détérioré par la mer au milieu du xiv* siècle, puisque l'église de Saint-Denis Ghef- 
de-Caux était tombée dans Teau à cette époque, l'anse formée par ce promontoire 
était encore assez large à la fin de ce même siècle pour abriter plusieurs navires, 
comme l'indique cette mention du compte du clos aux galées de Rouen pour les 
années 1383-1384. « Deniers payés à:... pour leur paine et salaire d*airoir mené le 
t dit contreroulleur en un batel à nage jusque au fousset de Robin Tastevin qui 
» estoit en la fosse de Leure pour le fere partir d'illecques et aler au chief de Gaux 
» après le navire de Tannée qui là s*étoit assemblé le vendredi XII* jour de Juing 
» après midi afin d^estre près de partir lendemain pour ce... 

> À Estiemblet, du chief de Gaux, tant pour lui comme pour ses compalgnons 
» pour leur paine et salaire d'avoir mené et nagé le dit contreroulleur, Lucas et 
» Martin dit les Gourtois, jusques au navire qui là estoit à l'ancre, ce pour 
» déchargier le vaissel du dit Tastevin, en quoy estoit rartillerie, lances, pavoiz et 
» autres choses nécessaires pour le fait de l'armée, etc. 

» Au clerc de nos sieurs les Commissaires sur le fait de la dite armée pour sa 
• paine et salaire et pour vin à lui donné quand le dit navire fut parti du chief 
» de Caux pour aller à Tannay - Charente. » 



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LA POLITIQUE SANITAIRE 

par le docteur Hewri FAUVEL 

Membre'résidant 



On peut appeler politique sanitaire l'ensemble des mesures 
prises pour sauvegarder les intérêts de la santé publique. 

On peut admettre : 

!• Une politique individuelle, régie par la loi du 30 Novembre 
1892, sur le service des maladies épidémiques. Par cette loi» le 
médecin est délié du secret médical et tenu de déclarer les 
maladies contagieuses. Un service de désinfection doit com- 
battre la propagation de ces maladies. Ce service est institué 
en France, mais à peine organisé. C'est une question à part 
que nous pourrons traiter plus taixi ; 

i"" Une politique municipale comprenant l'ensemble des 
arrêtés municipaux concernant la santé publique ; 

3^ Nous nous occuperons aujourd'hui seulement de la 3°* 
question^ la politique internationale, Tensemble des lois et 
conventions qui régissent les rapports entre les nations dans 
leur lutte contre les épidémies. 

Cette question si importante et à l'ordre du jour depuis une 
quinzaine d'années, comprend d*abord une question histo- 
rique. Avant d'envisager la nouvelle orientation de la politique 
sanitaire, dont le professeur Proust a été le propagateur en 
France et à l'étranger, il convient de rappeler ce que Ton faisait 
autrefois. Il faut savoir ce qu'étaient les lazarets, les quaran- 
taines, pour se rendre compte des nouvelles mesures que Ton 
compte employer, à l'avenir, en cas d'épidémie, les cordons 
sanitaires, les désinfections rationnelles, mesures qui, au 



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-382 — 

premier abord, semblent moins vexatoires et au moins 
équivalentes. 

Il faut connaître les principales épidémies de choléra, 
les mouvements des pèlerinages, les émigrations ; il faut 
connaître l'histoire des conférences sanitaires internationales, 
savoir ce qui s'est dit à Venise en 189i, à Dresde en 1893, à 
Paris en 1894 ; il faut connaître ce qui s'est fait chez nous, 
avoir une notion du nouveau règlement de police sanitaire 
maritime paru en 1896. 

Les dernières conférences internationales ont été l'origine 
de modifications profondes dans le régime sanitaire. La 
conférence de Venise a prescrit des mesures ayant pour but 
d'empêcher le choléra de l'Inde de franchir la barrière du 
canal de Suez. C'est la charte /ondamentale pour ainsi dire, de 
la défense de l'Europe contre le choléra. A Suez, il se trouve 
une Commission de médecins délégués des différentes puis- 
sances de l'Europe qui font passer une visite sanitaire. La 
conférence de Dresde n'a fait qu'appliquer à l'Europe les 
principes admis à Venise. Elle a été suivie d'une convention 
qui a été ratifiée par la plupart des puissances. 

La dernière conférence, celle de Paris en 1897, avait pour 
but de prévenir l'importation du choléra à la Mecque et 
d'empêcher l'importation de cette maladie en Europe. La 
conférence avait un second but : établir au golfe Persique un 
système de défense analogue au poste sanitaire de Suez. Les 
résolutions de la conférence de Paris ont été votées à la 
presque unanimité. Malheureusement, deux puissances font 
toujours des réserves et des restrictions. C'est la Porte, d'abord, 
qui se plaît à temporiser et n'admet pas l'établissement d'une 
Commission internationale sanitaire à Constantinople et 
rejette la juridiction consulaire en fait d'amendes. Ensuite, 
c'est l'Angleterre qui, voyant avant tout, toujours, les intérêts 
immédiats de son commerce, refuse de donner, à bord de ses 
navires, aux malheureux pèlerins, le cube d'air indispensable. 
L'Angleterre ne veut pas non plus admettre l'exemple de la 
Hollande et de la France qui, persuadées que la misère oflDre 
un terrain favorable au développement des maladies et des 
épidémies, ne laissent jamais embarquer les pèlerins qui n'ont 
pas une somme d'argent indispensable pour leur voyage. 



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— 388 — 

L'Angleterre, de plus, ne veut pas de surveillance sanitaire au 
golfe Persique. 

Cette mauvaise volonté, pleine de périls, crée dans le 
nouveau service sanitaire international un véritable état 
d'anarchie. 

Il faudrait créer une Union internationale sanitaire fonction- 
nant dans les différents pays et surtout dans les régions 
orientales les plus dangereuses, les plus menacées ; cette 
union serait composée des représentants des grandes puis- 
sances et de quelques Etats secondaires. Elle devrait être 
permanente, avec une direction, une administration sanitaire, 
ainsi qu'un service de contrôle destiné surtout à la protection 
des régions orientales. Le siège de cette Commission devrait 
être en Europe, dans une ville neuti e. Ce Bureau international 
de santé aurait pour but de recueillir les renseignements épidé- 
miques, de surveiller la mise en vigueur, par les différents 
pays, des règlements édictés par les conférences de Venise, 
de Dresde, de Paris; d'indiquer les amélioralions; son rôle 
serait purement moral et humanitaire. Il y aurait là comme 
une diffusion des idées de modération et de paix en si grande 
faveur aujourd'hui. Ne voyons-nous pas des créations analo- 
gues, En 1865, a été instituée TUnion monétaire. En 1874, 
FUnion postale établie à Berne. En 1886, T Union littéraire» 
établie à Rome, sans compter les autres. Hais nous ne sommes 
pas encore arrivés à ce progrès. Il nous faut exposer ce qui 
existe et ce qui existait autrefois. 

LES ANCIENNES QUARANTAINES 

Avant donc d'exposer les modifications libérales apportées 
dans letex,te des règlements sanitaires, il me paraît intéres- 
sant, à titre de curiosité historique, de rappeler quelques-unes 
des mesures qui étaient prescrites autrefois à Tégard des 
individus atteints de maladies contagieuses : lépreux, pesti- 
férés, etc. 

Lèpre. — Rien de plus affreux que le sort d'un lépreux, 
arraché du foyer domestique, allant cacher son malheur dans 
les lieux écartés, sur le bord des chemins, sous la hutte que 
lui élevait la charité publique, absolument séquestré, de par 



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— 384 — 

TEglise mis « hors du siècle ». Citons quelques traits que je 
trouve dans le livre de Joseph Garnier « La voix, d'abord 
nasillarde, devenait rauque comme de chat terrible; les yeux 
enflammés jaillissaient hors de leurs paupières renversées; le 
regard était noir comme la beste de Satan, les cheveux et les 
poils aggrelés et appetissés ne pouvaient être arrachés qu'avec 
de la chair pourrie qui les avait nourris ; le nez, les pieds, les 
mains, même les membres se détachaient entiers et par une 
mort particulière prévenaient celle du malade. » 

Peste. — Une ordonnance du Parlement de Parif , en date du 
i6 Novembre 1510, enjoint à ceux qui occupent des maisons 
infectées « de mettre h Tune des fenêtres ou autres lieux plus 
apparents une botte de paille et l'y laisser encore deux mois 
après que la maladie aura cessé. » 

Le 14 Avril 1619,1a peste est encore à Paris; la Faculté de 
Paris recommande au Prévôt d'interdire la représentation du 
mystère de Notre-Seigneur dans le cimetière de Saint-Jean, 
car les grandes agglomérations sont dangereuses en cas 
d'épidémies. 

Toutefpersonne qui aura été malade, tout membre de sa 
famille, tout habitant même de la maison infectée, ne pourront 
circuler dans la ville sans avoir à la main une baguette ou un 
bâton de couleur blanche. Défense absolue de faire entrer 
dans Paris ou dans les faubourgs ni lit, ni couvertures, 
ni courtepointes, draps de laine, serges, rideaux ni autres 
biens où la peste et mauvais air se peut retenir. Tout manant, 
tout mendiant sera impitoyablement rejeté de l'intérieur des 
églises. Les ladres ou lépreux, habitants de Paris, se retireront 
en leurs maladreries. Les chirurgiens ou barbiers seront tenus 
de ne pas jeter dans la Seine le sang des saignées qu'ils 
auront pratiquées, mais de le porter au delà de Tenceinte des 
murailles, au-dessous de Técorcherie des chevaux. Ces mômes 
chirurgiens, s'ils sont convaincus d'avoir saigné des lépreux, 
devront s'abstenir de saigner pendant un temps déterminé... 
Le pavé devant les maisons sera réparé s'il est mauvais ; soir 
et matin, et raesmeraent dans le ruisseau, on arrosera ; on 
empêchera Tengorgeraent des égouts, on laissera l'eau du ciel 
tomber en toute liberté, sans balayer ni nettoyer durant cette 
pluie. 



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— 385 — 

A cette même époque, on créa des prévôts de santé, ce sont 
nos agents de la salubrité. Les prévôts marquaient d'une croix 
blanche les maisons infectées; ceux qui effaçaient ces croix 
avaient le poing coupé. Dans la peste de Marseille, en 1720, les 
médecins des pestiférés avaient un singulier costume : robe 
en maroquin du Levant. Cette étoflfe, par son odeur, était 
disait-on la plus capable de résister au venin pestilentiel ; la 
tête fourrée dans un capuchon fait du même maroquin ; ce 
capuchon percé au niveau des yeux pour permettre la vpe, 
mais ces ouvertures bouchées par un cristal. Le nez en forme 
de bec était rempli de parfums et de matières balsamiques. 

Terminons par une citation d'Ambroise Paré : «.Lorsqu'on 
apercevait seulement es-rues les médecins, chirurgiens et 
barbiers, arleurs pour panser les malades, chacun courait 
après eux à coups de pierres, disant qu'il fallait qu'ils n'allassent 
que de nuit de peur d'infecter les malades. » 

Pendant l'épidémie de Franche-Comté, en 1628, nous trou- 
vons des désinfecteurs que Ton appelait encore aérieurs, 
nettoyeurs ou bosserands, lesquels pénétraient dans les maisons 
préalablement ouvertes, balayées, aérées; ils s'avançaient 
avec gravité, tenant à la main une pomme de senteur et un 
peu de racine d'angélique à la bouche, puis ils disposaient 
leurs réchauds allumés et les substances : genévrier, soufre 
ou encens, destinées à la désinfection. Une fois les fumigations 
terminées, on livrait la maison aux essayeurs ou épreuves, 
des gens qui couchaient dans la maison pour en essayer la 
salubrité et le bon nettoiement. 

On barrait un pays comme on barrait un particulier. La 
barre était simple ou serrée. Dans la barre simple, on posait des 
gardes à l'entrée des lieux contaminés ou suspects. Dans la 
barre serrée, on établissait en vue du pays ou même d'une 
personne des corps de garde échelonnés et bien armés. 

Dans les expertises sur la peste, le médecin devait observer 
à bonne distance et au-dessus du vent, ce qui faisait l'objet de son 
rapport aux magistrats. 

Dans certains pays, en temps d'épidémie, on prohibait les 
fêtes, assemblées, danses. Dans d'autres, à Berne par exemple, 
on donnait des fêtes pour ragaillardir le peuple. A Metz (1508;, 



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— 38« — 

on avait établi à toutes les portes des jeux de quilles pour 
amuser la jeunesse et dissiper la mélancolie des habitants. 

On allumait dans les rues des feux de genévrier, de pin, de 
genêts ; on brûlait des plantes odorantes et bien desséchées : 
menthe, sauge, mélisse, lavande, marjolaine, pouliot, origan, 
fenouil, calament, hysope, etc. Dans quelques pays on tirait 
des coups de canon. 

Les médecins qui se rendaient pi es des contagieux ne man- 
quaient jamais de communier et de faire leur testament. 

On tuait les chiens et les chats au moins une lieue à la ronde, 
parce qu'ils communiquent souvent le mal. 

Les hommes d'armes avaient ordre de casser la tête à ceux 
qui voleront ou cacheront des bardes pestiférées... On ne 
permettra aucun attroupement... Si quelque médecin ou 
chirurgien, par crainte, voulait se retirer et que les sentiments 
de religion ou d'honneur ne le puissent retenir^ on le fera 
rester par force en le menaçant de lui casser la tête. 

Voilà suffisamment de citations anciennes et cette revue 
historique et pittoresque est assez complète. Avant de tracer, 
en quelques pages, Thistoire de la conférence internationale 
de 1894, nous allons rechercher aussi brièvement que possible 
les origines des mesures sanitaires. 

La première maladie exotique dont l'importation ait été 
combattue par des mesures restrictives est la peste d'Orient. 
L'introduction du système sanitaire suivie de son application 
la plus immédiate, la création des lazarets, paraît appartenir 
à la République de Venise. 

Venise, sortant de ses lagunes, fit avec les musulmans ses 
premiers essais de commerce ; malheureusement, elle fut bien 
souvent visitée par la peste. De 900 à 1500, elle eut 63 épidémies 
de peste. Elle fut souvent obligée de brûler les ballots de 
marchandises et les effets des morts. Elle créa un Bureau de 
santé (1348) et finalement un lazaret qui a servi de modèle à 
l'Europe et a obtenu -les suffrages de Montesquieu et de 
Voltaire. 

L'essai de défense de Venise fut imité par les autres grandes 
villes, Gênes d'abord, puis en 1526 par Marseille. L'établisse- 
ment de Marseille, connu sous le nom de santé de Marseille, 



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— 887 — 

rendît de grands services dans les épidémies de peste, surtout 
dans celle de 1720, qui rendit célèbres les noms de Belzunce 
et du chevalier Rose, et dans la dernière épidémie de 1837. 

Les maladies s'éteignaient dans le fameux lazaret de 
Marseille, qui se détache au-dessus du port. 

Au xvm* siècle et au commencement de ce siècle, Tapplication 
de longues quarantaines correspondait non seulement à l'esprit 
des populations terrifiées encore par les fléaux du moyen âge, 
mais encore aux convenances des navires. 

La navigation au long-cours se faisait sur des navires à 
voiles de 200^ 300, 500 tonneaux au plus. Le capitaine et les 
oflBciers, harassés par les longues manœuvres, par une vigie de 
nuit et de jour, aspiraient au repos du mouillage. Là, au 
mouillage, on recevait des vivres frais, de l'eau de source. 
Plus de viandes salées, plus de poisson salé^ plus de l'eau des 
charniers. 

Bientôt, le fameux axiome anglais : « Le temps c'est de 
l'argent » finit par triompher. Les quarantaines finirent par 
mettre des entraves aux intérêts du commerce et de la naviga- 
tion. Bientôt, l'Académie de médecine, dans une discussion 
mémorable, finit par se prononcer contre des pratiques 
surannées, en contradiction avec les progrès de l'hygiène et de 
la science, en désaccord avec l'activité de la vie moderne. 

La navigation à vapeur remplaça la navigation à voiles ; les 
traversées rapides remplacèrent les voyages interminables des 
voiliers. La jauge fut de 2,000, 3,000, 6,000 tonneaux, 12,000 
tonneaux pourrions-nous dire aujourd'hui. Les vivres frais 
remplacèrent les vivres de conserve; l'eau fUt conservée 
irréprochable. 

Dès lors, la quarantaine apparut comme un obstacle au 
progrès de notre époque. Ensuite, la navigation et le com- 
merce se trouvèrent gênés par la diversité des règlements et 
des pratiques sanitaires. Chaque État avait son régime parti- 
culier. Tel État admettait les provenances qu'un autre repous- 
sait. Tel pays considérait comme contagieuse une maladie 
qu'un autre regardait comme anodine. 

La durée des quarantaines n'avait d'autre limite que celle 
que fixait le bon vouloir d'une administration locale. C'est 



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pour remédier à ces inconvénients que la France prit l'initiative 
de conférences entre les délégués des différentes puissances. 
Cette conférence devait poser les bases d'une entente, d'un 
système sanitaire uniforme pour tous les ports de la 
Méditerranée. 

A cette époque, en fait d'épidémies, on ne s'occupait guère 
que de la peste, car la grande expansion cholérique de 1865 ne 
s'était pas encore produite. Chaque État veillait k garantir son 
seul territoire contre Tinvasion du fléau, il en résultait des 
mesures inutiles, vexatoires, qui subsistaient quand le fléau 
était éteint depuis longtemps. On observait seulement le point 
d'arrivée, sans se préoccuper du point de départ. 

Le gouvernement français eut le mérite de comprendre les 
inconvénients et les exagérations d'un semblable système. Il 
fallait observer «Mf p/ac^ le fléau, connaître sa violence pour 
pouvoir le combattre efiBcacement dans ses manifestations 
éloignées. De là, une idée féconde : la création des médecins 
sanitaires d'Orient, Les renseignements que ces médecins ont 
donnés dès le début ont été si importants que leurs rapports 
ont servi de base à la conférence de 1851 à laquelle Mélier prit 
une si grande part. 

Six postes furent créés au début : à Constantinople, à 
Smyrne, à Beyrouth, à Alexandrie, au Caire et à Damas. 

Les observations des médecins sanitaires, en particulier 
celles de mon illustre homonyme Fauvel, établirent ce point 
capital que nulle part en Orient la peste ne règne à l'état 
permanent. Donc, en dehors des temps d'épidémies, les 
relations de l'Orient avec l'Europe peuvent être maintenues 
libres, à condition qu'une surveillance sévère soit exercée au 
point de départ. 

Le contrôle des médecins sanitaires constitue une sorte de 
paix armée par l'application des règles de Thygiène. C'est donc 
une véritable mission initiatrice que les médecins remplis- 
saient. 

Nous étudierons d'abord rapidement l'historique des 
conférences antérieures; avec plus de détails, les grandes 
conférences de Venise, Dresde et Paris; l'histoire des grands 
pèlerinages, et enfin nous présenterons une vue d'ensemble 



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des grands règlements sanitaires qui ont transformé les 
relations des États entre eux. 

C'est surtout dans les questions d'hygiène et de salubrité, 
par les conférences internationales que Ton peut apprécier le 
caractère pacifique et modéré des relations des États entre eux. 
Déjà les questions monétaires, postales, déjà les conférences 
ayant pour but le règlement des questions littéraires et indus- 
trielles avaient créé un lien d'intérêt commun entre les nations. 

La plus importante des conférences internationales sani- 
taires se réunit à Paris, le 7 Février 1894, sous la présidence de 
M. Casimir-Périer, alors président du Conseil et Ministre des 
affaires étrangères. Il s'agissait de régler deux questions nou- 
velles et de la plus grande importance : l'une avait trait à la 
prophylaxie des pèlerinages de la Mecque, l'autre à la protection 
du Golfe Persique. 

Les mesures prises jusqu'ici pour empêcher le choléra de 
pénétrer à la Mecque avaient été insuffisantes, puisque depuis 
1865 le fléau s'y était montré plusieurs fois, en 1871, 1877, 1882, 
1883, 1890, 1891, 1893. Il était urgent de modifier les mesures 
puisque le nombre des pèlerins allait toujours croissant : en 
1893, il dépassait 300,000. Pour assurer la prophylaxie d'un 
fléau semblable, il fallait : 1* constater l'état sanitaire des 
pèlerins qui se rendent à la Mecque; 2* les soumettre à une 
surveillance rigoureuse; y prescrire une désinfection complète 
des navires et des bagages. 

Je passe sur les discussions scientifiques qui eurent lieu 
dans les conférences internationales de Paris (1851 et 1859), de 
Constantinople (1866), de Venise (1874\ de Washington (1891), 
de Rome (1885), je passe également sur les préliminaires de la 
conférence de Venise. 

J'ai hâte d'arriver aux trois grandes conférences internatio- 
nales sanitaires : la conférence de Venise (1892); la conférence de 
Dresde (1893) ; la conférence internationale de Paris (1894). Les 
conférences sont devenues historiques par l'autorité des sa- 
vants qui y ont pris part et par la portée des mesures deman- 
dées 

Conférence de Venise {lS9i), —-Cette conférence s'est réunie 
sur l'initiative du gouvernement austro-hongrois. Ce gouver- 



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— 390 — 

nement demandait que les bâtiments anglais à destination 
d'un port du Royaume Uni, infectés ou non. soient libres de 
passer en quarantaine parle canal de Suez. Ce passage en 
quarantaine, accordé aux navires d'une seule puissance, pré- 
sentait les plus grands inconvénients. D'abord le canal de Suez 
est fort étroit dans certaines de ses parties et les communica- 
tions sont difficiles à empêcher. Ensuite, un certain nombre 
de chauifeurs sont pris ou débarqués à Port-Saïd et à Ismaïlia, 
en allant ou en revenant. C'est ainsi d'ailleurs que le choléra 
a été transmis en 1883 par un chauffeur qui venait du vaisseau 
anglais le Timour. Puis, ce passage en quarantaine ne peut être 
accordé aux navires d'un seul pavillon, il doit y avoir égalité 
absolue entre les différentes nations. En outre, la fraude est 
toujours possible. En 1890, un navire anglais, le Falford, vint 
débarquer à Pauillac, bien que le capitaine eût pris l'engage- 
ment d'aller directement en Angleterre. 

Le passage en quarantaine ne pourrait être accordé que pour 
des cas spéciaux et pour des navires qui ne peuvent compro- 
mettre la santé de l'Egypte, de la Méditerranée et de l'Europe. 
Quand le choléra franchit la barrière de l'Egypte et du canal 
de Suez, l'Europe entière est menacée, et, souvent h la suite, 
l'Amérique. Il faut donc exercer à l'entrée du canal de Suez 
une surveillance rigoureuse, établir une barrière infranchis- 
sable, quand même le choléra ne serait pas à Tétat épidémique 
au point de départ, quand même il ne serait qu'endémique. 

Les navires provenant de pays contaminés ou suspects doi- 
vent être divisés en trois classes : navires indemnes ; ' 

navires suspects ; 
navires infectés. 

En 1886 , il est passé par le canal de Suez 3.100 navires 

1887, » » » » 3.137 » 

1888, )) )) » » 3.440 » 

1889, )) )) )) )) » 

1890, » » )) )) 3.380 » 

De 1886 à 1891, il n'est passé que deux navires infectés el 
tous deux en 1886. C'était ÏEuphrate et le Golfe-du-Mexique, 
l'un venant de Calcutta, l'autre de Bombay. 



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^ .^. Il 



-391- 

Quaût au nombre des navires suspects ayant passé le canal, 
le voici : 

En 1886 13 

1886 6 

1887 4 

1888 8 

1889 9 

1890 an seul 

1891 7 

Avouons que la gêne eût été insignifiante pour 22 naviresen 
sept ans sur plus de 20,000 à 24,000 navires, en comparaison 
du danger d'importer de nouveau en Europe le choléra et tant 
de ruines. Puis, si Ton prenait vraiment les précautions indis- 
pensables au départ et pendant la traversée, on aurait encore à 
réduire le chiffre déjà si minime de navires surveillés. La ten- 
dance de la science sanitaire actuelle est de substituer aux 
mesures que Ton prend à l'arrivée, les mesures au point de dé- 
part et pendant la traversée. Il faut, au départ, dans les régions 
contaminées, surveiller les embarquements des passagers, 
brûler le linge sale ou Tétuver, prescrire des mesures d'assai- 
nissement, rétuvement pendant la traversée. 

Dans cette conférence de Venise y il fut établi : 1* une surveil- 
lance, une visite médicale pour tous les navires venant d'Ex- 
trême-Orient. Les navires étaient répartis en : indemnes, sus- 
pects, infectés. La quarantaine d'observation, qui était appliquée 
à tous les navires avec patente brute, était supprimée pour les 
navires indemnes ; le commerce et la navigation étaient ainsi 
allégés et facilités. Les autres navires, infectés et suspects, 
étaient retenus à l'hôpital ou à Tétuve des sources de Moïse. 

Enfin, modification très importante dans cette conférence 
de Venise, le Conseil d'Alexandrie a été réformé. On a dimi- 
nué l'élément local ; l'élément turc, on en fait une institution 
d'un caractère plus international. Tous les plénipotentiaires 
ont adhéré à cette constitution; un décret du khédive en a 
prescrit l'exécution depuis le mois de Novembre 1892. 

Conférence de Dresde (1893). — La conférence de Dresde, en 



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Novembre 1893, n'a été que rapplication des principes admis 
en 1892 k Venise. 

Deux questions ont été surtout agitées : 

1"* Quand des cas de choléra ont été signalés sur le territoire 
d'un Etat, il importe qu'il soit renseigné sur les cas avérés, 
déclarés sur son territoire, d'où la nécessité absolue de la 
déclaration obligatoire des maladies contagieuses. D'un autre 
côté, l'Etat contaminé doit prendre les mesures scientifiques 
rigoureuses pour éteindre le choléra sur place, pour s'opposer 
à sa dissémination ; ensuite, en bon voisin, l'Etat contaminé 
doit avertir les Etats circonvoisins afin qu'ils puissent prendre 
les mesures de prophylaxie. 

L'écueil est que les Etats hésitent à faire la déclaration au 
début; ils ont peur de la gêne commerciale, ils redoutent la 
ruine. Il faut donc un adoucissement dans les mesures, une 
grande facilité dans les relations. Aussi, la conférence a-t-elle 
décidé que les mesures prescrites ne seront applicables qu'à 
la circonscription territoriale contaminée et non au pays tout en- 
tier. 

La conférence de Dresde prescrit la surveillance sanitaire et non 
plus l'observation. Auparavant, tous les navires en patente brute, 
c'est-à-dire arrivant d'un pays contaminé, étaient soumis à 
une observation d'une durée variable. Il y avait toujours isole- 
ment, soit à bord, soit dans un lazaret, avant la libre pratique. 

En quoi consiste cette surveillance sanitaire f^ous l'avons vue 
appliquée au Havre à la fin de l'épidémie de 1892. Le passager 
arrivé d'un pays contaminé depuis moins de cinq à sept jours, 
subit la visite médicale; il indique la ville dans laquelle il se 
rend et, là encore, il est soumis à une surveillance médicale 
complétant les cinq jours possibles d'incubation. 

Pour résumer, en deux mots, nous disons : la conférence de 
Venise, en i8SiyélBb\iss2Àt des mesures restrictives; la conférence 
de Dresde, en 1893, apportait des adoucissements plus pratiques. 

Conférence de Paris (4S9â). — La conférence sanitaire de Paris 
eut lieu, nous l'avons dit, le 7 Février 1894, sous la présidence 
de M. Casimir-Périer, alors président du Conseil et Ministi*e 
des affaires étrangères. Elle était motivée, après expérience, 
par la nécessité d'établir au golfe Persique la même surveil- 
lance qu'à Suez. 



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Les deux grands points qui furent examinés dans la 
conférence de Paris furent : 1*» la prophylaxie du pèlerinage 
de la Mecque et de Médine; 2** la protection du golfe Persique. 

Le choléra s'était montré huit fois, de 1871 à 1893, dans la 
ville de la Mecque, au moment des pèlerinages, et le danger 
augmentait avec le nombre croissant des pèlerins : en 1893, il 
dépassait 300.000. 

Pour assurer la prophylaxie, il faut : 1^ connaîti*e Tétat 
sanitaire des pèlerins qui se rendent à la Mecque, les soumettre 
à une surveillance minutieuse ; 2* prescrire une désinfection 
rigoureuse. 

L'épidémie de 1865 avait été causée par des navires chargés 
de pèlerins partis des différents points de l'Inde où régnait le 
choléra, et qui Timportèrent dans la mer Rouge. 

Ces pèlerins, par leur malpropreté professionnelle, par leur 
misère, présentent des dangers exceptionnellement sérieux 
pour la transmission des maladies épidémiques. 

Pour surveiller les étapes ou la navigation des pèlerins, il 
faut que chaque conseil médical, que chaque service médical 
ait un véritable caractère international; il faut que les intérêts 
généraux puissent toujours y prévaloir sur les intérêts locaux. En 
un mot, il faut établir une protection internationale pour les 
Musulmans, Indiens, Algériens et autres qui se rendent sur 
les lieux saints. 

Un chiffre saisissant est à citer parmi les pèlerins bosnia- 
ques, il n'en revient souvent dans leur patrie que 50 pour 
100. Je ne parle pas des autres, ce sont approximativement 
les mômes chiffres. Jamais, dans aucune guerre, hors le cas 
d'un véritable guet-apens, on n'a vu hécatombe pareille. Ces 
faits se reproduisent tous les ans. 

Parmi les pèlerins qui se rendent à la Mecque, quatre classes 
doivent être distinguées : 

V" Tous ceux de Tlnde, du golfe Persique, gagnent la mer 
Rouge par Aden. Ce sont les plus dangereux (Indiens, Javanais, 
Malais, Chinois, etc.) ; 

2* Tous ceux qui, partis du bassin de la Méditerranée, 
gagnent la mer Rouge par Port-Saïd et Suez (Egyptiens, Turcs, 



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-994- 

Tunisiens, Marocains, etc.). Cette seconde classe constitue un 
grand danger, surtout pour le retour. Le Conseil d'Alexandrie 
s'est efforcé, par des difficultés imposées aux capitaines, de 
rendre impossible aux pèlerins le trajet par le canal. La voie 
de mer ainsi fermée aux Syriens, par suite des formalités 
imposées par le sultan et le khédive, il ne leur restait plus que 
la voie des caravanes. Or, la seule durée du trajet constitue 
une garantie sérieuse. Ainsi, les fidèles de Damas qui ont de 
si grands déserts à traverser peuvent n'exiger que des mesures 
adoucies. 

La troisième classe est formée par les pèlerins africains ; 
ceux de Massaouah ou de Souakim qui prennent passage sur 
les samboucks. Ces pèlerins ont pour objectif Djeddah qui est 
récbelie de la Mecque ou Yamba qui est l'écheUe de Médine. 

Enfin, un dernier groupe arrive par terre, en caravanes. Les 
caravanes du Sud viennent de TYemen et de THadramout. 

D'innombrables bandes de Bédouins viennent de tous les 
points du désert. 

La caravane du Nedjed vient de l'Orient, du côté du golfe 
sPersique. 

La caravane de Mésopotamie vient du nord-est de Bagdad. 

Les caravanes de Chaldée, les caravanes de Syrie viennent 
du Nord. 

Les caravanes au retour suivent en général le trajet de l'aller. 

Pourtant, quelques-unes rentrent par la terre, qui étaient 
venues par mer. 

Les arrivages parterre sont dîfiiciles à évaluer précisément. 

Les arrivages par mer sont comptés exactement : ils varient 
de 23.600 en 1868 à 92.625 en 1893. 

On prétend que les arrivages par caravanes sont aux arri- 
vages par mer dans la proportion de 3 à 1. Si cette proportion 
est exacte, il se trouvait en 1893, à l'Arafat, environ 370.000 
pèlerins auxquels il faut ajouter la majorité de la population 
de la Mecque (de 60.000 à 70.000 individus). 

Les pèlerinages de l'Arabie, bien que beaucoup plus près de 
nous, ne nous importent pas seuls ; il faut porter ses regards 
jusqu'à rinde anglaise, il faut rechercher Téclosion et la dissé- 



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- 395 — 

minatiOQ du choléra, déterminer les règles hygiéniques, la 
barrière prophylactique à dresser. 

Le choléra est endémique dans Tlnde; à différentes époques, 
sous certaines influences, il y devient épidémique. Â plusieurs 
époques, il a été importé en Europe (1830, 1846, 1868, 1884, 
189i). La mortalité produite dans Tlnde a augmenté dans les 
dernières années. Ce sont les agglomérations humaines, les 
migrations, les pèlerinages qui les propagent. 

Dans Timmense territoire parcouru par le Gange, dans le 
delta du Gange surtout, borné à Touest par un de ses bras, 
THoogly, à Test par le Brahmapoutre, ainsi que le long ae ses 
bords jusqu'à Benarès, le choléra règne constamment. 

Cette contrée, inaccessible à l'homme k cause des tigres 
et des fièvres pernicieuses, possède une végétation luxuriante: 
d'énormes déchets organiques y sont en décomposition, favo- 
risant la puUulation des micro-organismes. C'est là que se 
développe le bacille-virgule, le germe organisé du choléra. C'est 
dans ce milieu qu'il trouve les conditions les plus favorables à 
son développement et à la transmission de l'homme à l'homme. 

Le Gange est le fleuve sacré ; les principaux lieux de pèleri- 
nages sont sur ses bords. Un bain pris dans le Gange lave le 
pèlerin de toute souillure. Le paradis est assuré aux bienheu- 
reux dont les corps sont incinérés là. 

Hurdivar (les portes du Gange) est un lieu de pèlerinages et 
de foires fameux. Le pèlerinage a lieu tous les ans. Les purifi- 
cations ont lieu dans les premiers jours d'Avril. Les pèlerins 
sont quelquefois réunis à Hudivar au nombre de 2 à 3 
millions. Dans l'espace de huit jours, en 1783, il en mourut 
20.000. Les fidèles arrivent là, harassés, sous le soleil brûlant, 
se baignent dans l'eau souillée et la boivent. La mortalité est 
considérable. La maladie se propage et se dissémine. 

Pettenkoffer, le grand médecin de Munich, a établi que le 
choléra était surtout fréquent en Juin, alors que les pèlerinages 
ont lieu en Mars et Avril. La prédominance en Juin tient, selon 
Pettenkoffier et sa théorie célèbre, à ce que ce mois correspond 
au niveau le plus bas de la nappe souterraine. Kort trouva que 
la nappe d'eau souterraine se comporte de la même manière 
% Jugurnath et à Calcutta. Partout, la manifestation a été *ie 



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— 396 — 

à l'arrivée des pèlerins. L'agglomération a plus d'importance 
que la localité. 

Dès 1864, désirant arrêter le fléau, on institua déjà dans 
rinde des mesures d'hygiène: établissementde latrines tempo- 
raires, service d'arrosement et de nettoyage, approvisionne- 
ment de bonne eau potable. Le retour des pèlerins fait aussi 
l'objet d'une surveillance attentive « Campements, interdiction 
pour les pèlerins d'entrer dans une ville ou station militaire 
s'ils n'ont pas fourni la preuve qu'ils sont exempts dlnfection 
cholérique ; ils doivent établir qu'il n'y a parmi eux ni diarrhée 
ni aucun indice de choléra et que quarante-huit heures au 
moins se sont écoulées depuis qu'ils n'ont eu communication 
avec une personne atteinte de diarrhée ou de choléra. » 

Les résultats ont été extrêmement favorables. En i88S, 
1.094.676 pèlerins se sont rendus à 73 pèlerinages et il n'y a 
pas eu un seul cas de choléra. En 1887, à 91 pèlerinages, on ne 
constate qu'un seul cas de choléra. 

En 1892, les mesures ne furent pas prises comme en 1891. 
Les pèlerins ne furent pas inspectés à Tarrivée; les malades 
ne furent pas isolés. On a constaté de nombreuses importations 
de choléra dans plusieurs districts du Pendjab par les pèlerins 
revenus de Hurdivar. Comment faire pour arrêter ces impor- 
tations de choléra. On ne saurait entraver, au nom de 
rhumanité, cette aspiration qui pousse les Musulmans à visiter 
au moins une fois dans leur vie les lieux saints de l'islamisme, 
puisqu'il s'agit d'une pratique fondamentale de leur religion. 
La cause de la mortalité réside moins dans le climat que dans 
l'absence de toute mesure d'hygiène. 

Il faut : 1* restreindre les pèlerinages, arrêter les départs 
quand il se trouve des cas suspects parmi les pèlerins; 2* faire 
appliquer dans les endroits traversés par les caravanes des 
mesures hygiéniques indispensables: désinfection des ma- 
tières, nettoyage des villes au sublimé, au permanganate de 
potasse, à la créoline ; 3* il faut empêcher la dissémination 
des pèlerins, à moins que l'absence de toute contagion ait été 
prouvée. 

Les mesures de précautions doivent être prises au départ et 
pendant la traversée de l'Inde à la mer Rouge. Toutes ces 
mesures ont été réglées pendant la conférence de Paris en 1894. 



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— 397 — 

Je n'ai pas à aborder l'élude des règlements sanitaires; j'ai 
voulu simplement vous donner une idée de ces grandes 
migrations humaines sur les déchaînements de fléaux qu'elles 
peuvent entraîner et sur le caractère élevé et humanitaire des 
grandes conférences scientifiques internationales. 



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OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES DE L'ANNÉE 1897 

pour Octobre, Novembre et Décembre 
par M. A. DUMÉNIL 

Membre correspondant 



Octobre 

Moyenne barométrique : 769"/", est de 7"/" environ plus 
élevée que la moyenne normale. Minimum barométrique : 
753"'/" le 15, entre 6 heures et 9 heures du soir ; maximum: 
778"/" les 20 et 21. Les moyennes au-dessous de 760 n'ont été 
constatées que les 14 et 15; celles au-dessus de 760 pendant 14 
jours; et celles au-dessus de 770 pendant 15 jours. Les varia- 
tions barométriques ont été peu fréquentes et peu accentuées: 
baisse de 7"/" du 10 au 11, de 7"/" du 14 au 15, de 8"/" du 21 
au 22 ; hausse de 10"/" du 1**' au 2, de 11"/" pendant la journée 
du 16. 

Moyenne thermométrique : + 10*>86 ; il y a eu un minimum 
— 1» le matin du 8, à un thermomètre mis en contact sur le 
sol gelé ; le maximum : + 19" a été noté les 18 et 19. 

Le régime météorologique de ce mois d'automne est bien 
remarquable par son beau temps, le peu de pluie, absence 
presque complète de brouillard, pas la moindre manifestation 
orageuse, un air très calme, son atmosphère très calme et très 
transparente et son élévation constante du baromètre. 

Il y a eu quelques pluies peu abondantes du 2 au 4 et du 9 
au 13, mais beau pendant 24 jours dont 18 consécutifs; depuis 
le 13 avec vents faibles du S. S.-E. Nuits froides avec petites 
gelées à glace les 6, 7 et 8, et gelées blanches les derniers jours 
à partir du 23. 

On a encore vu quelques hirondelles chaque jour jusqu'au 
13, la dernière a été vue 4 jours après, le 17. 



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— 400 — 

L'évaporation pendant ce mois de sécheresse et de soleil, est 
de 8"/°* plus élevée que pendant le mois de septembre précé- 
dent qui fut constamment humide avec ciel presque constam- 
ment couvert. 

Les taches du soleil ont été en forte diminution pendant ce 
mois et les jours sans taches se chiffrent par 11 sur 28 d'obser- 
vations solaires. 

Novembre 

Moyenne thermométrique : + 6*^ est égale à la moyenne 
normale ; minimum : — 3°5 le 26 ; maximum : + IS'^S le li ; la 
nuit la moins froide a été celle du 8 au 9 : + 10% et le jour le 
moins chaud le 26, le maximum n'ayant pas dépassé + 1« avec 
une moyenne quotidienne de — 1-25, contre + 12* le 14. 

Moyenne barométrique : 769"/"5, supérieure de 7"/"* environ 
k la normale, minimum : 746""/"* le 29, à 7 heures du matin ; 
maximum : 783»/"» le 20 et 783'°/'°5 le 21, à 10 heures du matin. 
Très élevée du 1®^ au 13 et du 15 au 28, la moyenne barométrique 
inférieure à 760"»/™ a été les 13, 14, 28, 29 et 30. Les variations 
barométriques ont donné lieu aux constatations suivantes : 
baisse de lO»/"* du 12 au 13, 4e 5»/» du 13 au 14, de 10»/» du 27 
au 28, de 15"/™ du 28 au 29 ; et de 9»/" pendant la journée du 30. 
Hausse de 16»/» du 14 au 15, de 10»/»5 le 18; de 13"/» du 13 
au 16 ; et de 16»/" pendant la journée du 29. 

De môme que pour le mois d'octobre précédent ce mois de 
novembre a été favorisé par un beau temps tout à fait excep- 
tionnel et très peu de pluies, puisque la faible quantité d'eau 
recueillie : 14"/»5 est de 60 millimètres environ inférieure à la 
quantité moyenne normale ; de superbes journées pleines de 
soleil, un air calme à l'exception de forts vents S. 0. et N. 0., 
les trois derniers jours avec pluie et grêle et une température 
des plus douces et des plus agréables. Le brouillard est devenu 
très épais pendant l'après-midi du 23, on y voyait à peine à 
20 mètres autour de soi. Il n'y a pas eu aucune apparence 
orageuse dans l'atmosphère. 

Les vents ont été très dominants du Sud, Est et Sud-Est; il 
n'y a eu que 2 jours de S. 0., 2 du Nord et 1 de N. 0. 

Passages dVies sauvages les 9 et iO, se dirigeant vers le Sud- 
Sud-Ouest. 



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— 401 - 



Décembre 



Moyenne thermométrique : + i'H)», légèrement supérieure à 
la normale ; les minima ont varié de — 4*'8 le 26, k + 8"8 le 14 ; 
les maxima de + ll'*4 les 16 et 17 k + rs et 1*^4 les 21 et 25, et 
les moyennes quotidiennes de + 9^3 et + 9*1 les 14 et 16 à 
— 104 le 26. 

Moyenne barométrique : 764"/"5, supérieure de 2"/" environ 
à la normale ; minimum 744 "'Z" le 10, de 4 heures à 10 heures 
du soir; maximum 779"/" le 22, à 10 heures du matin. 11 y a eu 
11 moyennes quotidiennes au-dessous de 760"/"; 10 au-dessus 
de 760"/" et 10 au-dessus de 770 millimètres. Variations: baisse 
de 19 "/" du 7 au 8, de 11"/" le 10, de 9"/" du 26 au 27, de 14"/" 
du 29 au 30 ; hausse de 11"/" du l*' au 2, de 16"/" du 10 au 11, 
de 11"/" le 11, de 10"/" du 14 au 15, de 9"/" du 16 au 17, de 8"/" 
du 20 au 21, et de 6"/" du 21 au 22. 

Le régime de ce mois se partage en deux périodes bien dis- 
tinctes, la première du 1*"" au 16, pluies abondantes, grêle, 
orages, forts vents, etc. ; la deuxième, beau temps du 16 au 
31 ; ce beau temps tout à fait exceptionnel de cette seconde 
moitié du mois, ainsi que d'octobre et de novembre, a eu lieu 
par vents variant entre Sud et Est par S. E., ce qui est rare ici, 
ordinairement les vents de cette direction amènent presque 
toujours de la pluie. 

On peut faire remarquer également que la période de pluies 
de la première quinzaine du mois a coïncidé avec une recru- 
descence assez considérable d'activité solaire; après plus de 
deux mois d'un calme et d'un repos de la surface de Tastre du 
jour un magnifique groupe de grandes et nombreuses taches a 
été observé pendant 14 jours, du 6 au 19 inclus. 



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Observations météorologiques da mois i'Oetotn KR 



JOURS 
du Mois 


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14. 
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17.2. 
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19. 
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13.30 

14.85 

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14.10 

10.20 

7.90 

8.65 

8.90 

8.90 

11.80 

10.20 

11.20 

10.30 

10.10 

9.50 



+10-86 



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789.7 

770.6 

773. 

773.6 

774,6 

775,1 

771.7 

769.8 

771.2 

765.6 

764.7 

761. 

758.2 

753.6 

761.3 

767.1 

769.7 

771.4 

777.2 

777.2 

771.9 

767.4 

767.6 

768.6 

77^.4 

772.5 

770.8 

768.4 

768.8 

770.8 



769-/- 



Observations principales 



Beau. Halo solaire partiel à midi. 

Pluie fine matin; beau le jour. 

Pluie matinée. Beau et forts vents l'après-midi 

Beau. Gouttes le soir. 

Gelée blanche matin. Beau. 

Gelée à glace matin. Beau. 

• » 9 

» " sur le sol : —1* 
Pluie dès la nuit et matin. Beau le jour. 
Couvert. 

Pluie ; le soir auréole lunaire. 
Pluie le matin. 
Pluie matinée. 
Brouillard matin. Beau. 

Couvert, beau, doux, vents un peu forts du Sud. 
Beau et doux. 

Beau et très doux. 

Beau. 

Beau, mais couvert et froid. 
Beau, gelée blanche. 



Beau. 

Beau, mais couvert. 

Beau, gelée blanche. 



Beau. 



Moyenne barométrique : 760"/». 

Minimum . 753-/-, le 15» entre 6 h. et 9 h. du soir. 

Maximum » ''"S-/-, les 20 et 21. 



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Observations Météorologiques da Mois de Ro?embn I 



JOURS 
du Mois 


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7 
8 
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10 
11 
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16 
17 
18 
19 
20 
21 
22 
23 
24 
25 
26 
27 
28 
29 
30 
31 


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à Tébleron (Seine-Inférieiire), par A. Dmnénil. 



HERMOMÉTRE 


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Observations principales 




+14- 


+9-80 


771-/- 


Beau. 




8.6 


4.50 


769.1 


» 




9. 


4.50 


767.4 


• 




7. 


3.20 


768.2 


» Auréole lunaire. 




7. 


2.50 


772. 


• 




9. 


5.50 


771.4 


• 




10. 


5.50 


767.1 


<» Auréole lunaire. 




13. 


10.30 


769.8 


Pluie la nuit et le matin. Auréole lunaire. 




13.3 


11.65 


771.2 


Brouillard très épaifi. 




9. 


6.75 


770.9 


Beau. 




12.8 


9.40 


770. 


• 




13.7 


10.55 


766.5 


• Halo lunaire. 




14. 


10.70 


759.6 


> 




13.3 


12. 


755.3 


Auréole lunaire. 




11.4 


10.20 


765.2 


Pluie la nuit et le matin Auréole lunaire. 




8.K 


7. 


772.5 


Beau, mais couvert Auréole lunaire. 




12. 


9.75 


770.2 


Beau. Brouillard matin. 




13. 


11.20 


771.6 


Brouillard trës épais matinée. 




12. 


9.80 


777.3 


Brouillard matin; soir lamiére zodiacale. 




11.7 


7.85 


781.8 


Beau. 




11. 


9.30 


782.4 


Beau. soir lamière zodiacale. 




9. 


6.15 


779.8 


» » • 




8.3 


5.15 


T76.3 


Beau, brouillard trës épais à 20 mëtres, Faprës-midi. 




4.5 


4.15 


773.4 


Brouillai d et couvert. 




5.5 


3.25 


771. 


Beau ; le soir lumiëre zodiacale. 




1. 


-1.25 


777. 


Beau. 




6. 


+2. 


769.7 


Beau mais couvert. 




9. 


6. 


753.4 


Pluie, grêle, forts vente S. 0. le soir et la nuit, biiiic kartii 




7. 


5.70 


734.4 


Pluie, grêle, forts vente N. 0. matinée. 




7.6 


4.40 


738.4 


Pluie, grêle, forte vente S. 0. le soir et la nuit. 


16 


+ 9*77 


+6-90 


769-/-5 


Minimum barométrique: 746-/- le 29, à 7 h. du matin. 
Maximum . 783-/- le 20 et 783.5 le 21 à 10 h. 
Moyenne ■ 769-/-5. 



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Obsenrations météorologiqaes da mois de Déeenhre 



JOURS 
du Mois 

3 

4 

5 

6 

7 

8 

9 
10 
11 
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13 
14 
15 
16 
17 
18 
19 
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21 

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29 
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35-/- 
1.5 



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I à Tébleron (Seine-Inférieare), par Â. Dmnénil. 









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+5.40 


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4.6 


3.30 


763. 




2. 


0.75 


768.5 




2.4 


0.10 


769. 




2.3 


-0.33 


769.5 




3.8 


+1.65 


767.2 


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7. 


4.30 


768.3 


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9.8 


7.80 


752.9 


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4.65 


752.7 


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749.1 


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5.20 


754.9 


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10.4 


6.80 


756.2 


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11. 


7.70 


757.9 


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9.8 


9.30 


754. 




10.2 


8.60 


760.2 


J 


11.4 


9.10 


765.9 


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11.4 


8.60 


770.1 


5 


•9.3 


6.40 


772.5 


5 


8. 


4.80 


770.3 




3. 


2.50 


770.5 


J 


1.3 


0.00 


775.6 


J 


1.7 


-0.80 


778.7 




2.8 


—0.10 


777.4 


5 


1.8 


-0.50 


774.6 




1.4 


-0.80 


773.9 


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2. 


-1.40 


775.9 


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769.2 


3 


7. 


4.25 


765.6 




9.8 


6.90 


761.8 


8 


8. 


7.30 


7;îo. 




8. 


6. 


749.4 


84 


+«•26 


+4^05 


764-/-5 



Observations principales 



Pluie, giéle, forte vents; Tonnerre rapr-midi. Eclain le soir 

» » » 

Beau. 

> le soir, auréole lunaire. 

» mais couvert, brouillard. 

n gouttes et brouillard raprës-midi et le soir. 
Pluie, grêle, forts vents. 

» " - Tonnerre et éclairs la nuit. 

» » le soir, aaréole lunaire. 

• le jour et la nuit. 

» • -le soir, auréole lunaire. 

» forts vents. 
Gouttes matinée, le matin auréole lunaire. 
Pluie matinée, beau l'après-midi, forts vents la nuit. 
Pluie et forts vents la nuit. 
Pluie et torts vents la nuit et le matin. 
Très beau et très doux. 



Beau mais couvert ; clair le soir et la nuit. 



Brouillard très épais matinée; beau l'après-midi, soir et nuit. 

Beau, vents un peu forts du S soir et nuit. Auréole lunaire. 

Pluie matin et soir. 

Forts vents S. 0. soir et la nuit. 

Pluie, forts vents S. 

Très beau et très doux, auréole lunaire le soir. 

Minimum barométrique : 744"/* le 10, de 4 h. à 10 h. du soir 
Maximum t 779-/- le 22, à 10 h. du Uiatin. 
Moyenne » 764-/-5. 



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RAPPORT 

sur les Travaux de la soixante-quatrième Année 

par M. l'Abbé Joseph DUBOIS 

Membre résidant 



L'homme aime à se souvenir. Si rapidement entraîné par le 
temps, à la fuite irréparable, il aime à se donner Tillusion de 
la stabilité en classant, en inventoriant les objets sur lesquels 
s'est exercée son inquiète curiosité. II semble prolonger ainsi 
les heures écoulées de son existence. C'est, je crois, à cette 
raison qu'il faut attribuer le charme mélancolique que veut 
chaque année se donner notre chère Société en écoutant les 
rapports sur les travaux de Tannée précédente. Pourquoi faut-il 
qu'elle se soit adressée pour cette fois à celui de ses membres 
le moins qualifié, au milieu du tourbillon incessant de ses 
occupations, pour lui préparer, par un travail finement étudié, 
cette jouissance délicate et un peu austère? 

C'est que nous sommes tous très occupés dans cette agglomé- 
ration havraise où la vie est si intense, et ce n'est que par un 
effort persévérant et très méritoire que nous pouvons apporter 
à nos réunions l'appoint de notre présence et de nos travaux. 
Et cela soit dit pour répondre amicalement à certaines appré- 
hensions, à certains désirs de changement, à certaines critiques 
un peu sévères qui se sont fait jour au sein de notre Société, 
vers la fin de l'année dont l'histoire nous occupe. Ah f certes on 
peut se figurer séances plus nombreuses, composées de littéra- 
teurs de plus de loisirs, d'historiens mieux outillés pour s'en- 
foncer profondément dans les grands problèmes de la vie 



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— 410 — 

nationale. Mais croyez-vous qu'une réglementation plus méti- 
culeuse arrive à nous donner ce qui nous manque, à votre avis? 
Le grand coupable, c'est le genre même de la vie que nous 
sommes obligés de mener, et au lieu de m'étonner de ce que la 
vitalité de notre association ne soit pas plus grande, j'admirerai 
plutôt qu'elle puisse arriver aux résultats qu'il va m'être 
donné de constater. Gardons-nous donc de décourager les 
bonnes volontés existantes, modifions lentement, sagement. 
Le navire que nous montons a déjà fait ses preuves puisqu'il en 
est à sa soixante-cinquième campagne de navigation et nous 
voulons espérer que ses voyages à travers les diverses préoccu- 
pations de l'esprit humain ne sont pas terminés mais, de grâce» 
gardons d'ébranler par des coups de hache inutiles, sa véné- 
rable carène. Etudions avec une filiale déférence les qualités 
dont il a fait preuve, développons-les ; nous, les hommes de 
l'équipage, excitons-nous, soutenons-nous les uns les autres et 
j'en atteste les capacités et le dévouement de Tétat-major du 
vaisseau, notre avenir aura encore à enregistrer de nobles 
prouesses. 

Ceci dit pour raffermir sous mes pieds un terrain qui pouvait 
sembler fuyant, il ne m'en coûtera pas de constater qull y a eu, 
dans la vie de la société, années plus mouvementées et plus 
fécondes. J'espère cependant vous montrer que notre temps 
n'a pas été perdu et que nous avons plutôt augmenté entre nos 
mains le patrimoine que nous ont légué nos prédécesseurs. 

•Ut d'ab0Fd> félicitons-nous que la mort ait, pendant l'année 
dernière, épargné te .phalange de nos membres ^sidents. La 
chose est assez rare pour qu'il soit agréable de la noter. Et, 
comme les soldats, j'entends les soldats aguerris et disciplinés, 
sont la première force d'une armée, laissez-moi vous souhaiter 
beaucoup d'années également favorisées. 

Nos membres correspondants ont été plus éprouvés; nous 
^vons à déplorer la perte de M. Chervin et de M. Léon Gauthier. 
Ce dernier surtout, dont le cœur était tout havrais, faisait 
grande figure dans le monde de l'érudition. Il avait oonservé 
jusque dans le déclin de son âge, une puissance de travail 
vraiment merveilleuse et en même temps une verdeur d'âme, 
une poésie, une ardeur de foi religieuse qui donnaient à sa 
physionomie un caractère à part. Quand il parteit de «on 



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— 411 — 

« Roland w que ses persévérants efforts ont rendu classique 
dans toutes les écoles secondaires de France, quand il célébrait 
les gloires de l'Eglise catholique, dont il était Tun des fils les 
plus ardents et en même temps les plus soumis, il trouvait 
jusque sous les glaces de l'âge, des accents d'un lyrique enthou- 
siasme. Son souvenir ne périra pas parmi nous et la notice, 
qu'avec un soin pieux, prépare M. Bléry sur celui qui fut son 
maître, le rendra vivant et sensible dans nos annales. 

Pour une démission que nous avons à regretter, nous signa- 
lons huit nouvelles recrues qui sont venues apporter un afflux 
de sang nouveau au corps dont nous faisons partie ; ce sont 
MM. Godet. FoUain, Gallet, Coudeloup, Rouget-Marseille, Cos- 
tano de Carvalho, Talbot et Voisin. Nous espérons beaucoup de 
leur ardeur pour les nobles études qui font l'objet de nos 
réunions. Du reste nous n'en sommes pas réduits à de simples 
pronostics, déjà l'un de ces néophytes, M. Rouget-Marseille, a 
commencé la série de ses communications par deux éludes 
très documentées sur Le système des impôts et le moyen de remé- 
dier au déficit budgétaire et sur La richesse immobilière et les 
recettes budgétaires des villes du Havre et de Eouen, Le moyen de 
remédier au déficit budgétaire serait, d'après notre honorable 
collègue, de frapper d'un impôt de dix pour cent, les arrérages 
de la renie française. La discussion a été animée sur un pareil 
sujet, les uns faisant valoir le principe qu 'à égalité de ressources 
doit répondre l'égalité de charges ; d'autres répondant que 
l'Etat, qui s'est engagé à ne jamais frapper la rente, est lié par 
les promesses antérieures. Le remède, d'après ces derniers, 
serait une série de nouvelles conversions malgré l'effroi légi- 
time qu'inspirent aux rentiers de l'Etat ces délicates opérations. 
Vous voyez si. à l'école de M. Rouget-Marseille, nous allons tous 
devenir des financiers hors de pair. 

Aux membres résidents que je viens de nommer il faut 
ajouter deux membres correspondants, MM. Paul et Marie de 
Beauregard, pour compléter la liste de nos acquisitions en 1897. 

Deux de nos membres correspondants plus anciens, M. Léon 
Berlhaut et M. Nodon, ainsi que M. Cottard, l'un des lauréats 
de nos derniers concours, ont été honorés des palmes acadé- 
miques. Personne ne nous en voudra de nous estimer honorés 
de la distinction qui leur est échi;e. 



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— 412 — 

L'un des épisodes les plus mémorables de cette année a été 
la visite qu'ont faite à la Société Havraise d'Etudes diverses, 
quelques membres de la Société archéologique de Tarn-et- 
Garonne qui s'étaient rendus à Paris pour le congrès des 
Sociétés savantes. Parmi eux se trouvait M. le chanoine Ulysse 
Chevalier que ses savants ouvrages, et en particulier son 
Répertoire des sources historiques du Moyen- Age, ont placé au 
premier rang de nos érudits contemporains. De longtemps nous 
ne pourrons oublier le charme des moments trop rapides que 
nous avons passés avec nos aimables visiteurs, surtout, au 
punch intime que nous fûmes heureux de leur offrir, Texquise 
délicatesse avec laquelle le chanoine Pottier, président de la 
Société en voyage, répondit au toast de M. Lévarey qui pré- 
sidait la réunion. Nous sommes moralement obligés à rendre 
la politesse qui nous a été si gracieusement faite. A quand nos 
premières grandes manœuvres? 

Cette année encore a été manquée Tagape fraternelle du 
banquet traditionnel. Je connais de nos amis qui ne s'en con- 
soleront jamais. Peut être faut-il attribuer cette nouvelle infi- 
délité aux anciens usages, au caractère peu brillant du concours 
Folloppe jugé en 1897. Au moins nous a-t-il valu de M. Chamard 
un rapport fort intéressant qui nous fait assister aux séances 
delà commission qui, toute pénétrée des sentiments exprimés 
en son testament par le vénéré Mécène de notre Société, dis- 
tribue équitablement et l'éloge et le blâme. Finalement elle 
réserve à Vannée suivante les prix qu'on ne peut attribuer au 
concours de 1896. et décerne deux médailles d'argent et deux 
mentions honorables à M. Monmert, instituteur-adjoint au 
Havre, et à M. Montier. avocat à la cour d'appel de Rouen. Les 
sonnets -Au c^mf delà Glèbe, du premier, et Les papillons, du 
second, sont des morceaux de belle allure dont notre recueil 
s'est heureusement enrichi. On a été bien inspiré de recourir à 
une publicité plus étendue et plus retentissante qui promet 
pour l'avenir des concours plus disputés et plus heureux. 

Pour vous faire savourer comme il conviendrait tous les tra- 
vaux qui ont rempli nos séances, il faudrait recommencer les 
dites séances car il y a des choses qui ne s'analysent pas. 
Comment par exemple vous faire goûter, sans les relire complè- 
tement, les rimes éparses échappées à la muse normande de 



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— 413 ~ 

M. Leroi? Son talent très moderne, mais affiné par la fréquen- 
tation des anciens est, par là même, prémuni contre les excès 
dans lesquels nous voyons sombrer tant de jeunes poètes qui, 
non contents de se débarrasser des lisières incommodes d'une 
tradition surannée, rejettent en même temps le goût et la raison. 
Avec M. Leroi rien de semblable à craindre, la mélodie franche 
qui chante en ses vers est dès longtemps asservie aux règles 
du devoir, et elle trouve dans cette contrainte salutaire un 
redoublement d'énergie et de charmes. 

M. Louis Lainy, dans Le vieux château, évoque avec un art 
simple et vrai, la mélancolie qui nous étreint quand nous 
visitons les grandes salles abandonnées des vieux manoirs 
d'autrefois. 

Un de nos membres correspondants, M. Robert de La Ville- 
hervé, nous a fait tenir une charmante comédie : VEtrenne, dont 
vous vous rappelez l'amusante intrigue : c'est l'histoire allègre- 
ment dite des sentiments divers, qu'au soir de son mariage, 
fait éprouver à Valentine, l'amour que précédemment lui avait 
manifesté, son poursuivant Odalbert. D'abord elle en paraît 
absolument possédée, et ne voulant pas survivre à la ruine de 
ses espérances que ce jour a définitivement frustrées, avec des 
airs de mélodrame, elle prend un poignard pour s'en percer le 
sein, après avoir relu les histoires de Lucrèce et de Judith dont 
elle laisse la page ouverte pour fournir aux méditations de 
son mari. 

Mais sur ces entrefaites, Odalbert, l'amant si passionnément 
chéri, arrive, s'annonce, veut continuer, même en ce moment, 
ses ardentes poursuites. Valentine alors se ressaisit, elle juge 
comme elle le mérite, sa vie antérieure, se moque d'Odalbert 
et quand elle l'a vu fou, ridiculisé, elle assiste à sa fuite hon- 
teuse. L'incident est clos, la comédie est terminée. 

Cet hommage rendu dès le début à la poésie, langue des dieux 
— a Jove principium — nous arrivons à la littérature pure, 
représentée cette année par un travail intéressant d'un de nos 
membres correspondants, M. Diard. Avec une grande compé- 
tence et un sentiment très délicat des nuances, il nous a trans- 
porté en plein dix-septième siècle pour traiter De l'Éducation 
des Filles, d'après Molière et Fénelon. Les théories du grand 
dramaturge ne sont pas si éloignées qu'on le croirait de celles 



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- 414 — 

de l'archevêque de Cambrai, parce que l'un et l'autre étaient 
animés et éclairés de ce robuste bon sens et de ce tact exquis 
des convenances morales qui caractérisaient leur époque, 
et Ton peut conclure avec M Diard : « Unissez Antiope à Télé- 
maque, Henriette à Clitandre et toutes deux seront dans leur 
ménage, la femme accomplie rêvée par Molière et Fénelon. » 

La muse sévère de l'histoire a toujours rencontré des fervents 
parmi nous. Cette année, M. Le Menuet de la Jugannière nous 
a donné un travail très étudié et fort intéressant sur l'épisode 
principal de la guerre de Vendée, cette guerre de géants, comme 
disait Napoléon 1°^ Il s'agit de cette funeste marche sur Gran- 
ville, conception défectueuse qui devait échouer malgré des 
prodiges de valeur et rendre inutile ce soulèvement grandiose 
de tout un peuple passionnément attaché à la tradition monar- 
chique et à la foi de ses pères. Malheureusement, bien peu de 
Français ont eu le courage de s'enfoncer dans l'étude ardue 
des détails de cette expédition. M. de la Jugannière nous met 
en mains le fil conducteur. Il a assisté au conseil des chefs, 
compté leurs indécisions, mesuré les étapes. Nous voyageons 
avec les redoutables brigands, nous faisons presque avec eux 
le coup de feu sur les Bleus, et bien que nous prévoyions le 
résultat, cependant la catastrophe finale qui coûte la vie à tant 
de braves si dignes de servir glorieusement la France sur 
d'autres champs de bataille, nous étreint douloureusement le 
cœur. 

Viennent ensuite les travaux éminemment havrais de M. 
Martin. Il a fait de l'histoire du Havre sa chose propre. Il sem- 
blerait qu'il a assisté aux jours déjà lointains de François I^, à 
la fondation de la noble cité, qu'il ait constaté de visu chacun 
de ses agrandissements, qu'il en ait connu tous les administra- 
teurs et les citoyens éminents. Non content d'avoir raconté, 
dans ses savants ouvrages, l'origine du Havre et de ses princi- 
pales institutions, il aime k revenir à ce sujet aimé, à en mettre 
en saillie quelque détail ignoré, à lui donner un regain d'ac- 
tualité en le comparant aux choses de notre temps. Il sait même 
se trouver des collaborateurs qu'il anime de la même ardeur 
qui le dévore lui-même et qui aiment à s'appuyer sur son expé- 
rience et son loyal concours. Dans Havrais et Russes au xvm* 
siècle^ il profite des idées russophiles si manifestement à l'ordre 



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du jour depuis Talliance, pour ressusciter la sympathique 
figure d'un armateur liavrais du siècle dernier, Jacques-Fran* 
çois Begouen, et, en collaboration avec M. Veuclin, membre 
correspondant de notre Société, il publie et annote le récit du 
voyage que fait en Russie ce négociant, ami du pittoresque et 
de l'inédit. 

Dans Havrais et Malouins au xviii* siècle, il montre, à la même 
époque, les éclats de la rivalité entre le nid de corsaires bretons 
et le grand port de commerce normand qui Tun et l'autre 
tâchent d'attirer à soi, au détriment de leurs rivaux, avec le 
commerce, la richesse et l'influence. 

Dans La longévité au Havre et en Normandie, en collaboration 
avec M. Braquehais, un autre de nos collègues, il se plonge 
dans les registres de l'état-civil et le travail épineux des statis- 
tiques pour arriver à cette constatation douloureuse que le 
nombre des centenaires diminue. A chacun donc de se le 
compter pour dit et de redoubler de précautions et d'activés 
industries pour arriver à un résultat qui semble devenir plus 
difiScile à atteindre. 

M. Veuclin, que nous citions tout à l'heure, a fait œuvre 
personnelle en continuant de creuser le même sillon en nous 
donnant son intéressante étude sur V Assistance publique dans la 
Ville du Havre au xvn® et au xviu® siècle par les dames de charité et 
l'école de dentelles, A notre époque où les questions d'assistance 
passionnent tant d'esprits et motivent tant de discussions, où 
sont exposées tant de doctrines aux diverses tendances, il est 
intéressant de constater lorganisation que la charité avait su 
se donner au Havre, et le soin qu'elle prenait d'aider ses pupilles 
par le travail et en les mettant en état de gagner honorablement 
leur vie. 

Sous la rubrique : Sciences, nous mentionnerons d'abord la 
large contribution de M. le D*" Fauvel. L'exemple qu'il donne 
mériterait d'être suivi par beaucoup de nos collègues dans les 
divers champs de connaissances où s'exerce leur activité. 11 
prend un livre bon et excellent traitant d'une question médi- 
cale à l'ordre du jour : La Cure marine ou la Politique sanitaire, 
par exemple, et il le dissèque devant nous, Tillustrant à l'aide de 
ses connaissances propres et des leçons de son expérience 



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journalière. Son travail est à la fois très personnel et très utile à 
un groupement tel que le nôtre où nous cherchons à nous faire 
bénéficier mutuellement de nos études spéciales. 

Très intéressante et très pratique également, la communica- 
tion de M. Thériot : Une promenade à travers les herbiers de l'expo- 
sition de Romn. 11 met en garde les jeunes travailleurs contre 
les travaux trop hâtifs et pas assez contrôlés. Il va même, avec 
une bonne grâce charmante, jusqu'à se mettre à la disposition 
des jeunes botanistes pour signaler et rectifier les erreurs 
d'attributions qui auraient pu leur échapper. Voilà encore un 
excellent exemple à suivre. 

Il serait injuste aussi de refuser un souvenir reconnaissant 
à notre exact correspondant d'Yebleron, M. Dumesnil, qui veut 
bien noter pour nous, jour par jour et même heure par heure, 
les diverses variations atmosphériques qu'enregistre la météo- 
rologie moderne On ne saurait trop multiplier les observations 
précises, puisque c'est de leur comparaison que sortiront les 
lois qui fixeront définitivement cette science dans l'enfance 
encore, mais appelée à rendre plus tard de si importants ser- 
vices. Nos procès-verbaux ont enregistré joyeusement la pro- 
messe faite par M. d'Alissac d'une note qui devait résumer la 
communication verbale qu'il nous avait faite sur une curieuse 
illusion d'optique produite par le rayonnement puissant des 
phares électriques de la Hève. Au nom de la Société, je le 
somme aimablement de tenir son aimable promesse. 

M. Glaneur a été plus fidèle, ou du moins il Ta été plus tôt. 
Dans une communication qui ne manque pas d'humour, il nous 
parle du pont de Sangang que le journal anglais The mechanical 
world semblait donner comme une primeur par lui découverte 
quand déjà il avait été décrit par Marco Polo et le P. de Mar- 
gaillans. 

Vous me reprocheriez peut-être de passer sous silence cev- 
Idiins Récits mérovingiens sur l'enfance d'Audoenm — Audœnus à 
la cour — et Vélection d* Audœnus au siège métropolitain de Rouen — 
une analyse littéraire d'un merveilleux sermon de Rossuet sur l'ar- 
deur de la pénitence — et la description archéologique de l'église de 
Cléville. Mais je ne veux m'en souvenir que pour être complet 
d'abord, et ensuite pour me rappeler Tencourageante indul- 



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— 417 - 

gence avec laquelle vous avez bien voulu accueillir ces mo- 
destes essais. 

Voilà donc, Messieurs, bien imparfaitement résumée, la 
série de vos travaux en 1897. Je le répète, nous pouvons, nous 
devons espérer mieux pour les années suivantes. Chacun de 
nous devrait tenir à honneur, obéissant à un article du règle- 
ment qui demanderait d'être mieux observé, de fournir chaque 
année sa contribution personnelle à la suite de nos études. 
Notre Rectœil y gagnerait une merveilleuse variété et les 
discussions amicales, auxquelles chacun apporterait une 
contribution plus abondante, nous enrichiraient d'idées et 
d'aperçus qui compléteraient utilement notre instruction 
particulière. Voilà la vraie modification à apporter à notre vie 
intime. La réglementation existe, faisons seulement qu^elle ne 
reste pas lettre morte. Que celui qui n'a pas le temps de donner 
à son idée les développements écrits qu'elle comporte, ne 
craigne pas de la jeter vibrante dans l'arène de nos séances. 
Nous connaissons assez le fraternel abandon que l'on trouve 
parmi nous pour savoir qu'elle y trouvera bon accueil. Elle se 
précisera encore dans l'esprit de son auteur, elle inspirera à 
tous des réflexions, des recherches nouvelles : ce sera une 
semence qui sûrement portera son fruit. Mais je sens que, 
suivant une pente que l'habitude m'a rendue familière, je 
tombe dans l'exhortation morale, j'exhorte des convertis, peut 
être, par un étrange renversement, deviendrais-je gros Jean 
qui prêche son curé. Je m'arrête en souhaitant vie longue, utile 
et prospère à la chère Société Havraise d'Études diverses^! 



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PROGÈS-VERBAUX DES SÉANCES 



Séance du 8 Octobre 1897 
Présidenoe de M. LEVAREY. Président 



Sont présents : MM. Barrey,^Bléry, Alfred Bruwet, Chamarb, 
CouDELOu, abbé Dubois, D*" H. Fauvel, Lefranc, Le Minihy de la 
ViLLEHERYÉ, Leroi, Levarey, Jean Magk, Alphonse Martin» 
MiLLARD, Neveu, Rident, Rouget-Marseille et Thériot. 

Excusé : M. Dupuis. 

Parmi la correspondance adressée à la Société depuis la 
dernière séance et qui est communiquée à rassemblée par M. le 
Président, nous remarquons notamment : 

1^ Une lettre par laquelle M. le Préfet de la Seine-Inférieure 
nous fait connaître que, sur sa proposition, le Conseil Général 
a, dans sa séance du 19 Août dernier, voté en faveur de la 
Société Havraise d'Études diverses une subvention de 500 
francs pour l'exercice 1898. 

M. le Président dit qu'il est heureux de faire part à l'assemblée 
de cette décision du Conseil Général et charge notre Secrétaire 
de préparer une lettre de remerciements tant pour M. le Préfet 
que pour le Conseil Général. 

L'assemblée accueille avec plaisir cette communication. 

V ** Le programme du Congrès des Sociétés savantes qui se 
tiendra k la Sorbonne, le Mardi 12 Avril 1898. 

Plusieu rs exemplaires de ce programme sont déposés sur le 
bureau à la disposition des Membres qui voudraient en prendre 
connaissance. 

3* Les observations météorologiques faites par M. Dumesnil 
de Tébleron. 



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— 420 — 

M. le Président nous informe que notre collègue M. LeMinîhy 
offre à la Société, pour la bibliothèque, le 1®' semestre (1897) 
de la Revue des Revues, Des remerciements sont adressés au 
donateur qui veut bien promettre de déposer périodiquement 
cette revue au siège de la Société. 

M. le Président fait réloge d'une haule personnalité, M. Léon 
Gauthier, que la mort a récemment frappé. Ce savant faisait 
partie de notre Association en qualité de iMembre correspondant. 
M. le Président pense que nous pourrions insérer dans notre 
Recueil une notice })iographique sur notre éminent correspon- 
dant. L'assemblée désigne pour rédiger cette notice, notre 
collègue M. Bléry, ancien élève de Léon Gauthier. 

La parole est ensuite donnée k M. Barrey, lequel lit, tant en 
son nom personnel qu'au nom de son collègue M. Mack, un 
exposé suivi d'un projet de modifications à apporter au 
règlement intérieur de la Société. 

Ce projet, qui renferme un certain nombre de modifications 
assez importantes, soulève de la part de divers Membres, 
quelques observations. 

Puis une discussion paraît vouloir s'engager sur le fond 
même du projet, ce qui est contraire à la proposition des 
auteurs, ayant pour but de renvoyer leur étude à une Commis- 
sion chargée d'examiner les modifications projetées et de faire 
connaître son avis sur la possibilité ou l'impossiblité pratique 
de leur application. 

MM. Barrey et Mack demandent donc que leur travail ne soit 
pas discuté séance tenante, ce qui d'ailleurs serait presque 
impossible à la suite d'une simple lecture, et que conformément 
aux conclusions dudit travail la Société veuille bien désigner 
une Commission de sept Membres. 

Après un échange d'observations entre MM. Rident, Levarey, 
Le Minihy, Neveu, Barrey, etc., l'assemblée nomme une 
Commission composée de MM. Lévarey, ' Rident, Martin, 
Capelle, Le Minihy, Leroi, Barrey et Mack. 

Sur la proposition de M. Le Minihy, l'assemblée décide de 
faire reproduire à plusieurs exemplaires les modifications 
contenues dans le travail communiqué et d'en adresser un 
à chacun des Membres de la Commission de manière à leur 



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— 421 — 

permettre d'étudier le projet de modifications avant la réunion 
de la Commission. 

M. le Docteur H. Fauvel termine ensuite la lecture de son 
instructive étude : La Cure marine. 

M. le Président remercie notre collègue et propose l'impres- 
sion de ce travail dans le Recueil de la Société. — Adopté. 

Il est procédé aux votes sur l'admission de deux nouveaux 
Membres. Les scrutins étant favorables, M. le Président 
proclame Membres résidents de la Société MM. Talbot et Voisin. 

M. le Docteur Fauvel et M. Neveu présentent MM. Paul et 
Henri Beauregard, Professeurs à Paris. 

Il sera statué sur l'admission de ces deux nouveaux Membres 
correspondants à la réunion de Novembre. 

La séance est levée k dix heures quinze. 

Le Secrétaire, 

J. MACK. 



Séance du 12 Novembre 1807 
Présldenoe de M. LEVAHBIY, Présidont 



Sont présents : MM. Barrey, Alfred Bronet, Capelle, Chamard, 
CouBELOu, Rey d'Alissag, abbé Dubois, D** Fadvel, Glaneur, 
HouDRY^ Le MmiHY de u Villehervé, Leroi, Levarey, Jean Magk^ 
Alphonse Martin, Milurd, Rouget-Marseille, Rident, Thériot et 
Voisin. 

Après la lecture du procès-verbal de la dernière réunion, 
lequel est adopté sans observations, M. le Président commu- 
nique à l'assemblée la correspondance adressée à la Société 
depuis la séance d'Octobre. 

Puis il dépose sur le bureau les observations météorologiques 
faites par notre Membre correspondant, M. Dumesnîl, de 
Yébleron, et un exemplaire de l'ouvrage périodique publié par 
notre collègue M. Capelle, sur \^ jurisprudence des arrêts, etc. 



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— 422 — 

M. Houdry, qui n'a pu assister à la dernière séance dans 
laquelle a été soumis le projet de modifications à apporter au 
règlement intérieur présenté par nos collègues MM. Barrey et 
Mack, demande qu'une communication de ces modifications 
soit faite aux Membres de la Société avant leur mise en 
discussion. 

M. le Président répond que la Société a renvoyé l'examen de 
ce projet à une Commission qui présentera un rapport dont 
les conclusions seront soumises aux Membres de la Société 
avant la discussion qui devra nécessairement s'ouvrir dans 
Tune de nos prochaines réunions. 

M. Houdry déclare être satisfait des explications qui viennent 
de lui être fournies. 

M. le Président dit qu'il y a lieu, comme les années précé- 
dentes, de nommer un rapporteur général chargé de faire un 
travail sur les travaux soumis à la Société pendant l'année 1897. 

Le nom de M. l'abbé Dubois, mis en avant par un certain 
nombre de Sociétaires, est soumis à Tapprobation de l'assem- 
blée qui l'accepte par mains levées. M. l'abbé Dubois veut bien 
consentir à préparer le rapport qui vient de lui être confié. 

La parole est ensuite donnée à M. Alphonse Martin pour la 
lecture de son élude sur les travaux du port du Havre en 4541 
et 4897. 

Ce travail, qui établit une comparaison entre les travaux 
effectués lors de la création du port et ceux actuellement en 
cours, est fort intéressant. Aussi l'assemblée en vote-t-elle 
l'impression après quelques observations présentées par MM. 
Glaneur et Houdry, notamment an sujet des salaires des ouvriers 
occupés en 1817 et ceux des ouvriers employés de nos jours, 
salaires qui, suivant l'auteur, seraient à peu de choses près les 
mêmes. 

M. l'abbé Dubois veut bien communiquer à l'assemblée une 
étude archéologique sur Cléville, près Fauville (xu* siècle). 
L'impression de cette étude, parfaitement documentée, est 
mise aux voix et adoptée. 

Conformément à l'article 9 des statuts, M. le Président dit 
qu'il y a lieu de procéder au renouvellement annuel du Bureau 
de la Société. 



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- 423 - 

Avant de procéder aux scrutins, M. Levarey informe rassem- 
blée qu'en vertu de Tarticle iO de ces mêmes statuts, le 
Président et le Trésorier actuellement en exercice (M. Levarey 
et M. ^runet), ayant accompli leur tâche pendant ce temps 
prévu, ne sont pas rééligibles. 

Le scrutin ouvert pour la nomination d'un Président, en 
remplacement de M. Levarey, désigne M. Rident, notre Vice- 
Président Cette élection est soulignée par des applaudis- 
sements. 

M. Rident remercie l'assemblée de la confiance qu'elle veut 
bien lui accorder et fait connaître qu'il consacrera tous ses 
efforts à la prospérité de notre Association. 

Il est ensuite procédé à l'élection pour la nomination d'un 
Vice-Président. M. Levarey est élu à ces fonctions. Tout en 
remerciant l'assemblée de l'honneur qu'elle lui fait en le 
portant à la vice-présidence, il eut préféré qu'un autre Membre 
pût être mis à même de faire valoir ses qualités pour le bien 
de notre groupement : mais en présence du désir exprimé 
par ses collègues, M. Levarey se fait un devoir et un plaisir 
d'accepter la charge qui lui est confiée. 

Le mandat de notre Secrétaire général, M. Leroi, lui est 
renouvelé. Notre collègue remercie et espère qu'il pourra, dans 
l'avenir, malgré ses occupations, se rendre utile à la Société 
Havraise d'Études diverses. 

Puis sont successivement élus : 

M. Jean Mack, comme Secrétaire des séances; 
M. Alphonse Martin, en qualité de Trésorier; 
M. Thériot, comme Archiviste ; 
M. Barrey, en qualité de Bibliothécaire. 

Ces quatre Membres remercient leurs collègues de la 
confiance qui leur est témoignée. 

M. le^Président adresse à M. Brunet les remerciements de la 
Société pour le dévouement dont il n'a cessé de faire preuve 
durant les trois années qui viennent de s'écouler. 

Il est ensuite procédé aux votes sur l'admission de MM, 
Paul et Henri Beauregard, Professeurs à Paris. 



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— 424 — 

A Tunanimité des Membres et par acclamations, MM. 
Beauregard sont proclamés Membres correspondants de la 
Société Havraise d'Études diverses. 

La séance est levée à dix heures et demie. 

Le Secrétaire, 

J. MACK. 

Séance du 10 Décembre 1807 
Présidence do M. LEVA RE Y, Président. 



Sont présents : MM. Barrey, Bléry, Alfred Brdnet, D' H. 
Fauvel, Glaheur, Houdry, Le Minihy de la Villehervé, Levaret, 
Jean Mack, Alphonse Martin, Rident, Rouget-Marseille, Talbot 
et Voisin, 

Excusés : MM. Leroi et Renault. 

M. le Président communique la correspondance adressée à 
la Société depuis la dernière séance, laquelle comprend 
notamment : 

Une lettre de M. Bléry, par laquelle notre collègue nous fait 
part de la restitution à la bibliothèque de la Société d'un 
certain nombre d'ouvrages et de fascicules de recueils de 
Sociétés savantes retrouvés au cours du classement qu'il est en 
train d'opérer à la bibliothèque municipale. M. le Président 
adresse à M. Bléry les sincères remerciements de la Société. 

Une lettre -^circulaire de M. le Ministre de Tlnstruction 
publique et des Beaux- Arts annonçant que le Congrès des 
sociétés savantes sera ouvert à la Sorbonne le Mardi 12 Avril 
prochain et que les travaux se poursuivront jusqu'au 16 Avril, 
date de la séance générale de clôture, et nous invitant à 
nommer, avant le 30 Janvier, les délégués de notre Société. 

MM. Bléry et Houdry sont désignés pour représenter notre 
Association au dit Congrès. M. le Ministre en sera informé en 
temps utile. 

M. le Président informe l'assemblée qu'il a reçu une lettre de 
M. Leroi le priant de bien vouloir excuser son absence à la 



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— 42S -• 

réunion de ce soir ; la lecture des poésies de notre collègue, 
portée à Tordre du jour de la présente séance, est renvoyée à 
la prochaine réunion. 

M. le Président dépose sur le bureau les 43 manuscrits 
parvenus au secrétariat de la Société pour le Co&cours Folloppe 
de 1897 et prie rassemblée de nommer une Commission 
chargée d'examiner et de classer ces manuscrits. 

Après un échange d'observations entre divers Membres, il 
est décidé que la Commission se composera de cinq Membres 
faisant partie de notre Société et de deux choisis en dehors de 
notre groupement. 

L'assemblée désigne pour remplir ces fonctions: MM. Rident, 
Chamard, Leroi, abbé Dubois et Bléry, Membres de la Société, 
et décide de faire appel à M. Blum, Professeur au Lycée, et 
M. Robert de Caiitelou, Rédacteur au Journal du Havre. 

A l'occasion du Concours de prose que la Société ouvre tous 
les trois ans, M. le Président dit qu'il y a lieu de choisir les 
questions qui devront être soumises au Concours de 1898. 

Quelques Membres proposent de renvoyer cette question à 
la prochaine séance, mais il est fait remarquer qu'il serait 
préférable de nommer une Commission de quelques Membres 
avec mission de présenter un certain nombre de sujets parmi 
lesquels l'assemblée, dans sa prochaine réunion, pourrait en 
choisir un certain nombre et en arrêter le texte définitif. Cette 
proposition étant adoptée, une Commission de trois Membres 
est élue ; elle est composée de MM. Bléry, Le Minihy et 
Alphonse Martin. 

M. le Président donne ensuite la parole à M. le D' H. Fauvel 
pour la lecture de son étude sur la politique sanitaire. Notre 
collègue reçoit les félicitations du Président et des Membres 
présents à la réunion pour la communication de son intéressant 
travail dont l'impression, mise aux voix, est adoptée. 

La séance est levée à dix heures trois quarts. 

Le Secrétaire, 
i. MACK. 



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TABLE ANALYTIQUE DE L'ANNÉE 1897 



i^ fascicule — î^ trimestre 

Pages 

Membres da Bureau et Membres d'honneur 5 

Membres résidants 6 

Membres honoraires 8 

Membres correspondants 8 

Sociétés correspondantes 12 

Récits hagiographiques des temps mérovingiens : l'enfance d'Âudoenus, par 

M. l'abbé Dubois 17 

Havrais et Russes au xvui* siècle, par MM. A. Martin et E. Veuclin 35 

Campagne d'outre-Loire de Tannée vendéenne (1793), par M. P. Le Muxuet 

DE LA JUGAXNIÈRE 69 

Une promenade à travers les herbiers de TExposilion scolaire de Rouen, 1896, 

par M. L. Thériot 95 

Analyse Ultéraire du Sermon de Bossuet sur Tardeur de la pénitence, par 

M. l'abbé Dubois , 99 

Observations météorologiques de l'année 1896 (janvier et février), par M. Â. 

DUMÉNIL 113 

Procès- Verbaux des Séances 121 

Actif social 129 

Comptes de ^Exercice 1896 130 

Concours de 1897 131 

2^ fascicule — 2^ trimestre 

Havrais et Malouins au xviii* siècle, par M A. Martin 141 

Le vieux Château, par M. Louis Lamv 151 

L'Étrenne, par M. Robert de la Yillehervé 153 

Étude sur le système des Impôts et le moyen de remédier au déficit budgé- 
taire, par M. Casimir Rouget-Marseille. 177 

De l'Éducation des Filles, d'après Molière et Fénelon, par M. Diard 181 

Rapport fait au nom de la Commission du Concours Folloppe pour 1897, 

par M. Chamard 225 

Observations météorologiques de Tannée 1897 (avril, mai et juin), par M. A. 

DUMÉKIL 233 

Procès-Verbaux des Séances 244 



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- 428 - 

fascicule — 3^ trimestre 

lesse immobilière et les recettes badgétaires des 
Rouen, par M. Rocget-Marseille S6I 

le D' Henri Fauvel 275 

Chine, par M. Gla>'eur 293 

[S la Ville du Havre aux xvir et xviii* siècles, 

IN 299 

Havre, par M. Alphonse Martin 323 

ques de Tannée 1897 (août et septembre), par M. A. 
337 

ces 345 

fascicule — 4"»* trimestre 

de rÉglise de Clëville, par M. Tabbé Dubois ^1 

1 Havre en 1517 et 1897, par M. Alphonse Martin. . . 371 

p M. le D' Henri Fautel 381 

[ues de l'annéf^ 1807 (octobre, novembre et décembre), 
399 

le la 64* année, par M. Tabbé Dubois 409 

ces 419 



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Imprimerie Micaux, rue Jales-Lecesne, 201 



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