(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Recueil de Voyages et de Mémoires publié de la Société de Geographie"

liiiii iiii 



12 a ") 



J5 8. 



c 



^H 



RECUEIL 



DE 



VOYAGES ET DE MEMOIRES. 



U ^ - I I I f '" — ■«—-—■ 



RECUEIL 



DE 



VOYAGES ET DE MEMOIRES, 



PUBLIÉ ^ 



y , 



rT- • — i.^<:x^i*-<7 



PAR LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 




TOME PREMIER. 







DE L'IMPRIMERIE D'ÉVERAT, RUE DU CADRAN , N- i6. 



MDCCCXXIV. 



AVANT -PROPOS. 



En publiant la première partie de son Recueil de Voyages et de 
Mémoires , la Société de Géographie doit exposer les vues qui ca- 
ractérisent la nature de cette Collection. Organe de ses intentions, 
je me trouve heureux de pouvoir dire qu'en répétant ici quel- 
ques-unes des idées que j'avais émises, dans diverses propositions 
relatives à cet objet , je ne fais que résumer l'opinion devenue 
générale dans une réunion d'hommes aussi distingués. 

La Géographie embrasse les sujets les plus intcressans et les ma- 
tières les plus arides. Elle est l'image du globe terrestre , semé 
de montagnes sauvages et de plaines riantes , partagé en déserts 
et en pays cultivés. Ici l'imagination et le sentiment éprouvent 
les émotions les plus vives et les plus douces ; là , une froide rai- 
son s'ouvre péniblement des routes épineuses , mais non pas tou- 
jours ingrates. 

De là le sort si différent des ouvrages qu'on publie sur la géo- 
graphie. Si quelquefois les agrémens, réunis au savoir, assurent 
un succès mérité , plus souvent la multitude prodigue ses suf- 
frages à des productions très-frivoles, tandis que des travaux im- 
portans ne trouvent pas même un éditeur, parce que leur nature 
scientifique n'en promet pas un débit proportionné aux dépenses 
considérables qu'ils nécessiteraient. 

Remédier à ces inconvéniens était naturellement un des plus 
nobles buts de la Société de Géographie. C'est pour protéger, pour 

A 



u 

encourager les entreprises au-dessus des forces d'un individu , que 
les associations sont nécessaires, etmcmc indispensables. En géo- 
graphie, ce sont les voyages lointains, l'impression des écrits scien- 
tifiques et la gravure des cartes à grand point , qui exigent de fortes 
dépenses, et qui demandent des secours extraordinaires. Les hom- 
mes éclairés et bienveillans qui ont contribué à former notre 
Société , voient aujourd'hui dans le commencement de la publi- 
cation du Recueil des T^ojages et des Mémoires, un premier ré- 
sultat de la protection qu'ils accordent aux sciences géographi- 
ques. Mais comme cette première partie du Recueil se trouve 
remplie par un seul morceau , d'une nature tout-à-fait spéciale , 
nous avons cru devoir indiquer ici tous les genres de travaux qui 
pourront entrer dans les volumes suivans , et développer les prin- 
cipes qui doivent présider à leur rédaction. 

Augmenter la somme des connaissances positives , soit par l'ob- 
servation personnelle des faits nouveaux , soit par la discussion 
des observations antérieures , dûment vérifiées ; tel doit être le 
caractère général de toute publication d'écrits , faite au nom de 
la Société de Géographie. 

Ce principe va droit au fond des choses ; il n'exclut aucune 
forme d'ouvrage ; il ne repousse aucun genre de travail, aucune 
méthode de recherche, aucun mode de publication; il n'exclut 
que le faux ; il ne repousse que l'inutile ; il promet les encoura- 
gemens de la Société à tout ce qui peut contribuer aux progrès 
de la science. 

Les travaux, spécialement propres à entrer dans notre Recueil, 
se divisent naturellement en deux grandes classes , les Relations 
et les Mémoires; les premières , fruit du courage des voyageurs ; 
les seconds , fruit de l'étude des savans. Tous les deux ils ont lui 
titre à la bienveillance de la Soc i( te de Géographie , dès que leur 



ni 

publication peut augmenter la masse des connaissances acquises 
et des vérités démontrées. 

Au premier rang se présentent ces relations scientifiques où 
un voyageur exact , sévère , consciencieux , a réuni des observa- 
tions neuves et importantes , sans les alonger par ces détails inu- 
tiles et par ces ornemens étrangers que réclame le goût de la mul- 
titude. Un itinéraire , un vocabulaire , constituent souvent le mé- 
rite d'une relation , aux yeux du monde savant. Quelques gran- 
des et belles cartes suffisent pour renfermer le résultat d'un 
voyage étendu et mémorable. Mais nous avons des éditeurs dont 
le premier soin est de retrancher ou de réduire ces objets , qu'ils 
ne savent pas apprécier. Qu'un voyageur ne livre plus ses manus- 
cints à des spéculateurs qui les dénaturent au détriment de la 
science ! La Société est là pour lui en faciliter la publication. 

La perfection où est arrivé à Paris l'art de graver des cartes 
géographiques , nous permettra de présenter les objets qu'on 
nous aura confiés , avec l'exactitude et l'élégance dignes de leur 
mérite intrinsèque. L'universalité de la langue française aidera 
même les savans étrangers à obtenir toute la célébrité due à leurs 
travaux. 

Nous espérons que cette seule indication suffira pour animer 
le zèle de beaucoup de voyageurs savans , qui , riches de cou- 
rage , ^e^^ennent chargés du butin des contrées lointaines ; mais 
qui , moins riches de patience , ne veulent pas subir les peines et 
les embarras inséparables de la rédaction littéraire et de la pu- 
blication typographique de leurs matériaux. Ne laissez plus , leur 
dirons nous , les résultats de vos recherches vieillir dans un stérile 
oubli. Voici un temple hospitalier ; venez-y apporter vos offran- 
des , y inscrire vos noms , et y suspendre vos trophées. 

Une seconde classe d'ouvrages offre moins d'éclat, au pre- 
mier abord; mais elle n'est pas moins digne de tout l'intérêt de 
la Société. 



IV 



Il est, dans les bibliothèques, d'anciennes relations inédites 
qui, sous le rapport de l'histoire de la Géographie, méritent 
d'être mises au jour , mais qui demandent d'être accompagnées 
d'éclaircissemens , de commentaires et d'autres accessoires criti- 
ques et Bibliographiques- Un morceau de ce genre est la Rela- 
tion de Marco Polo , imprimée dans ce volume , d'après un ma- 
nuscrit de la bibliothèque du Roi , contenant beaucoup de cha- 
pitres inédits , et offrant des variantes remarquables. L'Intro- 
duction qui précède cette Relation expose plus amplement les 
motifs qui en ont déterminé la publication. Les cclaircissemcns, 
les notes , les commentaires que ce texte a fait naître ou pourra 
faire naître , seront publics dans un des volumes suivans. 

Quelle vaste et féconde carrière s'ouvre ici à des savans de 
plus d'une classe! combien de recherches de géographie, de philo- 
logie, d'histoire, ne doivent pas se rattacher à l'explication d'un 
voyage qui , plus que tout autre , a contribué à mettre en activité 
le génie entreprenant de Christophe Colomb et à porter la pensée 
de l'Europe au-delà des limites de la géographie ancienne ! Plu- 
sieurs travaux de ce genre sont déjà préparés au sein de la Société: 
ceux qui lui seront présentés par des personnes étrangères ne 
recevront pas un accueil moins honorable. 

Un troisième genre de Relations , propres à être publiées dans 
notre Recueil , résulte de l'universalité actuelle de la civilisa- 
tion , qui multiplie sur beaucoup de points du globe une classe 
d'observateurs, distincts à-la-fois de celle des voyageurs propre- 
ment dits , et de celle des savants de cabinet, classe dont la haute 
importance pour les progrès de la science mérite de fixer toute 
notre attention. 

Les voyageurs ont tracé des sillons de lumière autour du 
globe ; mais entre ces sillons il reste de grands espaces encore 



V 

couverts de ténèbres plus ou moins épaisses. Quelques-uns de ces 
espaces ne seront connus que grâce à des expéditions hasardeuses ; 
mais d'autres peuvent aujourd'hui être décrits par les habitans eux- 
mêmes , et décrits bien plus exactement et plus facilement que 
par des voyageurs envoyés de loin et n'y faisant qu'un séjour 
temporaire. Les exemples se présentent en foule à quiconque a 
réfléchi sur ces matières ; les Etats-Unis , les Amériques Espa- 
gnole et Portugaise , les Indes Britanniques , toutes les colonies 
Européennes renferment un grand nombre d'objets intéressans , 
et un nombre non moins grand d'observateurs à poste fixe , qui , 
mieux qu'aucun voyageur, peuvent décrire ces objets. La Société 
a espéré qu'en répandant des questions , elle pourrait stimuler 
le zèle de ces observateurs ; et déjà quelques résultats , obte- 
nus par cette voie , ont accru les matériaux destinés à notre 
Recueil. 

Au sein même de l'Europe , n'est-il pas des contrées , des 
villes, des monumens, qui échappent à l'œil du voyageur, à l'éru- 
dition du géographe , mais que les hommes instruits , établis sur 
les lieux , s'empresseront de décrire , pour, obtenir une place dans 
notre Recueil. La France elle-même renferme, dans son heureuse 
enceinte , plus d'une merveille ignorée : elle possède des élc- 
mens de prospérité que la statistique et la géographie physique 
doivent révéler à l'administration et au public. Un simple fait 
de géographie peut exciter l'esprit patriotique à des entreprises 
de la plus haute utilité, peut ouvrir des routes nouvelles à l'in- 
dustrie , ou faiie naître sur un rivage lointain des empires nou- 
veaux ; mais, limité même aux détails les moins brillans, le goût 
des recherches de statistique produit tous les jours des résultats 
avantageux pour l'état comme pour la société. La Société de 
Géographie , en consacrant des prix spéciaux aux relations des- 
criptives de la France , a cru remplir à-la-fois un devoir envers 
la science et envers la patrie. 



M 



A l'égard des Mémoires, il ne serait pas possible d'en spc'cifier 
tous les genres : qu'il nous soil seulement permis d'exposer ici 
deux vues générales qui ont reçu l'approbation de la Commis- 
sion Centrale. 

Les Mémoires les plus utiles dans l'état actuel de la géogra- 
phie , sont ceux où l'on s'attache à établir solidement des faits 
nouveaux, ou à élaircir, par une critique philosophique, quelque 
grand principe de la science. La géographie physique est encore 
remplie de lacunes et encombrée de préjugés , d'erreurs , qu'un 
esprit lumineux peut faire disparaître à force d'études et de re- 
cherches. Toutes les autres branches de la Géographie offrent 
également des parties , oîi un mémoire , conçu dans le véritable 
esprit de la science , peut produire des résultats non moins 
importans que ceux d'un voyage. Une érudition dirigée par de 
grandes vues , et qui se fraie des routes nouvelles , peut même 
préparer des entreprises glorieuses ; et même lorsqu'elle ne fe- 
rait qu'effacer des erreurs anciennes, elle est encore la puis- 
sante et indispensable alliée de la science positive. Ainsi , qu'au- 
cune classe de travaux ne soit exclue du rang de nos Mémoires ; 
c'est le principe que nous prescrit la raison elle-même. 

INous avons encore formé le vœu de voir régner une sorte 
d'unité de direction dans les Mémoires ; vœu difticile à réaliser , 
que nous devons néanmoins rappeler sans cesse. 

Pourquoi les sciences ont-elles si long-temps retiré , de tant 
d'écrits individuels ou collectifs, moins de résultats que rénormc 
masse de tant de volumes n'en semblait promettre au monde ? 
C'est que les efforts des savans ont long-temps manqué d'une 
direction uniforme et raisonnée. Ici , on voyait des esprits su- 
périeurs , en marchant chacun par son chemin , laisser entre 
eux d'immenses lacunes ; là , des esprits communs s'arrêtaient 
immobiles au point où leur chef d'école les avait placés. Nulle 



idée de la marche progressive , infinie , illimitée , de l'esprit hu- 
main; nulle idée de cette association des êtres pcnsans, qui subs- 
titue à la force individuelle toute la puissance de l'espèce. C'était 
au hasard qu'on se soutenait , qu'on se contrariait. Aujoin'd'hui , 
quel heureux changement s'est opéré à l'égard des sciences ma- 
thématiques et physiques ! elles suivent une impulsion commune , 
elles marchent en ordre , en ligne , comme un corps d'armée , 
à la contjuète de la vérité. Il n'en est pas encore tout-à-fait de 
même à l'égard des sciences historiques ; cette moitié du monde 
savant n'est pas encore entièrement sortie des ombres du chaos. 
Là , trop souvent encore, la critique flotte incertaine entre les 
vraies et les fausses méthodes; l'amour des hypothèses dédai- 
gne l'étude des faits ; l'esprit de parti , sous toutes ses formes 
variées , repousse la recherche libre et la pensée indépendante ; 
une paresse orgueilleuse néglige les communications les plus né- 
cessaires et ignore les travaux publiés dans d'autres lieux , dans 
d'autres langues; enfin , la marche de la science présente le spec- 
tacle d'une oscillation souvent rétrograde. 

Placée sur les confins des sciences mathématiques et des doc- 
trines historiques , la Géographie doit naturellement participer 
aux biens et aux maux dont nous venons de tracer la peinture. 
C'est à la Société de Géographie qu'il appartient d'imprimer à 
cette science un mouvement plus uniforme , plus rapide , plus 
décisif, en un mot plus analogue à la marche actuelle des sciences 
exactes et des sciences naturelles. C'est en proposant des sujets 
de prix , choisis avec discernement et avec des vues d'ensemble ; 
c'est en dirigeant une correspondance déjà très-étendue ; c'est 
en publiant une série de questions relatives aux lacunes les plus 
urgentes de la géographie , que la Commission espère signaler 
d'avance aux auteurs qui voudraient lui présenter des Mémoi- 
res, la route qu'ils devront suivre pour établir entre tous ces 
travaux une liaison toujours utile , même quand elle resterait 
imparfaite. 



Vllt 

Car dans toutes nos tentatives pour donner au Recueil des Mé- 
moires une direction uniforme et scientifique , il ne nous faut 
jamais oublier que les sciences , et particulièrement la Géogra- 
phie , sont constamment dans une marche progressive : leur but 
n'est jamais complettement atteint , parce qu'il recule et s'agran- 
dit en raison même des efforts que nous faisons pour l'atteindre ; 
au moment même où la persévérance comble une lacune dans 
les sciences, le coup-d'œil du génie en signale d'autres plus 
grandes encore. Que de siècles n'exigerait pas le seul achève- 
ment parfait d'une seule branche de la géographie physique! Ce 
globe périra peut-être avant d'être complettement décrit 

Nous nous arrêtons. C'est à l'expérience , au zèle des mem- 
bres de la Société de Géographie , c'est à la bienveillante coopé- 
ration des savans , qu'il appartient de développer , de rectifier , 
d'agrandir ces idées , que nous n'aurions pas eu la hardiesse 
de présenter à la tête de cette collection si elles n'avaient pas paru, 
à plusieurs reprises, réunir les suffrages de la Société. 



M\lte-Brun. 



VOYAGES 



DE 



MARCO POLO. 

PREMIÈRE PARTIE. 

INTRODUCTION, TEXTE, GLOSSAIRE ET VARIANTES. 



f.di). 



M 



INTRODUCTION 

AUX VOYAfxES DE MARCO POLO. 



Si nous comparons aux travaux commencés dans le moyen 
âge les monumens géographiques des temps modernes , 
les progrès de la navigation, l'agrandissement du monde 
connu, et cet échange habituel de richesses, d'industrie, 
de lumières , mises en circulation autour du globe , nous 
admirons ce développement des arts et de la civilisation , 
et nous élevons notre siècle au-dessus des âges précédens , 
sans apprécier à sa juste valeur tout ce cju'ont fait nos 
devanciers. Le point où. nous nous plaçons pour les juger 
explique notre ingratitude envers eux. Nous mesurons 
l'intervalle que nous avons franchi , et nous ne sommes 
frappés que de nos avantages. Mais en reportant notre 
pensée à l'époque de ces anciennes entreprises, aux dif- 
ficultés qui les environnaient, aux efforts qu'elles exigè- 
rent nous devenons alors plus justes envers nos guides, et 
nous leur rendons la gloire qui leur appartient. 

Marco Polo, qui a précédé dans la carrière tous les voya- 
geurs modernes, fut jugé pendant plusieurs siècles avec 
d'autant plus de sévérité qu'aucun autre observateur ne 
venait constater l'exactitude de ses découvertes. Les routes 
qu'il avait parcourues en Asie s'étaient , pour ainsi dire, 



xii 

fermées derrière ini : les vastes solitudes de la Tartane 
n'étaient traversées par aucun européen; et lorsqu'à la fin 
du quinzième éiècle, le goût des voyages et des découver- 
tes vint à se ranimer , ce ne fut plus par les mêmes routes 
que Ton parvint ^aux extrémités 4e l'Asie : la navigation 
ouvrait une plus libre voie 5 et la terre ^ devenue acces- 
sible sur tous les points de ses rivages, pouvait être ex- 
plorée de tous les côtés h-la-fois. 

Il était naturel de préférer, entre des pays éloignés, 
ce nouveau mode de communications. La politique et le 
commerce y trouvaient un égal avantage : les Puissan- 
ces pouvaient envoyer leurs flottes partout où elles avaient 
des terres à conquérir ou des alliés à défendre : les négo- 
cians établissaient leurs systèmes d'échanges entre les di- 
verses contrées; et les richesses de chaque pays, sembla- 
bles au cours de ses fleuves , s'écoulaient par une pente 
insensible jusqu'aux rives des mers , pour se répandre 
ensuite sur les différens points du globe. 

Tout concourait donc à faire abandonner les longs voya- 
ges de terre que des hommes entreprenans avaient au- 
trefois tentés ; et en cessant de suivre leurs traces , on 
perdait de vue la fidélité des descriptions qu'ils avaient 
faites. Plus ils s'étaient écartés des peintures communes, 
plus on doutait de leur véracité. Les relations qui s'apjili- 
qnaient à des êtres inconnus étaient mises au nombre des 
fables. Il semblait que toutes les parties de la terre dussent 
être peuplées d'une manière uniforme ; et fou bornait les 
variétés de la création à celles que Ion avait sous les yeux. 



xni 



Ne nous étonnons point de la défiance qu'ont fait naître 
quelques-uns des récits de Marco Polo. Le doute est un 
hommage rendu à la vérité : il montre que la raison hu- 
maine ne procède que par des conséquences rigoureuses , 
et n'admet que des notions enchaînées l'une à fautre. 
Mais il faut encore attribuer cette incertitude h l'état im- 
parfait des connaissances d'un siècle. L'ignorance fait sou- 
vent ranger dans la classe du merveilleux les phénomènes 
qu'un âge plus éclairé aurait admis sans étonnement , et 
qu'il aurait expliqués par les lois de la nature. 

Et comment n'aurait-on pas pris le change sur quelques- 
unes de ces relations ? On était même induit en erreur 
par finsuffisance du langage. Non-seulement les observa- 
tions étaient incomplètes et les faits demeuraient obscurs : 
on manquait d'expressions pour les expliquer, et l'on se 
servait du nom des objets connus, pour en peindre d'au- 
tres qui n'avaient avec eux que de faibles analogies. Ainsi 
des êtres nouveaux se trouvèrent confondus avec ceux que 
les voyageurs avaient déjà observés. Leur description ces- 
sait de s'accorder avec les noms qu'ils avaient reçus ; et 
l'on regarda comme imaginaires plusieurs familles d'ani- 
maux ou de plantes , qui , pour être adoptées , n'avaient 
besoin que d'une plus exacte désignation. 

Marco Polo joignit à la peinture des objets qu'il avait 
sous les yeux quelques traditions locales sur les pays 
qu'il n'avait pas visités ; et ce supplément, qui a souvent 
rendu ses relations plus instructives, y mêle aussi quel- 
quefois l'erreur et la vérité. Sans doute il était difficile 
de séparer cet alliage : la fable est née dans les régions 



XIV 

de l'Orient : ses allégories y dénatureul l'histoire ; elles 
ont passé dans le style habituel ; et les récits qu'un voya- 
geur ne peut faire que sur la foi d'autrui, portent quel- 
quefois cette empreinte de merveilleux. On la remar- 
que encore plus dans les commentaires ou dans les ex- 
traits , qui défigurent avec le temps le texte ])rimitif de 
ses relations. 

L'infidélité ou la négligence des copistes devait être une 
autre source d'erreurs. Nous avons cessé de reconnaître 
les personnages et les lieux dont les noms étaient altérés ; 
elles notions d'histoire, de chronologie, de géographie, 
sont devenues plus confuses à mesure que les méprises 
des écrivains se sont multipliées. 

S'il est impossible de porter aujourd'hui la lumière sur 
toutes les questions que le temps et les hommes ont obscur- 
cies , nous avons du moins , pour nous guider dans nos re- 
cherches, c[uelques secours dont nos devanciers étaient pri- 
vés. D'autres voyageurs modernes nous ont peint la plupart 
des contrées que Marco Polo avait parcourues, leurs produc- 
tions , leur degré d'industrie, et les traits distinctifs qui 
caractérisent encore leurs habitans. Ces descriptions ont 
souvent confirmé les témoignages de l'illustie Vénitien ; 
elles ont rectifié ou éclairci quelques passages des rela- 
tions qu'il nous a laissées. 

C'est surtout en géographie que cet examen critique de- 
vient nécessaire. Il convient de vérifier si la situation 
actuelle des lieux et des peuples s'accorde avec celle qui 
leur est assignée par Marco Polo; et cette élude se divise 



XV 



en deux parties , celle qui s'attache à la terre elle-même , 
celle qui tient aux établissemens que les hommes y ont 
formés. Ces deux branches de la géographie , l'une phy- 
sique , l'autre poHtique, sont essentiellement distinctes et 
peuvent être séparément analysées. 

Nous n'avons point assez de documens sur la topographie 
de l'Asie ancienne pour être sûrs qu'elle n'a éprouvé aucun 
changement sensible. Le système et la direction de ses 
chaînes de montagnes sont toujours les mêmes ; mais ses 
régions centrales renferment dans leur enceinte de vastes 
déserts de sable, abandonnés à toute la fureur des vents. 
Ces plaines mouvantes , bouleversées quelquefois comme 
la surface des flots , n'ont sans doute gardé ni leur place ni la 
même étendue : elles ont pu ensevelir des cités, découvrir 
d'anciens tombeaux, détourner le cours de (es rivières qui 
se perdent encore dans les sables. Lorsqu'on voit ces du- 
nes immenses s'avancer dans les plaines par un mouve- 
ment progressif, combler les vallons, se soulever, se dis- 
perser dans les airs , oîi les vents les roulent devant eux 
comme d'impétueux tourbillons, quelle puissance humai- 
ne retiendrait sur le même sol les cités, les Ibrêts, les 
générations des êtres vivans ? 

Les historiens de la Chine ont quelquefois remarqué 
sur le plateau de la Tartarie ces désastreux phénomènes ; 
et l'on peut s'expliquer ainsi la difficulté de retrouver au- 
jourd'hui quelques-uns des sites indiqués par Marco Polo. 

Mais cette obscurité est surtout le résultat des révolu- 
tions qtl'a éprouvées la géographie politique. Les établis- 
semens des hommes ont varié sans cesse : les peuples ont 



XVI 



changé de demeures : plusieurs d'entre eux tlisparais- 
saient ; d'autres ont pris leur place : les conquérans ont ra- 
vagé la terre 5 les législateurs en réparent les pertes. Par- 
tout on reconnaît l'action du temps qui vieillit ou rajeunit 
les institutions et les peuples. 

Dans cette suite fugitive d'événemens , il faut sans cesse 
ramener son attention vers les établissemeus d'une seule 
époque , replacer sur' la carte toutes les dénominations 
contemporaines, ne s'aider de la géographie des différens 
siècles que pour bien connaître celui de iNIarco Polo. C'est 
alors que toutes les cartes du moyen âge doivent être étu- 
diées , qu'il est nécessaire de les comparer entre elles , et 
de s'appuyer du secours de l'histoire et de celui des lan- 
gues, pour vérifier ou retrouver la situation des peu- 
ples , pour reconnaître leurs noms que la différence des 
idiomes a souvent dénaturés , pour rendre enfin à l'Asie 
du moyen âge son véritable aspect. 

Sans vouloir nous engager ici dans ime carrière de dis- 
cussion qui doit rester ouverte aux lecteurs , cherchons à 
rendre sensible la liaison des faits qui ne sont souvent in- 
diqués que d'une manière sommaire dans les relations de 
Marco Polo 5 et pour mieux faire apprécier les services 
rendus à la géograpliie , au commerce , aux sciences par 
le voyageur Vénitien , offrons quelques aperçus généraux 
sur l'état social de l'Asie et sur la difficulté de ses commu- 
nications avec l'Europe , avant le siècle où il parcourut 
ces vastes régions. 

Les anciens avaient établi entre les rives de l'Indus et 
la INléditerranée des relations de commerce régulières ; et 



XVII 

l'on employait, pour les favoriser, la navigation des mers et 
le cours des fleuves. L'Inde envoyait ses navires dans la 
mer Rouge et dans le golfe Persique : les habitans du ri- 
vage en recevaient les richesses , pour les transporter sur 
le Nil ou pour remonter l'Euplirate. D'autres communi- 
cations s'établissaient entre le lit de l'Euphrate et les ports 
de Syrie : chaque branche de commerce était abandonnée 
aux peuples des pays cju'elle traversait: les Européens ve- 
naient recueillir, sur le littoral, tous ces tributs étrangers; 
et ces routes intermédiaires , où les mêmes objets chan- 
geaient de mains plusieurs fois , faisaient arriver aux na- 
tions occidentales les productions de l'Orient, sans que les 
peuples qui les envoyaient et ceux qui les recevaient fus- 
sent à portée de se connaître. 

Le commerce de l'Europe avec l'Asie ne fut pas cons- 
tant dans sa direction; mais le système descommunica- 
tions resta le même ; et quand les richesses du midi de 
l'Asie remontèrent l'Indus, pour arriver ensuite, avec les 
eaux de fOxus , dans la mer Caspienne ; quand ces rela- 
tions se prolongèrent jusqu'à la mer Noire , soit à la fa- 
veur de l'Araxe et du Phase , dont les sources se rappro- 
chaient, soit par la navigation du Volga et par celle du 
Tanaïs , qui ouvrit une nouvelle issue au commerce du 
moyen âge, les marchandises circulèrent dans tous ces 
canaux; mais l'isolement des peuples éloignés fut égale- 
ment remarquable. Les relations avec l'Asie n'amenaient 
pas un commerce d'échange : les marchandises des Indes, 
les pierres précieuses, les perles, les épiceries, n'étaient 
payées en Europe qu'avec de l'or; et ces rapprochemens 



XVIII 

que font naître entre difFérens peuples les combinaisons 
de leur industrie et la facilité de pourvoir mutuellement 
à leurs besoins n'existaient pas encore entre l'Orient et 
rOccIdent. 

Ces rapports se modifièrent dans le moyen âge, et les 
manufactures des républiques d'Italie inondèrent le Le- 
vant de leurs productions ; mais la plupart des entrepôts 
qui les reçurent étaient placés sur la rive des mers , où 
les navigateurs et les caravanes se rendaient de différens 
points. Ce commerce , attiré spécialement vers les In- 
des , n'avait pas fait les mêmes progrès dans d'autres 
directions , et les Européens n'étendaient pas au-delà de 
l'Oxus leurs relations avec le centre de l'Asie. Ces derniè- 
res régions où étaient situés Khotan , Kerklang, Kashgar 
et le royaume de Juthlam , avaient elles-mêmes perdu 
leurs liaisons habituelles avec la Chine depuis qu'elles 
étaient occupées parles Tartares. Les déserts et les mon- 
tagnes de l'Asie formaient ainsi, entre fOrient et l'Occi- 
dent , une large barrière : d'immenses forêts s'étendaient 
du Pont-Euxin à la mer Glaciale : toutes les communica- 
tions par le centre des continens se trouvaient fermées ; 
et les peuples d'Occident n'avaient que des idées confu- 
ses et ne recevaient qae des récits fabuleux sur les j)ays 
où leurs armes et leur commerce n'avaient pas pénétré. 

Les grandes nations qui s'élevaient, sans avoir de rela- 
tions entre elles, vers les deux extrémités de fanrien con- 
tinent, faisaient également des progrès vers la civilisation ; 
mais elles ne suivaient pas une marche uniforme. L'opi- 
nion^ les idées religieuses, variaient dans leur direction. 



XIX 

Le goût, les principes du beau, les arts d'imitation, ne 
pouvaient pas être semblables dans des pays où les hom- 
mes n'ont pas les mêmes traits , où les productions de la 
nature sont différentes , où l'esprit s'exerce sur d'autres 
objets de comparaison. 

Des situations si diverses plaçaient , pour ainsi dire , 
dans un monde nouveau le voyageur qui avait quitté l'Eu- 
rope pour se transporter aux extrémités de l'Asie : tout 
avait changé autour de lui : les nations n'étaient plus les 
mêmes. Partout se retrouve le type originel de l'homme; 
mais l'exercice et la mobilité de la pensée le modifient sans 
cesse; et l'être le plus intelligent devient aussi le plus di- 
vers dans ses mœurs , dans son langage, et dans toutes les 
institutions qni appartiennent aux différens degrés de l'é- 
tat social. 

Quel contraste avec les pays civilisés offraient alors les 
sauvages plaines de la Tartarie, à travers lesquelles de 
nouvelles communications allaient s'ouvrir! Des peu- 
ples nomades s'y multipliaient obscurément ; et leurs 
tribus, souvent réduites à changer de lieu pour subsister , 
furent long-temps isolées et indéjîendantes. Enfin des 
chefs ambitieux les réunirent : le temps les accrut, il les 
rendit formidables; et tandis que des institutions réguliè- 
res se développaient dans les contrées d'Europe et d'Asie 
que baigne l'eau des mers ou que favorise un ciel plus 
doux , tout le centre de l'ancien continent se peuplait de 
nations inquiètes et belliqueuses. Les guerres qu'elles se 
firent entre elles ou qu'elles portèrent hors de leurs pays 
devinrent un fléau pour le monde entier : ou n'apprit à 

c 



XX 



les connaître que j)aiieiiis ravages. Les grandes migrations 
qni s'étaient succédé , depuis la décadence de l'Empire 
Romain jusques dans la barbarie du moyen âge , se renou- 
velaient encore; et ces régions méditerranées , où la civi- 
lisation ne pénétrait point , destinaient à l'Asie de nou- 
veaux maîtres. 

A l'époque du voyage de Marco Polo, les plus récen- 
tes de ces conquêtes étaient celles de Gengis-Ran. At- 
taché d'abord au service d'Ung-Ran, dont les Tartares 
Mongols étaient devenus tributaires , il avait acquis toute 
la faveur du monarque, et l'avait consen'ée pendant dix- 
huit ans ; mais des rivaujc le calomnièrent ; le souverain 
lui retira sa confiance; et Gengis-Ran, qui n'était encore 
connu que sous le nom de Témugin, fut obligé de l'uir 
pour sauver sa vie. Alors il parcourt les hordes Tarta- 
res , et les excite à refuser à Ung-Ran leurs tributs accou- 
tumés, à secouer le joug , à devenir à leur tour une puis- 
sance. Bientôt il marche à l'ennemi : une grande bataille est 
livrée : Ung-Ran périt à la tête de ses troupes qui sont tail- 
lées en pièces ; et les nombreuses conquêtes de Gengis- 
Ran suivent de près cette expédition. Déjà tous les peu- 
ples tartares lui sont soumis : il règne sur tout le 
centre de l'Asie , où la dynastie des Tartares Mongols est 
fondée; et quand ce vaste héritage est partagé entre ses 
fils , l'un d'eux succède à sa souveraineté : l'autorité du 
Grand Ran ne cesse pas d'être reconnue , et les états des 
princes de sa famille restent dans sa dépendance. 

Ce lien de suzeraineté rendit les communications né- 
cessaires entre les différentes parties de l'Empire. Les 



routes dirigées vers l'Europe n'avaient d'abord sei'vi qu'au 
passage des armées conquérantes : elles facilitèrent quel- 
ques échanges de commerce. Des relations d^intérèts, de 
voisinage, de besoins, s'ouvrirent entre les pays c[U^elles 
traversaient : plusieurs cités s'élevèrent dans ces régions 
où l'on avait jeté quelques semences d'industrie^; et ces 
premiers germes de civilisation firent espérera la Tartarie 
un meilleur avenir. 

Cependant les villes qui s'établissaient étaient encore 
séparées les unes des autres par de longs déserts. La sécu- 
rité des voyageurs diminuait à mesure qu'ils s'éloignaient 
de ces grandes enceintes ; et ils étaient exposés aux in- 
cursions des Tartares. La plupart de ces nations avaient 
conservé les habitudes de la vie nomade : des familles er- 
rantes parcouraient les campagnes avec leurs troupeaux , 
poursuivaient dans les bois les animaux sauvages , épiaient 
le passage des étrangers , et convoitaient leurs dépouilles. 

Ces entraves , qui gênaient les communications du com- 
merce , ne permettaient de le faire que par caravanes ; et 
le même usage subsiste encore. Il fallait attendre, dans 
quelques villes, qu'un assez grand nombre de voyageurs y 
fut réuni , pour continuer sa route avec sùi'eté. Les épo- 
ques de départ étaient ordinairement fixées ; mais des ac- 
cidens imprévus obligeaient de diflférer encore , et pro- 
longeaient d'une manière indéterminée le cours des 
voyages. , ,,,i., ,, .r-, ir 

- Souvent la chute des neiges, le débordement des fleu- 
ves , la profondeur des sables ou des marais interrom- 



XXII 

paient les communications. Ici l'empreinte de cfuelqties 
pas indiquait à peine la route qu'il lallait suivre ; là on 
reconnaissait la trace des hommes , par la dégradation des 
forêts ou par les ruines des anciennes habitations. Quand 
les fleuves étaient rentrés dans leurs lits , quand le fléau de 
la guerre avait passé sur d'autres régions , alors les cara- 
vanes se remettaient en marche ; elles rencontraient de 
nouveaux obstacles , dont la patience et le temps pou- 
vaient seuls triompher ; et l'on arrivait , après plusieurs 
années de fatigue , au terme d'un voyage où le courage et 
les forces avaient été sans cesse mis à l'épreuve. 

Dans les pays que Marco Polo a traversés , toutes les 
difficultés qu'il avait eu k vaincre se retrouvent encore : 
elles se sont même accrues depuis que les habitans du 
centre de l'Asie ont cessé de reconnaître un seul souve- 
rain. Le temps a consumé la plupart des villes ; les rou- 
tes qui les unissaient sont rompues ; les vestiges de cul- 
ture qui apparaissaient par intervalle ont disparu sous les 
sables du désert ; et chaque pas arrête , par un nouvel 
obstacle, celui qui traverse ces régions désolées. La rencon- 
tre des hommes , qui dans les pays civilisés ranime la con- 
fiance du voyageur et lui promet des secours , devient 
ici pour lui un sujet d'effroi. Souvent les caravanes op- 
posées qui ont à traverser la même plaine s'observent mu- 
tuellement d'un regard incpiiet, et s'arment de part el 
d'autre , comme si elles avaient à se mettre en défense 
contre des ennemis. On serre les rangs de son escorte , 
on excite la vitesse de ses chevaux , on s'aborde , on se 



xxni 
croise , on se fuit avec la rapidité de l'cclair ; et dans des 
routes si périlleuses l'homme seul a paru redoutable. 

Après les obstacles qui naissent de l'embarras des com- 
munications , si le voyageur peut avancer avec effort vers 
le terme de sa route, d'autres difficultés l'attendent : une 
politique ombrageuse , inhospitalière, lui ferme l'entrée de 
cet empire du Mangy, oii Cublay Ran n'avait pas craint 
d'admettre les étrangers. 

Dans le treizième siècle , plusieurs routes pouvaient 
conduire les Occidentaux vers le Grand Kan des Tartares. 
Plan Carpin, envoyé près de lui, en 1246, par le Pape 
Innocent IV, traversa le Tanaïs et le Volga , passa au nord 
de la mer Caspienne, suivit les limites septentrionales des 
régions qui occupent le centre de l'Asie , et se dirigea vers le 
pays des Mongols, où Gaiouk, fils d'Octay et petit-fils de 
Gengis-Ran , venait d'être proclamé souverain. Il ne ren- 
contra aucune ville : toutes avaient été détruites. Les Tar- 
tares vivaient sous la tente ; l'élection du monarque s'était 
faite au milieu des camps; et Caracoron était la seule ville 
qui fût quelquefois sa résidence. 

Lorsque Rubruquis , chargé par Saint Louis d'une mis- 
sion pour les Tartares Occidentaux, se rendit ensuite vers 
le Grand Ran, sa route fut à peu près la même. Il avait 
passé des bords du Volga jusqu'au voisinage de Caracoron, 
au milieu des rigueurs de l'hiver. Il revint pendant l'été, 
en suivant plus au nord une direction parallèle. 

Ces missionnaires n'avaient séjourné dans aucun lieu , 
et n'avaient eu ni la facilité, ni le loisir d'observer en 



XXIV 



détail les contrées qu'ils parcouraient. Quels travaux , 
quels établisseraens auraient pu frapper leurs regards? 
Cette nation , toujours sous les armes et n'ayant aucune 
habitation fixe , n'occupait que des pays pauvres ou dévas- 
tés, et n'offrait d'autre spectacle qu'elle-même. Les en- 
voyés qui parcoururent, vers cette époque, les différen- 
tes tribus des Tartares, furent donc réduits à peindre 
leurs mœurs , leur religion , leurs habitudes guerrières : 
ils indiquèrent à peine leurs premiers pas vers la civili- 
sation. Une seule branche d'industrie est rappelée par 
Rubruquis. II avait retrouvé à Caracoron un Français, 
dont les ouvrages en orfèvrerie étaient remarquables. Ce 
Français, que les Tartares avaient enlevé comme prison- 
nier de guerre , à Tépocpie de leurs incursions sur le Da- 
nube , avait été transporté au fond de UAsie. Son habi- 
leté dans son art devint sa sauve-garde. Placé sous la 
protection du Grand Ran , il se rendit utile aux mission- 
naires que le Roi de France envoyait dans cette contrée ; 
et Rubruquis reçut de lui la plupart des notions qu'il pu- 
blia sur la Tartarie. 

Des relations de commerce plus régulières commençaient 
à se mêler aux longs projets de voyage entrepris dans cette 
direction. L'empire du Cathay obéissait aux Tartares, et 
ses richesses attiraient les regards des autres peuples. Les 
produits de son industrie étaient portés vers fOccident 
à travers les déserts du centre de l'Asie. Plusieurs villes, 
dispersées dans ces immenses solitudes , telles que les 
Oasis que Ton rencontre au milieu des sables , offraient 



XXV 

aux caravanes quelques points de réunion et de repos. 
On arrivait ainsi sur les frontières de la Perse, où régnait 
une autre branche de la dynastie des Mongols ; et ce 
coninierce se rattachait, par d'autres lignes de communi- 
cation, à celui de l'Arménie, des rives de l'Euphrate et 
des Échelles de la Méditerranée. 

Ces routes , plus méridionales que celles de Plan Carpin 
et de Rubruquis, furent celles que la famille de Marco 
Polo suivit trois fois à travers la Tartarie. Son premier 
trajet de Boccara à Cambalu, son retour à Saint- Jean- 
d'Acre, et ce troisième voyage où Marco Polo accompa- 
gnait son oncle et son père, furent entravés par de nom- 
breux obstacles j mais ces lenteurs donnaient le temps 
de mieux connaître l'Asie ; et Marco Polo , prenant soin 
d'examiner, dans chaque contrée, les animaux, les plan- 
tes , les autres productions qui lui étaient propres, s'atta- 
cha surtout k celles qui, par leur valeur ou leur utilité, 
pouvaient être un objet de commerce. Ce voyageur étend 
ses observations sur les arts, moins pour en développer les 
procédés, que pour en faire connaître les résultats. Il in- 
dique les différeus tissus que l'on fabrique, les ouvrages 
de broderie, les progrès dans l'art de travailler les mé- 
taux. S'il touche à des pays sauvages, il parle des ani- 
maux qui fournissent les pelleteries les plus belles. S'il 
arrive aux régions où l'on recueille les épiceries , il en 
nomme les différentes plantes; mais il donne peu de des- 
criptions. Le fruit ou Técorce de ces végétaux étaient 
seuls appréciés dans le commerce j et les voyages entre- 
pris pour remonter à la source de ces richesses n'avaient 



XXVI 

pour but que d'en faciliter la circulation et de la diriger 
vers l'Europe. 

En parcourant les relations de INIarco Polo, on reconnaît 
partout qu'il appartient à un pays commerçant et mari- 
time. Il sait que ses observations sur l'industrie et la 
navigation des différens peuples intéresseront d'une ma- 
nière spéciale les Vénitiens ; et ce grand objet d'utilité 
publique n'est jamais perdu de vue dans ses relations. 
Les itinéraires qu'il indique ne sont pas régidièrement 
tracés et enchaînés l'un à l'autre : mais on reconnaît dans 
ces documens dispersés les routes qu'avaient déjà suivies 
les anciens, les communications que l'on ouvrit ensuite 
à trdvers l'Arménie et la Perse , celles cjui s'établirent au 
nord du Palus Méotides et de la mer Caspienne , celles qui 
coupaient en plusieurs sens le plateau de la Tartarie , 
et c[ui firent pénétrer les Européens jusqu'aux rivages de 
l'Asie Orientale. 

Si nous avons abandonné presque toutes ces commu- 
nications intérieures , n'oublions pas les avantages qu'elles 
assurèrent autrefois au commerce de l'Europe. Venise pou- 
vait diriger ses expéditions avec plus de certitude en con- 
sultant les relations de Marco Polo. Le commerce qu'elle 
faisait avec llnde par la voie de l'Egypte reçut de nou- 
veaux accroissemens. Le cours du Tanais et celui du 
Volga furent plus habituellement suivis par les Génois , 
devenus maîtres de la Chersonèse Taurique. Trébizonde 
et Layazza ouvrirent aux productions de l'Arménie deux 
routes différentes ; et le siècle qui s'écoula entre Marco 
Polo et les sanglantes expéditions de Tamerlan (ut mar- 



XXVII 

que par de plus fréquentes relations entre l'Europe et la 
Tartarie. 

Mais ici d'autres sujets d'observation nous sont offerts : 
les voyages de Marco Polo ont changé de direction et de 
but. Ce n'est plus une famille de négocians Vénitiens, que 
les intérêts da commerce ont conduite jusqu'au nord de la 
Chine : ce sont les envoyés ou les officiers du Grand Ran 
des Tartares. Les missions qu'ils ont à remplir, les témoi- 
gnages de confiance qu'ils reçoivent de Cublay-Kan , 
étendent leurs vues, attachent leur attention à d'autres 
objets, et les font entrer dans des questions de gouverne- 
ment et d'histoire, que Marco Polo a rappelées dans son 
ouvrage , et qui lui donnent plus d'intérêt et de variété. 

Pour mieux entendre cette partie de ses relations , il peut 
être utile de retrouver ici l'abrégé de quelques événemens 
dont l'Asie fut le théâtre pendant le cours des voyages 
de Marco Polo. Ces fragmens historiques sont trop disper- 
sés dans ses narrations : leur rapprochement fera mieux 
saisir la liaison qu'ils ont entre eux. 

Les Tartares, divisés sous plusieurs chefs qui recon- 
naissaient tous la suprématie de Cublay-Kan, se parta- 
geaient, ainsi que nous l'avons remarqué , les régions cen- 
trales de l'Asie. C'était en Circassie, au nord du Pont- 
Euxin, et sur les rives du Volga et du Tanaïs, que rési- 
daient les Tartares Occidentaux : ils obéissaient alors à 
Barka, et formaient, vers l'Europe, les avant-postes de 
cette nation conquérante. 



- Ou connaissait, sous le nom de Tartares du Levant, 
ceux f£ui occupaient les provinces situées à l'orient et au 
midi de la mer Caspienne. Houlagou , frère de Cublay 
Kan, était leur chef; et ce prince, d'abord fixé sur la 
rive droite de l'Oxus , ne franchit pas le fleuve pendant 
la vie deBatou-Ran, de ce chef des Tartares Occidentaux, 
qui avait fait trembler TEurope; mais après sa mort, qui 
eut lieu en laSS, Houlagou attaqua les Ismaéliens, et 
détruisit la puissance du Vieux de la Montagne, cjui les 
gouvernait. Il fit la guerre à Barka , dont les Ismaéliens 
avaient reçu des secours; et après avoir fait périr toute 
la race de leur chef, il tourna ses armes contre Bagdad, 
où le cahfat fut détruit. 

D'autres nations Tartares étaient répandues au midi et 
à l'orient des monts Altai, qui séparent aujourd'hui la 
Tartarie Indépendante et la Sibérie. Les unes étaient 
placées sous les ordres de Caydu-Ran, issu de la lignée 
impériale de Gengis-Kan ; les autres, plus voisines du lac 
Baïkal, avaient Nayan pour monarr|ue, et conservaient 
une partie de l'héritage d'Ung-Ran , que nos légendes 
occidentales ont fait connaître sous le nom de Prêtre Jean, 
et que les peuples du moyen âge ont considéré comme le 
promoteur du Christianisme dans les régions de fOrient. 

Deux Puissances colossales, les Sarrasins et les Tarta- 
res, étaient, à cette époque, la terreur des autres peu- 
ples. Les Sarrasins , dont les principales forces étaient en 
Egypte , avaient étendu leurs conquêtes vers l'Occident 
jusqu'à l'Océan Atlantique : tout le iNord de l'Afrique leur 
obéissait. En Europe, ils étaient maîtres des plus riches 



provinces de l'Espagne; ils étendaient leurs courses dans la 
Méditerranée ; ils en occupaient plusieurs îles et en mena- 
çaient tous les rivages. L'Arabie, les autres régions qui 
s'étendentà l'occident de l'Euphrate, leur étaient soumises. 
C'était par cette frontière qu'ils étaient voisins des Tar- 
tares , dont la domination s'étendait sur une grande partie 
de l'Asie ; et les chocs furent souvent terribles entre deux 
Puissances qui pouvaient mettre en mouvement des forces 
si formidables. 

Les croisades des Européens pouvaient opposer une 
digue aux irruptions des Sarrasins ; et toutes les relations 
du temps font présumer que Cublay-Kan rechercha 
dans cette vue l'amitié des Occidentaux. Les guerres sain- 
tes ne soulevaient plus la masse de l'Europe entière ; mais 
elles armaient encore un puissant monarque. Louis IX était 
alors le héros de la chrétienté ; et sa valeur, sa justice, ses 
hautes vertus, que l'épreuve de l'adversité fit briller d'un 
nouvel éclat, avaient étendu sa renommée jusqu'aux extré- 
mités de l'Asie. Ce prince eut des relations avec le Grand 
Ran des Tartares, comme Charlemagne en avait eu avec le 
Calife des Sarrasins ; etCublay-Ran suivitcette négociation 
déjà commencée par son prédécesseur. Les ennemis des 
Sarrasins devenaient ses alliés : il confia, en 1266, au pè- 
re et à l'oncle de Marco Polo, une mission près du pape , 
et leur remit des lettres pour le Roi de France et pour les 
autres monarques de la chrétienté. Lorsqu'on voit, à la 
même époque , une nouvelle croisade se préparer sous la 
bannière de l'orifiamme, lorsqu'on voit les Tartares ces- 
ser de menacer l'Europe, et n'avoir en Occident que les 



XXX 



Sarrasins pour ennemis , on peut croire , en comparant 
les dates et en rapprochant les faits, que quelques-unes 
de ces expéditions avaient été concertées. Les Sarra- 
sins étaient attaqués sur différens points , en Afrique , 
en Portugal j en Espagne, dans les îles de la Méditerra- 
née ; mais le principal but des croisades était de les affai- 
blir en Syrie : c'était là qu'on avait besoin d'auxiliaires. 

Depuis longtems les nations conquérantes se précipitaient 
en foule vers l'occident de l'Asie , vers ces régions déjà si 
célèbres par les révolutions et la chute des plus anciennes 
monarchies. Les armées de l'Europe y étaient accourues 
sous les drapeaux de la Croix : les Turcomans , les Tarta- 
res , s'y étaient jetés tour-à-tour 5 et les Sarrasins en dispu- 
taient également la domination aux Européens qui cher- 
chaient à y relever le trône de Jérusalem, et aux successeurs 
de Gengis-Kan. Les soudans étaient maîtres d'une partie 
de la Syrie; ils attaquaient l'Arménie, et menaçaient la 
Perse, qui résistait à leurs armes, mais que leur religion 
commençait à subjuguer. 

Tant qu'il y eut entre les Sarrasins et les Tartares quel- 
ques pays à ravager, ces états intermédiaires subirent les 
premières dévastations ; mais lorsque les deux peuples 
ne furent plus séparés , les hostilités devinrent plus san- 
glantes et les expéditions plus désastreuses. 

Cependant ces guerres qui occupaient , sur les rives de 
l'Euphrate , les lieutenans et la famille de Cublay - Ran , 
ne le détournèrent point d'une importante conquête , déjà 
entreprise au fond de l'Orient par ses prédécesseurs. 



XXXI 

La Chine était partagée en deux vastes régions , le 
Catliay et le Mangi : l'une comprenait les provinces du 
Nord , l'autre celles du Midi. Depuis plus d'un siècle , le 
Cathay obéissait aux Tartares Nieut-Ché, qui l'avaient 
envahi ; mais les Tartares Mongols leur en avaient ensuite 
enlevé la souveraineté, et ils avaient soumis cette contrée 
à leur domination , avant que Cublay-Ran montât sur 
le trône. 

Les vainqueurs n'étant plus séparés de la Chine méridio- 
nale , dirigèrent alors contre elle toutes leurs forces j et 
Cublay-Ran , après avoir consacré à l'affermissement de 
sa puissance les premières années de son règne , entreprit 
la conquête du Mangi. Il la commençait avec une armée 
jusqu'alors invincible; mais cet empire était immense : des 
batailles ne suffisaient point pour le réduire ; la guerre en- 
traînait un grand nombre de sièges; et l'art d'attaquer 
les places était peu connu des Tartares : les fleuves qui , 
pendant la paix , sont des moyens de communication, de- 
venaient des lignes de défense contre l'ennemi : la capi- 
tale ne fut prise qu'en 1276; il fallut quelques années 
de plus pour achever la réduction du Mangi , et la dynas- 
tie des Songs fit place à celle des Tartares Mongols. 

Durant cette expédition militaire , la cité de Sayanfu, 
assiégée depuis trois ans , ne fut prise que par l'industrie 
des Vénitiens. Les machines de guerre, que la famille de 
Marco Polo fit construire, lancèrent dans la ville des 
pierres d'un si énorme poids, que les habitans, effrayés 
de la ruine des premiers édifices, ouvrirent leurs portes 



XÏXII 

aux Tartares. L'emploi de ces armes desidge, pet-fectibn- 
nées au fond de rOccident sous le règne de Philippe 
Auguste, était encore inconnu aux extrémités de l'Orient : 
mais la guerre a bientôt propagé ses découvertes , et Cu- 
blay-Kan ne négligeait aucun moyen de vaincre. ■> 

La conLjuète de la Chine entraîna bientôt ce monarque 
dans d'autres guerres ; et son entreprise contre le Japon, 
désigné dans les*voyages de Marco Polo sous le nom de 
Zipangu, ne fut marquée que par les désastres de sa flotte. 
Ses vaisseaux, assaillis par une tempête, périrent presque 
tous : les vents ne ramenèrent en Asie que quelques débris 
de son armée 5 le reste fut jeté sur le rivage des îles , 
et tomba sous les coups des habitans. 

Mais sur les frontières méridionales de la Chine , les 
armes de Cublay-Kan furent plus heureuses. Ses troupes 
de terre y pénétraient , tandis que ses flottes en parcou- 
raient le littoral. Le Tunquin, la Cochinchine, le^Pégu, 
furent soumis h ses armes , et se reconnurent tributaires •: 
les mêmes forces assuj étirent le Thibet et les pays qui 
séparent le cours du Gange des fleuves de l'Asie Orien- 
tale. 

Ce règne offrit un phénomène remarquable. On voyait 
le souverain d'une grande partie de l'Asie commander à- 
la-fois à ses nations les plus civilisées et à celles qui sor- 
taient à peine de la barbarie , encourager ici les arts de 
la paix et maintenir ailleurs toute l'activité guerrière , 
amollir les peuples vaincus et déchaîner contre d'autres 
états ses armées victorieuses. Les progrès vers la civili- 



xxxiii 
satioa étalent sans cesse contrariés par les mœurs primi- 
tives j et le contact de ces tribus ignorantes et belliqueuses 
avfec une nation paisible et policée n'opéra point la Insiort 
des deux peuples. Les Taitares conseryèrent leurs ; Mt 
mes , leurs coutumes , au milieu des nouvelles conquêtes ; 
néanmoins ils respectèrent les usages des vaincus : ils 
empruntèrent une partie de leurs jouissances, protégèrent 
l'exercice des arts qu'ils ne cultivaient point , et se cru- 
rent intéressés à maintenir la prospérité de l'Empire qu'ils 
avaient soumis. 

Le Grand Ran des Tartares partagea en neuf gouverne- 
mens le territoire du Mangi. Trois provinces furent 
confiées à ses fils : les autres le furent à :Sès principaux of- 
ficiers ; et Marco Polo fut chargé , pendant trois ans , de 
remplacer un de ces gouverneurs. Un emploi si élevé le 
mettait à portée de bien connaître tous les ressorts de 
l'administration et toutes les ressources de l'empire. Il en 
décrit une partie dans son ouvrage. Il fait connaître le sys- 
tème monétaire adopté dans les états de Cublai-Khan, où 
des monnaies d'écorce étaient généralement répandues, et 
où l'or, l'argent, les coquillages, les pains de sel, étaient les 
signes et les moyens d'échange usités dans plusieurs pro^ 
vinces. Il rappelle les travaux entrepris pour ouvrir des com-' 
munications entre toutes les parties de l'Empire. Ici, l'on a 
creusé des canaux , qui unissent entre eux les grands fleu- 
ves, et prolongent la navigation intérieure. Là, des routes 
partent de la capitale et divergent comme autant de rayons 
vers les pays éloignés Des habitatipnss'élèvent cle distance 
en dislance ; des relais y sont prêts pour les courriers et 



XXXIV 

pour les envoyés que le Grand Kan a chargés d'une mission, 
ou qui se rendent auprès de lui. Des barques sont placées 
pour le passage des fleuves. Cublay-Ran ordonne que les 
routes soient plantées d'arbres , ou soient jalonnées, dans 
les déserts stériles , par des bornes de pierre , qui en mar- 
quent la direction ; il veille aux besoins des contrées qui 
furent dévastées par quelques fléaux; il fait distribuer des 
provisions aux pauvres de sa capitale. Plus de vingt mille 
enfans étaient exposés chaque année : il les fait recueillir; 
on les élève par ses soins ; les riches qui n'ont pas de fa- 
mille en adoptent une partie ; les autres orphelins sont at- 
tachés à son service ou à ses armées. 

Les impôts sur le commerce forment la principale partie 
des revenus du Grand Ran. D'autres tributs lui sont re- 
mis, dans les principales fêtes de l'année, parles Grands 
qui viennent lui rendre hommage. Des chevaux , de ri- 
ches étoffes , des pierres précieuses , tout ce c{ue le dé- 
vouement ou l'ambition peut offrir au souverain , soit en 
témoignage de zèle, soit pour attirer ses regards, augmente 
ses ressources , pendant la guerre, ou contribue à l'éclat 
de sa cour. Le monarque répand , à son tour , les trésors 
qu'il a reçus ; et cet échange de services et de libéralités , 
que l'usage maintient, devient le premier lien de l'obéis- 
sance et du pouvoir. 

En peignant les mœurs de la cour de Cublay-Ran , 
Marco Polo rappelle aussi celles de tous les peuples Tar- 
tai-es. La chasse est le premier plaisir de cette nlation guer- 
rière. Ils dressent les faucons et les autres oiseaux de proie 
à poursuivre les animaux plus l'aibles. Des meutes nom- 



XXXV 
breuses attaquent les sangliers, les ours et les cerfs. Tan- 
tôt on fait la guerre aux lions et aux tigres ; tantôt ou les 
élève à combattre d'autres bêles sauvages. Les chameaux 
portent les bagages des camps. On introduit dans les ar- 
mées les éléphans qui sont enlevés à l'ennemi ; et le sou- 
verain emprunte des peuples qu'il a vaincus les moyens 
d'augmenter ses forces. 



•&' 



Les éloges donnés à Cublay-Ran par Marco Polo purent 
être quelquefois l'expression de sa reconnaissance : il ju- 
geait favorablement le bienfaiteur de sa famille : peut-être 
il ferma les yeux sur les défauts du monarque dont il exal- 
tait les qualités et les vertus; néanmoins on retrouve, à 
travers la louange, une suite d'observations fidèles, c[ui 
ont été confirmées depuis par les récits des voyageurs et 
par les annales de l'Asie. 

C'est surtout h la capitale du Cathay et à celle du Mangi 
que s'arrêtent les descriptions de Marco Polo. A Clémenfu, 
il fait remarquer toutes les habitudes d'un peuple con- 
quérant ; a. Quinsay , toutes celles qui tiennent aux arts 
de la paix. Cette dernière ville est assise au bord d'un 
grand fleuve , et coupée par de nombreux canaux. Un 
lac s'étend dans l'intérieur ; des barques y circulent sans 
cesse : toute l'industrie de l'Empire du Mangi se peint 
dans la capitale ; et l'on y voit un peuple amolli par les 
plaisirs de la paix , regrettant une indé])endance qu'il n'a 
pas su maintenir, cherchant tour-à-tour à secouer le joug, 
pu à gagner ses vaincjueurs , et conservant l'espérance de 
s'affranchir s'il peut civihser ses maîtres. 



XXXVI 

Cublay-Ran , après avoir conquis un État florissant , 
s'attacha surtout à ne pas en épuiser les richesses, 11 fa- 
vorisa les relations du commerce , et les dirigea vers les 
provinces du midi , qui étaient plus industrieuses et plus 
fertiles , vers les îles à épiceries , vers les rivages de la 
Cochinchine et de la presqu'île de Malaca. INIarco Polo fut 
même chargé d'une mission pour ces contrées; et les no- 
tions qu'il recueillit sur la navigation des mers orientales 
devinrent la principale cause de son retour en Europe : 
elles déterminèrent Cublay-Ran à lui permettre d'accompa- 
gner par mer jusqu'en Perse les ambassadeurs de ce royau- 
ine, qui desiraient avoir un guide dans leur navigation. 

Cette dernière partie des voyages de Marco Polo devint 
pour lui une source d'observations nouvelles. D'autres 
productions s'offraient à ses yeux. Ce n'étaient plus ces 
pelleteries variées, qui sont la richesse des forêts du 
Nord , ces tissus d'or et soie , chefs-d'œuvre de l'industrie 
des Orientaux , ou ces vases fragiles dont l'émail est or- 
né des [)lus vives peintures. Une nature féconde a couvert 
de précieux végétaux les rivages et les îles de la mer des 
Indes. Le vin est remplacé par le suc d'un arbre : le 
palmier donne son lait ; l'arbre h pain nourrit les ha- 
bitans ; ils s'enivrent des feuilles du bétel , se raffraichis- 
sent avec la gomme du mastic , augmentent par des sti- 
nndans variés la saveur de leurs alimens. Tout ce qui peut 
aiguilloner et flatter le goût abonde dans ces climats , est 
recherché par tous les peuples , et se répand surtout chez 
les nations civilisées. La terre, revêtue d'une si riche paru- 
re dans ces contrées équinoxiales , renferme aussi de non- 



XXXVII 

veaux trésors dans son sein. La topaze , l'améthiste , l'é- 
meraude , s'y tiouvent confondues avec les saphirs de Cey- 
lan , avec les diamans de Golconde , avec les rubis des 
montagnes où le Gange prend sa source. La perle se pè- 
che dans les parages de Ceylan et d'Ormuz. Tous ces pro- 
duits de la terre et de la nier sont portés sur d'autres ri- 
vages : le commerce de l'Inde s'étend comme une chaine 
immense entre les Etats de Cublay-Ran , les rives du 
golfe Persique et de la mer Rouge , les côtes de l'Afri- 
que et de Madagascar. 

Marco Polo trace juscju'à cette île la navigation des 
Asiatiques du moyen âge. Il observe, à plusieurs reprises 
et dans les différentes parties de ce trajet, le phénomène 
des moussons, qui tantôt fentraîne vers les contrées qu'il 
veut parcourir, tantôt l'oblige à suspendre^ pendant plu- 
sieurs mois , le cours de son voyage. Il ne va point jusqu'à 
Madagascar; et des rives del'Indus, il rentre dans le golfe 
Pei'sique : mais il apprend qu'en faisant voile vers cette 
îlp , les vaisseaux naviguent beaucoup plus rapidement 
qu'à leur retour , et qu'ils seraient emportés vers le midi 
par un courant encore plus impétueux , s'ils, s'avançaient 
au-delà de Madagascar. 

Cette remarque peut expliquer par cjuels motifs les an- 
ciens navigateurs ne parvinrent pas à découvrir la pointe 
rnéridionale de l'Afrique. Quelques épreuves avaient sans 
doute fait connaître que les bâtimens entraînés au midi de 
Madagascar n'avaient rencontré aucune terre dans cette 
direction , et qu'un immense abîme était ouvert devant 
eux] Ceux qui échappèrent aux périls de cette navigation , 



xxxviii 

et que la mousson du printemps put ramener vers les 
Indes , découiagèrent les voyageurs qui auraient pu 
tenter les mêmes hasards. Le siècle des grandes dé- 
couvertes maritimes n'était point encore arrivé ; et 
si les moussons permettaient de s'éloigner des côtes , et 
favorisaient quelques expéditions plus aventureuses , elles 
livraient en même temps à de nouveaux périls les vais- 
seaux qu'elles emportaient vers le sud à travers un Océan 
sans limites. 

Les procédés de la navigation, et les différentes formes de 
bàtimens, connus des Asiatiques, sont indiqués dans les 
relations de Marco Polo. S'il décrit le lac de Quinsay , ou 
les fleuves et les canaux qui traversent le Mangi , ce sont 
des bateaux larges et sans carène , qui glissent sur les 
eaux et traversent les bas - fonds. Les vaisseaux qui 
se rendent des rivages de l'Empire dans la mer des In- 
des , portent quatre mâts et neuf voiles ; ils ont un 
double pont pour les logemens des passagers , et peuvent 
recevoir jusqu'à trois cents hommes d'équipage. Les na- 
vires d'Ormuz prennent moins d'eau ; la forme en est 
plus légère ; ils n'ont qu'un màt et une voile ; et ces em- 
barcations dont les pièces ne sont assemblées que par des 
liens d'écorce se brisent quelquefois dans le cours de la 
navigation. 

Marco Polo nomme plusieurs parages de la mer des In- 
des d'où l'on n'aperçoit plus l'étoile du nord, qui servait de 
guide aux mariniers. Il désigne les lieux où elle reparait, 
ceux où elle s'élève plus ou moins sur l'horizon , et il 
donne ainsi l'indication approximative de quelques lati- 



XXXIX 

tudes. Nulle part il ne fait mention de la boussole. Ce 
silence porterait à croire que les Orientaux n'en connais- 
saient pas encore l'usage ; quoique plusieurs traditions 
leur aient attribué cette découverte , dont les peuples 
d'Occident ont également fait honneur à un habitant 
d'Amalfi. 

Avant de terminer ses relations maritimes, Marco Polo 
arrête un instant notre attention sur ces îles où les habi- 
tudes' de la pèche séparent, pendant une partie de l'an- 
née , les hommes et les femmes : il peint les embùclies 
que les pirates dressent aux navigateurs dans les mers du 
Guzurate ; il décrit les parages de Socotora , où la pêche 
de la baleine occupait alors un grand nombre d'hommes. 

Dans cette partie de son Ouvrage , on retrouve quel- 
ques traditions fabuleuses sur des objets qu'il n'avait pas 
observés lui-même. Il fait planer au midi de Madagascar 
cet oiseau Rue , dont il exagère la force , et dont l'im- 
mense envergure surpasse celle du Condor, qui toutefois 
a pu servir originairement de type à cette description. 

Les merveilles du Nord répondent à celles du IMidi. 
C'est dans cet air brumeux que les griffons dressent leur 
vol , et fondent sur leur proie. Les ténébreux hivers des ré- 
gions boréales sont représentés comme une nuit éternelle : 
des hordes vagabondes viennent y dépouiller les habitans : 
la misère de ces pays sauvages ou la crainte d'y pénétrer 
les rend inaccessibles j et la crédulité en a fait le pays des 
monstres , dans un temps où les récils merveilleux étaient 
adoptés sans examen. 



xr. 

Mais de ces traditions invraisemblables, qui! rappelle 
sans les garantir , IMarco Polo revient aux événemens 
historiques des derniers temps qu'il a passés en Asie. 
Ses longues navigations étaient terminées ; il revoyait la 
Perse pour la seconde fois , et il ne s'attache plus à 
la description des pays qu'il a traversés , mais il donne 
à ses tableaux une nouvelle vie , en mettant encore en 
scène les peuples qui les habitaient. A cette époque , on 
commençait à réunir les Annales des Tartares , qui jus- 
qu'alors avaient été négligées ou dispersées. Marco Polo 
profite de son séjour en Perse , où l'on suivait cet impor- 
tant travail, pour s'instruire des principaux faits. On voit 
dans son ouvrage Caidu-Ran , dont les États occupaient 
le nord de la Tartarie , porter successivement ses ar- 
mes vers le Cathay contre Cublay-Ran , et vers la Perse , 
où ses troupes sont taillées en pièce par Argoun , l'un des 
successeurs d'Houlagou. 

Ici commence le récit des combats livrés par Argoun , 
pour concjuérir et défendre sa couronne. Ce prince veillait 
à la sûreté des frontières lorsqu'Abaga , son père , mou- 
rut. II fut devancé sur le trône par Acomat, son oncle ; il 
devint même prisonnier de guerre de son compétiteur ; 
mais un parti s'étant déclaré en sa faveur dans l'armée qui 
venait de le vaincre , le prisonnier fut reconnu pour sou- 
verain , et Acomat , forcé de fuir devant lui , fut pour- 
suivi et mis à mort par ses ordres. 

Argoun lui-même n'existait plus quand les ambas- 
deurs qu'il avait envoyés à Cublay-Ran revinrent en Perse 
avec la famille de Marco Polo. Deux autres frères d'Aco-. 



mat s'élevèrent successivement au trône, et il ne fut oc- 
cupé qu'en I2g4, par Ghazan-le-Victorieux , par ce prince 
que l'Orient compte encore au nombre de ses monarques 
les plus célèbres. 

Après avoir retracé les révolutions politiques de la Perse, 
Marco Polo rappelle les guerres des Tartares d'Occident , 
celles qu'ils soutinrent contre Houlagou, et les dissentions 
qui éclatèrent entre eux sous le règne de Toctai. 

Ces événemens étaient ceux qui devaient intéresser le 
plus vivement ses contemporains. L'Europe voyait, dans 
les guerres et dans les révolutions qui déchiraient alors 
l'Empire des Tartares , un principe de sécurité pour elle- 
même. Ses farouches ennemis tournaient enfin contre eux 
les armes qui l'avaient dévastée. 

L'histoire de ces nations turbulentes n'était que celle 
de leurs guerres; et Marco Polo, frappé de ce terrible spec- 
tacle , termine son ouvrage après l'avoir décrit. Ces der- 
niers documens répauflent de nouvelles lumières sur les 
annales du moyen âge : ils augmentent le nombre des faits, 
et donnent les moyens d'éclaircir l'obscurité de quelques 
passages antérieurs. 

Marco Polo s'explique souvent par lui-même. Il dé- 
veloppe ce qu'il n'avait d'abord qu'indiqué : en revenant 
sur les mêmes faits, il les présente sous un nouveau jour; 
et malgré cette espèce de désordre qui règne quelquefois 
dans des récits, interrompus et repris tour-à-tour, on re- 
trouve l'occasion d'en ressaisir le fil lorsqu'on craignait 
de l'avoir perdu. 



En rappelant les principaux événemens du siècle et des 
pays où il vécut , ce voyageur ne suit pas l'ordre cliro- 
nologitfue des faits : souvent il les présente d'une ma- 
nière isolée ; mais une saine critique peut les classer et 
en saisir l'enchaînement. Son ouvrage est une source fé- 
conde , où tous les savans peuvent puiser des obser%'ations 
analogues à la nature de leurs travaux ; et cette relation , 
quelque incomplète qu'elle soit, nous aide à remplir, 
en histoire , en géographie , et dans l'étude des hommes 
et de la nature , un grand nombre de lacunes. 

Les voyages publiés par Marco Polo ne renferment sans 
doute qu'un précis de ce qu'il avait observé, et la plii])art 
des développemens n'y sont plus 5 mais on les croyait alors 
moins nécessaires ; et lorsqu'on écrivait sur des événemens 
contemporains , la concision paraissait permise. Un seul 
mot réveillait de nombreux souvenirs : le lecteur rétablis- 
sait par la pensée la liaison des faits; il achevait les obser- 
vations commencées ; et dans un âge où l'art d'écrire était 
peu connu , où celui de l'analyse l'était encore moins , il 
se contentait d'un ouvrage qui excitait son attention par 
la nouveauté et la variété des récits. 

L'intérêt qui fît alors accueillir les relations de Marco 
Polo ne semble-t-il pas se ranimer aujourd'hui ? Les 
regards des savans se tournent vers les pays que ce voya- 
geur a parcourus; et jamais les langues de l'Orient, ses 
hautes antiquités , ses usages , ses religions , son histoire , 
ne furent étudiés avec plus d'ardeur. Soit que l'on s'at- 
tache aux régions cjui sont encore révérées comme le 
berceau de nos connaissances , soit qu'on remonte vers 



ces contrées , où le commerce et la civilisation , trans- 
plantés quelquefois comme sur une terre étrangère, n'ont 
fleuri que par intervalle , on retrouve encore , clans cha- 
cun de ces pays , les traces de Marco Polo ; et l'Asie semble 
attendre qu'un nouveau voyageur , visitant ses régions les 
moins connues, soulève le dernier voile qui les couvre, 
et puisse un jour écrire sur le frontispice de son ouvrage : 
Marco Polo fut mon guide ; j'ai reconnu ce qu'il avîrit 
indiqué ; il fut sincère dans ses récits 5 mais un siècle 
plus éclairé lui manquait. 

Nous croyons^devoir completter nos observations par 
quelques-unes de celles que nous mîmes sous les yeux de 
la Société de Géographie , lorsqu'elle se proposa de pu- 
blier cet ouvrage. Ces remarques sont personnelles à la 
famille de Marco Polo , ou applicables à l'édition que nous 
faisons paraître. 

Le commerce , qui était la source de la prospérité des 
Vénitiens , avait attiré à Çonstantinople , vers l'année 
i25o , Nicolao et Malteo Polo. Tous deux $e rendirent, 
en 1256, près du Kan des Tartares, qui occupaient les 
rives du Volga ; mais la guerre qui survint entre ces peu- 
ples nomades les obligea l'un et l'autre à quitter précipi- 
tamment les états de Barka, où ils s'étaient arrêtés ; et ils 
passèrent h Boccara, vers le sud-est de la mer Caspienne. 
Leur commerce les retint pendant trois ans dans cette 
contrée : ils étudièrent la langue et les mœurs des Tar- 
tares , et se décidèrent ensuite à se rendre près de Cu- 
blay - Ran , dont la souveraineté s'étendait sur la plus 
grande partie de l'Asie. 



XIIV 



Leur départ de Venîse n'avait précédé que de quelques 
mois la naissance de INIarco Polo ; et lorsqu'ils revinrent 
daus leur patrie, après vingt ans d'absence, ce jeune Vé- 
nitien , qui avait perdu sa mère dès le berceau, connut 
sa famille pour la première fois. Les deux voyageurs de- 
vaient retourner en Asie : Marco Polo voulut les suivre. 
Leurs récits enflammaient son imagination : il ne crai- 
gnait pas les périls, et il aspirait à la renommée. Ce pé- 
nible voyage dura trois ans ; et les Vénitiens ne parvinrent 
que sur la fin de 1274^ Clémenfu, où Cublay-Ran se 
trouvait alors. INIarco Polo fut attaché au sei-vice de ce 
monarque : l'aisance de ses manières , l'activité de son es- 
prit lui avaient concilié une faveur , qu'il justifia par son 
zèle et par sa fidélité : l'âge développait son expérience : les 
intérêts de l'Empire ou les grands voyages occupèrent les 
plus belles' années de sa vie ; et quand il reparut en Eu- 
rope , en 1 295 , après avoir parcouru les îles et les rivages 
de la mer des Indes, il attira toute l'attention des occi- 
dentaux sur des régions qu'aucun européen n'avait obser- 
vées avant lui. 

Marco Polo ne jouit pas long-temps du repos qu'il pou- 
vait espérer. Quelques mois après son retour , la guerre 
éclata entre Venise et Gènes. Lamba Doria parut dans 
l'Adriatique avec une flotte génoise , qui vint menacer 
l'ennemi jusqu'à l'entrée de ses lagunes. Mais Venise 
eut bientôt armé une escadre de quatre-vingt-dix galères , 
dont Andréa Dandolo eut le commandement. Marco Polo 
obtint l'honneur de servir à bord de cette flotte , et d'ex- 
poser ses jours pour la défense de sa patrie, qu'il venait 



XLV 

d'illustrer par ses découvertes : on le chargea de comman- 
der une galère; et, lorsque les Vénitiens perdirent la ba- 
taille de Curzola, où la plupart de leurs vaisseaux furent 
pris ou détruits, Marco Polo, dont la galère était au pre- 
mier rang , fut grièvement blessé , et tomba , ainsi que 
Dandolo lui-même , au pouvoir du vainqueur , qui le 
conduisit à Gènes , comme prisonnier de guerre. 

Sa détention dura quatre années ; mais ce malheur mit 
le sceau à sa célébrité. Les Génois l'admiraient , et re- 
cueillaient avidement ses récits sur des contrées jusqu'a- 
lors inconnues. Il n'avait pas encore rédigé sa relation : 
tous les matériaux cju'il avait rassemblés se trouvaient à 
Venise ; il les fît venir, les mit en ordre , et fît écrire 
sous ses yeux l'Histoire de ses voyages , par un citoyen de 
Pise qui partageait sa captivité. Cet ouvrage fut bientôt 
répandu; on en multiplia les copies, les abrégés, les 
traductions : il circula de toutes parts. 

Plusieurs éditions des Voyages de Marco Polo ont paru 
depuis long-temps ; mais toutes n'ont pas été faites d'a- 
près les mêmes manuscrits. La première édition ne fut 
imprimée que deux siècles après les relations origina- 
les ; et , dans ce long intervalle , les copies avaient 
éprouvé de nombreuses altérations. Ces variantes passè- 
rent dans les éditions faites en différens lieux. On fut em- 
barrassé du choix ; et , quoique Tusage de l'imprimerie 
eût fait négliger la lecture des manuscrits , les savans re- 
connurent la nécessité de les consulter encore , pour re- 
trouver le texte primitif. 



Cette recherche entraînait cependant de nombreuses 
difficultés; car on attribuait à IMarco Polo lui-même 
quelques-unes des différentes rédactions de ses voyages. 
Elles ne se contredisent point , et le fond de l'ouvrage est 
toujours le même ; mais souvent l'ordre est interverti , et 
les proportions ont changé : le style est plus ou moins 
concis, et l'on remarque des omissions ou des supplé- 
mens. Il semble que l'auteur, revenant à plusieurs repri- 
ses sur ses narrations^, ait voulu les perfectionner, et les 
completter par des développemens successifs. 

Si la relation la plus étendue porte tous les caractères 
de l'authenticité , elle doit être considérée comme la plus 
instructive , et le monde savant est intéressé à la connaître. 
C'est pour répondre à son attente que la Société de Géogra- 
phie se détermine à publier un manuscrit de la biblio- 
thèque royale, dont on n'a fait, jusqu'à ce moment , au- 
cune édition. Nous en avons comparé l'étendue avec 
celle des autres manuscrits de nos dépôts littéraires , 
et avec les éditions qui ont paru en plusieurs langues , 
telles que l'édition italienne de Ramusio , la traduction 
espagnole, imprimée à Saragosse eu 1601, la traduction 
française de i556, celle qui fait partie de la Collection 
de voyages publiée par Bergeron , et l'édition anglaise que 
M. Marsdeu a fait paraître en 18 18, et qu'il a enrichie 
des plus précieuses observations. L'examen des savantes 
Dissertations de S. Em. le cardinal Zurla a suppléé aux 
exemplaires que nous ne pouvions avoir sous les yeux ; et 
nous avons remarqué que le riianuscrit vénitien de la 
Bibliothèque Soranzo , et le manuscrit de Florence , 



XLVII 

connu sous le nom de Millione, étaient, de même que 
les autres éditions , beaucoup plus abrégés que celui de 
la Bibliothèque Royale. Les chapitres supplémentaires 
qui terminent cet ouvrage répandent, il est vrai^ moins 
de lumières sur la géographie que sur l'histoire j mais 
l'étude de la terre serait incomplète et stérile, si on n'y 
mêlait pas celle des ])euples qui l'habitent. Les annales 
des nations qui ont changé la face de plusieurs contrées 
peuvent seules en expliquer les révolutions géographi- 
ques ; et quelle Puissance opéra plus de changemens dans 
la situation de l'Asie et de l'Europe du moyen âge , que 
les Tar tares, qui avaient détruit la plupart des villes , ren- 
versé les limites des royaumes , et aboli jusqu'à la trace 
des peuples qu'ils avaient rencontrés? 

La langue employée dans notre manuscrit lui donnait 
à nos yeux un intérêt de plus. Elle nous a rappelé 
celle de nos ancêtres , celle que l'on parlait en France 
dans le cours du quatorzième siècle. Cette langue s'était 
introduite dans une partie de l'Italie , depuis la conquête 
de Naples par Charles d'Anjou, en laôS. Elle avait été 
plus anciennement étendue en Orient , par l'effet des 
croisades et par l'établissement successif des princes fran- 
çais à Jérusalem , à Antioche , à Tripoli , et jusques dans 
les murs de Constantinople. On la comprenait dans les 
ports de la Méditerranée qui étaient en communication 
avec la France ; elle était propre à répandre au loin la 
connaissance des Voyages de Marco Polo ; et nous pouvons 
considérer ce manuscrit français comme une ancienne tra- 
duction de la relation originale. 



SLVIII 

Une discussion s'est élevée sur la langue dont l'auteur 
avait iait usage , et la diversité des traductions qui pa- 
rurent à la même époqp^ie a jeté sur cette question quel- 
que obscurité. Gènes et Venise n'avaient encore que les 
grossiers éléments de celte langue belle, féconde, har- 
monieuse, que le Dante enrichissait et douait de toute 
sa force , où Pétrarque sut trouver Fexpression des sen- 
timens les plus tendres , et que Boccace assouplit à tous 
les tons dans ses narrations aussi vives qu'élégantes. Le 
Dante florissait k cette époque ; mais ses deux grands 
émules littéraires n'avaient pas encore paru. Les auteurs 
avaient conservé l'usage d'écrire en latin ; ce fut même en 
cette langue que Pétrarque et Boccace publièrent leurs 
premiers ouvrages. Ils comptaient moins sur le nouvel 
idiome qu'ils perfectionnaient et qui devait faire un jour la 
gloire de l'Italie , que sur celui dont Rome ancienne leur 
avait laissé l'héritage. 

Le latin entrait dans le système général des études; il 
occupait tous les hommes qui cherchaient à se régler sur 
les grands modèles. Mais Marco Polo doit-il être considéré 
comme écrivain? Rien n'est classique dans son ouvrage; 
on n'y voit aucune trace de cette érudition littéraire dont 
les auteurs du temps aimaient à se parer. Il raconte avec 
naïveté , et dans le style le plus simple , tout ce qu'il a 
vu. Élevé sans doute comme sa famille , dans la profession 
du commerce , il ne rechercha point l'illustration des let- 
tres , qui étaient alors moins cultivées à Venise qu'au cen- 
tre de ritalie ; et nous sommes portés à croire que ce voya- 
geur écrivit sa relation dans sa propre langue. Il n'est point 



XI.IX 

probable qu'une longue absence ait pu la lui faire oublier. 
Marco Polo avait, dans le cours de ses voyageis, étudié 
plusieurs langues d'Asie ; elles lui étaient devenues assez 
familières pour l'aider à remplir avec suCcès les missions 
qui lui furent confiées ; mais ces premières impressions 
d'uue langue apprise dès l'enfance, et développée au milieu 
des jeux , des études , des passions de la jeunesse , ne s'effa- 
cent jamais de la mémoire. D'autres signes ont pu momen- 
tanément en prendre la place ; d'autres pays ont accoutu- 
mé l'oreille à de nouveaux sons ; mais au moment du re- 
tour dans la patrie , avec quelle rapidité les anciens sou- 
venirs se réveillent ! Si l'on regarde alors comme nouveaux 
les objets dont on fut long-temps éloigné , et si les locu- 
tions dont on perdit l'usage ne se représentent que d'une 
manière confuse , bientôt ce voile se déchire ; la langue 
négligée si longtems revient à la pensée j elle s'enrichit des 
mots nécessaires pour peindre toutes les images dont on 
est frappé : ce vocabulaire se rétablit dans sa pureté , dans 
son étendue ; on se retrouve , sans interprète , en relation 
avec ses vieux amis , avec ses concitoyens, et l'on jouit de 
la patrie tout entière. 

Qui sait même si l'occasion de parler la langue natale ne 
se présente pas souvent au milieu des plus longues absen- 
ces ? Les voyageurs la réservent pour exprimer leurs se- 
crets, ks exilés pour peindre leurs peines. N'est-ce pas 
ainsi qu'ils écrivent leurs pensées dans la solitude ; qu'ils 
s'adressent au Ciel; que, jetés loin des routes communes, 
et de la, société de leurs semblables , ils se rendent compte 
de leurs propres impressions.-* On peut connaître et par- 



1er plusieurs langues; maïs rendu h. soi-mcme, on pense 
dans sa langue maternelle; souvent même on l'étenfl, on 
la fortifie par ces méditations solitaires ; et les pages les 
plus animées , les plus élocpientes , ont été quelquefois 
écrites au milieu des déserts. 

Quelle que soit l'opinion des philologues sur la véri- 
table langue dont Marco Polo fit usage , les manuscrits qui 
remontent vers l'époque où sa relation parut semblent 
être les plus dignes de confiance ; et ce qu'ils ont d'informe 
et d'irrégulier dans le style , leur donne un caractère de 
vérité , cjue les corrections d'un éditeur feraient dispa- 
raître. Aussi nous croyons devoir publier avec fidélité le 
texte de ce manuscrit. En recourant k des formes modernes, 
nous ôterions à la traduction première le ton de simplicité 
qui distingue ce vieux langage ; et si nous cherchions à 
concilier entre eux ces deux âges de notre littérature, par 
l'emploi d'un dialecte intermédiaire, qui conservât les 
tournures anciennes et se bornât à rajeunir les mots trop 
vieillis , cette prétention au langage que parlaient Mon- 
taigne et Amyot ne satisferait ni les amateurs des chro- 
nifpies originales , ni ceux de notre langue perfectionnée ; 
elle défigurerait l'ouvrage que l'on veut connaître ; elle 
lui ôterait , sans le faire passer dans notre siècle , le ca- 
ractère de celui où il parut. 

Ce ne serait pas d'ailleurs ime entreprise facile que 
d'emprunter le langage d'Amyçt. Les tours et les mots 
qu'il emploie sont adaptés les uns aux autres : ils for- 
ment un ensemble systématique , que l'on ne pourrait 
pas décomposer sans en détruire l'artifice et le charme. 



Une partie des expressions de cet âge n'appartient plus 
aux temps qui l'ont précédé ou qui l'ont suivi -, et ce se- 
l'ait un effort auquel nous ne devons point prétendre , 
que de retrouver , sans confusion d'époques , ces ancien- 
nes formes de notre langue , et de la faire rétrograder de 
deux siècles , pour remonter plus aisément vers son ori- 
gine. 

En reproduisant dans cette édition toutes les irrégula- 
rités du style, devait-on se montrer également fidèle aux 
imperfections de fortliographe? Les opinions, sur ce 
point, se sont partagées. Ici Ton pensait que le système 
d'écriture le plus informe peut néanmoins se plier à quel- 
ques règles , que l'orthographe des mêmes mots ne 
doit pas varier sans cesse , et que si cette diversité aug- 
mentait les difficultés de la lecture et répandait plus de 
confusion dans l'ouvrage , il conviendrait d'adopter une 
seule forme et de ne pas s'en écarter. Là on s'élevait contre 
une telle rectification. Quels guides pourrait - on suivre 
pour reconnaître les véritables signes, et sur quels motifs 
établirait-on ses préférences et ses choix ? Les indécisions 
de l'orthographe semblaient tenir aux embarras d'une 
langue qui n'était pas encore fixée ; et l'on croyait devoir 
les respecter, puisqu'elles caractérisaient mieux l'ancien- 
neté du manuscrit. 

La dernière opinion a prévalu , mais l'exécution en était 
pénible : nous n'avons point osé prendre la charge d'un 
travail si nouveau pour nous : il fallait être exercé à œ 
genre d'étude ; et l'estimable éditeur d'un ancien manus- 
crit du Roman de la Rose , s'est chargé de suivre l'im- 

G 



pression du texte français de Marco Polo , d'en éclaircir 
les passages obscurs par quelques notes marginales , et d'y 
joindre un glossaire, où il explique les mots entièrement 
proscrits par l'usage. 

Pour faciliter, par un moyen de plus , l'intelligence de 
ce vieux langage , nous faisons imprimer , à la suite du 
texte français , un manuscrit latin , encore inédit , qui 
a])partient à la Bibliothèque Royale. Ces deux ouvrages 
ne sont pas traduits l'un de l'autre; mais ils s'accordent 
pour le fond des pensées : le latin renferme une partie 
des mêmes supplémens j il en constate l'authenticité par 
son propre témoignage. 

Ne cherchez pas dans cette version l'élégance et la pureté 
du style. Le latin du quatorzième siècle ne rappelle point 
celui des grands écrivains 5 les mots de leur langue sont con- 
servés 5 mais elle a perdu son harmonie ; l'esprit et le mou- 
vement ne l'animent plus. D'autres mots barbares sont 
venus s'affilier à la langue des maîtres du monde : le goût 
a disparu , les règles s'oublient ; et au milieu de cette 
crise du moyen âge , oii des langues nouvelles tendent à 
se former , le latin qui dégénère emprunte une partie 
de leurs locutions; il unit , par un bizarre mélange, les 
caractères de la vieillesse et de l'enfance ; il n'a plus sa 
virilité ; et toutefois il consei-ve , dans sa dégradation , 
quelques traits de son ancienne tnajesté. 

Le volume que nous publions est terminé par un ta- 
bleau comparatif, oii sont indiquées les variantes des noms 
de lieux et des noms propres , cités dans les voyages de 



un 
Marco Polo. Dix manuscrits et l'excellente édition de Ra- 
musio ont été consultés j et l'on a rapproché les uns des 
autres tous les noms applicables aux mêmes objets ; afin 
que les hommes éclairés, qui ont entrepris des recher- 
ches historiques ou géographiques sur le texte de Marco 
Polo, fussent à portée de choisir entre ces variantes ^ et 
de reconnaître les dénominations véritables. 

Le travail de la Société de Géographie est commencé : 
elle doit le suivre dignement 5 et pour completter par un 
second volume l'édition des Voyages de Marco Polo , elle 
s'adresse, à tous les savans qui se sont occupés de l'Asie 
du moyen âge. Géographes ! naturalistes ! navigateurs ! 
historiens ! vous êtes tous appelés à prendre part à cette 
entreprise. Vos remarques sur toutes les questions qu'il 
est utile de résoudre seront reçues avec reconnaissance : 
elles seront honorablement citées ; et les nombreuses re^ 
cherches qu'aura fait naître la publication de cet ouvrage 
pourront lui donner un nouveau prix. 

La Société de Géographie ne s'écarte point de son but 
en consultant les annales des siècles passés ; car la science 
dont ellei veut étendre les progrès embrasse tous les 
temps. Plus le moyen âge est obscur, plus il faut y ré- 
pandre de lumière 5 et si la Géographie est un des flam- 
beaux de fhistoire , c'est un devoir pour nous de le porter 
sur tous les points. 

Que des voyageurs , aussi éclairés qu'intrépides , par- 
courent la terre et les mers j fassent de nouvelles con- 
quêtes et reculent les bornes du monde , ils occuperont 



LIV 

en gt^ographic le premier rang ; mais les hommes attaclie's 
à la retraite, et voués à de paisibles études, peuvent 
aussi prétendre aux découvertes 5 le passé a ses régions 
inconnues ; c'est au savant à les explorer. 

On pourrait désirer que le même plan de recherches fut 
appliqué aux grands voyages publiés en différens siè- 
cles , et que les relations de leurs auteurs fussent offertes 
aux amis de la science comme autant de sujets d'études 
et d'observations. Cette suite de travaux, qui se lieraient 
aux plus importantes époques de l'histoire, et qui s'éten- 
draient jusqu'à nos jours , peindrait avec fidélité la marche 
et l'enchaînement de nos connaissances. 

Il fallait dans cette vaste carrière poser une première 
borne : elle s'élève au milieu du treizième siècle. La terre 
découvrait alors sa surface. Marco Polo parut , et le génie 
des voyages prit avec lui un nouvel essor. Nous commen- 
çons par son ouvrage la série de nos publications : la 
Géographie lui devait cet hommage. 



ROUX. 



*v^\v^v^^vvv^v»vvvVV»v^^^v\\vv^v^vvv\\^\v^v\^vv^vvv^VsVV^vw^^v\•v^vvv»vv\vv\■v^vv^\'VvA^^VVvvvv\^^\^^Vl'.vvv\\vvvv^^v■.A 



VOYAGE 



MARC POL. 



CHAPITRE I". 

Ci comanccnl le lobriqe de cest livre qui est appelle le divisemeat dou monde. 

Seingnors enperaor, et rois, dux ctmarquois, cuens , cheva- 
liers et bargions, et toutes gens qe volés savoir les déverses je- 
nerasions des homes et les devei^sitcs des déverses région dou 
monde , si prennes cestui livre et le feites lire , et chi * trovercs « m. 
toutes les grandismes mervoilles, et les grant diversités de la 
grande Ilarminie et de Persie et des Tartars et Indie, et des 
maintes autres provinces , si con notre livre voz contera por or- 
dre apertemant , si come messer March Pol saj.es et noble ci- 
laiens de Yenece raconte , por ce que à sez iaus meissme il le 
voit. ÎNIcs auques hi ni a qu'il ne vit pas : mes ill cnfcndi da homes 
citables et de vérité. Et por ce metreron les chouscs veue por 
veue, et l'entendue por entandue, por ce que noire livre soit 
droit et vertablcs sanz nulle mensonge ; et chascuns que cest livre 
liroie ou boiront , le doient croire , por ce que toutes sunt chou- 
ses vertablcs. Car je voz fais savoir que puis que notre sire Dieu 
pasme * de sez mainz Adam noire premier père jusque à cestui «Pctiit. 



( o 

point , ne fu cristienz , ne païens , ne Tartar , ne Yndiens, ne niil/. 
homes de nulle generasion que tant scust ne cherchasl de les dé- 
verses partie dou monde et de les grant mervoilles come cestui 
messirc Marc encherce et soi. El por ce dit-il à sol meisme que 
Irop seroil grant maus se il ne fcist mètre en ccritui'c toutes les 
granz mei'voilles qu'il vit et qu'il hoï por verilcs, por ce que les 
autres jens que ne le virent ne sevent , le sachent por cest livre. 
Et si voz di qu'il dcmora à ce savoir en celles déverses parties 
et provenccs bien vint et sis anz , lequel puis demorant en le 
» l'ri'on. charthre* de Jene, fisl retraire toutes cestes chouses à messire Rus- 
tacians de Pise que en celle meissme chartre estout , au tens 
qu'il avoit 1298 anz que Jezu eut vesqui. 

CHAPITRE II. 

Cornent meser INicolao el meser ^lafco se partirent «le Gostanlinople por cer- 

cher dou inonde. 

Il fu voir que au tens que Baudoin cstoit enpei'aor de Gostan- 
tinople, ce fu aies i2.'5o anz , mesirc INicolao Pol que père me- 
sire March estoit et messire Mafeu Pol que frère meser Nicolau 
cstoit, cesti deus frères étoient en la cité de Gostantinople, qui 
i estoient aies de Vencse con leur merchandie : nobli et sajes et por- 
veant estoient san faille; il ont conseil enlr'aus, et distrent qu'il 
vuelent aler en la mer greingnor por gaangncr et por fer leur 
profit, etadonc achatoent plusorz joiaus et se partirent de Gos- 
tantinople in une nc's, et s'en aient en Soldadie. 

CHAPITRE III. 

Cornant messcr Nicolao et messer Mafeo se partirent de Soldadie. 

Et quant il furent demoiré en Soldadie, auques il distrent que 
il hiront encore plus avant, et que voz en diroie ? il se partirent 



(3 ) 

de Soldadie, et se mistrcnt en chemin et chevauchen tant qu'il 
ne trcvenl aventure que amcnlovoir face , qu'il furent venu à 
Barca Caan que sire esloit d'unfi partie de Tartar , qui cstoit à 
celui point à Bolgara et à Sara. Ccslui Barchn fist grant honore 
à mcsser Nicolau et à mcsscr Mafeu et moût ot grant Iccsse de 
leur venue. Les deus frers li donnent toutes les joiaus qu'il avoient 
aportés. Et Barch le prist mult volentiers, et li plcient outre 
mesm-e. Il en fait leur doner bien deus tant qc les joiaus ne va- 
loient. Il les cnvoia à parer en plosor parties, e furent mont bien 
pares. Et quant il furent demorés en la tere de Barca un an , 
adonch sordi une ghere entre Barca et Alau , le sire des Tartar 
dou levant. Il ala le un contre le autre con tout lor effors. Il 
se conbatirent enscnle et hi ot grant maus de gens et d'une parte 
et d'autre; mes au dereain la venqui Alau. Et por l'achaison de 
celle bataille e de celle ghere , nulo home ne poit aler per che- 
min qui ne fust pris , et ce cstoit deverz dont il estoient venu ; 
mes avant pooient-il bien aler. Et adonc les deus frei's distroient 
entr'aus , puis que nos ne poons retorner à Gostantinople con 
notre mercaandie, or alon avant por la voie dou Levant , si po- 
rons retorner au taes'se *. Hz s'aparoillent et se partirent de Ba- ? g,, „ 
cara.e s'en aient à une cite qui avait à nom Ouchacca qui estoit 
la tin dou reingne dou sire dou Poncnt. Et da Oucaca si parti- 
rent et pasent le flum de ïigri et alerent por un dczcrt qui estoit 
loue dix et sept jornce. Il ne trovexit villes ne castiaus , for seu- 
lement Tartars con lor tentes qui vivoient de lor bcstes. 

CHAPITRE IV. 

Cornant les deux fiers passent un dezerl, et vernirent à la cité de Bucara. 

Et quant il ont passé cel dezert , adonc furent venu à une cité 
kl est apellé Boccara , moût noble et grant. La provence avoit 
aussi à nom Bucara. En estoit roi un que avait nom Barac. La 
cite' estoit la meior que fust en toute Persie. Les dons frers, quant 



( i ) 

il furent vinu à ccst cité , ils ne posircnl plus aler avant ne lor- 
ner arcre, et por ce hi demoient trois anz. Et endcmentîer qu'il 
hi demoroicnt , adonc hi vint un mcssajes d'Alau le sire dou Le- 
vant qui aloit au grani sire de tous les Tartars Ve avoit à nom 
Cublai. Et quant ces messajes voit mcsser INicolao et mcser 
Mafeo, il na grant mervoille, por ce que jamès ne avoient veu 
nul latin en celle contrée. Il dist al deus frers : Seingnors, fet-il, 
se vos me volés croir, vos en aurés grant profit et grant honor. 
JaQS deus frers li distrcnt que il le créeront voluntier , por coi 
elle soit chouse que il le pcusent fair. Le mesajcs lor dit : Sein- 
gnors, je voz di que le grant sire des Tartarz ne vit unques nul 
latin , et a grant desider et volunté de veoire , et por ce se voz 
volés venjr avec moi jusque à lui , je voz di qu'il voz verra molto 
voluntcr, et voz fira grant honor et grant bien, et pores venir 
sauvemant avec moi sanz nul engonbramcnt. 

CHAPITRE V. 

Comanl les deus frers trcvcnt les mcsajes au grant Kaan. 

Quant les deus frers ont cntandu ce que ccst mcsajes lor 
avoit dit, il apresta elz et distrcnt que il vont voluntcr avechlui. 
Et atant se mestrent à la voie con cest mcsajes et alcrent un 
an por tramontane et por grec avant que il fussent là venu , et 
trovent grant mcrvoillcs et di-vcrses coses, lesquclz ne vos con- 
teron ci , por ce que mcssicr March fil de meser Nicolau que 
toutes cestes choses vit, ausint le voz contera en cest livre avant 
apertcmant. 

CHAPITRE M. 

Cornant les deus frers vcndrcnt au grant Kaan. 

Et quant mesere Nicolau et mesere Mafeu furent venu au 
grant selngnor , il les leceut honorablemente et fait elz grant 



( ■'> ) 

joie et gran feste. Il a moût grant Ic'esse de lor venue. Il les 
demande de maintes coscs : primermant de les emperaors, co- 
rnant il mantent lor segnorie et lor tere in justice , et cornant il 
vont à bataile et tous leur afer; et après lor df^mande des rois 
et des princes et d'autres baron. 

CHAPITRE VII. 

Cornant le grant Kaan demande as deus fiers des afer des Cristicnz. 

Et après lor demande de meser l'Apostoille et de tous les fais 
de le Yglise romane, et des tous les costumes des Latin. Et mes- 
sere Nicolau et meser Mafeu lui distrent toute la vérité de chas- 
cun por soi bien et ordrc'cmant et sajement, come sajes homes 
qu'il estoient, ke bien sivoient la lengue de Tartarz et la Tarta- 
resce. 

CHAPITRE VIII. 

Cornant le grant Kaan envoie les deus frers por ses mesajes à l'Aposloille de 

Rome. 

Et quant le grant sire que Cublal Kaan avait à nom, qui estoil 
scingnor de tous les Tartarz do monde , et de toutes les pro- 
vinces et rengnes et région de celle grandisme partie do sccle , 
ot entendu tous les fais des Latin , si come les deus frers li 
avoicnt dit ben et apertemant, il li plet outre mesure. Il dit à soi 
racisme qu'il envolera mesajes à l'Apostoile. Et adonc prie les 
deus frers que il ailcnt en ceste mesajcrie cum un de sez baron. 
Il li répondirent que il firont tôt son commandamant con de lor 
segnor lige. Adunc le grant sire fait venir devant soi un de sez 
baron qui avoit à nom Cogalal, et li dit qu'il vuclt qu'il aille avec 
les deus frers à l' Apostoil. Celui le dit : Sire , jeo son votre home, 
e sui por fair tôt votre commandamant à mun poïr. Après ce le 
grant sire fait faire sez chartre en langue torques por envoler à 



(6) 

l'Apostoil, et les baille as deus frères et à son baron , et a lor en- 
chargé ce ke il vuelt qu'il (lient por sa part à l'Apostoille , et sa- 
* L'ambassade chics que cnlc chartrc se contenoit et en la bastrece qu'el il oites *. 
enfelldrer"' H Hiandoit dcsant à l'Apostoile que il li deust mander jusque à 
cent sajes homes de la cristiene loy , et que encore seusent les 
sept ars , et qe bien seusent despuer et mostrer apertamant à les 
ydules et à ks autres conversation de jens , que tout autrament 
et toutes les ydres qu'il tient in lor maisson et adorent , sunt 
coses de diables , e ke bien seusent monstre clermant por raison, 
qe la loi cristiene est meior ke la lor. Encore encharge le grant 
sire as deus frers qu'il li deussent apo'rter de l'olio de la lanpe 
que ard sor le sepoucre de Deo en Jérusalem. En tel mainere 
con vos avez oï se contenoit en l'ambaxc'e ke le grant sire envoie 
à l'Apostoile por les deus frers. 

CHAPITRE IX. 

Cornant le grand Kaan doue as deus frères la Table d"or des commanderaens. 

Et quant le grant sire ot enchargés as deus frers et à son ba- 
ron tôt l'ambaxée k'el mande à l'Apostoille , il fait lor doner 
une table d'or en laquel se contenoit ke les trois messajes en 
toutes les pars que il alaissent lor deust cstre donnée toutes les 
mcssion que lor bazongnoit et chevalz et homes por lor escordre 
de une terre ad autre. Et quant messer Nicolau et mcser Mafeu 
et l'autre mesajes furent bien apareliés de toutes les chouscs ke 
lor estoient beisoz, il pristrent conjé au très grant sire, puis 
montent à chevalz et se mistrent à la voie. Et quant il furent 
chevauchiés auquant , adonc lo baron tartar que avec les deus 
frers aloit, chéi amalaides, et no puet seuir la voie et remese à 
une cité. Et quant meser Nicolau et meser Mafeu virent que 
celui estoit amalaides , il le lairent et se mistrent à la voie ; et 
voz di que il estoient servi et honores en toutes les pars où il 



(.7 ) 

aloient de toute ce qu'il savoient commander. Et c|uc voz en di- 
roie? il clievachercnl tantpor lor jornée ke il furent venu à Laias, 
et voz di qu'il hi poinent alcr trois anz , et ce avint por ce k'il 
ne pooient toutes foies chevaucher por le mans tens , et por les 
nois* et por les fluns qui estoient gitans. *Mciges. 

CHAPITRE X. 

Cornant les deus fiers vcndreiil à la cile d'Acri. 

Et de Laias se partirent et s'en aient ad Acri, et hi joingent 
dou mois d'avril aies 1 260 ans de l'ancarnasion Jczucrit , et tro- 
vantquemes'er l'Apostoile estoit mort. Et quant ÎSicolau et meser 
Mafeu ont trovc Ice l'Apostoile estoit mort que avoit à nom ( Cle'- 
ment IV) il alerent à un sajes clercs ki estoit légat por le Yglise de 
Rome en tout le rengne d'Égiptc. Il estoit home de grande auto- 
rité , et avoit à nom Teald de Plaienze. Il 11 distrent l'ambasce 
por coi le grant sire des Tartarz les envoie à l'Apostoille. Et 
quant le Icgat ot entendu ce ke les deus frers li avoient dit , s'in 
a grant mei-vo~ie , et li senble que ce soit grant bien et grant honor 
de la crestenté. Il dit as deus frers ; Seignors , feit-il , voz vee's 
que l'Apostoille est mort , €t por ce vos covendra sofrir juscjue 
tant ke Aposloille sera. Et quant pape seroit , voz porois faire 
votre embascce. Les deus frers que bien voient ke le légat disoit 
vérité , distrent que endementier ke Apostoille sera apelcs , il 
vuelent aler à Venisse por veoir lor mesnie. Et adonch s'en par- 
tirent d'Acri et s'en aient à Negrcponte , et de Negrepont se par- 
tirent en une nés , et najerent tant k'il furent venu. Meser Nicolau 
treuve que sa famé estoit morte , et les remès un filz de douze 
anz que avoit à nom Marc , et ce fut celui Marc de cui cestui livre 
paroile. Meser Nicolau et meser Mafeu demorent à Venese encor 
deus anz por atendre ke Apostoille fust. 



( 8 ) 
CHAPITRE XI. 

Cornant les deus frères se partirent de Vcnese por reîorner au granl Kaan , e 
menèrent avec elz Marc scz filz nicser Nicolao. 

Et quant les deus frères ont tant atandu con voz avc's oï, et il 
voient que Apostoille ne se fasoit , il distrent que desormès po- 
roicnt-il tropo demorer por retorncr au grant Kaan. Adonch se 
partirent de Venese et moinent avech elz Marc son filz et s'en 
aient tout droit ad Acri , et lii trovcnt le légat que desoure voz 
ai contez. Il parolcnt con elz de ccstc cosos assez , cl U demandent 
conjc d'alcr en Jérusalem por avoir de l'olio de la lanpe de Crist , 
de quoi le grant Can li avoit prie'. Lo legaut donc elz conjé qu'il 
doient aler. Adonc les deus frères se partirent d'Acri et aient en 
Jeruzalem , et ont de l'olco de la lanpe don sepolcro de Crist. Il 
s'en .retornent au légat en Acri , et li distrent : Sire , puis que 
nos ve'on que Apostoille n'est , nos volun retorner au grant sire , 
por ce que tropo avim'tlemorc. Et meser lo légat que des grcin- 
gnor sire de toute la Yglise de Rome estoit, dist elz , puis ke vos 
voles retorncr au grant sire , il me plcl bien. Adonch fist sez lec- 
trcs et sa embasce por cnvoier au ^rant kan , et tesmonge co- 
rnant mcsiere Nicolao et meser Mafeu estoient venu por faire sez 
embasce ; mes por ce ke Apostoille n'estoit , ne l'avoient pu faire. 

CHAPITRE XII. 

Cornant les deus frères aient à rApostoille de Rome. '/ . ' ' 

Quant les deus frères ont eu les letres dou légat , et il se 
partirent d'Acri et se mistrent à la voie por retorner au grant 
sire , ils aient tant qu'il furent venu à Laias , et quant il furent 
là venu , il ne dcmore gueircs que cestu Icgat fut esleu apostoille , 
et s'apcloit pape Gregor de Plaience. Les deus frefs en ont grant 



(9 ) 

léesse , et après ce ne dcmore gucircs ke un messajes vint à Laias 
por part do légat qui esloit csleu pape , à mcser Nicolau et à me- 
sere Mafeu , et lor mande disant que se il n'esloient ale's , qe il 
deuesent à lui torncr. Les dcus frcrs oni de ce grant joie , et 
distrent que ce firont-il voluntcr. Et que voz en diroi ? Le roi 
d'Armonie fist armer une galée as dcus fi'crcs , et les envoie ao 
légat honorcemant. 

CHAPITRE XIII. 

Comant les dcus frères et Marc vindrent à la cité de Clemeinfu là ù le grant 

Kaan cstoit. 

Et quant il furent venu ad Acri , il s'en aient à mcser l'apos- 
toille , et se humilcnt moût ver lui. Mcser raposloille les reccut 
honorcemant et lor donc sa benesion , et fait lor joie et feste. 
Adonc l'apostoile done'e à meser Nicolau et meser Mafeu deus 
frères prechéors qc bien cstoient les plus sajcs que en tute celle 
provence fuissent L'une avoit nome frer Nicolau de Yicense, l'au- 
tre avoit nome frère Guilielme de Tripule. Il donc elz brevilejes et 
carte et sa enbasce de ce qu'il voloit mander au grant kaan. Et 
quant meser Nicolau et meser Mafeu et les deus frères prescéor 
ont receu les brevdccs et le carte et l'ambaxae de mcser l'apos- 
toille , il se font doner sa benedicion , puis se partirent tuit , e 
quant e com elz March le fd mesere Nicolau. Il s'ennalent tôt 
droit à Laias. Et quant il furent là venus , adonc Bondocdaire 
qe soldan estoit de Babclonie vent en Arminie con grande host , 
et fait grande domajcs por la contrée ; et ceste mesajes furent 
en aventure d'estre mors. Et quant les deus frers prescaor virent 
ce , il ont grant dotance d'aler plus avant. Adonc distrent que il 
ne iront mie. Il donent à mesere Nicolau et à mesere Mafeu tous 
les brevilés et cartlie k'il avoient , et se partirent d'elz et s'en 
aient avec le mcstre deu temple. 



( lo ) 
CHAPITRE XIV. 

Cornant les dcus frcrcs cl Mardi aient. 

Et mesere Nicolau cl meser Mafcu et March le filz ISicolau se 
mistrent à la voie et chevauclient tant et de ver et d'esté k'el 
furent venus au grant kan que adonc estoit à une cité k'estoit 
apclé Clemeinfu , qe moût estoit riche et grant , et ce que il 
trovenl en la voie ne voz firon mciicion , et porce qe noz le voz 
conteron en notre livre avant tout per ordre. Et si sachiés que il 
poinent à aler bien trois anz et dimi , et ce fu por les voies et 
por le pluie et por les grant fluns , et por ce qe il ne poicnt che- 
vaucher de yver como d'estié , et il voz di por vérité que quant 
le grant can soie que •mesere Nicolau et meser Mafeu vcnoienl, 
il envoie sez mcsajcs contr'aus bien quarante jornée , et moult 
furent servi et honores de tuit. 

CHAPITRE XV. 

Cornant les deus frcres et Marc ( qui ) se partirent d'Acri ( trovenl ) le £;raiit 

Kan en palais. 

Et que voz en diroie ? Quant mesere Nicolau et meser Mafeu 
et Marc fiu'ent venu en celle grant cité , il s'en aient au mestre 
palais là où il treivent le grant kaan à moût grant conpagnie de 
barron. Il s'enjenoilent devant lui et se humilient tant con il plus 
puent. Le grant kaan les fait drecer en estant et les receuthono- 
rablemant , ctlor fait grant joie et grant feste , et moût les de- 
mande de lor estrc et cornant il l'avoient puis fait. Les deus frers 
li distrent ke il l'ont moût bien fait , puis que il l'ont treuvé 
sain et haitiés. Adonc li prézentent les breviles et les letres qe 
l'apostoille le envoie , desquelz il ot grant Icesse , puis li bailent le 
saint olco de cui il fist grant joie, et le tient moût chier. Le grant 
Kaan , quant il voit March qi estoit jeune bachaler , il demande 



( •> ) 

ki est. Sire , fait mcser Nicolao , il est mon filz et vostre home. 
Bien solt-il venu, fait-il le grant Can. Et por coi voz firoie lonc 
cont ? Sachiés tout voiremant qe moût fu grant la joie et la feste 
ke fait le grant kaan et toute sa cort de la venue de ccste mesajcs , 
et molt cstoient servi et honores de tuit. Il dcmorent en la cort 
et avoicnt honor sor les autres baronz. 

CHAPITRE XVI. 

Coinant le grant Kan envoie Marc por scz mesajcs. 

Or avint que March le filz messer Nicolao enprant si bien le 
costume de Tartars et lor langajes et lor lettres , car je voz di 
tout voiremant que avant grament de tens , puis qu'il vint en la 
cort dou grant segnor , il soit de langajes et de quatre letros , et 
scriture. Il estoit sajes et provéanz outre mesure e molt li voloit 
grant bien le grant kaan por la bonté k'il véoit en lui e por le 
grant valor. Et quant le grant kaan voit ke March estoit si sajcs , 
il le envoie mesajcs en une tere que bien hi poine aler six mois. 
Li jeune bazaler fait sa enbasée bien et sajemant , et por ce qu'el 
avoit veu et hoïplusors fois que le grant kan , quant les mesajcs 
k'il mandoit por les diverses parties dou monde , quant il retor- 
noient à lui et li disoient l'anbansée por coi il éloit aies , et ne li sa 
voient dir autres novelcs de les contrées où il estoient aies , il 
disoit elz q'il estoient foux et non saichant , et disoit que miaus 
ameroit hoïr les noveles et les costumes et les usajcs de celle 
estrajes contrée qu'il ne fasoit oïr celz por coi il li avoit mand('. 
Et Marc ke bien savoie tout ce , quant il ala en celé mesajarie , 
toutes les manières et tûtes les stranges chauses qu'il avoit , 
mettoit son entent por coi il le seust redire au grant Kaan. 



( '2 ) 

CHAPITRE XVII. 

Cornant Marc lorne de sa niesajaric ci renonse au grant kaan. 

Quant March fu rctornc de sa mesajarie , et s'en vait devant 
le grant kan et li renverse toute le fait por coi il estoit alc's et 
ravoitachcve'e moult bien ; puis li dit toutes le novilcs et toutes le 
coses qu'il avoit vcuz en celc voie si bien et sajemant qe le grant 
kan et celz tuit qe l'oient , en unt grant mervoie et distrent en- 
tr'aus, se ccst jeune vif por aajes, il ne puet falir qu'il ne soit home 
de grant scnz et de grant valor. Et que voz en diroie ? De cest 
messajarie en avant fu appelé le jeune meserc Marc Pol, et ensi le 
apelara desormès nostrc livre-, et ce est bien grant raison , car il 
estoit sajes et costumes. Et por coi voz firoie-je lonc conte ? sa- 
chics tout voiremant ke messcr Marck demore avec le grant kan 
bien dix et sept anz , et en tut cest terme ne fint d'aler en mesa- 
jerie : car legrantkaan , puis hil voit que messierMarc li aportoie 
si novclcs des tûtes pars et que achevoit si bien toutes les bizongnes 
por coi il l'cnvicit , il por ccst raison toutes les bones mesajerie 
et le longaincs toutes donnoit à mcser Marc , et il achevoit molt 
bien la beisongne , el li savoit dir maintes novitcs et maintes cs- 
tranges chouscs, et le grant kan li plasoit tant l'afer de meser 
Marc qe il le voit grant bien et li fasoit si grant onor , et le tenoit 
si près de soi qe les autres baron en avent grant enoie. Or ço fui 
la raison por coi mcser March sez plus de celcs couses de celle 
contrée que nulz autres home, qu'il cherce plus de celés estrangcs 
parties ke nulz omes keunqes nasquist , et encore qu'il hi mettoit 
plus son entent à ce savoir. 

CHAPITRE XYIII. 

Cornant mcser Nicolao c niescr Mafeo e mcser Marc demandent conjé au kan. 

Et quant messere ISicolau et meser Mafeu et meser March 
furent demorez avech le grant kan tant con voz avés oï, il dis- 



( i3) 

%k;nt enlr'aus q'il voloicnt rclourncr en lor contrée. Il deman- 
dent plusors fois parole au grant kaan , et l'en prient moût 
doucement; mes les grant kan les amoit tant et li tenoit si vo- 
lunticrs enter lui q'il ne lor donoit paruile por ren dou monde. 
Or avint que la raine Bolgara, que famé Argon estoit le sire 
dou Levant , se morut , et celé roine laisse por sien testamente 
ke nule dame ne peuse seouir en sa chaire ne estre famé d'Ar- 
gon se ne fust de son legnas. Adonc Argon prist trois sez ba- 
ronz liquelz avoient à non ensint : le primer Oulatai , le scgont 
Apusca , le titres Coja. Il les envoie au grant kan con moût 
bielle conpagnic , por coi il deuest envoiere une dame que fust 
dou lingnas de la roine Balgana sa famé que mort estoit. Et 
quant les trois baronz furent venu au grant kan , si li distrent 
lo por coi il estoient venu. Le gi-ant kan les reccut honorable- 
mant , elz fist joie et fest , puis mande por une dame ke avoit à 
non Cogatra , qe estoit dou legnage à celle roine Balgana qui 
estoit gcune de dix sept anz , moût bien et avenant. Il dist as 
trois baronz ke ceste dame estoit celle qu'il vont querant. Celz 
distrent que ce plet lor bien, et atant meserMarc torne de Ynde 
por moût déverses mer , et conte maintes noveles de celle con- 
trc'e. Et les trois baronz que unt veu mescr ÎNicolau et mesere 
Mafeu et mesere Marc qui estoient latin et sajes, adonc distient 
entr'aus qu'il -vuelent k'il ailent con elz por mer. Il aient au 
grant kaan et li demandent en grâce que il li deust envoier por 
mer , et qu'il mandest avec elz les trois latin. Le grant kan que 
tant amoit cesti trois , çome voz ai contc's , à grant envie fait 
elz celle grâce et donc congi as trois latin qu'il alaisent auvech 
celz trois baronz avec ccle dame. 



( '4 ) 

CHAPITRE XIX. 

Ci devise comment meser Islcolao et mcser Mafco et meser Marc se partirenl 

dau giant Kan. 

Et quant le grant Kan voit que mesere Nicolau c mesere Ma- 
feu et meser March se doient partir , iUes fait venir tnit et trois 
devaVit soi et lor donc dcus tables con comandamant qu'il fuis- 
sent franc por toute sa tcre et là ouques il ailarent deusent avoir 
la despense por elz et por lor menc'c , el cncharge elz cnbasce 
a l'Apostoille et au roi de France , et au roi d'Espagne et aus 
autres roi de crcstenée ; puis fist aparoillcr quatorze nés , les- 
quels avoit chascune quatre arbres et maintes foies aloient à 
douze voiles , et voz poroie conter bien conmant , mes por ce 
que trop seroit longaine matere , ne le voz mento^Tai à cestui 
point. Et quant les nés furent aparoilk's , les trois baron et la 
dame , et mcser Nicolau et meser Mafeu et meser IMarc pristrent 
conjé au grant kan , et se rccogcnt en les nés à moût grant gent , 
(Dcus.) et le chan fist elz doner la spcnce por dix* anz. Et qe voz en 
dii-oi ? Il se mistrent en la mer et najerent bien trois mois , tani 
k'il -N-indrent à une ysle qui est ver midi , ki a nom Java , en 
laquel ysle a maintes mcrvelies couses , Icsquelz voz conteroi 
en ceste livre. Puis se partirent de cel isle, et voz di qu'il najerent 
por mer de Jndie bien dix huit mois avant ke il fuissent venus 
là où il voloient aler , et trovcrent maintes grant mervoiles qe 
encore le voz conteron en cel livre. Et quant el furent là venu , 
il trovent qe Argon estoit mors , dont la dame fu doné à Cazan 
le filz Argon ; et voz di san fail que quant il cntrarent es nés , il 
furent bien six cent persones sanz le marincrs , tuit morurent 
for solcmant dix huit. Il treuventke la seingnorie d'Argon tenoie 
Chiato. I les recomandent la dame , et firent toute lor enbasée 
et lor mcsajarie. Et quant mesier ÎSicolao et meser Mafeu et 
mesere Marc ont faites toutes la bizonge de la dame et les me- 



( i5) 

sajerie ke le grant kan lor avoit encliargiés , il pristrcnt conjé 
el se partirent et se mistient à la voie , et si sachiés tout voira- 
mant qe Achatu donc à celz trois mesajcs dou grant kan , ce 
furent meser Nicolau et. mesere Mafeu et meser Marc , quatre 
table d'or comandamant, les dou de gerfaus et le une de lion , et 
l'autre estoit plaine , ke disoient en lor letre qe cesti trois mesajes 
fuissent honorés et servi por tout sa tcre conme son cors meesme 
et qe chevalz et toute despense et toute escorte fuisent lor doné. 
Et certes ensi fa fait , car il ont por tôt sa tere chevalx et des- 
pense el toutes couses bizognables bin et largcmant : car je voz 
di san faille qe maintes foies lor estoit donés deus cens homes 
à chevalx et plus et moin selon que buçongnoit por lor escordre 
por aler séur de une tere ad autre , et ce estoit bien bizonz por 
ce que Acatun'estoit lige scingnor, et por ce les jensn'estiroient* * N.> s'abste 
de fer maus ausi com il ieistent se il ausent seingnor lige. Et 
encore voz di un autre chouse ke bien fait à mentovoir por le 
onore de ccst trois mesajcs. Car je voz di tout voiramant qe 
meser INIafeu et meser Niolao et meser Marc on si grant segno- 
rie con jeo voz dirai , car sachie's ke le grant Kan se foit * tant * Fioit. 
de lez* et lor voloit si grant bien qu'il lor fie la roine Cocacin et 
encor fie sa * fille au roi dou Mangi , qu'il le deusent mener ad * La. 
Argon le sire de tous le Levant , et il ensi le font , car il le 
moinent por la mer , ensi con je voz ai contés en ariens , con 
tantes jens et con si grant despense. Et si voz di qe cest deus 
grant dames cstoient en la manaies de cesti trois mesajes , car 
il le fasoient sauver -et guardcr , ce ele fuissent lor files , et les 
dames que moût estoient jeune et belle , tenoient cesti trois por 
lor pcre , et ensint les obeient. Et cesti trois les mestrent en les 
mainz de lor baron. Et si voz di con toute vérité que la roine 
Cocacin que feme à Casan est, que orendroit rengne son baron. 
Casan et elle vuelt si grant bien as mesajes qu'il n'est chouse que 
elle ne feisse par elz , come sien pères meesme. Car sachiés ke 
quant cesti trois mesajes se partirent de elle por retorner en lor 



( i6 ) 

païs , que ele lerme de pi lie' por lor departiment. Or voz ai contes 
une chouse ke bien fait à loer , quant à cesti trois mesajes furent 
afie's tiel deus dames por mener à lor baron de si longaine par- 
tie. Or voz laieron de ce , et voz conteron avant. Et que voz 
en diroie .■' quant les trois mesajes furent parti de Cocatu , il 
se mistrent à la voie et cavachent tant por lor jornce ke il fu- 
rent venu à Trepisonde , et de Trepesonde s'en vindrent à 
Goslantinople , s'en vindrent à Negrepont et de Negrepont à 
Venese , et ce fu as mil deus cens quatre vingt quinze anz de 
l'ancarnasion de Crist. Or puis que je voz ai contez tôt le fat 
* Commencerai- dou proleguc cnsi con VOZ avés oï, adonc cometerau* le livre. 

CHAPITRE XX. 

Ci devise de la pitele Arménie. 

Il est voir qu'il sunt deus Harmenies , une grant et une pitete. 
De la pitete en est sire un rois que mantent bien la tere en justice , 
et est sout-post au Tartar. Il hi a mantes viles et mantes cas- 
tiaus , et hi a de toutes chouses en grant abundanze ; encore est 
tere de grant solaze de tute cazes et de bestes et d'osiaus ; mes 
si voz di k'ele n'est pas saine provence , mes enferme duramant. 
Et ansienemant les jentilz homes estoient vaiiant et prodomes 
d'armes ; mes horendroit sunt il chctif et ^àJz , et ne ont nulle 
bonté , for qu'il sunt buen bevéor. Encore hi a sor la mer une 
ville ki est apellé Laias , laquai est de gran mercaandie : car 
sachics tout voiremant qe toutes le speseries et les dras de 
* Euphrate. Fralerc * se portent à ce ^i\\e , et toutes autres chier coses , et les 
marcaandies de Venese et de Jene et de toutes pars hi vinent 
et l'acatent. Et tous homes et mercans ke \-uelent aler en fra- 
terre , prenent lor voie de ceste ville. Or voz avon conté de 
la pitete Ermine , et après voz conteron de Turcomanie. 



( 17 ) 
CHAPITRE XXI. 

Ci devise de la provence de Totcomanie. 

En Turcomanie ha trois jenerasion de jens : ce sunt Turco- 
mams que aliient Maomct et tenent sa loy , et siinl simple jens et 
ont brut lengajcs. Il demorent en montagne et en landes là où il 
savent qui haie buen pasquor , por ce qe il vivent de bestiaus. Et 
voz di qu'il hi naisent buen chavalz Turcomam et bon mul de 
erant vailaiizc. Et les autres jens sunt armin et erezois * que mes- * Armcniins ti 
Icemant demorent com aus en viles et en casteus , et vivent de 
mercaandie et d'ars. Car sachie's que il hi se laborent le souran 
tapis dou monde et li plus biaus ; il ist laborent encore dras de 
soie cremosi et d'autres color moût biaus et riches et de maintes 
autres causes , ausint les sien nome cité est le Como , Casserie , 
Sevasto, et encore hi a maintes autres cités et causteus, lesqualz ne 
voz conterai , por ce ke trop feroic longaine materie à mentovoir. 
Il sont post au Tartar dou levant , et cil hi met sa scgnorie. Or 
laison de cest provcnze et parleron de le grant Arménie. 

CHAPITRE XXII. 

Ci devise de la grant Arménie. 

La grant Arménie est une grant provence. Elle comance d'à 
une cité ki est apelé Arzinga , en laque! se laborent les meilior 
bocaran ke soit au monde , et hi a les pius biaus bangnes et les 
mciliors d'eive surgent que soient au scicle. Les jens sunt Armin 
et sunt homes do Tartar. Il hi a manies castaus et cités. Les plus 
nobles cités est Arzingal que arceveschue ; l'aulres sunt Argiron 
et Darzizi. El est moût grant provence, et voz di ke le este hi 
demorent toute le hosle dou Tartar dou Levant, por ce ke en 
ceste provence ha moût bon pasquor l'esté as bcstcs , et por ce 

3 



( i8) 
que dcmorent le Tartar con lor bestes restée , mes riiivcr ne i 
dcmorent pas por la giant fioidure de la nois q'en i a outre 
mesure , dont les bestes n'en poroi vivere. Et por ce se parti- 
rent le Tartar l'inver, et s'en vont es Icu chaut, là e trovent 
grant erbes et buen pasquor por les bestes ; et encore voz di ke 
en cest grant Erniinie est l'arche de Noé sor une grant mon- 
taigne. Elle confine dcver midi en ver levant con uno roiames qui 
est apele's Mosul , kc sunt jens cristienz. Ce sunt Jacopins et 
Nestorins desquclz voz en conterai en avant. Dever tramontane 
confines con Jorgiens desquelz voz en parlerai encore avant. Et 
à ceste confine dcver Jorjcns ha une fontane ke sorze oleo en 
grant abundancc , si que cent nés hi kargent à une foies , mes il 
n'est pas bon à manger , mè il est bon à ardoir , et à ongev les 
* Clmmeaui. giamiaus * por la rogne et por le farborcs , et vienent les homes de 
moût loingne por cesto olio , et lot la contrée environ ne ardent 
autre olio ke cest. Or laison de la grant Harmenie ^ et voz 
conteron de la provence de Jogies. 

CHAPITRE XXIII. 

Ci devise dou rois des Giorgiens et de lor afere. 

En Jorgienie a un roi qi est apelés par tout tens Davitmelic , 
que veut à dir en fransois Davit roi , et est sotpost au Tartar, et 
ansienement tuit les rois de celé provence nasoicnt con un sein- 
gne d'aigle sor l'aspale destrc. Il sunt belle jens et vailant d'armes, 
et bon archier et bon conbateor en bataie. Il sunt cristicns et de 
la loy Grezois. Les chevoil portent peitct à mainere de clergés , 
et c'est la provence kc Alexandre ne poit paser quant il vost aler 
au ponent, por ce que la vie est eslroit etdotose : car de l'un lés 
est la mer , et de l'autre est gran montagne que ne se poent ca- 
Vole. vaucher. La vie * est moût estroit entre la montagne et la mer , et 
dure cest estroit vie plus de quatre liegues , si ke pou homes 



( 19) 

tendront le pas à Lout le monde. Etcefol'acaxonporcoi Alexandre 
ne poet passere , et voz di ke Alexandre hi fit fermer une tore et 
hi fist une fortèze por coi celle jens ne poesent pasere por venir 
sor lui , et fu apcllc la port dou fer , et ce est le leu que le livre 
Alexandre conte cornant il enclouse les Tartarz dedenz deiis 
montagnes , et ce ne fu pas voir qu'il fuissent Tartar , mes furent 
une jens qui esloient apeilés Comain et autres jenerasion assez : 
car Tarlarz n'éloient à celui tens. Il hi a viles et caustaus ase's , et 
ont soie en granl abondanze , et hi si laborent dras de soie et 
dras dorés les plus hiaus kc homes veise unqucs. Il a les meillor 
aslor dou monde. Il a de toutes couses habundanzc et vivent de 
mercandie et de labor. La provence est toute plcne de grant mon- 
tagne et d'eslroit pas et de fort , si ke je voz di , qe les Tartar ne 
postrent unques avoir tout entermantla segnorie. Encore hi a un 
moncster de nonain ki est apelé Sant Lionard qui a une tel mer- 
vaie con je voz contera. Sachiés q'il hi a un grant lac d'eve qui 
vent d'une montagne de joste le yglise de Sant Lionard , et en 
celé eive ke vent de celé montagne en tout l'an ne se trove nul 
peson ne pcitct ne grant , for tant seulmant ke le primer jorno 
de quaresme commencent à vinir, et venent cascun jor de carcsme 
jusque à saba sant , ce est la vigille de pasche , et en tout cest 
termene i se trcvent peison asez ; mes en toutes les auti-es tens 
de l'an ne s'en trovent mie. Et encore voz di qe la mer que je 
voz ai conta , qui est juste la montagne est appelé la mer de Gle- 
vcshelan , et zire environ sept cent miles, et est longe de tous 
mer bien doze jornée , ethi met de denz le flu d'Eufrautes et maites 
autres flus, et est tout environée de montagne et de terre: et 
novelemant les marchians de Jene najerent por cel mer , car il 
n'ont mis leingn où il najerent , et d'iluech vint la soie ke est 
apellé gelle. Or voz avoz contés de les confm d'Arménie dever 
tramontane , or voz volun conter de le autre confin qe sunt entre 
midi et levant. 



( 20 ) 

CHAPITRE XXIV. 

Ci (levisL- dou roiauim.' de Mosul. 

Mosul est un grant roiamcs qu'il habitcnl plusors jencrasioii 
(le jens lesquclz voz deviserai orendroit. Il lii a une jcns ki est apellé 
arabique orent Maomct. Encore hi a un autre génération de 
jens ke tent la loy cristianc , mes non pas selone qe commande 
l'église de Rome , car il failenl on plusors couses. Il sunt apelés 
Neslorin et Jacopit. Il ont patriarche ke l'apelent Jatolie et ces- 
tul patriarche fait arcevcscheve et vescheve et abcs et tout 
* Piclais. ploies * et les envoie por toutes pars en Yndie et au Cata et en 
Baudac, ausint con fait l'Apostoille de Rome. Et si voz di ke toit 
les cristians qe voz en trovrés en toutes cestcs parties que je voz 
ai contes sunt Nestorin et Jacopit, et tout les dras de soie et 
dorés que sunt apellés mosulin se font iluec. Et encore voz 
di qe les grandisme mcrcaanz que sunt apelés mosulin que apor- 
tcnt les grandisme quantités de toutes chères espices , sunt de 
ceslui roiaumes desoure. Et en les montagnes de cest rengne 
demorent jens ke sunt apelés Card , que sunt de cristiens Nes- 
torin et Jacopit , le une partie sunt Sarain que aorent Maomet. 
Il sunt prodomes et mauveise jens , et robent voluntere les mer- 
caant. Or laison dou roiames de Mosul et voz parleron de la 
gran cité de Baudac. 

CHAPITRE XXV. 

Ci devise cornant la grant cité de Baudach fui prisse. 

Baudac est une grandissime cité là ù il est le calif de tous les 

* Chef. sarain dou monde , ausinl corne à Rome est le sciés* de tous les 

cristiens dou monde , et por mi la cité passe un flun moût grant 

et por ce hi flun poit bon aler en la mer de Yndie , et hi aient cl 



( 2. ) 

virent les mercaant con lor mcrcandics, et sachie's ke le flun est 
lonc de Baiidac à la mci- d'Endie bien dix huit j ornée , e les 
mercaans qe vuelent aler en Yndie vont par cel flun jusque à 
une cite qui a non Chisi, et d'ilucc entrarent en la mer de Yndie. 
Et encore voz di ke sor cel flun entre Baudac et Chisi à une 
gran cité que a non Basera , et tout environ la cité por les bois 
naisent les meior dattal dou monde. En Baudac se laboient de 
mantes faison de dras dorés et de soie. Ce sunt nassit et nac et 
cremosi et de déverses maineres laborés ii bestes et ausiaus moût 
richemant. Elle est la plus noble cité et la greingnor que soit en 
toit ccle parties. Et si sachiés voiramanl qe au calif de Baudac 
se treuve le greingnor trczor d'or et d'argent et de précs pre- 
sioses qe jamès se trevast à home , et il dirai cornant il fui voir 
que entor i255 anz que Crist nasqui , le grant sire des Tartarz 
(jue Alau avoit à non , qe fu frère au granl sire que orendroit 
règne , asenble une grandisme host et vent sor Baudac , et la 
prist à force , et ce fu bien gran cose , por ce que en Baudac 
avoit plus cent mille chevaliers sen* les homes à pié ; et quant 
il oit prise , il trove au calif une tor toute plene d'or et d'argent 
et d'autre tesor , si que jamès non fu veue tant aune fois en un 
leu. Quant il veoit cest grant tezor , il n'a grant merveie c mande 
por le calif et fait venir davant lui, puis 11 dit: Calif, fait-il, 
por coi avois-tu amassé tant tesor , que douis - tu fair ? or ne 
savois-tu que je estoie ton nemi et que tes vencrit sourc con si 
grant host por toi déserter ? Quant tu ce savoie, por coi ne prcis- 
tu ton tesor et l'aust donés à chevaliers et à soldaer por toi dé- 
fendre et ta cité ? Le calif ne li responde ren , por ce cju'il ne 
savoit qfe deust dir. Et adonc Alau li dist : Calif, puis qe je voi 
qe tu amc tant le tesor, et je le te voi douer à mangere le tien 
meesme. Adonc fist prendre le Calif et fe lo mètre en la tor dou 
tesor, et comnande que nulle couse li soit donc à manger ne à 
hoir. Et puis li dit : Calif , or menue * de tesor tant con tu vou- * Mange 
dras puis qu'il te plaît tant , car jamès ne menueras autre cose ke 



( 22 ) 

de cest tesor : après ce l'a elaisc en la tor là o il morut à cliief de 
►Mieux. quatre jors. Et por ce seroit maus* valut au calif qu'il ausse doné 
son tesor à les homes' por défendre sa tcre et scz jens ke il 
fuse mors con toutes sez jens et deserités. Et de cesui calif en 
avant ne oit puis calif. Or voz diron de touns , et bien est - il 
voir que je voz poroi bien avoir dit de lor fait et de lor costu- 
mes ; mes por ce ke seroit trop longaine materie , voz ai abrivics 
mon dit , et por ce voz conteron autres couses grant et merv ei- 
osc si con voz pori oïr. 

CHAPITRE XXYI. 

Ci devise de la noble cité de Toris. 

Toris est une grant cité qui est en une provence qui est apelcs 
Yrac , en laquel a encore maintes cités et maint caustaus ; mais 
por ce ke Toris est la plus noble cité de celle provence , voz con- 
terai de son afar. Il est voir que les homes de Toris vivent de 
mcixandies et d'ars , car il i se laborcnt maintes dras à or et de 
soie et de grant vaillance. La cité si en si bucn leu ( que ) de Yndie 
et de Baudac et de Mosul et de Crcmosor et de maintes autres 
leus hi vient les mercandics et ilucch vienent maint mercant latin 
por acater de cheles mercandies ke hi venent des estrangcs païs. 
Et encore hi se acatent de pères presioses qe in grant abun- 
dance ici trove. El est cité que moût hi font grant profit les 
mercant mandant. Il sunt jens de poch afer et sunt moût meslée 
de maintes maineres jens. Ilha Armi, Nestori et Jacopit et Girogian 
et Persian et hencore lii a homes qui aorcnt IMaomct , et ce sunt 
le pueplc de la cité que sunt apelés Tauriz. La vile est toute 
muroné entor des biaus jardinz et de delctable plen de maint 
fruit et bucns. Les sarain de Toris sunt moût mauveis et des- 
loiaus. 



( 23 ) 
CHAPITRE XXVII. 

De la grant entraile qe avint en Baudach cl de la montagne. 

Et encore voz volun conler une grant mervoie qe avint entre 
Baudac etMosul. Il fu voir ke aies 1275 anz de Tincamasion de 
Crist avoit un calif en Baudac qe volent moût grant maus as 
cristians , et jor et noit pcnsiut cornant il peuse tuit les cristianz 
de sa terc fer retorncr au sarazin , se ne que il les peust tuit fer 
mètre à mort, et de sez se conseioittozjorzcumsezregislesctcum 
sez casses , car tuit ensenble voloient grant maus à cristienz , et 
ce est couse véritable que tuit les Saracindou monde vêlent grant 
maus à tuit les cristianz do munde. Or avint que le calif con les 
sajes que enter lui estoient , trevent un ponte tel con je voz 
dirai. Il trevent qe en une evangclie dit que se il fuse un cristiens 
que aucse tant de foy quant il est un gran de sénevé que por sa 
prière kc il feise à son sognor Dieu , il firoit jonger* deus mon- «joindre. 
tagnes ensenbles. Et quant il ont ce trovc , il ont grant Ic'csc , por 
ce que il distrent que ce estoit couse de fer torner les cristianz 
sarazinz ou de meter les à mort tuit ensemble. Et adonc le calif 
mande par tuit les cristiez Nestorin et Jacopit que en sa tere 
estoient que moût furent grant quantité'. Et quant il furent devant 
le calif venu, il lor mostre cel evangelie et le fait lor lire , et 
quant il l'ont leu , il demande se il estoit ensi vérités. Les cris- 
tiens distrent que voiramant estoit -il vérité. Donc diles-vos 
fait le calif , que un cristienz que aiisse tant de foy quant est un 
gramans de sénevé , que por sez prier qe il feisse à son Dieu , 
il firoit jungere deus montagnes ensenble. Ce don nos Aoirrc- 
mcnte , feit les cristiens. Donc vos metrai-jc un parti davant, fait 
le calif, puis que voz êtes tant cristians, bien en doit avoir en- 
tre voz que aie une pou de foy ; dont je voz di , ou vous ferés 
remuer celle montagne que voz la véés , et lor monstre un mont 
que près estoit, ou je voz firai tuit morir à mala mors: car se 



( 4) 

voz ne le faites mouvoir , adonc mostrerez voz ne aies poil de 
fov- Je voz firai tuit occire , o vos rctourncrcs à la nostre bone 
loy qe Maomct nostre profie nos donc , et autres foy et estre 
saives , et à ce faire vos donc rcspit de ci à dix jors. Et se à celui 
terme ne Taures fait, ouz farai tuit mètre à mort. Atant ne pa- 
role plus le calif et donc conje' à crislians. 

CHAPITRE XXVIII. 

Cornant les cristiens ont grant paor de ceke le calif lor avoil dil. 

Et quant les Cristians ont entendu ce qc le calif lor avoit dit , il 
ont mult grant ire et grant paor de morir , mes toutes foies il 
avoient bone sperance en lor criator que les aidera de cest granl 
pcrilz. Il furent à consoil tuit les sajes christiez qui estoicnt les 
proies , car il avoit vcsqucvé et arceveschcvc et preste ascz. 
Il ne poient prendre cunsoil for que prier lor scgnor Deu que por 
sa pieté et merce conseie en cest fait , et qu'il les escampe de 
si cruel mort comc le calif lor faroit faire se il ne firont ce que 
in lor demande. Che vos en diroie ? Sachiés voirmant que les 
cristicnz estoicnt tout jor et tutc noite en oracion et prient dévo- 
tement le savaor do ciel et de la tere qe il por sa pieté le deuese 
aider de cest grant perilz là où ils sunt. En cest grant oracion et 
en cest pregeres furent les cristianz huit jors et huit noitcs , mases 
et fcmes , pitct et grant. Or avint que endemcnticr que il estoicnt 
en ceste oracion , qu Fangcl ven en vision pour mesajes de Deu 
à un veschevo qe moût estoicnt home de santé vite II dit o ves- 
* Créature, chcvo : Or tc vais à tel cralantur* que a un iaus** , et à celui diix's 
ke la montagne se mue , e la se muara mantenànt. Et de ceste 
chabitier vos dirai que home il estoit et saive. Or sachiés de voir 
ïJeùnoli. qu'il estoit home molto onest et moût cast. Il dczjunoit* et ne 
fasoit nul peca. Il aloit toz jorz à la glisc et à la messe. Il donoit 
chascus jors du pan c]ue il avoit por Deu. Il estoit home de si 



( 25) 

bone mainerc et de si santé vite , que le ne troyase un meior ne 

près ne lonse. Et si vos dirai une couse que il fist que lu en dist 

qe il soit bon borne de bone foy et de bone vie. Il fu voir qe il 

avoit plusor foies oï lire en sant vangelie qe disoit qe se le iaus 

te scandalizot à pechcre , ke tu le doit traire de la teste ou auvo- 

cher le , si q'el no te faza pechere. Avint qe un jorno à la maison 

de ccst zabater vent une bclla do femene por achater zabate , 

le mcstre li n'ose voir la gamba et le pc per veoir quelz zabate li 

fuissent bonez. Et adonc se fait mostrere la jamba et li pé , et la 

femene li mostre mantinant ; et san faille elle estoit si belle la 

jambe et le pé , ke de plus biaus ne demandes ; et quant le mestre 

qui estoit si bon comme jeo vos ai dit, ai vcu la jambe et le pé à 

ceste feme , il en fu tôt tenté por ce qe les iaus le voient volun- 

ter ; il lase alere la feme , et ne li vost vendre le ziulant , et 

quant la feme en fu aies , le mcstre dist à son mesme ; bai ! des- 

loiaus et traites , à cui penses-tu ? certe je en prenderai grant 

vangance de mes iaus ke me scandalizent , et adonc prent tout 

mantinant une pitete macque et la fait moût ague , et se done por 

me le mi* des iaus en tel mainer q'il se le crevo dedenz la teste , » Milieu. 

si k'el nou vi jamcs. En tal maineie con voz ara oï , cest zabater 

se gaste le un des iaus de la teste , et certe il estoit bien santissme 

home et bon. Or retornerom donc à nostre materie. 

CHAPITRE XXIX. 

Cornant l'avision vint à l'evesque qe la proierc dou zabater foit. 

, Or sachiés quant ceste avision fu venue plusors foies à cel ves- 
chevé , ke il deust mander por cel zabatero et qe celui por sa 
prier fara mover la montagne , cestui veschevo le dit entres 
les autres cristians tout le fait de l'avision que li estoit avenu por 
tantes foies. Et les cristiens tuit l'otrent fuissent venir davant elz 
cel zabatier , et adonc le firent venir , et quant il fu vinu il dis- 



( 2G ) 

tient qe il volent qc il doie prier le segnor Deu q'el deust fair 
movcr la montagne , et quant cest zabaler oï ce qe le veschevé 
et les autres cristians li disoient , il dit qu'il n'est pas si bon home 
ke Dame ne Deu feisse por so preier si grant fait. Les cristiens le 
prient moût dolcemant ke douese fair ccle prière à Dieu. Et qe 
vos en diroie ? Il le prient tant ke il dit qu'el fara lor volunté , et 
fira celle prière à son criatore. 

CHAPITRE XXX. 

Conianl la prière dou crislicnz fist moverc la montagne. 

Et quant le jor dou termene fo venu , les christiens se lèvent 
bien por maitin et masles et fcmcs , pitet et grant. Il aient à lor 
église et cantent la sainte mese , et quant il ont canté et fait tout 
le servise dou nostre sire Dieu , il tuit enscnble se mcstrent à la 
voie à alere en plain de ccle montagne et portant la crois dou 
savator davanl elz. Et quant il furent tuit les cristiens venus en 
cest plain qui estoient bien cent mille , il se mistrent davant la 
crois de nostre Sire. Le calif hi estoit à si grant motitudine de 
Saracin qe ce estoit mervoie qui estoient venu por occir les cris- 
tiens , car il ne croient mie ke la montagne se remuase , e les 
cristienz tuit piteti et grant avoient grant paur et grant doute ; 
mes toutes foies avoient bone sperance en lor criator. Et quant 
toutes ccstes gens Cristienz et Sarasin estoient en cel plain , adonc 
le zabalcr s'cnjenocle devant la crois et tent sez mainz ver le cel , 
e prie moult son salvator que cel montagne se doie movoir et 
que tant cristienz come iluec sunt ne morisoit à maie morte. Et 
quant il oit fait sa preier , il ne demore mie guiers que la mon- 
tagne conment à deruiver et à mover ; e quant le calif et les 
Sarazin vient ce , il nont grant mei-x oie , et plusor s'en torncnt 
cristienz , et le calif mesme se fist cristienz , mes ce fut celée- 
* Au col. mant , mes qe il morut il se treuve une croxe à cuil * ; dont les 



(27 ) 

Saracin ne sevolent * es roube des autres calif , mes le mistrent «Ensevelissent. 

en autre leu. Encel mainere alaceste mervoile come il avés oï que 

la loi que lor profete Maomet a lor donc comande qe tout le 

maus qu'il puent faire à toutes jens qe ne soient de lor loy et 

tout ccl qe il puent lor tolir , n'en unt nul pechic's , et por cest 

couse foroient-il moût maus , se ne fuse por la segnorie ; ettuitcs 

les autres Saracin dou monde se mantinent en ceste mainere. 

Or laison de Tauris et ( Baudac et) conmenceron de Persie. 

CHAPITRE XXXI. 

Ci comance de la granl provence de Persse. 

Persie est une grandisime provence , laquale ansienamant fu 
mut nobles et de grant afer ; mes orcndroit les hont destruite 
et gasté les Tartarz. En Persie est la cité qui est apclé Sava de 
laquel se partirent les trois mais quant il vindrent ahorer Jesu- 
crit. En ceste cite' sunt soveliz les trois mais en trois sepouiure 
moût grant et bêles , et desor la scpouture a une maison quare's 
et desourc n'ont nuit bien curés et est le une juste l'autre. Les 
cors sunt encore tuit entières et ont chuoilz * et barbe. Le un avoit * ciievem. 
à nom Bcltazar , le autre Gaspar , le terzo Melchior. Mesere 
Marc demande plusor jens de cel cité de l'estre de ces trois mais , 
mes nul ne i ot qu'il en sause dire rein for qu'il disoient qu'il 
cstoient trois rois que ansienamant i furent soveliz , mes il en 
apristrent ce qe je vos dirai. Trois jornée plus avant trovent un 
caustaus qui est appelés Cala Atapcristan qe vaut à dir en fransois 
castiaus des les aoraor do feu , et ce est-il bien vérité ; car les 
homes de cel castiaus aorent le fu , et vos dirai por coi il les 
aorent. Les homes de cel castiaus dicnt qe jadis ansienemant lor 
trois rois de celé contrée aloient aorer un profete qui estoit nés 
et aportent trois ofert , or , encens et mire , por connoistre se 
celui profet estoit dieu ou rois tercine ou mine : car il dient se 



* Sor il. 



( 28) 

il prant or qu'il est roi tereinc , et se il prient encens il est dieu ," 
et se il prient mire qu'il est mire. Et quant furent venu là où 
l'enfens estoie nés , les plus jeune de cesti trois rois s'en vait lot 
seul por vcoir l'enfant et adonc l'en trêve qu'il estoit senblable à 
soi mcesme , car il scnhloit de son aages et de sa faison. Adonc 
oisi * hors moût mervillat , et après il , ala le autre que estoit de 
mezme aages , et tout ausi le senble corne à le autre de sa faison 
et de son aages et encore oissi hors tout csbaYs ; puis hi ala le 
tierce que de greingnor aajcs estoit , et tout ausint li avint come 
à les autres deus , et encore oissi hors moût pensif, et quant les 
treois rois furent tuit et trois enscnble , il dit le im à le autre 
ce qu'il avoient veu , et de ce se font-il moût grant merveie et 
distrent que il hiront tuit et trois à une fois. Adonc s'en aient 
tuit enscnble devant l'enfant , et treuvent de l'imaje et de le aajes 
qu'il estoit , car il ne avoit que treize Jors. Adonc le aorent et 
li ofrent le or , et le encens et la mire. L'enfant le prist toites et 
* Boiie. trois les ofcrtcs. Adonc puis donc lor l'enfant un busel * cleus ; 
les trois rois Se partirent por retomer en lor contrée. 

CHAPITRE XXXII. 

Ci devise de trois magis que vindrent aorer Dieu. 

Et quant il ont chevauches auques Jorncc , il distrent qu'il 
volent vcoir ce que l'infant avoit lor donc. Adonc aurcnt le busel 
et il troveut dedens une picres. Il se font grant mcravoie qe ce 
puet estre. L'enfant l'avoit lor donc en senifiance qu'il fuissent 
ferme come pieres en la foi qu'il avoient conmcncé , car quant 
les trois rois virent que l'enfant avoit prcse toutes et trois les 
ofertes , il distrent qu'il estoit dieu et roi tcrestre et mire , et 
por ce que l'enfant soit qu'estes trois rois unt cel foy , doneelzla 
père en sinifiancc qu'il fuissent feniie et costant à cel que il 
croient. Les trois rois pristrent cel percs , et la gotent in un puis : 



( 29 ) 

car il ne savoicnt pas por coi la piere fo lor donc , et tantost que 

la piere fo getée en puis , descendi dou ciel un feu ardant et vient 

tout droit à puis là où la piere avoit gitee. Et quant les trois rois 

virent cest grant morvoille , il en devicncnt tuit esbaïs et furent 

repentu de ce qu'il avoient la piere gitée , car bien voient que ce 

estoit grande senifiance et bone. Il pristrcnt maintenant de cel 

feu et le portorent en lor païs , et le mistrcnt en une lor gliese 

molt belle et riclie , et toutes fois le font ardre et l'aorent corne 

Dieu , et tuit lor sacrifice et holocast qu'il font cuient con cel feu. 

Et sel avenist alcune fois qe le feu s'astutas* , il vunt à les autres * s'cieignit. 

que cel mcesme foy ticncnt , et aorcnt le feu ausi , et se font 

doner de lor feu que ait en lor yglisc et tornent à aprendre le lor 

feu , ne jamès ne l'aprennerent se no fost de cel feu qe je vos ai 

contés , et vont pour trever de cel feu mantes fois dix jornëes. 

Por ces raison que je vos contes aorent le feu cclz de celle contrée , 

et vos di qu'il sunt manies jcns et toute ccste chouse content , 

et distrent celz dou chastcl à mesicre Marc Pol et tout ensint 

est vérité , et encore vos di que le une des trois mais fu de Saba, 

et le autre de Ava , et le terz dou castel que Je vos ai dit que 

adorent le feu. Or vos ai contez cestui fait bien aconpimento , 

et après vos contirai de maites autres cités de Persie , de lor 

fait et de lor costumes. 

CHAPITRE XXXIII. 

Ci devise de huit roiarnes de Perse. 

Or sachiés que en Persie a huit roiarnes, por ce qu'el est gran- 
disme provence , et si le voz conterai por lor nom. Tuit le 
premier roiarnes dou conmencement a nom Casum. Le segond 
ke dever midi est appelés Cardistan. Le terz est apelés Lor. Le 
quart Cielstan. Le quint Istanit. Le séisme Cerazi. Le septisme 
Soucara. Le octisme Tunocan qui est à l'esue de Persie. Tuit 
cesti roiarnes sunt dever medi , for le un sol Levant , c'estée 



( 3o ) 

Tucoan qui est près à l'abre seul. En ccsti roiames a maint Mans 
destrer et maint emoincnt en Yndie à vendre , et sachics qu'il 
sunt chevaus de grant vailanze , car il vendent le un bien dcus 
cens libres de tornis , et tous les plusors sunt de ceste vailance. 
Encore hi a asne li plus biaus dou monde que bien vaut le un 
trointe mars d'argent , car il sunt grande coreor et bien portant 
« i.amhle. à l'anblaurc*. Les gens de cesti roiames moinent les cavaus que 
je voz ai dit jusque à Chisi et à Curmosa qe sunt deus cité que 
sunt sour la rive dou mer d'Yndie , et iluec trovent les mercant 
que les acatent et les moinent en Yndie , et la li vendent si cher 
cum je voz ai contes. En cestes roiames a de maites cruel jenz et 
homisidiaus , car il se ocient tout jor ensenble , et se ne fust 
por doute de la scgnorie , ce est del Tartar do Levant , il faroient 
grant maus as mercaante mandant. Et por tout la segnorie ne 
laisent-il mie qu'il ne facent elz domajes plusors fois. Car se les 
merchaant ne sunt bien aparoille's d'armes et d'arc , il les oc- 
cient et maumenent malemanl. E voz di san faille que il tinent 
tuit la loy Maomet lou profete. En la cité ha mercaans et homes 
d'ars ascz que vivent de mercandies et de labor , car il font dras 
♦ Coton. doré et dras de soie de toutes fassionz. Il hi naist banbace * asez. Il 
ont abunndance de forment et d'ors et de milio et de pani et 
de toutes blait et de vin et de toutes fruit. Or laLson de cesti 
roiames et voz conteron de la grant cité de Jasdi tout son afer e 
son costumes. 

CHAPITRE XXXIV. 

Ci devise de la cité de Jasdi. 

Jasdi est en Persie mesme, moltbone cité et noble et de grant 
marchandies. Il se laborent maint dras de soie que s'apeles 
Jasdi que les merchant les portent en maintes pars por fer lor 
profit. Il aorent Maomet et quant l'en s'en part de ceste tiere 



(3. ) 

por alcr avant , il chevache sept jorm'e toute plaine , et n'i a for 
que en trois leus habitasion là où Yen peust herbogier. Il hi a 
maint biaus boscet que se puent bien chavacher. Il hi a main- 
tes chicbaion de bosccs. Il ha pernis * et quatornis asez , et les * Perdrix. 
merchant que por iluec chevauchent , en prencnt grant seulas. 
Il hi a encore asne savajes moût biaus , et à chief de ceste sept 
j ornée se treuve un roiame que est apellé Crennan. 

CHAPITRE XXXV. 

Ci devise dou raiame de Creman. 

Crerman est un rengne en Perse mesme et ansiene, so seingnore 
l'oit por hereditajes ; mes puis que le Tartar le conquistrent , 
ne vait pas la segnorie por hereditajes , mes hi mande le Tartar 
celui sire qu'il vult. En cest règne naisent les pieres que l'en 
apele torchiose , et hi in a en grant habundance , car il les tre- 
vent en les montagnes , car il le escavent dedens la roche. Et 
encore ont vene d'acier et d'ondanique assez. Il se laborcnt de 
tuit harnois de chevalier moût bien. Ce sunt frain et selle et 
speronz et espce et arc et carcas et tous lor armeine selonc lor 
uzances. Et les dames et damoiseles labourent moût noblemant 
de aguigle sor dras de soie de tous colors à bestes et à osiaus 
et a moutes autres ymajes. Elle laborcnt les cortines des barons 
et des granz homes si bien et si veamant qe c'est una grant mer- 
voille à véoir , et coltres et coisin et horeiler laborent ausi moût 
sotilment. Et en les montagnes de cest pa'i's naisent les nieilor 
fauchonz et les miaus volant dou monde , et sunt menor que 
faucon pellcrin , et sunt rojes en pis et desout la coc entre le 
cuisse , et si voz di q'il sunt si volant dismizuréemant qu'il ne 
est nul ausiaus qe devant li puise cscamper por voler. Et quant 
l'en s'empart de la cité de Crennan , il chevauche sept jomée , 
toutes fois trovant castiaus et villes et habitassion assés , et hi a 
trop buen chevaucher et de grant soûlas : car il hi a venesion 



( 3a ) 

assez etpernis en abundancc. Et quant l'en ha chevauchés sept jor- 
née por cest plan , adonc trcuve une grandissime montangne et 
desendant , car ben chevauche deus jornée toutes foies au déclin , 
et toutes foies treuvent de maintes faison de fruit en habundance. 
Ansiencment il havoit habitassion , mes orcndroit ne n'i a il mie, 
mes il hi demorent jens con lor bestiaus paisant. Et de la cité de 
Crerman jusque à cest descese , ha si grant froit de yver que à 
poine eschanpe ben portant à sez dras et à sez pannes. 

CHAPITRE XXXVI. 

Ci devise de la cité de Comadi. 

Et quant l'en ha descendu celle deus jornc que je voz ai dit , 
adonc trêve une grandisme plaingne et ao comenzamant de cel 
plain a une cite qe est apelcs Camandi que Jadis fu grant cité et 
noble à mcrvoille ; mes orendroit ne est pas si grant ne si bone : 
car Tartarz d'autre paYs les ont domajés plusor foies. Et voz di 
qu'il est celle plaingne moût chaue. Et la provense de coi vos co- 
mison hore est apellé Reobarles. Sien fiiiit sunt datarl et pome 
de paraïse etpistac et autres fruit, lesquelz ne sunt en nostre leu 
froit. Et en ceste plaingn a une generasion d'oisiaus que l'en 
apelle francolin que sunt dévisse à les autres francolins des 
autres païs , car il sunt noir et blance mesleemant , et les 
pies et les becho ont rouges. Les bestes sunt ausi di^^sée , et voz 
dirai des hué primeramant. Les buef sunt grandismes et sunt tuit 
blance come nois. Le poi il ont petitet et plain , et ce avient por 
le caut leu. Il ont les coi'nes cortes et groses et non agues. Entre 
les spaules ont un ziub reont haut bien deux paumes. Il sunt la 
plus belle chause dou monde à veoir. Et quant l'en le vuelt char- 
gier , il se coucent ausint con font les siamiaus ; et quant l'en le 
a chargiés , il se lèvent et portent lor chargies moût bien , car il 
sunt forte outre mezure. Il ha mouton grant com asne , et ont 



(33) 

la coe si grosse et si large que bien poisse trente livres. Il sunt 
moût biaus et gras , et sunt buen à manger. En ceste plaingne a 
plusor casliaus et viles que ont les mur de tere liantes et groses 
por défendre s elz des Caraunas. Ce sunt Bcrouicrz que vont co- 
rantles païs, et por coi s'apellent Caraonas , po ce ke lor mère 
sunt esté indiene, et lor père par tartarz. Et cest gens quant il 
vuelcnt corer les païs et rober , il font por lor cncantcmant pour 
evre diablotique tout le jor devenir oscur, si que l'en ne voit loingne 
se pou non, e ceste oscurité font durer sept jornée à lonc. Il 
sevent moût bien les païs ; il chevauchent quant il ont faite la 
scurité le un de joslc l'autre , et sunt bien dix mille tel fois , 
et tel fois plus , et tclz foiz moin , si qu'il prennent tout le 
plan dont il vuelent rober , si que tuit celz que il trovent 
en les pleines ne poent excanper ne homes , ne bestes , ne 
couses qu'il n'cstoient prises. Et puis qu'il ont pris les homes, 
il occient les velz* , et les jeunes enmoinent et les vendent pour * ^ '"" 
sers et pour esclaif. Les lor roi est apellés Nogodar, e cestui 
Nogodar alla a la cort de Ciagati qui estoit frère charnaus au 
grant Can bien cum dix mille homes de sa jcns et demoroit o * lui * ^'■'' 
por ce que scn oncle estoit et moût grant sire , et atant qu'il 
demoroit ho lui, Nogodar se pense et fist grant félonie, e voz 
dirai comant. Il se parti d'à son uncle Ciagatai ke en la grant 
Aiminie estoit, et s'en fui bien cum dix mille homes de se gens 
qe moût estoient cruelz et fellonz , et s'en passe por Badasian 
et por une proverice que s'apelle Pasciai et por un autre provence 
qe a à nom Chesciemur et ellau perdi maintes des ses jens et de ses 
bestes, por ce ke les voies estoient estroites et mauveses ; et 
quant il unt toutes ceste provence pisté , il entrent en Yndie en 
lo confin à une provence qui est apellés Dilivar. Il pristrent une 
noble cité que a à nom Dilivar et demore en celé cité et pro le 
règne qu'il tolli à un roi que avoit à nom Asidiu soltan que moût 
estoit grant et riche , et iluec demore Nugodar cum sez jens et 
no a douté de nclui. Il fait ghere à tous les autres Tartarz que 

5 



(34) 

einiioa son reiiignc demorcnt. Or voz ai contés de ceste plaigne 
et de les gens que font fer la souri té por rober , et se voz di que 
mcssier Mardi mecsme fu tel corne pris da celle gens en celle 
oscurilé ; mes il cscampc à un castiaus qui est apellcs Canosalmi , 
et de sez conpains furent pris asez , et furent vendus et de tielz 
mors. Or voz conteronz avant des autres cliouscs. 

CHAPITRE XXXVII. 

Ci devise de la grant déclinée. 

Il est voir que ceste plaingne dure dever midi cinq jornée , 
et à chief cinq jornée l'en trouve un autre clinée que convept que 
l'en aille pur un déclin vingt miles et est moût mauves voie , et hi 
vienent des mauves homes que robcnt , et por ce est doteuse voie. 
Et quant l'en a descendue ceste clinée , il Ircuve un autre plain 
molt bels et est apellés le plain de Formose. Il dure deus jornée 
de lonc. Il hi a bielles riveres et datai , asez hoisiaus ; hi a fran- 
culin et papagaus et autres oisiaus que ne sunt senblable as nos- 
tres. Et quant l'en a chevauchés deus jornée , il treuve la mer 
Osiane , et sour la rive ha une cité que est apelés Cormos , lequel 
a port , et voz di que les mercaant hi vienent de Yndie con leur 
nés, hi aportent de toutes especeries et pieres prcsieuses , et perles 
et dras de soie et dorés , et dcns d'olifant et maintes autres mer- 
candies , et en cel cité le vendent à les autres homes que puis la 
portent por tute universe monde , vendant à les autres gens. Il 
est ville de moût grant merchandies. Elle a sout soit cités et 
causlians assez. Elle est chief dou règne. Le roi a à nom Rue- 
medan Acomat. Il hi a grandisme chalor , car le solei hi est moût 
chaut et est enferme tcre , et se aucun mercaant d'autre païs hi 
morent , le Roi prent tout son avoir. Et en ceste tere se fait le 
vin de datai et con autres espiccs asez et est moût bucn. Et quant 
les homes le boivent que n'en soient costumés de hoir , il se fait 



( 35) 

molt aler desoiit et purge tout ; mes puis il fait bien et 11 donc 
charn asez. Les homes ne uzcnt nostre viandes , por ce que c'il 
menuent pain de forment et char, il chaient amalaides. Et por 
estre sains ils menuent datai etpeison salée:ce sonttoins; et encore 
menuent ci voles , et por demorer sains uzent ceste viandes qe je voz 
ai dit. Lor nës sunt mont mauves et ne perisent asez por ce qu'eles 
ne sunt clauc'e cum agu de fer, mes sunt cuisie de fil que se fait de 
l'ascoi-ce de les nocces*d"Yndie , car il la font macérer et devient * Noi: 
come sette de crine de chevas ; puis en font fil et en cieusent les nés 
et ne s'agaste por Tcive sause de la mer , mes hi dure asez. Les nés ' 
ont un arbres et une voillesctun timon, etneuntcuverte ; mè 
quant il les ont chargés , il couvrent la mercandies con cuir ,et de 
sor le merchapdie, puis qu'il ont cuverte , hi metent les cavaus qui 
portent en Yndie à vendre. Il ne ont fer por feragus, etpor cefont 
peron de ling et cuisievrcnt de fil. Et por ce est grant pcrilz à najere 
en celé nés , et voz di qu'il enoient maintes, por ce que la mer d'En- 
die fait grant tempeste plusor foies. Les jens sunt noir et aorcnt 
Maomet. Et d'esté demorent le gens pas en le cités , car il hia si 
grant chalor qu'il hi morent tuit, mes vos di qu'il vont dehors à lor 
jardinzlacui il a rivière et ague assez , et por tout ce n'eschanpe- 
ront se ne fust ce que je voz dirai. Il est voir qe plosoi's foies de 
l'astée vent un vent d'enver le sablon qui est environ cel plain , qui 
est si caut dcsmesuremant qu'il ociroit l'orne , se ne fust ce qe les 
homes tantost qu'il voient que cel chaut vienet , il entrent en 
l'eive, et en cest mainere eschampent de cel chaut vent. Et encore 
voz di qu'il seminent lo forment et le orze et les autres blés dans 
mois de novenbre , et le ont rccoilli por tout mars , et ausint 
devient de tute les fruit , car il se finent et couplent dou mois de 
mars , ne ne troverés nul herbes sor la terre for les datai que 
durent jusque a un mois de may , et ce avent por le grant calor 
que tout sèche. Et des les nés voz dirai qu'il ne sunt pas enpcccée , 
mes l'oingnent d'une olio de peison. Et voz di qe qiiant les homes 
moururent ou femes , il en font grant duel ; et si voz di qe les 



(36) 

liâmes plangcnl lor mors bien quatre anz , puis k'il est mort ongne 
jor au moin une fois , car il se raenglent con lor parcns et con lor 
voisinncs et font grant plorer et grant criere et grant regrater le 
mors. Or vois laison de cesle cité et ne voz contaron de Endie à 
cestui point , car voz bien le conterai en nostre livre avant , quant 
tens et leu sera ; mes mo l'ctornerai por tramontaine por conter 
de celle provence , e retorncron por un autre voie à la cité de 
Crerman que je voz ai contés , por ce que en les contrés dont je 
voz voil conter ne se puct aler sciio da ccste cité de Crcman , et 
voz di qe le roi Maimodi Acamat dont nos partîmes orc , est 
homme de ccst roi de Crerman , et en retorner da Cremosa à 
Crerman a moût biaus plain , et abundanze de viandes. Il hi a 
maint bangn chaut, iili apernis asez et grant mcrchiés, fruit et da- 
tai hi a assez ; li pain de forment qui est si amer que nul en puet 
mangier se ne en est costumés , et ce avent por ce que.l'eive hi 
est amer ; les bagnes que je vos ai dit desoure , sunt d'eive sur- 
gent moût chaut , et sunt moût buens à maltcs maladies et à ron- 
gncs. Or voz vucil comevoir de les contrée che je voz nomerai e 
* Devers, mon livrc devir * tramontaine et horés cornant. 

CHAPITRE XXXVIII. 

Cornant l'en ala part sauvaje conirée. 

Quant l'en s'en part de Crerman , il cheuvauche bien sept 
jornée-de moût ancuise vie, et voz dirai comant. Il hi a trois 
j ornée que l'en ne treuve river se pou non , et celle que l'en 
trouve est sause et verde come herbe de pré , et est si amer qe 
nulz se poroit sofrir à hoir, et se l'en en bcust une gouse , il le 
firoit alcr desout plus de dix fois , et encore dou sal que celle 
eive fait , celui que en menuast un petitet graveus , il le firait 
ausi moût descorre desout ; et por ce les homes qui por illuec 
vont , portent com clz cive por hoir. Les bestcs en boivent à grant 



(37 ) 

force et por grant soif , et si vos di que l'eive les font descorcr 
outre mesure. Et en ccst toute trois j ornée ne a nulle habitaison , 
mes est tout dezcrt et grant scccetéc. Bcstcs ne i ont por ce que il 
ne i trovcront à manger. A chief de trois jornée trovon un autre 
leu que dure quatre jornëe que ausint est dezert toute sèche , et 
l'eive est aussi amer , et ne est arbres ne bestes for che asne 
solemant. Et à chicf de cest quatre jornée tinisce le reingne de 
Crerman , et trovon la cité de Cobinan. 

CHAPITRE XXXIX. 

Ci devise de la grant cité noble de Cabanat. 

Cobinan est une grant cite. Les gens aorent Maomet. Il hi a 
fer et accr et ondaniquc asez, ethi s'i font mireor d'accer moût 
biaus et grant ; et ilucc se fait la titue qui est moût bone as iaus. 
Et encore hi se fait le spodio, et voz dirai cornant il se font. Il 
prenent une voine de tcre que est bone à ce faire ; il la morent en 
une fornace de feu ardan , et desus la fornace a graticule de fer 
et le fum et le humidor qui oisse de celle terre et si prent à la 
graticule dcl fer , ce est tutia , et cel que de celle terre remest 
cl feu est spodio , et or laison de cest cité et alon avan. 

CIIAPITPxE XL. 

Cornant s'en ala por un dezert. 

Et quant l'en se parte de cest cité de Cobian , l'en vait por un 
dczcr bien huit jornée , en quel a grant secchté , et ne i a fruit 
ne arbres , et les eive hi sunt ausi amer et mauveises , et aporte 
tout ce qe a bisogne por mcngier et pour hoir for l'eive que le 
bestes boivent à grant anvie. Et à chics de ceste huit jornée l'en 
treuve une provence qui est apelés ïonocaiu. Il hi a cité et chaus- 
tiaus asez, et est en le confinnes de Persie dever tramontane, et hi 



( 38) 

a une grandisimcplainf^ne en lequel est l'arbre seul que les crislicns 
appellent l'arjjre scclie , et vok dirai cornant il est fait. 11 est 
moul graiit et niout gros , sez foilles sunt de l'une part vers 
est de l'aulre blancc. Il fait noci sciihiale as noci de caslaingne , 
mes ne ia dedens rien. 11 est fort ieing cl est jaune corne bus, 
et ne a nul arbres après à plus de cent miles , for che d'une part 
que y a près arbres à dix miles. El iluec dienl ceiz de celle con- 
tn'c que fu la bataille entre Alixandre et Dayrc. Les viles et les 
caustaus ont grande abundancc de toutes cbouses bones et bêles, 
car le païs esl trop bien conpasionés , ne trop caul ne trop fredo. 
Les jens aorcnt luit Maomel. Il bi a belle jens propemant, les 
femes i sunl belles oulre mesure , et de ce nos partiron et vos 
conteron d'une conlrre (jue est apcUé Milecl là o le vielle de la 
Montagne soloit dcmorer. 

CHAPITRE XLI. 

Ci devise dou Vicl de la IMontagnc cl de ses ascsinz. 

Muleclc esl une conln'e là où le viel de la Montagne soloit de- 
morer ansiencmanl. Mukelc vaut à dire Desaram. Or vos con- 
terai tout son afer solonc que je meser Marcb oï la conter à plu- 
sors homes. Le viel étoit apcUé en lor Icngajes Alaodin. Il avoit 
fait fer entre ilens montagnes en une vale le plus grant jardin 
cl les plus biaus kc janu^'s fusl veu. 11 lii a de tous buen fruit 
dou monde , et qui avoit fait fer les plus belles maisonz et les 
plus biaus palais que unques fuissent veu : car il cstoient dorés 
cl porirait de toutes les belles coses dou monde. Et encore hi 
avoit lait faire conduit (jue por lel coroit vin et por tel lait, 
et por tel mel et por tel eive. 11 bi avoit dame et damesseles 
les plus bielles dou monde , lesquels scvent soner de luit enslru- 
mrnti cl cbanlcnt et calorcnt miaus (pie autres femes, et fasoit 
le Vick entendre à sez homes que cel jardin esloit paraïs, cl por 



(39 ) 

ce l'avoit faite en tel maincrc que Maomet ne fist entendre h 
les Sarain que cela que vont en parais hi aront belles fcmcs tant 
quant il voudrcnt à lor voluntôs , cl que hi trevercnt flum de 
vin et de lail cl de nicl cl d'eivc , et por ce avoit fait fer cel 
jardin scnblahlc au |)aiaïs (juc Maomet avoit dit h Sai'ain , et les 
Sarain de celle contrée cioicnt \oireniant que ccl jardin soit 
parais. Et en ccsl jardin ne inlroit nul homes jamcs for sole- 
mant cclz que il voloil fer asisim. H avoit un castiaus à l'cnln-e 
de cel jardin si fort (qui;) ne doutroil home don inonde , et por 
autre part ne se pooil entrer que por iluec. Les vielz tenoit o lui 
en sa cort tuil les jovenes de doz anz en vint de la contrée. Ce 
estoien t cclz q>ic scubleient eslre homes d'armes , lesquelz savoient 
bien por oïr dir solonc que Maomet lor profetc dist el/, (juc le pa- 
rais cstoit fait en tel maner con je vos ai contés, el ensi croienl-il 
voiramenl : e que vos en diroie ? Li vielz en fasoil mètre de ccsti 
jeune en cel paraVs à quatre et à dix et à vingt sclouc que il vo- 
loil eu cesl maiiicre , car il l'aisoil elz doner licvi'ajcs [tor hxjuel 
il s'adormoit matin et puis les i'alsoit prendre et mener en cel 
jardin et les faisoil desveiller. 

CHAPITRE XLII. 

Cornant le Viel de la Montagne fait parfet cl obicnt se/, ascsinz. 

Et quant les jeunes estoient desvoillés et il se Irovcnl laiens et il 
voient toutes cesles couses que je vois ai dit, il croient estre en 
paraïs voieramanl, el les dames et les damcselcs demoi'oient tout 
jor con elz sonant el canlanl cl faisant grant soûlas , el en fa- 
soient à lor voluontés , si que cisti jeune avoient tout ce cpie il 
voloienl, et jamès por lor voluntcs ne istront de laiens, e le viel 
tient sa corte rnoul belle el gianl , et demore moût nobleinant , 
el fait creire à cel seiq)le jcns d('s montagnes (jiie entre lui sunt 
qu'il est profele et casi croicnt-il voiraniaut. E quant le vel en 



(4o) 

vull aucun por envoler en aucun Icu e faire occire aucun home, 
il fait doncr le bcvraje atant corne il li plet ; et quant il sunt en- 
dormi , a il fait prendre en son palasio. Et quant cesti jeune sunt 
desveilles et il se trovent en cel caustiaus el palais , il s'en font 
grant meraveie et n'en sunt pas lies , car del paraïs dont il ve- 
noicnt por lor voluntés n'en s'en fuissent-il jamès partis. Il aient 
mantinant devant li vicus et se humelent moût ver lui come 
celz que croient que soit grant profete. Le vielz le demande dont 
il vienent , et celz dicnt qu'il vienent dou paraïs et disoient que 
voirament en celle paraïs come Maomel dist à nostri ancesor 
lor content toutes les couses qu'il hi trovent, et les autre que ce 
cent et en avoicnt esté , avoient grant voluntc d'aler el paraus et 
avoientvolunté demorir,por coi il hi posent aler , et moutdesi- 
rolent ccl jor qu'il hi ailcnt, et quant le vielz ^"uelt faire occir 
un grant sire , il fait aprover de sien asciscin celz que mcior cs- 
toient. Il envoie plosors ne grantment longe environ soi por 
les contrée et lor comandent qu'il ocient ccl homes. Celz vont 
mantinant et font le commandamant lor segnor, puis retoment 
à cort celz que escanpent ; car de telz hi a que sunt pris et morli 
puis qu'il ont occis le home. 

CHAPITRE XLIII. 

Cornant les asasin se afaitcot à mal fore. 

Et quant il sunt torné à lor seingnor que escanpé sunt , il li 
dient que il avoient bien achevé la bizognc. Li vielz fait elz grande 
j oie et grant feste, et bien savoit celui qe avoit fait greignor ar- 
demant : car il avoi mandé darere chascun de scz homes por coi 
il li seusent dir lequel est plus ardi et meior à ucir homes. El 
quant le vielz voloit fair occir aucun segnor ou aucun aotro 
homo , il prennoit de cesti sien asciscin et les envoie là où il vo- 
loit , et lor disoit qu'il les voloit mandere en paraïs , et qu'il ala- 



( 'i- ) 

sent occire le tiel homes, et se il morisen qe tant toslo ira en 
paraïs; celz que cest estoit lor conmandés por le vielz le fasoient 
moût Yolunter plus que couse qe il peussent faire , et aloient et 
fasoient tout ce que le viel lor conmandoit. Et en ceste mainere 
ne escanpoit nul home que ne fust ocics quant le viclz de la Mon- 
tagne voust. Et si voz di tout voirament que plosors rois et plu- 
sors barons li fasoient treu et estoient bien con lui por dotance 
que il ne li feissc occire. Or vos ai contes de le afcr dou viclz de la 
Montagne et de sez asescin , or vbz conterai cornant il fut des- 
truit et por cui. Et encore voz vuoil dir une autre chouse que 
je avoi laissé de lui : car je voz di que cest vielz qui estoient so- 
topost à lui et tenoient toute sa mainere et sez costumes et le un 
envoie e les parties de Domas , et le autre envoie en Cordistan. 
Or laison de ce et venion à sa destrucion. Il fu voir qe entor aies 
1262 anz qe avoit que Crist avoit nasqui , Alau les sire des Tar- 
tars dou levant qe soit toutes ccstcs mauveis chouse qe cest \ielz 
faisoit , il dit à soi meesmc qu'il le fara destraere. Adonc prist 
de sez baronz e les envoie à cest caustiaus con grant gens , et asaient 
le caustiaus bien trois anz qe ne le postrent prendre, et ne l'au- 
sent jamcs pris tant con ils aussent eu que mengier ; mes à chief 
de trois anz il ne ont plus que mangier. Adonc furent pris et 
fu ocis le vielz que avoit à nom Alaodin , con tute sez homes , 
et de cestui viel jusque à ceslui point ne i ot viel ne nul ases- 
cin , et en lui se fenit toute le segnorie et les maus que les ^delz 
de la Montagne avoicnt fait jadis ansincmant. Or voz laison de cest 
matière et aleron avant. 

CHAPITRE XLIV 

C! devise de la cité de Sapuigan. 

Et quant l'en se part de cest caustiaus, l'en chevauche par biaus 
plain et por bcle vallée et por belle costeres là où il a biaus her- 

6 



( 42 ) 

bajcs e bon pascor , et fruit asez et tic toutes coses en grant 
abundance , et les ost hi demorent voluntieres por le grant 
plantée qui hi estoient , et cest contrée durent bien six jomces , et 
hi a ^-illcs et caustiaus, et les homes aorent Maomct. Et silcune 
foies trouve ben désert de soixante miles et de cinquante es- 
quclz ne i se trove eive , mes couvent que les homes les portent 
avec elz. Bcstes ne boivent jusque atant qu'il ne sunt cussi de 
cel désert et venus as leu où il trovent eive ; et quant l'en a 
chevauchés six Joniée tel che je vos ai contés , adunc treuve 
l'en une cité qui est apcllé Sopurgan. Elle est ville de grant 
plantée de toutes couses , et vos di qui hi a les meior melon 
do monde en grandisime quantité , qu'il les font sécher en ceste 
mainere ; car il les trincent tous environ si con coroies, puis les 
metent au soleil et li font sécher et devienent plus douce qe 
mcl , et voz di qu'il en font mcrcandic et li vont vendant por 
la contrée environ à grant plantée , et hi a veneison de bestes 
et de ausiaus otre mesure. Or voz lairon de ceste ville et voz 
conteron doun autre cité qe Bak a nom. 

CHAPITRE XLV. 

Ci devise de grant e noble cité de Balac. 

Balc est une noble cité et grant , et jadis fu asez plus nobles 
et plus grant : car les Tartarz et autres gens les ont gasté et do- 
majés, car je voz di qu'il hi ot jadis maint biaus palais et maintes 
bcilles mason de marbres, et encore hi sunt destruite et gastée. 
Et si voz di qe en ceste cité prist Alexandre à feme la file de 
Dayre. Solonc qe lor disoit de celle cité , les gens aorent Maomet. 
Et si sachiés qe jusque à ceste cité dure la tere dou sire des Tar- 
tars do Levant , et à ceste ville sunt le confm de Persie entre Grec 
et Levant. Or voz laison de ceste cité et cnterron à conter d'un 
autre pais qe s'apelle Dogana. Quant l'en s'en paît de ceste cité 



( 43 ) 

qe je voz ai contés , il chevauche liien doze jornec entre Lo- 
vant et Grec que l'en ne treuve nulle abitasson , por ce que les 
jcns sunt toutes fuies as montagnes en forlresce por paor des 
maies jens et des les hostes qe moût fasoicnt elz domajes. Et voz 
di qu'il hi a aiguë asez , veneison asez , et des leon hi a encore. 
Viande ne hi treuve l'en pas en tout ceste doze jornée , mes con- 
vient qe celz que pour illuec vont, portent la viande avec elz 
por lor chevaus et por lor meesnie. 

CHAPITRE XLVI. 

Ci devise de la montagne dou SaJ. 

Et quant l'en aies ceste doze jorne'e , il treuve un caustiaus qe 
est apelli's Taican , là ù il a grant mcrchés des blés , et est en 
moût belle contre'e et les sien montagnes dever midi sunt mult 
grant et sunt toute sal et tout la contrée environ trointe jornée 
vienent por cel sal Ici est le meior do monde. Il est si dure qe 
ben n'en pout prendre seno con grant pigon de fer; et voz di 
qu'il est en si grant abundance qe tout.le monde en aurent asez jus- 
que à la fin dou scile. Et quant l'en s'en parte de ceste cité, il ala trois 
jornée entre Grec et Levant , toites foies trouvant bielle contrée 
là où l'en trove abitasson asez et planteust de fruit et des blés et 
de vignes. Les (jens) orentMaomet ; il sunt mauves jens et mortu- 
riés. Il demorent mult en bercarie , car il boivent volunter , car il 
ont moût bon vin cuet ; il ne portent en lor chief rien for une corde 
lunge dix paumes et la s'environent en lor teste. Il sunt moût buen 
chazaor et prenent venesion assez et ne ont autres vcslimens for 
che le pelles des bestes qu'il prenent; in celles cocent et s'en font 
vestimens et causemant , et caschun sevent concier les pelés de 
bestes qu'il prenent. Et quant l'en a aies trois jornée , l'en treuve 
une cité qe est appelés Scascm , qui est au cuens , et les sien au- 
tres cités et caustiaus sunt es montagnes, et por mi ceste cité passe 



( 44 ) 

un flum auques grant. Il a maint porches spin , et quant les ca- 
zaors les vêlent prendre et il le mètrent les chen soure, les por- 
ches s'acoilent toutes cnscnble , puis jeté le spinc qu'il a sor son 
dos et por lecosté sor les kiens , et les en navrent en plosor leus. 
Geste Scasunen est une grant provcnces , et a langajes por soi et 
le vilan ke ont lor bestiames demorent ex montagnes, car il hl 
font belles abitasion et grant, car il i font cavernes et le puent 
faire legcrmant por ce les montagnes sunt de tere. Et quant 
l'en s'en part de cest cité que je voz ai dit desoure, l'en ala trois 
jornée que ne Irove abitasion nulle, ne à mangier , ne à hoir; 
mes les mandans la portent cum elz , et à chicf de trois jornée 
treuve l'en la provence de Balasian et voz deviserai de son afer. 

CHAPITRE XLVII. 

Ci devise de la grant provence de Balasian. 

Balascian est une provence que les gens aorent Maomet et ont 
langajes por clz. Il est grant roiames et seroit por hereditajes, ce 
est que de un lingnajes sunt desendu dou roi Alexandre et de la 
fde del roi Dayre le grant sire de Persie, et encore s'apelcnt tuit 
celz rois Zulcarnem en sarasin lor langajes que vaut à dire en 
fraiisois Alixandre por le amor dou grant Alixandre. En cesle 
provence naiseul le picres presioscs que l'en appelle balasci que 
sunt moût belles et de grant vailance , et naisent en le roces des 
montagnes , et voz di qu'il font grant cavernes et montagnes et 
vont moût sout, ausi cum funt celz que cavent la voine de l'ai- 
gent, et ce est en une prope montagne que est apellée Sighinan, 
et encore sachiés que le roi les fait caver por lui , ne nul autre 
home ne i poroit aler à celé montagne por caver de celz balasci 
que ne fost mort maitinant. Et encore il dl qu'il en poine la 
teste et l'avoir se nul entrasse aucun de son roiames , car le roi 
envoie por sez homes as autres rois et as autixs princes et grant 



( 45) 

seingnorz , à cel por treu et à cel por amor , et encore en fait 
vendre por or et por arjcnto. Et ce fait le roi por ce que sez ba- 
laxi soient chier et de grant vailance come il sunt : car se il en 
laisast carer as autres homes et porter par le inonde , il s'en 
ctraierent* tant qu'il ne seroient si cher ne de si grant vailanze. * Exuaiiait. 
Et por ce hi a mis si grant paine le roi por quoi nul n'en traie 
nul sanz sa paroulle. Et encore sachics de voir que en cest 
meisme contrée en une autres montagnes se treuvcnt les picres 
desquelz l'en fait le azur , et ce est le plu fin azur et le meior 
qui soit où monde , e les pieres que je voz ai dit de coi l'en fait 
l'azur est voinc que naist en montagnes come autres voines. Et 
encore voz di qu'il hi a montagnes de quoi l'en treuve voine 
desquelz traient argent à grant plantée. Il est moût froide con- 
trée et provence. Et encore sachiés qu'il y naisent moût buen 
chavalz et sunt grant coreor et ne portent fer en lor pies , et si 
vont por montagnes toz jors. Encore hi naisent en celle mon- 
tagnes fauchons sacri que meut sunt buen et bien volant. Et au- 
sint hi naisent les faucons lanier , venesion et chachionz de bestes 
et d'ausiaus. Hi a grant plantée forment , ont buen orze , ont 
sancz escorze ; olio ne ont d'oliAC, mes il le font de suzimau et de 
noce. E ceste roiame ha maint estroit pas et maint forti leu , si 
qu'il ne ont doutée que nulles gens hi pcusent entrer por lor 
daumages , et lor cités et lor caustiaus sunt en grande monta- 
tagnes en fortisme leùs. Il sunt buen arcliier et bon cazaor , et 
la greignor partie vestent cuir des bestes , por ce qu'il ont grant 
charestie de draz , et les grant dames et les gcntilz portent braies 
tel con je voz dirai. Hil hi a de telz dames que en une bi'ac , ce 
sunt les muandes de jambe, metent bien cent brace de toile 
bausin , et de tel hi a que in metent quatre vint , et de tel soi- 
xante , et ce font elle por mostrcr (je aient grose natege , por ce 
qe lor homes se dcletcnl en groses fcmes. Or voz avun di de cest 
roiame et en laiseron atant , et voz conteron d'une déverse gens 
qe sunt ver midi longe de ceste provenze dix jornée. 



(46) 

CHAPITRE XLYIII. 

Ci devisé de la granl provcnce de Basian. 

Il est voir qe dix jorncc ver midi loingne da Balascian à une 
provence qe s'apelle Pasciai et ont langajes por elz. Jens sunt 
ydulcs que aorcnt le idrcs. Il sunt brune jens , ils savent mult 
de incantamant et des ars diabolitique. Les homes portent à lor 
oreiles cerchiaus et bocles d'or et d'argent et de perles et de 
pieres presioses assez. Il sunt molt malisieuse jens et sajes de 
lor costumes. Ceste provence est molt caut Icu : lor viandes est 
chars et ris. Or laison de ceste , et voz conteron doun autre 
•Loin. provence que est longe * de ceste sept jorncc ver iscelot qc a nom 
Chesinmur. 

CHAPITRE XLIX. 

Ci devise de la provence de Cliesmur. 

Kesimur est une provence que encore sunt ydoles et ont Icn- 
gajes poT soi. 11 scvent tant d'incantamant des diables qe ce est 
mervoie : car il font parler as ydres , il font par incantamant 
canger les tens, et font faire le grant oscurite. Il font por l'in- 
canter et por senz si grant chouses q'el ne est nulz que ne le 
vist qui le poust croire. Et si voz di qe il sunt chief des autres 
ydoles , et de lor descenderent les ydres et de ceste leu poroil 
l'en aler à la mer de Endie. Il sunt brun et maigri , les femes 
sunt moût belles selonc famés brunes. Lor viande est chars et 
ris. Elle est temprée terre que ne i a trop chaut ne trop froit. 
Il hi a cite's et caustiaus assés. Il ont boschajes et dezers et tant 
fortissimes pas , qu'il no ont dotée de nelui , et mantinent por 
elz mesmes : car il ont lor roi que mantienent la justisie. Il ont 
hermitcs solone lor costumes, qe demorent en lor hermilajcs , et 



(47 ) 
font grant astiaence de mangicr et de boir et sunt moût cast de 
loxurie et se gardent otre mesure de nun fer pechiés qe con- 
tre lor foi soit. Il sunt tenu de lor jens moût saintes, et voz 
di qu'il vivent por grant aajes , et le grant astmence qu'il 
font de no pécher font-il por l'amor de lor ydres. Et encore 
ont abaïe et monester asez de lor foi , et le coral que de nostre 
tere s'aporte , po vende plus en celé contrée qe en autre. Or voz 
lason de ceste provences et de cest parties , et ne iron avant por 
ce qe se nos alaisomes avant , nos cnti'eronmes en Yndie , et je 
ne i voil entrer ore à ccstui point , por ce que au retorner de 
nostre voie , vos conteron toutes les couses d'Ynde por orde , et 
por ce retornei-on à nostre provence ver Baldasciam , por ce que 
d'autre partie ne poron aler. 

CHAPITRE L. 

Ci devise de grandisme flun de Badasian. 

Et quant l'en se part de Badascian , l'en ala douze jornée entre 
Levant et Grec sor por un flum qui est do frère au seingnor de 
Badasciam , là où il a chaustians et habitasion asez. Les gens 
sunt vailans et orent Maomct. Et à chicf de doze jornée treuve- 
l'en une provence ne trop grant , car elle est trois jornée por 
toutes pars, et est appelles Yocau. Les gens aorent Maomet et 
ont langue por elz , et sunt prodomes d'armes. Non est seingnor 
que vaut à dir en langue franzois cuenz , et sunt post au seingnor 
de Badausiam. Il ont bestes sauvages asez et veneion et chachaion 
de toites faites. Et quant l'en se part de ce leu , ala trois jor- 
née por Grec, toutes foies pormontagnes, etmonte-l'cn tant ([ue 
l'en dit que cel est le plus aut leu deo monde. Et quant l'en est 
en cel haut leu , adonc treuve un plan entre deus montagnes en 
quel a u flum moût biaus-; et hi a le meillor pascor dou monde : 
car une magre beste hi devent grasse en dix jors. Il hi a grant 
abondance de toutes sauvagines. 11 hi a grant moulitude de mou- 



(48) 

ton sauvages qe sunt grandisme , car ont les cornes bien six 
• Au moins, paumes , et ao * main quatre ou trois , et de cest cornes font le 
paslore grant escueles là o il mengiunt. Et encore les pastres de 
ceste cornes encludcnt les leus où il tienent lor bestes. Et por 
cest plain ala l'en bien doze jornce , et est apellée Pamicr , ne en 
toutes cestes doze jorne'e ne ha abitasion , ne herbages , mes con- 
vent qe les mandant portent les viandes come clz. Oisiaus ne i a nul 
por l'aut Icu et froit qe est ; et si voz di que le feu por cel grant 
froit ne est si cler , ne de cel color come en autre leu , et ne se 
cuient bien les couses. Or laison de ce , et il conteront encore 
des autres couses avant por Grec et por Levant. Et quant l'en est 
aies ces trois jornées que je vos ai dit , il convient qe l'en cha- 
vauchent bien quarante jornée entre Grec et Levant , toutes foies 
por montagnes et por couste et por valc'e , et passent maintes 
fluns et mantes dc'zers leus, ne en toutes cestes jornée ne ha habita- 
sion ne erbaiges , mes les manant convent que portent les viandes. 
Ceste contrée est appelles Belor. Les jens demorent es monta- 
gnes moût haut. Il sunt ydres et moût sauvajcs , et ne vivent for 
qe de chazhagions de bestes. Lor vestiment sunt de cuir de bestes, 
et sunt mauves jens duremant. Or laison de ceste contrée et vos 
conteron de la provence de Cascar. 

CHAPITRE LI. 

Ci devise do roiame de Cascar. 

Cascar fu Jadis roiamcs , mes orendroit est sont post au grant 
Kaan. Les jens aorent Maomet. Il hi a viles et chaustians assez, 
et la greingnor cité et la plus noble est Cascar ; et sunt aussi 
entre Grec et Levant. Ils vivent de mercandies et d'ars. Il ont 
moult biaus jardins et vignes et belles posesion. Il hi nait ban- 
Laxe asez. Et de ceste contrée isent mant mercant que ^oint por 
* Ayares. tout le mondc faisant mercandies. Il sunt moût escarse * jens et 



( 49 ) 

misérables , car maus menjucnt et maus boivent. Et en cesle 
contrée demorent auques cristiens Nestorins qe unt lor yglise et 
lor loy , et les gens de la provcnce ont lengue por soi. Geste 
provence dure cinq jornéc. Or voz laison de ceste contrée , et 
voz parleron de Samarcan. 

CHAPITRE LU. 

Ci devise de la granl cité de Sanmarcan. 

Sanmarcan est une grandisme cité et noble. Les jens sunt cris- 
tiens et sarazins. Il sunt au neveu dou grant Can , et ne est pas 
son ami, mes plusors foies a nimisté cum lui. Elc est ver maistre; 
et voz dirai une grant mervoie que avint en ceste cité. Il fu voir 
qu'il ne a encore grament de tens que Cigatai le frère charnaus 
au grant clian se fist cristiens et estoit scingnors de ceste contrée 
et de maintes autres. Et les cristiens de le cité de Sanmarcan , 
quant il virent qe le seingnor estoit cristiens , il en ont grant 
leese , et adonc firent en celle cité une grant glicsc à le onor de 
Saint Johan Batiste , et ansi s'apelloit celle yglise ; il pristrent 
une moût belle pieres qe de saraisins estoit , et la mistrent por 
pilier d'une colone que en mi leu de le yglise estoit , et sostenoit 
la covrever. Or avint que Cigatai murut , et cjuant les sarazins 
virent qe celui estoit mort , et por ce qe il avoicnt eu , et avoient 
toutes foies grant ire de celle pieres qe estoit en le glise des cris- 
tiens , il distrent entr'aus qu'il vulent celle pieres por force , el 
ce pooient-il bien fair , car il estoient dix tant que les cristiens. 
Et adonc auquans des mciors saracin aient à le ygliese de Sanl 
Johant et distrent à cristiens qui estoient qu'il voloient celle 
pieres qe lor a voit esté. Les cristiens distrent qu'il les en volent 
tout ce qu'il vodront et laissast la piere , por ce qe trop siroit 
grant domajes de le yglise , se celle pieres s'en traisti hors. Les 
sarazin distrent qu'il n'en volaient or ne tesor , mes voloient lor 

7 



( 5o ) 

plercs en toutes mainères. Et que voz en diroie ? La scngnorie 
esloit à ccl ne^cu ilou grant Chan : il font faire conmaiulamant 
as cristicns que de celui jor à deus jors dcusscnt rendre celle 
pieres as sarazinz. Et quant les cristicn ont eu ccl conmande- 
nicnt , il uni grant ire , et ne scvcnl qu'il dcusscnt faire. Or en 
a's-int tel miracles (corne) je vos conterai. Sachics que quant le mai- 
tin dou jor que la pieres se dovoit rendre fu venu , la colonne qe 
estoit sor la pieres , por la voluntcs dou nostre seingnor Jezu- 
crit se lioslc de la pieres, et se fait en aut bien trois paumes et 
se soslcnoit aiisi Lien con ce la pieres hi fust sout , et toutes 
foies de celui jor avant est ausi deraorc celle collune , et encore 
est-elle ensint , et ce fu tenu et encore est tenue un des grant mi- 
racle que avenisse au monde. Or vos laison de ce , et aleron 
avant et voz coutcron dune province que est appelles Yarcan. 

CHAPITRE LUI. 

Ci devise de la provcnce de Charcan. 

Carcan est une provence que dure de lonc cinq jornéc Les 
gens sunt de la loy Maomet, et crestiens Nestorinz bi a auques; 
hi sunt à cel neveu mcismc dou grant Chan que je voz ai contes 
desourc. Il ont grant babundance de toutes chouses. , mes por 
ce que ne i a cbouscs que face à mentovoir en nostre livre , et 
por ce laison de ce et voz conleron de Cotan. 

CHAPITRE LIV. 

Ci devise de la gianl proveucc de Colaii. 

Cotan est luie provence entre levant et grec , et est longue 
huit jornc'e. Il sunt au grant Cban. Les gens aorcnt tuit Maomet. 
Il hi a cités et causllaus assez. A la plus noble cité et celle que 



( 5« ) 

est chief dou règne , est appelles Cotan : ce est le nom de la pro- 
vence. Il hi (a) abundancc de toutes couses. Il hi naist banbace 
assez. Il ont vignes et possesion de jardinz assez. Il vivent de 
marchandies et de ars. Il ne sunt pas homes d'armes. Or vos 
parliron de ce, et voz conteron d'une autre que a à nom (Pein ). 

CHAPITRE LV. 

Ci devise de la proveiice de Peiti. 

Pein est une provcnce qui est longe cinq jornce entre levant 
et grec. Les jens aorent Maomet et sunt ao grant Chan. Il hi a 
villes et chaustiaus assez , et la plus noble cité qui est chief dou 
reingne est appelés Pein. Il y a flum que i se treuvent pieres que 
l'en apelle diaspe et calcédoine. Assez il ont habundance des 
couses. Il y naist banbaucc assez. Il vivent de mcrcandies et 
d'ars ; et voz di qu'il ont un tel costumes con je voz dirai. Car 
quant une feme a un mari et il se part d'elle por aler en voiajes , 
et que doie demorer dci vingt jors en sus, la feme tant tost que 
son mari est parti por aler en voiajes , elle prant mari , et ce 
puet-clle bien faire por lor uzance. Et les hommes là ouques il 
aillent prenent famés ausint , et sachiés que toutes cestes pio- 
vences que je voz ai contés da Cascar jusque ci et encore alara 
avant , est de la grant Turchie. Or vos laison de ce et voz con- 
teron d'une provenze que est appelle Ciarcian. 

CHAPITRE LYI. 

Ci comancc de la provcnce de Ciarcian. 

Ciarcian est une provence de la grant Turchie entre grec et 
levant. Les jens aoient Maomet. Il hi a viles et chastiaus asez , 
et la mestre cité dou règne est Ciarcian. Il y a fluns qe moinent 



( 52 ) 

(liaspes et cakcdon , Icsqualz porlenl à vendre au Cata , et no 
Eo oui. ne* grant profit , car il en ont asez et bones , et toute ceste pro- 
vence est sablun , et de Cotam à Pen est ausi sablon , et da Pen 
ici est encore sablon , et hi a niantes aiguës mauves et amères. 
Et encore hi a en plosors leus aiguës doces et boncs. Et quant 
il avint que hoste passe por la contrée, il que soient cncsus , il 
fuient con lor femes et con fils et con lor bcstcs entre le sablon 
deus jomée ou trois en leus où il savent que aie aiguë et qu'il pous- 
sent vivre con lor bestes , et si aoz di qe nulz poit apercevoir là 
o il soient aies, por ce qc le vent covre les voies dont il sunt aies 
de sablon , si que ne apcrt dont il soient aies et ne senble qe por 
iluec alast unques home ne beste , en celle mainere etschanpcnt 
de lor ennemis con je voz ai dit. Et ce il avint qe por iluec passe 
host qui soient ami , si fuient le bestes seulement , por coi il ne 
vellent qu'clcs soient elz tollues et mengies , car les hostes ne 
jwicnt chouscs qu'il prcndes. Et quant l'en s'en part de Ciarcian , 
il ala bien cinq jorncc por sablon , là où il a de mauvcissc aiguë 
et d'ameres , et on tel leu hi a des bones et douces , et ne i ha 
cosses que face à mentovoir en nostre Hato , et chief de cinq jor- 
nce trouve l'en une cité que est au chief dou grant dezert, là o les 
homes prenent les viandes por paser le dezert , et por ce laison 
de ce et voz conteron avant. 

CHAPITRE LVII. 

Ci devise de la cité de Lop. 

Lop est un grant cité cho est au chef dont l'en entre en le 
grant dezert qui est apellé le dezert de Lop , et est entre levant 
et grech. Geste cité est au grant Chan. Les jons aorent Maomet , 
et voz di que col que ATaclent paserc le désert se repousent en 
ceste Aàlle une semaine por reffrccher elz et lor bestes : à chief 
d'une semaine il prennent viandes por un mois por elz et por 



( 53) 

lor bestes. Et adonc se parte l'en de cette ville et entrent l'en 
en désert , et voz di qu'il est longo selonc que l'en dit tant que 
en un anc alcrroit l'en au chicf , et là o il est moin large se poine 
à passer un mois. Il est toutes montagnes etsablon et valés, e ne 
i se trouve rein à mangier , mes jeo vos di que quant l'en est 
aies un jors et une noit, l'en trove cive deueres* mes iun aiguë * Do 
que peust avoir asez grant ]cns , mes cinquante ou cent hommes 
con lor bestes , et por tout le dezcrt voz couvent aler toutes 
loies un jorno et une nuit avant qe vos trovés cives. Et si voz 
di qe en trois leus ou en quatre treuve-l'en cive amer et sause , 
et toutes les autres sunt bones qe sunt entor de ^^ngt huit eives. 
Bestes ne oisiaus ne i a pas , por ce que il ne i trouvent à man- 
gier -, mes voz di que l'en hi trouve une tel mcrvoie con je voz 
conterai. Il est voir que quant l'en chauvache de 'noit por ccst 
dezert , et il aA'ient couse qe aucun reumangne et s'ezvoie de sez 
conpains por dormir ou por autre chouse , et il aticU puis aler 
por jungnire sez conpagnons , adonc oient parlere espiriti en 
mainiere qc scnblent que soient sez conpagnons , car il les ap- 
pellent tel fois por lor nom, etplosors foies les font devoier en 
tel mainerc qu'il ne se treuvent jamès , et en ceste mainere en 
sunt jà mant morti et perdu. Et encore voz di que jor meisme 
hoient les homes ceste voices de espiriti , et voz semble maintes 
foies que vos oies soner manti instrumenti et propemant tanbur. 
En ces maineres se passe ceste dezert et à si grant bannie con voz 
avés hoï. Desormès voz lairon dou désert , que bien voz avun 
dit tout l'afer , et vos conteron des provences que l'en treuve 
quant isti do dezert 



(54) 

CHAPITRE LVIII. 

Ci devise de la provencc de Tangut. 

Et quant l'en a chevauches cest troint jornée dou dezert que 
je vos ai dit, adonc treuve-l'en une cite' que est apellcs Sacion qui 
est au grant Kaan. La provcnce s'apelle Tangut. Il sunt tuit 
ydres. Bien est-il voir qu'il hiaaùqucs cristicnz Nestorin : et en- 
core y a Saracinz. Les ydres ont langajcs por elz. La ville est 
entre grec et levant ; il ne sunt jens qui vivent de merchandies , 
mes vivent dou profit des ble's qu'il recoient de la terc. Il ont 
maintes abayc et mant moster, Icsquelz sunt tuit plen de ydres de 
mainte faision , asquelz font grant sacrificie et grant honor et 
* Révère ce g^ant irruceenor*. Et sachies que tout les homes que ont enfanz , 
font norir un mouton à honor de le ydres , et à chief de l'an , 
ou en la fcste de sa indre, cil que ont nodrile mouton le moinent 
con lez enfanz devant le ydres et li font grant revestence et elz 
et lor enfanz ; et quant ont ce fait, il le font toit cuire, puis le 
portent devant fidre con grant révérence , et ilucc le laissent 
tant qu'il ont dit lor ofice et lor preier qe le ydre sauvent lor 
fdz , et dient qe le ydre menuient la sostance de la cars. Puis que 
il ont ce fait , il prenent celle cars que devant le ydre aroit esté , 
et la portent à lor maison ou en autre leu qu'il voilent, et man- 
dent por lor parens et le menuent cum grant révérence et à grant 
feste ; et quant il ont manjés la cars et il reculient les oses et le 
sauvent en arche moût sauvemant : et sachiés que tuit les ydules 
dou monde , quant il morurent , les autres font ardoir les cors. 
Et encore voz di que quant cesti ydres sunt portes de lor maison au 
leu o il doient estre ars entre voies en auquant leus, les parens dou 
mors ont fait emi la voie une maison de fust coverte de dras de 
soie et de dras doré. Et quant le mort est porte devant ceste mai- 
son si aornés, ils s'arestent cl les homes gitent devant le mors vin et 



( 55 ) 

viandes assez , et ce font-il por ce que il dient que à tiel honor 
sera-il recevu en l'autre siècle ; et quant il est aportés au leu où 
il doit estre ars, ses parens font entaillier homes de carte de 
papir et chevaus et gamiaus et monete grant comc bizans , et 
toutes cestes couses funt ardoir avech le cors , et dient que en le 
autre monde le mors aura tant esclaif et tantes bestes et tantes 
moutons com il font ardoir de charte. Et encore voz di que 
quant le cors sunt porté à ardoir , tuit les stormenz de la tere 
vont sonant aunte* le cors. Et encore voz di d'oun autre chousse, 
que quant cesti ydres sunt mors , il mandent por lor astroHque 
et dient elz la nasion dou mort , ce est quant il nasqui , de quel 
mois et quel jorno etl'oire ; et quant les astroilique le a entandu , 
il fait sez cndevinaile por arz diabolique , et dit puis qu'il a fait 
sez ars , le jor que le cors se doit ardoir. E voz di que de tielz 
fait demorer que re Tard une semaine , et de tielz un mois , et 
de tielz six mois, et adonc convient que les parens dou mort les 
tegnent en lor maison tant con je voz ai dit : car il ne firoient 
jamès ardoir jusque atant que les endevinz lor dient qu'il soit 
bien ardoir. Endemenlier que le cors ne s'arde et demore en 
lor maison , le tenent en tiel mainere , car je vos di qu'il ont 
une cassic de table grosses un paumet , bien conjunte ensenble , 
tote enpointe noblemant , et hi metent le cors dcdcns , et puis 
le covrent de tielz draz et si ordre et con canfara et con autre autre 
espèces que le cors ne poute point à celz de la maison. Et encore 
voz di que les parens dou mors, ce sunt celz de la maison, ongne 
jor tant quant le cors hi demore, li font mètre table et hi metent 
viande da mangier et da hoir ausi con c'il fust vif, et le metent 
davant la cascio où le coi-s est , et le laisent tant corne l'en pensse 
avoir mengiers , et dient que s'arme menjue de cel viande. En tel 
mainer le tenent jusque au jor que il se vient à ardoir; et encore 
voz di qu'il funt un autre chouse , que plosors foies cesti endevi 
dient as parens des mors que il ne est bucn que il traient por la 
porte de la maisson le cors mors , et trovent caison ou de stalle 



* Devant. 



( 56 ) 

ou d'autre choussc que soient encontre'e à celle porte , et adonc 
les pareas dou mors le funt traire por autre porte et maintes 
foies font rompir les mur , et d'iluec le funt trare , et tuit les 
ydules dou monde iront por la mainere que je voz ai dit. Or voz 
laison de ceste matière , et voz parleron d'autre cité que sunt ver 
maistre joste le chief de cest dezert. 

CHAPITRE LIX. 

Ci devise de la provcnce de Camul. 

Camul est une provence que jadis fu roiaumes. Il lii a villes et 
castiaus assez , et la mestre ville est appelle Camul. La provence 
est emi de deus dezert , car de l'une part a le grant dezert et da 
l'autre a un petit dezert de trois jornce. Les jens sunt tuit ydres 
et ont languajes por si. Il vivent dou fruit de la tere. ; car il ont 
des chuscs de mangier et du hoir asez, et en vendent as mandant 
que por illuec passent. Il sunt homes de grant seullas , car il ne 
entendent à autre couse for che à soner estromens et à chantere 
et à ballcr et à prendra grant délit à lor cors. Et voz di que se un 
forestcr li vient à sa maison por hei^bergier , il en est trop liés. 11 
commande à sa feme qu'elle face tout ce que le forestier vuelt , et 
il se part de sa maison et vait à fer sez fait et demore deus jor ou 
trois , et le fostcr demore avec sa feme en la maison et fait à la vo- 
lunté et jue con elle en un lit ousi conce elle fusse sa feme, et de- 
morent en gran seulas. Et tuit celz de ceste cité et porvence sunt 
aimi de lor feme , mes je voz di qu'il ne le se ticnent à vergogne. 
Et les fcmes sunt bêles et gaudent et de soûlas. On avint que au 
tcns que Mongu Chan sire des Tartarz regnoit , adonc li fu de- 
n.unsiés cornant celz de Camid fasoient ensi avoutier lor femes 
as forestier , e cel Mogu mande elz comandant sont grant poinc 
que il ne deusent hcrbergier les forestiers. Et quant cel de Camul 
ont eu cest conmandemant , il en furent moût dolés , et adonc 



(57 ) 

furent à consoil , et consielent et font ce que je voz dirai : car il 
pristrent un grant présent et l'aportent à Mongu , et le prient que il 
le laisase fere les usanse de lor femes , que lor ancesteté avoient 
elz laisses , et li dient com lor ancesteté avoient dit que por le 
plaisir qu'il fasoient as forestières de lor famés et de lor cosses , 
qe lor ydres l'avoicnt à grant bien , et que lor blée et lor labor 
de tere en molteplio ascz. Et quant Mongu Kaan entendi ce , il 
dit puis que vos volés vostre honte et voz laies , et adonc con- 
sent qu'il faichent lor volunté , et voz di que toutes foies ont-il 
mantenée celle uzance , et mantincnt encore. Or laison de Camul 
et voz conteron des autres que sunt entre tramontane et maistre , 
et sachiés qe ceste provence est au grant Chan. 

CHAPITRE LX. 

Ci devise de la provence de Gincliinlalas. 

Ghinghintalas est une provence que encor est juste le dezert 
entre tramontane et maistre. Elle est grant seize jornée : elle est 
au grant Chan. 11 hi a cités et castians assez. Il hi a trois gene- 
rasionz des jens ; ce sunt ydres , et celz qe aorcnt Maomct , et 
cristiens nestorin. Et à le confin de ceste provence dever 
tramontane a une montagne en laquel a moût bone voine 
d'acer et d'ondanque. Et en ceste a montagnes meisme se 
trouve une voine de laquel se fait la salamandre , et sachiés 
que salamandre ne est pas besle corne ne* dit , mes est tes choses *^,^ 
con je dirai desout. Il est vérité que voz savés bien qe por natiu'c 
nulle bestes ne nulz animaus ne pout vivre en feu , por ce qe 
chaschu animaus est faitdes quatre alimens*. Et por ce que les jens ^ iVi,;,,,,.,,^ 
ne savoientraccrtance de la salamandre , ledisoienl en la mainere 
qu'il di encore que salamandre soit besle ; mes il ne est pas 
vérité , mes je le voz dirai orendroit , car je voz di q'ele ot un 
conpagnons qe avoit à nom Zurficar , un Turs que moût esloil 

8 



( 58 ) 

sajes , qui demoroit trois anz por le grant Chan en celle piovence 
por fair traire celle salamandre et cel undanique et cel acer et 
toutes couses foies hi mande seingnor le grant Chan por trois 
anz por seingnoreicr la provence , et por fer la besogne de la 
salamandre , et mun conpains me dist le fait , et je meisme le 
vi. Car je voz di que quant l'en a cave des montagnes de celle 
voine que voz avés oï , et l'en la ront et dcspecc , elle se trent 
ensemble et fait file come lane. Et por ce quant l'en a ceste voine , 
il la fait sécher , puis la fait pislere en grant morter de covre , 
puis la fait lavere et remaint celle fille que je voz ai dit , et la 
terre gcte que ne vaut rien. Puis ceste files que est semblable à 
laine , la fait bien filere , et puis en fait fer toaille ; et quant les 
toaillcs sunt faites , je voz di qu'elles ne sunt mie bien blances , 
mes il la mettent en le feu et le hi laisent une peces , et la toaille 
devient blanche come noif. Et toites foies que ceste toaille de 
salamandre ont nulle sosure ou bruture , l'en la met en feu et la 
hi lasse une picze et devient blancc noif; et ce est la vérité de la 
salamandre que je voz ai dit , et toutes les autres chouses qe 
s'en dient sunt mensogne et fables. Et encore vos di que à Rome 
en a une toaille que le grant Chan envoie à l'Apostoille por 
grant présent , et por coi le saint suder de nostre seingnor 
Jezucrit hi fust mis dcdens. Or voz laison ceste provence , et 
voz conteron des autres provence entre grec et Levant. 

CHAPITRE LXI. 

Ci devise de la provence de Suclaog. 

Quant l'en s'en part de ceste provence que dit voz ai , il aia 
dixjornce entre Levant et grec. Et en toute ceste voie ne a 
abitasion se pou non , et ne i ha chouses que à mentovoir face 
en nostre livre ; et à chicf des dix jornée l'en treuve une pro- 
vence qe est apellcs Suctuir en laquelle a cité et castiaus assez, et 



( 59) 

la mestre cité est apcUcs Suctin. Il y a cristians et ydrcs ; il sunt 

au grant Can , et la grant provcnce Jereraus * oîi ceste provence * geHeiali- 

est et ceste dcus que je vos ai contés en arriéres, est apellcs Tan- 

gut , et pro toutes les sien montagnes i se treuve le ribarbar en 

grant abondance , et ilucc l'acatent les mcrcaant et le portent 

puis por le monde. Il vivent du frout qu'il traient de la terre , 

mes de mercandies ne se travailent-il guieres. Or nos partiron 

de ci et vos conteron d'une cité que est apellcs Capicion. 

CHAPITRE LXII. 

Ci dit de la elle de Canpicion. 

Canpicion est une cité que est en Tangut meesme, que est moût 
grant cité et noble , et est chief e seingnorie toute la provcnce 
de Tangut. Les jens sunt ydres , et hi a de celz qe aorent Mao- 
met , et [encore hi a crislienz , et ont en ceste ville trois église 
grant et belles. Les ydres ont maint mostier et baie * selont lor * Abbayi- 
uzance. Il ont grandisme quantités de ydres , et si voz di qu'il 
en ont de celle que sunt grant dix pas ; tel est de fust , et tel de 
tere, e tel de pères, et sunt toute coverte d'or et evrée moût 
bien. Ceste grant ydre gigent* et plusor autres idres peitetes son * ni-.„n. 
envu-on celle grant , et senble qui li faichent humilité e révérence. 
Et por ce que je ne voz ai contés toites les fais des ydrCs , vos 
le voil conter ici. Or sachiés que les régules des les ydules vivent 
plus honestemant que les autres ydres. Il se gardent de luxurie , 
mes ne l'ont pas por grant pechiés , mes si voz di que se il treu- 
vent aucun home que aie jeu con femc contre nature , il conda- 
nent à mort. Et voz di qu'il ont l'ivier * ausi con nos avum les « lunain.-. 
mois , et ont alcun lunar qe tûtes les ydules dou monde ne occi- 
rent bestes ne osiaus. Por cinq jors ne menuierent chars que 
fuse ocise en celz cinq Jors et ccsti cinq jors vivent plus hones- 
temant que ne funt les jors autres. Il prenent jusque en trente 



( 6o ) 

femes et plus el moin sclonc qu'il est riche et qu'il en puent te- 
noir , et les homes douent à lor fcmcs por loi- doaire bestiaus et 
* psclav.s. escalif * et monoie et selont son poir mes , mes si sachiés que la 
primera tent-il por la meior. Et encor voz di que se il voit qe 
aucune de sez fcmcs ne soit hone et que ne li place , il la pout 
bien cacer e fer à sa voluntc. Il prcnent le cousines por feme, et 
prenent la feme sun perc. Il ne lenent pecchics mant greu pechiés 
qc nos avun , car \\ vivent comc bcstcs , et por ce vos en laison 
atant , et voz conteron dos autres ver tramontaine. Et si voz di 
que mesier Nicolau et mcsier Mafcu et mesicr Mardi demorent 
un an en ceste cite por lor fait qe ne fa à mentovoir , et por ce 
nos partiron de ci et aleron seisante Jornée ver tramontaine. 

CHAPITRE LXIII. 

Ci devise de la cite de Ezina. 

Quant l'en s'en part de ceste cite de Canpicion , il chevauche 
doze jornce et trouve une cité qe est appelles Ezina qui est au 
chief dou dezert do sablon ver tramontaine , et est de la pro- 
vence de Tangut. Les gens sunl ydres ; il ont gamaus et bestia- 
mes assez. Il hi naiscnl fauchons lanier et sacri assez , et sunt 
moût honcs. Et il vivent don fructo de la terre et de bestiaus ; 
ne sunt homes de mercandie , et en ceste cité prant le viande por 
quarante jornéo. Car sachiés que quant l'en s'empart de cest cité 
de Ezina , il chevauche par un dezert por tramontaine quarante 
Jornée qe ne i a habitasion ne erberges , ne ne i demorent jens 
for Testée es valée , et en montagnes hi trouve l'en bien bestes 
sauvages asez , et asnc sauvajos hi a asoz. Ilil hi a bcstaics de pin 
assez , et quant l'en a rhovauchés quarante jornée por ceste dezert, 
il trouve une provence ver tramontaine et cirés quelz. 



( 6i ) 
CHAPITRE LXIV. 

Ci devise de la cité de Caracoron. 

Caracoron est une cite que gire trois miles , lequel fu le primer 
cité que les Tartar ont quant il oisent de lor contrée , et voz con- 
terai dou fait des Tartarz et toutes les maineres cornant il ont sein- 
gnorie et comant il s'espandircnt por le monde. Il fui voir que les 
Tartars demoroient en tramontaine entre Ciorcia, et encel con- 
trée es grant plaingncs que ne avoit abitasion con de cités et de 
caustiaus ; mes il hi avoit ben pascor et grant flumes et aiguës 
assez. Il ne avoient seingnois , mes bien est-il voir qu'il fasoient 
rente au grant sire que estoit appelles en lor lengajes Unecan qe 
vaut à dir en franzois Prestor Johan , et ce fu le Prestre Joban de 
cui tout le monde en parolent de sa grànt segnorie. Les Tartars 
les donoient rente donge dix bestes le une. Or avint que il mul- 
tiplient moût. Et quant Prestre Johan vit qu'il estoient si grant 
jcnt , il dit qu'il li paroient nuire , et dit qu'il le partira por plosor 
contrée , et adonc hi envoie de sez baron por ce faire. Et quant 
les tartars oïrentce que Prestre Johan voloit lor faire , il en furent 
dulens , il se partirent tuit ensemble et aient por dezert leus ver 
tramontaine , tant qe Prestre Johan ne poit lor nuire , et estoient 
revel à lui et ne li fasoient nulle rente. Et ensi demorent auques 
de tens. 

CHAPITRE LXV. 

Cornant Cinchin fo le premer Kan des Tartars. 

Or avint que aies 1 187 anz les Tartars font un lor roi que avoit 
à nom en lor lengajes Cinghins Can. Cestui fui home de grant 
valor et de gran senz et de grant procsse , et si voz di que quant 
cestui fu esleu à rois , tuit les Tartars do monde que por celés 



( 62 ) 

estranges contrée estoient espandu , s'en vindient à lui et le tc- 
noient à singncur. Et cestui Cinghis Can mantenoit la seingnorie 
bien afrançement. Et que voz en diroie ? Il hi vindrent si graiit 
moutitudene des Tartars que ce cstoit menoillc. Et quant Cinchis 
Can voit que il avoit si grant jcns , il s'aparoille con arc et con 
autres lor armeure , et vait conquistant por cels autres parties , 
et voz di qu'il conquistirent bien huit provences , mes ne fasoit 
elz nulz maus ne ne tollit elz lor cosses , mes les menoit ho lui 
por conquister des autres gens. Et en ceste mainere conquiste 
ceste grant moutitude de jens que vos avés oï ; et ceste jens quant 
il voient la bone seingnorie et la grant debonairté de cest segnor , 
il aloient trop volunter avec lui ; et quant Cinghis Can ot amasé 
si grant moutitude de jens que tout le monde courent , il dit 
qu'il vuelt conquister grant partie do mundc. Adonc envoie sez 
messajes au Prester Johan , et ce fu aies 1200 anz que avoit que 
Crist avoit nascu , il li mande qu'il vcl sa file prendre à feme. Et 
quant le Prester Johan oï ce que Cinghis Can li mande deman- 
dandt sa fde à feme , il le tint à grant despit et dit ; et conmant 
a grant vergoingne Cinghis Can de demander ma fde à feme ? 
Or ne set-il qe il est mes homes et mon sers? Or retorncs à lui 
et li dites que je firoie ardoir ma file que je le la donast à feme , 
et li dites por ma part que je li mant qu'il convenit qe je le met à 
mort si con traïtor et desliaus qu'il estoit contre son seingnor 
Puis dist as messajes qu'il se partissent mantinant devant lui et 
que jamès ne tornasent. Et quant les mesajes oïrent ce , il se par- 
tirent mantimant. Il alerent tant qu'il vindrent à lor seingnor , et 
li content tout ce que li mande le Prestre Johan que ne i fallent 
rien tout por ordre. 



( 63) 
CHAPITRE LXYI. 

Cornant Cinchin Kan aparoie scz jcns por aler sor le Prestre Joan. 

Et quant Cinchins Chan oï la grant vilenie qe le Prestre Johan 
il mande , il en a si le cuer enfle qe pou qe ne li crevé dedcnz son 
ventre. Car je voz di qu'il estoit home de trop grant seingnorie. 
Il parole à cliief de pièce et dit si aut que tuit celz qe entor lui 
estoient qu'il ne vuclt jamès tenir la segnorie , se la grant vilanie 
que le Prestrer Joan li mande se il ne le hi venit * plus chieremant s veiulii 
qe jamès fuisse vendue villanie à home , et dit qu'il convint qe 
porchainemant il li monstre se il est son sers. Et adonc fait ses- 
mondre toutes sez jens et fait le greingnor aparoillemant que 
jamès fust veu ne oï. Il fait bien savoir au Prestre Johan qu'il se 
défende tant con el poet , et conmant il ala sour lui à tout soi 
efors. Et quant le Prestre Johan soit certainemant que Cinchin 
Chan venoit sor lui à si grant jens , il en fait gas et l'avoit por 
noiant : car il disoit que il n'estoient homes d'armes ; mes toutes 
foies il dit à soi meisme qu'il fira tout son poir , por ce que se il 
vient , qu'il le vêlent prendre et mètre à maie mort. Et adonc 
fait scsmundrc et aparoiller toutes sez jcns por mantes parties et 
estranges. Il fait bien si grant effors c'onque de greingnor ne 
host aspicte mes parler. En tel maineres con vos ave's oï, s'apa- 
roillent les unes gens et le autre. El por coi voz firoic-je lonc 
conte .'' Sachics tout voiremant qe Cinchins Chan con toutes sez 
jens s'en vint en un gradisime plain et biaus que Tanduc estoit 
appelle's qe estoit au Prestre Johan, et iluec mist son canp; et 
voz di qu'il estoient si grant moutitudine de jens que nulz poroit 
savoir le nombre : et iluec ot novellcs conmant le Prestre Johan 
venoit-il et not * joie , por ce que celle estoit belle plaingne et * En eut. 
large por largemant fer bataille. Et por ce atendoit-il iluec et 



(64 ) 

desiroit moût sa venue por mesler à lui. Mes atant laisse II 
contes à parlera de Cinchins Chan et de sez homes, et retor- 
neron au Prestre Jehan et as sez homes. 

m 

CHAPITRE LXVII. 

Cornant le Prestre Joan con scz jens ala à Tenconlre de Cinchu Can. 

Or dit li contes qe quant le Prestre Johan soit que Cinchins 
Chan con toutes scz jens venoient sor lui , il ala con toutes scz 
jens contre lui , et aient tant qu'il furent venu en cest plain de 
Tanduc , et iluech mistrent canp près à cel de 'l'angube Cingins 
Chan a vingt miles , et cascunes parties se repoussent por estre 
fresces et haiticrz le jor de la meslcc. En tel mainer con voz ave's 
hoï estoient le deus grandisme hostes en cel plain de Tenguc. Et 
un jor Cinchins Chan fait venir devant soi astronique qui estoient 
cristienz et sarazin, et conmande elz qu'il le seussent à dire qui 
doit vincre la bataille entre lui e le Prestre Johan. Le stroliche 
le virent por lor ars. Les saracin n'en li en sevent dir vérité ; 
mes les cristiens le hi mostrent apcrtemant , car il ont devant 
lui une channe et la trenchent por mi por luec , et puis mistrent 
le une d'une part et l'autre d'autre et ne l'a tenoit nelui , puis 
mistrent com à une part de la canne Cinchins Can , et à l'autre 
canne Prestre Johan et distrent à Cingins Can : Sire , or regar- 
dés cestcs cannes , et véés que ceste est votre nom , et l'autre 
est le nom dou Prestre Johan , et por ce quant nos auron fait 
nostre encantemant , celui que sa canne vendra sor l'autre , ven- 
cra la bataille. Cinchins Can dit que cel vuelt-il bien veoir, et 
dist à les astronique qu'il le li mostrent au plus tost que il porunt. 
Et adonc les astronique cristienz on le sallcrie , et legenl certes 
salmes et font lor enchantemant , et adonc la chane là où estoit 
le nom de Cinchins Can , san que nulle le tocha^t , se jont à 



(65 ) 

l'autre et monte sor celé dou Preslre Johan , et ce fui voiance 
tuti celz que illucc estoient. Et quant Cingin Can voit ce , il en 
ha grant joie , et por ce qu'il tieuvc les cristiens en virité , il fisl 
puis toutes foies grant honor as cristiens , et ks out por homes 
de vérité et ver tables, et ont puit toutes foies. 

CHAPITRE LXVIII. 

Ci devise de la grant bataille qe fo entre le Prcstre Joan e Cinchin Can. 

Et après ce deus jors s'armarcnt andeus les parties et se con- 
batirent enscnble durcmant et fu la grangnor bataille que fust 
jamès veue. Il hi oit gran maus et d'une part et d'autre ; mes au 
dereant venqui la bataille Cinchins Can , et fu en celle bataille 
hocis le Prcstre Johan , et de celui jor avant parde sa tere que 
Cinchin Can la ala conquislant tout jor, et si voz di que Cinchin 
Chan puis celle bataille rogna six anz , et ala conquistant maint 
castiaus et mant provinces ; mes à chief de six anz ala à un chas- 
tiaus qe avoit à non Cangui , et iluec fu fcru d'une sagite eu ge- 
noeilz et de celui coux morut , dont il fu grant domajcs , por ce^ 
qu'il estoit prcudomes et sajcs. Or vos ai divisé cornant IcsTartars 
ont premermant seingnor , ce fu Cinchins Can , et encore voz ai 
contes conmant il vinquircnt premercmant le Prestre Johan ; or 
voz vueil conter de lor costumes et de lor uzance. 

CHAPITRE LXIX. 

Ci devise des Cans qui régnent après la mort Cinquin Can. 

Sachié tuti voiramant qe après Cinchins Can fui seingnor Cui 
Can, le tierze Racui-Chan , le quart Alton Can , le quint Mongu 
Chan , le sexme Cublai Can qui est le greingnor e le plus poisant 
que ne i fu nul des autres ; car tuit les autres cinq fuissent ensem- 

9 



(66) 

ble , ne auront tant de poir cum cestui Cublai , et encore voz di, 
que tuit les cnperaor dou monde , et tous les rois de cristiens et 
de sarazin ne aont tant poir ne poroient-il fair tant corne cestui 
Cublai grant Chan poroit-il fair , et ce voz mostrerai en nostre 
livre tout apertamant. Etsagics de voir que tuit les grant saingnors 
que sunt estes descndue dou la lingner de Cinchins Can sont per- 
des à sovellir à une grant monlaingne qui est apellés Allai , et là 
unques les grant seingnors des Tartars muèrent , se il murisent 
cent jorne'e loinge de celle montagne , il convent que s'aportent 
illuec à scvellir , et si voz di un autre meravoie , que quant les 
cors de ccsti grant Cham sunt aportcs à celle montagnes et il 
soient loingne quarante jornée ou pius ou mis , toutes les gens 
qu'il encontrerent por les voies dont les cors sunt portes , sunt 
mis à l'espc'e por celz que le cors conduient, et dient , aies servir 
nostre seingnor en l'autre munde , car il cuidcnt voiramant que 
tuit celz qu'il ocient , doient alcr servir lo seingnor en l'autre 
monde, et ce meisme font-illes des chavauchz : car quant le sein- 
gnor muert , il occient tuit les meillors chevaus que le seingnor 
avoit; font ocire , por coi le seingnor l'ait en l'autre monde. Et 
sachics que quant Mongu Chan morut, plus de vingt mille homes 
furent occis qe encontrent le cors quant il se portoit à sevcler , et 
depuis que noz vos avuns commencics de Tartars , si voz en dirai 
mantes choses. Les Tartars dcmorent l'enver es plain et en leus 
chaut où il aie erbajes et ben pasquor (por) lor bestes, et l'astée 
demorent en froit leus en montagnes et en valcs, là oiî il treuvent 
eives et boschajes et pasquor por lor bestes. Il ont maison de fustet 
le covrcnl de fennes, et sunt reont, et le portent avec elz là ù ques 
il vont : car il ont lic's le verges des fust si bien et ordencemant , 
qu'il le puent porter lierement. Et toutes les foies que il tendent 
et drecent lor maison , la porte est toutes foies dever midi. Il ont 
pleuvait, charrcte coverte de feutre noir, si bien qe se il poust * tozjors, eive 
ne beingneroit nulle chouse que fust en la charete. Il la font mener 
et traire asbuef et à camiaus, et desus cestes carrete portent-il lor 



(67) 

feme et lor enfanz , et voz di que les dames achatent et vendent 
et ovrent tuit ce que à son baron et à se mesnie bezogne , car les 
homes ne se brient de nulle rienz for que de chacer et de fair des 
hostes et de hoiseller et fauchons ; il vivent cfe cars et de lait et 
de chacheson , et encore menuent des rat de faraon , qu'en i a en 
grant habundance par me les plaingne de sore et por totes pars. 
Il mcnjuent ben chars de cavaus et de chien et bovcnt lait de 
jumentcs. Il menuent de toutes chars , il se gardent que por rien 
dou monde ne cocheroit le un à la feme de l'autre : car trop l'ont 
por mauveis chousse et vilaine. Les dames sunt bones et loiaus ver 
lor baronz et font mult bien la bezongne de la masnc'e. Les ma- 
najes font en cet mainerc , car chascun puet prandre tantes foies * * femmes. 
con li plet , jusque en cent se ill a le pooir qu'il le peuse mante- 
noir , e les homes donent le doaiere à la mer sa feme , ne la 
feme ne donc rien à l'orne ; mes si sachiés qu'il ont por plus 
viables et por meior la primer sa feme que ne a les autres gens , 
por ce qu'il ont toutes femes con je voz ai contés. Il prenent lor 
cousine , et ( si) le père muert , le sien greingnor fil prent à feme la 
feme son peirc, puis qu'elle ne soit sa mer ; il prant encore la 
feme de son frère charnaus , se il muert. Quand il prenent feme 
font grant noses. 

CHAPITRE LXX. 

Ci devise dou dieu de Tartars et de lor loi. 

Et sachiés que la loi lor est tiel , car il ont un lor Diu que l'a- 
peles Nacygai , et dient que celle est Dieu tereine qe garde lor 
filz et lor bestes et lor blée. Il li font grant révérence et grant 
honor , car cascun en tenent en lor maison : car il font cest deu 
de freutre et de dras et le tenent en lor maison , et encore font la 
moillier de cest Dieu et sez filz. La moiere * metent de la senestre * r.pmi.se. 
partie , et les filz devant et le honorent assez. Et quant vienent à 
mangier , il prenent de la char grasse et noignent la bouche à cel 



( ^») 

Dieu et à sa fcmc et as scz filz ; et puis pienent dou brod e Tes- 
pannent dehors la port de sa maison. Et quant il ot ce fait , il 
dient que lor Dieu et sa masnée ont 6u lor part. Après ce menjuent- 
il et boivent , car sUchiés q>i'il boivent lai de jumcnte. Mes si voz 
di qu'il la bcut en tel maincre k'cle senble vin blance et est bone à 
boire , et l'apellent chemins. Lor vestimes sunt telz : car lez riches 
homes vestent dras dorés et dras de soie , et riches pennes zebel- 
* rtfnards. lincs et ermiucs et vair et de voupes* moût richamant , et tout lor 
arnois sunt niout biaus et de gran vailance. Lor armes sunt 
arz et espce et mases , mes des arz s'aident plus que d'autres 
couses : car il sunt trop buen archier. En lor dos portent armcure 
de cuir de bufaf et de autres cuir coct que moût sunt fort. Il sunt 
buens homes en bataille et vailanz durcmant , et voz diron con- 
mant il se puent travailer , et plus que autres homes : car maintes 
foies, quant il a bezogne, il alara ou dcmora un mois sanz nulles 
viandes for que il vivra de lait d'une jumente et manjuera des carz 
de les chacboison qu'il prenent , et son chaval palsera des herbes 
qu'il treuvera , car il ne bizogne porter orz ne paille. 11 sunt 
moût hobient à lor seingnor, et voz di que quant il bcinzogne , 
il demoure toute la noite à chaval cum ses armes , et le chaval 
alera toutes foies paisant les erbcs. Il sunt celles jens au monde 
que plus durent travalle et maus , et main vêlent de despencc , et 
que miaus sunt por conquister terre et reingnes. Il sunt ordrée 
en cestc maincre que je voz deviserai. Sachiés que quant un sein- 
gnor des Tartar ala en ostc, el moine ho lui cent mille homes à 
chevalz. Il ordre son afer ensi con voz boires. Il fait un chief 
aogne dix, aognc cent, aogne mille et a ogne dix mille ; ne a que 
consilier que con dix homes et celz que est sire de dix mille 
homes ne ot que faire que con dix hommes , et celui que est 
seingnor de mille homes ne ot que con dix , et ausint celui que 
est seingnor de cent ne a que fer que cum dix. Ensuit con voz 
avés oï , respont chascun à son cbicf, et quant le seingnor de 
cent mille en vuclt mander aucun in aucuna parle, il conmandc 



(69) 

au chef de dix mille qui li donc mille hommes , et le chief de dix 
mille conmande au chief de mille qu'il li done sa parte , et le 
chief de mille conmande en chief de cent, et chef des cent con- 
mande au chief de dix qc chascun done parte de cel que les mè- 
nent des mille homes , et chaschuz sevent mantinant et les donent 
tant : car il est chascun hobedicnt à ce qu'il est lor comandé plus 
che jens dou monde , et sachics que les cent mille est apellé un 
tut , et les dix mille un toman , et les por milicr et por centencr 
et por desme. Et quant les hostes aient por fer auchune cosse , 
il soient en plain ou en montagnes, il mandent dousjornée avant 
deux cent homes pour excaregaites , et ausint dericres et de joste, 
ce est de quatre pars , et ce font-il por ce que l'ost ne peust estre 
asail qu'il ne le seussent. Et quant il vont en longe voie en ost , 
il ne portent noiant des arnois, caf il portent deux batajes de 
Cuir, là ù il metcnt lor lait qu'il boivent, et portent une petite 
pignate , ce est baratere là où il cuizent lor carz. Il portent une 
petite tende là où il demorent por la pluie. Et si voz di un autre 
chouse, qe quantilhamester, il chevauchentbiendixjornée, sainz 
nulle viandes et sanz fer feu ; mes vivent d'un sanc de lor cavau , 
car chascuns poinge la voie * à son cheval et boit d'un sanc. 1 1 ont en- 
core lor lait seccé, que estsaude comepaste, et de celle lait portent 
et en metent en l'aive et la moinent tant que celle laite se destruie 
et puis la boivent. Et quant il vienent à bataille con lor ennimis, 
il les vinqucnt en ccste maineres : car il ne s'en tornent ad honte 
de fuit, car il voit arcaor * là or cntor à lor ennimis. Il ont si cos- i 
tumc's lor cavalz qu'il se girent cha el ausitost con firoit un chien. 
Et quant l'en li cace et il vunt fuiant, il coubatcnt aussi bien et 
ausi fort come quant il sunt vis à vis con les inimis. Car quant il 
fuit plus tost , adonc se gire ariere con son arche , et fait grant 
coux de sajete et occit des chevax des ennemis , et encore des 
homes , et quant les inimis les creunt avoir dcsconfit et vencu et 
il ont perdu, car lor chevaus sunt occis et elles mecsme assez. Et 
quant les Tartarx véont q'il ont occis deus cavaus lor ennimis et 



archers. 



( 70 ) 
des homes ausint , il se gircnt sor elz cl se sproyent si bien et si 
vaillanzment , qu'il desconfirent lor cnnimis et li vinquent , et en 
ceste mainere ont jà vencue maintes batailles et mantes gens. 
Tout ce que je voz ai contes sunt le vies et les costumes des droit 
Tartars ; mes je vos di que orcndroit sunt moût cnbatardi , car 
celz que usent au Cata se mantienent al les vies et à la mainere et 
as costumes des Ydres , et ont laisc lor loy , et celz que usent en 
Levant se ticnent à la mainere de Sarazin. Il mantinent la justice 
en tel manere con je voz deviserai. Il est voir qe quant uno homo 

* enlève, hicnblc * aucune peitlte chouse /que n'en doic , il li est doné sept 

bastonce , ou dix-sept , ou \"ingt-sept , ou trente-sept , ou quarante- 
sept , et in ceste mainere vait jusque trois cent sept , croisent 
toutes foies dix selonc qe il ha enblé et plusor en morent de ceste 
bastonée. Et se le home enjjle un chevaus ou autre chouse qu'il 
doie perdre persone , il est trinchiés por mi com spée si voiremant 
que se celui qe anble puct paier et vuclt doner neuf tant que cel 
que il a enblé , il cscanpe. Et cascun seingnor ou les autres homes 
marquer, qe Ont bestes assez , il font boUer * de son seingne ; ce sunt les 
chevaus et les jumentes et camiaus et bof et vaches et autres bestes 
groses , puis le laise aler paistre por les plaines et por les mons 
sanz garde d'orne , et s'ele se meslent le une con le autre , cascun 
rende la soe à celui de cui le segne est treuvc , les berbls et les 
moutons et les bech font-il ben gardere as homes. Lor bestiames 
sunt toutes grandismes et grases et belles outre mesure. Et encore 
voz dirai un autre merveliose usanze qu'il ont , que je avoie 

* oublié, dementique * à scrivre ; sachic's touti voirmant que quant il sunt 

deus homes que le un ait eu un filz masle e soit mort de quatre 
anz o quant il vuelt , et un autre home ait eu une file feme et soit 
encor morte , il font mariajes ensenble , car il donent la ferae 
morte à l'enfans mors por moiler et en font faire carte , puis celle 
carte ardent et le feme que vait en l'air , si dient que vunt à lor 
filz en l'autre monde , et qu'il le scvent et que se tenent à mari 
et à moier. Il font grant noisse et ne spandcnt cha et là , et dient 



(71 ) 

que ce vont à lor enfanz en l'autre monde. Et encore font un 
autre chouse , car il font epindre et portrairc en carte homes à 
similitude des eles , et chevaus et dras et bizanz et arnois , puis 
les font ardoir et dient que toutes celles couses qu'il avoient fait 
portrairc et ardre , auront lor enfans en l'autre monde. Et quant 
il ont ce fait , il se tenent por parens et mantienent lor parenté 
ausi bien con il fuissent \'if. Or vos ai montré et devisé aperta- 
ment les uzances et les costumes des Tartars ; non pas qe je vos ai 
contés dou grandismes fait dou Grant Can , ce est le grand sire 
des tous les Tartars , ne de sa grandisme enperiaus cort , mes je 
le voz conterai en cel livre quant tens et leu en sera : car bien 
sont mcrveiloses couses por mètre enn'escripturc. Mes desormès 
volun retorner à nostre conte en la grant plaingne où nos estion 
quant nos comcchames des fais des Tartars. 

CHAPITRE LXXI. 

Ci devise do plain de Bangu et des déverses costumes des jens. 

Et quant l'en s'en part de Caracoron e de Altai , là où il se 
metcnt les cors des Tartars, ensi con je vos ai contés en ariercs , 
il ala puis por une contrée ver tramontane que est apellé le plain 
de Baigu, et dure bien quarante jornée. Les jens sunt apellcs 
Mecri et sunt sauvaje jens. Il vivent des bestes , et les plusors sunt 
cerf, et voz di qu'il chavauchcnl les cerf.. Uzance et costumes 
ont come Tartars , con il sunt au grant Can. II ne ont bief ne vin ; 
l'esté ont venesion et chachaionz de bestes et d'ousiaus assez ; mes 
l'en yver ne i demore nulle beste ne osiaus por le grant froit. Et 
quant l'en alée quarante jornée , adonc trcuve-l'en le mer Osiane , 
et iluec il ont montagne, là o li fauchonz pèlerin ont lor nid. Car 
sachiés qu'il n'i a homes ne femes , ne bestes , ne osiaus for che 
une mainere d'osiaus que sunt apelcs barghenlac , desqeles les 
fauconz se passent. Il sunt grant come perdris ; il ont fait 



(70 

hirondelles. Ics piés comc papagaiis , la coe corne rondiaus * ; il sunt moul vo- 
lant. Et quant le grani Kaan vuelt des fauconz ni de ces pellerin , 
il mande jusque là por elz. Et en l'isle que sunt encel mer environ 
naisent les jcrfaucz. Et si voz di voiramant qc ccste leu est tant 
ver tramontaine , que la stoille de Iramontaine remaint auques 
en deriere ver Midi. El encore voz di que les jerfauchcz que naisent 
en Fisle que je vos ai dit desouie , sont en si grant habundance 
que le grant Chan en ha tant quant il ne vuclt , et ne entendes 
que celz qc l'aportcnt de tere de cristiens as Tartarz , les portent 
au grant Chan , mes les portent au Levant ad Argon et à celz 
seingnors dou Levant. Or voz avon conté tout les fais des pro- 
vences de tramontane apertement jusque à la mer Osiane , et 
desormès en avant vos conteron des autres provences et retor- 
neron dusque au gran Kaan et rctorneron à une provence que 
nos avon escript en nostre livre , qui est apelc's Canpitui. 

CHAPITRE LXXIL 

Ci devise do grant roiames d'Erginul. 

Et quant l'en se part de cesl Cancipu que je vos ai conté , l'en 
ala cinq jornéc, esqueles a maint espiriti, lesquelz oit l'en parler le 
nuit le plosor foies. Et à chicf de cel cinq jornée ver Levant , l'en 
treuve un roiames que est apelés Erginul , et est au grant Chan 
et est de la gran provence de Tengut qe a plosors roiames. Le 
jens sunt cristienz nestorin et ydres , et celz que aorent Maomet, 
Il hi a cités asez , et la mestre cité est Ergigul. Et de ceste cité 
ver Iscioloc puet l'en aler es contrés dou Catai , et en ceste 
voie de scloc ver le contrée dou Catai , treuve une cité qui 
est apellés Fingui , et hi a villes et cités assez , et est de Tangu 
miesme et est au gran Can. Les jens sunt ydres et jens que aorent 
Maomet, et des cristiens. Il hi a auques huef sauvajcs que sunt 
grant corne olifanz et sunt moût biaus à voir ; car il sunt tout 



pelous for le dos , et suiit blanc , et noir. Le poil est lonc trois 
paumes. Il sunt si biaus que c'en est une mervoie à voir , et de 
cesti buef mesme ont domcsces assez , car il pristrent des sau- 
vajes et il funt alingner si qu'il en ont grandisme quantité , et bi 
charchent et laborent con elz , et voz di qu'il laborent deus tant 
et ont de force. Et en cest contrée naist i le meillor masco * et le * '""" 
plus finz que soit au monde. Et sachics ke le moscbe se trouve 
en cesle mainere qe je voz dirai. Sachiés tout voiramant que il 
est ne peitete beste de le. grant d'one gazelle , mes sa faison est 
tel. Elle a poil de cerf mol gros, les pies corne gacelle , corne ne 
a pas , coe a de gazelle , mes elle a quatre dens, deus desot et des 
Soure qe sunt lonc bien trois doics et sont soutil , et vunt le deus 
en sus et les deus in jus. Elle est belle besle , le moscresc treuve 
en ceste mainere : car quant l'en l'a prise il li treuve cubelie en 
mi sont le ventre entre le cuir et la char une posteums de sanc 
Icqel l'en la trince cum tout le cuir , et l'an Irait hors , et cel sanc 
est le moscée de coi vient si grant odor. El sachics que en ceste 
contrée en a en grant quantité , et si buen con je vos ai contes. 
Il vivent de mercandies et d'ars et ont habundance des blés. Et 
elle est la provence grant vingt-cinq jornée. Il hi a faizam grant 
deus tant que celle de nostre païs , car il sunl de la grant de paon, 
aucun pou moin. Il ont la coe longe au plus dix paumes , et bien 
ni a de neuf et de huit et de sept au moin. Il hi a encore des fai- 
zam qui sunt de la grande et de faisonz des nostres païs , des 
autres hoisiaus hi a de maintes mainere , de con moût belles 
pennes et bien colorés. Les gens sunt ydres et sunt gras et ont 
peitet nés , qevoilz * noir. Il ne ont barbe for qe quant poil en ■ Cl,cv 
greingnon. Les dames ne ont nul poil for que en chef, ne nulle 
autre part ne ont nul poil. Elle ont moût bien faites des toutes 
faisionz ; et sachiés qe il se deletent moût en luxurie et prennent 
femes assez , por ce que lor loy ne lor uzance ne lor contraire , 
mes en puet prandre toutes con el vuelent et qu'il ont pooir de 
tenoir. Et si voz di que se il a une belles femes et elle soit de vil 

10 



( 74) 

Icingnages , si la prent por sa biauté un graiit Laronz ou un grant 
home à famé , et on done à sa mier arjcnt assez, selonc qe il sunt 
en acorde. Or nos partiron de sa et voz diron d'une autre pro- 
vence ver Leveint. 

CHAPITRE LXXIIL 

Ci devise do roiames de la provence de Egregaia. 

Et quant l'en s'en part de Erginul et ala ver Levant huit jornce , 
il treuvc une provence que est apellés Egrigaia où il lii a cités et 
castiaus assez ; et de Tengiit. La mestrc cité est apellc Calacian. Les 
jens sunt ydres, el hi a trois yglise decristicnz nestorin. Il supt au 
grant Tartar, el en cestc cité se font giambellot de poil de gamiaus 
les plus biaus que soient au monde et les meillors , et encore en 
font de laine blan : in ce en font de giambellot blance moût biaus 
etbuens, et en font grant quantité, et d'iluech les aporlent les 
mcrcant por maintes part et au Catai , en autres leu por mi le 
monde. Or isiron de ceste provence A'er Levant, que l'en apelle 
Tendue , et enterrora es les terres dou Prestre Johan. 

CHAPITRE LXXIV. 

Cl devise de la grant provence de Senduc. 

Senduc est une provence ver Levant (en) la coi il hi a viles et cas- 
tiaus assez. Il sunt au grant Chan , car les descendent dou Prestre 
Johan sunt au grant Chan. La mestrc cité est només Tendue. Et 
de ceste provence en est rois un dou legnages au Prestre Johan , 
et encore est Prestre Joban , son nom est Giorgio. Il tient la 
tere por lo grant Chan , mes nos pas tout celle que tenoit le 
Prestre Joan , mes aucune partie de celle. Mes si vos di que les 
grant Kaan toutes foies ont donéo de lor files et de lor parens 
à les rois que reingnent qui sunt dou lingnajcs au Prestre Johan. 



( 7^ 
En ceste provence se trouve les piercs dont l'azur se fait , et hi 
ni a asez et boncs. Il hi a zamelloit de poil de gamaus moût bucns. 
Il vivent de bestiaumes et dou frout qu'il traient de la tere, et en- 
core hi si fait auqucs mercandies et ars. La segnorie est à Cris- 
tiens ensi con je voz ai dit ; mes hil i a ydrcs asez et homes qne 
adorent Maomct. Hil hi a une jenerasion de jens que sunt appel- 
les Argon , qe vaut à dire en françois Guasmul , ce est à dire qu'il 
sunt né dcl dcus générasions de la lengnéc des celz Argon Ten- 
due , et des celz reduc, et des celz que aorent Maomet. Il sunt 
biaus homes plus que le autre dou païs et plus sajes et plus mer- 
caant. Et sachie's que en ccste provence estoit le mestre seje dou 
Preslre Johan quant il scingnorioit les Tartars , et toute celles 
provenccsetreingnes environ, et encore hi demorént le sien des- 
ccndens/et cestui Jor que je voz ai només est dou lingnages dou 
Prestre Johan , si con je vos ai en conte dit , et est le soime sein- 
gnor depuis le Prestre Johan, et ce est le leu qe nos apellon de se 
enostre païs Gogo et Magogo ; mes il l'apellcnt Ung ctMungul, 
et en cascune de ceste provence avoit uncgenerasion de jens, en 
Ung estoient les Gog , et en Mungul dcmoroit les Tartars. Et 
quant l'en chevauche por cest provence sept jornée por Levant 
ver le Catai , l'en treuve maintes cités et castiaus, là où il ont 
jens que orent Maumet , et ydrcs et Cristienz nestori auques. Il 
vivent de mercandies et d'ars , car il se laborent dias dorés que 
l'en apelle nascisi fin et nach et dras de soie de maintes maineres ; 
ausint con nos avon les dras de laine de maintes maineres , au- 
sint il ont dras dorés et de soie de maintes maineres. Il sunt au 
grant Kaan. Il est une cité que est apellcs Sindacui , et en ceste 
ville se fait maintes ars de toutes chauses et arnois que beinzogne 
ad hostes , et es montagnes de ceste provence ha une leu que est 
appelés Ydifu , en quelz a une moût bonne argentiere en laquel 
se tra arigente asez. Il ont chachaion de bestcs et d'osiaus assez. 
Or nos partiron de ceste provence et cités , et alcron trois jor- 
née , et adonc treuvcron une cité que s'apele Ciagannor , en la- 



( 76) 
quel a un gran palais qui est dou gran Kaan , car sachiés qc le 
grau Kan dcmorc à ceslc cité en cest palais voluntieres, por ce qe 
il hi a lac et rivièr assez , la où il deniorent ces nés assés , et en- 
core il hi a biaus plains, esquclz ont grues assez et faisanz et per- 
driccs assez , et de maintes autres faisonz d'ousiaus. Et per la 
bone oisiagion que hi a, le grant Kan hi demore voluntier et hi 
prent son solas , car il oizelle à gerfauc et à fauchon et prant 
osiaus assez à grant joie et à grant feste. Il lii a cinq maineres de 
grues lesquelz voz diviserai. L'une mainerc est toute noire corne 
corbiaus, et suntmout grant ; le autre mainere sunt toule blance, 
les eles ont moût belles , car por toutes les pennes ont plein de 
iaux reont con celz dou paon , mes sunt de color d'or moût 
resprendisant. Le chief ot vermpil et noir et blanze autour , e. 
sunt greingnor que nulle des autres assez. La tieze mainere sunt 
de la fasionz des nostre , et la quarte mainere sunt peitete , el ont 
es oreilles pennes lonc vermoilles et noire mou belles. La quinte 
maineres sunt toutes griges , les chief ont vermoiles et noires 
mou' bien faites, et sunt grandismes. Et après ceste cite a une 
valée en laquel le grant Kaan a fait fare plosor maisonnetes es- 
qucles il fait tenoir grandismes t]uantité.s de calors qe nos apei- 
lon les grant perdris. Il fait demorer à la garde de ces;i os'au< 
plusors homes , et hi nia si grant habundance que cesle est mer- 
voie à veoir , et quant le grant Kaan est et vient en ce e conir 'e, 
il a de cesti osiaus en grant habundance tant quant il en ' iie'.t. 
Et de ce parliron et alcron trois jornéc entre tramonlaine et 
grcch. 

CHAPITRE LXXV 

Ci devise de la cilé d C>;.ucla e do m^-ncioû paîa? dou ;^rai^t Kaii. 

Et quant l'en est parti de la cité que je vos ai només desoure , 
et l'en ala trois j ornée , adonc treuve l'en une cité qui est appelle 



( 77 ) 
Ciandu , que le grant Clian que est et rengne et que a nom 
Cublai Kaan , la fist faire. Et en cestc cité hi fist i faire Cublai 
Kan un grandismes palais de marbre et des picres. Les sales et 
canbres sunt toutes dorés ; il est moût merveilosemant biaut 
et bien aurés , et de ceste palais se mure un mur que environe bien 
seize miles de tere esqueles a fontaines et fiums et plateries assez ; 
c le grant Can hi tcnt de toutes faites beslcs. Ce sunt cerf et dain 
et cavriul, por'dcnerà mangicr as gerfaus et as faucun que il tcnt 
en mue en cel leu que sunt de ce gierfaus , et il meisme les vait 
veoir en la mue ongne semaine une foies , et plusors foies le 
grant Chan vait por ccst praerie qui est enveronée de mur , et 
moine ho soi un leopars sor la crope de son cheval , et quant il 
velt il le laise alerc et prant un cerf ou dain ou chavriol , et les 
fait doncr as gerfaus qu'il tient en mue , et cel iait-il por son 
délit et por solax. Et encore sagiés que en un leu de celle praerie 
environe de mur a fait le grant Chan un gran palais qui est tout 
de channes, mes est endorés tout dedens et orverait * as bestes * Om 
et à osiaus moût sotilmant evrés. La coverairc est ausi toute de 
cannes envcrnigés si bien et si fort , que nules eives ne i poit nuire, 
et voz dirai come il est fait de channes. Sachiés de voir que celle 
channes sunt groses pluis de trois paumes , et sunt loue de dix 
pas jusqe à quinze. L"cn le trence parmi de un nod as autre , et 
adonc est fait un coup , et de ccstes channes que sunt groses et si 
grant que l'en en puet covrir maison et fer toute de chief , et 
cest palais que je vos ai dit desoure estoit tute de cannes , et si 
.l'avoit fet si ordrée le grant Kaan , qu'il le fasoit lever quant 
unques il voloit : car il le sostenoit plus de deus cent cordes de 
soie , et voz di que le grant Kaan demorent iluec trois mois de 
l'an , jung et jungnée et aost , et por ce il demore il de cest tens , 
qu'il ne a chaut e por le grant délit , et cesli trois mois que vos 
avés, tient le grant Caan le palais de channes fail , et tous les 
autres mois de l'an le tient-il deffait , et le a si ordréé que il le 
puet fer et deffcr à sa volunté , c quant il vient à les vingt huit 



1» 



( -■«) 

jors d'aost le grant Kaan se part de cest cité et de cest palais cha- 
sun an en ccstui jor, et voz dirai por coi. Il est voir que il a un 
raz de chevaus blance et de jumentes blances corne noif sanz 
nulz autres coleur , et sont grandissmcs quantité , ce est qu'il 
hi a plus de dix mille jomentes , et le lat de ccste jumcnte blance 
ne noz boire nulz, se ne celz que sunt dou Icngnages de l'enperio, 
ce est de legnages de grant Kaan. Bien est-il voir 'que un autre 
jenerasion de Jens en puet bien boir , ce fut appelles horiat , et 
cest honor donc elez Cinchins Can por une vitorie qu'il firrent 
con lui jadis. Et si voz di que quant cestc bestcs blances vont pa- 
sant , l'en fait elz si grant révérence que se un grant seingnor hi 
passast, ne paseroit por mi ceste beste , mes atendroit tant qu'eles 
fussent passé , ou il aleroit tant avant qu'il l'aroit passée. Et les 
astronique et les ydres ont dit au grant Chan que de cestc lait 
doie espandre cliascun an as les vingt huit jors d'aost por l'air et 
por les terres por coi les espirt en aient à boir, e les ydres espiri 
por ce que il li savent toutes sez couses , homes et femes , bestes, 
osiaus , blés et toutes autres chouses ; et d'iluec se part le grant 
Can , c vait à un autre leu. Mes si voz dirai avant une mervoille 
que je avoie demantiquc. Or sachiés que quant le grant Kaan 
* Brouillard, dcmoroît en son palais, et il fust pluie ou muslés * ou mautens ; 
il avoit sajes astronique et sajes enchanteor qui por lor senz et por 
lor enchantacion fasionent tous les nues et tous les maus tens 
hostcr desus son palais , si (je dcsus le palais n'i a maus tens et 
de toutes autres pars vait le maus tens. Cesti sajes homes que ce 
funt , sunt apellés Tebet et Quesmur. Il sunt deus gencrasion.s 
de Jens que sunt ydres. Il sevent d'ars diabolique e des encantc- 
mans plus que toz autres homes , et ce qu'il font il le font por 
ars de diable , et font croire «t les autres jens qu'il les font por 
grant santité et por evre de Dieu , et ceste jens meesme que je 
voz ai dit , ont une tel uzance con je vos dira : car je voz di que 
quant un home est jugiés à mor et soit mors por la scingnorie , 
il le prennent et le font cuire et le menjuent ; mes se il morust da 



f • 



( 79 ) 
sa mort , il ne le mengicnt mie. Et saiés tout voirmant que 
cesti bacsi que je voz dis desourc que sevent tant des enchante- 
mant, font si giant mervoille con je voz dirai. Je voz di que quant 
le grant Kaan siet en sa mcslre sale à sa table qui est aut plus des 
huit coues * , et les coupes sunt emi le pavimentde la sale longe * Coudées 
de la table bien dix pas , et sunt plene de vin et de lait ou d'autres 
buen bevrajes , et ceste sajes encariteors que je voz ai dit desoure 
qe bacsi sunt només , il font tant por lor encantemant et por lor 
ars , que celés coupes pleiimes por lor meesme se lèvent le pavi- 
ment où elle estoient, et s'en vont devant le grant Can , san ce qe 
nulz ne les toucent , et ce font voiant dix mille homes , et ce est 
voir et vertables sanz nulle mensongne ; et bien voz diron les 
sajes homes de nigromansie , dient que se puet bien faire. Encore 
voz di que cesti bacsi , quant il vienent les festes de lor ydres , 
il s'en vont au grant Kan et li dient : Sire , la tel fcste vient de 
tel nostre ydre , et nome le nom de ccl ydre qu'il vuclt , et puis 
li dient : Voz savés , biau sire , qe ceste ydre suelt faire maus 
tens et domajcs de nostre chouses et des bestes et de blés , se elle 
ne ont ofert et holocast , et por ce vos préon , biaus sire , que 
vos nos faisonz doner tant moutonz qe aient le thef noir, et tant 
de onces * et tant leingne aloe et tant de tel cousse et tant de tel, 
por ce que nos peussions faire grant honor et grant sacrifice à 
nostre ydre , por ce qu'elles nos savent et nos cors e nostre bestes 
et nostre blés. Et ceste couses dient cesti bacsi as barons que sunt 
entor le grand Kaan, et à cclz qe ont bailie , et cesti li dient au 
grant Chan , et adonc ont tout ce que il demandent por honorificr 
la feste de lor ydres. Et quant cesti bacsi ont eu totes celés chou, 
ses qui ont demandé, il en font à lor ydres grant honor con grant 
chant et grant feste : car il les encensent de buen odor de toutes 
celles bones chouses cspices , et font cuire la cars et la metcnt 
devant les ydres et espandent del brod sa et là, et dient qe les 
ydres en prenent tant q'eles vuelt. En tel maincr font honor à lor 
ydres les jor de lor feste, char sachiés tout voiremant qe chascun 



Encens 



(8o) 

ydrcs ont feste en lor nomes corne ont les nos , car il ont gran- 
disme mostier et abaic , que je voz di qc il hi a si grant mosticr 
corne une pitete cité , csquelz a plus de dcus mille monain selonc 
lor costumes, qe vestrentplushonestemant que ne font les autres 
homes. Il portent le chicf ras e la barbe rase ; il font les grein- 
gnors fcstes à lor ydrcs con greingnors cant et con greignors 
luminaric qc jamès fose veuc. Et encore voz di qe cesti bacsi 
e moût entr'aus de tiaus que selonc lor ordre puent prandre 
mollier , et il ensi font , car il en prennent et ont filz asez. 
Et encore voz di qu'il est un autre mainere de religions qe 
sunt appcllc's sensi, qui sunt homes de grant astinence selonc 
lor costumes , et moinent si après vie con je voz conterai. 
Sachiés touti voiremant que il ne menuent en toute lor vie for 
qe scmule et canigle , ceste les corses qe rémanent de la farine 
dou forment, car il prcnent celle semule ce est canigle, et la 
metent en eive chaude,. et la hi lassent demorer auquant, puis 
le menuent. Il degiunent maintes foies l'an et ne mengicnt rien 
dou monde for (je cel cavigle qe voz ai contes. Il ont grant ydrcs 
et asez , et tel foies aorent le feu. Et voz di que les autres régules 
dient que ccsli (jue veut ensint grant astinence, sunt comc paterin, 
por ce qe il ne aorent en tel mainere les ydrcs con il font , mes 
a grant déférence entr'aus , ce est entre le une régule et le autre, 
cesti ne prencroicnt mollier por ren dou monde. El portent le 
chief et le barbe raise ; il portent vestimens noir et bloies de ca- 
nave, et se il fuissent de soie, il le portèrent de tel coleur con je 
» Naiies. voz ai dit. Il dorment sor les estives*, ce sunt boides ; il font la 
plus aspre vie qc homes dou monde. Lor moistier et lor ydrcs 
sunt toutes femes , ce est à dire qu'il ont toutes nons des femes. 
Or voz laison de ce , et vos contcron des grandismes fais et des 
mervoics dou grandisme scingnor des seingnors des tous les Tar- 
tai's , ce est le très noble grand Chan que Cublai est apclk's. 



(8i ) 
CHAPITRE LXXVI. 

Ci devise de toutes les fais dou grant Can qui orendroit règne , que Cublai Can 
esl appelés, et devise cornant il tient cort e cornant cl mantient ses jens en 
grant justice , et encore dit de sez afer. 

Or vos vueil comencier à contier en nostre livre tous les gran- 
dismes fait e toutes les grandismes mervoies dou grant Kaan que 
a orendroit règne , qe Cublai Kaan est apelez , que vaut à dire à 
nostre lengaje le grant scingnors , et certes il ha bien ceste nom 
à droit , por ce que cascun sache voiremant qe ceste grant Kaan 
est le plus poisant homes des jens et des teres et des trezor que 
unques fust au monde ne qe orendroit soit da Adam notre pri- 
mer père jusque à cestui point , et ce voz moslrerai-je tout aper-- 
tamant en nostre livre que ce est véritables chouse , si qe chascun 
sera content que il est le greingnor sire que unques fust au monde 
ne qe orendroit soie , et voz mostrai raison cornant. 

CHAPITRE LXXVII. 

Ci devise de la gran bataille ke fo entre le gran Can et le roi Naian son ongle. 

Or sachiés touti voirmant qu'il est de la dreite ligne enperiaus 
de Cinchins Kan , que droitcmant de ccl lengnajes doit estre le 
sire de tous les Tartars , et cestui Cublai Kan est le séisme grant 
Kan , ce vaut à dire qu'il est sesme grant seingnor de tous les 
Tartars. Et sachiés qu'il ot la scgnorie as i256 ans que avoit qe 
Crist avoit nasqu , et en celui an comance à reingner , et sachiés 
q'il ot la segnorie por son valor et por sa proece et por son gran t 
scnz, car ses parenz et sez frères la le defendoient; mes il por 
grant proesse l'ot, et sachiés qe droitemant venoit à lui por rai 
sonz la seingnorie. Il a qu'il comance à régner quarante deus ans 

1 1 



( 82 ) 

jusque à cestui point qccore 1298. Il puctbicn avoir d'aajcs quatre 
vins et cinq anz. Et avant qu'el fust seingnor il aloit en est tout 
* capitaine, la nlosors foies. Il estoit prodomes des armes et buen chavcitains * ; 
mes puis qu'il fu seingnor ne ala en ost for che une foies , et ce fu 
aies 1286 anz et voz diiai por coi. Il fui voir que unque avoit à 
non Naian qe uncle estoit de Cublai Kaan, icui est jeune enfanz 
seingnor et sire de mantes terres et provences , si qu'il pooit bien 
faire quatre cent mille homes à chevaus : sez anccstre ansiene- 
mant sunt este sot le grant Kaan , et cestui mesme estoit ausi sont 
le grant Clian, mes cnsi con je voz ai contes, cestui estoit jeune 
enfanz de trointc anz : il se vit sî grant sire qu'il pooit bien mètre 
an canp quatre cent mille homes à ehcvaz. Il dit que ne voloit 
«enlèvera, cstre plius sout le grant Kan , mes dit qu'il les toudra* la sein- 
gnorie selon que poit. Adonc cestui jSaian mande sez mesajes à 
Caidu q>ii estoit un grant sire et poissant, et estoit neveu au grant 
Chan , mes si l' estoit révélés et li voloit grant maus. Il li mande 
qu'il aille sor le grant Kan de l'une part , et il vendra de l'autre 
por lui tollir la terre et la seingnorie , et cestui Naian dit qu'il li 
plet bien , et dit qu'il sera bien aparoillés con sa jens à cel terme 
qu'il avoient ordréé , et alera sor le grant Kan , et sachics qe 
cestc avoit bien de pooir de faire et de mètre au canp cent mille 
homes à chevaus. Et qe voz en diroie ? cesti deus baronz , ce sunt 
Naian et Caidu, s'aparoillent et fasoient grant amasemant des 
chevaliers et des homes à pies por aler sor le grant Kaan. 

CHAPITRE LXXVIII. 

Cornant le grant Kan ala encontre à Nayan. 

Et quant le grant Chan soit ceste chose , il ne s'en esbaï mie , 
mes ensi comc sajes homes et de grant vailanze, il s'aparoille con 
sez jens et dit qu'il ne vueltjamès porter coronc ne tenir terre, se 
il ne met à maie mort cesti dous traîtres et desloiaus. Et sachie's 
qe le grau Kaan fist tout son aparoillamant en dix , douze jors, si 



(83) 

preveemant que null en savoit rien for celz de son consoil. Il oit 
asenblc bien trois cent soixante mille homes à chevauz, et bien 
cent mille homes à pies , et por ce fist si poi de jens , por ce qe 
cesti furent de sez ost qui estoient près de lui , les autres sez hos- 
tes qe do ces estoient qe moût estoient grandisme quantité, estoient 
tantloingneen ostporconquisterteres en plusors parties , qu'il ne 
liporoit avoir euàtensetà Icu, car ce il ause* fait tout son cnfors, 
il firoit tant de chevaliers à chevaus con il voudroit si grant mou- 
titude qe ce seroit enposible chose à croire et à oïr. Et cest i deus * 
cent soixante mille homes à chevaus qu'il fist , furent ses faucho- 
ner et autres homes qui estoient entor lui. Et quant le grant Kan ot 
aparoillés ccste pou jens que je voz ai contes desoure, il foit voir 
à sez astronique ce il vincra ses enemis, et c'el il en vendra à buen 
chief. Et cel le distrent qu'il fira de ses enemis à sa volunté. Adonc 
le grant Can con toutes sez jens se mist à la vie et ala tant que en 
vingt jors vindrent en une grant plaingne , là où Naian cstoit con 
toutes sez jens que bien estoient quatre cent mille homes à che- 
valz. Il hi vindrent un jor moût maitin , et ce fu en tel mainere qe 
sez ennimis ne seuvent lien , por ce que le grant Kaaii avoit fait 
pi'andre si toutes les voies, que nulz pooit alcr ne venir que ne 
fustpris, et ce fu l'achison por coi sez ennimis ne soustrent lor 
venu. Et voz di qe quant cesti hi vingent , Naian estoit en sa 
tente con sa feme en lit et se solaizoit avec li , car il le voloit 
mou grant bien. 

CHAPITRE LXXIX. 

Ci conmance de la batala dou grant Kan et de Naian son ongle. 

Et que voz en diroiePquantl'aure dou jor delà bataille fuvenu, 
adonc aparut le graut Chan sor un tertres qui estoiet en la plain- 
gne. Là Naian estoit atendés, qe demoroient mult seuramant con 
celz que ne creoent por ren dou monde qe iluec venist nulles jens 



(«4) 

por lor fer domajcs , et ce estoit l'achaison qe il demoroient à si 
grant seurté et ne fasoient garder lor canp , ne ne avoicnt nulle 
cscharagaite ne avant ne areres. Le grant Kaan estoit sor le ter- 
tres que voz ai contes , sor une bertreschc ordréc sor quatre leo- 
fans. Il avoit sor lui sa scingne si haut que bien pooit cstre veue 
de toutes pars. Ses jcns estoient tuit eschiert à trente mille , 
et environent tout le canp en un moment , et avech chas- 
cun home à cheval avoit un home à pie dcrere à la crope dou 
cheval con lance en main. En tel maincre con vos avcs hoï, estoit 
le grant Kaan con sez jens, atiré con scz csceles environ le canp 
de Naian por conbatre con elz. Et quant Naian et sez homes on 
veu le grant Kaan con scz jens environ lor canp , il en furent tuit 
esbaïs. Il corcnt as armes , il s'aparoilent roistaincmant et font 
lor eschicle bien et ordreement. Endementier qe andeus partes 
estoient aparoillés , qe ne avoient que dou fcrir , adonc peust 
l'en vcoir et oïr soner maint estroment et maintes channcs et 
chanter à autc vois : car sachics qe les uzances des Tartars sunt 
tielz, car quant il sunt atirc et aschiéié por conbatre , il ne for- 
çoicnt en la baitaile jusque atant qe les naccar ne sonent , ce sunt 
celz de lor cheveita. Et endementier qe les naccar ne sonent , 
adonc tous les plosors des Tartars sonent lor enstrumcns et chan- 
tent , et ce estoit le por coi le soner e le chanter hi estoit si grant 
e d'une part e d'autre. Et quant toutes les jens furent bien apa- 
roillics d'andcus pai'S , atant comcnccnt à soner les grant nacar 
dou grant Chan. Et tantost que les nachar conmancent à soner, 
atant ne font deleament, mes laisse corre les une jens vers le 
autre con ars et con cspce et con macque et pou de lances , mes 
les homes à pics avenent bien abalestre et autre armaures assez. 
Et qe voz en diroie 1 il conmancent la mesk'e moutcruele et felo- 
nest : or poit l'en vcoir voler sagites, car toit l'air n' estoit plien 
come ce il fuist pluie. Or poit bien vcoir chevaliers et chevaus 
mort caoir à la tere : il hi estoit si grant la grie et remoute , que 
l'en ne out le dieu tonant. Et sachiés que Naian estoit cristicnz 



(85 ) 

hateizicnz , et à ceste bataille avoit-il la crois de Crist sor la en- 
seingne ; et por coi voz firoie-je lonch conte? Sachiés tout voire- 
mant qe celc fu la plus perilieuse bataile et la plus dotouse qe Ja- 
mes fust veuc , ne à nostre tens ne furent tantes jens en un canp 
à bataille et propremant homes à chevaus. Il hi morurent tant 
homes et d'une part et d'autre, qe ce cstoit merv'oille à veoir. 
Elle dure cestc meslce dou maintin jusque à midi , mes au de- 
reain venqui la bataille le grant Kaan. Quant Naian et sez homes 
virent qu'il ne pooientplus sofrir, il se mistrent en fuie , mes ce 
ne vaut lor rien , car Naian fu pris et tous sez baronz et ses homes 
se rendirent cou lor armes au grant Chan. 

CHAPITRE LXXX. 

Cornant le grant Kan fîst oncire Naian. 

Et quant le grant Kan soit que Naian cstoit pris , il comande 
qu'il soit mis à mort , et adonc fu mort en tel mainere con je voz 
dirai : car il fu envclopc en un tapis , et illuec fu tant moine sa à 
là si estroitcmant qu'il se morut, et por ce le fist morir en tel 
mainere, que il ne vuelen que le sanc dou leingnajes de l'enperer 
soit espandu sor la terre , ne que le soleil ne l'air le voie. Et quant 
le grant Kaan ot vencu ceste bataille en tel mainere con voz avés 
hoï, tous les homes et les baronz (à Nayan si firent homage au 
grant Khan, et estoient de quatre contrées), et nomerai ceste 
quatre provencc : la primer fu Ciorcia , l'autre Zanli , la terce Bars- 
col , la quarte Sichintingui. Et après que le grant kaan ot ce fait 
et vencu ccst bataille , les generasionz des jens qui hi estoient , sa- 
racinz , ydres et juif et maintes autres jens que ne creoent en dieu , 
fasoicnt gas de la cruis que Naian avoit aportés sor sun gonfauz , 
et disoient contre les cristienz que i estoient : Vces cornant la 
crois dou vostre Dieu a aidiés Naian qui estoit cristienz ; il en 
fasoient si grant gas et si grant escherne*, qu'ele vindrent devant 



motjuene. 



( 86 ) 

le grant Chan. Et quant le grant Cham oï ce , il dist maus à cclz 
que gas en fasoicnt devant elz, puis apclles mant cristienz qe il- 
luec estoient , et il comance à conforter et dit : se la crois dou 
votre Dieu ne a aidiés Naian , elle a fait grant raisonz , por ce qe 
elle est bone, ne devoit faire se bien non et droit. Naian cstoite 
desliaus et traitres que venoit contre son scingnors, et por ce est 
grant droit de ce qe li est avenu , et la crois dou vostre Dieu fist 
bien se elle ne l'aide contre droit ; por ce q'ele est bone couse , ne 
devoit faire autre qe bien. Les crisliens rcsponderent au grant 
Can : Grandisme sire , font il , vos dites bien vérités , car la crois 
ne vost faire maus ne desliautés corne fasoit Naian qe estoit traites 
et desloiaus contre son seingnors , et il a bien eu ce de qe elle 
estoit doingne. Tel paroles furent entre le grant Chan (et) les cris- 
tiens de la crois qe Naian avoit aportés sor sa insegne. 

CHAPITRE LXXXI. 

Cornant le grant Can se tome à la ci(é de Canbalu. 

Et quant le grant Kan ot vencu Naian en tel mainere con vqs 
avés oï , adonc se torne à la mestre cité de Canbaluc , et iluech 
demore à grant seulas et à grant feste , e le autre baronz qe rois 
estoit que Caidu avoit à nom , quant il oi qe Naian avoit esté des- 
confit et mort, il n'out grant ire e ne fit ost, mes avent grant 
doute et grant paor d'estre asi menés corne avoit esté Naian. Or 
avés entendu cornant le grant Kan ne ala qe ceste foies en oste , 
car en toutes sez autres bezongnes et hostes mandoit ses filz et 
ses baronz ; mes en ceste ne vost-il que nulz hi alast for qe il 
seulemant , por ce que trop il sembloit grant fait et mavès la sor- 
cuscance de celui. Or voz lairori de ceste matière e retorneron 
à contere des grandismcs fait des grant Kaan. Nos avon conté 
de quel legnages il fu et son ajes , or nos diron cel qu'il fist as 
baronz qe se portent bien en la bataille, et cel qu'il fist à celz 



( 87 ) 

qui furent vilz et coard. Je voz di qe à celz qe bien se provent , 
celui qui estoit seingnor de cent homes , le fait seingnor de mille 
e li fait grant donemant de vaicelement d'argent et de table de 
comandemant de scingncric , car celui qe a seingnorie de cent 
table d'arjent, celui qe a seingnorie de mille table d'or, o voir 
d'arjent endore' , celui qe a seingorie de dix mille a table d'or à 
teste de lion : e vos dirai le posse* de ceste table : celz que ont sein- * poiis. 
gnorie de cent et de raille poisent saies cent vingt , et celle à teste 
de lion poisse saie deux cent vingt ; et en toutes cestes tables est 
escrit un comandemant , et dient por la force dou grant Dieu et 
dou la grant grâce que adonc anostre enperer, le nom dou chan 
soit boneoit* ; et tuit celz qe ne lo hobieVont soient mort et des- * bëni. 
truit. Et encore voz di qe tuit celz qe ont cestes tables ont encore 
brevilejes con escriture de tout ce qe il doient faire en lor sein- 
gnorie. Or voz avonz contés cesti fait , or nos conteron encore 
de ce mesme. Car je voz di qe celui qe a grant seingnorie de cent 
mille , ou qu'il soit seingnor d'une grant host jeneraus , cesti ont 
une table d'or que poise saie quatre cent , et hi a escrit letres que 
dient ensi con je voz ai dit desoure, c desout à la table est portrarc 
le lion , e desoure hi est himaginés le soleil e la lune. Et encore 
ont brevelejes de grant comandemans et de grant fait. Et cesti qe 
ont ceste noble table , si ont por comandemant qe toutes foies 
qu'il chevauce,<ioie porter sor son chicf un paileen seingnificance 
de grande seingnorie. Et toutes les foies qe il siet , doie seoir 
en charere d'arjent. Et encore a cesti tielz le grant sire doné 
une table de gerfaus , et ceste table done-il à les très grant baronz 
poroi qe il aient pleine bailie*come ilmeisme , car quant il vuelt * auioiiié. 
mander et messajes et autres homes , si puet prandre les chevaus 
d'un rois se il vuelt , et por ce voz ai dit des chevaus des rois , por 
coi voz sachic's qu'il puet prandre de tous autres homes. Or noz 
laseron de ceste matière et voz conteron des fassions dou grant 
Kan et de sa contenanse. 



( 88 ) 
CHAPITRE LXXXir. 

Ci devise le faison dou grant Can. 

Le grant seingnors des seîngnors que Cublai Kan est apellcs , 
est de tel fasionz. Il est de belle graiidcsse , ne petit ne grant , 
mes est de mezalne grandesse. Il est camu de bielle mainere ; il 
est trop bien talics de toutes menbres ; il a son vis blance et ver- 
moiUe corne rose ; les iaus noir et biaus , les nés bien fait et bien 
séant. Il a quatre femes lesquelz il tient toutes foies por sez moi- 
Ijer droite , et le greingnor filz que il aie de ceste quatre femes , 
doit estre por raisonz Seingnor de l'enpcre quant il se morust le 
grant Kaan. Elle sunt apelc eporaïces et chascune por son non. Et 
cbascune de ceste dame tient cort por soi. Il n'i a nulc que ne aie 
trois cens damoiselles moût belles et avenant. Elle ont maint val- 
iez , esculiés , et maint autres homes et femes , si que bien a chas- 
cune de ceste dame en sa cort dix m^He persones , et toutes foies 
qu'il vult jezir avec aucune de ces quantité femes , il la fait venir 
en sa chambre , et tel foies il vait à la canbre sa feme. Il ha encore 
maintes amie , et voz dirai en quel mainere. Il est voir qu'il est 
une gcncrasion de Tartarz que sunt apellcs Migrac , que moût 
sont belles jcnz et onnesanz, sunt cllevc cent pucclles les plus belles 
qe soient en toutes celles jenerasion , et sunt amanés au grant 
Chan, et il le fait garder à les dames dou palais, et le fait jezir con 
elles en un lit por savoir sollo ha bone aleyne , et por savoir s'ell 
est pucelle et bien saine de toutes choses. Sunt mises à servir le 
seingnor en tel mainere con je voz dirai. Il est voir qe ogne trois 
jor et trois nuit six de testes daimeselles sersent le seingnor et 
en chanbre et au lit et à tout ce qe bezogne en, le grant Kaan en 
fait de celcs ce k'el velt. Et à chief de trois jors et de trois noit 
vienent les autres six damoiselles. Et ensi vait tout le anz que 
ogne trois jors et trois nuit , se muent de six en six dameselles. 



(^9) 
CHAPITRE LXXXIII. 

Ci devise des filz dou granl Kan. 

Et encore sachie's qe le grant Kaan a de sez quatre femes vingt 
deux filz maslcs. Le seingnors avoit à non Cinchin por le amor 
dou bucn Cinchin Kan , et cestui devoit estre grant Kaan et sein- 
gnor de toutl'enpere. Or avint qu'il se morust , mes il en rcmest un 
fil que a à non Temur , et cestui Temur doit estre grant Kaan et 
seingnor, et ce est rason por ce qu'il fu fil dou greingnor fd do 
grant Kaan, et si voz di que cest Temur est sajes et prodonmes , 
et maintes foies a ja moût bien prouves en bataille. Et sachiés qe 
le grant Kan a encore bien vingt cinq autres fdz de ses amies, que 
sunt boncs et vailanz d'armes , et chascun est grant baron. Et en- 
core voz di que des filz qu'il a des sez quatre femes , en sunt sept 
rois des grandismes provenccs et roiames , et tuit mantinant 
bien lor reingne , car il sunt sajes et prodonmes , et ce est bien 
raison , car je voz di qe lor père le gran Kan est le plus sajes homes 
et les plus proven de toutes chouses , et le meior regeor des jens 
et d'enpere , et home de greingnor vailance qe unques fust en 
toutes les generasionz des Tartarz. Or vos ai devisez dou grant 
Chan et de ses fdz , et adonc voz deviserai cornant il tient cort et 
sa mainere. 

CHAPITRE LXXXIV. 

Ci devise do palais dou grant Kan. 

Sachiés tout voiramant qe le grant Chan demore en la maistre 
vile dou Catai , Cabalut est appelles , trois mois de l'an ; c'est de- 
cebre et jenver et fevrer. En ceste ville a son grant palais , et voz 
deviserai sa faison. El est tout avant un grant mur quarés , qui est 
por chascun quaré un milier , ce est à dire qu'il est tout environ 

12 



( 9f ) 

(juatre miles. Il est moût gros , et d'autcsse ont-il bien dix pas, 
Crciiek's. cl sunt toutes blances et merles*. Et chascun cant de cest mur a 
un grant palais moût biaus et meut riclics, elquelz se lienentles 
liernois dou grant Kan ; ce sunt arz et tarcasci et seles et fren de 
cavaus et cordes d'arz et toutes chouses bezognablcs à oste , et 
encore un paleis senblable à celz des cant , si qe sunt tout envi- 
ron les murs huit , et tuit et huit sunt plein des arnois dou grant 
sire , et sagiés qe en chascun ne a que d'une chouse , ce est qe en 
la un a arz e ne autres , et le avoit seles et ne autres , et ensi vait 
qe en chaschun a toute une chouses. Et cest mur a en quare devuer 
midi cinq portes, en mileu une grant port que ne s'cvi'e nulle fois 
for tant solcmant quant le grant Kan en hoisce et quant il hi entre , 
et joustc ceste grant porte en a dcus petite des caschune part une , 
et por celle entrent toutes les autres jens. Et puis en a ver.le chant 
un autre moût grant , et devcr l'autre chant un autre por lesq\ieles 
entrent enchore les autres jens , et dedens cest mur ha un autre 
mur que est auques plus lonc que l^rge. Il a ausint huit palais 
sor cest mures tout en tel mainerescon les autres, et encore hi se 
tinent dedens les hernoies dou grant sire. Il a ausi cinq portes 
en quant devcr midi toutes senblables à les autres mur devant. Et 
en chascun autre quarcs a une sole porte et ausint ont les autres 
murs que dit vos ai. Et en mileu de cestes mures est le palais dou 
grant sire qui est fait en tel mainere con je voz dirai. Il est le 
greingnor que jamcs fiist veu. Il ne a pas soler , mes le pavi- 
ment est plus aut que l'autre tere cntor dix paumes. La covreure 
est moût autes , mes les murs de les sales et de les canbres sunt 
toutes covertes d'or et d'argent, et hi a portraites dragons et 
bestcs et osiaus et chevals et autres déverses jenerasion des 
bestcs ; et la coverture est ausi faite si que ne i se port autre 
que hor et pointures. La sale est si grant et si larges, qe bien hi 
menuient plus de six mille homes. Il ha tantes chanbres qc c'en 
est marvoilles à voir. Il est si grant et si bien fait que ne a home 
au monde que le pooir en alist qu'il le seust miaus ordrer ne faire , 



(9- ) 
cl la covreture dcsourcsuiil loul vcnnoilc et versclbloiescljaiinct. 
et de tous colors , et sunt cnvcrtrée* bi Lien et si soililmant, qu'il * vemis- 
siint resprcdisant come ciùstiaus, si que moût ou loingne environ 
le palais luissent. Et sachle's que celé covreure est si fort et si fer- 
méenient faite qe dure maint anz. Et entre le un mur et les au- 
tres de celz qc je voz ai contés, a praeries etbiaus arbres csquelz 
ha plosors maincrcs des déverses bestcs. Ce sunt ccrfz blances, les 
bestes que funtle monstre * , cavriol , daynes et vair et de plosors * ,misc. 
maineres des belles bestes , et toutes les terres dcdens les murs 
sunt plainnes des cestes teles bestes , for qc les voies dont les 
homes vont solament. Et de l'un chant devuer maistre a un lac 
moût grant, en quel a de plosors maineres depoisonz, carie grant 
sire hi a fait meli-e de maintes maineres peisonz et toute le foies 
qe le grant sire vclt de celz pcsonz , en a à sa voluntc. Et si vos 
di que un grant flun hi met et hoisse , mes si est si ordres qc nul 
poisson non poit hoissir, et ce est fait con recs de fer et d'eraim , 
et encore voz di que dever tramontane , loinge dou palais enlor 
d'une aralenle*, a fait fair un Icrtrc. Ce est un mont qc bien csl * p„,i,:,. jv,,,.. 
haut cent pas, et environ est plus d'un milles, qu'cl mont est tout 
plein et covert d'arbres que de nul tens perdent foiles , mes toutes 
foies sunt vers. Et voz di que le grant sire que la unques l'en ii 
content que fust un biaus arbres, il le fasoit prendre con toutes 
le raices et con toute terre, et le fasoit porter à cel mont con les 
leofant,"et fust l'albre grant quant il vousisti qu'il ne foist ce faire. 
Et en ceste mainere hi avoit les plus arbres biaus dou monde ; et voz 
di que le grant sire ha fait covrir tout cel mont de roze de l'açur 
que est mont vers , si que les arbres sunt tuit vers , et le mont tout 
vers, et n'i a apert fort que come vers, et por ce est apellés le 
mont vers, et desuslemont en mileu dou coume* a un palais biaus * sciimii. 
et grant et est tout vers. Et voz di qe cest mont et les arbres et les 
palais sunt si biaus à regarder, que tout celz que le voient en ont 
léesse et joie , et por ce le a fait faire le grant sire , por avoir celle 
belle ^dste et por ce que li rede confort et solas. 



( 92 ) 

CHAPITRE LXXXY. 

Ci devise dou palais do filz de Can que doit régner après lui. 

Et encore voz di que de jouste ceste palais en a fait faire le 
grant sire un autre palais senblable au sien que ne i faille rien , 
et ce est fait porce que le aie son filz quant elle regnara et sera 
seingnor , et por ce est fait tout en tel mainiere et ausi grant et 
con tantes murs cum est cel dou grant Caan qe je voz ai contes 
desoure. Le fil Cinchin qe je vos nomai desoure qe doitestre sein- 
gnor, et toutes celés manières et cclz costumes et celz fait que 
fait le grant Kan maintcnoilet fasoit, por ce q'ele est eslcuàsire 
' >ceau tantost que le grant Kan sera mort : il ha bien bolle et soel* d'em- 
pire , mes non pas sconpliemant come a le gran sire tant quant 
il vif. Or voz ai conto's et devisez des palais , or voz conterai 
de la grant vile dou Catai , là où ceste palais sunt , por coi fui 
faite , et comant il est voir que ilucc avoit une ansiene cité grant 
et noble qe avoit à non Ganbalu , que ce vaut à dire en nostre 
lengaje la cite dou seingnor, et le grant Kan treuvoit por sez aslro- 
niquc que ceste cité se devoit revelere et faire gran contraire 
contre l'enpier. Et por ceste chaison le grant Kaan fisl faire ceste 
cité de joslre celle qe ne i a qe un flum cmi , et fist traire les jcns 
de celle cité et mètre en la ville q'il avoit estoié, qui est apellé 
Taidu. Elle est si grant con je voz conterai. Elle est environ vingt 
quatre miles et est quarés , qe ne a plus de l'un quaré que de 
l'autre ; est murés des murs de teres que sunt grosses desout dix 
pas et haut vingt ; mes voz di qu'elle ue sunt pas si grosse desoure 
come desout, por ce qe toute foies dou fundemant en sus vcnoient 
s 'amincissant, mcrmant*, si quc desoure sunt grosses eutor trois pas. Elles sunt 
toutes merles et blances. Elle a douze portés, et sorchascunc porte 
a un grandisme palais et biaus , si (jiie en chascun quarés des murs 
a trois portes et cinq palais , por qu'il hi a par chascun cant en- 
core un palais , et cesti palais ont moût grant sale là o les armes 



(93) 

dé celz que gardent la cité demorent. Et si voz di que les rues de 
la ville sunt si droit et si large , que l'en voit de l'une part à 
l'autra, et sunt ordre'é si que chascunc porte se voit con les autres. 
Hi a mant biaus palais et niant hiaus herbergcs et maintes belles 
maisonz. Elle en niileu de la cité un grandisme palais en quel à 
une grant cloque , ce est canpane qe sone lanoit, qenulz ne aille 
por la ville depuis qu'ele aura soné trois fois , char puis que celle 
canpane a soné tantes fi>is con il ont ordréé , ne oze aler nulz por 
la cité for qe por beinzogne de feme qu'enfantent et por bein- 
zogne des homes mallaides, et celz qe por ce vont, convient qe il 
portent lumere ; et voz di qu'il est ordréé qe chascune porte soit 
gardée por miles homes , et ne entendes que il gardent por dou- 
tance qu'il aient de jens , mes le font por ennorance dou grant 
sire qe laiens dëmore , et encore qe il ne vêlent que les lairons 
feissent domajes en la ville. Or voz ai contés de la vile , desormès 
voz conteron comant il tent cort et de scz autres fait , ce est dou 
grant sire. 

CHAPITRE LXXXVI. 

Comanlle grant Kan se fait garder à douze mille ornes à ckevas. 

Or sachiés qe le grant Kaan , por sa grandesse , se fait garder à 
douze mille homes à chevalz , et s'apclent quesitam que vaut à 
dire en fransois chevaliers et feeiz dou scingnor , e ne le fait pas 
por doutance qu'il aie de nul homes. Ccsti douze mille homes 
ont quatre cheveintan , car chascu est cheveintan de trois mille , 
et cesti trois mille demorent en palais dou grant sire por trois 
jors et por trois noit , et menaient et boivent laiens. Et ensi qe 
quant il ont gardée cesti trois mille trois jors et trois nuit , adonc 
s'en vont , et puis vienent les autres trois mille , et gardent autres 
trois jors et trois nuit , et ensi font jusque à tant qu'il ont tuit 
gardés , et puis conmcnzcnt de rinchief, et ensi vait tout l'an. Et 
quant le grant Kaan tcnt sa table por aucune cort qe il face en 



( 94 ) 

tal mainere : car la table au grant sire est moût aute plus qe lès 
autres. Il siet en Iramontaine si que son vix garde ver inidi et sa 
primer fcme siet de joste lui de le senestre partie ; et de la destre 
part auquc plus bas siéent sez filz au seingnorz et sez neveu et 
sez parenz qe sunt de l'eupcriel lingnages , si que je voz di qe 
lor chief vienent as pies dou grant sire. Et puis les autres baron 
siéent autres tables encore plus bas. Et ausint vait des femes , car 
toutes les femes as filz dou grant sire et de sez neveu et de ses 
parens seent de le senestre partie ausi plus bas , et après séent 
toutes les femes des baronz et des chevaliers , et séent ausi plus 
bas , et chascun sevent l'un leu o il doit soir por le ordremantdou 
seiugnor. Et sunt les tables por tel maincr qc le grant sire puet 
vcoir tuit , et ce sunt grandismcs quantité. Et deors de cest sale c 
menaient plus de quarante mille , car il hi ■s'ienenE maintes homes 
cornant grant présent , et ce sunt homes qe vienent d'e.strangçs 
pars con estranges choses; et de tiel hi a (jue ont en seingnorie et 
encore en vuelent , et cesti tielz homes vienent en cesti liclz jors 
quant le grant Kaan tient cort et fait noses. Et en milcu de ceste 
sale où le grant sire tient sa table , est une grant peitere d'or fin qe 
bien tient de vin corne grant botcl ; et environ ceste peitere , ce 
est en chascun chant e a une plus petiete. Et de celé grant vient le 
vin.au brevajes que sunt en celle mandre , se trait le vin ou le 
chier bevrajes que hi soit, et s'en enplent grant vernique d'or qe 
bien sunt tiel qc tienent tant vin que huit homes ou dix en avoienl 
assez , et se metent entres deus homes que siéent à table : un cl 
chascun de cesti deus homes hont une coppe d'or à maneque , et 
con celle cope prennent dou vin de cel grant vernique d'or , et 
ausint en ont entre deus dames un de celz grant et deus coupes 
comant ont les homes , et sachiés qe cesti vemiques et cestes 
chouses sunt de grant vailance , et voz di que le grant sire ha si 
grant vaizcllemant d'or et d'arjent, qe ne est homes que ne les 
veist qc les peust croire. Et sachiés qe celz qe font la creense au 
grant Kan des viandes et des bevajes, suntplosors baronz , et voz 



( 9^ ) 
di qu'il ont fascée lor bauche et lor ncs ton belles toailles de soie 
et d'or, por ce que lor alaine ne lor fraor* ne venissent en les vian- * o.Kur. 
des et les bcvrajes dou grant sire. Et quant le grant sire doit boir , 
tous les estormens , que hi ni a grandismcs quantité de toutes faires 
conmenzent à soner , et quant le grant sire a sa coupe en main , 
tous lesbaronz et toutes les jens qe hi sont, s'enjenoillent et font 
seingnc de grant humilité. Etadonc boit le grant sire , et toutes 
foies quant lui boit se fait ensi con voz avés hoï. Des viandes ne 
voz di mie, por ce qecascundoit croire qu'il hi nia en grant habun- 
dance. Et si voz di qu'il ne i menjue nulz baronz ne nulz cheva- 
liers que ne moine se feme , et que ne i menuie cum les autres 
dames. Et quant il hont mcngiés elles tables sunt hostés , adonc 
hi vienent en celle sale davant le grant sire et devant toutes les 
autres jens, grandismes moutitudedesgiuc\der*etde tregiteoret * jongltuis 
de maintes plusors maineres des grant espirimens , et tuit font 
grant seulas et grant feste devant le grant sire, et incor en font 
les jens joie et molt en rient et seolacent. Et quant tout ce est fait, 
adonc se partirent les gens et chascun se torne à son ostel et à 
sa maison. 

CHAPITRE LXXXVII. 

Ci devise de la gran feste que fail le grant Kan de sa nativité. 

Et sachiés que tuit les Tarlarz font feste de lor nativité. Et le 
grant Kan fu nés à les vingt huit jors delà lune dou mois de seten- 
bre.Et en celui jor fait le greingnor feste qu'il font le chief de l'an , 
si con je voz le conterai après ceste. Or sachiés que le jor de sa ua- 
vité le grant Kaan se vestde noble dras à or batu; et bien douze 
mille baronz et chevaliers se vestent cum lui dou color et d'une 
mainere senblable à cel dou grant sire , non pas qe il soient si 
chier , mes il sunt dou color et dras de soie et dorés , et tuit ont 
grant zintur d'or. Et en cestes vestimcs done elz le grant sire , et 
si voz di que il hi a de telz de cesti vestiment que valent les pieres 



( 96 ) 

presioscs et les perles qc soure hi cstoient , vailent plus de dix 
mille bizanz d'or , et de cesti tielz en hi a plusors. Et sachiés qe 
le grant Kan treize fois le an donc riches vestimens à celz douze 
mille baronz et chevaliers , et li vestement donne senblable ves- 
leure con lui et de granl vailance , et ce pocs veoir qe ce est gran- 
disme chouse , que ne est nulz autre seingnor au monde que ce 
peust faire ne mantenoir for che il seulemant. 

CHAPITRE LXXXYIII. 

Encore de la feste que le Can fait de sa nativité. 

Et sachiés que cest jor de sa nativité tous les Tartarz dou munde 
et toutes les provences et région qe de luitenenttere et régions, 
li funt grant présent chascun com est convenable à celui que 
l'aporte, et selonc que est ordréé. Et encore hi vienent maint au- 
t reshomes con granl présent, et ce sunt celz qe vuelent deman- 
der qe il lor donent aucune seingneurie. Et les grant sire a esleu 
douze baronz que donent le seingnerie à cesti tielz homes selonc 
qc a chascun s'afiert. Et en cestui jor les ydres et toz les cristienz 
et toz les Sarazin et toz les generasion des jens font grant orasion 
et grant progere à les ydres et à les lor dieu qu'il lor sauve lor sein- 
gnor , et qui li donent longe vite et joie et santé. En tel mainere 
con je voz ai contés dure celui jor la joie et la feste de sa nativité. 
Or voz l'aison de ceste que bien la voz avon contes , et voz diron 
d'un autre grant feste qu'il fait en lor chief d'an qui est appelle la 
blance feste. 

CHAPITRE LXXXIX. 

Ci devise de la grant fesle que fait le grant Can de lor chief de l'an. 

Il est voir qu'il font lor chief d'an le mois de fevrer- Et le 
grant sire et tous celz que sunt sotopost à lui, en font une tel feste 



(97 ) 
ton je voz conterai. Il est uzancc que le grant Kan con tout scz 
sajes se restent de robbe blanche , et masles et femes puis qu'il 
aient le pooir de fer lie ; et ce font-il por ce qe blance vesteurc 
senble elz beneurose et bone , et por ce le vcstcnl-il le chief de 
lor an , por coi tout la prennent lor bien et aient joie , et en ceslui 
jor toutes les jens et toutes les provences et regionz et reignes qe 
de lui tcnent teres et seingneuries li aportent grandismes présent 
d'or et d'argent et de pei'lcs et des pieres presieuses et de maint 
riches dras blances , et ce font-il por ce qe tout le an ait lor 
seingnor trezors assez , et que ait joie et leese. Et encore voz di 
qc les baronz et les chevaliers et tous les pueples se présentent 
les uns à les autres couses blances et s'acolent et se font Joie et 
feste , et ce funt-il por ce qe tout l'an prennent lor bien et que 
aient bone aventure , et encore sachics tout voiremant qe en ccs- 
tui jor prezentes au grant Kan an plus de cent mille chevaus blan- 
ces, moutbiaus et riches. Et encore celui jor hi vienent les sien 
leofant qe bien sunt cinq mille, tuit covers de biaus dras entail- 
liés à bestes et à osiaus, et chascun a sor son dos deus escring 
moût biaus et riches , et sunt plein de vaccUament dou seingnor, 
et des riches arnois por celle cort blance , et encore hi vienent 
grandissime quantité de gamiaus ausi covcrt de dras , et sunt 
chargés des chouses bezugnables as celé feste , et tuit passent por 
devant le grant sire , et ce est la plus belle viste à veoir que fust 
jamès veue. Et encore voz di qe le maintin de celle feste , avant 
qe les tables soient mises, tuit les rois et tous les dux et mar- 
chois et cuenz , baronz , chevaliers , astroniques , mires* , faucho- * me<lc> 
ner et maintes autres officiaus et regeor de jens et de teres et des 
host vienent en la grant sale devant le seingnor, et celz que ne 
hi chevent, demorent dehors le palais en tel leu que le grant sire 
les puet bien veoir. Et voz di q'il sunt ordréé en tel mainere. 
Tout primierent sunt sez filz et sez neveu et celz de son legnages 
enperiaus , après sunt les rois , et après les dux et puis toutes les 
ordres le une après le autre , ensi con il cstoit convenable. Et 

i3 



( 9» ) 
quant il sunt luil aseU's , cliascun lmi son Icu , adonc se lève un 
grant proies cl dit à haulc voz : Enclines et adore's , et tant tosl 
qe celui a ensi dit, il s'enclinent maintinant et metenl les front 
en tere et font lor orassion ver le seingnor et l'aorent ausi con ce 
il fust dieu. Et en Ici mainierc l'aorent por quatre foies. Il vont 
à un autel que moût est bien aornés , et sus cel autel a une table 
vermeille en laquel est ecrisl le non dou grant Kaan , et encore 
hi a un biaus encensier , et encensent celle table à Patel con grant 
révérence , puis s'en torne à son leu ; et quant il ont luit ce fait , 
adonc se font les prezent qe je voz ai contés qc sont de si gran- 
dissme vailance et si ricbes. Et quant les présent sunt tuit fait , e 
les grant sire a veue toutes cestes choses , adonc se metent les ta- 
bles , et quant les tables sunt mises , adonc s'asient les jens si or- 
dréemant con je vos ai contes autres foies : car le grant sire siet 
à sa aute table , et avec lui da la senestre part sa prunier feme , 
et nul autre ne i siet pas. Puis séent tous les autres en tel maine- 
res et si ordrccmant con je vos ai contés , et toutes les dames 
meisme sient da la partie de l'auperaice , ensi con je vos ai contes. 
Il tient table tout en tel mainere con je voz devisé ai Fautie foies. 
Et quant il ont mengiés , les joculer vienet et seulacent la cort 
ensi con vos boïstes l'autre foie , et après qu'il ont tout ce fait , 
chascun se torne à son ostiaus et à sa maison. Or voz ai devisé 
de la blance feste dou chief de l'an , or voz conterai d'oune no- 
blisime chouse que le grant sire a fait, que a ordrcé certes ves- 
timens à certes baronz por venir à scz ordrée festes. 

CHAPITRE XC. 

Ci devise des douze mille haroiiz que virent à les fesles. 

Or sachiés tuit voiremant que le grant sire a ordréé sien douze 

mille baronz que quecilain suut apellés , que vaut à dire les prosi- 

fiJèlcs. mcn feoilz * dou seingnor. Il a doné à cbascun treize robes , cbas- 



(99) 

cune de color devise l'une de l'anUe , et sunt aornés de perles 
et de pieres et d'autres riches choiises moût noblemant, et sunt 
de grandisime vailance. Il a encore doné à chascuns des ccsti 
douze mille baronz une ceinture d'or moût belle et de grant vai- 
lance, etenchore doné à chascun chausemant de camu laboré de 
fil d'arjent moût sotilmant qui sunt moût biaus et chieres : il ont 
tuit aorncmant si noble et si biaus que bien senble , quant il les 
ont A estu , que che chascun soit un rois ; et à chascune fcsle de 
les treize est ordrcé lequelz de cesti vestimenz se doit vestir. El 
ausi le grant sire en a treize scnblable à scz baronz , ce est de co- 
leur , mes il sunt plus nobles et de greingnor vailance , et un telz 
aornés a toutes foies se n'est d'un senblable con sez baronz. Or 
voz ai devisé des treize vestimens que ont les douze mille baronz 
da lor seingnor , que sunt entre tuit cent cinquante six mille ves- 
timent si cliier et de grant vailanze con je voz ai contés , que 
vailent si grant moutitude de trezor , qe a poinc se poroit contes 
le numbre sanz l'eccritures, et les causement qe ausint vailent tre- 
zor assez. Et tout ce a fait le grant sire por ce qe sez festes soient 
plus honorables et plus grant. Et encore voz dirai une chonse qui 
semble mervoille que auques fait à conter en nostre livre , char 
sachiés qe un grant lion est moine devant le grant sire, et le lion 
tantosto q'il le voit , se jeté à jecir devant lui , et fait scingnc grant 
humilité et senble qu'il le conoisse por seingnor. Il demore devant 
lui sanz nulle chacne , et ce est bien une couse que fait à mer- 
voille. Or voz laison de ceste couse et voz conteron de la grant 
chace qe fait faire le grant sire con voz oirés. 

CHAPITPxE XCI. 

Cornant le graii Kan a ordréé qc sez jcns li apporlenl de la venaison. 

Or sachiés de voir qe endementiers qe le grant sire demore en 
la cité dou Catai ces trois mois , ce sunt décembre et jever et 



( lO" ) 

fcvrcr , il ha establi qe soixante jornee en\'iron là où il est, toutes 
jens doicnt chacer et ciseler , et est establi et ordrée' ce qe chascun 
seingnor de jens et de teires , qe toutes grant bestes corne sunt 
sengler sauvajes et cerf et daines et cavriolz et horscs et autres 
bestes li soient aportes , ce est à dire la greignor partie de celles 
grant bestes. Et en tel mainere chachoicnt toutes les jens qe je voz 
ai dit. Et celles bestes qu'il vuelent mander au grant sire , il font 
traire toutes l'enterailles dedent le ventre, puis le manlieiit sus 
les carrelbes et l'envoient au seingnors , et ce font cciz de trente 
jomce , et ce sunt grandisme quantité , et celz que sunt loin soi- 
xante jornee , no li envoient la charz , por ce qe trop est longue 
prépares, ^'oic ; mès il les envoient toutes les cuires afaités et concc's*, por 
ce que le seingnor en fait faire toutes sez beizognes de fait d'armes 
et des hostes. Or voz ai de\"iscs dou fait de la cace , et adonc voz 
deviseron de feres bestes qe le grant sire tient. 

CHAPITRE XCII. 

Ci devise de lionz e de leopars e de leus cerver que sunt afaîtés à prender bestes , 
et encore dit de gerfaus e de faucons e d'aulre osiaus. 

Enchère sachiés qe le grant sire a bien leopars ase^ qe tuit sunt 
bon da chacer et da prendre bestes. Il a encore bien grant quan- 
tité de leus cerver que tuit sunt afaités à beste prandre , et moût 
sunt bien à chachcr. Il ha plosors lyons grandisnies , greingnors 
asez qe celz de Babilonie. Il sunt de moût biaus poil et de niout 

« rayés, biaus colcor , car il sunt tout verges * por lonc noir et vcrmoil , 
et blance. Il sunt afaités à prandre sengler sauvajes etlesbuef 
sauvajes et orses et asnes sauvajes et cerf et cavriolz et autres 
bestes. Et si voz di qu'il est moût bielle cliouse à regarder les 
feres bestes qe les lions , qu'il les portent sus la cliarellie en une 

•'■ cage, cuble * , et ho lui a un chien petit. Il a encore grant moutitude 
aiglies qe sunt afailés à prendre leus et voupes cl dain et chavrion , 



( loi ) 

et en prennent assez, mes celles que sunt afaités à prendre leus, 
sunt moût grandissmes cl de grant poisance : car sachiés qu'il ne 
est si grant leus qe escanpe devant celle aigle qu'il ne soit pris. 
Or voz ai devise de ce que voz aAcz oï , or voz vueil deviser 
cornant le grant sire fait tenir grandissime quantité' des buens 
chiens. 

CHAPITRE XCIII. 

Ci dit des deux frers qe sunt sor les chiens de la caze. 

Il est voir que le grant sire a deus baronz que sunt frères char- 
naus qe len a à non Baian , et le autre Mingan. Il sunt apellés 
cunici qe vaut à dire celz qe tienent le chien mastin. Chascun de 
cest frères a dix mille homes sont elz , et tuit les dis mille sunt 
vestu dou coleur, et les autres dix mille ount d'oun autre, ce 
est vermoil et hloie , et toutes les foies qu'il vont con le grant 
sire en chace , il portent celles vestimens que je voz ai contés , et 
en ceste dix mille en a dcus miles que chascun a un grant chien 
mastin , ou deus au plus , si que il sunt grandisme moutitudes. 
Et quant le grant sire vait à chace, adonc le un de cesti deus 
frères con sez dix mille homes et con bien cinq mile chicnz li vait 
de le une part , et le autre frer con les sien dix mille et con lor 
chienz li vait de l'autre. Il vont tuit jouste le un le autre auque 
loingne , si qu'il tienent plus d'une jornée ; il ne treuvent nulles 
besles sauvajcs que ne soit prese. Il est trop bielle couse à voire 
la chace et la mainere de celle chicnz et de celz chacheors : car je 
voz di que quant le grant sire chevache con sez baronz por mi 
le landes oiselant , adonc vécs venir de cesti chienz chachant 
sorses et cerf et autres bcstes et d'une part et d'autre , si qe moût 
est bille vistc à vcoir. Et adonc voz ai contés de celles qe tienent 
les chienz de chace ; or voz diron cornant le grant sire vait les 
autres trois mois. 



( 102 ) 

CHAPITRE XCIV. 

Ci devise cornant le Caii vait eu cazc por prandre bcsles cl osiaus. 

Et quant le grant sire ha demoré trois mois en la cite que je 
voz ai nomé dcsourc , cl ce fii décembre et jcnvcr et fevrer , 
adonc se part de cest cité dou mois de mars , et ala ver Midi 
jusqe à la mer Hosiane qui hi a deus jornée. Il moine avech lui 
bien dix riiille fauclioner , et por ce bien cinq cent gerfauz et 
fauchon pèlerin , et lauchon sagri en grant habundance , et encore 
portent en grant quantité des hostor por oizeler en viver ; mes 
ne entendes qu'il le teingne tuit ho soi en un leu , mes il les part 
sa et la à cent et à deux cent et à plus , et ccsti oselent , et les 
greingnors parties des osiaus qu'il prennent aportent au grant 
sire. Et voz di que quant le grant sire vait oistelant cum sez ger- 
faus et con autre osiaus , il ha bien dix mille homes que sunt 
ordinés as deus as deux , et s'apellent toscaor , qe vient à dire 
en nostre lengue home qe demorent à garde , et il si font , car à 
deus à deus demorent sa et là , si qe bien tiencnt de tere asez et 
chascun a un reclan et un capiaus por ce qe il peussent clamer 
les osiaus et tenir. Et quant le grant sire fait geter sez osiaus , il 
ne est mester qe celz qe les getent aillent elz derieres , por ce qe 
les homes que je voz ai dit desoure que sunt sa et là , le gardent 
si bien qu'il ne poit aler nulle part que cesti homes ne ailent , et 
se les osiaus ont mester de secors , il le secorent maitinant. Et 
tous les osiaus dou grant sire et encore celz des autres baron/, 
ont une petite table d' arjent as pies , en laquel est écrit les nom 
de cui il est , et qu'il le tient , e por ceste mainere est le osiaus 
conneu tant tost qu'il est pris , et est rendu à celui de cui il est. 
Et se l'en ne set de cui , il est aporté à un baron qe est apellcs 
bularguei, qe vaut à dir le gardiens des couses qe ne treuvent 
seingnor , char je voz di qe se l'en trouve un chevaus , o une 
espée, ou un osiaus , ou autre couse , et il ne treuve de cui il soit, 



( io3 ) 

si est portez maintinant à cestc baronz , et cil la fait prendre 
et garder. Et celui qu'il la Irové , se il ne l'aporte tant tost, il 
est tenu por larron. Et celz rje ont perdue les couses , s'en wmt 
à ccste baronz , et celui le a le la fait rendre tout mantinant. Et 
cestui baron dcmoire toutes foies en plus aut leus de tote Tost 
con son confanon , por qc celé qe ot perdues les chouses les 
voient crament , et en ceste maincrc ne se pocnt perdie nulle 
chouse qe ne soient trouvée et rendues. Et quant le grant sire ala 
ceste voies qc je voz ai contés propés à la mer Osianc , en celés 
voies poet l'en veoir maintes belles vistes des prendres bestes et 
osiaus , cl ne a seulas au monde qe ce vaile. Et le grant sire vait 
toutes foies sor quatre leofant là o il a une moût belle cbanbre 
de fust , laquel est dedens toute couverte de dras à or batu, et 
dehors est de cuir de lion covcrtc. Le grant sire il tient toutes 
foies douze gerfaus des mcillors q'il ait. Et encore hi demorcnt 
plusors baronz por lui faire seulas et conpagnie. Et si voz di que 
quant le grant sire alera en cest canbre sus le leofant , et des autres 
barons qe chavauchent environ lui li dient , sire , grues passent , 
et le grant sire fait descovrir lachanbrc dcsoure , etadoncvoitles 
"grues. Il fait prendre cdz gerfaus qu'il vuclent , et le laisse aler , 
et celz gerfaus plusors foies prennent les grues , et ce voit toutes 
foies en son lit , et ce li est bien grant soulase et grant délit. Et 
toutes les autres baronz et chevaliers chevauchent environ le 
scingnors. Et sachiés qe unqucs ne fu ne croi qe soit nulz homes 
qe si grant seulas ne si grant délit poist en cest monde con cestui 
fait , ne qe si en aust le poir de fer. Et quant il a tant aies qu'il 
est venu à un leu qe est apellés Cacciar modun , adonc treuve 
illuec tandu sez pavilonz , et de scz fdz et de sez baronz et de sez 
amie , qe bien sunt plus de dix mille mult biaus et riches ; et voz 
deviserai cornant est fait son pavilon. Il est si grant, la tende ià 
o il tient sa cort est bien si grant , qe hi dcmorent sont mille che- 
valiers , et cest tende a sa porte ver midi , et en ccsl sale dcmo- 
rent les baronz et autres jcns. Et un autre tende est qe se tient 



( io4) 

con ceste , et est ver ponent , et en teste demore le seingnor. 
Et quant el -snict parler ad aucun , il le fait venir laiens , et dercr 
à la grant sale est une grant canbre et belle où dort le grant sire ; 
et encore hi a autres canbres et autres tendes , mes ne se tient 
pas cum le grant tende. Car sachics tout voiremant qe les deus 
sales qe je vozai contes et la cambre, sunt faites con je voz devi- 
aromaiique. serai. Chascune des sales ha trois collonncs de Icing d'especies* 
moût bien curés , puis sunt dehors toutes covcrte de cuir de lionz 
moût biaus , car il sunt tuit verglies de noir et de blanc et de 
vermeil. Il sunt si bien ordiné, que vent ne pluie ne i poient nuire 
ne fer doumajes. Et dcdens sunt toutes d'armines et de ierbelin. 
Ce sunt andeus les plus belles pennes et les plus riches et de 
greingnor vailance que pennes que soient ; mes bien est-il voir 
que la pelle de gebbeline tant qe soit à une robe d'ome , vaut bien 
la fin deux mille bczant d'or ; mes les comunes vaut mille bczant , 
et l'apellent les Tartara les roi des pclaines et sunt de la grant 
d'une fayne , et de cestes deus pelles sunt cestes deus grant sales 
dou grant sire ovrés et entaillés si sotilmant , qe ce est une mer- 
veille à voir. Et la canbre là où le sire dort qe se tient con les 
deus sales , est ausi dehors de coir de lyonz, et dedens de pelles 
giebeline etarmine, et est moût noblemant faite et ordenc. Et les 
cordes qe tienent les sales et la canbre sunt toutes de soie , et les 
sunt de si grant vailance , et tant costent cestes trois tendes , qe 
un peitet rois ne le poroit pager. Et environ cestes tendes ha et 
sunt toutes les autres tendes bien ordres et bien ascutés , et les 
amies dou seingnor ont ausi riches pavilonz. Et encore les ger- 
faus et les fauchon et les autres hosiaus et bestes ont tendes en 
grandismcs quantités. Et que voz en diroie ? Sachiés tuit voire- 
mant qe il hi a si grant jens en cest canp , qe ce estoit mervoie , 
car il senble bien qu'il soit en la meior cité qu'il aie : car de toutes 
pars hi sunt venus les jens , car ausi tient toute sa mesnée dehors 
ho lui , et mire et astronique et fauconierc et autres hofitiaus 
assez sunt ausi avec lui. Il hi sunt toutes chouses ausi ordencc- 



( >o5 ) 

mant con hi a cmi sa meslre ville , et sachii's qu'il deiuore en 
ceste leu jusque aus trume voile , qe esl en celui leu cntor la pasque 
nostre de suresion , et en tout ccstui terme ne fine d'aler hoisei- 
lant à la canvicrc et prenoicnt gnies et cesnes et autres osiaus 
assez. Et encore les scz jcns que sunt expandut par plosor part 
environ , lui les apportent venesionx et osialasionz assez. Il hi 
demore cestui terme au grcingnor seulas et au grcingnor délit dou 
monde , qe no est home au monde- qc ne le veist qe le peust 
croire , por ce q'el est asez plus sa grandese et son afer et son 
délit qe je ne voz di. Et si vos di encore un atre chouse , qe nulz 
mercheans , ne nulz homes d'ars , ne nul villein ne osent tenir nul 
faucon ne osiaus da oslere, ne chien da chacer , et ce avent vingt 
j ornée environ le leu où le grant sire demore , mes en toutes 
autres provences et parties de sa tere puent bien chacer et fer à lor 
volunté des osiaus et de chiens. Et encore sachiés voircmant qe 
por toutes les tercs là o le grant sire a seingnorie, nulz rois, ne nulz 
baronz, ne nul homes ne osent prendre ne cacer lèvre, ne daine, ne 
cavriolz , ne cerf, ne de ceste tel maineres des bestes que molti- 
plient dou mois de mars jusqe ad otobre , et qi contre ce feis^ 
en seroit fait repentir duremant , por ce qe le seingnor le a ensi 
estabeli , et voz di qu'il est si hobéi son conmandamant , qe les 
livre et les daines et les autres bestes qe je voz ai nomes, vienent 
plusors foies jusque à le home, ne ne le touce , ne ne li fait nulz 
maus. En tel mainere con voz avc's oï demore le giant sire eu 
cestui leu jusque entor la pasche de resurcsion. Et quant il hi est 
tant demorés con vos avés hoï , adonc se part d'eluec à toutes sez 
jens et se torne tout droitemant à la cité de Canbalu por celle 
voie nieisme dont il cstoient venu , et toutes foies chazant el hoi-- 
sellant à grant seulas et à grant joie. 



i4 



( loG ) 
CHAPITRE XCV. 

Comanl le giant Kan lent gran cort et fait grari feste. 

Et quant il est venus à sa mestre vile de Cambalu , il dcmore 
en sou maistrc palais trois jors et ne plius ; il lient grant cort et 
ridie tables. Il fait grant joie et grant feste avech sez femes , car 
je voz di qu'il est merveilose chousc à veoir la grant solempnite 
qe le grant sire fait en ccst trois }ors. Et si voz di que en ccslc cité 
a si grant moulitudc de roaisonz et de jenz entré dedenz la ville 
et dehors , cjue sachiés qu'il hi a tant burs come portes , ce sunl 
doze que sunt grandismes , que ne est homes que peust contre le 
nobre , car assez plus jcns en celle l)urs que en la ville ; et en cesli 
burs dcmorent et herberjent les mercaant et tous autres homes 
qe hi vienent por lorbezognc , qe hi mènent en grandisme abun- 
dance , entre por le seingnor , et por ce qe la ville est en si boinc 
marche, qe les mcrcaans e les autres homes hi vienent por lor 
bezoingne ; et si voz di qe es les burs a ausi belles maisonz et 
fiusi biaus palais come en la ville , hors celz dou grant sire. Et 
i'ensevciisîi-iii. sachiés qc en la ville ne se soillcnt* nulz homes qe se more , mes 
se cl est ydres , si se porte au leu où doit cstre ars le cors , qui est 
dehors tous les burs. Et ausi avint des autres mors qcscsoillent 
encore dehors tous les buerz. Et encore voz di un autre chouse , 
qe dedenz la ville ne ossent demorer nulle feme pecherise : ce sunt 
femes dou monde qe funt sci-s'is à les homes por inonoi , mes 
voz di qu'clcs demorent es burs, et sachiés q'il hi ni a si grant 
moutitude, que nuls homes le poust croir , car je voz di q'cle sunt 
bien ■s'ingt mille que toutes servent les homes por monoi , et si 
voz di qe toutes hu sunt beinzognés por la grandisme quantités 
des mercaant et des foreistcr qe hi vienent et aient tout jors. 
Adonc poés veoir se il ha grant abundance de jens en Canbalu , 
puis qe les femes mondaines hi sunt tantes con je hai contés. Et 
sachics tuit voiremant qe en ceste ville de Canbalu vienent plus 



( K'7 ) 

chieres chouscs et de grcingnor vailance , qe en nule cité dou mon- 
de. Et voz dirai quelz tout avant voz qe toutes les chieres chouses 
qe viencnt de Ydie*, Ce sunt pieres presiouses et perles et toutes »lude 
autres chieres chouses sunt aportés à cestcs villes. Et encore 
toutes les belles chouses et toutes les chieres qe sunt en le pro- 
vence dou Catai et de toutes autres provences hi sunt aporte's 
ausint. Et ce avint por le seingnors qui hi demore , et por les 
dames et por les baronz et por les grant habundanze de la mouti- 
tude de les jens des le hostes, et d'autres jens qe hi vienent por 
achaison de la cort qe le grant sire hi tienent. Et por ce qe je voz 
ai contcSj à ceste ville vienent plus chieres chouses et de grcingnor 
vailance , et les grcingnor quantités que en nulle >ille dou munde, 
et pul merchandieshi s'i vendent et achatent. Car saChiés de voir 
qe chascun jor hi entre en ceste ville plus de mille chiarrete char- 
gies de soie , car il i se laborent maint dras d'ors et de soie. Et 
encore ceste cité a environ soi plus des deus cens et loingn et 
près , lesquelz mènent les jens de restes villes à achater maintes 
chouses à ceste cité , et de luec Iiont les chouses qe a lor sunt 
beinzognabics , et por ce ne est grant chouse se en ceste cité de 
Canbalu vienent tantes chouses con je vos ai dit , et depuis que 
je vos ai dit ce mostre bien et apertamant. Or voz devisera dou 
fait de la secqe et de la monoi qe se fait en ceste cité meisme 
de Canbalu , et voz montreron cleremant comant le grant sire 
puet asez plus faire et plus despendre que je ne voz ai dit , ne ne 
voz dirai en ce livre raison comant. 

CHAPITRE XCVI. 

Cornant 1è grant Kân feit despendre carie por monoie. 

Il est voir que en ceste ville de Canbalu, est la sectjue* dou grant * 1,^,^1 j^ 
sire , et est establé en tel mainere qe l'en poet bien dir que le grant 
sire aitl'aqueimie* parfetement, et le voz mostrerai orendroit. Or l'ai 



monnaie. 



f lÉiiiiif. 



( io8 ) 

îiadiU'S qu'il fait faire uiic tel monoie ctim je vor (dirai). Il lait 
prendre cscoi-sos d'arbres , ce est dis moricrcs que les vernies 
que font la soie nieiiuient lor frondes, et les bouées soutilijui est 
entre roscoi-ses et les fust de l'albre, et de ccles sotil luues fait 
fer cliartiv corne celle de papir et sunt toutes noires : et quant 
cesles charli-e sunt laites, il le fait trinchier en tel mainer. car il 
* moiiK, ç„ fijlt „„^, jHMite que vaut une nierule* de tornesel petit, et l'au- 
tre^ est de un tornesel encor jn^tit ; et l'autre est d'un mi gros 
d'arjent , et l'auti-e d'un ^i-os d'arjent que vaut un gros d'ai-jent 
de Venese, et l'auli^ est de deus gros , et l'autre de cinq gros , 
et l'autre' de dix gros, etlautix- d'un bezant. et l'autre de trois et 
ensi vait jusqu'en dix bezant , et toutes cestes châtre sunt scelles 
don seel dou grant sire , et en fait faire si grant quantité que 
tuit le trezor dou monde en paieroiL Et quant cestes chartre sunt 
fait en la mainiere qe je vos ai contes , il en fait faire tous les 
paiemant , et les fait despendre por toutes les provences et règnes 
et tere's là où il a seingnorie , et nulz ne l'ose refuser à poine de 
pai-dre Sii vie. Et si voz di que toutes les jens et regionz d'omes 
que sunt soûl sa seingnorie , prennent volunlior cestes chartre en 
jviieuiant , pai- ce que là ouques il vont , en font tout lor paiemant 
et de mere~handies , et de perles et de pieres presiouses , et d'or 
et d'ai-jent , toutes chouses en puent acliater , et font le paiement 
de le cartre' ke je voz ai dit , et si voz di qe la cartiv qe se met 
por dix bezant ne poisse |>as un. Et si voz di que plusors foies 
Tan vienent les meixhaant à plusoi"s ensenbles con perles et con 
pieres presieuses et com or et com aident , et com autres couses. 
Ce sunt dnis d'ors et de soie , et cesti mercant toutes de cestes 
chouses present au grant Kaan sirev Et le grant sire fait apeller 
doze sajes homes qe sor ce les chouses sunt exleu et que moût 
sunt sajes en ce fare ; il lor commande qu'il regardent celés chou- 
ses qe les merehaant ont aportés , et qu'il le faiceut paier de ce qe 
lor senble qe vailenl. Et celz doze sajes homes regardent celés 
chouses , et ce qe lor semble quele >"ailent les font j>aicr de celés 



( I09 ) 

charte qc je voz ai contes ; et les merchaant le prenent moût vo- 
luntieres por ce qe il le metent puis en toutes les chouses qu'il 
achatent por toutes les teres do grant sire. Et si voz di sanz nulle 
faile qe piosors foies l'an les merchaant aportent tantes chouses 
que bien vaillent quatre zent miles bizant , et le grant sire les fait 
toutes paier de celes châtre. Et encore voz di que plusors foies 
l'an vait commandemant por le \i\e qae tuit celz qe ont pieres 
et perles et or et argent , le doient porter à la secque dou grant 
sire , et il le font et hi naportent ensi grant habundance qe ce est 
sanz nombre , et tuit sunt paies de charte , et en ceste mainere a 
le grant sire tout l'or et l'aijent et les perles et les pieres pre- 
sieuses de toutes sez teres. Et encore voz di une autre cousse qe 
bien fait à dire : car quant l'en a tenue ceste carte tant qu'eles en 
ronpent et qe se gastent , et il le porte à la secque , et il sunt can- 
gié as noves et fresches , si voiremant qu'il en lase trois por cent , 
et encore voz dirai une bielle raison qebien fait à conter en no- 
tre li^Tc , car se une home vuelt achater or ou arjent por fare 
son vaicelament ou sez centures et sez autres evres , il s'en vait à 
la secque dou grant sire et porte de celles charte et les donc por 
paiemant de l'or et de l'arjent qu'il achate dou seingnor de la 
secque. Or voz ai contés la mainere et la raison por coi le grant 
sire doit avoir et ha plus trésor que nulz homes de ceste monde , 
et si voz dirai une greingnor chouse , qe tuit les seingnor de sei- 
cle ne ont si grant richese corne le grant sire a solemant. Or vos 
ai contés et devisé tout le fait cornant le grant sire faite monoie 
de charte , or voz deviserai de les grant seingnorie qe de ceste 
cité de Canbalu oissent por le grant sire. 



( iio ) 
CHAPITRE XCXYII. 

Ci devise de dozc Larouz que suni sor lolos fais don giaiit Kaii. 

Or siichios voiromaiil qn le {j;raiil siic a cslou dozc t;rainJisme 
liaroii/. , esqnt'lz lii a cdiiumi (]ii'il suii'ul sor Iules Icscliuusesbc/o- 
f^nablcs qc abesognont on Irciilc quatre provcnccs , el vos dirai 
lor mainicrc cl ior cslabliinciil. Je voz di touL prinieremaiil qe 
rcsli dozc baronz dcmorenl en un palais tledens la ville de Caii- 
balu , qc est moulgrant et l)iaus , et hi a plosors sales et mai- 
son/ , et chascunc provencc un jugic et maint cscrivcn qe dcmo- 
renl en cost palais , zascun en sa maison por soi. Et ccsl jugic et 
resl esciivan i font tontes les cliouses qe abc/.ogne à la iirovence 
à cui il sunt députe , et ce font por la volunlé el por le connnan- 
damanl des dozc baronz qc je voz ai dit. Et si sachiés tout voirc- 
mant qe cesti dozc barouz ont si grant scingnoric con je vos dirai , 
car il esliscnl les seingnors de toutes celés provcnccs qc je voz ai 
dit dcsourc. Et quant il les ont cslcu ticlz con lor senblc qc il 
soient buen cl sotisable , il le font savoir au grant sire , et le grant 
sire le confcrnie et 11 fait doner table d'or tel comc à sa scingno- 
ric convenable. Et encore sunt ccsli baron/, |)oi porvcoir où con- 
vicncnt (juc les liostes ailcnt, et les envoient là o il lor scnble , et 
cclc quantité qe il vuelent; mes toutes foies est à la seuc dou 
granl sire, cl ensi con je vos ai dites de ccl deus cliouses font-il 
de toutes les autres chouscs qe sunt besognables as tous les pro- 
vcnccs cje je Y07. ai contés. Et cesti sunt appelés scicng que vaut 
à dire la cort greingnor qe ne a et sor elz que le grant sire. Le 
palais où el demorent est ausi apellcs scicn , et ce est bien la grein- 
gnor seingneurie que soit en toute la cort dou grant sire : car il 
ont bien le pooir de fair grant bien à cui il vuelent. Les provcnccs 
ne voz conterai ore por lor nom , por ce qe je le voz conterai eu 
nostre livre apertenant, et laiseron de ce cl voz conteron con- 
manl les gran sire mande sez mcsajcs, e cornant il ont les cbc- 
vaus aparoilés por alcr. 



( "I ) 

CHAPITllE XCXVIII. 

Cornant de la chi de Canbalu se portent plosors voies qe vont por niant 

provcnces. 

Or sacbiés por vérité qe de ceste vile de Canbalu se partent 
montes voies lesquel vont por maintes provenccs , ce est à dire 
qe le une vait à tel provinces, et ceste à tel , et toutes les voies 
sunt devises là où elle vont, et ce est moût sçue chouse. Et sachiés 
qe quant l'en s'en part de Canbalu por toutes les voies qe voz ai 
contes , et il est aies vingt cinq miles, adonc le mesajes dou graiit 
sire qe ccsle vingt cinq miles ont aies , il trovent une poste que 
s'apelent janb. en lor langue , et en nostre langaje vaut à dir poste 
de chevaus , et de chascune poste treuvent les mesajes un moût 
grant paleis et biaus, là où les mesajes dou grant sire herbcrgient , 
et cest erbergies ont moût riches lit, fornis des ricbes dras de 
soie , et ont toutes les couses qe as autres mesajes convient , et se 
un rois hi venist , si seroit bien, herbergiés ; et encore voz di que 
à ceste poste treuvent les mesajes bien quatre cens chevaus que 
le grant sire a stabli , qe toutes foies hi demorent et soient apa- 
roilk'spor sez mesajes quant il les envole en aucune part, El en- 
core sachiés que en toutes vingt deus miles ou ongnes trente sunt 
ceste poste que je voz ai dit , ce est en toutes les principaus voie 
que vunt à les provences qe je voz ai contés desoure. Et chascune 
de ceste poste treuvent les mesajes da trois cens chevaus à quatre 
cens, tuit aparoillés à lor comandcmant ; et encore hi treuvent si 
biaus palais con je voz ai contés là où les mesajes herberjent si 
richcmant con je voz ai devisé desoure. Et en ceste mainere vait 
por toutes les provences et rcingnes dou grant sire. Et quant les 
mesajes vont por desviables leus que ne i trouve ne maison ne 
herberges , si hi a fait faire le grant sire poste en chascun leu 
desviable et palais et toutes les chouses come ont les autres pos- 
tes , et des clicvaus et de arnois , mes ce sunt {)lus grant jomée : 



( "2 ) 

car il sunt faites les postes à trente cinc miles , et tiel hi a à plus 
de quarante , et en ceste mainere qe vos avcs hoï vunt por toutes 
pars lesmesajcs dou grantsire , et hontherbergies, et chevaus apa- 
roilc's à ogne jornée , et ce est bien la greingnor autesse et la gran- 
dese greingnor qe aie ne baust onqucs nul cnperaors, ne nulz rois, 
ne nul autre homes teroine. Car sachics tout voircmant que plus 
de deus cent mille cbevaus demorent à cestes postes propemant 
por les sez mescjes , et encore voz di que les paleis suntplus de dix 
mille qe sunt ensi forni de ricbes arnois con je voz ai contes , et 
ce est chouse si merveilose et de si grant vailance, qe à poine se 
poroitbicn conter ne scrivrc. Et encore voz conterai una cause qe 
je avoit dementique , qe fait à nostre malerie qe je vos ai ore 
conte's. Il est voir qe entre le une poste et l'autre sunt ordreé ogne 
trois mile ha un chasaus , qe hi poit avoir entor quarante maison 
csquelz demorent homes à pie's qe encore font ceste mesajarie 
dou grant sire , et voz dirai cornant; il portent une grant centure 
toute pleine environ de sonaille , por ce qe quant il vont qc il 
soient oï de bien longe , et cesti vont toutes foies au grant gal- 
lon , et ne vont for qe trois moilles ; et les autres qe est à chicf 
des les trois miles qe bien de longe le oient venir , demorc tout 
aparoilles , et tant tost qu'il est celui venu il prant la chouse qu'il 
aporte , et prant une carte petite qe li donc l'escrivain , e se met 
corant , et vait jusque à le autre trois miles et fait ausi come avoit 
fait le autre. Et si voz di qe en ceste mainere ha le grant sire de 
cesti homes à pie- noveles des dix jornée en un jorno et en une 
noit. Car sachiés qu'il vont cesti homes à pics en un jor et en une 
noit dix jorne'e , et en deus jors et deus noit aportent noveles de 
vingt jorne'e, et ausi auroit noveles en dix jors et en dix nuit 
de cent jornée. Et si voz di qe cesti tielz homes aportent au sein- 
gnors plusors foies fruit de dix jornée en un jor. Et les grant sire 
à ceste tielz homes ne prant nul treu , mes fait lor doner dou sien 
et des chevaus qe je vos ai dit , qe sunt tant por les postes por les 
mesajes porter. Voz di tout voircmant qe le sire granl les ensi es- 



( '-s ) 

tabli , car il dit qui est près à la tel poste la liel citt- , et il lail 
veoir quant chevalz puet tenoir por les mesajes , et l'en li dit cent, 
et il li est comandé qe il mètrent à la tel poste cent chevaus , puis 
fait veoir toutes les autres viles et chastiaus quant chevaus pnenl 
tenir et cclz qu'il puent tenir, et elz comande qu'il tiencnt à la 
poste. Et en tel maineres sunt ordene'e toutes les postes , si qe 
rien ne i met le grant sire, for tant seulemant qe les postes des 
leu desvoiablcs fait-il fornir de sez chevaus propcs. Et si voz di qe 
quant il est beinzonz qe mesajes de chevaus aille tostainemant por 
conter au grant sire d'aucune tere qe soit revelles , ou d'aucun 
haron, pu des chouses qe soient beizognables au seingnor , il che- 
vauchent bien deus cent miles en un jor, ou voir deus cens cin- 
quante , et voz mostrerai raison comant. Quant les mesajes vue- 
lent aller si tostainemant et tantes miles en un jor con je voz ai 
contés , il a la table dou gerfaus , en scnificance qe il vuelt aler 
tostainemant. Se il sunt deus, il se muent dou leu où il sunt sor 
deus buens chevaus fors et corant , il se bindent tout lor ventre, 
et lieu lor chief , et se metent le grant cors tant con il plus puent, 
et corent tant qu'il sunt venus à l'autre poste de vingt cinq miles , 
et adonc treuvent autre deus chevaus aparoilés , frcs et repouse's, 
et corant. Il montent tant tosto qu'il ne se repousent ne pou ne 
grant; et quant il sunt montés , il se metent maintinant tant com 
il puent dou cheval traire , et ne restent de corer tant qu'il sunt 
venus à l'autre poste , et ilucc treuvent les autres chevaus aparoil- 
lés, et il montent ausi crament et se metent (à) la voie. Et ensi font 
dusqe au soir : et en ceste mainere qe je voz ai contés vont ccsti 
tiel mesajes bien deux cent cinquante miles por aporter novelles 
au grant sire , et encore quant il beizogne vont-il bien trois cens, 
et cesti tielz mesajes sunt mont preziés. Or voz laison de ceste 
raison des mesajes que bien la voz avon monstre apartemant , mes 
desormes voz conterai d'oune grant bonté que fait le grant sire 
à sez homes par deus foies l'an. 

i 

i5 



( 114 ) 

CHAPITRE XCXIX. 

Cornant le gran Kan fait alderc scz jeiis quant l'ont sofcrt de blés e des beslcs. 

Or sachics encore por vérité' qe le grant sire envoie sez mesajes 
por toutes ses terres et reingncs et provcnccs , por savoir de ses 
homes se il ont ou domajes de lor blcs, ou por defaute de tens, 
ou por grillis , o por autres pestilence. E se il treuvent que au- 
chune jens aient eu domajes, et que ne ont Liées, il ne lor fait 
tollir le treu qc il doient doner celui an , mes i fait douer de sien 
blés , por coi il en allent à semener et à mengier : et ce est bien 
grant bontés deo seingnor. Geste fait faire Testée , et de yver fait 
faire tout autre tel à celz des bcstiames : car ce il treuvent un 
homes que scz Lestes soient mortes por mortailitcs qe soient lor 
Venues , il H fait doner de sez bestes et le fait aidier et ne li fait 
tolir treu en cel an. En tel mainere con voz avés oï aide et sos- 
tent le grant sire scz homes. Or vos ai devisé de ceste raison , 
et adonc voz devisci^ai d'une autre maitierc. 

CHAPITRE C. 

Cornant le gran Kan fait planter arbres por les voies. 

Or sachiés tout voircmant qe le grant sire ha ordréé celle 
mestres voies portant les mesajes, et les merchant et les autres 
jens vont , il hi a fait planter arbres joste les voies deus pas loingn 
se un da l'autre , et voz di qu'il sunt si grant qe bien se poet veoir 
de longe, et ce a fait faire le grant Kaan por ce que chascun 
voie les voies et qu'il ne desvoient : car vos troverés cesti arbres 
por descrs voies , qui sunt grant confort as mercant et as man- 
dant , et ce sunt por toutes provences et por tous reingnes. Or 
jloz ai contés des arbres de les voies, adonc voz dirai encore 
d'autre. 



(ii5) 
CHAPITRE CI. 

Ci devise dou vin qe les jens dou Kan boivent. 

Et encore sachics que la greingnor partie des jens de la pro- 
vence dou Catay boivent un tel vin con je voz divisera. Il font 
poison * de ris et co maintes autres boines espices , et si laborent 
en tel mainere et si bien qu'il vaut miaus à boir qe nul autre vin. * liolsson. 
Il est moût clcr et biaiis ; il fait devenir le home evre plus tost 
qe autre vin , por ce qu'il est moût chaut. Or laiseron de ce et 
voz conteron conmant les pieres s'ardent come buces. 

CHAPITRE CIL 

Ci devise d'une maineres des pieres qe s'ardent tome bucos. 

Il est voir qc por toutes la provcnce [de Calai a une mainere 
de pieres noires qe se cavent des montaingnes come voines , qe 
ardent come buces. Il mantienent les feu miaus que ne funt les 
leingnes. Et si voz di qe se vos le métrez en feu le soir et les 
faites bien à prendre , Je voz di qe toute la nuit tienent feu , si que 
l'en en treuve le maitin. Et sachiés qe por toute la provcnce dou 
Catai s'ardent celés pieres. Bien est-il voir qu'il ont leingnes 
asez , ce sunt buces ; mes il ardent de castes pieres ascz por ce qc 
gostent* main et sunt cspargnamant de Icngnes. Or voz ai contes 
de ceste chapitre , et desormes nos conteron d'oun autre capitre, ■ C0111..11. 
cornant le grant sire se porvoit qe les blées ne soient trop chiere. 



( ii6 ) 
CHAPITRE cm. 

Cornant le gran Kan fait aiiicscr e reponJrc grani quantité des blés por secorer 

sez jcns. 

Or sachiés qu'il est vérité qc le grant sire , quant il voit qe de 
les blés soient en grant abundancc et qu'il en est grant merchiés , 
il en fait amasser grandisme quantité et le fait mètre en grant 
maison, et le fait si bien estudicr qu'il ne se gastent por trois 
anz ue por quatre , et entendes qu'il fait canane de toutes blés , 
Ce est forment et orce et mil et ris et panis et autres blés , et de 
cestcs blés fait amaser en grandisme moutitudc. Et quant il avint 
qe de les blés ne soient, et qe la charestie soit grant , adonc le 
grant sire fait traire bors de sez blés qe en a tant con je voz ai 
contés , et se la mesure se vendent un bczant , ce voz di forment , 
il ne fait doner quatre, et en trait tant hors qe tous en puet avoir; 
si qe cbascun a devise et abundancc des blés. Et en ceste mai- 
nere se porvoit si le grant sire , que sez homes ne puent avoir ca- 
restie ; et ce fait faire por toutes les terres là où il a seingnorie. 
Or voz ai contés de ce, et adonc voz conteron d'iin autre chapitre 
conmant le grant sire fait carité. 

CHAPITRE CIV. 

Comanl le gran Kan fait gran carité à sez jens povre. 

Puis que Je voz ai dit comant le grant sire fait faire devise à 
son pucples de toutes , or voz conterai conmant il fait grant cha- 
rité as povrcs gens qe en la vile de Canbalu sunt. Il est voir qe il 
fait eslirc maintes mcsnie de ville de Canbalu qe soient povres et 
qe ne aient qe mengier , et tiel mesnie sera six , et tiel huit et tiel 
dix et tiel plus et tiel moin. Le grant sire fait lor doner forment 
et autre blés por coi il aient que menuier , et ce fait faire à gran- 
disme quantité , et encore voz di qc tout celz qe vêlent aler por 



( II? ) 

le pain dou scgnor à la cort , cl ne est dénie à nulz , mes en est 
donc à tuit cclz qe n'ont. Et sachlcs qe il en i aient chascun jor 
plus de trente mille , et ce fait faire tout le an , et ce est bien 
grant honte dou scingnor qe à peitet de sez povres pueples, et le 
pucple le a à si grant Lien qu'il le orent corne Dieu. Or voz ai dit 
de ce, et adonc nos diron d'autre et nos parliron de la cité de 
Canbalu , et cntreron dedenz le Catai por conter des grant chouse 
et riches que hi sunt. 

CHAPITRE CV. 

Ci coraance de la grant provence do Catay, e conleron do flun de Pulisanchi. 

Or sachiés que mesier March meisme le grant sire le mande por 
mesajes ver ponent , et se parti de Canbalu et alabien quatre mois 
de jornce ver ponent , et por ce voz contcron tout ce qu'il vit 
en celé voie alant et ^^gnant. Quant l'en s'en part de la ville et il 
est aies dix miles , adonc Irove un grant flum qui est apellés Pu- 
lisanghinz , lequel flus ala dusque à la mer osiane , et chi aient 
moutmerchanz con mercandies. Et desus cestflum a un moulbiaus 
pont de pièces : car sachiés qe pont n'a en tout le monde de si 
biaus ne son paroil , raison conmant; je voz di qu'il estlonc bien 
trois cens pas et large huit , car bien hi puet aler dix chevaliers 
le un juste l'autre. Il a vingt-quatre arch et vingt quatre morsles 
en Feivc, et est tout de marbre bis, moût bien e vrcs , et bien asetés. 
Il a de chascunz lés dou pont a un mur de tables de marbres et 
de coloncs si fait con je voz dirai. Il est fichés en chief dou pont 
une colonne de marbre , et desor la coione a un lion de marbi'e , 
et desus la coione en a un autre , moût biaus et grant et bien fait , 
et longe de ceste coione un pas et mi en a un autre tout ausi fait 
con deus lions , et de le une coione à l'autre est clous de lidjle de 
marbre bis, por ce qe les jens ne peussent cheoir en l'aivc , et en- 
sint vait de lonc à lonc , si qe bien est bielle chouse à vcoir. Or voz 
avon dit de ce&t biaus pont , et voz conteron de noves chouses. 



CHAPITRE CVI. 

Ci devise de la gran cité de Gigui. 

Et quant l'en s'en part de cest pont et il est ale's trointes miles 
por ponent, trouvant toutes foies bieles erberges et vignes et 
chans , adonc treuve une cité qui est apelc's Giogui , grant et bielc. 
Hi a maintes abaïe de \ dres ; il vivent de merchandie et des ars 
11 hi si laborent dras de soie et doré et biaus sandal , et il bi a 
maintes herbergicries qe erbergient les mandanz.Et (juant l'en est 
parti de ceste ville et aies un mil , adonc treuve l'en deus voies 
(jue le une ala à ponent , et le autre à Sciloc. Celle dou ponent 
est dou Catai , et celle do Siloc* vait ver la grant provence dou 
Mangi. Et sachiés tout voiremant qc l'en chevauche por ponent 
por la provence dou Catai bien dix jornéc , et toutes foies treuve 
l'en maintes belles cités et maint biaus chastiaus de grant mer- 
candies et de grant ars, et biaus chans et biel les vingnes et do- 
mesces jens. IN'i a chouses qe à mentovoir face , por ce ne voz en 
diron rien, et adonc laiseron de ceste maitiere et voz conteron 
de un roiame que Taianfu est appelles. 

CHAPITRE CVII. 

Ci devise de roiame de Taïfu. 

Quant l'en a chavachc dix j ornée puis qu'il est parti de Guin- 
gui , adonc treuve un roiames qui est appelles Taianfu , et chicf de 
la provence. Ceste cité où nos somes venus qui est apelés Ta- 
nianfu qeest moût grant et biele, en laquel s'i fait grant mercan- 
dies et grant ars , car en ceste cité se fait grandismes quantités de 
arnois que bezognent à les hostes dou grant sii'e. Elle a main- 
tes belles vignes desquelz ont vin en grant abondanze. Et en toute 
la provence do Calai ne nait vin for que en ceste sculamanl , et 



(119) 

de ceste ville en vait por toute la provence. Il hi a encore grandi- 
sime quantité de soie : car il ont moriaus et vermes qc funt la 
soie en grant abundance. Et quant l'en s'en part de Taianfu , il 
chevauche bien sept jornée por ponent de mont belle contrée là 
ù il l'en il treuve villes et casliaus asez, là oii il hi s'i fait merca- 
dies et ars assez , et hi a maint merchant qe par montes pars fai- 
sant lor profit , et quant il a aies sept jornée , adonc treuve une 
cité qe est apellés Pianfu qe mont est grandissme et de grant vai- 
lance , en laqucl a mcrcaanz asez. II vivent de merchandie et 
d'ars. Il hi se fait soie en grant quantité. Or voz laieron de ce, 
et voz conteron d'une grandismc cité qe est apclés Cacianf ; mes 
tout avant noz diron d'un noble chastiaus qui est apellés Caicui. 

CHAPITPtE CVIII. 

Ci devise d'un caslel de Cayafu. 

Et quant l'en se part de Pianfu , et il ala por ponent deus jor- 
née , adonc treuve-l'en un biaus castel qui est apellés Cacianfu , 
lequel fist faire jadis un rois qe fu apellés le roi Dor. Et en ceste 
chastiaus ha un mont biaus paleis , en quel a une grandisme sale 
là où il sunt portrait à moût belles pointures tout les rois de 
celés provences que furent ansiencnïant, et ce est moût belle 
viste à voir. Et tout ce avoieat fait fer les rois qe en cel roiames 
avoient reingnés. Et de cest roi Dor voz conterai une bielle 
novelle que fu entre lui et le Prestrc Johan selonc ce que les jcns 
de celles contrée dient. Il fu voir , selonc qe celles jens dient , qe 
ceste roi Dor avoit ghere con le Preslre Johan et estoit en si forte 
leu , qe le Prestre Johan ne le pooit alie soure ne nuire ; il en 
avoit grant ire. Et sept valés do Prestre Johan il distrent qe il 
aporteront tout vif le i-oi Dor ; et le Prestre Johan dist elz qu'il le 
velt voluntier , et qu'il en saura lor buen gré se il ce font. Et 
quant le sept valz ont eu le conjé dou Pi-eslre Johan , il se parti- 



( I20 ) 

rent tuit ensenb.c conpagnie d'escuiers , et s'en aient à ccst roi 
Dor et li distrent qu'il estoient venu por lui servir. Le roi dit clz 
qu'il soient li très bien venus , et qu'il fira elz honor et plaisir. En 
tiel mainore con voz avës hoï se mistrent les huit valez dou Prcs- 
tre Johan à servir le roi Dor. Et quant il hi furent demorés en- 
tor deus anz , il estoient mont amés dou roi por lor bien servir. 
Et que vos en diroie ? Le roi se fioit d'elz ausint con ce U tuit et 
huit fuissent scz filz. Or boires qc cesti mauveis vallés font , el 
ce avint por ce qe nidz se puet garder dou traïtor et desloiaus. Il 
fu voir qe ceste roi Dor s'ala desduiant con puo de jcns et hi es- 
toient cesli maveis treize vallc's. Et quant il ont pase's un flum qe 
est longn do palais qe je vos ai contés un mil , les treize valc's 
que virent que le rois ne avoit conpagnie qe contr'aus le peussent 
défendre , adonc distrent q'il pooient faire ce por coi il estoient 
venus: adonc mistrent main à l'cspéc , et distrent au rois : ou il 
alera avech elz , ou il le metront à morl. Le roi quant il voit ce 
il en a grant mcrvoille, et dit elz : et conmant, biaus fdz , et qe 
est-ce que voz dites , et où volés voz que je veingne ? voz ven- 
drés , font-il , dusqe à nostre seingnor le Prestre Johan , font-il. 

CHAPITRE CIX. 

Cornant le Presire Joan fisl praïuîre le roi Dor. 

Et quant le roi entent ce , il a si grant ire que poi se faut q'il 
ne muert de duel . et dît elz : ai mcrce , biaus filz , or ne voz ai-je 
honorez asez en mon ostiauB , et voz mes volés mètre en les mains 
de mes ennemis! Certes se voz ce faites , vos firés grant maus et 
grant desloiautés. Celz distrent qe il convent qe rensi soit. Et 
adonc le moinent au Prestre Johan , et quant le Prestre Johan le 
vit , il en a grant joie. Il li dit qu'il soit le maus venu. Celui ne rcs- 
pont , ne ne set que doie dire. Adonc conmande le Prestre Johan 
qe cest roi Dor soit mené dehors , et qu'il le feisent garder bes- 



( 12. ) 

tes , et ce li faisoit faire le Prestrc Johan , por dcspir lui et por 
despiisier et monstrer qu'il estoit noiant. Et quant il ot gardé les 
bestes deus anz , il le se vait venir devant le Prestre Johan , et li 
fait doner riches vestimens et li fait honor. Et puis li dit : sire 
roi , or pués-tu bien veoir qe tu ne estoies homes de pooir gue- 
roier con moi. Certes , biaus sire , respont le roi , ce conois-je 
bien et qenoisoie toutes voies qe n'cstoit home qe peust contras- 
ter à voz. Et quant tu ce aroit , dit le Prestre Johan , je ne te de- 
mant plus : fois desormis te ferai sei'vis et honor. Adonc le Pres- 
ti'B Johan fait doner chevaus et arnois au roi Dor , et li donc 
moût belle conpagnic et le laise alcr. Et cestui se part et tome à 
son règne , et de cel bore en avant fu ses amis et son servior. Or 
laison de ceste matière et voz conteron d'autre matière. 

CHAPITRE ex. 

Ci devise dou grandisme flun de Caracoron. 

Et quant l'en s'en part de ceste chastiaus et il ala por ponent 
entor vingt miles , adonc treuve im flum qe est apelés Caramo- 
ran , que est si grant qe ne se puet passer por pont : car il est moût 
large et profunt , et ala Jusque à la mer Osiane , et sor cest flum 
a maintes cités et chastiaus, là oii il ha maint merchanz, cthi se fait 
grant merchandics. Entor cest flum por la contrée naist gengibre 
et soie en grant abundance. Il hi a si grant moutitude d'osiaus qe 
ce est mervoille : car l'en hi auroit trois fazan por venesian gros : 
ce est un aspre. que vaut pou plus. Et quant l'en a passé ceste 
flum et ala deus jornée por ponent, adonc treuve l'en une noble 
cité que est apellés Cacianfu. Les jens sunt tuit ydres , et encore 
sachiés qe tuit cclz de la provence do Catay sunt ydres. Il est ville 
de grant mercandie et des grant ars. Il ont soie en grant habun- 
dance. Il hi se font maint dras d'or et de soie de tous fasionz. Il 
n'i a chouse que à mcnlovoir face , et por ce nos pailiron de ci et 

i6 



( 122 ) 

aleron avant , et voz conteron d'une noble cité que est chief de 
rningne qe est appelles Quengianfu. 

CHAPITRE CXI. 



Ci dit de ta grant cite de Qcnginfu. 



Et quant l'en se part de la cité de Cancianfu qe dit vos ai de- 
soure , il chevache huit jornée por poncnt , toutes foies trovant 
maintes chastiaus et mantes cités de grant mercandics et des 
grant ars , et maint biaus jardis et biaus chans. Et encore voz 
di qe toute la contrée et la tere est plane de moriaus : ce sunt 
les arbres de coi les vermines qc funt la soie vivent de lor foies. 
Les jens sunt toutes idres. Il hi a chacrions asez de bestes et ve- 
nesionz de maintes faisonz d'osiaus. Et l'en a chevauché huit jor- 
née cnsi con je vos ai dit , adonc trouve l'en ceste grant cité et 
noble de Quengianfu qui moût est grant et biele , et est le chief do 
roiames de Qucgianfu que ansienemant fu nobles roiames et ri- 
ches et poisant , et jadis hi ot mant buens rois et vailanz. Et 
oreiidroit en est sire et rois le fil au grant sire, que Mangalai est 
apclés : car son per li a donc cel roigne et ne le a coronés roi , et 
le est ville de grant merchandies et des grant arz. II ont soie en 
grant quantité , il hi se laborcnt dras d'or et de soie de toutes 
mainere. liil hi se laborent de tous arnois que beizoigncnl à les 
hostes. Il ont des toutes chouses qe as cors d'omcsbcizongne por 
vivre en grant abondance et grant mcrchiés. La ville est à ponent 
et sunt ydres ; et dehors la ville est palais de Mangalai roi, qi est 
si biaus con je voz dirai. Il est en une grant plaingno là où il a 
flunz et lac et paul * et fontaine asez. Il a tout avant un mur moût 
gros et haut qc gire en^aron cinq miles tout merles et bien fait. 
Et en le mileu de cestmur est le palais, si grant et si biaus qe nul/, 
le poroit miaus deviser. Il a maintes bcics sales et maintes belles 
canbres toute portraite et painte à or batu. Ceste Mangalai ma- 



( 123 ) 

nintient bien son roiames en grant justice et en grant droit et 
moût amés de sez jens. Les hostes demorent environ le palais et 
hi ont grant seulas de vencionz. Et atant noz partiron de ceste 
roiames que ne vos en conteron plus , et voz conteron d'une 
provence que est moût en montaingnes qe est apellés Cuncun. 

CHAPITRE CXII. 

Ci dit des confines que sunt entre le Calai e le Mangi. 

Quant l'en s'en part de ceste palais de Mangalai , il ala tiois jor- 
néc por ponent de moût biaus plain, toutes foies trovant villes 
et caustiaus asez , qe sunt homes qe vivent de mercandics asez et 
d'ars, et ont soie en grant habundancc. Et à cliief de trois j ors 
adonc trouve l'en grant montaigncs et grant vailles qc sunt de la 
provence de Cuncon. Hil ha por les mons et por les vaus cité et 
castiaus. Il sunt ydres et vivent de labor de tere et de boscajes et 
de venesion. Car sachics qu'il hi a maintes boucés là où il a plu- 
sors bestcs sauvajes. Ce sunt lyonz et ors et leus cerver et daiii 
et cavriolz et cers et autres bcstes asez , si que moût en prennent 
les jens des le contrée et moût en ont grant profit. Et en ceste 
mainere chevauche l'en vingt jornée : ce est por mons et por vaus 
et por boscés, toutes foies trovant villes et caustiaus et buen er- 
bergies là où les mananz sunt herbcrgiés aisément. Or nos par- 
tiron de ceste contrée et voz conteron d'une autre provence ensi 
con voz pores oïr desout. 

CHAPITRE CXIII. 

Ci devise de la provence de Acbalac Mangi. 

Et quant l'en a chevauché les vingt jornée des montaignes de 
Cuncun qe je voz ai dit desouie , adonc treuve-l'en une provence 



( 1=4) 

qui est apelc's Acbalec-Mangi qe est toute plaingnc. Il hi a cite's et 
chasliaus ascz. 11 sont à ponent. Les jens sunt ydrcs ; il vivent de 
mercandies et d'ars. Et si vos di qe en cesle provence naise si 
grant quantité' de zengibre qe por toute la grant provence dou 
Catai s'espant, et en ont les homes de la provence grant profit et 
grant bien. Il ont forment et ris et autres ble's à grant plantée et 
grant merchc's, et moût est planteusse tcre de tous biens. La mestre 
cite est apelës Acmelcc INIangi qe vaut à dire le une de le confia 
dou Mangl. Geste plaingne dure des Jornc'e si biaus con je voz ai 
dit , et con tantes viles et castiaus , et à chief de deux jorne'e adonc 
treuvc-l'en grant mons et grant vaus et grant boschages asez. Ala 
bien vingt jornce por ponent trouvant villes et castiaus asez. Les 
homes sunt ydres. Il vivent dou fruit de la tere et de venaison et 
de bestiames. Il hi a lionz et ors et leus cerver, dain , cavriolz et 
cerf , et si hi a grant quantité de ccl bctivole qe font le monstre. 
Or nos partiron de ce contrée et vos conterondes autres, bien et 
ordéemant si con voz pores oïr. 

CHAPITPtE CXIV. 

Ci devise de la gran provence de Sindafu. 

Quant l'en a aies les ^^ngt jornée des montagnes qe je voz a 
dit desoure et por ponent , adonc treuve une plaingne et une pro- 
vence qe est encore de le coniin dou Mangi qe est apellc Sindin- 
fu , et lamestrecité a à non Sindinfu qe moutfujadisgrantetnobles, 
etmouthi a jàeu grant et riches rois en le gire en^Tron bien vingt 
miles ; mes orendroit est devisé en tel mainere con je voz deviserai. 
Il fui voir qe le roi de ceste provence , quant il >'int à mort , il laise 
trois filz , et adonc parti ceste grant ville en trois pars , à chaschune 
decest trois pars est mure por soi , mes toutes e trois sunt dedcns le 
murs de la grant cité , et vos di que tuite trois cesti filz à celui roi fu- 
rent rois , et chascun avoit grans terres et despcndrc asez , car lor 



( 1^5) 

perc esloit moût poissant etriches. Et le grantKan prise cest roiame 
et déscrite cesti trois rois , et tient le reingne por soi. Et sachiés 
qe por mi ceste grant ville vait une grandisime flum d'aivc douce 
esquelz se preinent poisonz asez. Il est large bien dimi mil ; il 
est bien parfont ; il est si Ion qe vait jusque à la mer hosiane , qe hi 
a plus de quatre vingt jornée Jusque en cent , et est apellé Qiansui. 
Il ha sor ceste flum grandismes quantités de cite et de castiaus. Il 
hi a si grant naivcs, ce est si grant moutiludc, qe ne est cor d'ornes 
ne iaus qe ne le veises, qe pcust croire. Il est si grant la moutitude 
et la grant ahundance de les grant mercandie que les mercaant 
portent sus et jus por cest flum , qe ne est homes au monde 
qe ne le veisse qe le peust croir. Il ne senble flu , mes mer tant 
est large. Et vos dirai d'un grant pont qe est dedcns la ville de- 
sus cest grant flum. Le pont est tout de pieres , et est large bien 
huit pas , et lonc dimi mil , si con je vos ai dit que le flum est 
large. De lonc à lonc dou pont de chascun lés *, a colunne de mai-- » côté. 
bres , lesquelz colones soslincnt la covreures dou pont : car voz 
di qe le pont est covert de trop bielle covreure deleingne, tout 
portrait et pinte à riche pinture, et encore ha sus ceste pont main- 
tes maizonent , esquclz le font mercandics et ars asez , mes si 
voz di q'ele sunt de fust que se moincnt la maintine e se lievent 
le soir. Et encore hi est le coviereqe dou grant sire , ce est celz 
qe recevent la rente dou seingnor , ce est le droit de la mercan- 
die qe desus le pont se vendoient ; et voz di qe le droit de ccl pont 
vaut bien mil bezanz d'or. Les jens sunt toutes idres. Et de ceste 
cité se part l'en et chevauche cinq jornée por plain et por valée , 
et treve-l'en castiaus et casaus assez. Les homes vivent dou profit 
qu'il traient de la terre. Il hi a bestes sauvajes assez, lions et or- 
ses et autres bestes. Il vivent d'ars : car il hi se laborent des biaus 
sendal et autres dras. Il sunt de Sindu meisme. Et quant l'en est 
aies cinq jornée que je voz ai contés desourc , adonc trcuve-l'en 
une provence moût gaste qe s'apelle Tebet, et voz en trateron ci 
desout. 



( 126 ) 

CHAPITRE CXV. 

Ci dit de la provence de Tebct. 

Après le cinq jornée que je voz ai dit , adonc entre-l'en en une 
provence qe est moût gaste : car Mongut Kaan l'a destruit por 
ghere. Il i a maintes villes et maint castiaus et casaus, tuit déro- 
chée et gastéc. Il hi a channes groses et grant merveliosemant , et 
voz deviserai cornant elles sunt groses qe voluent environ bien 
trois paumes , et sont louinges bien quinze pas. Elle ont de le un 
nod à l'autre bien trois paumes. Et si voz di qe les merchanz et 
autres mandanz qe vont por cel contrée la nuit, prenent de celcs 
chanes et en font feu , por ce qe quant elle sunt en feu , elle font 
bruit. si grant escrear et si grant escopier,|* qe les lions et les orses et les 
autres fieres bestes en ont si grant paur qu'il fuient tant con il plus 
puent , et ne s'acostercnt au feu por rien do monde , et cest tiel 
feu font les homes por garentir lor bestes de fieres bestes sau- 
vajes qe asez hi ni a por celle contrée et por celz pais. Et si voz 
dirai, por ce qe bien fait à dir, comant l'escopier de ceste canne so- 
nent à lonc et comant font grant temance , et que n'avint. Or sa- 
chics qe l'en prenne de ccste channe toutes vers, et les metent en 
feu des buccs , et ce sunt plusors. Et quant cestes channes sunt 
demorés auques en ceste grant feu , adonc se tort et se fent por 
mi , et adonc fait un si grant cscopie qe bien se hoie dis miles 
lune de noit, et sachiés qe celui qe ne est costumé hoYr , il en de- 
vient tout exbaïes, si orible chouse est à oïr ; et vozdi qe les 
chavaus qui ce ne ont onques hoï , quant il l'oie , il s'espaventent 
si duremant, qu'il ronpent cavcstres et toutes cordes de coi il sunt 
liées, et s'en fuient, et ce avint à plosors ; mes quant il ont cha- 
vaus qe sevent qe ce n'avoient onques hoï, il li fait bender les 
iaus et li fait cncavestrer toit les quatre pies en tel maineie qe 
quant il hoi le grant escopier de chanes , puis qu'il vuoillc ne puet. 



( 127 ) 

Et encore si con je voz ai dit, les homes cscanpentla noit, et il et 
loi- bestes , des lions et des lonces et d'autres mauvaises bestes qe 
hi ni a en grant habundance. Et quant l'en a aies por ceste con- 
trée bien vingt Jornce , ne treuve-l'en erbcrgies ne vuandes , mes 
convient que il porte viandes por lui et por scz bestes toutes ces- 
tes vingt jornée , toutes foies trovant moût fieres et pesmes bes- 
tes sauvajes que sunt mont periliuse et da doter ; adonc treuve- 
l'en chastiaus et casaus asez, et hi a un tiel costumes de marier 
femes con je voz dirai. Il est voir qe nul homes prenneroit une 
pucelle à feme por rien dou monde , et dient qu'ele ne i vaillent 
rien se elle ne sunt usés et costumés co maint homes. Et por ce se 
n'espoisent in ticl mainere, car je voz di que quant les jens d'au- 
tres estranjcs païs passent por ccle contrée , et il ont tandu lor 
tendes por hcrbergies , adonc les vielles femes des chastiaus et 
des casaus mènent lor files jusque à cestes tendes , et cesti à vingt 
et à quarante , et à plus et à moin , et le donent à les homes por ce 
qu'il en faicent lor voluntés, et qu'il gigent con elles. Adonc les 
homes le prenent et si gaudent cun elles , et le tienent tant con il 
vêlent iluec , mes avant ne arieres ne les puent moiner. Et puis 
quant les homes ont fait à lor volunté d'eles et il se vêlent partir , 
adonc convient qe do ne à celle femes con cui il a jeu, aucune joie 
ou aucun seingn por celle que le puisse monstrer quant ille se 
vient à marier , q'elc a eu amant. Et en tel mainere cascune pu- 
celle convent que aie plus des vingt signaus à son cuel , por mos- 
trer que asez amant et asez homes sunt jeu cun li ; et celle qe 
plus ont soignaus et plus puent mostrer qe ont eu amant, et qe 
plus homes sunt jeu cun elle , celle est tenue meior et la prenent 
plus voluntier, et dient q'ele est plus grasieuse que les autres. Et 
quant il ont prises ceste tel feme , il le tienent chieres et ont por 
trop grant maus se le un tochast la feme à l'autre , et se gardent 
tuit de ceste couse moût. Or vos ai contes de ceste mariajes qe 
bien fait à dir, et en celle contrée auront bien aler les jeune de 
seize anz en vingt-quatre. Les jens sunt ydres et mauveisez dure- 



( 128 ) 

mant, car il ticncnt por nul pèches le roubcr et le fer maus , e 
sunt les greingnor escaran et les greingnors robeor dou inonde. 
Il vivent de chace et de venesionz et des bestlaus et de son frut 
q'il traient de la tere. Et voz di tout voircmant qe en celle contrée 
a maintes bcstes qe faisent le monstre , et s'apcllent en lor langa- 
jes gudderi. Et cesti mavesi homes ont maint buen chiens qe en 
prencnt en grant abundance , et por ce ont dou mostre en grant 
quantité. Il ne ont monoie ne carte de celc dou grant Kan , mes 
de sel fonl-il monoie. Il vestent moût povremant , car lor vesti- 
mens sunt de pelles des bestes et de canevace et de bocorain , et 
ont langajes por elz , et s'apellent Tebet , et ceste Tebct est une 
grandisime provence , et voz en dirai brefment con voz pores 
oïr. 

CHAPITRE CXYI. 

Encore de la provence de Tebet inesme. 

Tebet estune grandisime provence qe lengajes ont por elles, et 
sunt ydrcs et confines con les Mangi et co mantes autres pro- 
vences. Il sunt maint grant laironz. Il est si grandisimes proven- 
ce qu'il hi a huit roiames et grandisme quantité de cités et de 
castiaus. Hil i a in plosors leus et flum et lac et mons, là où il se 
treuvent les or de paliolle en grant quantité. Il hi nast canele en 
grant abondance. Et en ccste provence s'espent le coraus , et hi 
est moût chier , car le metent au cuel de lor femes et de lor ydres 
* cameloi. por grant joie. Etencore voz di qe en ceste provence a gianbelot* 
assez et autres dras d'or et de soie , et hi naist maintes espèces qe 
unques ne furent veue en nostre paVs. Et encore voz di qu'il ont 
les plus sajes encan teor et les meior astroniqe selonc lor usanz 
que soient en toutes celles provences qe entor euz sunt : car il 
font les plus fere encantemant et les greingnor mervoiles à oïr et 
à veoirpor ars de diables, qe ne est pas buen à conlere en nostre 
livre , por ce qe trop se mervclieront les jens. Il sunt mau custu- 



- ( '29 ) 

mes ; il ont grandismes chenz mastin qe sunt grant come asnes et 
sunt moût buen à prendre bestes sauvajes. Il ont encore de plu- 
sors maineres de chiens de cace. Il ont encore que hi naisent 
moût buen f auchon lasnier, qe sunt volant et moût hoiselent bien. 
Or voz lairon de cest provence Tebet qe bien voz avon contés 
sommermant le fait , et voz parleron d'une autre provence qe est 
apellé Gaindir ; mes de ceste Tebet entende's qu'il est au grant 
Kan, e toutes autres reingnes et provenccs et reigionz qe en ceste 
livres sunt escrites sunt ausi au grant Kan , for seulemant celles 
provences qe sunt au commenzamant de nostre livre qe sunt au fil 
d'Argo, cnsi con je voz ai escrit, et por ce da celé provences en 
for toutes les autres que sunt escriptes en ceste livre sunt au grant 
Chan , et por coi voz ne les provences si l'entendes en tel mainere 
con je voz ai. dit. Or laison desormes de ccst mainere, et noz 
conteron de la provence de Caindu, 

CHAPITRE CXYII. 

Ci devise de la provence de Gaindu. 

Gaindu est une provence ver ponent , ne a que un roi. Il sunt 
ydres et sunt au grant sire. Il hi a cite's et castiaus asez. Il ont un 
lac là où se treuvent maintes perles ; mes le grant Kan ne velt qe 
nul l'en traie , por ce qe se il ne * feist trare tant quant l'en en i 
troveroit, il ne trairent tantes q'eles seroient molt viles et ne 
vaudroient noiant. Mes si voz di qe quant le grant sire en velt , 
il en fait bien traire por lui tant solamant , mes nul autre en po- 
roit traire qe non fust destruit dou cor ; et encore voz di qe il 
hi a encore montagne, en lequel troveroit-l'en d'une maineres de 
pcres qe l'en appelles turquies qe sunt moût bielles pieres en 
grandisime quantite's ; mes le grant sire ne laisc traire se non par 
son conmandemant. Et voz di qe en ceste provence a un tel cos- 
tumes de lor femes con je vos dirai : car il ne ont à vilanie se un 

17 



( i^'îo ) 

forestier ou autre home l'a unis de sa feme ou de sa file ou de sa 
seror ou d'aucune femc qu'il aie en sa maison , mes l'ont à bien 
quant l'en just con eles, et dient qe por ce fait le lor dio et les 
lor ydres font miaus elz , et donent cics de les couses tenporaus 
en grant abondance, et por ce en font si grant largitc de lor l'c- 
nics as forestier con je voz dirai. Car sachiés qe quant un home 
de ceste contrée voit qe un forestier li vcigne à sa maison por er- 
berjer, ou qe il ne i vuoille erbcrgier et entrer en sa maison, 
tantost se oisse hors et comande à sa fcme qe au forestier soit 
fait tante sa volunté conpliemant, et adonc se vait sa voie |ou à 
son cans ou à sez vignes , et ne i torne dusque atant qe le fores- 
tier demore en sa maison. Et voz di qe maintes foies hi demore 
trois jors, et se jut où lit cun la femc de celui zaitif, et le fores- 
tier qui est en la maison fait cestui seingn pour montrer qu'il soit 
laiens : car il fait pendre son capiaus ou aucuns autre seingncaus, 
et ce est significance qu'il soitc laiens. Et le chcitif , tant con il voit 
celui sengnaus à sa maison, ne atorne mie, et ce font por toute 
ceste provencc. Et voz di qu'il ont monoie en tel mainere con je 
vos dirai. Sachiés qu'il a or en verge , et le poisent à saies , et se- 
lonc qe poise vaut ; mes ne ont monoie cungné cun estanpe , et la 
petite monoie voz deviserai qe est. Il prennent la sel e la font 
cuire et puis la gitent en forme , et est de le grant qu'il puet poi- 
ser entor de dimi-livre , et les quatre vint de ceste tiel sel qe je 
voz ai devisé vaut un saies d'or fin , et ce est la pcilit monoi qu'il 
despcndcnt. Il ont des besles qe font le monstre graudisime quan- 
tité, et les chaceor les prenent et en traient le mouscée en grant 
quantité. Il ont pcisonz asez ctbuens, et les traient dou lac qo 
je voz di , là oij se trêve les perles. Lyonz et leus cerver et orscs 
et dain et cavriolz ont asez , et osiaus de toites fasonz ont en grant 
abundance. Vin ne vigne ne ont ; mes font vin de forment et des 
ris com maintes espices , et est moul buen poizon. Et en ceste pro- 
vencc naisent garofol asez : car il est un arbre petit qe il fait que 
Liurier. 3 froudc comc orbcque *, aucune chouse plus longue et plus estroit. 



( i3i ) 

IjC flor fait blanc peitet come le garoufle. Il ont encore gengibre 
en abundance et cannelle ausint et d'autres espices asez, qe ne vie- 
nent unques en nostre contrée , et por ce ne fait à mentovoir. Or 
noz'lairon de ccste cite , qe bien navon contc's ce qe bezogne , et 
voz conlcron de la contrée mcime en avant. Et quant l'en s'en 
part de ceste Gheindu , il en chavaucha bien dix jornée , il treuve 
chastiaus et casaus asez. Les jens sunt de celés meisme maincre et 
de ciaus meisme costume qe ceaus qe je voz ai contés. Il ont ve- 
nision d'ousiaus et de bestes asez. Et quant l'en est aies ceste dix 
jornée , adonc treuve-l'en un grantflun qe est apelé Brius , auquel 
se fenist la provence de Gheindu , et en cest flun se treuve grant 
quantité d'or et de paliole. Il hi a cannelle asez ; il vait en la mer 
Osiane. Or voz laison de cest flun , qe n'i a couse qe à conter 
face , et voz contcron d'une autre provence qui est apellés Cara- 
gian ensi con voz orrés. 

CHAPITRE CXVIII. 

Ci devise de la provence de Carajan. 

Quant l'en a pasé cest flum , adonc treuve-l'cn et entre en la pro- 
vence de Carajan qui est si grant qe bien bi a sept roiames. II est 
ver poncnt et sunt ydre et sunt au grant Kan : mes roi en est son 
fil qe a à non Escntemur, qe moût est grant rois et riche et poi- 
sant. Il mantient bien sa tere en grant justice , car il est sajes et 
preodouraes. L'en ala por ponent quant il se part dou flun qe je 
voz ai dit desoure, cinq jornée, trovant cités et castiaus asez, là o 
il naisent mult buen chavaus. Il vivent de bestiames et de profit 
qu'il traient de la tere. Il on Icngajes por clz et est moût grcf à 
entendre. A chicf de ceste cinq jornée adonc treuve l'en la mes- 
tre cité et celle qe est chief dou reingné, qe est apellés Jaci, que 
moût est grant et noble. Il hi a mei-chcanz et homes d'ars asez , 
les sunt des plosors maineres , car il hi a jens qe aorent Maomet 



* ail. 



( i32 ) 

et ydres et pou cristiena qe sunt nestorin. Il hi a forment et ris 
asez , mes il ne menaient pain de forment por ce qe il est en celé 
provence enferme, mes menuient ris et font poison de ris con 
espèces qe molt et biaus et cicr , et fait devenir le home evrc ausi 
con fait le vin. Il ont monoie en tel mainere con je voz dirai, car 
il espendent porcelaine blance , celle qe se trovent en la mer et 
qe se metent au cuel des chienz , et vailcnt les quatre-vingt por- 
celaines un saie d'arjent qe sunt deus venesians gros; et sachies 
qe les huit saies d'arjent fin vailent un saies d'or fin. Il ont puis 
salmace desqel il font sal , et de cest sal vivent tuit celé de la con- 
trée , et voz di qe le roi en a grant profit de cest sal. Et si voz di 
q'eles ne curent ren se le un touce la fcme de l'autre , puisqu'il 
soit volunté de la feme. Or nos avon conté de cest rcingne , et 
voz contèron dou reingne de Caraian ; mes avant voz conterai 
une cousse que Je avoie dementique. Je voz di q'il ont un lac qe 
girc environ bien cent miles , cnquel à grandisime quantité de 
peison des meior dou monde. Il sunt moût grant de toute fai- 
son. Encore voz di qe il menuent la char crue de galine et de 
mouton et de buef et des bufal : car les povres homes se vont à 
la becarie , et prenent le feie crue tant tost con se Irai hors de la 
bestes , et le trence menu , puis lé met en la sause de l'aigle , et 
menuie maintenant, et ausi font de toutes les autres chars ; et 
les gentilz homes menuient encore la cars crue , mes il la font 
menussier menuemant , puis la metent en la sause de l'aigle * mes- 
lée con bone espèce , puis la menuient ausi bien con nos faison 
la coite. Adonc voz contèron de la provence de Caraian que je 
voz die desouie. 

CHAPITRE CXIX. 

Encore devise de la provence de Caraian. 

Quant l'en se part de la cité Chiaci, et aladix jornéepor ponent, 
adonc treuve-l'en la proYcnce de Caraiam , et la mestre cité dou 



( i33 ) 

reingne est apellé Caraian. Il sunt ydres et sunt au grant Chan , 
et en este roi Cogacin qe filz est au grant Kan. En ceste pro- 
vence se treuve le or de paliole , ce est en flum ; et encore i se 
treuve en lac et es montagnes or plus gros qe paliole. Il ont tant 
or qe je voz di q'il douent un saie d'or por sex d'arjent. Et en- 
core en ceste provcnce s'espendent les porcelaine qe je voz con- 
tai desoure por monoi. Et voz di qc en celle provence ne se 
treuvent celles porcelaines, mes hi vienent de Yndie ; et en ceste 
provence naisent les grant colunbres et celés grant serpanz qe 
sunt si desmesurez, que tous homes en doient avoir meivoille, et 
sunt moût ydeuse chousc à veoir et à regarder , et voz dirai co- 
rnant elles sunt grant et groses. Or sachiés por vérité qe hi a de 
longues dix pas qe sunt groses, car elle girent environ dix pau- 
mes, et ceste sunt les greingnor. Elle ont dcus janbes devant près 
au chief , qe ne ont pies, for une ongle faite come de faucon ou 
come de lion. Les chief ha moût grant, et les iaus tielz qe sunt 
graingnor qe un pain; la boce si grant qe bien engloiteroit un 
home à une foies ; les dens a grandisme , et le est si desmesure- 
mant grandismes et fieres, qe ne est ne homes ne bestes qe ne les 
dotent , et que n'en aient paor. Et encore en sunt de mendres , 
ce est de huit pas et de cinq et de un. La mainere cornant elle se 
prenent est ceste. Sachiés qu'eles demorent sout tere le jor por le 
grant chaut, e la noit oisse hors por paschorer, et menue et pre- 
nent toutes les bestes qe puet atendi-e. Ele vait à boire es flum et 
en lac et à fontaiiïes. Elle est si grant et si peisant et si grose , qe 
quant elle vaint par le sablon ou per mengier ou por hoir , et ce 
est de nuit , ele fait si grant fousée en sablon , qu'il senble qe il 
soit voûtée * une bote de vin plene , et les chaceor qe propemant 
vont por celles prendre , metent un cnging nclles voies qu'il 
voient dont le coubabres sunt aies , car il fichent in tere , ce est 
en les voies de celés colubres , un pal,de leigne moût gros et fort , 
en quel pal a ficchés un fer d'achier, fait come un rasor ou come 
un fer de lance , et porte entor dou paume soure le pal, et le co- 



inule. 



( i34) 

vre dou sablon, sic que la colubres ne le voit mie ; et de tielz pal/ 
et de tielz fera hi metent le caceor asez. Et quant la colubre on 
voir le sarpans s'en vient par mi celé voies où sunt cclz ferz , 
adonc hi fiert por si grant rondon , que les fers li entre por les pis 
et la fent dusque au beh, si que la colubre muert mantinant : et en 
teste mainera la prenent le caceor. Et quant il le ont prise , il le 
traient le fel dou ventre et le vendent moût chier : car sachics qu'il 
s'en lait grant mécine , car se une home est mordu de chien ara- 

* denier. bien, l'en le donc à hoir un pou le pois dou petit diner *, il est 

gucrl mantinant. Et encore quant une dame ne puct enfanter et 
a poinc et crie formant, adonc li donent de ccl fel dcl serpens un 
pou , et adonc la dame tantost q'cle a beu, enfant mantenant. La 
terce est qe quant l'en a aucune nasence et l'en hi met sus un pou 
de cest fel , et adonc est guéri en pou des jors. Et por cest achaions 
qe je voz ai dit, cest fel de cest grant serpent est tenu moût chier 
en ccl provences. Et encore voz di qu'il vendent la cars de cest 
serpent mult chier , por ce q'cle est mult bone à mangier et la 
menuent vobmtieres. Et si voz di que cest serpent se vait à les leu 
où les lions et les orses et les autres fieresbestes sauvajes font lor 
filz , et menue les grant et les petit se elle les puet ajoindre. Et 
encore voz di qe en cest provence naisent grant chevaus , et les 
portent en Endie à vendre. Et si sachiés qe il traent deus nod ou 
trois dclés de la coe , por ce que le qcval ne puesse mener la coe 
por douer à celz qui est sus ou quant il cort : car trop senble lor 
vilaine chouse quant le cheval cor et moine la icoe. Et encore sa- 
chiés qe ceste gens chevauchent lonc corne franchois, et ont armes 
corascs de cuir de bufal , et ont lances et scuz et ont balestres et 
» enveniment. aLtuisscnt * lous Ics quariaus. Et si voz di un autre cousse qu'il fa- 
soient avant que le grant Kan les conquist ; car se il avenisse que 
un biaus homes et un gentilz ou autre qe fust, qe ausse bone on- 
bre, vcnisti herbergier en la maison de un de cesti de ceste pro- 

* poison. vence , il l'ocioie de nuit ou por tousce * ou por autre chouse , si 

qe celui se moroit. Et ne entendes qe il le feissent por lor toUir 



( «35 ) 

monoie , mes le fasoient por ce qe il disoient qe la bone unbre 
et la bone grâce qe celui avoit , et l'en sien senz et la soe ai-me 
remanoit en sa maison , et por ccsle raison en occient assez avant 
qe le grant Kan les conquistast. Mes puis qe le granl Kaan les 
conquistc, qe est entor trente-cinq anz , ne font celle malle aven- 
ture, por la doutance dou grant sire qe ne le laisse faire mie. Or 
voz avun contes des ceste provcnce , et voz conteron d'une autre 
contrée ensi con vos pores oïr. 

CHAPITRE CXX. 

Ci d«vi3e de graQ provence de Zardandan. 

Quant l'en s'en part de Caraian , il ala por ponent cinq jornée , 
adonch treuve-Fcn une provcnce qe s'apelle Ardandan , qe sunt 
ydres et sunt au grant Chan. La mestre cité de ceste provence est 
apellé Nocian. Les jens ont tous les densd'or, ce est qe chascun 
dens est covert d'or , car il font une forme d'or faire à la mai- 
nere de sez dens , et covrent les dens desout come celz desouie , 
et ce font les homes et nés les dames , et les homes sunt tuit che- 
valiers selonc lor usance , et ne font rien for qe aler en host et 
aler chazant et oselant. Les dames font toutes chouses et as autres 
honmes qu'il ont pris et conquisté qu'il ticnent por esclaif. Et 
cesli funt toutes lor beinçoingnes com les femes, et quant les da- 
mes ont enfantés et ont fait fil , il li lavent et envolupcnt en dras , 
et le baron à la dame entre en lit et tient l'enfant avesqe lui , et 
just en lit quarante jors qe'ne s'en licve for por neccsite beizoi- 
gnc , et tous les amis et parcns le vienent veoir et demorent con 
lui et li font joie et seulas , et ce font-il por ce qu'il dient qe sa 
feme adure grant fatic en porter l'enfant en son ventre , et por 
ce dien-il qu'il ne vêlent qe endure plus e^^el terme de quarante 
jor. Et sa feme tant tost qe a enfanté son fil, elle licve do lit et 
fait tute la bezogne de la maison, et seure et serve son baron en 



( «36 ) 

lit. El mcnuicnt de toutes chars et cuite et crue. El menuenl ris 
tôt con chars et cum autre coussc selonc lor usancc. Il hoivont 
vin qu'il font de ris et con hones esjdrcs (je mont est hiicn. Lor 
monoic f'st or, et encore hi se cspcncnl les {jorcclaines. El si voz 
<li por vérité qe il donent un saie d'or por cinq d'arjent, et ce 
avint por ce qc il ne ont argentier propes à cinq mois de jornée, 
et por ce hi vienent les mercaanl con mull arjcnt, et le caiif^icnt 
con celles jcns et en donent cinq saies d'aijciit por un d'or , et de 
ce foiil lis inercaant granl profit et grant gaaingne. Cest gens ne 
ont idres ne église, mes orenl le greingnor de la maison, et dient 
de ccslui souifs nos oissi. Il ne ont Icllic ne font scripture, et ce 
est inervoilic , car il sunt nés en niout desoiables leus et grant 
boscés et en grant montaigncs, qe ne i se puet aler d'estce por 
rendou monde, por ce qe l'aire en l'astcé si corote et mauvaise, 
qe nul forestier ne i scanperoit qc ne morust : mes je voz di qe 
qu;nil il ont afcr le un con le; autre , il prcnenl un pfui de leingne 
ou qiiaré ou reont, et le fendent por mi, et tient le une moitié , et 
l'autre l'autre moitié. Mes bien est-il voir qe il hi font avant deus 

• roriic. tacqe * ou trois ou tantes con il vuelenl. Et quant il vient à paier 

le un le autre , adonc celui doit doner la monoie ou autre chouse, 
se fait doner la monoie dou leingn qe celui avoit. Et si voz di qc 
toutes cestes provences qc je voz ai contés ne ont mire , ce sunt 
Caraian et Nocian et Jacin ; mes quant il sunt malaides , il se 
font venir lor magis , ce sunt les enchantior des diables et celz 
qe tient les ydres. Et quant cesti magis sunt venus et les malaides 
dient lor les maus qu'il ont , et les magis commencent maintenant 

♦ lautcni. à soner cstrumens et carloient * e ha'ilcnt, tant qc aucun de cesti 

magis caie tout enversés sor la tere ou sor le paviment, et a la 
bouche grant escume et senble mort. Et ce est qe le diables hi est 
dedens le cor de celui. Il deinorent en liel mainieres qu'il scnble 
mors. Et quant les ai^ls magis que iluec estoient plusors , voient 
qe le un d'elz est cheu en tel mainere con voz avés oY , adonc le 
comencent à dir e le demandent qel maladie a cestui malaides. E 



( '37 ) 

ccl rfrspont: le lidz fisfiirili le a toiJC(: porcf qc il li fist .lufiin (lf:v- 
plair. Et les magis li «lient, nos U; pi ion qc tu li ^rdoin cl qe 
tu en prenne por rcstorament de son sanc celé» couse» kc lu 
Tuoi». Et quant cesli magis ont t]iU:s mn'inU-.a paroilles et ont rnult 
prié» , les spirili qui est fledens les cors au rna^i qui est clieu les- 
pont, et se le malaidc doit rnorir, si rcsponl en tel maincre e 
dit, cesl amalaide a tant mesfait à tel cspiriti et est si mauvei» 
homes, qe l'espiriti ne le vueltpardoncr pour couse dou monde. 
Ceste respofid ont celz qe doicnt mourir. El se le malaide doit 
garir, adonc rcsponl l'espirili qui est en cors dou magis et dit ; 
ce le malaide vuell garir, .si prenent deu» mouton, ou trois, et 
encore qe il fa.soient dix bevragies ou plus mult chier, et Luent, 
et dient qe les mouton aient le chief noir, ou les divi.senl in au- 
tre mainere , e dil qu'il en face sacrefice à li<:l jdre el à tel espirjli , 
et qc cnsuient tant magis e tanl<:s diimes de celz qe ont les espi- 
rili et que ont les ydrcs, et qu'il faiccntgranl laudes et grant fcste 
à la liel ydre el à liel cspiriti. Et quant cesti ont eu cesle respon- 
cc, les amis au inalaides U.»ut rnanlinanl font ensi corne les ma- 
gis lor devi.scnt ; car il prenent le.s mouton ensi devis*? fcom il lor 
dit, et font le» hf;\Tajcs tel et .si buen et tant come il lor est de- 
visé. Il ocienl les rnoutonz et espanent le sanc en celz leus où il 
est lor dil, à henor et à .sacrefice de tici espirili , el puis font qire 
les moutons en la maison do malaides et bu vent tant de cesti ma-. 
gis et tante» de -celés. diame.< con il lor estoit dit. Et quant il hi 
sunt luit venus et les moulons el les hevrajes sunt apar oillés , 
adonc comencent à M^jncr et à baler el à canter l'>r loemant des 
espirili. Il espanent dou brod de la cliar et de celé bevrajes, et en- 
core ont encens elle Icfign aloc, et vont encen.sant ça et là, et font 
grant luminarie. El quant el a ensinl fait une [kjzi; , adonc cnchiet 
le un , el les autres le demandent se il est pardoné au inalaide , et 
s'il doit garir. Celui respont celc foi*y> e dit qu'il ne li «y^t encore 
pardoné , e q'il faicenl encore la liel couse, et adonc li sera par- 
doné. E celi la font maintinant, el l'espiriti respont, pois qe le 



( i38 ) 

sacrifice et tous les couses sunt faites , qu'il est pardoné et qu'il 
guerra prochaincmant. Et quant il ont eu ceste réponse , et ont 
espandue et dou brod et des bevrajes , et ont fait grant luminaire 
et grant encensce , il dient qe l'espiriti est bien en lor part ; et 
adonc les magis et les dames qi ont encore cclz espiriti , menaient 
le moutonz et boivent les bevrajes à grant sculace et à grant feste, 
puis s'en tome chascun à sa maison , et puis qe tout ce est fait , le 
amalaides guerris mantinant. Or voz ai contés la mainere et les 
uzance de ceste jcns et cornant cesti magis sevcnt encanter les 
spiriti : or voz laieron de ceste jcns et de ceste provencc, et voz 
conteron des autres ensi con voz pores hoir. 

CHAPITRE CXXI. 

Cornant le gran Kan conquiste le roiaume de Minin e de Bangala. 

Or sachiés que nos avanames dcmentique une moût belle ba- 
taille qe fu en roiame de Vocian qe bien fait à nientovoir en ceste 
livre , et por ce la voz conteron tout apertamant cornant el avent 
et en quel mainere. Il fu voir qe aies 1272 anz de la carnasion 
de Crist , le grant Kaan envoie grant host en le roiame de Vo- 
cian et de Caraian por cui il fuissent garde' et sauvé , qe autres 
jens ne feisent lor domajes , car le grant Kaan ne i avoit encore 
mandé nulz de sez filz come el fist puis , car el en tlst roi Sente- 
mur qe esloit filz à son filz qe mort avoit esté. Or avint qe le 
roi de Mien et de Bangala ke molt estoit poisant rois et de tercs 
e de tesor è de jens , e cestui roi cun ceslui rois ne estoit sout le 
' guères. grant Kaan, mes puis ne ala grarcient * de tens qe le grant Kan le 
conquiste et li toli andeus les roiames qe je voz ai nomes desoure. 
Et ceste roi de Mien et de Bangala, quant il soit qe le ost dou 
grant Kan estoit à Vocian , il dist à soi meisme qu'il est mestcr 
qe il hi aile lor soure à si grant jens qu'il les metra toit à mort, 
en tel mainere qe le grant Chan ne aura jamcsvolunté d'envoior 



( i39 ) 

illucc autre osle; et adonc ccst roi fait moût grant aparoilemant , 
et voz deviserai quelz. Or sachiés tuit voiremant qe il et deus 
mille leofant moût grant , et fist faire soure chascun de cesti leu- 
fant un chastiaus de fust, mult fort et molt bien fait et ordréé por 
conbatre , et sor chascun chastiaus avoit au moin douze homes por 
combatre , et en tiel hi avoit seize , et en tel plus , et encore ot 
bien soixante mille homes entre à chevaus , et auquanz hi ni avoit 
à pies. Il fait bien aparoil de poisant roi et de grant com el es- 
toit : car sachiés q'ele fu bien host de faire un grant effors. E qe 
voz en diroie? Geste rois quant il ot fait si grant aparoil comme 
je voz ai contes , il ne fait demorance , mes tout mantinant se 
mete à la voie com toutes ses jens por aler sor les ost dou grant 
Kaan qe estoit à Vocian. Il allent tant qu'il ne treuvent aventure 
qe à mentovoir face, qe il furent venus à trois jornés près à les 
ost des Tartarz, et ilucc mist son camp por sojorner et por se 
pouser sez jens. 

CHAPITRE CXXII. 

Ci devise de la bataille qo fo entre Tost do gran Can e le roi de Mien. 

Et quant les sire des ost des Tartarz soit certainemant qe cest 
roi li venoit soure à si grant jens , il hi a bien doutée , por ce qe 
il ne avoit qe douze mille homes à chevaus, mes san faille il estoit 
moût vailanz homes de son cors et buen chevaitanz , et avoit à 
non Nescradin. Il ordre et amoneste sez jens moût bien. Il por- 
cace * tant con il pluspoit de défendre le païs et sez jens. Et por - s'efToïc 
coi vos firoie-jc lonc contcre P Sachiés tuit voiremant qe les 
Tartarz s'en vindrent tuit et douze mille homes à chevaus en le 
plain de Vocian , et iluec atendoient les ennimis qe venissent à 
la bataille, et ce font por grant senz et por bone cheviteme : car 
sachiés que de joste cel plain avoit un bois moût grant et plen 
d'arbres. En tel maincre con voz avés hoï atendoient les Tartarz 
les ennimis en cel plain. Or laison un pou à parier des Tartarz 



( i4o ) 

qe bien en rclorneron porchaincmant , et parleron de les enni- 
mis. Or sachics tuit voirmant qe quant le roi de Mien fo sejorné 
auques con toutes sez host , il se partirent de luec e se mestrent 
à la voie , et aient tant qe il furent venus en plain de Vocian , là 
les Tartarz estoient tuit aparoilcs , et quant il furent venus en 
cel plain près à les ennimis à un milier , il asete sez leofans e les 
castiaus et les homes desus bien armés por conbatre. Il ordre sez 
homes à chevalz et à pirs molt bien et sajemant corne saje rois 
qu'il estoit. Et quant il crt ordrcé et asetté tout son afer , il se 
mist à aler con tuit sa ost ver les ennimis , et quant les Tartarz 
les virent vinir, il ne font senblanl qe il soient de rien esbaïs, 
mes mostrent qe il sunt preuz et ardis- duremant : car sachiés 
senz nulle faille qe il se mistrent à la voie tuit ensendjle bien et or- 
drée'mant et sajemant vers les ennimis ; e quant il furent près à 
elz , et qe il ne avoit for que dou comencer la bataile , adonc les 
chevaus des Tartars , quant il ont veu les leofans , il espaoulent 
en tel mainere qe les Tartarz ne les poient mener avant ver les 
ennimis , mes se tornoient toutes foies arieres ; e le roi et sa jens 
con les leofans aloient toutes foies avant, 

CHAPITRE CXXIII. 

Ci (lit Je la bataille mesme. 

Quant les Tartarz ont ce veu , il en ont grant ire et ne savoient 
qe il deussent faire : car il voient cleremcnt se il ne puent mener 
lor chevaus avant , qe il ont dou tôt perdu ; mes il se esproitent 
moul sajemant , et voz dirai q'il firent. Or sachie's qe les Tartarz , 
quant il voit qe lor chevaus estoient si espaoutés , il desmontent 
tuit de lor chevaus et les mistrent dedens le bois et les atachent à 
les arbres ; puis mistrent les mains à les ars, et encongnent les 
sajetes et laisent aler à les Icofant. Il traient lor tantes sagitcs qe 
merveille , et furent les leofans ennaATCs duremant. Et les jens 



( l/fl ) 

dou roi tiaiocnt encore à les Tartarz moût espcsemant et doné à 
elz moût dur asaut ; mes les Tartarz qe d'asez cstoient meillor 
homes d'armes qc lor cnnimis n'estoient , se defendoient mut 
ardiemant. Et qe voz aleroie disant ? sachics qc quant les leofans 
furent ensi ennavrés con je voz ai contes , luit les plusors , je voz 
di qe il setornent en fuie vers les jens dou roi, de si grant fraite 
qe il senbloit qe tout le monde se deust fendre. Il ne s'arestent 
jamès à les bois et lii se mestrent dedeiis et ronpent les chaustiaus 
et gastent et destruent toutes couses : car il aloicnt or çà or là 
por le bois , faisant trop grant fraite de temoure ; et quant les 
Tartarz ont veu qe les leofans s'estoient torné en fuie en tel mai- 
nere con vos avés oï, il ne font demorance, mes tout mantinant 
montent à chevalz et aient sor le roi et sus sa jens. Il conmencent 
la bataille à sajettes mult cruele et pesmes ; car le roi et sez jens 
se defendoient ardiemant. Et (quant ; il ont toutes le saites jetés 
et traites , il mistrent les mains à spée et à les maques , et se co- 
rent sors moût aspremant. Il se donoient grandisme coux ; hor 
peust-l'en veoir doner et recevoir d'espée et de maqes , or poit- 
l'cn veoir occire chevaliers et chevalz ; or poit-l'en veoir cou- 
per main et bras , bus et tests , car sachics qe maint en 
cheoccnt à la terc mors et navrés à mort. La crie et la nose hi 
estoit si grant qc l'en ne oïst le Dieu tonant. Les stors e la ba- 
taille estoit de toutes pars mot grant et pesmes ; mes si sachiés 
sanz nulle faille qe les Tartarz en avoient la meior partie , car 
de malc hore fo comencé por le roi et por sez jens , tant en fu- 
rent occis celui jor en cel bataille. Et quant la bataille fu durée 
jusque à midi passé , adonc le roi et sez jens cstoient si niaume- 
nés , et tant en cstoient ocissi , que il ne poient plus sofrir , car 
il voient bien qe se il hi demorent plus qui hi sunt tuit mors. Et 
por ce ne i vousistrent plus demorc , mes se mistrent à la fuie 
tant con il plus puent. Et quant les Tartarz virent qc celz s'es- 
toient torné en fuie , il li vont abataiit et chazant et ociant si 
malamant, qe ce estoit une pitié à veoir. Et quant il ont cliaciés 



( i42 ) 

une pièces, il ne li vont plus caçant, mes aient por les bois por 
prendre de les leofans ; et si vos di qe il trinchoient les grant ar- 
bres por mètre devant à les leofant por coi il ne pensent aler 
avant ; mes tout ce ne valoit noiant qe pcussent prendre , me je 
voz di qe les homes mcisme dou roi qui estoicnt pris , le pre- 
noient, por ce qe les leofans a greingnorentendimant qe nul au- 
tres animas qe soit ; et por ce en pristrent plus de deus cens leo- 
fans , et de ccst bataille conmance le Kan avoir des leofans asez. 
Et tel mainerc ala ceste bataille con voz avcs oï. 

CHAPITRE CXXIV. 

Cornant Fen descende una gran desendue. 

Quant l'en s'en part de ceste provence qe Je voz ai conte' de^ 
soure , adonc comancc-l'cn à dcsendre por une grant desendue, 
car sacbiés tuit voiremant qe l'en vait bien deus jornc'e et dimi 
audichi , et en toute ceste deus jornéeet demi ne a couse qe à 
mentovoir face , for seulemant qe je voz di qe il hi a une grant 
place là où il se fait grant merchié : car tuit les homes de celé 
contrée vienent à ccl plaice , auquant jors nome , ce est trois jors 
la semaine. Il chanzoicnt or d'arjcut, et donent un saie d'or por 
cinq d'arjent , et chi AÏenenl les merchaant de moût longe par- 
tie , et çà vient l'or arjent con les or de cest jens ; et voz di qu'il 
en font grant profit et grant gaagne. Et les jens de celle contrée 
qe aportent lo or , nul ne poit aler à lor maison là o il demorent 
porlorfcrmaus, tant demorent en for leuet desvoiables,ne nul set 
là oij il demorent, por ce que nul hi ala for qu'elz, et quant l'en a 
desendue ceste deus jornée et demi , adonc treuve-l'en une pro- 
Tence qe est ver midi , et est à les confui de Yndie, Amien est 
apclés ; l'en ala quinze jornce por moût desviable leu , et por 
grant boscajes, là où il ha leofans asez , et unicorn asez et autres 
diverses bestes sauvajes; homes ne habltasion n'i a , et por ce noz 



( 43) 

laison de ce boscajes , et voz conteron d'une estoire si con vos la 
pores oïr. 

CHAPITRE CXXV. 

Ci devise de la cité de Mien, 

Or sachics qe quant l'en est chevauche's les quinze jornée qe je 
vos ai contée desoure de si desvoiable Icu , adonc treuve-l'en cite 
qui est apellcs Mien , qui moût est grant et noble et est chief dou 
règne. Les jens sunt ydres et-ont langajes por eles. Il sunt au grant 
Kan , e den ceste cité a une si noble couse qe je vos dirai. Car il 
fu voir qe jadis ot en cest cité un riche rois et poisant ; et quant 
il vint à mort , il comandc qe sor sa tonbe , ce est sus son munu- 
ment , fuissent faites deus ter , une d'or et une d'arjent en tel mai- 
nere con je voz dirai : car le une tor estoit de belle pieres , puis 
estoit cuvert. Estoit le or gros bien un dois , en estoit si toute la 
tor cuverte qe ne senbloit qu'ele fust for d'or souleinant. Elle 
estoit aute bien dix pas et grosse bien tant con elle convenoit à 
l'autese , dont elle estoit. Desore estoit reonde , et tut environ le 
rcondcmant estoit ploine de canpanclle endorés qe sonoient tou- 
tes les foies qc le vent feroit * entr'aus; et l'autre tor qe desoure 
estoit d'arjent , et estoit tute senblable et en tel mainere fait corne 
celle dou l'or, et de celle grant et de celle faison. Et ce fait faire 
cel roi por sa grandese et por sa aime , et voz di q'eles estoient 
les plus bielles tors à veoir dou monde , et si estoient de moût 
grandisme vailance. Et si vos di qc ceste provcnce conquiste le 
grant Kan en tel mainere con je vos dirai. Il fu voir qe à la cort 
dou grant Kaan avoit une grant quantité de jocculer et des tregi- 
teor , e le grant Kan dist que il vuelt qe il ailent conquister la 
provence de Mien, dora * elz cheveitain et aide ; le giogoler dis- » .^ ç^, 
trent qu'il li velt volunter ; et adonc se mistrent à la voie con celz 
cheveintain et con cel aide qe le grant Kaan done elz. Et qe voz 
en diroie ? saquiés qe ccsti giocgoler con celés jens qe alerent con 



* fiappait 



( i44 ) 

eles, .conquistentcclc provcnce de Mcnien. Et quant il l'ont con- 
quiste et il lurent venu à ccste noble cité, et il treuvent testes 
deus tors si belle et si riche , il en furent tuit merveilcs , et man- 
dent à dir au grant Kan là o il estoit, le convinancc de cestes tors 
et cornant elle estoient belles e de grandissme vailance , et t|e se il 
velt qu'il les deftiront , et li manderont le or et l'arjent. Et le grant 
Kan qe savoit qe cel roi l'avoit fait fer por sa arme e por coi l'en 
ausse remenbrance de lui depuis sa mort , il dit qe il ne voloit 
q'ele fuissent desfait , micmes dit qu'il vuclt qe demorent en tal 
mainere corne celui roi qe l'avoit fait faire le avoit ordrcé et es- 
tabli. Et ce ne fu pas mervoille , por ce qe je voz di qe nul Tartarz 
ne touche mie cousse d'aucun mort. Il ont Icofanz et buef sauva- 
jes grant et biaus , cerf, dain , cavriolz et de toutes faisonz des 
bestes ont-il en abundance. Or voz ai contes de cest provence de 
Mien , or voz lairon adonc et conteron d'une provence qe est 
apellé Bangala cnsi con voz oircs. 

CHAPITRE CXXVI. 

Ci devise de la cité de Bangala. 

Bangala est une provence ver midi qe as 1290 anz de la nati- 
vité de Crist , quant je March estoie à la cort dou grant Kan. 
Encore ne l'avoit pas conquistc ; mes toutes foies les hostcs et 
sez jcns hi estoient por conquister. Mes je voz di qe ceste pro- 
vence ont rois e lengajes por elz. Il sunt pesimcs ydres , ce en- 
tendez ydules. Ilsuntà les confins de Ynde; Ilhia maint escuiles, 
et d'ilucc les ont tuit les baronz et scingnors qe cntor celcs pro- 
vences ; sunt li buef si aut con leofant , mes ne pas si gros. Il 
coton. vivent de chars e de lait e de ris, il ont bonbace * asez. Il font 
grant mcrchandie , car il ont espi e galang.a et gengiber et succare 
et de maintes autres chieres espiccs. Il hi vincnt les ydres et hi 
achatent de les escuillies qe je voz ai dit, et esclaus hi arhalenl 



( i45 ) 

ausi ascz : car sachiés qe les mcrchant achalent en cest provence 
esculieset esclaus asez , et puis les moinent à vendre por maintes 
autres pars. Or en cesle provence ne a autre couse qe à mentovoir 
face, et por ce noz en partiron et voz conteron d'une provence 
qui est ver Levant , et est apele' Cangigu. 

CHAPITRE CXXVII. 

Ci devise de la provence de Caigu. 

Cangigu est une provence ver levant ; il ha rois, les jcns ydules 
et ont langajes por elz. Il se rendercnt au grant Kaan et li font 
chascunz anz treu. Et si voz di que cest roi est si luxuros, qu'il a 
bien trois cens fème : car quant il ont aucune belle feme en la 
conlre'e , la prant à feme. Il se treuve en cest provence or asez. 
Il ont chieres espiceries de maintes afaires en grant habundance ; 
mes il sunt molt loingc dou mer , el por ce ne vailcnt guierc lor 
mercaandie , mes in i a grant merchiés. Il ont leofant ascz et 
autres bestes de maintes faisonz. Il ont venesionz asez. Il vivent 
de char et de lat et de ris, Il ne ont vin de vigne , mes le font de 
ris et de cspiccs molt bien. Les jens loutcs comunemanl masles 
et femes sunt toutes lor charz pintes en tel mainere don je voa 
dirai : car il se font por toutes lor chars pintures con agnilcs à 
lions et à drag et ausiaus et à maintes ymajes , et sunt fait con 
les auguiles en tiel mainere qe jamès ne ne vont. Et ausi le font 
au vix et ù cuel et au ventre et à les manz et à les janbes et por 
tout les cors , et ce funt por grant gentilise , e celui qui plus not 
de ceste poiture , s'en tinent à graingnor et à plus biaus. Or nos 
laieron adonc de cest provence , et voz conteron d'oun autre 
provence qe a à non Amu qui est ver levant. 



'9 



( i46 ) 
CHAPITRE CXXVIII. 

Cl devise de la provence de Ainu. 

Amu est une provence ver levant qe sunt au erant Kaan. Il 
siint ydules ; il vivent de bcstiames et dou profit TO la tcre. 11 ont 
langajes por elz. Les dames portent as jambes et es braces , bra- 
ciaus d'or et d'arjent de grandisme vailance , et les homes les por- 
tent ansi et mcilorz qe les dames, et plus il ont chevaus asez et 
buens, et le vendent grandisme quantité à les ydules que en font 
grant merchandic. Il ont encore trop grant babondancc de bufal 
et desbeuef e des vaches, por ce che trop est buen leus e de bone 
pasture. Il ont grant abundancc de toutes couses de vivre. Et 
sachics qe de cest Amu jusque à Gangigu qe dcrer est a quinze 
jornée, e Cangigu à Bangala qui est tierce provence en dericre a 
trente jornée. Or noz porteron de Amu , et aleron à une autre 
provence qe a à non Toloman qui est longe de ceste bien huit, 
jornée ver levant. 

CHAPITRE CXXIX. 

Ci devise de la provence de Toloman. 

Toloman est une provence ver levant. Les jens sunl ydules et 
et ont langajes por elz et sunt au grant Chan. Il sunt mult belles 
jens et ne sunt mie bien blanccs, mes brunz. Il sunt bien homes 
d'armes. Il ont cités assez, mes chastiaus ont-il grant quantité en 
grandismes montagnes et fortrcs. Et quant il morent, il font 
ardoir les cors et les oses que rémanent qe ne se poentardoir, il 
le prenent e le metent en archete peitete , puis les portent en 
grant montagnes et autcs , e le metent en grant cavernes pendue 
en tel mainere qe homes ne bestes les poit tocher. Il hi se treuve 
or asez. La monoie qu'il cspendcnt amenue est de porcelaine en 



( i47 ) 
tel maincre cori je voz ai contes, et ausinc toutes cestes provcnces, 
ce est Bangalan et Emuginga et Aniu , espendent or et porcelaine. 
Il hi a mercheanz auques , mes celz qei sunt moût riches et por- 
tent moût en mcrcandics. Il vivent de chars et de lait et de ris 
e d'cspices moult huen. Or noz lairon de ceste provence qe n'i 
a autre chose qe à mentovoir face , et nos conteron d'une pro- 
vence qui est apellc Cugui ver levant. 

CHAPITRE CXXX. 

Ci dit «le la provence de Caigui. 

Cuigui est une provence ver levant, qe quant l'en se part de 
Toloman il ala douze jornc'e sor por un flumz là où il trouve 
viles et chastiaus assez ; mes il n'i a couses que à mentovoir face. 
Et quant l'en est aies douze jornce sor por ccst flum , adonc 
treuve-l'en la cité de Sinugul qe moût est grant et noble. Il sunt 
idules et sunt au grant Kaan. Il vivent de mercandie el d'ars , et 
si voz di qu'il font dras des scorses d'arbres , et sunt moût biau, 
et vcstent celz dras d'cstée. Il sunt homes d'armes. Il ne ont 
monoic for qe le charte dou grant Kaan qe je voz ai dit. Car je 
voz di qe desormès somes nos en les teres qe espendent les tartre 
dou grant Kaan. Il hi a tant lyonz pe nulz homes ne puet dormir 
la nuit deors de maison , carie lioriz le mengiroit mantinant. Et 
si voz di un autre chouse qe quant les homes vont por cest flun , 
et la nuit demorent aucun leu , se il ne dormerent bien Joinge de 
tere , les lionz les vont à elz jusqe à la barche , et en prant un 
home et s'en vait sa voie et les menue. Mes je voz di ke les homes 
s'en senvent bien garder, et voz di car il sunt grandissmes lionz 
et perilicus ; mes si sachics qe je voz dirai une mervoie : car je 
voz di qe en ceste contrc'e a chiens qe ont d'ardimanl qe vont 
asailir le lion , mes si vuelent estre deus , car sachiés qe un home 
et deus chienz occient un grant lyonz et voz dirai cornant. Quant 



( i48) 

une home chevauche por chamin con ar e con sajete et con dcus 
chiens grandisnies et il avint que il treuA'e un grant lyonz , les 
quiens que sunt ardis et fors , tantost qe il voient le lyon , il corent 
sor lui moût ardicmant. Les lionz se gire ver les chien ; mes les 
chien tantost qu'il voient qe le lion s'en vait , il le corent derieres 
et le mordent à les cuisses ou à le cor , et le lionz se gire moût 
fieremant, mais ne les puet atandre, por ce qe les chienz se sevent 
ijicn garderc. Et qe voz en diroie ? Le lion doute moût por le 
grant rcmor qe font les quienz , et adonc se met à la voie por 
trover aucun arhre oii il se poisse apoier por monstre le vix à les 
chien. Et en ce qc le lion s'en vait, les chiens les vont toutes 
foies mordant derieres , et le lionz se gire or za , or là. Et quant 
l'en veit ce , il met main à son arc et li donc des sajete et une et 
deus et plus et tantes qe le lion chiet mort. Et en cestc maineres 
en occient maint , car ne se puent défendre à un home de cheval 
che aie deus huen chien. Il ont soie asez et mcrcandies de toutes 
faites en grant abundance , lesqueles se portent por cesle flunc 
en maintes pars. Et sachiés tout voirmant qe sus por cest flunz a 
lonz et encore douze jornce et treuve-1'en toutes foies cites et 
castiaus en grant hahundance. Les jens sunt ydolcs et sunt au 
grant Chan. Lor monoie sunt de charte, ce est la monoie dou 
seinenor. Il vivent de mcrcandies et d'ars. Et à chief de douze 
jornce, adonc treuve-l'en à Sindinfu de coi ceste livre enparole en 
arieres. Et de Sindinfu se parl-1'en e cheuauche bien soixante dix 
jornée por provences e por teres, Icsquiclz nos somes este' et l'avon 
escript e nostre livre en arieres. A chief de soixante dix jornce 
trouve-l'en Gingui là o nos sonmes est. Et da Gingui se part-l'en 
et ala quatre jornce trovant cités et castiaus' asez. Les jens sunt 
de grant merchandics e de grant ars. Il sunt idules et ont monoie 
dou grant Kan lor seingnor, ce est cartre. A chief de quatre jornée 
treuve-l'en la cité de Cacianfu qui est ver midi , et est de la pro- 
vence dou Chatai , et noz en conteron de ceste Cacanfu sa conve- 
nance ensi con voz porcs oïr. 



( 49 ) 
CHAPITRE CXXXI. 

Ci devise de la cité de Cacianfu. 

Cacianfu est une grant cité et noble dou Catai , et est ver midi. 
Les jens sunt ydules et font ardoir lor mors. Il sunt au grant 
Chan et ont la monoic de carte. Il vivent de mercandies et d'ars, 
car il ont soie asez : il font dras dores et de soie et sendal en grant 
abondance. Geste cité ont cité et chastiaus asez sout sa scingnorie. 
Or nos partiron de ci et aleron avant por midi trois jornée , et 
voz conleron d'oune autre cité qe a non Cinanglu. 

CHAPITRE CXXXII. 

Ci devise de la cité de Cinaglu. 

Cianglu est encore une moût grant cité ver midi , est au grant 
Kan et de la provence dou grant Catai. Lor monoie est de carte. 
Il suntydres et font aidoirles cors mors. Et sachiés qe en ceste 
ville se fait lasal engrandissme quantité, et voz dirai comant. Il 
est voir qu'il prenent une mainere de tere qui est molt saumastre, 
e de ceste terre font grant nions , e desus cest mont gitent aiguës 
asez tant q'cle jue , et la metent en grant pot et en grant chau- 
dere de fer , e la font boïr asez , et adonc est le sal fait moût 
biaus e blance et menu. Et si voz di qe de ceste sal se porte por 
maintes contrées environ , et si en ont grant avoir. Or noz par- 
tiron de ceste cité qe ne i a autre chouse qe à mentovoir face , 
et nos conteron d'une autre cité qe est apellé Ciangli qui est ver 
midi et voz conteron de ses fais. 



C i5o) 
CHAPITRE CXXXIII. 

Cl devise de la cilé de Cinagli. 

Ciangli est une cité don Catai ver midi, est au grant Chan. Il 
sunt ydres , et ont monoic de carte. Il est longe de Cinanglu cinq 
jornc'e , et en cest cinq jornée se treuve viles et castiaus asez qe 
toutes sunt au grant Kan , et sunt teres de grant mercandies et 
sunt moût profitable au grant sire. Et sachic's qe por mi la cités 
de Ciangli vait un grant fliim et large por lequel se portent et en 
sus et en jus grandissmes quantité des mercandies de soies et 
d'especeries e de autres chieres couses. Or nos partiron de Cinagli 
que ne voz en conteron plus, et noz diron d'une autre cité qe 
est longe de ci six jornée ver midi , et est apellés Cundinfu. 

CHAPITRE CXXXIV. 

Ci devise de la cité de Candinfu. 

Quant l'en s'en part de Cinagli , il ala six jornée ver midi , et 
toutes foies trouvant cités et castiaus asez , et de grant vailance 
et de grant noLilité. Il sunt idules et ardent les cors mors. Il 
sunt au grant Chan et ont monoie de carte. Il vivent de mercan- 
dies et d'ais. Il ont de toutes couses de vivre en grant abundance; 
mes n'i a couses que à mentovoir face , et por ce nos diron de 
Condinfu :cst une grandisme cité, et jadis avant est grant roiames, 
mes les grant Kaan le conquiste por force d'armes , mes toutes 
foies voz di q'elc est la plus noble cité que soit (en) toutes celles 
contrée. II a grandisme mercheant qe font grant mercandies. Il 
ont si grant abundance de soie qe ce est mervoic ; maint biaus 
jardinz et deletables plein de toutes buens fruit ; et sacqiés tout 
voiremant qe ceste cité de Condinfu a sont sa segnorie onze cité 



( i5i ) 

imperiaus , ce est à dire qe sunt noble et (de) grant vailance , car 11 
sunt cité de grant mcrcandie et de grant profit : car elle ont soie 
outre mesure. Et voz di que as 1272 anz de la cai'nasion de Crist 
le grant Kan avoit mandé un sien baronz qe avoit à non Liitam 
Sangon à ceste cité et à ccste provence coi il la deust garder et 
sauver, e si doné à cestui Liitan quatre vingt mille homes àche- 
vaus à ceste garde faire ; et quant cestui Liitan fut demoré con 
cestcs jens en ccste provences , ensi come traites, panse de fer une 
grandissme deslaiauté , et hoïrés quelz. Il fu con tuit les sajes 
homes de toutes cestes cités, et consoille con elles qu'il se révélè- 
rent au grant Kan , et le font con la volunté de touti les pueplcs 
de la provence , car il se révèlent au grant Kaan e ne le obient 
de rienz. Et quant le grant Chan soit ce , il hi mande dcus sez 
baronz qe avoit à non Aguil et Mongatai et con eles envoie bien 
cent mille homes à chevaus; e porcoivoz firoielonc contPSachiés 
tout voiremant que ceste deus baronz con lor jens conbatirent con 
Litam que révélés s'estoit , et con toutes les jens qu'il puet ascn- 
bler, qe furent bien entorcent mille homes à chevaus et grandisme 
quantité des homes à pies. Mes tel fu l'avanture qe Liitan perdi 
la bataille et hi fu ocisi con maint autres. Et après qe Liitan fu 
descontit et mors, le grant Kan fist puis enAestier de tuit celz 
que avoient esté coupable à tiel traïment faire , e tuit celz qe hi se 
trovent coupable furent mis à mort cruelmant ,' et à tous les autres 
jens pordone, en hst clz nulz maus , et il furent puis bien leoilz 
toutes foies. Or nos partiron de ccste matière puis que nos le voz 
avon contée oïdenéemant , et noz conteron d'une autre contrée 
qe est midi et a non Singui. 



( '52 ) 

CHAPITRE CXXXV. 

Ci devise de la noble cité de Singui. 

Quant l'en s'en part de Condinfu el ala trois jornée por midi, 
toutes foies treuvant cites et castiaus nobles et buens et de grant 
mcrcandics et de grant arz , et hi a caceisonz et venciçonz asez de 
toutes mainiercs. Il ont des toutes couses à grant plantée. Et 
quant l'en est aies ceste trois jornée , adonc treuve-Fen la noble 
cité de Singuimatu qe mont est grant et riche et de grant mer- 
candie et de granz arz, Il sunt ydres et sunt au grant Kan. Lor 
monoie ont de carte. Et si voz di qu'il ont un fluns dou quel il 
ont grant profit et voz dirai cornant. Il est voir qe ceste grant 
fluns vient de ver midi jusque à ceste cité de Singuimatu , et les 
homes de la ville cest grant fluns en ont fait dcus : car il font 
l'une moitié aler ver levant , et l'auti'e moitié aler ver poncnt : 
ce est qe le un vait au Mangi , et le autre por le Catai. Et si voz 
di por vérité qe ceste ville a si grant navile , ce est si grant quan- 
tité , qe ne est nul (je ne veisse qe peust croire. Ne entendes qe 
soient grant nés , mes clés sunt tel come besogne au grant fluns , 
et si voz di qe ceste naville portent au Mangi e por le Calai si 
grant abondance de mercandies qe ce est mervoille ; et puis quant 
elles revienent, si tornent encore cargics , et por ce est merveie- 
liosse chouse à veoir la mcrcandie qe por celle fluns se porte sus 
et jus. Or nos partiron de ceste Singuimatu , et voz conteron 
d'autre contrée , et est ver midi , et ce sera d'une grant pro- 
vence qe est apellé Ligui. 

CHAPITRE CXXXVI. 

Ci devise de la grant cité de Lingui. 

Quant l'en se part de ceste ville de Singui , il ala j)or midi 
huit jornée qe toutes voies treuve-l'en cités et castiaus asez qe 



( i53 ) - 

moût sunt nobles et grant et riches c de grant mcicaiidics et de 
grant arz. Il sunt ydres et font ardoir lor cors mors , et sunt au 
grant Can. Lor monoie est de carte ; et à chief de huit jornee 
treuve-l'en une cite qe est apellcs Ligui ansi corne la provencc , 
et est chief dou reigne. Elle est moût noble cité et riches. 11 sunt 
homes d'armes. Bien est-il voir qu'il hi se fait grant mercandies 
et grant (ars). Il ont venesionz debestesedeosiausengranthabun- 
dance. Il ont de toutes couses da mangier à grant plantée. Il est 
encore sus le fluns qe je voz nomai desoure. Il ont navies grein- 
gnors qe les autres qe je voz contai , en lequel se portent maintes 
mercandies et chieres. Or voz laieron de ceste provence et cite , 
e vos conteron encore de autre novité : avant traicteron d'une 
cité qe est apellé Pingui qe moût est grant et riche. 

CHAPITRE CXXXVII 

Ci devise de la cité de Pingui. 

Quant l'en s'en part de la cité de Lingui , il ala trois jornée 
por midi , et toutes foies trove cités et castiaus asez et buens. Il 
sunt dou Catai et ydres , et font ausi ardoir lor cors , et sunt au 
grant Kaan , et ausint sunt les autres qe je voz ai contés en arierc. 
Lor monoie est de carte. Il hi a encore la meilor^venesion et de 
bestes et de osiaus qe soient en tout le monde. Il ont grant habun- 
dance de toutes les couses da vivre. A chief de cest trois jornée 
treuve - l'en une cité qe est apellé Pingui qe moût est grant et 
noble et de grant mercandies, et de grant arz. Il ont soie en 
grandisme abundance. Ceste cité est à l'entrée de la grant pro- 
vence do Mangi , et à ceste villes les mercant chargient les carretes 
de maintes merchandies et les portent en Mangi par plosors cités 
et castiaus. Il est cité que rent grant profit au grant Kan. Il n'i 
a autre cousse qe à mentovoir face , et por ce nos en partiron 
et voz conteron de un autre cité qe est apellé Cuigui qe est encore 
à midi. 

20 



( i54) 
CHAPITRE CXXXVIII. 

Ci devise de la cité de Cingui. 

Et quant l'en se part de la cité de Pingui, il ala deus jornce 
por midi por moût belles contrée e devicioses des tous hienz là 
où il a venesionz asez des toutes maineres de bestes et de osiaus; 
et à chief de dcus jornce treuve-l'cn la cité de Cingui qe moût 
est giant et riche c de mcrcandies et d'ars. Les jens sunt ydres 
et font lor cors mors ardoir en feu. Lor monoie est de carte et 
sunt au grant Kaan. Elle a trop biaus plainz et bens chaus et ont 
grant abondance de forment e de toutes blces. Mes autres couses 
qe à mentovoir face n'i a , e por ce nos en partiron , et nos con- 
teron des autres teres avant. Et quant l'en s'en part de ceste ville 
de Cingui , il ala bien trois jornce por midi , là o l'en treuve 
bieles contrées et biaus castiaus et casaus et bielles gaagnaries de 
teres et de cans , venesionz et chaccionz ascz , et abondance de 
forment e de toutes blés. Il sunt ydres et sunt au grant Chan. Lor 
monoie ont de carte. Et à chief de ceste deus jornée treuve-l'en 
le grant flunz de Caramoran , chi vient de la terre dou Preste 
Joan qe moût est grant et large :car sachiés qe l'en est large un 
mil. Il est moût profund , si que bien hi pooient aler grant naves. 
Il hi a peisonz asez et grant. Il hi a en ceste flunz bien quinze 
mille nés qe toutes sunt dou grant Chan , por porter ses hostes à 
l'isle de la mer. Car je vos di qe la mer hi est près à cest leu une 
jornée , e voz di qe ceste nés vêlent chascune vingt marineres et 
portent entor quinze chevaus cum les homes et con lor viandes ; 
et a une cité deçà et une delà , ce est encontre le una à l'autra. 
La una a non Coigangui , e l'autra a non Caigui , qe le une est 
grant cité , et le autre est pi tête , et desormès quant l'en passe 
ceste flun , adonc entre en la grant provence de Mangi. Et vos 
conterai cornant ceste provence dou Mangi le conquiste le grant 
Chan. 



( i55 ) 

CHAPITRE CXXXIX. 

Cornant le gran Kan conquiste la provence dou Mangi. 

Il fu voir qe la grant provence de Mangi en estoit seingnor et 
sire Facfur qe moût estoit grant roi e poisant des trezor e des 
jens et des terres , si que pou n'avoit au monde greingnor ; et 
certes n'en estoit nul plus riche e plus poisant se n'estoit le grant 
Chan. Mes si sachiés qu'il n'estoit homes vailanz d'armes , mes 
Sun délit estoit de fenmes , et fasoit bien à povres jens , et en sa 
provence ne avoit chevauz , ne n'estoient costumés de bataille 
ne d'armes ne des hostes , por ce che ceste provence dou Mangi 
est moût fortissme leu : car de toutes les cites sunt environce 
d'eive large et porfonde , si que ne i ha nulle cite qe ne aie 
environ eive large plus d'une balestrce e moût profunde , si que 
je voz di qe se les jens fuissent este homes d'armes , jamès ne 
l'aisent perdue. Mes por ce qe il n'estoient vailans ne costumes 
d'armes , la perderent-il. Car je voz di qe en toutes les cite's 
s'entre por pont. Or avente qe aies 1268 de l'ancarnasion de 
Crist, le grant Chan que orendroit reingne , ce est Cublai , hi 
mande un sien baron qe avoit à non Baian cinqsan , qe vaut à 
dire Baian cent oïlz. Et si voz di qe roi dou Mangi trovoit por sa 
astreunomie qu'il ne poit perdere son règne for qe por un horne 
qe ause cent oilz. Cestui Baian con grandisme jens qe le granl 
Kan li donc à qevaus et à pies , s'en vint au Mangi; puis ot grant 
quantité des nés qu'il portoient les homes à chevaus et à pics 
quant il abezongnoit. Et quant Baian fo venu con toutes scz jenz 
à l'entré dou Mangi , ce est à ceste cité de Coigangui là où nos 
sonmes ore , e de laquel voz contcron tout avant , il dit elz qe il 
se rendescnt au grant Kaan. Cclz respondcnt qu'il n'en firoit ren. 
Et quant Baian voit ce , il ala avant et treuve encore un autre 
cité , et encore ne savoit rendre , et il se met à la voie encore 



( i56 ) 

avant et ce fasoit-il por ce qe'l savoit qe le grant Kaari mandoit 
dcriere lui encore grant host. E qe vos en diroic ? Il ala à cinq 
cites , ne nule ne poit prendre , ne nulle ne vost rendre. Or avint 
qe la séisme cité Baian la prist à force , e puis en prist un autre, 
et après la tercie, si qe je vos di qe avint en tel mainere qu'il prist 
douze cite's le une après l'autre ; et por coi voz firoie-je lune 
cont? Sachic's tuit voiremant qe Baian , quant il oit prist tantes 
cite's con je voz ai conlc's , il s'en ala tout droit à la mestre cite 
dou règne qe Quinsai est apellcs , la coi le roi e la raine estoicnt. 
Le roi, quant il vit Baian con sa host, il ha grant doutance. Il 
se parti de ccl cite' con maintes jens, et entre bien mille nés et s'en 
fui en la mer Osiane entre les yslcs. Et la raine qe remès estoit 
en la cité con grant jens , se porchachoit de défendre au miaus 
qu'il puet. Or avint qe la raine demande cornant avoit à non , et 
adonc li dit l'en qu'il estoit apellé Baian cent oilz. Et quant la 
raine oi qe cestui avoit à non cent oilz , tantost li fo à remcnbrc 
de l'astrolomie que disoit que un ome qe auessc cent oilz dovoit 
clz tolir lo reingne ; adonc la raine se rendi à Baian. Et après qe 
la roine fu rendue , toutes les autres cités et tout le reingne se 
renderent qe ja ne font nulle défense. Et ce fu bien grant conqest 
qe en toute le monde ne avoit nul roiame qe la moitié vausist de 
cesl : car le roi avoit tant à despendre qe ce estoit merveliosse 
couse ; et si voz dirai aucune des noblité iju'il fasoit. Sachiés qe 
chascun an fasoit norir bien vingt mille enfanz pcitet , et voz 
dirai comant ; en celés provences se getent l'enfanz tantost qu'il 
est nés , et ce font les povres femes qe ne le poent norir. Et le 
roi les fasoit tuit prendre et fasoit iscrivre en qel scngnaus et en 
quel planète il estoit nés , puis le fasoit nourir por maintes pars 
et por maintes leus, car il a norise en grant abondance. Et quant 
un riche home ne avoit filz, il aloit au roi et s'en fasoit doner 
tau com il voloit , et celés que plus les plasoiciil. Et encore le roi, 
quant l'enfanz e la pocele fuissent en ajcs de mariere , il donoit 
la poucelle à l'enfanz à feme , e lor donoit tant q'el pooient bien 



( >57 ) 
vivre ; et en ceste mainere ongne an en alevoit bien vingt mille 
entre masles et femes. Et encore fasoit cestui roi un autre couse, 
qe quant il chevauche por aucune voie , et il avenist qu'il trovast 
deus bieles maison en aust une pitete , adonc le roi demande por 
coi celé maison est si peitet , e qe ne est si grant con celles autres, 
et s'en li disoit qe celle petite maison est à un poir * home qe ne *■ Pauvi 
a le poir qui le peuse faire , adonc conmande le roi qe celle 
maison peitete soit fate si belle et si aute come estoient celles 
deus que delés estoient. Et encore voz di qe cest roi se fasoit 
tûtes foies servir à plus de mille entre damoisaus et damoisielles. 
Il manlcnoitson reingne en si grant justice, qe nulz hi fasoit nul 
maus , et la nuit demoroicnt les maisons de les mercandies overlc, 
e ne i se trovoit nulle rien moin : car ausi pooit-l'en aler de nuit 
come de jor. Il ne se poroit dir la grant riqcsse qe en cest reingne 
est. Or voz ai conté dou reingne, or voz conterai de la raine. Fu 
moines au grant Kaan , et quant le grant sire la vit , il la fist 
honorer et servir chieremant come grant dame , mes do roi son 
baron en avint que ne ois* jamès de l'isle dou mer Osiane, si se * Sonii. 
mourut , et por ce voz lairon de lui et de sa feme e de ceste ma- 
tière , et en torneron à contier de provence dou Mangi et diron 
de toutes lor mainereset de lor costumes et lor faites bien et or- 
dréemant , ensi con vos porre's oïr apertemant , et nos comen- 
ceron dou conmenzamant , ce est d'3 la cité de Coigangui. 

CHAPITRE CXL. 

Ci devise de la cité de Coigangui. 



Coygangui est une mult grant cité e noble et riche qe est à 
l'entrée de la provence dou Mangi , et est ver Yseloc*. Les jcns 
sunt ydules et funt ardoir lor cors mors. Il sunt au grant Kan. 
Il hi a grandismes quantité des naives : car voz savés si con je voz 
ai dit , q'ele est sus le grant flum qe est apellés Caramoran. Et si 



Midi. 



( i58 ) 

voz di qe en ceste cité vient en grandisme abondance de mercan- 
dies , por ce q'ele est les chief dou reingne de cel part : car main- 
tes cités hi font aportcr lor mcrcandics , por ce que les respan- 
dent por cel flum à maintes autres cites. Et encore voz di que en 
ceste ci lé se fait le sal , et en donent bien à quarante cités dont 
le grant Kaan en a de ceste cité grandisime rende , entre dou sal et 
dou droit de la gran mcrcandics qe hi se font. Or voz avun conté 
de ceslc cité , adonc nos en partiron et nos conteron d'une autre 
cité qe est apellés Pauchin. 

CHAPITRE CXLI. 

Ci dit de la cité de Panchin. 

Quant l'en se part de Cougangui , il ala ver Yseloc une jornée 
por une chaucic qe est à l'entré dou Mangi, et cestc chaucie est 
faite de moult belles pieres , et de jouste la chaucie et de le im lei 
et de l'autre ha eive, et en la provence ne se puet entrer for qe 
por ceste chaucie. A chief de ceste jornée treuve-l'en une cité qe 
est apclés Pauchin qe moût est bielle cité et grant. Il sunt ydules 
et font ardoir lor cors mors. 11 sunt au grant Kan. Lor monoie 
ont de carte. Il vivent de mercandies et d'ars. Soie ont en grant 
abundance ; dras de soie et dorés de maintes faisonz hi se font 
ascz. Des chouses de vivre ont à grant plantée ; mes autres couse 
ne i ha qe face à mentovoir , e por ce laieron de ceste , et voz 
parleron d'une autre cité qe est apellés Caiu. 

CHAPITRE CXLII. 

Ci dit de la cité de Caiu. 

Quant l'en se part de la cité de Panchin l'en ala por Yseloc une 
jornée. Adonc treuve-l'en une cité qe est apellés Caiu qe moul 



( iSg) 

est grant et noble. Il sunt encore ydres et ont monoie de carte 
et sunt au grant Kan. Il AÏvent de mercandies et d'ars. Il ont 
grant abondance des couses de vivi-e; peisonz ont-il ultre mesure; 
checheionz et venesionz de bcstes et de osiaus ont-il grandismes 
quantités : car je voz di qc l'en hi auroit por un venesian gros 
d'arjent trois faisanz. Adonc noz partiron de ceste cité et voz 
conteron de un autre cité qe est apellés Tigui. 

CHAPITRE CXLIII. 

Ci divise de la cité de Tigui. 

Or sachiés qe quant l'en se part tle la cité de Cayu il ala une 
jornée trovant toutes foies casiaus asez et chans et gaaingneries, 
et adonc trenve une cité qe est apelés Tigui, qe ne est mie trop 
grant , mes plantcust est aile de tous bien tereine. Les Jens sunt 
ydres et ont monoie de carte et sunt au grant Can. Il vivent de 
mercandies et d'ars , car il se fait grant profit et grant gaagne de 
plosors merchandies , et est ver Yseloc. Il ont naives asez et 
venesionz de bcslcs et d'osiaus asez. Et en encore sachiés qe à le 
scnestre partie ver Levant, loinge de ci trois jornée, est la mer 
Hosiane , et dou mer Ociane jusque ci en tous les leus se fait les 
sal grandismes quantités , et hi a une cité qe est apellés Cingui 
que moût est gi-ant et riche et noble , et à ccst cité se fait tout le 
sal qe toute la provence en asez , et si voz di tout voircmant qe 
le grant Kaan en a grant rente et si merveliose , qe à poine le 
poroit croire se ne le veist. Il sunt ydres et ont monoie de carte 
et sunt au grant Kan; et adonc nos partiron de ce , et relorneroii 
à Tigui. Et encore noz partiron de Tigui qe bien voz en avon 
contés, et conteron d'une autre cité qe est apellés Yangui. 



( i6o ) 

CHAPITRE CXLIV. 

Ci devise de la cité de Yangui. 

Quant l'en se part de Tingui , il ala por Yseloc une jornce por 
nioul belle contrée là où il a chastiaus et casaus asez , et atlonc 
treuve une noble cité et grant qe est apellés Yangui ; et sachiés 
q'ele est si grant et si poisant qe bien a sont sa seingnorie vingt 
sept cités grant et boincs et de grant mercandies. En ceste cité 
siet un des douze baronz dou grant Kaan , car elle est esleue 
por un des douze sajes. Il sunt ydres. Lor monoie ont de carte 
et sunt au grant Chan . et meser Marc Pol meisme , celui de cui 
trate ceste livre , seingneurie ceste cité por trois anz. Il vivent 
de mercandies et d'ars , car il i se font arnois de chevaliers et 
d'ornes d'armes en grandisime quantité : car je voz di tout voir- 
mant qe en ceste cité et epviron por s'apartinence demorcnt 
maintes homes d'armes. Il ne a autre couse qe à mentovoir face. 
Nos partiron de ci et vos conteron des deus grant provencc qe 
do Gâtai meisme sunt ; elle sunt ver Ponent , et por ce qe il hi a 
bien couse da conter , voz en conteron de elles tous lor costumes 
et lor usance , et conteron de le une avant qe est apellé Nanghin. 

CHAPITRE CXLV. 

Ci devise de la proveuce de Nanghin. 

Nanghin est une provence ver Ponent , et est dou Mangi 
meisme , que moût est noble provence et riches. Il sunt ydres et 
ont monoie de carte et sunt au grant Kan. Il vivent de mercan- 
dies et d'ars. Il ont soie en abundance. Il font dras dorés et de 
soie de toutes faisonz. Il ont grant plantée de toutes blés et 
des toutes couses de vi-vTc : car moût est planteuse provence. Il 
ont venesionz etchaceisson assez. Il font ardoir lor cors mors. Il 



( i6i ) 

ont lionz assez. Il hi a maintes riches mercant qe moût en a grant 
ti'cu et grant rende le gran sire. Or nos partiron de ci , car ne a 
autre chousc qe à mentovoir face, et adonc voz conteron de les 
très noble cité de Saianfu que bien fait à conter en nostre livre, 
por ce que trop est grant fait son afer. 

CHAPITRE CXLVI. 

Ci dit de la cilé de Saianfu 

Saianfu est une cité et noble'que bien a sont sa seingnorie douze 
cité et grant et riches. Il hi se fait grant mcrcandies et grant ars. 
Il sunt ydres et ont monoie de carte , et font ardoir lor cors 
mors. Il sunt au grant Kan. Il ont soie asez et font dras doré et 
de maintes faisonz. Il ont veneionz et chazaionz asez. Elle a toutes 
les nobles couses qe à noble cité couvent. Et si voz di tout voire- 
mant qe ceste cité se tient trois anz depuis qe tout le Mangi fu 
rendu , et de toutes foies li estoit grant host dou grant Chan 
soure , mes ne i poit demorer for qe de le un lés et ce estoit ver 
traimontaine , car de toutes les autres parties hi estoit grant lac 
et porfond. Et le host dou grant Kan ne la poit ascier qe de celle 
part de traimontaine , et il avoient por toutes les autres pars 
viandes asez , et ce avoient por l'cive ; et si vos di qe James ne 
Taise eue se ne fust une cousse qe je vos dirai. Or sachiés que 
quant les host dou grani Kaan fu demorés à le scie* de cest cité 
trois anz et il ne la pooient avoir, il en avoient grant ire. Et adonc 
meser Nicolau et meser Mafeu et mesier Marc distrent : Nos vos 
trovcron voie por coi la ville se rendra maintensant ; et celz de 
Fost distrent qe ce volcnt-il voluntier. Et toutes cestes paroles 
furent devant le grant Kan , car les mesajes de celz de l'ost estoient 
venus por dir au grant sire cornant il ne poient avoir la cité por 
ascie , et qe la viande avoient por tel pars, qu'il ne la poient 
tenir. Le grant sire dist : Il convient que il se face en tel mainere 

21 



Siège 



( i62 ) 

qe cel cité soit prise. Adonc distrent les deus frcres et lor filz 
Hicser Marc : Grant sire , nos avon aveke nos en nostre meanic 
homes qe firont tielz mangan qe gileront si grant pieres qc ccles 
de la cité ne poront sofrir , mes se renderont maintenant puis qe 
le mangan , ce est trébuche , aure laiens gitée. Le grant sire dit 
à meser Kicolau et à son frère et à son filz qe ce voloit-il moût 
volunticr , et dist qe il feisaent fere cel mangan au plus toslo 
qu'il poront. Adonc mcsere ISicolao e sez frères e son filz qe 
avoient en lor masnée un Alamamz et un Cristien Nestorin qe 
hou mcstre estoient de ce faire , lor distrent qe il fcissent deus 
mangan ou trois qe gîtassent picrcs de trois cens livres. E cesti 
deus en firent trois biaus mangan. -Et quant il furent fait, le grant 
sire les fait aporter dusqe à sez host qe à l'asie de la cité de 
Saianfu estoient , e que ne la poient avoir. Et quant les trabuc 
furent venus à l'osl , il les font drizer , et as Tartarz scnbloie la 
grcingnor mervoille dou monde. E que voz en diroic ? Quant 
les trabuc furent drccés et tandu , adonc jeté- le un une piere 
dcdenz la ville. La pieres feri es maisonz e ronpi et gaste toutes 
couses , e fist grant rcmor et grent temoute. Et quant les homes 
de la cité virent reste maie aventure qe jamcs ne l'avoient veue , 
il en furent si estais et si espuentés, qe il ne sevent qe U deusent 
dir ne fer. Il furent à consoil ensenble, e ne sevent prendre con- 
soil comant il de ceste treubuc poiscnt cscanper. Il distrent qu'il 
sunt touit mors se il ne se l'endcnt , et adonc pristrcnt consoil 
qu'il se renderont en toites mainieres , et atant mandent au sein- 
gnor de l'oste qu'il se volent rendre en la maincrcs qe avoient 
faiti les autres cités de la provence , et qu'il voloicnt cstre sout 
la seingnorie dou grant Kan ; et le sire de l'ost dit qe ce voloit-il 
bien. Et adonc les recevi, e ccle de la cité se renderent, e cel 
avent' por la bonté de mesere Nicolao e meser Mafeo e mesere 
Marc , e ce ne foi pas peitete cousse : car sachics qe ceste cité e 
sa provence est bien une des meior qe aie le grant Kan , car il en 
a grant rende e grant profit. Or vos ai contés de ceste cité cornant 



( «63 ) 

ille se rendi por les trébuche qe fist faire meser Nicolau et meser 
Mafeu et meser Marc , or noz en laiion de ccsle matière et nosi 
conteron d'une cité qe est apellé Singui. 

CHAPITRE CXLYII. 

Ci devise de la cité de Singui. 

Or sachic's qe quant l'en se part de la cité de Angui et il ala 
por Yseloc quinze miles , adonc treuve une cité qe est apelés 
Singui. Ne est mie trop grant, mes ele est de grant naives et de 
grantmcrcandies. Il sunt ydres etsunt au grant Kaan. Lor monoie 
est de carte , et sachiés qe elle est sus le greingnor flum qe soit 
au monde , qe est apellés Quian. Il est large , en tel leu hi a dix 
miles, et en tel huit , et en tel six, et long est plus de cent 
jomée. Et por achaison de cet flum cest cité a moût graiidisme 
quantité des naves qui portent por ceste flun maintes couses et 
maintes mercandies , e por ce est ville de coi le grant Clian en a 
grant rende et grant treu. Et si voz di qe ceste flun A^ait tant longe 
et por tantes pars et tantes cités hi sunt soure , qe je voz di voi- 
remant qe por ceste flun ala plus naives e con plus chieres couses 
et de greignor vailance, qe ne vont por tus les flus de cristiens , 
ne por tout lor mer. Car je voz di qe je hi vi à cest cité bien * nés * <^''"i '"'' 
à une foies qe toutes najent por ceste flum. Or donc poés - vos 
bien penser puis que ceste cité qe ne est mie trop grant a tantes 
nés q+iant sunt le autres. Car je voz di qe cest flun ala por plus de 
seize provences , e si hi a sor lui plus de deus cens cités grant qe 
toute ont plus naives de ceste. Les nés les sunt coverte et ont un 
arbre , mes elle sunt de grant porter , car je voz di q'eles portent 
da quatre mille cantar jusque en douze mille de peis au conte de 
notre contré. Or nos partiron adonc de ci qe bien nos en avon 
conté le fait , et après nos conteron d'une autre cité qui est apelé 
Qucui ; mes avant vos voil conter une couse qe je avoie demen- 



( iG4 ) 

tiqae , por ce qe bien fait à nostre livre. Or sachics qe tûtes les 
nés ne ont sarce de caneue , ior que il en ont bien form les 
arbres e les voiles , mes je vos di qu'ele ont le pelorce de canne 
con Icsquele se tirent les nés sor por cest flum. Et entendes qe 
cest sunt de les cannes groses et longes qe Je vos ai dit en ereres, 
qe bien sunt longes quinze pas. 11 le fendent e ligent le une con 
l'autre et le font longo bien trois cens pas, et est plus fort qe ne 
seroit de chavane. Or voz lairon de ce, e retorneron à Caicui. 

CHAPITRE CXLYIII. 

Cl devise de la cite Caigui. 

Caigui est une pitete cité et est ver Ysccloc et sunt ydrcs et au 
grant Kaan , et ont monoie de carte. Elle est sus le flun , et à 
ceste cité se recuile grandismes quantités des blés e des ris , et 
de ceste cité se porte jusque à la grant cité de Cambalu à la cort 
deou grant Kan por eive , ne entendes por mer , mes por flus 
et por lac , et sachiés qe de les blés che en ceste cité vient en vif 
grant partie de la cort don grant Kan. Et si voz di qe le grant 
Kaan a fait ordréé celles voies de Feive da ceste cité jusque à 
Canbalu , car il a fait grandisme fosée et large et porfund da le 
un flum à l'autre et da le un lac autre , et fait aler l'eive si qe sen- 
blcnt grant flun , et hi vont bien grant nés , et en ceste mainere 
se vait dou Mangi jusque à la cité de Canbalu ; et encore vos di 
que ausint se puent aler por tere : car jouste celles voies de l'eive 
vait la chaucie por tere , et en ceste mainere se poil aler c por 
eive e por tere come voz avés entandu. Et en mileu de -ceste flun 
encontre ceste cité ha une yseles de roches, en laquel a un mosticr 
de idres que hi a deus cens frères , et en ceste grant nioistier a 
grandismes quantités de ydules. Et sachiés que cesL nioistier est 
chief de maint autres moistier de ydules, qe est ausi come un ar- 



( t65 ) 

cevesquene. Or nos partiron de ce et paseron le flum et vos con- 
teron d'une cité qe est apellés Cinghianfii. 

CHAPITRE CXLIX. 

Ci devise de la cild de Cingliianfu. 

Cinghianfu est une cité dou Mangi. Les jens sunt ydules et 
sunt an grant Kaan , et ont monoie de carte. Il vivent de mer- 
chandie et d'aïs. Il ont soie asez. Il font dras dorés et de soies 
de maintes faisonz. Il hi a riches mercant et grant. Il ont veneionz 
et chaceison de bcstes et de osiaus asez. Il ont grant plantée des 
blés et des chouses de vivre. Il hi a deus église de cristiens nes- 
torin , et ce avint dès 1278 anz de l'ancarnasionz de Crist en 
ça ; e voz dirai cornant il avint. Il fu voir qe unques ne i avoit 
eu moistier de cristienz , ne ncis en Dieu cristicnz jusque à 1278 
anz, hi fu seingnor por le grant Kaan trois anz Marsarchis qui 
estoit cristienz ncstorin. Et cestui Marsarchis hi fist faire celle 
deus église , et de celés tens en cha , hi a englise que devant ne 
i avoit église ne cristienz. Or nos partiron de ceste matherie , et 
voz conteron d'une autie cité moût grant qe est apellés Cin- 
ghingui. 

CHAPITRE CL. 

Ci devise de la cité de Cingiggui. 

Quant l'en se part de la cité de Cinghinanfu , il ala trois jornée 
ver Ysceloc , toutes foies trovant cités et castiaus asez de grant 
mercandies et de giant ars. Il sunt tuit ydres et sunt au grant 
Kan , et ont monoie de carte. Et à chief de trois jornée adonc 
treuve-l'en la cité de Cinghingui que moût est grant et noble , et 
les jens sunt ydres et sunt au grant Kaan. Lor monoie est de 
carte. Il vivent de mercandie e d'ars. Il hi a soie asez. Il funt 



( i66) 

dras dorés et de soie c de maintes faite. Il ont fchaêéionz ^t 
vcneieonz asez e des Lestes e de osiaus. Il ont graflt abondatice 
de toutes couses de vivre , car moût est planteuse tere. Et si vos 
dirai une mauvese chouse , qe cclz de celz cité firent e comanl 
il l'acatent chicremant. Il foi voir (je quant la provence dou 
Mangi se pris por les homes dou grant Can , et qe Baian en es- 
toit chief , il avint qe ceste Baian envoie une partie de sez jcns 
qe Alani esloient qe estoicnt cristienz à ceste cité por prandrc. Or 
avint qe cesti Alani la pristreiit et entrèrent dedens la cité et hi 
treuvent si buen ^^n qe il en beuent tant qu'il furent tuit evfiés , 
si qe se dormirent en tel mainere qe hil ne sentoient ne bien ne 
ttiaus. Et quant les homes de la cité virent qe celz qe l'avoienl 
pris estoient liel atornés qe il senbloicnt homes mors , il ne font 
delcament , mes tout maintenant en celle nuit les occirent tuit , 
qe ja un seul n'en escanpe. Et quant Baian le sire de la grant 
host soit qe celz de ceste cité avoient ocis sez homes si dcsloiau- 
tnent, il hi mande de seZ jfettS âsèi e la pristrent à force , et si vos 
di toit voiremant qe puis qu'il l'ont prise , qu'il li ocistrent à le 
Sfiée , et en tiel mainere con vos avés oi furent tant homes mors 
à ceste cité. Or noz partirOn de ci et alcron avant, et voz conteron 
d'une cité qe est apellé Singui. 

CHAPITRE CLI. 

Ci devise de la cité de Singui. 

Tingui est une tranoble cité et grant. Il sunt ydules et au grant 
Chan , et ont monoie de carte. Il ont soie grandisme quantités. 
Il vivent de merrandies et d'ars. Il font maint dras de soie por 
lor vestiment. Il hi a grant tnercant et riches. Il est si grant q'ele 
gire environ quarante miles. Il ha si grandismes quantités des 
jens que nulz eii poroit savoir le numbre : et si voz di qe se il fuis- 
sent homes d'armes , cel de la provence dou M angi il conquis- 



'( i67 ) 

trent tout l'autre munde , mes il ne sunt pas homes d'armes ; 
mes je voz di qe il sunt sajes mercant et sotil homes de toutes 
ars , et si a grant filosofe cl grant mire naturel , qc moût stuent* * Étudient. 
bien nature , et si voz di tout volrmant qe en ccste cité a bien 
six mille pont de pieres qe bien hi paseroit por desout une galée 
et deus. Et encore voz di que en celés montagnes de ceste ville 
naist la leribarbar et gengibre en grant abondance , car je voz di 
qe por un vcnesiau gros aurest bien cjuarante livre de gengibre 
frès que moût est bucn. Et sachiés qe elle a sot sa scingnorle seize 
cité moût grant et de gran mcrcandies e de grant ars. Et sachiés 
qe le non de ceste cité qui est apellé Sugui, vaut à dir en franzois 
la Tere , et un autre cite que est près de ci est apellés le Ciel , et 
cesti non ont elles por lor grant nobilitc ; et voz conteron de l'autre 
noble cité qe le Ciel est apellcs. Or nos partiron de Cingui, et 
aleron à une cité qe est apellé Vugui. Et sachiés qe ceste Yugui 
est longo de Sugui une jornée. Elle est moût grant cité et boine 
et de grant mercandie e de grant ars ; c por ce que ne i a couse 
de novité qc à raentovoir face , nos partiron d'elle et voz con- 
teron d'une autre cité qi est appelle Yughin. Et ceste Yughin est 
encore une moût grant cité et noble. Il sunt ydres et au grant 
Kaan , et ont monoie de carte. Il i a grant quantité de soie et 
de mantes autres chicres mercandies. Il sunt sajes merchaant et 
sajes d'ars. Or nos partiron de ceste cité , et voz conteron de la 
ville de Ciangan. Or sachiés qe cesté cité de Ciangan est moût 
grant et riqe. Il sunt ydres et sunt au grant Kaan , et ont monoie 
de carte. Il vivent de mcrcandies et d'ars. Il hi se font sendal 
de maintes faisonz en grandisme quantité. Il ont veneionz et 
chaccisonz asez. N'i a autre chousc qe à mentovoir face , et por 
ce nos partiron de ce et aleroiL avant , et voz conteron des 
autres cités , et ce sera de la noble cité de Chesai qe est la mestrc 
ville dou roi de Mangi. 



* Moindre. 



( iC8 ) 
CHAPITRE CLII. 

Ci devise de la noble citii de Quinsai. 

Quant l'en se part de la cite de Caingan , il ala trois jorncc là 
o il a maintes cites et maint chastiaus de grant nobilitc et de 
grant richece , que vivent de mercandies e d'ars. Il sunt ydules et 
sunt au grant Chan. Il ont monoie de carte. Il ont habundance 
de toutes couses da vire au cors d'oumes. Et quant l'en est ale's 
très jornce , adonc treuve-l'cn la trè nobilisimc cité qui est apcllé 
Quinsai , que vaut à dire en franchois la cité dou Ciel, et depuis 
qe nos sonmcs là venu , si voz conteron toute sa grant nobilitc , 
por ce que bien fait à conter, qe ce est san faille la plus noble cité 
e la mcilor qe soie au monde. Et adonc noz conteron de sez no- 
bilitc selonc qe la roine de ceste reingne mande por escript à 
Baian qe conquiste ceste provence , qe le deus mander au grant 
Kan , por ce qe il seuse le grant nobilitc de ceste cité , por quoi 
ne l'a feiste destruere ne gastcr, et selonc que en celle escripture 
se contenoit fu vérité , selonc ce qe je Marc Pol vit puis aperte- 
mantà mes iaux. Il se contenoit tuit primermant la cité de Quin- 
sai gie environ cent miles et ha douze mille pont de pieres , cl 
por chascun de ccsti pont , ou por la greingnor partie , poroit bien 
passer une nés por desout son arche , et por les autres poroient 
passer medre* nés. Et nulz se face merveille se il ha tant de pont, 
por ce qe je vos di qe ceste ville est toute en eve , et est environ 
de eve , et por ce convient qc maint pont hi aie por aler por toute 
la vie. Et encore hi se contenoit qe ceste cité avoit douze arz, de 
chascun mcstier une , et chascune arz avoit douze mille cstasion , 
ce est à dire douze mille maison , et en chascune cstasion avoil 
au moin dix homes , et ticl quinze , et tiel ti'ente , et tiel quara/ite ; 
et ne entendes pas tous mestres , mes homes qe font ce qe con- 
mandent le mestre , et tout ce beinzogne , por ce qe de ceste ci- 



( i69) 

té se fornisent maintes autres cites de la provence. Il hi a tant 
merchaanz et si riches qe font si grant mercandies, qe ne est homes 
qe pcust dir la vérité , si démesurée couse sunt. Et encore voz 
di que les grant homes et lor femes et encore tous les chief de les 
estasion des ars qc Je vos ai contés , ne font nulle rien de lor 
main , mes demorent ausi deliemant et ausi netemant con se il 
fuissent rois. Et lor dames sunt ausi ausi moût déliés et angelique 
chouse. Et si voz di qu'il estoit establi por lor roi qe cascun doie 
faire les ars de son pcre , et se il auesse cent mille besanz, ne po- 
roit fair autre ars qe son père avoit fait. Et encore voz di qe de- 
ver midi a un lac qe gire environ bien trente miles, et tout envi- 
ron a maintbiaus palleis et maintes bielles maison, si merveillose- 
mant faites qe ne poroient estre miaus devisé e ne faites ne plus 
richemant , qui sunt de gentilz homes e de grant. Et encore hi 
avoit maintes abbaics et maint mouslier des ydrcs que moût sunt 
en grandisme quantité. Et encore vos di qe en mileu dou lac a 
deus isles en lesquelz a en cascuns un moût mervclios palais et 
riches , fait si bien et si arnocés* qe bien senblent palais d'enpe- * Or 
raors. Et quant l'en vuelt faire noses ou convit , il vunt à ceste 
palais, et là font lor noses et lor feste , et iluec treuvent toutes 
lesaparoillement qe bezongne auconvivie , ce est de vaicellemant 
et de tailleor et d'escueles. Il hi a maintes bieles maisonz en la 
ville et por toute la cité a et ça, et la grant tore de piercs là où 
les jens portent toutes lor couses quant por la cité se prent feu ; 
et sachiés qe moût sovent sa prent le feu en la ville por ce qe il 
hi a plosors maisonz de leingn. Et si vos di qe les jens sunt ydres 
et sunt au grant Kan , et ont monoie de carte. Il menjuent tûtes 
cars e de chiens e de toutes autres brutes bestes et autres ani- 
maus que por ren dou munde nul cristienz de sa ne menuierent. 
Et encore voz di qe en chascune des douze mille pont gardent 
dix homes por cascune nuit et cascun jors, c cesti sunt por gar- 
der la cité qe nul hi festi mauves couse , ne qc nul fuisse ardis de 
révéler sa ville. Et encore voz di un autre cousse , qe dedens la 

22 



( 17°) 
ville a un mont enquel a desus una tor , c sus celle tor a une tabfc 
de lengn en laquel un homo la tient en main et hi donc dedens 
d'un maillet si qe bien se oie moût longe , et à ceste table sone 
toutes le foies qe le feu s'aprenl en la \ille ; ou se il avenist qe au- 
cune brie se foist en la cité , c tanlosl qe ce avient , celé table so- 
nent maintinant. Le grant Kan fait mont bien garder ceste ville 
et a grandisme jens , por ce q'ele est chief et seje de toute la pro- 
\ence dou Mangi , e por ce que en ceste cité a grant tczor et grant 

* En a. rente , na * le grant Kan si grant qe qui l'oist dir à poine le poroit 
croire. Et encore la fait garder le grant sire si bien et à tantes 
jens por doute que il ne se révèlent. Et saquics tuit voiremant qe 

' Fit paver, cn ccste villc toutcs les voies en cnastra * qe de pieres e de maton 
tuit , et ausint sunt toutes les voies et les caucies de toute la pro- 
vence dou Mangi enastra qe si que l'en la puet chevaucher toute 
netemant et à chevalz et à pics. Et encore voz di qe en cest ville 
a bien quatre mille bagni. Ce sunt estuves là o les homes le pren- 
nent grant délit et hi vont plusors foies le mois, car il vivent 
moût netemant de lor cors. E si vos di qu'il sunt les plus biaus 
bagni e les meior et les greingnor qe soient au monde : car je vos 
di qe il sunt si grant qe bien hi se poient baingner à une foies cent 
homes ou cent femes. Et encore vos fais savoir qe vingt-cinq 
miles loinge de ceste cite est le mère Osiane entre grec et levant , 
et iluec a une cité qe est apellc Ganfu , et illuec a moût buen port 
et hi vient grandismcs navies et grandismesmercandics e de grand 
vailance de Yndic c d'autres pars; e de ceste cité au porta un grant 
flun dont les nés poent venir dusque à la cite, et encore vait ceste 
flun por autres pars plus longe qe à ces'e cité. Et encore voz di 
qe la provcnce dou Mangi le a le grant Kan partie en neuf pars, 
ce est à dir qu'il en a fait neuf grandismes rois , si qe cascun est 
grant roiame ; mes toutes foies entendes qe tuit cesti rois hi sunt 
por le grant Kan , et en ceste maincre qe il font chascun an la 
raison de chascun reingnc por soi as safators dou grant sire des 
le rende e de toutes couses. Et en ceste cité demore le un de cesti 



( lyi ) 

neuf rois et seingnors (qui gouverne) plus de cent quarante cités 
grant et riches. Et si vos dirai en encore une couse de coi voz sercs 
moût merveiant, car je vos di qe en la prov en ce dou Mangi a bien 
mille deus cens cités, et en cascune a garde porl e grant Kan, si grant 
con Je vos dirai. Sachics tuit voiramant qe en chascune cité celle 
qe moin en a sont mille homes, e de tiels hi a qe est gardée de dix 
mille , et tielz de vingt mille , et tiel de trente mille , si qe bien 
sunt si grant ennonbrc qe à poine se poroit conter. Mes ne enten- 
des qe ccsti homes soient tuit Tartars , mes sunt dou Catai , e 
cesti homes qe ceste cités gardent , ne sunt tuit à chevaus , mes 
una grant parties à pies , car tuit sunt homes de les hostes dou 
grant Kan , et sonméemant vos di con tùte vérité qe Tafcr de la 
provence dou Mangi est si très grant couse e de richese e de rende 
e de profit qe na le grant Kan , qe ne est home qe l'oisse conter e 
ne le veisse qe le pcust croire , et à poine se poroit escrivre la 
grant nobilité de ceste provence , e por ce m'en tarai à tant, qe 
ne vos en dirai granlment desormès. Me si voz en dirai aucime 
couse encore , e puis nos en partiron. Or sachics qe toutes les 
jens dou Mangi ont tel uxance con je voz dirai. Il est voir qe tan- 
tost qe l'enfant est nés , le père ou la mcrc font scrivre le jor et 
le point e l'ore qu'il fo nés et en quel scingne et en quel planet , 
si qe chascun set sa nativité. Et quant aucun velt aler en autre 
part , por fer son viages , el s'en vait à les astroniqe et li dit sa 
nativité-; et cel lor dit se il est bouen l'aler en cel viages ou non, 
e maintes foies li destorbent de lor viages : car sachiés qe lor as- 
troniqe sunt sajcs de lor ars e de encantemant diabolice , si qe 
bien dient à les homes maintes couses asquelz il douent moût 
foies. Et encore voz di qe quant les cors mors sunt porté àardoir , 
tuite les parentes , femes et homes se vestent de caneva por dolor, 
e vont con les cors qe est portés , et moinent con lor estormens 
e vont cantant orasion de idules , e quant il sunt venu o le cors 
doit être ars , il s'arestent et font fare chevaus et esclaus masles 
et femes et camiaus et dras dorés en giant abundance, c toutes 



( 'tO 

cestes couses font de carte. Et quant il ont tout ce fait , il font le 
grant feu et ardent le cors con ceste couses, et dient qe celui mors 
aura toutes celles chouses en l'autre monde vif de carte e d'osés et 
la monoie d'or ; e dient que tout le onor que il li font quant il 
s'arde , tout altcr tel le sera fait en l'autre monde por les lor diex 
e por le ydules. Et en ceste cité est la palais dou roi qe se fui qe 
seingnor estoit dou Mangi , qui est le plus biaus e le plus noble 
qe soit au monde , e vos en deviserai aucune coussc. Or sachiés 
qe le palais girc environ dix miles , et est murés cum autes mui'cs, 
toutes as quernaus , et dcdens as mures sunt maint biaus jardis 
con tuit les buens fruit qe homes seust deviser. 11 hi a maintes 
fontaines et plusors lac' là o il maint buen peison ; et en mileu 
est le palais moût grandissmc et biaus. 11 a une si gran sale et si 
belle, qe grandisme quantité de jcns hi porogent demorer et men- 
uiere à table. La sale est toute portraite et pointe à penture d'or, 
et hi a maintes estaltes et maintes bestes et hosiaus et chevaliers 
et dames et maintes mervoilles. 11 est moût bielle viste à garder , 
car en toutes les murs et en toutes covreoure ne poroit-l'en veoir 
che pintures à or. Et que voz en diroie? Sachiés qe je ne vos po- 
roie deviser la gran nobelité de cesti palais ; mes je a'Oz en dirai 
brefmant et sonméemant tout la virile , de voir qe cest palais a 
vingt sales toutes d'une grant et d'un paroil , et sunl bien si grant 
qe dix mille homes hi poroient menuier à table aaisemant , et sunt 
toute pointe a ovré d'or moût noblemant. Et si voz di qe ceste 
palais ha bien mille canbrcs. Ce sunt maison bielles et grant 
e de dormir e de mengier. Les frut et les pesciere vos ai contés. 
Et encore sachiés tout voiremant qe en ceste cité a cent soixante 
tomain de feu , ce est à dir cent soixante tomain des maisonz , et 
vos di qe le tomain est dix mille , et adonc dcvés savoir que sunt 
en sûmes mille six cent mille de maison , entre lez quelz ha grant 
quantité de riche palais. Il hi a une gliese à cri.stienz nestorin so- 
lement. Et depuis qe je voz ai dévissé de la cité-, si voz dirai une 
chouse qe bien fait à conter. Or sachiés qe tous les borzois de 



( 173) 

ceste cite et encore de toutes les autres, ont un ticl costume et 
usance , car chascun a sor la porte de sa maisou escript son non 
et de sa feme et de sez filz et des femes sez filz, et de sez esclaus , et 
de tous celz de sa maisonz ; et encore hi est escrit quant qevaus il 
tient , et se il avint qc aucun en more , il font hoster son non ; et 
se aucun hi naist , si hi est ausi joint sez nons. Et en ceste mai- 
nere le seingnor de chascune cité sevent toutes les jens que il ont 
en lor villes, et ausi se fait por toute laprovence dou Mangi et 
de celé dou Catai. Et encore voz dirai une autre hielle mainere 
qe il ha. Car sachics qe tuit celz qe tienent herbergies e que her- 
bergientlesmandans, tuit celz qe en lor erbergienterbeigent, es- 
criventpor lor non etqueljor de quel mois hi erbergie , si tje por 
tout l'an poit savoir Icgrant Kan qui vaite qui vient por toute sa te- 
re.Etce est bien couse queafiert àsajeshomes. Orvozaidit deces- 
tes une partie , e desormès voz voil conter lagrant rende qe ceste 
cité con s'apartinence qui est de les neuf part le une dou Mangi. 

CHAPITRE CLIH, 

Ci devise de la grant rende qe le gran Kan a de Quinsai. 

Or vos vueil conter la grandissme rente que le grant Kaan a de 
ceste cité de Quinsai desoure, e de les teres qui sunt sout sa segno- 
rie qui est de neuf part , une de la provencc dou Mangi. Or voz 
conterai primcremant de la sal, por ce qe plus vaut à rente. Or 
sachiés tuit voiremant qe le sal de ceste ville rente chascun an 
crudemant quatre vingt tomain d'or, e chascun tamain est soixante 
dix mille saies d'or, que montent les quatre vingt tamain cinq 
millions et six cens mille saies d'or , que chascun saies vaut plus de 
un florin d'or, o de un duchato d'or , e ce est bien une merveiosse 
couse et grandismes e nombre de monoie , e depuis che je vos ai 
dit de la sel , or vos dirai de les autres chouses e mercandies. Je 
voz di que en ceste provences naist e se fait plus sucar qe ne fait 



( iTi ) 

en tout le autre monde , e ce est encore grandissme rente ; mes 
je ne voz dirai de cascune couse por soi ; mes vos dirai de toutes 
especerie ensenble : car sachiés que toutes especeries rendent trois 
» Tiers, et très* por cent , et de toutes mercandies rendent ausi trois et 
très por cent. Et dou vim qu'il font de ris ont-il ausi grant rente , 
et des chai'bouz e des toutes les douze ars qe je voz di desoure , 
que ont chascune arz douze mille estasion. De cestes ars ont-il 
grandissmes rentes : car paient de toutes couses droit, e de la 
soie que ont si grant habundance est mont grandisme le droit. 
Et por coi vos liroie lonc conte? sachiés que de la soie se donc 
dix por cent , e ce monte desmesuré monoie , et mantes autres 
chouses hi a qe paient encore dix por cent , si qe jeo March Pol 
qeplusor foies hoï faire le conte de la rende de tous cestes couses, 
senz le sal conseetademant, por chascun an vaut deus cens dix to- 
> Millions main d'or que vailent quinze millemiaia* et sept cens mille , et ce 
est bien des plus desmesurée nobre de rente de monoie qe se hoïsl 
unque conter , e ce est de les neuf part le une de la provence. Or 
nos partiron de ceste cité de Quinsai qe bien nos en avon conté 
grant partie de touz sez fais , et aleron avant et voz conteron 
d'une cité que est apellé Tanpigui. 

CHAPITRE CLIV. 



Ci devise de la gran cité de Tanpigui. 



Quant l'en se part de Quinsai il ala une joruée ver Yseloc , tou- 
tes foies trovant maisonz et jardinz moût deletable , là oiî l'en 
treme des toutes couses de vi\Te en grant abundance. Et à chief 
de la jornée treuve l'en la cité que je voz ai només desoure qe 
est apellés Tanpigui qe moût est grant et bielle , et est sout Quin- 
sai. Il sunt au grant Kaan et ont monoie de charte. Il sunt ydres 
et font ardoir lor cors por la mainiere qe je voz ai dit desoure. Il 
vivent de mercandies et d'ars. Il ont grant habondance de toutes 



( lyS) 

chouses de vivre. Il n'i a couse qc à meiitovoir face, et por ce 
nos partiron de ça e conteron de Yuigui. Et quant l'en se part 
de ceste cité de Tanpigui , il ala trois jorne'e ver Yseloc treuvant 
toutes foies cités et chasliaus assez moutbiaus et grant , là ù l'en 
treuve de tous bienz à grant plantée et grant merchics. Il sunt les 
jens idules et au grant Kaan , et sunt de la seingnorie de Quinsai. 
Il n'i a novité qe face à mentovoir. A chief de trois jornée l'en 
treuve une cité qe est apellé Vugui. Ceste Yugui est grant cité et 
sunt idules et sunt au grant Kan , e vivent de mercandies et d'ars , 
e sunt encore de la seingnorie de Quinsai. Ne hi a cousce qe nos 
volions mètre en nostre livre , e por ce aleron avant et voz con- 
teron de la cité de Ghingui. Or sachiés qe quant l'en se part de 
Vulgui, il ala deus jornée por Ysceloc, e toutes foies treuve villes 
et casliaus asez qe vos semble alar por une cité. Abondance ont 
de toutes couses. Il hi a les plus groses channes et les plus longes 
qe soient en tout cel païs : car sacliics qe hi a de channes que 
girent quatre paumes environ et lune sunt bien quinze passes. 
Autre couse ne hi a que fait à mentovoir , et à chief de deus Jor- 
née treuve l'en une cité qe est apellé Ghcngui qe moût est grant 
et belle. Il sunt au grant Kan et sunt ydres et encore de la sein- 
gnorie de Quinsai. Il ont soie asez. Il vivent de mercandies e d'ars. 
Il ont grant habundance de toutes couses de vivre. Et encore ne 
i ha chouse que face à mentovoir , et por ce partiron et aleron 
avan. Et quant l'en se part de la cité de Chengui , l'en ala quatre 
jornée ver Ysceloc , e toutes foies treuvant l'en cités et chastiaus 
et casaus asez et de toutes chouses de vivre en grant abondance, 
qe tuit sunt ydules et au grant Kan , et encore sunt de la seingno- 
rie de Quinsai. Il vivent de mercandies et d'ars. Il ont veneionz 
et chaceionz assez et de bestes et de osiaus. Il hi a lionz asez et 
grandismes et fieres. Il ne ont moutonz ne berbis por tout le Man- 
gi; mes il ont buef et vaces et hoc e cavres e porques asez. Et 
autre couse ne i ha que face à mentovoir , e por ce nos pailiron 
de ci et aleron avant e nos contaron d'autre couse. Et quant l'en 



( 176) 

se parte de ceste quatre jorncc , adonc treuve l'en la cité de Cians- 
cian que moût est grant e bicl, et est sus un mont que parte" le 
flum, que le une moitié ala en sus e l'autre moitié en jus. Elle est 
encore de laseingnorie de Quinsai, et sunt au grant kaan et sunt 
ydulcs, et vivent de mercandies e d'ars ; mes n'i a couse qe à 
mentovoir face, por ce nos partiron de ci et aleron avant. Car 
sachiés tout de voire que puis que l'en se part de Ciansan il ala 
trois jors por moût belle contrée , là o il a cités et castlaus et cha- 
saus assez , là o il a mercaans et homes d'ars assez. Il sunt ydres 
et au grant chan , et encore sunt de la seingnorie de Quinsai. Des 
couses de vivre ont-il en grant abundance , checeionz e veneionz 
ont-il de bestes et de osiaus à grant plantée. Autre cousse qe à 
mentovoir face ne i ha, et por ce aleron avant. Et sachiés qe à 
chief de trois jornée trouve len la cité de Cugui qui moût est grant 
et bielle , e sunt au grant Kan et sunt ydres, et est la dcraine cité 
de la seingnorie de Quinsai , car de ce avant ne a que fere Quinsai , 
mes comance le autre roiame , ce est d'cles delez neuf part une 
do Mangi que est apellé Fugui. 

CHAPITRE CLV. 

Ci devise do roiame de Fugui. 

Quant l'en se part de la dreaine cité dou roiaume de Quinsai 
qe Cugui est apellés , adonc entre l'en en roiaume de Fugui , et 
ici comance et ala six jornée por Yseloc por montangnes e por 
valés, là où l'en treuve cité e castiaus et casaus asez. Il sunt ydres 
et au grant Kan , e sunt sont la segnorie de Fugui de cui nos 
avun conmencés. Il vivent de mercandies et d'ars. Il ont de toutes 
couses da vivre en grant abondance. Il ont veneionz e chaceionz 
asez de bestes e de osiaus. Il i a lionz asez e grans e fieres. Il ont 
gegibre et galanga outre mesure: car por un venesian gros auresc 
tant gegibre qe bien seroit quatre vint livres ; et unt un frut qe 



( 177 ) 

senble zafaran , mes ne est mie , mes bien vaut autant come zafran 

por ovrc. Autres couses hi a encore. Sachic's qe il menuicnt de 

toutes brutes couses, e menuient ausi cars d'ome moût Aoluntieres 

puis qe il ne soit mors de sa mort, mes celés que sunt ocis de 

fer il le menuient tuit e le ont por moût bone carne , e les homes 

qe vont en les host e que sunt d'armes si se font atorner en tel 

mainere : car je vos di qe il se font reonder les chevelz , et en 

mi le vix se font enpindre d'azur come un fer de glaives. Il vunt 

tuit à pies for qe lor chevaitan. Il portent lances et espée , e sunt 

les plus cruelz homes dou monde : car je voz di q'il vont tout 

jors occiant homes et boivent le sang , puis le menuient tuit , e 

ce porcacent tout jor d'aler occir homes por boier le sang e por 

mangier le cars. Or vos laieron de ce e nos conteron d'autre 

couse : car sachics qe à le trois jornce de le six qe je voz ai dit 

desoure , treuve-l'en la cité Qenlifu qe moût est grant cité e 

noble, e sunt au grant Kan. Geste cité a trois pont des plus biaus 

e des meiors dou monde : car il sunt lonc bien un milier e large 

bien neuf pas, et sunt tuit de pieres e de colonnes de marbre. Il 

sunt si biaus c si mervelios qe grant tesor voudrent à fer le un. 

II vivent de mercandies et d'ars. Il ont soie asez. Il hi nasent 

gengibre et galenga asez. Il ont belles dames , et encore hi a une 

estrange cousse qe bien fait à mentovoir : car je voz di qe il hi a 

galine qe ne ont pennes , mes ont peaus come gâte et sunt toute 

noire. Elle font aussi oves come celle de notre païs et sunt moût 

bones à manger. Ne i a autre cousse que face à mentovoir , e por 

ce nos partiron et aleron avant. Et si voz di qe en l'autre trois 

jornée , ce est de le six jornée desoure , trouve - l'en encore 

maintes cités e inaintes castiaus là où il (a) mcrchaanz e mer- 

candidB asez et homes d'ars. Il ont soie asez st sunt ydules et au 

grant Kan. Il ont caceionz e veneionz asez. Il hi a lionz grant e 

fieres qc bien font damajes à les vianans * ; et au drean de ceste * Voragems. 

trois jornée à quinze miles treuve-l'en une cité qui est apelé 

Unqen qe hi se fait grandisme quantité de succar, e de ceste cité 

23 



( 178 ) 

a le grant Kan tôt le succar qe il fait ovrer en se cort qe bien est 
tant qe vaut trczor asez. Autre chouse n'i a qc à mentovoir face, 
e por ce aleron avant. Et quant l'en se part de ceste cité de 
Unqen , il ala quinze miles , et adonc treuvc-l'en la noble cité de 
Fugui qui est le chief dou reingne , e por ce voz conteron de 
celles ce qe nos en savon. 

CHAPITRE CLVI. 

Ci devise de la cité de Fugui. 

Or sachiés qe ceste cité de Fugui est le chief dou reigne qe est 
apellé Choncha qe est de le une part des neuf de la provence dou 
Mangi, Et sachiés qe en ceste cité se fait grant mercandies et hi 
a maint mercaant et homes d'ars. Il sunt ydules et au grant Kan. 
Il hi demorent grandisme quantité d'ornes d'armes , car sachiés 
que hil hi demorent plusor hostes dou grant Chan , por ce qe 
par le païs maintes foies se révèlent cité e chastiaus , et celz de 
l'ost que demorent à ceste cité hi Yopt mantinant qu'il se révè- 
lent c la prenant et destruient , et por cest achaisons hi demorent 
plusors hosles dou. grant Kan en cest cité. E sachiés che por le 
mi de ceste cité vait un grant flun qe bien est large un mil , et en 
ceste cité se font maintes nés lesquelz najent por cel flum. Il font 
zuchar en si grant abondance qe nulz le poroit conter. Il hi se 
fait grant mercandies de perles e d'autres pieres presiose , e ce 
est por ce que les nés de Yndie hi viencnt maintes con maint 
merch^ant qe «sent en. les ysles de Endie ; et encore voz di que 
ces,te ville est près au port de Caiton en la mer Osiane ; et illuec 
vienent maintes nés de Indie con maintes mercandies , e puis de 
cest part vienent les nés por le granl flum qe je voz ai dit desoure 
jusque à la cité de Fugui , et en ceste mainere hi vienent chicres 
cousse de Indie. Il ont grant abondance de toutes cousses qe à 
cors d'omes Ijcizogne ))or vivre. Il ont biaus jardinz et deletables 



( '79 ) 

con maint buenz fruit. Elle est si bone cité et si bien ordréé de 
toutes couses qe ce est mervoille , et por ce ne voz en conteron 
plus , mes aleron avant , et voz conteron d'autres couses. 

CHAPITRE CLVII. 

(À devise de la cité de Zantan. 

Or sachie's que quant l'en se part de Fugui , il pase l'en flun 
et ala cinq jornée por Yseloc , toutes foies trovânt cite's et cas- 
tiaus et casaus asez qe moût sunt noble et buenz , là o il a de 
toutes couses grant devisce *. Il hi a mons et valés et plainz. Il . R.chesscs 
ont grandismes boscajes là où il a maintes arbres de cel qe font 
la canfre. Il hi a veneionz et chareionz asez de bestes e de 
osiaus. Il vivent de mercandies e d'ars. Il sunt au grant Chan et 
sunt de la seingnoric de Fugui , ce est dou sien reingne. Et quan t 
l'en est aies ceste cinq jonie'e , adonc treuve l'en une cité qe est 
apellé Zaitem qe moût est grant e noble. A ceste cité est le port 
là où toutes les nés de Yndie vienent con maintes mercandies e 
chieres , e con maintes pieres'presieuses de grant vailance , e con 
mantes perles e groses e bonnes. E ce est le port dont les mer- 
canz dou Mangi , ce est tout environ cesle pari. A cest port vient 
et vait si grant abondance de mercandies e de pieres , qe ce est 
merveliose couse à vcoir , et de cest cité de cest port vont por 
toute la provence dou Mangi. Et si vos di qe por une nés de pevre 
qe aile ad Alexandre ou n'autre leu por estre portée en ter de 
cristienz , en vient à cest port de Alton cent : car sachiés qe cestui 
est le un des deus port au monde qe plus mercandies vient. Et 
.si voz di qe le grant Kan reçoit en cest port et en ceste ville 
grandisme droit, por ce qe vos fais savoir que toutes les nés qe vie 
uentde Inde, donnent de tûtes mercandies e de toutes pieres et 
perles donent dix par cent; ce est la dcsme part de toutes chouses. 
Les ne's tolent por lor loier , ce est le nol de mercandies soptil 



( i8o ) 

trente por cent, et del pevre tollcnt quarante quatre por cent , et 
dou leingn aloe et de sandoint e de autre mercandie grose tolent 
quarante por cent , si qe bien donent le mercant entre le nol et 
droit dou grant Kan la monoic de tout ce qe il aportent , et por 
ce doit cascun croire qe le grant Kan a à ceste ville grandisime 
quantité de tesor. Il sunt ydules et sunt au grant Kan. Elle est 
terre de grant habundance de toutes couses qe à cors d'omes 
bezognes. Et encore voz di qe en ceste provence , en une cite qe 
est apellc' Tinugui , se font escuelle de porcellainc grant e pitct les 
plus belles qe l'en peust deviser. Et en une autre part n'en s'en 
font se ne en cest cité , et d'iluec se portent por mi le monde , 
et hi ni a asez et grant merchics , si grant qe bien en aurest por 
un vencsian gros trois escuelcs si belles qe miaus ne le scusent 
nul de'sdser. Et encore vos di qe celé de ceste cite ont langajes 
por eles. Or voz ai contés de ceste roiaume de Fugui qui est le 
une partie de les neuf, et si vos di qe le grant Clian en a ausi 
grant droit et ausi grant rente et greingnor qe ne a dou reingne 
de Quinsai. Nos ne voz avons contés des neuf roiames dou 
Mangi, mes qe des trois : ce sunt Yangui et Quinsai et Fugui, e 
de ce avés-voz bien entendu ; des les autres six uoz en sauron- 
mes encore bien contre ; mes por ce qe trop seroit loingaine 
matière à mentovoir , nos ent aleron atant , car bien voz avon 
contés dou Mangi et dou Catai e de maintes autres provences, et 
des jens e des bestes et de osiaus, e d'or et d'aijent e de pieres e 
de perles e des mercandies e de maintes autres couses , ausi con 
vos avés oï; et por ce qe nostre livre n'cstoit encore conpli de 
ce qe nos hi volun iscrivre , car il hi faloit toutes les faics de les 
Yndienz qe sunt bien couses de faire savoir à celz qe ne le savent. 
Car il n'i a maintes merveliosses couses lequelz ne sunt en tout 
les autres mondes , e por ce fait bien et est moût buen et profi- 
table à mètre en scrit en nostre livre. E le mestre le y me Ira tout 
apertamant ensin corne mcsicr Marc Pol le devise et dit. Et si 
voz di toit voirmant qe mesire Marc y demore tant en Indic e 



( i8i ) 

tant en soit de lor afer c de lor costumes e de lor mercandies , 
qe apiertc mes ne fii homes que miaus en seuse dir la vérité ; e 
bien est-il voir qe il hi a de si merveliose couse , que bien estront 
mervilliant les Jens qe les oïrent. Mes toutes foies nés les miteron 
en escrip le une après le autre ensint corne mescr Marc le disoit 
por vérité , e conmcnzeron tout mainlinant ensi con voz pores 
oïr en ceste livre avant. 

CHAPITRE CLVIII. 

Ci coinance le livre de liidie , et divisera tote les mervoies qe il sunt e les mai- 

neres de jors. 

Or puis que nos voz avun contés de tantes provences tereine 
con vos avés oï, adonc nos laieron de tout celle matière, comen- 
ceron à entrer in Yndie por conter toutes les merveies couses que 
hi sunt , e noz conmenceron tôt primermant de les nés esqueles 
les mercaant qe vont et vient en Endie. Or sachiés que celés nés 
sunt faites en tel mainere con je vos deviserai. Je voz di q'eles 
sunt dou leingnc qe est apcllé ahbée * et de zapin. Elle ont une * Abies. 
covertc, e sus ceste coverte i a ben en toutes lesplusors soixante 
chanbre, qe en cascune poet demorer un mercaant aaizemant. 
Elle unt un timon et quatre arbres, et maintes foies hi gungcnt 
encore deus arbres qe se lèvent e metent toutes les foies qu'il 
vuelent. Elle sunt clauée en tel mainere , car toutes sunt dobles: 
te. est deus tables le une soure l'autre , e tout environ est doblé de 
une table soure l'autre , et sunt calqué e dehors e dedens , et sunt 
claués d'agu de fer. Elle ne sunt pas enpecé de pcce, por ce qe il 
n'en ont , mes les ungent en tel mainere con je voz dirai , por 
ce qu'il ont autre couse que lor scnble que soit miaus que peces. 
Car je voz di que il prenent la calcine e la neue trincé menue- 
mant , et le poistent meslée con un oleo d'arbres , e depuis qe il le 
ont poisté bien cestes trois couses ensenble , je vos di qu'el se tient 
corne veces*. E de ceste couse ongentle lor nés, e cest vaut bien «giu. 



( i82 ) 

autant corne pcces. E si vos di que cestes nés vuelcnl deus cens 
marineres ; mes elle sunt si grant q'elle portent bien cinq mille 

' Charges, esportes * de pevre e de tel six mille , et si vos di qe elle allent 
con a\Ton , ce est cum remes, et nuogent à cascun rcmes quatre 
mariner, et ont cestes ncs si grant barches qe bien perlent mille 
esportes de pe^TC. Mes si vos di qu elle moinent quarante mari- 
ner , e cestes vont arme's , et ancore plusors foies aydcnt à traire 
la grant nés. moinent deus cestes grant barches , mes le une est 
greignor qe le autre , et encore moinent de bataus pclis bien dix 
por ancre e por prendre des peison , et por fer les scrvise de la 
grant nés. E tuit cesti batiaus porte la nés liés dehors à sa couste, 
et encore vos di qe les deus grant barches portent encore batiaus. 
Et si vos di encore que quant le grant nés se vuelent adobcr , ce 

Ri^parcr. cst concer * , e que aien aies un anz , il la conceuent en tel mainere : 
car il clauent encore un autre table sour les deus tout en^^ron la 
nés, e adonc il ni a trois, et encore la calque et ongent, et ce est 
la conce qe il font , et à l'autre conce il claue encore un autre ta- 
ble , et en ccste mainere ^^lnt jusque à six tables. Or vos ai de\nsé 
les nés esquelz les merchant vont et vienent en Yndie , et adonc 
partiron de cest mainere des nés c vos conteron de Yndie , mes 
tout avant vos voil conter de maintes ysles que sunt en cest mer 
Osiane , là où nos sûmes ore , e sunt ceste ysles à levant , et nos 
conmenceronprimermant d'nne isleque est apellé Zipungu. 

CHAPITRE CLIX. 

Ci devise de l'isle de Cipingu. 

Cypungu est une isle à levant qui est longie de tere en aut mer 
mille cinq cens miles. Elle est moût grandismes ysles. Les jens 
sunt blances de bcles maineres e biaus. Il sunt ydules e se tienent 
por elz, e ne ont seignorie de nul autres homes, for qc d'eles 
meisme. Et si voz di qu'il ont or en grandismes abundance , por 



( i83) 

ce qe le or hi se trovent outre mesure. Et si voz di que nulz home 
ne ti'aithor de celle ysle , por ce que nulz merchant ne autre home 
hi ala de la terre ferme , e por ce voz di qu'il ont tant or con jeo 
voz ai dit. Et si voz conterai une grant mervoie d'un palais dou 
seingnor de reste ville. Je voz di tout voiramant qe il ha un gran- 
disme palais les que est tout coverto d'or fin , tout en tel mainer 
corne nos covron nostre maison de plombe e nostre yglise , tout 
en tel mainere est cest palais covert d'or fin , qe ce vaut tant 
ch'à poine se poroit conter. Et encore vos di qe tout le pavi- 
mant de sez canbres qe asezhi nia, sunt ausint d'or fin bien gros 
plus de deus doies , et toutes les autres part dou palais , e la sale e 
les fenestre sunt ausint aorncs d'or. Je voz di que cest palais est 
de si desmcsurëc richesse , qe trop seroit grandisme meraveie 
qui peusse dir sa vailance ; et il ont perles en abondance , et sunt 
rojes, mous bielle e reonde e groses. Elle sunt de si grant vailance 
con les blances ; e plus il ont encore maiu'os autres pieres pre- 
sioses asez. Elle est riche isie que nulz poroit conter sa richesse. 
Et si voz di qe por la grant richesse qe l'en contoit au grant 
Chan , ce fui ccstui Culjlai qe ore reingne, qe en cest isIe avoit, il 
dit qu'il la voloit faire prendre , et adonc hi mande deus sez ba- 
ronz cum grandismcs quantité de nés con homes à chevalz et à 
pies. Le un de ccsti baronz avoit à no Abatan e l'autre Vonsani- 
cin. Cesti deus barons estoicnt sajes et vailanz. Et qc voz en di- 
roie? Il najerent da Zaitou e da Quinsai, e si mistrcnt en la mer et 
aient jusque à ceste isle e desenderent en tere, e prestrcnt desplain 
e des casaus asez , mes nulle cité ne chastiaus ne avoient encore 
pris, quant il avint lor une maie aventure tel con je voz deviserai. 
Or sachiés que entre cesti deus baronz avoit grant euxie e ne fai- 
soit le un por l'autre. Or avcnt un jor que le lune à tramontaine 
vent si fort , qe celz de l'ost distrcnt qc se il ne se partent qe 
toutes lor nés se ronperont. Et adonc montent tuit en lor nés e 
se partire de celle isle e se mistrent en la mer , et voz di qe quant 
il furent aies cntor quatre miles , adonc treuvent une autre ysle 



( i84 ) 

ne trop grant , e cclz qe postrcnt monter celle isie escanpent , mes 
celz qe ne postrcnt monter ronperent à cel isle , e ce furent 
bien trente mille homes qe sus ceste isle escanpent , e ccsti se te- 
noicnt tuit mors et avoient grant doulor por ce qu'il voient qu'il 
ne poient escanper , e veoent qe les autres nés qe cscanpcs cstoient 
s'en aloient ver lor contrée ; et elle cnsi font qe je voz di q'elc na- 
jent tant qu'il s'en tomcnt en lor païs. Or laison de ccsti qe s'en 
sunt ale's , et noz retorneron à celz de l'isle qe mort se tenoient. 

CHAPITRE CLX. 

Cornant les jens dou grau Kan escampoie de la tempesle de la mcre e prislrent 
puis la cité de Lorc. 

Or sachiés que quant celz trente mille homes escanpés estoient 
sus l'isle , il se tenoient à plus que mort por ce qu'il ne voient 
en nulle mainere cornant il pensent escaper. Il avoient grant ire e 
grant doleur e ne savoient qe il douessent faire. En tel mainere 
con je voz di demoroient celz sus l'isle. Et quant le sire e les jens 
de la grant isle virent qe l'ost estoit si desbaraté et rote , e seurcnt 
de celz que escampés estoient sus l'isle , il en ont grant joie e 
grant leese , e tantost qe la mer fo abonace et coie, il entrent en 
maintes nés qu'il avoient por l'isle , e s'en aient tuit droit à l'isle 
e desmontent maintenant tuit en tere por prandre celz qui es- 
toient sus l'isle. Et quant celz trente mille virent qe tuit lor enni- 
mis estoient desendu à tere , e voient qe sus les nés ne estoient 
remès nulle jens por garder , il si come sajes jens, quant lor ene- 
mis venoient por elz prendre , il se tornent de l'autre part de 
l'isle, e se sproicient tant qe il vindrcnt à les nés de lor enimis et 
hi montent sus tout maintinant , e ce postrent-il bien faire legier- 
mant por ce qu'il ne treuvent qui lor le defendist. Et qe voz en 
diroie ? puis qu'il furent sus le nés il se partirent de cclc isle et 
s'en aient à l'autre ysele. Il desenderent en tere con les confalonz 



( i8iî ) 

c con l'enseingncs do sire de l'islc s'en aient à la mcstre cite. Et 
celz que virent lor confalonz, cuidcnt voircmant que cesti fuissent 
lor jens ; il les laissent entrer dedens la vile , et celz que ne i 
trcuvent homes se vielz non , la prislrent et en chacent toutes 
jens hors , fors seulemant auquantcs bcles femes qu'il hi tienent 
por lor servir. En Ici mainere con vos avés oï pristrcnt celle cité 
les homes au grant Kan. Et quant le sire et les jens de le isle vi- 
rent qe il avoient perdu lor cité , e qc l'afer estoit aies en tel mai- 
nere , il voient morir de dolor. Il se tornent cum autres nés à lor 
ysle et firent asejcr la cite tout environ, si qe nul hi poroit entrer 
ne ensir sanz lor volunté. Et que voz en diroie ? Les jens au gran 
Kaan tindrent celle cité sept mois , et mult prochachoient et jor 
et nuit cornant il peussent fair savoir au grant Kaan reste afere ; 
mes tout ce ne vaut rien qe il le peussent faire. E quant il voient 
qe il non poient ce faire , il font pat con celz dehors e se rendirent 
sauve lor personc, en tel mainere qe il doient demorer tout lor 
vie, et ce fu à les 1269 anz de l'ancarnasion de Crist. Ensi ala 
l'afer con voz avés oï ; e le grant Kaan fist trencer la teste à l'un 
des baronz qe chaveitan estoit de cel ost , e le autre mande à l'isle 
où il fait destruer maintes jens , et iluec le fist morir ; e ce fist-il 
por ce qe il avoit seu qu'il estoient esproiciés maveismant en cel 
afer. Et encore vos di une moût grant mervoic , qc cel dcus ba- 
ronz pristrent en cel isle plusors homes en un castiaus , et por ce 
qe il ne s' avoient volu rendre , les deus baronz comandent qe il 
fuissent tuit mors , e que il fuissent à tuit tronche la teste , et il 
ensi fui fait , car à tuit furent tronches le teste for que à huit 
homes seulamant, et à ceste ne poient fer trancher la teste , e ce 
avenoit por vertu de picres qu'il avoient , car il avoient chascun 
une piercs en son braz dedens entre la cars e la pelle , si qe ne 
poroit dehors, e de ceste piercs estoit si encanté et avoit tel vertu, 
qe tant come l'en l'aust soure, ne poroit morir por fer. Et les ba- 
ronz que fu lor dit l'achaison que cel ne poient morii- por fer , il 
les font amazer con maque, e celz morurentmantinant, puis font- 

4 



( i86 ) 

il traire de les bracc cel pieres e le tienent moul chier. Or ensint 
avint ceste estoire et cesle matière con je vos ai tlcvissé, ceste es- 
toire de la desconfiture de les jens dou grant Kaan , si en lairon 
atant et retomeron à nostre matière por aler avant de nostre 
livre. 

• CHAPITRE CLXI. 

Ci devise des iiiaineres des Ydres. 

Or sachiés que les Ydres dou Catai e dou Mangi e celz de ceste 
ysles sunt tuit d'une maincre , e voz di que cclz isles et en- 
core les autres hont ydres qe ont cliicf de bucf , e tel chief 
de porques , e tiel de chien , e tel de mouton , e tel de main- 
tes autres faisonz ; et de tielz hi a que ont un chief de quatre vix , 
e tiel ont trois chief, ce est le un corne il doit , e les autres deus 
un de chascunc cLspaulc , e tiel hi a que ont quatre main , e tiel 
que n'ont dix et de tiel que en unt mille ; mes cestes sunt les meior 
et où il ont greingnor révérence. Et les cristiens disoient elz por 
coi il fasoient lor ydres si devisécment : il l'espognent : nostres 
ancestres les nos iaisent et furent telz , et nos les lahon à nostre 
filz et à celz que vindrent après nos. Les fais de cestes ydules sunt 
de tantes deversite's et de tantes cures de diables, qu'il ne fait pas 
;i mentovoir en nostre livre , por ce qe trop seroit mauves chouse 
à oïr por les cristienz , et por ce en laieron de cestes ydres , e voz 
conteron d'autres couses ; mes tant vos en dirai seulamant que je 
vuoil qe voz sachics que cesti ydres de cestes ysles, qu.nnt il pren- 
nent aucun homes que ne soit lor amis, se il ne se puet lachatci' 
por monoie , il convoie tuit sez parens e sez amis, et dit je vuoil 
qe voz veingnés mengier ho moi a mon astiaus, et adonc fait oc- 
cire le home qu'il a pris et le menuient con sez parenz , et enten- 
des qu'il le fait cuire, et ceste chars d'ome ont-il por la meiloi- 
viande qu'il pejjsent avoir. Or voz lairon de ce , e rctorneron à 



( iSy ) 

nostrc matière. Or sachics que cesLe mer là où est ceste isle s'a- 
pellc le mer de Cin, qe vaut à dir le mer qui est encontre le Man- 
gi : car je voz di qe en langajes de celz de cest ysles vaut à dire 
Mangi, quant il dient Cin qe est à levant, et a selonc que les sajes 
pedot* dit, c le sajes mariner qe hi najent et que bien sevent la ■ f^'i' 
vérité, sept mille et quatre mille et quarante huit ysles, lesquelz 
s'abitent les plusors. E si voz di que in tûtes celles ysles ne naist 
nul arbres que ne en veingne grant odor e buen , et que ne soit de 
grant utilité , bien aussi grant corne le leingn aloe e grcingnor. Il 
ha encore maintes chiercs espices de plusors faites , et encore vos di 
que en cestes ysles naist le pevre blance come nois et encore dou noi r 
en grant abundance. Il est moût merveiloses couses la grant \ai- 
lance de le or et de les autres chieres chouses qe en cestes ysles 
sunt. Mes je voz di qu'elles sunt si longnes qc à grant anuie i se 
puet aler. Et quant les nés de Zaiton ou de Quinsai hi vont , il hi 
font grant profil e grant guain , e si vos di qu'il poinent à aler 
un an : car il vont le yver e tornent Testée , car les vent yci ven- 
tent for que de deus faites , le un que les porte et le autre que 
les^retorne ; e ce vente le une d'cstée e l'autre de yver. Et sachiés 
que ceste contrée estloinge de Indie grandisme cjuantité de voie. 
Et encore vos di que por qe je voz ai dit que ceste mer est apellc 
le mer de Cin , si voil-je que voz sachiés qe ce est le mer O-siane, 
mes l'en dit come diroit le mer d'Engletere e le mer de Rocelle, 
ausi dit l'en en celle contrée le mer de Cin et le mer île Indie e 
le tel mer : mes toutes foies tuit cesti nonz sunt dou mer Osiaue. 
Or desormes ne voz conterai plus de ceste contrée ne de cestes 
ysles, por ce qe trop desviable , et encore que nos ne i somes es- 
tes. Et encore vos di que le grant Kaan ne i ha que fer , ne ne 
li rendent treu ne riens , e por ce nos retorneron à Zaiton el 
d'iluec recomenceron encore nostre livre. 



( iB8 ) 
CHAPITRE CLXII. 

Ci devise de la contrée de Cinaba. 

Or sachiés qe quant l'en s'en part dou port de Zaiton et naje 
por poiient , aucune couse ver Garbin mille cinq cens miles , 
adonc vient à une contrée qe est apellé Cianba, qe moût est riche 
terre et grant. Il ont roi por elz e lor propc lengajes e sunt ydres, 
et fait treu au grant Kaan de leofans chascun, e ne le rendoit au- 
tre couse for che leofans asez. E vos dirai comc cestui roi fait 
ceste treu au grant Chan. Il fui voir qe à les 1278 anz de l'ancar- 
nasion de Crist, le grant Kan envoie un son baron qe avoit à non 
Sogatu con maintes jens et à chevaus et à pies sor cest roi à Cian- 
ban , e commance à fer grant torte au reingne. Et le roi qe moût 
estoit de grant aajes, et encore ne avoit si grant poir de gens 
d'armes comc stoicntcelz dou grans Kan, ne se poit défendre en 
bataille chanpiaus , mes se dcfendoit es cites et en castiaus que 
moût estoient fort, si qu'il ni avoient doutance de nelen ; mes 
tous les plaingnes e les casaus estoient toutes gastéc e destruites. 
Et quant ceste roi voit que cestui li aloit ensi gastant e dcstruant 
soi roigne, il en a grant doleur. Il prant mantinant sez mesajes, 
e les mande au grant Kan con tel mesajarie con vos oïrés. Les 
mesajes s'esproicient tant qu'il furent venu au grant Kan , e li 
distrent : Sire , li roi de Cianban vos salue come à son seignor 
lige , e vos mande qu'il est homo de grant aajes , e qe lonc tens 
a tenu sun règne en pais , et vos mande qu'il vuelt estre votre ho- 
me, et voz velt rendre por treu chascun an leofanz e asez, e vos 
prie doucement et vos cric merci que voz votre baron et vestre 
jens qe destnient son reingne faites partir de sa tere. E tant se 
taientle mesajes que ne dit plus. Et quant le grant Kan ot oï ce 
* En. qe ceste viel roi li mande , il ni * a pitié; il mande tant tost à son 
baron et à sez jens qu'il se partissent de cel rcignc , e qu'il alaisent 



( iSg ) 

en autre part por conquister tere , et cclz font le coiimandamant 

lor scingnor : car il se partirent crament et aient en autre parte. 

E cestui roi rent chascuns anz au grant Kan por treu vins leofanz 

les plus biaus e les greignor qu'il poit treuver en sa tere ; en tel 

mainere con voz avés oï devint cestui roi home dou grant Kan , 

e li fait treu de leofant sclonc qe voz avés oï. Or nos lairon de ce 

e voz conteron de l'afer dou roi e de sa tere. Or sachiés qe en 

ceste roigne ne se poet marier nulle belle dameselle qu'il ne la 

voie avant , e se il le plet, si la prcnt à feme , et se ne li plet , il 

li done monoie por coi elle puesse prandre à une baron. E si vos 

di qe à les i285 hi fui je Marc-Pol, et à celui tens avoit cestui 

roi trois cens vingt six filz entre masles e femes, qe bien en avoit 

plus de cent cinquante homes qui poient porter armes. En cel 

reigne a leofans en grandisime quantité. Il ont leingne aloe en 

grant abondance. Il ont maint boschés dou leingne que estapellés 

bonus * qe est moût noir , dou quel se font les escace e les cala- FMm 

manz. Auti-es couses qe face à mentovoir en nostre livre ne i ha, 

e por ce noz partiron de ci e aleron avant e nos conteron d'une 

grande ysle qe est apellé Java. 

CHAPITRE CLXIII. 

Ci devise de la grant isle de Java. 

Or sachiés que quant l'en se part de Cianban , et ala entre mi-- 
di et scelonc mille cinq cens miles, et adonc vient à une grandisi- 
me isle qe est apellé Java, qe sclonc qe les bucn mariner dient qe 
bien le scvent : ceste est la greingnor isle qe soit au monde qe 
bien gire environ plus de troi milia mUcs. Elle est au grant roi 
e sunt ydres et ne font treu à home dou monde. Ceste ysle est 
de moût grant richece. Il ont pevre e noces moscée et espi e ga- 
langa e cubebe e garofali et de toutes chères espicerie qe l'en 
jpeust trover au monde. En ceste isle vienent grant quantité de nés 



( igo ) 

ede mercanz qe hi acalcntde maiiiLcs mcrcandics et hi font grant 
profit c grand gaagne. En ceste isle ha si grant trezor, qe ne est 
home au monde qe le peust contere ne dire. E si vos di qe le 
grant Kan ne la pot unques avoir por la longe voie e por la dou- 
tosse qui hi estoit à najer. E de ceste isle les mercant de Zaiton 
e dou Mangi ont ja moût grandismc trésor trait e traient encore 
tout l'or. Or voz ai contés de cest ysle e ne voz en dirai plus , 
mes nos conterons avant. 

CHAPITRE CLXIV» 

Ci devise de l'isle de Sardan e de celz de Candur. 

Et quant l'en se part de ceste ysle de Java et il naje entre midi 
et Garbin sept cent miles , adonc treve-l'en deus ysles, une grant 
et une meadir qe s'apellcnt Sondur et l'autre Condur. E de cestes 
ysles se part-l'en et ala por sceloc encore de cinq cens miles, et 
adonc treuvo-l'en une provence qe est apellé Lochac qe moût 
est grant e riches. Il hi a un grant roi et sunt ydres et ont langa- 
jes por elz. Il ne font treu à nelui , por ce qe il sunt en tel leu qe 
nul puet aler sor lor tere por mau fer: car se il i se peust aler, le 
grant Kan le soumeteroit tost sot sa segnorie. En ceste provence 
naist le bezi domesce en grandisime quantité. Il ont or en grant 
abondance , si grant qe nulz le peust croir qui ne le veist. Il ont 
leofant et chaceionz e venaionz asez, et de ceste reigne vont tou- 
tes les porcelaine qe s'espenent en toutes provences con jeo vos 
ai contés. Autre couse ne i a qe à mentovoir face , for qe je vos 
di qu'il est si sauvajes leu qe pou jens hi vont, et le roi mesmc 
ne velt qe aucun hi aille , ne nul saiche son trezor ne sa condi- 
sion. Or adonc nos partiron de ce et noz conteron avant d'autre 
couse. 



( igi ) 

CHAPITRE CLXV. 

Ci devise de l'isle de Pentam. 

Or sachiés qe quant l'en se part de Locac et il ala cinq cent 
miles por midi, adonc treuve-l'en une isle qe est apellé Pentam 
que moût est sauvajes leu. Il ont tuit lorbois tuit de leingn de 
grant odor e de grant otorité. Or noz partiron de ce et aleron 
por mi cest deus isles entor soixante miles , et ne i a qe quatre 
pas d'eive , et convient qe les grant nés ( qui ) hi pasent , ausent le 
timon , por ce qe il tirent d'eive propos à quatre pas. E quant 
l'en a aies ceste soixante miles encore avant ver isloc entor trente 
miles , adonc treuve-l'en une isle qe est roiame et s'apelle Ma- 
lanir la cité e l'isle Pentam. Il ont roi et ont langajes por elz. 
La cité est moust grant e noble , et hi se fait grandisme mercan- 
dies de toutes couses et speices , car il hi nia en grant abondan- 
ce. Autre couse ne i a c'a mentovoir face , e por ce nos partiron 
de ci et aleron avant, et voz conteron de la pitele Java ensi con 
vos pores oïr. 

CHAPITRE CLXVI. 

Ci devise de l'isle de Java la moindre. 

Quant l'en se part de le isle de Pentam e l'en ala por ysceloc 
entor cent miles, adonc treuve le ysle de Java la menor ; mes 
si sachiés q'ele ne est pas si peitite q'ele ne gire environ plus de 
deus mille miles, e de ceste ysle voz conteron toute la virité. Or 
sachiés qe sor ceste ysle ha huit roiames et huit rois coronés en 
ceste ysle , e sunt tuit ydres et ont langajes por elles. Car sachiés 
che chascun des roiames ont langajes por eles. En ceste ysle a 
meut grandisme habundance de trezor e de toutes chieres espè- 
ces e leingn aloe et espi , e de maintes autres espèces que unques 
n'en viencnt en nostrc païs. Or vos voil conter la maineres de 



( 192 ) 

toutes ccstcs jcns , cascunc por soi , e vos dirai primermaiil une 
cousse qe bien scnblera à cascun mervoilliose cousse. Or sachiés 
tout voirmant qe ceste ysle est tant à midi qe la stoille de tramon- 
taine ne apert ne pou ne grant. Or noz relorneron à la mainere 
des homes , e voz conteron tout avant dou rouiame de Ferlée. 
Or sachics qe en ceste reingne de Ferlée a chaions de mercaaiU 
saracins qe hi usent con lor nés, le ont converti à la loi de Mao- 
met, e cesti sunt celles de la cité solamant; mes celés des mon- 
tagnes sunt ticl como Lestes. Car je voz di tout voiramant qu'il 
menuient cars d'oumes e toutes autres cars e bonne e mauvase. Il 
aorent diverses couses ; car quant l'en se lieve le maitin , la pri- 
mcre couse qe il voient, celle aorent. Or voz ai contés de Ferlée , 
et après vos conterai do roiame de Basman. Et quant l'en se pari 
de ceste roiame de Ferlée et il entre en roiame de Basma : ceste 
Basma est roiames por soi , et ont lor langajes, mes il sunt jens 
qe ne ont nulle loi se ne comes bestes. Il se apcUent por le grant 
Chan , mes ne li font treu nul , por ce qe il sunt tant longe qe les 
jens dou grant Kan ne i porent aler ; mes il s'apellent tuit cela 
de l'isle por lui , et aucune foies li font présent de couses estran- 
ges. Il ont leofans sauvajes et ont unicornes asez qe ne sunt mie 
gueres moin qe un leofans : il sunt dou poul dou bufal. Les pies 
a fait come leofant ; il a un cor en mi la front moût gros et noir, 
et voz di qe il ne fait maus con sa langue ; car il a sus sa langue 
l'espine moût longues, si qe le maus qe il fait con langue. Il a 
le chief fait come sengler sauvajes , et toutes foies porte sa teste 
cnchine ver terre, e demore moût voluntiercs entre le bue et entre 
le fang. Elle est meut laide beste à veoir. Il ne sunt pas ensi come 
nos decadion et devizon qe dient q'ele se lai prendre à la poucelle , 
mes vos di qu'il est tout le contraire de celz qe nos quidion qe il 
Singes. fust. Il ont scingncs* en grandisme abundance e de maintes faizon 
deversemant faites. Il ont hostor tuit noir come corbiaus. Il sunt 
moût grand et oselent moût bien. Et si vos vuoil dir et faire co- 
noistre qe celz qe aportent les petit homes de Yndie , est grande 



( -93 ) 

mensoingne et graiit deceverie : car Je vozdi qe celzqe cildientqe 
sunthomeS , se font en ceste ysle, e voz dirai comaint. Il est voir 
que en ceste ysle a une manière de singes qe sunt meut pitetes et 
ont les vix que senblent homes. Or les homes prennent cclz tiel 
singes e le pellent toute , et le laisent les poilz en barbe et à pe- 
terin , puis le font sécher e le metent en forme e l'adobent con 
canfaran e con autre couse en tiel mainere q'ele senblent qe 
soient esté home , e ce est une grant deceverie : car il sunt fait 
en tel mainere con voz avcs oï. Car en toute Yndie ne en autre 
pars plus sauvajes ne furent onques vcu nul si peitet homes corne 
celz senblent. Or ne voz conteron plus de ceste roiame , qe ne i 
ha autre couse que à mentovoir face , e por ce laieron de ce e 
voz conteron do autre roiame que est apellé Samara. 

CHAPITRE CLXVII. 

Ci devise do roiame de Samara. 

Or sachiés qe quant se part de Basma , il treuve le roiame 
de Samara qe est en ceste isle mesme en quel je meisme Marc 
Pol hi demorai por cinq mois por le tens qe ne nos lasoit aler 
nostre voie , et encore vos di qe la tramontaine ne part. Et 
encore vos di que l'estoilles dou meistre ne aparent ne pou 
ne grant. Il sunt ydres sauvajes et ont roi riches et grant. Il 
s'apellent encore por le grant Kan. Or ensi demorames nos cinq 
mois , nos desendimes des nés et feimes en terre chastiaus de 
fust et de busches , et en celz castiaus demorames por doutance 
de celz mauvais homes bestiaus qe menuient les homes. Il hi a 
peisons les meior dou monde. Il ne ont forment , mes vivent de 
ris. Il ne ont vin for tel con je devisarai. Sachiés tuit voiremant 
qu'il ont une mainere d'arbres desquel trenccnt les rames de cel 
arbres, e met-l'en un pot bien grant aou tronchon qui est remès 
à l'arbre , e voz di qe en un jor c en une noite s'cnple et est moll 

25 



( «94 ) 
bucn vin da hoir. Les arbres sunt scnblables à petit datai et sunl 
quatre rainies trois cel en , et ont tant vins con je vaz ai dit «jui 
est moût buen. E si voz di une autre couse qe quant celz brece ne 
eetent plus vin, ele prant de l'civc et en gctent as pic's de l'arbres, 
cl après ne demore gramant qc les braccs gitent le vins, c voz di 
qu'il en i a de blance c de vermeille. Il ont grandismes quan- 
tité des noces de Inde moût groscs et bonnes e mauveisses. Il 
menaient de toutes chars e bones emauvesses. Or vos avon conté 
de cestc roiaumes, or vos en lairon e voz conteron de Dagraian. 

CHAPITRE CLXYIII. 

Ci devise dou roiamc de Dagraian. 

Dagroian est roiame por soi et encore ont lor langajes. Il sunt 
de cestc ysle et ont roi. Les jens sont moût sauvajes et s'apellcnt 
por le grant Kaan. Il sunt ydrcs e vos conterai tout avant un 
inout mauves costumes come je voz dirai : car sachiés tout voi- 
remant qe quant aucun d'elz ou masles ou femes chiet amalaides , 
et adonc mandent lor parens por les majus et font vcoir se le 
malaides doit guarier. Et ccsti magius por lor encantament et 
por lor ydres sevcnt se il doit guérir ou morir. Adonc les parens 
dou malaides mandent por ceste homes viencnte preinent lo mort 
* Suffofiuer. e li metcnt aucune chouse sor la boche, si qe il le font sofoger * , e 
quant il est mort, il le font cuire. E puis tuti les parens dou mort 
vienent et le mcnuicnt tout, e si voz di qu'il menuient encore 
• MoJ'iic. toutes les meroles* que sunt dedens les osse , e ce font-il por ce 
qe il ne vêlent qe en remagne aucune sustance : car il dicnt se il 
hi remansist aucune soslance, <je cel sostancc fcroit vermes , les 
moroient por defaute de mangicr, e de la mort de cesti vernies 
dient que l'arme dou mort en auroit grande doumajes e peicés , 
e por ce le mcnuient-il tout. El après ce le ont mangiés , il pre- 
nent les hoses e le metent en une belle arcbete , et puis le portent 



( 19-'' ) 

et l'apennent en granl cavernes des montagnes en tel leu qe nulle 
beste ne autre mauvcse chousse le peusse thochere. Et encore voz 
di se il puet prendre des autres homes qe ne soient de lor con- 
trée , il le prenent , c se celui ne se poit rachater , il les occient 
e le menuient tôt maintenant. Or ce est mult mavese mainere et 
maie uzance. Or vos avon contés de ceste roiame , et adonc noz 
laieron de ceste et noz conteron de Labri. 

CHAPITRE CLXIX. 

Ci devise tlo roiame de Labriii. 

Lanbri est un roiame qe a roi por soi , e se reclaume por le 
grant Kaan. 11 sunt ydres. Il hi a berzi * en granthabondance. Il B.oii 
ont encore canfora et autres cbicres espèces en grant quantité , 
et de berci voz di qe il le seminent , e quant il est nés en petite 
verge, il le cavent et le plantent en autre leu , et iluec le laisenl 
por trois anz et puis les cavent con toutes les rais. Et si voz di 
tout voiremant qe nos en aportames de celle semese à Venese , et 
le seminames sor la terre : si voz di qu'il n'i nasqui noiant , e ce 
avint por leu froit. Et encore voz conterai une coasse qe bien fait 
à mervoilier. Car je voz di tout voutremant qe en ceste roiame a 
homes qe ont coe grant plus de un paum , et ne sunt pinbeust et 
cesti sunt tuit le plos , e celz tiel homes demorent dehors as mon- 
taignes e ne pas en cité. Le coe sunt grose come de un chien. Il 
ont unicornes asez. Il ont venesionz et chaceionz d'ousiaus e de 
bestes asez. Or voz avon contés de Lanbri , si nos en partiron et 
voz conteron de Fansur. 

CHAPITRE CLXX. 

Ci devise do roiame de Fansur. 

Fansur est roiame por soi et ont roi et sunt ydres et s'apcl- 
lent por le gran Chan. Il sunt de ceste isle meisme qe dit voz 



( '96) 

avon desoure. En ceste roiame naist la meilor canfara fansuri , 
et vaut miel qe ne vaut le autre : car je voz di qe se vent atretant 
or à pois. Il ne ont forment ne autre blés , mes menuient ris et 
lat. Il ont vin des arbres , de celz qe je voz contai desoure. E si 
voz di un autre cousse que bien fait à conter por mervoille. Sa- 
chiés qe en ceste provence ont farine d'arbres , e voz dirai co- 
rnant il ont. Sachie's qe il ont une mainere d'arbres qe mont sont 
groses e grant ; e cesti arbres sunt tuit plein dedens de farine , qe 
sachics qe cesti arbres ont moût soutil escorces , c tuit dedens est 
farine , e ne font meint meigier de paste qe moût sunt buen à 
mangier : car je voz di qe nos meisme l'esprovames asez , car nos 
en menuiames plusors foies. Or vos avon contée de cesti roiamcs 
que sunt de ceste partie de ceste ysle e des autres roiamcs de 
l'autre partie ne voz conteron-noz rien , por ce que noz ne i fu- 
mes mie , et por ce qe noz ne i ( fumes ) , voz en lairon atant , e 
vos conteron d'une ysle molt pitete qe est apellé Gavenispola. 

CHAPITRE CLXXI. 

Ci devise de TisUe de Necaraû. 

Quant l'en se part de Java e dou roiame de Lanbri, et il vait por 
tramontana entor cent cinquante miles , adonc treve-l'en deus ys- 
Ics , qc le une est apellé Necuveran , et en ceste isle ne ont roi e 
sunt come bestes , e voz di qu'il o vunt tuit nu e masles e femes, e 
ne se covrent de nulle rien dou monde. Il sunt ydres , e si voz di 
qe tuit lorboscajes sunt de nobles arbres e de grant vailance. Il 
sunt sandal vermoil e noces d'Inde e garofal , et berzi e maintes 
autres bones arbres, N'i a autre qementovoir face , e por ce nos 
partiron et voz conteron de l'autre ysle qe est apelé Angaman. 



•i 



( 197 ) 
CHAPITRE CLXXII. 

Ci devise de l'isle de Agamân. 

Angaman est une ysle bien grant. Il ne ont roi. Il sunt ydres e 
sunt come bestes sauvajes , et si voz dirai d'une meinere de jens 
qe bien fait à conter nostre livre. Or sachie's tout voiremant qe tuit 
les homes de ceste ysle ont chief come chien et densetiaus come 
chiens : car je voz di qu'il sunt tuit senblable à chief de grant 
chienz mastiu. Il ont cspeceries asez. Il sunt moût cruel jens ; il 
menuient les omes tuit cil qe il puent prandrepuis qu'il ne soient 
de lor jens. Il ont grant habondace de toutes meineres d' cspece- 
ries. Lor viandes est e lait e cars de toutes maineres. Il ont en- 
core fruit devise'e à les nostres. Or vos avon contes de cestes dé- 
verses jens , et adonc noz en partiron e vos conteron avant des 
autres e vos diron d'une ysle (je est apellé Seilan. 

CHAPITRE CLXXIII. 

Ci devise de l'isle de Seilan. 

Quant l'en se part de l'isle de Angaman et il ala cntor mille 
miles por ponent, aucune couse moin ver Garbin , adonc treuve- 
l'en l'isle de Seilan qi est tout voiremant la meior isle qe soit au 
monde de sa grandese , e vos dirai cornant. Elle gire environ 
deux mille e quatre cens milles, et si voz di qe ansienemant estoit 
greingnor , car elle giroit environ trois mille e six cens miles se- 
lonc que se treuve en la mapemondi des mariner de cel mer ; 
mes le vent a tramontaine hi vient et vente si fort qe une grant 
partie de ceste isle a fait aler sout l'eive , e ce est l'acaison por 
coi elle est si grant come elle fu jadis. Or voz conteron des fait 
de ceste ysle. Ceste isle ont roi qi est apelle's Sendemain. Il sunt 
idules. Il ne font treu à nulz. Il vont tuit nus , for qe il se curent 



( '98 ) 

lor nature. Il ne ont blés for qe ris , et ont sosimain de coi il font 
Je olio. Il vivent de lat e de cars e de ris, et en cestc ysle ont vin 
de celz arbres qe je voz ai dit desoure. Il ont berzi en grant 
habondance do meillor dou monde. Or voz laieron de ceste 
couse ( et voz dîron de la plus précieuse chose ) qe soient au 
monde , car je voz di qe en ceste isle naiscnt les nobles et 
* Rubis. buen robin * , ne en nula autre part dou monde non nalsent ; 
et encore hi naisent les zafinz et les topas et les amatist et en- 
core maintes autres bones pieres. Et si voz di qe le roi de cesl 
proveiice a le plus biaus rubin qe soit en tout le monde, ne que 
unques fust veu,ne qe se doitveoir , e vos deviserai cornant il est 
fait. Or sachiés qu'il est lonc entor un paum , e gros bien tant 
corne le bras de Tome. Il est les plus esplendent cousse dou monde 
à veoir. Il ne a terre nulle ; il est vei-moille corne feu ; il est de si 
grant vaillance qe à poine se poroit accater por monoie. E si voz 
di por vérité qe le grant Kaan mande sez mesajes à cesti roi , e 
le mande qe il voloit acater cestui robin , et qc se il le li voust do- 
uer , qu'il en li faroit donner le vailance d'une cité. Cestui roi dist 
qe il ne le donoroit por rien dou monde , por ce qe il dist que fu 
de sez ancestre ; et por ceste achaison ne le pot avoir por couse 
dou monde. Les homes ne sunt pas d'armes , mes sunt cheitif et 
vil ; mes se il avint qe il lor beizogne homes d'armes , si ont d'au- 
tre contrée et propremant saracins. Il ni a autre couse qe à men- 
tovoir face , e por ce noz en partiron et aleron avant e vos con- 
teron de Maabar. 

CHAPITRE CLXXIV. 

Ci devise de la gran provence de Mabar. 

Quant l'en se part de l'isle de Silan et ala ver ponent entor 
soixante miles , adonc treuve la grant provence de Maabar que 
est apellé l'Inde greingnor , e ce est la meillor Indic qe soit , et 
est de la tere ferme. Et sachiés qe en ceste provence a cinq rois 



( '99 ) 

que sunt frères earnaus , et voz en diviseron de cascun por soi. 
Et si sachies tuit voircmant qc ceste provencc est la plus noble 
e la plus riches qe soit au monde , e si voz en dirai la vérité co- 
rnant. Or sachle's qe de ceste chief de la provence reingne oun de 
cesti frères qe a non Senderbandi Davar. Et en le sien rengne 
se treuvent les perles moût groses e bones e belles , e voz dirai 
cornant les perles se treuvent e se prennent. Or sachies qe il ha 
en ceste mer un gouf qui est entre l'isle e la tere ferme , et en 
tout ceste gouf ne a d'eive plus de dix pas ou de douze , et eu 
tel leu hi a qe ne est plus de deus pas ; et en ceste gouf se prenenl 
les perles , e voz dirai cornant celz qe ce font. Il prenent les nés 
e grant e petite , e vont en ceste gouf, ce est dou mois d'avril 
jusque à dimi may, en un leu qe s'apelle Bettalar e vont en la 
mer soixante miles et iluec gitent lor ancres , et il entrent puis 
en celés barches petites , e cesti le pèsent* con je voz dirai. Il est - Pèchent. 
voir qe il sunt maint mercant et font plusors conpagnies et aca- 
tent maintes homes à loier : ce est que il lor donent à itant por 
le mois d'avril jusque à dimi may , ou tant come la pei«ciere dure, 
e les mercant en donent tel droit con je vos dirai. Il donent 
tout avant au roi la disme part , encore en donent à celui que 
encante les peisonz qe ne faicent maus à les homes qe vont soûl 
eive por trover les perles. A cestui en donent des vingt le un , e 
ce sunt Abrivamain qe encantent les peison le jor solemant, car 
la noint ronpent il les encan tamant si qe lespeizon en puent faire 
de lez à lor vohinté. Et encore voz di qe cesti Abraiamain en- 
cantent encore toutes bestes e tous osiaus e tous animaus. Et 
quant les homes qe sunt en les petites barches e qe ont les loiés 
des mei-caant isent de barches e vont sout l'eives , tel quatre 
pas et tel cinq jusque in douze , e demorcnt toute come il plus 
puent , e quant il sunt au font de la mer , il treuvent laiens ca- 
pare * qe le ome apellent hoslrige de mer, et en ceste oslricc se ■ Co.|uiiies. 
treuvent les perles groses e menues e de toutes faisonz. Car les 
perles se treuvent en la charz de celz cappcs. Et en cr.ste mainere 



M.i 



( 200 ) 

se pescent les perles , et ce sunt si grandismes quantitc's qe ce ne 
fait à conter. Car sachics qe de les perles che en ceste nier se 
treuvent , s'espandcnt por tiite lo monde , e si vos di qe le roi 
de ceste reigne en a grandisme quantité' droit e grandisme trezor. 
Or voz avon conté cornant se treuvent les perles. E si vos di tout 
voircmant qe tantosl (jni est da mi * à mi ne i se trovent plus de 
cestes cappares : ce sunt cciz là où i se trovent les perles. E bien 
est-il vérité que loingn de ci entor de trois cens miles se trou- 
vent , e ce est de setembrc jusque à dimi octobre. E si vos di 
qe en toute ceste provencc de Mabar ne a mester por tailiier ne 
* Coudre. cuire * dras, por ce qe il ont luit nus de tous les tcns de l'an. Car 
Je vos di qu'il ont tout tens tenpréé , ce est qu'il ne ont ne froit 
ne chaut , e por ce vont toutes foies nus , for qe il se cuvrent 
lor nature dou pou de drap tant solamant. Et ausj vaut le roi 
come les autres , for (ju'il a autres couses tel con Je vos deviserai. 
Or sachiés por vérité qe lor roi vaut tout nu , sauve qe il covrc 
sa nature dou biaus dras , et au cucl a tout environ un freies ies- 
qucl est tOHt plcnde pieres presioses. Ce sunt robin e zafin et es- 
niaraut et autres qieres pieres, si qc ceste coler vaut bien un gran- 
disme trezor. Et encore li pent au col dou roi une corde de soie 
sotil que i! dure tout devant un pas , et en ceste cordon a cent 
quatre entre grosisme perles e belles e de rubinz qe moût sunt de 
grant vaillance. Le por coi lii a cent quatre pieres en tel cordon 
je voz dirai. Sachics de voir qe celle cent quatre pieres porte el , 
por ce qe il couvent qe chascun jor le maitin et le soir die cent 
quatre orasion à le onor de sez ydres , et ausi comandc loi- foi e 
lor mainere , et ensi le font les autres rois sien anccstres e laisent 
à cestui qe le deust faire ; et ce est le por coi le roi porte celles 
cent quatre pieres à cuel. Et encore voz di qe le roi porte encore 
en trois leus en bras braciaus d'or touti plenz decherismes pieres 
et perles moût gi'oisscs e de grant vailaiice ; et encore sachiés qe 
ceste roi porte en les jambes en trois leus ausint braciaus d'or 
tout covert de trè chiercs perles et pieres. Et après voz di encore 



( 20. ) 

qc ccste roi porte liellos perles el autres piercs si qe mervoie est 
à vcoir. E qc voz en diroi ? Sacliiés tuit voiremanl qe reste rois 
porte tantes pieres c tantes perles qe bien vaiienl plus d'une bone 
cité , et ne est nul qui peust dir ne conter le grant e nombre qc 
celz qe porte le roi vaillent , et ce ne est pas mervoie se il en a 
tant qe Je vos ai contés , por ce qe je vos di qe celés cbieres pieres 
et perles se trcuvenl en son règne. E si vos di nn autre couse qe 
nul omes ne puct traire de son reingne nulle pierc grosse el 
chiere, ne nulle perles qepoise da dimi saies en sus. Et bien est-i! 
voir qe le roi mande l'an por tout son rcingnc qc tuit celz qe ont 
belles perles et bones pieres , le doient porter à la cort , cl qu'il 
li fara doner deus tant qc il ni le costc. E ce est le uxance don 
rcingnc de doner lo double de ce qc costcnt toutes les bones 
pieres; e les mercaaus e toutes les autres jens , quant il ont de 
celles bones pieres, le portent volunter à la cort, por ce qe il 
sunt bien paies. Or ce est la raison por coi ccste roi a tantes ri- 
chesse e tantes cbieres pieres. Or voz ai contés de ce , si voz con- 
terai encore d'autres mervcioses chonscs. Or sacbiés tuit voire- 
mant qe ccste roi a bien cinq cens femes , ce sunt marier , car je 
voz di qe tant tosto qe il voit une bielle dame o damcsclle , si la 
■vuclt por soi , et si en fist une tel couse con je vos dirai. Sacbiés 
qe ccste roi vit une moulo bielle moilier , si le la toit et la tint por 
soi. E son frer qe sajes estoit, le sofri e ne fist brie con elz. Et en- 
core vos dirai de ccste roi une autre cousse qe bien fait à mer- 
voilier, .le vos di qe cestc roi a scz feoilz asez et sunt en ccste mai- 
ner : car il sunt feoilz dou seingnor en cestc monde e le autre sc- 
lonc ce qe il dient, et vos en dirois de ccste grant merveie en 
avant. Cest feoilz servent le seingnors et la cort e cbevaiicbent 
con le roi et ont grant segnorie enlor lui , c la unques vait le roi , 
cesti baronz li font conpagnic et ont moût grant segnorie en 
toute le rpgne. E sacbiés qe quant le roi se mucrt et son cors se 
art en grant feu , adonc tuit cesti baronz qe scz feoilz estoient si 
con je vo sui dit desoure , se gèlent in feu c s'ardcnl avec le roi 



( i02 ) 

por lor fer conpagnie en l'autre monde. E encore voz di que en 
ccste règne ha une tel usanze : car quant le roi se mort et il laso 
grant trezor , e le filz qe remaint ne en tocheroit por ren dou 
monde , car il dient, je ai tout le reingne de mon père e toutes 
les jens , donc bien m'en piiis-je prochacer ausi con fist mon per. 
Et en ceste mainere ne tochent mie lor trezor les rois de ceste 
règne , mes les laisse-l'en à l'autre, e chascun fait trezor, e por 
ceste achaison a moût grantdisimes quantités de trezor ceste rein- 
gne. Et encore vos di qe en ceste reingne ne naisent chavalz , et 
por ce tout le trezor de la rende qu'il ont cascunz anz , ou la 
greingnor partie se consume en achatcr chavalz , et voz dirai co- 
mant. Sachiés tuit voirmant qe les mcrchant de Curmos et de 
Qisci et de Dufar et de Soer e de Adan , ceste provence ont moût 
chavaus , e destrer e d'autres chavaus , e les mercaant de ceste 
provences, ensi con je voz ai dit, achatcnt les bonz chavalz e 
les cargent es nés c les aportent à ccste roi et encore à sez frères 
qe quatre rois sunt encore. Il vendent-le un bien cinq cens saie 
d'or que vailent plus de cent mars d'arjent. E si vos di qe cesti roi 
en achate bien deus mille et plus cascun anz , e ses frères en aca- 
tent autretant , et à chief de l'an n'en ot nul cent , tuit muorent- 
elz por ce qe il ne ont marreschaus ne ne li sevent costoir , mes 
se morent por mal garde. E si voz di qe les mcrchaant qe portent 
cesti chevaus à vendre , ne hi laisen à les , ne ne i moinent nul ma- 
rescaus por ce q'il vuelt qe les chavaus se morent asez à cesti rois. 
Et encore voz di qe en ccste roiame a encore un autre costume 
qe je vos dirai. Car quant un ome a fait maléfice qu'il doie mo- 
rir , e que le seingnor le li vole fare occire , adonc die celui qe 
doit estre ocis, qu'il se vuelt occire il mesme por le onor e por 
l'amor de tiel ydules , le roi le dit qe ce vuel-il bien , et adonc 
tous les parons e les amis de cestui qe se doit occire, le prenent et 
le metentsus une caiere et li doncn bien douze coutiaus, e le por- 
tent por toute la cité e vont disant : ccste vailanz homes se vait 
occire il meesme por le amor de tel ydules. En tiel mainiere con 



( 2C3 ) 

je voz di le portent por tute la cité , e quant il sunt venu en leu 
lào il se fait la justice , adonc celui qe doit morirprent un costiaus 
et crie à aute vox , je m'ocie por l'amor de tel ydules. Après qu'il a 
d it ceste parole , il se fiert dou coutiaus por mi le bras , puis prent 
un autre coutiaus e se fert en le autre bras , puis prent autre cou- 
tel e se fert por mi le ventre. E che voz en diroie? El se donc 
tant de cesti coutiaus qu'il s'ocit il meismc ; e quant il se est ocis , 
sez parens ardent le cors à grant joie. Et encore voz di qe en cest 
roiames ha encore un autre costume , qe quant un home est mors 
et son cors se fait ardor , sa feme se gette en feu mesme et se 
laise ardre avec son baron , et ceste dame qe ce font sunt moût 
loés des jens; E si voz di tout voiremant qe maintes dames font ce 
qe je vos ai contés ; et encore vos di qe celés de cestes roiames 
aorent les ydres, et les plosors aorent le buef , por ce qe il dicnt 
qe le buef est moût bone chouse , ne nul n'en mengieroit dou 
buef por rcn dou monde, ue nulz ne l'ociroit en nulle mainere. 
Mes si vos di qe i a une generasion d'omes qe sunt apellé goui ; 
cesti menuient bien cars de buef, mes non mie qe il l'olzent 
ocire , mes quant aucu buof se mort de sa morte ou d'autre mort , 
adonc céSti qe je voz ai contés les menuient; et encore voz di qe il 
ongent toutes lor maisonz de losci * dou buef, et si vos di qu'il ont * ^' 
encore un autre costume tel con je vos dirai. Car sachiés qe le 
roi e les baronz e les autres jens seen sor la terre , et quant l'en 
le demandoit por coi il se seoent plus enhorablement , e ccl dis- 
trent qe seoir sus la terre est asez honorable chouse est astoir sus 
la tere , por ce qe nos fumes de tere e à la tere douon torner , et 
por ce ne poroit-l'en trop honorer la tere , ne nul ne la doit âes- 
presier. Et encore voz di qe cesti gaui , ce est tout lor generasion 
qe menuient la cars dou buef quant el se morut, sunt celz qe lor 
ancestere ocistrent meser Sant Tomas le apostrc jadis ; et si vos 
di encore un autre couse qe tout cest lengnajes qe gaui sunt apel- 
lés , nulz ne poroit entrer en leu là où le cors de mesier Saint To- 
mas est , car sachiés qe dix homes ne poroient tenir un de cesti 



( M ) 

gaui là où le saint cors est , ne encore aoz di qe S-ingt homes ou 
plus ne porcnt mètre un de cesti gaui en leu là où le cors mesicr 
Saint Tomes est , por ce qe le leu ne les rccoie por la vertu dou 
saint cors. En ceste reingne ne naist nulle blés for che ris sole- 
mant. Et encore A'OZ di une gieingnor couse qe bien fait à con- 
ter : car sachics se un grant destrier covrisse un grant destrier il 
en aist un petit cavaus qe a les pics tuit estors. Il ne vailent rien , 
ne ne se puet cavaucher. Encore vos di qe cest jens vont en can- 
taille cun lance et escu, e vonttuitnue nesuntmie vailanzne pro- 
donmcs , mes sunt viel jens e caitivi. Il ne occient nulle bestes 
ne nul animaus ; mes quant il vuelent mengier chars de mouton 
ou d'aucune autre bestes ou oisiaus , il le font occir à saracin et 
autres jens qe ne sunt de lor loi ne de loruzanze. Et encore voz 
di qe il ont encore un tel costume , qe tuit et niasles et femes se 
lavent chascun jors deus foies en eive tout lor cors, ce est le 
maitin et le soir, ne autrement ne mcnglerent ne boiverent jus- 
ques à tant qe il ne fuissent lave's ; e celui qe ne se lavest por deus 
* Hcrcii.iuc foies le jor , est tenu come noz tenion les patarim *. E si voz di qe 
en ceste reingne se fait trop grant juslicie de celz qe font home- 
cidie et de celz qe enblent e de tous autres maléfice. E si ^z di en- 
core qe les plosors d'elz se gardent de hoir vin ne ne est receu à 
remangie ne à nulle guarentise celui qeboit vin , ne celui qui vaut 
por mer najant , car il dient qe celui qui vait por mer, est des- 
pefcs , e por ce ne le recevent ne ne vaut sa tesmognie , mè si sa- 
chie's qe il ne tiencnt à pechie's nule luxure. Il hi est si grant calor 
qe ce est mcrvoie , et por ce vont nu. Il n'i a pluie for qe de jungii 
e de jungent e d'aost , et ce ne fust l'eive qe vient celz trois mois 
qe renscent les air, il hi seroit si grant chaut que nulz i poroil 
escanper ; mes por celle pluie ne ont si grant calor ; et encore voz 
di qe entr'aus a maint sajes d'une artqe s'apelle fizonomie; ce est 
de conostre les homes e les femes, lor qualités, e ce sunt buen 
ou mauves , e ce connoisent-il vécut l'ome ou la feme. Il sevent 
meut qe senefie d'encontrer oisiaus ou bestes. Il gardent à agure 



( 2o5 ) 

plus qe homes dou inonde , et maus sevent quclz est bucn ou mau- 
vcis, car je voz di qe quando un home ala en son chamin por au- 
cune voie, et il avint qe il oie qe aucun autre face estormi , se lui 
senble qe il soit buen por lui , si vait avant sa A'oie , et se lui sen- 
blc qe ne soit buen por lui , il se met tant tost astoir , e maintes 
foies s'en tome arieres. Et encore voz di qe en ceste rengne tan- 
tost qe l'enfant est nc's ou masles ou femes qu'il soit , le père ou 
la mer fait mctre en script sa nativité , ce est qel jor est nés e del 
quel mois e de qel lune e quel ore, e ce font por ce qe il font tuit 
lor foies con astroniqe et con endivis qe sevent moût de cncan- 
temant e d'art magiche et de Jomansie , et de tiel hi a ensi con 
je voz ai dit sevent d'astronomie. Et encore sachiés qen ceste ren- 
gne et por tout Indie ont toutes bestes et osiaus devisez des nos- 
tres , for solemant un oisiaus , e ce est la quaie. Geste oisiaus san 
faile est senblablc as nostres. Mes toutes autres couses ont moût 
deverscmant de\iscz des nostres : car je voz di tout voiremant qc 
il ont le qief soris ; ce sunt les oisiaus qe volent la nuit e qe ne ont 
poines et ne plume. Cesti tiel oisiaus ont grant corne un hostor. 
Il ont hostor tuit noir corne corbiaus, et sunt d'asez greingnorz 
des nostres et sunt bien volant e bien oselant ; et si voz dirai un 
autre couse qe bien fait à conter. Car sachiés qe il donent à lor 
chavaus à mangier chars cuite con ris et maintes autres couses 
cuittes. Et encore voz di qe il ont maint ydules en lor moister 
masles et femes al lesquels ydules sunt maintes damoiseiles ofer- 
tes en ceste mainere : car lor mer et lor père le oferent à les ydu- 
les à cclz qe plus lorprestre, et puis qe il les ont ofert, toutes les 
foies qe li nosnain do mostier de l'idres requirent celés damoi- 
seiles qe sunt estes ofert à l'idres q'elle veingnent au moistier por 
fer seulas à l'idres, tantosthi vient et chantent et calorent e font 
grant feste, et ce sunt grant quantités de damoiseiles et encore 
plusors foies la semaine et le mois. Celles damaselles portent à 
mengicr à lor ydres où elle sunt oufertes , et vos di en quel mai- 
nere hi portent à mengiere e dient qe l'idre a mangié. Je voz di 



C 206 ) 

qe de ceste pucellcs qe je vos ai dit , plusors aparoillireni bien da 
mangier e cars et autre bone couses , e s'en vont à mostier à loi- 
ydules, et li mettent la table devant con tûtes les viandes q'eles 
ont aporte's , et le hi laissent une grant pièces , e toutes faics en- 
dementierz toutes cestes dameselles cantent et calorent et font le 
greîngnor sculas dou monde ; e quant il ont ceste seulas fat une 
si grant pièces qe un grant baron poroit aver mengie's , adonc 
dient le dameselles qe l'espirit de le ydres a menuié la sustance 
de la viande, elorlapreincnt e le menuient toute ensenblecn grant 
feste et à grant joie , puis se tome chascus à sa maison et ensient 
font cestes dameseles jusque à tant q'elle prennent baron , et ces- 
tes tielz pue elles en hi a asez por ceste reingne qe font toutes les 
couses qe je vos ai contés. Or nos avon contés de ceste reingne 
grant partie de lor costumes e de lor usanze e de lor afer , adonc 
nos en partiron et voz conteron avant dou autre roiames qui est 
apellés Mutifili. 

CHAPITRE CLXXY. 

Ci devise dou roiame de Mosul. 

Mutfili est un roiame qe l'en treuve quant l'en se part de Mene- 
bar et ala por tramontaine entor de mille miles. Cestui reigne 
est à une roine qe moût est saje dame , car je vos di q'il avoit 
bien quarante an qe le roi son baron morut , e celé qe a son ba- 
ron voloit grant bien e li portoit grant( amor ), dist qe ja Dieu ne 
vuole q'ele prenne autre baron , puis qe celui q'elle amait plus qe 
soi meisme est mort. Or ceste fu l'achaison por coi elle ne vosl 
prendre baron. E si vos di tout voirmant qc ceste raine tout 
ceste terme des quarante anz a bien maintenu son reingne à grant 
justice et à grant droit ausi bien con fasoit son baron ; e si vos 
di q'ele est plus amé da celz de son reingne qe unques fust dame 
ou seingnors de lor jens. Il sunt ydres et ne font treu à nelui. 11 



( 207 ) 

vivent de ris et de cars e de lact. Et en ceste roiame se treuvent 
les diamant , e vos diron cornant. Sachics qe en ceste roiame a 
plosors montaingnes en Icsquelz se treuvent les diamant ensi con 
voz oire's : car sachiés que quant pluit, Teve cort jus por ceste 
montagnics moût déminant por grant riot e por grant cavernes , 
e quant la pluie est remese et l'eive est partie , les homes vont 
alor cercant por cesti riot dont l'eive est venue , et en treuvent 
asez. E l'este'e qe ne i se trovcroit une gote d'aive , adonc en treu- 
vent asez por celés montaignes ; mes si hi a si grant calor qe à 
poine hi poit-l'en sofrir. E si voz di qe en celles montagnies a si 
grant moutitude de serpant e grant e groses , qe les homes ne 
poent aler se ne con grant dotance ; mes toutes foies il hi vont 
come il puent et en trovent des mult buens et groses. E si voz di 
qe cesti serpans sunt moût veneouses et moût mauves , si qe les 
homes ne ont ardemant d'aler à les cavernes là oii les mauves 
serpant sunt , et encore voz di qe les homes en ont des diamant à 
une autre mainere. Car sachics qe il hi a grant valée et profonde 
si de grotte environ les roces que nulz hi puet aler, mes les ho- 
mes font ensi con je voz dirai : car il prenent cars plusors peces, 
e le gittent en celle profonde vallée , et celle chars quant ele est 
geté , treuve les diamans en grant abondance : adonc se fichent en 
la cars. Or est voir qe en celé montangnc demorent maintes 
aquiles blances por prandre celz serpens. E quant cestes aquilles 
voient la cars en le profonde de la valée , elle s'en vont et pren- 
nent celle cars et la portent autre leu , et les homes qe ententive- 
mant ont gardé là où les aigles vont , tant tost qu'il voient qe le 
aigle est pousé et qe becche la cars, il huiont au plus tost qu'il 
puent , les aigles s'en vont en autre parte e n'enporte pas la cars , 
por la dotance q'il ont de les homes qe lor s'en vint soure soidai- 
nemant. E quant l'en est venue à la cars et la prant et hi trouve 
diamant fichés asez. Et encore en ont les homes des diamant en 
ceste mainere ; car quant les aigles mengient de celle cars qe je 
voz ai dit elle mengient , ce est q'ele bêche des diamant , puis la 



( 208 ) 

nuit là où l'aigU fait son retour , si gette celle diamant qe la 
bccchés con son oisi ; e les homes hi vont et cargient celle oiside 
le aigle , et en treuvent encore diamant asez. Or avés entendu co- 
rnant en trois maineres se treuvent les diamans. E sachics qe en 
tout le monde ne se treuvent diamant for qe en ceste roiame so- 
lamant ; mes iluec se trevent en grant quantité et buens ; e ne 
créés qe les buens diamant ne vient en nostre contrées de cris- 
tienz , mes vont et sunt portes au grant Kaan et à les rois e baronz 
de celz diverses regionz et règnes : car celz ont le grant trezor et 
achatent toutes les chères pieres. Or voz ai contés des diamant , 
et adonc voz conteron des autres cousses. Car sachiés qe en ceste 
roiame se font tes meior bocoranz e les plus biaus , e le pus sotii 
qe soient au monde , et celz qe sunt de greingnor vailance ; car je 
voz di qe il senblent teles de lin d'arens. Il n'i a roi au monde , 
ne roine que por grandese e por belesse ne les veslisse. Il ont bes- 
tes asez, eles greingnor moutonz dou monde. Il ont grant abon- 
danze et grant device de toutes couses de coi il vivent. Autre 
cousse n'i a qe à mentovoir face , e por ce noz en partiron de 
ceste roiames et voz conteron dou leu là où est le cors meisere 
saint Tomaus le apostles. 

CHAPITRE CLXXVI. 

Ci devise là o esl le cors de mesere San ïomeo apostre. 

Le cors meisser Saint Thomeu le apostres est en la provence 
de Meabar en une petite ville , car ne i a gueircs homes , ne mer- 
caant ne i \nent por ce qe n'i a merchandies qe bien en peust 
traire ; et encore qe le leu est moût desviables ; bien est-il voir 
qe maint cristiens et mant Sarazin hi vlenent en perlinajes. Car 
je voz di qe le Sarazin de celle contrée hi ont grant foi et dient 
qu'il fui Sarazin, et dient q'el est profit grantet l'apellcnt anairan, 
qe vaut à dire saint home. E si sachiés qe il hi a tel mervoie con 



( 209 ) 

je vos conterai. Or saquic's qe les cristienz qe vont la en pelegri- 
najes, prenent de la tere dou leu là où le saint cors fou mort , e 
celle terre aportent en le lor contrée , e donent de ceste une pou 
à hoir au malaide quant ausse fevre quartaine ou tersaine ou 
ceste tiel fevre , et tanl tost qe le malaide l'a beue , el est guaris, 
et ce avint à tuit celz amalaides qe celle terre boivent, e sachics 
q'elle est terre roge. Et encore voz dirai d'une biaus miracle qe 
hi avint entor 1288 an de l'ancarnasion de Crist ; il fu voir qe un 
baron de celle contre'e avoit moût grant quatitc d'une blés qe s'a- 
pelle ris , e de ccsti enpli toutes les maisonz qe environ le yglise 
estoient. Celz cristiens qe gardent le glise e le saint cors, quant 
il virent qe cel baronz ydrées fasoit ensi enplir celz maisonz , e 
que les peligrinz ne auront où erbergier , il en avoient grant ire 
et moût le prient qe il ne le deuse faire ; mes celui qe moût estoit 
cruelz et fieres , ne entendi à nulle lor prere , mes enpli toutes 
celles maisonz selonc à sa volunté et encontre la volunté des cris- 
tienz qui gardent l'église. Et quant ceste baron ot fait enplir de 
son ris toutes les maisonz de Saint Tomas , de coi le frères en 
avoient si grant ire , il avint si grant miracle con je voz dirai. Car 
sachiés qe la noit après qe cel baronz avoit fait enpluir celz mai- 
sonz, li aparoit mesier Sant Tomas l'apostre con une forche en 
main ,,et la mist à la gorge dou baron , e li dist : o tel , o se tu 
ne fais vuider tantosto mes maisonz , il convient qe soies mort 
de mauveis mort , et en ce qe il disoit ce , li strant molt la gorge 
con celle forqe , si qe il senbloit à baron qe il ause grant poine , 
et pou s'en falait qu'il ne creoir morir. Et quant meser Saint To- 
mas oit fait ce , il se parti , et celui baron bien maintin se levé el 
fait toutes celés maisonz vuidier , e tout ce qe li estoit avenu de 
mesier Sant Tomcu dit , qe bien fo tenu à grant miracle ; e les 
cristiens en ont grant joie e grant Icese , e moût rendent gisant 
grasse et grant honor à mesier Sant Tomeu , et molt benedient 
son nom. Et si voz di qe autres miracles hi avint assez tout l'an 
qe bien seroicnt tenu à grant meraveies qui les oYsse conter et 

37 



( 2IO ) 

« Esiiopieds. propemant de guérir cristiens qi sunt esteperes * e gasté de loi- 
cors. Or vos avun contés de ce , si voz volum contere encore 
cornant il furent ocis. Il fn voir qe mesier Sant Tomeu estoit de- 
hors son eremitajes en le bois et fasoit sez orasionz à son seingnor 
Dieu , etentor lui avoit maint paonz , car sachics qe en celz con- 
trée en ont plus que part dou monde. Et en ce que mesier Saint 
Tomeu fasoit ensint sa orisonz , adonc un ydres qe dou lignages 
et jenerasionz des gaui estoit, laisse aler une sajette de son arch 
por voloir ocir un de cclz paonz qe environ le Saint estoit , ne 
cestui ne le virent mie , et à ce qe il croit avoir doncc au paon , 
adonc donc à mesier Sant Tomeu Tapostre emi le destre costée , 
et quant il ot receu celui coux , il aore moût doucemant sun 
Creator , e voz di qe de celui coux se morut. Mes bien fu-il voir qe 
avant qe il venist à cest leu o il morut , convcrti-il maintes jens en 
Nubie ; cornant et en quel mainer fu , le vos conteron en ceste li- 
* En. ^TG bien et ordréemant quant tens et Icu ne * sera. Or vos avon 

conté de Saint Tomeu, et adonc voz conteron avant des autres 
couses. Il est voir que quant lesenfanz est nés, il l'ongnent ognc 
semaine une foies con oleo de sosiman , et celés font devenir 
plus noir qe il ne naisent d'asez : car je voz di qe celui qui est 
plus noir , est plus precious de le autres et est tenu meior qe les 
autres que ne i sunt si noir. Et encore voz di un autre couse : car 
je voz di tout voiremant qe ccles jens font portraire et inpindre 
« Neige. tous lor dcu c lor idres noir e les diables blance corne nois * ; car 

il dient qe Deu e tuit li santi sont noir , e dient-il de lor Diîu et 
de lor santi , et les diables dient que sunt blances , e por ce les 
font portraire et inpoindre in tel mainere con vos avés oï. Et 
encore voz di qe il font ymagines de ydres tout noir. Et sachiés 
qe les homes de ceste contrée , quant il vont en hoste, por ce qe 
il ont grant foy es buef e le une por sainte couse , il prenent de 
cel poil des buef sauvajes qe je voz ai contés autres , et se il est 
home de cavalz , il fait celz poil deu buef au cevel de son cha- 
vaus , e se il estoit home de pié , il metoit de cel poil de buef à 



( 2.. ) 

son escu e tiel le fait lier à son cevailz , et cel font-il por ce qu'il 
créent qe por cel poil de buef soient miaus sauvés et hostcs de 
tut engonbrement , e ce funt tuit celz qe en l'est vont. Et sachiés 
qe por ceste chaison , cel poil dou buef sauvajes hi vaut asez : car 
il ne se tient aséur qui ne en a. Or voz avon conté ceste matière , 
et adonc noz en partiron et vos conteron d'une provence des 
Abruemain ensi con vos pores oïr. 

CHAPITRE CLXXVII. 

Ci devise de la proVence de Lar dont les ALraiàman sunl nasqu. 

Lar est une provence qe est ver ponent , quant l'en se part dou 
leu où saint Tomeu l'apostre est, e de cest provence sunt nés tuit 
les Abraiemant dou monde et de luec vindrent primeritiant. E si 
vozdi qe de cesti Abraiaman sunt des meilor merchaànt dou monde 
e des plus verables , car il ne diroient nulle mensogne por ren 
dou monde , ne ne dient for qe cousse de virité. Il ne menuic 
char ne boivent vin. Il font mOut honeste vie selonc lor uxanze. 
Il ne font luxure for qe con lor femes. Il ne tollirent à neluc nulle 
couse ; il ne ocirent nulle animaus , ne feroient couse qe il en 
creusent avoir pcchiés ; e si voz di qe tuit les Abraiamain sunl 
conneu por un segnaus qu'il portent. Car sachiés qe tuit les Abraia- 
main dou monde portent un fil de banbaee sor san espalle , e se 
le lient sour le autre bras , si qe li vient le fil de la banbaee de- 
vant le pis, e por dierere , e por ceste sîgnaus sunt conçus por 
tout les leu là ti il vont , e si voz di qu'il ont roi riche e poisant 
de trésors , e cestui rois acchatte moût voluntiercs perles et tou- 
tes autres picres presioscs , et si a establi con tuit les meixaanl 
de sa tere qe de toutes les perles qe il li aportcnt dou roiames de 
Mabar qe s'apelent Soli , e ce est la meior provence e la plus jen- 
tilz qe soite en Yndie , e là où le meior perles hi se trovent qu'il 
cndra* lor deustant qe il ne l'acatcnt. Abraiamain vont en roia- * Donnera. 



* Voy.-ni. 



( 212 ) 

me de Mabar , et acchatent toutes les bonnes perles qe il treu- 
vent , e puis l'aportent à lor roi , et dient por lor vérité ce qe 
gostent ; et le roi en fait mantinant lor doner deus tant de cel 
qe gostent , ne ne en vint onques lor moin. E por cest acoison 
ne li ont aporté en grandisme quantité de moût bones et groses. 
Cesti Abraiamain sunt ydules, et vont plus à augure et à fait de 
bestes et de osiaus que homes dou monde ; et si vos en dirai une 
partie de celz qu'il en font. Je voz di qu'cl ont entr'aus un tel cos- 
tume : car à tous les jors de la semaine ont mis un segnaus 
tel con je vos dirai. Se il avint qe il faicent aucun merchiés 
d'aucune mercandie , celui qui la velt achater se levé en estant e 
regarde sa onbre au soleil et dit qe jor hui le tel lor fait mesurer 
l'onbre soe , et se sa onbre est tant longe come el doit estre en 
celui jor , il couple le merchie's , e se la onbre ne est si longe 
come le doit estre , il ne conple mie le merchie's , mes atent tant 
qe l'onbre soit à cel point qe el ont ordrcé en lor loy , et tout 
ausint con je vos ai devise de cestui jor , ansi ont-il estabii de 
toutes le jors de la semaine quant doit estre longua sa onbre , cl 
jusque à tant qe le onbre ne fust tant longe come la doit estre , 
nel' firoient nul merchie's ne nul lor fait ; mes quant l'onbre est 
tant longe come cl doit estre chascun jor , adonc font tiiit lor 
merchie's e lor fait. Et encorevos dirai une greignor cousse , qe 
quant il font aucun merchiés ou en maison ou en autre leu et il 
vessent * venir une tarantule qe ni a en grant abondance , se il 
voient q'elle vegne de celle part qe lui senble qe soit bucn por lui , 
il acata la mercandie tout mantinant ; e se la tarantole ne avent 
de leu qe lor senble bon , il laisse le merchiés e ne l'achate mip. 
Et encore voz di qe quant il oisent de lor maison , et il oisscnt 
estornoir aucun home , se il ne le senble bien , il s'areste e ne 
vont plus avant ; et encore vos di qe quant cesti Abraiamain vont 
lor chemin et il voient qe aucun rondel venisse sor elle ou da- 
vant ou da la sencstre part ou da la destre , se lor senble selonc 
lor costumes qe le rondel il soit venue de bon lés e de bonc part, 



( 2l3 ) 

il vait pins avant, et se lui semble qe ne soit venue de bone part , 
il ne vait plus avant , mes se torne ariere , et cesti Abraiamain 
vivent plus qc jens do monde , e ce avient por pou mangier e por 
grant astinence qu'il font. E lor dens ont moût bonne por une 
erbe qu'il usent à mangier que niout fait bien pair , e molt est sa- 
nin au cors de l'ome. E sachiés qc cesti Abraiamain ne seingnent 
ne de voines ne d'autres leu ne se treuvent saine. E si ont en- 
tr'aus régules qe sunt apelle's cuigui : le vivent plus qe les autres , 
car il vivent d'à cent cinquante an en deus cens , e si se puent 
bien de lor cors si qe il puent bien aler e venir là unques il vue- 
lent, e font bien tout le servise qe abesoingne à lor moistier et 
à lor idres , et li rent ausi bien con se il fuissent plus jeune , e ce 
avintpor le grant hastinence q'il font dou meigicr pou e boines 
viandes : car il uzent à mangier ris et lac plus qe autre couse. Et 
encore vos di qe cestui cuigui qe vivent si lonc tens con je voz ai 
dit, si menuient ce qe je vos dirai , car voz ben senblara grant 
couse. Car je voz di qe il prennent arjent vif et soufer et les mes- 
lent ensenble et en font bevrajes , puis le bevent e dient qe ce |li 
croiste la vie , et en vivent d'asez plus ; et voz di qe il le font 
por cascun mois dcus foies ; e sachie's qe ceste jens uzent ceslc 
bevrajes de lor enfance por plus vivre , et san faille celz qe vivent 
tant con je voz ai dit, uxent ceste bevrajes de sofre e d'arjent vif. 
Et encore en ceste reingne de Mabar a une religion qe s'apelent 
en ceste cuigui qe sunt de si grant astinence con je voz dirai , e 
de si forte et aspre vie : car sachie's de voir qe il vont tuit nu qe 
il ne portent cousse nulle soure , si qe il ne se covirent lor nature 
ne nul nenbre ; il acircnt * li buef e tuit le plusors d'clz si portent * Adorent- 
un buef petit de covre ou de brons endoré emi son front , si in- 
tende's qe il hi se font lient. Encore vos di qe il ardent le oisi 
dou buef et en font poudre , puis s'en ongent en plusors leu dou 
cors con grant révérence , bien con ausi grant con font le cris- 
tiens de l'eive beneite. Il ne menuient en scucUe ne in talieor , 
mes menuient lor viandes en sus fuieles de pome de paraïs ou 



( 2l4 ) 

en autres foilles granl , mes non pas q'el soient ver, me sèche : 
car les vers dient-il qu'elles ont arme , et por ce stoit pechiés , 
car je voz di qe il se gardent sor tûtes les criatures dou monde 
de non fer couse dont il creesent qe fuissent pèches , car avant 
se lairont-il morir qe il fesse couse qe il crcoist pechere. E 
quant les autres homes les demandent por coi il vont nus e qe il 
ne ont vergogne de mostrer lor nenbre , et il dient , nos alon 
nus por ce qe nos ne volun nulle couse de cest monde , por ce qe 
noz vcnimes en cest monde sanz nulle vestimente et nus de ce 
qe nos ne avon vergogne de mostrer nostre ninbre , si est ce qe 
nos ne faison nul pechiés con elz , e por ce n'en avons nos plus 
vergogne qe avés vos quant voz monstres vostre main o le vix , 
ou autres vostre nenbre de coi voz ne aurés à pechiés de luxure, 
mes por coi voz aurés vostre nenbre en pechiés et en luxurie , 
por ce le portés vos coverte et n'avés vergogne ^ mes nos ne avon 
plus qe de mostrer le dois , por ce qp nos ne faison nul pechiés 
con elz. Or tiel raison rendent à les homes qe li demandent por 
coi il ne avoicnt vergogne de mostrer lor nembre. Et encore 
vos di qe il ne ocirunt nule crature ne nul animaus dou monde , 
ne mouches , ne pulces , ne proquos , ne nul venues , por ce qe 
il dient qu'il ont arme , e por ce dient qu'il ne le menuierent por 
le pechiés qe il en aurent. Et encore vos di qe il ne menuierent 
nule couste vers , ne erbes ne rais jusque à tant q'eles ne fuissent 
sèches , por ce qe il dient qe les couses vert ont arme ; et encore 
vos di qe il dorment sus tere tuit nus sanz nulle ren dou monde 
tenir ne sont ne soure , et ce est bien grant merv oie cornant il ne 
morent e cornant il vivent si longemant con je voz ai dit desoure. 
Il font encore grant astinence de mengier , car degeunent tout 
les anz et boivent eive et ne autre riens ; et encore voz en dirai un 
autrecousse. Car il ont lor régules qe demorent en les ( mostier) 
por servir lesydres : il les provent en telmainere con je vos dirai. 
Car il font venir les puceles qe sunt ofertes à l'idres, et à cestes 
pucellcs font toucher à celés homes qe gardent les ydres. Elle 



( 2l5) 

touchent et ça et là par maintes pars dou cors, elle l'acollent et 
le mettent en greignor soûlas dou monde. Et celui home qe est 
touchés en tel mainere das puceles qe je vos ai dit, se son nen- 
bre ne se mue de rien se no come il estoit avant qe les pucelles 
les touchent , cestui est buen et le retienent avec elz , et se 
autres à chui les pouccUes tochasent , se son nenbre se mue et se 
drice , cestui ne retient mien , mes les chachent tout maintinant 
et dient qe il ne vuelent tenir avec helz home de luxure. E cesti 
sunt si crueli et perfidi ydres qe je vos di. Il dient qe por ce font- 
il ardoir lor cor mors , por coi il dient qe se il ne ardisent les 
cors mors , qe il feroient vermes et puis qe les vermes auroient 
mengiés cel cors dont il sont crie's , il ne auroient puis qe men- 
gier, et adonc convendrent qe ilmurisent, et dient qe quant les 
vermes seroient mors , l'arme de celui cors en auroit grant 
pecés, e ce est la raison por coi il dient qe ardent le cors mors 
e dient que les vermes unt arme. Or voz avon contée des cos- 
tumes de cesti ydres , c adonc nos en partiron et noz conteron 
d'une bielles novcUes qe noz avon dementique en l'isle de Seian 
tel con voz la pores entendre qe bien vos semblara grant chouse- 

CHAPITRE CLXXVIII. 

Encore devise de le isle de Seilan. 

Seilan est une grant ysle ensi con je voz ai devisé en ceste 
livre en arieres. Or est voir qe en ceste ysle a une montagne 
moût aut si degrot celés rocches, qe nul hi puent monter sus se 
ne en ceste mainere qe je voz dirai. Car à ceste montangnes 
pendent maintes chaennes de fer, ordréé en tel mainer qe les ho- 
mes hi puent monter sus por cel chaene jusque sus le montagnes. 
Or voz di qe il dient qe sus cel mont est le menument de Adan 
nostre primer père , el Sarain dient qe celui sepoucre est de 
Adan, e lesidres dient qu'il est le moument de Sergamon Bor- 



( 2.6 ) 

cam , e ccstni Scrgamum fui le primer homes à cui non fui fait 
primermant ydres , car selonc lor uxance cestui fui le meior 
homes qe unques fust entr'aus , e ce fu le primer cu'il aussent 
por sanintetà cui nome il faissent ydres , e ce fu un filz au grani 
roi e riche e poisant , e cestui son filz fo de si hone \ie, qu'il ne 
vost entendre à nulle chouse mondaine ne ne vost estre rois , el 
son per , quant il voit qe son filz ne voloit estre rois , ne qu'il 
ne voloit entendre à nulle cousse do monde , il en a grant ire , 
al li oferte moût grant oferte, car il li dit qu'il le voloit coroner 
roi do reingne et qe en fust sire à sa volonté. Et encore il voloit 
lasser la corone ne ne comandaroit nulle rien , mes il seulemant 
en fust mestre ; son filz disoit qe il ne voloit rien. E quant son 
perc voit qe cestui ne voloit la segnorie en nulle mainere dou 
monde , il ha si grant ire , car pou qu'il ne moi-ut de dol , et ce 
n'estoit merveille , por ce qu'il ne avoit plus filz de cestui , ne ne 
avoit à cui il lasast le roiame. Et adonc s'en espraitc le roi en tel 
mainere : car il dit à son meesme qu'il li fira couse qe son filz 
se rendra voluntier à cosses mondaines , e q'il prendra la corone 
e le roiame. Et adonc le fait torner en uu moût biaus palais , et 
li donc trente mille pouceles meut belles et avenant por lui ser- 
vire , car il ne i ozoit estre nulz masles , mes for ce elles pucelles, 
car pucelles le metoient ao lit et le servoient à table et li fesoient 
toz jorz conpagnie ; elle canteient et calorent devant lui e li 
fasoient tout le seulas qu'ele poient ensi come le roi avoit con- 
mandé. E si voz di qe toutes celés pouceles ne postrent tant faire 
qe le filz au roi s'emeust à nule luxurie , mes demore plus ferme- 
mant et plus castemant qu'il ne fasoit devant , et fasoit moût 
bone vie seloiic lor uxance , e si voz di q'il estoit si délire damoi- 
« Sorti. siaus, qe il n'estoit unques osi* dou palais, ne ne avoit unques veu 
home mort ne nul autres qe ne fust sain de sez menbres; car le paire 
ne laisoit aler nul vlans en nul désert homes devant lui. Or avint 
qe cestui damesiaus chevauchoit un jor par mie la vie , et adonc 
vit un home mort. Il en devint tout esbaïs cori celui que jamès n'en 



( 217 ) 

avoit vcu nulus. Il demande maintenant à celés qe avec lui estoienl 
qe couse ce esloit, et celz le distrent qe ce estoit un ome mort. 
Comant, feist le fdz au roi , donc morent tuit les homes? Oïl 
voiremant , font cela. Adonc ne dit rien le damoisaus , e que- 
vauchc avant mont pensif. Et après ce ne ot chavauchés grament 
q'il ot trovc un moût vielz ome qe poit alcr , et ne avoit dens 
en boche , mes les avoit tuit perdu por grant veillesse. Et quant 
lesfilz au roi vit cellui viel, il demande qe chouse e celui estoit, 
et por coi il ne puet aler; et celz qe o lui estoient li distrent qe 
por veillesse ne se poit aler, e par veillesse a perdu les dens. Et 
quant le filz au roi ot bien entendu dou mort e dou vielz, il se 
torne à son palais et dit à soi meesmi qe il ne demorent plus en 
ceste mauveis seicle, mes dit qu'il ira chcrcicr celui qe ne muert 
jamès et celui que le ot fait. Et adonc se parti dou palais et de 
son père. Il s'en ala es montagnes raout grant e desviables , et 
illuec demore toute sa vie moût onestament et casteman , et molt 
fait grand astincnce : car certes se il fuissent esté cristiens , il 
seroit estes un grant sant avec nostre seingnor Jesucrist. E quant 
cestui filz au roi se morut, il fo porte au roi son père , e quant 
il le vit mort celui qe li amoit plus qe soi meesme , se il aïre et 
corus , ce ne fo pas à demander. Il fist grant duel , puis fist 
faire une ymaine à sa semelitudine tout d'or et de pieres prc- 
sioses', et fait ouoré por tuit celz dou païs et aorés come dieu, et 
disoient qe il estoit mors por quatre vingt quatre foies , car 
dicnt qe quant il morut la primer foies, qu'il devint buef et puis 
morut autres foies c devent cavaus , et cnsi dient qe il morut 
quatre vingt quatre foies , e tûtes foies dient qe il devenpit un 
nimaus , ou chien ou autres couses ; mes a les quatre vingt 
quatre foies dient qu'il morut e devint dieu , et cestui ont les 
ydres por le meior dieu e por les plus grant qu'il aient. Et sa- 
chiés qe ceste fu la primer ydres qe les ydres ont , e de cestui 
sunt desendue tûtes les ydres , c ce fu en l'isle de Seilan en Yndie. 
Or avcs entendu cornent l'idre fu primermant. E si voz di toile 

28 



màchelières. 



( 2i8 ) 

voirmant qe Ips ydres de moût longainc parties hi vienent en 
pelegiinajes ausi come les cristiens vont à meser Saint Jaque en 
pelegrinajes , et ccsti idres dient qe cel munument qe est sus 
celle montaigne , est le filz au roi qe tos avés entendu , e qe les 
dens e les chevailz et la scuele qe hi est furent ausint dou filz au 
roi qe avoit à non Scrgomora Borcan qe vaut à dir Sergomon 
saint ; e les Saracinz qe en grandismes moutitude hi vient ausint 
en pelerinajes, dient qe ce est le munument de Adam nostre pri- 
mer père, et qe les dens e les chevoilz e la scuele fu ausi de Adam. 
Or avcs entandu cornant les ydres dient qu'il est le filz au roi qe 
fu lor primer ydres e lor primiere dieu , e les Sarazins dient 
qu'il est Adam nostre primer piere , mes dieu set qui est et quel 
fu : car nos ne oron pas que en celui leu Adam , car nostre escri- 
tuie de sainte église dit q'el est en autre partie dou monde. Or 
avint qe le grant Kan oi comant sus celle montagne estoit le mu- 
nument de Adam, et encore qui i estoientsez dens esez chevoilz 
et la scuelle o il mengioit , i dit à soi meisme qu'il convint qe il 
aie les dens e la scuele e les chevoilz. Adonc hi envoie une grant 
mesajarie, e ce ce fu a les 1284 anz de l'ancarnasionz de Cristi. 
E que vos en diroi ? Sachiés tuit voiremant qe le mesajes au 
grant Kan a moût grant conpagnie, et se mettent à la voie el 
aient tant qc por tere qc il furent venu à l'isle de Seinlan , et s'en 
aient au roi, e se porcacent tant qe il ont les deus dens meselanri * 
qe molt estoient gros et grans , et encore ont des qevoilz et la 
scuelle. La scuele estoit d'un porfite vers moût hiaus , et quant 
les mesajes au grant Kan ont eu cestes couses qe je voz ai conté , 
il se mistrent à la voie e s'en tornent à lor scingnor. E quant il 
furent près à la grant ville de Ganbalu là o le gi'ant Kan estoit , 
il 11 font savoir comant il veneient et aportoient le por coi il 
l'avoit mande. Le grant Kaan adonc comande qe toutes les jcns 
e régules et autres aleisent encontre celles reliquies qe lor estoit 
fait entendant qe furent de Adan. E por coi voz firoie lonc 
conter ? Sachiés tout voirmant (je toutes les jens de Ganbalu 



( --i'9 ) 
aient encontre à ceste relique , e les régules le recevent e les 
aportent au grant Chan qe molt les recevi con grant joie e con 
grant feste e con grant révérence , et les aportent. E si vos di 
qe il treuvent por lor escriturc qe disoient qe celle escuelle avoit 
tel vertu qe qui hi meist viande à un homes qu'il en auroit asez 
cinq homes : e le grant Kan dist k'il avoit fait prover , e dist qe 
bien estoit ensi la vérité en tel mainere con voz avés oï. Or le 
grant Kan celés erliques con vos ave's oY , e H gostent bien si 
grant trezor ancrles , qe bien fon grant quantité. Or voz avon 
conté toute ceste ystorie por ordre tout la virité , et desormès nos 
en partiron e vos conteron avant des antres cousses e vos diron 
tout avant de la cité de Cail. 

CHAPITRE CLXXIX. 

Ci devise de la nnble cité de Cail. 

Cail est une noble cité e grant , et est de Asciar primer le 
frères des cinq rois ; e sachiés tout verement qe à ceste cité font 
port toutes les nés qe vient de ver ponent , ce est de Curmosa e 
de Qisci et d'Aden e de tout l'Arabe , charchiés des mercandies e 
de chevaus ; car les mercaant font à ceste ville por ce q'elle est 
en bone marche por fer mercandies , et encore qe hi vienent 
mant mercaant de maintes parties por achatcr mercandies c che- 
vaus e autres chouses , et ceste roi est molt riche de trezor , et 
porte sor soi maintes riches pieres presioses. El vait moût ono- 
rablemant ; il mantent bien son règne en grant justice e prope- 
mant. Les mercant qe hi vienent d'outre part ce sunt le stranges 
mercans, Cesti sustient-il e manticnt en grant droiture , e por 
ce vos di qe les mercant hi vont moût voluntier por ceste buen 
roi qe si bien le mantient , e bien est-il voir qe il hi font grant 
profit , et hi ont grant bien. Et encore voz fais à savoir qe cest 
roi a bien trois cens molier et plus : car il le se tient à grant 



( 220 ) 

honor celui qe plus molier tient. Et encore vo di qe quant escorile 
vient entre ccsti cinq rois qe frères camaus sunt dou père e 
d'une mère , et il se ^oiclent conbatre ensenble , adonc lor mer 
qe encore est en vie , se metc cntr'aus e ne les laisse conbatre ; e 
plusors foies avint qe quant lor fiz n'en se vuelcnt rcmanoir por 
sa proiere e qu'il se vuelent conbatre encontre mainere , adonc 
lor mère prant un coutaus e dit elz : se voz ne voz remandrés de 
ceste brie e qe voz ne fesois pès ensenble , je m'oncirai mainti- 
nant , et tout avant me trenchcrai le mamcl de mon pis , celle 
con je voz donai mon lat. E quant les filz voient la grant pitié 
qe lor mer fait et qe l'en prie si doucemant , et encore qe il 
conosent qu'il est lor meilor , il s'acordcnt ensenble et font 
pies : e ce est avenu plosors foies. Mes si voz di qe il ne puet 
fallir quant lor mer sera morte , qu'il ne faicent grant brige 
ensenble , e qe il ne dcstruent le un l'autre. Or vos avon contée 
(le cest roi auquant, e noz en partiron et vos contcrondou roiame 
de Coilon. 

CHAPITRE CLXXX. 

Ci devise dou roiame de Coillon. 

Coilum est un roiames qe bien trouve ver Garbi quant l'en se 
part de Mabar, et aies cinq cens miles. Il sunt ydres, et encore hi 
a cristienz et juif. Il ont langajes por elz. Le roi ne fait trebu à 
nelui. Et or vos vuel contere qe se troeuve en ceste roiame e qe 
hi naist. Or sachiés q'il hi naist le berzi coilomin qe moût est 
buen. Hil hi naist encore pevre en grant abondance c se recuile 
dou mois de may e de jugn et de jungnet ; e vos di qe les arbres 
* arrosent. qe font le pcvrc se plantent e le enaiguent * , et sunt arbres do- 
mesces. Il ont ynde en abondance moût buen , et vos di qe il se 
fait d'crbe : car il prcnent celle erbc e le metcntdedcns grant sif, 
et i mctent aiguë et le laisent tant qe tout celz erbe se deffait , puis 



( 2ai ) 

le laisent au soleil (quij est moût chaut, e le fait boilir e prendre 
cnsenble , e devient ausi corne vos le vce's ; e si voz di qe en ceste 
contrée a si grantcalor et le soleil hi est si caut qe àpoine hi poit 
l'en sofrir : car je vos di qe se voz metens un ouf en aucunUum , 
il seroit coit avant qe vos fuissc's aies gueircs longe. Et encore 
voz fais savoir qe à ceste règne vienent les mercant con lor ne's 
dou Mangi et d'Arabie et dou Levant , et hi font grandismes 
mercandies qe il aportent de lor contre'e , e que il enportent puis 
con lor nés des mercandies de ceste règne. Il hi a de maintes 
déverses bestes devisées à toutes les autres dou monde : car je voz 
di qu'il hi a lion noir sanz null autre colleur ne seingne , il hi a 
papagaus des plusors maineres , car il hi nia * tous blance come 
nois et ont les pies et le bec vermoil ; et encore il nia vermoil e 
blance qe sunt la plus bielle couse dou monde à veoir. Il hi nia 
encore de moût petit qe moût sunt ausint moût biaus. Il hi a 
encore paonz moût plus biaus et greingnors et d'autre faison qe 
ne sunt les nostres. Il ont gclines dcAÏsée à les nostres ; et qe voz 
en diroie ? Il ont toutes couses devisée as les nostres , et sunt 
plus belles et melliors : car il ne ont nul frut senblable as nostres, 
ne nulle bestes , ne nul oisiaus , et ce avint por le grant calor qe 
la ha. Blés ne ont for qe ris. Senblemant il font vin de zucar ; ce 
est poison moût buen , e fait devenir le ome ivres plus tost qe ne 
firoit vin des rasmes. Des toutes couses qe bezognc a cors d'omes 
por vivre en ont en grant abondance e grant merchiés , for qe il 
ne ont blés se ne ris solemant. Il ont astroilqe asez et bons. Il 
ont mire qe bien sient gardcre les cors des homes en santé. Il 
sunt tuit noir masles et femes , et vont tuit nus for qe il se covrent 
lor nature co moût biaus dras. Il ne tienent à pechiés nul luxurie 
ne nul pechiés carnaus. Le mariajes font en ceste mainere qe je 
voz dirai : car il prenent la coisine germaine ; il prenent la feme 
son père se il morust , c la famé son frère ausint , et cest cos- 
tumes ont tuit celz de Yndes. Or voz avon contés une partie de 
ceste roignc , ne autres couses ne hi a qe à mentovoir face , et 



( 222 ) 

por ce noz en partiron atant et voz conteron de Comari ensi con 
voz pores oïr. 

CHAPITRE CLXXXI. 

Ci devise de la cité de Comari. ; 

Comari est une contre'e de Ynde meisme de laqel se poit veoir 
aucune couse. La stoille de tramontaine , laquel noz ne avon veue 
de l'isle de Java jusque ci , e de ceste leu ala bien trente miles en 
* coudée. Dicr et voit la tramontaine et se part sor Feive entor deungoves.* 
A ceste leu ne est molt trop doumesche , mes est auques sauvajes. 
Il hi a bestes des diverses faisonz c propemant singes , car il hi 
nia si deversemant faites , qe voz dirois qe ce soit home. Il hi a 
gat paul si devisez qe ce estoit mervoille , lions , liopars , lonces 
ont en abondance. Autre chouse qe à mentovoir face n'i a , et 
por ce nos en partiron et voz conteron dou roiame de Eli si con 
vos pores oïr. 

CHAPITRE CLXXXII. 

Ci devise dou roiame de Eli. 

Eli est un roiame ver ponent longe de Comari entor trois cens 
miles. Il ont roi et sunt ydres e ne font treu à nelui, et ont lan- 
gajes por eles. Lor costumes e les couses qe hi naisent vos diron 
tout apertmant , e voz les pores entendre plus cleremant , por 
ce qe nos venons aprochantà plus domesces leus : à ceste provence 
e roiamesn'i a port for qe il hi a un grant flum qe molt ha Lonc 
faces. Il hi naisent pevere en grant habondance et gcngibre , 
ausint autres especeries ont-il encore asez. Le roi est moût riches 
de trésor , mes ne est poissant des jens ; mes son reingnc a si 
fort entrée , qe nulz hi poroit entrer con jens por lor mau feire : 



( 223 ) 

e por ce ne a doutée de nului. Et si vos di un auti*e couse. Se il 
avenist qe aucune nés venist à cest foces et sorgist , se elle ne 
fust nés qe propemant venist à elz , il les prenent et les tolent 
toutes couses et dient , mal ares en autre pars et Dieu tes a envoie 
à moi por coi je prenne toutes tes couses , et adonc prenent 
toutes les couses de la nés et les tienent por sien et ne en croient 
avoir pechiés , et ausint avint en toutes les parties de cestes pro- 
vences de Indie : car se aucune nés ala por mau tens en aucune 
partie qe il ne i vousist aler en autre pars , cestes ytelz nés là 
unques elles arivent en autre part ou en autre leu qe les nés i 
vousist aler , eles sunt prises et robes tout lor avoir e lor mer- 
candies : car il dient : Voz volois aler en autre part , mes la moie 
bone aventure et la moic bone censé tes a camandé por coi je 
doie avoir ton avoii'. Et sachiés qe les nés dou Mangi e d'autres 
parties hi vienent Testée e cargent en quatre jors ou en huit , et 
s'en vont au plus tost qe il puent , por ce qe il n'i a port et qui 
est moût doutous le demorer , qe il hi a plajes et sablon et ne 
port. Bien est-il voir que les nés dou Mangi ne doutent de aler 
as plagies corne font les autres , por ce q'ele portent si granl 
ancre de lingne , qe a toutes grant fortunes tienent bien lor nés. 
Il ont lionz et autres fieres bestes , vendons et chaceionz ont 
asez. Or voz avon contés dou reingne de Eli , e voz conteron 
dou roiames de Milebar ensi con voz en pores entendre. 

CHAPITRE CLXXXIII. 

Ci devise dou roiaume de Melibar. 

Melibar est un grandisme roiames ver ponent. Il ont roi por 
eles et langajes ausint. Il sunt ydres et ne font treu à nelui ; e de 
cest roiames se part plus la stoille de tramontaine qe senble que 
soit haute sor l'eive entor de deus goves. E sachiés qe de cest 
Melibar e d'une autre provence qe est propes d'elz qui est apellés 



l 224 ) 

Gusurat, oissent chascuns anz plus de cent ne's en cors que vont 
prenant les autres nés et robant les mercant , car il sunt grant 
lai'on de la mer ; et si vosdiqe ilmoinentconeeleslor femes et lor 
enfanz peiti , et tute Testée demorent en cors e molt font grant 
domajes as mercant. E si sachiés qe les plusors de ccstes nés de 
cesti mauveis corsans se partent or ça or là por atendre c trover 
les nés des mercant et encore font autre mauvestlé : car il font 
eschiel en la mer , ce est à dire , qu'il s'esloingne de le autre 
entor de cinq miles , et ensi se partent le une jouste l'autre vingt 
nés , si qe cent miles tienent de mer , e tantost qe il voient 
aucune nés de mercaant, il font luminaire de feu le une à l'autre, 
et en cestes maineres ne poent aler nule nés por cel mer q'il ne 
l'auent ; mes les mercant que bien sevent la maincre de celz 
mauveis corsaus , e qe bien sevent qu'il le doient trover, il von 
si bien fonii et si bien aparoillés , qe il ne ont doutance d'elz puis 
qe il treuvent , car il se défendent ardiemant e font elz grant 
domajes , e bien est voir qu'il ne puet estre qe il n'en prennent 
aucune. E quant cesti corsaus prcnent aucune nés con merchaans, 
il lor tollent la nés con toutes lor mercaandies , ne as homes ne 
font nul maus , mes lor dient : Aies gaangner des autres avoir, 
si noz en doircs encore por aventure. En ceste roiame a gran- 
disme abondance de pevre e de gengibre ausint , et canelle hi a 
encore asez et autres especeries hi a encore grant quantité , et 
torbit et noces des Yndes. Il ont encore bocaraus asez e des 
plus sotil et des plus biaus de tout ccst monde. Il ont maintes 
chieres mercandies et asez. Et encore voz voil deviser celz qe le 
merchant d'autres; parties aportent en ceste contrée por achater 
de quant il ^^enent con lor nés à ceste contrée por acater de 
lor mercandies. Sachiés qe les mercant il portent en lor nés 
raim, de ceste raim savorent les nés ; il portent dras d'or et dras 
de soie , sendal , or , argent , garofali, yspi et de cestes tielz 
especeries qe ne n'ont-il , e cestes couses changinent con les 
mercandies de cestes contrés. Et sachiés qe il vicnent les nés de 



(.225 ) 

maintes parties , ce est de la grant provence dou Mangi. E les 
merchans renporteiit por plosors parties , mes celz qe vaut 
adonc est puis portc's à Alexandre. Or noz avon contc's dou 
roiame de Melibar , adonc noz en partiron et noz contaron dou 
roiame de Gocurat ensi con voz pores oïr , et sachiés que nos ne 
voz conton des toutes les cites des roiames , por ce qe trop 
seroit longaine matière à mcntovoir : car sachiés qe chascunz 
roiames a cités et castiaus asez. 

CHAPITRE CLXXXIV. 

Ci dit do roiame de Gozurat. 

Gozurat est encore un grant roiame et sunl ydres et ont roi et 
lengajcs por eles. Il ne font treu à nelui , et est ver ponent ; et de 
cest règne se part encore plus l'astoille de tramontaine , car elle 
senble estre haute bien six goves. Il sunt encore en ccste rengne 
les greingnors corsaus dou monde , et si voz dl qu'il font une tel 
mauvesie con je voz dirai. Car sachiés qe quant ccsti mauveis cor- 
saus piennent les mercaant , il douent elz à hoir tamarendi et 
eive de mer, si qe les mercaant vont moût desout et gitent tout 
ce qe il ont en ventre. Les corsaus font coillir tout ce qe les mer- 
caant gittent desout , e le font cerchier se il hi a perles ou aucune 
autre pièces presioses. Car les corsaus dient qe quant les mer- 
■ caant sunt pris , qe il menuient les pei-les e les autres chicres pie- 
res por ce qe les corsaus ne les trovent, e por ce celz mauves cor- 
saus douent as mercaant celz brcvaje por celz malesie che voz ai 
contes. Il ont pevre grant moutitude : il ont encore gegibre assez, 
et ynde ont en abondance. Il ont banbace asez , car il ont les ar- 
bres qe font la banbace moût grant qc sunt aut six pas , e cesti 
ont bien vingt anz ; mes bien est-il voir qe quant il sunt cesti ar- 
bres si vu elz , il ne font banbace qe soie bone à fder , mes la 
ûvrent à vanter et à strapontes, E ce avent de ceste arbres, car 

29 



( 22G ) 

jusque à douze anz font bone banbacc da filer, mes de douze anz 
jusque à vingt font cesti arbres ne si bone banbace corne quant il 

prepnri'. ^^^^ jcune. Eu cesle rengne se conce * moût grandisnie quantité de 
coran , mes ce est à dire qe il adabent cuir de bée et de bufal e de 
bucf sauvajes ede unicor e des maintes autres bcstes , e voz di qe 
il s'en adobent si grant quantité qe il s'en gargcnt plosorz nés le 
an, e se partent pour Arabi e por maintes autres pars , car de 
ceste rengne s'en fornisent maintes reingnes et maintes prôven- 
ces. Et encore voz di qe en ceste règne se font maintes belles nar- 

* "•'"<^- (-PS * (Je cure vcrmoil entaillés à oisiaus etàbestcs , etsunt cuisie 
con fil d'or e d'arjent moût sotilment. Elle sunt si belles qe ce est 
mervoille à vcoir le , et entendes qe celle nares qe je voz di sunt 
cuir là où les Sarazinz dorment sus, et hi a trop buen dor- 
mir ; et encore bi se font coisin si biaus , cuisi con or, que bien 
vaut six mars d'arjent, e de celés nates qe je vos ai dit en font de 
tielz qe bien valent dix mars d'arjent. E qe voz en diroi ? sachiés 
tout voiremant qe en ceste reingne se labore roiaus dereusse de 
cuir et plus sotilment que ne fait en tout lo monde, e cclzqesunt 
degreingnorsvailance. Or voz avon contés de. ceste roiamestoul 
le fait ordreemaint , et adonc nos en partiron e vos conteron 
avan des autres, e nos diron de un roiame qe est apellé Tima. 

CHAPITRE CLXXXV. 

Ci devise do roiame de Tana. 

Tana est un grant roiame ver ponent molt grant c buen. Il ont 
roi e ne font treu à nelui. Il sunt ydres et ont langajes por elz. Le 
i ne naist pevre ne autre speceries come sunt en celles provences 
qe noz vos avon contés en ariercs. Encens hi naist asez , mes 
ne est mie blance , mes cnbrumés. Il hi s'i fait grant mercandies 
et hi vont nés et merchant assez , car il s'en trait cures il faites de 
maintes faisonz moût bones et belles ; et encore s'en traient bo- 



( 227 ) 

caran asez e^buens c banbace ausint , e les mercant con lor nt's 
Aliènent et aportent plosors chouses. Ce sunt or, arjent , raim et 
autres mercandies qe abczogne au roiames, et enportentde celle 
dou roiame desquclz il croigcnt faire profit et gaagne. Et encore 
vos di un autre cousse qe ne est pas bone : car je \oz di qe de 
ceste reigne oissent maint corsaus qe vont par la mer faisant gran 
domajes à les mercaant , e si voz di qe ce est por la Tolunté dou 
roi , car il a fait ccste convenance con celles qe vont en cors , car 
le corsaus li dbient doner touli les cbavalz qu'il prennent , e sa- 
chiës qe il en prenent plosors foies , car ensi con je vos ai contés 
en arieres , des chevalz se fait grant mercandie por toute Endie , 
car les mercant hi en portent grant quantité por vendre, si qe 
pou nés vienent en Indie por cavaus qe aporlent chevalz et por 
ceste achaison qe voz avés entendu , a fait le rois convenance qe 
les corsaus qe il li demorent donent tuit les chevaus qe il prene- 
ront. E toutes autres mercandies et or et arjent c pieres presioses 
sont des corsaus. Or ce est mauvesie cousse e ne est entere. Or voz 
avon contés dou reigne de Tana, e nos en partiron e vozconte- 
ron dou reingne de Canbaet. 

CHAPITRE CLXXXVI. 

Ci devise de roiame de Canbaol. 

Canbaet est un grant reingne ver ponent. Il oui roi e lengajes 
por elles e ne funt treu à nelui. Il sunt Ydres , e de cest reingne 
s'en voit plus la stoille de tramontaine , car sachiés qe quant plus 
vos aies desormes ver ponent , tant vcirés miaus la stoille de tre- 
monlaine. En ceste reingne se fait grant mercandies et hi a ynde 
moût bonne et en grant abondance. Hil hi a bocaran e banbace 
en grant quantité : car de ceste reingne s'aportent por maintes 
provences et reingne. Et encore hi si fait grant mercandies de 
curiamesafaitéset adobés, e ce est en grant quantité, por ce qe il 



( 228 ) 

le laborcnt ausi bien come en autre païs. Et encore y>s di qe il hi 
a epcore maintes mercandies desquelz ne firai memorie (en) nostre 
livre por ce qe trop seroit longaine matière à mentovoir. E 
les mcrcant hi vient con maintes nés con lor mercandies ; mes 
plus hi aportent or e arjcnt et rame. Il hi aportent des couses de 
lor païs et n'aportent de celz de cest reingne , ce est de celles qe 
hi cuident faire greingior profit c greingnor gaagne. E saquics 
qe en ces roiame ne a corsaus , mes voz di qe il vivent de mei- 
candies e d'ars , e sunt bones jens. Il n'i a autre couse qe à men- 
tovoir face , et por ce nos en partiron e voz contaron avant des 
autres , ce est dou règne de Semenat. 

CHAPITRE CLXXXVII. 

Ci devise do roiame de Semenat, 

Semenat est un grant règne ver ponent. Il sunt ydres et ont 
roi et langajcs por elles, e ne font trcu à nelui. Il n'i a corsaus , 
mes vivent de mercandies e d'ars si come bone jens doient faire : 
car sachiés tôt voiremant qu'il est rengnc là où il se fait grant 
mercandies, et hi vicnent les mercant des maintes pars con main- 
tes mercandies c d'une mainc c d'autre , e les vendent en ce ren- 
gne e enportcnt de ccles dou reingne. Et encore voz di qe il sunt 
moût cruelz e fieres ydres. Autres couses ne i a qe à mentovoir 
face , e por ce nos en partiron e vos contaron avant dou autre 
rengne qe est apellés Kesmacoran. 

CHAPITRE CLXXXVIII. 

Ci devise dou reigne des Macoran. 

Kesmacoran est un rengne qe a roi e lengages por elz. Il sunt 
ydres. Il vivent de mercandies e d'ars. Ils ont ris asez, car sachie's 
qe il menuient ris , char et lat. Il vicnent mercant grant quantité 



( ^ag ) 

c por mer c por tere con plosors mercandies , et enportent encore 
de celle de cest rengne. Autres couses ne i a qe face à mentovoir 
E vos di qe cest reingne est la dreaine provence de Endie alant 
entre ponent e meistre : car sachiés qe da Mabar jusque à ceste 
provence est tous les roiames e provenccs qe je voz ai contés de 
Mabar jusque ci, est de la gregnor Ynde c la meior qe soit au 
monde , e si sachiés tout voiremant qe nos voz avon conté de cest 
grant Ynde pur de les provences e d'elz cité qe sunt sor la mer; 
car de celz qe sunt en fraterrcs ne vos avonz pas contés , por ce 
trop seroit longaine matière à mentovoir, e por ce nos partiron 
atant de ceste provence , e vos conteron des auquans ysles qe en- 
core sunt de Indie , e conmenceron des deus isles qe sunt appe- 
lés Masles e Femcs. 

CHAPITRE CLXXXIX. 

Ci devise de l'isle Masie et Femes. 

Le ysle qe est apellé Masle est en aut mer bien cinq cens miles 
ver midi , quant l'en se part de Kesmucoran. Il sunt cristiens ba- 
tizés, e se mantienl à la foy et as costumes dou viel testament : 
car je vos di qe quant sa feme est enceinte , il ne la touche puis 
dusqe à tant q'elle ne a enfanté , encore la laisse qe ne la touche 
quarante jors; mes de quarante jors avant le touqe à sa volunté. 
Me si voz di qe en ceste ysle ne demorent lor femes ne nulles au- 
tres dames, mes demorent toutes à le autres ysles qc est apellé 
femeles. E sachiés qe les homes de ceste ysle s'en vont à cest 
ysle <de femes et hi demorent par trois mois : ce sunt mars et 
avril et may. Cesti trois mois vont les homes à celle autre ysle à 
demorcr con lor femes , et en cesti trois mois prennent seulas 
con elz , et à chief de trois mois s'en tornent à cest ysle e font lor 
profit tous les autres neuf mois. E si voz di qe en ceste ysle laigt 
l'ambre moût fin e bone et biele. Il vivent de ris e de lait e de 



( 23o ) 

chars. Il sunt niout biien poschcor : car sachics qe il se preiient 
en cel mer de ccst ysle maint bucn pcison , et si en pren tant qe 
il en font sequere grant qantité , si qe il ont àséz à mangier tôt 
l'an , et encore en vendent à les autres jens. Il ne ont segnor for 
que un eveschcvo qe encore est solpost à l'arccvescheqc de Scoi- 
ra. Il ont langajcs por clz , e sachics qe da ceste ysle à celle où de- 
morentlor femes, a entor trente miles. E por ce ne demorent-il , 
ne poroient vivre se il demorasent tôt l'an con èles , e lor filz qe 
naisent norissent lor mer en lor ysle. Bien est-il voir qe tant tost 
qe l'enfant màsles a quatorze anz , tanlost l'envoie sa mer à son 
per en lor ysle , e ce est le costume e le uzàncè dé «este deus ysles 
cottiê voz avés oï. Bien est-il voir qe lof femes ne font for norir 
lor fdz et recuil aucun fruit qe il ont en celle isle. Or voz avon 
contés tôt l'afcrc de ceste matière : autre cousse qe à mentovoir 
face ne i a , et por ce nos en partiron <Je céste deus isles et nos 
conteron de l'isle de Scara. 

CHAPITRE CXG. 

Ci devise de l'isle de Scahti. 

Quant l'en se part de ceste deus ysles et ala entor cinq cens 
miles ver midi , adonc treuve-1'cn l'isle de Scotta ; et sachiés qe 
celz de cest ysle sunt cristienz batezés , et ont arcevesque. Il hi 
naist l'anbre en grant quantité. Il ont uras banbasin moût biaus 
et autres mcrcandies asez e propemant ; grant quantité de pei- 
sonz salé granz etbuenz. Il vivent de ris è de chars c de lait , car 
autre blés ne ont-il mie. Il vont tuit nus à la mainere et à la 
uzancc de les autres Indiens ydrées. Et si vos di qe à ceste ysle 
vicnent maintes nés con maint mercans c con maintes mcrcan- 
dies lesquelz il vendent à ceste isle , et encore enportent des 
chouses qe en l'isle sunt de coi il font profit. E sachiés qe toutes 
les nés e les mercant que vellcnt aler en Aden n'i entre à ceste 



( 23l ) 

isle. Geste arcevesqe ne a qe fer çon le apostoille de Rome , 
mes vos di q'el est sotppst à un arcevesqe qe demore à Baudac , 
e cestui arcevesqe de Baudac mande çeste arcevesqe de çeste ysle, 
et encore mande en plosors parties doq inonde ausi con fait 
l'apostoilc de Rome. E tui ccsti clcregcs e prelais ne suut obei- 
sant à le yglise de Rome , mes sunt tuit obeisant à celz grant 
prelais de Baudac cu'il ont por leur pape. Et encore voz di qe à 
ceste isle vicnent maint corsaus con lor nés puis qe il ont fait 
lor cors et iluec font canp et vendent toutes les cousses qu'il ont 
robbéa , et si vos M qe il hi le vendent mult bien , por ce qe les 
cristienz qe hi surn sevent qe toutes celés couses sunt robes à 
ydres et à Saracinz , e ne pas à cristienz , e por ceste achaison 
le achatcr.t les gnstienz. Et encore sachics qe se Tarccvesqe de 
cest ysle de Scorra se muert , il convient que de Baudach viegne 
le autre , ne autremant ne i hi auroit jamès arcevesqe. E si voz 
di qe les cristienz de ceste isle sunt les plus sajes encanteor que 
soient en monde. Bien est-il voir qe l'arcevesqe qe ne velt pas 
qe cel? faisent celz encantemant et li en chastie et amonise , mes 
ce ne vaut rien , por ce que il dient qe lor ancestre le fistrent 
ansienemant, e por ce dient qe il le vuellent faire il encore ; c 
le arcevesqe ne puet faire plus qe celz vêlent , si s'en sofre autant 
puis qe il ne puet 3Ptre fare , et ausi font les encantemant cisti 
cristienz de ceste ysle à lor voluntés. E si voz en dirai de les 
encantemant qe il font aucune couse. Car sachics tout voire- 
mant qe cesti encanteor font maintes diverses couses , et grant 
partie de eelz qe il vuelent ; car je voz di qe se une nés alest à 
voille et ause buen venjt et asez «n sa voie , il li firont venir un 
autre vent contraire et la firent torncr arcre. Et encore voz di 
qe il font venter celz ventqe il vêlent ; il font la mer coie* quant 
il vuelent ; il font grant tenpeste et grant vent en la mer. Il se- 
viçnt faire mant aijties encantemant mervuelios , lesquelz ne fait 
buen raconter en ceste livre , por ce qe il sunt encantemant qe 
avegnent chouse qe quant les homes le oïssent , s'en mervoilli- 



alniL-. 



> 



( 232 ) 

rcnt moût , e por ce les laieron atant , et ne voz en contcroii 
plus rien. Autre cousse n'i a en ceste ysle qe à mentovoir faice , 
e por ce noz en partiron atant et voz conteron d'autre couse 
avant et voz conteron de l'isle de Madeigascar. 

CHAPITRE CXCXI. 

Ci devise de Tisle de Madeigascar. 

Madeigascar est une ysle qe est ver midi e^t longe de Scotra 
entor mille miles. Il sunt Saracinz , aoreiT Maomet. Il ont 
quatre esccqe , ce vaut à dire quatre vielz homes , e cesti quatre 
^ iclz ont la seingnorie de totes cesLe ysle. E sachiés qe ceste ysle 
est des plus noble ysle e des grcignor qe soient en ceste monde. 
Car je voz di qe l'en dit qu'elle gire environ quatre mille milles. 
Il vi-vcnt de mcrcandie c d'ars. E si voz di tout voiremant qe en 
ceste isie naisont leofanl plus qe en autre provence; et si sachiés 
qe en tout l'autre monde ne se vendent ne acatcnt tant dens de 
leofant corne fait en ceste ysle et celle de Zanchibar ; et sachic's 
qe en ceste ysle ne se menuie for qe cars de gamiaus , e si vos di 
qe chascun jor, s'en oicient si grant quantité qe nulz ne poroit 
croire a or le se il ne le veisse , et dient qe cest car de gamaus est 
meior et le plus saine qe null autre char , et por ce l'entent à 
mangier tout l'an. Encore sachiés qc en ceste ysle a arbres de 
sandal vermoille ausi grant come sunt les arbres des nostre 
contrée, e ceste arbres vandrent asez en autre païs , et il en ont 
bois come nos avuns d'autres arbres sauvajes. Il ont anbre asez , 
por ce qe en cel mer a balene en grant abondance ; et encore 
hi a capdoille asez , et" por ce qe il prenent de ceste balene e de 
cesti capdol asez , ont de l' anbre en grant quantité , e voz savés 
qe la balenne fait l'anbre. Il ont leopars e lonces et lionz ; ont 
encore outre mesure autres bestcs come sunt cerf , cavriolz , 
dam et autres senblables bestes ont-il en abondance , venesionz 



« 



( 233 ) 

de maintes déverses oisiaus ont-il en moutitude. Il ont encore 
bestiaus assez moût grant. Il hi a diverses oisiaus , ce est devise's 
as nostres qe ce est mervoillc. Il ont maintes mercandies et hi 
vienent maintes nés con maintes mercandies , e ce sunt dras 
doré e de soie de plosors maineres et de maintes autres couses 
qe noz ne voz conteron eci. E toutes les vendent e cangent à les 
mercandies de Tisle. Les mercans hi vienent con lor nés chargies 
e toutes les cargent e vendent , e puis les cargent de la mercan- 
dies de l'isle et cargies s'en vont. Car je vos di qe il hi font 
grant proiit e grant gaagne le mercant , et si voz di qe les nés 
ne puent aler plus ver midi à les autres ysle for qe à ceste ysle 
et à celle de Zanghibar , por ce qe la mer hi cort si ver midi qe à 
poine s'en poroient venir , e por ceste achaisonz ne i vent les 
nés. E si vos di qe les nés qui i vienent de Mabar , à ceste isle vie- 
nent en vingt jors, e quant elle hi tornet à Mabar poinent aler 
trois mois et ce avent por ce qe la corent vait toz jorz ver midi, 
e ce avint toutes foies qe jamcs ne cort en autre mainere qe ver 
midi. Et encore sachiés tout voiremant qe en celés autres ysle 
qe sunt si grant quantité ver midi là où les nés ne aient mie vo- 
luntieres por la corent qe cort celle part , et dient les homes qe 
là se treuves des oisiaus grifon , e dient qe celz oisiaus hi aparu- 
rent certes estaisonz de l'an ; mes si sachiés qe il ne sunt mie fait 
ensi come nostre jens de sa cuident e come nos leS faison por- 
traire , ce est qe nos dion qu'il est me hosiaus et mi lyonz ; mes 
/ .selonc qe celz qe le ont veu content , ce ne est pas vérité qe il 
soient mi osiaus et mi lyon , mes voz di qe il dient celz qe le 
ont veu , qe il est fait tout droitmant come l'aigle , mes il dient 
qu'il est demisoréemant grant, et voz en diviserai de ce qe dient 
celz qe l'ont veu ; et encore voz en dirai ce que je en oï. Il dient 
qe il est si grant et si poisant qe il prenent l'olifant et l'enporle 
en l'air bien aut , puis le laisent céoir en tere , si qe le lofant se 
deffait tuit ; et adonc le oisiaus griffon le bece e manjue e se 
paise sor lui. Il dient encore celz qe les ont veu qe sez eles ovrent 

3o 



( 234 ) 

trente pas e qe sez pennes d'eles sunt longues douze pas. Grosis- 
mes sunt come il est convenable à lor longesse , e ce qe je en vi 
voz dirai en autre leu , por ce qe il convient ensi faire à nostre 
livre. Or voz ai conte's de l'oisiaus grifonz ce qe celz qe l*ont vcu 
le content, et bien est-il voir qe le grant Kan hi envoia sez ine- 
sajes por savor de celz ysles et encore hi mande por faire laiscr un 
sez mesajes qe avoit pris , et cesti mesajes et celui qe pris avoit 
ceste content au grant Kan maites grant mervoilles de celés es- 
trangcs ysles. E si voz di tout voirmant qe celz mesajes aportent 
au grant Chan dens de scnglier sauvajes lesquelz estoient deme- 
sureemant granz ; e si voz di qe le grant sire en fait poiser un 
que peisse libres quatorze. Or poes savoir cornant fu grant le sen- 
gler qe tel dens avoit ; et si voz di qe il dient que il ni a bien des 
sengler qui sunt grant come un bufal. Il hi a giraffc asez et asncs 
sauvajes ausint. Il ont si divissement bestes et oisiaus des nostres 
qe ce seroit mervoille à oïr et greiiignor à teoir. Et à le oisiaus 
grifon noz voill retorner : celz de celles ysles l'apellent rue et ne 
l'apellent por autre nom , e ne sevent qe soit griffon ; mes noz 
qui dion tôt voiremant qe por la grant grandesse que il content 
de cel oisiaus qu'il soit griffonz. Or voz avon contés de ceste ysle 
une grant partie de l'afer des costumes d'clz. Autres cousses n'i a 
que face à conter , et por ce noz en partiron et voz conteron de 
l'isle de Zanghibar ensi con voz pcfrés oïr. 

CHAPITRE CXCXII. 

Ci devise de lisle de Canghlbar. 

Canghibar est une isle moût grand isme e noble : elle gire en- 
viron bien deus mille miles. Il sunt luit ydrcs. Il ont roi et len- 
gajes por clcs. Il ne font trou à nclui Les jens simt grans e gros: 
bien est-il voir qe il ne sunt pas si aut por raigon come il sunt 
gros ; car je voz di qe il sunt si gros e si mcnbru qu'il senblcnt 



( 235 ) 

jeiant , c si voz di qe il sunt dcsmcsurcmant fort , car il porlenl 
cariqe por quatre autre homes , e ce ne est pas mervoillc qe je 
voz di, qe il menuie bien viande à cinq ornes. Il sunt luit noir et 
vont nus for qe il se covrcnt lor nature. Il ont les cavoilz si crespi 
qe à poine con l'eive se poroit faire estendre. Il ont si grant bo- 
che e les nés si rebufes e les lèvres e les iaus si gros qe sunt à 
veoir mot orible cousse, car qui le veises en autre contrée , l'eu 
diroit qu'il fuissent diables. Il hi naist leofant asez : il font grant 
mercandies des dcns. Il ont encore lionz d'autre faisonz qe ne 
sunt le autres. Il ont encore lonces asez e leopars hi naisent en- 
core. E qe vos en diroie ? Il ont toutes bestes devisez à toutes les 
autres dou monde ; e si voz di qe il ont moutonz et berbiz tuil 
de une faisonz et de un color, car il sunt tuit blance et ont le 
chief noir ; et en tout ceste ysle ne trevrés ne moutonz ne berbiz 
qe ne soit de ceste mainere qe je voz ai devisé. Il bi naist encore 
giraffe asez qe molt sunt belles couses à veoir. Elle est fate en tel 
mainere con je voz deviserai. Or sachiés q'ele a cort corsajes et 
est auques basse dericre-, car les janbes dereires sunt petties e les 
janbes devant e le cucl a mot gi'ant, si qe sa teste est bien aute da 
tcre entor de trois pas. Elle apeilet teste et ne fait nul mal. Elle 
est de color toute roge e blance à roelles , e ce est moût belle 
couse à veoir. Et encore voz di aucune cousse dou leofant qe je 
avoit dementiqe. Or saqics qe quant le leofant vuelt zazer à la le- ^ 
fantese , il cave la'tere tant qe hi mete la Icfantcse reverse en 
mainere de feme po ce q'cle a la nature moût ver le ventre, e le 
leofans le monte sus con c'il fust ome. Et encore voz di qe les 
femes de ceste ysle sunt moût laide cousse à A'eoir : car elle ont 
grant boce e gros iaus et gros nés. Il ont les mamelles groses 
quatre tant qe ne ont les autres femes; elle sunt moût laide cousse 
à veoir. Il vivent des ris e de cars e de lait e de datai. Il ne ont 
vin de vignes, mes il font vin de ris e de zucar e d'espèces si qe 
mut est buen poizon. Mercandies hi se fait moût grant , car maint 
mercant hi vienent con maintes nés qe hi aportent plosors mer- 



( ^36) 

candies qe toutes les nés vendent en cestcs isles , et encore cnpor- 
tent asez des mcrcandies de Tisle, e propemant enportent grant 
quantité de dens de leofans qe asez hi nia. Et encore voz di qu'il 
ont ambre asez, por ce qe des balennes hi se prennent asez. Et en- 
core sachiés qe ccsti homes de cest ysle sunt moût buen conbatcor 
e conbatent molt fort en bataille, car il sunt vailanz ene dotent 
gueires la mort. Il ne ont chevalz , mes il conbatent sus les ga- 
miaus e sus le leofanz : car je voz di qu'il font sus le leofant cas- 
tiaus e le covrent molt bien, e puis hi montent sus da seize homes 
jusque à vingt con lances e con spée e con pieres et est molt fort 
bataille celle desus le leofans. Il ne ont armes for qe escu de cuir 
e lances e spée , e se oclent bcn ensenble. Et encore vos di une 
auti'e cousse ; car sachiés qe quant il vêlent mener les leofanz à 
la meslée , il li donentàboir de lor >in asez : zo est lor poisonz e 
ce font-il por ce qe quant le leofant a bevou de cel poisonz , il 
en devient plus fieres e pius ergoios , et en vaut assez de miaus en 
la bataille. Or voz avon contés grant partie de toutes couses de 
ceste ysle e des homes e des bestes e de mercandies. Autre cause 
n'i a qe face à mentovoir , e por ce nos en partiron e noz conte- 
ron de la grant provence de Abasce ; mes tout avant voz en di- 
ron aucune cousse de Endie, Sachiés tuit voiremant qe nos ne 
voz avon contés del'isle de Indie for qe de les plus nobles pro- 
vences et roiames et ysles qe hi soient : car il n'i a nul ome au 
monde qe de toutes l'isles de Indie peust contere la vérité ; mes 
je voz ai contés des toutes les meior e de toutes la flor d'Indie. 
Car sachiés qe grant partie de toutes les autres ysles d'Inde des- 
quelz je ne voz ai fait mension sunt sour à cestes qe je voz ai con- 
tés. E saehics tout voiremant qe en ceste mer de Inde a douze 
mille sept cens ysles qe sunt abitée, et ne abitée, selonc qe moister 
le conpas et la scriture de sajes mariner qe uzent en cel mer de 
Yndie. Or voz lairon atant de l'Endie greignor qe est da Mabar 
jusque à Kesmacora qe hi a treize roiames grandismes desquel/, 
noz en avon contés des dix. La menor Yndie est da Zinaba jus- 



(237 ) 

que à Montifi qe hi a huit grant roiamcs e toutes foies entende's 
qe je ne voz sanz celz de l'islc qe sunt grandismes quantite's des 
roiamcs. Or voz conteron de la mezane Yndie qe se dit en Aba- 
sie. 

CHAPITRE CXCXIII. 

Ci comane de AJiasie qe est la Médiane. 

Or sachiés qe Abasce est un grandissme provence qc est la 
mezaine Indie. Or sachie's qe le grcingnor roi de toute ceste pro- 
vence est cristienz et tuit les autres rois de la provence sunt sot- 
post à lui , et sunt six entre lesquelz en a trois cristienz et quatre 
sarazinz. Les jens cristienz de ceste provence ont trois seingne 
en mi le vix : ce est le un dou front jusque à dimi le ne's, et pois 
en ont de chascune goe un , e ce sunt fait con fer chaut e ce est 
lor batesme : car puis qe il sunt batizés en eive et il se font puis 
celz seingne qe je voz ai dit , e ce est por gentilise e por conpli- 
ment dou batesmo. Et encore voz di qe il hi a juif et cesti juif 
ont deus seingne , ce est da cascune goe un. E les saracinz ont un 
seingne tant solamant, ce est dou front à demi les nés. Le grant 
roi dcmore en mileu de la provence ; les sarazin demorent ver 
Aden. Et en ceste provence presce meser Saint Thomeu l'apostre , 
e depuis qu'il ot converti de ceste jens, il s'en ala à Mabar là où 
il fo mors , et est le cors sien ensi con nos voz avon contés en 
nostre livre en ariere. E sachiés qe en ceste provence de Abasce a 
moût bones jens d'armes et homes da chevalz assez , et chcvalz 
ont-il encore asez , et ce fait bien mester : car sachiés qe il ont 
ghere con le Soudan de Aden et con celz de Nubie e con autres 
jens asez. E si vos en dirai une bielle estoire qe avint a les 1 288 anz 
de la carnasion de Cristi. Il fu voir qe cestui roi qui est sire don 
rauce la provence de Abasce qui est cristiens , dist qe il voloit alere 
en pellerinajes por aorer le sepolcre de Crist en Jenisalen. Les 



( 238 ) 

baronz li distrcnt qe trop seroit do grant perilz se il hi alast, et li 
lent qe il li niandist un vesqeve ou qualqe autre grant prclas. Le 
rois s'acorde à ce qe li baronz li loent. Adonc mande le evesqe qe 
moût estoit home de sainte vite, e li dist qu'il vclt qe il aille en 
son leu jusque à Jerusalen por aorer le sepolcre dou nostre sein- 
gnor Jezucrist. Celui li dit qu'il fira son conmandemant corne de 
son seingnor lige. Le roi li dit que il s'aparoille et q'il aille au 
plus lest qu'il puet. E que voz en diroic ? Le evcsque se part e 
prist conje au roi e s'aparoille e se met à la voie à mainere de pè- 
lerin moût honoréemant. Il ala tant è por mer e por tere q'el 
fou venu à Jerusalen , et s'en ala tout droit au sepoucre e l'aore 
et li fait tel honor e tel révérence come cristiens doit fare ausi 
aute cousse e si noble come cel sepolcre estoit. Il hi fait encore 
moût grant oferte por part de celui roi qe le mandoit. E quant 
le evesqe oit fait tout ce por coi il estoit venu bien e sajemant 
come sajcs homes qu'il estoit, adonc se met à la voie entre lui e 
sa conpagnic. Il ala tant qe il fo venu en Ad en ; e sachiés qe en 
ceste roiame sunt mont haynôs les cristiens, car il n'en vcllent 
voir nul , mes les héent come lor cnimis mortiaus. E quant le sou- 
dan de Aden soit qe ceste evcsque estoit cristiens , e qe estoit mes- 
sajes au grant roi de Abasce , il le fait prendre tout mantinant e 
le demande se ile est cristienz. E cel evesqe li dit qe veramant est- 
il cristiens : e le soldam li dist qe se il ne se vel retorner à la loy 
de Maomet, qe il le fara faire onte e vergogne. Celui li dit qe il 
se laierait avant occire qe il ce feisse. Quant le soudam oi la res- 
pose à celui evesqeve , il le tient à despit e comande qe il soit re- 
tailcs. Adonc fu pris l'evesque por ce por maint ornes e le retai- 
lent à la mainere des Sarazinz. Et quant il li ont ce fait, le Soudan 
li dit qe celle vergongne le avoit fait fare por despit e por onte del 
roi son sengnor : Et après ceste parroille il le laisse alere. Et 
quant l'evesqe ot receu celle vergongne , il a grant dolo , mes 
d'une cousse se conforte-il : car il dit qe ce avoit-il receu por la 
cristiene loy, e dit qe por ce le seingnor Deu li rendera bon me- 



( 239 ) 

rito à sa arme en l'altre secle. E por coi voz firoie lonc conte? 
Sachiés tout voiremant qe quant l'evesqe fu guéris e que il poit 
chavauchere , il se met à la voie à tout sa conpagnie , et ala tant 
e por mer e por terre qe il fo venu en Abasc à son seignor le 
roi. Et quant le roi le vit, il le fait joie e feste e puis le demande 
novelle dou sepolcre. L'evesqe li en dit tout la vérité , e le roi 
le tient à santisme couse et hi a grant foy. Et après qe il ot dit 
l'evesqe dou sepolcre tout le fait , il li conte cornant le soudan de 
Eden l'avoit fait retailer por sa onte e por son despit. E quant 
le roi ot entendu ce qe son Evesque estoit si aontt's por son des- 
pit, il a si grant ire qe pou s'en falloit qe il ne morut de dol. 11 
dit si aut qe tuit cela qe entor lui estoient l'entendirent bien , et 
dit q'ii ne velt jamès porter corpne ne tenir terre se il ne en prant 
grant vengnance si qe tout le monde en parlera. E qe voz en di- 
roie ? Sachie's tuit voiremant qe le roi s'aparoille à moût gran- 
disme gens de chevaliers e d'ornes à pé , et encore moine grant 
quantité de leofans con castelle bien armés qe i avoit bien vingt 
homes sus chascuns. E quant il fo bien aparoilk's con toutes sez 
jens , il se met à la voie , et alarent tant qe il furent venu en 
roiam« de Aden. E les rois de celle provencc de Aden con 
moût grant moutitude de Saracinz à chevans e à pies vindrent à 
les fors pas por défendre lor Icre e qe lor enimis ne i peussent 
entrer. Or avint qe le roi de Basée con sez jens furent à cesti 
fors pas là o il treuvent lor ennimis en grant quantité. Adono 
conmancent la bataille moût cruelz et pesmes ; mes il avint 
en tel mainere qe les rois des saracinz qe trois estoient ne pos- 
trent durcre à la grant force dou roi d' Abasce , por ce qe il avoit 
grant j ens e bones : car les cristienz vaillent d'asez miaus qe ne vai- 
lent les Saracinz , s'en tornent arieres e le roi des cristienz con ses 
ornes entre dedens le roiame d'Aden. Mes bien sachiés qe à celz 
pas furent occis grandismes quantité des Saracin , e qe voz aleroi 
disant ? Sachiés tuit voiremant qe le roi d'Abasce con sez jens , 
puis qu'il fui entrés en roiame d'Aden bien en tiois leus ou en 



( 24o ) 

quatre , les Saracinz li furent devant à fors pas , mes tout fou 
noiant qe il les peussent défendre , mes en furent ocis e mors en 
grant abondance. Or voz di qe quant le roi des cristienz fu de- 
more's en le teres des ennimis bien entor dou mois e qe le ont 
moût gasté e destnite , e qe ont moût grant motitude de Sarazinz 
mis à mort , il dit qe desorniès est bien vengie's la onte son vesqe 
e qe il s'en puent bien tornar con honor en lor terre. E encore 
voz di q'il ne pooit plus domajer les ennimis , por ce qe trop fors 
pas avoient à passere , e qe pou de jens il poroient faire grant 
domajes à celz mauvcis pas: e por cest chaison s'en partirent de 
le roiame de Aden et se mistrent à la voie et aient tant qu'il ne 
s'arestent qe il furent venu ad Abasce en lor païs. Or ave's en- 
tandu comant l'esvesqe fu vengiés bien et autemant sor celz chiens 
Saracinz , car bien en furent mors tant et occis qe à poine se po- 
roit conter le nobre , et encore maintes teres en furent gaste's e 
destrute , e ce ne fu pas mervoie , car il ne est digne couse qe les 
chiens Sarazin doient sourestere les cristiens ; e depuis qe nos 
ce voz avon contés , il en lairon atant , e voz conteron des autres 
couses avant de la provence de Abasce meesme. Or sachiés tuit 
voiremant qe ceste provence est moût devisieuse des toutes cou- 
ses de vivre. Il vivent des ris e de cars e de lait et de sosimain. Il 
ont leofant , mes ne pas q'il i naisent, mes le ont de l'isle de Paî- 
tre Endie , mes le girafe i naisent bien , en ont en grant abon- 
dance ; lionz e leopars et lonces ont-il asez et maintes autres bes- 
tes ont-il encore moutitude devisez à celz de nostres contrés ; as- 
nes sauvajcs il naifient , encore asez oisiaus ont-il de maintes 
maineres devises à tous les autres. Il ont gelines les plus belles en 
» autruches, à vecir dou monde. Il ont grant estrus * ne gueires mendres qeuii 
asne*. Il hi a encore d'asez autres lesqelz ne voz en conteron ci , 
por ce qe trop seroit longaine matière à mentovoir; mes bien sa- 
chiés qe veneionz et caceionz des bestes et de oisiaus ont-il en 
abondance. Il ont papagaus asez et biaus ; il ont singles de plosors 
maineres. Il ont gat paulz et autre gat maimon si devisez qe pou 



( 24- ) 

s'en faut de tiel hi a qe ne senblent à vix d'ornes. Or ne voz con- 
teron plus de ceste mainere , et noz partiron de ceste provence 
de Aden ; mes tôt avant vos diron encore de ceste provence de 
Abasce mesme. Car sachics tout voiremant qc en ceste Abasce a 
mantes cites et castiaus , et hi a maint niercaant qe vivent de 
mercandies. Il hi se font maint biaus dras banbacin e bocoran. 
De autres couses hi a encore asez ; mes ne fais pas à contere en 
nostre libre , e por ce nos on partiron e voz conteron de Adcn. 

CHAPITRE CXCIV. 

Ci comance de la provence «le Aden. 

Depuis qe nos avon contes de la provence de Abasce , si vos 
conteron encore de la provence de Aden cnsi con voz porois 
oïr. Or sachiés que en ceste provence de Aden a un seinguor que 
est apellc Soudan d'Aden. Il sunt tuit saracinz qe .'lorent Maomet 
et vêlent trop grant maus à cristiens. Il hi a maintes cités et cas- 
tiaus : en ceste Aden est le port là ù les nés de Indie y vienent 
con toutes lor mercandies , ethi vienent grant quantité de mer- 
cant ; e de cest port li mercant metent le mercandies en autres 
nés petites qe vont por un flum entor de sept j ornée , et à chief 
de ceste sept jornée il traient les mercandies d'evcs e les cargeni 
sus gamiaus e le portent entor trente jornée. A chief de trente 
jomée il trouvent le flum d'Alexandre et por cel flun se porte 
puis lizeramant jusque in Alexandre , et en tiel mainere et por 
ceste voie de A'er Adcn ont les Saracin d'Alexandre les pevre e 
les especcries e les chieres mercandies , ne por autre voie ne i 
peut venir ad Alexandre. E de ceste port de Aden vont les nés 
con mant mercant e con plosors mercandies por le isle de Indie. 
Et encore voz di qe encore portent les mercant de cest part en 
Indie maint biaus destrer arabien de grant vailance dont les 
mercaanl en font grant profit , car je voit qe voz sachiés qe les 

3i 



( ^42 ) 

mercaant vendent un bon chevalz in Endic bien cent mars d'ar- 
ient et plus , et si voz di qc le sodan de Aden a moût grant rente 
e erant trezor dou grant droit qu'il prent des nés e des mercaans 
qe vont et vint en sa tere; et si voz di tout voir que por ceste acai- 
son qe je a'Oz ai dit dou gran droit qu'il a des mcrcant qc vic- 
nent en sa tere , il est un des plus riches rois dou monde. E si 
voz dirai de ceste soldan qe il fust une cousse qe moût fu grant 
domajes à cristienz : car sachic's tout voircmant qc quant le Soudan 
de Babelonie ala sor la ville d'Acri, quant il ala prist i et fist si 
gran domajes de cristienz , cestui soldan de Aden donc de sez 
jens en aide au soudan de Babelonie bien trente mille homes a 
chevaus , c bien quarenle mille gamiaus , si qe ce fu bien gran 
profit à saracinz et domajes à cristienz ; e ce list li plus pro maus 
qe il vuelt as cristienz , qe il ne fist por bien qu'il voil au soudan 
de Babelonie , ne por amor qe il porte. Or nos lairon de cest 
Soudan e voz conteron d'une grandisme cité qe est de Aden 
meisme et a un petit roi , qe est ver maistre et est apellé Escier. 
Escier est une grandisme cité qe est vers meistre, et est longe 
quatre cent miles dou port de Aden. Ceste cité a un cuens qe bien 
mantient sa tere en justicie. Il a encore plusors cités e castiaus 
dcsot soi. Bien est-il voir qe cest cuens est sotpost au soudan 
de Aden. Il sunt sarazin qe aorent Maomet ; e cest cité a port 
moût buens , car je voz di tout voirémant qe maintes nés e mant 
mercant hi vienent de Yndie con mantes mercandies , e de ceste 
cité vont encore les nés e les mercant con mantes mercandies en 
Yndie. Et encore voz di voirémant qe de ceste cité portent les 
mercant mant buens detrler et maint buens chavalz de deus selles 
en Endie qe molt sunt chicr e de grant vailance , e molt en font 
grant profit e grant gaagne les mercant. En ceste provence naist 
grant quantité d'encens blanc et buen. Et encore hi naist datai 
en grant abondance. Il ne ont blés for qe ris sculamant e de cel 
ont pou ; mes voz di qe l'en hi portent des blés d'outre paVs et en 
font grant profit. Il ont poison en grant abondance e propemanl 



c 243 ) 

ont tonnes ascz et grant , et hi ni a si grande devicie qe pro un 
Venician gros en auresse deus granz. Il vivent de ris e de cars e 
de poisonz ; vin de racine ne ont , mes le font de succar e de ris 
e de datai ; et si voz di encore un autre couse , car sachiés tuit 
voiremant qe il ont moutonz qe ne ont orilles , nés les pcrtuis 
des oreilez , mes là où les oreilz devoit estre a un peitet corner. 
Il sunt petites bestes et bêles: e si voz di encore une coasse qe 
bien voz senblera meravoille : car sachie's tout voiremant qe lor 
bestes ce sunt moutonz , buef et gamiaus , et lor ronsinz petit. 
Menucnt peisonz , e ce est lor viande , por ce qe en tout lor païs 
ne en tout celz contre'e ne a erbc , mes est le plus sèche leu dou 
secle, e sachie's qe les peisonz qe les bestes menuient sunt molt 
peitit et se prcnent de mars et d'avril e de may si grandismes 
quantités qe ce est mcrvoille ; e si voz di qe il le seqent et les 
metent es maisonz , puis le donent tout l'an à mangier à lor 
bestes. Et encore vos di qe les bestes les menuient encore tuit vif 
si con il se traient d'aive. Et encore ont grant peison e buenz et 
en grant habondance e grant mcrchics, et voz di qe il font beiscot 
de peisonz : car il le treuvent à peitit bocconz qe puent estre 
entor une livre e le font sécher au soleil et puis le repoinent es 
maisonz e le mengient tout l'an corne beiscot. E de l'encens qe 
je voz ai dit hi naist si grant quantité les seingnor les achate por 
dix beisant d'or le canter , mes puis le seingnor le vent à les 
autres jens et à les mercant qe hi vient por quarante bezant le 
canter , e propes de ccst ha moût grant profit e molt grant rente 
le seignor de cest cité. Autres cousses ne i ha en ceste cité qe à 
mentovoir face , et por ce noz nos en partiron et voz conteron 
d'oune autre cité qe est apellés Du far. 



( ^44) 

CHAPITRE CXCV. 

Ci devise de la cité Dufar. 

Dufar est une belle cité et grant et noble , qe est longe de la 
cité de Escer cinq cens miles ver maistre. Il sunt encore sara- 
cinz et oorent Maomet. Il ont à seingnor un cuens , et sunt 
soutpost encore au sodan de Adcn ; et encore entendes qe ceste 
cité est encore de la provence de Âden : elle est la cité soure et 
a moût buen port , là où il vienent et aient maintes nés con mant 
mercanz con trop grant quantité de mercandies. Et encore voz 
di tout voiremant qe il hi portent maint buen désirer arabien 
ad autres contrée , de coi les mercaant font grant gaaingn et 
grant profit. E sachiés qe ceste cité a encore sout soi plusors 
cités et maint chastiaus , et encore voz di qe il hi naisent encore 
encens assez e buen , et vos deviserai comant il naist. Je voz di 
q'il sunt arbres ne mie trop grant : il sunt come peitit zapin. Il 
les entachent con coutiaus en plosors parties , e por celle thache 
oise l'encens , et encore en oisse por l'arbre meisme sans enta- 
cher , e ce est por le grant calor qe hi a. Et encore voz di qe en 
ceste cité vienent mait biaus destrer de Araben , qe puis les por- 
tent les mercant con lor nés in Endie et en font grant profit e 
grant gagne. Autre cousse qe à mcntovoir face n'i a , e por ce 
nos en partiron e voz conteron dou gouf de Calatu. 

CHAPITRE CXCVI. 

Ci devise de la cité de Calatu. 

Calatu est une grant cité qe est dedens le couf qe encore est 
apellé Calatu et est loingne de Dufar miles six cens ver maistre 
EU est une noble cité sor la mer. Il sunt sarazin qe aorent Mao- 



( 245 ) 

met. Il sunt sout Cormos e toutes les foies qe le melic de Cor- 
mose a gherc con autre plus poisant de lui , il s'en vient à ceste 
cité , por ce qe meut est fort et en fort leu , si qe il ne doute 
puis de null. Il ne ont nulle ble's, mes les ont d'outre part: car 
les mercaant les le aporlcnt con les nés. A ceste cité a moût buen 
port , et si voz di tout voiremant qe il hi vienent maintes nés 
con maintes mercandies de Indie , et en ceste ville le vendent 
moût bien , por ce qe de ceste ville se portent les mercandies e 
les peceries en fratere a mainte cité et castiaus. Et encore voz 
di qe de ceste cité se portent maint buen destrer en Ynde , de 
coi les mercaant en font grant profit. Car sachiés qe de cest 
contrée e des autres qe je voz ai contés en ariere , se portent 
grant quantité des biaus chevaus en Yde si grant qe à poine le 
poroit l'en contere. Et si voz di qe ceste cité est sus la boche e 
à l'entrer dou gof de Calatu , si qe nulle nés ne i poit entrere ne 
osir sanz lor volunté , e mantes foies en a le melic de ceste cité 
grant par dou Soudan de Crcrmain cui il est soutpost : car quand 
cel Soudan met aucu dasio au melic de Curmos ou aucun autre 
de sez firers et cesti ne le vêlent doner , e le soudan hi tramest 
host por elz efforcer , il se partent de Curmos et entrent en nés 
e s'en \àenent à ceste cité de Catalu et iluec demorent et ne lais- 
sent passer nulle nés dont le soldan de Crcmain en a trop grant 
domajcs , et por ce convient qe il face pès au melic dou Curmos, 
e ne li toit pas tant monoie con il li demandoit. Et encore voz 
di que ceste melic de Curmos a un castians qe encore est plus 
fort qe la cité et miaus destraint le gof e la mer; et encore sachiés 
tout voiremant qe cestes jens de ceste contré vivent de dattes e 
de peisonz salée , car il en ont à grant planté. Mes bien est-il voir 
qe il hi nia plosors jentilz homes e riches qe bien menuient des 
autres meior viandes e meior couses. Or vos avon contés de 
ceste cité de Calatu e dou gof e de lor afer:adonc nos enpartiron 
e voz conteron de Curmos ; car je voz di qe quant l'en se part) 
de la cité de Calatu et il ala trois cens miles entre meistre- e tra- 



( 246 ) 

montaine , adonc treuve-l'en la cité de Curmos , et encore vor 
di qc parlent de Calatu , et il ala entre meistre e poncnt cinq 
cens miles il treuve Quis , et atant laieron de Quis e vos parle- 
ron de Curmos. 

CHAPITRE CXCVII. 

Ci devise de la cité de Cormos. 

Curmos est une grant cité et noble qui est sor la mer. Il ont 
melic et ont plusor cités e castiaus sout soi. Il sont saracinz qc 
aorent Maomet. Il hi a molt grant chalor , et por le grant cha- 
lor q'il hi a , il ont ordréé lor maison à ventier por rcçoire le 
vent : car de celz part dont le vent vente , et il li metent le ven- 
tier e font aler le vent en lor maison , e ce font-il por ce qe il 
ne poent sofrir le grant calor qui hi a. Mes plus ne voz en con- 
teron por ce qe noz vos en contâmes en nostre livre en arieres , 
e de cest e de Quis et de Cremain , mes por ce qe nos alanmes 
por autres voies , il noz convient encore retorner ci ; mes ensi 
con je voz ai dit por ce qc noz voz avon contée tout l'afere de 
cest contrée, noz en partiron et voz conteron de la grant Torqie 
ensi con vos pores auir apertamant. 

CHAPITRE CXCVIII. 

Ci devise de la grant Torquie. 

En la grant Torquie a un roi qe est appelle Caidu , qe est 
nevo ou grant Kan , car il fo filz au filz de Ciagatai , qe frères 
camaus fu au grant Can. Il hi a maintes cités et castiaus , et est 
moût grant sire. Il est tartar et sez jens simt ausi tartar et sunt 
buen homes d'armes , e ce ne est pas merveie , car il sunt tuit 
jens costumés de gère ; et si voz di qe ceste Caidu ne oit unques 
pas au grant Kan , mes grant gère toutes foies , e saquiés ge 



( 247 ) 
ceste grant Turquie est ver meistrc quant l'en se part de ceste 
voie de Curmos qe noz voz avon contés , la grant Turquie est 
outre le flun de Ion e dure dcver tramontaine jusque à le teres 
dou grant Kan. Et si voz di qe ceste Caidu a ja faites maintes 
hataiies con les jens au grant Kan , et la desorde qe il a con lui 
voz dirai. Sachiés tuit voiremant qe Caidu dcmandoit tut jor au 
grant Kan qu'il voloit sa part dou conquist qu'il ont fait , e pro- 
pemant demande part de la provence dou Catai e de la provence 
dou Mangi. E le grant Can li disoit qe il li voloit bien doncr sa 
part comme à les autres scz fllz si voiremant con il alast à sa 
contié corte et a sez conseie toutes les foies qe il le mandast 
quere , et encore voloit le grant Kan qe il le fust obe'isant conme 
les autres sez filz et sez baronz , et en ceste mainere disoit le 
grant Clian qe il voloit doner part dou conquist qu'il ont fait , 
se il voloit faire ce qe voz ave's oï. E Caidu qi non s'en fioit en 
son ungle le grant Kan , disoit qe il ne voloit aler mie , mes il le 
voloit bien estre obéisant là unques il demorast , mes il dit qe 
ne iroit à sa cort por rien dou monde , por ce qe il doutoit qe ne 
le feisse occife , e ce estoit la descordie qe estoit enter le grant 
Kan e Caidu , et por cest escorde en sordi mont grant gère , cl 
hi ot maintes grant batailles entr'aus. E si vos di qe tout l'an hi 
en oit sez hostes le grant Kan tout environ la rem de Caidu , si 
qe Caidu ne sez jens ne peussent faire domajes à sa terre ne à ses 
homes ; mes le roi Caidu por toutes les hostes au grant Kan ne 
laisse mie qe il ne entre en la tere dou grant Kan et a conbatii 
plosors foies coules hostes qe contre lui venoient ; e si voz di 
tout voiremant qe le roi Caidu a fer bien tout son effors mete- 
roit au camp bien cent mille homes à chevaus tut pordomes e bien 
costumés de gère e de bataille. Et encore voz di que il a avec lui 
plosors baronz dou lingnages de l'enperere , ce est de cel de Cin- 
chins Kan , por ce qe cestui fu le comenzamant del empere e qe 
primer ot segnorie e conquist une partie dou mon , e por ce zo 
-dit de la leigne de Cinchins Kan qe est l'enperiaus lingnajes. Et 



( 248 ) 

adonc vos laieron de ce et voz conteron d'auquantes Lataies qe le 
roi Caidii iist con les jens au grant Kan ; et si vos conteron 
avant corne il vont en bataile. Sachics qu'il ont por commande- 
mant qe chascun portes en bataille saixante sajetes , les trente 
menor qe sunt da paser e les autres trente sunt greingnor qc ont 
les fer large , e ce gitent-il de près e fièrent por mi le vlx e por 
mi les bras e s'en trencent les cordes des arz e s'en font grant dou- 
majes ; et encore voz di qe puis q'il l'en ont gité toutes les saje- 
tes , il metent les main à l'espée e a le macqe , e s'en donent gran- 
dismes coux. Or vos ai contes cornant il vont en bataile , e desor- 
mès retorneron à nostre matière. Il fo voir qe a les 1266 anz de 
* rousins. l'aincarnasion de Crist, ceste roi Caidu con sez coisiz , qe le un 
avoit à non Jesudar , il asenblent bien une grandisme quantite's 
de jens , et aient soure deus baronz dou grant Kan qe zinzinz 
meisme estoient de Caidu roi , mes il tenoient tere dou grant 
Kan ; le un avoit à non Tibai ou Ciban. Il furent filz de Ciagatai 
qe fo cristiens batezés e fu frère carnaus au grant Kan Cublai. Et 
qe voz en diroie ? Caidu con sez jens e se conbati con cesti deus 
sez cusinz qe ben avoient ausint grandissmes. jen^ , si qe bien 
furent entrée le une partie e l'autre entor de cent mille homes à 
chevaus. Il se conbatent molt dmemant ensenble et molt en 
furent morti e d'une part e d'autra , mes au deraz la vinqui Caidu 
j'oi e fist molt grant domajes de celés jens. Mes si sachiés qe les 
deus frères qe coisinz del roi Caidu estoient escanpoit qu'il ne ont 
nul mal , car il avoient buen chevalz qe bien l'enportent ysnellc- 
mant. En tel mainere venqui la bataille le roi Caidu. Il en croist 
en bonbant et norgoeil. Et après ce qe il ot vencue ceste bataille 
en tel mainere con voz avés oï , il s'en torne en son païs , e de- 
more bien deus anz en peis qe ne i fist host ne bataille , ne le 
grant Kan ne le fist en tôt cel termene gerre ne host. Or avint qe 
à chief de deus anz le roi Caidu asenble une grant host si qe bien 
furent une grandissme jens d'omes à chevalz. Il savoit qe à Cara- 
coron estoit le filz au grant Kan qe avoit à non Nomogan et avec 



( 2/,9 ) 
lui estoit Giorge le filz au filz dou Prcstre Joan. Cesti deus baionz 
avoicnt encore une grandismes jcns d'ornes à chevalz. Et qe vo/. 
en diroie ? Le roi Caidu , quant il et asenblé toutes sez jens , il 
se parti de son reingne con toute sa hosle c se mist à la vie e cha- 
vauchcnt tant por lor jornée , senz aucune vcnturc trovere qe à 
mentovoir face , encore qe il furent venus auques près à Caraco- 
ron là o les deus baron/, estoient con grandisme jens. E quant 
cesti deus baronz , ce est le filz au grant Kan e le filz au fdz dou 
Prestre Joan , ont seu conmant Caidu estoit venu en lor païs con 
si grant jens por conbatr'e à clz , il ne monstrenlpas qe il soient 
estas , mes monstrent qe il ont ardimcnt et valor. Il s'aparoilent 
molt bien con toutes lor gens qe bien estoient plus de soixante 
mille homes à chevaulz ; et quant il furent bien aparoilés , il se 
mistrent à la voie et aient contre lor enimis. E qe voz en diroie i' 
Il aient tant qe il furent venus près au roi Caidu à dix miles , el 
iluc mistrent canp bien e ordréemant. E sachiés qe le roi Caidu 
estoit con toutes celles jens à tendes en celé plaingne meisme. Il 
se repousent chascuns des parties e s'aparoillent au miaus qu'il 
puent por conbatrc ensenblc. E por coi voz firoie lonc conte ? 
Sachiés tout voiremant qe an ters jors depuis qe le hlz au grant 
Kan i fu venu e le fdz au Prestre Joan le bien maintin , chascune 
des parties s'armèrent c s'aparoillent au miaus qe il puent. Il ne 
ot grament davantajes da les une jens à le autres , car il ne i 
avoit nulles des parties qe ne ause entor de soixante mille homes 
à chevaz bien armes d'ars e de sagites e de spée e de macques e 
de escuz. Il fait chascune part six esciele , et en cascune esciele lii 
mistrent dix mille homes à chevalz e bien condusdor. E quant les 
deus parties furent au canp à tieres et aparoillés , e ne atendoient 
for qe il c/isent sonere le nacar , caries Tartar ne osent con- 
menzer bataille jusqe à tant qe le nacar lor seingnor ne conmcn- 
zent à soner ; mes tant tost q'ele sonent cil comcnzent la bataille. 
E si ont encore un tel costumes les Tai'tars qe quant il sunt atirer 
qe il atendent bataille , endementier qc le nacar comenzent à 

32 



( 25o ) 

soncr , adonc il cantent et sonent lor estrumens de deus cordes 
moût doucement , e cantent e sonent e font grant sculas , aten- 
dent toutes foies les batailles , e por ceste usanze voz di qe 
andeus ceste jens que estoient à tieres et atendoient la bataille 
et le soner des nacar , il cantoient et sonent si bien qe ce estoit 
menoie à oïr. E quant il furent demorés auques en tel mainere 
con je voz ai dit et atendoient qe il aoïsent soner le nacar. d'an- 
deus pars. E qe voz en diroie ? Quant les nacar comenzent à 
soner , les jcns ne font plus dek'ament , mes tout mantinant lais- 
sent coiTcr les unes jens contre les autre. Il mistrcnt les mains 
as arz , il encoeqent lor sagites. Or en peust veoir tote l'aier co- 
verte de sajetes con c'il fusl pluie. Or puet veoir mant homes e 
mant chevaus estre fei'u mortaument. Or bi peust oïr l'en le crier 
et la remort si grant qe l'en ne oïst Dieu tonant : certes il sen- 
bloient bien qe il estoient ennimis naortaus. E por coi voz firoie 
lonc conte ? Sachiés tout voirement qe tant come il ont sagite ne 
finerent de traire celz qe sain et aiciés estoient , car bien sachiés 
qe il en avoit de mors e des enavrés à mort en grant quantité j si 
qe de mauveis ore fu conmencé celle bataille por andeus les part, 
tant en furent mors e d'une e d'autre. E quant il ont toutes les 
sagites gités e traites, il mistrent les arz en les archas , puis le 
mistrent les mains à les spée et à les maqes , e corent les un sor 
les autres. Il se conmencerent à donere grandismes cous de spcc 
e des macqes, il conmenzent une bataille molt cruel e pesme, i lor 
poet l'en veoir doner e recevere grandisme cous : or poit-l'en 
veoir trenchier main e bras ; or poit-l'en veoir mant homes tre- 
bucer mors à la tere: car sachiés tout voiremant qe il ne demore 
grament , puis qe il comencent la bataille de brant , qe tout la tere 
estoit coverte d'omes mors et navrés à mors. E sen fail le roi 
Caidu hi fist i grant proesce d'armes , e s'en son corz sculamant 
ne fust , il auroit plusors foies guerpi le canp c seroit desconfit ; 
mes la fasoit si bien e donoit si grant confort à sa jens , qe il se 
mantenoient molt ardiemant, E de l'autre partie le filz au grant 



( 25. ) 

Kan c le filz au filz dou Presle Joanle fistrent ausint moût bien. 
E qe voz aleroie disant ? Sachies voirmant qe ceste fu une des 
plus cruelz bataille qc onques fust entre Tartars. De jens il hi 
estoit si grant la nose et le feréis de le spée e de les macques, qe 
l'en ne oïst le Dieu tonant. Encore voz di sans faille qe aiidcus 
les parties se ensforcent de tout lor poir de mctre à desconfiture 
le une jens les autres , et por ce se esforchoit cascun outre me- 
zure ; mes tout ce ne vaut rien qe le une jens peust mètre à des- 
confiture le autre : mes voz di tout voiremant qe la bataille dure 
jusqe après vespre , ne le un ne poit chacer l'autre de canp , mes 
en furent tantlhors e d'une part e d'autre , qe ce estoit un petié à 
veoir , car de maie hore furent conmencés celé bataille por an- 
deus pars , car maintes homes emorurent e mantes dames en fu- 
rent vcves , e maint enfans en furent orfanes , e mantes autres 
dames ne furent à loz jorz mes en plores et en lermes : ce furent les 
mères et les araines de homes qe himorurent. E quant la bataille 
fo tant duré como voz avés oï , et qe ja tornoit le soleil au decli , 
et qe tant en i avoit de mors con je voz ai contés , adonc con- 
vient qe la bataille remagne à fine force ; et adonc se départirent, 
et chascunz s'en torne à son canp si las e si travailés , q'cl ne i 
avoit nul qe ne ausse meior maistier de repouser qe de conbatre. 
La nuit se rcpousent moût voluntier perla travaille qe il avoienl 
sofert celui jor en cel grant bataille e mortiaus. E qu;uil le matin 
fu venu le roi Caidu qe avoit eu novelle qe le grant Kan man- 
doitune grant host con grandismes jens por lui prendre et asai- 
lir , il dit à soimesme qe il hi feroit desormès maus demorer , 
et adonc tant tost qe l'aube apert , il se arme con tout sez jens 
et montent à chevaus et si mistrent à la voie por retorner en lor 
contrée. E quant le Hlz au grant Kan et le nevo dou Prestre Joan 
virent qe le roi Caidu à tontes sez jens s'en aloient , il ne li ailent 
deriere , mes le lairent aler quitemant , por ce qe il estoient 
moût las e moût travailés. Sez jens chavauchent tant por lor 
jornée qu'il ne s'arestent qe il furent venus en lor reingne , ce 



( 252 ) 

est en la grant Turquie à Sarmarcan , et iluec. demore auques 
qe ne fait gère. 

CHAPITRE CXCIX. 

Ce qe le gran Kan dit don damajes qe Caidu le fait. 

E le grant Kan en avoit bien grant ire de ceste Caidu qe le da- 
niajoit tant tout jors sez jcns e sa tere. Il dit bien à soi meisme 
qe se il ne i fust qe il est son ncvou, ja ne poroit escanper qe il ne 
le feisse mètre à maie mort; mes la char l'estren^oit qe ne des- 
truoit lu e sa tere. Et en tel mainere con je voz di escanpoit le 
roi Caidu de les mainz au grant Kan. Or adonc voz laieron de 
ceste matière , e voz conteron avant une grant mervoie de la file 
au roi Caidu si con voz le pores entendre. 

CHAPITRE ce. 

Ci devise de la file ào roi Caidu comment le est fort e vailant. 

Or sachiés tout voiramant qe le roi Caidu avoit ime fde qe es- 
toit apellé Aigiarm en tartaresche , qe vaut à dire en franzois lu- 
» brillante Cent* lune. Ccste daracselle estoit si fort qe en tout le roiame ne 
avoit damesaus ne valet qe la peust veincre , mes voz di qc elle 
les venchoit tuit , e son père le roi la voloit mariere e doner les 
baron ; mes elle ne i voloit et disoit qe elle ne prenderoit jamès 
baron jusque à tant q'ele ne i treuvast aucun gentilz homes qe la 
vinquist de toutes forces , e le roi son père li avoit fait berveleis 
q'ele se peust marier à sa volunté. E quant la fille au roi ot eu 
de son père l'otroie e le brevelejes q'elle se poit marier à sa vo- 
lunté , elle en ot grant joie. Elle fait savoir par plosors parties dou 
monde qe se aucun jcntilz dameseus voust venir à esprover con 
elle et il la peust vincre de force , qe elle le prenneroit à baron. 



( 253 ) 

E quant ceste novelle fo seuc par maintes terres et rengnes , je 
voz di qe maint gentilz homes de maintes parties hi vindrent et 
se proverent con elle ; e la provence fasoit en t 1 mainere con je 
voz dirai. Sachiés q'elle qc le spreuve se fasoit , car le roi con 
maintes jens masles e femes cstoit en la mestre sale don palais , 
puis venoi! la fille au roi en une cote de sendal molto richemant 
acessmée emi la sale ; puis venoit ausi le damoisiaus en cote de 
sendal. La convenance estoit qc se le dameseus la peust vencre , 
qe le meist par force à la tere , qe il auroit à feme ; et se la fille au 
roi venquisse les valet , qe il perdoit cent chevaus et estoiënt de 
la damescle , et en ceste mainere en avoit gaagné la dameselle plus 
de dix mille chevaus , car elle ne pooit treuver nulz valet ne nulz 
damesiaus q'el ne veinquist : e ce ne estoit pas mervoie , car elle 
estoit si bien tailles des toutes menbres , et estoit si grant e si cor- 
sue , qe pou s'en falloit q'elle n'estoit jéantesse. Or avint qe entor 
aies 1280 de l'ancarnasionz de Crist, hi vint un filz à un riche roi 
qe moût estoit biaus et jeune. Ccstui s'en vint à moût belle con- 
pagnie et moinent mille chavaz moût biaus por esprover à la da- 
meselle. Et quant cestui filz au roi hi fo venu , il dist que il s'en 
voloit esprover à la dameselle. Le roi Caidu hi fu moût liés , por 
ce que por sa voluntc il voloit qe il ausse sa fille à feme , car il 
conoisoit qe il estoit filz au roi de ....(*), e si voz di qe le roi 
Caidu fist dire à sa fille privéemant qu'elle se deuessc laisser vin- 
cere ; mes sa fille dist q'ele ne le firoit por rien dou monde. E 
que vos en diroie? sachiés que un jor fu asenblé le roi e la raine 
et maint homes e maint femes en la grant sale , et adonc vindrent 
la fille au roi e le filz au roi qui estoiënt si biaus , et si avint qe ce 
estoit mervoie à voir les : e si vos di qe cest damoisiaus estoit si 
fort et si poisant qe il ne trovoit nulz qe contre lui se poist de 
force. Et quant la damoiselle e le damesiaus furent emi la sale e 



(*) Le nom est resté en Liane dans le Manuscrit. 



(234) 

qui estoient si grant jcns con je vos ai dit , e la convenance fii 
faite qe se le damcsiaus fust vencu , qu'il devoit perdre le raille 
chavalz qe il avoit fait amoiner propemant por ceste esprovce. Et 
après ceste convenance la damoiselle e le damesiaus se pristrent 
cnsenble, e toutes les jens qc les voient disoit entr'aus qu'il vo- 
loient qe le damesiaus venquist , por ce qe il fust baron à la file 
au roi , et ce meisme en voloit le roi et la roinc. Et por coi voz 
firoie-jelonc cont? Sachics tout voiremant qepuis qeles deus da- 
mesiaus se furent pris ensenble , l'un tire là , e l'autre çà ; mè tel 
fo l'aventure qe la fille au roi le vinqui e le jeue sus le pavimant 
dou palais. Et en tel mainere fu vencu le filz au roi e perdi le 
mille chavalz ; e si voz di qe ne i ot nul en toute la salle qe do- 
lens n'en fust. Et encore voz di qe le roi Caidu molnea * la fille 
ceste qe vencu le filz au roi en mantes batailles ne en toute la 
meslc'e ne avoit chevaliers qe plus hi vailist d'ele. E si voz di qe 
maintes s'en aloit cest damoiselle entres les ennimis e prenoit un 
chevaliers par force et l'enportoit à sez jens ; e ce avint maintes 
foies. Or voz avon contés la storie de ceste file au roi Caidu , e 
dcsormcs noz en laieron de ce , e vos conteron avant des autres 
couses , et nos conteron d'une grant bataille qe fu entre le roi 
Caidu et Argon le filz Abaga le sire dou Levant en tel mainere 
con voz le pprés oïr. 

CHAPITRE CCI. 

Cornant Abaga envoie Argon son filz en osle. 

Or sachiés qe Abaga , le seingnor dou Levant tenoit maintes 
provences e maintes teres ; e sez teres confinoient con les teres 
dou roi Caidu , e ce estoit dever l'arbre sol qe en livre d'Alexan- 
dre est apelle l'Arbrée sèche. Et Abaga , por ce qe le roi Caidu 
ne sez jens feissent domajcs à sez homes ne à sez teres , mande 
son filz Argo con grandisme quantité d'oumes à chavaus en la 



( 2,'Î5 ) 

contrée de l'Arbre sèche jusque au flum de Jon, et iluec demorent 
con sa hoste por gardere sa terè qe les jens dou roi Caidu ne les 
doumajent. En tel mainere con voz avés oï demoroit Argon con 
sez jens en celz plaingne de l'Arbre sèche , et gardoit bien maintes 
cités e maintes castiaus qe environ lui estoient. Or avint qe le roi 
Caidu asenblent grant quantité des homes à chavaz et en fist che- 
veitan un sien frère que avoit à non Barac que moût estoit sajes e 
prodoumes : et Caidu li dist qe il velt que il conbatc à Argon. Ba- 
rac dit qu'il fira son coitiandemant e porcacera à tut son poir de 
domajere Argon e sez jens. Et après teste paroilie Barac con 
toutes sez jens qe bien estoient grandisme quantités , se mist à la 
voie e cavauchent maintes jornce senz aventure trever que à men- 
tovDir face , qe il furent venus jusque au flum de Jon , e furent 
près à Argon à dix miles. E que vos en diroie ? Quant Argon soit 
cornant Barac estoit venu con grant jens , il s'aparoille moût bien 
con tout sez jens. Il ne demorent mie plus de trois jors qe andeus 
furent au canp aparoillés et armés : ce est Argon con sez jens et 
Barac con le Senz. E qe voz en diroie ? Quant il furent bien apa- 
roillés et atîré , e les naccar comenzent à soncr , adonc ne font 
demorance , mes tout mantinant laissent corere le un ver l'autre. 
Or peust veoir traire sagite e voler çà e là , si qe^ l'aier en estoit si 
pleine qe il senbloit pluie ; e quant les unes parties e les autres ont 
gité toute lor sagites, c qe maint homes e maint chevaus hi furent 
occis, adonc mistrent main à le spée e à le macques e se corent sus 
e conmencent la bataille moût cruelle e felonesche. Il se trencent 
main et bras. Il s'en ocient cavalz, il se maumenent molt villane- 
ment. Il estoit si grant la nosse e la crie qe le n'oïstle Dieu tonant 
E si voz di qe en pou d'ore la tere estoit toute coverte des homes 
mors e des navrés à mors. E por coi voz aleroi disant maintes pa- 
roilles ? Sachiés tout voiremant qe Barac e sez homes ne postrent 
durer à la force d'Argon , et adonc se parti con sez jens e s'en 
tome outre le flum ; et Argon sez homes le chacent auquant et 
n'ocistrent en grant quantité. En tel mainere ala cesle bataille con 



( -^-'G ) 

voz avés oï , en ot la meior partie Argon , e depuis qe je voz ai 
conmeuccs d'Argon , je voz en dirai toute la vérité cornent il fo 
pris e cornant el fo seingnor depuis la mort de Abaga son père. 

CHAPITRE CCII. 

Cornant Argon va le prendre la scignorie. 

Or sachiés luit voiremant que quant Argon ot vencue la bataille 
de Barac e de les jcns dou roi Caidu , il ne demore granient qc il 
ot novelle cornant Abaga son père estoit mort. Il en oit grant iro, 
c s'aparoille con toute sa host e se me te à la voie por retorner à la 
cort dou pare c por prendre la seingnorie ; mes si vos di qe il avoit 
aler bien quarante jornée avant qe il fust la venu. Or avint qe un 
frère Abaga qe avoit à non Acomat Soldam qui estoit devenu Sa- 
razinz , tantost qu'il oï comant son frère Abaga estoit mort ^ il 
dit à soi meisme qe il puet estre seingnor puis qe Argon estoit 
tant longe : et adonc aparoille grandismes jens e s'en ala tout droit 
à la cort da Abaga son frère, e prisl la scgnorie e se fist seingnor. E 
si voz di ke il hi trove si grandisimc quantité de trezor, qe à poine 
la peust bien croii-e se il hoïst contere le nombre de la vailance. Il 
en doue si largemant as baronz et as chevaliers qe ce fu mervoie. 
E baronz e chevaliers , quant il virent Acomant Soldan avoit lor 
done'e si largemant , il disoient qc cestui estoit buen seingnor , c 
chascun i'amoit e li voloit grant bien , e disoient qe il ne voloient 
autre seingnor de lui. Acomant Soldam fasoit moût bone seigno- 
rie et fasoit aplaizir à toutes jens ; mes si voz di qe il fist une vi- 
laine couse de coi il fu moût repris da maintes gens. E qe voz en 
diroie ? Sachiés q'il ne demore grament puis qu'il ot la segnorie , 
qu'il ot novelle comant Argon venoit con grandismes jens. Il ne 
fait nulc demorance ne monstre mie qu'il soit estais , mes moût 
ardicmant fait sesmondre sez baronz e sez jens ; c si voz di san 
faille que en une semaine ascmble une grant quantité des homes à 



( 257 ) 

ehevaz lesquelz aloienl moût voluntleres contre Argon et disoienl 
tuit comunemant qe il ne desiroient nulle cousse tant come d'oc- 
cire Argon o de prendre e metere le à grant martire. 

CHAPITRE CCIII. 

Cornant Acomal vail con sa ost por abaler Argon. 

E quant AcomantSoldani aparoille bien soixante mille homes 
à chevalz , il se mistrent à la voie por encontrer Argon e sez jens. 
Il chevauchent bien dix jornce qe il ne s'arestçnt de cavaucher , 
et à chief de dix jornée il ot novelle comant Argon venoit et es- 
toit près cinq jornée , avoit bien autant de jens con il avoit. 
Adonc Acomat fist mètre son canp en une moût grant plaingnc 
e bielle , et illuec dit qe atendra Argon tant qe il sera venu , por 
ce qe illuec est moût buen conbatre jens encontre jens. Et quant 
il ot mis son camp bien et ordrcement , il fist son parlement et 
fait asenbler toutes sez jens et paroille elz en tel mainere. Sein- 
gnor , feit-el , voz savés bien conmant jeo do estre lige segnor de 
tout ce qe mon frère Abaga tenoit , por ce qe je fu filz de celui 
père qu'il fu , e por ce qe je fui esté tout foies à conquister toutes 
les teres e provences qe noz tennonz. Bien est-il voir qe Argon fu 
fdz Abaga mon frère e qe aucun voudroit dir qe à lui vendroit la 
seingnorie , mes sauves la grâce de celz que le vousisent dir , ce 
ne seroit raison ne dongne cousse , por ce qe puis qe son per tient 
tant la seingnorie con voz savés, bien est doingne cousse que je la 
doie avoire depuis sa mort , qe a sa vie estoit raison qe je doesse 
avoir la moitié ; mes je por ma dcbonarité li sa soit toute la sein- 
gnorie. Or puis qu'il est ensi con je voz ai dit , je vos pri qe nos 
defendon nostre droit contre Argon, e qe le reingne e la segnorie 
remangne à nos tous : car je voz di qe je en voloit lo honore e la 
renomée tant soulamant , e voz en aies le profit e l'avoir e les 
gcingnories por toutes nostres tcrcs e provences. Or ne vos voit 

33 



( 238 ) 

plus dir , car je sai bien qe voz estes sajes e qe amés droit , e qc 
filés chouses qe à tous iioz sera honor e bien. Atant se taist qu'il 
ne dit plus. Et quant les baronz e chevaliers e les autres jens qe 
iluec estoient e qe bien avoient entandu ce qe Abaga avoit dit , il 
respondircnt tuit comun'emant qe il ne li vendront moin tant con 
il auront les vies en cors , et qu'il l'aideront contre tous homes 
dou monde e contre Argon propement , et distrent qe il ne aie 
doutance qu'il le preneront e le meteront en sez mains. En tel mai- 
nere con voz avés oï parole Acbmàt à sez jens esoit lor voluntcs. 
Il ne disiroient nulle autre cousse tant conme Argon con sa jens 
venisent por conbatre à ck. Or voz lairon atant d'Acomant e de 
sez jens , e rctornéron ad Argbn et à sez homes. 

CHAPITRE CCIV 

Confiant Argon se consoille à sez baronz por aler conbater con Acoinal. 

Or sachics tuit voiremant que quant Argon soit certainemainle 
qe Acomant l'antendoit au camp con si grant moutitude de jens , 
il en a grant ire ; mes toutes foies il dit à soi meisme qe le doner 
melanconie é monstrer cje il aie dotle e paor de sez encmis poroit 
trop nuire ; car sez jens en vaudroient de pis ; e por ce dit qe il 
convient qe il monstre valor et arderaant. Il mande per tuit sez 
baronz et sajes homes , et quant il en ont asenblc grant quantité 
en son pavcillonz , car il avoient mis camp en un moût biau leu , 
il parole adonc e dit en tel mainere : Biaus frères et amis , fait-il, 
vos savés certainemant cornant mon piere vos aime tendrement; 
tant come il vesqui voz tient por frères e por filz , et savés comant 
voz fust jadis en maintes grant bataille con lui , comant voz l'ai- 
dast conquister toute la tere qu'il tcnoit, e savés comant fui filz 
celui qe tant voz ame , e je mesme vos aime tant come mon cors , 
e donc puis qe en ci est la vérité come je voz ai dit bien droit c 
raisonz qe voz me aidés de cestui qe Sient contre raisonz e contre 



( -^^ ) 

droit e qc noz vuelt faire si graiittort come noz deseriter de nos- 
tre tere. Et encore savc's tont voiremant cornant il n'est de 
nostre loi , mes le a guerpir* et est devenu de saracinz et * i .1 .ii.indoniic.' 
aore Maomet: or véés cornent seroit doingnc cousse qe saracinz 
deust avoir seingnorie sor tartars : or biaus frères et amis , puis 
che toutes cestes raisonz hi sunt , bien voz doit croistre cuer e 
voluntc de faire ce qe convient qe ce ne avegne , dont jeo prego 
chascun qu'il soit vailant home et qe se force outre poir de con- 
batre si ardiemant qe nos veincon la bataille , e qe la seingnorie 
remaingne à voz e ne à sarazinzj e certes chascun se doit con- 
forter qe noz veinquiron la bataille por ce qe nos avon droit 
e nostre ennimis ont le tor. Or ne voz diroi plus à cestui point , 
mes qe je pri chascuns qu'il pensi de bien faire. Atant se taist 
qu'il ne dit plus. 

CHAPITRE CCV. 

Cornant le baronz responderent ad Argon. 

E quant baronz c chevaliers qe illuec estoicnt ont entandu les 
paraules qe Argon avoit dit bien e sajemanl , quascun disoità soi 
meisme qu'il voloient avant morir que il ne i feissent tout lor 
poir de vincre la bataille. Et endementier qe chascure cstoit coi 
et mu , atant se tient en estant un grant baronz et paroille en 
tel mainerc. Biau sire Argon, biau sire Argon , fet-il, noz con- 
noisonz tout apertcmant qe ensi voz noz avon dit est-il vérité , e 
por ce voz responderai-je por tous vestres homes qe avec noz 
sunt pour faire cestes bataille , qe nos voz diron apertcmant qe 
nos ne vos faudronz tant con nos avonmes les vies en cors , et 
voudromes avant tuit morir qe noz^ ije veinson au desns de la 
bataille , e de ce devon noscstre au seur qe noz la vinquiron poi 
le grant droit qé nos avonz , et il ont grant tort ■. e por ce vo/, 
lou et conseil qe noz porcacion de l'aler au plus tost noz poron 



( 26o ) 

por trover nostre cnemis , et pri à tous noz conpaignons qc nos 
esproitions si à ccslui pont en ceste bataille qe nos faisonz 
parler de nos à tout le monde. Atant se taist cestui preudome qe 
ne dit plus. Et qe vos en diroie? Sachics tout voirmant qe après 
cestui ne i ot nul qc vousist dire rien , mes tuit s'acorde à lui , 
e ne desiroient autre for qe eslre à la bataille con lor enimis. 
Et quant la deimain fo venu , Argon e sez jens se lievent bien 
por maitin e se mistrent à la voie moût entalenté de domajer 
les enimis. Il chevauchent tant qe il furent venu en plain là ù les 
enimis estoient à tendes. Il mistrent lor camp bien et ordrée- 
ment près à cel d'Acomat à dix miles , e quant il ont mis lor 
camp, Argon prend deus sez homes en cai il moût se fioit , e 
l'envoie a son uncle e li mande tel paroles con voz auirés. 

CHAPITRE CCVI. 

Comaut Argon envoie sez mesajes Acomat. 

Quant cesti deus sajes homes qe moût estoient de grant ajes 
ont le conjéet rencharchiement de lor seingnor , il ne font delea- 
ment aucun , tout mantenant se mistrent à la voie sor deus che- 
vaus. Il s'en aient tout droit au camp e desmontent au pavilon 
de Acomat là où il trovent con grand conpagnie de baronz. Il 
le conoisent moût bien et Acomat elz. Il le saluent cortoisement. 
Et Acomat avec bielle chiere dit qu'il soient bien venus e li fait 
seoir en paveillon devan lui ; e quant il furent demorés auquant 
e le un des deus mesajes se levé en estant et parodies en tel 
mainere. Biaus sire Acomat , fet-il , vostre nevou Argon se 
mervoille moit de ce qe voz fait avés, qe li avés tolue sa segnorie 
et encore li venés contre por conbatre à lui en bataille mor- 
tiaus ; certes ce ne est mie buenz , ne ne avés fait conme buen 
oncle doit faire à son nevou , dont il voz mande por noz qe il 
vos prie doucemant si como à son oncle et à son per qe il vos 



( 26i ) 

tient qe voz de cest cousse vos doiés romanoir, e qe bataille ne 
maus ne soit entre voz, et il vos dit que il vos vuelt tenir à gre- 
gnor et à père , e qc soies sire e scignor de toute sa tere. Or 
ce est qe votre nevue voz mande e voz prie por noz. Atant se 
taist que il ne dit plus. 

CHAPITRE CCVII. 

Cornant Acomat responde à mesajes d'Argon. 

E quant Acomat soldam ot entandu ce qe Argon son nevou li 
mande , il respondi en tiel maineres. Scignors mesajes , fait-il , 
mon nevou dit noiant , car la tere est moie e ne pas soe : car je 
la conquistai ausi bien con son père fist , e por ce dites à mon 
nevou qe se il velt, jeo li firai gran sire , et i li dorrai terre asez 
et sera conme mes filz e le greignor baron qe soit après moi. E 
se il ce ne velt , e seur soit qe je firai tôt mon pooir de lui mètre 
à mort. Or ce est ce qe je vuoil fer à mon nevou , ne nulle autre 
cousse ne nule autre convenence ne ticnnerés jamès en moi. A 
ce mot se taiste Acomat qe ne dist plus. Et quant les mesajes 
ont entendue ce qe le soudam avoit dit , il li distrent autre foies 
e ne treuveron nos ne voz autre qe voz nos aves dit. INenil , 
feit-il , autre ne i treuverés à tout mon vivant. Les mesajes qe 
ont ce oï , ne i demorent plus , mes se mistrcnt à la voie e ca- 
vauchent tant que il furent venu au camp lor seingnor, e desmoii- 
tent emi le pavclon e distrent ad Argon tout ce qe il avoit treuvé 
en son oncle. Quant Argon oï ce que son oncle li mande , il na 
grant ire e dit si haut que tuit celz que entro lui estoient : je ne 
vuoil jamès vivre ne tenir tere puis qe de mon oncle est venu 
si grant tort e si grant mauveisie , se je ne en prengne si granl 
vengance qe tout le monde en parlera. Après cest pareilles il 
dit à sez baronz et à sez chevaliers : Or n'i a plus demor, mes de 
l'alere au plus tost que noz j oron , por melre à mort les traites 



( 262 ) 

e desleaus , et vuoil qc le maitin les asaudron et faichoiiz noslie 
poir de lor destruere. E qe voz en diroie? Toute celle nuit s'apa- 
roillent de tout ce qe lor besongnoit à bataille canpiaus. Et 
Acomat soldan que avoit bien seu por sez espies cornant Argon 
dovoit le maitin venir à la bataille , s'aparoille ausi moût bien 
et amonest sez jens de bien faire e que il soient vailanz homes. 

CHAPITRE CCVIII. 

Ci devise de la bataille qe fo entre Argon e Aconiai. 

E quant lendemain fu venu , Argon se arme con toutes sez 
jens, et ordrée et attire sez bataille moût bien e sajemant , et la 
amoneste moût docement de bien faire. E quant il ot ordre tout 
son afer , il se mistrent à la voie ver les ennimis. E le Soudan 
Acomat avoit fait tout autre tiel, ce est de atiere e de ordrer sez 
jens, et ne atcnd mie qc Argon veigne jusque à son camp, mes 
se met à la voie à toz sez homes bien e sajement. E si voz di qe 
il ne ont grament aie qu'il encontrerent Argon e sez host ; cl 
quant les deus grant hostse virent enscnble et à ce qe il avoient 
grant désirer d'estre à la bataille , il ne font demorance , mes 
tout mantinant laissent corere le un ver le autre. Or peust vecir 
escocier sagites , or le peust veoir voler ça et là si spessemant qu'il 
sembloit qe pluie venistde cel. Il comenccnt bataille moût cruelc 
e pesme. Or peust vcoir cheoir e trébucher chevaliers à la terre : 
or peust oïr la crie e la plante e le plorerc mult grant de celz qe 
estoient cheuà la 1ère ennavrés à mort ; et quant il ont toutes lor 
sagites gite's, il mistrent main à l'espe'e et à les macques e se corent 
sus mult aspremant. Il se douent grandissmcs coux de lor espées 
trençant. Or peust veoir trenchier main et bras et bus et teste ; la 
crie e la nosc hi estoit si grant qe l'en ne oYst le Deu tonant. Car 
sachic's qe ceste bataille fu de maie bore conmencics c por l'une 
partie et de l'autre: car sachics que maint prodomcs hi morurent 



( 263 ) 

€ maintes dames en seront à toz jorz mes emplorés et en laimes. 
E por coi voz firoie-je lonc cont? sachics de voir qe Argon le 
fist mult bien celui jor , et mult hi fait grânt proesse et molt done 
exemple de bien faire à sez jéns ; mes tout ce ne li vaut rien , 
car mecéance et fortune li furent si contraire qe le peior e la 
desconfite torne sor lui, que quant sez homes ne postrentplus 
sofrir , il s'en tornent en fuie e s'en aient tant con il plus puent. 
Et Acomat et sez homes les cacent et n'occislrent asez et en fu- 
rent trop grant domajes. Et si voz di qe en celle chace fu pris 
Argo. E tant tosto qu'il ont pris Argon , il ne sivent plus la cace, 
mes s'en tornent à lor camp et à lor tendes, joiant et liés outre 
mesure. Acomat fait enferjcre son nevou Argon et le fait moût 
bien garder , et Acomat qe estoit home de moût grand luxurie , 
dit à soi mesmi qu'il s'en velt aler à cor por prandre seulas con 
tantes belés dames con il hi avoit. Il laisse seignor de toute l'oste 
un grant belic e li laisse en garder Argon , et dit qu'il soit gardé 
si cher con il avait son cors, et dit à ses melic qc il s'en veingne à 
cort à petite jornée por le sauvemant de se/, jens. Le melic dit 
qe son commandemant sera bien fait. Adonc s'en part Acomat 
ane grant conpagnie e se mist à la voie por aler à cort. En tel 
mainere con je voz ai dit se parti Acomat de sa host et en a laissé 
seignor celui melic qe je voz ai contés ; et Argon remest pris et 
enferjés et demoroit si doilens qc il voudroit morir. 

CHAPITRE CCIX. 

Cornant Argon fo pris el delevriés. 

Or avint qe au grant baron tartar qe moût estoit de grant 
aaiges ot grant peties d'Argon , e dit à soi meissme qe il font 
grant maus et grant desloiauté de ce qu'il tienent lor seingnor 
pris. Il dit qu'il fira tout son pooir por coi il soit délivré. Adonc 
ne fait deleamant , mes tout mantinant s'en ala à maint autres 



( 2(i4) 

baronz e lor di cornant il fasoient grant maus de ce qe il tcnoient 
lor lige seignor pris , et qu'il scroit grant bien se il le délivrassent 
et le feissent lor seignor con il doit estre por raison. Et quant 
les autres baronz qe ont entandu ce qe ceslui avoit lor mis de- 
vant, et le savoicnt à un des plus sajes homes qc hi fust et 
encore conoissent qe il disoit vérité , il s'acordent tuit à lui e li 
distrent qe ce voloient il voluntière. E quant les baronz furent 
à ce acordés , et Baga , ce est celui qe tout ce avoit mis davant , 
et avec lui furent cesti Elcidai et Togan , Tegana , Taga , 
Tiar Oulatai et Samagar, tui cesti qe voz avés oï nomer , s'en 
aient au pavilon là où Argon estoit pris. Et quant il furent là 
venu , e Boga qe estoit greignor e chief de ceste fat , apaurole 
avant e dit en tel mainere : Biaus sire Argon , feit-il , noz conoi- 
son tout apertemant qe noz avon fait maus de ce qe noz voz 
avon pris , dont noz vos dison qe noz volon tomer à bien fair 
et au droit : ce est qc noz voz volun delivrere et soies nostre 
seingnor lige si con voz estes drotmaint. Atant se taist Boga qe 
ne dit plus. 

CHAPITRE CCX. 

Cornant Argon ot la seignorie. 

Quant Argon ot entandu ce qe Boga avoit dit , il cuide tout 
voiremant qe ce soit gas e respont moût coruchic's e doulens. 
Biaus seingnor, feit-il , voz faites moût grant pechics de ce que 

suffire ^oz faitcs gas de moi, e bien voz dourent baster* de ce qc 
vos m'avés fait si grant tort qe là où vos me doiés tenir à seingnor 
et voz m'avcs pris e me tenés enferje's. Certes bien connoise's qe 
voz faites grant maus e grant pechiés , et por ce voz pri que vos 

« ^£,ig aies vostre vie * et ne faites gas de moi. Biau sire Argon , fait 
Boga , sagiés tout voiremant qe nos ne i faiçonz gas mie , mes 
est bien acertes , et le te juron sour nostre loy. Et adonc jurent 
tuit les baronz qu'il le tendront à seignor. Et Argon meisme 



( 265 ) 

jure elz qu'il ne rendra elz mal merlto et mau guerdon de ce qe 
il l'avoient pris , e qu'il l'en tendra ausi bien et ausi chier corne 
fasoit Abaga son per. É quant cesti sacrement furent fait en tel 
mainere con voz avcs oï , adonc fo defferjés Argon e le tinent 
à seingnor. Et Argon dit qe l'en traies des sagittcs en cel pavillon 
tant que le melic qe me tenoit pris e qe estoit seignor de cest 
host soit mort. Après c'este pareoles ne oit demorance , mes 
tout mantinant furent trait mantes sajectes en cel pavilonz dont 
le melic fu ociss. Et quant tout ce fui fait , Argon prist la sein- 
gnorie et comande ce que il vuelt corne seignor , et est obéi de 
tuit. E sachiés qe celui qe noz voz avon només melic qui a este' 
occis avoit à non Soldam , qui estoit le grcignor sire qe fust 
après Acomat. En tel mainere recovre Argon la seignorie con 
vos avés oï, 

CHAPITRE CCXI. 

Cornant Argon fist ocire Acomat son ongle. 

E quant Argon voitqe il est bien segnor dou tout , il comande 
de l'aler ver cort. Atant ne font demorance , mes se mistrent à 
lavoiepor retornerà cort. Or avint qe un jor qe Acomat estoit 
à cort en mestre palais et fasoit grant feste , adonc li vint uji 
raesajes qe li dit : Sire , novelles voz aport , no miç tel con je 
voussise , mes maveise duremant. Or sachic's qe les baronz ont 
délivré Argon e le tienent à seignor, et ont occis Soldan nostre 
quier ami , e voz di que il s'en vienent ça au plus tost qe il po- 
rontpor voz prendre €t occire , e por ce en feites ce qe voz croies 
qe soit le vostre meilor. Aiant se taist cestui messajes qe nei dit 
plus. Et quant Acomat ot entandu ce que cestui avoit dit et le 
conoisoit à son ben feoil , il en devient si esbaïs et ot si grant 
paor qe il ne soit qe doit faire ne dire ; mes toute foyes ensi 
come ardis homo e como vailans qu'il estoit , paroille et dit à 
celui que li avoit aporté ceste novelle , qui ne soit ardi qu'il en 

34 



( 266 ) 

face pai'oille à home vivant. Celui dit qe il obéira bien son 
tonmandemanl. Et Acomat tout manlinaat monte à chevalz con 
celz qe il plus se fioit , et se met à la voie por aler au soudan de 
Babclonie, et illuec se creoit sauver sa vie, e nul ne savoit là où 
il aloit for celz qe estoient à lui seulcmant. Et quant il fu aie le 
six jornée , adonc fu venu à un pas qe ne poit aler por autre 
leu qe por celui; e celui qe gardoit les pas conuit bien qe cestui 
est Comat, et voit q'el fuit. Il dit à soi mesme qe il le prendra , 
e ce poet-il bien faire , por ce qe Acomat ne avoit gueires jens. 
E sachiés qe tout ensint come cestui qe gardoit le pas le devise , 
le fist-il , car il le prist tout mantinant , et Acomat li crie merci 
qu'il le laisse aler e li ofre à doner grant trésor. E cestui qe 
amoit Argon de grant amor , dist qe tout ce ne le vaut rien , e 
qu'il ne prenneroit tout le tesor dou monde qu'il ne le meist en 
les mainz d'Argon dro son segnor. E qe voz en diroie? Cestui 
qe gardoit le pas , quant il ot pris Acomat , il ne fait demorance, 
mes tout mantinant s'aparoille à moût bone conpagnie e se mist 
à la voie por aler à cort et moine Acomat ho lui , et toutes foies 
le gardoit si bien qe il n'en poit fuir. Il chevauchent tant qu'il 
ne s'arestent qe il furent venus à cor là où il treuvent Argon qe 
hi estoit venu de trois Jors seulamant , et avoit grant ire de ce 
qu'il cuidoit que Acomat fust escanpés. 

CHAPITRE CCXII. 

Comant les })aro,nz foui omajes a4 Argon. 

E quant cestui gardien dou pas fo venu devant lui et ot amené 
Acomat, il en a si grant joie qe greingnor ne la poroit avoir. Il 
dit à son ungle qe il soit le njau-venu , e dit q'el en fira ce qe a 
raison voudra qu'en soit fait. Atant conmande que l'en le les 
hoste devant, e conmande sanz prendre consoil à nul autre qe 
il soit occis e destruit dpu çprs- E celui à cui Argon conmande 



J 



( 267 ) 

ceste oficc , priste Acomat et l'en moine en tel leu qe il ne fu 
jamès veu , e ce ne fu pas mervoille, car il le fist occire et geler 
le cors en tel leu qe il ne fu jamès veu. En tel mainere con voz 
avès oï ala l'afere d'Argon e d' Acomat son ungle. 

CHAPITRE CCXIII. 

Coniaiit Calu prist la seignorie <îepois la mort d'Argon. 

E quant Argon ot tuit ce fait qe vos avcs oï , et il fu en mestre 
palais et ot toute sa segnorie, e tuit les baronz de tûtes pars celz 
qe Abaga son père estoient soutpost hi vidrcnt omajes si con il 
doicnt faire à lor seignor , e tuit le obeient si con il doient faire. 
Et après qe Argon ot bien eu la segnorie , il mande Casau son 
filz bien con trente mille homes à chevaus à l'arbre sèche , ce 
est en celz contrée , por gardere e por sauver sa tere et sez jens ; 
et en tel mainere con vos avés oï recovre Argon se seignorie ; 
e sachiés qe ce fu quant Argon enixe en sinorie as les 1286 anz 
de l'ancarnasion Jezurist , et Acomat sol tient la seignorie deus 
anz , et Argon reigne six anz, et à chief de six anz se morut 
Argon de sa maladie , e bien dist-l'cn qe il morut de bevrajes. 

CHAPITRE CCXIV. 

Cornant Qiacatu prisl la seignorie depois la mort d'Aigon. 

E quant Argon fo mort , un son uncle qe frer carnaus avoit 
esté de Abaga son père , qe avoit à non Quiacatu , tantost qe Ar- 
gon fu mort , il prist la seignorie , e ce poit-il bien faire , por ce 
qe Casan estoit si longue come à l'Arbre sèche. Bien est-il voir qe 
Casan soit bien cornant son père estoit mort, cornant Quiacatu 
avoit prise la seignorie. Il ot grant ire de la mort son père , et 
encore avoit greignor ire de ce qe le oncle al père avoit prise la 



( 268 ) 

scingnoiie. Il ne se poil partir d'ilcc por cloute de sez cnniniiz , 
mes il dit qu'il ira bien à tens et à leu en tel mainere qc il en pre- 
dra bien ausi grant vengnance come pris son père de Acomat. E 
qe voz en diroe? Quiacatu tien la scgnorie , e tuil esloient obieni 
à lui , for seulement celz qe esloient con Casan. 11 prisle la femc 
Argon son nevou e la tient por soi. 11 prenoit con les dames mult 
grant seulas, car il estoit home de mult grant luxurie. E qe voz 
en diroie ? Il lient Quiacatu la segnorie deus anz , et à chicf de 
deusans se morut , car sacbiés qu'il lu atoucés con brevajes. 

CHAPITRE CCXV. 

Cornant Baidu prist la seignorie depuis la mort de Qiacalu. 

Quant Quiacatu fu mors et Baidu qc son ongle estoit et estoit 
cristicns , prist la segnorie , e ce fu a les 1 294 anz de l'ancarna- 
sion de Crist. Baidu tient la scignourie et toutes les jens li es- 
toient obeient à lui , for qe Casan e sa host seulamant. Et quant 
Casan soit comant Quiacatu estoit mort e come Baidu avoit prise 
la segnorie, il a grant ire Quiacatu por ce qe il ne poit prendre 
vengnance; mes il dit bien qe de Baidu prendra-il tel vengiance 
qe tout le monde en parlera , e dit à soi messme qe desormès ne 
vult-il plus demorer , mes ira sor Baidu por mcter l'a mort. Et 
adonc se pareille con toutes sez jens e se met à la vie por torner 
c por prandre la seignorie. Et quant Baidu soit certainemant co- 
mant Casan venoit sor lui, il asenble une grant quantité de jens 
et s'aparoille e li vait ad l'cncontre bien dix jornc'e , et iluec mist 
son camp et alendoit Casan et sez jens por conbatre à lui , e moût 
prie sez jens et amonist de bien faire. E por coi voz firoie-je lonc 
cent , sachiés touit voiremant qe il ne demore mie deus jors puis 
que Baidu fu venu illuec , qe Cassan con toutes sez jens lii furent 
venus ; e si voz di tout de voir qe le jor mesmc qc il hi vindrent 
comencent la bataille e mot cruelz e pesmes ; mes ce ne vaut rien 



( '^H ) 

(j(; il pcusl (liiicr loii^f:tnaiil ciKoiiln; Casan c rnesrncni.uit ijof ce 
qc puis q'el la Ijalaillr; lu crjuriiciici- , irtaiiil de <<•]/. (jui csloicnt 
con lîaidii se loriiciil dcvcr (>;i.ssari c roiihalcnl contre I>ai(lu , f; 
\H)\ ccstc aialsoii lo IJaidii dcscondl , c incsiiicmaiil. Iii fu-il oc- 
cis, c Casan viiKjiii la ijalaillc c Hi sire e rricstrc Av tods. (>ar 
quant il ol vcricu la bataille c mis à inori lîaidir , il s'cmi toiric à 
corl , et prisl la sci^noric , c tout les baroiiz li (oiil liorriajes c li 
oheienl corne scif^nor lif^c ; e ce lu qc Casan coninence à leif^nere 
et ol la scignorie aies- 1294 anz de rancarnasion de Crisl. Vax tel 
mainerc con voz avés oY aia tout cestc al'er de Abaga jns(|iie à 
Casan conic vo/, avés oï. Kt encore sacbiés qc Alau qui conrjuist 
Bau(lac c qc fo frère à Cublai le granl Kan, lu le cliiei de luit 
cesti qe je voz ai nome» desoure : car il fo pcrc Abaga , et Abaga 
fo per Argon , (;t Argon lo pcr Casan qe orendroil reigne. Or 
puis fje noz voz avon c ontf'.s de C(;st Tarlar dou Le\ar)l, adoric noz 
en lairon e lorneron encore à couler à la granl 'lUii liie ensi con 
voz porois oïr apertanianl ; mes il est vérité rjc nos vos avon 
conté de la grant Turquie en arieres lut le fait cornant Caidu est 
rois , e por ce n'en avons plus qe contere : si noz en parliron e 
voz conteron des provences c des jens que sunt à trariK^nlaine. 

CHAPITRE CCXVI. 

Ci devise (1<; roi Caiici fji est à Irainorilalrio. 

Or sachiés qe à tramontaine a un roi qui est apellés Conci. Il 
est Tartars e toutes sez jens Tartars e manliencnl la droiie loy 
tarlar rje est rriout br;sliaus , mes il la mantincnt tout cnsinl corne 
fist Cincbins f'an el les autres droit Tartars , c si voifi en dirai au- 
ques. Or sacbiés qe il font un lor dieu de feutre et l'apellent Na- 
cigai , et encore li font moiliere , elcesli deus dieu, ce est >taci- 
gai c sa rnoier , e <lieiil qe il sunt les dieu de tere e qui lor gar- 
dent les bestes e les blés e toutes lor bien terenes. 11 les orent, e 



( 270 ; 

quant il viencnt qc il menuient aucune bonc viandes , il en on- 
gent la boche à lor deu et funt bien vies come de bestes. Il n'est 
sotpost à nelui ; bien est-il voir qu'il est de la lingnce de Cinchin 
Kan , ce est de l'amperiaus lignages et est porchain parenz dou 
grant Can. Cesti roi ne a cité ne castiaus , mes demorent toutes 
foies en grant plaingne et en grant vale'es et en grant montagnes. 
Il vivent de bestes e de lait. Il ne unt nulles blés. Il a moût grant 
gens , mas ne fait gère ne bataille con nulz , mes tient sez jens 
en grant pas. Il ont grandismes quantités de bestiamcs : ce sunt 
gamiaus , chevaus , buef et berbis et autres bestes. Il ont grandis- 
mes orses toutes blances qe sunt longues plus de vingt paumes. Il 
ont vulpcs toutes noir et grant ; il ont asines sauvajes ; il ont des 
gibelliries assez : ce sunt celle de coi se foijt les chieres pelles qe 
je voz ai contés qe vaut mille bezanz une pelle d'ome. Il ontvair 
en abundance. Il rat de fareon ont-il grant moutitude et toute 
Testée en vivent , car il sunt moût grant. Il ont de toutes sauva- 
gines assez , por ce qe il demorent en sauvajes leu et desvoiables. 
Et encoru sachiés tout voiremant qe cest roi ha de tel contrée <}e 
nul chevaus hi puet aler , por ce qui est paYs là où il a maint lac 
e maintes fontaines , et hi est si grant la glace et le fane et la bue 
qe cheval ne i puet aler , et ceste contrée si mauveise dure ti'eize 
jornée , et à chascune jornée a une poste là où les mesajes qe 
vont por la contrée hcrbergient. A chascune de ceste poste a bien 
quarante chiens moût grant pou moin dou asne , e ceste chienz 
portent les mesajes de le une poste à l'autre , ce est de le une jor- 
née à l'autre , e voz dirai cornant. Or sachiés qe por ce qe en toute 
celle jornée ne poent aler chavalz por la glace et por la boe : car 
cest treize jornée sunt entre deus montagnes en une grant valée , 
e por ce hi est la glace et la boe tel com je voz ai conté. Or por ceste 
caisonz ensi con je voz ai dit , les chevaus ne puet aler. E por ce 
qe carette con roes ne i poroit alerc , ont-il fait faire une treies 
qe ne a roies , ne sunt faites en tel maineres q'eles aient sor por 
la glace e por la boe e por le fane si qe ne i se fiche mie trop , e 



( =7' ) 

de ccstc treics on a maintes en nostri païs , car elle sunt celle où 
l'en aporte sus le fen e la paie l'inverno quant il est grant pluie 
e grant fane ; e sus ceste treies bi se mete sus un cuir d'ors e plus 
hi monte sus un mesajes , e ceste treies moinent six chevalz de 
celz grant qe je yoz ai contés , et cesti chicnz ne les moine nulz, 
mes il vont tout droit jusque à l'autre poste et traînent la treies 
mout bien e por la glace e por fane , et ensi vont de une poste à 
l'autre. E bien est-il voir qe celui qc garde la poste , monte ausi 
sor une treies e se fait mener as chienz , e cestui les moine par 
la plus droit voie e por la meior. E quant il sunt venu a l'autre 
poste , il hi trouvent encore aparoilés les chiens e les treies qe les 
portent avant, et celz qe le ont portes se tornent arieres, et ensi 
vait toutes cestcs jorne'es , car toutes foies les moinent les chienz. 
Et si YOZ di tout voii'cment qe ces homes qe demorent en celles 
valets et en celés montaignes des celz treize jornées , sunt grant 
chaceors , car il prenent maintes chjeres bestioles de grant 
vailance de coi il ont grant profit e grant bien. Ce sunt gibeline 
et ermin , et vair et ercolin et volpes noires- , e maintes autres 
chieres bestes de coi il se font les chieres pelles e de grant vail- 
lance. Il ont lor engingn qe ne escape elz nulle devant. Mes si 
voz di qe por la grant ferdoure qe hi a , toutes lor maisonz ont 
sout tere , et sur tere demorent toutes foies. Autre couses ne i a 
qe face à mentovoir , c por ce nos en partiron e voz conteron 
d'oun leu là o il a totes foies oscurites. 

CHAPITRE CCXVII. 

■ Ci devise de provence d'Oscurité. 

Il est voir que loout aérant de ceste roingne encore à tramon- 
taine a une provence qe est appelle la Oscurité , por ce qe de toz 
tens hi a oscurité qe ne i par soleil ne lune ne estoille , mes hi est 
toutes foies ausi oscur come nos avon en la pi'ime soir. Les jens 



( 272 ) 

ne ont seingnor ; il vivent come bcstes ; ne sunt sont autres 
seingnor .Bien est-il voir qe les Tartar hi entrent aucunes foies en 
ceste mainere qe je voz dirai. Il hi entrent lesTartars sor jumentes 
qe aient poler e laissent les pouUer dehors d'à l'entrée , por ce qe 
les jumentes retornent à lor fdz et sevent miaus les -toyes qe ne 
sevent les homes ; et en ceste mainere hi entrent les Tartars sor 
les jumentes qc je vos ai dit , et laissent les polieres dehors e les 
robent tout ce qe il lor trovent. Et quant lesTartars les ont robe, 
il s'en tornent les jumentes à lor poleres e sevent mult bien les 
voycs. E cesLcs jens ont grandismes quantités de pellames et moult 
chier, car il ont gebeline que sunt de si grant vailance come je 
voz ai dit ; il ont ermin , il ont erculin et vair et voupes noires 
c de maintes autres chieres pelles. 11 sunt tuit chachéor , qe 
amasent tant de ceste pellames qe ce est mervoie. E si voz di qe 
gens qui confinent con elz que sunt à la carte, les achatent d'elz 
tôt celz qe pellames , car cestes jens les portent-elz à la cartes 
elz vendent elz , e si voz di qe cesti mercant qe acaterit d'elz de 
cestes pellames en font trop grand profit e grant gaagne. E si 
voz di qe cestes jens sunt mont granz e bien fait de toutes men- 
bres , mes il sunt moût pales e ne ont color. Et si voz di qe la 
grant Rosée confine de le un chief con ceste provence. Or autres 
couse ne hi a qe à mentovoir face , e por ce noz en partiron e 
voz conteron avant e voz diron tout primermant de la provence 
de Rosie. 

CHAPITRE CCXIII. 

Ci devise de la provence de Rosie e des jens. 

Rosie est une grandisme provence ver tramontaine. Il sunt 
cristiens et tienent la loy grezoys. Hil hi a plosors rois et ont 
langaiges por- elz. Il sunt molt sinple jens , mes il sunt moût 
biaus e masles e femes , car il sunt tuit blanccs e blondes. Il hi 



( 273 ) 

a maintes fors entrée e fors pas ; il ne donent treu à nclui for 
qe il donent auquans à un roi dou Ponent qui est Tartars, que a 
à non Tactactai ; à ceslui donent-il treu et ne gueres. Elle ne est 
teres de mercandies : bien est-il voir qe il ont moût pelâmes 
chier e de grant vailance ; car il ont gebcllines assez et crmin et 
vair et ercolin et voupes en abondance des meiors dou monde 
et des plus belles. Et encore voz di qe il ont maintes argemtieres 
là où il font arjent asez. Autres couses ne i a qe à mentovoir 
face , e por ce noz partiron de Rosie et voz conteron de la mer 
gregnor tout environ q'el provences hi a e qel jens si con a os 
pores oïr tout apertamant , e comenceron tout primer de Cons- 
tantinople. Mes si voz conteron tout avant d'oune provence que 
est entre tramontaine e maistre. Or sachiés qe en celle contrée 
qe je vos ai dit , a une provence qe estapellé Lac qe confine con 
Rosie et ont roi e sont cristienz et saracinz. Il ont pelâmes assez 
et buens qe por maintes autres pars s'enportent por les merchanz. 
Il vivent de mercandie e d'ars. Autres cousses ne hi a qe face à 
mentovoir, e por ce noz en partiron e vos conteron des autres ; 
mes encore voz vuoil conter de Rosie aucune cousse qe je avoit 
dementique. Or sachiés tout voiremant qe en Rosie ha le grei- 
gnor froit qe sunt au monde , qe à grant poine hi escanpe-l'cn. " 

Elle est si grant provence qe dure jusque au mer Osiane , e si 
voz di qe il hont en cel mer auquans isle en lesquelz isles naissent 
maint jerfaus e mant fauconz pèlerin , si qe il en portent par 
plosors leus dou monde ; et si voz di qe de Rosie en oroech * ne a ' N"i vpge. 
granment de voie, e se ne fust por le grant froit, l'en hi poroit 
moût tost aler ; mes por le grant froit ne i se puet mie si bien 
aler. Or nos lairon de ce e nos conteron dou mer greignor, si 
con je vos ai dit desoure. Rien est-il voir qe il sunt maint mcr- 
caant e mantes jens qe l'estoit, mes encore en sunt asez plus de 
telz qe ne le sevent, e por cest telz le fait-l'en buen mètre en 
escrit, e nos si firon et comenzeron tout primermant de la bou- 
che et de l'estroit de Gonstantinople. 

35 



( =74) 
CHAPITRE CCXIX. 

Ci devise de la boche do mer Gregnor. 

Cor la boche de l'entrer dou mer Greingnor dan les dou ponent 
ha une montagne qui est apcllé le Far , e depuis qc noz avouâmes 
conmcnciés dou mer Greignor, si nos en pcntimes de mètre le en 
scrit , por ce qe maintes jcns le seivent apertement , c por ce en 
laron atant et comanceron des autres cousses et vos diron des 
Tartars dou Ponent, des seingnor qe reigncnt. 

CHAPITRE CCXX. 

Ci devise des segnors des Tartars dou Ponent. 

Le primer seignors des Tartars dou Ponent fu Sain qe moût fu 
grant roi e poisant. Cestc roi Sain conquiste Rosie et Comanie 
et Alanie et Lac et Mengiar , et Zic , et Gucia et Gazarie : toutes 
cestesprovences conquiste le roi Sain. Et avant qe il le conquistes 
estoient luit comainz , mes ne se tenoient tuit enscnble , ne ne 
estoient à une unité , et por ce perdirent-il lor terres e furent 
caciés por diverse monde ; e celz qe ne furent e que i sunt encore 
tuit en servajes de ccst roi Sain. Et depuis le roi Sain rengne le 
roi Patu , et après Patu rengne le roi Berça, e depuis Berça reigne 
le roi Mungletemur et depuis Mungetcmur reigne le roi Tota- 
mongur , et après Toctai qe orcndroit rengne. Or vos avon 
contés des rois des Tartars dou ponent, et après conteron d'une 
grant bataille que fu entre Alau le seingnor dou Levant et Barca 
le seingnor dou Ponent , e l'acaison por coi la bataille sordi voz 
diron encore , e cornant il avint et en fjiiel mainere. 



( 27.> ) 

CHAPITRE CCXXI. 

Ci devise de la gère qe sordi entre Alau e Berça , les balaies qe furent 

entre eles. 

Il fu voir qc aies 1261 anz de l'ancarnasion de Crist soidi 
une grant escorde entre le roi Alau , le seignors de Tartars dou 
Levant , et Bercha roi des Tartars dou Ponent , e ce avint pour 
une provence que marcesoit* à le un et à le autre , car cascun la " l'iiii rroniièrc. 
voloit por soi, ne nulz d'elz ne la voloit consentir à le autre , car 
cascunz se tenoit grant e buens. Il s'esfient de guère e chascunz dit 
q'il hira à prendre et vaudra veoir qui ce contendra. E quant il 
se ont desfié de gerre , chascun fait sesmondro tuit celz que 
soient estoient à lui» et font le greignor aparoillemant qe à poine 
mes fust veu ; qe saquiés qe chascun se esforcent outre poir por 
venir au desus de cest fait. Et sachiés qe puis qe il se furent 
desffié , il ne ala six mois qc il ont chascun asenblé bien trois 
cent mille homes à chevaus molt-bien aparoille's de toutes couses 
de bataille selunc lor uzance. E quant furent bien aparoille's , Alau 
le sire dou Levant se met à la voie con toutes sez Jens. Il cavau- 
chent maintes jomce sanz aventure trover qe à mcntovoir face. 
Il aient tant qu'il fui'cnt venu en un gran plain qe est entre le 
portes dou fer c le mer de Sarain. En cel plain mist son camp 
bien e oidréement; e si vos di tout voirement q'il hi avoit maint 
riches pavelonz e maintes riches tref : il senble bien camp de 
riches homes. Il dit qu'il atendra ilucc por veoir se Berça con 
sez jens vendront ; iluec demorent e atendoient lor ennimis. Et 
sachiés qe cest leu là o il sunt acampé , bien est et confines de 
les unes Jens à les autres. Mes atant laieron da Alau e de sez 
jens, e retorneron à Berça et à sez jens. 



( 276 ) 

CHAPITRE CCXXII. 

Cornant Barca c sa ost ala encontre Alau. 

Or sachiés tôt voircment qe quant le roi Berça ot fait tout 
son aparoil et ot ascnblé toutes sez jens , e savoit cornant Alau 
s'estoit parti ton toutes sez hostes , il dit qe desormcs poroit-el 
trop demorer ; et adonc ne fait nul dcleament , mes si mistrcnt 
à la voie. Il chevauchent tant por lor jornée , qe il furent venus 
en grant plain là où les cnimis estoient, e mist camp près à cclz 
d' Alau à dix miles bien et ordréement : e si voz di tout voire- 
mant qe cest camp estoit bien ausi biaus con celz d' Alau , et ausi 
riches, car je vos di de voir qe qui auesc veu les pavilonz des 
dras d'or e riches tref , bien peust dir qe à^iece mes ne fo veu 
un plus biaus camp e plus riches; et si avoit bien plus jens qe 
Alau avoit : car sachiés sanz nul mensongne qe Berça avoit bien 
trois cens cinquante mille homes à chcvauz. E quant il furent à 
tendes , il se repousent deus jors anters. Lors Berça fait parle- 
mant entres ses homes et paroule en tel mainere. Biaus seignors, 
feit-el , voz savcs certainemant qe puis qe je vigni à tenir tere , 
je voz ai amc corne frères e filz e si sajes qe maint de voz sunt 
ja esté en maintes grant bataies avec moi , c qe grant partie de 
lez teres qe nos tenion , mes * avés aidés à conquister , e savës 
encore qe tout ce qe je ai est ausi vostre corne moie, e puis qe 
ensi est la vérité , bien se doit chascun esforzer outre poir de 
mantenir nostre honor et jusque ci Favon nos bien fait. Or savés 
coment est grant homes e poisant Alau se velt conbatere à nos 
et à son tort, et puis qe ensi est la vérité, il a tort e nos avon 
droit, chascuns se doit conforte que nos vinquiron la bataile ; et 
encore vos dovés conforter qe noz avon plus jens qe il ne ont. 
Car noz savon certainemant qe il ne ont qe trois cens mille 
homes à chevauz , et noz avon trois cens cinquante mille d'ausi 
boncs jens con il sunte meior. Or donc, biaus seingnors, por tou- 



( 277 ) 

tes cestcs couses qe je voz ai dit , véés voz tout clermanl qe nos 
seron vinqor de la bataille, e por ce puis que nos soumes venus 
jusque de si longn por ceste bataille seulamant faire , vuoil-je qe 
noz la faizon de hi à trois jors , et hi alon si sajemant e si ordée- 
ment qe nostre affer aille de bien en miaus , e pri chascun tant 
con je puis qe vos sciés vailans homes e qe noz la faison si à 
cestui pont , qe tout le monde noz redot. Or ne voz voil dir plus, 
for qe je pris chascunz qe au jor nome soit bien aparoillés e qu'il 
pcnsi de bien faire e soit valans homes. Atant se tast Berça qc ne 
dit plus à celé foies. Mes atant noz lairon de Berça e de sez 
homes qe bien vos avon devisée une partie de son affere , et 
adonc voz conteron de Alau e de sez jens , comant il s'esproi- 
cient puis que il soit qe Berça e sez homes estoicnt venus près. 

CHAPITRE CCXXIII. 

Cornant Alau paroile à sez jens. 

Or dit le contes que quant Alau soit certainemant comant 
Berça estoit venus con si grandissmes jens , il asenble encore 
sez parlcmant de grand quantités des buens homes. Et quant il 
voit que il hi sunt tuit asenblé , il paroille e dit en tel niainere. 
Biaus frères et filz et amis , fet-il , vos savés qe en toute ma vie 
m'avés valus et aidés ; jusque a cestc jor m'avés aidés vincre 
maintes bataies , ne unques ne fustcs en nulle bataic qe noz ne 
l'aion vencue, et por ce nos somes venus jusqe ci por conbatre 
à ceste .grant home de Berça , e bien sai-je et est la vérité 
qe il a autant des jens con nos et plus , mes ne pas si bone : car 
je voz di tout voiremant qe se il fuissent des tant des jens qe il 
ne sunt con celles bones jens qe nos avons , si les meteromes à 
la voie et à desconfite, e por ce noz savons par nostre espie qe il 
vendront à la bataic de ci à très jors , de coi je ai grant leese, 
dont je pri chascun qu'il soit bien aparoillés à celui jor et qu'il 



( 278 ) 

pcnsi de bien faire ensint con vos estes uzés de faire, et une cosc 
tant solamant voz voil recorder , car niiaus vait morir sor le 
camppor sohonor mantenir, se autremant nepoist estre, que la 
desconfiture tornast sor nos , por ce cascunz s'esproit en tel 
mainere que nostre honor soit sauve et nostre enimis soienl 
desconfit et mort. Atant se tast Alau à celui point. En tel mainere 
con voz avcs oï, font parlement andeus cesti grant seingnors , et 
atendoient qc le jor norae'e qc la bataille dovoit estre venist, e 
chascuncs de baroes s'aparoilcnt au miaus qe il poet des toutes 
les couses qu'il savoient qc lor estoit besogne. 

CHAPITRE CCXXIV. 

Ci dil de la graii bataile qe fo enlre Alau e Barcha. 

E quant le jor nome' qe la bataille dovoit estre fu venu , Alau 
se levé bien por mailin e fait armer toutes sez jens ; il ordree et 
aschire sez bataies au miaus qu'il set bien et sajemant come sajcs 
homes qc il estoit, E si voz di tout voirmant qc il fist trente 
batailles , e chascune mist dix mille homes à chevauz: car sachiés 
ensi con je voz ai dit , qu'il pooit avoir cnlor de trois cens mille 
homes à chavauz. Il mist en chascune buen conduisor e bucn 
* capii.iiiie cavetanin * ; et quant il ot atiré e sascries bien e sajemant son 
afere , il conmande à sez eschilez qu'il cavauchent avant ver le 
inimis ; e sez jens firent son conmandemant , car il si mistrent 
* pi lii maintinant à la voie lé pian * pas et aient jusqe à dirai voie entre 
le un camp e l'autre ; et illuec se ferment et atendoient les enimis 
qe venissent à la bataille. En tel mainere atendoient con voz avcs 
oï; e de l'autre part le roi Berça le maintin mesmc se lieve con 
toutes sez jens , e ^'arment et paroillent moût bien et sajcs qc 
atire et fait sez batailes bien e sajemant , et fist trente cinq 
bataies : car il mist ausint come avoit fait Alau en chascune dix 
mille homes à cliavalz e bucn cavoitainz et bons conduors. Et 



( 279 ) 
quant Berça ot tout ce fait , il comande à sez cschielz qe il cha- 
vauchent avant , et il si font bien et sajemant et vont le pas tant 
ne il furent près à les ennimis à dimi milier. Et quant il furent 
illucc venus , il s'arestent et hi demorent auquans , et après ce se 
mistrent encore ver elz. E qe voz en diroie ? quant cl fuj^ent 
propes à dcus balastrce , cascunes des parties s'arestent et s'atirent 
toutes les cscheres sunt resté. Le plain hi estoit le plus biaus e les 
plus large qe l'en seust ne près ne longe , e là où grandismes 
quantite's des chevaliers pooicnt conbatre. E certes il estoit bien 
beizogno qe le plain fust biaus et grant, por ce qe à poine mes 
ne conbatirent tantes des jens en un camp con celz estoient. Car 
sachic's sanz nulle mensongne il etoient bien six cent cinquante 
mille homes à chevaus , e si estoient de plus poisant homes dou 
monde et Alau et Berça , e si voz di qu'il estoient prochain/, 
parens , car andeus estoient de l'ampcriaus lingne de Cinchin Kan. 

CHAPITRE CCXXV. 

Encore de la bataille d'Elau e de Barca. 

E quant les deus granz rois con toutes lor gens furent demorc 
si près con je voz ai dit une pece , e ne atendoient for qe de 
comenze la bataille e desiroient moût que il oisscnt soner le 
iiacar , et adonc ne demore guei'cs qe andeus pars le nacar co- 
mencent à soner , e tant tost que il oïrent soner le nacar , il ne 
demorent mie, mes tout mantinant laisent corer les unes parties 
ver lez autre , il mistrent main à les arz et encochent les sagites 
e traient cascunz ver les ennimis. Or poit-l'en veoir voler e 
d'une part e d'autre les sagites si qe en pou d'ore l'aire en estait 
si coverte qe l'en ne poit veoir le ciel. Or peust veoir maintes 
homes cheoir mort à la tere e mant cavaus ausint , e ce dovés 
voz croire qe il ne pooit cstre autremant , puis qe tantes sagites 
estoient traites à une foies. E por coi voz firoi-je lonc cont? 



( 28o ) 

sachics tout voiremant qe il ne s'arestent de traire sagites jusque 
rarcpiois. ^ ^^^^ q,j'i[ gjj ont en turquas * , si qe tute la tcre estoit coverte 
des homes mors e navrc's à mors. Et quant il ont traites totes les 
sagites il mistrent mainz à l'espce e à les macqes e se corent sus 
c se«donent grandîmes coux. Il comenzent une bataille si cruelz 
c pesmes qe estoit un pctié à veoir. Or poit-l'ou veoir couper 
main e bras et teste ; or poit-l'en veoir trabucher homes e cavauz 
mort à la tere : car il li munirent tant qe de maie ore fo co- 
mences ceste bataille qe apitoe, mes n'en morurent tant en un 
camp corne en celui en avoit des mors. La crie e la nose hi estoit 
si grant qe l'en ne oïst le Deu tenant. E si voz di sanz nulle faille 
qe l'en ne i poit aler for qe sus por cors d'omes mors , car la 
tere en estoit tute coverte c vermoille de sanc. Car je voz di tout 
voiremant qe il avoit grant tens qe ne fu au monde une bataille 
ou si grant quantité d'omes corne il fist en ceste. Il hi estoit si 
grant le plorer e la crie de cclz qe estoient cheu à la tere e 
navrés à mort e qe ne avoient pooir d'elz relever , qe ce estoit 
un peté à veoir. Ceste bataille ore fo comenciés por l'une partie 
V por l'autre : Car maintes dames en seront veves , e maintes 
enfans orfanes. Il se mostrent bien à ceste point qu'il ne se volent 
nul bien , mes se mostrent qu'il sunt mortaus ennimis E le roi 
Âlau que molt estoit prodonmes e poissant d'armes , l'a fait si 
bien en celz bataille , qu'il senble bien q'il est home de tenir tere 
e de porter corone. Il hi fait grant proesse d'armes por son cors, 
et encore conforte molt sez jens , quant il voient lor seîngnor 
qe la fasoit si bien e si franchmant : il donc à cascunz cor e ardi- 
mant de bien faire , et san faille ce fu une couse qe molt fu grant 
mervoilles d'armes , qe tuit celz qe le voioient en estoient esbaïz 
àusi amis come animis , car il ne senble homes , mes foudre e 
tenpeste. En tel mainere s'esproite Alau en la bataie con vo» 
avés oï. 



i 



(28. ) 

CHAPITRE CCXXVI. 

Comaul licrBBi s'esprole vailantment. 

E dou roi Berça voz dirai cornant il sesproite ausint. Or 
sachiés tuit voircmant qe il l'a fait nioutLicn c s'esproite meut 
vailanzmant , car certes il l'a fait si bien qe il fait bien à loer 
por tôt le monde ; mes ce est noiant qe sa proesse peust valoir 
rien en celz jor , por ce qe scz jens csloienl tout mort, e tanti 
ennavrés et abatuz à la tere qe il ne poient plus sofrir. Et por ce 
quant la bataille fo dure jusque al vcspre , adonc le roi Barca c 
scz jens ne postrent plus sofrir, mes convient à fine force qe il 
vuident le camp. E que voz en diroie ? Quant il ne pocnt plus 
sofrir, il se tornent en fuie tant cum il puent de lor chevauz traire, 
e quant Alau e sez jens virent qe lor enimis s'estoient tornc en 
fuie, il les slvent e le chacent e les vont abatando et ociando. Il 
en font si grant inaus qe ce fu un peté à veoir. Et quant il ont 
sivé la cace une pièce , il ne le cacent plus , mes s'en tornent à lor 
pavillonz. Il se desarment , e celz qe estoient enavrc's se firent 
lavere e binder. Il estoient si las e si batu qe il ne i avoit nul qe 
ne ausse meior mester repouscr qe de conbatre. Celle nuit si se 
repousent las e travaiics ; et quant la demain fo venu , Alau con- 
mande que tuit les cors mors fuissent ars, ausi le inimis con li amis, 
et el fo fait tantost son conmandcmant. Et après qe tut ce fu fait, 
le roi Alau s'en torne eu son païs con toutes sez jens qe escanpe's 
estoient de la bataille : car bien sachies qe por tout ce qe il ven- 
quirent, si en furent mant mort de lor gens, mes san faille de 
son ennimis en morurent assez plus : car il fu si grant en nonbre 
celz qe morurent à celés bataille qe à poi ne la poroit-Fen croire 
qui l'oïst dir. En tel mainere con vos avc's oï ala l'afere de ceste 
bataille, e la -vànqui le roi Alau, Or voz lairop d'Alan e de ceste 
matière , et vos contcron d'une bataille qe fu entres les Tartars 
dou Ponent ensi con voz la porcs entendre apertemant. 

36 



( 28- ) 

CHAPITRE CCXXYII. 

Cornant Tolamagu fu sire des Tarlar dou ponent. 

Il fu Yoir qe en Ponent les sire des Tartars qe avoit à non 
Mongutemur , e la seingnorie venoit à Tolobuga que jeune 
bazaler estoit , e Totamangu que molt estoit poissant homes 
occistToloboga con l'aide d'un autre roi des Tartars qe avoit à 
non Nogai. En tel mainere con voz avcs oï ot la seingnorie 
Totamangu por l'aide de Nogai. Il reingne auques e ne grament, 
et adonqucs morut Totamagu , et ot la seingnorie et fu eleu à 
seingnor Toctai qe molt estoit sajes et proudonmes , e cestui 
reingnoit et avoit la seingnorie de Totamangu. Or avint qe 
endementier deus filz de Tolobuga qe occis avoit esté , furent 
creu et estoient homes qe bien pooient porter armes. Il estoient 
sajes e provens : cesti deus frères , ce furent les filz de Tota- 
mangu , s'aparoillent à mot belle conpagnie , c se mistrent à la 
voie et aient à la cort de Toctai. Et quant il furent là venu , il 
s'en aient bien e sajemant , e toutes foies estoient andeus les 
frères à jenoilz , e Total lor dist qe il soient les très bien venuz , 
e les fait dreizer eii estant. E quant les deus damesiaus furent 
en estant, adonc le ainznés paroule e dit en tel maineres. Biaus 
sire Toctai , le por coi noz sonmes venus devant voz le voz dirai 
au miaus qe je saurai. Il est voir , si con voz savcs , qe noz 
fumes filz de Totamangu , qe ociste Tolobuga e Nogai ; sor 
Tolobuga ne peu dir noiant por ce qe il est mors ; mes de Nogai 
faisonz noz reclamer , e voz prion qe voz nos faichois raison de 
lui , si come droiturer seingnor qe voz est de ce que il ocist 
nostre père , et de ce voz prion qe voz le fachois venir devant 
voz , c qe voz nos faison raison de lui de la mort nostre père. 
Or ce est lo por coi noz sonmes venus à vostre cort e qe noz 
depreon qe voz nos faciafls. Atant se taist le damesiaus que ne 
dit plus. 



I 



( 283 ) 
CHAPITRE CCXXVITI. 

Cornant Total mande por Nogai por la mort de Totamigu. 

Quant Toctai ot entandi ce qe l'enfans avoit dit , il savoit 
bien qc ce cstoit vei-itc, il li responde et dit : Biaus ami , feit-il , 
de ce qe tu me demandi qe jeo te face raison de Nogai , je la 
firai mult voluntier , et le firon vinire à nostre cort devant moi 
et eh firon tout ce qe à raison csgardera. Adonc Toctai envoie 
deus mcsajes à Nogai e li mande qc il veigne à sa cort por fer 
raison à les filz de Totamagu de la mort lor père. Et quant les 
mesajes ont contés cestes novelles à Nogai , il en fait gas e dit as 
mesajcs qe il ne ira mie. E les mesajes, quant il ont eu la response 
de Nogai, il se partirent e se mistrent à la voie et cavauchent 
tant qe il furent venus à la cort lor scingnor e li content cornant 
Nogai li mande qe il ne vendra en nulle mainere. Quant Toctai 
ot entendu ce qe Nogai li mande , il li tient à grant despit e dit 
si aut qe tuit celz qe entor lui estoient l'oï : Se m'ait Dex * , feit-el , 
ou Nogai vendra davant moi por fer raison alz filz de Tota- 
magu , ou je rirai soure con tute ma gens por lui destniere. 
Adonc ne targe mie , mes tout mantinant les envoie deus autres 
messajes, e telz paroules con voz oirés. 

CHAPITRE CCXXIX. 

Cornant Totai envoie scz mesajes à Nogai. 

Les deus mesajes à cui Toctai avoit encargés la bezogne se 
mistrent à la voie e chevauchent tant qe il furent venus à la cort 
de Nogai. Il aient devant lui e li saluent bien e cortoismant , e 
Nogai lor dist qe il soient li ben venu. Après pauroullc le un des 
mesajes e dit en tel mainere : Biaus sire , feit-il, Toctai voz man-^ 
de qe se voz ne vcncs à sa cort por fer raison rk lez filz de Tota- 



( 284 ) 

viendra magu , qe il vira * sor voz con toutes ses jcns e qu'il voz fira tôt 
le domajes qc il pora et en avoir et en persone , e por ce esgardcs 
ce qe voz de ceste couse vuodrés faire et li mandes por nez. Quant 
Nogai ot entendu ce qe Totai li mande , il li tient à grant despit 
et respond as mesajes en tel mainere : Segnors mesajes , fet-il , 
or retornés à vostre seingnor e li dites por ma part qe je ai petite 
doutée de sa guère , et encore li dites qe se il vendra sor moi , 
qe je ne atendra tant qe il entre en ma tere , car je li vendrai à 
l'incontre à dimi voie. Or ce est que je mant e qc je respond à 
vostre sire. Atant se taist qu'il non dit plus. E quant les mesajes 
ont entendu ce qe Nogai lor avoit dit , il ne i demorent plus , 
mes tout mantinant se mistrent à la voie e chevauchent tant qe 
il furent venus à lor seingnor, et li content tout ce qe Nogai li 
mande , et qe il dit qe ne li chaut de sa gère e que l'en mandra 
à rencontre plus avant qe demi voie. E quant Toctai ot tout en- 
tendu e voie qe à la gère ne poet fallire , il ne fait demorance , 
mes tout mantinant mande sez mesajes por maintes pars à tuit 
cela qe estoient sotpost à lui , e li fait sesmondre qe il soient 
tuit aparoilés por aler sor le roi Nogai. E que voz en diroie? Il 
fait le greignor aparoilament dou monde. E de l'autre part quant 
Nogai so-it certainement qe Toctai li velt venir soure à si grant 
jenz , il fait ausint mult grant apareillemant , mes no mie si grant 
corne Toctai , por ce qe il ne avoit tant jens ne tant pooir ; mes 
toutes foies il le fist bien grant e poissant. 

CHAPITRE CCXXX. 

Cornant Totai ala encontre Nogai. 

E quant le roi Toctai fu bien aparoillés , il se parti e se mist 
à la voie con toutes sez jenz ; e sachie's tout voirement qe il moi- 
ne bien deus cens mille homes à chevaus. Il chevauchent tant 
por lor j ornée senz aventure trouver qe à mentovoir face , en- 



( 285) 

core qe il furent vinus jusque au plain de Nerghi que moût estoil 

grant e biaus, et illuec mist son camp por atendre Nogai , car 

il savoit qe il venoit tant con il plus poit à la bataille. E si sa- 

chiés bien de vérité qe les deus fdz de Totamagu estoient con 

mult belle conpagnie des bornes à cbevaz qui estoient venus por 

vengier la mort lor per. Mes atant laieron de Toctai e de sez 

jens , e torneron à Nogai et à sez homes. Or sachie's tuit voire- 

mant qe quant Nogai ot seu qe Toctai estoit mou * , e qe il venoit * '" marche 

soure , il ne fait demorance , mes à toutes sez jens se mist à la 

voie , e sachiés qe il avoit bien cent cinquante mille homes à che- 

vaus trop bones jens e vailanz , asez meior homes d'armes qe 

n'estoient celz de Toctai. E qe voz en diroic? Il ne demore mie 

deus jors puis qe Toctai fu venu en celz plain qe il hi fu venu con 

tôt sez jenz e mist son camp bien et ordréement près à dix miles 

à les enimis. E quant le camp fu tandu , adonc puet l'en veoir 

miant biaus pavillonz de dras à or e maintes belles tref ; il sen- 

ble bien camp de riches rois , e celz de Toctai n'cstoit mie moin 

biaus ne men riches , mes plus : car il hi avoit si riches paveilonz 

e si riches tref, qe ce estoit une mervoille à veoir. E quant andui 

cesti rois furent venus en cestc plain de Nerghi , il sojornent por 

estre fros et réponses le jor de la bataille. 

CHAPITRE CCXXXI. 

Cornant Tolai paraule à sez jens. 

E le roi Toctai asenble sez jens et fait grant parlemant et pa- 
roule cntr'elz en tel mainere. Seignors , feit-il , nos sonmes venus 
jusqe ci por conbatre con le roi Nogai e con sez homes , et de 
ce faire avon noz grant raisonz , car voz save's qe tout ceste haine 
e ceste rancune est avenue por ce qe Nogai ne vost venir por fair 
raisonz as fdz de Totamagu , e certes puis qe el se part da raison , 
el convient qe nos sion vainquior de cest bataille , e qe il ne soit 



( 286 ) 

moii e destruit; c por ce chascun de voz se doit conforter et 
avoir boine espérance de vincre les enimis ; mes toutes foies voz 
pri quant jco sai et puis , qe chascune soit vailanz homes e qu'il 
s'esforce outre pooir si que nos metron les inimis à destrusion 
et à mort. E atant se taiste , qe il ne dit plus. E de le autre parte 
le roi Nogai fait son parlemant et paroUe cnsi con voz orrcs. 
Bians frères et amis , feit-il , vos savés qe maintes grant batailes 
c mant grant estors avon ja venqus, et co maintes meilorz jenz 
avon ja eu afer, de coi nos sûmes venus à buen chief, et donc 
puis qe ensi est la vérité , si con voz mcissme savcs , bien voz do- 
vés conforter de vincre ceste bataille ; et encore qe avon grant 
raison e il ont tort : car voz savés bien qu'il n'estoit mon sein- 
gnors que mandoit que jeo fust devant lui en sa cor por fair ra- 
son as autres. Or ne voz voil plus dir , for qe je pri chascun qu'il 
pensi de bien faire , e que noz esproition si en ceste bataille qe 
noz en faizon parler à tout le monde , e que noz e nostre oir en 
somcs redotes à toz jorz mes. Atant se tast le roi Nogai qe ne dit 
plus. Et après que cesti dui rois ont fait lor parlemant, il ne de- 
raorent mie , mes le demain s'aparoillent et atirent molt bien. Le 
roi Toctai fist vingt batailles , et en cascune mist buen condui- 
seor c bon chavitan ; c le roi Nogai fist quinze batailes, por ce 
qe chascun metoit dix mille homes à chevalz : il hi mist bon ca- 
vitan e bon conduor. E qe vozencHroie? Quant les deus rois ont 
bien atirés et aparoillcs sez jenz , il se mistrcnt andeus à la voie 
e chevauchent le un ver l'autre tant qe il furent venus près à une 
balestrée , et illucc s'arestent andeus pars et i demorent ; auques 
puis ne demorent mie grantment qe le nacar comencent à soner ; 
et quant le nacar furent soné , adonc laisent corer les unz ver 
I autre conlessajettcs encocquesil laisent aler. Or poct-l'en veoir 
voler sajctes c d'une part e d'autre ; elle esloient si grant motitu- 
de ce qe estoit mervoic à veoir cavalz e chevaliers cbeoir à la tere 
mors et inavrés à mors. Il hi estoit moul grant crie et larme mou te, 
et quant il ont toutes les sajetos traites , qe ne avoient plus qe 



1 



( 287 ) 

traire , il mistrent main à les spée e à le macques e se eurent sus 
e se donent grandissmcs coux. Il reconienzenl la meslc'e mont 
cruele e pesme ; il se cupcnt main et bras cl bus e testes. Or piiet- 
l'en veoir cheoir à la tere chevaliers mors e navers. La crie e la 
nose e le fercis de l'espée hi cstoit si grant qc l'en ne oïst le Deu 
tonant. Il hi nia tant de mort qc à pièce mes ne morurent tant 
en nule bataille ; mes san faille des homes de Toctai emorurent 
asez plus que ne fasoit de celz de Nogai : car celz de Nogai es- 
toient d'asez meior homes d'armes qe celz de Toctai ne estoient. 
E si voz di tôt voiremcnt qe les dcus filz de Totamagu la font molt 
bien en celz bataie e font gran proesse d'armes , car il s'esforcent 
de tout lor pooir de vengicr la mort lor père , mes ce estoit 
noiant , qc trop seroit estes grant coussc de mètre à mort le roi 
Nogai. E que voz en diroi? La bataille estoit si cruel e pesme qe 
de maie ore fu conmenzés, car grandismes quantités estoient le 
maitin sain et haitiés qe en celz batailles furent occis , e maintes 
dames estoient maires qe en relz bataille furent veves , e ce ne fu 
pas mervoie por ce qe trop estoit mauves bataille. E le roi Toc- 
tai s'esforce de tut son poir por mantinoir ses jenz et so honor , 
e molt hi fait grant proese d'armes ; et certes il l'a fait si bien qe 
bien fait à loer por tôt le monde. Il s'abandone entre les enimis 
en tel mainere con se il ne li hausist rien de sa mort. Il fert à 
destre e à senestre ; il vait déportant les jens et les pris. Il l'a fait 
de tel mainere qe à niant fu grant doumaje celui jor , et amis et 
animis ; à les ennimis fu domajes , por ce qe il en ocist plusors de 
sa main ; et à les amis fu encore domajes , por ce qe quant il 
voient le si bien faire , lor donoit cuer et ardimant de corer sus 
les enimis e se metoient à faire chouse dont il estoient mort et 
occis. 



( 288 ) 

CHAPITRE CCXXXII. 

Cornant le roi Nogai s'eproitez vallantnient. 

E dou roi Nogai voz di tout autre telz , car sachiés tôt voire- 
ment qe il l'a fist si bien par son cors qe il ne i vcoit nulz ne de 
le une partie ne de l'autre qe si bien l'i fist ; et san faille il en oit 
le pas e le los de toute cclz batailes. Il se metoit entre lesenimis 
ausi ardiemant con fait le lionz entre les bestes sauvajcs. Il li vait 
abatant et occiant , il en fait trop grand domajes. Il se metoit en 
les greignor prcse qu'il vcoit ; il les vait départant or ça , or là 
ausi con cil fuisent bestes menues. E sez homes qe veoent lor se- 
gnor qe la fasoit en tel mainere , il s'esforcent de tout lor pooir , 
c coroient sur lor enimis mont aspremant , et en fasoient trop 
grant maus. E por coi voz broie lonc cent ? Sachiés tuit voire- 
mant qe les jens de Toctai s'avoient tant esforcés con il plus 
puent por mantinir lor honor , mes ce estoit noiant , car trop 
avoient afaire à bone jenz et fors. Il avoient tuit tant sofert qe il 
voient apertemant qe se il hi dcmorent plus , qu'il sunt luit mors , 
e por ce quant il virent qu'il ne pooient plus soufrir , il se mis- 
trent à la fuie tant con il plus puent : e le roi Nogai et ses ho- 
mes si vont chachant et occiant et en funt trop grant maus. En 
telz mainere con voz avés oï vinqui la bataille Nogai , e si voz di 
qe il en murent bien soixante mille homes, mes le roi Toctai es- 
chanpe , e les deus fds Totamagu schanpent ausint. 

Pec) GRATiAS. Amen. 



VVVvVVVV\VVV^VVWVVVVvVVVVVVVV^VVVV^V^^l\^^lVVVVV^VV^\\VVV^l^.^XVV\VV^VVVV\'VV\\VVV A\VVVVVVVVVlVV.VVVVV\V\i\\\A\VVVV^^^ 



TABLE DES CHAPITRES. 



P'S'! 



Ch. I. VjI comancenl le lobrique de cest livre qui est appelé le divi- 

siment dou monde i 

Ch. II. Cornant messire Nicolao et niessire IMafeo se parlircnt de (ios- 

tantinople por chercher dou munde 2 

Ch. III. Cornant mesire Nicolaue messire Mafcu se partirent da Soldadie. Ibid. 
Ch. IV. Cornant les deux frers passent un désert et vindrent à la cilé de 

Bucara ; 3 

Ch. V. Cornant les deus frers trevenl les mesagcs au grand Kaan 4 

Ch. VI. Comant les deus frers vindrent au grant Kaan Uid. 

Ch. VII. Comant le grani Kaan demande as deus frers des affer des Cris- 

tienz S 

Ch. vm. Comant le gracl Kaan envoie les deus frers por sez messajes à 

l'Aposloile de Rome /A(V/. 

Ch. IX. Comant le grant Kaan donc as deus frers la table d'or des co- 

mandemens 6 

Ch. X. Comant les deus frers vindrent à la cité de Acri y 

Gh. XI. Comant les deus frers se partirent de Venese por retorner au 

grant Kaan , et moinent avec elz March le fil messire Ni- 

colau ■ 8 

Ch. XII. Comant les deus frers aient à l'Aposloile de Rome ]i;,i 

Ch. XIII. Comant les deus frers et March vindrent à la cité de Clemein- 

fu , là ù le grant Kaan estoit q 

Ch. XIV. Comant les deus frers et March aient i^ 

Ch. XV. Comant les deus frers et March (qui) se partirent d'Acri (trovent) 

le grant Kaan en palais /i/,/ 

Ch. XVI. Comant le grant Kaan envoie March pour sez messajes j , 

Ch. XVII. Comant March torne de sa mesajerie et renonse sa enbasce 

au grant Kaan , , 

Ch. xviii. Cornant messere Micolau et messere Mafeu et messere March 

demandent congié au Kaan /^,V/ 

37 



( 290 ) 

Ch. XIX. Ci devise coinant mesere Nicolau et incsere Mafeu et messiie 

March se partirent dau grant Kaan i4 

Ch. XX Ci devise de la petite Arménie iG 

Ch. XXI. Ci devise de la provence de Torcomanie 17 

Ch. XXII. Ci devise de la grant Arménie Ibid. 

Ch. xxili. Ci devise dou roi des Giorgiens et de lor affcr iR 

Ch. XXIV. Ci devise dou roiamue de Mosul 20 

Ch. XXV. Ci devise cornant la grant cité deBaudach fu prise Jhid. 

Ch. XXVI. Ci devise de la nohle cité de Toris 22 

Ch. XXVII. De la grant inlruaille que avint en Baudach de la montangne. • 23 
Ch. xxvili. Cornant les Cristiens ont grant paor de ce que le calif lor 

avoit dit 24 

Ch. XMX. Cornant la vision vint à l'evesque que la proicle d'un ciabaocer 

fuoit 2 5 

Ch. XXX. Cornant la pruiere dou Cristicn fist movolr la montangne. ... 26 

Ch. XXXI. Ci comance de la grant provence de Perse 27 

Ch. xxxil. Cl devise de trois magis que vindrent à aorcr Dieu 28 

Ch. XXXIII. Ci devise de huit roiaumes de Perse 29 

Ch. XXXIV. Ci devise de la cilé de Yasdi 3o 

Ch. XXXV. Ci devise dou roiaumes de Crermain 3i 

Ch. x::xvi. Ci devise de la cité de Comadi 82 

Ch. XXXMI. Ci devise de la grant déclinée 34 

Ch. XXXVIII. Cornant l'en ala par saovaje contrée 36 

Ch. xxxix. Ci devise de la grant cité et nobel de Cabanat. 87 

Ch. XL. Cornant s'en ala por un désert ' Ibid. 

Ch. xu. Ci devise dou viel de la montagne et de sez asciscinz 38 

Ch. XLii. Cornant le viel de la montagne fait parfait et obeient ses as- 

ciscins ^ 

Ch. xLiii. Cornant les asciscin se afaitent à mas fer 4o 

Ch. XLiv. Ci devise de la cité de Sapurgan 4i 

Ch. XLV. Ci devise de la noble et grant cilé de Balac 4^ 

Ch. XLVi. Ci devise de la montaingnc dou sal 43 

Ch. XLVii. Ci devise de la grant provence de Balascian 44 

Ch. XLVIII. Ci devise de la grant provence de Bascian 46 

Ch. xux. Ci devise de la provence de Kesimur H'iJ. 

Ch. L. Ci devise dou grandismc fluni deBadascian 47 

Ch. Ll. Cl devise dou roiaunie de Cascar 48 



( 291 ) 

P.,K„. 

Ch. LU. Ci devise de la grant cilé de Sanmarcan ^Q 

Ch. LUI. Ci devise de la piovence de Charcan.. 5o 

Ch. Liv. Ci devise de la grant provence de Colan fbid. 

Ch. LV. Ci devise de la provence de Pein 5i 

Ch. LVI. Ci comance de la provence de Ciarcian Ibii/. 

Ch. LVII. Ci devise de la cité de Lop 52 

Ch. LViii. Ci devise de la provence de Tangut 54 

Ch. Lix. Ci devise de la provence de Camul 56 

Ch. LX. Ci devise de la provence de («inchintalas 5? 

Ch. LXi. Ci devise de la provence de Suclang 58 

Ch. LXII. Ci dit de la cilé de Canpicion Sg 

Ch. Lxiu. Ci devise de la cité de Ezina 60 

Ch. Lxiv. Ci devise de la cité de Caracoron 61 

Ch. LXV. Cornant Cinchin fu le primer Kaan des Tartars Jbid. 

Ch. Lxvi. Coman Cinchin Kaan aparolle sez jens por aicr sor le prestcr 

Johan 63 

Ch. LXYU. Contant le prester Johan con sez jens ala à l'cncontre de Cin- 
chin Kaan 64 

Ch. Lxviii. Ci devise de la grant bataille ke fu entre le presicr Johan 

et Cinchin Kaan 65 

Ch. LXix. Ci devise des Can que régnent après la mort de Cinchin Kaan. Ibi'd. 

Ch. LXX. Ci devise dou dieu des Tartars et de lor loy 67 

Ch. Lxxi. Ci devise dou plain de Bangu et des déverses costumes des jens. . 7 1 

Ch. LXXII. Ci devise dou grant roiaumes d'Erginul 72 

Ch. LXXIII. Ci devise dou roiaumes de la provence de Egregaia 74 

Ch. LXXIV. Ci devise de la grant provence de Senduc Ibid. 

Ch. Lxxv. Ci devise de la cité de Ciandu , et d'im merveiileus palais 

dou grant Kaan 76 

Ch. LXXVI. Ci devise de tous les fais dou grant Kaan qe orendroit ren- 
gne , que Cublai Kaan est apelés, et devise cornant il tient 
cort et cornant il mantent ses jens en grant justice, et 

encore dit de son conqist 81 

Ch. Lxxvii, Ci devise de la grant bataille ke fu entre le grant Kaan et le 

roi Nayan son uncle Iliid. 

Ch. Lxxvill. Comant le grant Kaan ala encontre Nayan 82 

Ch Lxxix Ci comance de la bataille dou grant Kaan et de Nayan son 

uncle 83 



( 292 ) 

Cti. L\xx. Comanl le granl Kaan fist oncire Naan 85 

Ch. Lxxxi. Cornant le grant Kaan se lorne à la cité de Canbalu 86 

Ch. Lxxxil. Ci devise le fassion dou grant Kaan 88 

Ch. LXXXIII. Ci devise des filz dou grant Kaan 89 

Ch. Lxxxiv Ci devise dou palais dou grant Kaan ILid. 

Ch. Lxxxv. Ci devise dou palais dou filz dou Kaan qe doit reigner 

après lui 92 

Ch. LXXXM. Cornant le grant Kaan se fait garder à douze mille homes à 

chevalz g3 

Ch. Lxxxvii. Ci devise de la grant feste ke fait le grant Kaan de sa nativité. gS 

Ch. LXXXViii. Encore de la feste de que le Kaan fait de sa nativité mcisme. 96 
Ch. Lxxxix. Ci devise de la grandisme feste ke fait le grant Kaan de lor 

chief de lan ILid. 

Ch. xc. Ci devise des douze mille baronz que vient à les fcstes 98 

Ch. xcr. Cornant le grant Kaan a ordrée que sez jens li apportent de la 

venoison 99 

Ch. XCH. Ci devise des lionz e des léopars e de leus ccrver que sunt 

afailés a prender Lestes. Et encore dit de gerfaus e de fau- 

conz et d'autres oisiaus 100 

Ch. xcui. Ci dit des deux frcrs qe suni sor les chienz de la caze loi 

Ch. xciv. Ci devise cornant le grant Kaan vait en caze por praudre 

bestes et oisiaus 102 

Ch. XCV. Cornant le grant Kaan tent grant cort cl fait grant fcsics 106 

Ch. xcvi. Cornant le grant Kaan fait despendre carte por monoie 107 

Ch. xcvil. Ci divise de dozc baronz que sunt sor los les fais dou grant 

Kaan , 1 10 

Ch. xcvill. Cornant de la cité de Canbalu se parlent plosors voies que 

vont por niant provinces 1 1 1 

Ch. xcix. Cornant le grant Kaan fait aidcre scz gens quant il ont sofraile 

des blés et des bestes 1 14 

Ch. c. Cornant le grant Kaan fait planter arbres por les voies Ibid. 

Ch. CI. Ci devise dou vin que les jcns dou Kaan boiv(Mit 1 15 

Ch. eu. Ci divise d'une mainercs des pieres que s'ardenl corne bucos. . . Ibid. 
Ch. cm. Cornant le grant Kaan fait amasser et repondre grant quantité 

des blés por secorrer sez jens. 1 iG 

Ch. civ. Cornant le grant Kaan fait grant charité à scz gens povrcs. . . . ibid. 
Ch. cv. Ci comcnce de la granl provence dou Catay, et conteron dou 

flun de Pulisanghin 117 



( =^9^ ) 

P»ECi. 

Ch. cvi. Ci devise de la giant cilé de Çingui ;.'. ....'. ii8 

Ch. CVll. Ci devise dou roiaume de Cainfu '. . .^. '.ili, , .... Ibi'd. 

Ch. CVIII. Ci devise d'un chastel de Cayanfu i ig 

Ch. CIX. Cornant le prcslcr Johan fist prandre le roi Dor 120 

Ch. ex. Ci devise dou grandismc fluni de Caracoron 121 

Ch. CXI. Ci dit de la grant cité de Qengimfu 122 

Ch. CMI. Ci dit des couGnes que sont entre le Calay et le Mangi i23 

Ch. CXlll. Ci devise de la provence de Achalac Mangi Ibid. 

Ch. cxiv. Ci devise de la grant provence de Sindanfu I24 

Ch. cxv. Ci dit de la provence de Tebet 126 

Ch. cxvi. Encore de la provence de Tebet meisme 128 

Ch. cx\'u. Ci devise de la provence de Gandu .....vj . . 129 

Ch. cxviii. Ci devise de la grant provence de Caraiao .'. ['^ , . . i3i 

Ch. cxxx. Encore devise de la provence de Caraian 182 

Ch. cxx. Ci devise de la grant provence de Zardandan i35 

Ch. cxxi. Coinant le granl Kaan conquislc le roiaume de Mlnln et de 

Bangala i38 

Ch. cxxii. Ci devise de la bataille que fu entre le host dou grant Kaan 

et le roi de Mien 1 Bg 

Ch. cxxill. Ci dit encore de la bataille meisme l4o 

Ch. cxxiv. Comani l'en descent una grant descendue i42 

Ch. cxxY. Ci devise de la cité de Mien i43 

Ch. cxxvi. Ci devise de la grant provence de Bangala i44 

Ch. cxxvil. Ci devise de la grant provence de Cangigu i45 

Ch. cxxviii. Ci devise de la provence de Amu i46 

Ch. Cxxix. Ci devise de la provence de Tolomain i^'à. 

Ch. cxxx. Ci dit de la provence de Caingui i47 

Ch. cxxxi. Ci devise de la -cité de Cacianfu i49 

Ch. cxxxii. Ci devise de la cite de Cianglu ttid. 

Ch. CXXXIIl. Ci devise de la cité de Ciangli i5o 

Ch. cxxxiv. Ci devise de la cité de Candinfu ihiil. 

Ch. cxxxv. Ci devise de la noble cité de Singui i52 

Ch. cxxxvi. Ci devise de la grant cité de Ligui Uiid. 

Ch. cxxxvil. Ci dit de la cité de Pingui i53 

Ch. cxxxvni. Ci dit de la cilé de Cingui i54 

Ch. cxxxix.ComantlcgrantKaanconquistelagrantprovencedou Mangi. i55 

Ch, CXL. Ci devise de la cité de Coygangui 1S7 



( 294 ) 

P»l!t5. 

Ch. CXLI. Ci «lit de la cité de PanguL. .,; ;';.. ; . .: ,',: ^J ,j, i38 

Ch. cxui. Ci dit de la cité de Cayu.. ;v ) . .'. h iW ,'." Ibid. 

Gh.'CXLlll. Ci devise de la cité de Tigui \--ii-ihJi .... i5g 

Ch. cxLiv. Ci devise de la clti! de Yangui ;.. ;4 A'i'.'l .... i6o 

Ch. CXLV. Ci devise de la provence de Nanchia II. j .;■ ;. ;>i».';'i'-. . . . lùii]. 

Ch. CXLVI. Cl dit de la cité de Sanyanfu i .■>}i l'k > . . . i6i 

Gh. CXLVii. Ci devise de la cité de Singul '.•.■Jly. l . . ■ i63 

Ch. CXLVIIL Ci devise de la cité de Caygui .'.k. i .'■.■: '' i&^ 

Ch. CXLIX. Cl devise de la cité de Cianghianfu ii.-tii .•ji. ....... . i65 

Ch. CL. Cl devise de la cité de Tanchlu ( Clngiggui )..;.;.;:......... . [bid. 

Ch. eu. Ci devise de la cité de Fuygui ( Singul ) •«»;..! t ' i66 

Ch. CLil. Ci devise de la noble cité de Quinsai i68 

Ch. CLill. Ci devise de la granl rente que le grant KaaD a de Quinsai... lyS 

Ch. CLlv. Ci devise de la grant cité de Tanpingul , -4. 

Ch. CLV. Ci devise don roiaume de Fugui ,76 

Ch. CLNl. Ci devise de la cité de Fugui 1 7H 

Ch. CL vu. Ci devise de la cité de Carcan ( Zantan ) «Je-ii, lyg 

Ch. CLvni. Cl comance le livre de Indie, et devisera tontes les mervoil- 

les que 1 sunl et les maineres des jors iHi 

Ch. CLix. Cl devise de l'isle de Clpingu 182 

Ch. CLX. Cornant les gens dou granl Kaan eschampole de la fempeste de 

la mer, et pristrent puis la cité de Lore 184 

Ch. CLXi. Cl devise des maineres des Ydres.. . . ;-i»i >,.'.-Jî. 186 

Ch. CLXil. Cl devise de la contrée de Clanba.. . .,i j.'.iJi .:.... 188 

Ch CLXIII. Ci devise de la grant Isle de Java ...•'.. v. ;■.' 189 

Ch. CLXlv. Ci devise de l'isle de Sardan et de celle de Candur igo 

Ch. CLXV. Cl devise de l'isle de Pcntam i> igi 

Ch. CLXYI. Ci devise de l'isle de Java la nienor .".;]>.:. : . . . . Ibid. 

Ch. CLXVil. Ci devise dou roiaume de Saniaira icj3 

Ch. CLXViii. Ci devise dou roiaume de Dagrayan ig4. 

Ch. CLXix. Ci devise dou roiaume de Lanbri ig5 

Ch. CLXX. Cl devise dou roiaume de Fansur Ibid. 

Ch. CLXXI. Ci devise de l'isle de Necaran ig6 

Ch. CLXXII. Çl devise de l'isle de Agaman igy 

Ch. CLXXlll. Ci devise de l'isle de Seilan Ibid. 

Ch. CLXXlv. Cl devise de la grant provence de Maabar 198 

Ch. CLXXV. Ci devise du roiaume de Mosul 206 



( 29:5 ) 

Pages. 

Ch. r.LXXVi. Ci devise là ù esl le cois de meser Saint Thomêu l'aposlre. 208 
Ch. CLXXVli.. Ci devise de la provence de Lar dont les Abraiamam sunt 

nasqui 211 

Çh, CLXXvm. Encore devise de l'isle de Seilan nv'.i .'iJ^\ ■ »i5 

Ch. CLXXIX. Ci devise de la noble cilé de Cail. . . j ..>(,. .,(illlf),')..•.'^, 21^ 

Ch. CLXXX. Ci devise dou roiauine de Cailan. . . ) i>-, 4 > ■v-'wiU.\^ .l.v.i aio 

Ch CLXXXl. Ci devise de la cité de Coniari. , iL*. .ii.',V.;/ aia 

Ch. CLXXXil. Ci devise dou roiaume de Eli , , ,. ;. ..^ , J .'iv •.■ Ibid. 

Ch. CLXXXiii. Ci devise dou roiaume de Melibar. . . ;. >),.jiii ijli »! -, . . 223 

Ch. CLXXXiv. Ci dit dou roiaume de Guzurat. ..idy.iki» Ki» s-iwiil» i.î. . . 225 

Ch. CLXXX\'. Ci devise dou roiaume de Tana. .^-nlf, <;r ^li-^tiv^J •■ .... 226 

Ch CLXXXVi. Ci devise dou roiaume de CanbaO|^..„i'> .,;,,, <..>|i>; 227 

Ch. CLXXXVii. Ci devise dou roiaume de Scmcnat.. .|..jil.jnmir>i->».u/./. 228 

Ch. CLXXXVIU. Ci devise dou rengne de Kesmaçoran,,;t/j j^g.jt^i ,ius/ . Ibid. 

Ch. CLXXXix. Ci devise de Tisle Masles et remeff,,;-,»,.»-.! sli. liii.i^^ijx/. 22g 

Ch. CXC. Ci devise de l'isle de Scorla v . 1. ,J)',i>)a:Ki .^M. ■ z3o 

Ch. cxci. Ci devise de l'isle de Mogelasio ( Madeiga^çaj;);«.>(M>y..i.7Z/.' 282 
Ch. cxcii. Ci devise de l'isle de Gangchibar. . .,,,ij ,;|„X .;,(,, mel^i .ivr/xn^aS/J. 

Ch. CXCIII. Ci comance de Abasie qui est la Médians.'!, itur.aoi):'.' • . • 237 

Ch. cxciv. Ci comance de la provence de Aden. . ^ au'.r.isùiiio*)-.- • • a^t-i 

Cl», cxcv. Ci devise de la cité de Pufar..j,.,.n, jig ;£j3oT->a«ui(>3 .«»/• 2^4 

Ch. cxcvi. Ci devise de la cité de Calata, ....uriBqMeJsu-T-iisrAfmi). li^X/.. l/"'d. 

Ch. cxcvii. Ci devise de la cité de Curmos. . ,/. ^..,, .,|. i,,ç.,,„0. tixr,.-. 246 

Ch. CXCVIII. Ci devise de la grant Turquie Ili'd. 

Ch. cxcix. Ce que le grant Kaan dit dou domajes que Caydu li fait. . . 252 

Ch. ce. Ci devise de la file au roi Caydu, conment elle est fort et voilant. ]bid. 

Ch. CCI. Cornant Abaga envoie Argon son fiz en ost 254 

Ch. CCII. Cornant Argon vait prendre la seingneurie 256 

Ch. CClli. Cornant Acomat vait con sa ost por conbater ad Argon. . . 257 
Ch. cciv. Cornant Argon se consoille à sez baron por aler conbater 

con Acomat 258 

Ch. ccv. Cornant les baronz respondirent ad Argon 25g 

Ch. ccvi. Cornant Argon envoie sez mesajes à Acomat 260 

Ch. ccvil. Comant Acomat respondi as mesajes d'Argon 261 

Ch. ccvill. Ci devise de la grant bataille que fu entre Argon et Acomat. 262 

Ch. CCIX. Comant Argon fu pris et délivrés 268 

Ch. ccx. Comant Argon ot la seingnorie 264 



(296) 

Ch. ccxi. Cornant Argon fist occire Acomat son uncle 265 

Ch. ccsil. Cornant les baronz font omajcs ad Argon 266 

Ch. ccxui. Cornant Catu prist la scignorie depuis la mort d'Argon. . . 267 

Ch. ccxiv. Cornant Quicalu prist la scingnorie depuis la mort d'Argon. Ihld. 

Ch. ccxv. Cornant Baidu prist la scnorie depuis la mort de Quicalu. . . 268 

Ch. ccxvt. Ci devise du roi Canci qui est à Tramontaine 26g 

Ch. ccxvil. Ci devise de la provence de Oscurlé 271 

Ch. ccxYiu. Ci devise de la grant provence de Rosie et de les jenz. . . 272 

Ch. ccxix. Ci devise de la bouche dou mer greingnor 274. 

Ch. CCXX. Ci devise des scingnorz des Tarlars dou ponent Ibid. 

Ch. ccxxi. Ci devise de la gherre che sordi entre Alau et Berça , et les 

batailes que furent entroies 276 

Ch. ccxxu. Comant Berça et sa ost ala encontre Alau 276 

Ch. ccxxiii. Comant Alau parole à sez jens. . . , 277 

Ch. ccxxiv. Ci dit de la grant bataille que fu entre Alau et Berça. ... 278 

Ch. ccxx\'. Encore de la bataille d'Alau et de Berça 27g 

Ch. ccxxvi. Comant Berça s'esporste vailanlment 281 

Ch. ccxxvii. Comant Tota Mangu fu sire des Tartarz dou Ponent. . . . 282 

Ch. ccxxviii. Comant Toctai mande porNogaipor la mort de Totamingu. 288 

Ch. ccxxix. Comant Toctai envoie sez mesajes à ÎSogai Ibid. 

Ch. ccxxx. Comant Toctai ala encontre Nogai 284 

Ch. ccxxxi. Comant Toctai paraule à ses jens 285 

Ch. ccxxxil. Cornant le roi Nogai se sproilez vailantment 288 



là 



PERECtRINATIO 



MARCI PAULI 



38 



ï 
( 

A 



A\\\v\^VA^\v^'V\vvv\^^vlV^A^^\^^*^^v\^*v^^-v^^^\^^vvvvvvvv*v*\v«A^^'^^^v^^^\*v^^^Vi'\*\l^^'Vvv^vw^ 

PEREGRINATIO 

MAPvCI PAULI, 

Ex Manuscripto Bibliothecœ Regise , n° 3igb I". 



j[ ACiPiT Prologus Lihri Descnpilonis Proçincianim Erincnicè , 
Persidis , Turchiœ et utrlusque Indîœ et insularum quœ siint in 
Indîa , edlti à Dno Marco Paiilo , nobili cîoe P^enetiarurn , ciir- 
rentîbus annis Uni Ghu Xpi 1295. 

Dominl Imperatores , Reges , Duces , Marchiones , Comités et 
Milites , omnesque gentes volentes scire diversitates generatio- 
num gentium orbis , diversitates quoque regnoi'um et provincia- 
rum ac regionum omnium partium Orientis, hujus Libelli sericm 
perlegatis; in eo repcrietis maxima et mirabilia gentium, praeci- 
puè Ermeniœ, Persidis, Indiae et Tartariae. Hoc quidem narrai 
in praesenti opusculo ordinatè Dous Marcus Paulus, Venetiarum 
civis prudens et doctus , quae vidit ut visa et quae audivit ut audita 
ordinatè declarans. Iste enim Libellus erit veriloquens. 

Sciendum est igitur quod a creatione Adam usque ad praesen- 
tem diem nuUus paganus vel sarracenus aut cbristianus seu 
quivis alius, cujusquc progeniei vel generationis fuerit , tôt et 
tanta vidit nec perscrutatus est quot et quanta Uominus Marcus 



( 3oo ) 

Paulus superins mcmoratus. Quisve mentis cogitans in arcano 
volcns ut visa et audita per eum his qui non possunt propriis 
luminibus intueri per presens Opusculum conclarcscant , ilum 
anno Domini 1295 in carceribus Januensium foret inclusus , per 
S. Rustichelum , civem Pisanum , qui secum in eodcm carcere 
apud Januam morabatur , quae continentur in praesenli Opusculo 
scribi fecit, hoc opus dividens in très partes. 

CAPUT I. 

Qualiter Dom Nicolaus et Mateus Pauli, Fratres, cives Veneliarum, transive- 
runl ad parles Orientales. 

Anno Domini millesimo ducentesimo quinquagesimo , Bal- 
doino in Constantinopoiltano imperio imperante , Dni Nico- 
laus Paulus, pater dicti Dni Marci Pauli , et Mafeus, frater 
dicti Dni jSicolai, dum essent in portu Vcnetiarum , quadani 
eorum navi diversis et caris mercationibus onerata unanimes 
intraverunt, et velis elevatis alto se pclago committentcs cum 
dicto eorum na'\'igio et mercantia Constantinopolitanam civi- 
talcm applicuerunt incolumes ; ubi cum lucro eorum merca- 
tionibus cxpeditis , causa querendi hinc transirc mare Majus insi- 
mul dccrcverunt ; etemptis multis et caris jocalibus, de Constan- 
tinopoli discesscrunt, et navim intrantes Soldandiam appulerunt. 
Et ibidem diebus aliquibus commorantes cogitaverunt procedere 
magis ultra , et ascendentes eorum equos continuatis dietis ad 
Barchacham pervenerunt , qui erat rcx et dominus aliquorum 
Tartarorum , qui tune erat apud Burgalam ; qui Barchacham 
de eorum adventu valdè laetatus eosdcm mulUim honorificè et 
gratc susccpit; cujus dicti Domini Nicolaus et Mafeus cjus magni- 
tudinem et curialitatem gratilem intuentes, quaecumquc Jocalia 
quae de Constantineapoli secum detulerant donaverunt. Quibus 
libenter et grale susceptis idem Barchacham ipsis duplum valen- 
tiae ipsorum jocalium est lar^itus. Stantibus equidem dietis 



( 3oi ) 

fratrlbus in ista per anni circulum civitatc , intcr dictum Bar- 
chacham et Alauchaam Lcvantis Tartaris dominantem guerra 
durissima insurrexit , et vires suas unus contra alterum praepa- 
rantes insimul pugnaverunt ; inter quos fuit bellum asperrimuni 
et ex utraque parte multorum occisio ; sed tamen Alau victor fuit 
in fine, ob quam guerram per illas contractas lute minime 
poterat pertransiri ; hoc enim erat iter per quod transiverant 
dicti fratres.Videntes igitur dicti fratres retrocedere se non posse, 
ultcrius procedentcs cum eorum mercationibus versus Levantem 
ut per aliam viam possent reverti Venetias pcregrarunt; et rece- 
dentes de Barchacham , quamdam civitatem Euchala nuncupa- 
tam, dominio domini Poncntis submissam féliciter attigerunt, 
et de Euchatha recedentes transiverant fluvium vocatum Tigris 
et per quoddam desertum decem septem dictis contiiiuis pcre- 
grarunt ; in quo nullam habitationem invenerunt, nisi Tarlaros 
morantes in eorum tentoriis , qui de suis bestiis vitam ducunt. 
Cum autcm transivcrunt dictum desertum , ad quamdam civi- 
tatem Bochara provinciae Persidis nominatam , quae est nobilior 
illius contractiE civitas , pervenerunt ; in qua transire ulteriùs 
non valentes , tribus annis continuis sunt morati. 

CAPUT II. 

Qualiter dicti Fratres adiveruni curiam maxlini Tarlarorum Régis. 

Dictis autem fratribus in Bochara stantibus , contigit quod 
Alauchaam, dominus Levantis, suos ambaxiatorcs ad magnum 
Dominum omnium Tartarorum qui in lingua eorum magnus 
Kaan dicitur , quod in lingua latina sonat magnus rcx regum , 
qui vocabatur Cublim , destinavit ; dictis autem ambaxiatoribus in 
hac ci^itate videntibus istos fratres , mirati non modicum, quia 
nullum latinum unquam viderant, eosdem sunt gratantibus ser- 
monibus allocuti , pctentes ab ipsis si secum ad magnum Kaan 



( 3o2 ) 

Mjlehant accoderc ; cum qiio si accédèrent, ad honores et stalum 
maximiiin pervenirciit , eo quod nullum latinum unqiiam viderai 
quainvis viderc mirum affectaret : quibus amljaxiatoribus respon- 
sivani gratilemexhibentes, se cum eis accessuros siipsis ambaxia- 
torlltus gratiim foi-el liberalitcr obtuleriiiit : ciim quibus dicti fra- 
tres in itinerc se miscilint , per tramontanam et per vcnlum (jui 
vocalur grecus une anno insimui gradientes , in tantum quod ad 
magnum Kaan pen'cnerunt, in itinere multa mirabilia quae infe- 
riùs describuntur oculate videntes. 

CAPIIT III. 

Quomodo dicti Fratres apud dictom dominum Regem gratiam invcncrunt. 

Ouando dicti fratres ad magnum Kaan Cublim nomine perve- 
nerunt, qui summe benignitate fulgebat , eosdem magnis hono- 
ribus et gaudio grate suscepit , tanquam cupidus vidcre iatinosdc 
quibus nullum aliquo temporc viderai , ab eis iiistanter exposcens 
qualis essct iinperator eorum et cujusmodi justitiam facicbat et 
vltam ; de summo etiam Pontifice et Romana ecclesia omnibus- 
quc faclis et modis christianorum intcrrogans ; cui prudenter in 
omnil)ussigilalim quœ ab cispetierat praebuere rcsponsum iingua 
tartarica quam sciebant. 

CAPUT IV. 

Qualilor dicli Fratres ab ipso domino Rege pro ambaxiatoribas fuerunt ad 
suramum Romanorum Pontificem destinât!. 

DcfactisautemLatinorum, perdominumCublimmagnum Kaan 
regem et dominum omnium Tartarorum de mundo , ac regum et 
provinciarum onniiuiii illarum partium ab istis duobus fralribus 
intcliecto , placuil multum ei ; et baronibus suis ad concilium con- 



( 3o3 ) 

vocatis, (lixit cis quod ad Dom. Papam christianorum volcbat 
suosnuntios destinare ; quod bonum fore dicti barones unanimes 
firmaverunt. Tune vocavil ad se istos fratres , eosdem rogans 
blandis sermonibus ut hujus ambaziata^ lalorcs ad dominum 
Papam esse velint ; qui mandatis régis prudenter oblulcriml in 
omnibus se paratos animo conlibenti : gralo diclorum fratrum 
suscepto responso , magnus Kaan Htteras scribi jussit ejnsquc 
buUa muniri , qualiter dicti fratres et quidam ejus baro Cogotal 
nominc , quem eis dédit in socium pcr illa tali ambaxiala, possent 
accedere, eisdem post prœdictas ambaxiatas pcr ces fiendasDno 
Papae ipsius parte imponens seriosius in hune modum , videlicet 
quod salutationibus neccssariis et congruis prœiiarralis , a Dno 
Papa pcrquirerent quod cenlum sapicntcs omnium scplcm artium 
eruditos , qui scirent ostendere idolatris et génération ibus gen- 
tium dominio ejus submissis qualiter erat opus diabolicum Icx 
ipsorum , quodque lex christianorum crat ceteris omnibus 
legibus magis verax, destinare deberet : deinde eis imposuit piis 
verbis quod de oleo lampadis ardentis in Jherusalem ante sepul- 
chrum Dni Ybu Xpi sibi penitus apportarent. Demum per mag- 
num Kaan dictis ambaxiatis impositis et pcr eos diligcntius 
intellcctis, tabulam unam auream dédit cis signo ipsius insignitam 
in qua conlinebatur expresse quod istis suis nunciis quôcumquc 
irent pra^pararentur singula quae mandarcnt ; qua re recepta, de 
neccssariis pro dicto itincre pra-munitis , a Dno rege ac baronibus 
et tota curia ipsius obtenta bcentia, se posuerunt ad iter. Cum 
autem diebus aliquibus equitassent, Cogotal baro ccdcns cum 
eis in civilatc vocata Alau, rcmansit agrotans ; dicti vero fratres 
ad eorum itinera processerunt, dietis conlinuiscquitanles, donec 
in Armeniam ad civilatem nominalam Laiasum sospilcspervene- 
runt. In hoc quidem itinere, proplcr ineptas Aaas et magna flumina 
equitare non valenles , tribus annis conlinuis dislulerunt. Et 
continué quocumque ibant dalam sibi per regem auream tabu- 
lam ostendentes honoribus massimis sunt rccepti. 



( 3o4) 
CAPUT V. 

Qualiter dicli Fratres creationem summi Pontificis Venctiis expectarunt. 

De Laiaso dicti fratres recedentes , anno Dni mcclxx de 
mense aprilis applicuerunt ad Achon , ubi sentientes domi- 
num Clementem IV ab hujus mundi seculo decessisse , ut plu- 
rimum contristati , Dom. Tedaldum de vicecomitibus de Pla- 
ceiitia, ibidem apostolicae Sedis legatum , qui erat homo magnae 
auctoritatis et virlutis , illico accesserunt , eidem causam qua 
accedebant ad summum Pontificem enarrantes. De quo lega- 
tus admirationem suscipiens, suœ mentis cogitans in arcano 
qnod ab hoc sancta Romana Ecclesia totaque fides christiana 
honorem et exaltationem maximam acquirebant , eisdem signi- 
ficavit qualiter Dnus Papa decesserat , rogans eos ut quo usque 
alius Papa vocatus foret cum quo possent eorum ambaxiatam 
perficerc cxpectarent. Quod audientes dicti fratres isto temporis 
intervalle acccdereVenetias,visuri eorum familias, decreverunt ; 
et sic recedentes de Achon venerunt ad Nigropontem , deinde 
que Venetias attigerunt , ubi dictus Dnus INicolaus conjugem suam 
quam , cum Veneliis primo recessit , praegnantem dimiserat repe- 
riit decessisse , ab ipsa quodam filio annorum XV rémanente , qui 
Marcus Paulus nomine vocabatur , qui fuit ille Marcus qui hune 
librum composuit ; qualiter enim haec omnia tam sciverit ordi- 
nate patebit inferius. Dicti autem fratres , expectando q\iod alius 
Papa fieret, Venetiis duobus annis continuis sunt morati. 

CAPUT VI. 

Qualiter dicti Fratres rediewint ad magnum Regem Tariarorum. 

Demum videntibus hiis fratribus quod Papa alius non fiebat , 
volentes reverti ad magnum Kaan , secum ducentes dictura 



( 3...^ ) 

Maroim f»cnituin <licli D. ISicolai de Vonctiis, recessciiiiil ;ul 
Achon iil)i (lirliini Ipgalum diiiiiscrant f^radioiilcs , cui dixcrunl 
quod ox qno Papa non eligcbatur , nimiiim morati ad corum 
Domum rctrorcdcrcinlcndcbanl, al» ipso oiiiidi Icnisalcni, utdic- 
tocornm domino, de olco larnpadis aidcnlis anlc sepulcnim Do- 
mini , jiixia impositaeis, déferre posscnt, iiccntiain posliilanles; 
qua al) eo gratanterobtcnta licentia , Jérusalem acccsscrnnl ; el de 
dicto olco capienles adeunidem lefjalum iteriim redicrnnl.Yidens 
aiitem legalus quod omnino ad ejus doniinum remcare volebant, 
lilloras ad magnum Kaan , qualiter lanlo temj)ore expeclando 
quod fieret alius Papa fuerant pr«?stolati , ad ipsorum excusatio- 
nem conscri])sit. Perceptis igitur diclis litleris et à diclo legato 
obtenla iirenlia disredcndi , de Aclion reeedentes pcrvenerunt 
Layassum, ubi morantes, dictum Papam fore crcalum eisinnoluil; 
et fuit vocatus Papa Gregorius Dccimus de Placentia, qui postca 
apud Lngdunum super P»liodanum conrilium celebravit. Tune 
iste Papa nuntium niisil posl eos , diccndo quod slalini redirent 
ad eum ; quod libentcr feccrunt , ad pra;factum Papam in (jnadam 
galea armala quam eis paraverat rex Armeniae redeuntes , quos 
Dus Papa gratiose recipiens niagnis bonoribus decoravil , et eis 
dédit duos fratres de ordine pra'dicatorum valdè eiMiditos, sa- 
})ienliorcs qui in iliis parlibus sint reperti , qui ad niagninn Kaan 
cura eis accedcreni , (]norum unus fraler Nicolaus de \ iueentia 
et alius frater Guiilohnus de Tri|)oli vocabatur ; (juibus cartas et 
privilégia exbibuit et aiid)axialas suas quas magno kaan lieri volc- 
bat iniposuit , et data eorum benedictionc.dictis Dnis ÎNicolao et 
Mafeo acMarro necnon diiobus fralribus,recesseruntde Achon et 
pervenerunt insimul ad I^avassum , ubi ruiu appliruerunt (jnidam 
nomine lîonducbdarce soldanus Jîab) luni;u cuni niaxiuio excr- 
citu supervenit intrinsecus civilatis guerram durissimam faciendo. 
Dicti vero fratres praedicatores qui fuerant eis dati, timoré guerrœ 
ronterrili , ])r()pter viaium discrimina in quibus fuenint pluries 
in mortis periculo , tinicnles ad magnum kaan pervenlrc non 

39 



( 3oG ) 

|)Osse, dictis Dnis Nicolao et Mafeo privilégia etlitteras tribuen- 
tes , non processcrunt ulterius. Tune dicti Dni Nicolaus et 
Mafeus ac Marcus se ilineri commiserunt et continuatis dietis 
ad civitatem vocatam Clemenfu valdc divitem et potentem ubi 
tunç magnus Kaan morabatur sospites perveherunt; Quae autem 
in isto viderunt itinere inferius suo loco et tempore narra- 
buntur. In hoc quidem itinere proptcr tempns ineptum et peri- 
culosa flumina tribus annis et dimidio distulerunt. Cum enim ad 
notitiam magni Kaan de eorum reditu pervenit , laetatus ut 
plurimum eis obviam suos nuntios quadraginta dictis , qui dictis 
fratribus necessaria in omnibus facerent propinari , adiré man- 
davit , qui nuntii eos fecerunt ubique honoribus decorari. 

CAPUT YII. 

Qualilcr Dicii Dni Nicolaus et Mafeus à magiio Kaan honorificè sunt recepli. 

Cum autem applicuerunt ad civitatem praedictam in qua erat 
magnus Kaan , accesserunt magistrum palatium ubi cum multis 
suis baronibus morabatur , coram eo humillime flexis genibus 
se fercntes; quos illico mandavit surgere , qualitereis fuerat diii- 
genter exposcens , qui respondiderunt quod bene per Dei gratiam 
ex quo sanum et illarem ipsum invenerant. Tune petiit ut sibi 
narrarent quae egerantcum Sunimo Pontifice ; at ipsi cuncta quae 
fecerant ei exposuerunt bene et sapienter ut dccuit , eidem litteras 
et privilégia Dni Papae Grcgorii exhibentes ; quibus litteris et 
privilcgiis gratanter j>crccptis, eosdcm de laudabili fide et solerti 
sollicitudine multipliciter commendavit. Oleum vero quod por- 
taverant de sepulcro sibi postea tradidcrunt. Quod dictus magnus 
Kaan laetè et reverenter snscipiens , mandavit multum honorificè 
gubcrnari. Ueinde qua?sivit qui erat ille juvenis qui erat cum eis ; 
cui respondit Dnus ÎSicolaus : Domine , iste est servus vester et 
filius meus. Tune dixit magnus Kaan : Bene veneritipse et multum 
placet mihi. Et de eorum reditu fccit magnum fcstum cum 



( 3o7 ) 

gaudio; quaindiu ciilm dicli fratrts et Dus Marcus slcterunt in 
curia dicti magni Kaan , fuerunt pj^.cunctis baronibus honoiali. 



CAPTJT VIII. 

Qualitcr dlctus D. IMarcus ûlius D. Nicolai crevit in graliam corain D. Regp 
oniniiiin Tarlarorum. 



Contigit autcm quod slantc isto juvcnc , scilicet Dno Marco 
in curia magni Kaan, didiscit linguani larlaricam.ct alias quatuor 
varias linguas diversas , ita quod in qualibet illarum linguarum 
sciebat Jegerc et scriberc multum bene; didiscit etiapi omnes 
mores eorum , et factus est homo morieratus et sagax nimium. 
Et quando magnus Kaan vidit in isto juvcnc tantam bonitalcm 
et tantam prudentiam, cundem ad quamdam tcrram valde distan- 
tem pro SUD nantie destinavit ; ad qqam ivit in sex mensibus. Istc 
juvenis rediit et benc sapienter rclulit suam ambaxiatam et alia 
nova multa de muUis quse petcbantur ab co , quia vidcrat alios 
ambaxiatores misses à Dno , co ,quod nesciçbant aliud dicere vel 
referre prœter ambaxiatam eis imposit^m , r^putabanlur minus 
sapientes et minus providi. Et dicebat cis magnus Kaan quod 
plus delcctabalur scire divcrsitales gentium et diversos mores 
terrarum quam scirc ambaxiatas quas ipsi portabant eidem. Quod 
Dus Marcus scicns didiscit bene omnia, ut sciret omnia bene 
referre. Rediit Dus Marcus, et scivit bene referre omnes novi- 
tates quas vidcrat , ita quqd placcrcl magno Kaan et omnibus 
baronibus ejus curiae ultra raodum, etlaudavcrunt cum omnes et 
dixerunt quod si viveret ficret sapiens et homo magni valoris et 
maximae bonitatis. Sciatis cnim quod iste dominus Marcus stetit 
in curia magni Kaan deccm scptcm annis , et toto isto tempore 
non ccssavit ire ambaxiator pro suo domino. Et dominus suus 
faciebat ci tanlum iionorcm quod alii barones inceperunt ci 



( 3o8 ) 
iiividore , qiiod Dus Marcua pliira scivit de partibus illis quam 



CU4 pliira sciv 
fu^t in eis p; 



aliquis lioiiio (lui unquaiii fo^t in eis parlibus. 

CAPUT IX. 

OualiUT posl mulla tempora dicti Dni Nicolaus Mafcus et Marcus obtiiiueruiil 
graliam a Rege rcverlcndi Venelias. 

Poslquam dicti domini Nicolaus , Mafcus et Marcus diu 
stcterant ^n curia magni Kaan , ctvoluerunt ab eo licentiam 
redeundi ad domos et familias suas , tanlum placcbat factum 
oorum magno Kaan quod nullo modo voluit eis darc liccnliam 
rcccdcndi. Contigit autcin «jucd regina lîolgara qua? eral uxor 
Argon niortua est , qiue regina dimisit in sua ultima voluntate 
quod Argon non possct accipere uxorem nisi de suo lignagio ; et 
inisit ambaxiatoros magno Kaan très baroncs , unus quorum 
\ocabalur Oulataiii, aiius Alpusca et alius Cor, cum magna co- 
mitiva , rogans quod mittefe sibi deberet uxorem de lignagio 
Cotroco reginse Bolgarae defuncta; quia sic ordinaverat , ut dic- 
lum est supra. Et magnus Kaan sibi misit quamdam jiivcnculam 
de illo lignagio, et reccpit ambaxialam illius cum magno gaudio. 
Contigit autem quod illo tcmpore Dus Marcus rediit cum qua- 
dam ambaxiata de India , et dicendo ambaxialam pro qua iverat 
et novitates quas inveiicrat in via, isti ambaxialorcs qui vénérant 
ad magnum Kaan produccndo reginam pctierunt de gralia magno 
Kaan quod isli très Latini deberent illos sociarc in illo temporc 
cum regina (juam secum ducebant. Tune magnus Kaan fecit eis 
gratiam ; non lamcn volcbat , tantum diligebat eos , et dixil eis 
quod sociarent illos 1res baronos qui vénérant pro regina et 
ipsam reginam. 



( 3o9 ) 
CAPl T X. 

Ouomodo Venelias rcdlcrunl «llcii Diii NIcol.ms, Mafcus et Marcus i-l niiii 
(]iiniiln liiiiiorc rcccsseriiiil à Rogc. 

Quando mafjmis Kaan vidit quod isli tics fraircs Lalini dtbo- 
hant rccedcip , fccil cos cvocari coram se , cl fccit cis tabulas 
aiircas insif^iiatas signo rcgio , cl iiiandavit quod essenl franchi 
cl libcri i)cr totam stiani terrain, cl ficrenl cis cxpcns;e et 
loti corum familiu' iii ()ninil)us parlilnis; cl fecil parari qualuor 
<lcriiti navcs, qiueliUcl (iiianimlialicl)at qualiit)r ai-hoi-cs, elmnlttc 
ex illis ibaiil cum duodeciin vclis ; et qiiando naves l'uerunt 
paralii', barones et domina et isli très Lalini cepenint com- 
mcaliim à niagno Kaan et inliavciiiiil navini cmii mnlla gén- 
ie. El niagniis Kaan dcdil cis cxpcnsas pro duobus annis ; cl 
venerunl navigando benc tribus niensibus , ila quud pervencrunl 
ad quandam insulam quai vocatur Java , in qua snnt mulla' mi- 
rabilcs res qnas tomputabo in isto libelkj : et i]iiai)tl(( |)ervene- 
riint ad curiani régis Argon, iiivciierunl quod eral luorluus ipse 
Argon ad qucm ibanl isli barones cum ilomina, et dedei"unl 
eam uxorem (ilio Argon. In isla enin» na\i intraverunt bene 
septingcnlîf persona," sine marinariis, de quilius onuiibus non 
evascninl nisi decemocio , et in\enerunt «piod doiiiinium terra» 
Argon tenebalAeJiatu eui mullum care reconimendaveruiit islam 
dominam ex parte magni Kaan ; et postquam cam sibi reconnncn- 
davenml , farta ambaxiala per magnum Kaan cis imposila , 
petieruiit roiinnealnm et niiseruul se in \ia; et dictiis Acbalu 
donavil islis tribus Lalinis qualuor tabulas de auro cl in qtia- 
libct illarum tabularum crat scriplum quod Isti très Lalini 
honorarenliir cl fièrent cis omncs cxpcnsae pcr se et tola co- 
rum familia, cl sic lartum est, ila <|U(i<l fVccpienter ibanl sociali 
cum quadriugentis e(piitibus ; adimc ilico voliis (piod pro re- 
vcrentia isloruin Irium Latinoruni , ob quani magnus Kaan ila 



( 3io ) 

confulcbat de cis quod rcginam duccrcnl ad Argon dominum 
totius Lcvantis , cjuando debucrunt ab ipsa rcgina discederc 
niultum sibi condoluit, cl sic isti très Latioi post multum tempus 
etpost multos labores, per Dei gratiam vénérant Trapesondam, 
poslea Constantinopolim, dcinde jSigropontcm ; et postniodum 
\enetias cum magnis divitlis pervenerunt. Quod fuit anno Dni 
1295 , gratias Dec agentes qui eos de tantis laboribus et peaiculis 
liberavit. Haec auteni omnia scripta sunt in principio hujus libri , 
ut cognoscant omncs qui legerint hune librura unde et quomodo 
Dus Marcus Paulus de Yenetiis potuerit scirc ea quae inferius 
continentar; fuit en im praedictus Dus Marcus Paulus in parlibus 
Orientalibus , computato per eum universo temporc , vigenti scx 
annis. 

EXPLICIT PROLOGUS et incipit Liber Dni Marci Pauli, de Descriplione 
provinciarum cl terrarum Hcnueiiise , Persidis , Turchiœ et utriusque 
Indiae et insularum quœ sunt in Yndia. Et primo de Hermeriia minori. 

CÂPUT XI. 

Postquain recita\'imns et diximus facta et condictiones morum , 
itinenim et ea quae nobis contigcrunt per vias , incipiemus 
diccre ea quae vidimus ; et primo dicemus de minore Hermcnia. 
iQuâre'debetis'SCire quod sunt duae Hermeniœ , scilicot parva et 
magna. In parva est dominus et rex quidam qui bene teuebat 
justitiam et erat sub dominio magniKaan. ibi in rcgno minoris 
Hcnuenise sunt multje villae et multa castra et abundantia om- 
nium rerùm , et ibi sunt aucupationes et venationes multae : aer 
iHius contractile non est valdc sanus. Ibi consueverant esse 
aliquando boni homines , modo sunt omnes miseri. Una sola 
bonitas remansit ois quia sunt omnes magni polatores. Item 
supra mare illius regni Hermeniae minoris est mna villa qu<e 
vocatur Laiassum qua» est magnae mercalioiiis , et ibi ponuntur 
omncs specics quae veniunl de Oriente , et mcrcatwies Y.eneti , 



( 3.1 ) 

Pisani et Januenses el de omnibus partibus Indije portant cl 
levant, etpanni qui portantur de Oriente, et inde est via eundi in 
partes siiperiores infra terram Oiientis. De dicto autem Laiasso 
itci" in Turchimania. 

CAPUT XII. 

Du Turchimania. 

In Turchimania sunt très generationes gentium ; una gens 
suntTurchimani et adoi'antMacometum et sunt simplices gcntcs, 
et habent turpe linguagium et per se ab aliis , et stant in monlibus 
et in vallibus et vi\TJnt de bestiamine. Habent equos et muUos 
magni valoris et pecora multa. Alii sunt Hermeni , Lalini et 
Grseci , qui morantur in civitatibus et castellis et vivunt de mer- 
cantiis et de artibus , et ibi fiunt soriani et tapeti pulcriorcs de 
mundo et pulcrioris coloris. Fiunt ibi opéra de sirico omnium 
colorum. Civitates habent multas, inter quas praecipuae suntistae ; 
S. Goino , Casse rie et Sabasta , ubi bcatus Blasius suscepit 
martyrium pro Christo. Ipsi sunt sub Tartaro Levantis. Modo 
discedamus hijic et ibimus ad Hermeniam majorem. 

CAPUT XIII. 

De majori Hermenia. 

Magna Hermenia est una magna provincia, et in principio 
istius provincise est una civitas qua? vocatur Arzinoga, in qua 
fit melius boccorame de mundo. Ibi est bambace pulcrior de 
mundo et melior. Ibi sunt multae civitates et castella, et nobilior 
inter eas est Arzinoga et habct arcbiepiscopum , luide est metro- 
polis totius illius provinciiE. Ibi etiam sunt aquae calidae in quibus 
sunt optima balnea. Aliae sunt Arziron et Aizici , et est ibi 



( 3i-^ ) 

magna provinciamultum. Ibi nioratur in cstate totum bcstiamcn 
Tartarorum de Levante propterbona pascua quie sunt ibi. Sedin 
hyeme non stant ibi proptcr magnum frigus. Item in isla magna 
Hermenia est arca Noe super unum magnum montem in fine 
meridiei versus levantem, prope quoddam regnum quod vocatur 
Mesul. Et homines illius regni sunt christiani nestorini et jaco- 
biti , de quibus diccmus magis in antea : versus tramontanam 
confinât cum Georgianis, et ad ista confinia est unus fons ubi 
surgit tantum olcum et in tanta abundantia quod oncrarentur 
céntum naves simul et semel; sed non est bonum ad comedendum 
sed est bonum ad ardendum et ad multa aira , et bomines mul- 
tum à remotis veniunt pro isto oleo et per totam illam contrac- 
tam non comburitur aliud oleum. Modo dimittamus de Armenia 
et dicamus de Gcorgia. 

CAPUT XIV. 

De Gcorgia el de hiis quse in ca sunt. 

In Georgia est unus rex qui semper vocatur David Mellic , 
quod sonat in gallico David rex, et est sub Tartaro , et ab antiquo 
omnibus rcgibus qui nascuntur in illa provincia nascitur unum 
signum aquilje sub spatula dextera. Ipsi sunt bona gens secun- 
dum dominum et sunt boni archerii. Sunt christiani et tenent 
legem Graecorum. Capillos habent parvos more clericorum , et 
ista est provincia quam magnus Âlexander rex Maccdoniae non 
potuit transire, quia ex uno latere est mare Cechichelam , ab alio 
sunt montes altissimi et ex alio latere est via stricta qua non 
posset equitari. Durât ista via plus quatuor ligis , ita quod pau- 
ci homines tenerent passum toti mundo. Et ideo non transivit 
inde Alexander, sed fecit fieri unani turrim fortissimam , ne illi 
possent transire nec venire super eum , quae turris vocatur porta 
ferrea. Et iste est locus de quo dicit liber Alcxandri quod reclusit 



( 3.3 ) 

Tartaros infra moules ; setl ipsi de loco illo non fueruntTartari, 
sed fuit nna gens quœ vocalur Chaynaii et aliae generationcs 
multiB, quia Tartari non erant illo Icmporc. Istihabent civitates 
et castra multa, et habent satis de sirico et faciunt multos pan- 
nos de sirico et auro pulcriores de mundo, Isli habent aslores 
optimos de mundo et habent abundantiam de omnibus victuaUbus. 
Provincia ista est plena magnis montibus , et Tartan nuiiquam 
potuerunt babere de eis plénum dominium. Ibi est monaslcrium 
sancti Leonardi ubi est taie miraculum , quia de una montagna 
venit unus lacus ante istud monasterium, et non ducit aliquem 
pisccm aliquo tcmpore mundi nisi in quadragesima ; et incipit 
pridie quadragcsimae , et durât usque ad sabatum sanctum : et 
veniuntin magna abundantia et ab illo die in aritea non invenitur 
piscis ibi aliquis usque ad aliam quadragesimam. Et sciatis quod 
mare Cecbichelam de quo dixi vobis supra gii'at oclinginta mi- 
liaria, et est longe ab omni marc bene duodecim dictas. Et in- 
trant ibi multa magna flumina inter qua? intral fluvius Eul'ratcs 
unus de fluminibus Paradisi deliciarum. Et vcniunt mercatores 
de Lcvarte et navigant per illud mare ; inde venit siricum quod 
vocatur ghclle. Computavimus confinia quae sunt Hermeniae 
versus levantcm ; modo dicemus de confinibus quae sunt versus 
meridiem , quae sunt ista sçilicct Mesul. 

CAPUT XV. 
De regno Mesul. 

Mesul est unum magnum regnamen ad plagam orientalem in 
confinio majoris Hermeniae , ubi sunt multae generationcs gen- 
tium et divcrsa; quas computabo vobis. Est ibi una gens qua? 
vocatur Abrahi , et isti adorant INIacometum.'Alia gens est ibi 
quae tenet Icgcm christianam , sed non sicut mandat Ecclesia 
Romana, imo crrat in multis. Isti vocantur Nestorini et Jaco- 

4o 



(3.4) 

bitae et sunt erctici pessimi. Ipsi hahciit iinum palriarcham qui 
vocatur Jatolior, et istc patriarcha l'acit archicpiscopos , epis- 
copos et abbates , et facit hoc per totam Indiam et per Baldac et 
per Catha , sicut faclt Papa Romanus. Et omnes isti christiani 
sunt Jacobilae et neslorini ; et omnes panni de auro et de sirico 
qui vocantur mezelli fiunt ibi ; et magni mercatores qui vocantur 
Messallyni sunt de illo regno. Super montana islius regni sunt 
christiani qui vocantur nestorini et jacobitae. Alii sunt sarraceni , 
et sunt malae gentes qùae libenter robant mercatores. 

CAPUT XVI. 

De Baldach. 

In illis partibus est una magna civitas quae dicitur Baldach , 
quae in sacris scripturis vocatur Susis, et est nobilior civitas 
illius regni. Ibi stabat et habitabat major praelatus Sarracenorum 
(jui dicebatur califus omnium Sarracenorum de mundo , sicut 
est Romae Papa omnium Christianorum. Per médium ipsius civi- 
tatis transit unus fluvius valde magnus , per qucm potesl iri usque 
in mare Indiae, et indc vadunt et veniunl mercatores et mei-ca- 
tiones eorum. Et scialis quod de Baldach usque ad mare eundo 
per flu^ium , sunt dcccm octo dietae. Mercatores qui vadunt in 
Indiam vadunt per istud flumen usque ad unam civitatem quae 
vocatur Lirasca, et per illam civitatem et per burgos ejus nas- 
cuntur mcliores andalali de mundo. In Baldach fiunt diversa 
opéra de sirico et de auro , laborala ad aves et bestias, et est ma- 
jor civitas et melior illius provincioc. Ef scialis quod apud califum 
fuit invcntus major thésaurus de auro , argento , lapidibus prelio- 
sis , quam unquam fucrit inventus apud aliquem hominem ; et quo- 
modo fuerit dico vobis. Verum est quod anno Dni MCCLV magnus 
Tartarus qui vocabatur Alau, fralcr illius Dni qui hodie régnât, 
congregavit magnum excrcitum et vcnit super Baldach el cepit 



( ;h5 ) 

eam pcr violentiam ; et istud fuit mirabile , quia in Baldach erant 
plus quam centum millia militum , sine peditibi.s ; et quando Alau 
cepit eam invcnit califo unam tuirim plcnam de auro , argento 
et alio thesauro , ita quod numquam fuit tantus thésaurus simul 
congregatus. Quando Alau vidit tantum thesaurnm miralus fuit 
multum , et misit pro califo qui erat captus et dixit ci: Calife , 
quare congregasti tu tantum thesaurum ? quid volehas inde facere 
quando tu sciebas quod ego venicbam super te ? quare non sol- 
dabas milites et gentes pro tua liberatione et tuae civitatis ? Tune 
califus tacuit et nescivit sibi rcspondere ad aliquid. Tune dixit 
ei Alau : Calife, ex quo tu tantum diligis thesaurum, ego volo 
tibi dare ad commedendum de illo , et commede de illo quantum 
libi placet. Et fecit eum poni in illa turri et mandavit quod non 
daretur sibi nec cibus nec potus ; et dixit: Modo satia te de tuis 
thesauris ; et sic vixit quatuor diebus et mortuus est de famé ; et 
ex tune in illa civitate non fuit aliquis califus, sed est sub domi- 
nio Tartarorum. Terminatur autem Baldach ad illam civitatem 
quae dicitur Chisi ; in medio Baldach atque Chisi est civitas 
Bassara, quae circumdata est nemoribus palmanim , ubi est co- 
pia maxima nobilium datallorum. Et ista sufficiant de Baldach , 
et dicemus de Tauritio. 

CAPTIT XVII. 

De Taurilio cl hljs quce sunt in ca. 

Thoris est in illis partibus , et est una magna et nobilissima 
civitas quae est in una provincia quae vocatur Yrac , in qua pro- 
vincia sunt plures civitates et castra : sed dicam vobis de Thoris , 
quia eist melior civitas illius provinciae. Homincs de Thoris 
vivunt de mercatione et de laborando drapos de auro et sirico. 
Et est locus ita bonus quod de India , de Baldato , de Mosul et 
de Cremon veniunt mercatores et de multis aliis locis. Merca- 



( 3.6) 

tores lalini vadunt illuc propter mercatorcs extraneos qui vcni- 
unt illuc de longinquis partibus , et mulluiii lucrantiir ibidem. 
Illuc veniunt lapides pretiosi ; homines sunt modicae bonitatis 
et sunt ibi multae gentcs. Ibi sunt Hermeni, >*estorini, Jacobita?, 
Georgiani et Persenitse, et sunt ibi aliqui qui adorant Maconie- 
tum scilicct populus terrae ,"qui vocanturTauricini. Circa civita- 
tem sunt multa et pulcra viridaria et omnes fructus. Sarraceni de 
Thoris sunt pessimi , falsi et illégales. 

CÂPUT XYIII. 

De quodain miraculo translationis cujusdam montis in regione illâ. 

Modo computabo vobis miraculum quod contigit in Baldach 
et in Mesul in anno Dni mcclxxv. Erat in Baldacb unus califus 
qui habebat christianos in magno odio , et Islud esl naUirale om- 
nibus sarraccnis babcre cbristianos odio. Et cogitavit iste califus 
maximam malitiam et unum magnum malum contra christianos , 
oo quod cogitavit quomodo possct christianos facere sarracenos 
vel occidere omnes ; cl ad istud faciendum habebat suos consilia- 
rios sarracenos et mullos qui consentiebant sibi in isto facto et 
isti tali malo : or misil califus pro christianis qui erant ultra flu- 
vium et incussit eis timorem , et dixit quod inveniebat in uno evan- 
gelio Christi quod si unus chrislianus habcret tantam fidem sicul 
est granum sinapis , per suas preces quas faceret ad dominum fa- 
ceretconjungere duos montes insimul ,et ostenditeis evangelium. 

Evangclium autcm erat evangelium sancti Christiani dixc- 

runt quod bcne erat verum. Tune dixit califus : Ergo inter omnes 
vos débet esse tanta fides quantum est granum sinapis ; et ergo 
si sic est , ego volo et sic vobis mando quod vos faciatis moveri 
illam montagnam , aut faciam vos omnes occidi , aul efficiamini 
sarraceni, quia qui non habet fidcm débet occidi; el ad facien- 
dum hoc dédit tantum decem dierum. Quando christiani audic- 



( 3.7 ) 

rtiiit illiul ([uod ilixi'ial cis caliliis lialnicniiit liiiiorein niaxiiiium 
et iicscicbaiit «iiiod lacerciil. El luncconj^icj^ali siiiiloimies cliris- 
tiaiii , parvi et niagiii , niaros cl mulicrcs, cl cpiscopus et arcliicpis- 
copiis cl saccrilolcs quos salis habcliaiil , cl slclcnml oclo ilicl)us 
cl oclo noclibus in oralioiu' , iiiunl Dcus pi r mkhm pictalciii cl iiii- 
sericonliam cl ad aiigmciitum suu' lidci cos juvarcl quod cvadc- 
rcnl islam lalcm inoitcin. In illa autcm noclc appaniil angclus 
l)ci illi episcopo qui cral valdc sancliis cl aniicus I)ci , cl dixit ci 
quod ircl de nianc ad laleni cah i(it cm, cl dlxil ci iinmcn , cl quod 
dicerct sil)i (juod mons niLitaictur jnoplcr suam oralioncm et 
proptcr suam iidcm. llic aulem cakifcx cral unus humo sini|)lex, 
sanclus , cl ila honae \il;e quod una die una muiicr vcnil ad cum 
ad apolhccam suam , valtlc puh ra , in qua pcccavil cum oculis rcs- 
picicndo cam non j)or dcltilum ininlum ; et calcilex mcmorans 

vcrbi quod dixerat Doininiis in cvangelio bcali Si ocuius luus 

scandalizat le crue cum et projicc a le, stalim ipse cum subula 
percussit se ipsuni in ocuio , ila ipiod iillcrius de illo oculo non 
vidit, ila quod ipse cral sanclus cl i>onus. Quando episropus ha- 
buil islam talem visioncm l'ecil congregari omncs cbrislianos, cl 
dixit cis episcopus visioncm quam angclus I)ei monstiavcral 
sibi , cl rogavit calciliccm (piod rogaret Dominum quod nnilarct 
illum nionlcm. Kt ipse se buuiilitcr excusavit et dixit (]uod non 
erat bomo suflicicnsad ista; sed posUnodum tanlum l'iiil rogalus 
ab aliis cin-istianis quod posuil se in oralionc. Quando tempus 
(lc(cni dicrum luit complctuni, de manc omneschristiani conve- 
nerunl ad crclcsiam , et feccrunt rogari Dominum quod ipsos 
juvarcl , et fctcrunt cantarc niissam. Poslmoihnn acccpcrunt 
crucem et ivcrunl ad istum monlcm, cl ibt crant ultra cenlum 
millia liuiuiiium congrcgali ; et califus venil cum nnillis homi- 
nibus armalis ut occidcrciil cbrislianos , crcdcndo (|uod mons 
non possct movcri. Slantibus cbristianis ante crucem gcnubus 
flcxis rogando Dominum de ista maleria , mons incepit movcri. 
Sarraccni autern vidcmlo lioc (jund nion> nmxcbalur mirali suni 



( 3.8 ) 

valde , et multi corum convcrsi sunt ad fidcm chrislianonim , et 
callfus ctiam fuit conversus et factus christianiis ociiltè , et 
quando califus fuit mortuus inventa fuit nna criix de auro sus- 
pcnsa adcollum cjus; et sarraceni vidcndo hoc iioluerunt sepclirc 
eum cum aliis califis, scd scpultus est in alio monuinento seorsum 
ah aliis. El haec de Tauritio dicta sufficiant , et dicamus de 
Perside. 

CâPUT XIX. 

De provincia l'ersidis. 

Persia fuit antique una provincia magna et nobilis sed modo 
est quasi pro majori parte destructa à Tartaris. In Perside est 
una civitas quae vocatur Sabada de qua fuerunt iili très magi qui 
voncrunt adorare Christum natuni in Bcthlei-m : in illa civitate 
sunt sepiilti illi très magi in uno pulcro sopulcro et sunt omnes 
inlegri cum barbis et pilis. Unus vocalus fuit Baldasar , alter 
Guaspar, tertius Melchior. DusMarcus pluries petiit in illa civi- 
tate de iilis tribus magis, et nuUus scivit sibi aliquid diccre nisi 
quod erant très magi scpulti ihi anliquilus. Eundo pci- 1res dictas 
invenit homo unum castrum quod vocatur Talasata , hoc est 
dicere castrum adorantium ignem ; et veinim est quod illi de illo 
castre adorant igncm , et ista est causa ; quia homiiics illius castri 
dicunt quod antiquitus très regcs illius contractée iverant ad 
adorandum quemdam regem qui crat natus, et portaverunt 
secum très oblationes scilicet aurum , thus et miram ; aurum 
ut scirent si erat rcx terrcnus ; inconsum ul scircnt si crat 
Deus , et miram ut scircnt si erat homo niortalis. Quando illi 
magi fuerunt ubi Christus erat, natus minor illonim trium re- 
gum ado^a^^t primo , et visum est sibi quod Christus esset de sua 
stalura cl de suc tcniporc. Poslmodum adoravil médius, post- 
modum major, et cuilibet eorum visum est quod esset de sua sta- 



( 3.9) 

lura et de suo tempore. Et eundo fuerunt de hiis valde mirati et 
promiserunlsibi ad invicem , crcdentes quae dicta sunt. Postquam 
autem adoraverunt eum , puer ille dcdit eis unam pixidem coo- 
pertam, et redibant ad patriam eorum unde recesserant cum illa 
pixide sic cooperta. Quando autem jam equitaverant per plures 
dies voluerunt videre illud quod donaverat eis praedictus puer 
et aperucrunt illam pixidem dicentcs : Yidcamus illud quod est 
in ista pixide quam dédit nobis puer, et invencrunt intus unum 
lapidem , in signum quod starent firmi sicul lapis in fide quam 
ab eo acceperant : quando ergo viderunt lapidem mirati sunt 
valde et reputaverunt se delusos et projccerunt istuni lapi- 
dem in quemdam putcum ; projecto lapide in puteo statim ignis 
descendit in puteum istum. Quando ergo isti très reges viderunt 
quod malefecerant quod projeccrant lapidem in puteo, eos peni- 
tuit multum et acceperunt de illo igné et portaverunt in contrac- 
tam eorum. Etposuerunt eum in quadam sua ecclesia et f'aciunt 
eum ardere continue , et adorant illum talem ignem ut dominum , 
Et omnia sacrificia quae fiunt condiunt de illo igné , et quando 
ille ignis extinguitur vadunt ad originalem ignem qui est in illo 
puteo ubi projccerunt lapidem illum quem dcdcrat eis ille puer 
qui natus erat in Bethléem , qui numquam extinguitur, quia non 
acciperent de alio igné ; et propter hoc adorant ignem illi de illa 
contracta. Et totimi hoc dixerunt Dno Mai'co homines illius 
contraclse ; et est vcrum quod unus isLorum reguni fuit de Saba, 
alius de Dyava, tertius de Castello. Modo dicemus de multis 
factis Persiae et de moribus eorum. 

CAPUT XX, 

De regnis Tersiae, 

Or sciatis quod in Persia sunt octo regnamina ; primum voca- 
tur Causum ; secundum versus meridiem vocatur Turdistam ; 



( 320 ) 

tciiium vocatiir Lor; qiiarliim vocatiir Chicslam: (]tiintuni IIos- 
tavn; sexlum Gcchaa; scplimuin Doncharct ; cloctavuin vocatur 
Thunocharym , quod est in finibus Persarum. In isto rcgno quod 
est prope alterum solum sunt pulcii dextiarii et magni valons et 
niulti diicimlur ad vcndciuliini in Iiulia. Major pars coruni valet 
quilibcl diiccnlas lihras luri-oncnsiiiin. Idem sunt ibi pulcriores 
asini de mundo, quia valet unus benc tringinta marcas argenli, 
quia bcne currunt et bene ambulant. Homines istius contracta; 
ducunl islos cquos ad duas civilates qiia' sunt super ripani maris, 
una vocatur Achisi et alia Acburmesa. Ibi sunt nicrcatorcs qui 
ducunt eos in Indiam. Istœ sunt malae gcntcs et babent legem 
Macomcti et occidunt se intra se ipsos , et nisi esset timor 
Tartari levantis omnes mcrcatores Décidèrent , et oportet eos 
bcne munitos incedere et cum bona commiliva si vohint cvadere. 
Ibi sunt panni de auro et de sirico, et est ibi multum de bam- 
bace , ibi est abundanlia trilici ordei, milii , panici et ^'ini et de 
omnibus fruclibus. Or diniillamus de ils et dicemus de magna 
civitalc quae vucalur lasdi et de omnibus suis moribus. 

CAPUT XXI. 

De jasdis civitatc et condictoribus ipsiuscivitatis 

Jasdis est nna civitas multum pulcra et magna et de magnis 
meicatoribus, et est in eadem rcgionc. Ibi sunt panni de auro 
et de sirico qui vocantur yasdi qui porlantur pcr multas con- 
tractas. Isti de isla civilate adorant Macometum. Quando homo 
recedit ab ista civitatc ad eundum ultcrius , equilal septem dictas 
versus Cremam pcr planiticm, et non est ibi babitalio nisi in 
tribus locis, ubi possil liomo bospilari. Ibi sunt pulcra ncmora et 
pulcra plana ad ('(juilaiuliini. Ibi sunt multae perdices et coturni- 
ces. Ibi sunt asini silvestres multi et pulcri. In capile istarum 
septem diolarum est uiuim regnum quod vocatur Cremam. 



k 021 ) 

CAPUT XXII. 

De regno Crcmau. 

Crtman est unum regnum in Persia qiiod consueverat habere 
regem per hœrcditatcm. Sed poslquam Tarlari ipsum cepcruiit 
mittunt illuc dominum siciit volunt. Jbi nascunlur lapides qui 
vocantur turchicschae in magna quantitate quae fodiuntur de 
montibus, et homincs illius regni habent omnia quae sunt neces- 
saria militibiis, scilicet fra^na, sellas, arcus, faretras et calcaria et 
omnia alia gênera armoium seciindum consucludinem patriae 
ipsorum. Dominae eorum laborant omnia de auro et sirico ad 
aves et ad bestias multum nobiliter , et cultras et guancialia. In 
montibus illius contractae nascuntur meliores falcones et magis 
valentes de mundo , et sunt minores falcones quam pcregrini , et 
nulla avis potest evadere ante illos. Quando home recedit de 
Cremam equitat septem dietas semper per castra et civitates cum 
magno solatio ubi sunt aves omnium generum. Unde illa con- 
tracta est multum domestica et multum delectabilis et amena, 
in capite illarum septem dietarum invenit home unam monta- 
gnam quae habet descensum duarum dietainim et semper invenit 
ibi fructus multos et bonos , scd nullum hominem habitantem 
nisi homines qui pascunt suas bestias. Undè de Cremam usque 
ad istam civitatem cundo , est ita magnum frigus in hieme quod 
non potest transiri , nisi cum multis pannis. 

CAPUT XXIII. 

De civitate Camandu. 

In descensu istius montaneae est una pulcra planifies et in 
capite istius planitiei est una civitas quae vocatur Camandu. Ista 

4i 



( 322 ) 

civitas consucvcrat esse major civitas qiiam sit mundo , et causa 
«!St quia Tarlari de aliis parlibtis feccruiit cis multa damna fré- 
quenter. Ista planifies est multum cava et istud regnum vocatur 
Reorbales. Fructus sui sunt datalli , festuclue , poma de paradiso 
et alii fructus qui non sunt in partilms nostris. Il)i sunt aves quae 
dicuntur francolini et habent pennas pcrmixtas coloris ait)i et 
nigri. Pedes vcro et rostra habent coloris rubci. Habent boves 
magnos et pulcros, albos cum pilo piano propter magnum calo- 
rem : habent cornua parva et crassa et acuta. Inter spatulas 
habent unum gibum et est altum duobus palmis, et sunt pulcrio- 
res de mundo ad videndum. 'Quando volunt onerari aptant se 
sive incurvant se sicut cameli, et onusli se levant quia sunt fortes 
ultra mensuram. Sunt ibi arietes magni sicut asini qui habent 
caudam permaximam longam et lalam, et pondérât cauda eorum 
Iriginta libris. Sunt albi et pulcri , pingues et optimi ad come- 
(lendum. In ista plauitie sunt castclla et villœ muratse de terra 
ut défendant se à scaranis et maiandrinis qui vadunt robando 
provincias. Et istae gentes quae currunt per istam contractam 
faciunt per incantationcs videre quod sit nox per septem dietas 
a remotis , ut homines non possint sibi cavere ab eis. Et post- 
(]uam fcccrunt hoc vadunt per contractam quam bene sciunt et 
sunt aliquando decem millia- ita quod^ier iilam planitiem non 
evadit nec homo , nec bestia. Senes occidunt et juvenes capiunt 
et vendunt. Isti habent rcgcm, et rex eorum vocatur Corobar. Et 
sunt gentes malae et crudeles. Et dico vobis quod ego Marcus 
fui quasi captus in illa obscuritate , sed evasi ad unum castellum 
(piod vocatur Toloformis , et de meis sociis fuerunt multi capti , 
et venditi multi, et multi fuerunt mortui. 



( 323 ) 
C \l'l 1 WIN . 

De civiUlo Foi iiii>>j. 

Isia aiiliiii pLiiiilirs (Im.it voi-siis inpi idinn liriio prr (|uiiic|iic 
(Jitias. in Imc istjiimi <|iiiii(|iif dioliiruiii l'sl iiiia planilie.s iiiul- 
Uiiii piiUia ([ii;»- vticatui- planitics do Forniosn il durai iliias 
diolas pulctir iivcri;e. Ibi smit Iraruoli , papaj^alli cl alla- aMs 
divsiinilivs à iiosliis. Tiaiisac lis diialiu.s dicli.s pervciiil lioiiio ad 
marc Oce-aniiiii , il super ripaiii mari.s est nna rivilas «put- haU-t 
porliim , qiiae vocaliir Camios. Et indc veniiinl jkt navps de 
liidiaspprirs, painii auni . doutes cli-fanloruin cl aliip nu rralioncs 
miill.i', il iiiile porlantiir pir loliim inoiidiiiii , ipiia isla est lorra 
niiillanim il iiia^iianiiii mercatioiiuni. Isla civilasscilicel Carmos 
eslcivitns rej^alis et halict suit se ri\ liâtes cl rastella nudla , ipiia 
est capiil (■iiniin provincia*, imde voraliir roaiiu- de Arhoiiiac. Il>i 
est maj;iiii!. calor cl esl terra iDiilliiin iiilirma, el si aliipiis mcr- 
ralDr aitcriiis teriii- morilur ilii , rcx airi|>it toliini siiuin avère. 
ll>i lit viniim de tiatalis et aliis .specicbiis inullis el lioiiis , cl qui 
Mbit et non cuiisuevit liibcrc facit ipsnm in' ail ncII un el piirgal 
(•uni. (,)ni aiileni l>ibere consnevil , anj^el silii rarnes cl elTiciliir 
nniltnin pin^uis , et ;;enles iliius roiilracla- non ulunlur noslris 
cibariis, «piarc si romniederent fnimcnliiin et raiitrs slatini inhr- 
marenlur. Iino Ncsciintur pro coruin sanilate dalalis el de pisci- 
bns salilis el ri'iissis ribariis , sijMit suiil lepa" , aléa : eliani nlnnlnr 
tiiniii,') el de iljis < onmiediinl el slanl sani. Ilominesistius ri\ ilatis 
habeni nudias navcs et curum naves sunt mnl<i>, el mulla* pcricli- 
tanliirquia non sunl ronfecla' cuni a{'utis de l'erro scd mm tilo 
<pii fil de t'iMliee nutinn Indi.r. ipiin piiniliir ad niolliliraniliini in 
atjua et llHilMni siciilscUf etpi(jruni , et iiini illis tili.s suunt na%esel 
nondcstniuntiirpropler aipianisalsam,unde bencsubstincnt forli- 
ludincin et salsedineni aipia* maris cl unilto tonipore con»cr\anlur' 



l 3o4 ) 

\ crumtanieii tirmamentum lerri incliusest;sednavcshabentunum 
vclum et unum limoncm , unam arborem et unam coperlam. 
Sed quando naves sunt onusta; coopcriunt eas coriis et super 
islam copertam ponunt equos quos ducunt in India. Non liabent 
fcrrum pro faciendis agiitis , et ideo est inagnuni pcriculum navi- 
gare in illis navibus. Gentes istius contractae sunt nigrae et ado- 
rant Macometum , et est ibi tantus calor quod si non essent 
viridaria cum inulta aqua de foris civitatcm qnam ipsi babent 
non évadèrent. Et vci um est quod aliquando in a'Slate venil ibi 
unus vcntus versus sablonem cum tanlo calore quod nisi homines 
fugcrent ad aquam non évadèrent. Ipsi seminant eorum segetes 
in novcmbri etrecoliigunt eas in marlio, etsic faciunt de omnibus 
J'ructibus suis ; et a marlio in anlca nibil invcmlur vivum id est 
viride super terram , nisi datali qui durant usque ad médium maii 
pi'opter magnum calorem qui est in illa contracta. Naves eorum 
non sunt impcciatae , sed sunt uncta* de quodam oleo piscis. Et 
quando aliquis moritur faciunt magnum lamentiim cl oslcndunt 
magnum dolorem , et dominae eorum plangunt suos mortuos 
bene quatuor annis omni die ad minus , semel cum vicinis et pa- 
rcnlibus , et muilumconqueruntur de morte. Modo revertamus 
per tramonlanam ut computemus illas provincias, et reverlemus 
pcr aliam viam ad civitatem de Creman quam vobis computavi 
superius cap. xxii , quia ipsa est una de illis quam volo compu- 
tare , quia non potest illuc iri nisi per Cremam ; et in rcdeundo 
de Cormosa ad Creman est una pulcra planities et est ibi babun- 
dantia onmium comestibilium et multorum balneorum calidorum 
qnep. valent ad ex|)el!cn(lam scabiem et ad muitas alias infirmita- 
tes , et sunt ibi aves mullai et pcrdiccs; el panis de Irumento est 
iimllum amarus illis qui non consueverunt comedere , et istud 
est propter mare quod est ibi. Or dimittamusistas contractas el 
veniamus per viam quomodo equitatur per desertum. 



( 325 ) 
CAPUT XXV. 

De aqua viiidi. 

Quando homo discedit de Cremam equitat septem dictas de 
valde mala via , et postquam equitavit per très dictas invenit 
aquam viridem siciit hcrl>am vcl sicut succum herb.ne salsam et 
amaram ; et si quis biberet soliiin unam guttam duceret eum ad 
scllam decem vicibus , et si quis comedcret sobim unum granum 
salis quod fit de illa aqua, faccret sibi simile ; et propter hoc 
portatur aqua bona per totam illam viam. Bestiae bibunt ibi cum 
magna paena et cum magna violentia ctpro magna indigentia, et 
facit cas multum stercorizare. Istae très dietae non habent habi- 
tationes , sed est totum desertum cum magna siccitate. Bestiine 
non sunt ibi quia non haberent quod comederent ncc quod l)ibc- 
rent. In capite istarum trium dictarum iiivenitur alius locus qui 
durai quatuordietas simili modo factas , salvo quod inveniuntur 
ibi asinae siWestres. In capite istarum quatuor dictarum tlnitur 
regnum Creman, et invenitur civitas Gobiam. 

GAPUT XXVI. 

De civitate Gobiam. 

Gobiam est una magna civitas, et adoratur ibi Machometus ab 
habitatoriiius terrae. Ipsi habent ferrum , accarum et andanicum 
satis. Ibi fiunt spécula de calibe pulcherrima , ibi fit tuthia qnx 
medetur oculis, et spodium. Et dicam vobis quomodo ipsi habent 
unam terram sive venam de terra quae est bona ad hoc. Et po- 
nunt eam in fornacc ardenti et super fornacem ponunt grati- 
cullas de ferro , et funius illius terne vadit sursum ad graticullas , 
etillud quod remanet ibi appcnsum est tuthia, et illud quod re- 
manet in igné est spodium. 



( 320 ) 

CAPUT XXVII. 

De provincia Thunacaim. 

Quando homo recedit de Gobiam vadit pcr unum desertum 
per octo dictas in quo est magna siccitas , et non est ibi aqiia nec 
aliquis fructus nisi aqua amara ; sed equi et alia animalia bibunt 
de illa aqua et maie libenter ; nnde oportet quod viatores por- 
tent secum aquam bonam ad bibendum. In fine iilarum octo 
dietarum est una provincia quae vocatur Thunacaim , et sunt ibi 
ci>itates et castra multa , et confinant cum Persia versust ramon- 
tanam. Et ibi est una provincia multum magna et pulcra. Ibi est 
arbor sola quam christianl vocant arborem siccam ; et dicam vo- 
bis quomodo est facta. Ista arbor est grandis et grossa. ^oli^e 
suae ex una parte sunt virides et ex alia parte sunt albiE , et facit 
cardos sicut castanea . sed nihil habent interius et est lignum 
forte et forsitan sicut bussus, et non est ibi in omnibus illis par- 
tibus ubi est illa arbor, aliqiia alia arbor, prope ad centum mi- 
liaria , salvo quam ex una parte ad decem milliaria. Sicut dicunt 
illi de partibus illis , est locus ubi Alexander rex Macedoniae pug- 
navit cum Dario. Vilhe et castclla sunt ibi multae et habent 
magnam abundantiam omnium bonorum , quia contracta est 
temperata. Isti de ista contracta adorant Macometum. Ibi est 
pulcra gens et mxilieres sunt pulcrae ultra mensuram. Modo dica- 
inus de una contracta quœ vocatur Melete , ubi Velius de la 
Montanea consueverat morari libenter. 



( 327 ) 
CAPUT XXVIII. 

De valle ubi stabal Velius de la Montanea. 

Melete est una montanea ubi Velius de la Montanea consuevit 
antiquitus morari , et computabo vobis sua uegotia , sicut ego 
Marcus a pluribus intellexi. Ipse feceral fieri in 1er duas monta- 
neas in quadam valle pulciius viridarium et majus de mundo , 
ubi erant hcrbae, flores et omnes fructus. Ibi erant pulcriora pala- 
tia de mundo , et omnia ista palatia erant picta ad auriim et avcs 
et beslias de pulcherrimis coloribus et propriis sccundum condi- 
tionem, et factitias avium et bestiarum secundum spccics suas. Ibi 
erant aqueductus aquae , vini, mellis et laclis- Ib ierant domicelJi 
et domicelke pulcriores de mundo et quae melius scicbant cantare 
et ballare et qu.e melius et pulcrius erant vestitae et adornatîP. 
Erat cnim ibi copia et abundantia magna vestimenlorum , lecto- 
rum victualium , et omnium quae possent desiderari. Et faciet 
Velius crcdcre istis quod ille erat Paradisus. Et proptcr hoc fecit 
ipsum , quia Macometus dixit quod qui iret ad paradisum ha- 
beret de pulcris mulieribus (juct vellet , et ibi inveniret flumina 
lactis, vini, aquae et mellis, et propter hoc fecit simile illi de quo 
dixerat Macometus. El Sarraceni illius contracta? crcdcbant vere 
quod ille locus esset paradisus propter pulcriludinem et amœni- 
tatem suam delectabilem. Et in istud viridarium numquam in- 
trabat aliquis nisi illi quos ipse volebat facere assassines. In 
introitu istius viridarii erat unum castrum ita forte quod non 
timebat de aliquo homine mundi. Velius, qui sic Velius vocabatur 
in lingua nostra , sed nomen ejus erat Alaodim , tcnebat in sua 
curia in palatio suo ubi ipse morabatur extra locum illum omnes 
juvenes duodecim annorum qui vidcrentiir sibi probi homines, 
et quando faciebat intromitti in viridarium quatuor vel dccem 
ipse faciebat dari cis opium ad bibenduni , et illi doimiebant tri- 



( 328 ) 

bus diebus et tribus noctibus : quando autem crant in ^nridario 
faciebat eos excitari , et quando juvencs excitabantur et invcnie- 
bant se in illo viridario et videbant omnia ista tam pulcra ettam 
delectabiba, credebant veraciter esse in Paradiso. Et illae domi- 
cellie semper stabant cum ilHs in magnis solatlis et habebant 
omnia qu;e volebant, ita ad Ubitum quod numquam voluissent de 
illo loco discedere; et quando Velius volebat mittere aliquos 
de illis juvenibus ad abquod regnum , faciebat eos potionari de 
opio ita quod dormicbant, et faciebat eos portari extra virida- 
rium in suo palatio , et quando illi excitabantur et inveniebant se 
in illo palatio , mirabantur et erant valde tristes quod inveniebant 
se extra paradisum illum , et statim tum ibant ad Yelium et gcnu- 
flectebant se ante eum, credendo quod csset unus magnus profeta, 
et ipse petebat ab eis de conditionibus illius paradisi et ipsi com- 
putabant illi omnia quae erant ibi, et habebant magnam volun- 
tatcm redeundi illuc. Et quando Velius volebat facere occidi 
aliquam pcrsonam, accipiebat illum qui erat magis fortis et virilis 
et promittebat ei quod si occideret eum de quo sibi dicebat et 
reverteretur sanus et alacer , quod rediret ad illum locum id est 
ad illum paradisum. Si autem caperetur et occideretur, statim 
suscitaretur et rediret ad illum paradisum. Per istum modum 
faciebat occidi quem volebat , et ille faciebat libenter ut rediret in 
paradisum. Si evadebat redibat ad dominum suum , et si capie- 
batur volebat mori , credendq redire ad hune paradisum ; et per 
istum modum nullus homo evadebat manus Velii de Montagna , 
et multi faciebant sibi tributum proptcr hoc quia timebant mori. 



( ^^9 ) 
CAPUT XXIX. 

Qaoraodo AJau obscdil locum ubi stabat Velius preediclus qui propric vocabalur 
Alaodim, et quomodo ccpit et occidit etun. 

Et verum est quod in anno Domini MCCLxxvii Alau quintus 
domines omnium Tartarorum de Levante expulit omnes istas 
malas gentes , et cogilavit ipsemet ipsas deslruere et misit suos 
ambaxiatores cnm multis de gente sua ad istud viridarium , 
et steterunt tribus annis in obsidione illius castri antequam 
ipsum haberent, nec unqnam babuissent nisi pcr famem. Tune 
per famem fuit captum castelbmi , et fuit captus et mortuus 
Velius Alaodim et tota sua gens , et tolus locus ille fuit destruc- 
tus et funditùs devastatus per gentem Alau Domini omnium 
Tartatorum de Levante. Et extunc nunquam fuit ibi aliquis Ve- 
lius, et sic finivitsuum dominium et maie pro eo. 

CAPUT XXX. 

De quadam civilale vocala Sapurgahi. 

Et quando homo discedit ab isto castello homo equitat per 
pulcram planitiem et fructuosam, et durât septcm dictas, et sunt 
ibi castella et vili.ne; et gentes illius contracta adorant Macome- 
tum. Et aliquando invcnit bomo in partibus illius contractse 
déserta de quinquagcnta miliariis et de sexaginta, in quibus non 
invenitur aqua ; imo oportet quod homo portet aqtiam secum 
pro se et suis bestiis quamdiu est extra desertum , et quando 
jam transivit desertum invenit unam civitatem quae vocatur Sa- 
purgam. Et est terra omnium arborum et omnium victualium , cl 
sunt ibi mcliores pepones de mundo , et in majori quantitatc , 
et servant eos per totum annum , per talem modum ; quia inri- 



( 33o ) 

dunt eos in giro sicut coringia vel sicut cucurbitae incidi soient 
et siccant cos et cfficiuntur dulces sicut mel ; et de hoc faciunt 
magnas mercationes. Siint ibi in illa contracta aves et bestije 
multae et diversarum generationum. Modo dicamus de Balac. 

CAPUT XXXI. 

De civitate Balac. 

Balac fuit olim una et nobilissima civitas plus quam sithodie, 
et causa est ista; quia Tartari multa mala sibi fecerunt , et in ista 
civitate cepit Alexander in uxoiem filiam Darii régis Persarum 
sicut dicunt illi de terra illa. Isti de ista civitate adorant Maco- 
metum, et usque ad istam terram durât dominium Dni de Levante ; 
et in ista civitate sunt confinia Persiîe quae sunt intra graecum 
et levantem. Et quando homo recedit ab ista terra equitat bene 
per duas dictas et non invenit habitationem aliquam , quia homi- 
nes propter timorem malarum gentium dimiserunt totam plani- 
tiem et iverunt ad fortilicias. In ista via est satis de aqua , et sunt 
ibi aucupationes et leones multi et magni valde. In omnibus istis 
giornatis non invenit homo aliquid ad comedendum , imo opor- 
tet quod déférant secum victualia , unde possint vivere per illas 
duas dietas ipsi et eorum bestiae. 

CAPUT XXXII. 

De castello Taycam. 

Quando homo jam equitavit istas duas giomatas invenit unum 
castellum quod vocatur Taycam , ubi est magnum forum de 
blado , et est pulcra contracta , et montes in circuitu sunt valde 
alti et sunt toti salis. Et veniunt homines per triginta giornatas 
a longe pro isto sale, quia est melior sal de mundo et est ita 



#33i ) 

durum quoil non potest frangi nisi cum magnis pichonibus de 
ferro. Et est ibi tantum quod totus mundus haberet satis usquc 
ad fmem saeculi. Rcccdcndo inde homo eqiiltat 1res giornatas 
inlra graecum et levantem , semper inAenicndo paieras terras 
et pulcras habitationes et fructus et bladum et vineas, et est con- 
tracta multum delectabilis et amœna ; et homines istius con- 
traclie adorant Macometum , et sunt mala gens et liomicidae et 
stant cum ceatis ad os, quia bibunt libcnter, quia ipsi habent 
multum vinum et bonum coctum. In capite nihil portant, nisi 
quod circa caput volvunt, unam cordam longam decem brachia , 
et sunt multum pulcri venatorcs et capiunt multas bestias et de 
pellibusillarumbestiarum vestiuntet calcciant se, et omnessciunt 
parare pelles. 

CAPUT XXXIII. 

De civitale Scassem. 

Ultra ad très giornatas sunt civitates et castella multa , et est 
ibi una civitas qnve est in planitie , quiB vocatur Scassem. Et flu- 
vius quidam transit per médium civilatis. Ibi in regione illa sunt 
multi porci spinosi , et quando venatores insequunlur eos cum 
canibus ut capiant eos omncs sues congregantur simul et cum 
magno furore agitant se singuli , et spinas suas quas habent in 
dorso et in lateribus jaciunt in canes et in venatores et multos 
ex eis s.'epius vulnerant. Isla gens habct linguam propriam ; pas- 
tores illius contractile morantur in monlibus, et incavernis et in 
speluncis montium faciuntsuas habitationes. Poslca equitat homo 
1res giornatas, nec invenit habllationem aliquam, nec comedere 
nec bibere , sed oportet quod homo portet secum id unde possil 
vivere. In fine istarum trium giornalarum invenit homo pro- 
vinciam Balasciam, et ego computabo vobis quomodo sit facla. 



( 332-^ 

CAPUT XXXIV. 

De provincia Balascia. 

Est una provincia cujus gentes colunt Machomctum, ethabent 
linguam per se , et est magnum regnum. Et descendit rex per 
hereditatem et descendit de Alexandre et de filia Darii niagni 
régis Persarum ; et omncs illi rcges vocantur Zulcaranei in sara- 
cinisco , hoc est dicere in nostra lingua Alexandcr , amore magni 
Alexandri ; et in illa provincia sive regno nascuntur lapides pre- 
ciosi qui vocantur balasci et sunt multum cari , et dicuntur 
balasci à balascia , vel ab ipsa provincia , sive ab illo regno ubi 
inveniuntur ; et cavantur in montibus sicut aliae venae , et est 
pœna capitis qui extraheret de illis extra regnum illud. Sunt 
enim omnes illi taies lapides régis ; et rex mittit de illis lapidibus 
quos vult et quot vult ad rcges et principes , dono vel pro solu- 
lione tributi, et multos cambiat ad aurura et argentum. Tanta est 
ibi copia et abundantia illorum lapidum quod si rex permitteret 
fodi et extrahi de regno libère , ita efficerentur viles quod rex 
nihil vel modicum lucrai-etur. Quia sunt ibi tôt quod essent viles. 
Et ibi est unus alius mons ubi cavatur et est melius arzurum de 
mundo , et lapis unde fit arzurum est vena de terra et vocatur 
illa lalis vena lapis l.azul. Et sunt ibi montes unde cavatur ar- 
gentum , et est provincia multum frigida. Ibi nascuntur equi 
mulli et boni et sunl valde currcntes , et non portant ferros , cum 
sint ibi multi lapides , et ratio est proptcr bonos pedes et fortes 
quos habent et bonas ungues. Et nascuntur ibi falconcs valde 
boni et falcones lanierii. Et est ibi optimum caciare et ucellare, 
eo quod ibi sunt venationos bestiarum et aucupationes avium 
plurimœ. Locus est valde fortis pro guerra , et sunt boni archerii 
et vestiunt pelles de besliis quia habent carestiam de pannis. Et 
nobiles dominae et magnae illius provincise portant bracas de 



I 



( 333 ) 

panno , in quihus sunt centum brachia de panno bambacino , et 
aliqua' nonaginta et aliqux octogiiita, et isliul faciunt ut videa- 
tur qiiod babcanl grossas liâtes. Iiiter alias aiilcni nuiliercs illa 
rcpulatur gloriosior quae à cingulo iiilia est giossior. Or eamus 
ad aliam provinciam quae vocatur Bascia. 

CAPUT XXXV. 

De provincia Basciae. 

Bascia est provincia distans à provincia Balascia? bene pcr 
dcccm dictas. Bcgio ista est valdc calida , et bomines istius con- 
tractae sunt nigri et astuti et niali. Linguam habent per se , et 
portant in aiiribus annules aureos et argcnteos cum margaritis 
et aliis lapidibus prcliosis. Vivunt 'û\x gcntes de carnibus et riso, 
et omnes illae gcntes sunt idolâtra; et sludent lacère incanta- 
tiones et vocare daemones. Modo eamus ad aliani provinciam 
quae vocatur Thesimur, 

CAPUT XXXVI. 

De provincia l'Iiesimur. 

Thesimur est una provincia quae est longe à Bascia per scplem 
dictas, et omnes gcntes illius provinciae adorant idola, et habent 
lingnani pcr se. Isti sciunt arteni de incanlationibus diabolicis ; 
ita (jiiod laciunt loqui idola , et faciunt mutari tempus, et fa- 
ciunt obscurilates magnas , et talia qua* non possunt credi. Et 
sunt illi de ista provincia caput omnium idolorum et ab cis 
desccnderunt idola. Et de islo loco potesl home ire ad mare 
Indiae , et homines et mulicres de Thesimur sunt bruni nigri , et 
magniet macilcnli, eorum vivanda est risus el carnes; et est locus 
tcmperatus. Et habent caslilla nmlla el déserta, et est locus 



( 334 ) 

multum fortis ; itaque sine magna fatiga non posset iri ad eos. 
habent enim circumcirca se déserta , et ideo sunt fortes et stant 
per se. Et est ibi rex qui tenet justitiam , et sunt ibi multa here- 
mitoria , et faciunt magnam abstincntiam , et non faciunt pecca- 
tum , nec aliquid quod sit contra eorum fidem propter amorem 
idoli sui, et habent abbates et monasteria de sua lege , et hono- 
rantur isti taies monaci et heremitae et habentur in magna reve- 
lentia a populo illiusprovinciae. Ordiscedamus hinc quiaoportet 
nos intrare in Indiam ; et volumus modo inlrare, quia in reditu 
Bostrae viae computabimus omnia facta Indiae per ordinem , et 
ideo revertamur Bandascam quia aliunde transire non possumus. 

CAPUT XXXVII. 

De provincia Maochani. 

Quando homo discedit de Bandascam et vadit duodecim gior- 
natas inter levantem et graecum per unum flumen quod est fra- 
tris domini de Bandascam , el ibi sunt villœ et babitationes 
multae. Gens illius contractae est proba et adorant Machomctum. 
In fine duodecim giornatarum invenit homo quamdam provin- 
ciam parvam quae durât très giornatas ab omni parte et vocatur 
Maocham ; el gentes illius provinciœ adorant Mahomclum et sunt 
sub dominio domini de Bandascam. Ipsi habent bestias silvestres 
satis et aves et ideo ibi sunt venationes et aucupationes innu- 
merae , et quando homo procedit très giornatas plus ante vadit 
solum per montes, et ista est altior montagna de mundo. Et 
quando homo est super illam montagnam altam invenit unum 
planum inter duos montes ubi sunt pulcra palatia et ibi est unum 
flumen magnum et pulcrum valde. Et est ibi ita bona paslura 
quod omnis bcslia maciienta ingrassatur ibi in dccem diebus. 
El ibi sunt besliu? silvestres et salvaginae satis et montoncs niagni 
silvestres , et habent longa cornua sex palmorum ; aliqui quatuor 



( 335 ) 

aliqui trium et in istis cornibus comedunt paslores quia faciunt 
inde scutellas, et ex cis componunt et faciunt sibi domuncnlas in 
quibus se recipiunt ; et per istam planiliem (jute vocatur Pamar 
vadit homo duodecim giornatissinc habitationc, et non invcnitur 
ibi aliquid ad comedendum si sccum non portât, nulla avis vivit 
nec volât ibi propter magnum frigus quod est ibi , et ignis non 
habet ibi calorem quem habet in aliis locis nec est ibi tam aidens 
et affligens. Et quando homo vadit magis ultra per très giornatas, 
oportet quod homo equitet bene per quadraginta giornatas per 
montes et costas , intra tramontanam et grzecum et per valles 
transeundo multa fluminaetper multa loca déserta ; et in omni- 
bus istis locis non invenitur hospitium ; imo oportet quod homo 
portet secum victualia undc vivat. Ista contracta vocatur Belor. 
Gens moratur in montibus multum altis , adorant idola et sunt 
gentes silvestres et vivunt de bestiis quas capiunt et de coriis illa- 
rum bestiarum se vcstiunt , et sunt homines maligni et crudeles. 

CAPUT XXXVIII. 

De provincia Cascar. 

Cascar fuit antiquitus regnum ; modo autem est sub dominio 
magni Kaan, et adorant Machometum et habent civitates et cas- 
tella et sunt inter tramontanam et graecœm et levantcm. Yivunt 
de mercationibus et artibus homines istius provinciiE et habent 
pulcra viridaria et vineas et posscssiones fructiferas , et habent 
de bambace satis et sunt mercatores qui circuerunt totum mun- 
dum , et sunt gens misera et avara , qui maie comedunt et maie 
bibunt. Hic morantur aliqui christiani nestorini qui habent suas 
leges et suas ecclesias et habent linguam per se , et durât ista pro- 
vincia quinque giornatas : or dicamus de Samarcham. 



( 33e ) 

CAPUT XXXIX. 

De civitale Samarchaïu. 

Samarcham est una nobilis civltas, et sunt ibi christiani et sai- 
raceni , et sunt sub dominio uepotis niagiii Kaan et sunt versus 
niagistrum , et dicam vobis mirabilc qiiod contigit in terra is- 
ta , et fuit vcrum. ^on est magnum Icinpus qiiod Agalbay fra- 
ter magni Kaan fecit se chrislianum et erat dominus illius tcrrae. 
Quando christiani vidcrunt quod corum dominus factus fuerat 
christianus , fnerunt mullum la>li , et tune fcccrunt in illa civi- 
tale unam niagnam ecclcsiam ad honorcm sancti Johannis Bap- 
tistre, et sic vocatui'hodie , et accepcrunt magnum lapidera qui 
erat sarracenorum et posuerunt in illa ccclesia , et miseront il- 
lum subtus unam columpnam in mcdio dictœ ecclcsiœ qu;B, sus- 
tinebat totam ecclcsiam. Contigit auloin quod Agathay mortuus 
fuit, et sarraceni videndo ({uod erat mortuus dominus civitatis, 
habendo dolorem de illo lapide qui ablatus fuerat eis , voluerunt 
cxtraberc de sub columpna violenter et portare extra ecclcsiam , 
et sarraceni orant in decuplo plus <]uam cbi'istiani , et ive- 
runt aliqui sarraceni ad chrislianos et dixcrunt eis quod volebant 
lapidcm istum qui fuerat eis ablatus. Christiani aulem voluerunt 
cmcrc et dare eis qui()fluid inde volebant ut dimitlcrent iajjidem 
sicul stabat. Et sarracmi dixerunt quod nobcbant nisi lapidem 
suum. Tune dominabalur fdius istius Agathay qui fuerat frater 
magni Kaan , et mandavit chrislianis quod redderent sarracenis 
lapidcm illum infra duos dies. Christiani autcm audicndo pran- 
ccptum fuerunt mullum dolentes et tristes, et ncscicbanl quid 
facerent. Redeuntcs ad se , tune dévote et cum multis lacrimis 
vocaverunt l)eatum Jobannem Baptistam utdebercl eis subvcnirc 
in ista tali corum tribulalionc. Illo aulcm manc qiio lapis do 
sub columpna levari dcbebat, et sarraceni firmiter tredebanl et 



( y-^1 ) 

omiiino expectabanl quod ecdesia rueret proptcr admotioncm 
lapidls : columpna fuit inventa alta supra lapidembene tribus pal- 
mis et non tangcbat lapidenr. Et hoc fuit pcr voluntatem domini 
nostri Jesu Christi , et fuit habitum pro magno miraculo ab om- 
nibus ; et adhuc stat ibi ille lapis sub columpna et ipsa columpna 
non tangit lapidem. Or dimittamus et dicamus de Caix^harti. 

CAPUT XL, 

IJc proviiicia Carchaifi. 

Carcham est una provincia quae durât quinque giornatas, et om- 
nes gentes illius provinciae adorant Machometum , et sunt ibi 
chnstiani ncstorini , et sunt ad dominium ncpotis magni Kaan , 
et habent abundantiam omnium rerum quae necessariie sunt com- 
muniter pro vita hominis , et de hac nihil amplius est dicendum, 
Modo dicamus de Coram. 

CAPUT XLI. 

De provincia Coram. 

Coram est una provincia inter levantem et graecum , et durât 
octo giornatas ; et omnes gentes illius provinciae adorant Macho- 
metum et sunt ad dominium magni Kaan ; et sunt ibi civitates et 
castella sâtis , et sunt nobiles gentes. Et est mclior civitas Coram 
totius illius provinciiE , unde tota provincia denominatur ab ea. 
Ibi est satis de bambace et vino et jai'dinis, omnia quae sunt ne- 
cessaria pro vita hominis ; vivunt de mcrcantia et arte, et non sunt 
homines armorum. Or camus ad aliam contractam quae vocatur 
Peyn. 



43' 



( 338 ) 
CAPUT XLII. 

De provincia Peyn. 

Peyn cstuna provincia quae durât quinquc giornatas interlevan- 
temet griecum ctgenlcsilliusprovinciyesuntad domiiiiuin niagni 
Kaan et adorant Machomclum. Sunt il>i civitatcs et caslclla salis et 
inter cas est nobilior Peyn ubi est iinus fluviiis in qiio inveniuntur 
multi lapides prctiosi , scilicet jaspidcs et calcedonii. Habcnt 
abundantiam omnium rerum , et vivunt de mercationibus et de 
artibus. Et gcntes iilius provinci;e babcnt talem morcm, videlicet 
quod quando aliqiiis homo habens uxorcm rcccdit de terra sua 
ut stet viginti diebus , slalim quod recessit, uxor polest accipere 
alium virum propter talem consuetudinem <\ux est ii)i , et homo 
potest accipere aliam uxorcm. Et sciatis quod omncs istae provin- 
ciae quas ego computavi de Cascar usque hue, sunt de magna Tur- 
chia. Or dimiltamus liinc , et dicam vobis de una magna provincia 
quiE vocatur Ciarchiam , quae est valdè magna. 

CAPUT XLIII. 

De provincia Ciarchiam. 

Ciarchiam est una provincia de Magna Turchia intra graecum 
ctlevanlem ; et suntibi civitatcs et casteliamulla, etomnes gentes 
iilius provinci;c adorant Machomclum; et magislra civilas est Cyr- 
ciam ; et est ibi unum flumen (juod ducit jaspidcm et calcedonium , 
et portant ad vcndcndum ad Calhayum. El habent salis et bo- 
nos , cl tola ista provincia est arcna. Et quando aliquis exerci- 
tus transit pcr provinciam Ciarchiam , omncs homines iilius re- 
gionis cum uxoribus et hliis et cum bcsliaminibus et omnibus 
suis, transeunt et fugiunt ad aliam regioncm longe pcr duas vel 
très giornatas à Ciarchiam ubi possint invcniri pascua et aquae , et 



( 339 ) 

ibi lantum slant cl moraiitur quo iisquc exercitus transivit. Ven- 
tus autcm dolcl ila vcsligia coriim et ila cooperit ca sablonc quod 
exercitus qui siipcrveiiit ois viam illorum invcstigare non potest. 
Post dicessuin eoriim redeiint ad propiinm locum corum : si vero 
exercitus Tartarorum quibus sunt sul)jecti transeat, non fugiunt 
homincs ; sed totum bcstiamen transférant ad alium locum, et ra- 
tio est quia exercitus Tartarorum nolunt solvere prctium de vic- 
turdil)us qu.Te recipiunt ab bis per quos tianscunt. Et sunt ubi multae 
aquae amar;e et mal;e; et sunt ibi dulces et bouye. Quando lio- 
mo recedit de Ciarcbiam, vaditper quinquc giornatas per sablo- 
nem qui est in capite magni deserti , ubi bomincs accrpiunt victua- 
iia pro transeundo dcsertum , invcnit unam civitatem quce voca- 
tur Lop. 

CAPUT XLIV. 

De civilate Lop. 

Lop est una magna civitas, et est in introitu magni deserti 
quod vocatur descrtum de Lop. Et ibi requicscunt homines ut ae- 
cipiant victualia pro se et pro animalibus suis; et accipiunt victua- 
lia pro uno mense et animalibus suis, et recedunt de ista civitate 
et intrant dcsertum quod estita magnum quod non transiretur per 
unum annum ; sed per minorcm locum transvcrsando , transitur 
in uno mense ; et est hoc descrtum totum montes et sablonac et 
valles, et nihil invcnilur aliud ad comedeiubim. Sed quando ho- 
mo jam ivit per unam diem et unam noclein , invenit ibi aquam : 
sed acpia illa non sufficerct centum hominibus cum eonim bes- 
tiis , et per totum dcsertum oportct quod homo vadat per imam 
diem et unam noctcm antoquam inveniatJiquam. Et in tribus lo- 
cis vcl quatuor invenit homo aquam amaram et salsam , sed om- 
nes aliae sunt bonae, qu;e sunt circa viginti aqu;c ; ncc sunt ibi 
avcs ncc besti;e , quia non liaberent ibi aliquid ad manducandum. 
Et aparct ibi laie mirabilc , quod quando homo cquitat do noctu 



( 3.io ) 

per illud desertum , contingit sibi hoc, quia si aliquis remanet relro 
post socios pro aliqua causa , quando vult ire ut pertingat ad socios 
audit loqui spiritus malignos in aère qui ^àdentur socii sui, etho- 
mo pluries vocatur nomine proprio et deducitur ita extra viam 
quod nunquam ulterius invenitur Et sunt sic ibi jam multi ho- 
mines perditi. Et ideo oportet quod caveant sibi multum bene 
illi qui transeunt per illam viam ne separentur à sociis pro ulla 
causa , et quod vadant cum magna cautela. Et fréquenter audit ibi 
homo multa instrumenta in aère et precipuè tamburos, et sic tran- 
situr istud magnum desertum cum magno periculo et timoré. Or 
dicamus de provinciis quae sunt in exitu istius deserti. 

CÂPUT XLV. 

De civilale Sacchion. 

lu exitu istius deserti invenitur una civitas qu?e vocatur Sac- 
chion , et est ad dominium magni Kaan : provincia vocatur Tan- 
gite. Isti de provincia ista adorant idola , sed sunt ibi aliqui chris- 
tiani nestorini et sunt ibi sarraceni ; terra est inter graecum et le- 
vantem. Illi idolatrae habent linguam specialcm per se : non sunt 
mercatores , sed de terra habent multa blada. Et habent monas- 
toria plena idolis diversarum imaginum , et faciunt eis sacrificia 
multa et magnos honores. Et omnishomo qui facit filios émit eis 
unum magnum montonem et nutrit eum per totum annum ad ho- 
norem idoli sui. In capitc anni quando est festum idoli sui , pater 
cum fiHis ducunt istum montonem ante idolum suum et faciunt 
illi idolo magnam reverentiam cum omnibus fdiis suis. Postea 
faciunt coquere istum montonem , et hoc facto portant montonem 
ante idolum, et tantum^tant ibi quod est dictum corum officium, 
etroganteum quod salvet eis filios suos. Et hoc facto dant partem 
suam idolo, aliam accipiuntet portant ad domos suas et mittunt 
pro consanguineis suis et comcdunt istas carnes cum magna re- 
verentia, postea recoUigunt cssa et rcponunt ca in cassis bene et 



( :^> ) 

(lilif^cntcr. Et sciatis quod qiianilo aliqiiis idolâtra moritur , 
accipiunt corpus mortuurn et faciunt ipsum rombiiri , et quando 
Irahilur de domo sua et portatur ad locum ubi débet coinburi , 
in via consangiiincl sui feceruiit plurcs donios de cannis aut de 
[icrticis et cooperiuiitcas de pannis aurais cl de sirico ; et quando 
sunt cum mortuo ante istam domum, ibi habent vinum et victua- 
lia multa et istud faciunt ut mortuus recipiatur in alio niundo 
cum tali honore. Et quando jam pcrvenerunt ad locum ubi débet 
comburi habent homines factos de cartis , et cquos et camelos 
l'actos similiter , et monetas grossas sicut bizantii , et faciunt om- 
nia ista comburi cum corpore et dicunt quod onuiia ista habebit 
ille mortuus in alia vita. Et quando corpus portatur ad combu- 
rendum , omnia instrumenta terra; vadunt sonando ante corpus. 
Item quando corpus est mortuum mittunt consanguinci defuncti 
pro astronomis sivc incantatoribus etdivinis, et dicunt eis diem 
qua natus est defunctus. Et illi per eorum incantalioncs sciant 
dicere horam qua corpus débet comburi. Et tencnt consanguinci 
illud corpus in domo octo diebus etplus, expectando horam qua 
débet comburi secundum illos divines, et nunquam combure- 
rent eos aliter. Et tenent istud corpus in una cassa grossa uno 
paimo et bene firmata et cooperta pannis , cum multo croco et 
cum multis specicbus , ita quod ncjn fetct illis de domo. Et illi de 
domo defuncti faciunt poni mehsam ante corpus defuncti cum 
vino, pane et aliis cibariis multis, ac si vivcrct; et hoc faciunt omni 
die quamdiu porlatur ad comburendum. Ilem illi divini incan- 
tatores dicunt consanguineis defuncti quod non est bonum quod 
mortuus intret per hostium , et dicunt alicjuam causam alicujus 
Stella; qua; stat ante hostium , et ideo consanguinci ponimt eum 
per alium locum et alicjuando frangunt murum donms defuncti 
et inde portant eum. Et omnes idolatne de mundo vadunt per 
istum modum et per istam viam. Or dimiltamus de hiis et dica- 
mus de aliis tribus terris quie sunt versus magisfrum , prope 
principium istius descrti. 



( 342 ) 
CAPUT XLYI. 

De provincia Camul. 

Camul est una provincia et antiquitus fuit rcgnum. Sunt autem 
ibi in illa provincia vilke et caslella satis et magistra civitas vo- 
catur Camul. Provincia est in mcdio duorum desertorum. Ex 
una parte est magnum desertum de quo est dictum supra , ex 
altéra est unuin parvum desertum trium dietarum , et homines 
illius provinciae sunt omnes idolatrae , linguam habent per se , 
vivant de fruclibus terrae de quibus habent satis ad comedendum 
et donant et vcndunt satis quibiis volunt et sicut cis placet. Et 
sunt homines magni solatii , quia non inlendunt ad alia nisi ad 
pulsandum instrumenta et ad cantandum et ballandum. Et si 
aliquis forensis vadit ad eos ipsi sunt valde contenti, et recipiunt 
eos in domibus suis ad hospitium et mandant uxoribus suis quod 
scrvianl cis in omnibus voluntatibus suis. Et vir studiose recedit 
de domo et vadit ad standum alibi duobus vcl tribus diebus , et 
forensis ilic stat cum uxore et facit de ipsa nt vult, sicut esset 
uxorsua; elstant insimul in magnissolatiis , et omnes istl de ista 
provincia sunt hcz/A de suis uxoribus , scd non reputant sibi ad 
vcrecundiam, proptcr consucttulinem generalem quie est in tota 
illa provincia. Et eorum mulieres sunt pulcne et jocosre et mul- 
tum iaetœ de illa tali consuetudine (ju;e est ibi. Contigit autem 
quod tcmpore Mongui Kaan quinli Dom. omnium Tartarorum 
sciendo quod omnes isti homines islius provinciae adulterabant 
uxores suas forcnsibus , habuit in abominationem iUam talem 
consuetudinem , et statim mandavit quod nuUus debcrct dare 
hospitium alicui forcnsi, et quod non facerent adulterari deinceps 
uxores eorum. lUi de Camul habucrunt de hoc magnum consi- 
Uum, et miserunt ambaxiatores suos domino cum magno Enxenio 
et miserunt cum rogando quod permitlerct eos servarc consue- 



(343) 

tudincm corum et suorum aiitiqnonim , quia coium idola hahe- 
bant hoc quoil faciebaiit v.ildc pu) liono, ol proplcr hoc roruni 
hona crescobant el i-ranl iiuillum nuiltiplicala. El (|(iaiido Mofigu 
Kaaii inlellcxil isla vorba rcspoiulil : K^o fcci quod ex j)arlc mea 
tlebui ; scd si vullis viliipcriiim vestnim habcatis vobis. El revo- 
cavil mandalum (|ii()(l !( cciat de lioc. Ilcdounles ambaxiatores 
suscL'pli suiil à suis ciiiii ma^iia la'tilla , cl sic adhuc servant 
corum coiisucludincm in hoc. 

CAP15T XLVII. 

De provincia Ginghintabs. 

Ginghiiilalas est una provincia qiiîe est prope dcscrtum intra 
Iraniontaiiani ri magisliiini , cl csl magna scx giomalis cl csl 
magni Kaan. Ibi in provincia ilia sunt civilalcs et caslella. Ibi 
sunt très gencrationrs gcnlium , \idcliccl idolalne , génies qua? 
adorant ]Machometum et chiisliani nestorini. Ibi sunt montes', 
ubi sunt bonuî vcn;e de acçaio cl andanico, et in isla nionlanca 
est una alia vcna undc fil salaniaiidia. Salaniaiidia autcni 
non est bestia sicul dicitur quœ vivat in ignc , scd dicam vobis 
quoniodo fit saiamandra. linus meus socius qui vocalur Ulfi- 
car et est de Turrhia stctit in iila conti'arta pro magno Kaan 
tribus annis, cl faticbal ficri islas salaniaiidias ; cl ipsc dixit 
niihi modum , cl faricbal licri muilas; el ego vidi multas .fartas. 
Modus aulcm facicndi salamaiidras est iste , quia illa vena ra- 
vatur ri slringilur simul , el facit fila sicut lana. Poslea pis- 
tatur in niagnis nioilaiiis cl sircalur, poslea faciimt cani lavaii . 
et terra qua- csl ibi appensa cadil el rémanent Iila sicul lana 
el ila filalur sicul lana. El fit inde pannus sivc tonalia* , cl 
sunt brun.T quando levantur de Iclario , scd ponrndo cas in 
ignc fmnl alliissima; sicul iiix , et (piandorunique sunt su- 
cidx , ponuntur in ignc el non coniburunlur ncc liL'duntur , 



( Wy ) 

$ed fiunt albœ sicut nix, et ista? sunt salamandrae , et alias sunl 
fabuhc quod sit bestia. Et dico vobis quod RomcC est una toalea 
de ista salamandra quam magnus Kaan misit pro magno Enxenio 
papae, ut sudarium Domini involveretur in ea. 

CAPUT XLVIII. 

De provincia Succuir. 

Qiiando homo discedit ab ista provincia vadit per decem gior- 
natas inler graecum et Icvantem , et in toto isto spatio non inve- 
nitur nisi modica habitalio hominum ; nec est ibi aliquid dignuni 
memoria. In fine istarum decem giornatarum est una provincia 
quae vocatur Succuir in qua sunt multae civitates et castella. Ibi 
sunl chrisliani et idolatrae et sunt subdicti magno Kaan. Et est 
ibi magna provincia generalis ubi est ista provincia , et sunt illse 
duœ quas computavi vobis ultimo et vocatur Tangus , et per 
omnia sua montana invenitur rcubarbarum in magna quantitate 
et ibi emunt mercatores et portant per totum mundum. Vivunt 
autem de fructu terrae , nec intromittunt se de mercationibus, 

CAPUT XLIX. 

De civitate Campition. 

Campition est una civitas quae est in Tamagut , et illa civitas 
est multum nobilis et magna et est apud provinciam Tammagul. 
Gentes iliius provinciiE sunt idolatrae , et sunt ibi aliqui qui ado- 
rant Machometum et sunt ibi chrisliani. Et sunt in illa civitate 
très ecclesiae magnse et pulcrae. Idolatrœ habent monasteria et 
abbalias secundum eorum consuetudinem. Ipsi habent multa 
idola et habent aliqua quae sunt magna decem passus , et quod- 
dam est de ligno , aliud de lapide et aliud de terra , et sunt omnia 



(345) 

cooperta de auro. Et sciatis quod regulares qui serviunt idolis 
sunt magis bonesti quam alii : cavent enim sibi à luxuria sed non 
babent pro magno pcccato. Sed si inveniimt aliquem honiinem 
qui jacuerit cum mulierc contra naturam , ipsi condemnant eum 
ad morteni. Et babent lunare sicut nos babemus mcnsem. El est 
aliquod lunare in qiio nullus idolâtra occideret aliquam bes- 
tiam. Et durât isla provincia per quinque giornatas , nec come- 
derent carnem occisam in illis quinque giornatis , et vivuni 
magis bonestè istis quinque dicbus quam aliis. Ipsi accipiunt 
uxores usque in Iriginta mulieres, et plus et minus secundum 
quod sunt divitcs; sed primam tcnentpro majori, et si aliqua sibi 
non placet, ipse potest eam expellere. Ipsi accipiunt in uxorem 
consobrinam et materteram , scilicet sororem matris suae et non 
reputant peccatum. Ipsi vivunt sicut bcstiie. Or discedamus 
liinc et ibimus versus tramontanam. Et dico vobis quod dominus 
Nicolaus, dominus Mafeus et dominus Maicus morati sunt in 
ista civitate Campition uno anno pro suis ncgotiis. Modo ibimus 
per'sexaginta giornatas versus tramontanam. 

CAPIJT L. 

De civjlate Egina. 

Et invenitur civitas Egina postduodecim giornatas, quae est iu 
fme deserti de sablone et provinciiE de Tangut. Et gentes illius 
provinci.-E sunt idolatr.B et babent camelos et bestias multas. Ibi 
nascuntur falcones lanierii multi et boni , et homines illius civi- 
tatis vivunt de terra et non sunt mercatores. Et in ista civitate 
accipitur vidanda pro quadraginta giornatis propter unum desei- 
tum per quod opportet transiri , et non est ibi babitatio , nec 
berba nec fructus. Ibi inveniuntur bestia; salvaticae satis sicut 
sunt asini ; ibi sunt ncmora de pinis; et quando homo jam equi- 
tavit- quadraginta giornatis per Istud desertum invenit uninu 

44 



( 34(i ) 

provinciam versus Irainonlanain, ubi est civitas grandis^ima qiup 
vocatur TarUiron. Motlo auilielis quas civllas isla cal. 

CAPUT LI. 

De civilate Tarlarnn. 

Tartaron est una civitas qn.e durât tria miliaria, in qua fuit 
primus domiiuis (jucui iiahnriiiiil Tarlari quaiidt) ipsi disccssc- 
runt de suis coiitraclis ; el C()iTi|)ulalio vohis ouuiia fada Tartaro- 
rum quomodo hal)uçrunt doiuiiiiuui el quomoda difTusi sunt per 
munduin. Or verum fuit quod Tarlari morahaiilur in tramon- 
tana inter Gcorgiani et illas contractas , quia est magna planitics 
et magna plagia ui)i non est aliqua habitalio civilalum ncc cas- 
Irorum. Sed est ibi bona pastura el aqu;K nuilUi' ; et ipsi non ha- 
liebant dominum , scd faciebant rcnditam Presto Jobanni ; et 
de sua magniludine, vidclicet de Presto Johanne qui proprio 
nomine vocabatur ITnchan , b3qucl)atur tolus mnndus. Tarlari 
dabant sibi de (piibuscumqne deccm bcsliis unam. Conligit 
autem rpiod Tarlari multiplicati sunt multum. Qtiando Preslus 
Johannes vidit (juod ipsi multiplicabantur mullum , timuit el 
cogilavil (juomodo posset eis nocere , et cogilavil dividero eos 
per piures terras , et misit suos barones ad facicndum hoc. 
Quando aulcm Tarlari andivcrunt lllud quod dominas corum 
volebat faccre eis, quod voicbat cos dividere et dispergere pçr 
diversas contractas et per diversa loca , ipsi doiuerunl valde et 
habuerunl inter se ipsos consilium de liiis quîe baberent facere 
et acccperunl pro consiUo recedere de illis conlraclis et ire ad 
alias partes ubi Preslus Jobannes non pusse l eis nocere nec fa- 
cere damnum. El lune recesserunl onmes sinnil, cl iverunt per 
longa déserta versus tramonlanam, ila quod Preslus Jobannes 
non potcrat eis nocere, et rcbellaverunt sibi, et non faciebant 



I 



( 347 ) 

sibi aliqiiam redditara vcl aliqtiod lilbiiluni , et sir slcUiuni 
multo tcmporc. 

CAPUT LU. 

De primo rcge Tarlarorum Cingliym et de discoidia ejus cuiii rcge suo. 

Contirigil aiilcm qunil aniio domiiil mclxxxvii l'cccrunt 
unum rcgcm qui vocatus fuit Cingliym. Islc fuit homo magni 
valoris et scnsus ac probitatis ; et quando islc fuit factus rcx , 
ornues Tailari (jui eraiit in nnindo vencruiit ad euni et tcnuerunt 
eum pro domino. El istc Cinghym Kaan lenebat dominiiim bene 
et viriliter. El ad eum convenit lanta mnltitudo Tarlarorum quod 
credi non posset. Quando auleui Cingliym viilit lantam gcntera 
paravit se cum ista sua gcnle ad cunduin ad conqucstandum alias 
contractas , et comjuestavit bene octo provincias in modico tcm- 
pore , et non liedebat illos quos capiebat ncc robabat eos , sed 
reformatis terris de doniinis et custodibus sua- gentis et de qui- 
bus confidcbal bcne , duccbal onines alios secum ad conqucstan- 
dum alias terras cl sic conquestavil mullas génies, et omnes ibant 
cum eobbenter, videndo ejus bonitatcm. Quando Cinghym vidit 
tantam gentem sccum et tjuod omnes sibi y^iediebant fidelitcr , 
dixit eis quod volebat coiiqueslarc loluiii alium mundum , et 
ïartari respondiderunl quod multiiin placebat eis et quod scque- 
renlnr eum libenler quocumque ipse iret. Et tune niisit nuncios 
suos Presto Jolianni et dixit quod volebat filiam suam in uxo- 
rcni. Quando Prcslus Joliannes aiidivil quod Cingliym voiebal 
filiam suam in uxorem, leputavil sibi ad iriagiuim vituperiumet 
dixit :]Son vcrecundatur Cingliym peterc filiam mcam in uxorem; 
or ncscit ipse quod ipsc est meus bomo. Rcvertamini ergo cl 
dicalis sibi (]iK)d oporlel quod ego eum occidam sicut piodito- 
rem doinini sui ; et dixit nunciis quod slatim tliscederent de cu- 
ria .sua cl de tolo regno suo, et quod nwnquam redirent ara- 



( 348 ) 

plius ad eum. ISurcii ergo statim discesserunt et renunciaverunl 
sibi illud quod dixerat eis Prestus Joannes totum per ordinem. 

CAPUT Lin. 

De confliclu Tarlarorum cum regc illo , el cle Victoria ipsorum et morte l^reslî 

Johannis. 

Quando Cimghym Kaan aiidivit magnam rusticitatem quam 
Prestus Johannes misit sibi diccndo, inflatus estita fortiterquod 
fere crepavit, quia ipse erat homo valde dominativus, et indi- 
gnatus valde dixit : Oportet quod care eniat rusticitatem quam 
misit mihi dicendo. Et ego faciam quod ipse sciet si ego sum 
servus suus vcl non. Tune Cinghym fecit majorera exercitum qui 
unquam fucrit congrcgatus in illis contractis , et misit dicendo 
Presto Johanni quod se pararet ad defendendum. Prestus Jo- 
hannes fuit valde betatus et fccit suum perfortium , et dixit quod 
caperet Cinghym in persona et ipsum occideret, et fecit derisio- 
nem de ipso, non crcdens quod contra ipsum auderet procedere. 
Quando autem Cinghim Kaan habuit paratum totum suum exer- 
citum venit ad unam planitiem pulcram quœ vocatur Stangut , 
quEE erat prope Prestum Johanncm, et ibi posuit campum. Hoc 
audicns Prestus Johannes , venit contra Cinghym cum sua gente 
bene paratus. Quando Cinghym Kaan audivit hoc fuit valde 
laetalus , et quando Prestus Johannes scivit quod Cinghym véné- 
rât contra eum venit ad planitiem ubi erat Cinghym ^ propc 
campum Cinghym ad viginti miliaria, et quilibet exercitus pau- 
savit ut essent potentes ad prœlium , el uterquc stabat in planitie 
de Stangut. Quadam autem die Cinghym fecit venire suos astro- 
logos , christianos scilicet et sarracenos et prœcepit eis quod ei 
dicerent quis eorum debebat vincere praelium. Tune christiani 
fecerunt portari unam cannam et diviserunt eam per médium et 
dongaverunt unam ab alia , et mediam raiserunt ex parte il'ui- 



( ^9 ) 

ghyni, aliani nicdiaiu ex pailc Prcsti Joliaiinis , cl snipseninl 
noiiicii Prcsli Juliaimis super siiam caniiain ex latcrc suo , et 
Cin{;liyni iioincii super aliam , cl (lixcnint ad Cinghym : Qu;t' cum- 
qiic islaruni duannii cannarMiii il>il super aliam ille viclor eiit 
helli. Kl Ciiij;livm (ii\il qndd ipse volelial islud videie el maii- 
davilquod hoc osteiidereni (juam cilius posscnl. 'l'une illi ehris- 
liani hahucrunt psalterium et legeruDl alii|uos versus et psalmos 
psalterii , cl lune canna ubi eral inscriplum noincn Cinghym asccn 
dil su|)ei' aliani , el islud viderunl onines (jui eranl pra-senles. 
Ouandi) Cinghym vidit hoc liiil vai<le alarer (]uia vidil quud 
christiani erant veridici. Sarraeeni anlrni aslrologi nihil inde 
lacère scivcrunt. Secunda autcm die posl hoc , una pars el alia se 
ad pra'iiuiii paravcruntct pra'liali snnt ad invitcm foililer. el i'uil 
major oitisio hominum qua'uiiquam i'ueril visa et luit maxinmm 
maiuni ex una parle et alia. Sed Cinghym Kaam vieil praelium , 
el luil oectsus Preslus Johannes. Ab illa die in antea perdidit 
Prcstus Johannes tolam tcrram, el conquislavil cam Cinghvm 
Kaan el regnavil sex anuis , in islis victoriis capiciido inullas 
provincias. In capile aulem sex annorum cum obsiderel quod- 
(lani caslrum (juod vocalur Caagu , fuil \ulncratus in genu de 
(juodam ([uadrello el ila morluus est de vuhiere illo. De quo fuit 
magnum pcccatum et magnum damnum, cpiia eral sapiens homo 
et forlis et bcllicosus in armis. Modo compulavimus quomodo 
Tarlari habucrunt primo dominium el quis fuerit primus eorum 
doniiMus;el hic i'uil (;inj;!iyin Kaan , el quomodo vieil Preslum 
.lohaunem. 



( 3.1a ) 
CAPIT LIV. 

Calalogus rcgum Tarlaroriini ctqiialiler eonim corpora sepelinnlBr in moule 

Alchahy. 

Modo dicamiis de moribus et usihus eoi-um. Scitotc igitiir 
quod post mortrm Cinghym fuit sccundus Cui Kuan , tertius 
Bachui , quartiis Alan , qiiintus Maiiguch , sextiis Cublay , et isle 
ultimns plus hahnit de posse qnam habucrint omnes alii si simul 
essenl, et dico vobisplus, quod si omncs domini do niuiido essent 
simul , non possont tanlum faccre quantum ipsc faccre poterat , 
sicut in islo libro suo loco apparebit aperte ; et dcbetis scire quod 
omnes domini Tartaroriim qui descenderunt de Cingbym simt 
sepulti in una. magna montanca qnae vocatur Alcliay et illuc omnes 
domini Tartarorum portantur, si morirentur centum gioi-natis 
longe a dicta montanea. Et dico vobis aliud , quod quando corpus 
portatur ad sepeliendum alicujus imperatoris Tartarorum, ipsi 
qui associant corpus, etiam si sint longe ab ista montanea ad 
quadiaginta giornatas , omnes gcntes quas reperiunt in via occi- 
dunt et dicunt eis quando occidunt eos : eatis ad scrviendum 
domino nostro in alio mundo. Vnde ad tantam stultitiam deve- 
nerurit et ita cxcœcavit eos diabolus quod verè credunt quod 
omnes qui simt mortui ista de causa debeant service domino suo 
in alio mundo. Et sic occidunt equos meiiorcs quos domiuus 
habet , ut dominus eorum habeat in alio mundo. Et sciatis quod 
quando Mangucb Kaan quinlus mortuus est , fuerunt occisi plus 
quam viginti millia bominum qui obviavcrunt corpori quando 
portabatur ad sepeliendum. 



( 3Si ; 

i \l'l I IN 

Dr (rarr*libui ronutrliMiiniku» ri a«rilMU l'trljroriBM 

Kt <■ V .j nfrjM lotjiii i)r T.il t.)i 1 . . ,, ,. ..;.,, ,,,.,.,, ,;, , ,, 

(ariji'i iiiurjultir in Inriur m jibiii* ulii altuiiibl Ih-iIu |*ro aui- 
nialiliim Miis. In jrsiair »laiit in luii» frigiilit rt in t;illiliu» iiliî ah 
«dit» (Jr ac]na HiMniM roniin Minl <)r Ii|>n3nirnr rt r(><i|M-il^ ilc 
frllrn. ri mmiI ruluinl.r, rt ptirlaut rJtqnornniqnr ^adnnl llalirnl 
julrin ilj onlnialj^ rornni |MTlirj\ untir fjrnnil «lunni^, iiuimI 
•i|ilniir |Miunnt c»% [Mirlarr farililrr ; rt in oninibu» parlilm» in 
i|Uitiu« rri^niil ilnntti^ »rni|>rr farinni n»linni tri»ii« ntrridirm 
Item KjIhmiI I jrrU^ ci>u|irrla> Af fi'llm nigro, rt si InU tlir plnal 
ilii non lijlnralur alH|iiiil iiuimI »il ilii uiUi«, rt farinnt cuv «Inci 
j UiluiA rt r«|ui» Kl su\ier cerclas puiiunl mim ririniiias rt filio* 
ri i-lijui iMiinu nttrn»ilia nrtrvMria , ri i«li> modo vjdunl i|u<>- 
runii{iir \(.>liiiil iic , rt »ir imilant diunia «ilii nrri cl 

firjnin.f i-oruni «rnilnnl ri rînuiil rt fjriuni oiuni ' inl 

nrrr»«arij viris tiii*. In r>|>riMi» non Mint gravr* niarltis Mii», cl 
lalii) r«l (|inj innila liitunlur de Ijluniims suU , Mint rliaro 

uutlliiin |irii« iil.t-.iil );iitM*m;iiidnMi faiiMliani, ri mullnt-i 'Ili 

rilj-dd |ir.r|MiaiMltnn rduru.rl uinnid «lu oHiiu il<'. >inl 

cuin nu^nu »lmlio. l ndr nurili ranim lulaui curjin duuius 
irlini|uunl n\i>riliu» Mii« , iji iiuni Mint «n 

Lllorrt ri fji ninl ij< U «-Aruiiu'» lj>'>i vi«unl dr rai iiiiiiis , i.u ic < i 
>rndlitintl>iM , ijni rtminiuiil ijiiuni dr «jtiti ImIm-iiI in.»cndin 
jlinniUnliJin. I|>m coinrduir i-quuruni , bultuui rt ranuin 

ri dr imunltu» camiliiMcl bdninl 1j> dr junirnii», nrc pru aliqva 
rr unu» afri|>rrrl uturrnt jliriiu>, i|iiij luir hjlTnt pro nut;nu 
liccijlo rt |iiii in>iM;nj ru^titiUlr ri nuuiw iniuiu l><'ii>.i<.i- 
riiruin »unt bun.r ri <u«liMliiint hunumn virumm mioi 
(;ub<nianl Itrur luUin mmiu faindiain ftirui dictuni rM. ^uilibn 



C 352 ) 

hoiiio potesl accipere uxores quot vult, usque in ccntum si possit 
eas tenerc , ethomo donat matii uxoris eL uxor nihil dat viro iii 
dotem ; primam habenl pro vera uxore , et illi faciuiit magnum 
honorem : ipsi habcnt pliires fdios quam alii homines propter 
multas uxores quas habent. Ipsi accipiunt in uxorcm consobri- 
nam et omncm aliam mulicrem, praeterquam matreni. Ipsi acci- 
piunt uxorcm fratris si ipse moritur. Quando accipiunt uxores , 
faciunt magnas nuptias et magnum festum. 

CAPUT LVI. 

De honoribus quos Tartari exhibent eorum Dec. 

Lex autem eorum talis est ; quia ipsi habent suum deum qui 
vocatur Naagay , et dicunt quod ille est deus terrenus vel deus 
terrre qui custodit eorum fdios et eorum bestias et blada, et fa- 
ciunt sibi magnum honorem, quia quilibet tenet eum in domo sua. 
Et faciunt istum deum de feltro et panno , et credunt quod iste 
deus eorum habeat uxorem et filios , et ideo faciunt similiter 
uxorcm isti suo deo et faciunt sibi fdios de panno. Uxorem 
habenl a latere sinistro et fdios habent circa se et faciunt sibi 
magnum lionorem. Quando comedunt ipsi accipiunt carnes pin- 
gues et ungunt illi suo idolo os , et uxori et fdiis idoli ; postea 
accijùunt de brodo et projiciunt super eum, per ostium domus 
su.ne camerae ubi stat ille deus eorum. Quando jam sic fecerunt 
dicunt quod eorum deus et sua familia habuit partem suam et 
postea comedunt et bibunt. Et bibunt lac de Jumentis et parant 
illum per lalcm modum quod vidctur vinum album , et est bonura 
ad bibendum , et vocant eum chenus. Vestimenta eorum sunt ta- 
lia; quia divites homines vestiunt pannos aureos et de sirico et 
pulcras pelles zebellinas et ermelinas et de variis et vulpibus mul- 
tum nobiliter. Et eorum arnesii sunt multum ma^ni valons; 
eorum arma suntarcus, spatii? et mazic , sed eum arcubus plus se 



( 353 ) 

juvant, quia ipsi sunt nimis boni arclicrii, docti ad hoc à pucritia 
sua. In dorso suo portant arma tota de coiio bufalino et de aliis 
fortibus coriis. 

CAPUT LVH. 

Qualiter ïariari procedunt ad bella. 

Et sciatis quod ipsi sunt homines in bellis valentes et durant 
multos labores; et dico vobis quomodoipsi possunt plus laborare 
in bellis quam alii homines , quia quando oportebit ipsi stabunt 
uno mense sine vldaiula, pneterquam comederent carnes de suis 
vcnationibus , et bibunt lac de suis jumentis , et accipient cquum 
sunm, et vivcl de lierba quam ibil pascendo ; et sic non indigent 
portare hordeum nec paleas. Ipsi^unt multum obedientes suis do- 
minis et quando oportebit tota nocte stabunt super equum et equus 
ibit semper pascendo. Ipsi sunt gentes quae plus sustinent incom- 
moda et labores et minus volunt de expensis, et qu;e plus vivunl 
et sunt fortes ad vincendum terras et provincias ac régna quam 
omnes alii homines de mundo. 

CAPUT LVIII. 

De oïdinc excrcilus Tarlarorum. 

Ordo enim ipsorum in exercitibus est talis quod quando unus 
dominus ducit in excrcitu centum milia equilum , cuilibet miliari 
facit unum capitaneum et quibuslibet decem milibus , ita quod 
dominus exercitus non habet loqui nisi cum decem hominibus 
dominis decem milium hominum , et ille de centum milibus 
non habet loqui nisi cum decem simililer ; et sic omnis homo 
respondet suo capitaneo ; et quando exercitus vadit per montes 
et per valles serhper praecedunt ducenti homines, providendo vias 
et rontrac las , et lolidem reiro et ex latcre , ne aliquis po.ssit ag- 

■ 45 



( :jô.; ) 

"rciii cxercilum. Kt quaiidu vaduiil iii oxcrcitu ad parles loiif^m- 
quas quilibet portât secum duos botacios de corio ; etibi poilani 
lac et unam ollam ulii ( ii(|iiiml < aines ; et portant imam parvnlani 
tenilam , pi^ipler acjiiam (juando plueiel. Kt (|iiaiid() est neccssc 
ipsi cqiiitaiil beiie decein i^iornalas ahsqiie vidanda et absqiic l'nic- 
tibus , sed vlvunt de sanguine equorum suorum , quia quilibet 
ponit os ad vcnam eipii sui et liHiil. Habeiit etiani lae seeiini 
sicul pastam , cl pominl in aqua et licpietaeiimt cum cl postea bi- 
l)unt. Ipsi vincunt piii'lia taiu fuj^iendo (jnaiii raeeiando , eteonim 
equi scmpcr volvunt se sicut canes ; et quando corum inimici 
rredunt eos vicisse fugando eos, ipsi rémanent dcbellati , quia 
omncs equi eoium siinl mortui cum sagitlis eorum. 

CAPIJT LIX. 

De jiidiciis cl jusiilia ipsoruin. 

Judicia autem et justitiam qu<e scrvaiitnr inter eos dico vobis. 
Si aliquis fiiralus fucrit aliquam parvam rcni , ita quod ipsc non 
ilcbcatperderepcrsonam, dantnrsdii septcm bastonata,' vcl duodc- 
eim vel viginti (jualuor, et vadunt usque ad cenlum septem , sc- 
rundum quod i'ecil offensam , et semper ingrossant bastonatas. 
Kt si aliquis accepcrit tanlum quod debeat perdere pcrsonam, sive 
equum vel aliam rem, scinditur per médium eum inia spata , et si 
vult solvere novies tantum quantum valet rcs quam accepit , eva- 
dit pcrsonam. lîestiamen grossum non custoditur , sed est totilm 
signatum signo illius cujus est ; (piia qui invcnit cognoscil sij^niuii 
domini cujus est cl slatim remittil. Pecudcs et bcstia' parv;e bcne 
custodiuntur. Bestiamen eorum est mullum pulcrum et gros- 
sum. Item habent aliam consuctudinem qnani dlcam vobis, quia 
faciimt inter se nuplias de filiis suis moiluis; quia si aliquis ba- 
bcrct filium morluum in lempore cpio deberet uxorein accipcre 
si viverel, tune facit inquiri de aliquo qui babeat liliam mortuam 



( 355 ) 

quae sit pro eo, et faciunt parentellani simul, et dant filiammoi- 
tuam homini mortiio , et de hoc faciunt fieri cartas et poslea 
comburunt eas. Et quando vident f'umicarc, tune dicunt (juod 
carta vadit in alium mundum ubi sunt eorum filii, et faciunt pingi 
in cartis aves et equos, arnesia , bizantos et alla multa , et faciunt 
ea comburi. Et dicunt quod omnia ista pnescntantur eis in alio 
mundo , et quando hoc factura est ipsi tenent parenteliam sicul 
eorum fdii viverent. Or computavimus mores Tartarorum , sed 
non facta magni Kaan et curiae sua? ; sed ego computabo et nai- 
rabo vobis in isto iil)ro , ubi recitabitur factum istius magni 
Kaan ; sed modo revcrlamur ad planitiem (]uam nos dimisimus 
quando incepimus loqni de Tartaris. 

CAPUT LX. 

De caiiipesliibus Bangii et ex I remis paillbus aquilonis. 

Quando homo recedit de Tartaro et pervenit Alchay, ubi sepe- 
liuntur magni Kaan Tartarorum sicut computavimus supra , 
homo vadit magis ultra pcr unam contractam versus tramonta- 
nam , quae vocatur planitics Bangu , et durât plus quadraginta 
giornatis. Gens vocatur Mecaci , cl sunt gentes silvestres et vivunl 
de bestiis et pkis de cervis quos aliquando domesticant, et sunt 
sub dominio magni Kaan. Ipsi non habcnt biadum nec vinum In 
a'state, sed habentvenationes et uccellationes satis. In hyeme non 
stat ibi nec bestia nec avis proptcr magnum frigns ; et quando 
homo est in fine quadraginta dietarum, invenit mare Occeanum; 
et ibi sunt montanca' ul)i sunt falconcs peregrini , et faciunt ibi 
nidum ; nec est ibi nisi una generatio avium de quibus illi l'al- 
cones pascuntur, et sunt magnœ sicut perdices et vocantur Bar- 
gcclach el hal)ent pcdcs sicut papagallus , caudam habent sicut 
hirundincs et siml nniltiun vohuitcs: et quando magnus Kaan 
v\ill (!(• illis hilconibiis iiiitlil ad islas montancas. et in iusula istius 



( 356 ) 

maris nascuntur girfalchi : et iste locus est tantum versus tia- 
montanam quoil tramontana remanet rétro versus meridicm ; 
et de illis girfalchis sunt ibi tôt quod magnus Kaan habet quoi 
vult. Et illi qui portant istos girfalchos ad Tartaros portant 
magno Kaan et dominis qui sunt in mariais, videlicet ad Argon 
et ad alios. Or computavimus vobis omnia facta provinciae tra- 
montanete usque ad mare Occeanum ; modo computabimus alias 
provincias et revertemur ad magnum Kaan, et rcdibimus ad 
luiam provinciam quai vocatur Campition. 

CAPUT LXI. 

De regno Ergyul cl de maximis bobus silvcsiribus. 

Quando homo rccedit de Campition qucm computavi vobis, 
vadit per quinque giornatas , per locum ubi sunt mulli spiritus , 
quos homo audit loqui per aéra , de nocte pluries. In fine istarum 
quinque dietarum homo invenit unum regnum quod vocatur 
Ergyul, et est sub dominio magni Kaan , et est de magnis pro- 
vinciis de Tengut et habet plura régna ; et gentes illius provinciae 
sunt idolatrae et christiani nestorini et adorantes Machometum ; 
et sunt ibi civitates multae, cl major civitas vocatur ErghiguI ; et 
exeundo de ista civitale et eundo versus Cathay , invenit homo 
unam civitatem qu;e vocatur Singuy ; et sunt ibi villie et castra 
multa , et sunt de Tangut similiter et est sub dominio magni 
Kaan. Gentium illius civitatis aliqui sunt idolatrae , aliqui adorant 
Machometum cl aliqui sunt christiani. Sunt ibi boves silvestres 
qui sunt magni sicut clefantes , et sunt valde pulcri ad videndum 
quia sunt piliosi prieter dorsum , et sunt pilli eorum albi et nigri : 
pillum habent longum très palmos, et sunt ita pulcri quod est 
mirabile : et de istis cisdem bobus habent domcsticos, quia acci- 
piunt silvestres et faciunt eos domeslicos , et onerant eos ctlabo- 
rant cum eis, et sunt in duplo fortiores aliis bobus. Et in ista 



( 357 ) 

contracta nascitur melior muscus qui sit in miindo; et invenitur 
muscus per islum modum; quia est una paiva hcstia sicul gatla 
et sit facta , et vocatur sccundum linguani tai taricam gudderi, et 
habet pillum sicut ccrvus etita grossum , pedcs liabct sicut gatta 
et liabel quatuor dentés, duos supcrius et duos inferius, qui suni 
magni et longi bene tribus digitis et sunt subtiles: duo vadunt in 
sursum et duo inferius, et est pulcra bestia. Muscus invenitui- per 
istum modum ; quia quando bomo cepit eam, invenit inter peilem 
et carnem circa umbilicum unum apostema , et illud inciditur 
cum toto corio et hoc est muscatum,.dc quo venit sic magnus 
odor; et per istum modum invenitur muscatum. El in ista con- 
tracta est magna abundantia de ipso et tam bono ut dixi vobis. 
Isti homines vivant de mercationibus et habent blada. Provincia 
ista est magna quindecim giornatis , et sunt ibi fasani in duplo 
majores quam nostri , et sunt mâgni sicut pavones et habent cau- 
dam longam decem paimis et octo et scptem ad minus. Adhuc 
sunt ibi fasani sicut nostri. Multas etiam alias aves habent pul- 
cherrimis coloribus et diversis. Gentcs sunt idolatrae et pingues 
et habent parvum nasum ; capillos hal)ent nigros, et non habent 
barbam nisi in mento. Dominse non habent pilhim ahquem super 
se nisi in capite et habent mullum pulcras carnes et albas , et 
sunt bene formosïe et delectantur stare cum hominibus ; et po- 
test quilibet homo accipere quot muUcres vult, dummodo possit 
eas pascere et tenere, secundum quod convenit suo statui et suie 
condition! ; et si muHer est pulcra et de parvo lignagio unus 
magnus homo accipit eam in uxorem libenter et dat matri mag- 
num habcre , ita ut possit bene vivere et stare ad honorem. Or 
modo ibimus ad aliam provinciam versus levantem. 



( 358 ) 
CAPUT LXII. 

De provincia Egygaia. 

Et quando homoreceditde Erghigul et vadit per levantem octo 
eiornalis invcnit unam provinciam satis bonam quse vocalur 
Euygaia, et siint ibi in provincia illa civitates et castella satis et 
est de Tengulb. Magistra civitas vocatur Calatia. Gens que pro 
majori parte est idolâtra, cl sunt ibi très ecclesiae christianoruni 
nestorinoruni , et sunt sub magno Kaan. In ista civitate fiunt 
eiambeloti de pillis camelorum et pulcriores de mundo, et est 
lana alba , et faciunt inde giambelotos albos valde pulcros , et 
faciunt in magna quantitate , et de ista civitate portantur à mer- 
catoribus ad alias partes mundi. Or modo intrabimus in terras 
Prcsti Johannis in provincia quse vocatur Tenduch. 

CAPUT LXIII. 

De provincia Tenduch et de Gogh et Magogh. 

Tenduch est una provincia versus levantem, et sunt ibi civitates 
et castra satis et sunt sub dominio magni Kaan, et descenderunt 
de Presto Johanne. Mastra civitas est Tenduch, et in ista provin- 
cia est rex unus qui descendit de Presto Johanne et adhuc est 
Prcstus Johannes et suum nomcn est Gorgion. Ipse tenet ter- 
ram pro magno Kaan , sed non totam illam quam tcnebat Prestus 
Johannes , sed aliquam partem illius. Et semper magnus Kaan 
dédit de suis filiabus istis regibus qui descenderunt de Presto 
Johanne. In ista provincia invenerunt lapides unde fit arzurum 
multum bununi ; sunt ibi gianibcloti de pillis camelorum. Isti vi- 
vunt de iructibus terne ; ibi sunt mercationes et artes : tcrram 
tenent christiani , sed sunt ibi idolatrae et aliqui qui adorant 
Machometum ; et homincs illiiis contracta sunt albiores quani 



( 359 ) 

alii de dictis contraclis et pulcriores et sapienliorcs cl inagis ho- 
mines mercatores. Et ista provincia erat mastra sedes Presti 
Johannis quando dominabatur Taitaris , et adliuc stant sui dcs- 
cendcntes ; et rex qui liabct ibi domiiiium est de sua gente et de 
suo lignagio. Et iste est locus (juem nos vocanuis Gog et Magog ; 
sed ipsi vocant eum Mig et Mugyl; et in qualibus istarum pro- 
vincianim est una gcncralio gentium , et in Mugyl moiantui- 
ïartaii. Et quando homo equitat pcr islam provinciani septeni 
giornatis per levantem versus Calhay, homo invenit muUas civi- 
tates et castella : sunt ibi gentcs quae adorant Machomclum et 
idolatrae et christiani nestorini et vivunt de artibus et mercatio- 
nibus. Ipsi faciunl pannos deauralos qui vocaiilur na.scici et pan- 
nos de sirico de multis modis. Ipsi sunl sub magno Kaan , et est 
ibi civitas quae vocalur Sindatus, et liunt ibi multîe artes et fiant 
ibi fornimcnta pro exercitu. El babet unam montaneam ubi csl 
una bona argcntcria, et hal)enl avcs et bestias salis. Or disccda- 
mus hinc et ibimus trcs giornatis et inveniemus unam civilatem 
quce vocatur Ciagatimor , in qua est unum magnum palatium 
quod est magni Kaan ; et magnus Kaan moratur Hbenler in isla 
civitate et in islo palalio, quia est ibi locus ubi morantur muiti 
cigni el est ibi unum pulcrum planum ubi slant multae grues , 
fasanni et perdices et multiE aliae aves ; et propter hoc magnus 
Kaan accipit ibi multa solatia, quia facit uccellare cum girfalchis 
cl falconibus. Et sunl ibi quinquc generaliones grivarum, una 
gencratio est Iota nigra sicul carbones el sunl mullum magnie. 
Aliae sunl alb;e et habent alas valde pulcras , factas sicut alae 
paonis. Caput habent rubeum et nigrum valde pulcrum. CoUuni 
habent nigrum et album et sunl majores abis. Terlia generalio 
est facta sicut sunt nostrae. Quarta generalio sunl parvae et habent 
ad aures pennas nigras. Quinla generalio csl quia sunt omnes 
grigiae et maximae el habent caput nigrum et album. Prope islam 
civilatem est una vallis ubi magnus Kaan l'ecil lieri mullas do- 
muncullas ubi facil stare multas coturnices , el ad cuslodiam is- 



( 3Go ) 

taruin aviiiui facil slare plurcs hoiniiics, cl est ibi lanta abuiidaïUia 
quod est mirabilc. Et quando magnus Kaan venit ad istam civi- 
tatem, habetmuitas de istis avibus. Dehinc rccedemus et ibimus 
j)cr très giornatas inter tramontanam et grœcum. 

CAPUT LXIV. 

De civitale Ciandu cl nemorc ejiis rc£;:ili iH quibiisilara festivitatibus Tarlarorum 
et iiiagoruiii illusioiiibus. 

Quando homo reccdit de ista civitale , scilicet Ciagatimor, et 
eqiiitat pcr très giornatas invenit unam civitatcm qii;e vocatur 
Cyandii , qiiam fecit iicri magnus Kaan qui liodie régnai ; et fccit 
fieri in ista civitale unum palatiuni de niarmore et de aliis caris 
lapidibus. Sailaî et camerae sunt omnes deauratae et multnm pul- 
crae. Et circa istud palatiiim est unus murus qui girat (juindcrim 
niiliaria, et ibi sunt flumina cl fontes et prata salis. Kl ibi lenet 
magnus Kaan de multis bestiis ut det manducare girfalchis et 
falconibus quos lenet in muta in iilo loco , quia ibi sunt bene du- 
cenli girfalchi -, et ipsemcl vadit semol in septimana ad uccelan- 
dum. Et pluries quando magnus Kaan equilat pcr ista prata , 
portai unum ieopardum super groppam equi sui , cl quando vult 
iaccre capi aliquam de istis bestiis , permittit ire Ieopardum, et 
leo|»ardus rapit ipsam , cl dat cam comcdcre girfalchis suis quos 
tcnct in nuita ; cl hoc facit ad suum solatium. Et magnus Kaan 
fecit fieri in medio istiusprati unum palatium de cannis, sed istud 
est lolum deauralum et laboratum valdc subtililcr ad aves et 
ad l>cstias. Coopcriura est de caniiis, commissa ila bcnc (piod 
aqua non potest inlrare , et illae cannce sunt grossie plus (juam 
très palmi vel quatuor, et sunt magnœ decem passus vel quin- 
decim , et inciduntur per longum et in nodo , et sunt factae sicut 
teguili, ita quod potcslbcnc de iis cooprriri domus; et fccit fieri 
jla ordinale quod polcsl destrui quando vull, et iacit ipsum sus- 



( 3G. ) 

tenlari cum duccntis cordis de sirico ; et tribus mensil)us in artno 
stat in isto palatio , videlicet in jiinio , julio et augusto , et hoc 
facit quia non est ibi calor ; et istis tribus mensibus islud pala- 
tium slat factuin , aliis autcm anni mensibus destruituret repo- 
nitur, et in vigesimo octave die Augusti magnus Kaan recedit de 
isto palatio , et ista est causa ; quia ipse habet unam generationem 
equorum alborum et jumcntas albas sicut nix sine aliquo alio 
colore , et sunt in quanlitate decem millia Jumentse, et lac istaruni 
jumenlarum non polcsl bibere aliquis nisi sil de generatione iin- 
periali; sed aliquandobibit generatio qusedam quiTevocaturcriac; 
et isti possunL bibere quia Cyngbi qui fuit primus dominus om- 
nium Tarlarorum de niundo dédit cis istam gratiam , propter 
unum prœiium quod vicerunt cum Luicidis; et quando istae bes- 
tiae vadunL pascendo fil cis lanlus lionor , quia non est ita magnus 
baro ir.ler Tarlaros qui esset ausus transirc per istas bestias ut 
non inipcdirciilur ad pascua ; el astrologi et idolâtra? dixeruni 
magno Kaan quod de isto laclc deberet fuiidi annuatim, in vige- 
sima oclava die Augusti, per aéra et per terram, ad hoc ut spiritus 
et idola habeant ad bibendum eorum partem , ut salvent eorum 
familias et ovcs et omnia sua bona. Et dico vobis unum niirabile 
quod fueram oblilus, quod quando Magnus Kaan est in islo pala- 
tio et venit malum tempus , ipse vocat astrologos et incantatores 
et faciunt quod malum tempus non vcnit super palatium suuni 
Et isti sapienlcs homines , scilicct incantatores, vocantur ihooc 
et mclius sciunt illam artem diabolicam quam aliqua alla gens; et 
faciunt credere gentibus quod contingit propter eorum sanctita- 
tem. Et ista eadem gens quam vobis dixi habet istanr consuetu- 
dinem , quia quando aliquis homo occiditur per dominum terrae 
ipsi faciunt cum coqui et comedunt iUum, sed non comederent 
illum qui moritur sua morte ; et sunt ita magui incantatores quod 
quando magnus Kaan comedil in mensa sua magna in mastra 
salla , copas plenas vino vel lacle seu alio eorum polagio (jui sunt 
ex alia parte sallae faciunt vcnire , absquc quod eas aliquis langal , 

46 



( 3(iO 

et veniunt aiite magnum Kaan, et isliid vident dect-m millia pei- 
sonarum , et istud bene potest fieri per nigromantiam. Et qiiando 
alicujus idoli est festum aliquod , ipsi vadunt ad magnum Kaan 
et faciunt sibi dari tôt monlones et lignum aloes et alla odori- 
fera , ut faciant honorem idolo suo , ad hoc ut salvct sua bona. Et 
quando Jam fecerunt hoc, faciunt magnum fumigium de caris 
speciebus ante idolum suum , et fundunt brodium et lac ante ido- 
lum et dicuntquod idolaaccipiunt inde quod volunt, et per talem 
modum faciunt honorem idolis in die festi eorum , quia quod- 
hbet idolum habet propriuni festum, sicut habent inter nos sancti 
nostri. 

CAPUT LXV. 

Demonachis quibusdam et idolalris. 

Habent etiam magnas abbatias et monasteria , et est ibi una 
parva civitas ubi est unum monasterium in quo sunt ultra duo 
millia monacorum , et vestiuntur magis honorabiliter quam omnes 
aliae gentes. Ipsi faciunt eorum idolis majora festa de mundo 
et cum majoribus cantibus et cum majoribus luminariis. Item 
est ibi magna congregatio monacorum qui faciunt ita asperam 
vitam ut dicam vobis ; quia nunquam aliud comedunt quam 
cruscamde frumento, et parant eam sicut nos paramuspro porcis; 
quia ponunt eam ad mollilîcandum in aqua calida aliquantulum 
et postea ducunt eam et comedunt. Et jejunant quasi toto anno 
et multum stant in oratione et aliquando adorant ignem. Et isti 
taies monachi qui sic asperè vivunt vcstiunt se de pannis rudis- 
simis nigri coloris et dormiunt super slramina durissima et mul- 
tum vilia. Et illae aliae rcguhe dicunt de istis qui jejunant quod 
sunt patareni , et dicunt quod colunt deos sucs secundum for- 
mam debitam et secundum quod convcnit. Alla gens est ibi mo- 
nacorum qui accipiunt uxores et habent lilios salis, et isti diver- 



( 3G3 ) 

siinodè vestiunt se al) aliis , ila quod magna est diflcientia uniu.s 
ad alterum in mullis. Et aliqui sunt ibi quorum idola habent 
nomina mulierum ; et imponunt eis talia nomina ut inducant 
mulieres ad de\otionem eorum. 



Explicit I.ibcr prinius Dni Marci Pauli de mirabilibus orientalium regioiium ; 
et inci'pit Liber secundus super eadem materia. 



( 364 ) 



*\%V\*WVjV\V\V X'* VV*»X\i*\V\VV\XV*\^'^\VVVV%^^\VvV\v>A^\v»iVV*,V»VWWV».W\^^(\^%\\\»A^VWrVVV**\*^V*^*VVV\\\\W^*Vi«V\\*W 



LIBER SECUNDUS. 



CAPUT I. 

De potenlia etmagnificentia Cublay iiiaximi Régis et Doiiiini Tarlarornin. 

NuNC volo vobis computare de maximo domino Tartarorum, 
videlicet de nobili et magno Kaan , et dicemus vobis de omnibus 
maximis negotiis magni Kaan modo regnantis , qui Cublay no- 
mine nuncupatur, id est dominus dominorum. Et certe istud 
nomeii recte convenit sibi , quia iste est dominus magis potcns in 
gente, in terris, in thesauris qui sit ant qui unquam fuerit ab Adam 
usque ad diem hodiernum; et istud ostendam quod est verum in 
isto nostro libro , ita quod omnis homo erit contentus et de hoc 
monstrabo eis rationem. Sciatis autem quod qui est de recta 
progenie Cinghi débet esse directe dominus omnium Tartaro- 
rum , et iste Cublay est sextus Kaan. Ipse est de cipo sex magno- 
i-um Kaan qui fucrunt usque modo , et iste Cublay incipit regnare 
iu anno domini mcclvi, ctbabuit dominium per suum magnum 
valorem et per suam magnam astutiam et sapientiam. Et sui con- 
sanguinei et fratres volebant sibi accipere ; et dominium quod 
habet ipse habetde jure, et incepit regnare, jam sunt anni quadra- 
ginta duo usque ad prœsentem diem, quo currunt anni domini 
MCCLXXXViii. Ipse habet bcne octoginta quinque annos et antc- 
quam essçt dominus ivit in plures exercitus et habuit se viriliter ; 
ita quod tenebatnr probus homo in armis et bonus miles. Sed 
postquam fuit dominus non ivit in exercitu nisi semel , quod 
fuit anno domini MCCLXxxvi. 



( 365 ) 
CAPUT II 

Qualiter Nayam contra Cublay regem presumpsil insurgere. 

Ut enim causa vobis patcat ob quam dictus Cublay postquam fuil 
dominus ivit in exercitu , ut superius primo dicilur, dico vobis, 
(juia quidam ejus patruus nomine Nayam , qui erat homo ipsius 
Cublay magni Kaan, tune et ab ipso tenebat multas terras et pro- 
vincias, ita quodbene poterat facere quadraginta millia equitum, 
et cujus antiqui consuevcrant esse sub magno Kaan, dum esset aeta- 
tistriginta annorum , dixit quod nolebat amplius esse sub magno 
Kaan , et acccpit sibi totam terram , et misit dicendo cuidam mag- 
no domino , nomine Caydu , qui erat nepos magni Kaan et erat 
in rebellione ipsi magno Kaan, et volebatsibi magnum malum , 
quod iret super ipsum magnum Kaan ex una parte , et ipse iret al» 
alia, ut accipcrent sibi dominium et totam terram. Qui Caydu 
dixit quod sibi bene placcbat et quod esset bene paratus temporc 
quo ordinaverant. Et iste Caydu habebat bene centum millia equi- 
tum et istiduobarones, scilicet rex Nayam et rex Caydu, fecerunt 
magnam congregationem hominum peditum et venerunt super 
magnum Kaan. 

CAPIT III. 

Quoniodo Cublay rex ad obviandum sibi se prœparavil. 

Quando magnus Kaan scivitista, ipse non expavit de ali()uo, 
sicut sapiens homo et valcns , et dixit quod nunquam volcbal 
portare coronam nec tenere terram si istos sui proditores non 
poneret ad mortem ; et sic magnus Kaan fecit totum suum exerci- 
tum prseparari in viginti duobus diebus ; ita quod nibil fuit scituni 
extra suum consilium et habuit bene trecenta sexaginta millia 
hominum in equis et centum millia peditum , et tota ista gens fuit 



( 36G ) 

de donio sua , et proptcr hoc fccit ipse tam modicam genlera ; 
quia si ipse requisivisset totum suum imperium ipse tantam gen- 
lem congrcgasset quod prae multitudine computari non posset, 
sed niniium distulisset, et isla trecenta sexaginta millia cquitum 
quos congregavit fuerunt solum falconerii et gentes qui ibant post 
ipsum. Et quando magnus Kaan jam fecit hune apparatum, ipse 
habuit suos aslrologos et petivit ab eis si ipse debebat vinc.ere 
praelium ; et ipsi dixerunt quod sic , et quod poneretinimicos suos 
ad morteni. 

CAPUT IV 

(lualiter pugnavcrunl insiinul et qualilcr devictus est Navam. 

Hiis factis magnus Kaan posuit se in via cum sua gente et venit 
in viginti giornatis ad unam magnam planitiem ubi Nayam erat 
cum tota sua gcnte , qui babebat bene trecenta millia cquitum , et 
pervenit una die de mane tempestive ; ita quod Nayam nihil po- 
tuit scire , quia magnus Kaan fecerat capi omnes vias , ita quod 
nulla spia potuit dicere sibi vel referre. Et quando magnus Kaan 
pervenit ad campum Nayam , stabal in magno solatio cum uxore 
vel concublna sua quam multum diligebat. Quando aulem au- 
rora apparuit , magnus Kaan apparuit super planitiem ubi Nayam 
erat multum secrète, quia non credebat quod magnus Kaan au- 
deret venire illuc pro aliqua re de mundo : propter hoc non facie- 
bat custodire campum anie ncc rétro. Tune magnus Kaan per- 
venit ad istum locum , et habcbat unam betrescham super qua- 
tuor clcfantes, ubi erant ejus insignia, ita quod bene poterant vi- 
deri à remotis. Sua gens erat schierata ad viginti millia et circuit 
totum campum illius in uno momento. Et quilibet miles babebat 
unum peditem in gropa equi sui cum suo arcu in manu. Et 
quando Nayam cum sua gente vidit magnum Kaan cum sua 
gente circa campum, omncs trepidaverunt et feccrunl acics suas 



( 367 ) 

bene et ordinale , et paraverunt se .sic quod non habebanl nisi se 
invicem percuterc. Tune inceperunt pulsari niulta instrumenta 
et cantare alla voce , quia consuelutlo Tartaioruni est talis , quod 
usqucquo nialarellus sonat , quod est inslrunienlum capitanci, 
exercitus nunquani praeliaretur ; et tanlnm pulsabatur et can- 
tabatur ex utraque parte quod erat mirabile. Ouando autem 
ambie partes fuerunt paralae , et magni naccharii inceperuiil pul- 
sari , unus exercitus vcnit contra alium , et inceperunt se pcrcutere 
cum lanceis et spatis , et fuit praelium valde durum et crudele ; et 
sagittae tôt ibant per aéra quod non poterat aer videri, nisi sicut 
esset pluvia , et milites cadcbant ex una parte et ex alia , et erat 
ibi talis rumor quod tonitrua non fuissent audita. Nayam erat 
christianus baptizatus et in isto pra-lio babebat crucem douiini 
super vexillum suum. Illud fuit magis durum prœliinn et magis 
timorosum quod fucrit unquam temporibus noslris , nec ubi 
tanla gens moriretur ; et fuit ibi occisa tanta gens tjuod esset 
mirabile credere , et duravit bellum à mane usque ad mediam 
diem. Scd in fine campus remansit magno Kaan. Qwando aulera 
Nayam et sua gens vidit quod non poterat amplius sustinere , po- 
suerunt se in f'uga ; sed nibil ei valuit quia Nayam fuit captus, et 
omnes sui barones et tota gens sua reddiderunt se magno Kaan. 

€APUT V. 

De morte jSayaiii. 

Quando autem magnus Kaan scivit quod Nayam era! captus, 
ipse mandavit quod occidcrctur tali modo , quia ipse fuit positus 
super unum tapetum et tantum suit pallatus et ductus hue et illuc 
quod ipse mortuus est. Et hoc fecit lieri magnus Kaan, quia no- 
luit quod sanguis gencris impcratoris faceret lameutum ad aerem. 
Istc enim Nayam erat de suo lignagio. Quando ergo ista victoria 
fuit habita , quatuor ex provinciis Nayam fecerunt tributum 



( ;iGS ) 

magno Kaaii et lidelitatem. Provinciai sunt istae. Prima est 
Cicorcia, sccunda Cauli, tertia Bastol et quarta Suchintin. 

CAPUT VI 

Qualiler (Jublav sileiiliuiu Jmlais el Sarraceiiis iiuposuit , qui salutlferœ crucis 
^exlllo exjiiobare piasutiipscrunt. 

Quando vero magnus Kaan vicit praelium , sarraceni el alii 
qui convenerant mirati sunt de cruce quam Nayam portaverat 
in suo vexillo-, et dicebaut contra chrislianos : Videtc quomodo 
crux Dei vestri adjuvil Nayam et suam gentem ; et tantum dixe- 
runt quod pervenit ad aures magni Kaan , et turbatus est contra 
illos qui hoc dicebant christianis , et fecit vocari christianos qui 
ibi erant dicens eis : Si vesler Deus non juvit Nayam et illos qui 
cum co erant, ipse fecit inagnam justitiam, quia ipse est Deus 
bonus et justus et non vult facere nisi justitiam. Nayam erat in- 
justus et proditor domini sui et venicbat contra dominum suum, 
et idco bene fecit Deus vester si non juvit eum. Tune christiani 
dixerunt quod ipse dixcrat veruni , quia crux nolebat facere nisi 
justitiam , et ipse bene habet quod mcruit. Et ista verba de cruce 
fuerunl intcr magnum Kaan et chrislianos. Oblcnta igitur ut prae- 
mitlitur dicta victoria , ipse rediit ad magnam civilatem qua* dici- 
tur Cambalu , cum magno festo cl cum magno solalio. Et quando 
alius rex qui Caydu vocabalur audivit quod Nayam erat dcbel- 
latus,nou fecit exercilum conlra magnum Kaan, imo valdc 
limuii de ipso. Or modo vidinius quomodo magims Kaan ivit 
ad hélium et quue fuit causa, quia omnibus aliisvicibus misit filios 
et alios suos barones. Sed in hoc bello ipse voluit personaliler 
interesse , quia negolium erat magnum. 



C 36y ) 
CAPUT YIl. 

Qualilcr rcmuncravit magniis Kaan milites suos quando vicloilam obtiiitiit. 

Modo dicamus de conductoribus magni Kaan, et quomodo pro- 
vidit illls qui fuerunt secum in illo conflictu. Ipse illis qui erant 
domini centum hominum dédit mille, et illis qui erant domini 
mille dédit decem millia , et dédit eis magna dona de vasis et ta- 
bullis aureis et argenteis, et in omnihus istis tabellis est scriptuin 
unum praeceptum quod dicit sic : Pcr fortiam magni Dei et pcr 
gratiam quam dédit nostro imperatori , nomine magni Kaan , sit 
bcnedictum, et omncs illi qui non obedient sibi moiiantur et des- 
truantur. Et isli qui habent istas tabullas liabent privilégia de 
omnibus quae debcnt faccre in suo dominio. Et sub tabulla est 
dcscriptus sivc sculptus unus leo, et ex alio latere est sol et luna. 
Item habent privilégia magnorum pr?Pccptorum et magnoriuu 
factorum. Et isti qui habent istas nobiJcs tabullas habent in nian- 
datis quod semper quando equitant debeant portare supra capita 
sua unum pallium de auro , in signum magni dominii ; et quo- 
tiens sedent sedere debeant in sede argentea. Item istis talibus 
magnus Kaan donat unam tabullam uln est sculptus nnus girfal- 
cus, et istas taies tabullas donat tribus baronibus magnis , ut ha- 
beant bayliam sicut ipsemet. Et isti possunt accipcre quando 
placet eis et ducerc secum de loco ad locum universam militiam 
cujuscumquc principis vel ctiam régis : et sic optimo ordinc 
cuncta sunt distincta in quibus debeat obediri habentibus ta- 
bullas supradiclas ; et si aliquis auderet non obedire omnibus 
secundum voluntatem et mandatum illorum qui habent illas ta- 
bullas , débet mori tanquam rcbellis magni Kaan. Or modo di- 
camus de slatura magni Kaan. 



47 



( 370 ) 

CAPTIT VIll. 

iJe forma Cublav régis cl <lc uxoribus , coucuhinis 0^ filiis. 

Magnus Kaari domimis dominonim qui CuMay voratur est 
(le pillera maj^nitudinc, non parviis nec magnus , scd est de mé- 
dia slalura. Ipsc est iiicarnatus de pidcro modo et habet membra 
benepioportionata : habet vidtum candidiim et rnbicundiim sicut 
losa; habet oculos nigros et pulcros, nasum habet bene lactum 
et bene sedet in facic. Ipse liabct sempcr quatuor midicres quas 
lenet pro suis uxoribus. Et iilius major queiu babcl de islis uxo- 
ribus débet esse imperator post cum de jure. Et istae vocantur 
impératrices et qu;eiibet vocatur nomine suo et quaelibet istarum 
domiuarum teiiet curiam pcr se ; et non est inlcr easaliqua quae 
nonhabcat trecentas domicellas, ethabent multos \aletos et scnti- 
feros et multos alios homines et mulicrcs ; ita quod in qualibus 
dictarum curiarum istarum dominarum sunt decem millia per- 
sonarum ; et quando vult jaccre cum aliqiia istarum dominarnm 
iacit cam venire ad cameram suam cl aliqiiando vadil ipsc ad 
illas. Ipse ctiam tenet aliquas amicas, et dicam vobisquomodo : 
(]uia est generalio ïartarorum qui vocantur Migiat sive IJngral 
et est multum piilcra gens : et ista- mulicies sunt multum pul- 
crae et de istis eligunlur cenlum piilcriores domicelke' qua* sint 
inter eas et ducuntur magno Kaan. Et ipsc Iacit cas custodiri a 
dominabus in palatio ; et facit eas jacerc juxta se iii uno Iccto ul 
sciât si liabcnl bonum flaluni, et ul sciât si sunt vii-gines et bene 
sana," de omnibus mcinbris. El illa? (juai siinl bona' in omnibus 
inittuntur adservicndum domino tali modo quia singulis tribus 
diebus et tribus noctibus , scx de islis domiccllis serviunt domino 
in caméra cl in Iccto et in omnibus in quibus oportel , cl domj- 
nus Iacit de cis quid sibiplacel, et in capile triimi dicnim et 
Irium noctium veniunt aliai sex ; ctsic fit per totuin armum de sex 



( 3;. ) 

iii sex domicellis, dontîc complcalur uuinerus illaïuiu ceiilum. 
Idem scialis quod magniis Kaan liakiet de suis uxoribns viginli 
duos filios inasculos ; major vocabatur Gyn'gym-Kaan , el istc do- 
Ijehat ossc magiuis Kaan et doininus tolius imperii posi morlem 
Cublay patris sui , sed morluus est el remansit de eo filins qui 
vocatur Tliemur , et iste Themur débet esse magiius Kaan el do- 
ininus : et est ralionabile, quia fuit fdius fdii magni Kaan: et iste 
est sapiens homo et probus, et probatus in multis praeliis. Et ile- 
rum niagnus Kaan liabel viginli quiiKjue filios de suis aniirabus 
et concubinis , et quilibel est magnus baro ; et de viginti duobus 
filiis quosbabel dequatuoi- uxoribus , septeni sunl reges magno- 
ruin regnoruni cl onines bciie lenent i^egnnni suum sicut sapieii- 
Ics et piobi homines ; el est quia siniilanlui- patri : el ijise, scilieel 
inagnus Kaan, est melior rector genlium et beliorum quam sit 
in mundo. Or dixi vobis de niagno Kaan et de suis uxoribus et 
filiis et foneubinis ; modo dicam (]uomodo tenet suam niriani. 

CAPllT IX. 

De iiiiiabili palalio Culjlay régis quod est in Caiiibalii, el cjus auàa iiilalc. 

Magnus Kaan moratur in magna civitate de Cathay quae voca- 
tur Cambalu, tribus mensibus in anno , videlicet decembri, Ja- 
nuario cl fcbruario , et in ista civitate habet suum magnum jiala- 
tium. Et dicam vobis quomodo est factum. Palatiiim est quadrum 
per omnemmodum , et est unum niiliare longum peromncm fa- 
ciem ; ila quodlotum palatinm girat quatuor miliaria : et in quo- 
libet angulo islius palatii est unum valde piilcrum palatium , cl ibi 
stant oninia necessaria adcxcrcitum ; scilieel aix us, selhc, fr;iena, 
cordiE, tcndsect omnia necessaria ad bellum cl gucrrani. El inler 
ista palatia sunt quatuor palalia in islo circuilu; ila quod circa 
istum murum sunt octo palalia ; et omnia sunt plena arncsiis , et 
in quolibcl palalio non est nisi de una re. Et in islo muro , versus 



( 37^ j 

faciem quae est versus meridiem , sunt quinque portae ; et in medio 
siii est una maxima porta qiue nunquam opcritur vcl clauditur , 
nisi quando magnus Kaan inde débet transire ; et ex alio latere 
est una porta per quam intrant omnes communiter : et infra 
istum murum est unus alius murus , et in circuitu sunt octo pala- 
tia sicut in primo , et sic sunt facta ; et ibi stant arnesia magni 
Kaan. Et palatium magni Kaan quod est factum sicut jam dixi 
vobis est maj'us quam unquam fuerit visum ; et non est ibi sola- 
rium; sed pavimcnlum est altius terra decem palmos, et cooper- 
tura est multum altissima. Mûri scalarum et camcrarum sunt 
omnes cooperti auro et argento. Sala autem dicti palatii est tam 
louga et larga quod bene capit sex millia comedenlium ; et sunt 
ibi quadringintae camerae, quod est mirabile ad credendum. Coo- 
pertura superius de foris est rubea , biada , viridis et aliorum 
colorum , et est ita bene vernicala quod lucet sicut cristallus ; 
ita quod multum à remotis apparet sua luciditas. Coopertiira est 
multum firma. Inter illos duos muros quos vobis computavi 
sunt prata et arbores , et sunt ibi multae bestiee et divers* ; id est , 
cervi albi, caprioli , daini et bestiae qua; faciunt muscatum, scili- 
cct guderi : sunt ibi ermellini , aliae bestiae et vari. Terra istius viri- 
darii intus est tota plena bcstiis pra^ter viam unde homines in- 
trant. Et ab alia parte viridarii versus magistrum , est unus pulcher 
lacus ubi sunt multae generationcs piscium qui aliunde deferun- 
tur ad illum lacum , et ibi nutriuntur ; et unus magnus fluvius 
intrat et egredilur, et istud fit cum retibus ferreis. Et versus 
tramontanam , longe a palatio ad unam archatam , fecit fieri unum 
montem, bene altum cenlum passus, et giral bene per unum mi- 
liaré , qui mons est totus plenus arboribus quie nullo tempore 
perdunt frondes , sed sempcr sunt virides. Et quando dicitur 
magno Kaan de una magna arbore qu;E sibi placeat, ipse facit 
eam fodi cum omnibus radicibus et cum tota terra, quantum- 
cumque sit magna arbor , et facit eam portari cum elefantibus, 
et facit cooperiri montem totum , ita quod totus mons apparet 



( 373 ) 

viridis sic qiiod nihil est in monte quod non sit toliim viridc ; 
et pronter hoc vocatur nions ille mons viridis. Et in summitate 
montis est unum palalium quod est totum viride , ita quod 
iiullus respicil illuni nionlcm qui non Ix'tctur ipsum videndo ; et 
ut habeat illam jndcram appaienliam fecit illud fieri niagnus 
Kaan. Ad istum montem saepe magnusKaan vadit, etaccipit sua 
solatia sicut slbi placet et sicut ipse yuU. Et juxta illud palatiuni 
l'st atiud palalium , ul)i stat ncpos magni Kaan qui débet regnare 
post eum; et islc est Tliemiir, lilius Cyngymqui fuit filius magni 
Kaan , et isteThemur qui débet regnare tenet illam vitam et viam 
quàm facit avus suus , et jam habet buUam de auro et sigillum 
impériale; sed non facit officium quamdiu avus suus vivat. 

CAPUT X. 

Descrlplio civilalis Cainbalu. 

Et ex quo computavi vobis de palatiis , dicam vobis de magna 
civitate de Cathay ubi sunt ista palatia , quare fuit farta et quo- 
modo. Or juxta islam civitalcm eral alia pulcra civitas et magna 
quîe vocabatur Candialu , <juod sonat in nostra lingua civitas 
domini ; et magnus Kaan , inveniendo per astrologiam quod ista 
civitas de!)ebal rebellarc et dare magnum laborem impcrio , fecit 
fieri istam civilalem juxta illam ; cl non est iu medio nisi unum 
flumen ; et fecit extrahi gentem deilla civitate et poni in alia quje 
voeatur cliam Caudialu. Ista civitas est magna in giro viginli 
quatuor miliaiia, id est sex miliaria |ier omnem (juadrum, et est 
tota quadra. Isla civitas est murala do terra , et sunt grossi mûri 
decem passus et aiti viginli ; sed non sunl lia grossi desuper 
sicut de sublus , (|uia subtiliantur desuper, ita quod sunt grossi 
quatuor passus, ot sunt oniucs mcriali el albi. Ibi sunl iluodecini 
portic, et in qualibet poi'ta est unum |)alalium : ita (piod in quoli- 
bet quadro istius mûri est unum magnum palalium, ubi stant 



( 374 ) 

honi nés qui cuslodiunt teirani. El viae civitatis suiit iUi icclip 
quod al) iina porta vidctur alla ; et in torra siint miilta pulcia 
paliàtia, et in medio est unum palatinm , in quo est una magna 
campana quse pulsatur de sero tribus vicibus ; ad hoc ne uUus 
liomo vadatper lerram sine magna necessitatc, aut muiierisqu;E 
paieret aut piopter aiiquem infirmum ; et in qnaiiiiet porta custo- 
diunt mille homines , et custodiunt non propter timorem alicujus , 
scd propter revcrentiam domini qui moratur interius , et" quod 
latrones non lifdant aiiquem per civitatcm. Unde magnus Kaan 
magnum solatium habet quod l'ures vel latrones restringanlur et 
capiantur. 

CAPUT XI. 

De siihurbils el incrcalorilius Cambalu , et luultiludiijf inci((rl( iim. 

El quando magnus Kaan venit ad suam mastram civitatcm, 
id est ad Cambalu , ipse moi'atur in suo maslro palatio tribus 
diebus et non plus , et ibi tenet magnam curiam , et facit magnum 
fcstum el facit magnum gaudium cum istis suis mulieribus. El 
in ista civitale de Cambalu est ita magna abundanlia omnium 
gentium per omncs burgos , qui sunt duodecim sicut sunt duo- 
decim portœ , quod non posset homo computare numenim gen- 
tium qnae sunt ibi ; et in istis burgis sunt ita pulcra palatia sicut 
sunt in civitale, excepto palatio régis. Et nullus homo quimori- 
tur in civitale sepclitur ibi, sod extra burgos : et infra civitatcm 
non audet stare aliqua mala mulier , quœ malum faciat pro pecu- 
nia de sua persona , sed stanl omnes in burgis. Et isti-e mulieres 
qu;e fallunt pro pccunia sunt bene viginti millia ; et omnes habent 
satisfacere, propter multam gcntem qu.ne illuc concurril de mei- 
catoribus et aliis forensibus. Et sic potcslis videre si in ista civi- 
tatc est maxima gens, si malne mulieres sunt toi. El scialis quod 
ad Cambalu veniunt magis car;e res qu;e sint in loto mundo. 



( 375 ) 

ijuia illuc poitantur omnia caia et pretiosa de India , situt .suiit 
lapides pretiosi et perlie et alia pulcra et cara ; et etiam omnia 
(ju;e portantur de Calhay et de omnibus aliis provinciis circuni- 
lirca ; et hoc est piopler dominum et propler alios baiones et 
dominas qu;B ibi morantur. Simile est de mercatoribiis , quia 
omni die veniunt illuc plus quam mille cunus, onusti de sirico : 
et habet ista civilas intra se cenluni miliaria , (|ui veniunt ad 
emendum ea quibus indigent. 

CAPUÏ XII. 

Qualiler persona luagni Kaau inagnifice custodilur. 

Modo dicam quomodo magnus Kaan teneat ciiriam. Or scia- 
tis quod magnus Kaan facit se cuslodiri, propter suam e.xcellen- 
tiam et honorera, a duodecim millibus equitum, et vocantur (juie- 
sitani, id est milites fidèles domini sui ; et hoc non facit propter 
timorem, sed propler Suam dignltalem et magnificentiam. Inter 
duodecim milliasunt quatuor capitani: ita quod quilibet habet tria 
milHa equitum , de quibus semper stat in palatio una capitania , 
quisunt triamilHa; etcustodiunt tribus diebusct tribus noclibus, 
et comedunt et bibunt ibi ad e.xpensas curiiE régis. In fine triuni 
dierum isti recedunt et aHi veniunt , et sic faciunt toto anno. 

CAPUT XIII. 

De magniiicentia convivoruiu t;ju.s. 

Quando magnus Kaan vult facere unam niagnam curiam, ta- 
buliE stant per istum modum , quia tabula magni Kaan est altiur 
aliis , et ipse sedel versus tramontanam et tenel facicm versus 
meridiem. Sua prima uxor sedet juxta eum ex laterc sinistre, et 
ex latere dextro , aliquantulum infra, stant fdii et ncpoles et alii 



( 376 ) 

sui consanguinei qui sunt de lignagio imperatoris ; ila quod 
eorum caput Aenit ad pedes magni Kaan. Postea sedent alii ba 
roncs niagis a basso ; et sic est de mulieribus , quod filiae magni 
Kaan et suae consanguineae stant magis a basso ex sinistro latere , 
et adhuc magis a basso omnes aliae uxores baronum suorum ; et 
quilibet soit locum suum ubi débet sedere per ordinationem 
magni Kaan. Mensae sunl positœ per talem mpdum , quod 
magnus Kaan potest videre omncm personam , et istie sunt in 
maxima quantitate ; et extra istam salam comedunt plus qiiam 
quadraginta milia personarum; quia veniunt illuc multi homincs 
cum multîs enxeniis et diversis presentibus de diversis contrac- 
tis , et ista talis gens venit in tali die quod dominus facit nuptias 
aut tenel curiam. Et in medio istius salae ubi magnus Dominus 
tenet cmiam est unum maximum vas de auro fino, quod tenct 
vinum , sicut si esset una vegcs sex barilium vel sex salmarum ; 
et ab omni latere istius vasis sunt duo parva ; et de illo magno 
exhibitur vinum de quo haberent salis bene octo homines, et 
habent inter duos unum; et adhuc hab'et quilibet cuppam de 
auro cum manico , cum qua bibunt ; et totum istud fornimentum 
est magni valoris. Et dominus istc habet tôt vasa aurea et ar- 
gentea quod nullus qui non videret possct cogitare vel credere. 
Et illi qui faciunt credenliam isti magno Kaan sunt magni ba- 
roncs , et tenent fasciatum os et nasum cum pulcris toaleis de 
auro et de sirico, ad hoc ut eorum flatus non vadat in sculellas 
et cibos domini sui. Quando magnus Dominus débet biberc 
omnia instrumenta pulsantur quae sunt ibi in maxima quantitate ; 
et istud faciunt quando habet cuppam in manu ; et tune omnes 
genuflectunt , scilicet baroncs et alii qui ministrant, et faciunt 
signum raagnae humilitatis ; et hoc fit semper quando bibit vel 
veniunt novae vidandae. De vidandis autem non dico, quia omnes 
debent credere quod ipse habel fercula et vidandas multas et 
diversas diversarum carniuni, bestiarum et avium silvcstrium et 
domesticarum , et piscium quando est tempus ad hoc , et quando 



( 377 ) 
sibi placcl in maxinia abundantia, in variis et diveisis niodis pa- 
rafas delicatissinic , siîcundum quod convcnit sua? magnificentiie 
cl suae dignitali. Ncc est ibi abquis baro vel miles qui illuc non 
ducat uxorcm suam , et quae non comcdal ciim aliis dominabus. 
Et quando magnus Kaan jam comedit et mcnsae sunt elcvatae , 
multi istriones veniunt et faclunt ibi multa et diversa solalia, et 
postea omnes rcdeunt et vadunt ad domos suas. 

CAPUT XIV. 

De feslo niagno natalis Régis et pulcrlludine vesliuni militum ejus. 

Et sciatis quod quando magnus Kaan nascitur omnes barones 
faciunt fcstum , quilibet de die suœ nativitatis. Magnus Kaan natus 
fuit die visegima octava septembris in die sanctLC Luciae et Ge- 
miniani , et omni anno tall die faclt maximum festum majus quam 
faciat propter aliquam rem , pn-eter festum quod facit in capite 
anni. Facit autem festum suœ nativitatis per istum modum ; 
quia in die snae nativitatis vcstit se de vcstimentis de auro ba- 
tuto , et cum eo vestiunt duodecim barones et duodccim millia 
milites de uno colore et una forma ; sed non sunt ita cara vcsti- 
menta sicut illa régis; et habent centulas de auro et islas donat 
eis magnus Kaan , et sunt ibi inter istas vestes talia quiE valent 
cum lapidibus pretiosis et perlis qute sunt ibi ultra mille millia 
bizantis de auro , et de istis sunt multa. Et magnus Kaan donat 
in anno , duodecim vicibus, illis baronibus etmilitibus duodecim 
vestimenla , et vestit omnes de uno colore secum , et ista non 
posset facere aliquis dominusdc mundo.Et in die suae nativitatis 
omnes Tartari de mundo de omnibus provinciis, qui Icnent ter- 
ras ab eo , in illa die faciunt magnum festum et présentant eum, 
secundum quod convcnit et est ordinatum. Item qui vult ab eo 
aliquam gratiam présentât euni. Et magnus Kaan habet duode- 
cim barones qui douant ista dominia illis talibus, secundum quod 

48 



( 3:8 ) 

convenit. Et ista die omnis generatio gentium quae sunt sub co 
faciuntpreces ad deos suos , quod salvent dominum suiim etquod 
douent sibi bonam vitam et longam et laetitiam cum sanitate. 
Or non dicamus plus de isto fcsto, et dicemus de alio quod fa- 
ciunt in capite anni quod vocatur album festum. 

CAPUf XV. 

De alio feslo maximo quod fit in kalendis februarii. 

Faciunt autemTartariprincipiumanni in februario, etmagnus 
Kaan et sua gens faciunt inde taie festum, quia magnus Kaan et 
sua gens induunt se vestimentis albis, tam mares quam mulieres, 
dum tamen possint ea habere. Et istud faciunt quia vestimenta 
alba significant et sirailant eis bonum gaudium et bonam for- 
tunam ; et propter hoc faciunt in capite anni ut toto anno adve- 
niant eis omnia bona; et ista die qui tenent terram sive aliquod 
dorainium ab eo présentant eum magnifice sicut possunt de auro , 
argento, perlis et aliis, secundum quod convenit; et utrumque 
quod prsescntatur est de rébus et cum rébus albis. Et hoc faciunt 
toto anno habeat satis de thcsauro. Et ista die présentant magno 
Kaan plus quam quinque millia caroelorum et equorum alborum 
pulcrorum et carorum. Et in illa die veniunt simul ad eum plus 
quam quinque millia elefantorum et omnes sunt cooperti pannis 
de auro et de sirico , et quilibet habel super eum unum scrineum 
plénum de vasis aureis et argenteis et de aliis rébus quae sunt ne- 
cessariye ad illud festum ; et omnes transeunt coram magno Kaan, 
et istud est pulcrius quam unquam fuerit visum in mundo. Et in 
mane istius festi antequam inde separentur reges , duces , marchio- 
nes, comités , barones et milites , astrologi , falconerii et multi aiii 
officiales terrarum et exercituum veniunt ad aulam coram magno 
Kaan, et illi qui non capiuntur intuspalatium morantur extra pa- 
latium , in loco in quo dominus potest omnes bene videré. Et sunt 



• ( 379 ) 
sic ordinati. Primo suiit filii et nepolcs et illi qui siiat recte de 
lignagio suo ; deinde leges , deindc duces, et sic de aliis secun- 
dum quod decet. Et quando quilibet est in loco suo tune surgit 
unus magnus prselatus et dicit alta voce : Inclinate et adorale ; et 
quando iste dixit hoc omnes habent frontes ad terram et dicunt 
suas orationes versus dominum suum et eum adorant ut deum , 
et hoc faciunt quater , et postea vadunt ad unum altare super 
quod est una tabula rubea in qua est scriptum nomen magni 
Kaan. Et est ibi unus pulcher turiferarius sive unumturibulum, et 
incensant illam tabuhim et altare ad revcrentiam magni Kaan et 
postea redeunt ad suum locum , et quando jam fecerunt sic tune 
faciunt enxenia quae coniputavi vobis quae sunt maximi valons. 
Quando jam omnia ista facta sunt et dominus vidit omnia ista 
tune ponuntur mensae et ponunt se omnes ad comedendum , 
sicut dictum est supra Or modo computavi vobis lietitiam festi 
albi : modo dicam vobis de una nobilissima re quam ordinavit 
magnus Kaan , nam ipse ordinavit vestimenta et donat baro- 
nibus qui veniunt ad islud fostum. 

CAPUT XYI. 

De veslihus quas donat magnus Kaan et leone uno. 

Habet autem magnus Kaan duodecim barones qui vocantur 
quiata id est magis proximi fdii domini. Ipse donat cuilibct duo- 
decim vestimenta, divisata unum ab alio de coloribus, et sunt 
adornata de lapidibus preliosis , perlis et aliis magnis rébus et 
caris quae sunt magni valons , et donat cuilibet unum pretiosum 
schaggiale de auro , et donat cuilibet calceamenta de camutto 
laborata cum fdis de argento quae sunt valdc pretiosa , et qui- 
libet videtur unus rex cum istis vestimentis. Et in quolibet de 
istis festis est ordinamentum qualia vestimenta debeant portare. 
Et sic magnus Kaan habet duodecim robas similes illis quas ha- 



( 38o ) 

bent barones in colore , sed sunt magis carae : et sic dictum est de 
vestimentis quse donat imperator iste istis baronibus in isto 
festo. Item unus magnus leo ducitur coram magno Kaan et facit 
sibi leo signum magn.Te humilitatis ; et iacit signa quoniodo iste 
leo cognoscit eum pro suo domino , et est sine catena et sine liga- 
tura aliqua , et illud est valde mirabile. Or modo dicamus de 
magna venatione quam facit magnus Kaan. 

CAPUT XVII. 

De animalibus silvestribus quœ niilluntur ad curiam magni Kaan. 

Sciatis quod magnus Kaan moratur in civitate de Cathay, hoc 
est in Cambalu , tribus mensibus , scilicet in decembri , januario 
et februario , et ordinavit quod quadraginta giornatis circa eum 
omnes gentes debeant caciare et ucellare. Et ordinavit quod om- 
nes domini gcntium et terrarum omnes bestias magnas sicut cer- 
vos , capriolos , dainos et alias bestias sibi portent , et per istum 
modum venantur omnes gentes. Et illi quos vobis computavi de 
triginta giornatis mittunt sibi omnes bestias sine interioribus , et 
illi de quadraginta non mittunt carnes sed coria, quia de ipsis fa- 
cit magnus Kaan fornimenta de exercitu et de armis. 

CAPUT XVIII. 

De leonibus , leopardis , linceis et aquilis ad venanduin eum hominibus assuetis. 

Modo dicamus debestiis et feris quas tenet magnus Kaan. Ha- 
bet autem leopardos ad venationcm aptes satis , et linceos , id est 
lupos cerverios, etiam structos ad venandum. Item habet leones 
maximos, majores qiiam suit illi de Babilonia, et sunt de pilo 
valdè pulcro et pulcri coloris , omnes vergati per longum de 
nigro , rubeo et albo ; et sunt afaitati ad capiendum porcos sil- 



( 38. ) 

vcstrcs et boves silvestres , cervos et capriolos, asinos silvestrcs 
et alias bcstias ; et est pulcrum videre quando leo capit bestias 
silvestres, quia quando vadunt ad caciam ipsi portant Iconcm 
super unam carctam in una cavca ; et habet sccum unum canem 
parvubim. Item habent magnam abundantiam aquilarum cum 
quibus capiunt vulpes, lepores , dainos et alias bestias parvas et 
lupos : sed illae qu.Te sunt afaitatae ad lupos sunt uiultum magnae 
et magni ponderis, quia non est aliquis lupus qui évadât ante 
illas aquilas. 

CAPUT XIX. 

De canibus et inagnifica venationc Régis. 

Modu dicamus de canibus quos babet magnus Kaan. Et scien- 
dum est quod magnus Kaan babct duos barones magnos qui 
sunt fratres carnalcs, quorum unus vocatur Bayam, alius vocatur 
Migam ; et ipsi vocantur cinuci , id est illi qui tcnent canes mas- 
tinos; et quilibet istorum fratrum habet decem millia hominum, 
et omnes isti decem millia sunt vestiti de uno colore et alii decem 
millia de alio colore , id est vermilio etblado ; et quotiens vadunt 
cummagno Kaan ad venandum , vadunt cum illis veslimentis. Et 
inter ipsos decem millia, sunt duo millia qui habent unum mag- 
num mastinum pro quolibet, vel plures , ita quod sunt una maxima 
multitudo. Et quando magnus Kaan vadit vcnatum , ducit secum 
unum de islis duob'u.s fratribus cum decem millibus hominum et 
cum quinque millibus canium ex una parte , et alium fî-atrem ex 
alla cum aliis canibus; et vadunt ita remoti unus ab alio quod 
tenent unam giornatam, et non inveniunt aliquam bcsliani quu; 
non sit capta; et est pulcrum videre modum istorum caniuin et 
istorum venatorum ; quia quando magnus Kaan vadit venando , 
videt venirc circa se ursos , porcos et alias bestias et istos canes 
insequentes eos. 



( 382 ) 
CAPUT XX. 

De aucupo seu venatione ad avcs. 

Quando autera magnus Kaan moratus est in ista civilate Cam- 
balu quam dixi vobis trilius mcnsibus , recedit inde in mense 
martio, et vadit versus meridicm uscjuc ad mare Occcanum, quod 
distat duabus dictis, et ducit secuni deccui uiillia lalconerios, et 
portât bene cjuinque niillia girl'alcos et falconesperegrinos satis ; 
et portant multos astores : et non credatis quod omnes teneat in 
uno ioco ; sed ibi tenet ducentos , ibi trccentos , et sic de aliis. 
Et istas avcs quas capiunt , pro niajori parte dant domino. El 
quando dominus vadit ad uccUandum cum suis girfalchis , asto- 
ribus et falconibus, ipse habet decem millia hominum (jui sunt 
ordinati bini , et vocant eos roschaor , id est homincs qui stant 
ad custodiam ; et hoc facit ut tcneant multum de terra ; et quili- 
bet habet hingam et troppellum ad vocandum aves ; et quando 
magnus Kaan facit projici aliquam avem , non oportet quod ille 
qui projicit vadat post eam , quia ilU homines qui sunt ordinati 
bini custodiunt eas bene , quod non possunt alio ire ita (juod non 
sit capta. Et si avis indiget succursu , stalim dant sibi ; et omnes 
aves magni Kaan et ahorum baronum habent unam parvam tabu- 
lam argent! ad pedcm, ubi est scriptum nomcn ilHuscujusest; et 
si isla avis capilur, statim cognoscitur et reddilur illi cujus est; 
et si ncscilLir cujus sit , portatur uni baroni qui vocalur balan- 
gugi , id estcustodi rcrumqu;is perduiitui-; et ille qui invenittene- 
tur statim portarc illi cujus est ; quod si non facit, reputatur la- 
tro ; et sic fit de omnibus equis et canibus et rébus qu;iî iiivcniun- 
tur, et facit eas cuslodiii. Kl ille (jui pcrdidit vadit ad illum baro- 
nem , et ille slat semper iii alliori Ioco exercitus cum suo vexillo ; 
et sic quasi nihil perdilur ibi. Et per istam viam magnus Kaan 
vadit semper super quatuor cic fautes , et ibi habet unain pulcram 
cameram , quai estcooperta pannisbalutis ad aurum, et de foris 



( 383 ) 

est cooperla coriis leonum : et magnus Kaan tcnct seniper ibi 
duodecim girfalcos de melioribus (juos ipse habet; et ibi moran- 
tur duodecim barones secum ad suum solatium. Et qiiando mi- 
lites transeunt juxta eum , dicunt : Domine , grues transeunt ; et 
tune ipse facit descoperari cameram , et accipit de istis girfalchis 
et dimittit eos ire ad illas grues , et paucTe evadunt quse non ca- 
piantur; et ipse stat in lecto suc ; et nunquam luitdominus nec 
erit qui tantum solatium habeat, nec qui possit habere quantum 
iste habet. 

CAPUT XXI. 

De niirabilibu.s temptoriis magni Kaan. 

Et quando dictus magnus Kaan jam vcnit ad unum suum lo- 
cum qui dicitur Chaccia , Iriodum ibi facit poni tentoria sua et 
filiorum suorum et baronum ; et dicam vobis quomodo est fac- 
tus suus pavilionus et suum tentorium ubi tenet curiam suam , 
quia est tam magnum quod starent ibi mille équités; «t istud 
tentorium habet portam versus meridiem ; et in ista sala moran- 
tur barones et alia gens , et est aliud tentorium quod tenet se 
eum isto , et est versus ponentem ; et in isto moratur magnus 
Kaan. Et quando ipse vull loqui alicui , facit ipsum ire interius ; 
et intus est alia caméra ubi dormit dominus, cl duae sahe quas 
computavi vobis sunt .sic factae , quia quaelibet sala habet très 
columpnas de ligno aromatico multum pulcras : de foris sunt 
coopertae de coriis leonum multum pulcris, totis vergatis de ni- 
gro , albo et vermilio , ita quod aqua non transit inlgs. Interius 
sunt de pellibus de liermelino et zcmbclino ; et sunt illae pelles 
maximi valons , et maximae pelles de zembelino , quia tanta pel- 
lis quanta esset una pellis pro uno homine valcret duo millia bi- 
zantos de auro ; si esset communis valerct mille ; et vocant cas 
Tartari lenoidie pellonae ; et sunt magn;E sicut pelles unius fainae, 
et de istis duabus pellibus sunt laboratae ad intalia. Sala autem 



( 384 ) 
ubi domiuus dormit est facta nec plus nec minus ; et istae très 
salae valent tantum quod unus parvus rex non posset eas emere : 
et circa istas tendas sunt ali<E tendcE concubinarum et bestiarum 
et avium ; et iste campus videtur uua magna civitas , tanta gens 
venit ad ipsum. Et magnus Kaan in isto loco moratur usquc ad 
pascam resurrectionis Domini ; et isto tempore non facit aliud 
quam aucupari ad grues ; et omnes qui capiunt aliquas aves pcjr- 
tant ad dominum; et est tantum solatium quod computari non 
posset ; et nullus baro vel dominus aut rusticus potest tenere 
aliquem canem de caccia nec aliqucm falconem , prope ad viginti 
eiornalas ubi dominus moratur; sed extra istum tractum potest 
quilibet facere prout vult. Item nullus homo , cujuscumque con- 
dictionis existât , potest capere aliquam bestiam quae mulliplicet 
et faciat filios, a mense martio usque ad mensem octobris; et ita 
obeditur sibi in hoc quod lepores et cervi veniunt fréquenter ad 
homines, et homines non capiunt eos ; et sic postmodum magnus 
Kaan revertitur ad magnam civilatem de Cambalu per eamdem 
viam ucellando et solaliando. 

CÂPUT XXII 

De moneta magni Kaan et ineslimabUi copia divitiarum ejus. 

Verum est autcm quod in ista civitate de Cambalu moneta est 
ordinata per taiem niodum , quia ipse facit fieri talem monetam , 
quia ipse facit accipi corticem cujusdam arboris qui vocatur 
gelsus, cujus folia comcdunt vermes qui faciunt siricum , et acci- 
piunt corticem sublilcm qui est inter corticem et lignum inter- 
rius, et de isto cortice facit fieri cartassicut de bambace, et sunt 
omnes nigrae. Quando autem isl?e cartse sunt sic factae , facit 
ipse eas incidi per partes , ita quod una pars valeat unam meda- 
liam de torneselis parvis , et alias partes quarum una valeat tor- 
neselum , et alias quarum una valet unum grossum de Venetiis ; 



( 38a ) 

et sic de aliis facit , quae valent plus vel minus : et sic vadit usquc 
ad decem bizantos. Et omnes istsecartae sunt signatie signo magni 
Kaan , et facit fieri tôt quod omnes thcsauros de mundo emeret. 
Et quando istse cartœ sunt factae , ipse facit fieri inde omnia pa- 
camenta et facit cas expendi per omnes provincias, régna et 
terras in quibus habet dominium : et nuUus audet renuere sub 
pœnavit.-e. Et dico vobisquod omnia régna etgentcs quae sunt sub 
suo dominio pacant sibi de istamoneta, de omni mercantia , de 
auro, de argento , de lapidibus preliosis , de perlis et de omni- 
bus aliis rébus quas ipsi portant et vendunt vel emunt. Et dico 
vobis quod carta quae datur pro decem bizantis non pondérât 
unum, ita quod mercatores cambiant istam monetam ad aurum, 
ad argentum , ad perlas et ad alias res caras.Et multotiens mer- 
catores portant ad magnum Kaan id quod valet quadfagintos 
bizantos; et magnus Kaan facit tolum solvi de illis cartis , et 
mercatores accipiunt libenter, quia cxpendunt pcr totum impe- 
rium suum ; et fréquenter facit bandiri magnus Kaan quod omnis 
homo qui habet aurum , argentum , aut lapides pretiosos aut ali- 
qua alia cara , statim portet ad tabulam magni Kaan ; et ipse fa- 
cit cas solvi de istis cartis , et tantum poi'tatur sibi de istis mer- 
cationibus , quod est miiabile ; et si alicui frangitur aliqua de 
istjs cartis et ipse vadat ad tabulam magni Kaan , statim cam- 
biatur sibi et datur sibi, sed dimittit très pro centenario ; et si ali- 
quis ■sTilt facere vasa de argento et auro aut cinturas et ipse vadat 
ad tabulam magni Kaan et det de istis cartis , habet de argento et 
auro magni Kaan quantum vult pro istis cartis, secundum quod 
expcnduntur : et ista est ratio quare magnus Kaan débet habere 
plus de auro cl argento quam aliquis dominus de mundo , et 
omnes domini de mundo non habent tantum thesaurum quantum 
habet magnus Kaan. 



49 



( 386 ) 
CAPIIT XXIII. 

De duodecim Prscfcclis provinclaruin el officio corum. 

Et sciatis ctiam quod magniis Kaan habet duodecim baron<;s 
inaximos seciim, et isti suiit super omnibus quibus indigent tri- 
ginta quatuor provinciae; et dicam vobis mores écrirai et ipso- 
rum ordinatlones. Isti duodecim barones siint in uno palatio in 
Cambalu , quod est niultum pulcrum c.[ magnum et habotmidtas 
salas , manslones et caméras ; et quaelibet provincia habct ununi 
procuratorem , et sunt Ibi multi scriptores sive notarii in illo 
palatio , et quilibet est in sua domo per se ; et isti procuratores 
et scriptores faciunt omnia quibus indiget provincia sua , et istud 
faciunt propter mandatum duodecim baronum ; et isti duodecim 
harones habent taie dominium quod ipsi eligunt omnes dominos 
illarum provinciarum de quibus dixi vobis supra; et quando jam 
vocaverunt illos qui videntur eis meliorcs , ipsi dicunt magno 
Kaan , et ipse confirmât eos , et facit eis talcm tabulam auream 
sicut convenit dominio suo. Vocantur autem isti duodecim ba- 
rones in lingua tartarica scieng , id est officiales majores curiœ- 
Item isti duodecim barones faciunt ire exercitum ubi oportet 
et quantum oportet secundum voluntatem domini ; et sicut fa- 
ciunt ista, sic faciunt omnia (juae sunt necessaria istis prbvinciis. 
Et ista votatUr curia major quae sit in ourla magni Kaan. Pro- 
vincias non computo per nomina eorum , quia ego computabo 
vobis in libro. 

CAPITT XXIV. 

De ciirsoribu5 magni Kaan et mulllludineet ordine mansionum pro peisoiiaïuiii 

reccplationc. 

Et de ista civitate Cambalu vadunt multi nuncii ad divcrsas 
provincias , et isti nuncii quando recedunt de Cambalu in omni- 



( •>»: ) 

Ims viis per qiwis dclicnl ire , iii capitc viginli (juiiujue luiliario- 
riim , ipsi idveniunt unum maximuiii palatiuin iibi hospitantur 
nuricii magni Kaan ; et ibi est iinns lectii.'!; c'00[)eitiis de panno de 
de sirico , et habet omiiia quae ad minciuiii pertinent etsnnl sibi 
nccessaiia ; et si unus rex perveniict illuc esset bene bospilatus. 
Et in istis locis ubi sunt ista palatia , inveniunt nnncii nagni Kaan 
bene qu.ldringenfos equos quos ordinavit niagmis Kaan seniper 
ibi esse, et snnt parati pro nanciis sciis qaando vadnnt ad aiiquas 
partes, et isliid est in viis prrncipalibus qua- vadnnt ad provin- 
cias de quibus dixi vobis ; et per istum modum vadunt niincii 
per omnes provincias magni Kaan. Et qnando niincii vadnnt per 
aliqnem locnin ubi non sit babitatio , magnus Kaan facit iieri 
ista toca et palatia plus a rcmotis ad triginta qninqne miiiaria 
aul ad qnadragintu ad plus; et per istum modum vadunt nunrii 
sui per omnes provincias , et habeiit ho.s[)itia et equos paratos ; 
et ista est major magnitudo qriam unquam habuit aiiquis rex vel 
imperator de mundo , vel aliqnis homo terrcnus , cpaia ad ista 
locastant plusquamducenla millia cquorum, solumpropter islos 
nnncios. Item palatia quie sunt ita fornita sunt plus quam deccm 
millia quie sunt {)arala sicut dixi vobis ; et istud est vaide mira- 
bile. Item dicam vobis aliud pulcrmii , quia inter unum locum 
et alium ubi sunt ista palatia, ad omnia tria miliaria , sunt ordi- 
natee vilhe de (juadragintahominibus, veldomibus, ubi stant ho- 
mincs pedites qui laciunl istas ambaxiatas „ et isti portant unam 
magnam ciiituram picnam sonallels circumcirca , qui audiunlur 
satis a remotis ; et isti nuncii vadunt ad magnum galoppum et 
non vadunt nisi tria miliaria , et iili qui sunt in capile triuni 
miliariornm ijuando audiunt istos sonalieos stant bene parati et 
vadunt sibi obviam , et accipiunt illa «juae ille j)ortat et unam 
parvani cartam quam dat iili ille nunciiis, et vadit currendo 
usqiie ad alia tria miliaria, cl lacil sicut fecit alius nuncius ; cl 
sic magnus Kaan babet nova per boulines pediles in una die el 
noctc bnie de dccem giornatis, et m duwbus diehus el noctibus 



(. 388 ) 

bene de viginti giornatis , et in decem diebus et noctibus de ccn- 
tum giornatis. Et magnus Kaan ab istis talibus hominibus non 
accipit aliquod tributum , imo dat eis multa et equos et alia ; et 
quando oportet quod nuncii in equo vadant cito et dicant cito 
nova de longinquis partibus vel de aliqua terra quse sit sibi 
rebcllata , ipsi eqnitant in una die et nocte bene per ducenta 
miliaria ant ducenta quinquaginta ; et ratio est isla , quia quando 
volunt cito ire , ipsi habent tabulam de girfalco in signum quod 
volunt ire cito ; et si sunt duo , accipiunt duos bonos equos et 
récentes et ligant sibi caput et corpus et ponunt se in cursu, ita 
quod veniunt ad alium locum de triginta quinque miliariis , et 
ibi accipiunt duos bonos equos et friscos , et ascendunt et non 
stant nec requiescunt usque ad alium locum ; et sic vadunt tota 
die et nocte ducenta quinquaginta miliaria , ut portent nova 
magno Kaan ; et quando omnino oportet , vadunt trecenta mi- 
liaria. Or modo computabo vobis unam magnam bonitatem 
quam facit magnus Kaan bis in anno. 

CAPUT XXV. 

De prudentia Régis ad objurgandum sterltitati et caristiaî , et pielate ejus ad 

iubdk'tos. 

Et sciatis quod magnus Kaan mittit nuncios suos per totam 
terram , ut sciât si gens sua habet aliquod damnum de bladis suis 
aut propter malum tempus aut propter grilos aut propter aliam 
pestem ; et si invenit quod aliqua sua gens habeat damnum ali- 
quod , non accipit eis tributum pro illo tempore vel illo anno 
quo fuit illa talis pestilentia ; imo facit eis dari de suo blado , 
ut habeant ad seminandum et ad comedendum ; et istud facit in 
aestate. In hyeme facit inquiri si alicui suae genti moriuntur bestije, 
et facit similiter et sic substinet magnus Kaan suam gentem. Et 
quando est magna abundantia de blado, ipse facit fieri multas ca- 



( 389) 

iiovas de multis bladis, sicut de frumento, milio , panico , ordeo et 
riso , et eum sic gubernari ut non deficiat vel pcrdatur ; et quando 
est caristia , facit ipsum bladum cxtrahi foras et facit dari pro 
tertio vel pro quarto minori pretio quam constet et quam ven- 
datur. Et per istum modum non potest esse ibi magna caristia ; 
et hoc facit in omni tena ubi habet dominium : facit etiam mag- 
nam caritatem pauperibus qui sunt in Cambalu, et omnibus pau- 
peribus familiis de civitate : quando sunt in familia sex vel octo 
qui non habent quod comedant , ipse facit eis dari bladum ; et 
istud facit dari maximis quantitatibus familiarum. Et non ne- 
gatur panis curise domini alicui qui velit ire pro ipso , et dat 
omni die triginta millia ; et istud facit in toto anno et propter hoc 
adoratur ut deus a toto populo suo. Et similiter magnus Kaan 
facit aliud; quia in viis publicis facit plantari arbores magnas ex 
utraque parte viae , ut mercatores possint ibi requiescere ad 
umbram et non possint perdere viam quando vadunt per loca 
déserta, et istie arbores sunt ita magnae quod bene possunt videri 
a remotis. Or modo intremusin Cathay utreferamus eamirabilia 
quae sunt ibi. 

CAPUT XXVI. 

De potione quœ sit loco vini in provincia Cathay. 

Idem sciatis quod major pars gentium de Cathay bibunt bo- 
num vinum ; et est taie quale dicam vobis. Ipsi faciunt unam 
potionem de riso cum multis aliis bonis speciebus , et parant 
eam tali modo quod est melior ad bibendum quam omne aliud 
vinum ; et est clara et pulcra , et inebriat citius quam aliud vinum^ 
quia est multum calida. 



( 390 ) 
CAPUT XVII. 

De lapidibiis qui ardent ut ligna. 

Sunt etiam in Cathay quidam lapides qui ardent sicut ligna et 
plus tenent ignem quam faciant ligna , et ponendo eos in sero 
in igné , tota nocte tenent ignem , et par totam contractam de 
Cathay non ardent alla ligna ; et isti lapides minus constant , et 
minus consumuntur de eis quam de lignis. 

CAPUT XVIII. 

De fhimine magno Pulinzanghim et pulcherrimo ejus ponte. 

Sciatis ergo quod magnus Kaan misit ambaxiatorem domiiium 
Marcum versus ponentem ; et recessit de Cambalu et ivit versus 
ponentem bcne quatuor mensibus ; et propter hoc computabo 
vobis omnia quae vidit in illa via eundo et redeundo. Quando 
ergo homo rcccdit de Cambalu prope ibi ad decem miliaria , 
invenit ununi flumen quod vocatur Pullnzanghim : quod flumen 
vadit usque ad mare Occianum , et hinc transeunt multi merca- 
tores cum mullis mercantiis. Et super istud flumen est unus 
pulcer pons de lapidibus , et in mundo non est aliquis sic factus, 
qui est longus trecentis passibus et largus oelo , in quo possunt 
ire bene decem milites unus juxla alium; et sunt ibi triginta qua- 
tuor arcus et triginta quatuor murelje in aqua , et est totus mar- 
moreus , et de columpnis faclis ut dicam vobis, quia in capite 
pontis est fixa una columpna de marniore , et sub columpna est 
unus Ico de marmore et desuper unus alius; et isti leones sutit 
multum pulcri et bene facti ; longe ab ista columpna ad unum 
passum , est alia columpna , ncc plus nec minus slans cum duo- 
bus leonibus , et ab una columpna ad aliam est clausura de tabu- 



J 



( '^9^ ) 

lis inarmoreis , coloris grisi , ul nullus possit caderc in acjua ; et 
sic est factus totus pons , et est pulcrior res quae sit in mundo 
ad videndum. Et sic in univcrso sunt in dicto ponte sexcenta co- 
lumpna' cum mille diuentis loonibiis inlcr unarn partcm ctaliam 
ponlis ; el oinnia ista sunt de maiinorc nobilissini". 

CÂPUT XIX. 

Descriptio brevis rujusdain provinciœ qu* vocatur Gioguy. 

El qiiando liomo recedit ah isto ponte et vadit triginta milia- 
riis per ponenlcni, invcnit arbores , villas cl hospilia ; cl iiivenil 
iinam civilatcm quae vocatur Gioguy ; cl ibi sunt niulta blada , 
el génies Lllius contractae suntomnes idolatrae et vivunt de mer- 
canlia cl arlibiis ; cl ibi sunl panni de auro el de sirico cl pulcra 
sindona ; el quando homo transit islam villam, invenil duas vias: 
una vadit versus ponentcm et alia versus scelotum. llla de versus 
poncnlem est de Cathay , et alia vadit versus mare ; et homo 
oquilal per ponenlcui per provinciam de Cathay bcnc deccin 
giornalis , el scinpcr invcnit civilatcs el caslcUa , mcrcanlias et 
pulcras vineas et arbores satis , et domeslicos homines. 

CAPUT XXX. 

De rcgiio Tayaiifii. 

El (jiiando homo disccdil ab isla rivilalc Gioguy cquitando 
decein giornalis, invenil unum rcgnuni quod vocalur Tayanlu. 
Et in capite istius provinciae ubi nos venimus , est una civilas quée 
vacatur Tayanfu ; et ibi sunt mcrcationes et artes mullje , et ibi 
sunt multa ncccssaria ad excrciluiii. Ibi csl innltum de ^^no ; et 
per lolam provinciam de Cathay non csl vinum nisi ibi ; el isla 
dat vinum omnibus provinciis rircum stantibus ; et hic fil mul- 



( 392 ) 

turn de sitico , quia habent multos gelsos unde nutriunt vermes 
qui faciunt siricum. Et quando homo recedit de Tayanfu , cquitat 
per jjonentem bene septem giornatis , per multum pulcras con- 
tractas et villas et civitates et mercationes multas ; et in fine ista- 
rum septem giornatarum invenit villas et unam civitatem quae 
vocatur Pianfu , ubi suiit multi mercatores ; et ibi fit multum de 
siriro. 

CÂPUT xxxr. 

De caslro Caylui el qualiter dominus ejus prodictorie fuit captus et presenlalus 

Presto Johanni. 

Et quando homo recedit de Pianfu et vadit per ponentem 
duabus giornatis , invenit unum pulcrum castellum quod vocatur 
Caytuy, quod fecit fieri unus rex qui fuit vocatus rex Dor. Et in 
isto castelio est unum pulcrum palatium , in quo est una pulcra 
sala, multum bene picta de omnibus regibus qui fuerunt ibi anti- 
quitus : et de isto rege Dor computabo vobis unam pulcram no- 
vellam quae fuit inter eum et Prestum Johanncm. Iste rex erat in 
tam forli loco quod Prestus Johannes non potcrat venire super 
eum ; et habebant guerram simul , et Prestus Johannes habebat 
de hoc magnam iram ; et septem valetti Presti Johannis dixe- 
runt sibi quod ipsi ducerent an te eum regera Dor si ipse vellet 
etiam vivum. Et Prestus Johannes dixit quod volebat libenter. 
Hoc audientes isti valetti , recesseru^t et iverunt ad regem Dor , 
et dixerunt quod erant alienigenae et quod vénérant ad servien- 
dum sibi quomodo sibi placeret ; et ipse dixit eis quod bene ve- 
nissent et quod faceret eis servilium et honorem ; et inceperunt 
isti septem valetti servirc régi Dor valde sollicite , et servitium 
eorum erat multum acceptum régi ; et quando jam fuerunt bene 
duobus annis eum eo , erant valde dilecti ab ipso , propter pulcrum 
servitium quod ei faciebant ; et rex sic faciebat de eis sicut de 



( 3ç,3 ) 

suis filiis propriis; cl viilclc quid leceiunt isti mali v;iletti. Coii- 
tingit qiiod isle rex ibat solatiando cum modica gente , inler quos 
erant isti septem valetti de quibus ipse multum confidebat taii- 
quam de suis filiis propriis. Et quando jam traiisiverunt iiiiuin 
flunien longe a palatio qtiod dictum es Isupra. , isti septem valetti 
videndo qiiod ille rex Dor non habebat talem societatcm quae 
possct etiin dcfcndere, miserunt manus in eum et ceperunt enses 
et dixerunt quod ipsi occiderent eum nisi statim irel cnm eis. 
Rex aulem hoc videns fuit valdc miraliis, et dixit eis sic Quo- 
modo potest hoc esse , fdii mci ? quare facitis mihi hoc, et quo 
vultis quod ego veniam? Àt illi dixerunt: Nos volumus quod ve- 
nias noliiscum ad Prestum Johanncm qui est dominus noster : 
et quando rex Dor hoc intcllexit fcre prie dolorc mortuus est, cl 
dixit eis : lia! boni filii , nonne vos honoravi et sicut filios meos 
proprios vos tcnui? quare me vultis tradere in manus inimici 
mei Presti Johannis ? Et illi dixerunt quod opporlebat ut sic 
esset. Duxerunt ergo eum acl Prestum Johanncm ; et quando 
PrestuS Johannes vidit eum, fuit valdc gavisus , et dixit sibi 
quod maie vcniret ; et ille ncscivit quod diceret prae timoré 
magno quem habnit de eo. Tune Prestus Johannes posuil eum 
ad cuslodiam bestiarum suarum ; et hoc fecit sibi in vcrecundiam 
suam et in suum vituperium ; et sic ille rex Dor custodivit duo- 
bus annis bestias Presti Johannis. Post modum autem Prcsbyler 
Joliannes placatus in corde pepercit sibi , et fecit ipsum venire 
an te se et fecit sibi dari vcstimenta nobilissima regalia, et fecit 
sibi satis honorcm, et dixit sibi quod nunquam esset ausus quod 
faceret guerram sibi. Et rex Dor respondit : Domine , semper 
cognovi quod non eram ad hoc sufficiens ; et circa vos maie me 
habui , me multum pœnilet et promillo in fide una quod ego ero 
semper vester amicus. Et lune dixit sibi Prestus Johannes : Ego 
nolo tibi facerc plus de angustia et de dolore , sed faciam tibi 
graliam cl honorcm ; et fecit sibi parari mullos equos et multos 
arnenses , et dédit sibi societaleni solempnem , et permisit euni 

."ir, 



( 394 ) 

ire. Et ipsc rediit ad suum rcgnum , et cxtnnc fuit suus amiciK 
et sibi boniim vokiit ; et sic contigit régi Dor. 

CAPUT XXXII. 

De flumine magno Calhamelain et regione circonjaccnti. 

Et quando homo discedit ab isto castello et vadit viginti mi- 
liaria versus ponentem , invcnit unum flumcn quod vocatur Ca- 
thametam , quod est ista magnum et amplum et multum profuii- 
dum quod transiri non potest per pontem , et vadit usque ad 
mare Occianum ; et super istud flumeii sunt multîe civitates et 
castella , et sunt ibi mercalores et artifices multi : circa flumcn 
istud per contractam nascitur muUum de gingibcre , et sunt ibi 
tôt aves quod est mirabile , quia pro uno veneto grosso habet 
homo très fasanqs ; et quando homo jam transivit per très gior- 
natas , invcnit unam nobilcm civitatem quae vocatur Cacianfu. 
Gentes ilHus civitatis sunt omnes idolatrae , et omnes illi de pro- 
vincia de Cathay sunt idolatrae ; et sunt ibi magnae mcrcantiae et 
artes , et est ibi multum de sirico : et non est aliud inde di- 
cendum. 

CAPUT XXIII. 

De civitale Guenyafu. 

El quando homo discedit de civilate Cacianfu , equitat oclo 
giomatis per ponentem et invcnit scmpcr civitates et castra et 
mercantias et artes et viridaria et domos ; et tota contracta est 
picna gclsis , ita quod ipsi babcnt multum de sirico ; et gentes 
sunt omnes idolatr;e; et sunt ilii aucupationes et venationcs ; et 
quando homo jam equilavit per istas oclo giornatas , invenlt no- 
bilem civitatem de Guengiafu , qna- est magua et nobilis et est 
caput regni de Guancianfu quod antiquilus fuit bonum rcgnum 



( 3y' ) 

cl poteris , cl uiudo est iiide doininus cl rex l'ilius magni Kaan , 
qui Mangalai est vocatus , el habet coronam. Ista est civitas 
inagnarum mercatiouum et de omnibus fornlmcntis pro exercitii, 
et habcnl de omnilms victualibus abundanciam magnam ; et 
villa tola est ad poiicntem, et suiit omnes idolatrae et extra ter- 
ram est palatiiim Mangalai régis, quod estita pulcrumsicut dicam 
vobis , quia est in una magna planitie ul)i cslMlumen , iacus et 
paludes et fontes in miiltitudine : et habet in circuitu iinum mu- 
rum qui durât quinque miliariis ; et est ille murus totus merlatus 
et bene factus. Et in medio istius mûri est palatium pulcrum et 
magnum ; et babet salas et caméras depictas ad aurum. Istc au- 
tem Mangalai tenet suum regnum in juslilia , et est mullum di- 
lectus ; et ibi sunt magna solatia aucupandi et venandi. 

CAPUT XXXIV. 

De provincia Cuncur. 

Et quando homo recedit a praedicto palatio , vadil per très 
giornatas de pulcra planitie per ponentcm et semper invenit ci- 
vitates et castra , et habent multas mcrcationes el siricum ; et in 
fine istaium giornatarum , invenit homo montes el vallcs quae 
sunt de provincia de Cuncur ; et gentes illius provincia-> sunt 
omnes idolâtrie el vivunt de laborerio terrae , et habent multa 
nemora ubi sunt multae besliae silvestres ; et per totam illam pa- 
Iriam invenit homo multas civitates et castra. 

CAPUT XXXV. 

De provincia Achalech-raangi. 

Et quando homo jam equitavil per viginti giornatas, invenil 
luiam proviuriam cjua' vocalur Achalech-niangi , quae est tota 



( 39li ) 

plcna ; et sunt il)i civitatcs et castra , et gentes illius provincial 
sunt oiTines iilolatrae : isti vivunt de mercationibus et artibus , 
et ista provincia habet tantam quantitatem de gingibre quod 
spargitur per totum Calha sive Cathay ; et fidit inde magnum 
lucriim ; et habent granum et risum et alia blada satis , et est 
dives in omnibus bonis ; et principalis terra vocalur Acbalech- 
mangi , et est dicfcum in lingua noslra unus ex confinibusMangi ; 
et ista contracta durât duobus giornalis ; et in fine istarum gior- 
natarum inveniuntur montes et valles ; et vadit homo bene vi- 
ginti giornatis per castclla et villas : gentes sunt omnes idolâtrie 
et vivunt de fructibus tcrrae et avibus et bestiis ; et sunt ibi leones 
et ursi , lupi, cervi et daini ; et est ibi magna quantitas aliarum 
bestiarum quae faciunt muscatum satis et bonum , quae bestia? 
vocantur guderi in lingua tartarica. 

CAPUT XXXYI. 

De provincia Sindyfu , et quodam ejus pulcro ponte. 

Et quando homo recedit hinc et vadit per viginti giornatas , 
invenit unam provinciam quae vocatur Anchota de confinibus 
Mangi, quœ dicitur Sindyfu; et est maslra civitas et vocatur 
Sindyfu , qua? fuit anliquitus maxima et nobilis civitas , et erat 
ibi unus magnus et dives rex ; et mûri istius civitatis girabant m 
circuitu viginti miliaria. Modo est sic ordinata , quia rex di- 
misit très filios : isti diviserunt civilatem per terlium, et quiiibet 
clausit suam tertiam partcm infra murum primum vigenti miha- 
riorum. Et isti très fiiii sunt regcs et habent magnum posse de 
terris et pccuniam , quia paler eorum fuit multum dives et po- 
tens ; et magnus Kaan destruxit istos filios qui erant très reges , 
et tenet nunc tcrram per se ; et per médium istius civitatis transit 
unum magnum flumen de aqua dulci , quod est largnm médium 
miliare et habet magnam multiludinem piscium et vadit usque 



( ^97 ) 

ad mare Occeanum , et distat marc octuaginta vel centum mi- 
liaria et vocatur Quingiafu : super islud flumcn est maxima quan- 
litas civitatum et caslrorum , et est ibi tanta quanlitas navium 
quod vix polest ci'edi , et transeunt tôt mcrcationes per istud flu- 
men quod est mirabile ; et flumeri est ita largum quod videtur 
unum mare et non flmnen. Et intus in civitate super flumen istud 
est unus pons totus de marmore , et est longus médium miliare 
et latus octo passus ; et super pontem sunt columpnse marmoreae 
qiicK suslinent cooperturam pontis , et est cooperlus ille pons de 
pulcra coopertura et et picta plulcris picturis ; et sunt ibi multae 
domus in quibus stant mcrcatores ; et istae domus sunt sic ordi- 
natiE , quia de mane fiunt cl de sero dcslruuntur. Et ibi in una 
domo qu;e est major quam aliqua aliarum domorum stal camera- 
rius magni Kaan , qui recipit dirictum mercaritiae quae venditnr 
super ponte , et dirictus illius pontis valet quolibet anno bene 
mille bizantos de auro. Gens autcm istius civitatis est Iota ido- 
lâtra : et de ista civitate recedit homo et cquitat per plana et 
montes quinque giornatis , per castella et villas et domos satis ; 
homines vivunt de terra , et sunt ibi besti;E satis sicut sunt Icônes 
et ursi et ali;e besli.ne multae ; et ibi fit pulcrum sendadum et panni 
de auro in multitudine. Et quando jam homo ivit per istas quin- 
que gioi'natas , invenit unam provinciam quasi destructam , qine 
vocatur Tebet , de qua dicemus inferius. 

CAPUT XXXVII. 

De provincia Thebct. 

Thebet est una maxima provincia , et homines illius provinciie 
habent linguam per se et sunt idolatrae et confinant cum Mangi 
et cum multis aliis provinciis, et sunt multum magni latrones; 
et est ita maxima provincia quod sunt ibi octo regnamina et 
multae civitates et castella ; et sunt ibi flumina et lacus et montes 



( 39S ) 

uhi invenitui- aiinim de paliola in magna quantitatc. Esl ibi de 
canela satis, et in ista provincia cxpcndilur coralliis, ot csl ihi val- 
de carus, quia ponunt cum ad collum mulierum suaruin et suorum 
idolorum , et habcnt ipsum pro magno jocali ; et in ista pro- 
vincia sunt giambelloti salis et alii paimi de sirico et auro ; et 
ibi nascuntur niultae spccies quae nunquam fueruiit visa^ in nos- 
tiis contractis : et habent sapicnliores incantatores et astrologos 
qui sint in illa provincia , et faciiint talia opéra daemonuin quae 
non sunt computanda in noslro lil)ro, quia obslupcsrercnt pcr- 
son;e : et sunt malc morigerati : ipsi habcnt canes maslinos , 
niagnos sicut asinos , qui sunt optimi ad capicndum bestias sii- 
vestres. Item nascuntur ibi boni falcones lanerii , et sunt valde 
volantes: et prope dictas quinquc giornatas quas dixi vobis, in- 
venit homo unam provinciam qnani destruxil Mongut, qui fuit 
quintus magnus Kaan, per guerras. Sunt ibi multae villae et castelia 
desiruc'ta , ubi sunt cannje grossae bene quatuor palmis et magnae 
bcnc quindecim passus ; et est ab uno nodo ad alium bene très 
pa!m;i\ Et mercatores et viatorcs accipiunt de illis cannis de 
nocte et faciunt ardere in igné, quae faciunt ita magnum sonitum 
sive schioppum quod omnes leones et ursi et aliae malae bestiae 
timent et fugiunt et non venirent ad ignem pro toto niundo ; et 
accipiunt de istis cannis et scindunt per médium et faciunt ita 
magnum rumorem quod audirentur bene a remotis per quinque 
miliaria de nocte , et est ita horribile ad audiendum quod qui 
non csset consuctus audire valde timerct , et eqni qui non sunt 
consueti expavescunt et frangunt capista et frcna et fugiunt ; et 
istud contingit fréquenter. Imo illos taies equos qui non sunt 
assucti faciunt incapistari sive impasturari de omnibus qua- 
tuor pcdibus , et fassant cis oculos et aures , ita quod non pos- 
sunt audire, et sic e\'adunt bomines se et suas bestias; et quando 
homo vadit per istas contractas bene viginti giornatis , non in- 
venit hospitia ncc victualia ; imo oportet quod homo portet 
secum victualia pro se et pro bestiis suis per omnes istas viginti 



( ^>1)9 ) 
giornatas, sempcr invLMiipiido t'eiaspcssinias cL beslias quie valde 
siint peiiculosje. 

CAPtJT xxxvin. 

De alia provincia Thebet et quadaiii liirpi consiieliiiHrK;. 

Postca invcnit homo domos et castclla satis : et gens illiiis coii- 
tractae habet unam malam consuetudinem , quia habet talcs 
mores maritandi feminas, quia nullus potest acciperc aliquain 
virglnem in uxorem pro toto mundo ; et dicunt quod uihil valet 
nisi sit consueta stare cum multis bominibus ; et quando mer- 
catorcs transeunt per contractas , mulicres vetulaî tencnt suas 
filias super stratas et per hospitia et pcr suas tendas, et stant de- 
ccm , viginti et quadraginta simul et laciunt cas jacerc cum islis 
mercatoribus , et post modum maritant cas ; et quando mercalor 
jam fecit fructum suum , opportct quod dct sibi aliquod gaudio- 
lum sive jocale , ad hoc ut possit ostcnderc quod ali([uis babuit 
facerc secum ; et illa quae plura jocalia potest ostendere citius 
maritatur. Gentcs istae sunt idolatrae et malignie, quae non ha- 
bent pro peccato facere mala etrobarias ; et sunt majores scha- 
rani de mundo. Ipsi vivant de fruclibus terrae et de avibus el de 
bcsliis ; et in illa contracta sunt multae besti;e qu;e faciunt mus- 
cum , et vocantur ill;e bestiae lingua tartarica guderi. Et ista 
mala gens habet multos bonos canes qui capiunt multas bcstias. 
Ipsi non habcnt nec cartas nec monetam de illis magni Kaan , 
scd faciunt ex se ipsis. Isti maie vcstiuntur, quia eorum vestes 
sunt de canavacio et de pellibus bcstiarum et de bocbaraminc ; cl 
habent linguam per se, et vocantur tebet. Et sciatis <]iiod omîtes 
ist?e provincial quce sunt scriptie in libro hoc SLmt sub magno 
Kaan, praetcr illam quie est in principio istius libri, (pia» est sub 
filio Argon sicut ego scripsi. Or modo dicamus de provincia de 
Gayndu. 



( 4oo ) 

CAPUT XXXIX. 

De piovincia Gayudu. 

Gayndu est una provincia versus ponentem , quae non habct 
nisi unum regcm ; et génies illius provinciae sunt idolatrae et 
sunt sub magno Kaan ; et sunt ibi civitates et castella satis ; et 
est ibi unus lacus in quo inveniuntur multae perlae ; et magnus 
Kaan non vult quod inde extrahantur , quia si cxtraberentur, in- 
venirentur tôt quod cssent -sdles et essent ibi pro nihilo : sed 
magnus Kaan facit extrahi solum quando ipse habet necosse ; et 
si quis alius extraheret , perderet personam. Item est ibi una 
montagna ubi cavantur lapides turchiessae in magna quantitate, 
et sunt multum pulcrae et magnœ ; et magnus Kaan non pcrmittit 
cas extralîi sine suo mandato. Et in ista provincia est talis consue- 
tudo de feminis eorum , quia non reputant sibi ad verecundiam 
quod unus forensis vel alla persona jaceat cum uxore sua : imo si 
forensis vel al^s homo vadit ad domum suam , stalim egreditur 
domo et mandat uxori suae quod faciat quiconque ille mandat 
sibi ; et dicunt quod hoc faciunt quia eorum idola habent valde pro 
bono quod faciunt et dant eis multa bona ; et forensis quando 
est in domo ponit unwm signum ad fenestram , scilicet capcllum 
vel aliquid aliud, et vir non revertitur quamdiu vidct signum in 
domo ; et hoc fit per totam illam proviuciam. Isti habent mone- 
tam de tali materia sicut dicam vobis. Ipsi habent aurum in vir- 
gis , et sic pondérant sicut pondérant ad sagium , et non habent 
monetam cugnatam in stampa , et parva moneta sic est facta , 
quia accipiunt sal et faciunt eum coqui , et postea projiciunt 
eum in forma et postmodum pondérant , et pondérât circa me- 
diam libram , et quatuor ex istis valent unum sagium de auro fino ; 
et ista est parva moneta quam expendunt. Ipsi habent bestias 
guderi , quae faciunt muscatum in maxima quantitate ; item ha- 
bent pisces satis et bonos , et trahunt eos de lacu unde ttahunt 



( /.oi ) 

perlas. Item habcnl Icônes, ursos , liipos , dainos cl capriolos , 
et habent de omnibus avibus. Non habent vininn de vineis, sed 
faciunt vinum de grano et riso ciim multis specicbus. In ista pro- 
vincia nascuntur garofoli satis ; et est una arbor parva et facit 
frondes sicul laiirus , sed aliquanluluni magis hingas et magis 
strictas ; florem facit album et parvum sicut garofolum. Ipsi ha- 
bent zenzabrum, canellam et alias species satis, quae non veniunt 
in nostram contractam : et de ista provincia non dicam vobis 
ulterius. El quando homo reccdit ab istaprovincia Gayndu , equi- 
tat bene decem giornatas per castella et civitates ; et est gens tota 
de isto modo et moribus. Postquam homo transivit decem gior- 
natas, invenlt unum flumcn quod vocatur Ligays ; et ibi finitur 
provincia de Gayndu. Et in isto fliimine invcnitur magna quan- 
titas auri de paliola, et ibi est canella satis , et intrat mare Oc- 
cianum. Or modo dicamus de una provincia quae vocaliir Ca- 
raiam 

CAPUT XL. 

De provincia Caraiaiii. 

Quando homo recedit et transivit istud flumen , intrat in pro- 
vinciam de Caraiam ; et ista est ita magna provincia quod habet 
septem régna versus ponentem ; et gcntes illius provinciœ sunl 
omnes idolatrae , et sunt sub dominio magni Kaan , et rex illius 
provincia' est (ilius magni Kaan, et vocatur Essctemur, et est 
magnus , divcs et potens ; et tenet bene terram suam in justitia , 
et est probus in armis. Et (juando homo transivit flumen quod 
dixi vobis et equilavit quinque giornatis , invenit civitates et cas- 
tella satis. Ibi nascunlur nudlum boni cqui ; et homines istius 
contractîE vivunt de bestiis cl de terra , et eorum lingua est mul- 
tum gravis ad intcUigendum; et in fine istarum quinque giorna- 
tarum invcnilur mastra civitas , et est caput regni et vocatur 
Jacim , multum magna et nobilis. Et ibi sunt multi mercatorcs 

5i 



( 4«2 ) 

et milita' artes: suiit ibimultie septœ hominum , quia siint ibi sa- 
raceni -et idolalr.ne et cln-istiani ncstorini : et ibi est ilo f:,rano et 
riso satis , et est contracta multum infirma. Faciunt vinuin de 
riso et speciebus et incbriat hominem quando bibitur de eo plus 
(]uam debeat Ijibi; et expendunt pro moncta porcellanas albas 
(ju;v inveiiiuntur in mare , et valent octuaginta porcellan;p uniim 
sagiiim de auro fino. Ipsi habent multas salinas sive muitos pu- 
teos salsos, unde trabitur multum de sale de quo habet tota con- 
tracta , et de islo sale rcx habet multum de lucro. Nec curant si 
unus jaceat cuin feniina allerius dummodo sit sua voluntas. Ibi 
est lacus qui durât centum miliariis , et sunt ibi multi pisces et 
magni , meliores de mundo. Ipsi comedunt carnes crudas et om- 
nes carnes quarumcumque bestiarum. Ipsi vadunt ad macellos , 
et quando inveniunt budellas porcorum et castronum , ponunt 
eas in salsa de alliis et comedunt , et sic faciunt de omiii carne; 
sed nobiles bomines comedunt bene carnem crudam , sed fa- 
ciunt eam incidi minute etsic comedunt eam. Or modo dicemus 
de provincia de Caracham , de qua dixi vobis superiiis. 

CAPUT XLI. 

De provincia Caracham et magnis serpenlibus. 

Quando homo recedit de civitate Chiaci et vadit per ponen- 
tem decem giornatas , invenit provinciam de Caracham ; et est 
mastra civitas regni et vocatur Caracham. Gentes illius provin- 
ciae sunt omnes idolatrae et sunt sub magno Kaan ; etrex istius 
provinciae est filius magiii Kaan et vocatur Cogacin : in ista pro- 
vincia invenitur aurum de paliola in flumine , et super montana 
invenitur magis grossum quam de paliola. Ipsi dant unum sagium 
de auro pro sex de argento. Item ibi non capiunt pro uxoribus 
virgines sicut dixi vobis supcrius ; et in ista provincia non inve- 
niuntur istre porcellanœ , imo veniunt de India. Et in ista pro- 



( 4"3 ) 

vincia nascitur magnus coluhcr et inagiii serpentes , qui sunt ita 
maximi quod omnes qui vidèrent mirarentur ; et sunt valde hor- 
ribiles ad videndum , quia sunt longi decem passus et grossi de- 
cem palmis ; et isti sunt maximi , et habent propc caput duas 
gambas, et non lialjcnt pedes salvo quod habent unam ungulam 
factam sicuthabet leo : postirus slve secessus est mnlluni magnus; 
nasus ejus est magnus sicut unus panis : os ita magnum est quod 
deglutiret unum hominem totum simul: dentés habet maximos , 
et est ita ferum quod non est homo nec bestia quœ non timeret 
eum ; et adhuc sunt ilti minores , id est de oclo passibus et de sex : 
modus autem capiendi eos est iste , quia ipsi morantur de die sub 
terra in suis cavernis propter magnum calorem qui est ibi , et de 
nocte exeunt ad ])ascendum et capiunt omnes bestias quas possunt 
habere , et vadunt ad bibendum ad flumen et lacum et ad tontes : 
et sunt ita magni et ita grossi (juod quando vadunt ad bibendum 
sive ad comedendum vel pascendum , faciunt in arenaunde vadunt 
talem foveam quod videtur quod indc transiverit una magna ve- 
, ges. Vcnicntesaulem (jui volunl eum capere vident viam unde tran- 
sivit de nocte , et faciunt unum pakim de ligno grossum et fortem, 
et in illo palo fmgunt unum pabmi de azagio factnm sicut est 
unus rasorius, et cooperiunt eum sablone et de istis lalibus pabs 
faciunt nudtos. Et quando cohdjer venit per istum iocum et pcr- 
cutit se in isto ferro, perciitit sic fortiter quod scinditur ab uno 
laterc ad aliud et usque ad umbilicum , ita quod statim moritur ; 
et accipiunteum statim et trahunl sibi fcl et vendunt eum mul- 
tum carum , quia est optima medicina ad morsum canis rabidi , 
dando sibi biberc unum pondus unius denarii , et statim libera- 
tur ; et quando domina non potest parère , datur sibi ad bibendum 
de illo felle , et slalim parit. Item valet ad nascentias , quia si po- 
natur istud fel , statim liberatur homo ; et propter ista istud fel 
est valde carum in partibus illis. Caro autem venditur , quia 
est valde bona ad comedendum. Et iste serpens inlrat in speluncas 
leonum et comedit eorum tilios si potest eos habere. In isia con- 



( 4o4 ) 

tracta sunt maximi equi , et miilti vadunt in Yndiam , cl iiicidunt 
eis duos vel très nervos de cauda ut non percutiant liominem 
cum cauda quando cquitat , quia consuevenint facere rem valde 
turpem. Ipsi equitant sicut faciunt Gallici cum staffis longhis , et 
hahent mazas turchiescas et coracias habent de corio bufalino , 
et habent balistas et tosicant omnes sagittas , et habent talem 
consuetudinem , quod antequam magnus Kaan ibi dominarctur , 
si contiguisset quod aliquis hospitaretur in eorum domo , qui 
esset gratiosus et pulcer et sapiens, occidebant eum cum veneno 
vel cum alia re ; et istud non faciebant propter monetam nequc 
proptei- aliquod odium quod haberent contra eum ; scd dicebant 
quod tota sapientia illius et gratia renianebat in domo eorum. 
Et postquam magnus Kaan conquestavit ea , quae sunt modo 
triginta quinque anni , non fecerunt nec faciunt plus propter ti- 
morem magni Kaan. Or dicamus de alia provincia quae vocatur 
Ardandam. 

CAPUT XLII* 

De provincia Ardandam. 

Quando homo recedit de ista provincia et vadit per ponen- 
tem , invenit unam provinciam quae vocatur Ardandam ; et 
on^nes de illa provincia sunt idolatme, et sunt sub magno Kaan. 
Ista gens habet formam de auro ad omnes dentés , tam ad supe- 
riores quam ad inferiores , ita quod omnes dentés eorum viden- 
tur aurci ; et istud faciunt homines et non mulieres. Homines 
sunt omnes milites secundum eorum consuetudinem , et nihil 
faciunt nisi quod vadunt in exercitus : dominse eorum faciunt 
omnia facta eorum' cum sclavis quos habent. Et quando aliqua 
domina facit filium , maritus stat in lecto quadraginta diebus, et 
gubernat puerum ; et hoc faciunt quia dicunt quod domina mul- 
tum laboravit in fdio , el propter hoc volunt quod quiescat , 
excepto quod oportet quod lactet fdium ; et de nullo alio intro- 



( 4o5 ) 

miltil seplusdcfilio; cl omiies amlci vcniunt ad islum ad fccluiii. 
et faciunl magnum feslum simul ; et mnlicr surgit de lecto et (acit 
necessaria domus , et servit viro in leclo. Isti comedunt omncs 
carnes crudaset coctas etrisum coctum cum carnibus ; vinum fa- 
ciunt de riso et speciebus valde bonum; monetam habcnt de auro 
et de porceilanis , et dant unum sagium de auro pro quinque de 
argento , quia non habent argentarias prope ad quinque giorna- 
tas ; et de hoc faciunt lucrum magnum mercatores. Ista gens non 
habet idola nec ecclesias , sed adorant majorem de domo , et 
dicunt. Lslius sumus , et iste est nostcr dcus. Isti non liabcnt lit- 
teras nec scripturas ; et hoc non est mirum , (juia stanl in loco 
multum inusitato , quia non potest iri illuc in aestate propter 
aercm qui est ibi ita corruptus et pestilens quod nullus forcnsis 
potest ibi vivere : quando habet facere unus cum alio , facit 
choccas de ligno sivc charageas , et unus mercator tenct unam 
choccam et alius aliam. In omnibus istis provinciis , non est ali- 
quis medicus ; sed quando habcnt aliquem infirmum , millunt pro 
magis et incantatoribus diabolorum ; et quando vcniunt ad infir- 
mum , incantant sibi malum et puisant instrumenta et cantant 
et ballant ; et quando ballaverunt aliquantulum , unus istorum 
magorum cadit in terram cum spuma ad os et fil scmivivus , et 
diabolus intrat corpus ejus ; et stat quasi mortuus , et alii magi 
petunt ab isto semivivo de infirmitate infirmi ; et diabolus qui 
intravit corpus ejus respondet per os illius magi , et dicit quia 
hoc habet quia fecit alicui displicere ; et magi dicunt: Volumus 
ut sibi parcas, et da de tuo sanguine , et sta in pacc quamdiu res- 
tauraberis de illo : si infirmus débet mori , semivivus dicit : Ipse 
fecit displicere tali spirilui qui non vult ei parcere pro aliqua re 
de mundo : si infirmus débet liberari , dicit spiritus qui est in 
corpore magi : Accipiatis tôt montoncs et potagium valde ca- 
rum, et faciatis sacrificium tali spiritui ; et quando consanguinci 
infirmi audiunt quod infirmus debeat liberari , faciunt omnia 
quie dicit spiritus, (juia occidunt montones et spargunt sangui- 



( 4o6 ) 

nem pro sacriticio ubi dicitur eis ; et poslca faciunt coqui mon- 
toncs , unum vel plures in donio infirmi ; et ibi sunt multi de 
istis magis masculi et femiiice , et ducit lot quot dicit spiritus ; 
et quando montonus est coctus et potagium est preparatum et 
gens est congregata , tune incipiunt ballarc et cantare et proji- 
ciunt de brodio per domum , et habent incenssum et mirram et 
suffumicant et illuminant totam domum. Et quando jam hoc 
fecerunt per aliquam horam, tune inclinât unus alteri, et petunt 
a spiritu si est adhuc indultum infirme ; et ille respondet : Non 
est sibi adhuc indultum , faciatis adhuc taie quid , et sit sibi in- 
dultum : facto autem hoc quod praecepit, ipse dicit ipsi : Liberatur 
incontinente!' ; tuncdicunt : Spiritus ipse estbene de nostra parte, 
et faciunt magnum gaudium et comedunl illum montonem , 
et quilibet revertitur ad suani domum , et infirmus statim lil)c- 
ratwr. 

CAPUT'XLIII. 

De preelio magno quod fuit inter Tartaros et regem Mien , et de vicloria 

Tartarorum. 

Modo computabo vobis unum bellum maxinum quod fuit im- 
médiate in provincia praedicta, occasione regni Caraiam de quo 
diximus vobis superius et regni \ ociam , inter Tartaros et regem 
Mien ; et dicam vobis quomodo fuit. Anno Domini mcclxxu , 
magnus Kaan misit unum suum magnum principem qui voca- 
batur ISescardin cum duodecim millibus militibus ad custodiam 
provinciae Caraiam ; et erat iste princeps ISescardin homo pru- 
dens et probus valde in armis et astutus in bellis ; et illi milites 
qui erant cum eo erant probi et fortissimi bellatores. Or rex 
Mien et rex Bangilla audientes adventum istius principis et mili- 
tum ejus , habuerunt timorem magnum , timcntes ne forte ve- 
nissent invadere terras eomm ; et paraverunt se ut se defen- 
derent ab eis et congregaverunt gentem magnam , et fecerunt 



( 4o7 ) 

milites et pedites circa sexaginta inillia. Insuper isti duo leges 
habuerunt duo milia elefantes beiie armâtes et paratosad bellum; 
et quilibet de istis elefantibus habebat super se unum castruni 
ligiieum , et in quolibet Castro crant duodecim vel quindecim 
aut sedecim homines bcllatorcs , bene armati et parati ad bellum. 
Tune rex Mien venit cum pra?dicto exercitu versus civitatem 
Vociam ubi erat exercitus Tartarorum , et quievit in illa planitic 
cum toto exercitu ad très dictas versus Vociam. Audicns hoc Nes- 
cardin timuit , eo quod habebat valde parvum exercitum in 
comparatione exercitus régis Mien ; sed praetendit omnino se 
in nullo timere , eo quod ipse habebat secum homines fortes et 
valentissimos bellatores; et statim cgressus est illis obviam ad 
planitiem Vociam , et ibi posuit campum suum prope unum mag- 
num nemus in quo crant arbores maximae , quia sciebat quoil 
in illo nemore nullo modo poterant ingrcdi elefantes. Vidcns rex 
Mien exercitum Nescardini , venit ut invaderet exercitum illius. 
Tartari autem multum audacter vcnerunt illis obviam, et quando 
equi Tartarorum viderunt elefantes cum castris ligneis super se , 
qui erant constituti et ordinati in prima atie tanto pavore 
fuerunt pcrtcrrili, quod milites qui erant super equos nec vi nec 
aliquo ingenio potuCrunt eos illis elefantibus proximos facere; et 
tune statim descenderunt omnes de equis et ligaverunt cquo.'- 
suos ad arbores nemoris , et redicrunt pedites ad aciem elefan- 
tum , et ceperunt eos sagiltare fortissime sine aliquo remedio. 
Illi vero qui erant in campestribus elefantum bellabant fortiter 
contra eos ; sed Tartari erant valentiores eis et magis erant as- 
sueti ad ptignam : unde Tartari vulneravcrunt multum graviter 
cumsagittismultitudinem elefantum; propter quod elefantes metu 
sagittarum ceperunt fugam , et ingressi sunt omnes cursu velo- 
cissimo in nemus proximum , nec potuerunt restringi vel prohi- 
beri à suis rectoribus vel gubernatoribus ab ingi-essu nemoris , 
et diviserunt se in nemore unus ab altero hue et illuc , et aibo- 
res nemoris omnia castra lignca quae crant super eos confrege- 



( 4o8 ) 

runl ; erant enim arbores magnse et valde spissae. Yidentes hoc 
Tartari, statim cucurrerunt ad equos suos qui erant ligati ad ar- 
bores nemoris ; et ascendentes equos , dimissis elefantibus , Mien 
régis irruerunt in acies : invaserat enim timor magnus rcgem 
et exercitum ejus , eo quod videbat dissipatam acicm elcfantum; 
et fuit illud prselium valde durum et forte ; et postquam uterque 
exercitus ejecerunt sagittas quas habebant , miserunt manus ad 
spadas cum quibus durissime pugnaverunt , et multi ex utraque 
parte mortui sunt in bcllo. Tandem autem rex Mien , cum omni- 
bus suis qui evaserant de bello , arripuit fugani ; quos Tartari 
insequentes , multos ex fugientibus occiderunt. Quibus omnino 
mortuis vel fugatis , redierunt ad nemus ut carperent elefantes , 
sed non poterant capere quemquam ex ipsis , nisi juvisscnt eos 
quidam ex hostibus quos ceperunt , auxilio quorum habuerunt 
ex eis circiter ducentos : ab hoc praelio in antea cepit magnus 
Kaan habere elefantes pro suis exercitibus , quos prius pro exer- 
citu non habebat. Post hsec devicit magnus Kaan terras régis 
Mien, et subjugavit eas suo dominio. 

CAPUT XLIV. 

De quadam alia contracta ejusdem provinci;»-. 

Quando homo recedit ab ista provincia Caraiam, descendit per 
unum magnum descensum , ita quod bene itur per duas giornatas 
et dimidiam tantum per descensum ; et in illo descensu non est 
aliquid ad narrandum , salvo quod est ibi una magna platea in 
qua fit forum certis diebus anni ; et illuc vadunt multi merca- 
tores de diversis contractis et partibus , et quilibet portât aurum 
vel argenlum ad cambiandum ; et illi qui portant aurum dant 
unam unciam auri pro quinque argenti. Nullus potest ire in illo- 
rum contractas , ita sunt mate intratae , et nullus potest scire ubi 
stant , quia nemo potest ire ad eos. Quando autem jam homo 



( 4"9 ) 

fecit istas duas giornatas, invenit uiiam jiroviiiciam quai est in 
confinibus Yndiîe versus meridiem , quse vocatur Anniz; deindc 
vadit homo quindecim giornatas per locum non habitatum ubi 
sunt multai silvie et nemora ; et ibi sunt eicfantes et uniconii 
satis et alise bestise niultae salvatichae. 

CAPUT XLV. 

De civilate Miun el sepulcro piilceiriino Régis. 

Et (juando homo exit de hac provincia et eijuital quindecim 
giornatas , per isla ita di versa loca, invenit unani civitatein valde 
magnam quae vocatur Mien ; et gens illius civitatis tota est ido- 
lâtra, et sunt sul) magno Kaan, et habcnt linguam per se. Et in 
ista civitate est una res valdc nobilis ; quia antiquitus fuit in ista 
civitate unus rex muitum dives ; et quaiido vcnit ad mortem , 
dimisit in suo testamento quod post mortem suam deberent fieri 
àuis tunes, una de auro et alia de argcnto ; et istuî sunt fact;e 
sicut dicam vobis; quia sunt altae bene dcccm passus et grossie 
siciit convenit illi altiludini ; et lurris est tota de lapidibus, coo- 
perta de foris tota de auro, quod est ibi grossum bene unum di- 
gitum. Itaque videndo eam videtur tota de auro ; cl desuper 
est rotonda , et illa rotonditas est plcna campanellis de auro ; et 
quotiens ventus percutit illas campancllas facit eas pulsari. Alia 
autem est facta similiter et per cumdem modum de argento cum 
campanellis de argento ; et istas turres fecil fieri ille rex pro sua 
magnitudine et pro sua anima , et est pulcrior res ad vidcndum 
de mondo et majoris valoris. Et in medio islarum duarum tur- 
rium fecit fieri sepulcrum suum , ubi nunc estsepultus. Et quando 
magnus Kaan conquestavit illam civitatcm , dixit omnibus istrio- 
nibus quos habcbat in sua curia.quod volebat ut irent ad conques- 
tandum istam provinciam etdaret eis in socios illos de Cancita et 
illos de Doydc. Joculatores dixerunt quod volebant ire libenter, 

52 



( 4"^ ) 

Venerunt jotulatures cum isla gente, et ceperunt istam provin- 
ciam. Qiiando jam fuerunt ad istam civitatem et viderunt ita 
pulcram rem , misenint dicendo magno Kaan pulcritudinem ista- 
rum turrium et modum quomodo et quare fuerunt factae ; et si 
volcbat quod destruerentur, Magnus Kaan audiendo hoc misit 
dicendo quod non tangerentur , quia ille rex fecerat fieri pro 
anima sua et per suam magnitudinem ; et hoc non fuit magnum, 
quia nuUus Tartarus tangit aliquid alicujus mortui. Isti de ista 
provincia habent elefantes et bovcs silvestres satis. Or dicamus 
de alia provineia qure vocatur Bangala. 

CAPUT XLYI. 

De provincia Bangala. 

Est una provincia versus meridiem quam , anno Domini 
MCCLXXXX , dum ego Marchus eram in curia magni Kaan , adhuc 
non conquistaverat , sed semper erat ibi exercitus pro ipsa 
vincenda. In ista provincia est rex, et habent suam linguam ; 
et sunt pessimi idolâtra?, et sunt ad confines Indiae , et ibi 
sunt multi herniosi. Barones illius contractae habent bovcs ma- 
gnos sicut elefantes , sed non sic grosses : ipsi vivunt de carnibus 
et riso. Ibi est copia maxima de bambace , et faciunt inde magnas 
mercationes. Ipsi habent spicam et galanga, zenzaurum , zuca- 
rum et multas alias caras species. Ad isluni locum veniunt multi 
sclavi, et mercatores vendunt et emunt multos , et castrant eos 
et postea ducunt eos ad vendendum ad alia loca. 

CAPUT XLVII. 

De provincia Talugigia. 

Galugigla est una alia provincia versus levantem , quae habet 
regem ; et gentes illius provinciœ sunt omncs idolâtra? et habent 



( 4>0 

linguam per se. Ipsi siiiil sub magno Kaari , et omni anno faciuiit 
sibi tributum ; et isle rex est sic luxuriosus quoil habet bene qua- 
dringcntas u\orcs , quia statim cum scit unam pulcram mulierem 
in contracta, statim accipit eam in uxorcm. Hic invcnitur mul- 
tum de auro et car?e species ; et sunt longe a mari, et ideo eorum 
mercationes parunt valent. Ipsi habent multos elefantes et alias 
bestias satis , et vivunt de carnibus et riso : niasculi et feminie 
depingunt se omnes , masculi ad aves etfcmin;p ad anguilas et ad 
alias diversitates , et depingunt multum manus et corpus et omnia 
membra ; et hoc faciunt proptcr majorem nobilitatem , et qui 
plus habet de istis picturis plus est nobilis. Or dicamus de alia 
provincia qucC vocatur Amu. 

CAPUT XLVTTI 

r)e provincia Amu, 

Amu est provincia versus levantcm. Isti sunt sub magno Kaaii, 
et sunt omnes ydolatrae. Isti vivunt de bestiis et de terra , et 
habent linguam perse. Dominae eorum portant ad brachia et ad 
gambas brazalia de auro et de argento magni valoris , et homi- 
nes portant meliora et magis cara. Ipsi habent bonos equos et 
satis, et illi de india faciunt inde magnas mercationes : ipsi abun- 
dant in bobus et bubalis et in vaccis , quia habent multa loca 
ad hoc , et habent ad vivendum de omnibus ; et de Amu usque 
ad Gagugigu quae est rétro , sunt quindecim giornatœ , et inde 
ad Bangala quae est tertia provincia , sunt viginti giornatae. Or 
eamus ad aliam provinciam quae vocatur Tholomam , quae dis-» 
tat ab ista octo giornatas versus levantem. 



( 4-2 ) 

CAPUT LIX. 

De provincia Tholomam. 

Tliolomam est una provincia versus levantem. Gens tota illius 
provincicE est idolâtra et habet linguam per se , et sunt sub 
magno Kaan. Isti sunt pulcra gens, jion bene albi sed bruni, et 
sunt boni homines pro armis , et habent satis civitates et castella; 
et habent maximas montagnas et fortes ; et quando moriuntur 
faciunt ardere sua corpora , et ossa quae non possunt comburi 
ponunt in cassis et portant ad montagnas , et faciunt ea stare sus- 
pensa in cavernis illarum montagnarum , ita quod nec homo nec 
bestia possit ea tangere. Hic invenitur satis de auro : moneta 
parva est de porcelJanis , et sic onines islse provinriae expendunt 
aurum et porcellanas. Hic sunt pauci mercatores , et sunt divites 
et vivunt de carnibus , lardo et riso , et habent nniltas bonas 
species. 

CAPIT L. 

De provincia Cyngui. 

Cyngui est una provincia versus levantem , quia quando homo 
recedit de Toloman , vadit duodccim giornatis super ununi flu- 
men ubi sunt villae et castella satis ; et non sunt ibi aliqua ad 
dicendum. In capite duodecim giomatarum , invenit homo civi- 
tatcm Funilgul ; et ista est multum nobilis et magna. Ipsius ho- 
mines sunt omnes idolatrae , et sunt sub niagnoKaan. Isti vivunt 
de mercationibus et de artibus , et faciunt pannos de cortice ar- 
borum , et sunt pulcra vestimenta in aestate. Isti sunt liomines 
pro armis : non habent monctam nisi cartas magni Kaan. Sunt 
ibi tôt Icônes quod si homo dormirel de nocte extra donium , 
statim occideretur a leonibus et comederetur ab cis ; et de nocte 



( 4>3 ; 

quando barelia vadil pci- fliinicn , si non esset bcno icmota a 
terra , Icoiics occidercnl liominos ; scd homincs sciunt sibi bcnc 
cavcrc. Lconcs sunt ibi maxinii et pcriculosi ; et vidclc mirabile, 
quia duo canes de illa contracta vadunt super unum magnum 
leonem et occidunt eum , ila sunt ardili : et dicam vobis quo- 
modo. Quando unus homo est in equo cum duobus de islis cani- 
bus , statim quod canes vident Iconcm , projiciunt se super eum 
unus ante et alius rétro ; et sunt ita asluli et agiles quod Ico non 
tangit eos, quia Ico respicil nuiUiim ad hominem , et leo recedit 
et vadit ut invcniat arborera ad quam ponat renés ut ostendat 
visum canibus ; et canes sunt sibi semper prope cossias, et fa- 
ciunt eum volvere modo hue modo illuc ; et homo qui est in 
equo sequitur cum pcrcutiendo cum sagitlis , et sic leo cadil mor- 
tuus , ita quod non polcst se defendcre ab uno liominc in c(juo 
et a duobus canibus. Isti homines de ista provincia babcnt salis 
de sirico , et per istud flumen vadit multa mercantia ad omnein 
partem per rames istius fluminis. 

CAPUT LI. 

Do civitatibus Guingui, Tanicafaiii. Ciunglu el Ciangll. 

Eundo autem super istud flumen duodecim giornatas , in- 
venit homo civitates et castclla satis. Gentes istius provinciap sunt 
idolâtra;, cl sunt sub magno Kaan; cxpcndnnt monctam de car- 
lis : Aliqui siinl ibi boni pro armis , alicpii sunt mcrcalores et 
arlificcs. In fmc duodecim giomatarum , invenitur Sindyfu <b" 
qua iste liber fecit mentionem superius. In fine duodecim gior- 
natarum , homo cqnitat bcne septuaginta giornalas per terras et 
provincias de quibus loquilur islc liber su[)ra. in fine sepliiaginla 
giornatarum , invenit homo Guingui ubi nos fuimus. De Guingui 
recedit homo et vadit quatuor giornatas , et invenit civitates et 
caslella satis. Ipsi sunt arlifices el mcrcalores , el sunt snb mayno 



1 



( 4'4 ) 

Kaan , et habent monetam de caria. In fine duodecim giorna- 
taium , iiiveiiitur Tacanfam civitas quae est de provincia de 
Catha ; et dicam vobis suas condictiones sicut poteritis audire , 
quue sunt istae : Tacanfam est una civitas nohilis versus mcridiem; 
gentes sunt omnes idolatrae, et snnl sub niagno Kaan, et faciurit 
comburi sua corpora quando sunt mortui. Sunt mercatorcs et 
artifices, liabcnt satis de sirico et faciunt sendada et pannos de 
sirico satis. Or transeamus ad aUam civitatem quie vocatur 
Ciunglu. Ciunglu est una magna civitas de provincia de Catha ; 
et gentes sunt idolâtrie , et sunt sub magno Kaan : monetam ha- 
bent de cartis ., et faciunt ardere corpora sua cum sunt mortui. 
Et in ista civitate fit sal in maxima quantitate ; et dicam vobis 
quomodo fit. Ibi est una terra multum salita , et faciunt inde 
magnos montes ; et super istos montes projiciunt multam aquam 
ita quod aqua vadit de subtus. Postca istam aquam faciunt bul- 
lirc in magnis caldariis de ferro , et ista aqua sic bulHta fit sal 
album et mlnutum. Et de isto sale portatur ad multas partes. 
Ciangli est una civitas de Catha , et tota gens est idolâtra , et sunt 
sub magno Kaan et habent monetam de carta. Est autem longe 
a Ciunglu quinque giornatis, semper invenicndo civitates et cas- 
tella. Per médium istius terrœ vadit magnum flumen ; et est ibi 
multa mercantia de multis speciebus et de aliis rébus. 

CAPUT LU. 

De civitate Condlfu. 

Condifu est una magna civitas et nobilis , et magnus Kaan eani 
conquestavit per \-im armorum , et adhuc est nobilior civitas 
illius provinciae. Ibi sunt maximi mercatores. Ibi est tantum de 
sirico quod est mirabile. Ibi sunt viridaria et multi fructusboni, 
et est civitas multarum deliciarum et magnae delectationis ; et 
ista ci\Ttas habet sub se quindecim civitates magni ponderis 



( 4i^ ) 

quae sunt omncs magnarum mercatiomini : unde est civitas 
magni honoris et magnœ dignitatis ac magni valoris. Et in anno 
Domini mcclxxiii , magnus Kaan dcdit uni suo baroni bene sep- 
tuaginta milia equitum ut iret ad islam civitatcm ad eam custo- 
diendum et salvandum ; et quando dictus baro stetit in ista con- 
tractreuno tempoie , ordinavit cum certis hominibus illius con- 
tractpe faccre proditioncm domino suo et rebellavit sibi. Quando 
magnus Kaan hoc scivit ,misit duos barones suos cum multa gcnte 
contra dictum proditorem ; et cum fueiunt ibi prope , proditor 
sentiens de eorum adventu exivit extra obviam eis cum ista gente 
quam habcbat , qui erant bene ccnlum millia equitum et muiti 
pedites tam de illis de terra quam de biis quos secum duxerat ; 
et ibi fuit maximum prselium inter dictum proditorem et illos 
duos barones quos miserat magnus Kaan. Proditor fuit mortuus 
in illo bcllo et muIti alii , et omncs illos de terra qui erant culpa- 
biles magnus Kaan fecit occidi , et aliis pepei'cit vitam. Or dica- 
mus de Singui quae est alia contracta. Quando homo recedit de 
Condifu et vadit per très giornatas versus meridiem ,invenit ci- 
vitates et castclla satis , et venationes et aves satis , et de omnibus 
rébus invenit magnam abundantiam ; et in fine trium giornata- 
rum,invenit homo civitatem de Singui, quae est nobilis, magna et 
pulcra , et est de magnis mercalionibus et de multis artibus ; et 
tota gens illius civitatis est idolâtra , et sunt sub magno Kaan ; 
monctam habcnt de carlis. Et habcnt unum flumen quod est 
magn.ne utilitatis, quia' homines illius contractae flumen quod Acnit 
de versus meridiem diviscrunt in duas partes; una pars vadit ver- 
sus levantem, et alia pars versus ponentem, id est versus Catha ; et 
ista terra habet ita magnum numerum navium cjuod est mirabile 
etnonsuntmagnae naves ; et cum islis navibus ad istas provincias 
portant et adducunt magnas mercationes, ita quod est mirabile 
credere. Quando autcm homo recedit de Singui et vadit per me- 
ridiem octo giornatis , invenit civitates et castella salis magnas 
et divites Gentes sunt omnes idolâtrie , et sunt sub magno 



( 4'fi ) 

Kaan , et comburunt corpora sua cum moriuntur : eorum mo- 
neta est de cartis. In fine octo giornatarum, invenit homo unam 
civitatem quae vocatur Lingui , civitas est multum nobilis et 
magna , et sunt homines armorum ; et sunt ihi artes et merca- 
tiones. Ibi sunt bcstiae et res satis ad comcdenduna et bibendum. 
Quando homo recedit de Lingui , vadit per très giornatas per 
meridicm , et invenit civitates et castclla satis ; et sunt sub magno 
Kaan. Gentes sunt omnes idolâtrie , et faciunt ardere corpora 
moituorum. In capitc islarum trium giornatarum, invenit homo. 
unam civitatem vaide bonam quae vocatur Pingui. Ibi sunt om- 
nia necessaria ad vivendum ; et dat ista civitas magnum profec- 
tum magno Kaan. Quando homo recedit de Pingui et vadit 
duabus giornatis versus nieridiem per pulcras contractas et di- 
vites in omnibus bonis , in fine dictarum duarum giornatarum 
invenit civitatem de Cingui qu<je est multum magna et plena 
mercantiis et artibus. Gens est tota idolâtra, et faciunt comburi 
corpus mortuum : moneta eorum est de carta , et sunt sub magno 
Kaan. Habent multum de grano et blado ; et quando homo re- 
cedit hinc , scilicet de Cingui , invenit civitates , villas et castella 
et pulcros et bonos canes et satis de blado ; et sunt sicut sunt 

superLores. 

I 

CAPUT LUI. 

De flumine magno Carainora quod transit de terris Presbyterl Johannis. 

In fine duarum giornatarum , invenit homo magnum flumen 
quod vocatur flumen de Caramora , quod venit de terris Près- 
ti Johannis. Istud flumen est bene largum unum miliare, et 
est profundum , ita quod per illud flumen bene potest ire una 
magna navis ; et sunt in isto flumine bene quindecim millia na- 
vium quae omnes sunt magni Kaan , pro portando res suas quando 
vadit ad insulas maris ; et mare est propc ad unam giornalani. 



( 4'7 ) 
Et quaelibct istaruin iiaviimi >ull quiiidecini marinarios , et por- 
tât quindccim cqiios ciirn hominibus suis cl rum rébus cis ncccs- 
sarijs , et vidandas. Quaiido boino jani transivit isliid flumon, 
intrat in mafjnain provint iaiii de Maii^i ; et dicain quomodo 
conquestavit cam magnus Kaan. 

CAPIT LIV. 

De iiobllissinia [)rovliiria <!<■ Mangi , et qualiter liayam sulijugavil ( cain l 

magno Kaaii. 

In magna pi()>incia de Mangi eral doniinus et rcx Mfjniim' 
ïacfur, et a magno Kaan extra, erat major dominus de mundo et 
plus potens de pecunia et gentibus ; sed non sunt génies armo- 
nmi, fjiiia si fuissent boni ))ro arniis babebani ila forlcni rontiac- 
tani (jiiod iiiMKjiiani peitlidissenl cam , quia Ici la; illius pro\ incia' 
de Mangi siint omnes circundat.Te aquis multum profundis, ner 
potcst iri nisi per pontes ad cas ; ila quod magnus Kaan misit 
illuc vinum suum barnncm qui \ocalur Balur Bayani Cinasar , 
lioc est diccrc Dayam ccntuni oculi ; et fuit in anno Domini 
Mcci.xxiii. Et rex de Mangi habebat per suam astrob)giani quod 
sua terra nunquam capcrelur nisi per unum bomincm qui ha- 
bcrcl ccntum ocuios. Or ivil liaiam rum ma\ima gent#cl navi- 
bus multis et cum ccjuilibus cl pcdilibus , cl vciiil ad priniani 
civitatem de Mangi quaî vocalur Cuigangui , cl nohiil se rcri- 
dcre sibi. Postea ivil ad alias usque ad sextam civilatcni , et is- 
tasdimillci)al (]iiia magnus Kaan mitlcbat nuillasgcntcs posi eunt. 
cl islc magnus Kaan qui liodic icgnat scxlam civilalcm rcpil cuni 
violentia, et postea accc[)il loi (juod baliuil duudciiui ; cl post- 
modum ivil ad civilalcm de Mangi <]ua' vocalur Quinsav, ubi eral 
rcx cl rcgina Quando rcx viilil tanlam gcnicni , baijuit lalcui 
limorcm quod rcccssit de lerra cuni nndia génie cl bciic rum 
mille navibus cl ivil ad mare Occianuni , cl lugil in insulis. Rc- 
gina aulciri icmansil cl dcfcndcbal se ni pèlerai a liaiaiu Vuur 



( 4iS .) 

regina petivit qiiomodo iste baro et dominus exercitus vocaba- 
tur , et fuit sibi dictum quod vacabatur Baiam centum oculi ; et 
regina recoidata fuit profetiae quîE dicta est superius , et statim 
rcddidit terram : et statim omnOs civitates Mangi reddidenint se 
Baiam , et in toto mundo non erat taie regnum sicut istud ; et 
dicam vobis aliquid de magnificentiis suis. 

CAPIT LV. 

De pietate et jusiitia islius Régis crga subdiclos. 

Kt sciatis quod iste rex Facfur faciebat nutiiri onini anno 
quindccim millia pucrornm per istum modum , quia in illa pro- 
vincia projiciuntur multi pueii statim quod sunt nati, a pauperi- 
bus personis qure non possunt eos nutrire ; et quando unus dives 
homo non habet filios , ipso vadit ad regem et facit sibi dari 
quot vult; et quando habet pucios et puellas, marilat oos in- 
simul et dat eis unde possint vivere , et per istum modum 
annuatim ( educantur viginti mille pueri vel puellae ). Item fa- 
cit aliud : quia quando rex vadit per aliquem locum et ipse 
videt duas pulcras domos et ad latus earum videt unam par- 
vam , ipse petit quare illae sunt majores illa ; et dicitur sibi quod 
sit alicujus pauperis qui non possit eam facere majorem ; statim 
mandat quod dentur sibi den'arii ut domum faciat mcliorem. 
Item iste rex sempcr facit sibi serviri a plus quam mille inter 
domicellos et domiccllas. Ipse tenet regnum suum in tanta jus- 
titia quod non fit ibi malum ; et omnes mercationes stant foris 
securse sine aliqua custodia propter justitiam et propter bonita- 
tem régis. Or tantum computavi vobis de rege , scd modo dicam 
de regina. Regina fuit ducta ad magnum Kaan ; et magnus Kaan 
fecit sibi multum honorem sicut magnse reginœ ; et rex maritus 
istius reginœ nunquam exivit de insulis maris Occiani , et ibi 
mortuusest; et sic totum regnum remansitmagno Kaan. Or modo 



( 4M) ) 
dicamus de piovincia de Mangi el de coiuin niorihus , cl primo 
dicemus de civilalc Caygangui. (r '!:■ 

CAPUT LVl. 

Pe civilate Caygangui. 

Caygangui est uiia magna civilas cl nobilis el est in inlioilu 
provinciœ de Mangi. Gens tola est idolâtra et comburunt cor- 
poia mortua et sunt sub magno ls.aan, cl est super flumcn Carca- 
moram : sunt autem ibi mullaî navcs ; et ista est terra multaruni 
mercationum quia est caput provinciae , et est in loco ad hoc 
aperto. Hic fit multum de sale, ita quod dat bene quadragïnta ci- 
vitatibus : magnus Kaan babel mullos rcditus de ista civilate de 
sale el aliis luercalionilius. Or dicanuis de alia ( ivitale quae vo- 
catur Panchym. 

CAPDT LVII. 

De civilalibus.PanchYm el Cayiii. 

Quando homo recedit de Caygangui, vadit bene per uiiain 
dietam per unam stratam quœ est Iota de lapidibus , et ex omni 
parte stratae est aqua grandis, el non potest intrari in istam pro- 
vinciam nisi per islam stratam. In fme islius dicta; , invenil 
bomo unam civitalcm qu;e vocalur Pancbym niullum magnam : 
tola gens istius civilalis est idolâtra , et laciuiit ardcre corpora 
mortua , el sunt sub magno Kaan. Isti sunt artifices et merca- 
torcs ; babenl multimi de siriro et faciunt mullos pannos de auro 
et sirico , et babenl salis jiro vivendo. Ibi el j)er lolam illam 
contractam expendiliir pecunia ( uriye magiii Kaan. Or dicamus 
de alia civilate quae voealur Cbaym. 

Quando homo recedit de Panriiym , vadit unam giornatam et 
invenil unam civilalem (]iia? vocalur Cbaym valde magnam , et 



( !i-^^ ) 

suiil sirul illi tic .su[>ra , salvo quod csl ibi pulrra auciipatio, et 
sunt ibi pro uiio voncto 1res fasani : suiU etiain ibi pisccs in 
maxima copia. 

CAPIT LVIII. 

De clvilatibus Congui el Nangui. 

Congui est uiia civitas njullum pulcra et placibilis , quie est 
longe ab illadesuper, videlicet a Cbaym, una giornata. Gens tota 
est idolâtra , et sunt sub inagno Kaan. Monclam habent de carta ; 
hic fiunl nieiTaliones et arles et siiiil ibi niultie iiaves ; et est ver- 
sus silocluim^ et ad manum sinistram prope ad très giornatas 
est mare Oceanum. Hic fit nmitiiin de sale, et niagnus Kaan ha- 
bct inde magnos rcditiis ita quod vix credcrctur, et sunt ido- 
lâtrée : monetam habent de carta , et sunt sub magno kaan Or 
modo ibimus Nangui. Quando homo reccdit de Langui et vadit 
pcr unam giornatam pcr silochuui , invonit castra satis et domos; 
et in rapilc unius giornata- inveiiit lionio unam pulcram civilatem 
et magnam quo-'habetsul) se viginti quatuor civitates, omnesbo- 
nas et magnarum mercationum ; et in ista civitate est dominas 
unus de baronibus domini : et dominus Marchas Paulus domi- 
natus est isti civilati tribus aiitiis : hic fiuiit milita arma et mili- 
tibus neccssaria. Ilinc recedemus , et dicam vobis de duabus 
civitatibus de ^langi ; et sunt versus levantem , et prima vocalur 
Mangym. Et Mangym est unaprovincia multum magna et dives; 
gens tota est idolâtra et moneta eorum est de carlis , et sunt sub 
magno Kaan : vivunt de mercatione et artibus , et habent satis de 
sirico. Habent avcs et s-cnationes et leones satis. Or diccmus de 
nobili civitate de Cianfu , quia est multum ad dicendum de ipsa. 



( 4'-2i ) 

CAPUT LIX. 

Do civilale Cianfu el qiialiler capla full. 

Cianfu est una civitas magna et nobilis et habel sub se duode- 
rim civitates magnas et nobilcs : hic fiunt magna' artes et nobiles 
et mult2e mercationes. Homines istius civitatis sunt idolatrse , et 
eorum moneta est de cartis , et sunt sub magno Kaan ; et faciunt 
ardere corpora mortuorum. Ista civitas tenait se tribus annis 
postquam tota illa provincia fuit sub magno Kaan , sempcr 
stando ibi exercitu ; sed non poterat ibi stare nisi ex uno latere 
versus tramontanam , ([uia ex aliis parlibus erat lacus valde pro- 
fundus ; et liabebant victualia satis pcr istum lacum, itaquod terra 
propter istam obsidionem nunquam fuissct habita, Cum ergo 
exercitus vellet recedere cum magna ira et dolore , dominusNi- 
colaus , dominus Maffeus et dominus Marchus Paulus dixcrunt 
magno Kaan quod habcbant secum quemdam ingenierium chris- 
tianum nestorinum qui faceret unum tate ijedificium quod terra 
statim caperetiir. Magnus Kaan audito hoc fuit valde laetatus , et 
mandavit quod statim fierct. Et ille statim fecit duos manganos 
vel très , et fuerunt facti et positi ante Cynfam sive Cianfu , et in- 
ceperunt projicere lapides de trecentis libris qui omnes domos 
destruebant. Illi autem de ten-a videndo tantum periculum , quia 
nunquam viderant lalia , statim leddiderunt se ; et illi fuerunt 
primi mangani qui fuerunt usi per Tarlaros. Or istud contigit 
propter bonitatcm îslorum dominorum , scilicet Dni Nicolai et 
aliorum duorum ; et hoc non fuit parv'um servitium , quia ista est 
una de melioribus provinciis quam habcat magnus Kaan. Or dica- 
mus de una provincia quye vocatur Singui, et de quodam magno 
Qumine. 



( 422 ) 

CAPUT LX. 

De civitate Siogui et fliuuiue Quianci et niultituilioe civilaluni qua' suDt juxt.i 

ip^uni flunien. 

Quando liomo icccdil hiiic cl vadil pcr silochum quiiidecini 
miliaria , invcnit quaindam civitalem qua; vocatur Singiii , qu<e 
non est mullum magna , scd est magnannn mercationum cl 
magni navigii. Isti onmes .siinl idolâtrai et sunt siil) magno Kaan, 
et liabcnt monctam de cartis. Isla civitas liabcl flunicn vocaluin 
Quianci , et istud flumen est majus flumcn de muiido. Est longuin 
in aliquibus locis bene decem miliariis, cl in aliquo oclo cl in 
aliquo scx, et est plus quant cenlum j^iornalis in loiiguiii. El per 
istud flumen ista civitas liabct mullum navigium. llabct inde 
magnus Kaan magnos reditus : omncs mcicalioncs quae vaduul 
superius et inferius ibi requiescunt ; el propler multas civilales 
qu2e sunt super el juxta istud flumen , vadunt plures mercalioues 
quain per oninia flumina christianorum cl inagis cara' mcrca- 
liones. Ego Marcus Paulus vidi in isla civitate plus quam quin- 
decim millia navium ; el poleslis scire quod ex quo isla civitas , 
quae non est multum magna , habel lot naves, quoi sunt alia^ (ju;p 
sunt in isto fliunine. Super istud flumen sunt bene scdccim pro- 
vincial qu;e liabcnt bene ducenlas bonas civilales qtise liabenl plus 
de navigio quam ista. Naves sunt cooperUe el balieiit unam ar- 
borcm ; sed sunt magniL- portationis, quia l)cne portai uiia navis 
decem millia usque in duodeciin millia canlara Otnucs naves ha 
bent funcs de cannls ad trahcndum naves per flumen ; longiores 
sunt magni^e et grossae , sicut dixi vobis superius : ipsi ligant unam 
ad aliam cl faclunl loiigas bene Irercnla brachia , inio passus ; 
el l'indunt cas el sunt forlioics quam de canapo. Or dicamus de 
Caygui 



( 4^3 ) 
CAPUT LXI. 

lie civilate Caygui. 

Caygiii est una parva civitas versus silochum ; et omnes génies 
istius civitatis sunt idolatrae , et sunt sub magno Kaan. Mone- 
tam habent de cartis et sunt super istud flumen. Hic recoUigitur 
muUum de frumento et riso optimo. Vadlt istud flumen usque 
ad magnum Kaan et ad civitatem de Cambalu : ad euriam magni 
Kaan (itur) per aquam, non per mare sed per flumen et per lacum ; 
et de blado istius civitatis consumit curia magni Kaan magnam 
quantitatem. Magnus Kaan fecit ordinari viam per istam civita- 
tem , ab ista civilate usque ad Cambalu, quia fecit fieri foveas 
longas et profundas ab uno flumine ad aliud et ab uno laco ad 
alium , ita quod vadit bene magna navis. Et sic potest iri per 
aquam , quia via terrae est longa. Et in medio istius fluminis est 
una insula destructa ; et est ibi unum monasterium monachorum 
qui serviunt idolis , ubi idola multa sunt et manent in mo- 
nasterio illo. Or transeamus flumen et dicemus de alia magna 
civitate qucf vocatur Cinghianfu. 

CAPUT LXII. 

De civilate Cinghijnfu. ' 

Cinghianfu est una civitas de Mangi ; et isti sunt taies quales 
sunt alii , scilicet idolatrae et sub magno Kaan ; et sunt artifices, 
mercatores et vcnalores , et habent mulla blada et faciunt pan- 
nos de seta et de auro. In ista civitate sunt 1res ccclesiie christia- 
norum nestorinorum , et istae ecclesise fuerunt factae anno Dni. 
MCCLXxviii ; et istud fuit sic , quia in illo tempore fuit ibi domi- 
nus pro magno Kaan unus christianus nestorinus pro tribus 
annis, et vocatus fuit Marisarchis Nestorinus , qui a magno Kaan 



( kA ) 

fuit factus in illa civitate prsesul , et iste fecit fieri istas ecclcsias, 
et ex tune fuerunt ibi. Or eamus ad magnam civitatem de Cin- 
ghingui. 

CAPUT LXIII 

De cinUte Cinghingui , el «(ualitcr cives cjus niorlui sudI quia occiderunt 
Tarlaros dormientes. 

Quando homo recedit de civitate Cinghianfu et vadit quatuor 
giornatas versus silochum , semper invenit civitates et castelia 
satis et magnas mercationes ; et isti sunt omnes idolatrae et sub 
magno Kaan : monetam habent de cartis. In capite istarum qua- 
tuor giornatarum , invenit homo civitatem vocatam Cinghingui, 
quae est multum magna et nobilis. Isti sunt sicut alii , scilicet ido- 
latrae et sub niagno Kaan , et habent satis de omnibus ad viven- 
dum : et contingit hic nnum quod dicam vobis. Cum Bayam qui 
dicebatur centum oculi , grandis baro magni Kaan , cepit lolam 
istam provinciam , postquam cepit mastram civitatem , misit 
suani gentem ad capiendum islam et isti reddiderunt se etstatim 
sicut fuerunt in terra invenerunt ita bonum vinum quod inebria- 
verunt se , et stabant sicut mortui et dormiebant. Et isti de terra 
videntes hoc , occiderunt omnes, ita quod in illa nocte nuUus 
evasit, et nondiccbant nec bene nec maie , sicut homines mortui. 
Et quando Bayam dominus exercitus scivit hoc , misit multam 
gentem el fecit eam capi violenter , et omnes déterra occiderunt 
et posuerunt ad enses. Or discedemus hinc et diccmus de una 
civitate quae vocalur Singui. 

CAPUT LXIV 

De civilalibus Singui, Ungui et Ughiiii. 

Quando homo recedit hinc de ista civitate Cinghingui , invenit 
nnam nobilem civitatem quae vocalur Singui ; et homines istius 



( 4^5 ) 

civitatis sunt omncs idolatrae et sunl suIj magno Kaan. Habent 
monetam de cartis et habent multum de sirico, et vivant de mer- 
cantiis et artlbus , et faciunt multos pannos de auro et de sirico 
valde caros et bonos , et sunt magni mcrcatores. Et ista civitas 
girat sexaginta miliariis ; et est ibi tanta gens quod homo non 
posset scire numerum : et si ipsi essent homines armorum illi de 
Mangi , ipsi vincerent totum mundum ; sed ipsi non sunt homines 
armorum , sed sunt sapientes mercatores de omnibus ; et habent 
sapientes naturales et bonos medicos et multos bonos philosofos. 
Et ista civitas habet bene mille sexcentps pontes lapideos snb qui- 
bus transiret una galea ; et in montanis istins civitatis nascitur 
reubarbarum et zinziber in magna abundantia , ita quod pro 
uno veneto grosso haberet homo bene quadraginta libras de zen- 
zibre recenti qui est valde bonus : et habet sub se ista civitas 
duodecim civit-atcs multum magnas et magnarum niercationum. 
Or modo recedamus de Sangui , et dicam vobis de una alia civi- 
tate quae vocatur Ungui. IJngui est una civitas quve distnt à Sin- 
gui per unam giornatam; et ista civitas est multum nobilis et 
magna , sed non est ibi aliquid notabile quod sit dicendum. Or 
dicam vobis de alia civitate quae vocatur Ughim. Ughim est una 
civitas multum magna et dives, et homines illus civitatis sunt 
idolatrae et sunt sub magno Kaan. Monetam habent de cartis. 
Ibi est abundantia omnium rcrum , et sunt mercatores valde 
sapientes et boni artifices: et postea est alia civitas quae est valde 
pulcra et bona , et omnia quse sunt ibi sunt valde bona ; et fit 
ibi multum de sendado ; et hic nihil est aliud dicendum. Or 
modo ibimus ad nobilem civitatem de Quinsay , quae est mastra 
et principalis civitas regni de Mangi. 



54 



( 4^6 ) 
CAPUT LXV. 

De nobilissima et inirabili civilate Quinsay. 

Qiiando hoiho reccdit hinc , scilicet de Ughim , et vadit très 
giornatas , invenit multas civitates et castcUa magnarum merca- 
tionum. Gens tota est idolâtra et sunt sub magno Kaan , et ha- 
bent monetam de cartis et habent bene ad vivendum. Et in capite 
istarum trium giornatarum , invenit homo unam nobiiem civi- 
tatem qua* vocatur Quinsay , quod sonat dicere in nostra lingua 
civitas cœli. Et dicam vobis suas nobilitates. Ipsa est nobilior 
civitas de mundo , et inelior et major ; et dicam vobis suas con- 
dictiones secundum quod rex istius provinciae scripsit ad Bayam 
qui conquestavit istam provinciam de Mangi ; et islc misit illam 
litteram ad magnum Kaan , quia sciendo tantam nobiHtatem non 
fàceret eam destrui. Et ego computabo vobis per ordinem quid- 
quid scriptura dicebat ; et totum est verum , quia ego Marcus 
vidi postca eam meis ocubs. Civitas Quinsay girat centum mi- 
Haria et habet dnodecim milba pontes de lapide , et sub majori 
parte istornm pontium posset transire una magna navis et sub 
' aliis bene média navis ; et nemo de hoc miretiir, quia ista civitas 
est tota in aquis et circondita aquis sicut civitas Venetiarum , et 
propter hoc sunt ibi tôt pontes ad eundum per totam terrani. 
Tsta civitas habet dnodecim artes , id est de quolibet ministerio 
unam , et qu;elibct ars habet duodecim millia stationum , id est 
duodecim millia domorum; et in qualibet statione sunt ad minus 
decem homines , et in aliqua quindecim , in aliqua viginti et in 
aliqua quadraginta inter magistros et laboratores : ista civitas 
f'ulcit omnes ci^i talcs qua? sunt in circuitu. Ibi sunt tôt mercato- 
res et lam divites quod non posset dici nec crederetur. Item 
omnes boni homines et eorum dominae et capi magistri artium 
non faciunt aliquid de manu sua, sed stant itadelicati ac si essent 
omnes reges. Et est ibi una taiis ordinatio quod nullus potest 



( 4^7 ) 

■facere aliam arlcm iiisi quain Iccit [jatcr buus , si suum valerct 
centuin millla bizarilis. In ista clviLulc suiiL mulieres valde pul- 
crae et valdc forinoscii , cl communite-r siiiiL miLrilae in muUis dcli- 
ciis. Item versus meridicm in ipsa civilate, est unus lacus qui 
circuit bene Iriginta miliaria, et intus sunt pulcra palatia et do- 
mus mirabiliter bene factse, et sunt illae domus nobilium homi- 
num et bonorum , et sunt dictae domus intus et exti'a mirabiliter 
ordinatae ; et sunt ibi monasteria et abbatia' idolorum in magna 
quantitale. In medio istius lacus sunt duie insulœ parvae et in qua- 
libet est pulcrinii paiatium imperatoris, et qui vult facere nuptias 
et convivia facit in isto palatio. Et ibi sunt semper scutellae et 
incisoria et alia mulla ad ista necessarla. In civitate Qiiinsay 
sunt pulcme domus et pulcrae turres de lapidibus ubi personae 
ponunt rcs suas quaiido in civitate accenditur ignis, quod conlin- 
git fréquenter, quia sunt ibi multae domus de lignis.Istiomnes sunt 
idolatrœ , et sunt sub magno Kaan et hal)enl moiiclam de cartis. 
Ipsi comedunt omnes carnes tam canium quam aliarum bestia- 
rum. Item in quolibet dictorum duodecim millium pontium sunt 
custodes homines decem de die et de nocte , ad boc ut nullus au- 
deret rebcllare- et quod nullus audeal ibi aliquid alicui lïirari vel 
homicidium facere. In medio civitatis est unus mons ubi est una 
turris, et ibi stat semper unus homo qui babet in manu unam la- 
bulam et percutil ibi cum uno baculo vel cum uno mallco ligneo, 
ita quod bene audilur a remotis; et boc iacit quando est ignis in 
terra sive aliud periculum vel praelium. Et facit ipsam civitatem 
custodiri optime magnus Kaan , quia est caput totius provinciae 
Mangi , et quia habel inde magnos reditus. Et omnes viœ civi- 
tatis sunt astiacMlitae de lapidibus et lateribus , et sic sunt astra- 
chatse omnes viae magislrae de Mangi, ila quod omnes possunt 
equitare valde munde , et similiter pedes ire. Idem in ista civitate 
de Quinsay sunt bene quatuor miUia stuHe ubi lavantur ho- 
mines et mulieres, et vadunt iiluc valde fiequenlcr ([uia vi- 
vunt valde munde de corpore suo , el snnt illc« slufa' ita magnifi 



( 428 ) 

(|iind lavantur iln simul ccntum persoiuo. Prope islam civilatem ad 
«luindecimmiliaria est mare Occcaniim inteignecum et levantcm; 
et ibi est una civitas quae vocatur Ganfu. Ibi est bonus portus prop- 
ter multas naves quae veniunt de Yndia. Et ab ista civitate ad 
mare est unum magnum flumen unde naves possunt vcnire usque 
ad terram. Islam provinciam de Mangi magnus Kaan divisil in no- 
vem partes , id est in novem magnis regnaminibus , et omnes red- 
dunl sibi omni anno tributum. Et in isla civitate de Ganfu mo- 
ralur unus de islis l'cgibus; cl habet sub se ccntum quadraginta 
civilates magnas et diviles, et provincia de Mangi babet mille 
ducentas civitates, et in qualibet sunt custodiae pro magno Kaan, 
quia in aiiqua sunt mille, in aliqua decem millia , et in aliqua 
triginta millia hominum; et isli non sunt omnes équités, scd 
quasi omnes pedites ; et non sunt omnes Tartari, sed sunt de 
Cathay. Redilus quos babet magnus Kaan de ista provincia 
non po'ssent dici ncc scribi , nec sax nobililates. Consuetudines 
Mangi sunt istae. Una est quod quando nascitur aliquis puer vel 
aliqua puella,patcr facit scribi diem et punctum, lioram, signum 
et planetam sub quo est natus puer vcl puella, ita quod omnes 
sciant isla de se ipsis. El quando abquis vult facere aliquod mag- 
num vel aliquid aliud , vadit ad aslrologos in quibus habcnt mag- 
nam fidcm , et faciunt sibi dici quid est pro eis melius. Alia con- 
suetudo est quando corpus mortuum portatur ad comburendum, 
omnes consanguinei vesliunl se de canavacio vili proe dolore , et 
vadunl sic juxta corpus, et vadunt pulsando instrumenta sua et 
faciunt cantus et orationnes idolorum. Et quando sunt ubi cor- 
pus débet comburi , ipsi faciunt de cartis homincs cl mulieres , 
camelos, cquos, denarios cl multa alia. El quaftdo ignis est bene 
accensus , projiciunl ibi omnia isla, et dicunt quod mortuus ha- 
bebit omnia isla in alio mundo , et quod ille honor qui fit sibi, 
modo fiet et in alio mundo per idola. El in ista terra de Quin- 
say est palatium régis qui fugit , quod est nobilius palatium de 
mundo. Islud palatium durât dcccm mcliaria et est quadrum 



( 4^9 ) 

et altum cum inuro alto ; et infra istum murum surit giardini 
et multi fructus et boni, et fontes aquarum et lacus ubi sunt 
mulli pisces. Et in medio est palatium magnnm et pulcrum : 
sala palatii est pulcra et magna , ita quod comedunt ibi mult^e 
personœ ; et tola illa sala est picta ad aurum et ad arzurum cum 
multis pulcris istoriis , et nichil polest videri in mûris et tecto 
nisi aurum et arzurum. Sunt ibi viginti saiae omnes simili 
modo factiE , et sunt ita magnaj quod comedercnt ibi commode 
decem millia liominum ; et habet istud palatium bene mille 
caméras. Item in ista civitate sunt bene centum sexaginta millia 
tomay de fumantis , id est de domibus , et quaelibct tomay est 
decem domus et fumanti 'Summa est mille sexcentum millia man- 
siones habitantium inter quas sunt magna palatia. Et est ibi una 
sola ecclesia christianorum neslorinorum. Item quilibet homo 
de ista civitate et de burgis habet scriptum in ostio domus suae 
quot filios vel sclavos seu famulos habet in domo sua vel quot 
personae sunt ibi ; et quando aliquis moritur dcletur de illa scrip- 
tura. Et quando aliquis nascitur ponitur ibi , ita quod dominus 
villae scit numerum illorum qui sunt in villa , et sic fit in tota 
provincia de Mangi et de Cathay. Similiter faciunt omnes alber- 
gatores de forensibus qui hospitantur cum eis et quando veniunt 
et quando recedunt , et per istum modum scit magnus Kaan qui 
vadit et qui venit , et istud est valdc pulcrum et bonum. Or volo 
vobis diccrc de reditibus quos habet magnus Kaan de terra ista 
et de suo districtu qui est nona pars de Mangi. 

CAPUT LXVI. 

De provcntibus quos rccipit magnus Kaan de Quinsay et provincia Mangi. 

Modo computabo vobis reditus quos habet magnus Kaan de 
Quinsay et terris quae sunt sub ea. Et computabo vobis de sirico 
istius contractae quod reddit in anno magno Kaan octuaginta 
tomay de auro, et quodlibct tomay est octuagiula millia sagios 



( 43o ) 

de auro, quod asccndit in somma sex millia quadragiula millia 
sagios de auro , et quodlibet sagium de auio valet plus quam 
unus florenus aureus ; et istud est maximum et mirabile. Or dica- 
mus vobis de aliis. In ista contracta nasçitur et plus fit de zu- 
charo quam in toto alio mundo , et iste est maximus reditus ; 
sed dicam vobis de omnibus speciebus simul , et sciatis quod de 
omnibus speciariis reddunt très pro centenario , et de vino quod 
faciunt de riso reddunt adhuc maximos. reditus , et de carboni- 
bus, et de omnibus duodecim artibus quae habent duodecim mil- 
lia stationum babet adhuc maximos reditus , quia de omnibus 
rébus solvitur gabella. De sirico dantur decem pro centenario. 
Ita quod ego Marcus Paulus , qui fifi et vidi rationem et re- 
ditus, scilicetin sale, dico quod valet quolibet anno ducenta de- 
cem millia tomay de auro , et iste est immensus numerus de 
mundo de moneta quindecim millia millium et septem millia mil- 
lia ; et ista est nona pars de provincia Mangi. Or dimittamus de 
hoc , et dicamus de alia civitate Tampingui. 

CAPUT LXVII. 

De civitate Tampingui el multis aliis civilalibus. 

Quando homo recedit de Quinsay , vadit unam giornatam per 
silochum et invenit palatia et viridafia pulcra ubi sunt omnia ad 
vivendum necessaria. Et in fine istius giornatie invenit homo 
civitatem Tampingui valde pulci'am et magnam , et est Quinsay. 
Ipsi sunt idolatrae et faciunt comburi corpora mortua. Monetam 
habent de carta et sunt sub magno Kaan. Et de bac civitate ni- 
chil aliud est diccndum. Or dicamus de alia civitate quae vocatur 
Ungui , quae distat ab illa de Tampingui tribus giornatis per silo- 
chum. Et homines sive gentes istius contractae sunt sicut primi. 
Dehinc vadit homo tribus giornatis et invenit civitates et castella, 
et videtur quod homo vadat per civitatem et invenit aliam civi- 



( 43' ) 

lalcm quse vocatur Chciigui , et gcntcs sunl sicut illae de supra. 
Dehinc vadit homo quatuor giornatas per silochum , et gentes 
sunt sicut ill;e de supra. Hic sunt leones maxinii et crudcles. Hic 
non sunt moiitoncs nec berbici per totuin Mangi , scd habcnl 
bovcs et hircos et capras satis. Et sues sunt ibi in maxinia copia. 
Deinde post quatuor giornatas , invenit homo civitatem Cian- 
siam et est super unum montem , qui mons dividit flumen in 
duas partes, ita quod una medietas vadit sursum etalia deorsiim. 
Omnes istae civitates sunt sub dominio Quinsay et sunt sicut illae 
de supra , et iii fine trium giornatarum imenitur civitas de Cin- 
gui, et gentes istius civitatis sunt sicut illae de supra , et sunt sub 
dominio Qumsay. Or dicamus de alio regno de Mangi quod vo- 
catur Fuchin. 

CAPUT LXVIII. 

De fegno Fuchin. 

Quando homo recedit de istasequatia civitatis Quinsay , vadit 
in regnum de Fuchin , et vadit per septem giornatas et invenit 
domos et villas : gentes sunt omnes idolatrae , et sunt sub domi- 
nio de Fuchin. Ipsi vivunt de mercatione et artibus et habent 
abundantiam de omnibus. Ipsi abundant in Zenzamo et ga- 
langa ultra mensuram , quia pro uno veneto grosso habcret homo 
octuagenta libras de Zenzamo. Et est il)i unus fructus sive unus 
flos qui videtur esse zafranum , sed non est ; sed bene valet tan- 
tumdem ad opcrandum. Ipsi comedunt omnes carnes immundas 
et etiam carnes hominis qui non sit mortuus morte pro|)ria vakie 
libenter, et vadunt eas quif rcudo, et dicuul (juod non sunt carnes 
meliores illis. Quando vadunt in exercitu , tondent sibi capillos 
multum altc , et in facie piugunt se de arzuro sicut unum ferrum 
de lancea. Nullus eoruni eques vadit ad pra'lium nisi dux e.xer- 
cilus : et sunt boulines niagis crudeles de niundo, quia totu 



( 432 ) 

die vadunt occidendo homines et bibunt sanguinem et carnes 
comedunt. 

CAPUT LXIX. 

De civitatibus Queliiifu et Unqiiem. 

In medio istarum septem giornatarum est una civitas quae vo- 

catur Quelinfu multum magna et nobilis , et est sub magno Kaan; 

et habet très pontes pulcriores de mundo de lapidibus, quorum 

quilibet est longus unum meliare et largus decem pfissus , et sunt 

omnes in colunipnis de marraore et sunt pulcerrimi. Ipsi vivunl 

de mercationibus etartibus, et habent satis de sirico et zenzamo, et 

sunt ibi pulcrae dominae. Ibi sunt gallin.Te quae non habent pennas 

sed pilos sicut gatt.-e, et sunt nigrae et bona? ad comcdendum , et 

faciunt ova similia ovis nostrarum gallinarum. Propter mullitu- 

dinem leonum qui ibi sunt , est valde periculosum inde transire; 

et in istis septem giornatis habentur raulta caslella , \'illae et civi- 

tates , et condictio istarum gentium est sicut illarum de supra. Et 

infra quindecim miliara de illis tribus giornatis et média est una 

ci^dtas , ubi fit tantum de zucharo quod inde fulcitur magnus 

"Kaan et tola sua curia , quod valet magnum thesaurum , et vo- 

catur Unquem. Hic non est aliud dicendum. Et quando home 

recedit hinc , invenit civitatem nobilem Sugui , quae est caput 

hnjus regnaminis-Et propter hoc dicemus illud de ea quod nos 

scimus. 

CAPUT LXX. 

De civitatc Sugui. 

Sciatis ergo quod civitas de Sugui est caput regni de Concha , 
quae est una de novem partibus regni de Mangi. Et in ista civi- 
tate sunt niagnae mercationcs et artcs , et tota gens est idolâtra ; 



( k-'> ) 

et sunt sub magno Kaan ; et magnus Kaan tenet ibi magnum 
exercitum propter civitates et castella quae sœpe rebellant ; ita 
quod statim currunt et capiunt et destruunt et dévastant. Per mé- 
dium istius civitatis vadit unum flumen largum unum miliare ; 
hic fit multum de zucharo , et fiunt magnae mercationes de la- 
pidibus pretiosis et perlis , et portant mcrcatores qui veniunt de 
Yndia ; et ista terra est prope portum de Cacar in mari Occiano : 
et multa preliosa porlantur ibi de Yndia. Ipsi habcnt bene ad 
vivendumde omnibus cl habcnt pulcraviridaria cum mullis fruc- 
libus , et est bene ordinata. Or de ista non dicemus plus. 

CAPUT LXXI, 

De civilate jZaylon cl iioblllssimo cjus porlu , cl ilc civjlale Tiiiiiiigiiv. 

Quando homo reccdit de Sugui et transit flumen et vadit quin- 
que giornatas per silochum , invenit civitates et castella ubi est 
de omnibus abundantia : et sunt ibi aves et boschi et arbores quae 
faciunt camphoram. Ipsi sunt omnes idolâtrée sicut illi de supra. 
lu fine quinquc giornatarum , invenit homo unam civitatcm quae 
vocatur Zayton , et est portus nobilis ubi omnes navcs Intliie fa- 
ciunt caput : sunt ibi multre mercationes de lapidibus pretiosis 
et aliis multis , sicut sunt perlœ grossae et bonae; et iste est por- 
tus mercalorum de Mangi , et pro una navi piperis cjuiP venit de 
Alcxandria ad vendendum in christianitate , vadunt ad istam ci- 
vitatem centum ; et iste est unus de duobus melioribus poitubus 
de mundo ad quem veniunt plures mcrcatores et mercationes. 
Et sciatis quod magnus Kaan de isto portu trahit magnam utili- 
tatem , quia de omnibus habct decem pro centenario, id est de 
decem partibus unam : naves tollunt pro eorum salario de mer- 
chantiis subtilibus triginta por centenario, de piperc (juadragin- 
ta pro centenario, et de ligno aloes et de sandalis et de omnibus 
aliis mcrcanliis quadraginta pro centenario, ita quod mcrcatores 

55 



( ^34 ) 

danl inlor navcs pI diriclum magno Kaan l)cnc mcdirtalcm om- 
nium qii;r vooiunt ad islum portnni. Isti de ista contracta stint 
omncs idolâtra*, cl habcnt maj^iiaiii abundaiitiani de oninilius 
rébus quae sunt nccessariae corpori hominis ; cl in ista provincia 
est una ci\'itas in qua sunt pulcriores paraxidcsdc mnndo , et isia 
civitas vocatur Tiniigiii , et isUi; sculclla' sunl de porcellanis et 
non fiunt in aliquo loco de mnndo iiisi in ista civitale ; et indc 
portantur ad omnes partes nuiiidi , cl |)ro une vcneto grosso ha- 
bet homo très paraxidcs de porccUanis puUriorcs do mundo. In 
ista provincia , qua? est una de novcm partibus Mangi, est lin- 
gua propria. De hoc rcgno magnus Kaan liabcl ita magnos re- 
ditus aut majores sicut de regno Quinsay. Or modo comjjulavi- 
mus de novem provinciis sivc magnis rcgnis très , scilicet Man- 
gi , Quinsay et Sugui; de aliis rcgnis non computo, qnia nimis 
esset longum dicere. Sed dicam vobis pulccrrima quœ ego Mar- 
chus Paulus vidi; tantum steti ibi quod bene sciam computarc 
per ordinem. 

Explicit Liber secundus Dni Marci Pauli , et incipit terlius Liber hujus Operis, 
in qua mirabilia multa et magna de partibus Yndisc per ordinem enarrantur. 



( 435 ) 

LIBER TERTIUS. 

Posiquam igitur computavimus de tôt provincis , regnis et krris , 
iiti computiwi vobis supra , modo computnbo vobis , in linc 
Tertio lihro hiijtis Oprris , inirahilia quœ sunt in Indin ; eliii- 
cipiemus à nuahis ubi mercalorcs vadunt et veniimt. 



CAPDT I. 

Descripllo navimn de Ymlia. 

JN AVES de Ynclia sunt de uno ligno quod vocaut abetes eL de zap- 
pinis. Ips;e naves habent solum unam coopcrtam , et in pluribus 
sunt benc quadraginta camerne ; et in qualibct potest starc unus 
mercator valdc commode. Et habent illae talcs naves soluni ununi 
temonem et quatuor arbores , et fréquenter addunt duas arbores 
quse ponuntur et levantur. ïabuhe navium sunt clavatye duplices 
una super aliam cum bonis clavis, et non sunt impiciat.-e , quia 
non habent picem sed sunt unctae sic , quia ipsi habent tancuani , 
id estcancpam tritam et calcem et unum oleum de arboribiis, et 
omnia ista miscent simul , et efficitur sicut viscus , et istud bene 
valel tantum sicut esset pix. Iste naves volunt bene ducentos ma- 
rinarios , et sunt ita magn?e quod portant bene quinque niillia 
sportas de pipere, et aliquae sex millia ; et vogaut ciim remis, el 
ad ipsos remos volunt quatuor niarinarii pro quolibet ; et ha- 
bent istae naves ita magnas barchas quod una portât benc mille 
sportas de pipere, et ducunt benc quadraginta marinarios et va- 



( 436 ) 

dunt ad remos, et fréquenter juvant trahere magnamnavim. Item 
iiavis ilucit henc deccin liatcllos ad capieiiduni ])isces , et pro 
mittendis ancoris et pro imillis^liis serviliis navis , et barclia" 
adhuc ducunt batellos ; et qiiando na^ns jam navigavit uno anno , 
addunt aliam tabulam super illas duas , et sic vadunt usque ad 
sex tabulas. Dicto de riavibus , dicamus de insulis Yndiae , et 
primo dicamus de una insula qua; vocatur Simpagu. 

CAPUT II. 

De insula Simpagu , et qualiler niagnus kaan niisil exercituni ut caui conquis- 
tarct, cl qualiler confractœ suut naves Tarlaroruiii. 

Simpagu est una insula in levante, quie est in alto mari mille 
quingenta nicliaria. Insida est multiun magna , et gentos illius 
insulae sunt albae pulcro modo , et est |)ulcra ggns et sunl omncs 
idolâtre et non recipiunt dominium alicujus nisi à se ipsis. Ilic in 
insula isla invenilur aurum , et iileo babcnt satis. jSullus homo 
vadit illuc pro[)tcr boc, nulltis mercator aliquid inde portât; et 
propter boc habcnl laiiUiin (jiiod non posset dici nec crcdi. Pala- 
tium doniini istius insula? est multum magnum , et est coopertum 
totum de auro sicut cooperilur bic de piastris et sicul coopcriun- 
tur hic ecclesiae de plombo , et totum pavimentum camerarum 
palatii est coopertum de auro fino , grosso duobus digitis , et 
omnes fenestrie mûri et sake ; et non posset dici valor istius pa- 
latii. Isti de'ista insula habent perlas satis rubcas et grossas, et 
sunt magis carie quam aliae. Item sunt ibi mulli lapides preciosi; 
et magnusKaan ijui hodie régnât voluit eam facere capi, etmisit 
illuc duos barones cum multis navibus et gento mulla ab equo et 
a pede. Unus istorum baronum vocabatur Aiiatar, et alius Von- 
sanchi ; et ambo erant sapientcs valde et probi ; qui posucrunt se 
in mari et pervenerunt ad islam insulam , et ceperunt planitiem 
et domos multas ; scd non ccperant adiiuc nec civitates nec cas- 



( 43? ) 

tra. Contigit autcm cis iinum magnum infortunium , quod di- 
cam vobis. Inter istos duos barones erat magna invidia , nec 
unus aliquid faciebat pro alio ;et ideo maie accidit eis, eo quod 
nec civitatcm nec castrum capere potuerunl , nisi unum castrum 
solum quod ceperunt per bellum et per violcntiam ; et quia illi 
de illo Castro noluerant se reddere eis, isti duo barones de com- 
muni concordia fecerunt omnibus de illo Castro prœcidi caput , 
salvoquod ad octo ; quibus, quia babcbantquosdam lapides con- 
secratos in bracbiis intus in carne, nullo modo poterant praecidi. 
Hoc videntes barones, mandaverunt quod occidcrenlur cum ba- 
culis de ligno , et postea fecerunt eis extrahi lapides istos de 
bracbiis. Contigit autem uno die quod ventus de tramontana 
venit fortis valde , ita quod dixerunt quod nisi ipsi discederent 
omnes naves eorum frangerentur. Tune ascenderunt in naves et 
posuerunt se in mari et iverunta longe quatuor meliaria ad unami 
aliam insulam non multum magnam. Et qui potuit evadere super 
illam insulam cvasit personam , et alii sunt passi naufragium et 
multi suffocati sunt ex eis. Illi autem qui ascenderunt insulam 
illam fuerunt bene triginta milia hominum , et isti reputaverunt 
se mortuos , quia videbant quod evadere non poterant. Et illi qui 
evaserunt nataverunt tantum quod redierunt in eorum contractis. 
Illi ergo homines qui ascenderunt insulam parvam se mortuos 
reputabant quia non videbant viam aliquam evadendi, et sic sta- 
bant in ista insula desolali. Quando ergo homines magnae insulae 
viderunt exercilum sic pcriisse et naufragium pertulisse, et vide- 
runt istos qui cvaserant super insulam parvam , fuerunt valde 
laetati. 



( 4:^8 ) 

CAPUT III. 

Qualiler Tarlari sagacilcr rcdieruni SImpagu , et clvilalcm priucipaliin Iil-uL.' 

ccperdni. 

Cum autcm marc fuisscl factnm trarKjiiilliini , Tartari acccne- 
riiiit militas navcs de suis et agrcssi sunl illos de insula parva cl 
descendcnml in Icnam ut caperent istos qui erant in insiila. 
Quando autcm isti de insula parva vidcrunt inimicossuos, quod 
descendissent de navilms, et vidcrunt cos jam cxtcnsos in terra, 
videntes quod in navibus non remanscrat gens ad ipsorum custo- 
diam,ipsi lanquam sapientes , fmgcntcs se fugcrc , iverunt ad 
naves istorum , et sic non fuit aliciuis (|iii contradiceret ois ; et 
quando fuerunl in navilms , levavcrinit vcxilla inimicorum (juae 
erant in navibus et cepcrunt ire ad insulam magnam. Illi autcm qui 
remanscrant in insula magna videntes vcxilla, crediderunt quod 
esscnt illi de insula sua qui iverant ad capicndum illa lrif:;inta 
millia liominum. Qiian<lo aulcui fucrunt ad portam civitatis , 
erant sic fortes quod expulerunt (juos invcncrunt in porta, et sic 
cepcrunt civitatem illam et alios expulerunt quos invcnerunt in- 
terius. Et per istum modum cepcrunt civitatem et relinuennit 
solum mulicres ut servirent cis in factis corum. 

CAPUT lY. 

Qualilci obscssi fiiorunl Tartari, cl civllalein qiiam cvperaiil rciMiileninl cum 

paclis. 

Quando crgo illi de civitatc vidcrunt quod sic erant tlelusi , 
prie dolore mori volcbant ; et vcncrunl cum aliis navibus ad 
illam civitatem et circondidcrunt cam laliter quod nullus potcral 
inde exire, et sic tenucinnl Icrraui illam inensibus scx : cl nnil- 
tum conati sunt miltcre mnicius ad niag. kaan ut uiillcrcl cis 



( 439 ) 

succursum , ncc faccic potuerunt. Ultimo autcm rcddidcrunt tcr- 
ram adpacta , salvis pcrsonis et fornimento, ut possent redire ad 
domos suas. Et islud fuit anno domini MCCLXix. Primo autem 
haroni qui fugcrat et ad dominum suum redicrat fccit magnus 
Kaan incidi capul, et aiiuin fccil inori in carcerc, et sic se hahuit 
factum de insula. 

CAPUT V. 

De idolalria et crudelilale virormn Slmpagu. 

Et sciatis (juod idola istarum insularum , scilicet Simpagu et 
aliaruni , et iiiorum de Calhay, sunt oninia de uno modo et simi- 
li ter facla , quia aliqua sunt quae habent capita bovis et aliqua 
porcorum , et sic de aliis aniinalibus multis. Et aliqua habent 
unum caput et qualuor vultus , et talia sunt qux habent quatuor 
manus et aliqua deccm et alia centum et sic de aliis ; et quanto 
plura membra habent, tanto habent in eis majorem spem ; et 
facta illorum idolorum sunt diversa et de tôt divcrsilatibus dae- 
monum quod computare non possem, Quando autem aliquis ca- 
pil aliquem hominem cxtrancum qui se non possit redimere , 
occidit eum et convocat consanguincos, amicos et socios et dat 
eis ad comedendum hominem illum ; etdicunt quod sunt meliores 
carnes quas comedant. Et quando aliquis quaerit ab illis de Sim- 
pagu quarc isla faciunt tam de idolis quam de hominibus , nihil 
aliud respondere sciunt nisi quod sic credebant et sic faciebant 
eorum j)atres antiqui , et ideo volunt scqui eos , quod sicut illi fa- 
ciebant volunt lacère ipsi. Or dimittamus de ista materia et dice- 
mus de mari. 



( 44o ) 

CAPUT Yl. 

De multitudine insularura regionis lllius et fruclibos ipsius. 

Istud autem mare ubi stat insula ista Simpagu vocatur mare de 
Zin , quod est dicere mare quod est contra Mangi , quia provincia 
Mangi est in littore sive in plaga illius maris. Et in isto mari de 
Zin , sicut dicunt marinarii sapientes, sunt septem millia septin- 
gentae quadraginta octo insulte , de quibus plures sunt habitatae ; 
et in omnibus istis insulis non nascitur aliqua arbor quae non re- 
doleat sicut lignum aloe et magis; et habent plures species et de 
multis modis ; et in istis insulis nascitur piper album sicut nix et 
de nigro in màgna abundantia ; et sunt magni valons ea qaœ 
nascuntur in insulis istis. Et sunt ita a remotis quod vix potest 
iri illuc ; et naves de Quinsay et de Zarzairon quando vadunt 
illuc portant magnum lucrum , et laborant uno anno ad eundum 
quando vadunt in hyeme , et redeunt in aestate. Et ista contracta 
est multum remota ab Yndia , et istud mare est bene de mari 
Occeano , sed vocatur de Zin , sicut dicitur mare de Anglia vel 
mare de Rocella ; et marc Yndise adhuc est de mari Occeano. De 
istis insulis non computabo vobis aliquid quia non fui. Magnus 
Kaan nichil habet ibi facere. Or revertamur ad Zarton , et ibi 
reincipiemus librum nostrum. 

CAPUT yii. 

De provincia Ciambam. 

Quando ergo homo recedit de portu de Zarton et navigat per 
ponentem et aliquid per garbinum mille quingentameliaria, inve- 
nit unam contractam quae vocatur Ciambam , quae est multum 
dives terra et grandis. Et habet regem per se , et sunt idolatrae et 



I 



( ^4' ) 

faciunt Iributum magno Kaan ; cl nicliil faciunl sibi, nisi quod 
quolibet anno dant sibi A-iginti elefantes pulcriorcs qui possint 
habcri, de quibus habcnt satis.Ethanc contraclam fecil conqiies- 
tari magnus Kaan in anno domini mcclxxiii , unde misit illuc 
unum de suis principibus qui vocabatur nominc Sogatu cum exer- 
cilu magno ut subjugaret eam sibi. Or dicam vobis de condic- 
tionibus régis islius iiisul.-e. Non polest niarilari aliqua domicclla 
quam primo rcx non probct ; et si placct sibi tenct eam pro se , 
sin autem , marital eam alicui baroni. Et vidi ego Marcus Paulus , 
in anno Dni MCCLXXXVlli , quod ille rex habebat trecentos viginti 
sex filios inlcr niasculos et feminas , de quibus crant pro armis 
cenlum quinquaginta. In illo rcgno sunt multi elefantes et lig- 
num aloe satis; et habent multum de ligno unde fiunt calamaria, 
id est de bonusso quod in latino dicitur ebenus. Hic non est aiiud 
dicendum. 

CAPUT VIII. 

De iiisula .Ja\a iiiajori. 

Quando homo recedit de Ciamba et vadit inter meridiem et 
silochum mille quingenta miliaria, vcnit ad iinam magnam in- 
sulam quie dicitur Java ; et dicunt marinarii quod est major în- 
sula de mundo , quia girat bene tria millia miliaria , et gens tota 
est idolâtra ; et non faciunt tributum alicui de mundo , et habent 
magnas divilias. Ibi est piper , nuces muscata-, galanga , cubcbc , 
garololi et de omnibus caris spcciebus. Ad istam insulam vcnit 
maxima quanlitas navium , et faciunt ibi magnum lucrum de mer- 
cationibus , et habct multum de tesauro qui non possel conipu- 
tari. Magnus Kaan non potuit eam conquestare propler pcricu- 
lum navigandi et propler viam nimis longam ; et de ista insula 
mercatorcsde Zarton et de Mangi traxcrunl magnum tbesaunim. 



.% 



( 442 ) 

CAPLT IX 

De iiisulis Sdiiiln.- , (2oritliii ei LocUcac. 

Quanilo autcm homo recedit de Java et vadil iiitcr ineridicni 
cl garbinum scplingenla niiliaria , invenil duas insulas; iinam 
inagriain , etaliain parvaiu , ipue vocanlur Sondus et Condus. Et 
liinc rcccdit hoiiK) et \adil |ici- siloclium qniiigenta niiliaria, et 
ibi invenif uiiaiu proviiiciaiu qu;i.' vocatur Locbcac , quae est 
inultum magna et 4ivcs. Ibi est unus magnus rex.Et gentes iliius 
provinci.e bal)ent piopriani linguam et sunl idolâtrie ; et non 
iaciunl tribiitinn ali(jiiod aliciii , quia snnt in loco ad qucm lionio 
ire non potesl ad nialcfacicndum cis. In ista provincia nascilur 
de mastica in magna quantitate. Ipsi babenl tanlum de auro quod 
non posscl credi. Tpsi babent elefantes et aves cl iicslias satis. El 
de ista provincia vadnnl omncs porrellana' unde fiunt moncttede 
iliis conlractis. Iste est ita malus lociis quod modica gens vadit 
iiluc ; et ipso rex gaudct, quia n^)n^ull (piud ali(|uis sciai tbcsau 
rnm qucm i|)se babet. 

CAPUT X. 

De insula Penlay- 

Et quando homo recedit de Locheac et vadit qningcnla nii- 
liaria per meridiem, invenit nnam insulam qnac vocatur Pen- 
lavn , qu.Te est in mullum silvcstri loco. Onniia roruni ncmora 
sunt de lignis odoriferis. Or disccdamus de islis duabns insulis 
et intrabimus ad alia loca. Circa autem islas insulas per sexa- 
ginta miliaria non sunt nisi quatuor passus de aqua : cl non 
portant ibi tinioncm , et navcs bal)cnl panas proj)lcr a(|iiani qua' 
est modica, et ideo non oportct girare navcs; et (|uando bomo 



( 443 ) 

jam tiansivit ista quadraginla miliaria , ileium per silochum 
vadit triginta miliaria , et ibi invenitur una insula in qua est 
unus rex quem vocant Lamovich. Civitas et insula vocantur Pon- 
tavich et est civitas nobilis , et fiunt ibi magn;e mcrcalioncs de 
omnibus ; et de spcciebus est ibi magna abundantia. 

CAPDT XI. 

T)c insula Java minori et ocio rce;nis ejus. 

Quando liomo recedil de insula de Peiilay et vadit per silo- 
chum centum miliaria , invenit insulam minorem de Java, et est 
ista insula parva et durât duo millia miliaria ; et de ista insula 
computabo vobis omnia. Super ista insula sunt octo régna , in scx 
quorum ego Marcus fui,scilicet in iTgiiis Fericch, Basman, Sa- 
mara , Dragoiam, Lambri et Fanfur. In aliis autem duobus non 
fui ; et secundum quod sunt oclo régna , ita sunt oclo rcgcs co- 
ronati , et sunt omnes idolâtra;. Et quodlibel istorum regnorum 
habet linguam perse. Ibi eslmagnaabundanlia thesauri et de om- 
nibus caris specicbus ; et dicam vobis de ista insula quaedam qu2e 
videbuntur mirabilia. Ista insula est lantum versus meridiem 
quod tramontana non vidctur ibi ncc parvum nec multum. 

CAPUT xir. 

De rcgno Fcrlech. 

Postquam diximus vobis de insula et de regnis ipsius, nunc 
computemus de moribus hominum ipsius insulae , et primo de 
regno Ferlech. Sciatis quod mcrcatorcs saraceni qui vaduntcum 
suis navibus ad istam insulam et regnum , converterunt istam 
gentem ad IcgemMachometi ; et isti sunl solum illi de civitate , 
quia illi do montanis suntsicut bestise quse comedunt carnes bu- 



( 444 ) 

manaj. cl de omiii lieslia inuiula cl iininuniJa. Ipsi adorant niulla, 
quia primo manc piimuin quod vident adorant, id est primam rem. 

CAPiT xni. 

De regno Basman. 

Computato vol)is de regno Ferlecli , nunc volo »obis compu- 
laio de regno Basman , quod est in exilu silorlii. Istud est reg- 
niini pcr se , ri liaLeiil sniiin linguagium , sed non lial)ent legem 
nisi sicut bestiie. Ipsi reclamant se pro magno Kaan , sed non fa- 
ciunt sibi aliqtiid Iribulnm , quia sunt ila a rcmolis quod magnus 
Kaan non polesl ire ad eos. Sed aliijuando présentant cum de 
aliqua cxtranea re. Ilabent elcfantes silvestrcs satis et unicornes 
qui non sunt nmltwm minores. Isti unicornes habcnt pilum bu- 
falinum cl babent pcdcs sicut elefantes; in medio iVoiilis baltent 
unum cornu grossum et magnum cl non la-dunt cum illo coinn , 
sed cum lingua quam habent spinosam totam sicut spinaemultum 
magna' : caput habent sicut porci cingbialcs; caput portant china- 
luni versus terram , et stant mullum libenler intor boves ; et est 
liirpis bestia ; et non est sicut dicitur quod se pcrmittat capi pul- 
cell?e, sed est coiilrarimn. Isti de isio regno habent simias. salis et 
de diversis modis. Ipsi hal)cnt falconcs bonos ad uccellandum. 
Et sciatis quod isti portant parvulos homines de India , et est 
magnum mcndarlum quod aliquis dicat quod sint liomines. Ipsi 
iaciunl ipsos in isla insula , et dicam vobis quomodo. In ista insula 
sunt siniiap mullum parvae , et habent vultum similem homini. 
Homines depilant illas simias pra*ter barbam et fémur : postea 
dimiltimt cas starc et ponunt in foi'nia cl parant cas cum zafa- 
rani) et (uni aliis rébus, et videntur esse liomines; et vendunt eas 
mcrcaloribus qui deferunt eas per mundum , et dant credcre 
quod sunt honiincs ila parvi. In hoc etiam regno invoniuntur 
mulli astores nigri sicut corvi , qui aves optime capiunl. 



( 445 ) 

CAPIIT XIV. 

De regno Samara. 

Modo dicamus de alio regno quod vocatur Samara. Quaiulo 
liomo rcccdit de Basman , invenit regnum de Samara, et est in 
ista insula. Et ego Marcus Paulus moratus sum ibi quinqiie men- 
sibus, propter malum tempus quod me tenebat. Item tramontana 
non apparebat ibi nec stcllae magistri. Ipsi sunt idolatrae et sunt 
silvestres et habent regcm magnum et divitem , et vocant se pro 
magno Kaan. Nos stetimus ibi quinque mensibus et exivimus de 
navi et discedimus in terram et fecimus castclla de lignis, et in 
illis castellis stabamus, propter malas gentes et bestias quœ come- 
dunt homines. Ipsi habent meliores pisces de mundo ; scd non ha- 
bent granum sed risum. Ipsi non habent vinum , nisi sicut dicam 
vobis. Ipsi habent arbores quasdam de quibus incidunt ramos et 
de ramis collât aqua , et illa aqua quce cadit est vinum, et trahilur 
una nocle plena una tina vel unum magnum coppum quod stat 
paratum ad pedem istius arboris. Arbor est sicut parvus datillus ; 
et habent illse arbores quatuor ramos. Quando autem trunchus 
non projicit plus de vino , ipsi projiciunt de aqua ad pedcm istius 
arboris , et stando aliquantulum trunchus emiltit vinum istud , et 
est ibi de albo et rubeo et est satis boni saporis. Isti habent mag- 
nam abundantiam de nucibus Yndiae. Isti comedunt omnes car- 
nes bonas et malas. Or dimittamus hoc et dicam vobis de regno 
Dragoiam. 

CAPtIT XV. 

De regno Dragoiam. 

Est unum regnum per se , et illi de illo regno habent suum liu- 
guagium et sunt de ista insuia. Gens est mullum salvatica et ido- 



( 446 ) 

latra, cl ego compiilaho vobis unam malain consuetudinem quam 
habcnt Quando aliquis homo infirmatur, miltunt pro suis iiuli- 
vinis et incantatoribus , qui faciunt artes diabolicas , et petunt si 
infirmus débet libcrari vel mori ; et si infirmus débet mori, ipsi 
mittunt pro omnibus ordinalis ad hoc et dicunt : quia istc infirmus 
est judicalus ad mortem , faciatis iilud quod dcbclis faccre. Isti 
ponunt aliquid super os infirmi et suffocant eum et postea co- 
quunt eum et comedunt eum omnes consanguinei sui. Item co- 
medunt omnes medulias de ossibus , et istud faciunt quia dicunt 
quod nolunt quod remaneal aliqua substanlia de illo , quia si 
remanerct aliqua substantia faceret vermes , et isti vermes mori- 
rentur pro defectu comcdendi; et de morte istorum vermium 
anima istius defuncti habcrct magnum peccatum et magnam 
pœnam ; et propter hoc comedunt totum , et postea accipiunl 
ossa et ponunt ea in una archa et suspendant ca in una caverna 
in montibus , in loco in quo nec homo nec bestia posset ea 
tangere : item quando capiunt aliquem hominem de aliqua 
contracta qui non possit se redimcre ab eis , occidunt eum et 
comedunt. Or dicamus de regno Lambri. 

CAPUT XVI. 

De regno Lambri. 

Lambri est regnum pcr se et réclamât se pro magno Kaan ; 
et sunt de ista eadem insula : ipsi sunt idolatrae , et habent mul- 
tum de camphora et de aliis speciebus ; de seminc de berer por- 
tavi Venetias , et non fuit ibi natum propter frigidum locum. In 
isto regno sunt homines qui habent caudam sicut canes , et est 
cauda magna plus quam unus palmns , et sunt caudati sic major 
pars eorum et morantur in montanis remoti ab aliis. Caudae 
sunl grossse sicut caudse canum. Ipsi habent unicomes satis et 
aves et bestias. 



C 447 ) 

CAPUT XVII. 

De regno Fanfur. 

Fanfur est regnum perse , et siint idolatràe et réclamant se pro 
inagno Kaan , et sunt de ista cadcm insula. Ibi nascitur melior 
camphora de mundo et venditur ad pondus cum auro ; et non 
liabent granum , scd risum : vinum habent de arboribus , sicut dic- 
tiim est supra in regno de Samara : et est hic unum magnum 
mirabile , quia est ibi farina de arboribus ; quœ sunt arbores 
grossae et habent corticem subtilem et sunt omnes plenae in tus de 
farina, et de iiia farina fiunt omnes comestiones de pasta et sunt 
boni saporis. El ego Marcus Paulus fréquenter comedi ; et quia 
ego Marcus Paulus non fui in aliis duobus regnis, de eis non dico. 
Or dicamus de alla insula quae vocatur Necuram. 

CAPUT XVIIl. 

De Insula Necuram. 

Quando homo recedit de Java , de regnamine de Lambri el 
vadit pcr tramonlanam ccntum quinquaginla miliaria , invenit 
duas insulas. Una vocatur Necuram. In ista insula non est rex , 
sed sunt sicut bestiae et vadunt omnes nudi, et non cooperiunt ali- 
(]uid de suo corpore , et omnes sunt idolâtrai , et omnes eoruni 
arbores sunt magni valoris, eo quod sunt sandali , nuces de 
ludia et garofoli , berci et multae aliœ bonae arbores ; et aliud 
non est ibi dignum memoria. 



( 448) 

CAPIT XIX. 

De insula Angainan. 

Aiigaman est insula una, et homincs islius insulap non habent 
rccm . cl sunt iilolalr;e ; et sunl sicut bcsticX silvcstrcs , quia om- 
nes isti de ista provimia habent capiit sicut caput canis . et dentés 
et os sicut mastini. Habent oculos similcs oculis canum. Ipsi 
habent mullas species , et sunt mala gens et comedunt omncs 
homincs quos possunt capcre. Vidanda eoium est de lacté et 
riso et carnibus de omni gencrc , et habent fructus diverses a 
nobis. 

CAPUT XX. 

De insula magna ie Sellam. 

Quando bomo recedil bine et vadit mille miliaria per ponen- 
tcm et gaibinum , invenit insulam de Seilam , qu«î estmelior in- 
sula de mundo de sua magnitudinc , et durât duo millia quadra- 
ginta miliaria ; et antiqnilus fuit major , quia girabat quatuor 
millia sex centa miliaria , sicut dicit mappa niundi ; sed ventus 
de tramontana venit ita fortis quod magnam parlem insulae pro- 
fundavit. ll.i autem in isla insula est rex qui vocatur Secudum 
Maym. Isti sunl idolâtra- omnes , et non facinnt Iribulum alicui. 
Tpsi vadnnt omncs nudi , salvo quod coopcrinnt naluram suam : 
non habent bladum sed habent risum : habent turpes tnanus : fa- 
cinnt vinum de lacté , et carnibus vescuntur. In isla insula nas- 
cuntur boni et nobiles nil.ini et non nascuntur in alicpio loco 
plus. Et hic na.scunlur zaliri et topazii , amelisti et ali(]ua- alla- 
pctrae pretiosa- ; et rox istius insulae habel pulcriorcm rubinum 
de mundo cl qui muiuani visus fuerit. Et dicam vobis quomodo 
est factus. Ipsi est longusprope ad nnuni pnlmum etrrassus sicut 



( U'j ) 

unum brachium honiinis. Ipse est lucidior res de mundo et est 

vermilius sicut ignis : est ita magni valons quod non posset com- 

putari. Magnus Kaan misit pro isto rubino et voluit dare valen- 

tiam unius civitatis ; et rex respondit quod non daret pro aliqiia 

rc de mundo, quia luit antiquorum suorum , et sempcr tenucrunl 

eum carum et pro magno thesauro. Gens non est valens , sed est 

vilis et misera ; si indigeant hominibus pro armis quando habent 

guerrani , mittunt jiro aliis genlibus et maxime pro saracenis. In 

ista insuia est una magna montagna quie est Iota diripala, ita 

quod nullus potest ascendere nisi uno modo ; quia ad istam moii- 

tagnam pendent catenae de ferro , sic ordinatae quod homines 

possunt ascendere ; et dicunt isti quod super istam montagnam 

est scpulcrum Adam patris nostri ; et istud dicunt saiaceni. Isti 

idolâtrée dicunt quod est monumentum Sergamon Borchaym , 

et iste Borchaym fuit primus homo ad cujus nomen fuit factum 

idolum. Sccundum cos iste fuit melior homo qui unquam fuerit 

inter eos , et qui primo ab ois fuit adoralus >it sanclus, ad cujus 

nomen fecerunt idolum ; et iste fuit filius unius magni régis et 

divitis, et fuit ita bonus quod nunquam voluit attendere ad ali- 

quam rem r.iundanam. Et (juando rex vidit <juod lilius volebat 

istam viam tcnere , quia noiebat attendere ad regnamen , rex ha- 

buit magnam iram , et misit pro eo et promisit sibi multa , et 

dixit quod volebat eum facerc rcgem et se ipsum deponere, dum- 

modo suscipcrct regnuni et dominium ; et fdius nohiil aliquid 

facere , et non solum facere sed ncc cliam audire. (Quando pater 

vidit hoc habuit magnam iram , ot fcrc voluit uioi-i prae dolore , 

quia non habcbat alium filium, nec habebat cui vellet dimittere 

rcgnum. Tnm pater cogitavit quomodo istum posset reduceic 

ad se et ad res islas mundanas , ot fecit illum iiicludi in (juodam 

palatio , et donavit sibi très pulcras puellas qu;e serviebant sibi ad 

lectum et ad niensara, et facicbant sibi multa solatia , sicut rex 

mandavcrat eis. Et iste non est motus ad aliquam luxuriam , et 

non est molus in aliquo, et faclebal bonam vitam sccundum cou- 

f 

37 



( 45o ) 

suetudincin siiam ; et iste tantum stclcrat reclusus in dortio qiioil 
nun(|uam viderai aliqucm morluum nec aliqucra iiiiirinuin sivc 
malatum. Contingit aulem quod quodam die , cura rex equilaret 
cum isto filio suo , et filius videret portarl quemdam hominem 
moi'tmim , cum multitudiric magna plorantium , lune dixit patri 
suo : Pater, quid est hue' El ilie dixilquod crat unus liomo mor- 
tuus ; et ille lotus obstupuit , et dixit itcrum patri : Pater , num- 
quid omnes domines moriuntur ; et patcr dixit quod sic , et filius 
nichil dixit . nisl quod lotus rcmansil cogilalivus. Scd cum equi- 
laret ulteiius, invcnerunl qucnidam scncm qui non polcrat ani- 
bulare et perdiderat omnes dentesi Et filius reversus est ad pa- 
latium suum , et dixit quod nolcbat morari ulterius in isto 
mundo maligno ; sed dixit quod volebal illum quMîrerc mundum 
in quo non morilur aliquis unquam vcl scncscit. Statini igilur 
recessit de palatio et asccndit ad istam monlagnam quie est mui- 
lum dissuela ab aliis, et ibi moratiis est loto temporc A'itae suae , 
valde honcsle ; et si luisset christianus fuisscl apud dcum maxi- 
mus i'aclus. Posl niodicum lenipus iste mortuus est et fuit por- 
tatus ad patrem. Pater aulem vidcns cum fuit valde tristalus , et 
fecitstalim fieri unam slaluam auream ad simili ludinem suam , cl 
de tapidibus prcliosis , et misit pro omnibus illis de palria , et 
ipsum (ccil adorari ut dcum. El dixcrunt quod crat mortuus 
octuaginta quatuor vicibus, etdicuntquod quando primo mortuus 
est factus est bos, secunda vice mortuus est et factus est canis , cl 
sic dicunt quod morluus est octuaglnla quatuor vicibus, cl sem- 
per factus luit unum animal novum ; sed in ocluaginla quatuor 
vicibus morluus est et factus est Deus. Et istum babcnt idolâtra" 
pro meliori Deo quem ipsi babcant. Et isla fuerunl prima idola 
(jucc fuerunl . et de islo dcscendcrunl omnia alla idola : et lioc 
fuit in insula dcSeilam, in Yndia superiori; et idolatne ad islum 
sepulcrum vcniunt pcregrinando , sicul cbrisliani ad sanclum 
Jacobum, cl in islo monumento est filius islius régis de quo dixi 
vobis supci'ius. Sed saraccni qni veniunl dicunt cpiod istud est 



( 4"" ) 

scpulcrum Adam. Scd Adam sppultiis rsl in alio loco ^cciiridiiin 
sanctas scripturas, Ink-lli-xit aulcm ina^nus Kaan quod in isto 
monte est scpulcrum A<lani , cl duo dcnlcs et scutclla in qua man- 
ducahat. Coj^itavit crgo lial)Oic dcMilcs cl rn|iillos et scutcllam , 
et fccil amliaxialoi'cs ad rc^cm de itisula illa ; cl lial)ucrunt isla, 
scilicct scutcllam , et ipsa sculella cral de porfido allio : et rc- 
dierunt ambaxiatores, sed non habucrunt nisi scutcllam cl duos 
dcntcs massclarios qui crant valde magni. Quando aiilem mag- 
nus Kaan scivit qnod isli amlia\iatoi'es rcthhaiit cuni icli(|uiis 
istis et craiit ]>ii)[)e tciiaiii iilii ipsc lime eral , scilicct in (>ani- 
balu, fecil milli liandum quod omnes de terra obviarcnt reliquiis 
istis, quia crcdcbat qnod csscnt rcliquia-dc Adam : et istiid fuit 
anno douiini mcclxxxiiii. Et lucrunt poilata isla ciini magna 
reverenlia in Cambalu ; et invcntum est <|ii()(l illa scutclla habc- 
bat talem viilulcm, (]n()d poncndo vidandam in illa scutclla pro 
uno liomine , niiilli habebant ad suiTicientiam magnam ; et hoc 
probavit niagnus Kaan et invcnil sic esse. 

CAPIJT XXI. 

De provincia Maabar quac dlcilur Ymiia .Major. 

Quando bomo rcccdit bine et vadit pcc |)oncntcm scxaginta 
miliaria , invcnit magnam provinciam de Maaltar, cl i.sta voca- 
tur Yndia Major cl est in tcna firnia. Et in isla provincia sunt 
(juinque régna et quinquc rcgcs, qui oiuncs siinl ("ratrescarnales; 
et ego dicam de (juolibct jicr se. Ista est nobilior provincia de 
mundo et inagis divcs. Et in capitc istius rcgni régnai unus islo- 
rum fratrum qui vocatur Scndcrba , rex de Vai-. In isto re.gno 
inveniuntur pcriae bonae et grossie , et capiunliir sic : qui.» csi in 
isto mari unus gulfus qui est inicr in.sulam cl Iciiain lirinam, 
ncc est ibi aqua |)lus quam deccm passus \el duodciim. cl in 
aliquo loco nim plus quam duo , et in isto loco capiunlur pcrlif 



( 452 ) 

sic . quia liominos accipiunt navcs mafias cl parvas, et viuliiiit 
in isto angulo, de inonse aprilis usquc ad nicdiiiiii inoiisiiii iiiaii, 
in uno loco qui vocatur Bachalar, et vadunl in uiari scxat^inla 
miliaria , et ibi projiciunt anchoras suas, et inliant Laichas par- 
vas et piscantur sic : quia inulti sunl mcrcaloics et faciunt socic- 
tatcm simul , et locanl miiltos lioiuines pro islisduohus luciisibus, 
quantum durât piscatoria. El mercatorcs dant régi de dccem 
partibus uiiam de omnibus quiC accipiunt, cl adhuc douant illi 
qui incantat pisces , quod non laedant bomincs qui vadunl sub 
aqua pro poibs, de \iginli partibus uiiani ; et isli suijt vocali 
abanamayn, id est incanlalores ; cl istc incantismus non valet 
nisi illa die ; ila quod de nocle nullus piscatur. Et isii incantant 
omneni bcsliam et omncm avem. Quando aulem isli liomines 
condncti vadunl sub a(iua , duobus passibus vel tribus vei qua- 
tuor vcl usquc ad (iuodccini , ipsi stant ibi quantum possunt , et 
capiunt pLsccs quos nosvocainus ostrcas; cl accipiunt indc perlas 
grossas et minutas et de omni modo: et pcrlic qua.' inveniuntur 
in isto mari spargunUir per loluni nnindum. El istc rcx islius 
provincial sive islius rcgni lialx-l magnum tbcsauruni. Or dixi 
vobis quomodo piscantur et capiunlur pcrlœ ; et a mcdio maio 
in anlca non sunl ibi usquc ad menscnï octobris. Et in tola pro- 
vincia Maabai' non est ncccssarius sulor pannorum, quia vadunl 
omncs nudi omni Icnqiorc ; (juia babciil omni temporc temjius 
temperalum , id est nec calorcm ncc frigus , et proplcr lioc va- 
dunt omncs nudi , salve quod cooperiunt sibi nalurani cum mo- 
dico panno ; cl sic vadit rcx sicul abi , salvo quod rcx porlat alia 
sicul dicam vobis ; quia portai ad naluram pulcriorcm pannum 
quam abquis abus , cl ad colbim portai unnm collarelum lotum 
plénum de la[>idibus prcliosis, ita quod illc collarclus ^alcl unum 
maximum llicsaurum. Itcni pcndct ad collum cjus una conla de 
scrico subliiis quœ descendit inlcrius unum passum ; et m ista 
corda sunl inter perlas grossas et rui)inoscirca rpiatuor cenlum ; 
quie corda csl maximi valoris ; cl porlat istum cordoncni , quia 



( 453 ) 

opoilet quod omni die dicat qualuor centum oralioni-s idolis 
suis ; cl sic vult eoriini Icx , et sic feccnint alii reges eonim an- 
liqui, et sic facil iste. Item portai ad brachium bracialia plena 
perlis et lapidibus prcliosis. Ilem iiilcr crura in tribus locis por- 
tât ista bracialia, et sic portât tôt lapides preliosos super se qui 
valent unani bonam civilalein ; et non est niirum , quia habet 
tût lapides pretiosos et tôt perlas sicut conipulavi vobis. El nemo 
potest trabcrc de regno suo aiiqucm lapidcni prcliosuni qui pon- 
dcret ultra unum sagium ; et rex facil bandiri per tolum regnum 
suum quod qui babet grosses lapides pretiosos et bonas perlas 
poi-tet sibi , et ipse facit dari bis tanlum quam coiislent ; et isla 
est consucludo regni doiiare bis tanlum. El mercatores portant 
libenlcr , quia bene solvilur eis. Iste eliam rex habet bene quin- 
gcnlas fcniinas , id est uxores sive concubinas , quia sicut videt 
unum plucram mulierem slatim vult eam. Et frater suus habcbat 
unam pulcram uxorem , et rex accepit eam sibi, et frater suus 
tanquam sapiens dissimulavit , nec voluit propler hoc brigam 
cum 60. Item iste rex habet multos filios qui sunt magni barones; 
et quando rex equitat, isti sui filii semper vadunl juxta eum. Et 
quando rex est mortuus , corpus suum comburilur , et omnes 
isti fdii comburunlur praeler majorem qui débet regnare. Et 
hoc faciunt ut serviant sibi in alio mundo. Ilem est ibi talis con- 
suetudo , (juia de thesauro qucm dimittit rex filio suo nun- 
quam aiiquid tangilur ; quia dicit quod non vult minuerc illud 
quod dimisit sibi pater suus , sed polius vuil augere ; et sic 
quilibct auget et quilibel dimittit alleri , el jiropler hoc islud 
regnum est ila ditte. Item in isto regno non iiascitùr equus ; et 
propU'i' hoc omnes reditus corum pro majori ()arte ronsumunt 
in cquis. El dicam Aobis quomodo ; quia mercatores de Quinsi , 
de Dufar et de Usca ac de Adam ,' quia istae provinciic habci'it 
equos , isti mercatores implcnt naves dfe istis equis , et portant ad 
istos quinque reges (pii sunt fi aires, cl vcndunl nninii spplingcn- 
tos sagios de auro , qui valent plus quam centum marchas argenti; 



et iste rex émit in arino duo millia, et fratres sui similitér; et in 
capite anni omnes equi siint mortui ; et ratio est , quia nonhabent 
ibi maiiscalcos et quia nesciunt eos gubernare : et isti mercatores 
non ducunt illuc aliquem mariscalcum , quia nolunt quod equi 
vivant , nt possint magis lucrari. Item est ibi talis consuetudo. 
Quando homo fecit aliquid maleficium propter quod debeat 
perdere vitam , ille talis bomo dicit quod vult occidere se ipsum 
amore talis idoli , et rex dicit quod bene vult. Tune consangui- 
nei et amici istius malefactoris accipiunt ipsum , et ponunt eum 
super unam caretam et dant sibi bene duodecim gladios , et por- 
tant eum per totam terram , et vadiml clamando : Iste est talis 
probus homo , qui vadit ad interficiendum se ipsum amore talis 
idoli. Quando autem sunt in loco ubi débet fieri justitia , ille qui 
débet mori accipit unum gladium et clamât alta voce : Ego mo- 
rior amore talis idoli ; et hoc dicto percutit se in brachio , deindc 
in alio , et sic facit quamdiu est mortuus. Tune consanguinei 
accipiunt corpus suum et comburunt illud eum magna jocondi- 
tate. Item est ibi alia consuetudo quod quando homo moritur, 
uxor sua projicit se in ignem et comburit eum viro ; et hoc faciunt 
quia de hoc multum laudantur , et propter hoc multae domin<e 
faciunt. 

CÂPUT XXII. 

De erroribus et idolatria incolarum Maatar. 

Et sciatis quod ista gens adorât idola,sed magis bovem, quia 
dicunt quod est bonum animal , et nullus est qui comedat carnes 
bovis , nec occiderent eum pro aliquo. Sed est ibi generatio ho- 
minum qui comedunt boves , qui dicuntur gioni , sed non au- 
dent eos occidere ; sed si morirentur sua morte comedunt eos , 
et ungunt totam domum de pinguedine bovis ; et isti gioni qui 
comedunt boves sunt illi quoi-um antiqui occiderunt sanctum 
Thomam apostolum ; et nullus de ista generatione potcst intrarc 



J 



( 455 ) 

ubi est coq)us licati Thomae apostoli ; et viginti homines non 
possent intromillere unuiii , propter viitutcm sancti Thomae. 

CAPUT XXIII. 

De certa cnnsuetudine regionis iilius. 

Item sciatis quod ibi est talis consuetudo ; quod rex et baro- 
nes non comburuntur quarido moriuntur, prout iît de aliis ipsius 
regionis , nec sepeliuntur nisi in terra ; et dicunt quod hoc fa- 
ciunt , quia sunt de terra et ad terram debent redire ; ita quod 
non possent eam nimis honorare. 

CAPUT XXIV. 

De aliis novitatiBusetcondictionibuspatriœ ejusdem. 

Sciatis insuper quod si unus magnus dextrarius cooperiret 
unam cquam , non nascitur nisi roncinus parvus , cum pedibus 
et cruribns tortis , (jui nichil valet nec potest equitari ; et isti ho- 
mines vadunt in pra'lio cum scutis et lanceis et vadunt nudi et 
non sunt probi homines, sed viles. Ipsi non occiderent aliquam 
bcstiam ; sed quando volunt comcdcre aliquas carnes , faciunt 
quod saraccni occidaiil illam bcstiam, vel alius qui non sit de 
legc sua. Item habent aliam consuetudinem , quia masculi et ie- 
minpe omni die lavant sibi bis corpus , nec comedcrent vel bibe- 
rent quamdiu non essent lavali ; et qui hoc non facerct reputa- 
rctur sicut apud nos palarcnus. Et in ista provincia fil nimis 
magna justilia de omni maicficio , et potator vini non recipilnr 
ibi in testera. Item dicunt (juod illi qui vadunt per mare sunt 
desperati. Ipsi autem non rcputant poccatum aliquam luxuriam. 
Est ibi ita magmis raior (]uod est mirabiic , et propler hoc va- 
dunt nudi ; et non pluit ibi nisi tribus mcnsibus in anno , scilicet 



(456 ) 

in junio , julio et augusto : et nisi esset ista aqua qurc réfrigérât 
aercm, esset ibi tantus calor quod non posset ibi aliquis vivere. 
Isti siint multum sapientes homines de fisonomia , id est sciunt 
cognoscere homines et eoruni mores in facie. Ipsi observant au- 
guria plus qnam homines de mundo , et plus faciunt , quia fré- 
quenter relrocedunt ab eorum via , propter unum stranutum et 
propter apparitionem unius avis Quando aliqui pueri nascuntur, 
patres eorum scribunt punctum , horam et steliam in qua nati 
sunt , quia sunt ibi' multi astrologi et divini.Itcm per totam In- 
diam aves eorum dissimiles sunt a nostris pmetcr (jualiam. Piiis- 
terli sunt ibi magni sicut astores, et sunt majores quam sunt nos- 
tri, nigri sicut carbones. Ipsi dantequis suis carnes coctascumriso 
et multa aiia cocta. Ibi sunt multa monasteria idolorum , et sunt 
ibi multi pueri et puellae oblati a parentibus monasteriis illis. Do- 
minus monasterii , quando vult facere aliquod solatium idolis , 
requirit istos oblatos , et ipsi tenentur ire , et ibi trescant et bal- 
lant, et faciunt magnum fcstum. Et islae sunt multaedomicclla?, et 
fréquenter istae domiccllffi portant comedere istis idolis ubi sunt 
oblatte ab eorum parentibus, et ponunt tovaleas et vidandam et 
permittunt eam starc per magnum spatium , et sempcr domicellae 
cantant et ballant per domum. Quando autem jam fcceruut hoc, 
dicunt quod spiritus idoli comedit totum subtile quod erat in 
illa (*), et reeerluntur domiirn, et. sicfaciuni domicellae quamdiu 
inveniant maritos. Nunc dimittamus de isto regno 
et dicamus de loco ubi est corpus sancti Thomae, 

* Hic laceranlur duo manuscripli folia; scd , ad servandas corum relliquias, 
cujuslibct niutilaUc liueœ fragmenta scribuiilur, et aliis verbis , ad majorem 
sensus elucidationem , restituuiilur. 

Quoties mutilatio crescens integram paginam invasit , dchiscens manuscrip- 
tum suppletur, ope allerius in Blbliolhcca regia scrvali ( n" Ga;^^ ) et Pipini 
nomiue designali. 

Reslauraliones ac supplcmenta aliunde excerpta italicis iilleris a genuino 
nianuscriplo distingunlur. 



( 4:>7 ) 

CAPUT XXV 

Ik ihitate tibi corpus heali 'IhoiiKu aposloli 
reijuiesrit, et de miruniilh qu;j; ilji fiunt. 

* Corpus domini sancti Tlioniœ apostoli est in provincia 
Maahar , in procinclu cia/a/is vili et parvo , et in 
eo non sunt. miiltœ genfes nec sunl muiti mercalo- 
res, (jiiia paucœ iiweniunliir ibi mcicationes. Yerum 
pietatis causa in hune locum veniimt muIti christia- 
ni. Mu/li efinm sarraccm illins conlractce habcnl 
magnnm vencrationcm etfidcm in co , et dicunt 
qund Hic fuit sanacenus et qno.d fuit magnus pro- 
pheta , et vacant eum amarioii id est sanctum homineni ; et 
phiries ibi fit w/raculum ; quia clnistiani qui 
veniunt illuc in pnr grina^w accipiunt de terra 
ubijuit occisus . ijuœ est rubra , et portant 
secum in sun rrgionc cum r^verentia , et dant iiiis 
qid cvgroinniur . ad snnandam ///iirmitatem , et speciaiiler 
mis qui habent j'ehrcni r/z;«?-tanam , et statim sunt 
sanali. Idem accidit omnibus. Item dicam vobis 
de quodam miraculo ijuoà contigit anno Domini 
MCCLXXXVUT : hoc cort/igit inii baroni de parte 
regionis.quœ est /V/olatra. Hic baro habc- 
bot mullas diiilias , et in temporc messis risi , colle- 
gii mngnam. copiam de riso , ita qnod fecit impleri 
donins e ccle sia' sainti Thomx: ila quod nullns 
pcirgrinus in ens poterat haberc ingressum ; 
et homines qui custodïch^nt ecciesiam et dor 
mos eum precahantur fréquenter qnod evacu- 

* H;ec lypographicœ inœqualilates oiiuiilur ex lincaruiii discrimine iiitcr ma 
nuscriplum editum que codicem. Qiialibel llnpa maniiscrlpli pauciora complec 
liltir verba , et modo integris liueiis scril)ilur, modo signis ronlrar(is qiiîf in 
exleiiso icsiiluenda sunl, 

58 



( 458 ) 

nnl omîtes istns dornos ecclesi;« ubi pcregrini 
acripicbarilur ; sed iste non curaLat : ita quod 
itna nocte appuniit beatus Tliomas isti baro- 
///, tenens unamfurcarn et posuit sibi 
•iiiper gnilnr , dicens : Ni (ccciis lam cito eva- 
ruari ccclesiam mcarn fjuam /-clincs occupatain , 
le mala morte afficiam : cum ista furca stalim 
c'itm siringebal; et illius fuit maxiina pœna: 
(ipostoliis Tliomas tune recpssit. De mane 
mrgens baro fecit evacunv'x ecclesiam , et dixit 
i]uod in visione apostolus Jusserai. Christiani autem 
ex eo hnbuerunt ma^nam laetitiatn , et fecerunt 
preces et /rverentiam sancto Thomse. Multa 
n/ia /«/racula fiunt ibi frcqucnter ad 
invocationem beati Thomae apostoli , in honorem 
/dei chiistian.e. Et modo autejm dicara vobis quomodo fuit occi- 
sus. Iste beatus Thomas stabat in quodam nemore , in quodam 
heremitorio , et dicebat suas orationes , et circa eum erant 
multi pavones , quia in illa contracta sunt plures quam in toto 
mundo; et quando sanctus Thomas orabat, unus idolâtra de 
progenie di gioni erat ad ucellandum ad pavones , et sagittando 
unum pavonem occidit sanctum Tliomani , quia non videbateum, 
per costas ; et sic vulneratus cum doloïe orabat; sed primo quam 
veniret ad istum heremitorium convertit miiltam gentem ad 
ndem Christi. 

CAPUT XXVI. 

De colore iiicolarura terrœ illius , cl qualiter sua deplngunl idola. 

Et sciatis quod quando aliquis puer vel puelia nascitur in ista 
provincia, nascitur totus niger, et qualibet septimana bis vel ter 
iinguiil cum oleo de susimari, ad hoc ut fiai bcne niger, quia in 
illa contracta qui plus est niger ille magis liabetur in pretio. Et 



« 

ista gens facit dcpingi omnia sua idola nigra , el daeinoiies facil 
depingi albos, quia dlcunt quod eoruiii Dii et corum sancli sunt 
omncs iiigii. Et taiita est spcs qnam habciit in bovc quod quando 
milites vadunt in cxcrcitu, portant de pilo bovis silvestris ad fre- 
num equi , et peditcs ad scutura ; et aiiqui faciunt eos legari ad 
capillos vel crura : Et istiid faciunt ut évadant omne pcriculuni, 
Et proptcr hoc qui babet de illo pilo bovis rcpulal se securuni : 
etpropter hoc pili bobum silvcstrium sunt multum caii a])ud eos 
et multum care vcnduntur. Or modo dicamus de regno MoH'nli, 

CAPUT XXVII, 

De regno Molfuli cl qualiler invcniuiilur ibi dlaiiianle^, 

Molfuli est unum regnum quod bomo invenil quando reccdil 
de Maabar et vadit per tramontanam bcne mille miliaria ; et 
istud regnum est unius regin.ie quse erat multum sapiens , quae 
remanserat vidua benc quadraginta annis , nec voluit ulterius 
accipere maiitum , proptcr amorem primi mariti. Ista tenuil 
regnum in maxima justitia et magis diligcbatur quam unquam 
fuit dilecta aliqua regina vel rex. In ista provincia de Molfuli 
inveniuntur diamantcs, et dicam vobis quomodo : quia in isto 
regno sunt magna montana ; or quando pluit, aqua vcnit dc- 
rivando per ista montana , et homines vadunt qu.ierendo per viam 
unde ista aqua defluxit, et sic invenit homo satis de diamantibus 
istis. In sRstatc aulcm quando non pluit, inveniunt super ista 
montana, sed est ibi ita magnus calor quod vix potcst bomo 
sufferre. Et in illis montanis sunt tôt serpentes et sic magni quod 
homines vadunt illuc cum magno timoré , quia sunt valde vene- 
nosi ; nec audet aliquis appropinquare cavcrnis propter illos ser- 
pentes. Sed babent diamantcs per alium modum ; quia ipsi ha- 
bent ita magna fossata et ita profunda quod illuc nullus potesl 
atlingcre ; et ideo projiciunl carnes in islis fospatis , et carnes 



( 46o) 

raduMt Mijjcr istus diaiiiantcs , et «liamaiilcs iiiij^uiilur in caiiiC. 
Super isla aiilcm montaiia sunl a(]tiila' albae qu;e slaiit proptcr 
comcdcndum illos quos occidimt dirti serpentes. Quando autcni 
aquilae scntiunt odoreni islaïuni caiiiiuui qna? sunt in fossalis 
projecUc , descenduiil illuc cl portant eas siipei' ripani fossati,et 
homines vadunt ad aquilas , et aquihe fuf^iunl ; et liomincs in 
istis carnibus inveniunt diamantcs ; et iterum inveniunt , quia 
aquilie comcdunt cum carnibus diamanles sive deglutiunt , et 
iiomincs vadunt de niane ad nidum aquilae , et cinii stcrcore 
aquilae mixtuni inveniunt dianiantcm. Or istis tribus modis inve^ 
niuntur; nec in aliquo loco de niundo inveniunlur, nisi in isto 
regnaniinc. Et non crcdatis quod boni dianianlcs vcniant.inter 
christianos , sed vadunt sive portantur ad magnum Kaan et ad 
reges et baroncs illius contractae. Item in isla contracta de Mol- 
fdi lit melior bochoramc et magis subtile quod sil in mundo , et 
magis carum , et vidclur tela eranei. Ipsi habeiil bcstias salis, et 
majores monloncs de mundo, cl liabcnl abundantiani omnium 
viclualium. 

CAPUT XXVIH. 

De [irovliicia Lar. 

Lar est una provincia versus ponentem , quando homo reccdit 
a loco in quo est sanctus Tiioinas apostoliis. El de isla provincia 
sunt nati omncs Blagmani ; et isti Blagmani sunt meliores bo- 
ulines mercatores de mundo et magis légales, quia nunquam 
(iicun; mendariiim pro aliqna rc , et non comcdunt carnes nec 
liibunl vinum , et slanl in magna boncstalc. Luxuriam non fa- 
ciunt , nisi cum suis uxoribus. Ipsi nlbil accipiunt alicui nec 
faciunt aliquid undc credant liaberc pcccalum. Omncs Blagmani 
cognoscuntur pcr uiium Tdam banibacis (picm portant sub spa- 
tula sinislra, et ligant islud filum sub alia spatula , ita quod fi- 



I 



i 



( 4^^' ) 

luin venit per spalulain cl bratliium ; el pei istud sigiiuui coguos- 
cuntur omncs Blagmani. Et isti liabcnt rcgcm divitcm et po- 
tentcm , et émit libenler perlas et lapides pretiosos. Et oportet 
quod habeal omnes perlas et lapides pretiosos quos portant Blag- 
mani mcrcatores de Maabar , quie est major provincia qiiam 
habeat India.risti sunt idolatrge et vivunt ad atiguriiim aviim» el 
bestiarum plus quam alia gens, Et est ibi talis consuetudo ; quaiub) 
aliquis facit mcrcatum de aliqua re , ipse respicit ad umbram 
suam ; cl si umbra est magna sicut débet esse, complet siiam 
mercantiam ; et si non csset compléta sicut débet esse in illa die^ 
non émit eam ; et istud faciunt semper. Item faciunt aliud : quia 
qnando sunt in aliqua apotecba ad emendum aliquid , si venit ibi 
aliqua tarentula de quibus sunt ibi multae, attendant a qua parte 
venit vel potest vcnire , quia a tali parte posset venire quod non 
complerent mcrcatum. Item quando excunt domo , si audiunt 
unum stranutum qui non placeat cis ," retrocedunt et nunquam 
irent ulterius. Isti Blagmani viAoïnt plus quam alia gens , quia co- 
medunt parum et bibunt , et faciunt majorera abstinentiam quam 
aliqua gens. Et dentés habent optimos propter unam bcrbam 
quam consueverunt comedcre. Ibi sunt homines regulati,qui \i- 
vunt plus quam alia gens,id est bene ccntum quinquaginta annis 
vel ducentis, et semper simlfoiics el uiiintur virihus 
suis ; et totum illud est propler ahstinenilas n^a- 
gnas quas faciunt ; et risum et lac jno oinni cibo co- 
medunt semper quasi ab infantia ; isli vocrmhir cui- 
gui. Bis omni mense inedicarnen quoddarn sumunt 
sic factura ; quia tolluni mercurium et sidfur , 
et miscent simul cura potii , et bibunt et di- 
cunt quod istud tcnet eos sanos ci prœditos 
juventute. Et omnes qui hoc uhmtur vinmt 
plus quam alii. Isti sunt idolâtrée , cl reponunt suam 
spera in bove qucm adorant ; et cjuilibet paixum 
portant imum bovem de cupro , fronti cilligatiun ; 



( 462 ) 

et >adunt omncs nu<li , ner etiarn cooperluiU 

iiaturam aliqui de istis, et asperam vilamfaci- 

unt pro magna pœni/rnfiei. In igné adu- 

lunt ossa bovis , et ex eo puUerc perunguiil 

se in multis partibus corporis cum magna 

reverentia , sicut christiani ex aqua benediclu. Non 

comedunt in scutelh'i- vel imisoriis , sed 

super folia pomorum de paradiso , aul in aliis 

foliis sic^is et non swidibus. Creduni (piodfron- 

des virides habent animam , et non audereni 

comcdere super istas tal« . m pccrahiin commil/crcii/. 

Gavent sibi super omne cogilare nuiluin velfa- 

cere aliquid unde sit peccatum ; et illi, 

quando petitur ab aliis cur vadant niuli , di~ 

cunt , quia nichil por/a/ hnmo nascendo 

l't nichil secum portai moriendo , et ' 

non habemus yerecundum ostertdere nudaiit 

naturam , quia non peccamus cum ea ; 

et propter hoc non pudct magis de en prodendu 

quam de aliis inembm ; et ment cm Iiabent 

id(»o verecundam quod non auderent pro alla 

re de mundo ocàdere aliquod animal, me puli- 

cem , nec muscam , quia snnt nnimala , et 

esset peccatum occidere ea. Non comedunt 

aliquid viride , nec iructus nec herbas , donec 

fuerint sicca , quia a:\cunt quod habenl animas. Dor- 

miunt nudi in teira , nullurn habenti's vestitum mjra 

nec supra , et hoc est mirabile qiiomodo sain 

évadant , et toto anno jejunant , nec comedunt 

aliquid aliud nec bibunt quam pancm et aqnanp , et 

habent suos regulares qui custodiunt idola ; 

Et quando volunt probare quod isli sint boniet hone- 

sti mittunt pro puellis quae sunt oblatse idolis , et faciunl quod 



( 463) 

illae tangunt eos hue et illuc et in pluribus locis corporis, et stant 
in magno solatio cum eis : et si membrum erigitur vel mutatur , 
emittunt eum et dicunt quod non est honestus , sin autem fa- 
ciunt eum serviie idolis suis in monastcrio illo. Ipsi ardent cor- 
pora mortua, quia si non ardèrent dicunt quod facerent vernies, 
et illi verines morirentur quando non haberent plus ad come- 
dendum , ita quod essent causa mortis illorum vermium , quia 
dicunt quod vermes habent animam , et idco anima illa in alio 
mundo pœnam habcret. Et sic diximus de moribus istorum. Or 
modo dicamus de civitate Ciail. 

CAPUT XXIX. 

De civitate Ciail. 

( y/oc cap ut in Pijiini Mamiscripto omitlitur. ) 

CAPUT XXX. 

De regno Coilum *. 

Per plagarn aliain duni discedilur a regno Maabiir , vcisus 
garbinuin ad millaria cjuingenta , invenihir regnuin Coilum , nbi 
suni clirislicuii rnulli et jiidœi aUjue idolâtrée. Ibi est liiigua pro- 
pria , et rex Coilum nulli tribtdarius est. In hoc regno cresciint 
berci grandes ut himoni, valde boni. Piper ibi est in copia niaxima; 
nom neniora et campesiria plcna sunt pipcre. Arbuscuki tanten- 
ex fjua piper- nascitur dornestica est. Colligitur tantum piper in 
madio .,.junio et julio. Ibi est endici quo tinctores utuntur copia 
maxirna. Fit de herba : herbarn illam colligunt , et in vasis mag- 
niscum aquaponunt; et sic tarndiu dimittimt donec herbn opfime 

* Excerpta ex Pipini Manuscripto. 



( 464 ) 

inaci're/iir. PrnfUer lutr ipsnm jmnunl ad soient , ifiii in regioiw 
i//a fcrrrritissirne calesci/ ; el prœ cnlorc miiximo biillll hrrba ^ et 
cniignUilnr in iinnm. Postinodiun niolerliiin illmn in iiualuor 
iinclas diaduni , et sic defertur nd nos. In regione illa pœnosnm 
est t'iirre . propier calorem nimiinn qui est iùi. Si onim tinuin ihi 
injhiminc ponifitr, in niora niodicn optinie roijiiitur. ^4d hune 
regioneni propter mercationes multi négocia tores conjluiinl de di- 
çersij nntionihus , propier liicnini maximum (piod est ibi. In liac 
provincia niultn (iliii sunt , cunclis nlinriim regionnm tininian- 
tibus disiniilia : ibi cnini sunt leones nigri totaliter , ubst/ne ont ni 
nliJj colore. Ibi sunt papa gnlli . seu eplniachi . aibi ut nix : pedes 
tantuni nibros hahcnt et rosira. Surit eliant ibi papa gallidiicr.'iu- 
runi inanerierum , pulcriores illis qui citra mare deferuntur ad 
nos. Ibi sunt gallinœ nostris omnino dissimiles. Oinnia Itabel regio 
illa dissimilin regionibus aliis , aies , bestias et arornata ; et lioc 
y est quia calidii est supra moduni. Bladum nullum habent , 
excepta riso : vimirn de ZÀicharo faciunt : de l'ictunlibus ra-teriscst 
iruqiia inaxinia. Aslrolngi et medici mullisunt ibi. ?sudi omnes 
ambulant mares cl feininœ , et omncs nigri sunt: i<erenda lan- 
tum pulcro panno opcriunt. Oni/ies commimiter luxuriosi sunt , 
Consnnguineas qura-to gradu uxores accipiunt : et hoc per totam 
Jndiam obsenmtur 

CAPUT XXXI. 

Do pro\liicia Comari. 

Coniari regio est in tndia. Undique vidcri potcst polus arcticus, 
Id est .-itel/a quœ dicitiir tramontana ; narn ah insula Java usi/ue 
ad loruin islum rideri omnino non polesl. Si ipiis auletn iniratin 
marejuxia Comnri inl Iriginta miliiirin, inde videbit poliirn prœ- 
fatum ; et vide.tur esse super mare llluil ad unius cubiti mcnsuram. 
Ista regio est valde sihes/ris , et hubet anitnalia valde dissimilla 



( 4G-^ ) 

alils , et speciah'ter simias. SunI ib'i sùnice multœ habeiilvs efji- 
giern liominum. Ibi sunt cuti qui dicuntur pauli , ralde diçersi ah 
iiliis ; ibi sunt leoncs , lennciœ , leopardi in copia magna. 

CAPUT XXXII. 

De regnp Ely. 

Post recessum a Comari , çersus oricntalem plagain prope tnil- 
lia Irecenta , incmitur regnuni i/uod habel rcgern propriiirn ac pro- 
prium idioma. Incolœ regionis simulacra l'cnerantur. Rex ditissi- 
mus est , magnos thesauros habens ; potens autem nofi est in rmdti- 
tiidinc aut forlitudine genlis : regio tamen ndeo fortis est quod ab 
hoslibus incddi non potest. In hac Tcgione est pipcris et gingiberis 
et aliorum nobilium aromatuin copia magna. Si nax>is aliquis inde 
transitum, faciens ,pro vitanda tempestate maris vel qiuicurnque 
alia causa dii-ertit ad aliqueni hujus proi.nnciœ portimi , si casua- 
liier et non ex intiulionc prima déclinât ad illum, viri pairiœ hujus 
quidquid in nan recipitur accipiunt violenter , et dicunt : vos debe- 
batis ad aliam patriam cum mercationibus ire ; sed deus noster 
et fortuna nosfra miserunt nobis. Hoc malum in toln provincia 
fit. In regione multi leones sunt et agrestes ferœ. 

CAPUT XXXIII. 

De regno Melibar. 

Melibar est regnum versus ponentem. Habent regem 
per se et linguam propriam : sunt omnes idolâtrée 
et nonfaciunt tributum alicui. In isto loco 
magis apparet tramontana stella , et videUir esse 
ad duorum cubitornm mcnsurnm. In hoc et in alio regno 
quod estjuxtn illud et quod vocatur Guzmaia , 

59 



(46G) 

suni pitaiœ mitUi ; el egredhinhir cenixaa. ligna de 
duobiis prcefal'is regnis. Ciifàutit onincs euntes per illud 
marc , et semper ducwtt secuin suas uxorcs et iilios, 
et toiam œstatem consumiint in cursu et faciunt ma- 
h et damna magna mercatorihus : et dividunt se 
in varias scalas per mare, cl faciunt sibi ad in- 
i'iceni muUos liicero. ignés ; ita qiiod nullus mer- 
cator potest Irans'irç. qui non capiatur ; et non 
lœdunl aliijuem, nisi quod accipiunt illud quod habct; 
et diciint el : Eatis ad lucrandum de alio. Hic 
nascitiir piper et genziber , canella , curbith : habent. 
copiarn de Âocorame valde pulcro. Meixatores 
alii portant eis pannes de sirico et auro , argentum , 
sendal , giro/alos et spicam ; quia ipsi non habent. 

CAPUT XXXIV. 

De regno Cozuialh. 

Cozurath est unum magnum regnum; et omnes homines illius 
regni sunt idolâtrie et habent regem et linguam per se , et non 
faciunt tributum alîcui. In isto rcgno apparet plus Stella tra- 
montana super mare , quia apparet ad altitudinem sexcubitorum. 
In isto regno sunt pejores corsari de mundo ; quia quando re- 
periunt mercatores dant eis bibcre tamarindi et aquam salsam , 
ut faciant eos ire multum ad scUam ; et respiciunt stercus , si 
mercatores habent in corpore perlas vel alias caras res; quia di- 
cunl quod mercatores, quando capiuntur, dcglutiunt ista , ut 
piratcenon invcniant eis. Hic est eiidicus piper, zenziber et multae 
alise species. Ipsi habent arbores quae faciunt barabacem , et sunt 
altcE bcne sex passus , et habent benc viginti annos ; et quando 
sunt sic inveterat;e , non faciunt sic bonam bambacem , et ham- 
liax quae nascilvir iii arbore est bona , et durât bene duodecira 



( 46; ) 

annis , bona pro tela , quia filari polest. Hic fiunt multa cona 
de becho et aliis besliis. 

CAPUT XXXV. 

De regnis Thana Cambaelli cl Rcsinacora *. 

Post hœc pcnenitur ad ( rcgiia ) Thana , Cambacth , Scme- 
nach et Resmacoram , ad occidciitalein jilagam ; in ijulbus regnis 
mercationes maximœ fiunt. Unumi^uodque auiem horiun rcgno- 
rtim regem propriuni hahct et propiium idioma , et siint in India 
majori. Non sunt ibi alia quœ in nosiro libro indicaveiini descri- 
benda. De majori etiam India non scripsi , ni si de terris et regnis 
quœ mari adjacent , i<el de imulis quibusdam quœ in illo mari 
sunt ; quia terras describerc qiui' in India sunt infra ten-arn Inbo- 
riosum esset l'alde , et adderetur libro nostro proliccilas nirnia. 

CAPUT XXXVIII. 

Deduabus m&ulîs in (/uanim ima suai viri 
sine mulieribus, et in altéra feminœ sine viris, 

Insula quae \ocaiur Masculina stat in 
mari bene qmn^entis miUaribus , versus 
meridiem quanJo honio discedit de 
Resmacoram. Isti sunt christiani hapti- 
zati et tenent legem Xestximenti antiqui. 
Isti nunquam tangcrent aliquam mulierern 
pregnantem , et postquam peperit ante quàdra- 
ginta diebus. In ista insula nuJIa moratur 



* Ex Pipini Mamiscripto scquens caput cxcerptum csl. Noslri Manuscripli 
capila 35, 30, 87 in hoc unuui reslringuulur. 



( 4(>« ) 

femina ; scd stant in alla iiisiila , (iiiœ vncalur 

i'emelle , qiui' ilislat ab ista Iriginta mi' 

liaria. Et homines vadunt ad insularn 

ubi stant feminae , et stant cum ew in dorni- 

bus suis propriis , tribus mciisilms ; el poslea 

redcunt ad insulam suam , et ibi coniplent 

facta sua novem mensibus. Hic est copia 

de ambra piilcra et bona ; quia in illo mari sunt ccte grandia , 

in copia magna. Viviint de carnilnis , lactc et riso , et sunt boni 

piscatorcs et capiunl intinilos pisces , et faciunt indc magnas 

mcrcationcs. Hic non est aliquis dominus , salvo quod est bic 

unus cpiscopus qui subest archiepiscopo de ( Scura ) ; et istos 

tenent pro suis dominis. Filii masculi stant cum patribus , et filia' 

feminae stant cum matribus. 

CAPUT XXXIX. 

De insula Scura. 

Quando homo recedit de islis duabus insulis cl vadit per me- 
ridicm quingenta miliaria , invcnit insulam de Scura ; et isti de 
ista insuia sunt cbrisliani baptizati et habent archiepiscopum. 
Hic est multa ambra. Isti habent pannos de.bambace valdc bo- 
nos. Habent multos pisces salitos et bonos , el vivunt de riso , 
carnibus et lacté. Isti vadunt omnes nudi. Hue veniunl multae 
naves cum multis opibiis quœ prcedanl in mari, et ibi omnia 
vcndunt : ibi autem libenter ea emunt, quia sunt idniatris et sarra- 
reniset non clirlstiatiis nt/lntn. In hnc insida miilti incanfatores 
intcr chn'stinnos il/os. Si naa's aliqua ab insula Sroira desrenderet 
qiiam incantatores revocare vellcnt, quantumcumqiie naas veto 
p/eno cum prospéra renfo cnrrat .faciunt nrtc diabolica cum in- 
cantationibus suis opposiluni navi ventitm insurgere , ita quod 
oportet eam redire retrorsum. 



( 469 ) ' 
CAPUT XL. 

I)i' ip^iUaiiiaxinia Madagasiar. 

Cuin autem dîscedltur ab insula Scoira versus meridiem pêr 
iniliarîa mille , irwenitur l'nsula Madagastar , quce una, est de 
iniijorihus insulis et, ditioribus qiue in rnuinlo sint ; continet enirn 
arnbltiis ejiis in giro miliaria quatuor millia. Habitatores insulte 
sarraceni sunt , habentes legem abominnbilem Machorneti. Regem 
non habenf , sed (jun/uor senioribus toium insulce regimen est 
cornmissurn. In hoc insula principales elephantes sunt , (jid in re- 
gione alla reperianlur in orbe terraruni. In universo etiam mundo 
non est tantn négociât io dentium elephantum sicut ibi et in insula 
quœ dicitur Zanzibar. In Itnc insula non coniedunt carnes alias 
nisi canielonim , quia im^enerunt eas sibi esse cœten's carnibus 
saniores. Est autem ibi camelonim tam immensa multitudo quod 
videlur incredihile prœ stujwre multitudinis inauditœ , nisi pro- 
prio cernanlur intiiilu. In bac insula sunt multa nemora sanda- 
lorum iitbroiiiin , de quibus ibi sunt arbores rnagnce , ex quibus 
negociationes maximœ fiunt. Ibi est ambri copia magna, qida 
in mari illo capodoglce et cete grandia capiuntur scepe , ex qui- 
bus grandia ambra colligitur. Ibi sunt leopardi , leoncice in copia 
magna et Icônes magni l'alde : sunt ibi ceni , damulœ et caprce 
in nmltitudine magna , et venationes maximœ bestiarum et vo- 
lucTum : aves autem regionis illius nostris açibus dissimiles sunt 
valde : sunt etiam ibi atrs midtarum specierum quas omnino in 
nostris regionibus non habemus. Ad hanc insulnm , propter in- 
cantaliones innurneras concurrunt naves multce ; ad alias rero 
insulas ultra istam ad meridiem parms concursus nanwn est , 
nisi ad insu/am Canzibar , propter cursum velocissimimi aquœ 
maris : naçes enim itrtociler currunt illuc , sed cum difjicultate 
niniia reverlunlur. Eadem enim navis quœ de régna Maabar ad 



( 47" ) - 

hanc insuhiin Mudagi:s!(jr l'cnit iti vigi'iill diuihiis dicbiis , vix I 

de Miidagastar potest in tribus mensibus redire in Muabtir , eo \ 

quod maris illius injluxus veliemens sernper ad rneridiem currit , 
et nunqiiam ad parlem aliarn retrorsum converlitur jluxus ille. 

CAPUT XLI. 

• De avibis iiiaximis qui vocanlur l\uc. 

Jtem sciatis quod ad iilas insdlas quae sunt circa meridiem , 
naves non vadunt Uhenter , propter aquam qu;E sic currit forti- 
ter. Dicunt mercatores qui illuc iverunt quod sunt ibi aves grif- 
fones , et istae aves apparent certis diebus in anno ; sed non sunt 
sic facti ut dicitur , id est quod sint medii avis et medii leo ; sed 
sunt facti ut aquiliie , et sic sunt fortes quod accipiunt clefantem 
et portant eutn in aère , et permillunt cadere , ita quod totus dis- 
sipatur , et postea pascunlur se super illum. Item dicunt illi qui 
viderunl , quod abfi eorum cooperiunt viginti passus , et pennae 
sunt magnie duodecim passus, et sunt grossae sicutconvenit mag- 
nitudini earum. Illud quod ego Marcus Paulus vidi de istis avibus 
dicam vobis. Magnus Kaan misit nuncium ad sciendum de illis 
rébus ; ita quod illi de terra illa ceperunt eum et tenebant eum 
captum. Item magnus Kaan misit alium nuncium , ut faceret di- 
mitti illum qui fuerat captus , et lUe scripsit sibi multa mirabilia, 
et isti nuncii portaverunt magno Kaan unum dentem porci sil- 
vestris qui ponderavit viginti quatnor libris. Ipsi habent sic diver- 
sas bestias a nostris, quod est mirabile. Illi de illa insula vocant 
aves griffones ruch ; sed propter magnitudinem illius avis nos 
credimus quod sit fenix. 



(47^ ) 
CAPUT XLII. 

De iusula Zanziber. 

Zanzibcr est una insula magna et pulcra et girat bene duo mil- 
lia miliaria. ( In illa insula ) omnes sunt ( idolatrae , et habent 
regcm ) par se. Gens est magna et grossa , et non apparent esse 
magis longi ad crassitieni quam babcnt. Ipsi sunt adeo grossi et 
membruli quod vidcntur gigantes, et sunt sic fortes quod unus 
portât onus pro quatuor hominibus ; et hoc non est mirum, quia 
unus de iliis hominibus comedit pro quinque hominibus de nos- 
tris. Ipsi sunt omnes nigri et vadunt omnes nudi , sed cooperiunt 
suam naturam ; et façiunt xnagnum sensuni quando eara coope- 
riunt, eo quod habent eam rnultum magnam et turpem , et hor- 
ribilem ad vidcndum. CapiUos habent omnes riciutos. Ipsi habent 
ita magnum os, et nasum sic rabuffatum versus fronlem , cl 
barbas et nares sic grossas quod est mirabile. Aures grandes ha- 
bent et oculos habent horribiles, quia si quis videret cos in alia 
patria, videretur ei quod essent diaboli. Ipsi habent multos clc- 
fantes , et faciunt multas mercaliones de dentibus ipsorum ele- 
fantium. Ipsi habent leoncs satis , alio modo factos quam sin( 
alii. Ipsi habent lozas et Icopardos satis, et habent bcstias divi- 
satas ab aliis. Idem habent montones et pecudes de una facta , 
quia sunt omnes albi et capul habent nigrum. Et in tota ista 
insula non inveniuntur de aUo colore. Ipsi habent zirafas pul- 
criores de mundo, et sunt factœ sicut dicam vobis ; ipsse habent 
crura curta , et sunt aliquantulum bassœ rétro , quia crura poste- 
ripra sunt parva et gamba' anteriores sunt multum longse, et sunt 
aU?e a terr» bene très paasus. Habent parvum caput et longum 
collum et non faciunt aliquod malum aiicui. Habent colorem 
album et rubrum ad circulos , ita quod est muilum pidcra res ad 
videndum. Elefans jacet cum elefanlissa sicut jacet homo cum 



( 4?^ ) 

femina , id est quod clefantissa stal reversa , quia natura elefantis 
est multum infra corpus. Hic in insula ista sunt turpiores mulie- 
rcs de mundo , quia habent magnum os et grossum nasum et 
turpes mamillas , et grossiores in quadruple quam aliae mulieres. 
G entes istius contractai vivunt de riso et carnibus et de lacté ; 
non habent vinum , sed faciunt eorum vinum de riso et zucharo 
et speciebus , et est satis tolerabile et bonum ad bibcndum. Hic 
fiunt multae mercationes , quia mercatores portant multa de ista 
terra. Item habent satis de ambra , quia capiunt mullas balenas. 
Et homines istius insuUe sunt boni praeliatores , quia sunt fortes 
et non timent mortcm. Ipsi non habent equos , sed praeliantur 
super camelos et super elefantes , et faciunt super elefantes cas- 
tella lignea , et in quolibet illorum castellorum stant duodecim 
vel viginti homines, ad praeliandum cum lanceis et spatis ac lapi- 
dibus , et faciunt bclla valde crudclia. Et quando volunt ducere 
elefantes ad prœlia dant eis bibere vinum ut sint magis fortes et 
audaces. Hic non est aliud dicendum. 

CAPUT XLHI. 

De mulliludine insularum lodiie. 

Et quamvis ego scripserim multa de India et de insulis ejus , 
non propterea scripsi nisi de insulis principalibus. Aliae quas non 
curavi scribere sunt subjectae ilbs quae sunt scriptae superius. Et 
dcbetis scire quod est tauta inultitudo insularum Indise quod 
condictio earum non posset exprimi per hominem viventem. 
Unde , secundum quod dicunt marinarii et pedoti magni de illis 
contractis , et secundum quod habetur per scripturam et notam 
compassnum maris Indiae , in ipso mari Indiie sunt per numerum 
duodecim m illia septingentae insulae universaliter , inter insulas 
habitatas et non habitatas. Nunc autem dicendum est de provin- 
cia Abasci*. 



I 



( 473 ) 
CAPIIT XLIV. 

De provincia Abasciae qu£e vocatur India Media. 

Abascia est una provincia quae est India média , et est sub 
magno Kaan ; et rex istius provinciae est cbristianus. Christiani 
autem istius provincia; habent tria signa in facie , ununi a fronte 
usque ad médium nasum , et omnj gola unum. Et ista signa sunt 
facta cum ferro calido , et iste est baptismus eorum. Sarraceni 
habent aliud signum , solum unum a fronle usque ad médium 
nasum. Major rex corum moratur in média provincia; sarraceni 
vero morantur vci'sus Edem. Et in ista tali provincia sanctus 
Thomas apostolus primo vcnit ad prjedicandum , ubi multam 
genlcm bene convertit ad fidem chrislianam , et postea ivit illuc 
ubi tuit mortuus , id est ad Maabar , sicut dictum est supra. Et 
in ista provincia Abasciae sunt multi boni homines pro armis , 
et habent milites multos , et sunt eis valdc nccessarii, quia lia- 
bent guerram cum soldano de Edem. Contingit in ista provincia 
istud quod dicam vobis : quia rex Abasciae vohiit ire ad sanctum 
sepulcrum , et oportebat eum viam facere per Edem ; ita quod 
fuitsibiconsultum quod ipse non iret, sed mitteret pro se unum 
episcopum : ita quod iste episcopus venit ad sepulcrum , pulcra 
socictate et honorabili , sicut decebat episcopum. Et facta obla- 
tione et reverentia , secundum quod decuit , contingit eum redire 
per Edem. Soldanus scivit unde erat et quis erat iste episcopus , 
et in despectum domini sui fccit eum capi et circumcidi , sicut 
circumciduntur saraccni , et licentiavit a se eum. Postquam au- 
tem fuit liberatus , quando potuit equitare misit se in via , et 
venit ad regem et dominum suum , qui recepit eum valdc gra- 
tanter. Sed postquam scivit quod fecerat sibi ille soldanus , fuit 
de hoc valde indignatus et valde turbatus , et dixit quod de hoc 
se bene vindicaret, et fccit bandiri exercitum super terras sol- 

Co 



( 474 ) 

dani , et dcslnixil multas terras soldani ; scd (juia non poluil ul 
tra procedere , rcvcrsus est cura magno honore in palriam suam. 

CAPIT XLV. 

De quibus vivit gens ALascix , et de divcrsitate bestiarum. 

Gens Abasciœ rivit de lacté et riso, et utunlur oleo de sosi- 
ma. In illa provincia Abasciœ sunt multae civitatcs et oppida 
mulla. Ibi fiunl miilt;p et n]a};ii;r morcalicincs. Ibi fiunt in maxi- 
ma copia panni optimi de bocharaminc et de bambace. Ibi sunt 
miJti clcfanlcs , quamvis non nascantur ibi , sed dcfcnmlur illuc 
de partibus Indiae. Ibi nastunlur giraffae mulla', Icônes, Icopar- 
di et multa alia animalia valdc dissimilia aniniallbiis nostris. Ibi 
s\int onagri mulli et avcs divcrsarum S])ecierum quas nos non 
habemus in partibus nostris ; ibi sunt gallina? pulccrrimae : ibi 
sunt strntiones grandes ut asini : ibi sunt multae venationes et 
magna; aucupationcs bestiarum et volurnim : ibi sunt papagalli 
sive epymachi mulli et pulcri et diversarum manicnim : ibi sunt 
simicc , cati pauli et cati maimones, qui in totis et per totis eorum 
faciebus similantur faciebus hominum. 

CAPUT XLVI. 

De provincia PMcm , et Soldano ejus. 

F.dem est una provincia, et in ista provincia est unus dominus 
qui vocatur soldanus de Edem. Gens illius rcgni sunt omnes 
saraceni , qui adorant Machomctum cl habent in summo odio 
cbristianos. Ibi in provincia illa sunt niulliP civitates et castra. 
Ibi est portus , et vcniunl omnes naves de India cum multa mer- 
catione , et de isto portu trahunl eam cl portant super barcbas 
parvas quse vadunl per uiium flumcn circa scptcni giornatas. In 
capite istarum sepUm ^iarnalarum trahunt eam de barchis et 



( 47''' ) 

porlaiit supor cainelos, cl vadunt pcr leiram triginla {^inrnatas. 
In capile Iri^inla giornalarum invciiiu'.t flnmcn de Alcxandria, 
otpor illiul flimieiisiinilitci-vcnil in A'icxandiia. Kl perislum mo- 
duui liahcnt saraccni de Alcxaiidiia. |)ipor dp versus Edcm cl spc- 
ciarias cl caras rcs, née pcr aliain viain ita l)()nani possmil vciiire. 
Et sciatis qiiod islc rcx de Edcm sive soldanus est unus de ma^is 
divilihus doniinis qui sil in mundo. Et qnando soldanus Rabilo- 
nia; vcnil super .Iciusalcm, i|)sc fccil sihi adjwtorium de Iriginla 
millil)us equililtus cl hcne quadraginla ( niillilms rainclis; c ) is- 
lud fecit non pmplcr 'uoiimn (pcragendum ) soldano Babilonia», 
sed quia ipsc odil chrislianos ; quia soidannni lialnloni;^ non dili- 
git. Or dicamus de una maxima < ivilatc, que est de Edem , cl de 
uno parv(j rcge qui vocatur Oseior ; et ista civilas di.stal a portii 
de Eiieni quatuor miiiaria , et est supposita uni régi <pii suliest 
soldano de Edein. Et lialiel nndlas civilalcs et casleila sul> se, et 
tcncl eani l)cne in juslilia; cl sunt omncs saraccni : et liabct iila 
civitas portuni vaide bonum: cl multa' naves veniunl tic India 
ad iliuin porliim ; et smit ihi iiiull.i lioua qnae dicere longum es- 
sel. Or dicamus de Dul'ar. 

CAPITT XLVII 

De civil.-ilo Duf.ir. 

Dufar est una civitas magna cl noliilis , cl est longe de civi- 
tatc Aslor quinquc miiiaria versus magistrum; et liomincs is- 
tius civilatis sunt saraccni , et haiicnt pro domino unum comi- 
tcm qui suhcst soldano de Eilem : et civitas est de iila provin- 
cia ; cl civilas habct valde bonum portum uhi vcniuni multa» 
naves et multx mcrcanliae , et inde vadunt ad alia loca. Item 
sunt ibi mulli boni ccpii (pii vcniunt de Cabya et aliis locis : cl 
nascilur ibi niultuin de ineenso, cl sic habenl cnm : (juia stinl 
arbores non mulluni magnae, sed snnt paoan sicnl sapini ; cl 



( 47C ) 

ipsi incidunt eas in pluribus partibus , et de illis incisinis exit 
jncensum ; et etiam exit de illa arbore, quando est magnus calor , 
sine incisione. 

CAPUT XLVIII. 

De provincla Calatu ubi bestiœ comedunt pisces et de eis fit biscotum. 

Calatu est unum rcgnum , imo civitas magna , et est infra gul- 
fuin , et est longe à Dufar sex miliaria versus magistrum : ista 
est nobilis civitas et est supra mare. Homines istius civitatis sunt 
saraceni et sunt sub Cormoso ; et quando Molic de Cormoso ha- 
bet dampnum ab alla gente quaepossit plus quam ipse , ipse ve- 
nit ad istam civitatem, quia est fortis locus ; ila quod non timet 
postea aliam gentem. Ipsi non habent bladum, sed habent a mer- 
caloribus qui portant cum navibus : t-t ista civilas babet bonum 
portum , et veniunt illuc multae naves. Et isle Molic habet unum 
forte castrum quod melius tenet mare quam civitas. Isti de ista 
contracta comedunt datillos et pisces salitos , de quibus habent 
magnam abundanliam supra modum , et spccialitcr de tunnis 
magnis et optimis. Yineis carent ; sed vinum de rizo, zucharo et 
delicatis spcciebus conficiunt. In bac regione sunt vcrvetes sta- 
tura parvi , qui aures non habent ommino , sed in loco aurium 
duo parvula cornua. Animalia istius regionis, scilicet cqui , bo- 
ves, aves , cameli , ad esum piscium assuetasunt , et ille est com 
munis et quotidianus eorum cibus. Nam quia contracta illa cali- 
dissima est et arida , imo herbas non habet nec bladum, ideo 
animalia ad comedendum pisces tam récentes quam siccos assues- 
cunt. Tribus mcnsibus anni fit ibi piscium mirabilis captura. 
Scilicet in martio , aprili et madio. Hos pisces siccant et servant 
per totum annum pro animalibus. De piscibus etiam faciunt bis-, 
cotum , per hune modum : accipiunt enim pisces magnos, et mi- 
nulalim incidunt et commiscuunt simul , et panes faciunt quos 



(477 ) 
ponunt ad dessicandum ad solem , et per totum annum conser- 
vant : licet enim superius dixerim quod homines istius contrac- 
tai comedant dalilos et pisces salitos , nihilominus ibi sunt nobi- 
Ics homines qui comedunt meliora cibaria quam sint isla. Or 
modo dicamus de civitate de Cormoso. 

CAPUT LXIX. 

De civilale de Cormoso. 

Cormoso est una magna civitas et nobilis, quae est supra mare 
et sub Molic et habet multas civitates et castella sub se ; et sunt 
saraceni, et est ibi magnus calor. 

CAPUT L. 

De regione quadam ubi habitant Tartari in aquilonari plaga. 

Postquam computavivobis omnia illa quae disposueram diccre 
vobis de India et quibusdam aliis provinciis et regnis de Ethyopia , 
modo revertamur ad quasdam alias contractas et provincias no- 
biles et valde bonas que sunt in ultimispartibus tramontanie , de 
quibus partibus obmiseram dicere loco suo superius, causa bre- 
vitatis. 

Or nunc volo quod sciatis quod in quibusdam partibus aquilo- 
nis , ultra polum articum, hoc est ultra tramontanam , habitant 
multi Tartari , qui sunt veri et recti Tartari, et servant ritus et 
modes suorum priedecessorum antiquorum , et habent regem , 
qui rex fuit de lignagio et parcntella maximi imperatoris Tarta- 
rorum ; et omncs isti Tartari sunt idolatrae, et colunt et adorant 
unura deum quem vocant Naagai , id est, deum Icrr* , co 
quod ipsi putant et credunt quod ille eorum deus habeat 
dominium terrae et omnium eorum quae nascuntur de terra ; et 



( 47» ; 

hinc eorum deo falso faciunt idola et imagines de feltro , sccun- 
dum quod dictum est supra de aliis Tartaris capite (qainqiiage- 
simo sexto )primi libri. ïsti Tartari non habitant in castris aut op- 
pidis neque in civitatibus, sed habitant in montibuset campancis 
illarum provinciarum. Hii Tartari sunt in maxima multitudine et 
non habcnt blada ad conicdenduin, scd vivunt de carnibus et lacté. 
Ipsi vivunt in maxima pace ; et ratio est quia rex eorum , cui om- 
nes bcne et fideliter obediunt, conservât eos in maxima pace. Ip- 
si etiam habent multitudinem magnam et copiosam camelorum , 
equorum, bobum et ovium et aliorum diversorum animalium. 
Ibi sunt ursi albi et magni valde , qui pro majori parte sunt lon- 
gi viginti palmis. Ibi sunt vulpes totalitcr nigrae et magnre valde : 
ibi sunt onagri in magna multitudine : ibi sunt etiam animalia 
parva, quae vocantur in lingua eorum rondes, quae habent pellem 
delicatissimam super modum. Hvec pelles vocantur zambelinae , 
de quibus pelhbus facta fuit mcntio supra , in secundo libro hu- 
jus operis, capiite (vigesimo primo). Sunt etiam ibi varii in ma- 
xima copia , qui habent pelles valde delicalas et caras. Ibi similitcr 
sunt animalia mùltum magna secundum eorum genus , quae vo- 
cantur racCi Pharaonis , de quibus capiunt in aestate et in tanta 
co[)ia et in tanta multitudine quod vix comedunt in tota iestate 
alias carnes nisi illorura ractorum. Ibi etiam est abundantia et 
copia maxima omnium animalium silvestriuTTi ; eo quod Iota illa 
contracta est terra multum silvestiis. 

CAPIIT LI. 

De regione alia ad quam Mercatores (raoscunt solum in vehiculis quîf trahiint 

canes. 

In confinibus terrae de qua dictum est supra , et sub dominio 
supra dicti régis , est una alia provincia montuosa , in qua pro- 
vincia habitant homines qui capiunt illa animalia parva quae ha- 



( 479 ) 

bent pelles multum delicatas, sicut sunt rondes, hermelini, her- 
culini , varii , vulpcs nigree et alla; siniilcs de quibus dictiim est 
supra; et sunt ibi quasi sine numéro : et homincs qui habitant in 
illis montibus de quibus dictum est supra sciunt ea capere ita 
artificiose et cum talibus ingeniis quod quasi nulla potest evade- 
re manus eorum. Item ad Joca illa non possunt acccdere aUqua 
animalia multum magna vel ponderosa , sicut sunt cqui , boves , 
asini et cameli, vel quaecumque alia animalia similia , eo quod 
illa contracta est in magna planitie; et in illa planitie sunt mul- 
tae lacuniE et multi fontes qui faciunt iilam regioncm multum 
paludosam ; et propter nimiam frigiditalem illius provinciae , qua- 
si omni tempore est glacies, ila magna quod naves non possunt 
inde transire ; nec etiam est tanta soliditas in glacie quod currus 
graves vel gravia animalia possit substinere. Tola alia planities 
extra lacunas propter raultitudinem aquarum fontium , quae de- 
funduntur quasi continue, sic est lutuosa quod non apparet ali- 
qua via unde currus vel aliquid animal magnum , pondero- 
sumi et crassum possit transire. Durât autem ista provincia per 
longum tredecim giornatas ; et quia ibi est tanta multitudo prœ- 
dictarum pellium pretiosarum, de quibus fiunt maximae merca- 
tiones et maxima lucra , ideo honimes illius provinciae taie re- 
mcdium invenerunt ad hoc ut mercatores et ncgociatores aliarum 
partium possint habere viam et accessum ad eos. Nam in capite 
cujuslibet giornatae illarum tredecim giornatarum in quibus se 
prolongat illa talis provincia , est unus burgus , in quo burgo 
sunt plures domus , in quibus habitant homines qui deducunt et 
recipiunt mercationes et mercatores qui vadunt ad illam provin- 
ciam causa lucrandi. Et in quolibet illorum burgorum servantur 
circa quadraginta canes , magni sicut asini ; et isti canes omnes 
sunt assueti et docti trahcre trahas , qu;e in lingua italica nomi- 
nantur tragiae vel tregulae. Est autem traha seu tragia quoddam 
vehiculum sine rôtis , quo utuntur apud nos quidam, etpraecipue 
illi qui habitant in ruribus ; unde illi taies qui ducunt illas tra- 



( 48o ) 

gias ligant sex de illis caiiibus , online congruo , ad unam de illis 
tragis : postea supponunt tragiae pelles ursorum , super quas pel- 
les sedent duo homines , videlicet negociarius sive mercator qui 
vadit pi-o[pcllibus , et auriga sive ductor tragiae , qui régit canes 
et dirigit et novit optime viam. Et quia vehiculum sive tragia 
est de ligne levissimo , et desubter est planum et politum, et 
quia etiam canes sunt fortes et assueti ad istud taie officium , 
ncc magna onera vel muUum gravia ponunlur in tragia, illi ta- 
ies canes salis faciliter trahunt illam tragiam per illud taie lutum; 
et non fingitur tragia multum in lutu per istud taie tractum. Et 
quando veniunt ad alium burgum qui est in fine illius giornatae , 
negociator sive mercator accipit alium ductorem pro secunda 
giornata ; et hoc fit , quia canes non possent substincre illuni 
tantum laborem per omnes tredecim giornalas : unde primus au- 
riga , sive primus qui conducit tragiam , reverlitur cum tragia sua 
et cum suis canibus ad suam mansionem ; et ille negociator sive 
mercator mutât in qualil)et giornata canes, tragiam et ductorem ; 
et sic eundo ad montes émit pelles ; et eo modo quo dictum est 
revcrtitur ad terram suam propriam per planitiem. Et sciatis 
quod de illis talibus pcUibus fiunt maxima lucra in illis con- 
tractis. 

CAPUT LU, 

J)e regione Tcnebrarum. 

In vicinis partibus regni Tartarorum superius memorati , quasi 
immédiate est alia regio sive contracta , in extremis partibus sive 
habitationibus septentrionis , quae vocatur obscuritas , pro eo 
quod sol nori apparet jbi , sed pro majori parte temporis anni 
ibi aer est tenebrosus , ad modum crepusculi diei , quasi ad mo- 
dum aurorse. Homines illius rcgionis sunt pulcri , magni et cor- 
pulenti ; sed sunt multum pallidi : et hoc conlingit propter ca- 



( 48. ) 

rentiam lucis solis. Isli non habent rpgcm, neque aliquem prin- 
cipcm cui sint subjecti , et sunt homines inculti et immorigerati , 
et bestialiter viventes. Et Tartari qui sunt cis vicini et stant mul- 
tum prope eos saepc invadunt illam rcgionem obscurara , et diri- 
piunt et rubant corum animalia et alia bona , et faciunt eis mul- 
ta damna. Et quia, propter caliginem et obscuritatem aeris, 
nescirent postmodum redire ad eorum contractas , equitant equas 
quoe habent filios parvos , et cum volunt intrare tei-ras istorum 
de regione tenebrarum , accipiunt filios equarum suarum quas 
equitant, et faciunt eos cuslodiri à custodibus quos ipsi ponunt 
in introitu illius rcgionis. Et facta praeda in contracta tenebra- 
rum , quando volunt redire ad regionem lucis, lassant frena suis 
cquabus , et permittunt eas libère ire quo volunt ; et equse hin- 
niantes versus filios currendo revertuntur ad locum ubi dimise- 
rant filios suos, et sic per istum modum reducunt equitatorcs 
suos de illo loco , unde per se nescivissent redire. Homines illius 
contractse capiunt in magna copia ermelinos , varios , herculinos, 
vulpesct animalia similia, quae habent pelles ita delicatas, et por- 
tant pelles ipsorum animalium ad terras lucis vicinas , ubi de 
pis faciunt nuilla lutra, 

CAPUT LUI. 

Pe provincia Ruthenonjm. 

Postquam computavi vobis terram sive provinciam Tenebra- 
rum et condictiones ejus , modo computabo vobis condictiones 
provinciae Ruthenorum. Et debetis scire quod provincia illa est 
maxima , et est sita et posita ad polum arcticum , hoc est ad 
tramontanam : et génies islius provinciie sunt omnes christianœ, 
sed in officiis ecclesiasticis servant ritum et modum Graecorum. 
Homines et mulieres illius provinciae sunt omnes albi , et sunt 
multum pulcri , et omnes habent capillos flavos et pulcros. Ipsi 

6i 



( 482 ) 

siint tributarii régis Tartarorum , cujus sunt vicini et cum quo 
vicinant ex parte oricntis. Ibi est copia niaxima de pellibus her- 
melinorum, herculinorum , zambelinorum , Tariorura etTulpium. 
Ibi sunt etiam multae venae argenti. Illa provincia est frigida su- 
pra modum et extenditur usque ad marc Occcanum. In illo mari 
sunt quaedam insulae in quibus nascuntur girfalchi et herodii , 
hoc est falcones peregrini , in maxima abundantia, qui inde post- 
modum portantur ad diversas provincias et ad diversas con- 
tractas. 

CÂPUT LIV. 

De rege Caydu, qui est rex in magna Turchia. 

In magna Turchia est unus magnus rex qui vocatur Caydu , 
qui est nepos magni Kaan , qui fuit filius fdii Cyachactay , qui 
fuit frater carnalis magni Kaan. Ipsi habent multas ci^itates et 
castella , et est multum magnus dominus ; et est Tartarus et sua 
gens est tota Tartara , et sunt boni homines pro armis ; et istud 
non est mirum , quia sunt omnes consueti de armis. Et istc 
Caydu non habuit pacem cum magno Kaan , sed scmper habuit 
guerram cum eo ; et ista magna Turchia est versus magistrum. 
Et quando homo recedit de via de Cormoso quam computavi- 
mus , est magna Turchia ultra flumen Gion , et durât versus tra- 
montanam usque ad confines magni Kaan. Et iste Caydu fecit 
jam multa praeHa cum gente magni Kaan; et dîscordia quam ha- 
bet cum eo est ista : quia Caydu petebat magno Kaan quod vole- 
bat partem suam de conqucsto provinciae Calhay et de provincia 
de Mangi ; et magnus Kaan dicit quod vult sibi dare suam par- 
tem sicut aliis fdiis suis ; ita tamen quod dcbeat ire ad curiaui 
suam quotiens vocaretur. Item volebat quod facerct sibi obedien- 
tiam sicut faciunt alii fdii sui ; et per istum modum vult sibi dare 
magnus Kaan suam partem de illo conqucsto. Et Caydu non 



(483 ) 

confidebat ire ad eum , quia timebat quod occideret cum, et 
propter hoc non volebat Ire : sed Caydu bene volebat esse ad 
obedientiam suam ; sed magnus Kaan non volebat, nisi iret ad 
eum; et propter hoc fuit ista discordia. Et propter istud magnus 
Kaan tenet magnam gentem in partibus illls , ut non possit sibi 
facere damnum. Sed iste rex Caydu non dimittit propter (hoc) il- 
lam gentem , quin faciatsibi damnum. Et quando vult ostendere 
potcnliam suam, ponit in campo ccntum millia hominum in 
equis , omnes probos et bene costumalos de gueira. Item suni 
prope eum multi barones de lignagio imperiali , id est de Cinghim 
Kaan , qui fuit primus eorum dominus qui conquestavit unam 
partem illius contractae. 

CAPUT LV. 

De quodam ejiis pra-lio , cl quomodo Tailari Incedunt arinali ad piœlium. 

Nunc compulabo vobis de aliquibus praeliis que fecit Caydu 
cum gente magni Kaan , et quomodo vadunt Tartari armati ad 
praelium. Ipsi cnim habcnt in mandalis quod quilibet portet scxa- 
ginta sagittas et triginta minores. Minores sunt ad transfigen- 
dum, et majores quae habent ferrumlongum sunt ad projiciendum 
de prope ; et quando jam projicerunt istas sagittas omnes , ipsi 
ponunt manum ad enses et baculos sivc mazas et fortltcr prseh- 
antur. Sed revcrtamur ad intentionem nostram. Verum fuit quod 
in anno Domini mcclxvi , rex Caydu cum suis consobrinis quos 
ipse habebat , quorum unus vocabatur Gyosudar , coadunavit 
unam magnam quantitatem gentium , et ivit super ununi baro- 
nem magni Kaan , et iile super quem ibat erat consobrinus 
Caydu ,tenebat terram magni Kaan et vocabatur Cimbay ; cl 
iste Cimbay fuit filius Ciagalay , qui fuit chrislianus ba[)tizatus , 
et fuit frater carnahs magni Kaan Coublay. Or iste Caydu prœ- 
liatus est cum isto consobrino suo qui habebat ita magnam gen- 



(484) 

lem sicut ipse , et fuerunt intci* unam partcm cl aliam ccntunl 
millia equitum ; et praîliali sunt fortiter, et multi fuerunt mortui 
ex utraque parte ; sed ultimo vicit Caydu , et fecit magnum ma- 
lum de illa gente; et dictus ejus consobrinus evasit , quia habebat 
bonum equum ; et deviclo illo praelio ipse venit in nomen , et in 
superbiam elevatus est, et post victoriam rcdiit in patriam suam, 
et stetit bene duobus annis in pace , quod non fecit exercitum 
aliquem ; et magnus Kaan in illis duobus annis non fecit sibi ali- 
quam guerrara nec aliquam novitatem. 

CAPUT LVI. 

De alio pralio cjus quod habuit cum magno Kaan, 

In fine autem duorum annorum , rex Caydu congregavit mag- 
num exercitum equitum , et ivit ad Carocaton ul)i erat fdius 
magni Kaan nominc Nomungan , et ille qui erat fdius Presli 
Johannis. Et isli duo barones habebant maximam gentem equi- 
tum; et quando Gaydu habuit gentem suam posuit se in via cum 
toto suo exercitu , et equitavit pluribus dietis sine aiiquo infor- 
tunio; et quando jam fuit prope Carocaton, ubi crant iili duo 
barones , cum maxima gente , isli duo barones , vidclicct filius 
magni Kaan et filius Presti Johannis , scientcs quod Caydu vé- 
nérât in corum contractam cum tam maxima gente , ut praeiia- 
retur cum eis, non ostcndcrunt vilitatcm aliquam , sed ostcndc- 
runt magnum vigorem , et paraverunt se cum tota corum gente ad 
praelium , cum sexaginta miliibus hominum equitum armatorum 
Et quando fuerunt bene parati, ipsi posuerunL se in via et vene- 
runt obviam iiiimicis, et appropinquavcrunt exercitum Caydu ad 
dccem miliaria, et posucruntcampum beneordinate. Et rex Caydu 
erat cum sua gente in eadem contracta ; et quando jam diebus ali- 
quibus pausavcrunt, ipsi paraverunt se ad praelium utraque pars ; 
ila quod in tertia die fuerunt parati: cl modicum erat avanta- 



( /.85 ) 

glum intcr cos , (jiiia illi liahchanl scxaginla millia pqiiitum ar- 
inatorum , et illc taiitunuli'iii. El quit'libcl pars fccit acies scx , 
et quaelibet acies habcbat dcceni niillia hominum èquitum, et 
([uando jam imites fufniiit parat;p ad praflium , qiia'libet pars 
e\speclal)at (]uod iiacebari pidsarentur, quia Tarlari non andenl 
pra'lium incipcrc nisi prias pulsentur naccbari. Et habent taiem 
consuetudinem , quod quamdiu illi naccbari non pulsantur non 
iiicipiniit belliim ; sed babent «jiioddani iiistrunientum de duabus 
cordis , et sonant dulciler et cantant et faciunt magnum sola- 
tium. Qiiaudo crgo stcterunt aliquantulum , naccbari pulsavenmt 
ex ulraciue parle, et fuit inceptuin pra-lium de sagittis, et ibi 
fuit magna occisio bominum et e^piorum, Poslea autcm miserunt 
maïuis ad S[)alas et mazas, et venit exercitus unus super alium , 
et dederunt sibi multos ictus, et fuit pradium vaide crudelc : fuit 
crgo forlissimum pnelium , et multi ccciderunt mortui ex utra- 
que ])artc , et rcx Caydu fecit ibi magna niiraiiilia , et si non 
fuisset sua persona , pluries sui dimisisscnt campum et fuissent 
ultimo debellati. Sed ipse se babuit optime , et dabat magnam 
audaciam suis equilibus, ita quod viriliter se habcbant. Similifer 
et illi duo baroues , scilicet filius magni Kaan et fdius Presti 
Jobannis : et fuit crudelius Lcllum quod unquam fuerit inter 
Tarlaros , sicul dixcrunt illi qui fuérunt praesentes. Et praelinm 
duravit de mane usquc ad vesperas , quod unus non potuit supe- 
rare alium : el ex ulraque parle mulli occidcruiit vulnerati et 
morlui. Quando auleni duravit pra'lium usque ad occasum solis, 
de nccessitatc opportuit quod quilibet reverteretur ad campum 
suum el ad lemptorium suum , faligalus et lapsus , et quilibet 
indigcbal (juiescere. Quieverunlergo illa nocle mullum libculer, 
propler laboreni quem subslinueranl illa die [)ra'< edenli ; et 
quando jam venit mane, rex Caydu lialiuerat nova de nocte, 
quod magnus Kaan mittebat magnam genleni post eum ut capc- 
ret i|)Siim : et cogilavit intra se quod maluni erat ibi niorari ; et 
statim eum ipse vidil diem clarcscere arniavil se , el siniiiiter 



( 486 ) 

Iota gens sua , et reillcrunt in patriam suam , sed non cum totis 
pennis, 11,1; aptem duo barones audientes de suo recessu , per- 
raisèrupt çupi, libère ijïe , quia ipsi et eorum gens erant valde 
lapsi de bello. exterij.o. Et magnus Kaaa habcbat adeo magnam 
iram de isto Caydu , quia tantum damnum inferebat sibi et suie 
giqnti quQd,,diçebat quod nisi esset nepos suus non evaderct quin 
raalsi morte faceret eupi mori ; sed caro restringebat eum , et 
non fdciebat, ei quae fecisset alio inimico ; et sic evasit manus 
suas et non fuit occisus ab eo. Or dicam vobis de filia régis 
Ca,yjdvi pricdicti , de qua nai'rautur niulla mirabilia. 

CAPUT LVIi. 

De Argialchucor , filia régis Caydu , et multis per eam gcstis. 

Iste enim rex Caydu habebat unam filiam quae vocabatur Ar- 
gialcucor in tartarico , quod in latina lingua sonat lucens luna, 
Ista puella erat ita fortis quod in toto regno non erat aliquis 
homo qui posset eam vincere ad pugnandum ad brachia , imo 
ipsa vincebat omnes. Et patex suus ivoiebat eam maritare in uno 
magno barone ; sed ipsa noluit, et dixit quod nunquam acciperet 
virum quamdiu non invenii'et aliquem nobilem virum qui vin- 
ceret eam, Et pater ejus audiens hoc ab ea , fecit sibi privilegium 
quod maritaret se ad suam voluntatem ; et quando ista filia lia- 
buit istud privilegium a pâtre suo, ipsa fuit valde gavisa , et fecit 
sciri per plures partes mundi quod si aliquis nobilis vellet venire 
ad probandum se cum illa ad brachia , si vinceret eam per vio- 
lentiam , ipsa acciperet eum in virum. Et quando ista nova fue- 
runt seita per diversas provincias et per diversa régna , multi 
nobiles homines vcnerunt ad eam , ad probandum se cum illa, 
et probatio fiebat per talem modum : quia quando ista lucta lie- 
bat, rex et multi homines et mulieres stahant in una magna aula 
prsesentes , et post modum veniebat filia régis in una gonella de 



(487 ) 

sindone, vel de aliquo drappo de sirico honôrabiliter valde, et 
in medio salœ veniebant juvcnes similitcr prjeparati. Conventio- 
nes autetm sivè pacta erant ista : quia si illi juVWies possent eam 
per violentiam vincere , quod acciperent eam in uxorem ; et si 
domina vincebat ipsos , ipsi et quibbet eorum peiderent Centum 
equos , et isti equi erant istius domicelliE ; et per istum modum 
fuerat lucrata plus quam decem millia equorum , quia ipsa vin- 
cebat quemlibet qui pugnaret cum ipsa. Et non erat mirum si 
ipsa vincebat , quia ipsa erat ita benc formata et sic facta quod 
videbatur una gigantea. Contingit autem quod in anno mcclxxx 
venit unus fibus régis , qui erat juvenis et pulcer et cum magna 
societatc et pulcra , et duxit secum mille equos , ut probaret et 
luctaretur cum ea. Et rcx Caydu fuit valde laetatus de adventu 
istius juvenis , quia voluissetmultum libenter quod habuisset eam 
in uxorem , quia iste erat fdius magni régis. Etrex Caydu fecit 
dici fdiae suie private quod omnino permittcret se vinci ab eo , 
et filia dixit quod non faccrct pro aliqua re de mundo. Con- 
venerunt igitur rex et regina et alii homines et mulieres non 
paucae ad istud spectaculum. Convenerunt et illi duo , scilicet filia 
régis Caydu et ille filius régis in aiila palatii , et unus venit ob- 
viam alteri , scilicet juvenis et domicella , qui ambo erant ad 
videndum decori. Et iste juvenis erat sic fortis quod non inve- 
niebat aliquem quem ipse non vinceret. Et quando uterque fuerunt 
in sala ubi convenerat tanta multitudo , et pacta et convenientia 
fuerunt facta , quod si juvenis vinceret illam acciperet eam in 
uxorem , si autem illa vinceret , perderet ille filius régis mille 
equos , accepenmt se invicem ; et quilibet de adstantibus desi- 
derabat quod juvenis vinceret, et hoc etiam volebant rex et re- 
gina similiter. Et quando fuerunt insimul amplexati, satis traxit 
unus alterum hue atque illuc , et revolvit cum violentia magna , 
et ultime vicit domicella singulai^e certamen , et ]projecit ipsum 
ad terram, et sic fuit victus dorniccllus et perdidit mille equos ; 
et non fuit ibi aliqua persona quje non doleret quod juvenis per- 



( m ) 

didcrat. Rex autem Caydu patcr istius domicellœeam ducebal ad 
omnes exercitus cum militibus suis , et non crat aliquis intcr eos 
qui sibi posset in aliquo coaequari ; et capiebat milites et eos du- 
cebat ad exercitunni suum. Or modo dicamus de Abaga domino 
Levantis. 

CAPUT LVIII. 

De quadam guerra quain habiiit Cavdu cum Abaga domino Levantis. 

Abaga erat dominus Levantis et tenebat mullas civitatcs et 
terras , et sua terra confinât cum terris régis Caydu versus arbo- 
rera sicam quœ est in libro Alexandri. Abaga ergo , quia rex Cay- 
du facicbat sibi guerram et gentibus suis , misit Argon filium 
suum cum multa multitudine hominum equitum, in illa contrac- 
ta in qua est arbor sicca , ubi est flumen Gion, et ibi moratus 
est, adcustodiam terrae suœ a rege Caydu ; et ibi moratus est mul- 
to tempore ad dictam custodiam. Contingit autem quod rex Cay- 
du congrcgavit magnum excrcltum equitum , et fccit capitaneum 
quemdam fratrem suum qui vocabatur Balac , qui erat homo 
prudens et sapiens; et rex dixit sibi quod volebat quod prseliare- 
tur cum Argon. Balac dixit quod faceret ut ille suus frater et 
dominus imperabat; et stalim cquitavit Balac cum tota sua gen- 
te , et equitavit per multas giornatas , et ultimo pervenit ad flu- 
men Gion, prope ad Argon ad decem miliaria, Quando autem 
Argon scivit quod Balac venerat ut praeliarelur cum co , ipse 
Cum sua gente paravit se valde bene , et steterunt in campo tribus 
diebus : et quando fuerunt bene parati , inceperunt pulsare nacr 
charos suos et praeliari , et fuit magnum pn-elium , et multi mor- 
tui corruerunt in campo , et fuit statim tota terra plena homi- 
nibus mortuis et cadaveribus occisorum. In fine autem Balac non 
potuit substinere impetum illius exercitus et rediit ultra flumen, 
et Argon insccutus est eum. Or modo dicamus quomodo Abag^ 
mortuus est et de gestis per Archomac goldanun) cjus fratrem. 



(489) 
CAPUT LIX. 

Dejnorle Abaga régis, et qualiter Archomac accepit dominium lerraesuae. 

- ■ ^ , • 1 

Quando ergo Argon vicit praelium istud , scilicet Balac et suae 
gentis, ipse non stctit multum quod habuit nova quod pater suus 
erat mortuus, de quo habuit magnam iram et magnam mclan- 
coliam ; et concepit dolorem , et paravit se cum tota gente et 
posuit se in via , ut reverterctur ad curiam sui patris et ut acci- 
peret dominium terrae suae ; et habebat ire bene quadraginta gior- 
natis antequam perveniret illuc. Contigit autem quod Abaga ha- 
bebat unum fratrem qui vocabatur Archomac soldanus , qui erat 
factus sarracenus : et statim quod iste Archomac audivit nova 
quod Abaga erat mortuus , ipse volens esse dominus postquam 
Argon erat ita remolus , paravit se cum magna gente et venit 
recto tramite ad curiam sui fratris , et accepit dominium , et inve- 
nit tantum thesaurum quod vix posset credi ; et ipse accepit istum 
thesaurum et largiter donavitbaronibus et militibus suis. Quando 
autem isti baroncs viderunt quod Archomac donaverat largiter, 
dixerunt : Iste est bonus dominus ; et quilibet diligebat ipsum ut 
animam suam , et dicebant quod nolebant ahum dominum nec 
alium regem. Archomac autem faciebat bonum dominium et om- 
nibus studebat placere ; sed fecit unum quid valde turpe et ^^le , 
de quo fuit multipliciter reprehensus ; quia non stetit per magnum 
tempus postquam habuit dominium , quando ipse habuit nova 
quod Argon veniebat cum maxima gente ; et summovit omnes 
suos barones et in una septimana congregavitmaximam gcntem , 
qui ibant libenter contra Argon , et desiderabant capere Argon 
et ipsum ad martirium ponere. 



6a 



(490) 
CAPUT LX. 

Qualiter Archomac se pneparavit , ut obvîarel Argon , filio Abagx régis. 

Et quando Ârcnomac soldanus pr.tparavit sexaginta millia 
equitum , posuit se in via ut obvia'ret Argon , et equitavit bene 
decem giomatas ; et ipse audivit nova quod Argon veniebat et 
erat prope aJ qninque giornalas, et habebat tantam gentem 
quantam babebat Archomac : lecit poni campum in no pul - 
cro piano , et ibi cxpectabat Argon quamdiu pervenit. Et quan- 
do fuit situs campus ^ fecit parlamentum et locutus est in tali 
materia : Domiiii mei et fratres , vos scitis quomodo ego debeo 
esse dominus verus de hiis quae Abaga fratcr meus tenebat; 
quia ego fui filius unius palris cum illo, et fui ad conquestan- 
dum illas terras et provincias quas nos modo tenemus. Verum 
o.^t autcm quod Argon fuit filius Abaga fratris mei, et aliqui vo- 
lunl dicere quod ad eum pertinerct dominium : salva ergo gratia 
illorum qui vellent istud, non est jus bonum, quia pater suus 
tenuit tantum dominium sicut scitis : sic ergo dignum est quod 
ego post mortcm suam habcam dictum dominium. Ipse habebat 
dominium quia erat me«; volunlatis ; sed postquam est sicut jam 
dixi vobis, rogo quod defendamus jus nostrum contra Argon et 
quod regnum et dominium remaneat nobis : et ego volo hono- 
rem et nomen , et vos habcatis utilitatem et bonum , et dominia 
omnium lerrarum veslrarum sint omnia vcstra. Nolo plus dicere : 
vos scitis quod nos habemus jus, et spcro quod vos facietis sic 
quod habebitis honoreni et bonum ; et nihil dixit ulterius. Quan- 
do ergo baroncs , milites et aliae gentcs intcllcxcrunt quicquid 
dixit Arcliomac , ipsi sibi communiter rcspondiderunt quod non 
deficerent sibi usque ad mortem , et quod ipsi essent contra Ar- 
•gon proprie et contra omnes homints de mundo. Et dixerunt 
quod non timerent eum capere et poiici c in nianibus suis. Or di- 



( 49' ) 
mittaraus de Archomac et redeamiis ad Argon et ad suam mi- 
litiam. 

CAPUT LXI. 

t^ualiter Argon se prœparavit contra Archomac, et qualiter allocutus est gentem 

suam. 

Quando ergo Argon cerlitudinaliter scivit quod Archomac ex- 

pectabat eum in campo cum tam magno exercitu, habuit mag- 

nam iram. Nirhilominus tamen paravit se ut ostenderet suum 

vigorem, et misit pro omnibus hominibus suis et sapientibus ho- 

minibus : et quando jam habuit quos voluit in temptorio suc quod 

in campo tctendcrat; ipse tah modo allocutus esteos : Boni fra- 

tres et amici carissimi , vos scitis quomodo vos pater meus di- 

Icxit et cum niulta tencritudine animi ; et quantum vixit vos om- 

nés habuit tanquam fratres et filios ; et scitis quomodo vos fuis- 

tis in multis magnis bellis cum eo , et quomodo vos juvistis eum 

conquestare totam tenam quam ipse tenebat ; et scitis quomodo 

ego fui iilius illius qui vos tantum dilexit; et ego ipse vos ipsos 

amo sicut cor meum ; et postquam sic est ut vobis jam dixi , ra- 

tionabditer facietis quod me juvetis de isto qui venit contra jus 

et contra omnem justitiam , et qui nobis vult facere sic magnam 

injuriam , sicut auferre nobis hereditatem paternam. Jam scitis 

quod non est de nostra lege : imo reliquit nostram Icgem et est 

factus pessimus sarracenus , et adorât Machometum in vituperium 

nostrae legis. Or modo videte quomodo esset dignum quod sarra- 

ceni haberent dominium s