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Full text of "Relation des campagnes du Général Bonaparte en Egypte et en Syrie"

ï X t 




RELATION 

DES CAMPAGNES 



BU 



GÉNÉRAL BONAPARTE 



EN EGYPTE ET EN SYRIE. 



>^ RELATION 



DES CAMPAGNES 
pu 



I GENERAL BONAPARTE 

EN EGYPTE ET EN SYRIE, 



PAS • 
LE GENfiRAL DE DIVISION BERTHIER, 

CHEF DE L'ETAT MAJOR GENERAL DE L' ARMEE d' ORIENT, 



Nouvelle édition d'après celle de F, Didot VAinê. 



A MILAN, 

DE l'iM?P4MERIE rue NEUVE N. 5^1, 
AN VIII 



,--'^. -BR.^;?:?^ 






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RELATION 

DE L' EXPÉDITION 

D'EGYPTE. 



JPébdrquement des Français en Egypte^ 
Frise d'Alexandrie. 



'W 



H 



uiT jours avoient suffi à Bonaparte pour 
prendre possession de l'isle de Malte, y orga- 
niser un gouvernement provisoire, se ravitail- 
ler, faire de Teau, et régler toutes les dispo- 
agitions militaires et administratives. Il avoit 
rparu devant cette isle le 22 prairial j il lu 
-quitte le premier messidor, après en avoir 
laissé le commandement au général Vaubois. 

Les vents de nord-ouest souffloient grand 
frais. Le 7 messidor, la flotte est à la vue de 
risle de Candie ; le 11, elle est sur les côtes 
d'Afrique; le la, au matin, elle découvre la 
tour des Arabes; le soir, elle est devaiit Ale'^ 
xandrie. 

Bonaparte fait donner Tordre de communia 
quer avec cette ville , pour y prendre le cou- 



^ EXPEDTTIOîT ^ 

$ul français, et avoir des renseignements, tant 
sur les Anglais que sur la situation de TEgypte. 

Le consul arrive, le 13, à bord de ramiral; 
il annonce que la vue de l'escadre française a 
occasionné dans la ville un mouvement contre 
les Chrétiens ^ et qu'il a couru lui même de 
grands dangers pour s'embarquer. Il ajoute que 
quatorze vaisseaux anglais ont paru le 10 mes- 
sidor à une demi-lieue d'Alexandrie , et que 
l'amiral Nelson , après avoir envoyé demander 
au consul anglais des nouvelles de la flotte 
française, a dirigé sa route vers le nord-est. 
II assure enfin que la ville et les forts d'Ale- 
xandrie sont disposés à se défendre contre ceux 
qui tenteroient un débarquement , de quelque 
nation qu'ils fussent. 

Tout devoit faire craindre que l'escadre an- 
glaise , paroissant d'un moment à l'autre, ne 
\înt attaquer la flotte et le convoi dans une 
position défavorable. Jl n'y avoit pas un instant 
i perdre. Le général en chef donna donc, le 
soir même, l'ordre du débarquement: il en 
avoit décidé le point au Marabou ; il avoit 
même ordonné de faire mouiller l'armée navale 
^ussi près de ce point qu'il seroit possible: 
jnais deux vaisseaux de guerre, en s'abordant, 
tombent sur le vaisseau amiral, et cet accident 
oblige de mouiller à l'endroit même où il est 
arrivé. La distance de l'endroit du mouillage, 
éîijjgné de trois lieues de la terre; le vent 
du nord, qui souffloit avec violence; une mer 
ngiiée qui se brisoit contre les ressifs doiil ' 



d'fgypte. ^ 

cette côte est bordé.^ ; tout rendoit le débar- 
quement aussi diiScile que périlleux : mais ces 
dangers, cette contrariété des éléments, ne 
peuvent arrêter des braves , impatients de pré- 
venir les dispositions hostiles des habitants da 
pays. 

Bonaparte veut être à la tête du débarque- 
ment. Il monte une gnlere , et bientôt il est 
suivi d'une foule de canots , sur lesquels les 
généraux Bon et Kleber avoient reçu Tordre 
de faire embarquer une partie de leurs divi- 
sions,, qui 'se trouvoient à bord des vaisseaux 
de guerre. 

Les généraux Desaix, Régnier , et Menou , 
dont les divisions étoient sur les bâtiments 
du convoi, reçoivent Tordre d'effectuer leur 
débarquement sur trois colonnes^, vers le Ma-» 
rabou. 

La mer, en un inslant, est couverte de 
canots qui luttent contre l'impétuosité et la 
fureur des vagues. La galeré que montoit Bo- 
naparte s'étoit approchée le plus près du banc 
de ressifs où Ton trouve la passe qui conduit 
à Tanse du Marabou. Là il attend les cha- 
loupes sur lesquelles étoient les troupes qui 
avoient eu ordre de se réunir à lui ; mais elles 
ne parviennent à ce point qu'après le coucher 
du soleil, et ne peuvent traverser que pendant 
' la nuit le banc de ressifs. Enfin , à une heure 
du matin , le général en chef débarque à . la 
tête des premières troupes qui se forment suc- 
cessivement dans le désert à trois lieues d'Alex 
xandrie. 



4 EXPFDITION 

Bonaparte envoie des éclaireurs ' en a'vanf , 
et passe en revue les troupes débarquées. Elles 
se composoient d'environ looo hommes de la 
division Kleber , 1800 de la division Menou , 
et 150Q de celle du général Bon. La position 
des vaisseaux et la côte du Marabou n'avoient 
permis de débarquer ni chevaux ni canons ; 
îes divisions Desaix et Régnier n'avoient pu 
encore gagner la terre ^ par les difficultés qu'el- 
les ^voient éprouvées dans leur navigation ; 
xnais Bonaparte sait qu'il commande à des hom- 
mes qui ne comptent point leurs ennemis, 11 
falloit profiter de la nuit pour se porter sur 
Alexandrie ; et , à deux heures et demie du 
matin, il se met en marche, sur trois colonnes. 

Au moment du départ , on voit arriver quel- 
ques chaloupes de la division Régnier. Ce gé- 
rerai reçoit l^ordre de prendre position pour 
garder le point de débarquement; le général 
Desaix avoit reçu celui de suivre le mouve- 
ment de l'armée aussitôt que sa division auroit 
débarqué. 

L'ordre est donné aux bâtiments de transport^ 
d'appareiller 5 et de venir mouiller dans le port 
du Marabou, pour faciliter le débarquement 
du reste des troupes , et amener à terre deux 
pièces de campagne, avec les chevaux qui de-' 
soient les traîner. 

B jnaparte marchoit à pied avec Tavant-garde, 
accompagné de son état-major et des généraux. 
Jl avoit recommandé au général Caffiarelli, qui 
PVQÎî une jambe de bois, d^aUendre qu'on eût 



D'EGYPTEi 'â 

pti débarquer un cheval ; mais ce général , qui 
ne veut pas qu'on le devance au poste d'hon- 
neur, est sourd à toutes les instances, et bravé 
les fatigues d'une marche pénible* 

La même ardeur, le même enthousiasme ^ 
régnent dans toute Tarmée. Le général Boa 
commandoit la colonne droite, le général Kle^ 
ber celle du centre; celle de gauche étoit souâ 
les ordres du général Menou , qui côtoyoit la 
mer. Une demi-heure avant le jour^ un des 
avant-postes est attaqué par quelques Arabes ^ 
qui tuent Un officier. Ils s'approchent; une fu* 
sillade s'engage entre eux et les tirailleurs de 
Tarmée. A une demi-lieue d'Alexandrie , leut 
troupe se réunit, au nombre de trois centô 
cavaliers environ; mais, à l'approche des Fran** 
çais , ils abandonnent les hauteurs qui domi-* 
nent la ville ^ et s'enfoncent dans le désert. 

Bonaparte , se voyant près de l'enceinte de 
la vieille ville des Arabes, donne l'ordre h 
chaque colonne de s'arrêter à la portée du ca* 
non. Désirant prévenir TefFusion du sang, il 
-se dispose à parlementer; mais des hurlements 
effroyables d'hommes^ de femmes, et d'enfants, 
et une canonnade qui démasque quelques pie-» 
ces, font connoître les intentions de l'ennerûi* 

Réduit à la nécessité de vaincre, Bonaparte 
fait battre la charge* Les hurlements redoublent 
avec une nouV(^lle fureur. Les Français s'avaa^ 
cent vers l'enceinte, qu'ils se disposent à esûa-« 
lader malgré le feu des assiégés , et une gfêle^ 
de pierres qu'on fait pleuvoir sur eux: gêné-* 



Ç E^PËDÎTIOIT 

laux et soldats escaladent les miirs avec 1| 
même inirépidité. 

- Le général Kleber est atteint d'une balle à 
la têîe; l^ général Menou est renversé du haut 
(des murailles, qu'il avoit gravies, et est cou- 
Vert de contusion. Le soldat rivalise avec les 
chefs. Un guide, nommé Joseph Cala, devance 
les grenadier , et monte un des premiers sur 
le mur, où, malgré le feu de l'ennemi et les 
nuées de pierres qui fondent sur lui , il aide 
les grenadiers Sabathier et Labruyere à esca- 
lader le rempart. Les murs sont bientôt cou- 
verts de Français, les assiégés fuient dans la 
ville , la terreur devient générale. Cependant 
ceux qui sont dans les vieilles tours continuent 
leur feu, et refusent obstinément de se rendre* 
Diaprés les ordres de Bonaparte, les troupes 
ne dévoient point entrer dans la ville, mais 
se former sur les hauteurs du port qui la do- 
minent. Le général en chef se rend sur ces 
.monticules, dans l'intention de déterminer la 
ville à capituler; mais le soldat, furieux de 
la résistance de Fennemi, s'étoit laissé entrai- ' 
rer par son ardeur. Déjà une grande partie se 
trouvoit engagée dans les rues de la ville, où 
il s'^établissoit une fusillade meurtrière. 'Bona- 
parte fait battre à l'instant la générale. Il mande 
vers lui le capitaine d'une caravelle turke qui 
étoit dans le port vieux; il le charge de por- 
ter aux habitants d'Alexandrie des paroles de 
paix, de les rassurer sur les intentions de la 
république française , de leur annoncer que 



t)'ECYÎ>fP!. f 

leurs plropriétés, feur liberté, leur religion, 
seront respectées j que la France, jalouse de 
conserver leur amitié et celle de la Porte, ne 
prétend diriger ses forces que contre les Mam- 
loùks. Ce capitaine, suivi de quelques oiBcierj 
français, se rend dans la ville, et engage les 
habitants à se rendre , pour éviter le pillage 
et la mort. 

Bientôt les Imams, lesCheykhs, les Chéryf$ 
viennent se présenter à Bonaparte, qui leur 
renouvelle l'assurance des dispositions amicales 
et pacifiques de la république française. Ils se 
retirent pleins de confiance dans ces disposi- 
tions; les forts du Phare sont remis aux Fran* 
çais, qui prennent en même temps possession 
de la ville et des deux ports* 

Bonaparte ordonne que les prières et les ce* 
réraonies religieuses continuent d'avoir lietl 
comme avant l'arrivée des Français ^ que chacurt 
retourne à ses travaux et à ses habitudes. L'or* 
dre et la sécurité commencent à renaître. 

Les Arabes qui avoient attaqué le matin 
Tavant-garde de l'armée envoient eux-mêmes 
des députés qui ramènent quelques Français 
tombés entre leurs mains. Ils déclarent que , 
puisque les Français ne viennent combattre que 
les Mamloùks, et ne veulent pas faire la guerre 
aux Arabes, ni enlever leurs femmes, ni ren-* 
verser la religion de Mahomet, ils ne peuvent 
être leurs ennemis. Bonaparte mange avec euX: 
le pain gage de la foi des traités, et leur fait 
des présents. Ils acceptent ces dons, qui étoient 



s " EXÎEDITION 

l'objet 3e leur visite ; ils font éclater les de4 
morstrations de leur reconnoissance; ils jurent 
fidélité à Tallii^nce ..... et retournent piller 
tous les Français qu'ils rencontrent. Tel est 
l'Arabe. 

Cette journée mémorable, qui assuroit aux 
Français là principale entrée de l'Egypte, a 
coûté la vie au chef de brigade de la tretite% 
unième, le citoyen Massé, et à cinq ofEciers 
de différentes divisions. 

L'adjudant-général Escale a eu le bras cassëf 
vingt soldats se sont noyés dans le débarque- 
ment , soixante ont été blessés et quinze tués 
à Tattaque de la ville. 

L^amiral Brueix, le citoyen Gantheaume^ 
cbef de Tétat-major de l'armée navale , tous 
les officiers de marine ; ont secondé les efforts 
de l'armée de terre avec un dévouement qu'on 
ne sauroit trop louer: 6n leur doit une partie 
des succès qu'ion a obtenus. 

Mais, pour assurer ces avantages, il falloit 
J)rofiter de la terreur qu'inspiroit l'armée fran- 
çaise , et marcher contre les Mamloùks avant 
qu'ils eussent le temps de disposer un plan de 
défense ou d'attaque. 

' C'est dans ces vues que le général en chef 
donna l'ordre au général Desaix, qui venoit 
d'arriver avec sa division et les deux pièces 
qu'on avoit débarquées, de se porter, sans délai, 
dans le désert sur la route du Caire. Ce géné- 
ral éfoit dès le lendemain à trois lieues d'A- 
iexandrie. 



31arclie de V armée française au Caire. 
Bataille de Chthreisse. Bataille des Pyramidesé 



A 



ussiTÔT que Bonaparte se fut rendu maître 
d'Alexandrie^ il fit donner Tordre aux bâti*- 
ments de transport d'entrer dans le port de 
cette ville", et de procéder au débarquement 
des chevaux, des munitions, et de tous les 
objets dont ils étoient chargés. Les jours et les 
nuits sont employés à cette opération. Les 
vaisseaux de guerre ne pouvoient entrer dans 
le port , et restoient mouillés dans la rade à 
une grande distance , ce qui rendoit le débar- 
quement de l'artillerie de siège également long 
et pénible. 

Bonaparte convient avec l'amiral Brueix que 
la flotte ira mouiller à Aboùqyr , où la rade 
est bonne et le débarquement facile , et d'où, 
l'on peut également communiquer avec Rosette 
et Alexandrie; il donne en même temps l'ordre 
à l'amiral de faire sonder avec précision la 
passe du vieux port d'Alexandrie; son inten*- 
tion est que l'escadre y entre s'il est possible, 
ou , dans le cas contraire , qu'elîe se rende à 
Corfou. Tout commandoit de presser le débar- 
quement avec une nouvelle activité; les Anglais 
pouvoient, d'un instant à l'autre, se présenter; 
l'escadre ne pouvoit donc trop tôt se rendre 
indépendante de l'armée. D'un autre côté il 
étoit essentiel , tant pour prévenir les dispo- 



%^ EXPF.ÔITIONr 

sitions hostiles des Mamloùks que- pour ne pas 
leur laisser le temps d'évacuer les magasins, 
de marcher sur le Caire avec rapidité. Il falloit 
donc se hâter de procurer aux troupes .tout ce 
qui étoit nécessaire à ce mouvement. 

Pendant ces préparatifs, Bonaparte visitoit 
la ville et les forts , ordonnoit de nouveaux 
travaux , prenoit toutes les mesures civiles et 
militaires pour assurer la défense et la tran-» 
quillité de la ville , organisoit un dyvân , et 
disposoit tout pour que l'armée fût bientôt en 
état de rejoindre la division du général Desaix. 
r Deux routes conduisent d'Alt-xandrie au Cai- 
te; la première est celle qui passe par le dé- 
sert.-., et Demenhour ; pour suivre Tautre, 
il faut gagner Rosette en côtoyant la mer, et 
traversant, à une lieuè d'Aboùqyr^ un détroit 
de 200 toises de large, qui joint le lac Madie 
à la mer ; mais ce passage , auquel on n'étoit 
point préparé , eût nécessairement retardé la 
marche de Tarmée. 

Bonaparte avoit fait équiper une petite flot* 
tille, destinée à remonter le Nil. Cette flot* 
tille, comandée par le chef de division Perée^ 
et composée de plusieurs chaloupes canonnières 
et d'un chebeck, auroit été d'un grand secours 
pour Tarmée si on avoit pris la route de Ro* 
sette; elle eût porté les équipages et les vi- 
vres des troupes, et suivi tous leurs mouve- 
ments; mais les Français n'avoient point en- 
,core pris possession de Rosette, et, en prenant 
le parti de suivre cette route, Bonaparte eût 



retardé âe huit à dix jours la marche de l'ar*- 
mée sur le Caire. Il décide que Tarmée s'avan-!» 
cera par le désert et par Demenhour. C'est 
cette route que la division Desaix avoit reçu 
ordre de suivre. " 

Le général en chef s'^étoit rendu maître d'A- 
lexandrie le 17 messidor. Dès le lendemain 
l'armée se mit en marche pour le Caire, et 
ce jour-là même le général Desaix arrivoit à 
Ûemenhour , après avoir traversé quinze lieues 
de désert. 

Bonaparte laisse en partant le commandement 
d'Alexandrie au général Kleber , qui avoit été 
blessé au siège de cette ville. La division de 
ce général, commandée par le général Dugua, 
reçoit Tordre de partir avec les hommes de 
troupes à cheval qui ne sont pas montés, de 
protéger l'entrée de la flottille française dans 
le Nil , de s^emparer de Rosette , d'y établir 
un dyvân provisoire, d'y laisser une garnison^ 
de faire construire une batterie à Lisbé, de 
**faire embarquer du riz sur la flottille, de suivre 
ïa route du Caire sur la rive gauche du Nil, 
afin de se réunir à l'armée par Rahmanie, d'or- 
donner à la flottille de remonter le Nil, et 
de faire toute diligence pour rejoindre l'armée* 

L'armée partit d'Alexandrie les 18 et 19 
messidor, avec son artillerie de campagne et 
mi petit corps de cavalerie, si toutefois oa 
peut donner ce nom à trois cents cavaliers 
montés sur des chevaux qui, épuisés par une 
traversée de deux mois, pouvaient à peine 



'te EXPEDTTÎOl^ 

portef leuJ's cavaliers. L'artillerie , par la même- 
raison, étoit mal attelée. Le 20 messidor, les 
divisions arrivent à Demenhour. Pendant toute 
la route elles avoient été harceléi^s par les A- 
rabes, qui avoient comblé les puits de Bada 
et de Birket, de sorte que le soldat, bmlé par 
Tardeur du soleil, et en proie à une soif dévo- 
rante, ne pouvoit trouver à se désaltérer. Ori 
*creuse dans ces puits d'eau saumâtre, mais on 
n'en peut retirer qu'un peu d'eau bourbeuse: un 
verre d'eau se paie au poids de l'or. 

L'armée. d'Alexandrie, dans une pareille ex- 
trémité, poussa des cris séditieux contre le 
vainqueur du monde ; les Français accélèrent 
leur marche. !- 

Les troupes arrivées le 20 messidor à De- 
menhour y séjournent le 2 t. Jamais les Arabes 
ne s'étoient montrés en aussi grand nombre. 
Ils harcèlent les grandes gardes; plusieurs actions 
s'engagent, et le général de brigade Mireur 
est blessé mortellement. ' 

Le 22, au lever du soleil, l'armée se met 
en marche pour Rahmanie ; le petit nombre 
des puits force les divisions de marcher à deux 
heures Tune de l'autre. 

A neuf heures et demie du matin , les di* 
visions des généraux Menou, Régnier , et Bon, 
avoient pris position. Le soldat découvre le 
Nil j il s'y précipite tout habillé et s'abreuve 
d'une eau délicieuse. Presque au même instant 
le fambour le rappelle à ses drapeaux. Un corps 
d'environ huit cents Mamloùks s'avançoit en 



D'EGYPTE. îj 

ordre de bataille; on court *au5r armes. Les 
ennemis s^éloignent , se dirigent sur la route 
de Demenhour, où ils rencontrent la division 
Desaix : le feu de l'artillerie avertit qu'elle 
est attaquée. Bonaparte marche à Tinstant con- 
tre les Mamioùks; mais Partillerie du général 
Desaix les avoit déjà éloignés. Ils avoient pris 
la fuite, et s'étoient dispersés après avoir eu 
quarante hommes tués ou blessés. Parmentier, 
de la sixième demi-brigade , a été tué dans 
cette action, ainsi qu'un guide à cheval. Dix 
fantassins ont été légèrement blessés. 

Le soldat, épuisé par la marche et les pri-* 
vations, avoit besoin de repos; les chevaux^ 
foibles et harassés par les fatigues de la mer, 
en avoient plus besoin encore. Bonaparte prend 
le parti de séjourner à Rahmanie le 25 et le 24, 
et d'y attendre la flottille et la division Menou» 
Ce général avoit exécuté les ordres qu^'il"- 
avoit reçus. Il s'étoit ernparé de Rosette sanst 
obstacle. Il rejoint l'armée par des marches^- 
forcées, et annonce que la flottille étoit heu- 
reusement entrée dans le Nil , mais qu'elle 
remontoit ce fleuve avec difficulté, les eaux 
étant encore basses. Elle arrive enfin dans la 
nuit du 24. Cette nuit même l'armée part 
pour Miniet-Salamé. Elle y couche , et le 25 
avant le jour elle est en marche pour livrer 
bataille à l'ennemi part-tout où elle pourra le 
rencontrer. 

Les Mamioùks, au nombre de quatre mille yî- 
étoient à une lieue plus loin» Leur droite était 



j^, EXPEDITION 

appuyée au village de Chebreisse', dans lequej 
ils avoient placé quelques pièces de canon, et 
au Nil, sur lequel ils avoient une flottille com- 
posée de chaloupes canonnières et de d'jerm^s 
armées. t- 

Bonaparte avoit donné ordre à la flottille 
française de continuer sa marche, en se diri- 
geant de manière à pouvoir appuyer la gauche 
de Tarmée sur le Nil, et attaquer la flotte 
ennemie au moment où l'on attaqueroit les 
Mamloùks et le village de Chebreisse. Malheu- 
reusement la violence des vents ne permit pas 
de suivre en tout ces dispositions. La flottille 
dépasse la gauche de Tarmée , gagne une lieue 
sur elle, se trouve en présence de l'ennemi^ 
et se voit obligée d'engager un combat d^au- 
tant plus inégal, qu'elle avoit à-la- fois à sou^ 
tenir le feu des Mamloùks , des Felha et des 
Arabes, et à se défendre contre la flottille 
ennemie. ^ 

Les Felha, conduits par les Mamloùks, se 
jettent, les uns à l'eau, les autres dans des 
d'jermes, et parviennent à prendre à l'abor- 
dage une galère et une chaloupe canonnière. 
Le chef de division Perée dispose aussitôt ce 
qui lui reste de monde, il fait attaquer à son 
tour et parvient à reprendre la chaloupe ca- 
nonnière et la galère. Son chebeck, qui vomit 
de tous côtés le feu et la mort; protège la 
reprise de ces bâtiments, et brûle les chaloupés 
canonniers de l'ennemi. Il ell puissamment se»- 
condé, dans ce combat inégal et glorieux, paç 



DEGYPIE. X5 

rînfrepidité et le sang- froid du général An- 

dréossi, et par les citoyens Monge , Berthollet^ 

Junot, Payeur, et Bourrienne , secrétaire du 

général en chef, qui se trouvent à bord dyi 

chebeck. .?>iv:A a 

• Cependant le bruit du canon avoit fait con* 

noitre au général en chef que la flottille étoit 

engagée; il fait marcher l'armée à pas de charge; 

elle s'approche de Chebreisse et apperçoit les 

Mamloùks rangés en bataille en avant de ce 

village. Bonaparte reconnoît la position et forme 

l'armée. Elle étoit composée de cinq divisions; 

chaque division forme un quarré qui présente 

à chaque face six hommes de hauteur; rartille* 

rie est placée aux angles. Au centre sont les 

équipages et la cavallerie. Les grenadiers de 

chaque quarré forment des pelotons qui flan« 

quent les divisions, et sont destinés à renfÎQj^eyr 

les points d'attaque. >':^ .. ^, 

Les sapeurs, les dépôts d'artillerie, prennent 

position et se barricadent dans deux villages 

en arrière, afin de servir de point de retraite 

en cas d^évènement. 

L'armée n'étoit plus qu'à une demi-lieue de^ 
Mamloùks. Tout-à-coup ils s'ébranlent par masses 
sans aucun ordre de formation , et caracolent 
sur les flancs et les derrières. D'autres masses 
fondent avec impétuosité sur la droite et le 
front de l'armée. On les laisse approcher jusqu'à 
la portée de la mitraille. Aussitôt Tartillerie 
se démasque ,^ et son feu les met en fuite. 
Quelques pelotons des plus braves fondent , 



Xg EXPEDITION! 

avec intrépidité, le sabre à la nïain, sur leà 
pelotons de flanqueurs. On les attend de pied 
ferme , et presque tous sont tués ou par le 
feu de la mousqueterie ou par la baïonnette. 

Animée par ce premier succès , Tarmée s'é- 
branle au pas de charge, et marche sur le 
village de Chebreisse, que l'aile droite a Tordre 
de déborder. Ce village est emporté après une 
foible résistance. 

La déroute des Mamloùks est complète; ils 
fuient en désordre vers le Caire. Leur flottille 
prend également la fuite, en remontant le Niî^ 
et termine ainsi un combat qui duroit depuis 
deux heures avec la même acharnement. C'est 
sur-tout à la valeur des hommss de troupe à 
cheval embarqués sur la flottille qu'est due la 
gloire de cette journée. La perte de Tennemi 
a été de plus ^de six cents hommes, tant tués 
que blessés; celle des Français d'environ soixante-» 
dix. 

Aussitôt après Taction, Bonaparte ordonne 
au général de brigade Zayoncheck de débar- 
quer avec les hommes de troupe à cheval , au 
nombre d'environ quinze cents, et de suivre 
la rive droite du Nil à la hauteur de la marche 
de l'armée qui s'avance sur la rive' gauche. 

L'armée couche à Chebreisse , et le 26 k 
Chabour. Le 27 elle couche à Comecherie ; 
elle étoit sans cesse harcelée dans sa marche 
par les Arabes. On ne pouvoit s'en éloigner à 
la portée du canon sans tomber dans quelque 
^embuscade. Ces barbares assassinoiçnt et pil- 

Joient 



D EGTfTE. 1 7 

îoient s'ils étoient les plus nombreux; ils pre- 
noient la faite s^ils étoient en nombre égal, 
et s'il falloit combattre. 

L'adjoint aux adjudants-généraux Gallois, 
officier distingué, e-st tué en portant un ordre 
du général ^en chef. L'adjudant Danano tombe 
entre leurs mains; ils le conduisent à leur camp; 
et cet intéressant jeune homme meurt assassiné. 
Toute communication est interceptée à trois 
cents toises derrière Tarmée. On ne peut faire 
parvenir aucune nouvelle à Alexandrie; on n'en 
reçoit aucune de cette ville. 

Tous les villages où l'armée arrive sont aban- 
donnés. Elle n'y trouve plus ni hommes ni 
bestiaux; elle couche sur des tas de blé, et 
elle est* sans pain. Elle manque également de 
viande, et ne subsiste qu^avec des lentilles, ou 
de mauvaises galettes que le soldat 'fait lui- 
même en écrasant du blé. Elle continue sa 
marche vers le Caire , couche le 28 à Alcan , 
le 29 à Abounichabé, le 30 à Wardan, où 
elle séjourne. Le i thermidor elle se rend à 
Ommedinar. Le général Zayencheck prend po- 
sition à la pointe du Delta où le Nil se par- 
tage en deux branches , celle de Damiette et 
celle de Rosette. 

Bonaparte, informé que Mourâd hey, à la 
tête de six mille Mamloùks et d'une foule 
d'Arabes et de Fellahs , est rentranché au vil- 
lage d'Embabé à la hauteur du Caire vis-à-vis 
•Boulac, et qu'il attend les Français pour les 
combattrià , s'empresse d'aller lui présenter la 
bataille* z 



jg EXPEDITÏOlsr 

Le 2 thermidor, à deux heures du matin, 
Tamnée part d^Ommedinar, Au point du jour 
la division du général Desaix, qui formoit 
l'avant-garde , a connoissance d'^un corps d'en- 
viron six cents Mamloùks et d'un grand nombre 
d'Arabes qui se replient aussitôt. A deux heures 
après midi l'armée arrive aux villages d'Eb- 
verach et de Boutis. Elle n'étoit plus qu'à trois 
quarts de lieue d'Embabé, et appercevoit de 
loin le corps de Mamloùks qui se trouvoit dans 
ce village. La chaleur étoit brûlante; le soldat 
étoit extrêmement fatigué. Bonaparte fait faire 
halte. Mais les Mamloihks n'ont pas plutôt ap- 
perçu l'armée qu'ils se forment en avant de 
sa droite dans la plaine. Un spectacle aussi 
imposant n'a voit point encore frappé les re-^ 
gards des Français. La cavalerie des Mamloùks 
étoit couverte d'armes étincelantes. On voyoit 
en arrière de sa gauche ces fameuses pyramides 
dont la masse indestructible a survécu à t^nt 
d'empires et brave depuis trente siècles les 
outrages du temps. Derrière sa droite étoient 
le Nil , le Caire , le Mokatan , et les champs 
de l'antique Memphis. 

IVîille souvenirs se réveillent à la vue de ces 
plaines où le sort des armes a tant de fois 
changé la destinée des empires. L'armée, im^ 
patiente d'en venir aux mains, est aussitôt 
Tangée en ordre de bataille. Les dispositions 
sont les mêmes qu'au combat de Chebreisse. 
La ligqe formée dans l'ordre par échelons et 
par divisions qui se âanquoient yefusoit s^ 



d'egypte. 19 

droite. Bonaparte ordonne â la iigae de s'é- 
branler ; mais les Mamioùks, qui jusqu'alors 
avoient paru indécis , préviennent l'exécutioa 
de ce mouvement, menacent le centre, et se 
précipitent avec impétuosité sur les divisions 
Desaix et Régnier qui formoient la droite. Ils 
chargent intrépidement ces colonnes, qui, fermes 
et immobiles , ne font usage de leur feu qu'à- 
demi-portée de la mitraille et de la mousque- 
terie; la valeur téméraire des Mamlouks essaie 
en vain de renverser ces murailles de feu , ces 
remparts de baïonnettes. Leurs rangs sont 
éclaircis par le grand nombre de morts et de 
blessés qui tombent sur le champ de bataille; 
et bientôt ils s'éloignent en désordre sans oser 
entreprendre une nouvelle charge. 

Pendant que les divisions Desaix et Régnier 
repoussoient avec tant de succès la cavalerie 
des Mamioùks, les divisions Bon et Menou 
réunies sous les ordres du général Vial, et 
soutenues par la division Kleber , commandée 
par le général Dugua , marchoient au pas de 
charge sur le village retranché d'Embabé. 
Deux bataillons des divisions Bon et Menou , 
commandés par les généraux Rampon et Mar- 
mont, sont détachés avec ordre de tourner le 
village et de profiter du fossé profond pour se 
mettre à couvert de la cavalerie de Tennemi, 
et lui dérober leurs mouvements jusqu'au Nil. 
Les divisions , précédées de leur ilanqueurs , 
continuent de s'avancer au pas de charge. Les 
Mamioùks attaquent sans succès les pelotons de 



^O EXPEDITION 

flanqaeiirs; ils font jouer et cîémasqtient qua- 
rante mauvaise pièces d'artillerie. Les divisions 
ee précipitent alors' avec pins d'impétuosité, 
et ne laissent pas à l'ennemi le temps de 
reçharg'^r ses canons. Les retranchements sont 
enlevés à la baïonnette ; le camp et le village 
d'Embabé sont au pouvoir des Français. Quinze 
cents Mamloiiks à cheval et autant de Fellahs, 
auxquels les généraux Marmont et Rampon ont 
coupé toute retraite en tournant Embabé , et 
prenant une position retranchée derrière un 
fossé qui joignoit le Nil, font en vain des pro-r 
diges de valeur. Aucun d'eux ne veut se readre, 
aucun d'eux n'échappe à la fureur du soldat ; 
ils sont tons passés au fil de l'épée, ou noyés 
dans le Nil. Quarante pièces de canon, quatre 
cents chameaux , les bagages et les vivres de 
j'ennemi, tombent entre les mains du vain- 
queur 

Moûrâd bey, voyant îe village dŒmbafcé 
emporté, ne songe plus qu'aux moyens d'as- 
surer sa retraite. Déjà les divisions Desaix et 
Régnier avoient forcé sa cavalerie de se replier; 
l'armée, quoiqu'elle marchât depuis deux heures 
du matin et qu'il en H\t six du soir, le pour- 
suit encore jusqu'à Gisha. Il n'y avoit plus de 
salut pour lui que dans une prompte fuite; il 
en donne le signal, et l'armée prend positioii 
à Gibha après dix-neuf heures de marche ou 
de combats. 

Jamais victoire aussi importante ne coûta 
mains de sang aux Français 3 ils n'eurent à re* 



DEGYPTK. ci 

guetter clans cette journée que dix hommes 
tués et environ trente blc^ssés. Jamais avantage 
ne fit mieux sentir la supériorité de la tactique 
moderne des Européens sur celle des Orien- 
taux , du courage discipliné sur la valeur dé- 
sordonnée. 

Les Mamloùks étoient montés Sur de su-^ 
perbes chevaux arabes richement harnachés; 
ils portoient les plus brillantes armures; leurs 
bourses éloient pleins d'or; et leurs dépouilles 
dédommagèrent le soldat des fatigues excessives 
qu'il venoit de supporter. Il y a voit quinze 
jours qu'il n'avoit pour toute nourriture qu'un 
peu de légumes sans pain; les vivres trouvés 
dans le camp des ennemis lui firent faire un 
repas délicieux. 

La division Desaix À ordre de prendre po- 
sition en avant deGisha, sur la route da 
Fayum; la division Menou pîvsse pendant la 
tîuit une branche du Nil, et s'empare de Tisle 
de Roda. L'ennemi, dans sa fuite, brûloil tous 
les bâtiriients qui ne* pouvoient remionter le 
Nil. Toute la rive étoit eu feu. 

Le lendemain matin, 4 thermidor , les girands 
de la ville du Caire se présentent sur le Niî, 
l'olivier à la main. Ils étoient accompagnés du 
kiâyâ du pacha. Ibrâhym bey, qui avoit aban- 
donné le Caire pendant la rluityv avoit emmené 
le pacha avec lui. Bonaparte les reçoit à Gisha; 
ils demandent protection pour la ville, et pro- 
testent de sa soumission. Bonaparte leur répdrîd 
que le désir, des Français est de rester les ènëlè 



2Z EXPEDITION 

du peuple égyptien, et de la Porte-Ottornanê; 
que les moeurs, les usages et la religion du 
pays seront scrupuleusement respectés. Ils re- 
tournent au Caire , accompagnés d'an détache- 
ment commandé par un officier français. Le 
peuple avoit profité de la défaite et de la fuite 
des Mamlouks pour se porter à quelques excès : 
la maison de Mourâd bey avoit été pillée et 
brt^ilée j mais les chefs font des proclamations, 
la force armée paroît, et Tordre se rétablit. 

Le 7 thermidor, Bonaparte porte son quartier 
général au Caire. Les divisions Régnier et Menou 
prennent position au vieux Caire, les divisions 
Bop et Kleber à Boulac; un corps d'observa- 
tion est placé sur la route de Syrie , et la di- 
vision Desaix reçoit l'ordre de prendre une 
position retranchée, à trois lieues en avant 
d'Embabé , sur la route de la haute Egypte. 

Combat de Salehieh, 
Ibrâliyrii bey est chassé d'Egypte, 

Au moment où les Français étoient entrés 
au Caire, l'armée des Mamlouks s'étoit séparée 
en deux corps ; l'un , commandé par Mourâd 
bey , suivoit la route de ïa haute Egypte ; 
l'autre , sous les ordres d'Ibrâhym bey , avoit 
pris la robte de Syrie. C'étoit entre ces deux 
beys que l'autorité de TEgypte étoit partagée. 
Mourâd bey étoit à la tête du militaire, Ibrâ- 
hym dirigeoit la partie^ administrative. 

Desaix, chargé de poursuivre le premier, et 



D^FGÎPTÊ. a^ 

de le tenir en échec, établit un camp retranché ^ 
à quatre lieues en avant de Gisha, sur la rive 
gauche du Nil. Ses avant-postes et ceux de 
MoLirâd bey étoient eu présence les uns des 
autres. 

Ibrâhym bey s*étoit retiré à Belbeys, ou il 
attendoit le retour de h caravanne de la Mek- 
ke; son intention étoit de profiter du renfort 
des Mamloùks qui escortoient cette caravanne j 
pour exécuter un plan d'attaque combiné avec 
Mourâd bey et les Arabes. Il rîiettoit provi- 
soirement tout en œuvre pour soulever les 
fellahs du Delta, et pousser les habitanti d\X 
Caire à la révolte. 

L*armée avoit beaucoup souffert de ta marche § 
des chaleurs excessives, de la mauvaise nourri* 
tuire; elle avoit besoin de repos avant ^e sô 
mettre à la poursuite des Mamloùks , et de leâ 
chasser entièrement de TËgypte. Bjnaparte sen- 
toit d*ailleurs la nécessité d'organiser un gou- 
vernement provisoire pour la capitale et le re- 
ste du pays , d'assurer la subsistance du peuple 
et de l'armée, d'organiser tous les services, et 
de se mettre, par des positions retranchées, 
à l'abri de toute surprise, soit de la part des 
Mamioùlcs , soit de la part des habitants. 

Cependant comme fe voisinage d'Ibrâhyrii 
bey étoit le plus dangereux, le général de bri- 
gade Leclerc reçut ordre de partir du Caire 
le 15 thermidor, avec trois cents hommes de 
cavalerie , trois compagnies de grenadiers , lia 
bataillon et deux pièces d'artillerie légère, 



24- ËXt'ÈDltlOJSr 

d'aller prendre: position à Elkanka , . et d*ôbsef% 
Vçr Ibrâhym bey. 

Le 16 il est attaqué par quatre mille Mam-^; 
loùks et Arabes, que plusieurs décharges d'ar- 
tilleiîe mettent en fuite. 

La tranquillité du pays tenoit à î^éloigne- 
ment des Mamloùks, et sur- tout à celui d'Ibrâ- 
hym bey. Bonaparte s'empresse donc de pour- 
voir aux besoins les plus urgents, d'établir les 
bases les plus essentielles de la nouvelle admi- 
nistration, et se dispose à marcher contre Ibrâ-* 
hym bey en personne. Il laisse au Caire la 
division Bon, et les hommes des autres divi- 
sions qui ont encore besoin de repos. . > 

Le 20 thermidor, l'armée composée des trois 
divisions. Bon, Régnier et Menou , part du 
Caire pour joindre Ibrâhym bey, lui. livrer 
bataille, détruire son corps, et le chasser de 
l'Egypte; elle se réunit à l'avant-garde du gé* 
tiéral Leclerc , et couche le 22 à Belbeis. Ibrâ- 
hym bey n'avoit pas cru prudent de 1 attendre y 
et fuyoit vers Salehiê. \'é%ff^^h'h , : ^t^q v'r 
. L'armée étoit à quelques lieues de ce vil- 
lage, lorsqu^'on apperçut dans le désert une ca- 
ravanne escortée par une troupe d'Arabes. La 
cavalerie se porte aussitôt en avant, met les 
Arabes en fuite, et arrête la caravanne. C'étoit 
celle de la Mekke. La plus grande partie de 
ceux qui la composoient s'étoit réunie à Ibrâ- 
hym bey , qui emmenoit avec lui une foule 
de marchands avec leurs marchandises; il avoit 
consenti que le reste prît la route du Caire, 



c'egypte. . 25 

âous Tescoîte de quelques Arabes payés par 
les marchands. Mais à peine cette portion de 
la caravanne avoit-elle été abandor^née par les 
Mamloùks , que les Arabes qui dévoient Tescor* 
ter et la protéger pillèrent ^ eux-mêmes toutes 
les marchandises, sous prétexte que le« mar-^ 
chands ne pouvoieni éviter d'être pillés par 
les Français. Il ne restoit plus sous leur con- 
duite qu'environ six cents chameaux chargés 
d'hommes , de femmes et d''enfants , que Bona- 
parte fît conduire au Caire, sous une escorte 
de troupes françaises. ;d tHi.-t^ v. : -^àà '^f. 

Dans presque tous les villages que l'armée 
traverse , on rencontre des individus qui fai- 
soient partie de la caravanne, et avoient pris 
la fuite 5 Bonaparte les rassure, leur promet 
sûreté et protection ; et , pour leur prouver que 
les promesses des Français ne ressemblent en 
rien à celles des Arabes, à peine est-il arrivé 
au village arabe de Coreid , qu'il fait arrêter 
le Cheykh , et le met en présence d'un des 
principaux marchands avec lesquels il avoit 
traité de l'escorte qui les avoit pillés. Le Cheykh, 
menacé d'être fusillé, retrouve à l'instant la 
plus grande pa/tie des objets volés, et restitue 
aux marchands leurs femmes et leurs esclaves. 

L'armée continuoit sa marche à grandes jour- 
nées pour atteindre Ibrâhym bey. Le 24 , à 
quatre heures après-^midi , i'avant-garde, com- 
posée d'environ trois cents hommes de cavale- 
rie, arrive en vue de Saîehie. Au moment où 
la tête de I'avant-garde entroit dans le village, 



26 EXPEDITION 

Ibrâhym bey surpris fuyoit à la hi.te , couvrant 
son arriere-garde d'environ mille Mamloùks» 

L'infanterie française étoit encore à une lieue 
et demie de distance, les chevaux étoient ha- 
rassés de fatigue, des nuées d'Arabes cou- 
vroient la plaine , attendant Tissue du combat 
pour tomber sur les vaincus. La seule arrière* 
garde d'Ibrâhym bey étoit trois fois plus nom- 
breuse que Tavant-garde des Français. Malgré 
l'infériorité du nombre, Bonaparte, à la tête 
de cette avant-garde, poursuit Ibrâhym dans 
le désert. Deux cents braves, tant du septième 
régiment d'hussards , que du vingt-deuxième 
de chasseurs, et des guides à cheval, chargent 
avec impétuosité Tarriere-garde des Mamloùks, 
et s'ouvrent un passage à travers leurs rangs ^ 
mais ce succès même augmente leurs dangers, 
ils se trouvent au milieu d'une masse cinq fois 
plus nombreuse qu'eux. La valeur supplée au 
nombre^ ils combattent» comme des lions et 
en désespérés j les Mamloùks sans cesse repous- 
sés ne combattent plus qu'en s'éloignant et pouir 
protéger leur retraite. Ils abandonnent dans 
leur fuite deux mauvaises pièces de canon et 
quelques chameaux. Mais Ibrâhym bey parvient 
à sauver avec lui ses équipages , dans lesquels 
étoient ses femmes , celles de ses Mamloùks , 
ses trésors et les plus riches marchandises de 
la caravanne. Il avoit disparu quand l'infanterie 
française arriva au village de Solahie , où elle 
prit position. Ibrâhym continue de fuir vers 



i)'EGyPTE. àt 

la Syrie; il avoit pour neuf jours de route, à 
travers le désert, avant d'y être rendu. 

Cet avantage a coûté à la république une 
vingtaine de braves tués dans les rangs enne- 
mis. Parmi les officiers qui ont chargé à la 
tète de la cavalerie, et soutenu parleur exem- 
ple la valeur du soldat , le chef de brigade 
Destrées, qui a reçu plusieurs blessures graves; 
Tadjudant-général Leturq ; le chef de brigade 
Lasalle; les aides-de-camp Duroc et Sulkouski; 
l'adjudant Arrighi , méritent d''être distingués. 
Bonaparte détermine avec le général Caffa- 
relli , commandant le génie, les fortifications 
nécessaires à la défense de Salehie et de Bel- 
beis. La division Dugua reçoit ordre de se 
porter sur Damiette, pour en prendre posses- 
sion , et soumettre le Delta. La division Régnier 
reste en position à Salehie, pour soumettre la 
province de Charkié , et Bonaparte reprend avec 
le reste des troupes le chemin du Caire, où 
il arrive le 27. Il reçoit sur la route ^a nou- 
velle et les détails du combat naval d'Aboukir. 
L'Egypte, pour être entièrement aflfranchie 
du despotisme des Mamioùks, n'offroit plus 
d^ennemi à combattre que Mourâd bey. Le 
général Desaix reçoit Tordre de se mettre en 
mouvement pour le poursuivre. Les provinces 
de TEgypte sont commandés par des généraux 
français; les autorités civiles y sont organisées 
et y remplacent le gouvernement monstrueux 
qui la tyrannisoit. Déjà Bonaparte peut réa* 
liser une partie de ses proroesses, et prouver 



aS EXPEDITION 

au pays qu'il vient de soumettre', que le Frai* 
çais n'avoient en effet d'autres ennemis que 
ses oppresseurs, d'autre ambition que celle 
d'être ses libérateurs. 

Varunée marche en Syrie, Affaire de ê! A^ryclu 
Bataille du Mont-Tabor. Prise de Ghazak et 
de Jaffa. q r^rV 

La Conduite politique et militaire de Bona- 
parte depuis son entrée en Egypte avoit pour 
but de* rendre à la civilisation et à leur an- 
tique splendeur ces contrées jadis si florissantes. 
Mais en même temps qu'il travailloit à Taf^ 
franchissement des peuples et à Texpultion de 
leurs tyrans, il n'avoit négligé aucune occasion 
de convaincre la Porte du désir qu'avoit la ré- 
publique française de conserver l'amitié qui 
subsistoit entre les deux puissances. La cour 
ottomane avoit de justes sujets de plainte contre 
les beys d'Egypte, dont les ré\^oîtes et les 
usurpations ne lui avoient laissé qu'une ombre 
de souveraineté dans cette province. Les Fran- 
çais eux-mêmes en avoient reçu de fréquents 
outrages. Punir ces usurpateurs, c'étoit donc 
venger et servir à-la-fois la France, la Porte 
ottomane et l'Egypte. 

Les établissements de commerce que Bona- 
parte vouloit former dévoient enrichir les abi- 
tants, faire de l'Egypte l'entrepôt du commerce 
de l'Europe et de l'Asie , augmenter les reve- 
nus du grand-seigneur , devenir pour la France 



PEGYPTE. ag 

et les puissances méridionales une source de 
prospérité, et ruiner dans l'Inde le commerce 
des Anglais , contre lesquels cette expédition 
étoit plus particulièrement dirigée. 

La Porte une fois éclairée sur le but do 
Fentiée des Français en Egypte et sur leurs 
projets ultérieurs ne devoit voir qu'avec plaisir 
une expédition qui devoit lui être si avanta-. 
geuse. Dans cette conviction , Bonaparte n'avoit 
cessé de se conduire avec la Porte ottomana 
comme envers Tamie et l'aliiée fidèle de la 
France. 

A la prise de Malte, il avoit trouvé dans 
les cachots de TOrdre un grand nombre d^esclaves 
turcs; ils furent aussitôt mis en liberté et 
renvoyés à Constantinople. Il annonça lui-même 
au grand-seigneur la nouvelle de la prise de 
cette isle et de la destruction d'un Ordre qui 
étoit Tennemi irréconciliable des Turcs. 

Depuis l'entrée des Français en Egypte, les 
agents de la Porte étoient respectés ; le pavillon 
turc flottoit avec le pavillon français. Une ca- 
ravelle turque se trouvoit dans le port d'A- 
lexandrie ainsi que quelques bâtiments de com- 
merce. Bonaparte assure le capitaine de la pro- 
tection et de l'amitié des Français. Cette ca-^ 
ravelle reçoit un ordre du grand-seigneur de 
quitter Alexandrie pour se rendre à Costanti-- 
nople: c'étoit l'époque où tous les bâtiments 
turcs ont coutume de quitter l'Egypte. Bona- 
parte, après avoir fait accepter un présent au 
capitaine de *Ia caravelle , le charge de prendre 



go EXPEDITION" 

à son bord le citoyen Beauchamp , porteur de 
dépêches pour la Porte ottomane. 

Cet envoyé étoit chargé de protester de 
nouveau des dispositions pacifiques et amicales 
du gouvernement français envers le grand-sei^ 
gneur, de faire connoître à la Porte les sujets | 
de mécontentement que Bonaparte avoit contre j 
Ahmeda-Djezzar , pacha d'Acre, et de déclarer 
que le châtiment qu il lui réservoit , s'il con- j 
tinuoit à se mal conduire, ne devoit donner ' 
aucun ombrage, aucune inquiétude à Tempire 
ottoman. Ce pacha, que ses cruautés avoient 
fait nommer Djezzar ( le boucher } , étoit re- 
gardé comme un monstre de férocité par les 
barbares les plus sanguinaires de l'Orient. 

Ibrâhym bey, après l'aiFaire de Salehie , 
s'étoit retiré avec mille Mamloùks et ses tré- 
sors vers Gaza; il avoit reçu de Djezzar le 
plus favorable accueil. Non seulement ce pach^ 
continuoit d'accorder asyle et protection aux 
Mamloùks, il menaçoit encore les frontières de 
TEgypte par des dispositions hostiles. Bona- 
parte, qui vouloit éviter de donner le moindre 
ombrage à la Porte, dépêcha par mer à Djez- 
zar un officier chargé d'une lettre dans laquelle 
il assuroit le pacha que les Français desiroient; 
conserver Tamitié du grand-seigneur , et vivre 
en paix avec lui; mais il exigeoit que Djezzar 
éloignât Ibrâhym bey et ses Mamloùks, et ne 
leur accordât aucun secours. 

Le pacha n'avoit fait aucune réponse à Bo- 
îiaparte. Il avoit renvoyé l'officier avec arro- 



d'egypte. jr 

gancé ; les Français étoient mis aux fers à 
Sai n t-Jea n-d' Acre. 

L'armée ne recevoit aucune nouvelle d'Eu- 
rope. Depuis le funeste combat d'Aboùqyr , les 
ports de l'Egypte éteient bloquées par les An- 
glais. Bonaparte n*avoit aucuns renseignement^ 
officiels sur les résultats de la négociation que 
le directoire avoit dû entamer avec la Porte 
ottomane relativement à Texpédition d'Egypte; 
mais tous les rapports de l'intérieur annon^ 
çoient que le ministère anglaise avoit su pro- 
fiter de la victoire d'Aboùqyr pour entraîner 
la Porte dans son alliance et celle de la Rus- 
sie contre la république française. Bonaparte 
jugea que si la Porte cédoit aux suggestions 
perfides de ses ennemis naturels , il y auroit 
une opération combinée contre TEgypte , et 
qu'il seroit attaqué par mer et par la Syrie. 
II n'y avoit pas un moment à perdre pour 
prendre un parti : Bonaparte se décide. 

Marcher en Syrie, châtier Djezzar, détruire 
les préparatifs de l'expédition contre l^Egypte, 
dans le cas où la Porte se seroit unie aux en- 
nemis de la France j lui rendre au contraire 
la nomination du pacha de Syrie, et son au- 
torité primitive dans cette province, si elle 
restoit l'amie de la république ; revenir en 
Egypte aussitôt après pour battre l'expédition 
par mer ; expédition qui , vu les obstacles 
qu'opposoit la saison, ne pouvoit avoir lieu 
avant le mois de messidor: tel est le plan 
îiuquel Bonaparte s'arrête et qu'il va exécuter. 



JZ EXPEDITION 

Aussitôt après son retour au Caire , il avoit 
envoyé contre l'armée de Mourâd b.?y , qui se 
tenoit dans la haute Egypte, le. général Desaix 
et sa division qui obtenoient chaque jour de 
nouveaux succès. 

Après avoir ainsi éloigné les ennemis, Bo- 
naparte songe à organiser le gouvernement des 
provinces de TEgypte.' Il établit un dyvân dans 
chacune d'elles , et fait jouir le peuple de la 
plus belle prérogative de la liberté , celle de 
concourir à l'élection de ses magistrats. Il for-» 
me un système de guerre jusqu'alors inconnu 
contre les Arabes , qui de tous temps ont dé- 
solé ces belles contrées. Il arrête une nouvelle 
répartition d'impôts plus utile au fisc et moins 
onéreuse au peuple; il porte la plus sévère 
économie dans la partie administrative de l^'ar^ 
mée ; il établit une compagnie de commerce 
dans la vue de faciliter l'échange et la circu- 
lation de toutes les denrées. Il avoit formé un 
institut au Caire; il y établit une bibliothè- 
que , et fait construire un laboratoire de chy- 
mie. Un grand attelier est ouvert pour les 
arts mécaniques. Déjà la fabrication du pain 
et celle des liqueurs fermentées est perfection- 
née; on épure le salpêtre, on construit de i^ou- 
velles machines hydrauliques. 

Pendant que Bonaparte sembloit recréer la 
ville du Caire, des savants voyageoient par 
son ordre dans l'intérieur de l'Egypte , et y 
faisoient les reconnoissances , les découvertes 
les plus importantes pour la géographie, Thi-r 
stoire, et la physique. 



Le général Andréossy avoit reçn Tordre d^ 
soumettre le fac M^nzaléh , les B Juches Pélu- 
siaques, et d en faire la reconnoissance , tant 
sous le rapport militaire- que sous le rapport 
des sciences. 

Il sonde, le 2 vende niaire, la rade de Da- 
miette , de B:)ugafîc , et du capB)ugan, ainsi 
que l'embouchure du Nil, afin de déterminer 
les passes du Bocaze et la forme de la barre. 
Il part de Damiette , le 1 1 à d:?ux heures da 
matin , avec deux cents hommes et quinze 
d-j rmes conduites par d-?s reis du Nil. Trois 
de C3S d'jermes sont armées d'un canon. Il passe 
le Bicaze à sept heures, longe la cote, et 
prend position à trois heures après-midi à la 
bouche de Bibéh, où il fait les mêmes opéra- 
tiohs qu'à l'embouchure du «Nil. Le 12, il pé' 
netre dins le lac jusqu'à cinq lieues; il vou- 
îoit gigner Matariéh, mais les reis, intimidés 
par l'apparition subite d'environ cent trente 
d'jermes chargées d'Arabes embarqués à Ma- 
tariéh , le conduisent vers Menzaléh. Tombé 
sous le vent, il est attaqué et poursuivi ; mais, 
malgré la supériorité du nombre, l'ennemi est 
obligé de se retirer avec perte* Il se rejette 
alors sur Damiette, et mouille devant Minié, 
à neuf heures du soir. La nuit du 14 au 1^^ 
il est attaqué avec plus d'acharnement , et non 
avec plus de succès. Le 16, il se porte sur 
Menzaléh, et le 17 sur les isles de Matariéh, 

Il moui le le 20 à Tisle de Tourna, le 24 
à celle de Tumis , le 25 à la bouche d'Eume- 

5 



g^ EXPEDITION 

Fareclje, et il arrive le 28 sur les ruines de 
Tinéh , de Peluse, de Farouna ; il part le 29 
et se derige sur le canal de Mues où il pé- 
nètre ; le 30, il visite Sau, et relevé Salchiéh, 
prend des renseignements précis sur le canal 
de ce nom, et repart le même jour pour Men- 
zaléh et Damiette, où il arrive le 2 brumaire, 
après avoir terminé la reconnoissance, les sondes , 
la carte du lac pour la construction de laquelle 
il avoit fait mesurer à la chaîne une étendue 
4e plus de 45,000 toises. 

Le général Andréossy , revenu au Caire , re- 
part aussitôt avec le citoyen Berthollet , pour 
reconnoître les lacs de natron. Il se rend, escorté 
4e quatre-vingts hommes, à Terranéh , d'où 
îl part dans la nuit du 3 au 4; après quatorze 
heures de marche j il arrive aux lacs nat/on , 
•îtués dans une vallée qui a plus de deux lieues 
de large, et dont la direction est de quarante- 
quatre degrés ouest, ces lacs comprennent une 
étendue d'environ six lieues. Trois couvents 
Cobthes, dont un isolé, sont situés dans la vallée, 
vers le sommet de la pointe opposée à Terrané. 

Le 4 , il visite les lacs , il se rend au Fleuve 
sans Eau. C'est une grande vallée encombrée 
de sables, adjacente à celle des natrons, et 
dont le bassin a près de trois lieues d'un bord 
à l'autre. Il y trouve de grands corps d'arbres 
entièrement pétrifiés: le même jour il va bi- 
vouaquer au quatrième couvent, qui est dans 
la direction de Wardam; dans la vallée du lac 
^e natron on rencontre quelques sources de 



D EGYPTE. 35 

très bonne eau. Le natron y est d'une bonne 
qualité, et peut faire une branche de com- 
merce très importante. 

Tous les savants qui ont accompagné B:)na* 
parte sont employés à das travaux analogues 
à leurs talents et à leurs connoissances. Nouet 
et Mechain déterminent la latitude d Alexandrie, 
celle du Caire, de Salchiéh, de Damiette , et 
de Suez. 

Lefevre et Malus font la reconnoissance du 
canal de Noës, le premier avoit accompagné 
avec Bouchard le général Andréossy , dans la 
reconnoissance du lac Menzaléh. 

Peyre et Girard font le plan d'xMexmdrie ; 
LanoTey fait la reconnoissance d^Abou-lVîanege; 
il est de plus chargé de diriger les travaux du 
canal d'Alexandrie. 

Geoffroy examine les animaux du lac Men- 
zaléh , et les poissons du Nil; Delisle, les 
plantes qui se trouvent dans, la basse Egypte. 

Arnolet et Champy fils sont chargés d'obser- 
ver les minéraux de la mer rouge , et d'y faire 
des reconnoissances, 

Girard est chargé d'un travail sur tous les 
canaux de la haute Egypte. 

Denon voyage dans le Sayum et dans la 
haute Egypte pour en dessiner les monuments. 
a Conté dirige Tattelier destiné aux arts mé- 
caniques ; il fait construire des moulins à 
vent , et une infinité de machines inconnues 
en Egypte. 

Savigny fait une collection des insectes du 
désert et de la Syrie. 



téf EXPEDITION 

Beaucîiamp et Nouet dressent un almanach", 
contenant cinq calendriers, celui de la répu- 
hliqiie française , et ceux des églises romaine , 
grecque 5 cophte et musulmane. 

Costcrd rédige un journal. Fournier , secré-- 
taire de l'institut , est commissaire près le 
dy^ân. 

Berthollet et Monge sont à la tête de tous 
ces travaux, de toutes ces entreprises; on les 
yeîronve par- tout où il se forme des établis- 
sements utiles, où il se fait des découvertes 
jmportajites. 

Tandis qu'on fait les préparatifs de l'expé- 
clition de Syrie , Bonaparte s'associe aux tra- 
vaux des savants , et assiste exactement aux 
séances de l'institut , où chacun d^eux rend 
compte de ses opérations. 11 veut aller visiter 
lui-même l'isthuîe de Suez, et résoudre l'un 
des problêmes les plus importants et les plus 
obscurs de Thistoite; il se disposoit à cet in- 
téressant voyage, lorsq'un évènem.ent fâcheux 
et inattendu le for^a d'aj.)urner ses projets. 

La plus grande tranquillité n'avoit cessé de 
régner dans la ville du Caire; le^s notables de 
tontes les provinces délibéroient avec calme , 
et d'après Itrs propositions 4es commissaires 
français. M- nge et BrthoUet, sur Torganisa- 
tion définitive des dyvâns, sur les lois civiles 
et criminelles, sur 1 établissement et la répar- 
tition des impôts, et sur divers objets d'ad- 
ministration et de police générale. Tout-à-coup 
^es iiîdices d^une sédition prochaine ^e maai-.' 



d'egyptë* §1 

ffstént Le 30 vendémiaire à la pointe du jour^ 
djes rassemblements se forment dans divers 
quartiers de la ville, et sur-tout à la grande 
mosquée. Le général Dupuy, commandant de 
la place , s^avance à la tête d*une foible escorte 
pour les dissiper; il est assassiné avec plusieurs 
officiers et quelques dragons, au milieu d^ Tua 
d^ ces attroupements. La sédition devient aus- 
sitôt générale, tous les Français que les ré- 
voltés rencontrent sont égorgés ; les Arabes ss! 
montrent aux portes de la ville. 

La générale est battue; les Français s'armenû 
et se forment en colonnes mobiles , ils marchent 
contre les rebeller avec plusieurs pièces de ca- 
non. Ceux-ri se retranchent dans leurs mosquées^ 
d^où ils font yn feu violent ; les mosquées sont 
bientôt enfoncées* un combat terrible s'engage 
entre les assiégeants et les assiégés; Tindigna- 
tîon et la vengeance doublent la force et l'in- 
trépidité des Français* Des batteries placées 
sur difFérentes hauteurs, et le canon de la ci- 
tadelle , tirent sur la ville; le quartier des 
rebelles et la grande mosquée sont incendiés. 

Les Chéryfs et les principaux du Caire vien-* 
nent enfin implorer la générosité des vain- 
queurs ^ et la clémence de Bonaparte; un par- 
don général est aussitôt accordé à la ville ^ et 
le 2 brumaire l'ordre est entièrement rétablie 
Mais, pour prévenir dans la suite de pareils 
excès , la place est mise dans un tel état dd 
défense, qu*un seul bataillon suffit pouf là 
mettre à l'abri des mouvements séditieux 4^ari^ 



^8 EXPEDITION 

population nombreuse. Dds mesures sont pHses 
aussi pour la garantir à Textérieur contre toute 
entreprise de la part des Arabes. 

Bonaparte, après avoir imprimé à tout le 
p^ys la terreur de ses armes, continue de sui- 
vre ses plans d'administration intérieure, sans 
oublier ce qu'il doit à l'intérêt des sciences ^ 
du commerce, et des arts. 

Le général Bon reçoit ordre de traverser le 
désert à la tête de quinze cents bommes, et 
avec deux pièces de canon, et de marcber vers 
Suez, où il entre le 17 brumaire. 

Bonaparte , accompagné d'une partie de son 
état-major, des membres de l'institut, Monge , 
Berthollet, Costart, Bourrienne, et d'un corps 
de cavalerie , part lui-même du Caire le 4 
nivôse, et va camper à Birkel-el Hades,ou Lac 
des Pèlerins; le 5 il bivouaque à dix lieues 
dans le désert; le 6 il arrive à Suez; le 7 il 
reconnoît la côte et la ville , et ordonne les 
ouvrages et les fortifications qu'il juge néces- 
saires à sa défense. 

Le 8, il passe la mer rouge, près de Suez, 
à un gué qui n'est praticable qu'à la marée 
basse. Il se rend aux fontaines de Moyse, si- 
tuées en Asie, à trois lieues et demie de Suez. 
Cinq sources forment ces fontaines , qui s'échap- 
pent en bouillonnant du sommet de petits mon* 
ticules de sable. L'eau en est douce et un 
peu saumaître. On y trouve les vestiges d^un 
petit aqueduc moderne , qui conduisoit cette 
eau à des citernes creusées sur le bord de la 



d'fgyptë. ^9 

mer, dont ces fontaines sont éloignées de trois 
quarts de lieue. 

Bonaparte retourne, le soir même, à Suez; 
mais, la mer étant haute, il est forcé de re- 
monter la pointe de la mer rouge ; le guide 
le perd dans les marais, et il ne parvient à 
en sortir qu'^avec la plus grande peine, ayant 
de Teau jusqu'à la ceinture. 

Les magasins de Suez indiquent assez que 
tette ville a été l'entrepôt d'un commerce con- 
sidérable; les barques seules peuvent mouiller 
auprès d'une pointe de sable qui s'avance à une 
lieue dans la mer. Cette pointe est découverte 
à la marée basse, et il seroit possible d'y 
Construire une batterie qui protégeroit le mouil- 
lage , et défendroit la rade. 

Bonaparte encourage îé comrriefce par plu- 
sieurs établisserhents utiles ; il le rassure con- 
tre les exactions auxquelles le livroient et les 
Mamloùks et les pachas. Une nouvelle douane^ 
dont les droits sont moins forts que ceux dé 
Tancienne ^ remplace celle qui existoit avant 
son arrivée, tl prend des mesures pour assurer 
et garantir le transport de Suez au Caire et 
à Belbeis ; enfin ses dispositions sont telles , 
qu'elles doivent rendre à Suez, dans peu de 
temps, son ancienne splendeur. 

Quatre bâtiments de Djedda arrivent dans 
cette ville pendant le séjour qu'y fait Bona- 
parte. Les A«rabes de Tôt viennent aussi de-* 
mander Tamitié des Français. Bonaparte quitte 
Suez le ïo nivôse, côtoyant la mer rouge att 



ifO EXPEDTTrOiT 

nord. A deux lieues et demie de cette ville 
il trouve les restes de l'entrée *du canal de 
Suez ; il le suit pendant quatre lieues. La 
msme jour , il couche au fort d'Adgerond ; la 
II , à dix lieues dans le désert; et le 12, à 
Belbeis. Lé 14, il se porte dans l'oasis d'Houa- 
reb, où il retrouve les vestiges du canal de 
Suez , à son entrée sur les terres cultivées et 
arrosées de l'Egypte. 

Il le suit l'espace de plusieurs lieues, et, 
satisfdit de cette double reconnoissarîce, il don- 
ne ordre au citoyen Peyre, ingénieur, de se 
rendre à Suez, et d'en partir avec une escorte 
suffisante pour lever géométriquement, et ni- 
•veler tout le cours du canal; opération qui va 
résoudre enfin le problême de l'existence d'un %, 
des plus grands et des plus importants travaux 
du monde. 

De retour à Suez, Bonaparte apprend que 
Djezzar , pacha de Syrie , s'étoit emparé dû 
fort de êl-A'rych , qui défendoit les frtîntieres 
de l'Egypte. Ce fort , situé à deux journées 
de Caihié, et à dix lieues dans le désert, 
étoit même occupé par Tavant-garde du pacha. 
Ces mouvements hostiles ne îaissoient aucun 
doute sur les intentions de Djezzar, et de la 
Porte, qui venoit de déclarer la guerre à la 
France. 

Certain d'être attaqué , il ne restoit plus à 
Bonaparte d'autre parti à prendre que celui 
de déconcerter les plans de ses nouveaux en- 
nemis eu les prévenant. Il quitte Suezi sur-le- 



D^EGYPTE. 4t 

champ pour se rendre au Caire. II passe pat 
Salahiéh , ou se trouvoient les troupes desti* 
nées à former Tavant-garde de Texpedition de 
Syrie ; il met cette avant-garde en mouve-? 
ment, et continue sa route vers le Caire, mar- 
chant jour et nuit. Aussitôt qu'il y est rendu, 
il réunit l'armée qui doit le suivre. 

Elle est composée de la division du général 
Kleber, qui a sous ses ordre les généraux Ver- 
dier et Junot , une partie des deux demi-bri- 
gades d'infanterie légère , et des vingt-cin- 
quième et soixante-quinzième de ligne; 

De la division du général Régnier, ayant 
sous ses ordres le général Lagrange, la neu- 
vième et la quatre-vingt-cinquième demi-bri- 
gade de ligne ; 

De celle du général Lasnes , ayant sous ses 
ordres les généraux Vaux, Robin, et Rambeau, 
avec une partie de la vingtrdeuxieme demi- 
brigade d'infanterie légère, et de la treizième 
et soixante-neuvième de ligne ; 

De celle du général Bon, ayant sous ses 
ordres les généraux Rampon , Vial , et une 
partie des quatrième demi-brigade d'infanterie 
légère, dix-huitieme et vingt-deuxième demi- 
brigades de ligne ; 

De celle du général Murât, avec neuf cents 
hommes de cavalerie, et quatre pit^ces de quatre. 

Le général Daumartin commande l'artillerie, 
et le général CafFarelli le génie. 

Le parc d'artillerie est composé de quatre 
pièces de douze, trois de huit, cinq obusiers, 
et trois mortiers de cinq pouces. 



I 



4e EXPEDITION 

L'artillerîs de chaque division est composée 
de deux pièces de huit , deux obusiers de six 
pouces, et deux pièces de trois. 

On attache aux guides à cheval et à pied 
quatre pièces de huit, et deux obusiers de six 
pouces; ces différents corps forment une armée 
d'environ dix mille hommes. 

La dix-neuvieme demi -brigade , les troisiè- 
mes bataillons des demi-brigades de Pex-'édi- 
tion de Syrie, la légion nautique, les dépôts 
du corps de cavalerie, la légion maltaise, sont 
répartis dans les villes d'Alexandrie, de Da- 
miette, et du Caire, pour les garnisons et les 
colonnes mobiles destinées à protéger contre 
les Arabes, et à retenir dans l'obéissance, les 
provinces de la basse Egypte. 

Le général Desaix continuoit d'occuper la 
haute Egypte avec sa division. 

Le commandement de la province du Caire 
est remis entre les mains du général Dugua j 
les autres sont confiés aux généraux Beillard , 
Lanusse , Zayonscheck , Fugieres, Leclerc , et 
à l'adjudant-général Almeyrac. Le citoyen Pous- 
siegue, administrateur- général des finances, re- 
ste au Caire; le payeur-général de l'armée ^ 
nommé Estire, jeune homme recommandable 
sous tous les rapports , suit Texpédition. 

Le commandement d'Alexandrie étoit ttès 
important. Il ne pouvoit être confié qu'à uri 
officier actif, qui réunît les connoissances de 
l'artillerie à celles du génie, et des autres 
parties militaires. Cette place, par l'éloigné- 



D EGYPTE. 45 

tnent du général en chef, devenoît presque 
indépendante sous les rapports militaires et 
administratifs. Les Anglais étoient en présence, 
et des symptômes de peste commençoient à 
s'y manifester. Le choix du général en chef 
tomba sur le général de brigade Marmont. 

Bonaparte ordonne à Tadjudant-général Al- 
itJeyrac, qu'il charge du commandement de Da- * 
miette , de presser les travaux des fortifications , 
et de faire embarquer des vivres et munitions 
pour l'armée de Syrie, en profitant de la na- 
vigation du lac Menzaléh, et du port de Tuict , 
d'où Von de voit les transporter dans les ma- 
gasins établis à Cathiéh , à cinq heures de 
marche. 

L'armée avoit besoin de quelques pièces de 
èiege pour battre la place d'Acre , en cas de 
résistance. Les difficultés du désert en ren- 
doient le transport impraticable par terre. Les 
charger sur quelques frégates mouillées dans 
la rade d'Alexandrie , et braver la croisière 
anglaise, étcit un projet audacieux sans doute, 
mais sans audace marche-t-on à la victoire? 

Bonaparte ordonne au contre-amiral Perce 
d'embarquer à Alexandrie l'artillerie de siège 
dont il avoit besoin, d'appareiller avec la Ju- 
non ^ la Courageuse ^ et VAlceste^ de croiser 
devant JafFa , et de se mettre en communica- 
tion avec l'armée. Il calcule et détermine Tépo-^ 
que à laquelle il doit arriver. 

On rassemble au Caire, en toute diligence 3 
les muleta et les chameaux qui doivent tran-^ 



4£|. EXPEDITION 

sporter le parc d'artillerie, les vivres, les mit* 
nitions , et tout ce qui est nécessaire à une 
armée qui traverse le désert. 

Le général Klebei reçoit Tordre de s'em- 
barquer, avec sa division, à Damiette. Les 
Français s'étoient rendus maître de la naviga-* 
tien du lac Menzaléh. Bonaparte ordonne à 
• Kleber de se rendre par ce lac à Tinéh, et 
de là à Cathiéh, de madiere à y arriver le 
i6 pluviôse. 

Le général Régnier étoit parti de B Ibeis , 
avec son état-major , le 4 pluviôse , pour se 
rendre à Salahiéh, qu'il avoit quitté le 14, 
afin d'arriver le 16 à Cathiéh, où il rejoint 
son avant-garde; il en part le 18, et prend 
la route de êl-.Vrich. Ce village et le fort 
étoient occupés par deux mille hommes de 
troupes du pacha d'Acre. 

Le général Lagrange, avec deux bataillons 
de la quatre-vingt-cinquième demi-brigade, un 
bataillon de la soixante-quinzième^ et deu^ 
pièces de canon, formoit l'avant-garde du gé- 
néral Régnier. Le 20 pluviôse, il apperçoit^ 
en approchant des fontaines de Massoudiac , 
une partie des Mamloùts, auxquels ses tirailleurs 
donnent la chasse . Il arrive le soir au bois 
des Palmiers, près de la mer^ en avant de 
êl-A'rich. Le 21, il se porte avec rapidité 
sur les montagnes de sable qui dominent êl-* 
A'rich; il y prend position, et y place son 
artillerie. 

Le général Régnier fait battre la charge; à 



d'egypte. 4i; 

îinstant l'avant-garde se précipite de droite 
et de gauche sur le village que Régnier at- 
taquoit de front. Malgré la position favorable 
de Tennemi dans ce village situé en amphi- 
théâtre, bâti en maisons de pierres crénelées, 
et soutenu par le fort ; malgré la vivacité du 
feu, et la résistance la plus opiniâtre, le vil- 
lage est enlevé à la baïonnette; Tennemi se 
retire dans le fort , et barricade les portes avec 
tant de précipitation , qu'il abandonne environ 
trois cents hommes qui sont tués ou faits pri- 
sonniers. 

Dès le soir, le blocus du fort de êl-AVych 
est formé par le général Régnier. Ce jour-là 
même on avoit signalé sur la route de Gaza 
un corps de cavalerie et d'infanterie, qui escor- 
toit un convoi destiné à Tapprovisionnement 
de êl-A'rych. Ce renfort s'augmente et se gros- 
sit jusqu'au 25, où l'ennemi, devenu audacieux 
par la' supériorité que lui donne sa cavalerie , 
vient camper à une demi-lieue de êl-A'rych, 
sur un plateau couvert d'un ravin très escarpé, 
position dans laquelle il se croit inexpugnable» 

Cependant le général Kleber arrive avec 
quelques troupes de sa division. Dans la nuit 
du 26 au 27, une partie de la division Ré- 
gnier tourne le ravin qui couvroit le camp des 
Mamloùks; elle se précipite dans le camp, 
dont elle est bientôt maître; tout ce qui ne 
peut échapper par une prompte fuite est tué 
ou fait prisonnier. Une multitude de chameaux 
et de chevaux , des provisions de bouche et 



4J.6 EXPEDITION 

de guerre, et tous les équipages des Mamloùks 
tombent au pouvoir des vainqueurs. Deux beys 
et quelques kyachefs sont tués sur le champ 
de bataille. C'est le surlendemain de cette glo- 
rieuse journée que Bonaparte parut devant êl- 
A'rych. 

Il étoit encore le 21 au Caire, lorsqu'il re- 
çut un exprès d'Alexandrie qui lui annonça que, 
le 15, la croisière anglaise, renforcée de quel- 
ques bâtiments, bombardoit le port et la ville^ 
II juge aussitôt que ce bombardement ne peut 
avoir d'autre but que de le détourner de son 
expédition de Syrie, dont le mouvement com- 
mencé avoit déjà alarmé les Anglais et le pa- 
cha d'Acre. Il laisse donc les Anglais conti- 
nuer leur bombardement, qui n'a d'autre effet 
que de couler quelques bâtiments de transport, 
et part le 22 du Caire , avec son état-major, 
pour aller coucher à Belbeis. Le 23 il couche à 
Coreid; le 24, à Salahiéh; le 25, à Kanîara, 
dans le désert; le 2G, à Cathiéh ; le 2^, au 
puits de Bir-êl-Aju; le 28, au puits de Mes- 
soudiac ; et le 29 enfin , à êl-A'rych , où se 
réunissent en même temps les divisions Bon 
et Lasnes, et le parc de l'expédition. 

Le général Régnier avoit fait tirer contre 
le fort quelques coups de canon , et commencer 
des boyaux d'approche; mais n'ayant pas assez 
de munitions pour battre en brèche, il avoit 
sommé le commandant du fort, et resserré le 
blocus; il avoit aussi fait pousser une mine 
sous Tune des tours ^ elle fut éventée par l'en- 
nemi. / ' 



d'egypte. 47 

Le 30 pluviôse , T armée prend poskion de- 
vant êl-A'rych, sur les monticules de sable, 
entre le village et la mer. Bonaparte fait ca* 
nonner une des tours du château , et , dès que 
la brèche est commencée, il somme la place 
de se rendre. 

La garnison étoit composée d'Arnautes , de 
Maugrabins , tous barbares sans chefs , ne con^ 
ïioissant aucun des usages, aucun des principes 
professés dans la guerre par les nations poli- 
cées. 11 s'établit une correspondance également 
bizarre' et curieuse , et qui suffit pour peindre 
ces barbares. ( Voyez les lettres. ) 

Bonaparte, qui avoit le plus grand intérêt à 
ménager son armée et ses munitions, se prête 
patiemment à la bizarrerie de leurs procédés; 
il diffère l'assaut. On continue à parlementer , 
et à tirer successivement. Enfin le 2 ventôse, 
la garnison, forte de seize cents hommes, se 
rend, et met bas les armes, sous la condition 
de se retirer à Bahgdhad par le désert. Une 
partie des Maugrabins prend du service dans 
Tarmée française. On trouve dans le fort en- 
viron deux cent cinquante chevaux, deux pièces 
d'artillerie démontées, et des vivres pour plu- 
sieurs jours. Le 3, Bonaparte fait partir pour 
le Caire les drapeaux enlevés à l'ennemi , et 
les Mamloùks faits prisonniers. 

Le 4 ventôse , le général Kleber , à la tête 
de sa division et de la cavalerie, part d'êl- 
A'rych pour se porter sur Kan-Jounes , premier 
village qu'on trouve dans la Palestine , en sor- 
tant du désert. 



4^ tXPEDITIOîf . ^ 

Le 5 , le qaartier-général quitte aussi êl- 
A'rych avec la mênie destination ; il arrive 
jusque sur les hauteurs de Kan-Jounes, sans 
avoir de nouvelles de la division Kleber. Le 
général en chef pousse quelques hommes de 
son escorte dans le village : les Français n'y 
atoient point encore paru ; quelques Mamloùks 
qui s'y trouvent, prenent la' fuite, et se reti- 
rent au camp d'Abdalla pacha , qu'on app(;*rçoit 
à une lieue de là , sur la route de Gazal|i. 

Bonaparte n'avoit qu'un simple piquet pour 
escorte. Convaincu que la division Kleber s'est 
égarée, il se replie sur Santon, trois lieues 
en avant de Kan-Jounes , dans le désert. 11 y 
trouve l'avant-garde de la cavalerie. Les guides 
avoient égaré la division Kleber dans le désert; 
mais ce général ayant arrêté quelques Arabes 
les a voit forcés de le remettre dans la route 
d'où il s'étoit éloigné d'une journée de chemin. 
Sa division arrive le S, à huit heures dumatin^ 
après quarante-huit heures de la marche la plus 
pénible, sans avoir pu se procurer une goutte 
d'eau. 

Les divisions Bon et Lasnes, qui avoient 
suivi ses traces , s'égarent également une par- 
tie du chemin. Ces trois divisions, qui, d'après 
les ordres , n'auroient dû arriver que successi- 
vement, se réunissent presque en même temps 
au Santon; les puits sont bientôt à sec. Oa 
creuse avec peine pour obtenir un peu d'eau ; 
l'armée, qu'une soif ardente dévore, ne peut 
obtenir qu'un léger soulagement à ses souÉfraur 
ces et à ses besoins. . La 



D ECVPTïr. T 43 

iV La division Régnier étoit restée à êl-AVy::li, • 
avec l'ordre d'y attendre que tous hs prison- ' 
îjiers de guerre, l'eussent évacué, que 1.:; fort, 
qui étoit la clef de l'Egypte, fût mis dans un 
état de défense respectable, et que le parc 
d'artillerie fût en marche. Elle devoit former 
Tarriere-garde de l'armée à dtux journées de 
distance. 

Le 6 ventôse, le quartier-général et l'armée 
marchent sur Kan-Jounes. 

A une lieue en avant de ce village on voit-'* 
sur la route quelques colonnes de granit, et 
quelques morceaux de marbre épars qu'on pour^ 
roit prendre d'abord pour les débris d'un an- 
cien monument; mais comme à quelques toi- 
ses de là on trouve le puits de RefFat , 'd'une 
belle construction, et qui donne de leau en 
grande abondance, il est naturel de penser que 
ces ruines sont les restes d^'un karavancerai 
où s'arrêtoient les karavannes , pour faire de 
l'eau à Centrée du désert qui sépare la Syrie 
de l'Egypte. i, it i > > r ,?*' 

L'armée venoîf de traverser soixante lieues 
du désert le plus aride; car les habitations de 
Cathiéh et d'êl-A'rych ne présentent que des 
huttes de terre , et quelques palmiers près des 
puits. Elle éprouva une véritable jouissance à 
son entrée dans les plaines de Ghazah , et à 
l'aspect des montagnes de la Syrie. 

A l'approche de l'armée, Abdalla, qui étoit 
campé , avec les Mamloùks et son infanterie j 



à une lieue de Kan-Jôanes, avôît levé son 
camp, et s*étoit replié sur Gazah. 

' Le 7 , Tarmée part de K^n-Jounes, et marche 
sur Ghazdh. A deux lieues as cette ville on 
apperçoit un corps de cavalerie qui occupoif 
la hauteur. 

Bonaparte dispose en carré chacune des di- 
visions. Celle du général Kleber forme la gauche, 
et se dirige sur Ghazah , à la droite de Ten^ 
remi; le général Bon occupe le centre, et 
jnaiche vers son front; la colonne de droite 
est formée par la division Lasnes, qui se di- 
rige sur les hauteurs, et tourne les positions 
qu'occnpoît A-bdalIa; le général JV[urat , ayant 
50US ses ordres la cavalerie et six pièces de 
canon, marchoit en avant de l'infanterie, et 
se disposoit à charger Tennemi. 

A son approche, la cavalerie d*Abdalla fait 
plusieurs mouvements qui annoncent de indé- 
cision dans ses desseins. Elle s'ébranle, et pa-r 
roît vouloir charger; mais bientôt elle rétro- 
grade, et se retire au galop pour prendre une 
nouvelle position. J^e général Murât pousse de§ 
parties, et fait manœuvrer la cavalerie, pour 
engager les Turks à le charger ou à attendre 
la charge; majs ils^ se replient à mesure qu'il 
avance, et à la nuit ils avoient entièrement 
disparu; la division Kleber avoit coupé quel- 
ques uns de leurs tirailleurs, et en avoit tué 
tine vingtaine. 

L'armée se trouvoit à une lieue au-delà de 
Ghazah ; elle prend position sur les hauteurs 



i 



d'egypte. gt 

qui dominent la place, et le quartier-général 
campe près de cette ville. 

Le fort de Ghazah est circulaire , de forme du 
diamètre d'environ quarante toises, et flanqué de 
tours. Il renfermoit seize milliers de poudre, 
une grande quantité de cartouches , des muni- 
tions de guerre , et quelques pièces de canon. 
On trouva en outre dans la ville cent mille 
rations de biscuit,, du riz, des tentes; et une 
grande quantité d'orge. 

Les habitants avoient envoyé des députés 
au devant des Français; ils sont traités en amis. 
L'armée séjourne le 8 et le 9 dans la ville* 
Bonaparte consacre ces deux jours à Torgani-* 
sation civile et militaire de la place et du 
pays; il forme un dyvân composé des princi- 
paux Turks, habitants de la ville, et part, 
le 10 ventôse, pour JaiFa, où l'ennemi rassem- 
bloit ses forces. 

Les convois de vivres et de munitions ex- 
pédiés des magasins de Qatyéh n'avoient pu 
suivre la marche de l'armée. Ils étoient arriérés 
de plusieurs jours de marche; mais les ma- 
gasins que Tennemi avoit abandonnés à Ghazah 
mirent Varmée en état de ne pas souffrir de 
ce retard. 

Le désert qui conduit de Ghazah à JafFa 
est une plaine immense, couverte de monti- 
cules de sable mouvant, que la cavalerie ne 
parvient à franchir qu'avec beaucoup de difS- 
cultes. Les chameaux s'y traînent lentement et 
péniblement : on es^ contraint, Tespace d'envi- 



g^ EXPEDITION 

ron trois lieues , ^de tripler les [àttelagas d^ 
Tartillerie. 

L^armée couche le 1 1 à Esdodec, çt le 12 
à Ratniéh , villdge habité en grande partie par 
des Chrétiens ; elle y trouve des magasins de 
biscuit que I^'ennemi n'avoit pas eu le temps 
d'évacuer: on en trouve également au village 
de Ledda. Des hordes d^Arabes rodqient autour 
de ces villages pour les piller; des partis les 
repoussent et les mettent en déroute. L,e 
13 ventôse, Tavant-garde formée par Ja divi- 
sion Kleber arrive devant JafFa. A son approche, 
l'enntrai se retire dans Tintérieur de la place, 
et canonne les éclaireurs. Les autres divisions 
et la cavalerie arrivent quelques heures après. 

La cavalerie et la division Klebtr ont or- 
,dre de couvrir le siège de J^iFa, en prenant 
position sur la rivière de Lahoya , à deux lieues 
environ sur la route d'^Acre. Les divisions B^on 
et Lasnes forment l'investissement de la ville. 

Le 14, on fait Ja reconnoissance de la place. 
Jaifa est entouré d'une muraille sans fossé, 
£ mquéi de bonnes tours avec du canon. Diu:i^ 
forts défendent le port et la rade; la place 
paroissoit bien armée. On décide le front de 
l'attaque au sud de la ville contre les parties 
les plus élevées et les plus fortes. 

Dans la nuit du 14 au 15 , la tranchée est 
ouverte On établit une batterie de brèche et 
deux contrebatteries sur la tour quarrée , la 
plus dominante du front , d'att..que, On con? 
fctruit une batterie au nord de Id place , afin 
fi'éublir une diversion. 



i 



b'FÔTPTÊ, 53 

. ;. Lés journées du 15 et du iGsont errlptoyéiîs 
Jt avancer et perfectionner les travaux. L'en- 
nemi fait deux sorties; il est repoussé vigou-^ 
' teuâement et avec perte dans la place: ics bat-» 
teriers commencent enfin leur feu; 

Le 1^, à U pointe dd jour, la brèche est 
jugée praticable. Il étoit quatre heures du ma^ 
tin; l'assaut est ordonné Les carabiniers de 
la vingt -deuxième demi brigide d'infanterie 
légère s'élancent à la brèche; ridjudant-géné^ 
irai Rambdud, l'adjudant Nerharw .oie, TofEi^ier 
de génie Verrtois, sdnt à leur tête: jIs ont 
avec eu^ des ouvriers du génie et d.r l'artille- 
rie. Les chasseurs suivent les éclaireurs. Ils 
grossisseht la brèche sous le feu de qu^^lques 
batteties dé ilaric qu'on n'avoit pu éteindre* 
Ils parviennent, après des prodiges de valeur- 
à se loger dans la tour quarrée. Le chef de 
brigade de la vitigt-deuxieme, l6 citoyen Le-* 
jeune, officier très distingué, est tué sur la 
brèche. L'enriemi ^ fait à plusieurs reprises les 
plus grands efforts pour repousser la vingt- 
deuxime dertii-brigade ; mais elle est soutenue 
par la division Lasnes, et par l'artillerie deâ 
batteries, qui mitraille l^'enneiii dans la ville, 
en Suivant leâ progrès des assiégeants. 

La division Lasnes gagne de toit eri toît^ 
de rue en rue ; bierttôt elle a escaladé et pris 
les deux forts. 

La division Bon , qui avoit été chargée! de* 
fausses attaques, pénètre dans la ville J ëll(^ 
est sur U port* La garnison poursuivie se di« 



^4 EXPEDTTIOSr 

fend avec acharnement, et refuse de poser les 
armes; elle est passée au fîl de Tépée. Elle 
étoit composée de douze cents canonniers Turks, 
et de deux mille cinq cents Maugrabins ou 
Arnautes. Trois cents Egyptiens, qui s'étoient 
tendus , sont renvoyés au sein de leurs familles. 
La perte de Tarmée française est d'environ 
trente hommes tués, et deux cents blessés. 

Bonaparte, maître de la ville et des forts, 
ordonne qu'on épargne les habitants. Le géné- 
ral Robin prend le commandement, et parvient 
à arrêter les désordres qui suivent ordinaire- 
ment un assaut soutenu par des barbares qui 
ne connoissent aucun des usages militaires des 
rations policées. Les habitants sont protégés , 
et, le 17, chacun était rentré dans son habi* 
tation. 

On trouve dans la place quarante pièces de 
canon ou obusitrs de seize, formant ^équipage 
jde campagne envoyé à Djezzar par le grand- 
seigneur, et une vingtaine de pièces de rem- 
part , tant en fer qu'en bronze; il y avoit 
dans le port environ quinze petits bâtiments 
de commerce. 

Le général en chef donne les ordres néces- 
saires pour mettre la place et le port en état 
de défense , et pour établir dans la ville un 
hôpital et des magasins; il y forme un dyvân 
composé des Turks les plus notables du pays, 
et expédie, avec l'heureuse nouvelle de la red- 
dition de cette place. Tordre au contre-amiral 
Perée de sortir d'Alexandrie avec les trois fié- 



f)*FGYlPtÈ. 5^ 

gâtes , et de se rendre à laffa. Cette phte aU 
loit devenir le port et l'entrepôt de tout cô 
qu'on devoit recevoir de Damiette et d'Ale- 
xandrie ; elle pouvoir être exposée à des de- 
scentes et â des incursions. Bonaparte en con- 
fie le commandement à l'adjudant-général Gre- 
sier, militaire également distingué par ses ta- 
lents et sa bravoure. II y est mort de la peste^ 

Le général Régnier étoit arrivé à Rombih'j 
le 19 ventôse. Il y reçoit Tordre de se rendrô 
à J:iffa, d'y prendre position avec la division^ 
de donner des escortes aux convois , et de re- 
joindre ensuite Tarmée. 

La diviyon Kîeber étoit campée à Mistcy ^ 
çn avant de la position qu'elle avoit occupéei 
pour couvrir le siège de Jaffa^ le 24, le^s di- 
visions Bon, Lasrtes , et le quaVtier-général^ 
partent de Jaffa, et rejoignent à Misl^y l'avant-* 
garde. Le 25, l'armée marche sur Zêta. A mi- 
di, l'avant-garde a connoissance d^un corps de 
cavalerie ennemie. Abdalla pacha avoit pris 
position avec deu^ mille chevaux sur les hau-* 
teurs de Korsoum , ayant â sa gauche un corpë 
de dix mille Turks , qui occupoient la mon-^ 
tagne. Le projet du pacha étoit d'arrêter l'ar- 
mée, en prenant position sur son iîanc , de la 
déterminer à s'engager dans les montagnes de 
Naplouze, et de retarder ainsi sa marche sur 
la ville d'Acre. 

Les divisions Kleber et Bon Se foraient ëû 

carré, et marchent sur la cavalerie ennemie j 

•qui évite le G^mbaté La division Lasnes te^oit 



^6 FXPEDTTIOlsr 

Tordre cle se porter sur la droite, d'Abdaîla, 
de manière à le couper et à le contraindre 
de se retirer sous x\cre ou Damas , sans s'en-* 
gager elle-même dans les montagnes. 

Cette division se laisse emporter par son 
ardeur, et, suivant au milieu des rochers l'en- 
nemi qui se retire, elle attaque les Naplouzins,- 
qu'elle met en déroute. L'infanterie légère se 
met à leur poursuite, et s'élance beaucoup trop 
en r.vantj le' général en chef est obligé de lui 
réitérer plusieurs fuis Tordre de se replier, et 
de cesser un combat engi'.gé sans aucun but ; 
elle obéit enfin, et cesse de poursuivre Ven^ 
nemi. Les Naplouzins prennent ce xnouvement 
rétrograde pour une fuite, et poursuivent à 
leur tour l'infanterie légère, qu'ils fusillent 
avec avantage au milieu des rochers qu'ils con* 
roissent. La division soutient les chasseurs, 
et tâche d'attirer les Naplouzins dans la plaigne j 
inais ils s''arrêtent au débouché des montagnes- 
Cette affaire a coûté quatre cents hommes à 
Tennemi ; hs Français ont, eu quinze hommes 
tués , et trente blessés. 

Le 25 , Tarmée et le quartier-général bi- 
vouacquent à la tour de Zêta, à une lieue de 
Korsoum; le 26, a Sabarin^ au débouché des 
gorges du mont Carmel, sur la plaine d'Acre. 
La division Kleber se porte sur Caïffa , que 
Tennemi abandonne à son approche; on y 
trouve environ vingt mille rations de biscuit, 
et autant de riz. 



©'EGYPTE. 57 

CaïiFa est fermé de bonnes murailles flan- 
qné.^s de tours. Un château défend la rade et 
le port. Une tour , avec embrasures et créneaux, 
domine la ville à cent cinquante toises; elle- 
même elle est dominée par le mont CarmeL 
Le port de Caïffa auroit été d'une grande uti- 
lité pour Tarmée française, si, en l'évacuant, 
l'ennemi n*eût emmené avec lui l'artillerie et 
les munitions du fort. On laisse une garnison 
dans le château, et, le 27, on marche sur 
Saint-Jean d'Acre. Les chemins étoient très 
mauvais; le temps étoit brumeux; l'armée n'aJE*-^; 
rive que très tard à l'embouchure de la rivière 
d'Acre, qui coule, à quinze cents toises de la 
place, dans un fond marécageux. Ce passage 
étoit d'autant plus dangereux à tenter de nuit ^^ 
que l'ennemi avoit fait paroître sur la rive op- 
posée des tirailleurs d'infanterie et de cavalerie. 
Cependant le général Andréossy fut chargé de 
recomoître les gués. Il passa avec le second 
bataillon de la quatrième d'infanterie légère , 
et s'empara, à Tentrée de la nuit, de la hau- 
teur du canip retranché. Le chef de brigade 
B-îssiere, avec une partie des guides et deux 
pièces d'artillerie, prit position entre le pla- 
teau et la rivière de S. Jean d'Acre. 

On travaille pendant la nuit à un pont , sur 
lequel toute l'armée passe la rivière, le 28, à 
la pointe du jour. Bonaparte se porte aussitôt 
sur une hauteur qui domine Saint-Jean d'Acre 
à mille toises de distance. L^ennemi tenoit en- 
core , en dehors de la pl^ce^ dans les jardins 



jS EXPEDITIONT 

dont elle est entourée; Bonaparte, le fait at- 
taquer , et le force à se renfermer dans la 
place. 

Siège de Salnt-^Jean d'Acre. 

L*armée prend position et bivouacque sur 
une hauteur isolée , qui se prolonge au nord 
jusqu'au cap blanc l'espace d'une lieue et de- 
mie, et domine une plaine d'environ une lieue; 
trois quarts de longueur , terminée par les 
montagnes qui joignent le Jourdain. 

Les provisions trouvées tant dans les ma- 
gasins de Caïffa, que dans les villages de Scheff- 
Amrs et Nazareth , servent à la subsistance de 
Tarmée; les moulins de Tanoux et de Ker-* 
donné sont employés à moudre des bleds : l'ar-^ 
mée n'a voit pas eu de pain depuis le Caire. 

Bonaparte, pour éclairer les débouchés de 
la route de Damas, fait occuper les châteaux 
de Saffet, Nazareth et Scheff-Arms. 

Le 29, les généraux Dommartin et Caffa- 
relli font une première reconnois'sance de la 
place, et l'on se décide à attaquer le front de 
l'angle saillant, à Test de la ville; le chef de 
brigade du génie Samson , en faisant la recon-^ 
noissance de la contrescarpe, est atteint d'une 
balle qui lui traverse la main. 

Le 30, on ouvre la tranchée à environ cent 

cinquante toises de la place , en profitant des 

jardins, des fossés de l'ancienne ville, et d'un 

«/•aqueduc qui traverse le glacis. Le blocus est 



établi de manière à repousser les sorties avec 
avantage, et à empêcher toute communication. 
On travaille aux brèches et aux contrebreches; 
on n'avoit point encore eu de nouvelles de 
Tartillerie embarquée à Alexandrie. 

Le commandant de l'escadre anglaise , in- 
formé qu'il y avoit dans Caïffa des approvi- 
sionnements considérables, forme le projet de 
les enlever , et de se rendre maître en même 
temps de quelques bâtiments chargés de vi- 
vres , et récemment arrivés de Jaffa. Le com- 
mandement de Caïffn avoit été confié au chef 
d'escadron Lambert , militaire distingué. 

Le 2 germinal , on entend du camp d'Acre 
«ne vive canonnade vers Caïffa , bientôt on 
apprend que plusieurs chaloupes anglaises, ar- 
mées de canons de trente-deux, étoient venues 
attaquer Caïffa, et s'étoient portées sur les 
bâtiments de transport pour s'en emparer. Le 
chef d'escadron Lambert avoit ordonné de lais- 
ser approcher les Anglais jusqu'à terre, sans 

' paroître faire aucun mouvement de défense ; 
mais il avoit masqué un obusier , et embusqué 
les soixante hommes qui composoient sa gar- 
nison ; et , au moment où les Anglais touchent 
terre , il se jette sur eux à la tête de ses 

'braves, aborde une de leur chaloupes, s'en 
empare, leur enlevé une pièce de trente-deux, 
et leur fait dix- sept prisonniers. Enfin le feu 
de son obusier est dirigé sur les autres cha- 
loupes avec tant de succès, qu'elles prennent 
la fuite , ayant plus de cent hommes tués ou 



6o EXf^mtio-^ 

blessés. Le Commodore anglais ainsi repoussé 
abandonne ses projets contre CaïfFa , et vient 
mouiller devant Acre. 

Les travaux du siège se continuoient avec 
activité. Le 6^ l'ennemi fait une sortie; il est 
repoussé avec perte. Le 8 , les batteries de 
brèche et les contre-batteries sont prêtes. L'ar- 
tillerie de siège n'étoit pis encore arrivée; 
on est réduit à faire jouer l'artillerie de cam- 
pagne. Au jour, on bat en brèche la tout 
d'attaque. Vers trois heures elle se trouve per^ 
cée; on avait en même temps poussé au ra* 
meau de mine pour faire sauter la contre- 
scarpe. La mine joue: on assure qu'elle a pro- 
duit son ejfFet, et que la contrescarpe est en- 
tamée; les troupes demandent vivement l'as- 
saut; on cède à leur impatience, l'assaut est 
décidé. 

On jugeoit la brèche semblable à celle de 
Jaffa ; mais les grenadiers s'y sont à peine 
élancés, qu'ils se trouvent arrêtés par un fossé 
de quinze pieds , revêtu d'une bonne contre- 
scarpe. Cet obstacle ne ralentit pas Tardeur. 
On place des échelles; la tête des grenadierâ 
est déjà descendue ; la brèche étoit encore à 
huit ou dix pieds ; quelques échelles y sont 
placées. L'adjoint aux adjudants-généraux Mailly 
monte le premier, et meurt percé d'une balle; 

Le feu de la place étoit terrible ; il n'étoit 
résulté d'autre effet de la mine qu'un eniton- 
noir sur le glacis; la contrescarpe n'étoit point 
^entamée; elle arrête et force à la retraite une 



d'egtpte. ' 6t 

partie des grenadi^^rs destinés à soutenir les 
premiers qui avoient passé. Les adjudants-gé-» 
néraux Escale et Laugier sont tués. ., 

Un premier mouvement de terreur s'étoît 
emparé des assiégés : déjà ils fuyoient vers le 
port; mais bientôt ils se rallient et reviennent 
à la brèche. Son élévation à huit ou dix pieds 
au-dessus des décombres rend inutiles tous les 
eiForts des grenadiers français pour y monter. 

L'ennemi a le temps de revenir sur le haut 
de la tour, d'où il fait pleuvoir sur les assié- 
geants les pierres 5 les grenades, et les matiè- 
res inflammables. Le peloton des grenadiers 
qui est parvenu au pied de la brèche frémit 
de ne pouvoir la franchir, et de se voir forcé 
de rentrer dans les boyaux. Six hommes sont 
tués, vingt sont blessés dans cette attaque. 

La prise de Jaifa avoit donné à Tarmée 
française une confiance qui lui fît d*abord con- 
sidérer la place d'Acre avec trop peu d'im-r 
portance. On traitoit comme affaire de campa- 
gne un siège qui exigeoit toutes les ressources 
de l'art, privé surtout, comme on l'étoit, de 
l'artillerie et des munitions nécessaires à Tat-^ 
laque d'une place environnée d'un mur flanqué 
de bonnes tours , et entouré d'un fossé avec 
escarpe et contrescarpe. 

Etonné et fier de sa résistance, l'ennemi fait, 
le. 10, une vive sortie; repoussé avec une 
perte considérable, il se retire, eu plutôt il 
fuit dans ses murs. Le chc^f de brigade du gé* 
liie Detroye périt dans cette action. 



^ expédition: 

Le là , une frégate vient mouiller dans I^ 
rade de Caïffa. Le chef d'escadron Lambert ^ 
ayant reconnu le pavillon turk , avoit défendu 
à ses braves de se montrer j la frégate, igno- 
rant que CaïfFa est au pouvoir des Français , 
envoie son canot à terre avec le capitaine en 
second et vingt hommes: ils débarquent avec 
sécurité ; mais à l'instant Lambert le5 enve- 
loppe, les fait prisonniers, et s'empare du ca- 
not. Djezzar avoit envoyé des émissaires aux 
Naplouzins, et aux villes de Saïd, de Damas, 
et d'Alep. Il leur avoit fait passer beaucoup 
d'argent pour faire lever en masse tous les 
Musulmans en état de porter les armes, afin, 
disoit-il dans ses firmans, de combattre les in* 
fidèles. 

Il leur annonçait que les Français netoient 
qa'une poignée d'hommes; qu'ils manquoient 
d*artillerie, tandis qu'il étoit soutenu par des 
forces anglaises formidables, et qu'il suffisait 
de se montrer pour exterminer Bonaparte et 
son armée*. 

Cet appel produisit son effet. On apprit par 
les Chrétiens qu'il se faisoit à Damas des ras- 
semblements de troupes, et qu'on établissoit 
des magasins considérables au fort de Tabariéh, 
occupé par les Maugrabyns. 

Djezzar , dans l'assurance de voir paroître 
au premier moment Tarmée combinée de Da- 
mas, faisoit de fréquentes sorties, qui lui coû- 
.toient beaucoup de monde. 
»* Bonaparte attendoit encore le 12. son artiU 



©'EGYPTE. 65^ 

lerie de siège, qui devoit lui arriver par mer; 
il apprend ce jour-là même que trois bâtiments 
de la flottille partie de Damiette , et chargée 
de provisions de bouche et de guerre, avoient^ 
par une brume très forte , donné dans Tescadre 
anglaise, qui s'en étoit emparée, mais que le 
reste de la flotille étoit heureusement arrivé 
à JafFa. Ces trois bâtiments portoient quelques 
pièces de siège. Quant aux frégates qui, après 
la prise de Jaffa , avoient dû appareiller d'A- 
lexandrie , on n'en avoit point encore de nou- 
velles. 

On continue de battre en brèche; on fait 
sauter une portion de la contrescarpe. Bona- 
parte ordonne qu'on tente de se loger dans 
la tour de brèche ; mais Tennemi Tavoit tel- 
lement remplie de bois , de sacs de terre , et 
de balles de coton , auxquelles les obus avoient 
mis le feu , que l'entreprise ne put réussir. On 
fut contrait d'*attendre quelques pièces de siège 
et d'autres munitions, pour faire une nouvelle 
attaque. Provisoirement on travaille à pousser 
un rameau, à TefFet d'établir une mine sous 
la tour de brèche , et de la faire sauter : ce 
qui auroit ouvert la place. Cet ouvrage étoit 
important; l'ennemi en a connoissance, et fait 
de nouvelles sorties, dans l'intention de s'em- 
parer de la mine ; mais il est toujours repoussé 
avec perte. 

Djezzar étoit parvenu à soulever et faire 
armer les habitants de Sour, l'ancienne Tyr* 
Le général Vial part, le 14, à la pointe du 



§4 EXPEDITION 

jour, pour s^'en rendre maître. II y arrive après 
onze heures de marche, par des chemins im- 
praticables pour l'artillerie. Il trouve au pas- 
sage du Cap blanc, sur le haut da la man- 
tagne , les restes d'un château bâti par les 
Mutualis, il y a cent cinqante ans, et détruit 
par Djezzar. Après avoir passé le Cap blanc, 
et, en, entrant dans la plaine, il reconnoît 
les vestiges d'un fort et les ruines de deux 
temples. 

A l'approche du général Vial et de ses 
troupes, les habitants de Sour effrayés avoient 
pris la fuite. On les rassure ; on leur promet 
paix et protection , s'ils renoncent à leurs dis- 
positions hostiles. Ils rentrent dans la ville; 
Turks et Chrétiens sont également protégés. 
Le général Vial laisse à Sour une garnison de 
deux cents Mutualis, et retitre , le iS ger- 
minal , avec son détachement dans le camp 
sous Acre. 

Le 18, à la pointe du jour, l'ennemi fait 
une sortie générale sur trois colonnes ; à la 
tête de chacune d'elles , on voit des troupes 
anglaises, tirées des équipages et des garni- 
sons des vaisseaux anglais; les batteries de la 
place étoient servies par des canonniers de 
cette nation. 

On reconnoît aussitôt que le but de cette 
sortie est de s'emparer des premiers postes et 
des travaux avancés; à l'instant on dirige, 
des places d'armes et des parallèles, un feu si 
violent et si bien nourri svir les colonnes, que 

tout 



d'egypte. 6^ 

tout ce qui s'est avancé est tué ou blessé. La 
colonne du centre moatre plus d'opiniâtreté 
que les autres. Elle avoit ordre de s'eaiparer 
de rentrée de la mine; elle étoit commandés 
par un capitaine anglais , ce mésne Tho.nas 
Alddeld qui entra le premier dans le cap de 
B jnae Espérance. Cet officier s'élance avec quel- 
ques braves de sa nation à la porte de la mine; 
il tombe à leurs pieds , et sa mort arrête leur 
audace: rennemi fuit de toutes parts, et se 
renferme avec précipitation dans la place. Les 
revers- des parallèles restent couverts de ca^ 
davres anglais et turks, ■ , -.i 

Des déserteurs grecs et turks s'échappent de 
la place, lis confirment par leur rapport qua 
les batteries sont servies par des Anglais , et 
que le commodore Sidney Smith a près de lui 
des émigrés français, entre autres ringénieuif 
Phelip peaux. 

On leur demande ce que sont devenus quel- 
ques soldats français qui ont été blessés et 
faits prisonniers dans diverses attaques; ils ré- 
pondent qu'après les avoir fait mutiler Djezzar 
a ordonvné de promener par la ville leurs têtes 
sa.igîantes et leurs membres palpitants. 

Quelques jours après F assaut du S, les soî- 
diats avoient remarqué sur le rivage une grande 
quantité de sacs; ils les ouvrent. crime...! 
Ils voient des cadavres attachés deux à deux. 
On questionne les déserteurs, et l'on apprend 
d'eux que plus de quatre cents Chrétiens, qui 
étaient dans les prisons de X^jezzar, ea ont 



été tirés par les ordres de ce monstre , pouï 
être liés deux à deux, consus dans de sacs , 
et jetés à l'eau. 

5, Nations, qui savez allier avec les droits 
,, de la guerre ceux de Thonneur et de Thu- 
„ manité, si les évè.iements vous eussent forcées 
,, d'unir votre pavillon et vos drapeaux à ceu^ç 
„ d'un Djezzar, j^en appelle à votre magna- 
„ nimité, vous n'eussiez point souffert qu'un 
„ barbare les souillât par de pareilles atroci- 
„ tés ; vous l'eussiez contraint de se soumettre 
„ aux principes d'honneur et d'humanité que 
5, professent tous les peuples civilisés. '' 

Les nouvelles que Bonaparte recevoit d' E^ 
gypte lui annonçaient plusieurs soulèvements, qui 
paroissoient se lier à un système général d'at-r 
taque qui devoit avoir lieu en Egypte contre 
les Français. 

Au Caire, et dans les autres villas princi- 
pales, la tranquillité publique n'avoit pas étç 
troublée par le plus léger mouvement j mais il 
n'en'étoit pas de même dans les provinces de 
Benisouef , de Charkié , et de Bahiré. Toutes 
ces insurrections furent heureusement compri- 
mées par la valeur et l'activité des troupes 
françaises, et de leurs généraux. 

L^ne tribu d'Arabes, sortie d'Afrique, s'étoit 
établie sur les frontières de Ih, province de 
Gizeh, qu'elle inquiétoit par ses brigandages, 
ei dont elle cherchoit à soulever les fellahs. Le 
général Dugua envoie contre cette horde le 
général Lanusse , qui leur tend des. embuscade^i 



D*EGYPTE. 62 

enlevé leur camp , et les disperse. Le fils du 
général Leclercq, jeune homme de la plus 
hante espérance , est dangereusement blessé ea 
combattant ces barbares. 

Peu de jours après, le village de Bordéir, 
province de Charkié, s'étant révolté, le chef 
de brigade Duranteau, ofScier dâ mérite, s'y 
porte à la tête d'une colonne, et le village 
est brûlé. 

Le pacha d'Egypte, qui, à l-approche des 
Français, avoit fui du Caire avec Ibrahym bey, 
y avoit laissé son kiaya. La conduite sage de 
ce kiaya lai avoit mérité une sorte de con- 
fiance de la part de Bonaparte , qui l'avoit 
nommé émir hadjy pour la prochaine cara- 
vanne de la M.^kke, lui avoit communiqué le 
plan de son expédition en Syrie. Le kiaya 
s'étoit même engagé à suivre l'armée, et il se 
mit effectivement en route; mais il marchoit 
lentement, et s'arrêta dans la province da 
Charkié : il prétendit avoir reçu la nouv^elle de 
la mort de Bonaparte , de la déroute complète 
des Français; et, déguisant sa perfidie sous ce 
faux prétexte, il soulevé et pousse à la ré- 
volte la province de Charkié, ainsi que les 
Arabes, dont quelques uns s'unissent à lui. 

Le général Dugua, toujoia's prévoyant et 
actif, avoit donné l'ordre au général Lanusse 
de poursuivre ce traître; mais fidèlement pré- 
venu de la marche des Français, il fuit à leur 
approche, et leur échappe en se jetant dans 
le désert, d'où il gagne les montagnes de 
Damas. 



^8 EXPEDITION 

Au commencement de floréal , un émissaire 
arrive d'Afrique, débarque à Derne, joue le 
Baint , se dit lange e/-i^ad/zy, annoncé par l'al^ 
coran , s'^environne de disciples, et se réunit 
2UX Arabes. Deux cents Maugrabins arrivent 
aussi d'Afrique, comme par hasard, et se joi- 
gnent au saint prophète. Il annonce que les 
baïonnettes, les sabres , les canons des Français, 
ne pourront atteindre les vrais croyants qui 
marcheront S(.us ses drapeaux; qu'à leur aspect, 
les' Français dévoient poser les arrives , et re- 
ster sans défense. 

LVspoir d'un triomphe aussi facile et aussi 
peu dangereux entraîne sur les pas de cet irn- 
posteur une multitude aisée à séduire. Lorsqu* 
il se croit assez fort pour attaquer les Français 
3vec avantage, il marche à la tête des Arabes 
sur Demenhour. Ces mêmes Arabes venoient ^ 
il y avoit quelques jours, de faire un traité 
de paix avec le général Marmont , commandant 
à Alexandrie. Soixante hommes de la légion 
lîautique étoient restés dan$ Deroenhoqr, mal- 
gré Tordre qu^avoit reçu leur commandant de 
$e 'rendre au fort de llahir^anié. Ils sont sur- 
pris et massacrés. L'^ange el-Madhy profite de 
ce premier succès , et de la confiance qu'il in- 
spire dans ses i^romesses , pour augmenter le 
nombre de ses prosélytes. II parvient à soule- 
ver toute la province. Les habitants le suivent 
avec transport à des combats où ils doivent 
être invulnérables. 

L'illysion de ces malhç..yjux ne fut yas 4^ 



t>'EUYPTË. ê^ 

Itjhgùe durée. Le chef de brigade Léfebvre 
. part du fort de Rahmanié avec deux cents 
hommes; il est bientôt environné par des nuées 
de ces fanatiques : il se bat jusqu'à six heures 
du feoir, et reritre dans le fort de Rahmanié^ 
après avoir tué tout ce qui a eu la témérité 
d^àvancer à la portée de son feu. 

La mort de tant de croyants, victimes de 
lèuir crédulité^ afFoiblit considérablement le cré- 
dit de l'ange el^IVtadhy, et la foi de se^ sol- 
dats; niais tout le pays étoit soulevé, et la 
crainte' d'un châtiment terrible, la nécessité deî 
s'y soustraire par des succès, la confiance dans 
leur nombre, rendoient aux habitants cette in-* 
trépidité que leur inspira d'abord le fanatisme^ 
Il falloit, pour les soumettre; des forces plus 
considérables que celles dont le chef de bri-» 
gade Lefebvre pouvoit disposer. Le général 
Lanusse, à la têt« d'une coîonrle mobile, arrive! 
le 19 floréal à Rahmanié, et de là marché 
sur Demenhour. II bat et met en fuite touÉ 
ce qui se présente devant lui. Il fait passer' 
au fil de répée quinze cents hommes qui sa 
trouvent dans la ville, et la réduit en cen^ 
dre. Il dissipe et poursuit ks disciples du sain€ 
el-Madhy, qui lui-même, tremblant et griève- 
ment blessé, ne trouve de salut que dans uil^ 
prompte fuite. 

Les iVIaugrabins jjassént le Nil ^ et g<igrlet 
laCharkié; les Arabes se dispersent j et l^ordrd 
est rétabli dans la province. .* 

Dans le même temps, quelques patiiô iê 



fo e:^pedition 

Mamîoùîcs , cKassés de la haute Egypte par le 
général Desaix, étoient descendus dans les pro- 
\'inces de la basse Egypte , on ils cherchoient 
à soulever les ft^lahs et les Arabes; ils sont 
atteints et battus par le chef de brigade De- 
strées. Ils se réfugient dans la province de 
Charkié, où, d'après les ordres du général Du- 
gua, le général de brigade ne tarde pas à les 
poursuivre. Le 29 floréal, il atteint Elfy bey 
et les Arabes b-lley; il les bat, leur tue trois 
principaux kiaks, et contraint le reste de se 
sauver dans l'oasis d'Houreï , d'oii ils gagnent 
la Syrie à travers le désert* 

Le général Lanusse , qui a déployé la plus 
grande activité, et rendu les plus signalés ser- 
vices, en se portant avec une rapidité éton- 
nante par-tout où il y avoit des séditions, 
atteint, le 7 prairial, dans la Charkié, les 
Maugrabins et les autres disciples de Tange 
êl-Madhy , échappés de la Bahiré, lorsqu'il 
brûloit Demenhour. Il leur tue cent cinquante 
hommes, et brûle le village où ils se sont 
réfugiés. 

Pendant ces expéditions, les Anglais s'é- 
toient présentés devant Suez; ils y avoient 
paru le 15 floréal avec un vaisseau et une 
frégate. Ayant trouvé ce port en état de dé- 
fense , ils se retirent , et laissent un brick en 
' croisière; mais le patriarche de la Mekke force 
les Anglais à souffrir que les bâtiments conti- 
ipuent d'apporter à Suez le café. 
/, L'expédition de Cosséir, dont le but étoit 



d'égyptë. ^ t 

d^enîever tes tlchesses que les Mamtoùks ^ bat-* 
tus par le général Desaix dans la haute Egypte, 
faisoient embarquer dans ce port, n'avoit point 
réussi. La chaloupe canonnière la TagUaitiento^ 
qui, d'après les ordres de Bonaparte, étoit 
partie de Suez le i6 ventôse, ayant sauté dès 
le premier coup de canon, un Succès complet 
avoit couronné toutes les autres entreprises , 
et les troupes restées en Egypte n'a voient 
point manqué d'occasions de signaler leur cou- 
rage, et de rivaliser d'intrépidité avec Jes di* 
visions qu''elles n^avoient pu suivre dans Tejt* 
pédilion de Syrie. 

Cette expédition toùchoit elle-même à sotf 
terme; son but principal éloit rempli. L'ar-» 
mée, après avoir traversé le désert qui sépare 
^Afrique de l'Asie, et vaincu tous les obsta-» 
clés avec plus de rapidité qu'une armée ara- 
be, s'étoit emparée de toutes les places fortes 
qui défendent les puits du désert. Elle avoit 
déconcerté les plans de ses ennemis par l'au- 
dace et la rapidité de ses mouvémeilts. Ella 
avoit dispersé aux champs d'Esdrelon et du 
Mont-Tabor vingt cinq mille cavaliers et dix 
mille fantassins, accourus de toutes les parties 
de l'Asie, dans l'espoir de piller l'Egypte*'*' 
Elle avoit forcé le corps d'armée qu^on envo- 
yoit, sur le 30 bâtimants, aèsiéger les ports 
de l'Egypte, d'accourir au secours de Saint- 
Jean d'Acre. 

Bonaparte, avec environ dix rnille hommes ^ 
ayoit nourri pendant itois m©is Li guerre dans 



jZ EXPEDItlOÎÏ 

le cœut âe la Syrie ; il avoit détruit la plus 
formidable des armées destinées à envahir l'E- 
gypte, pris ses équipages de campagne, ses 
outres j ses chameaux, et un général. Il avoit 
tué ou fait prisonniers plus de sept mille hom- 
mes, pris quarante pièces de campagne, en- 
levé plus de cent drapeauJr, forcé les placeâ 
de Gaza, Jaffa, Caïffa. Le château d'Acre ne 
paroissoit pas encore disposé àserendrv*^; mais 
il avoit déjà recueilli les principaux avantages 
€}u'il s'étoit promis du siège de cette place* 
Quelques jours de plus donnoient l'espoir de 
.prendre le pacha dans son palais; mais cette 
vaine gloire ne pouvoit éblouir Bonaparte; il 
touchoit au terme du temps qu'il avoit desti- 
né à l'expédition de Syrie ; la saison des dé- 
iarquements en Egypte y repp'elloil impérieu- 
sement l'armée pour s'opposer aux descentes 
et aux tentatives de l'ennemi. La peste faisoit 
des progrès effrayants en Syrie. Déjà elle avoit 
enlevé sept cents hommes aux Français ; et , 
d'après les rapports recueillis à Sour , il mou- 
roit journellement plus de soixante hommes 
dans la place d'Acre. 

La prise du château d'Acre pouvôit-elle 
compenser la perte d'un temps précieux , et 
celle d'une foule de braves qu^il auroit fallu 
sacrifier , et qui étoient nécessaires pour des 
opérations plus importantes? 

Tous les militaires qui ont fait des sièges 
contre les Turcs savent qu'ils se font tuer , et 
qu'ilsj^sacïifîent femmes et enfants pour défendre , 



D'iGYPTE. - ?J 

jnsqu^au dernier monceau de pîerrés. Ils ne ca- 
pitulent point , et ne s'abandonnent jamais à 
la bonne foi de leur ennemi, parcequ'en pa- 
reil cas ils ne savent qu'égorger. 

Le siège d'Acre pouvoit être long et meur- 
terier;tout rappeloit Bonaparte en Egypte; il 
ne pouvoit, sans compromettre le sort de son 
armée et de ses conquêtes, prolonger plus long- 
temps son séjour en Syrie^ La gloire et les 
avantages de son expédition ne dépendoient 
nullement de la prise du château d'Acre. 11 
cède donc aux puissantes considérations qui 
lui ordonnent d'en lever le siège. 

Il lui falloit plusieurs jours pour l'évacuation 
des blessés e^ des malades. Il ordonne que les 
batteries de canons et de mortiers continuent 
leur feu , et qu'on emploie le reste des muni- 
tions de siège à raser le palais de Djez.z^ar > 
les fortifications et les édifices. '^lîr^.rtr...* 

Le 2G , à la pointe du jour, on s'apperçoît 
que l'amiral anglais a mis à la voile avec trois 
bâtiments turcs; il venoit d'être instruit que 
les frégates françaises avoient enlevé deux de 
tes avisos et deux bâtiments turcs , et cette 
nouvelle lui inspiroit des craintes sur un con- 
voi de djenp»es , et deux avisos turcs envoyés 
devant le port d'Abouzaboura pour embarquer 
des Naplouzains que Djezzar croyoit avoir de 
nouveau déterminés à se soulever. Le contre- 
amiral Perée donnoit en effet la chasse à cette 
flottille, qui est dégagée par les Anglais; il 
fait prendre le large à ses frégates , mais elles 



^4 EXPÏIDITÎOÎT 

ne Sont point poursuivies par lés vaisseau?^ 
Anglais, qui s'empressent de retourner à Saint- 
Jean d'Acre. 

Le 27, à deux heures et demie du matin, 
l'ennemi fait une sortie ; il est repousse avec 
vigueiïr, après avoir perdu beaucoup de monde. 
A sept heures, il en fait une nouvelle sur 
tous les points ; par-tout il trouve la même 
résistance. Il ne peut pénétrer dans aucuù 
fcoyau ; il est mitraillé par les batteries , et 
reconduit^ la baïonn&tte aux reins, dans ses 
places d'armes; tout est couvert de cadavres 
des assiégés. Ce combat glorieux et sanglant 
fte coûte aux Ftançais que vingt hommes tués 
et cinquante blessés. •- 

Lé 28, un parlementaire anglais se présente 
vers la plage 5 il ramené le Turc qui avoit été 
envoyé le 22 à Djezzar j en parlementaire, et 
apporte au chef de Tétat-major une lettre du 
Commodore anglais , qui s'exprimoit ainsi en 
parlant de Bonaparte: „ Ne sait^il pas que 
5^ c'est moi seul qui peux décidrr du terrain 
5, qui est sous mon artillerie. " Il vouloit dire 
que Djezzar ne pouvoit répondre sans son agrt- 
ment et sa participation , et que c'étoit à lui 
qu'il falloit adresser toutes les propositions. 

Le commandant du canot remet en outre un 
paquet contenant des proclamations de la Porte 
Ottomane, certifiées par Sidney Smith, et con- 
çues en ces termes: 



d'egypte. ?5 

PROCLAMATION. 

Le ministre de la sublime Porte 

Aux généraux^ officiers^ et soldats^ de Varmit 

française^ qui se trouvent en Egypte. 

„ Le directoire français, oubliant entière- 
ment le droit des gens, vous a induits en er* 
reur, a surpris votre bonne foi, et, au mépris 
des lois de la guerre , vous a envoyés en 
Egypte, pays soumis à la domination de la 
sublime Porte, en vous faisant accroire qu'elle- 
même avoit pu consentir à renvalihsement de 
ion territoire. 

„ Doutez-vous qu*en vous envoyant ainsi dans 
une région lontaine son unique but n^ait été 
de vous exiler de la France , de vous préci- 
piter dans un abyme de dangers , et de vous 
faire périr tous tant que vous êtes? Si, dans 
|, une ignorance absolue de ce qui en est , vous 
^' êtes entrés sur les terres d^'Egypte ^ si vous 
avez servi d'instrument à une violation des 
traités inouie jusqu'à présent parmi les puis- 
sances, n'est-ce point pa.r un effet de la per- 
fidie de vos directeurs ? oui , certes ; mais il 
faut pourtant que l'Egypte soit délivrée d'une 
invasion aussi inique. Des armées innombra**- 
blés marchent en ce moment y des flottes im** 
ïnenses couvrent déjà la mer. 

„ Ceux d'entre vous, de quelque grade qu'ils 
soient , qui voudront se 2<^ustjraire a» péril qvâ 



l9 fexPÈDTtrôfr 

les meriace , doivent, sans le moindre délai ^ 
manifester leurs intentions aux commandants 
des forces de terre et de mer des puissances 
alliées : qu'ils soient sûrs et certains qu'on 
les Conduira dans les lieux où ils desirerorït 
aller : et qu'on leur fournira des passe-ports 
pour n'être pas inquiétés pendant leur route 
par les escadres alliées, ni par les bâtiments 
armés en course. Qu'ils s'empressent donc de 
profiter à temps de ces dispositions bénignes 
de la sublime Porte , et qu'ils les regardent 
comme une occasion propice de se tirer de 
Tabyme affreux où ils ont été plongés. 

„ Fait à Costantinople le ii de la lune du 
Ramazan de l'an de l'Hégyre 12 13, et le 5 
février 1799. 

„ Je soussigné, ministre plénipotentiaire du 
roi d'Angleterre près la Porte Ottomane et 
actuellement commandant la flotte combinée 
devant Acre , certifie Tauthenticité de cette 
proclamation et garantis son exécution. A bord 
du Tigre, ce ib mai 1799* 

Signé SYDNEY SCHMÎT. « 

Cet écrit reçoit la seule réponse que les 
conseils de la lâcheté inspirent à l'honneur, 
le silence du mépris. L'amiral anglais fait con-* 
noître qu'il existe , entre l'Angleterre et la 
Porte, un traité d'alliance, signé le 5 janvier 
^799? il envoie quelques prisonniers français 
qu'il a voit enlevés des mains de Djezzar. 2 



d' EGYPTE. 12 

L'^ofBcier qui coramandoit le canot anglais 
est renvoyé sans réponse, et le feu continue 
de part et d'autre. 

Pendant la nuit , on commence révacuatioa 
des blessés, des malades, et du parc d'artil- 
lerie. Le premier bataillon de la soixante- 
neuvième demi-brigade part le 26, le deu- 
xième le suit le 30; ils escortent les convois 
d'artillerie et les blessés. 

L'avant-garde aux ordres du général Junot^ 
après avoir brûlé tous les magasins de Taba- 
rié, prend position à Safforié , pour couvrir 
les débouchés d'Obéline et de ScheiFamer , sur 
le camp d'Acre. 

L'ennemi, qui étoit bombardé et canonné 
plus vivement qu'il ne Tavoit encore été, qui 
voyoit un feu plus terrible que tout ce qu'il 
avoit essuyé jusqu'alors se diriger sur le palais 
de Djezzar, sur le3 parties des fortifications 
qui n'avoient point encore été battues, et sur 
tous les édifices de la ville, fait, le premier 
prairial à la pointe du jour, une sortie géné- 
rale; il est reçu avec intrépidité, et forcé de 
se retirer promptement. Ce mauvais succès ne 
le décourage point. A trois heures après midi, 
il sort de nouveau sur tous les points; il em* 
ploie tous les renforts qu'il a reçus; il combat 
avec une fureur et un acharnement qu''il n'a- 
voit point encore déployés. Son but étoit de 
pénétrer dans les batteries dont le feu lui de- 
venoit si incommode , de les détruire , et de 
prévenir ainsi la ruine de la ville. Malgré son 



f8 EXPEDITION 

Opiniâtreté et la vivacité de ses attaques , il 
est repoussé sur tous les points et obligé de 
se retirer avec une grande perte. Cependant il 
parvient à s'emparer un instant du boyau qui 
couronne le glacis de la tour de brèche. Mais 
à peine y est-il entré que le général de bri- 
gade Lagrange , qui commandoit la tranchée , 
Tattaque avec deux compagnies de grenadiers, 
reprend le boyau; poursuit les assiégés jusque 
dans leur place d'armes extérieure, tue tout 
ce qui ne se précipite pas dans la place, et 
les pousse jusque dans les fossés. 

L'artillerie de campagne remplaçoit aux bat- 
teries l'artillerie de siège qui yenoit de partir. 
On étoit parvenu à détruire par des mines et 
à la sappe un aqueduc de plusieurs lieues, 
qui conduisoit Teau à la ville ; on réduit en 
cendre les magasins et les moissons qui sont 
aux environs d'Acre ; on jette à la mer tous 
les objets inutiles. 

La proclamation suivante du général en chef 
explique suffisamment le» motifs de cette con- 
duite. ' ' 



d'egyîte. 79 

PROCLAMATION 
Au quartier-général devant Acre, le 28 floréal an 7* 
„ BONAPARTE, général en clitf. 

„ S LD A TS, 

„ Vous avez traversé le désert qui sépare 
l'Afrique de 1 Asie avec plus de rapidité qvC 
une année arabe. 

„ L'armée qui étoit en marche pour envahiç 
TEgypte est détruite; vous avez pris son gé^ 
réral , son équipage de campagne, sesbagageai, 
ses outres , ses chameaux. 

„ Vous vous êtes emparé de toutes les places 
fortes qui défendent les puits du désert. 

,, Vous avez dispersé, aux champs du mo»t 
Thabor, cette nuée d'hommes accourus de toutes 
les parties de TAsie j dans Tespoir de piller 
l'Egypte. J>- .. ; 

„ Les trente vaisseaux que vous avez vus 
arriver dans Acre; il y a douze jours, por- 
toient l'armée qui devoit assiéger Alexandrie/ 
mais obbligée d'accourir à Acre, elle y a fini 
ses destins: une partie de ses drapeaux orne- 
ront votre entrée en Egypte. 

„ Enfin , après avoir , avec une poignée 
d'hommes, nourri la guerre pendant trois mois 
dans le cœur de la Syrie , pris quarante pièces 
de campagne, cinquante drapeaux, fait six 



JBo EXPEDITIOîT 

jnille prisonniers, rasé les fortifications de Gîia* 
^ah, JafFa , Caïffa , Acre, nous allons rentrer 
en Egypte; la saison des débarquements m'y 
rappelle. 

,, Encore quelques jours, et vous aviez Te- 
spoir de prendre le pacha même au milieu 
de son palais; mais, dans cette saison, la pri- 
sé du château d'Acre ne vaut pas la perte de 
quelques jours; les braves que je devrois d'ail- 
leurs y perdre sont aujourd'hui nécessaires pour 
des opérations plus essentielles. 

„ Soldats, nous avons une carrière de fati- 
gues et de dangers à courir. Après avoir mis 
l'orient hors detdt de rien faire contre nous 
cette campagne, il nous faudra peut-être re- 
pousser les efforts d'une partie de Toccident. 

„ Vous y trouverez une nouvelle occasion 
de gloire; et si, au milieu de tant de combats, 
chaque jour est marqué par la mort d'un bra-» 
ve , il faut que de nouveaux braves se for- 
ment, et prennent rang à leur tour parmi ce 
petit nombre qui donne l'élan dans les dan- 
gers, et maîtrise la victoire, 



Î5 



BONAPARTE. 



„ Le général de division , chef de l'état- 
major-général , v 

'' Alex. BERTHIER. " 

Le 



d.'egtpte. 8î 

Le premier prairial, à neuf heures du soir, 
on bat la générale , et le siège est levé après 
soixante jours de tranchée ouverte. 

La division du général Lasies se met en 
marche pour Tentoura; elle est suivie par les. 
équipages de l'armée et le paie de la division 
Bon. 

L'armée campe le 5 à quatre lieues de Jaf* 
fa, sur une rivière qui est une espèce d^ cri- 
que. Des partis se répandent dans les villages, 
dont les habitants, pendant le sieg^, ont atta- 
qué, -pillé les convois, et égorgé les escortes. 
Les habitations sont réduites en cendres , les 
troupeaux enlevés, et les grains incendiés. Cet* 
te vengeance étoit commandée par la jjstice 
après tant d'assassinats^ elle étoit autorisée par 
les lois rigoureuses de la guerre, puisqu'elle 
ôtoit à Tennerai tout moyen d'approvisionné*, 
ment. 

L'armée arrive le 5 à Jaffa ; un pont d3 
bateaux avoit été jeté sur la rivière de la Hoya, 
que Pon passe difficilement à gué à son em- 
bouchure. On séjourne le 6', le 7, et le 8, à 
JafFa. Ce temps est employé à punir les villa- 
ges des environs , qui se sont mal conduits. 
On fait sauter les fortifications de JafFa ; on 
jette à la mer tout Tanillerie en fer de la 
place. Les blessés sont évacués tant par mer 
que par terre. Il n'y avjit qu'un petit nombre 
de bâtiments, et, pour donner le temps d'a-^ 
chever l'évacuatioiii par terre, l'on est obligé 

6 



§2 EXPEDITION 

de différer jusqu'au 9 le départ de- Tarraée , 
qui devoit avoir lieu la veille. 

Le premier et le deuxième bataillon de la 
soixante-neuvième, et la vingt-deuxième lé- 
gère, partent successivement pour escorter les 
convois. 

L*armée se met le 9 en marche pour Ib,., 
La division Régnier forme la colonne de gau-^ 
çhe, et s'avance par Ramley. Le quartier-gé- 
néral, la division Bon, la division Lasnes , 
suivent la route du centre. Le pays qu'on al- 
îoit parcourir jusqu'à Ghazah avoit commis 
toutes sortes d'excès. L'ordre est donné à la 
colonne du général Régnier , et à celle du 
centre, dç brûler les villages et toutes les 
înoissons. La cavalerie prend la droite, et 
^avance le long de la mer, dans les dunes, 
pour ramasser les troupeaux qui s'y sont réfu- 
giés. La division Kleber forme Tarriere-garde, 
et ne quitte Jaffa que le ip. 

L^armçe marche dans cet ordre jusqu^à Kan^ 
Jounes. La plaine est toute en feu ; mais le 
souvenir du pillage des convois, et des hor- 
reurs exercées contre les Français; ne justifioit 
que trop ce» représailles. 

L'armée campe le 10 à Elmechetal , et arri- 
Te le II à Qhazah. Cette ville s'étoit bien 
conduite. Les personnes et les propriéiés y 
sont respectées. On fait sauter le fort, et lar- 
mée paçt le lendemain pour Kan-Jounes, où 
cll^ arrive le même jour. Le 13, elle entre 
4an^ le désert , suivie d'we quantité considé- 



d'egypte. 85 

rabîe de bestiaux enlevés à Tennemi , et de- 
stinés à Fapprovisionnement d'êl-A'rych. Le 
désert, entre cette place et Kan-Jounes , a 
onze lieues d'étendu. Il est habité par quelques 
x\rabesj du brigandage desquels Bonaparte avoit 
à se plaindre. On brùle leur camp; on enlevé 
leurs bestiaux, leurs chameaux, et on incendie 
le peu de récolte qui se trouve dans certaines 
parties du désert. 

L'armée séjourne le 14 à êl-A'rych. Cette 
place , qu'on peut regarder comme la clef de 
l'Egypte, devenoit de la plus grande impor- 
tance. Bonaparte y ordonne de nouveaux tra- 
vaux et de nouvelles fortifications , la fait ap- 
provisionner de vivres et de munitions, et y 
Jaisse garnison. 

L'armée continue sa marche sur Cathieh , ou 
elle arrive le i^, après avoir horriblement 
souffert de la soif. Les divisions marchoient 
successivement, mais les puits ctoient beau- 
coup moins abondants, et l'eau plus saumâtre 
qu'au premier passage de l'armée. 

Les magasins de Cathieh étoient parfaite- 
ment approvisionnés ; l'armée séjourne deux 
jours dans cette place. Bonaparte va reconnoître 
Tineh , Peluse, et la bouche d'Omm-Farrege. 
Il ordonne la construction d'un fort à Tineh 
pour se rendre maître de la bouche d'Omm- 
Farrege. Il laisse à Cathieh une garnison con- 
sidérable; il réunit au commandement de cette 
place celui d'êl-A'rych , et le confie à ua gé- 
néra^l de brigade. **''«*^ - 



^4 EXPEDITION 

Le i8, l'armée continue sa marche. Le quar* 
tier-général part le 19 pour Salchieh. La di-? 
vision Kle:ber se rend à Tineh, où elle s'em- 
barque pour Damiette. Les autres divisions de 
l'armée prennent la route du Caire , où elles 
arrivent le 26 prairial. 

Les grands du Caire, le peuple et la gar- 
nison viennent au-devant de Tarmée, qui se 
fîéploie dans Tordre de parade. On est étonné 
de voir cette armée sortant du désert , et , 
^près quatre mois d'une campagne pénible et 
sanglante, se présenter dans le meilleur ordre, 
et avoir la plus belle tenue. 

A ce spectacle succède bientôt un tableau 
vraiment attendrissant ; c'est celui d^amis , de 
camarades, qui se livrent avec enthousiasme 
^u plaisir de se revoir et de s'^embrasser. La 
ville du Caire devient pour les Français une 
seconde patrie; ils y sont reçus par les habi^ 
tants comme des compatriotes. 

Mille rapports extravagants, et semés par 
la malveillance, avoient précédé le retour de 
l'armée au Caire, On la disoit réduite à quelques 
Jîommes blessés et mourants. Voici l'exacte vérité. 

Le corps d'armée de Texpédition de Syrie 
a perdu, dans quatre mqis , sept cents hom- 
mes morts de la peste, et cinq cents tuqs 
dans les combats. Le nombre des blessés étoit , 
3I est vrai , de dix-huit cents , mais quatre* 
vingt-dix seulement avouent été amputés , et 
«e pou voient plus servir que dans les vétérans^- 
presque tous les autres avoient l'es^poir d'être 



Ib'EGYPTÈ, §5 

^fOmptement guéris , et dévoient rentrei* dans 
leurs corps. 

C'étoit sur-tout les ravages de la peste quô 
la malignité s'étoit plue à exagérer. A Tarri-* 
vée de Tarmée en Syrie, les villes étoient in-* 
fectées de cette maladie, que la barbarie et 
Fignorance rendent si funeste dans ces con-^ 
trées. Celui qui en est frappé se croit mort i 
tout le fuit et l'abandonne; et il expire quand 
les secours de la médicine, quand des soins con^ 
venables aufoient pu le rendre à la vie. Le fatali-^ 
sme, .que ces peuples professent, contribue beau-* 
coup à lelir faire négliger le secours des médecins* 

L^s soldats français avoient\ bien aussi quel-* 
ques préjugés: ils prenoient la moindre fièvre 
j3our la peste , et se croyoient atteints d'unô 
maladie incurable et mortelle. Le citoyen Des^ 
genettes, médecin en chef de Tarmée , par- 
court les hôpitaux , visite chacun des malades,? 
et calme d'abord leur imagination effrayée. Il 
soutient que les bubons qu'ils prennent pour 
des symptômes de peste appartiennent à unô 
espèce de fièvre maligne dont il est très facileî 
de guérir avec des soins et des ménagements | 
il va jusqu'à s'inoculer , en présence des ma-« 
lades , la matière de ces bubons , et emploie 
pour se guérir les remèdes qu'il leuf ordonne* 

Tous les genres d'héroïsme" dévoient éclate^ 
dans cette brave armée , et le dévouement dil 
citoyen Desgenettes n^a paâ été le fnoins gé^ 
néreux , ni le moins utile. Après aVoif tedàU 
Àu soldat celte tranquillité d'esprit si tiéoe^ 



8ff* EXPEDITION 

saire à la giiérison , il achevé, par ses talents, 
ses soins assidus, ce qu'il a si heureusement 
entrepris ; et le plus grand nombre recouvre 
la santé. 

Un si bel exemple ne pouvoit être perdu 
pour les autres officiers de santé. On ne peut 
donner trop d'éloges à la conduite du citoyen 
Larrey, chirurgien en chef de l'armée, pouf 
le zèle et l'activité qu'il n'a cessé de déployer. 
On le voyoit, lui et ses dignes confrères , sous 
le feu de l'ennemi, au pied delà brèche, pan- 
ser les malheureux blessés. Plusieurs ont été 
blessés à ce poste honorable: l'un dVux a même 
€té tué; mais rien ne pouvoit arrêter leur ar- 
deur et leur dévouement. 

La division Kleber et la cavalerie prennent 
position ; l'infanterie, en arrière du dépôt de 
la tranchée, et la cavalerie, devant le pont 
de la rivière d'Acre, à 1500 toises de la 
place. , fr- •^' 

En même temps , la division . . . , qui étoît 
de tranchée, se replie dans le plus grand si- 
lence: les pièces de campagne sont portées à 
bras et suivent la route de l'armée. Les postes se 
replient sur la place d'armes. La division Regnies, 
placée à la queue de la tranchée , va dans son 
camp reprendre ses sacs et suit la marche de 
Farmée. Lorsqu'elle a passé le pont , la division 
Kleber fait son mouvement ; elle est suivie de 
la cavalerie: qui a l'ordre de ne quitter la ri- 
vière que deux heures après le départ des der- 
nières troupes d'infanterie. Elle y laisse cent 



dragons, pied à terre, pour protéger les ou- 
vriers qui détruisent les deux ponts. 

Le général Junot, avec son corps, s'étoit 
porté au moulin de Kerdanné pour couvrir le 
flanc gauche de Tarmée. 

On auroit levé le siège de jour , si l'armée 
n'avoit pas eu trois lieues a parcourir sur la 
plage; circonstance qui donnoit à l'ennemi la 
facilité de suivre ce mouvement avec ses cha- 
loupes canonnières, et d'établir une canonnade 
qu'il étoit prudent d'éviter. Les assiégés con- 
tinuent leur feu tout le reste de la nuit, et 
ne s'appercoivent qu'au jour de la levée du 
siège: il étoit si maltraité, qu'il ne put faire 
aucun mouvement. L'armée exécute sa marche 
dans le plus grand ordre. Le 2 , elle arrive à 
Tentouta, port où l'on avoit débarqué les objets 
envoyés de Damiette et de Jaffa, et sur le- 
quel avoit été évacuée l'artillerie de siège avec 
les quarante pièces de campagne turkes prises 
à jafFa, et dont une partie avoit été conduite 
devant Acre. 

On n'avoit pas assez de chevaux pour traî- 
ner cette immense artillerie turke* Bonaparte 
avoit décidé que tous les moyens de transport 
seroient, de préférence, employés à Tévacua* 
tion des malades et des blessés. En conséquence^ 
il ne fait suivre que deux obusiers et quel- 
ques petites pièces turkes, et il en fait jetet 
vingt-deux à la mer: les caissons et les affûts 
sont brûlés sur le port de Tentoura* 

Tous les malades et blessés sont évacués %iAt 



88 EXPEDITION 

Jaffa: généraux ^ officiers, administrateurs , clia-^- 
cun donne ses chevaux ; il ne reste pas un 
seul Français en arrière. Les hommes attaqués 
de la peste sont également évacués. 

L'^arrrée couche, le 3, sur les ruines de Ce-* 
sarée. Le 4, des Naplousins se montrent au 
pcjrt d'Abouhaboura: quelques uns sont pris et 
fusillés; les autres s'éloignent. Leur but est 
de s'emparer des haillons qu^une armée aban- 
donne dans sa marche» 

Bonaparte est informé^ par les Chrétiens de 
Damas, qu'un rassemblement considérable, 
composé de Maraloùks , de Janissaires de Da-* 
mas, de Dilettis , d'Alepins, \ de Maugrabins, 
se mettoit en marc}ie pour passer le Jourdain, 
se réunir aux Arables et aux Naplouzins, et 
attaquer l'armée devant Acre en même temps 
que Djezzar feroit une sortie soutenue par le 
feu des vaisseaux anglais. çiU 

Le com.mandant du château de Saffet pré- 
vient que quelques corps de troupes ont passé 
le pont Djacoul sur le Jourdain. L'officier qui 
commande les avant-postes de Nazareth an- 
nonce, de son coté, qu'une autre colonne a. 
passé le pont de Giz-el-Mecanié, et se trouve 
déjà à Tabarié; que les Arabes se montrent 
au débouché des montagnes de Naplouze; que 
Genin et Tabarié reçoivent des approvisionne- 
ments considérables*. 

Le général de brigade Junot avoit été en- 
voyé à Nazareth pour observer l'ennemi; et i! 
apprend qu'ai se forme sur les hauteuis de 



f D KGYPTE. 09 

Lolibi , à 4 lieues de NazarelK, dans la di- 
rection de Tabarié, un rassemblement dont les 
partis se montrent dans le village de Loubi. 
11 se met en marche avec une partie de la 
deuxième légère, trois compagnies de la dix- 
reuvieme^ formant environ 350 hommes, et 
un détachement de 160 chevaux des différents 
corps, pour faire une reconnoissance. A pea 
de distance de Kaft-Kana , il apperçoit l'en- 
nemi sur la crête des hauteurs de Loubi; il 
continue sa route, tourne la frmntagne, et se 
trouve engagé dans une plaine où il est en- 
vironné, assailli par trois mille hommes de 
cavalerie. Les plus braves se précipitent sur 
lui ,' il ne prend alors conseil que des circon-» 
stances et de son courage. Les soldats se 
montrent dignes d'un chef aussi iutrépide , et 
forcent l'ennemi d'abandonner cinq drapeaux dans 
leurs rangs. Le général Junot , sans cesser de 
combattre, sans se laisser entamer, gagne suc- 
cessivement les hauteurs jusqu'à Nazareth; il 
est suivi jusqu^à Kaft-Kana , à 2 lieues du 
champ de bataille. Cette journée coûte à Ten- 
nemi , outre les 5 drapeaux, 5 à 6 cents hom- 
mes tués ou blessés, la perte des Français n'est 
fpje de 60 hommes tués ou blessés. On ne peut 
donner trop d'éloges au courage et au sang* 
froid qu'a déployés le chef de brigade Duvivier 
dans cette affaire. 

Bonaparte, à la nouvelle du combat de Lou- 
bi , donne ordre au général Kleber de partir 



^6 FXPEDTTIOîT 

du camp d'Acre avec le reste de Tavant-g^rdle, 
pour rejoindre le général Junot à Nazareth. 

Kleber bivouaque, le 20, à Bedaonie, près 
SafFarié, et se rend le lendemain à Nazareth 
pour y prendre des vivres. Informé que Ten- 
nemi n'a point quitté la position de Loubi , 
il prend la résolution de marcher à lui et de 
l'attaquer le lendemain 22 germinal. Il étoit 
à peine à la hauteur de Ledjarra , à un quart 
de lieue de Loubi , et à une lieue et demie 
de Kana , que l'ennemi, descendant des hau- 
teurs, débouche dans la plaine. Le général 
Kleber est aussitôt enveloppé par 4 mille hom- 
mes de cavalerie et 5 ou 6 cents d'infanterie, 
qui se mettent en devoir de le charger. II les 
prévient, attaque à-la-fois et la cavalerie et 
le camp de Sedjarra , qu'il emporte. L'ennemi 
abandonne le champ de bataille , et se retire 
en désordre vers le Jourdain , où il auroit été 
poursuivi, si la division n'eût été dépourvue 
de cartouche. Les troupes rentrent dans la po- 
sition de Saffarié et de Nazareth. Après l'af- 
faire de Sedjarra ou Kana, l'ennemi se retife 
partie sur Tabarié, partie sur le pont de Giz- 
el-Mecanié, et partie sur le Baïzard. Ce der^ 
nier point devient le rendez-vous d'un rassem- 
blement général, d'où, le 25, toute Tarmée 
ennemie se rend dans la plaine de Fouli , an* 
ciennement dite d'Esdrelon ; elle y opère sa 
jonction avec les Samaritains ou Naplousins. 
Cette armée pouvoit monter, d'après les rap- 
ports du général Kleber, à 15 ou 18 mille 



d'egyptf. $t 

Iiommeè environ: les récits exagérés des habi- 
tants du pays la portoient à 40 ou 50 mille 
hommes. Kleber annonce en même temps qu'il 
part pour l'attaquer. 

Bonaparte est de plus informé par le capi- 
taine Simon, commandant de SaiFet, que le 34 
les ennemis se sont présentés , qu'ils ont dé- 
vasté les environs ; qu'il s'est retiré avec soa 
détachement dans le fort, où il a été attaqué, 
que les assiégeants ont tenté l'escalade , qu'ils 
ont été repoussés avec une grande perte, mais 
qa'il se-trouvoit bloqué, avec peu de vivres 
et de munitions. Le capitaine Simon s'étoit 
conduit dans cette occasion avec autant de ta- 
lent que de bravoure. Le citoyen Tedesio , em- 
ployé dans l'administration , qui étoit fort bien 
monté, et se trouvoit en outre le seul de dé- 
tachement qui eût un cheval, ayant été recon- 
ïioître l'ennemi avec quelques musualis , fut 
malheureusement atteint d'une blessure mortelle. 

Bonaparte juge qu*il faut une bataille géné- 
rale et décisive pour éloigner une multitude 
qui, avec l'avantage du nombre, viendroit le 
harceler jusque dans son camp. Une fois bat- 
tus, ces peuples, qu'on ne peut conduire mal- 
gré eux aux combats, seroient moins confiants 
dans les assurances de Djezzar, et peu tentés 
de se mesurer de nouveau avec les Français. 

Bonaparte reconnoît les inconvénients d'un 
combat devant la place d'Acre, et se décide 
à faire attaquer l'ennemi sur tous les points, 
afin de le forcer à repasser le Jourdain* 



fi EXPEDTTIOÎ^ 

On arrive d^ Dimis, en traversant 1^=^ Jour- 
dain, soit à la droite du lac de Tabarié , sur 
le pont de Djacoul , à trois lieues duquel est 
situé le château de SaiFet, soit à la gauchef 
de ce lac, sur le pont de Giz-êl-Mékanié , à 
très peu de distance du fort T.ibarié. Chacua 
de ces deux forts est bâti sur la rive droite 
du Jourdain. 

Le 24, le général de brigade Murât part 
du camp d'Acre avec mille hommes d'infante- 
rie et un régiment de cavalerie, avec Tordre 
de marcher à grandes journées sur le camp 
Djacoul , et de s'en emparer , de prendre en 
revers l'ennemi qui bloquoit Saffet , et de se 
réunir ensuite avec le plus de célérité possible 
au général Kleber , qui d-voit avoir en pré- 
sence des forces considérables. 

Le général Klebsr avoit prévenu qu'il par- 
toit le 25, pour tourner l'ennemi dans sa po- 
sition de Fouli et Tabarié, le surprendre, et 
l'attaquer de nuit dans son camp. 

Bonaparte laisse devant Acre les divisions 
Régnier et Lasnes ; il part, le 2^, avec le 
reste de sa cavalerie^ la division Bon, et huit 
pièces d'artillerie. Il prend position sur les 
hauteurs de Safforié, où il bivouaque. Le 27^ 
au point du jour, il marche sur Fouli, en 
suivant les gorges qui tournent les montagnes 
que l'artillerie ne peut traverser A neuf heu- 
res du m«atin , il arrive sur les dernières hau-» 
teurs, d'où il découvre Fouli et le mont Tha-» 
hot. Il apperçoit , à environ trois lieues da 



d'egtpte. §3^ 

distance , la division Kleber , qui étoit aux 
prises avec l'ennemi, dont les forces parois- 
soient être de vingt-cinq mille hommes de ca- 
valerie , au milieu desquels se battoient deux 
mille Français. Il découvre en outre le camp 
des Mamloùks , établi au pied des montagnes 
de Naplouze, à près de deux lieues en arrière 
du champ de bataille. 

Bonaparte fait former trois carrés, dont deux 
d'infanterie et un de cavalerie; il fait ses di- 
spositions pour tourner Tennemi à une grande 
distance, dans Finteniion de le séparer de son 
camp , lui couper la retraite sur Jenny , où 
étoient ses magasins , et le culbuter dans le 
Jourdain, où il devoit être coupé par le gé- 
néral Murât. 

La cavalerie se porte, avec deux pièces d'ar- 
tillerie légère, sur le camp des Mamloùks; 
elle est commandée par Tadjudant-général Le- 
turq : les deux colonnes d'infanterie se dirigent 
de manière à tourner l'ennemi. 

Le général Kleber , qui avoit reçu des mu- 
nitions, quatre pièces de canon, et un renfort 
de cavalerie, étoit parti, le 2^, de son camp 
de Safforié, avoit marché au Bazar, dans l'in- 
tention d'attaquer Tennemi , le 27, avant le 
jour, en quelque nombre qu'il put être; mais 
égaré par ses guides , retardé par la difficulté 
des chemins et des défilés qn'û avoit rencon^ 
très, il n'a voit pu arriver, quelque diligence 
qu'il eût faite, qu'une heure après le soleil 
Jevé; de sorte que l'ennemi, prévenu par s^s 



54. EXPEDITION 

avant-postes de la hauteur d'Harinoun , avoit 
eu le temps de monter à cheval. 

Le général Kleber avoit formé deux carrés 
â*infanterie , et avoit fait occuper quelques 
ruines où il avoit placé son ambulance. L'en- 
remi occupoit le village de Fouly , avec l'in- 
fanterie naplouzaine, et deux petites pièces de 
canon portées à dos de chameaux. Toute la 
cavalerie, au nombre de vingt-cinq mille hom- 
mes, environnoit la petite armée de Kleber; 
plusieurs fois elle Tavoit chargée avec impé- 
tuosité, mais toujours sans succès; toujours 
elle avoit été vigoureusement repoussée par la 
mousqueterie et la mitraille de la division ^ 
qui combattoit avec autant de valeur que de 
sang-froid. 

Bonaparte arrive à une demi-lieue de di- 
stance du général Kleber, fait aussitôt marcher 
le général Rampon à la tête de la trente-* 
deuxième, pour soutenir et dégager la division 
JCleber, en prenant l'ennemi en flanc et à dos. 
Il donne ordre au général Vial de se diriger 
avec la dix-huitieme vers la montagne de 
Noures, pour forcer Tennemi à se jeter dans 
le Jourdain; et aux guides à pied, de se 
porter à toute course vers Jenny , pour couper 
la retraite à Tennemi sur ce point. 

Au moment où les différentes colonnes pren- 
nent leur direction , Bonaparte fait tirer ua 
coup de canon de douze. Le général Kleber, 
averti par ce signal de l'approche de Bona- 
parte , quitta la défensive i il attaque et en- 



D EGYPTE. 95 

levé à la baïonette le village de Fouly , passe 
au fil de répéa tout ce qu'il rencontre , et 
continue sa marche au pas de charge sur là 
cavalerie , qui est aussi chargée par la colonne 
du général Rampon : celle du général Vial U 
coupe vers les montagnes de Naplouse, et les 
guides à pied fusillent les Arabes qui se sau- 
vent vers Jenny. 

Le désordre est dans tous les rangs de la 
cavalerie de Tennemi ; il ne sait plus à quel 
parti s'arrêter: il se voit coupé de son camp, 
séparé de ses magasins , entouré de tous côtés. 
Enfin il cherche un refuge derrière le mont 
Thaborj il gagne, pendant la nuit et dans le 
plus grand désordre, le pont de Giz'êl-meka- 
nié , et un grand nombre se noie dans le Jour- 
dain , en essayant de le passer à gué. 

Le général Murât avoit de son côté parfais 
tement rempli le but de sa mission. Il avoit 
chassé les Turks du pont Djacoul , surpris le 
fils du gouverneur de Damas, enlevé son camp, 
et tué tout ce qui n'avoit pas fui ; il avoit 
débloqué SaiFet ; et poursuivi l'ennemi sur la 
youte de Damas l'espace de plusieurs lieues. 
La colonne de cavalerie , envoyée sous la con-^ 
duite de l'adjudant-général Leturcq , avoit sur- 
pris le camp des Mamloùks , enlevé cinq cent-s 
chameaux ai^ec toutes les provisions, tué un 
grand nombre d'hommes, et fait deux cents 
cinquante prisonniers. L'armée bivouaque le 2? 
au mont Thabor; l'ordre du jour est expédié 
cle ce poiut aux différents corps de l'armée 



^Ç EXPEDITION 

française qui occupent Tyr, Césarée, les Ca- 
taractes du Nil, les bouches pélusiaques, Ale- 
xandrie, et les rives de la mer rouge, qui 
portent les ruines de Kolsum et d'Arsinoé. 

Les Naplouzains de Noures,* Jenny , et Fou-, 
ly, n*avoient cessé, depuis le commencement 
du siège , d'attaquer les convois de Tarmée 
française, d'entretenir des intelligences avec 
Djezzar, et de lui fournir des secours. Ces ho- 
stilités d'un exemple si dangereux méritoient 
un châtiment exemplaire. Bonaparte ordonne 
de brûler ces villages, et de passer au fil de 
l'épée tout ce qui s'y rencontrera; il reproche 
aux habitants qui implorent sa clémence d'avoir 
pris les armes contre lui, et d'avoir égorgé, 
avec des circonstances horribles, des soldats qui 
servoient d'escorte aux convois qu'ils avoient 
pillés. Cependant' il se laisse fléchir , arrête la 
vengeance, et leur promet protection, s'ils re*- 
stent tranquilles dans leurs montagnes. 

Le général Murât n'avoit pris encore aucun 
repos» Après avoir laissé un poste au pont 
Djacoub, approvisionné SafFet , il s'étoit porté 
le 28 à Tabarié , où il s'étoit emparé des 
munitions de guerre et de bouche que l'enne- 
mi avoit abandonnées; les vivres renfermés 
dans ces magasins auroient suffi à nourrir l'ar-^ 
niée pendant plus d'un an. 

Le général Kleber prend position au bazar 
de Nazareth ; il a l'ordre d'occuper les ponts 
Djacoub et de Giz'êUmekanié, les forts SaiFet 
€t de Tabarié, et de garder la ligne du Jour- 
dain* Le 



D EGYPTE. 97 

Le résultat de la bataille d'Esdreîon , ou du 
montThabor, est la défaite de vingt-cinq mille 
hommes de cavalerie, et d^ dix mille d^infan- 
terie par quatre mille Français, la prise de 
tous les magasins de l'ennemi , de son camp , 
et sa fuite en désordre vers Damas. Ses pro- 
;pres rapports font monter sa perte à plus dâ 
cinq mille hommes» Il ne pauvoit concevoir 
qu'au même moment il fut battu sur une ligne 
de neuf lieues, tant les mouvements combinés 
sont inconnus à ces barbares. 

Bonaparte rentre au camp d'Acre avec son 
état-major , la division Bon , et le corps de 
cavalerie aux ordres du général Murât. 11 n'a^ 
voit point encore eu de nouvelles de la ma-p. 
niera dont le contre-amiral Perée avoit exé- 
cuté Tordre , qu'il lui avoit expédié après la 
prise de JafFa, de sortir d'Alexandrie avec les 
frégates la Junon , la Courageuse, et l'AIceste; 
il apprend enfin que ce contre-amiral est de- 
vant JaiFa , qu'il a débarqué trois pièces de 
Yingt-quatre et six de dix-huit , avec dtîs mu- 
nitions. 

Il donne ordre au contrev-amiraî Gantheaume 
de faire croiser ces frégates sur les côtes de 
Tripoli, de Syrie, et de Chypre, pour enle- 
ver les bâtiments qui approviâionnent la place 
d'Acre en vivres et munitions. 

Quelques Arabes, campés aux environs da 
mont Carmel, inquiétoient les comiuunications 
de l'armée ; radjudant-général Leturcq part le 
KO germinal avec un corps de trois cents hooi^ 



m% EXPEDITION 

mes, surprencl les Arabes dans leur camp, en 
tue une soixantaine, et leur enlevé huit cents 
jjœufs , qui servent à nourrir l'armée. 

Le 3 floréal , Tennemi travaille à une place 
d'armes , pour couvrir la porte par laquelle H 
faisoit ses sorties, vers les bords de la mer 
du côté du sud. Le 5 , la mine destinée à faire 
Sauter la tour de siège est achevée; les batte- 
ries commencent à çanonner la place: on met 
Je feu à la mine; mais un souterrain qui se 
trouve sous la tour offre une ligne de moin-r 
dre résistance , et une partie de l'effort de la 
mine s'échappe vers la place. Il ne saute qu'un 
^eul côté de la tour, et elle reste dans un 
ëtat de brèche qui la Ten4 aussi 4iffi<^ile à 
gravir qu^iuparavant, 

îfonaparte ordonne qu'une trentaine d'hom- 
mes essaient de s'y loger pour reconnoître com- 
ment elle se lie au reste de la place. Les gre- 
nadiers parviennent aux décombres sous la voûte 
du premier étage, ils s'y logent; mais l'enne- 
mi , qui communiquoit par la gorge et qui 
occupoit les débris des voûtes supérieures , 
îance sur eux des matières incendiaires qui les 
ftrcent à se retirer. 

Le 6, les baîleri^^s continuent à démolir îa 
tour ^e brèche ; le soir on essaie de se log^r 
au premwr éiage; les travailleurs y restent 
Jusqu'à une h.-ure du matin. L'ennemi, qu'oq 
|i''avoit pu chasse» des étages supérieurs, foudroie 
ces braves avec avantage , lance sur eux des 
l»atifere& incendiaires et les force malgré leu| 



D'ESTPTR 5^ 

©piniâtreté d'évacuer ie premier étage de U 
tour. Le généial Veaux est dangtjreuseinent 
blessé dans cette attaque. 

Le 8, l'armée fait une perte qui sera res-» 
sentie par toute la France ; le Hfkve Ciffirelli 
meurt des suites de là blessure qu'il avoit 
reçue à la tranchée du 20 germinal. Una 
balle lui avoit cassé le coude , et il fallut 
recourir à Tamputation. Caffarelli emporte au , 
tombeau les regrets universels. La patrie perd 
en lui qn de ses plus glorieux défenseurs , I4 
fiocieté un citoyen vertueux , les sciences et 
les arts un savant distingué , le génie un com-. 
mandant renipli de connoissances et ressources , 
les soldats un compagnon d'armes pldu dç 
bravoure, de dévouement, et d'activité. L'ox* 
périence l'^iuroit rendu l'un des premiers géné- 
raux de son armée.* 

Cette perte est bientôt suivis de celle du 
chef de bataillon du génie i^ay, jeune ofïïcier 
d'une grande espérance. Une balle l'avoit bles-i 
se au bras sous les murs de Saint-Jean d'A-» 
'cre* Il est mort à Quaysarie des suites d« 
Famputation. Il étoit chef de Tétat-ma^or di^ 
génie. 

L'ennemi , pour défendre son front d'at-» 
laque dont presque toutes les pièces étoient 
démontées , étoit parvenu à établir une place 
d'armes en avant de sa droite; il cherche à 
en établir une seconde à la gauche vis-à-vis 
le palais de Djezzar. Il y fait construire des 
iatteriesj et , à la faveur de leur fei^i et de 



^«Q EXPEDITION 

celui de la -mousqueterie , ces ouvrages iian-f 
qiient avec avantage la tour et la brèche. Il 
travaille sans relâche, élevé des cavaliers, 
pousse des sapes pour augmenter ses feux de 
revers; enfir0il marche en contre attacque sut 
ïes bi^yaux des assiégeants. 

Par la protection de la fusillade de ses 
tours et de ses murailles élevées , d'où il 
plongeoit sur lés assiégeants, l'ennemi avoit 
une grande facilité à pousser ses ouvrages exr 
térieurs. Pour prendre ses feux, et parvenir 
à se loger dans ses ouvrages , il auroit fallu 
«ne grande supériorité d'artillerie et de muni-r 
lions , qu'on étoit loin d'avoir. On parvenoit 
bien , après des prodiges de valeur , à les en- 
lever; mais on manquoit des moyens suffisants 
pour s'y maintenir, et l'ennemi ne tardoit pas 
^ y rentrer. • 

Le 12, quatre pièces de dix-huit sont mises 
en batterie , et dirigées contre la tour de 
treche , pour en continuer la déniolition. Le 
soir , vingt grenadiers sont comiiiandés poujr 
$e loger dans la tour; mais l'ennemi, profi- 
tant du boyau qu'il avoit. établi dans le fossé, 
fusille la brech.^ à revers. Les grenadiers re- 
connoissent l'impossibilité de descendre de Î4 
tour dans la place, et se voient forcés d^ 
jse retirer. 

Au moment on Ton montoit à la tour de 
hvGcjiQ , les assiégés <ivoient fait , avec ua 
cori6s de troupes nombreux , une sortie à leur 
4riMtc.^ ih sofit chargés pa,ï deux corapa?- 



d'egymé. io% 

giîîes de grenadiers avec tant dé succès eÊ 
d'impétuosité, qu'on parvient à les couper, 
fet tout ce qui n'a pu rester sous la protection 
du feu de la place est culbuté dans la mer* 
La pert de l'ennemi dans cette journée est 
d'environ cinq cents hommes tués ou blessés. 

Bonaparte ordonne de faire une seconda 
brèche sur la courtine de Test, et une sapes 
pour marcher sur le fossé, y attacher le mi-^ 
neur , et faire sauter la contrescarpe. 

Jusctu'ali 15, les ouvrages des assiégeants et 
des assiégés se poussent avec ardeur; mais l'ar-» 
tnée manque de poudre, et Bonaparte est obligé 
d'ordonner de ralentir le feu. Alors Tennemi 
redouble d'audace; il travaille aux sapes avec; 
une nouvelle activité ; il pousse sur-tout avec 
ardeur celle de sa droite, dont le but ctoit 
de couper la communication de la sape des 
assiégeants avec là nouvelle mine* 

Bonaparte .ordonne qu'à dix heures du soir 
des compagnies de grenadiers se jettent dans 
les Ouvrages extérieurs de la placer. L'ordre 
est exécuté; l'ennemi est surpris, égorgé; on 
s'empare de ses ouvrages: trois de ses ca^ 
îîons sont encloués; mais le feu de la place ^ 
qui plonge sur ses ouvrages , ne permet pas 
•d'y tenir assez long-temps pour les détruire 
entièrement, et l'ennemi y rentre le 16, et 
travaille à les réparer. Il s'obstinoit opiniâ- 
trement âr trouver les moyens de cheminer sut 
le boyau de la mine destinée à faire sauter 
la contreicarpe établie vis-à-ris la nouvelle 



ré 2 EXPEÎDITTOÎf' 

brèche (îe la courtine. Le 17, clans' la matî- 
née , il fait une nouvelle tentat^ve5 qui ne 
réussit pas au gré de ses désirs, et il prend 
aussitôt le parti de couper sa contrescarpe le 
plus près possible de la mine , à laquelle on 
nepouvoit travailler que de nuit, étant à buit 
toises de la contrescarpe d'un fossé qui n'a que 
vingt pieds de large. 

On s'^appeiçoit à trois heures que Tennemî 
débouche par une sape couverte sur le inasque 
delà mine; on le canonne : le mal étoit fait; 
on pai vient dans la nuit à le chasser de son 
loge^ment ; mais' la mire étoit éventée, les 
châssis défaits, et le puit comblé. 

Cet événement étoit d^autant plus funeste^ 
que la mine auroit pu jouer à la rigueur dans 
la nuit du 16 au 17, ainsi que Bonaparte 
Tavoit ordonné; mais le général commandant 
l'artillerie avoit insisté pour un délai de vingt* 
quatre heures, espérant voir enfin arriver dans 
ia journée les poudres demandées au ccmman* 
dant de Gaza. L'ancienne tour de brèche de~ 
Benoit le seul point où Ton pût continuer l'at- 
taque ; Bonaparte ordonne que, dans la nuit 
du 17 au 18, on s'empare de nouveau des 
places d'arines de l'ennerhi , des boyaux qu^il 
a établis pour flanquer la brèche , et particu- 
lièrement de celui qui couronnoit le glacis de 
la prettiiere mine , qu^oti surprenne et qu'on 
égorge tout ce qui s'y trouvera, qu\)n attaque 
tous les ouvrages, et qu'on s'y loge. 
' Les éclaireurs de la quatre-vingt-septième et 



D'EGYPtE. rôf 

tes gtenadiers s^emparent d^ tout, excepté du 
boyau qui couronne le glacis de ranciétins 
mine, et prenoit la tour à revt'rs; le feu ter* 
rible de Pennemi rend inutiles tous les efforts 
de la valeuh* ^ on ne peut ni travailler au la-* 
gement, ni le faire évacuer. 

Le iS on a connoissance d^^nviron trentd 
voiles turkes venant du port de Mœris, de 
i'isle de Rhode, et apportant aux assiégés deâ 
vivres, des munitions, et un renfort de trou- 
pes considérable. Ce convoi étoit sous Pescorte^ 
d'une -caravelle et de plusieurs corvettes armées. 

Bonaparte veut prévenir l'arrivée de ces se-» 
cours. Il ordonne de renouveler, dans la nuit 
du i8 au 19, la iiiême attaqae qui avoit en 
lieu la nuit précédente. A dijc h'^ures du soir^ 
tes deux places d'armes de Tennemi , son b>>y .m 
dé glacis, et la tour de brèche, sont enlevés. 
On parvient à se loger dans la tour et dans 
W boyau. Les dix-huitieme et trente^deuxiema 
demi-brigades comblent les boyaux et les pla- 
ces d'armss de cadavres ennemis; elles enlèvent 
plusieurs drapeaux et enclouent les pièces,; 1^ 
résistance opiniâtre de Penriemi, le feu de seà 
batteries, rien n'arrête leur intrépidité. Jamais 
on ne déploya plus d^aùdace et de valeur. Les 
généraux Bon, Vial^ et Kampon, étoient eux-* 
même à la tête de ces demi-farigades, et don- 
noient Te^emple du courage et du sang-froid* 
Le chef de la dix-huitieme Boyef, nlilitaira 
distingué, périt dans l'attaque; cent cinquante 
autires braVes, dont dix-sept officiers, sont oa 



fo4 EXPFDrTrou" 

tués ou blessés: mais la perte "des assiégés est 
considérable, et leur cadavres servent d'épau-? 
îeinents aux assiégeants. 

On apprend' dans la nuit que les poudres 
venant de Gaza arriveront le lendemain: Bo- 
naparte ordonne qu'à la pointe du jour on batte 
à-la-fois en brèche et la courtine à la droite 
de la tour de brèche, et cette tour elle-mêmei 
La courtine tombe, et offre une brèche qui 
paroît praticable; Bonaparte s'y porte, et oi>- 
donne l'assaut; la division Lasnes marche, pré--? 
cédée de ses éclaireurs et de ses grenadiers»^* 
que conduit le général de brigade Rambeaud ^ 
les autres divisions sont disposées pour les 
soutenir. 

On s'élance à la brèche, on s'en empare^ 
deux cents hommes sont déjà dans la place. 
D'après les ordre de Bonaparte , les troupes 
qui étoient dans la tour dévoient, au moment 
où Ton s'empareroit de la brèche, attaquer* 
quelques Turks logés dans les débris d^une se-^ 
conde tour qui dominoit la droite de la brè- 
che; les bataillons de tranchée dévoient, ea 
outre , se jeter dans les places d*armes exté- 
rieures de l'ennemi , pour qu'il ne pût ni en 
sortir^ ni fusiller la brèche en revers; ces or- 
dres importants ne sont point exécutés avec 
assez d'ensemble. 

L'ennemi, sorti de ses places d'armes exté- 
rieures , file dans le fossé de droite et de 
gauche, et parvient à établir une fusillade qui 
preod la brèche à revers. Les Turks, qui n'si^ 



voient point été délogés de la seconde tour, 
qui domine la droite ds la brèche , font une 
vive fusillade; ils lancent sur les assiégeants 
des matières enflammées: les troupes qui esca- 
ladoient hésitent et s'arrêtent; l'incertitude est 
dans leurs rangs; elles ne filen^plus dans le« 
rues avec la même impétuosité. Le feu des 
maisons j des barricades des rues, du palais de 
Djazzar, qui prenoit de face et à revers ceux 
qui descendoient de la brèche et ceux qui 
étoient déjà dans la ville, occasionne un mou- 
vement rétrograde parmi les troupes qui sont 
entrées dans la place, et ne s'y voient point 
assez soutenues. Elles abandonnent deux pièces 
de canon et deux mortiers dont elles s'étoient 
déjà emparées derrière les remparts. 

Le mouvement se communique bientôt à 
toute la colonne. Le général Lasnes parvient 
enfin à Parrêter, et à reporter sa colonne en 
avant. Les guides à pied qui étoient en ré- 
serve s'élancent à la brèche. On se bat corps 
à corps avec un acharnement réciproque. Mais 
Tennemi avoit repris le haut de la brèche; 
l'efTet de H première impulsion ne subsistoit 
plus; le général Lasnes étoit* grièvement bles- 
sé; le général Rampaud avoit été tué dans la 
place. L'ennemi avoit eu le temps de se ral- 
lier; le débarquement s'étoit opéré; non seu- 
lement on avoit à combattre toutes les troupes 
qui se trouvoient sur la flotte , mais tous les 
matelots turks étoient placés à la brech-e pout 
la défendre; on se battoit depuis h point eu 



tbé EXPEDITION" 

jonr, et il étoit nuit. Tout l'avantage étoît 
désormais du côté de Tennerni ; la retraite de* 
venoit nécessaire, et Tordre en fut donné. 

En arrivant au camp, on apprend par le 
contre-amiral Gantheaume que le cfief de di- 
vision Pérée,^n croisant devant Jaffa , avoit 
pris deux bâtiments qui avoient été séparés 
de la flotte turke, et sur lesquels se trouvoient 
six pièces d**artillerie de campagne, une quan- 
tité considérable de harnois et de provisions 
de bouche, 150,000 francs en numéraire, qua- 
tre cents hommes de troupes , et l'intendant 
de la flottille turkei On avoit trouvé sur lui 
l'état des forces embarquées sur la flotte , celui 
des munitions et des vivres; et il résultoit de 
ses déclaratiorîs et de ses réponses que la flotte 
faisoit partie d'une expédition projetée contre 
Alexandrie, et combinée avec une autre expé- 
dition que Djezzar devoit tenter par terre ; 
tuais, à la nouvelle de Tatlaque inopinée de 
Saint-Jean d'Acre, on avoit détaché de cette 
expédition tout ce dont on pouvoit déjà ôi^ 
,sposer pour l'envoyer au S'ïcours de cette place, 

Bonaparte avoit fait continuer le feu des 

'batteries la journée du 20, et pendant la nuiti 

Xe 21 , à deux heures du matin , il se rend 

au pied de la brèche, et ordoilne un nouvel 

•assaut. 

Les écîaireurs des différentes divisions, lei 

grenadiers de la quinzième, ceux de la dix- 

' neuvième, les carabiniers de la deuxième lé- 

4gere montent à la brèche. Ils surpreà.nent les 



ï)'fgypte. tôf 

postes <3e Tennemi, les égorgent; maïs ils sont 
arrêtés par de nouveau retranchements inté- 
rieurs qu'il leur est impossible de franchir; 
ils sont contraints de se retirer. 

Le feu des batteries continue tout la jour-» 
.née ; à quatre hçures du soir , les grenadiers 
de la vingt-cinquième demi-brigade arrivent 
de Tavant-garde. Ils sollicitent et obtiennent 
Phonneur de monter à Tassaut. Ces braves s'^é- 
lancent ; mais l'ennemi avoit établi une deu- 
xième et une troisième ligne de défense, qu'on 
ne pouvoit forcer sans de nouvelles disposi- 
tions : la retraite est ordonnée. Ces trois as- 
sauts coûtent à l'armée environ deux cents tués 
et cinq cents iDlessés. Elle a sur-tout à regret- 
ter la perte du général Bon , blessé à mort ; 
celle de Tadjudant-général Fouler, du chef de 
la vingt-cinquième , le citoyen Venoux, de 
l'adjoint Pinault, de l'adjoint aux adjudants- 
généraux Gerbaut , du citoyen Croisier , aide- 
de-camp du général en chef. 

Le citoyen Arrighy, aide-de-camp du gêné* 
rai Berthier, les adjoints-généraux Netharvood 
et Monpafris sont grièvement blessés. Dans le» 
deux derniers assauts , les grenadiers et les 
éclaireurs étoient commandés par le général 
Verdier. 

Les revers des parallèles étoient remplis dô 
cadavres turks qui exhaloient une infection in* 
supportable et dangereuse. Comme on ne pou- 
voit y entrer, Bonaparte envoie le 22 au matia 
«n parlementaire à Djezzatj avec une lettre 
fiinsi conçue I 



f 08 FXPEDfTlON D'EGYPTË 

^, Alexandre Berthler , chef de Vêtat majora 

général de V armée ^ 

55 A Ahmet 5 jjacha êl-Djezzar, 

,5 Le général en chef me charge de vduà 
proposer une suspension d'armes pour enterrer 
les cadavres qui sont sans sépulture sur le revers 
-des tranchées. Il désire aussi établir un échange 
-de prisonniers ; il à en son pouvoir une par- 
tie de la garnison de JaiFa , le général Abdal- 
lach, et specialraent les cannoniers et bom- 
bardiers qui font partie du convoi arrivé il f 
a trois jours à Acre, venant de Constantin 
noplei " 

* Le parlementaire dont fionàpàtte avoit fait 
choix étoit un Turk arrêté comme espion. On 
n'auroit pu ^ sans imprudence, hasarder, avec 
-ces barbares 5 les usages .militaires des nations 
policées. On tire sur le parlementaire ; la place 
Continue ses feux, et les batteries des assié- 
geants lui repondent. 

- Le 24, on renvoie le même parlementaire; 
il entre dans la place; mais elle continue son 
feu, et rien n'annonce qu^m se dispose à ré- 
pondre. Au contraire, vers les six heures du 
Soir, au signal d'un coup de canon, Tennemi 
fait une sortie générale , mais il est vigou-* 
reusement repoussé- 



EXPÉDITION 

pu GÉNÉRAI. PESAIX 

DANS LA HAUTE EGYPTE- 



P 



ENDANT qu'au nord Bonaparte battoit dans 
la Syrie les armées qu"'Ibrâhym bey et Djez-^ 
zar se disposoient à conduire contre lui , le 
général Desaix au midi chassoit de la haute 
Egypte Mourand bey qui s'étoit réfugié après 
la bataille des Pyramides et la prise du Caire. 

Un mois après la reddition de cette capi- 
tale de l'Egypte, le général Desaix avoit reçu 
1-ordre de marcher à la poursuite de Mourad 
bey. Il s'embarque , le 8 fructidor an 6 , à la 
pointe du jour avec les premier et deuxième 
battaillons de la seconde demi-brigade d'in- 
fanlerie légère , les premier et deuxième ba^ 
taillons de la soixa^ite-unieme demi^brigade de 
ligne, les' premier et deuxième bataillons da 
la quatre-vingt-huitième demi-brigade de ligne, 
et Tartillerie attachée à sa division. Le con-r 
voi est escorté d'un chebeck , d'un aviso , et 
de deux demi-galeres armées en guerre. 

Le 12, la division se trouve réunie à Al- 
piely ; elle arrive, le 13 , à Bénej pxexi4 



If^ EXPEDITION 

position en avant de la ville, . appuyant sa 
gauche et sa droite au Nil , de manière à ce 
qu'elles soient protégées par les bâtiments de 
guerre; elle conserve cette position les 14, 
15, 16 et 17 fructidor; et le 18, le général 
Desaix ayant pourvu à ses moyens de subsi- 
stance ^ elle part pour se rendre à Aba-Girgé, 
où elle arrive à sept heures du soir. Le gé- 
néral Desaix a connoissance de la position de 
l'ennemi ; il est informé que cent cinquante 
Mamioùks , beaucoup de djerines chargées de 
bagages, munitions, vivres etc., sont à Riclv- 
nese. Il se met en marche, le 20, à la pointe 
du jour, avec le premier bataillon de la vingt- 
unième demi-brigade d'infanterie légère , pour 
reconnoître leur position. L'inondation du Nil 
étoit déjà très étendue ; les troupes éprouvoient 
les plus grandes difficultés. Après avoir traversé 
huit canaux, elles parviennent au lac Barthin, 
qu'elles passent à gué ayant de l'eau jusque 
sovis les bras. Après avoir marché pendant 
quatre heures , et continuellement dans l'eau , 
elles arrivent au village de Scheboubié. Mou- 
rad bey étoit descendu jusqu'au Faïoum ; il 
avoit laissé trois beys à Behnesé avec cent 
lîinquante Mamioùks et beaucoup d'Arabes. Le 
général Desaix s'avance sur ce village ; malgré 
les difficultés que lui oppose dans sa marche 
une digue qu'il est obligé de suivre, il fait 
tant de diligence, qu'il arrive au moment où 
les équipages de T ennemi passoient le canal 
de Joseph. Les Mamioùks et les^ Arabes éioient 



d'egyptf. Ëtt 

sur la rîve gauche, et protégeoient douze djer* 
mes qui s'échappoient en remontant le Nil.- 

Les carabiniers de la vingt-unième s'élancent 
sur la rive, et font un feu vif qui éloigne lei 
Mamloùks, et disperse les Arabes. Ils arrêtent 
les douze djermes ; onze étoient chargées d« 
munitions, de vivres, et sur-tout dune grande 
quantité de bled; la douzième portoit sept 
pièces de canon. 

Le général Desaix rentre, le 2i , à Alba- 
Girgé, où il rejoint sa division ; il appareille 
et arrive, le 26, à la hauteur de Tarut'-Es- 
çheriff; il prend position à l'entrée du canal 
de Joseph, le 27. Ayant appns que l'ennemi 
occupoit Sioqth avec le reste de ses bâtiments 
de guerre, il part dans l'après-midi avec deu::ç 
demi-galeres , deux bataillons de la soixante^p 
unième, et deux de la quatre-vingt-huitième* 
Il marche vers Sioùth , et ordonne à un aviso 
d'escorter la vingt-unième qui doit le suivre; 
il laisse un détachement de cette demi-brigade, 
et une chaloupe canonnière, pour occuper Ta- 
lut'-EscherifF, et protéger la navigation avec 
le Caire. 

Le a8, il arrive à Sioùth; mais Tennemi 
s'étoit enfui à son approche , at avoit fait re- 
monter jusqu'à Girgé ses djermes et ses bâti- 
ments de guerre. 

Trois kiachefs de Soliman bey , et environ 
trois cents Mamlviùks, et quelques Arabes, 
étoient à Benhady, à six lieues de Sioùth, 
^vec leurs femmes et beaucoup d'équipages. 



fî2 EXPEDITIQN 

Le général Desaix , dans Tespoii; de les at- 
teindre, par le premier complémentaire; il lon- 
ge les montagnes, et , après une marche pénible 
à travers le désert, arrive le lendemain au jour 
naissant. L'ennemi avoit déjà disparu. Le gé- 
rerai Desaix rentre à Sioùth , le 3 jour com- 
plémentaire ; il y laisse une demi-brigade et 
un aviso, pour escorter un convoi considérable 
de grains dont il avoit ordonné le chargement 
pour le Caire; et le soir même il part avec 
sa division et sa flottille, descend le Nil, dans 
le dessein de rejoindre Mourad bey qui avoit 
regagné le Faïoum. 

Le 5 jour complémentaire, il arrive à î'en^ 
trée du canal de Joseph ; il reçoit du Caire 
un convoi qui lui apporte soixante quintaux 
de biscuit et trois mille cartouches; il fait ses 
préparatifs pour entrer dans le canal, marcher 
à lllahon , et joindre Mourad bey. 

Le 2 vendémiaire, il se met en marche, 
entre dans le bahr Joseph , laissant sur le Nil 
six bâtiments de guerre pour garder l'entrée 
du canal , et croiser à la hauteur de TarutV 
Escheriff; deux de ces bâtiments ont ordre de 
descendre jusqu'à BenesneiF, en suivant le mou- 
vement de la division, 

Apvès une longue et pénible navigation dans 
le canal, où les djermes étoient souvent à- 
chouées par la difficulté de suivre la division 
à travers des parties de plaine inondées, Ta- 
vant-garde apperçoit , le 12, un poste de 
Mourad bey à I^ hauteur du village de Mene,- 

kia. 



D' EGYPTE. It^ 

kia. Le général Desaix ordonne de débarquer; 
il se porte avec un détachement sur des espè- 
ces de dunes basses qui dominent le canal de 
distance en distance jusqu'à Iliahon. Il s'engage 
une fusillade d'avant-garde; Tennemi se retire; 
la division se rembarque, et continue à suivre 
le canal. 

Le 13 au matin, on apperçoit l'ennemi em- 
busqué dans un endroit où le canal s'approche 
du désert; des forces considérables se montrent 
tout-à-coup dans le village de Manzoara. Il 
eût éié dangereux de débarquer sous le feu de 
l'ennemi; le général Desaix ordonne de re virer 
de bord , regagne la position près de Mené- 
kia, et fait débarquer sa division, qui se for- 
me successivement. Des compagnies de cara- 
biniers chassent et dispersent les Mamlouks 
qui harceloient les barques. 

Le général Desaix forme sa division en car- 
ré; il organise la marche et le service des 
barques de manière à ce qu'elles suivent dans 
le canal les mouvements de la division , qui 
s'avance à l'extrémité de l'inondation, et au 
rbord du désert. Les Mamloùks paroissent vou-^ 
loir attaquer; quelques coups de canon les éloi- 
gnent; et, à la nuit, la division prend posi- 
tion vis-à-vis le village de Man2^ura. 

Elle continue sa marche dans le même or- 
dre ; elle est harcelée par l'avant-garde de 
l'ennemi. Le corps de Mourad bey ctoiti encore 
éloigné de deux lieues, et paroissoit formé sur 
deux lignes. A l'approche de la division ^ il 

8 



ïî^ EXPEDITION 

gagne les hauteurs , prend posîtiqn sur son 
iîanc gauche, et se met en mesure de la charger. 

Le gé éral Dasaix ordonne un changement 
de direction, marche droit à Mourad b;-y, et 
canonne avec tant de succès, que cette masse 
de cavalerie, incertaine dans ses mouvements, 
s'arrête, puis se replie. La division continue 
ça marche jusqu'à Elbelamon. 

Le 15, elle regagne ses barques pour y 
prendre du biscait; Pennemi croix qu'elle ré- 
trograde; il la harcelle en poussant des cris 
de victv>ire et de joie: quelques coups de ca- 
non l'éloignent ; et l'armée, après avoir pris 
des vivres et le repos nécessaire , continue sa 
joute. 

Le général Desaix étoit informé , par ses 
espions, que. Mourad bey avoit Tintention de 
l'attendre à Sediman , et de lui livrer batail- 
le: il se met en mesure de l'attaquer. 

Le 16, au lever du soleil, la division se 
rnet en mouvement; elle est formé en carré, 
avec des pelotons de flanc: elle suit l'inonda- 
tion et le bord du désert. A huit heures on 
apperçoit Mourad bey à la tête de son armée, 
composée d'environ trois mille Mamloùks, et 
huit à dix mille Arabes. Aussitôt il entoure 
la division, et la charge, avec la plus grande 
impétuosité, sur toutes ses faces; mais de tous 
cotés il est vivement repoussé par le feu de 
l'artillerie et de la mousqueterie ; les plus in- 
trépides des Mamloùks, désc^spérant de pouvoir 
. i^eaumer h division , se précipitent sur Vixfk 



D EGYPTE. 115 

ies pelqtôns de flanc commandé par le capi- 
taine Lavallette , de la vingt-unième légère. 
Furieux de la résistance qu'ils éprouvent, et 
de rimpuissance où ils sont de l'enfoncer, les 
plus braves se jettent en désespérés dans les 
rangs, où ils expirent après avoir vainement 
employé à leur défense les armes dont ils sont 
couverts, leurs carabines, leurs javelots, leur 
lance, leur sabre et leurs pistolets. Ils tâchent 
du moins de vendre chèrement leur vie, et 
parviennent à blesser et à tuer plusieurs chas- 
seurs. 

De nouveaux détachements de Mamloùks sai- 
sissent ce moment pour charger deux fois le 
peloton entamé; les chasseurs se battent corps 
à corps, et, après des prodiges de valeur, se 
retirent dans le carré de la division. Dans 
cette attaque, les Mamloùks perdent plus de 
160 hommes; elle coûte aux braves chasseurs 
13 hommes morts et 15 blessés. 

Mourad bey fait charger les autres pelotons, 
mais sans aucun succès. Alors il prend posi- 
tion, divise sa nombreuse cavalerie, qui n'avoit 
encore agi que par masse, et fait entourer la 
division. Il couronne quelques monticules de 
sables, sur l'un desquels il démasque une bat- 
terie de plusieurs pièces de canon placées avec 
avantage et dirigées contre la division. Elles 
font un feu meurtrier; plusieurs hommes et 
plusieurs chevaux sont tués ; beaucoup sont 
blessés. 

Le général Desaix , devant un ennemi sue 



îlg EXPEDITION 

fois plus fort que lui , et dans une. position 
où une retraite difficile sur ses barçues le for*?- 
Cuit à abandonner ses blrssés, jugea qu'il fal- 
loit ou vaincre ou se battre jusqu'au dernier 
homme. Il dirige sa division sur la batteriç 
ennemie ; elle est enlevée à la baïonnette , 
malgré les efforts et les mouvements de la car 
Valérie , qui harcelle la division. 

Maître des hauteurs et de l'artillerie de Mou- 
rad bey, Desaix fait diriger une vive canon- 
nade sur l'ennemi, qui, bientQt, fuit de toutes 
parts. Trois beys et beaucoup de kiachefs re-r 
sîent sur le champ de bataille , ainsi qu'une 
grande quantité de Mamlouks et d'Arabes. La 
âivision ramené ses blessés, prend quelque re- 
pos et se met %n marche à trois heures après 
midi pour Sediman , où elle s'empare d'une 
partie dv^>s bagages de l'ennemi, que les Arabes 
çummençoient à piller. 

Mouiad bey se retire derrière le lac de G^- 
za, dan.s le Faïoum: les Arabes l'abandonnent. 

Les Français ont perdu , djns la bataille de 
Sediman, 340 hommes: ^50 ont été blessés. 
Généraux, officiers et soldats, tous se sont coi;- 
verts de gloire. La division part le 17 pour 
se rendre à Illahon; elle s'empare des barques 
çle l'ennemi qui s'y trouvoient: la flottille se 
:^end aussi à lUahon. \^ 

Le général Desaix fait partir les blessés pour 
Je Caire, où déjà il avoit envoyé environ 400 
hommes affjctés d'ophtalmies, maladie occa- 
^ionaé^e par les^ vapeurs du Nil, et; malheu- 



i-êusement très comnne dans la hailte Egypte. 
La division reste à Illahon, d'où elle part pour 
lever les impositions et prendre les chevaux 
du Faïoum. Mourad bey a voit non seulement 
défendu aux habitants de payer, il avoit en- 
voyé Ali kiachef avec 150 Mamloùcks et des 
Arabes pour soulever le pays. 

Le général Desaix laisse 350 hotnrhes dana 
là ville de Faïoum, et il en part le i^ bru- 
iTlaire pour soumettre les villages insurgés. Il 
trouve sous les armes tous ceux daiis lesquels 
il se présente ; mais ils rentrent aussitôt dans 
r'obéissatlcé , à Texception du village de Liri- 
nç, où Ali kiachef soutient, contre Favant- 
gâirdé, ùtt léger combat, à la suite duquel il 
prend la fuite, abandonnant. six chameaux chargea 
d'effets. Le village est livré au pillage et brû'é* 

Moiirad bey , profitant du moment où le gé- 
néral Desaix avoit quitté le Faïoum pour par- 
courir la province^ avoit envoyé environ mille 
Mamloùks pour soulever lé pays et marcher 
sur la ville de Faïoum; Des beys et des kia- 
chefs à'étoieht répandus au nord et au midi 
de la province, pour soulever les Arabes et 
lés Fellahs. Le i ? , Une riiultitude prodigieuse 
étoit déjà réunie sous les armes. Le 18, à 
huit heures du matin, des Arabes paroissent 
au sud-ouest de là ville de Faïoum ; ils s'avan- 
cent vers la partie qui est sur la rive gauche 
du canal. 

Le général Robin, atteint de rophtâlmie j 
se trouvoit à Faïoum. Le chef de batailloa 



ir8 EXPEDITIÔÎ? 

Expert était commandant de la pîacei Instruit 
des mouvements de l'ennemi, il retranche , au- 
tant que le permettent les moyens d'une ville 
ouverte de toutes parts , la maison où Thôpi-* 
tal est établi. 

Il n'avoit que J50 hommes et 1^0 malades. 
Sur les onze heures du matin , plus de trois 
mille Arabes, mille Mamloùks et une quantité 
prodigieuse de Fellahs armés s'avancent sur 
deux colonnes; une partie s'élance et escalade 
l'enceinte des faubourgs: ils avoient à leur tête 
deé beys et des kiachefs. Cette nuée d'hommes 
attaque en même temps et avec fureur sur 
tous les points. ; ^tr „ 

Toutes les issues de la ville n'avoient pu 
être occupées. L^ennemi profite de cet avantage . 
pour tourner les principaux postes, qui, après 
avoir fait une vive résistance, et couvert de 
morts les défilés qu'ils défendent, se retirent 
en bon ordre et se rallient à Ja maison d'Ali 
kiachef, où étoit l'hôpital. C'est là que le gé- 
néral Robin et le commandant Expert ont réu- 
ni toutes leurs forces, afin d'éviter une guerre 
de rue trop meurtiere. Pendant que les Arabes 
et les Fellahs s'approchoient en gagnant de toit 
en toit, le reste des assiégeants se précipite 
en foule , et sans précaution , par les grandes 
issues, à la poursuite des Français. 

Le chef de bataillon Expert avoit prévu ce 
désordre, et, dans le dessein d'en profiter, il 
avoit formé dans l'hôpital deux colonnes re- 
tranchées. Lui-même il commande la colonne 



de droite ; celle de gauche est conjfîée aii chef 
de bataillon Sacro. Des que Tennetni est à por- 
tée , la réserve fait une fusillade terrible; par 
les toits et les fenêtres ; ^en mène temps leâ 
deux colonnes débouchent en battant la charg'=î, 
et fondent à la baïonnette sur Tennemi , qu' 
elles culbutent de rue en rue. La terreur s'em- 
pare également des Arabes et des Fellahs qui 
sont sur les maisons. La plupart, croyant la 
victoire assurée, se livroient au pillage; tous 
veulent se sauver à-la-fois, et s'emb-drrassent 
dans leur fuite; on en fait un carnage affreux; 
l'ennemi est poursuivi jusqu'à une lieue de la 
ville par les chefs de bataillon Expert et Sa- 
cro , qui ont montré l'un et Fautre une in- 
trépidité et un sang froid qu^on ne peut trop 
admirer. L'ennemi a laissé deux cents hommes 
tués dans la ville , et un grand nombre de 
blessés. Les Français ont eu quatre hommes 
tués et seize blessés, dont un officier, le ci- 
toyen Fredin, capitaine à la soixante-unième. 
Les habitants de la ville de Faïoum se sont 
réunis aux Français, et ont poursuivi l'ennemi* 
Le général D^saix s'étoit mis en marche pout 
la ville de Faïoum aussitôt qu^il avoit été in- 
formé des dangers qui la menaÇoient ; il y ar- 
rive, le 20 frimaire au matin; il apprend la 
victoire aussi glorieuse qu'inespérée de ses 
braves, et il s'empresse d'en profiter pour faire 
de nouvelles courses dans les provinces de B^-* 
neselz et de Miniet, et disputer la levée des 
impositions de ces provinces à Mourad Jjey ^ 



I20 EXPEDITIOM 

qui faisoit aussi des incursions dans rintentîofl 
de les percevoir. 

Quoique battu à Sediman et à Faïoum^ Mou- 
rad bey , à la faveur de sa cavalerie , que l'in- 
fanterie du général Desaix ne pouvoit attein- 
dre, restoit toujours maître des provinces de ^ 
la haute Egypte, et conservoit une position 
xtienaçante. 

Le général en chef renforce le général De- 
saix de mille hommes de cavalerie et de trois 
pièces d'artillerie légère , commandées par le 
général Davoust, et lui donne ordre de pour^ 
suivre vivement Mourad bey jusqu'aux cata-*f 
ractes du Nil^ de détruire les Mamloùks ou 
de les chasser entièrement de l'Egypte. 

Le général Davoust part du Caire le i6 
frimaire, se rend en quatre jours à BenesouefF, 
et de la rejoint le général Desaix. La division 
se met en mouvement le 26 frimaire pour at- 
taquer Mourad bey qui étoit campé à deux 
journées de marche, sur la rive gauche du ca- 
nal Joseph , et au bord du désert. 

Le 27 frimaire, elle rencontre Tavant-gards 
de Tennemi formée par leà Mamloùks de Se- 
lim-Aboudic. On les chasse du village de Fe- 
shen où ils venoient de prendre poste , et ils 
se retirent sur le champ de Mourad bey , qui 
fuit à l'approche du général Desaix, et mar* 
che vers le Nil dans l'intention de le remonter^. 
La division sur laquelle il avoit dix à douze 
heures d'avance, cherche en vain à l'atteindre. 
Elle bivouaque le 27 à Zafetesain, le 28 à 



d'eGYPTE. 121 



Bermin , le 30 à Zagny; où elle quitte les 
montagnes pour se rapprocher du fleuve. L'in- 
fanterie prend position à Taha, la cavalerie à 
Miniet, d'où Mourad bey avoit fui au lever 
du soleil, mais avec tant de précipitation ^ 
qu'il avoit abandonné quatre djermes portant 
une pièce de douze en bronze, un mortier de 
douze pouces, et quinze pièces de canon.de 
fer de différents calibres. \ 

Moufad bey se retiroit vers le haut Saidj 
le générai D:^saix le poursuit à grandes jour- 
»ées. Le premier nivôse, la division couche 
près des anciens portiques d' Achenoisin^ le 4^ 
à Sioùth, et arrive le 9 a Girgé. 

Mais la flottille, sans cesse retardée par des 
vent contraires^ ri 'avoit pu mettre la même 
célérité dans ses mouvements. On avoit le plus 
grand besoin des munitions et des approvi- 
sionnements dont elle étoit chargée, et Ton 
se voit contraint de perdre à l'attendre vingt 
jours d'un temps précieux. . ; -i 

Mourad bey profite de cette inaction des 
Français pour leur susciter des ennemis de tous 
les côtés. Déjà il avoit écrit aux chefs du pays 
de Jedda et de TYamb'o, pour les engager à 
passer la mer et à exterminer une poignée 
d'infidèles qui vouloient détruire la religion de 
Mahomet. Des émissaires avoient été envoyés 
en Nubie , et en amenoient des renforts. D'au-* 
très s'étoient rendus à Gesney, près du vieil 
Hassan bey Jedaoni , dans le dessein de le ré- 
concilier avec Mourad bey, et de le déter-* 



miner à faire cause commune. Quelques uriâ 
enfin s'étoient répandus dans le beau pays en- 
tre Girgé et Sioùth; leur but étoit de faire 
insurger les habitants sur les derrières des 
Français, d'attaquer et détruire leur flottille. 

Le général Desaix fut informé dès le 12 
nîvose qu'un rassemblement considérable de 
paysans se formoit près de Souagui , à quel- 
ques lieues de Girgé. Il étoit important de 
faire un exemple prompt et terrible des in- 
surgés , afin de contenir les peuples dans l'o- 
béissance, et de lever sans obstacle les impO'* 
sitions et l'argent don on avoit besoin. En 
conséquence le général Davoust reçoit Tordre 
de partir avec toute la cavalerie, et de mar- 
cher vivement sur ce rassemblementé 

Le 14, le général Davoust rencontre cette 
multitude d'hommes armés près du village de 
Souagui. Il fait former à l'instant son corps de 
bataille par échelons, et ordonne à son avant- 
garde , composée du septième de hussards et 
du vingt-deuxième de chasseurs , de fondre sut 
les ennemis; il ne peuvent soutenir ce choc ^ 
et prennent aussitôt la fuite; ils sont pour- 
suivis long-temps, et laissent huit cents morts 
sur le champ de bataille. Un pareil châtiment 
sembloit devoir produire un grand effet dans 
le pays; mais à peine la cavalerie rentroit à 
Girgé , que le général Desaix est informé qu'à 
quelques lieus de Sioùth il se forme un ras- 
semblement beaucoup plus considérable que le 
premier, et qu'il est composé de paysans à 



pîeJ et à cheval, la plupart venus des pro- 
vinces de Miniel , de BenesouefF, et d'Hoara. 

Le retard des barques, dont on n'avoit au- 
cune nouvelle certaine , commençoit à donner 
de vives inquiétudes au général Desaix , qui 
ordonne au général Davoust de marcher de 
nouveau à la tête de la cavalerie contre leg 
rebelles , de sévir contre eux d'une manière 
terrible, et de faire tous ses efforts pour ame- 
ner la flottille. ^ 

Le 19 nivôse, le général Davoust marche 
sur le village de Thata. Au moment d'y en- 
trer , il apprend qu'un corps considérable de 
cavalerie ennemie charge son arriere-garde , 
formée d'un escadron du vingtième de dragons; 
aussitôt il forme son corps de troupes, et sô 
précipite sur les ennemis, qu'il taille en pièces; 
mille restent sur le champ de bataille ; le reste 
prend la fuite. En les poursuivant, le géné- 
ral Davoust apperçoit la flottille à la hauteur 
de Sioùth; le vent étant devenu plus favora- 
ble, elle fait route, et arrive, le 29 , à Gir- 
gé, où la cavalerie l'avoit devancée. 

Le général Desaix étoit informé depuis quel* 
ques jours par les rapports de ses espions que 
mille schérifs , habitants du pays d'Yamb'o et 
de Jedda, avoient passé la mer rouge, et s'é- 
toient rendus à Cosséir sous les ordres d'ua 
chef des Arabes d'Yamb'o; que de là ils s'é-* 
toient portés à Kéné, d'où ils avoient été se 
réunir à Mourad bey; que Hassan bey Jed- 
daoni et Osman bey Hassan, à h tête de deux 



t24 EXPEDiTIÔîqr 

cents cinquante Mamloùks, étoient 3eja îirrivés 
à Houé; que des Nubiens, des Maugrabins , 
eampoient dans ce dernier village; que, par 
suite des écrits incendiaires répandus par les 
Mamloùks, tous les habitants de TEgypte su- 
périeui"e, depuis les Cataractes jusqu'à Girg'é , 
sont en armes et prêts à marcher; qu'enfin 
Mourad bey , plein de confiance dans une ar- 
mée aussi formidable , s'est mis en marche 
. pour attaquer les Françiis. So^i avante-garde, 
commandée pair Osman bey Hassan, couche, 
le 2 pluviôse^ dans le déseJrt ^ à la hauteur de 
Samanhout. 

, Le général Desaix, après avoir pris siir la 
flottille ce qui lui étoit le plus nécessaire, et 
lui avoir ordonné de suivre les mouvements 
de la division, part de GIrgé ^ le 2 pluviôse, 
pour aller à la rencontré des ennemis, et va 
coucher à êl-Macera. Le 5, î'avant-garde, formée 
par le septième de hussards et commandée par 
le chef de brigade Duplessis, rencontre celle 
, de Terinemi sous les murs de Sanianhouti Aus-^ 
sitôt Ton se charge de part et d'autre: les 
deux armées continuent leur itiarche, et ne 
tardent pas à être en présence; 

Le général Desaix partage son infanterie 
en deux carrés égaux; sa cavalerie, formant 
elle-même un carré, est placé dans l'intervalle 
des deux autres, de manière à être protégée 
et flanquée par leur feu. 

A peine cette position étoit prisé , que reri- 
Demi s'avance dé toutes parts. Sa nombreuse 



d'eGYPTE. 12^ 

cavalerie cerne la division, et une colonne 
d'infanterie, composée en partie des Arabes 
dTamb'o, commandée par les schérifs et les 
chefs de ce pays , se jette dans un grand ca- 
nal sur la gauche de la division, qu'elle com^ 
mence à inquiéter par la vivacité de son feu. 
Le général Desaix ordonne à ses aides-de-camp 
Rapp et Savary de se mettre a la tête d* un 
escadron du septième de hussards , et de char- 
ger l'ennemi en flanc, pendant que le citoyea 
Clément, capitaine commandant les carabiniers 
de la vingt-unième légère, s'avanceroit en co^ 
lonne serrée dans le canal, et enfonceroit celle 
des ennemis. Cet ordre est exécuté avec au- 
tant de bravoure que de précision ; V ennemi 
est culbuté, et prend la fuite, laissant sur la 
place une quinzaine de morts, et emmenant 
un grand nombre de blessés. Un carabinier 
étoit parvenu à enlever des drapeaux de^ la 
Mekke; mais il est tué d^un coup de poignard: 
sa perte est la seule que les Français aient eue 
à regretter dans cette action , qui les rendit 
maîtres du village de Samanhout. 

Cependant les innombrables colonnes enne- 
mies s'avançaient en poussant des cris affreux, 
et se disposoient à Tattaque. Déjà la colonne 
des Arabes d'Yamb'o s'est raU'iée. Elle attaque 
ft veut enlever le village de Samanhout ; mais 
les intrépides carabiniers de la vingt-unième 
font un feu si vif et si bien nourri, qu'elle 
est forcée de se retirer avec une perte consir^ 
^érable. 



12^ EXPEDITION 

Les Matuloùks se précipitent sur le can-é 
comandé par le général Priant, tandis que plu- 
sieurs colonnes d'infanterie se portent sur c.lui 
que commande le général Belliard; on leur ri- 
poste par un feu d'artillerie et de mousque- 
terie si terrible, qu'ils sont dispersés en un 
instant, et obligés de rétrograder, laissant le 
terrain couvert de leurs morts. 

Le général Davoust reçoit l'ordre de char* 
ger le corps des Mamloùks , où se trouvoient 
Mourad et Hassan qui paroissoient vouloir con- 
server leur position; mais ils n'attendirent pas 
la charge du général Davoust, et la fuite pré- 
cipitée de Mourad bey devint le signal de la 
retraite générale. L'ennemi fut poursuivi pen^ 
£ant quatre heures l'épée dans les reins. La 
division ne s'arrêta qu'à Farchoute, où elle 
trouva beaucoup de Mamloùks morts, ou expi- 
rant de leurs blessures. Les ennemis dans cette 
journée, outre un grand nombre de blessés, 
ont eu plus de deux cents cinquante hommes 
tués dont cent Arabes d'Yamb'o; les Français 
n'ont eu que quatre hommes tués, et quelques 
blessés. 

Le succès de ce combat est principalement 
âù à l'artillerie légère que commandoit le chef 
de brigade Latournerie, officier également re- 
commandable par son activité et ses talents 
militaires. 

Le 4 , à une heure du matin , on continue 
de poursuivre Mourad bey ; une soixantaine 
d'Arabes dTamb'o , qu'on rencontre dans un 



D'eGYPTE. 12^ 

village , sont taillés en pièces. Une grande 
partie de cette infanterie étrangère avoit re* 
passé le fleuve et fuyoit à toutes jambes; • 
beaucoup se dispersent dans Je pays. 

Le général Desafx arrive, le 9 , à Hesney , 
où il laisse le général Friant et sa brigade , 
et part lui-même, le 10, pour Sienne , où il 
arrive le 13 , après avoir essuyé des fatigues 
excessives en traversant les désert, et d^as^adit 
toujours Tennemi devant lui. 

Mourad , Hassan , Soliman , et huit autres 
beys , voyant qu'ils sont poursuivis avec un 
acharnement qui ne leur laisse aucune ressource ; 
que leurs Mamloùks , exténués de fatigue, 
sont dans l'impossibilité de se battre ; que Je 
nombre des déserteur augmente chaque jour; 
qu'ils ont perdu beaucoup de chevaux et une 
grande partie de leurs équipages ; qu'ils n'ont 
point de relâche à espérer des Français, pren* * 
nent le parti de se jeter dans l'affreux pays 
de Bribe, au dessus des Cataractes, et à qua- 
tre grandes journées de Sienne. 

Le 14, le général Desaix marche vers Tisle 
de Philé , en Ethiopie , où il prend beaucoup 
d'effets et plus de 150 barques que les Mam* 
loùks y avoient conduites avec des peines in» 
finies, et qu'ils sont contraints d'abandonner A 
l'approche des Français. Le général Desaix , 
n'ayant point trouvé de barques près de Phi^ 
lé , ne peut entrer dans cette isle ; mais il 
confie le soin de s'en emparer au général Bôl- 
liard, qu'il laissé à Sienpe ^yqc U vingt- unie* 



128 EXPEDixroy 

ttie légère. La division, en traversant l'Egypte^ 
supérieure, trouve iJine quantité prodigieuse de 
monuments antiques de la plu? grande beauté. 
Les ruines de Thèbes, les débris du temple 
de Tentira étonnent les regards du voyageur, 
et méritent encore ^admiration du monde. 

Le i6 pluviôse, le général Desaix part de 
Sienne pour Hesney , où il arrive, le 21, avec 
sa cavalerie, qu'il avoit divisée en deux corps 
sur les deux rive du Nil. Celui de la rive 
droite est commandé par Tadjudant-général Hâ- 
tasse. 

Osman bey Hassan n^avoit pas suivi Mou^ 
xad à Sienne. Arrivé près de Rabain, il y avoit 
passé le Nil avec 250 Mamloùks environ , et 
vivoit sur la rive droite dans des villages de 
sa domination. Lorsqu'il apprit l'arrivée des 
Français à Sienne, il s'enfonça dans les déserts,. 
Le général Desaix , dont la cavalerie étoit ha- 
ïassée , et qui étoit pressé de retourner à He- 
sney , s'étoit contenté , pour le nioment , de 
détruire les ressources d'Qsman hey Hassan. 
Le général Priant, que le général Desaix avoit 
laissé à Hesney en se rendant à Sienne, avoit 
eu avis que les débris des Arabes d'Yamb'o se 
Tallioient dans les environs de Kéné, sur la route 
de Cossçir ; et, dès le 18, il avoit formé une 
colonne mobile composée de la soixante-unie- 
xne et des grenadiers de la quatre-vingt-hui- 
tième; elle avoit une pièce de canon j le chef 
de brigade Conroux la commandoit. Elle se 
porta ^vec rapidité sur Kéné, petite ville fort 

iai- 



D'eGTPTE. 12^ 

importante par le grand commerce qu'elle fait 
•avec les habitants des rives d^ la mer rouge. 

Le général Desaix, à son arrivée à Hésney, 
fut informé que le chef des Arabes dTamb'o 
se tenoit caché dans le désert , où il atten- 
doit l'arrivée d'un second convoi ; il envoie 
ausitôt le général Priant , et le reste de sa 
brigade, vers Kéné , avec Tordre de lever les 
contributions en argent et en chevaux jusqu'à 
Girgé , auss-itot qu'il se seroit assuré des ha-- 
bitants de cette partie de Ja rive droite , fort 
difficiles à gouverner*^: ./3 nO .;minny't t/^ h:U 

D'autres rapports annonçaient qu'Osman bey 
Hissan étoit revenu sur les bords du fleuve, 
et continuoit d'y faire vivre sa troupe. Le gé- 
néral Desaix , ne voulant point lui permettra 
de séjourner aussi près de lui , envoie à sa 
poursuite le général Davoust , avec le vingt- 
deuxième de chasseurs et le quinzième de dra- 
gons ; le premier , commandé par le chef d? 
brigade Lasalle ; le second , commandé par le 
chef d'escadron Fontette , en l'absence da chef 
de brigade Pi non , qui étoit resté malade à 
Hesney. ri 

Le 24 , à la pointe du jour , le général Da- 
tvoust apprend qu'Osman bey Hassan est sur le 
bord du Nil , et que ses chameaux font de 
l'eau. 11 fait presser la marche, et bientôt ses 
éclaireurs lui annoncent que l'on voit des cha- 
meaux qui ^rentrent dans le désert ; que les 
ennemis sont au pied de la montagne, et pa- 
loissent protéger leur convoi. ^ 

9 4 



JJO EXPEDITION 

Le général Davoust forme sa cavalerie sut 
cîeux lignes , et s'avance avec rapidité sur les 
Mamloùks , qui , d'abord , ont l'air de se reti- 
rer. Mais tout-à-coup ils font volteface , et 
fournissent une charge vigoureuse sous le feu 
meurtrier du quinzième des dragons. Plusieurs 
Mamluùlcs tombent sur la place. Le chef d'e- 
scadron Fontette est tué d*nn coup de sabre, 
Osman bey a son cheval tué sous lui : il est 
lui-même dangereusement blessé. Le vingt- deu- 
xième de çhass'=ur se précipite avec impétuo* 
siié sur l'ennemi. On combat corps- à-corps; le 
carnage devient affreux; mais, malgré la su- 
périorité des armes et du nombre , les Mam- 
loùks sont forcés d'abandonner le champ de 
bataille, où ils laissent un grand nombre des 
leurs et plusieurs kiachefs ; ils se retirent ra^ 
pidement vers leurs chameaux , qui , pendant 
le combat , avoient continué leur route dans 
la désert. 

Parmi les beaux traits qui ont honoré cette 
mémorable journée , et couvert de gloire les 
d.^ux régiments de cavalerie qui ont si braver 
rnent soutenu et fouini la charge, on remarque 
celui de l'aide-de-camp du général Davoust , 
le citoyen Montléger, qui, blessé dans le for-t 
du combat , et ayant eu son cheval tué sous 
lui, se saisit du cheval d'un Mamlouk, et sort 
ainsi de la mêlée. Le chef de brigade Lasalle 
ne fut pas moins heureux. Après* avoir tué ou 
blessé un grand nombre d'ennemis , son sabre 
casse à la monture: il a néanmoins le bonheux 
de se retirer sans être blessé. 



d'ègypte. îjt 

-^ Osman bey se retire dans l'intérieur des dé- 
serts, sur la route de Cosséir , près d'une ci- 
terne nommée la Kuita. Il étoit à présumer 
que, ne pouvant y vivre que très difficilement, 
il reviendroit vers Kadésie , et même qu'il 
passeroit sur la rive gauche , dans un village 
qui lui appartenoit près d'Etfou En consé- 
quence, le général Desaix envoie dans ce vil- 
lage un détachement de 160 hommes de la 
vingt-unième légère, commandé par son aide> 
de-camp, Clément. Le 26, le général Davoust 
rentre à Hesney ; et, le 27, le général De*- 
saix part de cette ville pour Kousse. Il laisse 
à Hesney une garnison de deux cents hommes du 
soixante-unième, et du quatre-vingt-huitième , 
sous Ues ordres dû citoyen Binoî , aide-de^ 
camp du général Priant qui, avec les mê* 
mes troupes , avoit conduit un fort convoi à 
Sienne. 

Le général Desaix se mettoit en route lors- 
qu'il reçut des dépêches du chef de brigade 
Conroux , commandant la colonne mobile que 
le général Priant avoit envoyée, le i8 plu- 
■yiose, vers Kéné , à la poursuite des Arabes 
d'Yamb'o. Le chef de ces Arabes , qui se te- 
noit caché dans les environs de Kéné , voyant 
que les habitans leur fournisâoient peu ée vi- 
vres , qu'ils manquoient de moyens pour re- 
tourner à Cosséir, et qu'il faltôit se faire dés 
ressources pour gaguer le temps de' l'arrivée 
du deuxième convoi qu^il attendoit y avoit fo|fi 
irvé le projet .d'enlever Kéné. En conséquei^ce i 



ipj^ EX?EDITIOÏÎ 

Je 24 pluviôse, à onze heures du soir, tous 
les postes de la soixante-unième sont attaqués 
en même temps par les Arabes d'Yamb'o, qui 
avoient entraîné dans leurs rangs une foule de 
p 'ysans» Aussitôt les troupes sont sous les ar- 
jnes ; eilrîs marchent à Tennemi , qui est cul* 
buté de toutes parts. 

Le ch:^f de brigade Conroux , jeune ofBcieif 
plein d'ardeur , d'intelligence , et d^^ctivltéJ| 
en se portant d'un point de la ligne à Tau- 
tre , reçjit sur la tête un coup de pique si 
■violent, qu''il l'étend par terre. Ses grenadiers 
6e précipitent autour de lui et remportent 
■sans connoissance, jurant tous de le venger. 
La vive défense que la colonne avoit opposée 
aux attaques de l'ennemi l'a voit forcé de se 
retirer. ;La nuit étoit .for.tpb^cure , e.t:rofli; at- 
tendoit avec impatience le lever de la lui;ie 
pour le poursuivre. Le chef de bataillon Dor- 
senne, qui commandoit la place, veilloit avec 
le plus grand soin à sa. défense , et $e dispo- 
soit à continuer l'action que la nuit avoit su- 
spendue. A peine les mesures sont-elles pri- 
ses, que les ennemis reviisnnent en foule et ea 
poussant des hurlements épouvantables. Après 
avoir été r-çus, comme la première fois, par 
une fusiîlad^^ extrêmement vive, ils sont char* 
gés avec tant d'impétuosité, qu'ils sont mis à 
Tiristant dans une déroute complète. On les 
poursuit pendant des heures entières. En fu- 
yant , deux à trois cents de ces malheureux 
^e jetteut daos un enclos dé . palmiers , où , 



X 



ï>*êgypte» î^j 

malgré les feux du demi bataillon que fait di- 
riger contre eux le chef de; bataillon Dorsen- 
fie, ils s'acharnent à se défendre jusqu'au der- 
nier. 

On estime à plus de trois cents hommes 
tnés la perte des Arabes d'Yamb'o dans cette 
âfF'ire qui n*a coûté au vainqueur que trois 
blessés, du nombre desquels s^ troiiv? I^ ch^îf 
de bataillon Dorsenne , dont la conduite mé- 
rite les plus grands éloges 

Ce n'est qa^ quelques h-îures après ce corn-- 
bat, que, malgré toute la diligence qu il avoit 
faite, on vit arriver à Kéié le général Priant, 
avec le septième de hussards. 

Le général Dasaix, parti le 27 de Hesney, 
étoit arrivé, le 29 pluviôse, à Kousse, avec 
les quatorzième et dix-huitieme régiments de 
dragons; il avoit détaché à quelques lieues les 
quinzième et vingtième, sous les ordres du 
chef de brigade Pinon , vers Salamié , point 
extrêmement important, et qui est un débou- 
cbé de la Kuita. Il ordonne que l'on s'occupe 
par-tout , avec activité , de la levée des che- 
vaux ; et de la perception des impôts en ar- 
gent, don on avoit le plus grand besoin. 

Après le combat de Kéné , les Arabes 
d'Yamb'o s'étoient retirés dans les déserts 
d'Aboumana ; leur chérif Kassan , fanatique 
exalté et entreprenant , les entretenoit dans 
i'espoir d'exterminer les infidèles aussitôt que 
les renforts qu'il attendoit seroient arrivés. 
Provisoirement il mettoit tout en œuvre pour 



t^fy EXPFDXTrOK 

soulever tous les vrais croyants àe Ta rive 
droite. A sa voix toutes les têtes s'échauffent, 
tous les bras s'arment ; déjà une multitude 
d'Arabes est accourue à Aboumana. Des Mam- 
loùks fugitifs et sans asyle s'y rendent égale- 
jnent. L'orage grossit* Les belliqueux habitants 
de la rive droite vont éprouver à leur tour ce 
que peut la valeur française. 

Le 29 pluviôse , le général Priant arrive 
près d'Aboumana, qu'il trouve rempli de gens 
armés. Les Arabes d'Yamb'o sont en avant ran- 
gés en bataille. Ses grenadiers le sont déjà en 
colonne d'attaque , commandée par le chef de 
brigade Conroux. Après avoir reçu plusieurs 
coups de canon , et à l'approche des grena- 
diers , la cavalerie et les paysans prennent la 
fuite; mais les Arabes d'Yamb'o tiennent bon. 
Alors le général Priant forme deux colonnes 
pour tourner le village , et leur enlever leurs 
moyens de retraite. Ils ne peuvent résister au 
choc terrible des grenadiers; ils se jettent dans 
le village, où ils sont assaillis et mis en pie* 
ces. Cependant une autre colonne, commandée 
par le citoyen Silly, chef de brigade comman- 
dant la quatre-vigt-huitieme , poursuivoit les 
fuyards ; ses soldats y mirent tant d'acharne- 
ment, qu'ils s'enfoncèrent à cinq heures dans 
les déserts , et arrivèrent ainsi sur le camp 
des Arabes d'Yamb'o: fort heureusement ils y 
trouvèrent , avec beaucoup d'effets de toute 
espèce , de l'eau et du pain. Le général Priant 
ce voyoit point revenir cette colonae^ son in- 



i^uîétude étoit extrême, et augrtientoit à cha- 
que instant. Il pensoit que, si elle ne se per- 
doit pas dans les immenses plaines des déserta 
où elle s'etoit jetée, au moins perdroit-elle 
beaucoup de soldats, que la faim et sur-tout 
la soif auroient accablés. Mais quelle fut sa 
surprise de les voir revenir chargés de butin, 
et frais et dispos. Un Arabe , que Pon a voit 
fait prisonnier en entrant dans le désert , avoit 
conduit la colonne au camp ennemi. 

Les Arabes d'Yamb'o ont p^^rdu dans cette 
journée quatre cents nlorts , et ont eu beau- 
coup de blessés Une grande quantité de pay- 
sans furent tués dans le désert ; les Français 
n'ont eu que quelques blessés. 

Après le combat d'Abo'imana, le général 
Friant continue sa route vers Girgé , où il ar-* 
ïive , le 3 ventôse» Il y laisse un bataillon de 
la quatre-vingt-huitième sous le ordres du ci- 
toyen Morand, chef de brigade à la suite de 
ce corps; et, deux jours après, il se porte à 
Farchoute^ d'où il renvoie les deux bataillons 
de la soixante— unième à Kéné. 

Dans Cet intervalle, le général B milliard écri- 
vit au général Desaix qu'ayant appris que Mou* 
rad bey avoit fait un mouvement pour se rap- 
procher de Sienne, il avoit marché à lui , et 
ï'avoit forcé de rentrer dans le mauvais paya 
de Bribe. Quelques jours après , ce général 
mandoit que plusieurs kinahefs, et une centaine 
-de Mamloùks , s'étoient jetés dans les dé- 
serts de la rive droite pour éviter Sienne , et 



l^iS FXPEDIttOîT 

alloienf rejoindre Osman bey Hassan à la KdÎ-* 
ta. Le détachement que le général Desaix avoit 
à Etfon 1( s vit : vainement il se mit à leur 
poursuite ; ce détach^-ment rentra à Hesney 
quelques jours après, pour remplacer la garnison 
qui devoit courir le pays. vr- 

D'autres avis m'annoncèrent que Mahamet 
b.^y TElphi , séparé de l'armée ennemie par 
l'effet de notre charge de cavalerie, le jour de 
la bataille de Samanhout, après avoir passé 
quelque temps dans les oasis au-dessus d'Ack- 
min, avoit passé le Nil, et étoit à Sioùth , 
oij il levoit de Targent et des chevaux ; que 
]es tribus arabes de Coraïm et Benouafî l'ai- 
doient dans ses projets , et étoient à ses or- 
dres. 

% : : 

Combat d" Hesney. 

Enfin le général Desaix fut informé que ( 
parvenus à cacher leur marche au général Bel- 
liard , et avec une rapidité excessive, les beys 
Mourad, Hassan, et plusieurs autres, à la tête 
de sept à huit cents chevaux et beaucoup de 
Nubiens , avoient paru devant Hesney , le 7 , 
à la pointe du jour ; que son aide-de-camp , 
le citoyen Clément, à la tête de son détache- 
ment de cent soixante hommes de la vingt- 
unième, étoit sorti d'Hesney , et avoit pré- 
senté la bataille à cet immense rassemblement , . 
qui avoit été intimidé par l'audace et la va- 
leur qu'on lui opposoit; qu'il les avoit harce-: 



^n'EGYPTE, tgf 



\és pendant une heure; que les ennemis avoi- 
ont préféré la fuite au combat, et avoient for* 
ce de marche sur Aminte. 

Tous ces rapports réunis , et le bruit géné- 
ral du pays , firent juger au général Desaix 
que le point de ralliement des ennemis étoit 
Sioùth ; en conséquence il rassemble ses trou- 
pps , ordonne au général Belliard , qui étoit 
descendu de Sienne à la suite des Mamloùks , 
de laisser une garnison de quatre cents hom- 
mes à Hesney, et de continuer à descendre en 
observant bien les mouvements des Arabes 
d'Yamb'o , et s^ils ne recevoient pas de ren- 
forts; enfin de les combattre par-tout où ils 
seroient. 

Le 12 , le général Desaix passe le Nil, et 
se porte sur Farihoute, où il arrive le 13, 
laissant un peu derrière lui la djerme armée 
l'Italie^ et plusieus barques chargées de mu-* 
ïîitions et de beaucoup d'objets d'artillerie. 
L'Italie portoit des blessés, quelque malades, 
les munitions de la soixante-unième demi-bri- 
gade, et quelques hommes armés. 

Il marche rapidement sur Sioùth , pour ne 
pas donner le temps à Mourad bey de se réu- 
nir à Elphi bey, et les combattre, si déjà ils 
rétoient. Sur la route , il apprend , près de 
Girgé, qu'à leur passage les troupes de Mou- 
rad bey étoient parvenues à faire soulever un 
nombre infini de paysans, toujours p^êts à 
combattre les Français dès qu'ils font un mou^ 
vement pour descendre j qu'ils sont commandés 



ïgB ÈX^Ditiçm" 

par des principaux cheykhs du pays, etittô 
autres par un Mamloùk brave et vigoreux, et 
qu'ils sont à quelques lieues de nous* 

• Combat de Soiiliama* 

■ -m. 

'■ Aussitôt que Ton vit paroître les ennemis, 
le général Priant forma trois gros corps de 
troupes pour les envelopper et les empêcher 
tîe gagner le désert. Cette manoeuvre réussit 
fort bien: dans un instant, mille de ces re- 
belles sont tués ou noyés; le reste a toutes 
les peines du monde à s*échapper, et ne fait 
ba retraite qu'à travers des milliers de coups 
de fusil. 

Le générai Priant ne perdit pas un homme 
dans ce combat, à la suite duquel on prit cin- 
iquante chevaux, que leurs maîtres avoient a* 
iandonnés pour se jeter à la nage» 
^ En forçant de marche, le lendemain de cette 
affaire, les Mamloùks furent poursuivis de si 
■^irès , que Mourad bey se décida à faire route 
vers Ellouha , n'emmenant que cent cinquante 
hommes avec lui. Les autres s'enfoncèrent un 
•peii plus dans le désert , et firent route vers 
"Sioûth, où le général Desaix arriva peu de 
temps après eux. 

A son approche, Elphi bey avoit repassé le 

^euve, et étoit retourné dans la petite oasis 

d'Aclcmin ; quelques kiachefs et Mamloùks de 

Mourad bey l'y suivirent, ainsi qu'Osman bey 

Gherkaoi; les autres se jetèrent dans les dé- 



îjefts au - dessus de Bé^néadi , où .ils mou-» 
roient de faim ; beaucoup désertèrent et vin- 
rent à Sioùth; d'autres préfèrent se cachet 
dans les villages, où, pour vivre, ils vendi-^ 
rent leurs armes ; ils se sont dépuis réunii 
aux Français. 

Cependant le chérif Hassan avoit reçu un 
second convoi , qui le renforçoit de 1500 hom-» 
mes: les débris du premier le rejoignent. A 
peine sont-ils réunis , qu'il apprend que le gé- 
néral Desaix a laissé des barques en arrière; 
qu'un vent du nord extrêmement fort les em* 
pêche de descendre, et qu'avec des peines in^- 
finies elles n'ont pu venir qu'à la hauteur du 
village de Benout; dont il n'est qu'^à une lieue 
et demie. De suite, il en prévient Osman bey 
Hassan à la Kuita, se met en marche et ar- 
rive sur le Nil ; aussitôt les barques sont at- 
taquées par une forte fusillade ; Vltalle répond 
par une canonnade terrible, et cent Arabes 
d'Yamb'o restent morts. Les ennemis viennent 
à bout de s'emparer des petites barques, met- 
tent à terre les munitions de guerre et les 
objets d'artillerie dont ils jugent avoir besoin, 
les remplissent de monde, et courent à l'abor- 
dage sur V Italie* Alors le commandant de cette 
djerme, le courageux Morandi , redouble ses 
décharges à mitraille ; mais ayant déjà beau- 
coup de blessés à son bord, et voyant beau- 
coup de paysans qui vont l'attaquer de la rive 
gauche, il croit trouver son sahit dans la fuite; 
il met à la voile j il avoit peu de monde pour 



f'4^ k:5îpedîtioît 

servir ses manœuvres; le vent étoît très forf^ 
sa djerme s'échoue. Alors les ennemis abor- 
dent de tous côtés; Tintrépide Morandi a rr^— 
fusé de se rendre ; il n'a pins d'espoir : il met 
le feu aux poudres de son bâtiment et se jette 
à la nage. Dans le moment il est assailli par 
une grêle de balles et de pierres, et expire 
dans les tourments. Tous les malheureux Fran- 
çais qui échappèrent aux flammes de V Italie 
sont massacrés par les fanatiques et cruels A- 
rabes d'Yamb'o Cet avantage avoit doublé l'es- 
poir du schérif; déjà il avoit annoncé la des- 
truction des Français comme certaine: il y 
avoit, disoit-il , un petit corps d'infidèles près 
de lui, qu^il alloit écraser. 

Le général Belliard se chargea de répondre 
-à ces rodomontades; et aussitôt qu'il sut Té- 
vénement de nos barques, et que les Arabes 
d'Yamb'o étoient à Benout , il passe le Nil à 
Elkamouté. 

Combat de Cophtos. Assaut du village et de la 
maison fortifiée de Benout. 

Le i8 matin , le général Belliard arrive 
près de l'ancienne Cophtos. A l'instant il ap- 
perçoit déboucher , tambour battant et dra- 
peaux déployés, trois colonnes nombreuses d'in- 
fanterie , et plus de 3 à 4 cents Mamloùks^ 
dont le nombre venoit d'augmenter par l'ar- 
rivée d'Hassan bey Jeddaoni , ^qui avoit passé 
le Nil à Etfou. 



d'egypte. î4r 

Le général fait former son carré ( il n'avoit* 
qu'une pièce de canon de 3 ). Une des, colon^- 
nes ennemies , la plus considérable , composée 
d'Arabss dTamb'o , s'approche: Taudace est 
peinte dans sa marche. A la vue des tirailleur-a 
français, le fanatique Hassan entre dans rune 
sainte fureur , et ordonne à cent de ses plus 
braves de se jeter sur ces infidèles, et de les 
égorger. Au lieu d'être épouvantés, les tirail- 
leurs se réunissent et les attendent de pied 
ferme. Alors s'engage un combat de corps à 
corps, et d)nt le succès restoit incertain, lorsque 
une quinzaine de dragons du vingtième charr 
gent à bride abattue, séparent les combatr 
tants, sabrent plusieurs Arabes dTamb'o , penr 
dant que les chasseurs reprennent leurs armes ^ 
et taillent en pièces tous les autres. Plus dô 
50 Arabes d'Yamb'o restent sur la place. Deux 
drapedux de la Mekke sont pris. Le citoyen 
Laprad^, adjudant-major de la vingt-unième., 
en tue d-ux de sa main: le caporal Toinnard, 
et le dragon Olivier, en font autant. 

Pendant cette action , des coups de canon 
bien dirigés empêchoient le chérif de donner 
des secours à ses éclaireurs, et firent, rebrous^ 
ser chemin aux deux autres colonnes ; mais 
les Mamloiiks avoient tourné le carré, et .fai- 
soient mine de voulpir le charger en.. queue : 
on détacha 25 tirailleurs qui les continrent 
Ion g- temps. 

Le général Belliard fait continuer la mai^- 
gçhçi et, après avoir passé plusieurs fossés et 



If^Z EXPEDITION 

canaux défendus et pris de suite, il arrive 
près da Benout. Le canon tiroit déjà sur les 
tirailleurs ; le gnéral Beillard reconnoit la po- 
sition des ennemis, qui avoient placé 4 pièces 
de canon de Tautre côté d'un canal extrême- 
ment large et profond; il fait former les ca- 
rabiniers en colonne d'attaque, et ordonne que 
Ton enlevé ces pièces au moment où le carré 
passeroit le canal i et menaceroit de tourne» 
Tennemi. -ij^ i^i i* 

En effet , on bat la charge , et les carabî-» 

, jiiers alloient enlever les pièces , lorsque les 
Mamloùks , qui avoient rapidement fait un 
mouvement en arrière , âe précipitent suf 
eux à toute bride. Les carabiniers ne sont point 
étonnés, font halte, et font une décharge de 
mousqueterie si vive, que les Mamloùks sont 
obligés de se retirer proraptement , laissant 
plusieurs hommes et chevaux sur h place; les 
carabiniers se retournent , se jettent à corps 
perdu sur les pièces , y massacrent une tren- 
taine d'Arabes d'Yamb'o , les enlèvent et les 
dirigent sur les ennemis, qui se jetoient dans 
XLïie mosquée, dans une grande! barque, dans 
plusieurs maisons du village, sur-tout dans 
une maison de Mamloùks dont ils avoient cre- 

^ nelé les murailles , et où ils avoient tous 
leurs effets et leurs munitions de guerre et de 
touche. 

Alors le général Belliard forme deux coloni- 
«es , l'une destinée à cerner de très près la grande 
«maison, l'autre à entfeif dans le. village, et 



d'kgyîte. 14J 

enlever de vive force la mosquée et toutes 
les maisons où i) y auroit des ennemis. Quel 
combat, et quel spectacle! deà Arabes d'Yamb'o 
qui font feu de toutes parts; les Français qui 
y mettent à mort tout ce qui s'y trouve! Le 
chef de brigade Eppler, excellent officier, et 
d'une bravoure distinguée , commandoit dans 
le village. Il veut entrer dans la mosquée; il 
en sort un feu si vif qu'il est obligé de se re- 
tirer. Alors on Tembrase , et les Arabes d'Y* 
amb'o , qui la défendent , y périssent dans les 
flammes; vingt autres maisons subissent le 
même sort; en un istant le village ne pré* 
sente que des ruines, et les rues sont com- 
blées de morts; jamais o» n'a vu ua pareil 
carnage, 

f l:La grande maison restoit à prendre ; Eppler 
se charge de cette expédition. Par toutes les 
issues on arrive à la grande porte ; les sapeurs 
de la demi^brigade la brisent à coups de 
hache, pendant que les sapeurs de ligne fai*» 
soient crouler la muraille du ilanc gauche, et 
que des chasseurs mettoieut le feu à une pe«»- 
tite mosquée? attenante à h maison y et où les 
ennemis a voient renferma leurs munitions de 
guerre. Les pMidres prennent feu, vingt-cinq 
Arabes dTamb'o sautent en Pair, et le mur 
s'écroule d- toutes parts. Aussitôt Eppler réiK 
nit ses forces sur ce point, et, malgré les 
prodiges de valeur de ces fanatiques forcenés , 
qui, le fusil dans la main droite, le sabre 
dans le^ dents; et nus comme des rers, veu^^ 



^^^ EXPEDITION 

lent en défendre rentrée , il parvient à se 
rendre maître de la grande cour; alors la plu- 
part vont se cacher dans des réduits, ipù- ils 
sont tués quelques heures après. î-f^ 

Les Arabes dTamb'o ont eu , dans cette 
sanglante journée , douze cents hommes de 
tués et un grand nombre de blessés; les Fran- 
çais ont repris toutes leurs barques , excepté 
V Italie , neuf pièces de canon , et deux trou- 
veaux. Le chérif Hassan a été trouvé parmi 
les morts. De son côté , le général Belliard a 
eu une trentaine des morts et autant de bles- 
sés. Du nombre des premiers se trouve le ci- 
toyen Bulliand , capitaine des carabiniers, of- 
ficier du plus grand mérite. 

Ce n'est qu'auprès les combats de ,Cophtos 
et de Rénout , que le général Desaix reçût, 
pour la première fois depuis son départ de 
Kuuhé, des nouvelles du général Btîlliard, dont 
les Arabes d'Yamb'o intercéptoienl les lettres ; 
il mandoit que les chasseurs n'avoient plus 
que vingt-cinq cartouches chacun; qu'il n'avoit 
plus'ua seul boulet à tirer , et seulement une 
douzaine de coups de canon à mitraille ; qu'il 
étoit nécessaire de l'approvisionner le plus 
promptement possibile , vu que les Mamloùks 
d'Hassan et d'Osman Hassan, et les Arabes 
d'Yamb'o venoient de redescendre à Biram- 
bra. 

Le général Desaix rassemble aussitôt tout 
ce qu'il peut de munitions de guerre, les 
charge sur des barques de transport, passe le 

Nil 



r> EOYPTE T45 

Nil le 28 ventôse, et se met en, marche pour 
accompagner le convoi. ^ Les ennemis étoient 
battus, mais non point détruits; pour arriver 
à ce but, le générai Desaix croit d:?voir ado- 
pter un système de colonnes successives , de 
manière à forcer les. ennemis à rester dans 
les déserts, ou au moins à l'aire de très gran- 
des marches pour arriver dans le p^ays cul- 
tivé. 

Le 10 germinal, il arrive à Kéné, ravitaille 
les troupes du général Billiard, et, le 1.1, se 
met en marche pour aller combattre les enne- 
mis, qui, depuis deux jours, étoient postés à 
Kousse. . . 

A son approche, ils rentrèrent dans les dé-^ 
serts, et se séparèrent. Hassan bey et Osman 
bey furent à la Kuita, et le chénf descendit 
vers Aboumana , où etoit déjà Osman bc^y 
Cherkaoi ; mais six à sept cents habitants de 
ITamb'o et de Gedda l'abandonnèrent , et re-* 
tournèrent à Cosséir. Le général Belliard est 
envoyé avec la vingt-unième et le vingtième 
ée dragons au village d'Adjazi , principal dé^ 
bouché de la Kuita , et le général Desaix , 
avec les deux bataillons de la soixante-unième, 
le septième de hussards et le dix-huitieme de 
dragons , se rend à Birambra , autre débouché 
de la Kuita, et où iLy a une bonne citerne. 
Par ce moyen , les ennemis ne peuvoient sor-. 
tir des déserts sans faire quatre jours de mar- 
che extrêmement pénible. Le général B^lliard 
a l'ordre de rassembler des chameau^s pour por-^ 

10 



t^S Expédition 

ter de l'eau , et de marcher à la Kuita , lais-* 
sant un fort détachement à Adjazi. Hassan et 
Osman eurent avis de ces préparatifs, et par- 
tirent. Le 12, à onze heures du soir, ils arri- 
vèrent à la hauteur du général Desaix dans 
les déserts ; un de leurs déserteurs Ten pré-, 
vint, et ajouta que leur intention étoit de re- 
joindre les Arabes d'Yamb'o. Il donne de suite 
avis de ce mouvement au général Belliard , 
qui envoie , pour le relever , un détachement 
de sa brigade , tandis qu^à travers les déserts 
le général Desaix se met en marche , le 23 , 
avant la pointe du jour , se dirigeant vers Ké- 
ïié , où cependant il avoit laissé trois cents 
hommes. 

Après une heure de marche environ, un des 
hussards qui étoient en éclaireurs annonça les 
'Mamloùks. L'adjudant-général Rabasse , qui 
commandoit Tavant-garde, prévient le général 
Davoust , et s'avance pour mieux reconnoître 
Tennemi et soutenir ses éclaireurs qui déjà 
étoient chargés. Bientôt il Test lui-^même : il 
soutient le choc avec une bravoure et une in- 
telligence admirable; mais le nombre Taccable, 
et , quoique culbuté avec son cheval , il se re- 
tire sans perte sur le corps de bataille , où 
le général Dt^saix venoit d'arriver; Tordre est 
aussitôt donné à l'infanterie d'avancer, et à la 
cavalerie de prendre position sur un monticule 
extrêmement escarpé , pour y attendre et re- 
cevoir la charge ; mais on ne put jamais par- 
ve4:iir à l'y placer. Une grande valeur animoit 



d'egypte, r^^ 

le chef Ae brigade Dapiessis : il desiroit de- 
puis long-temps trouver roccasion de se signa- 
ler, II ne peut voir arriver de sang-froid les 
ennemis, et son courage impatient lui fait ou- 
blier l'exécution des ordres qu'il a reçus; il se 
porte à quinze pas en avant de son régiment, 
et fait sonner la charge. II se précipite au 
milieu des ennemis , et y fait des traits de la 
plus grande valeur ; mais il a son cheval tué, 
et Test bientôt lui-même d'un coup de trom- 
blon. Sa' mort jette un peu de désordre, et le 
généfal Davoust est forcé de faire avancer la 
ligne des dragons. Ces braves soldats , com-^ 
mandés par le chef d'escadron Bjuvaquier , 
chargent si impétueusement les Mamloulcs , 
qu''ils sont obbligés de se retirer en désordre, 
BOUS abandonnant le champ de bataille. 

L'infaterie et Tartillerie n'avançoient que 
lentement et péniblement dans le sable; tout 
étoit fini quand elles arrivèrent. Cette affaire, 
dans laquelle les Mamioùks ont eu plus de 
vingt morts et beaucoup de blessés , parmi 
lesquels Osman Hassan , coûte aux Français 
plusieurs officiers, entre autre l'intrépide Bou- 
vaquier, chef d'escadron, plusieurs soldats tués 
et quelques blessés. 

Après ce combat , les Mamioùks firent un 
crochet, et retournèrent promptement à la iCui- 
ta , laissant plusieurs blessés et des chevaux 
dans les déserts. Le général Desaix écrit au 
général Belliard de les y chercher s'ils y re- 
stoisnt, et de les suivre par-tout s'ils en sor- 



12^8 EXPEDITION 

toir^nt II revient le même jour à Kënc; il 
forme une colonne mobile 5 composée dun ba- 
taillon de la soixante-unième, de trois bou- 
ches à feu, et du septième de hussards, quM 
met à la disposition du général Davoust , au- 
quel il donne Tordre de détruire jusqu''au der- 
nier des Arabes dTamb'o , qu'on annonçoit 
être toujours dans les environ d'Aboumana, 
En même temps , le commandant de Girgé 
avoit ordre de se porter au rocher de la rive 
droite qui fait face à cette vjlle , pour les 
combattre et les arrêter dans le cas de retrai- 
te; ils étoient forcés d'y passer. 

Les Arabes d'Yamb'o sentirent que le mo- 
tnent étoit difficile; ils se décidèrent à ne pas 
attendre le général Davoust , et passèrent le 
Kil au-dessus de Bardis, 

Le commandant de Girgé en eut avis; il fut 
les reconnoître; il revint à Girgé , prit deux 
cents cinquante hommes de sa garnison , et fut 
à leur rencontre. 

Combats de Bar dis et de Girgé» 

Le 16, après midi, le chef de brigade Mo- 
rand arrive à la vue de B^rdis. De suite , les 
Arabes d'Yamb'o , beaucoup de paysans , des 
Mamloùks , et des Arabes, sortent du village 
en poussant de grands cris ; le citoyen Mo- 
rand leur fait faire une vive décharge de 
niousqueterie; ils répondent, et se retirent ce-^ 
pendant un peu. Le nombre des ennemis étoit 



Considérable; la position de Mofancl étôit bon* 
ne; il avoit peu de troupcîs: il crut devoir y 
îester. Une demi -heure après il fut attaqué de 
nouveau, et reçut l^s ennemis comme la pre- 
mière fois ; ilr3 laissèrent beaucoup de leurs 
morts sur la place , et s'enfuirent à la faveur 
de la nuit qui arrivoit; Morand en profita 
aussi pour revenir à Girgé couvrir ses établis- 
sements. 

Le lendemain vit un nouveau combat. Les 
Arabes d'Yamb'o marchèrent sur Girgé, où ils 
parvinrent à pénétrer. Pendant qu'ils ch^r- 
choient à piller le bazar, Morand forme deux 
colonnes , qu'il dirige , une dans la ville , et 
[autre en dehors. Cette disposition réussit à 
souhait ; tout ce qui étoit entré dans la ville 
fut tué : le reste s'enfuit vers les déserts. Dans 
ces deux jours, les Arabes dTamb'o ont perdu 
deux cents morts ; le citoyen Morand a eu 
quelques blessés. 

Le chef de bataillon Ravier l'a très bien 
secondé dans cette affaire, où il a donné des 
preuves de beaucoup de zèle et d'intelligence. 

Le général Da^oust , qui avoit su la défaite 
des Arabes d'Yamb'o , passa le Nil ; mais il 
ne put arriver à Girgé qu'après le combat, et 
lorsque la nouvelle d'une dernière défaite des 
AraiDes dTamb'o y parvenoit. Voici ce qui y 
donna lieu. 

Dès le 14 germinal, le commandant Pinon, 
qui étoit resté à Sioùth pour gouverner la 
province , avoit écrit au citoyen Lasaîle de 



i^o e:^pediti6n 

venir à Sioùth , pendant qu'il iroît' Sonner la 
chasse à des Arabes qui inquiétoient les eniâ- 
rons de Mélaoni. Le citoyen Lasalle, qui étoit 
resté à Thata avec ^ son régiment, s'y rend* 
Pinon revient le 19 , et le même jour il a 
avis que les Arabes d'Yamb'o , après avoir été 
battus à Girgé , etoient venus dévaster Thata, 
et que leur chef cherche encore à soulever le 
pays. 

Combat de Géliémi. 

Le 20 j le citoyen Lasalle part pour aller 
les . attaquer , ayant sous ses ordres un bataiU 
Ion de la - quatre-vingt-huitième , le vingt- 
dettxieme de chasseurs, et une pièce de canon. 

Le 21 , à une heure après midi, le citoyen 
Laselle arrive prés de Géhémi , village extrê- 
mement grand , où etoient les Arabes d^am- 
b'o. Il fait de suite cerner le village par des 
divisions de son régiment , et marche droit à 
Tennemi avec l'infanterie. Les Arabes d'Yam- 
Ko font une décharge de mousqueterie , et se 
jettent dans un enclos à doubles murailles , 
qu'ils venoient de créneler. Malgré le feu du 
canon et la fusillade, ils résistèrent plusieurs 
heures; enfin ils furent enfoncés. Ceux qui ne 
furent pas tués sur le champ s'enfuirent; mais 
une grande partie fut tailliée en pièces par le 
vingt-deuxième. Une centaine ou deux gagnè- 
rent cependant les déserts à la faveur des ar- 
bres et des jardins. Les Arabes d'Yamb'o ont 



D'ÈGYnÈ. 151 

per(îu dans cette action environ troîs cents 
hommes tués, parmi lesquels se trouve léché-» 
rif successeur d'Hassan. 

Après l'affaire de Birambra , du 13 germi- 
nal , le général Desaix s'étoit rendu a Kéné 
pour y organiser Texpedilion destinée contre 
Cosséir;ées marchands de ce port et de Gedda 
vinrent le trouver pour lui demander paix et 
protections. Ils sf)nt accueillis et caressés. II 
fait la paix avec l-^s cheykhs de Cosséir , et 
avec un cheykh du pays de l'Yamb^o qui rem- 

, plissoit à Cosséir les fonctions de consul pour 
son pays ; il donne ordre au général B Iliard 
de faire construire un fort à Kéné , de hâter 
les préparatifs de l'expédition sur Cosséir , et 
le nomme commandant de la province de The- 
bes , dont l'administration venoit d'être orga- 
nisée. Après ces dispositions, le général De- 
saix se rende de Kéné à Girgé , dont il con- 
fie le. commandement au citoyen Morand ,* iî 
part ensuite pour Sioùth , où il arrive le 26 
floréal. 

Cependant le général Davoust n^avoit . pas 

1^. ' cessé de /Suivre les Arabes d'Yamb'o ; mais, 
après l'affaire du citoyen Lasalle , ils parurent 
détruits, et ce général vint à Sioùth. Il y étoit 
depuis plusieurs jours, et ne pouvoit savoir ce 
qu'étoit devenu le peu qui avoit échappé au 
vingt-deuxième, lorsque tout-à-coup on le pré- 
vient qu'il se forme à Bénéadi , grand et su- 
perbe village, et dont les habitants passent 
pour 1**3 plus, braves de l'Egypte , un rassem- 



1^2 EXPEDITION' 

bi-ment de Mamloùks , d'Arabes , et de Dar* 
fonriens karavanistes , venus de Tintérieur de 
1 Afrique; que Mourad bey doit venir des oasis 
se mettre a la tête de celte troupe. 

Le général Davoust se dispose aussitôt à 
marcher contre ce village. En conséquence, il 
renforce sa colonne d'un bataillon d%la quatre- 
vingt-huitierne et du quinzième de dragons ; 
il remplace provisoirement Pinon dans le corn*- 
mandement de la province de Sioùth par le 
chef de brigade Silly, qui l'a conservé depuis» 

Combat de Bénéadu 

Le ?9 5 le général Dai-oust arrive près de 
Béréadi, qui est plein de troupes; le flanc du 
village vers le désert est couvert par une grande 
quantité de cavalerie , Mamioùks , Arabes 
et paysans. Ce général forme son infanterie en 
deux colonnes; l'une doit enlever le village, 
pendant que Tautre le tournera. Cette dernière 
étoit précédée par sa cavalerie , sous les or-^ 
dres de Pinon, chef de brigade, distingué par 
ses talents; mais, en passant près d^une mai- 
son , ce malheureux officier reçoit un coup de 
fusil, et tombe mort. Le général Davoust le 
remplace par radjudtant-général Rabasse. La 
cavalerie apperçoit les Mamioùks dans les. dé- 
serts : une des colonnes d'infanterie s'y porte ; 
mais l'avant-garde de Mourad bey, que l'af- 
freuse misère faisoit sortir des oasis, lui porte 
promptement le conseil de retourner. Les Ara'^ 



D'EGYPm 155 

tes et les paysans à cheval avaient déjà la-* 
ché pied. L'infanterie et la cavalerie revien- 
nent à la charge ; le village est aussitôt in- 
vesti : l'infanterie y entre, et, malgré le feu 
qui sort de toutes les maisons , les Français 
s'en rendent entièrement maîtres. Deux mille 
Arabes d'Yamb'o , Maugrabins , Darfourins, 
e Mamioùks démontés , et habitants de Bé- 
néadi , restent sur le camp de bataille . En 
un istant ^ ce beau village est réduit en cen- 
dres , et n'offre que des ruines. On y fait ua 
butin immense, et on y trouve jusqu'à des 
caisses pleines d'or. Le général Davoust n'a 
perdu personne dans cette affaire. 

Pendant qu^il expédioit ainsi Bénéadi , les 
Arabes de Géam.a et d'êl-Bacoutchi menaçoient 
Miniet ; grand nombre de villages de Miniet 
s'insnrgeoient , et les débris du rassemblement 
^ de Bénéadi y couroient; le chef de brigade 
I Détrée, qui avoit peu de troupes, desiroit qu* 
un secours vint changer sa position. Le gé- 
I néral Davoust y marcha ; mais il arriva trop 
«^ tard: Détrée avoit fait un vigoureux effort , et 
les ennemis avoient été forcés de se retirer. 
On disoit que les Arabes dTmb'o marchoient 
. sur Bénosouef , dont les environs se révoltoierlt 
aussi : le général Davoust y courut. Il est re- 
çu , parmi les habitants de la province de Bé-» 
nisouef, qu'il ne descend des troupes que lors- 

Iqu^-^îés autres ont été détruites; en consé- 
quence ils courent aux armes; et, s'ils sont 
en force 5 ils attaquent les prétendus fuyard$f 



^54 EXPEDITION 

s*ils sont trop foibles, ils mettent aux troiîssesf 
de ces troupes pour les dévaliser; que s'ils ne 
peuvent les massacrer ni les piller ^ ils leut 
refusent les moyens de subsistance. 

Le général Davoust se trouva dans le der- 
nier de ces cas. Arrivé près du village d'Abou- 
Girgé, son cophte se porte en avant pour faire 
préparer des vivres. Le cheykh répond qu'il 
n'y a peint de vivres chez lui pour les Fran- 
çais; qu'ils sont tous détruits en haut; et que, 
si lui ne se dépêche de se retirer, il le fera 
bâttoner d'importance. Le cophte veut lui re- 
présenter ses torts: on le renverse de son che* 
val, et le cheykh s'en empare. Le cophte , 
fort heureux de se sauver ^ vient rendre compte 
-de sa réception au général Davoust , qui, après 
avoir fait sommer le village de rentrer dans 
l'obéissance, et avoir porté des paroles de paix, 
le fait cerner, et ordonne de mettre tout à 
feu et à sang: miMe habitants sont morts dans 
cette affaire. Le général Divoust , continue sa 
route sur Bénisouef; les ennemis, dont le nom- 
bre ne peut guère inquiéter, avoient passé le 
fleuve: le général Davoust se disposoit à les y 
poursuivre, lorsqu'il reçut du général Dugua 
Tordre de se rendre au Caire. 

Lorsque les beys Hassan Jeddaoni et' Osman 
Hassan partirent de la Kuita pour remonter 
vers Sienne, le général Belliard les suivit de 
très près, et les força de se jeter au-dessus 
de Cataractes; après quoi il laissa à Hesney 
le brave chef de brigade Eppler, avec une gar- 



ïïhon <3e 500 hommes, qui devoit contenir le 
pays, y lever les contributions, et sur-tout 
veiller à ce que les Mamloùks ne redescendis- 
sent pas; et il revint à Kéné s'occuper sans 
relâche de la construction du fort , mais plus 
encore de l'expédition de Cosséir. 

Vers le 20 floréal, Eppler eut avis que les 
Mamloùks étoient revenus à Sienne , où ils. 
vivoient fort tranquillement et se refaisoient - 
de leurs fatigues et de leurs pertes. Cet ex- 
cellent officier jugea qu'il étoit important de 
leur enlever cette dernière ressource; en con- 
séquence, il donna ordre au capitaine Renaud, 
qu'il avoit envoyé quelques jours auparavant à 
Ëtfou avec 200 hommes , de marcher sur Sienne 
et de chasser les Mamloùks au-dessus des Ca- 
•taractes. ^:' ?::v:r;-!l-' "; '.V /-'-': •■ 

Combat de Sienne. 

Le 27, à deux heures après midi, arrivé à 
une demi-lieue de Sienne, le capitaine Renaud 
est prévenu qu'il va. être attaqué. A peine a- 
t-il fait quelques dispositions , que les enne- 
mis arrivent sur lui à bride abattue; ils fu- 
rens attendus et reçus avec le plus grand sang- 
froid. La charge est fournie avec la dernière 
impétuosité, et 15 Mamloùks tombent morts 
au milieu des rangs ; Hassan bey Jeddaoni est 
blessé d'un coup de baïonnette , et son cheval 
tué ; Osman bey Hassan reçoit deux coups de 
feu ; dix Mamloùks expirent à une portée de 



1^6 EXPEDTTTOîT 

canon du camp de bataille; vingt-cincf autres 
sont trouvés morts de leurs blessures , à Sienne. 

Ce combat , l'exemple du désespoir d'une 
part, et du plus grand courage de l'autre, a 
coûté cinquante morts et plus de soixante bles- 
sés aux ennemis, qui, pour la troisième fois, 
ont été^rejetés au-dessus des Cataractes^ où la 
misère et tous les maux vont les accabler. 

Le capitaine Renaud a eu quatre hommes 
tués et quinze blessés. 

Le premier soin du général Desaix , à son 
arrivée à Sioùth, fut de faire chercher d?s 
chameaux et confectionner d^s outres, afîi d'al- 
ler joindre Mourad bey à Elloua; expédition 
qu'il desiroit faire marcher de front avt?c celle 
de Cosséir. Mais l'apparition d^s Anglais dans 
ce port le força de diriger contre Cosséir toute 
son attention. 

Le général Belliard , qui devoit la com- 
mander, se trouvant attaqué d'an grand mil 
d'yeux, le général Dasaix lui envoia le cito- 
yen Douzelot, son adjudant-général, pour le 
seconder ou le remplacer; ils partent Tun et 
l'autre de Kéné , le 7 prairial, avec 500 
hommes de la vingt-unième. 

Le 10, le général Belliard prend possetioti 
de ce port, où se trouve un fort, qui moyen- 
nant quelques réparations, peut devenir très 
important. 



D EGYPTE. ^57 

Bataille et siège d'Aboîtciyr, 

Telle étoit la situation de la haute Egypte 
et de rarmée du gérerai Desaix : quand Bo- 
naparte arriva au Caire de son expédition de 
Syrie. Son premier soin avoit éié d'organiser 
£on armée et d'en remplir tons les cadres, 
afin de la mettre promptement en état de 
marcher à de nouveaux combats. Il n'^avoit dé- 
truit qu'une partie du plan général d'attaque 
combinée entre la Porte et TAngleterre; il ju* 
gea qu'il lui faudroit bientôt écarter les autres 
dangers qu'il avoit prévus. 

En effet il est bientôt instruit par le gé-* 
néral D.^saix que * les Mamîoùks de la haute 
Egypte s^étant divisés, une partie s'est portée 
dans l'oasis de Sébabiar, avec dessein de se 
ïéunir à Ibrâhym bey , qui étoit revenu à 
Ghazah , tandis que Mourad bey descendoit 
par le Faïoum pour gagner l'oasis du lac Na- 
îron, pour se' réunir à un rassemblement d^A- 
rabes qui s'y étoit formé, et que le général 
Destaing avoit reçu ordre de disperser avec la 
colonn-e mobile mise à sa disposition. Cettç 
marche d^ -Mourad bey , combinée avec le mou- 
t. ment des Arabes, annonçoit le dessein de 
proléger un débarquement, soit à la tcur des 
Arabes, soit à Aboùqyr. 

Le 22 messidor , le général Lagrange part 
,^ du Caire avec une colonne mobile; il arrive à 
Sébabiar où il surprend les Mamîoùks dans 



158 EXPEDITION 

leur camp; ils n'ont que le temps de fuir dans 
le désert , en abandonnant tous leurs bagages 
et sept cents chameaux. Osman bey , plusieurs 
* Icyachefs et quelques Mamlouks sont tués. Cin- 
quante chevaux restent au pouvoir des\ braves 
que le général Lagrange commande. 

Le général Murât reçoit Tordre de se ren^ 
are , à la tête d'une colonne mobile , aux lacs 
Natron, d'en éloigner les rassemblements d'A- 
rabes , de seconder le général Destaing , et de 
couper le chemin à Mourad bey. Ce général 
arrive aux lacs Natron , et prend , chemin fai- 
sant , un kyachef et trente Mamlouks, qui évi-» 
toient la poursuite du général Destaing. Mou- 
rad bey est informé, près des lacs Natron, 
que les Français y sont j il rétrograde aussi-* 
tôt, et couche, le 25 messidor, près des py- 
ramides de Gizeh , du côté du désert. 

Bonaparte, informé de ce mouvement, part 
du Caire, le 26 messidor, avec les guides à 
cheval et ceux à pied , les grenadiers des dix- 
huitième et trente-deuxième demi-brigades , 
les éclaireurs et deux pièces de canon; il va 
coucher aux pyramides de Gizeh, où il or- 
donne au général Murât de le joindre. Arrivé 
aux pyramides, son avant-garde poursuit les 
Arabes qui marchoient à la suite de Mourad 
tey, parti le matin pour remonter vers le 
raïoum; on tué quelques hommes; on prend 
plusieurs chameaux. 

Le général Murât, qui avoit rejoint Bona- 
parte, suit, l'espace de cinq lieues, la route 
gu'avK)it tenue Mourad bey. 



d'îlcypte. 159 

Bonaparte, disposé à rester deux ou trois 
jours aux pyramides de Gizeh , y reçoit une 
lettere d'Alexandrie, qui lui apprend qu'une 
flotte turke dé cent voiles avoit mouillé à A- 
boùqyr le 25, et annonçoit des vues hostiles 
contre Alexandrie. Il part au moment m.ême 
pour se rendre à Gizeh; il y passe la nuit à 
faire ses dispositions; il ordonne au général 
Murât de se mettre en marche pour hahnia- 
nié, avec sa cavalerie, les grenadiers de îa 
soixante-neuvième, ceux des dix-huitieme et 
trente-deuxième, les éclaireurs, et un batail- 
lon de la treiz-ieme demi-brigade qu'il avoit 
avec lui. 

Une partie de la division Lasnes reçoit l'or*» 
dre de passer le Nil dans la nuit, et de se 
rendre à Kahmanié, , , s-^v^Uto •; i:>; f)tï'.i v 

Une partie de la division Rampon reçoit 
également 1 ordre de passer le Nil à la pointe 
du jour pour se porter aussi sur Rahmanié» '' 

Le parc destiné à marcher se met en mou- 
vement ; pendant la nuit tous l<:^s ordres et 
toutes les instructions sont expédiés dans les 
provinces. nt: .iè^ vk ^^ 

Bonaparte recommande au général Desaix 
d'ordonner au général Friant de rejoindre les 
traces de Mourad bey , et de le suivre avec 
sa colonne mobile par-tout où il ira; défaire 
bien approvisionner le fort de Kéné, dans la haute 
Egypte, et celui de Cosséir; de laisser cent 
hommes dans chacun de ces forts; de surveil- 
ler la aituatioa du Caire pendant Texpédition 



l6o EXPEDITION 

contre le débarquement des Turks à Aboùqyr, 
de se concerter avec le général Dugua , com- 
mandant au Caire, et d'envoyer la moitié de . 
«a cavalerie à l'armée. Il recommande au géné- 
ral Dugua de tenir , autant qu'il lui sera pos- 
sible , des colonnes mobiles dans les provinces 
environnant le Caire ; de se concerter avec 
les généraux Desaix et Régnier; de tenir la 
cittadelle et les forts du Caire bien approvi- 
sionnés, et de s'y retirer en cas. d'événement 
majeur. 

Il écrit au général Régnier de faire surveil- 
ler les approvisionnements des forts d'êl-A' 
rych , Cathieh , Salehieh , et Belbeis ; de s'op- 
poser, autant qu'il le pourra, avec la quatre- 
vingt-cinquième demi-brigade et le corps de 
cavalerie à ses ordres , à tous les mouvements, 
soit de la part des Fellahs ou des Arabes ré- 
voltés , soit de celle d'Ibrâhym bey et des 
troupes de Djezzar ; enfin, en cas de forces 
supérieurs, d'ordonner aux garnisons de s'en- 
fermes dans les forts, tandis que lui et ses 
troupes rentrereroient au Caire ; 

Au général Kleber de faire un mouvement 
sur Rosette, en laissant les troupes nécessaires 
à la sûreté de Damiette et de la province. 

Le général Menou , avec une colonne mo- 
tile, étoit parti pour les lacs Natrons. Il re- 
çoit l"*ordre de mettre deux cents Grecs avec 
une pièce de canon, pour tenir garnison dans 
les couvents qui sont bêtis de manière à faire 
^•^^d'excellents forts,. L'objet est de «.défendre Toc* 

eu- 



D'EGYPTE. iSt 

cupation de cet oasis à Mourad bey, ainsi 
qu*aux Arabes; il luis est ordonné de rejoindre 
l'année à Rahmanié avec le reste de sa co- 
lonne. 

Le général en chef avec le quartier-général 
part de Gizeh le 28 messidor , couche à Wer- 
dam , le 29 à Terranné, le 30 à Schabur j il 
arrive le premier thermidor à Rahmanié, où. 
l'armée se réunit le 2 et le 3. 

Les généraux Lasnes , Robin et Fugieres , 
qui étoient dans les provinces de MenoujQF et 
de Garbié pour y faire payer le mi ri , rejoi- 
gnent Tarmée à Rahmanié. 

Bonaparte apprend que les cent voiles turkes, 
mouillées à Aboùqyr le 24/ avoient débarqué 
environ trois mille hommes et de rartilierie , 
et avoient attaqué, le 27 , la redoute, qu'ils 
avoient enlevée de vive force ; que le fort 
d^Aboùqyr , dont le commandant avoit été tué, 
s'étoit rendu le même jour par une de ces lâ- 
chetés qui méritent un exemple sévère. 

Le fort est séparé de la terre par un fossé 
de vingt pieds ,- ayant une contrescarpe taillée 
dans le roc; le revêtement en est bon; il eût 
pu tenir ju<îqu'à l'arrivée des secours. 

L^adjudant-général Julien à Rosette se con- 
duit avec autant de sagesse que de prudence; 
il fait évacuer dans le fort les munitions , les 
vivres , les malades qui sont à Rosette ; mais 
il reste dans. cette ville avec la plus grande 
partie des deux cents hommes environ qu'il 
avoit à ses ordres 3 il maintient la coufîance 

II 



1^2 EXPFmTION 

et la tranquillité dans la province et dans le 
D-lta, et son iiitrépidilé en impose aux agents 
de Tennemi. 

Le général Marmont écrit que les Turks ont 
pris Aboùqyr par capitulation; qu'ils sont oc- 
cupés à débarquer leur artillerie ; qu'ils ont 
coupé lc:s pontons construits par les Français , 
pour la communication avec Rosette , sur le 
passage qui }oint le Madié Jula rade d'Abuù-f 
qyr; que les espions qu'il 3K>it envoyés rap- 
porioient que Pennemi avoit le projet de fairq 
le siège d'Alexandrie., e( étoit fort d'enviru^ 
quinze mille hommes. 

Bonaparte envoie le général Menou à Ro^ 
cette avec un renfort de troupes ; il lui or-r 
donne d'observer l'ennemi, de défendre le JSo-^ 
gaze à l'embouchure du Nil» 

Qn tspéroit que l'ennemi deviendroit entre-' 
prenant par la prise d'Ab,oùqyr; qu'il mar-* 
cheri it soit sur Rosette, soit sur Alexandrie; 
riais Bonaparte apprend qu^jl s'érablit et s.- rer 
tra;iche dans {a pr-i^qu'isle d' Aboùqyr; qu'ail 
forme des magasins dans le fort, qu'il orga- 
îiise les Arabes, 'et attend Mourad bey avec 
ses Mamloùks avant de se porter en avant. 

L*ennemi acq'jçroit chaque jour de nouvelles 
forces; il étoit donc important de prendre une 
position d'où l'on pût l'attaquer également, 
soit qu''il se portât sur Rosette , soit qu'it 
voulût investir Alexandrie ; une position telle, 
que l'on pût marcher sur Aboùqyr; s'il y re-t 
^toit, V^ttaquef j lyi enlever sQn^rtillerie, le 



d'fgypte. iÇj 

culbuter dans la mer, le bombarder dans le 
fort , et le lui reprendre. 

Bonaparte se décida à prendre cette posi- 
tion au villige de Birket, situé à la hauteur 
d*un des angles du lac Midié, d'où Von se 
porte également sur l'Eter , Kosette , Alexan- 
drie, et Ab)ùqyr; d'où Ton peut, en outre, 
resserrer l'ennemi dans la presqu'isie d'Aboù- 
qyr , lui rendre plus difE-ile sa communicatioa 
avec le pays, et intercepter les secours quil 
peut attendre des Arabes et des Mamioùks. 

J^e gériéral Murât, avec la cavalerie, les 
dromadaires, les grenadzers , et le premier ba- 
taillon de la soixante-neuvième demi-brigade, 
part de Rahmanié le 2, au soir, pour se ren-* 
dre à Birket. Ce général a l'ordre de se mettre 
en communication avec Alexandrie, par des 
détachements; de faire reconnoître Pennemi à 
Aboùq^r, et de pousser des patrouilles sur 
TEter et autour du lac Madié. 

L'armée part de Rahmanié le 4 thermidor, 
.ainsi que le quartier-général. Le 5, eUe est 
en position à Birket. Des sapeurs sont envo^ 
yés à Beddah , pour y nettoyer les puits, Une 
patrouille enlevé, le 3, près de Buccintor, 
environ ^o chameaux chargés d'orge et de 
bled , que les Arabes conduisoient à Aboùqyr, 

L'armée part de Birket dans la nuit du 5; 
une division prend position à Kafr-finn,' et 
l'autre à Beddah; le quartier-général se rend 
à Alexandrie. Le général en chef passe la nuit 
à prendre connoissaace des rapports de ren«» 



1^4 EXPEDITION 

nemi à Aboùqyr. II fait partir les trois ba- 
taillons de la garnison d'Alexandrie, aux or-* 
dres du général Destaing, pour aller reconnoî- 
tre l'ennemi , prend position , et faire nettoyer 
les puits. A moitié chemin d'Alexandrie à A- 
buùqyr , il apprend que le général Kleber , 
avec une partie de sa division, est à Foua , 
et suit les mouvements de l'armée, ainsi qu'il 
en a voit reçu l'ordre. 

Bjnaparte avoit employé la matinée du 6 à 
voir les fortifications d'Alexandrie, et à tout 
disposer pour attaquer l'ennemi. D'après les 
rapports des espions et ceux faits par les re- 
connoissanees, JVÎustapha pacha, commandant 
l'armée turke, avoit débarqué, avec environ 
15000 hommes, beaucoup d'artillerie , une cen- 
taine de chevaux : il s*occupoit à se rentran- 
cher. ■ • 

Dans l'après midi ^ Bonaparte part d'Ale- 
xandrie avec le quartier général , et prend po- 
sition au Puits ^ entre Alexandrie et Aboùqyr. 
La cavalerie du général Murât, les divisions 
Lasnes et Rampon , ont ordre de se rendre à 
cette même position ; elles y arrivent dans la 
nuit du ^ au 7, à minuit, ainsi que 400 
hommes de cavalerie venant de la hijute Egypte. 

Le 7 thermidor, à la pointe du jour, l'ar-» 
méa se met en mouvement ; l'avant-garde est 
commandée par le général Murât , qui a sous 
ses ordres 400 hommes de cavalerie , et le gé- 
néral de brigade Destaing, avec trois bataii-* 
Ions et deux pièces de canon* 



Là divîsioft Lasnes fonnoit Taile droite^ 

La division Lannusse Taile gauche; 

La division Kleber , qui devoit arriver dans 
la journée, formoit la réserve; , 

Suitoit le parc , cotavert d'un escadron de 
cavalerie. 

Le général de brigade Davoust, avec deux 
escadrons et cent dromadaires, a ordre de pren* 
dre position entre Alexandrie et l'armée, au- 
r -tant pour faire face aux Arabes et à Mourad 
bey , qui pouvoient se présenter , arriver d'un 
moment à l'autre, que ^our assurer la com- 
^munication avec Alexandrie. 

Le général de division Menou, qui s'étoit 
; porté à Rosette, avoit ea l'ordre de se trou-- 
ver , à la pointe du jour , à l'extrémité de la 
.^ iarre de Rosette à Aboùqyr, au passage du 
lac Madié ,■ pour canonner tout ce que l'enne- 
mi auroit dans le lac, et lui donner de l'in- 
quiétude sur sa gauche. 

Mustapha pacha avoit sa première ligne à 
une demi-lieue en avant du fort d'Aboùqyr ; 
environ mille hommes occupoient un mamelon 
, de sables retranché, à sa droite, sur le bord 
I de la mer, soutenu par un village, à trois 
cents toises, occupé par 1200 hommes et 4 
pièces de canon. Sa gauche ètoit sur une mon- 
tagne de sables , à gauche de la presqu^isle ^ 
isolée, à six cents toises en avant de la pre- 
mière ligae : l'ennemi occupoit cette position , 
qui étoit mal rentranchée, pour couvrir le 
puits le plus abondant d' Aboùqyr. Quelques 



î66 FXPEÎ)ltlOîT 

chaloupss canonnières paroissoient placées poui 
.défendre l'espace de cette position à la seconde 
ligne: il y avoit deux mille hommes environ 
et six pièces de canon. 

L'ennemi avoit sa seconde position en ar- 
rière du village , à trois cents toises ; son 
centre, est établi à la redoute qu^il a enlevée; 
sa droite est placée derrière un retranchement 
qu'il a prolongé depuis la redoute jusqu'à la 
mer, pendant l'espace de 150 toises^ sa gau-»- 
che, en partant de la redoute, vers la mer 
eccupoit des mamelons, et la plage qui se 
trouvoit à-la-fois sous les feux de la redoute 
et sous ceux des chaloupes canonnières ; il a- 
voit , dans cette seconde position, à-peu-près 
sept mille hommes et douze pièces de canon. 
A cent cinquante toises derrière la redoute, se 
trouvent le village d'Aboùqyr et le fort qui é- 
toient occupés par environ i^oo hommes; 80 
hommes à cheval formoient la suite de pacha 
commandant en chef. 

L'escadre étoit mouillée à une demi-lieue 
dans la rade. 

Après deux heures du marcbe, Tavant-garde 
se trouve en présence de l'ennemi; la fusiU 
lade s^engage avec les tirailleurs. 

Bonaparte arrête les colonnes, et fait ses 
dispositions d'attaque. 

Le général de brigade Destaîng , avec ses 
trois bataillons, marche jDOur enlever la hau- 
teur de la droite de l'ennemi , occupée par 
mille hommes. En même temps un piquet de 



tâvaîerîe a ofctre de couper ce èorps dans sa 
retraite sur le village. 

La division Lasnes se porte sur la montagne 
de sable, à la gauche d.^ U première ligne de 
l'ennemi, oïl iî avoit deux mille hommes et 
six pièces de canon ; deux escadrons de cava- 
lerie ont l'ordre d'observer et de couper ce 
Corps dans sa retraite. 

Le reste de la cavalerie marche au centre. 
La divisioil Lannus^e reste en seconde Iia;ne. 
Le général Destaing marche à Tennemi , aii 
fàs de' charge ; celui ci abandonne ses retran- 
chements, et se retire sur le village; la cava- 
lerie sabre les fuyards. 

Le (Corps sur lequel marchoit la division 
1 tasnes^ voyant la droite de sa première ligne 
forcée de se replier, et que la cavalerie tourne 
sa position, veut se retirer, après avoir tire 
quelques coups de canon ; deux escadrons de 
|, èayalerie et un peloton des guides lui coupent 
I la retraité, tuent et fjrcent à se iioyer dans 
1 ta itier ce corps d ^ deux mille hommes : au- 
cun n'évite la mort ; le commandant des gui- 
r des à cheval, Hercule, est blessée 
I . Le coups du général Destaing marche sur 
f le village, centre de la seconde ligne de l'en- 
îiemi ; il le tourne en même temps que la 
trente-^deuxieme demi-brigade Tattaque d'^ front» 
L'ennemi fait une vive résistance; sa seconde 
ligne détache un corps considérable par sa 
gauche pour venir au secours du village ; la 
Cavalerie le charge, le culbute, sabre et paur- 



tS8 EXPEDITION 

suit les fuyards, dont une grande partie se 
précipite dans la mer. 

Le village est emporté, Tennemi poursuivi 
jusqu'à la redoute, centre de sa seconde posi- 
tion. Cette position étoit très forte, la redoute 
étoit flanquée par tin boyau qui fermoit à droite 
la presqu'isle jusqu'à la mer. Un autre boyau 
se prolongeoit sur la gauche , mais à peu de 
distance de la redoute; le reste de l'espace 
étoit occupé par Tennemi , qui étoit sur des 
mamelons de sable et dans des palmiers. 

Pendant que les troupes reprennent haleine, 
on met des canons en position au village et 
le long de la mer; on bat la droite de l'en- 
Demi et sa redoute. Les bataillons du général 
Destaing formoient au village qu'ils venoient 
d'enlever le centre d'attaque, en face de la 
redoute; ils ont ordre d'attaquer. 

Le général Fugieres reçoit l'ordre de former 
en colonne la dix-huitieme demi-brigade, de 
marcher le long de la mer pour enlever au 
pas de charge la droite des Turks. La trente- 
deuxième, qui occupoit la gauche du village, 
a Tordre de tenir l'ennemi en échec , et de 
soutenir la dix-huitieme. ^ 

La cavalerie, qui formoit la droite de l'ar- 
mée, attaque Tennemi par sa gauche; elle le 
charge avec impétuosité à plusieurs reprises : 
elle sabre, et force à se jeter à la mer tout 
ce qui est devant elle; mais elle ne pouvoit 
rester au-delà de la redoute, se trouvant entre 
son feu et celui des canonnières ennemies. Em- 



d'egypte* îGg 

porté par sa valeur dans ce défilé de feux , 
elle se replioit aussitôt qu'elle avoit chargé , 
et Tennemi renvoyoit de nouvelles fotces sur 
les cadavres de ses premiers soldats* 

Cette obstination et ces obstacles ne font 
qu'irriter Taudace et la valeur de la cavalerie; 
elle s'élance et charge jusque sur les fossés de 
la redoute qu'elle dépasse ; le chef de brigade 
Duvivier est tué: l'adjudant général RozCjqui 
dirige les mouvements avec autant de sang- 
froid que de talent, le chef de brigade des 
guide.s à cheval Bessieres, l'adjudant^général 
Leturcq , sont à la tête des charges. 

L^artillerie de la cavalerie, celle des guides, 
prennent position sous la mousqueterie enne-^ 
mie, et, par le feu de mitraille le plus vif, 
concourent puissamment au succès de la ba- 
taille. 

L'adjudant général Leturcq juge qu^il faut 
un renfort d'infanterie; il vient rendre compte 
au général en chef, qui lui donne un bataillon 
de la soixante-^quinzieme. Il rejoint la cavale- 
rie; son cheval est tué. Alors il se met à la 
tête de l'infanterie; il vole du centre à la 
gauche pour rejoindre la dix-huitieme demi- 
brigade , qu'il voit en marche pour attaquer 
les retranchements de la droite de l'ennemi. 

La dix-huitieme marche aux retranchements; 
l'ennemi sort en même temps par sa droite j 
les têtes des colonnes se battent corps à corpâ. 
Les Turks cherchent à arracher les baïonnettes 
qui leur donnent la mort; ils mettent le fusil 



en bandoulière, se battent au sabré et au pU 
«tolet. Enfin la dix-huitieme arrive jnsqu'a'ix 
Vetranchements; mais le feu de h redoute qui 
flanquoit du haut en bas le retranchement ou 
Tennemi s'étoît rallié arrête la colonne. Le 
•général Fagieres, î'adjudant-général Leturcq, 
font dés prodigps d^ valeur. Le premier reçoit 
"une blessiîrè à la tête; il continue némmoins 
è combattre ; un boulet lui emporte le bras 
gauche: il est forcé de suivre le mouvement 
de la dix-huitieme, qui se retire sur le vil- 
lage dans le plus grand ordre, en faisant un 
feu très vif. L^adjudant général Leturcq avoit 
fait de vains eiForts pour déterminer la colonne 
•à se jeter dans les r.?tr-inchements ennemis» 
Jl é'y précipite lui-même; il y est seul; il y 
Téçoit une mort glorieuse; le chef de brigada 
Morangié est blessé 

' "tJne vingtaine de braves de la di^-huitiema 
testent sur Ï6 terrain. Les Turks, malgré le 
feu meurtrier du village, s'élancent d^s retran^ 
chements pour couper la tête des morts et des 
'blessés, et obtenir Faigrette d'argent que leur 
gouvernement donne à tout militaire qui ap- 
porte la tête d'un ennemi. 

Le général en chef avoit fait a\''ancer urt 
bataillon de la vingt-deuJtieme légère, et iln 
autre de la soi^cante-neuvieme sur la gauche 
de Tennemi. Le général Lasnes , qui étoit à 
leur tête, saisit le moment où les Turks étoient 
impruderrtmenl sortis de leurs retranchements; 
il fait attaquer- la redoute de vive force par 



d'egti'Tê. ' iff 

Sa gaùcîie et par sa gorge. La vîngt-deuxîeme 
et la soixante-neuvième , un bataillon de la 
Soixante-cfuinzierae, sautent dans le fossé, et 
sont bientôt sur le parapet et dans la redoute, 
en même temps que la dix- huitième s'étoit 
élancée de nouveau au pas de charge sur la 
droite de l'ennemi. 

.* f:Le général Murât, qui suivoit tous les mou- 
vements, qui commandoit Tavant-garde, et qui 
iétoit constamment aux tiralleurs, saisit le mo^ 
tiient où le général Lasnes lançoit sur la re- 
doute les bataillons de la vingt- deuxième et 
soixante-rteuvieme, pour ordonner à un esca- 
dron de charger et de traverser toutes les po- 
sitions de Tetinemi , jusi^ue sur» les fossés dà 
fort. Ce mouvement est fait avec tant d'im- 
pétuosité et d'à-propos , qu'au moment où la 
redoute est forcée cet escadron se trouvoit 
déjà pour couper à Tennemi toute retraite dans 
le fort. La déroute est complète ; l'ennemi eri 
désordre et frappé de terreur trouvé partout 
les baïonnettes et la mort. La cavalerie le sa- 
bre; il ne croit avoir de ressource que darts 
la mer; 'dix mille hommes s'y précipitent: ils 
y sont fusillés et mitraillés. Jamais spectacle 
aussi terrible ne s'est présenté. Aucun ne se 
sauve; les vaisseaux étoient à deux lieues dans 
la rade d'Abjuqyr. Mustapha pacha, comman- 
dant en chef l'armée turke , est pris avec 
deux cents Turks j deux mille restent sur ie 
champ de bataille; toutes les tentes, tous les 
bagages, vingt pièce? d^ canon, dont deux 



t^Z ' EXPKDTTIOîî 

anglaises qui avoient été données par la cour 
de Londres au Grand-Seigneur , restent au 
pouvoir des Français; deux canots anglais se 
dérobent par la fuile. Le fort d^Aboùqyr ne 
tire pas un coup de fusil; tout est frappé de 
terreur. Il en sort un parlementaire qui an- 
nonce que ce fort est défendu par douze cents 
hommes. On leur propose de «e rendre ; mais 
les uns y consentent , les ausres s^ opposent. 
La journée se passe en pour-parlers; on prend 
position; on enlevé les blessés* 

Cette glorieuse défaite coûte à l'armée fran- 
çaise cent cinquante hommes tués et sept cents 
cinquante blessés. Au nombre des derniers est 
}e général Murât , qui a pris à cette victoire 
une part si honorable; le chef de brigade du 
génie Crétin, officier du premier mérite, meurt 
de ses blessures, ainsi que le citoyen Guibert, 
aide-de-camp du général en chef. 

Dans la nuit, l'escadre ennemie communique 
avec le fort. Les troupes qui y étoient restées 
se réorganisent; le fort se défend; on établit 
des batteries de mortiers et de canons pour 
le réduire. 

En attendant la reddition du fort, Bona- 
parte retourne à Alexandrie, dont il examine 
la situation. On ne sauroit donner trop d'éîo*- 
ges au général Marmont sur les travaux de 
défense de cette place; tous les services sont 
parfaitement organisés: enfin ce général a plei- 
nement justifié la confiance que Bonaparte lui 
avoit témoignée lorsqu'il lui donna un corn- 
mandement aussi important» 



I> EGYPTE. I -^5 

Le 8 thermîdor, le général en chef fait 
sommer le château d'Aboùqyr de se rendre. 
Le fils du pacha, son kiaya, et les officiers, 
vouloient capituler ^ mais les soldats s'y refu- 
$oient. 

Le 9, on continue le bombardement» 

Le lo, plusieurs batteries sont établies sur 

la droite et la gauche de l'isthme; quelques 

chaloupes canonnières sont coulées bas ; une 

frégate est démâtée et forcée de prendre le 

Le même jour, l'ennemi, qui commençoit à 
manquer de vivres, s'introduit dans quelques 
maisons du village qui touche le fort; le gé- 
rerai Lasnes y accourt , il est blessé à la jam- 
be, le général Menou le remplace dans le 
commandement du siège. 

Le 12, le général Davoust étoit de tran- 
chée; il s'empare de toutes les maisons où 
étoit logé l'ennemi , et le jette ensuite dans 
le fort, après lui avoir tué beaucoup de mon- 
de. La vingt- deuxième demi-^brigade d'infan- 
terie légère, et le chef de brigade Magny qui 
a été légèrement blessé, se sont parfaitement 
conduits; le succès de cette journée, qui a 
accéléré. la reddition du fort, est dû aux bon- 
nes dispositions du général Davoust. 

Le 15, le général Robin étoit de tranchée; 
les batteries étoient établies sur la contrescarpe , 
et les mortiers faisoient un feu très vif; le 
château a'étoit plus qu'un monceau de pierres. 
L'ennemi n'avoit point de communication avec 



1^4 EXPEDITION D EGYPTE. 

l'escadre; il mouroit de faim et de soif; il 
prend le parti non de capituler, ces hommes- 
là ne capitulent pas, mais de jeter ses armes, 
et de venir en foule embrasser les genoux du 
vainqueur. Le fils du pacha, le kiaya,et deux 
mille hommes, ont été faits prisonniers. On a 
trouve dans le château trois cents blessés , et 
dix-huit cents cadavres ; il y a des bombes 
qui ont tué jusqu'à six hommes. Dans les vingt- 
quatre heures de la sortie de la garnison turke, 
il est mort plus de quatre cents prisonniers, 
pour avoir bu et mangé avec trop d'avidité. 

Ainsi cette affaire d'Aboùqyr coûte à la 
Porte dix-^huit mille hommes, et une grande 
quantité de canons, 

Les officiers du génie Bertrand et Liédot , 
le commandant de Tartillerie Faultrier, se sont 
comportés avec la plus grande distinction. L^or- 
dre et la tranquillité n'ont cessé de régner 
parmi les habitants de l'Egypte pendant les 
quinze jours qu'a duré cette expédition , qui 
a terminé les glorieux travaux de Bonaparte 
^n Egypte. 



iN5 



FIN. 



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DC Berthier, Louis Alexander I 

225 ^ Relations des campagnes du ' 

B4.7 Général Bonaparte en Egypte 

1799 et en Syrie