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Full text of "Recueil de Voyages et de Mémoires publié de la Société de Geographie"

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RECUEIL 



DE 



VOYAGES ET DE MEMOIRES. 



OLVRACES PUBLIÉS PAR LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE, 

QUI SE TROUVENT CHEZ LE MÊME LIBRAIRE. 



RECUEIL DE VOYAGES ET DE MEMOIRES. 

C chaque volume se vend séparément. ) 

ToMï l*"', runicnaal les Voyages de Marco Polo: un volume in 4", Prix, i5 fr. 
1 QUE II ( i'*' et 2*' parties), avec 18 planches. Prix, iS fr. 
TontCDant : 1° Une relaliou de Ghanat et des coutumes de ses bahi:ans ; 
1° Des Relations inédites de la Cyrénaïque; 
3° Une Notire sur la mesure gèométricpie de la hauteur de queliiucs sommité* 

des Alpes ; 
4** Les Résultats des questions adressées à un Maure de Tischit et à ni* nëf;re 

de VValet ; 
5° Des Réponses .^ux questions delà Koclété sur l'Afrique septenlrionale; 
ô** Un Itinéraire de Conslantinople à la Mecque; 

7" Une Description des ruines découvertes près de Palenqué ; suivie de Re- 
cherches sur l'auciennc population de l'Amérique; 
8° Une Notice sur la carte générale des pachalirksde Hhaleb, Orfa et Bagdad; 
9"^ Un Mémoire sur la géographie de la Perse; 

t()° Des Recherches sur les antiquités des F.tats-Unis de l'Amérique septentrionale. 
ToiiE in. Contenant l'Orographie de l'Europe, par M. L. Brcgoière, ouvrage couronné par 
la Société dans sa séance générale du 3ï mars iSafi, avec une carte orographique 
et 1 5 tableaux synoptiques , et vues des principales chaînes de nmntagnes. 
Prix, 20 fr. 
ToMK IV. Contenant: i" Description des merveilles d'une partie de l'Asie, par le P. Jordanus; 

a" Relation d'un voyage à l'ile d'Amat, d'après les manuscrits de M. Henri Ternau.T ; 

3° Vocabulaires de plusieurs contrées de rAfricjue, d'après M. Kmnig. 

4** Voyages de Ouillaunic de Rubruk, l'Iau Cnpin , Bernard et S(rvulfi", etc. 

BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ. 

( c Recueil parait tous les mois, par numéros de quatre à cinq feuilles: les douze cahiers for- 
ment, à ia fin de l'année , dent volumes in-8", avec planches. 

Pris: pour Paris, xi fr.; pour les départemens, f 5 fr.; pour létraiiger, 18 fr. 

I.a première série du Bullilin se rompose. de vingt \olnmcs, et compreud douze années de 1 Sa i 
à iS33. 

Il a paru six ^olumes de la 1' série du 1*^'' janvier i8j4 au îi décembre iS3G. 






RECUEIL 



DE 



VOYAGES ET DE MÉMOIRES 



PUBLIE 



PAR LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 



TOME CINQUIEME. 




pîMf 



CHEZ ARTHUS BERTRAND, LIBRAIRE DE LA SOCIETE, 

nui: IIAIJTEFKUILLE , n" a3. 



M DCCC XXXVI. 



GÉOGRAPHIE D'ÉDRISI. 



TOME PREMIER. 



GÉOGRAPHIE D ÉDRISI 



TRADUITE DE L'ARABE KN FRANÇAIS 

DAI'BF.S DEUX MANISCRITS DE LA DIBLIOTHÈOIIE Di: ROI 

ET ACCOMPAGNÉE DE NOTES 

PAR P. AMÉDÉE JAUBERT 

CHEVALIER DE LA LÉGION d'hONNEUR, DE l'aIGLE BOUGE DE PliUSSE, DU LION ET DU sOLEIl. IlE l'Ell-E 

CONSEILLER d'ÉTAT EN SERVICE EXTRAORDINAIRE 

MEMBRE DE l'iNSTITOT ( ACADÉMIE ROÏALE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES ) 

PROFESSEUR DE ILRK A l'ÉCOI.E ROYALE ET SPECIALE DES LANGUES ORIENTALES VIVANTES 

ETC. ETC. ETC. 

TOMR PREMIEH 




PARIS 

IMPRIME P\P, \UTORIS\TION DCJ fiOI 

A LIMPRIMERIE ROY\LE 



M DCCC XXXVI 



A MONSIEUR 

ETIENNE QUATREMÈRE 

MEMBRE DK L'iNSTirUl 

(académie BOSAl.E DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES ) 

PROFESSEIIB^DHÉBHEIJ AU COLLEGE DE FRANCE 

PBOFESSEUR DE PERSAN 

A l'École royale et spéciale des langues orientales vivantes 

ETC. ETC. ETC. 



Monsieur et cher Confrère, 



Parvenu à la moitié de la tâche que m'imposa, il y a 
près de dix ans, la confiance d'une Société savante, je crois 
devoir faire hommage de ce premier résultat de mes elfoits 
à l'une des pei'sonnes de France dont les doctes recherches 
éclairent de la lumière la plus vive l'histoire et la géo- 
grapliie de fantique Orient. 

Vous offrir la traduction française de l'Edrisi, c'est vous 
dire tout le prix que j'attache à votre suffrage, c'est vous 



teiiioit;iicr tt)uto ma gratitude pour vos bons conseils, c'est 
enfin saisir une favorable occasion de vous renouveler l'as- 
suiBuoe des sentiments de haute estime et de sincère atta- 
chement avec lesquels j'ai l'honneur d'être, 



Monsieur et cher Confrère, 



Votre très-humble et très-obéissant serviteur, 

P. AMÉDÉE JAUBERT. 



PRÉFACE DU TRADUCTEUR. 



Durant le cours de mes voyages en Orient, et surtoul 
depuis celui que j'eiilrejiris en 1818, pour procurer à 
l'industrie française les moyens de fabriquer, en temps 
de guerre comme en temps de paix, les tissus dits de 
Cachemire, le contraste existant entre les mœurs asiatiques 
et les mœurs européennes s'est souvent présenté à mon 
esprit. Je me suis demandé, d'une part, à quoi tient une 
mollesse toujours croissante; et de l'autre, jusqu'à quel 
point il est raisonnable de croire à la possibilité d'une 
régénération. Dans un premier ouvrage accueilli j^ar le 
public avec trop d'indulgence, j'avais essayé de peindre, 
sous ce point de vue, l'état des contrées comprises entre 
Constantinople et la nouvelle capitale de la Perse, et je 
m'occupais d'un travail à peu près semblable relativement 
aux steppes qui bornent au nord et à l'ouest la mei- 
Caspienne, et aux fertiles vallées qu'arrosent le Tanaïs, le 
Terek et le Volga, lorsqu'un incident imprévu vint pour 
quelque temps me détourner de ce projet. 

Tout le monde sait avec quelle obligeance sont accueil- 
lies les personnes que l'amour de l'étude attire à la Biblio- 
thèque royale, et avec quel empressement les secours et 
les encouragements de tout genre leur sont offerts. Ce 



vril PRÉFACE 

nVst pas l'un dos caractères les moins distinclifs di- notre 
pairie et de notre siècle, que cette noble hospitalité qui 
se consacre au développement de la pensée luimaine, et 
dont les soins ont pour objet l'illustration de tous les faits 
utiles ou même simplement curieux. 

Taudis que, profitant de cet avantage, je me livrais, au 
rnbinet des manuscrits, à des reclierches dont le résultat 
devait être d'éclaircir quelques points douteux de la géo- 
graphie orientale, le hasard me fit tomber sous la main 
un volume écrit en arabe, assez peu lisible, non encore 
catalogué, mais dont le litre, le nombre des pages et la 
forme des caractères excitèrent d'abord, puis finirent par 
captiver tout à fait mon attention. 

Je n'ignorais pas l'existence, dans la Bibliothèque Jjod- 
leyenne d'Oxford, de deux manuscrits rapportés, l'un d'E- 
gypte par (ireaves, fautre de Syrie par Pococke , et con- 
tenant, selon toute apparence, fouvrage complet du célèbre 
géographe arabe Abou-Abd-allah-Mohammed ben-Mohani- 
uïed el-Edrisi. Je savais, par les témoignages de Bochart, 
de d'Auville, de Reiske, de Casiri, de M. Hartmann et de 
M. Walckenaër, quelle lumière avait répandue sur la géo- 
graphie de plusieurs parties du monde, et particulièrement 
sur celle de l'Afrique, lapparition de Vahrécjc tronqué qui 
fut publié en arabe à Rome, en 1692 , et en latin à Paris, 
en 1619; mais je ne pouvais comprendre comment un 
ouvrage de cette importance avait jusqu'à ce jour échappé 
aux recherches des amateurs des lettres orientales, et à 
celles (\éfi savants français dont les élucubrations ont rendu 
presque populaire la connaissance d un nombre prodigieux 
de laits inconnus à leurs devanciers. 



DU TRADUCTEUR. rx 

Si je n'avais consulté que mes forces, me bornant à 
extraire de cet ouvrage les passages propres à jeter du jour 
sur les contrées que j'étudiais, je n'aurais point pensé à 
le reproduire en entier dans notre langue, alors surtout 
que d'habiles commentateui^s, parmi lesquels le savant 
Hartmann tient sans doute le premier rang, avaient tiré 
tout le parti possible de Yabrétjé. Une simple notice, oUrant 
les variantes les plus saillantes et les détails les moins con- 
nus, eût pu suffire pour donner au public instruit luir 
idée exacte de la partie inédite de l'ouvrage, et du moins 
j'eusse évité de me jeter dans des incertitudes sans nombre 
sur les distances et les véritables situations des lieux, dans 
des répétitions fastidieuses, dans des tables absurdes, dans 
des digressions sans fin. 

Toutefois, plus j'apportais d'attention à démêler le vrai 
du laux, plus je restais convaincu que les passages omis 
par l'abréviateur étaient en général ceux qui pouvaient ré- 
pandre le plus de lumière sur l'état des connaissances géo- 
graphiques au moyen âge, sur l'histoire des productions na- 
turelles et des monuments des pays décrits, sur les mœurs, 
les coutumes et l'industrie des habitants. J'étais d'ailleurs 
frappé de la naïveté du style, du ton de bonne foi et de 
l'esprit de défiance et de doute qui caractérisent l'Edrisi, et 
il m'était facile de voir à chaque page, que l'auteur écri- 
vait en conscience, et qu'il ne donnait pour certain (pie 
ce qu'il croyait être la vérité. 

Plein de ces idées, je consultai plusieurs personnes amies 
des sciences, et membres, soit de la Société de géographie, 
soit de la Société asiatique, sur la question de savoir si 
la publication d'un tel livre devait, pour être agréable et 



X PRÉFACE 

utile, être faite en totalité ou par extraits. Les opiniuu.>< 
lurent partagées. Les uns pensèrent qu'il n'en était point 
d'un travail de ce genre comme d'une production pure- 
ment littéraire et classique, digne d'être repi-odulte dans 
son ensemble avec une scrupuleuse fidélité. D'autres, au 
contraire, furent d'avis qu'avec quelque soin que pût être 
fait le choix des fragments, les lecteurs qui se livrent à 
des études spéciales seraient toujours tentés de craindre 
qu'on ne leur eût dérobé la connaissance d'un trop grand 
nombre de faits curieux. 

Cette dernière con.sidération ne pouvait manquer de 
l'rapper surtout la Société de géographie, dont les travaux 
n'ont pas seulement jDOur objet l'acquisition de notions 
nouvelles sur l'état du globe, mais qui comprend aussi 
flans ses investigations l'histoire générale de la science, 
ainsi que le prouve la récente publication des voyages de 
Marco Polo. 

Je fus donc invité, par la Commission centrale de cette 
Société, à entreprendre une version française du texte 
arabe de l'Édrisi complète eu ce sens que rien d'essentiel 
n'y serait omis. Quant aux obscurités, aux motifs de doute 
qui pourraient s'offrir, on pensa qu'il ne serait vraiment 
utile de provoquer les éclaircissements, les commentaires 
et les remarques auxquels cette version pourrait donner 
lieu, qu'alors que sa publication aurait permis aux adeptes 
de prendre une idéc^ générale du système géographique 
de mon auteur. En acceptant cette tâche honorable, je 
ne me suis dissimulé ni l'importance de l'entreprise, ni 
l'étendue des difficultés à vaincre; à la vérité j'avais en 
perspective l'honneur de mettre au jour un livre qui, 



DU TRADUCTEUR. m 

durant plusieurs siècles, a l'ait autorité en géographie, 
comme d'Anville, Rennell et Ritter le font de nos jours; 
mais cette haute réputation n'était-elle pas un obstacle au 
succès de mon entreprise, et pouvais-je me flatter de ne 
pas nuire à l'Edrisi lui-même, en mettant sous les yeux du 
public instruit des descriptions souvent monotones, des dé- 
tails toujours surannés? D'un autre côté, le travail de mon 
géographe n'étant pas fondé sur des observations célestes 
et ne présentant pas même approximativement, comme 
ceux de Cazwini, d'Abou'lféda et autres, la détermination 
des longitudes et des latitudes des lieux, comment ne pas 
craindre des erreurs notables sur les distances, et comment 
donner aux personnes qui s'occupent de géographie posi- 
tive les moyens de reconnaître ces erreurs? Enfin, la ver- 
sion elle-même, quoique exacte et fidèle, devait cejiendant 
être exempte de cette sécheresse qui naît de la servilité, 
et qui n'est le plus souvent propre qu'cà rebuter les lecteurs 
les plus patients. 

Tandis que j'étais livré à ces réflexions, occupé à surmon- 
ter ces obstacles, le gouvernement de Charles X, voulant 
mettre un terme aux embarras de toute espèce qu'occa- 
sionnait la question grecque, me prescrivit de retourner 
à Constantinople, avec la mission de faire, s'il était pos- 
sible, accepter aux Turks le protocole du 16 novembre 
1828, protocole ayant pour objet de fixer définitivement 
les limites de l'état grec. Ce nouveau voyage interrompit 
durant deux ans le cours de mes travaux littéraires, sans 
ralentir toutefois le zèle de la Société de géographie dont 
l'influence protectrice avait si puissamment secondé mes 
premiers efforts. Grâce à ses soins, on effet, grâce à l'obli- 



xii PKKFACE 

y;eance el au savoir «le mou coiilrère M. Pieinaud, coiisei- 
vateur-adjoinl des manuscrits de la Bibliothèque ro>,ale, 
l'impression du premier climat fut terminée non point 
telle qu'elle paraît aujourd'hui, mais telle qu'elle pouvait 
être publiée à l'époque dont il s'agit, c'est-à-dire lorsqu'on 
ne possédait à Paris qu'un seul manuscrit. 

Feu M. Assclin, chancelier-interprète du consulat gé- 
néral de France au Caire, avait profité des facilités que lui 
donnaient et les connaissances qu'il avait acquises, et les 
fonctions qu'il remplit durant longues années en Egypte, 
pour se former une collection de manuscrits orientaux, 
au nombre desquels se trouvait une copie de fouvrage de 
l'Ediisi, accompagnée de soixante-neuf tableaux ou cartes 
géographiques '. Cette circonstance, jointe à fimportance 
de la collection, ayant déterminé le gouvernement à faire 
l'acquisition des manuscrits Asselin pour la Bibliothèque 
royale, à mon retour de Constantinople en i83i, je dus 
lecommencer mon travail, et je le repris en effet avec une 
nouvelle ardeur. 

J'aurais voulu pouvoir faire, pour cette cosmographie, 
ce que M. de Sacy a si heureusement exécuté pour f Egypte 
d'Abdallatif. Là sont réunis les diflerents genres de mé- 
rite qu'on peut souhaiter dans une version : saine critique, 



' On trouvera à la fin de ce volume, comme spécimen, trois de ces cartes, con- 
tenant l'indication des pays compris dans la première, dans la deuxième et dans 
la troisième section du premier climat. En attendant qu il devienne possible de 
tracer avec quelque précision un planisphère comparatif présentant la situation 
réelle des lieux et la rectification des erreurs commises par le géographe arabe, 
mon savant confrère M. Jomard a bien voulu se charger de dresser, pour être joint 
à la présente version, un tableau général d'assemblage des soixante-neuf cartes du 
manuscrit. 



DU TRADUCTEUR. xm 

érudition variée et solide, élégante fidélité; mais il neu 
est pas d'une description du monde entier comme de celle 
'd'une province, et d'ailleurs j'ai trop de motifs de croire 
à mon insuffisance personnelle pour prétendre à l'illus- 
tration complète d'un traité de géographie générale, alors 
surtout qu'un tel ouvrage , compose dans les ténèbres du 
xii'' siècle, ne nous est parvenu qu'informe, mutilé et trans- 
crit par d'ignorants copistes, en caractères d'écriture où le 
déplacement des points diacritiques suffit pour dénaturer 
le sens des mots. Lorsque ma bonne étoile m'eutfait exhu- 
mer ce monument de la poussière des bibliothèques, mon 
premier, mon unique soin dut être de le dégrossir, non 
de le restaurer; je mis la main à fœuvre, persuadé que, 
malgré ses imperfections, le public accorderait quelque 
estime à un travail protégé par le souvenir des Arabes amis 
des lettres pour elles-mêmes, et par celui des Normands 
qui, dès le xf siècle de notre ère, portaient au delà des 
mers nos armes, nos mœuis et nos lois. 

Si j'atteins ce but honorable, si mes efforts sont couron- 
nés de quelque succès, je le devrai surtout aux bienveillants 
conseils des savants illustres que j'ai eu si souvent f occasion 
de citer durant le cours de la présente version. Avec leur 
secours, avec les ressources de toute espèce que m'offrait 
le zèle éclairé de M. le Diiecteur de l'Imprimerie royale, 
il m'eût été possible sans doute d'entreprendre la publi- 
cation du texte arabe de fEdrisi ; mais une telle publica- 
tion, utile seulement aux personnes qui font des langues 
orientales l'objet spécial de leurs études, ne pouvait entrer 
dans le plan que la Société de géographie s'était proposé. 
Je me suis donc borné à transcrire en caractères arabes 



Mv PRÉFACE DU TRADUCTEUR, 

la partie de l'ouvrage la plus susceptible de variantes, 
c'est-à-dire les noms de lieux. Pour représenter avec quel- 
que exactitude la prononciation de ces noms, j'ai cru devoir 
me conformer autant que possible aux usages locaux , 
usages qui, dans l'Orient comme ailleurs, varient beau- 
coup selon les régions. J'ai fait plus : mu par le désir de 
reproduire avec fidélité les opinions de mon auteur, je les 
ai respectées alors même qu'elles me paraissaient peu d'ac- 
cord entre elles ou même évidemment fautives. De ces 
erreurs plus ou moins grossières, de ces contradictions 
plus ou moins manifestes, jaillira peut-être un jour l'ap- 
préciation exacte de l'état des sciences géographiques chez 
les Ai'abes du moyen âge. D'après ce qu'ils tentèrent dès 
cette époque déjà reculée, on pourra juger sainement des 
découvertes où les auraient conduits leur esprit entre- 
prenant et leurs habitudes aventureuses, s'ils avaient joint 
à la connaissance cju'ils possédaient de la direction de 
la boussole, celle de l'imprimerie, des effets de la poudre à 
canon, et des admirables propriétés de la vapeur. 



PRÉFACE DE L'AUTEUR . 



Grâces soient rendues à Dieu, être essentiellement grand 
et puissant, incorporel, doué de bonté, de bienfaisance 
et de longanimité, juge souverain cjui peut tout, qui est 
clément et miséricordieux, qui gouverne tout, qui possède 
une science infinie , qui a donné à tout ce qu'il a créé des 
formes parfaites, dont la connaissance est gravée dans tous 
les cœurs et repose dans les esprits sur des preuves visibles 
et incontestables. 

Sa force et sa puissance sont des indices certains et évi- 
dents de sa gloire. Toutes les langues publient sa bonté 
que confirme la foi. La conformation parfaite des êtres, 
qui émane de sa divine volonté, force à reconnaître son 
(>xistence et son éternité. Parmi les chefs-d'œuvre de cette 
volonté, le ciel et la terre sont, pour l'homme qui a l'es- 
prit juste et le sens droit, des signes de haute instruction. 
Il admire d'abord le ciel, son immense élévation, la beauté 
des astres et la régularité de leur cours; parmi ces astres, 

' Je suis redevable de la première ébauche de la traduction de cette préface à 
l'obligeante amitié de M. Delaporte , mon ancien compagnon de voyage en Egypte, 
aujourd luii consul de France à Mogador. 



XVI PRÉFACE 

lo soleil et la lune qui brillent dans le firmament ; le 
soleil, loyer de lumière qui ])roduit le jour; la lune qui, 
comme un flambeau, dissipe l'obscurité des nuits. Ces 
signes miraculeux l'instruisent de la marche des saisons 
et des révolutions des siècles. 11 remarque ensuite la terre 
dont cette même volonté fixa le berceau, détermina l'éten- 
due, des entrailles de laquelle elle fit jaillir les eaux, prin- 
cipes vitaux de la végétation et aliments nécessaires de 
la fertilité des campagnes et de la fraîcheur des prairies; 
la terre qu'elle permit à la jouissance et à la demeure fie 
l'homme, objet de prédilection dans les mouvements im- 
primés à tous les corps célestes, de fhomme à qui cette di- 
vine volonté inspira l'instinct nécessaire pour distingue!- le 
bien du mal et l'utile du dangereux, et accorda la facilité 
de se transporter là où il lui plairait, par terre et par mer, 
à travers f immensité des espaces. Tout prouve l'existence 
du Créateur. 

Au nombre des êtres formés par cette divine volonté, 
l'œil ne peut en remarquer, ni l'esprit en imaginej- un 
plus accompli que l'illustre Roger, roi de Sicile, d Italie, 
de Lombardie et de Calabre, prince romain (<^j). Ce 
grand roi, que le ciel a comblé de gloire et de puissance, 
protecteur de la religion du Christ, est le plus célèbre et le 
meilleur d'entre tous les monarques. Sa volonté absolue 
est le mobile de sa conduite dans les affaires. Il lie et délie 
suivant son caprice; il gouverne et juge avec équité et 
impartialité ses peuples, et écoute leurs plaintes avec pa- 
tience et attention. Il a établi dans l'administration de ses 
états Tordre le plus admirable et les éléments du bonheur 
le plus parfait ; il a porté ses armes victorieuses de l'aurore 



DE L'AUTEUR. xvii 

au couchant, témoin les contrées voisines ou lointaines 
qu'il a soumises à son obéissance; témoin les souverains 
du même culte que le sien, dont il a humilié l'orgueil. 
I] doit ces étonnants succès à la valeur de ses armées 
bien pourvues de toutes choses, à la puissance de ses 
flottes dont le ciel protège les opérations. Sa gloire 
brille aux yeux de tous; son nom remplit le monde, est 
dans toutes les bouches, retentit dans toutes les oreilles. 
Quel désir forme-t-il qui ne soit suivi du plus prompt 
accomplissement? Quel projet, tout difficile qu'il puisse 
paraître, ne parvient-il pas à exécuter? 

Les honneurs et les dignités sont le partage de ses par- 
tisans et de ses amis, la ruine et l'humiliation celui de ses 
antagonistes et de ses adversaires. De comjnen de gran- 
deurs n'a-t-il pas jeté les fondements? Le lustre dont il 
environne ces dignités brille dans le monde de l'éclat des 
fleurs dans un parterre, est beau comme la vei'dure des 
arbustes, ornement des bosquets. 

Ce grand monarque joint les belles qualités du cœur 
à la noblesse de la naissance, la pureté des mœurs à la 
beauté des actions, le courage à l'élévation des sentiments, 
la profondeur du jugement à la douceur du caractère, la 
justesse de l'esprit à une admirable intelligence des affaires 
et à un coup d'œil j^énétrant qui, comme un trait rapide, 
va droit au but, et lui fait juger de tout sans erreur. Les 
portes des événements futurs, fermées pour les autres, 
s'ouvrent devant lui. Tout l'art de gouverner est venu se 
fixer en sa personne; les rêves de son sommeil même sont 
des bienfaits pour l'avenir; la justice et l'impartialité sont 
les bases de son administration; ses libéralités, semblables 

c. 



xvm PRÉFACE 

aux vagues dp l'océan, sont aussi bienfaisantes que les 
pluies qui fécondent la terre; ses connaissances en niatlié- 
niatiques et en littérature, sont immenses; l'étude appro- 
fondie qu'il a faite des sciences l'a conduit aux découvertes 
les plus extraordinaires; enfin, la réputation dont jouit ce 
grand prince est tellement supérieure à celle des autres 
souverains, qu'il est inutile de chercher à prouver une 
telle vérité par des exemples; les principales cités de la 
terre sont remplies de son nom. S'il fallait énumérer 
les merveilles qu'il a produites, mes poumons seraient 
fatigués et ma respiration ne pourrait suffire. Quel est 
celui qui, voulant compter tous les cailloux de l'univers, 
parviendrait à en connaître le nombre d'une manière 
précise } 

Lorsque l'étendue de ses possessions se fut agrandie, 
que le respect qu'on portait à ses sujets se fut partout ac- 
cru, et qu'il eut soumis à sa puissance des domaines conquis 
sur des princes chrétiens, ce prince, par suite de l'intérêt 
qu'il portait aux études nobles et curieuses, s'occupa de la 
statistique de ses vastes états. 11 voulut non-seulement con- 
naître d'une manière positive les limites dans lesquelles 
ils étaient circonscrits, les routes de terre et de mer qui 
les traversaient, les climats dans lesquels ils se trouvaient 
situés; les mers qui baignaient leurs rivages, les canaux 
et les fleuves qui les arrosaient ; mais encore ajouter à cette 
connaissance celle des pays autres que ceux qui dépen- 
daient de son autorité, dans tout l'espace qu'on s'est accordé 
à diviser en sept climats, en s'appuyant sur fautorité des 
écrivains qui avaient traité de la géographie et qui avaient 
cherché à déterminer l'étendue, les subdivisions et les 



DE L'AUTEUh. xix 

dépendances de chaque climat; à cet eflet il fit consvdter 
les ouvrages suivants : 

Le livre des Merveilles de Mas'oudi ' ; 

Le livre d'Abou-Nasser Said-el-Djiliani -; 

Le livre d'Abou'l-Casem Abdallah-hen-Khordadbèh '" ; 

Le livre d'Alimed-ben-el-A'dri '' ; 

Le livre d'Abou'l-Casem Mohammed el-Haukali el-Bagh- 
dadi^ 

Le livre de Djanakh ben-Khacan el-Kimaki "^ ; 

Le livre de Mousa ben-Casem el-Cardi ' ; 

Le livre d'Ahmed ben-Ia'coub, connu sous le nom de 
Licfouli^; 

Le livre d'Is'hak bcn-el-Hasan , l'astronome ^ ; 

Le livre de Kedamah cl-Bassri '° ; 

Le livre de Ptolémée de Claudias "; 

" (JyUuJlj ôjMjtll ç:>yiju /w> vX^I tjLiS 

'" (^jjaJI «_«i.>vi oLx5' 

(^ijJiil! (j~j.i»*kj «_)US^ La ville de Claudias était située dans l'ancienne 
Comagène, non loin de l'Euphrate. Voyez dAnville, Géot/raphie ancienne, tome II, 
page 137. 



11 PRÉFACE 

Le livre d'Érésios d'Anlioche '. 

Au lieu de trouver dans ces ouvrages des renseignements 
clairs, précis et détailles, n'y ayant rencontré que des obs- 
curités et des motifs de doute, il fit venir auprès de lui des 
personnes spécialement au fait de ces matières, et leur pro- 
posa des questions qu'il discuta avec elles; mais il n'en obtint 
pas plus de lumière. Voyant qu'il en était ainsi, il prit la 
déteiuiination de faire rechercber dans tous ses états des 
voyageurs instruits; il les fit appeler en sa présence et les 
interrogea par le moyen d'interprètes, soit ensemble, soit 
séparément. Toutes les fois qu'ils tombaient d'accord, et 
que leur rapport était unanime sur un point, ce point 
était admis et considéré comme certain. Quand il en était 
autrement, leur avis était rejeté et mis de côté. 

Il s'occupa de ce travail pendant plus de quinze ans, 
sans relâche, sans cesser d'examiner par lui-même toutes 
les questions géographiques, d'en chercher la solution et 
de vérifier l'exactitude des faits, afin d'obtenir complète- 
ment la connaissance qu'il désirait. 

Ensuite il voulut savoir d'une manière positive les lon- 
gitudes, les latitudes des lieux et les distances respectives 
des points sur lesquels les personnes susdites étaient tom- 
bées d'accord. A cet effet, il fit préparer une planche à 
dessiner s:r*"j^^ ^J^'-> il y fit tracer un à un, au moyen de 
compas en fer, les points indiqués dans les ouvrages con- 
sultés et ceux sur lesquels on s'était fixé d'après les asser- 
tions diverses de leurs auteurs, et dont la confrontation 
générale avait prouvé la parfaite exactitude. Enfin, il 



DE L'AUTEUR. xxr 

ordonna qu'on coulât en argent pur et sans alliage un 
planisphère ^j-i\^ ' d'une grandeur énorme et du poids de 
quatre cent cinquante livres romaines, chaque livre pe- 
sant cent douze drachmes. Il y fit graver, par des ouvriers 
habiles, la configuration des sept climats avec celle des ré- 
gions, des pays, des rivages voisins ou éloignés de la mei-, 
des bras de mer, des mers et des cours d'eau; l'indication 
des pays déserts et des pays cultivés, de leurs distances 
respectives par les routes fréquentées, soit en milles dé- 
terminés, soit en (autres) mesures connues, et la désigna- 
tion des ports, en prescrivant à ces ouvriers de se con- 
former scrupuleusement au modèle tracé sur la planche 
à dessiner, sans s'écarter en aucune manière des configu- 
rations qui s'y trouvaient indiquées. 

Il fit composer, pour l'intelligence de ce planisphère, 
un livre contenant la description complète des villes et 
des territoires, de la nature des cultures et des habitations, 
de l'étendue des mers, des montagnes, des fleuves, des 
plaines et des bas-fonds. Ce livre devait traiter en outre des 
espèces de grains, de fruits, de plantes que produit chaque 
pays, des propriétés de ces plantes, des arts et des métiers 
dans lesquels excellent les habitants, de leur commerce 
d'exportation et d'importation, des objets curieux qu'on 
remarque ou qui ont de la célébrité dans les sept climats, 
de l'état des populations, de leurs formes extérieures, de 
leurs mœurs, de leurs coutumes, de leurs religions, de 
leurs habillements et de leurs idiomes. 

J'ai donné à cet ouvrage le titre de : Délassements Je 

Le mot a^Ii signifie cercle ou table ronde, mais non point globe, ainsi que 
l'ont cru les premiers traducteurs de l'Edrisi. 



xxH PRÉFACE DE L'AUTEUR. 

l'homme désireux de connaître à fond les diverses contrées du 
monde. 

Cet ouvrage a été terminé dans les derniers jours du 
mois de cliewâl, l'an 548 de l'hégire (correspondant à 
la mi-janvier de l'an i i5/i de J. C). 



NOTE EXPLICATIVE 

DES inUNCII'AI.ES AGl'.ÉV lATlONS ET DL SYSTÈME DE TIUNSCHIPTION 
ADOI'TÉS DANS LA l'HF.SENTE VERSION. 



ABREVIATIONS 

Par ms. A. nous avons voulu désigner le manuscrit primitivement 
découvert à la Bibliotlièque royale : il est in-folio et se compose de 
deux cent trenle-si\ i'euillets en papier de coton; l'écriture en est assez 
belle, mais dans les noms propres de lieux on remarque souvent 
l'omission des points diacritiques , ce qui porte à croire que le copiste 
ne connaissait pas bien la véritable prononciation de ces noms. Sauf 
les douze feuillets qui terminent le Iroisième climat, tout le manuscrit 
est en caractères dits arabes-africains. On lit au bas du deux cent trente- 
sixième feuillet findication suivante ; 

JS)l**A<»j (J:*^j'j ^^j' f^ >iyWi' J'^*" )-f(-»>' ^-^"^^ i ^Ji_} ^^^i *-»i3^ <jl*J 

«Ce livre a été fini (de copiei), grâce au secours divin (puisse la 
« miséricorde de Dieu s'étendre sur le dernier des propbètes, sur sa fa- 
(( mille et sur ses compagnons; que le salut soit sur eux!), par Mo- 
<( hanmied, fils d'Abdallah, fils d'Abd-el-Motalleb, dans la ville d'Aiméria 
(1 ( puisse le Très-Haut la défendre et la couvrir de sa généreuse prolec- 
(c tion!); et cela vers le milieu du mois béni de cbewâl , fan y/i/i (cor 
« respondant aux premiers jours du mois de mars, fan i 3/|/i de J.-C). » 

Le ms. B. est celui qui provient de la collection Asselin ; il ressemble, 

D 



XXIV NOTE EXPLICATIVE. 

par son format, à un in-i° et se compose de trois cent cinquante-trois 
f'euiliels en papier de coton. Ecrit en caractères neskhis, il parait a\oir 
été copié, soit en Egypte, soit en Syrie, avec plus de soin que le pré- 
cédent. D est seulement à regretter qu'un gi-and nombre de feuillets 
aient été déchirés, salis ou usés; que les premières pages soient entiè- 
rement illisibles, et que le manuscrit s'an'ête à la buitième section du 
septième climat. Le planisphère et les tableaux ou cartes géographiques 
qui l'accompagnent sont d'une exécution on ne peut plus grossière. On 
y remai'que cependant quelques indications des longitudes et des lati- 
tudes des heux. 

Sous la dénomination d'abrégé nous avons voidu désigner le texte 
arabe imprimé à Rome en iSgs, selon toute apparence, d'après le 
manuscrit n° 33i de la Bibliothèque du Roi. 

Par version latine nous entendons l'ouvrage publié à Paris, en 161 9, 
par Gabriel Sionite et Jean Hesronite, sous le titre de Geographia 
Nubiensis, id est acciiratissima totiiis orbis, in septem climata divisi, descriptio. 

Les passages compris entre guillemets sont ceux qui, du moins à 
notre connaissance, n'avaient jamais été traduits soit en italien, soit en 
espagnol, soit en latin, soit en français. 



TRANSCRIPTION. 

Pour la transcription des caractères arabes nous avons adopté les 
valeurs suivantes : 



Lettres de l'alphabet arake. Valeurs adoptccs. 

I A OU E. 

CJ E. 



S' 



T. 

TB OU T5. 
DJ OU DJl. 

n. 

EH. 
D. 



Lettres An Talpliabet arabe. Valears adoptcts. 

â DH.DZOU D. 

J «• 

j '■■ 

3 '■ 

ij" ^' 

ir 

(jp 

t> 



CH OU SCII. 

ss. 

DH. 



NOTE EXPLICATIVE. 



\xv 



Lottres de l'alpliabct arabe. 

J» 

là... 

t 

é 

O ou O f 

jij ('. dur ou K. 

li) K ou Kl, 



Voleurs ajoptéi 

T. 

DH. 

a', o', r 

GII. 



Letlrea de l'alpliabet aralie. 

3 

J 

^' 






i 

t5 ■ 



Valeurs adopféci 


GH 


ou 


CHI 


M. 






N. 






H. 






OU 


ou 


w. 


I, ■ 


ou 


Y. 



Les points diacritiques de la lettre » (par laquelle se terminent un 
très-grand nombre de noms de lieux) ont été souvent omis par les 
copistes. Nous avons représenté cette terminaison par un .\ ou par 
un ?.. 

Pour l'indication des voyelles nous avons suivi l'orthographe donnée 
parles manuscrits; ainsi nous avons écrit Hems au lieu de Hoins, To- 
hrour au lieu de Tekrour, Telemsan au lieu de Tlemsen, etc. 



0. 



TABLE DES SOMMAIRES 



DU TOME PREMIER. 



Préface du Traducteur Page vlj 

Préface de l'Auteur xv 

Note explicative des principales abréviations et du sjistème de transcription 
adoptés dans la présente version xxiij 

Prolégomènes. Figure de la terre. — Division du globe en hémisphères, en de- 
grés et en climats. — Mers et golfes i 

i" CLIM.4T. 1''° SECTION. Afrique occidentale. — Oulil. — Sala. — Tokrour. 
— Berisa. — Lemlem. — Pays des noirs i o 

■>.' SECTION. Afrique centrale. — Mcllel. — Ghana. — Wangara. — Tirki. — 
Marasa. — Samghad. — Gharbil 1 5 

3' SECTION. Suite de l'Afrique centrale. — Kaougah. — Berbers. — Koukon. — 
Lemlemèh. — Zaghawa. — Mathan. — Nouabé. — Femmes nubiennes .... 21 

4° SECTION. Suite de l'Afrique centrale. — Sources et poissons du Nil. — Kousa. 
— Dongola. — Galwa. — Asouan. — Oasis. — Markala -i-^ 

5' SECTION. Abyssinie. — Djenbié. — Rivières qui se jettent dans le NU. — 
El-Nedja'at. — Zalegh. — Naketi. — Batta. — Wadi'l-Alaki. — Bodja 07 

6' SECTION. Afrique orientale. — Carfouna. — Bab-el-Mandeb. — Ile de Socoira 
et autres. — Côtes de l'Arabie heureuse. — Culture de l'aloès. — Sana'a. — 
Aden. — Commerce de cette ville. — Hasek /i/i 

-j° SECTION. Suite de l'Afrique orientale. — Medouna. — Singulière manière de 
pêcher. — Côtes du Zenghebar. — Melinde. — Monbasa. — El-Bancs. — Ile 
de Zaledj ou de Zanedj. — Ile des Singes. — ElCotroba. — Curiosités de la 
mer d'Oman 55 

8' SECTION. Suite et fin de l'Afrique orientale. — Sofala. — Mines de fer et d'or. 
— Des Roïbahat. — Comor. — Malaï. — Sercndib 65 

9' SECTION. Mer des Indes et de la Ciiine. — Djesta ou Djebesta. — Daghouta. 
— Ile de Djalous. — Arbre du camphre. — Des de Djaha ou deDjava, de Se- 
lahat et de Ileridj. — Bayadères. — Tenouma ou Cliouma. — Ile de Senf — 
Khankou ou Khanfou. — Ile de Malaï 78 



\xviir TABLE 

lo" SPcTiON. Suile (le la mri ries Indes el île la Cliine — Iles il'El Moiidja , 

de Suiiia, d'Almaid l'âge 87 

II' CLIMAT. I" SECTION. Afrique occidentale. — lies Canaries. — Camnourié. 

— Désert de Tiser. — Audagliocht lo/i 

t' SECTION. Continuation du désert de Tiser. — Zaghawa. — Pays et ville du 

Ferzan 110 

3' SECTION. Suite de l'Afrique occidentale. — \\ adan. — Kawar. — Tadjerins. . . 11 5 

!i' SECTION. Oasis. — Littoral de la Méditerranée. — Egypte lai 

5' svxTioN. Littoral de la mer Rouge. — Mocattam. — Adiab ou Aîdab. — 

Djidda. — la Mecque. — Médine 1 3o 

6' SECTION. Arabie. — Golfe Persique. — Hadramaul. — Oman. — lémamé. . . \à-] 
-' SECTION. Suite des côtes du golfe Persique. — Mekran. — Sedjeslan. — 

Sind. — Moullan 1 60 

8' SECTION. Suite du Sind. — Partie de l'Inde. — Côtes du Guzarate et du Ma- 
labar. — Malwa. — Kaboul. — Candahar iy5 

9' SECTION. Suite de l'Inde. — Chine i85 

10' SECTION. Chine orientale iq3 

111' CLIMAT. 1" SECTION. Suite de l'Afrique occidentale. — Sous-el-.\csa. — 
Pays des Berbers. — Noun. — Sedjeluiasa. — Dara'. — ."^ghmat. — Maroc. — 
Fez. — .Meknèz. — Sala. — Telemsan. — Melila. — Oran. — Alger. — Bougie. 

(jonslantine igy 

■y.' SECTION. Baghaï. — Cabsa. — Bone. — Bizerte. — Tabarca. — Cabes. — Sfaks. 

— Tunis. — Ruines de Carthage. — Mahdia. — Tripoli. — Leptis 262 

3' SECTION. Désert de Barca. — Adjedabia. — Audjela. — Zawila 286 

W SECTION. Alexandrie. — Missr ou Fostat. — Faioum. — Branches du Nil. — 

Lac de Tennis. — Damiette 29^ 

b' SECTION. Suite des côtes de la mer Rouge. — Palestine. — Ascalon. — Jéru- 
.salem. — Naplouse. — Acie. — Tibériade. — Damas. — Ba'lbek. — Seîde. — 

Beîroul. — Tripoli de Syrie. — Heras , 33o 

6' SECTION. Irâc (Babylonie). — Cadesia. — Koufa. — Wasit. — Obolla. — Ba.s- 
sora. — Khouzistan ( Susiane). — Muchirkan. — Ahwaz. — Sous. — Asker- 
Mokanam. — Tusler ou Chuster. — Fars. — Cliiraz. — Istakhar (Persépolis). 

— Djour. — Darabdjerd. — Siraf. — Sabour ou Chapour 363 

-' SECTION. Suile du Fars et du Kemian. — Kethah. — Yezd. — Chirdjan. — 

Ujireft — Bani. — Hormuz ou Ormuz. — KJiabiss. — VVelasgherd. — Sedjcstau. 
— /.areiulj — Lac de Derruh ou de Zerrali. — khorasau. — Caueïn ou Cain. 

Zouzan. — Tubbus ii6 

8' SECTION. Suile du Sedjeslan et du Khorasan. — Nord de l'Inde. — Dawor. — 
Ghaur. — Ghana ou Ghazna. — Kaboul. — Héral. — Bousih ou Bouchindj. 

— Merw cl-Roud — T;decan. — Le Djihoun ou l'Oxus. — Tenned — Balldi. 



DES SOMMAIRES. xxrv 

— Bam!an. — Badakhchaii. — Saglianian. — Wasdjertl ou Wasgheifl. — INasef. 

— Montagnes de Botm. — Bikeiul. — Ouch. — Casan l'âge /i56 

g' SECTION. Tibel. — Baghargliar. — Tanbia' — Bakhwan. — Djermac. — Bu- 
think. — Lac de Berwan. — Oudj igo 

lo' SECTION. Suite du Baghargliar. — Pays des Khirkhirs. — Possessions chi- 
noises voisines du pays des Turks boy 



GÉOGRAPHIE 



DE DR I SI. 



PROLÉGOMÈNES. 



Figure de la terre. — Division du globe en hémisphères , en degrés 
et en climats. — Mers et golfes. 



Nous commencerons par traiter de la figure de la terre, dont f'uiiiet 3 du m? 
la description est désignée par Ptolémée sous le nom de Géogra- 
phie, en invoquant le secours, la faveur et la protection de Dieu 
dans toutes les voies et dans toutes les circonstances; car Dieu 
a manifesté sa gloire par sa grandeur, et il est puissant en toutes 
choses. 

Ce qui résuite des opinions des philosophes, des savants illus- 
tres et des observateurs habiles dans la connaissance des corps 
célestes , c'est que la terre est ronde comme une sphère , et que 
les eaux sont adhérentes et maintenues sur elle au moyen d'un 
équilibre naturel qui n'éprouve aucune variation. 

La terre est, ainsi que les eaux, plongée dans l'espace comme 
le jaune Test au milieu de l'œuf, c'est-à-dire dans une position 
centrale. L'air fenvironne de tous les côtés , il l'attire vers fes- 
pace ou fen repousse; Dieu sait ce qui est la vérité sur ce point. 



2 PROLÉGOMÈNES, 

Feullld 3 recto. La teiTC Gst Stable au milieu de l'espace, et tous les corps créés 
sont stables sur la surface de la terre, l'air attirant vers lui ce 
([iii est léger, et la terre attirant vers elle ce qui est pesant, de 
même que l'aimant attire le fer. 

Le globe terrestre est divisé en deux parties égales par la ligne 
équinoxiale, qui se prolonge de l'occident à l'oiient; c'est la lon- 
gueur de la terre el la ligne la plus considérable de la spbère 
terrestre, de même que le zodiaque est la plus considérable de 
la sphère céleste. La circonférence de la terre se divise en 3 60 
degrés sous la ligne équinoxiale; chaque degré vaut 26 para- 
sanges; cluupie parasangc, 12,000 coudées; chaque coudée, 
24 doigts, et chaque doigt, 6 grains d'orge rangés et adiiérenls 
les uns aux autres (litt. dos à dos). D'après ces rapports, la cir- 
conférence de la terre est de 1 82,000,000 coudées ou de 1 1 ,000 
parasanges'. Tel est le calcul des Indiens. Mais, d'après Hérates ' 
qui mesura cette circonférence, et qui la divisa en parties égales, 
chacune composée dp 100 milles, elle serait de 36, 000 milles 
ou de 12,000 parasanges. A partir de la ligne équinoxiale, en 
se dirigeant vers l'un ou l'autre pôle, on compte 90 degrés, et 
toutes les latitudes correspondantes sont de même dimension. 
Mais il n'existe de terres habitables, à partir de la ligne, que 
jusqu'au 64' degré ' : le reste est entièrement désert à cause de 
l'intensité du froid et de l'abondance des neiges. 

La totalité de la population du globe habite la partie septen- 
trionale; les régions qui sont au sud sont abandonnées et dé- 
sertes à cause de la chaleur des rayons du soleil. Ces régions 

' Il faut lire ici 108,000,000 coudées et 9,000 parasanges. Mais ce qu'il y a 
d'assez remarquable, c'est l'identité du rapport existant entre les nombres indiqués 
dans le texte el ces deux derniers, 

' Eralosthènes ? 

' Dans la Géographie de Ploli'Uiée, la lajgeur de la terre habitée, dojjiiis l'équa- 
teur, s'étend jusqu'au 63' parallèle. [Géoijruph . ilc Plot., Irad. de M l'abbé Halma, 
pag. i.")].) 



PROLÉGOMÈNES ^ 

étant situées dans la partie inférieure de l'orbite de cet astre ', Fiuillet 3 verso 
il en résulte que les eaux se dessèchent, et qu'il y a absence 
du toute espèce d'êtres vivants; car Jes animaux, non ])lus que 
les plantes, ne peuvent vivre que là où il se trouve (\v l'eau et 
<]e la fraîcheur. 

La terre est essentiellement ronde, mais non jjoint d'une ro- 
tondité parfaite, puisqu'il y a des élévations et des bas-fonds, 
et que les eaux coulent des unes aux autres. La mer Océane 
entoure la moitié du globe sans interruption comme une zone 
circulaire, en sorte qu'il n'en apparaît qu'une moitié, comme si 
c'était, par exemple, un œuf plongé clans de l'eau laquelle serait 
contenue dans une coupe : c'est ainsi que la moitié de la terre 
est plongée dans la mer. La mer est elle-mêine entourée d'air, 
et l'air éprouve les attractions et les répulsions dont nous ve- 
nons de parler. 

La partie habitable de la terre a été divisée par les savants en 
sept climats, dont chacun s'étend de l'occident à l'orient^. Cette 
division n'est point établie d'après des lignes naturellement exis- 
tantes, mais bien d'après des lignes idéales imaginées par les 
astronomes. H y a dans chacjue climat un grand nombre de 
villes, de forts, de villages et de peuples qui ne se ressemblent 
point entre eux. On y trouve aussi de hautes montagnes, de 
vastes plaines, des sources, des cours d'eau, des lacs tranquilles, 
des mines, des végétaux et des animaux d'espèces diverses '. 

Ces sept climats sont traversés par sept mers dont nous par- 

Le ms. 11° 33/i , contenant XAhrkjé du présent ouvrage , s'exprime en ces termes : 
A — «— — sw i_^ W^ ,:KjUu) i ^_5 (j«— piJIJltfj ^ J-i « A cause de la chaleur 
« qu on y éprouve, et parce que le soleil y passe au zénith, lorsqu'il est au plus 
Il bas de son orbite. » 

Les mol» juxla lineam wqumoxudcm , qu on lit dans la version latine, ne se trou- 
vent pas dans notre texte. 

Ces derniers mots sont transposés mal à propos dans le texte arabe. 

I . 



4 PROLÉGOMÈNES. 

Feuillet 3 verso. leroDs par la suite, s'il plaît à Dieu. Ces sept mers s'appellent 
(aussi) golfes. Six d'entre elles sont contiguës; une .seule est 
séparée et sans communication avec les autres. 

La première de ces mers, située dans la partie habitable du 
globe, est la mer de la Chine et des Indes, du Sind et de Tlé- 
men. Elle s'étend, à partir de l'orient et du i3° degré de lati- 
tude, au-dessus et le long de la ligne équinoxiale; elle baigne 
la Chine, puis l'Inde, puis le Sind, puis le midi de l'Iémen, et 
se termine au détroit de Bab el Mandeb jJ^-U oi. '. C'est là sa 
longueur, et d'après le rapport des voyageurs dignes de foi, des 
navigateurs qui s'y sont hasardés, et des personnes (jui ont lait 
voile d'un pays à un autre depuis la mer Piouge jusqu'au Wak- 
wak ijij ^ijlj-Ji, cette longueur est de A,5oo pai-asanges '" . 11 s'y 
trouve environ trois cents iles, soit désertes, soit habitées, dont 
nous dirons suliséquemment ce que nous en avons appris de 
plus certain, et ce que l'histoire en rapporte. 

De cette mer de la Chine , dérive le Golfe-Vert qui est le golfe 
de Perse et d'Abila Ajill ; il s'étend du sud au nord, en tirant 
un peu vers l'ouest; baigne les côtes occidentales du Sind >k^w, 
du Mekran y^C», du Kerman yU^^= et du Fars u.jli, et se ter- 
mine à Abila, près A'badan ybU*. Se détournant du côté du 
midi, les eaux de ce golfe baignent le pays de Bahreïn (^j-*r et 
du lémamet *^Lc, atteignent celui d'Oman yLi, les rivages de 
l'Iémen ", et là, touchent à la mer des Indes \ La longueur de 
cette mer est de àho parasanges; il y a beaucoup d'écueils et de 
bas-fonds. Sa profondeur est de 70 à 80 brasses. On y compte 
neul îles habitées ou inhabitées dont nous parlerons ci-après. 

Sic. Ce détroit est en effet situé par 12" /i8' de lalit. nord. 
Ou de la moitié de la circonférence du globe. \'oyez ci-dessus, pas». 2 , note i". 
On lit. dans le ms. n» 334 , y_jj| ^y^ (^j^ (jrcjij « et la terre de Cliedjer 
(qui dépend) de l'Iémen. « 

Les mss. n» 334 et B portent de la Chine. 



PROLÉGOMÈNES. 5 

De cette mer de la Chine dérive encore le goli'e de Colzoum Kemii.i i recto 
-jJùiJl ^s-l^ ', qui commence à Bab el Mandeb, au point où se 
termine la mer des Indes. Il s'étend au nord, en inclinant un 
peu vers l'occident, en longeant les rivages occidentaux de l'Ié- 
tnen, le Téhama a.*>.j,j, rHcdjazj,\.-jSi , jusqu'aux pays de Madian 
yjj^-», d'Aïla aK-j!, et de Faran y'ju, et se termine à la ville de 
Colzoum, dont il tire son nom. Se détournant ensuite vers le 
sud, ses eaux baignent la côte orientale du Sa'ïd »Xa*uiJI, Djoun 
el-Melik é.JJ,S u^-»-, Azab cjIJvc", l'île de Souaken (j^>l^^, Za- 
legh ^Ij, le pays de Bodjah ajc", et enfin l'AJ^yssinie iU.j<Â, où elles 
rejoignent la mer des Indes. La longuevir de la mer de Colzoum 
est de 1 /ioo milles. Les profondeurs de cette mer sont remplies 
de bancs de sable sur lesquels périssent les navires, en sorte 
qu'il n'y a que les navigateurs expérimentés et connaissant ces 
écueils cachés et les passages praticables, qui osent s'y hasarder. 
Il existe dans cette mer des îles au nombre de quinze ; nous en 
ferons mention en leur lieu. 

La seconde grande mer, connue sous le nom de mer de 
Syrie ', tire son origine de la partie de l'Océan qui est au 
couchant. Elle commence sous le quatrième climat, où elle 
porte le nom de mer de Zakak ou de Cul-dc-Sac jlïjJl ", parce 
que sa largeur en cet endroit n'est que de i 8 milles. « La dis- 
« tance de Tarifa à l'île Verte' est également de i8 milles.» 
Cette mer a au levant les côtes du pays des Berbers ^j-jJ' ^2^ 
au nord de l'extrême Afrique. Elle longe l'Afrique moyenne, 
l'Afrikia proprement dite Ajob^ii)! jjo,i jusqu'à la rivière des Sables 
J-«pi ilj, le pays de Barca *j*;-j, de Lounia ■îu-'^'', de Marakebe 

' La nier Rouge. — ' Ou Aiclab. — ' La M(jditerran('e. — ' Le tlétroit de Gibraltar. 

Algéziras. Ce renseignement, aussi important qu'exact, manque dans le ms. 
n" 334- Nous l'avons placé entre guillemets; nous en userons de même, dans la 
présente version, pour tous les passages qui contiennent des variantes, et pour 
ceux qui n'avaient jamais été traduits. 

Le ms. n" 334 porte Ijoukia x.^ J. M. de Sacy pense qu'il est ici f|uestion de 



6 PROLÉGOMÈNES. 

Fcuillei ^ lecio. «jJil;-» ' et d' Alexandrie, la partie septentrionale du désert (entre 
l'Egypte et la Svrie), la Palestine et le reste de la Syrie, jusqu'à 
Souaïdiè Aj,Xjj-Jt - qui est à l'extrémité de cette mer. La côte 
("orme ensuite un coude et se dirige vers le couchant « en passant 
" auprès d'Antioche *A^>Uaj!, » atteint le détroit de Constantinople, 
puis le Péloponèse u-jyJ^ s^^^.=- et Otrante, où est l'entrée du 
golfe de Venise, les terres de Sicile, de Rome, de Savone et 
de Narbonne, longe les Pyrénées «ol^jJ! J.x_»-, passe à l'orient de 
l'Espagne, puis au midi (de la Péninsule), et rejoint les deux îles'* 
où son point de départ a été fixé. La longueur de la mer de 
Syrie, depuis l'une jusqu'à l'autre de ses extrémités, est de i i36 
parasanges. 11 y a environ cent îles grandes ou petites, désertes 
ou habitées, que nous décrirons, s'il plaît à Dieu. 

Deux golfes considérables dérivent de cette mer de Syrie. 
L'un est le golfe de Venise, qui commence à l'est de la Calabre 
>^j^ iiVj, dépendance de l'Italie, passe auprès de la mer d'O- 
trante, se dirige vers le nord-nord-ouest du côté de Bari j^jIj, 
sur la côte de Saint-Ange, puis à l'ouest vers Ancône, longe les 
côtes de Venise et d'Aquilée xj'y^ji où il se termine; de là, tour- 
nant à l'est, vers les rivages de la Croatie, de la Dalmatie et de 
l'Esclavonie '' , «jujii*«lj «^v».lli au^lj^j.- , il attcmt la grande mer 
où il avait commencé. La longueur du golfe de Venise, de l'une 
à l'autre de ses extrémités, est de i loo milles; il contient quinze 
îles, dont six sont habitées et les autres désertes: nous en re- 
parlerons. 

la Libye. .Nous adoptons d autant plus volontiers cette leçon , qu elle s'accorde avec 
le témoignage de Léon l'Africain, qui, dans la fixation des limites de l'Egypte, 
place la Libye immédiatement après le pays de Barca. Voyez ll.irtmann , Edris. Afr. 
pag. 325. 

Ou Marakié t^\y». — ' Séleucie ? 
' L'auteur n'a point encore fait mention de ces îles, mais tout porte a croire 
qu il s'agit ici d'Algéziras et non de Cadix. 

Et non point de la Macédoine, ainsi qu'il est dit dans la version latine. 



PROLÉGOMÈNES. 7 

Le second de ces golfes s'appelle la niei- du PonI ^j«.Uàj; \\ lenilirt /i vois... 
commence au détroit d'Abidos \ dont la largeur n'est à son em- 
bouchure que de la distance d'un jet de flèche, « se prolonge 
" sur une étendue de trois journées de navigation ou de ,'kio 
" milles, » et passe devant Constantinople, auprès de laquelle sa 
largeur est de quatre milles. Le Pont (Euxin) s'étend ensuite vers 
l'orient, atteint, du côté du midi, les pays d'Héraclée, de Sinope, 
de Trébizonde, d'Achkala *3ljiit, des Alains", et se termine là où 
habitent les Khozars. A cet endroit sa direction change : les eaux 

et 

du Pont se portent vers Métraha *r^jJa^ ', touchent au pays des 
Russes " , du Berdjan yl=>^ , à l'embouchure du Dnieper ij«;-?lji 
et à celle du Danube ^, parviennent à l'entrée du détroit de 
Constantinople et longent la côte orientale de la Macédoine 
xojJoU iS^j jusqu'au point d'où nous l'avons fait partir. La lon- 
gueur du Pont est, depuis le détroit jusqu'à son extrémité , de 
i3oo milles. On y compte six îles, dont nous ferons ime plus 
ample mention. 

La mer de Djordjan et de Dilem ioi^ u^j-=- " est isolée et 
sans aucune comnuinication avec les autres; un grand nondire 
de fleuves et de cours d'eau s'y jettent. Du côté de l'occident, 
cette mer est bornée par l' Azerbaïdjan y^s^J^il et le Dilem ; à 
l'est, par le pays des Aghzazjl;^! '; au nord, par celui des Kho- 
zars *; au midi, par le Tabaristan yU-u^jis. Sa longueur, du 
côté de la Khozarie , jusqu'à la source du Timour j-«Jl (j>_c ' , est 



C'est ainsi du moins que j'enlentls le mot 6»Xjl , IracUiit dans la version latine 
par celui d'.4nrfa; le nom d'Avie s'était conservé dans le moyen-àge. Voyez Villeliar- 
douin, etc. 

Le texte porte a^j^. — ' C'est Matriga , ancien nom de la presqu'île de Taman. 

Aa.<«jJI j>3^j- — ' L'/ltm^e porte l»_ii , noire manuscrit, ivji 

La Caspienne. — ' Ou des Ghozzes, peuple bien connu. 

Le texte porte .y.;». ; mais le ms. B. porte .y».. 
' Le ms. n" 334 porte A'ïn-Elham ^^ gl l (j\_c. 



s PROLÉGOMÈNES. 

Feuillpi i verso de 1 ooo milles, et sa largeur, depuis la côte de Djordjan jus- 
qu'à rembouchure du Volga, de 600 milles. On y compte quatre 
îles dont nous parlerons ci-après, ainsi que des autres mers 
indiquées plus haut, lorsqiie nous ferons la description détaillée 
des pays et des habitants. 

Ces mers contiennent diverses espèces de poissons, d'animaux 
et de choses curieuses, dont nous ferons également mention, 
s'il plaît à Dieu. 

« Maintenant que nous avons terminé la description abrégée 
« de la figure de la terre et sa division en climats; celle de ses 
« mers, dont nous avons fait connaître l'étendue et les limites, et 
« celle des rivages, dont nous avons indiqué sommairement les 
« noms et les habitants, nous allons commencer à décrire les sept 
« climats, les pays, les peuples et les raretés qu'ils contiennent, 
" climat par climat et contrée par contrée, sans rien omettre de 
« ce qui concerne les chemins et les routes, les distances en 
« parasanges et en milles, le cours des fleuves, la profondeur des 
II mers, les moyens de communication dans les déserts, le tout 
« expliqué dans le plus grand détail et avec tout le soin pos- 
« sible. 

« Lorsque nous avons voulu tracer les noms des villes et indi- 
« quer les distances, nous nous sommes aperçu que chaque cli- 
« mat devait, à caiise de sa longueur, se subcUviser en dix sections 
«proportionnées, soit en latitude, soit en longitude, et que 
<■ toutes les villes, les pays, les lieux habités, devaient être indi- 
« qués dans chaque section, de telle manière que le lecteur pût, 
« d'un coup d'œil et sans peine, acquérir la connaissance des 
« voies et des peuples, et s'assurer de la justesse de ses obser- 
« vations. Le nombre des tableaux suivants ' s'est donc élevé à 

' Ces tableaux ou cartes géograpliiques manquaient clans le premier manustnl , 
mais nous avons été assez heureux pour les retrouver, au nombre de soixante-neul 
(sans compter le planisphère), dans le manuscrit dont la Bibhollicque du roi vient 



PROLÉGOMÈNES. 

« soixante et dix, sans compter les deux extrémités, dont l'une rvuillei /i verso. 

« forme la limite des lieux habités du côté du sud et la majeure 

« partie de ceux que l'extrême chaleur et l'aridité rendent entiè- 

" rement déserts, et l'acre, la limite des lieux habités du côté 

« du nord , où le froia excessif produit un semblable effet. Au 

« moyen de cette méthode, le lecteur verra dans les tableaux 

« la situation véritable et la forme exacte des pays; mais il lui 

« resterait à connaître l'état des contrées, la conformation, les 

«habitudes, le costume des habitans, les routes frayées, ainsi Fouillfi ,^ rccio. 

« que les distances en milles et en parasanges, et les curiosités 

« dont l'existence a été attestée par les voyageurs, les marins et 

« les historiens. D'après cela, nous avons jugé convenable de 

li faire suivre chaque tableau de la description des lieux qu'il 

« indique; et c'est ce que nous nous proposons de faire dans le 

« présent ouvrage , autant que nos forces pourront nous le per- 

" mettre, et en implorant le secours divin. ■• 

de faire l'acquisition. Elles existent également clans les exemplaires de la Géogra- 
phie d'Édiisi qui se conservent à Oxford. On peut consulter à ce suje( Hartmann, 
Edris. Afr. pag. Lxxii , et M. Walckenaër, Biographie universelle, article Edrisi. 



PREMIER CLIMAT. 

PREMIÈRE SECTION. 

Afrique occidentale. — Oulil. — Sala. — Tokrour. — Berisa. — Lemlem. 

Pays des noirs. 



Ce climat commence à l'ouest de la mer occidentale, qu'on 
appelle aussi la mer des ténèbres. C'est celle au-delà de laquelle 
Feuillet ."> recto personne ne sait ce qui existe. Il y a deux îles, nommées les Iles 
Fortunées, d'où Ptolémée commence à compter les longitudes. 
On dit qu'il se trouve dans chacune de ces îles un tei'tre cons- 
truit en pierres, et de cent coudées de haut. Sur chacun d'eux 
est une statue en bronze qui indique de la main l'espace qui 
s'étend derrière elle. Les idoles de cette espèce sont, d'après ce 
qu'on rapporte, au nombre de six. L'une d'entre elles est celle 
de Cadix, à l'ouest de l'Andalousie; personne ne connaît de 
terres habitables au-delà. 

Dans cette section « que nous avons tracée >> sont les villes 
de Amlil ^M-*i ', de Sala "^Lm, de Tokrour jj^, de Daouja, de 
Bericha ^j-> - et de Modrah «jO^. Elles appartiennent au pays 
de Maghraouat «jI^jm ' du Soudan. L'île d'Oulil est située dans 
la mer ", non loin du rivage. C'est là (dans cette île) qu'on 

Certainement d'après le nouveau ms. Oulil. JoJ,! — ' Pour Berisa. 
' Le ms. n° 334 porte Mourah a<v«< et Maghzara tAyu» ou Makzarah ôjlyL*. 
' Voyez , au sujet du problème géographique que présente la situation d'Oulil , 



PREMIÈRE SECTION. 11 

trouve cette saline si renommée, la seule qu'on connaisse dans Feuillet ,i recio. 
le pays des noirs. On en tire le sel qui se transporte dans toutes oci.il. 

ces contrées au moyen de navires venant de l'île où s'opère 
le chargement du sel, et d'où on le dirige vers l'embouchure 
du Nil, située à une journée de distance ', et ensuite vers Amli 
J.-<l, Bokrour j^yô -, Bericha i^j~>, Ghana ajU et autres pays 
du Wangara ojULjij , Kaougha Ai^ et autres pays du Soudan , 
qui pour la plupart n'ont d'autre eau pour s'abreuver que l'eau 
du Nil et celle des rivières qui se jettent dans ce fleuve. Le reste 
des contrées qui avoisinent le Nil est désert et sans habitations; 
il y existe cependant des mares d'eau de pluie qu'on rencontre 
après deux, quatre, cinq ou douze journées de marche, sem- 
blables à celles du désert situé sur la route de Sedjelmasa A-«L.t^ 
à Ghana, et où l'on ne trouve de l'eau qu'au bout de quatorze 
jours de marche , en sorte que les caravanes sont obligées d'en 
porter dans des vases à dos de chameau. Il y a beaucoup de lieux 
pareils dans le Soudan, dont la majeure partie se compose de 
sables soulevés et transportés çà et là par les vents : pays aride 
et où la chaleur est extrême , tellement que les habitants du pre- 
mier climat, du second et d'une partie du troisième, brûlés par 
le soleil, sont de couleur noire et ont les cheveux crépus, con- 
trairement à ce qui a lieu chez les peuples qui vivent sous le 
sixième et sous le septième climat. De l'île d'Oulil à la ville de 
Sala, on compte seize journées de marche. 

Sala est située sur la rive septentrionale du Nil. C'est une s*"-* 

ville populeuse et un lieu de réunion pour les noirs. On y fait 
un bon commerce et les habitants sont courageux. C'est une 
dépendance du Tokrouri , prince puissant qui possède des escla- 

Hartmann, Edristi Africu, pag. 3o. D est bien évident que par iViV 1 auteur entend 
le Nil des noirs. 

' Le te.\te porte (^ jj^ ; une journée de navigation ou cent milles. 

' Lisez Sala et Tokrour 



12 PREMIER CLIMAT. 

iViuii.i r, recto vcs et tlcs troupcs , et qui est connu par la lernieté, la sévérité 
et la justice de son caractère. Son pays est sûr et tranquille; 
le lieu fie sa résidence et sa capitale est la ville de Tokrour, 
située au midi du Nil, à deux journées de marche de Sala, soit 
par terre, soit par le fleuve. 

Cette ville de Tokrour est plus grande et plus commerçante 
roKiïocB que Sala. Les habitants de l'extrême Afrique occidentale y por- 

Keuillet 5 verso tent « de la laine, » du cuivre, « des coquilles marines', » et en 
retirent de l'or « et des esclaves. » Les habitants de Sala et de 
Tokrour se nourrissent de dhorra'', de poisson et de laitages; 
leurs troupeaux se composent de chameaux et de chèvres. Les 
personnes du commun se vêtent de ])eaux de mouton, et 
portent sur leurs têtes des bonnets de laine; les gens riches 
poilent des vêtements de coton et le voile •". De Sala et de Tok- 
rour à Sedjelmasa, on compte quarante journées de marche de 
caravane. Le pays le plus voisin, du côté de Lamtouna «jjjd du 
désert, est Arca ïj\ '; on compte entre ces deux pays vingt-cinq 
journées. On s'approvisionne d'eau pour deux, quatre, cinq ou 
six jours. De même, de Tile d'Oulil à Sedjelmasa, on compte 
environ quarante journées, et de Tokrour à Berisa (p»s>j, située 
sur le bord du Nil à l'orient, douze journées. 
BERISA. Berisa est une ville petite, non entourée de murs; ses ha- 

bitants sont marchands ambulants. C'est un lieu très-peuplé, qui 
qui est sous la dépendance du sultan de Tokrour. Au sud de 
LtMLKM. Berisa, est le pays de Lemlem ^twl, éloigné d'environ dix jour- 

nées. Les peuples de Berisa, de Sala, de Tokrour et de Ghana 
font des incursions dans le Lemlem , réduisent en captivité les 
habitants, les transportent dans leur propre pays, et les vendent 
aux marchands qui y viennent, lesquels les font passer ailleurs. 

' -yyJi.- — ' Espèce de grand miUel [IJulciu). Le texte porte "jï. 
' Kl-mazar j-j^l , d'où dérive le mot italien mezzaro. 
' L'Abrégé porte Azka X,'- 



PREMIÈRE SECTION. 13 

Il n'y a dans tout le Lemlem que deux villes, qui ne sont pas iiniiici 5 verso. 
plus grandes que des bourgs. L'une d'elles s'appelle Mellei JU, 
et l'autre Daoujj. Elles sont éloignées l'une de l'autre de quatre 
journées. D'après ce qu'on rapporte, les habitants sont juifs, et 
pour la plupart plongés dans l'ignorance et dans l'inipiété. Lors- 
qu'ils sont parvenus à l'âge de puberté, ils se stigmatisent la 
figure et les tempes au moyen du feu. Ce sont des signes cpii 
servent à les faire reconnaître « eux et leur patrie. » Toutes les 
habitations sont construites sur les bords d'une rivière qui se 
jette dans le Nil. Au-delà du Lemlem, vers le sud, on ne con- 
naît pas de pays habité. Celui de Lemlem touche du côté de 
l'ouest au Maghzara «jljji-*, à l'est au Wangara «jUij, au nord au 
Ghana ajLs, au sud à des déserts. La langue des habitants du 
Lemlem diffère de celles des Maghzaricns et des Ghaniens. 

De Berisa à Ghana, on compte douze journées. Berisa est 
située à mi-chemin veis Sala et Tokrour. De Berisa à Oufl- 
ghacht «-^-istijl douze journées. Cette dernière est au nord de 
Berisa. 

On ne voit dans le pays des noirs aucuns fruits, ni frais ni païs uEsNoms. 
secs, autres que les dattes provenant de Sedjelmasa et du pays 
de Zab <-i\ji\ iiVj, qui sont apportées par les habitants du désert 
de Wardjelan y^o-^ij. Le Nil coule dans cette contrée de l'orient 
à l'occident. Le roseau oriental', l'ébénier, le cèdre, le saule 
et diverses sortes de tamarisc croissent sur les bords du fleuve 
en forêts épaisses; c'est là que les bestiaux habitent et qu'ils se 
mettent à l'abri de l'excessive chaleur. On y voit des lions, des 
girafes, des gazelles, des hyènes '", « des éléphants, » des lièvres 
et des belettes. 

Il y a dans le Nil diverses espèces de poissons, soit grands, 

^j.àjl ,_<.<a.i)l- 

Notre texte porte (jU«*i : d'après Léon l'Africain , liv. 9 , pag. 382 , c'est 
une bète féroce qui dévore les cadavres durant la nuit. 



14 PREMIER CLIMAT. 

Feuilleté lecto. soit petits, (loiit ia plupart des noirs se nourrissent; ils les pè- 
chent et les salent; ces poissons sont extrêmement huileux et 
épais. 

Les armes dont ces peuples font usage sont l'arc et les flè- 
ches'; c'est sur elles qu'ils fondent leur sécurité. Ils se servent 
aussi de massues qu'ils fabriquent de bois débène avec beau- 
coup d'art et d'intelligence. Quant aux arcs, aux flèches et aux 
cordes d'arc ^, ils les tirent de l'espèce de roseau nommée 
" cherki J^-èJI. » Leurs maisons sont construites en terre, « les 
" pièces de bois larges et longues étant rares parmi eux. » Ils 
se parent d'ornements en cuivre, de coquilles marines, de col- 
liers de verre, de graines, de pierres nommées la'ab ul cheikh 
gi-ùJI 4->-*J, et de diverses espèces de faux onyx fabriqués avec 
du verre. Ce que nous venons de dire de leurs mœurs et cou- 
tumes, et de leur manière de se nourrir, de se désaltérer, de se 
vêtir et de s'orner, s'applique à la majeure partie du pays des 
noirs, pays extrêmement aride et brûlant. Quant à l'agriculture, 
ceux qui habitent des villes, cultivent l'oignon, la courge, le 
melon d'eau, qui deviennent d'une grosseur énorme. Ils n'ont 
guère de blé ni de céréales autres que le dhorra, dont ils reti- 
rent une espèce de boisson. Leur principale nourriture consiste 
en poisson et en chair de chameau séchée au soleil. 

' Notre manusc. porte ■■■■> nl mif , mot dont le sens nous est inconnu ; on lit dans 
i'Abrègé, comme dans le ms. B., (_>LiJ- 
En arabe j^. . en hébreu ir' 



DEUXIÈME SECTION. 15 



DEUXIÈME SECTION. 

Suite de l'Afrique centrale. — Mellel. — Ghana. — VVangara — Tirki. 
Marasa. — Samghad. — Gharbil. 



Les villes comprises dans cette section sont Mellel Jt», Ghana hVuiiiei 6 recto 
«jU, Chcrmi ^j-H^- Marasa x«i_^, Saghmara «jUjU-, Amara ojLs'-, 
Gharbil J-j^js- et Semeghda ôjoi_<s«. « Quant à la ville de Mellel, mei.lf.l. 

» qui dépend du pays de Lemlem, et que nous avons mentionnée 
« plus haut^, c'est une ville qui n'est ni considérable, ni en- 
« tourée de murs; elle est construite sur une colline de terre 
« de couleur rouge, et forte par sa position. Les habitants s'y 
« mettent à l'abri des attaques des autres noirs ; l'eau qu'ils boi- 
« vent sort d'une montagne située au milieu de la ville; mais, 
« loin d'être d'une douceur parfaite, cette eau est très-saumâtre. 
« A l'ouest de Mellel et sur les bords de ce cours d'eau jusqu'au 
« point où il se jette dans le Nil , on trouve plusieurs peuplades 
« de nègres qui vont tout nus, et qui se marient sans dot et sans 
« légitime. 11 n'existe pas d'hommes qui donnent le jour à im 
» plus grand nombre d'enfants. Ils possèdent des chameaux et 
« des chèvres dont le lait sert à les nourrir; ils mangent aussi 
« du gibier et de la chair de chameau séchée au soleil; ils ont 
« pour voisins d'autres peuples qui les réduisent en captivité, 
« au moyen de diverses ruses, et qui les emmènent dans leur 
" P'^y^' pour les revendre à des marchands; il en sort annuel- 

' Ou plutôt Tirki, comme on le verra plus bas. 

' L' Abrégé porte Abara «jl** ; le nis. B. Ghaïara «jU». — ' Voy. ci-dessus , p. 1 3 



16 PREMIER CLIMAT. 

Feiiillei fi recto. « lenient un nombre considérable, destinés pour l'extrémité de 
« l'Afrique occidentale. Tous les habitants du Lemlem portent 
« à la figure une marque (ou un stigmate) de feu; et c'est un 
» signe auquel on les reconnaît, ainsi que nous i'avons déjà dit 
" plus haut '. " 
GHAN» De la ville de Mellel à celle de Ghana la grande , on compte 

environ douze journées de marche dans des sables plus ou moins 
mouvants. Ghana se compose de deux villes situées sur les deux 
rives du fleuve d'eau douce, et c'est la ville la plus considé- 
rable, la plus peuplée et la plus commerçante du pays des noirs. 
Il y vient de riches marchands de tous les pays environnants et 
des extrémités de l'Occident; ses habitants sont musulmans, et 
son roi, d'après ce qu'on rapporte, tire son origine de Saleh , 
fils d'Aljdallah, fils d'Hassan, fils d'Aly, fils d'AJjou Taleb; il 
gouverne de sa propre autorité : mais toutefois il prête obéis- 
sance au prince des croyants de la race des Abbassides; il pos- 
sède sur le bord du Nil un château solidement construit, bien 
fortifié , et dont l'intérieur est orné de diverses sculptures et 
peintures, et fenêtres vitrées; ce château fut construit en l'an 5 1 o 
de l'hégire (1116 de J.-C). Le territoire et les domaines de ce 
roi sont limitrophes au Wangara ou pays de l'or, dont nous 
avons déjà parlé, et qui est renommé à cause de la quantité et 
de la qualité de ce métal qu'il produit. Ce que les habitants de 
l'Afrique occidentale savent d'une manière certaine et incontes- 
table, c'est que ce roi possède dans son château un bloc d'or 
du poids de trente livres et d'une seule pièce ". C'est une pro- 
duction entièrement naturelle, et qui n'a été ni fondue ni tra- 
vaillée par la main des hommes; on y a cependant pratiqué un 
trou, et on l'a attachée au trône du roi; c'est une chose curieuse 

' Voyez ci-dessus , pag. 1 3. 

' Ceci n'a rien d'incroyable : il a été trouvé , dit-on , dans le voisinage de Lima , 
des masses d'or pesant àb, et même 6i marcs [EncYcl. au mot Or). 



DEUXIEME SECTION. 17 

et unu particularilo uni(jue, dont le monarque se glorilio auprès Feuillet 6 veiso. 
des rois du Soudan. Du reste, ce prince passe pour être le ])lus 
juste des hommes; car (en ce qui touche sa conduite à l'égard 
de ses sujets et la justice qu'il exerce envers eux) on rapporte 
qu'il a des officiers qui se rendent tous les matins à cheval à son 
château, chacun portant sur sa tète un tambour dont il bat. Ar- 
rivés à la porte de cet édifice, ils cessent le bruit, et lorsqu'ils 
sont tous réunis auprès du roi, ce prince monte à cheval, et, 
précédant sa troupe, se rend '< dans les lieux l'es plus étroits, 
" les plus misérables de la ville, » et dans les faubourgs. Si quel- 
qu'un a à se plaindre de quelque injustice, le roi s'arrête, or- 
donne qu'on répare le mal, et reste là présent, jusqu'à ce que 
l'affaire soit terminée; ensuite il retourne au château, et ses offi- 
ciers se dispersent. A trois heures après midi , lorsque la chaleur 
du jour commence à tomber, il remonte à cheval, accompagné 
de gardes; mais alors personne ne peut l'aborder ni s'approcher 
de lui. Cet usage de monter à cheval tous les jours pour rendre 
la justice, est une chose connue et certaine. Il porte un voile de 
soie pour se draper, ou un manteau pour s'envelopper et se cou- 
vrir, des caleçons et des souliers garnis de courroies, « soit 
« quand il marche à pied, soit quand il monte à cheval \ » 11 
se pare de beaux ornements et de riches habits, qu'il fait porter 
au-devant de lui les jours de fête. 11 a plusieurs bannières " , 
mais il n'a qu'un seul drapeau. 11 se fait précéder par des élé- 
phants, des girafes et par d'autres animaux sauvages des espèces 
qu'on trouve dans le Soudan. Ces peuples ont, dans le Nil, des 
barques solidement construites, dont ils se servent pour la pêche, 
et pour communiquer d'une ville à l'autre. Les vêtements des 
habitants de Ghana sont le manteau et la fouta " , » chacun sui- ' ^ . 

Notre texte porte Kj^j i^ A^Ovi ^. 
Benoud, pluriel de bend ; en espagnol hanikru. 
' Sorte Je vêtement ou de ceinture ; en espagnol /aWa et en proven(^al /àou(/u- 

3 



liMiillfi )i versi 



18 PKF.MIEK CLIMAT. 

" vaut SCS tacullés. » Le pays de Ghana touclie du côté de l^ouest 
à celui (K' Maglizara, à lest au Wang;ara, au noid aux plaines 
désertes du Soudan et des Berbers, au sud au pays des inl'idèles 
du Lemlem ot autres. 

Depuis la vdle de Ghana |us(|uau\ pieuueres terres du Wan- 
gara, on compte huit journées. Ce dernier pays est celui qui est 
renommé à cause de la quantité et de la bonté de l'or qu'il pro- 
duit. Il forme une Ile de 3oo milles de longuein- sur i 5o de 
large, que le Nil entoure de tous côtés et en tout temps. Vers 
le mois d'août, lors([ue la chaleur est extrême et que le Nil est 
sorti de son lit, l'île ou la majeure partie de l'île est inondée 
durant le temps accoutumé ; ensuite le fleuve commence à dé- 
croître. Les nègres de tout le Soudan se rassemblent, et viennent 
vers cette contrée, pour y taire des recherches, durant tout le 
temps de la baisse du Nil ; chacun ramasse la quantité d or, 
grande ou petite, que Dieu lui a accordée, sans que personne 
soit entièrement privé du Irait de ses peines. Loi'sque le fleuve 
est rentré dans son lit, chacun vend l'or qui lui est échu en 
partage, et ils se le revendent les uns aux autres. La majeure 
partie est achetée par les habitants du VVardjelan yî*'»-^'^ , et 
par ceux de l'extrémité de l'Afrique occidentale, où cet or est 
porté dans les hôtels des monnaies, frappé en dinars, et échangé 
dans le commerce contre des marchandises. C'est ainsi cpie la 
chose' 'Se -passe tous les ans. « C'est la principale production du 
«^pays des noirs : grands et petits, ils en tirent leur subsistance. 
« Il y a dans le pays du Wangara des villes florissantes et des 
« forteresses renommées. Ses habitants sont riches ; ils possè- 
« dent de l'or en abondance, et reçoivent les productions qui 
« leur sont apportées des autres parties les |)lus éloignées de la 
« terre. Us se couvrent de manteaux, de voiles et d'autres sortes 
« de vêtements ; ils sont entièrement noirs. •> 

Au nombre des villes du Wangara est celle de Tirki ijj , qui 



DEUXIÈME SECTION. 19 

est très-grande. « Quoique populeuse, elle n'est pas dans un i euiiln - 
« état florissant ni prospère. Elle est sous l'oliéissance du roi 
« de Ghana, au nom duquel on fait rinvocation ( la khotba), et 
« au nom duquel on gouverne. De Giiana à Tirki, six journées de 
« marche en suivant le INil; » de Tirki, à Marasa, six journées. 

« Marasa a-«|_^ est une ville de médiocre grandeur, très- mvkam 

« peuplée, très-commerçante et dont les habitants sont indus- 
n trieux. Elle est située sur le bord septentrional du Nil, dont 
« ils boivent les eaux; il y croît du riz, du dhorra ' et beaucoup 
« de grains; les habitants se livrent au négoce. La base de leur 
« nourriture est le poisson qu'ils pèchent ; ils font le conunerce 
« de l'or. » 

De la ville de Marasa à celle de Saghmara ojU.«-w six jour- 
nées. 

" En se dirigeant de Marasa et de Saghmara vers le nord 
n par le désert, on trouve une peuplade qui se nomme Beghama 
« «-«U< ; ce sont des Berbers nomades qui ne résident en aucun 
« lieu , et qui font paître leurs chameaux sur les bords d'une 
« rivière venant du côté de l'est, et se jetant dans le Nil. 
"Il y a dans ce pays beaucoup de laitages, qui servent à la 
« subsistance des habitants. » De Saghmaia à Samghada ««xàjw , sAMr.iun 

huit journées; cette ville de Samghada est très-agréable et située 
sur les bords d'un fleuve d'eau douce. De là à Gharbil S-^j^ . 
on compte neuf journées. De Saghmara à Gharbil, six journées, 
en se dirigeant vers le sud. 

« La ville de Gharbil est située au bord du Nil; ses iiabilants .;i;viinii 

« se vêtent de laine. Elle est agréablement placée au ])ie(l 
" d'une montagne qui domine cette ville du côté du midi ; ses 
« habitants boivent de l'eau du Nil, se nourrissent de dhorra -, 

' Le ms. B. poiie : i.Uo l..(.^\jtl3 l^Â Ïjm^^d " donl le j^iain lies-gios foumil 
« une nourriture excellente. » 

' Ici se trouve une répétition évidemment faulive 



20 PREMIER CLIMAT. 

F. uillci 7 lecio <^ de poissoii L't dc laitage , et se livrent au conuiierce des di- 
a vers objets qui ont cours parmi eux. » De Ra'bil J>*-«*), en se 
dirigeant vers l'ouest, à Ghaiara «jU-**', onze journées. » Les 
.' Iiajiitaiits de ce dernier pays montent do très-beaux ciiameaux. » 
Cette ville do Ghaiara est située sur le bord du Nil; elle est en- 
tourée d'un lossc. Ses habitants sont nombreux et braves. « Ils 
« font des incursions dans le pays de Lemlem, d'où ils enlèvent 
« des captifs qu'ils emmènent chez eux, et qu'ils vendent aux 
« marchands de Ghana. Entre Ghaiai-a et Lemlem, on compte 
' treize journées. Ces peuples montent des chameaux excellents: 
" ils s'approvisionnent d'eau, marchent de nuit, arrivent de jour. 
» se livrent au pillage, puis retournent dans leur pays avec le 
« nombre des esclaves du Lemlem qui, par' la permission de 
« Dieu, leur sont échus en partage. De Ghaiara à Ghana, on 
compte onze journées, durant lesquelles on trouve ])eu d'eau. 
Tout le pays dont nous venons de parler obéit au sultan de 
Ghana. «C'est à lui qu'ils payent les impôts, et c'est lui (|ui les 
« protège. 1 

' Le ms. B. porte Gharbil Jkjo»* et Gliounara aAXi; siii la carte gé<)giaplii(|iie 
on lit Gliotiljara o.IaC 



TROISIÈME SECTION. 21 



TROISIÈME SECTION. 

Siiile de l'Afrique centrale. — Kaougba. — Beibers. — Koiikou. — Lemlenièli. 
— Zaghawa. — Mathan. — Nouabé. — Femmes Nubiennes. 



Les villes les plus renommées de cette section sont Kaoïigha F^niiiti 7 khu. 
A-tjS', Koukou j5^, Lemlemèh *W, Zaghawa «j* — *j, Fanan 
ybls ', Alliamy c^ ', Nouabié 3u.jly ^ et Tadjira «j^^ ". 

Kaougha est située sur le bord septentrional du Nil, dont ses kaoogha 

habitants boivent les eaux. C'est une dépendance du Wangara, 
mais quelques-uns d'entre les noirs la placent dans le Kanem 
^,,t~>^. C'est une ville bien peuplée, non entourée de murs, com- 
merçante, industrieuse, et où l'on trouve les produits des arts 
et métiers nécessaires à ses habitants. Les femmes de ce pays se 
livrent à l'exercice de la magie, et l'on dit qu'elles sont très- 
versées, très-habiles et très-renommées dans cet art. De Kaougha 
à Samghada, on compte dix journées en se dirigeant vers l'ouest; 
de Kaougha à Danio-hala aIvà^^ , un mois; de Kaougha à Chameh 
*-«Uî , moins d'un mois; de Kaougha à Koukou, en se dirigeant 
vers le nord, vingt journées de marche de chameau. 

« Le chemin passe à travers le pays de Begliama. Les Beglia- 
« miens sont des Berbers noirs, brûlés par le soleil, ce qui a 
« changé la couleur de leur peau. Ils parlent la langue berbère, 
« sont braves, et boivent l'eau des puits qu'ils creusent de leurs 

' Malban yliU , d'après Hartmann ; Manan ybU . J'apics le ms. B. 

' Ou plutôt Andjemy /-rfî*! . d'après les niss. B. et Xià- 

' Ou Nouabé *j!»j. — ' Ou Tadjoua ey^^k , d'après le ras. B. 



22 PUEMJEll CLIMAT. 

KcmiLt - xerM. " maiDS dans la terre, d'après la connaissance qu'ils possèdent 
' des sources : c'est une chose éprouvée et connue d'iuie manière 
>■ certaine. » 

<■ Lu voyageur digne de foi rapporte qu'en parcourant le pays 
" des noirs, il y a environ vingt ans, il pénétra dans ce pays, 
« c'est-à-dire dans le pays de Beghama; qu'il y vit un de ces 
« Berbers marchant avec lui dans un terrain sablonneux, désert, 
■I et où il n'existait aucune trace d'eau ni rien de semblable; 
« que le Berber prit une poignée de terre, l'approcha de son nez, 
« et l'avant flairée , se mit à rire et dit aux voyageurs de la cara- 
« vane : Descendez, l'eau est avec vous. Ceux-ci descendirent, 

■ déchargèrent leurs bagages, entravèrent leurs chameaux et les 
" laissèrent paître. Alors le Berber se dirigea vers un certain lieu, 
n et dit : Creusez ici la terre. Les hommes (de la caravane) se 
" mirent à l'œuvre, fouillèrent à moins d'une demi-brasse, et 
■■ trouvèrent de l'eau très-douce, ce qui les étonna beaucoup. 
" Ce fait est notoire et connu des marchands du pays, qui s'en 
'< entretiennent souvent. Sur la route dont nous venons de par- 
« 1er de Kaougha à Koukou, par le pays de Beghama a^'jv , on 

■ voit deux citernes sans eau, éloignées l'une de l'autre de cinq 
'■■ à six journées de distance '. ■> • 

La ville de Koukou jS^ est l'une des plus renonmiées du 
pays des noirs; elle est grande, située sur le bord d'une rivière 
qui. venant du côté du nord, passe par Koukou, et dont les eaux 
servent aux besoins des habitants. Plusieurs d'entre les noirs 
affirment que cette ville est située sur les bords d'un canal ; 
d'autres disent que c'est sur une rivière qui se décharge dans 
le Nil : mais ce qu'il y a de plus certain , c'est qu'avant d'arriver 

' Ce passage a été transcrit en aialie par Hartmann , pag. LX.xii , <1 après iin far- 
siniile pris sur le ms. n° 487 de la biblioth. d'Oxford, rapporté de Syrie par Pococke. 
Le ms. dont il est (picstion , avant été transcrit en 906 de l'hégire f 1 5oo de J.-C), 
est de i55 ans plus récent que le notre. 



TROISIÈME SECTION. 25 

à Koukou, cette rivière coule durant un grand nombre de jours, i.uiilii 7 virs,,. 
et qu'ensuite elle se pei-d dans des plaines de sable et des dé- 
serts, de même que FEuphrate, qui traverse ITrâc ; mais la 
perte de ce dernier a lieu dans les marais des Nabatbéens '. 

Au surplus, le roi de la ville de Koukou est absolu et in- 
dépendant ; il a beaucoup de domestiques , de revenus , d'offi- 
ciers et de soldats ; il s'entoure d'un giand éclat et d'un granf! 
appareil. Ces peuples montent des cbevaux et des chameaux, et 
ils sont très-redoutables et supérieurs en force à leurs voisins. 
Les habitants de Koukou se servent de peaux pour couvrir leur 
nudité ; mais les marchands portent des tuniques et d'autres 
vêtements, des bonnets sur la tête et des ornements en oi-; quant 
aux personnes considérables et notables, elles portent le voile et 
le manteau, visitent les marchands, s'asseyent auprès d'eux et 
font avec eux des échanges de marchandises. 11 croît dans le pays 
de Koukou une espèce de bois qu'on appelle bois des serpents. 
Ce qui caractérise ce bois c'est que, si on le place au-dessus du 
lieu où un serpent est caché, le reptile sort aussitôt, et que la 
personne (|ui tient ce bois peut ])rendre avec la main les ser- 
pents sans en éprouver aucun dommage. Au contraire, elle sent 
naître en elle ime force supérieure à celle qu'elle pouvait avoir. 
C'est une chose reconnue parmi les peuples de l'Afrique occi- 
dentale et du Wardjelan, que les serpents n'approchent pas de 
celui qui tient ce bois à sa main, ou qui le suspend à son cou. 
Ce bois ressemble au pyrèthre"-, en ce qu'il est couvert de rides 
et tortu, mais il est de couleur noire. 

De la ville de Koukou à celle de Ghana, on compte un mois 
et demi de marche, et, du même pointa Lemlemèh, quatorze 
journées. Cette dernière ville est petite ; elle dépend du pays 

' Entre Wassit et Bassoia. 

' On lit dans l'original LïoLs; et le mot pyrèthre , par lequel nous l'avons Ira- 
(Init, désigne une espèce de plante à racine salivaire. 



Lt.Ml.l.,\IEII. 



Feuilli'l 7 verso 



Feuillet 8 rcclo. 



2'i PREMIER CLIMAT, 

de Kawar jV . « C'est un lieu de réunion ou se lassembleul 
« beaucoup d'individus. Il n'est point entouré de murs. Il y a 
« un homme qui commande de sa propre autorité. Lemlemèli 
« est située sur une montagne de peu d'élévation, mais dun 
" didicile accès à cause des fossés ([ui l'entourent de tous côtés. 
" Il y a des palmiers et des bestiaux dans le pays ; les habi- 
« tants sont tout noirs ; ils boivent de l'eau des puits qu'ils sont 
' obligés de creuser à une grande profondeur. Ils possèdent des 
« mines d'alun de médiocre qualité, qu'on vend dans le Kawar, 
' après l'avoir mêlé avec du bon alun. On transporte cette mar- 
« chandise de tous côtés. » 

De Lemlemèh à Mathan y^L. qui dépend du pays de Kaneni, 
12 journées. Mathan est une ville petite, de peu d'industrie 
et de peu de commerce. Ses habitants possèdent des chameaux 
et des chèvres. De Mathan à Alhamy (^ \ huit -journées. Cette 
dernière ville dépend du Kanem; elle est très-petite et a un 
petit nombre d'habitants, d'un naturel sauvage. Ce pays avoisine 
la Nubie du côté de l'est. On compte d' Alhamy au Nil trois jour- 
nées en se dirigeant vers le sud, et du même lieu à Zaghawa six 
journées. On y boit de l'eau de puits. 

La ville de Zaghawa «j^j est entourée de villages peuplés où 
ion boit de l'eau de puits. AutjOur d'eux sont des hommes de 
même race qui ont soin de leurs chameaux. "Ils font un bon 
commerce, fabriquent divers objets, boivent de l'eau de puits, 
se nourrissent de dhorra, de viande de chameau séchée, du 
■poisson qu'ils peuvent prendre , et de laitages qui sont très- 
abondants parmi eux. Ils s'habillent de peaux tannées. Ce sont 
les coureurs les plus agiles d'entre les noirs. 

De Zaghawa à Manan yl>U -, huit journées. C'est à Manan 
que réside le prince ou le chef du pays ; la plupart de ses sol- 

' Voyez ci-dessus , pag. 21, note 2. 
Ou peut-être Mathan. Voyez ci-dessus, pag. 21, note 1". 



TROISIEME SECTION. 25 

dats sont nus et armés d'arcs et de flèches. De Manan à Ta- Feuillet s recio. 
djera •>■=-* i 3 journées. C'est la capitale des Tadjerins ', peuple 
infidèle, sans croyance aucune, et dont le pays touche à la 
Nubie. Semnali *^-«>- est une petite ville qui dépend de ce pays. 
Diverses personnes qui ont voyagé dans le Kawar rapportent 
qu'un chef nommé Belac (i'^ - commandant au nom du roi de 
la Nubie, s'est rendu à Semnah, l'a ravagée et en a dispersé 
les habitants de tous côtés. Cette ville est actuellement ruinée. noiabé. 

De Ta djera à Semnah, 6 journées. De Tadjera à Nouabé *jly, 
1 8 journées. C'est de cette ville que la Nubie tire son nom ''. 
« Elle est petite, mais très -peuplée. Ses habitants se vêtent 
« de peaux tannées et de manteaux de laine. De là au Nil, on 
" compte quatre journées. On y boit de l'eau de puits; on s'y 
« nourrit d'orge et de dhorra; les dattes y sont apportées du 
« dehors, mais le laitage y est abondant. Les femmes y sont 
« d'une beauté ravissante ( littéralement, de phénix ) et circon- 
" cises. Elles sont d'une bonne race , . qui n'est aucunement la 
« race des noirs. Dans toute la Nubie, les femmes sont d'une 
« beauté parfaite; elles ont les lèvres minces, la bouche petite, 
« les dents blanches, les cheveux lisses et non crépus. On ne trouve 
« aucune chevelure comparable à celle des Nubiennes, ni dans le 
« Maghadera «j^Ià* i^o'» ni dans le pays de Ghana, ni ailleurs, 
« comme par exemple chez les Kanemiens (habitants du Kanem), 
" chez les Zendjes, les Abyssins, et les habitants du Bodja «l^l ; 
« on dit que cette beauté de' la chevelure est une chose particu- 
« lière aux Nubiennes. yUi surplus, il n'est point de femmes qui 
» leur soient préférables pour le mariage ; c'est ce qui fait que le 
« prix d'une esclave de ce pays s'élève jusqu'à 3oo dinars ou en- 

' Ou Tadjwins (jj_^=-li , d'après le ms. B. 

' Lems. B. porte : jîVj t^^ws-Lu « le chef du lalac » 

Voir sur iSoubu, le voyage de M. Cailliaud, t. III, pag. 2 10. 

Le ms. B. porte o.iljw 

4 



26 PREMIER CLIMAT. 

Feuillet 8 verso. « viron , et c'est à cause de ces qualités que les princes de 
" ^^^yP^*^ désirent tant en posséder, et les achètent à des prix 
« très-élevés, afin d'en obtenir des enfants beaux et gracieux 
• comme leurs mères. On raconte qu'un vizir d'Andalousie, 
« nommé Abou'l Hassan el Masshaiy, possédait une de ces iNu- 
« biennes telle qu'on n'en n'avait jamais vu de pareille, sous le 
« rapport de l'élégance de sa taille, de la beauté des joues, de 
'< la grâce du sourire, enfin une beauté accomplie. Ce vizir 
■< était tellement amoureux d'elle, qu'il ne pouvait presque pas 

■ la quitter. Il l'avait achetée 260 dinars marabouts. Indépen- 

■ damment de toutes les perfections dont cette fille était ornée , 
" elle parlait de manière à ravir d'admiration ceux qui l'écou- 
' taient, soit à cause de la pureté de son accent, soit à cause de 
> la douceur de sa prononciation. Ayant été élevée en Egypte, 
« elle s'était singulièrement perfectionnée sous tous les rapports, » 

« De la ville de Nouabé à celle de Kousa "^j^, on lompte huit 
'■ petites journées. « 



QUATRIÈME SECTION. 27 



QUATRIÈME SECTION. 

Suite de l'Afrique centrale. — Sources et poissons du Nil. — Kousa. — Dongoli 
— Galwa. — Asouan , oasis. — Markata. 



Cette section comprend la description de la Nubie, d'une 
partie de l'Abyssinie, du reste du pays des Tadjerins, et d'une 
partie des oasis intérieures, xV,_a>IjJI v::.U-!^I . 

Les résidences les plus connues et les villes les plus renom- Feuillet a nis,. 
mées sont , dans la Nubie , Kousa a.~}S^ , Aiwa »>A« , Dongola 
*)o«ji , Bilac ou Boulac (^'^K—i ' , Soula *!j_w . Dans l'Abyssinie , 
Markbada xiaSj^ et el Nedja'a *fii^l. Dans les oasis et dans une 
partie de l'Egypte supérieure, Asouan yi^-vl et Anfour el-Radini 

C'est à cette section qu'appartient le lieu où s'opère la sépa- 
ration des deux branches du Nil ; c'est-à-dire i°du Nil d'Egypte, 
qui traverse ce pays, en coulant du sud au nord; la plupart des 
villes de l'Egypte sont bâties sur ses bords et dans les îles que 
forme ce fleuve; et 2" de la branche qui coule à partir de l'est, 
et se dirige vers l'extrémité la plus reculée de l'occident; c'est 
sur cette branche du Nil que sont situées toutes ou du moins la 
majeure partie des villes du Soudan. 

La source de ces deux branches du Nil est dans la montagne sodkces uu nu.. 
de la Lune ^, dont le commencement est à 16 degrés au delà (^y ^ 

Koucha LijS', Ghalva a As. el lalac ^5)kj , d'après le ms. B. 

Ou de komr, Voyez la Relation de l'iigypte d'Abd-Allatif, traduite par M. de 
Sacy, pag, 7. 

Nous n'ignorons pas que ce mot ^^ pourrait à la rigueur se traduire par en 
deçà.el nous désirerions, pour l'honneur de notre Géographe, que tel fût le sens 
résultantde son assertion. Mais les cartes jointes au ms. B. ne laissent aucun doute 

4. 



28 PREMIER CLIMAT. 

Feuillet 8 verso de la ligne équinoxiale. Le Nil tire son origine de cette montagne 
par dix fontaines, dont cinq s'écoulent « et se rassemblent « dans 
un grand lat ; les autres descendent également de la montagne 
vers un autre crand lac. De chacun de ces deux lacs sortent trois 
rivières qui finissent par" se réunir et jjar s'écouler dans un très- 
grand lac près duquel est située une ville nommée Tarli i^, 
populeuse, et dont les environs sont fertiles en riz. Sur le bord 
de ce lac est ime idole tenant les mains élevées vers la poitrine : 
on dit que c'est Masakh a:^ (ou Masnah g>— -«), et qu'il bit ainsi 
transformé parce que c'était un méchant homme. 

On trouve dans ce lac un poisson dont la tête, ayant un 
bec, ressemble à celle d'un oiseau; il y a aussi d'autres ani- 
maux dangereux. Ce lac est situé au-dessus, mais très-près de la 
ligne équinoxiale. Dans sa partie inférieure, là où se rassemblent 
les rivières, est une montagne « transversale » qui sépare en deux 
la majeure partie du lac, et qui s'étend ensuite vers le nord- 
ouest. Il sort de cette montagne un bras du Nil qui coule du 
côté de l'ouest, et c'est là le Nil du pays des Noirs, sur les 
bords duquel s'élèvent la plupart des villes de ce pays. Du revers 
oriental de la montagne sort l'autre bras. Celui-ci coule vers le 
nord, traverse la nubie et l'Egypte et se divise, dans l'Egypte 
inférieure, en quatre Ijrancbes dont trois se jettent dans la mer 
Méditerranée, et la quatrième dans le lac salé qui se termine 
auprès, c'est-à-dire à six milles d'Alexandrie. Ce dernier lac n'est 
point contigu à la mer, mais il est formé par l'inondation du Nil ; 
il est à peu de distance du rivage; nous en parlerons en son lieu, 
s'il plaît à Dieu. Au-dessous de la montagne de la Lune, c'est-à-dire 
dans l'espace compris entre les dix sources et les lacs, le Nil 
coule vers le nord , jusqu'nu poiht où il se décharge dans le grand 

sur la position qu'il assigne aux montagnes de la Lune cl aux sources du Nil ; no- 
silion conforme aii\ idccs de Ptolcmée, qui paraissent avoir été adoptées avec des 
modifications plus ou moins grandes par les géographes arabes. 



QUATRIÈME SECTION. 29 

lac, sur une étendue de dix journées de marche '. Dans le pays hVi.illii y recto 
qui vient d'être décrit, il existe trois montagnes, dont la direc- 
tion est de l'est à l'ouest. La première, qui louche au mont de 
la Lune, fut appelée par les prêtres de l'Egypte le Temple des 
images. La seconde, qui touche à la même montagne, du côté 
du nord , à reçu le nom de Mont d'or, parce qu'il s'y trouve 
des mines de ce métal. La troisième, voisine de la seconde, 
s'appelle, ainsi que le pays où elle est située, la Terre des ser- 
pents. Les habitants du pays rapportent qu'on y voit des serpents 
qui tuent par leur seul aspect. Il y a aussi des scorpions, gros 
comme des moineaux, de couleur noire, et dont la morsure 
est mortelle. « Ceci est rapporté par l'auteur du livre des Mer- 
veilles. Kedamet, auteur du livre intitulé le Trésor, dit que le 
cours du Nil, depuis sa source jusqu'à son embouchure dans 
la Méditerranée, est de 5634 milles. La largeur de ce fleuve 
dans la Nidjie est d'un mille, d'après ce que rapporte encore 
l'auteur du livre des Merveilles; cette largeur, vis-à-vis du 
Caire, est de 3 milles. Dans les petits lacs, et au-dessous dans 
le Nil , on trouve des ciocodiles. On y trouve aussi un poisson 
nommé le porc, el-khanzir ^/*=^, dont le museau est plus 
grand que celui du buffle ; il sort vers les lieux voisins du 
Nil, se nourrit des végétaux qui y croissent, et retourne au 
fleuve. On trouve aussi dans le Nil : i° un poisson rond à imh^sons uc nil. 
queue rouge, nommé el-lach o^^^' ; il est très-charnu, bon 
à manger, mais rare. 2° El-abarmis u-Hy^ji" , poisson blanc à 
queue rouge : on l'appelle le roi des poissons; il est très-bon 
à manger, frais ou salé; il est de la longueur d'un palme ^, 
et large de moitié. 3" El-raï ts'^' , grand ])oisson de couleur 

La version latine ajonle : ci tatitudo , quœ inter duos piiri'os laciis mterrlpitnr ah 
oriente in occiilenlem , est vi stationum. 

' Intervalle compris entre l'extrémili du ponce et celle île l'index , lorsque la 
main est étendue. 



50 PREMIER CLIMAT. 

Feuillet 9 recin « FOugc. Il \ en a de grands et de petits : les grands pèsent 
" environ 3 livres. Il est bon à manger, à peu près à l'égal de 
« l'abarmis. lx° El-bouny «s*^' , grand poisson d'un goût très- 
« délicat; on en trouve du poids de 5 à lo livTes, plus ou 
« moins'. 5° El-ialty J»^, poisson rond de l'espèce du ia'far 
<■ jjuw-, qu'on trouve dans le lac de Tibériade; il a peu d'arêtes 
« et est bon à manger ; on en trouve du poids de 5 livres. 
« 6" El-loutis (j-^aIsj^I , poisson qu'on nomme el-farah j/^' en 
" Egypte \ bon à manger, du poids de loo livres, plus ou 
« moins; rare. 7° El-lebis ' (j<»***îl , poisson très-bon à manger, 
« d'un goût agréable, et ne conservant pas, lorsqu'il est cuit, 
« l'odeur du poisson. On lemploie dans la cuisine de la même 
« manière que toute espèce de viande. Sa chair est ferme. Il y 
« en a de grands et de petits. Il est du poids de 1 o livres ; il 
« a des écailles. On trouve ( dans le Nil ) des poissons qui n'en 
<i ont pas. 8° El-samous wy^^ • c'est un poisson dont la tête 
" est grosse ; il est très-grand , et atteint quelquefois le poids 
« d'un cantar, plus ou moins; on vend sa chair coupée par mor- 
« ceaux. 9° Ei-nikariat *:^l>j>-*A^I ^ poisson long, à museau alongé 
« comme le bec d'un oiseau. 1 0° Ommou abid *■ •>hs-<*,x«' ( mère 
« des esclaves), poisson semblable au précédent et sans écailles. 
« 11° El-djelbira "j^ , poisson sans écailles, du poids d'une 
« livre plus ou moins; venimeux. 12° Eschal ' Jt^i , poisson 
« qui porte sur son dos une arête dont la piqûre est prompte- 
« ment mortelle. 1 3" El-ebklis (j--s^^' , poisson qui ressemble 

' Cyprinus biiiiiy ou benny (Geoffr.-St.-Hil.) ? — 'Le ms. B. porte Bally JiX>, el 
.•Vfar _»6- 

■' C'est le Ladis de Strabon, et\e Perninihtica Linn.; l'crca latut (Geoflr. St.-Hil.). 
Note communiquée , aiusi que la plupart des suivantes , par M. Geoflr -St.-Hilaire. 

* Cyprinus niloticus. — ' Mormyrus oxyrynchus. 

' Espèce du genre mormyre. 

' Ces poissons sont des Pimelodes (GeofIroy-SaintHilaire). 



QUATRIÈME SECTION. 51 

« à un serpent, et qui est venimeux, i 4° Ei-djeri ou djevi t^j^ icniii.i t, verso. 
« ou isy^, poisson dont le dos est noir, ayant des moustaclies, 
« la tête grosse et la queue mince. 1 5° El-ra'ada ' oiLc^l , pois- 
« son rond à écailles rudes, venimeux à im tel point que, si 
" une personne le touche, la main de cette personne reçoit 
n une vive secousse, et qu'elle est obligée de lâcher prise. Il 
« conserve cette propriété (fâcheuse) tant qu'il est vivant, i 6° El- 
« cafouré ou ghafouré ", 'j^^ ou «yjUJl , poisson rond qui a 
« une peau rude et hérissée dont les femmes se servent pour 
« carder le lin. i 7° Kelah cl-nia " Ul v^ ( les chiens aquatiques ) ; 
« il a l'apparence d'un chien de couleurs variées, i 8° Faras el- 
« ma* Ui (j~vi (le cheval aquatique) ; il ressemble au cheval sous 
a le rapport du caractère, qu'il a très-doux. Ses pattes sont comme 
" celles de l'oie; il les contracte quand il veut s'élever, et les 
« ouvre quand il veut descendre ; il porte une longue queue. 
« I 9° El-sakankour ^ jyUi-J! ; c'est une espèce de crocodile. 11 
" diffère des poissons en ce qu'il a des pieds et des mains, et 
« du crocodile en ce qu'il porte une queue mince et arrondie, 
« tandis que celle du crocodile est aiguë et renflée. Sa graisse est 
» comptée parmi les remèdes aphrodisiaques, ainsi que le sel 
■I qu'on emploie pour la conserver. Le sakankour ne se trouve 
« nulle part ailleurs que dans le Nil, depuis (ou jusqu'à Syène). 
« 20° Le crocodile El-temsah j-U»s<Ji, qui n'existe non plus dans 
« aucun fleuve ni dans aucune mer autres que le Nil d'Egypte. 
« Il a la tète allongée de telle sorte, que la longueur de cette 
« tête est à peu près égale à celle de l'autre moitié de son corps ; 
1 sa queue est également allongée. Il a des dents au moyen des- 
« quelles il saisit l'homme et les animaux, mais seulement lors- 
« qu'il est clans l'eau. Il est amphibie ; il descend à terre durant 

' Mahipterums electriciis (GeoffroySaint-Hilaire). 

' Telrodon lineatus o« Fahaka (GeolTroy-Saint-Hilaire). 

' Characinus dentex. — ' Espèce de Syngnathus. — ' Lacerta monitor. 



52 PREMIER CLIMAT. 

Feoiiici i| vors.. • le jour, ct marche durant la nuit avec ses pieds et ses mains. 
« Il a besoin de vivre à terre, mais son plus grand besoin est 
" l'eau. Dieu lui a suscité un ennemi puissant dans un petit 
• animal, du nombre des animaux du Nil, appelé el-fechk 
» liLi^l (ou el-meclik Js^l), qui l'examine et l'observe au mo- 
« ment où il ouvre la gueule ; alors il s'y introduit, pénètre dans 
« ses entrailles, lui dévore le foie ainsi que les intestins, et le 
« fait périr. 

« Il existe uu poisson remontant de la mer salée dans le Nil; 
« on l'appelle el-bouny' ' tsj^-*^' ; il est d'une jolie couleur, bon 
« à manger à l'égal du rai, et il pèse de 2 à 3 livres. 11 en est 
■ un autre, venant également de la mer au Nil, et qu'on appelle 
« el-schabel ^ J>?^l ; il est long d'une coudée, et même davan- 
" tage ; il est bon à manger et très-huileux. Enfin un troisième , 
11 remontant aussi le fleuve, et nommé es-chanbout cjiyjLiJI ^: 
« c'est une variété de l'alose, si ce n'est qu'il est plus petit. Il 
« est de la longueur du-chibir j-yiJ' \ Au reste, plusieurs autres 
n espèces de poissons pénètrent de la mer dans le fleuve. On 
« prend encore dans le Nil inférieur, entre Rosette «Ns«; et Fouah 
1 «y , une espèce de poisson appelée sarf (j>jm ^. H fraie à l'em- 
« bouchure du fleuve, c'est-à-dire au point où s'opère le mélange 
« de l'eau douce avec l'eau salée. Ce poisson s'appelle aussi del- 
<• finos ; c'est une petite espèce. 11 porte sous le ventre une ex- 
« croissance marquée d'une tache -noire : c'est là sa tète. Les 
« habitants de Rosette le salent et en expédient une quantité 
« considéraldc dans toutes les provinces de l'Egypte. Nous donne- 
« rons plus loin, s'il plaît à Dieu, des détails plus circonstanciés 
« sur le Nil et sur les choses curieuses qui caractérisent ce fleuve. » 
Quant à la Nubie, dont nous avons déjà parlé, on compte au 

Mugiceplialus — ' Espèce d'alose. — ' Le manuscrit porte tp»*-iJi 
Espèce voisioe de la sardine. — ' Sparus sarba (espèce de sargue j. 



QUATRIÈME SECTION. 33 

nombre de ses villes Kousa i>^-mp l'intérieure, distante de 6 
journées de Nouabié >^->.^y. Cette ville, peu éloignée du Nil, 
est située en deçà de la ligne équinoxiale. « Elle n'est ni très- 
peuplée ni très-commerçante ; son territoire est aride et brûlant. 
On y boit de l'eau de puits, quoique le Nil traverse la contrée. 
Elle obéit à un roi de Nubie, dont le nom est Kiamil J^^^>, 
nom qui passe en héritage à tous les rois de Nubie, dont la 
capitale est Dongola aNJus. Cette ville est située à l'occident ' 
du Nil, sur le bord du fleuve, dont les habitants boivent les 
eaux. Ils sont noirs, mais les plus beaux d'entre les noirs, 
tant sous le rapport de la figure que sous celui des formes du 
corps. Ils se nourrissent d'orge et de dhorra ; les dattes leur 
sont apportées du voisinage ; ils font usage d'une boisson ex- 
traite du dhorra, et de viande de chameau fraîche ou séchée 
au soleil et pilée, et qu'ils font cuire avec du lait de chamelle. 
Le poisson est très-abondant chez eux. H y a dans ce pays des 
girafes, des éléphants'" et des chevaux. » 
Au nombre des villes de la Nubie est celle de Ghalwa «j^ '', 
située sur le bord du Nil, au-dessous de Dongola, à 5 journées 
en descendant le fleuve, « dont les riverains boivent les eaux, et 
« sur les bords duquel ils cultivent l'orge, le dhorra et divers 
« légumes, tels que le navet, l'oignon, le raifort, le concombre 
« et Ir i'ueiôn u'eaa. L'apparence et la construction de Ghalwa, 
n les mœurs et le commerce de ses habitants, sont semblables à 
« ceux de Dongola. » Les habitants de Ghalwa viennent en 
Egypte. La distance qui sépare Ghalwa de Boulac est, par terre, 
de 10 journées, et moins longue quand on descend le fleuve. 



Feuillet lo reclo. 



qua 



Toutes les cartes placent cette ville à l'orient du fleuve, mais il y a aussi un 
lieu du nom de Dongola sur le bord opposé. 

Il paraît, d'après la description de M. Cailliaud, que ces races d'animaux ont 
disparu. Voyez le \'oyage à Méroë.iom. II, pag. 23. 

Voir, êur Galoga i^iAs-, le voyage de M. Cailliaud, tom. III, pag. 71. 

5 



54 PRKMIER CLIMAT. 

Fcuiiiei lorecio La longueur totale de la Nubie, le long du Nil, est de deux 

mois de marche. (< Les Nubiens vivent dans un état heureux, et 
« se nourrissent bien. Le bled leur est apporté du dehors, mais 
« l'orge et le dhorra sont très-abondants chez eux. Les marcliands de 
« ce pays, ceux de l'Abyssinie et de l'Egypte se rassemblent à 
« Boulac 0^ '> lorsque la paix règne entre ces peuples. Leur ha- 
« billement se compose de tuniques et de manteaux. Le pays 
" est traversé par le Nil et par le fleuve qui vient de l'Abyssinie, 
« lequel est considérable, et se décharge dans le Nil, dans le 
« voisinage de la ville de Boulac. Parmi les champs cultivés que 
« renferme le pays et que baigne le fleuve, sont ceux des Abyssins 
« et un grand nombre de villages dont nous parlerons ci-après. 
« Il ne tomlje à Boulac ni pluie line ni pluie d'orage, et il en 
« est de même dans le reste du pays des Noirs qui dépend - de 
« la Nubie, de l'Abyssinie, du Kanem, du Zaghawa et autres où 
>i il ne pleut pas, et dont les habitants n'ont reçu de la Divinité 
« d'autre bienfait et d'autres moyens d'irrigation que la crue du 
« Nil, qui leur permet de cultiver leurs terres, et d'obtenir leur 
« nourriture, soit en dhorra, soit en légumes, soit en laitages, 
" soit en poissons, toutes choses très-abondantes à Boulac. De 
i> cette ville à la montagne de Djenadil Jù^-à»-, on compte 6 
« journées par terre, et 4 en descendant le NiP. » C'est à la 
montagne de Djenadil qu'est le ternie de la navigation des noirs; 
c'est de là qu'ils rétrogradent, ne pouvant pénétrer jusqu'en 
Egypte. La cause de cette impossibilité est que Dieu a créé et 
interposé cette montagne de peu d'élévation du côté de la Ni- 

' Ce nom de Boulac existe tlans l'Oasis de Selimé; Cailliaud, tora. III, pag. 246. 
— Les mss. n" 334 et B. portent parlout j5)Li. lalak. 

' Ou peut-être « qui touche à la Nubie. » Cest à regret que je transcris ces obser- 
vations si contraires au témoignage des voyageurs les plus dignes de foi. 

' Notre ms. présente ici une lacune sur laquelle on peut considter la version 
latine, pag. 17. 



QUATRIÈME SECTION. 35 

gritie, mais très-haute du côté de l'Egypte. Le Nil se précipite Feuillet lo vers» 
du haut en bas de cette montagne par une cataracte effroyable, 
à travers des pierres et des rochers énormes. Lorsque les navires 
des noirs sont parvenus à ce point du Nil, ils ne peuvent passer 
outre à cause de ce danger. Alors les marchands débarquent 
leurs marchandises, les chargent à dos de chameau, et les 
transportent à Asouan y'>*«'l (Syene) par le désert. Depuis cette 
montagne jusqu'à Asouan, on compte environ 12 journées de 
marche de chameau. « Cette ville d' Asouan est une place frontière asouan. 

« du côté des Nubiens, qui la plupart du temps vivent en paix 
« (avec leurs voisins). » De leur côté, les navires de l'Egypte ne 
remontent le Nil que jusqu'à Asouan, qui est la limite du Sa'ïd 
<>^^^«^1 . Cette ville ( d' Asouan ) est petite , mais peuplée ; on y 
trouve beaucoup de blé et d'autres céréales, de fruits, de lé- 
gumes, de bœufs, de gazelles, de chèvres, et autres viandes ex- 
cellentes, toujours à bon marché. On y fait le commerce des 
marchandises destinées pour la Nubie. Les environs de ce pays 
sont quelquefois sujets aux incursions des cavaliers noirs connus 
sous le nom d'el-Belïn cj-M' '. On dit que ce sont des Grecs qui 
professent la religion chrétienne depuis le temps des Coptes, 
âiilérieurenient à l'apparition de l'islamisme, à cela près qu'ils 
sont hétérodoxes et jacobites. Ils errent dans le pays d'el-Bodja 
«-s^sJi et l'Abyssinie, et viennent jusqu'en Nubie; ce sont des 
hommes très-braves, nomades et sans résidence fixe, comme 
ceux du Lamtouna Ajy'l, dans les déserts de l'Afrique occi- 
dentale. 

A l'orient d' Asouan, les Musulmans n'ont d'autre pays limi- 
trophe que la montagne d'el-Alaki .s^oJ! au bas de laquelle est 
une vallée profonde et sans eau; mais en creusant la terre on 
trouve des sources abondantes. Il existe dans cette montagne des 



!-i 



Sic. Ce mot est écrit ailleurs ^^aJUI! d-BcUoun. 



36 PREMIER CLIMAT. 

Feuillet lo verso. mincs d'or et d'argent; diverses tribus s'y rendent, et se iivilent 
à la recherche de ces métaux. 

Non loin d'Asouan, « an midi du Nil, » est une montagne, an 
pied de laquelle se trouve une mine d'émerandes. Elle est située 
dans un désert éloigné de toute habitation. Il n'existe dans l'uni- 
vers aucune mine d'émeraudes autre que celle-ci, qui est exploi- 
tée par un o-rand nombre d'individus; les produits de cette mine 
sont ensuite exportés ailleurs. 

Quant aux mines d'or (ci-dessus indiquées), elles sont situées 
à i5 journées au nord-est d'Asouan dans le pays d'el-Bodja. A 
OASIS. l'ouest de cette ville, sont les oasis aujourd'hui désertes et sans 

habitants, jadis florissantes et arrosées; on y voit encore quel- 
ques arbres et des vestiges de villages ruinés. De ce point, jus- 
qn'au pays de Kawar jV et de Koukou .j^p , on ne cesse de 
trouver des oasis plantées de palmiers et des ruines d'habitations. 
Ebn-Haukal rapporte qu'on y trouve encore des chèvres et des 
moutons devenus sauvages, fuyant l'approche des hommes, et 
qu'on chasse comme toute autre espèce de gibier. La majeure 
partie des oasis a la même pente que le terrain de l'Egypte \ 
et on y voit diverses ruines d'édifices dont nous parlerons ci- 
après. 
MAi.KAT.i. De la ville de Boulac à celle de Markata *ij5^ , on compte 

.Se journées. Cette dernière est peu considérable et sans miirs 
d'enceinte, mais très-peuplée ; on y trouve de l'orge, du poisson 

Feuillet 1 1 rccio. et (Ics laitages en abondance, et c'est là qu'arrivent les mar- 
chands de Zalegh ijJ'j. ville située sur le bord de la mer Rouge, 
et dont nous parlerons en son lieu , s'il plaît à Dieu. 

' C'est ainsi du moins que j'entends ces mois . jja-« .bjl ii.« *!jL. 



CINQUIÈME SECTION. 37 



CINQUIÈME SECTION. 

Abyssinie. — Djenbié. — Rivières qui se jettent dans le Nil. — El-Nedja'at. 
Zalegh. — Naketi — Batta. — Wadi-"1-Alaki. — Bodja 



Cette section comprend la description de la majeure partie 
de l'Abyssinie iUij.il ^^=^1 , et de l'ensemble de ses provinces. ivuilict i j leciu 

La plus considérable de toutes les villes de ce pays est Djen- rutuBiÉ. 

bié *!VS«?- ', ville florissante, bien qu'elle soit située dans le dé- 
sert et loin de tous les lieux habités. Ses maisons et ses champs 
sont sur les bords d'une rivière qui traverse l'Aiyssinie et se 
jette dans le Nil, après avoir baigné les murs de la ville de Mar- 
kada *là5^ - et d'el-Nedja'at iicU^S . Cette rivière a sa source 
en deçà de la ligne équinoxiale, à l'extrémité des terres habitées 
du côté du midi; elle coule au nord-ouest jusqu'en Nubie, et 
décharge ensuite ses eaux dans la branche du Nil qui entoure la 
ville de Boulac, comme nous l'avons expliqué. Elle est large, 
profonde et d'un cours lent; c'est sur ses bords que sont les 
habitations des Abyssins. 

La plupart des voyageurs se sont trompés lorsqu'ils ont pris 
cette rivière pour le Nil, voyant que sa crue, ses inondations 
et sa diminution avaient lieu à la même époque. Bien que ce 
phénomène ait lieu à une époque et d'une manière identiques, 
ces personnes ont commis une erreur lorsqu'elles ont confondu 
avec le Nil la rivière en question, par suite des observations 

' Les mss. n" 334 et B. portent Aaaaà»- Djenbita. Voyez sur ce nom Hartmann, 
Edrisii Afric, pag. 88. — ' Sic. ^1:1;/;, 



Ô8 PREMIER CLIMAT, 

qu'eiles avaient faites des particularités qui caractérisent le Nil , 
ainsi que nous l'avons expliqué. La vérité de notre assertion 
( que ce n'est point le Nil ) est confirmée par les ouvrages qui 
traitent de cette matière et parlent de cette rivière, de son cours 
et de son embouchure dans un bras du Nil auprès de la ville de 
Boulac. C'est ainsi que s'explique Ptolémée dans son livre inti- 
tulé Géographie, et Hassan ben al-Mondar, dans l'endroit du 
livre des Merveilles où il traite des rivières, de leurs sources 
et des lieux où elles déchargent leurs eaux. « C'est une chose 
« qui ne peut former l'objet d'un doute pour les personnes ins- 
« truites , et relativement à laquelle ne sauraient errer celles qui 
" ont jeté les yeux sur les ouvrages où la matière est discutée. 
" C'est sur ce bras { du Nil ) que sont bâties la plupart des villes 
« des j\byssins, dont la nourriture se compose en majeure partie 
" de dhorra, de millet, de haricots et de lentilles, qu'ils em- 
« magasinent pour s'en servir au besoin. Cette rivière est très- 
» considérable; on ne la traverse qu'au moyen d'embarcations, 
« et il y a sur ses bords, comme nous l'avons dit, beaucoup de 
« villages et d'édifices d'Abyssins. Au nombre de ces villages sont 
" ceux de Meïda •«>>-*-», de Djenbié *x-t^* , de Caldjoun o.^=?^ . 
« de Batta '^ , et autres situés dans le désert. Quant aux villes 
« maritimes, elles s'approvisionnent de dattes par eau. » 

Au nombre de ces villes, il faut compter Zalegh ijJ'j . Man- 
couba i^JiJ^, Akent i_jiil , et Naketi ^jkïb , au territoire de la- 
quelle touchent les villages du désert. Tous les habitants de ces 
villes se nourrissent du produit de leur pêche, de laitages, et 
de céréales appoilées des ville» situées sur les bords de la ri- 
vière dont il vient d'être fait mention. 

El-Nedja'at i^*'^l est une petite ville située sur les bords de 
cette rivière. Ses habitants sont agriculteurs; ils cultivent le 
dhorra et l'orge dont ils se nourrissent. Le commerce y est 
peu considérable, et l'industrie à peu près nulle. On y trouve 



CINQUIÈME SECTION. 39 

beaucoup de laitages et de poisson. On va d'el-Nedja'at à Mar- 
kada aIsS^, ci-dessus indiqué, en 6 jours, quand on descend 
la rivière : il en faut plus de i o en la remontant. Les barques 
sont petites , à cause de la rareté du bois. Il n'existe au-delà de 
ces deux villes, du côté du midi, ni habitations ni choses dignes 
de remarque. 

D'el-Nedja'at à Djenbié, 8 journées. iVuiiiet n verso. 

De Markada à Djenbié, 8 journées. 

Cette dernière est, comme nous l'avons dit, située dans le 
c^ésert et isolée de la terre cultivée. Ses habitants ne boivent que 
fie l'eau de puits, « et encore ces sources sont-elles pour la plu- 
« part du temps à sec. La majeure partie de la population de ces 
« contrées se livre à l'exploitation des mines d'or et d'argent ; c'est 
« leur principale occupation et leur ressource la plus importante. 
« Ces mines sont placées dans la montagne de Soures u«j_>-« ', 
" laquelle est à k journées de Djenbié. 

« De ces mines à Asouan, on compte environ 1 5 joui'née.s ; 
« et de Djenbié à Zalegh j — Jlj , ville située sur les limites d(- 
« l'Abyssjnie, environ i/i journées. » 

Zalegh est sur les bords de la mer salée, qui touche à celle /.ai,h:u 

de Colzoum (la mer rouge). Le fond de cette mer est telle- 
ment rempli d'écueils jusqu'à Bab el-Mandeb v^^' V^ , que 
les grands bâtiments n'y peuvent naviguer, et que souvent, lors- 
que les petits s'y hasardent, ils y périssent surpris par la tem- 
pête. De Zalegh à la côte de l'Iémen -, il y a juste 3oo milles. 

Zalegh est une ville d'une étendue peu considérable, mais 
très-peuplée. On y voit beaucoup de voyageurs étrangers, car 
la plupart des navires de Colzoum y abordent avec les diverses 
sortes de marchandises qui conviennent à l'Abyssinie. L'expor- 
tation consiste « en esclaves « et en argent. » Quant à l'or, il y 

' Le ms. B. porte u^jy* Mouris. 
Notre manusc. porte (jJLI . mais l'ancien donne la vraie leçon : (..<>J1- 



Fetiillel 



40 PREx\llEI\ CLIMAT 

" est rare. Les habitants boivent. . . .'. ils portent des vêtements 

'< de laine et de coton. » 

On va de Zalegh à Mancouba «jyu-o en 5 journées par terre, 
et en moins de temps par mer. On trouve à i 2 journées de 
distance, dans le désert, une ville qui s'appelle Caldjoun tu^. 
De Mancouba à Akent o>^I l^ journées par terre. Cette dernière 
est située sur le bord de la mer au midi. Les barques d'un faible 
tonnage et peu chargées peuvent seules y aborder ; car toute cette 
mer, du côté de l'Abyssinie, est semée d'écueils et de bas-fonds 
contigus qui s'opposent à la navigation, ainsi que nous l'avons 
dit plus haut. La ville d' Akent est petite, mal peuplée et pres^ 
que totalement ruinée. « Ses habitants se nourrissent, en nia- 
« jeure partie, d'orge, de dhorra et de poisson; ils se livrent 
« beaucoup à la pêche. Le bas peuple vit de la chair des co- 
« quillages cachés dans les récifs sous-marins; on les sale pour 
« s'en servir au besom. » 

D' Akent à Naketi jiib^ 5 journées. 

« Naketi est une petite ville ou un gros bourg non entouré 
« de murs, mais construit sur une colline de sable à ui)e portée 
de flèche de la mer. Ses habitants voyagent peu et ne voient 
aborder chez eux que peu d'étrangers, à cause du défaut de 
ressources de ce pays. Les vivres et les objets de commerce y 
sont apportés (du dehors). Les déserts y sont stériles et les 
montagnes aussi arides que celles des contrées situées plus au 
sud: point de villages, point d'habitations. La seule industrie 
et le seul commerce consistent dans l'éducation des chameaux. " 



A 8 journées de Naketi , on trouve Batta Ikj , dont le terri- 
toire touche à celui de Berbera «^^ , pays dont la première ville 
est Djounh o^j» . qui n'est pas très-éloignée de Batta. 

' Il existe ici une omission dans notre ms.-, le ms. B. porte : « de l'eau de puits. « 
Ou Baketi , d'après les manuscrits n° 33.'i et B 



l'cuillei i ■}. lecto. 



CINQUIEME SECTION. k\ 

« Tous les peuples de l'Abyssinie clèvenl des chameaux, en 
font commerce, boivent leur lail, s'en servent comme de bêles 
de somme et en ont le plus grand soin. C'est chez eux la mar- 
chandise la plus estimée; il se les dérobent entre eux, et les 
vendent à des marchands qui les conduisent en Egypte, pai 
terre et par eau. 

« L'Abyssinie confine du côté du nord avec le pays de Bodja 
*-^i , lequel est situé entre l'Abyssinic, la Nubie et le Sa'ïd. 
C'est une contrée dans laquelle il n'existe ni villages ni lieux 
cultivés, dnfin un vrai désert qui sert de passage ou de lieu 
de réunion pour les marchands qui se rendent à Wadi-'l-Alaki 
^5>^_«JI (jiî^, où se fait le commerce entre les habitants de la 
haute Egypte et ceux de Bodja. Cette vallée (Wadi-'l-Alaki) 
est très-peupiée et très-fertile. 
" El-Aiaki n'est en soi qu'un village ou un bourg. L'eau qu'on «uu-'l-aiaki. 
y boit et qui est douce , provient de puits. Les mines d'or, 
dont nous avons parlé plus haut et qui sont célèbres, sont 
situées au milieu de ce pays, dans une plaine qui n'est point 
entourée de montagnes et qui est couverte de sables mou- . 
vants \ Dans les premières et dans les dernières nuits A\\ 
mois -, les chercheurs d'or se mettent en campagne durant la 
nuit. Ils regardent de tous côtés vers ce qui brille sur la terre ; 
lorsqu'ils aperçoivent des scintillations dans l'obscurité, ils en 
concluent d'une manière certaine qu'il y a de l'or dans cet 
endroit. Ils y passent la nuit, et, lorsque le jour survient, 
chacun se met à l'œuvre dans la portion de sable qu'il a re- 
connue, prend ce sable et le transporte à Nedjibé «aa;*", auprès 
des puits qui s'y trouvent. Ensuite on procède au lavage dans 

Abulféda fait aussi menlion de ces mines. Voyez Tah. yEgyjil, pag. 35 el 36 ; 
mais il n'entre pas dans autant de détails que notre auteur. 

C'est-à-dire probablement « lorsque In hinc est nouvelle ou vers la fin de son 
» dernier quartier. » 

6 



42 IMIKMIKII CLIMAT. 

Feuillet urecio „ des biuiiR'ts clc Jjois , il'ou OU retire le métal; puis nu le mêle 
« avec cki mercure et on le fait fondre. Après cette O|)ératioii, 
« ils se vendent et s'achètent les uns aux autres ce ([uils ont pu 
« recueillir, et les marchands transportent l'or dans les contrées 

• étrangères. C'est l'occupation hal)itiieile de ces peuples: ils ne 
« cessent pas de s'y livrej-, et ils en retirent leur subsistance et 
' leur bien-être. 

"De Wadi-'l-Alaki à Adzab v'-*^- ^I"' dépend du pays de 
« Bodja ', on compte i 2 journées. 

•< Du pays de Bodja dépend aussi le pays de liokht >-*-* ". 

« Bokht est un bourg habité; on y trouve un marché peu sûr. 
« Autour de ce pays, sont des peuplades qui élèvent des cha- 
'« nieaux et qui en tirent la plus grande partie de leurs proBts et 
« leur subsistance. On n'eu connaît pas dans l'univers de plus 
" beaux, de meilleurs, de plus patients à supporter la fatigue, ni 
« de plus rapides. Ils sont renommés en Egypte à cause de ces 
i> diverses qualités. 

« Entre le pays de Bodja et la Nubie, il existe un peuple très- 
" brave, qu'on appelle el-Belioun y^AJI . Ces hommes sont 
« méchants, audacieux; tous ceux qui les entourent leur sont 
» soumis et les craignent. Ils sont chrétiens jacobites, ainsi que 
.« tous les peuples de la Nubie , de l'Abyssinie et la plupart de 
« ceux du Bodja, comme nous l'avons déjà dit. 

■I L'Abyssinie confine du côté de la mer ( ou du fleuve ) avec 

• le pays de Berbera, qui obéit aux Abyssiniens, et où l'on 
'■ trouve un grand nombre de villages, dont le premier est Djouali 
« oy=r- De là à Naketi Jaib on compte six journées; à Batta Uoj 

' Ces mots «^yjt .^,1 ^j^ <_iljv£ semblent résoudre la question élevée par Hart- 
mann , qui était celle de savoir si Adab dépendait ou non du gouvernement de l'E- 
pvpte. D'Anville, d'après Abulicda \Mem. sur VK(jyplc, pag. 2.îi), penchait vers 
cette dernière opinion. 

' Le nom de ce pays est omis dans toutes les éditions et commentaires d Edrisi. 



CINQUIEME SECTION. 45 

« (kl désert sept. La ville de Batta est celle dont nous avons fait 
« mention ci-dessus. Elle est située en deçà de la ligne équi- 
« noxiale, à l'extrémité des terres liahitées. " 



li'i PREMIER CLIMAT. 



SIXIÈME SECTION. 

Afrique orientale. — Carfouna. — Bab el-Mandcb. — Ile de Socotra et autres. — 
Cotes de i'.Arabie Heureuse. — Culture de l'aloés. — Saiia'a. — .\den — Com- 
merce de cette ville. — Hasek 



Peuillei 12 verso Cette sectioii comprend la description, du côté du midi, des 

villes de Carfouna *Jj*/J> ', de Markah «^3^ et d'el-Nedja W^*-". 

Ces trois -pays dépendent de celui de Berbera , forment la 
limite de ses dépendances , et sont situés sur les bords de la mer 
d'Iémen. Les babitants de Berbejra se nourrissent, en grande 
partie, de la chair des tortues marines, « qui portent chez eux le 
« nom de lebch *-*^! . « 
cABFocsA. On peut se rendre par mer, en deux jours, de Djouah à Car- 

founa ■-. Ce pays est dominé par une haute montagne qui s'étend 
vers le sud. De Carfouna à Termeh ' *^^, 3 journées par mer. 
C'est ici que commence la montagne de Khakouï tsy»^ , laquelle 
a sept cimes très-hautes et se prolonge .sous les eaux de la mer 
durant l'espace de hh milles. Auprès de ces cimes sont des vil- 
lages connus squs le nom d'el-Hadyé aj^W • De Kiiakouï à Mar- 

' Le ms. n" 334 porte Carcouna fjiiyj. 

' Je suppose que Carfouna répond au cap Guardafui; et Djouah, au point in- 
diqué sur les cartes de d'.Anville et de Berghaus, sous le nom de Bandcl-d'Agoa. 
La distance indiquée autorise cette hypothèse, puisqu'on trouve en effet 6o lieues 
marines à l'ouverture du compas. On sait de plus que le cap Guardaftii est frès- 
élevé, et que la direction des montagnes dont il est formé est du nord au sud, ce 
qui s'accorde parfaitement avec le témoignage de notre auteur. 

' Ras Terraa , ou le cap de Terma, est situé sut; la côte occidentale de la mer 
Rouge, à i6o lieues environ du cap Guardafui. 



SIXIÈME SECTION. 45 

kali ', on compte par mer 3 petites journées, et 7 par terre. Fi»iiiei iiveiso. 
A 2 journées de Markah, dans le désert, est une rivière qui 
est sujette à. des crues comme le Nil, et sur les bords de laquelle 
on sème du dhorra -. De Markah à el-Nedja, 1 jour et demi 
par mer, et k par terre. 

El-Nedja est la dernière terre dépendante de Beri)era '. 
D'el-Nedja à Karfouna 8 journées. El-Nedja est vme ])etite ville 
située sur le bord de la mer. De là à Bedouna Wj>Xj", 6 journées. 
C'est un bourg considérable et très-peuplé. Les naturels de 
ce pays mangent des grenouilles, des serpents et d'autres ani- 
maux dont l'homme a généralement horreur. Ce pays est \\- 
mitrophe à celui des Zendjes g-j . Carfouna et Bedouna ^ont 
infidèles; leur territoire touche à celui des Zendjes, le long 
du rivage de la mer salée. Toute cette contrée a vis-à-vis d'elle, 
du côté du nord, l'Iémen, dont elle est séparée par un bras 
de mer de 600 milles d'étendue, plus ou moins, selon la pro- 
fondeur des golfes dans l'intérieur des terres , et l'extension des 
caps dans le sein des mers. 

Dans cette section sont également comprises quatre îles doni 
deux, situées du côté de l'orient, dans le golfe des Herbes 
(jSoyiiwil ^y» , sont connues sous les noms de Kharlan o^>à. et 
de Mertan [j^j-». 

La troisième est celle de Socotra t^jJaJi-v , connue par l'aloès 
qu'elle produit , et éloignée du rivage de deux journées de navi- 
gation par un vent favorable. Vis-à-vis cïte. cette île, sur la côte 

Ce nom de Markah ou de Markat se retrouve sur les cartes. 
Ou trouve eu effet une rivière du nom de Jubo dans le pays de Markat. 
El-Nedja semble répondre au pays d'Ajan , situé sur la route du cap Guaj- 
dafui au Zengbebar. Ce nom d'Ajan lui-même semlile être une corruption de 

j»-^'^ (Voyez Chrest. ar. de M. de Sacy, a" éd., tom. i, pag. àbà et /jùTi; voyez 
également la note insérée dans la carte de Berghaus. ) 

Il est probable que Bedouna répond au cap Bédouin de Berghaus 



'ifi PKKMIEH CLIMAT 

Feuillet 12 veno ,|e I'Ilmiicii , osl la ville de Berbat Isl^j-j , et Hasek ^-.Is-'.dont 
nous reparlerons en détail, s'il plait à Dieu. 

La c|uatriènie île s'appelle Cabela '5*-** ■ ; elle est située dans 
la partie orcidenlale de cette section, déserte, mais ombragée 
d'arbres. On y trouve des montagnes liantes et escarpées, diverses 
espèces d'animaux féroces et autres, et une source dont les eaux 
s'écoulent dans la mer. Klle est quelquefois visitée par ceux 
qui \iennent de l'Iémen et par les navires de Colzoum et de 
lAbyssinie, « qui viennent y faire de l'eau. » Elle est située en 
lace de la forteresse connue sous le nom de Mikblaf Uakem 
r^ o-'-J^ sur la côte d'Iémen. De cette île à la montagne de 

i-.AB-EL.MAM>EB Mandfb cj«>^^, on compte 2 journées par mer. El-Mandeb est 
une montagne environnée de tontes parts par la mer, et dont 
la partie méridionale est la plus baute. Sa direction est nord- 

Fcuiiiet .3 icoto ouest, et sa longueur de 1 2 milles. Celui de ses côtés qui touche 
à l'Abyssinie est rempli d'écueils et d'îles qui se succèdent jus- 
qu'à Zalegh, Akent et iSaketi, ensorte que cette partie de la 
mer n'est pas navigable. « Au milieu de ces écueils et de ces 
« îles, il existe une montagne qui s'étend transversalement jus- 
« qu'auprès de Zalegh, du côté du midi ; on l'appelle Mourou- 
« keïn cj^^jdV : el'e n'est pas très-élevée au-dessus du niveau de 
« la mer, mais elle la domine dans une certaine étendue : ailleurs 
« elle est caciuée sous les eaux; c'est une masse continue de ro- 
" chers. » L'auteur du Livre des Merveilles raconte qu'aucun 
vaisseau garni de clouS de fer ne peut passer auprès de cette 
montagne sans être attiré et retenu par elle au point de ne 
pouvoir plus s'en tirer. La montagne d'el-Mandeb s'étend, 
comme nous l'avons dit, dans la même direction que la côte 

' D'Aiiville a retrouvé la vérilahle orlliograplio du premier de ces noms : c'est 
Merbat ou Merbala qu'il faut lire. Hasek se trouve aussi sur la carte dans le Djoun 
el-Hachich, ou golfe des Herbes, dont il vient d'être question 

' h'Ahrvijé porte Cambela 5)LjlJ. 



SIXIÈME SECTION. 47 

de l'Iénien, et les navires de Colzouni destinés pour celte pri)- Femiiei i :5 lecio 
vince ( l'Iémen ) doivent nécessairement passer par-là, soit en 
allant, soit au retour; car le canal est tellement étroit, (priin 
homme peut en a])ercevoir un autre sui' la rive opposée. 11 y a 
sur le sommet de cette montagne une grotte d'où il est impos- 
sible de sortir quand on y est entré, tant à cause des précipices 
qui s'y trouvent, que des bêtes féroces qui dévorent les explo- 
rateurs. Quelques personnes ayant été averties de ce danger, s'y 
rendirent et bouchèrent l'ouverture de l'antre avec des pierres 
et de la terre, en sorte qu'on n'y peut plus pénétrer aujoiu- 
d'hui. 

Quant à l'île de Socotra tsjiuU , tdle est grande, renommée, socotba 

belle et couverte d'arbres. Sa principale production végétale est 
l'arbre qui produit l'aloès, et qui n'existe ni dans l'Hadraniaut 
^ytjMua~ ^ ni- dans l'Iémen, ni dans le Saliar j^ ', ni ailleurs, (^iltibkbe l'aloks 
aloès qui égale en bonté celui de Socotra. Cette île est, comme 
nous l'avons dit, voisine du côté du nord et de l'ouest, de la 
province d'Iémen, dont elle est une dépendance et une appar- 
tenance. Elle est située en face des villes de Melinde »>XjJu 
et de Monbasa a«~a** , dans le Zenghebar. La majeure partie 
des habitants de l'île de Socotra sont chrétiens; en voici la 
raison : lorsqu'Alexandre eut vaincu ie roi des Perses, que ses 
flottes eurent conquis les îles de l'Inde et qu'il eut tué Pour jy 
roi des Indes ^, son maître Aristote lui reconuuanda de recher- 
cher l'île qui produit l'aloès. 

Alexandre conserva le souvenir de cette recounnandalion , et 
lorsqu'il etit achevé la conquête des autres îles de l'Inde, et 
qu'il les eut réduites sous sa domination, ainsi que leurs rois, 
il effectua son retour de la mer d'Inde à celle d'Oman, en 

Sic. On lit plus bas w:âi Chedjer (pag. /i8),el c'csl la leçon que porte cons- 
tamment le ms. n" 33/4. 
■ Probablement l'orus. 



Fciiillel l'^ roclo 



IVniliet 1 3 verso. 



'18 PREMIER CLIMAT. 

conquit les iles, et, parvenu enfin à celle de Socotra, il admira 
la fertilité du terrain et la douceur de la température de l'air. 
D'après l'avis qu'il en donna par une lettre à Aristote, le philo- 
sophe lui conseilla de lrans])orter ailleurs les habitants de l'île, 
et de leur substituer des Grecs, en enjoignant à ceux-ci de con- 
server et de soigner la culture de l'arbre d'aloès, à cause de 
toutes les propriétés utiles de cette substance, et parce que, sans 
aloès, il n'est pas possible de confectionner complètement les 
remèdes souverains. Il pensait d'ailleurs que le commerce et 
i'em])loi de ce noble médicament seraient d'un grand avantage 
])our tous les peuples en général. Alexandre fit donc ce qui lui 
était prescrit; il éloigna les habitants primitifs de Socotra, éta- 
blit dans cette île une colonie d'Ioniens auxquels il» ordonna de 
veiller constamment à la conservation et à la culture de l'aloès : 
« ce qu'ils firent. Ils restèrent sous la ])rotection (de ce prince et 
" de ses successeurs) , et acquirent de grandes richesses, jusqu'au 
.« moment où la religion du Messie apparut et fut embrassée 
" par ces peuples. Alors ceux de Socotra devinrent chrétiens, 
« et leurs fils sont demeurés tels, ainsi que les autres habitants 
«de l'île, jusqu'à l'époque actuelle.» Au mois de juillet, on 
recueille les feuilles de l'aloès; on en extrait le suc qu'on fait 
cUire dans des vases de cuivre et autres, après l'avoir fait sécher 
aux rayons du soleil; et, au mois d'août, on le dépose dans 
des outres. « On le vend dans cette île par quintaux, et on 
'< l'exporte dans les diverses contrées que Dieu a créées à l'orient 
« et à l'occident. C'est de cette production que Socotra lire sa 
« célébrité. » 

Quant aux îles de Khartan ^1 ij-i^ et de Martan ^J[iy , dont 

nous avons déjà fait mention, elles sont situées dans le golfe des 
Herbes, et dépendent du pays de Chcdjcr ^ , où croît l'encens. 
Elles sont dans un état floris.sant, habitées par une peuplade 
d'Arabes » qui .s'y sont établis et y sont restés », et qui parlent 



ri'iiiiici 1. 



SIXIÈME SECTION. 49 

la langue du peuple de Ad ', ancienne et inconnue aux Arabes 
de nos jours. « Les habitants de ces îles vivent dans un état de 
'< dcnûment et de misère extrêmes durant l'hiver; mais lorsrjue 
« répoque de la navigation est arrivée, ils s'embarquent sur leurs 
" navires et se dirigent vers les terres d'Oman yU, et d'Aden 
« (j'>>-c, et vers les côtes de l'Arabie Heureuse. Alors leur situa- 
" tion s'améliore, et ils subsistent un peu moins misérablement. 
" Il leur arrive souvent de trouver du très-bel ambre qu'ils 
« vendent aux marchands étrangers cjui viennent chez eux. Quel- 
'• quefois, ils le transportent eux-mêmes sur la côte de l'Iémen , 
» où ils le vendent à un très-haut prix. » Ces îles produisent de 
l'écaillé de tortue, du detilglian yU-bi , sorte d'écaillé, et des 
conques de tortue dont les habitants de l'Iémen se servent en 
guise de vases pour les ablutions, et de huches pour pétrir le pain. 

Au nombre des pays de l'Iémen compris dans la présente 
section, est Mikhlaf el-Djouda «i.>-4- o5*--^, château fort, situé côtes de l'iémek 
sur le bord de la mer (car les Arabes appellent mikhlaf un châ- 
teau fort"). El-Djouda est peu considérable et mal peuplé; on y 
vit de viande, de laitages et de dattes, mais très-misérablement. 
De là à Mikhlaf Ghélabeka ^Jb^Vc o5*^ , on compte l\. journées 
par terre. Ce dernier bourg est très-peuplé; il est situé sur la 
baie de Zebid, à 5o milles de cctie ville. 

La ville de Zebid "^^j;, est grande, tpès-peuplée , très-opu- 
lente. Il y a un grand concours d'étrangers et de marchands de zei;iu 
l'IIedjaz, de l'Al^yssinie et de l'Egypte supérieure, cjui y arrivent 
par les bâtiments de Djidda ••>-»-. Les Abyssins y amènent des 
esclaves '. On en exporte diverses espèces d'aromates de l'Inde, 

' Notre ms. porte «jils ; mais le ms. B. porte ibil*, et c'est la vraie leijon , 
ainsi que l'avait déjà coiijectiuT M. de Sacy. 

' Le mot (j5X^, d'après Reiske [AbidJ. Ann. mosi, [t. Il, pag. i lA ), signifie, dans 
l'Iémen : Certam quomhm oppulorum et pagorum corpus, unius alicujus impectJonisuhdiltim. 

' Et non point merces suas, comme il est dit dans la version latine, pag. 24. 

7 



,50 PREMIER CLIMAT. 

l-puiilei 1 verso diverses niarcliandises chinoises et autres. Cette ville est située 
sur les bords d'une petite rivière à 182 milles de Sana'a \mm> '. 
Tout le pays est couvert de villages, non point considérables 
à la vérité , mais bien peuplés et fréquentés par des voyageurs et 
par des marchands. 
5*s*"*- La ville de Sana'a ^-«*-o ollrc en tout genre des ressources 

abondantes; elle est bien bâtie (litt. les maisons s'y touchent); 
et il n'y en a pas dans l'Iémen de plus célèbre, de plus con- 
sidérable, ni de plus peuplée; elle est placée au centre du 
premier climat. Les environs en sont fertiles, la température 
de l'air douce, la chaleur et le froid modérés. «C'était la rési- 
« dence des rois de tout l'Iémen et la capitale de l'Arabie. Ces 
" rois y possédaient un palais aussi célèbre que vaste et bien for- 
« tifié. Ce palais est aujourd'hui ruiné, et il n'en reste que les 
« débris, qui forment une haute colline. La plupart des maisons 
■I sont construites en bois et en planches : il y en a une où 
" l'on fabrique les étoffes connues sous le nom d'étoffes de 
« Sana'a. 

« Cette ville est le chef-lieu de la province d'Iémen. Elle est 
« bâtie sur une petite rivière qui vient des terres septentrionafes 
« de la montagne de Souafi i'.»— . Cette rivière se dirige ensuite 
« vers la ville de Dainar j\ — «i , et verse ses eaux dans la mer 
« d'Iémen. 

« Au nord de Sana'a , on trouve la montagne de Rehmer ^ 

Notre manuscrit offre ici une lacune que nous croyons convenable de rempli]- 
L ancien texte et le ms. B. s'expriment ainsi : 

De Zebid à Djeilan y^Vm». 36 milles 

De Djeilan à el-Han yUJ! ds 

D'el-Han à Aden et eWrl' (j^l 3o 

D'el-O'rf à Sana'a 2i 

Total pareil 1 3 2 

Les points diacritiques manquent sur ce mot, dont l'ortliographe et la pronon- 
ciation sont par conséquent douteuses. Le ms. B. porte ,;-!S^<^~i' 



SIXIÈME SECTION. 51 

« j^j , f|ui est très-élevée et qui a 60 milles de circonférence. 
« Cette montagne est cultivée. On y trouve des arbres ù fruit, 
« ainsi que la plante nommée ouars ' u"jJ • Cette plante est 
« jaune comme le safran ; on s'en sert pour teindre les vête- 
« ments. » 

De Sana'a à Damar jUi , on compte 48 milles. 

Damar est une ville petite, d'une faible population et de peu 
de ressources. De Sana'a à la ville de . . . .' io4 milles. De Da- 
mar à Mikhlaf-Misan y^-«~A^ o^J^ , 2 4 milles. De là à Madjar 
et Mobdar jl'>v^j j~s2, qui sont deux petits bourgs voisins l'un de 
l'autre, (3o milles. De là à Mikhlaf-Abïn cj-ji ô^V^, y 2 milles; 
et d'Abïn à Aden y^^, i 2 milles. 

La ville d'Aden est petite , mais renommée à cause de son port 
de mer, d'où partent des navires destinés pour le Sind, llnde 
et la Chine. « On y apporte de ce dernier pays des marchandises 
« telles que le fer, les lames de sabre damasquinées, les peaux 
« de chagrin ^ le musc, le bois d'aloès, les selles de chevaux, 
« la vaisselle de terre, le poivre odorant et non odorant, la noix 
« de coco, le hernout (graine parfumée), le cardamome, la can- 
« nelle, le galanga \ le macis, les myrobolans , l'ébène, l'écaillé 
« de tortue, le caïuphre, la muscade, le clou de girofle, les 
« cubèbes % diverses étoffes tissues d'herbes, et d'autres riches 
» et veloutées, des dents d'éléphant, de l'étain, des rottangs et 
« autres roseaux, ainsi que la majeure partie de l'aloès amer des- 
" tiné pour le commerce. » La ville d'Aden est entourée, au non! 



I'"fiii!|pt 1 1\ recto. 



COMMEBCE 
DE CETTE VII.I.E 



Golius dil que c'pl une plante qui ressemble au sésame , qui ne vient que dans 
l'Arabie Heureuse, et dont on se sert pour teindre les étoffes en jaune. Castel ajoute 
que ouars est aussi le nom du curcuma. 

Le nom de cette ville manque. Vi Ahrèf^è et le ms. B. portent Aden. 

Ce mol français est dérive du turc ^yXio siic/hn. 
' Sorte d'herbe odoriférante. 

Sorte de graine aromatique provenant de lile de Java 

7- 



52 PREMIER CLIMAT. 

Feuillet 1 i recto. et à uiic certaine distance, d'une montagne qui forme une en- 
ceinte de la mer à la mer, et dans laquelle se trouvent deux 
ouvertures ou deux portes par lesquelles on entre et on sort. 
De l'un ;'t l'autre de ces passages, on compte !x journées de 
marche. Les habitans d'Aden n'ont pas d'autre moyen, pour 
pénétrer dans leur pays ou pour en sortir, que ces portes et la 
voie de mer. La ville est commerçante. » En face d'Aden, i une 
« journée dans le désert., il existe une très-grande ville nommée 
« Zi-dieblé «J^a=- tsi ; elle est dominée par une citadelle connue 
« sous le nom d'El-ïa'ken (jXxJî. " 

D'Aden à el-Mahdjem -s^^Jli on compte 8 petites journées, en 
passant par le pays de Dàhas (j«-»-li. El-Malidjem n'est pas plus 
considérable qu'un fort; il est cependant assez peuplé. C'est la 
limite entre le district du Teliama a^L^j et l'Iémen. De là à 
Sana'a on compte 7 journées; d'El-Mabdjem à Haïran yi^A^ , 
Ix journées. Cette dernière ville est très-petite. Son territoire 
comprend des villages, des chamjjs cultivés et des eaux cou- 
rantes , auprès desquelles sont construites les maisons des habi- 
tants. Elle est située dans une plaine , à 3 journées de Sana'a. 
Sa population se compose de diverses tribus de l'Iémen. De Haï- 
ran à Soghda «xXjUs, 48 milles. 

«A 18 milles, à l'ouest de Sana'a, est le Mikhlaf-Chakir 
«j-ÊsUi cjy^, dont le principal commerce consiste en maro- 
« quins; c'est à Soghda que l'on fabrique le plus beau : il n'en 
« existe pas de mieux fabriqué. C'est un lieu de réunion com- 
" merciale dont les habitants sont très-riches, et où l'on trouve 
.( beaucoup d'objets et de marchandises. » D'Aden, en suivant 
le rivage du côté de l'orient , au bourg d'Abïn yyjl , on compte 
12 milles. Ce bourg est situé sur le bord de la mer d'Iémen, 
et ses habitants passent pour être versés dans la magie. D'Abïn 
à Las'a U.J, on compte par mer 1 jour 1/2 , et par terre 5 jour- 
nées. Il existe entre ces deux points une montagne qui , s'éten- 



SIXIÈME SECTION. 53 

dant le long du rivage, sépare la mer des plaines et intercepte FeuiHut 1 4 virso. 
le chemin. Las'a est une petite ville srtuée sur le bord de la 
mer, à deux journées de distance de Chounia x»^ '. On trouve 
sur la route un grand bourg auprès duquel est une source et 
un bassin d'eau chaude, où les habitants font leurs ablutions et 
transportent leurs malades. Ceux-ci y trouvent un remède salu- 
taire contre diverses infirmités. Les deux villes de Las'a et de 
Chouma sont sur la côte d'Hadramaut >^yij~tà.^ à 2 journées pai 
le désert. 

Dans ce dernier pays, il existe deux villes éloignées l'une de 
l'autre d'une journée : ce sont celles de Sabam -U-» et de Ma- 
riam ^j^ '^. Au nombre des villes de l'tladramaut est aussi celle 
de ^, qui est actuellement en ruines; c'était la ville de Saba Lv«,, 
d'où était issue Belkis , épouse de Salomon, fils de David (que 
le salut soit sur eux!). D'Hadramaut à Djidda ', on compte 
2/io milles, et de Sana'a à Djidda 120 milles; d'Aden à Hadra- 
maut, qui est à l'orient, 5' journées. 

Il existe ici des sables contigus, connus sous le nom d'cl-Ahcaf 
tiUia-i)!; peu d'habitations, peu de commerce. Ce pays produit 
l'aloès connu sous le nom d'hadramauti, lequel est d'une qua- 
lité inférieure à celle de l'aloès socotrin. « Des falsificateurs le 
« mêlent quelquefois, au moyen de la fusion, avec ce dernier. » 
La ville de Saba est habitée par des tribus d'Arabes de l'Iémen 
et du pays d'Oman yLs. C'est là qu'était la digue (j^l), cé- 
lèbre chez les Arabes avant leur dispersion. De Chouma *^y: , 
dont il vient d'être fait mention, à McrbatLl^, en suivant la 

Ou Chorma g,»^, comme portent les ms. n" 33^ et B. 

Le manuscrit n° 33A porte Siabam ^^\m^; le ms. B. porte Schiani ^Ui. 
Quant au nom du second de ces deux lieux, les deux mss. portent Tarim ajjIï- 

Le nom a été omis et la place même manque. Le manuscrit n" 3j/i porte 
Marob «_r,U , et le ms. B. Marib t^,U 

Le ms. n° 334 porte Sa'ada !*>>.jto- 



54 PUKMIER CLIMAT. 

ivuillft l'i «erso (ôte , parterre, 6 journées. On trouve sur la route Ghob-el- 
Camar^^l ^, ou la vîrilée de la Lune. Au fond de cette vallée 
est un pays nommé Kliall\it t:>\_iUà., et à son extrémité une 
montagne ronde et blanche présentant l'aspect de la lune. C'est 
de cette courbure en forme de croissant et de cotte blan- 
cheur, que cette montagne tire son nom de morti de la tune. 
L'arbre de l'encens croît dans les montagnes de Merbat et c'est 
de là que cette gomme est transportée dans l'orient et dans l'oc- 
cident. « La population de Merbat se compose d'habitants de l'Ié- 
<• men et d'autres tribus d'Arabes. » De là au bourg de Hasek 
iLu,la-, le long de la mer et par terre, ajournées; par mer, 
3 journées. 

En face de Hasek, sont les deux îles de Khartan et de Martan, 
dont il a déjà été question '. Au-dessus de Hasek, est une haute 
montagne nommée Lous ,j«^, qui domine la mer. La terre du 
peuple de Ad si* est située vis-à-vis de cette montagne. De Hasek 
BASEE. au tombeau de Hoad' ^^, on compte a milles. Hasek est un 

bourg peu considérable, mais peuplé. Il existe une pèclierie 
très-productive dans le golfe dit Golfe des Herbes, qui est très- 
jjrofond. Lorsque des navires s'y engagent, ils n'en peuvent sor- 
tir qu'avec beaucoup de peine et qu'autant qu'ils sont aidés par 
un vent favorable; mais il en est peu qui aient ce bonheur. 

' Voyez ci-dessus , pag. 45. 

' Le nom du peuple de Ad et celui du prophète Houd sont tres-iéicbres parmi 
les Arabes. C'est à tort que le traducteur latin a mis Gad et Juda. Voyez à ce 
Mijcl les excellentes notes de Pocoke {Spécimen historiée Arabam, pag. 36 '. 



SEPTIÈME SECTION. 



55 



SEPTIÈME SECTION. 

Suite fie lAfrique orientale. — Medouna. — Singulière manière de pêciier. — Cote 
du Zenghebar. — Melinde. — Monbasa. — El-Banes. — Iles de Zaledj ou de 
Zanedj. — Ile des Singes. — El-Cotroba. — Curiosités de la mer d'Oman 



Cette section comprend la description d'une partie de la nier Feuillet 14 verso. 
des Indes et de la totalité des îles qui s'y trouvent, et qui sont 
habitées par des peuples de races diverses. Au midi des pays 
compris dans cette section sont le restant de la région des Cafres 
noirs, et divers pays voisins de la mer; notre intention est de 
décrire toutes ces choses avec clarté. « Nous disons donc que 
» cette mer est la mer des Indes, » et que sur son rivage est 
située la ville de Merouat »j^, à l'extrémité du pays des Cafres, 
peuples sans foi qui n'adorent que des pierres enduites d'huile 
de poisson. « Tel est le degré de stupidité ot!i sont tombés ces Heuiilct is recto 
« peuples, et l'absurdité de leurs infâmes croyances. Une partie 
" de ce pays obéit au roi des Berbers, et l'autre dépend de 
« l'AJjyssinie. » De Merouat Sjj^, située sur la côte, à Medouna 
AjjOo.', on compte 3 journées par mer. « Cette dernière ville mbdouna. 

« est ruinée, presque déserte, sale et désagréable à habiter. Ses 
« habitants vivent de poissons, de coquillages, de grenouilles, de 
« serpents, de rats, de lézards et d'autres reptiles dégoiitants. 
" Ces peuples se livrent à l'exercice de la pêche maritime sans 
« embarcations, et sans se tenir constamment sur le rivage. Ils 
« pèchent à la nage (ou en plongeant) avec de petits filets tissus 



llli PÉCHER. 



Le manuscrit n" 334 porte Beroua «j^ et Nedouba «jj.x.j. Le ras. B BeroïKil 
ïtj^ . et Bedouna «j,^. 



l'cuillel 1 5 rec (o. 



COTES DC ZENCIICBAR. 
HELINRE 



5fi PREMIER CLIMAT. 

« d'herbes, et luhriqués par eux. Ils attachent ces lilets à leurs 
« pieds; au moyen de liens et de nœuds coulants qu'ils tiennent 
« avec les mains, ils resserrent le (ilct aussitôt qu'ils sentent que 
« le poi.sson y est entré, et cela avec un art dans lequel ils ex- 
" cellent, et avec des ruses dont ils ont une longue expérience. 
" Pour attirer le poisson, ils se sei-vcnt de reptiles terrestres. 
« Bien qu'ils vivent dans un état de détresse et de misère pro- 
« fondes, cependant ces peuples (Dieu aime ceux qui résident 
» dans leurs foyers domestiques) sont satisfaits de leur sort, et 
« se contentent de ce qu'ils ont. Ils obéissent au gouvernement 
« du Zendj g^j '• » 

On va de cette ville (Medouna) en suivant la côte, à Melinde 
i>o>jLU, ville du Zendj, en trois jours et trois nuits par mer. Me- 
linde est située sur le bord de la mer", à l'embouchure d'une 
rivière d'eau douce. « C'est une grande ville dont les habitants 
« se livrent à la chasse et à la pêche. Sur terre ils chassent le 
« tigre et d'autres animaux féroces. Ils tirent de la mer diverses 
" espèces de poissons qu'ils salent , et dont ils font commerce. » 
Us possèdent et exploitent des mines de fer, et c'est pour eux 
un objet de commerce et la source de leurs plus grands béné- 
fices. Ils prétendent connaître l'art d'enchanter les serpents les 
plus venimeux , au point de les rendre sans danger pour tout le 
monde, excepté pour ceux à qui ils souhaitent du mal, « ou 
« contre lesquels ils veulent exercer quelque vengeance. Ils pré- 
n tendent aussi qu'au moyen de ces enchantements , les tigres et 
<i les lions ne peuvent leur nuire. Ces enchanteurs portent dans 
" la langue de ces peuples le nom d'el-Mocncfa UiJLl!. » De cette 
ville à Manisa ■' amoià*, sur la côte, 2 journées. Celle-ci est petite 
et dépend du Zendj. Ses habitants s'occupent de l'exploitation 



' Du Zengliebar. 

' C'est évidemment par erreur que le copiste a mis ici Jkjyjl au lieu de w^OI 

' Pour Monhasa xaim^ , comme portent le n" 334 et le ms. B 



SEPTIEME SECTION. 57 

(les mines de fer el de la chasse aux tigres. Ils ont des cliiens de i'ouili<-i i."! inm 
couleur rouge qui combattent et vainquent toute espèce de bêtes 
féroces et même les lions. Cette ville est située sur le bord de 
la mer, et près d'un grand golfe que les navires remontent du- 
rant un espace de deux journées, « et sur les rives duquel il 
« n'existe point d'habitations, à cause des bêtes féroces qui y 
« vivent dans des forêts, où les Zendjes vont les poursuivre, ainsi 
« que nous venons de le rapporter. C'est dans celte ville que 
« réside le roi du Zengbebar. Ses gardes vont à pied, parce qu'il 
« n'y a point dans ce pays de montures ; elles ne sauraient y 
« vivre. « De Manisa au bourg d'el-Banès (j.'-jUJi parterre, 6 jour- 
nées, et par mer, i5o milles. El-Banès est un bourg très-grand 
et trè.s-peuplé. " Les habitants adoient un tambour nommé erra- 
« bim rfNï-j-li, aussi grand que .... a+aJI ', couvert de peau d'un 
« seul côté , et auquel est suspendue luie corde au moyen de la- 
» quelle on frappe le tambour. Il en résulte un biiiit effroyable 
» qui se fait entendre à trois milles de distance ou environ. » 

El-Banès '" est la dernière dépendance duZendj; elle touche KL-uAsiis 

au Sofala «JUa- , pays de l'or. D'el-Banès à la côte de la ville nom- Ffuillct i.î vcisc. 
mée Tohnet &x^j , par mer, 1 5o milles, et par terre, 8 journées, 
attendu que dans l'intervalle il existe un grand golfe qui, s'éten- 
dant vers le midi, oblige les voyageurs à se détoiirner du droit 
chemin, et une haute montagne nommée Adjoud ^^, dont les 
flancs ont été creusés de tous côtés par les eaux qui tombent avec 
un Jnuit épouvantable. Cette montagne attire à elle les vaisseaux 
qui s'en approchent % et les navigateurs ont soin de s'en écarter 
et de la fuir. 



Mol dont il n'a pas été possible de déterminer la signification. 

Hartmann pense qu'il faut lire el-Baies. Nous suivons littéralement l'orllio- 
graphe de notre manuscrit , qui est ici conforme à celle du ms. B. 

L'auteur veut probablement parler des courants qui peuvent porter sur la 
côte (Voy. d'Hcrbeiot, Bibl. or. au mol aymnl); peut-être aussi fait-il allusion aux 
prétendues montagnes d'aimant (Ilarlmann, Edm. AJ'r., pag. loi ). 



58 PRlvMIER CLIMAT. 

Kc.niiei i5 VI ISO. „ La ville (le Tolinet iJ^ dépend aussi du pays de .*>ofala, et 

« touche à celui des Zendjes. Il y a beaucoup de villages, et ils sont 
« tous placés sur le bord des rivières\ Dans tout le Zendj, les prin- 
" cipales productions sont le fer et les peaux de tigres du Zen- 
" ghebar. La couleur de ces peaux tire sur le rouge, et elles sont 
" très-souples. Comme il n'exi.ste pas de bêtes de somme chez 
" ces peuples, ils sont obligés de porter sur leurs têtes et sur 
« leurs dos les objets destinés pour les deux villes de Melinde 
« et de Molbasa a«»jX«, où se font les ventes et les achats. Les 
« Zendjes n'ont point de navires dans lesquels ils puissent voya- 
« ger; mais il aborde chez eux des bâtiments du pays d'Oman 
« et autres, destinés pour les îles de Zaledj l\j qui dépendent 
« des Indes; ces étrangers vendent (au Zenghebar) leurs mar- 
" chandises, et acliètcnt les productions du pays. Les habitants 
« des iles de Raledj l^j " vont au Zenghebar dans de grands et 
« de petits navires, et ils s'en servent pour le commerce de- leurs 
>< marchandises, attendu qu'ils comprennent le langage les uns 
« (les autres. Les Zendjes ont au fond du cœur un grand respect 
« et beaucoup de vénération pour les Arabes". C'est pour cela 
« que , lorsqu'ils voient un Arabe , soit voyageur, soit négociant , 
« ils se prosternent devant lui, exaltent sa dignité, et lui disent 
'1 dans leur langue: Soyez le bien-venu, à fils de l'Iémen ! Les 
" voyageurs qui vont dans ce pays dérobent les enfants, et les 
" trompent au moyen des fruits (litt. des dattes) qu'ils leur don- 
'< nent. Ils les emmènent çà et là , et finissent par s'emparer de 
« leurs personnes, et par les transporter dans leur propre pays; 
« car les habitants du Zenghebar forment une population nom- 

■ Le mot {jy^ .signifie golfe ou vallée, d'après Castel. Mais nous avons tout lieii 
rie croire que dans la langue de notre auteur le sens de ce mot a plus d'extension. 

' Sic. Le nis. B. porte Zanedj gy 

' Celte particularité se retrouve avec moins de détails dans les anciennes rela- 
I ions des Indes, pag. 115. 



SEPTIEME SECTION. 59 

"breuse, et manquent de ressources '. Le prince de l'île de iiu'iui i > verso. 
« K.eich lt-aS , située dans la njer d'Oman , entreprend avec ses 
« vaisseaux des expéditions militaires contie le Zendj , et y fail 
« beaucovip de captifs. » 

En face des rivages du Zendj sont les îles de Zaledj '-; elles iLts ut /.\LtDj 
sont nombreuses et vastes; leurs habitants sont très-Lasanés, el 
tout ce qu'on y cultive de fruits , de dhorra , de cannes à sucre 
et d'arbres de camphre, y est de couleur noire. Au nombre de 
ces îles est celle de Cherboua «jj,-i % dont la circonférence est, 
à ce qu'on dit, de 1700 milles, et où l'on trouve des pêcheries 
de perles et diverses sortes d'aromates et de parfums, ce qui y 
attire des marchands. Parmi les îles de Zaledj comprises dans la 
présente section, on compte aussi celle d'el-Andjcbeh \t^^\ , 
dont la ville principale se nomme, dans la langue duZenghebar, 
ei-Anfoudja Aj-yiji'l , et dont les habitants, quoique mélangés, 
sont actuellement pour la plupart musulmans. La distance qui la 
sépare d'el-Banès u-oUJ!, sur la côte du Zendj, est de 100 milles; 
cette île a /toc milles de tour; on s'y nourrit principalement de 
ligues bananes. Il y en a de cinq espèces, savoir: la banane dite 
el-kend .XÀJiJl , l'el-fdi J^a-OI, dont le poids s'élève quelquefois à 

douze onces; l'omani jl**ll *, et enlin l'ei-sokri ^£jX^\. 

C'est une nourriture saine, douce et agréable. « Cette île est tra- Kfuili.i iii recio. 
" versée par une montagne nommée Wabra <>j-i), où se réfugient 
" les vagabonds chassés de la ville, formant une brave et nom- 
« breuse population , qui infeste .souvent les environs de la cité , 

' 11 y a ici un jeu de mots assez didicile à liaduire en français : ^ Ul i^o J^' 
i^«JI t_jXsAi .iiXi!! \jjM^s. 

' Notre manuscrit porte tantôt Jh tantôt ±\. et tantôt ^i , , ce sont les îles que 
d'Herlielot, Hartmann et autres ont décrites, d'après les géographes arabes, sous 
le noms de /ianWi et de /!«no/i 

' Le ms. n°33/i porte Saranda oJvJwu.. Mais le nis.B. est ici d accord avec le notre 
Le nom de la quatrième espèce manque ici; mais d'après l'abrégé, et d'aprè 
le ms. B.. c est el-moriani jl.}_ll qu il faut lire. 

8. 



60 PREMIER CLIMAT. 

Feuiilci 16 rccio r. et qui sc maintient sur le sommet de cette montagne clans un 
" état de tléfense contre le souverain de l'île. Ils sont courageux 
•> et redoutables par leurs armes et par leur nombre. 

« Cette île est très-peuplée; il y a beaucoup de villages et de 
" bestiaux.* On y cultive le riz. Il s'y l'ait un grand conmierce, 
« et l'on y porte annuellement diverses productions et marclian- 
« dises destinées au négoce et à la consommation. On dit que, 
« lorsque l'état des affaires de la Cbine fut troublé par les rebel- 
« lions, et que la tyrannie et la confusion devinrent excessives 
« dans l'Inde, les habitants de la Cbine transportèrent leur coni- 
« mcrce à Zanedj ^'ij et dans les autres îles qui en dépendent; 
« entrèrent en relations et se familiarisèrent avec ses habitants, 
«à cause de leur équité, de la bonté de leur conduite, de 
" l'aménité de leurs mœurs et de leur ficilité dans les affaires. 
« C'est pour cela que cette île est si peuplée, et qu'elle est si 
« fréquentée par les étrangers. » 

Auprès de cette île, il en existe une autre peu considérable, 
dominée par une haute montagne , dont le sommet et les flancs 
sont inaccessibles, parce qu'elle brûle tout ce qui s'en appro- 
che. Durant le jour, il .s'en élève une épaisse fumée, et durant 
la nuit, un feu ardent. De sa base coulent des sources , les unes 
d'eau froide et douce , les autres chaudes et salées. 

Auprès de l'île de Zanedj ^jj, susmentionnée, on en trouve 
une autre nommée Kcrmedet » j^-»^, dont les habitants sont de 
couleur noire. On les appelle Nerhin (jv*;j ^ « Ils portent le 
« manteau nommé azar jj! et la fouta nisy '. C'est une peuplade 
« audacieuse, brave, et marchant toujours armée. Quelquefois 
« ils s'embarquent sur des navires et attaquent les bâtiments de 
« commerce, dont ils pillent les marchandises. Ils ne laissent 

' Le manuscril n" ,^34 porte Karnoa »«jvfe el Boumîii y>_*j^ ; le ms B- J^er- 
mebel Huf^j^s , et el-Boumïn (jv<j.Jt- 

' Sorte de vêtement. Voyez ci-dessus , pag. 1 7 , n" 3. 



SEPTIÈME SECTION. 61 

« entrer chez eux que leurs compatriotes, et ne redoutent au- Kcmllci lO recto. 
« cun ennemi. » Entre cette île et le rivage maritirne, on compte 
un jour et demi de navigation; entre elle et l'île de Zanedj ^j, 
nommée el-Anfrandje &ji?yb.y! , on compte i journée. A une dis- 
tance d'environ 3 milles de cette île, et à deux petites journées 
du continent qui touche à l'Atyssinie , est l'île des Singes, qui île ms singes. 
est trè.s-grande, très-boisée et remplie de précipices d'un difficile 
accès. On y trouve diverses sortes de fruits. Les singes s'y sont 
multipliés à tel point qu'ils en sont totalement maîtres. • On 
« prétend même qu'ils ont un chef auquel ils obéissent, qu'ils 
" portent sur leur cou, et qui les régit de façon à ce qu'ils ne 
■< puissent se nuire entre eux. On assure que ces singes sont d'une 
« couleur tirant sur le rouge, qu'ils portent des queues, et qu'ils 
« sont doués de beaucoup d'intelligence et de sagacité. Lorsque 
« quelque navire se brise sur cette île, et qu'un individu quel- 
« conque y cherche un refuge, ils lui font éprouver de cruels 
« tourments par leurs morsures. Mus par la haine dont ils sont 
« animés contre les hommes, ils les vexent, les fatisuent et 
« finissent par les tuer promptement; et lors même que les mal- 
heureux peuvent supporter ces jeux cruels , ils ne tardent pas à 
« périr de faim ^ Les habitants des deux îles de Khartan et de 
" Martan, emploient contre ces siuges diverses ruses, les pour- 
« chassent, et les transportent dans î'Iémen, où ils les vendent 
« fort cher. Les habitants de cette province (je veux dire les mar- 
« chands de I'Iémen) s'en servent en guise d'esclaves pour gar- Ftuiiici k, verso. 
'■ der leurs marchandises et leur argent dans leurs boutiques. Per- 
" sonne alors ne peut toucher à ce que gardent les singes, ni rien 
« dérober de ce qu'ils ont, soit dans les mains, soit devant eux: 
« car ils sont extrêmement intelligents. » De cette île à celle de 
Socotra, on compte par mer 2 journées. « Les Socotrins font 

Le lexle arabe offre ici quelque obscurité. Nous avons cru devoir suivre le sens 
le plus probable. 



Feuillet i(i venKi 



EL-COTROBA. 



(52 PREMIER CLIMAT. 

« (également] la cliasse aux singes, au moyen d'ime ruse assez 
" singulière. Voici en quoi elle consiste : ils fabriquent pour cette 
« chasse, des barques extrêmement petites, mais longues, qu'ils 
« placent sur leurs navires; la chasse se fait en tendant des 
« (ilets au-dessus de ces barques, au moyen de cordes dis- 
" pesées avec art. Ils disposent ces lUets le long des côtés des 
« barques, alin que les singes ne se doutent de rien; puis ils se 
« cachent. Lorsqu'ils sont arrivés auprès de l'île, ils poussent les 
" barques vers la terre, après avoir eu soin d'y mettre pour appât 
« des choses que mangent ces animaux. Les singes jettent des 
« pierres aux chasseurs; et ceux-ci, abandonnant les petites bar- 
« ques sur le rivage, s'éloignent sur leurs vaisseaux. Les .singes, 
" trouvant la nourriture qu'ils préfèrent, se précipitent au fond 
« (des barques). Alors les chasseurs, au moyen des cordes sus- 
" mentionnées, tirent doucement les filets qui, peu à peu, cou- 
« vrent (litt. habillent) la partie supérieure des embarcations. 
« Celles-ci, quoique tirées par les chasseurs, ne sont point dé- 
« sertées par les singes , qui ne voient pas les filets. Aussitôt on 
« les effarouche avec des bâtons, et on use de supercheries, jus- 
« qu'à ce qu'ils se prennent par le col dans les mailles des filets, 
« d'où on les retire vivants, à moins qu'on ne préfère les tuer poui 
« les écorcher et vendre ensuite leurs peaux dans l'Iémen. » 

Au nord de l'île des Singes est une île qu'on nomme el-Co- 
troba i^j W%1\. Elle est florissante et habitée par xuie peuplade 
» chrétienne, qui a cependant conservé les usages arabes, qui 
« parle arabe, et se dit issue de cette nation. Ce sont des gens 
« très-entreprenants et très-braves. Ils attaquent les navires qui 
" vont et viennent aux environs de Bahrein (jj^*?, de Bassora el 
« jusqu'auprès d'Oman. Ce sont les ennemis les plus dangereux 
« qu'on puisse rencontrer sur la mer. Il y a auprès de cette île 
« des pêcheries de perles, qui étaient autrefois fréquentées et 
« exploitées par lés Arabes de l'Iémen; mais les habitants de l'île 



SEPTIÈME SECTION. 65 

Cl ayant dépouillé de leurs propriétés les pêcheurs, les marchands, Keniii^t .g \osn 
« et en général tous les étrangers, ceux-ci cessèrent absolument 
■c d'y venir. » 

La mer décrite dans la présente section et dans la précédente , 
c'est-à-dire la mer d'Oman, se nomme en langue indienne 
Herkend .XÀJSyft. Elle renferme beaucoup de choses curieuses et 
de poissons dont les formes sont varices aussi bien que les cou- 
leurs. 1° Il y en a une espèce dont la longueur est de cent cou- 
dées ou environ. « On l'appelle el-waly ' Jl^l ; il est blanc. Ce 
« grand' poisson est ordinairement accompagné d'un autre qu'on 
« nomme lechk" tiLiJ, qui, lorscju'il est poursuivi par la b.i- 
'I leine, la combat et la tue inévitalilement; 2° il en existe un 
« autre qui est de forme aplatie (litt. large), et dans le ventre du- 
« quel on en trouve un second, et ainsi de suite jusqu'à quatre; 
« 3° des tortues de vingt coudées de long, contenant dans leuis 
« entrailles jusqu'à mille œufs qui éclosent et qui produisent. 
" C'est de cette tortue que provient la meilleure écaille; 4° un Keuiiiet 17 recto. 
" poisson fait comme un bœuf, mettant bas, allaitant (ses petits), 
« et dont la peau sert à faire des boucliers; 5° un poisson long 
« d'une coudée , ayant la face d'une chouette , qu'on appelle el- 
« sabh g»->«Jl ou le plongeon. Il vole au-dessus de l'eau par jjon- 
" heur pour lui , car il y en a un autre , nommé el-a'ncris ^j^j.'xXk1\ 
« qui en fait sa proie, et qui le dévore quand il tombe dans l'eau; 
■c 6° d'autres poissons volants et nommés el-battak j u.li ^ Jont le 
" fiel peut être employé pour écrire; lorsque l'ccriUire est séchée, 
« on la lit dans l'obscurité de la nuit aussi bien qu'on pourrait le 
« faire à la clarté des rayons du soleil; 7° un autre nommé el-nes 
« ^j^l , qui, depuis son thorax jusqu'à sa tête, ressemble à ini bou- 
« cher; cette partie de son corps est entourée d'yeux par lesquels 

La baleine. Ce mot d'origine arabe s'est conservé en anglais et en allemand. 
Ce nom ressemble beaucoup à celui que notre auteur donne à l'ichneumon. 
Voyez cidessiis , pag. il. 



(U PREMIER CLIMAT. 

Feiiiiici 17 recio. , i| voit; Sa taille séiève, comme celle du serpent, jusqu'à vingt 
" coudées; il est, depuis la poitrine jusqu'à rextréniilé de la 
« queue, armé de défenses qui ressemblent aux dents d'une scie, 
" et dont les atteintes sont mortelles. » 

On tire de cette mer de l'ambre (gris) d'un jjarlnm excellent, 
par pièces d'un quintal plus ou moins. C'est une substance qui 
coule des sources situées au fond de la mer, de même que la 
naphte coule des sources de Hif '. Lorsque les vagues de la mer 
sont soulevées par la tempête, l'ambre est jeté sur la côte. « Quel- 
" ques personnes ont cru que c'était l'excrément d'un animal , 
« mais il n'en est pas ainsi; la chose est comme nous l'avons rap- 
" portée. Et, en effet, Ibrahim el-Mahdi, dans son livre intitulé 
<' Kitab ul-Tebib (-«-iSAkJI oUfe , ou Livre du médecin, dit que 
« Haroun Rascliid envoya dans l'iémen des incUvidus chargés de 
« prendre des informations positives au sujet de l'ambre. Les 
« riverains des pays d'Aden , de Choumna »x*y£, et de Hasek , ré- 
« pondirent cjue cette substance était produite par des sources 
!■ au fond de la mer, et rejetée par les vagues sur le rivage, 
« soit en petits, soit en gros morceaux. L'ambre n'est pas autre 
« chose. » 

' Ville bien i onnue de l'Irâc arabique. Voy. d'HerbeloI , au mot Hit 



HUITIÈME SECTION. 65 



HUITIÈME SECTION. 

Suite el fin de l'Afipique orientale. — Sofala. — Mines de fer et d'or. — Iles Roibahat 
Comor. — Malaï. — Screndib. 



Cette section comprend la description du restant du pays de 

oOlala. KeuiHet 17 recto. 

On y trouve ( d'abord) deux villes ou plutôt deux bourgs, entre sofala. 

lesquels sont des villages et des lieux de campement semblables 
à ceux des Arabes. Ces bourgs se nomment Djentama x«JaÀ=- et 
Dendema x«j^ji. Ils sont situés sur les bords de la mer, et peu 
considérables." Les habitants sont pauvres, misérables, et n'ont 
'< d'autre ressource pour vivre que le fer; en effet, il existe un 
« grand nombre de mines de ce métal dans les montagnes du 
« Sofala. Les habitants des îles de Zanedj g^!) ' et des autres îles 
« environnantes viennent chercher ici du fer pour le transporter 
« sur le continent et dans les îles de l'Inde , où ils le vendent à "'"es de feb. 
« un bon prix, car c'est un objet de grand commerce et de 
«grande consommation dans l'Inde; et, bien qu'il en existe 
« dans les îles et dans les mines de ce pays, cependant il n'é- 
« gale pas le fer du Sofala, tant sous le rapport de l'abondance 
« que sous celui de la bonté et de la malléabilité. Les Indiens 
« excellent dans l'art de le fabriquer, dans celui de préparer le 
« mélange des substances au moyen desquelles, par la fusion, 
« on obtient le fer doux qu'on a coutume de désigner sous 
" le nom de fer de l'Inde. Ils ont des manufactures où l'on 
«fabrique les sabres les plus estimés de l'univers; c'est ainsi 



' Le nis. B. porte les iles de Ranèh «rlDl 



Feuillet 



COMUESCE DE L OU. 



66 PREMIER CLIMAT. 

« que les fers du Sind, de Serendib et de i'Iémen j^>x *— Jl 

» jl_çJlj j.Xj^...«Jlj , rivalisent entre eux sons le rapport de la 
" qualité résultant de l'atmosphère locale, aussi bien que sous 
" celui de l'art de la fabrication, de la fonte, de la forge, de 
« la beauté du poli et de l'éclat; mais il est impossible de trouver 
« rien de plus tranchant que le fer de l'Inde. C'est une chose 
« universellement reconnue, et que personne ne peut nier. » 

De Djentama à Dendema, on compte par mer 2 journées; par 
terre -j journées. 

Dendema est une des principales villes du Sofala; trois autres 
touchent au territoire de ce pays. L'une d'elles est Siouna ajj.jv«= • 
ville de médiocre grandeur, dont la population se compose d'In- 
diens, de Zendjes et autres. Elle est située sur un golfe où les 
vaisseaux étrangers viennent mouiller'. De Siouna à Boukha «i^j^', 
sur le rivage de la mer, 3 journées; de là même à Dendema du 
Sofala vers l'ouest, par mer 3 journées, et par terre, environ 
20 journées, parce qu'il y a, dans l'intervalle, un grand golfe 
qui s'étend vers le midi, et qui oblige à un détour considérable. 
De Boukha à Djentama par mer 1 journée, par terre 4 journées. 
Dans tout le pays de Sofala, on trouve de l'or en abondance, et 
d'excellente qualité. « Cependant les habitants préfèrent le cui- 
« yre, et ils font leurs ornements avec ce dernier métal. 

» L'or qu'on trouve dans le territoire de Sofala surpasse en 
« quantité comme en grosseur celui des autres pays, puisqu'on 
« en rencontre des morceaux d'un ou de deux mithcal, plus ou 
n nïoins, et quelquefois même d'un rotl. On le fait fondre dans 
« le désert au moyen d'un feu alimenté par de la fiente de vache, 
«sans qu'il soit nécessaire de recourir, pour cette opération, 
« au mercure, ainsi que la chose a lieu dans l'Afrique occiden- 

' Le ms. B. ajoute : « c'est là que réside le gouverneur ; il a des soldats , mais 
« il n'y a point de chevaux dans le pays. » 
' Le même ms. porte barklia ii.^j^ ■ 



HUITIÈME SECTION. 67 

taie ; car les habitants de ce dernier pays réunissent leurs frag- 
« ments d'or, les mêlent avec du mercure, mettent le mélange 
« en fusion au moyen du feu de charbon, en sorte que le mcr- 
« cure s'évapore, et qu'il ne reste que le corps de l'or fondu et 
« pur. L'or de Sofala n'exige pas l'emploi de ce procédé, mais 
« on le fond sans aucun artifice qui l'altère. Nous terminerons ci- 
« après ce que nous avons à dire de ce pays, s'il plaît à Dieu. » 

A cette section appartiennent les îles indiquées en leur lieu, 
et entre autres celles dites el-Roïbabat vJUs^)^i \ qui sont très-voi- 
sines les unes des autres, et innombrables. La majeure partie 
de ces îles est déserte. Cependant la plus grande d'entre elles, 
qui se nomme Abonna ajj-jI-, est florissante « et peuplée d'un 
« grand nombre d'habitants qui la cultivent et qui cultivent aussi 
" les plus considérables d'entre les îles environnantes. » Elles 
sont situées dans le voisinage de l'île el-Comorj-jJI. Tous les 
habitants de ces îles sont soumis à la domination d'un chef qui 
les rassemble, les protège et les défend autant qu'il est en son 
pouvoir. C'est sa femme qui rend la justice et qui parle au pu- 
blic sans être voilée , d'après rme coutume constante dont on 
ne s'écarte jamais. « Le nom de cette reine ' est Demhera o;-^-*^. 
« Elle porte des ornements tissus d'or, et sur sa tête une cou- 
« ronne du même métal, enrichie de perles et de pierres pré- 
« cieuses. Elle chausse des brodequins d'or, et personne autre 
« qu'elle ne peut porter aucune chaussure, sous peine d'avoir 
« les pieds coupés. Cette reine , dans les occasions et les fêtes 
'•• solennelles, paraît en public, ainsi que les fdles de sa suite, 
« avec un grand appareil d'éléphants, de trompettes et de dra- 



h'eiiillet 17 verso. 



ILES BOIBAHAT. 



II. E DE CO.MOB. 



On croit que ce sont les Maldives. Voyez Malte-Brun , Précis de la géogr. univ. , 
tom. I, pag. 378, et tom. IV , pag. laS. 

Le ms. B. porte Anberia sjwAjl . et je crois que c'est la vraie leçon. 

Le ms. A. porte : « de cette île , » mais c'est une erreur que rectifie le texte du 
ms. B. 



68 PREMIER CLIMAT. 

' peaux. Son époux ainsi que les vizirs la suivent à une certaine 
« distance. Cette reine possède des richesses qu'elle renferme 
'< dans des caveaux, pour les distribuer ensuite aux pauvres de 
« ses états. On ne fait aucune de ces aumônes sans que ce soit 
« en sa présence et sous ses yeux. Les habitants du pays sont 
« dans l'usage de suspendre des étoffes de soie sur son chemin 
Feuillet 18 recto. „ et sur Ics lieux de son passage, car elle a beaucoup de ma- 
« gnificence, ainsi que nous l'avons expliqué. Le roi et la reine de 
« ces îles habitent l'île d'Anberia »jjXi\. 

« La principale production de ces îles est l'écaillé de tortue 
i< nommée zabl Jo) , qui peut se partager en sept morceaux , dont 
« quatre pèsent une mine, c'est-à-dire 260 drachmes. Les plus 
» lourds pèsent une demi-mine chacun. C'est avec cette écaille 
« qu'on fait divers ornements pour la parure des femmes, et des 
« peignes, attendu qu'elle est épaisse, transparente et bien va- 
« riée dans ses couleurs. 

« Les femmes de cette île vont la tête découverte , portent les 
« cheveux tressés, et chacune d'elles emploie dix peignes dans sa 
« coiffure, plus ou moins; c'est leur principal ornement, de même 
« que chez les femmes des îles el-Sahah <_>L^^I (ou des nuages), 
« dont les habitants sont sans croyance religieuse, comme nous 
« le dirons ci-après. » 

Les îles connues sous le nom d'el-Roïbahat sont peuplées. 
On y cultive le cocotier et la canne à sucre. Le commerce s'y 
iait au moyen de coquillages '. Elles sont distantes les unes des 
autres d'environ six milles. « Leur roi conserve les coquillages 
« dans son trésor, et c'est lui qui en possède le plus. Les habi- 
« tants sont industrieux, adroits et intelligents. Ils fabriquent 
« des tuniques très-amples, ouvertes par en haut et garnies de 

■ Ce sont les canins (cypraeamonela), employés eiî Afrique en guise de monnme. 
Précis de la géojr. univ., tom. FV, pag. 98. 



HUITIÈME SECTION. 69 

<f poches. Ils construisent des navires avec des pièces de bois 
« très-minces; leurs maisons et leurs édifices les plus remar- 
« quables sont en pierres très-dures , mais ils emploient aussi , 
" à la construction de leurs demeures, des bois venus par eau et 
" quelquefois même des bois odoriférants ^ » 

« On dit que les coquillages marins dont se compose le trésor Heuiiiif is recto 
« royal se trouvent sur la surface des eaux en temps calme. On 
« jette dans la merdes pièces de bois de cocotier, et le coquillage 
« s'attache à ce bois. On l'appelle el-kendj ^\. On trouve dans 
» quelques-unes de ces îles une substance qui ressemble à de la 
« poix-résine liquide, qui brûle les poissons au fond de l'eau, 
« et qui s'éteint à sa surface. » La dernière de ces îles touche à 
celle de Serendib '", « par un de ses côtés les plus élevés, » dans la 
mer nommée Herkend .xà-S^. L'île nommée Comor ^^ est éloi- 
gnée des îles el-Roïbahat de 7 journées de navigation. Cette 
dernière île est longue. Son roi demeure dans la ville de Malaï mahï. 

^^^)KA . Les habitants disent qu'elle s'étend en longueur sur un es- 
pace de 4 journées "* vers l'esj,. Elle commence auprès des îles 
Roïbahat et se termine en face des îles de la Chine , du côté du 
nord". Le roi de ce pays n'est entouré ni servi, soit pour boire, 
soit pour manger, que par des jeunes gens prostitués, vêtus d'é- 
tolfes précieuses tissues en soies de la Chine et de la Perse, et 
portant au bras droit des bracelets cfor. Ces bracelets, en langue 
de l'Inde, s'appellent tanfouc (fjùùù\ ° ; les prostitués tcnbabèh *jLy*Jt. 
Dans ce pays , on épouse des hommes au lieu de femmes. Ceux- 
ci, durant le jour, servent le roi, et la nuit ils retournent au- 

' Les deux manuscrits offrent ici quelques mots qu'il n'est pas possible de dc- 
chiflrer. 

' Sil y avait Sarandah, nous pourrions adopter l'opinion d'Hartmann, Edr. 
Afric. pag. 1 1 5 ; mais les deux manuscrits portent Serendib. 

' Les mss. B. et a" 334 portent à mois. 

' Le manuscrit n° 334 porte « du côté du sud. » 

' Le ms. B. porte lekankour ,»_S];5U . 



70 PREMIER CLIMAT, 

près de leurs femmes. «On cultive dans cette île des giains, le 
« cocotier, la canne à sucre et le tanboul J^b . Cette dernière 
' plante est celle (jui croît le plus abondamment dans l'île. » 
« Le tanboul est une plante dont la tige est semblable à celle de 
Feuillet 18 verso „ la vigne; elle est grimpante et s'attache aux arbres voisins. La 
« feuille ressemble à celle du Dend .xji ; mais elle est plus mince 
« (litt. plus transparente); le goût en est acre (litt. brûlant) 
« comme celui du clou de gérofle. Celui qui en veut mâcher 
« (litt. en manger) prend de la chaux vive jU:^ pétrie avec de 

• l'eau, et la mêle à chaque feuille dans la proportion d'un quart 
« de dirhem. On ne peut çn faire usage que de cette manière; 
« celui qui en mâche lui trouve le goût du sucre, et son haleine 
« répand un parfum agréable. Cet usage est connu dans les con- 
« trées de l'Inde et dans les régions voisines '. « 

« On fabrique dans cette île des étoffes avec une herbe dont 
« la végétation ressemble à celle du papyrus (S^jj^^- Celle-ci est 
« le cartas ij-U»^! , qu'on appelle ainsi parce que les habitants 
« de l'Egypte s'en servent pour fairp du papier. Les ouvriers pren- 
« nent la meilleure partie (de cette herbe), et l'emploient à la 
« fabrication d'étoffes comparables en beauté aux étoffes de soie 
« coloriées. Ces étoffes sont transportées dans toutes les autres 
« parties de l'Inde, quelquefois même dans l'Iémen, où elles 
« servent à faire des habillements. Des voyageurs rapportent en 
'■ avoir vu des qiiantités considérables dans ce dernier pays. On 
« labrique aussi dans cette île des nattes blanches ornées de 
« peintures (ou île dessins) admirables. Les personnages consi- 
« dérables les font étendre dans leurs maisons en place de tapis 
« de soie et autres. Il croît dans cette île un arbre qu'on appelle 

• el-bel (el-tel ou el-ncl) JjJI , qui est une variété du palmier 
« doum, et sous lequel dix personnes peuvent se mettre k l'om- 

' n s'agil ici du bétel, vi^gétal dont il est parlé dans toutes li^s lololions <lr l'Inde 



HUITIÈME SECTION. 71 

« brc. » Il sort aussi de cette îie des navires nommés el-mechiat 
cal*v»m ', semblables aux ghazwanié &-s_jjj_è, solidement cons- 
truits, longs de soixante coudées, faits d'iuie seule pièce (de 
bois), et pouvant contenir cent cinquante liommes. « Un voyageur 
« moderne rapporte qu'il a vu, dans cette contrée, une table fa- 
« briquée d'une seule pièce (de bois) et autour de laquelle deux leu.iiei is v.tso. 
« cents personnes pouvaient manger. Il existe dans cette île des 
« bois tels qu'on n'en voit point de semblables ailleurs. Les habi- 
" tants sont blancs, peu barbus; ils ressemblent auxTurks, et 
» l'on rapporte qu'ils sont d'origine turque. » 

Parmi les îles les plus célèbres de cette mer d'Herkend est 
l'île de Serendib t^ Jo^^ ^ , qui est très-grande et très-renom- serendib. 

mée. Son étendue est de 80 parasanges dans tous les .sens. Il 
s'y trouve une montagne, « sur laquelle descendit Adam' (sur 
qui soit le salut!). » La cime de cette montagne est si élevée, 
qu'elle peut être aperçue des navigateurs à plusieurs journées 
de distance. Elle se nomme la montagne d'el-Rahouk (i^^j^\ ". 
« Les Bralimes, qui sont des religieux indiens, rapportent que 
« sur cette montagne on voit le vestige d'un des pieds d'Adam 
" empreint sur la pierre, et dont la longueur est de 70 coudées; 
« que sur ce vestige on voit toujours briller une lumière scm- 
« blable à un éclair; ils ajoutent que le second pied, dans l'in- 
" tervalle d'un pas, parvint jusques ;'i la mer. Or, entre la mon- 
« tagne et la mer, la distance est de 2 à 3 journées.» Au- 
dessus et autour de cette montagne, on trouve des pierres 
précieuses et autres, de toute espèce, et dans les vallées, le dia- 



Le iiiaïuisc i-il n" 334 porte «jbuu..i! et le ms. B. 
' Ceylan. • 

Le passage relatif à cette tradition a éti!' barré dans le manuscrit n" 334; on 
retrouve mention de la même tradition dans les anciennes relations de l'Imh et de la 
Cfcifie, -traduites de l'arabe , par l'abbé I^enaudot, pag. 3. 

Le ms. B. porte el-Rahoun ^^iO Jl 



72 PREMIER CLIMAT, 

mant, « au moyeu duquel on grave les chatons de bagues de pierres 
« de toute nature. » On trouve également sur cette montagne 
des aromates et diverses sortes de parfums, tels que le bois d"a- 
loès et autres, l'animal qui porte le musc et la civette. On y 
cultive " le riz », le cocotier et la canne à sucre. Les rivières de 
cette lie produisent du cristal de roche remarquable sous le rap- 
port de la qualité et sous celui de la grosseur (des morceaux). 
Feuillet 19 recto Enfin sur toutes les côtes sont des pêcheries de perles magnifi- 
ques et d'un très-grand prix. 

Au nombre des villes principales de l'île de Serendib, on 
compte celles de Mernaba l»ly-«, d'Aghna U^l, de Berescouri , 
^yUyj ', de Aïdi 45«N!', deMahouloun yjJj.a.U, deHamri,<;j-oLa., 
de Telniadi ^iHo, de Sendouma L.^.>wUi, de Sedij^J^-., de Kesli 
Jt^^», de Berisli J_«»jjj, et de Medouna bj,>wo. 

Le roi de cette île fait sa résidence à Aghna, où est un châ- 
teau, qui est le siège du gouvernement. C'est un prince ami de 
la justice, qui règne avec vigueur, vigilant, s'occupant beaucoup 
des intérêts de ses sujets, et les protégeant avec soin. Il a seize 
vizirs, dont quatre sont de sa nation, quatre Chîétiens, quatre 
Musulmans et quatre Juifs. Il leur a assigné un lieu où se réu- 
nissent les personnes appartenant à ces nations, et où l'on écrit 
leurs actes judiciaires et leur histoire. Auprès des docteurs de 
toutes ces sectes (je veux dire des Indiens, des Grecs, des Mu- 
sulmans et des Juifs) se réunissent divers individus et grand 
nombre d'hommes (de races différentes) qui apprennent de bonne 
heure à écrire les actes de leurs prophètes et l'histoire de leurs 
anciens rois, et qui s'instruisent dans la science des lois et en 

' L'auteur Ae )a Iraduction latine, faite sur le n'^Si , a lu plusieurs de ces noms 
comme il suit : Irescore, .Abde, Calmadhe, Sanbadona, Sere, Keœbele, Merolba: 
les variantes du ms. B. sont Mernaia L>L>w» . Forescouri t^jsJi-»^ ■ Kelmadi ^^iL^ô- 
Senbedouna li,0>.juUM. Sendoura tj.Jwi^. Niberi ^yjM: Kenbeli Jla*^) , 
Hournichli l^ojj, Merouna Aj«w« 



HUITIÈME SECTION. 73 

général des choses qu'ils ignorent. Ce roi tient à la main une 
idole d'or enrichie de perles, de rulus et de pierres d'un prix 
dont personne ne peut se faire une juste idée. 11 n'existe dans 
l'Inde aucun prince aussi riche que le roi de Serendib en perles 
d'une beauté rare et en pierres précieuses de toute espèce ; car 
la majeure partie de ces richesses se trouvent dans les montagnes, 
dans les vallées et dans la mer de son île, où (d'ailleurs) abor- 
dent des navires de la Chine et d'autres royaumes circonvoisins. 
On lui apporte des vins do l'Irâc et du Fars, qu'il achète de son Feuillet 19 recto. 
argent et qu'il fait vendre dans ses états; car il boit du vin et 
défend le libertinage, tant Us que les autres rois de l'Inde per- 
mettent le libertinage et prohibent l'usage des liqueurs eni- 
vrantes, à l'exception toutefois du roi de ComarjLji \ qui défend 
l'un et l'autre. On exporte de Serendib de la soie, des* pierreries 
de toute couleur, du cristal de roche, du diapiant, et beaucoup 
de parfums. Entre cette île et le continent de l'Inde, il n'y a 
qu'une petite journée de navigation. La même distance la sépare 
de l'île de Balanc (fJ^ -, dite riveraine. Cette île dépend des 
terres de l'Inde, ainsi que les vallées' par lesquelles se déchar- 
gent les rivières, et qu'on nomme vallées de Serendib. Les 
navires y mouillent, et les navigateurs ■< y passent vm mois ou 
" deux dans l'abondance et dans les plaisirs. Le climat y est tem- 
« péré. On peut s'y procurer un mouton pour une demi-drachme, 
« et de quoi régaler une assemblée, de vin doux cuit avec du car- 
« damome frais, moyennant la même somme d'argent. Les habi- 
tants de Serendib jouent aux échecs, au trictrac et à divers jeux • 
« de hasard. Ils s'occupent avec un soin particulier de ja ctdttire 

S'agit-il ici de l'île désignée plus haut ( pag. O7 et 69 ) , sous le nom de Comor , 
s agit-il d'une autre ? C'est une question que ni le ms. A. , ni le nis. B. ne mettent 
à portée de résoudre. L'un et l'autre portent les deux leçons. 
Les manuscrits n" 334 et B. portent Balabac rkjfXj. 
' On lit dans le manuscrit n° 33A «_»Uft! Aghbab. 

10 



74 PREMIER CLIMAT. 

« du cocotier dans les petites îles environnantes. Ils veillent à 
« la consei-vation de cet arbre, et l'offrent aux allants et venants 
« dans l'espoir d'une récompense; car les habitants d'Oman yt»* 
« et de Merbat k)j-«, dans llémen, viennent souvent aux îles 
« où croît le cocotier, coupent les pièces de cette espèce d'arbre 
« qui leur plaisent, fabriquent des cordages avec les fibres du 
« bois, et (avec le tronc) construisent des navires et façonnent 
« des mâts. Ils filent aussi des cordes avec ses feuilles \ puis 

Feiiilici 19 reiio « chargent leurs navires de ce même bois et le transportent dans 
'< leur pays, où ils le vendent. » 
iLK DEi.-uAMi Auprès de l'île de Serendib, on trouve celle d'el-Rami i^I^l; 

(el-Rami est aussi le nom d'une ville de l'Inde). Dans cette île 
il y a plusieurs rois. Elle est cultivée, abondante en minéraux 
et en parfums. -Sa longueur est, à ce qu'on dit, de 700 para- 
sanges. On y trouve l'anunal nommé kerkedan yto^S^.^» ( le rlii- 
nocéros). Il est moins grand que l'éléphant, mais il l'est plus 
que le bulïle. Son cou est courbé comme l'est celui du chameau, 
mais dans un sens inverse , puisque sa tête touche presque à ses 
pieds de devant. Il porte au milieu du front une corne longue et 
d'une épaisseur telle, qu'on ne peut l'embrasser avec les deux 

Feuillet ig verso, mains. On dit quc dans quelques-unes de ces cornes, lorsqu'elles 
ont été fendues, on voit des figures d'hommes, d'oiseaux et autres, 
parlaitement dessinées en blanc, et qu'avec ces dernières on 
fabrique des ceinturons d'un grand prix. Les figures qu'on y 
remarque occupent toute la longueur (litt. d'une extrémité à 
l'autre) des cornes. 

« El-Djahez Jia-U^, dans son livre des Animaux, rapporte que 
« le (jeune) rlunocéros reste durant sept ans dans le ventre de 
« sa mère; mais que (pondant le temps de la gestation) il sort 

Peut-être avec l'étoupe renfermée dans la noix de coco. Voyez la (ilirestoma- 
thie arabe de M. deSacy, 1" édil. lom. III, pag. 378. Cependant on trouve des 
détails pareils dans les Ane. liclat. des Indes, pag. 1 j i . 



HUITIÈME SECTION. 75 

« sa tête et son cou hors de la vulve, qu'il mange de l'herbe, i>"iii<i 19 «rso 
« puis rentre dans la matrice; que, lorsque sa corne l'empêche 
" de ressortir la tête pour prendre sa nourriture accoutumée, il 
« frappe l'intérieur de la matrice, au point de la perforer, qu'il 
« sort ensuite, et que la mère meurt : mais cela n'est pas pos- 
« sible; c'est une fable qili n'est pas digne d'être écoutée; car si 
« la chose était comme on la rapporte, certes l'espèce périrait, 
« puisqu'il ne resterait plus que des mâles. » El-Djihani jlj-jji 
rapporte aussi dans son livre qu'avec cette corne on fabrique 
pour les rois de l'Inde des manches de couteau de table, qui 
se couvrent d'humidité lorsqu'on appoi-te devant ces rois quel- 
que mets dans lequel il entre du poison; en sorte qu'on connaît 
aussitôt que l'aliment est empoisonné. 

Le territoire de l'île d'el-Piami est fertile , le climat tempéré 
et l'eau excellente. Il y a beaucoup de villes, de villages et de 
châteaux. Elle produit le bekem *.Jb ', dont la plante ressemble 
exactement à celle du laurier-rose. Ce bois est rouge et ses ra- 
cines sont employées comme remède contre la morsure des 
vipères et des serpents. C'est une chose constatée par l'expérience. 
On trouve aussi dans cette île des buffles sans queue « et, dans 
« les forêts, des hommes tout nus, et dont le langage est in- 
« intelligible. Ils fuient les autres hommes. Leur taille est de i 
« chibra ( environ 36 pouces )r les parties génitales chez les 
■ deux sexes sont de petites dimensions, leurs cheveux sont 
'< roux et crépus. Ils grimpent sur les arbres avec les mains sans 
« le secours des pieds, ot on ne peut les atteindre à cause de la 
" rapidité de leur course. Il existe aussi sur les rivages de cette 
» île une peuplade d'hommes qui peuvent atteindre à la nage les 
« vaisseaux, lors même que ceux-ci sont favorisés par un bon vent. 
« Ils échangent, avec les navigateurs, des perles contre de l'ambre 
• qu'ils portent chez eux. On fait dans cotte île le commerce de 

Bols de Biési). 

10. 



76 PREMIER CLIMAT. 

« l'or (car il s'y trouve beaucoup de mines de ce métal), dex- 
« cellent camphre, de diverses sortes de parfums et de perles 
« d'une rare beauté. » De là à Serendib, on compte 3 journées. 
Celui qui veut aller de l'île susmentionnée de Balanc i^sL ' à la 
Chine, laisse l'ile de Serendib à sa droite. De Serendib à l'île 
de Lankialious (j«j^liXJ le voyage est de lo journées. Cette île 
s'appelle aussi Landjalious (j«j_JLsO , par un djim. « Elle est 
« grande , et peuplée de blancs. Les hommes et les femmes y 
« vont nus; ces dernières, toutefois, se voilent avec des feuilles 
« d'arbre. Les marchands s'y rendent avec de gros et de petits 
Il navires, et s'y procurent de l'ambre et des noix de coco moyeii- 
« nant du fer. La majeure partie des habitants achètent des étoiles 
« dont ils s'habillent dans certaines circonstances. Le froid '■ et le 
« chaud ont peu -d'intensité dans cette île , à cause du voisinage 
« de i'équateur. La nourriture des habitants se compose de ligues 
Il bananes, de poisson frais et de noix de coco. L'objet le plus 
Feuillet jo recto. „ estimé chez eux est le fer. Ils accueillent bien les étrangers. » 
Au midi de l'île d'el-Rami, il en est une autre bien peuplée 
qu'on nomme el-Binan ", où se trouve une grande ville. (3n y 
mange des noix de coco; « c'est un mets dont on lait (grand) 
Il usage. La population est très-brave, très-courageuse, et parmi 
Il ses usages il en est un qui se perpétue de père en fils, et qui 
Il consiste en ce que, lorsqu'un homme veut se marier, sa 
i< famille ne le lui permet pas, à moins qu'il n'apporte la tête 
i( d'un ennemi tué par lui, en sorte que le prétendu se met à 
Il rôder dans tous les environs, jusqu'au moment oi'i il peut par- 
n venir à tuer un homme et à en apporter la tète; alors il épouse 
« la femme à laquelle il avait été fiancé. S'il apporte deux têtes, 
« il peut épouser deux femmes; s'il en apporte trois, il épouse 

' Ou de Balabac. Voyez ci-dessus, pag. 73. 

' Il y a probablement ici une faute de copiste. 

' Les deux autres manuscrits portent Albinoman yL««jmJ!- 



HUITIÈME SECTION. 77 

« trois femmes; et dans le cas où il aurait tué cinquante hommes, ivuiiiii 20 recto 
« il pourrait avoir cinquante épouses. (Alors) il jouit dans le pays 
« de beaucoup de considération; on l'honore comme un brave, 
« et c'est une obligation à tous de le respecter '. Cette île est 
" peuplée d'un grand nombre de tribus. Elle produit le bois de 
« Brésil, le rotang et la canne à sucre. » Non loin de là et à 2 
journées de distance est l'île de Djalous (j-^U-, doni les habi- 
tants sont noirs, tout nus et antropophages, « c'est-à-dire que 
<i lorsqu'il leur tombe dans les mains un étranger, ils le suspen- 
« dent par les pieds, le coupent en morceaux et le mangeni. Un 
1 capitaine de navire raconte que, les habitants de cette île ayant 
■■ surpris un de ses compagnons, il observa qu'ils le pendirent, 
" le coupèrent en morceaux et le dévorèrent. Ces peuples n'ont 
» point de roi. Ils vivent principalement de poisson, de figues 
« bananes, de noix de coco, de cannes à sucre; ils choisissent 
« pour demeures et pour asiles des bois fourrés et des marais. 
« La plante la plus commune chez eux est le rotang. Ils vont tout 
« nus, hommes et femmes, sans se voiler en aucune manière, 
■I et ne se cachent pas même au moment de la copulation; ils ne 
" trouvent aucun inconvénient à ce que cet acte ait lieu publi- 
« quement. Quelquefois un homme l'accomplit avec sa fille ou 
« avec sa sœur , sans que personne trouve la chose blâmable ou 
« honteuse. Ces peuples sont noirs, de figure désagréable; ils 
« ont les cheveux noirs et crépus, le cou long ainsi que les 
« jambes, et la figure très-maigre. » 

Del-Binan à Serendib, 3 journées de navigation. De Serendib 
à l'île de Lankialious ou de-Landjalious, 1 o journées. De Land- 
jalious à fîle de Keleh lOé dont nous parlerons ci-après, 6 journées. 

C>ette coutume est rapportée dans les Anciennes Relations des Indes et de la Chine, 
pag. !t , et clans une relation de Bornéo qui se lit pag. i 53 des Nouvelles Annales des 
Voyages, août 1828. 



PREMIER CLIMAT. 



NEUVIÈME SECTION. 



Mer des Indes et de la Chine. — Djcsta ou Djebesta. — Daghouta. — Ile de Djaloiu. 
- Arbre du camphre. — Des de Djaba ou de Java, de Selahat et de Heridj. — 
, Payadères. — Teuonma ou Cbouma. — Ile de Scnf. — Khaiikou ou khanfou. 
— De de Malaî. 



Fenillii 30 rccio Cette scction comprend la description de la partie de la mer 

des Indes connue sous le nom de mer de la Chine, et d'une 
partie de la mer nommée Darlazouï i^jji'j's '. Dans cette mer 
sont diverses îles dont nous ferons mention ci-après. 

Nous disons donc qu'au midi de cette mer est une partie du 
Sofala (dont nous avons déjà parlé), et qu'au noml)rc des lieux 
DJEST.^ habités de ce pays est la ville de Djcsta *Ja-«^=-, peu considérable. 

« On Y trouve de l'or en quantité; son exploitation est la seule 
« industrie et la principale ressource des habitants. Ils mangent 
« des tortues marines et des coquillages. Le dourah est peu abon- 
« dant parmi eux. » Cette ville est située sur un grand golfe où 
peuvent entrer les navires. « Les habitants de Djebesta ak«>.»r- ' 
" n'ayant ni navires ni bêtes de somme pour porter leurs far- 
« deaux, sont obligés de les porter eux-mêmes, et de se rendre 

Keuillet 20 verso " Service réciproquement. Ceux de Comor j-i et les mar- 
" chands du pays de Mchradj ^r,.^ ^ viennent chez eux, en sont 
" bien accueillis, et trafiquent avec eux. » De la ville de Djebesta 

Darlaroui d'après le ms. B. , ou Dariaouï , d après 1 Abrège. 
' Le ms. B. porte conslamment Djesta. 

' U est question des pays de Mehradj et de Comor, dans les Anciennes Relations . 
pag. 78 et suiv. 



NEUVIEME SECTION. 79 

à celle de Daghouta tis^\:> 3 jours et 3 nuits par mer; et à l'île ,. .,, 

o , -^ J 1 ' Feuillet 20 verso. 

de Comor, i jour. 

La ville de Dagliouta est la dernière du Sofala, pays de l'or; rAr.iiocTA. 

elle est située sur un grand golfe. « Ses habitants vont nus; ce- 
« pendant ils cachent avec leurs mains (leurs parties sexuelles), 
« à l'approche des marchands qui viennent chez eux des autres 
" îles voisines. Leurs femmes ont de la pudeur, et ne se mon- 
« trent ni dans les marchés, ni dans les lieux de réunion, à cause 
« de leur nudité; c'est pourquoi elles restent fixées dans leurs 
n demeures. On trouve de For dans cette ville et dans son terri- 
« toire, plus que partout ailleurs dans le Sofala. >> Ce pays touche 
à celui de Wacwac j'j-ï'j, où sont deux villes " misérables et 
« mal peuplées, à cause de la rareté des subsistances et du peu 

1 de ressources en tout genre. » L'une se nomme Derou jji et 
l'autre Nebhena t-i-^j \ Dans son voisinage est un grand bourg 
« nommé Da'rgha &c_^i". «Les naturels sont noirs, de figure 
"hideuse, de complexion diflbrme; leur langage est une espèce 
« de sifflement. Ils sont alisolument nus et sont peu visités (par 
« les étrangers). Ils vivent de poissons, de coquillages et de tor- 
« tues. » Ils sont (comme il vient d'être dit), voisins de l'île Je 
Wacwac " dont nous reparlerons, s'il plaît à Dieu. Chacun de ces 
« pays et de ces îles est situé sur un grand golfe. On n'y trouve 
« ni or, ni commerce, ni navire, ni bêtes de somme. Quant à 

« l'île de Djalous ij^^l=- , ses habitants sont Zendjes, ils vont nus, „£ „[ ojalois. 
n et vivent, comme nous l'avons dit, de ce qui leur tombe entre 
« les mains. Il existe chez eux une montagne dont la terre est 
« (mêlée) d'argent. Si on approche cette terre du feu, elle se dis- 
« sout et ilevient argent. » De là à l'île de Lankialious on compte 

2 journées, et 5 de cette dernière à fîle de Keleh xJê', « qui 

' On lit dans le ms. n° 334, Dadou l.ii el lana'ana xijùj et dans le nos. B 
Dadoua Ijii et Nebhena *_^J^j 
' Ou Daghdaglia as J,.ti . 



Feuillet jo verso. 



ARURE oc CAMPIint. 



ILES DE DJAISA . 
DE SELAHAT, 
ET DE HEP.IDJ. 



80 PREMIER CLIMAT. 

• est très-grande et où demeure un roi qu'on nomme le Djaba 
« ou prince indien. Il y a dans cette île une mine abondante d'é- 
« tain. Le métal est très- pur et très-brillant; mais les mar- 
« chand.s le mêlent frauduleusement après son extraction de la 
■> mine, et le transportent ensuite |)artout ailleurs. Le vêtement 
«des babitants est la tunique; elle est de même forme pour 
« les bommes et pour les femmes. » L'île produit le rotang et 
d'excellent camphre. L'arbre qui donne cette résine ressemble 
au saule , à cela près qu'il est très-grand : plus de cent personnes 
peuvent se mettre sous son ombre. Le campbre s'obtient au 
moyen d'une incision qu'on fait à la partie supérieure de l'arbre , 
d'où il découle en assez grande quantité pour qu'on puisse en 
remplir plusieurs jarres '. Lorsqu'il a cesse de couler par cette- 
ouverture, on en pratique une inférieure vers le milieu de l'arbrî" 
d'où s'écoulent les gouttes du campbre; car c'est une gomme 
produite par cet arbre, et qui s'épaissit dans le bois. Après cette 
opération, l'arbre devient inutile; on le laisse et on passe à un 
autre. Le bois de l'arbre du campbre est blanc et léger. On ra- 
conte, relativement à cette île, des merveilles dont la description 
paraîtrait excessivement fabuleuse. 

Dans le voisinage de cette île sont celles de Djaba x>'^=- -, de 
Selabat k;6y^ et de Heridj ^,jj> ^ Elles sont éloignées les unes 
des autres (litt. chacune est éloignée de sa sœur) d'environ 2 
parasanges plus ou moins. Elles obéissent toutes au même roi. 
« Ce prince se nomme Djaba; il porte la chlamyde et la tiare en 
« or, enrichie de perles et de pierres précieuses. Ses monnaies 
« portent l'empreinte de ses traits (litt. de sa figure). Il a beau- 
" coup de dévotion pour les Boud. Ce mot houd (pb boudoud) 
« signifie temple ' en langue indienne. Celui du roi est très-beau 

Ce mot dérive de I aiabe *>j»-- — ' Java ? 
' Ou Hîizelèh", selon la traduction latine de l'.'Vbregc. 



u/ïYAnr.nES. 



NEUVIÈME SECTION. 81 

" et revêtu extérieurement de marbre. Dans l'intérieur et tout Feuillet 31 recto. 
" autour du boud, on voit des idoles faites de marbre blanc, la 
« tête ornée de couronnes d'or' et autres. Les prières, dans ces 
" temples, sont accompagnées de chants, et ont lieu avec beau- 
" coup de pompe et d'ordre. De jeunes et belles fdles y exé- 
« cutent des danses et autres jeux agréables, et cela devant les 
« personnes qui prient et qui sont rassemblées dans ie temple. 
« A chaque boud sont attachées un certain nombre de ces jexmes 
« illles, qui sont nourries et vêtues aux frais de l'établissement. 
« C'est pour cela que, lorsqu'une femme est accouchée d'une 
« fdle remarquable par sa taille et par sa beauté, elle en fait 
» présent au boud. Parvenue à l'âge de l'adolescence, la jeune 
« ])ersonne est revêtue des vêtements les plus beaux qu'il a été 
« possible de se procurer, et, accompagnée de sa famille et de ses 
" parents des deux sexes, elle est conduite par la main de sa 
" mère au boud auquel elle a été consacrée. On la confie aux 
« serviteurs (du temple), et on se retire. De là elle passe aux 
" mains de femmes instruites dans l'art de la danse, de la mimi- 
« que et autres jeux qu'il lui est nécessaire de savoir. Lor.squ'elle 
« est devenue suffisamment habile, on la revêt d'habits magni- 
" fiques et de riches ornements, et elle est attachée d'une ma- 
" nière indissoluble au service du temple. Elle ne peut plus en 
" sortir, ni cesser désormais (ses fonctions). Telle est la loi des 
« Indiens ([ui adorent les boud. 

« Cette île produit en grande abondance des noix de coco, 
« des figues bananes excellentes, du riz et du sucre. Il existe 
" clans l'île de Hernedj ^^ii> (ou de lleridj) un grand précipice dont 
« personne n'a pu mesurer la profondeur; c'est une particula- 
« rite remarquable. 

« Tout auprès de l'île de Djaba est celle de MaïtkjU; elle est 

Le ms. B. ajoute : et revêtues de brocart et d'ëtofl'es rayées (de l'Iémen). 

I 1 



82 PRE.MlEll CLIMAT. 

Feuillet 21 recio. „ sous la dépendance du roi de Djaba, et produit aussi des noix 
« de coco, des bananes, du sucre et du riz. 

« L'île de Selahat k;^5>-. produit l)oaucoup de bois de sandal , 
" du nard et du clou de gorofle. Le géroflier est un arbre qui 
« ressend^le au henné ' sous le rapport de la végétation et de la 
« ténuité de ses branches. Elles portent une fleur qui s'ouvre en 
« un calice exactement semblable au (à celui du) cocotier. Lors- 
11 que la feuille tondie, on cueille le calice avec précaution pour 
■> pouvoir ^'employer à l'usage qu'on désire; ensuite on l'expose 
« (à l'air), on le fait sécher tout acre et grossier (qu'il est), et 
" on le vend aux marchands étrangers, (jui le transportent dans 
" tous les pays de la térre_. » 

Tl existe dans cette île un borkan J^^^ " de feu , qui brûle et 
qui s'élève à la hauteur de i oo coudées. Durant le jour on ne 
voit que la fumée, et la nuit c'est un feu très-ardent. A gauche 
de l'île de Habet kiU est celle de Tenouma «-.^ ; entre cette 
dernière et celle de Maït kjU ', on compte une journée de dis- 
tance. « Celle-ci est très-peuplée ; les habitants portent l'espèce 
« de vêtement nommé azar^ji. On y trouve de l'eau douce, du 
» riz, du sucre, des noix de coco et des pêcheries de perles. 
« L'île de Tenouma produit le bois d'aloès indien ^JOt-JI i,_«JI 
« et le camphre. 

« Le bois d'aloès a les branches et les feuilles exactement sem- 
•' blables aux feuilles et aux branches de la plante appelée sas 
« (joUaJi . On extrait ses racines à une époque particulière, et plu- 
« sieurs mois après qu'on lui a coujjé les branches : ensuite on 

' Arbuste bien connu , d ou [imvient la roulpur rougt; qu on emploie clans le 
Levant pour teindre les ongles, la baibe et les cheveux. 

' Ce mol est traduit, on ne sait jxiurquoi, pav puteus dans la version latine; il 
senible être une corruption du mot volcan. 

' L'absence des points diacritiques porte à [)enser (pie Habet et Mail ne font 
qu'une seule et même île; le ms. B. porte coustanimenl Mabet lajU 



NEUVIÈME SECTION. 85 

" taille sa partie supérieure; on enlève la partie tendre, et on prend iVuillet 21 verso. 
« le bois dur (litt. le cœur) qu'on râpe avec Yeskarnadj ^lyXwill ' , 
» qui est comme la lime de bois d'aloès, jusqu'à ce qu'il soit nct- 
« toyé; ensuite on le frotte avec du verre; puis on le met dans des 
« sacs de toile grossière , et on lui donne beaucoup de poli : 
« enfin on le tire des sacs, et on le vend aux marchands qui 
« allluent dans le pays et qui le répandent partout'- . 

« De Chouma &.«j-w ' à l'île de Comor jU , 5 journées. 

« Le bois d'aloès que produisent ces îles' est bon; mais celui 
« qu'on nonnnc sanfi j-«= est encore meilleur. On trouve à 
" Chouma du bois de sandal et du riz ; les habitants portent 
« le vêtement nommé foufa ; ils accueillent bien et honorent les 
« marchands étrangers. Ce sont des hommes justes , purs et re- 
« nommés pour leur bienfaisance et pour leur équité parfaite. 
" Us adorent les idoles et les bond, et ils brûlent leurs morts. » 
L'île de Senf i-XL.^ ^ est voisine de l'île de Comar ^^ ; il n'y illdesenf. 
a que 3 milles d'intervalle. « On trouve à Senf du bois d'aloès 
« supérieur à celui de Comar, car, plongé dans l'eau, il ne sur- 
« nage ])as, tant il est lourd et excellent. Il y a, dans cette île, 
« des bœufs et des buffles sans queue, des cocotiers, des bana- 
« niers, des cannes à sucre et du riz. «Les habitants n'égorgent 
aucune espèce de quadrupèdes, m d'autres animaux tels que les 
reptiles, etc. « Ils peuvent bien manger de la choir des animaux 
« morts naturellement , mais la plupart d'entre eux répugnent à 

' On pourrait lire aussi eskurhudj. 
On voit qu'il s agit ici, non du suc proprement dit de l'aloès, mais du bois 
d'un arljre qui porte le même nom. Il y a plusieurs sortes de bois d'aloès ; M. (niil- 
lemin , savant Ijotaniste, pense que l'auteur arabe veut pirler d'une des espèces du 
genre aquilarid des auteurs modernes, sur lesquelles on trouve beaucoup de dé- 
tails dans Rumpbius, Herhurium Amboincnse, tom. XI, pag. -jç) et suivantes. 
' Les mss. n° 334 et B. portent Tenoma. 
Le ms. B. porte : «Cette dernière île. » — 'Il est question de cette île sous le 
nom de Senef, dans les Anciennes Relut., etc. pag. i45-i46. 

1 I . 



Feuillet 31 verso. 



84 PREMIER CLIMAT. 

» le l'aire , et n'en mangent pas. Celui qui tue une vadic est puni 
« de mort, ou du moins il a la main coupée. Lorsqu'une vache est 
« hors d'état de servir , on la parque dans une étable et on l'y laisse 
« jusqu'à ce qu'elle meure de sa mort naturelle. 11 y a dans cette 
« île un roi qui se nomme Ranid J^^j, et sa famille Semer ^r-«^- 
« L'iinbillcment de chacun des habitants se compose de denx 
« foula: l'une employée comme manteau traînant, et l'autre ser- 
« vaut à voiler et à couvrir le corps. Il y a de l'eau douce. » 
De cette île ( de Chouma ou de Tenoma ) à celle de Sendéfou- 
lat <-ai'jJ.>vÀ*3 , 1 journées. De celle de Senfy à la ville de Lou- 
kïn ^J^9^ ^ journées. C'est la première échelle de la Chine '. « On 
« y fabrique diverses riches étoffes de soie de la Chine qui sont 
« exportées au dehors, et notamment le ghazar-sini (g.*r<oj^ji, 
« dont on fait commerce dans les pays voisins aussi bien qu'au loin. 
« On Y trouve du riz , des céréales , des noix de coco , des cannes 
II à sucre. Les habitants portent la fouta ; ils accueillent bien les 
« étrangers; ils sont très-magnifiques, et font un plus grand 
" usage do parfums que les autres liajiitants de l'Inde. «De Loukin 
(jAïyJ à KJiancou >-*J^ '", /t journées de navigation, et 20 par 
terre. Cette dernière échelle est la plus considérable de la Chine. 
" Ce pays est gouverné par un roi puissant et glorieux, qui 
« a beaucoup de sujets, de troupes et d'armes. On s'y nourrit 
n de riz, de noix de coco, de lait, de sucre et de mokl ^ . La ville 
« est située sur un golfe ( ou à l'embouchure d'un fleuve ) (ju'on 
II remonte durant deux mois de marche jusqu'à la ville de Badja 
« *i?-lj. qui appartient au baghbough ^y^ \ lequel est le roi de 

Le texte arabe porte ^ .^1 1 jjL.^» Jji , ce qui signifie exactement la pre- 
mière des échelles de la Chine. — ' Ou plutôt Khanfou «ijU«. ■ 

"' C'est le fruit du palmier doum. \'oyez, à ce sujet, la Clirestomalhie arabe de 
M. de Sacy, 1" édition, tom. 111, pag. /io!i et suivantes. 

* Ce nom parait être le même que faghfour , j^xii dont il est si souvent question 
dans les géographes orientaux qui ont traité de la Chine 



NEUVIÈME SECTION. 85 

n toute la Chine. Cette ville est le terme des voyages des Occi- Keuiilet 22 iccio. 
" dentaux; on y trouve toute espèce de fruits et de légumes, du 
« blé, de l'orge et du riz. » On ne trouve ni raisin ni ligues dans 
la totalité de la Chine et des Indes, « mais bien le fruit dun 
« arbre qu'on nomme el-cheki ^^I et el-berki Sj~^^. Cet arbre 
<• croît particulièrement clans le pays du poivre. C'est un arbre ' 
« dont les fruits sont durs, et dont les feuilles, d'un vert éclatant, 
" ressemblent à celles du chou; il porte un fruit de la longueur 
« de quatre palmes , rond , semblable à luie conque marine , couvert 
« d'une écorce rouge, et dans l'intérieur duquel est une graine 
« ou un gland qui ressemble à celui du chêne; bouilli au l'eu, 
« on le mange comme la châtaigne, dont il a exactement le 
« goût. La pulpe de ce fruit forme un aliment très-doux et très- 
» agréable, qui réunit au goût de la pomme celui de la poire, 
« et quelque chose même de la saveur de la banane et du mokl. 
« C'est un fruit appétissant, admirable, et le plus recherché tie 
« tous ceux qu'on mange dans l'Inde. On trouve également dans 
« ce pays un arbre qu'on appelle el-i'nba l^i^JI ; il est grand comme 
« le noyer, ses feuilles ressemblent aux feuilles de cet arbre, 
« et son fruit à celui du palmier doum. Lorsque ce fruit est 
« noué ', il est tendre; alors on le met dans du vinaigre, et son 
« goût ressemble exactement à celui des olives. C'est chez les 
« Indiens un hors-d'œuvre destiné ù exciter l'appétit. » 

De la ville de Khancou"" à la ville de Djankouj-Sil-=>, on compte 
3 journées*. ( Nous en reparlerons dans la dixième section, s'il 
plaît à Dieu. ) 

De la ville de Senf la riveraine à l'île de ChamcU-oU, ajournées. 

Je crois que c'est tlu jacquier ou de l'arbre à pain qu'il est ici question. Du 
reste, le mot ne se trouve pas dans les dictionnaires. 
" Le texte arabe porte exactement la nicme chose : ,>jl£. 
' Lems. B. porte Ilanloii ^Jili»- • 

Le manuscrit n° 33^ porte : buil journées. 



86 PREMIER CLIMAT. 

Feuillet 32 rccii. „ Cette dernière est située dans la mer de Senf; elle est floris- 

n santé et peuplée. Elle produit du blé, du riz, des figues bananes 
" en quantité et du sucre. On y pêche une espèce de poisson 
"fort gros, d'un goût excellent et dont la chair peut remplacer 
« la ( medlciue ) viande. » 

De l'île de Charnel à celle de Achoura'jj-i^, /i journées. Celle-ci 
est mal peuplée. Son territoire est âpre, stérile et montagneux. 
11 y a beaucoup de scorpions et de reptiles. De là à l'île de Malaï 
i^y-*, une petite journée. 

L'île de Malaï est grande; elle s'étend de l'occident à l'orient. 
MALAi « Son roi demeure dans une ville, et il se nomme Melik-el-Djezer 

« jjM. AL>. Sa monnaie est d'argent, et elle est connue sous le 
« nom' de dirheni el-tatarièh aj^UiJI |^>>JI. Il a beaucoup de trou- 
" pes, d'éléphants et de vaisseaux. Le.s productions du pays soii( 
« la banane, la noix de coco et la canne à sucre. D'après le rapport 
« des habitants, cette île touche à la mer résineuse ^jCi^Ji ^,js?JI , 
« à l'extrémité de la Chine. La mer de Senf nourrit une grande 
« quantité de poissons grands et petits, et produit diverses suh- 
1 stances curieuses, utiles ou nuisibles, dont nous ferons mention, 
" lor.sque nous traiterons des extrémités de cette mer, dans le 
« second climat, et que nous rapporterons, autant que nos forces 
» nous le permettront, ce (ju'en disent les voyageurs ainsi que les 
« marins, et (en général) les choses sur lesquelles leurs relations 
" s'accordent avec celles des annalistes et des géographes anciens. » 



DIXIÈME SECTION. 87 



DIXIÈME SECTION. 

Suite de la mer des Indes et de la Chine. — Iles d el-Moudja. - — De Sunia 

d'Alniaid. 



Cette section comprend les dernières terres habitables du l'VuiiKi 22 recto, 
côté de l'orient, au delà desquelles tout est inconnu; la nier 
de Chine nommée aussi Sakha,^is?, et, par quelques jîcrsoiiiies, 
mer de Senf; c'est un bras do la mer Océane appelée mer 
obscure, parce qu'elle l'est en effet, et qu'elle est presque tou- 
jours agitée par des vents impétueux et couverte d'épaisses 
ténèbres. Cette mer touche à l'Océan auprès du pays de Gog et 
de Magog, et par sa partie inférieure ( litt. par ce qui est au- 
dessous d'elle), aux terres inhabitables du coté du nord. Cette 
mer des ténèbres s'étend beaucoup aussi du côté de l'occident, 
ainsi que nous l'avons dit \ « et que nous en avons tracé le dessin. » 
Cette mer est agitée par des vents impétueux et sujette à des 
pluies aliondantes. Les vents maritimes (la mousson) soufflent 
durant six mois dans une direction , et pendant six autres dans 
ime direction contraire. 

Il y existe un grand nombre d'îles, dont les unes sont visitées 
et les autres non fréquentées par les négociants, « à cause de la 
" difficulté des routes, de la frayeur qu'inspire la mer, des 
« variations dans le cours des vents, de la férocité des insulaires 

La version latine ajoute le passage suivant , qu'on retrouve dans le texte arabe 
du ms. B. : protciidiliuquc ad insulus Viicvac ex parte meridionali , et aJ mare serpentant 
asque ad hilus australe maris terrain aiithientis. 



Feuillet 22 recto. 

II.K EL-MOI hj,\. 



Feuillet 22 verso. 



ILE DE SCM.\. 



88 PREMIER CL J. MAT. 

■< et du manque de communication et de relations de bon voisinage 

« avec les peuples connus. « 

" L'île nommée el-Moudja *^>1', située dans la mer Darlarouï 
« cSA)^j'^> obéit à divers rois (|ui sont de couleur ])lanclie, mais 
<• qui ne portent pas l'espèce de manteau nomme azar j'j'. Ils 
« (les habitants) ont, sous le rapport du costume et des ome- 
» ments, beaucoup de ressemblance avec les Chinois, lis ont un 
« grand nombre de chevaux dont ils se servent pour aller 
« combattre les rois leurs voisins. Cette île touche aux lieux où 
« le soleil se lève. On y trouve l'animal qui porte le musc et la 
" civette. Les femmes y sont les plus belles du monde; elles 
" portent toujours les cheveux longs, et elles no cherchent en 
" aucime manière à les cacher. Elles vont tète nue, ornée (seu- 
« lement) de bandelettes, auxquelles sont suspendus des coquil- 
« lages de diverses couleurs et des fragments de nacre de perle. » 
De cette île à celle de Suma a^j— .\ 2 journées. 

Cette dernière est très-considérable, très-fertile en grains et 
" en céréales. On y trouve diverses espèces d'oiseaux bons à 
« manger, qu'on ne voit point ailleurs dans l'Inde, et beaucoup 
" de cocotiers. » Elle est entourée d'un grand nombre d'îles 
petites, mais peuplées. Son roi se nomme Camroini y^^i*. H 
y pleut et il y vente beaucoup. La profondeur de la nier qui 
l'eutoure est d'environ 4o brasses. Les montagnes de cette 
île produisent du camphre supérieur à celui de tous les autres 
pays. " Il existe dans quelques-unes d'entre ces îles un peuple 
« nommé el-Fondjet i-..s\àJI , à cheveux noirs et crépus, attaquant 
• les navires avec des machines de guerre, des armes et des 



' C'est Irès-probablemenl Sumatra ; \ oyez le Précis de h Gcogr. iimr., toiii I. 
p. 379, et tom. IV, pag. 255 et suiv. Comme le paragraplie piéct'dent avait élc' (imis 
par l'abrévialeur, il n'était pas possible de deviner à quoi se rapportaient les mots 
de la version latine : ab hâc insulâ, etc. An reste, d'après les mss. n° 334 et B. . il 
faiidrail lire .Soborma x^fjt^, . an Heu de Suma. 



DIXIÈME SECTION. 89 

• flèches empoisonnées. li est difficile de résister à leurs attaques, 
' et peu d'entre ceux qui passent dans leur voisinage ou qui 
« tombent entre leurs mains parviennent à se sauver. Chacun 
« ( de ces hommes ) porte autour du cou un collier de fer, de 
« cuivre ou d'or. » A l'extrémité de cette mer, du côté de 
la Chine, est l'île d'Almaïd >>^jHI, éloignée (de la Chine) 
de k journées de navigation. De l'île de Suma à celle d'el-Aiam 
^^lji" ' , même distance. De là on pénètre à la mer de Senf. 
« Parmi toutes les mers dont nous avons fait mention, il n'en 
« est point où les pluies soient plus fréquentes et les vents plus 
'< violents; quelquefois les nuages laissent tomber la pluie durant 
« un jour ou deux sans interruption. Les îles de la mer de Senf 
" produisent du bois d'aloès et d'autres parfums. On ne connaît ni 
« l'extrémité ni l'étendue de cette mer. Sur ses rivages sont les 
« domaines d'un roi nommé Mihradj j'^t-*. qui possède un 
« grand nombre d'îles bien peuplées, fertiles, couvertes de champs 
« et de pâturages, et produisant de l'ivoire, du camphre, de la 
« noix muscade, du macis, du clou de gérofle, du bois d'aloès, 
« du cardamome, du kababé et autres substances (litt. graines) 
« qui s'y trouvent et qui y sont indigènes ". Le pays de ce prince 
« est très-fréquenté , et il n'est ^int de roi dans l'Inde qui 
« possède rien de comparable à ces îles, dont le commerce 
" est considérable et bien connu. » Au nombre de ces îles est 
celle d'Almaïd. Elle contient un grand nombre de villes, est 
plus vaste et plus fertile que celle de Moudja, « et ses habitants 
« ressemblent plus aux Chinois que les autres, je veux dire que 
" la population de tous les pays voisins de la Chine. Les rois 
« possèdent des esclaves noirs et blancs et de beaux eunuques. » 
Leurs îles et leurs pays touchent à la Chine. » Ils envoyent des 
« ambassadeurs et des présents au souverain de cet empire, » 



Feuillet 28 verso 



ILR DALMAID. 



Ou An 



' siSij: 



Feuillet 32 verso. 



Feuillet 23 recto. 



90 PREMIER CLIMAT. 

C'est là que se rassemblent et que stationnent les navires chinois 
venant des îles de la Chine; c'est vers cette île qu'ils se dirigent, 
et de ce point qu'ils partent pour se rendre ailleurs. De l'île de 
Seni" aux îles de Sendi Foulât i:ai(ji ^^JU*», lo journées. « L'île 
n de Sendi Foulât est très-grande; il y a de l'eau douce, des 
« champs cultivés, dujiz et des cocotiers'. Le roi s'appelle Resed 
, .x^j-. Les habitants portent la fouta soit en manteau, soit en 
« ceinture •". u L'île de Sendi Foulât est entourée, du côté de la 
Chine, de montagnes d'un difficile accès, et où soufflent des 
vents impétueux. Cette île est une des portes de la Chine. De 
là à la ville de Kliancou, 'yijli» *, 4 journées. 

» Les portes de la Chine sont au nombre de douze; ce sont 
« des montagnes situées dans la mer: entre chaque montagne, 
« il y a une ouverture par laquelle on arrive à celle des villes 
« maritimes de la Chine vers laquelle on tend. Toutes les échel- 
« les de la Chine sont ainsi placées sur des golfes; c'est par-là 
« que montent les navires ^. 

« Le peuple possède des. richesses abondantes et des trou- 
« peaux de moutons. Quant aux eaux des golfes, elles sont 
" douces jusqu'au moment des marées; alors le fleuve se rem- 
« plit d'eau de mer, ce qui •rrive deux fois pendant les 2 4 
« heures (litt. par jour et par nuit). 

« Dans ces échelles sont des marchés, des négociants, des gens 
« qui viennent, d'autres qui partent, des bâtiments, des marchan- 
« dises qu'on charge, d'autres qu'on décharge. On jouit cons- 
•' tamment dans le pays d'une sécurité ( parfaite ). La justice 

Ces détails sont parfaitement conformes à ce qn on lit dans les Ane. Relal. des 
Indes et de la Clùne , pag. i!i et suiv. 
Le ms. B porte Zenbid '^^j. 

Ou plutôt Khan-fou, Khan-pou. Voyez le Journal Asiatique, lom. V, pag. 37. 
Le manuscrit arabe renferme encore quelques mots qui présentent de l'obscu- 
rité; les voici: (_pUsj taUs- (j,-J J^i»! j ^h'^'^' J ,rV-*J' 



DIXIÈME SECTION. 91 

caractérise leurs monarques; elle est la base de leurs lois et Feuillet 23 recto 
la règle- de leur conduite. C'est pourquoi les habitations se 
touchent, le pays est florissant; il y a peu de sujets de tri.s- 
lesse et beaucoup de motifs d'espoir; on ne regarde point à 
la dépense , et l'on fait beaucoup de bien. Tous les peuples 
de la Chine et des Indes punissent de mort les voleurs, aiment 
la tranquillité, et se rendent justice à eux-mêmes, sans avoir 
besoin de recourir aux magistrats et à des arbitres. Tout cela 
tient à leur naturel , au caractère avec lequel ils ont été créés , 
et dont ils ont été empreints. Le roi Camroun tient sous son 
obéissance deux îles qui lui appartiennent; l'une se nomme 
Famousa U»ji et l'autre Lasma x,«^i(. La couleur des habi- 
tants de ces îles tire sur le blanc; les femmes y sont d'une 
beauté ravissante. (Quant aux hommes) ils sont braves, en- 
treprenants ; ils se livrent à la piraterie sur des vaisseaux d'une 
marche supérieure, particulièrement lorsqu'ils sont en guerre 
avec les Chinois, et qu'il n'existe point entre eux de paix (ou 
de trêve). » 'i'o,i:S-i- 

De l'île de Moudja à celle des Nuages v*-^', /i journées de 
navigation et plus. Cette dernière île est ainsi nommée parce 
qu'il s'élève quelquefois de son sein des nuées blanches très- 
dangereuses pour les navires. Il en sort une pointe (litt. une 
langue) mince et longue, accompagnée d'un vent im|jétueux. 
Lorsque cette pointe atteint la surface des eaux de la mer, il 
en résulte une sorte d'ébullition; les eaux sont agitées comme 
par un tourbillon effroyable, et si elle (la pointe) atteint des 
navires, elle les engloutit. Le nuage s'élève ensuite et se ré- 
sout en pluie, sans qu'on sache si cette pluie provient des 
eaux de la mer ou comment la chose se passe '. H y dans cette 
île des collines d'un .sable qui, présenté au feu, se fond et de- 
Ce phénomène des trombes marines est décrit à peu près dans les mêmes 
termes dans les Anciennes Relat. tks Indes et de la Chine. 



92 PREMIER CLIMAT. 

Feuillet j3 verso, vient de l'argent pur. Dans la partie des îles de Wacwac jî>iij 
voisine de celle-ci, sont des lieux coupés d'îlots et- de mon- 
tagnes, inaccessibles aux voyageurs, à cause de l'extrême diffi- 
culté des communications. Les habitants sont des infidèles qui 
ne connaissent point de religion, et qui n'ont point reçu de loi. 
Les femmes vont tête nue , portant seulement des peignes d'ivoire 
ornés (litt. couronnés) de nacre. Une seule femme porte quel- 
quefois jusqu'à vingt de ces peignes. Les hommes se couvrent la 
tète d'une coiffure qui ressemble à ce que nous appelons alcaa- 
nès u»jiUJi , et qui s'appelle en langue indienne el-bouhari tsj^-»J' . 
Ils restent fortifiés dans leurs montagnes sans en sortir et sans 
permettre qu'on vienne les visiter; cependant ils montent sur 
les hauteurs, le long du rivage, pour regarder les bâtiments, 
et quelquefois ils leur adressent la parole dans une langue inin- 
telligible. Telle est constamment leur manière d'être. Auprès 
de ce pays est l'île de Wacwac, au delà de laquelle on ignore 
ce qui existe. » Cependant les Chinois y abordent quelquefois, 
« mais rarement; c'est un assemblage de plusieurs îles inliabi- 
« tées, si ce n'est par des éléphants et une multitude d'oiseaux. 
« Il y a un arbre dont Mas'oudi rapporte des choses tellement 
« invraisemblables, qu'il n'est pas possible de les raconter : au 
« surplus, le Très-Haut est puissant en toutes choses. » 

De l'île de Senf à celle de Malaï, 12 journées, à travers des 
îles et des rochers qui s'élèvent au-dessus de la mer. L'île de 

Malaï est très-vaste. '. ' C'est la plus longue 

« des îles sous le rapport de l'étendue, la plus considérable sous 
« le rapport de la culture, la plus fertile dans ses montagnes, 
" renfermant les domaines les plus vastes. On se livre dans cette 

Notre manuscrit offre ici une lacune que la version latine et le ms. B. permettent 
de remplir comme il suit : Ilœc insula procurrit ab ocriiknte in oricntem, scd à parle 
occulcntali, jumjilur cum oris mantimts Zcngitarum, et carsu. Iransverso pertjit semper 
cam oriente ad Aquilonem quousque attmgat littora Sin. 



DIXIÈME SECTION. 93 

« île au commerce le plus avantageux, et il s'y trouve des élé- Keuiiict 23 verso. 
«1 pliants , des rhinocéros , et diverses espèces de parfimis et d'épi- 
« ceries, telles que le clou de gérofle , la cannelle , le nard , 
« le ... . ijpjX^ \ et la noix muscade. Dans les montagnes sont 
« des mines d'or d'une excellente qualité ; c'est le meilleur de 
« la Chine. Les hahitants de cette île possèdent des maisons et 
» des châteaux construits en bois, transportes par eau aux lieux 
« de leur destination ; ils ont aussi des moulins à vent ( litt. 
« des meules tournant par le vent ), où ils réduisent en farine 
« le riz , le blé et les autres céréales dont ils se nourrissent. » 
De l'île d'Almaïd ^Ul , en tirant vers l'est à celle de Sandji 
tj^w, 3 journées faibles. <> C'est une île fertile, peuplée, et 
« où l'on trouve de l'eau douce. Leur couleur (des habitants) 
" est intermédiaire entre le blanc et le fauve. Us portent aux 
« oreilles des ornements de cuivre. Les hommes portent une 
« fouta, et les femmes deux. Leur nourriture consiste en riz. 
« Il y a beaucoup de cannes à sucre et de cocotiers, et des 
« mines d'or connues par l'abondance et la qualité de ce métal 
« (qu'elles produisent). » On voit dans cette île diverses statues 
placées sur le bord de la mer; chacune d'entre elles tient le 
bras droit élevé comme pour dire au spectateur : Retourne au 
lieu d'où tu es venu , car il n'existe point derrière moi de 
terres où il soit possible de pénétrer. De cette île, on peut 
se rendre aux îles de Sila 5V^ -, lesquelles sont en grand nombre 
et rapprochées les unes des autres. Il y existe une ville nommée 
Ankouah .^Xii, dont le territoire est tellement fertile et abon- 
dant en toute sorte de biens, que les étrangers qui viennent 
pour la visiter s'y fixent et ne veulent plus en sortir. Il y a 
de l'or en si grande quantité, que les habitants fabriquent avec 

Ce nom spécilique est, comme plusieurs autres, écrit d'une main peu sûre et 
d'un caractère d'écriture qui atteste l'incei titude du copiste. — ' Ou Saïla. 
' Ou al-Kiouah t^l] . Ms. B. 



94 PREMIER CLIMAT. 

Feuiii.1 33 verso ce métal (jusqu'aux) chaînes de leurs chiens et aux colliers de 
leurs singes. « Ils fabriquent (aussi) des vêtements tissus d'or, 
» et ils les vendent. 11 en est de même (je veux parler de Ta- 
« bondance de l'or ) dans les îles de Wacwac. Les marchands v 
« pénètrent avec ceux qui se livrent à la recherche de 1 or; ils 
« y opèrent la fonte de ce métal et l'exportent en lingots. Ils 
« exportent aussi de la poudre d'or , qu'ils font fondre dans leur 
« pays au moyen de procédés connus d'eux. Les îles de Wacwac 
« produisent aussi de l'ébène d'une incomparable beauté. 

n La mer de la Chine, la partie de la mer de Senf qui lui est 
« contiguë, la mer Darladeri (5ji5(;ta, ainsi que celles d'Herkend et 
• d'Oman, sont sujettes au flux et au reflux. On rapporte que, 
« dans les mers d'Oman et Fars ', ce phénomène a lieu deux 
« fois dans l'année, en sorte qu'on éprouve le flux durant les 
« six mois dété dans la mer orientale, tandis que le contraire a 
« lieu dans la mer occidentale; puis le reflux se reporte à l'ouest 
" durant les six autres mois. 

« Comme il a été émis un grand nombre d'opinions au .sujet 
« des marées, nous nous trouvons dans l'obligation de rapporter 
« sommairement ce qui a été dit, pour compléter l'explication 
<> de ce phénomène. 

« Aristote et Archimède ' prétendent qu'il est dû à l'action 
' du soleil combinée avec celle du vent et des vagues ( comme la 
<v chose arrive dans la mer Atlantique LHulaAMal, qui est l'Océan), 
« ce qui produit le flux, tandis que, lorsque le vent tombe et 
« s'apaise, le reflux a lieu. 

« Mais Satoïos ,y»j^L« \ pense que la cause du flux réside 

Le golfePersique. 
1 '.Nous sommes redevables de cette dernière leçon au ins. B, dans le<jiiel on 
Ht très-distinctement, paf;. 46 recto, |,i,-v., ■ l'i-,! 

' Le nom de le philosophe, prohablement grec , est indéchiffrable. Notre auteui 
voudrait-il parler de Ctésias, ou bien de Posidonius, dont le système se rapprochait 
en effet des idées développées dans ce passage? Voy. Strabon , liv m . pag. lyS-i y/j. 



Feuillet 24 recto. 



DIXIÈME SECTION. 95 

■1 dans l'accroissement successif de la lune jusqu'à son plein, et Keuiiiet 2.4 recw. 
« que le reflux doit être attribué à la diminution des phases de 
>i cet astre. Cette opinion a besoin d'être développée et expliquée 
« en détail. Nous disons donc au sujet du flux et du, reflux (que 
« nous avons vu de nos propres yeux dans la mer des ténèbres, 
« c'est-à-dire, dans l'Océan qui baigne les côtes occidentales 
« de l'Andalousie et de la Bretagne), que le flux commence à 
« avoir lieu dans cette mer depuis la seconde heure du jour 
« jusqu'au commencement de la neuvième '. Ensuite le reflux 
« a lieu pendant six heures jusqu'à la fin du jour; puis la mer 
« s'élève encore durant six heures, après quoi elle s'abaisse du- 
« rant six heures; en sorte que le flux et le reflux se font chacun 
" ressentir une fois pendant le jour et une fois pendant la nuit. 
« La cause de cela est le vent qui soulève la mer au commen- 
« cément de la troisième heure du jour. Tant que le soleil 
« s'élève .sur l'horizon, le flux augmente avec le vent. Avant la 
Il chute du jour, le vent tombe, parce que le soleil est plus sur 
« son déclin, et le reflux a lieu. De même, au coriimencement 
« de la nuit, le vent s'élève (de nouveau), et le calme ne s'éta- 
« blit qu'à la fin de la nuit. Les hautes marées ont lieu durant 
« les iS", i/j.', i5' et 16' nuits du mois (lunaire); alors les eaux 
« s'élèvent excessivement et elles atteignent des points où elles 
■' ne parviennent jamais, si ce n'est aux jours correspondants 
» des mois subséquents. C'est, dans ces mers, une des merveilles 
« évidentes du Créateur : les habitants du Moghreb en sont té- 
« moins et n'en peuvent douter. Ces marées se nomment feïdit 
» ou inondations. 

« Tous les navires chinois, grands ou petits, qui naviguent 
« dans la mer de la Chine, sont solidement construits en bois. 

Il est probable que notre auteur n'a vu le (iliénomène des marées que durant 
quelques jours ; car autrement il aurait remarqué que les heures du plus grand 
flux ou reflux font successivement le tour de la journée. 



Feuillet ai recto. 



Feuillet 2.'i verso. 



96 PREMIER CLIMAT. 

« Les pièces portant les unes sur les autres sont disposées géo- 
« niétriquement, garanties (de l'infiltration) au moyen de libres- 
« de palmier, et calfatées avec de la farine et de l'huile (de 
«poisson). Il existe dans la mer de la Chine et des Indes de 
t grands animaux longs de cent coudées et larges de vingt- 
'< quatre, sur le dos desquels s'élèvent en bosse et comme par 
" végétation \ des rochers d'écaillés sur lesquels les navires se 

brisent quelquefois. Les navigateurs racontent qu'ils attaquent 
' ces animaux à coups de flèches et les forcent ( ainsi ) à se dc- 
" tourner de leur chemin. Ils ajoutent qu'ils se saisissent des 

plus petits, qu'ils les font cuire dans des chaudrons % que 
' leur chair se fond et se change en graisse liquide. Cette subs- 
' tance huileuse est renommée dans l'Iémen, dans l'Aden, sur 
" les côtes du Fars, do l'Oman, et dans la mer des Indes et de 
« la Chine. Les peuples de ces régions font usage de cette subs- 

■ tance pour boucher les trous des navires. 

« Au nombre des choses meneilleuscs qu'on voit dans la mer 

■ des Indes et de la Chine, et dont parlent les marchands qui 
» naviguent dans ces parages, sont les montagnes et les détroits 
'■ qui se trouvent dans ces mers. 11 en sort quelquefois des oi- 
« seaux noirs, grands comme des enfants de quatre mois, qui 
« entrent dans le navire sans faire de mal à personne, et ne le 
« qxiittent plus. C'est pour les navigateurs im signe de l'approche 
« du vent qu'on nomme le vent trompeur, et qui est très-dan- 
" gereux. Ils cherchent à s'en garantir et prennent leurs pré- 
« cautions à son approche, en allégeant le navire du poids de 
'< ses marchandises, en jetant à la mer tout ce qui en provient, 
« et particulièrement le poisson et le sel , dont ils ne gardent 
« absolument rien, et enûn en raccourcissant leurs mâts de 
• deux coudées et plus, de peur que le vaisseau ne se brise. En 



. — '' En arabe, Kidroun )•>»* . 



DIXIÈME SECTION. 97 

effet, le vent ne manque pas de s'élever. Alors les navigateurs Feuillet 2/1 vmo. 
essuient la tempête en se confiant à la protection divine, et 
ils se sauvent ou ils périssent, selon qu'il plaît à Dieu. Ils ont 
un autre signe de salut , lorsque Dieu le permet ; c'est l'ap- 
parition au-dessus d'un de leurs mâts, d'un oiseau de couleur 
d'or qui Ijrille comme une flamme de feu, et qu'on appelle 
el-Behmen cj-«y+" '. Lorsqu'ils le voient, ils savent qu'ils seront 
délivrés ; c'est une chose qui a été vue très-distinctement , el 
de la réalité de laquelle les rapports réitérés (des voyageurs) 
ne laissent aucun motif (raisonnable) de douter. 

" Il y a dans la mer de la Chine un animal connu sous le 
nom d'el-Ghaïda i>.>>-vxll . Il porte deux ailes au moyen des- 
quelles il s'élève du fond ( de la mer ), et se transporte , mal- 
gré son poids, sur les navires. Il est long de 100 coudées ou 
environ. Lorsque les marins l'aperçoivent, ils font du bruit au 
moyen de pièces de bois frappées les luies contre h's autres : 
l'anunal se retire et leur laisse le chemin libre. D'ailleurs , 
grâce à Dieu, le sort de ce grand animal est attaché à celui d'un 
petit poisson nommé el-Mabida «j>.aa1I . Lorsqu'il l'aperçoit, 
il s'éloigne et s'enfuit dans les abîmes tle la mer jusqu'à une 
profondeur telle qu'il soit à l'abri de la poursuite de ce petit 
poisson. 

« Les rois des Indes et de la Chine font grand cas de la hau- 
teur de la taille chez les éléphants ; ils les payent fort cher 
( litt. avec beaucoup d'or), en raison de cette qualité. La taille 
(ordinaire) d'un éléphant est de neuf coudées; mais les élé- 
phants nommés Kliawar jIh^, ont dix coudées de hauteur. Le 
plus grand roi des Indes est le Balhara ^j^', ce qui signifie 
le roi des rois. Ensuite vient le Mekemkem (XS^I ; son pays 

El-Bchmon désigne le feu Saint-Elme. 

Le cO|)iste de notre ms. a évidemment tracé ici divers noms dont il ignorait 
la véritable prononciation. Nous essayons de les rétablir d'après le ms. B. 

i3 



Feuillet 2 4 vfrs'j 



98 PREMIER CLIMAT. 

« est le pays de Sadj ^U,. Après lui vient le roi de Safen ou de 
« Taben (jjjUs: puis le roi de Djaha ajL»- ' ; puis le roi de Djezer 
« jj-=r-^ \ puis le roi nommé Camrouii yj^-*^, dont les états tou- 
« client à la Chine. 

« Les Indiens sont divisés en sept castes; la première est 
" celle des Sakerié aj^^I-J'. Ce sont les plus nobles: c'est parmi 
« eux, et non ailleurs, que sont clioisis les rois'. Toutes les 
« autres se prosternent devant eux, et eux ne se prosternent 
« devant personne. 

« Viennent ensuite les Brahmes *$I;j , qui sont les religieux de 
« ITnde ; ils sont vêtus de peaux de tigre et autres. Quelquefois 
" l'un d'entre eux, tenant un bâton à la main, rasemble autour de 
" lui la foule. Debout depuis le matin jusqu'au soir, il adresse 
« la parole aux assistants, leur parle de la gloire et de la puis- 
« sance de Dieu, et leur explique les événements qui ont amené 
« la ruine des autres peuples anciens, c'est-à-dire du peuple 
« des Brahmes. Ils ne boivent ni vin, ni liqueurs fernientées. Les 
« objets de leur adoration sont des idoles (considérées par eux 
« comme) pouvant intercéder auprès du Très-Haut. 

« La troisième caste est celle des Kasterié Aj^yi~5', qui peuvent 
« boire jusqu'à trois rotls * de vin, mais non davantage, de peur 
« que leur raison ne s'égare. Cette caste peut prendre des femmes 
" en mariage chez les Brahmes, mais non les Brahmes cliez eux. 

« Viennent ensuite les Cherdouïc «jj^;-^ : ils sont laboureurs 
" et agriculteurs ; puis les Besié •V'-j ^ , qui sont artisans et ou- 
■■ vriers; puis les Sebdalié AAji.XA-«^, qui sont chanteurs, et ([ul 



Probablement Java. — ' Ou de Hezer 



J>*- 



La caste des Chatria est bien en effet celle dans laquelle doivent être nés tous 
les princes et grands vassaux ; mais , de nos jours du moins , elle cède le pas à 
celle des Brahmanes. — ' Environ trois livres pesant. 

' Vaichiès , Beisès ou Vassiès ; Précis de la Géographie universelle, loin. IV. p i .'Ig. 

Ou Sandalic «^l.v ^ „, 



DIXIÈME SECTION. 99 

« possèdent des femmes renommées pour leur beauté; puis les FpuiHei 2.5 recio 
« Zekié xvS3 , qui sont jongleurs, bateleurs et joueuis de divers 
Il instruments. 

« On compte painn les prmcipales nations de l'Inde ([ua- 
« rante-deux sectes. Il y en a qui reconnaissent l'existence flu 
" Créateur et rejettent celle des prophètes; d'autres qui nient 
« l'une et l'autre ; d'autres qui admettent l'intercession des pierres 
« sculptées (en forme d'idoles); d'autres qui adorent des pierres 
» augurales, sur lesquelles ont été versées de la graisse et de 
<' l'huile ; d'autres qui sont ignicoles et qui se précipitent dans 
" les flammes; d'autres qui adorent le soleil, considérant cet 
« astre comme le créateur et le régulateur du monde; d'autres 
" qui adorent les arbres ; d'autres qui adorent les serpents , les 
n tiennent clans les étables et les nourrissent aussi Jsien qu'il 
« leur est possible , ce qu'ils considèrent comme une bonne œuvre; 
« d'autres enfin cjui ne se mettent en peine d'aucun acte de 
" dévotion, et cjui nient tout. 

" Nous nous proposons de rapporter une à une toutes les 
" choses cjui concernent l'Inde , lorsque nous traiterons de cette 
" presqu'île, de la mer qui l'entoure et des îles qui en dépen- 
" dent. Mais, pour rendre nos explications plus faciles, nous 
" avons jugé convenable de compléter (d'abord) ce qui nous reste 
« à (fire au sujet des ports de la Chine situés sur le rivage (de 
" la mer), comme nous l'avons précédemment indiqué. 

« Le premier de ces ports est, comme nous l'avons dit, celui 
« de Kbankou iyijlà-' : c'est le plus considérable. Il est situé sur 
« un fleuve par lequel on remonte dans la majeure partie du 
" pays du Baghbough t^-yiAJ' , qui est le roi de la Chine et de ses 
« dépendances. Il n'en est point qui lui soit supérieur, mais, au 
« contraire, tous les autres rois de cette contrée lui obéissent 

Pour Klianfou yijl^. Voyez Ane. lielat. des Imles , et Journ. Asiat. t. V, p. 08. el 
le ms. IV 

i3. 



100 PREMIEll CLIMAT. 

Feuillet 25 recio. „ et le respectent. De Rliankou à Djankoii >^W- ( la distance 
« manque). Celle-ci est une ville célèbre, remarquable par l'élé- 
« gance de ses édifices , la beauté de ses bazars et la fertilité de 
« ses jardins et de ses vergers. Les fruits y sont en abondance. 
« On y travaille le verre chinois, amsi que toute espèce d'ctollés 
« de soie, et l'on peut s'y procurer tout ce qui se trouve à 
" Djanfou ^W- \ laquelle est située auprès d'un grand fleuve 
« qui l'entoure, et par lequel on remonte à un grand nombre 
« de villes chinoises, comme nous finons dit ])lus liant. 

« On rapporte qu'il exi.ste en Chine trois cents villes iloris- 
» santés, gouvernées par des princes qui sont tous sous l'obéis- 
« sance du Baghbough ^i*^^ , qu'on appelle, ainsi que nous 
« venons de le dire , le roi des rois. C'est un prince de bonnes 
« mœurs, juste envers les peuples, doué d'une haute sollici- 
« tude, puissant dans son gouvernement, sage dans ses projets, 
« prévoyant' dans ses entreprises, ferme dans ses desseins, facile 
« dans son administration, doux dans ses commandements, gé- 
« néreux dans ses dons, attentif aux affaires des étrangers et 
« des pays lointains, considérant la lin des choses, et s'occupant 
'< des intérêts de ses sujets, lesquels peuvent parvenir jusqu'à 
" lui sans intermédiaire et sans empêchement. 

" Ce prince a une salle d'audience dont les murs et la toi- 
« ture sont construits d'ime manière également solide et élé- 
« gante. Dans cette salle est un trône d"or où le roi s'assied 
" entouré de tous ses vizirs ; au-dessus de sa tête est une cloche 
« d'où pend une chaîne d'or disposée avec art, qui aboutit à 
" l'extérieur, et dont le bout atteint le bas de l'édifice. Lors- 
" qu'une personne a quelque sujet de plainte à exposer, elle vient 
« avec une requête écrite auprès de cette chaîne, et la tire. Alors 
<' la cloche se meut; un vizir étend la main hors de la fenêtre. 



' Le ms. B. porte Khan fou , et c'est, je crois, la vraie leçon. 



DIXIÈME SECTION. 101 

ce qui veut dire au plaignant : « Montez vers nous. » Il monte Feuillet sS verso, 
en effet par un escalier expressément destiné à cet objet (litt. 
aux opprimés). Parvenu en présence du roi, le plaignant se 
prosterne, puis se relève. Le roi lui tend la main et reçoit la 
requête, l'examine, la remet à ses vizirs, et rend une décision 
conforme aux lois civiles et religieuses, sans autre sollicitation, 
sans délai, et sans qu'il soit nécessaire de recourir à la média- 
tion du vizir, ni à celle de toute autre personne'. 

« Ce prince est fervent dans sa piété, ferme dans l'observation 
des lois dont il est l'interprète et le gardien, et libéral dans 
les aumônes qu'il répand sur les pauvres. Sa religion, qui est 
le culte des idoles (ou le Boudhisme), diffère peu de celle 
des Indiens; car ces derniers, comme les Chinois, ne nient 
point l'existence du Créateur, reconnaissent sa sagesse et sa 
puissance éternelles, et, bien qu'ils n'admettent ni les pro- 
phètes ni les livres saints, cependant ils ne s'écartent pas des 
principes de la justice et de l'équité. 

« Les peuples qui vivent sous le premier climat sont les uns 
basanés, les autres noirs. Dans le premier cas sont les habitants 
de l'Inde, du Sind, de la Chine et des bords de la mer. Quant 
à ceux qui errent dans les déserts du Zenghebar, de l'AIws- 
sinie, de la Nubie, du Soudan, et dont nous avons déjà parlé, 
ceux-là , à cause du défaut de l'humidité maritime et par suite 
de l'intensité de la chaleur des rayons solaires à laquelle ils 
sont constamment exposés ; ceux-là , disons-nous , ont tous , les 
cheveux crépue, le teint noir, la transpiration puante ', la peau 
des jambes desséchée, le corps difforme, peu d'industrie et 
une intelligence bornée ( litt. : viciée ). Ils croupissent dans 



' Cet usage est rapporté dans les Ancien. Relat. des Indes et de la Chine, pag. Sa 
et 87, mais avec moins de détails. 

On sait en effet que les nègres exhalent souvent une odeur désagréable. 



102 PREMIER CLIMAT. 

Feuillet 20 verso, n une ignorance extrême, et c'est sous ce rapport qu'on les 
" connaît. On ne compte point parmi eux d'homme de génie m 
« de savoir, et tout ce que leurs rois connaissent en fait de 
« règles de justice et de gouvernement, ils l'ont appris d'iiommes 
" venus du quatrième et du troisième climat, qui avaient lu 
n les annales et l'histoire des (anciens) rois. » 

.\u nondiix' des animaux existant dans ce |)remier climat 
et qui ne se trouvent point dans les six autres, il faut ranger 
l'éléphant, le rhinocéros, la girafe, les singes à queue, le hœuf 
et le hufQe sans queue , « et les nisanis u».oUo , sorte de créa- 
« tures dont nous avons parlé plus haut ', et ([ui \ ivent sur des 
« arbres où l'on ne peut les atteindre; on peut encore citer le 
« serpent de Zaledj ^ dont parlent Ben Khordadébé ", l'auteur (hi 
« livre des Merveilles, et divers autres écrivains qui s'accordent 
« à dire qu'il existe dans les montagnes de l'île de Zaledj une 
" espèce de serpent qui attaque l'éléphant et le bufile , et qui ne 
« les abandonne qu'après les avoir vaincus. » C'est sous ce climat 
seTilement, dans les mines dont nous avons fait mention, qu'on 
trouve des émeraudes, et non ailleurs dans l'univers. Quant aux 
hyacinthes de diverses sortes et variétés, il n'en existe que dans 
l'île de Serendib. Il en est de même de l'animal dit el-Babé 
«j'-s" , particulier à la mer d'Iémen et de Herkend, et qu'on ne 
trouve point ailleurs, non plus que le poisson nommé el-Gliaïda\ 
Quant aux poissons dont on extrait la colle, ces mers en produisent 
considérablement. Le Sacancour jyUiw ne se trouve également 
que dans la partie du Nil située sous le premier climat. On doit 
en (hre autant de diverses drogues ou aromates, tels que le 

' Voyez ci-dessus, pag. Bg, le passage ou il est question de I.1 chasse aux singes; 
je remarque seulcniont que le nom tle ^j^L^j ne s'y trouve pas. 
' Le texte arabe du ms. B. porte ^\j. 
' On lit dans le ms. B. X)ilij.i.. 
' Le ms. n" 33/| porte oJsjIé. et la version latine j'iom/u. Voy. ci-dessus, p. 97. 



DIXIÈME SECTION. 103 

(Ion fie gérofle, le bois de sandal, le camphre, le bois d'aloès, 
qu'on ne recueille point hors du premier climat où les jours 
sont égaux aux nuits, c'est-à-dire composés d'un nombre égal 
d'heures. •• Si, vers les extrémités (de la zone) en latitude, il 
" existe quelque différence (à cet égard), elle n'est pas percep- 
" tible aux sens, et ne peut se conclure que par induction. 

" Toutes ces particularités sont le résultat des lois de la sagesse 
« divine et de l'ordre établi par le Créateur omniscient. 

« Ce que nous avons rapporté relativement à ce climat, pa- 
ie raîtra sans doute suffisant aux personnes amies des investiga- 
n tions et de l'étude. Que le Tout-Puissant soit loué au com- 
« mencement et à la fin de toutes choses ! » 



F[N DU PREMIER CLIMAT. 



DEUXIEME CLIMAT. 



PREMIÈRE SECTION. 

Afiique occidentale. — Iles Canaries. — Camnouric. — Deserl de .^fisir 
Audaghocht. 



Feuillet î5 verso. Après avoir décrit avec les détails convenables, dans chacune 

des di\ sections dont se compose le premier climat, tout ce qu'il 
y a de remarquaLle en fait de villes, de villages, de contrées 
cultivées et de déserts, ainsi que les animaux, les minéraux, les 

Feuillet 26 recto niers et les îles, les royaumes, les mœurs, coutumes et reli- 
gions des peuples, il convient de donner, à l'aide du .secours 
divin, dans ce deuxième climat, la description des pays, con- 
trées ', grandes et petites villes, des lieux incultes et déserts, 
des mers, des îles, leurs noms et les distances qui les séparent, 
comme nous l'avons fait pour le premier climat. 

Nous disons donc que la présente section du deuxième cli- 
mat commence à l'extrémité de l'occident, c'est-à-dire à la mer 
ténébreuse ; on ignore ce qui existe au delà de cette mer. A cette 
section appartiennent les îles de Masfahan o^y*-*^ et de Lani- 
ghocl) ui>«i-, qui font partie des six dont nous avons parlé sous 

' l.pms. B. porte: (h/Ueaiix c.":^'», .111 lien de cUi-j — ' Lems. B. porte: (j«y«J 



PKEMIKRE SECTION. 105 

la dusignalion des ( îles) éternelles et d'où Ptolémée commence à Fdiill..t 26 recio. 
compter les longitudes des pays. Alexandre le Grand alla jusque- 
là et en Tcvint. 

» Quant à Masfahan , Fauteur du livre des Merveilles rap- 
« porte qu'au centre de cette île est une montagne ronde, au-des- 
" sus de laquelle on voit une statue de couleur rouge, élevée jjar 
« Esaad alxju-Kerb el-Haïri (Alexandre dzoul'carneïn), dont il sera 
« que.stion ci-après, clans son expédition, et c{u'on donne ce nom 
« ( d'abou-Kerb el-Haïri ) à tous les voyageurs qui sont parvenus aux 
" deux bouts du monde*. Abou-Kerb el-Haïri fit placer là cette 
« statue, afin d'indiquer aux navigateurs qu'au delà de ce point 
" d n'y a point d'issue, point de lieu de débarquement. L'on 
« ajoute que clans l'île de Lamgbocb (ou de Lagos u-yJ) on voit 
«aussi une .statue de construction très-solide, dont l'accès e.st 
« impossible. On dit que celui qui la fit élever y mourut, et que 
« ses bériticrs lui élevèrent un tombeau dans un temple bâti 
« en marbre et en pierres de couleur. Le même auteur raconte 
« que cette île est peuplée de bêtes féroces, et qu'il s'y passe 
" des choses qu'il serait trop long de décrire, et dont l'admission 
« répugne à la raison. 

'• Sur les rivages de ces îles et de plusieurs autres, on trouve 
« de l'ambre de qualité supérieure, ainsi c[ue la pierre dite el- 
« behet '-^^i , renommée dans l'Afrique occidentale, où elle se 
« vend à très-haut prix pour le pays de Lamtouna, dont les ha- 
" bitants prétendent que celui qui en est porteur réussit dans 
" toutes ses entreprises. On dit aussi que cette pierre jouit de 
« la propriété de lier la langue. 

« On y trouve aussi un grand nombre d'autres pierres de formes 
« et de couleurs variées, qu'on recherche beaucoup et dont on fait 
« le commerce, attendu, dit-on, qu'elles entrent dans la conq)o- 
« sition de plusieurs remèdes excellents. Telles sont celles qu'on 
« emploie à combattre les humeurs nuisibles et à calmer promp- 

i4 



Feuillet 26 reclf>. 



CAMNOORIE. 

Feuillet 26 verso. 



106 DEUXIÈME CLIMAT. 

" lemcnt les douleurs qui en lésultent; toiles sont encore celles 
« qui facilitent les accouchements; celles au moyen desquelles, 
«•en faisant un signe à des femmes ou à des enfants, on s'en fait 
• suivre. Les liaLitants de ces des possèdent beaucoiip de pierres 
« semblables et sont renommés pour les opérations magiques 
« qu'ils pratiquent (à l'aide de ces pierres), et auxquelles ils sont 
" initiés. 

« La présente section comprend le reste de l'Afrique occiden- 
I. taie oyU.!, et du Soudan, où, comme nous l'avons dit, les lieux 
« hal)ités et les focilités pour voyager sont très-rares, à cause; du 
« manque d'eau, les voyageurs étant obligés d'emporter avec eux 
« celle qui leur est nécessaire pour ])enétrcr, soit dans c(*tte 
« contrée, soit dans la partie limitrophe du pays de Camnourié 

« *_> jjJ4 . 

X Ce dernier pays confine du côté du nord aux précédents; 
" du côté de l'occident à l'océan, et du côté do l'orient au désert 
" de Tiserj->«jO' ', route des marchands d'Aghmat, de Sedjelmasa, 
« de Dora', du Noui le plus éloigné ', qui se rendent à Ghana 
« et aux frontières du Wangara, pays do l'or. » 

« Il existait (autrefois) dans le Camnourié des villes connues 
« et des résidences remarquables, mais les peuples de Zaghavva 
« et de Lamtouna du désert, qui habitaient les deux côtés de 
« ce pays (je veux dire du Camnourié), en entreprirent la con- 
" quête, anéantirent la plupart de ces villes cl dispersèrent ou 
« détruisirent leurs tribus. 

« Les habitants du pays de Canmourié, d'après le rapport 
" des marchands, se prétendent Juifs. Leur croyance est un mé- 
« lange confus de toutes choses; ils ne reconnaissent ni rois ni 
« droit de propriété. Ils sont repoussés et détruits par toutes 

' Nesir . •„• ou Niser . m yt d'après le ms. Asselin. 

' _i^ « Ml J»j. Je ci-ois comme ITarlmaïui qu'il s'agit ici du Wadinoun, si connu 
par i'intéressaut rccil du naufrage de M. Coclielel. 



PREMIÈRE SECTION. 107 

« les tribus voisines. Anciennement il existait dans ce pavs d&u\ Feuillet 26 verso 
" villes connues, l'une sous le nom de Camnourié, rautie sous 
« celui de Taghiza !_>**> '; elles étaient l'une et l'autre très-peu- 
« plées; il y avait des chefs et des vieillards qui administraient 
« les affaires, rendaient la justice dans tous les cas d'oppression 
« et autres qui pouvaient se présenter; mais,' avec le temps. 
« ces institutions se perdirent; la discorde et l'esprit de pillage 
« prévalurent; le pays devint désert et ses Jiabitants s'enfuirent 
« dans les montagnes, se dispersèrent dans les déserts, tom- 
" bèrent sous le joug de leurs voisins ou se cachèrent dans des 
« retraites, en sorte qu'il ne reste plus qu'un petit nombre d'in- 
« dividus appartenant au Camnourié, et vivant, dans ces déserts 
>' ou sur le rivage, de laitage et de poisson, ayant à peine de 
« quoi subsister, dans la plus profonde misère, et errant sans 
« cesse pour éviter les embûches de leurs voisins. 

« La contrée comprise enlre le pays de Camnouiié et Sala 
« et Tokrour est inculte, peu fréquentée et déserte. On n'y 
« trouve de l'eau qu'à de grandes profondeurs, ainsi que le 
« prouve la hauteur des déblais autour des puits. La distance 
« entre Camnourié et Sala et Tokrour est de 5 journées. De 
« Taghiza à Sala on compte environ 1 2 journées et autant de 
« Taghiza à Azka 4ji ', du pays de Lamtouna. L'eau y est très- 
« rare, on est obligé de s'en approvisionner et de creuser des 
« puits (pour s'en procurer). 

" Dans le pays de Camnourié on voit la înontaçne de Ma- 
• nan u^'-» ", q»i touche à l'océan. Elle est très-haute et de 
« couleur rouge. On y trouve des pierres brillantes qui^blouis- 
« sent la vue à tel point, qu'aux rayons du soleil il est impossible 

' Ou TaghkjAij d'après une note marginale du nis. A. et !wi*j d'après la tarie. 
' C'est ainsi <(u'il faut lire d'après le ms, Asselin el d'après Hartmann pag. iSa. 
Notre ms. porle ^,| Arka. 

C'est ainsi qu'on lit dans nos deux manuscrits el sur la carte géographique qui 

a. 



Feuilici 26 verso. 



UKSEBT liE TISEK. 



Feuilici 27 recto. 



108 DEUXIÈME CLIMAT. 

(feu supporter l'éclat (comparable à celui du l'er roiig 

or 



Au 



bas de cette montagne , on trouve des sources d'eau douce ; on se 
munit de cette eau et on la trans|)orte au loin dans des outres. 

« Dans le pays qui dépend de Tagliizà et au sud-est de cette 
ville, est située la montagne de Bcjiberan yl^-w ', l'une des 
plus liautes du globe. Elle, est stérile et de couleur blanche ; 
il n'y croît d'autres végétaux que des absinthes et des alcalis 
épineux. L'auteur du livre des Merveilles rapporte que les 
nuages ne se résolvent en pluie que dans la partie inlérieure 
de cette montagne. 

« C'est à cette contrée qu'appartient le désert de Tiser dont 
nous avons déjà parlé et par où passent les voyageurs qui se 
rendent à Audaghocht ciwS.sj>j! '-^ , à Ghana et ailleurs, comme 
nous l'avons dit. Ce désert est peu habité et aride. On n'y trouve 
qu'un peu d'eau qu'on tire des puits, parmi lesquels le plus 
connu est celui ([u'on nomme le puits de Tiser, dont nous 
avons parlé, et devant lequel est un espace totalement inculte 
de 1 /; journées. On trouve dans ce même désert des serpents 
d'une longueur et d'une grosseur énormes. Les nègres les 
tuent à la chasse, leur coupent la tète et mangent le reste 
accommodé avec de l'eau, du sel et de l'absinthe, ce qui pour 
eux est un régal. 

« C'est en automne que les caravanes traversent ce désert. 
Voici la manière de voyager : on charge les chameaux de très- 
hoïine heure et on marche jusqu'au moment où le soleil s'est 
élevé sur l'horizon, au point de communiquer à la terre une 
chaleur insupportable. Alors on s'arrête, on décharge les cha- 
meaux et on les entrave; on met en ordre les bagages et on 



accompagne le ms. Asselin ; la leron de Harlmann { Malsan ) ne paraît donc pas de- 
voir être admise. — ' Le ms. Asselin el la carte portent Bcnbouan ^jl^jiÀj- 

' La présence des points-voyelles nous met à portée de rétablir la vraie pronon- 
ciation de ce mot. 



PREMIÈRE SECTION. 109 

tâche de se procurer de l'onabre, afin d'éviter l'influence fâ- Feuillet 27 recto. 
cheusc de la chaleur des rayons solaires. A trois heures après 
midi, c'est-à-dire lorsque le soleil commence à baisser, on 
repart et on marche jusqu'après la nuit close, époque à la- 
quelle on s'arrête de nouveau, quelque part qu'on se trouve, 
et on se repose durant le reste de la nuit : tel est l'usage cons- 
tamment suivi par les voyageurs qui parcourent le Soudan, 
car les rayons du soleil seraient mortels pour quiconque s'expo- 
serait à leur action lorqu'ils tombent verticalement. » 
A cette section appartient aussi la partie septentrionale du 
pays de Ghana où se trouve Audaghocht, petite ville située dans 
le désert et où l'eau est rare. « Elle est, comme la Mecque, bâtie 
Il entre deux collines : la population en est peu nombreuse et 
(I le commerce misérable ; il consiste principalement en cha- 
»• meaux . « 

D'Audaghocht à Ghana, on compte 12 journées; d'Auda- 
ghoclil aux villes du Wardjelan, 3i journées; d'Audaghocht 
à Djerma s^j.^, environ iS journées; d'Audaghocht à la ville 
d'Oulil ', où est la mine de sel, 3o journées. 

« Divers voyageurs dignes de foi qui ont parcouru le Souilan, 
« rapportent que dans le territou'c d'Audaghocht on trouve, près 
« des eaux stagnantes, des truflés dont le poids s'élève jusqu'à 
« trois livres ' et au delà. On en apporte en abondance à Auda- 
II ghocht, où on les fait cuire avec de la chair de chameau; ce 
II qui compose, dit-on, un mets excellent. » 

' Le ms. Asselin porte « à File. » — ^ Rolls. 



110 



DEUXIEME CLIMAT. 



DEUXIÈME SECTION'. 



Conlimiaiion du désert de Tiser. — Zagliawa. — Pa\set villes du Fezian. 



Feuillet J7 reclo 

DÉSERT DE TISER. 



Feuillet 27 verso. 



« La majeure partie des contrées dont la description e.st com- 
<> prise dans cette seconde section se compose de déserts contigus, 
« de solitudes sauvages, de montagnes âpres" et stériles où l'eau 
« est très-rare. Le peu qu'on peut s'en procirrer ( litt. y puiser) 
« ne se trouve rju'au pied des montagnes et dans les lieux à l'abri 
" des inliltrations salines; on est obligé d'en emporter avec soi. 
« Les habitants de ces contrées mènent une vie errante. 

« On trouve dans les plaines, diverses peuplades d'hommes 
« trcs-bravês qui y font paître leurs troupeaux. Ils n'ont aucune 
« demeure fixe, passant leur temps à voyager, sans toutefois sortir 
« des limites de leur territoire, sans s'allier à des étrangers, 
'■ sans se fier à leurs voisins. Chacun prend garde à soi et ne 
" s'inquiète que de soi-même. Les habitants des villes voisines, 
« qui sont de même race, dérobent les enfants des nomades du dé- 
« sert, les. emmènent chez eux dans l'obscurité de la nuit, et 
« les tiennent cachés jusqu'au moment où ils peuvent les vendre 
" à vil prix aux marchands forains, lesquels les tran.sportent aux 
» extrémités de l'Afrique occidentale, où il s'en vend annuelle- 
« ment des quantités très-considérables. Cette coutume de déro- 
« ber les enfants est générale et constante dans le Soudan, et l'on 
Il n'y voit aucun mal. 

' On lit dans réditioii de Paris: deest in originali pars seiunda. En eflel . celte 
section n'avait point été publiée jusqu'à ce jour. 
' liiy^^ liurcl) , en anglais hursli. 



DEUXIÈME SECTION. 111 

« Ces peuples sont en général très-corrompus et polygames, Feuillet 27 
« et ils procréent un si grand nombre d'enfanls des deux sexes, 
" qu'il est rare de rencontrer une femme qui n'en ait pas au moins 
« quatre. Au reste, ils vivent comme des animaux, sans s'inquiéter 
« en rien des choses du monde, si ce n'est de satisfaire à leurs 
" besoins physiques. 

« Les deux résidences les plus considérables du Zaghawa îaghawj 

" "J^j, sont celles de Sakouat »yu,, et de Chameb x«l*;. On y 
« trouve une tribu voyageuse appelée Sadiaïct ioIjj^*5, qui passe 
« pour éire Berbère. Les individus qui la composent ressemblent 
« aux Zaghawiens; ils ont les mêmes habitudes, ils se sont iden- 
« tifiés à leurs races et ils ont recours à eux pour tous les objets 
« qui leur sont nécessaires, et pour leur négoce. Chameb est 
« un gros bourg, aujourd'hui mal peuplé, dont les habitants se 
« sont transportés pour la plupart à Koukou ^^ , ville située 
« à 16 journées de distance. Ils boivent beaucoup de lait, leurs 
« eaux étant saumàtres, et mangent de la viande coupée en la- 
ïc nières et séchée au soleil. Us se nourrissent aussi de reptiles, 
« dont ils font une chasse abondante et qu'ils font cuire après 
« leur avoir coupé- la tête et la queue. Ces peuples sont très- 
« sujets à la gale, en sorte qu'à ce signe, dans tout le pays'et 
" dans toutes les tribus du Soudan, on reconnaît un Zaghawien. 
» S'ils s'abstenaient de manger du serpent, ils en seraient tota- 
" lement exempts. Ils vont nus et cachent seulement leurs par- 
« ties honteuses au moyen de cuirs tannés de chameau et de 
•' chèvre \ qui sont couverts de diverses sortes d'incisions et 
« d'ornements. 

« Il y a dans ce pays une -montagne nonmiée Loukia U»ïjJ ^, 
" très-haute et d'un difficile accès, bien qu'elle soit formée d'une 
« terre blanche et molle. Nul ne peut, sans périr, approcher des 

' Le ms. A porte « tie cuirs de vache. » - — ' Ou Lounia Uj J' 



Feuillet 27 verso. 



Feuillet 28 recto. 



112 DEUXIÈME CLIMAT. 

» cavernes qui se trouvent sur son sommet, attendu, d'après 
« ce qu'on assure, qu'on y trouve des serpents d'une grosseur 
« énorme qui s'élancent sut quiconque se dirige sans le savoir 
« ver.s leurs retraites, ce qui fait que les habitants du pavs les 
« redoutent et les évitent. Des sources d'eau découlent du pied 
« de cette montagne, mais leur cours ne s'étend pas loin. Les 
' habitants de ce canton sont Zaghawiens et leur tribu se nomme 
« Sakouat '; ils sont très-sédentaires, possèdent de nombreu.\ trou- 
■> pÈaux de chameaux de race estimée, fabriquent leurs vète- 
« ments et les tentes (lltt. les maisons) où ils demeurent avec le 
" poil de ces animaux, et se nourrissent de leur lait, de leur beurre 
« et de leur cbair. Chez eux les légumes sont rares; cependant ils 
» cultivent le dhorra , qui (comme on sait) est la principale pro- 
'< duction du Zaghawa : on y apporte quelquefois du blé de 
« Wardjelan et d'ailleurs. 

« A huit journées vers le nord du canton habité par la tribu 
" de Sakouat, est une ville ruinée qu'on appelle Neblata *-*Ax>-. 
« Elle était anciennement très-connue; mais, d'après ce qu'on 
« rapporte, elle a été envahie par les sables, qui ont couvert 
« les habitations et les eaux, en sorte qu'il n'y reste plus auiour- 
« d'iiui qu'un petit nombre d'habitants, qui se sont fixés sur ses rui- 
« nés. Au nord de cette ville est une montagne dite Ghargha xs-js- , 
» où, d'après l'auteur du livre, des Merveilles, on trouve des 
■> fourmis d'une grosseur prodigieuse ^ dont se nourrissent les 
« serpents de cette montagne, lesquels, dit-on, quoique très- 
« gros, ne sont point nuisibles. Les nègres les poursuivent et 
« s'en nourrissent, ainsi que nous l'avons dit plus haut. 

" De Neblata à Tirki jjjy du Wtmgara, pays de For, on compte 
« 1 7 journées. 

" Dans le Zaghawa est compris le Fezzan. où sont les villes 

Vide sqprà, pag. 111. — " Ou xxjfjù Nebranta d'après le ms. B 
Litt. : « de la grosseur des moineaux. « 



DEUXIÈME SECTION. 11.^ 

« de Djeima *-«>=-, et de Tesawat »jI-«j. Les nègres noninienl l'cnillet 28 recto 
cette dernière Djerma la i)etile. Elles sont situées à un peu fkz/.an. 

moins d'une journée de dislance l'une de l'autre, et égales eu 
grandeur et en population. On y boit de l'eau de puits. 11 y 
croît des palmiers, du dlioria et de l'orge qu'on arrose au moyen 
d'une machine qu'on appelle lujj'a *i=i, et qui est connue dans 
l'Afrique occidentale sous le nom de lihitliora Sj'Ja^. Il y a une 
mine d'argent nommée D|erdjis (j'>^-==v-=?- ' , mais cette mine est 
trop peu productive pour valoir la peine d'être exploitée; elle 
est située à environ trois journées de Tesawat. De ce derniei 
lieu à la tribu berbère appelée Azkar J^j^, on compte 1 2 jour- miiu des AZKtn 
nées vers l'orient. Cette tribu , qui possède beaucoup de cha- 
meaux et de laitage, se compose d'hommes très-braves, très- 
disposés à se défendre, mais vivant en paix et en lionne in- 
telligence avec leurs voisins. Il passent l'été dans les environs 
de la montagne dite Tantana ^Àkils , de laquelle découlent 
diverses sources d'eau vive qui sont dune grande utilité. Les 
flancs de cette montagne sont couverts de pâturages où les 
chameaux trouvent à se nourrir jusqu'au moment où la peu- 
plade retourne à sa demeure habituelle. 

« De la montagne autour de laquelle errent les Azkar jusqu'à 
Beghama *.xUj, on compte 20 journées par un pays désert, 
aride, brûlant, peu fréquenté et peu frayé. Des Azkar à Gha- 
daniès ,j~-«l.xc, 18 journées. Des mêmes à la ville de Chameh 
*-«^-^, 9 journées. On trouve dans l'intervalle deux puits peu 
abondants et qui sont iotalement à sec lorsque le vent du dé- 
sert vient à soulTIer. 

« Les Azkar sont, à ce qu'on dit, le peuple de l'Afrique le plus 
instruit dans la connaissance des caraclères attribués an pro- 
phète Daniel, sur qui soit le salut! Dans tout le pays des Ber- 

' On Korkliis ij«-v.a-_).i». d'après le nis. B. 



Feuillet 28 recto. 



Feuillet aS verso. 



114 DELXIEMI': CLIMAI. 

« bers cl dans leurs nombreuses tribus, il n'eu est aucune de 
' phis vciséc dans cette science. Loi'S(|ue l'un d'entre eux, grand 
" ou petit, a perdu (|uel([ue chose, il trace des lignes dans le 
" sable, et au nioven de ces lignes il devine où est lobjet per- 
' tlu, se dirige vers ce point et le retrouve. Si un voleur dérobe 
'• un objet quelcontpie , et l'enioiiit sous terre, près ou loin, le 
« propriétaire trace des lignes pour connaître la direction (pi d 
« doit suivre, puis d'autres pour trouvei' le lieu précis de la 
" cachette, et il retrouve ainsi ce qu'on Un a pris. H v a plus : 
" les cheikhs de la tribu .se rassemblent, tracent des lignes et 
« discernent par ce moyen le coupable de l'innocent. L'opinion 
« (de la réalité) <ie ces feits est très-répandue dans toute l'Alii- 
" que. Divers voyageurs rapportent avoir vu à Sedjelmasa un 
« homme de cette tribu qui se soumit à trois expériences suc- 
» c«ssives, et tjui réussit trois fois à retrouver, au moyen des 
I lignes, un objet caché dans un lieu cpi'd ne connaissait pas: 
« et c'est une chose d'autant plus surprenante, que ces hommes 
« sont d'ailleurs fort ignorants et fort grossiers. Mais en voilà 
" assez sur ce sujet. « 



TROISIEME SECTIOiN. 



TROISIÈME SECTION. 

Suite (le l'Afrique se|)leiitrioiialc. — Waclan. — kawar. — Tadjerins. 



Les pays dont la description est contenue dans cette troisième 
section sont : une partie du Wadan ytij ; la majeure partie du Fpuillii 28 verso. 
Kawar jij^; une partie du pays des l^adjerins yj_jj-b ' ; la ma- 
jeure partie du Fczzan y[>j . 

Le Wadan se compose d'oasis j)!antées de dattiers et ayant la wapan. 

mer (Méditerranée) au nord-ouest. « Avant l'époque du maho- 
métisme, ce pays était très-jieuplé et le gouvernement était hé- 
réditaire. A l'arrivée des nuisulmans, la crainte qu'en éprouvè- 
rent les habitants les porta k fuir et à se disperser dans le Saha- 
« ra. il ne subsiste plus actuellement que la ville de Dawoud ^^'.^ , 
à demi ruinée et habitée par quelques familles du Soudan, 
vivant misérablement, au pied de la montagne de Tantana 
AikÀL , avec un petit nombre fie chameaux, et tirant pour la 
plupart leur nourriture de la racine d'une plante nommée par 
eux (jliarastas (^f ^ "j ^ , et par les Aiabes necljil ô~^r^ -, qui se 
plaît dans les terrains sablonneux. Us la font sécher, la rédui- 
.'^ent en farine au moyen d'une pierre, et en font du pain pour 
se sustenter. Ils vivent aussi de laitage, mais leur principal 
" régal est la chair de chameau séchée au soleil. Ils emploient 
« la liente de ces animaux conmie combustible, car les arbustes 
épineux et le bois sont trè.s-rares parmi eux. ■ 
Au nord de Wadan est Zavvila aJvj'j > fondée par Abdallah 
• 

' L'orthographe de ce nom est extrêmement douteuse. Hartmann lit Tadjwa o»j>-b 
au lieu de Tadjcra e).i>-b > et le ms. B. semble confirmer cette leçon. Voyez cide.ssus 
pag. 25, note i . — ' Celte plante paraît être une variété du pourpier. 

i5. 



116 • DELXIF.MK CLIMAT. 

Feuillti 18 verso. bcn-Kliattal) el-Hawari, « qui llialiita, lui et .si's neveux, en 3o(5 ' 
« de l'hégire. C'est de ce personnage ([ii'ello tire sa célébrité. 
" Elle est aciuelleinent florissante, et nous la décrirons, s'il plait 
« à Dieu, dans le troisième climat du présent ouvrage. Dans la 
« montagne de Tantana il existe une mine de fer très-abondante. 
" Au sud sont les lieux de campement et les pâturages des iVz- 
« kar, peuplade berbère et nomade dont nous avons déjà parlé '^, 
« et qui l'réquenle cette contrée avec ses cliameaux. Plus au sud 
« encore sont le Koukou :^j^ , et le Denidem [.>><-*i ', où se 
« trouve la montagne de Loukia *-*5jJ, qui est de couleur blan- 
" che, et où l'on voit, dit-on, des serpents à deux cornes, et 
» même à deux tètes. 

« Les opinions sont très-partagées, parmi les habitants du 
" Soudan, au sujet du fleuve de Koukou. Les uns disent qu'il 
" prend sa source dans les montagnes de Lounia " et qu'il coule 
" du côté du sud jusqu'à Koukou, où il lait un coude pour se 
» diriger ensuite vers le Sahara; d'autres disent que ce fleuve 
« est autre que celui de Koukou; que ce dernier prend réelle- 
Feuillet 29 recio. " ment sa source au pied d'une montagne dont la cime est voi- 
« sine du Nil. On rapporte que le Nil se perd sous cette mon- 
" tagne pour reparaître de l'autre côté , qu'il coule ensuite jus- 
« qu'à Koukou, puis se dirige vers l'ouest (de cette ville) par 
« le Sahara, et qu'il finit par se perdre dans les sables \ 

' 91g de J. (J- — ' Voyez ci-dessus, pas;. 1 13. 

' C'est ainsi que portent les deux manuscrits. 

' Les mss. portent tantôt Loukia et tantôt Lounia. 

'Voici le texte arabe de ce passage important :j_j__i i wÇi.S'-yï oiAxi».! Jsj > 

j^-jc (^f.^- v>*4^ 'H"'^ "^ /"^-i *^'^ JW^ (j-« ^j^ *^' '^^ i>"+* ^^ 

<^ J—v-iJL *-»ij J-iaXj cKy?- JU-«I (J-. ■^y< *i2^Jl ^ j^^j^ yl j_jS^ 



TROISIÈME SECTION. 117 

« Le pays limitrophe de cette contrée à l'orient est en grande Feuillei 29 nciu, 
« partie celui de Kawar j'>-5 , très-connu et très-fréquente. kawah. 

« C'est de là qu'on tire l'alun si estimé pour sa- qualité et si 
« connu sous le nom de kawary. On voit dans le Kawar le lit 
« d'une rivière courant du sud au nord, où l'on ne trouve point 
« d'eau, si ce n'est en creusant un puits qui contient des sources 
" abondantes. Il y a là une petite ville nommée el-Cassaba 
« •V*aJiJI , bien bâtie et entourée de palmiers et d'autres arbres 
" du désert. Ses habitants sont à demeure iixe; ils portent pour 
» vêtements la fouta, le manteau dit azar, et d'autres tissas de 
« laine. Ils voyagent pour le commerce et iVéquentent beaucoup 
« les contrées étrangères. Ils boivent de l'eau de puits, qui chez 
» eux est douce et très-abondante. » De là à Casser-omm-Issa 
(^w. — 1£ c'j"'^ '' on compte 2 journées vers le sud. « C/est une 
« ville peu considérable, mais dont la ])opulation, qui est trè.s- 
« nombreuse, possède beaucoup de chameaux qui lui servent à 
« se transporter à l'orient et à l'occident. Leur principale richesse 
« est l'alun. Ils ont des palmiers et de l'eau douce. » 

De là à Ankelas (j~yi^I , on compte ào milles, en suivant le 
lit de la rivière. « Ankelas est, sans contredit, la ville la plus 
« considérable du Kawar. Ses habitants se livrent au commerce 
« de l'alun, dont ils possèdent des mines abondantes dans leurs 
« montagnes, et qui est de qualité supérieure. Ils vont du côté de 
« l'orient jusqu'à l'Egypte, du côté de l'occident jusqu'à Wardje- 
» lan et jusqu'aux extrémités de l'Afrique; ils portent des vêté- 
« ments tissus de laine , et des turbans dont les bouts leur servent 
« à se voiler la bouche. C'est un usage ancien parmi eux et dont 

Jl oj li 

' Ce nom, qui avait éli; lu par Gabriel Siounite Medhwam-ha , siguifie, » le 
château de la mère de Jésus. » 



118 DliLXJEME CLiMAi. 

FeuUlci 39 recio. „ ijs ne s'écailciit jamais. Ils ont actuellement un ilicl ne <l;uis 
" le pays, entouré fl'uni' liiiuillo et dune j^arde (jiii laide (dans 
« ses enti'eprises). (l'est im personnage honoré, d'une conduite 
« iiTéproclinhli' et (|ui gouverne légalement. 11 est musulman. » 

DWnkelas à .\J)zar j>j' , village situé .sur un monticule de 
terre entouré rie palmiers et dépourvu d'eau douce, 2 jour- 
nées. 

» li y a, dans le voisinage, une mine d'alim qui serait d'excei- 
« lente qualité .s'il n'était mélangé de sub.stances étrangères. Ses 
<■ lialiilants portent la fouta et le mazar ', et vivent du commerce 
" He l'alun. 

■^ • D'Abzar à Telmelet ii^'\ on compte 1 journée de niarclie. 
" Telmelet est égalenunit un village de jieu d'unportance. L eau 
'< y est rare, amsi (|ue les palmiers; mais les dattes y sont ex- 
" cellentes. 11 v a une mine d'alun peu productive, attendu 
•' (jui'lic est sillonnée par diverses veines de terre '. Ce village 
" dépend du Kawar : nous en avons ])arlé dans le premier cli- 
" mat ". L'alun est, ainsi que nous l'avons dit, très-abondant et 
" d'une qualité supérieure. Le commerce qu'on en lait dans cette 
1 contrée est immense, et cependant les mines ne s'épuisent 
Feuillet 29 vprso. " pas. Les geus du ])ays rapportent que cette substance croit 
« et végète, tous les ans, en quantité sulTisante pour remplacer 
" ce qu'ils en extraient. » 

Non loin et à l'ouest d'Abzar est un lac considérable et profond ; 
il a 1 ! milles de longueur sur .'^ de largeur. On y pèche un poisson 
très-gros qui ress(Miil)le à l'el-boury' : c'est un mets délicieux. 



\ oyez, lelalivemenl au .sens de ces mots, lus notes ci dessus pag. 12 ol 1 7. 

' L'Abrégé et le ms. B. perlent Balmela. 

' Il est assez curieux que celte expression le(lini([ue tjljj (ijj^ ^^ retrouve 
dans la langue arabe. 

' (j'est le même qui est désigné ci-dessus, pag. 2 3, sous le nom de Lemlemeli, 
ainsi que je I ai vérilié d après le nouveau manuscrit. — - ' Mugicephalus. 



TROISIÈME SECTION. I H) 

« On appelle ce poisson el-bîn y>+Ji. La quantité qu'on en pêche Kouiliei 29 verso. 
« est tcUenienl considérable, qu'on le transporte dans tout le 
« Kawar, où il se vend à très-hon marché. 

« Vis-à-vis et dans le voisinage de ce pays, est celui des Ta- taiuriv. 

« djerins (^j,i»-b , tlont nous avons parlé, dans la description du 
« premier climat, comme d'iiu peuple infidèle et sans croyance. 
« Us sont très-nombreux, nomades, biaves et enchns à coni- 
« battre leurs voisins, auxquels ils portent 5nvie, et qu'ils cher- 
" client, par lorce ou par ruse, à réduiie en captivité. Ils n'ont 
« (pie deux villes, qui sont Tadjera et Semné *à<wj o;j^b ' , 
« dont nous avons parlé ci-dessus. Il y a dans ce pays une mon- 
« tagne du nom de Macoun y^*-*, dont la couleur est grise 
" tirant sur le blanc, et qui contient des veines d'une espèce 
« de terre douce qu'on applique avec succès à la cure des opli- 
« thalmies, de même qu'on emploie la substance dite ramdj el- 
« ghar jW ^j , qui vient de Talaveyra en Espagne , sous la 
« forme d'une poudre verte , et dont on se sert avec beaucoup 
« de succès contre les maladies de l'œil, en la ])renant inlé- 
" rieurement, comme tout le monde sait. 

« Cette contrée est voisine de l'oasis el-Khardjé, maintenant 
« connue sous le nom de Santarié ^.j-*->^ , à cause du bourg 
" qui s'y trouve et qui a été fondé clans ces derniers temps : 
« nous en reparlerons ci-après. 

" Au sud de Santarié sont les ruines d'une ville jadis flo- 
« rissante et peuplée, nommée Chour j^ '': son commerce, ses 
'I troupeaux, tout a disparu ; il n'y reste que des monticules cou- 
« verts de décombres, et quelques bosquets de palmiers fréquen- 
•• tés par les Arabes dans leurs excursions. Au nord est une mon- 
« tagne de peu d'élévation, mais très-escarpée, au pied de laquelle 
« est un lac d'eau douce d'environ 20 milles d'étendue, mais 

' Ou plutôt Tatlwja et Sciniel d'âpres le nouveau manuscrit. La carie porte 
Seinnéh — ' Le ms. Asselin et la carte portent Teisrou ,j.ij 



120 DEUXIEME CLIMAT. 

Feuillet J9 verso, .c jjeu piolonil . iui iiiiliL'u (lii(|iu'l croissciil des roseaux. On > 
•• trouve une .sorte de poisson désagréable au goût et rempli 
" d'arêtes. Ce lac est alimente par une souice d'eau douce ve- 
« nant du sud. Les caravanes du Kavvar descendent sur ses bords 
« et y trouvent souvent des troupes d'Arabes qui leur causent du 
" donunage. Dans le même pays est la ville de Merenda »>>-i^, 
» subsistant encore de nos jours, et peuplée autant par les 
» voyageurs qui ne font qu'y passer, et qui sont peu nombreux 
" à cause du défaut de productions et du peu d'indusliie et 
•' de commerce, que par les laïudles (rui y résident. Cependant 
" c'est un lieu de repos et un asile pour les personnes qui vieii- 
1 nent du désert. 

« Au nord de cette région est Zala *J'j, ville lortiliee et gou- 
« vernée par un cbef indépendant > et distante de 9 journées 
au sud-est de Sort du côté de la mer '. De Zala à Wadan, on 
compte 8 journées, et de Zala à Zawila, 1 o, en se dirigeant vers 
le sud-oiH>st. 

' Le texte porte que Sort est à neuf joiirjiées au nord-ouest de Zala, ce qui re- 
vient au même. 



QUATRIÈME SECTION. 121 



QUATRIÈME SECTION. 

Oasis. — LiUoral de la Méditerranée. — Egypte. 



Cette section comprend l'oasis dite el-Kharidjé ou l'extérieure 
^e-j^ c'->^' ' ^^ P'^y^ ''" ^^^ limitrophe de celui des Tadjerins; 
" ia majeure partie d'el-Djofar jU4i , et de Bahreïn (jj>*?, en Feuillet 3o recio 
« retournant vers Santarié ( dont nous avons parlé plus haut), 
« se dirigeant vers les demeures des Béni Hélai Jy^ (^ , et de.s- 
« cendant vers la montagne dite de Goliath le Barber, ainsi 
« nommée parce que l'armée de x;e géant y fut défaite , et qu'il 
" y vint chercher un refuge avec les siens. A l'est de cettejnon- 
« tagne est toute l'Egypte arrosée par le Nil, qui y descend de la 
« Nubie supérieure. Nous décrirons ce dernier pays dans le plus 
« grand détail, et tel qu'il est actuellement, s'il plaît à Dieu, 
« ainsi que tous les lieux habités dans le voisinage du Nil jus- 
« qu'à Ahrié *j^I, Cherouné a^j^-w, et Beiadh J^'^ , qui dépend 
« des Bili J~> \ jusqu'aux extrémités du Saïd " et jusqu'à el-Ala- 
« ki '. Enfin nous parlerons des Teïm ro^ , des Nouhoum p^ , et 
« des Coptes 1»** ou anciens Egyptiens. 

" Nous disons donc que l'extrémité occidentale de la contrée 
'■ décrite dans cette section est celle qui touche au pays des 
" Tadjerins, désert immense, aride et pierreux, oii l'on ne 
« trouve point d'habitants, à cause dessables mouvants que les 
« vents transportent cà et là. Nul ne peut y rester à demeure 
" fixe , à cause de ces sables continuellement poussés par les 

' Tribu d'Arabes qui existe encore et qui fut presque toujours hostile aux Fran- 
çais durant l'expédition d'Egypte. 

' La Haute-Egypte — ' Voyez ci-dessus, pag, à i . 

16 



122 DEUXIÈME CLIMAT. 

Feuillet 3o rocto. « vcnts, et ([ui envahissent non seulement les oasis, mais encore 
" toutes les contrées comprises entre Sedjelmasa et l'oasis ^ Ces 
« déserts aujourd'hui si arides étaient jadis fertiles en palmiers, 
'< habités et fréquentés; il y avait jusqu'à Ghana des routes 
« frayées et des aiguades bien connues, mais il n'en subsiste 
' plus ru'u. 

« On trouve dans l'oasis intérieure «)«i.!^l, des vaches et des 
« moutons devenus sauvages, ainsi que nous l'avons dit plus 
OASIS. „ Ijaut. « De là jusqu'aux frontières de la Nubie on compte '^ 

journées de distance , par une contrée stérile. On y voit une mon- 
tagne dite Ghalsani j^-»»^ , dont la cime est élevée et d'une lar- 
« geur égale à celle de sa base ; et une mine de lapis lazuli , pierre 
" qu'on transporte en Egypte pour la travailler. » On y voit aussi 
des serpents tels qu'il n'en existe poitit ailleurs. « Les gens du 
« paye disent que ces reptiles sont d'une grosseur si énorme , 
" qu'ils peuvent avaler un mouton , un veau , et même un homme ; 
« qu'ils ont des oreilles proéminentes, des dents canines et nio- 
« laires, qu'ils se tiennent dans des cavernes ou dans les sables, 
« et qu'ils s'élancent sur quiconque se présente devant eux, avec 
« une telle force, qu'il est rare qu'on puisse échapper à la mort. 
« C'est un fait notoire et bien connu. 

« Quant à loasis extérieure, elle est habitée par des Berbers 
« mêlés d'Arabes qui cultivent l'indigo dans les lieux arrosés. Cette 

Feuillet io verso. „ suhstance cst rcnomméc pour sa qualité supérieure et connue 
« sous le nom d'indigo des oasis. Le pays, jusqu'au voisinage d'Asou- 
« an yl.^-»' , produit aussi une espèce d'ânes plus petits que des mou- 
« tons, et tachetés de blanc et de noir. Ils ne sont pas susceptibles 
" de servir de monture, et ds meurent inévitablement lorsqu'on 
« les fait sortir de l'oasis. 11 existe dans le Saïd une variété de 
« ces animaux qui est très-maigre, mais extrêmement légère et 

' Dans loule celte description des oasis , nous croyons devoir suivre , de préfé- 
rence au texte de l'ancien manuscrit, celui du manuscrit Asselin. 



QUATRIÈME SECTION. 123 

>' rapide. On trouve dans les sables voisins d'el-Djofar beaucoup FeiiilUi 3o verso 
« de serpents très-dangereux qui s'élancent sur les chameaux 
" des caravanes et les iont périr. 

« Le pays de Djol'ar est plus bas que les oasis. Il est actuei- 
« lement désert, mais autrefois on y voyait un grand nombre djofab. 

» d'habitations. On y cultivait le safran, l'indigo, le carthanie 
1' et la canne à sucre. 11 n'y subsiste plus que deux bourgs : 
« l'un dit el-Djofar jU4, et l'autre Bahreïn (jJj-*? ; ils sont for- 
« tifiés, entourés de dattiers et pourvus d'eau douce. » 

D'el-Djofar à Bahreïn , on compte 2 journées ; 

Du même lieu k l'oasis, 3 journées sans eau. 

« Cette oasis est celle où nous connaissons de nos jours un grand 
« nombre de petits villages peuplés de races mêlées, où l'on cul- 
« tive la canne à sucre et l'indigo, et situés sur le penchant d'une 
■■ montagne qui sépare l'Egypte du désert contigu au Soudan. > 

De Bahreïn à Santarié, 4 joiu-nées. 

1. La ville de Santarié «jj-ïà*» est petite ; il y a une mosquée ; 
« elle est peuplée de Berbers et d'Arabes à demeure fixe, et si- santarié. 

« tuée sur les confins du grand désert, à c) journées au sud de 
« la mer'. On y trouve le lacca (sorte de plante dont le suc sert 
« à teindre le maroquin), un peu d'eau de puits, beaucoup de 
n dattiers-. » 

De Santarié à la montagne de Malmouni ^y^ ^, « où est une 
« mine de fer », on compte 4 journées. C'est par Santarié qu'on 
passe pour aller, soit dans le Kawar, soit dans le reste du Soudan. 

De Santarié à Audjela aM»-jI, vers l'ouest, lo journées. 

« C'est dans ses environs qu'on voit la montagne dite Berim- 
« el-Ahmarj-ç-i'! fi^-j-i, dans laquelle on a, dit-on , taillé les deux 
" obélis(|ues d'Alexandrie^. » 

' Même observation que ci-dessus , pag. 120, note i. 
' Le ms. Asselin porte Nalm"ury ^eyi^■ 

' Dans le texte arabe , ces obélisques sont désignés sous le nom d'aiguilles ^^«»^ 

i6. 



Fenillel 3o verso. 

CAÏS. 



Feuillet 3i recto. 



124 DEUXIÈME CLIMAT. 

La ville de Caïs j»^ , située sur la rive occidentale « du Nil , 
« est ancienne et bien bâtie. On y cultive la canne à sucre et 
« diverses sortes de fruits et de légumes. » 

De Caïs à Demrout Lj^i, vers le nord, on compte environ 
1 8 milles. 

De Caïs à Miniet ebn-el-Khassib t-v»* ^"^ (jj' *^s»-«, « ville déli- 
« cieuse située sur la rive orientale du Nil, entourée de jardins 
" où l'on cultive la canne à sucre et la vigne » , une dcnii-jour- 
« née. » 

De Miniet à Achmouni âj<*i" , « petite ville abondante en 
« toutes sortes de fruits et de céréales, et où l'on fabrique des 
« étoffes bien connues », une demi-journée. 

Vis-à-vis est Rousir j-*-!»^ , " bourg où l'on dit que Pharaon 
I' opérait ses prestiges, et dont il reste des monuments. « 

De Bousir à Ansana U*3il , « ville ancienne, située à l'orient 
du Nil, entourée de cultures, et connue sous la dénomination 
« de ville des enchanteurs, parce que ce fut de là que Pliaraon fit 
« venir ceux qu'il voulait opposer à Moïse (sur qui soit le salut), » 
6 milles. 

A deux milles de distance envuon du Nil sont divers petits 
villages, parmi lesquels on distingue el-Nedjasié ^a-»^-^', dont 
« le territoire est fécond; et vis-à-vis, sur la rive occidentale 
r< du Nil , Minsawa »jU*«.A^ 2, entouré de jardins et de palmiers » ; 
« puis, au-dessous d'Acbmouni, Takha Ue, « où l'on fabrique 
« diverses étoffes de laine. On dit que le crocodile est nuisible 
« sur la rive d'Acbmouni, mais non point sur celle d' Ansana. •■ 

D' Ansana à cl-Maragha *^LA', petit village entouré de jardins 
sur la rive occidentale du Nil, environ 5 milles. 

D'el-Maragba à Termend <>-^>>', sur la même rive, environ 
5 milles. 

De là à Soid J^-» , bourg commerçant qui abonde en fruits 



Ou Miiisara 



d'après le ms. Asselin. 



QUATRIÈME SECTION. 125 

et en légumes, et qui est très-peuplé, environ une journée. Feuilletai recio. 

Soûl est situé à l'embouchure du canal dit el-Menhi trt-*^'. 
qui aboutit à l'orient des oasis, qui sert à l'arrosage de beau- 
covip de terres, et d'où dérivent les canaux du Faïoum dont 
nous parlerons ci-après. 

Du bourg de Soûl à Akhmim (<vç-!, sur la rive orientale, et 
à 2 milles du Nil, environ i journée. 

Akhmim et el-Boullina UJ^Ji sont deux villes où l'on voit un 
grand nombre d'édifices, et auprès desquelles on cultive les 
cannes à sucre et où croissent beaucoup de dattiers. A Akhmim 
on voit l'édifice nommé el-Berba lyj>JI , » construit par le grand ^hiiMTM 

Hermès avant le déluge. Ce personnage avait prévu par son art 
que le monde devait périr dans une catastrophe ; mais il ne sa- 
vait pas si ce serait par l'eau ou par le feu : il fit donc cons- 
truire d'abord des maisons de terre, sans mélange d'aucune ma- 

o 

" tière combustible , et il les orna de peintures et d'emblèmes 
scientifiques, dans la pensée que, si le monde périssait par le 
feu, ces édifices subsisteraient et gagneraient même en solidité, 
et que la postérité pourrait lire ce qu'il avait écrit. Puis il or- Feiiillei 3i verso. 
donna qu'on lui construisît des édifices de pierre très-dure; il 
y fit représenter toutes les sciences qu'il jugeait être nécessaires 
(aux hommes), et il dit: Si la catastrophe a lieu par les eaux, les 
édifices déterre seront dissous, mais ceux-ci subsisteront, et les 
sciences ne périront pas. 
» Lorsque le déluge arriva , les choses se passèrent ainsi qu'Her- 
« mes les avait prévues. » Du reste, il existe des édifices du 
même genre soit à Esné, soit à Dendera; mais celui cf Akhmim 
est le plus solidement construit et le plus remarquable par la 
beauté de ses sculptures; et, en effet, on y voit non seulement 
la représentation des astres, mais encore celle de divers arts, et 
un grand nombre d'inscriptions. L'édifice est situé au milieu 
d' Akhmim, comme nous l'avons dit. 



126 DEUXIEME CLIMAT. 

Feuillet 3 1 verso. Au-dessus (le l'embouchure du canal, et sur lu rive occiden- 

MMAKHsn. taie du Nil, est la ville de Zaniakher ^^^Uj, remarquable par 

ses édifices, ses eau\ courantes, ses jardins et la variété de ses 
productions. Elle est extrêmement jolie. De là. toujours sur la 
même rive et à 5 milles de distance, est la montagne de Taïla- 
iiionn y.^Ws , qui, venant de l'ouest, obstrue le cours du Nil, 
en soi-te que les eaux ne peuvent franchir cet obstacle qu'avec 
des efforts impétueux, ce tjui intercepte la navigation entre le 
Caire et Asouan. 

a Les gens du pays disent qu'il \ avait autrefois sur cette mon- 
■> tagne, dans un château dont il ne reste que de faibles vestiges, 
" un génie malfaisant qui adressait la parole aux navigateurs, et 
" que ceux-ci ne pouvaient atteindre à cause de la violence du 
« courant et des tourbillons qui existent autour de la montagne. 
•• Aujourd'hui même ces lieux sont d'un accès très-difficile. De cette 
« montagne à celle de Tansef v_x«»jb, on compte environ 2 jour- 
« nées. Il existe dans cette dernière une caverne où l'on voit une 
" fente très-étroite. Les oiseaux dits boukir^r-*i>j ', aquatiques et 
« de couleur mélangée, se rassemblent un certain jour de l'année 
" en troupes dans cette caverne; et, passant leur tète à travers la 
« fente , s'envolent au delà, jusqu'à ce que l'un d'entreux, s'y trou- 
" vantpris,y meure et ôte ainsi aux autres l'envie d'y passer. C'est un 
« fait très-connu en Egypte et constaté dans beaucoup d'écrits. 
5I0CT. « De la montagne de Taïlamoun à Assiout ( Osiout ou Siout ) 

.< t>^Hy«J', ville considérable sur la rive occidentale du Nil, dont 
« les environs sont très-fertiles, on compte une journée de navi- 
« gation. ' ■■< : ■ 

« D' Assiout à Akbmini. i demi-journée idem. 
KEBT. " D'Akhmim à Kcbt, i demi-journée. i jiii''<; 

» Kebt est une ville située sur la rive orientaie du Nil , peu- 

' Le boukir parait appartenir à la famille des hérons. Voyez M. Et. Qiiatreniére, 
Mémoires sur l'Egypte, t. II , pag. 6i et 62. 



QUATRIÈME SECTION. 127 

" plée de diverses races mélangées et particulièrement de Grecs 
« qui y cultivent beaucoup de légumes, entre autres des raves et 
« des laitues dont ils recueillent la graine pour en extraire de 
« l'huile, avec laquelle ils fabriquent diverses sortes de savon 
« très-estimé qu'on vend au Caire et qu'on exporte au loin. (•cuillct 3j recto. 

" De là à CouS(jp>ï, également à l'est du Nil, 7 milles. «o"*- 

« Cous est une ville considérable, commerçante et de beau- 
« coup de ressources, mais l'air n'y est pas sain, le teint des habi- 
« tants est pâle, et peu d'étrangers échappent à l'insalubrité 
» du climat. » :■-. 

De Cous à Demamil J-*-*t»i>, vdle de construction récente', en 
très-bon air, sur la rive orientale, 7 milles. Les habitants de 
Demamil sont de races mélangées, surtout de Mogrebins; ils 
sont très-bospitaliers. De là à Camoulé «J>4\ 5 milles. 

" Camoulé est un bourg considérable, abondamment pour- 
» vu de tout ce qui contiibue au bien-être de la vie. Un vova- 
« geur digne de foi rapporte que, parmi les fruits de toute espèce 
« qu'on y recueille, il y a vu des raisins d'un goût, d'une beauté 
« et d'une grosseur incomparables; il ajoute qu'il lui prit l'en- 
" vie d'en peser un grain qui se trouva être du poids de 1 2 
« drachmes. H y a aussi beaucoup de melons, diverses sortes de 
«figues bananes d'une grosseur extraordinaire, des grenades, 
« des pêches, des poires, et en général des fruits de toute espèce 
« qui se vendent à très-bas prix. 

« Au nord de ce bourg est une montagne courant nord et 
« sud jusqu'à Assiout, et qui s'appelle Bouran yi^ , où sont les 
« trésors du fds d'Achmoun, fils de Misraïm, qui sont encore de 
« nos jours l'objet de recherches. 

« De Camoulé à Esné U«,l , sur la rive gauche du Nil, une jour- ps^K- 

« née de navigation. >> 

Esné est une ville des plus anciennes, bâtie par les Egyp- 

' Le ms. B. porle Manoiil(;' xLà.*- 



128 DEUXIEME CLIMAT. 

Feuillet îj recto, tiens. Elle cst entource de champs labourés, de jardins fer- 
tiles et délicieux. « Le raisin y est en telle abondance et d'une 
« qualité si supérieure, qu'on le fait séclierpour le transporter 
« ensuite dans toute l'Egypte. H existe à Esné des édifices très- 
<■ anciens, et des vestiges très-curieux. « 
tr.MosT. De là à Ermont i.j.^1 , sur la rive droite, ville également an- 

cienne, produisant des fruits excellents, une journée de navi- 
gation. 

D'Ermont à Asouan yl_>-«I , dont nous avons parlé dans le pre- 
mier climat ', une journée de navigation. 

Pour revenir au canal dérivé du Nil dont il a déjà été ques- 
tion, nous dirons qu'il a son origine sur la rive gauche auprès 
de la ville de Soui J^-«o , où il porte le nom d'el-Menhi i^yd^ ; 
BEHNESK. qu'il se dirige par le nord-ouest vers Behnesé L-»À^i , ville floris- 

sante à 4 journées de distance ( de Soûl ) sur la rive occiden- 
tale, et à 7 fortes journées du Caire. 

« C'est à Behnesé qu'on fabrique les tissus précieux qui tirent 
« leur nom de celui de cette ville, et servent à faire des liabits 
« royaux et des vêtements pour les personnes considérables. On 
n en fabrique aussi de communs dont la valeur sert de base pour 
Feuillet 32 verso. « établir le prix des plus riches. La longueur de la pièce d'étoflé 
« est de 3o aunes, plus ou moins, et le prix s'en élève à en- 
» viron 200 mitscal la paire. On ne fabrique aucun de ces tissus, 
« soit en laine, soit en coton, soit riche, soit commun, sans y 
» inscrire la désignation de l'espèce, afin que le chaland .sache 
« bien ce qu'il achète : c'est un usage ancien qui subsiste en- 
" core de nos jours. Du reste, ces étoffes sont partout très-es- 
« timées, soit pour vêtements, soit pour meubles. 

« Le canal descend ensuite, vers le nord, à Alinas ,j«UaI , pe- 
« tite ville située à 2 journées (de la précédente), et dont le 
« territoire est très-fertile et le négoce considéraJjle. De là à 

' Voyez ci-dessus , pag. 35. 



QUATRIÈME SECTION. 129 

« Delass ^V.>, située sur la rive orientale du Nil, et à 2 milles du Feuillet 82 verso. 
« fleure, on compte 2 journées de marche. 

« Delass est une petite ville où l'on fabrique des mors de 
« cheval et divers ouvrages en fer. Du temps des anciens Egyp- 
« tiens, elle était comptée au nombre des villes les plus flori.s- 
« santés; mais les Berbers, par leurs violences, et les Arabes, 
« par leur méchanceté, l'ont réduite, ainsi que ses environs, à 
« un état misérable. » 

Le canal se termine au Faïoum [•j+*^' , et décharge ses eaux 
dans les lacs d'Akna c?^' , et de Tihmat o^^y^ : nous en par- 
lerons dans le IIP climat. « Terfet '■^^j^, et Semista Ua*»*-, sont ^ 
« deux villages i'ortiliés , situés à 2 milles du Nil. On y cultive 
« la canne à sucre ; on y fabrique de la mélasse et du sucre en 
« pains, dont la majeure partie est transportée au Caire. 

« Ce que nous venons de dire (au sujet de l'Eg^-pte) suffit '. 
« Cette contrée est tellement peuplée , que les villes ne sont dis- 
« tantes entre elles que d'une journée, ou de deux au plus, et 
que les villages s'y touchent pour ainsi dire de tous côtés et 
« sur les deux rives du fleuve. » 

Du Caire à Asouan, on compte 26 journées de marche. 

' En traduisant ce qui concerne la fertilité de l'Egypte et la nature de ses pro- 
ductions , nous nous sommes permis nous-même de supprimer un grand nombre 
de répétitions. 



150 



DEUXIÈME CLIMAT. 



CINQUIÈME SECTION. 

Littoral de la mer Rouge. — Mocatlam. — Atlzab ou Aîdab. — Djidda. 
La Mecque. — Médine. 



Feuillet 32 verso. Cette section comprend la description des pays situés sur les 

bords de la mer de Colzouni, celle de la ville d'Adzab i_>l0v* ', 
du désert qui porte son nom, « qui est au sud de cette ville, et 
« où l'on ne peut se diriger qu'au moyen des montagnes et des 
n collines, le sol étant généralement plat, stérile et composé de 
« sables mouvants. Souvent le guide le plus habile s'y égare 
« et ne parvient à retrouver son chemin qu'à l'aide du cours du 
« soleil et des étoiles. » 

Dans cette section est aussi comprise une partie de la mer 
de Colzoum, de ses îles soit désertes, soit habitées, de ses 
ports les plus connus, et des petits districts '", tels que ceux de 
Sues (j,,^j-J! , d'Essakia iUJuJi , de Djohfa m^' , de Djidda ».x^ , 

et d'Andjar jl :^I ', qu'on y trouve ; et enfin la description des 

villes méditerrané«s de Sankian yl<j«, de la Mecque ï-SC», de 
Taïf ^-ijUaJI , de Codeïd Js!**^ , de Médine *ijo41 , et d'Adzab 
tjl À^. Nous donnerons cette description aussi complètement et 

Feuillet 33 recto, aussi clairement * qu'il nous sera possible. 

uocATTAM. Nous disons donc que la chanie du Mocattam, qui s'étend 

' La véritable orthographe de ce nom païaîl être <_>l«X-i£- 

' Le te.\te arabe porte : .Lx^aji j »fii- 

' Le ms. B. , V Abrégé et, plus loin , notre ms. lui-même portent el-Djar jUil . 

' Le ms. B. porte : « aussi exactement. » 



CINQUIEME SECTION. 151 

depuis le Caire jusqu'auprès de Syène, en traversant le désert. Feuillet 33 recto. 

est d'une longueur remarquable ; quant à sa hauteur, elle varie 

beaucoup. « La surface du terrain s'aplanit même en certains 

« lieux bas nommés el-djamim rfs^^l, d'où l'on extrait de la 

« terre rouge et de la chaux. Le Mocattam contient de l'or en 

« abondance, et, avec de l'art, on en retire de très-pur qui s'y 

» trouve mêlé avec la terre » Il touche d'une part à l'Egypte , 

et de l'autre à la Mer Rouge, qu'on nomme aussi mer du 

Hedjaz. « Divers rois y cachèrent leurs trésors. On y voit un 

" grand nombre de temples et des monuments très-curieux. 

" De cette chaîne, et du côté de la mer, dépend une mon- 

" tagne ronde, taillée à pic', et dont l'accès est impossible à 

« cause du poli de sa surface et à cause de sa hauteur. On ra- 

'1 conte que là sont les trésors considérables du grand-prêtre 

« dont cette montagne porte le nom, et ceux de certains rois 

" d'Egypte, consistant en or, en argent, en pierreries, enterres 

« travaillées, en figures curieuses, en représentations des idoles 

« figuratives des astres. Ces rois apprirent par leur art qu'un 

roi des Francs avait formé le dessein de les attaquer d'après 

ce qu'il avait entendu dire de leurs richesses et de leur habileté 

à faire de l'or. Ils en éprouvèrent une grande frayeur. En effet 

ce roi franc ayant équipé mille vaisseaux, conquit l'Egypte, 

dont les principaux habitants s'enfuirent et se réfugièrent dans 

cette montagne, et les autres dans les oasis, emportant leurs 

richesses avec eux. Le motif de l'expédition du roi franc fut 

qu'un grand-prêtre ayant été obligé de se réfugier en Europe 

pour se soustraire aux persécutions d'un prince égyptien, il 

détermina le roi à entreprendre cette conquête par l'appât des 

richesses qu'il y trouverait. La conquête eut lieu en effet; le 

grand-prêtre l'accompagna vers la montagne en question, mais 

n'ayant pu la gravir, et déçu dans son espérance, il porta 

'7- 



152 DEUXIÈME CLIMAT. 

Feuillet 33 recio. « le roi franc à s'approprier les richesses des autres habitants de 
« l'Egypte, et, chargé de ces dépouilles, à retourner dans son 
« pays. 

« A l'ouest de cette montagne sont les pays d'Ahrié •x-a;^', 
'< de Chérouné «j^^, de Beiadh jo\a^ , et de Soûl Jj-xs. A l'est 
« sont les demeures des Bili J-t^ , des Djehiné «JU.^ et de Sofa- 
« ra ijiiua. Ces Bili, qui habitent au nord de Colzouni, sont 
« des Arabes capables de toute sorte d'actions condamnables, 
<t avides, de mauvaise foi, de mœurs dépravées, et sanguinaires 
« au dernier point. Si vous parvenez à les vaincre, ils se dis- 
« persent; .si vous vous fiez à Ic^irs paroles, ils vous tuent sans 
« miséricorde. Enfin ils n'ont aucune sorte de respect pour rien, 
<■■ ni de religion. Dieu les a châtiés par un grand nombre de 
« misères et d'infirmités, mais ils sont incorrigibles et leur 
« existence est dans le. mal. 

« A l'extrémité des contrées décrites dans la présente sec- 

« tion '^ est le désert d'Adzab , qui n'est fréquenté que par un 

« petit nombre de nomades d'el-Bedja a^^JI , à cause du manque 

« d'eau. La traversée, depuis Cous ^y>^ jusqu'à Adzab, est au 

Feuillet 33 verso. „ moins de 2 journées. 

<• Il y a dans ce désert un puits dont les eaux présentent un 
« phénomène des plus singuliers : il consiste en ce que, lors- 
« qu'on en a bu, elles ne s'écoulent point par les voies ordi- 
« naires ; elles ne séjournent pas non plus dans l'estomac de 
« l'homme, mais elles sont évacuées très-proniptement. 

« La traversée de ce désert est impraticable durant la saison 
« des grandes chaleurs et pendant le semoum d'été, à cause de 
» l'aridité qui résulte de ce vent empoisonné, et parce qu'alors 
« le sol est briilant au point d'occasionner la mort : les voyageurs 



' Notre ms. porte Tili, mais cette leçon vicieuse est corrigée par le ms. B. , qui 

us donne aussi Colzoum au lieu de «jj. 

' Lisez i4^ et non j_iij! comme porte notre ms. 



CINQUIÈME SECTION. 133 ^ 

« préfèrent donc ( pour se mettre en route ) les derniers jours de Keuillet 33 verso. 
" l'automne. » A l'extrémité du désert et sur les bords de la Mer 
Salée, est la ville d'Adzab, où s'effectue le passage à Djidda, qui 
est d'un jour et d'une nuit de navigation. 

Aïdab ' a deux gouverneurs, dont l'un est nommé par le chef "t"'^". 

des Bedjah , et l'autre par les princes d'Egypte. Ces deux ofliciers 
perçoivent chacun par moitié les revenus de cette ville. Le gou- 
verneur égyjjtien est chargé de faire tran.sporter à Aïdab les 
vivres et toutes les espèces de provisions, et celui qui com- 
mande au nom du chef des Bedjah se charge de tirer ces diffé- 
rents objets de l'AJjyssinie. Ce dernier, qui réside dans les dé- 
serts, n'entrt que rarement dans la ville. Les habitants d'Aïdab 
parcourent continuellement tous les cantons du pays de Bedjah 
pour y vendre et y acheter; ils en rapportent du beurre, du maïs 
et du lait. Ils ont un grand nombre de barques qui servent pour 
la pêche, et ils prennent quantité de poisson d'un goût exquis. 
Aujourd'hui, c'est à Aïdab qu'on lève un droit de 8 dinars sur 
chacun des pèlerins du Maghreb. On reçoit en payement, et in- 
différemment, l'or en morceaux ou monnayé. 

Nul d'entre les voyageurs qui se rendent du Maghreb à 
Djidda, pour s'acquitter du pèlerinage, ne passe sans exhiber sa 
quittance. Lorsque le navire a traversé la mer et qu'il est par- 
venu à bon port à Djidda, il mouille à une certaine distance 
du port, et des vérificateurs se présentent de la part du gou- 
verneur, examinent tout ce qui est susceptible du payement 
des droits et le constatent sur leurs registres; ensuite ils des- 
cendent avec tous les passagers, et ils perçoivent le tribut. S'il 
arrive que l'un d'entre eux ne soit point en état de payer ce 
qu'il doit, ils l'exigent du capitaine. Quelquefois on emprisonne 
le voyageur durant un espace de temps tel qu'il manque l'épo- 

' Nous empruntons littéralement ici la traduction de M. Et. Quatremère. Voyez 
ses excellents Mémoires sur l'Étjypte, t. II, [)ag. 162. 



ILE.S 
DE LA MER KOl'GK. 



134 DEUXIEME CLIMAT. 

Feuillet 33 verso que du pèlerinage; d'autres fois, par faveur divine, il advient 
que quelqu'un pave pour lui. 

Ce tribut est perçu pour le compte du prince de la Mecque, 
et il lui sert à solder ses troupes, attendu que ses autres re- 
venus sont insuffisants pour ses besoins et pour ceux des per- 
sonnes dont il est entouré. 

" La mer décrite dans la présente section est difficile à tra- 
" verser, remplie dabimes, de bancs de sable et d'écueils. Il y 
' existe diverses îles inhabitées en hiver. » Mais lorsque la navi- 
gation devient praticable, ces îles sont fréquentées par des peu- 
plades au teint basané qui y viennent, au moyen de barques, 
se livrer à une pèche abondante. Ils font sécher lau soleil le 
« poisson, le réduisent en farine pour en faire du pain, et 
" s'en nourrissent. Leur principale industrie consiste dans cette 
" pêche, dans celle des petites perles, et des tortues de mer, 
« dont l'écaillé est de très-belle qualité. » 
Feuillet 3 i recto. La plus considérable de ces îles est celle de Na'aman yUj«j, 

qui est peuplée. Celle dite Samari ^j^U. , est habitée par une 
peuplade de Juifs samaritains : on les reconnaît pour tels en ce 
que, lorsqu'un d'eux veut en injurier un autre, il lui dit la nie- 
sas (c'est-à-dire, ne me touchez pas). Ils descendent des Juifs 
qui adorèrent le veau d'or au temps de Moïse. 

" On pêche dans cette mer un gros poisson de forme à peu 
« près carrée, presqu'aussi large que long : on l'appelle bebar 
« jUjJI . Son poids s'élève souvent à un demi-cantar '. Il est de 
" couleur rouge et d'un goiît excellent. Il y en a un autre de la 
" longueur d'une palme et demie, qui a deux têtes pourvues 
• d'yeux et de bouche, dont il fait usage alternativement : on 

« appelle ce poisson le stylet j — ^ =1 . On pêche aussi dans 

" cette mer un poisson nommé el-faras ^J^JJ^i^ , de la famille 

« des chiens de mer, ayant sept rangs de dents et environ i o 

' De 1 1 à 12 kilogr, — ' V oy. la Chresthotn. arabe de M. de Sacy, t. I , p. 3o5 



CINQUIÈME SECTION. 135 

« palmes ( go pouces) tle longueur. Son attaque est très-dange- Feuilletai recto. 
« reuse. 

« Tous les bâtiments qui naviguent dans cette mer sont com- 
posés de planches cousues avec des cordes de palmier, cal- 
latées avec de la résine pilée, et enduites de graisse de chien 
de mer. Le capitaine se tient assis sur la proue, muni d'ins- 
truments nautiques nombreux et convenables. Il examine at- 
tentivement le fonds des eaux pour reconnaître les écueils, et 
il indique au timonnier la direction qu'il faut prendre. Sans 
ces précautions, il serait impossible de naviguer dans cette 
mer, car elle est tellement périlleuse pour les hommes et 
pour les navires, qu'on n'y navigue point la nuit. On mouille 
de jour dans quelque endroit convenable, et l'on n'en repart 
que de jour. C'est une mer sujette à des orages affreux, se- 
mée d'îles inhospitalières, et qui enfin n'offre rien de bon, 
soit dans ses profondeurs, soit à sa surface. Elle n'est pas 
comme la mer de la Chine ou l'Océan indien, dont le 
fond recèle les perles les plus rares, dont les montagnes 
contiennent les pierres les plus précieuses, dont les rivages 
sont couverts de villes florissantes et de résidences royales ; 
où croissent l'ébène, le bois de Brésil (O-vJi, le rotting, le bois 
d'aloès, le camphre et divers parfums, où l'on trouve la chèvre 
qui porte le musc. La mer de Colzoum ne produit que l'am- 
bre, et encore vient-il de la mer de l'Inde. Nous avons indiqué 
son étendue dans la partie du présent ouvrage où il est ques- 
tion des mers en général'. » 
Sur la rive orientale de cette mer, dépendante de la 5' sec- 
tion du IP climat, sont les points fortifiés de Hali ij-s»- , de Ser- 
raïn yjj— , de Sokia aaj>-«, de Djidda »^>>-=» , de Djofa aà4, et 
d'el-Djar jLJ.*. Hali est une petite ville qui dépend du gouver- 
nement de Téhama. C'est un lieu de relâche tant pour les 
' Voyez ci-dessus , pag. 5. — ' Voyez ci-dessus, pag. i3o, note 3. 



136 DEUXIÈME CLIMAT. 

Feuillet 3i recto « navircs tpii viennent de l'Iénien que pour ceux qui viennent 
» de Colzoum. On y perçoit des dioits de péage à l'entrée et 
"à la sortie, et tout y est apporté du dehors. » 

De là, par le désert, à la ville de Attour ^jcs ', on compte 
.5 journées au sud ; et à Sankian ylCUs , 2 journées foiblcs. 
sANKiAK. " Sankian est également une ville peu considérable, dont les 

" naturels .sont tellement sédentaires, que, lors même qu'il y 

Feuillet 34*erso. .. meurt un grand nombre d'individus, personne ne sort du pays. 
' Ils n'entreprennent aucun voyage ni pour affaires, ni par plai- 
« sir, mais on va chez eux. Le pays produit peu, bien que les 
« habitants soient riches en troupeaux. Leur industrie est gros- 
« sière, leurs mœurs économes, leur physionomie laide; cepen- 
" dant leur pays a part aux bienfaits du Très-haut. 

■i Serraïn est situé sur la côte, à 5 journées au sud de llali. 
« C'est une ville bien fortifiée, bien pourvue d'eau, et bien fré- 
« quentée, comme tout le monde sait. On y perçoit des droits 
» sur les navires qui vont dans l'Iémen ou qui en reviennent 
» chargés de provisions, de marchandises ou d'esclaves. Une 
« moitié de ce droit appartient au gouverneur de Tehama, et 
« l'autre à celui de la Mecque. » 

De Sarrain à Sakin, port également très-fréquenté , on compte 
3 journées; de là à Djidda, en suivant la côte, 3 journées. 
DJIDD4 « Djidda est le port de la Mecque ; il en est à ào milles de 

" distance. La ville est très-peuplée et son commerce est con- 
« sidérable : aussi les habitants sont-ils riches. La mousson qui 
« souffle avant l'époque du pèlerinage est très-favorable à Djidda 
« en ce qu'elle y amène une grande quantité de provisions et 
<' de marchandises de prix. C'est, après la Mecque, la ville la 
« plus importante de tout le Iledjaz. Il y a un gouverneur qui 
« commande au nom du prince de la Mecque, et qui veille à 
« tous les besoins de l'administration. Elle possède un grand 
' Dans notre manuscrit ce nom est presque illisible; V Abrégé porte .'\tler. 



CINQUIÈME SECTION. 137 

" nombre de bâtiments qui naviguent à diverses destinations. 
« La pêche y est très-aljondanle , ainsi que la récolte des Ic- 
II gumes. C'est là, dit-on, que descendit Eve après sa sortie du 
" paradis terrestre ; c'est là que reposent ses restes mortels. » 

La Mecque ' est une ville tellement ancienne rjuc son origine 
se perd dans la nuit des temps; elle est célèbre, florissante, et 
l'on s'y rend de tous les points du monde musulman. Située 
entre deux collines, sa longueur du nord au sud est d'environ 
deux milles, et du sommet du mont Djiad à celui du mont 
Coaïcan on compte un mille de distance. Elle est bâtie d'argile 
et de pierres extraites de ces montagnes. Elle a peu de rues, et 
au milieu se trouve la mosquée nommée el-Haram, bâtiment 
sans toit, qui ressemble à une clôture circulaire, renfermant la 
Kaaba. Ce dernier édifice est couvert; et, mesuré à l'extérieur, il 
a 2 k coudées de côté , tant à l'orient qu'à l'occident. Sur le côté 
oriental de la Kaaba, il y a une porte à peu près de la hauteur 
d'un homme, et qui est de niveau avec le pavé de ce sanctuaire, 
dans un des coins duquel se trouve la pierre noire. La longueur 
du mur septentrional regardant la Syrie , ainsi que celle du mur 
opposé qui regarde l'iémen, n'est que de u3 coudées. De ce côté, 
règne une enceinte consacrée, dont la longueur est de 5o cou- 
dées et dans laquelle on voit la pierre blanche, tombeau d'Ismacl, 
fils .il" Abraham ( que le salut soit sur eux deux ! ). A l'orient de la 
mosquée el-Uaram se trouve la coupole d'AJjbas, le puits de 
Zemzeni et la coupole des Juifs. Le mur qui entoure la Kaaba 
est couvert, pendant la nuit, de lampes et de torches allumées. 
Ce irionument a deux toits, dont le plus élevé sert à l'écoule- 
ment de l'eau des pluies, par une gouttière en bois qui la conduit 
sur le tombeau cflsmaël dont nous avons parlé. Toute la partie 
extérieure de la Kaaba est d'ailleurs couverte d'étoffes de soie 

' Voyez le texle et la Iraduction de ce jiassage dans l'EJrisii Africa de Llarlmann, 
pag. /i58 et suivantes. 

18 



l'V'uillet '^i verso. 



I,A MECODE. 



Feuillet 35 recto. 



138 DEUXIÈME CLIMAT. 

FeuilUi 3â recto d'Iràc qui la dérobent entièrement à la vue. Son élévation est de 
27 coudées. Ces étoffes sont attachées au moyen de crociiets et 
d'asfrafes. Le khalife résidant à Bagdad en envoie tous les ans 

cl O 

de nouvelles pour remplacer les anciennes; nul autre que lui n'a 
ce privilège. 

La tradition porte que la Kaaha fut la demeure d'Adam , et 
que, construite de pierre et d'argile, elle fut détruite par le dé- 
luge, et resta en ruines jusqu'à ce que Dieu ordonnât à Abraham 
et à Ismaël de la reconstruire. Ces deux patriarches unirent leurs 
efforts et la reconstruisirent avec les mêmes matériaux. 

Dans toute la ville de la Mecque, il n'y a d'eau courante que 
celle qui y est amenée d'une source très-éloignée ; Moctader, 
prince Abbasside, acheva cet aqueduc. Ces eaux sont saumâtres 
et désagréables au goût; les meilleures sont celles du puits de 
Zemzem; l'on peut en boire, mais il ne faut cependant pas en 
faire un usage continu. On ne trouve pas à la Mecque d'arbres à 
fruits; on n'y voit que les espèces propres aux déserts. Le prince 
de la Mecque habite un château nommé el-Marba'at a-«j^I , situé 
à 3 milles environ à l'occident de la ville. C'est un éddice en 
pierre, auquel est joint un jardin nouvellement établi, où l'on 
voit des dattiers, beaucoup de palmicrs-(/o«;M et divers arbres 
transportés d'ailleurs. 

Le prince hachémite qui exerce l'autorité suprême à la Mec- 
que n'a point de cavalerie , mais un corps de fantassins que l'on 
nonuue hallebardiers (^l^a.). Il porte des habits et un turban 
de couleur blanche, et paraît ;i cheval en public. Il administre 
bien; il fait preuve de justice et d'équité, et il exerce la bienfai- 
sance autant que sa position le lui permet. A deux époques fixes, 
au commencement du mois de redjeb, et au temps où l'on s'y 
réunit pour le pèlerinage , on vend à la Mecque les marchandises 
qui y sont apportées du dehors. La plupart des habitants sont 
riches, tant en matières d'or et d'argent, qu'en troupeaux de 



CINQUIÈME SECTION. 139 

toute espèce. Ils n'ont d'autres céréales que celles qu'on leur 
apporte de dillérentes contrées. Les dattes leur arrivent de 
divers pays voisins, et les raisins, cjue leur territoire ne produit 
qu'en très-petite quantité, leur viennent de Taïf. Ceux d'entre Feuillet 3,5 recio. 
les Mecquois qui n'ont pas de fortune souffrent de la faim et 
sont exposés à bien des maux. En sortant de la Mecque, on trouve 
de tous côtés des vallées où l'on voit des eaux courantes, des 
sources qui ne tarissent jamais, des jardins clos de murs et des 
champs ensemencés. 

De la Mecque ;\ Médine, qu'on appelle aussi ïathrib ojjIj, on 
compte, parla route la plus commode, 6 journées, savoir: 

De la Mecque à Batn-mer'i ^^ ^^ , où se trouvent une source 
surgissant du lit sablonneux d'un torrent, et des bosquets de pal- 
miers fréquentés par les Arabes, i 6 milles. 

De Batn-mer'i à A'sfan yl — i.^.^, fort construit à in milles de Feuillei 35 ve.so. 
distance de la mer, auprès d'une source d'eau douce , et habité 
par une peuplade dite Djebiné a^vçj^, 33 milles. 

D' A'sfan à Codeïd j^jJ^ï , petit fort à 5 milles de la mer, ha- 
bité par des Arabes de race mélangée, dont la principale res- 
source consiste dans la récolte des dattes, et entouré de déserts, 
2 4 milles. 

De Codeïd à cl-Djohfa &ji^, village bien peuplé, quoique 
non entouré de murs, situé à à milles de la mer, lieu de réu- 
nion pour les pèlerins de Syrie, 26 milles. 

D'el-Djohfa à el-Al^ra \j^^\, où sont des puits, 27 milles. 

De là à Essakia LouJI, lieu situé sur les bords d'une rivière, 
entouré de jardins et de vergers de palmiers, habité par des Ara- 
bes de la tribu de Taï J= et par d'autres, 27 milles. 

De là à Rouitha i. — i-^j^i , lieu inhabité, où est un étang, 36 
milles. 

De là à Sebala a_JL_vw, lieu peu habité, où sont des sources 
d'eau potable, 3^ milles. 

18. 



140 DEUXIÈME CLIMAT. 

Feuillet 55 verso. De Scbala à Mclcl J )_<!, slatioii où sont des sources d'eau 

douce, I 7 niiiles. 

De là à Chedjer j_:s=, lieu do réunion pour les habitants de 
Médine, peuplé d'un petit nombre d'Arabes, i 2 milles. 

De Chedjcr à Médine, 6 milles. 

Total, 2 58 milles '. 

L'autre route de la Mecque à Médine passe par des monta- 
gnes et des défdcs. On suit le précédent itinéraire jusqu'à Codeïd, 
puis on passe par les lieux suivants : el-Kbo\var jljiîl, Seniet el- 
Morat ii\ji\ xaJU., Medlé Mudjab ^Is: *i.>^, Batn Medbedj (^laj 
zO^, Batn Dhat Kecbd ^A^ tjli ^JkJ, Adjrad ^^.=-1 , Dbi Che- 
mir^j-ffi ^i, Batn Aghda i^x^i (j-bj , Medledjet la'four ^ybu \4^.>^, 
el-A'ïtha LiAxJ! , Edhan el-Caliet x-a-UJ y!i! , Djebel cl-0'urdj J-fi=- 
^j — *JI ^ Theniet el-A'ïar jU*5(i xùâ ', Bima Uj, Haï A'mr ben 

A'ouf Li^S [^ Jy-S 3. 

Médine est située dans une plaine dont le sol est imprégné de 
sel; elle était autrefois entourée de murailles et de fossés. De 
nos jours, ses fortifications consistent en murs de terre; ils furent 
construits par les ordres de Cassim eddaoulet el-Gbari, qui peu- 
pla la ville et pourvut à la subsistance de ses hal^itants. La popu- 
lation y est pauvre, sans industrie, .sans commerce. Autour de 
Médine, croissent, en grande quantité, des dattiers dont les 
fruits sont excellents; c'est la principale ressource des Médi- 
nois ; car ils ne possèdent que peu de bestiaux et peu de champs 
cultivés. On y boit de l'eau d'une rivière amenée du côté de 
l'est, par les soins d'Omar ben el-Kliattab (que Dieu lui soit 
favorable! ). Cette rivière prend sa source au nord de la ville; on 
a creusé un fossé pour la détourner de son cours. Médine est 
grande comme la moitié de la Mecque; les eaux nécessaires pour 
l'arrosement des dattiers et des autres cultures sont des eaux 

' Le texte du ms. B. [lorte par erreur, 2 70. 

^ La montagne des boiteux. — ' La montée des ânes. 



CINQUIÈME SECTION. 141 

de source, puisées par des esclaves. Le champ des ronces j aJI» Feuillet 35 verso 

.XjyiJI ( le cimetière ) est situé à l'orient de Médme. 

Couba Uï est hors de la ville, à deux milles de distance; il y 
avait autrefois des maisons où se réunissaient les premiers secta- 
teurs du prophète jUajiit. C'est maintenant un bourg bien peuplé; 
il y a une source d'eau courante. 

A six milles, au nord de la ville, est le mont Ohod .Xa-i, le 
plus voisin de Médine; le territoire se compose de champs cul- 
tivés appartenant aux Médinois. A quatre milles au sud, et sur le 
chemin de la Mecque, est une rivière nommée Wadi el-A'kik ^^iij 
(f—KXjii\ , dont les bords sont couverts de dattiers et de cultures, 
et habités par des tribus d'Arabes. De Médine à la mer, on 
compte 3 journées. Le port de cette ville se nomme el-Djar^Lii, 
bourg bien peuplé, qui était jadis la ville la plus voisine de 
Djidda. 

L'itinéraire de Médine à Djidda est comme il suit : Feuillet 36 recto. 

De Médine à liassab v*«-j» , i journée. 

De Hassab à A'rib v^^*, lieu situé au pied d'une montagne, 
et près d'une source d'eau douce, i journée. 

D' A'rib à el-Djar j\ — 4, port de mer où abordent les navires, 
mais peu commerçant, i journée. 

D'el-Djar à Djidda ojvi-, environ lo journées. 

On suit le littoral de la mer, à plus ou moins de distance, 
par une plage sablonneuse, à travers laquelle on se dirige, soit 
au moyen de la mer, soit en observant la direction des monta- 
gnes. A soixante milles, à l'orient de la Mecque, est Taïf ublt. 
Voici les noms des lieux par lesquels il faut passer : 

De la Mecque à Cabr ben el-Murtefa' f-J>-j>ll (j^j-^ \ bourg fré- 
quenté par des Arabes vagabonds ; de là à Carn el-Menazel yj^ 
JjUli , fort situé à l'embranchement de deux routes; de là à Taïf. 

Quand on prend par el-Akik i>AJuJt, on passe par A'rafat taU^, 

' Le ms. B. porte, f" Qà leclo, Beriii oti Terin el-Murtefa «.ijwli ryjyï ou /ww. 



142 DEUXIÈME CLIMAT. 

Feuillet 36 rccio. Heu situé à 3 milles de la Mecque, puis parBatn Na'man (j — kj 

^_,L.»ju, liL'u planté île palmiers; on gravit ensuite la montée de 
kouda ^^JCJ'd'où l'on aperçoit Taii'. Cette \ille fut la résidence de 
la tribu de Thakif. Elle est petite, bien peuplée, bien pourvue 
d'eau douce; le climat y est tempéré, les fruits abondants, les 
cliamps fertiles, on y recueille beaucoup de raisins; les raisins secs 
de Taïf sont très-estimés et on en exporte au loin une cpiantité 
considérable. I^a majeure partie des fruits consommés à la Mecque 
provient de ce lieu. « On y fliit beaucoup de commerce, on y tra- 
<• vaille le cuir parfaitement, et les chaussures de Taïf sont pro- 
" verbialcment connues. » La ville est bâtie sur le penchant du 
mont Ghazwan ^jljji, où sont les habitations des Boni Sa"d ^x^(^, 
dont le nom est employé proverbialement pour dire une famille 
très-nombreuse, et celles d'une partie de la tribu de Beni-Hodheïl 
JoOuÈ ^. Dans tout le Hedjaz, il n'est pas de lieu dont la tem- 
pérature soit plus froide que ne l'est le sommet de cette mon- 
tagne; l'eau y gèle quelquefois en plein été. Du côté de l'orient, 
résident les Béni Halal J^>^ ^jS-j, ainsi que les Béni Sa'd et les 
Hodheïl; du côté de l'occident, les Modledj ^-s^ et d'autres (jui 
font partie des tribus de Modhar^^j^w. 

Les districts et lieux fortiliés dépendants de la Mecque sont : 
Nedjed el-Taïf uijUaJI s^, Nedjeran y!/-^, Carn el-Menazel y^-ï 
JjULl, Alik i>-^vJi£, O'kadh lilsls, Lima i. — eJ, Turba i^ys, Biclia 
ï_— i_Aj, Kicha « -■:■■ ■'^ , Djoras u-j.^-, Serat ^\j-m '; et dans le 
Téhama : Sankian yliLL*s, Seraïn (j.!j-«, Sakia « — ^-ju-Ji, Ghachm 
xù^ , Baïcli ui--+-) et A'k ^U. Ceux qui sont sous la dépendance 

de Médine sont : Taïma 1 f>_>, Daumet el-Djandel J.x_^I ii^ja , 

Elfara' ^yJl , Dhou'l-Merouet s^jl! ji, Wadi'1-Cora \j — »J1 ^^ilj , 
Madian (jjJs^, Khaïbcr j^xi-, Fadak Jj^, Coura O'rina iUj^ ^^ji, 
Wahida so..,^^^!, Siara »;l^l , Rohba iO^^i, Sebala /i]L.s-^i , 

' Variaules d'après l'Abrégé , Lia , Tarba , Maisa , Caisa , Sabara. 



CINQUIÈME SECTION. l/i5 

SebaLa a ;Lsw, Raliet k-*!;, A'dzab lj]j^, Aklial J— S!^! , Ilamia Feuillet 36 recto, 

». « y. 

L'itinéraire de la Mecque à San'a Uà« est comme il suit : De 
la Mecque à Cabr el-Murtefa çàj^II^^aï ', où est un puits; de là à 
Carn el-Menazel JjUil y_^, gros bourg; de là à Safr^^ju?, oit sont 
deux sources d'eau douce et potable ; de là à Keri ^sj^'^ O" 1 on 
trouve de l'eau et des palmiers; de là à Rouïtlia a — A-_,j,j,gros feuillet 36 verso. 
bourg dont les environs sont arrosés d'eau courante et plantés 
de nombreux palmiers; de là à Tebala a1L-»->, petite ville bâtie 
dans un bas fonds et entourée de champs cultivés et de palmiers: 
puis à Bicha Iaktan (j-tiJu ii-Aw , petite ville bien peuplée, bien 
bâtie, 011 sont des champs ensemencés, de l'eau courante et 
quelques palmiers; puis à Hasda l^.«.r~ '', oii il y a un puits peu 
abondant et peu d'habitants; puis à Biat 1:^1+) ", bourg considé- 
rable dont les environs sont bien plantés de palmiers, et oi!i l'on 
trouve une source d'eau douce; puis àSabkha a^*u, lieu inha- 
bité; de là à Cacha & — A.^5 , bourg considérable oii l'on trouve 
des sources, des vignes, de beaux palmiers et des légumes; de là 
à Nedjem ^/*^ -, bourg peuplé ayant un puits; de là à Sadoum- 
Rah ^1; *j»>v-»«, bourg considérable, assez peuplé, et dont les 
constructions sont contiguës les unes aux autres; il y a des sour- 
ces d'eau douce et beaucoup de vignes. Djoras en est éloigné de 
8 milles. 

Djoras et Nedjeran sont l'une et l'autre d'une grandeur à peu 
près égale; ces deux villes sont environnées de palmiers; on y 
prépare des cuirs. Cet article forme la principale ressource du 
pays et est l'objet du commerce de ses habitants, qui ont la répu- 
tation d'être très-habiles dans ce genre de fabrication. De Sa- 



doum on se rend à Mehdiera »> 



.^S ^, 



gros uourg pourvu de 



' Ou Tiriu el-Miirtefa d'après le nis. B. 

° Ou Caze fl'aprcs ]a version latine. — ' Ou Djasda. 

' La version latine porte Niab. 



144 DEUXIÈME CLIMAT. 
FeuiUet 36 verso, sourccs d'eau Cl iliin piiil.s très-profoiicl et très-abondant. Il 
' existe à Mehdjera un arbre connu sous ie nom de Talhat el-Me- 
lik J— Ul AaU=, et qui ressemble k un saule, excepté qu'il est 
j)lus grand. Cet arbre sert de limite entre le territoire de la Mec- 
que et celui de l'Iémen. De là on va à A'rca iu^ ', joli bourg, 
puis à Sa'da ».Xji»2, mIIo petite mais bien peuplée, où l'on fa- 
brique d'excellents cuirs qui sont exporté.s dans llémen et dans 
le lledjaz. De là à Sana' on compte 180 milles. De là on va à 
el-A'mechïé * — « — iusi)!, lieu inliabité, où est une source peu 
abondante; de là à Djenouan y'>«?-, place bien l'ortifiée, ren- 
fermant deux mares d'eau. Ses babitants sont des O'marites de 
race mélangée. Cet endroit abonde en vignes qui produisent 
des raisins d'une grosseur extraordinaire. Les raisins secs de Dje- 
nouan sont d'un goût excellent et d'un prix élevé. On en exporte 
dans les pays circonvoisins ainsi que dans les pays éloignés. On 
compte de Djenouan à Sana', 72 milles; on en compte 48 de 
Djenouan à Sa'da. De Djenouan dépendent plusieurs bourgs 
et babitations, des cbamps cultivés, des eaux employées à l'agri- 
culture. La population se compose d'Arabes de la tribu de Ghas- 
san yl M^c et d'autres. A l'ouest de Djenouan, est situé le 

pays des Abadbites Xji«LI , pays très-peuplé, pourvu de places 
bien fortifiées, de cbamps fertiles et de nombreux édiiices. 

De là on va à A'nafit ooUc, vdle entourée de vignes, mais de 
peu de palmiers. Ses babitants boivent de l'eau d'un grand étang 
qui est alimenté par des sources; de là à Rabda s^Xjj, petite ville 
entourée d'un grand nombre de vignes, de cbamps bien cultives 
et de sources d'eau. Ses habitants possèdent du gros bétail et des 
chameaux. II y a à Rabda un puits abandonné " et un château 
dont il est question dans les anciennes chroniques. De Rabda à 
San'a il n'y a qu'une station. Nous avons parlé de cette dernière 

' La version iatiiie porte Aciliia. 

■ Les deux luss. [jorteiil *\_]ajc« ; la version ialiue porle pulem altissimus. 



CINQUIÈME SECTION. 145 

ville dans le premier climat. La route que nous venons de tracer Fetiillet 36 verso, 
est ordinairement accomplie, par les caravanes, en vingt stations. 
Quant à la route de la Mecque à Dhou-Soliaïm ^ — ^ ji , dans le 
Khaulan y^l^, elle traverse les pays suivants : de la Mecque, on 
se rend à Malkan yK — Le , où les voyageurs font habituellement p^ujUç,, 3. ,.çeio. 
halte; de là à ïalamlam Os>, montagne dont la direction est de 
l'est à l'ouest, et qui sert de rendez-vous aux habitants du Tc- 
hama; puis, à un endioit solitaire pourvu d'eau de source, 1 
journée. 

Puis à Caïna a-àaS, petite ville avec deux puits, 1 journée. 

Puis à Darca iiji et à O'ibob 4^.^-sU , bourgs peuplés, 1 journée. 

Puis à Ilachaba * Jt^i.^- \ petit bourg ayant de l'eau en abon- 
dance, 1 journée. 

De là à Canouna bj.Ài, où est un puits, 1 journée. 

De là à Bicha-Haran y[;l-»- iUiwv? , où l'on rencontre des Ara- 
bes nomades et une source d'eau excellente, 1 journée. 

De là à Hali (J-a-, petite ville située sur le bord de la mer, et 
dont nous avons parlé en son lieu, 1 journée. 

De Hali la maritime jusqu'à la rivière de Sankian y« — u», cpù 
coule vers la ville du même nom, 1 journée. 

De là à Bichat-Iaktan , dont il a été question dans l'itinéraire 
de San'a, i journée. 

De là à Haran el-Carïn, y~y.JiJi y'j'-»-, ville petite, bien peu- 
plée , pourvue d'eau courante et entoui'ée de quelques palmiers , 
1 journée. 

De là, on va à Khaulan Dhi-Soheïm, forteresse bien bâtie, 
dont les habitants sont connus par leur fierté et jouissent d'une 
grande considération. Tous les pays que nous venons de nom- 
mer sont situés dans le Téhama, province de flémen. Le Té- 
hama est couvert, comme d'un réseau, d'une chaîne de monta- 
gnes qui conunencent à la mer de Colzoum cpi'elles dominent , 

' La veisiou latine porte Habascia.- 

»9 



146 DEUXIÈME CLIMAT. 

Feuillet 3-j verso et dont uD embranchement se dirige vers l'orient.. Voici quelles 
sont les limites du Téhama : à l'ouest, la mer de Colzoum; à l'est, 
une chaîne de montagnes se dirigeant du sud au nord. L'étendue 
de cette province, en long, depuis Sordja ».='j^ jusqu'à A'den 
yOv«, en suivant les bords de la mer, est de 1 2 journées; sa lar- 
geur est de 4 journées de marche, depuis les montagnes jus- 
qu'au territoire d'A'labaca ^JLjîXs ^ Elle a au levant les villes de 
Sa'da, de Djoras et de Nedjeran; au nord, la Mecque, la ville de 
Djidda; au sud, San'a, éloignée à peu près de 10 journées. Des 
Arabes de diverses tribus viennent camper dans le Téhama. Quant 
à la Mecque, c'est le centre et le lieu de réunion de tous les 
peuples de la presqu'île d'Arabie, car, de la Mecque à San'a, on 
compte 20 stations; de la Mecque à Zebid .>woj, également 20; 
de la Mecque à lemamé, 21; de la Mecque à Damas, 3o; de la 
Mecque à Bahreïn, 2 5. Nous parlerons de toutes ces contrées, 
en temps et lieux convenables. 

' La version porte ditionem Alabaeorum. 



SIXIÈME SECTION. 147 



SIXIÈME SECTION. 

Arabie. — Golfe Persique. — Hadraniaut. — Oman. — lémann''. 



Nous, allons d'abord, selon notre usage, cnumérer les pays l'euiiiet 37 ncto. 
habités et les provinces connues, qui seront ensuite décrits dans 
la sixième section du présent ouvrage : ce sont Djoras ^J^J■^ ', 
Bicha A.iou, Tcbala iiJLjj, O'kadh lilsCs, Nedjeran y!;-?^', lalisseb ' 

la supérieure ^^-m^ ^Xs , lahsseb l'inférieure 4,-jaar J^xm ^, Mareb 
cj,U, Cbedjer jjs:, Chibam -Ui , Hadraniaut i^y^jjA:^ , Sour 
jy*D , Calhat ciL^ii, Mascat kJu,-<. , Sobar j,Ijsp , el-AUr^JuJi , Dhofar 
jli^, Soa'l JLtw, Malkba &.iL>, Ser-0'man yli^^, Betsroun Ftuiilii 37 vmso. 
yjjju •", Hadjar j^, lladrama «.«^-kàn- , el-Cariataïn (jJw^i , 
Wadjera oj.=~j, Rama iootj, Ma'aden el-bacra i^i+JI (jO^jk, Sai- 
niia »^^, Borca xij^, Adih ^1, Hadjar j.^, Berman yUj-,, ei- 
Djil J^, Djolfar_,Ui=-. Dans le golfe Persicjue, les îles d'Abroun 
yj ,ji , de Hamerj^, de Keïcli j^-jS', de ben-Kawan y'jlS' (jj ', 
Derdour jji,>KJI , les deux montagnes de Kessaïr et de A'ouaïr 
j^^j yJ.S'iKj^. Dans la province de Kerman : Sabrïn (^^LJ! et 
les montagnes de Maskan (jC*.». Toutes ces contrées sont babitées 
par des peuples dont nous parlerons ci-après. 

Les villes de Djoras, de Hanwan y'y^, de Nedjeran, sont à 
peu près égales en grandeur et en population ^. C'est là qu'on 

' Variantes d'après YAbréçié : Djoras , Ofor, Manea , Soroman , Màden , Ainacaa , 
Assa , Ilobal , Hebnr. 

' Ce dernier est ajouté ici d'aprîs une noie naarginale du nis. B. 

' Le ms. A. portejjjji. — ' Noire ms. porte j.|j»5^|. 

' Les deux manuscrits portent »jL,o«Ji_) jl J^îil i ljjUxj ; e'est donc par ci- 
reur qu'on a mis dans la version lali[ic : dicmuis esse rerjiones vicinas, 

'9- 



148 DEUXIÈME CLIMAT. 

Feiiillft 37 lerso fabrique les peaux dites ïemanié , d'une qualité supérieure à toute 
autre, ainsi que nous l'avons déjà dit. Le pays est couvert de cul- 
tures et de villages. Il s'y fait beaucoup de commerce. 

De Djoras à Hanwan on compte 4 journées. 

De llanwan à Nedjeran, 6 journées. 

De Djoras à Nedjeran, 6 journées. 

Tebala est un fort dépendant de la Mecque : il en est éloigné 
de Ajournées. On y trouve de l'eau courante, des cliamps cul- 
tivés et des palmiers. ♦ 

« Il est situé auprès dune colline de terre. Lorsque el-Hedjadj 
« ebn loussuf vint prendre possession de Tebala au nom du ca- 
« life Abd-ul-Melik bcn-Merwan, n'apercevant pas cette ville 
" lorsqu'il s'en approcbait, 11 demanda où elle était : Devant 
« nous, lui répondit-on, au bas de la colline. Certes, dit-il, une 
'1 ville qui peut être cachée par un tertre , est chose de peu d'im- 
» portance, et il s'éloigna. On a dit depuis, proverbialement : C'est 
•< moins que Tebala pour cl-IIedjadj. >> 

De Tebala à Biclia on compte 00 milles. 

De Bicha à Djoras, /i journées. 

De Tebala au marché d'O'kadh felsi (iy»', 3 journées. 

Ce dernier lieu est un gros bourg dont les environs sont fer- 
tiles, plantés en palmiers et bien arrosés. Il s'y tient, tous les 
dimanches, un marché où l'on apporte toute sorte d'objets 
utiles aux villageois de ce canton. Lorsque la nuit arrive, cha- 
cun se sépare et retourne chez soi. D'O'kadh à Nedjeran, on 
compte 5 journées. 
DiioFAB. Dhofar j[xls (?st la capitale du district de lahsseb. C'était autre- 

fois une des villes les plus considérables et les plus célèbres. Les 
rois de l'Iémen y faisaient leur résidence, et « on y voyait les 
« palais de Zeïdan. Ces édifices sont maintenant en ruines et la 
« population a beaucoup diminué. Toutefois, les habitants ont 
» conservé quelques débris de leurs anciennes l'ichesses; iispos- 



SIXIÈME SECTION. 



149 



Feuillet 38 recto. 



« sèdent ries champs cultivés et des dattiers en assez grand nom- Feuillet 37 verso. 
« bre pour subvenir à leurs besoins. » 

De lahsseb, qui s'appelle aussi Dhofar, à Damar jUi , 36 milles. 

De Damar à Sana' {*», ko milles. 

De lahsseb la supérieure ^^.v^iiis?^^ au fort de Tsadjeh a-s?' \ 
36 milles. 

De Tsadjeh à el-Hind .xiil, 27 milles. 

Hind est un fort construit sur une haute colline où sont des 
puits, et habité par des arabes Khaulan y^l^ ; il est situé à 1 ko 
milles de San'a. 

De Dhofar au fort de A'iak ^^£ ", habité par des Arabes d'an- 
cienne race. Sources d'eau douce ; quelques palmiers, rk milles. 

De Dhofar à Mareb vjU, 3 journées. 

« Mareb, qui n'est aujourd'hui qu'un bourg, était autrefois 
n une ville très-célèbre parmi les Arabes. On y voit les ruines de 
« deux châteaux, dont l'un fut, dit-on, construit par orch'c de 
n Salomon fils de David , et l'autre , par celui de Belkis , femme 
« de ce prince. C'est à Mareb que fut élevée cette digue si fameuse 
« par l'utilité dont elle était pour l'irrigation de la contrée, et 
n parce que sa destruction soudaine fut un mémorable exemple 
« de la justice divine irritée par l'impiété des anciens habitants. « 

De Mareb à la ville de Chibam -U-i ', qui dépend du Hadra- 
maut, /i journées. 

Les deux villes principales de cette province sont Tarim «.j^ 
et Chibam. Nous avons déjà parlé de la première; quant à Chi- 
bam, c'est une citadelle très -forte, bien peuplée, construite 



' Le ms. A. porte Nadjeh iùtf et Djend Owk=>- ; VAhrècjè porte o^Ài^ Ivlioud. 

' Notre ms^présente ici une lacune qui se trouve remplie par YAbrkjé et par le ms. 
B. ainsi qu'il suit : ah hac ad arcem Sojl iaseb iibi sunt palma' et rivi aquarum è sua- 
vibas fontibus manqntium, XVI M. P. — ' C'est évidemment la même ville qui a été 
mentionnée par Niebuhr [Descr. de l'Arabie, p. 2A0) sous le nom de Schibam , et 
dont il a été question ci-dessus, p. 53. Il faut donc considérer comme fautive l'ortho- 
graphe du ms. A. qui porte partout Sabam _y,\j<M- 



HADRAMACT 



Feuillet 38 recto. 



Feuillet 38 verso 



j5U DEUXIEME CLIMAT. 

sur ie penchant de la montagne du même nom, dont la cime est 

tellement escarpée qu'on n'y peut parvenir qu'avec de grands 

eiforts. Le sommet de cette montagne est couvert de vdiages, de 

cj^amps cultivés, d'eaux courantes et de palmiers. " On y trouve 

" des. cornalines, des améthystes et des onvx. An premier coup 

d'oeil, ces pierres semblent n'avoir que peu d'éclat. Elles sont 

« de couleur terreuse, et ne peuvent être reconnues que par les 

personnes habituées à les cherclier; mais, travaillées et polies, 

elles acquièrent toute leur beauté et tout leur prix. On dit 

qu'on les trouve dans certaines vallées dont les cailloux sont 

de couleurs diverses, parmi lesquels il faut les choisir. On les 

apporte ensuite aux ouvriers chargés de les travailler, et elles 

passent dans le commerce. » 

A l'orient du Hadramaut touche le pays de Chedjer^#, habité 
par des Arabes de Mehret ij^ ' qui sont de race non mélangée. 
« Les dromadaires que produit ce pays n'ont point leurs pareils 
n en vitesse. On rapporte même qu'avec très -peu de soins, on 
« parvient à leur faire comprendre ce qu'on veut d'eux. On leur 
« donne des noms par lesquels on les appelle; ils viennent et 
« obéissent sans le moindre retard. Le principal bourg de Mehret 
« est Chedjer. Le langage des habitants est tellement corrompu 
'< qu'on a de la peine à les comprendre : c'est l'ancien hamiante. 
« Cette contrée est très-pauvre. Les seules ressources de ses ha- 
« bitants consistent dans le transport des marchandises et dans 
" le commerce des chèvres et des chameaux. Ils nourrissent 
« leurs bestiaux d'une espèce de poisson connu sous le nom 
•■ de wark jjj ', qui se pêche dans la mer d'Oman, et qu'on 
" donne aux bestiaux après l'avoir fait sécher au soleil. Les iia- 
« bitants de Mehret ne connaissent ni le blé, ni le pain. Ils 
« vivent de poisson, de dattes, de laitage, et ne boivent que 
« très-peu d'eau; ils sont tellement accoutumés à ce régime, que 
' ^" (iji Wazali d'après le ms. B. 



SIXIÈME SECTION. 151 

«lorsque, voyageant dans une contrée voisine, il leur arrive Feuillet 38 verso. 

« de manger un peu de pain ou quelque mets farineux, ils en 

« sont incommodés et tombent quelquefois malades sérieuse- 

<> ment. On dit que la longueur totale du pays de Mcliret est de 

« ç)oo milles, et sa largeur de i5 à 26. Il se compose en entier 

« de sables mouvants. » De l'extrémité du ])ays de Cliedjerjj* 

jusqu'à A'den y>x.«, on compte 3oo milles. 

Le pays de Mehret est contigu, du côté du nord, à celui ""*»'• 

d'O'man \^. « Ce dernier est indépendant, uniquement peu- 
" plé d'indigènes, et fertile en fruits des pays chauds, tels 
« que la datte, la figue banane, la grenade, la figue, le rai- 
« sin et autres semblables. » Les deux villes de Sour j^^ et de 
Calhat « — rjj en dépendent. Elles sont situées sur les bords 
du golfe Persique \ » petites, mais bien peuplées; on y boit de 
« l'eau de puits, et on y pêche des perles en petite quantité. » 
Elles sont à une forte journée, par terre, l'une de l'autre; par 
mer, la distance est moindre. De Sour j_y^ au cap el-Mahdjemé 
ii-t^ , par terre 5 journées '", et par mer, 2. Ce cap s'élève beau- 
coup au-dessus du rivage, « mais du coté de l'orient, il se couvre 
« d'herbes et se perd sous les eaux en forme de banc, sans qu'on 
" sache jusqu'où il s'étend, ce qui cause souvent des naufrages. » 
Il y a sous ce cap des pêcheries de perles. De Calhat, en suivant 
la côte, jusqu'à la ville de Sohar ^Lai» ,on compte 200 milles, 
et non loin de là ( de Calhat), sur le rivage, est le bourg de 
Damar jUi « de peu do ressources et peu habité pendant l'hiver, 
« mais qui acquiert pendant l'été l'importance d'une ville popu- 
« leuse à cause de la pêche des perles, car Damar est renommée 

' Il semblerait, d'après la version latine (pag. 53 ) , que Calhat seul est situé sur 
le bord de la uier, mais nos deux manuscrits ne laissent aucun doute à cet égard. 

' Et non pas quinze comme le porte l'Abrégé; au surplus le fait rapporté par notre 
auteur se trouve confirmé par des témoignages plus récents. Voyez Malte -Brun, 
Précisde la Géoyr. univ. lova. 111, pag. 206 (anc. édit.). 



152 DEUXIÈME CLIMAT. 

Feuiiiei 3<j recto. „ par la beauté de celles qu'elle produit. » De Mascat kJu.^ à 
Sohar, villes l'une et l'autre bien peuplées, on compte A5o 
milles sans habitations. Sohar jUs? est située sur le golfe Persi- 
que. C'est l'une des villes les plus anciennes du pays d'O'man, et 
« des plus ritlies en biens anciennement ou récemment acquis. » 
Anciennement, « il y venait des marchands de toutes les parties 
« du monde, pour l'importation des productions de l'Iénien, 
« et l'exportation de toute sorte d'objets, ce qui contribuait 
.1 à la prospérité du pays ( d'ailleurs ) fertile en dattes, en fi- 
« gués bananes, en grenades, en coings et autres fruits de qua- 
« lité supérieure. » Il s'y faisait des expéditions pour la Chine ; 
mais cet état de choses a cessé , et voici pourquoi. Il existe au 
centre du golfe Persique , vis-à-vis de Mascat , une île nommée île 
de Keïch (jShsS', de forme carrée, de i 2 milles de long sur autant 
de laree. « Dans cette île est une ville aussi nommée Keïch, dont 
« un certain gouverneur de l'Iémen s'enq)ara. Il la fortifia, la 
« peupla et y équipa une Hotte, à l'aide de laquelle il se rendit 
« maître du littoral de l'Iémen. Cet homme occasionna beaucoup 
« de dommages aux voyageurs et aux marchands, dépouilla cha- 
« cun de son bien , et affaiblit le pays tellement que le commerce 
« se détourna de la vole d'O'man et se rc]5orta vers A'den y.Xi. 
« Avec sa flotte, il ravagea les côtes du Zondj gj, et celles de 
« Gamran yl;-»^. Les habitants de l'Inde le redoutent et ne lui 
« résistent qu'à l'aide de navires dits el-mechiat, dont nous avons 
« déjà parlé', et dont quelques-uns de la longueur d'une galère, 
« quoique d'une seule pièce de bois, sont susceptibles de porter 
« -200 hommes. Un voyageur contemporain nous a rapporté que 
« le gouverneur de Keïch possède cinquante de ces navires tous 
« d'une seule pièce, sans compter beaucoup d'autres qui sont de 
« pièces rapportées. Cet liommc continue actuellement encore 
« .ses expéditloi>s déprédatrices; il est fort riche, cl nul ne peut 
' Voy. cklessus , [)■ 7 1 de la présente traduction. Ici les deux niss. portent i^ 



SIXIÈME SECTION. 155 

« lui résister. On trouve à Keïch des champs cultivés, desLœufs, Feuillet 39 recio. 
« des moutons, des vignes et des pêcheries de hellcs perles. » De 
Sohar à cette île, on compte 2 journées de navigation. « Elle 
« dépend de l'Iémcn et de Mascat, dont elle est à i journée de 
n navigation. El-Mesj^dl (ou el-Tizj^l ) et Chat la*; sont situées 
sur la côte du Kerman. Vis-à-vis de Soliar, k une distance de 2 jour- 
nées par terre, sont deux villes séparées par une rivière diteel-Falh 

^OJI : l'une de ces villes se nomme So'al Jl *»« , et l'autre OTra 

^ÀA. Elles sont l'une et l'autre peu considérables, mais bien peu- 
plées, et entourées de champs cultivés et de palmiers. Leurs habi- 
tants boivent les eaux de la rivière dont il vient d'être fait mention. 
La contrée donl elles dépendent s'appelle Nazoua »jjj '. A une 
demi-journée de ces villes est celle de Mandj ^, qui est de peu 
d'importance, et située au pied de la montagne de Charam ^v^, 
« où sont les sources de la rivière » d'el-Falh J^^- Cette rivière 
est considérable; ses bords sont couverts de champs cultivés et 
de villages jusqu'à la mer où elle se jette, auprès de Djolfara 
ojUiA=-. Beaucoup d'habitants du pays d'Oman sont des dissidents 
»l^, n dont la plupart vivent aujourd'hui réunis clans un petit 
« pays nommé Bechroun yj^j, à l'ouest d'Oman, sur une 
« montagne où sont leurs villages fortihés et qui leur appartient : 
« Bechroun est situé au bas de cette montagne. D'après ce cju'on 
« rapporte, la circonférence du pays d'Oman est de 900 milles. 
« Le climat y est très-chaud, cl il paraît que sur le sommet 
« (même) du mont Charam ^y^j.^ il ne tombe que peu de neige. 
« Entre le Nedjd ■>^ ' et l'Oman, il n'y a que des déserts con- 
« tigus. On trouve dans ce dernier pays une espèce de serpent 
« dite el-I'rbad ^jj«Jl ( d'où provient le nom de mo'arbid qu'on 
« donne aux ivrognes), qui silQe et saule, mais qui ne mord pas. 
« On dit que, renfermé dans un vase de verre dont l'orilice est 

' Ou ôj_/J Taroua. 

' Pays très-connu à cause de la beauté des races de chevaux qu'il produit. 

20 



154 deuxièmb: climat. 

Feuillet 39 verso „ h\cï\ JdoucIic, puis dans uiie boîte, et transporté hors du pays 
« d'âtnan, il s'échappe du vase et qu'on ne le retrouve pas. 
« Cette expérience a été souvent faite, et le fait est de notoriété 
" publique. Il existe aussi dans cette contrée un petit animal ap- 
« pelé Courad iiyîJI qui , lorsqu'il s'attache avec ses ongles à un 
" homme, lui occasionne une tumeur qui s'accroît au point que 
« les vers s'v mettent , et que ces vers pénétrant dans l'intérieur 
« du corps, finissent par causer la mort. Il y a dans le milieu de 
« l'Oman une grande quantité de singes très-nuisibles qui se 
" réunissent quelquefois en troupe, en sorte que, pour s'en dé- 
i< fendre , on est obligé de leur faire la guerre à coups de flèches 
« et d'autres armes meurtrières. » 

De Sohar à Bahreïn (jjj3r, on compte environ 20 journées; 
mais le trajet d'Oman, soit à la Mecque, soit à d'autres con- 
trées, est très-difficile, à cause de l'aridité des déserts. On va par 
mer à Aden, et de là on continue sa route par mer ou par terre. 
Il Y ^ également lieaucoup de difficultés à se rendre de Sohar, 
qui dépend de iOman, à Bahreïn, situé du côlé du nord, à 
cause de l'état de guerre et de rixes continuelles dans lequel 
vivent les Arabes, et qui ne laisse aux voyageurs aucune sécu- 
rité, soit pour leurs personnes, soit pour leurs biens. Le pays 
d'Oman est limitrophe, du côté du nord-ouest, à celui d'Ié- 
IÉMA.MÉ. « marné *-«Ur, gouverné, avant l'islamisme, par cette reine si fa- 

« meuse et si souvent mentionnée dans nos livres, qui fut dé- 
« pouillée de ses biens, de ses esclaves, et mise à mort par ordre 
■■ du calife Omar ben-Alkhattab. L'Iémamé est arrosé par une 
« rivière dite Afnan yU»! , sur les bords de laquelle sont des 
« villages et des champs cultivés. La principale résidence s'ap- 
« pelle Iladrama jl^jmi». Il y a beaucoup de palmiers et phis 
« de dattes même que dans le Hedjaz jl#-. » 

On compte également au nombre des villes de l'Iémamé, 
Hadjar^;.*- , aujourd'hui ruinée, qui était la résidence de la reine; 



SIXIÈME SECTION. 155 

auprès de là, sont les deux villes de Bourca Ksjj et de Salamia Feuillet Sg verso. 
aa^^, à peu près égales en grandeur et en population. 

L'itinéraire de riémamé à la Mecque est celui-ci : 

D'Iémamé à A'rdli ^t=^, une journée. 

A Khodaia' iùuJ^il, idem. 

A Thania iUAill , idem. 

A Sofra ij.jU.JI , idem. 

A Sada l>x.i, idem. 

Au fort de Cariateïn yv-s>>>. qui est sur la route de Bassora, 
« et où les deux routes se séparent, » une journée. 

De Cariateïn à Dama x«ia, même di.stance. 

A Tandja &^î=, idem. 

A Sarba i»^jM, idem. 

A Djadila «XjiX=- , idem. 

A Fallia a^, idem. 

A Rocaïba xf-vr,, idem. 

A Couba 'aï, idem. 

A Maran ^j^j-», idem. 

A Wadjera Hj-^j, idem. 

A Awtas u-Usjl , idem. 

ADhat i'rk j>-« ^\i> ^ qui dépend du Téhama, idem. 

Au jardin d'ebn A'mer ^-.oU (jjl t)'^'*^' idem. 

A la Mecque, idem. 

S'il plaît à Dieu, nous décrirons en leur lieu toutes ces .sta- 
tions dans le plus grand détail. 

« Au nombre des villes de l'Iémamé est Hadjar, dont nous 
« avons déjà parlé. » Entre Hadjar et Hadrama , on compte 2 jour- 
nées. 

-La dénomination d'I'rdh ^^ja s'applique, « dans cette contrée, « 
à la rivière d'Afnan yUsi , qui sépare la province en haute et 
en basse, et sur les bords de laquelle sont des villages bien 
peuplés, des champs cultivés, des palmiers et d'autres arbres. 

20. 



156 DEUXIÈME CLLMAT. 

Feuillet io recto. Les nonis de ces villages sont : Manboukha *i»jjuL«, Wabra 

ijj}. Caria miji, A'bra I^j*, Behicha *Ajs^, Sal JUJI, A'mcria 
ii>^U , Nisan yU.-s> , Bourca-Daliek >iL.=i.l_é *-j^ , Salamia «.jj^ , 
Toiulhib ^yi, Mocrat ^\jxi.\ et Medjiiza »jUil '. 

Tous ces villages , peu éloignés les uns des autres , sont à des 
distances à peu près égales. Entre Salamia et Sal, on compte 
ime journée; et entre Sal et Iladrama de l'Icmamé, la même 
distance. « Salamia est un joli bourg entouré de vergers et de 
« palmiers dont les fruits sont d'une belle couleur et d'un goiit 
" agréable. Sal est également un lieu peu considérable, habité 
« par de misérables Arabes ; il y a des puits et des sources d'eau 
« thermale. >> 

Quand on veut aller de l'Iémamé à Bassora Sjj^\ , on se rend 
d'abord à Sal, i journée. 

Puis, à Salamia, i journée. 

Puis, par le désert, à jVIarab vlr*' ^'^'^ habité par des Arabes, 
3 journées, pendant lesquelles on tâche de se procurer de l'eau 
de puits dans des lieux stériles. 

De Marab à Saman yL.;^ , encore 3 journées. 

n Saman est habité par des Arabes affamés, nus, et que leur 
« pauvreté met à l'abri de toute attaque. » 

De Saman à Tandja «-sJJ», petit village dont le territoire est 
limitrophe à celui de Bahreïn, i journée. 

De là à la ville de Kadhima iL^^, fort situé sur une mon- 
tagne très-élevée, 4 journées que les voyageurs font, accompa- 
gnés par des Araires qui connaissent les puits et les sources. 

De Kadhima à Dahaman yl^i , i jouruée. 

De là à Bassora, i journée. 

Total , 1 5 journées. 

II De riémamé à Bahreïn, on en compte environ i3. 

« De riémamé à l'Oman, également i3 journées. 

' Voyez pour les variantes pag. 55 de la version latine. 



SIXIÈME SECTION. 157 

Il II existe un chemin pour se rendre, en suivant le littoral, Feuillet 40 lecto. 

« de l'Oman à Bahrcïn. 11 passe par Sohar, Damar, Mascat, 
el-Djebel et Djolfar, lieux où sont des pêcheries de perles, 
et vis-à-vis desquels il existe en mer un vaste ccueil, tantôt 
un peu apparent, tantôt cache sous les eaux. Les navigateurs 
qui vont de Bassora à l'Oman, lorsqu'ils sont parvenus sur 

« les limites de cet écueil , débarquent leurs marchandises sur 
la rive , afin d'alléger le navire ; et quand ils ont fi-anchi l'obs- 
tacle, ils les chargent de nouveau et continuent leur route 
jusqu'à l'Oman. 
« Lorsque vous voulez vous rendre de Djolfar à Bahreïn, vous 

» pouvez jeter l'ancre dans le port de SabldiA a^s^-», où l'on trouve 
de l'eau douce. Ces parages sont couverts d'abîmes, de bancs 
de sable et de lieux d'un difficile accès. On les connaît sous 
le nom de mer de Kithr jiiï ; il s'y trouve un grand nombre 
d'îlots déserts, fréquentés seulement par des oiseaux aquati- 
ques ou terrestres qui s'y rassemblent et y déposent leurs 
fientes. Lorsque le temps le permet, on va charger ces fientes 
avec des embarcations et on les transporte à Bassora et en d'au- 
tres lieux, où elles se vendent à très-haut prix, attendu qu'elles 
sont considérées comme un puissant engiais pour la vigne, pour 
les dattiers et en général pour les jardins. Au surplus, cette mer 
de Kithr est peu fréquentée et elle est redoutée des voyageurs 
et des marins. On fait voile de là vers le port de Macfoud iyU.« 
qui oiTrc un excellent hivernage, avec de l'eau douce ; puis vers 
la .côte de Hadjer^^, première dépendance de Bahreïn; puis 
vers Bassora, en suivant le littoral qui est désert, et dont nous 
parlerons , s'il plaît à Dieu , dans la description du troisième 
climat. » 
Quant à Ma'aden el-Bacra ' it^JiJi ^J^jm, c'est un bourg grand Feuillet ho verso. 

' L'Abrège porte Nacra; mais nos deux manuscrits s'accordent sur l'orthographe 
de ce nom. 



Feuillet 4o verso 



GOLFE PEnsloCE' 



158 DEUXIÈME CLJAIAT. 

et populeux où se réunissent les pèlerins de Bassora et de Koufa. 
Celui qui veut se rendre à Mcdinc prend d'abord par Dliat el- 
léuiiu (ji — (JI i^li , puis par Casaïlé *Xo'u«i, lieu très-frécjuenté 
par les Arabes, et où l'on trouve de l'eau saumâtre; h"] milles. 

Puis, par Batn NakhI J.-*' (J^, beaucoup d'eau douce et de 
palmiers; 36 milles. 

Ensuite, par Tarcf o^, lieu désert, fréquente de tenqos en 
temps par des Arabes, et où sont des étangs d'eau pluviale; 22 
milles. 

De là à Médine, ou compte 1 5 milles. 

Relativement au golfe Persique, nous avons dit (|ue c'est an 
canal qui dérive de la grande mer des Indes ', mais qui forme 
une mer séparée et différente de toute autre. Sur le littoral de 
l'Iémen sont les deux monts Kessaïr ^^a-IS' et A'ouaïrj_>^ d'où 
dépend le lieu nommé Derdour j^iji où la mer prend le nom 
de Ghazra ijjs-. A Derdour les eaux tournent sans cesse comme 
une meule de moulin, et forment un tourbillon continuel, en 
sorte que, si un navire ou tout autre objet y tombe, il e.st iné- 
vitablement englouti. Ce lieu est situé au sud de l'île d'Ebn- 
Kawan yl^\^ (j-j'. laquelle est éloignée de celle de Keich ^yJS^ àe 
52 milles, ce qui forme une demi-journée de navigation. La 
longueur de l'île d'Ebn-Kawan est (aussi) de bi milles, et sa 
largeur de 9. Les liabitants sont dissidents, de la secte des Aba- 
dhis; " ils possèdent des champs cultivés, des cocotiers et d'au- 
n très arbres. « De là, on aperçoit les montagnes de l'Iémen et 
dans le voisinase est le gouffre de Derdour dont nous venons 
de parler, et qui forme, vis-à-vis des monts Kessaïr et A'ouaïr, 
un détroit qui peut bien être franchi par de légères embarcations, 
mais non pas par les vaisseaux de la Chine. Kessaïr et A'ouaïr 
sont deux écueils tellement couverts par les eaux qu'on ne les 
voit pas; mais la mer s'y brise avec violence, et les marins ins- 

' Voyez ti-dcssus , pag. 4. 



SIXIÈME SECTION. 159 

truits les connaissent et les évitent. Il existe trois gouffres de ce Feuillet io verso. 
genre : le premier est celui que nous décrivons; le deuxième, 
celui qui se trouve clans le voisinage de Comar jU", et le troisième, 
Derdour jj^j^ , est situé à l'extrémité de la Chine, entre Siraf 
(jlj^^ et Mascat-Seïf ben-Essaffal' oLL*2Ji ^jj ou-« kJù.^, vers un 
cap qui s'avance dans la mer et qui se termine par une petite île. 
« On trouve dans cette mer ( le golfe Persique ) un poisson 
« nommé defsin (j--ji, à tète carrée, avec deux cornes de la lon- 
« gueur du petit doigt et très-minces. Son corps est grêle, sa 
" bouche ressemble à un entonnoir, il ne l'ouvre ni ne la ferme. 
« L'intérieur de cet entonnoir est rouge et mou; il est pourvu de 
« dents dont le poisson se sert pour couper avant d'avaler. On dit 
■ que la chair de ce poisson est salutaire aux personnes attaquées 
« de l'éléphantiasis : c'est du moins ce que rapportent les habitants 
" de la Perse et ceux du Kerman. » 



160 



DEUXIÈME CLIMAT. 



SEPTIÈME SECTION. 

Feuillet /lo verso. Suite des cotes du golfe Pcrsique. — Mckrau. — Sedjestan. — Sind. 

Moultan. 



Les villes décrites dans cette septième section sont : Kia hjS, 
Kir^vs^, Ermaïl Jout*,! , Casri-bend o^Àj^aai, Fira-])Ouz j^^jm, 
Khourj_j_i-, Canbely J^aàS, Mcnhaliery ^^l^O», Dil)al J^i, , Ni- 



Feuillet'u recto, roun ij}^, Mansouria aj 



MftA2A.4 



^\andan .ilowl., Asfaca 



AJtXol 



Darek i3j:>, iNIasourdjan yl=»jj-M,U , Fardnn (j'iyj, Kirkaïan yl.fe^S^ 
Cadira i^'>>j , Besniek dl-^wu , Toubcran yl^^, Moultan ^'^aL», 
DjandourjjO^_À=-, Sandoiir ^j JOi-» , Dourjji, Atry (^>>l , Calery 
(Sj^'^j ^ii''i !>-+'! Masouani J^.,^^, Charousan yL^ji^, Bania <voL, 
Manicbel J^U, Kanbaïa /oWà^»; Soubara «jl^-w, Scbdan ylJv*-» 
et Seïmour^^.ey«. Dans la partie de la mer conipinse dans la pré- 
sente section, sont : l'île de Thara sjj , les deux ccueils Kessaïr 
et A'ouaïr j_)^* j ^*1^5, le Dcrdour jji,i , l'île de Dibal J^.:>, 
où se trouve la ville de Kcskihar j'—(,-^-»j, l'île de Aubkin (j?Xjl, 
l'île de Mind .xà.« , celle de Koulam-mely J-« ^y^ i et celle de 
Sendan yl j^à-m '. Toutes ces contrées sont babitées par des peu- 
pies de religions , de coutumes et de mœurs diverses. Nous rap- 
porterons à ce sujet tout ce que nous en avons appris de cer- 
tain, nous confiant dans le secours divin. 

Nous disons donc que le commencement de la présente section 
comprend, à partir de l'orient, le littoral du golfe Persique, et. 



■ Pour l'oilhograi^lie de ces noms, nous avons suivi les leçons du ms. Asseiin.\ oy. 
au surplus la version latine, [lag. 56 et b-j. 



SEPTIÈME SECTION. 161 

vers le sud, ia ville de Dibal J^i, «qui est très-peuplée, bien Feuillet ii recto. 

« que son territoire soit peu fertile et ne produise guère d'autres dibal. 

« arbres que des dattiers. Les montagnes y sont arides et les 

« plaines stériles. Les maisons y sont construites en terre et 

« en bois, mais le pays n'est baJjité que parce que c'est une 

« station pour les vaisseaux du Sind et autres. Le commerce 

« s'opère sur des articles Irès-variés et on s'y livre avec beaucoup 

« d'intelligence. 11 vient à J3ibal des navires chargés des produc- 

« lions de l'Oman, et aussi des bâtiments de la Chine et des 

n Indes. Ils apportent des étoffes et autres objets de Chine, ainsi 

« que des parfums et aromates de l'Inde. Les ha]jitant»(de Dibal), 

« qui sont en général fort riches, achètent ces marchandises en 

" gros et ils les gardent jusqu'au moment où, les navires étant 

« partis, elles commencent à devenir rares. Alors ils en opèrent 

n la vente, vont trafiquer dans le pays, placer leurs fonds à inté- 

« rôt, ou bien employer ces fonds comme ils l'entendent. Entre 

« l'endjoucluire du grand Mehran^AÊ^I u!/V* ( f Iwdus ) et Dibal, 

« on compte 6 milles', en se du'igeant vei's fouest; de Dibal à 

« Niroun yj_;.^j à l'ouest duMehran , 3 journées. Niroun est à moi- 

« tip chemin ( de Dibal) à Mansoura ojynM -. C'est là que les per- 

« sonnes qui vont de l'une à l'autre de ces villes passent le fleuve. » 

Niroun ^ est une ville peu considérable, mais elle est forti- 
fiée « et ses habitants sont riches. » Les arbres y sont rares. 
De là à Mansouria, on compte un peu plus de 3 journées. 

Cette dernière ville ( Mansoura ou Mansouria ) est entourée 
par un bras du Mehran dont elle est cependant éloignée. Elle 
est à foccident de la principale branche de ce fleuve, qui 
coule depuis sa source jusqu'à Calery t^jJl», ville située à une 
journée de Mansouria. A Calery, il se divise en deux branches 

' El non point li'ois journées, comme on lit dans la version latine. Cette correc- 
tion est essentielle. 

' Le ins. Asselin elVAbréçjé portent partout Mansoura. — ' h' Abrégé porte Faiiua. 

21 



Feuillet ii recto. 



Feuillet /41 verso. 



MANSOCRIA 



MANSOCRA. 



162 DEUXIÈME CLIMAT. 

dont la principale se dirige vers Mansouria; l'autre coule vers 
le nord jusqu'à Charousan yU«j,j^, puis se détourne vers l'ouest 
et vient rejoindre la principale pour ne plus former qu'un seul 
fleuve. Cette jonction a lieu à 1 2 milles au-dessous de Mansou- 
ria. Le Mehran passe ensuite à Niroun, puis se décharge dans la 
mer. L'espace occupé par Mansouria est d'un mille carré. Le 
« climat y est chaud. Le pays produit des dattes en abondance, 
" ainsi que des cannes à sucre. Il n'y a guère d'autres fruits, si 
» ce n'est cependant une espèce de fruit gros comme une pomme, 
« qu'on appelle limouna, dont la saveur est très-acide, et une 
« autre qui se rapproche de la pèche, soit pour la forme, soit 
" pour le goût. 

« Mansouria fut bâtie au commencement du règne d Al-Man- 
« sour, de la famille des ALbassides. Ce prince donna son surnom 
« (de victorieux) à quatre villes différentes, afin de leur porter 
I' bonheur, et pour qu'elles subsistassent toujours. La première 
« est Bagdad dans l'Iràc; la deuxième, la Mansoura du Sind, qui est 
« celle dont il est ici question ; la troisième , celle d'Almassissa 
" iù^A-^l sur la Méditerranée; la quatrième, celle de Mésopotamie. 

« Celle dont nous parlons ici est grande, populeuse, riche et 
« commerçante. Ses environs sont fertiles , ses édifices construits 
« en liriques, en tuiles et en plâtre; c'est un lieu de délassements 
« et de plaisirs. Le commerce y est florissant , les bazars remplis 
" de monde et bien fournis de marchandises. Le bas peuple porte 
« le costume persan, mais les princes affectent de revêtir la tuni- 
« que, et de laisser tomber leurs cheveux à la manière des princes 
« indiens. La monnaie est d'argent ou de cuivre; le poids de la 
« drachme locale est quintuple de celui de la drachme (ordinaire). 
« On y voit aussi des monnaies tartares aj^Us qui y ont cours. Le 
« poisson y est abondant, la viande à bas prix et les fruits étran- 
« gers ou indigènes, en quantité. Le nom de la ville est, en indien, 
« Mirman ylyjy». Elle est comptée au uondire des dépendances 



SEPTIÈME SECTION. 163 

n du Sind, ainsi que Dibal, Niroun, Bania, Calery, Atrv, Cliarou- Feuillet k\ verso. 
" san, Djandour, Menhabcry, Bcsmek et Mouitan. 

n Bania csl une petite ville dont les habitants sont de race 
« mélangée et riches. On y vil à bon marché et très-agréable- 
« mont. » 

De Bania à Mansouria, on compte 3 journées. 

A Mamehel, 6 idem. 

A Dibal, 2 idem. • 

" De là à Mamehel et à Kanbaïa, le pays n'offre qu'une plage 
" maritime sans habitations, presque sans eau et par conséquent 
« impraticable pour les voyageurs. 

« Mamehel est situé entre le Sind et l'Inde. Sur les limites du 
" désert dont il vient d'être parlé, habite une peuplade très-brave 
« nommée Mend J^4! , qui fait paître ses troupeaux jusqu'au- 
« près de Mamehel. Elle est nombreuse, possède beaucoup de 
" montures et de chameaux, étend ses excursions jusqu'à Dour 
« jji sur les bords du Mehran, et quelquefois même elle pénètre 
« jusqu'aux limites du Mekran. 

« Dourjj^l est située sur les bords du Mehran, qui coule à 
" foccident de cette ville. Elle est agréable et comparable à 
« Mouitan sous le rapport de la grandeur. 

« De là à Besmek liUwj, 3 journées. 

« A Atry i^jj\ , k idem. 

« De cette dernière à Calery ^^^1; , 2 idem. 

" Calery ^^jl\i, sur la rive occidentale du Mehran du Sind, calery 

K est une jolie ville, bien fortifiée et très-commerçante. C'est dans 
« son voisinage que le Mehran se partage en deux branches dont 
« la plus grande coule vers l'ouest jusqu'auprès de Mansouria, qui 
« est sur la rive occidentale, et la seconde vers le nord-ouest, 
« puis vers le nord, puis, en continuant, vers l'ouest. L'une et 
« l'autre se réunissent ensuite au-dessous de Mansouria à une dis- 
« tance d'environ 1 2 milles. » Bien que cette ville ( Calery ) soit 

2 1 . 



ClIABODSAN. 



164 DEUXIÈME CLIMAT. 

Ffiiillci i2 ni 10. à une certaine distance de la route, cependant elle est très- 
fréquentée, à cause de la bonté des 0])érations commerciales 
qu'on fait avec ses habitants. De là à JNIansouria, on compte une 
forte journée ou l\o milles'. 

« De Calery à Charousan y'^.^, 3 journées. 

Cette dernière est remarquable jiar sa grandeur, ])ar le nom- 
bre de ses fontaines et de ses canaux, « par l'abondance de ses 
" ])roductions et par la richesse de son commerce. Elle est très- 
" fréquentée. » De Charousan à Menhabery ^g^',^:*-» , ville située 
dans un bas fond, « bien bâtie, d'un aspect agréable, entourée 
" de jardins, de sources et d'eaux courantes, » on compte 3 jour- 
nées, et de cette dernière ville à Firabouz ' j-^j.-o, 6 journées. 

De Menhabery à Dibal, 2 idem. 

Pour aller de Dibal à Firabouz, on passe par Menhabery, et 
entre ces deux dernières, par une petite ville nommée Khour 
jj_=l, qui est bien peuplée. 

Quant à Firabouz , c'est une vdle dont les habitants sont ri- 
ches, « d'un commerce sûr, gens de parole, ennemis de la 
« fraude , généreux et bienfaisants. » Elle dépend de la province 
du Mekran, ainsi que les villes de Kirj-*J , de Darek t;),a , de Rasek 

A m\j (habitée par des schismatiques ), de Beh *j , de Bend 

Osju , do Casri-bend , d'Asfaca «-«.ùs! , de Fahlafahra o^^^.^, de 
Maskan (jX«w«, de Taïz j^ ' et de Balabac (f-iX> ". 

« Le Mekran est un pays vaste, mais en majem-e partie désert 
« et misérable. La principale de ses villes est Kirousi ^jjj.^, qui 
« est grande à peu près comme Moultan. Les palmiers y abon- 



' Il rësulte dn paragraphe précédent et de la répétition même du fait énoncé pai- 
notre auteur, que la bifurcalion ;ln Sind a Heu à Calery et non point à Maniuliel , ainsi 
qu'il faudrait le conclure de la version latine pag. 67. 

" Les niss. portent tantôt Firbouz et tantôt Kkhouz;Y Abrégé porte Firabuz. 

' Les cartes anglaises perlent Th. 

' Ou Belin. 



SEPTIÈME SECTION. 165 

« dent, la campagne y est cultivée et il s'y fait bcaTicoiip de l'euillei 1,3 recto. 
« commerce. » A l'occident est Taïz, petit poit de mer fréquenté 
par des bâtiments du Fars et par ceux qui viennent du pays 
d'Oman, ainsi que de Reïcli , île du golfe Persique , située 
à une forte journée de navigation. De Taïz e^ Kir, on compte 5 
journées. 

De Kir à Firabouz, 2 fortes journées. 

Entre Kir et Ermaïl sont deux districts qui se touchent , dont 
l'un, nommé Rahoun u>^^j , dépend de Mansouria , et l'autre, 
dit Kelwan yt_jJ^, dépend du Mckran. « Ces deux districts sont 
« assez fertiles; ils produisent des dattes en petite quantité, mais 
« la principale ressource de leurs habitants consiste en trou- 
« peaux. » Celui qui veut se rendre de Firabouz au Mekran doit 
passer par Ku\ De là à Ermaïl, rpii dépend du Mekran, 3 jour- 
nées. 

« Ermaïl J~ot«jl est à peu près de la même grandeur que Fira- ermaïl. 

« bouz. Elle est bien peuplée et ses environs sont très-agréables. 
« Ses habitants sont riches. » D'Ermaïl àCanbely J-aàï, 2 journées, l'euillei '12 vciio. 

Canjjcly le dispute à Ermaïl en grandeur, en richesse et en 
population. Elle est située à un mille et demi de la mer. L'une 
et l'autre sont situées entre Dibal et le Mekran. De Firabouz à 
Darek éj> , ville populeuse et commerçante, 3 journées. 

« Au sud-ouest de Darek est une montagne très-haute, qu'on 
« nomme montagne du sel, attendu que ses eaux sont, en effet, 
« presque toutes salées. Il y a des habitations. » 

De Darek Jji à Rasek kiL«lj, 3 journées. 

« Les habitants de Rasek sont schismatiques. Leur territoire 
« se subdivise en deux districts dont l'un porte le nom d'el-Kha- 
« roudj 2«_H=i et l'autre, celui de Kirkaïan ^U/ vaS^ On v cultive 
« beaucoup de cannes à sucre et on y fabrique du faniz ' dont il 
« se fait un grand commerce. Cette culture et cette fabrication 

' Sorlc tie sucrerie. 



166 DEUXIÈME CLIMAT. 

FeuiiM 42 verso. « sont aussi très-répanducs à Maskan yls^U el dans le district de 
« Casran (j'j.^*. Les habitants de Maskan, de Djawran ylj,^=- et 
« de Touberan yl^^ sont, en majeure partie, schismatiques. 
i> Le territoire de Maskan touche à celui de la province de Ker- 
" man (jU,_^5. Ses liabitants jouissent d'une grande réputation 
" de bravoure. Ils ont des dattiers et des chameaux , des céréales 
" et des fruits des pays froids. Les habitants du Mekran |)arlent le 
« persan et un dialecte particulier à leur province. Ils portent la 
« tunique, la robe à manches, l'ardié , la fouta et le mandil brodé 
« en or, comme les habitants de l'Irâc et de la Perse. >> 

Fahlafahra , Asfaca , Bend et Casri-bend sont des dépendances 
du Mokian, « qui ont entre elles beaucoup de ressemblance sous le 
•I rapport de l'étendue, de la nature et de l'importance du com- 
« nierce, et de l'état de la population. » 

De Fahlafahra à Hasek, on compte 2 journées. 

De Fahlafahra à Asfaca, 2 idem. 

D'AsIacaà Bend, 1 idem vers l'ouest. 

D' Asfaca à Darek, 3 idem. 

De Bend à Casri-bend, i idem. 

De Casri-bend à Kia, A idem. 

De Mansouria à Touberan, environ i5 idem. 

Touberan y!^j_^ est dans le voisinage de Fahradj ^j—^, qui 
appartient au Kerman. » C'est une ville bien fortiliée et située 
« sur les bords d'une rivière du même nom (de Touberan) qui 
" sont cultivés et fertiles. » De là à Ferdan yli^j , ville commer- 
çante et dont les environs sont bien peuplés, on compte 4 jour- 
nées. 

A l'ouest de Ferdan, et sur la route de Touberan, est la ville 
de Kirkaïan « dont le territoire est très-peuplé, très-fertile, et 
« où croissent la vigne et diverses sortes d'arbres fruitiers: mais 
« on n'y trouve pas de palmiers. " De Touberan à la ville de Mos- 



SEPTIÈME SECTION. 167 

tah gO»«-« ' située au milieu du désert, et où l'on élève beaucoup t'e"ill«t /n verso. 
de chameaux et de moutons, on compte 3 journées. 

De Touberan à Moultan yU^, sur la limite du Sind, lo Feuillet « recto. 
journées. 

« Moultan est voisine de l'Inde , et quelques auteurs même la moiltan. 

" placent dans cette contrée. Elle égale Mansoura »_,^_«uL« en 
« grandeur, et elle porte le surnom de maison d'or. On y voit 
« une idole vénérée par les Indiens, qui viennent la visiter en pè- 
II lerinage des points les plus reculés de leur pays, et lui offrir 
Il des objets précieux , des ornements et des parfums en quan- 
II tité prodigieuse. Cette idole est entourée de serviteurs et d'es- 
II claves qui se nourrissent et s'habillent du produit de ces riches 
n offrandes. Elle est de forme humaine et à quatre côtés, assise 
" sur un siège construit en briques et en plâtre , entièrement cou- 

I verte d'une peau qui ressemble à du maroquin rouge, en telle 

II sorte qu'on ne lui voit que les yeux. Quelques personnes assu- 
II rent que l'intérieur est en bois, d'autres le nient. Quoi qu'il en 
Il soit, son corps est entièrement couvert, ses yeux sont formés 
Il de pierres précieuses , sa tête coiffée d'une couronne d'or enri- 
II chie de pierreries. Elle est, comme nous l'avons dit, carrée. 
Il et ses bras, au-dessus des coudes, paraissent au nombre de 
Il quatre. .' 

Il Le temple habité par cette idole est au milieu de la ville de 
Il Moultan et dans le plus fréquenté de ses bazars. Cet édifice est 
Il en forme de dôme; la partie supérieure du dôme est dorée; la 
« construction en est très-solide, ainsi que les portes; les colonnes 
Il sont fort hautes, les murs coloriés. Autour du dôme, sont les 
Il habitations des desservants de l'idole, et de ceux qui vivent 
Il sur les produits du culte dont elle est l'objet. Il n'y en a aucune 
Il dans l'Inde ni dans le Sind qui soit plus vénérée. Elle est, pour 
* h' Abrégé porte Masnih. 



168 DEUXIÈME CLIMAT. 

Feuillet 13 recto. „ ces peuples, le l)iil (11111 pèlerinage pieux, el ils se font une loi 
« de lui obéir, à tel point que, lorsque les princes voisins du 
« Moultan projettent quelque expédition contre ce pays, soit pour 
« le ravager, soit pour enlever lidole, ses prêtres n'ont quà se 
" rassembler, à faire craindre son courroux aux agresseurs et à 
« leur prédire leur ruine , pour que ceux-ci renoncent à leur des- 
« sein. Sans cette crainte, la ville do Moultan serait détruite. Il 
« n'est donc pas étonnant que ses habitants vénèrent l'idole, exal- 
n tent son pouvoir et disent que sa présence est l'effet d'un secours 
« divin. Dans l'ignorance où ds sont du nom de la personne qui 
« l'a érigée, ils se bornent à dire que c'est une merveille. 

Il Moultan est une grande ville dominée par une citadelle, mu- 
<■ nie de quatre portes el entourée d'un fossé. Les objets nécessaires 
a à la consommation y sont abondants, et les contributions modi- 
« ques; aussi le peuple y est-il à son aise. Elle porte le nom de 
« la maison d'or Farkh ^j-i , parce que Mohammed ben loussul, 
« frère de Hedjadj, y trouva /io behars d'or ( le behar pèse 333 
<i mines ^ ) renfermés dans une maison. Or, farkh et bchar ont 
» une signification identique. Les environs de la ville sont ar- 
« rosés par une petite rivière qui se jette dans le Mehran du 
" Sind. » 

A un mille de Moultan est Djandour jjj^j.=», réunion de 
châteaux très-solidement construits, très-hauts et bien fournis 
d'eau douce. Le gouverneur y passe le printemps et les temps 

Feuillet i3 verso, ^q délassement. Ebn Haukal rapporte que, de son temps , le gou- 
verneur se rendait tous les vendredis de ces châteaux à Moultan, 
monté sur un éléphant, d'après un usage ancien. La majeure 
partie de la population est musulmane. L'autorité judiciaire et 
l'administration civile le sont également. 

La mine est un poids d environ deux livres. Notre auteur, pour expliquer le sens 
du mol farkh , nous parle du beliar, dont la valeur mallieuieusement n'est pas facile 
à déterminer. 



SEPTIÈME SECTION. 169 

Au sud de Moultan, à trois journées de distance , est Sandour Feuillet /..i verso. 
j^iSU^, vilie renommée par son commerce, ses richesses, le luxe 
des vêlements, et par l'aliondance qui règne sur les tables de ses 
habitants. Elle est censée faire partie de l'Inde et est située sur 
les bords d'une rivière qui se jette dans le Mehran, au-dessus de 
Semend Os..i.r«. De Moultan, en se dirigeant vers le nord, on 
trouve un désert qui s'étend jusqu'à la limite orientale du Tou- 
beran. « De Moultan jusqu'après Mansoura, le pays est occupé par 
« une peuplade belliqueuse qu'on appelle Nedha Aja,xj '. Elle se 
« compose de tribus nombreuses qui vivent répandues entre le 
« Touberan, le Mekran, le Moultan et Mansoura, à la manière des 
« nomades Berbers. Les Nedha ont des résidences particulières, 
« des marécages où ds se réfugient et qui sont situés à l'ouest du 
« Mehran. Ils possèdent d'excellents chameaux et ils en élèvent 
« particulièrement une espèce appelée careh ^jJiJ' , très-estiniée 
« dans le Khorasan et dans le reste de la Perse, et qui ressemble 
« au cliameali de Balkh et à la chamelle de Samarcande, en ce 
« qu'elle est d'un bon naturel et qu'elle porte deux bosses, à la 
« différence des chameaux de nos contrées, qui n'en ont qu'une. » 

De Mansoura aux limites du Nedha'-, on compte G journées. 

Des limites du Nedha à la ville de Kir^^ji^», environ lo jour- 
nées. 

Du Nedha à Taïz j-jçj , à l'extrémité du Mekran , 1 6 journées. 

La ville que les Nedha fréquentent le plus pour leurs ventes, 
pour leurs achats et autres affaires, est Candaïl Jjui4\^^ Kirkaïan 
ylj\(;Hs£=) est un canton connu sous le nom de Eïl Jot *, habité par 
des Musulmans et par d'autres peuplades dépendantes du Nedha 

' Le ins. A. porte Berha «Jftw' 
' Neniz suivant ici le ms. A. 
' Les cartes anglaises portent Kandabil. 

' Et non point Abil. Nos deux manuscrits sont d'accord sur l'orthographe de ce 
nom , qui paraît d'origine turque. 

22 



170 DEUXIÈME CLIMAT. 

Feuillet 43 verso. „ dont il vient d'être question. Ce pays produit des céréales, du 
« raisin, des fruits, des chameaux, des bœufs et des moutons. 
« Il porte le nom d'Eïl, parce qu'un homme de ce nom le con- 
« quit (anciennement) et en hl la prospérité. » De Candaïl à Man- 
soura, on compte environ lo journées. 
siND Au Sind appartiennent les villes de Khour Kckhlia ii*A^ jy^ , 

de Kousa Hu.p' et de Cadira l^oOOi. Ces deux dernières sont à 
peu près d'égale grandeur et font quelque commerce avec les 
Nedha. Du Touberan dépendent Mehiak >i)U^, Kirkaïan ^jl^yS , 
Soura «jj-v , Ferdan .jli^ , Kechran ylj-ùS'et Masourdjan yU-j^-U. 
Entre le Touberan et Mansoura, ce sont de vastes déserts, et du 
côté du nord, vers le Sedjeslaii, des contrées également stériles 
et dun difficile accès. 

« Masourdjan est une ville bien peuplée, commerçante, en- 
« tourée de villages et bâtie sur les bords Je la rivière de Toube- 
« ran, ville dont elle est éloignée de 42 milles. » 

De Masourdjan à Darek-ïamouna « — >^L, uîJji, on compte i 4 ' 
milles. 

Feuillet « recto. De Darek-ïamouna à Firabouz j^j^_ qu'on écrit aussi par un 

sin (Firabous), 170 milles. 

Les pays de l'Inde qui touchent au Sind sont : ceux de Ma- 
mehel J^<^U , de Kanbaïa ajU^S', de Soubara Sjl^-^ , de Khabi- 
roun ^JJJ-Kl\^^ , de Sendan ji Jvj^ , de Masouïa aj^—U , de Seïmour 
j^-ey* et les îles maritimes ' d'Aubkin (jX^l, de Mend .x-i^, de 
Koulam-mely Jl-« >«|^^> et de Sendan ylJ^^4«. Les villes de 
l'Inde sont en très-grand nombre; nous citerons entre autres: 
Mamchel, Kanbaia, Soubera, Asaoul JjUl , Djenaoul JjU=-, 
Sendan yl^v^u,, Seïmour j^.«yo , Djandour jj.x — i>-=r, Sandour 
jjô-j^, Roumelé «X^j^; dans le désert: Kalbata àJxiX, Aughocht 
i-u^^éj! , Xaharwarah 'j^jj-^ et Lehawour^j^l^J. 

' Sic. 



SEPTIÈMK SECTION. 171 

« Mamehel est compté par divers auteurs au nomljre des villes l'euillet '|4 recio. 
« de l'Inde, et par d'autres au nom])re de celles du Sind. Elle est 
« située à l'extrémité du désert qui s'étend entre Kanbaïa, Dibal et 
» Bania; c'est une ville de médiocre importance, sur la route des 
" voyageurs qui vont du Sind à l'Inde. Il s'y fait un peu de com- 
" merce; ses environs sont habités et produisent des fruits en pe- 
« tite quantité, mais il y a beaucoup de troupeaux. De là à Man- 
« soura, par Bania, on compte 9 journées. « 

De Mamehel à Kanbaïa, 5 journées. kandaU 

Cette dernière ville, située à trois milles de la mer, est très- 
jolie; elle est réputée station maritime. On y trouve des marchan- 
dises de tout pays, qu'on expédie ensuite pour d'autres contrées. 
Elle est à l'extrémité d'un golfe ' où les vaisseaux peuvent entrer 
et jeter l'ancre. Il y a beaucoup d'eau et une bonne forteresse 
« construite par le gouvernement de l'Inde pour prévenir les in- 
« cursions des habitants de l'île de Keïch jiuS'. » De Kanbaïa à 
l'île d'Aidjkin ^j-Ç ,1 , une journée et demie de navigation. 

D'Aubkin à Dibal J-oi , 2 journées. 

« Kanbaïa est fertile en blé et en riz. Ses montagnes produi- 
« sent le cana indien'^; ses habitants sont idolâtres ( boudhis- 
« tes). De là à l'île de Mend, dont les habitants sont voleurs, le 
■I trajet est de 6 milles. 

A Kouly JjS', sur le rivage, également 6 milles. 

Et à Soubara, environ 5 journées. 

Soubara ojL^-», située à un mille et demi de la mer, est une 
ville très-bien peuplée, « très-commerçante et considérée comme 
« un des entrepôts de l'Inde. On y pèche des perles et elle est 
« voisine de file de Bara »jL, laquelle est petite, et où crois- 
n sent quelques cocotiers et le costus ( sorte de racine aromati- 
« que ). » 

' Et non poinl sur les bords d'un llouve, ainsi qu'il résulterait de la version latine. 
La version latine porte : cana est arbor è cujus desumantur liastœ lancearum. 

22 , 



Feuilicl i'i recto. 



Feuillet 4/1 verso. 



172 DEUXIÈME CLIMAT. 

De Soubara à Sendan, on compte également 5 journées. 

Sendan j_,!.xà-., à un mille et denii de la mer, " est bien peu- 
n plée, et ses habitants se l'ont remarquer par leur industrie et leur 
« intelligence; ils sont riches et d'humeurbelliqueuse. La ville est 
« grande; elle fait un grand conuuerce d'exportation et d'impor- 
« talion. » A l'est de Sendan est une île du même nom, grande , 
bien cultivée, où croissent le cocotier, le palmier, le cana et le 
rotting, et qui dépend de l'Inde. 

De Sendan à Seïmour_j^.«>-o , ville grande, bien bâtie, où crois- 
sent des cocotiers en quantité, le henné, et dont les montagnes 
produisent beaucoup de plantes aromatiques qu'on expédie au 
loin , 5 journées. 

A cinq milles en mer (de Koulam-nudy J-« ^^^=), on trouve 
l'île de Mely Jt-« qui est grande et jolie; elle se' compose d'un 
plateau assez élevé, mais peu montueux et couvert de végétation. 
L'arbre à poivre croît dans cette île, ainsi qu'à Canderina au>j0^ 
et à Djerbatan (J^j^ \ mais on ne le trouve pas ailleurs que 
dans ces trois pays. C'est un arbrisseau dont le tronc ressemble 
à un cep de vigne, la feuille à celle des convolvulus, mais est 
plus longue; il porte des grappes semblables aux grappes du che- 
bouca ii3yJi, abritées chacune de la pluie par une feuille, qui 
se recourbe quand le fruit est mûr. Le poivre blanc est celui 
qu'on recueille au commencement de la maturité et même aupa- 
ravant. Ebn Khordadbéh rapporte que les feuilles se recourbent 
au-dessus de la grappe pour la garantir de la pluie, et qu'elles 
reviennent à leur situation naturelle lorsque la pluie a cessé ; ce 
fait serait surprenant. 

Kanbaïa «^lUiS', Soubara «jL^.», Sendan ylo^^u. et Seïmour 
j^_^A-K> font partie de l'Inde. » Cette dernière dépend d'un pays 
« dont le roi se nomme Belhara !jl Aj. Son royaume est vaste, 



' L' Abrégé porte Candaria et Girablan. 



SEPTIÈME SECTION. 173 

« bien peuplé, très-commerçant, très-fertile, et paie des Impôts Feuillet u verso. 
« considérables, en sorte que ce prince est ininiensenient ricbe. 
« Ce pays produit beaucoup d'aromates et de parfums. 

« Le nom ( ou plutôt le titre ) de Belbara 'jU-l-? signifie roi des 
l'ois, et il est liéréditaire ici, comme dans les autres parties de 
l'Inde, où, lorsqu'un roi monte sur le trône, il prend le nom 
de son pi'édécesseur et le transmet à son béritier. C'est une 
coutume constante dont ces peuples ne s'écartent jamais. 
Il en est de même chez les rois de Nubie aj^, du Zeudj ^j, 

de Gbana * i'>s, de la Perse u-\-» et dans l'empire romain, 

relativement à l'hérédité des noms. L'ouvragée d'Obeïd-allah 
ben-Khordadbéh contient à cet égard un passage qui, puisque 
l'occasion s'en présente , mérite d'être cité. » 

« Les rois, dit-il, portent en général des titres héréditaires. 
C'est ainsi que ceux de la Cliine ' s'appelent tous Baghbough 
éj-sclj (ou Baghboun ^Jy^^ par un nouii ), depuis des siècles; 
titre qui se transmet par ordre de succession chez les Chinois. 
Au nombre des rois de l'Inde sont le Belbara tjUJ^, le Djabé 
*jU-, le Tafir jj\lo, le Hazr jy>., l'A'bet &jIc, le Domi ^:> et 
le Cameroun y^^li. Chacun de ces noms n'est porté que par 
le prince qui règne sur une province ou sur une contrée; nul 
autre n'a le droit de se l'attribuer, mais quiconque règne, le 
prend. Chez les Turks iJ^, les Tibétains c^y^j et les Khazars " 

jj à. , le roi s'appelle Khakan ; cependant chez les Kbizlidj 

^^à. , il prend le titre de Khaï khouïa hjjJ:^ - qui est héré- 
ditaire. Dans le Pianeb ^\j , les rois s'appellent Fandjab (-s.=ïvj ; 

' Pour donner une idée de l'incorrection du ms. de la bibliothèque du Roi, re- 
marquons ici que le copiste a substitué l'Iénicn à la Chine. Heureusement le ms. 
Asselin nous met à portée de rectifier cette erreur. 

^ Voyez le mémoire sur les Khazars inséré dans le Journ. Asiat. (t. III, pag. i56) 
par M. Rlaproth. 

' Ou Caîkhouié d'après le ms. B. 



174 DEUXIÈME CLIMAT. 

Fcuilid /i5 recio. , dans l'empire romain, ils prennent le titre de Césarj-..a^, titre 
« héréditaire pour tous ceux qui exercent le pouvoir suprènic. 
« Chez les Glioz ji_j.*i)', celui de Chahi-cliah U; *U; cest-à-dire, roi 
« des rois, égalenjcnl héréditaire; chez les Persans enlin, celui 
« de Cosroës »^I<JI. 

iii<« Parmi les peuples qui liabitent le Soudan, les noms des 
« Tois dérivent de ceux dos pays; ainsi h' possesseur de Ghana 
« *oU s'appelle Ghana; le roi de Kaougha i^^, Kaougha. Mais 
« en voilà suffisamment sur ce sujet. » 
.11 Au nombre des villes de l'Inde com])rises dans la présente 

section, sont celles de Khahn-oun u^j «->^ et d'Asaoul Jj'l_^I , 

toutes deux bien peuplées, commerçantes, riches, industneu.ses 
et produisant des choses utiles. A l'époque où nous écrivons, les 
musulmans sont , parvenus dans la plupart de ces contrées et en 
ont fait la conquête; s'il plaît à Dieu, nous décrirons par la suite 
celles qui leur sont limitrophes et plusieurs autres. 



HUITIÈME SECTION. 175 



HUITIÈME SECTION. 

Suite (lii SimI. — Paiiio de l'InHe. — Cotes du Guzarale et du Malabar. — Malwa. Feuillet 45 recto. 
Caboul. — Candabar. 



La présente section contient la description d'une partie du 
littoral de ITnde comprenant Barouli ^j,~! ', Sindapour j^i.xi-« , 
Bana ajL, Candcrina * — i — jj>xàï, Djcrabatan yl — 'i-jj.s=-, Kal- 

kaïan yljl< V, Loulovva I^^, Ghendjé » — p^ .5', Semendiroun 

^JJ,o^j-^w; et dans l'intérieur des terres, Daoulca *JLlji , Dje- 
naoul JjU=-, Nahravvara Hj^jj^ , Candaliar jl — i>^..i^, Roumelé 

«)^-<jy, Kalbata « — h — jJé et Augliouchta « x-i.ii , sur la limite 

des déserts; Kaboul J. — j^, Khouas u»!^ s- , Hasek ■'! 



Mourides u-o^-j^^, Madiar jLiU, Tatta aaj, Dadda oii. Mani- 

barjlAAjL*\ Malwa o^U, Nia.set i_* — .«Ui, Atrasa l ^\jJs^ , Nidjeh 

Asjy, Cacliemire l'inférieure JJl^\ jj..ei^ , Meïdara »,j^^^, Kar- 
moiit uj^^W, Cachemire la supérieure l — *J*Ii ^^A<\ici , le Canodj 
jyUJl, Rastané «j'ju.|j, et les îles de la mer des Indes, Mullen 
(jL), Balabac j — s-^, Terwaklidj ^sljjj, Mosnaha g^-»*^ et Se- 
mindar jI.>Ol<vu. Nous décrirons tous ces pays, sans rien omettre 
de ce qu'ils offrent de remarquable et de curieux. 

Baroub ^jj^ estime ville grande, belle et bien bâtie en bri- 
ques et en plâtre. Ses habitants sontricbes, commerçants, et se 
livrent volontiers à des sj)éculations et à des expéditions lointai- 
nes. C'est une station pour les navires venant de Cbine, comme 
pour ceux venant du Sind. De là à Seïmoiir j.j-«mo , on compte 

■-'Of.'jO !fllO') .:V 1' flj) 

' Baroucb dans le golfe de Camboge. — ' Malabar. ' 



Keuilicl 45 recto. 



Feuillet ii verso 



!iAim\WAKA 



176 DEUXIEME CLIMAT. 

2 journées, et à Nahrawara tj^j^, 8 journées de marche, par un 
pays plat, « où l'on voyage en chariots à roues. Dans tout le 
" Nalirawara et ses environs, on ne voyage pas autrement ([ue sur 
i> des chariots traînes par des bœufs qu'on dirige à volonté. Ces 
« chariots sont munis de liens et de courroies, et servent au Irans- 
« port des marchandises. » 

Entre Barouh et Nahrawara sont deux villes, dont l'une s'ap- 
pelle Henaoul JjU». ou Djenaoul, et l'autre Doulca AJt!ji. Elles 
sont de grandeur à peu près égale, et di.stantes l'une de l'autre 
d'un peu moins d'une journée. Doulca est sur le hord d'un fleuve 
qui se jette dans la mer, et qui y forme un golfe à l'ouest duquel 
est Barouh (dont le nom se prononce aussi Barous ^^^j). Lune 
et l'autre de ces villes sont situées au pied d'une chaîne de mon- 
tagnes qui sont au nord, et qu'on nomme Oundaran yj>>< — >ji ; 
« elles sont de couleur blanche tirant sur le jaune. Il y croît du 
« cana amsi que des cocotiers en petite quantité. « Dans le voisi- 
nage de Henaoul est la ville d'Asaoul J^l >«! , qui ressemble 

beaucoup aux deux précédentes, tant sous le rapport de l'éten- 
due, que sous celui de l'état de la population. On fait, dans toutes 
les trois, de bonnes affaires de conmierce. 

Quant à la ville de Nahrawara »,ij^^, elle est gouvernée par 
un grand prince qui prend le titre de Belhara. 11 a des troupes, 
des éléphants, adore l'idole de Boudha, porte sur sa tête une 
couronne d'or, et s'habille de riches étolTes; il monte beaucoup à 
cheval, particulièrement une fois la semaine, accompagné imi- 
quement de femmes au nombre de cent, richement vêtues, por- 
tant aux pieds et aux mains des anneaux d'or et d'argent, les 
cheveux en tresses. Elles se livrent à des jeux et à des combats 
sinudés, tandis que le roi les précède. Les vizirs et les com- 
mandants de troupes n'accompagnent jamais le roi, que lors- 
qu'il va combattre des rebelles ou s'opposer aux entreprises de 
ceux d'entre les rois ses voisins qui empiéteraient sur le terri- 



HUITIÈME SECTION. 177 

toire de son pays. Il possède beaucoup d'éléphants, et c'est en Feuillet ^i5 verso 
cela que consiste la force principale de son armée.. Son- pouvoir 
est héréditaire, ainsi que le titre do Belhara qu'il porte et Cjui si- 
gnifie roi des rois, l.a ville de Naliravvara est fréquentée pai- un 
grand nombre de négociants musulmans qui s'y rendent pour 
leurs aflaires. Ils y sont honoraljlement accueillis par le roi et 
par ses ministres, et y trouvent protection et sûreté. 

Les Indiens sont naturellement portés à la justice, et ils ne 
s'en écartent jamais dans leurs actions. Leur I)onne foi, leui 
loyauté, leur fidélité aux engagements sont connues, ils sont si 
renommés pour ces bonnes qualités, qu'on accourt chez eux de 
partout, que leur pays est florissant et leur situation prospère. 
Entre autres traits caractéristiques de leur amour poiu- la vérité et *^ 

de leur horreur pour le vice, on cite cekii-ci : lorsque quelqu'un 
a droit d'exiger (pielque cliose d'un autre, s'il vient à le rencon- 
trer, il n'a qu'à tracer sur la terre une ligne circulaire et à y 
faire entrer son débiteur (ce à quoi celui-ci ne manque jamais 
de se prêter), le débiteur ne sort point de ce cercle sans avoir 
satisfait son créancier ou obtenu la remise de la dette. 

Les habitants de Nahrawara se nourrissent de riz, de pois, de 
fèves, de liaricots, de lentilles, de niach ', de poisson et d'ani- 
maux morts de mort naturelle, car ils ne tuent point de vola- 
tiles ni d'autres animaux. Ils ont une très-grande vénération poui 
les bœufs, et, par un privilégia particulier à leur espèce, ils les 
enterrent aj)rès leur mort. Lorsque ces animaux sont alliiiblis pai 
i'âge et incapables de travailler, ils les dispensent de tout ou- 
vrage, en ont soin et leur donnent à manger sans leur imposer 
aucune charge. 

Les peuples de flnde brûlent leurs morts et ne leur élèvent 
pas de tond^eaux. Lorsque le roi meurt, on fabrique un chariot 

' Sorte de léguine sec qu'on iiomnie en portugais iiuuigo. Le nom arabe ou persan 
de cette graine rappelle involontairement celui de mais. 

23 



Feoillel 'i5 verso. 



Feuillet 46 recto 



178 DEUXIÈME CLIMAT, 

de la grandeur convenable et élevé d'environ deux palmes au- 
dessus du sol ; on y met le catafalque surmonté d'ime couronne ; 
on v dépose le corps revêtu de ses ornements funèbres^, et on 
le promène ainsi dans toute la ville, traîné par des esclaves, la 
tète nue et les cheveux traînant jusqu'à terre , afin que tout le 
monde puisse le voir; un iiéraut précède et prononce on indien 
des paroles dont le sens est: «Peuples, voici votre roi un tel, 
fils d'un tel. Il vécut joyeux et puissant durant tant d'années. Il 
n'est plus : il a laissé échapper de ses mains tout ce qu'il pos- 
sédait; il ne lui reste plus rien et il n'éprouvera plus aucun mal. 
Souvenez-vous qu'il vous a montré le chemin et que vous devez 
nécessairement le suivre. i> Cela dit, et lorsque toutes les cérémo- 
nies sont achevées, on conduit le corps à l'endroit où l'on a cou- 
tume de brûler ceux des rois, et on le jette dans les flammes. 
Ces peuples ne s'affligent ni ne se lamentent pas beaucoup dans 
ces occasions. 

Dans toutes les contrées de l'Inde ou du Sind oii il se trouve 
des musulmans, ceux-ci ensevelissent leurs morts secrètement, 
de nuit et dans leurs maisons; mais, non plus que les Indiens, 
ils ne se livrent pas à de longues lamentations. 

Dans le pays du Belhara, le concubinage est permis entre 
toutes personnes, si ce n'est avec des femmes mariées. Ainsi un 
homme peut avoir commerce avec sa fille , sa sœur, sa tante pa- 
ternelle ou maternelle , pourvu qu'elle soit célibataire. 



Vis-à-vis de la ville maritime de Barouh 



C-îJ 



est l'île de 



Moullan ^jLi qui produit du poivre en quantité et qui est distante 
de Sindan yloo^.-,, de deux journées. De cette dernière à Balabac 
(fAj , on compte également 2 journées. « Balabac produit des 
« noix de coco, des figues bananes et du nz. « C'est ici qu'a lieu 
le changement des directions vers les différentes îles de l'Inde. 
De là au lieu dit le grand abîme, on compte 2 journées. De 
' La version latine porte Malac. 



j*Xj 



>yMi 



179 
journée 



HUITIÈME SECTION. 

cette île ( de Baiabac ) à celle de Sereiidib 4. 
et plus. 

De la \iilo de Barouh , en suivant la côte , à Sindapour ^^Ijs^-v , 
h journées. 

Sindapour jj — >\ù^ — l-, est sur un grand golfe où les navires 
jettent l'ancre. C'est une ville commerçante, où l'on voit de 
beaux édifices et de ricbcs bazars. Do là à Banab *.jÇ ', sur la côte, 
l\ journées. 

Banah est une jolie ville située sur un grand golfe, où les 
navires mouillent, et d'où ils mettent à la voile. Dans les mon- 
tagnes environnantes croissent le cana U.» et le tébachir^^-vyiUt ■\ 
« Les racines du cana qu'on recueille ici sont transportées dans 
« l'orient et dans l'occident. Quant au tébachir, on le falsifie 
« en le mélangeant avec de la cendre d'ivoire ; mais le véritable 
« est celui qu'on extrait des racines du roseau dit el-cberky 
« J^J! , comme nous l'avons déjà dit. » De Banah à Fanderina 
xÀjj,XÀi, on compte Ix journées. Fanderina est une ville bâtie à 
l'embouchure d'une rivière qui vient du Manibar ', où mouillent 
les navires venant des îles de l'Inde et du Sind. « Ses habitants 
« sont riches, ses marchés bien approvisionnés et son commerce 
« floris.sant. » Au nord de cette ville est une montagne très-haute, 
couverte d'arbres, de villages et de troupeaux. On y recueille 
le cardamome *JjUJI , dont il se fait un grand commerce. Le 
cardamome, dont la végétation ressemble à celle des graines 
du chanvre, porte des gousses où sont renfermées les graines. 
De Fanderina à Djerabatan, ville populeuse, située sur une pe- 
tite rivière, « fertile en riz et en céréales, et qui, dit-on, appro- 
« visionne les marchés de Serendib , » 5 journées. « Le poivrier 
" croît dans les montagnes voisines. » De Djerabatan à Sandji 

' Ceyian. — " Le ms. Asselin et V Ahrèijè porlent ajLj Nanali. 
' Sorte de roseau dont on extrait une liqueur sucrée. Voyez Garcias rfe ^^oraa^ 
liv. I, ( liap. li. — * Malabar. 

23. 



Keuillet hd recto 



DJEKACATAN. 



180 DEUXIÈME CLIMAT. 

Kenillei Me, verso. ^^js\^ ' et à Keïkasar jV-^SS, villcs maritimes et voisines l'une 
(lo I niitrc, dont les environs " produisent du riz et des céréales; » 
2 joiiinces -. De là à Kelkaïan yL.I<H^, i journée. 

De Kelkaïan à Loulou ^^ et à Ghandjeli *..^v^j , i journée ''. 
Leurs environs sont fertiles « en riz et en Lié, •> et produisent 
abondammcnl du Lrcsillet, arbre dont la végétation ressemble 
à celle du laurier rose, « des cocotiers et des noix de coco. » De 
Ghandjeli à Scmindar j!.XjLiv,, .^o milles*. 
sF.MiNDAR. Seinindar est une ville grande, commerçante, riclic, et où 

il y a beaucoup de profits à faire. C'est une station maritnne dé- 
pendante,, du Kanoudj ^yS', roi de ce pays. Elle est située sur 
une rivière qui vient du pays de Cacbmir jHS<»i>^. « On peut se pro- 
« curer dans cette ville du riz, diverses céréales et ( particulière- 
« Aient) d'excellent froment. On y apporte du bois d'aloès du pays 
« 4,6 Karaniout •^yj^, distant do i 5 journées, par un fleuve dont 
« les eaux sont douces. Le bois d'aloès qu'on tire de ce pays est de 
« qualité supérieure et d'un parfum délicieux. 11 croît dans les 
« niontagnes du Caren y^L-. De cette ville dépend une île distante 
» d'une journée de navigation, grande, peuplée, fréquentée par 
« des marchands de tous les pays, laquelle est à 4 journées de 
« l'île de Serendib. » Au nord et à y journées de distance de Se- 
mindar jl>xiA<w, est la ville de Cachmir l'intérieure XAii>l j^Ji wv^i^, 
célèbre dans toute flnde, « et sous la domination du Kanoudj. » 
De Cachmir à Karamout, 4 journées. 

De Cachmir à Kanoudj ^j.iS', ville belle et commerçante qui 
donne son nom au roi du pays, et qui est bâtie sur les bords 
d'une grande rivière dont les eaux tombent dans le iMosela Ju»-«, 
environ y journées. 

L'^Jregc porte Hangi. — ' Le ms. Ass. el l'^itréje ne portent qu'une journée. 
Le ms. A. porte deux journées. 

Ici se trouve dans la version latine , pag. 65, la description de l'ile dont il est 
question un peu plus bas dans l'un et l'autre de nos manuscrits. 



HUITIÈME SECTION. 181 

Ce fleuve dé Mosela est désigné par l'auteur du livre des Feuillet « verso. 
Merveilles, sous le nom dejlcuve des parfums. 11 ])rend sa source 
dans les montagnes de Caren y^lï, baigne les murs de la ville 
d'Asnand j^jIà^I ', passe au pied de la montagne de Lounia 
A^j^, puis auprès de la ville de Kelkaïan yL^Jl)^, et enlin se jette 
dans la mer. Ses bords produisent divers aromates, ainsi que l'in- 
dique son nom. Entre Rasnand «xjU^vj et Cachmir l'extérieure 
A_=-jlJi, on compte 4 journées. Cacbmu'j-^s-piL<j est comptée au 
nondjre des villes les plus célèbres. Ses habitants sont 'en guerre 
avec les Turks infidèles ', « et ils éprouvent souvent du dommage 
" de la part des Turks Khizildjis AA4->=i 'àj.il\. » Au nombre des dé- 
pendances du Kanoudj est Atrasa L»l_^i , distante de Cachmir l'ex- 
térieure, de 6 journées, et située sur les bords du Gange indien 
^.À^i ,,»,_:£;,=►. Elle est grande, bien bâtie, bien arrosée, et c'est 
l'une des plus fortes places du Kanoudj , dont les limites s'éten- 
dent jusqu'à Kaboul JolS" et jusqu'à Lahor j^W. « Le Kanoudj 
n est un roi qui dispose de nombreuses armées, d'un vaste em- 
« pire, d'un grand nombre d'éléphants ( il n'est aucun prince 
« de l'Inde qui en possède autant). Il jouit d'un grand pouvoir 
c; et de beaucoup de richesses, et il est redoutable par la force 
« de ses armes. » De Atrasa U«i_^i à lanaset c^v^^bl ■', grande ville, 
également Ijâtie sur les bords du Gange indien, 5 journées. 

De là à Madiar, sur le Gange, y journées. 

« Madiar est une ville entourée de beaucoup de villages, riche, 
« commerçante et populeuse. « 

De là à Nahrawara 'jj^^j^j, dont il a déjà été question, sur la Feuillet i; recio. 
rive occidentale du Gange, 7 journées. 

De Madiar à la ville de Malwa «j-U, 5 journées. 

Malwa est une ville agréable, très-fréquentée, entourée de malwa. 

' h'Abréçjé porte Asnaband. 

' La version latine porte Cafar-tarac , ce qui ne présente aucun sens. 

' h'Abrc'jé [)orte Tanazet. 



182 DEUXIÈME CLIMAT. 

Feuillet In rectn. nombreux villages, de constructions et de métairies. Au nom- 
bre de ses dépendances, on compte Dada oii et '^Pata «j. 

De Maiwa à Dada, ajournées. 

De Dada à Tata, 2 journées. 

•I Le Lahor est un pays qui confine ' au précédent. « 

De Morides ^^Os!JJ-« à Tata, 3 journées. 

Morides, ville de commerce, est une place très-forte, gardée 
par les troupes de Kaboul. Elle est située sur le penchant dune 
montagne très-haute , où croissent en quantité les espèces de 
plantes connues sous les noms de cana et de khaizoran, à la dis- 
tance de 8 journées de Candahar jl — i6,x-àï, ville bâtie dans les 
montagnes dont il vient d'être question, et à travers lesquelles 
le chemin de l'une à l'autre de ces villes est tracé. 
cANOAHAR. " Caudaliar est une ville considérable et très-peuplée. Ses ha- 

« bitants sont remarquables par la manière dont ils laissent 
« croître leur barbe qui leur descend jusqu'aux genoux, et qui 
" est large et très-touffue, ce qui a donné lieu à une façon de 
« parler proverbiale. Leur figure est ronde; ils portent le cos- 
« tume turk. Le pays produit du blé, du riz, diverses céréales, 
« des nioutons et des boeufs. Ils mangent les moutons morts 
" naturellement, mais jamais de bœufs, comme nous l'avons dit 
« plus haut '. » De Candahar à Nahrawara «j'^^^vJ > ^^ compte 
5 journées en chariot. « Les peuples de Candahar sont souvent 
KABOUL. „ gQ guerre avec ceux de Kaboul , » laquelle est une ville in- 

dienne voisine du Tokharestan yU*»jUt, grande et bien bâtie. 
Ses montagnes produisent du bois d'aloës excellent, et ses envi- 
rons, des noix de coco et des myrobolans de l'espèce qui tire son 
nom ( Kabouli) de celui de cette ville, et qui croît dans les mon- 
tagnes. « Dans les lieux bas, on sème des bulbes de safran on 

' Je traduis ainsi par conjecture, car le mot manque. 

' Le ms. A. présente ici une lacune que nous remplissons au moyen du ms. As- 
selin et de l'Abréje. 



HUITIÈME SECTION. 183 

quantité, et cette substance devient i'ol)jet d'un commerce Feuillet ,'17 recto. 
d'exportation considérable. C'est un objet d'un produit éventuel 
qui dépend de l'état de l'atmosphère. La ville de Candahar est 
défendue par une citadelle très-forte, située sur un rocher es- 
carpé qui n'est accessible que par un seul chemin : elle est habitée 
par des musulmans; il y a un quartier dont la population est 
juive inhdèle. Aucun roi ne peut prendre le titre de Chah , 
si ce n'est après avoir été inauguré à Kaboul. En vertu d'une 
ancienne loi, la prise de possession du pouvoir a lieu dans 
cette ville, où l'on accourt des pays étrangers et de très-loin. 
Dans les terres fertiles du pays de Kaboul, on cultive beau- 
coup d'indigo de qualité supérieure à toute autre, et qui, par 
ce motif, est très-renommé et fait l'objet d'un grand com- 
merce. On y fabrique aussi quantité d'étoffes de coton cpii s'ex- 
portent en Chine, dans le Khorasan et dans le Sind. » Il y a 
dans les montagnes de Kaboul des mines de fer très-connues. Ce 



métal est d'une couleur grise, 
chant '. 



marbrée, et devient très-tran- 



Arzelan 



y^j' 



Kh 



aouas 



O" 



et Khibar 



sont, ainsi que 



divers villages et lieux fortifiés, des dépendances de Kaboul. De 
Kaboul à Kliaouas, on compte k journées. 

De Khaouas à Hasek dL.,^». , 5 journées. 

De Hasek à Kaboul, par un pays assez uni, 3 journées. 

De Kaboul à Kalbata aIiaV, k journées. 

Kalhata et Roumela *X — .^^ sont sur la limite du désert qui 
sépare le Moultan du Sedjestan. Ce sont deux pays de moyenne 
grandeur, habités par des Sindi, des Indiens et un petit nombre 
de Sedjestani. Ils produisent du blé, du riz et des fruits en 
petite quantité. « On y boit de l'eau de source et de puits, et 
« on y fabi'ique des étoffes de coton qui se débitent dans le voi- 

' Ces détails sont très-exacts, mais ils n'ont été qu'imparfaitement rendus par les 
auteurs de la version latine. 



Feuillet ^7 verso. 



184 DEUXIÈME CLFMAT. 

Feuillet '17 verso. „ sinage. A roricnl flu Moultan est la ville d'Aughochl i_^.^i~*jl \ 
« située à h journées de Candaliar, et à une égaie distance de 
" Moultan. Dans ses environs, le cana croît en faible quantité. 
n Ses ha])itants sont peu nombreux, mais ricbes. » DAughoclit à 
Roumela , 1 o journées. , 

De Roumela à KaUjata, .S journées. 

D'Aughocht à Sandour_jj.XÀ*<, 3 journées. 

Voilà tout ce que nous avions à dire, relativement aux pays com- 
pris dans la présente section. « Quant à la partie maritime, ce que 
« nous avons rapporté des îles (jui s'y trouvent paraît sulfisant. 
" Cependant, il est bon de savoir que «elui qui part de l'île de 
« Serendlb >,^.Xj^— ( Ceylan ) dont il a été question dans le pre- 
" mier climat, et qui désire aborder sur le continent par le che- 
" min le plus court, doit attérir sur la côte de Djerabatan yji?^^=- 
« qui n'en est qu'à un peu moins d'une demi -journée. S'il e.st 
« forcé de courir vers l'est, il abordera soit à Kaïkasar jU«Xs^» . 
« soit au pied de la montagne el-Omr\ ^^J..«ii!, laquelle est très- 
» haute, court vers le nord et forme un grand rescif dans la mer. 
Cl De ce rescif à Serendib, on compte environ /| journées. Toute 
« cette montagne fort connue , ainsi que nous l'avons dit plus 
« haut, est couverte de bois de bresillct cpii s'exporte au loin. 
« La racine du brésillet calme sur-le-champ les douleurs occa- 
« sionnées par la morsure des serpents. » 

' y^Ahrégè porte .\rgliosl. 



NEUVIÈME SECTION. 



185 



NEUVIÈME SECTION. 



Suite, de l'Inde. 



Chine. 



Cette section comprend diverses villes de l'Inde et de la i-'euiiiei 47 verso. 
Chine ; les premières sont Aourchin tj^-ûjji sur le bord de la 

mer, Loukin cj>-j^, Cakela J ïl-, Atragha LéI^L! ; et les villes 

chinoises, Tarighourghan (jS.jytjj.lo, Cattighora !j_j_>xkï, Kach- 
ghara jjlitili', Khaïgoun ^J^*s■=^ , Ashria \jj.jJk^\ , Asfira !j — j.-Lm,\ ', 
Bôura r,_jj, Toukha Ui._^, Atraghan (j.s-[^l3i et CarnaJjoul J^iyj; 

dans l'océan, les îles d'Aourchin (jvijjl et de Senasa ' i,U*w. 

Chacune de ces contrées offre des particularités que nous allons 
décrire, avec le secours divin. 

Aourchin yv_«;j! est une petite ville sur le rivage de la mer; île daoirchin. 
mais ce qui lui a valu quelque célébrité , c'est l'île du même nom , 
île qui est d'une vaste étendue, couverte de montagnes et de forêts, 
" où l'on voit une grande quantité d'éléphants, à la chasse desquels 
■t on se livre pour obtenir l'ivoire , dont il se fait une exportation 
« considérable. Les rapports au sujet de la manière dont se fait 
« cette chasse varient beaucoup. D'après un grand nombre de re- Feuillet ',8 recto. 
« lations, il paraît que les chasseurs se rendejit dans les lieux où 
« l'éléphant a coutume de passer la nuit ou qu'il fréquente, et 
« y creusent des fosses. semblables à celles que pratiquent les 
« Berbers pour la chasse au lion. L'ouverture de la fosse est 
« large, et le fond étroit. Ils en couvrent la superllcie de bran- 

' he ms. A. et {'.tbrcgè portent Anrisin y\_«»j ,j! , Askiria L>jjOi-wl et Askira 
\j^j.ju^\- 

24 



186 DEUXIÈME CLIMAT. 

Feuillet i8 rccio. a ches d'aibrcs , d'herbes et- de terre, afin quelle ne soit pas 
« apparente. Lorsque les éléphants viennent, soit pour passer la 
« nuit, soit pour se désaltérer dans les lieux où ils ont coutume 
« de le faire, si l'un d'eux vient à passer au-dessus de la fosse, 
" il y tombe et les autres prennent la fuite. Les chasseurs le 
« voyant tomber dans ce piège, se hâtent de sortir de leurs re- 
« traites, accourent, ouvrent le ventre et déchirent les entrailles 
« de l'animal , et le laissent mourir pour revenir ensuite le dé- 
« pecer, 'retirer les chairs par fragments et en extraire l'ivoire et 
« les os des jambes. D'autres relations de l'Inde portent que les élé- 
« phants, dans leur pays, marchent en troupes, passent la nuit dans 
" les forets au nôndjre de deux, de trois ou de quatre ensemble, 
« et cherchent quelque arbre ])Our s'appuyer et dormir les uns 
« sur les autres, mais debout, à cause de l'épaisseur de leur tarse 
« et de la longueur de leurs jambes». Les chasseurs viennent de 
" jour, coupent la majeure partie du tronc de l'arbre, en sorte 
« qu'il ne tient pj'esque plus à rien. Lorsque la nuit arrive et que 
« les éléphants viennent, selon leur coutume, pour reposeradossés 
■<i contre l'arbre, leur poids simultané l'ébranlé, le fait tomber et 
« occasionne ainsi leur chute. Alors les chasseurs accourent avec 
« des pieux, leur brisent la tête et en retirent l'ivoire, qui se vend 
n dans le commerce à très-haut prix, et qui, transporté au loin, " 
« est employé à la fabrication de divers objets. On -dit que les 
« deux grosses défenses de l'éléphant pèsent quelquefois i 6 can- 
« tars et plus '. 

■1 Quant à ce qili concerne la reproduction de l'élépliant, les 
" marchands qui font les voyages de l'Inde racontent que la fe- 
« melle met bas ordinairement dans des eaux dormantes; qu'aus- 
« sitôt que le petit y est tombé , la mère s'empresse de le re- 
" lever sur ses jambes, de le faire sortir de l'eau et de le lécher 
« jusqu'à ce que sa peau soit bien sèche, et qu'elle lui enseigne 
' De 3 à 4oo kilogrammes. 



NEUVIÈME SECTION. 187 

ensuite à niarcher jusqu'à ce qu'il ait acquis toute .sa force. Fcnilli'i ',8 recto 
Béni soit le créateur de tontes choses ! On ne connaît parmi 
les quadrupèdes aucun animal plus intelligent ni plus facile 
à dresser. Une chose qui Ini est particulière, c'est qu'il ne porte 
jamais ses regards sur les parties sexuelles de l'homme. 
« Les prini;es indiens sont jaloux de posséder beaucoup d'élé- 
phants. Ils les payent fort cher, en ont grand soin, en élèvent 
de jeunes pour les accoutumer à la compagnie de l'honmie, 
et en mènent de grands à la guerre, charges de douze hommes 
armés et cuirassés de fer. Un homme s'assied sur le cou de 
l'animal, armé d'une pique au lieu de bride, le frappe sur la Keuillei ,8 verso. 
tête avec un pieu de bois ou avec tout autre instrument dis- 
posé à cet effet, et dirige ainsi l'animal. Les éléphants, à la 
guerre, se ruent les uns sur les autres, en sorte que le plus fort 
abat le plus faible. Ils reviennent volontiers à la charge après 
un premier assaut. Toutes ces particularités sont très-connues 
dans l'Inde. Il nait beaucoup de ces quadrupèdes dans l'île 
d'Aourchin tjs-ijj! ; on les transporte de là dans tout l'Indos- 
tan. On y trouve aussi des mines de fer et de la rhubarbe qui 
croît dans les montagnes; on sait que la rhuJiarbe de Chine est 
plus estimée que toute autre, attendu (pi'elle est plus dure, 
mieux colorée et plus efficace dans les maladies du foie et au- 
tres. On trouve également dans cette île un arbrisseau qui re.s- 
semble au ricin ( Kfô-rav), si ce n'est qu'il porte beaucoup d'épi- 
nes proéminentes qui empêchent de le palper; on l'appelle 
Chehghir j-f^^^^ ; ses racines sont noires. Les princes chinois et 
indiens s'en procurent pour en extraire un poison violent; 
c'est une chose connue. En effet, lorsque ces princes veulent 
fiiire mourir quelqu'une de leurs femmes, un domestique ou 
toute autre personne, ils emjdoient toujours le poison. 
« Dans tous les golfes des côtes de la Chine et des Indes, on 
« voit dans la mer des reptiles luisants, de couleurs variées et 

2/.. 



Feuillet !l8 verso. 



Feuillet 49 recto. 

KU.4ICH0CN. 



188 DEUXIÈME CLIMAT. 

« d'espècçs diverses. Les navigateurs les connaissefat, les distin- 
« guent, comprennent, par la di.stinction de leurs espèces, à 
« quel golfe ils appartiennent, et se dirigent en conséquence. 
« C'est un fait également trè.s-connu. Ces reptiles se nomment 
« en indien Mizrat «Ij^j+li. » 

D'Aourchin à Loukin (j>J(jJ , jolie ville à l'enihoychure d'une 
rivière où les vaisseaux mouillent , on compte, en suivant le ri- 
vage, 3 journées. 

De là à Tarighourghan (^s^yb^ , ville bien bâtie sur le bord 
de la mer, ajournées. 

\ is-à-vis de Tarighourghan et à une demi-journée de naviga- 
tion, est une île fréquentée par les voyageurs. On (ht qui! y 
existe un puits d'oii il sort des flammes qui paraissent et dispa- 
l'aissent par intervalles. De là à Cattighora ijjjtJaï, ville située sur 
les bords de la mer, à l'embouchure d'une rivière et où l'on fait 
de bonnes affaires de commerce, ajournées. 

Cattighora est comptée au nombre des dépendances de la 
Chine. 

De là à Senf o>-^Ms, île chinoise, dont il a été question dans 
le premier climat S 3 journées. 

De là à Kachgara i^iilS', /] journées. 

« Kachghara est une ville chinoise, florissante et bien peuplée. 
« Il s'y fait un commerce considérable de toute sorte de mar- 
« chandises et beaucoup d'expéditions , en sorte que c'est une 
« place très-animée. Elle est située sur une petite rivière venant 
« du nord et prenant sa source dans la montagne de Cattighor 
l'jyxAii, OÙ se trouvent des mines d'argent dont le minerai est 
'■ de quahté supérieure, et focile à extraire pur de sa gangue. » 

De Kachghara à Khaïghoun ^JyJuÀ, 8 journées. 

« Khaïghoun est une ville chinoise, commerçante et fréquen- 
« tée. On trouve dans son territoire l'animal qui porte le musc 

' Voyez ci-dessus, pag. 83. 



NEUVIÈME SECTION. 189 

et la civette. Le premier est une espèce de chèvre ou plutôt de Feuillet iy rtcio. 
gazelle, mais il est plus petit; sa peau est de couleur fauve ti- 
rant sur le rouge, et douce au toucher ; il se nourrit de plantes 
odoriférantes, et il porte une poche ou vésicule renfermant 
une liqueur. qui est d'ahord rouge comme du sang, et qui de- 
vient ensuite violette ; cette poche tient au cordon ondjdical 
auquel est attaché le jeune chevreau. L'animal, fatigué de la 
porter, la déchire tantôt avec ses ongles, tantôt avec ses dents, 
et elle tombe alors. L'auteur du livre des Merveilles rapporte 
qu'il existe dans le Tibet, près la ville de Wahian y2>w=.j, deux 
montagnes séparées par un cours d'eau, où croissent, en quan- 
tité, le nard J— kÀ*w et d'autres plantes aromati<[ucs, et où paissent 
beaiicoup de chevrettes musc[uées ; elles viennent à ce cours 
d'eau pour enfler leurs vessies, les remplir de sang, et ensuite 
s'en débarrasser. La chasse de cet animal a lieu à des époques 
déterminées; on le poursuit alin d'en obtenir le musc; à cet 
effet, après l'avoir saisi, on le transporte dans les lieux où il 
a été chassé; il s'y apprivoise facilement, car il n'est pas très- 
farouche. 
« Quant à la civette ».>L>j, on la trouve dans tous les pays 
compris dans le second climat sans exception. C'est un ani- 
mal qui ressemble entièrement au chat, si ce n'est qu'il est 
plus grand. On l'enferme dans de grandes cages où on le nour- 
rit de viandes; vers la fin du prmtemps et les premiers jours 
de l'été, il commence naturelletnent à transpirer par les testi- 
cules; lorsqu'on s'en aperçoit, on recueille le produit de cette 
transpiration dans une bourse de drap, et c'est là la civette pure. 
n On remet l'animal en cage co^r{)ie auparavant, juscju'à ce qu'une 
1 seconde et une troisième- transpirations aient lieu, et ainsi de 
suite, depuis le commencement de l'été jusqu'à la fin de l'au- 
tomne. On trouve des civettes en quantité dans l'Afrique occi- 
<i dentale, et particulièrement aux environs dE Meltsemin (jv_<Jwi. 



190 DEUXIÈME CLIMAT. 

Feuillet '19 recto, a Ccst uii animal très-connu; nous l'avons vu de nos propres 

" yeux- 

" La ville de Kliaïghoun ^J^,Ju^ est délendue par une forte 
" ritadelle, et entourée de jardins qui ne ])roduisent ni raisins, 
« ni figues, sur les bords dune rivière (jui se jette dans le Khani- 
« dan fj\.y^JJg- chinois. De là à Asfiria Lij.^viu.i , cpii dépend de la 
« Chine, on con)|ite /i journées. 
ASFIRIA. " Asfiria est située sur une rivière qui se jette dans le Kham- 

« dan. Elle est bien peuplée et sert de résidence à des princes 
CI et à d'autres personnages ou agents du gouvernement. C'est 
» un lieu où l'on dépose le produit net des tributs destinés au 
" grand roi. Voici comment la chose se passe : les agents du 
« fisc apportent à Asfiria les divers tributs provenant du tcrri- 
« toire et des mers de la Chine; ils versent ces sommes entre les 
« mains de gens de confiance, les font enregistrer, en reçoivent 
« les comptes et s'en retournent chez eux. Lorsque tous ces ver- 
« .sements ont eu lieu, et à une époque déterminée de l'année, 
•< la totalité du produit est portée à la ville de Badja x_=-L où ré- 
Feuillei iç) verso. „ side le grand roi, et déposée dans le trésor impérial; c'e.st une 
« coutxmie constante; par ce moyen, toutes les sommes destinées 
« aux dépenses publiques parviennent, sans déduction quelcon- 
'" que, à leur destination. 

« Les habitants d'Asfiria jettent leurs morts dans la rivière et 
« ne les ensevelissent jamais. Nous parlerons ci-après du fleuve 
« de khamdan et du parti qu'en tirent les Chinois. " 

D'Asfiria à Touklia U-^, on compte 6 journées. 

Toukha est une ville située .sur les bords du Kalhy ^5 — -^ 
chinois. « Elle est commerçanie «t industrieuse. C'est là qu'on 
« fabrique les soieries précieuses connrues sous le nom de Toukhy 
« et dont il se fait un grand commerce '. » De Toukha à Boura 
i^,^, en descendant le Kalhy, 2 journées. 

' Il paraîtrait d'après le ms. Asselin qu'il s'agit Ici d'étoffes rayées ou à fleurs. 



NEUVIÈME SECTION. 191 

Et par terre, k journées. i-euiiiet 49 verso. 

« Boura est*Très-peuplée. Son territoire, très-fertile, prodiiil 
" du blé, du riz et une espèce de palmicr-(/ou7H dont le fruit est 
" bon à manger. ■> 

De Boura à Kachgbara \j — x.ili' dont il a déjà été question , 8 
journées. 

D'Asfira I^JÀ*"' à Kaclighara, 8 journées. asfii;a. 

Asfira est sur un aflluent du fleuve nommé Bahanek J— .i_^_>. 
« Ses habitants sont idolâtres et infidèles. » De là à Tarighour- 



ghan jj._È ,_j_oij^ , 1 journées. 

D'Asfira à Atraghan (jl^l^Ll , Ix journées. 

Cotte dernière ville est bâlie sur les bords d'un grand lac 
d'eau douce dont le centre est d'une profondeur Inconnue, et 
dont les eaux sont d'un bleu très-foncé. Il produit une espèce 
de poisson dont la tête ressemble à celle d'une chauve-souris 
et est surmontée d'une crête. Les habitants du pays assurent que 
la chair de ce poisson est, pour l'homme qui .s'en nourrit, émi- 
nemment aphrodisiaque, ainsi que celle du sakankour j^JiÀJu. '. 
D' Atraghan à Carnaboul iy>\>j^, ajournées. 

« Cette dernière ville est petite, mais peuplée. Elle est située 
« au pied d'une montagne et sur les bords d'une rivière qui a son 
« embouchure dans le Kalhy; elle est exposée aux incursions 
« de tribus turkes alliées des Rhizildjis ^+4^ qui pillent sou- 
« vent ses villages et ses troupeaux. « 

De Carnaboul a poukha, « dont on vient de parler, » 6 journées. 

De Loukin cj:Jj.J, sur lescôtesde l'indostan, àCakela, ajournées. 

Cakela y^lï est sur le bord d'une rivière qui se jette dans le 
Bahanek >iW^ indien. Ses habitants élèvent beaucoup de vers à 
soie , voilà pourquoi l'on donne le nom de Cakely à une espèce 
de soie et à une sorte d' étoile De là à Cachemire j-*-<vUï , 1 o 
journées. 

' Voyez ci-dessus, pag. 3i , not. 5. 



Feuillet 49 verso. 

ATBAGIIA. 



Feuillft .1(1 recto. 



192 DEUXIÈME CLIMAT. 

Et à Atragha, Ajournées. 

" Atragha Ui^l est une' grande ville qui fait p*tie des posses- 
« sions d'un prince indien. Elle est gardée par de nombreuses 
" troupes de soldats destinés à combattre les Turfcs j!_^^l. Ce 
" pays produit du riz et du blé. j> 

D' Atragha à Atraghan ylcipsl , 1 o journées. 

Les fleuves indiens qui coulent dans les contrées décrites dans 
la j)résente section, sont : le Bahanek jX — »-<^, le Kalhv (slr^ ^* 
une partie du grand khanidan yi-*^ chinois. Le premier prend 
sa sotuxe dans les montagnes les plus septentrionales de l'Inde, 
coule vers lest, dans la direction d'Atragha, où il se réunit à la 
rivièie de Cakela, et se jette dans la mer auprès de la ville de 

Tarighourgban y — c^yijjJa. « Les Djcheikis lil L-=- ( peuplade 

« indienne ) rapportent que leur roi, après s'être précipité dans 
« ce fleuve, leur apparaît de temps en temps. Lorsque quelqu'un 
« a commTs un crime, il entre dans le milieu des eaux et y reste 
« une heure et plus, tenant dans les mains diverges herbes odo- 
« riférantes; il les coupe par petits morceaux, les jette peu à peu 
'• sur la surface des eaux du fleuve, en faisant des prières et des 
11 invocations. Lorsqu'il veut sortir, il agite l'eau avec ses mains, 
" prend un peu d'eau ( mélangée avec les herbes ' ), la répand 
« sur sa tète, puis s'incline en signe d'adoration, et sort de 
« l'eau. " . . 

Au nombre des fleuves de Chine est le Kalhy i^^. Parmi les 
Chinois qui habitent sur ses bords, « à une certaine époque 
" con.sacrée par l'usage, » celui qui a commis im crime dont il 
veut se purifier, vient vers le fleuve, accompagné d'une foule de 
gens qui lui souhaitent gloire et bonheur éternels, puis il se pré- 
cipite dans .le fleuve, et il périt submergé dans ses eaux. 

Les mots placés entre deux parenthèses manquent dans lems. A, mais ils se trou- 
vent dans le ms. Assclin. 



DIXIEME SECTION. 



195 



DIXIEME SECTION. 

Cliiiie orientale. 



AJMM , Askliaia t^icl , Ciiedzkhour j^_i- Ow , 
, Cacha 1 — ilï et Saoukha U.jU« ; 



Cette section, qui complétera ce que nous avions à dire sur le 
second climat, comprend, dans la Cliine orientale, les villes de 
Sousa de la Chine (j->aJI i>^^^ , So'la >X«^ , Taougha U^ , Sinia 

de la Chine yv «aJi 

Badjah » =>l, Bechhiar^ 

dans la mer orientale , les îles de Namang ^ et de Sabara «jU*. , 
et enfin le Khamdan chinois (jv->aJi ylj^, l'un des fleuves les 
plus grands et les plus célèbres dont parlent les historiens et les 
géographes. Nous dirons donc ce qu'on en sait, sans omettre 
aucun détail. 

« Sousa iùy^— est une ville très-grande et très-célèbre, soit à 
« cause du nombre de ses édifices , soit à cause de l'importance 
« de sou commerce, de l'abondance de ses productions, de la ri- 
« chesse de ses habitants qui jouissent d'un grand crédit com- 
« mercial dans tout l'univers. On y fabrique le jlix* ghazar chi- 
« nois, sorte de porcelaine dont rien n'égale la bonté, et des 
« étoffes de soie précieuses à causer delà beauté de la matière, 
« et de la solidité comme de l'élégance du travail. Cette ville 
« est située sur la rive orientale du Khamdan, à là journées de 
1 Caïtowa IjJajb, à i6 de Sinia *Uàa*» et à 8 de So'la yjtw. 

« Cette dernière ville n'est pas très-considérable, mais elle est 
« bien bâtie, bien peuplée, commerçante et fi-équentée, tant 
« par les habitants du voisinage, que par ceux des pays plus 
" éloignés, qui viennent s'y approvisionner de divers objets. On 

25 



Feuillet jo recto. 



194 DEUXIÈME CLIMAT. 

Feuillet DO verso. « y fabrique (les étoffes (le soie (H des vases d'argile. » De So'la 
à Siiiia. on compte l'y journées; et à Taouglia, ville non iorti- 
fiée, mais commerçante et distante de 8 journées de Sinia, 8 
journées. 
''^'t• o Sinia de la Chine (j-iaJl «jyvyo est située à l'extrémité de cet 

" empire. Aucune ville ne l'égale, soit sous le rapport de la gran- 
« (leur, soit sous celui du nombre des édifices, de l'importance 
« du commerce, de la variété de marchandises qu'on y trouve, 
« du nombre de négociants qui y viennent des diverses parties 
« de l'Inde situées dans le voisinage de la Chine. C'est la rési- 
» dence d'un prince chinois de race royale, mais cependant 

« vassal du Baghbough ^^ s-i-., lequel est le grand empereur, 

ASEUAni n comme nous l'avons dit '. » De là à Askhara ^^1 -, 8 journées. 

« Cette dernière ville est bâtie dans une plaine marécageuse 
« d'une vaste étendue, où il ne croît que du safran, soit cultivé, 
« soit sauvage. Cette substance y est de qualité supérieure, et il 
« s'en fait un grand débit dans toute la Chine. On travaille la soie 
« dans cette ville et on y fabritjue des vases d'argile. 

" Dans les pays que nous décrivons, il n'est point d'arts plus 
« estimés que ceux de potier d'argile et de dessinateur; mais ce 
« dernier est mis au-dessus de tous les autres. D'après ce que 
" rapportent les auteurs les plus dignes de loi, les princes chinois 
■I et la plupart des princes indiens, bien loin de négliger le des- 
« sin, en font leur principale occupation, et s'y appliquent autant 
" que des maîtres et des artistes de ])roiession, à tel jjoint que, 
" lors([u'ils ont un grand nombre d'enfants, ils préfèrent toujours 
« celui qui excelle le plus dans l'art du dessin et de la peinture , 
« après lequel vient iinmédialenient l'art de fabriquer des vases 
" d'argile. Les personnes qui s'appliquent au dessin portent le 
" nom de (jrcwds, et les potiers celui de /H'^(/i' artistes. » 

' \ oyez ci-dessus, pag. i)c) et loo. 

' Le iiis. A. porte Askliar, et la version laliiie, pag. Cy, Asanlio et Asalicla. 



DIXIEME SECTION. 195 

D'Askhara à Batljali te-L, on compte 4 journées. VcwUh '...verso 

" Batljah est la résidence du prince connu sous le nom de inniAn. 

" Baghhougli ^^J<*j. C'est là que sont sa garde, ses trésors, son 

« liarem et ses esclaves. D'après ce que rapporte l'auteur du livre 

" intitulé : Histoire des princes du monde, le Baghboiigh a toujours 

« cent femmes dotées à prix d'argent; et lorsqu'il n'en possède 

" pas un tel nombre, il ne peut prétendre au titre de roi des 

« rois. Il doit posséder aussi mille éléphants équipés pour la 

« guerre et montés du nombre d'hommes nécessaire et conve- 

« nablement armés, pour jouir de cette prérogative; l'une et 

" l'autre de ces conditions sont indispensables. En Chine, l'au- 

« tonte royale dérive du père à ses frères ou aux plus proches 

« parents du roi. Ces princes sont généralement équitables, 

« compatissants et doués des qualités les plus louables. La ville 

« de Badjah est bâtie sur les bords du Khamdan (ji«x.5- qu'on 

" remonte quand on veut se rendre à Ha'ifoua Ij_à_jU. , à Djan- 

« koua 1^1=-' et autres lieux connus de la Chine. » De Badjah à 

Charkhou ^i^^ ^, ville située à ajournées de la mer orientale, 

sur les bords d'une rivière qui y a son embouchure, 4 journées. 

De Charkhou à BeclihiarjU^^j, 9 journées. 

« Bechhiar est la résidence tl'un chef qui gouverne un vaste 

« pays au nom du Baghbough , ayant sous ses ordres de la ca- 

" Valérie , des esclaves et d'autres troupes destinées à repousser 

« les agressions dos tribus turkes du voisinage, connues sous 

« les noms de Ilamani * — «l^ et de Khizildji x>J~y>.. Le gou- 

n verneur ( chinois ) fait garder par de la cavalerie les portes 

« des hautes montagnes qui séparent sa province du Turkestan. 

« Ces troupes sont vêtues et équipées absolument comme les 

" Turks. " 

De Bechhiar à Cacha Uilï, « ville habitée par une secte qui ne 

' Nous suivons ici l'orlliographe des iiiss. , quelque i'aulivc qu'elle puisse êlre. 
' La vci'sion latine porle Sadcho. 

25. 



Feuilk'l .'n recto, 
i-.EriniiAr.. 



196 DEUXIÈME CLIMAT. 

Feuillet 5i recio. „ professe pas les mêmes croyances que les Chinois et qui brûle 
« ses morts, selon la coutume indienne, » 8 journées. 

De Saroukha Li-jU. ' à Badjah, lo journées. 

Le Khanidan cliinois (jv-waJI ^j\-yJr est un grand fleuve dont 
les bords sont très-peuplés. L'auteur du livre des Merveilles rap- 
porte qu'on y voit un arbre dit arbre de fer et nonuué , en in- 
dien, Barchoul Jj-ijL; que cet arbre, dont le diamètre est d'une 
coudée, est fixé au milieu du fleuve, à une hauteur d'environ 
dix coudées au-dessus des eaux, et terminé vers son sommet par 
trois pointes aiguës. Cet auteur ajoute qu'un liomme se tient 
assis dans le voisinage, tenant un livre à la main, et récitant 
les paroles suivantes : Fleuve béni , sentier du paradis d'où ta 
source découle et vers lequel tu diriges les hommes! heureux 
celui qui, monté sur la cime de cet arbre, se précipitera dans tes 
eaux! Alors, un ou plusieurs d'entre les assistants, émus par ces 
paroles, montent sur l'arbre et se précipitent dans le fleuve, ac- 
compagnés des vœux et des prières de la foule. On dit que le 
Kank -'^ '*=■■ est l'un des aflluents du Khamdan. 

Quant à l'île de Namang ^, qui se trouve dans la mer orien- 
tale, elle est fréquentée par les navigateurs chinois, qui n'y abor- 
dent que lorsqu'ils sont en troupes nombreuses. L'auteur du 
livre des Merveilles raconte qu'elle est habitée par des hommes 
à queue et gouvernée par l'un d'entre eux. 
• Persuadé que les détails dans lesquels nous venons d'entrer 
paraîtront suffisants à toute personne sensée, c'est ici que nous 
terminerons la description des pays compris dans le deuxième 
climat. 

' Ou pkilot Charoukliia *_*.i.jL2 . conformément à la leçon du ms. B. 



FIN Di; DEIXIEME CLIMAT. 



TROISIÈME CLIMAT. 



PREMIÈRE SECTION. 

Suite de l'Afrique occidentale. — Sous el-Acsa. — Pays des Berbers. — Noun. 
Sedjelmasa. — Dar'a. — Aglimat. — Maroc. — Fez. — Meknés. — Sala. 
Telemsan. — Melila. — Oran. — Alger. — Bougie. — Constantine. 



Après avoir décrit, dans les livres précédents, les pays com- 
pris dans les deux premiers climats, nous avons jugé convenable 
d'observer dans celui-ci la même méthode relativement aux 
bourgs, aux villes et aux provinces, en indiquant leurs di.stances 
respectives en milles et en journées. <■ Nous traiterons séparément 
« de chaque pays, en ayant soin de faire connaître son état ac- 
« tuel, les courants d'eau, les rivières, les lacs et les étangs qui 
« s'y trouvent, les montagnes qu'on y remarque, avec l'indication 
« de leur étendue; nous parlerons aussi des plantes, des arbres, 
« des mines, des animaux; nous indiquerons les sources des 
« fleuves, leurs cours et leurs embouchures, d'après les notions 
« et les relations existantes : le tout en son lieu, d'une manière 
« claire et précise, conformément au plan que nous nous sommes 
« tracé, et avec le secours du Tout-Puissant. » 

La première partie du troisième climat commence à l'océan 
ténébreux qui baigne la partie occidentale du globe terrestre. 



Feuillet 5i recto 



Feuillet 5j verso. 



198 TROISIÈME CLIMAT. 

Feuilletai verso Du nombre des îles de cet océan est celle de Sara»,Lw, située 
près de la mer Ténébreuse. On raconte que Dbou'l Carnaïn y 
aborda avant que les ténèbres eussent couvert la surface de la 
mer, y passa une nuit, et que les habitants de cette île assail- 
lirent ses compagnons de voyage à coups de pierres et en blessè- 
rent plusieurs. Il est une autre île ([ui se nomme Saa'li S — «— , 
dont les habitants ressemblent plutôt à des fenmies qu'à des 
hommes; les dents leur sortent de la bouche, leurs yeux étin- 
cellent comme des éclairs et leurs jambes ont l'apparence de bois 
brûlé ' ; ils parlent un langage inintelligible et lont la guerre 
aux monstres marins. Sauf les parties de la génération, nulle 
différence ne caractérise les deux sexes, car les hommes n'ont 
pas de barbe ; leurs vêtements consistent en feuilles d'arbres. 
On remarque ensuite l'île de Hasran ^jl^*-.^-, d'une étendue con- 
sidérable , dominée par une montagne au pied de laquelle vivent 
des hommes de couleur brune, d'une petite taille et portant une 
longue barbe qui leur descend jusqu'aux genoux; ils ont la face 
large et les oreilles longues ; ils vivent des végétaux que la terre 
produit spontanément et qui ne diffèrent guère de ceux dont se 
nourrissent les animaux. Il y a dans cette île une petite rivière 
deau douce qui découle de la montagne. L'île de Ghour^^_j«JI, 
également considérable, idjonde en herbes et en plantes de toute 
espèce. Il y a des rivières, des lacs et des forêts qui servent de 
retraite à des ânes sauvages et à des bœufs qui portent des cornes 
d'tuie longueur extraordinaire. Non loin de là est l'île de Mos- 
tachiin (;js-viJù— • . « On dit que cette île est peuplée, qu'il y a 
" des montagnes, des rivières, beaucoup d'arbres, de fruits, de 
" champs cultivés. » La ville qui .s'v trouve est dominée par une 
citadelle. « On raconte qu'à une époque antérieure à Alexandre, 
" il y avait dans cette île un dragon qui dévorait tout ce qu'il 

' jïj_;^Jl i_ . i;, :j \^ fMJiyMt ■ On ne sait pourquoi les auteurs de la \crsioii latine 
ont traduit tes mots par luditum veluti hgnum comhureiis- 



PREMIÈRE SECTION. 199 

Il rencontrait, hommes, bœufs, ânes et autres animaux. Lorsque Feuilioi Si verso. 
Il Alexandre y aborda, les habitants se plaignirent des dommages 
Il que leur causait ce dragon et ils implorèrent le secours du 
« héros; le monstre avait déjà dévoré la majeure partie de leurs 
Il troupeaux; chaque jour on plaçait auprès de sa tanière deux 
« taureaux tués; il sortait pour les dévorer, puis se retirait ju.s- 
II qu'au lendemain, en attendant un nouveau tribut. Alexandre 
Il demanda aux habitants si le monstre était dans l'usage de sortir 
« par un seul endroit ou paj- plusieurs; ils répondirent qu'il sor- 
« tait toujours par le même. Alors Alexandre se ht indiquer le 
Il lieu, il s'y rendit suivi de plusieurs d'entre les habitants et 
■I accompagné de deux taureaux; aussitôt le monstre s'avança 
« semblable à un nuage noir; ses yeux étaient étincelants comme 
Il des éclairs et sa gueule vomissait des flammes; il dévora les 
Il taureaux et disparut. Alexandre ht placer, le lendemain et le 
Il jour suivant, deux veaux auprès de sa caverne; mais cette proie 
Il nq suffit pas pour apaiser la faim du monstre. Alexandre or- 
II donna aux insulaires de prendre deux taureaux, de les écor- Ftuiiici :,j recio. 
Il cher et de remplir leurs peaux d'un mélange d'huile, de soufre. 
Il de chaux et d'arsenic, et de les exposera l'endroit indiqiié. Le 
Il dragon sortit de sa l'Ctraite et dévora cette nouvelle proie; quel- 
II ques instants après, se sentant empoisonné par cette composi- 
II tion, où l'on avait, d'ailleurs, eu soin de mettre aussi des cro- 
'I chets en fer, il faisait tous les efforts imaginables pour la vomir. 
Il mais les crochets s'étant embarrassés clans son gosier, il se ren- 
>• versa la gueule béante. Alors, conformément aux dispositions 
Il faites par Alexandre, on fit rougir une barre de fer et, l'ayant 
Il placée sur une plaque de même métal, on la lança dans la gueule 
Il du monstre : la composition s'enflamma dans ses entrailles et il 
Il expira. C'est ainsi que Dieu ht cesser le fléau qui affligeait les 
Il habitants de cette île; ils en remercièrent Alexandre, lui témoi- 
11 gnèrent une grande affection et lui offrirent des présents consis- 



200 , TROISIEME CLIMAT. 

Feuiiiei 02 recio. n tant en diverses curiosités de leur île; ils lui donnèrent, entre 
« autres choses, un petit animal qui ressemblait à un" lièvre, 
" mais dont le poil était d'un jaune brillant comme de l'or; cet 
" animal, appelé a'radj ^^j^, porte une corne noire et fait fuir 
« par sa seule présence les lions, les serpents, les bêtes sauvages 
« et les oiseaux. » 

Dans la même mer se trouve l'île de Calhan yt- jAï, dont les 
habitants sont de forme humaine, mais portent des tètes d'ani- 
maux : ils plongent dans la mer, retirent de ses abîmes les ani- 
maux dont ils ont pu se saisir et s'en nourrissent ensuite. Une 
autre île de la même mer s'appelle l'île des deux frères magiciens 
(jjjj^UJI ,jjjji.i)I »^>>=>, Cherham -L*^ et Chei-am [•!;— i. « On 
« raconte que ces deux frères exerçaient la piraterie sur tous les 
« vaisseaux qui venaient à passer auprès de l'île ; ils réduisaient 
« en captivité les navigateurs et s'emparaient de leurs biens; mais 
« Dieu, pour les punir, les métamorphosa en deux rochers que 
" l'on voit s'élever sur les bords de la mer. Après cet événement, 
n l'île redevint peuplée comme auparavant. « Elle est située en 

face du port d'Asafi j ».l , et à une distance telle que, lorsque 

l'atmosphère qui emironne la mer est sans brouillard, on peut, 
dit-on, apercevoir du continent la fumée qui s'élève de l'île. 
« Cette particularité a été racontée par Alimed ben Omar sur- 
« nommé Raccam el-Avez, qui, chargé par le prince des fidèles 
« Ali ben-Iousuf ben-Taschfin ^ du commandement de sa flotte, 
>• voulait y aborder; mais la mort le surprit avant qu'il eût pu 
« accomplir ce projet. On a recueilli des détails curieux, relati- 
« vement à cette île, de la bouche des Maghrourin, voyageurs de 
« la ville d'Achbouna (Lisbonne) en Espagne, lorsque le port 
« d'Asafi reçut ce nom à cause d'eux. Le récit ( de cette aven- 

' Voyez, au sujet de ce prince, le quatrième de la dynastie des Moravides , Ca- 
siri bibliot. uT.-lùspuna , t. II, pag. 2 1 6 et suiv., et le Specchio deU'impero di Marocco , 
récemment publié par M. Graberg de Hemso, pag. ib-j 



PREMIÈRE SECTION. 201 

« ture ) est assez long, et nous aurons l'occasiort d'y revenir Femiici h-i rccio. 
« quand il sera question de Lisbonne. « 

Dans cette mer il existe également une île d'une vaste éten- 
due et couverte d'épaisses ténèbres. On l'appelle l'île des mou- 
tons (<\_«JI îj-i'.yr- -, parce qu'il y en a beaucoup en effet ; mais la 
chair de ces animaux cstamère, à tel point qu'il n'est pas pos- 
sible d'en manger, s'il faut ajouter foi au récit des Maghrourin. 
Près de l'île que nous venons de nommer, se trouve celle de 
Raca liij, qui est l'île des oiseaux j^jiWt «;j>=-- On dit qu'il s'y 
trouve une espèce d'oiseaux semblables à des aigles, rouges et 
armés de griffes; ils se nourrissent de coqudlages et de pois- 
sons, et ne s'éloignent jamais de ces parages. On dit aussi que 
l'île de Raca produit une espèce de fruits semblables aux figues 
de la grosse espèce, et dont on se sert comme d'un antidote 
contre les poisons. « L'auteur du livre des Merveilles rapporte 
I' qu'un roi de France, informé de ce fait, envoya sur les lieux un ivuiiici 52 verso. 
« navire pour obtenir le fruit et les oiseaux en question ; mais le 
« vaisseau se perdit, et depuis on n'en entendit plus parler. « 

A la présente section appartient encore l*île de Cliaslend 
o^jiloLiJ! \ dont la longueur est de i5 journées, sur 10 de lar- 
geur. Il y avait autrefois trois villes grandes ' et bien peuplées : 
des navires y abordaient et s'arrêtaient pour y acheter de l'ambre 
et des pierres de diverses couleurs; mais, par suite des révolutions 
et des guerres qui eurent lieu dans ce pays, la plupart de ses ha- 
bitants périrent. « Beaucoup d'entre eux franchirent la mer pour 
« se transporter sur le continent de l'Europe ^}j , où leur race 
« subsiste encore très-nombreuse , à l'époque où nous écrivons ; 
« nous en reparlerons quand il sera question de l'île d'Aralanda 

L'île de Laça wi) produit beaucoup de bois d'aloës; on pré- 

' Le ms. A. porte jj^Ual.» ; la version latine , Sahelia. 
' La version latine porte : ires parvie urbcs. 

2O 



202 TROISIÈMK CLIMAT. 

Fciiiil.i 3 3 recfo. |(.|i(| ,m'|| est saiis oileiir siii les lieux, iiuiis ([imI iicquicii du 
parfum aussitôt (|u'il est exporté et qu'il a traversé la mer. Ce 
bois est noir et très-lourd. <■ [,es niarcliands se rendent à cette 
" île pour se procurer du bois daiocs, ils en exportent au loin. 
" Les rois de la partie la plus occidentale de l'Afrique l'ache- 
laicnt jadis dans ce pays. On raconte aussi (|ue lile de Laça 
" était autrefois habitée, mais qu'elle a cessé de l'être, parce que 
<■ les serpents s'y sont excessivement multipliés. » D'après ce que 
nous apprend Ptolémée de l'eluse, la mer Ténébreuse renferme 
vingt-sept mille îles peuplées et non peuplées. Nous ne croyons 
devoir parler ici que de quelques-unes d'entre celles qui sont 
situées dans le voisinage de la terre ferme et qui jouissent d'un 
certain degré de culture et de civilisation. 

La présente section comprend le désert de Noul ' Lamta J^ 
*ki, Tazekaghet c-^j^^b et Agliarnou ^^1; les villes du pays de 
Sous el-Acsa ^jiaii'l ^J-^^, savoir : Taroudant polijyli, Tiouïouïn 
yj'^y et Tamamet c:*-«Ub. Elle comprend aussi le pays des Ber- 
bers ^j^ , Sedjelmasa îL^^^l^^, Dar'a i^ji, Daï j^li , Tadela *lil-, 
Cala't Mehdi ben Tewala aII^-j j^j j^j^^ **Xï, Fèz ^^{s, Meknasa 
â.«.UJC«, Sala 5V-4« et autres ports de la grande mer; les villes de 
Telemsan yU4^', Tatan (jks, Cara t^, Safrava ^^^,JU3, Maghaïla 
A^Aji*, Acarsif vJU—jji , Karnata iJsLyS^Wadjera »;->-j, Melila «XjJU, 
Wahran ylyûj ( Oran ), Tahart cijyftli-, Achir^^x^îi; dans le pays de 
rdiarb el-Awsaf ( Afrique centrale ): Tcnès ,j..Uj , Berechk AJijj , 
les îles des Béni Mazghana ioUy^ ^^!j,^=- (Alger), Tadlas ^-Jj^ ^ 
Bedjaïa a-jLst ( Bougie ], Djidjel J — s?^» , Meliana xjU^, .^Ica'la 
iC-KiJiJl, Almasila iiX^.jfc_«^! , Ghadir^J^I, Mocra »j.Jiii, Nacaous 
^;»JljLi, Tobna ïJujL, Cosantina iiÀjdxUJiJI ( Constantinc ), Tandjes 

' Il s'agit igi, sans aucun doute, du pays de Noun, mais nous croyons devoir 
suivre l'orlhogiaphe que donnent nos deux mss. 

' Les deux mss., la veisioii lalinr ol l/v/n.m Afnra de Harim.Tnii |)oilenl |iar- 
Inul Andalos. 



PREMIÈRE SECTION. 203 

(j—^^^Ji, Baghaïa ajU-L, Tii'as ^..Ljuj , Dour-Medïn (^.x^j^i, Be- Keuillci 52 vprso. 

lezma *^ , Dar Meioul JjJUjI:i'et Mila ik-^. 
■ n La plupart des villes que nous venons d'énumérer sont 
peuplées d'hommes d'origine berbère. Ces peuples habitaient 
anciennement la Palestine y;,**JL9, à l'époque où régnait Dja- 
lout ( Goliath ) hls de Daris, Ills de Djana, autjement appelé 
Abou Zenana le Moghrebin, hls de Lewa, hls de Bcr, hls de 
Caïs, hls d'Elias, hls de Mesr. David ( sur qui soit la paix' ) 
ayant tué Djalout le berber, les Berbers passèrent dans le 
Maghreb, parvinrent jusqu'aux extrémités les plus reculées de 
l'Afrique et s'y répandirent. Les tribus de Mazana i^\y*, de 
Magbaïla aW« et de Darisa \^jj^ s'établirent dans lus mon- 
tagnes; celle de Lewata &ji^, dans la terre de Barca \i^, une 
portion de la tribu de Hawara Sjiy» , dans les montagnes de 
Nafousa tL^^L,, et les autres, dans les contrées les plus recu- 
lées vers l'occident. D'autres tribus se joignirent à celles que Kuillci 5j iccto. 
nous venons de nommer et peuplèrent le pays. Voici les noms 
des principales tribus berbères : Zenata ajIj, Darisa &-»^j^ , 
Magbaïla 'i\ — **^, Macdar j.Xa.<., Benou AlxH-rabbihi 



>X.A£ 



^^ 



X.J, Warnedjoum py^j, , Harra ij. — i» ', llaravva ii}\jJ> , Matmat 
Mh.*h^, Lamta &Ja4, Sanhadja a-^£LjUs , Hawara «;l^, Ketam;i 



U5^ Lewata &-j!_^, Mazana a — ^j^, Sadral ^\jk^, Bedlasen 
(j-«y>.éij, Madiouna %j.Xx, Zioudja a^^j, Merasa a--.!^, Ca- 
lema ^il-, Ourba i^jj\ , Uatita AkAki6,Walita aM^, Benou Men- 
bous ^^Y^yu, Benou Semdjoun y^^^yj, Benou Warcalan 
yiV-ijtj j_v. , Benou Basdaran y!jJ«_.«^yj, Benou Zidedji ^*j 
S-^-ij, Wazdaza A-»iijj, Warboun uj^jj. « Quant aux ])ays de 
Noul l'ultérieure ^^-^aii/i Jy et de Tazekaghet c-.*S^b-, ils appar- 
tiennent aux Lamtouna de la plaine î^\ sjyd., alliés des San- 
hadja. Sanbadj et Lamt étaient deux hères dont le père se nom- 
mait LamfhLs d'Aza', descendant de Hnnïar ^,-v^, et la mère, 

Ces trois deniier» noms m- se tiotiveul pas dans le ms. A 

26. 



■lùh TROISIÈME CLIMAT. 

Feuillet 53 rerto Tazkaï el-Asdja, issue de la famiiie de Zenata. Sanhadj et Lamt 
avaient un frère utérin dont le père se nommait al-Massour, fils 
de Mathni, fils de Kela', fds d'Eïmen, lils de Sa'id, tils de Hi- 
mïar; il se nommait Hawar, à cause d'une expression tirée de la 
langue arabe dont il fit usage dans une occasion. Comme les 
tribus arabes campent souvent à la proximité des tribus berbères, 
un long voisinage a fait adopter à ces dernières l'usage de la 
langue arabe, de sorte que les deux peuples n'en forment plus 



qu'un. 



Il arriva (ju'un jour un émir arabe nommé al-Massour, i[u\ 
babitait avec sa tribu dans le Hedjaz , ayant perdu un chameau , 
sortit pour aller le chercher; il passa le Nil auprès du Caire 
(j-io^^, alla dans le Maghreb, et, s'étant aventuré jusque dans 
les montagnes de Tripoli ^j» — IjI^, il demanda à l'esclave qui 
l'accompagnait, dans quel pays ils se trouvaient, à quoi l'autre 
répondit. qu'ils étaient dans l'Afrikia. En ce cas, nous sommes 
fous, répondit le maître, en employant le mot de tebawarna 
LjL-i, qui est synonyme de haniaca jj^^. \ oilà d'où dérive ce nom 
d'IIawar. Al-Massour poursuivit cependant sa route, alla dans la 
tribu de Zenata et conclut avec elle une alliance; il vit Tazkaï, 
mère de Sanhadj et de Lamt dont il vient d'être fait mention. 
Al-Massour devint éperduement amoureux de cette dame, ([ui 
était aussi belle que sage, la demanda en mariage et lobtinl. 
A l'époque dont il est question, Tazkaï était veuve et avait au- 
près d'elle ses deux fils Sanhadj et Lamt. Elle mit au monde 
un enfant mâle qui fut nommé al-Mathni (^Jil\; quelque temps 
après, al-Massour mourut, son lils Mathni et les deux frères 
Sanhadj et Lamt restèrent chez leur mère et chez leurs oncles 
de la famille- de Zenata. Lamt et Sanhadj eurent chacun beau- 
coup d'enfants, et leur famille panint à soumettre de nom- 
breuses peuplades; ce fut alors tpie les tribus berbères s'étant 
réunies pour s'opposer à ces étrangers, les vainquirent et les 



PREMIÈRE SECTION. 205 

refoulèrent jusque dans les déserts voisins de la mer ténébreuse. iVuillet 53 lecio. 
Les peuplades de cette tribu se fixèrent dans ces contrées, où 
elles n'ont cessé de merter une vie nomade jusqu'à nos jours. 
« Elles possèdent beaucoup de cbameaux grands et prompts à la 
« course, et changent souvent de campement. Les deux sexes 
« font usage de vêtements tissus de laine; les hommes portent 
« des turbans dits el-kcrazi ,^j|^I ; ils se nourrissent de lait , 

« de chameau et de la chair de ces animaux séchée au soleil. 
» Les marchands étrangers leur apportent du blé et surtout du 
« raisin sec dont ils extraient une boisson très-douce. Leur pays 
« produit beaucoup de miel; les mets qu'ils préparent sont d'un 
'< goût exquis; on fait cas surtout de celui qu'ils nomment el- 
" berïet asoulwa \^L^\ a^jjJ] , et qu'ils préparent de la manière Feuillet 5o verso. 
« suivante : ils prennent du blé, le font griller à un degré con- 
« venable, le broient ensuite grossièrement, y mettent du miel 
« en guise de graisse, le pétrissent et le font cuire; lorsque 
« cette pâte est ainsi préparée, ils en remplissent leurs besaces. 
« C'est un mets délicat et tellement nourrissant, qu'une personne 
« qui n'en aurait mangé le matin qu'une poignée, en y joignant 
« un peu de lait pour boi,sson, pourrait marcher jusqu'au soir 
« sans éprouver la moindre faim. » 

11 n'existe dans le pays d'autre ville que celle de Noul Lamta , 
car celle d'Azca j,j\ appartient au Lamta. Noul l'occidentale est 
à la distance de 3 journées de la mer. On compte, de Noul à 
Sedjelmasa, 1 3 journées. 

Noul est une ville bien peuplée, située sur une rivière qui 
vient du côté de l'orient, et dont les rivages sont habités par les 
tribus de Lamtouna et de Lamta. On y fabrique des boucliers 
connus sous le nom de boucliers de Lamta, qui sont les plus 
parfaits qu'on puisse imaginer. « Ces boucliers étant d'une très- 
ce bonne défense et très-légers à porter, les peuples du Maglireb 
« s'en servent dans les combats. On fabrique aussi dans la même 



\OL'L ou SOUS. 



Feiiillel .')3 lecto. 



SEDJELMA!.\. 



■206 TROISIÈME CLIMAT. 

« ville des selles, des mors de cheval cl des bâts de chameau. 
« Les habitants de Noui Lamta possèdent beaucoup de vaches et 
« de moutons, et ont. par conséfjuenl, du lait, du beurre et 
" de la graisse en abondance. Lu ville de Noul sert de refuge 
'• aux peuples de cette contrée et leur offre des ressources dans 
« les circonstances extraordinaires. On y fabrique des vêtements 
n appelés sefsariè &jjU«ju« et des barnous dont une paire se paye 
n environ cinquante dinars. « Parmi les tribus de Lamta, on 
compte celles de Masouia A_ij.^~wo , de VVechan yLi;^ et de Te- 
malta /oJLt ; les Benou Mansour j^^a^yj , les Maïa iw», les Dje- 
dala ïJl»x-=-, les Lamtouna i^yii, les Benou Ibrahim |<%jÈl^!yv. 
Les Benou Taschlin et les Benou Mohammed j^.ms2^ dépen- 
dent de la tribu de Sanhadj. La ville d'Azkaï Sj^, du pays de 
Lamta, est un des premiers ports du désert; de là à Sedjel- 
ma.sa, on compte i3 journées, et k Noul, 7 '. 

' Azkaï, quoique petite, est bien peuplée; ses habitants portent 
une sorte de tunique en laine qu'ils nonnncnt al-cadawer j^lo^JU!. 
Les voyageurs qui ont visité cette ville prétendent que les lilles, 
lorsqu'elles ont atteint l'âge de quarante ans, se prostituent au 
premier venu. La ville s'appelle Azoucaï ^j' eu langue berbère, 
et Cocadam |.>>>^>» en génois '. Celui qui veut se rendre à Sala 
Jv_«(, à Tekrourjj^^Xi et à Ghana ajU du pays des noirs, doit néces- 
sairement passer par ici. Quant à Sedjelmasa, c'est une capitale 
ornée de nombreux édilices et fréquentée |)ar des voyageurs de 
tous les pays; elle est entourée de jardins, de vergers, de champs, 
et ses environs sont très-agréables; elle n'a point de citadelle, 
mais elle contient un grand nombre de palais , de maisons et 
d'édilices de toute espèce contigus les uns aux autres. Elle est si- 
tuée sur les bords d'un fleuve yenanl du lolé oriental du désert; 
la crue de ce fleuve, pendant l'été, ressemble à celle du Nil, et 
ses eaux sont employées pour ragriciMturc de la inème uKinièn; 

' Le iiis. A piute 9 — ' aj «LviL 



PREMTÈRF. SKCTION. 207 

que le sont celles du Nil chez les Egyptiens. Les rccoltes sont Fouillii fi/i rodo 
abondantes et certaines; il arrive souvent (fu'après quelques an- 
nées d'inondation, la terre produit spontanément du hit- Tannée 
suivante. Ordinairement cependant, après l'inoiulation annuelle, 
les habitants ensemencent les champs et. la récolte faite, ils les 
laissent en jachère. « Ebn Haucal raconte qu'il suffit de semer 
« une fois pour c[ue l'on puisse moissonner ensuite pendant six 
« années consécutives, mais il ajoute que le froment ainsi produit 
' linit par dégénérer en une espèce de grain qui tient le mi- 
« lieu entre le froment et l'orge, et qui s'appelle ïerden tizdad 
" iij^o (ji^. On peilt se procurer à LSed|elmasa toifte sorte de 
« fruits en abondance, et notamment une espèce tie dattes vertes 
« nommée el-bouni ^yi\ , dont les noyau» sont très-petits et cjui 
" surpasse en douceur tous les fruits. Les habitants de celte ville 
« cultivent aussi le coton, le cumin, le panais et le henna; ils 
i> exportent ces divers articles dans le Maghreb et ailleurs. Les 
« consti'uctions de Sedjelmasa sont fort belles, mais, durant les 
« derniers troubles, une grande partie a été ruinée. Les habi- 
« tants mangent du chien et du lézard yjij. — =>- , en berbère 
« aczim /c^jjj'. Les femmes supposent que c'est à cette nourriture 
« rju'elles doivent l'embonjîoiul qui les caractérise. D'ailleurs, 
« presque tout le monde, dans ce pays, est atteint d'ophthal- 
« mies et beaucoup de personnes même perdent la vue. " 

La distance cjui sépare Sedjelmasa d'Aghmat-VVarika aJoj^ uUI 
e.st cf environ 8 journées, et de Sedjelmasa à Dar'a ï^J^, on en ''*"'* 

compte .3 fortes. Cette dernière n'est entourée ni de murs, ni 
de fossés; c'est seulement une réunion de bourgs rapprochés les 
uns des autres et de champs cultivés. Elle est habitée par des 
tribus berbères de race mélangée, et est située sur la rivière de 
Sedjelmasa. « On y cultive le benna, le cumin, le panais et l'in- 
« digo. Le henna y réussit surtout et parvieiil à la hauteur d'un 
•■ arbre, de sorte rpie, pour en recueillir la graine, on est obligé 



Kcuillpt ."l'i rpclo. 



so^:^ el-.\csa 



reuiilct ô/i verso. 



208 TROISIÈME CLIAIAT. 

" de se sei-v'ir d'échelles; cette graine est ensuite exportée dans 
" tous les pays. Ce climat ( le troisième ) est le seul où l'on re- 
" cueille la graine du henna. Quant à l'indigo, celui que l'on 
" cultive à Dar'a n'est pas très-bon, mais on en fait usage dans 
" le Maghreb parce qu'il y est à bas prix : il arrive souvent qu'on 
« le mêle avec de l'indigo étranger de qualité supérieure et qu'on 
« le vend ainsi mélangé. » On compte ajournées de Dar'a à Sous 
el-Acsa, dont la ville principale est Taroudant. Le pays de Sous 
contient un grand nombre de bourgs dont les maisons sont rap- 
prochées les unes des autres. « Il produit d'excellents fruits de 
« toute espèce, savoir : des noix, des figues, du raisin, des abri- 
« cots, des grenades, des oranges très-estimées, des pèches, des 
" pommes ( doubles comme les mamelles d'une femme ) et la 
<■ canne à sucre d'une qualité tellement supérieure, qu'on n'en 
" voit nulle part ailleurs qui puisse lui être comparée, soit sous 
« le rapport de la hauteur et de l'épaisseur de la tige, soit sous 
« celui de la douceur et de l'abondance du suc. On fabrique dans 
« le pays de Sous, du sucre qui est connu dans tout l'univers; il 
" égale «n qualité les sucres appelés suleïmani et teberzid, et il 
I' surpasse toutes les autres espèces en saveur et en pureté. On fa- 
" brique dans le même pays des étoffes fines et des vêtements d'une 
« valeur et d'une beauté incomparables. Les habitants sont de 
" couleur brune ; on remarque parmi eux beaucoup de femmes 
>' d'une beauté parfaite qui sont, en général, très-habiles dans les 
<< ouvrages manuels. Du reste. Sous produit du blé, de l'orge, 
« du riz et diverses autres denrées qui se vendent à très-bon 
i< marché. Le seul reproclie qu'on puisse faire à ce pays, c'est le 
« défaut d'urbanité, la grossièreté et l'insolence de ses habitants, 
" car toute idée de subordination leur est étrangère. Ils appar- 
" tiennent à des races mélangées de Berbers Masmoudis; leur ha- 
■■ billemcnt consiste en un manteau de laine dans lequel ils s'cn- 
« veloppent entièrement; ils laissent croître leurs cheveux, dont 



PREMIERE SECTION. 209 

« ils ont un très-grand soin; ils les teignent chaque semaine avec Feuillet 5/1 veiso. 
« du henna et les lavent avec du blanc d'œuf et de la terre d'Es- 
« pagne; ils s'entourent le milieu du corps d'un caleçon de laine 
« qu'ils appellent csfakis (j».ïU*»l. Les hommes sortent constam- 
" ment armés d'un javelot muni, à son extrémité, d'une pointe 
" en fer; ils mangent beaucoup de sauterelles frites. Sous le rap- 
« port des opinions religieuses, les habitants du pays de Sous se 
« divisent en deux classes : ceux de Taroudant sont Maleki avec 
« quelques modifications; ceux de Tiouïouïn (jj^^ professent 
« les dogmes de Mousa ben-Djafar ; au surplus , ces peuples vivent 
« dans un état continuel de troubles, de combats, de vengeances 
•< et de représailles; ils sont très-gourmands, et l'on remarque 
" chez eux beaucoup de personnes grasses. Ils font usage d'une 
« boisson appelée anzis jj>»', agréable au goût et plus enivrante 
" encore que le vin, parce qu'elle est plus forte et que les subs- 
" tances dont elle se compose sont plus réduites et plus con- 
« centrées; pour la préparer, ils prennent du moût de raisin 
« doux et le font bouillir jusqu'à ce qu'il n'en reste cju'un tiers 
« dans le vase; ils le retirent ensuite et le boivent. Il n'y a qu'un 
« habitant de Sous qui puisse faire impunément usage de cette 
« boisson. Ils considèrent comme permis tout ce qui ne cause 
» pas une complète ivresse. 

« Entre les deux villes de Taroudant et de Tiouïouïn, on 
" compte une journée de voyage à travers des jardins, des vignes, 
" des vergers plantés d'arbres à fruits de toute espèce. Du pays de 
« Sous à Aghmat, on compte 6 journées; on passe par les cam- 
« pements des tribus berbères Masmoudies dites : Antali-Netat 
« cjLxi J._oi , Benou-Wasnou y—lj y^ , Ankatoutaoun y^Us^kSil , 
« Anstit 13a1x»o!, Ar'an jjCjt , Aknafis lt^juSÏ et Antourkit cxaS^^jI. 
« De ce pays dépend Nelis el-Djebel J. .> -jl ,j»-vij, petite ville en- 
« tourée d'habitations et de campements de tribus connues sous 
« le nom de Nefis, qui récoltent du blé , des fruits, et qui ont de 

27 



210 TROISII^-.ME CLIMAT. 

Keiiilict 5,'> recto. " tout en aboiidaiKU. 11 y a une mosquée et un bazar bien fourni, 
« particulièrement en raisins secs d'une saveur exquise et très- 
n estimés dans tout l'Occident. » 

Pour se rendre de Taroudaul os -Sous à Aghmat-Warika, 
on passe au pied de la montagne dite Djebel Daran el-A'dhem 
^«.lic^Jl ut''^ J-!^=-. remarquable par sa hauteur, par la fertilité 
du terrain et par le grand nombre d'iiabitations dont elle est 
couverte; elle s'étend vers l'orient, depuis Sous, sur les bords 

de l'océan, jusqu'à la chaîne des montagnes Nefousa « w^ij. 

dont elle prend le nom; elle se confond ensuite avec la chaîne 
des montagnes de Tripoli, où le terrain devient tout à fait 
plat. « Plusieurs personnes assurent cependant que ces nion- 
« tagncs s'étendent jusqu'à la Méditerranée et qu'elles se ter- 
» minent vers le lieu nommé Awthan yliji. Quoi qu'il en soit, 
« elles produisent toute sorte de fruits et sont couvertes de 
« toute espèce d'arbres rares. Des sources d'eau y jaillissent de 
n toutes parts et leurs flancs sont embellis par des plantes tou- 
* n jours vertes. » Sur les points culminants, on trouve plus de 
soixante -dix citadelles, parmi lesquelles il en est une placée 
d'une manière tellement avantageuse et construite si solidement, 
qu'elle est, pour ainsi dipe, inexpugnable. Située, en effet, sur 
le sommet de la montagne, quatre hommes suffisent pour en 
défendre l'entrée, chose facile à concevoir, car le seul sentier 
qui y conduit est étroit, escarpé et semblable à une échelle; 
une bête de somme ne saurait y monter qu'avec beaucoup de 
peine. Cette citadelle se nomme Tanimallnt ciJJLfb '. « C'était le 
'< quartier général du Masmoudi Mohammed ben-Toumert, à 
" l'époque où il parut dans le Maghreb; il la l'ortilia et la choisit 
« pour en faire le dépôt de ses trésors et même le lieu de sa sé- 
« pulturc. Lorsqu'il mourut à Djebel el-Kevvakeb t^^-ST^fil Jlvs- , 

Lii version hitiiic, |jag. ^5, porte l'animal , le nis. A., Tanliilal. 



PREMIÈRE SECTION. 211 

les Masmoudis y transportèrent son corps et l'y enterrèrent. Feuillet 55 recto. 
De nos jours, son tombeau est considéré par les Masmoudis 
comme im lieu saint, et il est pour eux l'objet d'un pèleri- 
nage. Ce tombeau est construit en forme de dôme, mais sans 
» dorures ni ornements, conformément aux lois qui régissent 
ces peuples. Sur la montagne dont il est question, croissent 
des figuiers dont le fruit est d'une douceur extraordinaire, et 
des vignes dont le laisin est de forme oblongue, d'un goût 
sucré et presque toujours sans pépins; on en sert sur les tables 
des rois du Magbreb et on en compose des sorbets; l'usage 
de ce raisin est aussi salutaire qu'agréable. Il s'y trouve éga- 
lement des noix et des amandes. Quant aux coings et aux gre- 
nades, l'abondance en est telle que, pour un kirat L!;_a.ï ', 
on peut s'en procurer une cbarge d'homme. Les prunes, les 
poires, les abricots, les oranges et la canne à sucre sont telle- 
ment abondants, que les habitants n'en font entre eux aucun 
commerce ; ils possèdent en outre l'olivier, le caroubier e1 
diverses autres espèces d'arbi-es , parmi lesquelles on remarque 
celle qui s'appelle Arcan ^j^J'; la tige, les branches et les 
feuilles de cet arbre ressemblent à celles du prunier; le fruit, 
par sa forme oblongue, ressemble à l'olive ; lors de son premier 
développement, la peau en est mince et vei'te, mais elle de- 
vient jaune quand le fruit est mûr; il est d'un goût âpre e1 
acide et n'est point mangeable ; on le recueille cependant vers 
la fin de septembre et on le donne aux chèvres, qui broutent 
l'envelopjje extéricuic et laissent le noyau intact; après l'avoir 
lavé et cassé, on le presse et on en extrait une substance grasse 

La valeur du kiral n'est pas toiuiue avec précision ; elle varie depuis le vingtième 
jusqu'au vingt-quatrième du dinar. Voyez la Chresloinatliic urabe de M de Sacy . 
I. I, pag. 55, deuxième édition. 

Elœodeiidroii Arfjan. Vnye/., an sujet de tel arbre, le Spcaliio rlcH'nitpein il'i ]lii- 
rocco, pag. I 1 b- 

27. 



2)2 TROISIÈME CLIMAT. 

Fcuilli-i .i."> recto. „ d'iiii très-hoau iioir, mais désagréable an goût. Cette huile est 
X très-connue dans l'Afrique occidentale, où elle sert pour l'éclai- 
11 rage. Les marchands qui vendent de l'isfendj ^ — Km\ ( sorte 
« de j)àtisserie ) dans les carrefours l'emploient pour la friture ; 
« lorsqu'elle tombe dans le feu, elle exhale une odeur fétide, 
11 mais, cuite avec l'isfoundj , elle n'est pas désagréable. Les 
« fenmies jNIasmoudies s'en servent pour faire croître, tresser et 
« teindre leurs cheveux; par ce moyen, ils deviennent lustrés 

Kcuillct :).') verso. « et d'un très-beau noir. » 

.\GBM.\T-w.\niK\. La ville d'Aghmat-Warlka iiJojtj i^\s^ est bâtie, du côté du 

nord, au pied de la montagne, sur un sol excellent, couvert de 
végétation, et sillonné par des eaux qui coulent dans toutes les 
directions. Autour de la ville, sont des jardins entourés de murs, 
et des vergers remplis d'arbres touffus. Le site de cette ville est 
admirable, et son territoire offre un coup-d'œil ravissant; les 
eaux y sont excellentes et le climat très-sain. Une rivière peu 
considérable, qui traverse la ville, y apporte ses eaux du côté 
du midi et en sort au nord, il existe des moulins à farine sur 
cette rivière doht on introduit les eaux dans la ville, le jeudi, 
le vendredi, le samedi et le dimanche; les autres jours de la se- 
maine, on les détourne pour l'arrosement des jardins. 

« La ville d'Aghmat est située, ainsi que nous venons de le 
« dire, au pied de la montagne de Daran. La fonte des neiges a 
1. lieu vers la lin de l'hiver, époque à laquelle les eaux se préci- 
1. pitent dans les vallons. Il arrive souvent qu'il gèle dans l'inté- 
« rieur de la ville; les enfants s'amusent alors à glisser sur la 
« glace; elle est tellement épaisse qu'elle ne se rompt pas; c'est 
■I un fait dont nous avons été plusieurs fois témoin. >> Les habi- 
tants d'Aghmat sont des Hawara «j'y*, naturalisés berbers pai- 
suite de leur voisinage et de leurs rapports avec les indigènes. 
« Ils sont riches et commerçants; ils envoient dans le pays des 
« noirs un grand nombre de chameaux chargés de cuivTe rouge et 



PREMIÈRE SECTION. 213 

n colorié \ de vêtements et tissus de laine, de chapelets en verre, feuillet 55 verso. 
« en nacre et en pierres, de différentes drogues el parfums, et 
d'ustensiles en fer. Celui qui confie de telles commissions à ses 
« serviteurs ou à ses esclaves possède, dans la caravane, cent, 
» quatre-vingts ou soixante-dix chameaux chargés. Durant ladomi- 
« nation des Motletsem ri> — Ull (des Moravides), il n'était pas de 
« gens plus riches que les hahitants d'Aghmat. Ils avaient coutunu- 
« de placer, aux portes de leurs maisons , des signaux destinés à 
• indiquer l'importance de leurs richesses. Ainsi, par exemple, 
" si quelqu'un d'entre eux possédait 4, 000 dinars pour son usage 
« personnel et pouvait disposer de A, 000 autres pour les besoins 
« de son commerce, il plantait à droite et à gauche de la porte 
« de sa maison deux lances longues et flexibles, qui s'élevaient 
« jusqu'au toit. ( Leurs maisons étaient, pour la plupart, con- 
« struitcs en briques et en terre. ) Lorsqu'un chaland venait à 
« passer devant la maison et qu'il voyait ces lances ainsi plan- 
« tées, il les comptait, et, par leur nombre, il savait quelle était 
« la somme d'argent que possédait le propriétaire. A l'époque 
« actuelle, la conquête du pays par les Masmoudis a fait éprouver 
« aux habitants d'Aghmat des pertes considérables; cependant, 
« ils sont riches et conservent un crédit qui n'a point changé. On 
« est fort incommodé , dans cette ville , par les scorpions , et la pi- 
" qûre de cet insecte est souvent mortelle. Les vivres, les fruits 
« y sont à très-bas prix ; on y élève beaucoup de troupeaux. » 

Au nord d'Aghmat , à la distance de 1 2 milles, est Maroc .jS\j^ »>*Roc. 

fondée en 470, par lousuf ben-Taschfin, sur un emplacement 
qu'il avait acheté fort cher des habitants d'Aghmat , et qu'il choisit 
pour être le lieu de sa résidence. Cette ville est située dans un 
bas-fond, où l'on ne voit qu'un petit monticule appelé Idjliz 
_>aX=-I, dont le prince des hdèles, Ali ben-Iousul ben-Taschhn, 
fit extraire des pierres pour bâtir sou palais dit Dar el-Hadjar. 

' Le texte porte mjJ*-<- 



MARAKliï 

ou 



214 TUOISIÈME CLIMAT. 

Keuillei 66 recto Comiiie le tiMiam Mir lequel est construite la xillc ne renferme 
pas d'autres |)ierres, les maisons sont bâties en terre et en bri- 
ques. L'eau dont les habitants ont besoin pour arroser leurs 
jardins est amenée au moyen d'un |)rocédé ingénieux dont l'in- 
vention est due à Obeïd-allali ben-Iounès « et (pii lut t'uiployé 
n avec succès, attendu qu'il n'étail pas nécessaire, poui trouvei- 
" l'eau, de creuser le sol à une grande prolondeur. Lorsqu'il 
" vint à Maroc { vers l'époque de la l'ondation de cette ville ), il 
« n'y existait qu'un seul jardin appartenant à Abou'l-Fadhl, client 
•' tlu prince des fidèles, dont il vient d'être fait mention. Obe'i'd- 
« allah dirigea ses recherches vers la partie supérieure du ter- 
" rain attenant à ce jardin; il y creusa un puits carré de larges 
« dimensions, d'où il lit partir une tranchée dirigée inunédia- 
« tement vers la surface du sol; il continua son creusement par 
« degrés, du haut en bas, en ménageant la pente, de telle sorte, 
Il que, parvenue au jardin, l'eau coulât sur une surface plane 
« et se répandit sur le sol , ce qui n'a pas discontinué depuis. Au 
« premier abord, on n'observe pas une différence de hauteur 
« suflLsante |)our motiver l'émanation de l'eau du fonds à la su- 
« perlicie; mais, en y apportant plus d'attention, on voit que 
« ce phénomène tient au juste nivellement du terrain. 

" Le prince des lidèles approuva beaucoup cette invention, cl 
" il combla son auteur de présents et de marques de considéra- 
« lion. Les habitants de la ville, voyant le procédé réussir, s'em- 
« pressèrent de creuser la terre et d'amener les eaux dans les jar- 
« dins; dès lors, les habitations conunencèrent à se multiplier, et 
« la ville de Maroc prit un aspect brillant. A l'époque où nous 
" écrivons, cette ville, l'une des plus grandes de l'Afrique occi- 
« dentale, est la capital*' Au Lanitouna; on y compte un grand 
» nondjre de palais appartenant à divers personnages plus ou 
• moins considérables; les rues sont larges, les places publiques 
« vastes, les édifices hauts et solides, et les marchés bien fournis. 



PREMIÈHE SECTION. 215 

« Il y exislail une grande mosquée construite par le prince lovisul rMuin,! 50 ici,,. 

a ben-Tasclilin; mais, lorsque les Masmoudis se rendirent maîtres 

« de la ville, ils firent fermer la porte de cette mosquée, afin 

« qu'il ne fût pas possible ( aux fidèles ) d'y remplir les devoirs 

« qu'impose la religion; ils en firent construire une autre pour 

« leur propre culte. Ces changements furent accompagnés de 

« scènes de pillage, de mem-tre et de trafic de choses illicites, 

« car, d'après la doctrine qu'ils professent, tout leur est permis. 

« Les habitants de Maroc boivent de l'eau des puits, lesquels 
" sont peu profonds. Ali ben-Iousuf ben-Taschlin avait entrepris 
« de faire amener à Maroc les eaux d'une source distante de quel- 
'< ques mdles de la ville, mais il ne lei-mina pas cet ouvrage. Ce 
« furent les Masmoudis qui, après la conquête du pays, achevèrent 
« les travaux commencés, amenèrent les eaux dans la ville et établi- 
« rent des réservoirs du côté occidental de Dar el-IIadjar, enceinte 
« isolée de la ville, où se trouve le palais du prince. « 

Maroc a plus d'un mille tie long sur à peu près autant de large. Feuillet &G veisu 
A trois milles de distance, coule une petite rivière appelée Tansift 
^-*jL*ob, qui ne tarit jamais. « Durant l'hiver, c'est un torrent. Ali 
« ben-Iousuf avait fait élever, sur cette rivière, un pont cfune 
« construction ingénieuse et singulière; il avait fait venir, à cet 
« effet, des architectes espagnols et d'autres personnes habiles; 
n l'ouvrage fut construit et avec toute la solidité possible; mais, 
" au bout de quelques années, les eaux emportèrent la ma- 
« jeure partie des piles et entraînèrent les matériaux jusque 
« dans la mer. » Cette rivière est alimentée par des sources qui 
jaillissent de la montagne de Daran, du côté d'Aghmat-Aïlan. 
Aghmat-Aïlan est une petite ville, au pieti de la montagne de 
Daran et à l'orient d'Aghmat-Warika dont nous venons de parler. 
Ces deux villes sont éloignées de G milles l'une de l'autre. 

« Aghmat-Aïlan y5V_)l ^Lsl e.st belle, riche, populeuse et ha- 
« bitée par des juifs. Ali beii-lousuf leur avait défendu de s'éta- 



AfiHMAT lll.AN. 



216 TROISIÈME CI.l.MAT. 

Fcuiilci 5fi verso, „ {jjii- à Maroc et même d'y passer la nuit, sous peine des châ- 
" timents les plus sévères. 

•' Les habitants de Maroc mangent des sauterelles; autrefois 
" on en vendait journellement trente charges, plus ou moins, et 
■' cette vente était assujettie à la taxe ou redevance dite kebala 
I' '^i'^'i , qui se percevait sur la plupart des professions et sur la 
" vente des objets de première nécessité, tels que le millet, le 
« savon, le cuivre, les fuseaux à fder, quel que fût leur volume 
« et selon leurs quantités. Lorsque les Masmoudis s'emparèrent 
" du pays, ds supprimèrent entièrement ces sortes de taxes, en 
" exemptèrent (le commerce) et condamnèrent à mort quiconque 
« les exigerait; c'est pourquoi, de nos jours, on n'entend plus 
« parler de kebala^ dans les provinces soumises aux Masmoudis. » 
Au midi de Maroc habitent des tribus berbères qui dépendent 
des Masmoudis et qui sont connues sous les dénominations de 
Nefis (j-joij, Benou-Iadfer^.>v jÀ!, Dokal J\$'i, Radjradja a-s-I^-e-j , 
Zouda ii-jj, Haskoura Sj^^w» et Hazradja i>-=r^j^- Les Masmou- 
dis-Warika - habitent à l'orient et à l'occident d'Aghmat. 

De Maroc à Sala , en suivant le littoral de la mer, on compte 
9 journées; on passe par Tounïn i^, — i_5_j, ville située à l'entrée 
d'une plaine longue de 2 journées et habitée par les tribus ber- 
bères Cazoula, Lamta et Sadrat. De Tounïn on va àTictïn (jvlaxo-' 
et au bourg de Ghafsic ^^ ..s.«>.ig , situé à l'autre extrémité de la 
plaine, où croît en abondance l'espèce de plante épineuse dite 
sïira »;0>-.»Jt , dont le fruit porte le nom de nabca i^juJI. On y 
trouve des tortues de terre d'un volume plus considérable que 



' Ce mol kebala ressemble beaucoup à l'espagnol alcabulu d'où nous avons l'ait 
gabelle. C'est à l'obligeance et au savoir de notre confrère M. Etienne Quatremère , 
que nous sommes redevable de l'explication du passage qui précède et de ce cu- 
rieux rapprochement. 

La ver.sion latine porte ici : Domirii varica\ 

' La version latine porte Jabactin; le ms. A. (j 



PREMIÈRE SECTION. 217 

celui des tortues de mer, et dont les écailles sont emplovces Feuillet 56 verso. 
comme cuvettes et comme vases à pétrir la farine. De Ghafsic à 
Omm-re])i' f^j pi, bourg considérable, le pays est habité par 
des berbers de diverses tribus, telles que les Rahouna *jy^, , une 
partie de celles de Zenata et de Tamesna ^x^^li. Il existe plusieurs 
tribus comprises sous la dénomination de Tamesna ; de cette 
dernière, dépendent également plusieurs autres; telles sont les 

Berghawata iUoi^jo , les Mitmata iib.^la*, les Benou-Teslat ^ *.■ 

^.iA-M, les Benou-Ouïcamran yij._<wijjl yu , les Zacara ijlij et une 
partie des Zenata dont les Benou-Iadjfas j^is? yj ' font partie, i.ullki b- lecto. 
Toutes ces peuplades sont adonnées k l'agriculture, élèvent du 
bétail et des chameaux, et fournissent d'excellents cavaliers. L'ex- 
trême limite du pays qu'elles occupent est le port de Fedhala 
A!L«ii, sur l'océan; la distance entre ce j)ort et le fleuve d'Ouun- 
rebi' est de 3 journées. 

Le bourg d'Omm-rebi' est situé sur un fleuve navigable doni 
le cours est rapide et bruyant à cause de la pente du terrain , et 
dont le lit est plein de rochers. « Les habilants de ce bourg élè- 
« vent beaucoup de troupeaux, cultivent avec succès le blé et 
'< toute espèce de céréales, ainsi que le coton et le cumin. Ce 
« bourg est situé au midi de la rivière; après l'avoir traversée, 
" on entre dans un lieu couvert de tamarins et de broussailles 
« où vivent des lions qui attaquent les passants; cependant, les 
« gens du pays n'en onl aucune frayeur; ils les combattent avec 
« beaucoup d'adresse et corps à corps; ils les abordent presque 
« nus, sans autres armes que des bâtons noueux de sidra et des 
" couteaux. Ces animaux sortent quelquefois des forêts, pénè- 
" trent jusque dans le bourg et enlèvent des ânes ou des bes- 
« tiaux. » 

D'Omm-rebi' on se rend à Aïghisal J>-«ajijI, joli bourg pourvu 

' Pour les variantes, voyez la version latine, pag. y-j. 

28 



218 TROISIÈME CLIMAT. 

Feuillet 5- recio. de sources donl l'eau jaillit du milieu des rochers et est em- 
plovée à l'arrosage, une journée. 

De là à Ancal JUbt , bourg également pourvu d'eau et connu 
sous le nom de Dar el-Morabetïn , dans un site agréable, en- 
touré de champs cultivés et dont les habitants élèvent des cha- 
meaux et du bétail, une journée. 

" Auprès de là s'étend une longue plaine où ies autruches se 
« réunissent en troupes, paissent librement par centaines et se 
« répandent sur les collines environnantes; on les chasse à cheval 
. et on en prend une quantité considérable; quant aux œufs, le 
.. nombre de ceux qu'on trouve dans cette plaine est vramicnt 
« incroyable. On en exporte au dehors, mais c'est une nour- 
« riture peu saine. La chair de l'autruche est froide- et sèche; 
« on emploie la graisse avec succès contre les maux d'estomac et 
I' autres. « 

D' Ancal à Makoul J^, une journée. Makoul est situe dans 
un vallon, auprès de la plame de Kharaz jl^ u^i, longue de i -2 
milles et sans eau. « C'est un bourg bien fortifié, peuplé de Ber- 
« bers, et qui offre beaucoup de ressources. >> 

De Makoul à Aksis (j.hu-51, une faible journée à travers la plaine 
de khoraz. « A l'extrémité de cette plaine, coule une rivière qui 
« ne tarit jamais; elle est entourée de forêts peuplées de lions; 
« on rencontre ces animaux nuit et jour; il existe k Aksis un lieu 
« destiné à leur donner la chasse et où l'on en tue quelquefois 
« trois ou quatre dans une semaine. Les lions craignent beaucoup 
« la clarté du feu et ils n'osent jamais attaquer les personnes mu- 
FeuiHei 'o-; v.-rsn. « nies de flambeaux. » 

D' Aksis à la ville de Sala 5X—, une journée. Sala, dite la neuve, 
est située sur le bord de la mer. Anciennement cette ville ( qu'on 
nommait Chala iiUi ) était à deux milles de la mer, sur les bords 
de la rivière d'Asmir^^jyjs-I, qui, de nos jours, baigne aussi les murs 
de Sala et se jette dans la mer auprès de cette ville; l'ancienne Sala 



PREMIERE SECTION. 219 

(Chala) est maintenant inhabitée; on y voit seulement quelques I'>"illet 57 verso 
restes d'édifices et de constructions colossales, entourés de pâ- 
turages et de champs qui appartiennent aux habitants tie la nou- 
velle ville. Cette dernière est située, comme nous venons de 
le dire, sur le bord de la mer et fortifiée de ce côté; elle est 
belle, bien que bâtie sur un terrain sablonneux, et possède de 
riches bazars. » Le commerce d'exportation et d'importation y est 
" florissant , les vivres à bas prix et en abondance ; on y voit des 
« vignes, des vergers, des jardins, des champs cultivés. Le port 
« est fréquenté par des navires qui viennent de Séville *^Jxvi' et 
» d'autres lieux de l'Espagne; le principal objet d'importation est 
« l'huile; on |)rend, en échange, toute sorte de comestibles des- 
« tinés pour le littoral de l'Espagne. » Les navires qui abordent 
à Sala ne jettent point l'ancre dans la rade, parce qu'elle est trop 
découverte; ils pénètrent dans la rivière dont il vient d'être 
question, mais jamais sans pilote, à cause des écueils qui ob- 
struent son embouchure, et des détours qu'elle forme. « La 
« marée y monte deux fois par jour; les vaisseaux entrent au 
« moment de la haute mer et ils en sortent avec le reflux. La 
« pèche est tellement abondante que le poisson ne trouve quel- 
« quefois pas d'acheteurs. » 

De Sala aux îles des oiseaux ^^AlaJIj^i;^?-, on compte 1 2 milles, 
en se dirigeant vers le sud, et de Sala à Fedbala A^L^iài, égale- 
ment 1 2 milles. « Les vaisseaux d'Espagne et des autres points 
« de la mer méridionale y abordent et y chargent du blé, de 
« l'orge, des fèves et des pois, ainsi que des brebis, des chèvres 
« et des bœufs. » 

De Fedbala à Anl;i bbt , 4o milles. « Anfa est un port égale- 
« ment visité par les vaisseaux marchands, qui viennent y cher- 
« cher de l'orge et du blé. Le pays environnant est habité par 
« des Berbers des tribus de Benou-Iadhfar jUuil. j^, de Kal Jls" 
« et autres. » 

28. 



Feuillet 57 verso. 



Feuillet 58 recto. 



220 TROISIÈME CLIMAT. 

D'Anfa à Mazighan (jjujU, port de mer, 60 ' milles en ligne 
directe. 

De Mazighan à Beïdha-Djoun y^^ Ujjo, 3o milles. 

De Beïdha au port de Ghaït kjoiJ! , 5o milles. 

De Ghaït à Asafi j_4.l , 5o milles. 

D'Anfli au cap formé par la montagne de fer Os>'>^ J-^=», 60 
milles. 

De ce cap à Ghaït, dans le golfe, 5o milles. 

Du cap Mazighan à Asaû, en ligne directe, 85 milles; en 
ligne olilique, i3o milles. 

Asafi était anciennement la dernière station des navires; de 
nos jours, on la dépasse de plus de k journées maritimes. 
" Le pays adjacent est cultivé et peuplé de Berhers Radjradja, 
« Zouda et autres; les vaisseaux y viennent et, après avoir opéré 
« leur chargement, ils remettent à la voile aussitôt que le temps 
» est calme et le vent favoralde. Le nom d' Asafi fut donné à ce 
« port, à cause d'un événement que nous raconterons quand 
« nous aurons à parler de la ville d'Achbouna ( Lisbonne ) , si- 
« tuée dans la partie occidentale de l'Espagne , persuadés que nous 
■■sommes que le mieux est de traiter chaque chose en son lieu. 

« Du port d' Asafi à celui de Maset o u,U, à l'extrémité du 

« golfe, on compte 1 5o milles. 

« Ghaït est un port très-sûr, où l'on vient chercher de l'orge 
« et du blé. Parmi les tribus berbères les plus voisines, on cite 
" celle de Dakala 'âYi, d'origine Masmoudie, qui s'adonne à l'agri- 
■: culture et qui élève des bestiaux; les possessions de cette tribu 
« s'étendent jusqu'à Maset; elle vit sous des tentes, dans des lieux 
" fort arides. 

" D'Aghmat on se rend, en suivant la direction du nord-est, 
• aux deux villes de Daï j^li et de Tadela Xl^sb, en k journées; 
'• ces deux villes sont à la distance d'une journée l'une de l'autre. 

' La version latine porte yS milles. 



PREMIÈRE SECTION. 221 

" Daï est située au pied d'une montagne qui fait partie de la Feuillet 5S recm. 
« cliaîne du Daran '. On y exploite des mines de cuivre ; le uié- 
" tal est en générai très-pur, de qualité supérieure et de couleur 
« blanchâtre; il s'allie facilement avec d'autres métaux et on 
« l'emploie dans la fabrication des mors. Lorsqu'on le bat , sa 
« qualité s'améliore et 11 n'est pas sujet k se fendre comme les 
« autres cuivres '". Plusieurs personnes supposent que les mines 
« de cuivre dont il est ici question dépendent du pays de Sous : 
« c'est une erreur, car la ville de Daï ne lait aucunement partie 
« de ce pays, dont elle est éloignée de plusieurs journées de che- 
« min. Le métal qu'on extrait de ces mines n'est pas seulement 
« employé sur les lieux à divers usages, on l'exporte aussi au 
« loin. 

" La ville de Daï est petite, mais bien peuplée et fréquem- 
'< ment traversée par des caravanes. On y cultive beaucoup de 
« colon, moins cependant qu'à Tadela qui en produit une quan- 
<■ tité considérable; presque tous les tissus ( de coton ) dont on 
" fait usage dans le Maghreb viennent de" ces pays. Les villes de 
" Daï et de Tadela possèdent abondamment tout ce qui est né- 
" ces.saire à la vie; elles sont habitées par des Berbers de dillé- 
« rentes tribus. A l'est de Tadela et de Daï habitent les Berbers 
« connus sous les noms de Benou-Welihim _^<^j y^ , Benou- 
' Wizkoun (jjS^jj^ et Mendasa /uvl.>OL«. Sur le penchant de 
" la montagne qui touche à la ville de Daï, vit une peuplade 
" Sanhadja appelée Amlu y^^L 

« De Tadela à Tatan-wa-Coura ^s_^ï j ij^'-' , i)etite ville habitée 
" par des Berbers de tribus mélangées, où l'on cultive ijeau- 
'< coiq) de blé et où fon élève des troupeaux, ajournées. 

« De Tatan-wa-Coura à Sala , 2 journées. » 



FeuiUcl 58 rcclo. 
PAS ou FÎ:/.. 



Fcuinct 58 vpi"so. 



222 TROISIÈME CLIMAT. 

De Sala à Fèz ,j.b, /i journées. La ville de Fèz peut être re- 
gardée romine une réunion de deux \ilies séparées par une 
rivière dont les sources sont connues sous le nom de San- 
hadja, et dont les eaux font tourner un grand nombre de mou- 
lins à farine. 

La partie septentrionale de la ville se nomme Caroubin 
(jHV^j'J'J' , et la partie méridionale, Andalos j^.xjl. «L'eau 
« est rare dans ce quartier, quoirpi'un canal en traverse la partie 
" supérieure. Q)uant à Caroubin, l'eau circule abondamment dans 
» les rues, et les babitants s'en servent pour laver leurs habita- 
n tiens durant la nuit, de sorte que, tous les matins, les mai- 

I sons et les cours sont parfaitement propres; on trouve, d'ail- 
" leurs, des fontaines dans toutes les maisons. Chacun des deux 

II quartiers de Caroubin et d' Andalos a sa mosquée et son imam 
« particuliers; les iiabitants des deux quartiers sont en rixes 
Il continuelles les uns avec les autres et se livrent souvent des 
« combats saufflants. 

« La ville de Fèz renferme beaucoup de maisons, de grands 
« édiGces et de palais; ses babitants sont industrieux; ils ont 
" des troupeaux en abondance; le blé et les fruits sont à meil- 
« leur niarcbé à Fèz qu'en aucun pays de l'Afrique. On y voit de 
« toutes parts des fontaines surmontées de coupoles ornées de 
« peintures; les alentours sont très- peuplés, les jardins et les 
Il vergers bien cultivés, et les babitants ojjulents. » 

De Fèz à Sedjelmasa, i 3 journées. On passe par Safrawa ^^}yuo, 
on se rend ensuite à Cala't-Mebdi, à Tadela, à Daï, à Cba'b es- 
Safa UuaJI «-v»i, et l'on traverse la haute montagne qui se trouve 
au sud. 

Safrawa est à une journée de distance de Fèz et à deux de 
Cala't Mehdi; c'est un bourg bien peuplé, « mais où il se fait 
" peu de commerce. La plupart des habitants sont laboureurs 
« et élèvent des chameaux; les eaux y sont douces et abondantes. 



PREMIÈRE SECTION. 225 

« Cala't Mchdi est une place très-forte, située au sommet d'une Feuiiiei 58 verso. 
" montagne élevée; il y a des bazars; on s'y livre à l'agriculture 
« et à l'éducation des troupeaux. 

" De Cala't Mehdi à Tadela, 2 journées. Auprès de Cala't- 
'< Mehdi habitent diverses tribus Zenata , savoir : les Benou-Sim- 
« djoun y^j^^jju, les Benou-O'djlan y\L^^, les Benou-Tes- 
" kedlet c^JoJ^^j, les Benou-Al)d-allah M\ Jsjie^Aj, les Benou- 
" Mousa ^QK^^yM, les Benou-Maroimi j^jU^jj, les Tckleman 
« y>. — iJi, les Arilouchan y-i^jl, les Antacfakan ySliJUil et les 
" Benou-Sameri ^^J^\M yL>. « 

De Fèz à Meknasa ou Meknès a-wLcC» , on compte ào milles, 
on se dirigeant vers l'occident. » Meknasa est une grande ville 
« située sur la route de Sala. L'itinéraire de Fèz à Meknasa est 
« conu7ie il suit : 

" De Fèz on se rend à Maghaïla «W-«, ville autrefois popu- 
" leuse, commerçante, bien construite, située dans une plaine 
« parfaitement arrosée, couverte d'arbres fruitiers, mais auiour- 
" d'iun ruinée. » 

De Maghaïla à la rivière de Saiial tjU-«, puis à la plaine des 
jjalmiers aJ^^^JI ijn-t, puis à Meknasa. 

« Cette dernière ville porte aussi le nom de Tacadart i::>jJsj>b ; Fiuilli-t 59 recio. 
" située sur une hauteur, elle n'a éprouvé aucun notable chan- 
« gement. A l'est de Meknasa coule une jictite rivière sur la- meknasa 

" quelle sont des moulins; tout autour on voit des maisons, "". 

..,. Il l'ill r MEKNÈS. 

" des jardins et des champs cultives; le sol y est très-fertile. 
" Cette ville porte le nom de Meknas le berbère, personnage 
« qui vint s'établir dans le Maghreb avec sa famille et qui mit 
« en état de culture divers terrains contigus. Du pays de Mek- 
« nasa déjiend Beni-Ziad ilj ,^ , ville pcu])lée, reul'ermant des 
<• bazars, dos bains et quelques édilices remarquables; les rues 
« sont arrosées par des ruisseaux d'eau courante. A l'époque des 
« Moravides, Béni Ziad était, après Tacadart, la ville lu plus 



FeuïHel 59 rfclo. 



■22'i TROISIÈME CLIMAT, 

florissante do cette contrée; ces deux \illcs sont distantes l'une 
de l'autre et de Bepi-Tawra «j^k (^, d'un quart de mille; Beni- 
Tawra était autrefois une ville populeuse et riciie. Le pays 
produit une quantité de Fruits qui excède les besoins de ses 
habitants; une grande rivière qui vient du côté du midi se 
divise, au-dessus de la ville, en deux branches, dont l'une 
fournit de l'eau dans toutes les rues et dans la plupart des 
maisons. Entre Tawra et Beni-Ziad se trouvent deux bourgs : 
l'un d'eux s'appelle el-Cassr j.*ajUi ; il est sur la route de Ta- 
cadart à Souc el-Cadiuié xcJoili ^ï^-», à la dislance de deux 
jets de flèche. Il fut fondé, entouré de murs et muni d'un 
château par l'un des émirs Moravides; il n'y avait que quel- 
ques bazars et l'on y faisait peu de commerce, lorsque l'émir 
vint s'y établir. L'autre bourg, situe à l'est de celui-ci, porte 
le nom de Beni-A'touch ^j-ykc <^ ; les maisons y sont nom- 
breuses et entourées de jardins. Le pays produit des céréales, 
ainsi que des olives, des figues et du raisin en abondance. Du 
dernier de ces lieux, on se rend, en suivant le cours d'iui ruis- 
seau qui vient de Beni-A'touch, à Beni-Bernous (j«^jj-> ^, 
campement dépendant de Meknasa, autour duquel on cultive 
du blé, de la vigne, beaucoup d'oiiviers et d'arbres à fruits. 

« Au nord du château d'Abou-Mousa i^j-^ ^\ j-uu se trouve 
Souc el-Cadimé ( le vieux marché), où l'on se rend tous les 
jeudis et où se rassemblent des Beni-Meknas et des marchands 
d'autres pays. Les tribus de Beni-Meknas qui habitent cette 
contrée sont les Benou-Said «i> — **-« jjy cl les Benou-Mousa 
^^ yju. Celles qui l'habitent également, mais qui ne font point 
partie des Meknasa, sont : les Benou-Besil J^s-o yj , les Ma- 
ghaïla *Jv»J", les Bcnou-Mas'oud iyu-^o j-ij , les Benou-A'li 
J~£ yu , les Wariaghel J^L>jj , les Demerw j^i , les \^ arba «j;lj 
et les Sabgbawa «jL>u«. 

" Le territoire que nous venons de décrire est remarquable 



PREMIÈRE SECTION. 225 

« par la fertilité du soi , la richesse de la végétation et la bonté 
« des productions. Ses habitants portent des vêtements coni- 
" plets et des turbans '. » A 3 journées de distance de Meknasa 
est Cassr Abd-el-Kerim , petite ville habitée par une tribu ber- 
bère dite Danhadja «^l^i, et située sur la rivière d'Olkos (j«J5^t 
(Luccus) qui, après l'avoir traversée, coule clans la direction du 
sud. La ville est éloignée de la mer d'environ 8 milles '". « La 
« majeure partie du territoire est sablonneuse; cependant il y a 
" quelques champs cultivés et fertiles; on y trouve du gibier et 
» du poisson. Il s'y tient un marché fréquenté; les habitants se 
« livrent à l'exercice de divers métiers. « 

De Cassr Abd-el-Kerim à Sala, on compte 2 journées, savoir : 
de Cassr à Ma'moura »ji^.**ll , une, et une de Ma'moura à Sala. « La 
« rivière d'Olkos est une des plus considérables du Maghreb; elle 
« reçoit les eaux d'un grand nombre d'affluents; ses rivages sont 
« couverts de champs cultivés , de bourgs et de campements. 

n Fèz est le point central de l'Afrique occidentale ; ses en- 
« virons sont habités par des tribus berbères qui parlent l'arabe; 
Il ce sont : les Benou-Iousuf oui,j.j _jjw , les Benou-Lawa i^^yu, 
« les Behloul Jj.J_^^, les Zawawa «^Ijj, les Medjassa * — «cU;, les 
« Ghiata wUi et les Salalhoxui ^jyL'iK^. La ville est populeuse 
« et fréquentée par des voyageurs de tous les pays; il y vient 
" des caravanes qui y apportent de belles étoffes et des marcban- 
« dises de toute espèce. Les habitants sont riches et jouissent de 
" toutes les recherches du luxe et de toutes les commodités de 
« la vie. » 

De Fèz à Scbta iU»^ ( Ceuta ), sur le détroit de Gibraltar j^ 
^jjlïjJi , en se dirigeant vers le nord, 7 journées. 

De Fèz à Telemsan, 9 journées; voici l'itinéraire qu'on suit. 

De Fèz on se rend vers la rivière de Sebou jj-», « qui vient 

' Le ms. B. porte 3 milles seulement. 

29 



Feuilicl 59 recto. 



Ftjuiliot 59 verso. 



226 TROISIÈME CLIMAT. 

Fenillet 59 vei-so. „ des emirons de Djebel el-Cala' a. «_li!l Ja=- et poursuit son 

" cours en passant à 6 milles à l'orient de Fèz. Dans l'angle 
" formé par cette rivière et par celle qui coule à Fèz, il existe 
" plusieurs bourgs et vdlages. » 

De là à Tamala *3Lc \ i journée. « Tamala est un bourg situé 
Il sur une rivière qui vient du côté du midi et qui s'appelle 
" Wadi-Enbaouz jjjUil ^^i'j. • 

Puis à Kernata xLb^, ville minée, dont le territoire pro- 
duit, par irrigation, du raisin, du blé et des fruits, i journée. 

De là à Bab-Zenata « — sbj ljI , rivière voisine de celle d'En- 
baouz, dont les bords sont parfaitement cultivés et où l'on élève 
des troupeaux, environ lo milles. 

De là au fort de Kermata tia^j^s sxXi, qui domine les bords 
de la rivière d'Enbaouz, i journée. 

De Kermata, en passant au bas de la montagne, à Marawez 
■jj\j—x'-, fort de peu d'importance, i journée. 

De là à la rivièi-e de Masmm y_5-*»-«, i journée; on passe par 
Tabrenda ^, place forte, bâtie sur une colline qui domine les 
bords de la rivière de Malouïa aj^X*, laquelle se jette dans celle 
de Sa' eUo et se décharge dans la mer, entre Djerawa ebn-Caïs 
^j«.-aS (jj' »jlr=- Gt Melila a)^_vLo. 

De là à Sa', petite ville ruinée par les Masmoudis, située au 
pied d'une colline, sur une grande rivière, i journée. 

De là à Djerawa, située à 6 milles de la mer, i journée. 

De là à Barcana bJïj^, place forte, i journée. 

De Barcana à A'iawaïn y — j_jAjJI , « gros bourg situé sur une 

" grande rivière qui vient du midi, » i journée. 

TELEMSAK Dc là à Tclcnisan , i journée. « Telemsan est une ville très- 

"" « ancienne, entourée d'une forte muraille et divisée en deux 

« quartiers. Son territoire est arrose par une rivière qui vient de 

' Le ms. B. porte Tamalta «jdljC- — ^ .VAhri-gé porte Mezawaz. 
' Les mss. A. et B. portent 8.X-jfjli ; la version , Taberida. , 



PREMIÈRE SECTION. 227 

« Sakhrataïn cj-j^sï' ', montagne où s'élève un fort qu'avaient fait Feuiliei r,o recto 
" construire les Masmoudis et où ils résidaient, avant de s'être 
« rendus maîtres de Telemsan ; cette rivière passe à l'est de la 
« ville, fait tourner plusieiu's moulins et arrose les champs situés 
« sur ses bords. On trouve à Telemsan toutes choses en abon- 
" dance et surtout de la viande excellente ; on y fabrique des ob- 
« jets d'un débit facile, et on s'y livre avec succès au commerce; 
« ses habitants sont les plus riches du Maghreb, en exceptant 
« ceux d'Aghmat-Warika et ceux de Fèz; il est vrai toutefois que 
" Fèz possède un territoire plus vaste, des ressources plus éten- 
« dues et des édifices plus importants. 

« De Fèz à Beni-Tawda «ijb ,^^, on compte 2 journées. Cette 
« ville fut fondée par un én)ir qui vivait antérieurement à el- 
" Moletsem ; elle est située dans le voisinage de la montagne de 
« Ghamara Sjls ; son territoire était autrefois défendu par une 
« forte muraille contre les incursions des brigands de Ghamara 
« qui infestaient les environs de la ville. Beni-Tawda est à la dis- 
« tance de 3 milles de Ghamara. Entre Beni-Tawda et Fèz s'étend 
« une plaine traversée par la rivière de Sebou y-.. De Sebou, 
" sur la route de Beni-Tawda, à Fèz, on compte 20 milles. 

" La plaine est habitée par des tribus berbères connues sous 
' le nom de Lamta. Leur territoire s'étend depuis Tawda jusqu'à 
» la rivière de Sebou et jusqu'au bourg d'A'kacha iUilsi. Entre ce 
" bourg et Beni-Tawda, on compte une journée; entre ce même 

' Ici la version l.iline contient (p. 7g) un passage qui manque dans nos deux mss. , 
et que nous croyons devoir transcrire: « Atque in isto monte, contra meridionalem 
" urbis plagam porrectû, sunt vineae ; et ad ejus radiées molendinas secus iiigentem 
■I rivum aqua; dulcis rapidaeque, qui rivus appellatur Rivus Annasrani (cliristiani). 
« Ad hune rivum extructa sunt monasteria, oratoria aliaque reiigiosorum aedificia, 
<i cum viridariis amplissimis , et nominatur ibi rivus ille Alfuara ( scaturigo ), et indè 
« ad urbem usqne se extendit. Non iongè ab eàdem urbe exlat fons telebris, Om-Iahia 
« dictus, è quo rivus in urbem inlluens concUiditur in lacum, ac lùm dispensatur iu 
» domos, irrigationes hortorum, balnea, cauponas et similia. » 

29. 



228 TROISIÈME CLIMAT. 

Feuillet 60 recio. „ bourg et h ville de Fèz, 2 journées. La ville de Beni-Tawda 
' fut la première du Maghreb où s'établirent des hommes qui , 
" rebelles à la loi divine , déclarèrent permis les crimes les plus 
« abominables. Les Masmoudis la ruinèrent de fond en comble, 
I' renversèrent ses murs et rasèrent ses édiGces, de sorte qu'il 
» n'en reste plus que l'emplacement. Cependant, à l'époque où 
" nous écrivons, une centaine d'individus y cultivent les champs 
« à cause de la bonté du sol et de la richesse de la végétation. 
« Les caravanes qui partent de Telemsan pour Sedjelmasa vont 
« d'abord à Fèz , de là à Safrava ou Sofro , puis à Tadela , en- 
« suite à Aghmat, de là à Dar'a, et enfin à Sedjelmasa. 

« Il existe une seconde route par le désert; bien qu'elle soit 
" peu fréquentée, nous l'indiquerons ici : 

« De Telemsan à Tarou j^b, i journée. 

'■ A la montagne de Tamerit cxj^b-, i journée. 

« A Ghaïat tjlLc, bourg ruiné, avec un puits peu profond, 
« 1 journée. 

« A Sadrat cj1j.\^ appartenant à luie tribu berbère, 1 journée. 

« A Djebel-Tiwi ^gyj J-fs», ville ruinée, au pied d'une mon- 
i> tagne, où est une source d'eau jaillissante, 1 journée. 

« A Fatat i^\ — a — », où est un puits au milieu dune plaine, 
« I journée. 

« A Cha'b es-Safa bLaJI t^^ou; , lieu situé près les sources d'une 
« rivière, à imc journée de distance des montagnes de Daran, 
» 2 journées. 

« A Tendeli Jj^^u, bourg habité, 1 journée. 

« Au bourg de Tesnan yLuo, 1 journée. 

« A Tacartab i^-~jji3, 1 journée. 

« A Sedjelmasa, 3 journées. 
Feuillet 60 verso. « La ville de Telemsan peut être considérée comme la clé de 

» l'Afrique occidentale. C'est un lieu de passage des plus fré- 
« quentés par les voyageurs. » 



PREMIÈRE SECTION. 229 

La distance de Tclcmsan à Tenès est de 7 journées. Feuiîlct Co verso. 

" On se rend de Telcmsan à A'iawaïn (jj_jA«J1 , bourg considé- 
« rable; de là à Babelout cjj..Ajij, gros bourg bien peuplé et bâti 
■' sur les bords d'une rivière où il n'y a pas de moulins, mais 
« qui sert à l'arrosage des champs, 1 journée. 

« De là à Scmni (^.^w , bourg situé sur les bords de la Marglut 
" ov>*^, 1 journée. 

« De là à Rahl es-Safassif Ut — ^sbUaJI Jo..j, lieu arrosé par les 
« eaux d'une rivière qui vient de l'est, c'est-à-dire, du côté d'Ef- 
« kan yl<»!. De Rahl à Efkan, 1 journée. 

« 11 y avait autrefois à Efkan des moulins, des bains et des 
« constructions entourées d'une muraille de terre, mais tout cela 
« est actuellement ruiné. 

« De là on se rend à Tahart i^jjitb. 

« De là à Me'asker jil«ot«, gros bourg bien arrosé, 1 journée. 

« De là à la montagne dite Ferhan Mara-ijU y> — ^^^ puis à 
•' A'ïn es-Safassif vjualjuaJ! yi^, 1 journée. 

« De là à lalal JX , où l'on trouve de l'eau en abondance. 

« De là à Ghada »»x — c, ville de peu d'étendue, mais remar- 
« quable par une foire où l'on se réunit à jour fixe, 1 journée. 

« De là à Souc-Ibrahim r<v-*î;ji j^*« , ville située sur les bords 
« du Chelif v_Àlii. 

« De Souc-lbrabim à Badja \^[> , 1 journée. 

« Badja est une jolie petite ville dont les environs sont plantés 
» de figuiers. On fait, avec les fruits de cet arbre, une espèce 
« de pâte en forme de brique, qui s'exporte dans les pays envi- 
« ronnants. 

« De là à Tenès (j«-*j, 1 journée. 

« Tenès est à 2 milles de la mer; construite en partie sur une 
" hauteur entourée de murs, c'est une ville très-ancienne dont 
" les habitants boivent de l'eau de source. A l'est, coule une ri- 
« vière qui sert, durant l'hiver et durant le printemps, aux be- 



Feuillet 60 verso. 



Feuillet 61 reclo. 



WAHRAS ou OfXAN. 



2Ô0 TROISIÈME CLIMAT. 

I soins publics. Le territoire de cette ville est fertile ; il produit 
" du blé et d'autres céréales; le port est fréquenté par des na- 
« vires; on y trouve des fruits de toute espèce, et surtout des 
« coings d'une grosseur et d'un parfum admirables. 

« De Telcmsan à Wahran {j^j—^j ( Oran ), on compte deux 
« fortes journées, et même trois. Voici comment : 

« En cpiittant Telemsan, on se dirige vers, les bords de la ri- 
n vière de War jlj, où l'on stationne, i journée. 

« De là à Tanit civAJ^', une autre journée. 

Il De ce bourg on se rend à Wahran. Cette dernière ville, si- 

II tuée dans le voisinage de la mer, est entourée d'un mur do terre 
Il construit avec art. On y trouve de grands bazars, beaucoup 
Il de fabriques; le commerce y est florissant; " elle est située 
vis-à-vis d'Almeria aj^I, sur la côte d'Espagne, dont un inter- 
valle de 2 journées de navigation la sépare. C'est de Wahran 
qu'on tire en grande partie les approvisionnements du littoral 
de l'Espagne. Aux portes de Wahran est un port trop peu consi- 
dérable pour offrir quelque sécurité aux navires; mais à i milles 
de là, il en existe un plus grand (Mers el-Kebir) où ils peuvent 
mouiller en toute sûreté; il n'en est pas de meilleur ni de plus 
vaste sur toute la côte du pays des Berbers. 

Il Quant à la ville de Wahran, ses habitants boivent de l'eau 
« d'une rivière qui y vient de l'intérieur du pays, et dont les 
■1 rives sont couvertes de jardins et de vergers. On y trouve du 
" miel, du beurre, du bétail; il y vient d'Espagne des navires 
•I de tout tonnage. Les habitants de cette ville sont industrieux 
" et fiers, et ils jouissent de beaucoup de crédit. » 

Voici l'itinéraire de Tenès à Almasila *L^ .«.U. ville (|ui a|)- 
partient aux Beni-Hamad dans l'Afrique moyenne k^-j^I i-ijs- j,. 

De Tenès à Beni-Wazlefen (jjIJjIj <^, une faible journée par 
des montagnes escarpées. 

Il Benou-Wazlefen est un gros bourg entouré de vignes, de 



PREMIÈRE SECTION. 231 

« jardins et de champs où l'on cultive l'oignon, le chanvre, le i-euilloi Oi recto. 
« henna et le cumin. Les meilleurs vignobles se trouvent sur le 
« bord de la rivière de Chelif v_xU;. » 

De Tenès à Chelif, on compte 2 journées. 

De Waziefen à Khadra ij'ài ^ , i journée. 

« Khadra est une petite ville fortifiée, sur le bord d'un ruis- 
« seau qui coule dans un pays cultivé. On y trouve des bains et 
« un marché très-fréquenté jjar les habitants de ces contrées. 

" De Khadra à Meliana ajULo, i journée. 

" Meliana est une ville très -ancienne, située dans un pays 
« fertile et bien cultivé; il y coule une rivière qui arrose ses jar- 
« dins, ses champs, et qui fait tourner des moulins; ses environs 
« sont baignés par les eaux de la rivière de Chelif. » 

A 3 jours de chemin, vers le sud, s'étendent les montagnes 
de Wanschiris ^jN^,j.iij\j , « habitées par les tribus berbères dont 
« les noms suivent : Mcknasa a — *mLjlX», Ilarsoun ^jjmj.^ , Orba 
« Ajjji , Benou-Khalil Jk_*Xi.^, Ketama iUUS', Mitmata Ak^Ja-» , 
« Benou-Melilat c-^XA^ yu , Benou-Wartedjan ylisr^l^ ^ , Benou- 
« Khalifa iUuS^ y^ , Islaten (jJ5X..«3j, Zoulat ^^jj, Benou-Wat- 
« mesous ^j~y^'ijy~>, Zawawa »j!jj , Nezar j\^ — j, Matgiioura 
« Sjyik^, Wartedin (jj,XjjIj, Benou-Abi-Belal JiV ii} y^, Izkeroii 
« ijj.5^i, Bonou-Abi-Hakim re^X^ a' >v et Hawara »;'_)— *. " Ces 
montagnes occupent un espace de 4 journées et se prolongent 
jusqu'au voisinage de Tahart. 

De Meliana à Keznana iolyS', i journée. 

« Keznana est une place forte très-ancienne, entourée de 
« champs cultivés; elle est située sur la rivière de Chelif; il 
" s'y tient un marché où l'on se réunit tous les vendredis » 

De Souc-Keznana (marché de Keznana) on se rend au bourg 
appelé Righa axjj, i journée. « Ce bourg ressemble, sous tous 
" les rapports, au précédent. « 

De là à Mawargha aj^^U, bourg peu considérable, i journée. 



232 TROISIÈME CLIMAT. 

Feuillet 61 recio. De Jà à Asirzir jijjj^\ , situéc dans un pays fertile, avec un 

marche à jour fixe, 2 journées. 

De là à Tamerkida is-Syki , i journée. 

De là à Alniasila ikjy»>l! , 1 journée. 

" La ville d'Almasila fut restaurée par les soins d\\li ben- 
Feuillei 61 verso ■ Andalousi, SOUS le règne d'Edris ben-Abd-allah, ben-el-Ha- 
« san, ben-ol-Hoseïn, ben-A'li, ben-Abi-Taleb. Elle est située 
« dans une plaine, au milicm de champs cultivés dont les pro- 
'■ ductions excèdent les besoins des habitants. Les Berbers qui 
<• habitent cette plaine sont : les Benou-Berzal J|ir^y-?, les Ben- 
« dah ^'JO), les Havvara, les Sadrat et les Mczana a-jI;^. Alma- 
" sila est commerçante, bien peuplée, » et bâtie sur les bords 
d'une rivière peu profonde où se pêche une sorte de petit pois- 
son couvert de raies rouges, d'une espèce particulière à cette 
contrée, et qu'on vend à Cala't Beni-Hamad; les deux villes 
d'Almasila et de Cala't Beni-Hamad sont éloignées de i 2 milles 
l'une de l'autre. Cala't Beni-Hamad est une des villes les plus 
considérables de la contrée; « elle est riche, populeuse, rem- 
" plie de beaux édifices et d'habitations de toute espèce ; on y 
" trouve de tout en abondance et à bas prix. » Elle est située 
sur le penchant d'un monticule dun accès difficile et entouré 
de murs. >■ Ce monticule s'appelle Tacarbest o>.«»y5lï; au-dessus 
« est une forteresse qui domine toute la plaine. ■■> 

Le pays est infesté de scorpions grands, noirs et dont la mor- 
sure est mortelle. Les habitants font usage, pour se préserver 
de leur venin, d'une infusion de la plante dite alfolion alharam 
â|_^il y^yU! : il suffit, à ce qu'on dit, d'en prendre deux drach- 
mes pour se garantir de toute douleur durant une année. La 
personne qui m'a raconté cette particularité avait été dans le cas 
de faire elle-même l'épreuve du remède. Elle me dit qu'ayant 
été piquée par un scorpion , elle but une infusion de cette plante 
et ne ressentit qu'une douleur passagère; et que, le même acci- 



PREMIÈRE SECTION. 253 

dent lui étant arrivé trois fois dans le cours de l'année, elle n'en FruiUei 62 verso 
fut nullement incommodée. L'alfolion croît abondamment dans 
les environs de Cala't Beni-Hamad. 

L'itinéraire de Telemsan à Almasila est ctjmme il suit : 

" De Telemsan à Tahart c^^b, 4 journées, savoir : . 

« De Telemsan à Tadara Sj:>[i , bourg situé au bas d'une mon- 
" tagne où se trouve une source d'eau, ime journée. 

« De là à Nadaï (^iib, petit bourg situé dans une plaine où 
" sont des puits peu profonds, une journée. 

« De là à Tabart, 2 journées. 

« Tabart est à 4 journées de la mer. Cette ville était autre- 
« fois divisée en deux grands quartiers, l'un ancien, l'autre mo- 
« derne. L'ancien était entouré de murs, situé sur un monticule 
« peu élevé , et habité par des Berbers qui s'adonnaient avec 
" succès au commerce et à l'agriculture; ils possédaient des 
" chevaux de race pure, du gros bétail et des brebis; ils avaient 
« aussi du beurre et du miel en abondance. La ville de Tahart 
« est entourée de jardins et de vergers parfaitement arrosés. Feuillet 62 recto. 
« C'est im très-beau pays. 

« De Tahart à A'berjj^s, petit bourg situé sur, les bords d'un 
« ruisseau, une journée. 

« De là à Darast ci«-wj!'i, bourg petit, mais où se trouvent des 
« champs cultivés et du bétail, une journée. 

« De là à Marna UU, petite ville entourée d'une muraille en 
" briques et en terre et d'un fossé, 2 joiu-nées. 

« De là on passe au bourg d'ebn-Modjbir^,^^ (jjl *j^, habité 
« par des Zenata. 

Il De là à Aschirziri ^^^j^-il , une journée. 

« De la à Setib t^^k*» ou Setif UijSom, puis au bourg de Han 
" ylô, situé dans une plaine sablonneuse, une journée. 

« De là à Almasila *X^v*yJtl , on compte une journée. 

1 Voici les tribus qui habitent entre Telemsan et Tahart : ce 

3o 



234 TROISIÈME CLIMAT. 

FeuiUet 6» lecio. „ sont Ics Benou-Mcdïn y-)J^y.î, lesWartagliirj-uiiajjj, les Zeïr 
"j-fj, les Wartid .>vu;j, les Muni jU, les Oumanwa \^\^jS , les 
« Sendjasa iU,ls^-., les Ghanida «J^, les lalouman yUjA», les 
" Warniaksiz j.*-.>^îU,j , les Tadjïn yvr-lï, les \\'achican yVJuij, 

" les jMaghrawa ij\j il*, les Bcnou-Rachid Ov £,\jy^, les Tam- 

" talas ^iUijf, les Menan yl i-., les Racara ajij et les Timani 

■ (^ — rfyj. Toutes ces tril)us sont issues des Zenata. Maîtres de 
« ces plaines, ces peuples chan<!;ent souvent leurs campements; 
" cependant ils possèdent des demeures (ixes; ce sont d'aUleurs 
« des cavaliers dangereux pour la siireté des voyageurs; ils sont 
" remarquables par leur sagacité, par leur esprit et surtout par 
" leur habileté dans l'art de lire dans l'avenir au moyen de pro- 
" nostics tirés de l'omoplate des moutons', \oici la généalogie 
" des Zenata telle qu'on la rapporte. Zenata était fds de Djana; 
« celui-ci, fils de Dharis ou Djalout, qui fut tué par David (sur 
« qui soit la paix!); Dharis était lils de Levi, fils de Nefha, père 
" de tous les Nefzawa »jl>*j; INelha et Ebn-Leva aîné étaient lils 
" de Ber, fils de Caïs, fils d'Elias, lils de Modhar. Les Zenata 
" étaient originairement des arabes de race pure, mais, par suite 
» des alliances qu'ils ont contractées avec les Masmoudis leurs 
" voisins, ils sont devenus eux-mêmes Berbers. » 

Revenons maintenant à Wahran : nous disons que cette ville 
est distante de Tenès de deux joui'nées de navigation, c'est-à- 
dire, de 2o/i milles. 

De Tenès à Berechk >J-— i^ , on compte , en suivant la côte , 
66 milles. 

De Tenès à Meliana, par terre, 2 journées. 

De Meliana à Tahart, 3 journées. 

Telle est la signification des mois v_jixËI Vc d'après le lémoignage de Hanidan 
ben Osman Khodja, confirmé par celui de mon savant ami M. Et. Quatremère. 



PREMIERE SECTION. 255 

n Bereclik esl une petite ville bâtie sur une colline et en- 
« tourée d'une muraille de terre; elle est voisine de la mer. Ses 
« habitants boivent de l'eau de source. Elle fut prise par le grand 
« roi Roger. - . - • 

« De là à Cbcichal Miij^, on compte 20 milles. Entre ces 
« deux dernières villes est une montagne d'un difficile accès, ha- 
« bitée par la tribu berbère des Rabia *ajj- 

« Cherchai est une ville de peu d'étendue, mais peuplée; on 
" y trouve des eaux courantes et dçs puits peu profonds, beau- 
" coup de fruits el notamment des coings d'une grosseur énorme 
" (litt: gros comme de petites citrouilles) et d'une qualité très- 
« estimée. On y cultive aussi des vignes et quelques liguiers; du 
« reste, la ville est entourée de plaines désertes dont ies.habi- 
« tants élèvent des bestiaux et recueillent du miel et des dattes; 
" le gros bétail forme leur principale ressource; ils sèment de 
« l'orge et du blé, et ils en récoltent plus qu'ils ne peuvent en 
« consommer. » 

De Cherchai à Aldjezaïr Beni-Mazghana i^iij^ ^^Ij^ (Alger), 
on compte 70 milles. 

Aldjezaïr est située sur le bord de la mer; ses habitants 
boivent de l'eau douce. « C'est une. ville très-peuplée, dont le 
« commerce est florissant et les bazars très-fréquentés. Autour 
K de la ville s'étend une plaine entourée de montagnes liabitées par 
« des tribus berbères qui cultivent du blé et de l'orge, et qui 
« élèvent des bestiaux et des abeilles. Ils exportent du beurre et 
« du miel au loin. Les tribus qui occupent ce pays sont puis- 
<i santés et belliqueuses. 

« D'Alger à Tamedibs ,j-y>X-^li ( Matifou ) , en se dirigeant vers 
« l'est , 1 8 milles. 

« Tamedfos est un beau port auprès d'une ville petite et 
« ruinée. Les murs d'enceinte sont à demi renversés, la popula- 
« tion ])eu nombreuse; on n'y voit, pour ainsi dire, que des dé- 

3o. 



FeuiUet 62 recto 



Feuillet (>2 verso. 



Feuillet 63 verso. 



Feuillet 63 reclo. 



236 TUOISIÉMK CLIMAT. 

Il bris de maisons , de grands édifices et d'idoles en pierre On 

« dit que c'était autrefois une grande ville. 

De Tamedfos à Mers el-Dodjadj ^La-jJI ^j^, 20 milles. 

Il Cette ville est d'une étendue considérable et entourée de 

I fortifications; la population y est peu nombreuse; souvent 
- même , pendant l'été , les habitants prennent la fuite et se re- 
" tirent dans l'intérieur des terres, afin d'éviter les attaques des 
■' corsaires qui débarquent sur la côte. Il y a un bon port. Le 
" froment réussit à merveille dans ses environs; les viandes et 
■> les fruits y sont excellents; on y trouve une espèce de figues 

qui s'exportent au loin, soit sèches, soit en pâtes. » 
De Mers el-Dedjadj à Tedlès ^ôJ \ 2/i milles. 
Il Tedlès, située sur une hauteur, est entourée d'une muraille. 
" Le pays environnant présente un aspect riant; tous les objets 

II de consommation y sont à bas prix. » 

De Tedlès à Bedjaïa aJlsr ( Bougie ), par terre, 70 milles ''. 

Bedjaïa, située près de la mer, sur des rochers escarjîcs, est 
abritée, au nord, par une montagne dite Mcsioun ijy^"^, très- 
élevée, d'un difficile accès et dont les flancs sont couverts de 
plantes utiles en médecine, telles que le bois de hadhadh ^yunÂ, 

le scolopendre yj — jjO^ — v^^jJi— '"' , el-barbaris ^r jj^jW^'. la 

grande centaurée ^-^1 y^j^iiÀJiJI , le rezavend .x_jjtj,_^l , le cas- 
toun (jj_k*jiJI , l'absinthe (jJi*->»»^' et autres semblables. « On 
Il trouve, dans les montagnes, une espèce de scorpions de cou- 
« leur jaune, peu dangereux. . 

Il De nos jours, Bedjaïa fait partie de TAfrique moyenne et 
« est la capitale du pays de Beni-Hamad. Les vaisseaux y abor- 
« dent, les caravanes y viennent, et c'est un entrepôt de mar- 



Nous avons suivi, pour le nom de ceUe ville, les deux mss. h' Abrétji; porte An- 
dalos. 

h Abrégé porte tolitlemque itinere maritimo. Le ms. A. ajoute : ■ et par mer 90 », 
ce qui ne se trouve pas dans le ms. B. 



PREMIÈRE SECTION. 237 

« chandises. Ses habitants sont riches et plus habiles clans divers l'euiilet C3 lecio. 
« arts et métiers qu'on ne l'est généralement ailleurs, en sorte 
" que le commerce y est florissant. Les marchands de cette ville 
■ sont en relation avec ceux de l'Afrique occidentale, ainsi qu'avec 
« ceux du Sahara et de l'orient; on y entrepose beaucoup de 
« marchandises de toute espèce. Autour de la ville sont des 
« plaines cultivées où l'on recueille du blé, de l'orge et des 
« fruits en abondance. » On y construit de gros bâtiments, des 
navires et des galères, car les montagnes et les vallées environ- 
nantes sont très-boisées et produisent de la résine et du gou- 
dron d'excellente qualité. On s'y livre à l'exploitation des mines 
de fer qui donnent à bas prix de très-bon minerai; en un mot, 
c'est une ville très-industrieuse. A la distance d'un mille de 
Bedjaïa coule une grande rivière qui vient du côté de l'ouest, 
des environs de la montagne de Djerdjera H j Ty r- . et qui, 
près des bords de la mer, ne peut être traversée qu'en bateau ; 
plus loin, dans l'intérieur des terres, les eaux de cette rivière 
sont moins profondes et on peut la passer à gué. La ville de 
Bedjaïa est un centre de communications. 

Bedjaïa est éloignée d'Arbedjan yU-??;! , d'un peu plus d'une 
journée; 

De Belezma a^yL (-ou Telezma), de 2 fortes journées; 

De Setif v_À*Ia-. , de 2 journées; 

De Baghaïa ajUL, de 8 journées; 

De Cala't Bechirj..Aj^ xxki (ou Achir), de 5 journées. (Cette 
dernière place dépend de Bichkara SjJkj ou Biskara ijSi^. 

De Tifas u-UjO, de 6 journées; 

De Calema &iL-, de 8 journées; 

De Tibsa iU»Aj, de 6 journées; 

De Dour-Medïn yjJ^j^i, de 1 i journées; 

De Cassraïn ^^jj^\ , de G journées; 

De Tobna iuUt, de 7 journées. i 



258 TROISIÈME CLIMAT. 

Feuillet 63 iccto. » La viHo (le Bedjaïa est située sur remplacement d'une for- 

« teresse qui avait été construite par Haniad ben-Belikin f^f il^ 
" tJ>i|Jj. C'était là que résidaient les Bcni-Hamad; avant la fon- 
« dation de Bedjaïa, c'était la capitale de leur empire, l'entre- 
« pôt de leurs trésors, de leurs biens, de leurs munitions de 
« guerre, de leurs blés. Il s'écoula de nombreuses années sans 
« qu'elle éprouvât de révolutions ni de cbangements. On v trouve 
« des fruits, d'excellents comestibles à prix niodicpic, et une 
« grande variété de %iandes. Dans ce pays, ainsi que dans ceux 
" qui en dépendent, le bétail et les troupeaux réussissent à mer- 
« veille, et les récoltes sont tellement abondantes, qu'en temps 
« ordinaire, elles excèdent les besoins des consommateurs, et 
" qu'elles suffisent dans les années de stérilité : en un mot , on 
« n'y éprouve jamais de disette. Nous avons parlé plus haut de 
« la ville en elle-même et de la nature de ses constructions; il 
'. nous reste à dire qu'elle est adossée à un mamelon qui la do- 
" mine et (jui est entouré de tous côtés par les murailles de 
■' la ville. Du côté du midi s'étendent de vastes plaines où 1 on ne 
« voit ni montagne, ni colline quelconque. Ce n'est qu'à une cer- 
" taine distance, et même après avoir parcouru quatre journées 
': de chemin, que l'on commence à en apercevoir confusément. 

Feuillet 63 verso. « A 1 y milles à l'ouost de Bedjaïa et de Cala't >.sdi. et dans 

« la province de Tibsa, est la ville d'Almasila dont nous avons 
" parlé jdus liant. A l'est de Cala't et à la distance de 8 milles 
« est située Ghadir, ville dont les habitants sont des Bédouins 
« qui se livrent aux travaux de l'agriculture, car le terrain fer- 
« tile et partout cultivé [iroduit d'abondantes récoltes. Almasila 
« est distante de i 8 milles de Ghadir. » 
Voici l'itinéraire de Bedjaïa à Cala't. 

De Bedjaïa à Almodhic ^fM^\ ; puis à Souc el-Ahad cX.=-i)I j^~ 
(le marché du dimanche); à Wadi-Waht t-^j j^ilj ; à Hissn Taki- 
lal ^>K-Sj ^j.^rw, oïl l'on fait halte. 



PREMIERE SECTION. 239 

" Hissn Takilfil est une place forte située sur une hauteur qui iVnillii 153 verso. 
« domine les bords de la rivière de Bedjaïa; c'est un lieu de 
■ marché. On y trouve des fruits ainsi fjue de la viande en 
' abondance. Hissn Takilat renferme plusieurs beaux édilices, des 
« jardins et des vergers appartenant en majeure partie à lahia 
" ben-el-Ghadir. » 

De Hissn Takilat on se rend à Tadrakt oOsjib ; ensuite à Souc 
el-Khamis ,j*-v«J=I ^3^A« ( le marché du jeudi ); de là à Hissn Bekr 

« Cette dernière ville est au milieu de vastes pâturages et sur 
« les bords d'une rivière qui coule au midi. 11 s'y tient un mar- 
« ché. « 

De Hissn Bekr on se dirige vers Hissn Warfou y_;lj (^y^^' que 
l'on appelle aussi Wafou. 

De là'vers Cas.srj — «iJiJt, où l'on lai'sse la rivière de Bedjaïa à 
roue.st, pour se tourner vers le midi, du côté de Hissn el-Hadid 
v>^»>JI [j«L=i-, une journée. 

On se rend ensuite à Cha'ra !_, «iJI ; puis à Cabour Beni- 

Berakech (jS — S\y ^^ jyi '; puis à Tavvart caj^b, gros bourg 
peuplé, situé sur une rivière d'eau salée, et où l'on fait halte. 
« Les habitants de ce bourg boivent de l'eau de puits creusés 
« dans le lit d'un torrent qui vient de l'est et qui est ordinai- 
" rement à sec. » 

De Tavvart on se rend aux montagnes d'Albab <_>WJ' , à ti-avers 
lesquelles coule la rivière salée; c'est un défdé dangereux pour 
les voyageurs, à cause des fréquentes attaques des Arabes; puis 
à Sataïf oijlJùJ! , place forte. 

De ià à Nadhourj^UJI. 

Le ms. A. porte j_pg^lj ■ ,^w jyajii; on lit ensuite dans le texte arabe : Jl 

. *-j !._« y tsil_5Ji \'i^i dj-^^ if-i^ u- ^^\; tgilj [jl^Aj ijJusi ^J^J^£■ 



2^0 TROISIEME CLIMAT. 

• Feuillet 6S verso Dc là à Souc ei-Kliaiuis j~A*i^ ^y^. où l'on fait halte: tout 

le pays est infesté de brigands. 

• Souc el-Kliamis est une place forte située sur le sommet 
« d'une montagne où l'on trouve de l'eau de source. Cette place 
' est sulTi.'^anmient forte pour rendre vams les efforts des Arabes 
« qui voudraient s'en emparer: du reste, il v a peu de sources 
« et peu de champs cultivés. 

" De là on se rend à Tamata iJsUiiJI , qui est sur un plateau 
" élevé. 

« De là à Souc el-Atsnaïn ^j^JiiH ^^^ ( le marché du lundi ), 
« château fort, autour duquel rôdent continuellement les Arabes, 
<■ et défendu par une garnison. 

« De là à Tafelkat oJiiîb- , place forte ; puis à Tarka ^Jj , petite 
" forteresse; puis à A'tia ii>\ae, fort situé sur le sommet d'une 
" montagne. On passe ensuite par trois lieux fortifiés et l'on par- 
' vient au fort de Cala't. 

" Les habitants de tous ces lieux vivent avec les .\rabes dans 
« un état de trêve qui n'empêche pas qu'il ne s'élève entre eux 
" des rixes individuelles dans lesquelles l'avantage reste ordinai- 
■ rement aux Arabes. En effet, les troupes locales ont les mains 
« liées, tandis que leurs adversaires peuvent impunément leur 
« causer du dommage, d'où il suit que les Arabes exigent con- 
•■ tinuellement le prix da sang , tandis cpj'eux-mêraes ne le payent 
•■ jamais. » 

D'Almasila on se rend à Tobna en 2 journées. 
Feuillet 6'i recio Tobna ajUL est une ville appartenant au pays de Zab v!>- " - 

elle est jolie, pourvue d'eau, « située au milieu de jardins' de 
= plantations de coton, de champs ensemencés de blé et d'orge, 
' et entourée d'une muraille de terre. Ses habitants, qui sont 
' un mélange de diverses peuplades, se livrent avec succès an 

• négoce. On y trouve des dattes en abondance, ainsi que d'au- 

• très fruits. 



PREMIÈRE SECTION. 2U 

» D'Almasila on se rend à Mocra iîj-i~-l\, petite ville, où l'on Fcuiiloi fid recio. 
« cultive des céréales et beaucoup de lin. » 

De Mocra à Tobna, on compte une journée. 

De Tobna à Bedjaïa, 6 journées. 

De Tobna à Bagbaï ^^UL, 4 journées 

De Tobna, en se dirigeant vers l'est à Dar-Maloul J^jti, 
une forte journée. 

« Cette ville était autrefois très-peuplée et très-commerçante; 
» ses cbamps sont cultivés, et du baut de la citadelle on peut 
« apercevoir une étendue de pays considérable. Les babitants do 
« Dar-Maloul boivent de l'eau de source. » 

Entre Dar-Maloul et Nacaous o«jUj, 3 journées. A une forte 
journée de là, s'élève la montagne d'Aouras o-ljjl. 

La distance de Dar-Maloul à Cala't a «Àï est de 3 journées. 

Quant à l'Aouras, on considère cette cbaîne de montagnes comme 
faisant partie de celles de Daran (ki Maghreb. « Sa configuration 
« est celle d'un lain J recourbé vers ses extrémités; elle s'étend 
« sur 1 2 journées de long. On y trouve beaucoup d'eau, des ha- 
« bitations nombreuses, des peuples fiers, belliqueux et redou- 
« tables à leurs voisins. 

« De Tobna à Nacaous, bourg dont les environs sont plantés 
■ de noyers dont les fruits .s'exportent au dehors, 2 journées. 

« De Nacaous à Almasila, 3 ou fi journées. » 

De Nacaous à Biskara SjSm^ , i journées. 

« Biskara est une place bien fortifiée, située sur une émi- 
« nence. On y trouve un bazar et des dattes de qualité supé- 
« rieure. » 

De là au fort de Naous ^JOJb ', situé au pied de la montagne 
d'Aouras, 3 journées. 

« Naous est une belle ville peuplée d'indigènes, mais les 

' Le ma. B. porte (>«.«Ij. 



Feuillet 61 recto. 



CONSTASTIhE 



Feuillet 6/i verso. 



242 TROISIÈME CLIMAT. 

« Arabes, depuis peu, s'eu sont rendus maîtres; ils ne laissent 

« sortir les habitants qu'accompagnés d'une escorte. » 

De là à Almasila on compte l\ milles. 

A k journées à Test de Cala't Beni-Hamad est située Mila 
*X>yo ', ville dont les environs produisent beaucoup de dattes et 
d'autres fruits. Elle est peuplée de Berbcrs de différentes tri- 
bus, mais les Arabes sont maîtres de la campagne. Cette ville 
était autrefois soumise au pouvoir de lahia ben-el-A'ziz , prince 
de Bougie. 

De Mila à Cosantinat el-Hava 1^! j;v,lai«.j ( Constantine ) , on 
compte 1 8 milles à travers lui pays de montagnes. 

« La vdle de Constantine est peuplée, commerçante; ses lia- 
« bitants sont riches, font le commerce avec les Arabes et s'asso- 
n cient entre eux pour la culture des terres et pour la conserva- 
« tion des récoltes. Le blé qu'ils conservent dans des souterrains 
« y reste souvent un siècle sans éprouver aucune altération. Ils 
« recueillent beaucoup de miel et de beurre qu'ils exportent à 
« l'étranger. Cette ville est bâtie sur une espèce de promontoire 
« isolé , de forme carrée ; il faut faire plusieurs détours pour y 
« monter; on pénètre par une porte, située du côté de l'ouest, 
« dans l'intérieur de. la place qui n'est pas très-grande; on y rc- 
« marque des excavations où les habitants enterrent leurs morts, 
n et, de plus, un édifice très-ancien, de construction romaine, 
« dont il ne reste plus que les ruines; on v voit également un 
« édifice romain, jadis destiné aux jeux scéniques, et dont l'ar- 
« chitecture ressemble à celle de l'amphithéâtre de Termèli *^, 
« (Taurominium) en Sicile. » 

Constantine est entourée de tous les côtés par une rivière; 
ses murs d'enceinte n'ont partout que trois pieds de haut, si ce 
n'est du côté de Mila. La ville a deux portes : l'une, celle de 



Le ms. \. porte partout Melila ÂXjJu. 



PREMIÈRE SECTION. 243 

Mila, du côté de l'ouest; l'autre ( Bab el-Cantara), la porte du Feuillot f.4 verso 
pont, du côté do l'est. Ce pont est d'une structure remarquable. 
Sa bauteur, au-dessus du niveau des eaux , est d'environ cent 

coudées rechachi ^SL^^ •*,. » C'est aussi l'un des monuments de 

« l'arcbitecture romaine. Il se compose d'arcbes supérieures et 
« d'arches inférieures au nombre de cinc[, qui embrassent la lar- 
« geur de la vallée. Trois de ces arcbes , celles qui sont situées 
" du côté de l'ouest, à deux étages, ainsi que nous venons de le 
« dire, sont destinées au passage des eaux, tandis que leur partie 
1 supérieure ( litt : leur dos ) sert à la communication entre les 
« deux rives. Quant aux deux autres, elles sont adossées contre 
« la montagne. 

« Ces arches sont supportées par des piles qui brisent la vio- 
« lence du courant et qui sont percées, à leur sommet, de pe- 
" tites ouvertures (ordinairement inutiles). Lors des crues extra- 
« ordinaires qui ont lieu de temps à autre, les eaux qui s'élèvent 
« au-dessus du niveau des piles, s'écoulent par ces ouvertures. 
" C'est, nous le répétons, l'une des constructions les plus cu- 
« rieuses que nous ayons jamais vues. 

« Il existe dans toutes les maisons ' des souterrains creusés 
« dans le roc ; la température constamment fraîche et modérée 
« qui y règne, contribue à la conservation des grains. » Quant à 
la rivière , elle vient du côté du midi , entoure la ville du côté 
de l'ouest, poursuit son cours vers l'orient, puis tourne vers le 
nord, baigne le pied de la montagne à l'occident et retourne de 
nouveau vers le nord, pour aller se jeter enfin dans' la mer, à 
l'ouest de la rivière de Sahar^^.^,*.. 

" Constantine est l'une des places les plus fortes du monde; 

' Ici le ms. B. porte ce qui suit : « Dans toute la ville, il n'est pas de porte de 
« maison , grande ou petite , dont le seuil ne soit formé d'une seule pierre ; en général 
" aussi les piliers des portes se composent soit de deux, soit de quatre pierres. Ces 
« maisons sont construites en terre et le rez-de-chaussée est toujours dallé. » 

3i. 



Feuillet 6,'i verso. 



î'euillet 6ô reclo. 



244 TROISIÈME CLIMAT. 

« elle domine des plaines étendues et de vastes campagnes en- 
« semencées de blé et d'orge. Dans l'intérieur de la ville , il 
« existe un abreuvoir dont on peut tirer parti en temps de siège. >• 

De Constantine à Bagliaï, on compte 3 journées. 

De Constantine à Bougie, 6 journées. 

De Constantine à Djidjel, ajournées. . 

De Djidjel à Bougie, 5o milles. 

De Constantine à Abras ij«1_>j' , 5 journées. 

D'Abras à Bougie, 4. journées. 

De Bougie au fort de Bacharj-i^, 2 journées. 

De Bacliar à Tii'as t;<.buj, 2 fortes journées. 

De Tifas à Calema *ilï, même distance. 

A Cassraïn ^jjjjoii] , 3 journées. 

A Dour-Medïn, 6 journées. 

De là au port d'el-CoU JJJl , 2 journées, en traversant une 
contrée fréquentée par les Arabes. 

« Pour se rendre de Constantine à Bougie, on passe à Nahr 
■■ ^1. 

« De là à la plaine de Fara ijU. 

« De là au bourg de Beni-Klialef oi — Xà. <^. 

• Puis à Kaldis (j»^jJi^, place forte. 

« De là à Bougie, 20 milles. Il n'y a, dans cet intervalle, ni 
" montagne, ni vallon. 

« Kaldis est sur une hauteur escarpée et dominant les bords 
■' de la rivière de Constantine. 

« De Kaldis à la montagne de Sahaw jLâ:, 8 milles. 

« Au haut de cette montagne, remarquable par sa hauteur, 
» est une citadelle ; on monte durant 5 milles environ , avant 
« d'en atteindre le sommet qui forme un plateau dont i'étcn- 
« due est de 3 milles. Les Arabes qui l'habitent sont pacifiques; 
" ils descendent, en suivant les bords de la rivière de Chai JUi, 
« à Souc lousuf >-*— «jj j »*, , bourg situé au pied d'une mon- 



PREMIÈRE SECTION. 2'ib 

" tagne d'où jaillisent diverses sources, et à la distance de 12 Fcuilki 65 ifc(n 
« milles. 

Il De là on se rend à Souc Beni-Zendoui tgj<>o; ^ 6j-^' place 
" forte, située dans une plaine peu fertile, où se tient un mar- 
" elle à jour fixe. 

« Les Bcni-Zendoui sont des Bcrbers très- farouches qui ne 
" payent d'impôts que lorsqu'ils y sont forcés par des envois de 
« troupes; ils marchent toujours armés de pied en cap et cpu- 
« verts de boucliers de Lamta. 

« De là on se rend à Tala Xlb, place forte, actuellement en 
'I ruines , où l'on fait halte. 

De là à Bcghara «,1 — kaJ!, à Sahel el-Bahr j .^s-J! J«i.L., à 

« Mesdjid Behloul J.j-^-? «>^^^*^, â Mczare' fjl>«, puis à Djidjel 

La ville de Djidjel est située sur les bords de la mer, dans 
une presqu'île. <> La flotte du roi Roger, s'en étant emparée, les 
« habitants se retirèrent à un mille de distance, dans les mon- 
« tagnes; ils y construisirent un fort; durant l'hiver, ils rcve- 
'■ naient habiter le port; mais, à l'époque de l'arrivée de la flotte, 
« ils se réfugiaient presque tous dans les montagnes, ne laissant 
« dans la ville qu'un petit nombre d'individus et quelques mar- 
« chandises. Depuis cette époque, Djidjel est devenue déserte 
« et ruinée. Cependant le pays est très-fertile et la côte très- 
« poissonneuse. » 

De Djidjel on se rend au cap de Marghiten (j^aC;-» \ à Dje- 
zaïr el-A'fiéh &AiUJI j-jlj,^, à Fedj ez-Zerzoun yjjy^i! i, au fort 
de Mansouria «j^^^am , sur les bords de la mer. 

De là à Matousa ii^yU, bourg peuplé d'où l'on fait venir du 
plâtre destiné pour Bougie. 

De Mansouria à Bougie , on compte 5o milles. 

' Le ms. B. porte, i^m<\sj^' • 



246 TROISIÈME CLIMAT. 

Feuillet 65 rpcio. Pour revenir à Djidjel, cette ville a deux porls : l'un, du 

côté du midi , d'un abord difficile et où l'on n'entre jamais sans 
pilote; l'autre, du côte du nord, appelé Mers es-Cha'ra, par- 
faitement sûr et d'un fond de sable, mais où il ne peut entrer 
que peu de navires. 

De Djidjel à Coll JoJI, située à l'extrémité du pays compris 
dans la présente section, 70 milles. 

Coll, ville autrefois petite, mais florissante, possède un port 
fermé par des montagnes, et où l'on voit des constructions. 
Ffuiilct fi.s verso. De Coli à Constantinc , on compte 2 journées, en se diri- 

geant vers le sud et en traversant un pays soumis au pouvoir 
des Arabes. 

Non loin de Bougie, du coté du midi, est le fort de Setif 
oiaIx.. ; la distance qui sépare ces deux points est de 3 journées. 

« Setif est une place forte dont les environs produisent beau- 
' coup de noix excellentes. » 

De Setif à Constantme, on compte 4 journées. 

Près de Setif est une montagne appelée Atekdjan yL^.ji ', 
habitée par la tribu de Ketama iUUJ". On v voit une citadelle 
qui appartenait autrefois aux Beni-Hamad ; près de là , vers 
l'ouest , est la montagne de Halawa isj>Ko~ , distante d'une jour- 
née et demie de Bougie. 

Les possessions de la tribu de Ketama s'étendent au delà des 
pays de Coll et de Bone *-jjj. « Cette tribu est renommée par 
» sa générosité et par i'accueil qu'elle fait aux étrangers. Ce 
" sont certainement les gens du monde les plus hospitaliers, 
« car ils n'ont pas honte de prostituer leurs enfants mâles aux 
« hôtes qui viennent les visiter , et , loin de rougir de cette 
" coutume, ils croiraient manquer à leur devoir s'ils négli- 
« geaient de s'y conformer; divers princes ont cherché à les y 
« faire renoncer, mais toutes les tentatives qu'on a pu faire ont 

' Le ms. A. porte ijla^! ; la version latine : Ichegian. 



PREMIÈRE SECTION. 247 

« été vaines. A l'époque où nous écrivons, il ne reste plus, de l'euillei Câ verso. 
" la tribu de Ketama, jadis très-nombreuse, qu'environ quatre 
« mille individus, sans y comprendre toutefois quelques familles 
« qui vivent paisiblement dans les environs de Sctif et qui con- 
« sidèrent comme abominables les mœurs des Ketama habitant 
« les environs de Coll et les montagnes qui toucbent à la pro- 
" vince de Constantine. 

« A 2 journées de cette dernière ville est une place forte ap- 
« pelée Belouca i-i^lu, lieu de marché avec un faubourg où l'on 
« trouve des puits abondants. 

« Belouca est bâtie en pierre et située dans une plaine; les 
« maisons y sont généralement grandes et anciennes; elle, était 
« habitée dès l'avènement du Messie. Vu du dehors, le mur de 
« cette ville paraît très-élevé ; mais , comme le sol intérieur est 
« encombré de terre et de pierres jusqu'au niveau des créneaux 
•■ ( iLals^ ), dès qu'on est entré dans la place, on n'aperçoit plus 
« aucun mur. Quant à Bachar j^So , c'est une forte place dépen- 
« dante de Biskara »rJC«*j et qui se trouve actuellement au pou- 
« voir des Arabes. 

".On compte de Bachar à Bougie h jours de chemin, et 2 
« de Bachar à Constantine. « 

Nous venons d'énumérer les villes et les pays compris dans 
la présente section, et nous avons décrit avec les détails conve- 
nables ce qui nous a paru digne d'être remarqué. Il nous reste 
à parler du littoral de la mer, des golfes, des caps, et à indi- 
quer les distances en milles, soit par les routes directes, soit 
par les chemins détournés. Comme nous ne pouvons compren- 
dre, dans la description de la côte, celles de ses parties qui 
font partie du troisième et du quatrième climat, nous avons Fcuillii i;o recio 
jugé convenable de ne nous occuper d'abord que des lieux 
compris dans la présente section, dans l'ordre où ils se présen- 
teront. 



248 TROISIÈME CLIMAT. 

Fcuillei 65 recio. Noiis disoiis doDc quc Waliran yî;-=-j ( Oran ) est située sur 

le bord de la mer, comme nous l'avons dit plus haut. 

De là au cap de Mecliana fj'\ji^ \ en ligne droite, on compte 
2 5 milles, et 32 en ligne oblique. 

De Mechana au port d'Arzew ^jjt , i 8 milles. 

Arzcvv est un bourg considérable, où Ton apporte du blé que 
les marchands viennent chercher pour l'exportation. 

De là on se rend à Mostaghanem aJJ i x.m.», petite ville, située 
« dans le fond d'un golfe, avec des bazars, des bains, des jar- 
" dins, des vergers, beaucoup d'eau et une muraille bâtie sur 
■< la montagne qui s'étend vers l'ouest. La largeur du golfe est 
» de ^à milles en ligne oblique, et de 2/1 en ligne directe. » 

De Mostaghanem à Houdh-Ferouii ^jjj o°^=^) 2 4 milles en 
ligne oblique, et i 5 en ligne directe. C'est une belle rade, à 
l'extrémité de laquelle est un bourg peuplé. 

La ville la plus voisine de Houdh-Ferouh , du côté de l'est, 
est Mazouna iLijjU , située à 6 milles de la mer, « et au milieu 
« de montagnes d'où découlent dés sources. Il y a des bazars 
» très-fréquentés et de hautes maisons; il s'y tient aussi une 
« foire où les habitants des environs viennent apporter les pro- 
" ductions du pays. » 

De Houdh-Ferouh au cap de Djoudj ^^^, a 4 milles, en ligne 
oblique, cl 12 milles, par terre. A partir de ce cap, le golfe 
s'étend en forme d'arc, vers le midi. 

De là aux îles d'Alhamam ^..l*iî^l^.=-, 2 4 milles par les dé- 
tours, et 1 8 en ligne droite. 

Des îles d'Alhamam jusqu'à l'embouchure de la rivière de 
Chelif i_xLi, 22 milles. 

De là à Colou' el-Ferranïn cjvljiii c^j, 12 milles. ( Le mot 
Colou' signifie algue marine, ) 

' La version latine porte Mesafe. 



PREMIÈRE SECTION. 2'i9 

De Colou à Tenès u--^, i 2 milles, en suivant les bords fin Feuillet 60 recto. 
golfe. 

De là ;'i l'extréniité du golfe, 6 milles. Ainsi, depuis le eaj) 
de Djoudj jusqu'il l'cxlrcmité du golfe, on compte y 6 milles 
en ligne oblique, et ko en ligne droite. 

De l'extrémilé du golfe jusqu'au port d'Amtakou t^Jjc»! , lo 
milles. 

D'Amtakou à Wacourji^ïj, port étroit, sitiié à l'extrémité' du 
golfe, et ([ui n'est abrité que contre les vents d'est, on compte, 
en ligne oblique, Ao milles; en ligne directe, 3o. 

De Wacour à Berechk, 20 milles. 

Nous avons déjà parlé de Cberclial : dans l'intervalle compris 
entre Cberclial et Berechk, en suivant les bords de la mer, est 
une montagne d'un accès difficile, habitée par une peuplade 
berbère dite Rebia, ^oiajj '. 

De Cherchai à Battal JUaj, cap vis-à-vis duf[uel e.st une petite 
île, 12 milles. C'est à ce cap que commence le golfe de Ilour 
jyt>, dont l'étendue est de !\o milles en ligne directe, et de 60 
en ligne oblique. 

Hour est aussi le nom d'un petit bourg situé dans le fond 
d'un golfe, à quelque distance de la mer, et habité par des pê- 
cheurs. Cet endroit e.st très-dangereux, une fois tombé, on y 
périt sans ressource. 

« De l'extrémité du golfe de Hour à Aldjezaïr Beni-Mazghana 
« (Alger), dont nous avons parlé plus haut, 18 milles. 

« De là à Tamedfos, port auquel louchent dd's champs cul- 
" tivés , 1 8 milles. 

" De là à Mers el-Dedjadj, dont nous avons également parlé, Feuillet 66 verso. 
" 20 milles. 

« De là au cap de Bcni-Djenad ^Us- <;^ ^ 1 2 milles. 

' V! Ahrètjè porte Uebaïna, 

^ Le ms A. ne rael pas le mol ^j. 

32 



250 TROISIÈME CLIMAT. 

Feuilletée verso. „ De là à Tedlès, 12 milles. 

« De Tedlès au cap dit Beni-Abd-AUah, ih milles en ligne 
" oblique, et 20 en ligne droite. 

» De là au golfe de Rafoun ijyj ', 20 milles en ligne droite, 
« et 3o en ligne oblique. 

'< De là- à Dahs el-Kebirj — *_*fii u-j^i , en ligne oblique. 3o 
« milles, et 26 en ligne droite. 

" De là à Dahs el-Sagbir ^^HS**aJI Lr^Si, 8 milles. 

" De là au cap de Djcria i>^,js=. , 5 milles. 

Il De là à Bougie, par mer, 8 milles, et 1 2 par terre. 

" De Bougie à Matousa a-^^jU, en ligne oblique, 12 milles, 
« et 8 en ligne droite. 

« De Matousa à Mansouria *jjjjia.4I , située au fond d'un golfe, 
" 1 G milles en ligne oblique. 

« De Mansouria à Fedj ei-ïenonr jjjjj}\ i, 12 milles. 

« De là au cap de Marghitcn, 1 1 milles. 

« De ce cap à Bougie, A5 milles. 

« De Margbiten à Djidjil, 5 milles. 

« De Matousa '" à Fedj ez-Zerzour, 2 5 milles en ligne droite. 

c< De Fedj ez-Zerzour à Djidjil, en ligne oblique, 20 milles. 

" De Djidjel lMJSt- à l'embouchure de la rivière dite Wadi ei- 
" Cassab 4y*>aJi]l (^i!^ , qui vient de Mila, en suivant la direction du 
« midi, 20 milles. 

« De Wadi el- Cassab au port dit Mers ez-Zeitoiin ^-j 
<• y^^î *, 3o milles en ligne oblique et 20 en ligne directe. 

« Cest ici cpie commencent les hautes montagnes d'Errahman 
« (j^^' JJcj-, Jiabitées par des peuplades qui s'y réfugient toutes 
« les fois qu'arrive la flotte (probablement du roi de Sicile), 

' Le uis. A. porte (jjXœi. 

' Le ms. \. porle ici m_jjj- 

' Le ms. B. porte partout x ,„. \ /.. 

' Le ms. A. porte «jjJCjvll My^ ; 1(-' ms- C. porle plus Ijas la même leçon. 



PREMIÈRE SECTION. 251 

« ne laissant personne sur la côte , ainsi que cela a lieu à Coli , Peuiiiet 66 verso. 
« ville qui est abandonnée pendant l'été. 

" De Coll au port dit Mers Oustoura s^yu-l ^j^, on compte 
« 20 milles. 

« De là à Mers el-Roum -jj-J! (£*;-«, 8o milles en ligne obli- 
« que et 1 8 en ligne droite. 

« De là à Takouch u-^j, village très-peuple, i8 milles. 

>■ De là à Ras el-Ilamra 1;-*^ (j«|_;, i8 milles. 

" De Ras el-Hamra à Bone iijjj , située au fond d'un golfe , et 
« dont nous donnerons ailleurs la description, s'il plaît à Dieu, 
« 6 milles. » 

La distance totale de Bone à Bougie est, en ligne directe, de 
2 00 milles. 



32. 



252 TROISIÈME CLIMAT. 



DEUXIÈME SECTION. 

Bagliaï. — Cabsa. — Bone. — Bizerte. — Tabarca. — Cabes. — SfaLs. — Tunis. — 
Ruines de Carlhage. — Mahclia. — Tripoli. — I.eplis. 



Feuilletée verso. Cette sectioD comprend des villes, des pays, des forteresses, 

des châteaux et des peuples d'origines diverses. Au nombre des 
pays dont nous allons traiter sont Camouda »i^, Baghaï (^Ul, 

Feuillet 6- lecio. Meskiana iLiUC*.», Medjana xjUî, Badja x=-i?, Bona xi^ (Bone), 
le port de Kliaraz j^ <3^^^ Bcnzert t^jj-s», Arbes ^y^j^U Mar- 

madjena a ;_=-U^, Castilia ^vUk*»*, Nilfan yL_«-U> ( ou Bilcan 

jjUiu), Takious (j~ys*J, Zaroud ^jjj, Cabsa aasaï (ou Cafsa »Mixi), 
Nafta Ak«j, Alhama &_*il, Tunis ^J-jy, Aclibia <x-x*^', Heraclia 
AjJïp*, Sousa s-^y^, Mahdia *_)Ov.jit , Sfaks ^j«j>Iju«, Cabes (j-olï, 
Ragbogha Li^, Sabrât cy^AA=, Tripoli Lr-^ijJs ol Lcbda »Jv_J 
(Leptis). Les foils, citadelles et habitations situes sur le littoral 
seront décrits à la fin de la présente section, s'il plaît à Dieu. 
Baghaï Baghaï est une grande ville entourée d'une double muraille 

en pierre; « elle a un faubourg entouré également de nuirs où 
'I se tenaient autrefois les marchés qui se tiennent actuellement 
« dans la ville même, le faubourg ayant été abandonné par suite 
« des fréquentes incursions des Arabes. » C'est un pays remar- 
quable par la quantité de dattes qu'il produit. « Il y coule une 
« rivière qui vient du côté du midi; on y trouve aussi des puits 
« abondants, mais le nombre de ces puits n'est plus aussi con- 
« sidérable qu'il l'était jadis. Autrefois il y avait beaucoup d'eau 
» de source et un grand nombre d'habitations. Les environs 
« sont habités par des Berbers qui trafiquent avec les Arabes; 



DEUXIÈME SECTION. 255 

" leurs principales ressourcesconsistent en blé el en orge. Ils Feuillet 67 recio. 
« confient la gestion de leurs affaires à des cheikhs. 

» Près de là, à la distance de quelques milles seulement, est 
« la montagne d'Aouras u«ljjl, longue à peu près de 12 jour- 
« nées, et habitée par des peuplades qui exercent une grande 
« influence sur leurs voisins. 

« De Baghaï à Constantine, on compte 3 journées. 

« De Baghaï à Tobna, du pays de Zab, A journées. 

« De Baghaï à Castilia, également k journées. 

« Cette dernière- ville, appelée aussi Ta\vzer jj^s, est en- 
« tourée d'une forte muraille, et ses environs sont couverts de 
« palmiers qui produisent des dattes très-estimées dans toute 
« l'Afrique. On y trouve également de beaux citrons d'un goût 
n excellent, des fruits et des légumes en abondance; mais l'eau 
« est de mauvais goût, indigeste et souvent très-rare, attendu 
" qu'on est obligé de la faire venir de loin. Le blé et l'orge n'y 
« croissent pas abondamment. » 

Non loin de là, au sud-est et à la distance d'une petite jour- 
née, est située la ville d'Alhama , « où l'eau n'est pas non plus 
« de très-bonne qualité, mais où l'on trouve beaucoup de pal- 
« miers. « 

De là à Takious, on compte à peu près 20 milles. 

« Takious est située entre Alhama et Cabsa *>£ui. On y 
« sème des céréales; on cultive le henna, le cumin et le panais. 
" Le pays produit des dattes excellentes et des légumes en abon- 
« dance. » 

On compte de Takious à Cabsa, une journée. 

Cette dernière ville est entourée d'un mur et assez jolie; il Cabsa. 

y coule une rivière dont l'eau est meilleure que celle de Casti- 
lia. Au milieu de la ville est une source d'eau dite el-tarmiz 
Jyi^kJI. « Les bazars de Cabsa sont très-fréquentés et les fabri- 
" ques dans un état prospère. On voit, autour de la ville, de 



254 TROISIEME CLIMAT. 

Feuillet 67 recto. „ nombreuses plantations de palmiers, des jardins, des vergers 
« et des maisons de plaisance. On y cultive des céréales, ainsi 
« que le henna , le cumin et le coton. Les habitants de cette 
" ville sont devenus Berbers, et la plupart d'entre eux parlent 
« la langue latine-greccjue ', » 

« En se dirigeant vers le sud-ouest, la ville la jilus voisine 
« de celle cpie nous venons de décrire est Cassira «j-v^ , à l'orient 
« de laquelle sont Nacaous o«^Uj et Hamounes (j~jj^, pays qui 
" ont entre eux beaucoup de ressemblance , tant sous le rapport 
« de la qualité des eaux, que sous celui de la nature des pro- 
n ductions. On y recueille beaucoup de dattes, mais le blé y 
« est rare et l'on est obligé d'en faire venir du dehors. 
Feuillet 67 verso. " Cabsa est un lieu central par rapport à divers autres, ainsi, 

« par exemple ; de Cabsa à Caïrowan, en se dirigeant vers le 
« nord, on compte à journées au sud-ouest. 

« De Cabsa à Bilcan ij\JiXxj , ville pourvue d'eau , mais ruinée 
« depuis l'époque à laquelle les Arabes s'en rendirent maîtres, •> 
k journées au midi. 

A Zaroud i^jj,, située auprès de la montagne de Nofousa, 5 
journées. 

A Nafta Âkij, « ville où l'on trouve de l'eau courante et dont 
« les habitants s'adonnent au commerce et à l'agriculture, » 2 fai- 
bles journées. 

De Cabsa à Nefzawa (ou Naczawa »jl>*i), dans la direction du 
midi, 2 journées et quelque chose. 

De Tawzer à Nefzawa, une forte journée et demie. 

De Cabsa, en se dirigeant vers le midi, à la montagne de 
Nofousa, environ 6 journées. 



' Par les motifs exposés dans la relation de l'Egypte par Abd-AUatif , traduction de 
M. de Sacy, pag. Z196 et Zigg , et d'après l'avis de M. Et. Quatremtre, nous croyons de- 
voir substituer le mot ^,ji-\ agriki au mot Jojjl afriki, qu'on lit bien distincte- 
ment dans nos deux manuscrits. 



DEUXIÈME SECTION. 255 

n Cette montagne est très-haute et elle s'étend sur un espace Feuillet 67 verso. 
« d'environ 3 journées de longueur. Là sont situées deux villes 
'< dont l'une , appelée Charous o-jj-i est pourvue d'eaux cou- 
« rantes, entourée de vignes qui produisent d'excellents raisins, 
" et de figuiers. En fait de céréales , on y cultive de l'orge avec 
« lequel on fabrique d'excellent pain; les habitants de cette 
" ville ayant d'ailleurs la réputation d'être d'habiles boulangers. » 

De Cabsa à Sfaks, 3 journées. 

« Entre les montagnes de Nofousa et la ville de Nefzavva est 
<i située celle de Louhaca **=-_>), à l'ouest de laquelle, à peu de 
« distance, sont Biskara «jS^i et Maous (j«jU. Toutes ces villes 
11 sont à peu près également grandes, populeuses et commer- 
« çantes. » 

De la montagne de Nofousa à Warcalan y^w— i;!^ (ou Ward- 
jelan), on compte 12 journées. 

De Nafta à Cabes u-^l*, une journée et quelque chose. 

Cabes est une grande ville « bien peuplée , dont les environs 
« sont couverts de jardins et de vcrgei's cpai produisent plusieurs 
» variétés de fruits; on y trouve du blé, des dattes et différents 
« objets manufacturés que l'on chercherait en vain ailleurs. Les 
" environs de Cabes sont plantés d'oliviers et la ville est ceinte 
« d'un nmr très-solide , et entourée de fossés. Les bazars offrent 
« ime grande diversité de marchandises. On fabriquait autrefois 
« de belles étoffes de soie dans cette ville, mais aujourd'hui 
« la principale industrie consiste dans la préparation des cuirs 
« destinés pour l'exportation. » 

La rivière qui coule à Cabes vient d'un grand lac, à 3 
milles de distance et sur les bords duquel est situé Cassr-Sadja 
A^jMa.3, bourg bien jieuplé ; la ville de Cabes en est éloignée de 
3 milles. Quant à Cassr-Sadja, c'est une petite ville dont le 
« bazar est situé du côté de la mer, et où l'on compte beaucoup 
« de fabricants de soie. On y boit de l'eau de la rivière de Cabes; 



256 TROISIEME CLIMAT. 

Feuillet O7 verso. „ cette cau ucsl pas très-bonne, mais les habitants sont obligés 
« de s'en contenter. 
Cabes « Cabes est située à la distance de 6 milles de la mer, du 

« côté du nord et auprès d'un bois limité par des sables con- 
« tigus d'un mille d'étendue. Ce bois se compose d'une réunion 
n de vergers, de vignes et d'oliviers ( l'huile étant l'objet d'un 
" grand commerce ). On y trouve aussi des palmiers (jui pro- 
" duisent des dattes d'une bonté et d'une douceur au-dessus de 
>< tout éloge. Les habitants de Cabes ont coutume de les cueillir 

Feuillet 68 recto. " fraîclies et de les placer dans des vases ; au bout d'un certain 
" temps, il en découle une substance mielleuse qui couvre la 
" superficie du vase. On ne peut manger de ces dattes avant 
" que ce miel ait disparu, mais alors il n'est pas de fruit, même 
'< dans les pays renommés pour leurs dattes, qui soil compa- 
" rable à celui-ci. » 

Le port de Cabes est très-mauvais, car on n'y est pas à l'abri 
des vents. Les bateaux jettent l'ancre dans une petite rivière où 
l'on éprouve l'action du flux et du reflux ' et où les navires d'un 
faible tonnage peuvent mouiller. " La marée s'y fait ressentir 
" jusqu'à la distance d'un jet de flèche. Les gens du pays sont difli- 
« ciles à vivre-, vains, orgueilleux et voleurs de grand chemin. « 
De Cabes à Sfaks ^jUv, on compte, en suivant les bords 
du golfe, 70 milles. 
SFAIL.S. " De Cabes à Cabsa, en se dirigeant vers le sud-ouest, 3 jour- 

" nées. 

" Sfaks est une ville ancienne et bien peuplée; ses marchés 
« sont nombreux, ses édifices vastes. On y remarque un bazar 
« construit en pierre et dont les portes sont revêtues d'épaisses 
" lames de fer. Au-dessus de ses murs sont des tours des- 

'. Ce fait a été remarqué par Sliaw et par divers autres auteurs. 



DEUXIÈME SECTION. 257 

« tinées au logement des troupes. On y boit de l'eau de source. 
« Les plus beaux fruits y sont apportes de Cabes et l'on peut 
" s'en procurer à bon compte. On y pêche beaucoup d'excellent 
« poisson; la pêche a lieu généralement au moyen de filets dis- 
« posés avec art dans les eaux mortes. La principale production 
« du pays consiste en olives; il est impossible de trouver de 
« l'huile supérieure à celle de Sfaks. Le port est très-bon, et, 
« en somme, le pays offre beaucoup de ressources; les habitants 
« aiment le faste et la dépense. Cette ville fut prise par Roger 
« le Grand en 543 de l'hégire ( ii48 de J. C); bien qu'elle 
« soit encore très-peuplée, sa prospérité n'est plus ce qu'elle 
" était autrefois. Le roi Roger y entretient un gouverneur. » 

De Sfaks à Mahdia *j.x.Jli , on compte 2 journées. 
■ « Cette dernière ville offre un port des plus fréquentés par 
« les navires venant de l'orient et de l'occident, de l'Espagne, 
•' de la Grèce et d'autres contrées. On y apportait (autrefois) des 
« marchandises en quantité et pour des sommes immenses. A 
« l'époque présente le commerce y a diminué. Al-Mahdia était 
<■■ le port et l'entrepôt de Caïrowan yljjj-s»; elle l'ut fondée par 
« al-Mahdi Obeïd-Allah qui lui donna son nom. Située sur une 
« prescju'île qui s'avance dans la mer, c'est un lieu de passage 
" quand on veut se rendre par Raccada «ilï; à Caïrowan. La dis- 
« tance entre Caïrowan et Mahdia ^LjJv^ est de 2 journées. 

" Cette dernière ville était autrefois extrêmement fréquentée 
« et le commerce y était très-florissant, car les voyageurs s'y 
« établissaient souvent ou y revenaient volontiers'; les construc- 
« tions en étaient belles, les lieux d'habitation ou de prome- 
« nade agréables, les bains magnifiques, les caravansérails nom- 
« breux, enfin Mahdia offrait un coup d'œil d'autant plus ravissant 
« que ses habitants étaient généralement beaux et proprement 

' Nous suivons le sens le plus probable, nos deux manuscrils élanl ici très-dé- 
feclueux. 

33 



Friiillel liS reclo. 



rcuillol 6S verso. 

MAHDIA 

ou 

AL-MAilDIA. 



258 TROISIEME CLIMAT. 

Feuillet 68 verso. „ vêtu.s. On v fabriquait des tissus très-fins et très-beaux, connus 
« sous le nom de tissus de Mahdia et dont il se faisait en tout 
" temps une exportation considérable, car ces tissus étaient ini- 
<■ mitables sous tous les rapports. 

« L'eau de puits ou de citerne qu'on boit à Mabdia n'est pas 
« de bonne qualité. La ville est entourée de murailles en pierre 
" et fermée au moyen de deux portes construites en lames de fer 
« superposées sans emploi d'aucun bois. Il n'en existe point dans 
« le Maghreb ni ailleurs d'aussi habilement ni d'aussi solidement 
" fabriquées, et c'est un objet très-curieux; il n'y a du reste à 
« Mahdia ni jarcbns, ni vergers, ni plantations de dattiers; les 
« fruits y sont apportés des châteaux de Monastir j^u-»*!' jy^J» , 
" situés à 3o milles par mer.' Ces châteaux, au nombre de trois, 
« sont habités par des religieux auxquels les Arabes ne font au- 
" cun mal et dont ils respectent les Jiabitations et les vergers. 
« C'est à Monastir que les habitants de Mahdia vont, par mer et 
« au moyen de barques, ensevelir leurs morts, car il n'y a point 
« de cimetière chez eux. 

« De nos jours, Mabdia se compose de deux villes; savoir, al- 
« Mahdia proprement dite et Zawila *^>jj ^ La première sert de 
n résidence au sultan et à ses troupes; elle est dominée par un 
« château construit de la manière la plus solide, et dans lequel 
« on voyait, avant la concjuète de cette ville par le grand Roger 
« en 543 (1 i48), le réservoir dit les Voûtes d'or 4-vAJJI yUuL 
« dont les princes du pays tiraient vanité. Mahdia avait (ancienne- 
« ment) été prise par Hasan, fils d'Ali, fils de Tenniu, fils de 
« Moëz, fils de Badis, fils d'al-Mansour, fils de Belkin, fils de 
« Zeïri le Sanhadji. 

" Zawila est remarquable par la beauté de ses bazars et de 

' Ceci est conforme à ce qu'on lit dans la Chreslomathie arabe de M. de Sacy, 
lom. I, pag. ùçjQ , et dans la Notice d'un manuscrit contenant la description de l'Afrique 
publiée par M. Et. Qualremère, page 46. 



DEUXIÈME SECTION. 259 

" ses édifices, ainsi que par la largeur de ses rues et de ses Kcuiiiei (.8 verso. 
carrefours. On y compte beaucoup de négociants riches et intel- 
ligents. Les habitants de cette ville portent des vêtements de 
couleur blanche, en sorte que, tant sous le rapport physique 
que sous le rapport moral, ils sont des modèles de perfection '; 
« en effet leurs connaissances commerciales sont très-étendues et 
leur régularité dans les affaires est au-dessus de tout éloge, 
n La ville est entourée tant du côté de la terre que de celui 
de la mer^ de murailles en pierre, et le long du premier de 
ces côtés, règne un gran<l fosse qui se remplit au moyen des 
eaux pluviales. Au dehors et du côté de l'ouest, il existait 
avant l'invasion des Arajjes en Afrique, un vaste enclos re- 
marquable par la beauté et la bonté des fruits qu'il produi- 
sait, mais toutes les plantations ont disparu. Auprès de Zavvila 
sont des villages, des châteaux, des métairies dont les habi- 
tants se livrent à l'agriculture et à l'éducation des bestiaux. 
Les productions du pays sont le charbon, l'orge, les olives; 
on en exporte beaucoup d'huile pour le levant. Les villes Feuillet 6S bis recio. 
de Mahdia et de Zavvila sont séparées l'une de l'autre par une 
aire de l'étendue d'un jet de flèche et qu'on nonmie Ramlé 
«K — tj. Comme Mahdia est la capitale de l'Afrique, c'est par 
la description de cette ville que nous terminons celle de ce 
«pays, pour passer ensuite au Nefzawat «^ijljju '". 

« Nous disons donc que Sobeïtala «ViUj-« était avant l'isla- 
« misme la ville de Gerges, roi (ou plutôt de Grégoire, préfet) 
« des Romains d'Afrique; elle était remarquable par son étendue 
« ainsi que par la beauté de son aspect, par l'abondance de ses 

' Cette observation lient à ce que, d'après les idées des Orientaux, la couleur 
blanche est de toutes la plus considérée. 

" Ceci manque dans le ms. A. M. Hartmann écrit Nckzawa. Voyez ce qu'il dit au 
sujet de Sobeîlala, lùlris. Afr., pag. 253, ao/i. Voyez aussi, relativement à cette 
ville (l'ancienne Sufelula), Sliaw, page 269 de la traduction française. 

33. 



CAIROWAN. 



260 TROISIÈME CLIMAT. 

Fcuilii'i 68 bis recto „ eaux , ])ar la douceur de son climat et par ses richesses. Elle 
« était entourée de vergers et de jardins. Les musulmans s'en 
« emparèrent dès les premières années de l'hégire, et mirent à 
« mort le grand roi nommé Gerges. De là à Cabsa a ,»a ■> j> on 
« compte un peu plus d'une journée, et à Caïrowan, 70 milles. 
« Cette dernière capitale ylj(_^ï ' était l'une des villes les plus 
« importantes du Maghreb, soit à cause de son étendue, soit à 
« raison de sa population et de ses richesses, de la solidité de ses 
'■ édifices, des avantages que présentait son commerce, de l'abon- 
« dance de ses ressources et de ses revenus avant l'époque où 
« les révoltes, les séditions, les jalousies se manifestèrent parmi 
« ses habitants. Leurs principales vertus étaient la bienfaisance, 
« la fidélité aux ensfagements, l'abandon des choses douteuses et 
« l'éloignement de tout vice et de tout désordre propre à altérer 
« les bienfaits des sciences, enfin la tendance au bien; mais Dieu, 
« en faisant tomber cette ville au pouvoir des Arabes, a répandu 
« sur elle toute sorte de calamités. Actuellement il en subsiste à 
" peine quelques ruines, dont une partie est entourée de murs 
" en terre; ce sont les Arabes qui y dominent et qui mettent 
« le pays à contribution; les habitants y sont peu nombreux, 
« et leur commerce ainsi que leur industrie sont misérables. 
" D'après l'opinion des personnes prévoyantes , cette ville ne doit 
« pas tarder à recouvrer son ancienne prospérité. L'eau y est abon- 
» dante, et celle que boivent les habitants provient d'un grand ré- 
« servoir qui est d'une construction remarquable : il est de forme 
" carrée; au centre est une espèce de cloître dont chaque face 
'1 a cent coudées et qui csl tout rempli d'eau. Caïrowan se com- 
« posait autrefois de deux villes, dont l'une était Caïrowan pro- 
" prement dite, et l'autre Sabra Sj-yo. Cette dernière était le 

' L'ancien vicus Augusii. On ne reconnaît par l'exact et judicieux Sliaw dans 
l'étymologie qu'il propose, page 269, du nom moderne de celle ville ; le mol c«ra- 
vaue n'a aucun rapport avec le nom de Caïrowan. 



DEUXIÈME SECTION. 261 

« siège du gouvernement, et on y comptait plus de trois cents Feuilletés bis recto. 
« bains dans les maisons particulières, sans compter les bains 
" publics. Elle est maintenant totalement ruinée et dépourvue 
« d'habitants. A trois milles de distance étaient les châteaux de 
« Raccada «aUj, si hauts, si magnifiques, entourés de si beaux 
« jardins du temps des Aglabites qui y passaient la belle saison. 
« Ils sont actuellement ruinés de fond en comble. 

« De Caïrowan à Tunis ij^yj on compte un peu plus de deux ^'''"^• 

« journées de caravane; cette dernière ville est de toutes parts 
n entourée de murs. Les campagnes environnantes produisent 
« des céréales, objet principal du commerce des Tunisiens avec 
« les Arabes. De nos jours celte ville est florissante, peuplée et 
" fréquentée par les populations voisines et par les étrangers 
« de pays lointains; elle est environnée de solides retranche- 
« ments en terre, et elle a trois portes. Tous les jardins sont 
« situés dans l'intérieur de la ville; il n'y a rien au dehors qui 
vaille la peine d'être cité. Les Arabes de la contrée y apportent 
« du grain, du miel, du beurre en abondance, de sorte que le Feuillet 08 his vc.io. 
« pain et les pâtisseries qu'on y fait sont cVexcellente qualité. » 
Tunis était autrefois une place très-forte et elle portait le nom 
de Tarchiz j-vi^; ce furent les Musulmans ([ui, lorsqu'ils s'en 
emparèrent, la reconstruisirent et lui imposèrent son nouveau 
nom. « On y boit de l'eau de citerne; mais la meilleure provient 
« de deux puits très-vastes et très-abondants, creusés par les soins 
« de divers pieux Musulmans. Cette ville n'est pas très-éloignée 
« de la célèbre Caiihage dont le territoire produisait jadis tant 
" et de si beaux fruits, et de plus du coton, du chanvre, du carvi, 
« de la garance; mais Carthage est actuellement ruinée. » 

Tunis est bâtie au fond d'un golfe qui est formé par la mer 
et auprès d'un lac creusé (de main d'homme); ce lac est plus 
large que long, car sa largeur est de huit milles et sa longueur 
n'est que de six. Il communique avec la mer par un çan^l dont 



262 TROISIÈME CLIMAT. 

EeuiJleifiSbisïciso. l'embouchure s'appelle Foum-el-\V adi ^^il^i a». 11 n'existait 

point anciennement, mais on le creusa dans la terre ferme de 

manière à l'amener jusqu'auprès de Tunis, ville qui, comme 

nous venons de le dire, est distante de la mer de six milles. 

« La largeur de ce canal creusé est d'environ lio coudées; sa 

« profondeur de trois à quatre toises , fond de vase. La lon- 

« gueur du creusement auquel on donne le nom de fleuve j.^! 

« est de quatre milles. Lorsqu'on y introduisit les eaux de la mer, 

<■ elles s'élevèrent au-dessus du niveau (du lac) de là Jiauteur 

« d'environ un quart de toise ', puis elles devinrent stationnaires. 

' A l'extrémité du canal, sa surface s'agrandit et sa profondeur 

« augmente. On appelle ce lieu Wakour^^ï^ (ou du chargement); 

• c'est là que jettent l'ancre les vaisseaux chargés de bestiaux 

" ou de marchandises; l'excédant des eaux introduites dans le 

« canal creusé atteint la ville de Tunis qui est bâtie sur les bords 

» du lac. Parvenus au Wakour, les navires opèrent leur déchar- 

« gement au moyen de petites barques susceptibles de naviguer 

« à plus basses eaux; l'introduction des navires de la mer dans 

» le canal et jusqu'au Wakour ne peut avoir lieu qu'un à un, 

« attendu le défaut d'espace. Une partie du lac s'étend vers l'ouest, 

« en sorte que ses rives de ce côté sont à trois milles et demi 

ode Carthage, ville actuellement ruinée, dont il ne subsiste 

« qu'imc portion entourée de murs de terre, nommée Mo'allaca 

« AJLUJki, et habitée par des chefs d'Arabes, connus sous le nom 

t'de Beni-Ziad ùLj ^. 

cuRTHAGE. 1 ' i * Quaut à la ville de Carthage'' ïi^-Us^ï, au temps où elle flo- 

« rissait, c'était l'une des plus renommées du monde, à cause de 

» ses étonnants édifices et de la grandeur de puissance qu'attes- 

" taient ses monuments. On y voit encore aujourd'hui de remar- 

fiiil.' ' O) ■/■ni' _ _ , 

' Le ms. ,B- porte : «.à la profondeur d'une toise iColï \ r *,' ■ 

La tfaduciioV dé ce passage a été donnée par nous, d'après le ms. A., dans le 

iVdatjeHit /oarn«/ .4.<(V»(ii7Mc, tome I, page 375. '' " •'' 



DEUXIÈME SECTION. 203 

" quables vestiges de constructions romaines, et par exemple le l'euiilet 09 recio. 
'■ théâtre, qui n'a pas son pareil en magnificence dans l'uni- 
» vers. En effet cet édifice est de forme circulaire et se compose 
« d'environ cinquante arcades encore subsistantes; chacune de 
« ces arcades embrasse un espace de plus de trente choubras 
« (environ vingt-trois pieds); entre chaque arcade et sa pareille 
« (littér. sa sœur) est un pilier aussi haut que large, dont les 
« deux pilastres ont quatre choubras et demi (environ trois pieds 
« et demi) de largeur. Au-dessus de chacune d'elles s'élèvent 
« cinq rangs d'arcades les uns au-dessus des autres, de mêmes 
" formes et de mêmes dimensions, construites en pierres calcaires 
« dures de l'espèce dite kedan y(>xS' d'une incomparable bonté. 
« Au sommet de chaque arcade est un cintre, et sur le cintre 
« de l'arcade inférieure ' on voit diverses figures et représenta- 
« tions curieuses d'hommes, d'animaux, de navires, sculptées 
« sur la pierre avec un art infini. Les autres édifices de ce genre, 
« et môme les plus hauts, ne sont pour ainsi dire rien en com- 
« paraison de celui-ci. Il était anciennement destiné, d'après ce 
« qu'on rapporte, aux jeux et aux spectacles publics. 

« Parmi les curiosités de Carthage, sont les citernes, dont le 
« nombre s'élève à vingt-quatre sur une seule ligne. La longueur 
" de chacune d'elles est de cent trente pas et sa largeur de vingt- 
« six. Elles sont toutes surmontées de coupoles , et dans les inter- 
■ valles qui les séparent les unes des autres, sont des ouvertures 
n et des conduits pratiqués pour le passage des eaux ; le tout 
n est disposé géométriquement avec beaucoup d'art. Les eaux 
« venaient à cette citerne d'un lieu nommé la fontaine de Choukar 
" jliy^ t5v*, situé à 3 journées de distance '■', dans le voisinage 
« de Caîrowan. L'aqueduc s'étendait depuis cette fontaine jus- 
« qu'aux citernes sur un nombre infini de ponts où l'eau coulait 

' Ceci manquait dans le ms. A. 
Celle diblauce manquait égaiemenl dans le nis. A. 



264 TROISIÈME CLIMAT. 

Feuillet 69 recio. >, cl'unc manière égale et réglée. Ces ponts se composaient d'ar- 
« ches construites en pierre ', basses et d'une hauteur médiocre 
« dans les lieux élevés^, mais extrêmement hautes dans les vallées 
n et dans les bas-fonds. 

« Cet aqueduc est l'un des ouvrages les plus remarquables 
« qu'il soit possible de voir. De nos jours il est totalement à sec 
« ainsi que les citernes, l'eau ayant cessé de couler par suite de 
« la dépopulation de Cartilage, et parce que, depuis l'époque de 
« la chute de cette ville jusqu'à ce jour, on a continuellement 
« pratiqué des fouilles dans ses débris et jusque sous les fonde- 
« ments de ses anciens édifices. On y a découvert des marbres 
« de tant d'espèces différentes qu'il serait impossible de les dé- 
« crire. Un témoin oculaire rapporte en avoir vu extraire des 
" blocs de quarante choubras (environ trente pieds) de haut, sur 
« sept (environ soixante-trois pouces) de diamètre. Ces fouilles 
« ne discontinuent pas; les marbres sont transportés au loin 
« dans tous les pays, et nul ne quitte Carthage sans en charger 
« des quantités considérables sur des navires ou autrement; c'est 
« un fait très-connu. On trouve quelquefois des colonnes en 
" marbre de quarante choubras (environ trente pieds) de circon- 
« férence. 

" Autour de Carthage sont des champs cultivés et des plaines 
« qui produisent des grains et divers autres objets de consom- 
« niation. » A l'ouest est un district fertile dont le chef-lieu se 
nomme Setfoura ijyda^, et qui compte trois villes peu éloignées 
BiiERTE. *^<^ Tunis, savoir : Achlouna Aj^Xit , Tebakha iL^ss et Bizerte 

caj_j_i_>. Cette dernière, bâtie sur les bords de la mer, est plus 
petite que Tunis, dont elle est distante d'une forte journée de 
marche. « Elle est florissante et peuplée, on y trouve (facilement) 
« des compagnons de voyage et il y a un marché permanent. » 

' jjnJL et non Ij^^UL , comme on lisait dans le nis. A. 
' ^^ji)! j-ij i el non ^^v-^i*' j-AJ i- 



DEUXIÈME SECTION. 205 

A l'est de Bizerte est le lac du même nom dont la longueur l'euilipi 69 verso. 
est de 1 6 milles et la largeur de 8 ; il communique jiar une 
embouchure avec la mer. Plus il pénètre dans les terres plus sa 
surface s'agrandit, et plus il se rapproche du rivage plus il devient 
étroit. 

« Ce lac offre une singularité des plus remarquables. Elle 
« consiste en ce qu'on y compte douze espèces différentes de 
« poissons, et que, durant chacun des mois de l'année, une seule 
« espèce domine sans mélange avec aucune autre. Lorsque le 
" mois est écoulé , l'espèce de poisson ( qui lui correspond ) 
« disparaît et est remplacée par une nouvelle également distincte 
« et ne se confondant point avec la précédente qui a disparu, et 
« ainsi de suite jusqu'à la fin de l'année, et tous les ans. Voici 
« les noms de ces douze poissons : ce sont el-boury t^jjjJI \ el- 
« Cadjoudj 2^»Uii, el-Mahal J^l, el-Talanta AkOOJ! , el-Ach- 
« bliniat viaUiiAVwi't , el-Cheblé «)yL.i.J! , el-Caroudh ^^^^UJI , el- 
« Ladj ^'^\, el-Djoudjé i^-^, el-Kohla ^:6J\ , el-Tanfalou 
«y^kJI, el-Kela i»jJI. 

« Au sud-ouest de ce lac et sans solution de continuité, il en 
« existe un autre qui s'appelle le lac de Tandja ».^ , et dont l;i 



la 



« longueur est de 4 milles sur 3 de largeur. Les eaux commu- 
« niquent de l'un à l'autre d'une manière singulière, et voici com- 
« ment : celles du lac de Tandja sont douces et celles du lac de 
« Bizerte salées. Le premier verse ses eaux dans le second durant 
« six mois de l'année, puis le contraire a lieu; le courant cesse 
« de se diriger dans le même sens et le second lac s'écoule dans 
« le premier durant six mois, sans cependant que les eaux de 
« celui de Bizerte deviennent douces, ni celles du lac de Tandja 
11 salées. Ceci est encore l'une des particularités de ce pays -; 

Mugiceplialus. Voyez ci-dessus, I" climat, ii" section, page Sj. 
" Voyez, sur ce qu'il y a de réel dans ce phénomène, le Voy. de Sliaw, lome I , 
page 180 de la traduction française. 

34 



266 TROISIEME CLIMAT. 

Feuiliei 69 ïe«o. n à Bizcrte comiiie à Tunis, le poisson est peu cher et très- 
« abondant. » 
t*"*i-<:a De Bizerte à Tabarca *S;^îa, on compte 70 milles. » Cette 

" dernière est une place lorte maritiino, mcdiocrenient peuplée 
» et dont les environs sont infestés d'Arabes misérables (jui n'ont 
« point d'amis et qui ne protègent personne. Il y a un port re- 
« cherché par les navires espagnols et qu'ils prennent (pour point 
« de relâche) dans leurs traversées en ligne directe'. » A peu de 
distance sur le chemin qui conduit de Tabarca à Tunis , on trouve 
Badja a_=-L -, «jolie ville, bâtie dans ime plaine extrêmement 
•' feitile en blé et en orge, en sorte qu'il n'est pas dans le Magh- 
" reb de ville de l'importance de Badja qui soit plus riche en 
•1 céréales. Le climat y est sain , les commodités de la vie abon- 
« dantes et les sources des revenus productives; les Arabes sont 
" maîtres de la campagne. Au milieu de la ville est une fon- 
" taine dont les eaux descendent en forme de cascade et ser- 
« vent aux besoins des habitants. Il n'existe pas de bois dans ses 
« environs, ce sont des plaines ensemencées. Entre Badja et 
« Tabarca on compte une journée et quelque chose de plus. Au 
« nord , vis-à-vis , et à une forte journée de Badja sur le bord 
" de la mer, est la ville dite Mers el-Djoun ^^ jg*^ (le port du 

Feuillet 70 recto. « golfe). 

" Mers cl-Djoun est une petite ville, entourée d'une forte 
« muraille et munie d'une cassaba; les environs sont peuplés 
» d'Arabes. Les habitants vivent des produits de la pêche du 
« corail. Cette pèche est très-abondante, et le corail qu'on trouve 
'< ici est supérieur en qualité à tous les coraux connus, notani- 
« ment à celui qu'on pèche à Sebta x**^ (Ceuta) et en Sicile 

' Nous avons préféré le sens le plus probable : voici au surplus le texte arabe de 
ce passage embarrassant : L_<_jt_kS j L*J^j».bj U^' (Sr*^ jj«J<Xji)l t-0|_^j 

' La \ acca de Salluste , Bell, Jug. La Baga de Plntarque , m Mario. 



DEUXIÈME SECTION. 267 

« iuJuio. (Nous parlerons ci-après de Sebta, ville située sur le 
« détroit de Gibraltar auprès de l'océan ténébreux.) Les mar- 
« chauds viennent (à Tabarca) de divers pays pour y faire des 
« achats considérables de corail destiné pour l'exportation à 
« l'étranger. 

« Le banc (littéralement, la mine) est exploité tous les ans. 
« On y emploie en tout temps cinquante barques plus ou moins; 
« chaque barque est montée d'environ vingt hommes. Le corail 
" est une plante qui végète comme les arbres et qui se pétrifie 
« ensuite au l'ond de la mer entre deux montagnes très-hautes. 
" On le pêche au moyen d'instruments garnis de bourses nom- 
" breuses, lesquelles sont faites de chanvre; on fait mouvoir ces 
n instruments du haut des navires; les lils s'embarrassent dans 
n les branches de corail qu'ils rencontrent , alors les pêcheurs 
« retirent l'instrument et en extraient le corail qui s'y trouve en 
« grande abondance. On en vend pour des sommes d'argent 
« considérables, et c'est la principale ressource des habitants. 
« On boit (à Tabarca) de l'eau de puits, et comme il y a peu 
« de champs ensemencés, les céréales y sont apportées par les 
« Arabes des campagnes environnantes; les fruits viennent de 
" Boue et d'ailleurs. » 

Entre Mers el-Kharaz jj^ .s-j-* et Bone hj^ , on compte une 
journée faible, et par mer, 2 4 milles rousié i^jj. 

« Bone iOjj est une ville de médiocre étendue. Elle est com- 
" parable sous le rapport de la grandeur à Arbes ^j^J . Elle est 
« située auprès de la mer ^ Elle avait autrefois de beaux bazars 
" et son commerce était florissant. On y trouve beaucoup de 
« bois d'excellente qualité, quelques jardins, quelques arbres, 
« et diverses espèces de fruits destinés à la consommation locale, 

' Nos deux manuscrits cous melleiil à portée d'éclaircir ce passage, qui paraîl 
avoir embarrassé M. Hartmann. Le texte porte w^yji w*^ As et non pas y^ As 

34. . 



Ki'iiilUl 70 rr-ilo. 



Fcuill 



cl 70 recto. 



268 TROISIÈME CLIMAT. 

« mais la majeure partie des fruits provient des campagnes envi- 
« ronnantes. Le blé y est abondant, ainsi ([ue l'orge, quand les 
« récoltes sont favorables, ainsi que nous l'avons dit. Il s'y trouve 
« des mines de très-bon fer, et le pays produit du lin, du miel, 
« du beurre; les troupeaux consistent principalement en bœufs. 
« Cette ville a diverses dépendances et un territoire considérable 
« où les Arabes dominent. 

1 Bone fut conquise par un des lieutenants du grand roi 
■■> Roger, en 5/18 (1 i53); elle est actuellement pauvre, niédio- 
« crement peuplée , et administrée par un agent du grand Roger, 
« issu de la iiuuillc de Ilamad. " Cette ville est dominée ' par le 
djebel ïadoug éj-Xj J.^^ , montagne dont les cimes sont très-éle- 
vées, et où se trouvent les mines de fer dont nous venons de 
parler. De Bone à Arbes (j«o,t , on compte 2 journées, et d'Arbes 
à Caïrowan , 3 ; de même de Badja x=-L à la mer, 2 petites 
journées. 

« Arbes ou Arbous ^J^J^^ ou ,j«jjji)l est située dans un bas- 
fond et ceinte de bonnes murailles en terre. Au milieu de la 
ville sont deux sources d'eau courante qui ne tarissent jamais 
et qui servent aux besoins des habitants. L'une de ces sources 
s'appelle la source de Rebah ^Ij jj>£, et l'autre la source de 
Ziad il.j) tjî-c; l'eau de cette dernière, la meilleure des deux, 
est parfaitement saine. Le territoire d'Arbes contient des 
mines de fer, mais on n'y voit absolument aucun arbre. On y 
recueille de l'orge et du blé en abondance; à 12 milles de là 
et à l'ouest d'Arbes - est située la ville d'Abah ajI , dont le ter- 
ritoire produit du safran qui, sous le rapport de la quantité 
(que le terrain produit) comme sous celui de la (jualilé, est 
comparable au safran d'Espagne. Les territoires de ces deux 



' La version ialine porte ; ej: parle ipsius septenirionali , ce qui ne se lit pas ilans 
le lexle arabe; c'est éviderainent une erreur. 
- Le ms. A. porte Arnes. 



DEUXIÈME SECTION. 209 

« villes n'en font qu'un et se confondent. Au centre tl'Abah est icuiiiei 70 ncto. 
« une source d'eau douce très-abondante qui sert aux besoins 
" des habitants. La ville était autrefois entourée de murs cons- 
« truits en terre, et le prix des objets de consommation y était 
" peu élevé; actuellement tout est à peu près en ruines. D'Arbes 
« à Tamadit i_A.j.x.<ib , on compte 2 journées. Cette dernière ville 
« est entourée de murs de terre ; on y boit de l'eau de source ; 
« on y recueille beaucoup d'orge et beaucoup de blé. Dans l'in- 
" tervalle compris entre Arbes et Tamadit est un bourg nommé 
« Merdjana iLjU-^ dont les habitants sont en rixes continuelles 
» avec les Arabes, et récoltent du blé et de l'orge en quantité 
« plus que suffisante pour leurs besoins. 

« D'Arbes à Caïrowan ylj^ï, 3 journées; 

« D'Arbes à Tunis ij^j^, 2 journées; 

« De Tandjis (j<»-s?b à Constantine iOxliÀ-**, 2 journées; 

« D'Arbes à Bedjaïa xjU?, 12 journées; 

« De Zemadjna RXs=~Uj k Medjana AjUi, 2 faibles journées, ou 
« plutôt une très-lorte. 

« Medjana est une petite ville dans le territoire de laquelle 
« autrefois on cultivait beaucoup de safran. Il y a une rivière 
« dont les eaux sont excellentes et proviennent d'une montagne 
« voisine où l'on cultive des céréales. Cette montagne est très- 
« haute et l'on en extrait des pierres de moulin d'une qualité 
« tellement parfaite , que leur durée égale quelquefois celle de 
« la vie d'un homme sans qu'il soit besoin de les repiquer, ni 
« de les travailler en aucune manière, à cause de la dureté du 
« grain et de la cohésion des molécules qui les composent. Les 
" Arabes dominent à Medjana et y emmagasinent leurs provi- 
« sions. De Medjana à Constantine, on compte 3 journées; du 
» même point à Bedjaïa el-Nassrié iC^j-oUJ! ajIsT, G journées '; « 

' La version laline indique, page 88, la distance d'une journée entre Bedjaïa 
et la mer; celle indication manque dans nos deux manuscrits. 



Keuillel 70 verso. 



270 TROISII.MK CLIMAT. 

Feiiillci 70 verso, gt entre Tunis et cl-Flaniamat tyUU^i, une forte journée. Cet 
espace est égal à la largeur d'une île dite l'île de Bachek «x>=- 
jj-il. ', " laquelle est une terre de bénédiction, couverte d'habi- 
« tations, produisant des olives, des grains et toutes choses en 
« abondance. 11 y a peu d'eau courante sur la surface de la terre, 
<■ mais des puits en quantité suffisante; en somme le territoire 
■ de cette île est très-fertile. Elle formait un district dont la ca- 
" pilale était Bachek, ville dont il ne sxibsiste plus que les ruines 
« et un fort encore habité. De cette île dépend un autre fort 
« situé sur les bords de la mer et nommé Nabel Job (Napoli). 
« Du temps des Chrétiens (ou des Romains) il y avait auprès de 
" ce dernier fort une ville, mais elle est actuellement ruinée. 
" Le fort de Nabel est peu considérable, mais habité. 11 en est 
" de même du fort de Tousihan yL^.*^^, dans le voisinage duquel 
« on voit encore les vestiges d'une ville qui était florissante à 
1 l'époque de la domination chrétienne. » Entre Tunis et Caï- 
rovvan est la montagne dite de Zaglnvan y'^j, qui est très- 
haute, et qui, par ce motif, est prise par les vaisseaux en pleine 
mer pour point de reconnaissance. « Les flancs de cette mon- 
" tagne sont fertiles, ensemencés et peuplés en certains endroits 
« de Musulmans non mêlés (avec d'autres races). Il en est de 
« même de la montagne d'Esalalt oJJu.1", dont la longueur est de 
« 2 journées de marche, qui est distante de Tunis de 2 journées, 
« et de Caïrowan de i5 milles. On y trouve de l'eau courante, 
un grand nombre d'habitations et divers forts, tels que Djouzat 
^\j^s-, Saf ôU,, el-Caïtana iLÀii*iJi, dar el-Daouaïb c^l^^i jli. 
Toute cette contrée est peuplée de tribus berbères qui y élè- 
vent des troupeaux de bœufs, de moutons, des chevaux et des 
mulets. Quant aux Arabes, ils dominent dans les plaines. 
" Il nous reste à indiquer les routes fréquentées dans ce pays : 

' Ou Basée. — ' Ou Uselett, d'après la carte jointe au Voy. de Shaw. 



Feuillet 7 1 rcclo 



DEUXIÈME SECTION. 271 

" On peut se rendre de Caïrowan à Tiliant ou Taliait ^j-^\ de i'<MW-t 71 lecio. 
» Caïrowan à el-Djahinataïn ysAÀ>,-^-4, en une journée; à Sabiba 
" xjiMM, en une journée. Sabiba est une ville ancienne, bien 
« arrosée, environnée de jardins, pourvue d'un bazar solide- 
" ment construit en pierres, et dont dépend un faubourg où sont 
" des caravansérails et où se tiennent des niarcbés. Les eaux 
'< qu'on y boit sont des eaux de source ; elles servent à l'irrigation 
« des jardins et à celle des champs où l'on cultive du blé, (ki 
« cumin, du carvi et des légumes. 

« De là à Merdjana &jl=-^, bourg appartenant aux Hawara, 
« une journée; 

« De Merdjana à Medjana ajIs2, ville dont nous avons déjà 
" parlé, 2 journées; 

« De Medjana à Meskana x>lsC->/i, bourg ancien, plus grand que 
« Medjana, dont le territoire arrosé d'eau de source est bien cul- 
« tivé, et dont le bazar s'étend en longueur sur une seule ligne, 
« une journée. 

« De là on se rend à Baghaï ^^Ul. , ville florissante que nous 
« avons déjà décrite dans la présente section. L'itinéraire de Ti- 
•< niadi i^^Uy à Baghaï et à Alraasila *>vA<«di est tel que nous 
« l'avons indiqué; mais il existe une route de Caïrowan à AJma- 
« sila autre que celle dont nous avons parlé; la voici : 

« De Caïrowan à Djeloula ^_yi=-, petit bourg entouré de murs, 
« eau courante, beaucoup de beaux jardins et de palmiers, une 
« journée. 

■ « De là à Abdl (^Js^s-t, joli bourg, eau de puits, champs ense- 
« mencés d'orge et de blé, une journée. 

« De là à Tambana iUjsîUa auprès d'une grande plaine où l'on 
« cultive l'orge et le blé en abondance, une journée. 

« De là à el-Arbadh o^jt, une journée. 

' La distance manque. 



272 TUOISII.MI (Il M VT 

tV\ii)l.M 71 rwK>. „ D'ol- Arh.ulli A 'ril'aol» (jùlio , \illo ;mcii'iuu', cnloiircf ilf 

■' vieux murs tonsiniils «m» jùonos cl en tli.\n\, );ii(ims, \(M'i;or,s. 
' " j;;ran(it' rulliirt» doigo. une jiuirm>(>. 

" Do ril'iu-h i\ Cassi' cl-AIViki J^-^iJi" y^. IxMiii; non cnlouiô 
« ilo nuirs , doul los onviroiis produlsciil du hic cl de lorge, 

• une journée. 

. De 1,1 au luiurg de A/.kou ^j^ ^ eaux do soui'ce, jardins, 
» eliainps ensen\t>neés dorije et de Idé. et Irt's-lertiles, luie 
» journée. 

« De 1;'» au liour^ de Horilawan ^jl^i^. ^ni lut ,\utretois consi- 
« (lorablo. eultnre dorije et de Me, une jouineo. 

.^ Do 1;\ i\ ol-Hahrounod Ooj,_^l. boni g .<ituo dan.s un bas- 
« fond où .sont do.-» jniils d'eau douce. 11 y avait aulroloi.s un 
« marebo. l.o pays est en nia|Ouro partie peuplé de Uerbors 
« Ketania et Ma/ata. l ne journée. 

« De 1;\ au Innirs; de Ma.^il ^v,v*.U. arbre.s et babitation.s, une 
' journée. 

« Do 1;\ ;\ Dekba. X^i oii est un niarebo (Veipiente par le.s 
« Ketania. une journée. 

' De 1;\ à Ou-sn\a.<a .vw-,-n-.'. vdla^e berber, eaux courantes, 
■^ ble et oi^e, une joui'uéo. 

« De l.\ ;\ .Vlinasila a.V^-~1' . un peu moins dune journée. 
Veuille. 7. vor*.v . DAlnuv^ila à \N ardjolau ^>»>>,lj. on compte i:\ journées. 

• Cette dernière ville est fivqviontée par de nombreuses tribus 
« et babitee par des né<:;ociants fort licbes i|ui font le commerce 
■ du Soudan, du Gbana et du \\ aujrara iloù ils tirent de Tor 
« qui est ensuite Trappe ;'> Wardjelan cl au coin do cette ville. 

• Ils sont en «renéral de la secte dite \\ ababia JUkA.. c'est-à-dire 
« qu'ils sont scbismatiques cl dissidents. 

De Wardjelan ;\ Cibana, on compte ^o journées. 
• De \\ ardjelau ;\ Kaous;ba, environ un mois et demi de 
« maixbe. 



I)KI!XII>IV1R SECTION. 275 

« ])<: W.'ll'l)'l,lll .'l KîlDllf^ll.'l A*jS', I .'i joilrn/'f;». Iniillilvi vcrw, 

" licvfnoiis Mi.iiiilciiiml .'i (]ii\)(-n lt-jIj, ville d'Ad ifjiic , siliii'c 
" sur l(!S l)f)i(l,s (le lîi riKw cl, doril rinim îiv'mih «Irl/i lliil rricrilirm. 

« De Cabcs .'iFoiiwara b'y^'- ''""'''" li'ni'i,' ;" lii< ll< mcnl luiné, 
" .'i'i iiiillcs; 

" \)i: l''oiiwaia h AJxir-Kfiahol, c-wLi. jll , .'io millris; 

« De Iti à Salira «yuo, y. /( rnillos; 

" Du l'orl (lo Sabra h Tripoli ,j«jjl^l^t> , imc jrnu ri(''.(!. 

« 'l'ont, lo [jays ((iic nous vonon.s rio d/icriro est, rin.scrt par 
« ftuilc dos dôvaslatioiis qu'y ont conunisc.H Je» Arahr^s; il ix: ,md)- 
" sjstc plus (\<: traces des anr.ierines liaijilalions; les Irnils, le» 
» biens de la terre, la popnlalion, tout a disparu; le pays est 
" abind'iiiné c'i des Iriluis d'Arabe» rlkes iVIerdas ^J^\^^ et liebali 

« I^ seconde route de Cabe» à Tripoli passe par VVarli-llanen 
" (_f«Jl»- i^ilj, I5ir Zenata Ajli)_^, Tarnedfit, i-'AiA.^b, liar el-Abbas 
" ^^UiJI j'j, Ma.sa L«U, iJir e.s-Safii \X>ai\jM. ■> 

Quant a 'J'np'ili (j^^jl^lo, c'r^sf une ville l'orle, entourée d'une tui-ou. 

bonne rmuaillc, »itu<;c sur le i)f)rd de l.j mer; «es édifices sont, 
d'une blancheur remarquable et la ville est con|)ée fie belles 
rues; « il s'y tient des rnarcliés; les oJjjets fin f;onifnerce et b;s 
" produit» de J'industric sont (nportés an loin. Avant J'éporjue 
'< afluelb;, tous ses quai tiers étaient bien peuplés et se» environs 
" couverts d'oliviers, de figuier», de dattiers et fie toute sorte 
« d'arbrf;» à fruits; mais fliverses tribus s'étant répanflues flans la 
" campagne et ayant cerné la ville, la population réduite à la rni- 
' sère fut obligée de l'abandonner, apré» avoir vu ses jjjantations 
« détruites par les Arabes et les sources des eaux épuisées par 
" eux. » 

En 5/(o de i'Iiégire (i i /if) de .lésus-Cbrist), b: grand roi iJoger 
prit cette ville et réduisit en esclavage les babitant»; « il en e,st 
■< actuellement pfjssesseur et elle fait partie de .»e» états. le 

'6'j 



274 TROISIÈME CLIMAT. 

Feuillet 7] verso. ,. territoire de Tripoli est fertile en céréales de qualité supé- 
« rieure, comme tout le monde sait. » 

De Tripoli, en se dirigeant vers l'est jusqu'à la ville de Sort ou 
Sert cjj-œ AJoJ^, on compte 280 milles ou 1 1 journées, savoir : 

De Tripoli à el-Mcdjcleni ^gJu^\ , 20 milles; 

D'el-Medjeleni à \\ardasa &«.Iij^, 22 milles; 

De Wardasa à Raghoura »j_y«j, 2 5 milles; 

De Raghoura à Tawargha ^jjb, 2 5 milles; 

De Tawargha à el-Monessef >.juaÀi! , 20 milles; 

D'el-Monessef à Cossour Hasan ben el-No'man el-Ghasani, 
jU«j«Ji yUjiiJ! (jj (j-««a- ^^J->^ , ho milles; 

De ce dernier lieu à el-Assnam -Uoï^l, 3o milles; 

D'el-Assnam à Sort vi^^-a«Ç ho milles. 

« La roule qu'on suit pendant ce trajet s'éloigne ou se rap- 
« proche plus ou moins de la mer, et les terres que l'on par- 
« court sont occupées par les Oudabab <^^^j , tribus arabes. 

Il Sort est une ville ceinte d'un mur de terre, et située à 2 
« milles de la mer. Elle est entourée de sables. On y voit des 
" restes de plantations de dattiers, point d'oliviers, mais beau- 
Feuillei 72 rccio. " coup de mùrlers et de figuiers. Ces arbres y seraient encore 
« en plus grand nombre sans les dévastations continuelles des 
« Arabes. A Sort, l'herbe est plus rare qu'à Audjela *M-jI, et les 
« dattiers en nombre moins grand qu'à Wadan y'^j. Autrefois 
« les dattiers y suffisaient à la consommation de la population; il 
« y avait aussi des jujubiers, mais actuellement il ne s'en ren- 
• contre plus que dans le lit des torrents ou sur les sommets 
« des collines; les fruits ont entièrement disparu. L'eau des 
Il puits est rare et l'on ne fait usage que de celle qu'on garde 
■1 dans les citernes. La majeure partie des habitants de la ville 
" de Sort est berbère. 

" De Tripoli au mont Meferda iiiyLo J-s=», 3 journées; 

« De Tripoli au mont Nofousa *^^«j Jj^p-, G journées; » 



DEUXIÈME SECTION. 275 

Du montNofousa à Sfaks, 9 journées. . Feuiilei 72 recio. 

« De Nofousa à Castilia AxUk-^, 6 journées. 
« Les habitants du mont Nofousa sont des Musulmans scliis- 
matiques de la secte de ben-Menbah eMemaui jl.<Jt &aà^ yj, 
dont nous avons déjà parlé à Toccasion de l'île de Djerbé *^^.js-. 
« De Nofousa à la montagne de Deniar y.^:> J^=>, 3 journées 
par un pays sablonneux; cette montagne est peuplée de ber- 
( bers Rabana ^^\J>J qui y élèvent des chameaux; ils montent 
ordinairement les blancs, qu'ils préfèrent comme plus légers et 
résistant mieux (que les autres) à la fatigue. Ils s'en servent pour 
aller au loin surprendre les tribus arabes cju'ils peuvent ren- 
contrer dans les déserts, s'emparer de leius chameaux, et re- 
tourner dans leurs montagnes avec le butm qu'ils ont fait; ils 
n'ont pas d'autre industrie; il n'est aucune des tribus arabes 
habitant dans leur voisinage cjui n'ait à se plaindre d'eux, et 
rien n'est plus difficile que de les atteindre, soit parce que leurs 
courses sont très-rapides, soit parce qu'ils connaissent parfaite- 
ment le pays et qu'ils y trouvent des lieux de refuge assurés. Le 
mont Dcmarj_«i s'étend du côté du midi jusqu'au Wadan y'^^j. 
« Après avoir ainsi décrit les pays dépendants de Tripoli, nous 
allons indiquer les caps, promontoires, châteaux et lieux situés 
sur la côte qui font partie de la présente section, et ce d'après 
les renseignements que nous avons obtenus. Que Dieu nous 
assiste dans ce travail! 
« De la ville de Bone *o^j à cl-Tarf ùj-laJt , 6 milles. 
« De cette même ville au golfe d'Azcac ^^bji , lio milles. 
" Azcac est un golfe à l'extrémité duquel se trouve le port 
« d'el-Kharaz j^ isv'- dont un des caps s'avance dans la mer. » 
D'el-Kharaz à Tabarca i^i^L, 2 /| milles; et de là auprès du golfe, 
i5 milles en ligne droite, et 2/1 milles en suivant les contours. 
On remarque dans ces parages une dune de sable distante de (i 
milles de la mer et connue sous le nom d'el-Mencharjl.ÀÀll «)^. 

35. 



276 TROISIÈME CLIMAT. 

Feuillet 7i iccio. D'el-Menchur au fort d"Abi-Kliallfa iùuU. jl, lo milles. 

De là, en traversant directement le golfe, 20 milles, et en 
suivant les contours, 28 milles, et au cap d'el-Tarf o^l, 12 
milles. 

D'^Uil-Khalifa à Benzert (Bizerte) «^jy*», dont il a déjà été 
question, 8 milles. 

De Bizerte à beni-Wedjass o°^J tf>J , 1 2 milles. 

De là au cap dit Ras el-Djebcl JyL=i ^^l_,, en cùtoyant une baie 
sur les rives de laquelle on remarque divers châteaux, i3 milles. 

Du cap de Beni-Wedjass à Mers el-Wad il^l ,^j^, 3 milles. 

« Mers el-Wad est un port où une petite rivière vient se jeter 
« dans la mer. » 

De Cassr Mers eM^ ad à Cassr Tersa Daoud ijti f^jjj^xi, 
3 milles. 

De Cassr Tersa Daoud à Cassr Sounïn (j^^o jj^, 5 milles. 

De Cassr Sounïn au cap dit Ras el-Djebel JyJi u«!j, 2 milles. 

Ce lieu est également nommé el-Kcnisa &«»>^I (l'église). " C'est 
« à el-Kenisa que commence le golfe au fond duquel se trouvent 
« le lac et la ville de Tunis. » 

Du pied de la montagne, en suivant les contours du golfe, jus- 
qu'à l'embouchure de la rivière dite el-Badjarda »>h^, on compte 

Feuillet 72 verso. (3 milles. 

De ladite embouchure à Cassr Halla «Xji.^^-iai (ou Djalla), 4 
milles. 

De Cassr Halla à Cassr Djerdan u^ij^jMii, 2 milles. 

De Cassr Djerdan à Carthage îUs-Ua^j, 2 milles. 

« La ville de Carthage, dont nous avons déjà parlé, n'est plus 
« qu'un lieu couvert de ruines. » 

De Carthage à Halk el-Wad i^l ^^k^ (la Goulette), 3 milles. 

« La Goulette est située au fond du golfe de Tunis. » 

De la Goulette à Cassr Djcham «-^^j-kaï, 12 milles. 

A Cassr Kerbas uaj^jjai, iG milles; et à Afran yî^l (Porto- 



DEUXIÈME SECTION. 277 

Farina) où est un cap qui s'avance dans la mer, 1 1\ milles. Le Feuillet 72 verso. 
contour de tout le golfe est de 7/i milles; mais, en allant direc- 
tement de Ras el-Djebel à Afran , la distance n'est que de 28 
milles. 

Du fond du golfe , où est la Goulette , au cap d'Afran , 2 8 milles 
en ligne directe, 56 en suivant les contours. 

D'Afran à Cassr el-Naklila AX.^!^Aaï, G milles. 

De Cassr cl-Nakhla à Benzert (Bizerte) »^^jr*j, 12 milles. 

De Bizerte à Bone iij^ , 3o milles. 

De la Goulette de Tunis à Bone ',70 milles. 

Vis-à-vis de Bone se trouvent deux montagnes distantes l'une 
dp l'autre de 7 milles. L'une se nomme Djamour el-Kebir _^^U»- 
jmS\, et l'autre Djamour el-Sogliaïr j.AXAaJI j^L=- . 

De Djamour el-Kebir à Bone ajjj , 1 2 milles. 

De Bone au cap dit Bas el-Rakhima x^vj..^! , par la route 
directe, 1 mille (Bakhima est au fond d'un golfe dont les eaux 
sont peu profondes); par les contours, 6 milles. 

Du cap d'el-Bakliima à Tarf el-Baghla *)oi+II c^ ". Tarf el- 
Baghla est au pied de la montagne dite Adar^bt (le cap Bon), 
située du côté d'Aklibia aj^aa^ïI (Gallipoli d'Afrique), à l'est. 

De Bas el-Bakbima k Djamour el-Sogliaïr, 6 milles. 

« Les deux Djamour sont des montagnes auprès desquelles on 
« va mouiller en cas de vent contraire. » 

On compte d'Aklibia à Bone, 3o milles; 

D'Aklibia à el-Monastir j.Ai.»uiii , un jour de navigation; 

D'Aklibia à Cassr Beni-Marzouk jjj_y-« ^j-^aï, 7 milles; 

De Cassr Beni-Marzouk à Cassr Lebna tj^lj^^, 8 milles; 

De Cassr Lebna à Cassr Saad o^jt» _,->«, 4 milles; 

De Cassr Saad à Cassr Caria a^jijMi, 8 milles; 

La version latine porte ici ad Nubam au lien de ad Bonam, et ailleurs Nuba au 
lieu de Bona, m.iis c'est évidemment par erreur. 
La distance manque. 



Feuillot 72 verso. 



Feuillel 1 13 versn 
(lu ms. B. 



278 TROISIÈME CLIMAT. 

De Cassr Saad à Tousihan yL^,jç»,y ^i^, lo milles. 
Tousilian esl un cap qui s'avance à la distance {l'un mille et 
demi dans la mer, et qui a la forme d'une dent molaire; il est 
distant du fond du golfe de /| milles. 

De Tousihan il Nabel (iNapoli d'Afrique) Jjj, 8 milles. 

» Nabel était, sous les Chrétiens, une ville grande et bien 
Il peuplée; mais l'ile de Bachek (f^[> étant tombée au pouvoir 
Il des Musulmans dès les premiers temps de l'hégire, Nabel 
« perdit sa splendeur et son état florissant, à tel point qu'il n'en 
Il reste que le château et quelques ruines. Ces vestiges, qui em- 
n brassent une grande v,étendue de terrain, prouvent que Nabel 
Il dut être considérable autrefois. " 

De Cassr Nabel i Cassr el-Khaïat LUil _,,««. fort situé à près 
de 2 milles de la mer, 8 milles; 

De Cassr el-Khaïat à Cassr el-Nakhil Jj^sUl ^,.Aaï , 6 milles; 

De Cassr el-Nakhil à el-IIamaniat uUl^-, 7 milles. 

Il En revenant de Hamamat à Tunis, la route est d'une jour- 
ci née, distance égale à l'étendue en largeur de l'île de Bachek, 
■I dont il a déjà été question. Cette partie de la côte porte le 
■I nom de Hamamat, ainsi qu'un château bâti sur un terrain qui 
Il s'avance en mer à près d'un mille. « 

De Hamamat à Almenar jli-ll , 5 milles. 

Almcnar est un château assez éloigné de la côte. 

D'Almenar à Cassr el-Marssad 4X.«3^I jj^ , et à Cassr el-Mora- 
betïn (jJajt^l j-iai, 6 mdles. Ce château se trouve au fond du 
golfe dit Djoun el-,Mcdfoun y^j'>41 yj-^ '• 

De Cassr cl-Morabetïn au cap de Djoun el-Medfoun , 6 milles; 

De ce cap à Hercalia iKjJ^jj>\ , 8 milles; 

D'Hercalia à Sousa i^^^, 18 milles. 

« Sousa ou Sous est une ville bien peuplée; il s'y fait beau- 

' H existe ici dans le ms. A. une lacune consid(5ral)le que nous avons remplie 
au moyen du ms. B. (Feuillets ii3 verso el suiv.) 



(In ms. B. 



DEUXIÈME SECTION. 279 

« coup de commerce. Les voyageurs y afDucnt clo loulcs parts; Fouiliit 1 13 verso 
» on en exporte divers objets fabriqués ou autres que l'on ne 
" peut se procurer que là, et notamment certains turbans aux- 
« quels on a donné le nom de turbans de Sousa. 11 s'y tient des 
!• marchés; la ville est environnée d'une forte muraille en pierres 
« de taille; on n'y boit que de l'eau de citerne. » 

De Sousa à Secanes u«^I.Ji.4u, 8 milles; 

De Secanes à Cassr Beni-Djebad iL^-a- <^jaaï, ^ milles; 

De Cassr Beni-Djebad aux cbàteaux de Monastir^ kmJi^, 

2 milles; 

Du fort d'Aklibia à Monastir, en ligne droite, loo milles (une 
journée de nagivation), ou 120 milles en suivant les contours; 

De ^ à Monastir, 9 milles; 

De cette île à Cassr Larata Aklj->aï, 10 milles; 

A el-Dimas ij«lf JJl , 1 2 milles ; 

A Malulia iij>>^.^' \Xj.3^, 20 milles; 

De Monastir à Mabdia, 3o milles; 

De Monastir à Cassr Lamta, 7 milles; 

De Cassr Lamta à el-Dinias, 8 milles; 

D'el-Dimas à Mabdia, 8 milles. 

" La ville de Mabdia, dont on a déjà donné la description, 
« est environnée par les eaux de la mer ; elle est située à l'entrée 
« d'un golfe qui#court dans la direction du sud. « 

De Mabdia à Cassr Selcata iikxL«jjaï, 6 milles; 

De Cassr Selcata à Cassr el-A'lia iUJlxIlj-jA», 6 milles; 

De Cassr el-A'lia à Cassr Caboudia iiji^lïjjaï, i3 milles. 

" Caboudia est un cbâteau situé sur le bord de la mer, qui 
« est ici très-poissonneuse. » 

De Caboudia à Cassr Melian ylxUjjaS, 8 milles; 

' Ce nom de lieu manque, mais toul porte à croire qu'il s'agit de l'île dite Ku- 
riat, silnce en effet à peu de distance de la côte, et dont il est fait mention dans 
la version latine, page go. 



(lu nis. h. 



280 TROISIÈMK CLIMAT. 

l'eiiiliH ii4reci.. A Cassr el-Rilian ylsr^JI^^Ai», /( milles; 

A Cassr Canata ïLUiijjkai, h milles. 

« On fabrique à Canata, avec de l'argile de couleur rouge, 
« beaucoup de poterie que l'on transporte à Malidia. <> 

De Canata à Cassr el-Lauza ij^^j^a:», 4 uiilles. 

De Cassr el-Lauza à Cassr ez-Ziad il.jjij.iaji, 6 milles. 

De Cassr ez-Ziad à Cassr Medjounès ij^^jMxi, S milles. 

De Cassr Medjoiniès à Cassr Camnas |j-U«l; ,j^, X milles. 

De Cassr Camnas à Cassr Nezel Jy_^ï, 2 milles. 

De Cassr ez-Ziad jusqu'aux limites du territoire de Cassr Nezel, 
I 8 milles. 

De là à Cassr Habla i^j.^ jj^i \ 2 milles, en suivaut la côte. 

De Cassr Ilabia à Slaks j^îUu., 5 milles. 

En sonuîie, de Caboudia à Sfaks, on compte l^o milles en 
suivant les contours du golfe, ou 3o milles en ligne directe. 

Vis-à-vis de Cassr ez-Ziad en mer, vers l'orient, est l'île de 
Kerkené AXiyi, située entre Cassr ez-Ziad et Sfaks. On compte de 
fiaboudia à Kerkené -20 milles, et de Kerkené à Sfaks environ 
I 5 milles. 

« Kerkené est une île jolie et bien peuplée, quoiqu'il ne s'y 
« trouve aucune ville; les habitants demeurent sous des cabanes 
« de roseaux. L'ile est bien fortifiée; elle produit beaucoup de 
<• raisin, des jujubes, du cumin, et de l'anis. ^e roi Piogcr s'en 
« empara l'an 5^8 de l'bégire (1 153). 

« On voit, près d'un château qui se trouve dans l'île, des grot- 
« tes ou cavernes qui servent, aux habitants, de refuge contre les 
« invasions auxquelles ils peuvent être exposés. On donne à ces 
" grottes le nom de Kerbedi <^>-V)J. t- 

« De Kerbedi à Beït Cosseïr ,.>Aai ^^^j, 20 milles. 

« L'île a 1 G milles de long sur G milles de large. " 

' \oyez, pour les vaiianles résullant de la présence ou de l'absence des points 
diacriliques, la version latine, pa{;e 90 et suiv. 



DEUXIÈME SECTION. 281 

De cette ville à Tarf cl-Ranila ik^l Oj^, à milles. 

De là, revenant au midi vers le point où commence le golfe, 
à Cassr Madjous u~j_=-U ^^..laî , l^ milles. 

De là à Cassr NaLka &ivj.*aï, lo milles. 

De Cassr Nabka à Cassr Tenida so^aàj fMi'i, 8 milles. 

De Cassr Tenida à Cossour el-Roum ^,j.l\ jy^i, Ix milles. 

De Cossour cl-Roum à la ville de Cabes ^J>^\i , précédemment 
décrite, 7 5 milles. 

De Cabes, en suivant la côte, jusqu'à Cassr ebn-A'ïchoun ^^*a-* 
uy^s- yj, 8 milles, et à Cassr Zadjouna aj^^jj^Ai, 8 milles. 

De Cassr Zadjouna à Cassr Bcni-Mamoun y^.<U 4/0 ^^-^aî, 'io 
milles. 

De Cassr Beni-Mamoun à Amroud .sj^' , 1 1 milles. 

D'Amroud à Cassr cl-Djarf ô^jj.aj, 18 milles. 

Ainsi, de Ras el-Ramla aV^I ^j*Ij, à Cassr el-Djarf, par le dé- 
sert, on compte 5o milles, et en faisant des détours, 1 5o milles. 

De Cassr el-Djarf à l'île de Djerbé Htjs^ ^j^j-^' ^ milles. 

« Cette île est peuplée de Bcrbers, généralement bruns de 
« couleur, enclins au mal, et qui ne parlent aucune autre lan- 
« gue que le berber. Ils sont toujours disposés à se révolter, ne 
« voulant recevoir de loi de personne. Le roi Roger, vers la fin 
» de l'an 629 de l'hégire (en 1 i3A), équipa une flotte qui s'em- 
« para de cette île. Les habitants se soumirent d'abord et restè- 
« rent tranquilles jusqu'en l'an 5.48 (1 i53), époque à laquelle 
" ils secouèrent le joug. Roger, pour les punir, y envoya une 
« nouvelle flotte. L'île fut de nouveau conquise, et ses habitants 
« furent réduits en esclavage et transportés à la ville '. 

« La longueur de l'île de Djerbé est, de l'est à l'ouest, de 6f) 
« milles, et .sa largeur, à partir du cap oriental, est de i5 milles. 
« De ce cap à la terre ferme, on compté 20 milles. La partie la 

' Probablement à Mahdia. 

36 



ri'uiilel 1 i i rcfl'» 
lin ni>. B, 



FeuiHct 1 1 'i recto 
liti m:*. II. 



i- L'uillet 1 1 i verso 
(lu ms. B. 



282 TROISIÈME CLIMAT. 

" plus étroite de l'île est vers le cap dit Ras Kerïn (^j^ ^1^ , cl 

« la plus large vers le cap dit Ras el-Tidjan yls^jJl u-l^. 

« Du coté de l'est, cette île touche à celle de Ziiou jj ij, 

« qui est fertile eu dattes et en raisins. On compte environ 
' un mille de distance entre la terre ferme et file de Zirou. Elle 
« est située vis-à-vis Cassr Beni-Kliattab oUai- (^jmu. Les habi- 
tants de cette île sont des musulmans scliisniatiques de la secte 
« dite Wahabia »MJbyi\ ; ceux des forts et châteaux voisins de ces 
>■ deux îles appartiennent à la même secte. Ils pensent que leurs 
>' vêtements seraient souillés par le contact de ceux d'un étran- 
« ger; ils ne lui prennent pas la main, ne mangent pas avec lui; 
« ils le font manger séparément dans de la vaisselle réservée à cet 
« usage; les hommes et les fenuiies se purifieni tous les matins; 
« ils font usage d'eau ou de sable pour leurs ablutions. Si un 
" voyageur étranger s'avise de tirer de l'eau de leurs puits pour 
« boire, et qu'ils s'en aperçoivent, ils le maltraitent, le chassent 
« du pays et mettent le puits à sec. Les vêtements des hommes 
« impurs ne doivent pas être mis en contact avec ceux des honi- 
I' mes qui sont purs, et vice versa; ils sont néanmoins hospitaliers; 
« ils invitent les étrangers à des repas et les traitent Jjicn. Ils res- 
« pectent les propriétés des personnes qui viennent se fixer chez 
« eux et sont justes à leur égard. 

" De la partie de Tile de Djerbé, nommée el-Tidjan yl^wdl, 
« à Cosseïr el-Beït <iMj^\ jj^a», on compte 90 milles. 

« D'el-Tidjan au pont de Kerkené *àï^, 62 milles. » 

Revenons maintenant à Tarf el-Djarf Oy=f- Oj^, dont nous 
avons déjà parlé. De ce point, en suivant le rivage de la mer, 
au cap dit Ras el-Awdia &jiji)t (j«l^, on compte a/j milles. 

De Ras el-Awdia aux forts ou châteaux dits el-Zarat loj^jJt ', 
20 milles. 



Ici se termine le passage omis dans le ms. .\. 



DEUXIÈME SECTION. 285 

« Ces châteaux, au nombre de trois, sont situés vis-à-vis de Fcuillei 73 ivcio. 
« l'île de Djerbé, et n'en sont séparés que pai' un bras de mer de 
« 20 milles de large. i> 

De ces trois châteaux à Cassr Beni-Dakennïn (ou Dakoumïn 
ij-«j5li) ^_ytJS\> (^jj^, 2 5 milles. 

De Cassr Beni-Dakermin à Cassr el-Hai'a ^^^Jl^^^aj, G milles. 

De Cassr cl-Hara à Ca.^sr Djerdjis fj,^js^j.==~ jj^'i , 6 milles. 

De Cassr Djerdjis à Cassr Beni-Khaltab t_>lk.i^ ^^-lai, 36 
milles. 

Oi Cassr Beni-Khattab est situé siu' les confins, à l'ouest, d'un 
lac d'eau saumàtre nommé Sabâkh el-Kelâb v^' ■^^, et situé 
en face de i'ilo de Zirou ^jjj, » dont la longueur est de Ao milles 
« sur un demi-mille de largeur. Une partie de cette île, cou- 
• verte d'habitations, produit du raisin et des dattes; l'autre est 
« couverte d'eau à la profondeur d'une stature d'homme. » 

De Cassr Beni-Khattab à Cassr el-Chanmiakh ^\ £\iw Jl , 2 5 

milles. 

Ces deux ligux sont séparés par une baie dite Djoun Solb el- 
Himarjl4-I ^^ yy?-- 

De Cassr el-Chammakh à Cassr es-Saleh ^UaJI j^iaï, i o milles. 

Cassr es-Saleh est bâti sur un cap nommé lias el-Makhbez ij«r, 
jjcsiî , qui court de l'est à l'ouest sur une étendue de .5 milles. 

De Cassr Ras el-Maklibez à Cassr Koutïn (^^jmu, 20 milles. 

De Cassr Koutïn à Cassr Beni-Ouloul J^Jjl ^ j-«iS, 20 milles. 

De Cassr Beni-Ouloul au port dit Mersa Merkia La-S^» ,^_^-«, 
20 milles. 

De Mersa ou Cossour Merkia à Cassr A'fsalat i^y-^-jU^^.*!?, 20 
milles. 

De Cassr A'fsalat à Cassr Serba i^ij^j—kx», [\ milles. 

De Cassr Serba à Cassr Sinan yU*. j^ias, 2 milles. 

De Cassr Sinan à Cassr Bendari ^^ji,y.i^ jja»^ .3 milles. 

De Cassr Bendari à Cassr Gbargbara SjijS-jjA», 10 milles. 

36. 



284 TROISIÈME CLIMAT. 

Feuillei 73 lecto. De Cassr Gharghara à Cassr Ssaïad iljuoj-«ii, G milles. 

De Cassr Ssaïad à la ville de Tripoli u-j-W^/ls , dont la descrip- 
tion complète vient d'être donnée , 2 o milles. 

De Tripoli au cap dit Caliousa iL^y^\i, 2 4 milles. 

De Cassr Caliousa à Cassr el-Kitab i->\j^\ jj^, 8 milles. 

De Cassr el-Kitab à Cassr Beni-Ghasan (j^— ~>-c i^; > j-j^-i , i 7 

milles, et à l'embouchure de la rivière dite Wad-Lades i^j-ii* ilj, 
I 8 milles. 

De AA'ad-Ladcs au cap el-Cha'ara T^juJI ^«t;, i /i milles. 

De ce dernier cap à celui de Caliousa a-mj-JIï on compte 4o 
milles en ligne droite et 52 milles en ligne oblique. 

De Cassr el-Cha'ara au cap Chirikes (j«JÇ>^ (j-l;, 4 milles, et 
au cap el-Mesen ^J^\ ^J^\J, qui s'avance dans la mer, 4 milles. 

D'el-Mescn à Lebda sJsjJ (Leptis magna), 4 milles. 

« La ville de Lebda est située à peu de distance de la mer. 
' Elle était autrefois très-florissante et très-peuplée; mais les 
« Arabes étant venus camper sur son territoire , s'emparèrent des 
« troupeaux et inquiétèrent les habitants à tel point que ceux-ci 

• furent contraints d'abandonner la ville. Il n'en reste plus que 
« deux châteaux assez considérables où des Berbers de la tribu 
« de Hawara sJyA ont établi leur domicile. Indépendamment de 
" ces châteaux, on voit encore, à Lebda, un fort situé sur le 
« bord de la mer et occupé par des artisans; il s'y tient un mar- 
« ché qui est assez fréquenté. Le territoire de Lebda produit des 
« dattes et des olives dont on retire, dans la saison convenable, 

• d'assez abondantes récoltes d'huile. » 

De Lebda à Cassr Béni- Hasan (j~i>- ^j-kaï, 17 milles. 

De Cassr Beni-Hasan à Mersa Makrou jyX* ^jr^, bon mouillage 
où les navires sont à l'abri de tous les vents, 1 mille. 

Du port de Makrou ^ à Cassr Hachem p<viL* yai et à Cassr Sa- 
mia *-y«U< _^j>aj , 12 milles. 

' La version latine porte Nakebdou. 



DEUXIÈME SECTION. 285 

De Cassr Samia à Soueïca ebn-Metskoud i^ii» (jjI *Jij^-c, i -i 
milles. 

De Soueïca ebn-Metskoud à Kenan yUs, 20 milles. 

De Tripoli à Kenan, on compte par le désert 180 milles, cl 
par les détours, 2 10 milles. 

« Soueïca ebn-Metskoud, dont il est parlé ci-dessus, tire son 
« nom de celui d'une tribu d'Arabes dite Beni-Metskoud. Le pays 
'" est peuplé de Berbers de la tribu des Hawara «jly», qui sont 
« entièrement sous la dépendance des Arabes. 11 y a un marché 
" très-renommé et un grand nombre de forts ou châteaux. Les 
« habitants cultivent de l'orge au moyen d'irrigations, et les Ara- 
« bes viennent se pourvoir chez eux des cboses nécessaires à leur 
« subsistance. • 

Ici finit la seconde section du troisième climat, contenant, sur 
celles d'entre les côtes de la mer Méditerranée qui y sont com- 
prises, tous les renseignements qu'il nous a été possible de nous 
procurer. 



['■fuillet 73 rt-clu. 



286 TROISIÈME CLIMAT. 



TROISIÈME SECTION. 

Désert de Barca. — Adjedabia. — Audjela. — Zawila. 



La contrée comprise dans cette section se compose, en nia- 
FeuiUet 73 verso, jeure partie, de déserts « fréquentés par des Arabes méchants, 
« vicieux, et jaloux de leurs voisins. » Là sont Zawila ebn-Khat- 
tab oVki^ yj! i^jj, Mestih ^^i^^, Zala «Jlj, Audjela »V-»jl, el 
Barca aS^. Sur les rivages de la mer, on remarque divers cliâ- 
teaux dont nous donnerons la description. Les plus célèbres 
d'entre ces contrées sont celles de Sirt' (ou Sort) k:j>jm et d'Adjc- 
« dabia iUjl0sj»-t; mais, de nos jours, elles sont devenues misé- 
' " râbles et dépeuplées à tel point qu'il n'en subsiste (pour ainsi 
« dire) que les noms. Cependant il y aborde des navires chargés 

• d'objets de consommation et le pays n'est pas entièrement 

• improductif. Nous en décrirons les villes, les territoires, les 

■ châteaux, les fleuves, tels qu'ils sont actuellement. Tout secours 
- et toute force viennent du Très-haut. » 

Barca ajjj est une ville de grandeur moyenne, dont l'en- 
BAHC.V. , ceinte est peu habitée et les marchés peu fréquentés; autre- 

" fois il n'en était pas de même. C'était la première station pour 
« les voyageurs qui se rendaient de l'Egypte à Caïrowan. De 
« Barca dépendent divers villages arabes situés dans une plaine 
" d'une journée d'étendue, environnée de montagnes, et dont 
<> le sol est naturellement de couleur rouge. Les vêtements des 

■ habitants sont de cette même couleur, en sorte qu'on les 
" reconnaît à ce signe dans les pays environnants. Le concours 

' Nous écrivons ce mol d'après la prononcialion actuelle des habitants de Tripoli. 



TROISIÈME SECTION. 287 

" des voyageurs (àBarca) est considérable à certaines époques, f'fuiiici 7^ verso. 
« parce cjue celte ville n'est voisine d'aucune qui puisse lui être 
« comparée en fait de ressources, et que d'adleurs elle est si- 
« tuée sur une côte stérile. Le pays produisait autrel'ois du coton 
« d'une qualité particulière et diflércnte de toute autre. Il y avait 
« et il y existe encore des tanneries où l'on prépare des cuirs de 
« bœuf et des peaux, de tigre provenant d'Audjola. Les vaisseaux 
« et les passagers cjui viennent d'Alexandrie x.j>X;Xu,i)l ou de 
« l'Egypte à Barca, y apportent de la laine, du miel et de l'huile » 
et en exportent une espèce de terre utile en médecine, connue 
sous le nom de terre de Barca, et qui, mélangée avec de l'huile, f"'^»'"'"' v'i "^^i^o- 
est employée avec succès contre la gale, la teigne, et comme 
vermifuge. Cette terre est une sorte de poussière, qui, jetée sur 
le feu, exhale une odeur de soufre et une fumée puante; elle 
est d'une saveur également très-désagréable. 

De Barca à Audjela ^*X=-jI on compte, par le désert, lo jour- 
nées de caravane. 

De Barca à Adjedabia aajIiXs-I, 6 journées ou lûa milles. 
De Barca à Alexandrie, a i journées ou 55o milles '. 
n Le pays compris dans cet intervalle se nomme pavs de Barkiu 
« (^ijj ^_^j\ (ou plutôt de Barnik (fjjj.^ -). .u.jEnAm. 

<> Adjedabia â^jI^j;-! est une ville située dans un lieu couvert 
» de cailloux roulés. Elle était autrefois entourée de murs, mais 
il n'en subsiste plus que deux forts dans le désert. La distance 
qui sépare Adjedabia de la mer est de 4 milles. Il n'y a dans 
ses environs aucune espèce de végétation. La j^opulation se com- 
pose de juifs et de musulmans dont la profession est celle de 
« marchands forains. Un grand nombre d'Arabes et de Berbers 
errent dans ces solitudes. Il n'existe aucun coUrs d'eau, soit dans 
le pays de Barca, soit clans celui d' Adjedabia; on n'y boit que 
de l'eau de citerne et on se sert d'eau de puits pour arroser 
' Dans le ras. A. celle dislance manque. — ' Rércr.ice? 



288 TROISIÈME CLIMAT. 

iVuiii.i 7 1 1,-cio. „ ie peu de blé , d'orge et de menus grains qu'on v cultive. 
*rnjr.i.t « La distance d'Adjedabia à Zala «3lj est de 5 journées. 

« Audjcla *)^=-jl est une ville petite, mais bien peuplée, et 
« dont les nombreux habitants se livrent à un négoce tel que le 
" comportent leurs besoins et ceux des Arabes ( leurs voisins ). 
• Cette ville est située dans un pays désert; le sol qui l'envi- 
« ronne produit des dattes et des légumes pour la consommation 
« des habitants. C'est par Audjela qu'on pénètre dans la majeure 
« partie du pays des noirs, comme par exemple dans le Kowar 
« ,!jS' et le Koukou ^^. ( Bâtie ) sur un fonds de roche très- 
« dure \ elle est très-fréquentée par les allants et par les ve- 
« nants. Les territoires d' Audjela et de Barca ne forment qu'une 
« seule province. L'eau y est rare, et l'on n'y boit que de celle 
« des citernes ". 

« D' Audjela à Zala Xllj, on compte i o journées, en se dirigeant 
« vers l'ouest. 

•• Zala est un bourg où se trouve un bazar fréquenté. La po- 
« pulation se compose de Berbers, de Hawara «j'y», et de mar- 
« chands; on y trouve bienveillance et protection'. 

• De Zala à Zawila *\)jj, i o journées, en passant par un bourg 
« nommé Mestih ^-i^-^- 

' C'est par conjecture que nous traduisons ainsi les mots ràjAs ■_ « * ^.- 1 i 

' La description d' Audjela citée par Abulféda n'étant pas complète, nous croyons 
devoir joindre ici le texte arabe d'Edrisi : 



JitUj^CJi ^ j.AA^> ij%À^=U*« ^7%J ^ir^^ SfM±^\^ 5*AXo fiMÔ\^ M^y AÀj.X-4 
JjS" Lj l-ÀjdlJ *-î;-fJ' *+=»■" i Sj V^' r'"'^**"'.? (•-(r='W'^»-' J"*^ (ic L^J 
j'lj-^3 iîV. J^to y'ij-Ji ^j^^i er. i^AÎ^» JI J^^*>V V^.J lyidi) élV^ y 

' Le ms. B. ajoute qu'on entre aussi par Zala dans le Soudan ou pays des noirs. 



TROISIÈME SECTION. 289 

" De Zala au territoire de Wadaii ylij, 3 journées. Feuillei 74 recto. 

" Wadan est une oasis (litt. une île) plantée de palmiers touffus 
" et couverte d'habitations. 

« De Zala à Sirt e*^ (ou Sort), 9 journées. 

« De Sirt au territoire de Wadan, 5 journées. 

« Wadan yliîj est un district situé au midi de Sirt ca^, où 
» sont deux châteaux distants l'un de l'autre d'un jet de flèche. 
« Celui de ces châteaux qui est le plus voisin de la plaine est 
« inhabité, celui qui touche au désert est habité. Il y a beaucoup 
" de puits dont les eaux servent à l'arrosage du dhorra. On voit 
« des bois à l'occident de la ville, qui est entourée de nombreu- 
" ses plantations de mûriers, de figuiers de l'espèce dite dliaheh 
« 4-«J^li>, et de palmiers produisant des dattes molles et douces; 
" car si les dattes d'Audjela sont plus abondantes, celles de Wa- 
« dan sont supérieures en qualité. C'est par ici qu'on entre dans 
" le pays des noirs et ailleurs. 

« De Zawila ebn-Khattab tjikji. (jji JWojj à Sirt (ou Sort), on 
" compte 5 fortes journées; et de la même ville au petit marché 
« dit Soueïca ebn-Menkoud i>SX« (^jI iou^-» ou ebn-Metskoud (^jl 
« ijJiL», 16 journées. 

" La ville de Zawila ebn-Khattab du désert <_>Ua_i. yjl *^jj 
" I^^JI est petite, mais il y a des bazars; on entre (aussi) par là 
" dans le pays des noirs. On y boit de l'eau douce provenant de Feinliei7iveiso. 
« puits. Il y croît beaucoup de palmiers dont les fruits sont excel- 
« lents; c'est im lieu fréquenté par des voyageurs qui y apportent 
" toutes les marchandises et tous les objets nécessaires aux habi- 
» tants. Les Arabes errent dans la campagne et ils y commettent 
« autant de dégât qu'il leur est possible. Tout le ])ays que nous 
" venons de décrire est soumis à leur domination. 

« De Cossour el-A'tech l>*J^I ji^-^ (on se rend) à Cafcz jji», 
« lieu appartenant aux Nassrat et aux A'mirat »^*j »^b, tribus 
« arabes; de là à Tolomïetha el-Zelk JJpl aJa^j, lieu soumis au 

37 



290 TllOISIKMK CLIMAT. 

FeuilKi -i verso. , pouvoir tlc cHverscs tribus berbères devenues arabes, et portant 

•< les noms de Mezata « jt;^, de Zenata xjLj, et de Fazara «jijj. 

« Ces Berbers sont des cavaliers très-braves, très-orgueilleux; 
« ils font usage de longues lances et protègent le pays contre 
« les incursions (l(\s (brigands) Arabes. 

« L'étendue du lilloral compris dans la présente section est, 
" en ligne directe, de 7 journées de navigation, ou de 700 milles; 
« et en suivant les contours du goH'c, ilc i3 journées, ou de 
« i3oo mdlcs, savoir : 

» Du cap Canan ybt> à Sirt ^j.^, dont nous avons déjà parlé, 
" 3 journées de navigation. 

" De Sirt à Maghdach ^Ij^jU, 1 journée et demie. 

« De là à l'île blancbe >-«i^aJI »^j^?-, 1 journée et demie. 

« A Cassr Sarbioun uyjj-^jMti, 1 journée. 

« A Cassr Cafez jilijjai, 1 demi-journée. 

« A o»|/^, une demi-journée*. 

« Aux tours de Berouh ^.jjo j'^^K 4 journées. 

Il A Tewkara »j-5y, 5o milles. 

« A Tolomïetba &ivUa ", 5o milles. 

« Au cap Oji^K 2 journées de navigation. 

« Tel est l'itinéraire considéré isolément : mais noire intention 
n est de le compléter au moyen de l'indication des châteaux. » Le 
voyageur qui, partant du cap Canan, veut se rendre aux châteaux 
de Ilasan (jU»a-jj^*aï, a quatre fortes journées à faire dans un 
désert aride, « plat et monotone. Ces châteaux, de nos jours, 
" sont inhabités et il n'en subsiste que des ruines poudreuses ; 
« mais on y trouve deux puits peu profonds où les voyageurs peu- 
« vent s'approvisionner d'eau en quantité suffisante pour leurs 
« besoins. » 

' Le ms. B. porle une journée; mais, soil qu'on adopte celte évaluation, soit 
qu'on préfère celle du œs. A., l'addition des nombres ne donne point un total 
exact. — ' Ou Tamina AijyoUs , d'après le ms. C. 



TROISIÈME SECTION. 291 

De là à Assnam j-l^i-o!, 3o milles. l'euiiiei 74 verso 

Le golfe porte le nom de Zediq (f^.^j- E» cicnsnnt ilcs fo.sses 
dans le sable et dans les cailloux, sur les Lords de la mer, on 
trouve de l'eau. « On appelle ce lieu Assnam , parce qu'il existe 
« auprès de là, dans le désert, im grand nombre d'idoles, ou- 
« vrage des anciens Grecs. » 

De Assnam on va à ci-Carnaïn ' tjvj^JUI , château considérable 
bien habité, et au centre duquel est un puits profond, de nos 
jouis alimenté par les eau.v jiluvialcs. 

« De là à Sirt <^jm>, dont nous avons suCDsamment fait men- 
« tion, on compte i3 milles.» 

De là à Cassr el-A'badé »5UxI!j.Aai, sur le bord de la mer, 34 
milles. 

De Cassr cl-A'badé à lahoudié aj^j^j, « lieu habité et arrosé 
« au moyen de puits dont on fait tirer l'eau par des bêtes de 
" somme, 34 milles. » 

De lahoudié à Cassr el-A'tecb ijj^*l\ j.»aLi (\e château de la Soif), 
« où sont trois puits et des cultures, 3/i milles. » 

De Cassr el-A'tech à Manhoucha iLi^vjU, 3 journées sans eau, 
et par un terrain bas et imprégné de sel. 

Manhoucha est située sur les bords de la mer; on s'y procure 
de l'eau en creusant des trous dans les cailloux et dans le sable 
" du rivage". «Ce nom de Manhoucha ou de mordue lui a été 
» donné parce qu'il y a dans les sables qui l'environnent une 
« sorte de vipère longue tout au plus d'un empan, dont la mor- 
« sure est nuisible et dangereuse, surtout durant la nuit, pour 

' Je suppose qu'il s'agit ici de Cyrène : l'indication qui précctle autorise cette 
conjecture. Au surplus, le nom est fautivement écrit dans la version latine, pag. 
gî, lig. 3o. 

' Tel est, ce me semble, le sens de ces mois : ^ . tv -g j^L.,»,.^,! ^ Lj^Ia.^ , 
j_^S^I (^ J-^)l ; je ne puis donc adopter la version latine qui ])Orlc, pag. p3, 
et cjus incolœ liahcnt aqiiam in cisternis. 

37. 



292 TROISIÈME CLIMAT. 

Feuillet 73 rccio. „ celui qiii n'y prend pas garde. On y rencontre aussi des trou- 
« peaux de bœufs sauvages, beaucoup de loups, et (même) des 
« lions qui attaquent les voyageurs, lorsque ceux-ci paraissent les 
« redouter. » 

De Manhoucba à Blr cl-Glianam f^ — li^;^ (le puits des Mou- 
tons), situé à l'extrémité des terrains salés dépendants de Man- 
houcba xiy-c-o, environ i3 milles. 

De là à Faroukb ^jyUJt, i journée de 3o milles. 
De Faroukb à Harcara »;j>=-, 2 5 milles. 
De là à-Tawsemt o^<wjj', 20 milles. 
De là à Solouc .j>A-», 2 4 milles. 
De là à Barca HS^ , 1 5 milles. 

Quant à la distance qui sépare Solouc j^Xw de Cafezj;*lï, elle 
est d'une journée. 

Cafez est un cbâteau construit au milieu de la plaine de Ber- 
nic ^^. A l'est de Cafez, s'étend un bois ii<U, qui touche à la 
mer, dont Cafez est distante elle-même de 4 milles. Du même 
côté , et auprès de Cafez , est un étang qui s'étend le long de la 
mer, mais qui en est séparé par des dunes de sable. Cet étang 
est d'eau douce, sa longueur est de 6 milles, « et sa largeur 
« d'un demi-mille. C'est vers la moitié de la première de ces 
" distances que commence le bois dont il vient d'être parlé. Le 
« pays est occupé par des tribus errantes ". " 

De Cafez à Cassr Tewkara s^j-aï (l'ancienne Teuchira ou 
Arsinoé), 2 journées. 

« Ce dernier lieu est considérable et bien liabité. Il y existe 
" une peuplade berbère. Les champs qui l'environnent sont cul- 
" tivés et arrosés; on y cultive des menus grains. 

' Nous suivons ici le ms. A. et la version latine ; le ms. B. porte Baousemt 
' Après le mot J^jUï, il existe un mot illisible dans l'un comme dans l'autre 
manuscrit. 



TROISIÈME SECTION. 293 

De là (de Cassr Tewkara) à Camanès (j»jU', château, lo Feuillet 75 ncio. 
milles. 

De Camanès à AwtelitkjJLjI, château habité, 1 demi-journée-. 

De là à Arba' Bnroudj ^jy.j à*j_;I (les quatre tours), cliâ- 
teau, I journée. 

Do là à Cassr el-A'ïn (^)ii]jj^ (le château de la Fontaine), 10 
milles. 

De là à Tolomïetha Ai4J3, « place très-forte, ceinte de mu- 
I' railles en pierre,. 10 milles. 

« Tolomïetha (l'ancienne Ptolemaïs) est un lieu bien habité 
« et fréquenté par les navires. On y apporte de bonnes étoffes de 
" coton et de lin qu'on y échange contre du miel, du goudron et 
" du beurre. Les navires viennent d'Alexandrie. Autour de cette 
« ville campent des tribus nomades, savoir : vers l'occident, les 
» Rawah ^\jj , et vers l'orient , les Heïb t-w^. 

« Nous décrirons par la suite, s'il plaît à Dieu, les pays qui 
" touchent à cette contrée. » 

' La version latine porte (p. gS) Maniacques. — ' Le ms. A. porte 2 journées. 



294 TROISIKME CLIMAT. 



QUATRIÈME SECTION'. 

Alexandrie. — Missr ou Fostat. — Faîoum. — Branches du Nil 
Lac de Tennis. — Damielle. 



iciiillei 75 recto. La présente section comprend, indépendamment de la des- 

cription de Santarié iij^^jcju,, des déserts qui .s'étendent jusqu'au 
territoiie de Barca i^ et d'Alexandrie &jj jui^^l , celle de di- 
verses parties de la haute et de la basse Egypte jusqu'au grand 
Nil, celle du Faîoum -> — *j, celle du Rif w — jj dans l'Egypte 
moyenne", et en général celle des districts de la basse Egypte, 
dépendants de Missr j-^suo ou qui font partie de son territoire. S'il 
plaît à Dieu, nous décrirons tous ces pays en détail, avec ordre, 
suite et clarté , ainsi que les monuments et les curiosités de 
l'Egypte, les objets d'exportation et d'importation, et les moyens 
d'obtenir la mesure de la hauteur des eaux. 

Nous disons donc que la distance en ligne directe qui sépare 
la ville de Barca iU^j de celle d'Alexandrie AjjO^-^i'I est de 2 1 
journées , et voici comment : 

De Barca aj^j i Cassr Nedamé a^! .Xj ^,-iaï , on compte 6 milles; 

De là à Takenest o>-,»J.s>b', 26 milles; 

' Les auteurs de VAIiràjc ont mal à propos compris cette section dans la précé- 
dente; c'est ce qui fait (ju'on lit, page 107 de la version latine : de QUARTA parte 

NUI.LA FIT MENTIO. 

' V'oyez, au sujet du Rif, la Belation de VEtjypte par Ahd-allalif, traduction de 
M. de Sacy, pag. 897 ; voyez aussi les Recherches critiques et historiijues sur la lancjue 
et la liltêrulare de iEijyple, pages 179 et suiv. par M. Quatrcniùre. 

' La version latine porte Nachemest, mais ici nos deux manuscrits sont d'dtcord. 



QUATRIÈME SECTION. 295 

De là à Maghar el-Rakim ^j.l\ j\Jui> (les cavernes insci'ites), où Feuillet 75 recio 
la présente voie rejoint la voie supérieure, 26 milles'; 

De là ^u puits de Halimé &.«>i=- v-=^> 35 milles; Feuillet 75 verso. 

De là à Wadi MaUill S^^ ^i'j, 35 milles -; 

De là au puits d'Almcïdan yl^x^I! t-^=-, 35 milles; 

De là à Djenad el-Sagliir j.A**aJi iU=-, 35 milles; 

De là au puits d'ALdallah ^1 Jols c-<~=- , 3o milles; 

De là à Merdj cl-Cheikh gS-ïJ' sj-«i 3o milles; 

De là à el-Akbat àajuJI, 20 milles; 

De là aux boutiques de Abi Halimé <^.^^-L^- ji ovv^lj-»- , 20 
milles; 

De là à Djerbet el-Coum -jjiJI i^j-^, 35 milles; 

De là à Cassr el-Chammas ^Ui^Jij^jtï, i5 milles; 

De là à Sikket el-Hamam ^/lUJI t-Xu, (le chemin des Pigeons), 
i5 milles; 

De là au puits d'el-A'ousedj gyJI 'r'-^, 3o milles; 

De là à Kcnaïs el-Harir j-.^j^ ^«^jU^j et aux moulins, 3li 
milles; 

De là à Ilaniet cl-PiOum -jj^i o^aà»., 3o milles; 

De là à Dliat el-Hammam -l*ji <^\s, 34 milles; 

De là à Thounia *ajjj, 18 milles; 

De là à Alexandrie Aj^^^^iJI , 20 milles. 

Tel est l'itméraire qu'on suit en prenant la voie supérieure 
par le désert; quant à l'itinéraire du littoral, le voici : 

D'Alexandrie au cap dit Ras el-Kenaïsé iU-wil^Tl ^_^!_, (ou des 
Eglises), on compte 3 journées de navigation. 

De ce cap au port dit Mers el-TarAuvi ^j\.i;JaJ! i^^j-^, une 
journée; 

De là au commencement du golfe dit Djoun Ramada ^^ — =- 
iiU;, 5o milles; 

' Celle dislance est omise dans le ms. B. 
' Même observation. 



■296 TROISIÈME CLIMAT. 

Feuillet 7.^ voiso. De là à Akbat es-Sollani i-«JI iUis'. 

D'Akbat es-SoUam à Mers A'mara »,U ^j^, lo milles. 

De là à Mellaha iù»5Ut, 3o milles. 

De là à Lakka aS, i o milles. 

De Lakka dépendent deux châteaux construits dans le désert ; 
lun d'eux se nomme Keb «-^S», et l'autre CammarjU. 

De Lakka au port de Tabraca Aï^jJa ^j^ (Tobrouk), 5o milles. 

De Tabraca au port dit Ras Tini ^5^0 ^-b" > ' journée et demie 
de navigation. 

De là à Boundarié x>j<yju , 2 journées. 

De Boundarié, où la mer forme une courbure exactement di- 
rigée vers le couchant, au cap dit Tarf Ta'adia àjJ'ou o;i>, deux 
journées sans habitations; « la côte se compose de montagnes 
« et de ravins où personne ne passe, à cause de l'aspérité, de 
" l'escarpement et de la stérilité (des lieux). » C'est à partir du 
cap Ta'adia que commence le golfe de Zedik ou de Zedin (fj^j 
ou y— jij. La longueur de ce golfe, qui, passant par Boundarié ^, 
s'étend jusqu'à Alexandrie, est, en ligne directe, de 6 journées 
de navigation ou de Goo milles; mais en suivant les contours du 
littoral, de 1 1 journées et demie, ou de 1 i5o milles". 

" A partir de l'extrémité des dépendances de Tolomïetha 
« ^âa^Js, dont il vient d'être question, commencent les posses- 
» sions des tribus arabes dites Rawah et Heïb ^Ijy et w~s^, qui 
" sont nombreuses et qui possèdent beaucoup île chameaux et 
« de moutons. Leur pays est sûr et tranquille , leurs montagnes 
« cultivées; ils s'y livrent à l'exercice de la chasse; le térébinthe. 
Il le genévrier et le pin y croissent en quantité; on y voit beaucoup 

' n y a lien de croire qu il s'agit ici de l'ancienne Catabathmus. 

' La version latine porte lathna. 

' Le ms. A. porte : *j,OvjLXl..i)l <jl jL yi Jt iù,0sjjjl jL. ^giJJI y^ \>yjt> j . 
ce qui nous met à portée de rectifier le passage de la version latine où on lit : litas 
liera istud cujus initium constiluilur in Bondaria. 

* Nous suivons ici la leçon du ms. B. feuillet 120, lig. 1 



QUATRIÈME SECTION. 297 

" de champs ensemencés, de terrains fertiles el de dattiers, et 
" l'on y recueille d'excellent miel. La dernière des dépendances 
1 des Heïb est Lakka xjf. 

« A 10 milles environ de Boundarié, est un château considé- 
« rallie, habité par une peuplade dite Nahani ^^; le château 
» porte le même nom. Ces hommes s'occupent beaucoup de l'é- 
« ducation des abeilles, de la vente du miel et de l'extraction 
« du goudron qu'ils obtiennent du genévrier et qu'ils transpor- 
" tent en Egypte, u 

Quant à Alexandrie * jjj^j-Xwiii, c'est une ville bâtie par 

Alexandre, qui lui donna son nom. Elle est située sur les bords 
de la Méditerranée, et l'on y remarque d'étonnants vestiges et 
des monuments encore subsistants, « cjui attestent l'autorité et 
" la puissance de celui qui les éleva, autant que sa prévoyance 
« et son savoir. Cette ville est entourée de fortes murailles et de 
« beaux vergers. Elle est vaste, couverte de hauts et nombreux 
« édifices, commerçante et riche. Ses rues sont larges et ses cons- 
" tructions solides; les maisons y sont carrelées en marbre, et 
1 les voûtes inférieures des édifices soutenues par de fortes co- 
" lonnes. Ses marchés sont vastes et ses campagnes j)ioductives. » 

Les eaux du Nil, qui coule à l'occident de cette ville, passent 
par des aqueducs au-dessous des maisons, et parviennent à des 
citernes obscures et contiguës les unes aux autres; quant à la 
ville, elle est bien éclairée et parfaitement construite. Il y existe 
un minaret (ou plutôt un phare) qui n'a pas son pareil au monde 
sous le rapport de la structure et sous celui de la solidité ; car, 
indépendamment de ce qu'il est fait en excellentes pierres de 
l'espèce dite Kedan ylj>. — Sj , les assises de ces pierres sont 
scellées les unes contre les autres avec du plomb fondu et 
les jointures tellement adhérentes, que le tout est indisso- 
luble, bien que les flots de la mer, du côté du nord, frappent 
continuellement cet édifice. La distance qui sépare le phare 

38 



Feuillet 75 verso. 



ALEXANDRIE. 

Feuillet 76 recto. 



298 TROJSIK.ME CLIMAT. 

Feuillet 76 recio Je la ville cst , par mer, dun mille, et par terre de 3 milles. Sa 
hauteur est de 3oo coudées de la mesure dite rechachi ^U«j, 
laquelle équivaut à 3 empans', ce ([iii fait donc 100 brasses iwl» 
de haut, dont 9 G jusqu'à la coupole, et k pour la hauteur de 
la coupole. Du sol à la galerie - du milieu, on compte exacte- 
ment 70 brasses; et de cette galerie au sommet (du ])bare), 26. 
On monte à ce sommet par un escalier construit dans l'intcrieur, 
et large comme le sont ordinairement ceux qu'on pratique dans 
les tours. Cet escalier se termine vers le milieu (du phare), et 
là l'édifice devient, par ses quatre côtés, plus étroit. Dans l'in- 
térieur et sous l'escalier, on a construit des habitations. A 
partir do la galerie, le phare s'élève jusqu'à son sommet, en se 
rétrécissant de plus en plus jusqu'au point de pouvoir être em- 
brassé de tous les côtés par un homme ^. De cette même ga- 
lerie on monte de nouveau, pour atteindre le sommet, par un 
escalier de dimensions plus étroites que celles de l'escalier infé- 
rieur; cet escalier est percé, dans toutes ses parties, de fenêtres 
destinées à procurer du jour aux personnes qui montent, n et 
" afin qu'elles puissent placer convenablement leurs pieds en 
montant. » 

Cet édifice est singulièrement remarquable, tant à cause de 
sa hauteiu- qu'à cause de sa solidité; il est très-utile en ce qu'on 
y allume nuit et jour du feu pour servir de signal aux naviga- 
teurs durant leurs voyages; ils connaissent ce feu et se dirigent 
en conséquence , car il est visible d'une journée maritime ( 1 00 



' Environ 27 pouces. 

' Je préfère traduire -!>:» par galerie [ilutot que par clage. La leijon suivie 
par le savant Hartmann , page 35o ( f,yA ) , ne me paraît admissible sous aucun 
rapport. 

' C'est ainsi du moins que j'entends C€S mots : (^ yU-ji)! jjtX-C««j U jIJsIM; 
iL*_».li JLS'. La version latine adoptée par M. Hartmann « et delur locus cir- 
« cumeundi per omnes partes, » ne me présente pas un sens assez clair. 



QUATRIÈME SECTION. 299 

milles) de distance. Durant la nuit il apparaît comme une étoile ; l'euiilet 7G recto. 
durant le jour on en distingue la fumée. 

Alexandrie est située au fond d'un golfe ' et entourée d'une 
plaine et d'un vaste désert où il n'existe ni montagne ni aucun 
objet propre à servir de point de reconnaissance. Si ce n'était 
le feu dont il vient d'être parlé, la majeure partie des vaisseaux 
qui se dirigent vers ce point s'égareraient dans leur route. On 
appelle ce {eu fanons ^J^.^\i, et l'on dit que celui qui construisit 
le phare fut le même (homme) qui fit construire les pyramides 
existantes sur les limites du territoire de Fostat Jalk-^AJI , à l'oc- 
cident du Nil; d'autres assurent que cet édifice est du nombre 
de ceux qui furent élevés par Alexandre à l'époque de la fon- 
dation cf Alexandrie. Dieu seul connaît la vérité du fait. Auprès 
de cette ville on voit les deux aiguilles (obélisques). Ce sont deux 
pierres de forme quadrangulaire, et plus minces à leur sommet 
qu'à leur base. La hauteur de l'un de ces obélisques est de Feuillet 70 verso. 
5 brasses-, et la largeur de chacune des faces de sa base, de 
10 empans (90 pouces), ce qui donne un total de 4o empans 
de circonférence. On y voit des inscriptions en caractères syriens 
jlj,.A-«. L'auteiir du Livre des Merveilles rapporte que ces obé- 
lisques ont été taillés dans la montagne de Tarim ou larim 
^yf.>yi ou ^^j^,' , à l'ouest du pays d'Egypte. On lit sur l'un d'eux 
ce qui suit : 

Mol la'mor ^^ô^ ^Ji jy.tJ'i bcn-Cheddad, j'ai bâti cette ville à 
un âge encore éloigné de la vieillesse, ma mort ne paraissant point 
prochaine, ni mes cheveux blanchis par les ans; à une époque 
où les pierres étaient comme de l'argile, où les hommes ne con- 
naissaient d'autre maître « que la'mor '. « J'ai élevé les portiques 

IjCs tieux manuscrits (joilenl vvi u»^ . p' """ ['<"'* quatre, comme on lit dans 
la version latine. 

Telle est la leçon tjonnée pai- le ms. 1')., bien préférable, selon nous, à celle du 

38. 



300 TROISIEME CLIMAT. 

Feuillet 76 verso, ({q j^ viilc; j'ai fait couler ses fleuves, j'ai planté ses arbres; j'ai 
voulu surpasser les anciens rois qui la gouvernèrent, en y faisant 
construire des monuments admirables. J'ai (donc) envoyé Tha- 
bont ben-Mara, de la tribu de A'd, et Makdam ben-el-0'niar (ou 
cl-Ghomar), bcn-Abi Régbal le Thamoudite, à la montagne de 
Tari m de couleur rouge. Ils en ont extrait deux pierres qu'ils 
ont apportées (ici) sur leur dos; et connue Thabout eut une 
côte brisée, je lui consacrai les peuples de mon royaume. Fedan 
ben-Djaroud el-Moutefeki m'érigea ces pierres dans un temps 
de prospérité. 

Cet obélisque se voit dans un angle de la ville, du côté de l'o- 
rient; l'autre est dans l'intérieur de la ville, à quelque distance. 

On dit que la salle d'audience de Salomon, fils de David, qu'on 
voit au midi d'Alexandrie, fut construite par le même la'mor ben- 
Cheddad. D'autres en attribuent la construction à Salomon. Les 
colonnes et les arcades de cet édifice subsistent encore de nos 
jours. Il forme un carré long; à chaque extrémité sont seize 
colonnes, et sur les deux côtés longitudinaux, soixante-sept; 
dans l'angle septentrional est une colonne de très-grandes di- 
mensions portant un chapiteau et assise sur un entablement en 
marbre, dont les côtés sont de forme carrée, et ont 80 empans 
(environ 60 pieds) de circonférence. La hauteur de la colonne, 
depuis sa base jusqu'à son chapiteau, est de g brasses. Ce chapi- 
teau est sculpté, ciselé avec beaucoup d'art, et fixé d'une ma- 
nière très-solide. Du reste, cette colonne est isolée, et il n'est 
personne, soit à Alexandrie, soit en Egypte, qui sache pourquoi 
elle fut mise en sa place isolément. Elle est, de nos jours, très- 

ms. A. et à celle de la vers, lalinequi porte : « liominibiis nondum dominis subjectis. » 
Quelfiiic peu de foi que mérite la prélendiie inscription ci-dessus traduite, encore est- 
il juste d'épargner à son auteur le reproche d'cire tombé dans une contradiclion aussi 
palpable que celle qui résulterait de ce' passage comparé avec ce qu'on lit un peu 
plus bas 



QUATRIÈME SECTION. 301 

inclinée; mais, d'après la solidité de sa construction, elle paraît l'euiilet 76 verso. 
à l'abri du danger de tomber. 

Alexandrie fait partie de l'Egypte et c'est l'une des villes ca- 
pitales de ce pays. Les confins de l'Egypte sont, au sud, la Nu- 
bie; au nord, la Méditerranée; du côté de la Syrie, le désert de 
l'Egarement; à l'est la mer Rouge, et à l'occident les oasis. 

La longueur du cours du Nil est , savoir : 

Depuis le rivage de la mer où ce fleuve a son embouchure, 
jusqu'aux terres de Nul^ic, situées derrière les oasis, d'environ 
2 5 journées. 

Des frontières de la Nubie jusqu'à la partie la plus méridio- 
nale de ce pays, d'environ 8 journées. 

De là à l'extrême limite dont nous avons déjà parlé', d'environ 
I 2 journées. 

Quant à la ville de Fostat l^Ua-^o ou de Missr^-ia.*, elle reçut 
son nom de Missraïm, fils de Cham, fils de Noé (sur qui soil m^sn ou i omat 
le salut! ), qui en fut le fondateur dès son origine '". L'ancienne 
Missrse nommait aussi A'ïn Chams (j».<ii (j^; mais lorsque, dans 
les premiers temps de l'islamisme, Amrou ben-el-A'ssy et les 
musulmans qui l'accompagnaient, vinrent et s'emparèrent de 
cette ville, ils campèrent autour de Fostat et peuplèrent le lieu 
de Missr, c'est-à-dire le lieu où est située la Missr actuelle. 

On dit que cette ville fut appelée Fostat, parce que Amrou 
ben-el-A'ssy s'étant emparé de Missr, et ayant voulu se rendre 
à Alexandrie, il ordonna que sa tente fût portée et dressée 
devant lui. Mais une colombe descendit sur le faîte ' de la Feuillet -7 rccio. 
tente, et y pondit ses œufs. Lorsque Amrou fut informé de 

' Voyez ci-dessus, !=■■ climat, iv' section. 

Le judicieux Hartmann a très-bien démontré les contradictions diverses que 
présente ici le texte de notre auteur. 

Pour comprendre ceci, il est bon de savoir que les tentes des personnages 
considérables, chez les Arabes, ne se terminent pas en pointe comme les noires, 
mais que la partie supérieure est disposée presqu'horizontalcment. 



502 TROISIEME CLIMAT. 

Feuillet 77 recio cette circoDstance, il ordonna qu'on laissât la tente dressée comme 
elle l'était, jusqu'à ce que la colombe eût terminé sa ponte : ce 
qui fut fait. Par Dieu! dit-il, nous ne porterons pas préjudice à 
celui qui nous aime et qui se réfugie auprès de nous, et nous 
nous garderons d'affliger cette colondjc par la destruction de 
ses œufs. Il laissa donc subsister la tente, alla résider à Missr 
jusqu'à l'éclosion des œufs,, puis il partit. 

• La ville de Missr porte , en langue grecque ', le nom de Ban- 
« blouna Ajj,Vi> (Babylon). Elle est très-considérable, soit sous le 
" rapport du nombre de ses édifices, soil sous celui de l'abondance 

• de toutes les commodités de la vie et de tout ce qui est beau 
« et bon. Les rues en sont larges, les édifices solides, les mar- 
« chés bien fournis, les maisons contiguës, les cbamps renoui- 
« mes par leur fertilité. Quant aux habitants, il y en a beaucoup 
" déminents par leur piété aussi bien que ])ar leur rang et par 
" leurs richesses; ils ne sont ni travaillés par les sollicitudes, ni 
« dévorés par le chagrin; ils jouissent d'une grande sécurité, d'un 
« calme parfait, car l'autorité publique les protège et la justice 
« règne parmi eux. » La longueur de la ville est de 3 parasanges. 
Le Nil y vient de la partie supérieure de son territoire, passe 
auprès et au midi de la ville, fait un long détour vers l'occident, 
puis se divise devant Missr en deux branches- qui se réunissent 
enfin pour n'en plus former qu'une seule. Dans cette île on voit 
beaucoup de jolies habitations et d'édifices construits sur les 
bords du fleuve. Elle s'appelle Dar el-Mekias ^J«UjdlJ'i, ou la 
maison du nilomètre ; nous en parlerons ci-après. On v passe 
au moyen d'un pont qui est supporté par une trentaine de ba- 
teaux. L'autre branche est beaucoup plus large, et on la traverse 

Le ms. A. porte en langue persane : ^^^^Jl yUiJOL • 
' Ici la version latine porte : « qui conslituenles parvarn insulam rursus conjun- 

• gunlur. ■> Cette leçon, qui sans iloule est la bonne, manque dans nos deux ma 
nuscrits. 



QUATRIÈME SKCTION. 505 

au moyen d'un pont composé d'un nombre double de bateaux KeuiHet 77 recto 
(c'est-à-dire d'environ soixante). Un second pont donne accès 
au lieu connu sous le nom de Djizé »)+=-, où l'on remarque 
d'élégantes habitations, de hauts édifices et des bazars. 

« Le terrain auprès de Missr jja^ se compose d'argile qui n'est 
« pas pure, mais imprégnée de sel. Les édifices et les châteaux 
« qu'on voit dans cette ville ou dans ses environs sont à plusieurs 
i> étages; la plupart onl cinq, six, ou même sept étages, et sou- 
« vent elles contiennent cent et même un plus grand nombre d'ha- 
« bitants. Ebn-Haukal rapporte, dans son ouvrage, qu'à l'époque où 
" il l'écrivait, il existait dans le lieu nommé el-Mawkaf oiijil ', une 
« maison connue sous le nom de Dar Abd-el-A'ziz^jj»ÎI j^ac^I^, 
« où l'on apportait journellement quatre cents outres d'eau pour 
« la consommation des personnes qui y étaient logées, et qu'on 
« y comptait cinq mosquées, deux bains et deux fours. 

« Les plus grands édifices de Missr jMZyo sont construits en 
« briques. Les rez-de-chaussée restent ordinairement inhabités. 
" 11 y a dans cette ville deux grandes mosquées servant à la réu- 
« nion (des fidèles) et à la khotha iyki.. L'une d'elles fiât bâtie'-' 
« par ordre de Amrou ben-el-As.sy, au milieu de bazars qui l'en- 
« tourent de toutes parts. C'était autrefois une église grecque; 
" elle fut convertie en mosquée par ordre de Amrou. L'autre , 
• située au sommet du Mawkaf, lut construite par Aboul-Abbas 
« Ahmed ben-Touloun. Ce personnage en bâtit une autre dans 
« le quartier dit el-Kerafat iCil^t, habité par de pieux céno- 
II bites. Il en existe encore une dans l'île formée par les deux 
« bras du Nil et une sur la rive occidentale du Nil, au lieu dil 
" Djizé syA. « 

' Il est en cfiet question de ce lieu dans la traduction d'ebn-Haukal par M. W. ' 

Ouseley, p. 3o; mais le mot oii%-«i pris dans une acception plus générale, signilie 
« un lieu de réunion ou d'attente pour les ouvriers. » 

' Sic. 



304 TROISIÈME CLIMAT. 

Feuillet 77 verso. „ On tiouve à Missr quantité de marchand.s de comestibles, 

de boissons et de beaux habits. La ville est abondante en rcs- 
" sources et en douceurs de toute espèce. Elle est de tous côtés 
" entourée de vergers, de jardins, de plantations de dattiers et 
" de cannes à sucre, arrosés par les eaux du Nil qui fertilisent 
« le pays depuis Syène jusqu'à Alexandrie. L'inondation et le 
" séjour des eaux sur les terres ont lieu depuis le commencement 
" des chaleurs jusqu'à la fin de l'automne; alors les eaux s'écou- 
« lent; on ensemence les champs, et fou n'a plus besoin de les 
" arroser. Il ne tombe eu Egypte ni pluie ni neige, et, à l'excep- 
« tion du Faïouni, il n'y a point dans ce pays de ville où l'on 
" voie de l'eau courante qui reste sans emploi. 

« Le Nil coule, en général, vers le nord, et la largeur des 
« terrains habités sur ses rives est, depuis Syène jusqu'à Foslat, 
<■ entre i demi-journée et i journée. Au-dessous de Fostat, cet es- 
« pace s'agrandit, et cette largeur, depuis Alexandrie jusqu'aux 
« dernières alluvions qui s'étendent du côté de la nier de Col- 
« zoum, est d'environ 8 journées '. A l'exception des rives du Nil, 
« tout en Egypte est stérile , mais dans la partie cultivée on ne 
<■ voit que jardins, vergers, arbres, villages, villes, population et 
« commerce. L'espace (cultivable) compris entre les deux rives 
« du fleuve est, s'il faut en croire divers auteurs, de 563i4 mil- 
« les. La longueur de son cours, d'après fauteur du livre inti- 
" tulé Khazané ajI).*^, est de 4596 milles^. Quant à sa largeur 
» (moyenne), elle est, en Nubie et en Abyssinie, de moins de 
« 3 milles, et en Egypte, de 3 milles. C'est un fleuve auquel 
« nul autre ne peut être comparé. 

« Quant à l'île située en face de Missr, et dont nous avons 

' Nous suivons ici la leçon donnée par le ms. A., qui porte : 
' Le ms. A. porte BSgG. 



QUATRIÈME SECTION. 305 

« déjà indique les édifices, les agréments et le mekias, » elle Kcuillei 77 verjo. 
s'étend, en largeur, entre les deux branches du Nil, de l'est à 
l'ouest, tandis que sa longueur est du sud au nord. La partie 
supérieure, où est situé le nilomètre, est large; le milieu plus 
large; la partie inférieure se termine en pointe. La longueur 
de cette île, d'une extrémité à l'autre, est de 2 milles, et sa lar- 
geur (moyenne), d'un jet de flèche. 

Le mekias est situé vers l'extrémité la plus largo de l'île, du 
côté de l'orient, et non loin de Postal. C'est un édifice considé- 
rable, intérieurement entouré d'arcades soutenues par des co- 
lonnes ^ Au centre est un bassin vasie et profond où fon des- 
cend par un escalier de marbre, et au milieu duquel on voit une 
colonne également en marbre, qui porte inscrite une graduation 
en nombres indiquant des coudées et des doigts (ou fractions de 
coudée). Au-dessus do la colonne est une construction solide en 
pierres, peinte de diverses couleurs où l'or et fazur s'entremê- 
lent avec d'autres teintures solides. L'eau parvient à ce bassin au 
moyen d'un large canal communiquant avec le Nil ; elle no pé- 
nètre cependant pas dans ce bassin avant la crue du fleuve; or, 
cette crue a lieu au mois d'août ". La hauteur nécessaire. pour 
arroser convenablement la terre du sultan est de 16 coudées; 
lorsque les eaux s'élèvent à 18 coudées, l'irrigation s'étend sur 
toutes les terres des deux rives''; lorsque la crue s'élève à 20 
coudées, elle est préjudiciable; lorsqu'elle n'est que do 12 cou- 
dées, elle est à peine suffisante. « La coudée équivaut à 24 doigts. » 

Le lexte du ms. B. porte Js^ au pluriel ; il est donc impossible d'adopter la version 
de M. Hartmann qui suppose ( page 872 ) qu'il s'agit ici de la colonne du Mekias. 

Le savant commentateur remarque avec raison que celte indication est fautive, 
puisque la crue du Nil a lieu, comme tout le monde sait, vers l'époque du sol- 
stice d'été. 

'Tel est, ce me semble, le sens des mots ■A \ -.i^ ^l\ y^^i/i XA.J7: ^^«jl- 
Voyez, au sujet de ce passage, les observations de M. Hartmann, Edrisu AJrica, 
p. 375 et 376. 

39 



306 TROISIÈME CLIMAT. 

Feoillei 77 »erso Le dommage résultant d'une crue qui excède i 8 coudées con- 
siste en ce qu'alors les eaux emportent les arbres et ruinent ( les 
constructions). Celui qu'occasionne une crue inférieure à i 2 cou- 
Feuillet 78 rocto. (lées est la sécheresse et (par suite) la stérilité. 

Au midi de Fostat est le bourg de Menf v-Ȉ*, et au nord la 
ville dite A'ïn Chams ^j.wi (j>e ; l'un et l'autre sont peu considé- 
rables et situés vis-à-vis le mont Mocattam «Jaidl Ja»-- On dit que 
c'étaient des lieux de plaisance du temps de Pharaon (sur qui 
soit la malédiction divine.). 

" Menf est aujourd'hui, en majeure partie, ruinée. A'ïn Chams 
" subsiste en bon état de conservation. Au sommet du Mocattam 
« est un lieu connu sous le nom de Fournaise de Pharaon. Il y 
« avait un miroir tournant au moyen d'un mécanisme. Lor.squil 
I' (le roi) sortait de l'une des deux villes, c'est-à-dire, de Menf 
« ou d'A'ïn Chams, il faisait monter dans cet endroit un homme 
• qui disposait le miroir de manière que l'image du roi fût tou- 
>' jours devant les yeux des habitants et qu'en aucun temps la 
■■ crainte respectueuse qu'il inspirait, ne cessât d'exercer sur eux 
< son empire '. 

« Aux environs de Fostat le crocodile n'est point un animal 
« nuisible; on dit même que, soit qu'il descende de l'Egypte su- 
■• périeure, soit qu'il remonte le Nil, parvenu vis-à-vis de Fostat, 
■ il nage, renversé sur son dos, jusqu'à ce qu'il ait dépassé cette 
« ville. On ajoute que c'est l'effet d'un talisman ; c'est ainsi qu'il 
» (le crocodile) n'est point nuisible à Boussir j^uay , tandis qu'il 
« l'est à Achmouni àj-.-*! , bien qu'il n'y ait entre ces deux lieux 



' Voici le texte de ce passage ; 
i-»_J^jj<Xj' »|_j.— « c:*_il^j (jyt^* jy**^ Ci^ ^J^ (oJaÀl' J-«?- (j*!; ts' J 

.{XJiKxO' ou) *JùtiA Joijb y_) XwajSf y.jL«J *J<X*J 



QUATRIÈME SECTION. 507 

ir. que la largeur tlu Nil (qui les sé])are). Rien n'e.->t plus surpre- Feuillet 78 ren. 
•■ nant. » 

A A'ïn Chams, du côté de Fostat, croît le balsan yU»i>, plante 
dont on extrait le baume. On ne connaît pas au monde d'autre 
lieu qui produise cette substance. « Au-dessous de Fostat est le 
" village de Sirwa Ijj^a*. »m^, très-agréable, et où l'on fabrique 
« de l'hydromel très-renommé. vVu territoire de Fostat touche le 
« Mocattam où sont les tombeaux de divers prophètes, tels 

• que Joseph, Jacob, et autres Israélites (sur qui soit le salut!). 

I' A 6 milles de Missr, on voit les pyramides. Elles furent 
« construites sur vm plateau uni, et l'on ne voit dans les envi- 
« rons aucune montagne contenant de la pierre à bâtir. La hau- 
« teur de chacune d'elles, à partir du sol, est de lioo coudées, 
« et sa largeur, tout autour, est égale à la hauteur \ Le tout est 
" construit avec des blocs de pierre de 5 empans de haut, sur i5 

• ou 10 de long, plus ou moins, selon que l'architectui'e l'exige. 
« Ces blocs sont unis (scellés) les uns aux autres, et à mesure 
« que l'édifice s'élève au-dessus du niveau du sol, ses propor- 
" tions se rétrécissent, en sorte que sa cime offre à peine l'es- 
« pace nécessaire pour faire reposer un chameau'. 

« Celui qui veut se rendre aux pyramides, par terre, passe à 
« Djizé par le pont, puis au bourg de Dahchoun yyijSi, où est 
« la prison de Joseph (sur qui soit la paix!); 3 milles. 

1 De Dahchoun aux deux pyramides, on compte 5 milles, et 
« des pyramides à la rive la plus voisine du Nil, 5 milles. 

« Sur les parois de leurs murs, on voit quelques inscriptions 
« en partie effacées, et dans l'intérieur de chacune d'elles est 
« un chemin où l'on peut passer. Entre les deux pyramides, il 

' Ces mesures sonl d'aiilaiit plus défectueuses que les mois jji «^ lelib)) sem- 
blent indiquer la hauteur perpendiculaire. Voyez, au surplus, la Relation de l'Egypte 
J'Abdallalif, trad. de M. de Sacy, p. 2 16 el 2 i 7. 

39. 



508 TROISIÈME CLIMAT. 

Fcuillci 7» lecio. „ existe un canal creusé sous terre et donnant passage de l'une 
« à fautre. On dit que ces monuments sont des tombeaux de 
« rois, et qu'avant d'être employés à cet usage, ils servaient de 
« greniers à blé. •> 

A l'ouest de Missr, et à 2 journées de distance de cette ville, 

est celle de Faïoum |.^, « qui est grande et entourée de ver- 

FiioDM. „ gers, de jardins et de champs cultivés '. Elle est bâtie sur les 

F<mllet 78 yerso. ^ riyes de la rivière d'Ellahoun u^-^î, de laquelle, d'après ce 
Il qu'on rapporte, Joseph le juste déri\a deu.'i canaux, destinés à 
« recevoir les eaux au temps de la crue, et à les conserver cons- 
« tamment. Il consolida ces ouvrages au moyen de pierres de 
« taille. 

« Le territoire du Faïoum est fertile, abondant en fruits, en 
" céréales, et particulièrement en riz. L'air y est pernicieux à 
« ceux qui viennent des contrées lointaines, et (en général) aux 
« étrangers. 

' Nous crovons devoir dounei, pai- exlraits, le lexle aiabe Je ce passage im- 
portant : 

y! JU, U j,ya>j yytyJI ^5il_j lie yU^ >-(Jj iiyjS' ïJ^.J^ p^l 

y_y_ftJ!) j_yjj i^Aio ^^j.^, ^ U 5(1 i^i yi/l xiw- Jj Uj I^-cUjj L^jJ^ fA*?? 

^,U=.I kjii i_vj\^j olsll 1.^1 (-wKij «^.Ajsr ^^_^i ^^} f.^' O^j' AjJails 
■_* ■■■.■< UjJSj Ito AjL* Xujj i—oli' Uj^ ^-*^ '^•^ t'^ k^mi (jfe'j .-»*ai_j 



QUATRIÈME SECTION. 509 

« On voit à Faïoum des vestiges de grandes constructions, et Feuillet 78 verso. 
« son territoire porte le même nom que la ^^lle. Ces construc- 
<• tions qui entouraient tout le Faïoum , régnaient au pied d'un 
« mur qui renfermait tous les districts du Faïoum, et contenait 
« dans son enceinte toutes ses villes et tous ses lieux habités. Il 
. « reste aujourd'hui si peu de chose de ce mur que c'est comme 
« rien. 

« La rivière d'EUahoun fut creusée et les eaux y furent anie- 
« nées par Joseph le juste (sur qui soit le salut!). 

« Comme il était devenu vieux, le roi désirait lui procurer 
« du repos et le dispenser du soin des affaires, et alors le nombre 
« de ses domestiques et des membres de sa famille et de la fa- 
« mille de son père, s'était considérablement accru. Il (le roi) 
« lui concéda le teri'itoire de Faïoum, lequel était un marais 
" où les eaux se déversaient et où croissaient des joncs et des 
« roseaux; chose qui déplaisait au roi, parce que ce lac était dans 
« son voisinage. 

« Lorsqu'il en eut fait don à Joseph , celui-ci se rendit thi côté 

^-i-ijJ,\ iaAdX o«XAaJlj tJsM'j (joJ^Ij •j'^'j "^i^ i U>*^' ^ (^■' UJ*^' 

i_*..çyÀj *S JUj [«jjS^J' ^J^ CJ^ ^ f^ j«*-^ '"^Mr? 5VAaA.« ^j^ '^SÎS^ J^ i 
^yô\ ^ U jj^j J.^\ Jl ^j^ iyiJ\ ^A Ji ' Xi^ ^ ai ^^ 
^»L.I i li). — Ji Js j j^_à._j i)l (^ m y>. ^J_^J i..j <-«-(y.Àj l_j..^= JI w-ioj 
bjiaJI^ (j-lji^' Jvjifi_j tjUi«ilj ià\J^ (Jiii\ t-».*aJiJi !_j^oi» i<X*Aj| ^i ^oJ- a^,««j 

' Sic. ^j » iJt >iJ li Ci. wwJ ^_^ uXJi J.5 



310 TROISIÈME CLIMAT. 

Feuillet 78 vereo. « de Soul J>-«s ', OÙ il fit creuscr le canal connu sous le nom flo 
» Menhi ^^ — (p-^-«. qu'il amena jusqu'à remplacement d'Ellalioun 
' u^-iX\ Ensuite il construisit (la digue) d'Ellalioun, et la conso- 
lida au moyen de pierres grosses et petites, de chaux, de bri- 
ques et de coquillages, (ce qui forma) comme un haut mur, 
■ au sommet et vers le milieu duquel il fit placer une porte. Der- 
" rière, il creusa un canal qui s'étendait au-dessus du Faïoum, 
« du côté de l'orient. 11 en fit creuser un autre vers l'occident , 
" qui venait rejoindre le premier en passant par les dehors du 
Faïoum, (territoire) qu'on appelle Tenhémet -. L'eau s'écoula de 
" la vallée au canal oriental, et de là vers le Nil. Quant aux eaux 
« du canal occidental, elles s'écoulèrent dans le désert deTenhé- 
•■ met <.:i<-(YJo, à l'occident, et il n'en resta rien absolument; tout 
" cela eut lieu en peu de jours. Alors il (Joseph) ordonna qu'on 
" se mît à l'œuvre. On coupa les roseaux, les plantes aquatiques 
« qui se trouvaient là, ainsi que les touffes de jonc et les tama- 
« riscs, et cela durant que les eaux coulaient dans le Nil. Ces 
" eaux s'introduisirent alors dans le canal de Menhi, et parvin- 
" rent à Ellahoun. Ensuite on coupa (la digue) vers le canal du 
« Faïoum. Les eaux entrèrent ainsi dans cette province, l'arro- 
« sèrent, et en cou\Tirent toute la surface, en sorte qu'elle de- 
1 vint (comme) une nappe d'eau. Tout ce travail fut fait en 
« soixante-dix jours; et lorsqu'il fut terminé, le roi dit, en lo 
« considérant : Voilà un ouvrage de mille jours. C'est de là que 
« vient le nom d'Elfaïoiim. 

« Ensuite Joseph dit au roi : Le bien public exige que tu me 
1 confies une famille par chaque district de l'Egypte. Le roi y 
« ayant consenti , Joseph ordonna que l'on bâtît un village pour 
" chacune de ces familles. 11 y avait quatre-vingt-cinq familles; 
« il y eut donc autant de villages. Lorsque les constructions fu- 

11 y a probablement une erreur dans l'indication de ce lien, Soul étant silué an 
nord du Faïoum. — ' Ou ti<.nJij d'après le ms. A. 



QUATRIÈME SECTION. 311 

« rent achevées, Joseph assigna à chaque village une quantité Feuillet 78 verso. 
• d'eau suffisante pour arroser les terres, mais rien au delà; puis 
« il assigna à chaque peuplade l'eau nécessaire pour sa boisson 
» durant le temps même de la retraite des eaux. Telle est la des- 
' cription du Faïoum. » 

Quand on part de Missr pour se rendre, en remontant le Nil, 
dans l'Egypte supérieure , on va de Fostat à Miniet el-Soudan teuiiin 79 recto. 
yli^-Ji Hm^, joli port situé sur la rive occidentale du Nil, et 
environ à 1 5 milles de Missr. 

De là à Beiadh j:,\j^ \ bourg entouré de champs cultivés et de 
jardins produisant toute sorte de fruits, 20 milles. 

De là à Hama el-Soghaïr j^oUall (j^î"' 20 milles. 

De là à Hama el-Kebir^ji^fii^^^, bourg situé sur la rive orien- 
tale, et dont le territoire est cultivé en blé, en vergers, en vignes 
et en cannes à sucre, 10 milles. 

De là à Deïr el-Faïoum (..^aAJI ^i ou el-Batoum (.y^jJ' , sur la 
rive orientale, 20 milles. 

De là au bourg de Tounes ou de lounes u»oy> xjji ou (j~->>> , 
sur la rive occidentale et à quelque distance du Nil, 2 milles. 

De là à Dahrout lojj~i>^ , sur la rive occidentale, 1 demi- 
journée. 

De là à Caïs j» — *A^i, ville bâtie sur la rive occidentale, 2(i 
milles. 

Caïs (_f<»AJiIt est une ville très-ancienne dont nous avons parlé 
Jans la partie de la description de l'Egypte contenue dans le n' 
climat. Nous avons donné l'itinéraire de cette ville à Asouau 
yl^*.i -; il est donc inutile de revenir là-dessus. 

Quant aux pays situés au-dessous de Missr j-ia-o, celui qui veut 

' Ce mot manque dans le ms. A. et dans la Tersion latine. 

' Voyez ci-dessus, p. lai et suiv. Les auteurs de la version latine ont pensé 
que notre auteur donnait ici cet itinéraire. C'est une inadvertance de laquelle il est 
(urpreuant que le docte Hartmann ne se soit pas aperçu. 



512 TROISIÈME CLIMAT. 

Feuillet 7.) recto, s'y rendre en descendant le Ml doit passer d'abord par Minict 
»jJu»; 5 milles; 

Puis par el-Caïd ^UJI , ville considérable, entourée de jardins, 
5 milles; 

Puis par Cboubra s^, gros bourg où l'on fabrique de l'hy- 
dromel aromatisé qui est très-renommé, 5 milles; 

Puis par lasous (J"^-»j, joli bourg, 5 milles; 

Puis par Sarout caj^^-. \ 5 milles; 

Puis par Salcan yUA^, 5 milles; 

Puis par Zafita xuij, bourg où se rassemblent tous les navires 
destinés à la pêche du gros poisson, et situé à l'extrémité supé- 
rieure de l'île où le Nil se partage en deux branches, vis à vis de 
la ville de Santouf ojiuUi (sic). Celle-ci est au sommet du canal 
qui descend à Tennis (j«oyu et à Damiette klçfli. 

Au-dessus de Chantouf tij — hJ> — -;; , le Nil se partage en deux 
branches dont les eaux descendent et parviennent à la mer. De 
chacune de ces branches dérivent deux canaux également dirieés 
vers la mer. L'un de ces grands bras, dont le point de partage 
est auprès de Chantouf, court du côté de l'orient et parvient à 
Tennis. De ce bras dérivent trois canaux. L'un d'eux part d'An- 
touhi ^yj', sur la rive occidentale, passe à Tabcouïs ^j^oylo -, 
et revient à la branche principale, auprès de Damasis (j«yy«fc/»i. 
Au-dessous de ce point est un canal creusé sur la rive occiden- 
tale, et dont les eaux parviennent à Damiette. 

Quant à fautre branche, elle se dirige, à partir de Chantouf, 
vers l'occident, et passe auprès de Fais el-Naliar jl^vJI j«^\ 11 

' ' Le ms. B. porte Seroudas jj.vij w»* et Clialcan yULLi • 

' La version latine porte Micaiis. 

' h'/lbrcrjc porte « auprès de Tennis. » Cette leçon fautive a beaucoup embarrassé 
M. Hartmann; la rectification que nous fournissent les deux manuscrits est loin de 
lever tous nos doutes , et nous ne pouvons que dire avec l'habile commentateur : • In 
• descriplione liorum canalium oranino hœrco ha;sitoque. » 



QUATRIÈME SECTION. 315 

en dérive un canal passant à l'ouest, formanl une courbure au- reuiiiei 79 verso. 
près du bourg de Bebih gi-u ', et d'où dérive le canal qui pai- 
vient à Alexandrie, et qui porte le nom de canal de Chabour 

j^ jl a. L'origine (ou la prise d'eau) de celui-ci est au-dessous 

de Bebili ^ — -i — ?. L'eau n'y coule pas durant toute l'année, 
mais seulement durant le temps de l'inondation du l\il. Lorsque 
les eaux de ce fleuve ont baissé, le canal reste à sec, et il n'est 
aucunement navigable. 

De cette grande brandie qui se dirige vers Racliid ù^^—jUij 

(Rosette), au-dessous de Mandioun y_>-j<^ «— «, de Samounos 

(j.0^*»., et de Fouab o_j_» et au-dessus de Rachid, part un bras 
du fleuve qui se rend vers un lac permanent , lequel s'étend b; 
long du rivage (de la mer), vers l'occident, jusqu'à 6 milles 
environ d'Alexandrie , « en sorte que les marcbandises apportées 
" par les navires (du lac) sont transpoilces par terre à Alexan- 
« drie. 

« Sur ces divei's canaux, on voit de toutes parts des villes 
« florissantes et des bourgs très-peuplés. Nous en décrirons la 
« majeure partie, s'il plaît à Dieu. » 

Celui qui veut descendre de Missr j-ia» à Tennis ^J*yvij■, a g 
journées de cbemin à faire. 

De Tennis àDamiette, on compte 1 journée de navigation. 

De Damiette à Racbid, 2 journées. 

D'Alexandrie à Missr, G journées. 

De Racbid à Alexandrie, 1 journée. 

De Missr on se rend à Zalita i^ji>jj-, « dont nous avons déjà 
« parlé comme d'un lieu où se rassemblent les navires destinés 
« à la pècbe. Ces navires sont quelquefois au nombre de cent 
« et plus. » 

Vis-à-vis de Zafita AX^ij, sur la rive gauclie, est Cbantouf 

' La version latine porte Malig. 
' La mêoie version porte Rafina. 

4o 



514 TROISIÈME CLIMAT. 

Feuillet 79 verso. o^JûjLi, jolie ville. De là à Chenwan ylyUi, on compte 2 milles; 
car on descend à ei-Chameïn (jv«^'. " bourg situé sur la rive 
« orientale du fleuve, et dans le territoire duquel on cultive 
« beaucoup de cannes à sucre, d'oignons et de concombres, lo 
" milles ; » vis-à-vis, et sur la rive occidentale, est Tant i-^J^, « joli 
I' bourg dont les environs sont très-productifs en céréales; » de 
Tant à Cbenvvan, petite ville, on compte lo milles. 

De là en descendant à Cachrat el-Abrah y-^ill «j-ûo, environ 
i 2 milles. « Ce dernier bourg est situé vis-à-vis de Chirdjé 

De là, toujours en descendant, à Salahié iuiL», environ 
1 G milles. 

« Salahié est une ville très-populeuse, bien bâtie et dont le 
« territoire est bien cultivé; mais les habitants sont voleurs, 
« méchants et connus par leurs mauvaises mœurs. >> 

Au-dessous est Miniet el-A'taly j^iajJ! aaJu dans la province de 
Gharbié. 

De là à Chioudjé *»jrvi ', ' o milles. 

Puis on descend à Djedwa aj4>v=-, « petite ville où sont des 
« marchés très-fréquentés et très-bien fournis, et où l'on voit 
'1 beaucoup de navires spécialement destinés au passage des 
" troupes -; » 1 5 milles. " 

De Djedwa «jJ^s- à . ^, 20 milles. 

De là à Miniet el-A'ttar jUajJl &aj>-«, « bourg entouré de vergers 
« et de jardins, » et situé vis-à-vis d'Antouhi ,!>"', « autre bourg 
" sur la rive gauche, dont le territoire est également bien cul- 
« tivé et où se tient un marché à jour fixe, » 20 milles. « 



' Le Qis. A. porte Sioubé ; la version latine, Siona. 

' j.^jL«*II ajJvhaJ d'après le uis. A., ou ^j^L«JI ioJ^jcJ "des habitants, 
d'après le ms. B. 

" Ce nom de lieu manque dans nos manuscrits ainsi que dans l'Abrégé. 



ouatrièmp: section. 315 

De Miniet el-A'lafy JJajJ! ^^ajL*, dont il vient d'être question, Feuiiii't 79 verso. 
à Chamaïrac (j^,.x*ïi , sur la rive gauclie , 1 o milles. 

A partir d'un peu au-dessous de Chamaïrac, bourg situé vis- 
à-vis de Djedwa ï^o^^^, jusqu'à Antouhi ^yol , ci-dessus indiqué, Feuillet so rocio. 
environ 10 milles. 

Au-dessous d'Antoulii la branche du Nil se subdivise en deux 
bras, dont l'un se dirige vers l'occident et l'autre vers l'orient; 
ils forment une île , se joignent auprès de Choubra »^ et de 
Damasis fj„.jy^^i> , coulent ensemble durant un court intervalle, 
puis se subdivisent (de nouveau) en deux branches dont l'une, 
l'orientale, se dirige vers Tennis u-aàj, et l'autre, l'occidentale, 
vers Damiette ialA-ci. 

Revenons à Antouhi où le Nil se divise. Celui qui veut des- 
cendre par le bras oriental passe d'abord à Miniet A'ttar j^ias *-s*^, 
bourg situé vis-à-vis d' Antouhi, puis à Bathat el-A"sel J-.^! HXi, 
joli bourg entouré de jardins, vis-à-vis duquel, sur la rive occi- 
dentale, est situé un bourg plus grand, (également) connu sous 
le nom de Bathat \m \ puis à Atrit lj^jjJ\ ' sur la rive orientale , 
puis à Djandjar^>.iSJ.s- , lieu dont le territoire est très-fertile en 
céréales, et vis-à-vis duquel se trouve sur la rive occidentale 
Miniet Haufi i^.»- »jmi, bourg considérable; puis à Manbit ovs^^», 
lieu situé sur la rive orientale vis-à-vis de Warouwa «jj^j , bourg 
très-peuplé où se trouve un joli bazar; puis à Hamaria ïujl^ vis- 
à-vis de Miniet el-Haroun yj;;^ ^-^mà-o, sur la rive occidentale, 
d'où l'on descend à Saharecht le Grand i^^^l r. ;^ -?« sur la rive • 
orientale, puis à Saharecht le Petit j^jji^Jl cjUy.;£p sur la rive 
occidentale, « où l'on cultive avec succès diverses plantes et no- 
• tamment le sésame et le chanvre; » puis à Miniet Ghamr i-^ju^ 

' Le ras. A. poile Uu el la version latine Banna ; mais cette leçon est vicieuse , 
à en juger d'a|irès le ms. B. où les noms propres de lieux sont, en général, écrits 
d'une manière plus correcte. Voyez, au surplus, ÏEdrisii Africa, page SgS. 

' La version laline porte Anzit. 

40. 



316 TROISIÈME CLIMAT. 

FeuiUeiSo rccio. j4 (ou Mit Glianir j^ ^-^.^), bouig sur la rive orientale, •■ où est 
.. un marclio; il s"v fait constamment un grand commerce d'im- 
. portation et d'exportation. » Sur la rive opposée est Miniet Radia 
xoj iuJ^: de là, en suivant la rive occidentale, on descend à Miniet 
el-Firan y|_^î iUi-« ' « où l'on cultive le cumin, l'oignon et l'ail 
« sur l'emplacement de l'ancien château du prince. » 

A l'orient de ce lieu est Dacarcous ^J^^J-ii , « bourg très- 
« considérable, entouré de vergers et de champs cultivés, et où 
» se tient une foire tous les mercredis. » De là on descentl à 
Miniet Fimas u-Uy» JUi-o, « joli bourg dont le territoire est entiè- 
rement productif et fertile, » en face duquel , sur la rive occiden- 
tale, est situé Hanout ^y\-:>- , «bourg arrosé par des eaux cou- 
« rantes, où l'on cultive beaucoup de beau lin. Cette culture forme 
Il la principale ressource des habitants. » De là à Miniet Asna Hm^ 
Uwl à l'orient du canal, puis à Damasis ,j,,.A^«i , dont il a été 
déjà fait mention. « Damasis est un bourg très-peuplé; il s'y tient 
. tous les sauuKiis une foire très-fréquentée par les marchands, 
« où l'on vend cl l'on achète des étoffes et des marchandises de 
« toute espèce. » 

Celui qui se propose de descendre par le bras occidental va 
d'Antouhi Sy^^ " Malih ^, ville commerçante, située vis-à-vis 
de Miniet A'bd-el-Melik JM\ J^xê i^X^, gros bourg sur la rive orien- 
tale, dont le territoire est très-productif; so milles. 

De Malih à Tantana iUkjJa, petite ville située sur la rive occi- 
dentale , I. dont les habitants se livrent au commerce et vivent 
Il dans un état paisible et prospore; » i5 milles. 

De Tantana à Talti ^h sur la rive occidentale, vis-à-vis de 
Dja'faria Xj^àju», bourg sur la rive droite; i5 milles. 

De Talti à Belous ^J.^- sur la rive occidentale, vis-à-vis de 
Santa, «bourg agréable et bien peuplé. » 

' Le ms. .A. porte Kirawaii yl v^ï ; la version latine, Moniet Alaniran. 

' La version latine pcirle Foloiis, mais nos deux manuscrits donnent jj-jA» ■ 



QUATRIÈME SECTION. 317 

De Belous à Sounbat LUu,, « ville dont les habitants culti- l'euiiict So \erso. 
« vent le lin\ se livrent au commerce et sont Ibrt riches, et ([ni 
« est située sur la rive gauche du Nil , vis-à-vis de la ville de 
« Wancassrj-«Ujj. » 

De Sounbat on se rend à Choubra iijjUi, » ville située à l'em- 
" bouchure du canal qui fait face à Damasis (j,».A*^i , dont nous 
" avons fait mention ci-dessus-. » 

Celui qui veut se rendre de Damasis à Tennis lt^v" par le Nil, 
descend d'abord jusqu'à Miniet Bedr^Jv ***-«, environ 2 milles. 
C'est de là que part, du côté oriental, le canal de Chancha U«l-; , 
qui passe auprès de la ville de ce nom , « ville très-agréable, dont 
« les environs sont bien cultivés et plautés d'arbres et de cannes 
« à sucre. » 

De là à Albouhat i^jUyJI , ville située sur la rive orientale, 
« bien peuplée, possédant des bazars et ceinte d'anciennes mu- 
« railles en pierre; » 2 4 milles. 

De là à Safnas (j«UiU, , " petite ville bien peuplée, » i 8 milles. 

De là en se dirigeant par terre vers l'occident à Tanah ^Ui», 
ville située sur la rive orientale du canal de Tennis; 2.5 milles. 

De là au lac de Zar jij, situé dans le voisinage de Farama U^j. 
Ce lac touche au lac de Tennis u«vv*j qui n'est séparé de la mer 
que par un intervalle de 3 milles. Il e.st très-vaste, et, indépen- 
damment de l'île- de Tennis, on y remarque celle de Hissn el- 
Ma *lii (;j>^2-=- , située vis-à-vis et non loin de Farama. Bardouin 
(j^ji^ , qui conquit la Syrie à une époque postérieure à l'hégire, 
parvint jusque-là; et ayant couru le risque d'y rester submergé 
avec son cheval, il revint sur ses pas ^. 

Ceci se lioiive conforme à ce qu'on lil dons i'ilinoraire de Benjamin deTiidele, 
page 12 1 

Et non de la ville, ainsi que porte la version latine. 
' Il s'agit ici de Baudouin, frère de Godefroy de Bouillon, qui, d après le récil 
d'Abulfaradj ( Hisl. tlyitust. page 877 ), mourut à Jérusalem en 1118 de J. C. Voyez 
aussi Ahulfeihc Annal, muslan. tome 111, page 872. 



318 TROISIÈME CLI.MAT. 

FeuUlet 80 verso. A l'est de Tennis, en tirant tant soit peu vers le sud ' et dans 

le lac de ce nom, est l'île de Touna *jy; au midi de Tennis est 
l'île de NaLalia iUUi; à l'occident du canal de Chancha UijU, 
dont nous venons de parier, il existe un grand nombre de 
villages et de bourgs, lieux cultivés et produisant toute sorte de 
denrées utiles. 

Celui qui veut aller de Damasis ^...».»..«a à Tennis (jhms par le 
grand canal, passe d'abord par Miniet Bcdr j<Xj iUJL», dont il a 
été question ci-dessus; puis il se rend à Bana Lu^ bourg situé 
sur la rive occidentale à 1 o milles. « Bana est un lieu pariaite- 
« ment cultivé et très-fertile, » au-dessus duquel le Nil se partage 
en deux branches qui forment une petite île, à l'occident de la- 
quelle est le bourg de Boussir ^^A.»ajj ; de l'autre côté, c'est-à-dire 
sur la branche orientale, est Rahl-djerah ^I_>j=- J^a-j , ville petite, 
mais dont le territoire est riche et fertile. Entre Rahl-djerah et 
l'embouchure du canal de Chancha UijU; , on compte 4o milles. 

De même, de Boussir jji*sjj et de Bana !.« à Miniet-ebn-Djerah 
^l^j». (jjl N»Jk^, située sur la rive orientale, et à Semenoud .ïjâo., 
« ville jolie, riche, peuplée, située sur la rive opposée, et oii 
« Ion trouve à bon marché tout ce qui est nécessaire à la vie; 
1 2 milles. 

De Semenoud, en se dirigeant par terre vers l'occident, à San- 
Feuillei Si recio. dafa AiAÀ*«'\ ville située sur les bords du canal de Bolkma •'^àaaXj , 
8 milles. 

De Semenoud ajj>.«w à Tha'banié iUiUxS, » ville populeuse et com- 
" merçante, » située sur la rive occidentale du canal, 18 milles. 

De là à Miniet A'sas u«U»c HaJuh, « bourg dont le territoire est 
« très-fertile, » 12 milles. 



5Mï <-',i^ 



r'J" 



f^ W-^ (J-* 



i^yiJu.j 



• Le ms. B., que nous suivons ici , oflre une leçon qui jusliûe pleinement la con- 
jecture émise par M. Hartmann, Edrisii Africa , page àoS. 
' L Abrégé porte Sandaca. 



QU4TRIÈME SECTION. 7,IQ 

De là on descend à Djoudjar^yj»-^»-, vis-A-vis de Wanch el- Foniict 81 recto. 
Hadjarjj^' ijiJj \ « petite ville située sur la rive orientale, » 1 i 
milles. 

De Wanch el-Hadjar à la ville de Toukha W^ (ou Tarkha 
U.^ d'après le manuscrit B.), 12 milles. 

Cette dernière ville est située sur la rive occidentale du Nil, 
à 1 2 milles de Djoudjar^^s-^=-. C'est au-dessous de là que le Nil 
se partage en deux branches dont l'une, l'oi'ientale, se dirige 
vers le lac de Tennis ^J>MJ , et l'autre , l'occidentale , vers Da- 
miette Llyii . Celui qui, de Toukha, veut descendre à Tennis 
passe d'abord à Miniet Chahar jL-^i iC*j»-«, ville petite, mais 
populeuse, commerçante et riche, située vis-à-vis de Mahallé 
Damnia iUMi «krf, bourg situé sur la rive orientale, « à 5 milles 
« de distance. » 

Miniet Damnia iLiMi, iUx* est au-dessous de Chahar jU.*ï ^. 

De Mahallé Damnia &aà.«s A^ à Kibab Baziar jl.jU cjL_»_>, 
bourg considérable '\ i 3 milles. 

De là en descendant à Kibab el-A'rif ob^l tjU» , 16 milles. 

De là au bourg de Damou ^i , 1 5 milles. 

De Damou à Tamakh ^UJa \ « ville populeuse et commer- 
« çante , sur la rive orientale , 2 milles. » 

De là à Chamous (j«.j^«i, bourg, 10 milles. 

De là à Cariet el-Anssar jUûiill iuji sur la rive occidentale, 20 
milles. 

De là à Cariet Wabida i-y^j &jj.ï s*ur la rive orientale , 2 o 
milles. 

De là à Barnabliz jyAÀAj^ sur la rive occidentale, 20 milles. 

Puis à Sebista ji •>«.■;■», 4o milles. 

' Le ms. A. porte Waranch el-Hadjar; la version latine, Nasc el-Hadjiar. 

' Nous suivons ici le ms. B. , leuillel i'>,5, recto et verso. 

' Le ms. A. porte jLl, tjUï ; la version latine, Cqebab al-Bazbar. 

' Nous suivons ici nos deux manuscrits : VAbrèçjé porte Tanali — Ulo . 



320 TROISIEME CLIMVT. 

Feuillet Si recto Enfin ail lac de Tennis jxmj tj^ vers l'occident, i5 milles. 

Les eaux de ce lac sont douces en çté lors de l'inondation 
du Nil. En hiver et jusqu'à la saison des chaleurs, les eaux de la 
mer prennent le dessus et communiquent (à celles du lac) leur 
salure. Il y existe des villes entourées d'eau et semblables à des 
îles, telles que Nabli J^j, Tonna &jy , Samnat »U<w, Hissn el-Ma 
*U! (jAsa-, et on ne peut y aborder qu'au moyen de barques. « On 
tire de Tennis, ainsi que de Damiette, des étolTes fines de l'es- 
« pèce dite Dabiki j-ui et Chorb <->j^ . Sous le rapport de la tein- 
« ture, rien n'égale les étoffes de Tennis, et elles sont tellement 
« belles et précieuses, qu'un seul manteau, lorsqu'il est broché 
« en or, vaut quelquefijis mille dinars, et sans or, cent ou deux 
« cents environ. La matière prmcipale de ces étoffes est le lin. 
« Quant à celles qu'on fabrique à Chata Ua.i, à Dinwa l^i et 
« à Damira Àj-tt^> et dans le voisinage de ces îles, elles sont 
« sans doute très-fines; mais elles n'approchent pas de celles de 
" Tennis '. » 

Ce lac a peu de profondeur. On le traverse presque partout 
sur des bacs. On y rencontre (quelquefois) deux bâtiments s'é- 
Feuillei 8) vei-so. loiguant l'un de l'autre, voguant en sens contraire à pleines voiles 
par le même vent, et se croisant avec une égale vitesse. 

Quant à Damiette tU^i, c'est une ville bâtie sur les bords et à 
une certaine distance de la mer. « On y fabrique des étoffes de l'es- 
DAMip.TTF. » pèce dite Dabkié «jOùi et d'autres qui, potu- la perfection du tra- 

« vail, approchent de celld^ de Tennis". » Le bras du Nil sur lequel 
Damiette est située est dérivé de celui qui descend à la ville de 
Tennis et dont le point de départ est au-dessous de Toukha là.j^ 
dont nous avons déjà parlé. Celui qui, partant de Missr, désire s'y 

' Notre texte contient ici une anecdote fabuleuse et sans intérêt que nous nous 
. abstenons de traduire. 

' Voyeî, au sujet de ces étoffes, les Mém. (jèogr. sur l'Egypte de M. Quatremère, 
t. 1, p. 3o8 et Sog. 



QUATRIÈME SECTION. 521 

rendre, passe par les villes, bourgs et lieux habités dont nous Feuillet 81 vcr.,o. 
avons donné l'énumération, jusqu'à ce qu'il soit parvenu à Touklia. 
Prenant ensuite la branche occidentale du Nil qui coule vers 
Damiette, il parcourt, en descendant, lo milles jusqu'à Daniira 
s^-oi ', petite ville située sur la rive occidentale du canal, « où 
I l'on fabrique de jolies étoffes destinées à l'exportation, et où 
« il se fait beaucoup de commeixe; » de Damira, en descendant 
le canal, à Cherencas ^^Uy.£, «ville petite, industrieuse et 
« commerçante, » située sur la rive occidentale, 17 milles. 

De là à Saremsab -Lm.«;-w (ou Charemsali ^U».»^), petite ville 
située sur la rive orientale, 20 milles. 

De là à Miniet el-0'louk ^«^UII *aA.-, « bourg bien peuplé, où 
« l'on trouve des pressoii's à sucre et des productions de la terre 
« en abondance et qui est situé sur la rive orientale du canal , » 
20 milles. 

De là à Fareskou ^-M-jb - sur la même rive, 10 milles. 

De Fareskou à Boura Sj^ , « gros bourg dont le territoire est 
« très-productif, » 1 5 milles. 

Et de Boura à Damiette ' 

" Ce qui fliit, pour la distance totale de Toukha à Damiette, 
io5 milles. 

«De même de Toukha à Damasis (j*vv>»-«i, on compte 110 
» milles. ' " 

« De Damasis à Antouhi ,fj-*i! , environ 90 milles. 

" De l'embouchure d'Antouhi à Chantouf oj-b-j^-i, 100 
« milles. 

' Le ms. A. porte Daliiia «y'i . 

' Nous suivons ici l'orlliographe de nos deux nianuscrils, quelque vicieuse 
qu'elle puisse être. Toules les caries (sauf loulefois celle de Paul Lucas) portent 
Fareskouv, et c'est ainsi que nous avons nous-même entendu prononcer ce nom sur 
les lieux. 

' L'addition des quantités ci-dessus ne donae que 92 milles : ou peut supposer 
que la distance entre Boura et Daniietto est de x?) milles. 



322 TROISIÈME CLIMAT. 

Feuillet 8i yerso. ■ Et de Cliantouf à Fostat LUx»»», 5o milles. » 

Mais, pour revenir au canal de Mahallé A^l ^ssAi., nous disons 
que son point de départ est au-dessous de Tantana ^^Jaila ' et 
qu'il coule vers l'occident jusqu'à Chermah ^Liy-2 - situé sur le 
canal de Damiette. 

De ce point à MinietGhazal Ji^t ^aJU à l'orient, on compte 20 
milles. 

« Ce bourg, très-agréable et offrant beaucoup de ressources, 
n est situé vis-à-vis de Mahallet-Abi'l-Heïthem |<vs^i jt *k^ sur 
" la rive occidentale. « 

De Minict Ghazal à rembouchure du canal de Bolkina Ks^ 
**^^jiJ^ ', « bourg dont le territoire est couvert de jardins et de 
» cultures,» i5 milles. 

A partir de là, commence un autre canal qui coule directe- 
ment à l'ouest, «vers Sakba Uc?, et sur lequel on voit d'abord 
« à l'occident Dar el-BacaryoJi jli; » ])lus bas, également à l'occi- 
dent, le bourg de Ma'tamadié &j»k.»ow, puis celui de Matboul 
Jjjùw» à l'occident, " où se tient un marcbé à jour fixe, « puis 
Feuillet 52 recto. Sakba U:p. « Sakha est dans les terres, et c'est un chef-lieu de 
« district. » De là, en se dirigeant vers le midi , on va à Mahallé 
Sirt ^jja *Ks2 , puis à Mcnouf el-A'lia UX«JI cjjj-» , ■■ bourg dont le 
« territoire est fertile et les dépendances bien peuplées; •> puis à 
Sekaf ô'S^*", «joli village dont les habitants vivent dans l'abon- 
« dance de toutes choses; » puis enGn à Chantouf o^tuUi. 

Reprenons notre itinéraire à l'embouchure du canal de Bol- 
kina dont nous venons de parler. De là on descend à Mahallé 
JiK^I, « grande ville 011 sont des marchés bien fournis, et où il 
« se fait constamment des affaires de commerce » 

A /|5 milles de Mahallé on trouve la ville de Sanhour j^j^JU» 

' Le ms. A porte Tanta. — ' La version latine porte Seremsah. 
' Nos deux manuscrits sont d'accord sur lorthographe de ce nom. La conjecture 
émise par M. Hartmann [Edns. Afr. page /i22) se trouve donc conûrmée. 



QUATRIÈME SECTION. 523 

où aboutit le canal de Bolkina. Celle ville a vis-à-vis d'elle, Feuillet sj ipcio. 
à l'orient et à i mille et demi de dislance, celle de Sendia 
iijj^ÀAv ', jolie ville située à i5 milles de distance, par terre, de 
Semenoud :>y^-tw. Cette dernière ville est sur le canal de Tennis 
et de Damiette. 

De Sendia on se rend à la ville de Mahallé »)«il ; de là à Ma- 
hallet el-Dakhel J>i.!^3! iOv^;, bourg situé à l'occident du canal; 
de là à Daniira <>jj~*> , « où l'on marque d'un signe les étoffes dites 
Choroub -; » l'une et l'autre sont de grandes villes « où l'on fa- 
« brique (des tissus) pour les riches et pour les pauvres; » de là 
on se rend à Damiette. 

• Nous venons de décrire d'une manière suffisante les canaux 
" orientaux (du Nil), ainsi que leurs ramifications. Il nous reste 
• à traiter convenablement des canaux occidentaux, et de l'état 
« des pays situés sur leurs rives. » 

Nous disons donc que le voyageur qui désire descendre de 
Missr à Alexandrie passe d'abord devant l'île d'Ancacli (jiUil et 
devant Embabé ajU-«^, villes situées entre les deux rives du Nil, 
« et où l'on avait coutume d'apprivoiser les bêtes sauvages à l'é- 
" poque de la domination du ])rince de l'Egypte*'; » lo milles. 

Puis à Akhssass ^_yj\tn-^l, « lieu couvert de vergers, d'édifices 
« et de jardins d'agrément; » 20 milles. 

De là en descendant le Nil à Dhorouat «jji, 5 milles. 

De là à Chantouf ojJaÀ.^ , petite ville bien peuplée « dont le 
" territoire est fertile » et qui est située vis-à-vis d'Omm-Dinar 
jUji -1, joli bourg sur la rive occidentale, 20 milles. 

De là à Achmou (ou plutôt Acbmoun) Djoreïch (_f^^^ j<il, 
petite ville sur la même rive, i5 milles. 

' On trouve sur la carie du général Reynier un lieu du nom de Seneta doni 
la situation paraît correspondre a celle de la ville dont il est ici question. 
<-jjj' A 1! tjL*jJI L^ (ou ftc^jj) çiy^y <^i • — ° Sic. 
j tn* i_.«j».U» ^^jyoi)l _y^^) SJv.» i ^-«-i-V» l/iJ^'.P' ^^y^ ^J^ L«y^- 



Fciiillel 8î recto. 



Feuillet 82 verso 



-' OU j~>j-4 sur la rive 



524 TROISIÈME CLIMAT 

De là à el-Khoreïch ou el-Djoreïch iji~>j-^ 
orientale, 18 milles. 

« Cette dernière ville est jolie, située dans un vaste et beau 
■ pays, commerçante, Mon bâtie et entourée de vignobles et 
" de vergers. » 

De là à Remal el-Sanim (<vjM<aJI JU; 

Par la permission du Très-haut , il s'opère en ce lieu un pro- 
dige consistant en ce que, si l'on enterre un os dans le sable, au 
bout de six jours il se convertit en une pierre très-dure. 

De Remal el-Sanim on se rend à Aln-lahnes (j*Àa? jl , gros 
bourg entouré de jardins; de là à Tarnout ^^^, petite ville 
bien peuplée oii il se fait beaucoup de commerce; et de Tar- 
nout à Chantouf, 5o milles. 

Auprès de Tarnout Isyjjj est une mine de sel natron d'une 
excellente qualité ; on en expédie dans tous les pays. Tarnout 
tijijj est sur le canal de Chabour j^Uî ; en effet lorsque ce bras 
du Nil est parvenu à Remal el-Sanim ffSMoi^ JU, , il se sididivise 
en deux canaux, dont l'un, l'occidental, passe à Tarnout Is^jJ, à 
Bestama *-oU..«j, à Tanout t^yJ» , à Chabour j_5jLû, gros bourg, à 
Maballet el-Scïda »Jvy>*J' «Jssî, à Resial JU**;, à Caranta ou 
Faranta *kj^ ou *Kyj, à Souc abi-Mena \m jl (ji^m, à Caranfil 
», à el-Kariouii ijyj^K à Ssabar j-«a5 , et enfin à Alexandrie 



Ce canal n'est rempli d'eau et on n'y peut naviguer qu'à l'épo- 
que de la crue du Nil, attendu que son niveau est plus élevé que 
celui des basses eaux du fleuve. Ce canal, lorsqu'il est paiVenu 
à Ternout iojjjj , forme une courbure et se dirige vers l'orient 
au point de coïncider avec l'autre auprès de Malig', et de manière 
à former l'île de Biar ^lo . 

Quant au point de départ du canal oriental, il est auprès de 

' Nos deux manuscrils étant à peu près illisibles ici , nous croyons devoir suivre 
la version latine. 



QUATRIÈME SECTION. 525 

Remal el-Sanim (^NÀ^aJI jUj . Ce canal se dirige vers le nord, et rpuiiiet 82 ver 
va rejoindre l'autre auprès de Bebili ^m '. « Dès son origine, au- 
" dessous, on trouve sur la rive orientale des champs cultivés el 
" de nombreux villages qui se succèdent sans interruption jus- 
« qu'aujirês de Menouf el-Asfali Jui..«i)l Oy*^- •• De là il (le canal) 
passe à Thana US', puis à Cabicha U«aaï, puis à Beïdaria iijjto^Aj, 
lieu situe en face d'el-MenarjUtl ouBebih ^m, sur la rive occiden- 
tale : c'est là que les deux canaux se réunissent et n'en forment 
plus qu'un. Au-dessus de Bebih est un bourg dit Colaïb el-O'm- 
nial JUjtl! c-v^. Le Nil descend ensuite vers le nord jusqu'à Sa 
oUa bourg situé sur la rive orientale, vis-à-vis de Chakla iK*i 
sur la rive occidentale , 1 5 milles. 

• De Sa alak E^tafia iUilla-ot, joli bourg bien peuplé, sur la 
« rive orientale, 20 milles. 

« De là à Mahallct el-A'louï i^jAjJî «Kaî, gros bourg entouré de 
« jardins et de cultures , situé vis-à-vis de Sornabi <ivj;-w , autre 
« bourg sur la rive occidentale, i5 milles. » 

De Maliallet el-A'louï t^^ijJî «J^^ à Fouah o^î , 1 5' milles. 

« Fouah est une jolie ville dont le territoire produit des fruits 
« et toutes choses en abondance ; il y a un marché , et c'est un 
« lieu de commerce. » Vis-à-vis de Fouah, le Nil se divise en deux 
branches de manière à former l'île dite d'cl-Raheb t-ui>lj.Ji , à l'ex- 
trémité de laquelle est située Sendioun ^j^^x^, «qui fut jadis 
■ une ville, mais qui est aujourd'hui ruinée-, et dont il ne 
" subsiste que les vestiges et divers villages contigus. » De Fouah 
aj» à Sendioun sur la rive orientale , on compte environ 1 5 
milles. 

Sur la rive opposée est le bourg de Samdisl ^^^«jJww distant 
de Sornabi (Sri)-^ de 1 5 milles. Un peu au-dessous de Samdisi 
,5uoJ^<v», dérive un bras du Nil peu considérable qui se décharge 

' La version latine |iorte Malig. 
Je lis ici t:*^i U-J>J^- 



326 TROISIÈME CLIMAT. 

Feuillet Si verso, dans le lac Mart »;U^ situé au nord-ouest et dont l'étendue est 
à peu près de 4o milles de long sur 2 milles de large. Ce lac a 
peu de profondeur jusqu'auprès du rivage de la mer dont il suit 
les contours. A une distance de 6 milles de Raehid «Xjyûj (Ro- 
sette), son embouchure est d'environ dix brasses de longueur sur 
une largeur égale à celle d'un jet de pierre. Ce lac communique 
avec un autre qui a 2 o milles de long et une largeur moindre que 
celle du premier. Les eaux n'en sont point profondes , « cepen- 
<■ dant il est navigable jusqu'à son extrémité. "> De ce point jus- 
Feuillet 83 recto, qu'à Alexandrie, on compte 6 milles. Les voyageurs quittent (ici) 
les navires et continuent leur route par terre et en caravane 
jusqu'à Alexandrie. 

Quant à la descente à Rosette par le grand bras du Nil, en 
voici l'itinéraire : de Samdisi (^wjJ^<w à Hafer^jU»., bourg situé 
vis-à-vis de Nessoubis el-Romman yUpl (j«>jy>aj , bourg sur la rive 
orientale, 20 milles. 

De Hafer^Ls^ à cl-Hadidia Aj^.xil ', 1 5 milles. 

Et de là "à Racliid Oyyi, (Rosette) 

RACHip «Cette dernière ville est florissante. Il y a des marchés, du 

°" «commerce, de l'industrie. La campagne qui l'environne produit 

ROSETTE. 111 

« du blé, de l'orge, toute sorte de légumes, des dattes et des 
« fruits en abondance; on y trouve en quantité du poisson de 
« mer et du poisson du Nil; on y pèche le Delis u«oJi '•", on le 
« sale, on le transporte au loin, et c'est un objet de commerce. » 
« La plupart des bourgs et des villages de l'Egypte sont dans 
• le Djauf Ofi==- (ou plutôt dans le Hauf 0,f=-) et dans le Rif ooj . 

' Maréotis. 

' La version latine poite Giodaidia, mais nos deux manuscrits sont d'accord sur 
l'orlliographe que nous proposons. 

' Tl faut probablement lire ici jj»-ijJi , c'est-à-dire la lelline . sorte de coquillage 
bivalve an sujet duquel on peut consulter la Chreslomatliie aruhc de M. de Sacy, t. I. 
p. 1^7, et la traduction d'ylW-a(/a(i/par le même auteur, p. 1^7 et 3i/i. 



QUATRIÈME SECTION. 327 

'. Le Rif est la contrée située au midi du Nil '. La majeure partie iVuiilei si ncio. 

« des liaLitants de ces villages sont des Coptes chiéliens et jaco- 

« bites. Ils possèdent un grand nombre d'églises. C'est un peuple 

« inoffensif et qui vit dans l'abondance de tous biens. Ebn-Hau- 

n kai rapporte, dans son ouvrage, que les femmes coptes accou- 

« chent souvent de deux ou de trois enfants à la fois, et qu'on 

« ne peut attribuer une telle fécondité qu'à l'influence de l'eau 

« du Nil. . 

De Racbid à Alexandrie, on compte 60 milles, savoir : 

De Racbid aux Sables JU^J! et à Boukir j-*j(j-> , 3o milles. 

De là à el-Cassreïn (jjjj^xJI et à Alexandrie, 3o mdles. 

" On pêche à Alexandrie une espèce de poisson rayé dont le 
" goût est agréable, et qui s'appelle el-A'rous u^-^jj^i]-. 

« Nous avons donné l'itinéraire de Missr ^fMa^ à Asouan 
• yl;-v<i et au Saïd .>yi*-iaJ!. Nows avons également décrit la route 
« de Missr à Afrikia ^oij^' '. » Notre intention est maintenant 
d'indiquer, station par station, le chemin qui conduit de Missr 
à Sedjelmesa par Behnesa U«à.^, et qui fut suivi par les Mo- 
ravides (jJaji^il, en 53o de l'hégire ( 1 iSy de J. C). 

De Missr à Behnesa Uu^, on compte 7 journées. 

Do Behnesa à Djob-Manad iLu t,/.;»- , 1 journée. 

Puis à Feïdia iL^ô^jj, 1 journée. 

Puis 2 journées sans eau. 

A la fontaine de Caïs ^J,^ y>.c , 1 journée. 

A Ghaïat cjU* , 1 journée. 

A la montagne d'Amtalas u«yJx<il J.+=-, 1 journée. 

' Voyez sur le Hauf et sur le Rif, la même traduction, p. 897, et les Recherches 
critiques et historiques sur la lungue et la littérature de l'Eqypte, pages 179 et suiv. 

D'après notre auteur, l'usage de ce poisson , rôti ou cuit de toute autre manière, 
procure dos rêves agréables ; mais ce conte, dont le sens est difficile à comprendre, 
ne nous paraît pas mériter la peine d'être traduit en entier. 

' Ou plutôt à Mahdia. 



Feuillet 83 recto. 



Feuillet 83 verso. 



328 TROISIEME CLIMAT. 

A Nasnat cuU-j, i journée. 

A la rivière de Castara s^ia^i t^^'j- ' journée. 

A la montagne de Sarwaï (^jj^ Jy^^-, i journée. 

Au désert de Tebdit i.xj>^ 'Î^jï', 3 journées sans eau. 

A l'étang de Clienavva sj\ — ui^.xj, dont l'eau est potable, 
1 journée. 

Au mont Tati jb Jy^s-, i journée. 

A Samela y^oU., i journée. 

A Sirou, dans la montagne, JyJi é jj*^ , i journée. 

Au désert de Metalawat ci>ji/U^, G journées sans eau. 

A Necaou jli», i journée. 

A Salouban yl._jXw, montagne, i journée. 

Au mont Wedjadil=.j Jy.=» , l journée. 

A Nadrama ^«!j.>sj. 

Au mont Cozoul Jjji J^l»- , i journée 

Au mont Aïdemour j.^o^jI, 3 journées de désert sans eau. 

A Soulkaïa llsCX»., 2 journées. 

A Tamct c^-ob, i journée. 

A Sedjelniasa &«..J^, i journée. 

Ce chemin est paiement fréquenté. « Les Moravides ^j .êJX\ , 
« pour le parcourir, prirent des guides. » 

De Missr j-o^ i Bagdad ilJob, on compte 670 parasanges, 
ce qui équivaut à 1 7 1 o milles. 

Pour aller de Missr à lathrib ^-v>s> (Médine), on passe par 
les lieux suivants : cl-Djoub ^^, el-Bouaïb t^yJI, Menzil ebn- 
Sadca Aj.x.^5 yjl Sjm, A'djeroud ^}j^'> Rouïtha XM^j-i^, Kersa 
^^, Hafar jjjl; Aïlah aKjI , Madian ^jj-x-e, A'ra l^i)!; Kelaia 

iu^S", Cha'ab .-.jti;, Beïdha \ «ia>J', Wadi'lcora I^-aJI ts^'j, Ro- 

lieïba f-M^^j, Dhi'l-Mervvet i}ji\ i^i , Morj_«, Soueïda i^_^l, 
Dhi-Kbachab c-ui-i. ^i, Médine ou lathrib. 

Il existe une autre route qui suit I0.S bords de la mer de Col. 
zoum, savoir : de Missr à A"m Chams ^..-^ (j-c ( Héliopolis), à 



QUATRIÈME SECTION. 329 

Matarié ib^iiil , Biiket el-Djob i_-4^ c-^S^ , lac où se déchargent Feuillet 83 verso. 
les eaux du canal du Caire, isy^lJiJi ^U^i-, le puits d'A'djeroud ,_^.=> 
^}j-^, le puits d'el-A'djouz j^^! ^=-, Colzoïuii ,y~^, Batn Mo- 
ghaïra Sj-^*^ cjW, port auprès duquel il existe un lac, le golfe 
de Faran yj^b yjj?-, Merbad «Xo^, lathran y|^ij ouBathran yl^ij, 
lieu dangereux où se perdent souvent les navires durant la tem- 
pête : en effet, c'est une baie qu'une haute montagne domine; 
lorsque le vent vient à souiller de ce côté , il s'engouffre , descend 
vers la mer, soulève les ondes, et fait périr tous les navires qui s'y 
trouvent; lorsque c'est le vent du midi qui souffle, il n'y a aucun 
moyen d'en sortir. Cette baie dangereuse comprend un espace 
d'environ 6 milles; on dit que c'est là que Pharaon fut sub- 
mergé. Auprès de Faran ^j\j. — i, il existe également un endroit 
difficile à traverser lorsque le vent soufile de l'est à l'ouest ou de 
l'ouest à l'est. Cet endroit s'appelle Djeïlan ^5*^^=-. 

De Djeïlan on se rend au mont Sinaïj^J= J^Vr-, à Aïlab aVoI, 
à Hakel JJJl, à Madian (jjO^, à Havvra «j^, à el-Djar^Ui, à Kho- 
deïd »xjij^ , à A'sfan yU«s£ , à Batn Mer'i ^^ (^k) , et à la Mecque 

*i^ «. « L'itinéraire de Missrj.Aa.« à Farania U^i est comme il 

suit : 

" De Missr à Belbeïs ij^^mJ^ , i journée. 

« De là à Cabous (j-^L-, ville, i journée. 

« De là à Kbarkhir_j.Ai.y_a., i journée. 

« Nous parlerons ci-après de l'état actuel de Farama, s'il plaît 
« à Dieu. " 



42 



530 TROISIEME CLIMAT. 



CINQUIÈME SECTION. 

Suite des côtes de la mer Rouge. — Palestine. — Ascalon. — Jérusalem. — 
Naplouse. — Acre. — Tibériade. — Damas. — Ba'lbeck. — Seïde — Beïrout. 
— Tripoli de Syrie. — Hems. 



Feuillet 83 verso Cette section comprend une partie de la mer de Colzoum et 

du désert de l'Egarement, une pairie de la Méditerranée et des 
villes , ports et forteresses situés sur son littoral , la Palestine , 
le pays de Damas, le Hedjaz supérieur, et une partie du désert 
existant à l'occident de ces provinces. 

Les pays les plus connus (dans ces limites) sont Colzoum 
|.jii, Faran yljU, Aïlali j^\, Madian jjjO^^, Kliaïbar^;juçi.,Wadi'l 
Cora t5jJiJ' t^i'j, el-Iladjarj — i^ , TaLouk ii)j — w. Douma U^i, 

Ma'den el-Bacra s^JUJI yJ>jtxi, el-Ghadi i5.XxJl, Scbala ii\ v-J! , 

Rabet y ûij, Farama Li^, Ascalan y^Ju-j, Gbazza ojs-, Ramlé 

«>> — «pi, Jérusalem ^^Jod' '-*aj, Tabarié iLjjAa, Naplouse (j«A>b, 
Damas ^j-i^i, Ba'lbek JjAxj, Hems ^ja^, JafTa Isl», Césarée ajjU»aï, 
Arsouf cjy-y'. Acre LXe, Sour^^-», Beïrout <^ij->^, Na'ima iisUJi, 
Djobaïl J^>1»-, Tripoli u-.^ — ly?|^' , Antartous u«j — 1=;^', Beliuas 
y.UjJj, Djebali J-j^^, Ladikié iUJbiyJI, Soueïda (ou Soueïdié) 
»v>vv. , Antakié ^oUajl '. Nous décrirons en détail, s'il plaît à Dieu, 
les édifices, les curiosités qu'on y remarque, les objets d'in- 
dustrie qu'on y fabrique, ceux qu'on y apporte du deliors, ceux 
qu'on en exporte, ainsi que les distances respectives des lieux, 
soit en parasanges, soit en milles, ainsi que leur situation. 

« La mer de Colzoum s'étend,, en longueur, sur un espace 

" d'environ 3o journées, et sa plus grande largeur est de 3 jour- 

Pour l'orthographe de ces noms nous suivons , en général , les leçons du ms. B. 



CINQUIÈME SECTION. 331 

» nées; ensuite elle se rétrécit au point que d'une rive l'on ['euill.i k'i lecio 
" peut apercevoir la rive opposée. C'est vers l'endroit le plus 
« large qu'est situé Colzoum. » 

Cette mer ressemble ii un fleuve. Au-dessus du niveau de ses 
eaux s'élèvent des montagnes et des écucils apparents; au-des- 
sous , sont des écueils cachés, « à travers lesquels les navires ne 
peuvent se frayer un passage que par des voies connues seule- 
ment des marins expérimentés, qui joignent à la connaissance 
de leur art celle des lieux dangereux. La navigation n'a lieu 
que de jour; durant la nuit, personne n'ose s'y hasarder, à 
cause des bordées qu'il faut faire en route, des difijcultés à 
vaincre , des écueils à éviter. 

« Le nom de Colzoum s'appliquait autrefois à deux villes, mais 
elles ont été presque entièrement ruinées par les Arabes qui s'en 
sont emparés et ont dépouillé de leurs biens les habitants, 
en sorte qu'il y règne une profonde misère. Le nombre des 
maisons a progressivement diminué; les voyageurs ont craint 
d'y venir, le commerce a cessé, et toute ressource a disparu. 
Les habitants boivent de l'eau d'une source dite el-Serbes ^rJ^-Jl, 
située au milieu des sables; mais cette eau est salée au point 
qu'on peut à peine l'avaler. » 
De Missr^>-ua-« à Colzoum, on compte go milles. 
De Colzoum à Farama U^à]I, vers le nord, 7 journées. 
Telle est également la distance qu'il y a entre la Méditerra- 
née et la mer de Colzoum. Cet espace est connu sous le nom de 
désert de l'Egarement , parce que ce fut là qu'errèrent les enfants 
d'Israël au temps de Moïse (sur qui soit le salut!). 

C'est à Colzoum j.j.Aï qu'on construit les bâtiments destinés à 
naviguer sur la mer Rouée : le mode de fabrication de ces na- 
vires est très-curieux. En effet, on étend d'abord en large la ca- 
rène sur la terre, et l'on n'adapte, sur les portions adhérentes de 
cette carène, aucune planche avant qu'elle ait été parfaitement 



l-'cuillct 8/4 rocto. 



Feuillet 6i verso. 



532 TROISIÈME CLIMAT, 

préparée ; ensuite on comprime ( ces planches ) au moyen de 
cordes faites de libres de palmier, et l'on opère leur cohésion au 
moyen de liens solides; cela fait, on calfate (le navire) avec 
de l'huile de poisson et de la poix pilée. Le fond de ces navires 
est plat et peu profond, afin qu'ils puissent supporter beau- 
coup de charge sans se briser sur les écucils. 

De Colzoum à Faran Ahroun y^y»! ojjl», 4o milles. 

Cette \illc, située au fond d'un golfe, est fréquentée par les 
Arabes de la contrée. « Auprès de Faran ^JlJ^j T,l et du côté de la 
« mer, estun lieu creusé parses flots dans les flancs d'une montagne 
" de roches très-dures. Les vagues s'y brisent et forment des tour- 
« billons, en sorte que, lorsque le vent soulfle avec violence, il 
r. est difficile d'y passer; on ne traverse ce lieu qu'avec beaucoup 
« de peines et souvent même on y périt. C'est, d'après ce qu'on 
" rapporte, dans cette mer que Pharaon fut submergé. » 

De là on se rend au mont Sinaï, Djebel-Tour j^ J~s=», peu 
éloigné de la mer, et s'étendant dans la même direction qu'elle. 
Il existe une route frayée entre la mer et cette montagne qui est 
très-haute, et où l'on monte par des degrés. On trouve au sommet 
un oratoire ^s^^ et un puits d'eau courante où les voyageurs se 
désaltèrent. De Tourj^ on va à Massdef o>XAa^, lieu agréable, 
quoique sablonneux, dont les eaux sont limpides et où l'on pêche 
des perles. De là à Charm el-Beït ovuJi ^jXi, port sans eau (po- 
table). Do là au cap Abi-Mohammed .x^rf j(l ^yJ^j, port égale- 
ment sans eau. C'est là que commence la montée d'Aïlah &_*_jle 
AjI. .\ïlah est une petite ville fréquentée par des Arabes qui y 
sont les maîtres. De là on peut se rendre à el-A'ouïd >XjjjiJI , port 
où l'on trouve de l'eau, et qui est situé vis-à-vis et à 10 milles 
de distance de l'ile de No'man ,jUjo. » Cttte île est peuplée de 
« misérables Arabes qui vivent des produits de la pêche. » De 
là au port de Tena iUls, où l'on trouve de l'eau; puis à A'touf 
ojkc; puis à Hawra Sjj =-, bourg habité par des chérifs qui 



CINQUIÈME SECTION. 335 

possèdent dans leur voisinage une mine où ils fabriquent des 
vases en terre qui sont un objet considérable d'exportation. Non 
loin et au midi de ce bourg, est la montagne de Radhoua tgj-wj, 
d'où l'on extrait quantité de pierres à aiguiser, qu'on expédie 
en orient et en occident. On y boit de l'eau de puits qui est 
douce; il y a un port et un château; puis à Wadi'i-Safra ^^il^ 
i^jiAaJi, jjeau port; puis à Couaïa' iL-j^ytll , port habité où l'on e.st 
obligé d'apporter l'eau de loin; puis à Djar ou el-Djar j\Â\ 

puis à el-Djohfa ioU^.' ; puis à Codeid J^ j.xi; puis à A'sfan 

(jU**c; puis à Djidda, « pays, châteaux et lieux de refuge dont 
" nous avons parlé dans la description du deuxième climat ' , et 
" sur lesquels il est par conséquent inutile de revenir. » 

Sur les bords de la mer de Colzoum est la ville de Madian 
(jjJv-«, plus grande que Tabouk liJj-fû, et le puits où Moïse (sui- 
qui soit le salut!) abreuva le troupeau de Jctbro t^*.iJ!. » On dit 
« que ce puits est (maintenant) à sec'", et qu'on a élevé au-des- 
« sus une construction. L'eau nécessaire aux habitants provient 
« de sources. Le nom de Madian yj>>w» dérive de celui de la 
« tribu à laquelle Jcthro appartenait. Cette ville oflre très-peu 
" de ressources, et le commerce y est misérable. » 

De Madian à Aïlah AjI , on compte 5 journées. 

D'Aïlah à el-Djar jL41, environ 26 journées. 

De Madian à Tabouk, en se dirigeant vers l'est par le désert, 
6 journées. 

La ville de Tabouk Jj_aj est située entre el-Iladjar j.— .^' et 
l'extrême limite du pays de Damas ou de la Syrie; or, cette li- 
mite est à 4 journées (de Tabouk), c'est-à-dire à moitié chemin 
de Damas. Tabouk est entourée d'une bonne fortification. Ses 
habitants boivent de l'eau d'un ruisseau qui coule en murmu- 

' Voyez ci-dessus, pages 109 el suiv. 
Je lis À)Jax« ■ comme perle le ms. B. , ul non ii.«Ji*^, lei;on donnée par le 
nianuscril A. 



l-'t'LiiiU'i 8/1 verso. 



334 TROISIÈME CLIMAT. 

Kcuilict 8/1 verso rant. Il y a beaucoup de palmiers. On dit que la liibu d'Elaïka, 
vers laquelle Dieu envoya Jethro, demeurait ici. Jethro était né 
à Madian. 

El-lladjar ^^' est à 1 journée de distance de ^^ adi'l-Cora 
^^^1 j^ilj . C'est une forteresse située dans un pays de monta- 
gnes. C'est là qu'étaient les demeures des Themoudites ij-t jLa. 
On y voit, creusées dans le roc, des cavernes que les lialiitants 
d'el-Hadjar et des contrées environnantes appellent el-abalib 
wJLiil. Ces montagnes, au premier coup d'œil, paraissent con- 
tiguës; mais lorsque le voyageur est parvenu au milieu d'elles, 
il voit qu'elles existent séparément, et qu'on peut faire le tour 
de chacune, car elles ne se touchent point. C'est là qu'existe 
encore aujourcVhui le puits de Themoud. El-lladjar j^ est de 
tous côtés environné de montagnes et de sables qu'il n'est pos- 
sible de gravir qu'avec beaucoup de difficultés et de peines. 

D'el-Hadjar _,_^' à Tima \ sy, on compte 4 journées; et de 

Tima Uy à Khaïbar^jj-sà-, également 4 journées. 

Khaïbarj-*-* i. est une petite ville, ou plutôt un fort en- 
touré de palmiers et de champs cultivés. C'était, dans les pre- 
miers temps de l'islamisme, la résidence des Beni-Coraït et des 
Nodhaïr^«iÀJij k^ï ^. Samua ebn-Adia LiLt (jj! Ij-^, person- 
nage auquel le proverbe relatif au paiement des dettes fait allu- 
sion , y demeurait '. 

De là à Médine i^Jo^Kil, on compte 4 journées. 
Feuillet 81 bis rccio « Auprès de Khaïbar j ?■> s'élève la montagne de Radhoua 
« tS>*i), montagne très-haute dont les bifurcations, les vallées et 
<■ les sommets donnent naissance à des sources d'eau pure et 
" limpide, et favorisent la végétation des arbres. On en extrait 
« des pierres à aiguiser qui sont transportées au loin. » 

' H s'agit ici de Samuol, juif célèbre, qui reçut en dépôt les armures d'Amri al- 
kaïs et soulli-it tout plutôt que de les livrer. ( Note de M. de Sacy. ) 



CINQUIÈME SECTION. 335 

Dans l'intervalle compris entre cette montagne, le territoire des Feuillci 8,1 bis recio. 
Djoheïna ' A-vH-s-^Li et la mer, sont des liaLitations où réside 
une peuplade issue de la race de Hasan, fds d'AIy, lils d'Abou- 
Taleb. « Ce sont des tentes tissues de poils. La peuplade dont il 
« s'agit est nombreuse, et ses mœurs sont semblables à celles des 
« Arabes. Comme les Arabes, cette peuplade subsiste en cher- 
« chant des pâturages et de l'eau pour ses troupeaux ; enfin il 
« n'existe entre elle et les Arabes aucime différence sous le rap- 
« port du genre de vie et des mœurs. 

« Ce pays est limitrophe, à Test, avec la vallée du Jourdain 
" u'^^j' t5^'.5' ^t situé à 1 journée de distance d'el-Djohfa iLJud}. » 

De là à Abvva !^l, sur le chemin des Pèlerins (de la Mecque), 
on compte 6 milles. 

De Tima à Doumat el-Djandel 3-SJJl *-«ji, 4 journées. 

" Doumat el-Djandel JovÀii «^ji est une place forte et un lieu 
« de refuge très-sùr et bien habité. Son territoire est limité 
« par la fontaine dite Aïn' el-Nemr jJiJI yvc, et par le désert de 
« Khachab t_.-i;U» aj^, lerjuel fait partie du désert de Samawara 
« »,j_<wJ! X)iL ( ou plutôt de Sémawa »jl.<w ). Le désert de Kha- 
« chah s'étend depuis Racca Hij jusqu'à Baies (j-Jl, sur la gauche 
« du voyageur '-. » 

Tima \ — r.3 est une place forte, de construction ancienne, et 
plus peuplée que Tabouk ii)j — aj, dont elle est à à journées de 
distance. 

De Tima Lfvj aux confins de la Syrie, on compte 3 journées. 

« Il existe à Tima Uy de l'eau et des palmiers; c'est un lieu 
" de passage par le désert et il y a quelques marchands. Le pays 
« compris entre Adah *.\_jl , Tabouk ii)j»-s>, et Wadi'1-Cora ^^iij 
« i^^JiJI est habité par les tribus de Lekhm ^.«-i , de Djoudbam 
" [.'"X-r?-, de Djohcïna iU^^^, et de Bili J~j. On y élève des cha- 

' Nom d'une tribu célùbi'c. — " <_«._£ÈljJl jL»»j />£ 



Keuille/ 8/i his reclo. 



556 TROISIÈME CLIMAT, 

nieaux, et on y trouve en abondance du lait et iln beurre. Ces 
tribus sont nomades, bospitalières et généreuses; elles habitent 
sous la tente et se transportent d'un lieu à un autre , sans pos- 
séder de demeures fixes; elles ont des pâturages d'élé et des 
pâturages de printemps, quelles fréquentent périodiquement. 
« Quant à la montagne d'el-Kiani -UTl , nous en traiterons ici , 
parce qu'il n'en est point dans l'univers habité qui embrasse une 
plus grande étendue. En effet, cette montagne commence auprès 
de la nier de Colzoum, se prolonge vers la Syrie où elle prend 
le nom de Liban yU-J, puis vers Hems (jaç-, où elle s'aj)])cll(' 

mont Behra et Natouh ^_j «j 1^^ J'-ss-; elle passe à Ladikié 

AAïii/ (Laodicée), où on la nomme el-Kiam ^LSTl; puis à ', 

et à el-fLirouuié xy^jL^J! ; puis k Marach ^^s^J^; puis à Samisat 
l3U*.jw (Samosate), qu'elle domine; puis à Amad >>^T -, où elle 
prend le nom de Djebel el-Sclselé *X — «A«JI cK+s-. Là elle se 
divise en deux branches, dont fune se dirige à l'orient, vers le 
fort el-Mansour j_).aaiil (^^i-, et Bab el-/Vbwab v'.^?^' V^^^ ou 
elle rejoint le mont Cabc ,3-10"; fautrc passe de Amad »>w«l à 
Miafarekïn y%j,l;U.«, et de là elle se dirige au sud, vers les con- 
fins du Barma UjL ^, où elle prend le nom de montagne du 
Kurde ijJîi J-s?- ; puis vers Chehrézour ^jjy-^; puis vers Hal- 
wan (j'^^ ; puis vers les monts Samira »jju<-«aJI ji^^-l tr-» J~«?- . 
au sud d'Ispahan yL^jLoI;'de là elle se recourbe et se dirige 
vers Cachan yLilï, vers Coum _^^ï, et vers Raï ,^;JI, où elle 
atteint les montaanes du Dileui *-iji. Elle suit les bords de 



Jt , touche au lac d'Aral ^2>[ 



'^- 



la mer Caspienne ^^jj- 

passe au sud du pays des Ghoz xj^t, et parvient à Farab vb^i 
d'où elle court vers l'est, joint les monts Ferdabas (j«_»-i;j, 
qui sortent de la mer de la Chine ou de l'océan, traverse le 
Tibet ti>_<jJi par son milieu, passe au sud-est du pays des Khi- 

' Ce nom de lieu est illisible dans nos inaniiscrils. — ' Amadia. — ' Dcibend. 
' Caucase. — ' Nom de lieu qui m'esl inconnu. 



CINQUIÈME SECTION. 557 

« zildjis \>AyÂ, en sorte cprelle embrasse depuis les confins des l'imll'i 8 i bi^, verso. 
« pays de l'islamisme juscfu'à Fcrghana «jlcj.i. 

« Une (autre) branche de cette montagne se dirige au midi 
« de Ferghana ajU^, vers les montagnes d'el-Botem («a.11 ', dont 
« elle tire son nom. Au sud d'Osrouchna K_J-ii,_^i et des eaux de 
« Samarcande ouij.*»^ ol^i^, dérivent un rameau vers Nesef ou»j, 

« au midi du Soghd »>< «^aJl cj^às- je, vers Kech et Nesef (ji— i' 

" ujU-Jj et la contrée du Zam ^v,, sur le Djihoun y_j — ^^ (^; 
« puis deux autres embranchements; dont .l'un se dirige au nord, 
« vers Djordjan yl=-,j^=>, s'étend sur le pays de ce nom, empiète 
« sur le Talcan yUJlkJI, passe auprès de Merw el-Roud i_y.!l jy-«, 
« auprès de Tous u'-po, à l'orient de Nisabour ^^l«iuO (celte ville 
« est située au pied de la montagne) se prolonge jusqu'à Raï 
" igp'' «^ l<i droite du voyageur qui se rend du Kborasan à l'irâc, 
« et se réunit enfin à la chaîne principale, ainsi que nous l'avons 
« dit plus haut. » 

Les limites de la Palestine (jJi*J.i, première dépendance de 
la Syrie, comprennent un espace qui s'étend sur 4- journées de 
distance, (de l'est) à l'ouest, c'est-à-dire depuis Refah 4j " jus- 
qu'à el-Lahoim yj^l, et en largeur sur 2 journées de marche, 
c'est-à-dire depuis lafa Isl (Jaffa) jusqu'à lei-iha \^jj (Jéricho). 
« Za'ra [j-^j, les demeures du jieuple de Lotb !o^J j.^jL>i, le lac 
" Asphaltite KiXii,] ijj^ , et les monts Charat ï\j^ Jh^=> , sont com- 
11 pris dans cette contrée et sont censés en faire partie quant à 
11 l'administration, jusqu'aux limites d'Aïlah -sJoI '". » 

Les demeures du peuple de Loth, le lac Asphaltite, Za'ra et 
tout le pays, jusqu'à Baïsan yU»AJ, et Tabarié i^jjis (Tibériade), 
sont nommés el-Ghaur jyiJl , parce qu'en effet ils forment un 

' Voyez, au sujet de ces montagnes, la Géographie Orientale attribuée à Ebn- 
Haukal et traduite pat sir W. Ouseley, p. 8. — 'Le ms. B. porte Zacah jj,. 
' Je ne sais si j'ai bien rendu le sens de ce passage dont voici le texte arabe :, 



358 TROISIEME CLIMAT. 

Feuilletai bis verso, bas-fond entic deux montaffues. Toutes les eaux de la con- 
trée de Damas concourent, en se réunissant, à former un fleuve 
célèbre (le Jourdain), dont l'origine est le lac de Tibériade, 
auprès de la vdle de ce nom, et qui reçoit divers allluents, tels 

que le larmouk >àyij^,, le Had Jv-a-, les rivières de Baïsan ^l r,jt 

yL«uv? , et celles qui descendent du Kowarmat eaU;^^, des mon- 
tagnes de Jérusalem u*»^' '-^*J JU=-, du sépulcre d'AJjrabam 

l<> t>\j-j\ jjf^ { Uébron ), et de Naplouse ^j«Jjb. Toutes ces eaux 

se réunissent et tombent ihms le lac de Za'ra ' \j.s.j Sy^ , aussi 

nommé lac de Sodôme et de Gomorrhe oj «Uj ^^iU, »,..j_sr, 

villes qui furent jadis habitées j)ar le peuple de Loth , submer- 
gées par la permission de Dieu, et dont l'emplacement est oc- 
cupé par un lac d'eau fétide qui porte le nom de mer Morte. 
En effet, il n'y existe rien d'animé, aucun poisson, aucun reptile, 
aucun de ces êtres vivants qui peuplent les autres eaux, soit cou- 
rantes, soit tranquilles; celles de la mer Morte sont chaudes et 
d'une odeur désagréable. On y voit de petites embarcations des- 
tinées à transporter des provisions et des fruits " de Za'ra ^j-sj 
« et de Dara Sjl^JI à Jéricho l f^J -, et aux autres dépendances 
" du Ghaur jjjiJi JI*1^jU-j. » La longueur de celte mer est de 
60 milles, et sa largeur de 12 milles. 

De Jéricho Las-j à Za'ra [^j, on compte 2 journées. 

De Za'ra aux montagnes d'el-Charat c^W-iJI JU=- 

Et de ces montagnes à l'extrémité d'el-Charat cut^^i, 2 jour- 
nées. 

De Jéricho Lsrj à Jérusalem u«>xJLli ovs>, on compte 1 journée. 

De Jérusalem à A'san yU^ ^ et à Balca UX( ", 2 journées. 

' La version ialiiie porte parlent Zoghar. 

- Les mss. porlonl taiilot LssTjI , et laiilot lis?_,i , l3?j> '^j-i °" ^^J-'.' 
' Le ms. A. porte A'man et la vers'on latine, Ghasan. Cette dernière 11c doniiu 
qu'une journée de distance de Ji^msaleni à Gliasan 
' Ou, d'après la carie de M. Paiiltre, Balia. 



Krmllrt M 'i his verso. 



CINQUIEME SECTION, 559 

De .lénisalem à Caïsarié a-^.Im^j (Ccsarée), i forte journée. 
« Riiia UçTj (Jéricho), dont il vient d'être lait mention, est 
« l'une des résidences les plus agréables des pays de Gliaur^^, 
« de l-,<v^ \ et de Baïsan yl-*»A.'. La principale production du 
Ghaurjj^ est l'indigo. La couleur du teint des habitants est 
brune, tirant sur le noir. Jil-IIaï ^^ est un petit pays dépen- 
dant de la Palestine, où les eaux sont chaudes et l'air malsain. 
Quant à la ville de Baïsan ^^{-^^J , elle est très-petite, et il y 
croît beaucoup de dattiers. On y voit aussi la plante dite Sa- 
man yU'^, dont on Tait les nattes dites Samanié aajUL»)! j^jaii. 
Cette plante ne se trouve que là; dans tout le reste de la Syrie 
« on la chercherait vainement. 

« La Palestine n'est (en général) arrosée que par des eaux 
n pluviales et par des torrents. Il y a peu d'arbres; cependant ce 
" pays est bien cultivé, et c'est peut-être le plus fertile de la 
" Syrie. Les deux villes principales sont Ramlé ii^^j et Beït el- Feuillet s.) recto. 
" Mocaddas ^r'^^-^i' '^vv? (Jérusalem), l.a première est jolie, bien 
« peuplée; il y a des marchés, du commerce, du revenu. 

« De là (de Ramlé) à Jaffa Uu, située sur les bords de la Mé- 
« diterranée, on compte i demi-journée. » 

De Ramlé à Caïsarié aj,U«wvj (Césaiée), i forte journée. 
' Nablous (j^b (Naplouse) est la capitale du pays de Samarie; nablous 

" on y voit un puits creusé par le patriarche Jacob (sur qui soit la 
«paix!), puits auprès duquel le seigneur ÎMessie -A-«di j-ov.^! 
■ s'assit et demanda de l'eau à la Samaritaine; il y existe aujour- 
« d'hui une belle église. Les habitants de Jérusalem disent que 
« ce n'est cjue là (à Naplouse) et dans une autre ville située à 
« 3o milles de Ghazza o^ (Gaza) sur le chemin de l'Egypte^, 
« que l'on trouve encore des Samaritains. » 

' Mot illisible. 

' Dans une note marginale, le ins. B. porte qu'il s'agit ici de la vallée de 1 liga- 
remeul. 

/,3. 



NAPLODSE 



Feiiillel 85 reclo. 



340 TROISIÈME CLIMAT. 

De Palestine (jvk*«.Xi' à A'scalan y^Jù»* (Ascalon), on compte 
une forte journée, et d'Ascalan à Ghazza o>s, environ 20 milles. 
« Cette dernière ville est maintenant au ])ouvoir des chrétiens. 
« Le mouillage de Gliazza s'étend dc|)uis Misas ;j~Uys.« - jusqu'à 
« A'scalan y^Ju».*, vefs l'orient, sur un espace de 20 milles. 

« El-A'rich fji^jj>i\ est une ville oy l'on voyait deux mosquées 
' d'une construction remarquable. Son territoire sablonneux pro- 
<' duit des dattes et divers autres fruits; elle est située dans le 
" voisinage de la mer. 

« Le chemin qui conduit de Ramlé A^j à ' est comme 

« il suit : 

» A Merdoud iji;-<, une journée; 

« De Merdoud à Ghazza ays-, une journée; 

n De Ghazza à Refali Àj (ou Zecah ^j), ville agréable, «-i.j.x-* 
« iLiUs, une journée; 

« De là à el-A'rich j^jjt}\ , une journée; » 

D'el-A'rich à Warada «ilj'j, station près de la mer, une 
journée; 

De Warada «iljlj à Farama U^j, ville située sur les bords de 
la Méditerranée, et dans le voisinage du lac de Tennis »,*-=? 
^J'^M, une journée. 

" A'scalan y5V)L»>i (Ascalon) est une ville entourée d'une double 
« enceinte de murailles; il y a des marchés, mais point de jar- 
« dins, point d'arbres dans ses environs. Le roi de Jérusalem 
■ ^J«^iJi 4_o.-Uo, à la tête d'une armée de chrétiens, de Francs et 
'I autres, s'en empara en 548 de l'hégire ( 1 1 53 de Jésus-Christ), 
« et les chrétiens la possèdent encore à présent. Cette ville est 
« comptée au nombre des dépendances de la Palestine; elle a 
« au sud deux beaux districts , savoir : Hamal Jly dont la capitale 



' Le ms. A. porte Nisan (jLi*uij- 

' Mot illisible, probablement el-A'iù h. 



CINQUIÈME SECTION. 341 

" est Darab vb^» ^^ Cherat »i^ dont la capitale est Adrah r-^it '. Fcniliei 85 recio. 
« Ces deux districts sont extrêmement fertiles; ils produisent en 
« abondance des olives, des amandes, des figues et des grenades. 
« Toute la population du pays appartient à la tribu de Caïs 

« Au sud-est de cette contrée- est le bourg de Mona xjj^. 
« Pour se rendre de là à Gliasan yl-«c, on passe par un défilé tie 
■I montagnes qu'on nomme el-Moudjab v^i?-,^!' ; il y coule une 
« rivière large et profonde, encaissée entre deux mamelons de 
« montagnes tellement peu éloignées l'une de l'autre, que deux 
« hommes placés sur une rive peuvent se parler et s'entendre. 
'I La descente (dans cette vallée) est de 6 milles, et la montée 
« d'une égale hauteur. » 

D'A'scalan, ville maritime dont il vient d'être fait mention, 
au fort dit Makhour el-Evvel J^i/lj^U, situé sur les bords de 
la mer, vis-à-vis de Koum Zendjil J-s^j, ^^S" et de Beït Djebraïl 
Jolv-«r- s-^-JS» 1 2 5 milles; 

De là à Makhour el-Thani jUi j^U, 2 5 milles; 

De «là à lafa Ijl. (Jaffa), port de Jérusalem distant de 2 petites 
journées de cette ville, (la distance manque ). 

Beït el-Mocaddas u-.Jvili ci^Aj (.lérusalem) est une ville illustre, lii isaikm. 

ancienne et pleine d'antiques monuments. Elle porta le nom 
d'Ilia IjJji ■'. Située Sur une montagne d'un accès facile de tous 
les côtés , elle s'étend de l'ouest à l'est. A l'occident est la porte 
dite d'el-Mihrab 4_.i_^JI <_>L; au-dessous est la coupole de David 
(sur (jui soit le salut!); à l'orient, la porte dite de la Miséri- 
corde ii.?-^! <-jii, laquelle est ordinairement fermée et ne s'ouvre 
que lors de la fête des rameaux; au midi, la porte de Seïhoun 
yj.|^,AAaJl cjL (Sion); au nord, la porte dite d'Amoud el-Ghorab 

' Ou peut-être Aclra' , ,ii . Le ms. A. porte Adradj ^!ji! 

Les quatre premières lignes de ce paragraphe manquent dans le ms. A. 
' ;Elia rapitolina. 



542 TROISIÈME CLIMAT. 

Feiniini 85 vfiso. i->'jjii) iyi cj^^ • En partant de la porte occidentale ou d'el-lVlihrab. 
on se dirige vers l'est par une large rue et l'on parvient à la 
grande église dite de la Résurrection A-.Uxli x»»aaS', et que les 
Musulmans appellent Conianie ii.^'iï. Cette église est l'objet du 
pèlerinage des chrétiens de tous les pays de l'orient et de l'oc- 
cident. On y entre par la porte occidentale, et l'on parvient sous 
le dôme qui couvre toute l'enceinte et qui est l'une des choses 
les plus remarquables du monde. L'église est au-dessous de 
cette porte, et il n'est pas possible de descendre dans la partie 
inférieure de l'éddice par ce côté; on y descend du côté du nord 
par une porte donnant sur un escalier qui a trente marches, 
laquelle porte s'appelle Bab Sanla-Maria .is^-o «jo^ i_.L. A son 
entrée dans l'église, le spectateur trouve le saint sépulcre, édi- 
lice considérable , ayant deux portes et surmonté d'une coupole 
d'une construction très-solide, très-forte et faite avec un art ad- 
mirable; de ces deux, portes l'une fait face, du côté du nord, à 
la porte de Santa-Maria, l'autre lait face au sud et se nomme 
Bab el-Saloubié «UjjXiaJI ljL (porte du crucifiement) : c'est de 
ce côté qu'est le péristyle de l'église, péristyle vis-à-vis duquel 
est, vers l'orient, une (autre) église considérable, immense, où 
les chrétiens célèbrent leurs saints ofQces et font leurs prières 
et leurs oblations. 

A l'orient de cette église, v.n descendant jfar une pente douce, 
on parvient à la prison où le seigneur Messie fut détenu et au 
lieu où il fut crucifié. La grande coupole est circiilairement 
percée à ciel ouvert, et l'on y voit tout autour et intérieure- 
ment des peintures représentant les prophètes, le seigneur 
Messie, sainte Marie sa mère, et saint Jean-Baptiste. Parmi les 
lampes qui sont suspendues au-dessus du saint sépulcre, on en 
distingue trois qui sont en or et qui sont (placées) dans un lieu 
particulier. Si vous sortez de l'église principale en vous dirigeant 
vers l'orient, vous rencontrerez la sainte demeure qui fut bâtie 



CINQUIÈME SECTION. 343 

par Salomon, fils de David, et qui fut un lieu de pèlerinage du 
temjis de la puissance des Juifs. Ce temple leur fut ensuite ravi 
et ils en furent chassés à l'époque de l'arrivée des Musulmans. 
Sous la domination musulmane il fut agrandi, et c'est (aujour- 
d'hui) la grande mosquée connue par les Musulmans sous le 
nom de Mesdjid el-Acsa ^^xsj^l >x.ai>v_«. Il n'en existe pas au monde 
((ui légale en grandeur, si l'on en excepte toutefois la grande 
mosquée de Cordoue en Andalousie; car, d'après ce qu'on rap- 
porte, le toit de cette mosquée est plus grand que celui de la 
Mesdjid al-Acsa Au surplus, l'aire de cette dernière forme un 
parallélogramme dont la hauteur est de deux cents hrasses ci., 
et la base de cent quatre-vingts. La moitié de cet espace, celle 
qui est voisine du Mihrab ', est couverte d'un toit (ou plutôt 
d'un dôme) en pierres soutenu par plusieurs rangs de colonnes; 
l'autre est à ciel ouvert. Au centre de l'édifice est un «rand 
dôme connu sous le nom de Dôme de la roche; « il fut orné 
" d'arabesques en or et d'autres beaux ouvrages, par les soins de 
« divers califes musulmans". » Au-dessous est la roche tombante; 
cette roche est de forme quadrangulaire comme un bouclier; 
l'une de ses- extrémités s'élève au-dessus du sol de la hauteur 
d'une demi-brasse ou environ, l'autre est adhérente au sol; elle 
est à peu près cubique, et sa largeur égale à peu près sa lon- 
gueur, c'est-à-dire près de dix coudées Ccjijui^ . Au-dessous est 
une caverne ou une retraite obscure, de dix coudées de long sur 
cinq de large, et dont la hauteur est de plus d'une toise; on 
n'y pénètre qu'à la clarté des flambeaux. Le dôme est percé de 
quatre portes; en face de celle qui est à l'occident, on voit 
l'autel sur lequel les enfants d'Israël offraient leurs sacrifices; 

' Le mihrab esl, dans les mosquées, le lieu destiné à indiquer la direction de 
la ka'aba de la Mecque, vers laquelle les musulmans doivent se tourner pour faire 
leurs prières. 

' (J>t>*m liXà. Uj (j^ HJkj^Â JLsilij ^_U^j^iI jajiJW *JtA3_^ aIxI! 0<><J*_j 



l''ciiillct 8."i verso. 



544 TROISIÈME CLIMAT. 

iviiiliii S6 red» auprès (le la porte orientale est l'église ' nommée le saint des 
saints, d'une construction élégante; au midi est imo chapelle 
qui était à l'usage des Musulmans; mais les chrétiens s'en sont 
emparés de vive force et elle est restée en leur pouvoir jusqu'à 
l'époque de la composition du présent ouvrage. Ils ont cou\erti 
cette chapelle en un couvent où résident des religieux de l'ordre 
des templiers, c'est-à-dire des serviteurs de la maison de Dieu-. 
Enfin la porte septentrionale est située vis-à-vis d'un jardin bien 
planté de diverses espèces d'arbres et entouré de colonnes en 
marbre sculptées avec beaucoup d'art. Au bout du jardin est 
un réfectoire pour les prêtres et pour ceux (jui se destinent à 
entrer dans les ordres. 

En sortant de ce lieu d'adorations et en vous dirigeant vers 
l'orient, vous parviendrez à la porte de la Miséricorde, condamnée 
ainsi que nous venons de le dire, mais auprès de laquelle est 
une autre porte par laquelle on peut entrer et sortir, et qui se 
nomme Bab el-Asbat îaU^ifi <jL (ou des tribus israélitos); à la 
distance d'un jet de flèche de cette dernière est une très-grande 
et très-belle église sous l'invocation de sainte Marie et connue 
sous le nom de Djesmanié ajùUu^j»; c'est là qu'est, le tombeau 
(de la Vierge) en vue de la montagne des Oliviers yyoj Jjl=-, dis- 
tante de Bab el-Asbat LlA-^-i" ^^ d'environ un mille. Sur le che- 
min par lequel on monte à cette montagne on voit « une autre 
" église, grande et solidement construite, qu'on nomme l'église 
'< de Pater Noster j-x^aj^L; » sur le sommet de la montagne, 
une sjrande éfrlise où des hommes et des femmes demeurent 
cloîtrés, attendant ainsi la rcnuméralion divine; au sud-est de la 
montagne, le tombeau de Lazare qui fut ressuscité par le sei- 
gneur Messie; et à 2 milles du mont des Oliviers, le bourg d'où 

' Le ms. A. porte iOjL't '« coupole. 

' M\ '^.j^ J>yj^ eUxxij iy^i^'j ^Jy»JJ<i^ J>+4 l-^-»^-~J ''>W 



CINQUIÈME SECTION. 345 

fut amenée l'ânesse qui servit de monture au seigneur Messie Feuillet se recm 
lors de son entrée à Jérusalem ^Liijj\; ce bourg est actuellement 
désert et ruiné. 

C'est à partir du tombeau de Lazare que commence la voie qui 
conduit au Jourdain yiji'! t^i'^ , fleuve éloigne de la ville sainte 
d'une journée de distance. Avant d'arriver sur ses bords, vous 
rencontrez la ville d'Erikha L3?_,i (Jéricbo), située à '6 milles du 
fleuve. Auprès du Jourdain est une grande église sous l'invoca- 
tion de saint Jean, desservie par des moines grecs (jvji^iii yLv^j. 
Le Jourdain sort du lac de Tibériade , et verse ses eaux dans le 
lac de Sodôme et de Gomorrhe, « villes que le Très-Haut sub- 
« mergea en punition des crimes de leurs habitants. » Au midi 
de ce fleuve est im vaste désert. 

En ce qui louclie la partie méridionale de Jérusalem : en sor- 
tant par la porte de Sion ^^^imiI] ol, vous trouvez, à la distance 
d'un jet de pierre, l'église de Sion, église belle et forliliéc, où 
se trouve la salle où mangea le seigneur Messie avec ses disciples, 
ainsi que la table, encore subsistante de nos jours, et qu'on va 
visiter le jeudi. De la porte de Sion on descend dans un fossé 
connu sous le nom de vallée de l'Enfer i^^-^rS- is^^i i auprès du- 
quel est l'église de Saint-Pierre (j<y.kj <«-' i^. C'est dans ce fossé 
qu'est la source de Selwan ^J^J — k—^ (de Siloë), où le seigneur 
Messie donna la vue à un aveugle qui auparavant n'avait jamais 
joui de la lumière du jour. Au midi de cette source est le champ 
qui lut acheté par le Messie pour la sépulture des étrangers. Fi.,iiiiet 86 verso 
Non loin de là sont un grand nombre de maisons creusées dans 
le roc, et habitées par de pieux cénobites. 

Bethlehem ^» .4. ci^u, heu où naquit le Messie, est situé à 
6 milles de la ville sainte. On trouve à mi-chemin le tombeau 
de Rachel, mère de Joseph, et de Benjamin, fils de Jacob 
(sur qui soit le salut!). Sur ce tombeau sont douze pierres pla- 
cées debout; il est surmonté d'un dôme construit en pierres. 

àli 



546 TROISIÈME CLIMAT. 

Feuillet 86 vtrso. L'égiise de Bethlchem est belle, solide, vaste et ornée à tel point 
qu'il n'est pas possible d'en voir qui lui soit comparable. Elle 
est bâtie sur un terrain plat : la porte « est située du côté de 
« l'occident, » et l'intérieur orné de très-belles colonnes en 
marbre. Dans l'angle du temple qui fait face au septentrion et 
sous le temple , on voit la grotte dans laquelle naquit le seigneur 
Messie, et dans cette grotte, la crèche où il était placé. En sor- 
tant de Bethlehem on voit, vers l'orient, l'église consacrée aux 
anges qui annoncèrent aux bergers l'arrivée du Messie. 

De Bethlehem à la mosquée d'Ibrahim ^ ^[^1 j^_a^\^ (ou 

temple d'Abraham), on compte 8 milles, dans la direction du 
sud. C'est un bourg qui tire sa célébrité de ce que les restes 
mortels d'Abraham, disaac et de Jacob reposent dans la mos- 
quée qui s'y trouve, chacun auprès de la femme qui fut son 
épouse. Il est bâti sur le penchant d'une colline couverte d'oli- 
viers, de figuiers, de sycomores et d'autres arbres à fruits. Au 
nord de Jérusalem, on ne voit pas de constructions. 

De la ville sainte à Nablous (j«A)b (Naplouse), on compte 2 
journées. 

De Ramlé SX-«j à Naplouse, i forte journée. 

De la ville sainte à Annan yU*, ou Amman yl*, et à Balca 
UJb, un peu plus de 2 journées. 

De la même ville à Tabarié HçtjAs (Tibériade), 90 milles. 

De Tabarié à Ramlé, 3 journées. • 

Tabarié Hjjjjia est la plus grande et la capitale des villes du 
Jourdain. 

De Tabarié à Sour j^-» ("Tyr), on compte 2 fortes journées. 

De là à la montée d'Ablac (fX>\ xuic, moins d'une journée. 

De là à Baïsan yL*-u , moins d'une journée. 

De là à Ghacha Li* ', ville du pays de Ghaur jyii\ *àj.x^. 

Puis aux confins du pays du Jourdain. . . . 

' La version latine porte Aana. 



CINQUIÈME SECTION. 347 

Puis au Heu connu sous le nom de Djemiié «J^ajçî, i journée. l'Vniiltt 86 vmo. 
D'Akka Kc (Acre) à Tabarié i^^ji» (Tibériade), on compte a 
journées faibles. 

Cette dernière ville est belle et construite sur une colline qui rAh^m. 

* ou 

s'étend, en longueur plus qu'en largeur, sur un espace d'environ nBÉRunE 

2 milles; au pied cette colline, du côté de l'ouest, est un lac 
d'eau douce. La longueur de ce lac est de i 2 milles, et sa lar- 
geur d'une égale étendue. « On y voit naviguer des bâtiments 
» qui transportent des provisions à la ville ; celle-ci est entourée 
« de murailles très-fortes. On y fabrique des nattes de l'espèce 
« dite sammié, d'une beauté qu'il est difficile de surjiasser. On y 
« voit des bains d'eaux thermales; ces eaux sont chaudes en toute 
« saison, sans qu'il soit nécessaire de faire du feu pour les échauf- 
« fer. L'un des ces bains est très-grand, et se nomme bain d'el- 
« Demaker^U^I. L'eau, au moment où elle jaillit, est tellement 
" chaude , qu'on peut l'employer soit à épilcr un chevreau , soit à 
« plumer une poide, soit à durcir un œuf; elle est salée. Le bain 
« dit d'el-Loulou y^l (ou des Perles) est plus petit que le précé- 
« dent, et l'eau en est douce; mais sa chaleur s'évapore dans les 
bassins où elle est reçue. On s'en sert pour les ablutions, et on 
l'emploie à d'autres usages. Quant au bain dit d'el-Mondjidet 
«^.sÀJtl, l'eau en est chaude et douce (tout à la fois). A l'excep- 
tion du bain dit le Petit, il n'en est point où il soit nécessaire 
d'allumer du feu. Ce dernier bain fut construit par un prince 
musulman, dans sa maison, pour son usage particulier, et pour 
celui de sa famille et de ses clients. A sa mort, il le laissa au 
public , en sorte que tout le monde peut y entrer. C'est le seul 
dont l'eau soit échauffée artiliciellement. Au midi de ce bain 
on voit diverses autres sources, telles que celle des Hommes 
blessés', celle des Chérifs, etc., dont les eaux sont naturelle- 

' C'est par conjecliire que je traduis ainsi ces mots ; le texte porte jjL*»»il (j\.£ . 

lia. 



348 TROISIÈME CLIMAT. 

Feuillet 87 recto. „ ment chaudes , et où accourent de tous côtés les boiteux, les 
« paralytiques, les personnes attaquées d'affections venteuses, 
« d'ulcères et de gale. Ces malades restent durant trois jours 
« dans l'eau, et se rétablissent par la permission de Dieu. 

« Les villes maritimes de la Palestine sont Ascalon y^Ju^ , 
« Arsouf oj-*>y! , et Jaffa IjL Elles se ressemblent beaucoup en ce 
« qui touche l'étendue, les agréments, l'état des habitants; outre 
'■ qu'elles sont les unes et les autres jolies, bien fortifiées et 
« bien peuplées, et entourées de quantité de vignes et d'oliviers. 
« Jaffa, en particulier, est le port de Jérusalem, ville dont elle 
" est à 3 faibles journées de distance. 

1: De Jaffa à Ramlé «K^, on compte 20 milles. 

« Caïsarié *j)U<^ (Césarée) est une grande ville entourée d'un 
» faubourg, et défendue par une citadelle très-forte. 

" De là à Jaffa, on compte 3o milles. » 

De Césarée à Naplouse (j«Jjb, 1 journée. 

De Césarée à Ramlé '»k*j, 1 journées. 

De Césarée à Khaïfa iouà. , sur le rivage , 2 journées. 

Khaïfa iUjsi. est située au pied du cap (ou mont) Carmel U^S', 
cap qui s'avance dans la mer en formant un port, où peuvent 
mouiller en sûreté de gros navires et autres : c'est le port de 
Tibériade ^yjJs, ville qui en est éloignée de 3 petites journées. 

De KJiaïfa à Acre LiJt, on compte, par terre, 3o milles; 

Et par mer, directement , 1 8 milles. 
AKKA ou AciiK. x\kka \Ss. (Acre ou Saint-Jean-d'Acre ) est une grande ville 

dont le territoire est vaste et couvert de villages, le port bon 
et sûr, et dont la population se compose de races diverses et 
mélangées. 

D'Acre à Tibériade, on compte 2 journées. 

D'Acre à Hissn el-Zeït oyyJI ^ya^ , fort situé sur les bords de 
la mer, 1 2 milles. 

De là à Nawakir ^-Aï'y , montagnes au nombre de trois, de cou- 



CINQUIÈME SECTION. 349 

leur blanche \ très-hautes, et qui se prolongent le long de la K.uiiui 87 recto. 
mer, on compte environ 1 8 milles. 

Du centre de ces montagnes à Alexandrie *;j, j^Àilwi)! , 5 milles. 
D'Alexandrie à Sourji_^ (l'ancienne Tyr), 1 5 milles ^ 
« Sour est une jolie ville sur le bord de la mer, avec un port soin. 

où l'on jette l'ancre et d'où l'on met à la voile. Elle est ancienne 
et forte, et la mer l'environne de trois côtés. Elle a un faubourg. 
On y fabrique de très-beau verre et de la vaisselle d'argile. On 
y fait aussi des étoffes blanches de qualité supérieure, riches, 
précieuses, et qu'on transporte au loin. On en fabrique rare- 
ment d'aussi belles dans les environs. " 
De Sour à Tabaiùé aj^^ (Tibériade), on compte 2 fortes 
journées. 

De là (de Sour) ou se rend à A'deloun y_^4>^, fort construit 
auprès de la mer. 

De là à Sarfand >Sm^, autre fort, 20 milles. 
De là à Saida iJ^o (Seïde), 10 milles. 

Entre Sour j^^ et Sarfand ju>-o on rencontre la rivière de 
Lanta iSaJ^i —^, qui descend des montagnes et se jette ici dans 
la mer. 

De Sour à Demechk ^j-A^i (Damas), on compte ajournées. 
Cette dernière ville est considérée comme l'une des plus demechk 

nobles de la Syrie. La situation en est admirable, le climat sain "" 

et tempéré, le sol fécond, les eaux abondantes, les productions 
variées, les richesses immenses, les troupes nombreuses, les édi- 
fices superbes. De cette ville dépendent un territoire montucux 
et une vallée cultivée et fertile qu'on appelle el-Ghauta iJajÂlI, 

' Il ne faut point entendre par là que ces montagnes sont cûnslamment couvertes 
de neige-, rien ne serait moins exact Notre auteur veut seulement parler de la cou- 
leur du sol. 

' Il e.iiste en effet, dans le voisinage do Sour, un lieu dont le nom (Skanderoune) 
rappelle celui d'Alexandrie. 



550 TROISIÈME CLIMAT. 

K.uiii,i ■i-j verso, dont la longucur est de 2 journées de marche, et la iargeur 
d'une journée. Là sont des villages aussi considérables (jue des 
villes : tels sont el-Mazzé et ses faubourgs L*jl>aj »>i' . Farda b j, 
Harsena Xiw^_a-, Koukia U^JS', Balas (j«3>^ , Kafr-Sausana _i_5 
« «.«i^ «» , Beït el-Ha\va l^i waj, où l'on voit une mosquée com- 
parable à la moscpiée de Damas. C'est à partir de là que com- 
mence la vallée d'el-Benefesedj g*jUuJI (ou des violettes), dont la 
longueur est de 1 2 milles sur 3 de largeur, entièrement plantée 
d'arbres à fruits et arrosée par cinq rivières. « La population de 
" chacun de ces villages s'élève de mille à deux mille personnes. 
La majeure partie d'el-Ghauta ïlayi!! se compose de vergers et 
« de jardins traversés par des cours d'eau, en sorte que la quan- 
« tité et la bonté des fruits que produit cette vallée sont incom- 
1 parablement supérieures à tout ce qu'on peut imaginer, et que 
» le pays de Damas est l'un des plus délicieux qui soient sortis 
de la main du Créateur. » 

Les eaux qui arrosent el-Ghauta iilsjjili proviennent d'une 
source dite el-Faïdja Aîcyii! , laquelle surgit du sommet dune 
montagne; elles descendent comme une grande rivière du haut 
de cette montagne avec im bruit et un fracas surprenants 
" qu'on entend de fort loin. Dans l'intervalle compris entre le 
« village de Eïl Jot et la ville, ces eaux se partagent en divers 
« canaux connus sous les noms de Nahr-Berid j^j^ _^, Nahr- 
« Boura 6;jj _^j, Nahr-Bardi ^^i-j -t-». Nahr-Canat el-Marah ^ 
" oA\ sUï, Nahr-Banas ^y,\il^, Nahr-Sacath kJu. ^^, Nahr- 
'■ Cheïkour j^^ ^4j , et Nahr-A'dié ioiU _^; les eaux de ce 
" dernier ne sont point potables, parce que c'est là qu'on jette 
« les immondices, les ordures, les impuretés de la ville; il la 
« traverse par le milieu et il est coupé par un pont sur lequel 
" on passe. Les autres canaux dont nous venons de parler ser- 
« vent également à la circulation des eaux dans les rues, dans les 
« marchés, dans les maisons, dans les bains et dans les jardins. 



CINQUIÈME SECTION. 35I 

« On voit à Damas la mosquée la plus grande, la plus belle, iViiiii.i s- verso 
la plus solidement construite, la plus curieuse qui existe dans 
l'univers, tant sous le rapport du dessin, du plan, que sous celui 
de l'art qui présida à l'exécution des ornements. Ces ornements 
se composent de dorures, de ciselures sur briques' et de mar- 
bres polis; elle est de forme quadrangulaire et connue sous le 
nom de mosquée du Mizab v'>v* ( ou du canal ). Quand on 
arrive par la porte dite d'el-Djeïroun yj);-*=- , on monte par un 
large et bel escalier de marbre qui a environ trente marches; 
mais quand on vient des côtés de Bab el-Berid >>^j^i v^ (la 
porte du courrier), d'el-Coubbé el-Khadhra I^xi4 ijJUI (la cou- 
pole verte), de Cassr el-Bakïn (jsAxJt -waj» (le château des bonnes 
œuvres), de Hadjar el-Dheheb ,^sb<y.l\ ^ (la pierre d'or), et 
de Bab el-Faradis ,j^jijyl!t oL (la porte des jardins), on entre 
de plain-pied et sans être oliligé de monter aucune marche. 
On remarque dans cette mosquée divers monuments curieux; 
entre autres le sanctuaire jij.iI , et la coupole qui est au-dessus 
du mihrab vL)-*^ " près du lieu le plus secret du temple JUc 

« On dit que cet édifice fut construit par les Sabéens *AAAaJI ^ 
et que t'était pour eux un lieu de prières. Ensuite il passa aux 
mains des Grecs Ioniens yvb^il, qui y exerçaient leur culte; 
puis à celui des princes adorateurs d'idoles qui y consacraient 
leurs simulacres; puis à celui des Juifs, vers l'époque du 
meurtre de lahia fils de Zacharie , personnage dont la tête fut 
exposée auprès de la porte dite Bab Djeïroun yj^-s—» v^- Les 
chrétiens s'emparèrent ensuite de cet édifice, qui devint une 

' j_j=-i)ij ._.wi£>Os_LI (jaÀAâÀJI t'_^L. E)iA^ HMi c.«Xj! Vj l^j Xm i^ji\ il 

à^\ '. 

' Voyez au sujet du mihrab la note ci-dessus, page .S43. 

' Ces détails sont conformes à ce.qu'ou lit dans la Géographie attribuée à d'Elbn- 
Haukal.Voy la version anglaise de cet ouvrage, p. 43 et /i3. 



552 TROISIÈME CLIMAT. 

Feuille! 87 verso. „ égHse consacréc aux cérémonies de leur religion; enfin il tomba 
' au pouvoir des Musulmans qui le convertirent en mosquée. 
« Sous le règne du calife Walid, fils d'Abd-el-Mellk, fds de 
' Merwan, de la dynastie des Ommiades, il fut restauré et pavé 

• en marbre; les chapiteaux des colonnes furent dorés, ainsi que 
Feuillet 88 rccio. ' le mihrab, les parois des murs incrustées de pierres imitant 

« les pierres précieuses \ et l'intérieur du dôme fut en totalité 
« couvert d'inscriptions (comme il est d'usage de le faire sur les 
murs des mosquées) en lettres d'or tracées avec un art et une 
« netteté admirables; on ajoute que le calife fit placer au-dessus 
" du toit de la mosquée une couverture en plomb parfaitement 
" construite et où les eaux parvenaient au moyen de tuyaux de 
» plomb; en sorte que, lorsqu'on avait besoin de laver la mos- 
•• quée, on débouchait (litt. on ouvrait) ces tuyaux et on inondait 
« le pavé du temple avec toute la facilité possible. La restauration 
' de cet édifice coûta à Walid-ben-Abd-el-melik, à ce qu'on assure, 
« une somme égale à deux années du revenu de toute la Syrie. 

" Damas j>-iw<ià est une ville récente ; elle portait autrefois le 
■ nom d'un de ses quartiers (actuels), el-Djabié ajoUI . La ville 
fut fondée en ce lieu avant l'époque de l'islamisme; c'est de 
là que dérive le nom de Bab el-Djabié iiAjlJi c_>L, pofle située 
« vis-à-vis d'un terrain couvert d'habitations et de vergers, arrosé 
" par cinq rivières et qui s'étend sur un espace de 6 milles en 
« largeur et de 3 milles de long. Parmi ses portes, on remarque 

• Bab-Barma Ujl. oL, Bab el-Selamé a^5X«JI t^L, Bab el-Faradis 
« (j^ii-xJi ljI, située vis-à-vis du couvent des Maronites y!_« _)i, 
« et Bab el-Soghaïr ^.a**^' v-? (l'i petite porte). 

« Cette ville présente la réunion de divers arts utiles et de 
« diverses industries; on y fabrique beaucoup d'étoffes de soie 

' Notre texte porte w_jèLJ1 »lj»i;L iùcww* , assertion plus vraisemblable que 
celle qu'on lit p. Ix?, de la version anglaise de ki Géographie d'Eb-Haukal : stuMed 
with firccious slones. 



CINQUIEME SECTION 555 

« et de bourre de soie j^ , et notamment des brocards d'un Feuiilei 88 recio. 
« prix très-élevé et d'une perfection de travail inimitable; il s'en 
« fait une exportation considérable dans les contrées voisines et 
^ dans les pays lointains. Ces étoffes égalent ce qui se fait de 
« plus beau dans l'empire grec -^yi et approcbent des produc- 
« tions les plus rares des fabriques d'Ispahan et de Nisapour. 
" Soit en fait de tissus de couleurs uniques o>JU*ail , soit en fait 
« de tissus dans le genre des robes de Tennis, et en général en 
« tout genre de fabrication, il est impossible de rien voir de plus 
« parfait que ce qui sort des mains des ouvriers de Damas. 

« Sur les cours d'eau qui circulent dans l'intérieur de la ville, 
" on a établi un grand nombre de meules et de moulins, car le 
« blé est très-abondant à Damas ainsi que les fruits. Quant aux 
" confitures, la quantité et la bonté de celles qu'on y fabrique 
« sont au-dessus de tout éloge comme au-dessus de toute des- 
« cription. Enfin sous les rapports du bien-être, de la sécurité, 
« de la prospérité, de l'industrie et du commerce, cette ville 
" l'emporte sur toutes les autres de la Syrie. « 

De Damas à Ba'lbek J^^I^jv, en se dirigeant vers le nord, on ivOlbes. 

compte 10 journées. 

Cette dernière ville est située au pied d'une montagne; elle 
est forte et entourée d'une muraille « en pierres de 20 chou bras 
• (environ i5 pieds) d'épaisseur; elle est traversée par une ri- 
« vière qui passe au milieu de la ville, qui procure de l'eau à 
« un grand nombre de maisons et qui fait tourner plusieurs 
« moulins. Son territoire produit en abondance tout ce qui est 
« nécessaire à la vie et beaucoup de fruits; les vignes ainsi que 
« les arbres fruitiers y donnent une quantité de produits qui 
» excède les besoins de la consommation. 

': 1, Ba'lbek renferme des monuments curieux qui, tant à raison 
» de leur élévation qu'à raison de leur solidité, exigent une 
« mention particulière; nous voulons parler des deux édifices 



354 TROISIÈME CLIMAT. 

Feuillet 88 verso. „ destinés à donner des jeux (jjJtU! , savoir, le grand et le petit. 
n On rapporte que le premier fut construit du temps de Salomon 
« fils de David; il est d'un a.spect admirable. On employa à sa 
" construction des pierres qui ont chacune plus ou moins de 
" dix coudées ls)à de long; une partie de l'édifice repose sur 
" des colonnes d'une hauteur imposante. Le second est à peu 
" près en ruines; il n'en reste debout qu'un mur long de dix 
« coudées sur dix coudées de haut, et sept pierres dont une à 
« la base de l'édifice, deux à son sommet, et quatre autres au- 
" dessus de celles-ci. Il y a dans cette ville toute sorte d'édifices 
" admirables '. ■> 

De Damas à Beïrout t^jjj^ , on compte a fortes journées; 

De Damas à Saïda ^■y^ya (Seïde), même distance; 

De Damas à Adra'at taLsjil ou Bathnia' xiiîj, yi journées; 

De Damas à Naplouse ^rXl* en se dirigeant vers l'ouest, 6 
journées; 

Et de Damas à Tripoli de Syrie iùs^UJI j^^jio, 5 journées. 
sAiDA Saïda IJvL*3 (Seïde) est une ville située sur le bord de la mer 

" et entourée de murs en pierre. On en rapporte la fondation à 
" une femme qui vivait avant l'époque de l'islamisme. Elle est 
« grande et bien bâtie, ses marchés sont fournis de toute sorte 
« de marchandises, ses jardins plantés d'arbres et abondamment 
«arrosés. Les dépendances de cette ville sont considérables; 
« elles se divisent en quatre districts qui touchent au mont Liban, 
« savoir: le district de Harlz_yj^, arrosé par la rivière d'el-Har 
'■ j^, et renommé pour sa fertilité; le district d'el-Cherbé io^^l, 
« également très-agréable; le district de Kafr-Keïlan ySV^jjLS', 
« et enfin le district d'el-Rami i^lpl, nom d'une rivière qui des- 
« cend des montagnes et qui se jette dans la mer. Toutes ces 
« dépendances comprennent près de six cents villages; on y boit 

Cù 



OU 
SEIDE. 



CINQUIÈME SECTION. 355 

" de l'eau amenée des montagnes par des canaux. » Il existe à l'euiilet SH voso. 
Saïda une source qui jouit de beaucoup de célébrité à cause 
des propriétés (aphrodisiaques) des poissons qu'elle nourrit '. 

De Saïda à el-Hama iuil^, fort construit au bord de la mer, 
8 milles; ( 

De là à Calmoun y^l», fort construit au bord de la mér, 6) 
milles. 

• fi« Ce dernier fort domine un pont jeté sur une large rivière; 
« il est d'une bonhe défense et construit au fond d'une baie.^ » 

De là à Na'ama *-Sb, place forte et ville de moyenne grandeur, 
7 milles. 

" Le caroubier croît en abondance à Na'ama et les fruits de 
« cet arbre surpassent en grosseur et en bonté tous ceux de 
1 même espèce qu'on peut se procurer ailleurs; on les porte en 
« Syrie et en Egypte où ils sont connus sous les noms de caroube 
« de Damas; mais si cette dernière contrée en produit une quan- 
« tité considérable, on peut dire qu'on en recueille encore plus 
« à Na'ama et qu'ils sont supérieurs en qualité. » 

De Na'ama au cap de Beïrout t^jy-*?, 2 à milles. 

« Beïrout ^jj^-aj est également située sur le bord de la mer, nKinouT. 

« entourée d'une bonne et forte muraille, et dominée par ime 
« montagne où l'on trouve des mines de fer. Ce métal est sus- 
« ceptible de prendre une trempe excellente et on en débite 
" beaucoup dans toute la Syrie. Au midi de Beïrout, il existe une 
« forêt de pins qui s'étend jusqu'au mont Liban sur un espace Feuill-t Sg recio. 
« de 1 2 milles dans tous les sens. On boit à Beïrout de l'eau de 
« puits. » 

De là à el-Moradesié iU«àl^! , fort, 8 milles. 

Nous croyons devoir abréger ce passage en le traduisanl. Le lecteur qiii dési- 
rerait plus de détails à ce sujet peut consulter la version latine, page 117. 
' Le ms. B. porte el-Haîba «jlkÂ- 



Feuillet ^9 recto. 



TARABOLOIS Et-CUIM 

ou 

IBIPOU DE Sïr.IE 



556 TROISIÈME CLIMAT. 

De là à Nahr el-Kelb 4-JiSlj^, petit fort auprès de la mer, 
6 milles. 

De là à Djounié iUj>=?-, " forteresse considérable située au- 
" près de la mer et peuplée de chrétiens Jacobites, » 4 milles. 

De là à A'tfat Selam -îX-. Xilac, grand golfe dont la longueur 

est de 10 milles; puis à Madjour Djenbel J Ai=-^jj»U ', fort; 

puis à l'embouclmrc de la rivière d'Ibrahim j^V'jj' j-^J , 3 milles. 

De cette rivière à Djebaïl Xm^ , » jolie ville sur le bord de 
« la mer, entourée de bonnes murailles et de dépendances vastes 
" plantées d'arbres fruitiers et de vignobles; bon mouillage oi'i 
« l'on ne trouve pas d'eau courante, mais seulement de l'eau de 
« puits, » 5 milles. 

De Djebaïl J-^ui». la maritime au fort de Bathroun yjyÂj , et 
de là au cap el-Hadjar^^' uu) , 5 milles. 

Du fort du cap el-Hadjar j.:^' ob! (j-iaLs- à Tarabolous el-Chani 
J.UJI (j.jAjI^ ( Tripoli de Syrie ), 8 milles. 

« Tripoli de Syrie ^/,L-iJI ,j.^l^ est inie ville très-considé- 
■ rable, bien fortifiée et environnée de villages et de bourgs 
' agréables dont le territoire est planté en oliviers, en vignes, 
« en cannes à sucre et en arbres fruitiers. Les étrangers affluent 
« dans cette ville que la mer entoure de trois côtés. C'est l'un 
■> des entrepôts ' de la Syrie, c'est-à-dire un lieu où l'on vient 
« déposer toute sorte de marchandises, de richesses et d'objets 
« de commerce. Divers forts et lieux habités dépendent de Tri- 
« poli. Tels sont le fort du cap ooili ^àûs- , dont il vient d'être 
« question , le fort Calmoun y^UJi (^^asj^ , le fort Abi'l-A'das j! 
« ^J«.XJJI et Armousié àa-.^jI . Quant aux villages, on compte 
" parmi les plus renommés, el-Chakikié iuouJuiJI, el-Zcnbourié 
« Ajjjjj^l ^ el-Ra'abié iU*A\ji) , el-Harth ^jA et Amioun yj-v*' , 

' Ou MakhourDjoubaïl J- ■ ■ — )».i.U , d'après le ms. A. et d'après la version 
latine. — ' ^UJI J^ïljw ^j- Joue, ^j . 
' Variantes du ms. B , *j,»Ai\>.)l - ir>4' 



CINQUIÈME SECTION. Ô37 

' où l'on voit plus de plantations d'oliviers et d'arbres Iruitiers Fouillet Sg le.io 
" que dans les autres. A 4 milles au midi de Tripoli, est un re- 
" tranchement qui fut construit par Ebn- Mikhaïl le Franc (^jI 
« (s^ji^^ J>Aàa_«, et au moyen duquel il s'empara de la ville. Ce 
« retranchement est très-fort et situé entre deux rivières. 

Vis-à-vis de Tripoli , il exi.ste quatre îles rangées sur une seule 
ligne. La première et la plus voisine du rivage est l'île de Nar- 
djes ^jH^s~jjJ] ( ou des narcisses ) : " elle est petite et déserte ; » 
puis l'île d'cl-A'moud o^ — «jJI ( des colonnes); puis celle d'el- 
Raheb 4__d>ipi (du moine); puis celle d'Ardekoun y^S^jl. 

De Tripoli, en suivant le rivage de la mer, on parvient à Kas 
el-Hissn ^JJ^a ^j^\j, petite ville située à l'extrémité d'un golfe 
dont la longueur en ligne directe est de i 5 milles, et du double 
en suivant les contours. On le nomme golfe d'A'rca i.*^ u>^' 
et il y existe, vers le milieu, trois forts peu éloignés les uns 
des autres, savoir : Loteros a^jj^^ , situé du coté de Tripoli, 
Babïé iUAjl, auprès d'une rivière qui porte le nom de rivière de 
Babïé AAjulj^, et enfin Hissu el-Hamâm j.L«Ji (j^**»- (le fort des 
colombes). De là on se rend à A'rca a^j^, ville populeuse « bâtie 
« au pied d'une colline, avec une haute citadelle et un grand 
« faubourg également très-peuplé. Il s'y fait beaucoup de com- 
« merce. Les eaux qu'on y boit proviennent, au moyen de ca- 
« naux, d'une rivière qui passe tout auprès de la ville, qui arrose 
« quantité de vergers et de plantations de cannes à sucre, et qui 
« fait tourner des moulins. » 

A'rca a. — ijs- est à 3 milles de la mer. La citadelle est forte, 
« les ressources abondantes : les habitations sont construites en 
» terre et en plâtre. » 

Quant au pays de llems (ja^ ', il a pour capitale la ville de ce 
nom, « ville agréable, située dans une plaine populeuse, fré- 

' Volney et la plupart des voyageurs modernes écrivent 7/om.« Telle est, en eflet, 
la prononciation actuelle du nom de celte ville. 



tViiillet Si) vurso. 



558 TROISIÈME CLIMAT. 

Keuiiiei ))9 verso. , quentéc par des voyageurs qui y apportent des marchandises 
" de toute espèce, en sorte que ses bazars sont bien fournis et ses 
« habitants dans une situation prospère. Les femmes y sont très- 
» jolies. On y boit de leau dérivée, auprès du village de Djosié 
<< **««.=- , d'une rivière qui coule à une journée de distance de la 
n ville du côté de Damas. Quant à la rivière dite el-Arbat kj,ill ' 
" ou el-Macloub v>^' (lOronte), elle coule à un jet de llèclie 
« d'une des portes; elle est peu considérable; cependant il y a 
" sur ses bords de nombreux villages et des vergers d'où l'on 
< apporte des fruits à la ville. Du temps de la domination mu- 
« sulmane ^, il y avait beaucoup de vignes, mais elles ont été 
« presque entièrement détruites. Le territoire de Hems est extrè- 
« mement fertile et le climat l'un des plus tempérés de la Syrie. » 
Hems est préservée par un talisman, de l'approche des serpents 
et des scorpions, en sorte que, lorsqu'un de ces animaux touche 
à la porte de la ville, il périt sur-le-champ. On y voit, au-dessus 
d'un dôme, une statue en bronze représentant lui homme à che- 
val et tournant au gré des vents, et, sur les parois des murs 
(le ce dôme, une pierre où est sculptée limage d'un scorpion. 
Lorsqu'une personne a été mordue ou piquée, elle prend avec 
de l'argile l'empreinte de cette image, applique cette argile sur 
la blessure, et est guérie à l'instant. « Les rues et les chemins (de 
« Hems ) sont tous pavés en pierres très-dures. On y voit l'une 
« des mosquées les plus grandes qui existent en Syrie. » 

De Hems ja^ à Haleh i-Jbi- ( Alep ), on compte 5 journées. 

De Hems à T^itarsous ^J^^.^Jiaj\ ( Tortose ) ^, sur les bords de 
la mer, 2 journées. 

Pour se rendre d'A'rca i^jA à Antarsous u-j. — *yiajt, on passe 

' lij,! doit être une faute pour iajjl. 

" Ceci prouve qu'à l'époque où notre auteur écrivait, celle partie de la Syrie était 
au pouvoir des G-oisés. 

' Les mss. portent tantôt .Anlartous, tantôt Antarsous et tantôt Antarchous. 



I 



CINQUIÈME SECTION. 559 

par une place forte nommée Sendj ^^, et l'on arrive à Antar- 1>"iMd ->o verso 
sous, ville située au fond d'un golfe, en grande partie entouré de 
montagnes et dont la largeur en ligne directe est de i 5 milles. 
Antarsous est une ville maritime peu considérable mais forte. 
A peu de distance dans la mer, il existe une île dite d'Arwad 
iijyl, île considérable, bien habitée, où l'on voit luie église 
« très-grande, très-haute, très-forte et dont les portes sont eu 
« fer, en sorte que c'est une espèce de citadelle. » 

D' Antarsous, en se dirigeant par terre vers le midi, au loi I 
d'el-Khawabi j}^ y"»^) bâti sur le sommet de la montagne, 
on compte 1 5 milles. 

« Cette dernière place est très-forte; elle est habitée par des 
« Hachichis ', sorte de gens qui ne sont pas musulmans, qui ne 
" croient à aucune révélation ni à la résurrection des morts ( que F,.|iiii,.t yo icciu. 
« leur secte soit maudite ! ). 

« Antartous (j-^IajJaji est le port de Hems ,_,a^. » 

De cette dernière ville à Damas, on compte 5 journées. 

De Tripoli de Syrie à Damas, également 5 journées. 

L'itinéraire de Damas à lathrcb cj^'j ( Médine ) est comme il 
suit : 

De Damas à une petite rivière, et de là à Da'ah ««i, i jour- 
née. 

De Da'ah à Dhat el-Menazel JjUU t:,ii, bourg peuplé; puis à 
lanou' ?}À!, 1 journée. 

De là à el-Bathnié iijkÀiJI, i journée. 

De là à Damna iu«i (ou Dama iC-«i ), bourg, i journée. 

De là à Tabouk ày^, ville, i journée. 

De là à el-Mohaddatha ioôoii 

,, '.yojci le texte de ce passage dont le contenu confirme les résultats obtenus par 
M. de Sacy dans ses savantes et curieuses reclicrclics sur les Hachichis ou Assas- 
sins : e«_iwJl (J.4 1^ y^ JoCOo ^ -y^-«ii)l ,j ^jl_j_à. iLA-i^j>_*i._&. a\_ô! j 



560 TROISIÈME CLIMAT. 

Feuillet 90 iccio. Puis à el-Acra' » jji*! . 1 journée. 

A el-Hanifia iCouÂiJ, 1 journée. 

A el-Hadjar j^' , forte citadelle dans les montagnes du pavs 
des Themoudites, 1 journée. 

De là à Wadl ^gilj, très-petite ville sur une petite rivière. 

Puis à Rohba âa».j, 1 journée. 

A Dhi'l-Merwet s^ji} ^^i, 1 journée. 

A el-Mar^l, 1 journée. 

A Soueïda »o^^*JI , 1 journée. 

A Dhi-Khachab t,>Aj. ^^i>, 1 journée. 

Et enfin à Médine ou lathreb 4j>^' 1 journée. 

La distance de Damas (f — i^i à Racca *ï^l est d'environ i 8 
journées. 

« Le pays qu'on nomme Cham ^»U; (la Syrie) comprend di- 
« verses provinces ou districts, tels que la Palestine (j4»-»A* ^^V, 
1 ses dépendances et Jérusalem jj..xiJI , les pays d'A'mran ijy ^ 
" u\^, de Lak liU, d'Iebna Làjj, d'Iafa Ul (Jaffa), de Cai'sarié 

■ is!;l-«H« (Césarée), de Nablous (j«jAjb (Naplouse), de Sebista 
• »ta «.,»,.., ( Sebaste ) , d'A'scalan y^Jù.^ ( Ascalon ) , de Ghazza «y* 
" (Gaza), et de Beït Djebraïn (jj^+=- i-;**?. 

« Au midi de ces contrées, est la terre del-Tib «xîJI (ou de 
« l'Egarement), dans laquelle les Israélites errèrent durant qua- 
« rante ans, sans entrer dans aucune ville, dans aucun lieu ha- 

■ bité, dans aucune maison, sans changer de vêtements et sans 
« qu'aucun d'eux cependant contractât de souillure. 

" La longueur de cette terre de l'Egarement est d'environ 6 
journées. Elle touche à la Palestine du côté du midi. 
« De la Syrie dépendent encore le pays du Jourdain , dont la 
" principale ville est Tabarié a — ij — 4= ( Tibériade ), el-Lahoun 

■ yj-^i, le district de Samaria ajj^U. Ïj^', c'est-à-dire Nablous 

■ ^;-^L. (Naplouse), Beïsan yU-o^, Erikha làÇji (Jéricho ), Zo'ra 
« t^j, A'cha Liwc, Djesen (j*-^» , Khadrawil Jj^^A-i. et Sousna, 



CINQUIÈME SECTION. 561 

I. districts d'Akka nSs. ( Acre ), de Nassra »j-ol ( Nazareth ) et de ivinllii cio icct" 
" Soiir, auxquels touche, du côté de l'orient, le pays de Damas 
« dont les dépendances sont : ei-Ghauta AjsytJI, le pays de Ba'll)ek 
" A-jSx) ; el-Beca'a tlJuJl , la contrée du Liban yUJ rfsXï' et les dis- 
« tricts de Hawia aJ^o- 'jlj^' de Tarabolous u«jJoi^ (Tripoli), de 
« Djebaïl J.-A_s=- , de Beïrout <^ijj^, de Saïda \^m ( Seïde ), de 
« Bathnia iC_v^iJL>, de Djoul Jj-^^, de Djolan ^J^y=r■, de Tahira 
« ty^Us, d'el-Balca UXJt, de Djirïn el-Ghaur jyd\ ^jj^aî» , de Ka- 
" lar Tab tJ^yS, d'A'man yU, d'el-Serat tjjj-»Jl, de Sabra \jj^ 
« et d'el-Djabié »m\Â ■ 

« Cette contrée est bornée à l'orient par des déserts, et au 
« midi par les pays de Saniara ijUw et de A'd iU . Le territoire 

" de Damas touche à ceux de ' ^/t-<o' y>^^ et de Canasrïn 

« (jJr~>** dont nous reparlerons dans la description du quatrième 
< climat. 

« Damas ^j-ii-^i est le pôle et la capitale de la Syrie. De cette 
« ville à Ba'lbek Jojjtj , on compte 2 journées. 

« A Hems ja^, i5 journées. 

f A Tabarié Ajj-fis, 4 journées. 

« A Tripoli y«^I^, sur la Méditerranée, 5 journées. 

« A l'extrémité d'el-Ghauta Aisytll (^*2il , où commence le dé- 
« sert, 1 journée. 

« A Beïrout, 2 journées. 

« A Seïde, 2 journées. 

< A Adhra'at i^Ujit, autrement dite Bathnia iUÀÂj, 4 journées. 

« A el-Djoul J>4, -i journées. 

« La plus grande longueur de la Syrie est depuis Malatia 
« iUliU jusqu'à Refah Ij ^, savoir : 

• De Malatia AjJaA» à Mendj À^, à journées. 

« De Mendj à Haleb t-J»- ( Alep), 2 journées. 

' Mot illisible — ' Voyez, sur ce nom de lieu, la note 2 , page .^87 ci-dessus 

46 



362 TROISIÈME CLIMAT 

Ftuiiiei 90 iccio. „ De Haieb à Hems ^ja^, 5 journées. 

« De Hems à Damas i>A.«s, 5 journées. 
« De Damas à Tabarié iù^, h journées. 
" De Tabarié à Ramlé ÀV_*^i , 3 journées. 
« Et (le Raralé à Refali ^j, 2 journées. 
Total, 2 5 'journées. 

• Nos deux manuscrits portent (sans doute par erreur) 35. 



SIXIÈME SECTION. 365 



SIXIÈME SECTION. 

Irâc (Babylonie). — Cadesia. — Koufa. — Wasil. — OboHa. — Bassoia. — 
Khouzistan ( Susiane ). — Muchircan. — Ahwaz. — Sous. — Asker-Mokarram . 

— Tusler ou Cliuster. — Fais. — Chiraz. — Istakhar ( PersépoUs ). — Djour. 

— Darabdjei'd — Siraf. — Sabour ou Chapour. 



La présente section comprend, dans la partie occidentale des reuillci yo verso. 
contrées qu'elle est destinée à décrire, une portion des déserts 
où sont situés Feïd Jw», Taghlabia &xJ*aJ! (ou Tha'labia iU^JUs), 
Remala aJU,, Hira ij^, Cadesia îu^iUJi, Samman yU^, Faraa 
tc_,UJI, Kadhema iUJi\$', et là, au nord du pays de Bahreïn |jo,l 
(jjj.^\ el-Catlnf uiAkiJI, Raza ijj', el-Ahsa U-^id, A'fir^Ai»JP, 
Hordj ^j'^, Bicha «*Uj (ou Bisa iwj), et l'île d'Awâl Jtjl ïj^j-^- 
Le reste des contrées comprises entre le Bahreïn (^j^f.l\ i^V» et 
rO'man yLs, se compose de déserts arides et habités par les 
Araljes. C'est là que se termine la mer du Fars ,j»jUJIjj«r, sur 
les bords de laquelle sont les pays d'A'badan y!iUe, d'OboUa- 
«XjJil, de Mehra l^-*^, de Nan' yb, de Siniz jaàa^^, de Hanana 
lUi^, de Nedjirem p-fr^ , de SamarjU-», de Siraf oI/a-w, et de 
Hissn A'mara s^U (j*a=>- , qui tous dépendent du Fars, et auxquels 
touchent, sur le littoral du Kerman fj^^, Choura '^jy^-, Hormuz 

' Rien de plus clair que ce passage dont les auteurs de la version latine ne pa- 
raissent pas avoir bien compris le sens. 

° Le ms. A. porte Zaza; la version latine, Zara. 

' Le ms. A. porte Ghafir. 

' La version latine porte Can. 

' Le ms. A. porte Senbes iy,jJMà\ la version latine Sembin; la carte de Guill 
Delisle indique, dans ces parages, un lieu du nom de Cliiniz. 

Zi6. 



5()4 TROISIÈME CLIMAT. 

icuilict 90 verso. y>j-^ ^Oniiuz), et les déserts des montagnes de Cols JUs- tj^'^ 
jaijdl '. Au nombre des îles de cette mer, on compte l'île de 

Kiiarek JjU. »^>=- l'de de Labet c^v ,i) -, laquelle est vis-à-vis 

et auprès de Siraf o^^-v*» «"t du cap Safan yljuaJi op», et l'île 
d'Avvâl Jl_,l. 

Cette section contient (donc) la description des lieux habites 
de rirâc (jl^l '. ilira »^=- , Cadesia Aju»ilï, Koufa àjj5', Soura 
Sjy^, el-Cassr ^,-^aJUi , Nahr el-Melik JJ^I^ (le fleuve royal), 
Kartaria L^b^S'', Wasit k-.lj , el-Bataïh ^s-UsaJI ( les marécages), 
Foum el-Silh ^v^aJ! **, Madarjl.Xj> (ou Madhar ^1^.*), Macnah 
jsudt ^, Beïan yU? , Suleïmanan ybU>X«, , OboUa «Xji'i , Bassra iyajùtS 
(Bassora), A'badan ybl — a_c, Tlarbaraï ^^ji^j^^^ et de plus, sur 
les limites du Khouzistan yU-^,^ , la ville de Nachian yU^b, Haï 
3 , el-Zaroun yjjjJ' , Daïra [_;oi, Acbek J-il, Azem -jl, Sebil J-s**. ', 
Aïdakh ^OsjI , Dar-Hormuz j.^ jti, Souc el-Arba' Ujjiil ^^.m, ( le 
marché du mercredi), Hormuz j.«jj6 (Ormuz), qui porte aussi le 
nom d'Abwaz jl^l, Asker-Mokarram jyX^jX»,^, Djondi-Sabour 
j^U. ^^JsÀ^, Toaster jji-ô (ou Chuster), Karkha a-à^ <==-, ^ Sous 
ij~j«Ji, Corcoul] i-^y»y», Tib ^-y^laJi, Metoub vy^> Bardoun yji;.^, 
Bassinna Uua?. 

Parmi les dépendances d'Ispahan yL^,Jb»l , Bendedjan yU» ou» , 
Beïdha Ua^, et Ispahan yL^,s«l, et parmi celles du Fars (j.jls, 
Rodjan yW-^J', Karoun y^y*^, Noubendedjan yl — =->Xjvjj, Djour 
jy=-, Chiraz j[^, Abwaz jlyoi , Babein (jvjb,Kisa UwiS^ Kham ^, 
et Diorhom /»■*;-=-• Nous traiterons de ces contrées et nous dé- 
crirons ce qui s'y trouve, après avoir invoqué le secours divin. 

' La version latine porte Cofs ou Cafas. 

' La version latine porte Lameth 

' L'ancienne Babylonie et l'ancienne Chaldee. 

' Le ms. A. porte jlij^j , et la version latine, Kutharîa. 

' Miftah <jjLo , d'après le ms. A. ; Manbeg, d'après la version latine. 

' Ms. .\ , yl^».j.j» ; version latine, Giargiarai. 

' La version latine et la carte de (iiiillaume Delisie porlont Snniliil 



SIXIÈME SECTION. 505 

Nous disons donc que la ville de Faïd OvAi esl située au ntilieu )>uill.i 90 verso. 
des déserts, entre Bagdad et la Mecque. « Ces déserts seul iia- 
" bités par les Azarat ijl^xJ! ', les Djohcïna ïÀAyi^, les Laklini aJL . 
« les Bili J~! , et par d'autres tribus mélangées de l'Icnien , c'est- 
« à-dire par les Rebia, *mjj et les Modhar ^.Aà.*, issus pour la plu- 
« part des ^ et des Benou-Asad jv^l j^j "'. Ces déserts, 

« connus sous le nom d'el-Habir^.^*^! (ou des Sables), sont ceux 
« qui s'étendent par ondulations ( litt. par fentes), en largeur, jus- 
« qu'à Adjmar jJt' \ et en longueur, depuis ia montagne de Tabi 
« ^^ jusqu'à la mer du Fars (le golfe Persique), vers l'orienl, 
" et qui, depuis la montagne de Tabi, se prolongent jusqu'à el- 
« Djofar jU^- dépendance de l'Egypte. 

« Au nombre des villes qui s'y trouvent, on remarque Taglila- 
« bia JUAÀxiJi ( ou Tha'labia iuJxi ) , lieu où se réunissent les 
« Arabes et où se tient un marché très-fréquent é , et Zebala XjU, 
«jadis peuplé, mais dont il ne reste que les vestiges; c'est un Ftniiici.ii ix-ciu. 
« lieu de station et de refuge pour les voyageurs, qui ne mérite 
■< ni le nom de ville ni celui de fort. » 

Quant à Cadesia iiAA«iUi!!, c'est une ville située sur les limiles fAnF.M.\. 

du désert; « elle fut bâtie par les Cbosroës, rois du Fars. F.lle 
« est petite; il y a des palmiers, de l'eau, et la majeure partie 
" des cultures consiste en herbages. Les voyageurs s'y approvi- 
■c sionnent de fourrages pour la nourriture des chameaux qui \ 
« passent, soit en allant au Hedjaz, soit en revenant de cette pro- 
« vince. » Cette ville (Cadesia) est située à l'occident de BagdafI, 
et c'est l'une des places fortes de la frontière de l'Irâc. De Ca- 
desia à Koula iCij^i , on compte 2 journées, et de Cadesia à hi 
ville de la paix (Bagdad), 61 parasanges. 

' Probaljlemeii l pour ijl jj • \ oyez Pococlai Speriinen liistoticu Anibiiin . p. .V| 

' Mot illisible. 

' Nom de deux jumeaux célèbies dans lliisloiie des Aiiibes. 

* Voyei sur ce nom, Niebubr, Descriplion de l'Arabie, p. 219 



KOfFA 



066 TROISIEME CLIMAT. 

FfuilLtyi iccio Koufa est bâtie sur les rives de l'Euphrate. " On \ voit de 

beaux édifices, des bazars bien fournis, des fortifications res- 
« pectables; dans les environs, une infinité de villages, des champs 
» cultivés, des plantations de dattiers. Ses habitants sont riches. 
" Les constructions de cette ville ressemblent à celles de Bas- 
« sera, sous les rapports de la solidité et de l'élégance. L'eau y 
est douce , le climat sain , la population de pure race arabe 
« devenue sédentaire. » 

A six milles de Koufa io^l est un grand dôme, supporté de tous 
côtés par des piliers d'une hauteur considérable, et muni dune 
porte qui reste constamment feruxée. Il est en totalité couvert 
dévoiles ou d'étoffes précieuses, et le sol est tapissé de nattes 
Samanié. On dit que c'est là qu'est le tombeau d'Aly, fils d'Abou- 
Taleb, et que le terrain qui environne le dôme servit à la sépul- 
ture de sa famille. « Ce dôme fut construit par Abou'l-IIaïdja 
« Obeïd-AUah, fils de Hamdan, durant le règne des Abbassides, 
« le lieu de la sépulture d'Aly étant resté caché durant la domi- 
« nation des Ommiades. 

« Cadesia A^y4«iUJi et cl-Hira iyJL sont sur la lisière du désert , 
« du côté du couchant; à l'orient (au contraire) ce ne sont qu'eaux 
<■ courantes, jardins contigus et plantations de dattiers dont les 
" fruits sont excellents. Ces deux villes, ainsi que Koufa ajjJT', 
« sont entre elles à un peu moins d'une journée de distance. 
« Hira SjjJi est une ville petite, bien bâtie, sur un sol fertile et 
« pleine d'édifices. Elle était autrefois plus considérable qu'elle 
« ne l'est aujourd'hui; mais un grand nombre de ses habitants, 
« ainsi que de ceux de Cadesia x—A—^iULlI , s'étant transportés 
« à Koufa *3)-^l , la population de ces deux villes a diminué; 
« elles dépendent l'une et l'autre du gouvernement de l'Irâc. 
« Le montant de leurs contributions est porté au divan do Bag- 
« dad, et les intendants de l'administration sont sous les ordres 
' de ceux do cette dernière résidence. » 



SIXIÈME SECTION. ,î()7 

Les deux villes de Wasil ia—lj Lùj.>s^ sont construites sur lus i'<i"ii'> y recio 
bords du Dedjlé aXj»^ (du Tigre), " et séparées par un grand "'"' 

« pont de bateaux qui l'acilitc la communication de Tune à l'autre 
« ville, dans chacune desquelles on voit une mosquée où l'on 
« prononce la kholba '. La vdle occidentale porte le nom de 
« KaskarjjT.^'; la construction en est due à Hedjadj ben-Iousonf 
« el-Maksi. Elle est entourée de cultures, de dattiers et de ver- 
« gers , et les habitations s'y touchent. L'autre , située sur la rive 
« orientale, s'appelle Wasit de l'Irâc |jlj.»JI ii«!j, et, comme sa 
« sœur, elle est parfaitement bâtie ; ses rues sont larges , ses édi- 
« fices d'une hauteur remarquable, ses jardins nombreux, ses 
« richesses considérables; ses habitants, de belle apparence, or- 
" dinairement vêtus de blanc, et portant de larges turbans (sur 
« la tête), sont un mélange de races de l'Irâc et d'autres. Il n'y 
« a point de marécages à Wasit; le soi y est de bonne qualité, 
« le territoire vaste , et le climat plus sain que n'est celui de 
« Bassora iy^\. C'est une dépendance de l'Irâc, et elle ressortit 
« au gouvernement de Bagdad. Le territoire de Wasit forme 
« cependant un district particulier et distinct des autres districts 
« de l'Irâc. Le produit des contributions est porté à la ville de 
« la paix (Bagdad), et c'est de cette ville que vient toujours l'ins- 
» titution du gouvernement de Wasit. » „ .„ 

^ reuilk'l C) i verso. 

De là à Bagdad, on compte 8 journées; 
A Bassora , 7 journées -, 

A Koufa, 6 journées, en passant par les marais. 
De Koula à Bassora , environ 12 journées; 
De Koufa à Médine iUjj4', environ 20 journées; 
De Koufa à Bagdad, 5 journées; 
De Koufa à Cadesia, 2 journées. 

De Cadesia à el-0'daïb tj*jio«Ji, lieu où commence le désert, 
6 milles. 

' Ou le prône du Vendredi. 



r)68 THOISIEiVlF. CLIMAT. 

Keuillci 91 vei-so. Dc VVasil OU Hescend. par le Tigre, k Nalirahaii yi^'j-jj '; 

c'est un trajet, par eau , d'une demi-journée, et parterre, d'une 
journée. 

De là (de VVasit) on se rend à Dedjlet el-Ghauza Hjyxl^ A^-i-; 
puis à \alir Ma'akcl JJix^j^; puis enfin dans le grand fleuve de 
Bassora Sjjoj^'i ^Jàx3. 
BAMn " Cette importante ville n'existait pas du temps des (anciens) 

°" " Persans. Le plan en fut tracé par les musulmans sous le califat 

« d'Omar; elle fut fondée par O'tba ben-Gazvvan y'j>>fi (jj *Ai*. A 
» l'ouest, elle est bornée par le désert; à l'est, par un très-grand 
« nombre (plus de cent mille) canaux, sur chacun desquels flotteni 
» des nacelles , et qui portent les noms , soit de celui qui les creusa, 
» .soit du quartier auquel ils aboutissent '. La ville est bâtie sur 
u un terrain plat ; il n'y a ni montagnes ni rien qui intercepte la 
« vue. Ahmed ben-Ia'coub, auteur du livre intitulé cl-Mesalek 
« we'l Memalek, raconte qu'il y avait à Bassora plus de sept mille 
« mosquées; mais aujourd'hui la plupart d'entre elles sont aban- 
« données et il ne subsiste que quelques édifices construits au- 
<• tour de la grande mosquée. Divers marchands qui ont visité 
" cette ville rapportent qu'en 536 ( 1 i^i de J. C), on pouvait 
« s'v procurer 5oo rotls" de dattes pour un dinar. On y voit un 
" canal connu sous le nom de Nahr OboUa Ak.i)l j_^, dont la lon- 
« gueur est de 12 milles; telle est aussi la distance qui sépare 
« Bassora d'OboUa. Sur les rives de ce canal, sont des maisons 
» de plaisance et des vergers contigus de telle sorte qu'ils sem- 

Le ms. A. porte Natiraman. 
' Le même ms. porte Dedjlet el-Ghaur 
' Voici le texte de ce passage : 
i iSj-'f?- i-i-JI *-jL» oijy ^j JUiyiÀ^ jUji*! «by» L-*ï;-S«< j ioiUJI ly+j^ 

fcnviron boo livres. ^^^ . — > 



SIXIKME SRC'I'JON 369 

" blent ne former ([u'un seul jardin, et (en ell'et) ils sont tous l'euiliet 91 verso. 
" compris dans une seule enceinte de murs. Divers autres canaux 
" plus ou moins considérables communiquent avec celui-ci , cl 
" quant aux palmiers, ils sont tellement semblables les uns aux. 
" autres sous le rapport de la bauleur et de la beauté de la végé- 
« tation, qu'on les croirait tous coulés dans le même moule, ou 
« (plutôt) plantés à la même époque. 

« Tous les cours d'eau qui environnent Bassora, du côté de 
« l'orient, communiquent les uns avec les autres, et se subdi- 
<• visent en divers canaux, dans la plupart desquels le flux et le 
" reflux de la mer se font sentir. A la marée montante, les eaux 
« ( douces) des canaux sont refoulées sur les vergers et les cbamp.s 
" cultivés, et les arrosent. A la marée descendante, ces eaux des- 
« cendent et reprennent leur cours naturel. 11 y a un grand 
" nombre de canaux creusés (de main d'homme) où l'eau ne 
« coule pas, mais qui sont destinés à recevoir l'excédant des 
« eaux amenées par la marée. Ces eaux, pour la plupart, sont 
« salées. » 

OboUa iiXji/l a l'un de ses rpiartiers bâti sur ce canal, du côté obolla. 

du nord, et l'autre, l'oriental, sur la rive occidentale du Dedjlé 
*Xj=»i (du Tigre). « Cette ville, quoique petite, est ornée de 
« grands et beaux édifices, entourée de jardins, bien peuplée, 
" et florissante sous tous les rapports. " Au-dessous d'Obolla sont 
el-Meftah ' gail et el-Madar jl jUI -, sur les bords du Tigre, villes 
comparables entre elles « sous le rapport de l'étendue, du genre 
« des constructions et du commerce. Mais Obolla est plus grande, 
« plus peuplée, plus ricbe, et ornée d'édifices plus vastes. 

" A l'extrémité du territoire de Bassora s^jJI ^^<Xa. 5, et entre 
« les villages et lieux cultivés qui en dépendent, on voit beau- 
« coup de roseaux et de marais habités au milieu desquels les 

' La versioti latine porte Maiibrg — ' Ou pliilôl ,|Ov<o 



570 TROISIÈME CLIMAT. 

Feuillet 92 lecio. „ bateaux et les nacelles naviguent au moyen de perches '. à 
« cause du peu de profondeur des eaux, et parce que leur cours 
» est obstrué par la fange. Quelquefois, lorsque le Tigre et l'Eu- 
« phrate calyL'tj Skja-jJI grossissent excessivement par suite des 
" pluies d'hiver et versent leurs eaux par torrents dans ces ma- 
« rais, divers lieux se trouvent creusés (outre mesure), et d'autres 
« bouchés par la vase. » 

De Bassora à A'badaii yliUc. on compte 2 journées ou ."^6 
milles. 

A'badan est une place petite, mais forte, bâtie sur les bords 
de la mer, « à l'endroit où se réunissent toutes les eaux du Dedjlé 
« «Xj».i (du Tigre). » C'est un Heu de marché et de refuge pour 
ceux qui naviguent dans cette mer. Il est situé sur la rive occi- 
dentale du fleuve, qui s'élargit ici beaucoup, et couvre quantité 
de terrains. 

D' A'badan à Khachabat caL.UJi, 6 milles. 

Khachabat est précisément à l'endroit où le Dedjlé ika-i 
décharge ses eaux dans la mer du Fars (le golfe Persique). Ce 
sont des pilotis ^ au-dessus desquels s'élèvent des cabanes où 
se tiennent les garde -côtes munis de bateaux, pour pouvoir 
monter dans ces cabanes ou descendre .sur le rivage. La côte 
occidentale (litt. la droite) de la mer du Fars dépend de l'Ara- 
bie, et l'orientale (litt. la droite), du Fars. La largeur de cette 
mer est de 210 milles, et sa profondeur, de 70 à 80 brasses. 

De Khachabat caLUiÀ. à la ville de Bahreïn yjj^*? *«<>.>•, située 
sur la côte occidentale, on compte 210 milles. 

' C'est par conjecture que nous traduisons ainsi le mol liljvil. Au surplus, 
voici le passage en entier : 

cjL jL<wJi Wr^i r-^^*^ »jij.»*.<i U ^l]ûj_j SjjSS |«^I ^}j^i ^^ir'l}^ (iJ^J 
4jl^_jJl< Ljjjl^ |.I«Xjj!j \J>jM <-Jfii ùliX-ll» j_;'^jJ'_; 
' Le mot .-.l. ! ■■:■..:- signifie en ell'et » fies pièces de bois. » 



SIXIÈME- SECTION. 371 

De Bassora à Bahreïn, par la grande route, ii journées; Feuillet 02 recio 
« mais en suivant les contours du rivage, 18 journées sans eau, 
« à travers des tribus d'Arabes ba])itués à transporter de l'eau 
« avec eux. Cette route est fréquentée, mais elle est dangereuse. » 

De Bassora à Médinc, environ 20 journées : on rejoint le che- 
min de Koufa ajjS' auprès de Ma'aden el-Bacra syi*l^ y.>jw'. 

L'itinéraire de Bassora à Bahreïn, par A'badan, est comme il 
.suit : 

D' A'badan à ^ , une journée sans eau et sans habita- 

tions ; 

Puis à Hadouba xj^jJI, une journée ; 

A A'rmadja ^j^, une journée; 

A Hanian yUjva. , une journée; 

A el-Gora ^5^!, une journée; 

A Meslakhat *àsLi*-o, une journée; 

A el-Ahsa L«»».i/!, une journée; 

A Hems jaç-, une journée; 

Puis au rivage de la mer, une journée. 

Toutes ces stations sont des ports ou tles lieux dépourvus 
d'eau. « Ils sont fréquentés par des Arabes nomades. » 

El-Ahsa L«»=»i)i cependant est une petite ville située sur les 
bords du golfe Persique, vis-à-vis d'Awâl Jiji, et dans le pays 
des Carmathes'; elle est peu considérable, mais jolie, « et l'on 
« y trouve des bazars où il est possible de .s'approvisionner des 
" choses nécessaires à la vie. » 

El-Cathif oUlûJLJl est une ville assez considérable, située dans 
le voisinage de la mer". 

' La version latine porte Maadeii el-Nocra. 

' Ce nom de lien manque dans nos manuscril* ainsi que dans la version 
latine. 

* Le ms. A. porte : « dans le voisinage de Bainein. » 

A7. 



572 TROISIEME CLIMAT. 

Feuillet yî recto. D'el-Calliil' à cl-Alisa U»».iJl , -1 joiiinces. 

D'el-Ahsa à Hems ,j^ sur les IxjkIs du golfe Persique, 2 
journées. 

D'el-Cathif ù Bicha »Ji^ (ou plutôt Bisa iC-^), une forte 

journée. 

A partir d'el-Cathif, le pays qui s'étend jusqu'à Bassora est un 
vaste désert où l'on ne trouve point d'eau, point de villes, point 
de places fortes; il est fréquenté particulièrement par une tribu 
d'Arabes qui porte le nom de A'mer Rebia' iùtuj^U. Les villes 
du Bahreïn sont Hadjar^jS., Hems ja^, el-Calliif ^xJaiil, el- 
Ahsa L.«-a-iii, Bicha *-iju, el-Zara «jl^Ii, el-Khatha Jail, où Ion 
fabrique les lances connues sous le nom de khathié. « L'île prin- 
« cipale du Bahreïn se nomme île d'Awâl JIj! ïj-^j=^- La distance 
" qui la sépare du territoire du Fars o-jWl jio est d'une journée 
« de navigation, et de cette île au continent de l'Arabie t^^l jj, 
« on compte la même distance \ La longueur et la largeur de 
" l'île d'Awâl sont de 6 milles. 

« De là à Bassora, la distance est de 5Ao milles, car de l'ilc 
Keuillct 92 verso. « d'Avvàl à celle de Kharek JjU-, on compte 2/io milles'. 

.. Cette dernière île a 3 milles d'étendue dans tous les sens. 
« La plupart des céréales et le riz y croissent en abondance. Il y 
« a des vignobles, des plantations de dattiers, enfin c'est une île 
« agréable et couverte de pâturages. Quant à l'île d'Awàl ', sa 
.. capitale se nomme Bahreïn jjjj^I , et c'est une ville bien peu- 
« plée dont les environs sont fertiles et produisent du grain et 

' Il y a certainement ici quelque erreur de copiste. En effet, la distance qui sé- 
pare l'île d'Awâl de la côte d'Arabie est de U lieues marines tout au plus, tandis 
que de cette ile au cap Bardistàn (sur la cote du Fars), on compte près de 5o lieues. 

' Apparemment la distance de Bassora à l'île de kharek est évaluée à 3oo 
milles. 

^ Nous suivons ic ms. B. , car ce passage manque dans le nis. A. A s'en rap- 
porter à la leçon fournie par ce dernier, il s'agirait ici de l'île do Kliarck et n(in 
de celle d'Awâl ; or, la cliose est invraisenil)lal)le 



SIXIÈME SECTION. 373 

" des dattes en abondance. Il y a beaucouj) de sources dont les !•'>-•">">=' y^ ^«'«'^ 
« eaux sont douces, et parmi lesquelles on remarque les sources 
« dites A'ïn bou-Zeïdan yl^y, jj (j^, A'ïn Marilgha aX\j^ (^jyc. 
« et A'ïn Gliadar jlOvc (j^, toutes situées au milieu du pays. 
' Plusieurs d'entre elles forment des cascades d'une force sulli- 
« santé pour faire tourner des meules de moulin. Celle qu'on 
« appelle A'ïn Gliadar jlJ^i (^s offre un phénomène singulier, 
« qui consiste en ceci : c'est une source considéi\i]jle dont l'ori- 
" fice est circulaire, et a 60 choubras (environ 4 pieds et demi) 
'< de diamètre; l'eau qui en découle s'élance du fond à la super- 
« ficie à une hauteur de 5o brasses; divers géomètres et savants 
» habiles ont mesure la hauteur de cet orifice et en ont trouvé 
" le niveau égal à celui de la mer. Les gens du pays affirment 
■I tous, d'un commun accord, qu'il existe une communication 
« entre la source et la mer, mais c'est une erreur; la chose 
« est absolument impossible, car les eaux de la soin ce sont 
« douces, agréables à boire et fraîches, tandis que celles de ia 
" mer sont chaudes et amères. Si la chose était telle que le lap- 
'1 portent les gens du pays, certes les eaux de la source seraient 
« aussi salées que le sont celles de la mer. 

« L'île est gouvernée par un chef indépendant. Les habitants 
« des deux rives sont satisfaits de sa justice et de sa piété, et 
« quand il meurt, il n'est remplacé que par une personne qui 
" l'égale en vertus et en équité. 

« C'est dans cette île que résident les navigateurs qui se livrent 1 lche di;? pti^t!.-. 
« à la pèche des perles. Ils habitent la ville, où des marchands, 
» porteurs de sommes considérables, se rendent, de toutes les 
« par-ties du monde, et séjournent durant des mois entiers, en 
« attendant la saison de la pêche. Ces marchands louent des 
'■ plongeurs moyennant un salaire dont le taux est fixé, mais qui 
" s'accroît en raison de la bonté de la pèche et du degré de con- 
« fiance (que mérite le plongeur). La pêche a lieu en août et en 



574 TROISIEME CLIMAT. 

Keuiliei 92 verso „ septeiubit' ', et même avant cette époque, si les eaux sont assez. 
" limpides. Chaque marchand est accompagné du plongeur qu'il 
" a loué, et toute la flottille sort de la ville au nombre de plus 
« de deux cents doundj -^j^; la doandj est une sorte de barque 
« plus grosse qu'une barque ordinaire, construite avec un entre- 
« pont que les marchands divisent en cabines au nombre de cinq 
" ou de six. aucun d'entre eux ne devant empiéter sur la cabine 
" d'un autre, dans le navire. Chaque plongeur a un compagnon 
^•' qui lui est attaché pour l'ouvrage, et qui, à raison de ses ser- 
" vices, a part au salaire, quelque faible qu'il puisse être; cet 
« aide se nomme le moussfi J^^ Les pêcheurs sortent donc 
« tous ensemble de la ville accompagnés d'un guide habile. Il y 
« a certains lieux qu'ils connaissent et où ils savent, à n'en pou- 
" voir douter, qu'ils trouveront des huîtres à perles; car l'huître 
« a des bancs autour desquels elle tourne, où elle pénètre, d'où 
« elle sort, selon les divers temps et lieux qu'elle connaît préci- 
« sèment. Lorsque les pêcheurs sortent d'Awâl Jlj! jjJ -, ils sont 
« précédés du guide, et ils le suivent dans leurs navires avec 
" ordre, sans le dépasser ni sans s'écarter de sa route. Parvenu 
« à celui d'entre les lieux où l'on pêche les huîtres à perles, le 
« guide se dépouille de ses vêtements, plonge dans la mer et 
« regarde. S'il trouve ce qui lui convient, au sortir de l'eau il 
« fait abattre la voile de sa doundj et jeter l'ancre; les autres na- 
« vires s'arrêtent également , jettent autour de lui leurs ancres, 
« et tous les plongeurs se mettent à l'œuvre. La profondeur 
« de ces bancs varie depuis moins de deux jusqu'à trois brasses. 

Feuillet çi3 recto. « Lorsque le plongeur s'est dépouillé de ses vêtements, ne con- 
" servant que ce qu'il faut pour cacher ses parties génitales, il 
« se bouche les narines avec du khilindjll J^^vAi^., .sorte d'on- 



ffuent composé de cire fondue avec de l'iiuile de sésame: 



n 



comp 



II 



' Le nis. \. porte, par l'rrciir, J,l ^^c ■ 



SIXIÈME SECTION. 57:1 

« prend avec lui un couteau et un petit sac destiné à contenir l'cuiHet y3 iccio. 
« les huîtres qu'il pourra trouver. Chaque plongeur est muni 

I d'une pierre pesant quatre quintaux ou environ, laquelle est 
" attachée à une corde mince, mais solide, et destinée à être 
" jetée dans l'eau de l'un des côtés de la barque. L'aide ou coni- 
« pagnon tient avec force cette corde, tandis que le plongeur, 
« plaçant ses pieds sur la pierre et serrant avec ses mains la corde, 
« s'apprête à s'élancer dans la mer. Alors le compagnon lâche ja 

II corde, et le plongeur et la pierre descendent rapidement au 
« fond de l'eau, le plongeur (toujours) placé sur la pierre et 
« tenant (toujours) la corde. Lorsqu'il est parvenu au fontl de 
" la mer, il s'assied, ouvre les yeux, regarde autour de lui, et 
« ramasse avec promptitude et agilité toutes les huîtres qu'il 
« peut trouver. S'il parvient à remplir son sac, c'est à merveille; 
« sinon, il tâche de s'écarter un peu, sans quitter la pierre ni la 
« corde; s'il est fatigué, il remonte à la surface de l'eau, reprend 
" haleine, et plonge de nouveau pour faire de nouvelles recher- 
" ches. Lorsque le sac est plein, le compagnon le tire du haut 
Il de la barque, le vide dans sa cabine, et le renvoie au plongeur 
Il qui est dans la mer; car s'il y a beaucoup d'huîtres, celui-ci 
« continue ses recherches en raison de cette abondance. Lorsqu'ils 
Il se sont livrés à cet exercice durant deux heures, les plongeurs 
Il remontent, se rhabillent et se livrent au sommeil; le moussli 
Il se met alors à ouvrir les huîtres; le marchand assiste à l'opé- 
II ration depuis le commencement jusqu'à la fin, en recueille le 
■I produit, et en prend note par écrit. Vers quatre heures après 
' midi, on soupe et on se couche; on dort toute la nuit, et le 
« lendemain, après le déjeuner, au moment favorable pour la 
Il pèche, on se déshabille, on plonge de nouveau; et ainsi de suite 
Il tous les jours. Lorsqu'on a épuisé un banc, on se transporte 
il sur un autre. La pêche dure jusqu'à la lin du mois d'août, époque 
» à laquelle les pêcheurs retournent ensemble à l'île d'Avvâl Jij' , 



57(5 TIIOJSIÈMK CLIMAI 

Fdiillei t,3 locio. " rapportciit toutes les perles qu'ils ont obtenues, renlerniees 
" clans des bourses; chacune de ces bourses porte une étiquette 
« indiquant le nom du propriétaire et est scellée d'un cachet. Au 
« moment du débarquement, toutes les bourses sont retirées 
" des mains des marchands et mises en la possession et sous la 
" responsabilité du gouverneur. Au jour de la vente, tous les 
« marchands se réunissent dans le lieu à ce destiné, et chacun 
" prend sa place; on apporte les bourses et on appelle par son 
« nom chacun des propriétaires. On brise les cachets l'un après 
" l'autre, et l'on verse chaque lot de perles dans un crible sous 
« lequel est un autre crible, et puis un troisième. Ces cribles 
n sont percés de trous de dimensions telles, qu'ils donnent pas- 
« sage aux petites perles et aux moyennes, en sorte qu'il ne 
« reste sur le crible supérieur que les grosses, sur le second que 
" les moyennes, et que les petites demeurent au-dessus du der- 
« nier. On sépare ainsi les espèces, on les estime et on les met 
« à prix à haute voix. Si le marchand désire garder sa marchan- 
« dise, on l'inscrit sous son nom ; s'il préfère la vendre, il la vend 
<• et en reçoit le prix. Dans tous les cas, celui qui achète paye 

Ffiiiloi 3 verso "(comptant) ce qu'il doit payer, de telle sorte que le mar- 
« chand reste quitte envers le plongeur, et réciproquement, et 
« qu'ils se séparent satisfaits les uns des autres. Ils se retirent 
" alors pour revenir au même lieu l'année suivante : c'est ainsi 
'< que la chose se passe toujours. 

" Le gouverneur de Keich (ji->5', île du golfe Persique dont 
« nous avons donné la situation dans le deuxième climat', est 
" en possession de percevoir un droit ou un tribut dont l'im- 
« portance est déterminée, et qui lui est payé par les marchands 
« qui se livrent à la pêche des perles. Le montant de ce tribul 
« est perçu, pour son compte, au moment de la vente, et lui est 

' Voyez ci-(les«us, page i52 



SIXIEME SECTION. 377 

« envoyé. S'il se trouve, dans la récolte, quelque perle d'une i euilUi 93 verso 
« beauté rare, le gouverneur (d'Awâl) la réserve et l'inscrit de 
" lui-même au nom du Prince des Croyants; mais l'équité pré- 
" side toujours à ces sortes de marchés; personne n'est molesté 
« et il n'y a aucun légitime sujet de plainte. 

« La perle est une production qui croît naturellement dans 
« l'espèce de coquillage dont nous venons de parler. Cette pro- 
« duction, d'après le rapport des riverains du golfe Persique, 
« résulte principalement des pluies de février; s'il ne pleut pas 
« dans cette saison, les plongeurs n'en trouvent point de toute 
" l'année. C'est un fait considéré comme incontestable et dont 
» la réalité ne forme, dans le pays, la matière d'aucun doute. 

" L'art du plongeur est, dans le Fars, un art qui est enseigné 
» et pour l'apprentissage duquel on dépense de l'argent. Le plon- 
« geur doit s'habituer à respirer par les oreilles ', et il arrive sou- 
« vent que, dans les commencements de l'apprentissage, cet or- 
« gane e.st affecté de fluxions violentes, d'oii découle une hu- 
" meur; on parvient à guérir cette inflammation au moyen de 
" certains remèdes. Les plongeurs les mieux payés sont ceux 
« qui restent le plus longtemps sous l'eau. Chacun d'eux sait y 
« distinguer son camarade, nul n'empiète sur les limites de son 
» voisin, ne conteste sa supériorité, mais tous cherchent à se 
« surpasser en industrie et en patience. 

« C'est dans le golfe Persique qu'existent presque toutes les 
« pêcheries de perles. Il y en a environ trois cents qui sont fré- 
« quentées et renommées. Nous avons fait mention de la plu- 
« part d'entre elles quand l'occasion s en est présentée, c'est-à- 
« dire, quand il s'est agi des rivages des mers et des îles. Les 
« pêcheries de ce golfe sont plus riches et plus productives que 
'. celles des mers de l'Inde et de l'Iémen; c'est pourquoi nous 
■■< nous sommes beaucoup étendu sur ce sujet. Revenons main- 

' Simple traducteur, je transcris la remarque sans garantir l'exactitude du fait 

/.8 



378 TROISIÈME CLIMAT. 

riuillei p3 verso. « tenant à nos descriptions de lieux et à nos itinéraires, en coni- 
" menrant par la route qui conduit de Bassora àya*i\ à Balirein 
■< ^^JJ^\ , par le désert, route fréquentée par les Arabes, mais 
" peu suivie par les négociants. » 

En sortant donc de Bassora, on parcourt une journée par 
tme contrée déserte où l'on trouve cependant une source. 

De là à Kadhema ii*y^, i journée; 

Puis par le désert, 3 journées; 

Puis à Faria io^li, lieu habité par des Arabes, i journée: 

Puis à Tadja'a A«Jf> ', i journée; 

Puis à Samnian (j^^> ' journée; 

Puis a une station où Ton trouve de l'eau, i journée: 

Puis à une autre, i journée; 

Puis à Selimé *,«yL., i journée: 

Puis à Sial JU-<J', i journée; 

Puis aux premières terres de l'Iémamé m\^, pays dont nous 
avons déjà parlé, i journée. 

A l'orient de Temboucbure du Dedjlé »>j».s ( du Tigre ) dans 
la mer d'A'badan yliU*^^, est le Khouzistan yl — j:«jy^- dont 
dépend Abwaz jlj_tf>iil , « ville située dans le voisinage du fleuve 
Feuillet 9', recto. " ^6 Mezkehcr j-_j,-S3_-« et capitale de la province. Elle est très- 
« peuplée ; ses environs sont beaux et divers districts en dépen- 
» dent. Il y a des marchés, du commerce, des édifices contigus, 
« des richesses considérables et beaucoup de ressources en tout 
« genre. » 

Ahwaz est ( comme nous venons de le dire ) la capitale du 
Khouzistan, pays dont le terrain est bas, uni et très-fertile, et le 

' Ce nom de Heu et divers autres manquant dans le ms. A , nous croyons de- 
voir suivre le ms. B. 

" Les deux manuscrits et la version latine portent constamment Khoureslan; 
mais il est évident qu'il s'agit ici de l'ancienne Susiane ou du pays actuellement 
connu sous le nom de Khouzistan 



SIXIEME SECTION. 579 

climat parfaitement sain; on y trouve de l'eau en abondance Pt Feuillet 94 iccio 
le niveau des sources et des puits est par conséquent peu pro- 
fond. Parmi les villes de cette province on remarcpe Almaz 
j!y»l, Askcr-Mokarram |.JX«jX.*c, Tuster jJi-w ', Djondi-Sabour 

j^L^ ^£■y^ i-»- , Sous (j"_>-««, Kam-Hormuz j-<^ |.|j, Mucliircan 

ylïjA-o, Serv _j^ appelée aussi Dorac ë'j^i^, Fars (j«y»JI ■\ Aïdedj 
^Jo' ", Beïan yt^, Haï 5^, Bassinna l. — Laj, Souki-Sunbui ^^J-« 

J^ ok*«, Menadher la grande ^^^^l jitu, Menadber la petite ^iLi^ 

^gj-jt.Aal\, Corcoub Lj^jj, Tib v*^i=, Kelvvan yl>^. Nahrotira -y> 
i^jXi, Memout ^^^^ °, Berdoun y^a^o, Karkba a^_^, Azem -jl \ 
Souc el-Arba a Utjjiil ijj^w , Hissn Mehdi ( fort de Mehdi ) (j-.aa. 
^tx_^, situé sur le bord de la mer, Nachian ^La^UI, Selaman 

« Le Kbouzistan est arrosé, comme nous l'avons dit plus haut, 
" par un grand nombre d'eau.K courantes, de torrents et de ri- 
'1 vières. Parmi ces dernières, la plus remarquable est celle qui 
» coule à Tusler et qu'on nomme le Dodjaïl d'Abwaz J — -f—^^ 

(I jlj fti/I.Elle prend sa source dans les montagnes de Lour^^ 

" et c'est sur ses bords qu'on voit la fameuse dérivation des 
« eaux** qui fut pratiquée par ordre du roi Chabourji^Ui (Sapor). 
« La construction de cet ouvrage eut lieu de la manière sui- 
" vante : on construisit des deux côtés de la rivière un aqueduc 
« très-haut, puis, au milieu même du cours de l'eau, une digue 

' Ou Chuster. 

' Le ms. A. porte tjj„»« <^l (j«i . la version latine Sorrac et Daurac. 

' Le ms. A. porte ^^jjii\ , au lieu de (j._^_i!i. 

* Le ms. A. porte »• »j! Anouh. 

' Telle esl l'orlhograplie du man R. et de la version latine. Le man. A. porte 

' La version latine porte ici Malliuth. Le ms. A , cjyw 

' La version latine porte Azam, le ms. B. Aram. 

' Le texte porte (jlj,,iL^, ce qui àignilie littiralemeot « un jet d'eau. » 

liS. 



580 TROISIEME CLIMAT 

Keuillci gi recto. " solide eii piones énormes soutenues par des pilieis iju on 
« éleva jusqu'au niveau des constructions pratiquées des deux 
« côtés. L'eau se trouvant arrêtée tout à coup dans son cours, 

• se fravait un passage dans ra(|ueduc, et la rivière s'élevait au- 
" dessus du sol à une hauteur étonnante. La rivière île Tuster ' 
« coule auprès d'Asker-Mokarram , traverse la ville d'Aliwaz jiy»l , 

• rejoint la rivière de Sidreh »j.i^^\ j^ et se jette dans la mer. " 

De la rivière de Tuster dérive un embranchement nommé 
Muchircan (jlî,-i>il , qui se dirige vers l'ouest et traverse Asker- 
Mokarram; ici on voit un grand pont construit sur une vingtaine 
de bateaux; des navires d'un fort tonnage peuvent flotter sur 
cette rivière et pénétrer jusqu'à Abwaz. La distance entre Asker- 
Mokarram et Ahwaz, si l'on va par eau, est de '^o milles. Pen- 
dant le flux de la mer et durant les premiers jours de chaque 
lune, époque à laquelle les eaux sont le plus hautes, de grands 
bâtiments peuvent parvenir jusqu'à la ville; ce qui n'a point lieu 
pendant le reflux, car alors les eaux tarissent et il n'en reste 
plus qu'un étang où le courant de la marée ne parvient pas. 
« Au surplus, les eaux de cette rivière servent à l'arrosement 

• des champs et à celui des dattiers et des jardins. » 

La rivière de Tab ijUs (jui sert de limite entre le Khouzistan 
et le Fars, baigne la partie méridionale de cette dernière pro- 
vince dont toutes les eaux se jettent dans la mer auprès du fort 
de Mahrouian ^jL^j^, non loin du l'ort de Mehdi. « Du reste, 
« le Khouzistan confine à la mer, seulement par l'un des côtés 
" de l'angle qui s'étend .depuis Mahrouian jusqu'auprès de Su- 
" leïmanan vis-à-vis d'A'badan, ville située sur les bords du golfe 

• Persique -. Le terrain du Khouzistan est sablonneux et plat; il 
" n'y a d'autres montagnes que celles qu'on voit dans les environs 

Ft'iiillel oi verso. " de l'ustcr. 

' Le lus B. poiie . v y,. ■ l'I i^i. 
' Lp ms .\. porte ■ l;i moi- dW'Ijaclan 



Ml t.unn:4N. 



sors ou Mï-E. 



SIXIEME SECTION. 381 

■I Muchircan yli^^ est une viile bien peuplée et fréquentée iVuillei y^ 
H>:jpar les habitants des pays voisins. Les palmiers ([ui cioissent 
« abondamment dans ce pays produisent une espèce particulière 
«de dattes nommée (ann "J^. Après en avoir mangé, l'eau qu'on 
« boit contracte une saveur et un parfum qui rappellent ceux 
« du vin. Les habitants de Muchircan sèment beaucoup de blé, 
« d'orge et surtout de riz; ils réduisent cette dernière graine en 
•> farine dont ils font une espèce de pain qu'ils préfèrent au pain 
« de froment. On cultive aussi la canne à sucre ^vec beaucoup 
« de succès dans les environs de Muchircan*q» oàeo- . 

Sous (j»j M. ' est une ville considérable, » riche et florissante, 
" dont les liabitants sont de race mélangée. La canqjagne qui 
>i l'environne produit du sucre : dans la ville, on labrique toute 
« sorte d'objets et notamment de belles étoiles de soie (jui 
« sont exportées dans les pays étrangers et jusqu'aux extrémités 
■■ du Khorasan. Le pays produit beaucoup de fruits. > 

Asker-Mokarrani ^^S^jSi,^ est également une grande et belle 

ville située sur les bords de la rivière de Muchircan ylï^ i^4,l . 

« On y voit un pont dont nous avons déjà fait mention. Celte 
« ville est peuplée de marchands et de gens issus de races di- 
" verses. Elle abonde en ressources de tout genre, possède diflé- 
« rentes fabriques, et le pays qui en dépend est bien cultivé. " 
On y est incommodé par des scorpions d'une espèce particu- 
lière qui ressemblent par leur forme aux feuilles de l'andjotlari 

yi.j !^\ (ou de l'assa fœtida); ceux qui sont de couleur jaune 

portent le nom de djerrara »jl^; quiconque en est mordu meurt 
sur-le-champ. La distance qui sépare Asker-Mokarrain de Tuster 
jUrnj oiijX^ù est d'une journée. 

De Asker-Mokarram à Ram-Hormuz i_«;_(i> ^\j, on compte 
2 journées. 

' Prohablcment l'antique Suse Voyez Kinneirs Ofograpliiral Mcmoir on llip Pnsinu 
empire, p. fjg et suiv 



^SKE!.-MUKAHr.A^Î 



5S2 TKOISIEAIK CLIMAT. 

Ftuillei yi vtiso, « Cette dernière viile est peuplée et assez considérable; on y 

<■ débite diflérentes marebandisos et l'on y fabrique des soieries 
« destinées à l'exportation. » 

De Asker-Mokarram à Dorac (jljja , on compte environ 4- jour- 
nées; la même distance sépare Dorac d'Abwaz. 

n Dorac est peuplée d indigènes et d'étrangers qui se livrent 
" beaucoup au commerce. Cette ville s'appelle aussi Mcdinet 
" el-Roustac (^\ju.jl\ iijoo^. 

■' JNacbian yU-iL*, ville d'une grandeur moyenne, bien peu- 
<• plée et arrosée par une rivière qui la partage en deux parties 
« égales, est située à 2 journées de distance à l'ouest de Rous- 
>• tac ^3^ — *-.^l. L'intérieur de cette ville, ainsi que ses alentours, 
« présente un aspect agréable. » 

Entre Nachian et le fort de Mehdi on compte 2 journées de 
distance dans la direction de l'ouest. 
TisTLB cm (.iiisitr,. " Quant à la ville de Tuster, Duster j-*«.o .yi^:» ou Cbuster, 
'I elle est, comme nous l'avons déjà dit, bâtie sur une éminence. A 
« ses portes l'eau s'élève au moyen d'une écluse jusqu'à laque- 
" duc. On dit que le prophète Daniel fut enseveli dans la ri- 
« vière de Tuster. Ebn-Haukal rapporte ' que ce fut Abou-Mousa 
<• el-A'cbari qui trouva le cercueil de ce prophète. Les Juifs le 
« vénéraient dans leurs synagogues et le considéraient comme un 
« talisman au moyen duquel ils espéraient, au temps de séche- 
« resse, obtenir de la pluie. 

« Abou-Mousa retira ce cercueil du fond de la rivière de Zab 
« t-)j}\ et le transporta par un canal à Sous q-j-w, où il fit cons- 
« truire et enduire de chaux trois tombes dans une desquelles 
« il plaça le cercueil. Il lit nmrer le tout d'une manière solide, 
" puis, ayant dirigé vers ce point une partie des eaux de la ri- 
« vière, il submergea les tombes. Elles subsistent encore de nos 

' Voyez la Iradiiclioii anf;laise de sir \\ Ouseley , page 76. 



SIXIÈME SECTION. ôS3 

» jours au fond des eaux, et l'on assure que quiconque s'y plonge Feuillet 94 ^elso. 
« est certain de les retrouver. » 

La ville d'Achek »iL«;t est située sur les limites de la province 
de Fars, et non loin de la montagne d'Aderevvan yljjii qui vomit 
des flammes et des nuages de fumée. Les feux de ce volcan res- 
semblent beaucoup â ceux du volcan qu'on voit en Sicile; ils ne 
s'éteignent jamais. 

« On fabrique à Tuster de belles étoffes de soie. C'était des Keuiilei 95 recio 
« ateliers de cette ville que sortait l'étoffe destinée à couvrir la 
« Ka'aba. De nos jours, on fabrique cette étoffe dans l'Irâc, d'où 
« on l'envoie à la Mecque tous les ans. 

D'Asker à Aïdedj ^s jI, en suivant la direction de l'est, on 

compte d journées. 

« Aïdedj est une ville située dans le voisinage des montagnes 
" dont la chaîne se prolonge jusqu'à Ispahan. Le commerce des 
■> articles importés du dehors s'y fait avec beaucoup d'activité. « 

De Tuster à Djondi-Sabour j^ — jL« j^Os — «=-, on compte une 
forte journée. 

« Cette dernière ville est bâtie sur une éminence et forte par 
" sa position. Ses environs sont plantés en dattiers et en autres 
« arbres à fruits, bien arrosés et bien cultivés; ses marchés of- 
- frent en abondance divers articles de commerce. » 

De Djondi-Sabour à Sous, 1 journée. 

« Cette dernière ville, bien que peu considérable, est cepeii- 
« dant assez peuplée. Elle est entourée de jardins, de plantations 
« de dattiers et de cannes à sucre. » 

De Sous à Corcoub i-j^ji, 1 journée. 

C'est ici qu'on fabrique les étoffes peintes et rayées connues 
sous le nom de racm el-Corcoubi ji^ïyl!! f^j', «ainsi que les 
<i riches brocards nommés kharad •s^, d'une beauté tellement 

' Le ms. porte ici »Js.ji. 

■ L'espagnol et l'ilalien recamare seniblenl dériver de l'arabe ^»jj 



58'i TUOISIEME CLIMAT 

Feiiillci 95 recto. « rare, (ju on en trouve peu de pareils dans tout l'univers. C'est 
à Corcoub, comme à Sous u-^^, qu'on fabrique les diverses 
« étoffes destinées à l'habillement des princes, et qui se vendent 
" à si haut prix. 

A la dislance d'une journée de Corcoub, vers le nord, est si- 
tuée la ville de Tib ^^.v-jiJaJI , petite, mais riche et belle. « On v 
" fabrique des ceinturons ' semblables à ceux qui se travaillent 
■' en Arménie, lesquels sont supérieurs à tous ceux qu'on fait 
- dans les pays musulmans, et des manteaux noirs ' dont le 
« prix est très-élevé. Il existe à Aïdedj ^o>-j' diverses autres manu- 
• factures; l'habileté et l'adresse des ouvriers de cette ville sont 
" au-dessus de tout éloge et de toute comparaison. " 

De Tib w^ à Wasit lxw!j, on compte 2 journées. 

En se dirigeant vers l'est, non loin de Tib, on trouve Menout 
' cayi^', ville située dans une plaine, offrant des ressources de 
■' toute espèce , et dont les environs sont très-pittoresques. 

" De Menout à Sous (j«^—, on compte une journée vers i'occi- 
« dent. 

« En suivant la même direction et à peu de distance de Sous, 
" on troiive Berdoun yj^/j, ville petite, mais bien peuplée; plus 
« loin, BaSsinna U^aj '^ ville distante d'une journée de Sous. La 
< même distance sépare Sous de Berdoun. 

« Bassinna \l.„, est peu considérable, mais populeuse. On y 
"travaille de riches étoffes ainsi que des voiles de femme, qui 
« sont connus partout; le nom de Bassinna est brodé en toutes 
« lettres sur les lisières de ces tissus. II se fabrique à Berdoun, à 
■ Kelwan y'jJ^, et autres villes environnantes, des voiles sur les- 
» quels on a soin d'inscrire le même nom (de Bassinna). » 

, ^ , " 'iiii'jj -«=,>< l:>;nr,(IJ -^j:nr,i!,ij -I)- 

,_,^w>. Le ras. B. porte caLOjj. ce qui est une iaute. 

' La version latine porte partout Mattuth. Nos deux mss. donnent Menout. 

' La version latine porte Basanna 



SIXIEME SECTION. ,^85 

De Sous à Almaz j!y»l , on compte 3 journées. ivuiiiet 95 reci». 

« Ahwaz et Asker-Mokarrani sont dans la même direction. 
" Ahwaz est au sud d'Asker-Mokarram '. Ram-Hormuz -y^y!! Jj 
« et les deux villes précédentes sont situées aux angles d'un 
« triangle dont les trois côtés sont égaux. » 

D'Asker-Mokarram on se rend en un jour à Souc el-Arha'a 
UjjJI (jy^ qu'on appelle aussi Souc el-Ahwaz j,ly6i)l ,3^^, «jolie 
" ville avec marchés à jour fixe, et faisant un commerce d'expor- 1 '^^"'H'^^'ii ' «rso. 
« tation et d'importation très-considérahle. » 

De Souc el-Ahwaz à Dorac (i^ji^, on compte par eau, 48 
milles, et par terre, 72. 

On va de Souc el-Ahwaz au fort de Mehdi ^sJv^-» ij^=- par la 
mer du Fars. 

« Cette dernière place est fortifiée et bien bâtie. C'est près de 
« là qu'est le confluent de toutes les eaux du pays que nous dé- 
« crivons (du Khouzistan) formant une nappe d'eau de 3 milles 
« de large. » 

De Souc el-Ahwaz à Azam ^\, ville située sur les bords 
d'une rivière qui se jette dans le fleuve de Tuster, 1 journée. 

" Azam est une ville populeuse et commerçante, et où se 
« rencontrent les marchands venant du Fars dans l'Irâc. En face 
" de cette ville, de l'autre côté de la rivière et sur le chemin 
« du Fars, est situé Achek >iLiI, village bien peuplé. » 

D' Ahwaz à Nahrotira ^^^-o wj, i journée. 

« Nahrotira est une ville de quelque importance, bien peu- 
« plée, et offrant dans ses nombreux marchés une grande abon- 
« dance d'articles de commerce. On y fabrique de belles étoffes. 
« Cette ville étant considérée comme une dépendance du Fars, 
« nous en reparlerons, s'il plaît â Dieu, dans la description de 
« cette province. " 

' Le ms. A. dit a l'ouest. 

à9 



586 TROISIÈME CLIMAT. 

Feuillet çiâ verso. De N'alirotira a Beïan yl *<, située sur la rive orientale du 

Dedjié (du Tigre), 2 journées. 

« Beïan est -une ville petite, mais belle. C'est un lieu de prc- 
« dications ^jjjU ', dont les habitants se livrent à l'étude avec plus 
« d'ardeur qu'on ne le lait dans les pays circonvoisins. Alinicd 
" ben-Ia'coub raconte, dans l'ouvrage intitulé el-Mesalik JJU.!' , 

• qu'il existe à Nahrotira deux maisons constamment désertes et 
» où l'on ne saurait passer une seule nuit. • 

De Beïan à Obolla «Xoiii , 1 journée. 

De Beïan au ioi't de Mehdl, 1 journée. 

Moghandj f^-i-U et - Madar _,lJ^I sont situées près d'OboUa 
sur les bords du Tigre. « La ville de Moghandj est petite, mais 
« bien peuplée; et quoiqu'elle ne puisse être considérée comme 
« une capitale , cependant ses relations commerciales sont très- 
« étendues. Elle est entourée de champs cultivés, de jardins et 

• de lieux de récréation. » 

De Moghandj à Madar, on compte une faible journée. 

« Ces deux villes sont petites et se ressemblent beaucoup 
" entre elles, tant sous le rapport de l'étendue que sous celui 
« de la bâtisse et de l'importance des monuments. Madar possède 
« pour le moins autant de marchés et de fabriques que Mo- 

• ghandj. Les habitants des deux villes se jalouseut entre eux. Ils 
« se font reniaïquer par leur intelligence et leur activité dans 

• les affaires, et passent pour être excessivement avares. 

De Nachian yU^b à Djabaï ^^U^, 12 milles. 
-, (fiDjabaï se compose d'une ville et d'un village dont les mai- 
« sons sont entourées de palmiers, de cannes à sucre et d'arbres 

• fruitiers; ses habitants vivent dans l'aisance. C'est de cette ville 
« qu'est originaire Abou-Ali el-Djabaï, imam de la secte des 

' Ou plutôt , d'après la remarque de M. de Sacy, une ville où l'on fait la khx>tha 
ou le prône du Vendredi. 

' La version latine porte Mabeg ; nous suivons l'orthograplie des deux mss. 



SIXIÈME SECTION. 587 

« Motazelites et le plus fameux théologien scolastique de son Kcuillci 95 verso. 
« temps. 

De Djabaï à Suieïmanan ybUyL«, on compte i5 milles. 

« Cette dernière ville est située sur les bords du Tigre, au 
« milieu d'un pays riant et couvert de cultures. Le poisson, la 
« viande et les objets nécessaires à la vie y sont abondants. » ''"' "' '■* '^'^"'' 

De cette ville, par le Tigre, à Beïan ylu, i8 milles'. 

Parmi les villes du Kliouzistan les plus voisines du Fars, on 
remarc|ue Lourj)_jJ, « ville petite, mais belle et située au milieu 
« d'un pays très-fertile. Les montagnes de Lour sont en partie 
« désertes et en partie couvertes de villages et de champs culti- 

• vés dont les habitants vivent sous la dépendance des Kurdes. <> 

De Lour à Tuster, on compte 2 journées. 

« Au nombre des villes qui semblent appartenir plutôt au 
« territoire du Fars qu'à celui du Kliouzistan, on compte Sen- 
<• bil JosAÀA., ville bien peuplée et riche en troupeaux, Zat ta^Ji et 

• Haberan (j|_,.AiL, villes bien peuplées, se ressemblant beaucoup 
« entre elles et voisines de Serwan yt^^-iJI, ville dépendante du 
« Fars et de l'arrondissement d'Ispahan. La température de l'air 
« y est réputée froide, et en effet il y tombe de la neige en 
" hiver. On y trouve en abondance du laitage, du beurre et du 
« miel ; on y élève beaucoup d'abeilles. 

« Achek kil 1^1 est un village considérable où cependant il 

" n'existe aucune chaire pour les prédications musulmanes''. Il y 
« a des jardins entourés de murs, des vergers de dattiers et des 

• champs cultivés. » 

D'Acliek à Redjan {j'^j^'* "■, on compte 2 journées faibles. 

' Le ms. A. ne compte que 12 milles. La version latine s'accorde sur ce point 
avec le ras. B. que nous suivons ici. 

' Voyez la note 1 p. 386. 

' Ardjan ou Aradjan. Voyez, sur le premier de ces noms, X'Orwntal geography 
p. 90, 91, 95 cl suiv. 



588 TROISIÈxME CLIMAT. 

Feuillet g6 iccK. D'Achek à Dorac ëljjj), 2 journées. 

« On exporte d'Acliek des joncs avec lesquels, dans l'Iràc. on 
n fabrique des nattes. Ces joncs sont préférés à ceux de Redjan 
" ainsi qu'à ceux de tous les autres pays. Aclick fut le théâtre 
« d'un fait d'armes de la part des Azrékis Ai,!j^! , dont il est fait 
" mention dans divers ouvrages historiques. On rapporte que 
« quarante de ces hérétiques s'étant retranchés auprès d'Achek 
« furent attaqués par les troupes de Fardjel '; mais celles-ci fu- 
« rent, à deux reprises différentes, défaites si complètement, 
•I que tout, jusqu'au dernier soldat, fut passé au fil de l'épée 
« par les Azrékis. 

' Menadher ei-kobra j^j-jjTljiU.* et Menadher el-soghra jiLL« 
•I j^jjioJI sont deux villages considérables et bien peuplés, mais 
» il n'y existe aucune chaire j — m_« -. Le territoire de ces vil- 
« lages est d'une certaine étendue et suffisamment arrosé. Il y a 
« des jardins plantés de palmiers et des champs couverts de 
« cultures. 

■1 II nous reste à tracer les limites du Kiiou/.istan ; c'est ce 
" que nous ferons plus tard, s'il plaît à Dieu. Cette contrée, 
« comme nous l'avons déjà dit, est agréable, fertile, bien peu- 
« plée et bien cultivée. Les habitants parlent l'arabe, le persan 
" et un autre dialecte qui leur est propre et qui n'est ni arabe, 
« ni syriaque jIj^a-.. Leur costume est le même que celui des 
" habitants de l'Irâc ; ils portent la tunique, le taïlesan ' et ie tur- 
« ban. Les gens du peuple s'enveloppent d'une sorte de man- 
■1 teau qu'ils ferment au moyen d'une ceinture. Quant à leurs 
•> qualités morales, ils sont méchants, envieux et jaloux les uns 

' L'époque àlaquelle vivait ce personnage et son nom même nous sont entière- 
ment inconnus. An sujet des Azrékis, voyez tl'MerbeloI , Bilil. orient, aux mois A:<i- 
racah et Na/i. 

' Voyez, ci-dessus, la noie p. 386. 

' Sorte de manteau fait de poil de chèvre. 



SIXIÈME SECTION. 589 

" des autres ; ieur teint est basané. Le pays produit en aboii- Ki-uiU^i yc leciu. 
« dance des fruits de toute espèce, excepté des noix. Les tiétails 
« dans lesquels nous venons d'entrer devant paraître suffisants, 
« nous allons donner les itinéraires. 

« De Redjan yW:^! à Achek J..il, on compte a journées. 

• D' Achek à Dhira t^i, village, i journée. 

« De Dhira à Dorac (i^jj^ , i journée. 

« De Dorac à une station connue sous le nom de Khan ,jl:^ 
« ( la distance manque ). 

« De là à Nachian yW<il>, i journée. 

« De Nachian au fort de Mehdi ^^^ — j^ cj*^^ , où se trouve 

" une chaire j ij^o et où l'on a coutume de s'embarquer pour 

« voyager commodément, i journée. Feuillet 91 vei>o. 

« Du fort de Mehdi à Beian yW, par terre, 1 journée. 

» Beïan est situé sur les bords du Tigre. De là on peut aller 

" à Obolla *K iil\, soit par terre, soit par eau, po»u' passer en- 

« suite dans l'Iràc. 

1 Voici une seconde route qui, passant par Wasit k-wlj, con- 
« duit à Bagdad. 

« De Redjan à Souc-Senbil JjyuU. (i^-^, 1 journée. 

« De là à Ram-Hormuz j-«;jk Jj, 2 journées. 

« Puis à Asker-Mokarram pSiojSL^ , 2 journées. 

" De là à Tusterjjc—J, 1 journée. 

» A Djondi-Sabourj^U» j^o^às-, 1 journée. 

« A Sous ij"^*», 1 journée. 

« A Corcoub <r>ï;j»i • joumée. 

« A Tib 4-yds, 1 journée. 

» De là à Wasit k-wîj , 2 journées. 

" Il y a, pour se rendre d'Asker-Mokarram à Wasit, une 
« route plus courte, mais elle est moins facile (jue celle que 
' nous venons d'indiquer. 



Ffuillel 96 verso. 



590 TROISIEME CLIMAT. 

ITINÉRAIRE d'aÏDEDJ \ ISPAHAN. 

" D'A'uledj ^ù^\ à Khan-Adarjlal yLi^, 12 milles. 
. De là 4 Resma-Djerd i^^ U-j *, 12 milles. 

• A Selend oaJu., village, 18 milles. 
« A Bouberjj^, i5 milles. 

« A Djewser^^>=-, village, 18 milles. 

• A Robat Ujj, 18 milles. 

» A Khan el-ALrarjt^:Jl yU>, 1 1 milles. 
I A Ispahan - yl.^>-o' , 1 8 milles. 

ITINÉRAIRE DE SOUC EL-AHWAZ A CHIRAZ. 

.. De Souc el-Ahwaz jty>ill ^j^*. à Azam pjt, 18 milles. 

.. De là à Khaddeïn (jjÂ^, village, i5 milles. 

. A Zat 1=>JI, 18 milles. 

. Au pont sur la rivière salée ^1 i^ilj .^e Sjisu^i , 1 8 nulles. 

« A Redjan qui dépend du Fars , 1 8 milles. 

« A Assfan (ji-ol, village, i5 milles. 

« A Deidjourek éjysfi \ 1 8 milles. 

« A la ville de Noubendedjan yU»^;^^, 2 4 milles. 

« A Djerden yir=-, i5 milles. 

« D'ici à Chiraz jl^ , 1 5 milles. - 

La distance qui sépare Mahrouïan ylfjtrr*. lieu situé sur les 
bords du golfe Persique et Hissn A maret ijU y^aa- ', et qui com- 
prend en longueur tout le littoral du Fars, est de ào milles. 

Le ms. A. porle Resma-Djenda I J^Às» \.gwj- 
' Dans le ms. .A., ces trois dernières stations sont omises. 

• Nous donnons celte orthograiihe par conjeclure , le mot étant dépourvu de 
points diacritiques dans les deux mss. 

• Ou Ilissii obn-.\'maret. 



SIXIÈME SECTION. 391 

De Hissn-A'maret à Siraf ol^*-», 2 journées. 1 cuillci .js vtrsi.. 

De là à Nedjirem ^y^ y 36 milles. 

La présente section du troisième climat comprend une grande- 
partie du Fars, savoir : les pays ou villes de Chiniz j-A-j-A-i , de 
Djenabé a^U-s-, de Nedjirem j.^..^ , de Siraf oi_,_jv_»« , de Ilissn 
ebn-A'maret »jU (jjl (j-^»^, de Djolironi i-y^^r. de Djourj,^^, de 
Fesa Lm, de DaraLdjerd ij.js'Ijti, de Sabour jijjL-w, de Rendjan 
yU^yli, de Barem -jl?, de Ronstac el-Roustac ^^UL^-jJi ^iU»«j, de 
Fesidjan ylsty.»* \ de Houristan (jUi^jj^^. -, de Kazeroun y^jjli', 
de Kevvan yljS', de Djermen y-yj?-, d'Istakhary^Ual (Persépolis), 
de Robat el-Sarmacan yL)L..«j_«Jl JsU,, d'Aclid j^_AJj>i , de Memid 
o^^, de Babeïn tj^u, de Kiah *jsS^\ de Roudhan ytijj , de Sahek 
>iL*Uo , de Yezd ij-j ^, de O'cda s jol£ , de Serwan y'^j-w , de 
Toudj ^y ^' 'i'^ Beïdha Ui>vj , de Maneïn (jsiU, de Houran yljij», 
et divers autres lieux fortifiés que nous nous proposons de 
décrire. 

Le Fars ^«,13 est limité vers l'orient par une vaste plaine dont 
la partie supérieure touche au Sind j>j_w, et l'inférieure au pays 
de Reï ^j, à l'occident par le golfe Persique ^^^UJi^.*?, au midi 
par le Mekran \J^j^ , et au nord par le Khouzistan ybc-yj-à. . 
« Cette province se divise en cinq districts dont le moins consi- 
" dérable est celui de Redjan y^v^' qui a pour capitale Sabour 
" jjjL». Ainsi que nous l'avons déjà dit, de ce district dépendent 
« les villes de Mend o^à.*, de Noubendedjan yU-.XÀjy et de Kaze- 
« roun ojjj>^. Le district de Redjan porte aussi le nom de sa 
• capitale, dont le fondateur fut Sabour (ou Sapor), et où l'on 



' La version latine porte Asigian. 

' La version latine porte Hurman. 

' La version latine porte Maimand 

' Le ms. B. porte aa£=5 Kabah, la version latine. Katlia. 

' Les deux mss. portent Berd 

' La version latine porte Taûag. 



592 TROISIÈME CLIMAT. 

Feuillet 97 iccto " Iabri([iie des étoffes connues sous le nom de Sabourié aj^jU. . 
" Les villes de Chiniz j_«_iji_i, dlldjan y^^^' , d'Alniedjan ylail , 
' de Cou! Jj.» et de Bas y.1. en dépendent. Un autre district est 

» celui de Darabdjcrd >j. a?tjli qui ne le cède en importance 

« qu'au précédent. On y remarque les villes ci-après, savoir : 
« Belseman yUu^Jj, Koudian yl»ij5', Berid Jv^ ', Fesidjan yU^-«j, 
« Amdjoud ij-sîi)! . Aïdian yL,.>^_,VI , Hawim »~~:>y -- . Marewan 
" (j'i)^ '' Haswan y!^*»-a. , Nonb ^_^ ', Baroni ^^jL . 

<■ Quant au district dTsiakbar, les villes qui en dépendent sont 
« Beïdha U^s?, Behwaré «jI^^j, Toudj ^y , Maïlin trXU, Ncdan- 
« djan yL^!.>JJl,Metade\van yIjiUdt, Kaskian yis^t^, Kcreni iv^». 
« Herazé ojl^l, Roudhan yti^y, Arkian y>(,Vl et Ircouïéh «j^ï^jI*. 

" Le district de Sabour comprend entre autres villes : Nou- 
« bendedjan yl=>J^y , Sedouman yUjj^^, Destbadïn (jjiL o.-«i, 
' Hindidjan yLa->XxjJI, Djidjan yUcv-»., Tenfouk Jyiju , Dar Klia- 
« wend .x_ij_à.. jIjsJ! , Meltoun ^Jy~X^, Derendjidjan ^jX^^j^, 
» Djoundan yJw^^, Mendareh ^^Ij^II, Maman yUUI, Rasidjan 
■> yU^^ipi, Rinidjan y^jcv-v^l , Clialiidjan yL^L-i, Cbahbouran 
« ytj^ oUiJ! , Mourjj^, khanandjan la supérieure UXnII yLjtf'U-i- 
« et Khanandjan l'inférieure J-à-JI yUrf'Ui^ . 

« Du district d'Ardechir-Khouré i^^^ii;!, dépendent Chiraz 
« jl^^, Djourjjj?-, Babek jjL, Memid o^y*, A'ïkian yiiâjJI, Ber- 
« djan (jls-^ , Kernidjan yLs?o,_^5, Khewan y'j-^, Sian ^La-^, 
" Kewan yl_jS', Siraf c-l^^s-» , Nedjirem ^yr'f , Cliiniz jjkÀA_i, Djeh 
" Ar», KirjjS^ Keblrjjix^, Kouran y'ji^^, Kiam-Firouz ji^^ ^..K 
" et Revvidjan yU«?jy . 
rnir.«ï " Chiraz est la capitale du Fars, la résidence du gouverneur 

« et de l'intendant des finances, et le siège du divan. Cette ville, 

' Le ms. B. porte _>jjJ. sans points diacritiques 

' Le ms. A. porte /j'jjl» Barewan. 

' Le ms. A. porte ^-jj. sans points diacritiques. 

' Le ms. A. porte Abercounèli Aj»iw' ; la carte de M. Kinneir, Aberkouli. 



SIXIÈME SECTION. 395 

d'origine musulmane, fut bâtie par les ordres de Mohammed l'euiiiei 97 rscto. 
ben-el-Casem, ben-Abi-0'keïl, neveu de Hedjadj. Le mot Cbi- 
raz signifie ventre de lion. Elle fut ainsi nommée parce que 
c'était un lieu de consommation, mais non de production. 
Lorsque les Musulmans conquirent le Fars, leur armée dressa 
ses tentes sur l'emplacement où est actuellement Chiraz, et y 
séjourna jusqu'à l'époque de la prise d'Istakhar. Ce campe- 
ment ayant été considéré comme d'un favorable augure, on y 
construisit (peu à peu) des édifices, et il devint une ville qui est 
aujourd'hui très-considérable. Environnée d'un territoire fer- 
tile, elle s'étend sur un espace d'environ 3 milles. Quoicju'elle 
ne soit point entourée de murs, on peut la comparer à Missr; 
il y a plusieurs bazars. C'est un lieu de cantonnement pour 
les troupes, et où résident les chefs civils et militaires du pays; 
on y boit de l'eau de puits. 

" Istakhar ^,jik*al est également une ville importante où l'on istarhvb 

voit plusieurs bazars et où l'on trouve à acheter toute espèce °" 

. . . pnnsÉpoi.i^. 

de marchandises. Les maisons y sont construites en pierre , en 
terre et en plâtre ; cette ville est l'une des plus anciennes et 
des plus célèbres du Fars; elle fut la capitale de la Perse jus- 
qu'à l'époque où Ardechir, ayant pris possession du pouvoir 
suprême, établit sa résidence à Djour. On lit dans de vieilles 
chroniques que Suleïman, fils de David (Salomon), se rendait 
en un jour de Tabaric à Istakhar. Il y existe une mosquée 
connue sous le nom de Suleïmanié. La ville est bâtie sur les 

bords .du Merwab i^\jj « \ rivière que l'on traverse sur le 

pont dit de Khorasan, auprès duquel on voit des construc- 
tions dont l'époque est postérieure à celle de l'islamisme.» 
D'Istakhar à Chiraz on compte 36 milles. Feuillet 97 verso. 

« Le climat d'Istakhar est malsain; dans la contrée on trouve 



La version latine, p. 126, porte Cqeruab 



i)0 



394 TROISIÈME CLIMAT. 

Feuillet 97 verso. „ uuc cspèce de pommes qui offre cette singularité, que ia moi- 
« tié du fruit est douce tandis que l'autre est d'un goût excessive- 
« ment amer. 

De Chiraz à Djour^^^, Go milles. 
Djoiii. « Djour fut construite par Ardechir dans un lieu trè.s-maréca- 

geux, ou plutôt sur l'emplacement d'un étang que ce prince lit 
" dessécher. C'est une ville considérable, ceinte d'un mur en 
f> terre et d'un fossé, avec quatre portes; elle est comparable, en 
I. étendue , à Istaihar, à Sabour et à Darabdjerd ; les construc- 
« tions y sont vastes et les cours des maisons spacieuses; elle est 
" entourée de jardins et^de vergers. Le voyageur, en parcourant 
« cette ville et ses environs , peut contempler de toutes parts de 
« beaux édifices, des maisons de plaisance et des promenades 
n chai'mantes; le climat y est très-sain. On voyait autrefois à Djour 
« un belvédère conim sous le nom de Tirbal Jlj^laJI , élevé par les 
« soins d' Ardechir, et construit de telle manière que, du haut de 
" ce lieu, une personne pût apercevoir d'un coup d'œil toute la 
« ville et ses environs; au sommet était un autel consacré au 
« culte du feu. A l'époque de la conquête, les Musulmans 
« détruisirent cet édifice et il n'en subsiste, de nos jours, que 
« les ruines. 

« On fabrique à Djour de l'eau de rose très-pure, répandant 
« une odeur suave et conservant longtemps son parfum sans 
Il éprouver, pour ainsi dire, d'altération. Elle est connue sous 
« le nom d'eau de rose djouri. » 

De Chiraz à Darabdjerd, on compte i5 milles. 

« Darabdjerd i^ljli fut construite par Darius, ainsi que l'in- 
« dique son nom; la signification de Darabdjerd est Dura fecit'. 
« Cette ville importante et bien peuplée est un centre de com- 

iw_So l)!i La permutation du ;i) en j, et du ^ en >i} est en effet tres-coni- 
muae en persan, ex. :j.ôj5'pour jJè»j^,w_jJJ^jj pour j_jJ»,jj, etc. 



)\H\IJtlU). 



SIXIÈME SECTION. 595 

" municalions pour les marchands qui font ie commerce du Fars, ivniii't o- vprso. 
« Elle est, comme Djour, entourée d'une forte muraille autour 
« de laquelle règne un fossé qui se remplit des eaux devenues 
« inutiles à farrosement des dattiers, et où croissent beaucoup 
« d'herbes et de plantes parasites. On y trouve une sorte de 
« poisson qui n'a point d'arêtes, point de vertèbres et pomt d'é- 
« cailles, en sorte qu'il est tout entier bon à manger. Darab- 
« djerd a quatre portes. Au centre de la ville s'élève une mon- 
" tagne totalement isolée et de forme conique. Les maisons soni 
" construites en pierres, en terre ou en plâtre. 

De Darabdjerd à Fesa U-j ', on compte 54 milles. 

» Dans cette dernière ville les édifices sont épars, les rues 
" larges et les maisons plus spacieuses et plus hautes que celles 
" de Chiraz. Elles sont construites en terre ou en bois de sapin 
<i et de cyprès. Fesa est commerçante, bien peuplée et d'une 
« importance à peu près égale à celle de Chiraz ; elle jouit d'un 
•< climat plus sain. C'est une place forte dont les portes sont re- 
" vêtues de fer et les fossés larges et profonds. Dans un vaste 
1 faubourg est le marché principal où l'on trouve étalées toutes 
« sortes de céréales et de fruits tels que la noix, le citron, le 
" coing, la datte verte, la datte mûre, la canne à sucre, etc. » 

De Fesa à Chiraz, 6o milles. 

■ Divei's bourgs et villages (jU*»^ dépendent de Darabdjerd; 
« tels sont Kerm pS', Behram p^, Tebrin y^^, Sehan y(.^~JI, 
« Alabdjerd i>j^il], Aïdian yL.>Xj', Ilawim f^.^^, Ferh ^ji, Ba- 
« rem -jl., Tasan yUJo. Tous ces lieux sont florissants et Irès- 
« peuplés. 

' On tire de l'un des villages dépendants de Darabdjerd, de 
» la mumie U-ojil ( sorte de pétrole ) d'une incomparable qua- 



' La carie de Guillaume Delisle porte Passa; celle qui accompagne le voyage de 
M. Fraser dans le Klioiasan, Fezo ; M. Macdouald Kinneir écrit, comme nous, Fesa. 

5o. 



396 



TROISIÈME CLIMAT. 



Feuillet 98 reclo. „ \ 



ité, qui s'exporte au loin et dont l'extraction appartient 
" exclusivement au sultan. Cette substance se trouve dans les 
« flancs d'une montagne peu élevée et au fond d'une caverne 
« dont les environs sont gardés, et dont l'accès est fermé au 
« moyen d'une porte sur laquelle on appose, par précaution, 
« divers scellés et divers signes. On ouvre cette porte une fois 
« l'an et on ramasse les pierres qui se sont formées dans le fond 
'■ de la caverne; chacune de ces pierres est de la grosseur d'une 
«grenade; on les marque d'une empreinte en présence d'offi- 
« ciers préposés par le sultan, et on les envoie à Chiraz pour y 
« être vendues. Cette niumie est la véritable et il n'en existe 
« ( nous le répétons ) aucune autre qui l'égale en bonté. " 

De Fesa à Kazeroun {jjjj^, 56 milles. 

'■ Kazeroun est une ville forte, entourée de murs, close de 
" portes en bois revêtu de fer; il y existe une citadelle, un fau- 
" bourg et un bazar. » 

De Kazeroun à Djourj^a-, on compte 48 milles. 

« Auprès de Kazeroun sont Djidjan yl^vJi, ville dépendante 
« de Sabour, entourée de murs et commerçante, et Damidjan 
« ylaa-oijJi, ville entourée de murs en terre. 

« Djawendan yiJOjJI, petite ville industrieuse et commer- 
« çante, renferme dans son sein des bazars bien achalandés et 
« des fabriques. On compte au nombre de ses dépendances le 
« district de Moursan yLwj^l J^, oii existe une chaire pour la 
« khotba^. 

« Hura »^j». -, ville entourée d'une forte muraille en terre et 
" d'un territoire assez considérable, fait également partie des 
« dépendances de Sabour, ainsi que Dar-Kliawend JwjJ^ jl.xJt, 
" Tenbouk tlJj-**j, Mendaredj j_)i>> — m, bourgs situés dans un 



' Voyez ci-dessus, p. 386. 

' On trouve sur la carte de M. Kinneir un lieu du nom de Kliurrali, situé non 
loin de Chiraz. 



SIXIÈME SECTION. 597 

« pays fertile et abondant en ressources. Il en est de même de Femiifi .|* ledc. 
« Ratindjan yl — sr^IjJi, de Chahidjan yl — ^L^Ji, d'Anboudan 
« yiayùl ', de Chadrewan ylj^iUJi, de Khanandjan yLtf'Uiw ie 
« supérieur et l'inférieur, et de Benou-Mcrdewau yi^i^^. 

« Le territoire de Sabour est limité vers le sud et vers i'occi- 

« dent par celui d'Ardechir^ **îû;' dont dépendent la ville de 

» Djour précédemment décrite, Babeïn (j-)l>, la forteresse de 
" Samkian ylsC^aJI, Djoursian yU*- ji^=- ", ville fortifiée et lieu de 

« marché, Coundjan y\ *^yiJl, bourg commerçant, et Kewan 

" ul>-^' ■ville petite, mais forte, où l'on trouve une espèce de 
« terre de couleur verte comme de l'herbe, qui est très-bonne à 
Il manger. 

Il Parmi les dépendances de la province d'Ardechir, on re- 
II marque également Siraf o^j-^^, ville considérable, située sur ^n,^,, 

« les bords du golfe Persique, riche et commerçante, et dont 
Il les habitants sont connus par leur ardeur pour le gain et par (.Viiiii^., ^^ v^rsc. 
Il leur activité dans les affaires. La majeure partie d'entre eux, 
« quoique très-pieux, sont tellement enclins à s'absenter de leur 
Il pays et à courir le monde, que souvent il arrive qu'un mar- 
II chand de Siraf reste vingt ans sans retourner dans ses foyers. 
Il ni sans s'inquiéter de ce qu'il y a laissé. Cette ville est le 
Il grand marché du Fars. Les maisons y sont construites en bois 
<i de sadj ^U» (platane de l'Inde), bien habitées et très-régu- 
II lières, car les habitants de Siraf mettent beaucoup de soin et 
Il dépensent des sommes considérables à la construction et à fem- 
II bellissement de leurs maisons. Les eaux et les légumes pro- 
« viennent des montagnes de Kham ^ qui dominent la ville et 
Il dont la chaîne s'étend le long des bords du golfe Persique, 
Il mais où il n'existe point de cultures. Le climat de Siraf est 



Le ms. B. semble porter Abiwedan yli»^l 
Le ms. A. porle yl.y.ivj.-j- 



:^98 TROISIÈME CLIMAT. 

Veuilin ii8 verso, „ d'unc clialeur excessive. De cette vilie dépendent deux lieux 
" où Ton fait la khotba^, savoir : Ncdjirem ^jj^, pelilc ville située 
« SUT- les bords de la mer, et A'ïdedjan (jU-Ooia, place forte et 
« lieu de marché dont le territoire se nomme Dost Barnir c-«.i 

" La ville maritime de S'oar ^U*» est petite, mais ses habi- 
« tants sont riches et ils possèdent un territoire bien peuplé 
" dont le nom est Rouslan yU—j". 

" De la province d'Ardechir dépendent aussi le fort de Touh 
« j^. Djermac (f^jÂ'', KirjjS''*, ville assez peuplée et dont le 
» territoire est considérable; Abourj_j_)l, gros bourg et lieu de 
" marché; Semiran yl^—ç-jw, petite ville dont les environs sont 
« bien cultivés et bien peuplés; Kewan y'jS^', ville de moyenne 
« grandeur, ceinte d'une muraille en terre, renfermant des bazars 
•< où se réunissent les marchands, et entourée d'un roustac ou 
« territoire considérable; car en persan le mot roustac li'-**^ sert 
« à désigner ce qu'on appelle a'mel J^ et ikllm (<>iil en arabe. 

' '< L'île d'Ebn-Kewan u'j^(^l *K)-^' <^lont la capitale dépend 
« de la province d'Ardechir, est dans le golfe Persique, non loin 
" de l'île d'Avvâl Jl^l où .sont une ville, une mosquée et des 
'< marchés. Ces deux îles sont l'une et l'autre situées à peu de 
« distance du continent. Immédiatement après la contrée que 
« nous venons de décrire, vient le district de Redjan yL=»^t • 

' Voyei ci-dessus, p. 386. 
' Ou Desl Djarin , d'après le ms. A. 
' Ou Rousao, d'après le même manuscrit. 
' Ou Djermen , d'après le même manuscrit. 
' Le ms. A. porte w«S^ 

- Le ms. A. ne fait aucune mention de Kewan ; mais il rapporte à Semiran les di- 
tails qui , dans le ms. B. , concernent la première de ces villes. 

' Le ms. A porte constamment Dedjan, mais, ainsi que nous l'avons fait reniai 



ou 
CEIATOLIi. 



SIXIEME SECTION. 399 

« dont nous avons déjà fait naention, et qui coin])te un grand Feuillet 98 verso. 
" nombre de villes de grandeurs; diverses que nous allons in<li- 
« quer ici avant de donner les itinéraires. Nous disons donc que 
« Redjan, située sur les limites du Khouzistan et du P'ars, est 
« une ville belle , riclie , offrant des ressources de tout genre et 
« environnée d'un territoire qui produit du raisin, des pêches 
« et des olives. Les eaux cependant y sont de mauvaise qualité 
« et à peine potables. Près de la porte de Redjan, du côté du 
« Khouzistan, on voit sur la rivière de Tab <-iUo un pont appelé 
« Deïlemi ^^p, surnom du médecin de Hedjadj ben-Iousouf 
« Ce pont n'a qu'une arche soutenue par deux piles distantes 
« entre elles de quatre-vingts pas; la hauteur de cette arche est 
" à peu près égale à sa longueur. 

« l^a ville de Sabour ji^-jI — « ' fut constï-uitc par le roi de ce sàuodi. 

« nom. Elle ressemble beaucoup, sous le rapport de la configu- 
« ration et de la construction des édifices, à Istakhar, mais elle 
« est infiniment plus florissante et plus peuplée ; il y a une 
« grande mosquée et une chaire pour faire la khotha. 

« Rcïchcher^^Y*' iSj '^st une ville petite, mais populeuse, dont 
« les dépendances sont considérables. Il en est de même de 
« Wandj g''j", place forte et chaire pour la khotba, d'où dépen- 
n dent divers villages et champs cultivés. 

« Nedjabé \i\je est une ville importante où l'on fabrique des 
« tissus de lin très-estimés et où l'on se livre à divers négoces. 

>> Chiniz j-*j»_A-i est une ville située auprès de la mer. On y 
« fabrique des tissus de lin connus sous le nom de toiles de 

quer plus haut (voyez ci-desus, page 38y ), il est évident que notre auteur a voulu 
parler d'Ardjan ou d'Aradjan. M. Kinneir écrit Regan. 

' Bien que nos deux manuscrits portent partout Sabour, leçon que nous croyons 
devoir respecter, il est évident qu'il faudrail la rectifier et lire partout jjjUï Clia- 
pour. 

' Le ms. A. porte ^U. 



400 TROISIEME CLIMAT 

Feuillet 99 lecio. iChiniz, et généralement estimés tant 'sous le rapport «le la 
" solidité que sous celui de la iinesse; ces toiles ont cela de 
« particulier que, placées en contact avec d'autres étoffes, elles 
" n'y restent point adhérentes, ainsi que la chose a ordinaire- 
» ment lieu pour les tissus de lin '. Au nombre des dépendances 
•' de Cliiniz sont Ildjan yL:^t , Medjan yLail , Carzal Jy-*", Bach 
« ijsl* ^, places fortiliées et lieux de prédication et de réunion 
« pour les fidèles. 

« Il nous reste à traiter de divers pays également compris 
« dans le Fars; c'est ce que nous nous proposons de faire dans 
« la section suivante, s'il plaît à Dieu. » Quant à celle qui nous 
occupe, elle comprend la partie du Kerman où sont les villes de 
Souria \jj^^, d'Hormuz >«^ et les montagnes d'el-Cofs ^JaMJI ', 
dont nous parlerons après avoir donné les itinéraires du Fars, 
ou du moins les routes les plus connues qui conduisent aux 
villes principales de ce pays. 

ITINÉRAIRE DE CHIRAZ A SIRAF. 

De Chiraz à Kafra syS^, village, i5 milles. 

De là à Nadjed Js:*', 1 5 milles. De Nadjed à Kewan yl^ ville 
située à moitié chemin de Nadjed au bourg de lanemdjan yLsvÀJI, 
6 milles; de Nadjed à lanemdjan on compte donc 12 milles. 

De lanemdjan à Djour, dont il a été précédemment fait men- 
tion, 1 8 milles. 

De Djour au roustac de Dest Sourab vb.»*" •-*— "■^^ ' '^ nulles. 

' C'est ainsi du moins que nous entendons ce passage : 
j > UJI i *lla._j Xili i yUS"! Jo«*Ss V^^ li^*^ ^ *^' *^^ W^J 

' Le ms. A. porte Jjji. 
' Le ms. A, porte |ji[j. 
' Voyez ci-après p. Utf> 



SIXIÈME SECTION. IkW 

De là à Kliar^Là., village situé au hiilieu d'une plaine toute l'euillii ()<) iccio. 
couverte de narcisses, 9 milles. ■- li ni '■•i , ^,j u-'.-j i 1, -ù -AX 

De Rliar à Klian-Azadmerd îj..«itjt- ylL , village, i'8 mille's. 

De là à Kabrénd J^j^jS^, village, 18 milles. 

De Kabrend à la ville de Mai ^ Hmù^^ , 1 8 milles. i 

De là à Ras el-A'cbet iùJuJI u«^, où l'on fait halte dans un lieu 
nommé Adrekian (jfe^il , 1 8 milles. 

D'Adrekian à Khan Berkiané ajIS^ yU. , 1 8 milles. 

De là à Siraf o'_;-s^ , environ 21 milles. 

Total, 1 80 ' milles. 

ITINÉRAIRE DE CHIRAZ A DJENABÉ iiU=- , LIEU .SITCÉ PRÉS 
'■' DE LA MER. 

De Chiraz à Khan el-Asad o^*«i)l ijU», lieu situé sur les bords 
de la rivière de Sekian yK«J! , 1 8 milles. 

De là à Khan Dest Arden yi,I i_->A«i y^ , i 2 milles. 

De là à Tirzet cjj^ '^, village , \î milles. 

De Tirzet à Kazeroun y^yl^, dont nous avons déjà parlé, 18 
milles. 

De Kazeroun au village de Zezïu (^j_, ', 1 s milles. 

De là à Toudj ^y, 2/1 milles. 

De Toudj à Djenabé is>Us-, 36 milles. 

Total de Chiraz à Djenabé, i.Ha milles. 

ITINÉRAIRE DE CHIRAZ A ISPAHAN yU-**si . 

De Chiraz à la ville fie Hazan y!>jil aàjJv^, i 2 milles. 

Ou plutôt lyy milles, si les nombres partiels sont exacts. 
' La version latine porte Tuberbtbo i iKniiilri'.i i\;i ^jIKht i,( 

' Cette station est omise dans le ms.' A. La version latine porte Rozaïc au lieu do 
Zezîn . 

5i 



402 IROISJÈME CLIMAT. 

Feuiiloi 99 recto. J)e là à Bas Mckrineh *jvjX« ^J^[^, I I milles. 

De là à Fesa L«ô, 18 mille.s. 
De là à Kian yl^S^, village , 1 2 milles. 
De là à Cas.sr A'aïn (jsci j*aj , village , 2 1 milles. 
De là à Istakhar^^ik-«.l, village, 21 milles. 
De là à Kiian-Rou.s j-^^ y^, village, 2 1 milles. 
De là à Kird ^p, village, 2 1 milles. 
De là à Kirdet s^p, village, 2 A milles. 
De là à Klian-Bidjan yU^y y^, 21 milles. 
De là à Ispahan ^JU-^-cl , 2 1 milles. 

D'où il suit que de Chiraz à Kban-Rous on compte 72 milles, 
et de là à Isjjahan, 98 milles. 

La route que nous venons de tracer embrasse une distance 



ITINERAIRE DE CHIRAZ A KHOUZISTAN ". 

De Chiraz à Ilawim «^jy»-, i5 milles. 

De là à Khalan yîViw, village considérable, 12 milles. 

De là à Djeraré iij\j M., village où l'on ne trouve que peu 

d'eau, i5 milles. 

De là à Rerkman (jl?^!, vdlage, lô milles. 

De là à Noubendedjan yU=-JOu^, « ville importante dont le 
" commerce est florissant, et dont il a déjà été question, » 18 
milles. 

De là à Djerendan ytjvj^Ji, village, 12 milles. 

De là à Zaïdé «Jv'j. village, 12 milles. 

De là à Khan-Hammad i\ — 1^ yLà., village très-peuplé, 12 
milles. 

' Ou plutôt de i65 milles, en rectil'ianl l'addition. 

' N'oublions pas que notre auteur considère Redjan couiine la ville principale 
de cette province. Voyez ci-dessus, page .^gi- 



SIXIÈME SECTION. 405 

De là à Rasen (^^-..yjl, lieu situé sur la limite du Redjaii t'cuillei yy vcno. 
yls-yjf, '2 1 milles. 

De là à Benclel Jj^jj ', 9 milles. 

De là au village des Scorpions tjjUuJI »jj-i ou Tecouf Behira 
l_^y.. oyiï, 12 milles. 

De Redjan à Souc-Senbil J-s+a.- ^y , on compte 1 8 milles. 

On parvient ensuite au pont de Bekiar, construit à la distance 
d'un jet de flèche de Redjan. "" ' 

La distance totale qui sépare Chiraz de Redjan est donc de 
j3o milles ^ ^^^"'"^ ''^' ''"" ^' 

En se dirigeant de Chiraz vers l'orient on peut se rendre à 
Yezd ', ville située sur les confins du désert du Kliorasan. Nous 
nous bornerons à indiquer ici les distances, nous réservant 
d'entrer 'ultérieurement dans plus de détails. 

De Chiraz à Zerkian yfe^j, station située auprès d'un ruisseau 
dont les eaux sont douces et agréables à lioire, 18 milles. 

De là à la ville d'istakhar _ik*al aàjJ^.«, 18 milles. 

De là à Tiz >Aj, village, 1 2 milles. 

De là à Kehmend ^x^^, village, 2 4 milles. 

De là à Bend «xà^, village, 2/1 milles. 

De là à Ircouïéh ^^ï^ , ville, 36 milles. 

De là à Asad <x^yi , village et lieu bien fortifié, ^9 milles. 

De là à Cala'at el-Madjous (j-y?ii **Jiï, 18 milles. 

De là à Kethah Ai^=, ville qui dépend de Yezd, i5 milles. 

De là à \ezd, dont nous traiterons dans la section suivante. 
3o milles. 

' Le nis. A. porte JOsju 

' L'addition des nombres ci-dessus donne 171 milles. 

' Les deux mss. portent partout >- . ; mais il y a évidemment absence de deux 
points diacritiques. Les auteurs de la version latine ont lu Yezd. 



404 TROISIÈME CLIMAT. 

- 1 (l'ii'.iitl. B él lO 

Fcuillcl 99 «erso. ITINÉKAIRE DE CHIRAZ A CH1HDJAN yl»^l , MLLE Ul KEliMAN. 

De Cbiraz à Istakhar, 36 milles. , 

A Wadi Aïad iU ^:>^,, dépendance du {^ajfs de Djour, ih 
tnilles. 

A Kelwau y'^, id milles. , , , , . 

A Klioubaïan jU3.i- \ l)ourg situe sur les bords d'un lac, i8 

milles. 

Cette ville porte aussi le nom de Zobeïda »<VjJ,; nous aurons 

occasion d'en reparler. , 

De là à Noubendedjan yU=-J^^, i8 milles. ^^ 

De là à Sahek Jj>U, ville populeuse, 24 miUes. 

De là à Robat el-Sarmacan yUUj_-JI LL.j, «^l'intervalle dp 2 4 
« milles qjii sépare l'un et l'autre de-, ces li^ux^«st entièi^ement 
« désert. » 

A Robat Soif Kbam ^ .-**- 1=^;, '^V:""'^,*^^- 

Robat el-Sarmacan dépend du Fars, et, la çpntrép située au 
delà fait partie du Kerman. 

Total de la distance de Cbiraz à Sarmacan, i8o milles-. 

De là à Cbirdjan yU-^,, ,^ co^iipte 2 A milles. 

■ ■ ■ iijll t<> •)'ii!J ;■ . 
ITINÉRAIRE DE CHIRAZ A BAREM -jU., VILLE DO. KERMAN. 

De Cbiraz à Kbarmim f>^J^, q"i dépend du Kerman, '21 
milles. 

De là à Djoursian yU«y>=- , 

De Djoursian' à la station dite Robat l=l.j , 12 milles. 
De là à Kera \j.^, villag.e, ^i 2 ^.milles. 

' Le ms. .\. porte (jUU^;».. 

■ L'addition des nombres ne donne que i58 milles 

= Les mss. et la version lafinc sont peu daccord entre .ux sur lorthograplie de ce 



nom. 



SIXIÈME SECTION. 4u5 

De là à Fesa L»j, lieu dont il a déjà été question, i5 milles. Keuillti i,,, icrso. 

De là à Tasan yU4=, ville, 12 milles. 
. De là à Fesidjan yUsiy«jUi , 1 8 milles. 
■ A Nazkian y^^UJI ', 1 2 milles. 

Puis à Berkian ^j'^j — >, ville bien peuplée et florissante, \ 2 
milles. 

A iSian /.,L<-« ^, 1 2 milles. ,. .,, , 

(J ■ ' reuiikl 1 un rccl(' 

De Sian à Darabdjerd ù^ijli, 3 nulles. 

De là à Ram el-Mehdi t^J^^ii jy, belle ville et place iorle, i5 
milles. 

- A Roustac el-Roustac ^jjbi.w^i ^jjU.«y, i5 milles. 
I A Foredj j^^, ville considérable, 2 4 milles. 
■ A Barem -jL, ville, ^2 milles. 
I Total de la distance de Chiraz à Barem, 2/16 milles*. 

'< Il nous reste à indiquer les distances respectives des villes 
« dans le Fars. Ainsi de Chiraz à Kawan y'^li' (ou Kevvan y'jS'), 
« joli village où se trouve une mine de laquelle on extrait une 
« sorte de terre de couleur verte comme de l'herbe, et même 
« d'un vert plus foncé (cette terre est comestible et d'une saveur 
« très-agréable), on compte 3o milles. ■■ 

De Chiraz à Beïdha Uiaj, 2 4 milles. 

De Chiraz à Toudj ^y , 96 milles. 

De Chiraz à Houma iLo^i- , 42 milles. 

De Siraf o|_,jçw à Nedjirem ^j^ , 36 milles. 

De Roudlian ylijs; à Aban yU , 54 milles. 

De yyjan à Fohredj ^j-*^, 7 5 milles. 

De Fohredj à Kethah *SS', 36 milles. 

,' La version latine porte Narckan. Dans le uis. A. le nom de Berkian est omis. 
' La version latine porte Seban. — ' Le ms. B. porte 7- >J- peut-être au lieu 

' L addition ne donne que i83 milles; pour quelle lût exacte, il faudrait éva- 
luer à 5.^ milles la distance qui sépare Kharmim de Djoursian 



406 TROISIEME CLIMAT. 

r-euilid ion rocio De Kcthah à Meïmend «>^à<v«, et de là à O'cda s^Jic , 3o milles. 

De O'cda à Babeïn (js>l», 65 milles'. 

" Il existe dans le Fars quatre arroudisscmenis connus sous 
" le nom de zcm ^j (pluriel f>y>j), c'est-à-dire cantonnements 

• de Kurdes. Chacun de ces zem se forme de la réunion d'un 

• certain nombre de villages et de villes, et est sous le comman- 
« dément d'un chef pris parmi les Kurdes, lequel est chargé de 
« réparer les accidents fâcheux qui ont lieu dans sa circonscrip- 
« tion, et de veiller tant à la sûreté des routes qu'à ce que per- 
" sonne n'éprouve de vexation ^. 

" Le premier de ces arrondissements se nomme Zem el-Ha- 
« San ben-Khalwiéh aj^JU. ^jj i;j-«-^ pj ou Remidjan yUcy^l ; c'est 
« le plus voisin d'Ispahan. Il confine d'une part au territoire de 

• Sahour jj_jL*,, et de l'autre à celui de Redjan yL;.-^!, de 
" manière à comprendre tout le pays entre Beïdha Uiw et Ispahan. 
" Toutes les villes et tous les villages qui se trouvent compris 
<• dans ce territoire sont considérés comme faisant partie de 
" celui d'Ispahan. Cependant les habitants sont en état hostile 
" avec les Nabidjan qui, dans cette même contrée, \4vent aux 
" environs de Chehriar jl?^.fri. 

« Du Zem dont il est ici question, à Chiraz, on compte 72 
" milles. 

Le second arrondissement est Zem cl-Diwan yl^.>JI -j, éga- 
" lement connu sous les noms de Huseïn ben-Saleh jj-j (j . «> ■•> ■ 
" i^, de Souran ylj^^-Jl , et faisant partie des dépendances de 
« Sabour. Il confine d'un côté au territoire d'Ardechir, et des 

' La version latine porte 290 milles, et termine ici la sixième section. 
' Nous croyons devoir transcrire ici le texte arabe de ce passage intéressant : 
^£,J^ ^ fl » <i J.J, JS3j ilj^i'l Jls; p_j^l j^v-*Àïj ^yj **f' wj^ ijpj^ } 

b i xÀjJUi 4^l_jjJI ii)ji ^j-^^ iljS^I (j^ ^J^J ^-**.5 ^«.s^jsî ^JJ<^) 



SIXIÈME SECTION. 407 

trois autres à celui de Sabour. La limile de ce zciii la plus Keuiliti moiecto. 
voisine de Chiraz eu est éloignée de 2 1 milles. 

« Le troisième est le :em de Loudjan ^Jl=>•_J.WI -j ou d'Alimed 
ben-Elieith civAXSt j^j o^-:ç-l. Compris dans les dépendances d'Ai- 
dechir, d'une part il est borné par la mer, et des trois autres 
par ces dépendances. La plus courte distance de ses limites à 
Chiraz est de àS milles. 

• Le quatrième ' a pour limites 1° Maridjan yl — ^,>t., 2" le 
Kerman, 3° le territoire d'Ardechir; il dépend entièrement de 
cette dernière province. 

" Les Khoua i^ et les \ezid «x^ ^, tribus Kurdes qui fré- 
quentent cette contrée , sont au nombre cie cinq cents familles. 
Chacune de ces tribus peut mettre sur pied environ mille 
cavaliers , et la plupart d'entre elles mènent paître leurs trou- 
peaux dans les champs, l'hiver comme l'été. Aucune de ces 
tribus ne s'éloigne de son zcm isolément, mais elles décani- 
pont toutes ensemble pour se rendre aux cantons qui leur sont 
assignés, sans empiéter sur le territoire d'autrui. Ebn-Doreïd 
rapporte que ce sont des Arabes issus des Kurdes ben-Marrat . 
ben-O'mar, ben-A'mer. 
« Les Kurdes du Fars possèdent des troupeaux de moutons, 
« de chameaux et de chevaux communs; en effet, loin d'être de 
« belle race, la plupart de ces chevaux ne sont employés que 
« comme bêtes de somme. Mais à Houma iL^^-^, dans le Ma- 
" ridjan Ji^.jl,, on élève des chevaux de race pure qui se vendent 
« à très-haut prix, tant à cause de la beauté de leurs lormes qu'à 
" raison de leurs qualités généreuses. 

' Les manuscrits nous paraissent présenler une lacune; c'est par conjcclure que 
nous ajoutons ces mots ; «le quatrième.» 

' Ou Ycîidis. Voj'ez, au sujet do ces sectaires, Hyde, Htst. rct. vcl. pers., p. 549 
pt suiv., Niebuhr, Voyage en Arabie, t. II, p. 279 et suiv., la notice imprimée à 
la suite de la description du paclialik de Bagdad, p. 191 et suiv , et mon Voyaye en 
Arménie et en Perse, pages 19, i23, 12a et I25. 



408 TROISIEME CLIMAT. 

Feiiiiici ion vprso „ Qj, remarque dans le Fars divers châteaux-forts construits 

• sur des n)ontagnes très-hautes, et considérés comme impre- 
■' nables (du moins de vive force) pour quelque prince que ce 
' puisse être. On compte au nombre de ces forts : 

■ Nakianah »bU^>b ' sur une montagne à triple sommet, sur 
« chacun desquels est un fort inaccessible de tous côtés, excepté 
« du côté de la mer. C'est un point culminant vers lequel se 
" dirigent les navires, car on l'aperçoit de très-loin et on peut, 
« en l'observant avec soin, reconnaître par là les côtes et les ports 
" du Fars. On dit que cette forteresse fut construite par Dje- 

• lendi, fils de Kana'an. 

Kanian yUilS' sur une montagne argilleuse dont on ne peut 
•> attemdre le sommet que par un sentier étroit semblable à ceux 
' que pratiquent les fourmis. 

« Isfidiadh iL^x^oL— ,1 dépendant d'Istakhar, sur une haute 
« montagne qu'on ne gravit que par un chemin difficile dont la 
» longueur est de '.\ milles, i.e fort est imprenable si l'assiégé 
«veut s'y défendre; mais il n'y a d'autre eau que de l'eau de 
« pluie, on ne peut donc le prendre qu'en le bloquant et par 
'< famine. 

• Iskiwan ^J\yS^\ , dépendance de Bach u^L, fort construit sur 
" tm point excessivement élevé et d'un accès très-difiicile. H v 

■ a une source d'eau vive. 

1 Hawdan y^j-»- ' situé dans un lieu connu sous le nom de 
« Soueïca de Kiam-Firouz jjjj^ r»*^ u^ '^..y- C'est un fort qu'il 
« n'est possible d'apercevoir que d'un côté ot dont l'accès est 
" très-diiUcile. 

" Bendares j..jI.>vaj, place très-forte et pour ainsi dire inexpu- 

■ gnable, située du côté de la province de Redjan et habitée par 



Ou Dakianah. d'après ie m-s. A. 
Le nis. A. porte ijt:>y 



SIXIÈME SECTION. 409 

« une peuplade d'ignicoles u-^y — s: [.^-ï. Il y a une source d'eau FeuMn movorso. 
« courante. 

« Aïdadj ^>x_jl, place comparable sous tous les rapports à la 
« précédente. 

" Le Fars est sillonné par un grand nombre de rivières, de 
« ruisseaux et de torrents, dont nous allons donner la nomcn- 
« clature autant du moins que nous le permettront nos connais- 
« sauces et nos forces, car toute perfection comme toute puissance 
« résident en Dieu seul. Les cours d'eau du Fars prennent tous 
« leurs sources dans les montagnes voisines d'Ispahan et se jot- 
" tent dans le golfe Persique LrjUJljji?. Ces eaux sont générale- 
« ment douces et agréables à boire; en voici la désignation, 
« savoir : 

'< La rivière de Mesin (j**-« dont les sources dérivent des envi- 
n rons d'Ispahan et de Serdan ^J^J-^ \ se réunissent auprès du 
« village de Mesin (j-~-»" où elles servent aux besoins de la popu- 
« lation, se dirigent vers Bab el-Redjan y>-»j.Jl v^i ^^ coulent 
■' sous le pont de Bekiar jIsjJ! SjJaÀJi , pont qui sert de limite 
« entre le Khouzistan et le Fars , et cjui est très-remarquable : 
« car il ressemble à celui de Cordoue en Espagne dont la cons- 
« truction est si belle et si curieuse. Le Mesin arrose ensuite les 
" campagnes de Rousiher^.^A.»»j^ et va se jeter dans la mer au- 
« près de Chiniz_yjsÀ-yi. 

<c Le Sirïn y_)j_*_-« ^ qui sort des montagnes de Danian uloi 
« du pays de Bazih -yl, arrose les campagnes de Badrik tlJjJv 
« et de Kbaladjan yl^iVi. , traverse et sillonne rapidement le 

« territoire de *", puis se jette dans la mer auprès de 

<• Piahabé &jU-j. 

' Le ms. A. porte y!ij_iu. 

' Dans le ms. B. , celte pailicularité est omise. 

' Ou Cliiiin d'après la géographie attribuée à Ebn-IIaukal. 

' Ce nom de lieu a été laissé en blanc dans nos deu.\ manuscrits. 

52 



li\0 TROISIÈME CLIMAT. 

Feuillet loi reoio „ Le Sadikiaii yli'iL*, sort îles montagnes de Bazih, pénètre 

« dans le Nizek éj-f~j \ arrose les territoires de Khan Hammad 

.. iC?- y> à-, de Ziraberd i^l^j, de Thabir^+j-, de Kerkmaii 

" ^J^J^, s'étend sur le Dest el-Restcan jjlxii^^I c:*^a, puis se jette 
" dans la mer. 

'■ Le Derdjend ■^J^-^ji prend sa source dans le Djerendan 
« ylo^j,.^- , arrose ce pays, passe à Banbouran yl^yiiL, puis, divisé 
« en plusieurs branches, coule vers le Djiladkhan ^U-i^J^ et ;i 
« son embouchure dans la mer. 

« Le AVarch ijijj prend sa source dans le Khanandjan supe- 
" rieur UU3I yL^Uâ. , se dirige vers Berzian yl>jjj , réunit ses 
« eaux à celles de la rivière de Sabourji^U», passe à Nouh ^y^ 
■' ou du moins près l'une des portes de cette ville, et puis se jette 
" dans un lac. 

« L'Ahseïn t3V"»=-l sort de Khilal Wadeïn (^i'j J5*^ ; parvenue 
- à Djifan yU*4. cette rivière se jette dans celle de Nouh j-y '. 

« Le Soukian y\<— surgit des campagnes de Rouidjan yW^j^ 
! auprès d'un village nommé Sarcari i^jij^, traverse les terri- 
<' toires de Siaii oU-. et de Bewan yl^ , se dirige ensuite vers le 
« village d'Asek A~m\ dont il prend le nom, puis se jette dans 
<i la mer. Il n'y a pas dans le Fars de rivière plus utile à l'agri- 
« culture, car ses eaux fertilisent les champs d'un grand nombre 
' de bourgs, villages, et autres lieux habités. 

« Le Bouseïn (j-«-^ a son origine dans les campagnes de Ma- 
" cherem ^U et de Nedjirem ^j^, se dirige vers le Mustedjar 
"jlsiw*, coule sous un pont connu sous le nom de Seboul 
u ^ys^, pénètre dans le Khouré i^ et dans le Dareïn (jj;'i. puis 
» a son confluent dans la rivière d'jihseïn (jv»*^' • 



Le ms. A. porte lilyy 
■ Ou peut-être Toudj j, »3 
' Même observation. 



SIXIÈME SECTIOxN. 411 

■ Le Ker ^'^ prend sa source à Kerwan auprès d'Azd ^ji)!; 
« on l'appelle aussi Nekerwan ylj^j ou rivière de Kerwan, dé- 
" pendance du Bewan yl_j.j, pays très-connu dont nous avons 
« parlé plus haut; cette rivière arrose le territoire de Kiani-Firouz 
" JJtHV* [«l^ et celui des villages de Wandjerd i^^lj, de Kasikian 
" ytsCwW et de Soutouh ^jJa*»JI , puis verse ses eaux dans le lac 
« d'Andjikian iJ4^\ '^j^ ■ 

« Le Ferwab v'jtr* '^^ reçoit ce nom que lorsqu'il est parvenu 
!■ à la hauteur de Djewizcan ijnyiy^. Ce cours d'eau passe auprès 
" d'Istakhar^-ik^i sous le pont de Khorasan yU«!;ji- iJaXi, puis 
« se réunit au Kerj-^s. 

'< Le Niréh «^ prend sa source dans la contrée de Dardjan- 
» Siali »lv«. yU-jli, arrose les territoires de Khaïfecan yUUA_i., 
« do Djourjij_s- et d'Ardechir Khouré «y-à. j-f.^:>j\ , puis va se 
« perdre clans la mer. 

" Il existe en outre, dans le Fars, beaucoup de cours d'eau de 
« peu d'importance et dont nous nous abstenons de parler de 
« peur de causer à nos lecteurs de la fatigue et de l'ennui. 

« Il y a dans cette même contrée (le Fars) divers lacs dont 
« les bords sont couverts de villages, d'habitations et de cul- 
« tures. Nous décrirons les plus considérables et ceux dont les 
« bords sont les plus peuplés et les plus productifs, savoir : 

" Le lac de Henkian ylsC»-;» «j-a--*? ffui reçoit les eaux de la 
« rivière de Ker j-'^ . Il est situé dans le pays de Dja'r^ji-»- et 
« s'étend jusqu'auprès de Sahek du Kerman yUyS' ii).jJ>Ue sur un 
" espace d'environ 60 milles de long et de 6 milles de large; 
" ses eaux sont salées. Durant les vents chauds de l'été, on re- 
« cueille sur ses rives une grande quantité de sel utile à la con- 
'< sommation ; on y voit une infinité de villages et de champs 
» cultivés qui s'étendent jusqu'aux dépendances d'Istakhar. 

' Il s'agit probablpmenl ici de la rivière que M. Kinnoir désigne sons le nom de 
Kerah. 

5'.'.. 



KpiiiIIpi 101 recto. 



412 TROISIÈME CLIMAT. 

Fpuiiiit i.u rcio (c Le lac de Bedest Arden yijl <_a-.Ov dans le pays de Sabour 

n jj ,\ ,„ Sa longueur est d'environ 3o milles; ses eaux sont 
" douces, mais il est sujet à se dessécher presque entièrement 
« quand les vents d'été soufflent, et durant les chaleurs de la 
« canicule; alors il n'y reste que très-peu d'eau. Lorsqu'il est 
« plein (au contraire), la profondeur de l'eau est de près de six 
« brasses, et le lac est couvert de bateaux, car on y pèclie en 
n abondance de gros et excellent poisson. Les produits de cette 
" pêche sont transportés à Chiraz où ils excèdent les besoins de 
« la consommation. 

icu.iift .0. MTso. "Le lac de Kour ^^ dans le pays de Sabour ^^U,, auprès 
» du lieu connu sous le nom de Kazeroun. La longueur de ce 
« lac, dont les eaux sont salées et qui s'étend jusqu'auprès de 
.. Mourac ii^^-«, est d'environ 3o milles. On y volt des bateaux 
« pécheurs. Le poisson se vend dans la contrée environnante. 

a Le lac de Hemkian yis^', dont les eaux sont salées et dont 
« la longueur est d'environ 36 milles. On en extrait beaucoup 
« de sel et on y pêche beaucoup de poisson. Sur ces rives sont 
« lesvillages de TeherdjauyU-,-^ dépendants d'ArdechirKhouré 
« »^ w-jU^i;!. Ce lac, situé à la distance de 6 milles de Chiraz, 
« se prolonge du côté opposé jusqu'auprès de Djour Sian j^j» 

« Le lac de Tasferié *s?yu.b auprès duquel est le monastère 
'I du même nom; sa longueur est d'environ 2 h milles; ses eaux 
« sont salées et très-poissonneuses, ses bords très-marécageux 
« sont couverts de roseaux, de papyrus ^g^, de plantes aquati- 
« ques ULa. et autres dont les riverains savent tirer parti. Il est 
« situé dans la province d'Istakhar et confine avec le territoire 

' Le nis. B. porte Henkiam, mais il y a lieu de craindre qu'il n'y ait dans l'une 
et dans l'autre leçon quelque erreur de copiste, car ce nom ressemble beaucoup à 
celui d'un autre lac dont il vient d'être fait mention. D'après la carie jointe au 
Xarrative of a Journcy inio Khorasan par M. l'rascr, il faut lire Baktegaun. 



SIXIÈME SECTION. 415 

« de Zorcan ylijjJ', dépendance de Hérat <^^j^\ Il ne nous pa- t"™iiiH 
" raît pas nécessaire d'insister sur l'utilité et les ressources que 
« présentent ces divers lacs. 

« Il existe en tous lieux, dans la province de Fars, des teni- 
« pies consacrés au culte du feu u^j.jf-i i^^-K-j\ plusieurs d'entre 
'" eux sont d'une beauté remarquable; tel est celui de Kazeroun 
« USjj'^i grand édifice où le feu brûle depuis plus de mille ans ; 
« tel est encore celui de Nedjré ïj^ (ou Bedjeré »^3?) dont la 
■■ consiruction est attribuée à Dara, fils de Darouïé, et tellement 
« vénéré des Persans qu'ils jurent par ce temple et que c'est là " 
« l'un de leurs plus grands serments; ils y font leurs adorations. 
" Tels sont le pyrée de Madaïn (jj-jàU - situé sur les bords de 
« fétang de Djour, et celui qu'on voit auprès de la porte de Sa- 
" bour, près du lieu connu sous le nom de Seïr Hussein j-s-w 
(jv^-ù- . Il existe un autre dôme consacré au culte du feu près 
« la porte de la même ville, dite porte des Sassanides; ce der- 
« nier est connu sous le nom de Hetliil Kelnous (j«y^-fe' Jvv?a- '. 
« Un autre pyrée en grande vénération est celui de Bekia- 
« roun yjyWô . Un autre très-considérable et que les liabitants du 
" pays prennent à témoin de la vérité de leurs serments, est 
'1 celui de Siran y|_,-^>_-«i. Un autre, celui qu'on appelle Nahri 
« Marcl :ij.-«j^, est situé près de Cbiraz , dans un village connu 
« sous le nom de Nizkian yl^, et sur une éminence que les 
« habitants de Siraf otj_A-iy peuvent apercevoir de chez eux. Ce 
« village de Nizkian est à un mille au nord de Chiraz sur la 
« route qu'on prend pour se rendre, par Iczd, dans le Klio- 
« rasan. 

« Il y avait autrefois dans le Fars un grand nombre de temples 

' J'ai bien de la peine à croire qu'il s'agisse ici île la ville de Hérat en Klio- 
rasan. 

'' Le nis. A. semble porter (vjil«- 

' Il n'est pas question de ce temple dans le ms. A. 



414 TROISIÈME CLIMAT 

rcuiHctioi verso. „ consacrés au culte du feu; devenus inutiles par le retour' à 
" l'islamisme de la majorité des Persans, les lieux où ils s'cle- 
« valent subsistent de nos jours abandonnés et déserts. 

1 Le territoire du Fars forme un espèce de parallélogramme 
" dont chacun des côtés est de 45o milles en suivant une li<rne 
« droite qui s'étend depuis Redjan jusqu'à Noubcndedjan 
" ^J^J>.Jouy, à Kazeroun yjjijl^et à Khouré »^, et qui embrasse les 
« cantonnements ou ~em ^v,, Darabdjerdj i^s?t^ti, Toudj ,»y 
" et Barem -;L°. La partie occidentale de cette contrée est con- 
" sidérée comme sujette à des chaleurs excessives pjjj-s-, la partie 
'I orientale comme jouissant d'un climat frais ijy-». Dans la pre- 
« mière catégorie sont compris Redjan yL =-_;, Noubcndedjan 

« yLa-OvÀjy, Mchrouian yLjy.-^, Chiniz j > — « — *-£, Djenabé 

« AjUr», Toudj ^y, Dest el-Restcan yUA-«pi l^^^, Khouré »>»-, 
« Dareïn (j->jii, Kazeroun yjyjj^S"^, Dest Bareïn (jjjI ca^ù, Djebi- 
•' reïn f^jji.^, Dest el-Mousican ylJu*»^i ov-«a, Ram el-Levvadjan 
•> yU-IjJ!l .j, Kir jjS^, Kenderïn jjjj.x^iS', Aberd ^^I, Semiran 
■> yl^^s*^, Khanandjan yL*?Ui.., Kewan y'^, Siraf ol^.**», Nedjireni 
« r^js^, Hissn A'maret »jJî ^J'^■^ et divers autres lieux. 

Feiiiiift K.j recio. «Dans la seconde sont Istakhar ^^^èusl , Beïdha Uàxj , Babeïn 

« ys-?!», Aïdadj ^■y^^ , Kiam-Firouz jiyjo -fe", Kird !>j-^, Khalan 

" yiV i-, Serousïn (jv-»ijy^, Isfidjan yU:yu«i, Azd iji^l, Zouz 

njijpt, Saram Jj^, Bazrendj f^jj^, Serdan yi,-v, Hounia a-«j^, 
<■ Carïn (jjyi^l, Meskianat t:>LlsC*dl, Andj ^i)!, Sahandiat tjl.>XÀd>Ui!l, 
« Barem ^jl, Rehnan y^-^J^, Bewan y'^, Tarekhchan yUi.i.jJûJi , 
« Djewizcan yl*^^, Aclid <Xj4j>I, Sourmac (j^j^\, Ircouïéh aj^s^j', 
« Berdoukhan ylà-ji^j *, Fanïn (joi» • 

' D'après l'opinion de divers docteurs orientaux, tous les hommes qui, même 
avant la prétendue révélation du mahométisme, croyaient à l'unité de Dieu, sont 
réputés musulmans. 

" Ou plutôt Tarem. 

' Le ms. A. porte yjjjlS' <i ; le ms. B. , ^jjjjé- 

* Peul-élre au lieu de ^_^_»«Li»iwJ Yeîdelihasl. 



SIXIÈME SECTIOiN. 415 

« Le climat de la contrée froide i>,j. — *a est sain et tempéré, ivuiii.i 

« celui du pays chaud f>jy-=- est au contraire lourd et insalubre. 

« Ce que nous venons de dire du Fars paraîtra sans doute 

« suffisant aux personnes douées d'intelligence et de savoir. La 

présente section comprend les villes de Ilormuz yj-^ et de 

Moutkhan ylic'^l, le village de Sourj,^^ ajj.ï et les montagnes 

des Bolous (j-jAJl Jls=- qui dépendent du Kerman; mais nous 

traiterons séparément de tout ce qui nous reste i\ dire de cette 

dernière province, dans la section suivante, s'il plaît k Dieu. » 



416 TROISIÈME CLIMAT. 



SEPTIÈME SECTION. 

Suite (lu Fars el du Kcrman. — Kelhah. — Yezd. — Chirdjan. — Djircft. — Bam. — 
Horniuî ou Ormuz. — Khabiss. — Welasgherd. — Sedjeslan. — Zareudj. — Lac de 
Denah ou de Zerrab. — Kliorasan. — Caneîn ou Caïn. — Zouzan. — Tubbus. 



Feuillet loi verso. Au nonibrc dcs pays habités qui seront décrits dans cette 
septième section, il faut comprendre l'arrondissement d'Istakhar 
yk*al, « c'est-à-dire les villes qui, comme Kethah Ai5', Babeïn 
a i;^l, Fohredj ^j-^j, et Roudhan ylij_pi, faisaient, à ce qu'on 
« dit, partie des dépendances du Kerman, mais dont l'adminis- 
» tration a passé dans le département du Fars, contrée qui s'étend 
« sur un espace d'environ cent quatre-vingts milles, et où l'on 
« remarque les villes suivantes : Ircouïéh *j^j.I ', Aclid J>-.*Jjt, 
<■ Surmac (^^j^, Djewizcan yli)j^=-, Meskian y\fl~-«, Ardjiman 
» yljTji)!, Barem, ville d'Abdul-Rahman ^^1 oy^ xoJ^ 1^, 
« Mehrirdjan yU-^o^^, Sabek-el-Kobra ^^1 il — *U», Mehrah 
« <>]j^, Arkian y^i'l, Hirah o^, Aïdadj ^>Xj1, Houma x«j»-, 
« Serdan yb^-JI, Keûier jmS', Bedjéh *j?, kerd i^S^ et Lourdjan 

La présente section contient donc la description de la partie 
du Kei'man située au midi des pays ci-dessus indiqués, savoir : 
Mouudjan yl^^i, Wardest c^sjlj, Welasgherd i^ilj, Djezer- 
man yUj^, Roudhan yliji_pi, Roustac-el-Roustac ^ïU*»;,JJI jU*.jy, 
Chirdjan yli»^, Yezdechirjjui^, Zerhend ouAy, Mahan yUU, 
Khabiss ^ax;^, Djenab vW. Djireft t> — i^--^, Hormuz >^, 

' Je suis porté à croire qu'il s'agit ici de la ville indiquée sous le nom d'Aberkoub 
sur la caite de M. Kinneir et ailleurs, mais les mss. portent *jyï^! ou *jjj^l 



SEPTIEME SECTION. 



Setourah 



"jr^ 



. Naki 



z j-ijij 



Rifan yLjuj^J! , Bani 



417 

l'Vjliredj 



Kfuillol 105 1 



Zj-\f' ^ Barmacliïn (j-«;U;L, et Bouchindj gLiy'. 

A l'orient du Fars et du Kerman commencent des déserts 
dont l'immensité est telle qu'il n'en existe pas de pareils dans 
l'univers habité. Cependant on y trouve des villages, et, sur les 
lisières, des villes dont nous donnerons la description en temps 
et lieu. A ces déserts touche la majeure partie du Sedjestan 
yU-»:St, dont les villes les plus connues sont Zarendj -s^'jj, el- 
Tâc ^ijUaJi , cl-Fars uv-*-" ' t^hawas (j«',>-^ , Sarvvan yljy._-« , Bost 
o..-<o, Raïcan yULj!_^l (ou Zacan ij^^j) Bendjewaï ^^\y^, Esfendjaï 
^5l^\ju«l, Tira (^j-v, Chebek dU-i, Baghneïn (jvob, Khouré iy^ -, 
CnYi^jii, Derrah »ji, Dorac ^jjji. Calai ^g^Xï, Koukouïeh *j_jS^, 
Meïchoum »yi>Ax> et Bachwerd ij^L . 

La partie septentrionale de cette contrée touche au Khora.san 
yU,!^ , et comprend quelques-unes des villes de cette dernière 
province, parmi lesquelles on remarque Caneïn yvjlï (ou Caïn (jjIï ), Fcuiliei i oi verso. 
Zouzan yljjj, Sawaniak lilUl^^, « Baïand .>vjUj'-, » Malin jjJU,Wadi- 
can yUbiljJi, Sarakhs ij„.^.jm^', Bourendjan J^j^, et divers lieux 
du Couhestan yU*^^, tels que Bachïn (j-^L, Kourïn (^jj^, Tab- 
nïn (jvjyia, Hâsikïn (ja^^I»- et Bostaderan yjjibuo . Nous décri- 
rons tous ces pays un à un , en les distinguant soigneusement par 
leurs traits caractéristiques, selon l'usage que nous avons suivi 
précédemment. 

Istakhar surpasse , ainsi que nous l'avons dit , toutes les autres 
villes du Fars en fait d'étendue de territoire, de nombre d'édi- 
fices et de population. Elle est située à 96 milles d'Ircouïéh 
A-rf^ï;-,!'', «place forte, abondante en ressources, très-peuplée, auerkohi. 

' Le ms. A. porle Bousih ..AMty.;- 

' Ce nom de licci manque dans la version laline , p. 128. 

' M. Fraser [Journey inio Khorasan, page 2^3) écrit Serruklis ; iM. W . Ouseley 
Sarklies. 

' Ou Aberkouh. Voyez, à l'égard de ce nom de lieu, la noie p. ài6 ci-dessus. 

53 



418 TROISIÈME CLIMAT. 

Feuillet io.i verso. « fréquentée par les marchands, ceinte dun mur en terre, et 
« dont les maisons sont pour la plupart construites en briques 
« et en argile. Il n'y a pas, à Ircouïéh, d'eau courante, et ses 
« environs, dépourvus d'arbres ainsi que d'édifices, se composent 
« de champs où l'on cultive le froment et diverses sortes de cé- 
« réaies. Les grains y sont à bon marche. On remarque, dans 
Il le voisinage d'Ircouïéh , des dunes de sable et même de hautes 
« montagnes dont la longueur est de plus de 2 milles. » A 
moitié chemin , entre Istakhar et Ircouïéh , est un bourg nommé 
Bedjéh &??, « dont le territoire, très-peuplé, porte le nom d'Azd 
« ij! . » D'Ircouïéh à Kethah AiS', on compte i23 milles. 
RtTHAH. « Cette dernière ville (Kethah) est belle, populeuse, com- 

« merçante et bien bâtie. Située dans le voisinage du désert, on 
« y respire un air pur et salubrc. Du reste, son territoire est des 
« plus productifs et des plus fertiles , et les cultures s'étendent 
« jusqu'aux faubourgs. La plupart des maisons sont construites 
« en briques séchées au soleil '. Il y a une citadelle très-forte où 
" l'on pénètre par deux portes en fer, dont l'une s'appelle la 
• porte d'Andour jjOvj! oL, et l'autre la porte de la Mosquée 
" Jv.^>^l t_>L> , ainsi nommée à cause de sa situation auprès de la 
« mosquée principale, laquelle est dans le faubourg. Comme il 
« n'y a point de l'ivière auprès de Kethah , l'eau y est amenée au 
" moyen d'un canal souterrain qui part d'un lieu situé à 1 8 milles 
n à l'ouest de la citadelle. Auprès de là est un village, connu 
« sous le nom de Bidendj g'"'>>^, où se trouve une mine d'étain. 
1 On exploite cette mine et on en exporte au loin les produits. 
" Le village est très-agréable. Le territoire de Kethah , vaste et 
« fertile, comme nous venons de le dire, est planté de quantité 
« d'arbres qui produisent d'excellents fruits; on en fait sécher 
« la majeure partie pour la consommation des pays voisins, et 

' Tel me parait ètie le sens des mois (jvkJI (j>J LjJUÂ;! ^^ c^UJIj. 



SEPTIÈME SECTION. 419 

notamment pour celle de la province dTspahan; les montagnes Feuillet i'.:j verso 
environnantes sont également très-boisées. Autour de la ville 
est un faubourg renfermant des bazars parfaitement bien cons- 
truits. Les habitants de Kethah se font remarquer par leur 
politesse et par leur amour pour l'instruction. » 
De Kethah à Yezd \ en se dirigeant vers l'orient, on compte viiin. 

3o milles. Yezd est « une ville de grandeur moyenne, bien peuplée 
" et où l'on peut vivre à bon marché. » De là à llira I^aJI-, 2 k milles. 
n On remarque à Hira diverses coupoles et une fontaine. » Hira 
est situé sur la lisière du désert, et c'est là qu'on prend la route 
du Khorasan. De Kethah *Â5'à O'cda iJoic', on compte 3o milles. Finiiict io3 rccio 
<' Cette dernière ville est petite, mais florissante et populeuse. 
« Elle est, comme Ircouïéh, bâtie en briques séchées au soleil, 
« et abondante en ressouiccs de toute espèce. » De là à Baheïn 
(joL, «jolie ville ceinte de murs en terre, commerçante et 
" riche, » 76 milles. De Babeïn à Ispahan, 78 milles. De Kethah 
à Fohredj ^j^iîl , en se dirigeant vers le sud, i5 milles. « Foh- 
■> redj est une petite ville bien peuplée , dont les habitants se 
" font remarquer par leur intelligence et leur sagacité. » De là à 
Aban yLî, petite ville non entourée de murs, 76 milles; d'Aban 
à Roudhan y'ijjJ' , 5o milles. 

Du bourg de AJjan à Chirdjan yU-^-ui *, « place forte , lieu de 
<i garnison et de perception d'impôts, » sur la limite du désert, 
une faible journée. 

«Roudhan y'ijj est une ville grande, bien bâtie, commer- 
" çante, populeuse, possédant un territoire considérable et plu- 
« sieurs mosquées où l'on fait la khotba, et comparable à Ircouïéh 
« aj^j! sous le rapport de l'étendue et de la beauté des édi- 

' Nos deux manuscrits portent toujours Berd. 

' Ou Djira, d'après le ms. B. 

' La carte jointe à la relation du voyage de M. Fraser porte Oogda. 

* La version latine et le ms. A. portent Mourdjan. 

53. 



420 TROISIÈME CLIMAT. 

KcMillci io3 rccio. « liccs; iiioins cependant que Houma i^^», ville dont la grau- 
« deiir et Timportance commerciale égalent celles d'Ircouïéh. » 
De là à Chiraz, on compte 36 milles. «De Houma iL^^.^ dé- 
« pend un territoire connu sons le nom de Tasouh j-^-JaJl . 

« Memid Jv>Jî, Kethali AiS", liabeïn t5^ob et Fohredj ^j-\^, dont 
« il vient d'être question, sont quatre villes formant un seul dis- 
" trict, qui possède, par exception à tous autres, quatre chaires 
n où l'on prononce la hhoiba^. 

« Dans le voisinage d'Ircouïcli on remarque les villes d'Aclid 
« ,x_is_Lsi et de Surmac (f-'j-^ (cette dernière, environnée d'un 
.. territoire vaste, fertile et boisé, est populeuse et commer- 
« çante); et Meskian yteC~.«, bourg où l'on trouve également un 
« marché bien approvisionné. » 

Au nombre des dépendances d'Istakhar j^iust ii faut compter 
1° Sahek JoàUa, «ville ceinte de murs de terre, dont les habi- 
" tants, riches et vivant dans un état prospère, voyagent beau- 
'■ coup; " de là à Chiraz j!^, on compte i38 milles. Sahek 
J^U= est sur la route qui conduit de Chiraz au Kerman; de là 
à Chirdjan yL»-,_*-û, capitale de cette dernière province, 
90 milles; la distance totale de Chiraz à Chirdjan, en passant 
par Sahek, est donc de 228 milles. 2° Beïdha U»x., place for- 
tifiée avec un faubourg; c'est la ville la plus considérable du pays 
d'Istakhar; elle est nommée blanche parce que son château, 
qu'on aperçoit de très-loin, est de cette couleur; en persan, on 
la nomme Nicbabek J-jUj; « elle est comparable, en grandeur, 
..à Istakhar; ks maisons y sont construites en terre, et les 
.< champs qui l'entourent sont d'une telle fertilité, que la ma- 
« jeurc partie des fruits qu'on vend à Chiraz viennent de là; ses 
« habitants sont riches et ils portent le même costume et le 

' Voici le texte de ce passage, que nous abrégeons eu le Iraduisanl : 

iùv=i.ljJI ii^ jj^ ji\J^ »JUj\ ^-) *Ai«-b 5'^' f*^ii iT^i 



SEPTIÈME SECTION. 421 

'( niùme turljan que ceux, de rirùc. « De Beïdha Uiaj à Cliiraz Feuiik-t joS iccio. 
i< jj;^, 2^ milles. 3° Ardjiman yUy=-,i , ville dont le territoire , 
" vaste et fertile, s'appelle Maridjan yLs?^. 4^° Le district de Feuiilei io3 verso. 
« Serdan y'^;.*», dont les villes principales, Houma iU^s^ et 
« Keïber jju*^>, possèdent des mosquées et des chaires où Ton 
« fait la klioiba. 5° Bedjéli aj? , bourg dont le territoire se 
ic nomme el-Azd ijill . G° Kird i).^5 , petite ville bien peuplée , 
« avec une chaire et des dépendances peu considérables. 7° Lour- 
« djan yls-j^JI, jolie petite ville dont le territoire se nomme 
(1 Serdan yii;-" ■ » Telles sont les dépendances de l'arrondisse- 
ment d'Istakhar jJeM\ , ville du Fars dont le territoire touche 
au Kerman. 

Cette dernière pi'ovince est située entre le Fars et le Mekran, 
et sa capitale se nomme Cbirdjan ^Jis-yMi.« Cliirdjan est en effet «hiudjan. 

« le siège du gouvernement et la résidence des agents chargés 
« de la perception des taxes. Cette ville est entourée de foi'tes 
« murailles de terre , mais les édifices sont construits en pierre 
« dure , à cause de la rareté du bois. Les bazars y sont nombreux 
" et très-fréquentés , la population riche; on y boit de l'eau de 
« puits; c'est la ville la plus considérable du Kerman; ses habi- 
« tants se font remarquer par la pureté de leurs mœujs et l'amé- 
« nité de leur caractère, et, les négociants surtout, par une 
«bienveillance, une sincérité, une docilité supérieures à ce 
>< qu'on peut trouver de plus louable, en ce genre de qualités, 
« dans d'autres contrées. » De là à Djireft c^j^at» \ en passant ujikeft. 

])ar Nadjia .Nx=-b, on compte 6 journées. Djireft est une ville 
considérable et populeuse qui s'étend en longueur sur un espace 
de 2 milles. « Elle est environnée de beaucoup de champs ense- 
11 mencés qu'on cultive au moyen d'arrosages. L'eau employée à 



' La version latine porte Girosl. M. W. Oaseley , Oriental Gco(jruphy,p. i3g i;t 
siiiv., écrit Jireft. 



422 TROISIÈME CLI.MAT. 

Feuillet io3 verso a cet usagc et à la Consommation des habitants provient d'une 
n rivière nommée Meri Roud ijy ^^J^, laquelle est petite, mais 
« d'un cours rapide et bruyant, car elle coule à travers des ro- 
« chers qui ne permettent pas de la traverser autrement qu'à 
« gué; elle fait tourner cinquante moulins. Auprès de Djireft est 
» une montagne , qu'on nomme Mijan yljjsi' , cultivée en jardins. 
« C'est de là et d'un lieu nommé Dari-Fared ijk^l* qu'on tire 
1 la majeure partie des fruits et du bois qiù se consomment à , 
" Djireft. On y apporte cependant d'ailleurs des dattes fraîches 
" ou conservées, des noix, des cédrats, du raisin et des cannes 
« à sucre. Les habitants de Djireft sont bien vêtus et bien nour- 
n ris; c'est un lieu d'unportation des marchandises du Khorasan 
« et du Sedjestan; la ville est jolie et agréable sous tous les 
« rapports; cent mines de dattes ne coûtent à Djireft que deux 
« drachmes; on y met en pratique un très-bon usage, qui consiste 
« à ne point recueillir ceux de ces fruits que le vent a fait tom- 
« ber, en sorte que les voyageurs peuvent en prendre autant qu'ils 
« en ont besoin, et même au delà. » 

On compte au nombre des vdles du Kerman, 

« Meïmend .Xj^v«, ville de grandeur moyenne, distante de 
« 2 5 mille^ de Chirdjan, bien peuplée, avec un marché; des 
'I sources nombreuses et des jardins fruitiers parfaitement arrosés. » 

Nadjia iu=-b\ ville peu considérable, mais jolie, ornée de 
beaux édifices, commerçante et industrieuse. De Nadjia à Chir- 
djan, en se dirigeant vers le nord, la distance est de 1 02 milles, 
et du même lieu à Djireft, en allant au sud, de 60 milles. «Au 
« sud de Nadjia est le hourg de Khirj-»à-, situé à 72 milles de 
« Djireft et à 1 8 milles de Nadjia. On s'y li^Te à l'agriculture et 
« on y fait un peu de commerce. » 

Entre Djireft ciojjk^ et Fohredj gj-tJ est Hormuz el-Melik 

' Le lus. A. el la version latine portent Naliia. 



SEPTIÈME SECTION. 425 

,iU^!>.^JJ^, aujourd'hui connu sous le nom rie Cariet el-Djouz Keuiiki lo/, rccio. 
jy a^j-'i. " Ce fut une résidence royale jusqu'à l'époque où le 
« siège du gouvernement fut transféré à Chirdjan ^1=-^^; ac- 
^ « tuellement cette ville est de peu d'importance. Peuplée de 
« races mélangées, elle est jolie et fréquentée par les étrangers; 
« il y a beaucoup d'eau, des bazars, et on y fait un peu de com- 
« merce. » De Hormuz à Djireft >^ij.x^, vers l'ouest, on compte 
I journée, et à la ville de Bani *_j ^ i journée. 

«Cette dernière (Bam *j) est grande, commerçante et riche; u*"- 

« on y cultive la vigne et le palmier; beaucoup de villages en 
« dépendent. L'air qu'on y respire est plus salubre que celui de 
« Djireft. Il y a un château dont les fortifications sont réputées 
« les meilleures de toutes celles du Kerman; ses habitants se 
« livrent au négoce et à l'industrie; on y fabrique quantité de 
«belles étoffes de colon, ce qui forme un objet considérable 
• d'exportation; des manteaux en poil de chèvre qui égalent en 
« finesse ce qu'il est possible de voir de plus beau (il en est 
« dont le prix se monte à 3o dinars); enfin on y fait aussi des 
« tissus d'une grande finesse pour turbans. Toutes ces étoffes 
« sont d'un travail admirable et d'une solidité telle qu'elles ne 
« s'usent et ne se détruisent qu'au bout d'un très-long laps de 
« temps; les rois s'enorgueillissent de les porter, les considèrent 
« comme très-précieuses et les font conserver avec soin dans leur 
« trésor. » 

De Bam à Djireft, 2 fortes journées ou 6o milles. 

De Bam à Barmechïn (^.ii^j[j -, petite ville située à l'entrée 
(iitt. au vestibule) du désert, fréquentée, commerçante et po- 
puleuse, 1 journée. 

On compte également au nombre des villes du Kerman nonnu/ 

ou 

' Les cartes anglaises portent Bumm ; la version latine Bamm ; M. VV. Ouseley uiaïuz. 

écrit Bam. 

' La version latine porte Cqermasin. 



li-2l\ TROISIEME CLIMAT. 

Ffiiiiioi ma recto. Hormiiz la inaritinic iixla-LJI j,»^ (Ormuz), située sur les bords 
du golfe Persique. « C'est le principal marché du Kerman et 
« une ville grande et bien bâtie. Le climat étant très-chaud, les 
« palmiers croissent en abondance dans ses environs; on y cultive 
« aussi le cumin et l'indigo; cette dernière substance est d'une 
« bonté telle que nulle ne kii est comparable et qu'elle a passé 
« pour ainsi dire en proverbe; on en expédie des quantités con- 
« sidérables à l'étranger. Les habitants de Ma'oun (jy«-« ^ et de 
" Welasdjerd ^j^!^j se livrent beaucoup à la culture de cette 
'< plante, et ils y apportent d'autant plus de soins qu'elle est 
« pour eux une source de profits très-considérable. On fabrique 
« dans ces contrées beaucoup de sucre de canne et de sucre 
« candi ; l'orge forme la base de la nourriture des habitants et le 
'■ principal objet de leur agriculture. Le pays produit d'excellentes 
n dattes. » Hormuz est bâtie sur les bords d'un canal dérivé du 
golfe Persique et qu'on nomme el-Heïz _jjs=i '^. Les vaisseaux par- 
viennent par le canal jusqu'à la ville. 

Feuillet lo'i verso. Fohredj ^ r~\r' ^^^ ^^""^ ville entourée de miu'S de terre et si- 

tuée sur la limite du désert qui touche au Sedjestan yU*«,>:Sï. 
Elle est éloignée du Sedjestan de 210 milles, c'est-à-dire de 
toute l'étendue , en largeur, du désert qui sépare ces deux villes. 
De Fohredj à Barmechïn (j-ii-»jl^, ville ci-dessus nommée, on 
compte 1 journée. Les autres lieux du Kerman étant de peu 
d'importance, nous allons nous borner à donner les itinéraires 
les plus connus. 

Celui de Chirdjan yU>^jL*; à Roustac el-Roustac ijjU*»^! (i\*M.j, 
sur la frontière du Fars, comprend un intervalle de /( journées, 
savoir: de Chirdjan à Kiahoun u^^, "joli pays, planté de dat- 
« tiers, où l'on fait de bonnes affaires de commerce, » 2 journées. 

' La carte de M. Kinneir porte Memaun. 
' La version latine (p. 129) porte Hamz. 



SEPTIÈME SECTION. 425 

De Kialioun à Khocliabad ilUi«i., i journée. feuillet m'i verso 

De là à Roustac el-Roustac, i journée. 

Celui de Chlrdjan à Roudhan (j'ijj, compris dans les limites 
du Fars, est de 4 journées, savoir : de Chirdjan à Meindh j^àa.» ', 
ville « entourée de murs de terre, industrieuse et commerçante, » 
■j journées. 

De Meindh à Kerdekian yl^ijS', ville « dont le territoire est 
« très-productif et tres-fertile , » 6 milles. 

De là à Aïas (j«l>l , » ville de moyenne grandeur, dont les ba- 
« zars sont bien construits, les rues larges, et où l'on voit divers 
« édifices," i forte journée. 

De là à Roudhan, dans le Fars, i faible journée. 

Celui de Chirdjan à Robat el-Sarmacan yUU^! Ujj est de 
2 fortes journées, sans lieu habité où Ton puisse stationner. 
Robat el-Sarmacan n'est rpi'un village dépourvu de mosquée. 

L'itinéraire de Chirdjan à Bam ^«j , ville dont il a déjà été 
question, est ainsi qu'il suit: 

De Chirdjan à Cliamat tjUl^, i journée. 

n Entre ces deux lieux, est un territoire vaste , fertile et peu- 
" plé, connu sous le nom de Kouhestan ylxi«ui>jS', où l'on trouve 
« un village du nom de Sultanié iUjUaAA» . 

De Chamat à Behar^U-j, petite ville, i journée. 

De Behar à Djennab v^> petite ville, i faible journée. 

De là à A'bira l^-v+c ou A'bida ijyw*, « ville petite, mais com- 
« merçante et industrieuse, " i faible journée. 

D' A'bira à Djoueïn ^^yr- , " ville située dans une plaine el 
Il entourée d'un paysage agréable , » 3 milles. 

De Djoueïn à Babeïn twl», «ville en tout semblable à la 
■I précédente, » i journée. 

De là à Choursian yU*y^, «ville bien peuplée, bien l)âtie, 

' La version latine porte Maitetlh. 

54 



426 TROISIÈME CLIMAT. 

Feuillet lo'i verso. „ commerçante et entourée d'un territoire fertile, » i jour- 
née. 

De là à Dardjïn ys-^y'j", " ville très-jolie et remarquable par 
• ses édifices et ses fabriques , » i journée. 

De Dardjïn à Bam «j, i journée. 

Distance totale, 9 journées. 

De Choursian yU-^-^yi à Djireft c**^-:- , on compte 2 journées. 

De Cliirdjan à Djireft, en passant par Nadjiba iU="l> ', ville 
dont il a déjà été question, ajournées, savoir: 

De Cliirdjan à Hir^,*»., i journée. 
Feuillet loô iccto. De Hirjjya- à la montagne d'Argent ài^âxll J^aj»-, i journée. 

De là à Dari-Fared "j^j^^, lieu fertile et peuplé, 1 journée. 

De là à Djireft, i journée. 

De Chirdjan à Khabiss ^aju).^ , ville, 6 journées, savoir : 

De Cliirdjan à Karh ^jS', village , 1 journée. 

De là à Fardïn (jj^, « ville et lieu de marché, entourée de 
« murs en terre et d'un faubourg, » 1 journée. 

De là à Mahan yUU, «petite ville entourée de cultures où 
« sont des sources d'eau courante, <> 1 journée. 

De là à Nada' cJvj, bourg, 1 journée. 

De là à Rarou jjtj, village, i journée. 

De là à Khabiss ijoju^ , 1 journée, 
j,,^,^,^^ « Cette dernière ville, située sur la frontière du grand désert, 

Il dans la partie du Kerman dont le climat est le plus chaud, 
« est peu considérable, mais bien peuplée. Il y a de l'eau coii- 
» rante, beaucoup de palmiers, des fortifications et des res- 
" sources. » 

De Chirdjan à Zarend -Xjjj-, on compte h journées, savoir : 

De Chirdjan à Yezdechir jjuiijj , «joHe \ille, offrant beau- 

' La version laliiie porte Naliiam. 
' La version laîine porte Ranand. 



SEPTIÈME SECTION. h21 

« coup de ressources, entourée de murs et de fosses, munie de Fouiil.t 105 n-cto. 
« portes et possédant plusieurs bazars, » 2 journées. 

De là à Djiroud ijj_A_s-, ville considérable, industrieuse et 
commerçante, 1 journée. 

De là à Zarend «Xoy, 1 journée. 

« Zarend est une ville de moyenne grandeur, située auprès du 
« grand désert, entourée de murs et de champs cultivés, et où 
« l'on fait un beau commerce. Il y a des ateliers de corroyage, 
n OÙ l'on fabrique des sangles ( pour les montures ) , lesquelles 
« sont transportées dans l'Irâc et jusqu'en Egypte. » 

L'itinéraire de Djireft à Roustac dans le Fars jjbjl y-. (^^j^j^W 
jj-jls, est comme il suit : 

De Djireft à Canat cl-Cham ^^L-sJ! c^L^u», roustac^, 1 jour- 
née. 

De là à Ma'oun uy^, « petite ville avec marché, » 1 journée. 

De là à Welasgherd i>jjs:^j^, ville dont le nom s'écrit aussi 
Welaskerd ijS^^Hj par un hicf o'^^, 1 journée. wii.ssghei:!). 

« Quoique peu considérable en étendue, cette ville est très- 
« florissante et très-peuplée. <> C'est là qu'on prend la route qui 
conduit à Hormuz. 

De Welasgherd à Adarkian y^^^', petite ville, 1 journée. 

De là à Djeïrouman yUjyH^=-> «jolie ville, lieu de réunion, 
n de marché et d'approvisionnement, » 1 journée. 

De là à Kechestan yLw<-ii.S>, «bourg bien peuplé,» 1 faible 
journée. " ' ■' 

De là à Roustac jU«j , 2 journées. 

" Pour se rendre de Djireft à Hormuz la maritime &xL>.l*JI j..*^, 
« on passe d'abord à Canat cl-Cham -U-JI i^Uï, 1 journée. 



' Voyez, au siijel du mol roustac, le passage traduit p. 898 ci-dessus 
' Cette ville est généralement indiquée, sur les cartes, sous le noui de Welaz- 
glierd. 

5/1. 



^28 TROISIÈME CLIMAT. 

Feuillet loi recio. „ Puis à Welasgherd :>j^^j, où la roule se dirige vers l'ouest, 

« I journée. 

« Puis à Kouneïn tJv^, ville de moyenne grandeuj% très-bien 
« bâtie et très-agréable , i journée. 

« Puis à Metouhan yU-ydl , 2 journées, dont une jusqu'à la 
" rivière de ^^ elkian yWjj-^, et l'autre de cette rivière à Me- 
" touhan. 

«Puis à Hormuzj.^^, ville dont nous avons donné une des- 
'■ cription sur laquelle il est par conséquent inutile de revenir, 
« 2 journées. « 

L'itinéraire d'Hormuz à Barem -,1 ' est comme il suit : 

D'Hormuz à Choura !j^, «village situé sur les bords de la 
'I mer, sans murs de circonvallation et sans mosquée, dont les 
Feuillet loh verso. « habitants sc livrent à la pêche, car la côte est très-poisson- 
« neuse, » 3 journées. 

De là à Piouaïset (.j<,^,jj, ville, 3 journées. 

De là à Barem -jL, 3 journées. 

« Rouaïset est une ville agréable, dont les environs se coui- 
« posent de jardins et de vergers de palmiers. 

« Le persan est la langue de tous les habitants du Kerman , à 
« l'exception des Cofs ^joiJiJI ^, qui parlent une langue différente. 
« Quant aux montagnes qui confinent avec le Mekran, et qui 
« sont connues sous la dénomination de montagnes froides, elles 
" sont habitées par des peuples qu'on appelle Ahwas t_}-I^z..I ou 
« Hawas ^J«t^^. . Agriculteurs et nomades, ils possèdent des clia- 
" meaux, des troupeaux, des propriétés qu'ils viennent habiter et 
« beaucoup de palmiers. On tire , du pays des Ahwas et des en- 

' La version laliiie porte Fares. 

' Les mss. porteal jjajuJi el-A'fs ou ^jaJuC! el-Cafs. Pour faire (Iis|)aiailre toul<: 
incertitude , un annolateur a mis en marge du ins B. : «-laJL iwaÀxII. f^ofs par un 
tllmmma. Nous adoptons volontiers cette leçon. 



SEPTIÈME SECTION. 429 

'■■ virons, du sucre qu'on transporte dans le Sedjcstan et ailleurs. Feuille! mU vmso. 

« Les monnaies qui ont cours dans le Kerman sont le dirhem 
« et le dinar. 

« Il existe, dans cette province, des montagnes liautes et es- 
« carpées, telles cjue les montagnes de Cofs ^ja-Ju«JI JU=-, les 
« montagnes froides »i,ljJI Jls=- et celles qui contiennent des 
« mines d'argent a. Ji .iJI y.Xjt_<> JU=- . Le pays est coupé par de 
« vastes déserts et des solitudes arides, et les cultures et lieux 
« habités n'y sont pas contigus comme ils le sont dans le Fars. 
« Les montagnes de Cofs s'étendent juscju'au golfe Pcrsique. 

" Elles sont bornées au nord par le pays de Nadjirman i5K j 

yU^:s-b; au sud, par la mer et par une partie des déserts 
du Mekran; à l'ouest, par la mer et par une portion du Bo- 
lous 1^=-^ , et des districts de Matihan yV^U ^ et d'IIormuz -. 
On dit que ces montagnes sont au nombre de sept, et que 
chacune d'elles est gouvernée par un chef particulier. Les 
peuples qui les habitent sont une espèce de Kurdes très- 
braves et très-farouches, de complexion maigre et de couleiu' 
basanée. Ils possèdent des troupeaux , des essaims d'abeilles et 
des palmiers. Au nord sont les Bolous (jo^+J' , peuples cjui ha- 
bitent tout à lait au pied des montagnes et qui sont remar- 
quables par leur bravoure, leur puissance, le nombre de leurs 
troupes et la sécurité cjui règne sur leurs chemins. Ils jouissent 
d'une existence prospère, vivent sous des tentes de poil comme 
les Arabes, et sont redoutés de leurs voisins '". 
« Les montagnes froides «i^lJi JUs- forment divers rameaux 
d'une chaîne qui s'étend au nord-ouest de Djireft. Elles sont 
fertiles, productives et boisées. C'est une contrée où il tombe 

' Le iiis. A. porte Merledjan, ^.\^y^ . 
' Le même ms. poiie Farmes , (««^jj . 

' Voyez, au sujet des Balous ou des Bolous, les auteurs cités par M. W. Ouseley 
dans son appendice à VOricntal Geography, page 288 et suivantes. • 



^30 TROISIÈME CLIMAT. 

Femiiei 10.-, verso „ ^ig jg ^eige tou.s les aiis, ot dont les habitants sont vertueux et 
" innocents en paroles comme en actions. On y trouve des mines 
« de fer dont les produits sont d'excellente qualité. 

« A ces montagnes touchent les montagnes des mines d'ar- 
« gent Â-Âid! yj^jw JIa=. , situées au midi de Djireft l^jj^ j^ ^ 
" et à 1 journée du Darifared ^ji^il^, di.strict montueux, fertile, 
- couvert de villages et d'habitations. » 

Quant au grand désert, on appelle ainsi celui qui s'étend 
entre le Kerman, le Fars, le Moultan, le Sedjestan, le Cou- 
hestan, une partie du Khorasan et jusqu'auprès des pays de 
Coumes (j«^^ï ^^j et de Reï ^^. Il y existe peu d'habitants, 
" mais beaucoup de malfaiteurs et de brigands, attendu l'ab- 
" sence de toute administration tutélaire. Ce désert est envi- 
" ronné de peuplades qui diffèrent entre elles sous le rapport 
n des langues et du costume, et qui proviennent soit des dé- 
" pendances du Khorasan, du Coumes et du Sedjestan, soit de 
« celles du Kerman, du Fars, d'Ispahan, de Cachan et de Reï. 
« Vu la difficulté qu'il y a de voyager à cheval, on traverse la con- 
Keiiiiici io6 recio. « tréc avcc des chameaux de charge, et cela non sans éprouver 
« de grandes peines, par des chemins connus et dont on ne 
« saurait s'écarter sans courir le risque de péril-, à cause de la 
« quantité d'aventuriers et de voleurs qui vont se réfugier dans 
« ces déserts. Leurs retraites les plus assurées sont les montagnes 
« connues sous les noms de Kerkcch-Kouh t.p' ^iSjS'et de Siah- 
'I Kouh ojS^oU^, où ils enterrent leurs richesses et cachent leurs 
" approvisionnements. La première, Kerkech-Kouh a^ ijS^, est 
n peu considérable, mais isolée et séparée' de toutes les autres qui 
n environnent le désert. On dit que la circonférence de sa base 
« est d'environ 6 milles; il en surgit quelque peu d'eau. Au 

' Cet isolemeiil de montagnes s'élevant abruptes du milieu des plaines esl en 
effet un Irait raractéristique de certaines parties de la Perse 



SEPTIÈME SECTION. 431 

« sommet de la montagne est un plateau dont les pentes sont 
« escarpées et de difficile accès. Quiconque cherche un asile dans 
« le flanc de ces rochers est sûr de n'y être pas découvert. La 
« montagne dite Siah-Kouh «jS'oLl*», peu éloignée de la précé- 
« dente, est également un repaire de voleurs. » 

Les chemins connus et frayés qui existent dans ce désert sont 
en petit nombre. Nous allons cependant les indiquer en détail. 

Le premier est celui qui conduit de Fohredj rj-t-», ville dé- 
pendante du Kerman, au pays de Sedjestan ^L-x .^.. ■^ ^J,o;l JI . 

De Fohredj ^j-*-» à el-Ahsa L.*«_a.i)t et à el-AbarjLiJI j, on 
compte 2 4 milles. 

De là à Ilordj el-Menaré sjUil ^y>. , 2 1 milles'. 

De là à Robat Ma'bed Jvju> LU, , 2 i milles. 

De là à Asnid Jv*À*.i, 27 milles. 

De là à Bera'an yU^ (oulera'an y'-c;^), 24 milles. 

De là à Bir el-Cadbi ^^[à}] j.aj , iU milles. 

De là à Rasak AJ^j , 1 8 milles. 

De là à Kiaroulseïf i_iA-».J_5jl& ( ou Kiaroulcheif uÀ*«JjjLfe ) , 
1 2 milles. 

De là à Bazardïn (jj^jj^ , 1 4 milles. 

De là à Djaroun {jij^=r^ '4 milles. 

De là à la ville de Sedjestan yU>.»jSï «Ju-i^ , 18 milles. 

Le second itinéraire est celui de Barmacliïn (j>.iU,_> - à Sedjes- 
tan, savoir : de Barmachïn à Borhan J^jj (ou Bordjan yls-^), 
où une source jaillit du pied de la montagne, 1 journée. 

De là à Medra »!jJ>..«, où l'on trouve aussi de l'eau, 1 journée. 

A Danirah Abad il» e!_^i , 1 journée. 

A Robat el-Cadhi ^^-oUJI JaLj, 1 journée. 

A Darek liJ;!^, 1 journée. 



' Celte slalion manque dans le nis. B. 
' La version latine porte Cqermasin. 



452 TROISIÈME CLIMAT 

KeiiiliM io6recio. A Djaroun yjjU- , 1 journée. 

A Scdjestan ^jl>.«,-y, i journée. 

Toutes ces journées sont faibles. 

En partant de Barmachïn on peut prendre par Kerwah »jy 
1 journée. 

De là à Nedbah «L^o ', i journée. 

Puis à Cherwa »jj^ , i journée. 

A Temanih -^Ur, i journée. 

A Mastikh g'—», 1 journée. 

Mastikh est une petite ville située au milieu du désert et dé- 
pendante du Kerman, bien qu'elle soit séparée de cette province. 
Cette ville est populeuse et entourée de champs cultivés et de 
palmiers, en quantité suffisante pour la consommation de ses 
habitants. Il y a ici deux routes: l'une, celle de droite, qui 
conduit, en 7 journées, à Sedjestan; l'autre, celle de gauche, 
qui se dirige vers Hérat »t^. Quand on prend la première, on 
se rend, par le désert, de Mastikh à Diren tiH^. où est une 
source d'eau vive, i journée. 

Puis au puits de Kerdoudj ^jijS' [ou Kerdouh), i journée. 

A Piobat Naberdj ^^b tL, -, lieu inhabité, 1 journée. 

A Tarest Bad iL t-._«,jb (ou Narest Bad), aiguade, 1 journée. 

A Basbad iU-wL', station inhabitée, 1 journée. 

A Sadah ^1j^-« (ou Madah), 1 journée. 

A Sedjestan ^U»*^, 1 journée. 

Pour se rendre de Mastikh ^'^-"-« à llérat «iy*, on prend à 
gauche et l'on parcourt deux stations désertes, 2 journées. 

Puis l'on parvient à une troisième, dite Piobat l'zzet ïyt tly, 
qui quelquefois est habitée et quelquefois déserte; 1 journée. 



' Ou, d'après la version latine, Corliiia 

' La version latine porte « hospitium lanouh » 

' Ibid. Fesad. 



SEPTIÈME SECTION. 435 

De là à MedarjO^, i journce. Feuiiici lof, recio. 

Puis à Cariât Salem IJL a^ï, grand village enlouré de cliamps 
cultivés, I journée. - 

A Robat Hasak jL-.a. Llj, i journée. 

A Nadcm j..xj, i journée. 

A Semendjan yLs?w<v<, i journée. 

A l'étang de Nadjah &=-b \ i journée. 

A Medlian yl»..>^ (ou Merdjan yU-^), i journée. 

A Soudan ylij-» (ou Serdan yîi^), i journée. 

A Necliet (..iwcio, 1 journée. 

A Kerderem [•j^/S', i journée. 

A A'tiah oUkc , 1 journée. f""''"""' '"'^ "■'"'■ 

A Courra iyi, dépendance du Sedjestan, où a lieu la jonction 
de la présente route avec celle qui conduit de Sedjestan à Hé- 
rat, 1 journée. 

De Courra à Derrali Sj:>, i journée. 

De Derrah Kouïskan yK-k^j.S'ôji à Herachan yUij^ji- ^ dépen- 
dance d'Asferan y!^.-jL-»«!, place frontière du pays de Hérat, 
1 journée. 

De là à l'aqueduc de Sora ^^j~>i uUs, i journée. 

De cet aqueduc à la montagne noire .s^-^i)! J^=', i journée. 

De là à Madman yU^^ (ou Madmar jUo^.<i), i journée. 

Et enfin à Hérat »^, i journée. 

Pour se rendre de Barmachïn i^^i^jj à Cariât Salem i_w xjj.i, 
on prend une route nouvelle qui passe par Darsenai yU*y!i, 
« village où il existe des sources d'eau vive, beaucoup de pal- 
« miers, et au delà duquel on ne trouve pas de lieux habités, » 
1 journée. 

' La version ialine porte lafa, Mergian , Serdan, Bost el d'aulres variantes qn'on 
trouvera à la page i32 de cette version. 

' Le ms. A. et la version latine portent Khorasan. Il existe en effet, soit en Ar- 
piénie, soit en Perse, divers villages de ce nom. Ce nom est écrit ^jUjI^ji. p. àGi 

55 



454 TROISIÈME CLIMAT. 

Feuillet 1 06 verso. De là à Ras el-Ma Ul ij.\j, 1 journée. Ras el-Ma est une 
« source dont les eaux s'écoulent dans un grand lac. >- 

« A partir de là, on a 4 journées de déserts i travei'ser. Ces 
« journées sont fortes, les déserts contigus et la route dange- 
« reusc. » 

De Cariât Salem ^Ju, i^ji à Sedjestan ylJL*»_st, ou compte 
1 n journées. 

Et du même lieu à Derrah »ji, 10 journées. 

" Derrah eji' est un grand village situé dans le voisinage du lac 
« où s'écoulent les eaux du Ilindaiend ô^-i^^y^Àub (principal), 
« fleuve du Sedjestan. ■> 

ITINÉRAIRE DE RHABISS jOAxi- AU KHORASAN yL.I_^. 

" kliabiss est une petite ville dépendante du Rernian et située 
« sur la lisière du désert. Il y a de l'eau courante, beaucoup 
« de dattiers, et les céréales y sont à bon compte. De Khabiss à 
" un lieu nommé Dowarec i^j]jôJ\ , on compte 1 journée. Ce lieu 
« est couvert de constructions ruinées, sur un espace aussi grand 
« que la vue peut s'étendre. H y a des monticules qui prouvent 
« que ce lieu était jadis habité, et cependant on n'y voit ni puits, 
« ni fontaine, ni source, ni aucun indice d'eau'; de là à Sour 

' Ou Zerrali. Celle indicalion , qui s'accorde avec les observations modernes , est 
précisée par noire auleur dans les termes suivants : 

ij\ V m ^ 

' Voici également le texte de ce passage, qui n'est pas sans intérêt : 



SEPTIÈME SECTION. 455 

« Roud i>i^^y^^-. lit de torrent dont le sol est couvert de sel et Feuillet loG versa. 
« où coulent seulement des eaux pluviales. Les terrains de ce 
« désert sont (en général) salés. 

« De là à la montagne de Narsak JUyb , i journée. 

« Puis à un lieu connu sous le nom d'el-HoudIi i^ii, où se 
« rassemblent les eaux pluviales, i journée. 

« A Ras el-Ma Ul y~lj, source dont les eaux tombent dans un 
« étang et arrosent quelques cultures suffisantes à peine pour la 
« subsistance d'une ou de deux personnes au plus, 2 journées. 

<■ A Kourkouré ij^j^, lieu dépendant du Kouliestan yU*i»ji>j5', 
« sur la frontière du désert, (la distance manque). 

« A Ilouseb k_*.w^i», petit château fort, 2 journées. 

" A Khourj^ii., 2 journées. 

« A Caïn (jjb", ville capitale du Kouhestan, dans le Khorasan, 
« 1 journée. » 

ITINÉRAIRE DE DOWAR jiji A KORIN (^Jj-^» , DANS I.E KHORASAN. 

«Dowarjiji est une ville bien peuplée et dominée par deux 
« châteaux-forts. Il y a de l'eau courante, des palmiers et quel- 
« ques champs cultivés. Cette ville est dans les limites du Ker- 
« man. 

" De là à un lieu nommé Koudra ^^ji>y-^=, misérable station 
« sans maisons, avec une source peu abondante, 1 journée. 

n Puis à Sebward ( Sebzawar ? ) j^a^w , fort ruiné, avec quelques 
« palmiers, qui a été délaissé par crainte des voleurs. 

«A Derdan yli;*, lieu sans habitations, 1 journée. 

n A Rend «xjj , lieu inhabité où se trouve une citerne qui re- 
« çoit les eaux pluviales, 1 journée. 

Je prt'siitnc qu'il faut lire i«, ji*-^' ^^ 1"' signifie, en persan, rniirc sauinàtre 
Les mss. porlent /.jlï, (vils el (jjlî- Nous adoptons celle dernière leçon connue 
la plus conforme aux indications données par les caries. 

55. 



436 TROISIÈME CLIMAT. 

Feuillet 106 verso. „ Dc cct étang à Banend .xiil», hameau fortifié qui se compose 
« d'une vingtaine de maisons et où se trouve un cours d'eau 
.1 qui fait tourner une petite meule; palmiers et champs cultivés; 
1 journée. 
Feuillet 107 recto. " A 2 farsakhs ' avant d'arriver à Banend on trouve une source 

« entourée de plantations de palmiers et de quelques maisons 
■■ qui ne sont fréquentées que par des voleurs. Les habitants de 
« Banend s'entendent entre eux pour protéger ces plantations. 

« De Banend à Arda'a xsij!, misérable station, i journée. 

I. De là au puits de Chek jL^jm, qui fournit de très-bonne 
« eau, 1 journée. 

« De là à Khourj^, lieu inhabité et situé à 2 journées de 
« Houseb v^j^ , 1 journée. 

« De Khour à Korïn (^^^5', dépendance de Nisabour ^j^Uj dans 
« le Khorasan, 3 journées. » 

ITINÉRAIRE DE VEZD i>. ' A BARCHIN (JVw/J • 

« De Yezd à Ilira »;-*-=- , source et citerne où tombent les 
« eaux pluviales; pays désert : 1 journée. 

« De là à Khorané «j!;^, bourg bien peuplé, pouvant mettre 
« sur pied plus de 200 hommes armés; cultures, jardins, eau 
« courante, château -fort construit sur une colline de forme 
» ronde, dont le pied est baigné par une rivière qui arrose les 
. vignes et les jardins; lieu connu do toute ancienneté par sa 
« fertilité : 1 journée. 

«De là à la colline de Chah Sind J>J<^ »li Jo, station déserte 
« où l'on ne trouve que deux citernes destinées à recevoir les 
« eaux pluviales, 1 journée. 

' Environ 3 lieues communes. 

' Les manuscrits portent i^ Berd ; mais il n'existe en Perse, du moins h noire 
connaissance, aucune ville de ce nom. Voyez ci-dessus, p. 4ig. 



SEPTIÈME SECTION. 437 

Il De là, par le désert, à Sa'lnda 1j^.a_cL«, fort contenant en- Feuillet 107 recto 
Il viron 100 hommes; source d'eau courante, cultures, aque- 
II ducs, jardins; bien moins peuple et moins Lien fortifie tpie 
Il Klioranc, dont il vient d'clre question : 1 journée. 

Il De là, par le désert, à Bost Barem -^L camo, lieu inhabité; 
Il khan ou caravansérail; eau de puits : i forte journée. 

Il De là à Robat Mohammed >>^ LU, foi't habité par une 
Il trentaine d'hommes; sources, cultures : i faible journée. 

Il A Rik iiLj, lieu inhabité où est un canal destiné à conduire 
Il les eaux dans une citerne; sables qui couvrent un espace de 
" 6 milles d'étendue : 1 journée. 

«A Mehleb v«-L.U, lieu désert; caravansérail, source : 1 jour- 
II née. 

Il A Robat llouran y'j^»- ls[>j, fort construit en pierres et en 
« plâtre, gardé par trois ou quatre hommes; source; point de 
Il cultures : 1 journée. 

Il A Zad Adjret »^j=-! ilj, lieu inhabité; puits et caravansérail: 
Il 1 journée. 

«A Bostaderan yl^ilA^to, 1 journée. 

Il A Bann 1^, village contenant au moins 5oo âmes; eau cou- 
II rante, cultures, pâturages et troupeaux : 1 journée. 

Il De là, par le désert, à Radouïé iùjiij'; eau courante, mais 
Il point d'habitants : i journée. 

Il De là, également par le désert, à Riken (jXJ,, fort; cul- 
11 tures, sources d'eau courante, lieu presque toujours inhabité : 
Il 1 journée. 

Il A Ansist cx*i»A**ot , lieu désert, 1 journée. 

Il Enfin à Barchïn (j-»y.j , auprès de Nisabour, 1 journée. 

' Celle slalioii el la suivante niaiiquent dans le ms. A. 



458 TROISIEME CLIMAT. 

Feuillcl 1 07 recto. AUTRE ITINÉRAIRE, P.\SSANT PAU YEZD , ISP.UIAN ET BABEIN. 

« Les trois routes se réunissent à Korîn {jr>j^, gros village non 
« entouré de murs, dont la population s'élève à près de 2000 in- 
« dividus. Ce village, dont le territoire est considérable, est si- 
n tué à 9 milles de Tubbus u^aL . 

«De \ezd à Chourj_5^, puits d'eau salée sur la frontière du 
« désert, 1 journée. 

" A Biré s^ju , hameau dépendant du Kerman et peuplé d'une 
« dizaine d'individus, 1 journée. 

« A A'ïn Mo'oul Jjj«-« i^s. \ 1 journée. 

«A A'mou Souli ^^^^5, source considérable jaillissant d'un 
« fond d'argile rouge. Les montagnes environnantes sont de la 
« même couleur : 2 journées. 

"A Bir Hàd i>\ja~ jM , source, lieu inhabité, 1 journée. 

«A Zardjouin {^y^-j^j, citerne recevant les eaux pluviales, 
« 1 journée. 

«A Chourj_j-i, source d'eau sauniâtre, lieu désert où sont 
« des voûtes inhabitées, 1 journée. 

« A A'in Mo'oul J^jM (JV.C-, source, sans habitations, 1 journée. 

11 A Korïn (jjj5'^, 2 journées. 

« A 1 2 milles de cette dernière station est im grand lac qui 
« reçoit les eaux de pluie et les torrents. 

« Toute cette route est dangereuse. Les journées sont en gé- 
« néral fortes, et on ne voyage qu'avec appréhension et en toute 
« hâte. Dans le désert, entre Chour j^ et Biréh ojm , à droite et 
« à 2 farsakhs de la route qui mène du Khorasan au Kerman, on 

Le ms. A. porte iJk*^ ^j^ . 
' Même observalion. 

Le même ms. porte ici (>j»5^. au surplus, la plupart de ces noms de lieux ne 
se trouvant indiqués ni sur les cartes, ni dans les relations de voyage, il devient 
Irès-difTicile de les transcrire exactement. 



SEPTIÈME SECTION. 439 

« voit des sculptures en pierre représentant toute sorte de fruits, '••luikt 107 rccio. 
« tels que des noix , des amandes , des pommes , des poires , des 
« oranges, etc. » 

ITINÉRAIRE DE 13ABEIN (jvjl? A NISABOUR ji_^L<.AJ . 

«De Babeïn à Darmoud ù^j\:>, lieu désert, 1 journée. 

«A Houndé iX^ya., citerne, 1 journée. 

«A Badan yliL, constructions voûtées et en ruines; puits, 
>< 1 journée. 

« A Deliek dlfta, sables; colline de terre rouge et dure; puits, 
« 1 journée. 

« A Ba'alik yiL_*_Lx^ , source peu abondante ; lieu inhabité , 
« I journée. 

«A Send Bend Ov\j »XjU,, fort ruiné, peu d'eau, 1 journée. 

«A Recbdad ilov^, lieu situé au pied d'une montagne, fort 
« où se trouve un puits, lieu désert 

«A Derné Àj,i (ou Derié *jji), petit village situé sur une 
« éminence, 1 journée. 

«A Nlmkethroud ijj_Â5C«y\ citerne, 1 journée. 

« A Korïn (jjjS', I journée. 

«La route d'ispahan à Korïn est dangereuse, peu habitée et 
« peu fréquentée à cause des déserts, des montagnes et des 
« voleurs qu'on est exposé à y rencontrer. 

« On passe par les lieux suivants : 

«D'ispahan à Andia »,.Xj) , montagne au milieu d'un désert, Keuiiki 107 verso. 
>< puits, 1 journée. 

«A Neder Sar^l-wj^Xj (ou Beder Sar jl_w j^_> ) , lieu désert, 
« puits, 1 journée. 

"A Afchout tyijl, citerne, 1 journée. 

' Le ms. A. porte i^yjSx Temkiroud. 



440 TROISIÈME CLIMAT. 

Feuillet 107 >(«o. „A Jaderan uijiij, montagne au pied de laquelle est une 
« source; repaire de voleurs, 1 journée. 

« A Badkhan Bad il (^^v, Heu ruiné et désert, 1 journée. 

K A Kliaïdidjïn yv=-.>ysi^, lieu dé.serl, source, 1 journée. 

« A Demindar ,loouo., source dans un bas-fond, 1 journée. 

" A Adan Bad il? ytJ^, 1 journée. 

" A Korïn tjjjS', 2 journées. 

" On peut prendre de Kliaïdidjïn (jvra.>wA_i. par Marsan yU.jU, 
« défilé de montagnes où l'on trouve de Teau dans une ca- 
« verne : 1 journée. 

'■ De là à Na'ïs (j*axj, 1 journée. 

« A Dema'dïn (jjj>jwi, fort de peu d'importance, 1 journée. 

« A Badmé iC«iL, source, 1 journée. 

.. A Hasckïn (jvX-«U., i journée. 

« A Bedrest ca-.;^, i journée. 

« A Cabresali *-«_^o, i journée. 

« A Nisabour ji^l--sj , 18 milles. 

ITINÉR.\IRE d'iSPAIUN A REl. 

D'Ispahan à Dallii j.li \ village, 1 journée. 

De là à Robat A'merj_«l£ tL,, « lieu aujovud'hui désert, mais 
« précédemment occupé par une peuplade qui veillait à la sûreté 
" du chemin. Il y a une citerne où s'écoulent les eaux d'un 
« ruisseau venant de l'occident. « 

Puis à Robat abi-Aly ben-Rustem fi<^j (jj ^^ jî laiy , 1 jour- 
née. 

A Derrah »Ja, place petite, mais forte, 1 journée. 

A la ville de Cachan yUt-, par des lieux déserts, stériles et 
dangereux, 2 journées. 



' La version latine porte Dalgc. . ,,,i,i )j.' 



■Hi- 



SEPTIÈME SECTION. 441 

A Cariet el-Madjous (j«>^I *j;j, '< village dont les habitants Ftu'Hct 
« sont ignicoles, « i journée. 

A Coum *j>, belle ville entourée d'habitations, i journée. 

« Le pays compris entre Coum et Cariet el-Madjous est par- 
>i semé de villages et de lieux habités. » 

A Kadj ^^^, « village à demi ruiné où l'on n'a que de l'eau de 
« pluie, » 1 journée. 

Par le désert, à Deïr el-Hissn (j-^aJi^i, « château-fort, bien 
" construit en briques et en plâtre , contenant des habitants et 
« une garnison, » i journée. 

A Dorza ij^s, «ville de grandeur moyenne, possédant une 
" mosquée, des édifices, des champs cultivés et de feau cou- 
« rante, » i journée. 

« (La route passe entre les montagnes dites Kerkech-Kouh 
•I ej.5'(ji.5^et Siah-Kouh «^S'ôU*»). » 

De là à Rcï i5j-ll, grande ville dont nous donnerons plus tard 
la description, s'il plaît à Dieu, i journée. 

Il existe une autre route d'Ispahan à Pieï, par le désert, pas- 
sant entre les deux montagnes dont il vient d'être question. A 
partir de Deïr el-Hissn (jAait jji , vous prenez à gauche à travers 
les montagnes; de ce lieu à Siah-Kouh «j-^j «Us- <«, on compte 

1 2 milles. 

(D'une montagne à l'autre l'intervalle est dô 17 milles.) 
Vous revenez ensuite, en prenant à droite, à Dorza «j^i, 

2 1 milles. ■ 

Et ensuite à Reï. 

Telles sont toutes les routes existantes dans ce désert. Après 
nous être efforcé de les décrire aussi bien qu'il dépendait de 
nous, nous allons passer à ce que la présente section embrasse 
de relatif au Sedjestan. Nous disons donc que les (principales) 

' La version laline poile ad civilatcm Kas 

56 



'lli2 TROISIÈME CLIMAT. 

Keuillei lo- verso, villes (le ccttc provincc sont : Zarendj ^jj, Kirouïeli *jj_^ . *'- 
Tâc jLkJ!, el-Fars u-^jlI!, Khawas o-'j-i-; Courra i^j, Djerra »j.=- . 
Bost', Zerdan y'iy, Zalecan yUJIj, Baghncïn (ji-UL, Darghacli 
jiiji, Derthel Jiji, Bechenk A *■&- ■ , Bendjewaï ^^\^j^, Kemk 
^, Gharia &j^, el-Cassr _^-iajJI , Chivva (i:_^, Esfendjaï^^l:^^^! 
et Hauiani -Ul»- . 
îiRExiij-. "La principale ville (du Sedjestan) s'appelle Zarendj gjj. 

« Elle est grande, bien bâtie, commerçante. Ses bazars entourent 
"la grande .mosquée. Ses faubourgs sont populeux et reniar- 
« quables par la belle construction des marcbés. La ville est en- 
" tourée de bonnes murailles et de fosses, ainsi que les fau- 

Fcuillei 108 recto. « bourgs. Lcs fosscs qui régnent autour des murs d enceinte 
« sont alimentés par des sources d'eau vive et par les eaux qui 
« excèdent les besoins de la consommation. La ville a cinq portes 
I' et les faid)ourgs treize ; ces portes sont enduites en argile 
« mêlée de vitriol, car le bois qui s'y trouve serait, sans cette 
■I précaution , exposé à être rongé et détérioré par les vers. La 
« grande mosquée est bâtie dans la ville , sur un terrain dont le 
« niveau est inférieur à celui du faubourg. Zarendj est arrosée 
» par trois cours d'eau , qui y pénètrent par trois portes diflé- 
" rentes, c'est-à-dire, 1° par la porte vieille jj-vajJI çjL, 2° par la 
" porte neuve >Xja4^ v^ ' •^° P'ir 1'' porte au blé ^,'jdiJI t_>Li . Ces 
« cours d'eau, de'peu d'importance, servent à l'arrosage des jar- 
« dins existant autour de la ville et â l'approvisionnement des 

' Variantes du ms. A. : o,Xi«. Iladda, o_«yji Dosl, |jli»_« Mewdan, |j„_C;i 
Dera'as, Jo Bel , viLJCij Teclikik, etc. Pour celles de la version latine, voy. p. i3.S 
de cette version. 

" Il est souvent question dans Slrabon d'un peuple connu sous la dénomination 
de Dranyi et d'une province dite Draiiqiiine qui, selon le sentiment commun, ré- 
pond à ce que l'on appelle aujourd liui le Sedjestan. D après la carte dressée en 
1 S34 pour le voyage de M. Bnrnes, la position de Zarendj répond à celle de la 
moderne Djelal-Abad. Voyez cette carte et la traduction française de Strabon, t. I\ , 
p. 367, et t. V, p. 98 et 99. 



^...^.,1 .^ i.AO lu; mii.RAii, 

o 



l)i; /.1'.jii;aii. 



SEPTIÈME SECTION. 445 

" hains. Le sol du pays est en général sablonneux et plal (on n'y i>uiilii wi8 recto 
voit aucune montagne), et le clmiat chaud. Il n'y tombe jamais 
de neige, mais des vents violents y soufflent avec une telle 
continuité, que, pour moudre le grain, on y a construit des 
moulins mus par cette force. Les habitants de ce pays sont 
constamment incommodés par le sable. 

'< Les cours d'eau qtii parviennent à Zarendj et traversent cette 
ville dérivent de l'Hindmend •yj^.yjjb , grand fleuve qui prend 
sa source dans les sommets du Ghaur^^JI', parvient aux li- 
mites du Rahedj zj et du pays de Deravvas (j».'»;^ (ou Da- 
warch u~j'jû), puis coule vers Bost i_»_**-j, longe les limiles 
du Sedjestan et se jette dans le lac de Derrab »,i Sjj^-. 
•• L'étendue et la profondeur des eaux de ce lac augmentent 
« ou diminuent selon l'accroissement ou la diminution de ses 
affluents. H y a sur ses bords des villages et des champs cul- 
« tivés. Son étendue, en longueur, est d'environ 90 milles de- 
puis Korïn (jjjS', sur la route du Kouhestan ylA*«Jij5' j^^Js je, 
jusqu'au pont de Kerman yUyS's^Àï, sur la route du Fars ^^ 
(j-jls ;>jj-l=- Ses eaux sont douces et on y pêche beaucoup de 
poisson. A l'exception de la partie de ses bords qui touche au 
K désert, toutes les autres sont habitées. 

" Quant aux cours d'eau qui dérivent de l'Hindmend <XÀ.«^i.(ti, 

ils se répandent sur le sol de la contrée qu'ils traversent, et il 

n'en parvient aucune partie dans le lac. 

"Le Sedjestan comprend, indépendamment de Zarendj, di- 

« vers autres lieux, dont le territoire produit en quantité du 

1 blé, des dattes, de l'encens yU.XSi ■' et du raisin, et dont les 

' Ces montagnes, indiquées sur les caries sous le nom de Glioor ou de Gaui, 
paraissent être les anciennes Paropaniisadcs. Voyez d'AnviU'c, Gioijrapliw uiincnnr , 
I. II, p. 291. 

' C'est celui qu'on appelle aujonrd'luii lac de Zerrali. Vov. ( i-dtssus p /i3/t 

^ Cette particularité est omise dans le m». B. 

56. 



444 TROISIÈME CLIMAT. 

Feuillet 108 recto. „ habitants vivent dans l'aisance et vendent à crt-dit l'excédaut 
« de leurs récoltes. Ce pays est borné, du côté du midi, par 
« le district de Balis (j«>hs-!^ ï^-f--^, situé entre le Scdjestan et 
« le district de Sind OouJ! Hi^^'j , qui a pour capitale Siwa ^y^r^, 
" bien que le gouverneur réside dans un lien nonnné el-Cassr 
«jMiÀl\ , à deux journées de la ville. 

« Raliedj gj ( ou Radjani ^ ) est le nom d'une province , 
" (<>_l-il, dont les deux villes principales sont Bendjewaï ^^^^^ 
« et Kehek J^-^X Cette province est située entre celle dite el- 
«Dawarjjii' et Balis ^r-^iJl; . El-Dawar est un pays fertile, 
« limitrophe d'el-GhaufjijjiJI , de Baghneïn (jv^^L, de Kliilkh ^^^ 
« de Bechenk JuUio, et d'oii dépend la ville de Bek viL et celle 

« de Darghach (ji èji, l'une et l'autre bâties sur les rives de 

« ITIinduiend. « Quant à Baghneïn, à Khilkh et à Bechenk, ces 
« pays confinent avec le Ghaur. » 

« Les Khilkhs ^...i- (ou Khildjis ^>-à-) sont des peuples de race 
« turque, qui, dès les temps anciens, parvinrent aux frontières 
" de l'Inde et à celles du Sedjestan et du Ghaur. Ils descendirent 
« dans ces contrées, les cultivèrent, les fertilisèrent et y éta- 
« blirent leurs demeures. Ils possèdent des troupeaux de mou- 
« tons, des bœufs, des chevaux et toute sorte de biens en 
« abondance, et ils ont conservé le costume et la physionomie 
« des Turks ". 

« Parmi les villes situées dans les environs de Zarendj, on re- 
« marque el-Tàc ,jLlaJI, à une journée de distance de Zarendj, 
« sur la droite du voyageur qui se rend dans le Khorasan. Elle 

' Le nis B. porte i!»»- 
^ Voici le texte : 



SEPTIÈME SECTION. 445 

« est petite , mais bien peuplée et entourée d'un territoire fertile 
" et produisant beaucoup de raisin et de fruits qui servent à la 
« consommation des habitants du Sedjestan. 

« El-Fars u-)JJt est une ville de grandeur moyenne, ceinte de 
« murs et possédant des marchés. C'était autrefois la résidence 
« de Rustem le Fort et la capitale de son royaume. On y voit 
" encore les vestiges du lieu où l'on attachait ses chevaux'. Cette 

o 

« ville est entourée de villages et d'habitations et située à une 
« journée de distance de Sedjestan (c'est-à-dire de la capitale 
« du Sedjestan), sur la gauche du voyageur qui va à Bost i_*«^. 
« Khawas w^^' est plus grande et mieux bâtie qu'el-Fars 
« (j-j_iJI ; entourée de murs en terre, elle possède des bazars 
« où l'on fait un bon commerce et où l'on peut se procurer 
« toute sorte de marchandises. Khawas est à une journée d'.el- 
« Fars, sur la gauche du voyageur qui se rend à Bost, et à un 
" mille et demi de Caraa' a_cjIs. Son territoire est bien peuplé, 
« bien cultivé, couvert de palmiers et d'autres arbres produi- 

I sant des fruits en abondance, arrosé par des ruisseaux et des 

II canaux. Ses haljitants vivent dans l'aisance. 

Il Djerra »;.=- est une ville dont les dépendances touchent à 
11 celles de Courra iiyi^, dont elle ejt éloignée d'une journée en- 
11 viron, à droite du voyageur qui se rend du Sedjestan au Kho- 
" rasan. Ses dépendances sont agréables et leur étendue est à 
11 peu près égale à celle des dépendances d'el-Fars (j-ylli . 11 y a 
11 beaucoup de villages, d'habitations et de lieux cultivés et fer- 
11 tiles. Les maisons sont construites en pierre et en argile; on 
« y boit de l'eau amenée par des canaux. 

xmijj iajj^ jj] tHj *J5^ )!ij «XjiX.iJi /<v.»«j «!i jjk«>Jl i_j>JL<«< i ^J^ ^j 

' Les caries anglaises portent l'inrlication iliine ville du nom fie Khoos. 

' En atlnieltanl le déplacement d'un point diaciiliqiie, on retrouverait ici le nom 
de la ville de Furrali , située par 3i° âo de latitude et Sg" lo de longitude à l'est 
du méridien de Paris. 



Feuiilt;t loS recto. 



Feuillet I o6 verso. 



/|i'i6 TROISIEME CLIMAT. 

Feniliei loS verso. «De DjeiTa à Sedjestan, on compte 3 journées, et à Courra. 
« 1 journée. 

" Djerra est située entre cl-Fars et Courra. 

" Cette dernière ville (Courra Sji) est plus grande que Djerra 
' et qu'el-Fars. Elle est jolie, ceinte de murs en terre, bâtie 
« sur un terrain plat; les maisons y sont construites en argile; 
« son territoire contient près de soixante villages; on y recueille 
" des dattes, du raisin et toute sorte de fruits en abondance. 
« Il ^st traversé et arrosé par une rivière qui porte le même 
" nom que la ville, et dont l'excédant des eaux se jette dans 
« le lac de Derrah ôji ïy*^ , situé à une journée de distance. 
« Non loin de Courra' e.st une ville dite Bcli aj, et (également) 
« connue sous le nom de Rahedja »^\j . Cette dernière ville est 
'■ de peu d'Importance , à peu près aussi grande et aussi bien 
« bâtie qu'el-Fars; mais il en dépend im territoire considérable, 
« des villages et des champs produisant du raisin et du fruit en 
« quantité. Elle est située à 2 journées de Bost ^-v-*.._> . Le nom 
« de la première station est Firouz'Bend sJljjj^-, et celui de 
« la seconde, la rivière de Sarwan ^^jjjwj-^, pavs qui touche 
" au DawarjjloJl et au Bahedj s^i . 

« Quant à la ville de Zalecan yUJipI , située à une journée de 
" Bost c:^*»o , elle est bien peuplée , entourée de murs , pourvue 
Il de marchés, d'eau courante, de vergers, de palmiers, de vignes, 
« de champs cultivés, de pâturages et de troupeaux; elle est à 
« peu près de la même étendue qu'el-Fars; la plupart de ses 
1 habitants sont tisserands, et leur principal commerce consiste en 
« étoffes qu'on vend et qu'on exporte au loin en quantité con- 
" sidérable. Les maisons sont construites en briques cl en ar- 
" gile. 



Lp ms. H. porte : » à iinr; foite journée sur la frontiirc du (Icserl. » 
L'()nrnlal Geography, p. -.ioS el 210, porte Fironzineml 



SEPTIÈME SECTION. 447 

<> Sarwau ^\jj^ ' est une ville petite, entourée de murs et dont feuillet los verso. 
" les maisons sont construites en argile; elle est moins considé- 
« rable quel-Fars, et elle portait autrefois le nom de Firouz- 
« Bend -xàj 3^,^ (ou Firouz-Mend .xà-oj^^j). Elle est située à la 
« droite du voyageur qui se rend à Uahedj sj; son territoire 
" produit du raisin, des fruits, des céréales et, en particulier, 
" du bendj ^"; il est arrosé par des eaux courantes. » 

« Keles ^yJé est également une ville de peu d'importance , 
11 mais entourée de murs, commerçante et industrieuse. Ses ha- 
« bitants sont artisans et voyageurs. Ils exercent pour la plupart 
« le métier de tisserands. De là à Zarendj ^jj, on compte 
« 90 milles. Keles est sur les bords de l'Hindmend et sur la li- 
« sière du désert. Il y a quelques cultures dans ses environs. " 

ITINÉRAIRE DE SEDJESTAN A HÉRAT '\ 

La première station se nomme Kerkouïa xi^jS^. 

De là à Dostar j.i«i, où l'on passe, sur un pont, un cours 
d'eau dérivé de l'Hindmend , 1 2 milles. 

A Djouin (j-j^-=-, village, 1 journée. 

A Ansant cj^à^mj! , 1 journée. 

A Kerkara ijSyS', 1 journée. 

A Chfirchek liLw^, 1 journée. 

Au pont sur la rivière de Courra, 1 journée. 

De ce pont '' au fort de Derrah «j5 , sur les bords du lac dans 
lequel se jette l'Hindmend, 1 journée. 

De Derrah à Kouskian ^\^^, 1 journée. 

' Li's caries indiquent une ville du nom de Saravvan environ à 60 lieues au 
sud-esl de 1 Ilindmcnd. 

" Sorte de racine employée comme soporilique, el. plus généralement connue 
sous Je nom de beng dLu- 

' Pour les variantes des noms de lieux, voyei la version latine, p. i33, 1 3/1 et i35. 

' Le ms. B. porte de Courra. 



446 TROISIÈME CLIMAT. 

Fcuilici .08 verso. A Djachan yUU-, lieu qui dépend du Asfaran yl;X«,i!l , dans 

le pays de Hérat, 1 journoe. 

De là au canal Sari j^j— , 1 journée. 

A la montagne noire ij^i)! J-s=-, 1 journée. 

A Djidnian jjU.X3-, 1 journée. 

A Hérat i]jJ>, 1 journée. 

ITINÉRAIRE DE SEDJESTAN A BOST '. 

A Zinoun yj-vj, 1 journée. 

A Sirouroun y^jjy-", village florissant et résidence royale, 
1 journée. 

Haroura isj}j^> idem, 1 journée, 

On traverse, dans l'intervalle, la rivière de Belechk dUX^^ 
sur un pont construit en briques. 

A Dehek Jjii, lieu fortifié dans le désert, 1 journée. 
A Ab Cbourj_y^ v'' ' journée. 
A Kerourïn (^jjj^, lieu fortifié, 1 journée. 
A Hafcbian yUÀia, idem, 1 journée. 
Feailiei 109 recto. A Robat Abdallah AM1J.A6 Lly, idem, 1 journée. 
A Bost i^j^ , I journée. 

ITINÉR.URE DE BOST A GHARIAH *J^'. 

. Du côté du sud-est^ de Bost t>_-^ à un fort dit Firouz j^y^, 
« 1 journée. 

« A Ma'oun tjyt», lieu fortifié, 1 journée. 
"A Kirj^, 1 journée. 

' La latitude de Bosl, d'après la carte d'Arrowsniilli, est d'environ 3i° 5o . 

' Les manuscrits portent ikjjÀ Gliariah , ib^ Gliaria et &j.X* A'dia. Les autour» 
de la version latine ont lu Araba. Je pense que la vraie le<;on est Àj^ Ghazna ou 
^■yfr Gliizni. 

' Le ms. B. , feuillet 16A recto, porle Ljy^ "^"-^ "^ ' ''" '^"'"^ '^" '"''" 



SEPTIÈME SECTION. 449 

"A Rahedj Zj, l journée. Feuillet u.g nclo. 

" Rahedj f^^, ville qui se nomme aussi Bendjevvai ^^Ij^^y, csl 
« l'une des principales des pays de Dawar jji^JI ' el de Balis 
« (j«JL; il y a des marchés très-fréquentés pour les grains, les 
« hestiaux et toute sorte de productions avantageuses. Le pre- 
'< mier de ces pays (le Dawar j^i^Ji) est très-fertile, et il est 
« considéré comme une frontière fortifiée du côté du (jhaiir 
« jyi]|, de Baghneïn tj-À^l», de Khildj Aii- et de Bechenk AtA-i. « 

De Bendjevvai à Mekin-Abad, i journée. 

De là à el-Aouc (jj^i, village, i journée. 

A Djeïkel-Abad ili JSyis- , i journée. 

A A'ziVjjj^, 1 journée. 

A Djabost o>.-*jU-, station, i journée. 

A Houma f^ya~ , i journée. 

AHabesanyUoU-, première limite dupaysdeGharia, \ journée. 

A Djesradji 5l_j->«^=- , i journée. 

A Haroua i^i^., bourg peuplé, i journée. 

A Gharia a^js- (ou plutôt Gliazna^), i journée. 

« Cette dernière ville est belle et populeuse; elle possède de 
« nombreux marchés et fait un commerce considérable. » C'est 
par là qu'on entre dans l'Inde. En suivant cette route , et en venant 
de Bendjewaï ^^y^i>~i , si vous voulez, vous pouvez, en prenant à 
droite, vous rendre à la ville de Balis u-Jl, située à l'extrémité 
du désert. De Bendjevvai à Robat el-IIadjar^^ ^^j, on compic 
1 journée. 

De là à Robat Kankar jXiS'tsLj , i journée. 

De là à Robat Ber^j Llj, i journée. 

De là à Esfendjaï (^W.jL«I , i journée. 

Distance totale de Robat el-Hadjar à Esfendjaï, 4 journées. 

' On trouve en effet, sur les cartes anglaises, une contrée indiquée sous la déno- 
mination de Zemin Dewar. 

' Voyez la noie a. p. àltH ci-dessus 

57 



450 IKOISIEME CLLMAT. 

Keuilld i.igiecto. Ccttc deruièrc place est très-forte; elle est entourée de 

champs cultivés et possède des troupeaux. Non Ipin, à 3 milles 
de distance, est el-Cassij-iaJiJI, chàteau-fort. D'Esfendjaï à Sari 
^5J-., place forte, bien habitée et située à l'extrémité des déserts 
(lu Sind JvÀ*JI j^U-o, i journées. 

Le pays produit de Tassa faetida (^^.jsJJI de qualité supérieure, 
et on en recueille en quantité prodigieuse. 

De Bendjewaï à Kehek J^-^.-'Si . en se dirigeant vers l'orient. 
.S milles. 

De la ville de Bost à celle de Sarvvan, également vers 1 orient. 
2 journées. 

<■ Sai'wan ^J^iJ^ ' est une ville jolie, entourée de murs, riche 
« et commerçante. » De là, "en prenant au nord, jusqu'aux bords 
(le rilindmend, i journée. 

Après avoir passé ce ileuve, on parvient à Derthel Jo,i, ville 
située sur ses bords , « d'un aspect agréable , forte par sa posi- 
« tion ", possédant des bazars d'une construction solide où l'on 
< se livre au négoce et où l'on trouve d'abondantes ressources. - 

De Derthel à Darghach (jilsji, » en suivant les bord du fleuve, - 
I journée. 

" Darghach ,jil*;i est une ville jolie, bien bâtie, entourée de 
« murs et faisant constamment du commerce. Elle est située sur 
1 les bords de l'Hindmend^ L'une et l'autre de ces villes font 
« partie du pays de Dawarj^ïi. De Derthel J — Sji à Baghneïn 
« (jvi*L; , à travers les tribus de Bechfink >iUiiw> JoUi i , on compte 
I journée. 

« Hach yil». est une ville dépendant du Bechenk iiU<Ssj, grande, 
"populeuse, non entourée de murs, mais défendue par une 
■> citadelle. » 

' NoUc uuleiii- a dcja parlé d'une ville île ce nom. \'oyez ci-dessus, p. Ità"/ 



SEPTIÈME SECTION. 451 

De Hérat cjjyn, ville dont on trouvera plus loin la description , FeuiiUi ...;, i>cto. 
à Bourcndjan {J^jy -, ville du Khorasan, «possédant des niai- 
" rliés, des bains et des édifices contigus, » on compte S jour- 
nées. 

De là a NisaLoiUjjjl«*Aj (ou Nichapour), 6 journées. 

« Cette dernière ville est située dans une plaine ; il n'y a d'aut ic 
« eau courante que celle d'un ruisseau qui larit durant une 
" partie de l'année et qui n'est qu'une dérivation des eaux de 
" Hérat. Dans la campagne, on sème des légumes. Nisabour 
« égale en étendue la moitié de Merw jj-« '. 

Quant à Sarakhs ^ — i.^—^, elle possède im sol Certile et lui 
climat tempéré. « Cependant elle n'a point un territoire ni des 
« dépendances considérables. Les habitants de ces campagnes 
« s'entendent parfaitement au choix et à la production des bonnes 
« races de chameaux ; ils boivent de l'eau de puits et font moudre F.uii|, t .oy verso. 
« leurs grains au moyen de manèges mus par des bêtes de 
« somme. Leurs maisons sont bâties en argile et en bri(jues 
« cuites au soleil. » 

De Sarakhs ^y,J^j^ à Hérat »lyi>, en se dirigeant vers le sud- 
est, 5 journées. 

De Sarakhs à Bourendjan ij^jyi, tx journées. 

De Bourendjan à Baïand «XiUj, 5 journées, savoir: 

De r)f)inendjan à Malin j^JU, qu'on appelle aussi Malin Kona- 

' Celle (lescriplion fie l'aiicienne capitale (lu Miorasan it|ioik1 peu à l'idée iiui' 
ilonnent de l'imporlance de Nisapour la phiparl des géographes orienlaux. Ou lil 
daus le ?\oihul el-Coloub (mss. persans de la Dibliothèque du roi, n° 127, p. 22^) 
que les eaux nécessaires à la consommaliou de celle villi' proviennent d'une liaule 
montagne située à deux parasanges à l'est de la ville, cl que sur cet espace de 
terrain la force du cours d'eau est telle qu'elle fait lournei' quarante moulins. Voici 
le texte du passage doni il s'agil : 

57. 



C4IS. 



452 TROISIEME CLIMAT. 

Feuillet 109 verso, kliour jj^.^\^ yJU, et qui DG dépend pas de Hérat, i jour- 
uée. 

De Malin à Haïman Jx^, territoire vaste et bien habité, 
I journée. 

De Haïman à Sikian ylsiy»., i journée. 

De là à Baïand .xjUj, i journées. 

« Cette dernière ville, plus considérable que Kliour j^. est 
" cependant petite. Ses constructions sont en argile; ses mar- 
« elles sont constamment ouverts; des champs cultivés et des 
« villages en dépendent; les eaux y parviennent au moyen de 
« canaux d'irrigation. » 

De là à Canein tjvjlï' ou Gain ^^\>, i journées. 
cASEiN " Caneïn est une ville florissante et peuplée , ceinte de murs 

°" a en terre et construite en argile; il y a un château entouré 

« d'un fossé et une grande mosquée; ce château est le siège de 
« l'administration; l'eau est amenée dans la ville par des canaux; 
« il y a peu de jardins et les villages sont clairsemés. Cette ville 
« est à peu près de la même importance ((ue Sarakhs uhJ>~j^\ 
« c'est la capitale du Kouhestan yU-.jtijJ'et du Houma a^y^ . A 
« deux journées de distance de Caneïn, sur la route de Nisa- 
« bour, on trouve l'espèce d'argile dite tïn el-mehadji ^.Lii t^, 
« qu'on transporte au loin pour être mangée : elle est fl'une 
« blancheur éblouissante. » 

De Caneïn ^L- à Zouzan y'ji,, «ville considérable, forte, 
« populeuse et commerçante , » 3 journées. 

ITINÉRAIRE DE ZOUZAN A HERAT. 

De Zouzan à Kharkara »J^j^ , jolie petite ville , i journée. 

' La version iarine porte Babeïn, mais nos deux inanuscrils sont d'accord sur 
l'orthographe <pie nous transcrivons sans en garantir l'exactitude. Presque toutes 
Ifs cartes porleni Rayn: M. Ouscley lit Kaein. \oyez l'Oriental Cnography, p. 223 



SEPTIÈME SECTION. 455 

De là à Carkerda »i>S^, place forte, mosquée, bazar, 2 jour- Feuiiiei 109 veiso. 
nées. 

Puis à Bousih fi^y^ (ou Bouchindj ^-i^), ville, 2 journées. 
Puis à Hérat i\jJ>, pay.s dont nous donnerons plus tard une 
ample description, s'il plaît à Dieu, 1 journée. 

De Caneïn à Tubbus (j«j^, on compte 3 journées. 

Tubbus ij^-sL' est plus considérable que Baïand et plus petite ilbeis. 

que Caneïn; c'est un pays chaud où croît le palmier; » il y a divers 
« édifices, un mur d'enceinte en terre; les maisons sont égale- 
'■ ment bâties en argile, et les eaux y sont amenées au moyen 
« de canaux; il y a plus de jardins qu'à Caneïn, mais il n'y a 
« point de château. » 

De Tubbus (j^-st à Khourj,^, «petite ville située à l'extré- 
« trémité du désert qu'on nomme désert de Houseb v^-^^^ jj^> 
« 2 fortes journées. 

« De Khour ji^ à Houseb <-»*•>=*■ > 2 journées. 
" De Caneïn (^\i à Khour, 2 journées. 

" KliourjjjB. est une ville moins considérable que Tubbus; les 
maisons y sont construites en terre; il n'y a ni fort, ni châ- 
« teau; les jardins et les plantations de palmiers y sont rares; 
les eaux y parviennent au moyen d'aqueducs construits en 
« pierres"". Houseb v'-û'j^ "^st plus grande que Khour; il y a une 
mosquée et une chaire pour la kiwlba, de beaux bazars, et on 
y fait beaucoup de commerce. 

" De Houseb à Korïn (jjJ^, ville ou plutôt gios bourg sans 
murailles, environné d'un vaste territoire, environ ,3 jour- 
nées. 
» De Korïn à Tubbus (j»-sL, 1 2 milles. « 
Au nombre des villes du pays de Nisabour, il faut compter 

' Nous suivons l'orthographe donnée par les cartes d'Arrowsmilh et de Kinneir. 
' Le texte porlo : ^-J M^j^,^ j^ ^i ^ Jjjl Jsi.Jv U>jU ■ 



fiS'i TIIOISIÈMK CLJAfAT. 

Feuillet 109 verso, cellc de Bai'cliïn (jv-^y-j', qui est florissante, bien peuplée, en- 
tourée de murailles très-fortes, de fossés et de jardin-s. «dette 
« ville commerçante est sittiée à li journées de Nisabour et <i y 
- de Baïand, dont il a déjà été question. >■ On se rend en effet 
de Harchïn à Kaïderm ^j.y.j^ en une journée; puis à Haïand. 
" Kaïderm est un lieu de marché, hien |)euplé et tortille. ■ De 
Zouzan yljjj, ci-dessus mentionnée, à Savvahek >iLAjL« (ou Sa- 
wamek viL«^U«), sur la gauche de Sikian ^^a^ -L-o ^. y joiu-- 
nées. 

De Sikian à Baïand JOul?, 2 journée.s. 

La distance totale qui sépare Caneïn (j^jis de Nisabour ^^ju^j 
est de 10 journées. "En effet, de Nisaboui- à Malin (^JU, on 
" compte 4 journées. 

"De Malin à Sikian, 2 journées. 

" De Sikian à Baïand, 2 journées. 

" Et de Baïand à Caneïn, 2 journées. 

" Total, 1 journées. 

"De Nisabour à Zouzan ij^jjj, on compte également 10 jour- 
" nées, savoir : 

" De Nisabour à Malin, 4 journées. 

• De Malin à Sikian, 2 journées. 

«De Sikian à Sawahek liLftjL», (ou Sawanick >iL«.U«), 2 jour- 
" nées. 

" Et de là à Zouzan, 2 journées. 

" Total, 10 journées. 

"De Barchïn à Hasikïn (j. •^ ..ij», petite ville possédant une 
" mosquée et une chaire, des champs cultivés et des édifices 
" contigus, 4 journées, 
ivuiiiet iiorecio " De là à Nisabour, 66 milles. 



Je soupçonne qu'il s'agit ici deTurcliiz. ville siluce entro Tubbus et Nicliapoiir, 
mais les deux manuscrits et la version s'accordent cl portent Barcliin. 



SEPTIÈME SECTION. 455 

" De Caneïn à Barchïn, 5 journées. Feuiilit >io recto. 

"De Barchïn à Baïand, 3 journées. 
'< De Barchïn au village de Salem L.w iojji, 6 journées. 
« Ce village est situe clans le désert dont nous avons déjà fait 
» mention. • 



456 TROISIEME CLIMAT. 



HUITIÈME SECTION. 



Suite du Sedjeslan et du Khorasan. — Nord de l'Inde. — Dawai. — Gliaur. — 
Gliaria ou Chaîna. — Kaboul. — Hérat. — Bousih ou Bouchindj — Merw el-Roud 
— TeJecan. — Le Djihoun ou l'Oxus. — Termed. — BalLh. — Bamian, — Badakli- 
chan. — Saghanian. — Wasdjerd ou Wasgherd. — Nasef. — Montagnes de Bptm. 
— Bikind. — Ouch. — Casan. 



Feuillet loi recto'. Cette huitième section contient ce qui nous reste à décrire 
(lu Sedjestan jusqu'aux limites du pays de Namian yU-<l>" et du 
Ghaur _yjtJl qui sont situées vis-à-vis de cette province, et de 
plus la description des pays de Badakhchan yLi.â.Ov, de DjiP 
Jyts-, de Balkh ^, de Hérat »!^, de Merw^_^; le reste du 
Khorasan yU.!^ jusqu'à l'autre rive du Djihoun ^Jys:><s>■ (l'Oxus); 
les pays de Boukhara ^j^ , de Samarcande .yja^-tm, d'Osrouchna 
ïUàIjj-».!, de Fcrghanah ajUjj; le Tibet o^juJI; et ce qui, dépen- 
dant du Chach jiiU; * et du Farah cjîjls, touche à cette der- 
nière contrée (le Tibet). Il existe dans ces divers pays un grand 
nombre de villes, de places fortes, de lieux florissants et peu- 
plés. Nous en parlerons, .s'il plaît à Dieu, en suivant la même 
méthode que nous avons adoptée dans les précédentes sections. 
"*"'*"• Nous disons donc que la partie orientale du Sedjestan con- 

fine avec le Ghaur, et que la province qui touche au Ghaur se 

' A partir du feuillet 107 jusqu au feuillet 120, lems. A. est d'une écriture dont 
les caractères, d'une époque plus récente, ne sont point arabes-africains. 
' Il y a tout lieu de croire qu'il s agit ici du pays de Bamian 
' Le man. A. porte J- ■i! iyo 
* Ou (i«l^. d'après le même manu-cril. 



HUITIEME SECTION. 457 

nomme le Dawar jjl jJI \ «Cette province est vaste, riche et Fcuiilei uo reno, 
fertile; c'est la frontière et la ligne de défense jLS du côté 
du Ghaur, de Bagneïn cjJ^*?, de Khilkli ^,^, de Bechenk 

A À A > et de Hacl) |jil=>-. Baghneïn est un pays agréable, 

fertile et abondant en fruits; de là à Derthel Jûji, on compte 
1 journée à travers les tribus nomades des Bechenks wiLuio. 
Derthel est une ville située sur les bords de l'Hindmend et 
l'une des principales du Dawar. On y remarque des édifices, 
des champs ensemencés; niais elle n'est point entourée de 
murs. Du Dawar dépendent aussi les villes de Bek ii).j et de 
Badghich ^J;^iJv', dont il a déjà été fait mention. Le pays est 
habité par une peuplade nommée Khilkh Ai.. Les Khilkhs 
sont des gens de race turque , qui , dès une époque reculée , 
envahirent cette contrée, et dont les habitations se sont ré- 
pandues au nord de l'Inde , sur les flancs du Ghaur et dans une 
partie du Sedjestan occidental; ils possèdent des troupeaux, 
des richesses et divers produits de l'agriculture; ils ont toute 
l'apparence des Turks, tant sous le rapport du vêtement, des 
traits caractéristiques et de toutes les habitudes, c[ue sous ce- 
lui de la manière de faire la guerre et de l'armement; ils sont 
pacifiques, ne font et ne pensent lien de mal'. " 
On traverse le fleuve à Derthel pour se rendre à Sarwan 

' C'est ainsi qu'il faut ccrUtinement lire, el non Rawar. Voyez ci-dessus, p. àà<)- 
" Ou plutôt Badgliis. \oyez l'Histoire des Mongols, tome I, page 2/^2; Briggs. 
Hislory of the mehometan potccr lu India, tome I\', page 611, etc. 
' Voici le lexle de ce passage : 

jB.-.|^JL)j^ J^[^ jj^j i±ij.:>~ j («^'j (*^l>""' '7''-^°' l^i ^^^j-*^^ u-''->'~^ ■^^ 

58 



458 TROISIEME CLIMAT. 

Kciiillci iio recto, yl^^ , ville situéc à une journée de distance, « d'ane grandeur 
n médiocre, mais florissante et peujjlée, dont dépendent des 
« villages et un territoire qui produit toutes choses avec abon- 
« dance. Sarwan est plus considérable qu'el-Fars (j.j-j»JI et plus 
" riche en fruits et en productions de tout genre; le raisin qu'on 
" y recueille est transporté à Bost i.>-«»j , ville située à 2 jour- 
« nées, en passant par Firouzend ^^^, bourg bien peuplé, 
•< possédant un, marché dont l'importance est en proportion avec 
« celle du lieu; ce bourg (Firouzend) est situé sur la droite du 

" voyageur qui se rend dans le Rahedj sj Il , province dont la 

« vdle principale est Bendjewaï ^^\ys^^, dont nous avons fait 
« mention et qui se trouve sur les limites du Sedjestan, vis-à- 
■' vis de Derthel J-Sji. Sur la rive méridionale de l'Hindmend est 
'• Roudhan y'ijy, ville petite, mais florissante. Quant à la ville 
« de Bek Jo, elle est limitrophe du Ghaur et est également de 
« peu d'importance. 
emiB. " Le Ghaur ^j-«-!' est une contrée montagneuse et bien ha- 

« bitée, où l'on trouve des sources, des rivières et des jardins; 
" cette contrée est facile à défendre et très-fertllc ; il y a beau- 
« coup de champs cultivés et de troupeaux; les habitants parlent 
« une langue qui n'est point celle des habitants du Khorasan et 
■< ils ne sont pas musulmans. Les pays circonvolsins du Ghaur 
«j^-iJl sont : les dépendances de Hérat i^i^^, le Djouzdjan 
" o^=-j^^> le Carawat »j!y> -yJo, le pays de Daoud ben-i^J^bas 
« ^ll« (jj ijli <xX), le fort de Kerwan y'.ç^S'JsL) et le Ghurdje.s- 

Feuillei iio verso. " tan yUu.0-^'. Ccs pays sont en général fertiles et la popula- 
« tion y est musulmane. La majeure partie des esclaves qu'on 
<• tire dxi Ghaur est menée à Hérat et dans le Sedjestan, car les 
• liabitants des contrées voisines dérobent et emmènent chez 
« eux les femmes et les enfants. 

' La plupart de ces noms de lieu ctanl écrits sans points diacritiques dans le 
nis. A, nous suivons le ms. B. 



HUITIEME SECTION. /i59 

"De Bendjewaï à Ghana iiijs-\ on compte g journées, en se i>iiiiiei mo verso. 
« dirigeant vers l'orient; savoir : de Bendjewaï à Mekïn Alind 
« il! yvC», 1 journée. 

' De là à Robat el-Aouc ^^i)! LL^, i journée. 

•' De là au fort de Djeïkel AJjad ^L! JSLve-JoLj, i journée. 

•■ De là à Cariai A!zizjjys. *jj.î, i journée. 

« De là à Haset ca^U», i journée. 

« De là à Cariât Houma A-«ja- ».jjj, i journée. 

« De là à Cariât Habsan yU<oU- «vjj» (ou Djabestan yU-wolr»), 
Il première dépendance de Gliaria, i journée. 

<. De là à Djesradji gl^^ >» - — (ou Djeradji g!^.i>), i jour- 
Il née. 

« De là au fort de Hedwa I^Jv* ipL,, lieu bien peuplé, i jour- 
« née. 

" De là à Gharia, i faible journée. 

" Gharia ihjs- est une belle et grande ville entourée de inu- 
« railles en terre et d'un fossé; il y a beaucoup d'édifices bien 
« habités et des marchés permanents; on y perçoit les contri- 
11 butions et on y fait beaucoup de commerce; cette ville e.st 
« riche et c'est l'un des entrepôts de l'Inde «xà.^! i^jj. Au terri- 
« toire de Gharia confine celui de Kaboul JoK, qui est située à 
" 9 journées de distance. 

« Kaboul J — 1^, l'une des grandes villes de l'Inde, est une 
« place forte entourée de murs; il y existe, dans l'intérieur, une 
«bonne citadelle, et au dehors divers faubourgs. Les rois (de 
« la contrée) ne jouissent complètement du droit de souverai- 
" netc qu'après avoir été reconnus rois à Kaboul. S'ils se trouvent 
« absents de cette ville, il faut absolument qu'ils y viennent 

'■ Le vas. A. porte A'dia *jJ»* et le ms. B. Gharia ^^; ninis ni l'une ni l'autre 
(le ces leçons n'étant satisfaisante, et le déplacement des points diacritiques per- 
metlaiit de lire Gliazna iijyi. je propose, ainsi qu'on a pu le voir ci-dessus p. 4iS, 
d'adopter celte dernière leçon. 

58. 



GIIARLV 

OU 
OIIAZVA. 



460 TROISIÈME CLIMAT. 

Fcuiiiei lio verso. « pour y êtic investis de l'autorité royale'. A Kaboul, à Khouriab 
« lAi^ (ou Khouïab ol.^), et à Sekarend Jvj,IsC«, (ou Seka- 
« wend vXjjlsCw), le climat est cbaud; cependant le palmier n'y 
•< croît ])as et il y tombe de la neige en hiver'. Sekarend >yjj^ 
" est une ville florissante, peuplée, riche et commerçante, située 
" à 7 journées de Kaboul et à 7 journées de Kliourïab. » 

ITINÉR.URE Di; P.\yS DE GHALR A HEhAT. 

Après avoir franchi la frontière du Gliaur, on rencontre, à 
une faible journée, la ville de Housab 4...»--^ . 

De là à Auca ii-ij! , jolie ville entourée de murs en terre, 
2 journées. 

Puis à Marabad iljljU, « petite ville, comparable en grandeur 
« à Malin (jJU , environnée de quelques jardins et de cultures , » 
I journée. 

De là à Astar Abad il! jbu«l , « ville moins grande que Ma- 
'< lin, située au milieu des montagnes, avec beaucoup d'eaux 
« vives, quelques jardins, quantité de champs cultivés et de 
» vignes sur les coteaux; 1 faible journée. 

De là à Badjitan yUys=-l (ou Nadjitan ybL«»b), «ville à res- 
" sources abondantes et d'une étendue considérable, » 1 journée. 

De là à Nachan yU;b, «jolie petite ville possédant des bazars 
« et des fabriques, » 1 journée. 
iiÉMT. De là à Hérat i^jJ>, 1 journée. 

«Cette dernière ville est grande et florissante; elle est dé- 
« fendue à l'intérieur par une citadelle , et à l'extérieur en- 

' Voici le texte arabe : 

La même particulariti'' se retrouve dans l'Oriental Geogniphy, traduite du persan 
par M. VV. Ouseley, p. 22G. 



HUITIÈME SECTION. 461 

vironnée de faubourgs; il y a un grand nombre de portes 
toutes en bois revêtu de fer, à l'exception de la porte dite 
Bab Sari ^j-w >^l , qui est entièrement en fer. La grande mos- 
quée qu'on remai^ue dans la ville est située au milieu des ba- 
zars ; la prison est vis-à-vis ; celte mosquée est vaste et d'une cons- 
truction élégante; elle est desservie par un grand nombre de 
prêtres et de docteurs musulmans. Hérat est un point central 
de communications, iU»^', entre le Kborasan, le Sedjcstan et 
le Fars. Il y a, à 6 milles de distance sur la route de cette 
ville à Balkh Aj, une montagne entourée de déserts dans la 
direction de Asfaran y!^_jL^t; cette montagne n'offre aucune 
ressource soit en bois, soit en pâturages, mais on en extrait 
des pierres de moulin et des dalles pour le pavage des maisons. 
Les jardins qui embellissent les environs d(! Hérat s'étendent 
à une joui'née de distance sur la route du Sedjestan, le long 
de la rivière. 

«Avant que Hérat devînt ce qu'elle est aujourd'hui, on s'ar- 
rêtait de préTérence dans un lieu nommé Kbarachan Abad 
ill yUii^ , situé à environ 9 milles de cette ville sur la route 
de Bousih ^^^', à l'occident de Hérat. Ce lieu contenait des 
maisons construites en terre, un château - fort , une grande 
mosquée, et les habitations s'étendaient sur un espace d'un 
mille et demi dans tous les sens. 

« La rivière de Hérat prend sa source dans les montagnes du 
Ghaur, auprès d'un village fortifié qu'on nomme Robat Tarwan 
yljyi) loly. A peine sortie de ces montagnes, la rivière se di- 
vise en diverses branches ou canaux qui servent à l'arrosage 
des champs. En voici la nomenclature- : 



Keiiillel i lo verso. 



Feuillet 1 1 1 rcclo. 



' Ou plutôt Bcfuchindj ^^y- 

' Pour éviter les répétitions , nous avons cru devoir réduire en tableau la no- 
menclature de ces noms. Nous avons suivi les leçons données par le ms. B. 



Feuillet î I I recto. 



^62 TROISIEME CLIMAT. 

Noms des diverses branches de la rivière 

, „, Noms des lieux qu'elles arrosant. 

- La rivière de \A ahri ^^^j^j >_<_) . . . Sendasnf iU««l iS-i-«. 

. Id. de Arast'c;*^! j..|j Sousan yL«j^. 

« Id. de Chakoulan ^j^^^ j-rj. . . . Cliak- ïX*i. 

■ Id. de Kera" ^\J^j^ Kouikian u^j^- 

' Id. de Ghousidjan yUs^j*^^. . Kouk <à^. 

■ Id. de Kenk ^iLlS'^^ Ghainaii yb^ et Kerenkerd i^XJjS^ 

. 1(L de ChighijjLi^ j^ Sarakhs jj» â.^,—». jusqu'à Bousih 

-A^^ (lu plutôt Bourhindj. 
Id. dp Djir wLs-^j^ La ville de Hérat ii)jj> ioo<>w«. 

« A 3 journées de distance de cette ville, on remarque Ka- 
« roudj TJJ^' ^i^'^ entourée de forts retranchements, bâtie en 
i> terre et située dans une gorge de montagnes; elle est envi- 
« ronnce de jardins plantés de quantité d'arbros fruitiers et de 
^nes produisant le kiclimich j,i.f<i,^ , c'est-à-dire le raisin sec, 
qu'on exporte au loin et qui est si renommé pour la bonté de 
son goût et si estimé dans l'Irâc et ailleurs. On en fait venir 
aussi de Malin Hérat ï[;-i» (jJU, ville située à une journée de 
distance de Hérat, entourée de jardins où l'on cultive ime in- 
nombrable quantité de vignes. 

« Nachan yUib (ou Cacban yUit-) est une ville considérable 
(moins cependant que Malin), commerçante et manufacturière, 
et dont les habitants, qui sont -fort riches, s'habillent avec 
beaucoup de recherche et de soin; ils sont orthodoxes'. Il y a 
peu d'arbres et peu de fruits; on compte une journée de dis- 
tance de là à Hérat. 

« Il faut ranger au nombre des dépendances de cette dernière 
ville Auca iiïj! ", centre d'un commerce considérable et ville 

' xsu4 J^' i^j 

' Le ms. A. porte jSm\. 



v 



HUITIÈA1E SFXTION. 465 

1 entourée de vignobles et de vergers, distante de 3 joui-nées Veu,nv\ jn lecto. 
" de Nadjitan yU«=-b'. 

Non loin de Hérat et sur le chemin qui conduit au Sedjestan 
sont quatre villes comprises sous la dénomination d'Asfaraii 
^jl_;juv( -, savoir : 

1° Kerasan yU«!j5'; c'est la plus considérable de toutes, « bien 
« quelle le soit moins que Karoudj ^jjS'; elle est entourée de 
« nombreux jardins. " 

2° Kouaran y'j'jS', « petite ville commerçante et manulactu- 
" rière. » 

3° Kouched .x^jS', l' jolie ville comparable à la précédente 
" sous le rapport de l'étendue et des constructions. » 

A° Adrachken ^^Iji!, « petite ville avec cultures, jardins et 
" beaucoup d'eau douce. » 

Tous ces lieux sont florissants, d'une importance à peu près 
égale, et éloignés de moins d'une journée de chemin les uns 
des autres. De Asfaran à Hérat, on compte 3 journées. " 

>' De Hérat à Caneïn du Couhestan j^y:*.^^ (j^ (j^^, 8 journées. 

« De Hérat à Merw el-Pioud ijj.Ji ^j^, G journées. 

« De Hérat à Sarakhs ^r-ày-w, 5 journées. 

« Bousih ^-«>> (ou Bouchindj gv.^^), l'une des dépendances notsm 

« de Hérat, égale en étendue la moitié de cette dernière ville; 
« l'une et l'autre sont bâties sur un terrain plat. Bousih est si- 
« tuée à 6 milles de distance de la montagne; elle est entourée 
>' d'un mur et d'un fossé et elle a trois portes; les maisons ^ 
« sont construites en briques et en plâtre avec beaucoup de 
« soin; les liabitants se livrent au négoce, sont riches et pos- 
" sèdent beaucoup d'eau, beaucoup de jardins; ils tirent de la 
» montagne quantité de a'ra'r j.jy.s , sorte de bois de qualité supc- 

' La version latine porte (p. i36) Bagitan 

' La version latine porte Esferan; le ms. A. Astewan yij,*^! 



ou 

IIOUCHINDJ. 



46'i TROISIEME CLIMAT. 

Feuillet m recio. « ricurc à toutc aulrc ' et qu'on transporte au loin; ils boivent de 
« l'eau d'une rivière qui passe à Sarakhs ^J,»Â.^^, ville au milieu 
■ de laquelle on a jeté sur cette rivière divers ponts. 

« A l'oecident de Bousih -^^ (ou Bouchindj ^^y) sont Khar- 
•< kordc ii:ijS\-£>. et Djcrkcré y,_S^_=- ; on compte 2 journées de 
" Bousih à cette dernière ville, qui est bien peuplée, plus petite 
Fouiiiei 1 1 1 verso. « que Kouseri ^^J^^, mais où il y a beaucoup d'eau et beau- 
' coup de cultures. De Djorkeré à Rharkerdé, on compte 2 jour- 
" nées. 

■ De Rharkerdé à Roudiian ytij^ (ou Zouzan y'>j), 1 journée. 

« Rharkerdé »i,S^ est une ville de peu d'étendue, mais ex- 
« trêmement peuplée; il y a des bazars, divers édifices et de 
« l'eau courante en petite quantité; ses habitants possèdent des 
« troupeaux. 

« En partant de Bousihpour vous rendre à Djerkeré »j5^ . 
"VOUS rencontrez, à 12 milles de distance sur la gauche du 
« voyageur qui se l'end à Nisabour, Rouré i^, ville où l'on trouve 
1 en abondance de l'eau, des habitations, des vergers et des 
" jardins. Rouré est à .3 milles environ de la grande route (^.^ 
<■ iiUi. 

'• La ville la plus considérable (de cette contrée), après Bou- 
■< sih , est Kouseri t^j^^, place très-forte dont l'étendue est égale 
(I à peu près au tiers de celle de Bousih. Il y a de feau courante 
'< et des jardins. A l'ouest de Bousih sont Badghich (ji*»>v' et 
« ses dépendances, la montagne d'argent iùiùJ! J^>>=r> Roua s^. 
« Roughanabad iLUs^S', Bost t^-*.^ , Djadhwa ijiU» , Ranowour 
"jj.yfe', Ralowoun y^^'S' et Dahestan ybu^Ai. 

'< Cette dernière ville est considérable ; elle s'étend en lon- 



' D'après le Biirhan i Cuti', cilé par M. AV. Ouseley [Oriental rjcocjmpky, p. 219), 
le wCwt est une sorte d'arbre résineux qui àe nomme en persan ^^ ^yms cyprès 
fîes montagnes. 

' Ou Badgtiis. Voyez ci-dessus, page 467, note 2. 



HUITIÈME SECTION. 465 

« gueur sur un espace d'un mille et demi; construite en briques l'iuiiin <>< verso. 
« et en terre sur le haut d'une montagne, elle ne possède ni 
» vignobles ni jardins, mais on y trouve du plomb <_>!j.^l et un 
" peu d'eau courante qui surgit du pied de la montagne. 

" La montagne d'argent est située sur la route de Ilérat à 
« Sarakhs, non loin des lieux nommés Kau_jS'et Kawalur^jj5ljS'; 
« elle porte ce nom parce qu'd existe sur son sommet une mine 
« d'argent très-riche, très-productive, mais cju'on a cessé d'ex- 
« ploiter à cause de la profondeur de la mine et du manque du 
" bois nécessaire pour la fusion du métal. 

« Kauj5 est un bourg qui s'élève clans la plaine et où l'on 
« trouve un bazar et des habitations. Il en est de même de 
« Koughanabad ilL^i^^s, de Bost ov--«,wj et de Djadvva ljiV=-, 
» bourgs dont l'étendue, la population, le commerce, les cons- 
" tructions sont de même nature et d'importance égale; il y a 
« de l'eau et des jardins, mais la plupart des champs sont arrosés 
« par les eaux de pluie. 

» Kanowour j^ylS" et Kalovvoun yj^l^" sont des lieux situés à 
■1 3 milles de distance l'un de l'autre; il n'y a dans l'intervalle 
« ni eau courante ni jardins; on y boit de l'eau de puits et de 
« pluie; les habitants de ces lieux possèdent des champs culti- 
« vés, des moutons et des bœufs en quantité. » 

En se dirigeant vers l'orient, du côté de Balkli A_., on 
trouve le district de Kench ^S', comprenant trois villes, (jui 
sont: Tirj.Aj, Kenef uU^ et Lacschour jyiJO '. «C'est dans la 
« première que réside le prince de la contrée aa^-UJ! yUxLv. Plus 
« considérable que Bousih, Tir est une ville riche, commer- 
« çante et bien peuplée; il y a de l'eau et des jardins; les mai- 
« sons y sont construites en briques cuites au soleil et en argile. 
« Kenef v_*âS' est une ville agréable, fréquentée parles étrangers, 

' La version latine (p. i36) porte Lacsur. 

59 



466 TROISIÈME CLIMAT. 

Feuilloi m verso, a et dont Ics habitants jouissent d'un bien-être et d'une aisance 
™ qu'ils doivent à leurs divers genres de commerce. Les maisons 
» y sont en argile; il y a beaucoup d'eau courante, des jardins, 
« des vignobles, des champs cultivés. Enfin Lacschour jyiJiJ est 
" ime ville dont la grandeur est à peu près égale à celle de 
» Bousih et de Kenef; on y remarque des jardins, des vergers, 
.. des lieux de délassement t:>Uj>.X-.; ses habitants sont riches et 
« le commerce y est dans un état piospère, le territoire fertde, 
« le climat tempéré; la plupart des champs sont arrosé» par les 
« eaux pluviales; on y boit de l'eau de puits. » 

De Hérat à Tir, i journée. 

De Tir à Kenef, i journée. 

De Kenef à Lacschour, i journée. 

Cette contrée est bornée à l'occident par le Menv cl-Koud 
ajjjl j^, province très-florissante et bien peuplée dont la capi- 
Mtr.w F.L-noin talc est Mcrw el-Roud ij^l j^, «ville ancienne, plus considé- 
« rable que Bousih ^^ et située dans une plaine, à une (grande) 
« distance des montagnes; le territoire en est fertile mais sa- 
« blonneux; les malsons y sont construites en terre et à la dis- 
« tance d'un jet de flèche du fleuve; on y remarque trois grandes 
« mosquées et un château bâti sur une éminence; l'eau est ame- 
« née par un grand nombre de canaux à la ville, qui compte 
« quatre portes. 

« Le fleuve qui baigne les murs de iMerw jj^ est considérable 
« et il en dérive divers cours d'eau qui servent à l'arrosage des 
« terre. Ce fleuve, dont le nom est Mourghab v^r*. prend sa 
« source au nord dans les montagnes de Namlan yljy«b', puis il 
« coule vers Mer\v^j-«. On voit sur ses bords divers villages dont 
" la construction est aussi solide qu'élégante , un grand nombre 
.. d'habitations agréables et de châteaux-forts. Le climat de Merw 
« est sain et tempéré. Ebn-Ilaukal rapporte qu'on y fait sécher 

' Probablement Bamian. 



HUITIÈME SECTION. 467 

« des tranches de melon pour les transporter au loin '. On tire icuilld ni locio. 
« de ce pays quantité de soie et de bourre de soie, ainsi que du 
« coton de qualité supérieure, connu sous le nom de coton de 
« Merw et oxircmcment moelleux; c'est avec ce coton ([u'on l'a- 
« brique diverses étoffes destinées pour l'exportation. 

« De cette ville dépendent divers lieux circonvoisins où Ion 
« fait la lihotha, tels sont : i° Kechmehïn (jv.j,^i>5', lieu situé à 
« une journée (de Merw), sur les bords du fleuve, avec des jar- 
« dins, des vergers, des bazars, des caravansérails et des bains. 
« 2° Hormuz Cawali s^j-yA, à une parasange vers la gauche de 
« Kechmehïn, à travers les déserts de Senca Uà^ «jU^', sur la 
« route qui conduit au Khowarezm ^jj]^\ c'est une ville de 
« moyenne grandeur qui possède divers édifices et des marches 
« fréquentés par les voyageurs. 3" Mesiha ^, ville comparable 
« à la précédente, située à une journée à l'ouest de Merw et 
« entourée de cultures et de jardins. 4° Djirenah *>+=-, petite 
« ville très-commerçante à 9 milles de Merw et à 3 milles de 
« Dorac ^jji , lieu situé sur les liords du fleuve. 5° Dendalcan 
« yUJ! Jv3i ^, jolie ville à 2 journées de Merw, sur le chemin de 
« Sarakhs; c'est une place forte entourée de murs, où l'on 
« trouve des bazars, des caravansérails, des bains, et où l'on re- 
« marque une grande mosquée. 6° Ghazneïn j^jxUJi, ville (éga- 
« lement) forte, abondante en ressources, possédant un bazar, 
« une grande mosquée, de l'eau courante et des jardins. De là 
(I à Merw, on compte 4 journées. 7° Nachan yLib, jolie ville 
« dont les bazars sont solidement bâtis, possédant une grande 
<• mosquée, des caravansérails et des bains, et située à 3 milles 
« de ïlormuz Cawah ojjj^A. 8" Sarniacan ylJUj.-. *, ville consi- 

' (.)u do Secaia i^^lx^u, d'aprùs le uis. li. 
' Le ins. A. porte Deloula'n yljiIJi. 
* Ou peut-être Sarescan (.Uùnw»»!- 

59. 



468 TROISIEME CLIMAT. 

Feuiiici 112 recto. « dérablc, florissante et riche, et dont le territoire est arrosé par 
« des eaux courantes; située à gauche de Dorac (^j^ , elle est plus 
« éloignée (de Merw) de 3 milles, Dorac étant située sur les 
« hords du fleuve, à la milles de Merw, dans la direction de 
« Sarakhs j«^-éw^^ et d'Ahiwcrd ^j^^- » 9° Cassr Akhif j. « i » 



oUà.1 , petite ville située à une journée ou à i 5 milles de dis- 
tance sur la route de Merw à Baikh Jo; «elle est entourée 
« de murs en terre et de jardins hien arrosés qui produisent 
«beaucoup de fruits.» i o" Derah «ji ', petite ville située à i i 
milles de la précédente; «dont le territoire produit des fruits 
« et (surtout) du raisin. Le fleuve de Menv la divise en deux 
« parties qui communiquent entre elles au moyen d'un pont. » 

Talecan yUJUa est une ville dont l'importance égale à peu près 
celle de Merw cl-Roud ij^l jj,»; <■ il y a de l'eau courante, des 
'< édifices contigus et quelques jardins; les maisons y sont cons- 
« truites en terre et l'air y est plus pur et plus salubre que ne l'est 
« celui de Merw el-Roud, dont elle est à 72 milles de distance. « 
Talecan est bâtie au pied d'une montagne qui fait ])artie de la 
chaîne de Djourcan tj^j^ JW^ ", « et où ses habitants possèdent 
« diverses métairies; on y fabrique des feutres de laine partout 
« renommés; il n'en est point d'aussi solides ni d'aussi compacts 
« que ceux-ci. Talecan est située sur la route pavée qui conduit 
" de Menv à Balkh', » à 60 milles de Carbat tjLjUJP. 

Cette dernière ville (Carbat t^LjUJI ) , dépendante du Djouz- 
djan yU-jyjs- =, « est moins considérable en étendue , mais plus 
« florissante et plus peuplée que Talecan; il y a de l'eau cou- 

' La version latine (p. i36) porte Dona. 

' Ou Horcan, d'après la même version. 

' C'est ainsi du moins que j'entends ces mots : j ■. U 11 oLa-oj (^ (jUJUaJl, 

* La version latine porte Fariab. 

' Le ms. A. porte (.1»., »j^. Le ms. B. porte Kliouzdjan yls-j«^.- 



HUITIÈME SECTION. ^iG9 

Il rante et douce, des jardins, diverses fabriques, et il s'y fait l'iuiikt nvi ucto. 
« beaucoup de commerce ; les maisons y sont construites en 
Il terre; on y remarque une grande mosquée sans minarets. » 
De là à Talecan yUJUa, on compte 2 fortes journées, et à As- 
pourcan ylsy^r»"' ', dépendance du Djouzdjan, 54 mill(!S, en se 
dirigeant vers l'orient. Djouzdjan yU-)y=- est le nom d'une 
contrée et non d'une ville. 

Il Aspourcan yliyj-wl est une ville dont le territoire est arrosé 

I par vm cours d'eau de peu d'importance; il y a peu de popu- 

II lation, peu de jardins et peu de fruits; on y apporte l'eau du 
II pays environnant. « De là à Balkh ^, on compte 54 milles. 

Au nombre des villes comprises dans le Djouzdjan est Anbar 
j\jj\ , située à ime journée au sud-ouest d'Aspourcîfn. « Cette 
Il ville est grande et plus considérable en étendue que Mervv el- 
II Rond; son territoire, parfaitement arrosé et fertile, se com- 
II pose de vignobles et de jardins; il y a divers édifices et des 
« ateliers où l'on fabrique des étoffes destinées à l'exportation; 
Il les maisons sont bâties en terre, mais la ville est jolie et c'est 
Il là que réside, en hiver comme en été, le prince de la contrée 
« iUa.UJI ylkL«. » D' Aspourcan à lehoudia x>i^.rj, on compte un 
peu plus de 2 journées, et de Carbat à lehoudia, n ville en- 
II tourée de murs, commerçante, industrieuse et possédant une 
Il grande mosquée à deux minarets, » 1 journée. 

De lehoudia à Char^U;, «petite ville entourée de jardins et 
Il située dans la montagne, » 1 journée. 

Kaïderm -jJ^^S'est également une ville agréable et bien peu- 
plée Il dont le territoire produit du raisin et des fruits de toute 
Il espèce. Cette ville offre beaucoup de ressources et est bâtie 

' Les deux manuscrils portent Astourcan; M. Qualreuière pense qu'il faut lire 
Aspourcan, et nous adoptons d'autant plus volontiers celte orthographe, que nous 
trouvons sur les cartes de MM. Kinneir, Fraser et Burnes une ville dont le nom 
(Shihbergan) et la situation se rapportent à celle-ci. 



'470 TROISIÈME CLIMAT. 

Feuillet 113VC1-SO „ dans la montagne, » à l\ journées d'Aspourcan et à une jour- 
née de Char, dans la direction du sud-est. Marcan JUjj, est une 
ville populeuse située entre lehoudia et Carbat. 

c Djourcan J<ijs-^ est une ville construite entre deux mon- 
« tagnes, à peu près comme la Mecrpie; il y a peu de champs 
•< cultivés, peu de jardins, de l'eau courante et quelques sources. 
. De là à Aspourcan, on compte 3 faibles journées, et d'As- 
c< pourcan à Zakhar^-i-j, au' sud-est, 2 journées. On tire de 
« Djourcan quantité de cuirs destinés ])our le Khorasan. Le pays 
» est fertile, paisible, abondant en fruits et commerçant; on y 
« trouve facilement des compagnons de voyage, des marchands 
« forains et toute sorte d'articles de négoce. » 

Sur les limites occidentales du Mervv on trouve le A'rh ^yJ', 
on plutôt deux villes, dont l'une s'appelle Bachïn cj,^ et l'autre 
(Jliourmïn (jvj-i; l'une et l'autre de grandeur à peu près égale. 
« Le chef de la contrée n'y réside pas, mais il habile la mon- 
« tagne de Lokman (j_^ Jy^s-', où l'on trouve des eaux courantes 
1 el de vastes cultures; Bachïn produit beaucoup de riz d'ex- 
« ccllente qualité qu'on transporte à Balkh et ailleurs. On tire 
« de Chourmïn du raisin sec très-doux, presque sans pépins et 
« dont on exporte au loin des quantités considérables. » 

De Bachïn (jvSo, ville située à une portée de flèche^ sur la 
rive orientale du fleuve, à Dorac jji et à Mcrw cl-Roud, on 
compte une journée de marche. Dorac est également dans le 
voisinage du fleuve. 

De Bachïn à Chourmïn cjvvr*"' ^° ^^ dirigeant vers le sud, 
une journée. Chourmïn est dans la montagne de Lolfman. 

De Merwel-RoudàAnbourdsj^Aj! (ou Abiwerdij^A^l), 6 journées. 

' Il existe au sut! de t'Hindo-Koucli, sous le 35' parallèle, des nioiilagnes dési- 
gnées dans les cartes sous le nom de montagnes de Lughman. 

'- D'après la version latine, Bacliin serait située à une lieue du fleuve. Nos deux 
manuscrits portent ii^J* ^. 



Hl ITIÈME STiCTION. 471 

De la nicnie ville à Merw el-Chahidjan yUs^jt>UJI jy.^, G joui- ivuiiiei i.j \mo. 
nées. 

En sorte que de Merw el-Chahidjan à Héral a\jj> on compte 
I 2 journées. 

De Merw el-Roud à Hérat, 6 journées. ivuillpi ...3 redu. 

De Merw el-Roud à Balkh, 6 journées. 

De Merw el-Roud à Sarakhs, 5 journées. 

De Merw el-Roud à Aniol J-«! , ville située à peu de distance 
du Djihoun qj^js^" (de l'Oxus), 6 journées faibles ou i a/i milles. 

Aniol est une ville de grandeur moyenne, bâtie à 3 milles 
des rives du Djihoun; « il y a des jardins, des édifices, une po- 
« pulation nombreuse, beaucoup de commerce, des ressources 
« et des revenus publics'; elle est sur la lisière du désert. » De 
là à khowarezm ^jj\^, qu'on nomme aussi Djordjanié aajI=-^.=-, 
1 2 journées. 

De Djordjanié au lac qui porte son nom t le lac d'Aral), 
6 journées. 

D'Amol J^ — <! à Zem ^, en remontant le cours du fleuve, 
4 journées. 

De Zem à Termed 'iy^jJ, par le fleuve, 5 journées. 

De Termed à Badakhchan ^l A ,^ Jy , par la même voie. 
1 3 journées. 

Ce qui forme, pour la longueur totale des parties du Kho- 
warezm et du Khorasan qui longent les bords du fleuve, un in- 
tervalle de ho journées. 

'■ Zem v, est une ville comparable à Amol Js^! sous le rapport 
« de l'étendue; il y a de l'eau courante, des jardins, des cul- 
« tures, du commerce et de l'industrie proportionnellement au.\ 
« besoins locaux. » C'est là que se rassemblent les voyageurs qui 
se rendent au Khorasan; car Amol J^t est le lieu de passage le 



472 TROISIÈME CLIMAT 

Feuillet 1)3 rccio. plus frùqucnté du Mawar'el-Nahar j.^i hi^' P'^y^ entouré de 
déserts, en grande partie sablonneux, qui s'étendent depuis Balkli 
jusqu'au lac de Khowarezm. Zeni ^ est située à 4 journées, 
par eau, de Ternied -y^jS, ville bâtie sur la rive orientale du 
fleuve. 
LE DJiHoiN Le Djihoun yys^i?- (l'Oxus) prend sa source dans le pays de 

"" Oudjan mI=-î', sur les frontières du Badakhchan ^jU-à-Oo, et là 

il porte le nom de Kharïab o!jj.iw ; il reçoit cinq affluents consi- 
dérables qui proviennent des pays de Djil Jus»- et de Waklicli 
iji-ji-j ; alors il devient un fleuve supérieur à tous les fleuves du 
monde , tant sous le rapport du volume et de la profondeur des 
eaux que sous celui de la largeur du lit. 

Le Kliarïab reçoit les eaux d'une rivière qu'on appelle l'Akli- 
soua !^«.ii.l- ou le Menk »il.^«^^iyùj, celles de Than ^b ou Be- 
lian yUXj, de Farglian y^jls, de Andjara'a 9-j^^ , de Wakhchab 
tjli>i».j; un graild nombre d'affluents provenant des montagnes 
de Botm |<vj et d'autres rivières, telles que celles du Saghanian 
yUÀffUiil ^U-j' Gt du Cawadian yliàlytli , qui se réunissent toutes 
dans cette dernière province et se déchargent dans le Djihoun. 

Le Wakhchab cjUi^ii.^ prend sa source dans le pays des Turks; 
parvenu dans le pays de Wakhch u~i>-j, il se perd sous une 
haute montagne où l'on peut le passer comme sur un pont; on 
ignore quelle est l'étendue de son cours souterrain; il sort en- 
suite de la montagne, longe les frontières du pays de Balkh, 
puis atteint Termed. Le pont (ou plutôt le lieu de la perte du 
fleuve) dont nous venons de parler sert de limite entre le Djil 
J><L». et Wasdjerd i-ysi^i- 

Ce fleuve (le Djihoun) passe à Termed -i^j^ , à Kilif oïliS', à 

' Nous croyons devoir suivre ici, de préférence à toute autre, les levons ijui 
nous sont donni.es par ie ms. B. 

" Probablement pour Aksou »^iaii , mot qui signifie, en lurk, eau ou rivière 
blanche. 



HUITIEME SECTION. 475 

Zein -j, à Aiiiol J,-<l , et liiiil par décharger ses eaux clans le lac l'uuillei 1 1 3 lecio. 

de Khowarezni ^jl^à~ «^j? ; «il n'est d'aucune utilité pour 

« l'agriculture depuis sa source jusqu'à Zem ^j et à Amol J^i , 

« où l'on tire peu de parti de ses eaux.. Ce n'est que lorsqu'il a 

« atteint le pays des Glioz &j)jUI qu'on s'en sert pour l'arrosage 

" des terres et pour d'autres travaux utiles. » 

Termcd ù^yi est une ville située sur les bords du Djilioun tkrmed. 

(les eaux de ce fleuve Laignent ses murs), et sur la i-oute qui 
conduit au Saghanian yUjU«. » Un vaste faubourg ceint de mu- 
« railles l'environne de toutes parts; l'on y remarque un château 
« destiné à la résidence du chef du gouvernement, divers édi- 
« fices et des bazars. Cette ville est agréable, florissante et peu- 
« plée; ses places publiques et ses rues sont pavées en briques'; 
« c'est le grand marché de cette partie des rives du Djihoun; 
« on y boit les eaux de ce fleuve ainsi que celles du Kera ^^^5', 
« rivière qui vient du Saghanian et qui se jette dans le Djdioun 
« auprès de Termed. Mendji i^s^ et Hachem-Djend j^à=- aJ^ 
n sont au nombre des dépendances de cette ville. De là à BalLh , 
« on compte i fortes journées. 

'c Balkh Aj, située dans une plaine à i 2 milles des montagnes, kbalh. 

« est la capitale du pays des Turks'-; c'est le quartier général de iVniii, i i i.i verso. 
« leurs armées et le lieu de ré,sidence des princes, des juges, 
" des intendants de l'administration; il y a de beaux bazars où 
n il se fait beaucoup de commerce et où l'on trouve toute sorte 
« de marchandises et de richesses; la ville est construite en terre 
« et en briques cuites au soleil; elle a sept portes; les murs qui 
" l'entourent sont en terre; ses faubourgs florissants, peuplés, 
« industrieux et commerçants. La grande mosquée bâtie au 
« centre de la ville est environnée de bazars. Balkh est située 

6o 



tilU ■ TROISIÈME CLIMAT. 

Feuillci 1 1 3 verso. « siir les boids (lunc petite rivière dont les eaux l'ont tourner 
« une dizaine de moulins; cette rivière coule auprès de la porte 
n dite New-Behar jU^ y et elle arrose les environs de la ville, 
« où Ton voit de toutes parts des vignobles, des vergers, des 
« jardins et des maisons de plaisance. On remarque à Baikh des 
« collèges où l'on enseigne les sciences, des fondations (ou bourses) 
« pour les étudiants et tous les moyens d'instruction qu'il est 
« possible de désirer'; il y a dans cette ville beaucoup de ri- 
« chesses, des personnes d'un rang élevé, des négociants opulents 
Il et en général beaucoup d'aisance et de prospérité. » Le pavs 
de Balkh est borné au midi par le Tokbarestan ybuylile, le Ba- 
khestan ^U^-^i-L et le Namian ylç«b"-; et au nord, en tirant vers 
l'ouest, par le Merw^^^ et par le Djouzdjan yU-)j.s-^. Cette ville 
est un centre de communications pour tous les pays environnants 
et un lieu de passage pour les personnes qui se rendent au To- 
kbarestan et au Badakiichan. 

On compte au nombre des dépendances de cette dernière 
province (le Badakbchan ^JLi.â.Jy) les villes de Houlm |U=- \ de 
Semendjan yLs?^<w, de Tlia'lan y5>o«j, de Sekelkend ^iJi^ , de 
Warawalin y — « "jjj, de Ezberouzewan y'jjjjJ^I, de Talecan 

^ « y 

yUJUo^, de Sekimest c>i...t;'^..., de Warvvaser ^^ijj^ , de Houseb 
w~~j- , de Anderab vb"^' ^^ de Madrouka xS^^Jw». 

De Balkb à Warvvalin, «ville agréable et commerçante, dont 
« dépendent divers villages, « 2 journées. 

' Voici le texle : 

^ Je suis toujours porté à croire r|u'il s'agit ici de Bamian; cette leçon est con- 
forme à ce qu'on lit dans l'Oriental Geography, pages 2i3, 225 et suivantes; mais 
tous les manuscrits portent Namian. 

' Les mss. portent. yls-j^^. 

' La carie de M. Burnes porte Houlloum. 

"" Ou Talighao, d'après la même carte. 



HUITIÈME SECTION. 475 

De Warwalin à Talecan yUJlL, 2 journées. Fcuiiiei ii3 verso. 

« Talecan ' est une ville dont la grandeur est égale au quart 
" de Balkh. Ses murailles sont construites en terre et ses mai- 
« sons en terre et en chaux vive; elle est située sur les bords 
" d'une grande rivière et dans une plaine où sont des vignobles 
« et des habitations; il y a dans la ville des bazars où il se fail 
'< un bon commerce, et où l'on voit beaucoup d'artisans. >< 

De Balkh à Houlm J^^:- , ville située à 2 journées à l'ouest de 
Warwalin, on a 2 journées de chemin à faire. « Iloulm est un 
" lieu très-agréable, dont les productions et les ressources sont 
" très-abondantes; il y a de l'eau courante, des champs cultivés 
" et toute sorte de biens de la terre. » De là à Semendjan yL^w-, 
«jolie ville en tout comparable à la précédente, commerçante, 
« peuplée et ceinte de murs en terre, » 2 journées. 

De Semendjan à Talecan, 2 journées. 

De Semendjan à Anderab c->b'^' "> ^ journées. 

Cette dernière ville est bâtie au pied d'une montagne. » C'est 
« là qu'on emmagasine l'argent provenant de Hariana ioljjl=» et 
n de Bondjehir j.A^^^. « Située au confluent de deux rivières 
dont l'une s'appelle Anderab et l'autre Kiasan ^J\^\iJ.Y> , « elle 
« est entourée de jardins, de vergers et d'enclos plantés en 
» vignes et en arbres fnùtiers. » 

De Talecan à la ville de Badakhchan yLi^^, 7 journées. 

De Anderab à la même ville, en se dirigeant vers l'orient, 
4 journées. 

De Anderab à Hariana <>oL.jU- , en se dirigeant vers le midi , 
3 journées. 

' Notre auteur a déjà décrit la ville de Talecan (voyez ci-dessus , page A68). Ceci 
semble donc faire double emploi. 

' Les manuscrits portent tantôt Anderab c_ilj>Xjl fl tantôl Anderabé iijljjol : 
le premier de ces noms semble être plus souvent donné à la rivière et le second à 
la ville. La carte dressée pour le voyage de M. Burnes porte Inderab. 

60. 



/i76 TROISIÈME CLIMAT. 

hvuillei ii3 V.1SO. „ Mariaiia est une petite ville bâtie au pied d'une montagne 
" e1 sur les bords d'une rixière qui , prenant sa source auprès 
« de Bendjebir^yjs^,^, traverse cette ville sans être ennployée (à 
« l'arrosage des cliamps ^ jusqu'au moment où, parvenue à Car- 
« wan yljy-ï, elle entre dans les terres do l'Inde et verse ses 
« eaux dans le Nahrvvara Sjljj^. 

« Les habitants de Hariana ajU^I^ ne possèdent ni arbres ni jar- 
« dins fruitiers; ils ne cultivent que quelques légumes; mais ils 
•■ se livrent à l'exploitation des mines. Il est impossible en effet 
» de voir rien de plus parfait que le métal qu'on en extrait cl 
" que celui qu'on tire des mines de Bendjehir^Y^ '> petite 
« ville située sur une éminence à une journée de distance de la 
« précédente et dont les habitants se font remarquer par la vio- 
« lence et la méchanceté de leur caractère. La rivière qui sort 
'. des montagnes de Bendjehir coule vers Hariana, ainsi que 
" nous venons de le dire. 

Feuiliit 1 14 r.cio, « Lcs ouvriers qui travaillent à l'une et à l'autre de ces mines 

.. s'occupent avec beaucoup de persévérance, d'industrie et d'ha- 
« bileté de cette exploitation, de la fonte, de l'extraction du 
.. métal des scories, et en général de ce qui concerne leur 
« art. » De là à Carwan i_)lj>», en se dirigeant vers le midi, 
■>. journées. 

«La ville de Carwan y'jy-» est peu considérable, mais jolie; 
« ses environs sont agréables, ses bazars fréquentés, ses habitants 
■ riches; les maisons y sont construites en argile et en briques. 

• Située sur les bords de la rivière qui vient de Bendjehir 

• jj^Y^, « cette ville est l'un des principaux marchés de l'Inde. 

De Anderab, dont il vient d'être fait mention, à Tha'lan 
y^jt), 2 journées. 

' Il est souvent question de Bentljehii ou de l'endjeliir dans les Mémoires de 
Baher 



HUITIÈME SECTION. 477 

De Tlia'lan à Semendjan yLsÀ-sw, 2 journées. iVuiiicf 

De Tha'lan à Balkh ^, 6 journées. 

Tha'Ian yiVxi' est une ville florissante et bien peuplée, dont 
le territoire, arrosé par divers cours d'eau, est planté d'arbres 
et couvert de villages et d'babitations; « on y fait beaucoup de 
« commerce et l'on y trouve de tout en abondance. » De là à Na- 
mian, en se dirigeant vers l'occident, on compte 3 journées. 

" Namian yLt—ob (ou plutôt Baniian) esl une ville dont l'éten- ^^' 

due est égale à peu près au tiers de Balkb'; elle est bâtie sur 
le sommet de la montagne de Namian-, et il n'y a pas dans 
la contrée d'autre ville qui soit située à une telle élévation. 
De cette montagne découlent diverses rivières et divers cours 
d'eau qui se jettent dans l'Anderab vb'^-''- Cette ville est 
ceinte de murs et possède un cbâteau, une grande mosquée et 
un vaste faubourg. De Namian dépendent Sigliourcand ^xiijjjcy»,, 
Sekawend oo^IsCm-, Kaboul JoW, Bobra 1^, Carwan ^^jj^ et 
Gharia io^. Les deux premières de ces villes (Sigliourcand 
et Sekawend) sont à peu près d'égale importance; elles sont 
l'une et l'autre populeuses et commerçantes. Quant à Kaboul, 
à Carwan et à Gbaria (ou Gbazna), nous en avons donné ailleurs 
la description. » 
L'itinéraire de Balkh à Namian est comme il suit : 
De Balkb à MederjO^-o, petite ville bâtie dans une plaine à 
peu de distance de la montagne, 3 journées. 

De Meder à Kab iS, bourg bien peuplé, avec bazar et mos- 
quée où l'on fait la kliotha, 1 journée. 
De Kab à Namian, 3 journées. 

' Le ms. A. contient ici une leçon que nous croyons devoir signaler à nos lec- 
teurs ; au lieu de Aj eJiS y^ ^j^ ylyoUJi , ce manuscrit porte p^j lijj ^, 
ce qui signifie environ un Iters de parasamjc. 

^ « Tlie namc of Bamean is said lo be derived frvm ils élévation. » Burnes, Trtweli 
into Bokhara, volume I, page i8/i. 



'iTS TROISIÈME CLIMAT. 

Ffiiin.t ,1'. rp.10 De Balkh à Badakhchan, on compte i3 journées, savoir: 

De BaJkh à Talecan , 4 journées '; 

Et de Talecan à Badakhchan, 7 journées. 

"Ehn-Haukal, dans son ouvrage (géographique), compte de 
» Baikli à Aspourklian - yU.^,^*-.!, 3 journées. 

« D'Aspourkhan à Carban jLjUJ! (ou Carwan y'^r^l^ 3 journées. 

«Et de Talecan à Merw el-Roud ij^Ji j^, 3 journées. Mais 
" ce sont de faibles journées : nous les avons indiquées précc- 
« demment. La dislance en milles qui sépare Merw de Balkh 
« est de 348 milles. Revenons à la description de Badakhchan 

HM.AkiK iiAx " Cette ville est peu considérable, mais elle possède beau- 

« coup de dépendances et son territoire est fertile; la vigne et 
<. divers autres arbres y croissent abondamment, et le pays est 
» arrosé par des eaux courantes; la ville est défendue par de 
« fortes murailles en terre; il y a des marchés, des caravansé- 
« raïls, des bains; il s'y fait beaucoup de commerce. Elle est 
« bâtie sur la rive occidentale du Kharïah vl^j^» l'"* pl^^ consi- 
« dérable d'entre les rivières qui se jettent dans le Djihoun. 
« Dans les montagnes environnantes, on élève beaucoup de bes- 
« tiaux; il en provient quantité de chevaux de prix, de juments 
« de trait et de mulets; on tire également de ces montagnes, des 
" pierres de couleur très-précieuses, telles que le rubis d'un 
« rouge vif, le rubis couleur de grains de grenade ^ et autres, 
'■ ainsi que beaucoup de lapis lazuli. Ces pierres sont transpor- 

' L'addition ne donne que onze journées ; mais voici comment s'exprime la ver- 
sion latine : « A Balch ad Talecan sex censenlur stationes et à Talecan ad Badhacli- 
.. scian septem stationes. « D'après la carie de M. Burnes, il faudrait au contraire 
réduire à quatre journées la distance de Talecan à Badakhchan. 

' Les manuscrits portent toujours Astourcan. Voyez la note p. 669 ci-dessus. 

' Rabinus balassius ou le rubis balais, désignation qui, comme on le sait, dérive 
du nom de la province de Badakhchan. 



HUITIEME SECTION. 479 

« lées dans tous les pays du monde, et il est impossible d'en 
« voir de plus belles. On apporte à Badakhchan le musc des envi- 
« rons de Wakban yU.^, dans le Tibet. » Badakhchan confine avec 
le Canoudj ^>*ï, dépendance de ITnde. Les deux provinces 
qu'on trouve d'abord au delà du Djihoun sont le Djil Jvsr?- et 
le Wakbcb (ji:~^j; bien que distinctes et séparées, elles sont sou- 
mises à un seul et même gouvernement. « Elles sont situées entre 
« le Kharïab vl?.;-=^ d 1*^ Wakhchab cjU;»i^j, rivières dont la pre- 
« mière baigne la partie orientale du Djil Jsas- et l'autre le pays 
« de Wakhcb (ji-^-j , dont il vient d'être fait menlion. » Du Wakhch 
^J^^i dépendent Helawerd .>)j5>a6, Lakend j^àSI) et Ilanik AiU» . 
Karbek >il-j;W, Neheltan ylî':^, Sekendrc Hj-ys^a^', Menk Am, 
Andidjaraa' ci^Larjol, Tafghiz jjbb et Roustac-Bek liLi (^hu^jj font 
partie du Djd Jj^s-, province partout très-montagneuse, excepté 
auprès du Wakhch (j^à-j et du pays de Akdjer^^l qui confine 
avec celui de Menk dLxvo, dépendance du Djil. 

« Helawerd i_,jyaft est une ville agréable, populeuse, commer- 
II çante et fréquentée par les voyageurs. On peut en dire autant 
« de Lakend «XÀSsi). Quant à Hanek JoU», c'est une ville agréa- 
« blement située au milieu de jardins, de vergers et autres lieux 
« de délassement. Les maisons y sont construites en terre, en 
" briques et en chaux; il y a plusieurs marchés et beaucoup de 
Il gens riches. C'est le lieu de la résidence du sultan. » De Hanek 
à Menk, on compte 2 journées. 

Il Menk JjL* est une ville de grandeur moyenne; les murs 
Il dont elle est entourée sont en pierre et en plâtre; il y a des 
Il édifices, des bazars et beaucoup de population; plus considé- 
II rablc que Hanek liljLd», elle est comparable, en étendue, à 
« Wakban (jU-j et à Keran y^, lieux où l'on fait beaucoup de 
Il commerce et où l'on se' livre très-activement à l'industrie. » 

' La version latine porte Karic, Belenitan, Alexandra, Manc, etc. 



i 11.-1 



'i80 TKOISIÈiME CLIMAT. 

K-Miii.i ii/ivcrso. De Ma'aberar^lyjjw, petite ville, à HclawerdijjiU, 2 journées. 

De Ma'aberar à Hanek »iIjU , 2 journées. 

Kavvendj ^^^ est une ville située à environ 3 milles au- 
dessus de Ma'aberar, en remontant le Kliarïab. 

La ville de Telmetan yUlsi est à 1 2 milles de Cantarat el- 
lladjar^" ïJaXi (ou du pont de pierre), sur le chemin de Menk 
JwU. Du pont de Badakhchan au chemin de Menk, on compte 
2 journées. 

Sorti de Roustac Menk ^LJL. jU^^j, vous traversez d'abord la 
rivière d'Andidjaraa' ctjU-o^i, puis la ville de ce nom, distante 
de Menk d'une journée. 

Andidjaraa' ^tjU-ooî est une très-jolie et très-agréable ville '■ où 
" l'on trouve des édifices, des marchés et des ressources de toute 
" espèce. » 

Sorti de là, vous traversez la rivière de Favvghan (^jlj, située 
à une journée de distance, puis la rivière de Balsan yl~A> , et 
vous arrivez à Menk liLu. 

De Termed .y^jH à Cawadïan yL.il>>, on compte 2 journées. 

« La seconde de ces deux villes (Cawadïan) est moins grande 
" que la première; elle est cependant entourée de murs; il y a 
" des bazars où les marchands vivent dans l'aisance; il en dé- 
» pend des métairies, des champs très-fertiles, des villages et 
« même une petite ville du nom de Souran y;!^—, située à une 
« journée de distance et très-commerçante. 

De Cawadïan à Saghanian yUiU-o, on compte 3 journées. 

sA,MHMAv «Saghanian yUi'utc^ est une ville plus considérable que Ter- 

.. med >>^-»;-3, en ce sens qu'elle est entourée d'un faubourg et 

« de fortes nmrailles, et que les habitations et les rues y sont 

« plus vastes; mais la population en est moindre. Les habitants 

' Le ms. K. contient ici lio's lignes de texte deux fois transcrites par erreur. Sagh- 
anian ou Chaghanian est aussi le nom d'une province très-connue et dont il est 
souvent question dans l'histoire des invasions de Timour et de Baber. 



HUITIEME SECTION. 481 

" de Termed sont plus nombreux, plus riches et plus enclins à Fcuiliei , i ', verso. 
" la dépense. Il existe à Saghanian un château très-fort', une 
« grande mosquée où l'on fait la kitotba, et l'on y trouve des 
" docteurs et des personnes qui se livrent à l'étude des sciences. 
» 11 en dépend divers bourgs et villages dont le territoire est 
" arrosé par des cours d'eau et par des rivières qui se jettent 
" dans la rivière de Cawadïan, auprès de la ville de ce nom et 
» au-dessous de Termed. » 

De Termed à Saghanian, on compte ajournées, savoir : 

De Termed à Kharmicar jUa.»^, « petite ville commerçante, 
" dont les maisons sont jolies et le territoire arrosé par ^Jes eaux 
« courantes, « i journée. 

De Kharmicar à Sarmankha ^^^^jm, «petite ville bien peu- 
« plée, commerçante et fréquentée par les allants et les venants, » 
1 journée. 

De là à Darzandji (^jjj'i, «ville agréable, abondante en res- 
« sources de toute espèce, possédant des bazars solidement cons- 
« truits, de belles rues, des quartiers florissants, des habitations 
« durables et une population riche et commerçante, » i journée 
ou 2 1 milles. 

De là à Saghanian yUiU-o, i journée^. 

ITINÉRAIRE DE SAGHANIAN A WASDJERD ij^'j- Feuillet i li recio. 

De Saghanian à Terbed J^, g milles. 
De Terbed à Hamouran y[;^, 2 i milles. 
On rencontre, entre ces deux lieux, la rivière de Wakhchab 
<_>Ui.ji.j, dont la largeur est ici d'environ 3 milles. « La ville de 

' On lit dans le ms. B. : yv.A<i=«. jJ^j».^. 

' Nous suivons ici la version latine, nos deux manuscrits indiquant deux jour- 
nées , sans doute par eneur. 

6i 



482 TROISIÈME CLIMAT. 

Feuillet iiSrecio. „ Hamouran (j'ji>$, située à l'occident de cette rivière, est popu- 
« leuse et riche; le commerce qu'on y fait est considérable et 
« l'Industrie très-active ; il y a des édifices contigus, des jardins 
« et des lieux de promenade agréables. » 

De là à Abar-Kachra \j A ^Jj\, gros bourg bien peuplé, 
2 4 milles. 

De ce bourg à Souman yUj^, <■ ville de moyenne grandeur, 
" bien peuplée, bien bâtie, possédant des bazars et défendue 
« par de fortes murailles, » i5 milles. 

De Souman à Andïan yl.Jol, » petite ville, » i journée. 
De 1^ à Wasdjerd ^j^^}, i faible journée, ou i5 milles. 
WASDJERD « Wasdjerd ^yp^j (ou Wasgherd) est une ville importante où 

°" •< l'on remarque beaucoup d'édifices, où Ion fait un grand com- 

WASGHERD. , , , , • ■ 1 • 1 1 1' . 

« merce, et dont les habitants sont riches; il y a beaucoup de- 
« trangers; les femmes y sont très-belles et les produits de l'in- 
« dustrie avantageux. On tire de Souman yUj — » et de Was- 
.. djerd ^j — i«tj beaucoup de safran d'excellente qualité, et 
•' cette substance s'exporte au loin. On apporte de Cawadïan 
" yLil^ à Wasdjerd, du cumin, du coton et du' , 

'• avec lequel on fabrique la couleur rouge et dont il se fait 
« une exportation considérable pour l'Inde. Le sultan perçoit 
" un droit (en nature) sur ces diverses productions. » De Was- 
djerd ^j^^i jusqu'au lieu où le Wakhchab c..Li-a.^ se perd sous 
une montagne, pour reparaître ensuite dans le pays de Was- 
djerd, on compte i faible journée. 

Celui qui veut se rendre à Raset o-~,lj s'écarte un peu de 
l'orient et parvient en une journée à Dernik liLoji , « petite ville 
« bien peuplée, avec bazar, et dont les habitants vivent dans 
" l'aisance. « 

De là à Harkan y*()^ (ou Djarcan y^^jW-). " ville comparable 

' Le nom de celle substance est malhem'euaemfinl illisible dans l'un et dan^ 
l'aulre de nos manuscrits. 



HUITIEME SECTION. 485 

n à la précédente, tant sous le rapport de l'étendue que sous Feuillci .iirnio. 
" celui de la population et du commerce, » i journée. 

De Ilarcan à el-Cala' a*U!!, place forte située sur la frontière 
du « pays de Raset, du côté du pays des Turks, et sur le son)- 

« met d'une haute montagne (la distance manque). La 

« garnison de cette place est obligée de se tenir sur ses gardes 
« contre les attaques des Turks. » 

Raset o«-4«I_^JI, ville bâtie sur l'extrême limite de ce côté du 
khorasan, est située entre deux montagnes; c'était par là que 
les Turks pénétraient pour se livrer à leurs déprédations; mais 
Fadhel, fils de lahia, fils de Khaled le Barmécide, fit clore ce 
défilé au moyen d'une porte dont il commit la garde à des 
troupes; depuis cette époque jusqu'à ce jour, les princes du pays 
ont continué d'y tenir garnison. Sur les limites du Wakhch ^/^i^j 
et du Djil tK-s» sont Wakhan y^j, et Sacnia UàjuJI , dépen- 
dances du pays des Turks. De Wakhan yU-j à Tibet c^^, on 
compte 18 journées. Wakhan yU>j possède des mines d'argent 
très-riches et produisant du minerai d'excellente qualité; on 
trouve de l'or dans les vallées lorsque les eaux deviennent tor- 
rentueuses; on recueille ce métal et on l'exporte ensuite au 
loin. « On tire aussi de ce pays du musc et des esclaves. Sacnia 
« AAÀJu«, ville qui dépend du pays des Turks Khizildjis, est à 
« 5 journées de Wakhan, et son territoire touche aux possessions 
« chinoises '. » 

Dans le voisinage de Saghanian il existe un grand nombre 
de villes populeuses, et entre autres Basend »xà«Ij, ville située 
à 2 journées de distance, «dont les quartiers sont florissants, 
« les édifices contigus et les ressources sociales très-abondantes. ■■ 

A une journée au sud-est de Saghanian on trouve Tourab 

' Nous suivons la leçon qui nous est fournie par le vas. B. : ^^^I ^Uj ^j 

61. 



'i8'j TROISIÈME CLIMAT. 

Kfuill.i 1 1 ."> recio i^\jy> , » jolic ville très-commerçantc dont les habitants sont riches 
« et se livrent au travail des fabriques et à diverses industries. » 

De Tourab à Basend .>oi-.l., i journée. 

A .3 milles de Saghanian est Rankalsa iuJsLi;', petite villf. 

De là à Zeïnoun y^j, en se dirigeant vers l'orient, i journée. 

De Termed J^ à Boukhara ^jjLis- , on compte i i journées, 
savoir : 

De Termed à Hachem-Djerd :>^ ^\J>, « petite ville, » i journée. 

De là à Robat-Darak ^ijli laly, i journée. 

De là à la Porte de fer Jy-xii t^L , <> petite ville bien peuplée, » 
1 journée. 

De là à Keïdek Jjv>S'(ou Keïrek êjS) « petite ville bien peu- 
FeuilleiiiSvcrsu. " plée. Comparable à la précédente en fait d'industrie, de re- 
" venus et de ressources, » i journée. 

De là à Racadkend .xJiSixji;, i journée. 

De là à Surundj fjy, «jolie petite ville ornée de beaux édi- 
« fices et de bazars, » i journée. 

De là à Nasef ^jt»o, i journée. 
NASEF " Nasef oUo ^ est une grande ville bâtie sur un terrain plat, en- 

ou „ tourée de murs et d'un grand faubourg également clos de murs, 

« avec quatre portes; il y a dans la ville un château j-XjLj^ non 
« fortifié, et dans le faubourg une grande mosquée, ainsi que des 
<i bazars construits entre la mosquée et fhôtel du gouvernement 
« »;Ui)i jli. » La ville a peu de territoire et de dépendances; les 
montagnes sont à 2 journées de distance du côté de Kech ^yS^, 
vers l'orient. A l'occident est un désert qui se termine au Dji- 
houn yjjcs=- et où il n'existe aucune montagne. « Nasef est tra- 
« versé par une rivière qui, venant du côté de Kech, coule auprès 

' La version latine porte Rancasa. 

' Il s'agit ici de la ville généralement connue sous le nom de Nakhcheb >.,;;; jç-. 
' Kech ou Kicli porte actuellement le nom de ChehriSebz; ce fut là que naquit 
le fameux Timour. 



NAKIICIIEI:. 



HUITIÈME SECTION. 485 

" de l'hôtel du gouvernement, puis est employée pour les besoins Kcuiiipi i is v^rso 
'< de l'agriculture. Il n'y a soit à Nasef, soit dans ses environs, 
« aucun autre cours d'eau, et encore celui-ci tarit-il durant les 
« années de sécheresse ; cependant on trouve dans le pays des 
« sources qui servent à l'arrosage des vergers et des jardins pota- 
« gers, et l'on y vit, presque sans interruption, dans une abon- 
« dance, une tranquillité et une sécurité parfaites. « C'est là 
qu'on rejoint la route de Samarcande •KiSj-s^, «route sur la- 
« quelle on trouve deux lieux où l'on fait la kliotba; l'un d'eux 
« se nomme Berda i^^, et l'autre Kecha A*i5^ : ce sont deux 
« petites villes bien peuplées, possédant des mosquées et autres 
« lieux de réunion. " 

De Nasef Uu^ à Maïamra' ?^l-», i journée. 

De là à Monabekak JlSoLu, i journée. 

De là à Carahoun qj^»!^», bourg peuplé, i journée. 

Et de là à Boukhara t^j^, i journée. 

ITINÉRAIRE d'aMOL J^i A BOUKHARA '. 

« Vous sortez d'Amol et vous parvenez au fleuve, 3 milles. 

■c Vous le traversez sur une embarcation et vous arrivez à 
« Carber ^y_jjj , ville florissante, située sur la rive orientale; les 
« édifices y sont beaux, ainsi que les rues et les places publiques, 
« le territoire cultivé; c'est une place fortifiée. De Caibcr vous 
« allez à Bikend j^jl-Xa-_j, ville de moyenne grandeur, située hkknd. 

« à moitié chemin de Boukhara, remplie d'édifices et de mar- 
« elles, entourée de murailles très-fortes et de champs cultivés; 
" on y voit une grande mosquée dont les constructions, et 
« notamment la kibla «>^ -, sont très-ornées; il n'existe nulle 

' Cet itinéraire manque dans le ms. A. , ainsi que dans la version latine. 
'' C'est le lieu situé dans la direction de la Mecque et vers lequel les musulmans 
se tournent pour faire leurs prières. 



KpuiHet 1 15 verso. 



«ONTAGXES DE BOTM. 



'j86 troisième climat. 

u part d'édifice plus beau. De là à Boukhara ^sj^ ' ' journée. 

« Boukhara est une ville qui surpasse toutes les autres, soit 
« en fait d'étendue, soit en fait de splendeur et d'agréments. 
" Nous en parlerons en son lieu, c'est-à-dire quand nous ferons 
« la description des pays compris dans le quatrième climat; il 
" en sera de même de Samarcande ^J^j.^^, de tout le pays de 
" Soglul .Xj-waJI j:,j\ i^. (ou de la Sogdiane) et d'Osrouchna 
" *-J_ijy— wjl '. Nous restreignant donc à la description des pays 
« compris dans la présente section, nous passons à celle des mon- 
» tagnes de Botm iA*)! JIjl=». » 

Ces montagnes sont hautes, escarpées et d'un diCGcile accès; 
elles sont couvertes de places fortes, de villages florissants, « de 
" troupeaux de moutons, de bœufs et de chevaux; » il y a des 
mines d'or, d'argent, de \itriol et de sel ammoniac; dans les 
flancs de ces montagnes, on trouve par intervalles un grand 
nombre de soupiraux d'où s'exhalent des vapeurs semblables, 
de jour, à de la fumée, et à de la flamme pendant la nuit; c'est 
là qu'on recueille le sel ammoniac de la meilleure qualité. Il y a 
dans le Botm trois régions : l'inférieure , la moyenne et la su- 
périeure. C'est de la moyenne et d'un lieu dit Nandji ^^L; (ou 
Banhi (^^) que découlent presque toutes^ les eaux qui arrosent 
le pays de Soghd. Après avoir parcouru rapidement un espace de 
90 milles, ces eaux parviennent à Tera'an y*;-»', puis à Mendje- 
keth <i*X^v-«, puis à Samarcande .>ou^-ew. Il en est d'autres qui, 
provenant du Mes'ha La-.-« , se réunissent aux premières à Te- 
ra'an (j^yi, dont elles arrosent le territoire, et se mêlent aux 



' Cette description se trouve en effet pages 167 et suivantes du ms. A. C'est 
donc par erreur qu'elle esl transportée au feuillet 1 72 verso du ms. B. 

' Les manuscrits portent toutes LJC; mais cette assertion v-st contredite par notre 
auteur lui-même un peu plus bas. 

' Dans la version latine , il est ici question d'un grand lac dont nos manuscrits 
ne font aucune mention. 



HUITIEME SECTION. /i87 

eaux de Samarcande. Les rivières du Saghanian yUiU-o et du l'euiiiei iin verso. 
Ferghanah tAiji proviennent également du Mes'ha, lieu voisin 
de Nandji ty^b, où, comme nous l'avons dit, la rivière de Sa- 
marcande prend sa source '. 

Chebek liLbi est ime place très-forte située dans la partie 
septentrionale des montagnes de Botm i-y JI<l=-, «et entourée 
" de dépendances peuplées et fertiles; c'est de là et de Semendali 
<' tù^J^iw qu'on tire la majeure partie des ustensiles en fer (ju'on 
« emploie dans le Kliorasan et dans les pays circon voisins, tels 
« que le Fars et l'irâc. 

«Ces montagnes sont bornées, à l'orient, par une partie du 
« Ferghanah «-"l*^, pays considérable qui comprend au nombre 
" de ses dépendances Bosta l'inférieure 2Vj_*«Ji ,^-«_) , pre- 
« mier pays qu'on rencontre en venant du côté de khodjend 
<t »xxS-; » Ankath «iJol, lasoukh ^y^., Aderkend .sjS^:>\ , RoustcMa 
^j\x^jj , Bosta la supérieure UUJi (^i-«»j, et de plus Mara'chaii 
ylAfij^, Aïdkian (jI^'.XjI, Zenderach giljO^jj, Bedjreuk J-j^, 
Asican yUjy*.,! et Heli Jljb. Ce sont, en général, des plaines et 
des pâturages où l'on ne voit aucune montagne; la contrée de 
Sabra 'syi^ est cependant en partie' plate et en partie moii- 

tueuse; Tabakhs (j«.ji.L43, Bamkiakhs lt =^^^ et Kcna Ui en 

dépendent. «Cette dernière ville (Kena), qui est l'une des plus 
« agréables du Fergbanab * — iLs^ i5V-j ùyj\ jj», est ceinte de 
« hautes nmrailles, vaste, commerçante, très-fréquentée par les 
« voyageurs et abondante en ressources de toute espèce; il y 
« a un grand faubourg rempli de bazars, clos de murs en bon 
« état de conservation, et beaucoup de ruisseaux qui arrosent 
« quantité de jardins, de vergers et de maisons de plaisance;, le 
« territoire de Kena s'étend jusqu'aux bords du fleuve Aclias 
« ^J^Lii]J^-, sur un espace qui comprend i journée de marche. » 

' Ce dernier paragraphe manque dans le nis. A 

' Je pense que Aclias est l'un des noms du Siv ou de l'anpiieiir. issai'IeS- 



'i88 TROISIEME CLIMAT. 

Feuillet 1 1 6 iccio. Cette ville lut fondée par Nouchirewan yl^^^ , qui, l'ayant 
peuplée de diverses familles, lui imposa le nom de Ez-her-Khané 
Ajli.j^jl, c'est-à-dire de toutes maisons'. Quant à Khodjend 
o^i*- -, dépendance de Ferghanali , c'est une ville bâtie sur les 
bords d'un fleuve qui vient du côté du midi. De Kena à Kho- 
djend, on compte 67 milles. 

De Bakhsan 0t«^i>l> à Kena Uï, 3o milles. 

De Kena à lasoukh ^y^., 2 journées ou 45 milles. 

lasoukli est une ville isolée et éloignée des routes (com- 
merciales); «soixante villages, dont le territoire est fertile et 
« abondant en toutes choses, en dépendent; le pays produit du 
" mercure. >• 

De lasoukh à Roustan yU-.;, i journée. 

De Roustan, » ville agréable, » à Kena, 2 faibles journées. 
•> De Kena à Ouch ^ji^t ', 1 forte journée ou 3o milles. 
o(.g„ «Cette dernière ville est jolie; bâtie sur les bords du fleuve 

" qui porte son nom, elle possède' un vaste faubourg entouré 
» de fortes murailles qui touchent à celles de la ville, un chà- 
« teau-fort et des marchés considérables. A peu près de la gran- 
« deur de Kena, Ouch ,jiji a trois portes en fer très-solides; 
« elle est adossée contre une montagne voisine des Turks Tibé- 
n tains'; sur le sommet de cette montagne est un lieu d'ob- 
'< servation destiné à survedler les Turks et à préserver (la ville) 
• de leurs déprédations. « De là à Aderkent o>-jL.£>jii , qu'on 
nomme aussi Aderkend J^ji_^il , dernière ville du Ferghanali 
vers l'orient, du côté des Turks, 1 journée. 

' La version latine porte très-mal à propos, ce me semble : « Misitque ad eam 
» populum è ciinctis domibus Arezmerdjane. » 

* Cette version porte Hanjeara. 

' Cette viUe est indiquée sous le nom de Usli dans la carte jointe à l'important 
ouvrage publié à Londres en 1 82 6, sous le titre de Memoirs ofZehir ed-din Muhammeil 
Dater. 

' iyyUiJI <à[p^ iij'^^ Jj4- 



HUITIÈME SECTION. 489 

« Aderkent est une ville grande et populeuse où il y a des ivuiii. i mirecio. 
« troupes (en garnison); ses habitants sont doués de vigilance, 
» de fermeté et de bravoure; il y a beaucoup de villages, mais 
« il n'existe nulle autre ville sous sa dépendance. » 

Près de là, du côté du nord, est Casan yU,li', «place lorle >;asan. 

" dont le territoire est très-fertile. » Casan yU.lï est le nom de 
la ville et également celui du district, qui comprend un grand 
nombre de villages. La distance qui existe entre Carber^,^'-, 
en suivant les bords du Djdioun, et Aderkent i.-U:S>jii , est de 
■2 Ix journées. ' 

Ce district confine, du côté du nord, à celui de Manaz-Piou- 
dan (jtijjjlÀ^, dont la ville principale se nomme Kliilam -y^^, 
et qui est couvert de villages. Nous en reparlerons plus loin, 
s'il plaît à Dieu. De Aderkent à la descente de la grande mon- 
tagne, I journée. 

De cette descente à la ville de Atas u-Usl , i journée. 

De là à Tibet c^, en se dirigeant vers le sud-est, 7 journées. 

« Atas (j-Usl est un lieu situé au sommet d'une montagne es- 
« carpée; ses habitants sont toujours prêts à combattre, toujouis 
n fermes, toujours vigilants. » 

' Casan ou Kàsân est le nom d'une ville située sous le 42' parallèle, à peu de 
distance, au nord, du Sir ou du Jaxarles. Voyez les Mémoires de Baber, introduc- 
tion, p. xxxix, et la carie jointe à cet ouvrage. 

" La version latine porte Concar; mais ni l'un ni l'autre de ces noms ne me sont 
connus. 



62 



490 TROISIÈME CLJAIAT. 



NEUVIÈME SECTION. 

Tibel. — Bagharghar. — Tanbia. — Bakhwan. — Djerniac. — Butliiiikli 
Lac lie Benvau. — Oudj. 



leuiiii't iKi recto. Ccttc scctlon comprend la description du pays de Tibet j=.y 

cAjjJI, d'une partie du Bagliargliar^j^ ' et du pays des Khizil- 
djis i^yà ^j\. 

Les villes les plus remarquables de la première de ces con- 
trées sont : Tibet c^iju, Chanfikh gsÀ*<i, Waklian yU-j % Sakita 
AiAjU,, Boudan yli>>, Oudj ^^i, Ramhakli r^j et Dalakhwa 



1^, 



.:> ■ 



Au nombre des pays soumis au khakan de Bagbargliar, il 
faut compter sa capitale, qui se nomme Tanbia' *ajo , Maclia 
xiU, Djermac (>-<;j?- et Bakhwan yij^L.. 

Dans la Chine extérieure *i?;^Ui (jvxaJl , Tokha làt, Darkhoun 
^j^jii; et dans le pays des Khiziidjis *Wj^ ^"^ , Bersadjan la 
supérieure UUJi u'^jj et Tewaketh i^^Siyi. 

Dans ces diverses contrées on trouve des lacs d'eau douce, 
des rivières , « des pâturages et des lieux de campement d'été 
pour les Turks. » Notre intention est d'en indiquer la situation. 
Feuillet iiG \erso. l^s distances respectives et les limites. Nous en parlerons d'après 
ce qu'offrent de plus certain et de plus authentique les livres 
écrits « et composés sous la dictée de Turks qui, ayant traversé 

' Lp ins. A. porleTagharghar; on lit dans divers ouvrages géographiques taqhaz- 
yhaz. 

' Latitude Sg" 5o. longitude 70° i5 a l'est du méridien de Greenwich. Celle 
ville est quelquefois désignée sous le nom de Oukhan. 



NEUVIÈME SECTION. 491 

" ces pays ou ayant habité dans IcHir voisinage, ont pu rapporter ituiliet hG iccio. 
" ce qu'ils en savaient. » 

Nous disons donc que la Chine extérieure a pour limites le 
pays de Baghargharj^jjb, lequel est voisin de la mer orientale; 
(lu côté du Ferglianah, le pays de Tibet t:«jj-, lequel touche à 
la Chine (proprement dite) et à diverses ])arties de l'Inde, et 
du côté du nord, le pays des Khizildjis a^^ ^yrj. 

La principale ville du Baghargliar^,.s^, située à l'orient de la tanbu'. 

contrée qui nous occupe, s'appelle Tanbia' ç^ , et elle a douze 
portes en fer. Ses habitants suivent le culte impie de Zoroastre; 
car il existe parmi les Tuiks de Bagharghar une peuplade pro- 
fessant le magisme et adorant le feu. « Le khakan réside à Tan- 
'I bia', très-grande ville entourée de fortes murailles, » située sur 
les bords- d'un fleuve qui coule vers l'orient \ et séparée de 
Bersadjan la supérieure UX«JI ^Usï^j , dépendance du Ferglianah, 
par un intervalle de deux mois de route. Le pays de Baghar- 
ghar s'étend juscju'à la mer orientale et ténébreuse. De Tanbia' 
jAÀj à Bakhvvan ylj^L, on compte 12 journées, dans la direc- 
tion du nord-ouest. ' << 

« Bakhwan yl_^L< est une ville dépendante du Bagharghar et takrwax. 

« gouvernée par un prince appartenant à la famille du khakan 
" de cette contrée. Ce prince a des troupes, des places fortes et 
• une administration; la ville est ceinte de fortes murailles; il y 
« a des bazars où l'on fait toute sorte d'ouvrages en fer avec 
" une rare perfection; on y fabrique aussi diverses espèces de 

« ■-. Bakhwan est bâtie sur les bords d'une ri- 

« vière qui coule vers l'orient; ses bords sont couverts de cul- 
tt tures et de pâturages pour les Turks ; la ville elle-même >est 

■ m Kotiol ob stni'K) • 
' Ces diverses indications portent à croire qu il s'agit ici de la ville de Cacligliar. 
' Le ms. A. préseule ici trois mots illisibles; dans le nis. B. le feuillet est niallieii- 
reusement mutilé : je présume, d'après ce qui suit, qu'il s'agiti d armes ou d ar- 
mures de guerre. ~i -' j.Ui. .;, 

" 62. 



i92 TROJSJÈiME CLIMAT. 

Feuillet iii> verso. " traversée par des cours d'eau; la majeure partie des ouvrages 
« en fer qu'on y fabrique e.st destinée pour le Tibet et pour la 
« Cliiue. » Dans les montagnes environnantes, on trouve l'animal 
ou plutôt la cliè\ro sauvage qui porte le musc. «Nous avons dit 
« dans le second climat' comment on se procure celte subs- 
" tance; il est donc inutile de revenir là-dessus. « De Ijaklnvan 
à Djermac ^j-^, on compte ajournées, «à travers des lieux 
« cultivés, des villages et des babitations contiguës, dans la di- 
" rection du midi, en déclinant tant soit peu vers l'occident. 
DjKKMAc. " Djermac ij^j-=^'- est une belle ville et une place forte, ceinte 

■i de murailles en terre, entre lesquelles est un fosse profond 
<■ et large de soixante et dix pas, et munie de quatre portes en 
'< fer. Il n'y a point, dans la ville, de bazar autre que celui où 
" l'on fabrique les armes. Le gouverneur qui réside i Djermac 
« a sous ses ordres de la cavalerie et d'autres troupes; il est 
« chargé de la défense de la place contre les attaques des princes 

• tibétains. » De Bakhwan à. la ville de Tibet, i 4 journées. 

« De Djermac à Bersadjan la supérieure UAnJl y^-^st^ , i o jour- 
« nées. 
TiBKi. " La ville de Tibet c;*aaJI iUj j^ est grande , et le pays dont 

' elle est la capitale porte son nom. Ce pays est celui des Turks 
I Tibétains. Ses habitants entretiennent des relations avec ceux 
« du P'erghanab, du Botm et avec les sujets du khakau; ils 
" voyagent dans la majeure partie de ces contrées et ils y portent 
" du fer, de l'argent, des pierres de couleur, des peaux de léo- 

■ pard et du musc du Tibet. Cette ville est bâtie sur une émi- 

• nence au pied de laquelle coule une rivière qui va se jeter 
dans le lac de Bervvan yi^jj »/*^, situé vers l'orient; elle est 

■ ceinte de fortes murailles et sert de résidence à im prince 



' Voyez ci-des9 us, pages 188 el 189. 

' Ou Kherniac ^i.xwi., d'après le nis. A. 



NEUVIÈME SECTION. 495 

« qui a l:)eaucoup de troupes et beaucoup de cavalerie revêtue feuillet iii)veiso. 
" de cottes de mailles et armée de pied en cap; on y fabrique 
« un grand nombre d'objets et on en exporte des robes ou 
" des étoiles dont le tissu est épais, rude et durable; cbacune 
« de ces robes coûte une somme d'argent considérable , car c'est 
" de la soie de couleur rouge'; on en tire également des es- 
« (laves et du musc destinés pour le Ferghanali et pour l'Inde; 
« il n'existe pas, dans le monde connu, de créatures douées 
« d'un teint plus beau, d'une taille plus svelte, de traits plus 
» parfaits, de formes plus agréables que ne le sont ceux des 
Il esclaves turks. Les Turks se les dérobent les uns aux autres et 
« les vendent aux marchands : il est telle fille dont le prix s'élève 
« à 3oo dinars. Le pays de Baghargbar est situé entre le Tibet 
« et la Chine, et limité au nord par le pays des Khirkhirs^i-yji.^. 

«Au nombre des dépendances du Tibet est Buthinkb jv^i), immvhM. 

« ville de moyenne grandeur, bâtie sur une émineuce, ceinte 
« d'une forte muraille en pierre et munie d'une seule porte; il 
« y a des fabriques et il s'y fait un commerce très-actif avec les 
« pays environnants, c'est-à-dire avec le Kaboul J^^, le Wakhan 
» ylà-j, le Djil J^, le Wakhch ji-^3 et le pays de Raset i2V) 
« ti*-.ij; on en tire du fer renommé et du musc. Fenillct 117 icci.. 

Il On rapporte que le nard indien croît en grande abondance 
Il dans les montagnes voisines de Butbinkh ^^, et qu'au sein 
Il des forêts qui les couvrent, on trouve des chevrettes à musc 
Il en quantité; on ajoute que ces animaux broutent la cime de 
Il la plante, boivent de l'eau de la rivière qui coule à Butliinki), 



' Voici le texte de ce passage assez embarrassant : 

'' Probablement pour Kirghis; le uis 15. porte Khiîildjis 



'iÇH\ TROISIEME CLIMAT. 

Fcuiii.i ii7roci". » et que cest à celte nourriture qu'on doit attribuer la forma- 
X tien du musc. 

« On voit aussi, dans ces montagnes, une grotte extrêmement 
■■ profonde au fond de laquelle on entend le bruit d'un torrent; 
« il est absolument impossible d'atteindre le fond de cet abîme, 
•• et quant au bruit que font les eaux, on l'entend très-dislinc- 
" tement. Le Très-baut sait quelle est la cause de ce phéno- 
« mène. 

" C'est également là que croît la rhubarbe de Chine (^u^ "^sj- 
" on y trouve cette racine en abondance ; on l'exporte en bcau- 
« coup de contrées orientales et occidentales, où elle se vend; 
« elle est très-connue. Chermakh ^U^ est le nom de la rivière 
• qui coule à Butliinkh ^svaxj (ville), éloignée de 5 journées de 
" distance du lac de Berwan yljjj i>j->r^- Cet intervalle est cou- 
« vert de pâturages, de forêts et de châteaux-forts appartenant 
i.Ai; i>t BERWAN. .. aux Turks Tibétains. » Le lac s'étend, en longueur, sur un 
espace de ho parasanges; sa largeur est de 72 milles; ses eaux 
sont douces; « les habitants de Berwan et d'Oudj Jutlj ylj^ Ja»l 
" S-j' y Pochent beaucoup de poisson. 

« Ces deux dernières villes, comprises dans le Tibet, sont si- 
« tuées sur les bords du lac, à la distance de 12 parasanges 
" sindi; or chacune de ces parasanges équivaut à 5 milles. L'une 
■' et l'autre sont à peu près d'égale grandeur et bâties sur des 
« collines riveraines du lac, dont les habitants de ces deux villes 
« boivent les eaux. Ce sont deux pays indépendants de toute 
' autre contrée'. Il y a des bazars, des fabriques suffisamment 
« pour les besoins des habitants, et sans que ceux-ci soient 
" obligésde recourir aux étrangers pour se procurer des objets 
" manufacturés. Le lac de Berwan y'jjj reçoit de tous côtés un 
« grand nombre de rivières considérables. 

• 



NEUVIEME SECTION. /i95 

Non loin des villes de Berwan et de Oudj, du côté du midi , !• 
est une montagne recourbée en forme de dat :> , et tellement 
haute, que ce n'est qu'avec beaucoup de peine qu'on peut at- 
teindre son sommet dont le revers touche aux montagnes de 
rinde. Sur ce sommet est un plateau fertile où l'on voit un 
édifice carré dépourvu de porte. Quiconque parvient à cet édi- 
fice ou passe dans son voisinage éprouve en lui-même un senti- 
ment de joie et de bien-être pareil à celui qu'on ressent après 
avoir bu du vin; on ajoute même que les personnes qui, après 
de longs efforts, sont parvenues à monter au faîte de l'édilice, 
ne cessent pas de rire jusqu'au moment où elles disparaissent 
en se précipitant dans l'intérieur. « Mais je pense que ceci est 
'• un conte forgé à plaisir et qu'il n'y a rien de vrai'; ce n'en 
Il est pas moins une chose de notoriété publique. » 

Tokha Ut'^ est une ville de Chine située au delà des mon- 
tagnes qui environnent cet empire; « quoique peu considérable, 
« elle est commerçante et bien peuplée. » De Oudj ^j\ à Tokha, 
on compte lo journées de marche de chameau. A l'orient de 
Tokha est Darkhoun y^i-;!a , ville •> de grandeur moyenne, « dé- 
pendante de la Chine et la dernière d'entre les possessions chi- 
noises du côté du nord. Son territoire habité confine avec celui 
des Turks de Bagharghar^. Quant à Atas ^y-\ls\ , c'est une ville 
forte et un point de défense contre les attaques des Turks. De 
là au Tibet, on compte lo journées, et de même d'Atas à Ber- 
sadjan la supérieure j^^l yLss^, 6 jours de route. 

«Cette dernière ville appartient au pays des Turks; elle est 
" forte, entourée de bonnes murailles, et c'est là que la majeure 
« partie des Turks qui habitent la contrée viennent se réfugier 

' Le ms. B. porte Kokha [à.. 



496 TROISIÈME CLIMAT. 

Feiiilici ii-rwio. ,, cl sc procurer les objets dont ils peuvent avoir besoin. » De 
Bersadjan à Nowaketh e^Saly , sur la limite du pays des Khizil- 
djis, on compte environ lo journées de marcbe de caravane ou 
5 journées à travers les déserts des Turks. Nous en reparlerons 
ci-après. 

En ce cpii concerne Mâcha xiU ( ou Masa iU,U ) , c'est une 
ville située à 5 journées de la ville du khakan de Bagharghar, 
" auquel elle obéit ; elle est florissante et on y fabrique un grand 
« nombre d'objets. ■ De Mâcha à Bakliwan yl^L, on compte 
8 journées dans la direction de l'occident. Tels sont les pays 
compris dans cette neuvième section. « Louanges au Dieu unique ! 
" paix et salut sur le dernier des prophètes ! • 



DIXIEME SECTION. 497 



DIXIÈME SECTION. 

Suite du Bagharghar. — Pays des Khirkhirs. — Possessions chinoises voisines 
du pays des Turks. 



Cette section, qui termine la description des pays compris 
dans le troisième climat du côté de l'orient, embrasse la partie Feuillet 117 vtrso. 
de la Chine méridionale dans laquelle sont situées quatre villes, 
dont l'une se nomme Satrouba ij^la-»»; les noms des trois autres 
(nous) sont inconnus; de plus la portion centrale du pays de 
Bagbargbar^,*jjtj\ où sont trois villes; et une portion considé- 
rable du pays des Khirkhirs ^,_iv=iyji. voisins de la mer, qui 
possèdent quatre villes florissantes comprises dans la présente 
section. Nous compléterons ainsi la description de ces pays, 
en faisant mention de tout ce qui concerne leur situation, 
leur configuration et l'appréciation de leurs distances respec- 
tives. 

Le pays de Bagharghar j.c^juJ! i^o, dont nous avons déjà in- 
diqué la situation, confine, du côté de l'orient, avec le pays 
des Khirkhirsjjiiii^^ i2Vj, qui n'est pas éloigné de la mer de 
Chine y%-iaJt^,jsrsJ!. Les frontières chinoises touchent à la partie 
méridionale de ce pays, qui, du côté du nord, est borné par le 
Kimakié aaSUçS^ 

La totalité du pays des Turks est (donc) située au delà du 
fleuve - et dans les parties les plus reculées du Ferghanah, du 

' Le ms. A. porte toujours Tagliarghar. 

' Le texte porte ; >.<>JI oUà. (j^- Notre auteur veut dire, je crois, à l'orieul 
du Sir ou du Sihoun. 

63 



498 TROISIEME CLIMAT. 

Feuillet 1.7 <ei»o. Chas u«U et du Touran yî^Ja. Il est impossible de se faire une 
idée du nombre de ces Turks, tant il est immense. «Ils sont 
« gouvernés par des cbefs auxquels ils recourent en cas de be- 
" soin, sous la surveillance et la protection desquels ils vivent, 
" et auxquels ils soumettent les difficultés qui peuvent survenir 
« dans leurs affaires. Ces peuples sont nomades et errants ; ils ne 
« résident jamais dans des demeures fixes, mais ils se transportent 
« continuellement d'un lieu vers un autre, cliercbant leur sub- 
« sistance là où ils peuvent la trouver. Ils possèdent des cha- 
« meaux, des moulons, des bœufs en quantité; leurs tentes 
« sont tissues de poil comme les tentes des Arabes; ils cultivent 
« cependant la terre, sèment et moissonnent. On trouve chez 
« eux du lait, de la crème et du beurre abondamment. Ils 
" élèvent beaucoup de chevaux et mangent la chair de ces ani- 
« maux; il la préfèrent même à toute autre. Leurs princes sont 
'■ (en général) belliqueux, prévoyants, fermes, justes et ^e 
" bonnes mœurs; le peuple est dur de caractère, sauvage, gros- 
« sier et ignorant. » 

Il y a des Turks de races très-diverses; tels sont les Tibé- 
tains iUivd' , les Baghargharsjji^jUJI, les Khirkhirs *jjrsi.yj. , les 
Kimakis \S[^\, les Khizildjis ï^jÂ, les Khafaz ykil, les Ma- 
khamats oUUil, les Turkechs jaSyâ^, les Arkechs ^rS^Vt , les Khif- 
chakhs ^Isuiil ', les Khilkhs ^JL, les Ghourbas iLyJI et les Bul- 
ghares xjjLiiJjJi ; tous habitent les pays au delà du fleuve, du 
côté de l'océan oriental et ténébreux ; leurs croyances sont éga- 
lement diverses, «mais ils respectent les musulmans; quant aux 
« Turks qui ont embrassé l'islamisme, ils font la guerre aux 
" autres et leur ravissent des esclaves, car tous les musulmans de 
« race turque qui habitent au delà du fleuve ont coutume de 
« se réunir en masses pour porter la terreur chez leurs enne- 

' Kiptchaks ? 



DIXIÈME SECTION. 499 

II mis, bien que ceux-ci soient très-courageux, très-forts et très- l'cuillci 117 vcisu. 
« nombreux; et ils (les musulmans) ne craignent en aucune 
« façon les Turks. Quant à la ville du khakan des Khizildjis, 
« c'est un lieu de commerce et d'affaires pour les musulmans 
« et pour les Turks. Dans la description dos villes turques 
« dont nous avons fait menlion, nous avons suivi Aljou'l Casem- 
" Abdallah ben-Khordadbèh , qui, dans son ouvrage, rapporte 
" que ces villes sont au nombre de seize babitées', florissantes, 
« entourées de murs et de fortifications respectables. Toutes, 
« sans exception, sont construites sur des sommets de montagnes 
« de difficile accès et environnées de champs où l'on cultive des 
« céréales. On en tire des peaux de léopard, d'hermine et de 
« renard, du fer, du musc, des esclaves et de la soie. 

« La partie des possessions chinoises qui confine avec le pays 
» de Bagharghar est gouvernée par des princes appartenant à la 
« famille qui règne en Chine; ces princes ont des troupes nom- 
« breuses et des richesses considérables; ils surveillent et re- 
« poussent avec vigueur les entreprises des Turks, les combattent 
« el mettent le pays à l'abri de leurs déprédations. Les habitants 
« de cette partie de la Chine ont toute l'apparence extérieure 
« des Turks, la même manière de se vêtir et de monter à che- 
« val, les mêmes instruments et armes de guerre. Ils possèdent 
» beaucoup d'éléphants et se servent de ces animaux dans leurs Feuillei nS recto. 
« expéditions militaires. Les Turks redoutent leurs attaques, 
« respectent leur puissance et s'abstiennent d'excursions dans 
« leur territoire; ils portent même en Chine ce dont ils peuvent 
« disposer en fait d'objets fabricjués, de la laine, du beurre, du 
" sel, beaucoup d'armes et d'armures, telles que des cottes de 
« mailles, des cuirasses, des boucliers et des javelots, ainsi que 



' On lit dans l'Histoire générale des Voyages, t. VIII, p. 332 , que « la géograpliie 
1 ofTicielle chinoise compte , dans le Tibet , seize villes. » 

63. 



500 TROISIÈME CLIMAT. 

Feuillet ij8 recii>. , des étofTcs et flu iTiusc ; à caiise de cela les Chinois ont pour 
« eux des ménagements et vivant avec eux en état de paix, tout 
« en se tenant toujours sur leurs gardes. » 

ms Dts M.iKkiuKs. Le pays des Khirkhirs^^jsi-j.^ iîV* est vaste, fertile, fréquenté 
par les voyageurs, bien pourvu d'eau et sillonné par diverses 
rivières qui viennent du côté des frontières chinoises; la princi- 
pale d'entre ces rivières porte le nom de Menkhaz jlioi ' ; elle 
est considérable et d'un cours très-rapide; coulant presque tou- 
jours sur des roches, ses eaux sont rarement tranquilles comme 
le sont celles de la plupart des fleuves. Les habitants du pays 
ont construit, sur le Menkhaz, des moulins où ils réduisent le 
blé, le riz et diverses autres céréales en farine, dont ils font 
du pain, ou qu'ils mangent cuites de toute autre manière, et 
dont ils se nourrissent. L'arbre d'aloës i>^\ j^ et le costus doux 
AÂ k-JCll - croissent sur les bords de cette rivière, dans les eaux 
de laquelle on trouve une espèce de poisson dit chetroun 
^jj Ja^^, qui, au moment de la copulation, agit comme le sa- 
kankour jiyUJU, du Nil d'Egypte; on dit que ce poisson n'a que 
peu d'arêtes, que sa chair est articulée (ou striée) et qu'il n'exhale 
pas la même odeur qu'exhale en général le poisson. 

La ville qu'habite le roi des Khirkhirs est forte, entourée de 
murs, de fossés et de retranchements; elle est située dans le 
voisinage de la presqu'île des Hyacinthes cj^W 'j^j^, qui est 
séparée du continent par un isthme et de toutes parts entourée 
par une montagne ronde, d'un accès tellement difilcile qu'on 
ne peut atteindre son sommet qu'avec des efforts inouis; quant 
au sol inférieur de la presqu'île, il est impossible d'y parvenir. 
On dit qu'il s'y trouve des serpents dont la piqûre est mortelle 

' La version latine porte Menhar. 

' Probablement le chian fou des Chinois. Voyez Valniont de Boaiare, Dictionnaire 
d'histoire naturelle, au raot costus. 
' Sturio ? 



DIXIÈME SECTION. 501 

et quantité de hyacinthes. Les habitants du pays emploient une l'euiiioi j 18 lecio. 
industrie et des ruses particulières pour se procurer ces pierres 
précieuses. La distance qui sépare la ville de la mer qui ceint 
la presqu'île est d'environ 3 journées. Toutes les villes du pays 
des Khirkhirs sont comprises dans un territoire dont l'étendue 
est d'environ 3 journées. Elles sont au nombre de quatre, 
grandes, « entourées de murs et de fortifications et habitées 
« par des peuples zélés, braves et courageux, qui ont surtout à 
« redouter les entreprises du roi des Kimakis iyjS\^\ JX», prince 
" belliqueux qui est presque toujours en état de guerre avec 
« ses voisins. 

« On élève dans ce pays beaucoup de chevaux, de bœufs et 
« de moutons. Les chevaux ont le cou très-court et beaucoup 
» d'embonpoint; on les engraisse pour les manger; et quant aux 
« bœufs, on les emploie généralement pour le transport des 
» fardeaux. 

« Les femmes se livrent à toute sorte d'occupations, et les 
« hommes n'ont à travailler qu'au labourage et à la moisson, 
« rien de plus. Ces femmes sont dans l'usage de s'appliquer des 
« ventouses aux mamelles afin de les empêcher de grossir'. Elles 
n sont douées d'une agilité, d'une force et d'une audace tout à 
11 fait viriles. 

« Les Khirkhirs brûlent leurs morts et ils en jettent les cendres 
" dans le Menkhaz jUsv^ ; ceux qui sont à une trop grande dis- 
" tance de ce fleuve ramassent ces cendres dans la poussière et 
« les jettent au vent. » 

La principale ville du Bagharghar _-c,_*_) est Khizkhiraketh 
'aS\jJ^j^; elle est séparée de la ville du khakan ou roi de la 
contrée par une faible journée d'intervalle; « elle est abondante 

' j»ià«j >Xl! (j..^Ow ciJ^jJa' ij-*-^ Ur? L^l j t'es! à M Kaziiiiirski que je 
dois 1 inlelligeiice île ce passage curieux. 



502 TROISIÈME CLIMAT. 

Feuilii-t iiS lerso. «en ressources de toute espèce et industrieuse; on y porte 
» beaucoup de fer qui est ensuite transporté dans les autres 
« dépendances du pays des Turks. » De Khizkhiraketh 'aS\jJ^jj^ 
à Nadhwa l_>ja*j, on compte 4 journées. 

" Cette dernière ville est bâtie sur les bords d'un grand lac 
« qu'on appelle lac de Kowareth •i^Ji^ tj*^. , et dont les eaux 
« sont douces. On voit voler au-dessus de sa surface quantité 
« d'oiseaux d'une espèce particulière, qui pond et qui fait ses 
" petits au-dessus de l'eau. Cet oiseau ressemble à la huppe 
« J>J*J^J^, et son plumage est de diverses couleurs. Les bords de 
« ce lac sont fréquentés par un grand nombre de Turks, à cause 
« de l'abondance et de la bonté des pâturages. » 

De Nadhwa l^-^a^ à la ville du khakan, on compte k faibles 
journées « à travers un pays habité par des peuplades nomades. • 
De cette ville à Nachran yl^-ctj \ en se dirigeant vers le nord, 
6 journées. 

« Nachran est une grande et belle ville dépendante du Ba- 
« gharghar et située sur un fleuve dont les deux rives sont très- 
« fertiles. Les troupeaux des habitants paissent sur ses bords et 
« dans les environs. Il y a de l'industrie et il s'y fait du com- 
i< merce. On trouve auprès de cette rivière du lapis lazuli; on 
>■ recueille en abondance cette substance et on en fait des en- 
« vois dans le Khorasan , dans l'Irâc et dans les autres contrées 
" de l'occident. 

« Ici se termine la section dixième du troisième climat. Louanges 
« au Dieu unique! que les prières et le salut soient sur N. S. 
« Mohammed, sur sa famille et sur ses compagnons jusqu'au 
" jour du jugement ! » 

' La version latine porte Nasvan. 

UN DL TOME PREMltll. 



TABLE DES MATIÈRES 

CONTENUES DANS CE VOLUME. 



Aberkouh , i 1 6. Voyez 



A'badan ylàU«, 4, 363, 364, Syo. 

37,. 
A'badan (mer d'), 378. 
Abadbites iU«l,l (secte), ilià. i58. 
Abah *^I, 268, 269. 
Aban ^U , 4o5, 419. 
Abar Kacbra ^j.iiS'Jj], 482, 
Abar Kbabet tAjLi. jU, 273. 
A'ber w,(, 233. 
Abercoub ou 

bcouïeb. 
Aberd ijj! , 4i4- 
A'bet i^jU (titre de roi), 173. 
A'bida. Voyez A'bim. 
Abidos «Jsjl, 7. 
Abi labiies ^j^Juae ^| , 3a4. 
Abi Khalifa , iU^Ai. j.| 
Abila Ajifi , 4. 
Abin (jol , 5i, 52. 
A'bira i^At ou A'bida «j^ml* , 425. 
Abiweid ijjjot , 468. 
Ablac ^], 346. 
Abou'l-Hassan eUMasshafi ,^ J) .1- 

(^-a^il. 26. 
Abouna (ile d') *j_jol, 67. 
Abourj^I , 398. 



Abra i^i/l, ,39. 
Abras ,j»,^l, 244. 
Abroun (ile d') y»»'; 



x47. 



Ab Sour 



■jj.»" <->) , 448. 



A'bra L 



i56. 



Abwa I^T, 335. 

Abyssinie ji .a^^^, 5, 27, 33, 34, 35, 

37, 38, 39, 4i, 42, 49, 55. 
Achat. Voyez A'kbat. 
Achbouna iLjj_>_;:l [Lisbonne), 200, 

220. 
Achek wiLî!, 364, 383, 385, 387, 388, 

389. 
Achir j.v*ïl , 202. 
Achirziri ^j^jjjji] , 233. 
Achkak *JlsCiI, 7. 
AcUouna iijJUil , 264. 
Achmou Djoreîch ji^jjs. ^) , S^'i. 
Acbmouni jj^t, i24, 3o6. 
A'choura !,^Lc, 86. 
Aclibia aaaaJUI , 2 52, 277, 279. 
Aclid JvsJ^t. 391, 4i4, 416; 4ao. 
Acre. Voyez Akka. 
El-Acra' o^ill , 36o. 
A'd iU, 36 1. 

A'd iU (tribu de), 48, 4g, 54t 
Adam (pic d*), 71. 
A'dan Abad aU ..,) J^. 44o. 



fiO'i TABLE DES 

Adarkian ou Adiekan ^j^ji\, 4oi, à2-j. 
A'deii yOv^. ^9. ■>'. »^6, 131, iSa. 

Commerce de ce pays, Ss, 64. 
Ailerkctit c;«jSjit . 489. 
Adjedabia iijul.>ks»l. 286, 287, 288. 
Adjeroud ajj^. 328, 329. 
Adjmarjjj:! , 365. 
Adjoud ij.s-1 (montagne), b-. 
Adjrad ij,r»-I . i4o. 
Adra' t,al . .i^i. 
Adra'al cjli.ai , 3,i4, 36 1. 
.\draclikeii ^jCiljil ■ 463. 
Adrekan. Voyez Adarkian. 
Adrewan ijUjil (montagne volcanique), 

383. 
A dzab ou Aidhab cjlj»^. i3o, i32. 
.\fchout iavfij! , 439. 
Afir^^xjbJl . 363. 
Afnan ijUii (rivière), i54, i55. 
Afran yl^l. 276, 277. 
ATrikia Ajob»jl;, 5, 327. 
Afrique cenirale la^ji)! cj»*. 21,202. 

— occidentale, 10, io6, 197. 

— orientale, 44. 
Agharnou^j^l , 202. 
Aghlabites (dynastie), 261. 
Aghmat cjIsI ,106. 

Aghmal Ailan m5*j' calsi , 2i4. 
Aghmat \\ arika âXjjj calsl, 207, 210. 

— Commerce et richesses de cette 

ville, 21 3, 21 5, 227, 228. 
Aghna Uti , 72. 
Aghzaz jLit , 9. 
Ahdi ^gj^jfcl , 271. 
Ahnas m^LlaI , 128. 
Ahrié iij^!, i32. 

El-Ahsa U^i/i, 363, 371, 372, 43i. 
Ahseïn y^*«>i«.l (rivière), 4io 
Abwas |y,Ij^.l (peuplade), 428. 
Ahwaz jlyfil , 364, 378, 379, 385. 
Aiam(iled') ^Lill , 89. 



MATIÈRES. 

Aïas u^ljl , 420. 

Aidedj ^•y^\, Aidadj ou Aidakh ^..Ov' 

364,379, 383, 374, 390, 4i4. 
A'idedjan ^.Us-Js.**, 398. 
Aïdcmour w«>ot (montagne), 328. 
Aidi ^^iSJ . 72. 
Aîdiau (jL^^I , 392, 395. 
Aighisal J. m.Kij\ . 217. 
El-A'ïkian ylsCoi" • 392. 
Ailah Ajl, 5, 328, 329, 33o, 332, 333. 

335, 337. 
Aimant ( montagnes d' ) , 46, 57. 
A'ïn Caïs (j«y>j MV* ' 327. 
A'în Chenis (j«.*ii (j<£ (Héliopolis), 

3oi, 3o6, 307, 328. 
A'in el-Safasif ,_X*5liuaJI (jvC- 33 9 
A'ïn Ma'oul Jyt« (j>6 , 438. 
El-A'ilha UoJI 
Ajan ( pays d" ) , 45. 
A'k Jl6, i42. 
A'kacha l^ljCc , 227 
EI-.\'kbat iyJuJI, 295. 
A'kbat es-Sollam K n. Il «jjCs. 296 
AkdjerjXl, 477 
Akent ti^iït , 38, 4o, 46., 
Akhal jXl. i43. 
Akbuiim ft)Jf\ , 125, 126. 
Akhsas cpUa^l , 323. 
El-Akik .iAinJi , i4i, i42. 



Akka ^ (Saint-Jean d'Acre), 347. 348, 

36i. 
Akna (lac d) ^^t , 129. 
Alabaca AJbilk* , i46. 
Alabdjerd ijjsri)!, 395. 
A'iac ijjkc , i4y. 
A'iaki Jj5ÀjJI (montagne), 35 
A'iawaîn ^jj JjOI , 226, 229. 
Albal) tjûJI (montagnes), 239. 
Albouhal i^LtfiyJt . 3i7. 
Alcala' iùJjUl, 202. 
Alep. Voyez Haleb. 



TABLE DES MATIÈRES. 



505 



Alexandrie *j.OvjXt«i)l, 287, 296 



2()5, 



296, 297, 298, 299, 3i3, 326, 027, 

349. 
Alexandre le Grand, 47, loî), 198. 
Alger &_iLcy^ ^^ _^\y==., 235, 2/19. 
Alliouma a ,-J) , 2 j2, 2 53. 
Alliami. Voyez Andjemi. 
Ali ( lombeau d'), 3G6. 
Almaïd (île d') J^^i' • 89. 93. 
.\linasila AXA*««ii , 202, 23o, îSa, 233, 

235, 238, 2Z10, 2/11, 271, 272. 
Almedjan yUii , 392. 
Almenar ,Ui! , 278. 
Almodhic j ■ -.^ \^ l , 2 38. 
Aloés (bois d'), 45, ^7, 5oo. 
Aloès (drogue médicinale) , 48, 53,82, 

83, 180, 202. 
Alun, 117, 118. 
Amad j^^l. 336. 
A'mara i.ljî, i5. 
Ambre (gris), 64, io5, i35. 
Amdjoud :sk:^i'! , 3g2. 
El-A'mecliié iU^JS^I . i44. 
Amioun ^j «a.«I . 356. 
Amli J^l, 11. 
Amlil J^aJi^I Voyez Oulil. 
Amol J^i, 471,473,485. 
El-A'moud (île d' ) »x.<jji, 337. 
A'mou Souli ^ ».«« yi, 438. 
A'mran /jivS. 3Co. 
Amroud i , w<l , 281. 
Amtakou . JJCoI , 289. 
Amlalas (j„5\ia^| (monlagne), 327. 
Auatll c;o\jv£ I i44. 
Anberia Aj^ajI , 67, 68, 70, 71. 
Anboudan jjliyjl , 897. 
Ancacli , liljijl . 323. 
Ancal JUjK 218. 
Ancôiie, 6. 

Andalos (j»Jo>jl Voyez Fez. 
Andidjaraa' ç. ,l=»i>vji, 48o. 



Anderab t^l^O^jl, 475, 477. 

Aridj ^i'I, 4i4. 

Andj:M' ,Usr|, i3o. 

Andjebeh (île d') ii^jè)S\. 59, 60. 

Andjeuii ^^^i ou .\lliami ,^»J!, 21, 2 4 

Andjikan (lac d' ) yl<*.s?i , 4i i 

Andra i^^xj! , 43g. 

Anfa Li_j), 21g, 220. 

Anfoudja (île d") Aj»jÀi5JI ou Aiilrandie- 

li^j.)ù^\ , 59, 60, 61. 
Anlbur el-Radini ^^ilJt .ylii. 27. 
Animaux monstrueux dans les mers de 

Chine, g6, 97. 
Ankelas u^g^Jbij! , 117, 118. 
Ankouali s^Slii , 
Ansana LUajl , 124 
Ansant cj«a*«jl , 447 
Aniakia iOy^jUajI ! Aiitioclie), 6, 33o. 
Aniarlous .j-» 1^, V\ •] ou Aniarsous 

y..j ...jU\\ (Torlose), 33o, 358, 35g. 
Anthropophages, 77, 
Antioche. Voyez Antakia. 
Anlidolc conire le poison, 201. — Contre 

la morsure ties scorpions, 202. 
Aniouhi jêjAjl ■ 3i2, 3i4. 3i5, 3i6, 

32 I. 

A'ouaïr^j.s, 147, i58. 

Aouc |jj.yi , 44g. 

A'ouïd OsojjJI , 332 . 

Aouras (j«ij.l (raonlagne), 421, 203. 

Aourchin 

Aqnilée Aj^Ji^I , 6. 

Kl-A'ral^ill, 328. 

Arabes (les) de la tribu de Ad , 48, 49, 

54. 
Arabes (les) Ircs-respectéschezIesZendjs, 

58. 
Arabe (langue) parlée par les chrétiens 

de Coiroba, 62. 
Arabie, i3o et suiv. , 147 el suiy. 
Arabie hecneuse. \ oyez lémen. 

64 



y>^Jji, i85, 187. 



506 



TABLE DES MATIÈRES. 



A'rafaI calj!^ . 1 4 1 

Aral (lac cV) j.jjiyll^, 336 

Aralanrla [île d) ïjCJIjI. îoi 



Ei-Arbadh 



U^} 



i)i, 



Arbedjan yLs?,l, îSy. 

Arbes (j^jiJI, a5î, 267, 268, 269. 

Arbre de fer, ig6. 

Arbre appelé talliatel-melik,JjLil &^^^. 

i44. 
Arca jijt, 12. 
A'rca iiSj^c, i!)fi — Golfe d'Arca, 367, 

358. 
Archinicde cité, qi- 
Arda a «ii,| , 436. 
Ardecliir ^jUiij! (roi), SgS, 3g6. 
.\rdecbir (pays), 397, 3g8, ào6, àoy. 
.Ardecbir Khouré Si».^ >,A^dji. 3g2, 

4ii. 
Ardekoiin (île d') mî^)' • ^57. 



AVdli 



o^y* 



, i55. 



Ardjiman y\.5r,i)I, 4 16, 42 1. 

Argent (mines d), 36, ii3, 464, 46.Ï. 

.\rgent qu'on extrait du sable, 91. 

.A.'rib LjjS, i4i 

El-A'rich (jiijjjill , 34o. 

.\risloie cité, 47, 48, g4. 

Arkian iXj^\ , 392, 4 16. 

Armadja Us!,! ,371. 

Armes des noirs, i4- 



Armousié 



AAriMP^v^J 



,356. 



A'rous (j»jjjj| ,327. 



Arsonf 



0>-y 



!, 330,347. 



Arwad (ile d') ilj_,l, SSg. 

Arzelan m^ j'- '^^■ 

Arzew v, ,! , 248. 

Asad j^^ili, 4o3. 

Asafi ^_iLaii (port d'), 200, 220. 

A'san ^L>>£, 338. 

Asaoïil JjU«l , 17", 174, 176. 

Ascalon ou .V'scalaii y5VJL^««i_ft , 33o, 

34i, 347.360. 



Ascaran ^1. « „. Vil ou Asfaraii yLju«i" 

448. 
Asek wil.M,t, 4 10. 
Asfaca iJijUs! . 160, i64. 166. 
Asfan />i.«l 1 390. 
A'sfan ^.l'^Tf , i3g, 329, 333. 
Asferan ^,]. « .yl , 433, 46i, 463. 
.Asfira I w*.i*„i , i85, 191. 
Asfuia LwuLuii , i85, 190. 
Asirzir w> j «JL<«I ■ 232. 
A'sker Mokarram ou A'sker Mokrem 

.jSUjSi,^. 364, 379, 38o, 38i. 

^82 , 383, 38g. 
Askhara Iwstffl , igS, 194, ig5. 
AsmirwA,sv,l ,218. 
Asnand >;■! ■ „\ , 181. 
Asnid sXajL»! , 43 1. 
Asouan (Syène) , 27, 35, 36, 122, 128, 

129, 3i 1, 327. 
Aspbaltite (lac) iijUiil «jjç*?. 337- 
Aspourcan ^.b,jjw«»l . 469, 470, 478. 
Assiout i3j.iy»Jt , 126. 
El-Assnam j.U.ioi'l. 274. 
Astarabad iljIjU-«il , 46o. 
Atas (j^UsI. 489. 
A'tfaI .Sclani («y^^ *«lnf , 356. 
A'tia iCklac , 24o. 
A'tiab «Uk*' ^■^^ 
Atlantique (Océan) jrr •■V"^!-* . 94. 
A'touf (jJai, 332. 
Atragba IjIJat, i85, 192 
Atraghan ^wcLt»! et yLcI^-Jol . '85, 

191. 
Atrasa L««t Jai , >8i. 
Atril o».jjjl , 3i5 
Atry ^jjK 160. i63. 
A'itour j,XCi '36. 
Aubkin ^J^X^I , 160, 170, 171. 
Auca *ïjl , 460, 462 . 
Audagboclit ■ ■■ i;-ésjl 108, 109. 
Audjela «Xs,^l, 274. 286, 287, 288. 



TABLE DES MATIÈRES. 



507 



Aughocht o>A*»l, 170, 18A. 
Aughouclila Aa<U^I, 176 
Autruclies, 2 18. 
Awal(îlecr) JIji, 363,364 'i-j 

373, 398. 
Awlhan (jlLj! , 2 18. 
Awlas (j«lÎ3ji , i55. 
A'zab ou Aïilab «_iI<Xc 5, /12 
A'zaîr joyc, ItliQ- 
Azani ou Azem v,l , 36/i, 385. 



A'/,arat «jkxJI (Irihu arabe), 365. 
Azcac ^jlîji , 275. 
Azd >,jyi, ;iii, àià. 4i8, /)2i. 
Azerbaïdjan yls?l»,'jl, 7. 



Azka 



.î)' 



2o5. 



Azkaî ^j\ , 206. 

Azkai- jlîji (tril)u l)crbèie) , ii3, ii5, 

116. 
Azkou^5\l, 272. 
Azrekis (les) iCi,iji)l, 388. 



B 



Ba'alik dUXxj , àiç)- 

Babeïn /j._jlj , 364, 391, 3