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Full text of "Relation historique du voyage aux régions équinoxiales du nouveau continent"

•kLEXANDER VON HUMBOLDT 



DU VOYAGE AUX 

Gio: 

U NOUVEAU CONTINENT 



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ZUM 

200. GEBURTSTAGE 

VON 

ALEXANDER VON HUMBOLDT 

VORGELEGT 

VON 

ALEXANDER-VON-HUMBOLDT-STIFTUNG 

DEUTSCHE FORSCHUNGSGEMEINSCHAFT 

FRITZ THYSSEN STIFTUNG 



QUELLEN UND FORSCHUNGEN 
ZUR GESCHICHTE DER GEOGRAPHIE UND DER REISEN 

herausgegeben 

von 

PROFESSOR DR. HANNO BECK 

8 



Die unvollkommenen deutschen Bearbeitungen der „Relî>t'on Historique" tragen den Titel: 

REISE IN DIE ÀQUINOCTIALGEGENDEN 

DES NEUEN CONTINENTS 



ALEXANDER VON HUMBOLDT 



Relation historique 

du Voyage aux Régions équinoxiales 

du Nouveau Continent 

FAIT EN 1799, 1800, 1801, 1802, 1803, ET 1804 

PAR AL. DE HUMBOLDT ET A. BONPLAND 

RÉDIGÉ PAR ALEXANDRE DE HUMBOLDT 



Neudruck des 1814-1825 in Paris erschienenen vollstândigea Originals, 
besorgt, eingeleitet und um ein Register vermehrt von 

HANNO BECK 



BAND III 



STUTTGART 1970 
F. A. BROCKHAUS Komm.-Gesch. GmbH., Abt. ANTIQUARIUM 



ISBN 3 87103 014 7 



f 



Dos Titelblatt der franzôsischen Originalausgabe nennt ah Verleger filr 
Band I G. Dufour, Paris 
Band II N. Maze, Paris 
Band III J. Smith et Gide Fils, Paris 



Ferner enthàlt es den Vermerk: „Avec deux atlas, qui renferment, 

Vun les vues des Cordillères et les monumens des peuples indigènes de V Amérique, 

et Vautre des cartes géographiques et physiques.'-'' 

Der Verlag dièses Neudrucks der „Relation Historique'' hofft, auch den Inhalt 

dieser Atlaswerke in eini°en Jahren anhieten zu kiinnen. 



Das Register am SchluB des 3. Bandes wurde verfaCt von 

Professer Dr. Hanno Beck. 

© 1970 F. A. Brockhaus, Komm.-Gesch. GmbH, Abt. Antiquarium, Stuttgart. 

AUe Rechte fur das Register, auch die des auszugsweisen Nachdrucks, 

der photomechanischen Wiedcrgabe und der tJbersctzung, vorbehalten. 



VOYAGE 



DE HUMBOLDT ET BONPLAND 



PREMIERE PARTIE. 



RELATION HISTORIQUE. 



VOYAGE 



DE HUMBOLDT ET BONPLAND. 



PREMIERE PARTIE 



RELATION HISTORIQUE. 



TOME TROISIÈME 



/ti\Mi«VV«'«V%VbVW\i«i%V\%iW«%% V%V\V\\ t%%'W4WVVli«\« wx-w «% «\\\ ««%% 



A PARIS, 

Chez J. SMITH, libraire, rue montmorency, n" 16. 
Et GIDE FILS, libraire, rue saint-marc-feydeau, n° 20. 



««-v^vbiivtvw^^t'^wv* 



1825. 



VOYAGE 

AUX RÉGIONS ÉQUmOXIALES 



Dli 



NOUVEAU CONTINENT. 



%/%/vm/\^^/s/\\/\^%im^^m^\^ 



LIVRE IX. 



^.'V^^/VNA/VX^'^^^/W* »* 



CHAPITRE XXV. 

LLAXOS DEL PAO OU PARTIE ORIENTALE DES PLAINES ( STEPPES ) DE VENEZUELA. — 
MISSIONS DES CARAÏBES. — DERNIER SEJOUR SUR LES COTES DE NUEVA-BARCELONA , 
DE CUMANA ET d'aRAYA. 

Il faisoit déjà nuit lorsque nous traversâmes pour la dernière fois le lit de 
rOrénoque. Nous devions coucher près du fortin de San Rafaël , et entreprendre , 
le lendemain, dès l'aube du jour, le voyage à travers les steppes de Venezuela. 
Près de six semaines s'étoient écoulées depuis notre arrivée à l'Angostura ; nous 
désirions vivement atteindre les côtes pom* trouver , soit à Cumana , soit à 
Nueva-Barcelona , un bâtiment qui pût nous conduire h l'ile de Cuba et de là 
au Mexique. Après les souffrances auxquelles nous avions été exposés pendant 
plusieurs mois , navigant dans de petits canots sur des fleuves infestés de mous- 
tiques , ridée d'un long voyage de mer se présentoit avec cpielque charme à notre 
imagination. Nous ne comptions plus revenir dans l'Amérique méridionale. 
Sacrifiant les Andes du Pérou à l'archipel si peu connu des Philippines , nous 
Relation historique , Tom. III. i 



2 LIVRE IX, 

persistions dans notre ancien projet de rester une année dans la Nouvelle-Espagne, 
de passer avec le Galion d'Acapulco à ]\Ianille , et de retourner en Europe par la 
voie de Bassora et d'iVlep. Il nous paroissoit qu'une fois sortis des possessions 
espagnoles en Amérique, la chute d'un ministère dont la noble confiance m'a voit 
procuré des permissions si illimitées , ne pouvoit plus nuire à l'exécution de notre 
entreprise. Ces idées nous agitoient pendant le voyage monotone à travers les 
steppes. Rien ne fait mieux endurer les petites contrariétés de la vie que l'occu- 
pation qu'offre à l'esprit l'accomplissement prochain d'un dessein hasardeux. 

Nos mulets nous attendoient sur la rive gauche de l'Orénoque. Les collections 
de plantes et les suites géologiques que nous portions avec nous depuis l'Esme- 
ralda et le Rio Negro avoient beaucoup augmenté nos bagages. Comme il auroit 
été dangereux de nous séparer de nos herbiers , nous devions nous attendre à un 
voyage très-lent à travers! PS /^/«noj. La chaleur étoit excessive , à cause de la réver- 
bération du sol qui est presque dé])oiirvu de vcgctaux. Le thermomètre centigrade 
ne se soutenoit cependant, le jour (à l'ombre) , qu'à 3o° ou 34°, la nuit à a^^ou 28°. 
C'étoit donc , comme presque partout sous les tropiques , moins le degré absolu 
de chaleur que sa duiée qui affectoit nos organes. Nous mîmes treize jours à 
traverser les steppes, en séjournant un peu dans les missions Caribes (Caraïbes) 
et dans la petite ville du Pao. J'ai tracé plus haut ' le tableau physique de ces 
immenses plaines qui séparent les forêts de la Guyane de la chaîne côtière. La 
partie orientale des Llanos que nous parcourûmes entre l'Angostura et Nueva- 
Barcelona, offre le même aspect sauvage qpe la partie occidentale par laquelle 
nous étions parvenus des vallées d'Aragua à San Fernando de Apure. Dans la 
saison des sécheresses , qu'on est convenu d'appeler ici Y été, quoique le soleil 
soit dans l'hémisphère austral, la brise se fait sentir avec plus de force dans les 
steppes de Ciunana que dans celles de Caracas ; car ces vastes plaines forment , 
comme les champs cultivés de la Lombardie , un bassin intérieur, ouvert à l'est 
et formé au nord , au sud et à l'ouest par de hautes chaînes de montagnes 
primitives. Malheureusement nous ne pûmes profiter de cette brise rafraîchissante 
dont les Llaneros (habitans des steppes ) parlent avec délices. C'étoit la saison 
des pluies au nord de l'équateur ; il ne pleuvoit pas dans les Llanos même , 
cependant le changement de déclinaison du soleil avoit fait cesser depuis long- 
temps le jeu des courans polaires. Dans ces régions équatoriales, où l'on peut 
s'orienter d'après la direction des nuages et où les oscillations du mercure dans 

■• Tora. II, p. i'iC-210. 



CHAPITRE XXV. 3 

le ]jaromètre indiquent Theure presque comme une horloge , tout est soumis à 
un type régulier et uniforme. La cessation des brises , l'entrée de la saison des 
pluies et la fréquence des explosions électriques sont des phénomènes qui se 
trouvent liés par des lois immuables. 

Au confluent de l'Apure et de l'Orénoque, près de la montagne de Sacuima, 
nous avions rencontré un fermier françois qui vivoit au milieu de ses troupeaux 
dans l'isolement le plus parfait ^ G'étoit cet homme simple qui croyoit que 
les révolutions politiques de l'ancien monde et les guerres qiii en ont été les 
suites ne tenoient « qu'à la longue résistance des moines de l'Observance. » 
A peine entrés dans les Llanos de Nueva-Barcelona , nous passâmes encore la 
première nuit chez un François qui nous accueillit avec la ])lus aimable hospitalité. 
Il étoit natif de Lyon , avoit quitté son pays très-jeune , et ne paroissoit guère se 
soucier de ce qui se faisoit au-delà de l'Atlantique, ou, comme on dit ici assez 
dédaigneusement pour l'Europe, « de l'autre côté de la grande mare» [del otro 
laclo del charco). Nous vîmes notre hôte occupé à joindre de gros morceaux de 
bois, au moyen d'une colle gluante appelée guayca. Cette substance, dont se 
servent les menuisiers de l'Angostura , ressemble à la meilleure colle -forte 
tirée du règne animal. Elle se trouve toute préparée entre l'écorce et l'aubier 
d'une liane ^ de la famille des Comhretacées. Il est probable qu'elle se rapproche 
par ces propriétés chimiques de la glu, principe végétal que l'on tire des baies 
du gui et de l'écorce interne du houx. On est étonné de l'abondance avec laquelle 
cette matière gluante découle lorsqu'on coupe les branches sarmenteuses du 
Ve'juco de Guayca. C'est ainsi que sous les tropiques on trouve à l'état de 
jiureté et déposé dans des organes particuliers ce que sous la zone tempérée on ne 
jieut se procurer que par les piocédés de l'art ^. 

Nous n'arrivâmes que le troisième jour aux missions caribes du Cari. Nous 
vîmes dans ces contrées le sol moins crevassé par la sécheresse que dans les Llanos 
de Calabozo. Quelques ondées avoient ranimé la végétation. De petites graminées, 
et surtout ces Sensitives herbacées , si utiles pour engraisser le bétail à demi- 
sauvage, formoient un gazon serré. A de grandes distances les uns des autres 

' Tom. II, p. 627. 

''■ Combretum Guayca. On pourroit croire que le nom de Chigommier, donné par les botanistes aux 
différentes espèces de Combretum , fait allusion à cette matière gluante ; mais ce nom dérive de Chigouma. 
(Combretum laxmn, Aubl.), mot de la langue galibi ou caribe. 

3 Tom. II, p. 43S. 



4 LIVRE IX. 

5 elevoient quelques troncs de palmier à éventail (Corypha tectorum) , de Rhopala ' 
( Chaparro ) et de Malpighia ^ à feuilles coriaces et lustrées. Les endroits humides 
se reconnoissent de loin par des groupes de Mauritia , qui sont les Sagoutiers de ces 
contrées. Ce palmier forme près des côtes toute la richesse des Indiens Guaraons ; 
et, ce qui est assez remarquable, nous l'avons retrouvé, i6o lieues plus au sud, lui 
milieu des forêts du Haut-Orénoque, dans les savanes qui entourent le ])ic 
granitique de Duida 3. H étoit chargé , dans cette saison , d'énormes régimes de 
fruits rouges semblables à des cônes de pins. Nos singes étoient très-friands de ces 
fruits dont la chair jaime a le goût d'ime pomme trop avancée en maturité. Placés 
entre nos charges sur le dos des mulets , ces animaux s'agitoient vivement pour 
atteindre les régimes qui étoient suspendus sur leurs têtes. La ])laine étoit 
ondoyante par l'effet du mirage '^j et, lorsqu'après une heure de chemin nous 
atteignîmes ces troncs de palmier qui paroissent comme des mâts à l'horizon , 
nous fûmes étouués de voh cumbien de choses sont liées à l'existence d'un seul 
végétal. Les vents , perdant de leur vitesse au contact avec le feuillage et les 
branches, accumulent le sable autour du tronc. L'odeur des fruits, l'éclat de 
la verdure attirent de loin les oiseaux voyageurs qui aiment à se balancer 
sur les flèches du palmier. Un doux frémissement se fait entendre à l'entour. 
Accablé de chaleur, accoutumé au morne silence de la steppe, on croit jouir 
de quelque fraîcheur au moindre bruit du feuillage. Si vous examinez le sol du 
côté opposé au vent , vous le trouvez humide long - temps après la saison des 
pluies. Des insectes et des vers ^ , partout ailleurs si rares dans les Llanos , s'y 

' Les Protéacées ne sont pas, comme l'Araucaria, une forme exclusivement australe. (Kotzebue , Reise , 
Toni. III, p. i3.) Nous avons trouvé le Rhopala complicata et le R. obovata par 2° -jet 10° de latitude 
nord, ^oyez nos iVbi'. Gen., Tom. II, p. i53. 

•■ Un genre voisin : Byrsonima cocollohœfolia , B. laurifolia près de Mata gorda et B. ropalœfuUa. Les 
colons européens, qui , d'après de foibles analogies , croient retrouver partout dans la végétation des tro- 
piques les plantes de leur patrie, appellent les Malpighia Alcornoque (arbre à liège), sans doute à cause de 
l'écorce tubéreuse du tronc. Cette écorce renferme du tannin, et dans un autre Malpighia (BjTSouiraa 
Moureila) qui est l'arbre fébrifuge de Cayenne, on suppose, non sans raison , l'e.tbtence de la quinine ou de la 
cinchonine réunies au tannin. 

^ he Muric/ii est, comme le Sagus Rumphii, un palmier de marécages ( Tom. I, p. 493; Tom. Il, 
p. 168, 3i6, 565 et 652.) j ce n'est pas wa palmier du littoral , comme le Chamxrops humilis, le Cocotier 
commun et le Lodoicea. 

* Tom. I, p. 296. Tom. II, p. i64. 

5 De quel genre sont les vers (en arabe, Loul) que le capitaine Lyon , compagnon de mon courageux et 
infortuné ami M. Rilcbie, a trouvés dans les mares du désert de Fezzan, qui servent de nourriture aux 
Arabes , et qui ont le goût du caviar? Ne seroient-ce pas des œufs d'insectes semblables à VJguautle quu 
j'ai vu vendre au marché de Mexico , et que l'on recueille à la surface du lac de Tezciico {Gazeta de Litte- 
latttra de Mexico , 179! , Tom. III , n.'' 26, p. 201.) 



CHAPITRE XXV. 5 

rassemblent et s'y multiplient. C'est ainsi qu'un arbre isolé , souvent rabougri , 
qui ne fixeroit pas l'attention du voyageur au milieu des forêts de l'Orénoque , 
répand autour de lui la vie dans le désert. 

Nous anivàmes le 1 3 juillet au village du Cari ' , la première des missions 
caribes qui dépendent des moines de XOhservance du Collège de Piritu -. Nous 
logeâmes comme de contiune au couvent , c'est-à-dire chez le curé. Nous avions , 
outre les passe-ports du capitaine général de la province , des recommandations 
des évêques et du gardien des missions de l'Orénoque. Depuis les côtes de la 
Nouvelle-Californie jusqu'à Valdivia et à l'embouchure du Rio de la Plata , sur 
une étendue de deux mille lieues , on peut vaincre toutes les difficultés d'un long 
voyage de terre , si l'on jouit de la protection du clergé américain. Le pouvoir que 
ce corps exerce dans l'état est trop bien établi pour qu'un nouvel ordre de choses 
puisse l'ébranler de long-temps. Notre hôte eut de la peine à comprendre « com- 
ment des gens du nord de l'Europe arrivoient chez lui des frontières du Brésil 
par le Rio Negro et l'Orénoque, et non par le chemin de la côte de Cumana. » Il 
nous traitoit de la manière la plus affable , tout en montrant cette curiosité un peu 
importune que fait naître toujours dans l'Amérique méridionale la vue d'uu 
étranger non espagnol. Les minéraux que nous avions ramassés dévoient contenir 
de l'or; des plantes séchées avec tant de soin ne pouvoient être que des plantes 
médicinales. Ici, comme dans beaucoup de parties de l'Europe, on ne. croit les 
sciences dignes d'occuper l'esprit cju'autant qu'elles offrent à la société quelque 
utilité matérielle. 

Nous trouvâmes plus de 5oo Caribes dans le village de Cari ; nous en vîmes beau- 
coup d'autres dans les missions d'alentour. C'est un aspect très-curieux que celui 
d'un peuple jadis nomade , récemment attaché au sol , et différent de tous les autres 
Indiens par sa force physique et intellectuelle. Je n'ai vu nulle part ime race entière 
d'hommes plus élancée (de 5 pieds G pouces à 5 pieds i o pouces) et de stature plus 
colossale. Les hommes, et cela est assez commun en Amérique 3, sont plus couverts 
({ue les femmes. Celles-ci ne portent que le guajuco ou perizoma , en forme de 
bandelette ; les hommes ont tous le bas du corps jusqu'aux hanches enveloppé 
d'un morceau de toile bleu foncé, presque noir. Cette draperie est tellement ample 
que, lorsque la tempéra tiu-e baisse vers le soir, les Caribes s'en couvrent ime de 

' N^"" S" del Socorro del Cari, fondé en 1 761. 

' Ces missionnaires s'appellent Padres Missioneros Observantes del Celegio de la Purissima Concep- 
cion de Propaganda F'ide en la Niieva Barcelona. 
^ Voyez plus haut; Toiu. II, p. 470. 



6 LIVRE IX. 

leurs épaules. Comme ils ont le corps teint cYonoto ' , leurs grandes figures d'iui 
rouge cuivré et pittoresquement drapées ressemblent de loin , en se projetant 
dans la steppe contre le ciel, à des statues antiques de bronze. La coupe des 
cheveux chez les hommes est très-caractéristique : c'est celle des moines ou des 
enfans de chœur. Le front est en partie rasé , ce qui le fait paroitre très-grand. 
Une grosse touffe de cheveux , coupée en cercle , ne commence que très-près du 
sommet de la tète. Cette ressemblance qu'ont les Cariljes avec les moines n'est 
pas le résultat de la vie des missions. Elle n'est pas due, comme on l'a avancé 
laussement, au désir qu'ont les indigènes d'imiter leurs maîtres , les pères de Saint- 
François. Les tribus qui ont conservé leur sauvage indépendance, entre les 
sources du Carony et du Rio Branco, se distinguent par ce même cerquillo de 
frailes que , lors de la découverte de l'Amérique , les premiers historiens espa- 
gnols ^ altribuoient déjà aux peuples de race caribe. Tous les hommes de cette 
race que nous a\ ons vus, soit en navigant sur le Bas-Orénoque, soit dans les missions 
de Piritu diffèrent des autres Indiens, non seulement par leur taille élancée, mais 
aussi par la régularité de leurs traits. Ils ont le nez moins large et moins épaté , les 
pommettes moins saillantes , la physionomie moins mongole. Leurs yeux, qui sont 
plus noirs que chez d'autres hordes de la Guyane , annoncent de l'intelligence , on 
diroit presque l'habitude de la réflexion. LesCaribes ont de la gravité dans les ma- 
nières et quelque chose de triste dans le regard que l'on retrouve parmi la majeure 
partie des habitans primitifs du Nouveau-Monde. L'expression de sévérité qu'offrent 
leurs traits est singulièrement augmentée par la manie qu'ils ont de se teindre les 
sourcils avec le suc du Caruto ^, de les agrandir et de les joindre ensemble ; souvent 
ils se font des taches noires sur toute la figure pour paroitre plus farouches. Les 
magistrats de la commune, le Governador elles Alcaldes , qui seuls ont le droit de 
porter de longues cannes , vinrent nous visiter. Il y avoit parmi eux de jeunes 
Indiens de dix-huit à vingt ans, car le choix ne dépend que de la volonté du mis- 
sionnaire. Nous étions frappés de retrouver, parmi ces Caribes peints (ïonoto , ces 
airs d'importance, ce maintien compassé, ces manières froides et dédaigneuses 
que l'on rencontre parfois chez les gens en place dans l'ancien continent. Les 
femmes caribes sont moins robustes et plus laides que les hommes. Elles sup- 

' Hocou tiré du Bixa Orellana. En car'ihe, ce pigment s'appelle hichet, 

* « Reglo ab incolis Caramairi dicitur, in qua viros simul et feminas statura aiiint pulcberrimos esse, 
n nudos tamen, capillis aure tenus scissis mares, feminas ohlongis. A Caribibuà, sive Canibalibus, carnium hiima- 
u narum edacil)us, originera traxisseCaramairenses existimant. Petr. Martyr.Ocean. (i533}, p.aS, D. et 26U. 

3 Voyez plus haut, Tom. II, p 262 



CHAPITRE XXV. y 

portent presque seules tout le poids des travaux domestiques et de ceux des 
champs. Elles nous demandoient avec instance des épingles qu'elles plaçoient , 
faute de poches, sous la lèvre inférieure : elles se percent la peau, de sorte que la 
tête de l'épingle reste dans l'intérieur de la bouche. C'est une habitude qu'elles ont 
conservée de leur premier état sauvage. Les jeunes filles sont teintes en rouge et au 
guajuco près toutes nues. Parmi les différens peuples des deux mondes , l'idée de 
nudité n'est qu'une idée relative. Dans quelques parties de l'Asie , il n'est pas permis 
à une femme de montrer le bout des doigts, tandis qu'une Indienne de race 
caribe ne se croit guère nue lorsqu'elle porte un guajuco de deux pouces de large. 
Encore cette bandelette est-elle regardée comme une partie moins essentielle du 
vêtement que le pigment qui couvre la peau. Sortir de sa cabane sans être teint 
(}ionoto , ce seroit pécher contre toutes les règles de la décence caribe. 

Les Indiens des missions de Piritu fixoient d'autant plus notre attention qu'ils 
appartiennent à un peuple qui , par son audace , par ses entreprises guerrières et 
par son esprit mercantile, a exercé une grande influence sur le vaste pays qui 
s'étend de l'équateur vers les côtes septentrionales. Partout à l'Orénoque nous avions 
trouvé les souvenirs de ces incursions hostiles des Caribes : elles ont été poussées jadis 
depuis les sources du Carony et de l'Erevato jusqu'aux rives du Ventuari, de 
l'Atacavi et du Rio Negro". Aussi la langue des Caribes est-elle des plus répandues 
dans cette partie du monde : elle a même passé (comme à l'ouest des Alleghanis, 
la langue des Lenni-Lenapes ou Algonkins et celle des Natchez ou Muskoghées) 
à des tribus qui n'ont pas la même origine. 

Lorsqu'on jette les yeux sur cet essaim de peuples répandus dans les deux Amé- 
riques , à l'est de la Cordillère des Andes , on s'arrête de préférence à ceux qui , 
ayant dominé long-temps sur leurs voisins, ont joué un rôle plus important sur la 
scène du monde. C'est un besoin de l'historien de grouper les faits , de distinguer 
des masses, de remonter aux sources communes de tant de migrations et de 
mouvemens populaires. De grands empires , l'organisation régulière d'une hié- 
rarchie sacerdotale , et la culture que cette organisation favorise dans le premier 
âge de la société , ne se sont trouvés que sur les hautes montagnes de l'ouest. 
Nous voyons au Mexique une vaste monarchie et de petites républiques 
enclavées; à Cundinamarca et au Pérou, de véritables théocraties. Des villes for- 
tifiées , des chemins et de grands monumens en pierre , un développement 
extraordinaire du système féodal, la séparation des castes, des couvens d'hommes 

» Tom. II, p. ?95, 397, 471. 



8 LIVRE IX. 

et de femmes, des congrégations religieuses suivant une discipline plus ou moins 
sévère , des divisions du temps très-compliquées et liées aux calendriers , aux 
zodiaques et à l'astrologie des peuples éclairés de l'Asie , tous ces phénomènes 
n'appartiennent , en Amérique , qu'à une seule région , à cette bande alpine , à la 
fois longue et étroite, qui s'étend des 3o° de latitude boréale aux 26° de latitude 
australe. Dans l'ancien monde , le flux des peuples a été de l'est à l'ouest ; les 
Basques ou Ibériens , les Celtes , les Germains et les Pelasges ont paru successi- 
vement. Dans le Nouveau-^NIonde , des migrations semblables ont été dirigées du 
nord au sud. Chez les nations qui habitent les deux hémisphères , la direction 
du mouvement a suivi celle des montagnes ; mais , sous la zone torride , les 
plateaux tempérés des Cordillères ont exercé une plus grande influence sur la 
destinée du genre humain que ne l'ont fait les montagnes de l'Asie et de l'Europe 
centrale. Or , comme les seuls peuples civilisés ont , à proprement parler , ime 
histoire, il en résulte que l'histoire des Américains n'est que celle d'un petit 
nombre de peuples montagnards. Une nuit profonde enveloppe l'immense pays 
qui se prolonge de la pente orientale des Cordillères vers l'Atlantique; et, pour 
cela même , tout ce qui a rapport , dans ce pays , à la j)répondérance d'une nation 
sur les autres , à des migrations lointaines , aux traits physionomiques qui 
annoncent une race étrangère, excite vivement notre intérêt. 

Au milieu des plaines de l'Amérique septentrionale, une nation puissante, qui a 
disparu , a construit des fortifications circulaires , carrées et octogones , des murs de 
6000 toises de longueur, des tumulus de 700 à 800 cents pieds de diamètre, et de 
1 4o pieds de hauteur, tantôt ronds, tantôt à plusieurs étages , renfermant des milliers 
de squelettes. Ces squelettes appartiennent à des hommes moins élancés , plus 
trapus que les habitans actuels de ces contrées. D'autres ossemens , enveloppés dans 
des tissus qui ressemblent à ceux des iles Sandwich et Fidji , se trouvent dans les 
grottes naturelles du Kentucky. Que sont devenus ces peuples de la Louisiane , 
antérieurs aux Lenni-Lenapes , aux Shawanoes , peut-être même aux Sioux 
(?s^adowesses, Narcota) du Missoury qui sont {ortement inongolis es , et que , 
d'après leur propre tradition, on croit être venus des côtes de l'Asie? Dans les 
plaines de l'Américjue méridionale, comme je l'ai exposé ailleurs, on trouve à 
peine quelques tertres [cerros hechos a ifiano), nulle part des ouvrages de 
fortification analogues à ceux de l'Ohio. Cependant, sur une vaste étendue de 
terrain, au Bas-Orénof|ue comme sur les rives duCassiquiareet entre les sources 

' Voyez la note A à la fin du g." Livre. 



CHAPITRE XXV. 9 

de TEssequebo et du Rio Branco , des rochers de granité sont couverts de figures 
symboliques. Ces sculptures annoncent que les générations éteintes appartenoient 
à des peuples différens de ceux qui habitent aujourd'hui ces mêmes contrées. 
A l'ouest , sur le dos de la Cordillère des Andes , rien ne semble lier l'histoire 
du Mexique à celle de Cundinamarca et du Pérou; mais dans les plaines de l'est, 
une nation belliqueuse , long-temps dominante , offre , dans ses traits et dans 
sa constitution physique , les traces d'une origine étrangère. Les Caribes conservent 
des traditions qui semblent indiquer des communications anciennes entre les deux 
Amériques. Un tel phénomène mérite une attention particulière ; il le mérite , 
quel que soit le degré d'abrutissement et de barbarie (|ue les Européens ont trouvé , 
à la fin du quinzième siècle , chez tous les peuples non-montagnards du Nouveau- 
Continent. S'il est vrai que la plupart des sauvages , comme paroissent le prouver 
leurs langues , leurs mythes cosmogoniques et une foule d'autres indices ne sont 
que des races dégradées , des débris échappés à un naufrage commun , il est double- 
ment important d'examiner les routes par lesquelles ces débris ont été poussés 
d'un hémisphère à l'autre. 

La belle nation des Caribes n'habite auj ourd'hui qu'une petite partie des pays qu'elle 
occupoitlors de la découverte de l'Amérique. Les cruautés exercées par les Européens 
l'ont fait entièrement disparoître des Antilles et des côtes du Darien , tandis que , 
soumise au régime des missions, elle a formé des villages populeux dans les 
jMovinces de Nueva-Barcelona et de la Guyane espagnole. Je crois qu'on peut 
évaluer à plus de 35,ooo les Caribes qui habitent les Llanos de Piritu et les 
rives du Carony et du Cuyuni. Si , à ce nombre on ajoutoit les Caribes indé- 
pendans, qui vivent à l'ouest des montagnes de Cayenne et de Pacaraymo, 
entre les sources de l'Essequebo et du Rio Branco , on obtiendroit peut-être une 
masse totale de 4o,ooo individus de race pure, non mélangée avec d'autres races 
indigènes. J'insiste d'autant plus sur ces notions, qu'avant mon voyage on avoit 
l'habitude de parler des Caribes, dans beaucoup d'ouvrages géographiques, comme 
d'une race éteinte ^ Ne connoissant pas l'intérieur des colonies espagnoles du con- 
tinent , on supposoit que les petites îles de la Dominique, de la Guadeloupe et de 
Saint-Yincentavoientété la demeure principaledecette nation dontil n'existe (dans 
toutes les Antilles orientales) que des squelettes ^ pétrifiés, ou plutôt envelopj)és 

' Essai polit. , Tom. I , p. S.l. 

' Ces squelettes ont été découverts en l8o5 par M. Cortès, que j'ai déjà eu occasion de citer plus haut pour 
ses intéressantes observations géologiques. {^Relat. hist., Tora. II, p. 21.) Ils sont enchâssés dans une formation 
dehrèche à madrépores que les nègres appellent très-naïvement maçonne-bon-Dieu , et qui, récente comme 
Relalion historique , Tom. III. a 



10 LIVRE IX. 

dans un calcaire à madrépores. D'après cette supposition , les Caribes auroient 
dis])aru en Amérique comme les Guanches dans Tarcliipel des Canaries. 

Des tribus qui, appartenant à un même peuj)le, reconnoissent une origine 
commune , se désignent par im même nom. Généralement le nom d'une seule 
horde est donné à toutes les autres par les nations voisines; quelquefois aussi 
des noms de lieux deviennent des dénominations de peuples, où ces der- 
nières naissent d'une épithète dérisoire , de l'altération fortuite d'un mot mal 
prononcé. Le nom des Caribes , que je trouve pour la première fois dans une lettre 
de Pierre Martyr d'Angliiera , dérive de Câlina et de Caripuna , les l et p étant 
transformés en r et 6 '. Il est même très-remarquable que ce nom, que Colomb 
entendit de la bouche des peuples d'Haïti ^ , se retrouvoit à la fois chez les 
Caribes des îles et chez ceux du continent. De Carina ou Câlina on a fait Galibi 
( Caribi ) , dénomination sous laquelle on connoît , dans la Guyane françoise ^ , 
une peuplade d'une stature beaucoup plus petite que les habitans du Caii, mais 
qui parle un des nombreux dialectes de la langue caribe. Les hal^itans des îles 
s'appeloient, dans l'idiome des hommes, Calinago; dans celui des femmes, Calli- 
pinan. Cette diflférence entre le langage des deux sexes est plus marquée chez les 
peuples de race caribe que chez d'autres nations américaines ( les Omaguas , les 
Guaranis et les Chiquitos) , où elle ne porte que sur un jietit nombre d'idées , 
]iar exemple , sur les mots mère et enfant. On conçoit que les femmes , d'après leur 
manière isolée de vivre , se créent des locutions particulières que les hommes ne 
veulent point adopter. Cicéron '* observe déjà que les formes anciennes se con- 
servent de préférence dans la bouche des femmes , parce que leur position dans la 

le travertin H'ItaVie , enveloppe des débris de vases et d'autres onvrages humains. M. Daivxion Lavaysse et le 
docteur Konig ont fait les pieiuiers counoître eu Europe ce pliénomène qui, pendant quelque temps, a fixé 
l'attention des géologues. [Phil. Tr. i8i4, Tah. m. Cuvier, Ossem. foss. , Tom. I, p. lxvi.) 

^ Petr. Mart. Epist. ad Pomp. Letum [Non. Dec. lig't) Lib. VII , n." 14;, fol. xxxy , et Océan., 
Lib. I, fol. 2 A. D'après la prononciation caribe on confond balana elpnrana, la mer. 

'^ Fern. Colon, Cap. xxxiv, dans Churchill. Coll., Vol. II, p. 538. Herera j Dec. I, p. 34. 

3 Les Galibis (Calibitis), les Palicours et les Acoquouas ont aussi l'habitude de se couper les cheveux à la 
manière des moines, et de placer des liens aux jambes des enfans pour faire gonfler les muscles. Ils ont la 
même prédilection pour les pierres vertes (de Saussurite) que nous avons reconnues chez les peuples caribes 
de rOrénoque. ( Rel. hist., Tom. II, p. 482. ) Il y a en outre dans la Guyane françoise une vingtaine de 
trlljus indiennes que l'on distingue dcsG.ilibis, quoique, par leur l.-ingue , elles prouvent avoir une origine 
commune avec eux. Barrère , France équin., p. I2i, 239. Lescallier , sur la Guyane, p. 78. 

* Cicero, de Orat., Lib. III, Cap. xii, J. 45, éd. Verburg. «Facilius enim midieres incorruptam anti- 
quitatem conservant, quod multorum sermonis expertes ea tenent semper, quse prima didicerunt. « 



CHAPITRE XXV. II 

société les expose moins à ces vicissitudes de la vie (à ces changemens de lieu et 
d'occupation) qui , chez les hommes, tendent à altérer la pui'eté primitive du langage. 
Mais le contraste qu'il y a chez les peuples caribes entre le dialecte des deux 
sexes est si grand et si surprenant que , pour l'expliquer d'une manière satisfai- 
sante , il faut recourir à une autre cause. On a cru la trouver ' dans l'usage 
barl^are cjii'avoient ces peuples de tuer les prisonniers mâles et d'emmener en 
esclavage les femmes des vaincus. Lorsque les Caribes firent leur irruption dans 
l'archipel des petites Antilles , ils y arrivèrent comme une horde de guerriers , 
non comme des colons accompagnés de leurs familles. La langue des femmes s'y 
formoit à mesure que les vainqueurs contractoient des alliances avec des femmes 
étrangères. G'étoient de nouveaux élémens , des mots distincts des mots caribes ^ 
qui , dans l'intérieur des Gynécées , se transmettoient de génération en génération , 
mais sur lesquels la structure , les combinaisons , les formes grammaticales de 
la langue des hommes exerroient leur influence. Il se faisoit alors, dans une 
petite réunion d'individus , ce que nous trouvons dans tout le groupe des peuples 
du Nouveau-Continent. C'est une disparité totale des mots à côté d'une grande 
analogie dans la structure qui caractérise les langues américaines , depuis la baie 
d'Hudson jusqu'au détroit de Magellan. Ce sont comme des matières différentes , 
revêtues de formes analogues. Si l'on se rappelle que ce phénomène embrasse 
presque de pôle à pôle tout un côté de notre planète , si l'on considère les 
nuances qui existent dans les combinaisons grammaticales (dans les genres appli- 
qués aux trois personnes du verbe, les réduplications, les fréquentatifs , les duels), 
on ne sauroit être assez surpris de trouver chez une portion si considérable de 
l'espèce hmnaine une tendance uniforme dans le développement de l'intelligence 
et du langage. 

Nous venons de voir que le dialecte des femmes caribes , dans les Antilles , 
renfermoit les débris d'une langue éteinte. Quelle étoit cette langue? voilà ce 
que nous ignorons. Quelques écrivains ont pensé que ce pourroit être celle des 
Ygneris ou habitans primitifs des îles Caribes , dont quelque foibles restes 
se sont conservés à la Guadeloupe; d'autres y ont vu quelques rapport avec 
l'ancien idiome de Cuba, ou avec ceux des Aruacas et des Apalachites en 

* Voyez plus haut, Tom. II, p. 439 et 5oo. 

^ Voici quelques exemples des différences obser\'ées entre le langage des hommes (h) et des femmes (f): 
de , oubao h. , acaera f. ; homme , ouekclli h. , cyeri f. ; mais , Irhea li. , atlca f. Comparez aussi Garcia Orig. 
de los Ind. , 172g , p. 172, 176 et 23S. 



12 LIVRE IX. 

Floride ^ : mais toutes ces hypothèses se fondent sur une connoissance très- 
imparfaite des idiomes qu'on a tâché de comparer. 

En lisant avec attention les auteurs espagnols du i6.' siècle, on voit que les 
nations caribes s'étendoient alors sur 1 8° à 19° de latitude, depuis les îles Vierges 
à l'est de Portorico jusque vers les bouches de l'Amazone. Un autre prolonge- 
ment vers l'ouest , le long de la chaîne côtière de Sainte-Marthe et de Venezuela , 
])aroît moins certain. Cependant Lopez de Gomara et les plus anciens historiens 
appellent Caribana, non comme on a fait depuis, le pays entre les sources de 
rOrénoque et les montagnes de la Guyane françoise ^ , mais les plaines maréca- 
geuses entre les embouchures du Rio Atrato et du Rio Sinu. J'ai été moi-même 
sur ces côtes , voulant me rendre de la Havane à Portobelo ; j'y ai appris que le 
cap qui borde à l'est le golfe du Darien ou d'Uraba , porte encore aujourd'hui 
le nom de Punta Caribana. C'étoit jadis ime opinion assez répandue que les 
Caribes des îles Antilles tiroient leur origine, et même leur nom, de ces 
peuples guerriers du Darien. « Inde Vrabam ab oriental! prehendit ora , ijuam 
appellant indigenae Caribana, unde Caribes insulares originem habere nomenque 
retinere dicuntur. » C'est ainsi que s'exprime Anghiera ^ dans les Océaniques. 
Un neveu d'Amerigo Vespucci lui avoit dit que , de là jusqu'aux montagnes 
neigeuses de Sainte -Marthe, tous les iodigènes étoient «e génère Caribiiun vel 
Canibalium. » Je ne nierai point que de vrais Caribes aient pu avoir un établis- 
sement près du golfe du Darien , et qu'ils aient pu y être portés par les courans 
de l'est ; mais il se peut aussi que , peu attentifs aux langues , les navigateurs 
espagnols aient nommé caribe et canibale toute nation d'une taille élancée et 
d'un caractère féroce. Toujours , il est peu probable que le peuple caribe des 
Antilles et de la Parime se soit imposé à lui-même un nom de la région qu'il avoit 
habitée primitivement. A l'est des Andes , et partout où la civilisation n'a point 
encore pénétré, ce sont plutôt les peuples qui donnent le nom aux lieux 

» Lahat Vov. Tom. VI, p. 129. Rochefort, p. 826. Bibl. univ., 1817, p. 355. Le mot /^«ris (lyeris ?) 
serolt-il la corruption à'Eyeris qui, comme nous venons de le voir, signifie homme dans le dialecte des 
femmes caribes. Cet emploi du mot homme est partout très-commun dans les noms ethnographiques. 

* Carie d'Hondlus, de iSgg, qui accompagne l'édition latine de la Relation du Voyage de Ralegh. Dans 
l'édition hollandoise [Nieutve Caerle van het goudrycke landt Guiana) , les Llanos de Caracas, entre les 
montagnes de Merida et le Rio Pao , portent le nom de Caribana. On remarque ici ce que l'on observe si sou- 
vent dans l'histoire de la géographie , qu'une même dénomination a été portée peu à peu de l'ouest à l'est. 

3 Petr, Mari., Dec. II, Lib. I, p. 26. B. Dec. III ^ Lib. V, p. 54 A. 



CHAPITRE XXV. l3 

dans lesquels ils se sont établis '. Nous avons déjà eu occasion de rappeler 
plusieurs fois que les mots Caribes et Canibales paroissent significatifs ; que 
ce sont des épithètes qui font allusion à la vaillance , à la force , et même à la 
supériorité de l'esprit ^. Il est bien digne de remarque qu'à l'arrivée des Portugais, 
les Brésiliens désignoient aussi leurs magiciens par le nom de Caraïbes 3. Nous 
savons que les Caribes de la Parime étoient le peuple le plus voyageur de l'Amé- 
rique; peut-être des individus rusés de cette nation vagabonde jouoient-ils le même 
rôle que les Chaldéens dans l'ancien continent. Des noms de peuples s'attachent 
facilement à de certaines professions ; et lorsque , sous les Césars , les supers- 
titions de l'Orient s'introduisirent en Italie , les Chaldéens ne venoient pas plus 
des bords de l'Euphrate que nos Égyptiens et Bohémiens ( parlant un dialecte 
de l'Inde ) ne sont venus des bords du Nil et de l'Elbe. 

Lorsqu'une même nation habite la Terre-Ferme et des îles voisines, on peut 
opter entre deux hypothèses , en supposant que l'émigration s'est faite des îles 
au continent ou du continent dans les îles. C'est le problême qu'offrent les 
Ibériens (Basques) qui étoient établis à la fois en Espagne et sur les îles de la 
Méditerranée '^. C'est celui que présentent des Malayes qui paroissent autoc- 
thones dans la péninsule de Malaca et dans le district de Menangkabao de l'île de 
Sumatra ^. L'archipel des grandes et des petites Antilles a la forme d'une langue de 
terre étroite et brisée, parallèle à l'isthme de Panama , et qui réunissoit, selon l'hypo- 
thèse de quelques géographes , la Floride à l'extrémité nord-est de l'Amérique du 
Sud. C'est comme le rivage oriental d'tme mer intérieure que l'on peut nommer un 
bassin à plusieurs issues. Cette configuration singulière des terres a servi pour 
étayer les différens systèmes de migration par lesquels on a tenté d'expliquer 
l'établissement des peuples de race caribe dans les îles et sur le continent voisin. 
Les Caribes du continent admettent que les Petites-Antilles étoient anciennement 

' Cesnonu des lieux ne peuvent même se perpétuer que là où les nations se succèdent immédiatement et où la 
tradition reste non interrompue. C'est ainsi que, dans la province de Quito, beaucoup de cimes des Andes 
portent des noms qui n'appartiennent ni au quichua (langue de l'Inca) ni à l'ancienne langue desPuruays, 
gouvernés par le Conchocando de Lican. 

* Vespucci dit : « Se eorum lingua , Charaibi , hoc est, magnae sapientiae viros vocantes. d Gryn. Nov Orh, 
(iSSa), p. i45. Sur le mot Canibale, voyez plus haut, Tom. II, p. 5o3. 

^ Laet, p. 543. 

* Wilhelm von Humholdtj Urbewohner Hispaniens, p. 167. 

5 Crawfard , Ind. Archipel, Tom. II, p. 371. Je me sers du mot autocthone non pour désigner un fait 
de création qui n'appartient pas à l'histoire, mais simplement pour indiquer que nous ignorons qu'un autre 
peuple ait précédé le peuple autocthone. 



l4 LIVRE IX. 

habitées par les Aruacas ' , nation guerrière dont la grande masse se trouve encore 
sur les rives malsaines du Suriname et du Berbice. Ils disent que ces Aruacas , à 
l'exception des femmes , furent tous exterminés par des Caribes venus des bouclies 
de rOrénoque, et ils citent, à l'appui de cette tradition, les analogies que l'on 
observe entre la langue des Aruacas et la langue des femmes chez les Caribes. 
Mais il faut se rappeler que les Aruacas, quoique ennemis des Caribes, appar- 
tiennent avec eux à un même rameau de peuples , et qu'il existe entre l'aruaque 
et le caribe les mêmes rapports qu'il y a entre le grec et le persan , l'allemand et 
le sanscrit. D'après une autre tradition, les Caribes des iles sont venus du sud, 
non en conquérans , mais expulsés de la Guyane par les Aruacas , qui dominoient 
primitivement sur tous les peuples voisins. Une troisième tradition enfin , qui est 
beaucoup plus générale et plus vraisemblable, fait arriver les Caribes de l'Amérique 
septentrionale , et nommément de la Floride. Un voyageur qui se van toit d'avoir 
recueilli tout ce qui a rapport à ces migrations du nord au sud , M. Bristok , 
affirme qu'une tribu de Confacliites ( Confachiqui) ' avoit guerroyé long-temps avec 
les Apalachites ; que ceux-ci , ayant cédé à cette tribu le district fertile d'Amana , 
appeloient leurs nouveaux confédérés Caribes ( c'est-à-dire étrangers valeureux) ; 
mais qu'à la suite d'une altercation sur le culte, les Confachites-Caribes furent chassés 
de la Floride. Ils passèrent d'abord , dans leurs petits canots , aux îles Yucayas ou 
Lucayes (à Cigateo et aux îles voisines) , delà àAyay (Hayhay, aujourd'hui Sainte- 
Croix) et aux Petites-Antilles, enfin sur le continent de l'Amérique du Sud •^. On croit 
que cet événement eut lieu vers l'an iioo de notre ère; mais dans celte évalua- 
tion on suppose (comme dans certains mythes de TOiient), « que la sobriété et l'in- 
nocence des mœurs des sauvages» , ont pu élever la durée moyenne d'une génération 
à i8o à 200 ans, ce qui rend entièrement imaginaire l'indication d'une époque fixe. 
Dans le cours de cette longue migration , les Caribes n'avoient pas touché aux 

> Arouaques. Le missionnaire Quanclt {Nachricht von Surinam ^ 1807, p. 47.) les appelle Arawaches. 

"^ La province de Confachiqui soumise, en i5'»i, à une femme, est devenue célèbre par l'expédilion 
d'Hernando de Soto en Floride, (//er. Dec. VII ^ p. 21.) Aussi, chez les peuples de langue huronne et chez 
les Attakapas, l'autorité suprême ctoit souvent confiée aux femmes. {^Charlevoixj Tora. V, p. 397; Filson, 
p. i85.) 

3 Rochefort, Hist. des Antilles, Tora. I, p. 326-353; Roberlson, Book III, noie 6g. L'idée du 
père Gili que les Caribes du continent pourroient bien y être venus des îles Antilles lors de la première 
conquête des Espagnols (Saggio , Tom. III, p. 2o4.), est contraire à tout ce que rapportent les premiers 
historiens. 



CHAPITRE XXV. l5 

grandes îles Antilles dont les natifs se croyoient cependant aussi originaires 
de la Floride • . Les insulaires de Cuba , de Haïti et de Borriken ( Portorico ) 
étoient, selon le témoignage uniforme des premiers Conquistadores ^ entièrement 
diflerens des Caribes; et, lors de la découverte de l'Amérique, ces derniers avoient 
même déjà abandonné le groupe des petites îles Lucayes , archipel dans lequel 
régnoit, comme cela arrive toujours dans des terres peuplées par des naufragés et 
des fuyards, une étonnante variété de langues ^. 

La domination que les Caribes ont si long -temps exercée sur une grande 
partie du continent , et le souvenir de leur antique grandeur, leur ont inspiré un 
sentiment de dignité et de supériorité nationale , qui se montre dans leurs manières 
et dans leurs discours. « Nous sommes seuls un peuple , disent-ils proverbialement ; 
les autres hommes [oquili) sont faits pour nous servir. » Ce mépris des Caribes pour 
leurs anciens ennemis est si prononcé , que j'ai vu un enfant de dix ans écumer de 
rage lorsqu'on l'appeloit Cabre ou Cavere. Cependant de sa vie il n'avoit vu un 
individu de cette nation ^ malheureuse , qui a donné son nom à la ville de Cabruta 
(Cabritu), et qui, apiès ime longue résistance, a été presque entièrement exterminée 
par les Caribes. Partout , et chez des hordes à moitié sauvages , et dans la partie la 
plus civilisée de l'Europe, nous trouvons ces haines invétérées, ces noms 
de peuples ennemis (jue l'usage a fait passer dans les langues comme les injures 
les plus cruelles. 

Le missionnaire nous conduisit dans plusieurs cabanes indiennes où régnoient de 
l'ordre et une extrême propreté. Nous vîmes avec peine les tourmens auxquels les 
mères Caribes soumettent les enfans, dès l'âge le plus tendre, pour grossir non seule- 
ment leurs mollets, mais alternativement la chair des jambes depuis la cheville jus- 
qu'au haut des cuisses. Des bandelettes de cuir ou de tissus de coton sont placées 
comme des liens étroits à 2 et 3 pouces de distance; en les serrant de plus en plus, on fait 
gonfler les muscles dans l'intervalle des bandelettes. Nos enfans en maillot souffrent 
bien moins que ces enfans des peuples caribes , chez une nation que l'on dit être 
plus rapprochée de l'état de nature. C'est en vain que les moines des missions , sans 
connoître les ouvrages et même le nom de Rousseau , tentent de s'opposer à cet 
ancien système d'éducation physique ; l'homme sorti des bois , que nous croyons 

• Herera, Dec. I , p. 235; Dec. II, p. i63. 

* « La gente de las islas Yucayas era (1492) mas Ijlanca y de major policia que la de Cuba y Haïti. 
Havia muclia diversidad de lenguas. « Gomara, Htst, de Iiid.j fol sxi. 

3 Foyez plus haut, Tom. II, p. SCg, SgS, SgS et 629. 



l6 LIVRE IX. 

si simple dans ses mœurs , n'est pas docile lorsqu'il s'agit de sa parure et des 
idées qu'il s'est formées de la beauté et de la bienséance. J'ai d'ailleurs été surpris 
de voir que la gêne que l'on fait éprouver à ces pauvres enfans , et qui paroît 
entraver la circulation du sang , n'afibiblisse pas le mouvement musculaire. 
Il n'y a pas de race d'hommes plus robustes et plus légers à la course que les 
Caribes. 

Si les femmes travaillent à façonner les jambes et les cuisses de leurs enfans , 
])Our produire ce que les peintres appellent des contours ondoyans , elles s'abs- 
tiennent du moins , dans les Llanos , d'aplatir la tête en la comprimant , dès 
l'âge le plus tendre , entre des coussins et des planches. Cet usage , si commun 
jadis dans les îles et chez plusieurs tribus de Caribes dans la Parime et la 
Guyane franroise, ne se pratique pas dans les missions que nous avons visitées. Les 
hommes y ont le front plus bombé que les Chaymas , les Otomaqnes , les Macos , 
les Maravitains , et que la plupart des habitans de l'Oréncque. On diroit , d'après 
des idées systématiques , qu'ils Tonte omme le requièrent leurs facultés intellec- 
tuelles. Nous avons été d'autant plus frappé de cette observation que les crânes 
Caribes gravés en Europe ^ , dans quelques ouvrages d'anatomie , se distinguent de 
tous les crânes humains par le front le plus déprimé et par l'angle facial le plus 
aigu. Mais on a confondu , dans nos collections ostéologiques , les productions 
de l'art avec l'état de nature. Ce que l'on donne pour des crânes de Caribes de 
l'île de Saint -Vincent «presque dépourvus de front» , sont des crânes façonnés 
entre des planches, et appartenant à des Zambos [Caribes noirs) , qui des- 
cendent de nègres et de véritables Caribes ^. L'habitude barbare d'aplatir le front 
se retrouve d'ailleurs chez plusieurs peuples ^ qui ne sont pas d'une même race : on 



' Je ne citerai comme exemple qu'une planche dessinée par l'illuslre anatomiste , Pierre Camper : F'iri 
adulli cranium ex Caraibensium insula Sancti-Kicenlii in Museo Clinii asseruatum , 1785. 

* Ces malheureux restes d'un peuple puissant ont été déportés, en 1796, à l'île de Rattam, dans 
le goKe de Honduras, parce que le gouverneur anglois les accusoit de liaisons avec les François. 
Un administrateur liabile , M. Lescallier, avoit proposé (1760) à la cour de "Versailles d'attirer les 
Caribes rouges et noirs de Saint-Vincent à la Guyane, pour les employer, comme hommes libres, à la 
culture des terres. Je doute cependant qu'à cette époque , leur nombre ait encore été de 6000 ; l'île de Saint- 
Vincent n'avoit, en 1787, pas au-dessus de i4,ooo lialiitans de toutes les couleurs. (Lescallier j sur la 
Guyane française j p. 4/.) 

^ Par exemple, les Tapoyranas de la Guyane (Barrere, p. aSg), les Solkeeks de la Haute-Louisiane 
(fValckenaer, Cosmogr., p. 583.) n Los Indios de Cumana, dit Gomara [Hist. de Ind., fol. xlv) aprie- 
tan a los ninos la cabeça muy blando, pero mucho, entre dos almohadiUas de algodon para ensanchar 
los la cara , que lo tienen por hermosura. Las donzellas van de todo punto desnudas. Traen senogiles 



CHAPITREXXV. 1'] 

l'a observée récemment jusque dans l'Amérique du nord ; mais rien n'est plus hasardé 
que de conclure l'identité d'origine par une certaine conformité dans les usages 
et les mœurs. Lorsqu'on voyage dans les missions caribes, et que l'on observe 
l'esprit d'ordre et de soumission qui y règne , on a de la peine à se persuader qu'on 
est parmi des Canibales. Ce mot américain, d'une signification un peu douteuse , 
est tiré probablement de la langue d'Haïti ou de celle de Portorico. Il a passé dans 
les langues d'Europe, depuis la fin du 1 5' siècle, comme synonyme d'anthropo- 
phage. « Edaces humanarum carnium novi anthropophagi, quos diximus Caribes 
alias Canibales appellari » , dit Anghiera , dans la troisième Décade de ses Océa- 
niques ', dédiées au pape Léon X. Je ne doute guère que les Caribes des îles ont 
exercé, comme peuple conquérant, des cruautés sur les Ygneris ou anciens habitans 
des Antilles , qui étoient foibles et peu guerriers ; mais on doit admettre aussi ipie 
ces cruautés ont été exagérées par les premiers voyageurs , qui n'écoutoient que 
les récits de peuples anciennement ennemis des Caribes. Ce ne sont pas toujours les 
seuls vaincus qui sont calomniés par leurs contemporains ; on se venge aussi de 
l'insolence du vainqueur en augmentant la liste de ses forfaits. 

Tous les missionnaires de Carony, du Bas-Orénoque et des Llanos del Gzr/, que 
nous avons eu occasion de consulter , assurent que les Caribes sont peut-être les 
peuples les moins anthropophages du Nouveau -Continent. Ils étendent cette 
assertion jusqu'aux hordes indépendantes qui errent à l'est de l'Esmeralda entre 
les sources du Rio Branco et de l'Essequebo. On conçoit que l'acharnement et le 
désespoir avec lesquels on a vu les malheureux Caribes se défendre contre les Espa- 
gnols , lorsqu'en 1 5o4 un décret royal ^ les déclara esclaves , ont du contribuer 
à ce renom de férocité qu'on leur a fait. La première idée de sévir contre cette 
nation , et de la priver de sa liberté et de ses droits naturels , est due à Christophe 
Colomb^, qui, partageant les opinions du i5^ siècle, n'étoit pas toujours aussi 
humain que, par haine contre ses détracteurs, on l'a dit au 18". Plus tard, le Licen- 
ciado Rodrigo de Figueroa fut chargé par la cour (en iSao) de décider quelles 
étoient les peuplades de l'Amérique méridionale que l'on pouvoit regarder comme de 

luuy apretados por debaxo y encima de las rodillas, para que los musios y pantorlllas engorden muclio. 
Dan las norias â los piaches, homJ)res sanctos y religîosos. Los révérendes padres tonian aquel trabajo 
y los novios se quitan de sospecha, quexa y pena. m 

» Dec. m, Lib. m, p. 49, B. 

' « Dati eranl in praedam Caribes ex diplomate regio. Missus est Joliannes Poncius qui Caril)um terras depo- 
puletur et iii servitutem obscœnos hominum voratores redigat. » Pett\ Mari. Océan. Dec. l, Lib. i, ]). 26 , A ^ 
Dec. ///, Lib. VI, p. 5/, C. (Gomara, Hist. de Ind. j fol. cxix. ) 

■^ Pedro Muhoz j Hist. del Nuevo-Mundo , p. 199. 

Relation historique, Tout, fil, 5 



l8 LIVKE IX. 

race caribe ou canibale, et quels autres étoient Guatiaos ', c est-à-dire des Indiens 
de paix et anciens amis des Castillans. Cette pièce ethnographique , appelée 
el auto de Figueroa , est un des monumens les plus curieux de la barbarie des 
premiers Conquistadores. Jamais l'esprit de système n'avoit mieux servi à flatter 
les passions. Nos géographes ne distinguent pas plus arbitrairement dans l'Asie 
centrale les peuples mongols des peuples tartares que Figueroa ne traça la limite 
entre les Canibales et les Guatiaos. Sans faire attention à l'analogie des langues , on 
déclara arbitrairement de race caribe toutes les hordes que l'on pouvoit accuser 
d'avoir dévoré un prisonnier après le combat. Les habitans d'Uriapari (de la 
péninsule de Paria) furent nommés Caribes; les Urinacos (riverains du Bas-Oré- 
noque ou Urinucu) Guatiaos. Toutes les tribus que Figueroa désignoit comme 
Caribes étoient condamnées à l'esclavage : on pouvoit à volonté ou les vendre 
ou leur faire une guerre d'extermination. C'est dans ces luttes sanglantes que les 
femmes caribes , après la mort de leurs maris, se défendirent avec un tel désespoir, 
qu'on les prit , comme dit Anghiera ^ , pour des peuplades d'Amazones. Les décla- 
mations odieuses d'un moine dominicain (Thomas Hortiz) contribuèrent à pro- 
longer les malheurs qui pesoient sur des nations entières. Cependant, et l'on aime 
à le dire , au milieu de ces cruautés exercées contre les Caribes , des hommes 
courageux faisoient entendre quelques accens d'hiunanité et de justice. Plusieurs 
religieux embrassèrent une opinion opposée à celle qu'ils avoient d'abord émise 3. 
Dans un siècle où l'on ne pouvoit espérer de fonder la liberté publique sur des 
institutions civiles, on tàchoit du moins de défendre la liberté individuelle. 



* J'ai eu quelque peine à (lécou>Tir l'origine de ceUe dénomination , devenue si importante par les funestes 
décrets de Figueroa. Les historiens espagnols se servent souvent du mot guatiao comme désignant un rameau 
de peuples. «La isla Margarita esta entre las islas de Caribes y de Indios Guatiaos, amigos de los Castel- 
lanos, que cstan mas adelante de la isla Espaiiola. En lo mas arrilia de la costa de Tierra firme Iiavia 
una provincia que se decia Parucm'ia, la quai era de Guatiaos que no son Caribes. » Herera Dec. II ^ 
p. 258; Dec. III , p. 210. Se faire guatiao de quelqu'un me paraît avoir signifié, en langue d'Haïti, 
conclure un pacte d'amitié. Dans les Antilles, comme dans l'archipel des îles de la mer du Sud, on écban- 
geoit les noms en signe d'alliance. « Juan de Esquivèl (iSoa) se hice Guatiao del Cacique Cotubanaraa; 
el quai desde adelante se Uamû Juan de Esquivèl, porque era liga de perpétua amistad entre los Indios 
trocarsc los noml)res : y trocados qaedahan Guatiaos, que era tanto como confederados y hermanos en 
armas. Ponce de Léon se hice Guatiao cou el poderoso Cacique Agueinaba. « Herera Dec. /^p. 129, 169, 
181. Une des îles Lucayes, habitée par des peuples doux et pacifiques , s'appeloit jadis Guatao [Laet. , p. 22); 
mais nous n'insisterons pas sur l'étymologie de ce mot, parce que, comme nous l'avons déjà fait obsener, 
les langues des îles Lucayes dilTéroicnt de celles d'Haïti. 

''■ Océan. Dec. III , Lib. ix, p. 63, D. [f^oyez aussi plus haut, Vol. Il, p. 438.) 

' Gumara Ilist. de Ind., fol. xis. 



CHAPITR XXV. ig 

"C'est une sainte loi (/ej sanctissima) , dit Gomara, en i55i, que celle par 
laquelle notre Empereur a défendu de réduire les Indiens à l'esclavage. Il est juste 
que les hommes qui , tous naissent libres , ne puissent devenir esclaves les uns 
des autres.» 

Nous fûmes surpris , pendant notre séjour dans les missions caribes , de la 
facilité avec laquelle de jeunes Indiens de 18 ou 20 ans, lorsqu'ils sont élevés à 
l'emploi à'Alguacil ou de Fiscal , haranguent la commune pendant des heures 
entières. L'intonation , la gravité du maintien , le geste qui accompagne la parole , 
tout annonçoit un peuple spirituel et capable d'un haut degré de civilisation. Un 
moine franciscain , qui possédoit assez le caribe pour pouvoir prêcher quelquefois 
dans cette langue, nous fit observer combien, dans les discours des Indiens, 
les périodes étoient longues et nombreuses sans jamais être embarrassées ou 
obscures. Des flexions particulières du verbe indiquent d'avance la nature du 
jégime , selon qu'il est animé ou inanimé , comprenant une seule chose ou une 
pluralité d'objets. De petites formes annexes {suffixd) ont le pouvoir de nuancer 
le sentiment ; et ici , comme dans toutes les langues formées par im développe- 
ment non entravé, la clarté naît de cet instinct régulateur ' qui caractérise 
l'intelligence humaine dans les divers états de barbarie et de cidture. Les jours de 
fête, après la célébration de la messe, la commune entière s'assemble devant l'église. 
Les jeunes filles déposent aux pieds du missionnaire des fagots de bois , du maïs 
des régimes de bananes , et d'autres comestibles dont il a besoin pour son ménage. 
En même temps le governador, Xa fiscal et les officiers municipaux , tous de race 
indienne, exhortent les indigènes au travail, règlent les occupations auxquelles ils 
doivent se livrer dans la semaine, réprimandent les paresseux, et (il faut bien le 
dire) fustigent cruellement les indociles. Des coups de bâton sont reçus avec la 
même impassibilité qu'on les donne. Ces actes de justice distributive paroissenl 
bien longs et bien fréquens aux voyageurs qui traversent les Llctnos pour se rendre 
de l'Angostura aux côtes. On désireroit que ce ne fût pas le prêtre qui imposât des 
peines corporelles au moment de quitter l'autel , on voudroit ne pas le voir assister 
au châtiment des hommes et des femmes en habit sacerdotal : mais cet abus , ou , 
si l'on veut , ce manque de convenance , naît du principe sur lequel repose le 
régime bizarre des missions. Le pouvoir civil le plus arbitraire est étroitement lié 
aux droits qu'exerce le curé de la petite conmiune ; et , quoique les Caribes ne 

' Guillaume de Humboldt , sur l'élude comparée des langues et les époques diverses de leur dévelop- 
pement^ 1821 (en allemand) , p. i3. Voyez aussi plus haut, Tom. I, p. 489, et Tom. II, p. 44o. 



20 LIVRE IX. 

soient guère des Canihales , et que l'on voulut les voir traiter avec douceur et 
avec indulgence, on conçoit pourtant que des moyens un peu énergiques sont 
parfois nécessaires pour maintenir la tranquillité dans une société naissante. 

La difficulté de fixer les Caribes au sol est d'autant plus grande que , depuis 
des siècles , ils ont été adonnés au commerce sur les rivières. Nous avons déjà fait 
connoitre plus haut ce peuple actif, à la fois marchand et guerrier, occupé de la 
traite des esclaves et portant ses marchandises depuis les côtes de la Guyane hoUan- 
doise jusqu'au bassin de l'Amazone. Les Caribes voyageurs étoient les Bukhares de 
l'Amérique équinoxiale : aussi le besoin frécpient de supputer les objets de leur petit 
commerce et de se transmettre des nouvelles , les avoit portés à étendre et à perfec- 
tionner l'usage des quippos , ou, comme on dit dans les missions, des cordoncillos 
con nudos ^. Ces quippos ou cordelettes se retrouvent au Canada ^, au Mexique (où 
Boturini a pu s'en procurer chez les Tlascaltèques ) au Pérou , dans les plaines de la 
Guyane, dans l'Asie centrale, en Chine et dans l'Inde. Comme chapelets, ils sont 
devenus des objets de dévotion entre les mains des chrétiens d'occident; comme 
suampan , ils ont servi aux opérations de Y arithmétique palpable ou manuelle 
des Chinois , des Tartares et des Russes ^. Les Caribes indépendans qui habitent 
le pays si peu connu entre les sources de l'Orénoque et des rivières Essequebo, 
Carony et Parime '^ , sont divisés par tribus : semblables aux peuples du Missoury , 
du Chili et de l'ancienne Germanie, ils forment une espèce de confédération poli- 
tique. Ce régime convient le plus à l'esprit de liberté de ces hordes guerrières qui ne 
trouvent avantageux les liens de la société que lorsqu'il s'agit de leur défense 
commune. La fierté des Caribes les engage à s'isoler de toutes les autres 
tribus , même de celles qui , par leurs langues , ont quelque parenté avec eux. 

' Tom. II , p. 4/1. 

* Caulin, p. 333. 

' Vues des Cordillères et Monumens amer. Tom. I, p. 70,267.8111 les quippos trouvés à l'Orénoque, 
chez les Tamanaques , voyez Gilij Tom. II , p. 34. Les quippos ou cordelettes des peuples de la Haute Loui- 
siane s'appellent Pf^ampum. {John Filsorij Hist. du Kentuchy, p. 102; Charlevoix ^ Hist. de la Nouv. 
France^ Tom. V, p. 3o8; Lepage de Pratz, Hist. de la Louisiane ^ Tom. U, p. 1 96.) Anghiera rapporte 
{Océan. Dec. 11/ ^ Lib. x, p. 65, D.) un fait très-curieux, qui semble prouver que des Caribes voyageurs 
avoient quelque idée de livres reliés comme ceux des Mexicains et les nôtres. J'ai fait connoitre ailleurs {Fues 
des Cordillères , Tom. I , p. 72.) la découverte curieuse de cahiers de peintures trouvés sur les rives de 
rUcayale, parmi les Indiens Panos. Aussi les Péruviens possédoient, outre les quippos j des peintures hiéro- 
glyphiques semblables aux peintures mexicaines, mais plus grossières. {Garcia^ Origen de los Indios, P- 9'-) 
Des pages peintes leur servoient, depuis la conquête, à se confesser à l'église. Peut-être Je Caribe fugitif 
qui venoit au Darien de l'intérieur des terres et dont parle Anghiera avoit-il eu occasion de voir à Quito ou à 
Cundinara.Trca quelque livre péruvien. J'emploie, comme les premiers voyageurs espagnob, le xosAlivre, 
parce qu'il ne suppose aucunement l'emploi d'une écriture alphabétique. 

* Rio Branco ou Rio de Aguas-Blaucas. 



CHAPITRE XXV. 21 

Ce même isolement, ils le demandent encore dans les missions. Rarement ces 
dernières ont prospéré lorsqu'on a tenté d'aggréger les Caribes à des communes 
jnixtes , c'est-à-dire à ces villages dans lesquels chaque cabane est habitée par une 
famille appartenant à une autre nation , parlant un autre idiome. Les chefs des 
Caribes indépendans sont héréditaires de père en fils , et non par les enfans des sœurs. 
Ce dernier mode de succession est basé sur un système de méfiance qui n'an- 
nonce pas une grande pureté de mœms : il est en usage dans l'Inde , dans les 
Ashantees ( en Afrique ) et parmi plusieurs hordes ' de sauvages de l'Amérique 
du Nord. Parmi les Caribes , les jeunes chefs , comme les garrons qui veulent se 
marier, sont soumis aux jeûnes et aux pénitences les plus extraordinaires. On les 
purge avec le fruit de quelques Euphorbiacées ; on les fait suer dans des étuves , 
et on leur donne de ces remèdes qui sont préparés par les marirris ou piaches , 
et que, dans les contrées trans-alléghaniennes , on appelle potions pour la guerre ^ 
potions pour donner du courage (war-phisicks). Les marirris caribes sont les 
plus célèbres de tous : prêtres, jongleurs et médecins à la fois , ils se transmettent 
leur doctrine , leurs ruses et les remèdes qu'ils emploient. Les derniers sont accom- 
pagnés d'imposition de mains, et de quelques gestes ou pratiques mystérieuses qui 
paroissent tenir aux procédés les plus anciennement connus du magnétisme animal. 
Quoique j'aie eu occasion de voir plusieurs personnes qui avoient observé de 
près les Caribes confédérés, je n'ai pu vérifier si les marirris appartiennent à 
ime caste particulière. Dans le nord de l'Amérique, on observe que, parmi les 
Shawanoes"*, divisés en plusieurs tribus , les prêtres qui président aux sacrifices 
doivent être (comme chez les Hébreux) d'une seule tribu, de celle des Mequa- 
chakes. Je pense que tout ce que l'on parviendra un jour à découvrir, en Amérique , 
sur les restes d'ime caste sacerdotale , est d'im vif intérêt , à cause de ces prêtres- 
rois du Pérou qui se disoient fils du Soleil, et de ces Rois-Soleils chez les 
Natchez qui rappellent involontairement les Héliades de la première colonie 

* Parmi les Hurons (Wiandols) elles Natchez, la succession de la magistrature se continue parles femmes: 
ce n'est pas le fils qui succède , mais le fils de la sœur ou le plus proche parent en ligne féminine. Ce genre 
de succession donne la certitude que le pouvoir suprême reste attaché au sang du dernier chef; c'est un 
usage qui assure la légitimité. {Filson^ p. i83.) J'ai trouvé d'anciennes traces de ce mode de succession 
si èommun en Afrique et aux grandes Indes dans les d)'nasties royales des Antilles. « In testamentis auteni 
quam fatue sese habeant intelligamus : ex sorore prima primogenltum, si insit , relinquunt regnorum 
haeredem ; sin minus, ex altéra, vel tertia, si ex secunda proies desit : quia a suo sanguine creatam 
sobolem eam certum est. Filios autem uxorum suarum pro non legitimis habent. Uxores ducunt quotquot 
placet. Ex uxoribus cariores cum regulo sepeliri patiuntur. » {Petr. Mart. ^ Océan. Dec. III j Lib. ix, 
p. 63, B.) 

* Peuples venus de la Floride , ou du midi ( shawaneu ) vers le nord. Archœol. Amer. , Tom. 1 , 
p. 275-, HistOT, Trans of Phil., Tom. I, p. 28, Cg, 77, 83. 



22 LIVRE IX. 

orientale de Rhodes '. Pour bien étudier les mœurs et les coutumes de la grande 
nation carlbe, il faudroit visiter à la fois les missions des Llanos , celles de Carony, 
et les savanes qui s'étendent au sud des montagnes de Pacaraymo. Plus on appren- 
dra à les connoître , disent les moines de Saint-François , et plus on verra s'évanouir 
les préjugés qiii se sont répandus contre eux en Europe, où on les regarde comme 
étant plus sauvages, ou , pour me servir de l'expression naïve d'un Seigneur de Mont- 
martin,commeétantbeaucoupmoinsZi7>èr«Mj:qued'autrespeupladesde la Guyane^. 
La langue des Caribes du continent est la même depuis les sources du Rio Branco 
jusqu'aux steppes de Cumana. J'ai été assez heureux pour me procurer un manuscrit 
renfermant l'extrait que le père Sébastien Garcia a fait de la Gramatv^a de la lengua 
Caribe del P. Fernando Ximenez. Ce manuscrit précieux a servi aux recherches 
(jue M. Vater "^, et récemment d'après un plan beaucoup plus vaste, mon frère, 
M. Guillaume de Humboldt, ont faites sur la structure des langues américaines. 

Au moment de quitter la mission de Cari , nous exlmes quelques contestations 
avec nos muletiers indiens. Ils s'étoient aperçus, à notre plus grand étonnement , que 
nous amenions avec nous des squelettes de la caverne d'Ataruipe "*, et ils étoient 
fermement persuadés que la bête de somme qui portoit « le corps de leurs vieux 
parens » devoit périr dans le voyage. Toutes les précautions que nous avions 
prises pour cacher les squelettes étoient inutiles ; rien n'échappe à la pénétration 
et à l'odorat d'un Caribe et il fallut toute l'autorité du missionnaire pour faire 
partir nos charges. Nous eiîmes à traverser le Rio Cari en bateau, et le Hio 
de agua clara au gué, je dirais presque à la nage. Les sables mouvans du fond 
rendent ce dernier passage très-pénible pendant la saison des grandes crues. On est 
surpris de trouver cette force des courans dans un pays si uni ; aussi les rivières des 
steppes se précipitent , pour me servir d'une expression très-juste de Pline le jeune ^, 
« moins par la pente qu'elles trouvent que par leur abondance et comme par 
leur propre poids.» Nous eûmes, avant d'arriver à la petite ville du Pao, deux 
mauvais gîtes , à Matagorda et à Los Riecitos. Nous rencontrâmes partout les mêmes 
objets : ces petites cabanes construites en roseaux et couvertes de cuirs j ces hommes 

» £)iod.^ Lib. V, §. 56, p. 327. D. (édit.Rhodoman.) 

2 « Les Caribes sont d'assez belle taille et potelés ; mais ils sont peu libéraux, car iU aiment à se nourrir 
de chair liumaine, de lézards et de crocodiles.» [Descript. gén. de l'Amérique par Pierre d'AviCy, Seigneur 
de Monlntartirij 1660, p. 118.) 

3 Mithriflates, Tom. III , p. 685. Le Père Gili n'a pas eu connoissance de ce manuscrit. Saggio ^ Tom. III , 
p. 4io. 

* ^oye: plus haut , Tom. II , p. 596-600. 

5 Epist. , Lib. viii , n" 8. « Clitumnus non loci devexitate , sed ipsa sui copia et quasi pondère impellitur. n 



CHAPITRE XXV. 23 

à cheval , armés de lances , qui surveillent les troupeaux ; ces troupeaux de bêtes 
à cornes , à demi-sauvages , remarquables par la couleur uniforme de leur poil , et 
disputant les herbages aux chevaux et aux mulets. Pas de moutons , pas de chèvres 
dans ces steppes immenses! Les moutons ne se multiplient bien dans l'Amérique 
équinoxiale que sur les plateaux élevés de plus de mille toises ; c'est là seulement que 
les laines sont longues et parfois très-belles. Sous le climat ardent des plaines , où 
les loups sont remplacés par des jaguars, ces petits ruminans , dépourvus de défenses 
et si lents dans leurs mouvemens , ne peuvent se conserver en grand nombre. 

Nous arrivâmes , le 1 5 juillet , à la Fundacion ou Villa del Pao , fondée en 1 744 ? 
et très-favorablement placée pour servir d'entrepôt de commerce entre Nueva- 
Barcelona et l'Angostura. Son véritable nom est la Concepcion del Pao : Alcedo , 
La Cruz Olmedilla et beaucoup d'autres géographes l'ont mal située, en confondant 
cette petite ville des Llanos de Barcelona ou avec San Juan Bauptista del Pao des 
Llanos de Caracas, ou avec El Valle del Pao de Zarate '. Malgré le temps nua- 
geux , je réussis à obtenir quelques hauteurs de a. du Centaure propres à fixer 
la latitude du lieu. Elle est de 8° 87' 57". Des hauteurs du soleil me donnèrent, 
pour la longitude, 67° 8' 12", en supposant l'Angostura Q)Ç>° lÔ'ai". Les 
déterminations astronomiques de Calabozo ^ et de la Concepcion del Pao sont 
assez importantes pour la géographie de ces contrées , où , au milieu des savanes , 
on manque absolument de points fixes. Les environs du Pao offrent quelques 
arbres fruitiers, phénomène rare dans les steppes. Nous y trouvâmes même des 
cocotiers qui sembloient très-vigoureux , malgré la grande distance de la mer. J'in- 
siste sur cette dernière observation, parce cpi'on a récemment élevé quelques doutes 
sur la véracité des voyageurs qui prétendent avoir rencontré le cocotier, qui est un 
palmier du littoral, à Tombuctou, dans le centre de l'Afrique 3. Nous avons 
eu plusieurs fois occasion de voir des cocotiers au milieu des cultures qui 
bordent le Rio Magdalena , à plus de cent lieues des côtes. 

Cinq journées, qui nous paroissoient bien longues, nous conduisirent de la 
Villa del Pao au port de Nueva-Barcelona. A mesure que nous avancions , le 
ciel devint plus serein , le sol plus poudreux , l'atmosphère plus embrasée. Cette 
chaleur dont on souffre beaucoup n'est pas due à la température de l'air : elle est 
produite par le sable fin qui s'y trouve mêlé, qui rayonne de tous côtés, et frappe 

' Caulin, p. 343. Depons, Tom. III, p. 20g. 
* Voyez plus haut, Tom. II, p. 190. 

' Selon le rapport du matelot Adams et celui de Hadjee Talub Ben Jeloiv {Fitzclai ence , Haute acrose 
Inclia, p. 4ç)4.) 



24 LIVRE IX. 

contre le visage du voyageur comme il frappe contre la boule du thermomètre. Je 
n'ai cependant jamais vu monter le mercure en Amérique , au milieu d'un 
vent de sable ^ au-delà de 1^^°^^ cent. Le capitaine Lyon, avec lequel j'ai eu le 
plaisir de m'entretenir à son retour de Mourzouk, me paroissoit aussi porté à 
croire que la température de Sa" qu'on éprouve si souvent dans le Fezzan pro- 
vient en grande partie de grains de quarz suspendus dans l'atmosphère. Nous 
passâmes entre le Pao et le village de Santa Ciuz de Cachipo , fondé en 1749 ? ^^ 
habité par 5oo Caribes ' , le prolongement occidental du petit plateau qui est 
connu sous le nom de Mesa de Amana. Ce plateau forme un point de partage entre 
rOrénoque , le Guarapiche et le littoral de la Nouvelle- Andalousie. Sa hauteur 
est si petite qu'elle ne mettra que peu d'obstacle à l'établissement d'une navigation 
intérieure dans cette partie des Llanos. Cependant le Rio Mamo , qui débouche 
dans l'Orénoque au-dessus du confluent du Carony, et que D'Anville (j'ignore 
d'après quel témoignage?) a tracé dans la première édition de sa grande carte 
comme sortant du lac de Valencia et comme recevant les eaux, du Guayre , n'a 
jamais pu servir de canal naturel entre deux bassins de rivières. Aucune bifurcation 
de ce genre n'existe dans la steppe. Un grand nombre d'Indiens Caribes qui habitent 
aujourd'hui les missions de Piritu , étoient fixés jadis au nord et à l'est du plateau 
d' Amana , entre Maturin , la bouche du Rio Areo et le Guarapiche ; ce sont les 
incursions de Don Joseph Careîïo, un des gouverneurs les plus entreprenans 
de la province de Cumana, qui, en 1720, furent la cause d'une migration 
générale des Caribes indépendans vers les rives du Bas-Orénoque. 

Toute cette vaste plaine est composée, comme nous l'avons exposé plus haut ^, 
de formations secondaires qui s'adossent vers le sud , immédiatement aux mon- 
tagnes granitiques de l'Orénoque. Vers le nord-ouest , une bande assez étroite de 
roches de transition ^ les séparent des montagnes primitives du littoral de Caracas. 
Cette abondance de roches secondaires qui couvrent sans interruption un espace 
de plus de 7200 lieues carrées (en ne comptant que la partie des Llanos qui 
est bordée au sud par le Rio Apure, et à l'ouest par la Sierra Nevada de Meridaet le 
Paramo de las Rosas) , est un phénomène d'autant plus remarquable sous ces 
climats , que , dans toute la Sierra de la Parime , entre la rive droite de l'Orénoque 
et le Rio Negro, on est frappé, comme en Scandinavie , d'une absence totale de 
formations secondaires. Le grès rouge, renfermant quelques débris de bois fossile 

' La population n'étoit , eu 1754, que de 120 âmes. Caulin, p. 35a. 
' Tom. II, p. igS-igS. 
* Tom. II, p. lio-iii 



CHAPITBE XXV. aS 

(de la famille des Monocotylédonées ) , se découvre partout dans les steppes de 
Calabozo ; plus à l'est , des roches calcaires et gypseuses lui sont superposées et 
le dérobent à la recherche du géologue. Le gypse marneux, dont nous avons 
ramassé des échantillons près de la mission Caribe de Cachipo , m'a paru appar- 
tenir à la même formation que le gypse d'Ortiz. Pour le classer selon le type 
des formations européennes , je le rangerois parmi les gyj^ises souvent muriati- 
fères qui recouvrent la pierre calcaire alpine ou le zechstein. Plus au nord, 
vers la mission de San Josef de Curataquiche , M. Bonpland trouva, dans la 
plaine , de beaux morceaux rubannés de jaspe ou cailloux d'Egypte. Nous 
ne les avons pas vus en place enchâssés dans une roche, et nous ignorons s'ils 
appartiennent à un conglomérat très-récent ou à ce calcaire que nous avons 
vu au Morro de Nueva-Barcelona et qui n'est pas de transition , quoiqu'il ren- 
ferme des couches de jaspe schisteux [kieselschiefer). 

On ne peut traverser les steppes ou savanes de l'Amérique méridionale , 
sans se livrer à l'espoir qu'on profitera un jour des avantages qu'elles offrent , 
plus que toute autre région du globe, pour mesurer des degrés d'un arc 
terrestre dans le sens d'un méridien ou d'une perpendiculaire à la méri- 
dienne. Leur grande étendue de l'est à l'ouest rendroit surtout très-facile la 
mesure de quelques degrés de longitude. Cette opération seroit d'un vif intérêt 
pour la connoissance précise de la figure de la terre. Les Llanos de Venezuela 
se trouvent i3° à l'est des lieux où, d'un côté, les académiciens françois, par 
des triangles appuyés aux sommets des Cordillères, et, de l'autre, Mason et 
Dixon , renonçant ( dans les plaines de la Pensylvanie ) aux secours de la trigo- 
nométrie , ont exécuté leurs mesures : ils se trouvent presque sur le même pa- 
rallèle (et cette circonstance est bien importante) que le plateau de l'Inde, entre 
Junné et Madura, qui a été le théâtre des belles opérations du colonel Lambton. 
Quels que puissent être les doutes que l'on a encore sur l'exactitude des instrumens, 
les erreurs de l'observation et les influences des attractions locales, il seroit difficile, 
dans l'état actuel de nos connoissances , de nier les inégalités d'aplatissement de la 
terre. Lorsqu'une liaison plus intime sera établie entre les gouvernemens libres de 
La Plata et de Venezuela, on profitera sans doute de cet avantage et de la paix 
publique pour exécuter, au nord et au sud de l'équateur, dans les Llanos et les 
Pampas, les mesures que nous proposons. Les Llanos du Pao et de Calabozo se 
trouvent presque sous un même méridien avec les Pampas au sud de Cordova ; 
et la différence de latitude de ces plaines unies comme si elles étoient nivelées 
par un long séjour des eaux , est de 45°. Ces opérations géodésiques et astrono- 
Relalion historique , Tom.lII. 4 



26 LIVRE IX. 

miqnes seroient peu coûteuses, à cause de la nature des localités. Déjà La 
Condamine ', en 1734, avoit prouvé combien il auroit été plus utile, et siutout 
plus expéditif , d'avoir envoyé les académiciens dans les plaines ( peut-être un 
peu trop boisées et marécageuses) qui s'étendent au sud de Cayenne vers le 
confluent du Rio Xingu et de l'Amazone, que de les forcer, sur le plateau de 
Quito, à lutter avec les frimas, les tempêtes et les éruptions des volcans. 

Les gouvernemens espagnols-américains ne doivent pas considérer les opérations 
projetées dans les Llanos et combinées avec des observations de pendule , comme 
n'offrant qu'rm intérêt purement scientifique ; ces travaux pourront devenir en 
même temps le fondement principal des cartes sans lesquelles toute administration 
régulière d'im pays est impossible. Jusqu'ici on a du se borner à ime levée 
purement astronomique : c'est le moyen le plus sûr et le plus prompt dans une 
surface d'ime vaste étendue. On a tâché de déterminer la longitude de quelques 
points de la côte et de l'intérieur d'une manière absolue^ c'est-à-dire par des 
phénomènes célestes ou des séries de distances lunaires. On a fixé les lieux les 
plus importans d'après les trois coordonnées de latitude , de longitude et de hau- 
teur. Les points intermédiaires ont été rapportés chronométriquement aux points 
principaux. La marche très-uniforme des chronomètres dans des canots, et les 
inflexions bizarres de TOrénoque ont facilité cette liaison. En ramenant les chro- 
nomètres au point du départ, ou en observant deux fois (en allant et en revenant) 
dans un point intermédiaire , en rattachant les extrémités des lignes chronome'- 
triques ^ à des endroits très-éloignés les uns des autres, et dont la position 
se fonde sur des phénomènes absolus ou purement astronomiques , on est parvenu 
à évaluer la somme des erreurs qu'on a pu commettre. C'est ainsi ( et aucime déter- 
mination de longitude n'avoit été faite avant moi dans l'intérieur) que j'ai lié astro- 
nomiquement Cumana, l'Angostura , l'Esmeralda, San Carlos del Rio Negro, les 
Grandes Cataractes , San Fernando de Apure, Portocabello et Caracas. Ces déter- 
minations contiennent, entre de justes limites, tme surface déplus de 10,000 lieues 
carrées. Le système des positions du littoral et les précieux résultats du relèvement 
exécuté par l'expédition maritime deFidalgo ont été joints au système des positions 

* Voy. à l'Equal., p. 194 e/ 201. SI l'on chercliolt un pays entièrement uni et découvert sous l'èquaUur 
mime, je prtférerois aux plaines désignées par M. de La Condamine celles qui s'étendent au sud de la chaîne 
de montagnes de Pacaraymo , vers la bouche du Rio Branco. Voyez plus haut, Tom. II, p. 683 et 717. 

^ Je désigne par celte expression peu usitée les lignes qui réunissent les points dont les longitudes ont 
été déterminées au moyen du transport du temps, et qui , par conséquent, sont dépendantes les unes des autres. 
C'est de la disposition convenable de ces lignes que dépend l'exactitude d'une ^f«?e purement astronomique. 



CHAPITEEXXV. 2'J 

de rOrénoque et du Rio Negro par deux lignes chron orné triques , dont l'une 
traverse les Llanos de Calabozo, l'autre les Llanos du Pao. Les observations 
de la Parime offrent une bande qui partage en deux parties une immense étendue 
de terrain (de 78,000 lieues carrées), sur laquelle il ne se trouve jusqu'ici pas 
un seul point déterminé astronomiquement '. Ces divers travaux, que j'ai 
entrepris avec de foibles moyens, mais d'après un plan général, ont offert (j'ose 
m'en flatter) les premiers l'ondemens astronomiques de la géographie de ces 
contrées; mais il est temps de les multiplier, de les perfectionner, et surtout 
de les remplacer, là où la culture du pays le permet , par des opérations trigono- 
métriques. Sur les deux bords des Llanos qui s'étendent comme un golfe depuis 
le delta de l'Orénoqpie jusqu'aux montagnes neigeuses de Merida , deux chaînes 
granitiques se prolongent vers le nord et vers le sud parallèlement à l'équateur. 
Ces anciennes côtes d'un bassin intérieur sont visibles de loin dans les steppes 
et peuvent servir à établir des signaux. Le Pic du Guacharo , le Cocollar et 
Tumiriquiri , le Bergantin , les Morros de San Juan et de San Sébastian , la 
Galera qui borde les Llanos comme un mur rocheux , le petit Cerro de Flores 
que j'ai vu à Calabozo et dans un moment où le mirage étoit à peu près nul , 
serviront au réseau des triangles vers le bord septentrional des plaines. Une grande 
partie de ces cimes sont visibles à la fois dans les Llanos et dans la bande 
cultivée du littoral. Vers le sud , les chaînes granitiques de TOrénoque ou de la 
Parime restent un peu éloignées des bords de la steppe , et favorisent moins les 
opérations géodésiques. Cependant les montagnes qui s'élèvent au-dessus de 
l'Angostura et de Muitaco , le Cerro del Tirano près de Caycara , le Pan de 
Azucar et le Sacuima près du confluent de l'Apure et de l'Orénoque , pourront 
être très-utiles, surtout si l'on prend les angles par un temps couvert, afin que 
le jeu des réfractions extraordinaires , au-dessus d'un sol fortement échauffé , ne 
défigure et ne déplace pas les sommets des montagnes vus sous des angles de 
hauteur trop petits. Des signaux à poudre , dont le reflet vers le ciel se distingue 
de si loin , seront d'un grand secours. J'ai pensé qu'il seroit utile de consigner ici 
ce que j'ai puisé dans ma connoissance des localités et dans l'étude de la géographie 
de l'Amérique. Un géomètre distingué , M. Lanz , qui réimit à des connoissances 
variées dans toutes les branches des mathématiques l'habitude des instrimiens 
d'astronomie, est occupé en ce moment à perfectionner la géographie de ces 
contrées, et à exécuter, sous les auspices du gouvernement de Venezuela, 

* Voyez plus haut, Tom. II, p. 682, note 3. 



28 LIVRE IX. 

une partie des projets sur lesquels, dès l'année 1799, j'avois appelé en vain 
l'attention du ministère espagnol. 

Nous couchâmes, le 16 juillet, dans le village indien de Santa Cruz de Cachipo. 
Cette mission a été fondée en 1749 par la réunion de plusieurs familles caribes 
qui habitoient les bords inondés et malsains des Lagunetas de Anache , vis- 
à-vis le confluent du Rio Puruay avec TOrénoque. Nous logeâmes chez le mission- 
naire 'j et, en examinant les registres de la paroisse, nous vîmes combien, par 
son zèle et soti intelligence , la prospérité de la commune avoit fait des progrès 
rapides. Depuis que nous étions parvenus au milieu des steppes , la chaleur s'étoit 
accrue à un tel degré que nous aurions préféré ne plus voyager pendant le jour ; 
mais nous étions sans armes , et les Llanos étoient infestés alors par im nombre 
prodigieux de voleurs qui assassinoient avec un raffinement atroce les blancs qui 
tomboient entre leurs mains. Rien n'est plus déplorable que l'administration de 
la justice dans ces colonies d'outre-mer. Partout nous trouvâmes les prisons 
remplies de malfaiteurs dont la sentence n'est prononcée qu'après sept ou huit ans 
d'attente. Près du tiers de ces détenus réussit à s'évader : les plaines dépeuplées , 
mais remplies de troupeaux , leur offrent un asile et de la nourritiu-e. Ils exercent 
leur brigandage à cheval à la manière des Bédouins. L'insalubrité des prisons seroit 
au comble si elles ne se vidoient pas de temps en temps par la fuite des détenus. Il 
arrive aussi souvent que des arrêts de morts, tardivement rendus par XAudiencia de 
Caracas , ne peuvent être exécutés faute de bourreau. Alors , d'après une coutiune 
barbare que j'ai déjà rappelée plus haut , on fait grâce à celui des coupables qui 
veut se charger de pendre les autres. Nos guides nous racontoient que , peu de 
temps avant notre arrivée sur les côtes de Cumana, un Zambo^ connu par une 
grande férocité de mœurs, résolut de se soustraire au châtiment, en se faisant 
exécuteur. Les apprêts du supplice l'ébranlèrent dans sa détermination ; il eut 
horreur de lui-même, et, préférant la mort au surcroît de honte qu'il devoit 
s'attirer en se sauvant la vie, il redemanda les fers qu'on lui avoit ôtés. Sa 
détention ne fut pas longue, et il subit sa peine par la lâcheté d'im de ses 
complices. Ce réveil d'un sentiment d'honneur dans l'ame d'un meurtrier est 
un phénomène psychologique assez digne de méditation. L'homme qui tant de 
fois a versé le sang, en dépouillant le voyageur dans la steppe, recule devant 
l'idée de se faire l'instrument de la justice, d'infliger à d'autres une pimition 
qu'il sent peut-être avoir méritée lui-même. 

' Fray José de las Piedras. 



CHAPITRE XXV. 29 

Si, dans les temps paisibles pendant lesquels nous avons eu le bonheur, 
M. Bonpland et moi, de parcourir les deux Amériques, les Llanos servoient déjà 
de refuge aux malfaiteurs qui avoient commis quelque crime dans les missions de 
rOi'énoque ou qui s'étoient évadés des prisons du littoral , combien cet état de 
choses n'a-t-il pas dû empirer à la suite des discordes civiles , au milieu de cette 
lutte sanglante qui s'est terminée en donnant la liberté et l'indépendance à ces 
vastes contrées. Nos landes et nos bruyères n'offrent qu'une faible image de 
ces savanes du Nouveau-Continent dont l'area de huit ou dix mille lieues carrées 
est unie comme la surface de la mer. L'immensité de l'espace garantit l'impunité 
aux vagabonds; on se cache mieux dans les savanes que dans nos montagnes et 
nos forêts, et les artifices de la police européenne ne sont pas aisés à mettre en 
usage là où il y a des voyageurs et pas de chemins, des troupeaux et point de 
pâtres , des fermes tellement isolées que , malgré l'action puissante du mirage , 
on pourroit faire plusieurs journées sans en voir paroître une à l'horizon. 

En parcourant les Llanos de Caracas , de Barcelone et de Cumana , qui se 
suivent de l'ouest à l'est depuis les montagnes de Truxillo et de Merida jusqu'à 
l'embouchure de l'Oréuoque , on se demande si ces vastes terrains sont destinés par 
la nature a servir éternellement de pâturages, ou si la charrue et la bêche du 
laboureur les soumettront un jom- à la culture. Cette question est d'autant 
plus importante , que les Llanos , placés aux deux extrémités de l'Amérique du 
Sud, mettent des entraves à l'union politique des provinces qu'elles séparent. 
Ils empêchent la culture agricole des côtes de Venezuela de s'étendre vers la 
Guyane, celle du Potosi de refluer vers l'embouchure du Rio de La Plata. 
Les steppes interposées conservent avec la vie pastorale quelque chose d'agreste 
et de sauvage qui les isole et les éloigne de la civilisation des pays anciennement 
défricliés. C'est par cette même raison que , dans la guerre de l'indépendance , 
elles ont été le théâtre de la lutte entre les partis ennemis , et que les habitans 
de Calabozo ont presque vu décider sous leurs murs le sort des provinces confé- 
dérées de Venezuela et de Cundinamarca. Je désire qu'en assignant des limites 
aux nouveaux états et aux sous-divisions de ces états , on n'ait pas à se repentir 
quelquefois d'avoir perdu de vue l'importance des Llanos et leur influence 
sur la désunion de sociétés que des intérêts communs devroient rapprocher. 
Les steppes serviroient de limites naturelles , comme les mers ou les forêts vierges 
des tropiques , si les armées ne les traversoient pas avec d'autant plus de facilité 
qu'elles offrent , dans leurs innombrables troupeaux de chevaux , de mulets et de 
boeufs , tous les moyens de transport et de subsistance. 



3o LIVRE IX. 

Nulle part dans le monde, la configuration du sol et l'état de sa surface n'ont 
des traits plus prononcés : nulle part aussi ils n'agissent d'une manière plus 
sensible sur les divisions du corps social, déjà partagé par la différence de l'origine, 
par celle des couleurs et de la liberté individuelle. Il ne dépend pas de la puissance 
de l'homme de changer cette diversité de climats que les inégalités du sol 
produisent sur un petit espace de terrain, et qui font naître l'antipathie des 
habitans de tierra caliente contre ceux de tierra fria , antipathie fondée sur 
les modifications du caractère , des habitudes et des mœurs. Ces effets moraux 
et politiques se manifestent surtout dans les pays où les extrêmes de hauteur 
et de dépression sont le plus frappans , là ou les montagnes et les terrains bas ont 
le plus de masse et d'étendue. Tels sont la Nouvelle-Grenade ou Cundinamarca , 
le Chili et le Pérou où la langue de l'Inca offre beaucoup d'expressions heureuses 
et naïves pour désigner cette opposition climatérique de tempérament, d'incli- 
nations et de facultés intellectuelles. Dans l'état de Venezuela, au contraire, les 
montaneros des hautes montagnes de Bocono, de Timotes et de Merida ' ne 
forment qu'une partie extrêmement modique de la population totale, et les 
vallées populeuses de la chaîne côtière de Caracas et de Caripe ne sont qu'à 
trois ou quatre cents toises au-dessus du niveau de la mer. Il en résiUte que , dans 
la réunion politique des états de Venezuela et de la Nouvelle-Grenade, sous le 
nom de Colombia , la grande population montagnarde de Santa-Fe, de Popayan , 
de Pasto et de Quito a été balancée , sinon en entier, du moins pour plus de la 
moitié , par l'accroissement de huit à neuf cent mille habilans de tierra caliente. 
L'état de la surface du sol est moins immuable que sa configruation. On conçoit 
la possibilité de voir disparoître ces oppositions tranchées entre les forêts impé- 
nétrables de la Guyane et les Llanos dépourvus d'arbres et couverts de graminées; 
mais que de siècles faudra-t-il pour que ces changemens deviennent sensibles 
dans les steppes immenses de Venezuela, du Meta, du Caqueta et de Buenos- 
Avres? Ce que l'on a vu de la puissance de l'homme , de sa lutte contre les 
forces de la nature dans les Gaules, en Germanie, et récemment, mais toujours 
hors des tropiques dans les États-Unis, ne donne guère ime juste mesure de ce 
que nous devons attendre de l'avancement de la civilisation sous la zone torride. 
J'ai parlé plus haut de la lenteur avec laquelle on fait disparoître des forêts par 
le feu et la hache , lorsque les troncs des arbres ont de 8 à lo pieds de diamètre, 
lorsque, en tombant, ils s'appuient les ims contre les autres, et que leur bois, 

• Allai gèogr.j PI. xvii. 



CHAPITRE XXV. 3l 

humecté par des pluies presque continuelles, est d'une dureté excessive. Dans 
les Llanos ou Pampas , la possibilité de soumettre le sol à la culture n'est pas 
reconnue généralement par les colons qui l'habitent : c'est un problème qu'on 
ne peut résoudre d'une manière générale. La majeure partie des savanes de 
Venezuela n'a pas l'avantage des savanes de l'Amérique septentrionale, qui sont 
traversées longitudinalement par trois grandes rivières, le Missoury, l'Arkansas 
et le Fleuve rouge de Natchitoches : les savanes d'Araure , de Calabozo et du 
Pao ne sont coupées que transversalement par les aiïluens de l'Qrénoque , dont 
les plus orientaux (le Cari, le Pao, l'Acaru et le Manapire) ont très-peu d'eau 
dans la saison des sécheresses. Tous ces alfluens ne se prolongent guère vers le 
nord 5 de sorte qu'il reste , dans le centre , des steppes , de vastes terrains {bancos 
et rnesas) d'une aridité affreuse. Ce sont les parties occidentales fertilisées par le 
Portuguesa, le Masparro et l'Oiivante, et par les affluens très-rapprochés de ces 
trois rivières qui sont le plus susceptibles de culture. Le sol est un sable mêlé 
d'argile , couvrant un lit de galets quarzeux. Partout le terreau végétal , qui 
est la source principale de la nutrition des plantes , y est extrêmement mince. 
Il n'augmente guère par la chute des feuilles qui , moins périodique dans les 
forêts de la zone torride , y a lieu cependant comme dans les climats tempérés. 
Depuis des milliers d'années , les Llanos sont dépourvus d'arbres et de broussailles ; 
quelques palmiers épars dans la savane ajoutent peu à cet hydrure de carbone , 
à cette matière extractive qui (d'après les expériences de Saussure , de Davy et 
de Braconnot) donne de la fertilité au terreau. Les plantes sociales qui dominent 
presque exclusivement dans la steppe sont des Monocotydélones , et l'on sait 
combien les graminées appauvrissent le sol dans lequel pénètrent leurs racines à 
fibres serrées. Cette action des Killingia , des Paspalum , des Cenchrus , qui 
forment le gazon , est partout la même ; mais lorsque le roc est près de percer 
la terre , celle-ci varie selon qu'elle repose sur le grès rouge ou sur le calcaire 
compacte et le gypse ; elle varie aussi selon que des inondations périodiques ont 
accumulé du limon dans les endroits les plus bas, ou que, sur de petits plateaux, le 
choc des eaux a enlevé le peu de terreau qui les couvroit. Beaucoup de cultures 
isolées existent déjà au milieu de ces pâturages, là où l'on a trouvé des eaux 
courantes ou quelques touffes de palmiers Mauritia. Ces fermes autour desquelles 
on sème du maïs et l'on plante du manioc, se multiplieront considérablement, 
si l'on parvient à augmenter les arbres et les arbustes. 

L'aridité et l'excessive chaleur des mesas • ne dépendent pas uniquement de 

' Petits plateaux, bancs j parties plus élevées que le reste de la steppe. 



LIVRE IX. 



l'état de leur surface et de la réverbération locale du sol ; leur climat est modifié 
par les régions adjacentes , par la steppe entière dont les mesas font partie. Dans les 
déserts de l'Afrique ou de l'Arabie , dans les Llanos de l'Amérique du sud , 
dans les vastes bruyères qui s'étendent depuis l'extrémité du Jutland jusqu'à 
l'embouchure de l'Escaut, la fixité des limites du désert, des savanes et des 
landes repose en grande partie sur leur immense étendue , sur la nudité que ces 
terrains ont acquise par quelque révolution destructive de l'ancienne végétation 
de notre planète. C'est par leur étendue , par leur continuité et leur masse qu'elles 
s'opposent aux envahissemens de la culture, qu'elles conservent, semblables à 
des golfes intérieurs , la stabilité de leurs rives. Je n'aborderai pas la grande 
question, si, dans le Sahara, dans cette Méditerranée de sables mouvans, les 
germes de la vie organique se multiplient de nos jours. A mesure que nos connois- 
sances géographiques se sont étendues, nous avons vu , dans la partie orientale du 
désert , des îlots de verdure , des Oasis couverts de dattiers se resserrer en archipels 
plus nombreux et ouvrir leurs ports aux caravanes; mais nous ignorons si, depuis 
le temps d'Hérodote , la forme des Oasis n'est pas restée constamment la même. 
Nos annales sont trop incomplètes et trop courtes pour suivre la nature dans sa 
marche lente et progressive. 

De ces espaces entièrement nus auxquels une catastrophe violente a enlevé l'en- 
veloppe végétale et le terreau , de ces déserts de la Syrie et de l'Afrique , qui , 
par leur bois pétrifié, attestent les changemens qu'ils ont éprouvés, reportons 
maintenant nos yeux sur les Llanos couverts de graminées. Ici , la discussion des 
phénomènes est plus rapprochée du cercle de nos observations journalières. Plusieurs 
cultivateurs , établis dans les steppes de l'Amérique , se sont formés , relativement à 
la possibilité d'une culture plus générale, ces mêmes idées que j'ai déduites de 
l'action climatérique des steppes considérées comme surfaces ou masses continues. 
Ils ont observé que des landes, enclavées entre des terrains cultivés et boisés, 
résistent moins long-temps au labourage que des terrains également circonscrits, 
mais faisant partie d'une vaste surface de même nature. Cette observation est 
juste, que la portion enclavée soit une savane ou qu'elle soit couverte de 
bruyères , comme dans le nord de l'Europe , ou de cistes , de lentisques et de 
Chamaerops, comme en Espagne , ou de Cactus, d'Argemone et de Brathys , comme 
dans l'Amérique équinoxiale. Plus l'association occupe d'espace , et plus les plantes 
sociales opposent de résistance à la culture. A cette cause générale se joignent, dans 
les Llanos de Venezuela, l'action des petites graminées qui appauvrissent le sol 
pendant la maturation des grains, l'absence totale des arbres et des broussailles, les 



CHAPITRE XXV. 33 

vents de sable dont l'ardeur s'accroît par le contact d'une surface qui absorbe les 
rayons du soleil pendant douze heures , sans que jamais il s'y projette d'autre ombre 
que celle du chaume des Aristides, des Cenchrus et des Paspalum. Les progrès que la 
végétation des grands arbres et la culture des plantes dicotylédones ont faits dans 
les environs des villes, par exemple autour de Calabozo et du Pao, prouvent ce que 
l'on pourroit gagner sur la steppe , en l'attaquant par j)etites portions, en l'enclavant 
peu à peu, en la divisant par des taillis et des canaux d'irrigation. Peut-être par- 
viendroit-on à diminuer l'influence des vents qui stérilisent le sol , si l'on faisoit 
en grand, sur i5 ou 20 arpens , des semis de Psidium, de Croton, de Cassia ou 
de Tamarins qui aiment les lieux secs et ouverts. Je suis loin de croire que les 
hommes fassent jamais disparoître les savanes en entier , et que les Llanos , utiles 
aux pâturages et au commerce des bestiaux, soient jamais cultivés comme les 
vallées d'Aragua ou d'autres parties rapprochées des côtes de Caracas et de Cumana; 
mais je suis persuadé qu'une portion considérable de ces plaines perdra , dans la 
suite des siècles , sous une administration favorable à l'industrie , l'aspect sauvage 
qu'elles ont conservé depuis la première conquête des Européens. 

Ces changemens progressifs, ces accroissemens de la population n'augmen- 
teront pas seulement la prospérité de ces contrées, ils exerceront aussi une influence 
utile sur leur état moral et ]>oIitique. Les Llanos forment plus des deux tiers de 
cette partie de Venezuela ou de l'ancienne Capitania gênerai de Caracas , qui est 
située au nord de l'Orénoque et du Rio Apure. Or, dans le temps des 
troubles civils, les vastes steppes, par leur solitude et par l'abondance des 
vivres (pi'offrent leurs innombrables troupeaux , servent à la fois d'asile et 
d'appui au parti qpii veut lever l'étendard de la révolte. Des bandes armées 
{^guérillas) peuvent s'y maintenir et harceler les habitans du littoral, chez 
lesquels se trouvent concentrées la civilisation et les richesses agricoles. Si 
le Bas-Orénoque n'étoit pas suffisamment défendu par le patriotisme d'une popu- 
lation robuste et aguerrie, l'état actuel des Llanos rendroit doublement dan- 
gereux les effets d'une invasion étrangère sur les cotes occidentales. La défense 
des plaines est intimement liée à celle de la Guyane espagnole ; et , en 
parlant plus haut ' de l'importance militaire des bouches de l'Orénoque, 
j'ai fait voir que les forteresses et les batteries dont on a hérissé la côte 
septentrionale depuis Cumana jusqu'à Cartliagène ne sont pas les véritables 
remparts des provinces unies de Venezuela. A côté de cet intérêt politique 
se place un autre intérêt également important et plus durable encore. Un 

1 Tom. II, p. 6'»4-647. 

Relation historique, Tom. III. 5 



•34 LIVRE IX. 

gouvernement éclairé doit voir avec regret que les habitudes de la vie pas- 
torale , qui entretiennent l'oisiveté et le vagabondage , régnent sur plus des 
deux tiers de son territoire. La partie de la population de la côte qui reflue 
annuellement vers les Llanos , pour se fixer dans les hatos de ganado ' et 
pour y soigner les troupeaux , fait un pas rétrograde dans la civilisation. Comment 
révoquer en doute que les progrès de l'agriculture , que la construction de villages, 
partout où il y a de l'eau courante, n'entraîneroient pas une amélioration sensible 
dans l'état moral des habitans de la steppe. L'adoucissement des mœurs , le goût 
d'une existence sédentaire et les vertus domestiques y pénétreront avec les travaux 
agricoles. 

Après trois jours de marche, nous commençâmes à apercevoir la chaîne des 
montagnes de Cumana qui séparent les Llanos, ou, comme on entend souvent 
dire ici ^ , « la grande mer de verdure » des côtes de la mer des Antilles. Si 
le Bergantin a plus de 800 toises de hauteur, on peut le voir , même en ne sup- 
posant qu'une réfraction ordinaire de -'-de l'arc, à 27 lieues marines de distance 3; 
mais l'état de l'atmosphère nous déroba long-temps le beau spectacle de ce rideau 
de montagnes. Il se montroit d'abord comme un banc de brmne qui cachoit les 
étoiles voisines du pôle à leur lever et à leur coucher : peu à peu cet amas de 
vapeurs sembloit s'agrandir, se condenser , prendre une teinte bleuâtre, se limiter 
par des contours sinueux et immobiles. Ce que les marins observent, en se rap- 
prochant d'une terre nouvelle , se présente au voyageur sur le bord de la steppe. 
L'horizon commençoit à s'élargir vers le nord , et la voûte du ciel ne sembloit plus 
y reposer à égale distance sur le sol couvert de graminées. 

Un Llanero ou habitant des Llanos n'est heureux , selon l'expression naïve du 
peuple , que « lorsqu'il peut voir partout autour de lui. » Ce qui nous paroît vm 
pays couvert, légèrement ondulé, offrant à peine des collines éparses, est pour 
lui un pays affreux, hérissé de montagnes. Tout est relatif dans nos jugemens 
sur l'inégalité du sol et l'état de sa surface. Lorsqu'on a passé plusieurs mois dans 
les forêts épaisses de l'Orénocpie, dans des lieux où l'on s'accoutume, dès 
qu'on est éloigné du fleuve , à ne pouvoir contempler les astres que près du 
zénith et comme à travers l'ouverture d'un puits , une course dans les steppes 
a quelque chose d'agréable et d'attrayant. On est frappe de la nouveauté des 

* Espèce de ferme composée de hangars qui servent de demeure aux Iiateros etpeonespara el rodeo, c'est-à-dire 
aux hommes qui soignent, ou, pour mieux dire, qui inspectent les troupeaux à demi-sauvages de chevaux et 



de bœufs. 

^ u I-os Llanos son como un mar deyerbas. » 
* Tom. I, p. 3oi et 4oo. 



CHAPITRE XXV. 35 

sensations qu'on éprouve ; on jouit , comme le Llanero , de ce bonheur « de 
bien voir autour de soi. » Mais cette jouissance ( nous avons pu l'éprouver 
sur nous-mêmes) n'est pas de longue durée. Il y a sans doute quelqiae chose 
de grave et d'imposant dans l'aspect d'un horizon qui s'étend à perte de vue. Nous 
admirons ce spectacle , que nous soyons placés ou sur le sommet des Andes et des 
Hautes- Alpes , ou au milieu de l'immensité des mers , ou dans les vastes plaines de 
Venezuela et du Tucuman. L'infinité de l'espace (les poètes l'ont dit dans toutes les 
langues) se reflète en nous-mêmes ; elle s'associe à des idées d'un ordre supérieur , 
elle agrandit l'ame de ceux qui se plaisent dans le calme des méditations solitaires. 
Il est vrai cependant que la vue d'un espace sans bornes offre , dans chaque lieu , un 
caractère particulier. Le spectacle dont on jouit sur un pic isolé varie selon que 
les nuages qui reposent sur la plaine s'étendent par couches , s'agglomèrent en 
groupes, ou présentent aux regards étonnés, à travers de larges percées, les habitations 
de l'homme , les travaux des champs , tout le fond verdoyant de l'Océan aérien. Une 
immense nappe d'eau, animée de mille êtres divers jusque dans ses profondeurs, 
changeant tour à tour de couleur et d'aspect , mobile à sa surface , comme l'élément 
qui l'agite , charme l'imagination dans de longs voyages sur mer ; mais la steppe 
poudreuse et crevassée pendant une grande partie de l'année , attriste par son 
immuable monotonie. Lorsque , après huit ou dix jours de marche , on est accou- 
tumé au jeu du mirage et à la brillante verdure de quelques touffes de Mau- 
ritia ' éparses de lieue en lieue , on sent le besoin d'impressions plus variées ; 
on désire revoir les grands arbres des tropiques, le cours sauvage des torrens, 
les coteaux et les vallons cultivés par la main du laboureur. Si, par 
malheur, le phénomène des déserts de l'Afrique et celui des Llanos ou 
savanes du Nouveau - Continent (phénomène dont la cause se perd dans les 
ténèbres de la piemière histoire de notre planète) occupoient un plus grand 
espace encore , la nature seroit privée d'une partie des belles productions qui 
sont propres à la zone torride ^ Les landes du nord, les steppes du Wolga et 

' Palmier à éventaiL sagoutler de la Guyane. 

' En calculant d'après des cartes construites sur une très-grande échelle, j'ai trouvé les Llanos de 
Cumana , Barcelona et Caracas , depuis le delta de l'Orénoque jusqu'à la rive septentrionale de l'Apure , de 
7900 lieues carrées ; les Llanos, entre l'Apure et le Haut-Maragnon, de 21 ,000 1.; les Pampas , au nord-ouest 
de Buenos- Ayres, de 4o,ooo 1. c. ; les Pampas , au sud du parallèle de Buenos-AjTCs , de 3o,ooo 1. c. L'area 
totale des Llanos de l'Amérique méridionale , couverts de graminées , est par conséquent de 98,900 lieues 
carrées de 20 au degré équatorial. (L'Espagne a 16,200 de ces mêmes lieues.) La gi-ande plaine d'A- 
frique, connue sous le nom de Sahara, présente igijOoo 1. c. , en y comprenant les Oasis éparses, mais non 
Bornou etle Darfour. (La Méditerranée n'a que 79,800 1. c. de surface.) Foj. plus haut, Tom. II, p. i58. 



36 LIVRE IX. 

du Don sont à peine plus pauvres en espèces de plantes et d'animaux que ne le 
sont, sous le plus beau ciel du monde, sous le climat des bananiers et des 
arbres à pain, 28,000 lieues carrées de savanes qui s'étendent en demi- 
cercle du nord-est au sud-ouest, depuis les bouches de l'Orénoque jusqu'aux 
rives du Caqueta et du Putumayo. L'influence , partout ailleurs vivifiante, du climat 
équinoxial ne se l'ait pas sentir dans des lieux où de grandes associations de 
graminées ont presque exclu tout autre végétal. A la vue du sol, là où manquent 
les palmiers épars , nous aurions pu nous croire dans la zone tempérée et bien 
au-delà vers le nord : mais , à l'entrée de la nuit , les belles constellations du ciel 
austral (le Centaure, Canopus et les innombrables nébuleuses dont brille le Na- 
vire Argo) nous rappeloient que nous n'étions éloignés que de 8° de l'équateur. 
Un phénomène qui avoit déjà fixé l'attention de Deluc et qui a exercé, 
dans ces dernières années, la sagacité des géologues nous a beaucoup oc- 
cupés pendant ce voyage à travers les steppes. Je veux parler, non de ces 
blocs de roches primitives que l'on trouve ( comme au Jura ) sur la pente des 
montagnes calcaires , mais de ces fragmens énormes de granité et de syénite 
qui , dans des limites très-distinctement fixées par la nature , se montrent éparses 
dans le nord de la Hollande , de l'Allemagne et des pays baltiques. Il paroît 
prouvé aujourd'hui que, distribués comme par rayons, ils sont venus, lors des 
anciennes révolutions de notre globe, de la péninsule Scandinave vers le sud, 
et qu'ils n'appartenoient pas primitivement aux chaînes granitiques du Harz et 
de la Saxe dont ils approchent, sans cependant en atteindre le pied '. Né dans 
les plaines sablonneuses des régions baltiques, ne connoissant jusqu'à l'âge 
de dix -huit ans l'existence d'une roche que par ces blocs épars, je devois être 
doublement curieux de m'assurer si le Nouveau-Monde me présenteroit quelque 
phénomène analogue. Je fus surpris de ne pas voir un seul de ces blocs 
dans les Llanos de Venezuela , quoique ces immenses plaines soient bordées 
immédiatement au sud par un groupe de montagnes tout granitique ^, et qui offre, 
dans ses pics dentelés et presque colonnaires, les traces de la plus violente 
destruction ^. Vers le nord, la chaîne granitique de la Silla de Caracas et de 
Portocabello se trouve séparée des Llanos par un rideau de montagnes qui 
sont schisteuses entre Villa de Cura et Parapara, calcaires entre le Bergantin 

• Léopold de Buch, Voyage en Norwège ^ Tom. I, p. 3o (éd. allemande). 

^ I.a Sierra P a rime. 

3 Tom. II, p. 233, 236, 232, 273, 288, 882, 697, 627 et 633. 



CHAPITRE XXV. 87 

et Caripe. Cette absence de blocs m'a également frappé sur les rives de l'Amazone. 
Déjà La Condamine avoit affirmé que , depuis le Pongo de Mansericlie jusqu'au 
détroit des Pauxis, on ne trouvoit pas la plus petite pierre. Or, le bassin du 
Rio Negro et de l'Amazone n'est aussi qu'un Llano, une plaine comme 
celles de Venezuela et de Buenos -Ayres : la différence ne consiste que dans 
l'état de la végétation. Les deux Llanos^ situés aux extrémités nord et 
sud de l'Amérique méridionale , sont couverts de graminées ; ce sont des savanes 
dépourvues d'arbres : le Llano intermédiaire, celui de l'Amazone, exposé à des 
pluies équatoriales ])resque continuelles , est une épaisse forêt. Je ne me souviens 
pas avoir entendu dire que les Pampas de Buenos -Ayres ou les savanes du 
Missoury ' et du Nouveau-Mexique renfermassent des blocs granitiques. L'absence 
de ce phénomène paroit général dans le Nouveau - Monde : il l'est proba- 
blement aussi dans le Sahara , en Afrique , car il ne faut pas confondre des masses 
rocheuses qui percent le sol au milieu du désert et dont les voyageurs font 
souvent mention, avec de simples fragmens épars. Ces faits semblent prouver que les 
blocs de granité Scandinave qui couvrent les plaines sablonneuses au sud de la 
Baltique, en Westphalie et en Hollande , sont dus à une débâcle particulière 
venant du nord, à une catastrophe purement locale. Le conglomérat ancien 
(grès rouge) qui recouvre, d'après mes observations, une grande partie des 
Llanos de Venezuela et du bassin de l'Amazone, renferme sans doute des 
fragmens de ces mêmes roches primitives qui constituent les montagnes voisines; 
mais les bouleversemens dont ces montagnes offrent des marques certaines , 
semblent ne pas avoir été accompagnés de circonstances favorables au transport 
des blocs. Ce phénomène géognostique est d'autant plus inattendu , que nulle 
part dans le monde il n'existe une plaine aussi unie et qui se prolonge avec moins 
d'interruptions jusque vers la pente abrupte d'une Cordillère purement granitique. 
Déjà, avant mon départ d'Europe, j'avois été frappé de voir (pie les blocs 
primitifs manquent dans la Lombardie comme dans la grande plaine de la 
Bavière, qui est le fond d'un ancien lac élevé de aSo toises au-dessus du 
niveau de l'Océan. Cette plaine est bordée au nord par les granités du Haut- 
Palatinat ; au sud , par les calcaires alpins , les thonschiefer de transition et les 
micaschistes du Tyrol. 

Nous arrivâmes le aS juillet à la ville de Nueva - Barcelona , moins fatigués 
par la chaleur des Llanos à laquelle nous étions accoutumés depuis long-temps , 

* Y a-t-il dans l'Amérique du Nord des Ijlocs au nord des grands lacs? 



38 LIVRE IX. 

que par les vents de sable dont l'action prolongée cause des gerçuies douloureuses 
dans la peau. Il y avoit sept mois que , nous rendant de Cumana à Caracas , 
nous avions relâché pour quelques heures au Morro de Barcelona, rocher 
fortifié qui, du côté du village de Pozuelos, ne tient au continent que 
par une langue de terre. Nous trouvâmes l'accueil le plus affectueux et tous 
les soins d'une prévenante hospitalité dans la maison d'un riche négociant, 
d'origine françoise , Don Pedro Lavie. Accusé d'avoir donné asile au malheureux 
Espana lorsqu'il étoit fugitif sur ces côtes en 1796, M. Lavie fut enlevé par 
les ordres de YAudiencia et traîné prisonnier à Caracas. L'amitié du gouverneur 
de Cumana et le souvenir des services qu'il avoit rendus à l'industrie naissante 
de ce pays contribuèrent à lui faire rendre la liberté. Nous avions tâché d'adoucir 
ses ennuis en le visitant dans la prison : nous eûmes la satisfaction de le revoir 
au sein de sa famille. Ses maux physiques avoient été aggravés par la détention ; 
il a succombé avant d'avoir vu luire ces jours de l'indépendance américaine que son 
ami. Don Joseph Espana, avoit annoncés au moment de son supplice. « Je meurs , 
disoit cet homme fait pour exécuter de grands projets ', je meurs d'une mort igno- 
minieuse, mais sous peu mes concitoyens recueilleront pieusement mes cendres , et 
mon nom reparoîtra avec gloire. » Ces paroles remarquables furent prononcées 
sur la place publique de Caracas le 8 mai 1 799 : elles m'ont été rapportées la 
même année par diverses personnes dont les unes abhorroient autant les projets 
d'Espana que les autres gémissoient sur son sort. 

J'ai déjà parlé plus haut ' de l'importance du commerce de Nueva-Barcelona. 
Cette petite ville , qui avoit en 1 790 à peine 10,000 , en 1800 plus de 16,000 ha- 
bitans, a été fondée ^ par un conquistador catalan, Juan Urpin, en 1637. On 
essaya alors, mais inutilement, de donner à la province entière le nom de Nou- 
velle-Catalogne. Comme sur nos cartes on indique souvent deux villes, Barcelona et 
Cumanagoto, au lieu d'une, ou que l'on regarde ces deux noms comme synonymes, 
il sera utile d'éclaircir la cause de cette erreur. Il y avoit anciennement à l'embou- 
chure du Rio Neveri une ville indienne construite en i588 par Lucas Faxardo, 
sous le nom de San Cristoval de los Cumanagotos, Cette ville n' étoit 
habitée que par des indigènes venus des salines d'Apaicuare. En 1637, Urpin 

' Essai polit, sur la Nouv. Espagne ,ToTa. II, p. 8ig. Relat. Hist., Tom. I, p. 56i. 
* Voyez plus haut, p. 535. 

3 Caulin, p. 173, 19g, Q07. Ce que rapporte M. Depons (Tom. III, p. 2o5) de l'origine de celte 
ville, n'est pas tout-à-fait conforme aux documcns historiques. 



CHAPITRE XXV. Sq 

fonda, à deux lieues dans l'intérieur des terres , avec quelques habitans de 
Cumanagoto et beaucoup de Catalans, la ville espagnole de Nueva-Barcelona. 
Pendant trente-quatre ans , les deux communes voisines se firent des querelles 
sans cesse renaissantes, jusqu'à ce que, en 1671, le gouverneur Angulo parvint à 
leur persuader de se réunir dans un troisième site , celui qu'occupe aujourd'hui 
la ville de Barcelone , et dont la latitude est , d'après mes observations ' , 
de 10° 6' 5i". L'ancienne ville de Giunanagoto est célèbre dans le pays par 
une image miraculeuse de la Vierge ' , trouvée , disent les Indiens , dans le 
tronc creux d'un tutumo ou vieux calebassier (Crescentia Cujete). Cette 
vierge fut portée en procession à Nueva-Barcelona ; mais , chaque fois que le 
clergé étoit mécontent des habitans de la nouvelle ville, elle s'enfuyoit de 
nuit et retournoit au tronc de l'arbre , à l'embouchure de la rivière. Ce 
prodige ne cessa que lorsqu'on eut construit un grand couvent (le collège 
de la Propaganda) pour y loger les moines de Saint-François. Nous avons 
vu plus haut que , dans un cas semblable , l'évêque de Caracas fit placer 
l'image de Notre-Dame de los Valencianos dans les archives de l'évêché, et 
qu'elle y resta trente ans sous le scellé. 

Le climat de Barcelone est moins chaud que celui de Cumana , mais 
humide et un peu malsain dans la saison des pluies. M. Bonpland avoit très- 
bien soutenu le voyage pénible à travers les Llanos : il avoit repris ses forces et sa 
grande activité : qitant à moi, j'étois plus souffrant à Barcelone que je ne l'avois été 
à l'Angostura , immédiatement après avoir terminé la navigation des rivières. 
Une de ces pluies des tropiques , pendant lesquelles , au coucher du soleil , 
des gouttes d'une grosseur extraordinaire tombent à de grandes distances les 
unes des autres, m'avoit causé un malaise qui faisoit craindre l'invasion du 
typhus qui régnoit alors sur cette côte. Nous restâmes près d'un mois à Barce- 
lone, jouissant de tous les soins de l'amitié la plus prévoyante. Nous y retrouvâmes 

* Plaza Mayor. Ce n'est que le résultat de six hauteurs circiunméridiennes de Canopus, prises dans la méiue 
nuit. Les Memorias d'Espinosa (Tom. II, p. 80) donnent 10° 9' 6". M. Ferrjr a trouvé [Con. des temps, 
1817, p. 3 2 2 ) 1 o" 8' 24". J'ignore où ces observations ont été faites, raai.s je crois qu'elles donnent des latitudes 
trop boréales. La différence de latitude entre la ville et le Morro m'a paru de 3' 4o". J'ai discuté ailleurs 
la différence de longitude entre Cumana et Nueva-Barcelona, et les résultats de mes mesures chrono- 
métriques. Je m'arrête à 34' 48" en arc. Le Portulano, publié par le dépôt hydrographique de Madrid. 
en 1818, donne 38' o". Sur les bords du Rio Unare, et plus à l'ouest sur le Rio Ucheri, près de la belle 
vallée de Cupira, si abondante en cacao , il y avoit au xviie siècle deux autres villes sous le nom de Tara- 
gona et de San Miguel de Batei. 

* La milagrosa imagen de Maria Santissima del Socorro, aussi nommée /a yirgen dsl Tutumo. 



4o LIVRE IX. 

aussi cet excellent religieux , Fray Juan Gonzalès , dont J'ai souvent parlé, et qui 
avoit parcouru le Haut - Orénoqxie avant nous. Il se plaignoit, et avec raison, 
du peu de temps que nous avions pu employer à visiter ce pays inconnu; il 
examinoit nos plantes et nos animaux avec cet intérêt que l'homme le moins instruit 
porte aux productions d'un pays qu'il a habité long-temps. Fray Juan avoit résolu 
de passer en Europe en nous accompagnant jusqu'à l'île de Cuba. Nous ne 
nous quittâmes plus pendant sept mois; il étoit gai, spirituel et serviable. Com- 
ment prévoir le malheur qui l'attendoit? Il se chargea d'une partie de nos 
collections; un ami commun lui confia un enfant qu'on vouloit faire élever 
en Espagne : les collections, l'enfant, le jeune religieux, tout fut englouti dans 
les flots. 

Au sud -est de Nueva-Barcelona, à deux lieues de distance, s'élève une 
haute chaîne de montagnes, adossée au Cerro del Bergantîn , qui est visible à 
Cumana'. Cet endroit est connu sous le nom des eaitj: chaudes (aguas calientes). 
Lorsque je me sentis suffisamment rétabli, nous y fimes une excursion par une ma- 
tinée fraîche et brumeuse. Les eaux , chargées d'hydrogène sulfuré, sortent d'un grès 
quai-zeux superposé à ce même calcaire compacte que nous avions examiné au 
Morro. Nous trouvâmes de nouveau dans ce calcaire des bancs intercalés de 
hornstein noir, passant au kieselschiefer. Ce n'est cependant pas une formation de 
transition : elle se rapproche plutôt par son gisement, par sa division en petites 
couches , par sa blancheur et sa cassure matte et conchoïde (à cavités très-aplaties), 
du calcaire du Jura. Le vrai kieselschiefer et la lydienne n'ont été observés 
jusqu'ici que dans des schistes et des calcaires de transition. Le grès duquel sortent 
les sources du Bergantin est- il d'une même formation avec le grès que nous 
avons décrit" à l'Impossible et au Tumiriquiri? Les eaux thermales n'ont qu'une 
température de l\^°.,'i cent, (l'atmosphère étant à 27°); elles coulent d'abord 
sur une longueur de 4o toises à la surface rocheuse du sol, puis elles se 
précipitent dans une caverne naturelle et percent à travers le calcaire pour 
sortir au pied de la montagne, sur la rive gauche de la petite rivière de Narigual. 
Les sources , en contact avec l'oxigène de l'atmosphère , déposent beaucoup de 
soufre. Je n'ai pas recueilli, comme je l'ai fait à Mariara , les bulles d'air qui sortent 
par jets de ces eaux thermales. Elles renferment sans doute beaucoup d'azote, parce 
que l'hydrogène sulfuré décompose le mélange d'oxigène et d'azote dissous dans 

* yoyez plus haut, Tom. I, p. Sag. Tora. II, p. 600. 
^ Tom. I, p. .^64 et 4oo. 



CHAPITRE XXV. [^.l 

la source. Les eaux sulfureuses de San Juan , qui sortent de la roche calcaire 
comme celles du Bergantin , n'ont aussi qu'une foible température (3i°,3); 
tandis que , dans cette même région , les eaux sulfureuses de Mariara et de 
las Trincheras ( près Portocabello ) , qui jaillissent immédiatement du granite- 
gneis, ont les unes 58°,9 et les autres 90°,4 de température '. On diroit que la 
chaleur que les sources ont acquise dans l'intérieur du globe diminue à mesure 
qu'elles passent des roches primitives aux roches secondaires superposées. 

L'excursion que nous avions faite aux agitas calientes du Bergantin finit 
par un accident fâcheux. Notre hôte nous avoit confié ses plus beaux chevaux de 
selle. On nous avoit avertis en même temps de ne pas passer la petite rivière de 
Narigual à gué. Nous traversâmes une espèce de pont ou plutôt des troncs d'arbres 
rapprochés les uns des autres, et nous fîmes nager nos chevaux en les conduisant par 
la bride. Celui que j'avois monté disparut soudainement : il se débattoit quelque 
temps sous l'eau , mais toutes nos recherches pour découvrir la cause de cet acci- 
dent furent inutiles. Nos guides supposoient que les jambes de l'animal avoientété 
saisies par les caymans qui abondent dans ces lieux. Mon embarras fut extrême , 
car la délicatesse et la grande aisance de notre hôte ne permettoient guère de 
songer à réparer ime telle perte. M. Lavie , plus occupé de notre position que 
de la mort de son cheval , tàchoit de nous tranquilliser en exagérant la facilité 
avec laquelle on pouvoit se procurer de beaux chevaux dans les savanes voisines. 

Les crocodiles du Rio Neveri sont grands et nombreux , surtout près de 
l'embouchure de la rivière. Cependant , en général , leurs mœurs sont plus 
douces que celles des crocodiles de l'Orénoque. La férocité de ces animaux 
offre , en Amérique , ces mêmes contrastes qui existent en Egypte et en Nubie , 
et que l'on reconnoît lorsqu'on compare avec attention les récits de l'infortuné 
Burckhardt et ceux de M. Belzoni. L'état de culture des divers pays et la 
population plus ou moins accumulée dans la proximité des rivières modifient les 
habitudes de ces grands sauriens , timides lorsqu'ils sont sur le sec , et fuyant 
l'homme même dans l'eau lorsqu'ils ont une nourriture abondante et que 
l'attaque leur offre quelque danger. A Nueva-Barcelona , on voit les Indiens 
conduire le bois au marché de la manière la plus bizarre. De grosses bûches 
de Zygophyllum et de Cœsalpinia^ sont jetées dans le fleuve j le courant les 

' L. c. Tom. II, p. 26, 98 , i36. J'ignore quelle est la température des sources chaudes et hydro-sulfu- 
reuses du Provisor, près San Diego , à une demi-lieue de Nueva-Barcelona rers le sud. 

' Un excellent hois de construction est fourni dans les environs de Nueva-Barcelona par le Lecythis 
Relation historique , Tom. III. 6 



42 LIVRE IX. 

entraîne , et le propriétaire du bois , avec les plus âgés de ses fils , nage çà 
et là pour mettre à flot les pièces qui sont retenues par les sinuosités des rives. 
La plupart des fleuves américains qui nourrissent des crocodiles nepermettroientpas 
d'en agir ainsi. La ville de Barcelone n'a pas , comme Cumana, un faubourg indien; 
et si l'on y voit quelques indigènes, ce sont ceux qui habitent les missions voisines 
ou des cabanes éparses dans la plaine. Les uns et les autres ne sont pas de 
race caribe , mais im mélange de Cumanagotes , de Palenques et de Piritus , petits 
de taille, trapus, fainéans et adonnés à l'ivresse. C'est le manioc fermenté 
qui est ici la boisson favorite ; car le vin de palmier , dont on fait usage à l'Oré- 
noque , est presque inconnu sur les côtes. Il est curieux de voir que , sous les 
différentes zones , les hoaunes emploient , pour satisfaire la passion de l'ivresse , 
non seulement toutes les familles de plantes monocotylédones et dicotylédones , 
mais jusqu'à l'agaric vénéneux ( Amanita muscaria), dont, par une économie 
dégoûtante , les Koriaeques ont appris à boire le même suc plusieurs fois pendant 
cinq jours consécutifs '. 

Les paquebots ( correos ) de la Corogne , destinés pour la Havane et le 
Mexique , manquoient depuis trois mois. On les croyoit pris par la croisière 
angloise stationnée sur ces côtes. Empressés de nous rendre à Cumana pour 
profiter de la première occasion qui se présenteroil pour la Vera-Cruz, nous 
frétâmes ^ un canot non ponté {plancha). C'est de ces embarcations que l'on se sert 
habituellement dans des parages où , à l'est du cap Codera , la mer n'est presque 
jamais agitée. La lancha étoit chargée de cacao, et faisoitle commerce de contre- 
bande avec l'ile de la Trinité. Par cette raison même , le propriétaire ne croyoit 
avoir rien à craindre des bàtimens ennemis qui bloquoient alors tous les ports espa- 
gnols. Nous embarquâmes nos collections de plantes , nos instrumens et nos singes, 
et nous espérions faire , par un temps délicieux ^ un trajet très - court de la 

ollarla , dont nous avons tu des troncs de 70 pieds de hauteur. Autour de la ville, au-delà de cette ceinture 
aride de Cactus qui sépare Nueva-Barcelona de la steppe, végètent le Clerodendrum ternifolium , l'Ioaidium 
Itubu , qui a tout le port d'un Viola , et l'Allionia violacea. 

• M. Langsdor ( ff^etterauisches Journal, P. I, p. 254) a fait connoître le premier ce phénomène phy- 
siologique bien extraordinaire, que je préfère de décrire en latin : u Coriaecorum gens, in ora Asiae 
septeatrioni opposita, potum sibi excogitavit ei succo inebriante Agarici muscarli. Qui succiis (aequeut 
asparagorum ) , vel per humanum corpus transfusus, temulentiam nihilominus facit. Quare gens misera 
et inops, que rarius mentis sit suae , propriam urinam bibit identidem : continuoque mingens rursusque 
hauriens eundem succum (dicas, ne uUa in parte mundi desit ebrietas), pauculis agaricis producere in 
diem quintum temulentiam potest. » 

" Le 26 août 1800. 



CHAPITRE XXV. 4'^ 

bouche du Rio Neveri à Cumana ; mais à peine étions -nous arrivés dans le canal 
étroit entre le continent et les îles rocheuses de la Borracha et des Chimanas , 
qu'à notre grand étonnement nous rencontrâmes un bateau armé qui , tout en 
nous hélant , tira de très-loin quelques coups de fusil sur nous. G'étoient des mate- 
lots appartenant à un corsaire de Halifax , parmi lesquels je reconnus à sa physio- 
nomie et à son accent un Prussien natif deMemel. Depuis que j'étois en Amérique, 
je n'avois pas eu occasion de parler la langue de mon pays , et j'aurois désiré en 
faire usage dans une circonstance plus opportune. Nos protestations n'avoient aucun 
effet, et l'on nous conduisit à bord du corsaire, qui, feignant de ne pas connoître les 
j)asse -ports que le gouverneur de la Trinité délivroit pour le commerce illicite , 
nous déclaroit bonne prise. Comme j'ai quelque habitude de m'exprimer en anglois, 
j'entrai en négociation avec le capitaine pour ne pas être conduit à la Nou- 
velle-Ecosse; je le priai de me mettre à terre sur la côte voisine. Pendant que, 
dans la grand'chambre , je cherchois à défendre mes droits et ceux du proprié- 
taire du canot, j'entendis du bruit sur le pont. On vint parler à l'oreille au 
capitaine, qui me quitta d'un air consterné. Pour notre bonheur, une cor- 
vette angloise (le Sloop le Hawk) croisoit aussi dans ces eaux. Elle avoit fait 
des signaux pour appeler le capitaine du corsaire; et celui-ci, ne se pres- 
sant pas d'obtempérer , la corvette tira un coup de canon et envoya un garde- 
marin [midshipman] à notre bord. C'étoit un jeune homme très-poli , qui me 
fit espérer que le canot chargé de cacao seroit rendu, et que nous pourrions 
continuer le lendemain notre route. Il me proposa en même temps de l'accom- 
pagner , assurant que son commandant , le capitaine John Garnier , de la marine 
royale, m'offriroit pour la nuit un gîte plus agréable que celui que je trou- 
verois dans un bâtiment de Halifax. 

J'acceptai des offres si obligeantes ; je fus comblé de politesses par le capitaine 
Garnier , qui avoit fait , avec Vancouver , le voyage à la côte nord-ouest , et 
qui sembloit s'intéresser vivement à tout ce que je lui disois des grandes 
cataractes d'Atures et de Maypure , de la bifurcation de l'Oréncque et de sa 
communication avec l'Amazone. Parmi ses officiers , il m'en nomma plusieurs 
qui avoient été avec lord Macartney en Chine : depuis un an, je ne m'étois 
pas trouvé dans la société de tant de personnes instruites. On avoit eu, par 
les journaux anglois , quelque connoissance du but de mon entreprise ; 
on me traita avec beaucoup de confiance , et l'on me fit coucher dans la chambre 
du commandant. En partant on me donna les Ephémérides astronomiques 
des années pour lesquelles, en France et en Espagne, je n'avois pu m'en 



44 LIVRE IX. 

procurer. C'est au capitaine Garnier que je suis redevable des observations de 
satellites que j'ai faites au-delà de l'éqaateur, et c'est un devoir pour moi de 
consigner ici l'expression de la reconnoissance (jue m'ont inspirée ses procédés. 
Lorsqu'on vient des forêts du Cassiquiare , et que , pendant des mois entiers , 
on a été comme retranché dans le cercle étroit de la vie des missionnaires, 
on sent une jouissance bien douce au premier contact avec des hommes qui 
ont parcouru le monde maritime et agrandi leurs pensées à la vue d'un spectacle 
si varié. Je quittai le vaisseau anglois en conservant des impressions qui ne 
se sont point effacées et qui me faisoient chérir davantage la carrière à laquelle 
je m'étois voué. 

Nous continuâmes le lendemain notre trajet, et nous fûmes surpris de la pro- 
fondeur des canaux entre les îles Caracas , où la corvette manœuvroit presque en 
rasant les rochers. Combien ces îlots calcaires, dont la direction et les formes 
rappellent la grande catastrophe qui les a séparés de la Terre -Ferme, diffèrent 
d'aspect de cet archipel volcanique au nord de Lancerote • , dans lequel des 
buttes de basalte semblent être sorties de la mer par l'effet d'un soulèvement ! 
La fréquence des Alcatras, qui sont plus gros que nos cygnes; celle des 
Flamans , qui pêchoient dans les anses ou harceloient les pélicans pour leur 
arracher leur proie , nous annonçoient l'approche des côtes de Cumana. Il est 
curieux de voir comment, au lever du soleil, les oiseaux de mer apparoissent 
toutj d'un coup et animent le paysage. Cela rappelle , dans les lieux les plus soli- 
taires, l'activité de nos cités au premier lever de l'aurore. Vers les 9 heures du matin, 
nous nous trouvâmes devant le golfe de Cariaco qui sert de rade à la ville de 
Ciunana. La colline que couronne le château Saint-Antoine se détachoit en 
blanc sur le sombre rideau des montagnes de l'intérieur. Nous reconnûmes avec 
intérêt la plage où nous avions cueilli les premières plantes de l'Amérique, 
et où , quelques mois plus tard , M. Bonpland avoit couru de si grands dangers. 
A travers les Cactus (cierges) qui s'élèvent en colonnes et en candélabres 
de 20 pieds de hauteur, paroissoient les cabanes indiennes des Guayqueries. 
Chaque partie du paysage nous éloit connue, et la forêt de Cactus, et les 
cabanes éparses , et cet énorme Ceiba sous lequel nous aimions à nous baigner 
à l'entrée de la nuit. Nos amis de Cumana venoient à notre rencontre; des hommes 
de toutes les castes, que nos fréquentes herborisations avoient mis en contact 
avec nous, exprimoient une joie d'autant plus vive que la nouvelle de notre 
mort sur les rives de l'Orénoque s'étoit répandue depuis plusieurs mois. Ces bruits 

' Voyez plus haut, Tom. I, p. 91. 



CHAPITRE XXV. 4^ 

sinistres avoient été causés ou par la maladie très-grave de M. Bonpland , ou parce 
que notre canot avoit manqué de chavirer par une rafale de vent, au-dessus 
de la mission d'Uruana. 

Nous nous empressâmes de nous rendre chez le gouverneur Don Vicente 
Emparan, dont les recommandations et la constante sollicitude nous avoient 
été si utiles pendant le long voyage que nous venions de terminer. Il nous 
procura au centre de la ville une maison ' qui étoit peut-être trop élevée dans 
un pays exposé à de violens tremblemens de terre , mais extrêmement com- 
mode pour nos instrumens. Elle avoit des terrasses [azoteas) d'où l'on 
jouissoit d'une vue magnifique sur la mer, sur l'isthme d'Araya et sur l'ar- 
chipel des îles Caracas , Picuita et Borracha. Le port de Cumana fut de 
jour en jour plus étroitement bloqué, et la vaine attente des courriers espa- 
gnols nous y retint encore deux mois et demi. Souvent nous étions tentés de passer 
aux îles danoises qui jouissoient d'une heureuse neutralité ; mais nous pensâmes 
qu'une fois sortis des colonies espagnoles , nous trouverions des difficultés pour 
y rentrer. Avec des permissions aussi amples que celles qu'un moment de faveur 
nous avoit fait accorder, il falloit ne rien hasarder qui pût déplaire aux autorités 
locales. Nous employâmes notre temps à compléter la Flore de Cumana, à examiner 
géognostiquement la partie orientale de la péninsule d'Araya , et à observer un 
nombre considérable d'éclipsés de satellites qui confirmoient la longitude du lieu 
déjà obtenue par d'autres moyens. Nous fîmes aussi des expériences sur les réfrac- 
tions extraordinaires , sur l'évaporation et sur l'électricité atmosphérique. 

Les aninaux vivans que nous avions rapportés de l'Orénoque étoient un grand objet 
de curiosité pour les habitans de Ctmiana. Le Capucin de l'Esmeralda (Simia 
chiropotes) , qui , par l'expression de sa physionomie , ressemble tant à l'homme , et 
le singe dormeur (Simia trivirgata), qui est le type d'un nouveau groupe, n'avoient 
jamais été vus sur ces côtes. Nous les destinâmes à la ménagerie du Jardin des Plantes 
de Paris : car l'arrivée d'une expédition françoise qui avoit échoué dans son attaque 
sur Curaçao nous fournit inopinément une excellente occasion pour la Gua- 
deloupe. Le général Jeannet et le commissaire Bresseau, agent du pouvoir 
exécutif des Antilles , nous promirent de se charger de cet envoi. Les singes et les- 
oiseaux sont morts à la Guadeloupe j et, par un hasard heureux, la peau du 

• Casa de Don PasqualMartinez , au nord-est de la grande place , près de laquelle j'avois observé depuis le 
28 juillet jusqu'au 17 novembre 1799. Toutes les observations astronomiques et celles de mirage (Tora. I,p.fi2fi) 
qui sont postérieures au 29 août 1800, ont été faites dans la maison de Martinez. Je rappelle ces circons- 
tances, parce qu'elles peuvent intéresser ceux qui voudront un jour examiner la précision de mes travaux. 



46 LIVRE IX. 

Simia chiropotes, qui n'existe pas ailleurs en Europe, a été envoyée, il y a 
quelques années, au Jardin des Plantes où l'on avoit déjà reçu le Couxio 
(Simia satanas) et le Stentor ou Alouate des steppes de Caracas (Simia ursina) 
dont j'ai donné les figures dans mon Recueil de Zoologie et d' Anatomie 
comparée. L'arrivée d'un si grand nombre de militaires françois et la mani- 
festation d'opinions politiques et religieuses qui n'étoient pas tout- à- fait 
conformes à celles par lesquelles des métropoles croient affermir leur autorité , 
imprimoient îin singulier mouvement à la population de Cumana. Le gouverneur 
traitoit les autorités françoises avec cette aménité de formes que prescrivoient les 
convenances et les liens intimes qui unissoient alors la France et l'Espagne. Dans 
les rues , on voyoit les gens de couleur se presser autour de l'agent du directoire 
dont le costume étoit riche et théâtral ; mais , comme des hommes qui avoient 
la peau très-blanche s'informoient aussi , avec une , indiscrète curiosité , partout 
où ils parvenoient à se faire comprendre , du degré d'influence que la république 
accordoit aux colons dans le gouvernement de la Guadeloupe, les officiers du 
Roi redoublèrent de zèle pour fournir les provisions à la petite escadre. Des 
étrangers qui se vantoient d'être libres leur paroissoient des hôtes importuns j et 
je vis que, dans un pays dont la prospérité toujours croissante reposoit 
sur des commimications clandestines avec les îles et sur une espèce de liberté 
de commerce arrachée au ministère , les Espagnols-Européens se plaisoient encore 
à élever aux nues cette antique sagesse du Code des lois [leyes de Indias) qui ne 
permet d'ouvrir les ports aux bâtimens étrangers que dans les cas extrêmes 
d'avarie ou de détresse. Je rappelle ces contrastes entre les vœux inquiets des 
colons et la méfiante immobilité des gouvernans, parce qu'ils jettent quelque 
jour sur les grands événemens politiques qui , préparés de loin , ont séparé 
l'Espagne de ses colonies ou (comme il est peut-être plus juste de dire) de ses 
provinces d'outre-mer. 

Du 3 au 5 novembre, nous passâmes de nouveau quelques jours très -agréables 
à la péninsule d'Araya , située au-delà du golfe de Cariaco , vis-à-vis de Cumana, 
et dont j'ai déjà décrit ' les perles , les dépôts salifères et les sources soumarines 
de pétrole liquide et incolore. Nous avions appris que les Indiens portoient de 
temps en temps à la ville des quantités considérables d'alun natif trouvé dans 
les montagnes voisines. Les échantillons qu'on nous montra indiquoient suffisam- 
ment que ce n'étoit ni de l'alunite ' ( pierre d'alun ) , semblable à la roche de la 

* Tom. I, p. 320-352. 
^ Alaunstein. 



CHAPITRE XXV. 47 

Tolfa et de Piombino, ni de ces sels capillaires et soyeux de sulfate alcalin d'alumine 
et de magnésie qui tapissent les fentes ouïes cavités des roches, mais de véritables 
masses d'alun natif, à cassure conchoïde ou imparfaitement lamelleuse. On nous 
faisoit espérer que nous trouverions la mine d'alun dans la cordillère schisteuse 
de Maniquarez. Un phénomène géognostique aussi nouveau devoit fixer 
toute notre attention. Le frère Juan Gonzalez et le trésorier Don Manuel 
Navarete, qui nous avoit éclairés de ses conseils dès notre première arrivée 
sur ces côtes , nous accompagnèrent dans cette petite excursion. Débarqués 
près du cap Caney, nous visitâmes de nouveau l'ancienne saline, convertie en 
lac par l'irruption de la mer, les belles ruines du château d'Araya et la mon- 
tagne calcaire du Barigon qui, par son escarpement du côté de l'ouest, est d'un 
accès assez difficile. L'argile muriatifère, mêlée de bitume et de gypse lenticu- 
laire , et passant quelquefois à une argile brun-noirâtre , dépourvue de sel , est 
une formation très-répandue dans cette péninsule, dans l'île de la Marguerite 
et sur le continent opposé, près du château Saint-Antoine de Cumana. Il est même 
très-probable que l'existence de cette formation a contribué à ces ruptures et à ce 
déchirement des terres qui frappent le géognoste lorsqu'il est placé surrmedesémi- 
nences de la péninsule d'Araya. La cordillère de cette péninsule, composée de schiste 
micacé et de thonschiefer^ est séparée, au nord, par le canal de Cubagua , de la 
chaîne des montagnes de l'île de la Marguerite, qui ont une composition semblable ; 
vers le sud, la cordillère est séparée par le golfe de Cariaco de la haute chaîne calcaire 
du continent. Tout le terrain intermédiaire paroît avoir été rempli autrefois d'argile 
muriatifère , et c'est sans doute par les érosions continuelles de l'Océan que cette 
formation a été enlevée pour convertir la plaine, d'abord en lagunes, puis en golfes, 
et enfin en canaux navigables. Le récit de ce qui s'est passé dans les temps les plus 
modernes, au pied du château d'Araya , lors de l'irruption de la mer dans l'ancienne 
saJine , la forme de la lagune de Chacopata et im lac de quatre lieues de long , 
qui coupe presque en deux parties l'île de la Marguerite , fournissent des preuves 
évidentes de ces érosions successives. Aussi croit-on voir encore dans la confi- 
guration bizarre des côtes , dans le Morro de Chacopata, dans les petites îles des 
Garibes, des Lobos et du Tunal, dans la grande île Goche et les caps du Carnero et 
des Mangliers, les débris d'un isthme' qui, dirigé du nord au sud, réunissoit ancien- 
nement la péninsule d'Araya à l'île de la Marguerite. Dans cette dernière île , une 

* La carte que M. Fidalgo a publiée en i8i6, de la Isla Margarila y de sus canales , indique très-bien 
ses rapports géognosliques. 



48 LIVRE IX. 

langue de terre extrêmement basse , de 3ooo toises de longueur et de moins de 
200 to'ses de large, lie seule encore, du côté du nord, les deux groupes monlueux 
connus sous les noms de laVega de San Juan et du Macanao. La Laguna grande de 
la Marguerite a une ouverture très-étroite vers le sud , et de petits canots passent , 
arastrados , c'est-à-dire par tm portage au-dessus de la langue de terre ou digue 
septentrionale. Quoique aujourd'hui, dans ces parages, les eaux semblent se retirer du 
continent, il est pourtant très-probable (jue, dans la suite des siècles, soit par quelque 
tremblement de terre , soit par une intumescence subite de l'Océan, la grande île 
alongée de la Marguerite sera divisée en deux îlots rocheux de forme trapézoïde. 
Loreque nous gravîmes leCerro del Barigon, nous répétâmes les expériences faites 
à l'Orénoque sur la différence de température de l'air et de la roche décomposée. 
La première de ces températures n'étoit, vers les 1 1 heures du matin, à cause de l'effet 
de la brise, que de 27° cent. , tandis que la seconde s'élevoit à 49°)6. La sève qui 
monte dans les cierges à candélabre (Cactus quadrangularis) étoit de 38° à 4 1 ° ; c'étoit 
la chaleur que montroit un thermomètre dont j'introduisis la boule dans l'intérieur 
de la tige charnue et succidente des Cactus. Cette température intérieure d'im 
végétal se compose de celle du sable dans lequel plongent les racines, de la tem- 
pératiu-e de l'air extérieur, de l'état de la surface de la tige exposée aux rayons du 
soleil, de son évaporation et de la conductibilité du bois. C'est par conséquent l'effet 
de phénomènes extrêmement compliqués. Le calcaire du Barigon , qui fait partie 
de la grande formation de grès ou brèche calcaire de Cumana • , est pétri de 
coquilles fossiles aussi parfaitement conservées que celles des autres calcaires 
tertiaires de la France et de l'Italie. Nous en détachâmes , pour le cabinet du Roi à 
Madrid , des blocs renfermant des huîtres de 8 pouces de diamètre , des pectens , 
des venus et des polypiers lithophytes. J'invite les naturalistes, plus instruits dans 
la connoissance des fossiles que je ne l'étois alors, de bien examiner cette 
côte montagneuse. Elle est d'un accès facile pour les bàtimens européens qui 
fout route à Cumana, à la Guayra ou à Curaçao. Il sera curieux de recher- 
cher si quelques-unes de ces coquilles et de ces espèces de zoophytes pétrifiés 
habitent encore de nos jours la mer des Antilles , comme cela a paru à M. Bon- 
pland, et comme c'est le cas dans l'île de Timor, et peut-être à la Grande-Terre de 
la Guadeloupe. Le 4 novembre, à une heure de la nuit, nous mîmes à la voile pour 
aller à la recherche de la mine d'alun natif. J'avois embarqué le garde-temps 
et ma grande lunette de Dollond pour observer, à la Laguna chica ^ à l'est 
du village de Maniquarez , l'inmiersion du premier satellite de Jupiter. Ce projet 

i Tom. I, p. 332-358. 



CHAPITRE XXV. 49 

ne fut cependant point exécuté, car des vents contraires nous empêchèrent d'arriver 
avant le jour. Le spectacle de la phosphorescence de la mer , embelli par le jeu 
des marsouins qui entouroient notre pirogue , pouvoit seul nous dédommager 
de ce retard. Nous passâmes de nouveau par ces parages , où , du sein du 
micaschiste ' , au fond de la mer, jaillissent des sources de pétrole dont l'odeur 
se fait sentir de loin. Lorsqu'on se rappelle que, plus à l'est, près de Cariaco, 
des eaux chaudes ^ et soumarines sont assez abondantes pour pouvoir changer la 
température du golfe à sa surface , on ne sauroit douter que le pétrole ne vienne , 
comme par l'effet d'une distillation , d'une immense profondeur, qu'il ne sorte de 
ces roches primitives , au - dessous desquelles se trouve le foyer de toutes les 
commotions volcaniques. 

La Laguna chica est ime anse entourée de montagnes coupées à pic et qui 
ne tient au golfe de Cariaco que par un canal étroit de 2 5 brasses de fond. On 
ladiroit, comme le beau port d'Acapulco, formée par l'effet d'un tremblement 
de terre. Une petite plage semble prouver que la mer perd ici sur les terres , comme 
c'est le cas à la côte opposée de Cumana. La péninsule d'Araya , qui se rétrécit 
entre les caps Mero et de las Minas jusqu'à i4oo toises de largeur, en a un peu plus 
de 4000 près delà Lagunachica^ en comptant d'une mer à l'autre. C'est cette dis- 
tance peu considérable que nous avions à traverser pour trouver l'alun natif et ])our 
parvenir au cap appelé la Piinta de Chuparuparu. La route n'est difficile que 
parce qu'il n'y a aucun sentier de tracé et qu'on est obligé de franchir , entre des 
précipices assez profonds , des arrêtes de rocher entièrement nu et dont les 
strates sont fortement inclinés. Le point culminant a près de 220 toises de hauteur; 
mais les montagnes , comme c'est souvent le cas dans les isthmes rocheux , 
offrent des formes très-bizarres. Les Tetas de Chacopata et de Cariaco, placés à 
moitié chemin entre la Laguna chica et la ville de Cariaco , sont de véritables 
pics qu'on croiroit isolés en les voyant de la plate-forme du château de Cumana. 
Il n'y a de terre végétale dans ce pays que jusqu'à 3o toises de hauteur au- 
dessus du niveau de la mer. Quelquefois il n'y a pas de pluie pendant i5 mois 3; 
cependant, s'il tombe quelques gouttes d'eau immédiatement après la floraison 

' Tom. I, p. 347. Le pétrole des îles Caracas et celui du Buen Pastor, dont j'ai parlé plus haut (Tom. I , 
p. 446; Tom. II, p. 26 ), sortent de formations secondaires. N'est-ce pas une preuve directe de la coramu- 
nicalion des crevasses qui traversent le micaschiste, le calcaire et les argiles superposés? On m'a assuré aussi 
qu'il j a une source de pétrole à l'ouest de Maniquarez, dans l'intérieur des terres. 

' Tom. I, p. 453. 

^ Tom. I, p. 456. 

Relation historique , Tom, III. 7 



5o LIVRE IX. 

des melons , des covirges et des pastèques , celles-ci , malgré la sécheresse apparente 
de l'air, donnent des fruits d'un poids de 60 à 70 livres. Je dis la sécheresse 
apparente de l'air , car mes observations hygrométriques prouvent que l'atmos- 
phère de Cumana et d'Araya renferme en vapeurs d'eau près de neuf dixièmes 
de la quantité nécessaire à sa saturation parfaite. C'est cet air chaud et humide 
à la fois qui alimente les fontaines végétales , les plantes cuciu-bitacées , 
les Agaves et les Melocactus à demi enterrés dans le sable. Lorsque nous avions 
visité la péninsule l'année précédente , il y régnoit la plus affreuse disette d'eau. 
Les chèvres , manquant d'herbes , mouroient par centaines. Pendant notre 
séjour à l'Orénoque, l'ordre des saisons paroissoit entièrement changé. Il avoit 
plu abondamment à Araya, à Cochen, et même à l'île de la Marguerite, et le 
souvenir de ces averses occupoit l'imagination des habitans, comme une chute 
d'aréolithes occupe celle des physiciens en Europe. 

L'Indien qui nous conduisoit connoissoit à peine la direction dans laquelle 
nous trouverions le minerai d'alun ; il en ignoroit le véritable site. Cette igno- 
rance des localités caractérise ici presque tous les guides choisis parmi la classe la 
plus indolente du peuple. Nous errâmes, comme au hasard , pendant 8 à 9 heures, 
entre ces rochers dépourvus de toute végétation. Le schiste micacé passe quel- 
quefois à un thonschiefer (schiste argileux) gris -noirâtre. Je fus frappé de 
nouveau de l'extrême régularité dans la direction et l'inclinaison des strates. 
Ils sont dirigés N. 5o° E. , tombant avec 60° à 70° au nord -ouest. C'est la 
direction générale que j'avois observée dans le granité - gneis de Caracas et 
de l'Orénoque, dans les schistes ampliiboliques de l'Angostura, et même dans la 
plupart des roches secondaires que nous venions d'examiner. Sur de vastes 
étendues de terrains , les couches font le même angle avec le méridien du lieu 5 
elles offrent un parallélisme (ou plutôt un loxodromisme) que l'on peut 
considérer comme une de ces grandes lois géognostiques susceptibles d'être vérifiées 
par des mesures précises. En avançant vers le cap Chuparuparu , nous vîmes 
augmenter la puissance des filons de quarz qui traversent le micaschiste. Nous 
en trouvâmes de i à 2 toises de largeur, remplis de petits cristaux fascicidés 
de titane - rutile. Nous y cherchâmes en vain de la cyanite , que nous avions 
découverte dans des blocs près de Maniquarez. Plus loin , le micaschiste offre , 
non des filons , mais de petites couches de graphite ou caibure de fer. Elles ont 
2-3 pouces d'épaisseur , et exactement la même direction et la même inclinaison 
que la roche. Le graphite, dans les terrains primitifs, désigne la première appa- 
rition du carbone sur le globe , celle d'un carbone non hydrogéné. Il est antérieur 



CHAPITRE XXV. 5l 

à réj>oqTie où la surface de la terre s'est couverte de plantes monocotylëdones. 
Du haut de ces montagnes sauvages , nous jouîmes d'une vue imposante sur l'île 
de la Marguerite. Deux groupes de montagnes , que nous avons déjà nommés , 
ceux du Macanao et de la Vega de San Juan , s'élèvent du sein des eaux. C'est 
au second de ces groupes, au plus oriental, qu'appartiennent la capitale de 
l'île , La Asuncion ' , le port de Pampatar et les villages de Pueblo de la Mar, de 
Pueblo del Norte et de San Juan. Le groupe occidental, le Macanao, est presque 
entièrement inhabité. L'isthme qui réunit ces grandes masses de micaschiste étoit 
à peine visible : il paroissoit défiguré par l'effet du mirage , et l'on ne recon- 
noissoit cette partie intermédiaire , coupée par la Laguna grande , qu'à deux 
petits mornes ^ en forme de pain de sucre , situés dans le méridien de la Punta 
de Piedras. Plus près, nos yeux plongeoient sur le petit archipel désert des 
quatre Morros del Tunal , des îles Caribes et des Lobos. 

Après beaucoup de vaines recherches, nous trouvâmes enfin, avant de des- 
cendre à la côte septentrionale de la péninsule d'Araya, dans un ravin qui 
est d'un accès extrêmement pénible ( aroyo del Tiohalo ) , le minerai qu'on 
nous avoit montré à Cumana. Le micaschiste se changeoit suîoitement en thon- 
schiefer carburé et luisant. C'étoitde l'ampelite ; les eaux (car il y a de petites 
sources dans ces lieux , et récemment on en a même découvert près du village 
de Maniquarez ) , les eaux étoient chargées d'oxide de fer jaune et avoient un goût 
stiptique. Nous trouvâmes les jiarois des rochers voisins tapissés de sulfate 
d'alumine capillaire en efflorescence 5 de véritables couches de deux pouces 
d'épaisseur, remplies d'alun natif, se prolongeoient à perte de vue dans le 
thonschiefer. L'alun est blanc - grisâtre , un peu mat à l'extérieur, et d'un 
éclat presque vitreux à l'intérieur; sa cassure n'est pas fibreuse, mais imparfaite- 
ment conchoïde. Il est semi-diaphane lorsque les fragmens sont peu épais. Sa 
saveur est douceâtre et astringente, sans mélange d'amertume. Je me suis proposé , 
sur les lieux même , la question de savoir si cet alun si pur, et qui remplit des 
couches dans le thonschiefer^ sans y laisser le moindre vide , est d'une formation 
contemporaine avec la roclie, ou s'il faut admettre qu'il est d'une origine récente 
et pour ainsi dire secondaire, comme le muriate de soude que l'on trouve 
(juelquefois par petits filons là où des sources fortement concentrées traversent 
des couches de gypse ou d'argile? Rien dans ces lieux ne paroît indiquer un 
mode de formation qui se renouvelleroit de nos jours. La roche schisteuse 

' Lat. 11" o' 3o"; long. o° ig' à l'est tlu nuhidien de Curaana. 
^ Lat. 10" 57'; long. 0° 3' 3o" à l'est de Ciimana. 



5i2 L T V R E I X. 

n'offre aucune fente ouverte : surtout elle n'en offre pas qui soit parallèle à la 
direction des feuillets. On se demande aussi si ce schiste aliunineux est une for- 
mation de transition superposée au micaschiste primitif d'Araya , ou s'il naît d'un 
simple changement de composition et de texture dans les couches du micaschiste? 
J'incline pour la dernière supposition; car la transition est progressive, et le 
schiste argileux {thons cl liefer) et le micaschiste ne me paroissent constituer ici 
qu'une seule formation. La présence de la cyanite , du titane rutile et des grenats, 
l'absence de la lydienne et de toute roche fragmentaire ou arénacée semblent 
caractériser comme primitive la formation que nous décrivons. Même en Europe , 
on assure avoir trouvé , quoique bien rarement , de l'ampelite et des griinsteins 
dans des schistes antérieurs à ceux de transition. 

Lorsque, en 1785, à la suite d'un tremblement de terre, une grande masse 
rocheuse s'étoit détachée dans l'Aroyo del Robalo , les Indiens Guayqueries 
de los Serritos recueillirent des fragmens d'alun de 5-6 pouces de diamètre , 
extrêmement transparens et purs. De mon temps , on en vendoit , à Cumana , aux 
teinturiers et aux cordonniers, la livre, au prix de 2 réaux (^piastre forte), 
tandis que l'alun venant d'Espagne coùtoit 1 2 réaux. Cette différence de prix 
étoit bien plus l'effet des préjugés et des entraves du commerce que de la 
qualité inférieure de l'alun du pays qui est employé sans lui faire subir aucmie 
purification. On le trouve aussi dans la chaîne de micaschiste et de thons chiefer^ à 
la côte nord-ouest de l'île la Trinité , à la Marguerite , et près du cap Chuparu- 
paru , au nord du Cerro del Distiladero '. Les Indiens , mystérieux par caractère, 
aiment à cacher les endroits d'où ils tirent l'alim natif; mais le minerai doit 
être assez abondant, car j'en ai vu à la fois entre leurs mains des quantités très- 
considérables. Il seroit intéressant pour le gouvernement de Venezuela d'établir 
des exploitations régulières, soit sur le minerai que nous venons de décrire, 
soit sur les schistes alumineux qui l'accompagnent. On jiourroit soumettre ces 
derniers au grillage et employer pour les lessiver ime concentration [graduation) 
au soleil brûlant des tropiques. 

L'Amérique du Sud reçoit aujourd'hui son alun d'Europe , comme l'Europe 
l'a reçu à son tour, jusqu'au i5* siècle, des peuples de l'Asie. Avant mon 

' On nous a indiqué une autre localité : à l'ouest de Bordones, le Puerto Escondido. Mais cette côte m'a 
paru toute calcaire , et je ne conçois pas quel pourroit être sur ce point le gisement de l'ampelite et de l'alun 
natif. Y en auroit-il dans les couches d'argile schisteuse qui alternent avec le calcaire alpin de Cumanacoa? 
(Tom. I, p. 391.) En Europe, l'alun fibreux ne se trouve que dans les terrains postérieurs à ceux de 
transition , dans des lignites et d'autres formations tertiaires qui appartiennent aux lignites. 



C H A P I T R E X X V. 53 

voyage , les minéralogistes n'ont connu d'autres substances qui , sans addition , 
calcinées ou non calcinées , puissent donner immédiatement de l'alun (du siUfate 
d'alumine et de potasse), que des roches de la formation trachytique et de 
petits filons qui traversent des couches de lignite ou de bois bitumineux. 
L'une et l'autre de ces substances , d'une origine si différente, renferme 
tout ce qui constitue l'alun, c'est-à-dire l'alumine, l'acide sulfurique et 
la potasse. Les minerais de la Tolfa , de Milo et de Nipoligo , ceux de Montione , 
dans lesquels la silice n'accompagne pas l'alumine, la brèche siliceuse du 
Mont-Dore , si bien décrite par M. Cordier, et qui renferme du soufre dans ses 
cavités, les roches alunifères de Parad et de Beregh en Hongrie, qui appar- 
tiennent aussi aux conglomérats pouceux et trachytiques , sont dus , à n'en pas 
douter , à la pénétration de vapeurs acido-sulfureuses ' . Ce sont , comme on peut 
s'en convaincre, dans les solfatares de Pouzzole et du Pic de Ténériffe, les pro- 
duits d'ime action volcanique foible et prolongée. L'alunite de la Tolfa , que , 
depuis mon retour eu Europe, j'ai examiné sur les lieux, conjointement avec 
M. Gay-Lussac , a , par ses caractères oryctognostiques et par sa composition 
chimique , beaucoup de rapport avec le feldspath compacte ^ qui fait la base 
de tant de trachytes et de porphyres de transition. C'est un sous-sulfate silicifère 
d'alumine et de potasse , un feldspath compacte , plus l'acide sulfurique qui y est 
tout formé. Les eaux circulant dans ces roches alunifères , d'origine volcanique, 
ne déposent cependant pas des masses d'alun natif : pour en donner, ces roches 
ont besoin de torréfaction. Je ne connois nulle part des dépôts analogues à ceux 
que j'ai rapportés de Cumana ; car les masses capillaires et fibreuses trouvées dans 
des filons qui traversent les couches de lignites (bords de l'Egra , entre Saatz et 
Commothau en Bohème ^ ) ou naissant par elflorescence dans des cavités (Freien- 

' Gay-Lussac, dans les Annales de Chimie (ancienne série), Tom. LV, p. 26G. Descostils, dans les 
Annales des Mines, 1816, p. 374. Cordier, dans les Annales de Chimie et de Physique, Tom. IX^ 
)). 71-88. Beudant, Voyage en Hongrie , Tom. III, p. 446-471. 

^ Ce feldspath conlient , d'après Rlaproth , plus de silice que l'alunite de Tolfa. La quantité de potasse est 
la même, mais trois fois moindre que dans les feldspaths communs (lamelleux)et vitreux. D'ailleurs, en compa- 
rant les analyses de Klaproth et de M. Vauquelin, on voit que les proportions relatives de silice et d'alumine 
varient beaucoup dans les différens échantillons tirés de la mine de la Tolfa. 

' Feder-Alaun, Haarsalz, mehliger und stângliger Alaun de Freien-walde, Tcherning, etc. {Klaproth ^ 
Reitrâge , Tom. I, p. 3ii;Tora. III, p. 102. Ficinus, dans les Schriften der Dresdener Gesellschaft fur 
Minéralogie j Tom. I, p. 266; Tom. II, p. 232.) De quelle formation est tiré cet alun natif que les Goubaniens 
portent à Syène de l'intérieur de l'Afrique? {Décade ég^'pt. , Tom. III, p. 85.) Je regrette de ne pas pouvoir, 
séparé de mes collections , déterminer la quantité de potasse que contient l'alun natif du Robalo. 



54 LIVRE IX. 

walde. dans le Brandebourg; Segario en Sardaigne), sont des sels impurs, 
souvent dépourvus de potasse , mêlés de sulfates d'ammoniaque et de magnésie. 
Une décomposition lente des pyrites qui agissent peut-être comme autant de 
petites piles galvaniques , rend alunifères les eaux qui circulent à travers les 
lignites bitumineux et les argiles carburées ' . Ces eaux , en contact avec le carbonate 
de chaux, donnent même lieu aux dépôts d'alumine sous-sulfatée (dépourvue de 
potasse) que Ton trouve près de Halle, et que l'on croyoit autrefois à tort 
être de l'alumine pure , appartenant , comme la terre à porcelaine ( kaolin ) de 
Morl , au porphyre du grès-rouge. Des actions chimiques analogues peuvent 
avoir lieu dans des schistes primitifs et de transition , comme dans les terrains 
tertiaires. Tous les schistes , et ce fait est très-important , contiennent près de 
5 pour cent de potasse , du sulfure de fer , du peroxide de fer, du carbone , etc. Le 
contact de tant de substances hétérogènes humectées doit nécessairement les porter 
à changer d'état et de composition. Les sels efïlorescens qui couvrent abondamment 
les schistes alumineux du Robalo, indiquent combien ces effets chimiques sont favo- 
risés par la haute température de ces climats ; mais (je le répète) dans une roche qui 
n'a pas de crevasses, pas de vides parallèles à la direction et à l'inclinaison de ses 
strates , l'alun natif, semi-diaphane et à cassure conchoïde , remplissant son gîte 
(ses couches) en entier, doit être regardé comme étant du même âge que la 
roche qui le renferme. Le mot formation contemporaine est pris ici dans le 
sens que les géognostes y attachent en parlant de couches de quarz dans le thon- 
schiefer^ de calcaire grenu dans le micaschiste, ou de feldspath dans le gneis. 

Axnès avoir erré long-temps dans ces lieux arides entre des rochers entiè- 
rement dénués de végétation, nos yeux reposoient avec plaisir sur des touffes de 
Malpi^hia et de Croton que nous trouvâmes en descendant vers les côtes. Ces 
crotons arborescens étoient même deux espèces nouvelles ^ très-remarquables par 
leur port et propres à la péninsule d'Araya. Nous arrivâmes trop tard à la La- 
(^una chica pour visiter une autre anse qui est placée plus à l'est et célèbre sous le 
nom de Laguna grande ou del Ohispo ^. Nous nous contentâmes de l'admirer du 
haut des montagnes qui la dominent. Après les ports du Ferrol et d'Acapulco , 
il n'y en a peut-être pas d'une configuration plus extraordinaire. C'est un golfe inté- 
rieur de 2 milles et demi de long de l'est à l'ouest et d'un mille de large. Les 
rochers de micaschite qui forment l'entrée du port ne laissent de passage libre 

1 Braunkolile et Alaunerde. 

^ Crolon nrgyrop/iylluSj et C. marginalus. 

3 D'après M. Fidalgo, lat. lo" 35' , long, o» f 5o" à l'est de Cumana. Voyez plus haut , Tora. I, p. 363. 



CHAPITRE XXV. 55 

que sur une largeur de aSo toises. Partout on trouve i5 à aS brasses de fond. 
Il est probable que le gouvernement de Cumana tirera un jour parti de ce golfe 
intérieur et de celui de Mochima ' situé 8 lieues marines à l'est de la mauvaise 
rade de Nueva-Barcelona. La famille de M. Navarete nous attendoit avec impa- 
tience sur la plage ; et , quoique notre canot portât une grande voile, nous n'arri- 
vâmes que de nuit à Maniquarez. 

Nous ne prolongeâmes plus notre séjour à Cumana que de deux semaines. 
Ayant perdu tout espoir de voir arriver un courrier de la Corogne, nous profitâmes 
d'un bâtiment américain qui chargeolt de la viande salée à Nueva-Barcelona pour 
la porter à l'île de Cuba. Nous avions passé i6 mois sur ces côtes et dans l'in- 
térieur de Venezuela. Quoiqu'il nous restât plus de 5o,ooo francs en lettres de 
change sur les premières maisons de la Havane, nous aurions senti un manque 
de fonds très - fâcheux, si le gouverneur de Cumana ne nous eût fait toutes les 
avances que nous pouvions désirer. La délicatesse des procédés de M. d'Em- 
paran , envers des étrangers qui lui étoient entièrement inconnus , mérite les 
plus grands éloges et ma vive reconnoissance. J'insiste sur des incidens d'un 
intérêt personnel , pour engager les voyageurs à ne pas trop compter sur les 
communications entre les diverses colonies d'une même métropole. Dans l'état 
du commerce de Cumana et de Caracas , en 1 799 , il auroit été plus facile de 
faire usage d'une traite sur Cadiz et sur Londres que sur Carthagène des Indes, sur 
la Havane ou la Vera-Cruz. Nous nous séparâmes de nos amis de Cumana, le 16 no- 
vembre , pour faire pour la troisième fois le trajet de l'embouchure du golfe de 
Cariaco â Nueva-Barcelona. La nuit étoit fraîche et délicieuse. Ce ne fut pas 
sans émotion que nous vîmes pour la dernière fois le disque de la lune éclairer 
le sommet des cocotiers qui entourent les rives du Manzanares. Long- temps 
nos yeux restèrent fixés sur cette côte blanchâtre où nous n'avions eu qu'une 
seule fois à nous plaindre des hommes. La brise étoit si forte, qu'en moins 
de 6 heures, nous nous trouvâmes mouillés près du Morro de Nueva-Barcelona. 
Le bâtiment qui devoit nous conduire à la Havane , étoit prêt à mettre à 
la voile. 

* C'est un golfe étroit et alongé du nord au sud de 3 milles, semblable auTifiârd de la Norwège. Lat . de 
l'entrée 10° 23' 45" ; long. 10' en arc à l'ouest de Cumana , et 3' à l'ouest de Puerto Escondido. 



*'*''*"V%/\*WVW\*'V**VV\(V%^'W\^/%A»-^.* «r^i-X^l^ 



CHAPITRE XXVI. 

Etat politique des provinces de Venezuela. — étendue du territoire. — 

POPULATION. — productions NATURELLES. — COMMERCE EXTERIEUR. — COMMU- 
NICATIONS ENTRE LES DIVERSES PROVINCES QUI COMPOSENT LA REPUBLIQUE DE 
COLOMBIA. 

Avant de quitter les côtes de la Terre - Ferme et d'entretenir le lecteiu' de 
l'importance politique de l'ile de Cuba , la plus grande des Antilles , je vais 
réunir sous un même point de vue tout ce qui peut faire apprécier avec 
justesse les relations futures de l'Europe commerçante avec les Provinces-Unies 
de Venezuela. En publiant d'abord après mon retour en Allemagne Y Essai poli- 
tique sur la Nouvelle-Espagne , j'ai fait connoitre en même temps une partie 
des matériaux que je possède sur la richesse territoriale de l'Amérique du Sud. 
Ce tableau comparatif de la population, de l'agriculture et du commerce, de 
toutes les colonies espagnoles a été rédigé à une époque où la marche de la civi- 
lisation étoit entravée par l'imperfection des institutions sociales , par le système 
prohibitif et par d'autres égaremens funestes de la science du gouvernement. 
Depuis que j'ai développé les immenses ressources que les peuples des deux 
Amériques, jouissant des bienfaits d'une sage liberté, pourront trouver dans leur 
position individuelle et dans leurs rapports avec l'Emope et l'Asie commerçantes, 
une de ces grandes révolutions qui agitent de temps en temps l'espèce humaine 
a changé l'état de la société dans les vastes pays que j'ai parcourus. Aujour- 
d'hui, la partie continentale du Nouveau-Monde se trouve comme partagée 
entre trois peuples d'origine européenne : l'un, et le plus puissant, est de 
race germanique; les deux autres appartiennent, par leur langue, leur litté- 
rature et leurs mœurs, à l'Europe latine. Les parties de l'ancien monde, qui 
avancent le plus vers l'ouest, la péninsule ibérienne et les Iles-Britanniques, 
sont celles aussi dont les colonies ont occupé le plus d'étendue ; mais quatre 
mille lieues de côtes habitées par les seuls descendans des Espagnols et des Portugais 
attestent la supériorité qu'aux i5' et i6^ siècles les peuples péninsulaires s'étaient 
acquise par lem-s expéditions maritimes sur le reste des peuples navigateurs. On 
peut dire que leurs langues répandues, depuis la Californie jusqu'au Rio de la 
Plata, sm* le dos des Cordillères comme dans les forets de l'Amazone, sont 



CHAPITRE XXVI. 5"] 

des monumeus de gloire nationale qui survivront à toutes les révolutions 
politiques. 

Dans ce moment , les habitans de l'Amérique espagnole et portugaise forment 
ensembli une population deux fois plus grande que celle de race angloise. Les 
possessions françoises , hollandoises et danoises du Nouveau-Continent sont de 
peu d'étendue ; mais , pour compléter le tableau général des peuples qui pourront 
influer sur la destinée de l'autre hémisphère, nous ne devons pas oublier et 
les colons d'origine slave qui tentent de s'établir depuis la péninsule d'Alaska 
jusqu'en Californie , et ces Africains libres d'Haïti qui ont accompli la prophétie 
faite par le voyageur milanais Benzoni , en x545. La position des Africains dans 
une île 2 t fois plus grande que la Sicile, au milieu de la Méditerranée des 
Antilles, augmente leur importance politique. Tous les amis de l'humanité font 
des vœux pour le développement d'une civilisation qui, après tant de fureurs et 
de sang, avance d'une manière inattendue. L'Amérique russe ressemble jusqu'à 
présent moins à une colonie agricole qu'à ces comptoirs que les Européens ont 
établis , au plus grand malheur des indigènes , sur les côtes de l'Afrique. Elle 
n'offre que des postes militaires, des stations de pêcheurs et de chasseurs sibériens. 
C'est sans doute un phénomène frappant que de trouver le rite de l'église grecque 
établi dans une partie de l'Amérique, et de voir deux nations qui habitent les ex- 
trémités orientales et occidentales de l'Europe , les Russes et les Espagnols , devenir 
limitrophes sur un continent où elles sont arrivées par des routes opposées; mais 
l'état presque sauvage des côtes dépeuplées d'Ochotsk et du Kamlschatka , le 
manque de secours tournis par les ports d'Asie, et le régime adopté jusqu'ici dans 
les colonies slaves du Nouveau-Monde, sont des entraves qui les tiendront long- 
temps dans l'enfance. Il en résulte que si , dans les recherches d'économie poli- 
tique, on s'accoutume à n'envisager que des masses, on ne sauroit méconnoîlre 
que le continent américain n'est partagé, à proprement parler, qu'entre trois 
grandes nations de race angloise , espagnole et portugaise, La j)remière de ces trois 
nations , les Anglo-Américains , est aussi , après les Anglois de l'Europe , celle qui 
couvre de son pavillon la plus grande étendue des mers. Sans colonies lointaines, 
leur commerce a pris un accroissement que n'a pu atteindre aucun peuple de 
l'ancien monde , si ce n'est celui qui a communiqué , au nord de l'Amérique , sa 
langue, l'éclat de sa littérature, son amour du travail, son penchant pour la 
liberté, et une partie de ses institutions civiles. 

Les colons anglois et portugais ont peuplé les seules côtes opposées à l'Europe : 
les Castillans, au contraire, dès le commencement de la conquête, ont franchi 
Beltilion liktoruiue , Toin. III. 8 



58 LIVRE IX. 

la chaîne des Andes , et se sont établis jusque dans les régions les plus occiden- 
tales. Ce n'est que là, au Mexique, à Cundinamarca , à Quito et au Pérou, 
qu'ils ont ti'ouvé les traces d'une antique civilisation , des ])euples agriculteurs , 
des empires florissans. Cette circonstance , l'accroissement d'une j)opulation indi- 
gène et montagnarde, la possession presque exclusive de grandes richesses métal- 
liques et des relations commerciales établies dès le commencement du i6' siècle 
avec l'Archipel indien , ont donné aux possessions espagnoles de l'Amérique 
équinoxiule un caractère qui leur est propre. Dans les contrées de l'est, tombées 
en partage aux colons anglois et portugais , les naturels éloient des peuples errans 
et chasseurs. Loin d'y former une portion de la population agricole et laborieuse , 
comme sur le plateau d'Anahuac , à Guatimala et dans le Haut-Pérou , ils se sont 
généralement retirés à l'approche des blancs. Le besoin du travail , la préférence 
donnée à la culture de la canne à sucre , de l'indigo et du coton , la cupidité qui 
accompagne et dégrade souvent l'industrie y ont fait naître cet infâme com- 
merce des noirs , dont les suites ont été également funestes pour les deux mondes. 
Heureusement , dans la partie continentale de l'Amérique espagnole , le nombre 
des esclaves africains est si peu considérable qu'en le comparant à celui de la 
population servile du Brésil ou à celle de la partie méridionale des Etats-Unis , il 
se trouve dans le rapport de i : 5. Toutes les colonies espagnoles, sans en exclure 
les îles de Cuba et de Portorico , n'ont , sur une surface qui excède au moins d'un 
cinquième celle de l'Europe , pas autant de nègres que le seul état de la Virginie. 
Les Espagnols-Américains ofl'rent dans l'union de la Nouvelle-Espagne et de Gua- 
timala l'exemple unique , sous la zone torride , d'une nation de 8 millions d'habi- 
tans gouvernée d'après des lois et des institutions européennes , cultivant à la fois 
le sucre, le cacao, le froment et la vigne, et n'ayant presque pas d'esclaves arra- 
chés au sol africain. 

La population du Nouveau-Continent ne surpasse encore que de très-peu 
celle de la France ou de l'Allemagne. Elle double aux Etats-Unis en vingt- 
trois ou vingt-cinq ans; au Mexique, elle a doublé, même sous le régime de la 
métropole , en quarante ou quarante-cinq ans. Sans se livrer à des espérances trop 
flatteuses sur l'avenir, on peut admettre que, dans moins d'un siècle et demi, 
la population de l'Amérique égalera celle de l'Europe. Cette noble riva- 
lité de la civihsation , des arts industriels et du commerce , loin d'appauvrir , 
comme on se plaît si souvent à le pronostiquer, l'ancien continent, aux dépens 
du nouveau , augmentera les besoins de la consommation , la masse du travail 
productif, l'activité des échanges. Sans doute qu'après les grandes révolutions 



CHAPITRE XX Vr. 5q 

que subit l'état des sociétés humaines , la fortune publique , qui est le patrimoine 
commun de la civilisation , se trouve différemment répartie entre les peuples des 
deux mondes j mais peu à peu l'équilibre se rétablit, et c'est un préjugé funeste , 
j'oserois presque dire impie , que de considérer comme une calamité pour la 
vieille Europe la prospérité croissante de toute autre portion de notre planète. 
L'indépendance des colonies ne contribuera pas à les isoler , elle les rappro- 
chera plutck des peuples anciennement civilisés. Le commerce tend à unir ce 
qu'une politique jalouse a séparé depuis long-temps. Il y a plus encore : il est 
de la nature de la civilisation de pouvoir se porter en avant sans s'éteindre 
pour cela dans le lieu qui l'a vu naître. Sa marche progressive de l'est à l'ouest , 
de l'Asie en Europe , ne prouve rien contre cet axiome. Une vive lumière conserve 
son éclat même lorsqu'elle éclaiie un plus grand espace. La culture intellectuelle . 
source féconde de la richesse nationale , se communique de proche en proche ; 
elle s'étend sans se déplacer. Son mouvement n'est point une migration : s il 
nous a paru tel dans l'Orient, c'est parce que des hordes barbares se sont 
emparées de l'Egypte, de l' Asie-Mineure , et de cette Grèce jadis libre, berceau 
abandonné de la civilisation de nos ancêtres. 

L'abrutissement des peuples est la suite de l'oppression qu'exercent ou le 
despotisme intérieur ou un conquérant étranger : il est toujours accompagné 
d'un appauvrissement progressif, d'une diminution de la fortune publique. Des 
institutions libres et fortes, adaptées aux intérêts de tous , éloignent ces dangers; 
et la civilisation croissante du monde , la concurrence du travail, celle des échanges 
ne ruinent pas les états dont le bien-être découle d'une source naturelle. L'Europe 
productrice et commerçante profitera du nouvel ordre des choses qui s'introduit 
dans l'Amérique espagnole , comme elle profiteroit , par l'accroissement de la 
consommation, des événemens qui feroient cesser la barbarie en Grèce, sur les 
côtes septentrionales de l'Afrique et dans d'autres pays soumis à la tyrannie des 
Ottomans. Il n'y a de menaçant pour la prospérité de l'ancien continent que le 
prolongement de ces luttes intestines qui arrêtent la production , et diminuent 
en même temps le nombre et les besoins des consommateurs. Dans l'Amérique 
espagnole , cette lutte , commencée six ans après mon départ , touche peu à peu 
à sa fin. Nous verrons bientôt des peuples indépendans , régis d'après des formes 
de gouvernement très-diverses , mais unis par le souvenir d'une origine commune, 
par l'uniformité du langage et les besoins que fait toujours naître la civilisation, 
habiter les deux rives de l'Océan Atlantique. On pouroit dire que les immenses 
progrès qu'a faits l'art du navigateur, ont rétréci les bassins des mers. Déjà 



6o LIVRE IX. 

rOcéan Atlantique se présente à nos yeux sous la forme d'un canal étroit qui 
n'éloigne pas plus du Nouveau - Monde les états commerçans de l'Europe , que 
dans l'enfance de la navigation le bassin de la Méditerranée a éloigné les Grecs 
du Péloponnèse de ceux de l'Ionie , de la Sicile et de la Cyrénaïque. 

J'ai cru devoir rappeler ces considérations générales sur les relations futures 
des deux continens , avant de tracer le tableau politique des provinces de Vene- 
zuela dont j'ai fait connoître les difierentes races d'hommes, les productions 
spontanées et cultivées, les inégalités du sol et les communications inté- 
rieures. Ces provinces, gouvernées jusqu'en 1810 par un capitaine général 
résidant à Caracas , sont aujourd'hui réunies à l'ancienne vice - royauté de la 
Nouvelle-Grenade ou de Santa-Fe, sous le nom de république de Colombia. Je 
n'anticiperai point sur la description que je dois donner plus tard de la Nouvelle- 
Grenade j mais, pour rendre mes observations sur la statistique de Venezuela 
plus utile à ceux qui veulent juger de l'importance politique de ce pays, et des 
avantages qu'il peut offrir au commerce de l'Europe, même dans son état de 
culture peu avancée, je dépeindrai les Provinces-Unies de V enezuela dans leurs 
rapports intimes avec Cundinamarca ou la Nouvelle- Grenade et comme faisant 
partie du nouvel état de Colombia. Cet aperçu comprendra nécessairement cinq 
divisions : l'étendue , la population , les productions , le commerce et le revenu 
public. Une partie des données qui serviront à former ce tableau, se trouvant 
indiquée dans les chapitres précédens, je pourrai être très-concis dans l'énoncé 
des résultats généraux. Nous avons passé , M. Bonpland et moi , près de trois 
ans dans les pays qui forment aujourd'hui le territoire de la république de Colom- 
bia; savoir : seize mois dans le Venezuela et dix-huit dans la Nouvelle-Grenade. 
Nous avons traversé ce territoire dans toute son étendue, d'une part, depuis les 
montagnes de Paria jusqu'à l'Esmeralda sur le Haxit-Orénoque et jusqu'à San 
Carlos del Rio Negro situé près des frontières du Brésil ; de l'autre , depuis le Rio 
Sinu et Carthagène des Indes jusqu'aux sommets neigeux de Quito, au port de 
Guayaquil sur les côtes de l'Océan pacifique et aux rives de l'Amazone dans la pro- 
vince de Jaen de Bracamoros. Un si long séjour et un voyage de i3oo lieues 
marines dans l'intérieur des terres, dont plus de 65o en bateau, m'ont pu 
fournir une connoissance assez exacte des circonstances locales : cependant je 
n'oserai me flatter d'avoir recueilli , sur le Venezuela et la Nouvelle-Grenade , des 
matériaux statistiques aussi nombreux et aussi sûrs que ceux que m'a fournis un 
séjour beaucoup plus court dans la Nouvelle-Espagne. On est moins porté à dis- 
cuter des questions d'économie politique dans des pays purement agricoles 



CHAPITRE XXVI. 6l 

et qui offrent plusieurs centres de pouvoir, que là où la civilisation est 
concentrée dans une grande capitale , et où l'immense produit des mines accou- 
tume les hommes à l'évaluation numérique des richesses naturelles. Au Mexique 
et au Pérou, j'ai trouvé dans des documens officiels une partie des données 
que je désirois me procurer. Il n'en étoit point ainsi à Quito , à Santa-Fe et à 
Caracas où l'intérêt pour des recherches statistiques ne se développera que par la 
jouissance d'un gouvernement indépendant. Ceux qui sont accoutvunés à exa- 
miner les chiffres avant d'en admettre la vérité , savent que , dans les états libres 
nouvellement fondés , on aime à exagérer l'accroissement de la fortune publique , 
tandis que dans les vieilles colonies on grossit la liste des maux qui tous sont attri- 
bués à l'influence du système prohibitif. C'est presque se venger de la métropole, que 
d'exagérer la stagnation du commerce et la lenteur des progrès de la population. 
Je n'ignore pas que les voyageurs qui ont récemment visité l'Amérique regardent 
ces progrès comme beaucoup plus rapides que semblent l'indiquer les nombres 
auxquels je m'arrête dans mes recherches statistiques. Ils promettent, pour l'an 191 3, 
au Mexique, dont ils croient que la population est doublée tous les vingt-deux ans, 
112 millions d'habi tans 5 aux États-Unis, pour la même époque , i4o millions '. 
Ces nombres , je l'avoue , ne m'effraient point par les motifs qui alarmeroient de 
zélés sectateurs du système de M. Malthus. Il se peut que deux ou trois cent millions 
d'hommes trouvent un jour leur subsistance dans l'immense étendue du Nouveau- 
Continent entre le lac de Nicaragua et le lac Ontario ; j'admets que les États- 
Unis compteront, en cent ans , au-delà de 80 millions d'habitans , en admettant un 
changement progressif dans la période du doublement (de vingt-cinq à trente-cinq 
et à quarante ans) ; mais, malgré les élémens de prospérité que renferme l'Amérique 
équinoxiale , malgré la sagesse que je veux bien supposer simultanément aux nou- 
veaux gouvernemens républicains formés au sud et au nord de l'équateur, je 
doute que l'accroissement de la population dans le Venezuela, dans la Guyane 
espagnole , la Nouvelle-Grenade et le Mexique , puisse être en général aussi rapide 
qu'il l'est aux États-Unis. Ces derniers, entièrement simés sous la zone tempérée , 
dépourvus de hautes chaînes de montagnes , offrent une immense étendue de 
pays facile à soumettre à la culture. Les hordes d'Indiens chasseurs reculent et devant 
les colons qu'ils abhorrent , et devant les missionnaires méthodistes qui contra- 
rient leur goût pour l'oisiveté et la vie vagabonde. Sans doute que, dans 
l'Amérique espagnole, la terre plus féconde produit, sur la même superficie, une 

' Robinson, Memoirs on the Mexican Révolution , Tom. II, p. 3i5. 



62 LIVRE IX. 

plus grande masse de substances nutritives ; sans doute que , sur les plateaux de 
la région équinoxiale , le froment donne 20 à 24 grains pour un : mais des 
Cordillères sillonnées par des crevasses presque inaccessibles, des steppes nues 
et arides , des forêts qui résistent à la hache et au feu , une atmosphère remplie 
d'insectes vénéneux opposeront long-temps de puissantes entraves à Tagricultiue 
et à l'industrie. Les colons les plus entreprenans et les plus robustes ne pourront 
avancer dans les districts montueux de Merida , d'Antioquia et de Los Pastos , 
dans les Llanos de Venezuela et du Guaviare, dans les forêts du Rio Magda- 
lena, de l'Oiénoque et de la province de las Esmeraldas , à l'ouest de Quito, 
comme ils ont étendu leurs conquêtes agricoles dans les plaines boisées à l'ouest 
des AUeghanys, depuis les sources de l'Ohio, du Tennesée et de l'Alabama 
jusque vers les rives du Missoury et de l'Arkansas. En se rappelant le récit de mon 
voyage à l'Orénoque , on appréciera les obstacles qu'une nature puissante oppose 
aux efforts de l'homme dans des climats brùlans et hiunides. Au Mexique , de 
grandes surfaces du sol sont dépourvues de sources : les pluies y sont très-rares, 
et le manque de rivières navigables ralentit les communications. Comme l'ancienne 
population indigène est agricole , et comme elle l'a été long-temps avant l'arrivée 
des Espagnols , les terrains qui sont d'un accès et d'une culture plus facile , ont 
déjà des propriétaires. On y trouve moins communément qu'on se l'imagine en 
Europe des pays fertiles et d'une vaste étendue qui soient à la disposition 
du premier occupant , ou susceptibles d'être vendus par lots au profit de l'état. 
Il en résulte que le mouvement de la colonisation ne peut être partout aussi 
rapide et aussi libre dans l'Amérique espagnole qu'il l'a été jusqu'ici dans les 
provinces occidentales de l'Union Anglo-Américaine. La population de cette 
Union ne se compose que de blancs et de nègres qui , arrachés à leur patrie , ou nés 
dans le Nouveau-Monde, sont devenus les instrumens de l'industrie des blancs. 
Au contraire , au Mexique , à Guatimala, à Quito et au Pérou , il existe de nos jours 
plus de cinq millions et demi d'indigènes de race cuivrée que , malgré les artifices 
employés pour les désindianiser, leur isolement, en partie forcé, en partie volon- 
taire , leur attachement à d'anciennes habitudes et leur méfiante inflexibilité de 
caractère empêcheront encore long-temps de participer aux progrès de la prospé- 
rité publique. 

J'insiste siur ces différences entre les états libres de l'Amérique tempérée et ceux 
de l'Amérique équinoxiale , pour montrer que ces derniers ont à lutter avec des 
obstacles qui tiennent à leur position physique et morale, et pour rappeler que les 
pays embellis par la nature des productions les plus variées et lés plus pré- 



CHAPITREXXVI. 63 

cieuses ne sont pas toujours susceptibles d'une culture facile, rapide et uni- 
formément étendue. Si l'on envisageoit les limites que peut atteindre la popu- 
lation, comme uniqiiement dépendante de la quantité de subsistance que la 
terre peut produire, les calculs les plus simples prouveroient la prépondé- 
rance des sociétés établies dans les belles régions de la zone torridej 
mais l'économie politique, ou la science positive des gouvernemens , se méfie 
des chiffres et de vaines abstractions. On sait que, par la multiplication 
d'une seule famille, un continent, jadis désert, pourroit, dans l'espace de huit 
siècles , compter plus de huit milliards d'habitans ; et cependant ces évaluations , 
fondées sur l'hypothèse de la constance des douhlemens en vingt-cinq ou 
trente ans, sont démenties par l'histoire de tous les peuples déjà avancés 
dans la carrière de la civilisation. Les destinées qui attendent les états libres 
de l'Amérique espagnole sont trop imposantes pour qu'on ait besoin de les 
embellir par le prestige des illusions et des calculs chimériques. 

Area et population. — Pour fixer l'attention du lecteur sur l'importance politique 
de l'ancienne Capitania gênerai de Venezuela , je commence par la com- 
parer aux grandes masses dans lesquelles se groupent aujourd'hui les divers 
peuples du Nouveau -Continent. C'est en s'élevant à des vues plus géné- 
rales que l'on peut se flatter de répandre quelque intérêt sur le détail de ces 
données statistiques qui sont les élémens variables de la prospérité et de la puissance 
nationale. Parmi les 34 millions d'habitans répandus sur la vaste surface de 
\ Amérique continentale (évaluation dans laquelle sont compris les indigènes 
sauvages et indépendans ) , on distingue , selon les trois races prépondérantes , 
i6^ millions dans les possessions des Espagnols- Américains ^ lo millions 
dans celles des Anglo-Américains et près de 4 millions dans celles des Por- 
tugais-Américains. Les populations dans ces trois grandes divisions sont , de 
nos jours, dans les rapports de 4? 2 i-, i ; tandis que les étendues de surfaces, 
sur lesquelles ces populations se trouvent répandues , sont comme les^ nombres 
1,5. 0,7. I. Uarea des Etats-Unis est presque d'un quart plus grande que celle 
de la Russie , à l'ouest de l'Oural ; et l'Amérique espagnole est de la même quan- 
tité plus étendue que l'Europe entière. Les États-Unis ' ont 5- de la population 

' Pour éviter des circonlocutions fastidieuses , je continue à désigner dans cet ouvrage , malgré les chan- 
gemens politiques survenus dans l'état des colonies, les pays habités par les Espagnols-Américains , sous la 
dénomination <X Amérique Espagnole. Je nomme Etals- Unis, sans ajouter de t Amérique septentrionale , 
le pays (les A agio- Américains , quoique d'autres États- Unis se soient formés dans l'Amérique méri- 
dionale. Il est embarrassant de parler de peuples qui jouent un grand rôle sur la scène du monde, et qui 



64 LIVRE IX. 

des possessions espagnoles , et cependant leur area est de plus de la moitié moins 
grande. Le Brésil renferme , vers l'ouest , des pays tellement déserts que , sur une 
étendue qui est seulement d'un tiers plus petite que la superficie de l'Amérique 
espagnole , sa population est dans le rapport de i : 4- Le tableau suivant renferme 
les résultats d'im essai que j'ai fait, conjointement avec M. Mathieu, membre de 
l'Académie des sciences et du Bureau des longitudes , pour évaluer, par des moyens 
précis , l'étendue de la surface des divers états de l'Amérique. Nous nous sommes 
servis de cartes sur lesquelles les limites ont été rectifiées d'après des données que 
j'ai publiées dans mon Recueil d'Observations astronomiques. Nos échelles 
ont été généralement assez grandes pour ne pas négliger des espaces de 4 à 5 lieues 
carrées. On a cru devoir pousser la précision jusque-là, pour ne pas ajouter l'in- 
certitude de la mesure des triangles , des trapèzes et des sinuosités des côtes 
à celle qui résulte de l'incertitude des données géographiques. 



GRANDES DIVISIONS POLITIQUES. 



I. Possessions des EsPAOHOts-AMiKicAiNs. 

Mexico ou Nouvelle-Espagne 

Guatimala 

Cuba et Portorico 

{Venezuela 
Nouv.- Grenade et Quito. . 

Pérou 

Chili 

Buenos-Ayres 

II. PossEss. DES Portugais-Améhicains (BHisll.). 

III. PossEss. DES Anglo-Amémcains (Etats-Unis). 



SUBFACE 

en lieoea carrées 

de 30 au degré 

équÎDOxîal. 



371,380 

75,83o 
16,740 
4,43o 
33, 700 
58,25o 
4i,42o 

14,2^0 

126,770 



256,990 



i74)3oo 



POPULATION 
(1823). 



16,785000 

6,800000 

1,600000 

800000 

785000 

2,000000 

i,4ooooo 
1,100000 
2,3ooooo 



4,000000 



10,220000 



n'ont pas de noms collectifs. Le mot Américain ne peut plus être appliqué aux citoyens seuls des 
États-Unis de l'Amérique du Nord, et il seroit à désirer .que celte nomenclature des nations indépen- 
dantes du KouTeau-Continenl pût être fixée d'une manière à la fois commode, harmonieuse et précise. 



CHAPITRE xxvr. 65 

ÉCLAIRCISSEMENS. 

Tai trouvé l'étendue de toute l'Amérique méridionale, en prenant pour limite l'extrémité orientale 
de la province de Panama, de 571,290 lieues carrées, dont la partie espagnole, c'est-à-dire Colombia 
(sans l'isthme de Panama et la province de Veragua), le Pérou, le Chili et Buenos-Ayres (sans les terres 
magellaniques) , comprennent 27 1,774 1. c; les possessions portugaises, 266,990 1. c. -, les Guyanes-angloises , 
hoUandoises et françoises , 1 1,320 1. c, et les terres patagoniques au sud du RioNegro, 3i,2o6 1. c. Les 
nombres suivans qui indiquent de grandes étendues de surface , peuvent servir de termes de comparaison ' : 
Europe , 3o4, 700 1. c. ; empire russe en Europe et en Asie , 6o3, 1 60 1. c. ; partie européenne de l'empire russe , 
i38,ii61. c. ; Etats-Unis de l'Amérique , 174,310 1. c. Toutes ces évaluations sont faites en lieues carrées 
de 20 au degré équatorial , ou de 2855 toises. J'ai adopté cette mesure dans la Relation historique de mon 
voyage , parce que les lieues marines, de trois milles chacune , seroient bien plus faciles à introduire unifor- 
mément comme mesure géographique chez les peuples commerçans de l'Amérique espagnole que les léguas 
légales et léguas communes de l'Espagne, qui sont de 26 j et de 19 au degré. Dans V Essai politique sur le 
royaume de la Nouvelle-Espagne , les surfaces sont indiquées en lieues carrées de 25 au degré, à la manière 
de la plupart des ouvrages statistiques publiés en Fiance. Je rappelle ces données , car pliisieurs auteurs 
modernes, tout en copiant les évaluations de surfaces que renferme VEssai politique , ont confondu, dans 
leurs réductions, les lieues de 25 au degré avec les lieues marines et géographiques , confusion aussi déplo- 
rable que celle des échelles Ihermomélriques centigrades et oclogésimales. A côté d'un élément invariable, 
celui de arca qui dépend du degré d'exactitude des cartes que j'ai construites, j'ai placé un élément bien 
incertain, celui de la population. Les données suivantes éclairciront cet objet que l'on a pu nommer long- 
temps avec raison plénum opus aleœ. Il en est des chiffres dans l'étude de l'économie politique comme des 
élémens de la météorologie et des tables astronomiques; ce n'est que progressivement qu'ils acquièrent 
de la précision, et le plus souvent il faut s'arrêter à des nombres limites. 

A. POPULATION. 

Mexique. Je crois avoir prouvé dans un autre endroit , d'après des données positives, qu'en i8o4 la popu- 
lation delà vice-royauté de la Nouvelle-Espagne, eu y comprenant les Provincias internas et le Yucatan, 
mais non la Capfiania gênerai de Guatimala , renfermoit pour le moins 5,84o,ooo habitans , dont 2,5oo,ooo 
d'indigènes de race cuivrée; 1 million d'Espagnols-Mexicains, et 75,000 d'Européens. J'énonçai même [Essai 
politique , Tom. I, p. 65-7G) qu'en 1808 la population devoit approcher de 67 millions, dont deux à trois 
cinquièmes ou 3,25o,ooo Indiens. Les guerres intestines qui ont agité long-temps les intendances de Mexico, de 
la Vera-Cruz, de Valladolid et de Guanaxuato, ont retardé sans doute les progrès de cet accroissement annuel de 
lapopulation mexicaine qui, lors démon séjour dans le pays , étoit probablement de plus de i5o,ooo{Essai pol. , 
Tom. I, p. 62-64). Le rapport des naissances à la population paroissoit être de 1:17, et celui des décès à la 
population de 1 : 3o. En n'admettant pour 18 ans qu'une augmentation d'un million d'habitans, je crois avoir 
évalué assez haut les effets de ces agitations populaires qui ont interrompu l'exploitation des mines, le com- 
merce et l'agriculture. Des recherches faites dans le pays même ont récemment prouvé que les évaluations 
auxquelles je me suis arrêté il y a 1 2 ans , ne s'éloignent pas beaucoup de la vérité. Don Fernando Navarro 
y Noriega a publié à Mexico les résultats d'un travail étendu sur le nombre des curatos y missiones du 
Mexique; il évalue, en 1810, la population du pays à 6,138,000. {Catalogo de los curatos quetiene la Nueva 
Espana i8i3 , p. 38; et Rispuesta de un Mexicano al u° 200, del Universal, p. 7.) Le même auteur, 
que son emploi dans les finances ( Contador de los ramos de arhitrios ) met en état d'examiner les données 
statistiques sur les lieux mêmes , pense {Memoria sobre la poblacion de Nueva Espana, Mexico i8j4; et 

' Foyei la noie B à la fin du 9' Livre. 

Relation historique, Tom. III. 9 



66 LIVRE IX. 

Senmnario poUtico y Utemrîo de h. Kttera Espana , n° 20, p. 94) qu'en 1810 , la population de la Nouvelle- 
Espagne , sans y comprendre les provinces de Guatimala , se composoit des élémens suivans : 

1,097,928 Européens et Espagnols- Américains. 

3,676,281 Indiens. 

1,338,706 Castes ou de race mixte. 

4,229 Ecclésiastiques séculiers. 

3,112 Ecclésiastiques du clergé régulier. 

2,og8 Religieuses. 

6,122,354 

J'incline à croire que la Nouvelle-Espagne a aujourd'hui près de 7 millions d'habitans. C'est aussi l'opi- 
nion d'un prélat respectable, l'archevêque de Mexico, Don José de FonlCj qui a parcouru une partie considé- 
rable de son diocèse et que j'ai eu l'honneur de revoir récemment à Paris. 

Guatimala. Ce pays, qui a été désigné jusqu'ici comme royaume, comprend les quatre évèehés de Guatimala , 
de Léon de Nicaragua, de Chiapa ou Ciudad Real et de Comayagua ou Honduras. Un dénombrement fait , 
en 1778, par le gouvernement séculier, et qui m'a été obligeamment communiqué par M. Del Barrio 
(député aux cortès de Madrid avant la déclaration de l'indépendance du Mexique) , ne donnoit qu'une po- 
pulation de 797, 2i4 habitans; maisDonDomingo Juarros, le savant auteur du Compendio de la historia de 
Guatemala , puliliée successivement en 1809 — 1818, a prouvé (Tom. I,p. 9 et 91) que ce résultat est irès- 
inexact. Les dénombremens faits , à la même époque , par ordre des évêques , donnoient au-delà d'un tiers 
en plus. Pendant mon séjour au Mexique, on estimoit, d'après les documens officiels, la population de 
Guatimala, où les Indiens sont extrêmement nombreux, à 1,200,000 : des personnes instruites des localités 
l'évaluent aujourd'hui à 2 millions. Désirant toujours m'arrêter à des chiffres qtti pèchent en moins , je n'ai 
compté qu'une population de 1,600,000. 

CcBA et PonToRico. La population de la grande île de Portorico est peu connue; elle a beaucoup augmente 
depuis l'année 1807. On n'y comptoit alors que i36,ooo habitans dont 17,600 esclaves. Le recensement 
de l'île de Cuba a donné , eniSii, comme nous l'avons rapporté plus haut (Vol. I , p. 335), Goo.ooo habitans 
dont 212,000 esclaves. i^Doeumenios de que hasta ahora se compone el expediente sobre los negros de la isla 
de Cuba, Madrid, 1817, p. iSg. ) Dans un autre document officiel, beaucoup plus i-écent (^ Reclamazion 
hecha por los Représentantes de Cuba contra le ley de aranceles , Madrid, 1821, p. 6), la population totale 
est évaluée à 630,980 âmes. 

C01.0MBIA. Les sept provinces, dont la réunion formoit jadis la Capitania gênerai de Caracas, avoient , au 
commencement du 19' siècle , au moment où la révolution éclatoit, selon les matériaux, que j'ai recueillis , 
près de 800,000 d'hal)itans. Ces matériaux ne sont pas un dénombrement total, fait par le pouvoir séculier; 
ce ne sont que des évaluations partielles fondées en partie sur les recensemens des curés et des missionnaires, en 
partie sur des considérations de consommation et de culture plus ou moins avancée. Des employés de 
l'intendance de Caracas, et surtout un homme très-instruit dans les matières de finances , Don Manuel 
Navai-ete, officier de la trésorerie royale à Cumana , ont bien voulu in'aider dans ce travail. L'époque à 
laquelle il remonte, offre un grand intérêt. C'est un point de départ, auquel on pourra comparer un jour 
l'accroissement de la population depuis la conquête de l'indépendance et de la liberté. 11 est à présumer 
que cet accroissement ne pourra se faire sentir que lorsque la paix intérieure sera rendue à ces belles 
contrées. Il seroit possible qu'au moment où cet ouvTage paroît, la population fijt un peu moindre qu'en 
iSoo. Les armées n'ont pas été très-nombreuses, mais elles ont désolé les contrées Its mieux cultivées 
du littoral et des vallées voisines. Le tremblement de terre du 26 mars 1812 ( Voyez plus haut, Tom. Il, 
p. 9 ), des fièvres épidémiques , qui ont régné en 1818 (Tom. II, p. 669 ) , l'armement des noirs, si inipru- 



CHAPITRE XXVr. Qn 

demment favorisé par le parti rovalibte , 1 cmigralion Je beaucoup de fuinilles aisées aux Antilles et une longue 
stagnalioii du coiuiuerce , ont augmenté la misère publifjue. 

Provinces de Cumana et de Barcelone 1 10,000 âmes. 

Je possède les résultats d'un dénombrement fait en 1792, qui est au moins en erreur 
de i et qui donne S6,o83 âmes, dont 4:^,fii5 Indiens; savoir : 27,787 de doctrina , 
ou habitans de villages qui ont un curé du clergé séculier ; et i4,828 de mission , ou 
gouvernés par des moines missionnaires. Je compte, en 1800, pour la province de 
Cumana ou Nouvelle-Andalousie, 60,000; pour la province de Barcelone, 5o,ooo. 

Province de Caracas 370,000 

On coniptoit, en 1801 : vallée de Caucagua et savanes d'Ocuraare, 3o,ooo; villede 
Caracas , et vallées de Chacao, Petarc , Mariclies et los Tequcs , 60,000 ; Portocabello , 
la Guayra et tout le littoral depuis le cap Codera jusqu'à Aroa, 25,ooo ; vallées d'Ara- 
gua , 52,000; le Tuy, 20,000; districts de Carora, Barqucsinieto,Tocuyo et Guanare, 
.'ïi,ooo; S. Felipe, Nirgua , Aroa et les plaines voisines . 34,ooo; Llanos de Calabozo , 
de San Carlos, d'Araure et de San Juan Baptisla dcl Pao, 4o,ooo. Ces évaluations par- 
tielles qui embrassent presque toutes les parties habitées, ne donnent qu'un total de 
3 1 5,000. 

Province de Coro 52 000 

Province de Maracayho ( avec Merida et Triixillo ) , 4o 000 

Province de Variims 75 qqq 

Province de la Guayana 4q qoo 

Un dénombrement de 1 780 , dont j'ai trouvé les résultais dans les archives à l'An- 
gostura ( Santo Tome de la Nueva Guayana ), donnoit ig,6i6 habitans; savoir: 
1,479 blancs, 16,499 Indiens, 620 noirs, 1018 pardos et zanibos (gens de couleur 
mêlée). 
Ile de la Marguerite 18 000 

Total 785,000 

il se pourroit que , même pour l'époque à laquelle je m'arrête , la population des deux provinces de 
Caracas et de Maracaybo et celle de l'île de la Marguerite ( Brown , Narrative , 181 9 , p. n8 ) fût un peu exa- 
gérée : cependant M. Depons, qui a eu également accè.s aux reccnsemens que les curés présentent aux 
évêques, évalue la seule province de Caracas , en y comprenant la province de Varinas, à 5oo,oooo ( Voyaee 
à la Terre- Ferme , Tom. I, p. 177). Les villages sont extrêmement populeux dans les provinces de Mara- 
caybo, tant à l'cnlour du lac que dans les montagnes de Merida et de Truxillo. Sur les 780000 à 
800,000 habitans que l'on peut supposer dans la Capitania gênerai de Caracas, en 1800, il y avoit 
probaUement près de 120,000 Indiens de race pure. Des documens officiels ' en donnent, pour la province de 
Cumana, 25,ooo (dont i5,ooo dans les seules missions de Caripe) ; pour la province de Barcelone, 3o 000 
(dont 24,700 dans les missions de Piritu ) ; pour la province de la Guayana , 34,ooo (savoir, 1 7,000 dans les 
missions de Carony ; 7000 dans celle de l'Orénoque, et près de 10,000 vivant dans l'état d'indépendance au 
Delta de l'Orénoque et dans les forêts ). Ces données suffisent pour prouver que le nombre des Indiens 
cmyrèi , AamXa. Capitania gênerai, n'est ni de 72,800 ni de 280,000, comme par eiTeur on l'a récemment 
avancé {Depons, Tora. I, p. 178; Malte- Brun , Géogr. , Tom. V, p. 549). Le premier de ces auteurs, 
qui n'évalue la population totale qu'à 728,000 au lieu de 800,000, a exagéré singulièrement le nombre des 
esclaves. 11 en compte 2i8,4oo (Tom. I , p. 24i ). Ce nombre est presque quatre fois trop grand ( Voyez plus 
haut, Tom. I , p. 571). D'après les évaluations partielles, faites par trois personnes instruites des localités, 



T'oyez, à la fin du ix' Livre, la note C. 



68 



LIVRE IX. 



Don Andrès Bello, Don Louis Lopez et Don Manuel Palacio Faxardo, il y avoit, en 1812 ^ tout au plus 
62,000 esclaves , dont 

1 0,000 à Caracas , Chacao , Petare , Baruta , Mariches , Guarenas , Guatire , Ântimano , La Vega , Los Teques , 

San Pedro et Budare. 
18,000 à Ocumâre (las Sabanas), Yare, Santa Lucia, Santa Teresa, Marin, Caucagua^ Capaya, Tapipa, 

Tacarigua , Mamporal , Panaquire , Rio Chico , Guapo , Cupira et Ciiriepe. 
5,600 à Guayos, SanMaieo, Victoria, Cagua, Escobal , Turmero, Maracay, Guâcara, Guigue, Va- 

lencia , Puerto Cabello et San Diego. 
3,000 à la Guayra, Choroni, Ocumare , Chuao et Burburata. 

4,000 à San Carlos, Nirgua, San Felipe, Llanos de Barquesimeto, Carora, Tocuyo, Araure, Ospinos, 
Guanare , "Villa de Cura , San Sébastian et Calabozo. 
2a,ooo à Cumana Nueva Barcelona , Vannas , Maracaybo et dans la Guyane espagnole. 
Le nombre des Espagnols - Américains ne s'élèye probablement qu'à 200,000 ; celui des blancs nés 
en Europe à 12,000; d'où résulteroit, pour toute l'ancienne Capitania gênerai de Caracas,, la proportion de 
— de castes mixtes (mulâtres, zambos et mestizes ) , ^ d'Espagnols-Âméricains (blancs créoles), ■— d'In- 
diens , -~ de nègres , et — d'Européens. 

Quant au royaume de la Nouvelle-Grenade, je rappelle les dénombremens de 1778 qui ont donné pour 
l'Audiencia de Santa-Fe 747,641, pour celle de Quito 53i;79g. Or, en ne supposant omb que ) et n'ajoutant 
qne 0,018 d'accroissement annuel, on trouve, par les suppositions les plus modérées, en 1800, au-delà 
de 2 millions. M. Caldas, d'ailleurs très-instruit de l'état politique de sa patrie, comptoit, en 1808, déjà 
3 millions [Semanario de Santa-Fe, n° \, p. 2 — 4.) Mais 11 est à craindre que ce savant n'ait exagéré 
beaucoup le nombre des Indiens indépendans. Je trouve, d'après un mûr examen de tons les matériaux 
que je possède en ce moment, la population de la république de Colombia de a,785,ooo. Cette évalua- 
tion est plus foible que celle du Président du Congrès qui, dans la proclamation du 10 janvier 1820, s'arrête 
à 3 i millions ; elle est un peu plus forte que celle qui a été publiée officiellement dans la Gazeta de Colombia , 
le 10 février 182s , et que je n'ai appris à connoître que par les journaux de Buenos- Ayres. 



Depabtemzntos Provikcias. 

Cumana 

Barcelona 

Guayana 

. Margarlta 



Orinoco • 



population. 
70,000 
44,000 
45,000 
1 5,000 



Venezuela 



Sulia 



174,000 

Caracas 35o,ooo 

Varinas 80,000 



43o,ooo 

Coro 3o,ooo 

Truxillo 33,Aoo 

Merida 5o,ooo 

Maracaybo 48,700 



162,100 
Ces trois départemens forment l'ancienne Capitania gênerai de Caracas, avec une population de 766,100. 

Tunja 200,000 

Boyaca f Socorro i5o,ooo 

Pamplona 75,000 

Casanare 19,000 

444,000 



CHAPITRE XXVI. 69 

Î Bogota 172,000 

Antioquia lo4,ooo 

Manquita 45,ooo 

Neiva 5o,ooo 

371,000 

Popayan 171,000 

Cauca l Choco 22,000 



( 
1 



193,200 

Cartagena 170,000 

Magdalem { Santa Marta 62,000 

Rio Hacha 7,ooo 



239,000 

On comptoit à la même époque ( 1822) pour deux provinces de Colombia, dont les députés n'étoient 
point encore arrivés au Congrès : 

Panama 5o,ooo 

Veragua 3o,ooo 

80,000 
Les 4 départemens de Boyaca, Cundinamarca , Cauca et Magdalena forment, avec Panama et Veragua, 
l'ancienne Audiencia de Santa- Fe, c'est-à-dire la Nouvelle-Grenade , sans y comprendre la Presidencia 
de Quito. Population totale : 1,327200 

Quito 23o,ooo 

Quixos et Macas 35,ooo 

Ancienne I Cuenca 78,000 

Presidencia de< Jaen de Bracamoros i3,ooo 

Quito. I Mainas 56,ooo (!) 

Loxa 48,ooo 

Guayaquil 90,000 

55o,ooo 

Il résulte de ces données de la Gazette officielle de Colombia , pour les trois grandes divisions de l'ancienne 
vice-royauté de Santa- Fe : 

VEKBZuEia 766,000 

Nouviixe-Ghenade 1,327,000 

Quito 55o,000 

2,643,000 

Cette évaluation totale s'accorde à ^ près avec celle que j'avais publiée il y a douze ans dans mon Essai 
politiqtie snr la Nouvelle-Espagne {Tova. II, p. 85i). Ole ne se fonde pas sur un véritable dénombrement, mais 
sur les rapports que les députés de chaque province ont faits au Congrès de Colombia pour rédiger la loi 
des élections. » {El Argos de Buenos- Ayres, a° ^,w)vemhre 1822, p. 3, et Colombiad being a statistical 
aecount o/that country, 1822, Tom. I, p. 375.) Les députés de Quito n'ayant pu être consultés par le 
Congrès , la population de cette Presidencia a été probablement estimée trop bas. On la donne dans la 
Gazette officielle presque telle qu'elle avoit été trouvée en 1778, tandb que l'évaluation de r..i«rfjencia de 



^O LIVRE IX. 

Santa-Fe prouve , en 43 années , un accroissement de plus de ^. Il faut espérer qu'un dénombrement fait 
avec exactitude lèvera bientôt les doutes que nous énonçons sur la statistique de Colombia : il me paroit 
probable que , malgré les dévastations de la guerre , on trouvera la population totale au-dessus de 2,900,000. 

Pérou. L'évaluation de la population indiquée dans le tableau n'est pas trop forte. Les ouvTages imprimés 
à Lima {Guia poîitica del Vireynato del Perùparâ el ano 1793, puMicada por la Sociedad academica de los 
Amantes del pays) estimèrent la population, il y a déjà trente ans, un million d'iiabitans, dont 600,000 Indiens, 
24o,ooo métis et 4o,ooo esclaves. La partie haliitcc du pays n'a qu'une surface de 26,220 lieues carrées, 
et une grande et fertile partie du Haut-Pérou appartient, depuis 1778, à la vice-royauté de Buenos-Ayres. 

Chili. Un dénombrement, fait en i8i3, a donné 980,000 âmes. M. d'Yrisarri, qui occupe une place 
importante dans le gouvernement du Cbili, pense que la population peut déjà atteindre 1,200,000. 

Buenos-Aybes. D'après les documcns officiels communiqués à M. Rodney, un des commissaires que le 
Président des Etats-Unis avoit envoyé au Rio de la Plata en 1817, la population étoit de 2 millions. On 
l'avoit trouvée , à cette époque , sans y comprendre les Indiens , de gG5,ooo. Le nombre des indigènes est 
cj^lréniemenl considérable dans le Haut-Pérou, c'est-à-dire dans les Provincias de la Sierra, qui appartiennent 
à l'état de Buenos-AjTes. Les rccensemens oiïlcieb évaluoient les Indiens seuls, dans la province de Buenos - 
Ayres, à i3o,ooo; dans celle de Cordova, à 25,000 ; dans l'intendance de Cocbabamba, à 371,000; dans celle 
du Potosl, à 23o,ooo; dans celle de Cbarcas , à i54,ooo. On comptoit d'babitans de toutes les castes (Indiens, 
métis et Ijlancs), dans la seule province de la Paz , 4oo,ooo. 

Il résulte de ces données que, dans quelques districts, le recensement avoit porté sui- l'ensemlile de» 
castes; dans d'autres districts, sur le nomljre des blancs, mulâtres et métis, à l'exclusion des indigènes de 
race cuivrée. Or , eu ne choisissant que les liuit provinces qui sont dans la première catégorie (savoir Buenos- 
Ayres , Cordova, Cocbabamba, Potosi, Charcas , Santa Cruz, la Paz et Paraguay), on obtient déjà 
t,8o5,ooo âmes. Les provinces et districts du Tucuman, de Santiago del Estero, du Valle de Catamarca, de 
Rioja , de San Juan , de Mendoza , de Sau Luis , de Jujuy el de Salta manquent dans cette somme. Comme ils 
renferment, d'après d'autres receusemens, près de 33o,ooo âmes, sans y comprendre les Indiens, on 
ne peut révoquer en doute que la population totale de l'ancienne vice -royauté de Buenos-Ayres ou de la 
Plata n'atteigne déjà deux millions et demi d'babitans de toutes les castes. ( Message from the Président of 
tlie United States at the commencement of the session of the ffteenth Congress , Washington, 1818, p. 20, 
4i et 4A.) Les évaluations ' très- détaillées obtenues par M. Brackenridge, secrétaire de la mission des États - 
Unis à Buenos-Ayres, et publiées dans un ouvrage rempli de vues philosophiques, donnent au Haut-Pérou 
seul, c'est-à-dire aux quatre intendances de Cliarcas, Potosi, La Paz et CocbabamJja, une population 
de 1,716,000. 

États-Unis. D'après l'accroissement observé jusqu'ici, la popiJation des États-Unis doit être, au com- 
mencement de l'année i823, de 10,220,000 dont 1,623,000 esclaves. On l'a trouvée en 

170O- de 262,000 (incertain). 

1753 i,o46,ooo (zV/ew, M. Pitkin). 

1774 2,i4i,3o7 (?rfe?« , Gouv. Pownall). 

1790 3,929,328 (premier dénombrement certain). 

1800 5,3o6,o32. 

1810 7,239,903. 

1820 9,637,999. 

Ce dernier recensement donne 7,862,282 blancs; 1,537,568 esclaves et 238,i49 libres de couleur. D'après 
un travail très-intéressant publié par M. Harvey [Edimb. Philos. Journal i January, i823, p. 4i), l'aug- 

* Voycc la note D â la fin du g» Livre. 



CHAPITRE XXVI. "] l 

uienlation décennale de la population des ÉtaU-Unis a été, de 1790 a 1820, successivement de 35, de 36, i 
et de 32,9 pour cent. Le retard qui se fait sentir dans l'accroissement n'est donc encore, pour 10 ans , que 
de a à 3 pour cent ou de n de l'accroissement total '. 

Brésii, On s'étolt arrêté jusqu'ici à 3 millions*; mais l'évaluation que je donne dans le Tableau se fonde sur 
des pièces officielles inédites , que je dois à l'obligeance de M. Adrien Balbi , de Venise , qu'un long séjour 
à Lisbonne a mis en état de répandre beaucoup de jour sur la statistique du Portugal et des colonies portu- 
gaises. D'après le rapport fait au roi de Portugal, en 1819, sur la population de ses possessions d'outre- 
mer, et d'après les différens états dressés par les capitaines généraux, les gouverneiu-s de provinces 
(conformément aux décrets de Rio Janeiro, du 22 août et du 3o septembre 1816), le Brésil avoit , vers 
l'année 1818, une population de 3,617,900 habitans; savoir: 

1,728,000 nègres esclaves {prêtas captivas). 
843,000 blancs (brancos). 

426,000 libres, de sang vaêlé (mestissos , mulatos, mamalucos libertos). 
25g, 4oo Indiens de différentes tribus (Indios de todas ascastas). 
202,000 esclaves de sang mêlé [mulatos captivas). 
1 59,500 noirs libres (prêtas /aras de tadas as nuçoes a/ricanas). 



3,617,900. 



Comme tous les récensemens n'ont pas été faits à la même époque , on peut regarder les états de la population 
comme relatifs aux années 1816 et 1818. L'augmentation de la population du Brésil doit cependant avoir 
été considérable dans les derniers 4 à 5 ans, tant par l'accroissement naturel ou excès des naissances que par 
la funeste introduction des nègres africains. D'après les documens présentés à la cbambre des communes à 
Londreseni32l,on voitque, du 1'' janvier 1817 jusqu'au 7 janvier 1818, leport deBahia a reçu 6070 esclaves, 
celui de Rio Janeiro i8,o32. Dans ie courant de l'année 1818 , ce dernier port a reçu 19,802 nègres (Report 
viade hy a committee to thedirectors o/the African Institution, onthe 8ih of May 1821, p. 37). Je ne doute 
pas que la population du Brésil ne soit aujourd'hui au-delà de 4 millions. Elle avoit été par conséquent 
trop fortement évaluée en 1798 [Essai polit, sur le Mexique, Vol. II, p. 855). M. Correa de Serra croyoit 
que, d'après les récensemens anciens qu'il a pu examiner avec soin, la population du Brésil, en 1776, étoit 
de 1,900,000 âmes, et l'autorité de cet homme d'état étoit d'un très-grand poids. Untableau de population,rap- 
porté par M. de Saint-Hilaire, correspondant de l'Institut, évalue la population du Brésil, en 1820, 
à 4,396,132 ; mais dans ce tableau, comme l'observe très-bien le savant voyageur, le nombre des Indiens 
sauvages et catéchisés (800,000) et des hommes libres (2,488,743) est singulièrement exagéré , tandis que le 
nombre des esclaves (1,1 07, 889) est de beaucoup trop foible. (Voyez Velosode Oliveira, Statistique du Brésil 
dans lesAnnaes Fluminenses de sciencias , 1822, Tom. I, §. 4.) 

Ayant continué de faire , dans ces dernières années, de laborieuses recherches sur la population des non- 
veaux états de l'Amérique espagnole, sur celle des Antilles et sur les tribus indiennes qui errent dans les 
deux Amériques, je crois pouvoir essayer de nouveau de tracer le tableau de la population totale du Nou- 
veau-Monde pour l'année 1S23. 

* Voyez la note £ à la fia du 9' Livre. 

' Brakenridgc, Voyage '.0 Soulh- America, Tom, 1, p. i4i. 



72 



LIVRE IX. 



I. Au^fiiQOB conTiuBirriLB , ÀXJ ROBD DB l'istbhb db Pahaha 19.955.000 

Canada aDglois 55o . 000 

États-Unis 10. 5a5.ooo 

Mexique et Guatimala 8.400.000 

Veragna et Panama. > 80 . 000 

Indiens indépendans peut-fitre 4oo. 000 

II. Au]âBiQUB iirsDLiiaB 3.826.000 

Haïti (Saint-Domingue) „ . .. . 8ao.ooo 

Antilles angloises. 777 . 000 

Antilles espognoles (eang la Margaerite) 925.000 

Antilles françoises 219.000 

Antilles bollandoises , danoises , etc 85 .000 

III. AUÉRIQCE COnTlIlBIfTiLB, AC 80D DB l'iSTBMB Db PaBAHA Ia.l6l.000 

Golombia (sans Veragua et Panama).. 2. 705.000 

Pérou 1.400.000 

Chili 1. 100.000 

Buenos- Ayres a • 3oo. 000 

Les Guyanes angloise , boUandoise et françoise 256. 000 

Brésil 4. 000. 000 

Indiens indépendans peut-être 420. 000 

ToTAi (en i8a3) » 34.942.000 



La population totale de l'arcliipel des Antilles n'est probablement pas au-dessous de 2,85o,ooo, quoique la 
distribution partielle de cette population parmi les différens groupes d'îles puisse subir quelques changemens 
d'après de nouvelles recherches. Ces vérifications sont surtout nécessaires pour les habitans libres des Antilles 
angloises, pour la partie espagnole de la république d'Haïti et pour Portorico. 

B. AREA. 

Il est presque superflu de rappeler les précautions que nous avons employées M. Mathieu et moi dans 
le calcul des surfaces , soit en décomposant les figures irrégulières des nouveaux états en trapèzes et eu 
triangles bien conditionnés, soit en mesurant les sinuosités des limites extérieures au moyen de petits carreaux 
tracés sur du papier transparent, soit en rectifiant des cartes à grandes échelles. Malgré ces précau- 
tions, les opérations de ce genre peuvent donner des résultats extrêmement diSërens, 1° selon que les 
cartes dont on se sert ont été construites sur des données astronomiques qui ne sont pas également précises ; 
2» selon que l'on trace les frontières conformément aux diverses prétentions des états limitrophes; 3" selon 
que, tout en reconnoissant la légalité des limites et en admettant qu'elles ont été déterminées astronomique- 
ment avec une précision suffisante , on exclut de Varea qu'on doit évaluer les contrées entiéretrteut inhabitées 
ou occupées par des peuples sauvages. On conçoit que la première cause agit de préférence sur les mesures 
de superficie là où les frontières se dirigent, comme par exemple au Pérou, le long des Cordillères, du 
nord au sud. Il est connu qu'en général les erreurs en longitude sont plus fréquentes et plus fortes que 
celles en latitude : cependant ces dernières aussi feroicnt varier de plus de 46oo lieues carrées l'area de la 
république deColombia, si l'on supposoit', comme autrefois, sur la frontière méridionale de la Guyane 
espagnole et du Brésil , le fortin de San Carlos del Rio Negro placé sous l'équateur, fortin que j'ai 



> Foyez plus haut , Tom. II , p. 497> et ù la Cn du 9* Lirre de la note F. 



CHAPITRE XXVI. 7^ 

trouvé, par les observations faîtes au rocher de Culimacari , par i" 53' 42" de lat. bor. La seconde cause 
d'incertitude, celle -qui a rapport aux contestations politiques sur les limites, est d'une haute importance 
partout où le territoire portugais est contigu au territoire des Espagnols- Américains. Les cartes manuscrites , 
tracées à Rio Janeiro ou à Lisbonne, ne ressemblent guère à celles que l'on construit à Buenos-Ayres et A 
Madrid. J'ai parlé, dans le XXIII° Chapitre S de ces interminables opérations tentées par les commissions 
des limites qui ont été établies pendant 4o ans au Paraguay^ sur les rives du Caqueta et dans la Capitania, 
gênerai du Rio Negro. Les poinU de discussion les plus importans sont , d'après l'étude que j'ai faite de cette 
grande controverse diplomatique: entre la mer* et le Rio Uruguay , les rives du Guaray et de l'Ibicuy, 
celles de l'Iguaçu et du Rio de S. Antonio; entre le Parana et le Rio Paraguay, les rives du Chichuy, 
au sud-est de la forteresse portugaise de Nova Coirabra 3; sur les frontières orientales des provinces 
espagnoles de Chiquitos et de los Moxos , les rives de l'Aguapehy, du Yauru et du Guaporè , un peu à l'est 
de l'isthme qui sépare les affluens du Paraguay et du Rio de laMadeira, près de Yilla Bella (lat. iS" o' ) ; 
au sud et au nord de l'Amazone , le terrain entièrement inconnu entre le Rio de la Madeira et le Rio Javary 
( lat. lo-'i -i 1° austr. ) ; les plaines entre le Putumayo et le Japura , entre l'Apoporis qui est un affluent du 
Japura et l'Uaupès qui se jette dans le Rio Negro ''; les forêts au sud-ouest de la mbsion de l'Esmeralda, 
entre le Mavaca, le Pacimoni et le CababuriS; enfin la partie septentrionale du Rio Branco et de l'Urari- 
cuera, entre le fortin portugais de San Juaquim et les sources du Rio Carony« (lat. 3°o'-3°45'). On a placé 
quelques pierres ( piedras de marco ) pour désigner la limite entre l'Amérique espagnole et l'Amérique 
portugaise; on les a ornées' de l'inscription fastueuse: Pax et Justitia osculatœ sunt. Ex pactis finium 
regimdorum Madridi Idibus Jan. 1750; mais la liaison de ces points très-éloignés les uns des autres, la fixation 
définitive des limites et leur reconnoissance solennelle, n'ont jamais été obtenues. Tout ce qui a été fait jusqu'à 
ce jour n'est regardé que comme provisoire, et les deux nations voisines, sans renoncer à l'extension de leurs 
droits, se maintiennent préalablement dans un état de paisible possession. Nous avons rappelé plus haut que 
si l'on parvenoit à substituer au portage de Villa Bella ( lô» i), entre le Rio de la Madeira et le Rio Paraguay, 
im canal de 53oo toises de longueur*, une navigation intérieure se trouveroit ouverte entre l'embouchure de 

» L. <!.,p. 44i. 

* Depuis l'usurpation du territoire de Montevideo par les Portugais, les limites entre l'état de Buenos-Ayres et le Brésil 
ont éprouvé de grands changemens dans la banda oriental ou province clsplatlne , c'est-à-dire sur la rive septentrionale du 
Rio de la Plata , entre l'embouchure de ce fleuve et la rive gauche de l'Uruguay. La côte du Brésil , des 5o° aui 34° 
de latitude australe , ressemble à celle du Mexique , entre Tamiagua, Tampico et le Rio del Norle. Elle est formée par des 
péninsules étroites derrière lesquelles sont situés de grands lacs et des marais d'eau salée (Laguna de los Pathos, Laguna Merim). 
C'est vers l'extrémité méridionale de la Laguna Merim, dans laquelle se jette la petite rivière de Tahym (lat. Saoïo') que 
se trouvoient les deux marcos portugais et espagnols. La plaine entre le Tahym et le Chuy étoit regardée comme un territoire 
neutre. Le fortin de Santa Teresa (lat. SS- 58' 3a' d'après la carte manuscrite de Don Josef Varela) étoit le poste le plus 
septentrional qu'avoient les Espagnols sur la côte de l'Océan Atlantique, au sud de l'équateur. 

' Nova Coimbra (lat. 19° 55') est un presidio fondé en 1775 ; c'est probablement l'établissement portugais le plus méridional 
sur le Rio Paraguay. Dans les dlAïrentes cartes espagnoles et portugaises on fixe asseï constamment comme frontière entre le 
Parana et le Paraguay, vers l'est, le Yaguary ( Menici , Monicr), grand affluent du Parana ; vers l'ouest, tantôt le Chichuy 
(Xexuy) et l'Ipane, près de l'ancienne mission de Belen (lat. a3° 32'), tantôt le Mboimboy (lat. 20' if), vis-à-vis de la mission 
détruite d'Itatiny, tantôt (lat. 19° 35') le Rio Mondego eu Mbotetey , près de la ville détruite de Xerez ; tous trois affluens de 
la rive orientale du Paraguay. La limite plus rapprochée de Nova Coimbra, celle du Rio Mboymboy, a été assez généra- 
lement reconnue comme provisoire entre le Brésil et l'ancienne vice-royauté de Buenos-Ayres. 

♦ L. c. , p. 459. 

* L. c, p. 479 et 568. 
« L. c, p. 53o et 683. 

' Comme au point où le Rio Jauru entre dans le Paraguay. Foyez le Patriota de Rio Janeiro , i8i3 , n" a , p. 54. 

• Le portage {varadoiro) est , à proprement parler, entre les petites rivières Aguapehy et Alegre. La première se jette dans 
le Jauru qui est un affluent du Paraguay. Le Rio Alegre tombe dans le Guaporè , affluent du Rio de la Madeira. Les sources du 
Rio Topayos sont aussi très-rapprochées de Villa Bella et des sources du Paraguay. Cette contrée , qui forme un isthme terrestre 
entre les bassins de l'Amazone et du Rio de la Plata , sera un jour de la pins haute importance pour le commerce intérieur 
de l'Amérique méridionale. 

Relation historique , Tom. III. ^o 



^4 LIVRE! X. 

rOrénoque et celle du Rio de la Plata , entre l'Angostura et Montevideo. La direction des grandes rivières 
dans le sens des méridiens offriroit peut-être une limite naturelle , entre les possessions portugaises et es- 
pagnoles , limite qui suivroit l'Orénoque, le Cassiquiare , le Rio Negro , les rives de l'Amazone, sur une 
longueur de uo lieues, le Rio de la Madeira , le Guaporè , l'Aguapehi , le Jauru, le Paraguay et le Parana 
ou Rio de la Plata, et formeroit une ligne de démarcation de plus de 860 lieues. Les Espagnols-Américains 
possèdent , à l'est de cette limite, le Paraguay et une partie de la Guyane espagnole; les Portugais-Américains 
ont occupé, à l'ouest, le pays entre le Javary et le Rio de la Madeira , entre le Putumayo et les sources du Rio 
Negro. Ce n'est pas seulement des côtes du Brésil et du Pérou que la civilisation s'est avancée vers les régions 
centrales; elle y a pénétré aussi par trois autres voies, par l'Amazone , l'Orénoqne et le Rio de la Plata ; elle a 
remonté les aflluens de ces trois fleuves et leurs embranchemens secondaires. C'est du croisement de ces routes 
et de leurs directions variées qu'est résultée une configuration de territoire et une sinuosité de frontières , 
aussi difficile à déterminer astronomiquement qu'elle est désavantageuse au commerce ii\térieur. 

A ces deux causes de l'incertitude des évaluations des surfaces que nous venons d'analyser, aux erreurs de la 
géographie astronomique et aux discussions sur les limites, se joint une troisième cause, qui est la plus impor- 
tante de toutes. Lorsqu'on parle de Varea du Pérou ou de l'ancienne Capitania gciieral de Caracas, on peut 
mettre en doute si ces noms désignent seulement les pays dans lesquels les Espagnols-Américains ont fait des 
établlssemens , et qui par conséquent dépendent de leur hiérarchie politique et religieuse, ou si l'on doit 
joindre aux pays gouvernés par les blancs (par des corrégldors, des chefs de postes militaires et des mission- 
naires ) les forêts et les savanes en partie désertes , en partie habitées par des sauvages, c'est-à-dire par des 
peuplades indigènes et libres. Nous avons vu plus haut que , dans l'intérieur des terres , des erreurs 
faciles à supposer de 1° en latitude, ou de 2° en longitude *, peuvent, sur des frontières de 3oo lieues, 
augmenter ou diminuer les surfaces des nouveaux états de 12,000 lieues carrées; mais les changemens bien 
plus importans naissent des lignes de démarcation que l'on tire un peu arbitrairement entre les terrains 
régulièrement lialiités et les terrains déserts ou parcourus par des tribus sauvages. Les limites de la 
civilisation sont plus difficiles à tracer que les limites politiques. De petites missions gouvernées par des 
moines sont dispersées le long d''un fleuve ; ce sont pour ainsi dire les avant-postes de la culture eu- 
ropéenne; rangées par bandes étroites et sinueuses, elles s'avancent à plus de cent lieues de distance au milieu 
des forêts et des déserts. Doit-on compter comme territoire péruvien ou colombien tout ce qui se trouve 
entre ces villages isolés , entre ces croix plantées par les moines de Saint-François et entourées de 
quelques cabanes d'Indiens ? Les hordes qui errent sur la lisière des missions du Haut-Orénoque , du 
Carony, du Terni, du Japura , du3Iamorè, affluent du Rio de la Madera, et de l'Apurimac, affluent de 
rUcayale, connaissent à peine l'existence des hommes blancs. Elles ignorent que les pays qu'elles possèdent 
depuis des siècles, sont enclavés, d'après le dogme politique du territoire fermé, dans les limites des 
états de Venezuela, de la Nouvelle-Grenade et du Pérou. 

Dans l'état actuel des choses , il n'y a continuité de terrains cultivés ou pour mieux dire contiguitc d'éta- 
blissemens chrétiens, que sur un très-petit nombre de points. Le Brésil ne touche au Venezuela que par la 

' Je n'évalue que les erreurs de longitudes relatUcs, par exemple les différences de longitude entre les eûtes et la vallée du Rio 
Mamorâ ou du Haut-Javari : je ne parle pas de l'erreur des longitudes absolues qui excédent quelquefois 3° à 4° . sans influer 
sur la mesure des surfaces. La nouvelle détermination que j'ai donnée delà longitude de la ville de Quito (Si° 5' 00* à l'occid. de 
Paris) a causé, sur les cartes les plus récentes, un changement considérable dans la partie occidentale de l'Amérique. Cette 
détermination diffère de o" 5o'3o' de la longitude adoptée jusqu'à mon retour en Europe. {Connoiss. des temps pour t'anntc iSu8, 
p. ^206. ) La largeur de l'Amérique méridionale , entre Cayenne et Quito, est, d'après d'AnvilJe , de 3o lieues marines trop 
petite. C'est de Vinègalilo des dèplacemens partiels que naissent les erreurs de longitudes relatives ({m altèrent le calcul de Varea. 
La Cruz Olmedilla, dont la grande carte a été copiée et défigurée successiTement , plaçoit trop à l'est ; de î degré Santa-Fe de 
Bogota ; de a** 7 San Carlos del Rio IVegro ; de | degré l'embouchure de TApure. La distance de Cumaua îk la mission de 
l'Esmeralda , sur le Ilaut-Orénoque , est évaluée , par La Cruî , de 2° j trop petite. En général, on Cguroit , avant mon voyage , 
tout le système des rivières de l'Oiénoque et du Rio Negro de i° i i" 7 de latitude trop au sud, et de 2" de longitude trop 
à l'es 



CHAPITRE xxvr. 75 

Ijande des missions du Rio Negro, du Cassiquiare et de l'Orénoque ; il ne touche au Pérou que par les 
missions du Haut-Maragnon et celles de la prorince de Maynas , entre Loreto et Tabalinga. C'est par de 
petites langues de terre défrichées que se tiennent les divers états du Nouveau-Monde. Entre le Rio 
Branco et le Rio Carony, entre le Javary et le Guallaga , le Mamorè et les montagnes du Couzco, des terrains 
qui sont habités par des sauvages, et qui n'ont jamais été parcourus par des blancs, séparent, comme des 
bras de mers intérieures, les parties civilisées de Venezuela, du Brésil et du Pérou. (Comparez plus haut , 
Chap. XII, Tora.l,p. 5G6 — 568.) La civihsation européenne s'est répandue comme par rayons divergeas, 
des côtes ou des hautes montagnes voisines des côtes vers le centre de l'Amérique du Sud, et l'influence des 
gouveruemens diminue à mesure que l'on s'éloigne du littoral. Des missions entièrement dépendantes du 
pouvoir monacal , habitées par la seule race des indigènes cuivrés , forment une vaste ceinture autour des 
régions plus anciennement défrichées, et ces établissemeus chrétiens se trouvent placés sur la lisière des savanes 
et des forcis, entre la vie agricole et pastorale des colons et la vie errante des peuples chasseurs. Souvent dans les 
cartes dessinées à Lima , on n'étend pas le territoire des intendances péruviennes les plus orientales (Tarma et 
Couzco) jusqu'aux frontières du Grand Para et de Mattogrosso : on nomme Pérou les seules parties soumises 
au régime des blancs {tierras conquistadas) , et l'on désigne le reste par les dénominations vagues de pays 
inconnus, pays d'Indiens, pays de sauvages {paisea desconocidos , comarca desierta , tierrasde Indios bravos y 
injieles). Le Pérou entier, en l'étendant jusqu'aux limites portugaises, a 4i,420 lieues marines carrées, 
tandis qu'en défalquant les pays sauvages et inconnus entre les frontières du Brésil et les rives orientales 
du Béni et de l'Ucayale , on ne trouve plus que 26,220 1. c. Nous verrons bientôt que , dans l'ancienne 
vice-royauté de Bnenos-Ayres , appelée aujourd'hui les Etats-Unis du Rio de lu Plata , les différences sont 
plus grandes encore. De même ou peut donner au Brésil 267,000 ou 118,000 lieues carrées, selon qu'on 
calcule toute la surface du pays depuis les côtes jusqu'aux rives du Mamorè et du Javary, ou qu'on s'arrête 
au cours des fleuves Parana cl Araguay, en excluaut de Varca du Brésil la majeure partie des provinces 
de Mattogrosso , du Rio Negro et de la Guyane portugaise , trois provinces dépeuplées qui ont plus du tiers 
de l'étendue de l'Europe. 

Il résulte de ces considérations qu'il ne faudroit pas cire surpris , si diUerens géographes qui cakuleroient 
les surfaces avec une égale précision , et d'après des cartes suffisamment bonnes , tronvoient des résultats 
quidifl"éreroient entre eux d'un quart, d'un tiers et quelquefois même de plus de la moitié. Les régions 
désertes ou habitées par des indigènes indêpendans n'ont pas des limites faciles à fixer; les missions s'avancent 
au milieu de ces pays sauvages, en suivant le lit des rivières. Les surfaces calculées varient selon que l'on 
évalue le seul pays déjà conquis par les missionnaires , ou que l'on ajoute les forêts qui se trouvent interposées à 
ces conquêtes. C'est ainsi que le mantpie d'harmonie que l'on ohserve entre le talileau précédent, et 
celui que M. OItmanns a calculé en i8o6, ne résulte que de Vexchision des pays non soumis au 
régime des blancs. Les anciennes évaluations sont nécessairement toutes plus petites que les nouvelles 
qui offrent l'area totale. En réduisant les lieues communes à des lieues marines , je ne coraptois dans l'Essai 
politique sur la Aouvelk-Espagiie (Tom. II, pag. 85i.), que 299,810 1. c. (de 20 au degré) pour toute 
l'Améritpie espagnole; 30,628 pour le Venezuela ou l'ancienne Capitariia gênerai do dxracas ; 41,291 1. c. 
pour la Nouvelle-Grenade ; 19,4491. c. pour le Pérou habité (d'après les frontières qu'indique la Carte des 
Intendances, publiée à Lima en 1792 par Don Andrès Baleato) ; i4,447 1. c. pour le Chili , et 91,628 1. c. 
pour les Provinces-Unies du Rio de la Plata ou l'ancienne vice-royauté de Bueuos-AjTCS. Ce que je vieus 
d'exposer sur les calculs des surfaces de l'Amérique espagnole et sur les causes qui font varier ces calculs, 
s'applique également au territoire des États-Unis , que l'on a terminé à l'ouest , à différentes époques , par 
le Mississipi , par les Montagnes Rocheuses et les côtes de l'Océan pacifique. Le territoire du Missouri et celui 
d'Jrkansas ont été long-temps pour ainsi dire sans frontières vers l'ouest; ils ressemblent sous ce point de vue 
à la province des Chiquitos de l'Amérique du Sud. Dans les tableaux que je présente aujourd'hui, j'ai adopté 
une méthode de calcid différente de celle que j'avois suivie jusqu'ici; j'ai évalué le cadre, ou l'étendue 
de terrain que la population croissante de chaque état parviendra à remplir dans la suite des siècles. Les 



76 LIVRE IX. 

lignes de division ( lineas divisorias ) ont été adoptées telles que, d'après des traditions reçues et les 
droits que donne une longue et paisible possession, elles se trouvent tracées sur les cartes manus- 
crites espagnoles et portugaises que je possède. Lorsque les cartes des deux nations différoient considé- 
rablement les unes des autres, on a tenu compte de ces différences en prenant la moyenne des 
résultats obtenus. Les nombres auxquels je me suis arrêté dans le tableau qui précède, indiquent par 
conséquent le maximum de surface offert à l'industrie des états de Colombia ', du Pérou ou du Brésil; 
mais comme à une époque donnée la force politique des états dépend moins du rapport de leur étendue 
totale au nombre des habitans que du degré de concentration de la majeure partie de la population, j'ai 
évalué séparément les parties habitées et inhabitées. J'ai d'autant moins balancé à suivre cette marche, que 
des personnes respectables qui font partie des nouveaux gouvernemens établis dans l'Amérique espagnole , 
ont désiré connaître, pour les besoins de l'administration intérieure, à la fois les surfaces totales et les sur- 
faces partielles. Il est probable que les dénominations des provinces vont subir encore de fréquenschangemens; 
c'est le cas de toutes les sociétés récemment formées. On essaie différentes combinaisons avant de parvenir à un 
état d'équilibre et de stabilité; et si ce genre d'innovations a été moins fréquent dans les États-Unis (du 
moins à l'est des Alleghanb), il n'en faut pas attribuer la cause au seul caractère national, mais à celte heureuse 
position des colonies anglo-américaines qui, régies dès leur origine par d'excellentes institutions politiques, 
ont eu la liberté avant l'indépendance. 

NoirvxLLE-EspAGSE. La surface de ce vaste pays a été calculée avec beaucoup de soin par M. Oltmanns< 
d'après les limites qu'indique ma grande carte du Mexique. Il y aura probablement bientôt quelques chan- 
gemens au nord de San Francisco et au-delà du Rio del Norte, entre l'embouchure du Rio Sabina et du 
Rio Colorado de Texas. Les assertions que j'ai consignées sur ma carte du Mexique, dessinée en i8o4 et 
publiée en 1809, relativement à l'identité du Rio Napestle et du Rio de Pecos avec les rivières qui, dans la 
Louisiane, portent les noms d'Arkansas et de Rivière-Rouge de Natchitotches, ont été pleinement justifiées par 
le Voyage du major Pike, qui a paru à Philadelphie en 1810. 

GuATiMALA. Ce pays, si peu connu, renferme les provinces de Chiapa, Guatimala, Vera-Paz ou Tezulutlan, Hon- 
duras (villes : Comayagua,Omoa et Truxillo), Nicaragua etCostaRica^.LescôtesdeGuatimalas'étendentsurla 
mer du Sud depuis la Barra de Tonalà et (lat. 16° 7' long. 96° Sg'), à l'est de Tchuanlepec, jusqu'à la Punta de 
Burica ou Boruca (lat. 8° 5' long. 85° i3'), à l'est du Golfo Dulce de Costa Rica. De ce point, la frontière 
remonte successivement : au N. en longeant la province Colombienne de Veragua, vers le cap Careta 
(lat. 9° 35' long. 84" 43'), qui s'avance dans la mer des Antilles, un peu à l'ouest du beau port de Bocca del 
Toro; au N. N. O. le long de la côte jusqu'à la rivière de Blewfield ou de Nueva Segovia (lat. 11° 54' 
long. 85° 25'), sur le territoire des Indiens Mosquitos; vers le N. O. le long de la rivière de Nueva 
Segovia pendant 4o lieues; et enfin vers le N. au cap Camaron (lat. 16° 3' long. 87» 3i'), entre le Cap 
Gracias à Dios et le port de Truxillo. Depuis le Cap Camaron , la côte de Honduras dirigée à l'O. et au N. 
forme la frontière jusqu'à l'embouchure de la rivière Sibun (lat. 17" 12' long. 90° 4o'). De là cette 
frontière suit le cours du Sibun à l'E. , traverse le Rio Sumasinta, qui se jette dans la Laguna de Terminos, 

* Dans la déclaration da congrès de Venezuela, en date dn 17 décembre 1819, déclaration qoi est regardée comme la 
toi fondamentale de la république de Colombia, le territoire de la république est évalué (à l'art. 3) de ii5,ooo lieues carrées, 
sans que l'on ajoute la valeur de ces lieues. Si ce sont, comme il est très-probable, des lieues marines, l'évaluation est de 
a5,ooo lieues (une fois et demie Varea de la France) trop grande. On aura consulté des cartes qtii n'étoient pas rectifiées 
d'après les observations astronomiques faites aux frontières du sud et de l'est. Toutes les évaluations à'area , publiées jusqu'ici 
dans le» nouveaux états de l'Amérique , sont très-inexactes; j'en excepte les données partielles de VAbeja argentina (1823 , n» i, 
p. 8) , journal intéressant publié à Buenos- Ayres. 

' Juarros, Compendio de la BUt. de Guatemala, imprimé à Guatemala 1809, T. I, p. 5, 9, 3)^56; T. II, p. 39. Jost Ceeilio 
Falle , Periodieo de la Soeicdad tconomica de Guatemala , T. I , p. 38. 



CHAPITRE XXVI. 77 

se prolonge vers le Rio de Tabascoou Grixalva jusqu'aux montagnes qui dominent la ville indienne de Chiapa, 
et tourne au S. O. pour rejoiudre les côtes de la mer du Sud à la Barra de Tonalà. 

Cuba et Portorico. Uarea est calculée, pour Portorico, d'après les cartes du Dépôt hydrographique de 
Madrid; pour l'île de Cuba, d'après la carte que j'ai construite en 1820, sur mes propres observations 
astronomiques, et sur l'ensemble des données publiées jusqu'à ce jour par MM. Ferrer, Robredo, 
Leroaur, Galiano et Bauza. 

Coix}MBiA. Voici les limites actuelles delà république de Colombia, d'après les rcnseignemens que j'ai pris 
sur les lieux , surtout aux extrémités méridionales et occidentales, c'est-â-dire au Rio-Negro, à Quito, et dans 
la province de Jaen de Bracamoros : Côtes septentrionales de la mer des Antilles, depuis la Punta Careta 
(lat. 9° 36' long. 84° 43'), sur la frontière orientale de la province de Costa-Rica (appartenant à l'état de 
Guatimala), jusqu'aux rivières Moroco et Pomaroun*,à l'est du cap Nassau. De ce point de la côte (lat. 7° 35' 
long. 61° 5'?), la frontière de Colombia se dirige à travers des savanes dans lesquelles sortent quelques 
petits rochers granitiques, d'abord au S. O., et puis au S. E., vers le confluent du Rio Cuyuni avec le Masuruni, 
où se trouvoit jadis, vis-à-vis du Caïïo Tupuro, un poste hollandais *. En traversant le Masuruni , la limite longe 
les rives occidentales de l'Essequebo et du Rupunuri jusqu'au point où la cordillère de Pacaraimo (par les 4° 
de latitude boréale) donne passage au Rio Rupunuri, qui est un afDuent du Rio Essequebo : puis en sui- 
vant la pente australe de la cordillère de Pacaraimo ^ qui sépare les eaux du Caroni de celles du Rio Branco , 
elle se porte successivement vers l'O. parSanta-Rosa(à peuprèslat. 3° 45' long. GS'ao'), auxsourcesde l'Oré- 
noque (lat. 3° 4o' long. 66° 10'?) ; vers le S. O., aux sources du Rio Mavaca et de l'Idapa (lat. 2° long. 68° ) , et 
en traversant le Rio Negro, à l'île San-Jose (lat. i°38' long. 69° 58'), près de S. Carlos del Rio Negro ; vers 
l'O. S.O., par des plaines entièrement inconnues, au Gran Salio del Yapura ou Caqueta situé près de l'embouchure 
du Rio delos Engaiîos (lataustr. o°35'); enfmparun rebroussement extraordinaire, vers le S. E., au confluent 
du Rio Yaguas avec le Putumayo ou Iça (lat. 3" 5' austr.) ; point où se touchent les missions espagnoles et por- 
tugaises du Bas-Putumayo. De ce point la frontière de Colombia se dirige : au S. en traversant l'Amazone, près de 

' Voyei plus haut , T. II , p. 665-666. Il règne encore beaucoup d'incertitude sur la position astronomique de ce point le 
plus oriental du territoire de Colombia. Les longitudes entre l'embouchure de l'Orénoque et la Guyane angloise sont d'autant 
plus mal déterminées qu'on ne les a pas liées entre elles par des moyens chrODométriqoes. La bouche du Rio Pomaroun ou Pou- 
maron dépend a la fois de la position de la Punta Bariœa et de celle du Rio Essequebo (Esquive). Or, le cap Barima se trouve 
d'un demi-degré trop à l'est sur la grande cart* de l'Amérique méridionale publiée par M. Arrowsmith. Ce géographe indique 
avec assez de précision Puerto Espana , dans l'île de la Trinité (63* 5o'); mais il fait 1* 5a' la différence en longitude entre Puerto 
Espaîia et Punta Barima ; différence qui n'est que de 1 •* 3 1 ', et qui a été fixée avec beaucoup de précision par les opérations de 
Churruca ( Voyez plus haut , T. II , p. 649 , et Espinosa , Mémorial de los Navegantes Espanoles, Vol. I , n» 4 , p. 80-82). La rive 
snd-est de l'embouchure de l'Orénoque est par 8° 4°' 35' de latitude et 62° 23' de longitude. Si l'on détermine l'embou- 
chure du Rio Essequebo parla différence de longitude généralement adoptée (i" 22' — 1° 3o') avec le cap Barima, on trouvera 
l'Essequebo à peu près 60° 53'. C'estpresque la position à laquelle s'est arrêté M. Bnache dans la carte de la Guyane (1797), carte 
qui indique aussi très- bien (62° 28') la longitude du cap Barima. Plusieurs géographes, par exemple le capitaine Tuckey 
(Maritime Geography, Vol. IV, p. 733), croient le milieu de l'embouchure de l'Essequebo 60" 32'— 6o'>4i' et il est probable que 
cette embouchure a été rapportée à la position de Surinam ou à celle de Stabroek , la florissante capitale de Demerary. 
L'estime tend d'ailleurs, sur ces côtes, ou le courant porte avec violence au N. O. , à diminuer les différences de longitude 
lorsqu'on navigue de Cayenne au cap Barima et à l'ile de la Trinité. La longitude de l'embouchure de la petite rivière de Morocco, 
située près de celle Pomaroun et servant de frontière entre la colonie anglaise de la Guyane et le territoire de Colombia, 
dépend de la longitude du Rio Essequebo, dont elle est éloignée, vers l'ouest, d'après Bolingbroke de 45', d'après d'autres 
cartes publiées récemment, de 3o' à 35'. Une carie manuscrite que je possède des bouches de l'Oréncque ne donne que ïS'. 
11 résulte de ces discussious minutieuses que la longitude de la bouche du Pomaroun oscille entre 6o« 55' et 61» 20'. Je répète 
ici le vœu déjà énoncé dans un autre endroit , que le gouvernement de Colombia fasse lier chronométriquement , et par une 
navigation non interrompue, la bouche de l'Essequebo, le cap Nassau, la Punta Barima (la Vieille-Guyane et l'Angostura), 
les bocas ehicas de l'Orénoque, Puerto Espana et Punta Galera qui est le cap nord-est de l'ile de la Trinité. 

2 11 ne faut pas confondre ce poste avec l'ancien poste espagnol (destaeamento de Ci(yiini) sur la rive droite du CoyuDi au 
conOnent du Curumu. 



78 LIVRE IX. 

l'embouchure du Jayary, entre Loreto et Tabatiaga, et en longeant la rive orientale du Rio Javari 
jusqu'à 2" de distance de son confluent avec l'Amazone; à l'O., en traversant l'Ucayale et le Rio 
Guallaga, le dernier entre les villages de Yurimaguas et de Lamas (dans la province de Maynas 1° 25' au sud 
du confluent du Guallaga avec l'Amazone) ; à l'O. N. O. , en traversant le Rio Utcubamba, près de Bagua 
chica, vis-à-vis de Toraependa. De Bagua la frontière se prolonge au S. S. O. vers un point de l'Amazone 
(lat. GoS'), situé entre les villages de Choros etCumba, entre CoUuc etCusillo, un peu au-dessous de l'embou- 
chure de Rio Yaucan; puis elle tourne à l'O., en traversant le Rio de Chota, vers la cordillère des Andes , près de 
Querocotillo, et auN. N. O. , en longeant et traversant la cordillère, entre Landaguate et Pucarà , Guancabamba 
etTabaconas, Ayavaca etGonzanama(lat. 4" i3'long. 81° 55'), pour atteindre l'embouchure du Rio Tumbez 
(lat. 5" 23' long. 82" 4/'). La côte de l'Océan-Pacifique limite le territoire de Colombia, sur 1 1° de latitude, 
jusqu'à l'extrémité occidentale de la province de Veragua ou au cap Burica ( lat. 8° 5' bor. long. i3° 18' ) ; de 
ce cap la frontière se dirige vers le nord (à travers l'isthme élargi que forme le continent entre Costa Rica 
et Veragua), et rejoint la Punta Careta sur la côte de la mer des Antilles, à l'ouest du lac deChiriqui , d'où 
nous sommes partis pour faire le tour de cet immense territoire de la république de Colombia. 

Ces indications peuvent servir pour rectifier les cartes, dont même la plus moderne , qui a été publiée sous les 
auspices de M. Zea, et que l'on assure avoir été construite d'après les matériaux que j'ai recueillis ', retrace bien 
vaguement l'état d'une longue et paisiblepossessionentredes nations limitrophes. On a l'habitude de considérer 
comme espagnoles toute la rive australe du Japura, depuis le Salto Grande jusqu'au delta intérieur del'Abatipa- 
rana, oii est placé sur la rive septentrionale de l'Amazone un marco de limites, pierre que les astronomes portugais 
ont trouvée par lat. 2° 20' et long. 69° 32'. {Carte 7nanuscrite de l'Amazone , par Don Francisco Requena , 
commissaire des limites de S. M.C., i783.)Les missions espagnolesdu Japura ou Caqueta, appelées communément 
missions des Andaquies , ne s'étendent que jusqu'au Rio Caguan, affluent du Japura, au-dessous de la mission 
détruite de S. Francisco Solano. Tout le reste du Japura au sud de l'équateur, depuis le Rio de los Engaiios et 
la Grande Cataracte , est dans la possession des indigènes et des Portugais. Ceux-ci ont même quelques foibles 
établissemens àTabocas, S. Juaquin de Cuerana, et à Curatus; le second au sud du Japura, le troisième 
sur son affluent septentrional, l'Apoporis ^. C'est à la bouche de l'Apoporis, selon les astronomes portugais, 
par 1° ly delat. austr. et 71° 58' de long, (toujours à l'ouest du méridien de Paris), que les commissaii-es 
espagnols voulurent placer en 1780 la pierre des limites, ce qui indiquoit l'intention de ne pas conserver le 
marco de l'Abatiparana. Les commissaires portugais s'opposèrent à ce qu'on prit pour frontière l'Apoporis , 
prétendant que , pour couvrir les possessions brésiliennes du Rio Negro, il faUoit placer le nouveau marco au 
Salto Grande del Japura (lat. austr. o" 33' long. 75" o'). Dans le Putumayo ou Jça, les missions espagnoles 
les plus méridionales {tnissiones boxas), desservies par les religieux de Popayan et de Pasto, ne s'étendent 
pas jusqu'au confluent de l'Amazone, mais seulement jusqu'aux 2° 20' de latitude australe. C'est là que sont 
situés les petits villages de Marive, de S. Ramon et de l'Asumpcion. Les Portugais sont maîtres de l'embou- 
chure du Putumayo; et, pour parvenir aux missions du Baxo-Putumayo , les religieux de Pasto sont forcés 
de descendre l'Amazone jusqu'au-dessous de la bouche du Napo à Pevas; d'avancer, de Pevas au nord par 
terre, jusqu'à la Quebrada ou Cano de Yaguas, et d'entrer par ce Caiio au Rio Putumayo. On ne sauroit 
non plus considérer comme limite de la Nouvelle-Grenade la rive gauche de l'Amazone, depuis l'Abatiparana 
(long. 69032') jusqu'au Pongo de Manseriche, à l'extrémité occidentale de la province de Maynas. Les 
Portugais ont toujours eu la possession des deux rives jusqu'à l'est de Loreto (long. 71° 54'), et la position 
de TaJjatinga même, au nord de l'Amazone, où est le dernier poste portugais, prouve suflisamment que la rive 
gauche de l'Amazone , entre la bouche de l'Abatiparana et la frontière près de Loreto , n'a jamais été regardée 
par eux comme appartenant au territoire espagnol. Pour prouver de même que ce n'est pas la rive méridio- 
nale de l'Amazone qui, de l'embouchure du Javari vers l'ouest , fait la limite avec le Pérou, je n'ai qu'à rappeler 

* Colombia from Humboldt andothtr récent autkorîtlcs , London, 1S2Ô. 
" Voyei plus haut, T. U, p. 46o-462. 



CHAPITRE XXVI. 79 

l'existence des nombreux -villages de la province de Maynas situés sur le GuaUaga jusqu'au-delà de Yurima- 
guas, 28 lieues au sud de l'Amazone. La sinuosité extraordinaire de la frontière, entre le Haut-Rio Negio et 
l'Amazone, naît de la circonstance que les Portugais se sont introduits dans le Rio Yapura en le remontant 
vers le N. O., tandis que les Espagnols ont descendu le Putumayo. Depuis le Javari, la limite péruvienne 
dépasse l'Amazone, parce que les missionnaires de Jaen et de Maynas, venant de la Nouvelle-Grenade, ont 
pénétré dans ces régions presque sauvages par le Chinchipe et le Rio GuaUaga. 

En calculant, d'après les limites que nous venons de tracer, la surface de la république de Colombia, on 
trouve 91,952 lieues carrées (toujours de 20 au degré), savoir : 



DIVISIONS POLITIQUES. 


LIECES CABBéES. 


LIEUES CABB^ES. 








33,701 
58,25l 




Nouvelle-Andalousie ou Cumana 

Nouvelle-Barcelone 


"99 

i564 

653 

18,793 

5i4o 

3678 

3548 

27 




Delta de rOrénoque 








Caracas 




Varinas , 








Ile de la Marguerite (sans la Laguna). . . 














91,952 











Quels que soient les changemens qu'éprouveront encore les divisions territoriales du Venezuela, soit 
d'après les besoins variables de l'administration intérieure , soit par le désir des innovations toujours si 
actif à l'époque d'une régénération politique, la connoissance exacte de Varea des anciennes provinces 
servira à évaluer approximativement Varea des nouvelles. En considérant attentivement les divisions faites 
depuis dix ans , on reconnoît que, dans les divers essais de reconstruire les sociétés, ce sont les mêmes élémens 
que l'ou combine jusqu'à ce que Téquilibre stable soit trouvé. 

Limites partielles : 

A. ) ANCIEiraE CAPITANIA GENERAL DE CARACAS : 

a. ) GoviEENO DE Cumana , comprenant les deux provinces de la Nouvelle-Andalousie et de Barce- 
lone, un peu plus petit que l'état de Pensylvanie qui a 46,ooo carrés (de 69,2 au degré). La 
limite au sud et au sud-est est formée par le cours du Bas-Orénoque jusqu'à sa bouclie princi- 
pale ' ( boca de Navios); au nord , elle l'est par les côtes de l'Océan atlantique et de la mer des 
Antilles, depuis long. 62° 23' jusqu'à l'embouchure du Rio Unare (long. 67" Sg'). De cette 
embouchure vers le sud, la limite entre les provinces de Caracas et de Barcelone, suit d'abord 



' rayez plus haut, Tom. II, p. 648 et 65 1. J'ai cependant calculé séparément le delta presque inhabité de l'Oréocque, entre 
le bras principal et le Manamo Grande , le plus occidental des ùocas chicas. Ce delta marécageux a trois fois l'étendue 
moyenne d'un département de la France. 



8o LIVRE IX. 

rUnare jusque vers son origine dans le pays un peu montueux qui est situé à l'ouest du village 
de Pariaguan; puis elle se dirige sur l'Orénoque , entre l'embouchure du Rio Suata et celle du 
Rio Caura , uh! à l'est d' Alta Gracia que les anciennes cartes appellent Ciudad Real. J'ai fixé dans 
mon calcul la longitude de ce point de l'Orénoque (Atlas , PI. xv), en le réduisant à la longitude 
de la bouche du Caura. Elle est à peu près 68° 3' à l'ouest du méridien de Paris. D'autres géographes, 
par exemple Lopez dans sa carte de la province de Caracas, font passer la limite au Raudal de 
Camiseta , 8 lieues à l'est du Rio Caura. Dans une carte manuscrite que i'ai copiée dans les 
archives de Cumana, la frontière est indiquée près de Muitaco, à la bouche du Rio Cabrutica, 
3 Ueues à l'est du Rio Pao. Les gouverneurs de Cumana ont prétendu long-temps étendre 
leur juridiction bien au-delà de l'embouchure du Rio Unare jusqu'au Rio Tuy, et même 
jusqu'au cap Codera *. D'après cette supposition, ils tiroient une ligne vers le sud, i5 lieues à 
l'est de Calahozo, entre les sources du Rio Uritucu et celles du Rio Manapire, en suivant cette 
dernière rivière jusqu'à son confluent avec l'Orénoque , 4 lieues à l'est de Cabruta *. Celle limite , 
la plus occidentale, ajouteroit à la province de Barcelone une étendue de 4oo lieues carrées 
qui renferme le Valle de la Pasqua , et que La Cruz et Caulin indiquent, sur leurs cartes, par les 
mots : terreiu) que disputan las dos provincias de Barcelona y de Caracas. J'ai suivi, dans mon 
évaluation de l'arma, la frontière du Rio Unare, parce qu'elle àeXerioxaeXctat de possession actuelle 
entre les provinces limitrophes. Le GovienM de Cumana renferme 4 ciudades (Cumana, Cariaco , 
Cumanacoa, Nueva Barcelona) et 4 villas (Aragua, La Concepcion del Pao, La Merced, Caru- 
pano^). De nouvelles villes s'élèveront vraisemblablement sur les bords du golfe de Paria {Golfo 
triste) comme sur les lives de l'Areo et du Guarapiche : ce sont là des points qui offrent de 
grands avantages à l'industrie commerciale de la Nouvelle -Ajidalousie. 

b. ) GuAYASE ESPAGNOLE telle qu'elle étoit administrée avant la révolution du 5 juillet i8ii, par un 
gouverneur, résidant à l'Angostura (Santo Tome de la Nueva Guayana). Elle a plus de 
225,000 milles anglois carrés , et excède par conséquent Yarea de tous les états atlantiques à 
esclaves. {Atlantic Slave-States) , le Maryland, la Virginie, les deux Carolines et la Géorgie. 
Plus de rz ds <^6tte province sont encore incultes et presque inhabités. Les limites à l'est et 
au sud , depuis la bouche principale de l'Orénoque jusqu'à l'île de San José du Rio Ncgro, ont été 
indiquées en décrivant la configuration générale de la république de Colombia. Au nord et à 
l'ouest, les limites de la Guayane espagnole sont d'abord l'Orénoque, depuis le cap Barima jusqu'à 
San Fernando de Atabapo, et puis une ligne qui se dirige du nord au sud de San Fernando, 
vers un point situé i5 lieues à l'ouest du fortin de San Carlos. Cette ligne traverse le Rio 
Negro un peu au-dessus de Maroa *. La frontière nord-est , celle de la Guyane angloise , 
mérite la plus grande attention , à cause de l'importance politique des bouches de l'Orénoque , 
que j'ai discutée dans le 24" chapitre de cet ouvrage. Les plantations de sucre et de coton avoient déjà, 
sous le gouvernement hoUandob, dépassé le Rio Pomaroun ; elles s'étendent jusqu'au-delà de l'em- 
bouchure du petit Rio Moroco, où se trouve un poste militaire. ( Vay. la carte très-intéressante des 
colonies d'Essequeho et de Demerari, publiée en 1798 parle major F. de Bouchenroeder. ) Les 
Hollandois, loin de reconnoitre le Rio Pomaroun ou le Moroco comme limite de leur territoire , 
placoient cette limite au Rio Barima , par conséquent près de l'embouchure même de l'Orénoque , 

* Tom. I , p. 539- 

5 Tom. II, p. 6a9 

' Tom. I, p. 389-306, 356, 378-386, 433-457, 535. Tom. III , p. 53. J'ignore la véritable position de la VUla de la 
Merced , indiquée dans la carte manuscrite des archives de Cumana. Piritu et Manapire paroissent prétendre aussi au 
titre de ui//os. (CauUn, p. 190.) 

» V(ritz plus haut, Tom. II, p. 39i-4o5, 469) 47^1 49®. 



CHAPITRE XXVI. 8l 

et tiroicut de là une ligne de démarcation du N. N. 0. au S. S. E. vers le Cuyuni. Ils avoient 
même occupé militairement la rive orientale du petit Rio Barima, avant que les Anglois (1666) 
eussent détruit les forts de Nouvelle-Zélande et du Nouveau -Middelhourg sur la rive droite du 
Pomaroun. Ces forts et celui du Kyk-over-al [regarde partout à Fentour), au confluent du 
Cuyuni, Masaruni et Essequebo, n'ont pas été rétablis. Des personnes qui ont été sur les lieux 
m'ont assuré, pendant mon séjour à l'Angostura, que ce pays à l'ouest du Pomaroun, dont la 
possession sera un jour contestée entre l'Angleterre et la république de Colombia , est marécageux , 
mais de la plus grande fertilité. Villes de la Guyane, ou plutôt endroits qui ont des privilèges * de 
villas et ciudades : Angostura, Barceloneta, Upata, Guirior (un simple poste militaire au con- 
fluent du Paraguamusi et du Paragua, affluent du Caroni), Borbon, Real Corona ou Muitaco, 
La Piedra , Alta Gracia , Caycara , San Fernando del Atabapo , Esmeralda ( quelques cabanes 
indiennes autour d'une église}. 

c.) Province de Caracas, de 61,000 milles anglois carrés, par conséquent environ y plus petite que 
l'Etat de Virginie. Limite boréale : la mer des Antilles , depuis l'embouchure du Rio Unare , 
long. 67" 39' jusqu'au-delà du Rio Maticores (long. 73° 10') vers le golfe ou Saco de Maracaybo, 
à l'est du CastiUo de San Carlos. Limite occidentale : une ligne dirigée vers le S. , entre l'em- 
bouchure du Rio Motatan et la ville de Carora , par les sources du Rio Tocuyo et le Paramo de 
las Rosas *, entre Bocono et Guanare; vers l'E. S. E., entre la Portuguesa et le Rio Guanare où 
le Caiio de Ygues, affluent de la Portuguesa, fait la frontière des provinces de Varinas et de 
Caracas ; au S. E. , entre San Jaime et Uritucu , vers un point de la rive gauche du Rio Apure , 
vis-à-vis de San Fernando. Limite méridionale : d'abord le Rio Apuxe, depuis lat. 7° 54' 
long. 70° 20' jusqu'à son confluent avec l'Orénoque , près du Capuchino (lat. 7° 3;' long. 69° 6') ; 
puis le Bas-Orénoque, vers l'est, jusqu'à la frontière occidentale du Govierno de Cumana, près du 
Rio Suata, à l'eit d'Alta Gracia. Villes : Caracas, LaGuayra, Portocabello , Coro, Nueva Va- 
lencia, Nirgua, San Felipe, Barquesimeto, Tocuyo, Araure, Osplnos, Guanare, San Carlos, 
San Sébastian , Villa de Cura, Calabozo et San Juan Baptista del Pao, 

d. ) Province de Varinas, d'une area de 32,ooo milles anglob carrés, un peu plus petite que l'état 
de Kentucky. Limite orientale ; de l'extrémité sud du Paramo de las Rosas et des sources du Rio 
Guanare, vers le S. E., au Caiio de Ygues ; de là entre le Rio Portuguesa et le Rio Guarico, vers 
l'E. S. E., à l'embouchure de l'Apure; puis au S. le long de la rive gauche de l'Orénoque, de 
lat. 7° 36' à l'embouchure du Rio Meta. Limite méridionale : la riTC septentrionale du Meta 
jusqu'au-delà de Las Rochellas de Chiricoas, entre les bouches du Cafio Lindero et du Macachare 
(peutr^tre long. 70° 45'). Limite occidentale : de la rive gauche du Meta, d'abord au N. O. , à 
travers les plaines de Casanare, entre Guardualito et la Villa de Arauca, puis au N. N. O. 
au-dessus de Quintero et de l'embouchure du Rio Nula qui entre dans l'Apure après le Rio 
Orivaute, vers les sources du Rio Canagua, et vers le pied du Paramo de Porquera. Limite 
septentrionale i pente sud-est de la Cordillèpe de Merida, depuis le Paramo de Porquera, entre 
La Grita et Pedraza, jusqu'au ravin de Lavellaca, dans le chemin de Los Callejones, entre 
Varinas et Merida, et de là aux sources du Rio Guanare, placées au N. N, O. de Bocono. 
Villes : Varinas, Obispos, Bocono^ Guanarito, San Jaime, San Fernando de Apure, Mija- 
gual, Guardualito et Pedraza. En comparant ma carte de la province de Varinas avec les 
cartes de La Gruz^ de Lopez et d'Arrowsmith , on verra quelle confusion a régné jusqu'ici 
dans ce dédai«de rivières qui forment les affîuens de l'Apure et de l'Orénoque. 

' Toin. II , p. 629. 

î Vo^ez mon Allas géogr. , PI. 17. 

Relation historique , Tom. III. il 



82 LIVKE IX. 

e. ) Province de Maracaybo (avec Trusillo et Meiida)> de 43,5oo milles anglois carrés , un peu plus 
petite que l'état de New-York. Limite boréale : cote de la merdes Antilles, depuis le Cai'io de 
Oribono (à l'ouest du Rio Maticorcs) jusqu'à la boucbe du Rio Calancala, un peu ii l'est du Grand 
Rio del Hacha. Limite occidentale : une ligne dirigée de la côte , d'abord au S., entre la \'illade 
Reyes appelée aussi Valle de Upar et le petit groupe de montagnes (Sierra de Perija) qui s'élève a 
l'ouest du lac de Maracaybo, vers le Rio Catalumbo ; puis à l'est de Salazar au Rio Sulia , un peu 
au-dessus de San Faustino : enfin à l'E. , au Paramo de Porquera , situé au N. E. de La Grita. Les 
limites méridionales et orientales se prolongent au sud des montagnes neigeuses de Merida, à travers 
le ravin de Lavellaca, au pied oriental du Paramo de las Rosas , vers les sources du Rio de Tocuyo , 
et de là, entre l'embouchure duRio Motatanetla ville de Carora, vers le Caiio Oribono, comme nous 
venons de l'indiquer en décrivant les frontières des provinces de Yarinas et de Caracas. La partie 
la plus occidentale du Govierno de Maracaybo, qui comprend le cap La Vcla, est appelée la 
Proviticia de los Guajiros (Guahiros) , à cause des Indiens sauvages de ce nom qui l'haliitent , 
depuis le Rio Socuyo jusqu'au Rio Calancala Vers le sud se trouve la tribu indépendante des 
Cocinas. Villes : Maracaybo, Gibraltar, Truxillo, Merida, San Faustino. 

B. ) ANCIENTN'E VICE-ROYAUTÉ DE LA NOUVELLE-GRENADE, comprenant la Nouvelle- 
Grenade proprement dite (Cundinamarca) et Quito. Les limites occidentales des provinces de 
Maracayljo, de Varlnas et de la Guyane circonscrivent le territoire de la Vice -Royauté 
vers l'est; au sud et à l'ouest, les frontières sont celles du Pérou et du Gualimala. Nous 
rappellerons seulement ici, pour rectifier les erreurs des cartes, que le Valle de Upar ou Villa 
de Reyes, Salazar de las Palmas,£lRosario de Cucuta , célèbre par la résidence de l'assemblée 
constituante de Colombia, au mois d'août 1821 , San Antonio de Cucuta, la Grita, San Chris- 
toval et la Villa de Arauca, de même que les confluens du Casanare avec le Meta et de l'Ini- 
rida avec le Guaviare appartiennent à la Nouvelle-Grenade. La province de Casanare , dépen- 
dante de Santa-Fe de Bogota, s'étend vers le nord jusqu'au-delà de l'Orivante. Au nord-est, 
la province la plus orientale de la Nouvelle-Grenade , appelée Provincia del Rio Hacha, est sépa- 
rée de la province de Santa Marta par le Rio Enea. En i8i4, le Rio Guaytara divisoit la 
province de Popayan de la Presidencia de Quito à 1-iquelle appartenoit la province de los Pastos. 
L'isthme de Panama et la province de Veragua ont été de tout temps du ressort de l'Audiencia 
de Santa-Fe. 

PÉnou. En évaluant à 4i,5oo lieues carrées (de 20 au degré) Yarea du Pérou actuel, on a pris pour 
limite, à l'est: i» le cours du Rio Javai-y, de C" à 9° ; de latitude méridionale; 2° le parallèle de 9" i 
prolongé du Javary vers la rive gauche du Rio Madeira et coupant successivement d'autres afHuens de 
l'Amazone, savoir le Jatahy ( Hyutahy) , le Jurua, le Tefe qui paroît être le Tapy d'Acuiia, le Coary 
et le Puruz ; 3° une ligne qui remonte d'abord le Rio Madeira , et puis le Mamorè , depuis le Salto de Theotino 
jusqu'au Rio Maniqui *, entre le confluent du Guaporè (Ytonamas des Jésuites) et la mission de S. Ana 
(à peu près par les 1 2° i de lat.) ; 4° le cours du Maniqui en le suivant vers l'ouest et en prolongeant une ligne 
au Rio Béni que les géographes ont cru un affluent, tantôt du Rio Madeira, tantôt du Rio Puruz, 5° la rive 
droite du Rio Tequieri qui débouche, dans le Béni, au-dessous du Pueblo de Reyes, et des sources du Tequieri 
une ligne qui traverse le Rio Ynambari, se dirige au S. E. vers les hautes Cordillères ^ de Vilcaonota 

' yojcz la carte assez rare des MUsiones de Mujos de la Compania de Jésus, 171J. Le Rio Maniqoi auquel les géographes mo- 
dernes font jouer un grand rôle dans la fable du lac Rogagualo et des bifurcations de Béni, se réunit au Yacuma par lequel 
M. Haenke est venu du Pueblo de Reyes au Hic Mamorc. 

' Les paHidosdù Paucartambo et de Tinta sont de l'intendance de Cuzco. Le district d'Apolobamba et le bassin du lac 
de Titicaca sont de l'ancienne vice-ioyaaté de Buenos-Ayres. 



CHAPITREXXVI. 83 

et de Lampa, et sépare les districts péruviens de Paucartambo et de Tinta du district d'Apololjamba 
et du bassin du lac de Titicaca (Cliucuito) ; 6" depuis i3s iB^ de lat. austr. , la chaîne occidentale des Andes 
bordant, vers l'est, le bassin du lac de Titicaca, et divisant, sous le parallèle de 20°, les allluens duDesa- 
guadero de la petite Laguna de Paria et ceux du Rio Pilcoraayo des torrens qui se jettent dans la Mer du 
Sud. D'après ces limites, le Pérou a, vers le nord (jusqu'au Javary) 200, jusqu'au Rio de la Madeira et le 
Mamorè 260 lieues de large dans la direction des parallèles; vers l'extrémité méridionale, la largeur moyenne 
du pays n'est plus que de i5 à i8 lieues. Le partido de Tai-apaca (de l'intendance d'Arequipa) touche 
au désert d'Atacama où l'embouchure du Rio de Loa, que l'expédition de Malaspina place par 21° 26' de lat. 
austr., forme la ligne de démarcation entre le Pérou et la vice-royauté de Buenos-Ayres. En arrachant au 
Pérou les quatre intendances de La Paz , de Charcas ou La Plata , de Potosi et de Cochabamba , on a assujetti 
à un gouvernement qui réside sur les bords du Rio de La Plata, non-seulement des provinces dont les 
eaux ont leur pente vers le sud-est, et les vastes régions où naissent les aflluens de l'Ucayale et de la Ma- 
deira (triljutaires de l'Amazone) , mais aussi le système intérieur des rivières qui , sur le dos des Andes et 
dans une vallée longitudinale, terminée à ses deux extrémités par les nœuds de 7>iontagnes de Porco et du 
Cuzco, alimentent le lac alpin de Titicaca. Malgi-é ces divisions arbitraires, les souvenirs des Indiens qui habi- 
tent les bords du lac et les régions froides d'Oruro , de La Paz et des Charcas se portent plus souvent vers le 
Cuzco, centre de l'antique grandeur de l'empire des Incas, que vers les savanes de Buenos-Ayres. On a 
séparé du Pérou le plateau de Tiahuanacu , où l'Inca Maita-Capac trouva des édifices et des statues gigantesques 
dont l'origine remontoit au-delà de la fondation du Cuzco. Tenter ainsi d'effacer les souvenirs historiques des 
peuples, c'est ne plus vouloir appeler Grèce les bords du lac Copais. 11 faut espérer que, dans les nombreuses 
confédérations d'états qui se forment de nos jours , les lignes de démarcation ne seront pas réglées uniquement 
d'après le cours des eaux, mais qu'eu les traçant on consultera en même temps les intérêts moraux des peuples. 
Le morcellement du Haut-Pérou doit inspirer des regrets à tous ceux qui savent apprécier l'importance 
de la population indigène sur les plateaux des Andes. Si l'on tire une ligne de l'extrémité méridionale de la 
province de Maynas, ou des bords du Guallaga, au confluent de l'Apurimac et du Béni (confluent qui 
donne naissance au Rio Ucayale) , et de là, à l'ouest du Rio VllcabamJja et du plateau du Paucartambo, 
vers le point où la frontière sud-est coupe le Rio Ynambari , on divise le Pérou en deux parties inégales : 
l'une (de 2fi,22o lieues carrées) est le centre de la population civilisée, l'autre (de i5,2oo lieues can-ées) est 
sauvage et presque entièrement dépeuplée. 

Buenos-Ayrbs. Les éditeurs de l'excellent ouvrage périodique qui a pour titre El Sevianario (Tom. I, 
p. 1 1 I ) disent avec raison que , sur les rives de la Plata, personne ne connoît les véritables limites de l'ancienne 
vice-royauté de Buenos-Ayres. Entre le Parana et le Rio Paraguay, entre les sources de cette dernière rivière 
et le Guaporè, qui est un afiluent de la Madeira , ces limites sont contestées par les Portugais; vers le sud , ou e»l 
incertain si l'on doit les étendre au-delà du Rio Colorado jusqu'au Rio Negro qui reçoit les eaux del Rio del 
Oiamante {Abeja Argentina 1822, n" 1, p. 8, et n° 2 ,p. 55). Au milieu de ces doutes qui sont augmentés 
encore par le morcellement du Paraguay et de la Province Cisplatine , j'ai calculé Varea de l'immense 
territoire de la vice-royauté d'après des cartes espagnoles dressées avant la révolution de 18 lo. Du côtédeFest, 
le premier marco est placé au N. du fort de Santa Teresa, à l'embouchure du RioTaliym ; de là , les limites 
se dirigent: au N, N. O. par les sources de l'ibicuy et du Juy (en coupant l'Uruguay par 27° 20') au con- 
fluent du Parana et de l'Yguazu; au N. le long de la rive gauche du Parana jusqu'à lat. austr. 22° 4o'; 
au N. O. en suivant l'Ivineima, vers le Présidio de Nova Coimbra (lat. 19'' 55'), fondé 'en 1776; au 
N. N. O. , près Villa Relia et 1 isthme qui sépare les eaux de l'Aguapcliy (confluent du Paraguay) 
de celles du Guaporè, vers l'union ^ de cette dernière rivière avec le Mamorè, au-dessous du fort do Principe 
(lat. austr. 11" 54' 4G"); au S. O. en remontant le Mamorè et le Maniqui, comme nous l'avons indiqué 

' Palriola do Itio Janeiro, i8iî, 
't. c. , p. 4o. 



84 LIVRE IX. 

plus haut , lorsque nous avons tracé les limites du Pérou et de la vice-royauté de Buenos- Ayres. Entre les 
21" 26' et 23" 54' de lat. austr. (entre le Rio de Loâ et Punta de Guaclio), le territoire de la vice-royauté 
dépasse la Cordillère des Andes, et occupe , sur 90 lieues de long, les côtes de la Mer du Sud. C'est là que 
se trouve le désert d'Atacama avec le petit port de Cobija, qui sera un jour si utile pour le commerce des 
productions de la Sierra ou du Haut-Pérou. Vers l'ouest, c'est la chaîne occidentale des Andes jusquà 
3;° de lat.; vers le sud, c'est ou leRio Colorado appelé quelquefois Desaguadero de Mendoza (lat. Sg" 56'), ou, 
selon des autorités plus récentes, le Rio Negro qui sépare Buenos-Ayres du Chili et de la côte Patagnique. 

Comme il seroit possible que le Paraguay, la Province Entre Rios et la Banda (Mental ou Province Cis- 
piatine ' restassent séparés de l'état de Buenos-Ayres , j'ai cru devoir calculer séparément Varea de ces 
pays en litige. J'ai trouvé, dans les limites de l'ancienne vice-royauté, entre l'Océan et le Rio Uruguay, 
8960 lieues carrées marines; entre t Uruguay et le Parana {Provincia Entre Rios), 6848 I. c; entre le 
jParana et le Rio Paraguay (province du Paraguay proprement dite ), 7424 1. c. Ces trois parties à l'est du Rio 
Paraguay, depuis la Nouvelle-Coimbre jusqu'à Corrientes et à l'est du Rio Parana depuis Corrientes jusqu'à 
Buenos- AjTcs , forment un espace de 23,232 lieues cariées *, presque 1 ; fois grand comme la France. 11 
résulte de ces calculs, pour les trois parties dont se compose l'ancienne vice-royauté de Buenos-Ayres, y 
compris i8,3oo 1. c. de Pampas ou savanes : 

Région du Nord ou Haut- Pérou , depuis le Tequieri et Mamorè 

jusqu'au Pilcomayo, entre les iS» et 21" de latitude australe 37,020 lieues marines carrées. 

Région de V Ouest ou pays entre le Pilcomayo , le Paraguay, le Rio de 

La Plata, le Rio Negi-o et la Cordillère des Andes (Tarija, 

Jujuy, Salta, Tucuman, Cordova, Santa-Fe, Buenos-Ayres, San 

Luis de la Punta et Mendoza ) 66,5 1 8 

Région de F Est, c'est-à-dire tout ce qui est à l'est du Rio Paraguay 

et du Parana 23,232 

126,770 

Le gouvernement de Buenos-Ayres, en occupant les 5o54 1. c. qui sont comprises entre le Rio Colorado et le 
Rio Negro, pourroit se dédommager en partie des pertes qu'il est menacé d'éprouver vers le nord-est. Les plaines 
patagoniques offrent, jusqu'au détroit de Magellan, encore 3i,2o6 lieues carrées, dont près des deux tiers 
jouissent d'un climat beaucoup plus tempéré qu'on ne le pense généralement. La baie de Saint-Joseph 
pourroit bien y tenter quelque puissance maritime de l'Europe. 

Dans la partie de la vice-royauté de Buenos-Ayres , occupée par les Brésiliens, à l'est de l'Uruguay, il faut 
distinguer •* entre les limites reconnues avant l'occupation de la Province des Missions , au nord du Rio 
Ibicuy, en 1801, et les limites qui sefondentsur le traité conclu, eni82i, entre le Cabildo de Montevideo et la 
capitainerie de Rio Grande. La Province des Missions est comprise entre la rivegauche de l'Uruguay, l'Ibiçuy:, 
le Toropi (qui est un ailluent de ce dernier), la Sierra de San Xavier, et le Rio Juy (affluent de l'Uruguay). 
Son territoire s'étend même un peu au-delà du Juy, vers les plaines où est située Ja mission la plus septen- 
trionale de San Angel ; plus loin , viennent des forêts habitées par des Indiens indépendans. Lorsque l'alliance 
entre l'Espagne et la France porta l'Angleterre, en février 1801, à faire déclarer aux Portugais la guerre contre 
l'Espagne, la province espagnole des Missions futfacilement envahie. Les hostilités ne durèrent pas long-temps; 
et, quoique la cour de Madrid contestât la légitimité de l'occupation, les missions restèrent entre les mains des 

' L'ëtendae du terrain compris entre la mer, le Rio de la Plata , l'Uruguay, les Missions et la Capitainerie brésilienne de 
f^\o Gnaie. [Auguste de Sa'ml-Hilain, Aperçu d'un voyage dans l'intérieur du Brésil , iS^lt , f. 1. 

^ Environ 36,3oo lienes carrées de sS an degré, et non je, 365 de ces lieues, comme il est dit dans les journaux de 
Buenos-Apes. 

2 Ces éclaircissemens ae fondent snr des notes mannscrites que M. Auguste de Saint-Hilaire a recueillies sur les lie us 
et que je dois à l'amitié dont il m'honore. 



CHAPITRE XXVI. 85 

Portugais. Le traité de 1777 devoit servir de base aux limites entre la vice-royauté de Buenos-Ayres et la capi- 
tainerie de Rio Grande. Ces limites étoient formées par une ligne qui s'étend du RioGuaray (le Guaney d'Ar- 
rowsmith), et des sources des petites rivières Ibirapuità, Nanday et Ibycuimerini, qui se jettent dans l'Ibicuy 
(lat. ag" 4o') , d'abord au confluent du Rio de Ponche Verde avec l'Ibicuy ; puis , toujours vers le sud-est, aux 
sources de Rio Negro (affluent de l'Uruguay), et en traversant le lac Merin, à l'embouchure de l'Itahy, vul- 
gairement appelé Tahym. C'est à cette embouchure que se trouvoit, sur la côte de la mer, le marco portugais 
le plus austral. Le pays entre le Tahym et le Rio Chuy , un peu au nord de Santa Teresa , étoit neutre, et 
portoit le nom de Campos neutraes; mais, en i8o4, malgré les conventions diplomatiques, il étoit déjà en 
grande partie occupé par des cultivateurs portugais. L'invasion des François en Espagne et les révolutions de 
Buenos-Ayres ont donné aux Brésiliens la facilité de pousser leurs conquêtes jusqu'à l'embouchure de l'Uru- 
guay ; de sorte que les nouvelles limites intérieures entre l'ancien Brésil et les pays récemment occupés ont 
été fixées, en 1821 , sans l'intervention du congrès de Buenos-Ayres, par les députés du cabildoàe Montevideo 
et de la capitainerie de Rio Grande. On est convenu que la Province Cisplatiiie du Brésil (la Bande orientale, 
d'après la nomenclature géographique des Espagnols) seroit bornée au nord par le confluent de l'Uruguay avec 
l'Arapay (Ygarupay d'Arrovrsmith); à l'est, par une ligne qui, commençant à l'Angostura, 6 lieues au sud 
de Santa Teresa, passe par les marab de Saint-Michel, suit le Rio San Luis jusqu'à son embouchure dans le 
lac Merin, se prolonge sur la rive occidentale de ce lac , à une distance de 800 toises, passe par l'embouchure 
du Rio Sabuaty, remonte jusqu'à celle du Rio Jaguarao, suit le cours de cette rivière jusqu'au Cerros de 
Acegoua, traverse le Rio Negro, et va rejoindre, toujours en se courbant au nord-ouest, le Rio Arapuy. 
L'espace compris entre l'Arapuy et l'Ibicuy, limite méridionale de la Province des Missions, appartient à la 
capitainerie de Rio Grande. Les Portugais-Brésiliens n'ont pas encore tenté de faire des établissemens dans la 
province Entre Rios ( entre le Parana et le Paraguay), pays dévasté par Artigas et Ramirez. 

Dans les savanes {pampas) qui, semblables à un bras de mer, s'étendent de Santa-Fe au nord, entre les 
montagnes du Brésil et celles de Cordova et de Jujuy ', les limites naturelles des intendances de Potosi et de 
Salta, c'est-à-dire du Haut-Pérou et de Buenos-Ayres , tendent à se confondre entièrement. Chichas et Tarija 
sont considérés comme les provinces les plus méridionales du Haut-Pérou; les plaines de Manso entre le Pil- 
comayoetleRioGrande, ou'Vermejo^, de même que Jujuy, Salta et Tucuman, appartiennent à l'Étatde Buenos- 
Ayres proprement dit. La limite du Haut-Pérou n'est plus , vers l'est , qu^une ligne imaginaire tracée à travers 
des savanes inhabitées. Elle coupe la Cordillère des Andes au tropique du Capricorne, et de là elle traverse , 
d'abord le Rio Grande, 26 lieues au-dessous de San Yago de Cotagayta; puis le Pllcomayo, 22 lieues au-des- 
sous de son confluent avec le Cachimayo, qui vient de la Plata ou Chuquisaca; enfin le Rio Paraguay, par les 
20° 5o' de latitude australe. Lors même que le bassin du lac de Tilicaca et la partie montagnarde du Haut- 
Pérou, où règne la langue de l'Inca, parviendroient à se réunir de nouveau au Cuzco , les plaines de Chi- 
quitos et du Chaco pourroient bien rester unies au gouvernement des Pampas de Buenos-Ayres. 

Chili. Les limites sont, au nord, le désert d'Atacama; à l'est, la Cordillère des Andes, où le chemin des 
courriers, entre Meudoza et Valparaiso, passe, d'après les mesures barométriques faites, en 1794, par 
M. d'Espinosa et Bauza, à 1987 toises de hauteur '^ au-dessus du niveau de l'Océan. Au sud, j'ai pris pour 
limite * l'entrée du golfe de Chiloè, où le fort Maullin (lat. 41° 43') est la possession la plus méridionale de 

* Cette ville , d'après M. Redbead (3f«moria 5o6re la dilatacion dtl aire aimosferico ; Buenos- Aynt , 1819, p. 8 et 10} , a 
700 toisci d'élévation au-dessus du niveau de la mer. Déjà la hauteur absolue de la ville de San Miguel del Tucuman 
est, d'après les mesures barométriques du mCme auteur ^habitant de Salta) , de nGo toises. 

' Le véritable nom de ce ûenve, dont les rives étoient jadis habitées par les Abipons , est Rio Inate. ( Voyei Dobrizkofer, 
Ilist. de Abiponibus , 1784, Tom. Il , p. 14.) 

' Ce sont cependant encore 44o toises de moins que le point culminant du chemin de l'Assuay, entre les villes de 
Quito et de Cuenca que j'ai nivelé, en 1802. Voyez mes Ob$. asiron.y Tom. I, p. ôia, n" aog. 

' Essai polit, sur la Nouvelle-Espagne , Tom. I, p. 4 ; Tom. II , p. 83i. 



86 LIVRE IX. 

l'Amérique espagnole sur le continent. Les baies d'Ancud et de Reloncavi n'offrent plus d'habitation stable 
de colons européens : c'est là que commencent les Juncos , qui sont des Indiens indépendans , pour ne pas dire 
sauvages. Il résulte de ces données, que les établissemens européens s'étendent sur la cote occidentale du 
continent, beaucoup plus au sud que sur la côte orientale ; les premiers ont déjà dépassé d'un degré de latitude 
le parallèle du Rio Kegro et du Puerto de San Antonio. La capitale de Santiago de Chili est située sur un 
plateau qui a presque la même hauteur qne la ville de Caracas '. 

Brésil. Les limites méridionales de Colorabia, orientales du Pérou, et septentrionales de Buenos-Ayres , 
déterminent l'étendue du territoire brésilien vers le nord , vers l'ouest et vers le sud. Pour calculer l'area , je me 
suis servi de cartes manuscrites qui m'ont été communiquées par le gouvernement de Rio Janeiro à l'époque des 
contestations diplomatiques qu'avoit fait naître sur les Cuyanes françoise et portugaise la rédaction très-vague 
de l'article 8 du traité d'Utrccht, et de l'article 107 de l'acte du congrès de Vienne^. En tirant du nord au 
sud une ligne par l'embouchure de la rivière des Tocanlius, et en suivant le cours de l'Araguay, ^o lieues à 
l'ouest de Villaboa , vers le point où le Rio Parana coupe le tropique du Capricorne , ou divise le Brésil en deux 
parties. La plus occidentale comprend les capitaineries du Grand Para , du Rio Negro et de Matto Grosso; elle 
est presque inhabitée, et n'offre d'etablissemens européens que sur les bords des fleuves , sur le Rio Negro, 
le Rio Branco, l'Amazone et le Guaporè, qui est un confluent du Rio Madeira. Elle a i38,i56 lieues 
carrées (de 20 au degré), tandis que la partie orientale, comprenant les capitaineries des côtes, Minas-Geraes 
etGoyaz,a 1 1 8,83o lieues carrées. Mes évaluations sont conformes à celles d'un géographe très-distingué, 
M. Adrien Ball)i, qui compte 2,25o,ooo milles carrés d'Italie (a5o,ooo lieues carrées marines) pour tout l'em- 
pire brésilien , en excluant, comme je l'ai fait, la Province Cisplatine et celle des Missions, à l'est de l'Uru- 
guay. (Essai statistique sur le Portugal, T. II, p. 229). 

États-Unis. J'avois déjà fait remarquer dans un autre endroit [Essai politique, T. I, p. i53) que la 
surface du territoire des États-Unis étoit assez difficile à évaluer en lieues carrées depuis l'acquisition de la 

* D'après M. Bauza , 4"9 toises; c'est trois cents toises plus bas que la ville de Alendoza, à la pente opposée de la 
Cordillère des Andes. {Notes mantiscrUcs de Don Luis Aeo, botaniste de tUxpulition de Malaspina.) 

^ Voyez plus haut , Xom. Il , p. 70S. Les limites brésiliennes ont été examinées , dans le gouvernement du Rio Negro , par 
les astronomes Jozè Joaquim Victorio da Costa , Jozè Simoens de Carvaibo , Francisco Jozë de Lacerda et Antonio Luiz Pontes; 
dans le gouvernement du Grand-Para, surtout entre l'Araguari et le Calsoene (Rio Carsewene? de la Carte des eûtes de In 
Guyane publiée par le Dépôt de la marine, en 1817), par l'astronome Joze Simoens de Carvaibo et le colonel du génie Pedro 
Alexandrino de Souza. Les François ont étendu long-temps leurs prétentions jusqu'au-delà du Calsoene, prés du cap Nord. 
Aujourd'hui la limite se trouve reculée jusqu'à l'emboucburc de l'Oyapok. L'adluent principal de cette rivière , le Canopi et le 
Tamouri qui est un affluent du Canopi, se rapprocbent à une lieue de distance (par les 2" 5o' de lat. ?) des sources du 
Maroni^ ou plutôt d'une de ses branches, le Rio Araoua , prés du village des Indiens Aramicbauns. Comme les Portugais 
vouloiept tracer la limite entre les veisans de l'Oyapok et de l'Araguari (.\raouari) , ils ont fait examiner avec soin, par le 
colonel M. de Souza , la latitude des sources de cette dernière rivière ; ils l'ont trouvée plus septentrionale que son embou- 
chure, ce quiauroit fait placer la frontière dans le parallèle du Calsoene. Le nom du Rio deVicente Pinçon, devenu célèbre par 
de graves contestations diplomatiques , a disparu sur les nouvelles cartes. D'après une ancienne carte manuscrite portugaise 
que je possède, et qui offre les eûtes entre San José de Macapa et l'Oyapok, le Rio Pinçon seroit indentique avec le Calsoene- 
Je soupçonne que les termes inintelligibles de l'article 8 du traité d'Utrecht ( « la ligne de la Rivière Japoc ou Vicente Pinçon 
qui doit couvrir tes possessions du Cap et du ?iord ») se fondent sur la dénomination de cap Nord donnée quelquefois au cap 
Orange. (Voyez Lact Orb. nov. i655, p. 056.) M. de La Cundamine,à la sagacité duquel rien n'échappe, a déjà dit, dans la 
lUIation de son Voya^'C à t* Amazone , p. 199 : »Les Portugais ont leurs raisons pour confondre la haie (?) de Vincent Pinçon , près 
de la bouche occidentale du Rio Arawari (Araguari) , lat. a» 2', avec la rivière Oyapok, lat. 4° >5'. La paix d'Utrecht en fait une 
même rivière. » Cette latitude '2° 2' rapprocheroit la rivière imaginaire de VincentPinçon du Majacari et du Calsoene, mais 
l'èloigneroit de près d'un degré de l'Araguari qui est lat. bor. 1" i5'. M. Arrowsmitb , dont la carte offre d'excelleiis 
matériaux pour l'embouchure de l'Amazone, place le Rio de Vicente Pinçon au sud du Majacarù là où la Malario se 
perd dans une baie, vis-à-vis de laquelle est située la petite île Tururi , lat. 1° 5o'. Comme l'Araguari communique avec 
le Malario et forme au nord*ouest une espèce de delta autour des terrains inondés de Carapaporis, il se peut que M. de La 
Condamine ait considéré la petite rivière qui débouche vis-à-vis dcl'ile Tururi comme la branche occidentale de l'Araguari, 



CHAPITRE XXVI. 87 

Louisiane, dont les limites, au nord et ù l'ouest, sont restées long-temps incertaines. Aujourd'liul ces limites se 
trouvent fixées par la convention conclue à Londres le 20 octobre 1818, et par le traité des Florides, signé a 
Washington le 22 février 1819: j'ai cru par conséquent pouvoir soumettre cette question à de nouvelles 
recherches. Je me suis livré à ce travail avec d'autant plus de soin que la surface des Etats-Unis, depuis l'Océan 
atlantique jusqu'à la mer du Sud, est évaluée par des auteurs très-récens à i25,4oo, à 137,800, à 167, 5oo, à 
173,400, à 2o5,5oo, et à 238, 4oo lieues marines carrées de 20 au degré, et qu'au milieu de ces données diverses 
dont les incertitudes s'élèvent à plus de 100,000 lieues carrées, c'est-à-dire à six fois Varea de la France, il me 
paroissoit impossible de choisir un résultat auquel on pourroit comparer les surfaces des nouveaux états 
libres de l'Amérique espagnole. Quelquefois un même auteur a donné a différentes époques les évaluations les 
plus différentes du même territoire en le supposant limité par les deux mers , par le cap Hatteras et le Rio 
Colombia, par les Ijouches du Mississipi et le lac des Bois. M. Melish a évalué les Etats-Unis, sur la carte de 1816, 
à 2,45g, 35o milles carrés (de 69,2 au degré), dont le seul territoire du Missouri i,58o,ooo. Dans ses Travels 
trough the Unités States of America, 1818, p. 56i , il s'arrête à i,883,8o6 milles carrés, dont le territoire 
du Missouri 985,230. Plus tard encore dans le Geographical description ofthc United States , 1822, p. 17, il 
augmente de nouveau ce nombre jusqu'à 2,076,410 milles carrés. Ces fluctuations d'opinion sur l'éten- 
due de la surface des Etats-Unis ne peuvent être attribuées aux diverses manières dont on trace les 
limites : la majeure partie des erreurs qui affectent \'area des territoires entre le Mississipi et les Montagnes 
Rocheuses, entre ces montagnes et les côtes de la Mer du Sud, tiennent à de simples erreurs de calcub. Je 
trouve, en prenant la moyenne de plusieurs évaluations sur les cartes d'Arrowsmith , de Melish, de Tardieu 
et de Brué : 

I. A l'est du Mississipi 77;684 lieues marines carrées, 

ou g3o,ooo square miles. 
a. ) Partie atlantique à l'est des Alleghanis 27,064 

ou 324,000 square miles. On a prolongé la chaîne des 

Alleghanis, au nord vers Plattsbourg et Montréal, au 

sud, en suivant l'Apalachicola ; de sorte que la majeure 

partie de la Floride appartient à cette partie atlan- 

tique. 
(3. ) Entre les Alleghanis et le Mississipi 5o,G2o 

ou 606,000 square miles. 

II. A l'ouet du Mississipi 96,622 

ou iji56,8oo square mites, 
a.) Entre le Mississipi et les Montagnes Rocheuses, y 

compris les lacs 72,53i 

ou 868,4oo square miles. 
/S. ) Entre les Montagnes Rocheuses et les côtes de la Mer 

du Sud, en prenant pour limites australes et boréales 

les parallèles de 42° et 49° (Territoire de l'Ouest)... . 24,091 

ou 288,400 square miles. 

Territoire des Etats - Unis , entre les deux Océans , 

2,086,800 square miles, ou 1 74,306 lieues marines carrées 

de 20 au degré. 

Tout le territoire des Etals-Unis, depuis l'Océan -Atlantique jusqu'à la Mer du Sud, est par consé- 
quent un peu plus grand que l'Europe, à l'ouest de la Russie. La partie atlantique seule peut être 
comparée à l'Espagne réunie à la France; la pai-tie entre les Alleghanis et le Mississipi à l'Espagne réunie 
au Portugal, à la France et à l'Allemagne; la partie à l'ouest du Mississipi, à l'Espagne réunie à 



88 



LIVRE IX. 



la France, à l'Allemagne, à l'Italie et aux Royaumes Scandinaves. Le Mississipi divise par conséquent les 
Etats-Unis en deux grandes portions, dont la première ou l'orientale, qui avance rapidement en culture et 
en civilisation, a Varea du Mexique; l'autre, l'occidentale, presque entièrement sauvage et dépeuplée , 
l'area de la république de Colombia. 



Dans les recherches statistiques qu'on a faites sur plusieurs pays de l'Europe, 
on a tiré des conséquences importantes de la comparaison de la population re/a- 
fzVe qu'offrent les provinces maritimes et les provinces de l'intérieur. En Espagne ', 
ces rapports de population sont comme 9 à 5; dans les Provinces-Unies de 
Venezuela^ surtout dans l'ancienne Ca/>i7«nia^e«<?rrt/ de Caracas, ils sont comme 
35 : I . Quelque puissante que soit l'influence du commerce sur la prospérité des 
états et sur le développement intellectuel des peuples , on auroit tort d'attribuer, 
en Amérique comme en Europe , à cette seule cause , les différences que nous 
venons d'indiquer. En Espagne et en Italie , si l'on en excepte les plaines fertiles 
de la Lombardie , les régions de l'intérieur sont arides , remplies de montagnes 
ou élevées en forme de plateaux : les circonstances météorologiques dont 
dépend la fécondité du sol ne sont pas identiques dans la zone littorale et 
dans les provinces du centre. En Amérique , la colonisation a commencé géné- 
ralement par les côtes, et n'avance que lentement vers l'intérieur : telle est sa marche 
progressive au Brésil et dans le Venezuela. Ce n'est que lorsque les côtes sont mal- 
saines comme au Mexique et dans la Nouvelle-Grenade, ou sablonneuses et 
sans pluie comme au Pérou , que la population s'est concentrée sur les montagnes 
et sur les plateaux de l'intérieur. Ces circonstances locales et bien d'autres encore 
ont été trop souvent négligées dans les discussions sur le sort futur des colonies espa- 
gnoles; elles donnent un caractère particulier à quelques-uns de ces pays dont les 
analogies de l'état physique et moral sont moins frappantes qu'on ne le croit com- 
munément. Considérés sous le rapport de la distribution de la population , les 
deux territoires que l'on a réunis dauis tin seul corps politique, la Nouvelle-Grenade 
et le Venezuela , offrent l'opposition la plus complète. Leurs capitales ( et la posi- 
tion des capitales annonce toujours dans quelle zone la population s'est le plus con- 
centrée) sont placées à des distances tellement inégales des côtes commerçantes 
de la Mer des Antilles , que , pour se trouver sous le même parallèle avec Santa- 
Fe de Bogota, la ville de Caracas devroit être transplantée vers le sud, au 
confluent de l'Orénoque avec le Guaviare, là où est située la mission de San 
Fernando de Atabapo. 

' Antillon, Geografia astronomica , nalural y politica , i8j5, p. \'kà. 



CHAPITRE XXVI. 8g 

La république de Colombia est , avec le Mexique et le Guatimala , le seul 
Etat de l'Amérique espagnole ' qui occupe à la fois les côtes opposées à l'Europe 
et à l'Asie. Du cap Paria à l'extrémité occidentale de la province de Veragua, 
il y a 4oo lieues marines; du cap Burica à l'embouchure du Rio Tumbez, il 
y en a 260. Le littoral que possède la république de Colombia sur la mer des 
Antilles et sur l'Océan-Pacifique, égale par consécjuent en longueur le développe- 
ment des côtes depuis Cadix jusqu'à Dantzick ou depuis Ceuta jusqu'à Jaffa. 
A cette inappréciable ressource pour l'industrie nationale se joint une autre dont 
l'importance n'a pas été suffisamment reconnue jusqu'ici. L'isthme de Panama 
fait partie du territoire de Colombia : si cette langue de terre étoit traversée 
jiar de belles routes et peuplée de chameaux , elle pourroit servir de portage 
au commerce du monde, lors même que ni les plaines de Cupica, ni la baie 
de Mandinga, ni le Rio Chagre n'offriroient la possibilité d'un canal propre 
à faire passer des navires qui vont d'Europe en Chine, ou des États-Unis 
à la côte nord-ouest de l'Amérique. 

En examinant dans le cours de cet ouvrage l'influence qu'exerce , sous 
toutes les zones, la configuration des pays (c'est-à-dire leur relief et la forme 
de leurs côtes) sur les progrès delà civilisation et les destinées des peuples, j'ai 
souvent exposé les désavantages que présentent ces grandes masses de continens 
triangulaires qui , comme l'Afrique et la majeure partie de l'Amérique du Sud , 
sont dépourvus de golfes et de mers intérieures. On ne sauroit révoquer en doute 
que l'existence de la Méditerranée a été intimement liée à la première lueur de la 
cultuie humaine chez les peuples de l'occident, et que Xaforme articulée des terres, 
la fréquence de leurs étranglemens , l'enchaînement des péninsules , ont favorisé la 
culture de la Grèce , de l'Italie et peut-être de l'Europe entière , à l'ouest du méri- 
dien de la Propontide. Dans le Nouveau-Monde , la non interruption des côtes et la 
monotonie de leur prolongement rectiligne sont surtout frappantes au Chili et au 
Pérou. Le littoral de Colombia offre quelques formes plus variées, des golfes 
spacieux qui, comme ceux de Paria, de Cariaco, de Maracaybo et du Darien, 
étoient déjà, à l'époque de la première découverte, mieux peuplés que le 
reste, et vivifioient l'échange des productions. Ce même littoral ( et c'est 
là un avantage incalculable) est baigné par la mer des Antilles, espèce 
de mer intérieure à plusieurs issues , la seule qu'offre le Nouveau-Con- 

' L'ancienne vice-royauté de Buenos-Ayres s'étendoit aussi , il est vrai , sur une petite porlion des côtes 
de la Mer du Sud; mais nous avons vu plus haut (p. 84) combien cette portion est déserte. 

Relation historique j Tom. III. 12 



9° LIVRE IX. 

tinent. Ce bassin , dont les rivages opposés appartiennent aux États-Unis et 
à la république de Colombia , au IMexique et à quelques puissances maritimes de 
l'Europe, donne lieu à un système de commerce })articulieretentièrement américain. 
Le sud-est de l'Asie avec son archipel voisin , le golfe arabique et l'état de la Médi- 
terranée, du temps des colonies pliéniciennes et grecques, ont prouvé de quelle 
lieureuse influence pour l'industrie commerciale et pour la culture intellectuelle 
des peuples est ce rapprochement de côtes opposées qui n'ont pas les mêmes 
jnoductions , et qui sont habitées par des nations de races diverses. L'impor- 
tance de la mer intérieme des Antilles , que le Venezuela borde vers le sud , 
sera augmentée encore par l'accroissement jirogressif de la population sur les 
rives du Mississipi : car ce fleuve , le Rio del Norte et le Magdalena sont les seuls 
grands fleuves navigables que reçoit le bassin des Antilles. La profondeur des rivières 
de l'Amérique, leurs merveilleux embranchemens et l'emploi des bateaux à 
vapeur facilité par la proximité des forêts, compenseront jusqu'à un certain 
point les obstacles que la direction uniforme des côtes et la configuration géné- 
rale du continent opposent au développement de la civilisation. 

En comparant , d'après les tableaux que nous avons présentés jilus haut , 
l'étendue du sol et la population absolue, nous obtiendrions le rapport de ces deux 
élémens de la prospérité publique , rapport qui constitue la population relative de 
chaque Etat du Nouveau-Monde. Nous trouverions , par lieue marine carrée , au 
Mexique , 90 ; aux États-Unis , 58 j dans la république de Colombia , 3o ; au 
Brésil , 1 5 habitans , cjuand la Russie asiatique en olTre 1 1 ; tout l'empire russe 
87; la Suède avec la Noi-wège, 90; la Russie ' européenne, 32o; l'Espagne, 
763, et la France, 1778. Mais ces évaluations de population relative appliquées 
à des pays d'une étendue immense et dont ime grande partie est entièrement 

' L'areo de la Russie européenne, sans la Finlande et le grand -duché de Vai-sovie, étoit, en i8o5, 
d'après les tables statistiques de M. Hassel ( £/7«r2S« der £««)/>. Sfaafe», Tom. I, p. lo), de i38,oooI. c. de 20 
au degré, avec 3fi,1oo,ooo amcs de population ; Varea de toute la nionarcliie russe étoit , en i8o5, d'après les 
mêmes tables, de fioSjiGo 1. c. , avec 4o millions dépopulation. Ces évaluations ne donncroient que 264 et 
66 habitans par lieue carrée. En supposant, avec M. Balbi {payez ses intéressantes recherches sur la population 
de la Russie, dans \eCompaidio di Geografia universnle ,^. \kZ et iG3, et Essai stuiistique sur le Portugal 
Toni. II, p. 253), i'area de la Russie européenne avec la Finlande et le royaume de Pologne, de 
169,4001. c. ; I'area de toute la monarchie russe eu Europe et en Asie, de 686,000 1. c., et les populations 
absolues , en 1822, de 48 et de 54 millions, on trouve 283 et 78 habitans par lieue carrée. D'après les recherches 
que j'ai faites récemment sur Varea de la Russie, je m'arrête, pour l'empire entier, y compris la Finlande 
et la Pologne, à 616,000 1. c. ; pour la partie européenne, y compris les anciens royaumes de Kasan et 
d'Astr.ikhan , à l'exception du gouvernement de Perrae, .\ i5o,4oo I. c. , ce qui donne les popitlalioiis 
relatives de 32o et 87 énoncées dans le texte, foi/cz aussi Gaspuri, f^oltst. Handb. der Erdh. D. iii, p. 210 



CHAPITRE XXVI. 9I 

dépeuplée , n'offrent que des abstractions mathématiques peu instructives. 
Dans des pays uniformément cultivés , en France • , par exemple , le nombre 
des habitans , sur une lieue carrée , calculé par département , n'est généralement 
que du tiers plus grand ou plus petit que la population relative de la somme de 
tous les départemens. Même en Espagne , les oscillations autour de la moyenne 
ne s'élèvent, à peu d'exceptions près, que de la moitié au double ^. En 
Amérique, au contraire , il n'y a que les seuls Etats atlantiques (de la Caroline 
du Sud à New-Hampshire ) dont la population commence à se répandre 
avec quelque uniformité. Dans cette partie, la plus civilisée du Nouveau- 
Monde, on compte, par lieue carrée, de i3o à 900 habitans, tandis que la 
population relative de tous les Etats atlantiques , considérés en masse , est de 
240. Les extrêmes (la Caroline du Nord et le Massachusets) ne sont que dans 
le rapport de i : 7, prescjue comme en France ^ où les extrêmes (dans les dépar- 
temens des Hautes-Alpes et du Nord) sont aussi dans le rapport de i : 6,7. 
Les oscillations autour de la moyenne que, dans les pays civilisés d'Europe "*, 
on trouve généralement restreintes à des limites assez étroites, dépassent pour 

' \J(irfin (le la France (non compris la Corse) a été évaluée, en a 817, par la Direction du Cadastre, à 
5 1, 9 !o,oG2 hectares , ou Sigo niyrlamètrcs carrés, ou 26,278 lieues communes carrées de 25 au degré. 
M. Coquebert de Montbret compte, pour la Corse, 442 I. c. communes; la France avec la Corse a par 
conséquent aujourd'hui 26,720 lieues carrées communes, ou 17,101 1. c. marines (de 20 au degré). La 
population ayant été, en 1820, de 3o,'io7,go7, on trouve 1778 habitans par 1. c. marine. La grandeur 
moyenne d'un département de la France est de 198 1. c. marines; la population moyenne est de 
.■553,600. Le nombre des habitans par llene carrée est, pour la majeure partie des départemens, looo, 
1200, 24oo et 2600. En prenant des moyennes pour les 5 départemens et gouvernemens les plus peuplés 
et les moins peuplés de la France et de la Russie , on obtient la proportion des minittia et des maxima 
de population relative dans le premier de ces pays:= 1 : 3,7; dans le second =:i : 12,2. 

■■ AutUloii, Geogrufia, p. i4i. 

■* Dans la France continentale, en en exceptant la Corse; car l'ancien département duLiamoac est encore 
moins peuplé que celui des Ilautes-Alpes. Le département du Nord avoit, sur 178 lieues carrées (de 
20 au degré), en i8o4, une population de 774,500; en 1820, de 9o4,5oo. Le département des Hautes- 
Alpes avoit, sur 160 lieues carrées, en i8o4, une population de 118, 322; en 1820, de i2i,4oo. Ily adone 
dans ces deux départemens, par lieue carrée marine, SoS.-î et 708 hajjitans. 

^ L'Europe , limitée par le Jaik, les montagnes de l'Oural et le Kara, a 3o4,70O lieues carrées marines. Eu 
supposant ig5 millions d'habltans, on trouve une population relative de 639 par lieue carrée, un peu 
moindre que celle du département des llautes-Alpes, et un peu plus grande que celles des provinces 
intérieures de l'Espagne. En comparant cette moyenne totale de CSg aux moyennes partielles des pays euro- 
péens qui n'ont pas moins de 600 lieues carrées , on obtient , en excluant seulement la Laponle et quatre 
gouvernemens de la Piussle (Archangcl, Olonez, Wologda et Astrakhan), pour les régions les plus désertes 
de l'Europe, 160; pour les plus peuplées, 24oo âmes par lieue carrée. Ces nombres donnent le rapport 
des extrêmes = 1 : i5. U Amérique a, d'après mes derniers calculs, depuis le Cap Horn jusqu'au 68" de 
lat. bor. (y compris les îles Antilles), i,i8i,8oo lieues carrées marines; et, en évaluant sa population, 



92 LIVRE IX. 

ainsi dire toute espèce de mesxire au Brésil, dans les colonies espagnoles, et 
même dans la confédération des États-Unis, si on considère cette dernière dans son 
étendue totale. Au Mexique , nous trouvons quelques intendances ( la Sonora et 
Durango) qui ont 9 à i5 habitans par lieue carrée, tandis que d'autres, sur le 
plateau central , en ont plus de 5oo. La population relative des pays situés entre la 
rive orientale du Mississipi et les États atlantiques est à peine de 47 5 quand celle 
du Connecticut, de Rhode-Island et du Massachusets est de plus de 800. 
A l'ouest du Mississipi , comme dans l'intérieur de la Guyane espagnole , il n'y a 
pas deux habitans par lieue cari'ée sur des espaces plus grands que la Suisse ou 
la Belgique. Il en est de ces contrées comme de l'empire russe dans lequel 
la population relative de quelques gouvernemens asiatiques ( Irkutzk et To- 
bolsk) est à celle des parties européennes les mieux cultivées, dans le rapport 
de I : 3oo. 

Les différences énormes que présente, dans des pays de nouvelle cul- 
ture , le rapport entre l'étendue territoriale et le nombre des habitans , rendent 
nécessaires les évaluations partielles. Lorsqu'on apprend que la Nouvelle-Espagne 
et les États-Unis, en considérant l'ensemble de leur étendue de 75,000 et 
1 74,000 lieues carrées marines , offrent 90 et 58 habitans par lieue carrée , on ne se 
fait point une idée précise de la distribution de la population dont dépend la force 
politique des peuples , pas plus qu'on ne se feroitune notion claire du climat d'im 
pays, c'est-à-dire de la répartition de la chaleur entre les différentes saisons, 
par la seule connoissance de la température moyenne de l'année entière '. Si l'on 

comme nous l'avons fait plus haut, à 3i,284,ooo, on obtient à peine 29 habitans par lieue can'ée. 
Or, pour trouver une surface continue de 600 1. c. , qui en même temps soit la plus peuplée de toute 
l'Amérique , il faut avoir recours soit au plateau du Mexique , sôit à une partie de la Nouvelle- 
Angleterre, où trois États contigus, le Massachusets j Rliode-Island et Connecticut, ofifroient, en 1820, 
sur i2,5o4 milles carrés anglois, une population absdiue de 881,594, par conséquent près de 84o âmes 
par lieue carrée marine. Parmi les îles Antilles dont la population est très-concentrée, on ne pourroit 
choisir que les Grandes Ântillesj car les Petites Antilles (ou îles Caribes de l'est), depuis Culebra et 
Saint-Tliomas jusqu'à la Trinité, n'ont toutes ensemble que 38/ 1. c. La Jamaïque a presque la même 
population relative que les trois Etats de la Nouvelle-Angleterre que nous venons de citer, mais sou area 
n'atteint pas 5oo 1. c. Saint-Domingue (Haïti), qui est cinq fois plus grand que la Jamaïque, n'a que 
266 habitans par lieue carrée. Sa population relative atteint à peine celle de l'État de New-Hampshire. Je 
ne hasarderai pas d'indiquer la fraction que l'on peut supposer comme minimum de la population relative 
du Nouveau-Monde, par exemple dans les savanes entre le Meta et le Guaviare, ou dans la Guyane 
espagnole , entre l'Esmeralda , le Rio Erevato et le Rio Caura, ou enfin dans l'Amérique septentrionale, entre 
les sources du Missoury et le lac des Esclaves. Il est probable que le rapport des extrêmes trouvé en Europe, comme 
1 : 1 5 , est dans le Nouveau-Monde , même en excluant les Lianes ou Pampas , pour le moins comme 1 : 8000. 
' Je m'éloignerois trop de mon sujet si je poussois cette comparaison assez loin pour discute jusqu'à 
quel point les »ioycfl«<'s tofa/es peuvent nous éclairer sur le mode de répartition, soit de la température, 



CHAPITRE XXVI. g3 

dépouilloit les États-Unis de toutes leurs possessions à l'ouest du Mississipi, leur 
population relative seroit , au lieu de 58 , de 1 2 1 par lieue carrée , par conséquent 
beaucoup plus grande que celle de la Nouvelle-Espagne : en ôtant à ce dernier 
pays les Provincias internas (au nord et au nord-est de la Nueva-Galicia ) , on 
trouveroit , au lieu de 90 âmes , 1 90 par lieue carrée. 

Voici les données partielles pour le Venezuela et la Nouvelle-Grenade , d'après 
les nombres que nous avons lieu de croire les plus exacts : 

République de Colombia 3o par lieue marine carrée . 

Six fois plus grande que l'Espagne, à peu près d'une égale 
étendue que les Etats-Unis à l'ouest du Mississipi. Area : 
91,950 1. G. Population absolue : 2^785,000. 

A. Nouvelle-Grenade (avec la province de Quito) 3i 

Pas lout-à-fait quatre fois grande comme l'Espagne. Area : 
58,25o 1. c. Population absolue : 2 millions. 

B. Le Venezuela ou ancienne Capitania gênerai de Caracas. ... 23 
Plus de deux fois grande comme l'Espagne, d'une étendue 
presque égale aux Etats atlantiques de l'Amérique du Nord. 
Area : 33,7oo. 1. c. Population absolue : 785,000. 

a. Cumana et Barcelone 37 

Area .• 35i5 1. c. Population absolue : 128,000. 

|S. Caracas (avec Coro) 81 

Area: 5i4o 1. c. Population absolue: 42o,ooo. 

K. Maracaylo ( avec Merida et Truxillo) ko 

Area : 3548 1. c. Population absolue : i4o,ooo. 

<r. Varinas 28 

Area: 2678 I. c. Population absolue: 75,000. 

e. Gimyana (Guyane espagnole) 2 

Area: 18,793. Population absolue : .4o,ooo. 

Il résulte de cet aperçu que les provinces de Caracas , Maracaybo , Cumana 
et Barcelone, c'est-à-dire les provinces maritimes du nord, sont les mieux 

soit de la population d'un pays. J'ai tâché de prouver dans un autre endroit [Des lipies isothermes 
p. 62 et 71) que, dans le système des climats européens, la température moyenne des hivers ne commence à 
être au-dessous du point de la congélation , que là où la température moyenne de l'année entière s'abaisse à 
moins de 10° du thermomètre centigrade. Plus les températures moyennes annuelles sont petites plus est 
grande la différence entre les températures de l'hiver et de l'été. De même la très-foible population 
relative d'un pays , qui est d'une étendue très-considérable , indique assez généralement cet état de culture 
naissante qui est la cause d'une grande inégalité dans la répartition de la population. Les climats que Buffon, avec 
la propriété d'expression qui caractérise son style, a nommé des climats excessifs (les climats de l'intérieur 
des continens où des hivers très-rudes succèdent à des étés très-chauds), correspondent, pour ainsi dire, aux 
populations inégalement accumulées; et deux phénomènes d'une nature entièrement différente offrent , en 
les considérant comme de simples valeurs quantitatives, des analogies très-remarquables. 



g4 L I V R E I X. 

peuplées de l'ancienne Capitania gênerai; mais, en comparant cette popula- 
tion relative à celle de la Nouvelle-Espagne où les deux seules intendances de 
Mexico et de Puebla , sur une étendue à peine égale à Xarea de la province 
de Caracas, offrent une population absolue qui excède celle de toute la 
république de Colombia, nous voyons que des intendances mexicaines qui , 
sous le rapport de la concentration de la culture, n'occupent que le 7' ou 
H*" rang (Zacatecas et Guadalaxara) , comptent plus d'habitans par lieue carrée 
que la province de Caracas. La moyenne de la population relative de Cumana , 
Barcelone, Caracas et Maracaybo, est 56; or, comme 6200 lieues carrées, c'est- 
à-dire la moitié de l'étendue de ces quatre provinces, sont des steppes ' [Llanos] 
presque désertes , on trouve , en décomptant Xarea et la foible population ties 
steppes, 102 habitans par lieue carrée. Une modification analogue donne à la 
seule province de Caracas une population relative de 208, c'est-à-dire seulement 
de ^ moindre que celle des États atlantiques de l'Amérique du Nord. 

Comme dans toutes les matières d'économie politique, les données luuué- 

1 L'area des steppes de ces quatre provinces est de 6219 lieues carrées de 20 au degré. Voici des dimnées 
propres à faire juger de l'état agricole de ces régions dans lesquelles les steppes opposent de grands- 
obstacles aux progrès rapides de la population. (Chap. xsv, p. 2(}-33.) 
Province de Cumana : 

Partie niontueuse de Caripe et Cordillères du littoral SgS 1. c. 

Llanos ou savanes 1 558 

dont le delta marécageux de l'Orénoque 652 1. c. 

igSi 
Province de Barcelone : 

Partie un peu montueuse et forêts vers le nord 223 

LUmos i34 1 

i564 
Province de Caracas .• 

Pai-tie montueuse 1820 

Llanos , en y comprenant Carora et Monai 332o 

5i4o 

Ces calculs me donnent 6219 1. c. de steppes ou savanes , dont i3o à l'ouest du Rio Porluguesa. Or les A/a nos 
de Varinas entre cette rivière, l'Apure et les montagnes de Pamplona, de Rlerida et du Paramo de las 
Rosas ont i664I. c; il en résulte que l'immense bassin des Llanos compris entre la Sierra Nevada de 
Merida le delta des hocas chicas habité par les Indiens Guaraons , et les rives septentrionales de l'Apure 
et de l'Orénoque , présente un area de 7753 lieues carrées , égale à la moitié de l'étendue de l'Espagne. La 
population actuelle des savanes de Caracas, de Barcelone et de Cumana paroît s'élever, à cause de quelques 
villes popuienses qui s'y trouvent éparses , i« plus de 70,000. 



CHAPITRE XXVI. 95 

liques ne deviennent instructives que par la comparaison avec des faits 
analogues, j'ai examiné avec soin ce que, dans l'état actuel des deux continens, 
on peut considérer, comme une population relative petite ou très-médiocre 
en Europe, et comme une population relative très-grande eu Amérique. Je 
n'ai encore choisi des exemples que parmi des provinces qui ont au-delà 
de 600 lieues carrées de surface continue, poiu- exclure les accumulations 
accidentelles de population que l'on trouve autour des grandes villes , par 
exemple sur les côtes du Brésil, dans la vallée de Mexico, sur les plateaux 
de Santa-Fe de Bogota et du Cuzco , ou enfin dans l'archipel des Petites Antilles 
(la Barbade, la Martinique et Saint-Thomas) , dont la population relative est 
de 3ooo à 4700 habitans par lieue carrée, et égale par conséquent celles des 
parties les plus fertiles de la Hollande, de la France et de la Lombardie. 



Minimum d'Europe. 

Les 4 gouvememens les moins peuplés de 
la Russie européenne : 

Arcbangel 10 far 1. c. 

Olonez 42 

Wologda et Astrakhan 52 

La Finlande 106 

La province la moinsv peuplée de l'Es ■ 

pagne, celle de Cuenca 3i 1 

Le duché de Lunebourg ( à cause des 

bruyères ) 55o 

Le département delà France continen- 
tale le moins peuplé (Haut.-Alpes). 75a 

Déparlemens de la Fraiice médiocre- 
ment peuplés ( ceux de la Creuse , 
du Var et de l'Aude) i3oo 



Maximum d'Amérique. 

La partie centrale des intendances de 

Mexico et Puehla *, au-dessus de. i3oo par 1. c. 
Dans les Etais-lJ nis , le Massachusets , 

mais n'ayant fjue 522 1. c. de surface. 900 
Massachusets, Rhode-Island et Con- 

necticut ensemble 84o 

Toute l'intendance de la Puebla 54o 

Toute l'intendance de Mexico 4 60 

Ces deux intendances mexicaines ont 

ensemble près du tiers de l'étendue 

de la France , et assez de population 

(en 1823 près de 2,800,000 âmes) 

pour que les villes de Mexico et de 

Puebla ne puissent influer sensible- 
ment sur les populations relatives. 
Partie septentrionale de la province de 

Caracas (sans les Llanos) 208 



' Y a-t-il une partie des États-Unis de 600 à 1000 1. c. , dont la population relative excède le maximum 
delà Nouvelle-Espagne , qui est de i3oo habitans par lieue marine carrée, onde 109 par mille carré, de 60,2 
au degré ? La population relative du Massacliusets , qui est de 76,6 par mille carré et que l'on regarde comme 
très-grande, m'en a fait douter jusqu'ici. Pour examiner cette question, il faudroit pouvoir comparer l'arw d'un 
certain nombre de comtés limitrophes aux regbtres de population pubhés par le Congrès de Wasliine- 
ton.La population relative des Etats de New-York, de Pensylvanie et de Virginie ne paroissent si petites 
(de 24o, de 2o4 et de 168 par lieue carrée marine) que , parcequ'en répartissent uniformément la population sur 
toute l'étendue du territoire, il faut tenir compte des régions en partie désertes que chaque État possède, à 
l'ouest des Alleghanis, régions qui influcntsur la moyenne totale presque à la manière des Llanos de Caracas 
et de Cumana. Des 1 1,000 1. c. que renferme l'Egypte , il n'y en a, d'après M. Jomard , que 1608 d'habitées. 



gô L I V R E I X. 

Ce tableau nous apprend que les parties, que l'on regarde aujourd'hui comme 
les plus peuplées de l'Amérique, excèdent la population relative du royaume 
de Navare, de la Galice et des Asturies ' qui, de toute l'Espagne, après 
le Guipuscoa et le royavune de Valence , comptent le plus d'habitans par 
lieue carrée : cependant ce majcimum de l'Amérique est au-dessous de 
la population relative de la France entière (1778 par 1. c. ) , et ne seroit 
regardée, dans ce dernier pays , que comme une population très-médiocre. Si 
de toute la surface de l'Amérique nous reportons notre vue sur l'objet qui 
nous occupe spécialement dans ce chapitre, sur la Capitania gênerai de Venezuela, 
nous trouvons que la plus peuplée de ses divisions , la province de Caracas , 
considérée dans son ensemble , sans en exclure les Llanos , n'a encore que la 
population relative du Tennesée , et que cette même province , en en excluant 
les Llanos , offre dans sa partie septentrionale , sur plus de 1 800 lieues carrées , 
la population relative de la Caroline du Sud. Ces 1 800 lieues carrées , centre de 
l'industrie agricole, sont deux fois plus habitées que la Finlande; mais elles 
le sont encore d'im tiers de moins que la province de Cuenca , la plus dépeuplée 
de toute l'Espagne. On ne peut s'arrêter à ce résultat sans se livrer à des sen- 
timens pénibles. Tel est l'état dans lequel la politique coloniale et la déraison 
de l'administration publique ont laissé , depms trois siècles , un pays dont les 
richesses naturelles rivalisent avec tout ce qu'il y a de merveilleux sur la 
terre, que, poiu en trouver un qui soit également désert, il faut porter ses 
regards soit vers les régions glacées du nord , soit à l'ouest des Monts-Alleghanis , 
vers les forêts du Tennesée , où les premiers défrichemens n'ont commencé 
que depuis un demi-siècle! 

La partie la plus cultivée de la province de Caracas, le bassin du lac de 
Valencia, appelé vulgairement los F^alles de Aragua ^ , cora^ildieni , en 1810, 
près de 2000 habitans par lieue carrée j or , en ne supposant qu'une population 
relative quatre fois plus petite , et en décomptant de la surface de la Capitania 
général près de 24,000 1. c. comme occupées par les Llanos et par les forêts de 
la Guyane et comme opposant de grands obstacles aux travaux agricoles , on 
obtiendroit encore, pour les 9700 l. c. restantes, une population de 6 mil- 

' Par lieue marine carrée, on trouve : au royaume de Valencia, 1860; dans le Guipuscoa, 2009; mais 
cette dernière province, n'ayant que 52 1. c. , doit être exclue, d'après les principes que j'ai adoptés dans 
ce genre de recherches. La Galice a une population absolue de i,4oo,ooo; le royaume de Valence qui 
n'a que la moitié de Varea de la Galice, 1,200,000 haljitans. 

* Ces vallées n'ont pas 3o 1. c. de surface. Voyez plus haut, Tom. II, p. Sg. 



CHAPITRE XXVI. 97 

lions. Ceux qui, comme moi , ont vécu long-temps sous le beau ciel des tropiques , 
ne trouveront rien d'exagéré dans ces calculs : car je ne suppose , pour la portion 
la plus facile à soumettre à la culture , qu'une population relative égale à celle 
qiu" existe dans les intendances de Puebla et de Mexico ' , intendances remplies 
de montagnes arides et s'étendant vers les côtes de la mer du Sud sur des régions 
presque entièrement désertes. Si un jour les territoires de Cumana , de Barcelone , 
de Caracas, de Maracaybo , de Varinas et de la Guyane ont le bonheur de jouir, 
comme états confédérés , de bonnes institutions provinciales et municipales , 
il ne faudra pas un siècle et demi pour qu'ils atteignent une population de 
6 millions d'habitans. Même avec 9 millions, le Venezuela ou la pjartie 
orientale de la République de Colomhia n'auroit pas encore une population 
plus considérable que la vieille Espagne; et comment douter que la partie 
de ce pays , la plus fertile et la plus facile à cultiver, c'est-à-dire les 
10,000 lieues carrées qui restent lorsqu'on décompte les savanes [Llanos) et 
les forêts presque impénétrables entre l'Orénoque et le Cassiquiare , ne puissent, 
sous le beau ciel des tropiques, nourrir autant d'habitans que 10,000 l. c. 
de l'Estramadure , des Castilles et d'autres provinces du plateau de l'Espagne ! 
Ces prédictions n'ont rien de hasardé , en tant qu'elles se fondent sur des 
analogies physiques, sur les forces productrices du sol; mais, pour se livrer 
à l'espoir qu'elles soient réellement accomplies, il faut pouvoir compter sur 
un autre élément moins aisé à soumettre au calcul , sur cette sagesse des peuples 
qui calme les passions haineuses , étouffe le germe de la discorde civile et donne 
de la durée à des institutions libres et fortes. 

Productions. — Lorsqu'on embrasse d'un coup d'oeil le sol du Venezuela et 
de la Nouvelle-Grenade, on reconnoît qu'aucun autre pays de l'Amérique 
espagnole ne fournit au commerce une telle variété et une telle richesse de pro- 
ductions du règne végétal. En ajoutant les récoltes de la province de Caracas 
à celles de Guayaquil , on trouve que la République de Coloml)ia offre à elle 
seule presque tout le cacao dont l'Europe a besoin annuellement. C'est cette 
même union du Venezuela et de la Nouvelle-Grenade qui a placé entre les 
mains d'un seul peuple la majeure partie du quinquina qu'exporte le Nouveau- 
Continent. Les montagnes tempérées de Merida , de Santa-Fe , de Popayan , de 
Quito et de Loxa produisent les plus belles qualités de l'écorce fébrifuge que l'on 

1 Ces deux intendances ont cependant ensemble aussi 552o 1. c. d'étendue, et une population relative 
de 5o8 d'habitans par lieue carrée marine. 

Relation historique , Tom. III. '* 



qS tIVRE IX. 

connoissc jusqu'à ce jour. Je pourvois agrandir la liste de ces productions 
précieuses par le café et l'indigo de Caracas , qui sont depuis long-temps célèbres 
dans le commerce , par le sucre , le coton , les farines de Bogota , l'ipécacuanha 
des rives de la ]Madeleine, le tabac de Varinas, le Cortex Angosturce de 
Carony, le baume des plaines de Tolu , les cuirs et les viandes sèches des Llanos, 
les perles de Panama , du Rio Hacha et de la Marguerite , enfin par l'or de 
Popayan et par le platine qui ne se trouve en abondance nulle autre part qu'au 
Choco et à Barbacoas : mais, d'après le plan que j'ai adopté, je dois me 
restreindre à l'ancienne Capitania gênerai de Caracas. J'ai traité , dans les cha- 
pitres précédens , de chaque culture en particulier ; il ne me reste donc qu'à 
rappeler ici succinctement les données statistiques qui se rapportent à l'époque 
jKiisible qui a précédé immédiatement les agitations politiques de ce pays. 

Cacao. Production totale, -i^ZjOOo fain-gas à iio livres espagnoles, ilont tout le Venezuela exporte 
(en y comprenant la voie du commerce illicite) \i5,ooo /anegas. Valeur totale, plus de 5 raillions de piastres 
fortes. Nombre des arbres en i8i4 , près de 16 millions. C'est le cacao qui a donné jadis le plus de célé- 
brité à cette partie de la Terre-Ferme; la culture en diminue à mesure que celles du café, du coton et du sucre 
augmentent; elle marche progressivement de l'ouest à l'est. Le cacao n'est pas seulement important comme 
objet de commerce extérieur, il l'est aussi comme nourriture du peuple. La consommation intérieure aug- 
mentera par conséquent avec la population , et il faut espérer que les propriétaires des cacaoyères trou- 
veront bientôt de nouveaux encouragemens dans l'accroissement de la prospérité nationale. [Voyez plus 
haut, Vol. I, p. 449-451; Vol. II, p. 117-121.) Le cacao des provinces de Caracas, de Barcelone et de 
Cumana , dont les plus céliîbres qualités sont colles d'Uritucu (près San Sébastian) , de Capiriqual et de 
.San Bonifacio, est de beaucoup supérieur au cacao de Guayaquil : il ne le cède qu'à celui de Soconusco 
{Juarros, Compendio de la hist. de Guatemala, i8i8, Tom. II, p. 77) et de Gualan, prèsd'Omoa, qui 
n'entre presque pas dans le commerce d'Europe. 

Ca/é. Les petits plateaux de aSo à 4oo toises de hauteur qu'offrent fréquemment les provinces de Caracas 
et de Cumana (dans les Cordillères du littoral et de Caripe), offrent des sites tempérés et extrêmement favo- 
rables à celle culture. Lorsqu'elle ne datoit encore que de 28 ans, en 1812, la production s'élevoit déjà 
à près de fio,ooo quintaux. (P'oye^jSur la consommation du café eu Europe, Tom. II, p. 34-38.) 

Coton. Celui des vallées d'Aragua, de Maracayljo et du golfe de Cariaco est d'une très-belle qualité; 
mais l'exportation moyenne n'étoit encore^ en 1809, que de 2 j millions de livres. (Vol. I, p. 387, ^o't, 449; 
Vol. Il , p. 63, 64, et Vrquinaona, Relacion doc. de ta Rev. de Venezuela, 1820, p. 3i.) 

Sucre. On en trouvoit, au commencement de ce siècle, de belles plantations dans les vallées d'Aragua 
et duTuy, près de Guatire et de Caurimare ; mais l'e.'iportation étoilàpcu près nulle. (Vol. II, p. 42-44, 
et p. 89-91.) J'ai, dans le cours de cet ouvrage, souvent fixé l'attention du lecteur sur la prépondérance 
que la culture des productions coloniales dans le continent de l'Amérique espagnole va acquérir progres- 
sivement sur les cultures des îles Antilles de peu d'étendue. 

Indigo. Cette culture, extrêmement importante, de 1787 d 1798, à diminué bien plus que celle du cacao. 
EUe ne se soutient avantageusement que dans la province de Varinas (par exemple, entre Wijagual et 
Vega de Flores) et sur les bords du Tachira. La caleur de l'indigo de Caracas s'élevoit , dans les temps 



CHAPITRE XXVI. 99 

les plus prospères, à 1,200,000 piastres. L'exportation étoit, en 1794, à la Guayra, de 900,000 livres; 
en 1809, de 7000 zurroncs. (Vol. 1, p. 381 , 385; Vol. II, p. 60, g-i.) 

Tabac. Le tab.ic du Tenozuela est non-seulement de beaucoup supérieur à celui de Virginie, il ne le 
cède eu qualité qu'au tabac de Vile de Cuba et du Rio Negro, L'établissement de h ferme royale, 
eu 1777, a empêché le développement de cette branche qui pourroit être si importante pour le commerce 
de Variuas , des vallées d'Aragua et de Cumanacoa. Produit total de la vente du tabac au commencement 
du 19' siècle, 600,000 piastres. (Vol. I , p. 38 1 ; Vol. II , p. 83 et 476.) Lorsque , sous le ministère de Don 
Diego Gardoqui, le roi d'Espagne déclara, par sa cédule du 3i septembre nç)'2, qu'il consentiroit à 
délivrer le pays de la ferme {estavico) , on proposa d'y substituer une capitation générale, le monopole 
de la fabrication des eau.v-de-vic do canne à sucre {uguardiento de cafia), ou d'autres impôts non moins 
vexatoires. Ces'projets échouèrent, et la ferme du tal)ac fut continuée. 

Céréales. D'après des notions de localités bien vagues et bien imparfaites, on se plaît souvent à chercber 
des contrastes entre les parties orientales et occidentales de Colombia; ou affirme que la Nouvelle-Grenade 
est un pays â mines et à froment, et le Venezuela un pays ci productions coloniales. En faisant ces distinc- 
tions un peu arbitraires, on ne considère dans la Nouvelle-Grenade que la ticrrafriay templadd, c'est-à- 
dire les contrées dont la température moyenne ' de l'année est de li" et iS^à centésimaiis (les grands 
plateaux montueux de Quito, de Los Pastos, de Bogota, deTunja, de Vêlez et de Leyva), et l'on oublie que 
toute la partie septentrionale et occidentale de la Nouvelle-Grenade est un pays bas et humide , jouissant 
d'une température moyenne de 26" à 28°, et par conséquent propre à la culture des productions que 
l'on est convenu en Europe d'appeler exclusivement productions coloniales. Le Venezuela (et je désigne 
toujours sous ce nom * le territoire de l'ancienne Capitania gênerai de Caracas) a aussi à la fois des climats 
froids et tempérés; c'est un pays de bananes et de froment. On cultive déjà les céréales d'Europe dans les 
montagnes de Merida et de Truxillo (à la Puerta et près S. Ana, au sud de Carachi), dans les vallées 
d'Aragua, près de la Victoria et de San Mathco, et dans le pays un peu montueux entre le Tocuyo , 
Quibor et Barquesimeto , qui forme \arrcte de partage entre les affluens de l'Apure ou de l'Orénoque, et 
ceux de la Mer des Antilles. Dans plusieurs de ces lieux, et ce fait est bien digne d'attention, le fromeni 

« Entre 800 et 1600 toises de liauteur au-dessus du niveau de la mer. On peut être surpris de voir que, dans l'Amé- 
rique équinoxialc, on appelle pays froids des régions dont la tcmper.iture de l'année est encore supérieure à celle de Milan 
et de Montpellier; mais il ne faut pas oublier que, dans ces deux villes, la température moyenne des étés est de aa°,8 et 
24»,3 ; tandis qu'à Quito, par exemple , les jours sont généralement toute l'année entre i5°.6 et ig-.S, et les nuits entre 9" 
et 11". La chaleur n'y dépasse jamais 22»; le froid + 6' du thermomètre centigrade. Les ticrras frias , à la hauteur de 
Santa-Fe (.365 t.), et de Quito (1492 t.) , ont , pendant toute l'année , la température du mois de mai à Paris. Comme la 
répartition de la chaleur entre les diverses parties de l'année est si dilTerente sous la »ne torride et sous la zone tem- 
pérée , il est beaucoup plus sûr, pour donner une idée exacte du climat d'un lieu silué dans le voisinage de l'equateur, de 
comparer ce climat à la température d'un seul mois de la région tempérée de 1 Jiurope. 

2 C'est dans ce sens aussi que l'on s'est servi du mot renczuela lors de l'installation du congrès à l'Angostura, le .5 février .8 19, 

pour lequel se réuniront des députés de Caracas, de Barcelone, de Cumana, de Varinas et de la Guyane. Les carte» 

de La Cruz et de Lopez donnent comme synonymes les mots : provinces de Caracas et de Venezuela. Le capitaine général, 

résidant à Caracas et gouvernant le pays depuis les bouches de l'Orénoque jusqu'au llio Tachira, s'appeloit Carilan gênerai 

de la Provincia de Venezuela y Ciudad de Caracas. M. Depons, dans sa Statistique, distingue la CapUaincric sénèrah de 

Caracas du gouvernement de renezuela qui , selon lui , ne comprend que la province de Caracas. La nipMi.,ue de Venezuela, 

fondée le 5 juillet 18. i, et restaurée le .6 août i8i3, a été unie à la République de Cundinamarca (le ,7 dee. .8.9), sous le 

A n I L' . j • .. ■ • I IV •.o'xiuia n nté restreint de nouveau oCBciellement (février 1S22 ) 

nom de Colombia , et, depuis cette reunion, le nom de Veneiuela a ete resireiui uc ■■">■ >• ^ / 

à un département qui comprend les provinces de Caracas et de Varinas. Au milieu de ces fluctuations , on risque de confondre 

un pays deux fois grand comme l'Espagne avec un autre qui n'a pas la grandeur de l'état de Virginie, si l'on ne détermine 

1 - I I I 1-1 » I ï' /^ Fn lofTirflant re mot comme idealiquc avec celui de 

jias W sens piccis daus lequel on emploie le mot de Venezuela, tn legaraani ce mui. «-w"» n 

Capitania {^encrai de Caracas , on obtient un nom collectif pour toute U partie orientale de Colombia, et l'on dira te Vcnc 
zKcta, comme on dit le Mexique , le Chili ou le Pérou. 



lOO LIVRE IX. 

nst cultivé à des hauteurs qui n'escèdent pas 270 à 3oo toises au-dessus du niveau de la mer, au milieu des 
cultures de cafiers et de cannes à sucre, dans des sites dont la température moyenne de l'année est 
au moins de 25°. Dans la région équinosiale du Mexique et de la Nouvelle -Grenade, nos céréales 
ne viennent abondamment qu'à une hauteur où leur culture cesse * en Europe par les 42" et 46» de 
latitude : au contraire, dans le "Venezuela et à l'île de Cuba, la limite inférieure du froment descend, de 
la manière la plus inattendue, vers les plaines brûlantes des côtes. Jusqu'à ce jour, la production des céréales 
du Venezuela est peu importante : elle ne s'élève pas, à Barquesiraeto et à la Victoria , à plus de 12,000 quin- 
taux par an; et, comme ces mêmes sites généralement peu élevés sont aussi propres-à la culture de la canne 
à sucre, du cafier et du cotonnier, la culture du froment n'a pu prendre un accroissement considérable. 

Ce n'est pas d'ailleurs la province de Caracas seule qui , dans le Venezuela , offre des régions à climats 
tempérés, c'est-à-dire des contrées où le thermomètre centigrade baisse de nuit au-dessous de 16" à i4° 
et même à i2'',5. La province de Cumana a aussi sa partie montucuse qui, peu visitée jusqu'à ce jour, 
pourra devenir assez importante pour quelques branches nouvelles de l'agriculture équinoxiale. Comme j ai 
parcouru, le baromètre à la main, une grande partie du Venezuela, je crois devoir indiquer ici succincte- 
ment les contrées qui méritent le nom de tierras templadas ^, et dont plusieurs, très-propres à la pro- 
duction des céréales, sont même déjà trop froides pour la culture du cafier. Celte énumération ayant un 
but purement agricole, nous ne nous arrêterons qu'à de hautes vallées ou à des plateaux d'une étendue 
assez considérable. Le Paramo de Mucuchies , qui appartient à la Sierra NevacLa de Mérida, la Silla de 
Caracas, dans les Cordillères du littoral^ et le Duida , dans les missions du Haul-Orénoque, ont 2100, 
i34o et 1280 toises d'élévation; mais ces montagnes n'offrent presque pas, sur leurs pentes, des sites 
susceptibles de labour. Il en est de même de toute la rangée de hautes montagnes de calcaire secondaire^ de 
micaschiste et de granite-gneis qui s'étend le long de h» côlc du Venezuela, depuis le Cap Paria jusque vers 
le lac de Maracaybo. Cette chaîne cdtière n'a pas assez de masse pour offrir, sur son dos , de ces plateaux 
étendus qui, dans le Quito et an Mexique, réunissent toutes les cultures de l'Europe. liCS terrains à climats 
tempérés (par conséquent au-dessus de 3oo toises) qu'offre l'ancienne Capitania gênerai de Caracas sont: 
1° la partie montagneuse des missions Chaymas ^ dans la Nouvelle-Andalousie, savoir le Cerro del Impossible 
(297t.), les savanes du Cocollar et du Turairiquiri (400-700) , les vallées de Caripe (4i 2 t.) et de la Guardia 
de San Augustin (533 t.) ; 2" les pentes (^o/</as) du Bergantin *, entre Cumana et Barcelone dont la- 
hauteur, pas exactement connue, paroît excéder 800 toises ; 3" le petit plateau de la Venta grande, entre 
La Guayra et Caracas (755 t.) ; 4° la vallée de Caracas * (46o t.) ; 5° le pays montueux et inculte entre Anti- 
mano et la Hacienda del Tuy où l'Higuerote et Las Cocuyzas '' s'élèvant presque à 85o toises de hauteur ; 
6" les plateaux granitiques' de Yusma (32ot. ) du Guacimo, de Guiripa, d'Ocumare et de Panaquire, entre 
les Llanos et la rangée méridionale des montagnes du littoral de Venezuela ; 7" l'arrête de partage entre les 
aflluens delà mer des Antilles et rApure,oule groupe de plateaux et de collines de 35o à55o toises de hauteur 



* A <)00 et 1100 toises de Ijauteur, on voit disparoitre les champs de rroment et de seigle dans tes Alpes maritimes et en 
Provence, fojci le» recherches sor la température que reqniùrent les plantes cultivées, dans mon ouvrage rfe Dis(rc7m(ù»io 
geogr. planL, iSi/, p. 161. 

2 Je dois rappeler ici qu'en adaptant les dénominations un peu vague» de tierras calicnlcs templadas et fiias, je fi Je les 
premières entre les eûtes et 3oo toises ; les sccundcs, entre 3oo et iiuo toises; les troisièmes, entre Jioo et j46o toises. Le 
dernier nombre, celui de la limite des neiges perpétuelles dans la région équinoxiale , indique le terme de la vie végétale. 

= Tom. 1, p. 096-40», 587, 4oo-4o6, 4o9-4\3 et 435. 
' Tom. I, p. 3oi-4oo et 4o'. 

* Tom. I , p. 56i , 579. 
' Tom. II , p. 40-4 •• 

' Tom. n, p. i35. 



CHAPITRE XXVI. lOI 

qui lie ' la chaîne du littoral à la Sierra de Merida et de Truxilio ; savoir : Montana de Santa Maria , à 
l'ouest du Torito^ el Picacho de Nirgua, el Altar et les environs de Quibor, de Barquesimeto et du Tocuyo ; 
8° le plateau de Truxilio (au-dessus de 420 t.) et les tierras frias des Paramos de Las Rosas , de Boconô et de 
Niquitao, entre les sources du Rio Motatan et celles de la Portuguesa et du Guanare-, tj" tout le terrain 
monlueux qui entoure la Sierra Nevada deMerida, entre Pedraza, Lavellaca, Sanlo Domingo, Mucuchies, 
leParamode los Conejos, Bayladoreset La Grita (700-1600 1.); 10° peut-être quelques sites de la Cordillère de 
la Parirae qui sépare le bassin du Bas-Orénoque de celui de l'Amazone, par exemple le groupe des montagnes 
granitiques duSipapo et de la Sierra Maraguaca ^. Comme je n'ai point visitéavecM. Bonpland la région froide 
de la province de Varinas , les pentes de la Sierra Nevada de Merida et les Paramos au nord de Truxilio 
qui, d'après J'analogie des observations que j'ai faites dans les Andes de Pasto et de Quito, doivent avoir 
1700 et 2100 toises de hauteur, je ne puis juger de l'étendue des vallées et des plateaux que les régions 
occidentales du Venezuela présenteront un jour à la culture de nos céréales d'Europe. Ce n'est pas, comme 
nous l'avons déjà fait observer, la connoissance de la hauteur absolue des pics qui peut nouséclairer sur des 
problèmes d'agriculture. Lorsque , dans le Venezuela, les sites, soumis à l'influence bienfaisante d'un climat 
froid ou tempéré, offrent des pentes trop abruptes pour être labourés facilement, le prix des farines indi- 
gènes devient trop élevé pour rivaliser avec les farines des États-Unis, du Mexique et de Cundinamarca. De 
même que, dans notre Méditerranée , l'Italie et la Grèce ont tiré long-temps leurs blés des côtes opposées de 
la Mauritanie et de l'Egypte ; de même aussi, dans la Méditerranée des Antilles , le Venezuela et le littoral de la 
Nouvelle-Grenade reçoivent aujourd'hui leurs provisions de farines des côtes opposées des Etats-Unis. Don 
Manuel Torres évalue, dans une lettre officielle adressée au secrétaire d'état à Washington, l'exportation 
des farines de l'Amérique septentrionale pour Colombia à 20,000 barils par an. [Message/rom the Président of 
tlie United States , 1822 , p. 48. Voyez aussi plus haut, Tom. II, p. 5i et 56. ) Dans un état de commerce 
libre, les progrès immenses de l'art delà navigation exposent les cultures indigènes à des concurrences 
dangereuses avec les pays les plus éloignés. Les champs de la Crimée approvisionnent de farines les mar- 
chés de Livourne et de Marseille : les Etats-Unis en fournissent à l'Europe ; le plateau du Mexique en enverra, 
dans des temps de disette, en Espagne, en Portugal et eu Angleterre. Des régions, dont les unes produisent 
à peine le 6° ou le 7°, les autres le 20° ou le 26° grain, soni mises en contact, et le problême de l'utilité d'une 
culture se complique par les effets variables de la fertilité du sol et du prix de la journée. La partie occiden- 
tale de Colombia ( la Nouvelle-Grenade) aura toujours , par la masse de ses montagnes et l'étendue de ses 
plateaux, de grands avantages, sous le rapport de la production des céréales, sur la partie orientale de 
Colombia ( le Venezuela); de sorte que la concurrence des farines du Socorro et de Bogota qui des- 
cendent par le Meta sera à redouter pour les régions situées au nord de l'Orénoque. Là où les régions 
tempérées avoisinent les régions chaudes , entre 3oo et 5oo toises de hauteur (comme dans les sites 
tempérés des provinces de Cumana et de Caracas ) , les cultures du sucre , du café et des céréales sont à la fois 
possibles, et l'expérience prouve assez généralement qu'on préfère les deux premières comme plus lucratives. 

Quinquina. Le Cuspare ou Cortae Angosturœ de Carony, faussement appelé quinquina de l'Orénoque, 
a été rendu célèbre par l'industrie des moines Capucins-Catalans. Ce n'est pas une Rubiacée comme le 
Cinchona, mais une plante de la famille des Diosmées ou Rutacées. Jusqu'à présent ce végétal précieux 
n'est exporté que delà Guyane espagnole, quoiqu'il se trouve aussi à Cayenne. (Tom. Il, p. 172.) Nous 
Ignorons encore à quel genre appartient le Cuspa ou quinquina de Cumana, mais ses propriétés éminem- 
ment fébrifuges pourront en faire un objet de commerce important. (Vol. I, p. 366.) De belles espèces de 
vrai quinquina ( CzwcAojjte, corotlis hirsutis), communes dans la Nouvelle-Grenade , ont été découvertes 
dans la partie occidentale du Venezuela. On recueille l'écorce fébrifuge du quinquina {buenus quinas 

' Tom. Il, p. 125. 

' Tom. II, p. 567, 591. 



102 LIVRE IX. 

ou cascarillas) sur l'une et l'autre pente de la Sierra Nevada de Merida, dans le chemin de Varinas vlejas au 
Paramo de Mucucliies, appelô chemin de Los Callejones, un peu au-dessus du ravin de Lavellaca, comme 
aussi entre \iscucuy et la ville de Merida ^ Ce sont jusqu'ici de tous les véritables quinquinas (Cichonae't 
ceux que l'on a trouvés le plus à l'est dans l'Amérique méridionale. On ne connoît encore aucune espèce 
de Cinchona, pas même du genre voisin Exosteraa, ni dans les montagnes de la .SiUa de Caracas, où 
végètent des Bcfaria , des Aralia, des Thibaudia et d'autres arbustes alpins des Cordillères de la Nouvelle- 
Grenade, ni dans les montagnes du Tuniiriquiri, de Caripe et de la Guyane françoise ^. Cette absence 
totale des genres Cinchona et Exostcma sur le plateau du Mexique et dans les régions orientales de l'Amé- 
rique du Sud, au nord de l'équateur (si toutefois elle est aussi ;djsolue qu'elle le paroît jusqu'à ce jour) , 
surprend d'autant plus, que les îles Antilles ne manquent pas de quinquina ù corolles lisses et à étamines 
saillantes. Dans l'hémisplière austral , les parties tempérées du Brésil n'ont aussi oUert jusqu'ici aux botanistes 
voyageurs que très-peu d'espèces de véritable Cinchona, genre que sou fruit sépare d'une manière tranchée 
des Macrocnemum. D'après la belle découverte de M. Auguste de Saint-Hilaire, le Cinchona ferruginea se 
trouve dans les régions tempérées de la Capitainerie de Minas-Geraes où on l'emploie sous la dénomination 
de quina du serra. 

En teiminant celte notice des productions végétales du Venezuela, susceptibles un jour de devenir des 
objets de commerce, je nommerai encore succinctement le Quassia Simaruba de la vallée du Rio Caura; 
rUnona febrifuga do Maypures, connu sous le nom de Frutta de Burro ; la Zarza ou salsepareille du Rio 
Negro; l'huile du cocotier, arbre que l'on peut regarder comme l'olivier de la province de Cumanaj les 
amandes huileuses du Juvia (BerthoUetia ; les résines et les gommes précieuses du Haut-Oréuoque {Manl et 
Curana); le caoutchouc semblable à celui de Cayenne ^, ou souterrain {dapiche) ; les arômes de la Guj'ane, 
comme iafévc de Tonga , ou fruit du Coumarouma; le Pucheri (Laurus Pichurim) ; le Varinacu ou la fausse 
cannelle \^L. cinnamamoides) , la vanille de Turiamo et des grandes Cataractes de l'Orénoque ; les belles 
substances colorantes que les hulicns du Cassiquiare réduisent en pàtc {Chica ou Puruma) ; le brésillet; le 
sang de Dragin; Vaceyte de Maria ; les raquettes nourrissant la cochenille deCarora; les bois précieux pour 
l'ébénisterie, comme l'acajou {cahoha),\e cedrela odorata {cedro), le Sickingia Erxthroxylon (^giwiîVe 
TO.ro) , etc. ; de superbes bois de construction de la famille des Laurinées et des Amyris; les cordages du 
palmier Chiquichiqui , si remarquables par leur légèreté. {Foyez ^\as haut, Tom. I, p. Sgo , 454, 493; 
Tora. 11, p. 4o, i2i, 128, 259, 2S0, S/A, A22, 435, 4/8, 48o, 558, 562.) 

Nous avons exposé plus haut '^ comment, dans le \enezuela, par une dis- 
position toute particulière des terrains , les trois zones de la vie agricole , de 
la vie pastorale et de la vie des peuples chasseurs , se succèdent du nord au sud 
des cotes vers réquateur. En avançant dairs cette direction , on traverse, pour ainsi 
dire, dans Tespace, les diflërcnles stations que le genre humain a parcourues dans 
la suite des siècles, en avançant vers la culture et en jetant les fondemens 
de la société civile. La région littorale est le centre de l'industrie agricole; la 

' Ilincraircs maniisciils de M. Palacio-Faxardo. 

^ Voyez plus haut, Toni. I, p. 7iG-j, 368; Tom. II, p. 121, 673. Lambert, Illustration 0/ the getms 
Cinchona, 1821, p. 5j. Le prétendu Cinchona brasillcnsii de l'herbier de AVilUlcnow, à calices de la 
longueur des corolles , et végétant dans les régions chaudes du Graud-Parà, n'est peut-être qu'un Ma - 
cliaonia. 

•^ Voyez la note G à la fin du 9" Livre. 

^ Tom. I , p. 567. 



CHAPITRE XXVI. Io3 

région des Llanos ne sert qu'aux pâturages des animaux que l'Europe a donnés 
à l'Amérique , et qui y vivent dans un état à demi-sauvage. Chacune de ces 
régions a sept à huit mille lieues carrées j plus au sud , entre le delta de l'Oré- 
noque , le Cassiquiare et le Rio Negro , s'étend une vaste étendue de terrains 
grande comme la France, habitée par des peuples chasseurs, horrida sylvis ^ 
paludibus foeda. Les productions du règne végétal que nous venons d'énu- 
mérer appartiennent aux zones extrêmes; les savanes intermédiaires dans les- 
quelles les bœufs , les chevaux et les mulets ont été introduits depuis 
l'année i548, nourrissent quelques millions de ces animaux. Lors de mon 
voyage , l'exportation annuelle du Venezuela , pour les seules îles Antilles , 
s'élevoit à 3o,ooo mulets, à i'j4)000 cuirs de bœufs et i4o,ooo arobes (à 
95 livres) de tasojo ' ou viande sécliée et foiblement salée. Ce n'est point par 
les progrès de l'agriculture ou par renvahissement progressif des terrains à 
pâturages , c'est plutôt par des désordres de tout genre et par le manque de sûreté 
dans les propriétés, que les liâtes ont diminué si considérablement depuis 
vingt ans. L'impunité du vol des cuirs et l'accumulation des vagabonds dans les 
savanes ont préludé à cette destruction des bestiaux , que les besoins successifs 
des aimées et les ravages qui sont inévitables dans les guerres civiles ont 
augmenté d'une manière si effrayante. Le nondjre des chèvres dont on exporte 
les peaux est très-considérable à la Marguerite , à Araya et à Coro j les brebis 
n'abondent qu'entre Carora et Tocuyo (Tom. I, p. 170, 535, S^'^ j Tom. II, 
p. 106, 170 , 196, 329, C27, 669). Comme la consommation de la viande est 
immense dans ce pays, la diminution des animaux inilue plus que partout ailleurs 
sur le bien-être des habitans. La ville de Caracas, dont la population étoit, de 
mon temps , -'j de celle de Paris, consommoit ])lus que la moitié de la viande de 
bœuf que l'on consomme annuellement dans la cai)ilalc de la France ^. 

' La viande du dos est coupée par bandes de peu d épaisseur. Un bœuf ou une vache adulte , d'un poids 
de 25 aroLes, ne donne (|ue 4 à 5 arobes de tisajo ou tusso. En J792, le port de Barcelone seul exporta 
98,017 arobes à l'île de Cuba. Le prix moyen est 1 4 reaies de p/uta, et varie de lo à 18. (La piasti-c forte 
a 8 de ces réaux.) M. Urquinaona évalue, pour 1809 , l'exportalion totale du Venezuela à 200,000 arobes. 

* Le tableau suivant prouve combien la consommation de la viande est grande dans les villes de l'Amérique 
du Sud qui sont voisines des Llanos : 

Villes. Aniices. Population. Banfs. 

Caracas 1 799 45, 000 4o,ooo 

Nueva Barcelona iSoo 16,000 11,000 

Portocabello 1800 9,000 7,5oo 

(Paris 1819 714,000 70,800). 

A Mexico , dont la population est quatre ou ciuq fois plus petite que celle de Paris , la consommation 



Io4 LIVRE IX. 

Je pourrais ajouter aux productions des règnes végétal et animal du \ enezuela 
rénumération des gîtes de minéraux dont l'exploitation est digne de fixer l'attention 
du gouvernement ; mais ayant été voué dès ma jeunesse aux travaux pratiques des 
mines , dont la direction m'avoit été confiée , je sais combien sont vagues et incer- 
tains les jugemens que l'on porte sur la richesse métallique d'une contrée , 
d'après le simple aspect des roches et celui des filons dans leurs affleuremens . 
On ne peut prononcer sur l'utilité des travaux qu'après des essais l^ien dirigés 
au moyen de puits et de galeries : tout ce que l'on a fait dans ce genre de 
recherches , sous la domination de la métropole , laisse la fpiestion entière- 
ment indécise, et c'est avec une légèreté bien blâmable que l'on a répandu 
récemment en Europe les idées les plus exagérées sur la richesse des mines 
de Caracas. La dénomination commune de Colombia donnée au Venezuela 
et à la Nouvelle-Grenade a contribué sans doute à faciliter ces illusions. On 
ne sauroit révoquer en doute que les lavages de la Nouvelle-Grenade ont 
fourni, dans les dernières années de tranquillité publique, plus de 18,000 marcs 
d'or ; que le Clioco et Barbacoas offrent en abondance le platine ; la vallée de 
Santa Rosa , dans la province d'Antioquia , les Andes de Quindiù et de Guazum , 
près de Cuenca , du mercure sulfuré ; le plateau de Bogota (près de Zipaquira 
et de Canoas), du sel gemme et de la houille; mais, dans la Nouvelle- 
Grenade même, de véritables travaux souterrains sur des filons argenti- 
fères et orifères ont été jusqu'ici assez rares '. Je suis loin de vouloir 
décourager les mineurs de ces pays : je pense seulement que , pour prouver 
à l'ancien monde l'importance politique du Venezuela, dont la prodigieuse 
richesse territoriale est fondée sur l'agriculture et les produits de la vie pasto- 
rale , on n'a pas besoin de présenter, comme des réalités ou comme des conquêtes 
de l'industrie, ce qui n'est fondé encore que sur des espérances et des 
probabilités plus ou moins incertaines. La république de Colombia possède aussi 
sur ses côtes, à l'île de la Marguerite, au Rio Haclia et dans le golfe de 

IV excède pas i6,3oo bœufs: elle neparoît par conséquent pas beaucoup plusgrande qu'à Paris; mais il ne faut pas 
oublier i° que Mexico est situé sur un plateau cultivé en céréales et éloigné des pâturages ; 2° que cette ville 
compte parmi ses habitans presque ^ d'Indiens cuivrés qui mangent très-peu de viande; et 3° que la consom- 
mation de Mexico, en moutons et en porcs, est de :i73,ooo et 3o,ooo, quand à Paris, malgré l'énorme 
différence dépopulation, elle n'aété,en i8ig, que de 32g,ooo et 65, 000. f'o^e» plus haut , Tom. I, p. 687; 
Tom. III , p. 38, et mon Essai polit, sur la Nouvelle-Espagne , Tom. I . p. igy. Reclierch.es stat. sur la ville 
de Paris, par le comte de Chabrol, 1823, tableau 72. 

* Essai politique, Tom. H, p. 586 et 625, 



CHAPITKE XXVI. Io5 

Panama , des pêcheries de perles anciennement célèbres : cependant , dans l'état 
actuel des choses, ces perles sont un objet tout aussi insignifiant que l'expor- 
tation des métaux du Venezuela. 

On ne sauroit révoquer en doute l'existence de filons métallifères sur 
plusieurs points de la chaîne du littoral. Des mines d'or et d'argent ont 
été travaillées , au commencement de la conquête , à Buria , près de la ville de 
Barquesimeto, dans la province de Los Mariches, à Baruta, au sud de Caracas 
et au Real de Santa Barbara, près de la Villa de Cura. Des grains d'or 
se trouvent dans tout le terrain montagneux entre le Rio Yaracuy, la Villa 
de San Felipe et Nirgua, comme entre Guigue et les Moros de San Juan. Pen- 
dant le long voyage que nous avons fait , M. Bonpland et moi , dans le terrain 
de granite-gneis que parcourt l'Orénoque , nous n'avons rien vu qui puisse affermir 
l'ancienne croyance de la richesse métallique de cette région : cependant plu- 
sieurs indices historiques rendent presque certain qu'il existe deux groupes de 
terrains d'attérissemens orifères , l'un entre les sources du Rio Negro , de 
rUaupès et de l'Iquiare, l'autre entre les sources de l'Essequebo, du Caroni et 
du Rnpunuri. J'ose me flatter que, si le gouvernement du Venezuela veut 
s'occuper d'un examen approfondi des principaux gîtes métalliques de son 
sol, les personnes chargées de ce travail trouveront, dans les Chapitres xm , 
XVI , xvii , XXIV et XXVII de cet ouvrage , des notions géognostiques (jui pourront 
leur être de quelque secours , parce qu'elles se fondent sur une connoissance détail- 
lée des localités '. Jusqu'à ce jour il n'y a en activité, dans le Venezuela , qu'une 
seule exploitation, celle d'Aroa; elle fournissoit , en 1800, près de i5oo quintaux 
de cuivre d'une excellente qualité. Les roches de griinstein des montagnes de tran- 
sition de Tucutunemo (entre Villa de Cura et Parapara) renferment des filons 
de malachite et de pyrite cuivreuse. Des indices de fer soit ochracé, soit 
magnétique de la chaîne du littoral, l'alun natif de Chuparipari , le sel d'Araya, 
le kaolin de la Silia, le jade du llaut-Orénoque , le pétrole de Buen-Pastor et 
le soufre de la partie orientale de la Nouvelle-Andalousie méritent également 
l'intérêt de l'administration ^. 

Il est facile de constater l'existence de quelques substances minérales qui pré- 
sentent l'espoir d'une exploitation lucrative, mais il faut beaucoup de circons- 
pection pour décider si l'abondance des minerais et la facilité de les atteindre 

» Tom. I,p. 617-622; Tom. II, p. 126, i35, i38, 238, 449, 463, 491, 5i3, 569, 692, 700, 713-717. 
^ Tom. I, p. 328-337, 4o5-446, 456; Toin. II , p. 26; Tom. III, p. Sa. 

Relation historique, Tom. III. i4 



I06 LIVRE IX. 

sont assez grandes pour couvrir les frais '. Même clans la partie orientale île 
l'Amérique du Sud , l'or et l'argent se trouvent si abondamment disséminés que 
le géognoste européen est frappé d'étonnernent ; mais cette dissémination , ces 
filons qui se divisent et s'étranglent , ces métaux qui ne paroissent <|ue par 
rognons, rendent l'exploitation très-coûteuse. L'exemple du Mexique prouve 
d'ailleurs que l'intérêt attaché aux travaux des mines ne nuit })oint à la 
culture agricole, et que ces deux genres d'industrie peuvent exciter simultané- 
ment. L'inutilité des essais tentés sous l'intendance de Don José Avalo ne doit 
être attribuée qu'à l'ignorance des personnes qui étoient employées par le gou- 
vernement espagnol, et qui prenoient gravement du mica et de l'amphibole 
pour des substances métalliques. Si le gouvernement a la constance de faire 
examiner l'ancienne Capitania gênerai de Caracas pendant une longue série 
d'années , s'il est assez heureux pour choisir des hommes aussi distingués que 
MM. Boussingault et Rivero, qui établissent dans ce moment une école des 
mines à Bogota , et qui réunissent à des connoissances profondes en géognosie 
et en chimie l'habitude pratique des exploitations, on doit s'attendre aux 
résultats les plus satisfaisans. 

CosniERCE ET REVENU PUBLIC. — La description que nous venons de donner ' 
des productions du Venezuela et du dévelojipement de ses côtes suffit pour 
faire sentir l'importance du commerce de cette riche contrée, ftlême au milieu 
des entraves du système colonial , la valeur de l'exportation des produits de 
l'agriculture et des lavages d'or s'élevoient , dans les pays qui sont réunis dans 
ce moment sous la dénomination de République de Colombia, à 1 1 ou 12 mil- 
lions de piastres. L'exportation de la seule Capitania gênerai de Caracas , 
dépourvue de métaux précieux, (pii sont l'objet d'une ex])loitation régulière, étoit 
(y compris la valeur du commerce illicite) , au commencement du 19" siècle, de 

' En 1800, la main-d'œuvre d'un simple journalier (/)eo«) , travaillant la terre, étolt, dans la province de 
Caracas , de > 5 sols, en lui fournissant en outre la nourriture. (Tom. I , p. 64. ) Un homme qui , dans les forets 
de la cote de Paria, coupoit du bois de construction, étoit payé, à Cumana, 45 à 5o sols le jour, sans 
qu'on lui donnât la nourriture. Un charpentier gagnoit journellement, dans la Nouvelle-Andalousie, 
5 à6 francs. Trois tourtes de cassavc ( le pain du pays) , ayant chacune 21 pouces de diamètre i ^ ligue 
d'épaisseur et un poids de 2 i livres , coûtoit , à Caracas , un àcmx-rcal de plata ou 6 i sols. Un homme 
adulte ne mange journellement que pour a sols de cassave , cette nourriture étant constamment mêlée au\ 
bananes, à la viande sèche {tassajo) cl aux papclon ou sucre brut. Comparez ^ pour le pris des denrées, 
Tom. 11, p. 122, igG et 369. 

- Tom. III, p. 89 et 97. 



CHAPITRE XXVI. I07 

5k 6 milliobs de piastres. Cumana, Barcelona, La Guayra, Portocabello et 
ftlaracaybo sont les ports les plus importans de la côte ; ceux qui se trouvent 
les plus situés à Test ont l'avantage d'une communication plus facile avec les 
îles Vierges , la Guadeloupe, la Martinique et Saint- Vincent. L'Angostura, dont le 
véritalile nom est Santo Tome de la Nueva Guayana, peut être considéré 
comme le port de la riche province de Varinas. Le fleuve majestueux sur les 
bords duquel la ville est bâtie, offre, par ses communications avec l'Apure, le 
Meta et le Rio Negro, les plus grands avantages pour le commerce d'Euro])e '. 

Si l'on veut se former une idée précise de l'importance du Venezuela , sous le rapport de l'exportation ut de 
la consommation des productions de l'ancien monde, il faut remonter à une époque de paix extérieure . 
qui précède de douze à quinze ans la révolution de l'Amérique espagnole. C'est alors que le commerce de ha 
Guayra étoit dans sa plus grande splendeur. Voici les résultats olTiciels des registres de la douane qui 
répandent quelque jour sur l'état commercial de ces régions , et qui n'ont pas été publiés par MM. Depons 
et Dauxion-Lavaysse , dans leurs t'oi/age à la Terre-Ferme et à Vile de la Trinité. 

I. Commerce de l\ Guayka, en 178g. 

Importation, valeur 1, 525, 906 piastres, dont droits payés 1 60, 5o4 piastres 

Exportation 2,232,oi3 167,^58 

A. Importation : 

Effets espagnols 777)555 piastres. 

étrangers 748,35o 

B. Exportation : 

Or et argent monnoyés 103,177 piastres. 

Productions a,i28,836 

Parmi lesquelles : 

Coton 170,427 livres. 

Indigo 7i8>393 

Tabac 202,162 

Cacao io3,855 fanegas. 

Café 23,37 1 livres. 

Cuirs 1 2,347 pièces. 

Peaux de daim 2,905 

Maroquins 1 ,388 

II. ComiEBCE nE LA Guayra, en ^7^'^- 

Importation 3,582,3 1 1 

Kxportatlon, valeur 2,315,692 piastre». 

A. Importation : 

des poris de l'Amérique Go,3i8 piastres. 

de lEspagnc 1,855,278 

d'autres parties d'Europe i,GG6,685 

' yoyez plusliaut, loni. II, p. 28G, 54G, 692, G32 , 6'i7. 



io8 



LIVRE IX. 



B. Esportation : 





iudigo , 
livres. 


COTOÎI , 

livres. 


CiC*0, 

fanegas. 


CAFÉ, 

livres. 


CDias, 
pièces. 


669,827 
io,4oj 


325, 5o3 
53,000 


100,592 


138,968 
9.933 


15,333- , 

70,896 


Pour les colonies étrangères. 


680,229 


a58,5o3 


100,593 


148,900 


86,128 



m. Commerce de la Gcatba, en 1794. 



A. Exportation : 



Pour l'Espagne 

Ponr les colonies étrangères. 


IIIDIGO, 

livres. 


COTO» , 

livres. 


CICàO, 

fanegas. 


livres. 


CCISS , 

pièces. 


875,907 

33,446 


45 1,658 


111, i33 


007, 052 
57,606 


5,5o5 

49,3oS 


898,353 


431,658 


111, i33 


364,638 


54,6i5 



B. Importation : 

a Marchandises et denrées : 

Espagnoles 1,1 J 1,709 piastres. 

Étrangères d'Europe 868,8 1 2 

des ÉlaU-Unis 75,99^ 

des AntUles i3,4i5 



^ Argent monnoyé. 



2,069,929 
60,000 



Total de l'importation 2,1 29,929 

IV. Commerce de la Guayka, en 1796. 
A. Esportation , valeur 2,4o3,254 piastres. 



Savoir: 





l.f DIGO , 

livres. 


COIOH , 

livres. 


CACAO, 

fanegas. 


CAFi, 

livres. 


TADAC, 

livres. 


CDIBS, 

pièces. 


CCIVBB, 

livres. 




709,135 

l32 

28,699 


483,35o 

53,928 


70,280 
5,358 


483,000 

163 

2,5oo 


454,-35 


i,S5i 

79,777 


3i,i4a 


Pour \fÈ lÊtat<;-Unis 


Pour les colonies étrangères des Antilles.. . 




737,966 


557.178 


75,538 


484.663 


454,733 


8i,3o8 


3l,l43 



CHAPITRE XXVI. 

B. Imporlation : 

a. d'Espagne, 

en produits nationaux 1,871,571 piastres. 

étrangers 1,429,487 

Ci des colonies étrangères de l'Amérique 179,002 

Total de l'importation, 3,48o,o6o 

Droits d'entrée et de sortie payés à la douane 587,317 piastres. 

V. Commerce de la Guayra, eu 1797. 

A. Exportation, valeur 1,113,695 piastres. 

Savoir : 



109 



Pour l'Espagne q 

Pour les États-Unis 


inoiGo, 
livres. 


COIOlf , 

livres. 


CACAO, 

fanegas. 


CAFâ, 

livres. 


lABAC, 

livres. 


SCCBB , 

caisses. 


CDlBS , 

pièces. 


CDITHE , 

livres. 


61785 
a,î56 

56,894 


5o,a85 
57,711 


46,075 
4,024 

ao,733 


153,699 
i55,8i3 


'75,719 


738 
638 


67. 
a86 


3,000 
4oo 


Pour les colonies Étrangères des 




120,935 


'07,996 


70,83a 


3o9,5ia 


'75.7'9 


1,376 


957 


a,4oo 



A. Importation, valeur 

a. de l'Espagne g8,388 piastres. 

Ç> de l'étranger, 

des États-Unis 76,568 

des Antilles 389,844 

Total de l'importation 564,8oo piastres. 

Droits d'entrée et de sortie payés à la douane 242, 160 piastres. 

En comparant ces données tirées des registres de la douane de laGuayra à celles que je possède des ports d'Es- 
pagne (Tom.II, p. 121), on voit que d'après les déclarations des navires il est toujours entré en Espagne moins 
de cacao de Caracas qu'on n'en a embarqué pour ce pays à la Guayra. La diminution des importations et des 
exportations, en 1797, n'indique pas une décadence de l'industrie jusqu'au moment de la révolution * ; 
c'est l'effet du renouvellement de la guerre maritime, l'Espagne ayant joui jusque-là d'une heureuse 
neutralité. Les états de la douane que je viens de donner des quatre années 1789, 1792, 1794, 
1796 offrent, pour la moyenne des importations de laGuayra, qui est le port principal du Venezuela, 
3,678,000 piastres fortes ; pour la moyenne des exportations, 2,317,000 piastres. Si l'on s'arrête aux seules 
années 1 793- 1 796 , on trouve pour l'exportation 3,o6o,ooo piastres , tandis que les années de guerre com- 



• Voici les époques principales de cette révolution. La Junte suprâme du Veneiuela qui déclara maintenir les droits 
du roi Ferdinand Vil, et qui déporta le capitaine général elles membres de r><«</iencia , s'assembla le 19 ami 1810. 
Le congrès qui succéda à la Junle suprime, le a mars iSu, déclara l'indépendance du Veneiuela le 5 juillet iSii. Le 



IIO LIVRE IX. 

prises entre 1796 et 1800 n'offrent qu'une moyenne de 1,610,000 piastres. ( Dopons, Tom. II , p. 439 ). En 
1809 , par conséquent peu de temps avant la révolution de Caracas, la balance du commerce de la Guayra 
paroit avoir été de nouveau peu différente de ce qu'elle étoit en 1796. J'ai trouvé dans un journal de 
Santa Fé de Bogota {Semanario , Tom. II, p. 324.) un extrait officiel des registres de la douane, pour les 
premiers six mois de l'année 1 809 ; pendant ce semestre , l'importation étoit, d'Espagne, de274,2o5 piastres ; 
de l'étranger, 768,705 p.: valeur totale de l'importation , 1,012,910 p. L'exportation étoit, pour l'Espagne , 
778,802 p. ; pour l'étranger , 623,8o5 : valeiu- totale de l'exportation, i,4o2,6o7 p. On peut par conséquent 
regarder 2,700,000 piastres comme le terme moyen de l'exportation du port de la Guayra, au commence- 
ment du ijj" siècle, dans une année où le pays a joui d'une paix intérieure et extériem-e '. 

Les deux ports de Ciimana et de INueva Barcelona, au moment de la 
révolution , exportoient annuellement ( y compris le produit du commerce 
illicite) pour la valeur de 1,200,000 piastres, dont 22,000 quintaux de cacao, 
un million de livres de coton et 247O00 quintaux de viande salée. Si l'on 
ajoute aux exportations de la Guayra, de Cumana et de Nueva Barcelona, 
un million de piastres comme produit du commerce de l'Angostura et de 
RIaracaybo , et 800,000 piastres comme valeur des mulets et des bœufs embarqués 
à Portocabello , à Carupano et dans d'autres petits ports de la mer des Antilles , 
on trouve , pour la valeur totale des produits exportés dans l'ancienne Capi- 
tania gênerai de Caracas , près de six millions de piastres. Il est assez probable 
que la consommation des denrées d'Europe et d'autres parties de l'Amérique 
atteignoit à peu près la même somme dans les temps paisibles qui ont immé- 
diatement précédé la révolution. Comme rien n'est plus vague que les pré- 
tendues balances du commerce fondées sur les registres des douanes, et que 
l'on ignore si la contrebande avec les Antilles augmente les valeurs des effets 
enregistrés du quart, du tiers ou de la moitié, il n'est pas sans intérêt de 
vérifier les résultats que nous venons d'obtenir par l'évaluation partielle des 
besoins de la population. Or, on a trouvé, par des calculs minutieux faits sur 

congrès tint ses séances à \'alencia , dans les vallées d'Aragua , en mars iSi 3. Le tremblement de terre qui détruisit la majeure 
partie de la ville de Caracas , le î6 mars 1812 (Tom. Il , p. 6) , rendit les Espagnols de nouveau maîtres du pays en août 1S12. 
Le général Simon Bolivar reprit Caracas et y entra victorieux le 16 août i8i3. Les royalistes devinrent maîtres de Venezuela en 
juillet 1814, et de Bogota en juin 1816. Dans la même année, le général Bolivar débarqua à l'ile de la Marguerite, à 
Carupano et A Ocumare. Le second congrès de Venezuala fut installé à l'Angostura le i5 février 1819. La toi fondamentale 
qui réunit le Venezuela à la Nouvelle-Grenade, sous le nom de république de Colombia, fut proclamée le 17 décembre 
1819. L'armistice conclue entre les généraux Bolivar et Morille est du j5 novembre i8jo. La constitution de la république de 
Colombia date du ôo août iSai. Le gouvernement des États-Unis a reconnu cette république le 8 mars 1822. 

' J'ai communiqué des notions exactes et détaillées sur les marcbandises enregistrées dans les douanes d'Espagne , pour les 
ports de la Terre-Ferme, en 1795, à M. Dauxion-Lavaysse qui les a consignées dans son Voyage à la Trinité, 'Tom. Il, 
p. 464. J'avois tiré ces notions d'un mémoire trés-instructif du comte de Casa ^'alencia, sur les moyens de vivifier le 
commerce de Caracas. M. L'rquinaona ( Itel. docum., p. 3i} évalue l'exportation de Venezuela, en itiog, à 8 millions de piast. 



CHAPITRE XXVI. III 

les lieux, qu'en 1800 la consommation des productions étrangères ' n'étoil, 
dans le Govierno de Cumana , pour chaque individu adulte de la classe la 
plus riche des habitans des villes, que de 102 piastres par an; poiu' un esclave 
adulte, 8 p.; pour des enfans non indiens au-dessous de douze ans, i p, ; pour 
chaque Indien adulte dans les communes les plus civilisées {de doctrina) , 
10 p. ; pour une famille d'Indiens composée de 4 personnes entièrement nues , 
tels qu'on les trouve dans les missions Chaymas , 7 piastres. D'après ces données , 
eu ne supposant , dans les deux provinces de Cumana et Barcelona , que 
86,000 habitans, dont 425000 Indiens, et en ajoutant les dépenses nécessaires 
annuellement pour l'ornement et le service des églises , pour l'entretien des 
communautés religieuses et pour l'équipement des goélettes , M. Navarele éva- 
lua la valeur des marchandises tirées de l'étranger à 853, 000 piastres, ce qui fait 
presque i o piastres pour un individu de tout âge et d'une caste quelconque. Il n'est 
pas douteux que , pendant l'époque des agitations civiles et par le contact plus 
fréquent avec les nations de l'Europe , le luxe a prodigieusement augmenté dans 
quelque villes populeuses du Venezuela : mais cette population des villes n'est , dans 
l'Amérique espagnole, qu'une fraction peu considérable de la population géné- 
rale; et, d'après les habitudes de sobriété qu'a conservées la grande masse qui 
habite les campagnes loin des côtes, je pense que les 785,000 habitans que 
nous supposons aujourd'hui dans le Venezuela nécessiteront, lorsque le pays 
jouira d'une parfaite tranquillité , plus de sept millions de piastres en productions 
étrangères. 

Pour nous élever à des considérations plus générales , il sera utile de 
nous arrêter un moment à ces résultats numériques. L'Europe , surchargée de 
manufactures, cherche des débouchés pour faire écouler les produits de son 
industrie. Tel est le manque de manufactures et l'état des sociétés naissantes dans 
l'Amérique du Sud, que la population du Venezuela, qui égale tout au plus la 
population moyenne de deux départemens de la France -, nécessite annuelle- 
ment , pour sa consommation intérieure, pour la \aleur de 35 millions de 
francs en marchandises et en denrées étrangères. Plus de quatre cinquièmes 
de ces effets viennent, par différentes voies, des marchés de l'Europe. Cepen- 

* Informe de Bon Manuel Navarete , Tesorero de la Real Hacienda en Cumana, sobre el estanco de 
lahaco y los niedioz de su abolicion total (manuscrit). Dans ce raisonnement sur la consommation , les mots 
effets étrangers indiquent toute marchandise qui n'est pas originaire du Venezuela. 

2 Voyez plus haut, p. 91 , note 1 . 



112 LIVRE IX. 

dant la population du Venezuela est pauvre , frugale et peu avancée en civilisa- 
tion : si, d'après les états d'importation, elle nous paroît très- consommatrice j 
si, par ses besoins, elle alimente l'industrie des nations commerçantes, c'est 
parce qu'elle est entièremejit dépourvue de manufactures, et que les arts méca- 
niques les plus simples commencent à peine à y être exercés. Les maroquins et les 
peaux corroyés de Carora , les hamacs de l'île de la Marguerite , les couvertures de 
laines du Tocuyo sont des objets bien peu importans , même pour le commerce in- 
térieur. Tous les tissus fins, toutes les toiles peintes dont a besoin le Venezuela , 
viennent de l'étranger. Lorsque le commerce de la France avec les colonies de 
l'Amérique étoit le plus florissant, avant l'année 1789, cette métropole impor- 
toit, dans ses colonies, pour 80 millions de francs en produits du sol et de 
l'industrie françoise. Or cette somme est de très-peu supérieure à celle qui exprime 
la valeur totale des consommations étrangères de Colombia. J'insiste sur l'im- 
portance de ces considérations pour prouver combien les peuples de l'ancien 
monde sont intéressés à la prospérité des états libres qui se forment dans l'Amé- 
rique équinoxiale. Si ces états, harcelés au-dehors, continuent à rester agités, 
une civilisation qui n'a pas jeté des racines bien profondes sera détruite peu à 
peu ; et l'Europe , sans avantage pour la métropole qui n'a pu ni tranquilliser 
ni reconquérir avec durée ses colonies , sera privée , pour un long espace de 
temps , d'un marché propre à vivifier le commerce et l'industrie manufacturière. 
Je vais ajouter à ces considérations des données statistiques peu connues, 
qui sont tirées d'un mémoire très-récent du Consulado da la Vera-Cniz. Ce 
mémoire fait voir que le Venezuela , par son manque absolu de fabriques , et 
par le petit nombre d'Indiens qui l'habitent, offre, proportion gardée des populations 
respectives , une plus grande consommation d'effets étrangers que la Nouvelle-Es- 
pagne. Dans ime période de vingt-cinq ans, de 1796 à 1820, l'importation ' du port 
de la Vera-Cruz s'est élevée , d'après les registres de la douane , à la valeur de 
259,105,940 piastres, dont 186, i25,ii5 piastres de la métropole. La consom- 
mation de la Nouvelle - Espagne en effets d'Europe a été, pendant la même 
période , de 224j447)i32 piastres ou de 8,977,885 piastres par an ; on est frappé 

' Dans ces états du commerce publiés à la Vera-Cruz , ne sont pas comprises les importations et les expor- 
tations faites poivir le compte du gouvernemetit. Par exemple, pour l'année 1802, le mouvement du com- 
merce (la somme de l'exportation et de l'importation ) est indiqué de 60,445,955 piastres fortes. Si on y 
avoit ajouté la valeur de ig .' millions de piastres embarqués pour le compte du Roi et la valeur du mercure 
et du papier à cigares , reçus pour le compte de la Real Hacienda , le mouvement total du commerce 
auroit été, en 1802, de 82,077,000 piastres; en i8o3, on auroit trouvé 43,897,000 au lieu de 34,349634 p. 



CHAPITREXXVr. Il3 

de la petitesse de cette somme , en la comparant aux besoins d'une population 
de 6 millions : aussi le secrétaire du Consulado de la p^era-Cruz , M. Quiros , en 
conclut que l'exportation, par voie de contrebande , s'est élevée , année moyenne , 
à plus de 1 2 ou 1 5 millions de piastres. D'après ces calculs , faits par des personnes 
qui ont une parfaite connoissance des localités , le Mexique consommeroit , dans 
son état actuel, tout au plus pour la valeur de 21 à 24 millions de piastres en effets 
étrangers , c'est-à-dire qu'avec une population octuple , il consommeroit à peine 
quatre fois autant que l'ancienne Capitania gênerai de Caracas. Une telle diffé- 
rence entre deux marchés ouverts au commerce de l'Europe , sur les côtes du 
Mexique et du Venezuela , paroîtra moins extraordinaire , je pense , si l'on se rap- 
pelle que , parmi les 6,800,000 liabitans de la Nouvelle-Espagne, il y a plus de 
3,700,000 Indiens de race pure', et que l'industrie manufacturière de ce beau 
pays est déjà tellement avancée cpi'en 1821 , la valeur des tissus indigènes en 
laine et en coton s'élevoit à 10 millions de piastres par an '"-. En dél'alquant de 
la population totale du Venezuela et du Mexique la population indienne dont 
les besoins sont presque entièrement restreints aux productions du sol qu'elle 
habite , on trouve , pour la consommation des productions d'industrie étrangère , 
dans le premier de ces pays , 10 piastres; pour le second , 8 piastres par individu 
de tout âge et de tout sexe. Ces résultats, compris dans des limites assez rajjprochées, 
font voir que , lorsipi'on ne considère que de grandes masses , l'état de la société 
paroît presque le même, malgré l'influence variée des causes physiques et 
morales , dans les parties les j)lus éloignées de l'Amérique espagnole. 

Les côtes du Venezuela ont , par la beauté de leurs ports ^ , par la tranquillité 

( Voyez mon Essai polit, sur la Nouvelle-Espagne , Tom. II, p. 702 et 708. ) Pétulant les 25 ans qui ont 
précédé l'année 1820, on a monnoyé, à Mexico , en or et en argent, pour la valeur île 429,1 10,008 piastres. 

' Voyez plus haut, p. 66. 

■^ Balauza del Comcrcio reciproco hec/io par elpuerto de Vcra-Crnz con los de Espaîia y de America en 
los nltiiiius 25 aFios. ( De ordeu del Consulado de Vcra-Cruz , el 18 de Abril 1S21.) 

^ Voici la série îles mouillages , rades et ports que je connois , depuis le cap Paria jusqu'au Rio del Hacha : 
Ensenada de MexiUones ; cmhouchure du Rio Caribcs ; Carupano ; Cumana (Voyez plus haut, Tom. 1, 
p. .304 ) ; Laguna cliica, au sud de Chuparuparu (Tom. III , p. 19 ) ; Laguna grande del Obispo ( Tom. I , 
p. 363; Tom. III , p. 5'i) ; Cariaco (Tom. I, p. 453) ; Ensenada de Santa-Fe ; Puerto Escondido ; Port 
de Mochinia (Tom. I, p. 533 ; Tom. III , p. 55 ) ; Niicva Bercelona (Tom. I, p. 535 ; Tom. III , p. 39) ; 
emhoucliure du RioUnare; Higuerote (Tom. I, p. 539 ); Chuspa ; Guatire; Z^a Guayra ( Tom. I , p. 5i5 ) ; 
Calia ; Los Arecifes ; Puerto-la-Cruz ; Choroni ; Sienega de Ocumare ; Turiamo ; Burburuta ; Pataneho 
(Tom. I , p. 555 ) ; Piierto-Cabello (Tom. II , p. 101 ) ; Chichirihiche (Tom. II , p. io3) ; Puerto del Man- 
zanillo ; Coro ; Manicai/bo ; Bahia Honda; El Portete et Puerto Yiejo. L'île de la Marguerite a trois bons 
ports , Pampatar, Puehio de la Mar et Bahia de Juan Gricgo. (Le caractère italique désigne les ports les 
plus fréqueutés. ) 

Relation historique ^ Tom. III. i5 



Il4 LIVRE IX. 

de la mer qui les baigne et par les superbes bois de construction dont elles sont 
couvertes , de grands avantages sur les côtes des Etats-Unis. Nulle part dans le 
monde on ne trouve des mouillages plus rapprochés , des positions plus conve- 
nables pour l'établissement de ports militaires. La mer de ce littoral est constam- 
ment calme comme celle qui s'étend de Lima à Guayaquil. Les tempêtes et 
les ouragans des Antilles ne se font jamais sentir sur la Costa firme ; et quand , après 
le passage du soleil parle méridien, de gros nuages, chargés d'électricité, s'accu- 
mulent sur la chaîne côtière , cet aspect souvent menaçant du ciel n'annonce au 
pilote liabitué à fréquenter ces parages , qu'un grain de vent qui oblige à peine 
de serrer ou d'amener les voiles. Les forêts vierges , rapprochées de la mer , dans 
la partie orientale de la Nouvelle - Andalousie , présentent des ressources pré- 
cieuses pour établir des chantiers de construction. Les bois de la Montagne de Paria 
peuvent rivaliser avec ceux de l'ile de Cuba , de Huasat-ualco , de Guayaquil et de 
San Clas. A la fin du dernier siècle , le gouvernement espagnol avoit fixé son atten- 
tion sur cet objet important. On faisoit choisir et marquer par des ingénieurs de la 
marine les plus beaux troncs de Brésillet , d'Acajou , de Cedrela et de Lauri- 
nées entre l'Angostura et les Bouches de l'Orénoqne , comme sur les bords du 
golfe de Paria appelé vulgairement Golfo triste. On ne voulut pas établir les 
chantiers et les calles sur les lieux mêmes , mais donner aux pièces de bois , comme 
par ébauche , la forme nécessaire pour la construction des navires , et les faire 
transporter, par les vaisseaux du Roi , à la Caraque , près de Cadiz. Quoique les 
arbres propres à la mâture manquent dans cette région , on se flattoit cependant 
de pouvoir diminuer très-considérablement, par l'exécution de ce projet, l'im- 
portation des bois de construction de la Suède et de la Norwège. L'établisse- 
ment fut tenté dans un endroit excessivement malsain ', dans la vallée de Que- 
branta , près de Guirie. J'ai parlé , dans un autre endroit , des causes de sa 
destruction. L'insalubrité du lieu auroit sans doute diminué à mesure fpie la forêt 
[el monte virgeii) se seroit trouvée plus éloignée des habitations. Il auroit fallu em- 
])loyer à la coupe des bois non des blancs , mais des gens de couleur, et se rap- 
peler que les frais n'auroient plus été les mêmes si les routes [arastraderos] , 
pour le transport des troncs, eussent été une fois tracées, et que, par l'accroissement 
de la population , le prix de la journée eût diminué progressivement. Il n'appar- 
tient qu'aux constructeurs de marine, qui connoissent les localités , de juger si , 
dans l'état actuel des choses , le fret des bàtimens marchands n'est pas de beau- 

' Toiu. I , p. .'îeiG. 



CHAPITRE XXVI. Il5 

coup trop cher pour qu'on envoie en Europe , en grande quantité , des jnèces de 
bois, à demi ébauchées : mais ce qui ne peut être douteux, c'est que le Venezuela 
possède sur ses cotes , comme sur les bords de l'Orénoque , d'immenses res- 
sources pour les constructions navales. Les superbes vaisseaux sortis des chantiers 
de la Havane , de Guayaquil et de San Blas sont plus chers sans doute que les 
vaisseaux des chantiers d'Europe ; mais ils ont sur ces derniers , par la nature des 
bois des tropiques , l'avantage d'une longue durée. 

Nous venons d'analyser les objets de l'industrie commerciale du Venezuela et 
leur valeur numéraire ; il nous reste à jeter un coup d'œil sur les moyens du 
commerce^ qui, dans un pays dépourvu de grandes routes et de roulage, se 
trouvent restreints à la navigation intérieure et extérieure. L'uniformité de tempé- 
rature qui règne dans la majeure partie de ces provinces , cause une telle égalité 
dans les productions agricoles indispensables à la vie , que le besoin des échanges 
s'y lait moins sentir qu'au Pérou , à Quito et dans la Nouvelle-Grenade , où 
les climats les plus opjiosés se trouvent réunis sur un petit espace de terrain. La 
farine des céréales est presque un objet de luxe pour la grande masse de la po- 
pulation ; et chaque province participant à la possession des Llanos , c'est-à-dire 
à celle des pâturages, tire sa nourriture de son propre sol. L'inégalité des ré- 
coltes de mais , variables selon la fréquence plus ou moins grande des pluies , le 
transport du sel et la prodigieuse consommation des viandes dans les districts 
les plus peuplés , donne lieu sans doute h. des échanges entre les Llanos et 
les côtes 5 mais le grand et véritable objet du mouvement commercial dans 
l'intérieur du Venezuela est le transi)ort des produits destinés cà être exportés aux iles 
Antilles et en Europe, tels que le cacao, le coton, le café, l'indigo, la viande sèche et 
les cuirs. On est surpris de voir que , malgré les nombreux troupeaux de chevaux 
et de mulets qui errent dans les Llanos , on ne se serve point encore de ces grands 
chariots qui, depuis des siècles, traversent les Pampas, entre Cordova et Buenos- 
Ayres. Je n'en ai pas vu un seul à la Terre-Ferme ; tous les transports se font 
à dos de mulets ou ])ar eau j il seroit très-aisé cependant de tracer une route 
propre au roulage de Caracas à Valencia , dans les vallées d' Aragua , et , de là , par 
la Villa de Cura aux LJanos de Calabozo , comme de Valencia à Portocabello et 
de Caracas à La Guayra. Les Considados de Mexico et de Vera-Cruz ont su vaincre 
des difFicultés bien i)lus grandes , en construisant les belles routes de Perote au 
littoral , et de la capitale à Toluca. 

Quant à la navigation intérieure du Venezuela , il seroit inutile de répéter ici 
ce que nous avons exposé plus haut sur les embranchemens et les communications 



Iï6 LIVR E IX. 

des grandes rivières j nous nous bornons à fixer l'attention des lecteurs sur les 
deux grandes lignes navigables qui existent de l'ouest à l'est ( par l'Apure , le 
Meta et le Bas-Orénoque ) , et du sud au nord (par le Rio Negro , le Cassiquiare, 
le Haut et le Bas-Orénoque ). La première de ces lignes fait lelluer , vers l'Angos- 
tura , par la Portuguesa , le Masparro , le Rio de Santo-Domingo et l'Orivante , les 
productions de la province de Varinas ' ; par le Rio Casanare , le Crabo et le 
Pachaquiaro , les productions de la Province de Los Llanos et du plateau de 
Bogota ^. La seconde ligne de navigation , fondée sur la bifurcation de l'Orénoque, 
conduit à l'extrémité la plus méridionale de Colombia, à San Carlos del Rio 
Negro et à l'Amazone. Dans l'état actuel de la Guyane , la navigation au sud des 
Grandes Cataractes ^ de l'Orénoque est prcscpe nulle, et l'utilité des communica- 
tions intérieures , tant avec le Para ou les bouches de l'Amazone qu'avec les Pro- 
vinces espagnoles de Jaen et de Maynas , n'est fondée cpie sur de vagues espérances. 
Ces communications sont pour le Venezuela ce que sont pour les habitans des 
États-Unis celles de Boston et de New- York avec les côtes de l'Océan-Pacilîque , 
à travers les Montagnes Rocheuses. En substituant au portage du Guaporè * un 
canal de 6000 toises , une ligne de navigation intérieure seroit ouverte de Buenos- 
Ayres à l'Augosmra. De deux autres canaux , encore plus aisés à construire , l'un 
pourroit réunir l'Atabapo au Rio Negro ^ par le Pimichin , en dispensant les ba- 
teaux de faire le détour par le Cassiquiare ; l'autre rendroit nuls les dangers des 
rapides de Maypures ^. Mais , je le répète , toutes les vues de commerce qui se 
portent au sud des Grandes Cataractes appartiennent à un état de civilisation qui 
paroit bien éloigné encore et dans lequel les quatre grands aflluens de l'Orénoque 
( le Carony, le Caura , le Padamo et le Veutuari '' ) deviendront célèbres comme 
le sont , à l'ouest des Alleghanis , l'Ohio et le Missouri. La grande , la ligne de navi- 
gation de l'ouest à l'est, fixe seule aujourd'hui l'attention des habitans , et même 
le Meta n'a point encore l'importance de l'Apiu-e et du Rio Santo Domingo. Sur 

» Tom. II, p. 198. 23o. 
2 Tom. II, p. 285- 287. 
^ Atures et Maypures. 
* Tom. II, p. i53. 
5 Tom. II , p. 378. 
c Tom. II , p. 423. 

' Tom. II , p. 546. 592. Voyez aussi , sur l'importance du Guaviare , Tom. II , p. 4oi ; sur Tisthme du 
Rupunuri et les portages entre le Rio Branco, l'Essequeljo et le Carony, Tom. II , p. 629 ; sur le chemin de 
terre qui conduit du Haut au Bas-Orenoque , de l'Esmeralda à l'Erevalo, Tom. II, p. 575. 



CHAPITREXXVI. II^j 

cette ligne ■ de 3oo lieues de long, l'usage des bateaux à vapeur sera de 
la plus grande utilité pour remonter de l'Angostura à Torunos , qui est le port de la 
province de Varinas. On a de la peine à se faire une idée de la force musculaire 
employée par les bateliers , soit qu'ils touent leurs embarcations , soit qu'ils 
appuient la rame [palanca) contre le rivage ', en remontant, à l'époque des 
grandes crues , l'Apure , la Portuguesa ou le Rio de Santo Domingo. Les Llanos 
offrent une arrête de partage si peu élevée qu'entre le Rio Pao et le lac de Valen- 
cia , comme entre le Rio Mamo et le Guarapiclie , on pourroit ouvrir des com- 
munications par des canaux, et réunir, pour la facilité du commerce inté- 
rieur, le bassin du Bas-Orénoque au littoral de la Mer des Antilles et du golfe 
de Paria 3. 

A côté de cet intérêt purement local , celui de la navigation intérieure du Ve- 
nezuela se place un autre intérêt qui est intimement lié à laprospérité de tous 
les peuples commerçans des deux hémisphères. Parmi les cinq points qui parois- 
sent offrir la possibilité d'ouvrir une navigation directe entre l'Océan atlantique 
et la Mer du Sud , il y en a trois qui se trouvent dans le territoire de Colombia. 
Je ne répéterai point ici ce que j'ai exposé sur cet objet important, dans le pre- 
mier volume de \ Essai politique sur la Nouvelle-Espagne'^ -^ j'y ai fait voir 
qu'avant d'entreprendre des travaux sur un seul de ces points , il faudroit les 
avoir examinés tous. Ce n'est qu'en envisageant un problème de construction 
hydraulique dans sa plus grande généralité , que l'on parvient à le résoudre d'une 
manière avantageuse. Depuis que j'ai quitté le Nouveau-Continent, aucune mesure 

* Le titre d'un livre qui a récemment paru {Journal of an Expédition i4oo miles vp the Oritwco , and 
3oo iip the Aravca by H. Rohinson , 1822) exagère singulièrement la longueur du Bas-Orénoque et de 
ses afiluens de l'ouest. Dix-sept cents milles anglois de voyage auroient conduit l'auteur bien en avant dans la 
Mer du Sud. Une erreur géographique , plus extraordinaire encore , se trouve dans un ouvrage composé 
presque entièrement de morceaux extraits de ma Relation historique, et accompagné d'une carte qui porte 
mon nom, quoique j'y cherche en vain la ville de Popayan. Il est dit, dans le Géographical , statistical , 
agricultural , commercial and potitical account of Colombia (182a), Tom. II, p. 28, « que le Cassi- 
quiare, que l'on a cru long-temps être un bras de l'Orénoque, a été récemment trouvé par M. de Hum- 
boldt être un bras du Rio Negro. » La même assertion est répétée dans le rollstdndige Handbnch der 
neueren Erdbeschreibung, Tom. XVI, p. 48, rédigé par un homme d'un grand mérite, M. Hassel. Il y a 
cependant déjà près de 25 ans que j'ai remonté le Cassiquiare dans la direction du sud au nord. 

* Il y a dans la Portuguesa et l'Apure des sinuosités {vueltas) et des contre-forts {barancas y laderas) qui 
retiennent quelquefois les bateaux une journée entière. Le Tuy et le Yaracuy sont en partie navigables. 

3 Tom. II, p. 75; Tom. III, p. 24. 

* Tom. I, p. Ls et 11; Tom. II, p. 690. Voyez aussi mon Atlas géogi: et physique de la Nouv. -Espagne , 

PI. IV. 



Il8 LIVRE IX. 

barométrique , aucun nivellement géodésique n'ont été exécutés pour détermi- 
ner les lignes de faîtes que doivent traverser les canaux projetés. Les diffërens 
ouvrages qui ont paru pendant la guerre de l'indépendance des colonies espa- 
gnoles, se bornent aux mêmes notions ' que j'ai publiées dès l'année 1808. C'est 
seulement par les rapports que j'ai entretenus avec les habitans des régions 
qui sont les moins visitées , que j'ai pu acquérir quelques nouveaux renseigne- 
mens : je m'arrêterai ici aux considérations les plus importantes pour la poli- 
tique et le commerce des peuples. 

Les cinq points qui offrent la possibilité d'une communication de mer à 
mer se trouvent rétmis entre les 5 et les 18 degrés de latitude boréale. Tous 
appartiennent par conséquent aux états baignés par la Mer des Antilles , aux ter- 
ritoires des deux confédérations mexicaine et colombienne, ou, pour employer 
les anciennes dénominations géographiques , aux intendances d'Oaxaca et de 
Vera-Gruz , aux provinces de Nicaragua , de Panama et du Choco. Ce sont : 

L'isthme de Tehuantepec (lat. i6°-i8°) , entre les sources du Rio Chimalapa 
et du Rio del Passo qui se jette dans le Rio Huasacualco ou Goaza- 
coalcos ; 

L'isthme de Nicaragua (lat. io°-i2°) , entre le port de San Juan de Nicaragua 
à l'embouchure du Rio San Juan , le lac de Nicaragua et la côte 
du golfe de Papagayo, jirès des volcans de Granada et de Bombacho. 

L'isthme de Panama (lat. 8° iS'-g" 36') ; 

L'isthme du Darien ou de Cupica (lat. 6° 40-7" 12'); 

Le canal de la Raspadura , entre le Rio Atrato et le Rio San Juan du Choco 
(lat. 4° 58 '-5° 20'). 

Telle est la position heureuse de ces cinq points , dont le dernier sera vraisembla- 

' J'en excepte les renseignemens utiles que M. Davis Robinson a donnés sur les mouillages de Huasa- 
cualco, de Rio San Juan et de Panama. Memoirs on the Mexican Révolution , 1 821 , p. 263. Voyez aussi 
Edimh. Rev., 1810, janv. /yitltoh dans ColonialJoiirnal, 18 ij (mars el]uin), Bibl. Universelle df Genève , 
1H23, janv., p. 4;. Biblioteca Americuna, Tom. I, p. ii5-i2g. « I.a barre à remboucbure du Rio 
Huasacualco a 23 pieds d'eau. 11 y a bon ancrage, et le port peut admettre les plus grands navires. La 
ban-e du Rio San Juan , a. la cote orientale do Nicaragua , a 1 2 pieds d'eau; sur un seid point il y a une 
passe étroite de 25 pieds de profondeur. On compte dans le Piio San Juan 4 à 6 brasses ; dans le lac de Nica- 
ragua, 3 à 8 brasses (mesure augloise). Le Rio San Juan est navigable pour des brigantius et des goélettes. » 
M. Davis Robinson ajoute «jue les côtes occidentales du Nicaragua ne sont pas aussi orageuses qu'on 
me les a dépeintes pendant ma navigation dans la Mer du Sud , et qu'un canal qui aboutiroit à Panama 
auroit le gTand désavantage de devoir être continué à deux lieues t!c distance dans ta mer, parce qu'il n'y :i 
que quelques pieds d'eau jusqu'aux îlots F'ajaeiigo et Peiico 



CHAPITRE XXVI. I IÇ) 

blement toujours restreint au système de petite navigation { aux communications 
intérieures par des bateaux de peu de capacité), qu'ils sont placés au centre du 
Nouveau-Continent , à égale distance du cap de Horn et de la côte nord-ouest , cé- 
lèbre par le commerce des fourrures. Tous se trouvent opposés ( entre les mêmes 
parallèles) aux mers de la Chine et de l'Inde, circonstance importante dans des 
parages où régnent les vents alises : tous sont facilement abordables pour les bâti- 
mens qui viennent de l'Europe et des États-Unis,, depuis que l'on connoît bien 
les positions du Baxo nuevo, du Roncador et de la Serrana. 

L'isthme le plus septentrional, celui de Tehuantepec , que déjà Hernan Cortez, 
dans une de ses lettres à l'empereur Charles-Quint ( du 3o octobre iSao) appelle 
le secret du détroit , a d'autant plus fixé , dans ces dernièies années , l'attention 
des navigateurs , que , jjendant les troubles politiques de la Nouvelle-Espagne , le 
commerce de la Vera-Cruz a été réparti entre les petits ports de Tampico, de 
Tuxpan et de Huasacualco '. On a calculé que la navigation de Philadelphie a 
Noutka et à l'embouchure du Rio Colombia , qui est à peu près de 5ooo lieues 
marines , en prenant la route ordinaire autour du cap de Horn , sera au moins 
diminuée de 3ooo lieues, si le pnssago de Huasacualco à Tehuantepec pouvoit être 
effectué par un canal. Comme j'ai eu à ma disposition , dans les archives de la 
vice-royauté de Mexico , les mémoires de deux ingénieurs ^ qui ont été chargés 
de faire la reconnoissance de l'isthme , j'ai pu me former une idée assez précise 
des circonstances locales. Il ne paroit pas douteux que la ligne de faîtes qui 
forme le partage d'eaux entre les deux mers , est interrompue par une vallée trans- 
versale dans laquelle un canal de navigation pourroit être creusé. On a pré- 
tendu récemment que , dans le temps des grandes crues , cette vallée se rem- 
plissoit d'une cjuanlité d'eau suffisante pour permettre un passage naturel aux 
bateaux des indigènes ; mais je n'ai trouvé aucune indication de ce fait intéressant 
dans les différens rapports officiels adressés au vice-roi Don Antonio Bucareli. 
Des communications semblables existent, à l'époque de fortes inondations, 
entre les bassins des rivières Saint-Laurent et Mississipi , c'est-à-dire entre 
le lac Érie et le Wabash, entre le lac Michigan et la rivière des Illinois ^. 
Le canal de Huasacualco , projeté sous la sage administration du comte de Re- 
villagigedo , réuniroit le Rio Chimalapa et le Rio del Passo , qui est un affluent 
du Huasacualco. Il n'auroit que près de 16,000 toises de long; et, d'après la des- 

* Dalunza del comercio maritimo de la Vera-Crvz correspondiente al ailo de 1811, p. ig, n" 10. 
^ Don Agustin Cramer et Don Miguel tlel Corral. 
^ Foi/cz plus haut, Tom. II, p. 7G et 526. 



I20 LIVRE IX. 

cription qu'en donne l'ingénieur Cramer , qui jouissoit d'une grande réputation , 
on pourroit croire qu'il n'exigeroit ni des écluses, ni des galeries souterraines , 
ni l'emploi de plans inclinés. Il ne faut point oublier cependant qu'aucun ni- 
vellement barométrique ou géodesique n'a été exécuté jusqu'ici dans le terrain 
compris entre les ports de Tehuantepec et de San Francisco deChimalapa, entre les 
sources du Rio del Passo et les Cerros de los Mixes. Un coup d'œil jeté sur la 
carte , que j'ai esquissée de ces contrées , fait concevoir que la difficulté de cette 
entreprise , dont le Gouvernement du Mexique va s'occuper incessamment , 
consiste moins dans le tracé du canal que dans les travaux nécessaires pour rendre 
navigables pour de grandes embarcations le Rio Cliimalapa et les sept rapides 
qu'offre le Rio del Passo , depuis l'ancien embarcadère ^ au nord des forêts de Ta- 
rifa, jusqu'à l'embouchure du Rio Saravia , près du nouvel embarcadère de la Cruz. 
On peut craindre , à cause de la largeur totale de l'isthme (de plus de 38 lieues) , 
que les sinuosités et l'état du lit des rivières ne s'opposent au projet d'ouvrir un 
canal de navigation océanique approprié aux bàtimens qui font le commerce de la 
Chine et de la côte nord-ouest de l'Amérique : toutefois il sera de la plus haute 
importance, soit d'établir une ligne de petite navigation, soit de perfectionner 
le chemin de terre qui passe par Chihuitan et Petapa. Ce cheuiin a été ouvert en 
1 798 et 1 80 1 , et les indigos de Guatimala , la cochenille et les viandes salées 
ont long -temps reflué, par cette voie, au port de la Vera-Cruz et à l'ile 
de Cuba. 

L'isthme de Nicaragua et celui de Cupica m'ont toujours paru les plus favo- 
rables pour étoblir des canaïuc de grande dimension , semblables au canal Ca- 
lédonien qui a 1 o3 pieds (mesure françoise) de large à la ligne d'eau , sans les ban- 
quettes qui arrêtent les éboulemens , 4? pieds de large à la ligne de fond et 18 f pieds 
de profondeur. Lorsqu'il s'agit d'une communication océanique capable de causer 
une révolution dans le monde commercial, il ne peut être question des moyens qui 
établissent un système de navigation intérieure par des écltises de 16 à 20 pieds de 
largeur entre les bajoyers , comme dans les canaux de Languedoc , de Rriare , de 
la Grande Jonction ou de Clyde. Quelques-uns de ces canaux ont paru pendant 
long-temps des entreprises gigantesques : elles le sont eûectivement lorsqu'on les 
compare à des canaux en ])etitc section ; mais leur profondeur moyenne ' 
ne dépassant pas 6 à 7 1 pieds de France , ils ne peuvent donner passage, comme 

^Indreossy , Hist. du canal de Languedoc, p. 304. Hueme de Pnmmeuse , des canaux luivigables , 1822, 
p. G4, 26'», 3o(). Bupin, 3lém. sur la fiiarine et les ponts et chaussées de France et d'Angleterre , p. Gi. 
et 72. Dulens, Mém. sur hs travaux publics d'Angleterre , p. 295. 



CHAPITRE XXVI. 121 

le canal Calédonien , aux bàtimens de commerce du plus fort tonnage et cà 
des frégates de 32 canons. C'est cependant la possibilité de ce passage que 
l'on discute , lorsqu'on i)arle de la coupure d'un isthme en Amérique. La pré- 
tendue jonction des deux mers , par le canal de Languedoc , n'a pas fait éviter 
à la navigation un circuit de plus de 600 lieues autour de la Péninsule espa- 
gnole ; et , queltpe admirable que soit cet ouvrage hydraulique, qui reçoit annuel- 
lement 1900 barques plates du port de 100 à 120 tonneaux, on ne doit le con- 
sidérer que comme vm moyen de roulage intérieur : car il diminue de bien 
peu le nombre des bàtimens cpi passent par le détroit de Gibraltar. On ne 
sauroit révoquer en doute (i[ue, sur un point quelconque de l'Amérique équinoxiale, 
soit dans l'isthme de Cupica , soit dans ceux de Panama , de Nicaragua et de 
Huasacualco ou Tehuantepec, la réunion de deux ports voisins par un canal en 
petite section (de 4 à 7 pieds de fond) feroit naître un grand mouvement de 
commerce. Ce canal agiroit comme un chemin enfer : quelque petit qu'il fût, 
il vivifieroit et abrcgeioli les communications entre les côtes américaines occi- 
dentales et celles des États-Unis et de l'Europe. Si l'on a préféré généralement , et 
même en temps de guerre , pour l'exportation des cuivres du Chili , du quinquina 
et de la laine de vigogne du Pérou , et du cacao de Guayaquil, le long et dan- 
gereux trajet autour du cap de Horn , au commerce d'entrepôt de Panama et de 
Portobelo , ce n'est qu'à cause du manque de moyens de transport et de la misère 
extrême qui régnent autour de deux villes qui étoient si florissantes au commence- 
ment de la conquête. Les difficultés que je rappelle ici augmentent encore lorsqu'il 
s'agit de faire parvenir des marchandises de Carthagène des Indes ou des îles 
Antilles , à Quito et à Lima : dans la direction du nord au sud , il faut remonter le 
Rio Chagre et vaincre la force de son courant comme celle des vents et des 
courans de l'Océan-Pacifique. 

En canalisant le Chagre, en employant de longs bateaux à vapeur, en éta- 
blissant des chemins en fer ( rail-ways ) , en introduisant les chameaux des 
Canaries , qui avoient commencé , lors de mon voyage , à se multiplier dans le 
Venezuela ', en creusant des canaux en petite section dans l'isthme de Cupica, 
ou sur la langue de terre qui sépare le lac de Nicaragua des côtes de la Mer 
du Sud , on contribuera à la prospérité de l'industrie américaine , mais on n'in- 
fluera que très-indirectement sur les intérêts généraux des peuples civilisés. La 
direction du commerce de l'Europe et des Étals-Unis avec la côte des fourrures 

1 Ko^/^^ plus haut, Tom. I, p 82, io5; Tom. \l ,]>. ()i-()3 , ei Essai politique, Tom. U, Tp. 689. 
Relation hisloriçue, Tom. III. 16 



122 LIVRE IX. 

(eniie l'embouchure du Colombia et la Rivière de Cook ) , avec les lies Sand- 
wich , riches en bois de Sandal , avec l'Inde et la Chine , ne sera pas changée. Des 
communications lointaines exigent l'emploi de navires d'un fort tonnage pour 
jjouvoir charger beaucoup de marchandises à la fois, des passes naturelles ou arti- 
ficielles d'une profondeur moyenne de 1 5 à 1 7 pieds , une navigation non inter- 
rompue , c'est-à-dire cpi ne donne lieu à aucua déchargement des vaisseaux. 
Toutes ces conditions sont de rigueur , et c'est vouloir déplacer la question que de 
confondre les canaux qui , par leurs dimensions , ne servent qu'à faciliter soit les 
communications intérieures , soit le cabotage le long des côtes (comme les canaux 
de Languedoc et de Clyde , entre la Méditerranée et l'Océan Atlantique , entre 
la mer d'Irlande et la mer du Nord ) , avec des bassins d'écluse qui ])euvenl 
recevoir des navires employés pour le commerce de Canton. Dans une affaire qui 
intéresse tous les peuples qui ont fait quelques pas dans la carrière de la civili- 
sation , il faut préciser mieux qu'on ne l'a fait jusqu'ici un problème dont 
la solution heureuse dépend du choix des localités. Il seroit inipi-udent (je le 
répète ici) de commencer sur un point, sans avoir examiné et nivelé les autres; 
il seroit surtout à regretter que les travaux fussent entrepris sur une échelle trop 
petite ; car, dans ce genre d'ouvrages , les dépenses n'augmentent pas dans la même 
proportion que la section des canaux et que la largeur des sas. 

L'idée erronée que les géographes, ou, ])our mieux dire, les dessina- 
teurs de cartes ont propagée depuis des siècles, soit de la hauteur uniforme 
des Cordillères de l'Amérique , soit de leur prolongement en arrêtes con- 
tinues, soit enfin de l'absence ■ de toute vallée transversale franchissant 
les prétendues chaînes centrales , a fait croire assez généralement que la jonc- 
tion des mers étoit d'une difficulté beaucoup plus grande qu'on n'a droit 
de le supposer jusqu'à ce jour. Il paroit qu'il n'y a pas de chaînes de 
montagnes, pas même une arrête de partage ou ligne de faîtes sensibles ^ entre la 

1 J'ai traité tle la source (le ces erreurs, plus haut, Tom. II, p. !5i,3n, 518,619,526, 56;. 

' Cej expressions n'ont rapport qn'àla facilité aveclaquelle on traceroit le canal. Je n'ignore pas qu'une 
montée très-lente de 4o à 5o toises peut, par sa lenteur mémo, devenir insensible. J'ai trouvé la grande 
place de Lima élevée de 88 toises au-dessus des eaux de la Mer du Sud; cependant, en allant du Callao à 
Lima, on ne s'aperçoit presque pas de cette diOerence de niveau, répartie sur une distance moitié moins 
grande que celle de Cupica à l'embarcadère duRiolNaipi. La position géograpliique de Cupica est tout aussi 
incertaine que la position du confluent du Naipi avec l'Alrato ; et cctle incertitude paroilra moins étrange 
si l'on se rappelle qu'elle s'étend sur toute la cùte méridionale de l'isthme de Panama, et que le littoral 
i;nlre les Caps de Chararabira et de San Francisco Solano n'est jamais longé, à vue de terre, par des marins 
munis d'inslrumens précis. Cupica est un port de la province peu connue de Biruquelc, que les cai'tcs du 



CHAPITRE XXVI. 123 

baie de Cupica, sur les cotes de la Mer du Sud, et le Rio Naipi, qui se jette dans 
l'Atrato , une quinzaine de lieues au-dessus de son embouchure. C'est un pilote 
biscaïen, M. Gogueneche , qui , dès l'année 1799, a fixé l'attention du gouverne- 
ment sur ce point. Des personnes très-dignes de foi etqui ont fait avec lui le trajet des 
cotes de la Mer Pacifique à l'embarcadère du Naipi, m'ont assuré n'avoir vu aucune 
colline dans cet isthme d'attcrrissement. Ils ont mis 10 heiues à traverser cet 
espace. Un négociant de Carthagènc des Indes , vivement intéressé h tout ce qui 
regarde la Statistique de la Nouvelle -Grenade, Don Ignacio Pombo ' , m'écrivit 
au mois de février i8o3 : « Depuis que vous avez remonté le Rio Magdalena pour 
passer à Santa-Fe et à Quito, je ne cesse de prendre des informations sur l'isthme 
de Cupica 5 il n'y a que 5 à 6 lieues de ce port à l'embarcadère du Rio Naipi : tout 
ce terrain est en plaine ( tereno euteramente llano). » D'après les faits que je viens 
de l'apporter, on ne peut douter que cette partie du Clioco septentrional ne soit de 
la-plus haute importance pour la solution du problème qui nous occu})e : mais 
pour se former une idée précise de cette absence des montagnes à Textrémité 
méridionale de l'isthme de Panama , il faut se rappeler la charpente générale 
des Cordillères. La chaîne des Andes est divisée sous les 2° et 5° de latitude en trois 
chaînons-. Les deux vallées longitudinales qui séparent ces chaînons, forment les 
bassins de la Magdalena et du Rio Cauca. La branche orientale des Cordillères in- 
cline vers le nord-est, et se lie par les montagnes de Pamplune et de la Grita à la 

Dcposito hydro^ajïco Ae^luAriA placent entre le Darinn et le CliocodeNorle. Elle a pris son nom de celui J'iin 
Cacique , nommé Lirîi eu Biruquete, qui régnoit dans les terres voisines du golfe de San Miguel , et qui guer- 
roya comme allié des Espagnols, en i5i5. {Herera, Dec, Tom. II, p. 8. ) Je n'ai trouvé sur aucune carte 
espagnole le port de Cupica, mais bien Puerto Qiteiiiado 6 Tupica, par 7" i5' de lat. {Caiia del Mar de lus 
Antillas, i8o5. Caria de la costa occidental de la America, 1810). Un croquis manuscrit, que je possède de la 
province du Choco , confond Cupica et Rio Sabaleta, lat. 6" 3o' ; cependant Rio Sabaleta, d'après les cartes 
du Deposito, est placé au sud et non au nord du Cap San Francisco Solano, par conséquent de 45' au sud 
do Puerto Quemado. D'après la carte de la province de Cartliagcne, par Don VlccnlcTalledo (Londres iSlfi) , 
le conJIueut du Rio ISaplpi (Naipi?) est par les C>° 4o' de latitude. Il faut espérer que ces incertitudes de 
position seront bientôt levées par des observations faites sur les lieux. 

' Ami du célèbre Mutis, et auteur d'un petit ouvrage sur le commerce du quinquina {.\oficias varias sobre 
kis quiVMS oficiualcs , Curtli. deindias, 1817), que j'ai eu occasion de citer plusieurs fois. 

' Chaînon oriental, celui de la Suma-Paz, de Cliiugasa et de Guacbancque, entre Neiva et le bassin du 
Guaviare, entre Santa-Fo de Dogota et le bassin du Meta; cliainon intei-médiaire, celui de (iuanacas, de 
Quindlo et d'Erve ( Hervco), entre le Rio Magdalena et le Rio Cauca, entre la Plata et Popajan, entre 
Ibaguè et Cailliago; cliaiuon occidental entre le Rio Cauca et le Rio San Juan, entre Cali et INovita, 
entre Cartilage et le Tadù. (Vo\ez mon Ail. giogr. PI. a4). Ce dernier cliainon qui sépare les provinces 
de Popayan et du Clioco, est généralement liès-bas; on assure cependant qu'il s'élève beaucoup dans la 
montague lic Torii> à l'ouest de Caliiua. (l'oiubo, de las Qiciiias, p. Gj.) 



1^4 LIVRE IX. 

Sierra Nevada de Merida et à la chaîne côtière de Venezuela. Les brandies inter- 
médiaires et occidentales, celles de Quindiô et duChoco, se confondent dans la 
province d'Antioquia , entre les 5° et 7° de latitude, et forment un groupe de mon- 
tagnes d'une largeur très-considérable ; groupe qui se prolonge par le Falle de Osos 
et YJlto del Viento vers Cazeres et les hautes savanes de Tolù. Plus à l'ouest, 
dans le Choco del Norte, sur la rive gauche de TAtrato, les montagnes s'abaissent à 
tel point qu'elles disparoissent entièrement entre le golfe de Cupica et le Rio Naipi. 
C'est la position astronomique de cet isthme , et la distance de l'embouchure de 
l'Atrato a son confluent avec le Rio Naipi ', qu'il faudroit constater avec précision. 
Nous ignorons si des goélettes peuvent remonter jusque-là. 

Après le lac de Nicaragua , après Cupica et Huasacualco , c'est l'isthme de Panama 
qui mérite la plus sérieuse attention. Dans cet isthme, la possibilité de former un 
canal de navigation océanique dépend à la fois de la hauteur du point de partage, et de 
la configuration des côtes , c'est-à-dire du 777 aa?//72?/??i de leur rapprochement. Une 
langue de terre si étroite a pu, par sa direction, échapper k rinfluence destructrice 
du courant de rotation ; et la supposition que la plus grande hauteur des mon- 
tagnes doit correspondre au minimum de distance entre les côtes , ne seroit de nos 
jours pas même justifiée par les principes d'une géologie purement systématique. 
Depuis que j'ai publié mon premier travail sur la jonction des mers, notre igno- 
rance est malheureusement restée la même à l'égard de l'élévation de l'arrête que le 
canal doit franchir. Deux savans voyageurs, MM. Doussingault et Rivero, ont 
nivelé les Cordillères de Caracas à Pamplona, et de là à Santa-Fe de Bogota, avec ime 
précision supérieure à tout ce que j'ai pu tenter dans ce genre de recherches; mais 
au nord-ouest de Bogota depuis les Andes de Quindiù et d'Antioquia , nivelés par 
M. Restrepo et par moi, jusqu'au plateau du Mexique, sur 12° de latitude de 
Y Amérique centrale, pas une seule mesure de hauteur n'a été faite depuis mon 
retour on Europe. On doit vivement regretter que, vers le milieu du dernier siècle, 
des académiciens françois aient traversé l'istlomede Panama sans songer à ouvrir leur 

1 La géographie de cette partie de l'Amérique, entre les bouches de l'Atrato, le Cap Corientes, le Cerro 
del Toril et la Vega de Supia , est dans l'état le plus déplora])le. Ce n'est que plus à l'est, dans la province 
d'Antioquia , que les travaux de Don José Manuel Restrepo offrent un certain nombre de points dont la posi- 
tion a été fixée astrononiiquement. On compte de Cupica au Cap Corientes , par terre, de 12 à i4(?) lieues ma. 
nnes. De Quibdo (Zilara), où réside le Teniente Gobernador (car le corrégidor habite Novit;i) , il y a 7 à 8 jours de 
navigation pour descendre jusqu'aux bouches de l'Atrato. C'est une erreur commune à toutes les cartes 
modernes (à l'exception de celle de M. Talledo), de placer Zitara 1° trop au nord, tantôt à la bouche de 
l'Atrato même, tantôt à son confluent avec le Naipi. De San Pablo situé quelques lieues au-dessous du Tadô, 
sur la rive droite de Rio San Juan, à Quibdo ou Zitarà , il n'y a qu'un seul jour de chemin. 



CHAPITRE XXVI. 125 

baromètre au point de partage des eaux. Quelques observations barométriques 
rajiportées , comme au hasard , par Ulloa , m'ont appris cependant que de l'em- 
bouchure du Rio Cliagre à l'embarcadère de Cruces il y a une différence de niveau 
ou de 2 lo ou de 240 pieds. De la Venta de Cruces à Panama , on monte d'abord , 
et puis on descend par des ravins vers la Mer du Sud. C'est donc entre ce 
port et Cruces que se trouve le seuil ou point de partage , que le canal doit fran^ 
chir, si l'on persistoit dans l'idée de le diriger par-là. Je l'appellerai que, pour jouir 
à la fois de la vue des deux Océans, il suffiroit que les montagnes de la ligne de faites 
dans l'isthme eussent 58o pieds d'élévation, c'est-à-dire seulement im tiers de plus 
que la hauteur de Naurouse , dans la chaîne des Corbières , qui est le point de 
partage du canal de Languedoc. Or cette vue simidtanée des deux mers est citée 
comme une chose liès-extraordinaire dans quelques parties de l'isthme ; d'où l'on 
peut conclure, je pense, que les montagnes ne sont généralement pas élevées de 
100 toises. D'après quelques foibles indications sur la température de ces lieux 
et sur la géographie des plantes indigènes, jeserois disposé à croire que l'arrête dans 
le chemin de Cruces à Panama n'atteint pas 5oo pieds de hauteur ; M. Robinson ^ 
la suppose au plus de 400 pieds. D'après l'assertion d'un autre voyageur ^, qui décrit ce 
qu'il a vu avec la plus naïve candeur, les collines dont se compose la chaîne centrale 
de l'isthme sont séparées les unes des autres par des vallées « qui laissent un libre 
cours au passage des eaux. » Or c'est principalement sur la découverte de ces 
vallées transversales que doivent être dirigées les recherches des ingénieurs. Dans 
tous les pays on trouve des exemples d'ouvertures naturelles , à travers les arrêtes. 
Les montagnes entre les bassins de la Saône et de la Loire, que le canal du 
Centre auroit eues à franchir, avoient huit à neuf cents pieds d'élévation ; mais 
une gorge , ou interruption de la chaîne près de l'étang de Long-Pendu , a offert 
un seuil qui est de 35o pieds plus bas. 

Si l'on n'est aucunement avancé dans la connoissance des hauteurs de l'isthme de 
Panama , les derniers travaux de M. Fidalgo et de quelques autres navigateurs espa- 
gnols nous ont du moins fourni des données plus exactes sur sa configuration et le 
minimum de sa largeur. Ce mi/ziVnum n'est pas, comme l'indiquoient les premières 

' Par exemple , près de CLepo et du village de Penomene {Mss. du cxirc Don Juan Pablo Roblcs). Les mon- 
tagnes semblent s'élever vers la province de Veragua, où l'on cultive même du froment dans le district de 
Chiriqui del Guami, près du village de la Palma, mission des Franciscains, dépendante du collège de h. 
Propagande de Panama. 

* Memoirs onthe Mexîcan Révolution, p. 269. 

' Lionel JVafer , Description ofthQ Isthmus 0/ America, 1729, p. 297. 



126 LIVRE IX. 

CAnesduJJepositohjdrogra/ico, de 1 5 milles, mais de 25 |milles(Je6o au degré), 
c'est-à-dire de 8^- lieues marines, ou 24,5oo toises j car les dimensions du golie 
de San-Blas , appelé aussi Ensenadade Mandinga, à cause de la petite rivière de ce 
nom qui y débouche , ont donné lieu à de graves erreurs. Ce golfe entre de 1 7 milles 
de moins dans les terres qu'on ne lavoit supposé en 1 8o5 en relevant l'archipel des 
Islas Mulcitas. Quelque confiance que paroissent mériter les dernières opérations 
astronomiques sur lesquelles se fonde la carte de l'isthme publiée jwr le Dépôt royal 
de la marine de Madrid, en 18 1 7, il ne faut pas oublier cependant que ces opérations 
n'embrassent que les côtes septentiionales , et que celles-ci paroissent n'avoir 
jamais encore été liées , soit par une chaîne de triangles , soit clironométrique- 
raent (par le transport du temps), aux côtes méridionales. Or le problème de la lar- 
geur de l'isthme ne dépend pas de la seule détermination des latitudes. 

^ Voyez mon Essai polit. Tom. II, p. 862. En comparant les deux cartes tlu Deposito hydrografico rf-,- 
Madrid, portant le titre Carta en/firica dol 3Iht ae tas Antill'is y ac lua Costan de Tierra Firme dcsde la isla de 
h Trinidad hasta elgolfo de Honduras, 1806, et la Qttarta Hoja que comprehende la proviiwia de Cartagena , 
1819, on voit combien étoicut fondés les doutes que j'avois énoncés, il y a quinze ans, sur l'orienlatiorl rela- 
tive des points les plus importans des côtes méridionales et septentrionales de Tistlmie. Anciennement {Don. 
Jorge Juan, Voyages dans l'Amérique mérid. , Toni. I , gg) on avolt cru Panama de 3i' en arc à VouestAe Por- 
tobelo. LaCruz(i775) et Lopez (1785) ont suivi celte supposition, qui ne se fondoit que snr un relevé des 
directions de la route, fait à la Ijoussole. Déjà, en 1802, Lopez (Mapa del Reyuo de Tierra Firme y sus pro- 
vincias de Vcrugua y Darien) comraençoit à placer Panama 1 7' à Ycst de Portobclo. Dans la carie du Deposito 
de i8o5, cette diflerence de méridiens fut réduite à 7'; enfin, la carte du Beposito de 1817 place Panama de 
25 à l'est de Portobelo. Voici d'autres différences de latitudes dont dépend la largeur de l'istlmie : 

Côte méridionale entre les embouchures du Rio Juan Carte de 1809. Carte de 1817. 

Diaz et du Rio Jucume à l'est de Panama, dans 

le méridien de la Punta San Blas 8" 54' 9" 2' ï 

Côte septentrionale formant le fond du golfe Man- 
dinga, ou de San Blas, au sud des /s/as iVafetes. . 9" g' 9° 27' î 

Il résulte de cette différence de latitudes pour le 

ininimum de la largeur de l'isthme, d'après la 

cartedei8o5, près de i4,25o toises; d'après la carte 

de 1 8 1 7, près de 24,463 toises. 

Punta San Blas, partie N. O. du golfe de Mandinga.. 9° 33' 9° 34' \ 

Ce Cap n'ayant point été porté au nord de la même quantité que le fond du golfe, près de l'embouchure 
du Rio Mandinga, il en résulte que le golfe rentre, d'après la première carte, de 24' ; d'après la seconde , de 7'. 
Il est probable que les changemens de latitudes qui résultent de la dernière expédition de M. Fidalgo, doivent 
être attribués au manque ^horizons artificiels, et à la difficulté d'observer le soleil par des instrumens de 
réflexion au milieu d'un groupe d'îles et au-dessus d'une mer dont l'horizon n'est pas libre. Plus à l'ouest , la 
largeur moyenne de l'isthme, entre le Caslillo de Cbagres, Panama et Portobelo, est de i4 lieues marines; le 
minimutn de largeur (8 lieues) est deux à trois fois moindj-e que la largeur de l'isthme de Suez, que 
M. Le Père trouve de 69,000 toises. 



CHAPITRE X. XVI. 1^2 7 

Le gouvernement de Colomljia ayant re<;u depuis peu d'excellens liarométres de 
la construction de M. Fortin , il j)ourra faire précéder les nivellemens géodé- 
siquesj toujours lents et coûteux , par des nivellemens ]:)arométnques dont la préci- 
sion est extrême sous la zone torride. Je me suis assuré qu'où peut se passer, dans 
ces contrées, d'observations correspondantes, à cause de la merveilleuse régu- 
larité des variations horaires, sans craindre des erreurs de /^ k b toises. Les 
points qui méritent d'être soigneusement examinés sont les suivans : Yisthme 
de Huasacualco , entre les sources du Rio Cliimala})a et du Uio del Passo ; 
Yisthme de Nicaragua', entre le lac de ce nom et les volcans isolés de Gra- 
nada et de Bombacho; V isthme de Panama, entre la Venta de Cruces, ou 
plutôt entre le village indien de la Gorgona, 3 lieues au-dessous de Cruces, et 
le port de Panama , entre le Piio Trinidad et le Piio Caymito , entre la baie de 
Mandinga et le Piio Juan Diaz , entre TEnsenada de Anacliacuna (à l'ouest du cap 
Tiburon) et le golfe de San Miguel, dans lequel se perd le Pdo Chuchunque ou 
Tuyra ; VislJnne de Cupica, entre la côte de la mer du Sud et le confluent 
du Pùo Naipi avec le Rio Atrato; enfin X isthme du Choco, entre le Rio 
Quibdo, affluent supérieur de l'Atrato et le Rio San Juan de Charambirà '. Des 
personnes exercées aux observations précises , et simplement munies de baromètres , 
d'instrumens à réflexion et de garde-temps, pourroient, en peu de mois , résoudre des 
problèmes qui intéressent depuis des siècles tous les jjeuples commerçans des 
deux mondes. Si , dans l'énumération des contrées qui offrent des avantages pour 
la jonction des deux mers, je n'ai pas passé sous silence l'isthme du Choco, 
c'est-à-dire le terrain ô^atterrissement platinifè/e qui s'étend depuis le fleuve 
San Juan de Charambircà jusqu'au Rio Quibdo , c'est parce qne ce point est 
le seul dans lequel il existe, depuis l'année 1788, une communication entre 
l'Océan-Atlantique et la Mer du Sud. Le petit canal de la Raspadura, qu'un moine, 

* S'il ne s'agissoit ici que de canaiix de grande et de petite navigation propres à vivifier le coruinerce inté- 
rieur, j'aurois tlù nommer également les côtes de Verapaz et de Honduras. Dans le méridien deSousonate, XeGolfa 
Dtdce outre plus de 20 lieues dans les terres, de sorte que la distance du village de Zacapa (dans la province 
de Cliiquimala, près de rextréniite méridionale du Golfo dulce), des eûtes de l'Océan-Pacifique, n'est que de 
21 lieues. Les rivières du nord -s'approclient des eaux, que les Corddlères d'Izalco et de Sacatepeques versent 
danslalMerdu Sud. A l'est du Golfo Dtdce , àmisXe partido deComayagua, on trouve le Rio Grande de Motngua 
ouRio de las bodegas de Gitalan, le Rio le Camalecon, l'UIua et le Lean , qui sont navigables pour de grandes 
pirogues, 3o ou 'io lieues dans l'intérieur des terres. Il est très-probable que la Cordillère qui forme ici 
l'arrête de partage entre les deux mers , est divisée par quelques vallées transversales. L'ouvrage intéressant 
que M. Juarros a publié à Guatimala, nous apprend que la l)elle vallée de Cbimallenango donne à la fois ses 
eaux aux côtes méridionales et septentrionales. Des bateaux à vapeur ranimeront un jour le commerce sur les 
rivières Motagua et Polocliic. 



laS LIVRE IX. 

curé de Novita , a fait creuser par les Indiens de sa paroisse dans un ravin périodi- 
quement rempli par des inondations naturelles, facilite la navigation intérieure 
sur 75 lieues de longueur entre l'embouchure du Rio San Juan, au-dessous de 
Noanama et celle de l'Atrato , qui porte aussi les noms de Rio Grande del Darien , 
Rio Dabeiba et Rio del Choco ' . C'est par cette voie que , dans les guerres qui ont 
précédé la révolution de l'Amérique espagnole, des quantités considérables de 
cacao de Guayaquil sont venues à Carthagène des Indes. Le canal de la Raspa- 
duia, dont je crois avoir donné les premières notions en Europe, n'offre de 
passage qu'à de petits bateaux , mais il pourroit être facilement agrandi ^ si l'on 
y joignoit les ruisseaux connus sous les noms de Caiïo de las Animas, dei 
Caliche et d'Aguas claras. Des réservoirs et des rigoles nourricières sont facilement 
établies dans un pays comme le Choco , où il pleut pendant toute l'année , et ou 
le tonnerre se fait entendre tous les jours. Les observations barométriques de 

' Je pourrois ajouter le synonj-ine de San Juam (del Norte) , si je ne craignoii de faire confondre l'Atrato 
avec le Rio San Juan (Je Nicaragua) et le Rio San Juan (de Charambira). Le nom Rio Dabeiba vient du nom 
d'une femme guerrière qui régna, selon les premiers écrivains de la conquête, dans les contrées montagneuses 
entre l'Atrato et les sources du Rio Sinù (Zenu) , au nord de la ville d'Antioquia. D'après l'ouvrage de Petrus 
Martyr d'Anghicra {Oceanica, p. 62), cette femme étoit confondue dans un mythe local avec une divinité 
des hautes montagnes qui lançoit les éclairs. On reconaoît de nos jours le nom de Dabeiba dans celui des Monts 
Abibe ou Avidi , donné aux Altos del Vienio , par le 7° 1 5' de latitude à l'ouest de la Boca del Esplritu 
Santo ou des rives du Cauca. Qu'est-ce que le volcan d'EI)ojito que La Cruz et Lopcz placent dans des 
contrées presque désertes entre le Rio San Jorge, affluent du Cauca, et les sources du Rio 3Iurry, affluent de 
l'Atrato? L'existence de ce volcan me paroît bien douteuse. 

* Relacion del esiado del Nufivo Reyno de Granada que liace et Arzobispo Obispo de Cordova a su sucesor 
elExc. S''. Fray Don FraJwisco Gily Lemos 178g, fol. 68. (manuscrit rédigé par le secrétaire de Tarchevêque- 
vice-roi, Don Ignacio Cavero). Rcpresentacion que dirigiô Bon José Ignacio Poiubo al Consutado de Cartagena 
enii de Mayo 1807, sobre elreconocimiento del Atrato,Zinii y San Juan, fol. 38 (manuscrit). Le ravin de la 
Raspadura (ou de Bocachica) ne reçoit aujourd'hui que les eaux des Quebradas de Quiadocito , de Platinita 
et de Quiado. D'après les notions que j'ai acquises ( à Honda et à Vilela , près de Cali ) , de personnes employées 
dans le commerce l^rescate) de la poudre d'or du Choco, le Rio Quibdô qui communique avec le canal de la 
Mina de Raspadura se réunit près du village de Quibdô (vulgairement appelé Zilara), avec le Rio de Zitara et 
Je Rio Andagueda; mais, selon une carte manuscrite que je viens de recevoir du Choco, et sur laquelle le canal 
de la Raspadura (lat. 5° 20' ?) joint égalemeot le Rio San Juan et le Rio Quibdô, un peu au-dessus de la 
Mina de las Animas, le village de Quibdô est placé au confluent de la petite rivière de ce nom avec le Rio 
Atrato qui , 3 lieues plus haut , a reçu , près de Lloro , le Rio Andagueda. Depuis son emboucbiu'e ( lat. 4° 6' ) 
au Sud de la Punta de Charambira, le grand Rio San Juan reçoit successivement, en remontant vers le 
N. N. E., le RioCalima, leRiodelNô (au-dessusdu village de Noanama), le RioTamana, qui passe près de 
Novita, le Rio Tro, la Quebrada de San Pablo, et enfin, près du village de Tadô, le Rio de la Platioa. La 
province du Choco n'est habitée que dans les vallées de ces rivières : elle a trois communications de com- 
merce, au nord avec Carthagène, par l'Atrato, dont les rives sont entièrement désertes depuis les 6° 45' 
de latitude ; au sud avec Guayaquil , et , avant \ 786 , avec Valparaiso , par le Rio San Juan ; à l'est, avec la 
province de Popayan , par le Tambo de Calima et par Cali. 11 y a , du Tado à Noanama , eu descendant le Rio 



CHAPITRE XXVI. 129 

M. Caldas n'ayant pas été publiées , nous ignorons la hauteur du point de partage 
entre San Pablo et le Rio Quibdô. Nous savons seulement que quelques lavages 
<i'or s'élèvent dans ces contrées, jusqu'à 36o à 4oo toises au-dessus du niveau 
de l'Océan, et que jamais ils ne se trouvent au-dessous de 5o toises. La 
position du canal, dans l'intérieur du continent, son éloignement consi- 
dérable des côtes, et les chutes fréquentes {^raudalitos y choreras) des 
rivières qu'il faut remonter et descendre pour arriver d'une mer à l'autre , depuis 
le port de Charambirà jusqu'au golfe du Darien , sont des obstacles trop difficiles 
à vaincre pour établir à travers le Chocoune ligne de navigation océanique. Cette 
ligne, sans donner lieu au passage de goélettes de fort tonnage, n'en sera pas 
moins digne de l'attention d'une sage administration : elle vivifiera le commerce 
intérieur entre Carthagène et la jirovince de Quito, entre le port de Santa JVIarta et le 
Pérou. Nous ferons remarquer, à la lin de cette discussion , que le ministère de 
Madrid n'a jamais enjoint au vice-roi de la Nouvelle-Grenade de boucher le ravin de 
la Raspadura, ni de punir de mort ceux qui rétabliroient un canal auChoco, comme 
on l'affirme dans un ouvrage qui a paru récemment ' . Cette politique ombrageuse 
rappelleroit , il est vrai, l'ordre donné au vice -roi de la Nouvelle -Espagne, 
pendant mon séjour en Amérique, de faire arracher les ceps de vigne dans les 
provincias internas; mais la haine portée à la culture de la vigne dans les colo- 
nies étoit due à l'influence de quelques négocians de Cadix, jaloux de ce qu'ils 
appel oient leur ancien monopole, tandis qu'un petit ravin , qui traverse les forêts 
du Choco , a échappé plus facilement à la vigilance du ministère et à l'envie de la 
métropole. 

Après avoir examiné les localités de différens points de partage , d'après les rensei- 
gnemens imparfaits que j'ai pu réunir jusqu'ici, il reste à prouver, par l'analogie de 
ce que les hommes ont exécuté dans l'état de notre civilisation moderne , la possibi- 

San Juan, 1 jour; deNoanama onmet4 jours au Tambo de Calima(lat. 4° 12'), et deceTamboà Cali (lat. 
3° 25'), dans la vallée de Cauca, 5 jours, pendant lesquels on traverse le Rio Dagua ou de San Buenaventura, 
et la cordillère occidentale des Andes de Popayan. Je suis entré dans ces détails de localité, parce que les cartes 
confondent le ravin de la Raspadura, qui sert de canal , avec les portages de Calima et de San Pablo. L'aras- 
tradero de San Pablo conduit aussi au Rio Quibdô, mais plusieurs lieues au-dessus de l'embouchure du 
canal de la Raspadura. C'est le chemin de cet arastradero de San Pablo que prennent communément les 
marchandises {generos) que l'on envoie de Popayan par Cali , Tambo de Calima , et Novita au Choco del Norte , 
c'est-à-dire à Quibdô {Restrepo , Est. de Colomhia en 1823, p. 24). Le géographe La Cruz appelle tout 
l'isthme entre les sources du Rio Atrato et du Rio San Juan : Arastradero del Torà. ( Sur la hauteur de la 
zone de For, voyez Semanario de S. Fe, Tom. 1, p. 19.) 
' Robinson, Vol. II, p. 266. 

Relation historique , Tom. III, 1 7 



l3o LIVRE IX. 

iité de réaliser une jonction océanique dans le Nouveau-Monde.A mesure que les pro- 
blèmes deviennent compliqués , et qu'ils dépendent d'un grand nombre d'élémens 
variables par leur nature, il est plus difficile de fixer le maximum des efforts que l'in- 
telligence et la puissance physique des peuples sont en état d'exercer. Pendant des 
milliers d'années , dej)uis l'époque inconnue de la construction des pyramides de 
Gizeh jusqu'à la construction de nos flèches gothiques et de la coupole de Saint- 
Pierre, les hommes n'ontpas élevé d'édifice au-dessus de 45o pieds; mais oseroit-on 
conclure de ce fait que l'architecture moderne ne peut dépasser une hauteur qui 
égale à peine quarante fois celle des édifices que construisent les fourmis blanches? 
S'il n'étoit question que de canaux en section moyenne, n'ayant que 3 à 6 pieds 
de profondeur et ne servant qu'à la navigation intérieure , je pourrois citer des 
canaux, exécutés depuis long-temps, qui franchissent des arrêtes de montagnes de 
3oo à 58o [)ieds de hauteur '. L'Angleterre seule, dont les canaux ont une longueur 

' Xciic'i 1ns tlonnécs partielles pour dix ctuaux rangés^ d'après l'or<lre de hauteur de leurs points de 
partage : 

SOMS DIS CANAUX. ÉLÉVATION DIS POIKTS DE PARTAOl 

EN PIEDS DE ROI 

Canal df Liai gneduc o\x du Midi. (Longueur, 122, 48o toises; profondeur 
moyenne, 6 pieds 2 pouces; nombre des écluses, 62; frais de con- 
struction, du temps de Louis XIV, près de 16,280,000 francs; au cours 
actuel de la niounoie, 33 millions de francs). G. N 582 

Canal d'- Leominster. (Longueur, 37,745 toises; frais, 1 4 millions de francs). 
PN 465 

Canal de Httddcrsjield. (Longueur, 16,900 toises; frais, 6i millions de 
francs}. P. >' 409 

Canal de Leeds et Liverpool. (Longueur, 106,700 toises; nombre des 
écluses ,91; frais , 1 4,4oo,ooo francs). G. N 4o4 

Canal du Contre, cnhela S.iôncctla Loire. (Longueur, 58,3oo toises ; pro- 
fondeur, 5 pieds; nombre des écluses, 80; frais, 11 millions de francs). 
G. N 4o3 

Canul du Grand Trutick, ou de Trente et Mersey. (Longueur, 27 2,000 toises ; 
profondeur, 4 à 5 pieds; nombre des écluses, 75; frais, 9 \ millions de 
francs). G. N 382 

Catuilde Grande-Jonction. (Longueur, 74,4oo toises; profondeur, 4 pieds 
3 pouces; nombre des écluses, 101; frais, 48 millions de francs). G. N.. 370 

Canal de Briare, construit en i642, le plus ancien des canaux à point de 
pai-tage. (Longueur, i4,5oo toises; profondeur, 4 pieds; nombre des 
écluses, 4o; frais, 10 millions de francs) .G. N 243 

Canal de Forth et Clyde. (Longueur, 3i,ooo toises; profondeur 7 \ pieds; 
nombre des écluses, Sg; frais, 10 millions de francs). G. N i55 

Canal Catcdonien. (Longueur, i8,5oo toises; nombre des écluses, 23; pro- 
fondeur, 18 pieds 9 pouces ; frais, 19 millions de francs). G. N 88 



CHAPITRE XXVI. l3l 

de 584 lieues marines , en a dix-neuf qui traversent les points de partage entre les 
rivières des côtes occidentales et orientales. Depuis long-temps les ingénieurs ont si 
peu regardé 582 pieds, c'est-à-dire la hauteur du bief de distribution de Naurouse 
au canal du Midi , comme le maximum , qu'on puisse raisonnablement atteindre 
dans ce genre de construction hydraulique, qu'un homme célèbre, M. Perronet, 
avoit considéré déjà comme très-praticable le projet du canal de Bourgogne, 
entre l'Yonne et la Saune, qui devoit franchir Qnès de Pouilly) une hauteur de 
621 pieds au-dessus des basses eaux de Tlonne. En combinant des })lans inclinés 
et des chemins en fer [rail-ways) avec des lignes de navigation , on est parvenu 
à conduire dans le canal de Monmouthshire des bateaux à une élévation de mille 
pieds; mais de semblables ouvrages, im[)ortans pour la prospérité du commerce 
intérieur tl'un pays , ne constituent guère ce que l'on pourroit appeler des cfl/z^KX 
de navigation ucéanique. 

Dans la discussion qui nous occupe en ce moment, il s'agit de communications 
de mer à mer par des bàliinens que leur forme m leur tounage rendent propres au 
commerce de l'Inde et de la Chine. Or l'industrie des peuj)les de l'Europe nous 
(jfTre déjà deux exemples de ces communications océaniques, exécutées sur une 
très-grande échelle, l'une dans le canal de l'Eyder ou du Holstein, l'autre dans 
le canal Calédonien. Le premier de ces ouvrages , construit de 1777 a 1 784 , réunit 
la Baltique avec la mer du Nord, entre Kiel et Tonningen, n'ayant que 6 sas 
d'écluses et franchissant un seuil de 28 pieds. Tl sépare de l'Allemagne la partie 
continentale du Danemarck et rend inutile , pour des navires d'un jiort moyen 
les passages souvent dangereux du Cattegat et du Sund. Il reçoit des bàtimens de 
1 40 à 1 60 tonneaux ' , qui viennent des ports de la Russie et de la Prusse , et qui 
vont en Angleterre, dans la Méditerranée, à Philadelphie, à la Havane, et même à 
la côte occidentale de l'Afrique. Le tirant d'eau de ces bàtimens n'est que de 
Imit à dix pieds ^. Construits généralement en Hollande ou dans la Baltique, ils 

On a ajouté les initiales des mots Grande et Petite navigation , pour distinguer les canaux que, d'après 
l'usage anglois , on classifie ainsi. Les écluses de la première classe ont au moins 64 pieds de long et 1 4 pieds de 
large; les écluses delà seconde classe ont aussi 64 pieds de long, mais seulement 7 pieds de large. Le point de 
partage du Canal de Monsieur aura 5go pieds au-dessus du niveau du Rhin. 

' De 75 à (jo Last. La capacité des bateaux plats qui naviguent sur les canaux de grande iiavlgation en 
Angleterre, n'est généralement que de 4oà 60 tonneaux. Sur le canal de Languedoc, les plus grands bateaux 
ont 120 tonneaux. Lu plupart des niarcbandises qu'on transporte en Angleterre peuvent se réduire sous un 
petit volume et prendre toutes les formes, comme la houille , le fer et la brique; il n'en est pas de même en 
France des barriques de vin et d'huile. 

^ Les pieds sont toujours de l'ancienne mesure de France , pieds de ivi, dont 6 font i™,94g si le contj-aire 
n'est pas indiqué expressément. 



l32 LIVRE IX. 

ont les varrangues très-plates , et par conséquent une grande capacité sans tirer 
beaucoup d'eau. Le canal Calédonien , non le plus utile , mais certes le plus ma- 
gnifique ouvrage hydraulique entrepris jusqu'à nos jours , est un canal océanique 
dans toute la force du terme. Il réunit, entre Inverness et le fort Williams, la 
mer orientale de l'Ecosse à la mer occidentale , dans une gorge à travers laquelle 
la nature même semble avoir tracé la ligne de jonction. La partie navigable a 
1 7 lieues (de 20 au degré) de long , dont 6 t seulement sont en excavation artifi- 
cielle; le reste forme une navigation naturelle sur les lacs Oich et Lochy , séparés 
jadis par un seuil rocheux. Ce canal a été terminé dans l'espace de 16 ans ; il peut 
donner passage à des frégates de 32 canons et à de forts navires employés par le 
commerce sur des mers lointaines. Sa profondeur moyenne est de 18 pieds 8 pouces 
(61^,09), et sa largeur, à la ligne de fond, de 47 pieds (1 5"", 2). Les écluses, au 
nombre de aS, ont 160 pieds de long sur 87 pieds de large. 

Comme dans les vues pratiques exposées à la fin de ce Chapitre je ne me laisse 
guider que par l'analogie des travaux tpie les hommes ont déjà exécutés, je 
ferai observer d'abord que la largeur des isthmes de Cupica et de Nicaragua , 
dans lesquels l'arrête de partage est d'une hauteur tres-peu considérable, est à 
peu près la même que la largem- du terrain qiie traverse la partie artificielle du canal 
Calédonien. L'isthme de Nicaragua, par la position de son lac intérieur et la com- 
munication de ce lacavec la mer des Antilles au moyen du Rio San Juan, présente 
plusieurs traits de ressemblance avec cette gorge de la Haute-Ecosse , où la rivière 
de Ness forme une communication naturelle entre les lacs des montagnes et le golfe 
de Murray. A Nicaragua comme dans la Haute-Ecosse , il n'y auroit qu'un seuil 
étroit à franchir ; car, si le Rio San Juan ■ , dans une grande partie de son cours, a, 
comme on l'assure , 3o à 4o pieds de profondeur, on n'auroit besoin de le cana- 
liser que partiellement par des barrages ou des tranchées latérales. 

Quant à la profondeur du canal océanique projeté dans l'Amérique cen- 
trale, je pense qu'elle pourroit même être moindre que la profondeur du 

* Ce point , rapproché des coupes de bois de Campéche {cartes de modéra) , avoit attiré l'attention du monde 
commerçant long-temps avant la publication de l'excellent ouvrage sur la Jamaïque, de M. Bryan Edwards 
(Tom. V, p. 2i3). Voyez La Bastide, Mém. sur k passage de la Mer du Sud à la Mer du Nord , ^. 7. La possi- 
bilité du canal de Nicaragua est triple (comme je l'ai exposé dans Y Essai politique) , soit du lac de Nica- 
ragua au golle du Papagayo, soit de ce même lac au golfe deNicoya, soit du lac de Léon, ou Managua, a 
l'embouchure du Rio de ïosta (et non du lac de Léon au golfe de Nicoya , comme le dit le rédacteur d'ad- 
leurs très-instruit de la Biblioteca americana , 1 823 , Agosto, p. 1 20). Existe-t-il une rivière qui va du lac de 
Léon à l'Océan- Pacifique? J'en doute, quoique d'anciennes cartes marquent des communications entre les 
lacs et la mer. {Nouv. Esp., Tom. I, p. i5). La distance de resUcmlté sud-est du lac de Nicaragua au golle 



CHAPITRE XXVI. l33 

canal Calédonien. Tel est le changement que de nouveaux systèmes de com- 
merce et de navigation ont produit depuis quinze ans dans la capacité ou le 
jiorl des vaisseaux employés le plus communément dans les échanges avec Calcutta 
etCanton, qu'en examinant avec attention la liste officielle des bàtimens qui, 
pendant deux ans (de juillet 1821 à juin 1823), ont fait le commerce de Londres 
et de Liverpool avec l'Inde et la Chine, on trouve, sur un total de 2 16 bàtimens, 
deujc tiers au-dessous de 600 tonneaux, un quart entre 900 et 1400 tonneaux, et 
un septième au-dessous de 4oo tonneaux". En France, dans les ports de Bor- 
deaux, de Nantes et du Havre, le tonnage moyen des bàtimens faisant le com- 
merce de l'Inde est de 55o tonneaux. La nature des opérations entreprises avec 
les parages les plus éloignés détermine la capacité des navires qu'on emploie. 
Ainsi, lorsque l'on veut rapporter des indigos du Bengale, il peut paroître suffi- 
sant et quelquefois même préférable d'envoyer un bâtiment de i5o à 200 tonneaux. 
Le système des petites expéditions est surtout suivi aux États-Unis , où l'on sent 
tous les avantages d'un chargement prompt des navires et d'une circulation rapide 
des capitaux. Le port moyen des vaisseaux américains qui vont dans l'Inde autour 
du cap de Bonne-Esperance, ou au Pérou autour du cap de Horn , est de4oo ton- 
neaux. Les baleiniers de la Mer du Sud n'en ont que deux ou trois cents. Dans 
l'Amérique espagnole on emploie, d'après une ancienne habitude, en temps 
de paix, des navires d'un plus fort tonnage. A la Vera-Cruz, par exemple, où 
pendant mon séjour au Mexique entroient 120 à i3o bàtimens venant d'Espagne, 
la capacité de ces bàtimens étoit généralement de 5oo tonneaux. Ce n'est qu'en 
temps de guerre qu'on y fait des expéditions, pour Cadix, de 3 00 tonneaux. 

Ces données prouvent suffisamment que , dans l'état actuel du commerce du 
monde , un canal de j onction , tel qu'on le projette entre l'Océan atlantique et la Mer 
du Sud , est suffisamment grand , si , par l'aire de sa section et la capacité de ses sas 
d'écluses , il peut donner passage à des navires de 3oo à 4oo tonneaux. C'est le /n/m- 
wîiwi de la limite des dimensions que la construction du canal doit atteindre. Cette 
limite suppose, d'après ce que nous avons indiqué plus haut, vme capacité presque 

deNicoya, est très-différemment indiquée (de 25 à 48 milles) dans la carte de l'Amérique méridionale 
d'Arowsmith, et dans la belle carte du Dépôt de Madrid, qui porte le titre : Mar de las Antillas , 1809. La 
largeur de l'isthme entre le rivage oriental du lac de Nicaragua et le golfe du Papagayo est de 4 à 5 lieues 
marines. Le Rio San Juan a trois embouchures dont les deux plus petites s'appellent Taure et Cafio Colo- 
rado. Une des îles du lac de Nicaragua, celle d'Ometep, a un volcan qu'on dit encore enflammé. 

* East India shipping, a return to the Order of the House of Communs , Lond. 1823. J'ai réduit le ton- 
nage anglois au tonnage françois, le dernier étant de 10 p. c. plus foible. 



l34 UVRE IX. 

double de celle du canal du Holstein , mais une capacité moindre que celle du 
canal Calédonien ; le premier recevant des bàtimens de 1 5o à 1 80 tonneaux ; le 
second, des frégates de 82 canons, et des bàtimens de commerce de plus de 5oo ton- 
neaux. Il est vrai que le tonnage ne détermine que d'une manière approximative le 
tirant d'eau d'un navire; car une construction plus ou moins fine altère à la fois 
la marche et le port. On peut admettre ' cependant qu'une profondeur moyenne 
de i5 Ta 17 f pieds suffira pour un canal de jonction destiné à des bàtimens de 
3oo à 4oo tonneaux ; c'est une profondeur moindre de quinze pouces de celle 
que les grands constructeurs , ]\LM. Rennie, Jessop et Telford ont donnée au canal 
Calédonien : elle est double de celle du canal de Forth et Clyde. 

Les ouvrages gigantesques de l'Europe , que nous citons comme exemple , et dont 
la construction n'a pas coûté au-delà de 4 millions de piastres, ont eu tous de petites 
hauteurs à franchir, moins de 90 à 1 00 pieds. Les canaux qui traversent des arrêtes 
de partage de 4oo à 600 pieds , n'ont jusqu'ici que de 4 à 6 pieds de profondeur. Les 
difficultés augmentent naturellement avec l'élévation de l'arrête de partage , avec la 
profondeur des excavations, avec la largeur, et non avec la multiplicité des écluses. 
Il ne s'agit pas seulement de creuser le canal, il faut être sûr que la quantité d'eau 
dérivée des parties supérieures au point de partage soit toujours suffisante 
pour alimenter le canal et pour remplacer ce qui se perd par les éclusées , par 
l'évaporation et les filtrations. Nous avons vu plus haut que les circonstances locales 
dans les isthmes' de Cupica et de Huafacualco sont telles que l'obstacle à vaincre 
pour la jonction des mers est bien moins la hauteur du seuil à franchir par le canal , 
que l'état du lit des rivières (Naipi et Rio del Passo) qu'il faut canaliser^ soit en 
les excavant au moyen de machines à chapelets , dont le moteur est une pompe 
à feu, soit par des barrages ou des dérivations latérales. Dans l'intendance de 
Nicaragua , la grande profondeur du Rio San Juan , et surtout celle du lac de 
Nicaragua [laguna de Granada) qui est, selon M. Robinson, de 17 à 4o, selon 
M. Juarros ' de 20 à 55 pieds , rendront de semblables travaux, sinon superilus, du 

' Je suppose qu'un pied et ilemi d'eau peut suffire sous ia quille d'un bâtiment qui navigue dans un canal 
dont les eaux sont parfaitement tranquilles, et dont le curage est soigneusement entretenu. Malgré les grandes 
différences de constructions qui inlluent, à égale capacité, sur le tirant d'eau d'un bâtiment, on peut admettre 
approximativement les rapports suivans : 

Port. Tirant d'eau. 

1200 à i3oo tonneaux 19 à 20 pieds. 

750 800 17 »8 

5oo Goo «5; 17 

3oo 4oo '4 i6 

200 25o n 12 



CHAPITRE XXVI. l35 

moins peu difficiles. Les montagnes de Panama s'élèvent probablement à la hauteur 
qu'atteignent les bassins de partage du canal du Centre (entre Chàlons etDigoin) , et 
du canal de la Grande Jonction (entre Brendford et Braunston) : il se pourroit même 
(jue les montagnes de l'isthme fussent plus élevées encore, et qu'aucune vallée 
transversale ne les divisât totalement du sud au nord. On n'aura pas sans cloute à 
choisir des sites si peu avantageux , mais nous devons l'aire remarquer que la hau- 
teur du seuil n'entraveroit irrévocablement la jonction des mers cp'autant qu'il 
n'y auroit en même temps pas assez d'eaux supérieures propres à être conduites 
au point de partage. Sept et huit sas accolés dans les canaux de Briare et de Lan- 
guedoc ' , rachetant des chutes de 64 à 70 pieds, ont paru long-temps des travaux 
extraordinaires , malgré la petite dimension des écluses et de la profondeur de ces 
canaux dont la section ne dépasse pas 5 à 6 pieds. \S Escalier de Neptune, 
dans le canal Calédonien, nous offre ces mêmes sas accolés sur une échelle 
tellement agrandie, que des frégates peuvent s'y élever, dans un très-court 
espace de temps , à une liauteur de 60 pieds. Or cet ouvrage ix'a coûté que 
267,000 piasti-es, c'est-à-dire cinq fois moins que trois puits de la mine de Valen- 
ciana au Mexique , et dix Escaliers de Neptune feroient franchir à des navires 
de 5oo tonneaux une arrête de partage de 600 pieds, arrête plus élevée que Ir 
chaîne des Corbières entre la Méditerranée et l'Océan atlantique. Je ne discute ici 
que la possibilité d'exécuter des ouvrages qu'on ne se verra certainement pas 
obligé d'entreprendre. 

La dépense d'eau pour alimenter un canal augmente avec les filtrations , avec la 
fréquence des passages dont dépend la perte des éclusées ', et avec la grandeur des 
chambres d'écluse , mais non avec leur nombre. Sous les tropiques , la facilité de 
réunir une énorme masse d'eau pluviale dans des réservoirs est au-delà de tout ce que 
peuvent imaginer les ingénieurs d'Europe. Lorsque Louis XIV voulut embellir les 
jardins de Versailles, on fit espérer à Colbert que les pluies fourniroient , sur une 
surface de 12,700 hectares de plaines qui commun iquoient avec des étangs et des 

Dans une nialière qui intéresse tous les l)ommes capables Je réflécliir sur les destinées futures îles peuples 
et les progrès de la civilisation générale, j'ai cru devoir rappeler les données principales dont dépend la solution 
pratique du problème. Le canal de Crinan, en Ecosse, a aussi de ii à i4 pieds de profondeur sur 3 lieues 
de long. 

' Près de Rogny et de Fonseranne. 

^ L'ccliisi^e est le volume d'eau qu'il faut introduire dans un sas pour faire monter ou descendre les bateaux 
dans un canal au poiut de partage. 



l36 LIVREIX. 

retenues, 9 millions de toises cubes d'eau ' . Or les pluies, dans les environs de Paris , 
ne donnent annuellement que 19 à 20 pouces, tandis que sous la zone torride du 
Nouveau-Monde, surtout dans la région des forets, elles donnent, pour le moins, 
de 1 00 à 112 pouces ' . Cette prodigieuse différence fait voir comment , par la réunion 
des sources, par des rigoles nourricières et des réservoirs bien établis, un ingénieur 
habile pourra tirer parti , dans l'Amérique centrale , de circonstances purement 
climatériques. Malgré la haute température de l'air, les pertes causées par l'éva- 
poration ne balanceront guère, dans des bassins très - profonds , les avantages 
des pluies tropicales. Les belles expériences faites aux marais Pontins par M. de 
Prony, et au canal du Languedoc par MM. Pin et Clausade^, indiquent, par les 
latitudes de4i°et43°T, im produit d'évaporation annuelle de 348 lignes. Les 
expériences que j'ai faites sous les tropiques ne sont pas assez nombreuses pour 
en tirer un résultat général ; mais , en supposant l'atmosphère également calme dans 
le midi de la France et sous la zone torride , la chaleur moyenne de l'année de 
i5° et de 27° cent, et l'humidité apparente moyenne en degrés de l'hygromètre à 
cheveux 82° et 86°, je trouve, avec M. Gay-Lussac, que l'évaporation des deux 
zones est dans le rapport de i à i ,6 , tandis que les quantités d'eau de pluie qu'y 
reçoit la terre , sont comme i : 4» H faut d'ailleurs ne pas oublier que les canaux 

1 On ne put recueillir malheureusement que ^h'i k reste se perdit par des filtrations, et l'on fut obligé de 
construire la machine de Marly. Htieme de Pommeuse , sur les canaux navigables. Supplément, p. 45. 

* Voyez plus haut, Tom. II, p. 4i7, 465, G6o. Même à Kendal, dans la partie occidentale de l'Angleterre, 
la quantité moyenne d'eau qui tombe annuellement, est de 5; pouces; à Bombay, elle est de 72 à 106 pouces ; 
à Saint-Domingue, elle est de 1 13 pouces. M. Antonio Bernardino Pereira Lago, colonel d'infanterie du 
corps des ingénieurs, assure avoir trouvé, dans la seule année 1821^ à San Luis do Maranhao (lat. 2" 29' 
austr.). 23 pieds 4 pouces et 9,7 lignes, mesure angloise, ce qui fait près de 260 pouces françois. On est 
porté i révoquer en doute cette prodigieuse quantité d'eau ; cependant je possède les observations de baromètre, 
thermomètre et ombromètre que M. Pereira Lago assure avoir faites, jour par jour, à trois différentes 
époques. Ces observations brésiliennes sont publiées dans le 16' volume des Annaes das Sciencias, das Arles 
e das Letras , p. 54-/9 ; et l'observateur, en décrivant les instrumens qu'il a employés , dit tout exprès , dans le 
resumo das observaçoes meteorotogicas , que le plateau sur lequel tomboit l'eau de pluie avoit exactement le 
même diamètre que le cylindre dans lequel se trouvolt l'échelle. Ce diamètre n'étoit que de 6 pouces 
(anglois). Je désire que cette observation importante puisse être vérifiée à Maranhao et dans d'auti-es 
parties des tropiques, où les pluies sont très-abondantes; par exemple, au Rio Negro, au Choco, et dans 
l'bthme de Panama. La quantité indiquée par M. Pereira Lago esta} fois plus grande que celle que l'on a 
observée, terme moyen, à l'île Saint-Domingue; mais la quantité d'eau qui tombe sur la côte occidentale 
de l'Angleterre excède aussi trois fois celle que l'on recueille annuellement à Paris. Il existe des dilférences 
très-considérables sous des latitudes très-rapprochées. Le capitaine Roussin rapporte qu'à Cayenne il est 
tombé, dans le seul mois de février, i5i pouces d'eau de pluie ! {Arago dans CAnn. du Bur. des Long., iSai. 
p. i65 ; Prony, sur les Marais Pont. , p. 33 , 1 10, 1 16. ) 

^ Ducros, Mémoires sur les quantités d'eau qu^exigent les canaux de navigation, 1800, n° 2, p. 4i. 



CHAPITRE XXVI. l3n 

ne perdent , par l'évaporation , qu'en raison de leur propre surface , tandis qu'ils 
recueillent les eaux qui tombent sur la vaste étendue des terrains qui les avoi- 
sinent. Dans le volume d'eau qu'exigent les ouvrages hydrauliques, on doit 
distinguer entre celui qui dépend de la capacité du canal entier, c'est-à-dire 
de sa longueur et de sa section , et celui qui est déterminé par les éclusées , 
c'est-à-dire par le prisme de remplissage ' d'une seule écluse ou par la quantité 
d'eau qui descend du bief supérieur dans le bief inférieur chaque fois qu'un 
bâtiment passe par une écluse. Ces deux volumes d'eau éprouvent les pertes 
de l'évaporation et de la filtration , dont la dernière , très-difficile à évaluer, 
diminue avec le temps. La longueur et la profondeur qu'il faudroit donner au 
canal océanique dans le Nouveau-Monde, influent par conséquent sur le 
volume d'eau nécessaire pour le remplir au commencement lorsque les excava- 
tions viennent d'être terminées, ou après le chômage lorsque des réparations 
sont nécessaires : mais la quantité d'eau qui doit alimenter annuellement le 
canal ne dépend , en faisant abstraction des pertes causées par les filtrations 
et par l'évaporation , que du volume et du nombre des éclusées , c'est-à-dire de la 
grandeur au prisme de remplissage d'une écluse et de l'activité de la navigation. 
J'insiste sur ces considérations techniques pour éloigner la crainte que l'on 
pourroit manquer du volume d'eau nécessaire pour alimenter un canal océa- 
nique d'une longueur considéiable. Si cet ouvrage devoit servir en même 
temps pour de petits bateaux destinés au commerce intérieur, on pourroit ajouter, 
pour l'économie des eaux, aux grands sas , des écluses de moindres dimensions, 
comme cela a été pratiqué au canal de la Grande-Jonction , et comme on en a 
eu pendant quelque temps le projet au canal Calédonien ^. 

' Dans les sas accolés il feut y ajouter le prisme de flottaison, ou le volume d'eau dans lequel le navire est 
flottant ou suspendu lors de son passage d'une écluse à l'autre. La consommation d'eau est plus grande dans le 
cas de la montée que de la descente , et la distribution des chutes ou la hauteur des biefs successifs influe puis- 
samment sur la dépense d'eau d'un canal [Ducros, Mémoires sur la dépense des eaucc, p. Sg. Prony dans l'ouvrage 
de M. de Pommcuse, p. tS. Girard, dans les Annalesde Physique et de Chimie, 1823, Tom. XXIV, p. 13/.) 

^ La capacité du canal du Languedoc, ou le volume d'eau nécessaire pour remplir le canal entier, est, 
d'après les calculs de M Clauzade, de 7 millions de mètres cubes. La dépense annuelle des éclusées, pour 
960 doubles passages de bateaux, est de i4 millions m. c. Cette dépense, causée par des écluses un peu 
trop grandes et par une navigation très-active en petits bateaux, est à la capacité du canal comme 2:1. 
11 faut annuellement 3 î millions m. c pour rétablir les eaux après le chômage jusqu'à la prise de 
Fresquel, et cette quantité d'eau est fournie en 9 jours par le bassin supérieur ou la source artificielle. 
( Andreossy , p. a56. Ponnncuse, p. 258 et 265). Le produit de l'évaporation est évalué dans le canal, Icj 
réservoirs et les rigoles ; pendant les 32o jours de navigalioo, de 1,900,000 m. c. {Ducros, Mém., p. 4i). En 

Relation historique , Tom, III. 18 



l58 LIVRE IX. 

11 paroît assez proljable que c'est à la province de Nicaragua qu'on s'arrêtera 
pour le grand ouvrage de la jonction des deux Océans , et dans ce cas il ne 
sera pas difficile de former une ligne constamment navigable. L'istlime à 
franchir n'a que 5 à 6 lieues marines : on fa trouvé hérissé de quelques collines 
là où il est le plus étroit entre la rive occidentale du lac de Nicaragua er le 
golfe du Papagayo j mais il est formé de savanes et de plaines non interrompues 
qui offrent un excellent chemin pour des voitures ' {camino caretero) entre la ville 
de Léon et la côte de Realexo. Le lac de Nicaragua est élevé au-dessus de la Mer 
du Sud de toute la chute que présente le Rio San Juan sur une longueur de 
3o lieues : aussi l'élévation de ce bassin est si bien connue dans le pays , qu'on 
l'a regardée jadis comme un obstacle invincible à fexécution du projet d'un canal. 
On craiguoit, soit un déversement impétueux vers l'ouest, soit une diminution 
des eaux dans le Rio San Juan qui, dans le temps des sécheresses, offre, 
au-dessus de l'ancien Castillo de San Carlos ^, des rapides assez dangereux. L'art de 
l'ingénieur-constructeur est asse^, perfectionné de nos jours pour ne pas être 
effrayé de semblables dangers. Le lac de Nicaragua pourra servir de bassin supérieur 
comme le lac Oich dans le canal Calédonien, et des écluses régulatrices ne 
feront passer dans le canal qu'autant d'eau qu'il en faut pour l'alimenter. La 
petite différence de niveau entre la mer des Antilles et fOcéan-Pacifique ne 
tient, comme je fai fait voir ailleurs, qu'à la hauteur inégale des marées. 

comparant le canal Calédonien au canal de Languedoc , je trouve les aires des sections comme 5 à i ; les Ion- 
eueurs des parties creusées en canal (en excluant la ligne navigalile des lacs d'Ecosse), comme i : 6ï. Il résulte 
de ces données que les capacités des deus. canaux , dont l'un porte des Ijalcaux ;i plates varrangucs, du port de 
100 à I20 tonneaux, l'autre en frégates de 32 canons, sont presque les mêmes; ladiOërencc dans la dépense 
d'eau en éclusécs provient de la grandeur des primes de remplissage et de flottaison. Les sas ont , au canal 
Calédonien, 3; pieds de largeur entre les portes, et 160 pieds de longueur; dans le caoal du Languedoc, 
."51 pieds de largeur au milieu, 20 pieds entre les portes, et 127 pieds de longueur. Nous avons vu plus haut 
que les dimensions du canal de jonction en Amérique peuvent être moindres que celle du grand canal d'Ecosse. 

• C'est la grande roule par laquelle on envoie les marchandises de Guatimala à Léon en déharquant, dans le 
golfe de Fonseca ou Amapala, au port de Conchagua. 

* Ce fortin, pris par les Anglois en i665, est appelé vulgairement El Castillo del Rio San Juan. Il se 
trouvoit, selon M. Juarros , à 10 lieues de distance de l'extrémité orientale de la laguna de Nicaragua. Un autre 
fortiu a été construit en 167 1, sur un rocher à l'embouchure du fleuve. On le désigne sous le nom de Pre- 
sidio del Rio de San Juan. Déjà, au i6* siècle, le Desagtiadero de las Lagums avoit fixé l'alleution du gouver- 
nement espagnol, ([ui ordonna à Diego Lopez Salcedo de fonder, près de la rive gauche du Desagtiadero, ou 
Rio San Juan, la ville de Nueva Jaen; mais elle fut bientôt abandonnée, de même que la ville de Bruxelles 
( Bmselas) , près du golfe de Nicoya. Les bords du Rio San Juan sont très-mal sains dans leur état actuel 
d'inculture. 



CHAPITRE XXVI. iSq 

Une différence semblable s'observe entre les deux mers que réunit le grand canal 
d'Ecosse ; et , fùt-elle même de six toises et permanente comme celle de la Médi- 
terranée et de la Mer Rouge ' , elle n'en favoriseroit pas moins l'établissement 
d'une jonction océanique. Les vents soufflent assez fort sur le lac de Nicaragua 
pour n'avoir pas besoin de remorquer , ])ar le moyen des bateaux à vapeur , les 
navires qui doivent passer d'une mer à l'autre ; mais l'emploi de la force motrice 
des vapeurs seroit de la plus grande utilité dans les trajets de Realexo et de 
Panama à Guayaquil, où , pendant les mois d'août, de septembre et d'octobre, 
les calmes alternent avec des vents qui soufflent dans une direction contraire. 

En exposant mes idées sur la jonction des deux mers , je n'ai compté , pour 
l'exécution d'un si vaste projet, que sur les moyens les plus simples. Des 
pompes à feu alimentant des bassins de partage , des percemens souterrains 
( tonnelles ) , comme on les a proposés dans la partie montagneuse de l'isthme 
de Panama , et comme le canal de Saint-Quentin en offre de plus de 2900 toises 
de longueur ' , appartiennent de préférence aux lignes de navigation inté- 
rieure. Il m'a suffi de démontrer la possibilité d'un canal océanique dans 
l'Amérique centrale j quant au devis des frais de construction pour les terrasse- 
mens (déblais et remblais) , pour les écluses , les bassins et les rigoles nourri- 
cières, ces objets dépendent du choix des localités. Le canal Calédonien, l'ouvrage 
le plus admirable exécuté jusqu'à ce jour, a coûté près de 3,900000 piastres : 
c'est encore 2,700000 piastres de moins que le canal de Languedoc "^, 
en réduisant le marc d'argent au cours actuel de la monnoie. L'aperçu de la 
dépense générale des travaux du canal de Suez, projeté par M. Le Père à 
l'époque de l'expédition de Bonaparte en Egypte , s'éleva à 5 ou 6 millions 
de piastres , dont un tiers auroit appartenu aux canaux subsidiaires du Caire et 



* Les anciens même ne craignoient pas la différence de niveau entre la Mer Rouge et la branche pélusiaque 
du Nil, quoiqu'ils ue connoissoient pas le sjstème des écluses, et qu'ils savoient tout au plus bouclier leurs 
etiripes par des poutrelles. 

* Cette tomielle a 1 5 pieds de largeur. D'après le projet de M. Laurent, le canal souterrain auroit eu , sans 
interruption , 7000 toises (presque 3 lieues) de long , 21 pieds de large et 24 pieds de haut Sa longueur auroit 
surpassé d'un sixième celle de la fameuse galerie des mines de Clausthal (le Georg-StoUen) au Harz. Pour 
rappeler ce que les hommes peuvent faire dans ce genre de travaux souterrains , je citerai encore les deux 
grandes galeries d'écoulement du district des mines de Freiberg en Saxe, dont l'un a 29,504 toises, l'autre 
32,433 toises Si cette dernière étoit percée dans une même direction, elle franchiroit un espace presque 
double de la largeur du Pas-de-Calais. 

^ Pommetise , p. 3o8. L'entretien du canal a coûté, en outre, de 1686 à 1791 , la somme de 25,670000 fr. 
( Voyez le savant ouvrage du général Andreossy, Histoire du Canal du Midi , p. 345. ) 



l4o LIVRE IX. 

d'Alexandrie. L'isthme de Suez , en comptant la partie cpii n'a jamais été atteinte 
par les marées, a 59,000 toises ( plus de 20 lieues marines) de largeur , et le canal 
projeté avec 4 sas d'écluses ' auroit pu recevoir , pendant plusieurs mois de l'année 
{ aussi long-temps que durent les crues du INil ) , des bàtimens dont le 
tirant d'eau est de 1 2 à 1 5 pieds. Or , en supposant même que le canal de la 
jonction des mers dans le Nouveau-Monde causât une dépense égale à celle 
des canaux de Languedoc , de la Haute-Écosse et de Suez , je ne pense 
pas que cette considération pourroit retarder l'exécution d'un si grand ouvrage. 
Déjà le Nouveau-Monde offire plusieurs exemples de travaux également consi- 
dérables. Le seul état de New- York a fait creuser, dans l'espace de 6 ans, entre 
le lac Erié et la rivière de Hudson, un canal de plus de 100 lieues de long, 
dont les dépenses ont été évaluées, dans im rapport adressé à la législature 
provinciale , a près de 5 millions de piastres '\ Lorsqu'on embrasse d'un coup 
d'œil les ouvrages gigantesques , mais peu dignes d'éloges , qui ont été exécutés 
depuis deux siècles pour diminuer l'eau des lacs que renferme la vallée de 
Mexico , on conçoit qu'avec le même travail on auroit pu couper les isthmes de 
Nicaragua et de Huasacualco , peut-être même celui de Panama , entre la Gor- 
gona (sur le Rio Chagre) elles côtes de la mer du Sud. L'année 1607, un 

' Description de l'Egypte ( État moderne) , 1808 , Tom. I, 5o , 60, 8 1 , 1 1 1 . L'ancien canal de qui réunissoit 
la Mer Rouge au Nil ( Canal des Rois ) , navigable , sinon sous les Ptolémées, du moins sous les Khalifes, n'étoit 
qu'une dérivation de la branche pélusiaque, près de Bubaste; il avolt un développement de 25 lieues. Sa 
profondeur suffisoit pour des navires d'un grand port et qui pouvoient naviguer sur la mer ; elle paroît avoir 
été au moins de 12 à i5 pieds. 

* Warden. Dcscript. des Etats-Unis, Tom. II, p. 197. Morse, Modem. Géogr., 1 823, p. 1 22. Ce canal , d'une 
longueur de 294,590 toises, n'a que 4 pieds de profondeur (î de celle du canal du Languedoc, dont la 
longueur est de la moitié plus petite). Le lac Erié est élevé de 88 toises au-dessus des eaux moyennes de la rivière 
de Hudson. Les bateau-s descendent d'.ibord uniformément, par 25 écluses, de Buffalo sur le lac Erié à Monle- 
zuma sur la rivière Seneca (en passant par Palmyre et Lyon ) sur une longueur de 166 milles anglois , 
3o toises de chute perpendiculaire; puis ils remontent 8 toises de Monlezuma à Rome, sur le Mohawk, pen- 
dant 77 milles; enfin, ils descendent de nouveau, sans discontinuer, G6 toises, au moyen de 46 écluses, 
par une longueur de ii3 milles, de Rome à Albany, sur la rivière de Hudson, en passant par Utica. La 
descente totale est, par conséquent, de g toises moindre que la descente des bateaux depuis le bassin de par- 
tage du canal de Languedoc jusqu'à la Méditerranée. Je rappellerai, à cette occasion , qu'elle est le maximum 
de la pente que j'ai remontée sur une ligne jiavigable naturelle, dans le lit d'une des plus grandes rivières de 
l'Amérique méridionale, dépourvue de cataractes et de rapides. On arrive à la rame par le Rio Magdalena, 
de Carthagène des Indes à Honda, après avoir vaincu une chute totale de i35 toises : c'est la moitié de 
plus que la chute du lac Erié à la rivière de Hudson ; mais le Rio Magdalena ofiFre une ligne navigable , qui 
est d'un tiers plus longue. En réfléchissant sur le peu de pente qu'a le fleuve entre Morales et son embou- 
chure, on conçoit que sans écluses on panieudroit en bateau par une ligne navigable naturelle de 80 lieues 
de long, sur un plateau de 100 toises, ce qui donne o',43 de chute par 1000 toises de cours d'eau. 



CHAPITRE XXVI. l4l 

canal souterrain de 34go toises de long et de 12 pieds de hauteur fut creusé 
au nord de Mexico sur le revers de la colline de Nochistongo. Le vice-roi, marquis 
de Salinas, en parcourut la moitié à cheval. La tranchée à ciel ouvert ( tajo de 
Huehuetoca) , qui conduit aujourd'hui les eaux hors de la vallée, a 10,600 toises 
de long : une partie considérable en est creusée dans un terrain de transport. La 
tranchée a i4o et 180 pieds de profondeur perpendiculaire, et, vers le haut, une 
largeur de aSo à 33o pieds. Les frais de tous ouvrages hydrauliques ' du Desasue 
de Mexico se gont élevés , depuis l'année 1 607 jusqu'au moment où je l'ai visité , en 
janvier i8o4, à la somme de 6,200000 piastres. Comment pourroit-on craindre 
d'ailleurs qu'on ne réuniroit pas l'argent nécessaire pour ouvrir un canal océanique , 
si l'on se rappelle que la seule famille du comte de la Valenciana a eu le courage de 
creuser, à Guanaxuato , quatre puits ^ qui ont coûté ensemble 2,200000 piastres. 
En supposant même que , pendant un certain nombre d'années , les dépenses 
annuelles de la coupure de l'isthme atteignoient sept ou huit cent mille piastres 
cette somme seroit facilement supportée, soit par des actionnaires , soit par les 
différens états de l'Amérique dont le commerce retireroit des avantages inappré- 
ciables de l'ouverture d'ime roule nouvelle vers le nord du Pérou , vers les côtes 
occidentales de Quito , de Guatimala et du Mexique , vers Nutka , les îles Phi- 
lippines et la Chine. 

Quant au mode d'exécution sur lequel j'ai été récemment consulté par des 
personnes éclairées qui appartiennent aux nouveaux gouvernemens de l'Amé- 
rique équinoxiale, je pense qu'une association par actions ne devroit être formée 
que lorsque la possibilité d'vm canal océanique propre à recevoir des bâtimens 
de trois à quatre cents tonneaux aura été prouvée entre les 7° et 18° de latitude 
et que l'on aura reconnu le terrain dans lequel on veut se fixer. Je m'abstiendrai 
de discuter la question de savoir si ce terrain « doit former une république à 
part sous le nom de Jonctiana , dépendant de la confédération des États-Unis,» 
comme l'a récemment proposé , en Angleterre , un homme dont les intentions 
sont toujours les plus louables et les plus désintéressées. Quel que soit le gou- 
vernement qui réclame le sol dans lequel la grande jonction des mers sera 
établie, la jouissance de cet ouvrage hydraulique doit appartenir à toutes les 

' J'ai donné l'histoire détaillée de ses ouvrages d'après des documens manuscrits officiels dans non Essai 
polit, Tom. I, p. 2o4-235. 

^ Tiro npjo, Sanlo Christo de Burgos, Tiro de Gnadalupe , et Tin gênerai , dont les profondeurs sont C97, 
46o ; io6i et 1 582 pieds (ancienne mesure de France). Voyez l. c, Tom. Il , p. 53o. 



l42 LIVRE IX. 

nations des deux mondes qui auront contribué à son exécution par Tachât 
des actions. Les gouvernemens locaux de l'Amérique espagnole pourront 
ordonner la reconnoissance des lieux , le nivellement de l'arrête de partage , la 
mesure des distances, le sondage des lacs et des rivières qu'il faudroit tra- 
verser, l'évaluation des eaux de sources et de pluie propres à alimenter le 
bassin supérieur. Ces travaux préalables n'exigeront que peu de frais, mais il 
faudroit les exécuter selon un plan uniforme aux isthmes de Tehuantepec ou 
Goazacoalcos , de Nicaragua , de Panama , de Cupica ou du Darien et de la 
Raspadura ou du Choco. Quand les plans et les profils des cinq terrains pourront 
être mis sous les yeux du public, la persuasion de la possibilité d'une jonction 
océanique deviendra plus générale dans les deux continens ; elle facilitera la for- 
mation d'une compagnie par actions. Une discussion libre éclaircira les avantages 
et les désavantages de chaque localité , et bientôt on ne s'arrêtera qu'à deux points 
ou à un seul. La compagnie de jonction fera soumettre à un second examen 
plus rigoureux encore les circonstances locales 5 on évaluera les frais, et l'exé- 
cution de cet important ouvrage sera confié à des ingénieurs qui ont pratique- 
ment concouru à l'exécution de semblables travaux en Europe. 

Comme il ne paroît pas douteux que dans le cas de l'impossibilité d'un 
canal océanique on puisse, au plus grand avantage des actionnaires, dans 
quelques-uns des cinq points que nous venons de nommer, creuser des 
canaux en petite section pour faciliter le commerce intérieur , il seroit 
utile peut-être que la première reconnoissance même se fit aux frais d'une 
association. Un vaisseau transporteroit successivement les ingénieurs et les ins- 
trumens aux bouches de l'Atrato , au Rio Chagre et à la baie de Mandinga , 
au Rio San Juan et au lac de Nicaragua, à l'isthme de Huasacualco ou de 
Tehuantepec. La célérité des opérations et l'appréciation des avantages qu'offrent 
les divers sites dont on se propose de faire la comparaison , gagneroient à im mode 
de nivellement plus uniforme- et Y association de première reconnoissance^ 
après avoir fixé le lieu qui doit être préféré et la grandeur de l'ouvrage , selon 
le tonnage des vaisseaux ou des bateaux à employer, feroit un appel au public 
pour agrandir son fond et pour se constituer en une association d'exécution , 
soit, comme on doit l'espérer, pour un canal de navigation océanique , soit 
pour des canaux ou lignes de petite navigation. En adoptant le mode d'exécu- 
tion que je viens d'exposer , on pourra satisfaire à tout ce que prescrit la prudence 
dans une affaire qui intéresse le commerce des deux mondes. La compagnie de 
jonction trouvera des actionnaires parmi ceux des gouvernemens et des citoyens 



CHAPITRE XXVr. 143 

<]ui , insensibles à 1 apàt du gain , et cédant à de plus nobles impulsions , s'enoi-- 
gueilliront de l'idée d'avoir contribué à une œuvre digne de la civilisation mo- 
derne. D'ailleurs, et il est prudent de le rappeler ici, l'apàt du gain même, base 
fondamentale de toutes les spéculations financières , n'est point illusoire dans l'en- 
treprise dont j'embrasse la défense avec chaleur. Les dividendes des compagnies 
qui ont obtenu en Angleterre la concession d'ouvrir des canaux prouvent 
l'utilité de ces entreprises, pour les actionnaires. Dans un canal de jonctiondes mers, 
les droits de tonnage peuvent être d'autant plus considérables que les navires qui 
veulent profiter du nouveau passage pour aller soit à Guayaqull et à Lima , soit à 
la pêche du cachalot, soit à la côte nord-ouest de l'Amérique et à Canton, raccour- 
cissent leur chemin et évitent les hautes latitudes australes souvent dangereuses 
dans la mauvaise saison. L'activité du passage augmenteroit à mesure que le 
commerce se familiariseroit davantage avec la nouvelle route d'un Océan à 
l'autre. Dans le cas même que les dividendes ne seroient pas assez considérables , 
et que les capitaux placés dans cette entreprise ne porteroient pas les intérêts 
qu'offrent les nombreux emprunts des gouvernemens , depuis la côte des 
Indiens Mosquitos jusqu'aux derniers confins de l'Europe, il seroit de l'intérêt 
des grands états de l'Amérique espagnole de soutenir cette entreprise. C'est 
mettre en oul^li ce que l'expérience et l'économie politique enseignent depuis 
des siècles que de restreindre l'utilité des canaux et des grandes routes aux 
droits que paye le transport des marchandises , et de ne compter pour rien l'in- 
fluence qu'exercent les canaux sur l'industrie et la prospérité nationale '. 

Lorsqu'on étudie attentivement l'histoire du commerce des peuples , on 
observe que la direction des communications avec l'Inde n'a pas uniquement 
changé selon les progrès des connoissances géograplùques ou selon le perfec- 
tionnement de l'art du navigateur ; mais que le déplacement de la civilisation du 
monde y a aussi puissamment influé. Depuis l'ère des Phéniciens jusqu'à l'ère 
de l'empire britannique , l'activité du commerce s'est portée progressivement de 
l'est à l'ouest , des côtes orientales de la Méditerranée à l'extrémité occidentale 
de l'Europe. Si ce déplacement continue vers l'ouest, comme tout porte à le 
présumer, la question sur la préférence accordée à la route de l'Inde autour de 
l'extrémité australe de l'Afrique ne sera plus telle qu'elle se présente aujourd'hui. Le 

' C'est sous le rapport de cette influence bienfaisante qu'il faut apprécier les travaux, peut-être trop dis- 
pendieux du canal de Languedoc, qui a coûté 33 millions de francs ^ et qui ne rapporte annuellement, sur 
un revenu brut de i ' millions, que 800,000 francs. C'est à peine 2 1 pour cent du capital. Tel est aussi le 
produit net du canal du Centre. 



l44 LIVRE IX. 

canal de Nicaragua offre d'autres avantages aux navires qui sortent de l'embou- 
chure du Mississipi qu'à ceux qui prennent leur chargement aux bords de 
la Tamise. En comparant les différentes routes autour du cap de Bonne- 
Espérance, autour du cap de Horn ou à travers une coupure de l'isthme 
dans l'Amérique centrale , il faut distinguer soigneusement entre les objets du 
commerce et les peuples qui y prennent part. Le problême des routes se présente 
d'une manière toute différente à un négociant auglois ou à un négociant anglo- 
américain; de même ce problême important est autrement résolu par ceux qui 
font le commerce direct avec le Chili , avec l'Inde et la Chine ou par ceux dont 
les spéculations sont dirigées , soit vers le Pérou septentrional et les côtes occi- 
dentales de Guatimala et du Mexique , soit vers la Chine , après avoir visité 
la côte nord-ouest de l'Amérique , soit vers la pêche du Cachalot dans l'Océan- 
Pacifique. Ce sont ces trois derniers objets de la navigation des peuples de l'Eu- 
rope et des Etats-Unis que la coupure d'un isthme américain favoriseroit le 
plus indubitablement. Il y a ' de Boston à Nutka , ancien centre du commerce 
des fourrures de loutre sur la côte nord-ouest de l'Amérique , à travers le canal 
projeté de Nicaragua, 2100 lieues marines; le même voyage est de Saoo lieues, 
si l'on fait , comme c'est le cas jusqu'ici , le tour du cap de Horn. Ces distances 
sont , pour un vaisseau qui part de Londres , ou de 3ooo ou de 5ooo lieues. 
Il résulte de ces données un raccourcissement de route, pour les Américains 
des États-Unis, de 3 100 lieues; pour les Anglois, de 2000 lieues, sans mettre en 
ligne de compte la chance des vents contraires et les dangers de la navigation si 
différens dans les deux voies que nous mettons en parallèle. La comparaison est 
beaucoup moins favorable pour la navigation à travers l'Amérique centrale, 
sous le rapport du chemin et du temps, lorsqu'il s'agit d'un commerce direct 
avec l'Inde et la Chine. Les vaisseaux parcourent ordinairement autour du cap de 
Bonne-Espérance , de Londres à Canton , en coupant deux fois l'équateur , 
4400, de Boston à Canton, 4^00 lieues; si le canal de Nicaragua étoit creusé, 
ces longueurs de route seroient de 4800 et 4200 lieues marines '\ Or, dans l'état 
actuel du perfectionnement de la navigation, la durée ordinaire d'un voyage 

' Dans ces évaluations de distance, j'ai calculé, conjointement avec M. Beautemps-Beaupré (ingénieur 
géographe en chef de la marine royale) des routes à peu près directes. Cela suffisoit pour obtenir des nombres 
comparatifs. Si l'on désire des dbtances itinéraires, il faudroit augmenter les routes , selon la contrariété des 
vents et des courans, de 7 ou î. 

^ De Londres k Canton , par le cap de Horn , il y a 58oo lieues , ou 1 4oo lieues de plus qu'autour du cap de 
Boace- Espérance ; de Boston à Canton, par le cap de Horn , il y a 5goo lieues. 



CHAPITRE XXVI. l45 

des États-Unis, ou d'Angleterre en Chine, autour de rextrémité de l'Afrique, 
est de I20 à i3o jours '. En basant les calculs sur l'analogie des voyages de 
Boston et de Liverpool à la côte des Indiens Mosquitos , et d'Acapulco à Ma- 
nille^, on trouve io5 à ii5 jours pour le voyage des États-Unis ou de 
l'Angleterre à Canton, en restant dans l'hémisphère boréal, sans jamais couper 
l'équateur, c'est-à-dire en profilant du canal de Nicaragua et de la constance 
des vents alises dans la partie la plus paisible du Grand-Océan '^. La différence 
de temps seroit donc à peine d'un sixième; on ne pourrolt revenir par la même 
route , mais en allant la navigation seroit plus sûre dans toutes les saisons. 
Je pense qu'une nation qui a de beaux établissemens à l'extrémité de l'Afrique 
et à l'Ile-de-France , préféreroit assez généralement la route de l'ouest à l'est. 
Les principaux et véritables objets de la coupure de l'isthme sont la prompte com- 
munication avec les côtes occidentales "^ de l'Amérique, le voyage de la Havane 
et des États-Unis à Manille , les expéditions faites d'Angleterre et du Massachusets 

' On a eu h. Boston de rares exemples de 98 jours. ïf'ardcn, Descript. des Etats- Unis , Tom. V, p. 696. 

^ Le Galion met 4o à fio jours. Voyez mon Essai polit., Tom. II, p. 720, et Tuckei/, Maritime Geogr.^ 
Tom. III, p. 497. 

2 Dans ces évaluations du temps , on n'a pas compté sur l'emploi de la force de la vapeur. Les ingénieurs 
françois qui ont fait le devis des frais du canal de Suez, admettent, dans leur parallèle entre la navigation des 
côtes de France dans Tlnde à travers le canal projeté, cl la route autour du cap de Bonne-Espérance, que 
l'on gagne, par la première voie, la moitié de la distance et h ou i du temps. Descript. de l'Egypte [Etat 
moderne) , Tom. I , p. 1 1 1 . Il seroit à désirer que l'on calculât avec précision la durée moyenne des traversées 
de Londres à Calcutta et à Canton, de Liverpool à Buenos-Ayres et à Lima (et vice versa), en prenant un 
assez grand nombre d'années et de vaisseaux pour que les influences des saisons, des vents, des courans , de 
la construction des bâtimens et des erreurs du pilotage pussent disparoître dans les moyennes totales. Cette 
durée des traversées est un des élémens les plus importans du mouvement des peuples commerçans, mou- 
vement vital que l'on voit s'accroître de siècle en siècle avec le perfectionnement de l'art de la navigation. 

* Il faut excepter cependant les côtes du Pérou, au sud de Lima , et celles du Cbili, lelong desquelles on re- 
monte très-difficilement du nord au sud. On iroit plus rapidement d'Europe à Valparaiso et à Arica, par le cap 
de Horn , que par le canal de Nicaragua. Le canal ne sera avantageux pour le commerce des côtes occidentales 
au sud de Lima que lorsque le cabotage se fera par des bateaux à vapeur. Dans son état actuel, le commerce 
de l'Amérique du nord avec la Chine se fait de trois manières: 1° les batimeus des États-Unis chargés de piastres 
vont directement de New- York ou de Boston à Canton, par le cap de Bonne-Espérance, pour y acheter du 
thé , du nankin , des soieries , des porcelaines , etc.; ils reviennent par la même route ; 2° les bâtimens sont 
expédiés autour du cap de Ilorn , soit pour la pêche des phoques et des cacbalots dans l'Océan-Pacilique, soit 
pour visiter la côte nord-ouest de l'Amérique : s'ils n'ont pas acquis assez de fourrures , ils prennent du bois de 
sandalou de l'ébène, dans la Polynésie ; ils portent ces productions à Canton, et reviennent par ie cap de Bonne- 
Espérance ; 3° d'autres bâtimens font un commerce d'interlope de plusieurs années en visitant successivement 
Madère, le cap de Bonne-Espérance et l'Ile-de-France, ou la Nouvelle-Galles méridionale, quelques porU 
de l'Amérique du Sud et les îles de l'Océan- Pacifique : ils doublent, en allant , tantôt le cap de Bonne-Espé- 

Relalioii hislorlque , Tom. III. '9 



l46 LIVRE IX. 

à la cùle des fourrures (côte nord-ouest) ou aux iles de TOcéan-Pacifique pour 
visiter plus tard les marchés de Canton et de RIacao. 

Je joindrai à ces considérations commerciales cpielques vues politiques 
sur les eflets qiie peut produire la jonction projetée des mers. Tel est l'état de 
la civilisation moderne , que le commerce du monde ne peut subir de grands 
changemens sans que l'organisation des sociétés ne s'en ressente. Si l'on parvient 
à couper l'isthme qui réunit les deux Amériques, l'Asie orientale, aujourd'hui 
isolée et inattaquable , entrera malgré elle dans des rapports plus intimes avec les 
j)eu[)les de race européenne qui habitent les rives de l'Atlantique. On diroit 
que cette langue de terre , contre laquelle se brise le courant équinoxial , a 
été depuis des siècles le boulevart de l'indépendance de la Chine et du Japon. 
En pénétrant plus loin dans l'avenir, l'imagination s'arrête à une lutte entre 
des peui)les puissans causée par le désir de profiter exclusivement de la voie 
nouvelle ouverte au commerce des deux mondes. J'avoue que ce n'est ni ma con- 
fiance dans la modération des gouvcrnemens monarchiques et républicains , ni 
l'esjioir parl'ois un peu ébranlé dans les progrès des lumières et dans la juste 
ai)préiialioii des intérêts qui me rassurent sur cette crainte. Si je m'abstiens de dis- 
cuter (U's événemens politiques si éloignés, c'est pour ne pas entretenir le lecteur 
de la îil)rc jouissance d'une chose qui n'existe encore que dans les vœux de 
quelcpios hommes intéressés au bien public. 

Le lac de iNicaragua et le Rio San Juan n'appartiennent pas , comme on l'a 
afin iné dans quelques ouvrages très-récens , au territoire de la Nouvelle-Gre- 
nade ; le lac est séparé du territoire colombien de Veragua par la province de 
Costa-llica , la j)lus méridionale de l'ancien royaume de Guatimala. Placés dans 
tm pays très-foiblement peuplé , surtout du côté de l'est , presque sur les con- 
fins de deux états indépendans de l'Amérique centrale et de l'Amérique méridio- 
nale, les grands ouvrages qui serviront à la jonction des mers ne pourront 
tirer du secours pour leur défense militaire que de Portobelo et de Carthagènes , 
deux forteresses qui se trouvent au vent du Castillo de San Juan de Nicaragua. Il y 
a sans doute aussi un chemin par terre, de Guatimala à Léon, mais la distance 
est de plus de i35 lieues. Dans l'état actuel des choses, ce sont moins les 
places fortes que la misère du pays, son manque de culture et la force de 
la végétation qui, depuis le Darien jusqu'aux lo et 1 1 degrés de latitude boréale, 

rance , tantôt le cap de Horn ; mais comme à la fin de ce Ion;» voyage ils touchent constamment à Canton , ils 
retournent aux ttals-Lnis par IVitrémité australe de rAfri(jue. La coupure de l'isthme iuilucroit puis- 
samment sur les deux dernières routes que nous venons de tracer. 



CHAPITREXXVI. J ^'J 

ont rendu infructueuses les invasions d'un ennemi qui débarque inopinément sur 
les côtes orientales. En traitant cette question importante , je ne saurois m'ap- 
puyer d'un témoignage plus imposant que de celui du général Don José de 
Espeleta qui a été vice-roi de la Nouvelle-Grenade jusqu'en 1796. Ce militaire 
expérimenté, dans un mémoire manuscrit que je possède, et qui est adressé 
à son successeur, le vice-roi Don Pedro de Mendinueta ' , s'exprime ainsi sur 
la défense de l'isthme de Panama : « V. E. n'ignore pas que le roi , notre seigneur, 
a fait visiter ses vastes possessions d'Amérique par le brigadier Cramer. Cet ingé- 
nieur célèbre a pesé les dangers que nous courons encore et indiqué les for- 
tifications qu'il faut opposer à l'ennemi. L'isthme de Panama est un objet 
de la ])lus haute importance militaire que V. E. ne doit pas perdre de vue 
un seul instant. Cette importance est fondée sur sa configuration géographique 
et sur la proximité de la Mer du Sud. Il offre trois points de défense, 
vers le nord , Portobelo et le fortin de San Lorenzo de Cliagre ; vers le 
sud, la ville de Panama. Les hauteurs qui dominent Portobelo rendent 
impossible une bonue fortification de la ville qui est pauvre et peu peuplée. 
Les ])atteries de San Fernando , de Santiago et San Geronimo me paroissent 
suiTisanles pour la défense du port. Le fortin de Chagre, à l'embouchure 
de la rivière de ce nom , est , selon moi , le point principal de l'istlmie , 
toujours dans la supposition la plus naturelle que l'attaque vienne du nord : 
cependant ni la prise de Portobelo ni celle du fortin de San Lorenzo de 
Chagre ne décident de la possession de l'isthme de Panama. La véritable défense 
de ce pays consiste dans la difficulté que trouvera toute expédition considérable 
à pénétrer dans l'intérieur. Sur les côtes méridionales, qui sont entièrement 
dë])euplées , cette difficulté existe déjà pour deux ou trois voyageurs isolés. » 
Après avoir discuté l'étendue de la surface , la population , les productions et le 
commerce des Provinces-unies de Venezuela , tant dans leur état actuel que dans 
leur accroissement plus ou moins éloigné, il me resteroit à parler des finances ou 
du revenu de l'état. Cet objet est d'une telle importance politique, qu'il renferme 
une des premières conditions de l'existence d'un gouvernement; mais après de 
longues dissentions civiles, après une guerre de treize ans qui a fait rétrograder l'agri- 
culture, entravé les relations de commerce, et tari les sources principales du 
revenu public , on ne pourroit décrire qu'un état de choses entièrement transitoire 
et peu conforme à la richesse naturelle du pays. Pour prendre im point de départ 

' Relacion del Govierw) , Parte quarta , Cb^. III, fol. 118, 122, 120 (manuscrit). 



l48 LIVKE IX. 

plus sur, pour juger de l'état des choses lorsque la confiance et la tranquillité seront 
réteblies, il faut de nouveau remonter à l'époque qui a précédé la révolu- 
tion. De 1 793 à 1 796 , la moyenne annuelle des recettes liquides de toutes les 
contributions, sans y comprendre le produit de la ferme de tiibac, étoit de 
1 ,426,700 piastres. En y ajoutant 58G,3oo piastres comme ])roduit net de la ferme 
(moyenne de la même époque), on trouve le revenu de la Capitania gênerai de Ca- 
racas , en décomptant les frais de recouvrement , de 2,01 3, 000 piastres. Ce revenu 
a été en diminuant , à cause des embarras du commerce maritime , dans les der- 
nières années du 18" et les premières années du 19^ siècle; mais de 1807 à 18 10 
il s'éleva à plus de 2,5oo,ooo piastres (dont les douanes 1,200, 000 piast., la ferme 
de tabac 700,000 piast., l'alcavala de terre et de mer 400,000 j)iast.). Toutes ces 
recettes ont été aljsorbées ])ar les frais de l'administration; quelquefois il y a eu 
un surplus [sabrante fiffuido) de 200,000 j)iastres , qui a reflué dans le trésor de 
IMadrid ; mais les exemples de ces versemens ont été extrêmement rares. Depuis 
f[ue Caracas n'a plus reçu de situado de la Nouvelle-Espagne, on a été forcé 
de temiis en temps de puiser dans les caisses également pauvres de Santa-Fe. 
Le revenu brut de toutes les provinces qui forment aujourd'hui la république de 
Colomljia s'est élevé, d'après mes recheiches, au moment de la révolution, à 
un maximum de G t millions de piastres ' dont le gouvernement de la métro- 
pole n'a jamais tiré plus d'un douzième. J'ai fait voir, dans mon Essai politique 
que les colonies espagnoles en Amérique , à l'époque de la plus grande activité 
du commerce et des mines, ont eu un revenu brut de trente-six millions de 
piastres , que V administration intérieure de ces colonies en a absorbé près de 
vingt-neuf^ et que sept à huit millions de piastres ont seuls reflué dans le 
trésor royal de Madrid. D'après ces données, qui sont fondées sur des documens 
officiels , et dont l'exactitude n'a point été révoquée en doute depuis quinze ans, on 
est surpris devoir attribuer si souvent encore , dans de graves discussions d'écono- 
mie ])ulilique, les embarras financiers de la métropole à l'émancipation des colonies. 
Les impots sur les importations et les exportations sont, dans toute l'Améiique, 
la source princijjale du revenu j)ublic ; cette source est devenue progressivement 
plus abondante depuis que la cour a privé la compagnie de Guij)uzcoa du mono- 
pole de com merce avec le Venezuela , compagnie à laquelle , selon l'expression 
étrange d'une cédule royale , « tout le monde j)ouvoit prendre part sans déroger 



' Don José Maria ciel Castillo , tlans son rapport au congres de Bogota (5 mai iSaS), n'évalue 
acluellemcut lus renias orJiiiarias qu'à 5 millions de piastres. 



CHAPITRE XXVI. I/^Q 

à la noblesse et sans perdre nihonneurni réputation. » Si l'on se rappelle que , dans 
ces dernières années , la seule doviane de la Havane a perçu plus de trois millions 
de piastres , et si l'on considère en même temps l'étendue du territoire et la 
richesse agricole du Venezuela, on ne sauroit douter de l'accroissement progressif 
que va prendre le revenu public dans cette belle partie du monde ; mais l'accom- 
plissement de cette espérance et de toutes celles que nous venons d'énoncer 
dépend du rétablissement de la paix, de la sagesse et de la stabilité des 
institutions. 

J'ai exposé dans ce Chapitre les élémens de statistique que j'ai eu occasion de 
réunir dans mes voyages et par mes rapports non interrompus avec les Espagnols- 
Américains. Historien des colonies, j'ai présenté les faits dans toute leur simplicité , 
car l'étude attentive et exacte de ces faits est le seul moyen ' d'écarter les conjec- 
tures vagues et les vaines déclamations. Cette marche circonspecte devient indis- 
pensable surtout , lorsqu'on doit craindre de céder trop facilement aux prestiges 
de l'espérance et des anncienes affections. Les sociétés naissantes ont quelque cliose 
qui charme comme la jeunesse ; elles en ont la fraîcheur des sentimens , la naïve 
confiance , et même la crédulité : elles offrent à l'imagination un spectacle 
].)lus attrayant que l'humeur chagrine et la défiante austérité de ces vieux iieuples 
qui semlîlent avoir tout usé, leur bonheur, leur espérance et leur foi dans la 
perfectibilité humaine. 

La grande lutte pendant laquelle le Venezuela a combattu pour son indépen- 
dance , a duré plus de douze ans. Cette époque a été féconde , comme la ])lupart 
des tourmentes civiles , en héroïsme, en actions généreuses, en égaremens coupa])les 
des passions irritées. Le sentiment du danger commun a raffermi les liens entre des 
hommes de races diverses , qui , répandus dans les steppes de Cumana , ou isolés sur 
le plateau de Cundinamarca, ont l'organisation physique et morale aussi didërente 
que le climat sous lecpiel ils vivent. Plusieurs fois la métropole est rentrée dans la 
possession de quelques districts; mais , comme les révolutions renaissent toujours 
avec plus de violence lorsqu'on ne peut plus remédier aux maux qui les produisent, 
ces conquêtes n'ont été qu'éphémères. Pour faciliter la défense et la rendre plus 
énergique , on a concentré les pouvoirs et formé un vaste état depuis les bouches 
de rOrénoque jusqu'au-delà des Andes de Riobamba et des rives de l'Amazone. 
La Capitania gênerai de Caracas a été réunie à la vice-royauté de la Nouvelle-Gre- 
nade , dont elle n'avoit été entièrement séparée qu'en 1777. Cette réunion , qui sera 

l Recherches statistiques sur la ville de Paris, 1823, Introd., p. let y. 



1 5o L I V R E I X. 

toujours indispensable pour la sûreté extérieure, cette centralisation de pouvoirs 
dans un pays six fois grand comme l'Espagne ont été motivées par des combinaisons 
politiques. La marche calme du nouveau gouvernement a justifié la sagesse de 
ces motifs , et le congrès trouvera moins d'entraves encore dans l'exécution 
de ses projets bienfaisans pour l'industrie nationale et la civilisation , à mesure 
qu'il pourra accorder plus de libertés aux provinces , et leur faire sentir l'avantage 
des institutions qu'elles ont concp-iises au prix de leur sang. Dans toutes les formes 
de gouvernemens déjà établis , dans les républiques comme dans les monarchies 
tempérées , les améliorations , j)our être salutaires , doivent être progres- 
sives. La Nouvelle-Andalousie , Caracas , Cundinamarco , Popayan , Quito , ne 
sont pas devenus des états confédérés comme la Pensylvanie , la Virginie et le 
Maryland. Sans Juntes ou législatures provinciales, toutes ces parties sont direc- 
tement soumises au congrès et au gouvernement de Colombia. D'après l'acte con- 
stitutionnel (art. iSa), les intendans et les gouverneurs des départemens et des 
provinces sont nommés par le président de la république. Il est naturel qu'une telle 
dé]iendance n'ait pas toujours été au profit delà liberté des communes qui tendent 
à discuter elles-mêmes leurs intérêts locaux, et qu'elle ait réveillé quelquefois 
des discussions qu'on pourroit appeler géographiques. L'ancien royaume de Quito, 
par exemple, tient , par les habitudes et par la langue de ses peuples montagnards , à 
la fois au Pérou et à la Nouvelle-Grenade, S'ilavolt une junte provinciale, s'il ne 
dépendoit du congrès que pour les impôts nécessaires à la défense et au bien-être 
général de Colombia , le sentiment d'une existence politique individuelle rendroit 
les habitans moins intéressés au choix du lieu où. siège le gouvernement central. 
Le même raisonnement s'applique à la Nouvelle-Andalousie, ou à la Guyane, 
qui sont régis par des intendans nommés par le Président. On peut dire que ces 
provinces se trouvent juscju'ici dans une position peu différente de celle des terri- 
toires des États-Unis, dont la population est encore au-dessous de 60,000 âmes. 
Des circonstances particulières qu'on ne sauroit apprécier avec justesse dans un si 
grand éloignement , ont rendu sans doute nécessaire une grande centralisation dans 
l'administration civile ; tout changement seroit dangereux aussi long-temps qu'il 
y a des ennemis extérieurs : mais les formes , utiles à la défense , ne sont pas toujours 
celles (fui favorisent suffisamment , après la lutte , les libertés individuelles et le 
développement de la prospérité publique. L'histoire prouve même qae cette diffi- 
culté , lorsqu'on n'a pas su la vaincre avec prudence , est devenue plus d une ibis 
recueil contre lequel se sont brisés l'enthousiasme et les affections des peuples. 
Sans rompre les liens qui doivent unir les différentes parties du territoire de 



CHAPITRE XXVI. l5l 

Colombia (Venezuela ^la Nouvelle-Grenade et Quito) , une vie partielle pourra 
se répandre peu à peu dans ce grand corps politique, uon pour le morceler, 
maispour en augmenter la vigueur. 

La puissante union de l'Amérique septentrionale est restée isolée long-temps, 
sans toucher à des états qui eussent des institutions analogues. Quoique , comme 
nous l'avons rappelé plus haut, les progrès qu'elle lait dans la direction de l'est à 
l'ouest soient considérablement ralentis sur la rive droite du Mississipi , elle avan- 
cera pourtant sans discontinuer vers les provinces internes du Mexique ; elle y 
trouvera un peuple européen d'une autre race , des mœurs et un culte différens. 
La foible population de ces provinces , appartenant à une autre fédération naissante, 
pourra-t-elle résister ou sera-t-elle enveloppée par le torrent de l'est et transformée 
en un état anglo-américain, coiume lesliabitans de la Basse-Louisiane? Un avenir 
très-prochain résoudra ce problème. D'un autre côté, le Mexique n'est séparé de Co- 
lombia que par le Guatimala , pays d'une rare fertilité qui a pris très-récemment la 
dénomination de république de l'Amérique centrale. Les divisions politiques entre 
Oaxaca et Chiapa , Costa Rica et Varagua, ne sont fondées ni sur des limites naturelles 
ni sur les mœurs et les langues des indigènes, mais sur la seule habitude d'une dépen- 
dance des chefs espagnols qui résidoient à IMexico, à Guatimala, ou à Santa-Fe de 
Bogota. Il paroîtroit assez naturel que le Guatimala pût joindre un jour à l'isthme de 
Costa-Rica les isthmes de Veragua et de Panama. Quito lie la Nouvelle-Grenade 
au Pérou , comme la Paz , Charcas et Polosi lient le Pérou à Buenos-Ayres. ' Les 
parties intermédiaires que nous venons de nommer forment , depuis Chiapa 
jusqu'aux Cordillères du Haut-Pérou, le passage d'une association politique à une 
autre, semblables à ces formes transitoires, par lesquelles s'enchaînent dans la 
nature les divers grou])es du règne organicpie. Dans les monarchies voisines , les 
provinces qui se touchent offrent, dès l'origine, ces démarcations tranchées qui 
sont l'effet d'une grande centralisation du pouvoir; dans les républiques confé- 
dérées , les états placés aux extrémités de chaque système oscillent quelque temps 
avant d'acquérir un équilibre stable. Il seroit presque indifférent pour les provinces 
entre l'Arkansas et le Rio del Norte d'envoyer leurs députés à Mexico ou à Washing- 
ton. Si l'Amérique espagnole montroit un jour plus uniformément cette tendance 
vers le fédéralisme que l'exemple des États-Unis a déjà fait naître sur plusieurs 
points , il résulteroit du contact de tant 'de systèmes , ou groupes d'états , des 
confédérations diversement graduées. Je ne fais qu'indiquer ici les rapportsqui 

' "Voyez plus liant, p. 83. 



iSa LIVRE IX. 

naissent de ce singulier assemblage de colonies sur une ligne non interrom- 
pue de 1600 lieues de longueiu-. Aux États-Unis, nous avons vu un vieux état 
atlantique se partager en deux , ayant chacun une représentation différente. La 
séparation du Maine et du Massachusets , en 1820 , s'est faite de la manière la plus 
paisible. Des scissions de ce genre auront sans doute fréquemment lieu dans les 
colonies espagnoles ; mais il est à craindre que l'état des mœurs ne les rende plus 
turbulentes. Lorsqu'un peuple de race européenne incline naturellement vers l'in- 
dépendance provinciale et municipale , lorsque les indigènes cuivrés ont im goût 
également prononcé pour le morcellement politique et pour la liberté des petites 
communes , la meilleure forme du gouvernement est celle qui , sans lutter de 
front contre un penchant national , sait le rendre moins nuisible aux intérêts géné- 
raux et à l'imité du corps entier. Il y a plus encore; cette importance des divi- 
sions géographiques de l'Amérique espagnole, qui se fondent à la fois sur des 
rapports de position locale et sur les habitudes de plusieurs siècles , ont empêché 
la métropole de prévenir ou de retarder la séparation des colonies, en essayant 
d'établir des Infans d'Espagne dans le Nouveau-Monde. Pour gouverner des posses- 
sions si vastes , il auroit fallu former six à sept cen.tres de gouvernement , et 
cette nmltiplicité des centres (des vice-royautés et des capitaineries générales ) 
se seroit opposée à l'établissement des nouvelles dynasties à l'époque même où l'on 
devoit encore en attendre quekpie effet salutaire pour la métropole. 

Bacon ■ a dit, dans ses aphorismes politiques, « qu'il seroit heureux que les peu- 
ples pussent toujours suivre l'exemple du temps , qui est le plus grand innovateur 
de tous , mais qui agit avec calme , et presque sans qu'on puisse s en apercevoir. » 
Ce bonheur n'est pas donné aux colonies lorsqu'elles arrivent à l'époque 
critique de leur émancipation : il l'a été bien moins encore à l'Amérique espa- 
gnole , jetée dans la lutte , non d'abord pour obtenir son indépendance totale, 
mais pour se soustraire à une domination étrangère. Puisse un calme durable suc- 
céder aux agitations des partis ! Puissent les germes de la discorde civile, disséminés 
pendant trois siècles pour assurer la domination de la métropole, être étouffés 
peu à peu , et l'Europe productrice et commerçante se persuader davantage que 
perpétuer les agitations politiques du Nouveau-Monde, c'est s'appauvrir elle- 
même en diminuant la consommation de ses productions , et en se privant d'un 
marché qui s'élève déjà à plus de 70 millions de piastres par an ! Les exportations 

1 Voyez l'article des innoyations dans Bacon , Essaya cinl and moral, n. 25, (Opéra omnia, 1730, 
Tom. III, p. 335). 



CHAPITRE XXVI. l53 

de l'Amérique espagnole , des États-Unis , de la France et de la Grande-Bretagne , 
sont actuellement ' comme les nombies loo, io3, i4o et 3-j5. 

Bien des années s'écouleront sans doute avant que 17 millions d'habitans 
répandus sur une surface qui est d'un cinquième plus grande que l'Europe 
entière, soient parvenus à mi éqxiilibre stable en se gouvernant eux-mêmes. 
Le moment le plus critique est celui où des peuples long-temps asservis se 
trouvent tout à coup libres d'arranger leur existence au profit de leur prospérité. 
On répète sans cesse que les Espagnols-Américains ne sont pas assez avancés 
dans la culture pour jouir d'institutions libres. Je me souviens qu'à une époque 
peu éloignée on appliquoit ce même raisonnement à d'autres peuples que l'on 
disoit trop mûris dans la civilisation. L'expérience prouve sans doute que, 
chez les nations comme chez les individus, le talent et le savoir sont souvent 
inutiles au bonheur; mais, sans nier la nécessité d'une certaine masse de 
lumières et d'instruction populaire pour la stabilité des républiques ou des monar- 
chies constitutionnelles , nous pensons que cette stabilité dépend bien moins du 
degré de culture intellectuelle que de la force du caractère national , de ce 
mélange d'énergie et de calme , d'ardeur et de patience qui soutient et perpétue 
les institutions, des circonstances locales dans lesquelles un peuple est placé, 
enfin des rapports politiques d'un état avec les états limitrophes. 

Si les colonies modernes , à l'époque de leur émancipation , manifestent toutes 
une tendance plus ou moins prononcée pour les formes républicaines, la cause 
de ce phénomène ne doit point être uniquement attribuée à un principe d'imi- 
tation qui agit sur les masses plus encore que sur les hommes isolés; elle est 
fondée surtout dans la position où se trouve une société tout à coup 

' J'ai fait voir, clans un autre ouvrage {Essai politique, Tom. II, p. 749), en m'arrêtant aux évaluations les 
plus motlérées, que déjà, en i8o5, l'Amérique espaj^nole avoit besoin d'une importation de marcliandises étran- 
gères de 59,000,000 de piastres; ce qui fait une valeur presque trois fois plus grande que celle qu'ofTroient les 
États-Unis, huit ans après que leur indépendance avoit été reconnue par la Grande- Bretague. Pour avoir en 
vue des nombres comparatifs, je rappelle l'état des importations et exportations de deux nations les plus com- 
merçantes du monde, les Anglois de l'Europe el ceux de l'Amérique. La valeur annuelle des importations de la 
Grande-Bretagne, de 1821 à 1823 , s'élevoit à 3o,2o3,ooo liv. st.; la valeur des exportations, à 3o,636,8oo liv. 
st. Aux États-Unis, les exportations étoient, en 1820, de 6i,97i,ooo dollars; les importations, de 
63,586,000 dollars. A une époque antérieure, de 1802 à i8o4, les exportations étoient, année moyenne, de 
68,'i6i,ooodollars; les importations, de 75,3o6,ooo dollars; d'où il résulte que les importations des Etats-Unis 
et de l'Amérique espagnole, immédiatement avant les agitations politiques de ce dernier pays, ont été égale- 
ment considérables. Il ne faut point oublier que tout ce que l'on importe dans l'Amérique espagnole y est 
entièrement consommé, et non réexporté. Les exportations et les importations de la France ont été, en 1821, 
de 404,704,000 et 394,4'i2,ooo francs. 

Relation liistorique , Tom. III. 20 



l54 LIVRE IX. CHAPITRE XXVI. 

détachée d'un monde plus anciennement civilisé, libre de tout lien extérieur, 
composée d'individus qui ne reconnoissent pas de préj)ondérance politique dans 
une même caste. Des titres accordés par la mère-patrie à un très-petit noml«e 
de familles en Amérique n'y ont pas formé ce qu'on appelle en Europe une 
aristocratie nobiliaire. La liberté peut ex])irer dans Tanarchre comme par l'usur- 
pation éphémère de quelque cliel audacieux, mais les véritables élémens de la 
monarcliie ne se trouvent nulle part dans le sein des colonies modernes. Au 
Brésil , ils ont été importés de dehors au moment où ce vaste pays jouissoit 
d'une paix profonde, tandis que la métropole étoit tombée sous un joug étranger. 
En réfléchissant sur l'enchaînement des choses humaines , on conçoit comment 
l'existence des colonies modernes, ou plutôt comment la découverte d'un con- 
tinent à demi dépeuplé et dans lequel seul un développement si extraordinaire 
du système colonial a été possible , a dû faire revivre sur une grande 
échelle et rendre plus fréquentes les formes du gouvernement républicain. 
Des écrivains célèbres ont regardé les changemens que l'ordre social a subis 
de nos jours dans une partie considérable de l'Europe, comme un effet 
tardif de la réforme religieuse opérée au commencement du lô'' siècle. N'ou- 
blions pas que cette époque mémorable , dans laquelle des passions ardentes 
et le goût pour des dogmes absolus furent les écueils de la politique euro- 
péenne, est aussi l'épocpie de la conquête du Mexique, du Pérou et de 
Cundinamarca ; conquête qui , d'après les nobles expressions de l'auteur de 
V Esprit des lois ^ laisse à payer à la métropole une dette immense pour s'ac- 
quitter envers la nature humaine. De vastes provinces, ouvertes aux colons par 
la valeur caslillanne, furent unies par les liens commuus du langage, des mceurs 
et du culte. C'est ainsi que, })ar une étrange simultanéité des événemens, le 
règne du monarque le plus puissant et le plus absolu de l'Europe, de Charles- 
Quint, a préparé la lutte du 19* siècle, et jeté les fondemens de ces associations 
politicpies qui , à peine ébauchées , nous étonnent par leur étendue et la ten- 
dance uniforme de leurs principes. Si l'émancipation de l'Amérique espagnole 
se consolide , comme tout porte à le faire espérer jusqu'ici , un bras de mer, l'At- 
lantiipie , offrira , sur ces deux rives , des formes de gouvernement qui , pour être 
opposées, ne sont pas nécessairement ennemies. Les mêmes institutions ne 
peuvent être salutaires à tous les peuples des deux mondes ; la prospérité croissante 
d'une république n'est point un outrage aux monarchies lorsqu'elles sont gou- 
vernées avec sagesse et avec respect pour les lois et jiour les libertés publiques. 



NOTES. 



i55 



NOTES DU LIVRE IX. 



Note A. 

Comme je me suis proposé de réunir dans cet ouvrage tout ce (|ui peut répandre quelque jour sur l'histoire 
des deu\ Amériques , je vais rapporter succinctement les résultats des recherches les plus récentes sur les 
lignes de fortificatious et le» tumuhts trouvés entre les Rochy-Mountains et la chaîne des AUeghanis. Les 
fortifications occupent principalement le terrain compris entre les grands lacs du Canada, le Mississipi et 
rOhio, depuis les 44° jusqu'aux Sg" de latitude. Celles qui avancent le plus vers le nord-est, se trouvent 
sur le Black-River, un des afiluens du lac Ontario. Si de là ou se porte vers l'ouest, on découvre d'abord 
des monumens épars et peu considérables dans le comté de Genesee; mais, plus loin, ils augmentent en 
nombre et en grandeur, à mesure qu'on avance vers les bords de Cataraugus-Creek. De ce Creek , à l'ouest 
et au sud-ouest, ils se suivent sans interruption sur une longueur de 5o milles. Les fortifications anciennes les 
plus remarquables dans l'état de l'Ohio sont: i" Neviark (Licking County ). In octogone très-régulier 
renfermant une area de 32 arpens , et tenant à une circonvallation circulaire de 16 arpens. Les huit 
grandes portes de l'octogone sont défendues par huit ouvrages particuliers opposés à chacune des ouvertures. 
2° Perry County. De nombreux, murs, non en torchis, mais en pierre. 3" Marietta. Deux grands carrés avec 
douze portes; les murs de terre ont 21 pieds de haut et 42 pieds de base. 4° Circleville. Un carré avec huit 
portes et huit petits ouvrages pour la défense de ces portes, tenant à un fortin circulaire entom-é de deux murs 
et d'un fossé. 5° Paint-Creek, au confluent du Scioto et de l'Ohio. Les fortifications sont en partie irrégulières; 
l'une d'elles contient 62 arpens. 6" Portsmouth , vis-à-vis Alexandria. De grandes ruines , disposées sur des 
lignes parallèles, annoncent qu'il y avoit anciennement une nombreuse population dans cet ehdroit. 7° Petit 
Miami et Cincinnati. Un mur de 7 pieds de haut et G3oo toises de long; il va du Grand au Petit Scioto. 
[Journ. dugènéral C Union ; JVestern GazeUeer , p. loH; IVarden, Description des Etats-Unis ^Tom. YV , 
p. 137; JVeekly Recorder ofthe OMo , Vol. II , n" 4i , p. 324 ; Med. Repos. , Vol. XV, p. 147 ; New Séries of 
thc Med. Reposil. Vol. III , p. 187; Harris's Tour ^ p. «49; Drake's Picture of Cincinnati, p. aoli; Mease'a 
Geolug. Account ofthe United States ,^. 4/8; Caleb Atwater, Aa^mV Jrchœologia Americana , or Transac- 
tions of the American A nliquarian Society of îVorcester, Massachusetts j 1820, p. 122, i4i, 147.) Tous 
les fortins carrés sont aussi exactement orientés que les pyramides égyptiennes et mexicaines; lorsque le.f 
fortins n'ont qu'une seule ouverture, elle est dirigée vers le soleil levant. Les murs de ces lignes de forti- 
lications sont le plus souvent de terre : mais à 2 milles de Chillicothc, dans l'état de l'Ohio, on trouve une 
muraille, construite en pierres, de 12 à i5 pieds de haut et de 5à 8 d'épaisseur, formant un enclos deSoarpens. 
On ne sait pas encore assez exactement jusqu'où ces ouvrages s'étendent à l'ouest, le long du cours du Missouri 
et de la rivière La Plattc; mais, de même ([u'on ne les trouve pas au nord des lacs Ontario, Erié et Michigan, 
elles ne dépassent pas non plus la chaîne des AUeghanis. On doit regarder, comme une exception très-remai^ 
quablo, quelques circo-ivallations (pie l'on a découvertes à l'est de celte chaîne sur les bords du Chenango, 
près d'Oxford, dans l'état do INcw-York. 11 ne faut pas confondre avec ces monumens militaires les tertres 
ou tuhiulus qui renferment des miUicis de squelettes d'une race d'hommes trapus et qui avoient à peine 
5 pieds de haut. Ces tertres augmentent en uond)rc du nord vers le sud : les plus élevés sont près de 'Wbeeling 
et Grave-Creek (diam. 3oo pieds , haut. 1 00 pieds) ; près de Saiut-Louis , sur le Cahokia-Creek (diam. 800 jileds , 



l56 NOTES. 

haut, loo pieds ); près de New-Madrid ( diani. 35o pieds ); près de Washington, dans l'état de Mississlpi 
et près de Harrisonto-» n. ^I. liraclenridge croit qu'il peut y avoir près de 3ooo lumulus de 20 à lOO pieds 
de hauteur, entre les emhouchurcs de rOiiio, de l'IUinois, du Missoury et du Rio San-Francisco , et 
qu'ib indiquent, par le nombre des squelettes qu'ils renferment, combien jadis étoit considéraljle la 
population de ces contrées. Ces monumens, que l'on regarde comme des lieux de sépulture de grandes 
communes, sont le plus souvent placés au confluent des rivières, sur les points les plus favorables au 
commerce. La base des tumalus est ronde ou de forme ovale : Ils sont généralement coniques , quelquefois 
aplatis au sommet, comme pour servir aux sacrifices ou à d'autres cérémonies qui doivent être vues par 
une grande masse de peuple à la fois. ( Voyeï mes J^iies des Cordillères j p. 35.) Près de Poiut-Creek et de 
Saint-Louis, il y en a de deux et trois étages, et qui rappellent par leur forme les teocallis mexicains et 
les pyramides à gradins de l'Egypte et de l'Asie occidentale. Les tumuhis sont construits partie en terre 
et partie en pierres {Stone-Muunds) jetées les unes sur les autres. On y à trouvé des haches, de la 
faïence peinte, des vases etornemens de cuivre, un peu de fer, de l'argent en plaques (près de Marietta), 
et peut-être de l'or (près Chillicotbe). Quelques-uns de ces tertres, qui n'ont que quelques pieds de hauteur , 
sont placés tantôt au centre , tantôt dans le voisinage des circonvallations circulaires : ils ressemblent aux 
cerritos hechos a mono, que, dans le royaume de Quito, près de Cayanibc, on appelle adoratorios de 
ios Indios antiguos ; c'étoient , ou des tribunes pour haranguer le peuple assemblé, ou des lieux de 
sacrifices. Quelquefois, lorsqu'ils ont de 20 à 25 pieds de haut, on peut les considérer comme des espèces 
d'observatoires destinés à découvrir les mouvemens d'un ennemi voisin. (^Arch. Amer., Tom. I , p. i85 , 189 , 
246, 210, 168, 178. ) Les grands tumulus, de 80 à i5o pieds de haut, sont le plus souvent isolés; 
d'autres fois aussi ils semblent du même âge que les fortifications auxquelles on les trouve liés. Ces dernières 
méritent une attention particulière : je ne connois nuUe part quelque chose qui leur ressemble , soit dans 
l'Amérique méridionale , soit dans l'ancien continent. La régularité des formes polygones et circulaires , 
les petits ouvrages destinés à couvrir les portes de l'enceinte sont surtout très-remarquaUes. On ignore 
si ce sont des enclos de propriétés , ou des murs de défense contre des peuples ennemis ( Relal. histor. , 
Tom. I, p. 85.), ou des camperaens retranchés, comme dans l'Asie centrale. L'usage de sépai-er par des 
circonvallations les différens quartiers d'une viUe se trouvoit également dans l'ancien Tenochtitlan 
et dans la ville péruvienne du Chimu , dont j'ai examiné les ruines, entre Truxillo et les côtes de 
la IMer du Sud. [Essai potuique ^ Tom. I, p. 191.) Les tumulus sont des constructions moins carac- 
tér'istiques , et ils peuvent être dus à des peuples qui n'ont eu aucune communication entre eux ; aussi les 
deux Amériques, le nord de l'Asie et tout l'est de l'Europe en sont couverts. On assure que les Omaw- 
haws de la rivière Flatte en construisent encore. Par les crânes que renferment les tumulus des Etats-Unis, 
ces monumens ollrent un moyen presque sûr de reconnoître à quel degré la race d'hommes qui les a 
élevés différoit de la race d'Indiens qui habitent aujourd'hui ces mêmes contrées. M. Mittchill croit 
que les squelettes des cavernes du Kentucky et du Tennesee « appartiennent à des Malays qui sont 
venus par l'Océan- Pacifique sur les côtes occidentales de l'Amérique, et qui ont été détruits par les 
ancêtres des Indiens d'aujourd'hui, qui étoient de race tatare (mongole?).» Quant aux tumulus et 
aux fortifications , le même savant suppose , avec M. De Witt Clinton , que ces monumens sont 
l'ouvrage des peuples Scandinaves qui , depuis le xi" jusqu'au xiv" siècle , ont visité les côtes du 
Groenland, Terre-Neuve ou le Vinland, Drogeo, et une partie du continent de l'Amérique du nord 
[Vues des Cordillères j Tom. I, p. 85). Si cette hypothèse étoit fondée, les crânes trouvés dans les lumulus ^ 
et dont M. Atwater , à Circleville , possède un si grand nombre, devroienl appartenir non à la race américaine, 
non auï races tatare-mongole et malaye , mais à la race vulgairement appelée caucasienne. La gravure de ces 
crânes, donnée dans les Mémoires de la Société de Massachusetts, est trop imparfaite pour décider une ques- 
tion historique si digne d'occuper les ostéologues des deux continens. Il faut espérer que les savans distingués 
dont s'honorent aujourd'hui les Etats-Unis, se hâteront de faire passer en Europe les squelettes des tumulun 
et ceux des cavernes, pour les comparer entre eux avec les habitans actuels de race indigène et avec les 



NOTES. l57 

individus de races malaye, mongole (tatare) et caucasienne que renferment les grandes collections de 
MM. Cuvier, Sômraering et Blumenbach. Pour avancer dans ce genre de recherches, si importantes pour l'his- 
toire de l'espèce humaine, l'attention doit être portée, ce me semble, sur trois points principaux; savoir : i''sur 
les comparaisons ostéologiques , qui ne peuvent se faire avec succès d'après des dessins, des descriptions, 
ou le simple témoignage des voyageurs. Il faut comparer les crânes des anciens hahitans ( de cette race 
que l'on croit éteinte), avec les crânes des différentes variétés de l'espèce humaine, et ne p.is oublier, 
dans cette comparaison, que, parmi les indigènes actuels du Nouveau-Continent, quelques tribus offrent 
aussi des variétés de conformation très-remarquables. Il suffit de citer , dans le nord , les Esquimaux- 
Tchougazes, dont les enfans naissent tout blancs; plus au sud, les Chepewyans , les Panis (Apaches) et 
les Sioux, trois peuples que, d'après leurs traditions et leur aspect, Mackenzie, Pike et Lewis considèrent 
comme venus d'Asie et comme fortement mongolisés [Mackenzie^ voy. Tora. I, p. 2/5, tom. III, 
p. 342; Pike, p. 274; Lewis et Clark, p. i46). 2° Sur les rapports de construction ou de position géogra- 
phique que l'on observe entre les monumens des Etats-Unis , des rives de l'Ohio et du Wissoury , et les 
monumens mexicains du Gila et de Nabajoa. Le pays compris entre les 7>3° et 41° de latitude (dans le 
parallèle des embouchures de l'Arkansas et du Missoury), est regardé, d'après les historiens aztèques, 
comme l'ancienne demeure des peuples civilisés d'Anahuac. Ces historiens placent la première station 
des Mexicains, dans le cours de leur migration du nord au sud, sur les bords des lacs (fabuleux?) de Teguayo 
et des Timpanogos ; la seconde station est marquée par les ruines des Casas-Grandes du Rio Gila, que le Pères 
Garces et Font ont décrits d'une manière détaillée [Essai politique _, Tom. 1, p. 298, et dans mon Allas 
du Mexique, les cartes i et 11). Ces édifices, qui occupent une lieue carrée, sont exactement orientés 
d'après les quatre points cardinaux ; ils sont, comme l'ancien Charachorin , la capitale des Mongols , entourés 
de lignes de fortifications. On reconnoît les vestiges de grosses tours qui se trouvoient liées par des murs 
construits en torchis (Ce système de défense rappelle les monumens militaires des États-Unis: il y a 
cependant des Casas-Grandes sur le Rio Gila aux fortifications anciennes de Black-River , affluent du lac 
Ontario, plus de 600 lieues de distance). 3° Sur les traditions et l'état moral des peuples qui habitent 
le pays entre la rive droite du Mississipi et les côtes de l'Océan - Pacifique. Lorsqu'on se porte de la 
Haute-Louisiane vers le Rio Colombia , on voit la civilisation augmenter progressivement à l'ouest des 
Montagnes Rocheuses qui se joignent , par la Sierra Verde et la Sierra de las GruUas , aux Andes mexicaines 
d'Anahuac. [ Brackenridge , Vews of Louisiana , p. lyS. Mac- Culloch , Researc?tes on America, -p. 2o3.) 
Dans le Moqui , traversé par le Rio Yaquesila , les Pères du Collège séraphique de Queretaro ont 
encore trouvé, en 1773, une ville indienne fortement peuplée, avec deux places publiques, des mai- 
sons à plusieurs étages , comme aux Casas-Grandes , et des rues parallèles entre elles. Les indigènes de 
ces contrées, près desquelles on place lu première station des peuples mexicains, ont de longues barbes, 
comme les Ainos ( habitans de Tarakai ) de l'Asie orientale : ce sont les Yaliipais , dont la langue diffère 
essentiellement de celle des Aztèques. Cette analogie de construction chez les haliitans actuels et les 
habitans anciens, quelque supériorité qu'aient eue ces derniers dans leur civilisation, est un phénomène 
très-curieux. Je n'ignore pas combien peu de confiance méritent les relations de Fray Marcos de Niza: mais 
on nesauroit révoquer en doute qu'au milieu du xvi° siècle, il s'étoit encore conservé un petit centre de 
civilisation dans les régions situées au nord du Nouveau-Mexique, à Cibora et à Quivira. Lorsqu'un 
jour des voyageurs instruits auront entièrement exploré les plaines entre les sources du Rio Colorado et du 
Rio Colomljia, plaines qui ont été parcourues en partie (1777) par le Père Escalante, il sera important de 
comparer l'état actuel du pays, et surtout les noms des sites, avec les journaux de route assez détaillés 
que nous possédons de l'expédition de Francisco Vasquez de Cornado ( 1 54o ). On est frappé des désinences 
étranges que les historiens espagnols donnent aux noms des lieux et des hommes dans ce Dorado mexicain 
( Harac, Tiuhex , Cicuic, Acuc , Huex , Tutonteac , et le nom de ce roi Tatarax , Sefior de las siete 
ciudades, dont on faisoit une espèce de Prêtre- Jean : « Hombre barbudo, que rezava en oras, que adorava 
una cruz de oro, y una imagen de nauger, Senora del ciclo.» Gomara, Hist. de las Indias, i553, fol. ex vu ; 



l58 NOTES. 

Herera Decad. vi, p. iS/, 2o4; Laetj p. 297-3o4; Viaje al Estrecho de Fuca, p. 27 j Essai polit. , 
Tom. I, p. 3o5, 3iO; ^«es des Cordillères et Monumens _,Tom. I, p. Zoj , 3i8; Relal. hist. Tom. II, 
p. 708.) Les Conquistadores plaçoient, bien vaguement sans doute, Cibora (d'après le nom des bisons, 
cibolas^ ou vaches à bosse et à long poil, vacas corcobadas ), par les 30» ~; Quivira , par les 4o° de 
latitude. En lisant avec attention les premiers historiens espagnols , on devroit croire que les deux pays 
se trouvent situés à l'ouest des Montagnes Rocheuses; mais Cornado dit très-clairement qu'en allant au 
nord, on trouve, jusqu'à Cibola, que les rivières coulent vers l'ouest; au-delà de Cibola (donn à Quivira 
même), vers l'est. Cependant, dans toutes ces expéditions entreprises vers le nord, il n'est nulle part 
question d'un passage à travers les montagnes. Quivira est dépeint comme une immense plaine dans laquelle 
on a de la peine à s'orienter. Quelque opinion que l'on se forme de l'abaissement rapide des mon- 
tagnes au nord du Nouveau - Mexique, il est difficile de se figurer, entre les Rocky-Mountains et la 
Sierra Yerde , un point de partage des eaux , des divortia aquarum^ situés dans une plaine. Fran- 
cisco Vasquez de Cornado, dans sa lettre au vice-roi, se plaint des mensonges du moine Marcos de 
Niza: pour justifier son retour, il cherche à dcpeinch-e le pays qu'il vient de parcourir, comme pauvre et 
sauvage; cependant il est tellement frappé de la grandeur des édifices à plusieurs étages, construits en 
pierres et en torchis, à Cibora et à Quivira, qu'il douie que les indigènes qu'il dit être intelligens , mais 
peu industrieux, les aient pu construire eux-mêmes. Ce témoignage d'un homme qui paroit très-véri- 
dique est bien digne d'attention : indique-t-il un peuple retombé dans la barbarie et qui avoit conservé 
quelque connoissance des arts niécani<iues ? Comme cliaque maison de Quivira avoit un toit plat ou une 
terrasse (azotea), Cornado appelle tout le pays u la lierra de las azoteas. » Ces mêmes terrasses ont été 
trouvées en 1773, dans les villages des Indiens actuels du Moqui, par le Père Garces. On se demande 
si des peuples de race mexicaine, dans leur migration vers le sud, ont envoyé des colonies vers l'est, 
ou si les monumens des États-Unis sont dus à des nations autoclhones ? Peut-être faut-il admettre 
dans l'Amérique du nord, comme dans l'ancien monde, l'existence simultanée de plusieurs centres de 
civilisation dont l'bistoire ne nous fait pas conuoître les rapports mutuels. Les peuples très-civilisés de 
la Nouvelle -Espagne , les Toltèques , les Chlchimcques et les Aztèques, se disoient sortis successivement, 
depuis le vi jusqu'au xii' siècle de notre ère, de trois pays voisins qui étoient situés vers le nord, 
et qu'ils appeloient Iluehuetlapallan ou Tlalpallan, Amaquemecan, et Aztlan ou Teo-Alcohuacan. Ces 
peuples parloicnt tous une même langue ; ils avoient les mêmes mythes cosmogoniqucs , le même penchant 
pour les congrégations sacerdotales, les mêmes peintures hiéroglyphiques, les mêmes divisions du temps, 
le même "oiit (chinois et japo'nois) de tout noter, de tout enregistrer. Les noms qu'ils imposèrent aux 
villes construites dans le pays d'Anahuac étoient ceux des villes qu'ils avoient abandonnées dans leur 
ancienne patrie. La civilisation sur le plateau mexicain étoit regardée par les habitans mêmes comme la copie 
de quelque chose qui existoit ailleurs , comme le reflet de la civilisation primitive d' Aztlan. Or on se demande: 
Où doit-on placer cette métropole des colonies d'Anahuac, celte ojjficina gentium ^ qui envoie vers le 
sud pendant cinq siècles , des peuples qui s'entendent sans difficulté etquisereconnoissent pour parens? L'Asie, 
au nord de l'Amour, là où elle est le plus rapprocliée de l'Amérique, est un pays barbare; et, en suppo- 
sant (ce qui est géographiquement possible) une migration d'Asiatiques méridionaux par le Japon, 
Tarakay ( Tchoka ), les îles Kuriles et les îles Aleutiennes, du sud-ouest vers le nord-est (des 40° au 
55 degré de latitude ), comment croire que, dans une migration si longue, sur une route si facile à 
intercepter, les souvenirs des institutions de la métropole auroient pu conserver tant de vivacité et de 
fraîcheur? Les mytlies cosmogoniqucs, les constructions pyramidales, le système du calendrier, les ani- 
maux des tropiques trouvés dans les catastérismes des jours, les couvens cl les congrégations de prêtres, 
le coût pour les dénombremens statistiques ^ les annales de l'empire tenues avec l'ordre le plus scru- 
puleux , nous conduisent vers l'Asie orientale ; tandis que la fraîcheur des souvenirs dont nous venons de 
parler, et la physionomie particulière qu'offre, sous tant d'autres rapports, la civiUsation mexicaine, 
semblerolent indiquer l'antique existence d'un empire dans le nord de l'Amérique , entre les 36° et 42» de 



NOTES. iSq 

latitude. On ue peut réfléchir sur les raonumciis militaires des Etats-Unis sans se rappeler la première 
patrie des peuples civilisés du Mexique. C'est cii s'elevant à des considérations historiques plus générales, 
c'est en examinant avec plus de soin qu'on ne l'a fait jusqu'à ce jour les langues et la conformation ostéo- 
logique des différenles peuplades, c'est en explorant tout l'immense pays limité par les Alleghanis et les 
côtes de l'Océan occidental , qu'on parviendra peu à peu à éclaircir un problème si digne d'exercer la sagacité 
des historiens. Dans toutes ces recherches, il ne peut être question ni des premiers habitans de l'Amé- 
rique (la véritable histoire ne remonte pas si haut ), ni d'une civilisation très-avancée, supérieure, 
par exemple, à celle de tant de peuples de race tatare - mongole dans l'Asie centrale, ni enfin de 
l'analogie fortuite de quelques sons, ùe quelques syllabes qui se retrouvent avec des significations toutes 
difiërentes dans les langues tschoude, iudo-pélasgique , ibcrienne ou liasque, et gale ou kehe. {/yilhelm 
von Humboldtj ûherdle Urhewohner Ilispaniens , p. gS. ). C'est d'après des aperçus vagues et peu philo- 
sophiques que l'on a cru découvrir, de temps en temps, sur le territoire des Etats-Unis, des Indiens 
qui parlent l'irlandois, le bas-breton ou le celtique de l'Ecosse. Celte fable Hi Indiens gallois, ayant 
conservé le langage gale ou celtique, date de très-loin. Déjà, du temps du chevalier Ralegh, un bruit 
confus serépandoit en Angleterre que, sur les côtes de Virginie, on avoit entendu le salut gallois: liao, 
huid, iacli. Owen Chapelain raconte qu'en i6Gg, il parvint, en prononçant quelques mots ccltiijues, à 
se sauver des mains des Indiens de Tuscorora , qui étoient sur le point de le scalper! La même chose 
arriva (à ce que l'on prétend) à Benjamin Bealty , lorsqu'il passa de Virginie en Caroline. Ce Beatty 
assure de plus avoir trouvé toute une peuplade gale qui couscrvoit la tradition du voyage de Madoc-ap- 
Qwen (arrivé en 1170!). John Filson, dans son Histoire du Kculucky , a fait revivre ces contes des 
premiers voyageurs. Selon lui, le capitiiino Abraham Cliaplain a vu arriver au poste de Kaskasky des 
Indiens <pii s'entretenoient en langue gale avec quelques soldats natifs du pays de Galles. 11 croit même 
que, « bien loin à l'ouest, sur les rives du iMissoury, il existe une peuplade qui, outre la langue celtique, 
a aussi conservé l'usage de quelques rites de la religion chrétienne. » {^Ilist. du Kent.^ p. 122.) Sur le 
Red River de Natchitotches , à 700 milles de dislance au-dessus de son embouchure dans le Mississipi, 
près du conllueut de la rivière de Post (?), un capitaine, Isaac Stewart, assure avoir découvert des In- 
diens à peau blanche et à cheveux roux , qni conversoient en gale et qui possédoicnt les titres de leur ori- 
gine. « Ils produisirent, pour preuve de ce qu'ils disoient de leur arrivée sur les côtes de l'est, des 
« rouleaux de parchemin qui étoient soigneusement enveloppés dans des peaux de loutre, et sur lesquels 
« étoient de grands caractères écrits en bleu que ni Stewart, ni son compagnon Davey, natif du pays 
«de Galles, ne purent décbifirer. » [Mercure de France du 5 nov. 1785.) Ce sont là, sans doute, 
ces livres gallois dont il a été question récemment dans les journaux françois et américains. ( Revue 
encyclopédique ^ n. 4, p. 162; et article Homme A\iDict. des sciences nat., Tom. XXI, p. Sga.) Observons 
d'abord que tous ces témoignages sont extrêmement vagues pour l'indication des lieux. La dernière lettre 
de 31. Owen, répétée dans les journaux d'Europe (du 11 février 1819), place les postes des Indiens 
gallois sur le Madwaga, et les divise eu deux tribus , les Brydoueset les Cliadogces. « Ils parlent le gaUois avec 
•.< plus de pureté qu'on ne le fait dans la principauté de Galles (!) , attendu qu'il est exempt d'anglicisme. Ils pro- 
« fessent le christianisme, fortement mêlé de druidisme.» On ne peut lire ces assertions sans se rappeler 
que tous les récils fabuleux qui flattent l'imagination, renaissent périodiquement sous de nouvelles formes. 
Le savant et judicieux géographe des Etats-Unis, M. Warden, demande, avec raison, pourquoi toutes ces 
traces de colonies galloises et de langue celtique ont disparu depuis que des voyageurs moins crédules, et 
qui se conirùlcnl, pour ainsi dire, les uns les autres, ont parcouru le pays situé entre l'Ohio et les 
Montagnes Rocheuses. Mackeuzie, liarton, Claik et Lewis, Pike, Drake, Mitehill et les éditeurs de la 
Nouvelle Arcliœologia americana , n'ont rien , aljsolument rien trouvé qui annonce les restes des colonies 
européennes du xii" siècle. De plus, le voyage de Madoc-ap-Owen est beaucoup plus incertain que ne 
le sont les expéditions des Scandinaves (des Islandais Rauda, lîiorn, Leif, etc.). Si l'on devoit trouver 
les débris de quelque langue européenne dans le nord de l'Amérique, ce seroit plutôt le teutonique 



l6o NOTES. 

(Scandinave, germain ou gotli) que le celtique ou gale qni diffère essentielleraenl des langues germa- 
niques. Comme la structure des idiomes américains paroît singulièrement bizarre aux difTérens peuples qui 
parlent les langues modernes occidentales, les théologiens ont cru y voir de l'hébreu (du sémitique ou 
araméen); les colons espagnols, du basque (ou ibérien); les colons anglois et françois, du gallois, de 
l'irlandois et du bas-breton. Les prétentions des Basques et des habitans du pays de Galles , qui regardent 
leurs langues non seulement comme des langues -mères, mais encore comme les sources de toutes les 
autres langues , s'étendent d'ailleurs bien au-delà de l'Amérique , jusqu'aux îles de la Mer du Sud. J'ai ren- 
contré, sur les côtes du Pérou, deux officiers de la marine espagnole et angloise, dont l'un prétendoit 
avoir entendu parler basque à Tahiti , et l'autre , gale - irlandois aux îles Sandwich. ( Voyez plus haut, 
Tom. I, p. 487; et JVilhelm, von Humboldt , ûber die Urbew. Hispaniens , p. 174-177.) J'ai cru devoir 
exposer avec franchise les doutes que j'ai sur l'existence des Cetto-Américains. Je changerai d'opinion , si 
im jour l'on parvient à fournir quelques preuves convaincantes. 

D'après les traditions recueillies par M. Heckwelder, «le pays à l'est du Mississipi [Nemcesi-Siptt , 
Poisson-Rivière, par corruption iVœ*!*!/)) étoit habité anciennement par une nation puissante , à taille 
gigantesque, appelée Talligewi, Taltigeu ou Alligheivi. C'est elle qui a donné son nom aux montagnes 
Alleghanieimes (Allighewiennes). Les Allighewis éloient plus civilisés que toutes les autres tribus que les 
Européens ont trouvées au «6° siècle sous ces climats septentrionaux. Ils habitoicnt des villes fondées sur 
les rives du Mississipi; et les fortifications qui font aujourd'hui l'étonnement des voyageurs, furent cons- 
truites par eux , lorsqu'ils eurent à se défendre contre les Lenni-Lenapes (Delawares) qui venoient de 
l'ouest et qui étoient aUiés à cette époque aux Mengwis (Iroquois). On peut supposer que cette invasion de 
peuples barbares changea l'état politique et moral de ces contrées. Les Allighewis furent vaincus par les 
Lenni-Lenapes, après une lutte prolongée. Dans leur fuite vers le sud, ils réunirent, après chaque combat, 
les ossemens de leurs pffrejis dans àeitumulus isolés; ils descendirent le Mississipi, et on ignore ce qu'ils sont 
devenus. « {Trana. ofthe historical Committee oftheAmer. Philos. Soc. , Tom. I, p.3o.) On sait que les pre- 
mières traditions des hommes se rattachent assez arbitrairement à telle ou telle localité, parce que chaque peuple 
ne s'intéresse qu'à ce qui l'environne de plus près : cependant des lignes de fortifications d'une prodigieuse 
longueur, observées parle capitaine Lewis, sur les bords du Missoury, vis-à-vis l'Ue du Bonhomme ( Travels, 
p. 48) et sur la rivière Platte, prouvent suffisamment que l'ancienne habitation des Allighewis, de ce peuple 
puissant que j'incline à regarder comme de race toltèque ou aztèque, s'étendoit bien à l'ouest du Mississipi, 
vers le pied des Montagnes Rocheuses. M. Nuttal , en remontant l'Arkansas pour se rendre à Cadron , fut 
informé de l'existence d'un retranchement ancien ressemblant à un fort triangulaire. Les Arkansas disent 
que c'est l'ouvrage d'un peuple blanc et civilisé que leurs ancêtres combattirent lorsqu'ils arrivèrent dans 
cette contrée, et qu'ils vainquirent par la ruse et non par la force : ils attribuent aussi à un peuple plus ancien 
qu'eux et plus policé des monumens de pierres brutes et amoncelées qu'on voit sur le sommet des collines. 
D'autres monumens non moins curieux sont des chemins assez commodes et d'une longueur immense 
que, de temps immémorial, les indigènes avoient tracés, et qui, depuis les bords de l'Arkansas, 
près de Littlerock, conduisent adroite jusqu'à Saint-Louis, et , à gauche, par l'établissement de Mont- 
Prairie jusqu'aux Nachitoches, sur la rivière Rouge. {Jourtial of Travels in to the Arkansas Territory, 1821 , 
p.28.) 

Les traits caractéristiques de stature colossale et de couleur blanche, attribuées à des nations détruites, 
doivent- ils leur origine à des idées de puissance et de force physique, comme au sentiment de la pré- 
pondérance intellectuelle des Européens, ou bien ces traits se lient-ils aux mythes d'hommes blancs, légis- 
lateurs et prêtres, que nous trouvons chez les Mexicains, chez les habitans de la Nouvelle-Grenade et 
chez tant d'autres peuples américains? La plupart des squelettes renfermés dans les tumuhis des pays trans- 
alleghaniens appartiennent à une race d'hommes trapus , moins grands que les Indiens du Canada et du 
Mbsouri {Archteologia americatia , Tom. l , p. 209). Les corps trouvés sur les bords du Merrimack ont 
même fait renaître , chez quelques auteurs, la fable des pygmées. {Morse, Modem Geography , 1822, p. 211.) 



NOTES. l6l 

Une idole découverte à Nalchez {Archœol., Tom. I, p. ii5. Annales des Voyages, Tom.XIX, n" 45, p. 428) 
a été comparée avec raison, par M. Malte-Brun , aux images des esprits célestps que Pallas a rencontrées chez 
les peuples mongols. Si les tribus qui habitoient des villes sur les bords du Mississipi sont sorties de ce même 
pays d'Aztlan qu'ont lialjité les Toltèques , les Chicliimèques et les Aztèques, il faut admettre, du moins d'après 
l'inspection de leurs idoles et de leurs essais de sculpture , qu'ils étoient beaucoup moins avancés dans les arts 
que les tribus mexicaines qui, sans dévier vers l'est, ont suivi la grande roule des peuples du Nouveau-Monde, 
dirigée du nord au sud^ des rives du Gila vers le lac de Nicaragua. En lisant la Relation du Voyage de 
M. Eversman à Bokhara, j'ai été frappé de la description d'une montagne faite de main d'hommes (cerro Jwcho 
a mano ) , d'une demi-lieue de tour, située au milieu de la ville et servant de base au palais du C.han. Cette 
coUine artificielle, appelée Aerk, s'élève au milieu de la plaine, et attire de loin l'attention des voyageurs. Elle 
est formée de briques et de terre glaise. J'ai insisté souvent, dans mes ouvrages , sur l'analogie frappante 
qu'offrent les teocatlis mexicains avec la pyramide de Belus et d'autres édifices à étages ou gradins de l'Asie 
orientale. Dans Y Aerk du Clian de Bokhara , nous voyons jusqu'à ce mélange de Ijriques et de terre glaise 
étendue par couches, qui caractérise la construction de la pyramide de Cholula. 

Il est assez probal)le que l'invasion des Lenni-Lenapes et la destruction du pouvoir des AUighevpis ont été 
liées à la migration des Caribes. Sans me rendre garant de leur origine septentrionale et de leur passage de la 
Floride aux îles Lucayes, je vais réunira la fin de cette note les fruits de mes recherches sur cette importante 
association de peuples si long-temps calomniée par les voyageurs. Les Caribes du continent dont les sites s'é- 
tendent encore aujourd'hui depuis les côtes de la province de Nueva-Barcelona {Missiones de Piritù) , le long 
des rives duCarony, de VEssequebo, duCuyuni et du Rio Branco jusque vers l'équateur, s'appellent eux-mêmes 
Carina. Les Ottoniaques les nomment Cari pi lia ; les May pures, C:/)v^K«a. C'est presque le mot Callipiiian (en 
confondant l et r) de la langue des femmes dans les îles Caribes. ( Voyez plus haut, Tom. II, p. 496. Gili , 
Tom. I, p. XXXV, Tom. III, p. 107.) Les Caribes des Antilles divisent leur nation eu habitans des îles ou 
Oubao-bonon et habitans de la Terre- Ferme ou Baloiie - bonon. (Ile, owbao; habitation, icabanum ou 
icabatobon ; conliaent , baloue.) Roche/crt , Hist. des Antilles,]^. Saô, 658; Breton, Dict. Caribe , f. 32. 
Voici les noms des îles en langue caiibe : Antigoa, Ouata; Saint- Barthélémy, Oî<oraatoo,- Saint-Martin, 
Oualachi; Sainte-Croix, Amonhana, Ayay ou Hayliay [Petr. Mart. Océan., p. 54) ; Anguilla , Maliouana; 
Dominique, Ouaitouconbouli ; Barbade , OMa/io/«o?i2,- Marigalante, .^îc/»'; .Saint-Christophe , Liamaigana ; 
Guadeloupe, Caloncuera (dont Petrus Martyr Oc, Lib. IX, fol. 63, a fait Caraqueira) ; la Cabes-Teire seule, 
Balaorcone ; la Basse-Terre seule , Kaerebone ; Portorico ou San Juan, Borriken ou Oubouemoin; la Trinité, 
Cairi. J'ai recueilli ces noms , parce que leur connoissance devient indispensable à ceux qui veulent étudier 
la géographie de l'Amérique au commencement du 16° siècle. J'ajouterai quelques autres noms d'îles 
qui cependant ne sont pas caribes : la Guadeloupe , Guacana (Gomara, Hist., fol. xxni); Saint-Domingue 
ou Isla Espafiola, Haïti et Quizqueja ( le premier de ces noms signifioit, dans la langue du pays, aspérité 
ou endroit montagneux; le second. Grande -Terre. Gomara, fol. xvi); Cuba, Juana ou Fernandina ; la 
Jamaïque , Santiago. L'aspect des Caribes est partout le même : Laet a décrit , il y a deux cents ans , ceux des 
rives du Marwina (Marony) exactement comme j'ai trouvé les Caribes des Ltanos du Cari. « Marcs suiit 
procero et obeso corpore, capillis in orbem detonsis, instar coronse sacerdotalis et cutem rubro colore 
tincti : vêlant pudenda panniculo quodam unum palmum lato et duos longo, caetera nudi : fœmlnae 
pusiUo sunt corpore. » (Descript. Ind. Occid., p. 64/. Voyez aussi Archœol. americana ,Tom. 1, p. 365-433.) 
Les dénominations géographiques de Caribana, Cariai et Cariari méritent des éclaircissemens. Le 
golfe d'Uraba (golfe des canots, car uru signifie canot. Petr. Mari. , p. 32 C ) , dans lequel se jette le 
grand Rio Atrato (Rio San Juan ou Rio Dabciba), ne portoit point encore, au 16° siècle, le nom de 
golfe de Darien. On appeloit alors Caribana une province située entre l'embouchure du Rio Sinù 
(Zenii) et celle de l'Atrato. Gomara {Hist. de las Indias, i553, fol. xxx) nomme, de l'est à l'ouest, 
les lieux suivans : «Caribana, Zenù, Carthageua, Zaniba y Santa Marta. » Le cap qui borde le 
golfe de Darien vers l'est porte , comme je l'ai déjà rappelé dans le texte, même de nos juurs, le nom àePunta 

Relation historique , Tom, III. 3i 



102 NOTES. 

Carïbmia. En parlant d'Alonso de Ojeda, Gomara dit: « Saliô a tierra en Caribana (solar de Cariben como 
algunos qiiieren) que esta â la entrada del golfo de Uraba. Del golfo de Uraba cuentan 70 léguas liasta Car- 
tagena. Otro golfo esta en inedio del Rio Zenii y Caribana de donde se nombran los Caribes. » {L. c, fol. ix et 
XXXI.) Plus .1 l'est, les Indiens Caramares (Caramairi) , liabitans de la côte ou se trouve situé aujourd'hui le port 
de Cartliagi-ne des Indes, se croyoient également d'origine caril)e. [Petr. Mart. Oc, p. uS-^Her. Dec. I, ]). 197.) 
Herera, dont les renseigneraens géographiques sont généralement très-exacts , nomme Ctiribaco une baie 
sur la côte septentrionale de Veragua , circonstance qui est d'autant plus digne d'attention que les peuples 
appelés Caribes d'Uraha plaçoient leurs premières demeures au-delà du Rio Darien ou Atrato. « Decian los 
liidios de esta région que havia sido su naturaleza pasado el Gran Rio de Darien. » {Dec. I , p. 202.) Lo 
plus ancien nom de la haie de Caribaco, entre Cartago et la Laguna Cbiriqui, est Caravaro ou Corobaro 
{Oomara, Hist. , fol. viii; Her. Descr. , p. 29; Lœt , p. 345). Sans doute qu'à l'ouest de l'isthme de Panama 
il y avoit des peuples anthropophages, qui, d'après l'observation de Colomb (dans la Lettera mrissimadel j 
di Jnnio 1 5o3) « mangiavano uomini corao noi mangianio oltre aniraali. » Cariari ou Cariai , que j'ai confondu 
à tort plus haut (Tom. II , p. 692) avec Caribana , étoit situé au sud du cap Gracias a Dios et de l'île Quiribiri , 
vraisemblablement près de l'emljouchure du Rio San Juan , qui est le dexaguadero du lac de Nicaragua et un 
des points les plus importans pour la communication projetée entre les deux mers. C'est à Cariai que Colomb, 
séduit par la vivacité de sou imagination , crut entendre parler de la Ciiine (Catay) et de la rivière du Ganges. 
Les habitans n'étoient pas de race caribe, mais très-doux et adonnés au commerce. Colomb ne dit du mal 
que des femmes de ce pays qu'il appelle des enclianteresses dévergondées. «Quando aggionsi, écrit-il au roi 
et à la reine de Castille, incontinente mi mandarono duc fanciuUe ornate di richi vestimenti : la più di 
terajjo non saria di età di anni undici , l'altra di sette ; tutte due con tauta pratica, con tante atti el tanto vedere 
chesaria bastato,se fossero state puttane puhliche vinti anni. Portavano con esse loro polvere di incantamenti 
c altre cose délia loro arte.» L'amiral résista à tant de moyens de séduction et se hâta d'envover les jeunes 
fdles à terre. {Lettera rar. , p. 9, aS; Petr. Martyr. Oc, p. 53; A. Her. Dec: I, p. i32.) Le nom de Cariari 
paroit une seconde fois dans la partie nord-est de l'Amérique méridionale. Gomara, en décrivant cette 
côte de l'ouest à l'est, s'énonce ainsi : « De Sant Roman al golfo trisfe (entre Punta Tucacas et Portocabelo) 
ay 5o léguas en que cae Curiana (Coro) o el pais de los Curianas. {Relat. hist, Tom. I, p. 618.) Del golfo triste 
al golfo de Cariari ai 100 léguas de Costa, puesta en 10 grados y que tienc a puerto de Canafistola , Chiribichi 
y Rio de Cumana, y punta de Araia. ii [Hist. de las Indias, fol. vm. ) Il résulte de ce Portulan ancien que 
si le golfo de Cariari n'est pas identique avec le golfe de Cariaco , il en est du moins peu éloigné. Cette répéti- 
tion des mêmes dénominations géographiques sur la côte de Veragua et sur celles de Cumana tient-elle à 
d'anciennes migrations de peuples de race caribe? Ce que j'ai rapporté dans le texte sur la connoissance 
des peintures hiéroglyphiques chez les Caribes d'Uraba se fonde sur le passage suivant : « Legum peritus 
dictus Corrales, Dariensium (Futeracae et Caribana?) pra;tor urhanus, in<|uit se occurrisse cuidam fugitivo 
ex internis occidentalibus magnis terris qui ad regulum repertum a se profugerat. Is legentem cernens prae- 
lorem insilivit admirabundus atque per interprètes, qui reguli hospitis sui linguam calle])ant : eu quid et vos 
libres habelis , en et vos characteris quibus absentes vos intelligat assequimini? Oravit una ut apcrtus sibi 
libellus ostenderetur, putans seliteraspatrias visurum. Dissimiles reperit cas esse. {Petr. Mart. Oc, p. 65. D.) 
Aussi , chez les Caramares qui se disoient de race caribe , on trouvoit quelques traces d'une culture étrangère. 
« Architecti pererrantes a littore parumper in frusto candidi marmoris se incidisse dixerunt. Pulant pere- 
grinos ad cas terras venisse quondani qui marmora e montiiius aliquando scindèrent et putamina illa in piano 
reUquerint. » Au milieu d'un pays presque dépourvu de traditions historiques, on s'intéresse à tout ce qui rap- 
pelle une époque antérieure à la barbarie dans laquelle les Européens ont trouvé les régions chaudes de l'Amé- 
rique à l'est des Andes. Ces peuples de Cauchieto près de Coro ou Curiana, de Caramairi près de Carthai^ène 
des Indes , de Caribana el de Cariari , ctoient riches en or, qui leur venoit sans doute des montagnes de l'inté- 
rieur. Une partie de cet or étoit mêlée avec ; d'argent. C'étoit l'electrum des anciens , de l'argent natif aurifère, 
ou, comme disoient les Conquistadores, d'après un mot de la langue d'Haïti, du gmnin. {Petr. Mart. Oc , p. 22.) 



NOTES. l63 

Dans ce passage, qtianini ou plutôt nini, car qua est une forme afiixe, est faussement traduit par aurichal- 
cura. Herera, clans ses Décaties (I, p. 79), désigne par le mot quanines toutes sortes de colliers faits en or,, 
de bas aloi. ( P'^oyez des mots de la langue d'Haïti qui n'ont pas été recueillis par Gili , Toni. lil, p. 2 24, 
dans Petr. Mart. , p. 5g- 6 1 .) Je n'ai point parlé , dans le tableau que j'ai tracé des peuples caribes , de l'habi- 
tude attribuée aux hommes de s'étendre dans un hamac et de se soumettre à des jeûnes prolongés après les 
couches de leurs femmes. Il paroît que cette habitude bizarre apparteuoit à un petit nombre de tribus, et 
qu'elle étoit plus commune chez d'autres nations del'Orénoque et de l'Amazone {Garcia, p. 172. Southey, 
Tom. I, p. 642.) On la trouvoit anciennement chez les Ibériens, les Corses et les Tibareni. {ApoUon. Rhod. 
Argonaut.yLib. II, v. 1009-1014.) On dit aussi que, dans plusieurs provinces de la France méridionale, les 
maris faisaient couvade a la naissance d'un enfant. La taille élancée des Caribes de la Terre-Ferme paroît 
confirmer d'ailleurs leur origine septentrionale. Les peuples de la Floride ont frappé les premiers voya- 
geurs par leur stature extraordinaire. Dans l'expédition de Luis Velasquez de AjUon (iSao) , on trouva , sur 
la cûte de Chicora et à l'embouchure du Rio Jordan (entre Savannah et Charlestown, dans la Caroline du 
Sud), une race d'Indiens grands comme les Caribes, mais à cheveux longs. « Por aquella costa arrlba 
iiombres liai mui altos y que pareclan gigantes i> (Gomara, fol. xxii; Herera, Dec. Il, p. 269 ; Lœt, p. 96.) Les 
voyageurs du 16" siècle qui avolent, comme les voyageurs modernes, la manie de tout expliquer, croyoienf 
'I que les Indiens de Chicora se ramollissolent les os en prenant des jus d'herbes, et qu'ils s'alongeoient les 
membres à force de les tirer de temps en temps, " Quant ii l'origine asiatique (araméetine) des Caribes, nous 
n'en parlerons pas plus que des monnoies phéniciennes et romaines que l'on assure avoir trouvées 
aux Ktats-Unis. On a prétendu que les dernières étoient du 111° siècle, et qu'elles avoient été découvertes 
dans une caverne près Nashville; mais on sait aujourd'hui [Archœologin , Tom. I, p. 119) qu'elles ont été 
enfouies, soit par supercherie, soit accidentellement, avec de l'argent anglois, par des colons européens! 
Les monnoies carthaginoises de la Louisiane méritent d'être placées à côté des prétendues Inscriptions de 
Dlghton , trouvées dans la baie de Narangaset, sur lesquelles Court de Gebelln a fondé de si absurdes 
hypothèses ! ( fîtes des Cordillères , Tom. I , p. Co. ) Est-ou bien sûr que la belle coquille d(; 9 pouces de 
long et 7 pouces de large, récemment découverte dans un tuiiiulus près de Cincinnati , est identique avec le 
Cassis cornutus de l'archipel des îles d'Asie? {Longs Expcd., Tom. I , p. 64.) Ce seroit une découverte bien 
extraordinaire. 



Note B. 

Pour faciliter la comparaison des nouvelles associations politiques formées dans le Nouveau-Continent avec 
les anciens états de l'Europe, je donne ici un Tableau des surfaces et des populations. On a rangé les divers 
pays d'après leur étendue , qui est l'élément le moins variable de la statistique. Chaque nombre a été l'objet 
d'une discussion pai-ticulière , et j'ai consulté tous les ouvrages statistiques dont j'ai pu avoir connoissance. 
Lorsque les évaluations A'arca diflëroient considérablement, j'ai calculé de nouveau les surfaces d'après les 
meilleures cartes. L'area de la Péninsule Ibérlenne, par exemple, est évaluée à i8,i55 1. c., et non, comme 
le veut M. Autlllon, à 1 8,443 1. c. L'Espagne qu'on croyoit autrefois de 16,094 ou de 1 5,863 1. c. n'en a que 
i5,oo5. [Principios de Geografia, p. i."5. Elementos de la Geogr. de Espaiia, i8i5, p. i4i , i43.) PoiirVarea 
du Portugal (3i5o l.c), j'ai suivi le calcul du colonel Franzinl [Balhi , Essai statist. sur 'e Portugal, Tom, 1 , 
p. 67). Les populations de mon tableau se rapportent à peu près aux années 1820 et 1822. Celle de la France 
se fonde sur le recensement de 1820, tel que l'a publié M. Coquebert de JVIontbret, y compris l'armée. La 
population de l'Angleterre est conforme au dénombrement de 1821. (Voyez Rickmayi , Ennmcratioit oj 
Parish Registers , 1822, p. xxxui et xxxv.) Quant ii la population et à Yarea de l'Egypte, elles sont dues 
à des recherches inédites de M. Jomard. 



i64 



NOTES. 



COMPARAISON DES GRANDES DIVISIONS POLITIQUES 

rangées 

d'après l'ordre de leurs grandeurs resïectives. 



AMâBiQOBj depuis le Cap de Hora jusqu'au parallèle de Melvillc's Sound et du cap 
Barrow (y compris les Antilles et Terre-Neuve) 

Population, 54)384,000. Par lieue carrée marine , 39. 
EuprRB BCSSB ., 

Population, 54 millions. Par 1. c, 87. 
(Demi-surface de la Lune, 614,768 1. c. ). 
Amériqcb sept8ktbio:ialb, depuis l'extrémité sud-est de l'isthme de Panama jusqu'à 
68° de lat. bur. (la seule partie continentale, sans les îles Antilles) 

Population, iy,65o,ooo. Par I. c. , 52. 
Ah^biqdb uÉBiDioNALS, BU sud de l'isthme de Panama (sans les îles Antilles) 

Population, i3,i6t,ooo. Par 1. c. , 31. 
RcssiB d'Asib , en prenant pour limite occidentale le Kara , les Monts Oural et le Jâik. 

Population , a millions. Par I. c. , 4 
EupiBE cBinois, y compris les nouvelles possessions occidentales de Tascbkent , Kokan 
et Kogend 

Population, 175 millions. Par 1. c. 377. 
Amébiqcb ESPicnOLB, y compris les îles 

Population, 16,785,000. Pari, c, 45. 
EcBOPB jusqu'à l'Oural • 

Population , 196 millions. Par 1. c. , 659. 

AuÉBIQOB POBTUGAISB ( Bfésil ) 3. 

Population, 4 millions. Far 1. c, i5. 
PossBSSicvs ARGLOisBS DANS l'Ahëbiqdb sbptbntbioralb , dout Ics coutrécs , entièrement 
sauvages (le Labrador, la Nouvelle-Galle du nord et la Nouvelle-Galle du sud) 

forment { ou 167,000 lieues carrées marines 

Population, 6a, 000 sans les Indiens iodépendans. 

États-Ukis , des eûtes de l'.\tlantique jusqu'à celles de l'Océan-Pacifique 

Population, 10,330,000. Par I. c. , 58. 

BcssiB d'Eibopb jusqu'à l'Oural (y compris la Pologne et la Finlande) 

Population , 5 a millions. Par 1. c. , 545. 

Cbibb proprement dite 

Population, i5o millions. Far 1. c. , 1173. 

Bcb:ios-Aybbs • .■ 

Population, a,3oo,ooo. Pari. c. , 18. 

F^niiisCLB db l*1.>db (Uindostan) 

dont Inde britannique (avec les pays protégés), 90,100 1. c. Fopnl. , 7? mill. 
Inde indépendante, 19,100 1. c. Popol. , 38 mill. 
Population totale, 101 millions. Pari, c, 936. 

ExATS-Uifis A l'oubst Du MlSSISSlPI 

Population , 816,000; avec les Indiens, 376,000. Par 1. c. , 4. 

NOUVBLLE-ESPAGIVB AVEC GcATIHALA 

Population, 8,4oo,ooo. Pari, c, 95. 
CoLouBiA (l'ancienne vice-royauté de la Nouvelle-Grenade avec la Capitania gênerai 
de Caracas) 

Population, 2,786,000. Par 1. c. , 3o. 
Êtats-Uhis , À. l'est od Mississipi 

Population, 9,404,000. Par I. c, 121. 
Nouvellb-Gbenadb ( avec Quito) 

Population, 2 millions. Par I. c. , 34. 



UECES MARINES 

carrées 
(de 20 au degré). 



1,186,930 
616,000 

607,357 
571,300 
465,600 

463,300 
371,400 
3o4,70o 
357,000 

305,000 

i74i3oo 
iSo4oo 
128,000 
I 36,800 
109,300 

96,600 
93,600 

93,000 

77.700 
58,a5o 



NOTES. 



i65 



COMPARAISON DES GRANDES DIVISIONS POLITIQUES 

rangées 

d'après L'oncnE de leurs grandeurs respectives. 



EuPlRB BBITiNIflQCR 0A1T3 l'IrDB 

Population, 73 millions. Pari, c, 810. 
^. Possessions de la Compagnie (les trois Présidences avec les provinces nouvelle- 
ment conquises). Area^ 49>?oo 1. c. Population, 55- millions. Par 1. c, 1128. 
I- . Pays placés sous la protection de la Compagnie (le Nizan^.le Rajab de Mysore, 
d'Oude, de Nagpur, etc.) Area , 40,900. Population ,177 millions. Par 1. c. , 428. 

PiaoD 

Population, i,4oo,oao. Pari, c, 54. 

SoÈDE ET NOBVVÈGB 

Population , 3,55o,ooo. Par 1. c. , 90. 

Verbzobla (l'ancienne Capitanla gênerai] 

Population, j85,ooo. Par I. c. 23. 

Les i5 États atlartiqdes des Etats-Unis d'Amérique 

Entre les limites extrêmes de la Géorgie et du Maine ( par conséquent sans les 
Florides), mais des deux côtés des Allegbanys. 
Population, 7,421,000. Pari, c, 24^. 

MoifABCHlE AUTHICaiEKnE 

Population, 29 millions. Par I. c. , i324. 
Alleu ACnE 8 

Population, 3o ^ millions. Par 1. c. , 14^2. 
Pénihsdlb iBiiaiEnnB (Espagne et Portugal) 

Population, 14,619,000. Parl.c.,8o5. 
Fbahcb avec la Corse 

Population, 3o,6i6,ooo. Pari, c, 1790. 
Espagne 

Population, 1 1^446,000. Par 1. c. , 763. 
Chili , , , , 

Population, 1,100,000. Par 1. c. , 76. 
Italie 

Population, 20, 160,000. Par 1. c. , 1967. 
Iles Britanniques 

Population, 21,200,800. Par I. c. ,3iao. 
a. Angleterreavecla P. de Galles, yiren , 484o 1. c. Pop. , ia,2i8,5oo. Par 1. c. , a524. 
^. Ecosse avec ses îles. Area, 2470 I. c. Pop., 3,i35,3oo. Par 1. c. , 864. 
». Irlande. Area , 2690 1. c. Pop. , 6,847,000. Par 1. c. , lii^S. 

M0NABCH1B PRUSSIENNE 

Population, 11,663,000. Par l, c. , i3ii. 
Archipel des Antilles 

Population , a 7 millions. Par 1. c. , 3oi. 
Etat de Vibcinie 

Population, 1,065,000. Par 1. c, 197. 
Province db Cahacas (avec Coro) 

Population, 4ao,ooo. Pari, c, 4o. 
Angletbbbe 

Population, i3,2i8,5oo. Par 1. c. , 2524. 
Etat db Pehsylvanib 

Population, i,o49,5oo. Farl. c, 269. 
Intendance de Mexico , , 

Population, 1,770,000. Par l. c. , 465. 



LŒUES MARINES 

carrées 
(de 20 an degré). 



90,100 



4 1,400 
39,100 
33,700 
30,900 

31,900 
ai,3oo 
i8,i5o 
17,100 
i5,ooo 
i4,3oo 
io,a4o 



8,900 
8,3oo 
S,4oo 
5,200 
4,84o 
3,900 
3,800 



i66 



NOTES. 



COMPARAISONS DES GRANDES DIVISIONS POLITIQUES 

rangées 

d'après l'ordre de leurs grandeurs respectives. 



FOBIUCAI 

FopuUtioD , 5,173,00a. Par I. c. , 1007. 

ScJIttSE 

Population, 1,940,000. Par!, c, 1175. 

Egypte 

En ne comprenant sous ce nom que le pays qui leçoit ou a reçu les eaux du Nil. 
L'espace entre la Mer Rouge et les Oasis Libyques comprend 1 1,000 I. c. marines , 
mais l ne forment qu'un désert. 
Population, 3,489,000. Parl.c, 1777 (dans la seule partie cultivée). 

La Galice (province d'Espagne) 

Population, i,4oo,ooo. Par L c. , io55. 

Royaume d*.\bagon 

Population , 660,000. Par 1. c. , 557. 

Hollande ( l'ancienne république ) 

Population, 2,100,000. Parl.c, i33o. 

Royaume de Valercb 

Population, i,aoo,ooo. Par 1. c, 1S74. 

DéPABTEUENT DE LA ChABENTE , 

Population, 347,000. Parl.c, i865. 
Ce département et celui de la Meurthe offrent à la fois la graadeur moyenne et la 
population moyenne d'un département de la France. 



LIEUES MARINES 

carrées 
(de 20 au degré). 



3, i5o 
i,55() 
i,4oo 

i,65o 

l,23o 

900 
64o 
18G 



L'évaluation de Varea de l'Amérique entière se fonde sur le calcul suivant ; 
J''ai trouvé, en traçant des triangles siu- des cartes à très-grandes éclielles, 

I. Amérique méridionale , sans y comprendre l'bthme de Panama 571,290 lieues carrées. 

Colombia (sans Veragua et sans l'isthme) 89,344 1. c. 

Pérou, Chili et Buenos-Ayres ensemble i82,43o 

Brésil a56,g90 

Guyanes angloise, hollandoise et Françoise 1 1 ,32o 

Terres palagoniques , au sud du Rio Negro 3i,2o6 

57ij'.290 

II. Isthme de Panama et province de Veragua 2,600 

III. Guatimala et Nouvelle-Espagne ensem])le 92,670 

IV. Le pays presque désert qui ne se trouve point compris dans le territoire 

réclamé jusqu'ici par le gouvernement des États-Unis et par celui de la 
Nouvelle-Espagne, savoir 1" à l'ouest du Rio del Norte, entre le Nou- 
veau-Mexique, la Sonora et la Nouvelle-Californie, de 35° à 42° de 
laL hor., depuis le port de San Francisco jusqu'au cap San Sébastian , une 
surface de 41,162 1. c, arrosée par le Rio Colorado; 2° à l'est du Rio del 
Norte, entre le Nouveau-Mexique , les intendances de Durango et de 
San Luis Polosi, le territoire d'Arkansas et l'État du Missouri, 
une surface de 2o,32o 1. c 61,482 



NOTES. 167 

V. Territoire des Etats-Unis 1 74,000 

VJ. l'ous ce qui se trouve entre la limite septentrionale des Etats-Unis et le parallèle 
de 68° qui passe (d'après les découvertes récentes du capitaine Franklin ) , au 
sud de l'archipel du Duc-de-York, par les caps Mackenzie, Barrow et 
Croker. Cet immense terrain comprend les possessions angloises , le Labra- 
dor, le pays des Chipeways et l'Amérique russe (en excluant le Grœnland , 

West Main, au-delà du parallèle de 68°, et l'île de Cumberlaud) ^76,385 

^ II. Amérique insulaire, d'après les calculs de M. de Lindenau et les cartes du 

Deposito liidrografico de Madrid {Zach's Monatl. Corresp. , 1817, Dec.) . . . 8,3o3 

Total. 1,186,930 

Il résulte de ces données : 
t^mérique septentrionale , au nord del'extrémité sud-est de l'isthme de Panama. 607,337 lieues mar. c. 
Population, ig,65o,ooo. 

Archipel des Antilles 8,3o3 

Population, 3,473,000. 
Amérique méridionale , au sud de l'extrémité sud-est de l'isthme de Panama. . 671,290 

Population, 12,161,000. 

1,186,930 

.Si nous comparons ces nombres à ceux qu'offrent les ouvrages de statistiques les 
plus récens et les plus estimés, nous trouvons, en réduisant uniformément les 
milles anglois et les lieues géographiques à des lieues marines carrées de 20 
au degré, Varea totale de l'Amérique avec le Grœnland , d'après M. Morse [A new 
System o/Geography, 1822, p. 5i), de i,i84,8ool. c; et d'après M. Balbi(Co7w- 
pendio di Geograjiauniversale, 1819, p.3o8),de 1,327,000 I. c. L'Amérique,àpeu 
près jusqu'au parallèle de G8°, comprend , d'après M. Hassel {Gaspari ,Hassel itnd 
Camuibich, Folht- Erdbeschreibung, 1822, B. 16), 1,072,026 Le; savoir : 

Amérique septentrionale 539,453 I. c. 

insulaire 8,0 1 8 

méridionale 524,555 

1,072,026 

Comme M, Ilassel a publié les détails de son calcul, il est assez facile de reconnoître quelles sont les 
parties continentales qui, dans ses évaluations, difiêrent considérablement de celles que j'ai pu faire d'après une 
connoissance plus intime des limites et sur des cartes rectifiées d'après un plus grand nombre d'observations 
astronomiques. D.ins l'Amérique septentrionale on a oublié de mettre en ligne de compte un espace de 
61,000 1. c. renfermé entre les parallèles de 35° et 42°, et qui n'est pas compris jusqu'ici dans les territoires 
du Mexique et des États-Unis. Dans l'Amérique méridionale, Varea de Buenos-Ayres , du Pérou et du 
Brésil a éié évaluée de 32ooo -|- 3ooo H- 77000— 1 12,000 1. c. trop petite; l'arm de Colombia et du Chili , 
de 58ooo + 5ooo = 63,ooo trop grande. En appliquant ces corrections, M. Hassel trouveroit, pour l'Amé- 
rique septentrionale, 601,000 I. c. ; pour l'Amérique méridionale, 673,000, et pour tout le Nouveau- 
Continent avec les Antilles, presque comme moi, 1,182,000 1. c. de 20 au degré. 

La répartition des colonies espagnoles ou, pour parler avec plus de précision , des pays habités et gouvernés 
par les Espagnols-Américains, au nord et au sud de l'équateur , est comme il suit : 



I 68 3N- O T E s. 

Sur le continent de l'Amérique septentrionale, y compris l'isthme de Panama. 95,170 lieues carrées 

Population, 8,48o,ooo. 

Dans l'archipel des Antilies i,i3o 

Populatio n j 800,000. 

Sur le continent de l'Amérique méridionale 271,780 

Population, 7,5o5,ooo. 371,380 

Ces trois groupes donnent ensemhle une population de 16,785,000. {Voyez plus haut, p. 64 et 72.) On a 
tellement exagéré jusqu'ici la grandeur de Varea qu'occupent les colonies espagnoles[, que le père Molina 
donne au Chili 42,000 au lieu de i^h,3oo\ie\ies caTréesmarmei {Saggio sulla Storia7iat. del Chili, 1810, p. i). 
Mais aussi, dans sa carte, Molina élargit de la manière la plus arbitraire de 60 lieues la basse région du Chili. 

La surface del'Indostan et celle de ses divisions politiques ont été calculées par M. Mathieu et par moi avec 
le plus grand soin, d'après la carte qui porte pour titre : New improved map 0/ India 1822 by Allen , Black, 
Kingshury and Parbury . Nous avons trouvé logjigolieues marines carrées ou i,3o7, 180 milles anglois carrés, 
en assignant à la péninsule de l'Inde les limites suivantes : L'embouchure de l'Indus et son cours jusqu'à 
35° 20' de lat. au N.O. de Cachemire ; la chaîne de l'Himalaya la plus rapprochée du lac Manassarovar jus- 
qu'à la rivière Tistah; le Burampoutcr, à 91" de longitude; la Mer du Bengal, au sud de l'ile Mascal et à l'est 
de la rivière Sankar. Je suis surpris de voir que M. Hamilton doune à toute la péninsule 1,020,000 milles carré.» 
anglois ou 85, 120 1. c. marines, évaluation de plus de \ trop petite. Les résultats de Plaifair, que j'ai suivies 
dans mon ouvrage sur le Mexique , ceux de MM. Balbi , Tempelman et Hassel (i 62,827 1. c. de 26 au degré ; 
62,500 1. c. géographiques; 69,760!. c. géogr. ; 73,A6o 1. c. g.), approchent assez du résultat auquel je m'arrête. 
Voici les données partielles d'après la carte d'Allen: \. Territoire anglois, les Présidences, 49,22! lieues 
carrées marines; IL Pays sous la dépendance de la Compagnie (états tributaires, subsidiaires et protégés): 
Rajah de Mysore, 2635 1. c; le Nizam, 8126; Rajah de Nagpoor, 593 1 ; Holkar, 1992; Oude, 2o52; 
Gyk-war, 34i8; Rajpoots, 9482;Seiks, i3oo; chefs de Bundelkund, 1229; Bopaul , 4g4 ; Sitarra, 1 185; 
Travencore, 658; Sindia, 2398 : ensemble 40,900 lieues carrées. III. Etats indépendims : Lahore et Seiks, 
10,935; Sinde, 3643; Népal, 4335; Goa, Pondichéry, Chandernagor, Mahé, Tranquebar, Palicote, etc., 
i53 : ensemble ig,o66 lieues carrées. Total, y compris l'île de Ceylan, 109,190 I. c. 

La population de l'Angleterre étoit, d'après le recensement de 1377, de 2,3oo,ooo. La ville de Londres 
n'avoit alors que 35,ooo. {Lowe , Présent state 0/ England Ap., p. m.) Voici, d'après M. Cleland, l'accrois - 
sèment de la population de la Grande-Bretagne depuis vingt ans : en 1801 , la population s'élevoit à 
io,9'»2,642; en i8ii, à 12,596,803; en 1821 , à i4,353,8oo. 

En évaluant la population de l'Empire russe avec la Pologne à 54 millions, j'ai compté 2 millions pour 
la seule partie asiatique. Des renseignemens officiels (Pefcrsi«gi?r ZeifacAnyï, \%-25, juin, p. 29 '») donnent 
à la Sibérie 1,606,195 (savoir : Tobolsk, 572,471 ; Tomsk, 34o,ooo; Jeniseisk, i35,ooo; Irkutsk, 4oo,5oo; 
Jakutsk , i47,oi5; Ochotsk , 6/03, et Kamtschatka, 45o6 ). J'ajoute, pour les parties situées à l'est des 
Monts -Oural, c'est-à-dire pour j du gouvernement de Permc , y du gouvernement d'Orenbourg et les 
Kirgises, aux 1,606,195 habitans de la Sil)érie proprement dite, encore 45o,ooo. 

D'après la grande Géographie impériale de la Chine, le nombre des taillables s'élevoit, en 1790, à 
i43 millions. M. de Klaprolh pense que l'on peut ajouter 700,000 pour l'armée et les exempts de taille, 
de sorte que la Chine proprement dite, avec le Liao-toung, renferme vraisemblablement i5o millions. 
Pour la Tartarie (à l'exception du Tibet et de la Corée) , on peut compter 6 millions. 



NOTES. 



169 



Note C. 

Comme tout ce qui a rapport aux restes de la population indigène est d'un grand intérêt pour les amis de 
l'humanité, je vais consigner ici 1° l'état des missions des pères de VOhservancr de Saint-François dans la 
province de Barcelone, missions appelées vulgairement de Piritù et dépendantes ( Voyez plus haut , Tom. III , 
p. 4-5) du coUége de la Ptirissima Concepcion de Propaganda Fide à Nueva Barcelona; 2" l'état des 
missions de l'Orénoque, du Cassiquiare, du Rio Negro et de l'Atabapo, dans la province de la Guyane 
(Vol. II , p. 23i- 648 ) , également gouvernée par \e% frères de l'Observance du collège de Nueva Barcelona ; 
3° l'état des missions de Carony, à l'est Je l'Angostura, dans la province de la Guyane, confiée aux Capu- 
cins catalans (Vol. \\, p. 669-674). 

1° Etat des Missions de Piritù dans la province de Nueva Barcelona en 1799. 



Nous DBS 58 VILLAGES 

desservis par les religieux Observantins. 

Parmi rc nombre 17 sont de mission et 

21 de doctrina. 



La Puriss. Concepcion de Piritù. (D.) 

S. Antonio de Clarines. (D.) 

Nuestra Senora del l'ilar. (D.) 

Santa Catharina de Sena del Carito. (D.) 

Jésus Maria Josef de Càigua. (D.) 

San Miguel 

N. S. P. S. Juan de Huere. (D.) 

San Pablo Apost. de Huere. (D.), 

San Lorenzo de Huere. (D. ) 

S. Andres Apollin. de Onoto. (D.) 

Nuestra Seiiora del Araparo de Pozuelos. (D.). . . 

San Diego. (D.) 

Santo Domingo de Guznian de Araguita. (D.). . . . 

San Juan Capisirano de Puruey. (D.) 

San Bernardino. (D.) 

S. Josef de Curataquiche. (D.J 

S. Matbeo Ap. y Evangelista (D) 

S. Vicenle Ferrer de Carapa. (M.) 

Santa Gertrudis del Tigre. (M.) 

Nuestra Seùora del Socorro del Cari. (M.) 

La Puris. Concepcion de Tavaro. (M.) . . . 

S. Pedro Apollin. de la Puerta. (D.) 

La Divina Pastora de Guàicupa. (M.) 

Santiago , ô Santa Cruz de Orinoco. (D.) 

San Juan Haut, de Mùcuras. (M.) 

La Asuncion de Atapiriri. (M.) , 

S. Simon Apollin. de Moquéte. ( D.) 

Santa Clara de Arivi. (M.) 

S. Pedro Regalado de la Candelaria. (M.) 

S. Luis Obispo de Arivi. (M.) 

Santo Chrisio de Pariaguan (M.) 

Santa Cruz de Cachipo. (M.) 

Santa Ana de Orocopiche. (M.) 

S. Joaquin del Parire. (M.) 

N. Seiiora de la Candelaria de Chamariapa. (D.) 

Santa Uosa de Vilerbo de Ocopi. (M.) 

N. Seùora de Dolores de Quiauiàre. (M.) 

S. Buenaventura de la Margarita. (M.) 



POPCLATIOH. 



Mariés. 



366 
4.2 
558 
aoo 
526 
260 

l52 
204 
307 

46 
53 
58 
4i 
i33 

252 
172 

3o8 

i43 

7° 
i34 

98 
128 
5i 
5o 
43 

7' 
il 



41 
142 
109 
243 
284 
181 

4>7 
63 
io5 



Non 
mariés 
adultes. 



259 

-7« 

542 

220 

775 

597 

193 

3o6 

5o4 

56 

8.5 

42 

38 

264 

254 

i85 

309 

7' 

74 

198 

ii3 

175 

42 

25 

44 
54 
28 



190 

164 

368 
38o 
126 
4i> 
107 
188 



Enfans. 



660 

458 

1019 

24 1 

54? 
36o 

113 

438 

645 

102 

82 

95 
53 
200 
296 
196 
545 
341 
io5 
18S 
143 
195 
fc6 

97 
66 
86 
C9 

5o 

95 
286 

252 
422 
423 

35 1 
261 

i>4 
264 




Époque 

de 
fonda- 
tion. 



1575 
1667 
1674 
'798 
1667 
1661 
1675 
1680 
1675 
16S7 
1687 
i688 
1690 
1680 
1675 

'679 
.715 

179^ 
»794 
1761 

'77' 
'794 
.754 

'796 
1754 
1754 

'799 
1755 
1755 
1755 
1744 
'749 
1735 
1724 
1742 
1724 
>748 



Bap- 
têmes. 



120 
ii5 

204 

» 

118 

60 

57 
101 

61 
28 

'7 

23 

16 
40 

47 

84 

34 

44 

33 
3i 

'4 
28 
28 

53 
24 

» 

24 

'7 
12 
,Si 
54 
66 
63 

47 
104 

44 



Mom. 



1934 



64 

93 

108 

» 

5o 
42 
3o 
68 
3o 
9 
4 



55 
28 
60 



10 

4 

8 
8 



'4 

8 

7 

4 
'4 

i3 
20 
12 

47 

'4 



961 



Mariages. 



27 

25 

46 

34 

'9 
16 



10 
8 
4 
5 
4 



7 
10 



9 
5 
8 
1 1 

7 
18 
i5 

9 

23 

8 
10 



468 



Relation historique , Tom . 111. 



22 



170 NOTES. 

Cet état de la population de 1799 m'a été communiqué, à Nueva Barcelona, par le président des missions 
de Piritù. Il n'y a parmi 24,778 habitans que près de i5oo blancs {Espaïiolcs) et mulâtres : tout le reste 
«le la population est de race piu-e indienne. Un dénombrement de 1792, que l'on croyoit plus exact , donnoit 
dans i6 pueblos de mission: 

Indiens 2196 familles ou 8,284 âmes 

Blancs et mulâtres libres 24? familles ou. . . i,35i 
Dispersas ( isolés hors des villages) 2,543 

12,178 
dans i6 pueblos de doctrina : 

Indiens 4944 familles ou 171967 âmes 

Blancs et mulâtres 5i familles ou 246 

Dispersos 4o 

18,253 

Par conséquent dans tous les -villages soumis au régime des moines Observantins dans la province de 
Nueva Barcelona : 

Indiens 26,261 âmes 

Espaholes »>597 

Dispersos 2,583 

Total 3o,43i 

Doit-on conclure de la comparaison des états de 1792 et 1799 que la population indienne de la province 
a diminué , ou la différence ne provient-elle que de la négligence du dernier dénombrement et de l'exclusion 
des dispersos? 

2° État des Missions de ïOrénoqtie, du Cassiquiare et du Rio Negro dans la province de lu Oni/ane 

espagnole en 1796. 

San Felipe 52 âmes. 

San Miguel 102 

San Baltasar 80 

Esmeralda 92 

Santa Barbara 94 

San Fernando 226 

May pures 48 

Carichana 100 

Caîio de Tortuga 117 

Uruana 5o5 

Encaramada 4l2 

Cucbivero 329 

Ciudad Real 4o3 

Guaciparo 98 

Uruana 100 

Guaraguarayco i32 

Àripao 84 



NOTES. 171 

San Pedro Alcantara 226 âmes. 

La Piedra '63 

Platanar 356 

Real Corona 609 

Tapaquire 429 

Borbon 342 

Cerro del Morro i5o 

Orocopiche 558 

Buenavista 23o 

Attires ^1 

San Carlos 272 

San Francisco Solano 442 

Tomo i55 

Tuaraini 119 

Quirabuena. 60 

Maroa 79 

Vaciva 87 

Total 7298 âmes. 

3° Missions de Carony dans la Guyane espagnole , en 1797. 

Cupapui 872 âmes. 

Santa Rosa de Cura 925 

Santa Clara de Yaruapana 228 

Aycaba 178 

San Pedro de las Bocas de Paragua 55o 

Santa Magdalena de Currucay 200 

San Serafin de Abaratayme 273 

Miamo 287 

Cumamo 5 1 2 

Villa del Barcelonela 4i4 

Pueblo de los Dolores de Maria 3oi 

Nuestra Senora del Ros. de Guatipati, 732 

San Josef de Ayma 63o 

San Juan Baptista de Avechica 5i4 

Santa Cruz del Monte Calvario 429 

Santa Ana de Purisa , 5o4 

Nuestra Senora de los Angeles 54i 

San Buenavetura de Guri 6fi3 

Divina Pastora 4gS 

Tupuqueri 566 

Palraar 698 

San Antonio de Usiatano 684 

San Fidel del Carapo 753 

Santa Eulalla de Murucurl 6i3 

Pueblo del San Francisco del Alla Gracia 951 



ïy^ NOTES. 

Nuestra Seiîora de Belen de Tumeremo 333 âmes. 

Caruache 4oo 

T- pata 667 

San Miguel de Unala 48; 

Carony 699 

Total i6jio2 

J'ai composé, pendant ma navigation sur l'Apure, l'Orénoque, l'Atabapo, le Rio Negro et le Cassiquiare , à 
l'aide des missionnaires, un tableau des tribus indigènes, qui habitent aujourd'hui les forêts et les savanes , 
comprises entre ces rivières, entre ieCaura, le Ventuari elle Carony, sur une surface de plus de igooo lieues 
marines carrées. Cette distribution géographique n'est pas sans intérêt pour l'histoire des peuples. J'ai voulu 
d'abord ranger les noms d'après l'analogie des langues, et d'après les liypothèses que les missionnaires, seuls 
historiens de ces contrées, se sont formées sur la filiation des peuplades indiennes ; mais j'ai dû .iliandonner ce 
projet, parce que plus de | seroient restés ce que les botanistes classUkateurs appellent inccrtœ sedis. Un 
voyageur ne peut offrir des travaux achevés; ce que l'on a droit d'exiger de lui, c'est de donner avec can- 
deur les matériaux tels qu'il les a recueillis sur les lieux. Ceux que je consigne ici ont été disposés 
alphabétiquement; c'est un moyen assez sûr de les soustraire à l'empire des hypothèses ethnographiques et de 
faciliter les recherches. (]omme l'expérience m'a prouvé que des nations , dont les noms paroissent presque 
identiques, sont quelquefois de race aussi différente que les Ugures - Finnois et les Uigures-Turcs, je n'ai, 
malgré la crainte d'un double emploi, pas réuni les tribus qui offrent ces analogies de dénomination. Le père 
Caulin n'a jamais pénétré au delà des cataractes ; je me suis servi de son ouvrage, chaque fois que la conformité 
des localités me rassuroit sur l'identité des tribus dont il parle, avec celles que renferme ma liste. Un catalogue 
manuscrit que le père Ramon Bueno a bien voulu me communiquer, pendant mon séjour dans la mission 
d'Uruana , m'a été surtout très-utile. J'ajouterai à ce tableau la citation des pages de la Relation historique, 
qui présentent des renseignemens de quelque étendue sur les peuplades que l'on croit aujourd'hui les plus nom- 
breuses et les plus importantes. Je n'ignore pas que souvent ces peuplades prennent leur dénomination des mots : 
hommes, _fib de tel ou tel chef (^Tom. Il, f. S'ji), descendant de tel ou tel animal courageua^ ; cependant il y 
a toujours dans les simples noms des peuples quelque chose de monumental , qui , comme le prouvent les 
savantes recherches de MM. Abel Remusat , Guillaume de H umboldt, Klaproth , Marsden, Ritler et Vater, peut 
devenir d'une haute importance pour l'histoire des migrations lointaines. L'analogie des racines et les artifices 
étymologiques ont sans doute , depuis des siècles , donné lieu à des rêveries absurdes, à de véritables romans 
historiques. Nous ne reconnoîtrons pas lesQuaquas de la Nouvelle-Andalousie , dans une peuplade de ce nom, 
qui habite les côtes de la Guinée, ou les indiens Caracas, de race cari)>e, liabitans de hautes vallées, dans le 
nom d'un site ibérien , cité par Ptolémée ( Géogr. II , 6, p. 46) , et qui paroît tenir à la racine basque, car 
signifiant hauteur, sommet ou élévation [fVHIielni von Humboldt , Vrbewoliner Hispanicn's , p. 68). Le 
vague des voyelles et la permutation des consonnes qui se font d'après des lois organiques , produisent , sans 
compter les mots à son imitatif (onomatopées) dans des milliers de langues et de dialectes, des ressemblances 
fortuites, dont le nombre pourroit être soumis au calcul des probabilités. Si l'on compare une seule langue 
non à celles d'un seul rameau^ par exemple au rameau sémitique, indo-germanique ou gale (kelte) , mais à 
toute la masse des idiomes connus, la chance des analogies accidentelles devient la plus grande possible, et, 
d'après cette apparence , la prodigieuse variété de langues qu'offrent les deux hémisphères paroîf liée nexu 
retiformi. Des analogies de son ne peuvent pas toujours être considérées comme des analogies de racines; 
et, quoique les savans qui, de préférence, s'occupent de ces analogies, méritent de l'encouragement et do la 
reconnoissance, parce>qu'ils éveillent l'attention des linguistes, il n'en est pas moins sûr que l'étude des mots 
doit toujours être accompagnée de celle de la structure des langues et de la connoissance intime des formes 
grammaticales. Ce seroit ignorer l'état de la philologie moderne , que de mécounoîlre les services éminens 



NOTES. 173 

que, par les soins d'un petit nombre de savans doués d'une érudition solide, les recherches étymologiques 
ont rendus, depuis un demi-sièclcj en Hollande, en Allemagne, en Angleterre et en France, à Tétude philo- 
sophique des langues. 

Tribus de l'Orénoquej de ses emhranchemens et de ses afjîluens. 



Arînacotos (Caura ; Garapo, affluent du 
Garoni, Rio de Aguas Blancas ou Rio 
Parime ; R. Paragua ; Berbice). 

Achaguas (Meta et Cravo, affluent du 
Meta; Bas-Apure). 

Achirigotus (Erevato, Paragua). 

Arivacos (Haut-Caural. 

Abauis (Orénoque, à ror. d'Atures, Ama- 
naveni). 

Aruros (Orénoque, à l'est deMaypures, 
Amanaveni, Atures). 

Areviriaoas (Veatuah, MaDapiare, Ere- 
vato). 

Ajures (Ventuario, R. Parc}. 

Aguaricotos (Rio Gaura, près des rapides 
de Mura). 

Amarizanos (Meta). 

Acarianas (Puruname ; Jao). 

Aherianas (Veotuari; Jao, sources du 
P'iruname). 

A/nuisanas ou Amozana (Gassiquiare et 
Rio Parînie). 

Atures (sources de l'Oréaoque ; Raudal 
Mapara). Tom. II , p. 297, 365, 598. 

Ariuavis R. Negro, Itiaiviai). 

Aviras (Caura). 

Aruacolos (Erevato). 

Abacarvas (sources du Rio de Aguas blan 
cas ou Rio Parime). 

Aruacas (Gujuni). 

Aturayus (Esquibo). 

Aturayes (R. Eaquibo). 

Acurias (Berbice,). 

Abacarvas (Haut-Paragua). 

Ariguas (Caura). 

Arevidianos (R. Parime), 

Atapcimas (Haut-Orénoque). 

Amarucatos R. Parime). 

Avauas (Rio Auvana). 

Aquerecotus (nation presque éteinte). 

Berepaquinavis (Rio Negro, Itinivîni\ 
Barioagotos (,R. Paragua, aflluent du Ga- 
roni). 



Gburotas (Meta). 

Cuyabas (entre le Garoni et le Guyuni). 

Cbavinavi (liibu caribe). 

Cbapoauas (K. IVegro). 

Gaduvini (E-quibo). 

Gachirigotos (H. Parime). 

Ghinatus (R. Parime). 

Gbirapaiî (Auvana). 

Cabres, Gaberres (Guaviare, Ariarî , 
Atabapo, quriques-uns au Gucbivero.) 
Tom. U , p. 369, 3^5 , 397, 5o2. 

Gbuenas (Cusiaoa, affluent du Meta). 

Caridaqucres. 

Gbaipns. 

Gandalos. 

Caparacbes. 

Gataras (Meta). 



Guracicanas (Ventuarï et son affluent te 
Manipiare). Tom. II, p 691. 

Gberuvichahena (Rio Negro, Rio Tomo). 

Garives, Garibes, Gariua , GalUoago (Pa- 
ragua, Haut-Gaura). Tom. I, p. 496; 
Tom. II, p. 97, 235, 260, SgS , 398, 
471, 5o2 ; Tom. III , p. 9. 

Garianas (Paragua ; Ucamu). 

Gadupinapos (Haut-Gaura , Erevato). 

Gbiricoas fentre ie Meta et l'Apure). 

Givitenes (Ventuario, Rio Paroj. 

Carinacos (Haul-Orénoque, Rio Negro, 
Macoma, Ventuari, Padamo). 

Gogenas (R. Negro). 

Gariguanas (R. de Aguas blancas). 

D. 

Deesaoas (Gassiquiare). 
Darivasana» (Haut-Orénoque). 
Daviuavi (Ucamu ^. 
Daricavanas (sources du Rio Negro). 



Equioabisou Marivitanos (Haut-Rio Negro 

entre Rio Temi et Azacamij. 
Emaructos (Uaut-Orëaoquej. 

G. 

Gujancamos ou Guayanicomos (Gaura)- 
Guainares (sourcesdu Matacooa^. Tom. II, 

p. 57^. 
Guaycas (sources de l'Orénoque, Gaiio 

Gbiguire). Tom. II , p. 5j2 , 669, 
Guaraunos (boucbes de l'OréDoque). T. I, 

p. 4^3, 492; Tum. II, p. 653. 
GuarJpacos ([laut-Gaura). 
Guaypunabis (Inirida). Tom. II , p. SgS. 

(Serrania Mabicori et Caûo Nooquene) 

Tom. II, p. 2^3, 395, 398, 5o2, 534 
Guanimanase (Rio Negro). 
Guamos (Bas-Apure). Tom. II, p. 220, 

573, 60. 
Guaiquiris (sources du RioGaripo). 
Guasurionnes (rive méridionale du Haut 

Rio NegroJ. 
Guapes (Rio Negro). 
Guacavayos (Esquibo). 
Guajamura ( R. de Aguas blancas). 
Guainaves (Haut-Orénoque). 
Guahibos (Meta). Tom. 11, 289, 295, 369, 

4 10, 61 1. 

Gauyres (Haut-Orénoque). 

Guabaribos (Haut-Orcuoque). Tom. II, 

p. 571. 
Guarares (R. Parime). 
Guayumoros (Haut-Orénoque). 
Guaranaos (R. Parime). 
Gajones (Haut-Orénoque). 
Guaneros (P^damo). 
Guacamayas (Padamo). 
Guaiquiris? (peut- Être anciennement 

entre le Gaura et le Gucbivero. Tom. I , 

p. 4^2 et 4^4 1 note 3). 



Jaditanas (Erevato). 

Jnaos (Gaura). 

Jabacuyanaâ (Haut-Orénoque, Gonoco- 
nuiiio (Jao). 

Jayres ( Haut - Orénoque , Rio Gonoco- 
numo (Jao). 

Javarannas (Ventuari, Maniapire). 

Jayures (Jao, Gonoconumo). 

Jaruros(entre Meta et Apure, entre Ven- 
tuari et Jao). Tom. II, p. 21 1, 285, 395. 

Jcanicaros (Ilaut-Orénoque). 

Jchapaminaris (Padamo). 

Jpurucotos (Paragua). Tom. II, joS. 

K. 

Kîriquîripas (Paragua, Erevato). 
Kirikiriscotos (Berblcej. 

L. et M. 

Libiriaiios (Ventuario, Rio Paro). 
Maypurea (jadis Raudal Quittuna ; entre 

R. Sipapu et R. Capuana ; Jao; Rio 

Negro et Patavita). 
Maciuiravi (Gaura). 
Macurotos (Grevato,Haut-Caura). 
Maoetibitanas (R. Siapa). 
Marebitanas (R. Negro). 
Mayepien(R. Negro). 
Mayanaus (sources de l'Esquîbo). 
Maconas (Padamo). 
Macusis (R. Aguas blancas, Esquibo), 
Maysanas (Gassiquiare). 
Mapujos (Gaura). 

Maco8piraoas(Gataniapo)*Tom.II,p.355, 
369. 

Macos (Caura , Ventuari , Parueni , Para 
gua). Tom. II , p. 591. 

Maeos-Macos (sources de POréooque). 

Maquiritares (entre le Jao et le Padamo; 
Ventuari). Tom. II, p. 542, 572. 

Manivas (Rio Negro, Aquio). 

Mariusas (bouches de l'Orénoque). 

Maguisas (Haut-Gaura). 

Meyepures (Orénoque, Amanaveni, Ven- 
tuari , Gaura, Guanami). 

MoroQonis (Jao, Ventuari). 

Maripizanas (Gassiquiare, R. Guapo, R 
Negro). Tom. 11,396. 

Mariquiaitares (Padamo). 

Matomatos (sources de l'Orénoque). 

Manisipitanas (R. Negro). 

Marivi:<anas (Ventuari), 

Mapanavis (Ventuari). 

Motilones (Caura). 

Maymones (Haut-Orénoque). 

Massarinavi (Ventuari). 

Marivitanos ^Rio Negro). Tom. II, p. 096^ 
398. 

Maisanas (Gassiquiare). 

G. 

Otomacos fentre Meta et Apure). Tom. II, 

p. 260, 285, 573, 609, 624. 
Ocomesianas (R. Guanami , rive occid 

du Jao). 
Ojes (GucbiTcro). 



174 



NOTES. 



Paraguanas (source de l'Esqulbo). 

Piriquitos (R. Paiime). 

Panivas (Padamo). 

Pujuni (Caura). 

Fuinabis (Guaviare). 

PoimisaDOs (entre Atabapo, Iniridaet Gua- 
viare). 

Paragioi (Ventunri). 

Purucotos (Gara). 

ParabeDas (Caura). 

Poignaves ou Puiuabis (Inirida\ Tom. II, 
p. :^68, 572. 

Paracaruscotos (Paragua). 

Puinaveâ (Ventuari). Tom, II, p. SgS. 

Purugotos (Ilaut-Caura, Paragua). 

Paudacotos (Haut-Caura). 

Paravenes (Erevalo). 

Pareoas fOrënoque , Mataveni , Ventuari). 
ToDi. Il, p. 365,568. 

Pottuari fVenituari). 

Parecas (Vichada , Venituari, entre le Cu- 
cbivero et le Caôc Tortuga). 



Puipnitrenes (Ventuario, Parc). 
Purayanas (R. Aguas blancas , Caura). 
Parabenas (R. Aguas blaocasj. 
Putchinirinavos(Haut-RioNegro.Tom.II, 

p. 417)- 
Pajacotos (Padamo), 
Palenkes (Caura). 
Paraivanas (Padamo). 
Pajuros (Guchivero). 

Q- 

Quriquiripos (Caura). 
Quirupas iOréooque à l'or. d'Atures). 
Quaquas (Cuchivero). Tom. I, p. 495. 
Quinaraos (Haut-Or énoque) . 

S. 

Salivas (S. Meta, Faute, entre Vichada 
et Guaviare). Tom. 11 , p. 370. 

Saparas (Padamo). 

Sercucumas (Erevato). 

SaRidaquercs (Atabapo; Temi; Uua , af- 
nucDt du Guaviare). 



T. 

Tabajaris (Caura). 

Tacutacu. 

Taparitas (entre Meta et Apure). 

Tomuzas (Bas-Orénoque). 

Tasumas (Aguas blancas , Esquibo). 

Tamianacos (sud-est de l'Encaramada). 

Ton). I. p. 481; Tom. II, p. 586, 601. 
Toazannas (Siapa). 
Taparitas (Apure). 
Tiau, natiuQ éteinte. 
Tujazonas. 
Tamanaqucs(au sud-est de l'Encaramada). 

Tom. I , p. 4S1; Tom. II , p. 586 , 6ut, 

U. , V. etZ. 

Ules. 

Urumanavi (Haat-Orénoque). 

Vaniva, 

Varinagotos (Carony , Carapo). 

Voquiares, natioo presque éteinte (Haut' 

Orénoque). 
Viras (Gaura). 
Zaparas (Esquibo, Rio de Aguas blancas), 



Je viens de donner une liste de plus de 200 peuplades de la Guyane, répandus entre les parallèles de 2° et 8" 
de latitude boréale, par conséquent sur un terrain un peu plus grand que la France ; ces peuplades se croient 
pour le moins aussi étrangères les unes aux autres que les Anglois, les Danois et les Allemands. Je compare tout 
exprès des nations de l'Europe qui tiennent à un même rameau : car nous avons rappelé souvent dans cet ouvrage 
comment, dans la dispersion, j'aurois presque dit dans le grand naufrage des peuples de l'Amérique, de simples 
dialectes ont pris peu à peu l'apparence de langues essentiellement différentes. L'état des organes de la voix, la 
permutation des consonnes , la paresse même de la prononciation rendent difficile à reconnoître l'analogie des 
racines. Dans l'Amérique du nord , les recherches de MM. Heckewelder et Duponceau ont rendu probable que 
des langues éparses jadis sur plus de 120,000 lieues carrées, entre les Alléghanis et les Montagnes Rocheuses, 
entre les lacsdu Canada et la Mer des Antilles, se réduisent à un très-petit nombre de rameaux, dont le Lenni- 
Lenape (Delaware), l'Iroquois et le Floridien sont les plus iniportans. On se demande : Existe-t-il parmi 
les tribus de l'Orénoque dont nous venons de donner la nomenclature, et qui (il est doidoureux de le dire) 
ne comprennent pas aujourd'hui 80,000 individus , huit à dix langues différentes entre elles , au même 
degré que sont l'allemand, le slave , le basque et le gale ? Cette question ne pourra être résolue que d'après 
l'étude des grammaires imprimées , que nous devons aux soins des missionnaires. Mon frère , M. Guillaume de 
Humboldt, le seul de tous les hellénistes qui ait une connoissance approfondie du sanscrit, des langues 
sémitiques et de presque tous les idiomes de l'Europe , sans en exclure le basque , le gale et le hongrois , s'oc- 
cupe, depuis un grand nombre d'années, de l'ensemble des langues du Nouveau-Continent. 11 possède, pour cette 
étude, plus de matériaux qu'on n'en apu réunir jusqu'ici, etl'ouvrage dans lequel il va bientôt faire connoître 
les langues du Nouveau - Continent répandra beaucoup de lumière sur cette branche importante de nos 
connoissances. 

J'ai parlé, dans la relation de mon voyage à l'Orénoque, de l'influence qu'exercent les immenses savanes 
de l'Amérique (entre l'Apure, le Meta et le Guaviare , entre les sources de l'Essequebo et du Rio Parime , ou 
Rio Branco ) , sur les mœurs et les langues des indigènes. Les Llanos inspirent et entretiennent le goiit de la vie 
errante , même dans une région du monde où il n'y a point de troupeaux qui puissent donner du laitage, et où 
les Indios vagosy andantca ne vivent que de la chasse et de la pêche. Ces plaines contribuent aussi à généraliser 
un petit nombre de langues, et à les répandre sur un vaste espace (Tom. Il, pages 221, 297,591): mais la plus 
grande masse des peuples que nous enons de nommer habitent un pays couvert de forêts et de montagnes, 



NOTES. l'jB 

dans lequel il n'y a d'autre chemin que le cours des rivières. La difficulté de se mouvoir, les entraves que la 
force de la végétation et la profondeur des rivières opposent à la chasse et à la pêche , ont engagé le sauvage 
à devenir agriculteur. C'est dans cette région montagneuse , entre l'Esmeralda , les sources du Carony , l'em- 
bouchure de l'Apure el celle de l'Atabapo, que l'isolement et l'immobilité ont produit l'apparence de la plus 
grande diversité des langues. Les degrés de barbarie dans lesquels on a trouvé ces peuplades, celles qui sont 
errantes (les Guamos, les Achaguas, les Otomaques ) , et celles qui sont fixées au sol et adonnées à la culture 
(les Macos, les Curacicanas, les Maquiritares), diffèrent autant que leur taille et la couleur de leur peau (T. II, 
p. 573). Les peuples du Haut-Orénoque habitent des plaines couvertes de forêts au sein desquelles s'élèvent 
de hautes montagnes; ce ne sont pas, à proprement parler , des peuples montagnards. Ici comme sur le 
plateau de l'Asie, les hordes conquérantes sont sorties des steppes qui avoisinent les montagnes et les forêts. 
Des Caribes belliqueux et errans ont été long- temps les maîtres et le lléau de ces contrées qu'ils parcou- 
roient pour enlever des esclaves. En lutte avec les Cabres , ils ont été la nation prédominante dans le Bas- 
Orénoque, comme les Guaypunabis, ennemis des Manitivitains, l'ont été entre l'Atabapo, le Cassiquiare et 
le Rio Negro (T. II, pages 3g5, 3q6). Les idiomes des peuples conquérans se sont généralisés; ils ont même 
survécu à la prépondérance nationale. Partout où ces idiomes n'ont pas été substitués entièrement aux langues 
indigènes, ils ont laissé sur leur passage des mots isolés qui se sont mêlés, incorporés, agglutinés à des langues 
entièrement différentes. Ces mots, que l'on reconnoît à la dissemblance des sons, sont dans ces contrées barbares 
presque les seuls monumens des antiques révolutions du genre humain. Us ont souvent une forme bizarre ; et , 
dans un pays dépourvu de traditions, ils se présentent à notre imagination comme ces débris d''animaux du 
monde primitif, qui, enfouis dans la terre, contrastent avec les formes des animaux d'aujourd'hui. 

La civilisation européenne, et en général toute civilisation étrangère et importée, remonte les fleuves ; une 
civilisation indigène les descend, comme le prouve l'histoire des peuples de l'Indus, du Gange, del'Euphrate, 
peut-être même du Nil. On ne sauroit révoquer en doute qu'avant les hordes barbares qui habitent aujour- 
d'hui les forêts de la Guyane, il y a eu dans ces mêmes contrées d'autres races un peu plus avancées dans la 
culture, qui couvroient les rochers de traits symboliques. Ces roches peintes forment une zone particulière 
entre l'Atabapo et le Cassiquiare, entre les sources de l'Essequebo et du Rio Branco, entre Uruana et 
Cabruta, où les traditions tamanaques sur le déluge d'Amalivaca se lient aux figures sculptées dans le 
granité ( Tom. II, p. 589). Entre les tropiques comme dans les climats tempérés, à l'est des Andes 
comme à l'est des Montagnes Rocheuses, dans cette longue série de peuples qui ont inondé succes- 
sivement les plaines, une foible lueur de culture avoit précédé la barbarie que les colons européens y ont 
trouvée en franchissant les AUéghanis ou les rives du Bas-Orénoque. Aux Etats-Unis, des murs d'une longueur 
prodigieuse, construits en pierre ou en terre, annoncent l'existence de villes populeuses , ou de campemens 
fortifiés et placés au confluent des grandes rivières. Dans la Guyane, malgré les illusions de Ralegh et de 
Keyiuis, on n'a jamais découvert jusqu'ici les traces d'un édifice en pierre! Si les peuples de l'Orénoque 
étoient restés abandonnés à eux-mêmes, la civilisation du Pérou et du plateau de la Nouvelle-Grenade, celles 
des empires de l'Inca et du Zaque , auroient pénétré vers l'est , en suivant le cours du Caqueta , du Rio Negro 
et du Meta (Tom. II, p. 692, 706); mais ce mouvement d'une culture indigène auroit été plus lent que 
celui de la culture étrangère. 

Je n'ignore pas que l'on regarde assez généralement avec dédain ces langues qui n'ont pas de littérature 
( inculti settnonis horroreni ), ces sons qui ne nous paroissent que le cri sauvage de la nature, parce que notre 
oreille n'est pas faite pour en saisir les nuances : mais il ne faut point oublier qu'il y a un autre but dans 
lequel les langues doivent être étudiées , que celui de recueillir les individualités d'une littérature étrangère. 
Les langues les plus incultes sont intéressantes sous le rapport de leur structure et de leur organisation 
intérieure. Le botaniste donne à peine quelque préférence aux plantes qui offrent un emploi utile dans les 
arts , ou qui augmentent nos richesses nationales : il cherche à analyser toutes les formes du règne végétal , 
parce que, pour bien saisir l'organisation d'une seule de ces formes, il faut les connoître toutes. De même on 
ne sauroit réduire les langues en familles, sans étudier un très-grand nombre de celles qui diffèrent par leur 



1^6 NOTES. 

structure grammaticale. Si la multiplicité des langues réunies sur un petit espace oppose de fortes entraves à 
la communication des peuples, elle a l'avantage aussi de leur conserver un caractère d'individualité, sans 
lequel s'efiface tout ce qui lient à une phjsionomie nationale. D'ailleurs, et j'aime à insister sur cette cir- 
constance, aucune des langues de l'Amérique n'est dans cet état d'abrutissement, que long-temps et à tort on 
a cru caractériser l'enfance des peuples : elles ont déjà des formes grammaticales fixées; car toutes les parties 
qui sont essentiellement organiques dans un idiome,, se forment à la fois. (Guillaume de Humboldt, sur le déve- 
loppement progressif des langues, dans \ei Mémoires de V Académie Royale de Prusse, i823.)Plus on pénètre 
dans la structure d'un grand nombre d'idiomes, et plus on se défie de ces grandes divisions des langues (par 
bifurcation) en langues synthétiques et langues analytiques. Il en est de ces classes comme des grandes divisions 
des corps organisés, qui n'offrent qu'une trompeuse simplicité, et auxquelles on commence de nos jours à 
substituer une distribution par petits groupes nombreux, liés entre eux par des affinités naturelles. Demander 
si cette multiplicité des idiomes est primitive, ou si elle peut être l'effet d'une déviation progressive, c'est 
demander si la variété des végétaux qui embellissent la terre, a toujours existé, ou si (d'après l'hypothèse 
du grand naturaliste d'Upsal) les espèces se sont diversifiées en se fécondant mutuellement. Des questions de 
ce genre n'appartiennent pas à l'histoire, mais aux mythes cosmogoniqucs des peuples. 



Note D. 

Voici les données bien incomplètes que l'on possède jusqu'ici sur la population de l'ancienne vice-royauté 
de Buenos- Ayres , désignée , sous le régime de la métropole , par le nom de Provincias del Rio de la Plata , 
et divisée en intendances et gouvernemens (Buenos- Ayres, Montevideo, Paraguay, Salta delTucuman, 
Cordova del Tucuman, Charcas, La Paz, Potosi, Sanla-Cruz de la Sierra, Cliiquitos, Moxos) : 



POPDLATIOW , 

les Indiens 
non compris. 



InDIEIfS 

seuls. 



Population 
totale. 



I. AoDISnCIA DE BcBROS-ArBBS. 

Divisions politiques : 

Buenos- Ayres 1 30,000 1 3o,uoo 35o,ooo 

Cordova 75,000 3S,ooo 100,000 

Tucuman 60,000 

Salla (avec Valle de Catamarca et Jujuy] 6o,coo 

Cuyo (Mendoza et S. Juan de la Frontera] 75,000 

Paraguay et Missions i4o,ooo 

Saata-Fe , entre Rios et Banda Oriental 5o,ooo 

Districts non évalués 75,000 

Total 655,000 

(Voyez Bradccnridge , Vo^agt (0 South America, 1820, Vol. H , p. 47- 
M. Rodney trouve, par différcns calculs, ou 489,000, ou5j3,ooo. {JSiessagt 
to thc fifktnth Congress, 1818, p. 54.) 

II. AoDIEnCIA DB Chabcas. 

Divisions politiques ; 

Intendance de Cbarcas : 

Charcas (La Plata ou Cbuquisaca) 

Zinti 

Yamparaes 

Tomioa 

Paria 

Oiuro 

Caraugas., ,. .. . 

93,000 >54,ooo 346,000 



16,000 




16,000 


35,000 


35,000 


60,000 


13,000 


28,000 


4o,ooo 


13,000 


38,000 


40,000 


1 3,000 


37,000 


5o,ooo 


6,000 


9,000 


1 5,000 


8,000 


17,000 


23,000 



NOTES inn 

Intendance de Potosi : 

Po'osi.. i4,ooo 21,000 35,000 

Atacama S,ooo a2,ooo 5o,ooo 

^*PeS 8,000 1 3,O00 20,000 

P<"'<;o i5,ooo ii5,ooo i3o,ooo 

Chayanta 4o,ooo 6o,ooo 100,000 

85,000 23o,ooo 3 1 5,000 
Intendance de la Paz : 

1^3 P^^ 14,000 36,000 4o,ooo 

Pacajes 60,000 3o,ooo 90,000 

Sicasica 30,000 4o,ooo 60,000 

Chulumani .. i5,ooo 35,ooo 5o,ooo 

Omasuyos 3o,ooo 3o,ooo 6u,ooo 

Larecaja 35,ooo 4o,ooo 65,ooo 

Apolobamba « , 5^000 3o,ooo 35, 000 

169,000 23i,ooo 4oo,ooo 

Intendance de Cochabamba : 

Cocbabamba 5o,ooo 70,000 1 00,000 

Sacaba i5,ooo 45,ooo 60,000 

Tapacan 3o,ooo 70,000 100,000 

Arque 10,000 25,000 35,ooo 

Palca • 6,000 14,000 20,000 

Glissa 35,000 65, 000 100,000 

Mizque • 8,000 1 2,000 20,000 

Valle Grande (Jésus de Montes Claros) _ 3o,ooo 70,000 100,000 

164,000 371,000 535,000 

Santa-Cruz de la Sierra, Moxos et Cbiquitos 220,000 

(Braehenridge, Tom. Il , p. 80). J'ai rectifié les noms des provinces. Villes principales : dans l'Audiencia de Buenos- 
Ayres; Buenos-A'yres 60,000; Montevideo 7000; San Miguel de Cordova 6000; Santa-Fe 6000; Tucuman 5ooo; 
Salta 6000; Mendoza 8000; Asumpcion 12,000; La Candelaria 5ooo. Dans l'Audiencia de Cbarcas : La Paz 4o,ooo ; 
Potosi 35,000; La Plata 16,000; Oiuro i5,ooo; Zinti 12,000 ; Oropesa 25, 000 ; Zarate 12,000. 

Ces évaluations de la populatioa sont assez incomplètes pour les basses régions de l'Audiencia de Buenos- 
Avres (par exemple pour Salta, Santa-Fe, Banda oriental et Entre Bios) : elles pèchent toutes en moins , 
donnent, dans les années 1817-1820, pour l'Audiencia de Charcas avec Santa-Cruz, Mosos et Chi- 
ijuitos, 1,716,000, y compris les indigènes; pour l'Audiencia de Buenos-Ayres, sans les Indiens, 655,ooo: 
total 2,371,000. M. Schmidtmeyer , dans son intéressant Voyage au Chili, compte 1,100,000 habitans 
pour le bassin de La Plata , et i,3oo,ooo pour les Provincias de la Sierra. Il me paroît très-probable que la 
population blanche, cuivrée et mélangée de toute la vice-royauté , avant le démembrement de la province 
Cisplatine par les Portugais-Brésiliens, et celui de la province du Paraguay par le docteur Franzia , excédoil 
•j ' millions, dont 1,200,000 Indiens. 



VNi'V wx>^ w^ «/%/w w^/^H^f^'* 



Note E. 



L'accroissement rapide de la population des États-Unis a été la base de tant de calculs d'économie 
politique en Europe, qu'il est d'un vif intérêt d'en connoître avec précision les données principales. Pour 

Relation historique , Tom. III. 23 



1^8 >OTES. 

comparer les nomln-es et lixer des rapports exacts, il faut recourir aux premières sources, c'est-à-dire aux 
tahleau^ imprimés par le Congrès et purges des fautes typograpbiques qui les défigurent quelquefois. La 
population de 1800, qui a été de 5,3o6,o32, est indiquée par M. Melish {Travels, p. 566), de 5,3o8,844 ; 
par M. Seybert [Annales statist, p. 72), de 5, 319,762; par M. Ilarvey {Edimb. Phil. Joum., i823, 
p. 42), de 5,3o9,758. Je consignerai ici une note que je dois à la bienveillance de M. Gallatiu qui a 
occupé long-temps le ministère du trésor public à AVasiiinglon, et dont le départ d'Europe a causé récem- 
ment de si vifs regrets à tous ceux qui savent apprécier le talent et les sentimens généreux. 
« Voici les recensemens ofEciels corrigés et sur l'exactitude desquels on peut compter : 



lîlancs 

/ libres 


1790. 


1800. 


1810. 


1820. 


Sous le nom de noirs sonl 
aussi compris les gens de 
couleur dont le nombre est 
très-petit aux Etats-Unis. 




3,172,120 

59,5 11 

69/-.C9- 


4,3o3,i33 
109,294 
893,605 


5,862,093 

i8G,443 

1,191,367 


7,8Û2,.(82 

238,i49 

1,537,508 




( esclaves 

olal 




3,929,328 


5,3oG,o32 


7,239,903 


9.637,999 





i( Il y a plusieurs observations à faire lorsqu'on veut calculer l'accroissement pour chaque période de 
dix ans. 

1" Les babi tans des pays situés au nord de l'Obio (Etats d'Obio, d'Indianaet des Illinois, avec le Territoire de 
Micbigan), de même que les babitans du Territoire, à présent Etat du Mlssissipi,n'ont pas été dénombrés 
en 1790, et on devroit les ajouter au recensementde cette année. J'évalue qu'ils étoient àcette époque : 

Blancs 10,000 \ 

Noirs libres 200 > 1 1,800 

Esclaves 1,600 I 

2° Trois comtés de l'Etat d'Alabama ont été omis dans le recensement de 1820. Maison sait que le nombre 
de leurs habitans dépassoit 12,000, dont environ 8000 blancs, 4ooo esclaves et 5o noirs libres. 

3» La Louisiane n'ayant été acquise qu'en i8o3, elle n'a pas pu être comprise dans les recensemens de 
1790 et 1800. D'après les recensemens faits en 1799-1802 par le gouvernement espagnol, la popu- 
lation de la Louisiane étoit pour 1800 : 



^ 




Basse- 
locismsb, 
à présent 
Louisiane, 


Abraivsas. 


IIacte- 

LoLISiANE , 

à présent 
Missouri. 


Toi AL. 


Il faut ajouter ce nombre 
au recensement de 1800 , 
lorsqu'on veutcalculer l'ac- 
cruissemeot de i8ooài8io. 






i8,S5o 

2,300 

i8,85o 


35o 
So 


5,000 
200 
9 


24r^ou 

2,5oo 

19,800 






r libres 






Noirs \ 

y esclaves 

Total 






4o,ooo 


4oa 


6,100 


46,5oo 











4° Pour pouvoir calculer l'accroissement naturel, il faut tenir compte non seulement de l'acquisition de 
la Louisiane, mais aussi des émigrations d'Europe. Quant à la population blanche, je crois pouvoir 



NOTES. 179 

assurer que la moyenne annuelle des émigrés arrivant aux Etats-Unis est à peu près 10,000, ou plutôt 
entre les limites 7,000- 1 '1,000 : car, quoiqu'il y ait eu des années de 22,000 et de 5ooo , la moyenne 
de l'émigration d'Europe n'est pas au-dessus de i4,ooo ni au-dessous de 7000. L'accroissement de 
la population noire est entièrement naturel, à l'exception de la période de 1800 à 1810, pendant 
laqueUe il faut tenir compte, non seulement du nombre de noirs trouvés dans la Louisiane, mais 
aussi d'environ 39,000 Africains importés pendant les années i8o4-i8o7, époque à laquelle la 
Caroline méridionale a permis l'importation des esclaves. Dans ces calculs, on doit toujours con- 
sidérer dans son ensemble toute la population noire, libre et esclave. 

Quoique nous n'ayons pas encore des [données sufTisantes pour obtenir des résultats définitifs sur 
les naissances et les décès annuels , l'on peut affirmer que, pour la population ]>lanche, les premières 
sont au-dessous de 5, et les décès au- dessous de 2 par cent de la population. La difféience ou l'accrois- 
sement annuel naturel est de 2,9 par 100. » 

J'ajoute h ces renseignemens donnés par M. Gallatin quelques autres rapports numériques : 

La population totale, en 1810, éloit 7,23g,yo3; en 1820 elle étoit 9,037,999; accroissement 33 p. cent. 
La population blanche, en 1810, étoit 5,862,093; en 1820 elle étoit 7,866,082; accroissement 34 p. cent. 
La population des esclaves , en 1810, étoit i,i9i,3G4; en 1820 elle étoit 1,537,668; accr.de 28 i p. cent. 
La population des gens de coulettr libres , en 1810, étoit i86,443; en 1820 elle étoit 238,i49; accroisse- 
ment 27 i p. cen.t. 

Le calcul de Yarca des Etals-Unis, que j'ai donné plus haut dans le Chapitre sxvi, suppose la vérification 
astronomique de cinq grandes lignes, celles des côtes de l'Atlantique, des montagnes Alléglianiennes, du 
cours du Mississipi, des Montagnes Rocheuses et des côtes de la Mer du Sud qui divisent la confédération 
en quatre sections naturelles. Si les cartes générales que l'on a tracées jus([u'ici n'offroient d'autres erreurs 
que celles des longitudes absolues , et que tout en conservant les différences de longitudes rc /«//t'es, elles dépla- 
çoient également, par rapport a. l'Europe (par exemple aux méridiens de Paris ou de Greenwlch), les cinq 
grandes lignes que nous venons de nommer, Varea des divisions partielles ne seroit pas altérée. Pour évaluer l'effet 
des déplacemens inégaux, j'ai comparé, sur chaque carte qui a servi aux calculs des surfaces, les longitudes 
de New-York, dePitlsburg, du conlhient de l'Ohio et du Mississipi, de Taos, village du Nouveau-Mexique, 
situépour ainsi dire sur la prolongation des Montagnes Rocheuses et de la baie de Noutka. Les trois premiers 
points se fondent sur les excellentes observations de RL Ferrer. New- York est 8° 22' 34" à l'est du Morro de la 
Havane; et ce point étant, par mes observations de satellites, de 84" 42' 33"; d'après les occultations de M. Fer- 
rer, de 84"> 42' 43" à l'ouest de Paris , on peut admettre , pour la longitude absolue de New-York , 76" 20' 9" 
[Conn. des temps , 1817, p. 320 et 33g , et mes Obs, as<r., Tom.Il, p. 108). Les longitudes très-bien déter- 
minées de Pittsburg (82" 18' 3o") , d'Albani (76° 4' 45") et de Lancastcr (78° 39' 3o") servent, par la 
proximité de ces trois points aux montagnes, à contenir entre de justes limites la chaîne des Alleghanis. 
La ligne ilu Mississipi est fixée par des observations faites à l'embouchure de l'Ohio (91" 22' 45") et à la 
Nouvelle-Orléans (92° 26' i5"). La chaîne des Montagnes Rocheuses , qui divise en deux grandes sections le 
pays à l'ouest du Mississipi, n'est point encore aussi rigoureusement déterminée en longitude que les trois 
lignes précédentes. Je suppose Taos du Nouveau-ftlexique par 106° 5o'; MIM. Lewis et Clark placent, sous le 
parallèle de 45° , la chaîne centrale des montagnes par 1 14° 46' : mais il est probable que cette position est de 
beaucoup trop occidentale, quoique les chaînons parallèles des Montagnes Rocheuses remplissent, sous ce 
parallèle , un espace de plus de 3" de longitude. La côte de 1 Océan-Pacifique a été relevée avec le plus grand 
soin par Vancouver, Galiano et Valdès : les longitudes relatives laissent peu à désirer, mais les longitudes 
absolues restent incertaines de plus d'un demi-degré. D'après les savantes recherches de M. OItmanns, l'Anse 
des Amis à l'ilc de Noutka est probablement par les 128" f)f, mais les résultats partiels de Galiano (8'' 35' 4o"), 
de Marchand (8'' 35' 4i"), deCook (8'' 36' o") et de Vancouver (S"- 36' 55") n'offrent pas l'accord qu'on auroll 



l8o NOEES. 

pu espérer du concours de tant de chronomètres et de tant de séries de distances lunaires. ( Voyez mes 06s. 
asir., Tom. Il, p. 5g6, et OUmans, Gcogf. Ciitersvchioigen ,Tora. Il , p. 439). 

Les cinq grandes lignes de démarcation que nous venons de discuter partagent l'immense territoire des 
Etats-Unis en quatre portions inégales : 

a ) Entre les côtes atlantiques et les Alkghanis , si l'on suppose prolongées ces montagnes au nord vers 
Plattslmrg, au sud en suivant les rives de l'Apalacbicola. D'après ce prolongement proposé par M. Gallatin 
dans un mémoire très-intéressant qu'il m'a permis d'insérer dans l'Essai politique sur la Nouvelle-Espagne 
(Tom. II, p. 853), la majeure pai '.ie de la Floride est comprise dans la 1" division, dont j'ai trouvé 
Yarea pour le moins de 324,ooo milles carrés anglois, ou de 27,064 lieues carrées marines. J'ai calcule 
séparément la portion des yltlantic-States qui tomljc à l'ouest des montagnes Alleghanis , ces montagnes 
traversant les États de îSew-York, de la Pensylvanie, de la Virginie et de la Caroline du Nord. L'éten- 
due de pays, qu'il faut décompter du territoire total des Athintic-Statcs , y compris la Floride occidentale, 
397,071 milles carrés. En partageant les 324,ooo m. c. delà première division en états du nord-est 
(deDelavvare àMaiue) et en États du sud-est (de Maryland à la Floride) , on trouve, pour les premiers, 
1 10,99 ' m. c. ; pour les seconds, 2 1 3,oog m. c Les Atlantic-Slave-Stutes (états à esclaves situés à l'est des 
Alleglianis) surpassent un peu Yarea de la France. Toute la Floride a, selon mes calculs, 59,187 m. c. , 
dont 52,3 10 à l'est de l'Apalachicola, et 6877 à l'ouest de cette rivière. MM. Carcy et Lea donnent à la 
Floride 57,750 m. c. La division des Alleglianis en plusieurs chaînons parallèles rend un peu arliitraire 
le partage des États-Unis, situés sur la rive gauche du Mississipi, en deux portions , à l'est et à l'ouest des 
montagnes. Les \S Attantic-States (de Géorgie à Maine, par conséquent sans les Florides) occupent, des 
deux, cotés des montagnes, d'après M. Warden, 386,ooo m. c; d'après M. ]\Iorse, 377,446; d'après 
M. Melish, 366,000. En adoptant ce dernier nombre et en évaluant à 97,07 1-6877^ 90,194 m. c. ce 
qui de ces i5 États tombe à l'ouest des Alleghanis, on trouve le territoire des Étab-Unis compris entre 
l'Océan atlantique et les montagnes, sans la Floride, de 275,806 m. c; avec la Floride, de 328, 1 16; 
résultats qui s'accorde dans des limites assez étroites avec celui que m'ont donné les mesures directes. 
M. Gallatin évaluoit, eu i8o4, cette même division, sans y comprendre la Floride, à 32o,ooo m. c. , ce 
qui semble prouver que cet homme d'état, si instruit dans la statistique de son pays, donnoit plus de 
386,000 m. c. à Yarea totale des Atlantic-Siates , ou bien qu'il traçoit la ligne de division par un chaînon 
moins oriental des Alleghanis. 

2 ) Entre fcs^//eg'/ia«?»c</eiJ/î«sîs«îpi, au plus 606,000 millescarrés anglois ou 5o,62o lieues carrées marines. 
Sans la partie de la Floride située à l'ouest de l'Apalachicola, je trouve 599,1 2.? m. c. M. Gallatin avoil très- 
bien évalué cette surface à plus de 58o,ooo m. c. Si les valeurs partielles des deux sections et et (S sont 
alTectées de l'incertitude d'une ligne de démarcation passant par un des nombreux chaînons des Alleghanis , 
la valeur totale de a+ S reste moins douteuse, parce qu'elle ne dépend que de la position des côtes de l'A)- 
lantique , de celles des lacs et du cours du Mississipi. La division des États-Unis en deux grandes sections , 
à l'est et à l'ouest du Mississipi , est, par sa nature , la plus précise de toutes ; et les cartes que nous possé- 
dons aujourd'hui n'oCFrent des discordances qu'à cause de la forme incertaine de la péninsule de la 
Floride et du manque de relèvemens exacts des côtes de la Géorgie , d'Alabama et du Territoire du 
Mississipi. M. Gallatin trouve pour la valeur de a -j- ^, y compris la Floride, 958,000 m. c. ; 
M. Warden, 909,000; M. Melish, <j52,ooo. Je me suis arrêté à 930,000 m. c, ou 77,700 lieues carrées 
marines ; mais la carte de M. Brué , pour laquelle on a employé beaucoup de positions astronomiques , me 
donne 972,000 m. c. Tous ces calculs de Yarea prouvent que les limites des erreurs sont, dans l'état actuel 
de la géographie de l'Amérique, entre -',- et ,',. En Europe même, les erreurs s'élèvent, pour beaucoup 
de pays, à ^ (Antillon, Geogr.,p. i43). 

B ) Entre le Mississipi et les Montagnes Rocheuses : 868, 4oo m. c. , ou 72,531 1. c. Comme on a jeté 
récemment beaucoup de doutes sur Yarea du Territoire du itiissouri, j'ai refait les calculs sur un grand 



NOTES. I 8 I 

nombre de caries qui m'ont donné, pour la partie de ce Territoire entre le Mississipi et les Montagnei 
Rocheuses, y compris l'état du Missouri , 693,862; 680,806; 692,277; 696,277 milles carrés. M. Morse 
évalue celte area beaucoup trop grande à 860,000 m. c. Le territoire d'Arkansas seul, dont le major 
Long a relevé une grande partie avec beaucoup de précision , a 1 25,855 m. c. J'ai trouvé l'état de la Loui- 
siane à l'est du Mississipi, 6200 m. C; à l'ouest, 45,3oo. 
<f ) Entre les Mcntagnes Rocheuses et les eûtes de ï Océan-Pacifique : 288, ^oo m. c, ou 24,091 lieues carrées 
marines. C'est le Territoire de Colombia , d'Oregon ou de l'Ouest qu'il ne faut pas confondre ni avec le 
Territoire du Nord-ùuest , entre ie Lac supérieur et le Lac Michigan, compris aujourd'hui dans le Terri- 
toire de Michigan, ni avec le IVestern Territoi-y anglois que parcourent les chasseurs delà Compagnie 
du Nord-Ouest. Les diflerentes caries m'ont donné , pour cette quatrième grande division des Etats-Unis : 
286,034 ; 288,39 1 ; 284,925 ; et 2go,4oo milles anglois carrés. Les seuls Territoires d'Oregon (Colombia) , 
Arkansas et Missouri, y compris l'État de ce dernier nom, oUrent, selon mes calculs, une area de 
1,107,000 m. c. , région immense qui, en 1820, ne comptoit pas encore 83,ooo hahitans d'origine 
européenne. 

Depuis l'Océan-Atlantique jusqu'à l'Océan-Pacifique, les États-Unis comprennent aujourd'hui unecrip«de 
174,306 lieues carrées de 20 au degré, ou 2,086,800 milles carrés. M. Morse leur donne aussi 2 millions de 
lu. c. , dont la moitié appartient aux trois Territoires du Missouri, d'Arkansas et d'Oregon. M. Warden , dans 
les éditions angloises et françoiscs de son ouvrage statistique {Introd., Tom. I, p. xlix et 1.1 ) , avoit 
très-bien évalué cette surface ù plus de i,836,ooo m. c; et si, plus tard, dans l'édition françoise (Tom. V, 
p. 100, et Bulletin de la Société de géographie , Tom. I, n° 3), il semble s'arrêter à 1,637,000, cette dimi- 
nution de surface ne provient que d'une erreur causée par la transformation des lieues en milles can'és. 
Le terrain compris entre le Mississipi et l'Océan-Pacifique n'a pas 741, 4i4 m. c. (savoir : État de lu 
Louisiane, en décomptant ce qui est à l'est du Mississipi, 48,22o — g2i5:=3g,oo5; Territ. d'Arkansas, 
76,961; Terril, du Missouri, 445,334; Territ. de TOuest, i8o,ii4. IVarden, Tom. I, p. 101; Tom. IV, 
p. 563 653) ; mais i,i56,8oo m. c. Un géographe, très-instruit, que M. Warden avoit chargé de ces calculs 
de surface, les a refaits à ma prière; et, en employant les véritables logarithmes de réduction, il a trouvé, 
presque comme moi , le Territoire du Missouri, y compris l'Etat de ce nom, de 696,000 m. c. , au lieu de 
445,334; le Territoire de l'Ouest, de 284,ooo m. c. , au lieu de i8o,ii4; le Territoire d'Arkansas, de 
125,855 milles carrés, au lieu de 76,961. Ces erreurs partielles, qui ne portent que sur la partie la plus 
dépeuplée du territoire américain, et dont les calculs de superficie que présente l'édition angloisede M. Warden , 
sont entièrement exempts, produisent une différence totale de plus de 4oo,ooo m. c, ou 33,4oo lieues 
marines carrées. C'est de cette quantité qu'on rend trop petite \area des Etats-Unis, lorsqu'on ne l'évalue qu'à 
1,637,000 milles caiTés. M. Adrien Balbi, quia réuni dans son Essai statistique sur le royaume de Portugal un 
grand nombre de matériaux précieux pour l'étude de l'économie politique en général , donne aux Etats- 
Unis (Tom. I, p. aSg), une area de 2,i46,ooo milles carrés italiens de 60 au degré (238,ooo 1. c. marines). 
Cette évaluation est presque de \ trop grande. D'un autre côté, les résultats auxquels s'arrête M. Morse dans un 
ouvrage très-instructif qu'il vient de publier à Boston j sous le titre System of Modem Geography, diffèrent 
très-peu des miens pour la partie orientale de la confédération. Ce savant donne 377,446 m. c. aux Etats- 
Atlantiques. Or, en décomptant 90,200 pour la portion de ces Etats qui tombe ù l'ouest des Alleglianis, et en 
ajoutant 52,3oo pour la Floride, à l'est de l'Apalachicola, on obtient, pour la division a, 339,600 milles 
carrées. Les huit États et TerritoPres situés entre les Etats atlantiques et le Mississipi, y compris la partie 
orientale de l'Étal de la Louisiane, ont, d'après M. Morse, 484,ooo m. c. , et toute la division j2 (en y ajoutant 
90,200 -\- 6900 pour la portion de Atlantic States et de la Floride, à l'ouest des AUeghanis) a 58i,ioo m. c. 
n en résulte pour a. -\-(i : 920,700 milles carrés, seulement 53^ de moins que l'area que j'ai donnée (Chap. xxvi, 
p. 87) au Territoire des États-Unis , à l'est du Mississipi. 
La surface de 2,086,800 m. c. offerte à l'industrie d'un peuple laborieux et sagement gouverné est dix fois plus 



1 8 2 NOTES. 

grande que la France. On n'a pas besoin tle l'agrandir encore en substituant, comme quelques ingénieurs 
américains semblent l'avoir désiré récemment (à l'occasion de la rectification des limites du Canada anglois), des 
latitudes géocentriquea (l'angle formé parle rayon de la terre avec l'équateur) aux latitudes ordinaires. [Quart. 
Journ. of Sciences , i823,_;o«. , p. 4i2.) 

En comparant Varea des grandes divisions avec le nombre des habitans que donne le dénombrement 
de i8ao, on trouve : 

I. Dansles i5 États-Atlantiques (de Maine à Géorgie), par conséquent sans la Flo- 
ride des deux cotes des Monts AUeglianis , sur 30,900 1. c. mai\ ou 370,000 m. c. 
anglois : 

Population absolue 7,420,762 

Population relative par lieue carrée marine aSg 

II. Entre les Étals- Atlantiques et la rive gauche du Mississipi (aussi sans la 
Floride), sur 42,ooo 1. c. 

Population absolue 1,982,998 

Population relative par lieue carrée marine 4- 

III. Entre la rive droite du Mississipi et les côtes de l'Océan-Pacifique , sur 

96,600 I. c. ou i,i56,ooo m. c. 

Population absolue, sans les Indiens 234,239 

Population relative des blancs par lieue carrée 2 ; 

Il résulte de ces calculs, dans lesquels uue erreur d'évaluation de surfaces ne pourrolt avoir d'influence 
sensible sur la population relative, que les Etats-Unis, à l'est du Mississipi (sans y comprendre les Florides), 
avoient en 1820, sur une area de 77,700 1. c. marines, ou 730,000 m. c. angloises^ une population absolue 
de q,4o3 760 et une population relative de 122 habitans par lieue carrée marine. Si la population relative 
de tout le territoire des Etats-Unis, depuis l'Océan-Pacifique jusqu'à l'Océan-Atlantique , étoit, en 1820, 
de 55 habitans par 1. c. ; elle doit avoir été , à la fin de l'année 1 822 (où je trouve , en supposant un accroisse- 
ment uniforme, une population totale de 10,220,800), un peu au-delà de 58. L'immense augmentation de la 
population à l'est du Mississipi devient peu sensible si, d'après une abstraction purement matbémathique , 
on répartit toute la population sur toute la surface du territoire. 

J'ai discuté dans cette note les incertitudes qui restent sur des objets qui sont d'un grand intérêt pour 
l'économie politique : j'ai fixé surtout mon attention sur les contrées situées à l'ouest du Mississipi, et dont les 
destinées, dans la suite des siècles, influeront puissamment sur l'état des provinces septentrionales du Mexique. 
Pour bien connoîtrel'area des États-Unis, on n'a pas besoin d'attendre l'époque où 174,000 Hues carrées seront 
levées trigonométriquement. C'est par des moyens purement astronomiques, par la combinaison d'un grand 
nombre de latitudes observées et de lignes chronomctriques tracées en différentes directions, que l'on paut 
obtenir rapidement des données précises et Indispensables dans toute bonne administration. Il scroit à désirer 
qu'au milieu de tant d'incertitudes, le congrès de Washington fit réunir tous les matériaux que l'on possède 
déjà, pour pouvoir fixer, par le calcul, je ne dis pas Varea de chaque État et de chaque Territoire, mai.>> 
Vureu totale des quatre grandes divisions naturelles qui sont comprises entre les côtes de l'Océan-Atlantique, 
le chaînon central des Alleghanis, le cours du Mississipi, les Montagnes Rocheuses et l'Océan-Pacifique. 

Dans les possessions angloises, voisines des États-Unis, la population est aujourd'hui peut-être de ; plus 
élevée que je l'ai supposée dans le tableau p. 72. On comptoit déjà, en i8i4, dans le Bas-Canada, 335,oo(), 
dans le Haut-Canada, 95,000; dans la Nouvelle-Ecosse, 100,000; dans le Nouvean-Brunswick, 60,000, 
dans New-Foundland et au cap Breton, 18,000; en tout 608,000 habitans. {Carey and Lea, Historical, rhro- 
■nological and geographical Atlas of America , 1S22, m" 4.) 



NOTES. 



i83 



Pour faciliter les rcduclions des surfaces, nous rappellerons à la lîn de cette note qu'une lieue marine 
carrée (de 20 au degré) a 11,9716 milles anglois cariés (de Gg,2 au degré) ou i,5G25 lieues de France car- 
rées (de 25 au degré), ou o,5625 lieues géographiques carrées (de t5au degré), ou g milles italiens carrés 
(de 60 au degré). 



Noie F. 

Occupé de déterminations astronomiques sur la froutière méridionale de la Guyane espagnole, j'ai tâché, 
pendant le cours de mes voyages, de réunir avec soin tout ce qui a rapport aux contestations sur les limites 
entre les couronnes de Portugal et d'Espagne; ces reuseignemens ra'étoient nécessaires pour compléter le 
mémoire que j'ai adressé, lors de mon retourde rOrénoquc,au premier secrétaire d'état , Don Mariano Luis de 
Urquijo (Voyez plus haut, Tom. Il, p. Via, -igC; Tom. III, p. 172). Sans prétendre donner ici une histoire 
complète de ces Coin missions de limites , que d'ignobles ai-tifices de la diplomatie européenne ont rendues 
si peu utiles à la géographie astronomique du Nouveau-Continent, je vais publier succinctement des notions 
qui peuvent jeter quelque jour sur cet important problcmc. Celles de ces notions qui ont rapport aux négocia- 
tions du 18' siècle sont tirées de pièces inédites et conservées dans les archives. Les discussions sur les limites 
entre les cours de Madrid et de Portugal ont duré pendant trois siècles. Elles n'ont dahord touché que des 
intérêts maritimes, la possession des îles et des côtes; peu à peu elles se sont étendues à l'intérieur de l'Amé- 
rique méridionale. La bulle célèbre que le pape Alexandre VI donna (le 4 mai 1493) en faveur de l'Espagne, 
étoit rédigée dans le même esprit que la huile moins connue de l'année i445, donnée par le pape Nicolas V 
en faveur du Portugal. La première place la ligue de démarcation cent lieues à l'est des îles Azores et du 
Cap-Vert, et donne aux Espagnols tout ce qui, ù l'ouest de cette ligue, n'avoit point été occupé avant la 
fêle de Noél de l'année 1492. Elle dit assez confusément ceiitum leuctis a qualibet iiisularum quœ vulgarité)- 
mincupantitr de lus Azores y Caho Verde. Le cardinal Bemho, dans la crainte de voir son style classique 
vicié par l'emploi de nouvelles dénominations, dit Gorgoimm insulœ , sans doute {Pline, d'après Xénophon 
de Larapsaque, lib. VI, c. 3i , p. 348; 3Icla, lib. III, c. ij, p. 93) les Gorgades [domus, utaiuiif, aliquimdo 
GorgoHum) , vis-à-vis le Ryssadiiim Promontoriuiu. L'île Saint-Antoine est sans doute dans le méridien de 
l'île San ÎMiguel, mais il y a 8" de longitude du méridien de l'île du Cap-Vert la plus occidentale au méri- 
dien de l'île la plus orientale des Azores. Une nouvelle bulle du 24 novembre i4g3 laissa subsister ces 
mêmes doutes; mais, dans le traité de Tordesillas (7 juin i494), le méridien de la démarcation fut porté, 
au lieu de 1 00, à 370 lieues des îles du Cap-Vert. La valeur des lieues n'ayant pas été indiquée , la linea divisoria 
peut atteindre, d'après dilTérentes hypothèses, ou l'embouchure du Rio de San Francisco, ou Rio Janeiro, 
ou le méridien de Saint Paul, qui se trouve encore 1" à l'csl du Grand Para. Le pape Jules II sanctionna h: 
traité deTordcsillas par la bulle du 24 janvier i5oG; mais le voyage hardi de Magellan et les découvertes de 1 5oo 
à 1 5o4 de la bouche de la rivière des Amazones, par Vicente Janez Pinson , du cap San Augustin , par Amerigo 
Vespucci , et des ports de Santa Cruz et de Bahia de Todos Santos, qui avoient précédé le voyage de Magellan , 
engagèrent les deux cours de Madrid et de Lisbonne à réunir an pont du Rio Caya , entre Yelves et Uadajoz, 
en i524, le congrès des pilotes et des cosmogrtiphes. Dans ce congrès, les Espagnols accusèrent les Portugais 
d'avoir altéré la distance de Gilolo aux côtes du Brésil , et ils prouvèrent victorieusement que les Moluques 
étoient du domaine castillan. Le célèbre mathématicien Faleiro avoit enseigné aux pilotes des méthodes 
lunaires par lesquelles ils pouvoient déterminer la distance d'un navire à la ligne de démarcation , considérée 
comme un premier méridien. La nécessité de connaître la position de cette ligne a puissamment contribué à 
l'ardeur avec laquelle , à cette époque, on cherchoit des méthodes propres à trouver les longitudes par des moyens 
précis. Le congrès des cosmographes au puente de Caya traîna en longueur, et les contestations entre les deux 
nations ne cessèrent , par rapport aux possessions de l'archipel de l'Inde , que par un traité conclu à Saragosse, 
le 22 avril i52g. [Don Juan y don Antonio de Ulloa, Dissert, historien y geographica sobre el meridiano de 



i84 



NOTES. 



demarcacioH. Madrid,ijig, Salazar de los progressas de la hydrograjia en Espana , 1809, p. 1 15. Cespedes, 
Hydrografia, cap. 4,p. 1 28, i43, iSa). L'Espagne céda les iles Moluques pour le prix de 35o,ooo ducats , tout 
en se rései-vant le droit «de rentrer dans la propriété de ces iles au moment où la somme d'achat seroit rendue.» 
La réunion des deux couronnes, sous Philippe II, calma pendant quelque temps les haines nationales, ou plutôt 
elle les força de paroîlre assoupies; mais, dès la lin du 1 7' siècle, l'établissement de la Colonia de San Sacra- 
mento, près de l'embouchure du Rio de la Plata , fit naître des contestiitions sur les limites brésiliennes. Les 
Espagnols détruisirent cet éta])lissement, et l'on tenta un nouveau congrès de cosmographes au Puente de Caya, 
qui dura depuis le 4 novembre jusqu'au 22 janvier 1C82. On avoit stipulé, dès le commencement des négo- 
ciations, que si l'on ne pouvoit s'arranger dans l'espace de trois mois, l'on se sonmettroit à la décision du 
souverain Pontife ! QaanA on considère l'état des lumières du monde dans les cent ans qui ont précédé la 
déclaration de l'indépendance des Etats-Unis , on seroit presque tenté de révoquer en doute ce qui est prouvé 
par les documens les plus authentiques conservés dans les archives. On discuta inutilement à Caya si les 3/0 
lieues mentionnées dans le traité de Tordesillas formoient 22° i4' ou un moindre nombre de degrés, et si 
cette distance devoit être comptée dans l'archipel du Cap-Vert du centre de l'île Saint-Nicolas , ou (comme 
le vouloient les Portugais ) de l'estréraité occidentale de l'île .Saint- Antoine. D'après ces argumens minutieux , 
les cosraographes de Lisbonne vouloient porter le meridiano de demarcacion i3 lieues à l'ouest de l'établis- 
sement reconstruit de San Sacramento. Le second congrès de Puente de Caya se sépara sans avoir rien décide, 
et les points en litige ne furent point soumis au souverain Pontife, comme on en était d'abord convenu. 
Pendant le foible règne de Charles II, les Portugais gagnèrent partout sur leurs voisins en Amérique, du 
côté du Paraguay, sur les rives de l'Amazone et au Rio Negro. L'Espagne renonça , par la paix d'Utrecht , à 
la possession de San Sacramento. Près de quarante ans se passèrent dans l'inactivité la plus complète de la 
pai-t du ministère de .Aladrid, lorsque la reine Barbara, fille de Jean V de Portugal, voulut profiter de 
l'extrême foiblesse de son époux, le roi Ferdinand VI d'Espagne, pour se rendre utile à son pays natal, et pour 
terminer la lutte sur les limites dans l'Amérique méridionale à l'avantage de la cour de Lisbonne. Le chef 
d'escadre , Don Josef de Yturiaga , fut nommé directeur {primer coniissario) d'une expédition qui devoit longer 
toutes les frontières septentrionales de la Capitania getierat du Grand Para, entrer dans l'Amazone par l'Oré- 
noque et le Rio JS'egro, remonter l'Amazone jusqu'à la province de Maynas , et peut-être même passer par terre 
aux confins du Paraguay. (Voyez la correspondance de Loefling avec Linné , dans Pettri Lœftingi Iter 
Hispanicum eller Resa til Spanska L'ândertM uti Europa och America, \yi8, p. 84, go). L'expédition 
mit à la voile à Cadix, le 1 5 février 1 ybi. On y avoit joint un naturaliste , un physicien et un géographe. Le 
naturaliste étoil le célèbre Loefling, qui, après avoir parcouru les environs de Cumana et de Nueva Barcelona, 
les missions de Piritù et de Caroni, mourut victime de son zèle, à Santa-Eulalia de Murucuri ( Linné appelle 
ce village Merecuri, et Surville Mucururi), un peu au sud du confluent de l'Orénoque avec le Rio 
(Caroni, le 22 février 1756. Yturiaga fit, au Port d'Espague de l'ile de la Trinité, les apprêts de la naviga- 
tion projetée sur les fleuves. 11 entra, à la lin de juillet 1764, dans les bouches de l'Orénoque, avec 
53 petites embarcations ( Goletas, Lanchas, Piraguas et Champanes). Les dyssenteries et les lièvres firent 
beaucoup de ravages parmi la troupe , et même plusieurs centaines d'Indiens tombèrent malades. On ne put 
atteindre que le quinzième jour la forteresse de la Vieja Guyana. [Foyez plus haut, Tom. II, p. 667 et 703.) 
On remonta avec la même lenteur jusqu'à Cabruta , près de l'embouchure du Rio Apure. Beaucoup d'embar- 
cations, exposées imprudemment sur les plages au soleil, se fendirent. Les fièvres continuèrent, et l'on 
manqua à la fois de rameurs [bogas), de pirogues et d'argent. Deux des commissaires , Don Eusebio de Albarado 
et Don Joseph Solano allèrent à Sanla-Fe de Bogota pour chercher des fonds ; ils ne revinrent qu'après six 
mois, et, en i756,Solanoseulfi:anchit, avec une petite partie de l'expédiùon, les grandes cataractes d'Atures 
et de Maypuressans dépasser toutefois la bouche du Rio Guaviare, où il fonda San Fernando de l'Atabapo {Voyez 
(Tora. Il, p- 398, 442, 535, 710, et mss. de Don ApoUinario Diezde la F«e»fe, que j'ai tirés des Archives de 
la province de Quixos , au sud-est de Quito). Nous avons déjà fait voir, dans un autre endroit , que les instru- 
mens astronomiques de l'expédition des limites n'ont été portés ni à l'isthme du Pimichin et au Rio Negro, ni 



NOTES. l85 

au Cassiquiare, et à l'Alto Orinoco, au-dessus de son confluent avec le Guaviare et l'Atabapo. Ce vaste pays, 
dans lequel aucune observation précise n'avoit été tentée avant mon voyage , ne fut parcourue alors que par 
quelques soldats que Solano envoya à la découverte, et par Don Apollinario de la Fuente. Ce dernier construisit 
avec des troncs d^arbres un petit fortin au point de la bifurcation de l'Orénoque, entra dans le Rio Padamo pour 
visiter les Indiens Catarapènes , et fonda avec des Maquiritares la mission de l'Esmeralda , d'où il fit une 
excursion infructueuse vers le Rio Gehetle et le Cerro Yumariquin (Tom. II, p. 677, 58o). Ce même Don 
Apollinario , dont j'ai souvent entendu prononcer le nom aux Indiens du Rio Negro et de l'Esmeralda , aflirme , 
dans ses journaux de route conservés à Quito, que, lors du départ de l'expédition de Solano ( 1 754), par consé- 
quent dix ans après le voyage du Père Roman (Tom. II, p. 534), beaucoup de personnes, à l'île de la Trinité, 
doutoient encore de la communication de l'Orénoque avec l'Amazone, et qu'on n'y avoit aucune idée exacte 
de l'existence du Cassiquiare et de sa réunion avec le Rio Negro. 

Pendant que Don Josef Solano fit des efforts pour pacifier la Haute-Guyane, Yturiaga demeura sur les 
bords du Bas-Orénoque. On assure que ce chef de la Commission des limites avoit des ordres secrets pour 
empêcher toute conclusion définitive d'un traité. Il désii-oit plaire au ministre des Indes, Arriaga, et surtout 
au successeur de la couronne d'Espagne, Don Carlos, qui régnoit à Naples. Ce prince ne pouvoit s'opposer 
ouvertement aux projets de sa mère la reine Barbara et du parti portugais. On savoit que le traité seroit 
contraire aux intérêts de l'Espagne , et il ne restoit qu'à gagner du temps en créant des obstacles. Les embar- 
cations qu'on avoit construites pour conduire le reste de la troupe au-delà des cataractes , sur les frontières de la 
Capitania gênerai du Grand-Para, étoient prêtes à mettre à la voile; les ordres du roi FerdinandVIétoient précis. 
Yturiaga ordonna de chanter un Te Deum à Muitaco (Tom. II, p. 634), et, pendant la cérémonie , il fit mettre 
clandestinement le feu à la flottille , qu'on dit avoir été brûlée par un accident imprévu. On avoit pris d'ailleurs 
si peu de peine pour cacher ce stratagèrae, qu'on le découvrit dans le moment même. Les commissaires portugais 
offrirent à Yturiaga de venir le chercher avec leurs propres pirogues , mais on leur répondit qu'on altendroit 
les ordres de Madrid. Ennuyé des dépenses et des lenteurs d'Yturiaga, le roi Ferdinand VI rappela l'Expé- 
dition. Solano et Albarado s'embarquèrent , je crois , en 1761 , à la Guayra pour San Sébastien. Yturiaga, après 
avoir habité long-temps la petite villede Muitaco où il espéroit rétablir sa santé, mourut à l'île de la Marguerite. 
Des plaintes portées contre lui à la cour par les moines et par ses collègues, les autres commissaires des limites 
rendirent très-pénible la dernière époque de sa vie. Don Apollinario Diez de la Fuente retourna d'Espagne 
à l'Orénoque, avec les titres pompeux de Capitan pohlador del Alto-Orinoco y Caho viilitar del Fuerle de Cas- 
siquiare ^ plus tard il fut Gouverneur de la province de Quixos, et Cosmografo de la real Expedicion de limites 
del Mara/ion. A en juger d'après ses manuscrits, les cosmographes réunis au congrès dePuentedeCaya, en i524, 
étoient plus instruits que lui. 

Les travaux de la Commission des limites de l'Orénoque que je viens d'exposer ont été aussi infructueux que 
le traité signé le 12 janvier 1750 à Madrid, d'après lequel les deux nations portugaise et espagnole renon- 
çoient à la ligtie de démarcation , en se promettant de ne reconnoître d'autres limites entre le Brésil , Buenos- 
Ayres et le Pérou, que la crête de quelques montagnes et le cours des rivières. Cette convention énonçoit 
formellement « qu'il étoit impossilile de fixer par des observations de longitude la ligne de démarcation sur 
les côtes et dans l'intérieur, » aveu d'autant plus étrange que Don Jorge Juan et Don Antonio de Ulloa , 
dans un savant mémoire (^Dissertacion historica y geografica sobre el mcridiano de demarcacion entre los 
dominios de Portugal y de EspaOa), publié d'abord après leur retour de Quito , en i74g, avoient prouvé que 
la limite devoit être fixée , d'après la teneur du traité de Tordesillas et selon deux modes d'interprétation dont 
ce traité est susceptible, soit 1° 5o', soit 3" i4' à l'est de la ville du Grand-Para. La convention de 1750 fut 
renouvelée et confirmée à Madrid , le 1 1 octobre 1777 ; mais l'exécution de stipulations faites sans connois- 
sance des localités et en ne consultant que des cartes très-imparfaites, trouva de grandes diflâcultés. On ne 
voulut plus rien tenter du côté de l'Orénoque et du Rio Negro ; toute l'attention des deux cours se porta vers 
leslimitesduParaguay et les rives du Caqueta, du Rio Blanco et de l'Amazone. Le brigadier Don José Varela fut 
envoyé (1782-1789) à Montevideo, M.d'AzaraauParaguay,etM. RequeiiaàMaynas. Quelque incomplets que 

Relation historique , Tom. III. 24 



l86 KOTES. 

soient restés les travaux des commissaires, on ne peut douter quela géographie astronomique en tireroit de grands 
avantages , si l'on rentloit publics , non les résultats seuls de leurs travaux, mais les observations sur lesquelles 
ces résultats sont fondés. La carte d'Azara du Paraguay et celles du Brésil, rédigées àRio-Janeiro en i8o't, par 
ordre du ministre de la marine. Don Rodrigo de Souza Coutinho, par le capitaine de frégate, Don Antonio 
Pérès da Silva Pontes Lemos, ont été rectifiées d'après une partie de ces observations; mais les longitudes étant 
toutes chrononiétriques , la discordance entre les montres marines des géographes espagnols et portugais , et l'In- 
certitude des positions qui ont servi de points de départ, jettent beaucoup de confusion sur cette fixation des limites. 
La cour de Madrid, ennuyée de tant de frais et de lenteur, résolut de dissoudre la Commission en i8oi-, 
et, quelques années plus tard, l'occupation militaire de la province clsplatine par les Portugais mit fin pour 
long-temps aux discussions de longitudes et aux exceptions dilatoires de la diplomatie. 



Note G. 

En faisant connoître aux savans de l'Europe les propriétés physiques AeVarbre de la vache (Voyez plus haut , 
Tom.II,p 107, ii4, i3o;Tom. III, p. 102), j'avoisrapproché son lait nourrissant, non du suc des plantes qui 
.abondent en caoutchouc, comme le suc du Hevca, mais du lait du Papayer. J'avols tenté quelques expériences 
chimiques sur ce dernier qui me paroissoit une substance fortement animallsée. Récemment, deux de mes amis, 
^IM. Bousslngault et Rivero, dont j'ai déjà eu occasion de citer les travaux iraportans (Tom. III, p. loG 
et 124), et qui sont beaucoup plus instruits en chimie que je ne l'étois à l'époque de mon voyage, ont fait 
connoître complètement la composition chimique du suc du Palo de f^aca. Voici l'extrait de l'analyse 
que ces savans m'ont envoyée dans une lettre datée de Maracay (entre Caracas et Nueva-Valencia) , en 
date du lô février 18 23. 

«Lelait,dltM. Bousslngault, que nous avons analysé à votre demande, provient du Pa/o de Z/ec/re ou rfe Vaca. 
Cetarbre croîtassez abondamment dans les montagnes qui dominent Periqulto, sltuéau nord-ouestdcMaracay. 
Le lait végétal possède les mêmes propriétés physiques que celui de la vache, avec cette seule différence iju'il 
est un peu visqueux. Il en a aussi la saveur: quant à ses propriétés chimiques, elles diffêi-ent sensiblement de 
celles du lait animal. 11 se mêle à l'eau en toute proportion ; et, dans cet état, il ne se coagule pas par 
rébullltlon. Les acides ne le caillent pas , comme 11 arrive avec le lait de la vache. L'ammoniaque, loin de le 
précipiter, le rend plus liquide : ce caractère indique l'aljsence du caoutchouc; car nous avons observé dans 
des sucs contenant ce principe, que l'ammoniaque en précipltolt la plus petite quantité, et que le précipité, 
séché possédoitles propriétés de la gomme élastique. L'alcool coagule légèrement le lait de l'arbre de la vache. 
C'est presque moins qu'un coagulum: car l'alcool rend seulement le suc plus dlfiBcile àfdtrer. Le lait frais rougit 
légèrement le tournesol. Il bout à la température de 100°, à la pression d'environ o"" 72g. Soumis à l'action de 
la chaleur, il présente d'abord les mêmes phénomènes que le lait de la vache; on volt se former à sa surface 
une pellicule qui empêche le dégagement des vapeurs aqueuses. En enlevant successivement la pellicule et le 
faisant évaporer à une douce chaleur, on obtient un extrait qui ressemble à \3frangipa11e; mais si l'on continue 
plus long-temps l'action delà chaleur, il se forme des gouttes huileuses; elles augmentent à mesure que l'eau 
se dégage, et Unissent par former un liquide huileux dans lequel nage une substance fibreuse qui se dessèche 
et se racornit à mesure que la température de l'huile augmente. Alors se répand l'odeur la mieux caractérisée 
de viande que l'on fait frire dans la graisse. Par l'action de la chaleur, on sépare le lait végétal en deux 
parties, l'une fusible, de nature grasse; l'autre fibreuse, de nature animale. Si on ne pousse pas trop loin 
l'évaporation du lait végétal et qu'on ne fasse pas bouillir la matière fusible, on peut l'obtenir sans altération. 
Elle jouit alors des propriétés suivantes : elle est d'un blanc légèrement jaune , translucide , solide , et résiste à 
l'Impression du doigt. Elle commence à fondre à 4o° centigr.; et, quand la fusion est complète, le thermo- 
mètre Indique 60". Elle est insoluble dans l'eau; les huiles essentielles la dissolvent facilement; elle se combine 



c 



NOTES. 187 

.lussi aux huiles grasses, et forme un composé analogue au cérat. L'alcool à 40° la dissout totalement par 
l'ébullition, et elle se précipite par le refroidissement. Elle est saponifiable par la potasse caustique; mise eu 
ébullition avec l'ammoniaque, elle forme une émulsion savonneuse. L'acide nitrique chaud la dissout avec 
dégagement de gaz nitreux , et forme de l'acide oxalique. Cette matière nous paroît ressembler à la cire 
d'abeille raffinée : nous pouvons ajouter ([u'elle peut servir aux mêmes usages , car nous en avons fait des bougies. 

Nous nous sommes procuré la matière fibreuse en évaporant le lait, en décantant la cire fondue, en lavant 
le résidu par une huile essentielle pour enlever les dernières portions de cire, en exprimant ce résidu et le 
faisant bouillir long-temps avec de l'eau pour volatiliser l'huile essentielle. Malgré cette opération, on ne peut 
ôter entièrement l'odeur de l'huile essentielle. Ainsi obtenue , la matière fibreuse est brune, parce qu'elle est sans 
doute un peu altérée par la haute température de la cire fondue ; elle est sans saveur: sur un fer chaud, elle se con- 
tourne , se I)oursouffle , se fond et se carbonise , en répandant l'odeur de la viande grillée. Si on la traite par 
l'acide nitrique étendu, il se dégage un gaz qui n'est pas du gaz nitreux. La matière fdireuse se transforme 
n une masse jaune et graisseuse , comme il arrive à la chair musculaire quand on prépare le gaz azote par le 
procédé de HL BerlhoUet. L'alcool ne dissout pas la matière fibreuse , et nous avons employé ce liquide pour 
l'obtenir sans altération. En traitant l'extrait du lait végétal par l'action réitérée de l'esprit-de-vin et en 
décantant le liquide chaud , on finit par obtenir cette matière en fibres blanches et flexibles : dans 
cet état, elle se dissout facilement dans l'acide bydrochlorique étendu. Cette substance possède 
les mêmes caractères que la fibrine animale. La présence ^ dans le lait végétal, d'un produit qu'on ne 
rencontre ordinairement que parmi les sécrétions des animaux, est un fait bien surprenant que nous n'annon- 
cerions qu'avec beaucoup de circonspection si un de nos plus célèbres cliimistes , M. Vauquelin , n'avoit déjà 
troiivé la fibrine animale dans le suc laiteux du Carica Papaya. Il nous reste à examiner le liquide qui , dans 
le lait du Pah de Lèche, tient en suspension , dans un état de division chimique, les deux principes que nous 
avons reconnus ci-dessus : la cire et la fibrine. Le lait végétal , jeté sur un filtre, ne passe qu'avec la plus grande 
difficulté; mais si l'on y ajoute de l'alcool, il se forme un léger coagulum, et le liquide passe plus facilement. 
La liqueur , filtrée , rougit le tournesol ; très-rapprochée , eUe n'a pas déposé de cristaux. Evaporée en con- 
sistance sirupeuse et traitée par l'alcool rectifié , elle lui a abandonné un peu de matière sucrée; mais la masse 
principale ne s'est pas dissoute. La portion insoluble dans l'alcool avoit une saveur amère; dissoute dans l'eau , 
l'ammoniaque y forma un précipité , ainsi que le phosphate de soude. Nous présumâmes alors la présence d'un 
sel magnésien; en effet, une goutte de la dissolution placée sur une lame de verre à côté d'une autre goutte de 
phosphate d'ammoniaque a formé, par son mélange avec cette dernière, au moyen d'un tube de verre, des 
caractères. Ctiie propriété écrivante appartient, comme on sait, au phosphate ammoniaco-magnésien , et le 
procédé au D'' Wollaston. Nous pensions que c'étoit l'acide acétique qui étoit combiné à la magnésie; mais 
l'acide sulfurique ne dégagea pas l'odeur du vinaigre, il forma un sulfate et charbonna la liqueur. Nous igno- 
rons donc la nature de cet acide. La matière qui reste sur le filtre a l'aspect, quand elle est sèche , de la cire 
brute ; elle se fond en exhalant l'odeur de viande. Le lait végétal, abandonné à lui-même, s'aigrit et acquiert 
une odeur désagréable. Pendant cette altération il se dégage de l'acide carbonique ; il se forme en outre un sel 
ammoniacal; car la potasse en dégage de l'alcali volatil. Quelques gouttes d'acide ont empêché la putréfaction. 

Les parties constituantes du lait de Varbre de la vache sont : i" de la cire, 2° de la fibrine, 7i° un peu de 
sucre, 4° un sel magnésien qui n'est pas un acétate, 5° de l'eau. Il ne renferme ni caséura ni caoutchouc. 
Par l'incinération, nous avons trouvé de la silice, de la chaux , du phosphate de chaux, de la magnésie. Tel 
est le précis des expériences que nous avons faites, M. Rivero et moi, sur ce suc nourrissant. La présence de 
la fibrine explique la propriété nutritive du Palo de Lèche. Quant à la cire , nous ignorons l'effet qu'elle 
produit ordinairemement sur l'économie animale : ici, l'expérience prouve qu'elle n'est pas nuisible, car 
nous en évaluons la quantité à la moitié du poids du lait végétal. L'arbre de la vache mériteroit d'être cultivé 
pour en retirer la cire, qui est d'une qualité excellente; ce seroit une richesse de plus à ajouter aux belles pro- 
ductions agricoles des vallées d'Aragua. » Je désire ardemment que ces haliiles chimistes, MM. Boussin- 
gault et Rivero, puissent continuer leurs travaux sur les sucs laiteux des plantes équinoxiales. 



i88 



NOTES. 



ESQUISSE D'UN TABLEAU GÉOGNOSTIQUE 
DE L'AMÉRIQUE MÉRIDIONALE, 

AU NORD DE LA RIVIÈRE DES AMAZONES ET A l'eST DU MÉRIDIEN DE LA SIERRA NEVADA 

DE MERIDA. 

Le but de ce mémoire est de coordonner les observations géognostiques que j'ai pu recueillir pendant le 
cours de mes voyages dans les moutagnesde la Nouvelle-Andalousie etdu Venezuela , sur les rives de l'Orénoque 
et dans les Zfenos de Barcelone , de Calabozo etdel'Apure, parconséquent depuis la côte de la Mer des Antilles 
jusqu'à la vallée de l'Amazone, entre les parallèles de i° et de 10° ^ de latitude boréale. En décrivant les 
objets à mesure qu'ib se présentent au voyageur, chaque fait reste isolé; on n'expose que ce que l'on a vu 
en suivant les sinuosités des routes ; on apprend à connoître la suite des formations selon tel ou tel alignement , 
mais on ne peut saisir leur enchaînement mutuel. L'ordre des idées auquel doit s'astreindre la relation his- 
torique d'un voyage , a l'avantage de faire distinguer plus facilement ce qui est le résultat d'une observation 
directe ou celui d'une combinaison fondée sur l'analogie; mais, pour embrasser d'un coup d'oeil le tableau 
géognostique d'une vaste partie du globe, pour contribuer aux progrès de la géognosie qui est une science 
d'enchaînemens , il faut renoncer à l'accumulation stérile de faits isolés et étudier les rapports qui existent entre 
les inégalités du sol , la direction des Cordillères et la nature minéralogique des terrains. 

L'étendue du pays que j'ai traversé en différentes directions, a plus de i5,4oo lieues carrées. Elle a déjà été 
Tobjet d'une esquisse géognostique, tracée à la hâte sur les lieux, même, après mon retour de l'Orénoque, 
et publiée en 1801 par M. de Lametherie, dans le Journal de Physique (Tom. XLV, p. 46). A cette 
époque, on ignoroit en Europe la direction de la CordQlère côtière du Venezuela et l'existence de la Cordil- 
lère de la Parime. Aucune mesure de hauteur n'avoit été tentée hors de la province de Quito ; aucune roche 
de l'Amérique méridionale n'étoit nommée. Il n'existoit aucune description de la superposition des roches 
dans une région quelconque des tropiques. Dans de telles circonstances, un essai qui tendoit à prouver V identité des 
formations dans tes deux hémisphères ne pouvoit manquer d'exciter l'intérêt des géognostes. L'étude des collec- 
tions que j'ai rapportées et quatre années de voyages dansles Andes m'ont mis en état de rectifier mes premiers 
aperçus et d'étendre un travail qui, à cause de sa nouveauté, avoit été reçu avec quelque bienveillance. Les 
descriptions minéralogiques de chaque roche ont été données dans les chapitres précédens. Il ne me reste ici 
qu à réunir les matériaux épars et à citer les pages dans lesquelles on ti-ouve le détail des observations. 
Pour faire mieux saisir les rapports géognostiques les plus remarquables, je vais traiter d'une manière 
aphorislique en différentes sections la coniîguration du sol, la répartition générale des terrains, la direction 
et l'inclinaison des couches, et la nature des roches primitives, intermédiaires, secondaires et tertiaires. 
La nomenclature dont je me sers dans ce mémoire est celle dont j'ai exposé récemment les principes dans 
un ouvrage de Géognosie générale '. 

* Voyei mon Enal sur le gUement des rochet dans les deux hémisphères, 1810. 



NOTES. 189 

Section I. 

Configuration du pays. Inégalités du sol. Chaînes et groupes de montagnes. Arrêtes de partage. Plaines 

ou Llanos. 

L'Amérique méridionale est une de ces grandes masses triangulaires que forment les trois parties continen- 
tales de l'hémisphère austral du globe. Par sa configuration extérieure elle ressemble plus encore à TAfrique 
qu'à la Nouvelle-Hollande. Les extrémités méridionales des trois continens sont rangées de manière 
qu'en faisant la traversée du cap de Bonne-Espérance (lat. 33° 55') au cap de Horn (lat. 55" 58') , en doublant 
la pointe sud de la Terre de Diemen (lat. 43° 38') , on voit les terres se prolonger d'autant plus vers le pôle 
sud que l'on avance plus vers l'eit. Des 571,000 lieues carrées marines ' que renferme l'Amérique méri- 
dionale , un quart est couvert de montagnes qui sont ou distribuées en chaînons ou accumulées par groupes. Le 
reste sont des plaines formant de longues bandes non interrompues couvertes de forêts ou de graminées, plus 
unies qu'on ne les trouve en Europe , et s'élevant progressivement, à 3oo lieues de distance des côtes , de 3o à 
1 70 toises de hauteur au-dessus du niveau de l'Océan (Voyez plus haut , Tom. II, p. 1 5B et 4 1 8). La chaîne de 
montagnes la plus considérable de l'Amérique méridionale s'étend du sud au nord, selon la plus grande dimension 
du continent : elle n'est pas centrale comme en Europe , ni considérablement éloignée des bords de la 
mer , comme l'Himalaya et l'IJiudou-Koh , mais rejetée vers l'extrémité occidentale du continent , presque sur 
les côtes de l'Océan-Pacifique. Eu iixant les yeux sur le profil que j'ai donné '^ de la configuration de l'Amé- 
rique méridionale , sous le parallèle du Chimborazo et du Grand-Para , à travers les plaines de l'Amazone, 
on voit les terres s'abaisser vers l'est en talus , comme un plali incliné , sous un angle de moins de 25 secondes , 
par une longueur de 600 lieues marines. Si , dans l'ancien état de notre planète , par quelque cause extraor- 
dinaire, rOcéan-Atlantique s'est jamais élevé à 1100 pieds de hauteur au-dessus de son niveau actuel (à une 
hauteur d'un tiers moindre que celle des plateaux intérieurs de l'Espagne et de laBavière), les vagues ont dû se bri- 
ser dans la province de Jaen de Bracamoros , contre les récifs qui Ijordcnt la pente orientale de la Cordillère des 
Andes. L^exhaussement de cette arrête est si peu considérable en le comparant au continent entier, que la largeur 
de celui-ci dans le parallèle du cap deSaint-Roch est i4oo fois plus grande que la hauteur moyenne des Andes. 

Dans la partie montagneuse de l'Amérique méridionale, on distingue une chaîne et trois groupes de 
montagnes, savoir : la Cordillère des Andes, que legéognoste peut suivre sans interruption, depuis le cap PUares 
dans la partie occidentale du détroit de Magellan jusqu'au promontoire de Paria, vis-à-vis l'île de la Trinité ; 
le groupe isolé de la Sierra nevada de Santa Maria, le groupe des Montagnes de l'Orénoque ou de la 
Parime, et celui des Montagnes du Brésil. Comme la Sierra de Santa Marta se trouve presque dans le 
méridien des Cordillères du Pérou et de la Nouvelle-Grenade, on tombe communément dans l'erreur de regarder 
les sommets neigeux qu'aperçoivent les navigateurs en passant l'embouchure duRio Magdalena, conimel'extré- 
mité Ijoréale des Andes. Je prouverai bientôt que le groupe colossal de la Sierra de Santa Marta est presque 
entièrement isolé des montagnes d'Ocaîia et de Pamplona qui appartiennent à la Cordillère orientale de la 
Nouvelle-Grenade. Les plaines chaudes que parcourt le Rio César , et qui s'étendent vers le Valle de Upar, 
séparent la Sierra Nevada du Paramo de Cacota au sud de Pamplona. Le seuil, ou l'arrête, qui partage les eaux 
entre le golfe de Maracaybo et le Rio Magdalena, se trouve dans la plaine même à l'est de la Laguna Zapatoza. 
Si l'on s'est trompé long-temps en considérant la Sierra de Santa Marta , à cause de ses neiges éternelles et de 
sa position eu longitude , comme une continuation de la Cordillère des Andes , on a méconnu , d'un autre 
côté , la liaison de cette même Cordillère avec les montagnes côtières des provinces de Cumana et de Caracas. 
La chaîne du littoral de Venezuela , dont les différentes rangées forment la Montaîia de Paria , l'isthme 

' Presque le double de l'Europe. Foyez plus haut, p. i64. 

2 Carie de Colombia, d'aprvs les observations astronomiques de M. de Humboldt , par A H. Briic, iSîô , a laquelle sout joints les 
profils des Cordillères et des plaines. En traçant une coupe par le parallèle de 5° lat. sud, de Jaen de Bracamoros, jusqu'au 
cap Saint-Rocli, dans la plus grande largeur qu'offre l'Amérique méridionale de l'ouest à l'est, on trouve 880 lieues ou une penie 
régulière de 1 j^ pieds par lieue de i7,i5opiedsde roi, ou de 5 .;^ pouce par milles de ySi toises(f oyci Tom. Il, p. 25" )• 



igO NOTES. 

d'Araya, la SiUa de Caracas et les montagnes de granite-gneis , au nord et au sud du lac de Valencia, se 
rattachent entre Portocabello , San Felipe et Tocuyo (par le Torito, le Picacho de Nirgua, la Palomera et 
Altar) aux Paramos de las Rosas et de Niquitao qui forment l'extrémité nord-est de la Sierra de Merida et de 
la Cordillère orientale des Andes de la Nouvelle-Grenade. Il suffit d'avoir indiqué ici cette liaison si impor- 
tante sous les rapports géognostiques ; car, comme les dénominations Andes et Cordillères sont entièrement 
inusitées pour les chaînes de montagnes qui se prolongent depuis le bord oriental du golfe de Maracaybo 
jusqu'au promontoire de Paria, nous continuerons à désigner ces chaînes, dirigées de l'ouest à l'est, sous les 
noms de chaîne du littoral ou chaîne côtiére du Venezuela. 

Des trois groupes isolés de montagnes, c'est-à-dire de ceux qui ne sont pas des rameaux de la 
Cordillère des Andes et de sa continuation vers le littoral du Venezuela, il y en a un au nord et 
deux à l'est des Andes : le premier est la Sierra Nevada de Santa Maria ; les deux autres sont la 
Sierra de la Parime entre les 4» et 8° de latitude boréale, et les montagnes du Brésil entre les ib" et 
28° de latitude méridionale. De cette distribution singulière des grandes inégalités du sol naissent trois 
plaines ou bassins qui constituent ensemble une surface de 42o,6oo lieues carrées ou i de toute l'Amé- 
rique méridionale , à l'est des Andes. Entre la chaine côtiére de Venezuela et le g)-oupe de la Parime , s'éten- 
dent \ti plaines de l'Apure et du Bas-Orénoque ; entre le groupe de la Parime et celui des montagnes du 
Brésil , les plaines de l'Amazone, du Rio Negiv et de la Madeira; entre les groupes du Brésil et l'extrémité 
australe du continent^ les plaines du Rio de la Plata et de la Patagonie. Comme le groupe de la Parime dans 
la Guyane espagnole et celui du Brésil (ou deMinas Geraes et de Goyaz) ne se rattachent pas vers l'ouest à la Cor- 
dillère des Andes de la Nouvelle-Grenade et du Haut-Pérou , les trois plaines du Bas-Oréuoque, de l'Amazone et 
du Rio de la Plata communiquent ensemble par des détroits terrestres d'une largeur considéraJjle. Ces 
détroits sont aussi des plaines dirigées du nord au sud et traversées par des arrêtes insensibles à la vue, 
mais formant des divortia aquarum. Ces arrêtes ( et ce phénomène remarquable n'a point fixé jusqu'ici 
l'attention des géognostes) , ces arrêtes ou lignes de faites sont placées entre les 2° et 3" de latitude 
boréale et les 16° et 18° de latitude australe. Le premier seuil forme le pai-tage des eaux qui se jettent 
au nord-est dans le Bas-Orénoque, au sud et sud-est tlans le Rio-Negro et l'Amazone : le second seuil divise 
les afiluens de la rive droite de l'Amazone et du Rio de la Plata. La direction de ces lignes de faîtes est 
telle que si elles étoient marquées par des chaînes de montagnes, elles réunlroieul le groupe de la Parime 
aux Andes de Timana {Relat. hist., Tom. II, p. 455) et les montagnes du Brésil au promontoire des Andes 
de Santa Cruz de h Sierra , de Cochabamba et du Potosl. Nous n'énonçons une supposition si vague que pour 
faire saisir plus aisément la charpente de cette vaste partie du globe. Ces relèvemens de la plaine dans l'in- 
tersection de deux plans légèrement Inclinés, ces deux seuils dont l'existence ne se manifeste , comme en Vo- 
Ihinie ', que par le cours des eaux, sont parallèlesà la chaîne côtiére du Venezuela: Us offrent pour ainsi dire deux 
systèmes de contre-pente peu développés, dirigés de l'ouest à l'est, entre le Guaviare et le Caqueta, et entre 
le Mamorè et lePilcomayo. Il est bien digne de remarque aussi que, dans l'hémisphère méridional, la Cordillère 
des Andes envoie vers l'est un immense contre- fort , le promontoire de la Sierra Nevada de Cochabamba, là 
où part l'arrête qui se prolonge entre les afiluens du Madeira et du Paraguay, vers le groupe élevé des montagnes 
du Brésil ou de Minas Geraes. On dirolt d'une chaîne longitudinale (les Andes) à laquelle trois chaînons 
transversaux (Montagnes du littoral de Venezuela, Montagnes de l'Orénoque ou de la Parime et Montagnes 
du Brésil) tendent à se rattacher , soit par un groupe intermédiaire (entre le lac de Valencia et Tocuyo) , soit 
par de simples arrêtes formées par l'inlersection de contre-pentes dans les plaines. Des trois Llanos qui com- 
muniquent par des détroits terrestres, des Llanos du Bas-Orénoque, de l'Amazone et du Rio de la Plata ou 
deBuenos-Ayres, les deuxextrêmes sont des steppes couvertes de graminées, tandis que le Z,/a?io intermédiaire, 
celui de l'Amazone, est une forêt épaisse. Quant aux deux détroits terrestres, formant des bandes dirigées 
du nord au sud (de l'Apure au Caqueta , à travers la Provincia de los Llanos et des sources du Mamorè au Rio 

' Sur le partage d'eau entre le Dnieper (ou la Mcr-Xoiie) et le Niémen (ou la Baltique), voyezU CaTUhydrographiqacdcPotognc 
pat MM. de Pcrihes el homarceaishy, 1809. 



NOTES. 191 

Pilcamayo, à travers la province des Moxos et Chiquitos), ils oflrent des steppes nues et herbeuses comme 
les plaines de Caracas et de Buenos-Ayres. 

Dans l'immense espace de terrain à l'est des Andes, qui comprend plus de 48o,ooo lieues marines can-ées, 
dont 92,000 en pays montueux , il n'y a aucun groupe qui s'élève jusqu'à la région des neiges perpétuelles, aucun 
même qui atteigne l'élévation de 1 4oo toises. Cet abaissement des montagnes dans la région orientale du Nouveau- 
Continent s'étend jusqu'aux 60° de latitude boréale ; tandis que, dans la partie occidentale, sur la prolongation 
de la Cordillère des Andes, les plus hautes cimes s'élèventau Mexique (lat. 18° Sg') à 2770 toises, dans les Mon- 
tagnes Rocheuses (lat. T)"]" à 4o°) à 1900 toises. Le groupe isolé des AUeghanis, qui correspond par sa position 
orientale etpar sa direction au groupe du Brésil, ne dépasse pas io4o toises*. Les grands sommets, ceux qui excè- 
dent la hauteur du Mont-Blanc, n'appartiennent donc qu'à la chaîne longitudinale qui borde le bassin de l'Océan- 
Pacifique, depuis les bb" sud jusqu'aux 68° nord, c'est-i-àdire la Cordillère des Andes. Leseul groupe isolé qui 
rivalise avec les sommets neigeux des Andes équinoxiales et qui atteint près de 3ooo toises, est la Sierra de Santa- 
Marta. Aussi n'est-elle pas placée à l'est des Cordillères , mais entre le prolongement de deux de leurs branches, 
celles de Merida et de Veragua. Les Cordillères, là où elles bordent la Mer des Antilles, dans la partie que 
nous désignons sous le nom de Chaîne du littoralde Venezuela , ne parviennent plus à cettehauteur extraordinaire 
(24oo toises) qu'elles ont dans leur prolongement vers Chita et Merida. En considérant isolément les groupes 
de l'est, ceux du littoral de Venezuela, de la Parime et du Brésil , on les voit diminuer du nord au sud. Les 
plus hautes cimes de chaque groupe sont la Silla de Caracas (i35o toises) , le picDuida (i3oo toises) , l'Itacolumi 
et l'Itambe ^ (900 toises). Mais , comme je l'ai déjà fait observer dans un autre endroit ^, ce seroit une erreur de 
juger de la hauteur d'une chaîne de montagnes uniquement d'après la hauteur des sommets les plus élevés. Le 
pic de l'Himalaya ""j le plus exactement mesuré, est de 676 toises plus haut que le Chimborazo, le Chimborazo 
de goo toises plus haut que le Mont-Blanc , le Mont-Blanc de 663 toises plus haut que le pic Nethou ^. Ces diffé- 
rences ne donnent pas les rapports delà hauteur moyenne de l'Himalaya, des Andes, des Alpes et des Pyrénées , 
c'est-à-dire la hauteur du dos des montagnes, siu- lequel s'élèvent des pics, des aiguilles, des pyramides ou des 
dômes arrondis. C'est la partie de ce rfosoùse pratiquent les passages, qui fournit une mesure précise du mini- 
mum de hauteur qu'atteignent les grandeschaînes.En comparant l'ensemble de mes mesures à celles deMoorcroft, 
Webb et Hodgson, de Saussure et de Ramond, j'évalue la hauteur moyenne A\x faîte de l'Himalaya, entre les 
méridiens de jb° et 77°, à 245o toises ; des Andes'' (au Pérou, à Quito et dans la Nouvelle-Grenade), à i85o 
toises ; du faîte des Alpes et des Pyrénées , à 1 i5o toises. La différence de la hauteur moyenne des Cordillères 
(entre les parallèles de 5° nord et 2° sud) et des Alpes de la Suisse est par conséquent de 200 toises plus petite 
que la différence de leurs plus hauts sommets; et, en comparant les passages des Alpes, on voit que l'élé- 
vation moyenne de leur faîte est à peu près la même , quoique le pic Nethou soit de 600 toises plus bas 

♦ Le point culminant des AUeghanis est Mount-WasbingtOD , dans le New-Uampsbire , lat. 44° t. I' a, d'après le capitaine 
Partridge, 6634 pieds anglois. 

* D'après la mesure de MM. Spix et Martius , l'Itambe do Villa de Principe a 55go pieds de hauteur [Martius , Plijsiû- 
^Tiomie des Pflanzenrcicbs in Brasilicn , 1824 , p. 23.) 

' f'oye- mon premier mémoire sur les Montagnes de l'Inde, dans les Annales de chimie et de physique, 1S16, Tom. III, p. 3i3. 

' Le Pic lewabir, lat. Jo" 22' 19'; long. 77° 35' 7' à l'orient de Paris. Hauteur 4026 toises, d'apris MM. Hodgsoo et Herbert. 

^ C'est ce pic, appelé aussi pic d'Anethou ou Malabita , ou pic oriental de Maladetta, qui est la plus haute cîme des Pyrénées. 
Il a 1787 toises d'élévation , et excède par conséquent le Mont-Perdu de 4o toise!. (Vidal et Reboul , dans les Annales de 
chimie, Tom. V, p. ^34 , et dans le Journal de physique, 1S22, Dec, p. 4*8. CJtarpentier, Essai sur la constit. géognost. des Pyré- 
nées, p. S23, 539.) 

'' Dans le passage de Quindiù , entre la vallée du Magdalena et celle du Rio C:iuca, j'ai trouvé le point culminant 
( la Garita del Paramo) , à 1798 toises de hauteur absolue. C'est cependant un des cols qu'on regarde comme des moins élevés. 
Les passages des Andes de Guanacas, de Cuamani et de Micuipampa ont 23oo , 1 715 et 1817 toises de haute'jr au-dessus de 
In surface de l'Océan. Même par les 33° de latitude sud, le chemin que traverse les Andes entre Mendoza et Valparaiso a 
encore 1987 toises de hauteur. Foyez mes Obs. astron., Tom. I, p. 3i2, 3i4 et 3i6 , et Caldas, Semanario de SantaFe de Bogota . 
Tom. I, p. 8 et 38. Je ne fais pas mention du Col de t'Assuay, oiii'aifaasé, près de la Ladera de Cadlud, sur une crête de 2438 
toises d'élévation , parce que c'est un passage sur une arrête transversale qui réunit deux chaînons parallèles entre cui. 



192 NOTES. 

que le Mont-Blanc et le Mont-Rose. Au contraire , entre l'Himalaya ' et les Andes (en considérant ces chaînes 
dans les limites que je viens d'indiquer) , les différences entre la hauteur moyenne des faîtes et la hauteur des 
sommets les plus élevés conservent à peu près les mêmes rapports. En appliquant un raisonnement analogue 
aux trois groupes de montagnes que nous avons fait connoître, à l'est des Andes, nous trouvons la hauteur 
moyenne de la chaîne du littoral de Venezuela de y5o toises; de la Sierra Parime, de 5oo toises; du groupe 
brésilien, de 4oo toises; d'oîi il suit que les montagnes de la région orientale de l'Amérique du sud sont, entre 
les tropiques, à l'élévation moyenne des Andes, dans le rapport de 1 à 3. Voici le" résumé de quelques données 
numériques, dont la comparaison offre des idées plus précises sur la structure * des montagnes en général. 



NOMS DES CHAINES DE MO.MAGNES. 


PLUS HAUTES 
CIMES. 


HAUTEUR 
moyenne 

DES CfifTBS. 


RAPPORT 

de la haut, moyenne 

des crêtes à celle 

des cimes 
les plus élevées. 


HiuALAïi (entre)at. bor. So" 18' et Ji-SJetlong. tS" a3' 
et 77° 38) 


4oj6 t. 


3450 t. 


1 : 1,6 




GobdilUbbs des Amdss (entre lat. S» bor. et 3« austr.). . . 


3350 t. 


i85o t. 


1 : 1,8 




2450 t. 


ii5o t. 


1 : 3,> 




pYBé.lÉES 


1787 t. 


1 i5o t. 


1 : 1,5 






i35o t. 


75ot. 


. : 1,8 






i3oo t. 


5oo t. 


l : 2,6 






900 t. 


400 t. 


1 : 2,3 





* Les passages de l'Himalaya qui conduisent de la Tartarie cbÎDoise dans l'Hîndostan ( Nitee-Ghaut , Bamsaru, Cbatoul- 
gbati, etc.), ont de a^oo à 7joo toises de bauteur absolue. Quant à la cime la plus élevée de THimalayajje ne l'ai voulu choisir que 
parmi les pics qui sont situés entre les méridiens du lac Maoasarovrar et de Balaspore, les seuls qui ont été mesurés avec beaucoup 
de précision par MM. Webb, Hodgsonet Herbert {Asiat, i2wMrcA.,Vol,XiV, jt.iSj'?>-;2f\Edinb.Phil. Journ., i825, in-i8, p.5i3}. 
On ne connoit, dit le capitaine Hodgson, aucune mesure également précise au sud-est de Jat. 3o° 22' et long. 77^ 57'. H se 
peut que, sous le méridien de Gorukpur et dans celui de Bungpur, il y ait des sommets (>lu5 élevés encore. On a conclu, en effet, 
d'après des angles pris à de très-grandes distance;*, que le pic Cbamalari, près duquel Turner a passé en allant à Tissu-Lumbu , 
et le pic Dbawalagiri au sud de Mustung , près des sources du Gunduck , avoient jusqu'à 28,077 pieds aoglois (4590 toises ) de 
hauteur {Joum. ofihe Roy. Instit. y 1S21, Vol. II , p. 24^)* L<i ^^^uce du Dbanalagiri, par Webb , si babilement discutée par 
M.Colebroke, a été confirmée par M.BIake : mais, dans le tableau présenté dans ce mémoire, j'ai cru qu'il seroit plus prudent pour 
le moment de donner la préférence au pic levrabir, me^suré par M. Herbert, Ces mesures seront discutées dans un autre endroit . 

^ Les cols on passages indiquent le minimum de hauteur auquel s'abaisse le faîte des montagnes dans telle ou telle contrée; 
or, en jetant les yeux sur les principaux passages des ^//r^r </e M 5ui5;e (col de Seigne, i265 t. ; col Terret, 1191 t.; Mont- 
Cenis, iq6o t.; Petit Saint -Bernard , 1 126 t.; Grand Saint-Bernard , ia46 t.; Simplon , 10:29 t.; Saint -Gotbard, io65 t.; la 
Fourche, 12S0 t.), et sur les cols des Pyrénées (Picade, i243 '• ; Benasque , ia5i t. ; la Glère, 1 196 t. ; Pinède, 1291 t. , Gavar- 
nic, 1 197 t.; Cavarcre , ii5i t.; Tourmalet, 1 126 t.), il serait difficile d'affirmer que le faite des Pyrénées est plus bas que la 
hauteur moyenne des Alpes de la Suisse (Hamond, Voyage au Mont-Perdu , p. 35). Ce qui caractérise cette dernière chaîne , est 
l'élévation relative des sommets (c'est-à-dire l'élévation de ces sommets comparée à celle du faîte), qui est bien moindre dans 
les Pyrénées, dans les Andes et dans l'Himalaya : car, en adoptant même la mesure du Dbawalagiri ( 4390 t. ) , on ne trouve 
encore pour l'Himalaya que le rapport de 1 : 1,7. 



NOTES. 19^ 

Si l'on distingue parmi les montagnes celles qui s'élèvent sporadiquement et forment tle petits systcmes 
isolés (groupe des Canaries, des Azores, des îles Sandwich , des Monts-Dorés , des Euganées), et celles qui 
font partie d'une chaine continue (Himalaya , Alpes, Andes), on observe que , malgré la prodigieuse ' élévation 
des sommets de quelques systèmes isolés, les points culminons du globe entier appartiennent pourtant aux 
chaînes continues ^ aux Cordillères de l'Asie centrale et de l'Amérique du Sud. 

Dans la partie des Andes que je connois le plus, entre les li" de latitude sud et les 21° de latitude nord' 
toutes les cimes colossales sont de trachyte. On peut presque admettre comme une règle générale que, chaque 
fois que, dans cette région des tropiques , la masse des montagnes s'élève beaucoup au-dessus de la limite des 
neiges perpétuelles (2300-2470 toises), les roches vulgairement appelées primitives (par exemple le granite- 
gneis ou le micaschiste) disparoissent, et les sommets sont de trachyte ou porphyre trapéen. Je ne connois que 
quelques rares exceptions à cette loi dans les Cordillères de Quito , où les Nevados du Condorasto et du Cuvillan, 
placés vis-à-vis du Chimborazo tracbytique, sont composés de micaschiste et renferment des filons d'argent 
sulfuré. De même, dans les groupes de montagnes sporadlques qui s'élèvent brusquement au milieu des plaines, 
les sommets les plus hauts (Movvna-Roa, Pic de TénérilTe, Etna, Pic des Azores) n'offrent que des roches 
volcaniques modernes. Cependant on auroit tort d'étendre cette loi à tous les continens et d'admettre en 
général que, sous chaque zone, les plus grands soulèvemens ont produit des dûmes de trachyte : le granite- 
gneis et le micaschiste constituent, dans le groupe presque isolé de la Sierra Nevada de Grenade, le pic de 
Mulhacen -, comme dans les chaînes continues des Alpes, des Pyrénées et vraisemblement aussi de l'Hima- 
laya^, ils constituent les sommets de la crête. Peut-être ces phénomènes, discordans en apparence, sont-ils 
les effets d'une même cause : peut-être les granités, les gneis et toutes les prétendues montagnes primitives 
neptunienncs sont-elles dues à des forces volcaniques , aussi bien que les trachyles, mais à des forces dont l'ac- 
tion ressemble moins à celles des volcans encore enflammés de nos jours et qui vomissent des laves qui entrent 
immédiatement, au moment de l'éruption, en contact avec l'air atmosphérique. Jl ne m'appartient pas de 
discuter ici cette grande question théorique. 

Après avoir examiné la structure générale de l'Amérique méridionale, selon des considérations de géognosie 
comparée, je vais faire connoître séparément les différens systèmes de montagnes et de plaines dont les rapports 
mutuels ont une Influence si puissante sur l'état de l'industrie et du commerce des peuples du Nouveau -Con- 
tinent. Je ne donnerai qu'une vue générale des systèmes placés hors des limites de la région qui fait l'objet 
spécial de ce mémoire. Comme la géologie e^t essentiellement fondée sur l'étude des rapports de juxta-position 
et de gisement, je n'ai pu traiter isolément des Chaînes du littoral et de la Parirae, sans toucher les autres 
systèmes placés au sud et à l'ouest du Venezuela. 

A. Systèmes de montagnes. 

a. CoRBiLLÈREs DES Andes. De toutes les chaînes du glolje, c'est la plus continue, la plus longue, la plus 
constante dans sa direction du sud au nord et au nord nord-ouest. Elle se rapproche inégalement (de 22" 
et 33°) des pôles nord et sud. Son développement est de 2800 à 3ooo lieues (de 20 au degré), longueur qui égale 
la distance du Cap-Finistère en Galice »u Cap nord-est (Tschuktschoi-Noss) de l'Asie. Uu peu moins de la moitié 

' Parmi les systcmes Isolés ou montagnes sporadlques, on regarde assez généralement comme le sommet le plus élevé celui de 
Mowna Roa des iles Sandwich , auquel on donne 25oo toises , et qui , cependant , dans quelques saisons , se découvre entière- 
ment de neiges, {liclat. hist , Tom. I, p. 97.) Depuis 25 ans, une mesure eiacte de cette cime , située dans des parages tréslVé- 
quentés, est réclamée en vain par les physiciens et les géognostes! 

2 Ce pic, d'après le nivellement de M. Clémente Roias, a 1826 toises de hauteur au-dessus du niveau de la mer; il est pat 
conséquent de 09 toises plu» élevé que U plus haute cime des Pyrénées (le pic granitique de Nethou), et Sôloises plus bas que 
le pic tracbytique de Téuéiille. La Sierra Nevada de Grenade forme un système de montagnes de micaschiste qui passe au 
gneis et au tbonscbiefer , et qui renferme des bancs d'euphotide et de grunstein. Voyeî l'intéressante nolicc géogooslique de 
don José Rodriguez dans les Ann. de chimie, Tom. XX, p. f)8. 

' A en juger d'après les échantillons de roches recueillies dans les toit et passagts de l'Himalaya ou roulés par les torrcns. 

Relation historique , Tom. III. ^^ 



ig4 NOTES. 

de cette chaîne appartient à l'Amérique méridionale, dont elle longe pour ainsi dire les côtes occidentales. Aunord 
des isthmes de Cupica et de Panama , après un énorme ahaissement , elle prend l'apparence d'eue crête prestpie 
centrale, formant la digue rocheuse qui réunit le grand continent de l'Amérique septentrionale au continent 
du sud. Les hasses terres à l'est des Andes de Gualimala et de hi Nouvelle-Espagne semblent avoir été englouties 
dansles flots , et forment aujourd'hui le fond de la Mer des Antilles. Comme au-delà du parallèle de la Floride 
le continent s'élargit de nouveau vers l'est, lesCordillèresde Durango et du Nouveau-Mexique, de même que les 
Montagnes Rocheuses qui sont la continuation de ces Cordillères, paroissent de nouveau aussi rejetées vers l'ouest, 
c'est-à-dire vers les côtes de l'Océan-Pacifique : elles en restent cependant huit à dix fois plus éloignées que dans 
l'hémisphère austral On peut regarder comme les deux, extrémitésdes Andes l'écueil ou îlot granitique de Diego 
Ramirez au sud du cap de Horn, et les montagnes qui aboutissent' à l'embouchure delà Rivière deMackensie 
(lat.69'',long. i3o°!},plusdc 12° à l'ouest des montagnes de gi-unstein* connues sous la dénomination deCopper- 
Mountain» , et récemment visitées par le capitaine Franklin. Le pic colossal de Saint-Elie et celui du Beau- 
tems [Mount-Fairiveather), du Nouveau-Norfolk, n'ajipartiennent pas, à proprement parler, a la prolongation 
septentrionale de la Cordillère des Andes , mais à un chaînon parallèle (aux Alpes-Maritimes de la côte nord- 
ouest), qui se prolonge vers la péninsule de la Californie, et qui est liée par des arrêtes tranversales et un terrain 
montueux, entre les 45° et 53° de latitude aux Andes du Nouveau-Mexique {Roc/ct/Mountains).T)aniV Amérique 
méridionale(etc'estàcettepartieduNouveau-Continentqu'estparticulièremeQt restreint mon Tableau géognos- 
iiqtœ),\a largeur moyenne de la Cordillère desAndes est de 1 8à 22 lieues^ Ce n'est que dans \esnasuds de montagnes, 
et partout oîi la Cordillère se grossit par des contre-forts et se partage en plusieurs chaînons à peu près paral- 
lèles, qui se rejoignent par intervalles (par exemple au sud du lacdeTiticaca], qu'elleaplusde 100 et 120 lieues 
de largeur dans une direction perpendiculaire à son axe. Les Andes de l'Amérique méridionale bordent vers 
l'ouest les plaines de l'Orénoque, de l'Amazone et du Rio de la Plata , semblables à un mur rocheux [crête 
de filon), qui auroit été soulevé à travers une crevasse de i3oo lieues de long, et dirigée du sud au nord. Cette 
partie soulevée (s'ilest permis d'employer une expression fondée sur une hypothèse géogonique) a 58,goo lieues 
carrées de surface entre le parallèle du cap Pilar et du Choco septentrional. Pour se former une idée de la 
variété de roches que cet espace peut offrir à l'observation du voyageur , il faut se rappeler que les Pyrénées , 
d'après les évaluations de M. de Charpentier*, n'occupent que 768 lieues carrées marines. 

Le nom des Andes, en langue quichua (langue de l'Inca) qui manque des consonnes d,ft\.g, Antis ou Ante, 
me paroîl dériver du mot péruvien anta, signifiant cuivre et métal en général. On dit encore a nta chacra , mine 
decuivre ; antacuri, cuivre mêlé d'or ; puca anta, cuivre ou métal rouge. De même que le groupe des Monts 
Allai *, dans les dialectes turcs, a pris la dénomination du mot altor ou altt/n (or), les Cordillères ont dû s'appeler 
contrée de cuivre ou Anti-stii/u, k cause de l'abondance du métal quelesPéruviensemployoieut pour leurs outils. 

' Je fixe la luogitude de l'extrémité septentrionale de la chaîne des Andes dans les Rocky Mountains, d'après les corrections 
que les observations du capitaine Franklin ont apportées récemment à la carte de M. Mackensic. Les erreurs, par les Gy'* et 69*' 
de latitude « paraissent de i" à 6" en longitude ; mais, dans le parallèle du Lac des Enclaves, elles sont presque nulles, f Embou- 
chure de la Rivière de Mackensie d'après Francklin, 1 38*; d'après Mackensie , i iîS" ; embouchure du Copper Mine River, d'après 
Franklin, ii5« 57'; d'après Mackensie et Uearne, 111°; embouchure de la Rivière de l'Esclave dans le lac de ce nom, d'après 
Franckiio , na« 4^'; d'après Mackensie, iiS*" à Couesi de GreenwicU). 11 résulte de ces données, i* que les Montagnes Rocheuses 
se trouvent, sous le parallèle de 60» et 65", par lai et 125* de long, à t'oucst du méridien de Paris; 2° que l'eitrémite boréale 
de la cliainc à l'ouest de l'embouchure de la rivière de Mackensie est par les i3o° 30' de long.; 3° que le groupe des Montagnes 
de cuivre est par 118° et iig° de long., et 67° et fi8° de latitude. Franklin, Joum, to Ihc Polar-Sca ,f. 638. 

2 f^oyez un excellent mémoire géognostique de M. Bicbardson, dans Franktin, Joum. , p. 5^8. 

' Le peu de largeur de cette immense chaîne est un phenoiuène très-digne d'attention. Les Alpes de la Suisse s'étendent , 
dans les Grisons et dans le Tyrol, jusqu'à 3S et 4o lieues de largeur, soit dans le méridien du lac de Corne et du canton 
d'Apenzell, soit dans le méridien de Uassano et de Tegernsee. 

' Près de 1 joo 1. c. de France. Voyci E$sai sur les Pyrénées, p. 6. 

^ Klaprolh, Asia polyglotla, p. au. Il me paroît moins probable que la peuplade des Antis ait donné son nom aux montagne^ 
du Pérou. 



NOTES. Ig5 

L'inca Garcila':so, fils d'une princesse pérurienne qui écrivit avec une agréaljle naïveté l'histoire de sou 
pays natal ilans les premières années de la contiuète , ne donne aucune étymologie du nom des Andes. Il se 
borne a opposer .^nti-suyu ou la région des cimes couvertes de neiges éternelles (n7î'«cc«)'aux plaines ou Yuncas^ 
c'est-à-dire à la région basse du Pérou. J'ai pensé que l'étymologie de la plus longue chaîne du globe ne 
devoit pas être sans intérêt pour la géographie minéralogique. 

La structure de la Cordillère des Andes, c'est-à-dire sa disposition en plusieurs chaînons a peu près paral- 
lèles qui se rejoignent dans des nœuds de montagnes, est très-remarquable. Nos cartes indiquent cette structure 
de la manière la plus imparfaite ; et ce que La Condamine et Bougner en avoient deviné, pendant leur long 
séjour sur le seul plateau de Quito, a été géiiiralisé et mal interprété par ceux qui ont décrit toute la 
chaîne d'après le type des Andes équatoriales. Voici ce que j'ai yu ras5eml)ler de plus positif par mes 
propres recherches et par une correspondance active de vingt années avec les haliitans de l'Amérique espagnole. 
Le groupe d'îles très-rapprochées , vulgairement api)elé Terre-de-Feu, dons lequel commence la chaîne des 
Andes, est une plaine depuis le cap du Saint-Esprit jusqu'au canal Saint -Sébastien. A l'ouest de ce canal, 
entre le cap Saint- \alentin et le cap Pilares, le p.nys est hérissé de montagnes granitiques que recouvrent 
(du Morro de San Agueda au Calx) redondo) des calcaires coquilliers. Les navigateurs ont beaucoup exagéré 
l'élévationde ces montagnes de la Terre-de-Feu, parmi lesquelles il paroît y avoir un volcan ' encore enflammé. 
M. de Cburruca n'a trouvé le pic occidental du capPilares(lat. 52°45' sud) que de 2 18 toisea* : même le cap de 
Horn n'a probablement pas au-dessus de 5oo toises ^ d'élévation. Sur la rive septentrionale du détroit de Magellan, 
la plaine s'étend depuis le cap de> Vierges jusqu'au Cabo Negro: à ce cap , la Cordillère s'élève brusquement et 
remplit tout l'espace jusqu'au Cap Victoria ( lat. 52" 22'). La région entre le cap de Horn et l'extrémité 
australe du continent ressemble assez à l'origine des Pyrénées, entre le cap Creux (près du golfe de Kosas) et le 
col de Pertus. On ignore la hauteur de la chaîne patagonique : il paroît cependant qu'au sud du parallèle de 48° 
aucun sommet n'atteint encore l'élévation du Canigou ( 1 43o toises) qui est placé près de rextréniité orientale des 
Pyrénées. Dans cette contrée australe, 011 les étés sont si froids et si courts, la limite inférieure desneiges 
éternelles doit s'abaisser pour le moins autant que dans l'hémisphère boréal, en Nonvège, par les 03" et6i° de 
latitude, par conséquent au-dessous de 800 toises*. La grande largeur de la bande de neige dont ces cimes pala- 
goniques sont enveloppées, ne justifie donc pas l'idée que les voyageurs se forment de leur hauteur, par 
les 48° de latitude sud. A mesure qne l'on avance vers l'île de Chiloe, les Cordillères approchent de la côte. L'ar- 
chipel des Chonos ou Huaytecas se présente comme les débris d'un immense groupe de mont.ngnes englouties par 
les flots. Des bras de mer étroits (esteras) remplissent les vallées les plus basses des Andes , et rappellent les^ords 
delaNorwègeetduGrônland. C'est là que se trouvent^, rangés du sud au nord, les Ncvados de M aca (lat. 4 5" 19'), 
de Cuptana (lat. 44° 58') , de Yanteles (lat. 43° 52'), du Corcovado, de Chayapirca (lat. 42° 52') et de LIebcaa 
(lat. 4i» 49'). Le pic de Cuptana s'élève, comme le pic de TénérilTe, au sein des mers : mais comme il est à peine 
visible à 4o lieues de distance, son élévation ne peut atteindre que i5oo toises. Le Corcovado, placé sur la côte 

' Basil Bail, Journal of Chili and Peru, 1824, T. I, p. 3. 

2 Relaciorr del viage al EslTccho de Magcllanes, Appendice, 1795, p. 76. 

' On le voit très-distinctement à 60 milles de distance, ce qui, sans compter les effets de la réfraction terrestre , lui dorK 
neroit 49Ô toises. 

* Pour porter un Jugement sur la limite des neigps, entre les 48" et 5 1*, dans les Terres patagoniques, je me fonde sur l'analogie 
du climat des îles Malouines (liit. 31" 25'), seul point également austral que nous connoissions avec précision. La température 
moyenne de l'année entière dans les Malouines (8,3 cent.) correspond , 11 est vrai, à cell»- d'Edimbourg (lat. 55" 57') dans l'Iiémis* 
phère boréal; mais telle est la différence de la répartition de la cbaleur, entre les différentes saisons, dans les deux hémis- 
phères, sur une même ligne isotherme, que la température moyenne des étés est à Edimbourg de i4"i6i et aux îles Malouines 
à peine de ii",4. Or la ligne isolhère (d'égal été) de n* à 12" passe dans notre hémisphère sur les côtes orientales de la 
Westrobotnie, parles 64" de latitude, et l'on sait qu'à des étés si froids correspond une hauteur des neiges perpétuelles de 
750 à 800 toises. Voyez mon Mém. sur les lignes isothermes, p. 112. 

» Mannscrils et cartes de Don José de Moraleda. {Voyez aussi Sir Charles Giesecke, dans Seoresby, Foy. to TVest-Greenland, p. 4C7.) 



'9" NOTES. 

même du continent, vis-à-vis l'extrémité australe de l'île de Chiloe, paroît avoir plus de igSo toises; c'est 
peut-être la plus haute cime du globe entier , au sud du parallèle de 42° de latitude australe. Comme au nord 
de San Carlos de Cliiloe, dans toute la longueur du Cliili jusqu'au désert d'Atacama, les basses régions occiden- 
tales n'ont pas été englouties par les flots, les Andes y paroissent plus éloignées des côtes. L'abbé Molina*, 
toujours positif en ce qui est douteux, affirme que les Cordillères du Chili forment trois chaînons parallèles dont 
1 intermédiaire est le plus élevé : mais pour prouver que cette division n'est aucunement générale, il suffit de rap- 
peler le nivellement barométrique fait par MM. Bauza et Espinosa, en i yg'i, entre Mendoza et Santiago de Chili. 
Le chemin qui conduit de l'une de ces villes à l'autre s'élève peu à peu de 700 à 1987 toises; et, dès que l'on a 
passe le col des Xndes [La Ciimbre, entre les maisonsde refuge appelées Z/a« Ca/ayeras cl //as Cweua*), on descend 
continuellement sans s'arrêter jusque dans la vallée tempérée de Santiago de Chili , dont le fond n'est élevé que 
de 409 toises au-dessus du niveau de l'Océan. Le même nivellement nous a fait connoître le minimum de hau- 
teur i laquelle se soutient au Chili , par les 33" de latitude australe , la limite inférieure des neiges. Cette limite 
ne s abaisse pas en été à 2000 toises*. Je crois pouvoir conclure, d'après l'analogie des montagnes neigeuses du 
Mexique et de l'Europe australe, et eu ayant égard à la différence des températures estivales des deux hémis- 
phères , que de véritaldes Nevados ne pourroient avoir au Chili , sur le parallèle de Valdivia (lat. 40°), pas 
au-dessous de i3oo toises; sur celui de Valparaiso (lat. 33°), pas au-dessous de 2000 toises; sur celui de 
Copiapo (lat. 27") , pas au-dessous de 2200 toises Je hauteur absolue. Ce sont des nombres-limites , des 
minimum d'élévation que devroit atteindre, par dilféreiis degrés de latitude , le faîte des Andes du Chili, 
pour que leurs sommets, plus ou moins agroupés, dépassassent la ligne des neiges perpétuelles. Les résultats 
numérupies qne je viens de consigner ici se fondent sur les lois de la distribution de la chaleur : ils ont 
encore aujourd hui la même importance ([u'ils avoient à l'époque déjà éloignée de mes voyages eu Amérique ; 
car il n'existe dans rimmense étendue des Andes, depuis les 8° de lut. mer. jusqu'au détroit de Magellan, pas 
un Seul Nevado dont on ait déterminé la hauteur au-dessus du niveau de l'Océan, soitparune simple mesure 
géométrique , soit par les moyens combinés de mesures barométriques et géométriques '. 

Entre les 33° et les 18° de latitude australe, entre les parallèles de Valparaiso et d'Arica, les Andes se ren- 
forcent vers l'est de trois contre- forts remar(|uahles, ceux de la Sierra de Cordova, de Salta et des Nevados de 
Cochabamba. La Sierra de Cordova (entre les 33° et 3i° de latitude) est en partie traversée, en partie côtoyée 
par les voyageurs qui se rendent de Buenos-Ayres à Mendoza. C^est pour ainsi dire le promontoire le plus 
méridional qui avance dans les Pampas, vers le méridien de 65°: il donne naissance à la grande rivière connue 
sous le nom de Desaguadero de -Mendoza, et s'étend depuis San Juan de la Frontera et San Juan de la Punta 
jusqu'à la ville de Cordova. Le second contre-fort, la Sierra de Salta etde Jujui , dont la plus grande largeur se 
trouve sous les 25» de latitude, s'élargit progressivement depuis la vallée de Catamarca et depuis San Miguel 
del Tucuman vers le Rio Vermejo (long. Gi°). Enlin le troisième conlre-fort, le plus majestueux de tous, la 
Sierra Nevada de Coc/iabamba et de Santa-Cruz (des 22" aux 17° : de latitude), se lie au nœud des montagnes 
de Porco. 11 forme le point de partage {divortia aquarum) entre le bassin de l'Amazone et celui du Rio de lu 
Plata. Le Cachimayo et le Pilcomayo, qui naissent entre Potosi, Talavera de la Puna et La Plata ou Chiiqui- 
saca, courent vers le sud-est, tandis que le Parapiti et le Guapey (Guapaix ou Rio de Mizque) versent leurs 
eaux vers le nord-est dans le Mamorè. L'arrête de partage étant placée près de Chayanta , au sud de Mizque, 
de Tomina et de Pomabamba, presque sur la pente méridionale de la Sierra de Cochaliamba par les 19° et 20" 
de latitude , le Rio Guapey est forcé de faire le tour du groupe entier pour parvenir aux plaines de l'Amazone, 

* Saggio, p. 4, 38, 48, comparé aux manuscrits de M. Ncc, botaniste de l'espédition de Malaspina. 
DansI Himalaya, sur la ptnle méridionale, les neiges commencent, 5° plus près de l'équateur, déjà il 1970 toises. 
L emploi sunultanc de ces deux moyens est nécessaire partout où l'on ne peut mesurer une base au niveau de la mer 
ou exécuter un nivellement depuis le plateau sur lequel la base a été mesurée jusqu'aux eûtes. Le manque de baromètres por- 
tatifs et l'ignorance de l'emploi des instrumens de réflexion et d'horizons artiCcicU ralentissent dans les hautes chaînes 
de montagnes les progrès de la géographie physique : ils ont nui surtout à l'hypsométric des Andes et des Montagnes Rocheuses. 



NOTES. 197 

a peu près comme fait en Europe le Poprad , affluent de la Vistule, pour parvenir de la partie méridionale 
des Carpallies , du Taira , aux plaines de la Pologne. J'ai déjà fait observer plus haut que , là où les montagnes 
cessent (à l'ouest ' du méridien de 66° i ), l'arrctede partage de Cocliabamba remonte, vers le nord-est, aux 16° 
de latitude, en ne formant , par l'iotersection de deux plans foiblement inclinés , qu'un seuil au milieu des 
savanes, et en séparant les eaux du Guaporè , allluent duMadeira, de celles de l'Aguapèhy et Jaurù, affluens 
du Rio Paraguay. Ce vaste pays, entre Santa Cruz de la Sierra, Villabella et Matogrosso, est l'un des plus inconnus 
de toutel'Amérique méridionale. Les deux contre-forts de Cordova et de Salta n'olTrentqu'unterrainmontueux^ 
de peu d'élévation , qui se lie au pied des Andes du Chili. Au contraire , le contre-fort de Cochabamba atteint la 
limite des neiges perpétuel les (23oo toises) , et forme pour ainsi dire un rameau latéral des Cordillères qui part de 
leur faîte même, entre La Paz et Oruro. Les montagnes qui composent ce rameau (Cordillera de Chiriguanaès, 
de les Sauces et de Yuracarèes) se dirigent régulièrement de l'ouest à l'est. Leur pente orientale ^ est très-rapide, 
et leurs sommets les plus élevés sont placés non au centre, mais dans la partie septentrionale du groupe. 

La Cordillère principale du Chili et du Haut -Pérou, après avoir envoyé vers l'est les trois contre-forts de 
Cordova, de Salta et de Cochabamba ou Santa- Cruz, se ramifie pour la première fois d'une manière bien 
distincte en deux branches, dans le nœud de Porco et du Potosi, entre les 19° et 20» de latitude. Ces deux 
branches embrassent le plateau qui s'étend de Carangas à Lampa (lat. 19° v— 15°) et qui renferme le petit lac 
alpin de Paria, le Desaguadero et la grande Laguna de TIlicaca ou Chucuito, dont la partie méridionale porte 
le nom de Vinamarca. Pour donner une juste idée des dimensions colossales des Andes, je rappelle ici que 
la surface du seul lac de Tilicaca {M8 lieues carrées marines) excède vingt fois celle du lac de Genève, et 
deux fois la grandeur moyenne d'un département de la France. C'est sur les bords de ce lac que, près de 
Tiahuanacu et dans les hautes plaines du Collao , se trouvent des ruines qui attestent une culture * antérieure 
à celle que les Péruviens croient devoir au règne de l'inca Manco-Capac. La Cordillère orientale, celle de La 
Paz , Palca , Ancuma et Pelechuco , se réunit, au nord-ouest d'Apolobamba, à la Cordillère occidentale qui est 
celle de Tacna, de Moquehua et d'Arequipa. La réunion des deux branches se fait dans le nœud du Couzco, le 
plus étendu de toute la chaîne des Andes, entre les parallèles de 14° et de i5°. La ville impériale du Couzco 
est placée près de l'extrémité orientale de ce nœud qui embrasse, dans une aréa de 3ooo lieues carrées, les 
montagnes de Vilcanota, de Carabaya, d'Abancai , de Huando, de Parinacochas et d'Andahuaylas. Quoique 
ici , comme en général dans tout élargissement considérable d'une Cordillère, les sommets agroupés ne suivent 
pas des directions constantes et parallèles à l'axe principal, on observa pourtant, depuis les 18° de latitude, 
dans la disposition générale de la chaîne des Andes , un pl.énomène bien digne de l'attention des géologues. 
Tout le massif des Cordillères du Chili et du Haut-Pérou, depuis le détroit de Magellan jusqu'au parallèle 
du port d'Arica (18° a8' 35"), est dirigé du sud au nord, dans le sens d'un méridien, au plus M. 5" £.; mais 
depuis le parallèle d'Arica , la côte et les deux Cordillères à l'est et à l'ouest du lac alpin de Titicaca changent 
brusquement de direction et inclinent vers le nord-ouest. Les Cordillères d' Ancuma et de Moquehua , et la 
vallée longitudinale, ou, pour mieux dire, le bassin de Titicaca, qu'elles enclavent, sont dirigées N.42''0. 

' Je suppose, avec le capitaine Basil Hall, le port de Valparaiso 71» Ji' à l'ouest de Grcenvïich , et je place Cordova 8° 4o', 
Santa-Cruz de la Sierra 7" 4' à l'est de Valparaiso. Les longitudes indiquées dans le teite , et constamment rapportée» au mé- 
ridien de l'observatoire de Paris, ne sont pas prises des cartes publiées : elles se fondent sur des combinaisous de géograpLie 
astronomique dont on trouvera les élémens dans l'Analyse de mon Atlas de l'Amérique méridionale. 

^ J'ai de la peine à croire que la ville même de Jujuy soit élevée de 65o toises au-dessus du niveau de l'Océan, comme le 
prétend M. Redliead, dans son livre Sobre la dUatacion dcl aire aimosferico (Buenoâ-Ayres, 181g), p. 10. 

'Je dois une connoissaoce plus parfaite de la Sierra de Cochabamba aux manuscrits de mon compatriote , le ce'lèbre botaniste 
Taddieus llaenke , qu'un religieux de la congrégation de l'Escurial , le père Cisneros , a bien voulu me communiquer à Lima. 
M. llaenke, après avoir suivi l'expédition d'Alexandre Malaspina , s'étoit établi, en 1798 , à Cochabamba, où il eut beaucoup 
à se louer de l'amitié de l'intendant Don Francisco de Viedma. Une partie des immenses herbiers de ce botaniste se trouve 
aujourd'hui conservée à Prague. 

'' CarcUassOi Comcntarios RçaleSj T. 1, p. 21, 



igS NOTES. 

Plus loin, les deux rameaux se réunissent de nouveau dans le nœud des montagnes du Couzco, et dès-lors la 
direction devient N. 80° O. Ce nœud, dont le plateau incline au nord-est, oITre par conséquent un véritable coude, 
presque dirigé de l'est à l'ouest, de sorte que la partie des Andes au nord de Castrovireyna est reculée vers 
l'ouest de plus de 242,ooo toises. Un phénomène géologique si extraordinaire rappelle la variation d'allure des 
(lions , el surtout la disposition de deux parties de la chaîne des Pyrénées , parallèles entre elles , et liées par 
un coude pres((ue rectangulaire , de 1 6,000 toises de long, près des sources de la Garonne ' : mais dans les Andes , 
lesaxes de la chaîne, au sud et au nord du coude, ne conservent pas de parallélisme. Au nord de Castrovireyna et 
d'Andahuaylas (lat. i4°), la direction est N. 22° O. , lorsqu'au sud de iS" elle est N. 42° O. Les inflexions de la 
côte suivent les mêmes changemens. Le littoral, séparé de la Cordillère par une plaine de i5 lieues de large, 
se dirige, de même que la Cordillère: deCopiapo à Arica, entre les 27° t etiS"! de latitude, IV.5''E.; d'Arica a 
Pisco, entre les 18» i et 14» de latitude, d'abord N.42°0., puis N. 65°0.i de Piscoà Truxillo, entre 14° et 8" 
de latitude N. 27° O. Ce parallélisme entre la côte et la Cordillère des Andes est un phénomène d'autant plus 
digne d'attention qu'on le trouve répété dans plusieurs parties du globe là où les montagnes ne forment 
également pas le littoral. A cette considération se joint une autre qui a rapport à la charpente générale des 
continens. J'insiste sur la position géographique du point (i4° 28' de latitude méridionale) où commence, 
sur le parallèle d'Arica, l'indesion de la côte et la variation d'allure des Andes du liaut-Pérou La ressem- 
blance de configuration qu'ofifieut en grand les masses triangulaires de l'Amérique du Sud et de l'Afrique se 
manifeste dans plusieurs détails de leurs contours. Le golfe d'Arica et d'Ilo correspond au golfe de Guinée. L'in- 
flexion de la côte occidentale de l'Afrique commence 3» au nord de l'équaleur ; el, si l'on considère géologl- 
quement l'archipel de l'Inde comme les restes d'uncontinentdétruit, comme le lien entre l'Asie orientale et 
la Nouvelle -lioUande, on voit le golfe de Guinée, celui que forment Java, Bali et Sumbava avec la 
Terre de Witt et le golfe péruvien d'Arica, se suivre du nord-ouest au sud-est (lat. 5° N., lat. 10° S., lat. 
i4° T S.), presque dans la même direction que les extrémités des trois continens de l'Afrique, de l'Australasie 
et de l'Amérique *. 

Après le grand nand des montagnes du Consco et de Parinacochas , par les 1 4" de latitude méridionale , les 
Andes présentent une seconde hijurcation, à l'est et à l'ouest du Rio de Jauja, qui se jette dans le Mantaro, 
affluent de l'Apurimac^. Le chaînon oriental se prolonge à l'est deHuauta, du couvent d'Ocopaet de Tarma; 
le chaînon occidental à l'ouest de Castrovireyna, de Huancavelica, de Huarocheri et Yanll. Le bassin, ou plutôt 
le plateau élevé que ces chaînons enclavent, est presque de moitié moins long que le bassin de Chucuito ou 
Titicaca. Deux montagnes, couvertes de neiges éternelles, que l'on voit de la ville de Lima, et que les habitans 
nomment Toldo de la Nieve, appartiennent au chaînon occidental, à celui de Huarocheri. 

Au nord-ouesl des vallées de Salcabamba , sur le parallèle des ports de Huaura et de Guarmey, entre 1 1° 
et 10° de latitude, les deux chaînons se réunissent dans le nœicd de Huamico et de Pasco , célèbre par les 
mines de Yauricocha ou Santa-Rosa. C'est là que s'élèvent deux pics d'une hauteur colossale, les Nevados 
de Sasaguanca et de la Viuda. Le plateau même de ce nœud de montagnes paroit avoir, dans les Pampas de 
Bombon * , plus de 1800 toises d'élévation au-dessus du niveau de l'Océan. A partir de ce point, au nord du 
parallèle de Iluanuco (lat. 1 1°) , les Andes se divisent en trois chaînons, dont le premier , le plus oriental , 
s'élève entre Pozuzu et Muna, entre le Rio Huallaga et le Rio Pachilea, affluent del'Ucayali; le second ou 
central, entre le Huallaga el le Haut-Maragnon; le troisième ou occidental, entre le Haut-Maragnon et les 
côtes de Truxillo et de Paytas.I.e chaînon oriental est un petit rameau latéral qui s'abaisse en une rangée 

< Eotrc la montagne de Tcntenade et le Port d'Espot (Charpentier, p. lo). 
2 Foyez plus haut, p. 189. 

» yoyez le PUm ddctirso de los Rios Huallaga y Ccayali por el Padre Sobrevieta, 1791- L'.\purimac forme , conjointement avec 
le Béni, le Rio l'aro qui prend le nom d'Ucayali apràs son confluent avec le Rio Facbitea. 
» Essai politiijue, T. II, p. 4o6. 
' ^oycs plusbaut, T. II, p. 3io. 



NOTES. 199 

de collines. Dirigéd'ahorcI au NN E., en hordanlles Pampas del Sacramento , puis à l'O NO. , là où il est hrisé par 
le RioHuallaga dans le /'o«gio,au-dessusducoiifluentduChipurana, ce chaînon orientalse perd par les 6° 1 de 
latitude au nord-ouest de Lamas. Une arrête transversale paroît le réunir au chaînon central, au sud du Paramo ' 
de Piscoguanuna (ou Piscuayuna), et à l'ouest de Chachapoyas. Le chaînon intermédiaire ou central se prolonge 
du nœud de Pasco et Huanuco, vers le N N O. , entre Xican et Chicoplaya, entre Huacarachuco et les sources 
du Rio Monzon , entre Pataz et Pajatan , Caxamarquilla et IMoyohamha. 11 s'élargit beaucoup dans le parallèle de 
Chachapoyas, et forme un terrain montueus traversé par des vallées profondes et excessivement chaudes. 
Par les 6° de latitude, au nord du Paramo de Piscoguanuna, le chaînon central jette deux branches vers La 
Vellaca et San Borja. Nous verrons bientôt que la dernière branche forme, au -dessous du petit Rio Nieva, 
affluent de l'Amazone, les rochers qui bordent le fameux Pongo de Manserîche. Dans cette zone où le 
Pérou septentrional se rapproche des confins de la Nouvelle-Grenade, par les 10° et 5° de latitude, les deux 
chaînons oriental et central n'ont aucun sommet qui s'élève jusqu'à la région des neiges perpétuelles; les 
seules cimes neigeuses se trouvent dans le chaînon occidental. Le chaînon central , celui des Paramos de Calla- 
calla et Piscoguanuna atteint à peine 1800 toises : il s'abaisse lentement jusqu'à 800 toises de hauteur, de sorte 
que le terrain montueux et tempéré qui s'étend au nord de Chachapovas vers Pomacocha, La Vellaca et les 
sources du Rio Nieva , est encore riche en beaux arbres de quinquina. Dès que l'on passe le Rio Huallaga et le 
Pachitea, qui, avec le Béni, forme l'Ucayali , on ne trouve , en avançant vers l'est, que des rangées de collines. Le 
chaînon occidental des Andes, le plus élevé et le plus rapproché des côtes , se dirige presque parallèlement au 
littoral N. 27° O., entre Caxatambo et Huary , Conchucos et Guamachuco, par Caxamarca , le Paramo de Yana- 
guanga et Montan vers le Rio de Guancaljamba. Il présente (entre y" et 7° !) les trois Nevados de Pelagatos, Moyo- 
pata et Huaylillas. Ce dernier sommet neigeux , situé près de Guamachuco ( par les 7° 55' de latitude) , mérite 
d'autant plus d'attention que, de là au nord jusqu'au Chimborazo, sur une longueur de i4o lieues, il 
n'existe pas une seule montagne qui entre dans la région des neiges perpétuelles. Cette dépression ou absence 
des neiges s'étend , dans le même intervalle , sur tous les chaînons latéraux ; tandis que , au sud du Nevado de 
Huaylillas, on observe constamment que, lorsqu'un chaînon est très-bas , l'autre a des cimes qui dépassent 246o 
toises de hauteur. Pour fixer davantage l'attention sur la branche des Andes qui s'étend à l'ouest de l'Amazone, 
celle de Conchucos et de Caxamarca, je rappellerai que c'est au sud de Micuipampa (parlât. 7" 1') que j'ai 
trouvé l'équateur magnétique. 

L'Amazone, ou, comme on a coutume de dire dans ces régions peu visitées , le Haut-Maragnon , parcourt 
partie occidentale de la vallée longitudinale que laissent entre elles les Cordillères de Chachapoyas et de 
Caxamarca. En embrassant d'un même coup d'œil cette vallée et celle du Rio Jauja, limitée par les 
Cordillères de Tarma et de Huarocheri , on est tenté de les considérer comme un seul et immense bassin 
de 180 lieues de long et traversé, au premier tiers de sa longueur, par une digue ou arrête de 18,000 toises 
de largeur. En effet, ses deux lacs alpins de Lauricocha et de Chinchaycocha , qui donnent naissance à 
la Rivière des Amazones et au Rio de Jauja, sont placés au sud et au nord de cette digue rocheuse 
formée par un prolongement du nœud de Huanuco et de Pasco. L'Amazone, pour sortir de la vallée longi- 
tudinale que bordent les chaînons de Caxamarca et de Chachapoyas , brise , comme nous l'avons déjà exposé 
dans un autre endroit*, le dernier de ces chaînons qui mérite le nom de central sans être cependant le plus 
élevé. Ce point, où le grand fleuve pénètre dans les montagnes, est très-remarquable. Entrant dans l'Amazone par 
le Rio Chamaya ou Guancabamba , j'ai trouvé, vis-à-vis le confluent, la montagne pittoresque de Patachuana, 
mais des deux côtés del'Amazone les rochers ne commencent qu'entre leTambillo etTomependa (lat. 5° 3i', 
long. 80° 56'). De là au Pongo de Rentema suit une longue série d'écueils dont le dernier est le Pongo de 
Tayouchouc, entre le détroit de Manserîche et le village de San Borja. L'Amazone ne change la direction 
de son cours, d'abord dirigée au nord, et puis à l'est , que près de Puyaya , S lieues au nord-est de Tomependa. 
Dans toute cette distance, entre Tambillo et San- Borja, les eaux se sont frayé un chemin plus ou moins étroit, 

' T. I,p. 327; T. Il,p. GGo. 
'T. Il, p. 5u. 



20O NOTES. 

à trayers les grès de la Cordillère de Chacliapoyas. Les montagnes sont encore assez élevées près de l'Embarca- 
dero, au confluent de l'iraasa, où des troncs de Cinchona , faciles à transplanter à Cayenne et aux. Canaries , 
s'approchent de l'Amazone : mais dans le fameux détroit de Manseriche , les rochers ont à peine 4o toises d'é- 
lévation, et, plus à l'est, les dernières collines s'élèvent près de Xeberos , vers l'embouchure du Rio Huallaga. 

Pour ne pas interrompre la description des Cordillères , entre les i5° et 5° i de latitude, entre les nœuds 
de montagnes du Couzco et de Loxa , j'ai passé jusqu'ici sous silence l'élargissement extraordinaire que prennent 
le^ Andes près d'Apolobamba. Comme les sources du Rio Béni se trouvent dans ce contre-fort, qui se pro- 
longe vers le nord au-delà du confluent de cette rivière avec l'Apurimac, je désignerai le groupe entier sous 
le nom de contre-fort du Béni. Voilà ce que j'ai appris de plus sûr sur ces contrées , par des personnes qui ont 
habité long-temps Apolobamba , le RealAes mines de Pasco et le couvent d'Ocopa. Le long de tout le chaînon 
oriental de Titicaca, depuis La Paz jusqu'au nœud de Huanauco(lat. i-j°^a. io°ï), un terrain montueux très- 
large est adossé vers l'est, à la pente des Andes. Ce n'est pas un élargissement du chaînon oriental même , ce 
sont plutôt des contre-forts de peu d'élévation qui suivent le pied des Andes comme une pénombre, en rem- 
plissant tout l'espace entre le Béni et le Pachitea. Une chaîne de collines borde même la rive orientale du 
Béni jusqu'au 8" de latitude; car, d'après des renseignemens très-exacts que m'a donnés le père Narcisso 
Gilbar , les rivières Coanache et Magua , deux aflluens de l'Ucayali (débouchant par les G" et 7° de lat.), viennent 
d'un terrain montueux entre l'Ucayali et le Javari. L'existence de ce terrain par une longitude si orientale 
(probablement long. 74°) est d'autant plus remarquable que, quatre degrés de latitude plus au nord, on ne 
trouve ni un rocher, ni une colline à l'est de Xelieros ou de l'embouchure du Huallaga (long. 77° 5G'). 

Nous venons de voir que le contre-fort du Béni, espèce de rameau latéral, se perd vers les 8° de latitude : 
le chaînon entre l'Ucayali et l'Huallaga se termine sous le parallèle de 7° en se réunissant , à l'ouest de Lamas , 
au chaînon de Chacliapoyas, prolongé entre l'Huallaga et l'Amazone. Enfin ce dernier chaînon, que nous 
avons aussi désigné sous le nom de central, après avoir formé les rapides et les cataractes de l'Amazone entre 
Tomependa et San Borja , tourne vers le nord nord-ouest, et se joint au chaînon occidental , celui de Caxamarca 
ou des Nevados de Pelagatos et Huaylillas, pom* former le grand nœud des montagnes de Loxa. Ce nœud n'a 
qu'une hauteur moyenne de 1000 à 1200 toises; son climat tempéré le rend particulièrement propre à la 
végétation des arbres de quinquina, dont los plus belles espèces croissent dans les forêts célèbres de Caxa- 
numa et d'Uritusinga, entre le Rio de Zamora et le Cathiyacu , entre Tavacona et Guancabamba. Pendant des 
siècles, avant que l'on eût connoissance du quinquina de Popayan et de Santa-Fe de Bogota (lat.bor. a" i à 5°), 
de Huacarachuco , de Huamalîes et de Iluanuco (lat. mér. 9°à 11°), le nœud des montagnes de Loxa fut regardé 
comme la seule région d'où l'on pouvoit tirer l'écorce fébrifuge du Cinchona. Ce nœud occupe le vaste 
terrain entre Guancabamba , Ayavaca, Oiîa et les villes ruinées de Zamora et de Loyola, des 5° t aux 3° ^de 
latitude. Quelques sommets ( les Paramos d'Alpacbaca, de Saraguru, Savanilla, Gueringa, Chulucanas, 
Guamani, Yamoca que j'ai pu mesurer) s'élèvent de i58o à 1720 toises, mais ne se couvrent pas même spo- 
radiquement de neiges dont la chute n'a lieu, par cette latitude, qu'au-dessus et de 1860 et de 1900 toises de 
hauteur absolue. Vers l'est, en descendant au Rio de Santiago et au Rio de Cbamaya, deux aflluens de 
l'Amazone, les montagnes s'abaissent rapidement : elles n'ont plus, entre San-Felipe, Matara et Jaen de 
Bracamoros, que de 5oo à 3oo toises d'élévation. 

En avançant des montagnes de micaschiste de Loxa vers le nord, entre les Paramos d'Alpacbaca et de Sarar 
(par les 3" i5'de latitude), le nœud de montagnes se ramifie en deux branches qui embrassent la vallée longitu- 
dinale de Cuenca. Cette séparation ne dure que sur une longueur de 12 lieues ; car, par les 2° 27' de latitude , 
les deux Cordillères se réunissent de nouveau dans le nœud de l'Assuay, groupe tracbytique dont le plateau , 
près Cadlud, a 2428 toises de hauteur, et entre presque dans la région des neiges perpétuelles. 

Au nœud de montagnes de l'Assuay, qui oflre un passage des Andes très-fréquenté , entre Cuenca et Quito, 
succède ( lai. 2° j à 0° 4o' sud ) un autre partage des Cordillères devenu célèbre par les travaux de Bouguer et 
de La Condamine, qui ont placé leurs signaux tantôt sur l'une, tantôt sur Tautre des deux chaînes. L'orientale est 
celle du Chiniborazo (335o toises) et du Carguairazo; l'occidentale, la chaîne du volcan Saiigay, des Col- 



NOTES. 201 

lânes et de Llanganale. La dernière est brisée par le Rio Pastaza. Le fond du bassin longitudinal que limitent 
ces deux cbaînons, depuis Alausi jusqu'à Llactacunga, est un peu plus élevé que le fond du bassin de Cuenca. 
Au nord de Llactacanga, par les o" 4o' de latitude, entre les cimes d'Yliniza ( 2717 t.) et du Cotopaxi 
(agSo t.), dont la première appartient à la cliaîne du Cbimborazo, la seconde à celle du Sangay, se trouve le nœud 
de Chisinche, espèce de digue étroite qui ferme le bassin et qui partage les eaux entre l'Océan atlantique et la 
Mer du Sud. IJAlto de Chisinche n'a que 80 toises de hauteur au-dessus des plateaux environnans. Les eaux 
de sa pente septentrionale forment le Rio de San Pedro, qui , s'unissant au Rio Pita, se jette dans le Gua- 
labamba, ou Rio de las Esmeraldas. Les eaux de la pente méridionale que l'on désigne plus particulièrement 
sous le nom de Cerro de TiopuUo vont au Rio de S. Felipe et au Pastaza, af&uent de l'Amazone. 

Au-delà de l'arrête de Chisinche , la bipartition des Cordillères recommence et continue depuis o" 4o' de 
latitude méridionale jusqu'à 0° 20' de latitude boiéale , c'est-à-dire jusqu'au volcan d'Imbabura , près de 
la Villa de Ibarra. La Cordillère orientale présente les cimes neigeuses d'Antisana (2992 t.), de Guamani, 
de Cayambe (3o7o t.) , et d'Imbabura ; la Cordillère occidentale, celles du Corazon, d'Atacazo, de Pichincba 
(24gi t.), et de Cotocache (2670 t.). Entre ces deux cbaînons, que l'on peut regarder comme le sol classique 
de l'astronomie du 18° siècle, se prolonge une vallée dont une partie est de nouveau divisée longitudinaleraent 
par les collines d'ichimbio et de Poignasi. A l'est de ces collines se trouvent les plateaux de Puembo. et deChiUo; 
à l'ouest ceux de Quito , lùaquito et ïurubamba. L'équateur traverse le sommet du Kevado de Cayambe * et 
la vallée de Quito dans le village de San Antonio de Lulumbaniba. Lorsqu'on considère le peu de masse du 
nœud de l'Assuay, et surtout de celui de Chisinche, on est tenté de regarder les trois bassins de Cuenca , de 
Ilambato et de Quito comme une seule vallée longue (depuis le Paramo de Sarar jusqu'à la Villa de Ibarra) 
de 73 lieues marines , large de 4 à 5 lieues , offrant une direction générale N. 8° E. et divisée par deux digues 
transversales, l'une entre Alausi et Cuenca (par les 2" 27' de latitude australe) , l'autre entre Machacbe et le 
Tambillo (par 0° 4o'). Nulle part dans la Cordillère des Andes il y a plus de montagnes colossales rapprochées 
les unes des autres qu'à l'est et à l'ouest de ce vaste bassin de la province de Quito , un degré et demi au sud 
et un quart de degré au nord de l'équateur. Ce bassin, centre de la plus ancienne civilisation indigène, 
après celle du bassin de Titicaca, aboutit vers le sud au nœud des montagnes de Loxa, vers le nord au pla- 
teau de la province de Los Pa.stos. 

Dans cette province , un peu au-delà de la Villa de Ibarra, entre les cimes neigeuses de Cotocache et d'Im- 
baljura , les deux Cordillères de Quito se réunissent et forment un seul massif qui s'étend jusqu'à Meneses 
et Voisaco, de 0° 21' lat. bor., à 1° i3'. J'appelle ce massif, sur lequel s'élèvent les volcans de Cumbal et de 
Chiles , le nœud des montagnes de los Pastos, à cause du nom de la province qui en forme le centre. Le volcan 
de Pasto , dont la dernière éruption est de l'année 1 727, se trouve placée, au sud deYenoi, près du bord septen- 
trional de ce groupe dont les plateaux habités ont plus de 1600 toises d'élévation au-dessus du niveau de 
l'Océan. C'est le Thihet des régions équinoxlales du Nouveau-Monde. 

Au nord de la ville de Pasto (latitude bor. 1° 1.3'; long. 79° 4i'), les Andes se partagent de nouveau en 
deux branches pour entourer le plateau de Mamendoy et d'Almaguer. La Cordillère orientale renferme la 
Sienega de Sebondoy (lac alpin qui donne naissance au Putumayo), les sources du Jupura ou Caqueta 
et les Paramos d'Aponte et d'Iscansè. La Cordillère occidentale, celle de Mamacondy, appelée dans le 
pays Cordillera de la Costa , à cause de sa proximité au littoral de la Mer du Sud , est lirisée par le grand 
Rio de Patlas qui reçoit le Guaitara, le Guachlcon et le Quilquasè. Le plateau ou bassin intermédiaire 
offre de grandes inégalités. Il est en partie rempli par les Paramos de Pitatumba et de Puruguay, et la sépa - 
ration des deux chaînons m'a paru peu distincte jusqu'au parallèle d'Almaguer (lat. 1° 54'; long. 79" i5). 
La direction générale des Andes, depuis l'extrémité du bassin de la province de Quito jusqu'aux environs 
de Popayan , change de N. 8° E. eu N. 36° E. ; elle suit la direction des côtes d'Esracraldas et de Barbacoas. 

^ Les hauteurs du Cbimborazo , de HucupicbiDclia , de Cayambe et d'Antisana , diflereutes de celles que rapporte Fia Con- 
daniine dans l'inscription au couvent des Jésuites de Quito, sont les résultats de mes propres mesures géodésiques. 

Relation historique , Tom. III. 26 



202 NOTES. 

Sur le parallèle d'Almaguer, ou plutôt un peu au nord-est' tic cette ville, la constitution géologique du 
terrain présente des cliangemens très-remarquables. La Cordillère, que nous venons de désigner sous le nom 
d'orientale, celle du lac de Sebondoy, s'élargit beaucoup entre Pansitarà et la Oeja. C'est le nœud du Pa- 
ramo de las Papas et de Socoboni qui donne lieu à la naissance des grandes rivières du Cauca et du Magda- 
lena, et qui se divise par les 2° 5' de latitude en deux chaînons, à l'est et à l'ouest de la Plata Vicja et de 
Timana. Ces deux cliaînons restent à peu près parallèles jusqu'aux 5° de latitude, et bordent la vallée lon- 
gitudinale dans laquelle serpente le Rio Magdalena. Nous appellerons Cordillère orientale de lu JVovvelle- 
Grcnade celle qui se prolonge vers Santa-Fe de Bogota et la Sierra Nevada de Merida, à l'est du Magdalena; 
Cordillère centrale de la Nouvelle-Grenade , celle qui se dirige entre le Magdalena et le Cauca vers Mariquita; 
Cordillcre occidentale de la Nouvelle -Grenade, celle qui continue la Cordillera de la Costa du bassin 
d'Alraaguer et qui sépare le lit du Rio Cauca du terrain platiuifère du Clioco. Pour plus de clarté on pourroil 
aussi nommer le premier chaînon celui de la Suma Paz , d'après le groupe colossal de montagnes au sud de 
Santa-Fe de Bogota qui verse les eaux de sa pente orientale dans le Rio Meta. Le second chaînon seroit 
désigné par le nom de chaînon de Gvanacas ou de Quindià, à cause de deux passages célèbres des Andes 
dans le chemin de Santa-Fe de Bogota à Popayan; le troisième chaînon seroit celui du Cltoco ou du littoral. 
A quelques lieues au sud de Popayan ( lat. bor. 2° 21'), à l'ouest du Paramo de Palitarà et du volcan de 
Puracè, le nœiid des mo>itagnes de Socoboni envoie vers le nord-ouest une'arrôte de micachiste^ qui partage 
les eaux entre la Mer du Sud et la Mer des Antilles, la pente nord les versant dans le Rio Cauca, et la 
pente sud dans le Rio de Patias. 

La tripartition des Andes que nous venons de signaler (lat. bor. 1° J — 2° i) rappelle au géognoste celle 
qui a lieu aux sources de l'Amazone dans le tiœnd des montagnes de Huanuco et de Pasco (lat.aust. 1 1°) : mais 
des trois chaînons qui bordent les bassins de l'Amazone et de l'Huallaga , le plus élevé est le plus occidental; 
tandis que, parmi les trois chaînons de la Nouvelle-Grenade, celui du Clioco ou du littoral est le moins élevé 
de tous. C'est pour avoir ignoré cette tripartition des Andes dans la partie de l'Amérique du Sud, qui avoisine 
le Rio Atrato et l'islhme de Panama, que l'on a porté tant de jugemens erronés sur la possibilité d'un canal 
de jonction entre les deux mers '. 

La chaîne orientale des Andes de la Nouvelle-Grenade (je me sers d'une dénomination presque systéma- 
tique, car le nom des Andes est inconnu dans les pays situés au nord de l'équateur), la chaîne orien- 
tale conserve pendant quelque temps son parallélisme avec les deux autres chaînes (celles de Quindlù et du 
Choco): mais, au-delà de Tunja (lat. 5°^), elle incline davantage vers le nord-est en passant assez brus- 
quement de la direction N. 25° E. en celle N. 45° E. C'est comme un filon qui change d'allure et qui va 
rejoindre la côte îiprès un renflement extraordinaire qu'il subit par l'agroupement des montagnes nei- 
geuses de Merida. La tripartition des Cordillères et surtout l'écartement de leurs branches influent puissam- 
ment sur la prospérité des peuples de la Nouvelle-Grenade. La diversité des plateaux et des climats super- 
posés varie les productions agricoles comme le caractère des habitans. Elle vivifie l'échange des produc- 
tions, et renou\elle, au nord de l'équateur, sur une vaste surface, le tableau des vallées ardentes et des 
plaines froides et tempérées du Pérou. Il est digne de remarque aussi que, par l'écartement d'une des branches 
des Cordillères de Cundinamarca et par la déviation du chaînon de Bogota vers le nord-est, le groupe colossal 
des montagnes de Merida s'est trouvé enclavé dans le territoire de l'ancienne Capitania gênerai de Vene- 
zuela, et que la continuité d'un même terrain montueux de Pamplona à Barquesimeto et Nirgua a facilité 
pour ainsi dire la réunion politique du territoire colombien. Aussi long-temps que le chaînon central (celui de 
Quiudiù) présente des cimes neigeuses, aucun pic du chaînon oriental (celui de La Suma Paz) ne s'élève , sous 
les mêmes parallèles, jusqu'à la limite des neiges perpétuelles. Entreles 2° et à°\ de latitude, ni les Paramos , 

* Foyez ma carte du Rio Magdalena , pi. 24 de V Allas géographiiine et physique. 
' royez mon Essai gcosn. sur legistment des roches, p. lôo et »3i. 
' J'oyez plus haut, T. III , p. 122. 



NOTES. 2o3 

situés à l'est du Giganle et tic Keiva, ni les cimes de la Surua Paz, de Ciiingasa, de Guachaneque et de 
Zoraca, ne surpassent la hauteur de igoo à 2000 toises; taudis qu'au nord du parallèle du Paramo d'Ervé' 
(lat. 5° 5'), le dernier des Nevados de la Cordillère centrale, on découvre dans le chaînon oriental les cimes 
neigeuses de Cliita (lat. 5° 5o') et de Mucucliies (lat. 8" 12'). Il en résulte que, dès les 5° de latitude, les 
seules montagnes qui conservent des neiges pendant toute l'année sont les Cordillères de l'est II y a plus 
encore : quoique la Sierra Nevada de Santa-Marta ne soit pas, à proprement parler, une continuation des 
Nevados de Chita et de Mucucliies ( à l'ouest de Patute et à Test de Jlerida) , elle se trouve du moins très- 
rapprochée de leur méridien. 

Arrivés à l'extrémité boréale des Cordillères comprises entre le cap de Horn et l'isthme de Panama, nous nous 
bornerons à indiquer les plus hauts sommets des trois chaînons ^ qui se séparent dans le }i(Bud des montagnes 
de Socohoni et de l'arrête du Rohle (lat. 1° 5o' — 2° 20'). Je commence par le chaînon le plus oriental, celui de 
Timana et de la Suma Paz, qui divise les allluens dn Magdalena et du Meta ; il se prolonge par les Paramos de 
Chingasa, Guachaneque, Zoraca, Toquillo (près Labranza Grande), Chita, Almorsadero'^, Laura, Cacota, Zum- 
badoret Porqueras, vers la Sierra Nevada de Merida. Ces Paramos indiquent dix eihaussemens partiels du dos des 
Cordillères. La pente du chaînon oriental est extrêmement rapide du côté de l'est, où elle borde le bassin 
du Meta et de l'Orénoque; à l'ouest, le chaînon oriental est élargi par des contre-forts sur lesquels se trouvent 
situées les villes de Santa-Fe de Bogota, de Tunja, de Sogamoso et de Leiva. C'est comme des plateaux 
adossés à la pente ocidentale, plateaux qui ont i3ooou i4oo toises de hauteur, et parmi lesquels celui de Bogota 
(fond d'un ancien lac) renferme dans le Campo de Gigantes, près de Suacha, des ossemens de Mastodontes. 

Le chaînon intermédiaire ou central se dirige, à l'est de Popayan , par les hautes plaines de Malbasà, par les 
Paramos de Guanacas , de Huila , de Savelillo , d'Iraca , de Baraguan , de Tolima *, de Ruiz et de Herveo vers la 
province d'Antioquia. Sous les 5° i5' de latitude, ce chaînon , le seul qui présente les traces récentes du feu 
volcanique dans les cimes de Sotarà et de Piu'acè, s'élargit considérablement vers l'ouest et se réunit au chaînon 
occidental, que nous avons appelé le chaînon du Choco, parce que le terrain platinifère de cette province se 
trouve sur le versant qui est opposé à l'Océan-Pacifique. Par cette réunion de deux chaînons, le bassin delà 
province de Popayan est fermé au nord de Cartago Viejo; et la rivière de Cauca, en sortant des plaines de 
Buga, est forcée , depuis le Salto de San Antonio jusqu'à la Boca del Espiritu Santo, pendant un cours de 
4o à 5o lieues , de se frayer un chemin à travers les montagnes. Comme la crête de la Cordillère orientale 
continue sa direction vers le NE., le bassin du Magdalena, qui est à peu près parallèle à celui du Cauca, se 
prolonge presque sans interruption vers Mompox. Le détroit de Carare n'est qu'une arrête de rocher qui forme 
un seuil entouré de quelques collines isolées dans la plaine; ce n'est pas l'ell'et d'une véritable réunion de deux 
chaînes de montagnes. La difl'érence de niveau entre le fond des deux bassins parallèles du Cauca et du Mag- 
dalena est très-remarquable. Le premier conserve, entre Cali et Cartago, 5oo à 4o4 toises; le second, de 
Neiva àAmbalema, 265 à i5o toises de hauteur. On diroit, d'après différentes hypothèses géologiques, ou 
que les formations secondaires ne se sont pas accumulées à la même épaisseur entre les chaînons oriental et 
central qu'entre les chaînons central et occidental, ou que les dépôts se sont faits sur des fonds de roches 
primitives inégalement soulevées à l'est et à l'ouest des Andes de Quindlù. La difl'érence moyenne de ces 
épaisseurs de formations ou de ces hauteurs est de 3oo toises. Quant à l'arrête rocheuse de l'Angostura de Carare, 
elle part du sud-est , du contre-fort de Muzo, à travers lequel serpente le Rio Negro. Par ce contre-fort et par 

* Les neiges que l'on appelle à Sauta Fe : Mesa dcllcrveo. 

* yoycz plus haut, p. isô. 

^ Ce Paramo se trouve situé entre le pont de Cbilaga et le village de Tequia. Le Rio Cliitaga se jette dans le Sarare,! e Riu 
Tequia dans le Rio Soganiozo. Les Paramns de l'Almorsadero et de Toquillo sont des plus élevés parmi les sommets qui , sur le 
chemin de Merida à Santa-Fe de Bogota, n'entrent pas dans la région des neiges perpétuelles. MM. Rivero et Boussingault ont 
trouvé que l'on passe le Paramo del Almorsadcro à 2010 toises, le Paramo de Cacota à i;oo toises de hauteur. 

' Le passage de la Montana de Qiiindiii , sur le chemin d'Ibagué à Carthago, se trouve entre les Nevados de Tolima et 
de Baraguan. 



204 NOTES. 

ceux qui viennent de l'ouest , les cliainons oriental et central se rapproclient entre Nares , Houcla et M endales. 
En effet, le lit du RioMagdalenaest rétréci par les 5° et 5° 18', à l'est par les montagnes du Sergento, à l'ouest, 
par des contre-forts qui tiennent aux montagnes granitiques de Mariquita et de S. Ana. Ce rétrécissement du 
lit de la rivière se trouve sous le même parallc;le que le rétrécissement du Cauca, près du Salto de San An- 
tonio ; mais, dans le nœud des montagnes d'Antioquia , les cliaînons central et occidental se réunissent eux- 
mêmes , tandis qu'entre Honda et Mendales , les faîtes des chaînons central et oriental restent tellement éloi- 
gnés que ce ne sont que les contre-forts de chaque système qui se rapprochent et se confondent. 11 est digne 
de remarque aussi que la Cordillère centrale de la Nouvelle-Grenade offre la cime la plus haute des Andes dans 
l'hémisphère horéal. Le pic de Tolima ' (lat. 4° 46'), dont le nom est presque inconnu en Europe et que i'ai 
mesuré en i8oJ, s'élève au moins à 2865 toises de hauteur. 11 domine par conséquent sur l'Irahahura et le 
Colocache de la province de Quito , sur le Chiles du plateau de los Pastos, sur les deux volcans de Popayan, 
et même sur les Nevados du Mexique et le Mont Saint-Elie de l'Amérique russe. Le pic de Tolima, dont la 
forme rappelle celle du Cotopaxi , ne cède peut-être en hauteur qu'à la crête de la Sierra Nevada de Santa 
Marta, que l'on doit considérer comme un système de montagnes isolé. 

Le chaînon oriental , appelé aussi chainon du Choco et de la côte (de la Mer du Sud), sépare les provinces de 
Popayan et d'Antiocjuia de celles de Barbacoas, du Raposo et du Choco. Peu élevé en général, si on le 
compare à la hauteur des chaînons central et oriental , il oppose cependant de grandes entraves aux communi- 
cations entre la vallée du Cauca et le littoral^. C'est à son versant occidental qu'est adossé ce fameux terrain 
aurifère et platinifére ^ qui, depuis des siècles, verse dans le commerce plus de i3,ooo marcs d'or par an. Cette 
zone alluviale a 10 et 12 lieues de large: elle atteint son maximum de richesse entre les parallèles de 2° el 6° de 
latitude; elle s'appauvrit sensiblement vers le nord et vers le sud, et disparoit presque entièrement entre les 
1° ï de lat. bor. et l'équateur. Le terrain aurifère remplit le bassin du Cauca, comme les ravins et les plaines à 
l'ouest de la Cordillère du Choco; il s'élève quelquefois presque à 600 toises de hauteur au-dessus du niveau de 
la mer, et descend jusqu'à moins de 4o toises *. Le platine (et ce fait géognostique est digne d'attention) a clé 
trouvé jusqu'ici setikment à l'ouest de la Cordillère du Choco, non à l'est, malgré l'analogie que présentent 
les fragmens de roches de grunstein, de phonolite, de trachyte et de quarz ferrugineux dont se composent les 
terrains de rapport sur les deux versaus. Depuis l'arrête de Los Robles, qui sépare le plateau d'Almaguer du 
bassin du Cauca , le chaînon occidental forme d'abord , dans les Cerros de Carpinteria , à l'est du Rio San Juan 
de Micay, la continuation de la Cordillère de Sindagua , brisée par le Rio Patias; puis ce chainon s'abaisse, vers 
le nord, entre Caliet Las Juntas de Dagua, à 800 à 900 toises de hauteur, et envoie des contre-forts considérables 
(parles 4° j- 5° ~ de latitude) vers les sources du Calima, du Tamana et de l'Andagueda. Les deux premières 
de ces rivières aurifères sont des affluens du Rio San Juan del Choco ; le second verse ses eaux dans l'Atrato. Cet 
élargissement du chaînon occidental forme la partie montueuse du Choco; c'est là qu'entre le Tado et Zitarà , 
appelé aussi San Francisco de Quibdô, se trouve l'isthme de La Raspadura devenu célèbre depuis qu'un 
moine y a tracé une ligne navigable entre les deux océans ^. Le point culminant de ce système de montagnes 
paroit être le Pic du Torrà, situé au sud-est de Novlta ••. 

' Le second rang de hauteur, dans l'hémisphère boréal, paroit occupé par le Nevada de Buita (lat. î» 55'), entre Nataga 
etQuilichao. M. Caldas lui donne aSoo t. (Voyez Scmanario de Bogota, Tom. I, p. 6.) 

! Les chemins aiTreux qui traversent le chaînon occidental, sont cenx de Chisquio (à l'est du Rio de Micay), d'Anchicaya, 
de las Juntas, de Saint-Augustin , ïis-à-vis Cartago, de Chami et d'Urrao. (Seman., Tom. I , p. 3j.) 

' Le Choco Barbacoas et le Brésil sont les seuls pays de la terre où l'eiistence de grains de platine et de palladium ait été 
jusqu'à ce jour constatée avec certitude. La petite ville de Barbacoas est située sur la rive gauche du Rio Telembi (affluent du 
Fatias ou Rio del Castigo), un peu au-dessus du conQuent du Telembi et du Guagui ou Guaii, à peu près par les 1° i&' de 
latitude. L'ancienne Provincia, ou plutôt le Parlido del Rasposo, comprend le terrain œaUain qui s'étend du Rio Dagua ou San 
Buenaventura au Rio Iscuandè, terme austral du Cho^o actuel. 

' til.CMasn'îSiigDt ^li (imlie supérieure de la zone d'or de lavage que la hauteur de 35o toises (Seman,, Tom. I,p. 18); 
mais j'ai trouvé les Invaderos de Quilichao , au nord de Popayan , à 565 t. d'élévation. [Obs. asiron. , Tom. I , p. 5o3.) 

^ Voyez plus haut, Tom. III, p. 118. 

» Je suis surpris de voir que M. Fomboait comparé le Torrà del Choco, qui n'entre pas dans la région des neiges, peut-être 



NOTES. 2o5 

L'extrémité boréale de cet élargissement de la Cordillère du Choco, que je viens de signaler, correspond à 
la jonction qu'olFre vers l'est la même Cordillère avec le chaînon central, celui de Quindiii. Les montagnes 
d'Antioquia, sur lesquelles nous possédons les excellentes observations de M. Restrepo*, peuvent être appelées un 
nœud de inontagnes, parce qu'elles joignent sur la limite septentrionale des plaines de Buga ou du bassin du 
Cauca les cliaînous central et occidental. Nous avons vu plus haut que la crête de la Cordillère orientale reste 
séparée du nœud à 35 lieues de distance, de sorte que le rétrécissement du lit du Rio Magdalena, entre Honda et 
Amlialema , ne résulte que du rapprochement des coutre-forts de Mariquilà et de Guaduas. Il n'y a donc pas , 
à proprement parler, entre les 5° et 5° j de latitude , un groupe de montagnes réunissant les trois chaînons à la 
fois. Dans le groupe de la province d'Antioquia, qui forme la jonction des Cordillères centrale et occidentale, on 
peut distinguer deux grandes masses, l'une entre le Magdalena et le Cauca, l'autre entre le Cauca et l'Atrato. 
La première de ces masses tient plus immédiatement aux cimes neigeuses d'Herveo: elle donne naissance, à l'est, 
au Rio de la Miel et au Nare; vers le nord, au Force et au Nechi. Sa hauteur moyenne n'est que de 1200 à 
i35o toises. Le point culminant paroît placé près de Santa Rosa, au sud-ouest de la célèbre Vallée des Ours 
{Valle de Osos). Les villes mêmes de Rio Negro et de Marinilla sont construites sur des plateaux de 1060 toises 
d'élévation. La niasse occidentale du nœud des montagnes d'Antioquia, entre le Cauca et l'Atrato, donne 
naissance, à son versant occidental, au Rio San Juan, au Bevara et au Murri. Elle atteint sa plus grande 
hauteur (et do toute la province d'Antioquia) dans V^lto de/ Viento,ai\ nord d'Urrao, que les premiers Con- 
quistadores connoissoient sous le nom de Cordillère d'Abide ^ ou Dabeiba. Cette hauteur (lat. 7° i5') n'excède 
cependant pas 1 5oo toises. En suivant le versant occidental de ce système de montagnes d'Antioquia , on trouve 
que le point de partage des eaux qui coulent vers la Mer du Sud et la Mer des Antilles (par les 5° j et 6° de 
latitude) correspond à peu près au parallèle de l'isthme de la Raspadura, entre le Rio San Juan et l'Atrato. 
Il est remarquable que, dans ce groupe de plus de 3o lieues de largeur, dépourvu de sommets aigus, entre 
5° { et 7" i de latitude, les plus hautes masses se trouvent vers l'ouest; tandis que , plus au sud , avant la réu- 
nion des deux chaînons de Quindiù et du Choco, nous les avons vues à l'est du Cauca. 

On connoît très-imparfaitement les ramifications du nœud d'Antioquia, au nord du parallèle de 7" ; on sait 
seulement que leur abaissement est en général plus rapide et plus complet vers le N. O. , du côté de l'ancienne 
province de Biruquete ' et du Darien, que vers le N. et le N. E., du côté de Zaragoza et de Simiti. Depuis 
la rive septentrionale du Rio Nare, près de son confluent avec le Samana, se prolonge un contre-fort connu 
sous le nom de la Simitarra et des montagnes de San Lucar. Nous l'appellerons : premier rameau du groupe 
d'Antioquia. Je l'ai vu, à l'ouest, en remontant le Rio Magdalena, depuis le Regidor et la bouche du Rio 
Simiti jusqu'à San Bartolomé (au sud de la bouche du Rio Sogamozo) ; tandis que, vers l'est, par les 7° ' et 
8° j de latitude, se montrent dans le lointain les contre-forts des montagties ^ d'Ocaiia^ habitées par quelques 
tribus d'Indiens Motilones. Le second rameau du groupe d^Antioquia (à l'ouest de la Simitarra) part des mon- 
tagnes de Santa Rosa, se prolonge entre Zaragoza et Caceres, et termine brusquement, au confluent du 
Cauca et du Rio Nechi (lat. 8" 33'), à moins que les collines, souvent coniques ^, entre l'embouchure du Rio 

pas même dans celle des Faramos {vcr/ez plus baut , Tom. II , p. 660), aux montagnes colossales du Mexique. ( Nolicias varias 
sobre las Quiiias, iSi4j p. 67.) 

• Scmanario de Bogota, Tom. II j p. 4i-96- Ce Mémoire renferme à la fois les résultats d'observations astronomiques , des 
mesures faites à l'aide du baromètre et des données statistiques sur les productions et le commerce de cette intéressante 
province , dont j'ai tenté de tracer, en 1816, d'après les travaux de M. Manuel José de Rcstrepo, la première carte géographique. 
{^oyez PI. 24 de mon Allas). 

• Sierra de Abibe du géographe La Crui, avec le prétendu volcan d'Ebojito. (Foy« plus haut, Tom. III , p. 128, note 1.) 
' Foyez Tom. III, p. 122, note 2. 

' Les montagnes d'Ocaiia, liées à la Sierra de Pcrija, partent du chaînon oriental ^celui de la Suma Paz) au N. 0. de 
Pamplona. 

' J'ai vu à la voile les Tellas de Cispata , de Santero , de Tolu , et de San Martin (lat. 9» iS»- 9° 32'). 



206 NOTES. 

Sinu et la petite ville de Tolii, ou même les hauteurs calcaires de Turbaco et de la Popa, près de Car- 
thagène, ne puissent être regardées comme le prolongement le plus septentrional de ce second rameau. Un 
troisième s'avance vers le golfe d'Uraba ' ou du Darien, entre le Rio San Jorge et l'Atrato. Il tient, vers le 
sud, à l'alto del Viento, ou Sierra de Àbide , et se perd très-rapidement en avançant jusqu'au parallèle de 8". 
Enfin, le quatrième rameau des Andes d'Antioquia, placé à l'ouest de Zitara et du Rio Atrato, éprouve 
long-temps, avant d'entrer dans l'isthme de Panama, une telle dépression, qu'entre le golfe de Cupica et 
l'embarcadère du Rio Naipipi on ne trouve plus qu'une plaine ^ à travers laquelle M. Gogueneche a projeté 
un canal de jonction des deux mers. Il seroit intéressant de connoître la configuration du sol entre le cap 
Garachine, ou golfe de S. Miguel, et le cap Tiburon, surtout vers les .sources du Rio Tuyra et Chucu- 
naque, ou Chuchunque, pour pouvoir déterminer avec précision où commencent à s'élever les montagnes 
de l'isthme de Panama , montagnes dont la ligne défaite ne paroît pas avoir au-delà de loo toises de hauteur. 
L'intérieur du Darfour n'est pas plus inconnu aux géographes que ce terrain humide, mabain, couvert 
d'épaisses forêts, qui s'étend au nord-ouest de Betoi et du confluent du Bevara avec l'Atrato vers l'isthme de 
Panama. Tout ce que nous savons positivement jusqu'à ce jour, c'est qu'entre Cupica et la rive gauche de 
l'Atrato il y a , soit un détroit tetreslre, soit une absence totale de toute Cordillère. Les montagnes de l'isthme 
de Panama peuvent, par leur direction et par leur position géographique, être considérées comme une con- 
tinuation des montagnes d'Antioquia et du Choco ; mais il existe à peine , à l'ouest du Bas- Atrato, un seuil ou 
une foible arrête dans la plaine. On ne trouve pas dans cette contrée un groupe de montagnes interposé comme 
celui qui lie Indubitablement (entre Barquesimeto , Nirgua et Valencia) le chaînon oriental de la Nouvelle 
Grenade (celui de la Suma Paz et de la Sierra Nevada de Merida) à la Cordillère du littoral de Venezuela. 

Pour mieux graver dans la mémoire les résultats que par de laborieuses recherches j'ai obtenus sur la 
structure et la configuration des Andes, je vais les réunir sous forme de tableau, en commençant par bipartie 
la plus australe du Nouveau-Continent. On verra que la Cordillère des Andes, considérée dans son 
étendue entière, depuis l'écueil rocheux de Diego Ramirez jusqu'à l'isthme de Panama, est tantôt ramifiée 
en chaînons plus ou moins parallèles , tantôt articulée par d'immenses nœuds de montagnes. On distingue neuf 
de ces nœuds et par conséquent un égal nombre de points d'embranchemens et de ramifications. Ces dernières 
sont généralement des bifurcations : deux fois seulement, dans le nœud de Huanuco, près des sources de 
l'Amazone et de l'Huallaga (lat. 10° à 11"), et dans le nœud du Paramo de Las Papas(lat. 2°) , près des sources 
du Magdalena et du Cauca, les Andes se divisent en trois chaînons. Des bassins presque fermés à leurs extré- 
mités, parallèles à l'axe de la Cordillère, et limités par deux nœuds et deux chaînons latéraux, sont des traits 
caractérbtiques de la structure des Andes. Parmi ces nœuds de montagnes, les uns, par exemple ceux du 
Couzco' de Loxa et de Los Pastos , ont 33oo, i5oo et 1 i3o lieues carrées, tandb que d'autres non moins im- 
portans aux yeux du géologue sont restreints à de simples arrêles ou digues transversales. A ces dernières 
appartiennent les Altos de Chisinche (lat. 0° 4o' sud) et de los Robles (lat. 2 20' nord) , au sud de Quito et de 
Popayan. Le nœud du Couzco, si célèbre dans les fastes delà civilisation péruvienne, offre une hauteur 
moyenne de 1200 à i4oo toises, une surface presque trois fois plus grande que la Suisse entière. L'arrête de 
Chisinche, qui sépare les bassins de Tacunga et de Quito, a i58o toises d'élévation absolue, mais à peine un 
mille de largeur. Ni dans les Andes, ni dans la plupart des grandes Cordillères de l'ancien continent, les 
nœuds ou groupes qui réunissent plusieurs chaînons partiels , n'offrent les sommets les plus élevés : il n'est pas 
même constant que dans les nœuds il y ait toujours un élargissement de la chaîne. Cette importance de 
masse et de hauteur attribuée si long-temps aux points d'où partent plusieurs branches considérables, étoit 
fondée, soit sur des préjugés théoriques , soit sur de fausses mesures. Onseplaisoit à comparer les Cordillères 
aux fleuves qui grossissent selon qu'ils reçoivent un plus grand nombre d'affluens. 

' f'oycz plus tiaut, Tom. III, p. 161 ; et Semanario de Bogota, Tom. II , p. 83. 
' Tom. III, p. 136. 



NOTES. 



207 



HÉUlSPniBE AtlSTRlL. 



NOEUDS ET CHAINONS DES ANDES DANS L'AMÉRIQUE MÉRIDIONALE. 



Lat. 56» 33' 

Lat. 33« — ôi" 

Lat. J7" — 23» 

Lat. 220_,s. 



Lat. 20» ^ — 19» 



Lat. i5» — x4» 



Lat. Il» — 10»^ 



Lat. 5°:;_3» 



Lat. 2» 27' 



Lat. o» 4°' 



HéUISPHÈHE BOBÉAL. 



Lat. i »- 1»^ 



Rocher de Diego Ramirez. Cap de Ilorn. Andes PatagODiques. Débris des îles rocheuses des 
Huajtecas et Cfaonos. Cordillères du Chili, renforcées à l'est par les trois 
Contre-loris de la Sierra de Cordova. 
de la Sierra de Salta. 
de la Sierra de Cocbabamba et de Santa-Cruz. 



NoEOD DE Poaco ET DE PoTOsi. Divislott en deux chaînons, à l'est et à l'ouest du bassin de Tilicaca 
Chaînon oriental, M Chaînon occidental, 

Il ou de Tacna et d'Arequipa. 



ou de la Paz et de Palca. 



NoECD DO Coozco. Deuï chaînons, à l'est et à l'ouest du Rio de Jauja, élargis vers l'est par le 
contre-fort du Béni. 



Chaînon oriental, 

ou d'Ocopa et Tarma. 



Chaînon occidental, 
ou de Huancavelica, 



Nœud de Hcakcco et db Pasco. Ramification en trois chaînons séparés par les bassins de l'IIuallaga et 
du Haut-Maragnon. 



Chaînon oriental, 

ou de Pozuzu et Âluùa. 



Chaînon central, Il Chaînon occidental, 

ou de Pataz et Chachapoyas. |l oudeGuamachucoetCaxamarca 



Noeud de Loia. Deux chaînons, à l'est et à l'ouest du bassin de Cuenca. 



Nceud db l'Assday. Deux chaînons, à l'est et à l'ouest du bassin d'Alausi et d'Hambato. 
Chaînon oriental, 11 Chaînon occidental , 

ou du Cotopaxi. ou du Chimborazo. 



Noeud (ou plutôt arrête) de Chisinche. Deux chaînons, à l'est et ù l'ouest de la vallée de Quito. 
Chaînon oriental , Il Chaînon occidental 

ou d'Antisana. || ou de Pichincha. 



L'équateur passe au sommet du Cayambe (appartenant au chaînon oriental ou d'Antisana). 



Nœud de Los Pastos. Ramification en deux chaînons, à l'est et à l'ouest du plateau d'AImagaer. 



Lat. 1° 55' — 3» 20' 



Noeud des sources du Macdaleha et abeête de los Rodi.es. Trois chaînons divisés par les bassins 
du Magdalena et du Cauca. 

Chaînon central, 
ou de Guanacas, Quindiù et 
Ervè. 



Chaînon oriental , 
on de Timana , Suma Paz, 
Chita et Merida. 



Chaînon occidental, 
avec le terrain platinifére du 
Choco. 



Lat. 5; — 7" 



Nœud de la Peovibce d'Antioqdia dans lequel se réunissent seulement les chaînons de Quindiù 
et du Choco, Le chaînon oriental s'approche, par des contre-forts, vers Honda. 



Lat. 7»— 9» 



Ramification du nœud des montagnes d'Antioquia en 4 branches : 1» de la Simitarra ; 2» de Caceres, 
Nechi et Allos de Tolii ; 3» entre le Rio S. Jorge et l'Atrato ; 4° * l'ouest de l'Atrato. Cette dernière 
branche, extrêmement basse, paroît liée toutau plus parune foible arrête {senif) au groupe montueux 
de l'isthme de Panama. Le chaînon oriental des Andes de la Nouvelle-Grenade, celui de la Suma 
Paz et de la Sierra Nevada de Merida, reste séparé de la Sierra Nevada de Santa Marta parles 
plaines du Rio César; mais il se réunit par les montagnes de Barquesimeto et de Nirgua à la 
Cordiljcre du littoral de Venezuela, dont les points culminans sont la Silla de Caracas, le Bergantio, 
le Tuiimiquiri et le promontoire de Paria. 



208 NOTES. 

Parmi les bassins que présente le tableau des Andes et qui probal)lenient ont formé autant de lacs , ou de 
petites mers intérieures, les bassins de Titicaca, duRio Jauja et du Ilaul-Maragnon ont 35oo, i3oo et 2*500 
lieues carrées de surface *. Le premier est tellement fermé , qu'aucune goutte d'eau n'en peut sortir, si ce 
n'est par l'effet de l'évaporation : c'est une répétition de la vallée fermée de Mexico ^ et de ces nombreux bas- 
sins circulaires que l'on découvre dans la lune et qui sont environnés de liautes montagnes. Un immense lac 
alpin caractérise le bassin de Tiahuanaco ou Titicaca : ce phénomène est d'autant plus digne d'attention, que 
l'Amérique méridionale manque presque entièrement de ces réservoirs d'eaux douces, permanentes pendant 
la saison de sécheresse, que l'on trouve au pied des Alpes d'Europe sur les deux versans septentrional et 
méridional. Les autres bassins des Andes , par exemple ceux de Jauja, du Ilaut-Maragnon et du Cauca, 
versent leurs eaux dans des canaux naturels, que l'on peut considérer conmie autant de crevasses placées soit 
à l'une des extrémités ' du bassin , soit sur ses bords *, presque au milieu d un chaînon latéral. J'ai dû insister 
sur ceUe/orme articulée des Andes, sur ces nœuds ou arrêtes transversales, sur cette longue suite de bassins 
intérieurs, depuis le Potosi, dans le Haut-Pérou, jusqu'au Salto dcSan Antonio dans la province d'Antloqula, 
parce que, dans la continuation des Andes appelées Cordillères du littoral de Venezuela, nous retrouverons 
ces mêmes digues transversales, ces mêmes phénomènes. 

La ramification des Andes et de toutes les grandes masses de montagnes en plusieurs chaînons, mérite 
une considération particulière sous le rapport de la hauteur plus ou moins grande à laquelle se soutient le 
fond des bassins enclavés ou vallées longitudinales. Les géologues se sont occupés jusqu'ici beaucoup plus 
des resserremens successifs de ces bassins, de leur profondeur comparée aux murs de rocher qui les 
bordent et de la correspondance entre les angles rentrans et saillans que du niveau qu'atteint le fond 
des vallées. Aucune mesure précise ne nous indique encore la hauteur al)soluc des trois bassins de Titi- 
caca, de Jauja et du Haut-Maragnon s ; mais j'ai eu l'avantage de pouvoir déterminer les six autres bassins ou 
vallées longitudinales qui se suivent, comme par gradins, vers le nord. Le fond de la vallée de Cuenca , entre 
les nœuds de Loxa et de l'Assuay, a i35o t. ; la vallée d'Alausi et d'IIambato , entre le nœud de l'Assuay et 
l'arrête de Chisinche, i32o t.; la vallée de Quito*" dans sa partie orientale i34o t., et dans sa partie occidentale 
1490 t.-, le bassin d'Almaguer ii6ot.-, le bassin' du Rio Cauca, entre les hautes plaines deCall, BugaetCartago, 

1 Je vais oflrir dans cette note l'ensemble de ces évaluations qui intéressent le géologue. Area des Andes , depuis la Terre 
de Feu jusqu'au Paramo de las Rosas (lat. 9° \ bor.), où commence le terrain montueui du Tocuyo et de Barquesimeto , partie 
de la Cordillère du littoral de Vcneiucla, SS.goo lieues carrées de 20 au degré. De celte surface, les seuls quatre contre-forts de 
Cordova, Salla, Cochabamba et Béni, occupent 25,3oo I. c, et les trois bassins renfermés entre les 6° et 20° de latitude 
australe, 7200 l.c. En décomptant 35, 200 1. c. pour l'ensemble des bassins enclavés et des contre-forts, on trouve, sur 65" de 
latitude, l'area des Cordillères élevées en forme de murs, de a5,700 1. c, d'où résulte (y compris les nœuds , et ayant égard aux 
indexions des chaînons), une largeur moyenne des Andes de 18 à 30 lieues, {f^oyez plus liaut , p. igJ. ) Dans les 58,900 1. c. ne 
sont pas comprises les vallées de l'IIuallaga et du Rio Magdalena, à cause de la direction divergente des chaînons à l'est de 
Chicoplaya et de Santa-Fé de Bogota. 

' Nous le considérons dans son état primitif, en faisant abstraction de la tranchée ou coupure de montagne connue sous le 
nom de Desague de Huchaetoca. 

3 Bassin de TAmaione et du Cauca. 

' Bassin de Tarma ou du Rio Jauja , bri»é latéralement à l'est par le Mantaro. Bassin d'Almaguer, brisé latéralement à l'ouest 
parle Rio de Fatias. 

5 J 'incline à croire que le fond de la partie méridionale du bassin du Haut-Maragnon , entre Iluary et II uacarachuco, dépasse 
pour le moins 35o toises ; car j'ai trouve les eaui moyennes du Maragnon , près de Tomependa , élevées de 194 toises au-dessus 
du niveau de l'Océan ; et , d'après l'analogie du cours du Magdalena , entre Neiva et l'Angostura de Carare, le Ilaut-Maragnun 
peut avoir, pendant un cours de 4" de latitude , plus de i5o toises de chute. 

' La vallée de Quito, Inaquito et Turubamba doit être considérée géognostiquemrnt comme une même vallée avec celle de 
l'uemboet de Chillo. Les collines interposées d'ichimbiù et de Poingasi masquent cette communication. 

' Pour pouvoir comparer et ce bassin , qui est la paitie la plus fertile de la province de Popayan , et le bassin du Magdalena 
a ceui de l'ancien continent, je citerai ici les plateaux du Mysonc (38o à 4'o t.) de l'intérieur de l'Espagne (35ot.) , de la Suisse 
entre les Alpes et le Jura (370 t.), de la Bavière (2C0 t.), et de la Souabc (i5ot.). 



NOTES. 209 

5oo t. ; la vallée du Magdalena, d'abord entre Neiva et Honda , 200 t. , et plus loin, entre Honda et Mompoi , 
100 t. de hauteur moyenne au-dessus du niveau des mers '. Dans cette région, soumise à des mesures précises, 
les différens bassins offrent, depuis l'équateur, un abaissement très-sensible vers le nord. En général, l'éléva- 
tion du fond des bassins enclavés mérite une grande attention de la part de ceux qui réfléchissent sur les causes 
de la formation des vallées. Je ne nie point que les dépressions dans les plaines peuvent quelquefois 
être l'effet d'anciens courans pélagiques ou de lentes érosions. J'aime à croire que des vallées transver- 
sales, qui ressemblent à des crevasses , ont été élargies par des eaux courantes; mais ces hypothèses A^ érosions 
successives ne sauroient s'appliquer avec raison aux bassins entièrement fermés de Titicaca et de Mexico. Ces 
bassins , de même que ceux de Jauja , de Cuenca et d'Almaguer, qui ne perdent leurs eaux que par un émis- 
saire latéral et étroit, sont dus à une cause plus instantanée, plus intimement liée au soulèvement de toute 
la chaîne. On peut dire que les phénomènes des escarpemens, ou pentes étroites du Sarenthal et de la vallée 
de l'Eysack en Tyrol , se répètent à chaque pas , et sur une plus grande échelle , dans les Cordillères de l'Amé- 
rique équinoxiale. On croit y reconnoître ces affaissemens longitudinaux; « ces voûtes rocheuses qui, pour 
me servir des expressions d'un grand géologue^, se brisent, lorsqu'elles sont étendues sur un grand espace, et 
laissent des fissures profondes et presque perpendiculaires. » 

Si, pour compléter le tableau de la structure des Andes, depuis la Terre de Feu jusqu'à la Mer Polaire 
boréale, nous franchissons les limites de l'Amérique méridionale, nous voyons la Cordillère occidentale de la 
Nouvelle-Grenade, après la grande dépression qu'elle éprouve entre les bouclies.de l'Atrato et le golfe de 
Cupica, s'élever de nouveau dans l'isthme de Panama à 80 ou 100 toises de hauteur'', s'agrandir vers l'ouest, dans 
les Cordillères de Veragua et de Salamanca *, et s'étendre par le Guatimala jusqu'aux conlins du Mexique. Dans 
cet espace elle reste constamment rapprochée des côtes de la Mer du Sud , oii , depuis le golfe de Nicoya jusqu'à 
Soconusco(lat. 9" ]- 16°), se trouve une longue série de volcans^, le plus souvent isolés, et quelquefois liés à 

' Dans la région des Andes comprises enire les 4° de latitude méridionale et les j» de latitude boréale, les vallées longitudinales 
ou bassins enclavés par des chaînons parallèles ont très-régulièrement entre 1200 et i5oo toises de hauteur; tandis que les 
vallées transversales sont remarquables par leur dépression, ou plutôt par rabaissement rapide de leur fond. La vallée de Patias. 
dirigée du NE. au SO., n'a, par exemple, même au-dessus de la réunion du Rio Guacbicon avec le Quilquasè , d'après les 
mesures barométriques de M. Caldas, que 35o toises de hauteur absolue, et cependant elle se trouve entourée des plus 
hautes cimes, des Paramos de Puntaurcu et Mamacondy. (Sewan. , Tom. I , p. 28 , et Tom. H , p. i4o)- En sortant des plaines 
de la Lombardie et en pénétrant dans les Alpes du Tyrol par une ligne perpendiculaire à l'axe de la chaîne , on fait plus de 
20 lieues marines vers le nord, et l'on ne trouve encore près de Botzen le fond de la vallée de l'Adige et de l'Eysack qu'à i8i 
toises de hauteur absolue, hauteur qui n'excède que de 117 t. celle de Milan, {f'oycz plus haut, Tom. II, p. i56). Cependant , 
de Botzen à la crête du Brenncr (point culminant de 746 t.), il n'y a plus que u lieues. Le Valais est une vallée longitudinale ; 
et dans un nivellement barométrique que j'ai fait très-récemment de Paris à Naples et à Berlin, j'ai été surpris de trouver 
que, de SioD à Brigg , le fond de la vallée ne s'élève aussi que de saS à 35o t. de hauteur absolue : c'est à peu près le niveau de» 
plaines de la Suisse qui, entre les Alpes et le Jura (par exemple entre Berne, Thoun et Fribroug), ont de 2-4 à 3oo t. 

^ Léopold de Biich^ Tableau du Tyrol méridional j 1823 , p. 8. 

* Voyez plus haut, Tom. III , p. 125. 

*■ S'il est vrai , comme l'assurent les navigateurs , que les montagnes placées à l'extrémité NO. de la république de Colombia, 
et connues sous les noms de Silla de Veragua et Caslillo del Choco (dans le méridien de la Boca del Turo, et de la Laguna 
Chiriqui), sont visibles à 56 lieues de distance {Purdy, Colombian Navijjalor, p. i54), l'élévation de leurs sommets atteindrait près 
de i4oo toises et seroit peu diiférente de celle de la Silla de Caracas. 

5 f^oyezlsL liste de ai volcans de Guatimala, en partie éteints, en partie encore enflammés, que nous avons donnée, M. Arago 
et moi, dans l'Annuaire du Bureau des longitudes pour 1824 , p. i?^. Comme aucune montagne du Guatimala n'a été mesurée 
jusqu'ici, il est d'autant plus important de fixer approximativement la hauteur du Volcan de agua placé entre le Volcan de 
Pacaya et le Volcan de Fuego, appelé aussi Volcan de Guatimala. M. Juarros dit tout exprès que ce volcan qui , par des lorrçn» 
d'eau et de pierres, ruina, le 11 septembre â54i , la Ciudad Vieja , ou Almolonga (l'ancienne capitale du pays, qu'il ne faut pas 
confondre avec l'Antigua Guatimala) , conserve les neiges pendant plusieurs mois de l'année. Ce phénomène semble indiquer 
une hauteur de plus de 1750 t. [Compendio de ta Hist. de Guatemala, Tom. , p. 73-85; Tom. II , p. 35i. Remesal, Hist. de la 
Prov. de San Vicente, Lib. IV, cap. 5). 

Relation historique , Tom. III. 27 



2IO NOTES. 

des conlre-forts ou branches latérales. En franchissant l'islhme de Tehuantepec ou de Huasacualco , sur le 
territoire du Mexique, la Cordillère de l'Amérique centrale se maintient, d'abord dans l'intendance d'Oaxaca, 
à égale distance des deux océans; ensuite des i8° î aux 21° de latitude, depuis lalMisteca jusqu'aux mines de Zima- 
pan, elle s'approclie des côtes orientales. Presque sous le parallèle de la -ville de Mexico , entre Toluca, Xalapa 
et Cordoba , elle atteint son maximum de hauteur. C'est là que s'élèvent plusieurs cimes colossales à 24oo et 
2770 toises. Plus au nord, la chaîne sous le nom de Sierra Madré * se dirige au N. 40° O. vers San Miguel 
el Grande et Guanaxuato. Près de cette dernière ville (lat. 21° o' i5"), où se trouvent les plus riches mines 
d'argent du monde connu, elle prend une largeur extraordinaire, et se divise en trois branches. La plus 
orientale avance vers Charcas et le Real de Catorce, et s'abaisse progressivement (en tournant au NE.) dans 
l'ancien royaume de Léon , dans la province de Cohahuila et le Texas. Du Rio Colorado de Texas cette branche 
se prolonge , en traversant l'Arkansas (à l'ouest d'Arkopoli») , vers le confluent du Mississipi et du Missouri (lat. 
38° 5i'). Dans ces contrées elle porte le nom de Montagnes d'Ozart '^ et atteint 3oo toises d'élévation. Un 
excellent observateur, M. Edwin James, pense qu'à l'est du Mississipi (lat. 44»- 46°), les Wisconsan Hills, qui se 
prolongent au KNE. vers le Lac Supérieur, pourraient bien être une continuation des montagnes d'Ozark. 
Leur richesse en métaux semble les caractériser comme une prolongation de la Cordillère orientale du 
Mexique. Quant à la Cordillère ou branche occidentale, elle occupe une partie de la province de Guadalaxara, 
et se prolonge par Culiacan, Arispe, et les terrains aurifères delà Pimerla Alta et delà Sonora jusqu'aux bords 
du Rio Gila (lat. 3.î°- 3i°) , une des plus anciennes demeures des peuples aztèques. Nous verrons bientôt que 
ce chaînon occidental paroît lié , par des contre-forts qui avancent vers l'ouest, aux Alpes maritimes de la 
Californie. Enfin la Cordillère centrale d'Anahuac, qui reste la plus élevée, se dirige d'abord, du sud-est 
au nord-ouest, par Zacatecas vers Durango, puis du sud au nord , par Chihuahua, vers le Nouveau-Mexique. 
Elle prend successivement les noms de Sierra de Acha, Sierra de Los Mimbres, Sierra Verde et Sierra 
de las Grullas, et se réunit, vers les 29° et 3o° de latitude, par des contre-forts, aux deux chaînons latéraux, 
ceux de Texas et de la Sonora, ce qui rend la séparation de ces cbainons plus imparfaite que les trlfurcations 
des Andes dans l'Amérique méridionale. 

La partie des Cordillères du Mexique, qui est la plus riche en couches et Glons argentifères , est comprise entre 
les parallèles d'Oaxaca et de Cosiquiriachi (lat. 16° 1-29°) ; les seub terrains de rapport ou d'alluyion, qui con- 
tiennent de l'or disséminé , s'étendent encore quelques degrés de plus vers le nord '. C'est un phénomène bien 
remarquable de voir l'or de lavage de Cinaloa et de la Sonora, comme celui de Barbacoas et du Choco, au 
sud et au nord de l'isthme de Panama, uniformément placé à l'ouest de la chaîne centrale, sur le Tersant 
opposé à l'Océan-Pacifique. Les traces d'un feu volcanique encore actif, qui ne s'étoient plus montrées, sur 
une longueur de 200 lieues, depuis Pasto et Popayan jusqu'au golfe de Nicoya (lat. i°J-9° i), deviennent 
très-fréquentes sur les côtes occidentales duGuatimala (lat 9°!- 16") : elles cessent de nouveau dans les mon- 
tagnes de granite-gneis d'Oaxaca, et reparoissent, peut-être vers le nord pour la dernière fois, dansla Cordillère 
centrale d'Anahuac, entre les 18° î et 19° i de latitude, où les volcans de Tuxtla, d'Orizaba, de Popoca- 
tepetl, de Toluca, de Jorullo et de Colima, paroissent placés sur une crevasse* qui s'étend de l'ESE. à 

* Dans la partie NE. de l'ancienne intendance de Mexico , entre Zimapan , El Doctor et Ixmicnilpan. 

' Ozark est à la fois l'ancien nom de l'Arkansas et de la tribu des Indiens Quavrpaws qui habitent les bords de cette grande 
rivière. Le point culminant des SJonIs Ozarck se trouve, par les S;» 7 de latitude, entre les sources dn Wbite et Osage River. 
(Long. E.vpcd. to the Rocky Mount., i8a3. Tome II, p. 80, 409, iii.) 

' D'après la division de» mines du Mexique en huit groupes {Foyez mon £«01 Polit. , Tom. Il, p. Soa), les mines de Cosiqui- 
riachi , Batopilas et du Parral appartiennent au groupe de Chihuahua , dans l'intendance de Durango ou de la Nouvelle-Biscaye. 

^ Sur cette zoncdes volcans et le parallrle des plus grandes hauteurs de la Nouvelle-Espagne, voyez , t. c. , Tom. I , p. 253. Si le» 
lelèvcmens croisés du capitaine Basil-Hall (Êx/rnc(î froma Journal wriltcn on Ihecoasis of Chili, P cru and Mexico , i8a4, Vol. II, 
p. 3;9) , donnent des résultats également certains en latitude qu'en longitude , le Volcan de Colima se trouve au nord du paral- 
lèle de Puerto de Kavidad , par 19° 56' de latitude , et , comme le Volcan de Tuitla , sinon hors de la zone , du moins hors du 
parallèle moyen du feu volcanique au Mexique, parallèle qui paioit tomber entre 18° 59' et 19* la'. 



NOTES. 211 

rONO. d'un océan à l'autre. Cet alignement des cimes , dont plusieurs entrent dans la limite des neiges per- 
pétuelles , et sont les plus hautes cimes que présentent les Cordillères depuis le Pic de Tolima ( lat. 4" 46' bor.) , 
est presque perpendiculaire au grand axe de la chaîne du Guatimala et d'Anahuac , dirigée jusqu'au parallèle 
de 27 ' constamment N . 42° E. C'est , comme je l'ai fait observer plus haut , un trait caractéristique de tout nœud 
ou élargissement des Cordillères d'offrir des sommets dont l'agroupement est indépendant de la direction 
générale de l'axe. Dans la Nouvelle-Espagne, le dos même des montagnes forme des plaines très-élevées qui 
permettent aux voitures de rouler sur 4oo lieuesde longueur, depuisla capitale jusqu'à Santa-Fe etTaos, près des 
sources du Rio del Norte. Ce plateau immense se soutient constamment par les ly" et 24° 7 de latitude 
à gSo et 1200 toises de hauteui-, c'est-à-dire à la hauteur des passages du Grand-Sainl-Bernard et du 
Splugen. Sur le dos des Cordillères d'Anahuac, qui s'abaisse progressivement de la ville de Mexico vers 
Taos (limite boréale des Provincias internas), on rencontre une série de bassins. Ils sont séparés les uns des 
autres pardes collines qui frappent peu les yeux du voyageur, parce qu'elles ne s'élèvent que de aSo à 4oo toises 
au-dessus des plaines environnantes. Ces bassins sont, tantôt fermés, comme la vallée de Tenochtitlan , où se 
trouvent de grands lacs alpins, tantôt ils offrent les traces d'anciens émissaires dépourvus d'eau. 

Entre les 33° et 38° de latitude , le Rio del Norte , dans son cours supérieur, forme une grande vallée longi- 
tudinale. La chaîne centrale même y paroît divisée en plusieurs rangées par.iUèles. Celle disposition 
continue , vers le nord , dans les Montagnes Rocheuses '■ où , d'après les travaux courageux du capitaine Pike , 
du major Long et du docteur Edvein James, entre les parallèles de Sj" et 4 1°, plusieurs sommets couverts de 
neiges éternelles (Spanish Peak, James Peak et Bighorn)^ ont de 1600 à 1870 toises de hauteur absolue. 
Vers les 4o° de latitude , au sud des sources du Padouca , affluent de la Piivière Flatte , on voit se séparer de la 
chaîne centrale, vers le NE., une branche connue sous le nom des Côtes Noires^. Les Montagnes Rocheuses 
semblent d'abord s'abaisser beaucoup par les 46° 48'; puis elles s'exhaussent par les 48' et 49° où leurs crêtes 
ont 1200 à i3oo toises, leurs cob près de gSo toises. Entre les sources du Missouri et la rivière de Lewis, un 

' Les Rochy Mountain! ont été désignés, à diQ'érentes époques, par les noms de Chyppewyan , Missouri, Cotumbian , Caous , 
Slony, Shinini; et Sandy Mountains. (foyez Long. Exped, , Tom. Il, p. 4o5 ; et Humb. , Bel. hitt. , Tom. II, p. 5.) 

2 Ces pics, de granité ampbibolique , ne forment pas trois montagnes isolées: chaque pic a plusieurs sommets pointus. 
Spanish Peak (lat. 37" 20', long. 106" 55') est placé entre la source de la branche septentrionale (A^orf/iern Forh) de 
Canadian River et la source de l'Arkansas. C'est peut-être la Sierra de Taos des anciennes cartes mexicaines, au NNE. de 
Taos [leTous de Melish et de tant de cartes publiées aux Étals-Unis). Au Spanish Peak succède, vers le nord, James Peak 
( lat. 33° 38', long. 107» Si' ) , entre les sources de l'Arkansas et du Padouca , affluent de la Rivièie Platte ( ISe-brasca) , 
c'est-à-dire eau de peu de fond, en langue des Indiens Otoes, et non, comme porte naïvement une nouvelle carte fran- 
çolse, Rio de la Ptala, rivière d'argent!) Enfin , par lat. 40° 3', iong. io8° 3o', s'élève, entre les deux branches de la Rivière 
Platte, le Digliorn ou Pic principal [Highest Peak) du capitaine Pike, peut-être la Sierra de Almagre des habitans du Nouveau- 
Mexique. De ces trois grandes masses de mootagneii, celle du milieu, James Peak, est évaluée à ii,5oo pieds anglois (1798 toises) 
de hauteur absolue ; mais de cette hauteur il n'y a que 8507 pieds anglois ( i33o t.) mesurés trigonometriqucment : la hauteur de 
la base au-dessus du niveau de la mer i468 toises) ne se fonde pas sur une mesure barométrique, mais sur des évaluations un 
peu vagues des pentes des trois rivières Platte , Missouri et Mississipi {Long. Exped. , Tom. II , p. 32, 382. Ap., p. xxxviii). 
Le capitaine Pike, d'après des hypothèses analogues, mais certainement moins bonnes que celles du major Long et de M. James, 
avoit assigné à ce plateau ou aux plaines adossées aux Montagnes Rocheuses j25o toises d'élévation. Dans deux 
coupes, M. James assigne aux plus hauts sommets des Montagnes Rocheuses, par 35*> de latitude, io,5oo pieds anglois 
(1642 t.) ; par les 4i°, près de 12,000 pieds anglois (1876 t.). La limite inférieure des neiges perpétuelles lui a paru par les 
38°^ de latitude à i53o t., hauteur qui correspond, dans le système des climats européens, à 4o° de latitude. Les positions 
astronomiques que le major Longassigne à la pente orientale des Montagnes Rocheuses (107° 20' à l'ouest de Paris par 58° de 
latitude ) paroissent mériter beaucoup de confiance , les pics étant liés par des lignes chronométriques et quelques observations 
des satellites de Jupiter au Mississipi : mais il ne faut point oublier que le gisement des pics par rapport à Taos et à Santa-Fe 
dn Nouveau-Mexique est beaucoup plus incertain. Lafora et Rivera diffèrent de 18' sur la latitude de Santa-Fe , et les combi- 
naisons dont j'ai pu déduire la différence des méridiens de Santa-Fe et de Mexico sont loin d'être rassurantes, {yoycz moo Essai 
polit., Tom. I, p. XL.) J'attends avec impatience des observations astronomiques faites à l'ouest des Pics. 

' Black Hills , qui ont au plus 260 toises de hauteur. Ils se prolongent vers le parallèle de 4€°< 



212 NOTES. 

des afiluens de l'Oregon ou Columbia, les Cordillères forment, en s'élargissant, un coude qui rappelle celui du 
nœud du Couzeo '. C'est là aussi que se trouve, sur la pente orientale des Montagnes Rocheuses, le partage 
d'eau entre la IMer des Antilles et la Mer Polaire. Ce point correspond à ceux que nous avons signalés plushant 
dans les Andes de l'Amériquc-Méridionalc, à l'est, sur le contre-fort de Cochabamba (lat. 19"- 20" austr.); 
à l'ouest, dans l'Allo de los Robles (lat. 2° 20' bor.). L'arrête qui part des Montagnes Rocheuses se prolonge 
de l'ouest à Test vers le Lac Supérieur, entre les bassins de Missouri et celui des lacs Winnipeg el des Esclaves. 
Nous avons vu la Cordilli;re centrale du Mexique et les Montagnes Rocheuses suivre la direction N 10° O. 
depuis les 25° aux 38" de latitude : de ce point à la Mer Polaire, la chaîne se prolonge dans la direction 
N. 24° O., et aboutit sous le parallèle de 69° à l'embouchure de la rivière de Mackensie '^. 

En développant ainsi à grands traits la structure de la Cordillère des Andes, depuis les 56° sud jusqu'au-delà 
du cercle arctique, nous avons reconnu que son extrémité boréale (long. i3o° 3o') se trouve presque 61° de 
longitude à l'ouest de son extrémité australe (long. 69° 'lo'). C'est l'effet de la longue durée d'une direction 
SE-NO. au nord de l'isthme de Panama. Par l'élargissement extraordinaire que prend le Nouveau-Continent', 
par les 3o" et les 60° de latitude boréale, la Cordillère des Andes, constamment rapprochée des côtes 
occidentales dans l'hémisphère austral, s'en éloigne de '100 lieues au nord des source* de la Rivière de la 
Paix. Les Andes du Chili peuvent être considérées commodes Alpes maritimes '; tandis que, dans leur conti- 
nuation la plus septentrionale , les Montagnes Rocheuses sont une chaîne de l'intérieur d'un continent. Il existe 
sans doute, entre les 23° et 60° de latitude, depuis le cap Saint-Lucas en Californie jusqu'à Alaska, sur les 
côtes occidentales de la Mer du Kamtschatka, une véritable Cordillère du littoral; mais elle forme, comme 
nous l'avons déjà indiqué plus haut *), un système de montagnes presque entièrement distinct des Andes 
du Mexique et du Canada Ce système, que nous appellerons la Cordj/fe're <fe Californie ou de la Nouvelle- 
Albion , est lié entre les 33° et 34° à la Pimeria alta et à la branche occidentale des Cordillères d'Anahuac; 
entre les 45° et 53° de latitude, par des arrêtes transversales et des contre-forts qui s'élargissent vers l'est, 
aux ÎSIonlagnes Rocheuses. Des voyageurs instruits qui parcourront un jour le terrain inconnu entre le cap 
Mendocino et les sources du Rio Colorado, nous apprendront si cette liaison des Alpes maritimes 
de la Californie ou de la Nouvelle-Albion à la branche occidentale des Cordillères du Mexique ressemble à 
celle <iue, malgré la dépression, ou plutôt l'interruption totale que l'on observe à l'ouest du Rio Atrato, les 
céoeraphcs admettent entre les montagnes de l'isthme de Panama et la branche occidentale des Andes de la 
Nouvelle-Grenade. Les Alpes maritimes, peu élevées dans la péninsule de la Vieille-Californie, s'é- 
lèvent progressivement vers le nord dans la Sierra de Santa Lucia ( lat. 34° \ ) , dans la Sierra de 
San Marcos (lat. 37°- 38°) et dans les montagnes neigeuses qui avoisinent le cap Mendocino (lat. 39°- 4i°). 
Ces dernicies paroissent atteindre pour le moins i5oo toises de hauteur. Depuis le cap Mendocino, la chaîne 
suit les sinuosités de la côte de l'Océan-Pacifique, dont elle reste cependant éloignée de 20 à 25 lieues. Entre 
les hautes cimes du Mont Hood et du Mont Saint-Helen , par les 45° ^ de latitude, elle est brisée par le grand 
Rio Colombia. Dans le Nouveau-Hanovre, le N.-CornouaiUe, et le N.-Norfolk ' se répètent ces déchiremens 
d'une côte rocheuse, ces phénomènes géognostiques des /îo>(fo que caractérisent la Patagonie occidentale et 

« Voyei plus Iiaut, Tom. III, p. 198. 

* Le bord oriental des Montagnes Rocheuses se trouve 

par 58° de latitude par 1 07° 30' de loogitade. 

io' >o8» 3o' 

63° 124° 4°' 

68° i5o° 3o' 

' Géogoostiquemcnt parlant , une cliaine do littoral n'esc pas une rangée de montagnes que forme elle-mime la côte. On 
étend ce nom à une chaîne qui est séparée de la côte par une plaine étroite. 

• Tom. m, p. 194. 

9 llarmon, Journal of ïravels in the interior of Nortb America, p. 78. 



NOTES. 2l3 

la Nonvège. Là où la Cordillère tourne à l'ouest ( lat. 58° f, long. iSg" 4o' ) , sont placés deux pics volca- 
niques ', dont l'un, le Mont Saint-Elie, égale presque la hauteur du Cotopaxi ; l'autre, la Montagne de Beautems, 
celle du Mont-Rose. Le premier excède, en élévation, tous les sommets des Cordillères du Mexique et des 
Montagnes Rocheuses, au nord du parallèle de 19° j : il est même, dans l'hémisphère horéal, le point culmi- 
nant de tout le monde connu au nord des 5o° de latitude. Vers le nord-ouest des pics de Saint-EIie etdeBeau- 
tems , la chaîne de Californie prend un élargissement extraordinaire "^ dans l'intérieur de l'Amérique russe. Les 
volcans augmentent en nombre selon que l'on avance vers l'ouest, dans la péninsule d'Alasca et dans les îles 
des Renards , où le volcan Ajagedan s'élève à 1175 toises •* de hauteur au-dessus du niveau de l'Océan. C'est 
ainsi que la chaîne des Alpes maritimes de Californie paroît minée par des feux souterrains à ses deux extré- 
mités j vers le nord, par les 60° de latitude, et vers le sud par les 28° dans le volcan des Vierges *. S'il étoit 
certain que les Montagnes de Californie appartinssent à la branche occidentale des Andes d'Anahuac, on 
pourroit dire que le feu volcanique, encore actif, abandonne la Cordillère centrale dès qu'elle s'éloigne des 
côtes, c'est-à-dire depuis le Volcan de Colima, et que ce feu se porte au nord-ouest par la péninsule de la 
Vieille-Californie , par le Mont Saint-Elie et par la péninsule d'Alaska , vers les îles Aleutes et le Kamtschatka . 
Je terminerai le tableau de la structure des Andes, en récapitulant les traits principaux qui caractérisenl 
les Cordillères au nord-ouest du Darien. 

Lat. 8°- 11°. Montagnes de l'isthme de Panama, de Veragua et de Costa-Rica, foiblement liées au chaînon 
occidental de la Nouvelle-Grenade, qui est celui du Choco. 

Lat. 11"- \&°. Montagnes de Nicaragua et du Guatimala; volcans allignés N. 5o° O., en grande partie 
encore actifs , depuis le golfe de Nicoya jusqu'au Volcan de Soconusco. 

Lat. i6°- 18°. Montagnes de granite-gneis de la province d'Oaxaca. 

Lat. 18» i- 19° j. Nœud trachytique d'Anahuac, parallèle des Nevados et des volcans enflammés du Mexique. 

1-at. 19° i- 20°. Nœud de montagnes métallifères de Guanaxuato et de Zacatecas. 

Lat. 21° |- 22'. Division des Andes d'Anahuac en trois chaînons : 

Chaînon oriental (du Potosi et de Texas), continué par les Monts Ozark et Wisconsan jusqu'au Lac Su- 
périeur. 

Chaînon central (deDurango, du Nouveau- Mexique et des Montagnes Rocheuses) , envoyant, au nord 
des sources de la Rivière Flatte (lat. 42°), un rameau (les Côtes noires) vers le NE., s'élargissant Jjeau- 
coup entre les parallèles de 46° et 5o°, et s'aljaissant progressivement à mesure qu'il se rapproche 
de l'embouchure de la Rivière de Mackensie (lat. 68°). 

Chaînon occidental (de Cinaloa et de la Sooora). Il se lie par des contre-forts (lat. 33"-34°) aux Alpes 
maritimes ou Montagnes de la Californie. 

Nous n'avons encore aucun moyen de juger, avec quelque précision, de l'élévation des Andes au sud du 
nœud des montagnes de Loxa (lat. australe 3°- 5°) ; mais nous savons qu-'au nord de ce nœud , les Cordillères 
s'élèvent cinq fois au-dessus de la hauteur majestueuse de 2600 toises : 

' Des Jiesarei trigonométriques faites par l'expédilion de MalaspiDa , et qui paroissent mériter toute confiance , donnent .i« 
Mont Saint-Elie (lat. 6o« 17' 35') , non comme le veut Laperouse, 1980 toises, mais 2793 t.; au Mont Beautems (Fairmealher, 
Montana de Buentiempo, lat. Sg» 0' 42"), 23o4t. Voyez Relacion det f'iage <tl Estreclio de Fuca, 180a, p. civ et cxc. Comme le 
peu de soin qui a été mis à la publication du Voyage de Laperouse est la cause de beaucoup d'erreurs, qu'on a faussement 
attribuées à cet illustre et infortuné navigateur {KruscmUm , Reise um des Weit., Tom. II, p. i5), il serait important de 
vérifier la mesure du Mont Saiot-Élie sur le manuscrit des journaux de route rapportés en France. 

2 Voyez mon Essai Polit, sur la Kouv.-Esp., Tom. I , p. 349. 

' D'après la mesure de M. de Kotzebue. 

' Volcanes de las Virgencs. La plus hante cime de la Vieille-Californie , le Cerro de la Giganta ( 700 toises), paroil aussi un 
volcan éteint. [Manuscrit du cohnel Coslanzo). 



2l4 NOTES. 

Dans le groupe de Quito, de o" à aolat. australe (Chimborazo, Antisana, Cayambe, Cotopaxi,Collane», 
Yliniza, Sangai, Tunguragua). 

Dans le groupe de Cundinamarca , lat. 4" i nord. (Pic de Tolima, au nord des Andes de Quindiù). 

Dans le groupe d'Anahuac, de 18° 69' à 19» 12 (Popocatepetl ou Grand Volcan de Mexico et Pic 
d'Orizaba). Si l'on considère les Alpes maritimes ou Montagnes de Californie et du Nouveau- 
Norfolk, soit comme une continuation du chaînon occidental du Mexique, celui de la Sonora, soit 
comme lié par des contre-forts (lat. 48°) au chaînon central, celui des Montagnes Rocheuses, on 
peut ajouter aux trois groupes précédens : 

Le groupe de l'Amérique Russe, lat. 60°- 70° (Mont Saint-Elie). Sur une étendue de 63» en latitude, 
je ne connois encore que 12 cimes des Andes qui égalent la hauteur de 2600 t. et dépassent par 
conséquent de i4o toises la hauteur du Mont-Blanc. De ces la cimes, il y eu a seulement trois placées 
au nox'd de l'isthme de Panama. 

/3. Groupe isolé ses Montagnes keiceuses de Sakta Mahta. Dans l'énumération des difiërens systèmes de 
montagnes, je place ce groupe avant la chaîne du littoral de Venezuela, quoique cette dernière , comme pro- 
longement septentrional de la Cordillère Je Cundinamarca, se lie immédiatement à la chaîne des Andes. La 
Sierra Nevada deSanla Maria est renfermée entre deux branches divergentes des Andes , celle de Bogota et celle 
de l'istlime de Panama. Elle s'élève brusquement, semblable à un château fort, au milieu des plaines qui s'étendent 
du golfe du Darien par l'embouchure du Magdalcna au lac de Maracaybo. J'ai déjà signalé plus haut ' 
l'ancienne erreur des géographes, d'après laquelle ce groupe isolé de montagnes couvertes de neiges éternelles 
a été considéré comme l'extrémité des hautes Cordillères de Chita et de Pamplona. La crête la plus 
élevée de la Sierra Nevada de Santa Marta n'a que trois à quatre lieues de long dans la direction de l'est à 
l'ouest ; elle est limitée ( à g lieues de distance de la côte) par les méridiens des caps de San Diego et 
de San Agustin. Les points culminans, appelés El Picacho et la Horqueta '^, se trouvent placés près du bord 
occidental du groupe ; ils sont entièrement séparés du Pic de San Lorenzo, également couvert de neiges éter- 
nelles, mais seulement éloigné de quatre lieues du port de ^anta Marta , vers le SE. C'est ce dernier pic que 
j'ai vu des hauteurs qui environnent le village de Turbaco ', au sud de Carlbagène. Aucune mesure précise 
ne nous a fait connoîlre jusqu'ici la hauteur de la Sierra Kevada, que Dampierre avoit déjà nommée une 
des plus hautes montagnes de l'hémisphère boréal. Des combinaisons fondées sur le maximum de distance à 
laquelle ce groupe a été vu en mer, lui donnent plus de 3oo4 toises de hauteur*. Cette mesure, malgré les 
incertitudes de la réfraction terrestre, laisseroit moinsà désirer si elle avoit été faite dans le méridien de la Hor - 
quêta même, et si les erreurs de la longitude du navire ne rendoieut pas incertaine la distance aux sommets nei- 
"eux. La preuve directe de Tisolement du groupe des montagnes de Santa Marta se trouve dans le climat ar- 
dent des terrains [tierras calientes) qui l'entourent , à l'est, vers le Rio Palomino; au sud, vers les villages de 
Valencia de Jésus et de Santa Maria Angola, vers les sowces du Rio César et vers le Falle de Vpar, an- 
ciennement connu sous le nom de la V illa de Reyes; à l'ouest , vers le Rio Aracataca ^ . De foibles arrêtes e t 

« Tom. lll.p. 189. 

5 D'après les obscrrations de M. Fidalgo (Titrra firme , hoja tercera, Madrid, 1817), la Horqueta se trouve située parlât. jo°Si', 
et long. 67» ag' Cad., en supposaot S. Marta long. 68° 0' Cad.; d'où il résulte , si l'on adopte pour ce dernier port, avec M. Olt- 
mans, 76° 29' Par., pour la Horqueta 75» 58' Par. 

> Vie de San Lorenio, d'après Fidalgo, lat. 1 1« 6' 45', long. 67» 5o' Cad. Turbaco , d'après mes observations, lat. 10° i8'5", 
long. 77° 4'' 5'' P*"". G*' méridiens de Cadiz et de Paris diffèrent de 8° 37' 37'). 

» Pombo, Koliclai varias sobre las Quittas, i8i4 , p. 67 et 139. Dans cet ouvrage rempli de connoissances utiles , la latitude du 
Pic de San Lorento est indiquée 10° 7' i5', an lieu de ii» 7' i5', erreur qui est d'autant plus dangereuse que la Horqueta y 
est appelée ia Sierra mas avanzada al mar. 

' Mss, du général Cortès. 



NOTES. 



2l5 



une suite de collines Indiquent peut-être une ancienne liaison de la Sierra Nevada de Santa Maria, d'un côté par 
V^lto de Las Minas ' (à l'ouest de la Laguna Zapatosa) afec les rochers phonolitiques et granitiques du Pefiou 
et de Banco * ; de l'autre, par la Sierra de Perija avec les montagnes de Chiliguana et d'Ocaiia, qui sont les 
contre-forts ^ du chaînon oriental des Andes de la Nouvelle-Grenade. Dans ce dernier chaînon , les espèces 
fébrifuges de quinquina {corollis hirsutis , staminibus incluais) qui avancent le plus au NE., sont celles de la 
Sierra Nevada de Merida*; mais de toute l'Amérique du Sud les vrais Cinchona les plus septentrionaux, se 
trouvent dans la région tempérée de la Sierra Nevada de Santa Marta. 

«. Chainx du littorai. de Venezuela. C'est le système de montagnes dont la configuration et la direc- 
tion ont exercé une influence si puissante sur l'état de la culture et du commerce de l'ancienne Capitania 
général de Venezuela. On lui donne différens noms (montagnes de Coro, de Caracas, du Bergantin , de 
Barcelone , de Cumana et de Paria) ; mais ces noms appartiennent tous à la même chaîne , dont la partie sep - 
tentrionale longe constamment la côte de la Mer des Antilles. Il seroit superflu de rappeler ici de nouveau 
que ce système de montagnes , qui a x6o lieues de long =, est un prolongement de la Cordillère orientale des 
Andes de Cundinamarca. La liaison de la chaîne du littoral avec les Andes est immédiate comme l'est celle des 
Pyrénées avec les Montagnes d'Asturie et de Galice; elle n'est pas l'effet d'arrêtés transversales, comme la 
liaison des Pyrénées avec les Alpes de la Suisse par la Montagne Noire et les Cévennes. Les points de jonction 
que les cartes ont si mal indiqués jusqu'ici, se trouvent entre Truxillo, Tocuyo et le Lac de Valencia. 
Voici les détails de cette jonction : 

Nous avons fait observer plus haut que le chaînon oriental de la Nouvelle-Grenade se prolonge au NE. , 
tant par la Sierra Nevada de Merida que par les quatre Paramos de Timotes, Niquitao, Boconô et de las 
Rosas, dont la hauteur absolue ne peut être moindre de i4oo à 1600 toises. Après le Paramo de las 
Rosas , plus élevé que les deux qui le précèdent, il y a une grande dépression ; on ne trouve plus de chaîne 
ou de crête distincte, mais un terrain montueux ' et de hauts plateaux qui entourent les villes de Tocuyo et 
de Barquisimeto. Nous ignorons l'élévation même du Cerro del Altar, entre Tocuyo et Caranacatù ; mais nou 
savons, par les mesures récentes de MM. Rivero et Boussingault, que les endroits les plus habités ont 3oo 
à 35o toises d'élévation au-dessus du niveau de l'Océan. Les limites du terrain montueux entre le Tocuyo et 
les vallées d'Aragua sont , au sud , les plaines de San Carlos ; au nord , le Rio de Tocuyo , dans lequel se jette 
le Rio Siquisique. Du Cerro del Altar au NE. , suivent, vers Guigue et Valencia, comme points culminans ', 
d'abord les Montagnes de Santa Maria (entre Buria etNirgua), puis le Picacho de Nirgua, que l'on croit de 
600 toises de hauteur; eufm Las Palomeras et El Torito (entre Valencia et Nirgua). La ligne de partage d'eau 
se prolonge de l'ouest à Test depuis Qulbor jusqu'aux hautes savanes de Londres, près de Santa Rosa. Au nord , 
lesi eaux coulent vers le Golfo triste de la Mer des Antilles ; au sud , vers les bassins de l'Apure et de l'Orénoque. 
Tout ce pays montueux , que nous venons de faire connoître, et par lequel la chaîne du littoral de Caracas se 
rattache aux Cordillères de Cundinamarca, a joui de quelque célébrité en Europe' au milieu duseizième siècle; car 
la partie de granile-gnets, renfermée entre le Rio Tocuyo et le Rio Yaracui, offre les filons aurifères de Buria et 
la mine de cuivre d'Aroa, qui est encore en exploitation de nos jours. Si l'on trace à travers le nœud des mon- 
tagnes de Barquisimeto les méridiens très-rapprochés d'Aroa , de Nirgua et de San Carlos, on observe qu'au 

* C'est un proIoDgement de la Sierra Nevada vers le SO. 

' Sur les bords du Rio Magdaleua , ud peu au nord de Xamalameque et du Regidor, dont j'ai trouvé la lat. 8' 3o', et la long. 
76° i3'. 
' Tom. III, p. îoS. 

* Tom. III, p. 102. 

' C'est plus que la double longueur des Pyrénées , depuis le cap de Creuz jusqu'à la pointe de Figuera. 

* foyei plus haut, Tom. II , p. laS.etTom. III, p. loi. 
' Mss. du général Cortès. 

» Tom. I , p. 6J9. 



2l6 NOTES. 

NO. ce nœud se lie à la Sierra de Coro , appelée aussi Sierra de Santa Lucia , au NE. aux montagnes de 
Capadare, de Porto-Cabello et de la Villa de Cura. Il forme, pour ainsi dire, le mur oriental de cette vaste 
dépression circulaire dont le Lac de Maracaybo est le centre, et qui est bordée, au sud et à l'ouest, par les 
montagnes de Merida, d'Ocafia, de Perija et de Santa Marta. 

La chaîne du littoral de Venezuela , dont l'ciistence avoit déjà été reconnue par Pierre Martyr d'Anghiera *, 
ofiFre, vers soncentreet vers l'est, les mêmes phénomènes de structure que nous avons signalés dans les Andes du 
Pérou et de la Nouvelle-Grenade ; savoir : la division en plusieurs rangées parallèles et la fréquence des bassins 
ou vallées longitudinales; mais, comme lesirruptionsdelamerdesAntllles paroissent avoir englouti très-ancien- 
nement une partie des montagnes du littoral, les rangées ou chaînons partiels se trouvent interrompus, et 
quelques bassins sont devenus des golfes océaniques. Pour saisir dans son ensemble la Cordillère de Venezuela , 
il faut étudier avec soin la direction et les sinuosités de la côte depuis la Punta Tucacas (à l'ouest de Porto-Cabello) 
jusqu'à la Punta de la Galera de l'île de la Trinité. Cette île , celles de Los Testigos , de la Marguerita et de la 
Tortuga constituent, avec les micaschistes de la péninsule d'Ara ya, un même système de montagnes. Les 
roches granitiques qui viennent au jour entre Buria, Duaca et Aroa ^, traversent la vallée du Rio Yaracui 
et se rapprochent du littoral où elles se prolongent comme un mur continu depuis Porto-Cabello jusqu'au 
Cap Codera. C'est ce prolongement quiforme le chaînon septentrional de la Cordillère de Venezuela, c'est celui 
que l'on traverse en allant du sud au nord, soit de Valencia et des vallées d'Aragua à Burburata et Turiamo , 
soit de Caracas à La Guayra. Des sources chaudes ^ jaillissent de ses flancs, celles de Las Trincheras 
(90",4) à sa pente septentrionale ; celles d'Onoto et de Mariara , de sa pente méridionale. Les premières 
sortent d'un granité à gros grains très-régulièrement stratifié; les dernières , d'une roche de gneis. Ce qui 
caractérise surtout le cliainon septentrional, c'est qu'il renferme la plus haute cime, non seulement du 
système des montagnes de Venezuela, mais de toute l'Amérique méridionale, à l'est des Andes. Le 
sommet oriental de la Silla de Ciracas a, selon ma mesure barométrique faite en 1800, la hauteur de 
i35o toises*. MM. Boussingault et Rivero ont porté, en 1822, un excellent baromètre de Fortin sur 

' Océanien (éd. iS3i) Dec. Ul, lib. 4, p. 5j. 

^ A l'est de Saa Felipe, daas le nœud de montagnes de Tocuyo et de Barquisimeto. 

' ^'oyez plu» haut, Tom. I, p. 453; Tom. H, p. 27, 83, 97, 99 et i36. D'autres sources chaudes de la Cordillère du 
littoral sont celles de S. Juan, du Provisor, du Brigantin , du golfe de Cariaco, de Cumacatar et d'irapa. MM. Rivero et 
Boussingault qui ont visité les eaux thermales de Mariara, en février 1833, pendant leur voyage de Caracas à Sanla-Fe de 
Bogota , ont trouvé le maximum de ces eaux de 64° cent. Je ne l'avois trouvé , dans la m£me saison , que de Sg",!. Le grand 
tremblement de terre du a6 mars i8u auroitil inDué sur la température de ces sources? Les habiles chimistes que je viens 
de citer ont été frappés comme moi de la grande pureté des eaux chaudes qui sortent des roches primitives du bassin 
d'Aragua. ■ Celles d'Onoto qui sourdent à 36o toises de hauteur au-dessus du niveau de la mer, n'ont aucune odeur d'hydro- 
gène sulfuré : elles sont sans saveur et ne précipitent ni par le nitrate d'argent ni par aucun réactif. Évaporées , elles laissent 
un résidu inappréciable qui consiste en un peu de silice et une trace d'alcali. Elles n'ont que 44°, 5 de température ^ et les 
bulles d'air qui se dégagent par intermittence sont à Onoto, comme dans les eaux thermales de Mariara, du gaz azote pur 
{Voyez plus haut , Tom. 111 , p. 4o)- Les eaux de Mariara { 344 toises) ont une foible odeur d'hydrogène sulfuré. Par l'éva- 
poration, elles laissent un léger résidu qui donne de l'acide carbonique, de l'acide sulfurique, de la soude, de la magnésie et 
de la chaux. Ces quantités sont si petites que l'eau est absolument sans saveur. (Lettre de M. Boussingault à M. de 
Humboldt, dans \ti Annales dePhys. et de Chimie, Tom. XXVI, p. 81. Je n'ai trouvé, pendant tout le cours de mes voyages, que 
les seules sources de Comangillas (près Guanaxuato au Mexique) qui soient encore plus chaudes que les eaux thermales de las 
Trincheras, situées au sud de Porto-Cabello. Ces eaux de Comangillas sourdissent a io4o t. de hauteur, et sont également 
remarquables par leur pureté et par leur température de 96°, 3 cent. 

^ Tom. I , p. 6ao, €oS; Tom. Il, p. 11. La Silla de Caracas n'est que de 80 t. plus basse que le Canigou dans les Pyrénées. 
Comme Caracas , Santa-Fe de Bogota et Quito peuvent être considérés comme les trois capitales de Colombia , je rappellerai 
ici, pour établir une comparaison précise de la hauteur de ces trois villes, que les habitans de Caracas reconnoissent à la 
fois, dans le sommet de la Silla qui domioe leur ville , le niveau des plaines de Bogota et un point de i5o toises moins 
élevé que la grande place de Quito. 



NOTES. 217 

ce même sommet et l'ont trouvé de i35i i toises; ce qui prouve que, malgré les éLoulemens qui ont eu 
lieu sur la SiUa pendant le grand tremblement de terre de Caracas, cette montagne ne s'est pas afiaissée 
de 5o à 60 toises , comme on l'a faussement avancé dans plusieurs journaux anglo-américains. Quatre à 
cinq lieues au sud du chaînon septentrional, qui est celui de Mariara , de la Silla et du cap Codera , le 
chaînon méridional ' de la Cordillère de la côte se prolonge, dans une direction parallèle, depuis Guigue 
jusqu'à l'embouchure du Rio Tuy, par la Cuesta de Yusnia, le Guacimo, les montagnes de Guiripa, 
d'Ocumare et de Panaquire. Ce sont les latitudes de la Villa de Cura et de San Juan, très-fausses sur nos 
caries , qui m'ont fait connoîire la largeur moyenne de toute la Cordillère de Venezuela. On peut compter 
dix à douze lieues ' depuis le versant du chaînon septentrional qui horde la Mer des Antilles jusqu'au 
versant du chaînon méridional qui borde l'immense bassin des Llanos. Ce dernier chaînon, désigné vague- 
ment aussi sous le nom des montagnes de l'intérieur, est Ijeaucoup plus bas que le chaînon septentrional, et 
j'ai de la peine à croire que la Sierra de Guayraima atteigne 1 200 toises de hauteur, comme on l'a 
affirmé récemment. 

Les deux chaînons partiels, celui de l'intérieur et celui qui longe la côte, sont liés par une arrête ounœnd 
lie montagnes ^ connu sous le nom des ^Ifos de las Cocuyzas (845 t. ) et de l'Higuerote ( 835 t. ) , entre Los 
Teques et La Victoria, par les 69° 3o' et 69° 5o' de longitude. A l'ouest de cette arrête se trouve le bassin 
entièrement fermé ■* du lac de Valencia ou des Vallès de Aragua ; ii l'est, le bassin de Caracas et du Rio 
Tuy. Le fond du premier de ces bassins est élevé de 220 à 25o toises, le fond du second de 46o toises au- 
dessus des eaux de la mer des Antilles. Il résulte de ces mesures que des deux vallées longitudinales que ren- 
ferme la Cordillère du littoral, la plus occidentale est la plus profonde ; tandis que , dans les plaines voisines 
de l'Apure et de l'Orénoque, la pente du terrain incline de l'ouest vers l'est : mais il ne faut pas oublier que la 
disposition particulière du fond de deux bassins, qui sont limités par deux chaînons parallèles, est un phé- 
nomène local entièrement indépendant des causes dont dépend le relief général d'un pays. Le bassin 
oriental de la Cordillère de Venezuela n'est pas fermé comme le bassin de Valencia. C'est dans le nœud 
des montagnes de Las Ci^cuyzas et de l'Higuerote que se forment , par le prolongement vers l'est de la 
Serrania de los Teques et d'Orlpoto, deux vallées, celles du Rio Guayi-e et du Rio Tuy. La première 
renferme la ville de Caracas , et les deux se réunissent au-dessous de Caurimare. Le Rio Tuy parcourt le 
reste du bassin , de l'ouest ù l'est, jusqu'à son embouchure qui est située au nord des montagnes de Panaquire. 

Au Cap Codera semble se terminer la rangée septentrionale des montagnes du littoral de Venezuela; mais 
cette interruption n'est qu'apparente ^. La côle forme, vers l'est, sur 35 lieues marines de longueur, une anse 
li'ès-vaste , au fond de laquelle se trouvent l'embouchure du Rio Lf nare et la rade de Nueva Barcelona. Dirigée 
d'abord de l'ouest à l'est, selon le parallèle de 10" Zf. la côte rentre jusqu'au parallèle de 10° 6', et reprend 
son ancienne direction (10° 37'- 10° 44') depuis l'extrémité occidentale de la péninsule d'Araya jusqu'aux 
extrémités orientales de la Montana de Paria et de l'île de la Trinité. U résulte de ce gisement des côtes, 

» Tom. H, p. 54, i35, iSy. 

* La largeur est très-considér.ible ïers l'est , en regardant le Cerro de Flores (lat. 9" 28') , au sud-ouest de Farapara et 
d'Ortiz, comme placé sur le bord même des Llanos de Calabozo. 

» Tom. H, p. 39, 4i. 

* Ce bassin renferme un petit système de rivières intérieures qui ne communiquent pas avec l'Océan. Vers le sud-ouest , 
le chaînon méridional de là Cordillère du littoral de Venezuela offre une telle dépression que le Rio Pao a pu se séparer des 
affluens du lac de Tacarigua ou de Valencia (Tom. II , p. 75 et 77). Vers l'est, le Rio Tuy, qui nait i la pente occidentale du 
nœud de montagnes de Las Cocuyzas , semble d'abord se jeter dans les vallées d'Aragua , mais des collines de tuf calcaire qui 
forment un seuil entre le Conscjo et La Victoria (Tom, H , p. 4i) le forcent à prendre son cours au sud-est. Pour rectifier ce 
qui a été dit plus haut (Tom. II , p. 8i note a) sur la composition des eaux du lac de Valencia, je rappellerai ici que 
MM. Boussingault et Rivero n'y ont trouvé aucune trace de nitrate de potasse, mais ,-~ de carbonate de soude et de ma- 
gnésie , de muriate de soude et de sulfate et carbonate de chaux. 

s Tom. I, p. 332. 

Relation historique j Tom. III. 28 



2l8 NOTES. 

que la rangée de montagnes qui avoisine le littoral des provinces de Caracas et de Barcelona, entre les méri- 
diens de GG" 32' et 68° 29', et que j'ai observée au sud de la baie d'Higuerote et au nord des Lianes 'du Pao et 
de Cachipo, doit être considérée comme la contiuuation du chaînon méridional de Venezuela, et qu'elle se 
lie vers l'ouest aux Sierras de Panaquire et d'Ocumare. On peut dire par conséquent qu'entre le cap Codera 
et Cariaco le chaînon de l'intérieur forme la côte même. Cette rangée de montagnes , très-basse et souvent 
interrompue depuis l'embouchure du Rio Tuy jusqu'à celle du RioNeveri, s'élève assez brusquement à l'est de 
Nueva Barcelona, d'abord dans les îles rocheuses des Chimanas *, et puis dans le Cerrodel Bergantin qui a pro- 
bablement plus de 800 toises d'élévation, tnais dont la position astronomique et la liauteur précise sont encore 
également inconnues''. Sur le méridien de Cumana, le chaînon septentrional (celui du Cap Codera et de la Silla 
de Caracas) reparoît. Les schistes micacés de la Péninsule d'Araya et de Maniquarez * se joignent par l'arrête 
ou nœud des montagnes de Meapire^ au chaînon méridional qui est celui de Panaquire, du Bergantin, 
du Turimiquiri , de Caripe, et du Guacharo ''. J'ai rappelé dans un auti-e endroit comment cette arrête, qui 
n'a pas 200 toises de hauteur absolue, a empêché , dans les anciennes révolutions de notre planète , l'irrup- 
tion de l'Océan et la réunion des golfes de Paria et de Cariaco. A l'ouest du Cap Codera , c'est le chaînon 
septentrional, composé de roches granitiques primitives, qui présente les plus hautes cimes de toute la 
Cordillère de Venezuela; mais à l'est de ce Cap, les points culminans se trouvent dans le chaînon méridional 
composé déroches calcaires secondaires. Nous avons vu plus haut que le Pic de Turimiquiri adossé au Cocollar' 
a io5o toises , tandis que le fond des hautes vallées du couvent de Caripe^ et du Guardia de San Agustin a 4 1 2 
et 533 toises d'élévation absolue- A l'est de l'arrête de Meapire , le chaînon méridional s'abaisse brusquement 
vers le Rio Areo et le Guarapiche; mais , en quittant la Terre-Ferme , on le voit s'élever de nouveau sur la 
côte méridionale de l'île de la Trinité qui n'est qu'une portion détachée du continent, et dont la côte 
nord oflre indubitablement les débris du chaînon septentrional de Venezuela, c'est-à-dire de celui delà 
Montaiîa de Paria (le Paradis de Christophe Colomb), de la péninsule d'Araya et de la Silla de Caracas. 
Les observations de latitude que j'ai faites à la Villa de Cura (10° 2' 47") , à la ferme du Cocollar (10° 9' 37") 
etau couvent de Caripe (io° 10' i4") , comparées à la position plus anciennement connue de la côte méridio- 
nale de la Trinité (lat. 1 o°6'), prouvent que le chaînon méridional, au sud des bassins ' de Valencia et du Tuy , et 
des golfes de Cariaco et de Paria, est encore plus constant dans sa direction de l'ouest à l'est que le chaî- 
non septentrional depuis Porto-Cabello jusqu'à Punta Galera. La limite méridionale de la Cordillère du littoral 
de yenezuela est très-importante à connoître , parce qu'elle détermine le parallèle auquel commencent les 
Llanos ou savanes de Céiracas, de Barcelona et de Cumana. Les géographes qui se plaisent à copier et à 
rendre stéréotypes , pendant des siècles, les chaînes de montagnes et les embranchemens de rivières que le 
caprice du dessinateur a fait placer sur quelques cartes très-répandues , ne cessent de figurer, entre les méri- 
diens de Caracas et de Cumana, deux Cordillères dirigées du nord au sud jusqu'au 8° | de latitude: 

» Tom. I, p. 543; Tom. III, p. 57 et 54. 
2 Tom. I, p. 555; Tom. III, p. 43. 

' Tom. I, p. 5oi et 4oo. Le Pic de Cumanacoa, que les belles cartes du Deposilo hidrografieo de Madrid placent Ut. 
10' 7', est peut-être le Turimiquiri : car la ville de Cumanacoa est, d'après mes observations, par les 10° 16' 11'. 
' Tom. I, p. 35j; Tom. III, p. 47-54. 
5 Tom. I, p. 53i, 445. 
« Tom. I, p. 44i. 
^ Tom. I, p. 4oi. 
> Tom. I, p. 4u. 

9 De ces quatre bassins limités par des chainons parallèles, les deux premiers ont le fond de 25oet'46o toises supérieur, 
les deux derniers de 3o à 4o toises inférieur au niveau actuel des mers. Des eaux chaudes jaillissent du fond du golfe ou 
bassin de Cariaco (Tom. I , 453), comme sur le continent du fond du bassin de Valencia (Tom. II, p. 83]. 



NOTES. 2Ig 

ils leur donnent les noms de Cerros de Alla Gracia et del Bergantin '. C'est rendre montagneux ua 
terrain de 25 lieues de large où l'on chercheroit en vain un tertre de quelques pieds de hauteur. 

En fixant les yeux sur l'ile de la Marguerite, composée, comme la péninsule d'Araya, de schiste micacé 
et anciennement liée à cette péninsule par le Morro de Chacopata et les îles de Coche et de Cubagua '^, on est 
tenté de reconnoître, dans les deux groupes montueux du Macanao et de la Vega de San Juan , les traces d'un 
troisième chaînon de la Cordillère du littoral de Venezuela. Ces deux groupes de l'île de la Marguerite, dont 
le plus occidental s'élève à plus de fioo toises de hauteur ', appartiennent-ils à une chaîne sous-marine qui se 
prolonge, par l'îledelaïortuga, vers la Sierra de Santa Lucia de Coro, sur le parallèle de ii" ? Doit-on même 
admettre que , par les 1 1" | et 12° i de latitude , un quatrième chaînon , le plus septentrional de tous , s'est 
dirigé jadis par les îlots des llermanos, par la Blanquilla , l'Orchila , Los Roques , Aves , Buen Ayre , Curaçao 
etOruba, vers le cap Chichivacoa? Ces problèmes importans ne pourront être résolus que lorsque cette 
chaîne d'îles parallèle à la côte aura été examinée par un géognoste instruit. 11 ne faut pas oublier qu'une 
grande irruption de l'Océan paroît avoir eu lieu entre la Trinité et la Grenade *, et que nulle part ailleurs , 
dans la longue série des Petites Antilles , deux îles voisines ne se trouvent aussi éloignées les unes des autres. 
On reconnoît l'effet du courant de rotation dans la direction des côtes de la Trinité, comme dans celles 
des provinces de Cimiana et de Caracas, entre le Cap Paria et Punla Araya, entre le Cap Codera et 
Porto-Cabello *. Si, au nord de la Péninsule d'Araya, une partie du continent a été engloutie dans les 
flots, il est probable que l'énorme bas-fond qui entoure Cubagua , Coche, l'île de la Marguerite , Los Fralles, 
la Sola et les Testigos , marque l'étendue et les contours des terres submergées. Ce bas-fond , ou 'placer de 
200 lieues carrées, n'est bien connu, dans toute son étendue, que de la tribu des Guayqueries. Ces Indiens le 
fréquentent à cause de la pêche abondante qu'il offre par un temps calme. On croîtque le GranP lacer x^ est séparé 
que par quelques canaux ou sillons plus profonds du banc de la Grenade qui a presque la même forme que 
l'île de ce nom , du bas-fond qui s'étend , semblable à une digue étroite, du Tabago à la Grenade, et que l'on 
reconnoît par l'abaissement de la température de l'eau <>, enfin des bas-fonds de Los Roques et d'Aves. Je 
n'ignore pas que d'habiles navigateurs nient ces communications , parce qu'ils considèrent le fond de la mer 
sous un autre point de vue que le géologue. Les caries marines , appropriées aux besoins de la naviga- 
tion , n'indiquent plus de bancs là où il y a 5o ou 60 brasses d'eau : mais qu'est-ce qu'une si foible 

' Voyez toutes les cartes françoises, angloises et allemandes publiées avant la Carte de Cotombia par M. Britc ( 1823 ) pour 
laquelle on a employé une partie des matériaux que j'ai recueillis sur l'étendue et la direction des chaînes de montagnes. 
La source de cette erreur, que l'on trouve déjà chei Nicolosio, Sanson (1669) et De l'Isle (1700), doit être attribuée à l'usage 
des premiers géographes de l'Amérique d'agrandir, outre mesure^ la largeur des Andes du Pérou et de la Nouvelle-GreDade , 
et de les porter tellement vers l'est que Quito se trouvoit quelquefois placé sur Ip méridien de Cumana (Tooi. II, p. 7i3). 
De cette manière , les steppes de Venezuela furent couvertes de montagnes qui lioient le groupe de la Parime aux chaînons 
du littoral de Caracas. De l'Isle place près de la rangée de montagnes que Sanson avoit dirigée du nord au sud , de Barcelone à 
l'Orénoque , la Vallée de Sayma , ce qui prouve qu'il avoit quelque notion confuse des montagues de Caripe , habitées par les 
Indiens Cliaymas. D'Anville, d'après des idées systématiques sur l'origine des fleuves, figure une crête entre les sources de 
rUnare, du Guarapiche, du Pao et du Manapire. (Tom. II, p. 1 5 1.) C'est le type qui a été suivi jusqu'à nos jours et dont 
Surville même n'a pas osé dévier dans la carte qu'il dressoit pour l'ouvrage du père Caulin. 

' Voyez Tom. III , p. Uy. 
^ Tom. Ij p. 223. 

' On assure que la Trinité est traversée dans sa partie septentrionale par une chaîne de schiste primitif, et que la Grenade 
oCfre des basaltes. Il seroit important d'examiner de quelle roche est composée l'île de Tabago, qui m'a paru d'une blan- 
cheur éblouissante (Tom. I , p. 212; Tom. II, p. 23) , et sur quel point commence, en allant de la Trinité vers le nord, 
le système trachytique et trapéen des Petites Antilles. 

5 On peut signaler ces mêmes effets du courant de rotation et ces mêmes directions régulières E. et O. , vis à-vis des eûtes 
de la Terre-Ferme, sur le littoral de Portorico, de Haïti ou Saint-Domingue et de l'Ile de Cuba, entre la Puata May 
et le Cabo Cruz. 
' Tom. I, p. 2i3. 



220 NOTES. 

dépression du sol aux yeux de celui qui cherche à étudier les inégalités de la surface du globe dans 
leur ensemble au-dessous et au-dessus du niveau des mers? Les Indiens Guayqueries et en général tous 
les habilans des côtes de Cumana et de Barcelone sont imbus de l'idée que les bas-fonds de la Marguerite 
et des Testigos diminuent d'eau d'année en année : ils pensent que , par la suite des siècles , le Morro de 
Chacopala, sur la péninsule d'Araya, sera réuni, par une langue de terre, aux îles de Lobos et de Coche. La 
retraite partielle des eaux sur les côtes de Cumana ' est incontestable, et, à plusieurs époques , le fond de la mer 
s'est élevé *, par l'effet des trerablemens de terre; mais il y a loin de ces phénomènes locaux déjà si diffi- 
ciles à expliquer par l'action des forces volcaniques, par des changemens dans la direction des courans et par 
les gonflemens des eaux qui en sont les suites nécessaires, à des effets qui se manifestent à la fols sur plusieurs 
centaines de lieues carrées. 

<r. GnoorE des montagnes de la Parime. C'est un besoin de la géographie minéralogique de désigner par 
un seul nom l'ensemble des montagnes qui forment un même système. On peut, pour parvenir a ce but, 
ou étendre, sur toute la chaîne , une dénomination qui n'appartient qu'à un groupe partiel, ou employer 
un nom qui , par sa nouveauté, n'est pas susceptible de donner lieu aux méprises de l'Iiomonymie. On sait 
combien l'orographie de l'Intérieur de l'Asie est restée confuse par l'obstination avec laquelle on a conservé 
si long-temps les noms vagues de Mustag et Musarl (proprement Mussur). Les peuples montagnards désignent 
chaque groupe par une dénomination particulière, et généralement une chaîne n'est considérée comme 
formant un ensemble , que là où elle se découvre de loin bornant l'horizon des plaines. Sous toutes les zones 
on trouve répétés des noms de montagnes neigeuses (Himalaya, Iraaus), blanches (Alpes, Alb) ,noires et bleues. 
La majeure partie de la Sierra Parime est pour ainsi dire contournée par l'Orénoque; j'ai cependant 
évité une dénomination qui fasse allusion à cette circonstance, parce que le groupe de montagnes que je 
dois faire connoître s'étend beaucoup au-delà des rives de l'Orénoque. 11 se prolonge, vers le sud-est, 
vers les rives du Rio Negro et du Rio Branco, jusqu'au parallèle de i° j de latitude boréale. Le nom géo- 
graphique de la Parime ^ a l'avantage de rappeler les mythes du Dorado et ces hautes montagnes ■• dont ou 
entouroit, dès le 16' siècle, le lac Rupunuwinl ou \a.Lagnna de Parime. Les missionnaires de l'Orénoque nom- 
ment encore aujourd'hui Parime tout le vaste pays montagneux compris entre les sources de l'Erevato, de 
l'Orénoque , du Caronl , du Rio Parime ^ (affluent du Rio Branco) et du Rupunuri ou Rupunuwinl , affluent du 
Rio Essequibo. Ce pays est une des parties les plus inconnues de l'Amérique méridionale; on le trouve couvert 
à la fois d'épaisses forets et de savanes; il est habité par des Indiens indépendans et traversé par des rivières 
dont la navigation est dangereuse à cause de la fréquence des barrages et des cataractes. 

Le système des montagnes de la Parime sépare les plaines du Bas-Orénoque de celles du Rio Negro 
et de l'Amazone ; 11 occupe un terrain, à forme Irapézoïde, compris entre les parallèles de 3° et 8° et les 
méridiens de 61° et 70° t. Je n'indique ici que les limites du groupe le plus élevé, car nous verrons bientôt 
que, vers le sud-est, le pays montueux, tout en s'abalssant, se rapproche de l'cquateur et des Guyanes 
françoise et portugaise. La Sierra Parime s'étend le plus dans la direction N. 85° O.; et les chaînons partiels , dans 
lesquels elle se divise vers l'ouest, suivent assez généralement cette même direction. C'est moins une Cordillère 
ou une chaîne continue dans le sens que l'on donne à ces dénominations en les appliquant aux Andes et au 
Caucase, qu'un agroupement irrégulier de montagnes séparées les unes des autres par des plaines et des 

* Tom. I , p. 446. 

2 Tom. I, p. 3og. Comparez anssi BotUngbroke , foyagt to Demarary, p. aoi. En Suède et aux lies Moluques on a aussi 
l'idée d'uD soulèvement progressif et continu des terres. 

' Tom. 1, p. 574, 678, 684. 

• Tom. 11 , p. 707. 

' Le Rio Parime , après avoir reçu les eaux de l'Uraricuera , se réunit au Tacutu, pour former, près du fortin de San 
Joacquim, le Rio Branco qui est un des afiluens du Rio Megro. 



NOTES. 221 

savanes. J'ai visité la partie septentrionale , occidentale et méridionale de la Sieira Parime qui , par sa position 
et par son étendue de plus de 25,ooo lieues carrées, mérite bien d'être tirée de l'oubli dans lequel elle a été 
ensevelie si long-teraps. Depuis le confluent de l'Apure jusqu'au delta de l'Oréncque , elle reste constamment 
éloignée de 3 à 4 lieues de la rive droite du grand fleuve. Il n'y a que quelques arrêtes ou roebers de gi-anite- 
gneis, de schiste amphibolique et de griinstein qui avancent jusque dans le lit de l'Orénoque et causent les 
rapides du Torno et de la Boca del InQerno '. Je vais nommer successivement, du INNE, au SSO., les diffé- 
rens chaînons que nous avons reconnus , M. Bonpiand et mol , à mesure que nous nous sommes approchés de 
l'équateur et de la Rivière des Amazones. i° Le chaînon le plus septentrional de tout le système des montagnes 
de la Parime nous a paru celui qui se prolonge (lat. 7° 5o'), depuis le Rio Arui, dans le méridien des rapides 
de Camiseta, derrière la ville de l'Angostura, vers la grande cataracte du RioCarony et les sources de l'Imataca. 
Dans les missions des Capucins catalans , ce chaînon , qui n'a pas 3oo toises de liauteur , sépare , entre la ville 
d'Upata, Cupapui et Santa Maria ^, les aflluens de l'Orénoque et ceux du Rio Cuyuni. 2° A l'ouest du 
méridien des rapides de Camiseta (long. 67" 10') , les hautes montagnes ne commencent , dans le bassin du 
Rio Caura, que par les 7" 20' de latitude, au sud de la mission de San Luis Guaraguaraico où elles causent 
les rapides de Mura. Ce chaînon se prolonge vers l'ouest par les sources du Rio Cuchivero , les Cerros del 
Mato 3, de la Cerbatana et de Maniapure, jusqu'au Teptipano, groupe de rochers granitiques à formes bizarres, 
qui entourent l'Encaramada. Les points culminans de ce chaînon (lat. 7° 10'- 7° 28') paroissent placés , 
d'après les renseignemens que j'ai recueillis de la bouche des Indiens, près des .sources du Caiio de la Tor- 
tuga. Le chainmi de l'Encaramada ■• présente quelques traces d'or. 11 est célèbre aussi dans la mythologie 
des Tamanaques : car d'antiques traditions géogoniques se lient aux roches peintes qu'il renferme. L'Orénoque 
change sa dii-ection au confluent de l'Apure , en brisant une partie du chaînon de l'Encaramada : des monti- 
cules et des rochers épars dans la plaine du Capuchino ' et au nord de Cabruta peuvent être regardés, 
soit comme les débris d'un contre-fort détruit, soit (dans l'hypothèse de l'origine ignée des granités) comme 
des éruptions et soulèvemens partieb. Je ne discuterai point ici la question de savoir si le chaînon le plus 
septentrional de tous , celui de l'Angostura et de la grande chute du Carony, est une continuation du chaînon 
de l'Encaramada. 3° En naviguant sur l'Orénoque, du nord au sud, on voit alterner, à l'est, de petites plaines 
et des eiiaînons '' de montagnes dont on ne distingue que les profils, c'est-à-diie les coupes perpendiculaires 
à leur axe longitudinal. Depuis la mission de l'Encaramada jusqu'à l'emljouchure du Rio Zama, j'ai compté 
sept fois de ces alternances de savanes et de hautes montagnes. Au sud de l'île Cucuruparu, s'élève d'abord le 
chaînon de Chaviripe (lat. 7° 10') ; il se prolonge , eu inclinant vers le sud (lat. 6° 20'- 6" 4o') , par les Cerros 
del Corozal , d'Amoco et du Murcielago jusqu'à l'Erevato, qui est un affluent du Caura. Il y forme les rapides 
de Paru '' et se lie aux hautes cimes de Matacuna. A° Au chaînon de Chaviripe succède celui du Baraguan (lat. 
6''5o'-7»5'), célè))re par le détroit de l'Orénoque auquel il donne son nom. On peut regarder le Saraguaca ou la 
montagne d'Uruana, composée de blocs de granité détachés , comme un contre-fort septentrional du chaînon 
du Baraguan ^ dirigé au sud-est vers le Siamacu et vers les montagnes (lat. 5° 5o') qui séparent les sources 

' Tum. II , p. 632. A U série de ces rochers avancés appartiennenl aussi ceux qui percent le sol entre le Rio Aquire et 
le Rio Barima ; les rochers granitiques et amphiboliques de la Vieja Guayana et de la ville de l'Angostura , le Cerro de 
Mono, au sud-est de Muitaco ou Real Corona ; le Cerro de Taramuto , prés d'Alta Gracia, etc. (Tom. II , p. 634, 666.) 

2 Tom. II , p. 669. 

' PI. XV, XVI et XX de l'Atlas géographiques, et Rcl. hist. , Tom. II , p. 6a6. 

» Tom. II , p. 233, 238, 700. 

' Tom. II, p. 627. 

6 Tom. II, p. 236. 

' Tom. II, p. 63i. 

« Tom.ll, p. 253, 567, Sgi. 



222 NOTES. 

de l'Erevato et du Caura de celles du Venituari. 5° Chaînon de Carichana et du Paruaci (lat. G° 25') , d'un 
aspect très-sauvage, mais entouré de cliarmautes prairies. Des piliers de granité couronnés d'arbres, 
des rochers isolés à forme prismatique (le Mogote de Cocuyza et le Marimaruta ' ou Castillito des jésuites ) 
appartiennent à ce chaînon. 6° Sur la rive occidentale de l'Orénoque, généralement basse et unie, s'élève 
brusquement le Pic d'Uniana de plus de 3ooo pieds de hauteur. Les contre-forts (lat. 5° 35'- 5° 4o') que ce 
Pic envoie vers l'est sont traversé.* par l'Orénoque dans la Première Grande Cataracte (celle de Mapara ou 
d'Atures) ; plus loin ils se réunissent, et, s'exhaussant en chaînon , ils se prolongent ^ vers les sources du Cata- 
niapo, vers les rapides du Venituari, situés au nord du confluent de l'Asisi (lat. 5° lo'), et vers le Cerro 
Cunevo. 7" Cinq lieues au sud d'Atures se trouve le chaînon de Quittutia^ ou de Maypures (lat. iS" i3') 
qui forme le barrage de la Seconde Grande Cataracte. Aucune des hautes cimes de ce chaînon n'est placée 
à l'ouest de l'Orénoque : à l'est du fleuve s'élèvent le Cunavami, le pic tronqué de Calitaminl et le Jujamari , 
auquel le père Gili attribue une hauteur extraordinaire. 8° Le dernier chaînon que l'on observe dans la 
partie sud-ouest de la Sierra Parime est séparé du chaînon de Maypures par des plaines boisées : c'est celui 
des Cerros de Sipapo (lat. 4" 5o') , énorme mur dentelé derrière lequel se trouvoit retranché, lors de l'ex- 
pédition de Solano, le chef puissant des Indiens Guaypunabis. On peut regarder le chaînon de Sipapo* 
comme le commencement de cette rangée de hautes montagnes qui bordent, à la distance de quelques lieues, 
la rive droite de l'Orénoque là où le fleuve est dirigé du SE. au NO., entre les embouchures du Venituari, 
du Jao et duPadamo (lat. 3" i5'). Long-temps avant d'arriver (si l'on remonte l'Orénoque au-dessus de la 
cataracte de Maypures) au point de rebroussement situé près de San Fernando del Atabapo , on voit s'éloigner 
les montagnes du lit du fleuve s , et l'on ne trouve , depuis l'embouchure du Zama , que des rochers isolés dans 
les plaines. Le chaînon du Sipapo ( si toutefois on veut considérer comme en faisant partie les hautes cimes que 
l'on ne cesse de voir ' au nord, en naviguant de Santa Barbara à l'Esmeralda) forme le bord sud-ouest du 
système de montagnes de la Parime , entre les 70° ^ est 68° de longitude. Les géognostes modernes ont observé 
que les points culminans d'un groupe sont moins souvent placés à son centre que vers une de ses extrémités, 
précédant et annonçant pour ainsi dire une grande dépression ' de la chaîne. Ce phénomène se trouve répété dans 
le groupe de la Parime dont les plus hauts sommets, le Duida et la Maraguaca, se trouvent dans la rangée de 
montagnes la plus méridionale, là où commencent les plaines du Cassiquiare et du Rio Negro. 

Ces plaines ou savanes, qui ne sont couvertes de forêts que dans le voisinage des fleuves, n'offrent cepen- 
dant pas cette continuité uniforme que l'on observe dans les Llanos du Bas-Orénoque , du Meta et de Buenos- 
Ayres. Elles sont interrompues par des gi'oupes de collines (Cerros de Daribapa ') > et par des rochers isolés à 
formes bizarres ^ qui percent le sol et fixent de loin l'attention des voyageurs. Ces masses granitiques , souvent 
sti-atifîées , ressemblent à des piliers ou à des édifices en ruines. Les mêmes forces qui ont soulevé le groupe 
entier de la Sierra Parime ont agi çà et là dans les plaines jusqu'au-delà de l'équateur. L'existence de ces Luttes 
et de ces monticules sporadiques rend difficile la fixation précise des limites d'un système dont les montagnes 

* Tom. II, p. 373, a75. 

» Tom. II, p. 5ia, 3j8, 353. 
' Tom. II , p. 359 , 3-7, 567. 

* Tom. II, p. 38i. 
' Tom. II , p. 390. 
« Tom. II, p. 593. 

' Montblanc , Cbimborazo. 

' Lat. 3°, long. 69° ii' entre l'itiniveni ou Conoricbite et les sources du Tama , alDuenl de l'Alacavi et de l'Atabapo. 

9 Piedra de Kemarumo (lat. 3° 30') , Piedra de la Guahiba , Piedra de Astor , sur les bords de l'Atabapo ; mur rocheux de 
Guanarj avec deux tourelles prés des Rapide» de CunaDivacari, Piedra de Culimacari (lat. a» o' 42") sur les bords du Cassi- 
quiare; Glorieta de Cocuy (lat. i''4o') et Piedra de linumaoe sur les bords du Rio Negro. {Voyez Tom. Il, p. 4 10, 414,477, 
491, 495,496.) 



NOTES. 



123 



ne sont pas rangées longitudinalement comme sur un filon. A mesure que l'on avance vers la frontière de 
la province portugaise du Rio Negro , les rochers élevés deviennent plus rares ; on ne trouve plus que des 
bancs ou digues de granite-gneis qui causent des rapides et des cataractes dans les rivières. 

Telle est la surface du sol entre les 68° \ et 70° j de longitude , entre le méridien de la bifurcation de 
POrénoque et celui de San Fernando de Atabapo : plus loin , à l'ouest du Haut-Rio Negro, vers les sources de cette 
rivière et de ses affluens , le Xiè et l'Uaupès (lat. i°- 2" { , long. 72°- 74°) , il existe un petit plateau mon- 
tueux dans lequel des traditions indiennes placent une Lagunade oro , c'est-à-dire un lac environné de couches 
d'attérissemens aurifères *. A Maroa , mission la plus pccidentale parmi celles du Rio Negro , les Indiens m'ont 
assuré que ce fleuve prend naissance, ainsi que l'Inirida (affluent du Guaviare) , à cinq journées de marche dans 
un pays hérissé de collines et de rochers. A San Marcellino, les Indigènes connoissent une Sierra Tunuhy, 
placée près de So lieues à l'ouest de leur village , entre le Xiè et l'Içanna. De même M. de La Condamine a su , 
par les Indiens de l'Amazone , que le Quiquiari (Iquiari des pères Acuna et Fritz) vient « d'un pays de montagnes 
et de mines. » Or, l'Iquiari est placé , par l'astronome françois , entre l'équateur et l'embouchure du Xiè (Ijié) , 
ce qui l'identifie avec l'Iguiare qui tombe dans l'Içanna. On ne peutavancerdanslaconnoissance géognostique de 
l'Amérique sans avoir continuellement recours à des recherches de géographie comparée; Le système de mon- 
tagnes que nous appellerons provisoirement celui des sources du Rio Negro et de l' Uaupès , et dont les points cul- 
minans n'ont probablement pas 100 à 120 toises de hauteur ^, paroit s'étendre vers le sud aubassin duRio Yupura 
où des arrêtes rocheuses forment les cataractes du Riode los Enganos et le Salto Grande de Yupura (de lat. austr. 
0° 4o' à lat. bor. 0° 28') , et vers l'ouest au bassin duHaut-Guaviare. Dans le cours de ce fleuve, 60 à 70 lieues à 
l'ouest de San Fernando del Atabapo, on trouve deux murs de rochers bordant le détroit [a. peu près lat. bor. 
7>' I o' , long. 73° J-) auquel s'est arrêtée l'excursion du père Mancilla. Ce missionnaire , en remontant le Gua- 
viare , m'a dit avoir aperçu près du détroit (angosiura) une chaîne de montagnes bornant l'horizon au sud. 
On ignore si , plus à l'ouest, ces montagnes traversent le Guaviare et se réunissent aux contre-forts qu'envoie , 
entre le Rio Umadea et le Rio Ariari , la Cordillère orientale de la Nouvelle-Grenade vers les savanes de San 
Juan de los Llanos. Je doute beaucoup de cette communication; si elle avoit lieu, les plaines du Bas-Oré- 
noque ne communiqueroient avec celles de l'Amazone que par un détroit terrestre singulièrement rétréci , à 
l'est du pays montueux qui environne les sources du Rio Negro. Mais il est plus probable que ce pays mon- 
tueux (petit système de montagnes, géognostiquement dépendant de la Sierra Parime), forme comme un îlot 
dans les Llanos du Guaviare et du Yupura. Le père Pugnet, gai'dien du couvent de Saint-François à Popayan , 
m'a assuré n'avoir trouvé que des savanes dépourvues d'arbres ^ et qui s'étendoient à perte de vue, lorsqu'il 
alloit des missions établies sur le Rio Caguan à Aramo, village situé sur le Rio Guayavero. La chahie de 
montagnes que plusieurs géographes modernes *, sans doute pour orner leurs cartes, placent entre le Meta et le 
Vichada, et qui paroit lier les Andes de la Nouvelle-Grenade à la Sierra Parime, est purement imaginaire. 
Nousvenonsd'examinerleprolongement de la Sierra Parime à l'ouest, vers les sources du Rio Negro. Il nous 
reste à suivre le même groupe dans sa direction orientale. Les montagnes du Haut-Orénoque , à l'est du Raudal 

* Tom. II , p. 44s, 452, 45". Selon le journal d'Acuna et celui du père Fritz, les Indiens Manaos (Manoas) lirojcnt de 
l'or des bords de l'Yquiari (Iguiare ou Iguare) et en faisoient des lames. Les notes manuscrites de Don Apollinario de la Fuente 
lont aussi mention de l'or du Rio Uaupès. (La Condamine , Voyage à C Amazone, p. 98 et 129, et plus haut, Tom. II, p. 449, 452, 
621). Il ne faut pas confondre la Laguna de Oro que l'on prétend avoir trouvée en remontant l'Uaupès (lat. bor. 0° 4o') avec un 
autre lac doré (lat. mér. 1" 10') que La Condamine appelle ilfarû/ii ou Paralii (eau!), et qui n'est autre chose qu'un terrain 
souvent inondé, entre les sources du Jurubech (Urubaxi) et du Rio Marahi, affluent du Caqueta, 

2 Tom. II, p. 458. 

' Qu'est-ce qu'une forêt {Selva Grande ou El Ayrico) que placent les cartes dans ces contrées? Tout ce pays entre le 
Haut-Orénoque et les missions du Caqueta est tellement inconnu que les positions de San Juan de los Llanos, de 
Caguan, d' Aramo et du confluent du Rio Fragua avec le Yupura ou Caqueta, peuvent être fausses de plus d'un demi-degré 
en latitude. 

* Par exemple, la grande carte de V Amérique méridionale, par Ariowsmith. 



224 NOTES. 

des Gualxarlbos (lat. bor. i" i5', long. 67° 38') j se réunissent à la clmlne de Pacaraina (Pacarahina, Pacaïajrao , 
Baracayna) qui partage les eaux du Carony et du Rio Branco, et dont les schistes micacés, resplendissant par 
leur éclat argenté , ont joué un rôle si important dans le mythe du Dorado de Ralegh '. La partie de cette 
chaîne qui renferme les sources de l'Orénoque n'a point encore été explorée ; mais sa prolongation plus orientale, 
entre le méridien du poste militaire de Guirior et leRupunuri, affluent de l'Essequibo, m'est connue'^ parles 
voyages de deux Espagnols , Don Antonio Santos et Nicolas Rodriguez, comme par les travaux géodésiques des 
Portugais Pontes et Almeida. Deux portages peu fréquentés, entre le Rio Branco ef le Rio Essequilio (portages de 
Sarauru et du lac Amucu), se trouvent au sud de la chaîne de Pacaraina; ils facilitent le chemin de terre qui con- 
duit de la Villa du Rio Negro à la Guyane hoUandoisc^. Au contraire, le portage entre le Lassin du Rio Branco 
et celui du Carony traverse le faîte de la chaîne de Pacaraina même. Sur le versant septentrional de cette chaîne 
naît l'Anocapra (Anuca-para? Nocaprai) , affluent du Paraguamusi ou Paravamusi ; sur le versant méridional , 
l'Araicuque qui forme avec l'Uraricapara, au-dessus de la mission détruite de Santa Rosa (lat. 3" 46', long. 
65"io'), la fameuse Valtce des Inondations*. La Cordillère principale, qui paroit avoirpeu delargeur, r,e prolonge 
sur une longueur de 80 lieues, du portage de l'Anocapra (long. fi5°35') à la vive gauche du Rupunuri (long.6' 1 ° 5o'), 
en suivant les parallèles de 4° 4' et 4» 12'. On y distingue, de l'ouest à l'est, les montagnes de Pacaraina, 
de Tipique, de Tauyana où naît le Rio Parime (affluent de l'Uraricuera), de Tubachi, des Cristaux (lat. 
3° 56', long. 6a' 5^') et de Canopiri. Le voyageur espagnol, Rodriguez, désigne la partie orientale de la chaîne 
sous le nom de Quimiropaca; mais, comme la description géognostique d'un pays ne peut faire de progrès sans 
l'adoption de noms généraux, je continue à donner , à toute celte Cordillère qui lie les montagnes de l'Oré- 



• Tom. Il, p. 6S7, 706, 7i5. 

2 Voici la liste des matériaux ioédits sur lesquels se fonde ma description de la partie orientale de la Sierra Parime : 
1° Journal de route de Nicolas Hortsman (1740), trouvé parmi les papiers de D'Anville ("Tom. II, p. 586, 683), et communiqué 
par ses héritiers ; a" Notes écrites (1778) sous la dictée de Santos , lorsqu'il passa des missions de Carony aux plaines du Rio 
Branco, en traversant la chaîne de Pacaraina , qu'il appelle Pacaraymo. (Tom. II , p. 5yS, 706.) Ce manuscrit et le suivant sont 
conservés dans les archives de la Nueva Ouayana où j'en ai pris copie ; 3° Journal de route de Don Nicolas Rodriguez, l'ami de 
Santos, depuis Barccloucta jusqu'au coniluent du Rio Mao (Mahu) et du Rio Branco. J'ai dressé une carte sur l'indication très- 
eiacte des rumbs et des distances que renferme ce précieux manuscrit ; 4'" deux cartes très-détaillccs du capitaine de frégate et 
astronome-géographe de la commission portugaise des limites, Don Antonio Pires de Sylva Pontes Leme, et du capitaine des 
ingénieurs, Don Ricardo Franco d'Almeida de Serra (1787 et i8o4). Ces cartes manuscrites renfermant tout le détail du levé 
trigonométrique des sinuosités des rivières, nous ont été obligeamment communiquées, à M. Lapie et à moi, par M. le comte 
de Linhares. On peut affirmer que le cours de peu de rivières en Europe a été assujettis des opérations plus minutieuses que 
le cours du Rio Branco, de l'Uraricuera, du Tacutu et du Mahu, et l'on doit regrettsr que, dans l'état de barbarie dans 
lequel se trouve encore la géographie des plus vastes contrées des Amériques espagnole et portugaise, la prédilection d'une 
exactitude si rigoureuse se soit portée sur une région presque entièrement sauvage et inhabitée. 5° Notice du voyage que Fran- 
cisco José Rodrigueî Barata, lieutenant colonel du 1" régiment de ligne du Para, a fait comme enseigne du même régiment, par 
le Rio Branco, le Tacutu et le Sarauru au Rio Rupunuri et à Surinam , en traversant ( 1 yçjS) le portage ou isthme qui sépare, au 
sud du Cerro Cunncumu, les bassins du Rio Branco et de l'Essequibo (Tom. H, p. 55o). Je dois cette notice à la bienveil- 
lance de M. le chevalier de Urito, ambassadeur de Portugal près de la cour de France. 

' Le portage du lac Amucu (Amacu) , entre le Cano Pirara , affluent du Rio Mahu , et le Caùo Tavaricuru ou Tauricuru , est 
10 lieues au nord du portage de Sarauru (Tom. II, p. 53o). 

« Tom. II, p. 685. Le Rio Uraricapara se jette dans l'Uraricuera que le manuscrit de Rodrigueï appelle Curaricara, et 
qui peut être considéré comme la branche occidentale du Rio Branco , tandis que sa branche orientale est le Tacutu qui reçoit 
le Mahu. Les deux branches se réunissent près du fortin de San Joaquim do Rio Branco. Les Espagnols du Carony ont com- 
mencé à passer la chaîne de Pacaraina et à s'introduire dans le territoire portugais dans les années 1770 et 1773. Ils y ont établi 
successivement les missions de Santa Rosa, de San Juan Baptista de Cayacaya (Cadacada) et de San Antonio [Caulin , p. 60) ; 
mais ces villages, ou plutôt ces réunions de cabanes , ont été détruits par les Portugais. Des guerres entre les missions voisines 
de deux nations rivales sont malheureusement très-fréquentes dans cette partie de l'Amérique. La carte de Pontes indique 
à la réunion du Paraguamusi et du Rio Paragua (affluent du Carony), parlât. 4- j5', le village de San Vicente : c'est le point 
où 6C trouve le poste mililaiie espagnol de Guirior. 



NOTES. 



!25 



noque à celles de l'intérieur de la Guyane hoUandoise et françoise, le nom de Pacaraiua que Ralegh et 
Keymis avoient fait connoître en Europe dès la fin du 16" siècle. Le Rupunuri et l'Essequibo brisent 
cette chaîne; de sorte que, de deux de leurs affluens, le Tavaricuru et le Sibarona, l'un naît sur la 
pente sud, l'autre sur la pente nord. A mesure que l'on approche de l'Essequibo, les montagnes prennent 
plus de développement vers le sud-est, et s'étendent jusqu'au-delà des 2° 7 de latitude boréale. C'est de 
cette branche orientale ' de la chaîne du Pacaraina que naît, près du Cerro Uassari, le Rio Rupunuri. Sur la 
rive droite duRio Branco, dans une latitude plus méridionale encore (entre 1° et 2° nord) , il existe également 
un terrain montueux dans lequel prennent leurs sources, de l'est à l'ouest, le Caritamini, lePadaviri, leCaba- 
buri (Cavaburis) et le Pacimoni. Cette branche occidentale des montagnes de Pacaraiua sépare le bassin du Rio 
Branco de celui du Haut-Orénoque dont les sources ne se trouvent probablement pas à l'est da méridien 
de 66" i5' : elle se lie aux montagnes d'Unturan et de Yumariquin, placées au SE. de la mission de l'Esme- 
ralda ^. Il résulte de l'ensemble de ces considérations que, tandis qu'à l'ouest du Cassiquiare, entre celte 
rivière, l'Atabapo et le Rio Negro, il n'y a que de vastes plaines dans lesquelles s'élèvent quelques monti- 
cules et rochers isolés, de véritables contre-forts se dirigent à l'est du Cassiquiare, du NO. au SE. , et forment 
un terrain montueux continu jusqu'au-delà des 2" de latitude boréale. 11 n'y a que le bassin ou plutôt la 
vallée transversale du Rio Branco qui forme une espèce de golfe, une suite de plaines et de savanes 
{campos) dont plusieurs pénètrent dans le terrain montueux , du sud au nord, entre les branches orientale 
et occidentale de la chaîne de Pacaraina jusqu'à 8 lieues au nord du parallèle de San Joaqulm ^. 

Nous venons d'examiner la partie sud du vaste système des montagnes de la Parime , entre les 2° et 4° de lati- 
tude, et entre les méridiens des sources de l'Orénoque et de l'Essequibo. Le développement de ce système de 
montagnes vers le nord , entre la chaîne de Pacaraina et le Rio Cuyuni , et entre les méridiens de 66° et 
loi" h est bien plus inconnu encore. Les hommes blancs n'y fréquentent d'autre chemin que celui de la rivière 
Paracua qui , près de Guirior, reçoit le Paraguamusi. On trouve , il est vrai, dans les journaux de route de Nicolas 

2 Les points culminans de cette branche orientale sont du SE. au NO.: les Sierras de Cumucumu , Xirivi, Yaviarna , 
Paranambo, Uanaiari et Puipe. Je pense que le groupe des montagnes de Cumucumu {Cum-Vcuamu) de la carte de 
Pontés , levée sur les lieux, est le Cerro dcl Dorudo ou Cerro Vcueuamu des journaux de Santos et YAeucuamo du père Caulin 
(Corografica , p. 176) entre le Mahu elle Rupunuri. L'ile If-Amucena, que Santos place au milieu de la Laguoa Parime, 
rappelle le nom du lac ^muru (Amucena, Amacu) , dont l'existence, déjà annoncée par le chirurgien Uorlsmann de Ilildes- 
heim, a été constatée par les loyages les plus récens. (Tom. II , p. 683, 684.) 

2 Les Indiens qui habitent les rives di Rio Branao ont dit à M. Pontés que le Eio Mocajahi ou Cahuana qui débouche 
dans le Rio Branco par les a" 26' de latitude, et que des soldats portugais ont remonté en canots pendant vingt jours à 
travers d'innombrables rapides et cataractes , communique avec le Cababury, qui est à la fois un affluent du Rio Negro et 
du Cassiquiare. {Foyez plus haut, Tom. II, p. 4-9, 499.) Si cette notion est exacte, nos cartes ont le défaut de prolonger 
beaucoup trop vers le nord le cours du Padaviri qui , selon l'auteur de la Corographla brasiliensis (Tom. II , p. 349) ' "^'f^ "" 
portage à l'Umavaca (sans doute le Mavaca , affluent du Uaut-Orénoque}. Je suis surpris du détail que donne la carte d'Arrow- 
smilh sur les sources du Padaviri , placées par 3» de latitude, tandis que les cartes manuscrites de Pontés indiquent ces mêmes 
sources par 1 » i. Jadis on rattachoit le Daraha, le Padaviri et l'Uaraca au Rio Branco, et on en faisoit ( voyez la Carie de Survllle 
qui accompagne la Corographie de Cauhn) trois bouches distinctes , formant un dctla d'a/JUcns. Les grandes inondation» 
du Seriveni et du Caritamini (lat. 1"- 2" nord) ont donné lieu sans doute à la fable du lac Mauvatu de la Carte de l'Amazone , 
rédigée par M. Rcquena , premier commissaire des limites au service du roi d'Espagne. Ces mêmes inondations et l'assertion 
uniloime des Indiens , que le Rio Mocajahi communique avec le Cababury, peuvent aussi avoir contribué à l'hypothèse de ce 
lac imaginaire que Surville place à VoueU du Rio Branco, et qu'il lie à la fois à cette rivière et à l'Orénoque (Tom. II, p. 712). 
Je rappellerai en même temps que le lac Amucu de Ilortsman et les deux branches supérieures du Rio Branco, l'Uraricuera et 
le Mahu , qui sont le pays classique du Dorado de Ralegh , se trouvent, d'après les observations astronomiques des voyageurs 
portugais, entre les parallèles de 3° et 4°, tandis que la Carte de Surville élargissoit cet espace depuis les 4° jusqu'à l'équateur. 
' On trouve des savanes entre le Mayari et le Tacutu : mais à l'est et à l'ouest de ce» rivières, entre le Tacutu et le 
Rupunuri , et entre le Mayari et l'Uraricuera, le pays est hérissé de montagnes. En considérant la chaîne du Pacaraina dans 
son ensemble , ou observe que le groupe oriental , celui du Cerro Cumucumu , est beaucoup plus élevé que le groupe de l'ouest 
qui renferme les source» du Caritamini. 

Relatioti historique , Tom. III. 29 



220 NOTES. 

Rodriguez , que ce voyageur étoit contraint à cliaque instant de faire passer son canot à main d'hommes 
(armstraitdo) par les cataractes qui interceptent la navigation '; mais il ne faut point oublier (et ma propre 
expérience m'en a fourni des preuves fréquentes) que, dans cette partie de l'Amérique méridionale, les cata- 
ractes ne sont souvent causées que par des seuils ou arrêtes de rochers qui ne forment pas de véritables montagnes. 
De ces dernières , Rodriguez en nomme deux seulement entre Barcelonetta et la mission de San José ; tandis 
que plus à l'est , entre le Rio Carony et le Cuyuni , par les 6° de latitude , les missionnaires ^ placent les Ser- 
ranias de Usupama et de Rinocote. Celle-ci traverse le Mazaruni et forme dans l'Essequibo les 3<j cata- 
ractes que l'on compte ^ depuis le poste militaire d'Arinda (lat. 5° 3o') jusqu'à l'embouchure du Rupunuri. 
Quant à la continuation du système des montagnes de la Parime, au sud-est du méridien de l'Essequibo, 
nous manquons totalement de matériaux pour la tracer avec quelque précision. Tout l'intérieur des 
Guy ânes hollandoise , françoise et portugaise est une terra j«eog7jîta; et, depuis trente ans, la géographie 
astronomique de ces contrées n'a presque fait aucun progrès ^. Si les limites américaines , fixées récemment ' 
entre la France et le Portugal, cessoient un jour d'appartenir aux illusions de la diplomatie , si l'on par- 
venolt à leur donner de la réalité , c'est-à-dire à les tracer sur le terrain , au moyen d'observations célestes 
(comme on a eu le projet en 1817), ce travail conduiroit des ingénieurs-géographes dans cette région 
inconnue qui , S° h à l'ouest de Cayenne , divise les eaux entre les côtes de la Guyane et de l'Amazone. 
Jusqu'à celte époque, que l'état politique du Brésil semble reculer de beaucoup, nous ne pouvons com- 
pléter le tableau géognostique du groupe de la Parime que par des notions éparses recueillies dans les 
colonies portugaises et hoUandoises. En partant des montagnes Uassari (lat. 2" 25', long. 61° 5o'), qui font 
partie de la branche orientale de la Cordillère de Pacaraina , on trouve , vers l' est , une chaîne de montagnes 
que les missionnaires appellent Acaray et Tumucuraque '. Ces deux noms errent, sur nos cartes , entre 

' En remontant de Barcelonetta jusqu'au portage entre l'Anocapra (sans doute Anoca-para , eau d'Anoca) et^l'Araicuque , 
à travers la Sierra Facaraina , on trouve le long des rives du Paragua et du Paraguamusi, du nord au sud : le confluent du Ca- 
rony et du Rio Paragua ; l'embouchure du Rio Uore ; le Cerro Farayma , près de la rive occidentale du Paragua ; Raudales de 
Orayma , de Guayquirima et de Carapo ; le Cerro del Gallo; le village de San Jo»e à la bouche du Cano de Espuma ; les Raudales 
de Guayguari et de Para ; le Grand Raudal de Mayza ; la Boca du Caôo Icapra ; Guirior ; la Boca du Paraguamusi et les Raudales 
de Anocapra. {Razon de loque ha sucedido a Don Nicolas Rodriguez durante su navegacion en el Rio Paragua y en las U'ssiones 
ttltas de los Reierendos Padres Capuchinos de Carony, fol. 7- i5 manuscrit.) 

3 Carte qui accompagne l'ouvrage du père Caolia. 

' Fan Buehenrader, Carte de la colonie (l'Essequibo ^ i^<j8. 

' Il est certain que M. Le Blond, correspondant de l'Académie des sciences, n'est, malgré son zèle, parvenu, en remontant 
la rivière de l'Oyapock, qu'un peu au-delà de l'embouchure duSuacari. Les sources de l'Araguari (Araouàri) , de l'Oyapock, des 
Camopi et Tamouri (aOluens de l'Oyapock}, et de i'Araoua (affluent du Maroni), sont très-rapprochés par les a° ôo' de 
latitude et 55» 10' de longitude. Un voyage de découvertes devroit être fait de ce point de la Guyane françoise, vers le con- 
fluent du Rio Branco avec le Rio Ncgro, dans la direction S.7S'>0., sur une distance de 220 lieues. Les côtes de la Guyane 
françoise gissent entre le cap Orange et l'embouchure du Maroni, SE. elNO. Or, dans une direction perpendiculaire au littoral 
de Cayenne, aucune des prétendues grandes expéditions de l'intérieur n'a conduit des hommes blancs au-delà du Mont-Tri- 
poupou et du poste des Indiens Roukouyenes, à plus de 70 lieues de distance! Les communications ouvertes par terre entre 
lu Capitania du Rio Negro et le littoral de la Guyane ont été uniquement dirigées par le Rio Essequibo, à cause de la 
facilité que présente la proiimité de ses aHluens avec ceux du Rio Branco. 

' A la suite du Traité de Vienne. Foyez plus haut, Tom. II, p. 708. 

' La Sierra rumucuraîi/c (Tnmumucaraque de Caulin, Tumucucuraqne d'Arrowsmith) a paru pour la première fois sur la 
Carte de La Cruz ; et , comme li; nom y est placé deux fois , avec une diiférence de 3*" en latitude , ce double emploi a été 
religienicment répété sur les cartes de Surville , de Buacbe, etc. C'est le géographe Sanson qui , dans son Cours de la rivière des 
Amazones i dressé sur la relation du père Acuna (1G80) , a eu le mérite, en supprimant le lac Parime et la Sierra Wacarima 
(Pacarahina) qu'on flguroit jusque-là dans la direction d'un méridien , d'avoir tracé le premier, avec quelque précision , une 
chaîne de montagnes prolongée parallèlement à l'équateur, entre les sources boréales de l'Essequibo , du Maroni et du Viapoco 
(Oyapock; , et les sources méridionales de l'Urixaœina (R. de Trombetas) , du Curupatuba et du Ginipape ou Rio Paru. 



NOTES. 227 

o"t et 5° de latitude bor. De même que Ralegh, en iSgG, a fait connoître le premier ' sous le nom de 
Wacarima (Pacarima), le système des montagnes de la Parime entre les sources du Rio Carony et de 
l'Essequibo, les pères jésuites , Acuna et Arledia, ont fourni, en 1639, les premières notions précises sur la 
partie de ce système qui s'étend depuis le méridien de l'Essequibo jusqu'à celui de l'Oyapock ^. Ils y placent 
les montagnes d'Yguaracuru et de Paraguaxo dont la première donne naissance à une Rivière d'or [Rio 
de oro) , affluent du Curupatuba^. La seconde, selon l'assertion des indigènes, « fait entendre de 
temps en temps des bruits souterrains. » La ligne de faîte de cette chaîne de montagnes , que l'on peut 
suiyre dans une direction S. 85° E. , depuis le Pic Duida, près de TEsmeralda (lat. 3° 19') , jusqu'aux rapides 
du Rio Manaye , près du cap Nord (lat. 1° 5o') , divise, sous le parallèle de 2", les sources boréales de l'Esse- 
quibo, du Maroniet de l'Oyapock, des sources méridionales duRioTrombetas, du Curupatuba et du Paru. Les 
contre-forts les plus méridionaux de cette chaîne se rapprochent de l'Amazone, à i5 lieues de dislance. 
En descendant cette rivière , ce sont les premières hauteurs que l'on aperçoit après avoir quitté Xeberos 
et la bouche de l'Huallaga *. On les voit constamment lorsqu'on navigue de l'embouchure du Rio Topayos 
vers celle du Paru, de la ville de Santarem à Alraeirim. C'est à peu près dans le méridien de la première de ces 
villes que se trouve s le Pic Tripoupou , célèbre parmi les Indiens du Haut-Maroni. On assure que, plus 
à l'est, à Melgaço, on distingue encore à l'horizon les Serras do Veliio et do Paru ^ Les véritables limites de 
cettechaîne des sources duRioTrombetas sont plus connues vers le sud que vers le nord, où un pays montueux 
paroît avancer dans les Guyanes hoUandoise et francoise jusqu'à 20 ou 25 lieues de la côte. Les cataractes 
nombreuses des rivières de Surinam , de Maroni etd'Oyapock prouvent l'étçndue et le prolongement d'arrêtés 
rocheuses ; mais rien n'indique jusqu'à présent qu'il y ait dans ces régions (comme on s'est trop hâté de l'an- 
noncer quelquefois) des plaines continues ou des plateaux de quelques centaines de toises de hauteur, propres 
à la culture des plantes de la zone tempérée. 

Je viens de réunir dans un même tableau géognostique tous les matériaux que je possède sur le 
système des montagnes de la Parime. Son étendue surpasse dix-neuf fois celle delà Suisse entière; et même 
en considérant le groupe montueux des sources du Rio Negro et du Xiè comme indépendant ou isolé 
au milieu des plaines, on trouve encore la longueur de la Sierra Parime (entre Maypures et les sources 
de l'Oyapock) de 34o lieues, et sa plus grande largeur (des rochers d'Imataca, près du delta de l'Oré- 
noque , aux sources du Rio Paru), de i4o lieues. Dans le groupe de la Parime comme dans le groupe des 
montagnes de l'Asie centrale, entre l'Himalaya et l'Altai, les chaînons partiels so.it souvent interrompus 
et n'offrent pas un parallélisme constant. Cependant, vers le sud-ouest (entre le détroit de Baraguan , 
l'embouchure du Rio Zama et l'Esmeralda), les montagnes sont généralement allignées dans la direction 
N. 70°O. Tel est aussi le gisement d'une côte éloignée, celle des Guayaues portugaise, francoise, hoUan- 
doise et angloise, depuis le Cap Nord jusqu'aux bouches de l'Orénoque; telle est même la direction 

' Tom. II , p. 687. 

2 Vol. II, p. -.9. 

3 Lorsqu'on sait que l'or s'appelle en tamanaque, caricuri ; en caribe, caricuru; en péruvien, eori (curi) , on rcconnoU facile- 
ment, dans les noms mômes des montagnes et des fleuves (Yguara-curu, Curu-patuba) , que nous venons de rapporter, 
rindication d'un terrain aurifère. Telle est l'analogie des racines importées dans des langues américaines qui d'ailleurs diffèrent 
entièrement entre elles que , 3oo lieues à l'ouest de la montagne Ygaracuru, sur les bords du Caqueta , Pedro de Ursua, entendit 
parler d'une province Caricuri ^ riche en or de lavage. (Tom. II , p. 699-) Le Curupatuba tombe dans l'Amazone, près delà Villa 
de Monte Alegre, au NE. de l'embouchure du Rio Topayos. 

'' Tom. m, p- 200. f^oyez aussi La Condamine, Voyage à l'Amazone^ p. i^'S. La distance à laquelle on voit ces contre- 
forts leur donne 200 toisea de hauteur absolue. nCene sont, cependant, dit La Cundamine, que les collines antérieures 
d'une longue chaîne de montagnes qui s'étend de l'ouest à l'est et dont les sommets font les points de partage des eaux : les 
eaux septentrionales coulent vers les côtes de Cayenne et de Surinam , les méridionales vers l'Amazone. ■ 

^ Lat. 2« 10', long, i" 36' à l'ouest du méridien de Cayenne, d'après la carte de la Guyane, publiée au Dépôt de la ma- 
rine, lîiij. 

* Corographia Orasil., Tom. II, p. 297. 



228 NOTES. 

moyenne du cours du Rio Negro et du Yupura. J'aime à fixer l'attention des géognostes sur les angles, 
que fout, en différentes régions de l'Amérique, lea chaî.\ons partiels avec les méridiens, parce que, sur des 
srrfaces moins étendues, en Allemagne* par exemple, on trouve aussi cette coexistence singulière de 
groupes de montagnes voisines qui suivent des lois de directions entièrement différentes, quoique, dans 
chaque groupe , on observe isolémentla plus grande uniformité dans l'ail ignement de chaînons. 

Le sol sur lequel s'élèvent les montagnes de la Parime est légèrement bombé *. Entre les 3° et 4° de 
latitude boréale, j'ai trouvé, par des mesures barométriques, les plaines élevées de i6o à i8o toises au- 
dessus du niveau de la mer. Cette hauteur peut être regardée comme considérable, si l'on se rappelle qu'au 
pied des Andes du Pérou , à Tomependa , à 900 lieues de distance des côtes de l'Océan atlantique , les 
Llanos ou plaines de l'Amazone ne s'élèvent encore qu'à 194 toises ^. Ce qui caractérise d'ailleurs le 
plus le groupe des montagnes de la Parime , ce sont les roches de granité et de granite-gneis qui y dominent, 
l'absence totale des formations secondaires calcaires, et ces bancs de rocher nus (les Tsy des déserts 
chinois) qui , à fleur de terre , occupent des espaces immenses dans les savanes *. 

e. Groupe des montagnes du Bbésil. Ce groupe a été figuré jusqu'ici sur les cartes d'une manière aussi 
étrange que les montagnes de la Péninsule Ibérienne, de l' Asie-Mineure et de la Perse. On a confondu des 
plateaux tempérés et de vérilal)les chaînes de 3oo à 5oo toises de hauteur avec des pays excessivement chauds 
et dont la surface onduleuse n'offre que des rangées de collines diversement agroupées.Les excellentes mesures 
barométriques du baron d'Eschwege, directeur général des mines d'or de la province de IMina^ Geraes, et les 
observations faites dans différentes parties du Brésil, par le prince de Neuwied, par MM. Auguste de 
Saint-Hilaire, Olfers , Spix , PoUl et Marllus , ont jeté récemment beaucoup de jour sur l'orographie de 
l'Amérique portugaise. La région vraiement montueuse du Brésil , celle dont la liauteur moyenne s'élève 
pour le moins jusqu'à 4oo toises , est comprise entre des limites trcs-étroites, à peu près entre les 18» et 
28° de latitude australe : el!e ne paroît pas s'étendre, entre les provinces de Goyaz et de Mato-Grosso, au- 
delà de 53° de longitude à l'ouest du méridien de Paris. 

Lorsqu'on envisage d'un même coup d'œil la configuration orientale des deux Amériques , on voit que les 
côtes du Brésil et de la Guyane , depuis le Cap Saint-Roque jusqu'à l'embouchure de l'Orénoque (dirigées 
SE.-îsO.), correspondent à celles du Labrador, comme les côtes depuis le Cap Saint-Roque jusqu'au Rio 
de la Plata, correspondent à celles des Etats-Unis (dirigées du SO. au NE.). La chaîne des Allegbanis est 
opposée à ces dernières eûtes , comme les Cordillères principales du Brésil sont à peu près parallèles au 
littoral des provinces de Porto Scguro, de Rio Janeiro et de Rio Grande. Les Allegbanis, généralement 
composés de grauwakke et de roches de transition , sont un peu plus élevés que les montagnes presque toutes 
primitives (de granile, gneis et micaschiste) du groupe brésilien : ils sont aussi beaucoup plus simples dans 
leur slructiu'c , leurs chaînons étant plus rapprochés, et conservant entre eux, comme dans le Jura, un 
parallélisme plus constant. 

Si au 1 ieu de com parer les parties du Nouveau-Continent situées au nord et au sud de l'équateur, nous nous bor- 
nons à l'Amérique méridionale, nous en trouvons les côtes occidentales et septentrionales renforcées, dans toute 
leur longueur, par une chaîne continue voisine du littoral (les Andes et laCordillère de Venezuela), tandis que les 
côtes orientales n'offrent de: masses de montagnes plus ou moins élevées qu'entre les 1 2° et So" de latitude aus- 
trale. Dans cet espace de 36o lieues de longueur, le système des montagnes du Brésil correspond géognostique- 
ment, par sa forme etsa position, aux Andes du ChUi et du Pérou. Sa partie la plus considérable se trouve entre 

' Leopotd von Bticht ùbcrDolomit, zmcitt Abhottdt. y iS23,p. 54. 

ï Recueil d'Obs. ailronomiqucs , Tom. II, p. 298. flc/af. hisi,, Tom. II, p. 4i9, 5CJ. 

5 Tom. III, p. 189. 

» Tom. II, p. 279 et 3o5. 



NOTES. 229 

les parallèles de 10" et 22°, opposée aux Andes duPolosi et de la Paz, mais d'une hauteur moyenne cinq 
fois moins grande, et pas même comparable à celle des montagnes de la Parirae, du Jura et de l'Auvergne. 
La direction principale des chaînons brésiliens, là où ils atteignent quatre à cinq cents toises d'élévation, 
est du sud au nord et du sud-sud-ouest au nord-nord-est : mais, entre les 1 3° et 19°, les chaînons s'élargissent 
considérablemenl vers l'ouest, en même temps qu'ils s'abaissent. Des arrêtes et des rangées de collines paroissent 
s'avancer jusqu'au-delà des détroits terrestres qui séparent les sources du Rio Araguay et du Parana, du 
Topayos et du Paraguay, du Guaporè et de l'Aguapehy, par les 63° de longitude. Comme l'élargissement occi- 
dental du groupe brésilien , ou plutôt comme les ondulations du terrain dans les Campos Parecis corres- 
pondent aux contre-forts de Santa Cruz de la Sierra et du Béni *, que les Andes envoient vers l'est , on en a 
conclu anciennement que le système des montagnes du Brésil étoit lié à celui des Andes du Haut-Pérou. 
J'ai partagé moi-même cette erreur dans mes premiers travaux géognostiques. 

Une chaîne du littoral {Serra do Mar) s'étend, à peu près parallèlement à la côte, au nord-est de Rio 
Janeiro, en s'abaissant de beaucoup vers Rio Doce et en se perdant presque entièrement près de Bahia 
(lat. 12" 58'). D'après M. d'Eschwege ^, quelques foibles arrêtes atteignent le Cap Saint-Roque (lat. 5° 12'). 
Au sud-est de Rio Janeiro, la Serra do Mar suit la côte derrière l'île Sainte-Catherine jusqu'à Torres 
(lat. 29" 20') ; là, elle tourne vers l'ouest et forme un coude en se dirigeant , par les Campos de Yacaria, vers 
les rives du J^cuy ^. 

A l'ouest de la chaîne du littoral du Brésil se trouve une autre chaîne, la plus élevée et la plus considé- 
rable de toutes, celle de Villarica *, que M. d'Esclnvege désigne par le nom de Serra do Espinhaço, en la 
considérant comme la partie principale de toute la charpente {osseuse) des montagnes du Brésil. Cette 
Cordillère se perd vers le nord ' , entre Minas Novas et l'extrémité méridionale de la Capitainerie de 
Bahia, par les 16° de latitude. Elle y reste éloignée de plus de 60 lieues de la côte de Porto Seguro : mais 
vers le sud, entre les parallèles de Rio Janeiro et Saint- Paul (lat. 22°- 23°), dans le nœud de montagnes de la 
Serra da Mantiqueira, elle se rapproche à tel point de la Cordillère du littoral {Serra do Mar) qu'elle se confond 
presque avec elle. De même vers \enord ,]a Se>rado Espinhaçosuit constamment la direction d'un méridien; 
tandis que, vers le sud, elle se dirige au sud-est et se termine vers les 25° de latitude. La chaîne atteint sa plus 
grande hauteur entre les 18° et 21°; là, des contre-forts et des plateaux qui lui sont adossés ont assez d'étendue 
pour offrir à la culture des terrains oii régnent, par étage, des climats tempérés, comparables aux climats 
délicieux de Xalapa , de Guaduas , de Caracas et de Caripe. Cet avantage , qui dépend à la fois de l'élargissement 
de la masse du chaînon et de ses contre-forts, ne se retrouve nulle part, au même degré, à l'est des Andes, pas 
même dans des chaînons d'une hauteur absolue plus considérable, par exemple dans ceux de Venezuela et de 
l'Orénoque. Les points culminans de la Serra do Espinhaço, dans la Capitania de Minaes Geraes, sont 
ritambe (932 t.), la Serra da Piedade, près Sahara (910 t.), l'Itacolumi, proprement Itacunumi (900 t.) , 
le Pico d'Itabira (816 t.), les Serras de Caraça, d'Ibitipoca et de Papagayo. M. Auguste de Saint-Hilaire a 



' Tom. III , p. 19-, 2U0. 

' Geognostiches Gemalde von SrasitUn , 1822 , p. 5. Le calcaire de Bahia abonde en ligoites. (L. c. , p. 9.) 

' Pfotes manuscrites de M. Auguste de Snint-IIitaire. Je dois à ce grand naturaliste, dont les vues étendues se sont portées sur 
tout ce qui intéresse la géographie physique, des rectifications importantes de mon esquisse du système brésilien des 
montagnes. 

' Hauteur de cette ville an-dessus du niveau de la mer, 6jo toises. Cette hauteur prouve que Villarica est placée dans la chaîne 
{Serra do Espinhaço) même , car le plateau de Minas Geraes ou les contre-forts qui réunissent la Serra do Espinhaço à celle 
de Gojaz ou dos Fertcntcs n'ont généralement que 3oo toises d'élévation absolue. [Eschwege, Journal ion BrasiUen, j8i8 , 
Tom. II, p. ai3.) 

'' On soupçonne que des arrêtes rocheuses qui forment les cataractes de Paulo Affonso , dans le Rio San Francisco , appar- 
tiennent au prolongement boréal de la Serra do Espinhaço, de même qu'une série de hauteurs dans la province de Seara, 
où des roches de calcaire fétide renferment beaucoup de poissons pétrifiés , appartient à la Serra des f'crtentes. 



23o NOTES. 

senti un froid très-vif au mois de novembre, donc en été, dans toute la Cordillère de Lapa, depuis 
la Villa do Principe jusqu'au Morro de Gaspar Suares '. 

Nous venons de reconnoître deux chaînes de montagnes à peu près parallèles, mais dont la plus étendue (celle 
du littoral) est la moins élevée. La capitale du Brésil se trouve située au point où les deux chaînons sont le 
plus rapprochés et liés entre eux à l'est de la Serra de Mantiqueira , sinon par une véritaljle arrête transversale, 
du moins par un terrain montueux. D'après d'anciennes idées systématiques sur l'exhaussement des mon- 
taenes, à mesure que l'on avance dans l'intérieur d'un pays, on avoit supposé qu'il existoit, dans la Capi- 
tania de Mato Grosso, une Cordillère centrale beaucoup plus élevée que celle de Villarica ou do Epinhaço : 
mais l'on sait aujourd'hui (et des circonstances climatériques le confirment) qu'à l'ouest du Rio San Fran- 
cisco sur les frontières de Minaes Geraes et de Goyaz, il n'y a pas , à proprement parler, une chaîne con- 
tinue. On n'y trouve qu'un simple groupe de montagnes dont les points culminans sont les Serras da Canastra 
(au sud-ouest de Paracatu) et da Marcella (lat. 18° i et igOjio), et, plus au nord, les Pyrineos dirigés de 
l'est à l'ouest (lat. 16° 10' entre Villaboa et Mejaponte). C'est ce groupe des montagnes de Goyaz que 
M. d'Eschwege a nommé la Serra dos Vertentes, parce qu'il divise les eaux entre les aflluens méridio- 
naux du Rio Grande ou Parana et les aflluens septentrionaux du Rio Tucantines. 11 se prolonge vers le 
sud au-delà du Rio Grande (Parana) , et s'approche, sous les 23° de latitude, par la Serra do Franco , de celle 
de VEspinhaço. A. l'exception de quelques sommets au KO. de Paracatu , il n'atteint que 3oo à 4oo toises 
de hauteur et est par conséquent de beaucoup inférieur au chaînon de Villarica. 

Encore plus loin, à l'occident du méridien de VlUaboa , il n'y a que des arrêtes et une série de monticiUes 
qui forment, sur une longueur de 1 2°, le seuil ou partage d'eau (lat. 1 3"-i 7° entre l'Araguay et le Rio Paranaiba 
(affluent du Parana), entre le Rio Topayos et le Paraguay, entre le Guaporè et l'Aguapeby. La 
Serra de S. Martha (long. i5°i) est encore assez élevée ; mais les géographes , ou plutôt les dessinateurs 
de cartes ont conservé l'habitude d'exagérer singulièrement la hauteur des Serras ou Campas Parecis', 
au nord des villes de Cuyaba et de Villabella (lat. i3''-i4'', long. 58*-62";). Ces Campos, qui ont 
nris leur nom de celui d'une tribu d'Indiens sauvages '^, sont de vastes plateaux arides, entièrement dépour- 
vus de végétation et dans lequel se rapprochent les sources des aflluens ^ de trois grandes rivières , du 
Tonavos du Madeira et du Paraguay. Le savant auteur de la description statistique de la Capitania de 
Mato Grosso M. Almeida Serra, appelle* ^tlas Serranias (hautes montagnes), celles des rives de 
l'Aeuapehy mais ils ne font point oublier que, dans un pays de plaines, des montagnes de ."loo pieds de 
hauteur paroissent très-considérables, surtout si (semblables aux rochers du Baraguan et des Morros de 
San Juan ^ ) elles ont peu de masse. Les cartes manuscrites les plus récentes du Brésil figurent à l'ouest de 

' Jperfud'un v(ryage au Brésil, p. 5. Eschwege, p. 5, jg-ôo, et plus haut, Tom. II, p. 7i5; Tom. III, p. 191. 

î Pttlriola, i8i3, n» 1 , p. 48; n" 6, p. 4o, 5i. La partie occidentale de ces Campos s'appelle l'rucumanacua , entre le 
Securyet le Camarare, deux affluens du Rio Topayos. 

5 De ces aflluens voisins, ceux du Topajos sont le Jurncna et le Camarare; ceux du Madeira, l'Alegre, le Guaporè elle 
Satare- ceux du Paraguay, l'Aguapeby, le Jaurn et le Sipotobu. Villabella, dont la position pourra un jour devenir impor- 
tante pour le commerce intérieur entre lAmaîone et le Rio de la Plata, est placé (lat. i5» o', long. 62= iS') sur la rive droite 
du Guaporè ou Itenes , un peu au-dessus du conûuent du Sarare. Au sud de Santa Barbara , l'Aguapebi (alHuent du Paraguay 
et du Rio de la Plata) s'approche tellement du Rio Alegre (affluent du Guaporè et de l'Amazone) que le portage n'a que 53j2 
braças de longueur. C'est là que , sous le ministère du comte de Barca , on a voulu tracer un canal {Eschwege , Gemàlde , p. 7) ; 
circonstance qui seule rie prouveroit cependant pas l'absence de quelques chaînes de montagnes; caries plus grandes Cordillères 
offrent souvent des ouvertures et des vallées transversales. Cn degré au-dessous du confluent du Paraguay et du Jaurù qui reçoit 
l'Aguapeby, commence un terrain bas et marécageux. Il s'étend jusqu'à Albuquerque , et ses inondations (lat. 17°- 19°) ont 
donné lieu à la fable de la Laguna de Xaraycs, comme les inondations du Rio Parime (Rio Branco) ont fait naitre la fable de 
la Laguna Patimc (Mar del Dorado ou de Rupuouwini ). Voyez Palriola , i8i5 , n° 5 , p. 33 , et Carie manuscrile du Brésil, 
rcdi'ée sur 76 cartes particulières au Dépôt des Cartes de Rio Janeiro , par Siliia Pontes Leme, i8o4. 

» Tableau géographigueet politique de la Capitania de Malo Cro«o(>797). P""- '« sergent-major d'ingénieurs Ricardo Francisco 
de Almeida Serra. 

5 Dans le Ba»-Orénoque et dans les Lianes de Venezuela. Voyet plus haut, Tom. II, p. i4o, si4. 



NOTES. 23 1 

Villabella , i° la Serra da Melguera ou dos Limites, entre le Guaporè et le Baures ; 2° la Serra Baliza, entre 
le Baures et l'Alegre, et 3° la Cordillère de San Fernando, entre les missions anciennes de San Juan Bauptista et 
de Sau Jago (lat. ifio-ao" ) avançant dans la province des Chiquitos jusqu'à 64° t de longitude, et 
s'approchant à 4o lieues de distance du contre-fort des Andes de Santa-Cruz de la Sierra : mais ces travaux, 
quoique exécutés au Dépôt hydrographique de Rio Janeiro, ne méritent pas beaucoup de confiance dans les 
régions occidentales du Brésil, dans cette terra incogiiita, qui s'étend de Cochabamha à Villabella. La forme 
des montagnes isolées dans les plaines de Chiquitos, les lacs entre les missions de San Rafaël, San José et 
San Juan Bauptista , copiés de D'Anville et de La Cruz, sont devenus stéréotypes sur toutes les cartes depuis 
quatre-vingts ans, et il est certain qu'entre les 62° et 66° de longitude, un simple détroit terrestre, une 
plaine couverte de quelques collines, réunissent les grands bassins de La Plata et de l'Amazone. M. d'Eschwoee 
a reçu de quelques colons espagnols, qui venaient de Cochabamba à Villabella, des renseignemens précis sur 
la continuité de ces bassins ou savanes. 

D'après les mesures et les observations géognostiques de ce même savant, les hauts sommets de la 
Serra du Blar (chaîne du littoral) atteignent à peine 660 toises ; ceux de la Serra do Espinhaco (chaîne 
de Villarica), gSo toises; ceux de la Serra de las Fertentes (groupe de Canastra et des Pyrénées brési- 
liennes) , 45o toises. Plus à l'ouest , la surface du sol ne semble offrir que de foibles ondulations ; mais 
aucune mesure de hauteur n'a été faite au-delà du méridien de Villaboa. En considérant le système des 
montagnes du Brésil dans ses véritables limites (telles que nous les avons indiquées plus haut), on y trouve 
à quelques conglomérats près, cette même absence de formations secondaires qui nous a déjà frappé dans 
le système des montagnes de l'Orénoque (groupe de la Parime). Ces formations secondaires, qui s^élèvent à 
des hauteurs considérables dans la Cordillère de Venezuela et de Cumana , n'appartiennent, dans le 
Brésil, qu'aux basses régions '. 

B. Plaines {Llanos) ou Bassins. 

Nous avons examiné successivement , dans la partie de l'Amérique méridionale située à l'est des Andes trois 
systèmes de montagnes , ceux du littoral de Venezuela , de la Parime et du Brésil : nous avons vu que cette 
région montueuse qui égale la Cordillère de Andes, non en masse, mais en area ou en section horizontale 
de surface , est trois fois moins élevée, beaucoup plus pauvre en métaux précieux qui sont adhérens à lu 
roche, dépourvue de traces récentes du feu volcanique, et (à l'exception des côtes de Venezuela) peu 
exposée à la violence des tremblemens de terre. La hauteur moyenne des trois systèmes diminue du nord au 
sud, de ySo à 4oo toises *; celle des points culminans [maxima des faites de chaque goupe), de i35o toises 
à 1000 ou 900 toises. 11 résulte de ces observations que la chaîne la plus élevée, en faisant toujours abs- 
traction du petit système isolé de la Sierra Nevada de Santa Marta ^ , est la Cordillère du httoral de Venezuela 
qui , elle-même , n'est qu'une continuation des Andes. En portant notre vue au nord^ nous trouvons, dans les' 
Amériques centrale (lat. i2"-3o'') et boréale (lat. So-'-yo"), à l'est des Andes du Guatimala, du Mexique 
et de la Haute-Louisiane, la même régularité d'abaissement qui nous a frappé vers le sud. Dans cette 
vaste étendue de terrain, depuis la Cordillère de Venezuela jusqu'au cercle polaire, l'Amérique orien- 
tale offre deux systèmes très-distincts, le groupe des montagnes des Antilles dont la partie orientale est 
volcanique et la chaîne des Allcghanis. On peut comparer, sous les rapports de position relative et de forme, 
le premier de ces systèmes, en partie englouti dans les flots, à la Sierra Parime; le second, aux chaînons du 
Brésil , également dirigés du SO. au NE. Les points culminans des deux systèmes s'élèventà 1 138 et io4o toises. 
Voici les élémens de cette courbe dont le sommet convexe se trouve dans la chaîne du littoral de Venezuela : 

' Eschwege, p. i5. 

' ^oyezplushaut, Tom. m, p. 192. 

» Totn. m, p. ai4. 



aSa 



NOTES. 
AMÉRIQUE, A L'EST DES ANDES. 



SVSTKUES DE MOIlTACnSS. 


UAXIHA DES FAITES. 












(lat. mér. ao" j- ). 
Duida i3oo 






(lat. bor. i'i). 
Silla dp Campas ï35o 






(lat. bor. 10° {). 






(Ut. bor. iS-i). 






(lat. bor. 44°;)- 





J'ai mieu3 aimé iadiquer dans ce tableau les points culminans de chaque système, que la Imuteur 
moyenne des lignes de faite ; les points culminans sont les résultats de mesures directes, tandis que la 
hauteur moyenne est une idée abstraite assez vague, surtout lors(ju'il n'y a qu'un agroupement de mon- 
tagnes, comme au Brésil, dans la Parime et aux Antilles, et non une chaîne continue. Quoiqu'on ne 
puisse révoquer en doute que , parmi les cinq systèmes de montagnes que l'on trouve à l'est des Andes , et 
dont un seul appartient à l'hémisphère austral, la chaîne du littoral de Venezuela soit la plus élevée (ayant un 
point culminant de i35o toises, et une hauteur moyenne de la ligne de faite de 75o toises), on reconnoît pourtant 
avec une sorte de surprise que toutes les montagnes de l'Amérique de l'est (soit continentale, soit insulaire) ne 
difiêrent pas considérablement d'élévation au-dessus du niveau de l'Océan. Les cinq groupes ont tous à peu prés 
uneluuteur moyenne de cinq à sept cents toises ; et, des points culminans [?naxima des faites), de mille à treize 
cents toises. Cette conformité de construction, sur une étendue deux fois grande comme l'Europe, me paroît 
un phénomène très-remarquable. Aucun sommet, à l'est des Andes du Pérou, du Mexique et de la Haute- 
Louisiane, n'entre dans la limite des neiges perpétuelles '. Ou peut même ajouter qn'à l'exception des 
Alleghanis, il ne tombe pas même sporadiquement de la neige dans aucun des systèmes orientaux que nous venons 
d'examiner. 11 résulte de ces cousidcrations , et surtout de la comparaison du Nouveau-Continent avec les 
parties de l'ancien que nous connoissons le plus, avec l'Eiu-ope et l'Asie, que l'Amérique rejetée dans 
V hémisphère aquatique "^ de notre planète, est plus remarquable encore par la continuité et par l'étendue des 



' Pas mCme les TJ'hiU Mouniains de l'état de Ncw-IIampshirc , auxquelles appartient le Mount Wasliington. Long-temps 
avant la mesure précise du rapitaioe Partridge , j'avois prouvé (en iSo4) , par les lois du décroissement de la chaleur, qu'aucuu 
sommet des ff'hiu Mountains ne pouvoît atteindre la hauteur de ifioo toises que leur assigooit M. Cuticr. l'oyez mon mémoire 
espagnol : Ideas sobre et limite inferior de ta nieve perpétua dans VJurora ô Correo de ta Ilaiana, d'> 320 , p. 142. 

2 L'inégale répartition des continens et des mers a fait désigner, depuis long-temps, l'bcmisphére austral comme un hémis- 
phère éminemment aquatique : mais cette mémo inégalité se retrouve lorsqu'on considère le globe divisé non dans le sens de 
l'équateur, mais dans celui des méridiens. Les grandes masses des terres sont réunies entre les méridiens de 10° à l'ouest et 
de iSo'àl'est de Paris , tandis que l'hémisphère éminemment aquatique commence à l'occident du méridien des côtes du 
Grônland et finit à l'orient du méridien des c6tes orientales de la Nouvelle-Hollande et des iles Kurilcs. Cette dijirihuticn 
inégale des terres et des eaux exerce la plus grande influence sur la distribution de la chaleur à la surface du globe, sur les 
inflexions des lignes isothermes et sur les phénomènes climatériques en général. Pour les habitans du centre de l'Europe , 
l'hémisphère aquatique peut être appelé occidental, comme l'hémisphère terrestre oriental, parce qu'en allante l'ouest on 
parvient plus tôt an premier qu'au second. C'est de la division dans le sens des méridien» qu'il est question dans le texte. 
Jusqu'à la fin du i.5« siècle, l'hémisphère occidental étoit aussi inconnu aux peuples de l'hémisphère oriental que nous l'est 
aujourd'hui, et que probablement nous le restera toujours, une moitié du globe lunaire. 



NOTES. 



233 



dépressions de sa surface que par la hauteur et la continuité de son arrête longitudinale. Au-delà et en-deçà 
de l'isthme de Panama, mais toujours à l'est de la Cordillère des Andes, surplus de 600,000 lieues carrées, les 
montagnes atteignent à peine la hauteur des Alpes Scandinaves, des Carpathes, des Monts- Dores (en 
Auvergne) et du Jura. Un seul système, celui des Andes, réunit en Amérique, sur une zone étroite 
et longue de 3ooo lieues, tous les sommets qui ont plus de 1 ioo toises d'élévation. En Europe, au con- 
traire, même en considérant, d'après des vues trop systématiques, les Alpes et les Pyrénées comme une 
seule ligne de faîtes, nous trouvons encore, bien loin de cette ligne ou arrête principale, dans la Sierra 
Nevada de Grenade, dans la Sicile, en Grèce, dans les Apennins, peut-être aussi en Portugal , des cimes 
de quinze cents à dix-huit cents toises de hauteur'. Ce contraste entre l'Amérique et l'Europe, par 
rapport à la distribution des points culminans qui alfeignent j3ooà i5oo toises, est d'autant plus frappant 
que les basses montagnes orientales de l'Amérique du Sud, dont les /na.j'//«a rfe/a/fes n'ont que de i3oo a 
i4oo toises, sont placées d côté d'une Cordillère dont la hauteur moyenne excède 1800 toises, tandis que 
les systèmes secondaires des montagnes de l'Europe s'élèvent à des maocima de faites de i5oo à 1800 toises, 
près d'une chaîne principale de moins de 1200 toises de hauteur moyenne. 

MAXIMA DES LIGNES DE FAITES SOUS LES MÊMES PARALLÈLES : 

Andes du Chili et du Haul-Péroii. îiœads de montagnes de Groupe des montagnes du Brésil, un peu plus bas que 

Porco et de Couzco, aSoo toises. lesCévcnncs, 900 à 1000 t. 

4ndes de Popayan el de Cundinamarca. Chaînon de Gua- Croupe des mont.igncs de la Parimc , peu inférieur aux 

nacas, de Quiodiù et d'Antioquia. Plus de 2S00 t. Carpathes, i3oo t. 

Groupe isolé des montagnes neigeuses de Santa Martha. On Chaîne du littoral de Venezuela, de 80 t. plus basse que les 

le croit de 3ooo t. de hauteur, Alpes Scandinaves, i3âo t. 

jlndes volcaniques du Guatimala et Andes primitives d'Oaxaca, Croupe des Antilles , de 170 t. plus élevé que les montagnes 

de 1700 a 1800 t. d'Auvergne, ii4o t. 

Andes du Nouveau-Mexique et de la Haute-Louisiane (Mon- Chaînes des Alleghanis, de iGo t. plus hautes que les chaînes 

tagnes Rocheuses), et plus à l'ouest Alpes maritimes du Jura et des Gates du Malabar, io4o t. 

de ta Nouvelle- Albion, 1600- jgoo t. 

Ce tableau '^ renferme tous les systèmes de montagnes du Nouveau -Continent; savoir: les Andes, les 
Alpes maritimes de Californie ou de la Nouvelle-Albion, et les 5 groupes de l'est. 

' Points culminans : Mulhacan de Grenade, 1826 toises; Etna, d'après le capitaine William Henry Smith, i;oo t. ; Monte 
Corno des Apennins, jiSg t. Si le Mont Tomoros en Grèce et la Serra Gaviarra de Portugal entrent , comme on l'assure, dans 
la limite des neiges perpétuelles {Pour/ueville, Tom. II , p. 24'. «* Balbis, Essai statistique sur le Portugal , Tom. I, p. 68, 98) , 
ces cimes doivent, d'après leur position en latitude, atteindre i4oo à 1600 toises. Cependant, dans les montagnes les 
plus élevées de la Grèce , dans le Tomoros, l'Olympe de Thessalie , le Polyanos des Dolopes et le Mont- Parnasse, M. Pouque- 
ville n'a vu, au mois d'août , que de la neige conservée par stries ou dans des cavités abritées contre les rayons du soleil. 

' Nous rappellerons , pour justifier l'exactitude des comparaisons que présente le tableau , les hauteurs suivantes : Mont-Mezin 
(Cévennes), 1027 toises; le Puy de Sancy, vulgairement appelé le Puy de la Croix, sommet des Monts-Dores en Auvergne, 
972 t. ; le Reculet (Jura) , d'après le dernier nivellement de M. Roger, officier de génie , 880 t. ; le Mont Taddiandamalla dans 
les Gates du Malabar, d'après les opérations du colonel Lambton, 887 t. Dans la partie septentrionale des Alleghanis, les 
Montagnes blanches de New-Hampshire s'élèvent jusqu'à io4o t.; mais, vers le sud, par exemple en Virginie, on regarde 
encore comme très-élevés les Pics d'Otlcr (du Blue Ridge) qui, d'après Morse , ont 486 t. ; d'apré» Tanner, C67 t. La hauteur 

Relation historique , Tom. III. 3o 



234 NOTES. 

J'ajouterai an-s faits que je viens d'exposer une observation également frappante : en Europe, les 
maxima des systèmes secondaires, qui excèdent i5oo toises, se trouvent uniquement au sud des Alpes et des 
Pyrénées , c'est-à-dire au sud de l'an-ête principale du continent. Ils sont placés du côté où cette arrête approclie 
le plus du littoral et où la Méditerranée a le plus englouti de la terre ferme. Au contraire, au nord des 
Pjrrénées et des Alpes, les systèmes secondaires les plus élevés, les Carpathes et les Monts Scandinaves* 
n'atteignent pas i.loo toises de hauteur. La dépression des lignes de faîles du second ordre se trouvent, par 
conséquent en Europe comme en Amérique , du côté où tarréte principale est le plus éloignée du littoral. Si l'on 
ne craignoit pas d'assujettir de grands phénomènes à une trop petite échelle, on pourroit comparer la différence 
de hauteur des Andes et des montagnes de l'Amérique orientale, à la différence de liauteur que l'on 
observe entre les Alpes ou les Pyrénées, et les Monts-Dores, le Jura, les Vosges ou le Schwarzveald. 

Nous venons de voir que les causes qui ont soulevé la croûte oxidée du globe en arrêtes ou en groupes 
de montagnes n'ont pas agi très-puissamment dans la vaste étendue de pays qui se prolonge du pied 
oriental des Andes, vers l'ancien continent; cette dépression et cette continuité des plaines sont des faits 
géologiques d'autant plus remarquables que nulle part ailleurs ib ne s'étendent sur des latitudes plus diffé- 
rentes. Les cinq systèmes de montagnes de l'Amérique orientale, dont nous avons indiqué les limites, divise 
cette partie du continent en un égal nombre de bassins dont un seul , celui de la Mer des Antilles , est resté 
submergé. Du nord au sud, du cercle polaire vers le détroit de Magellan, nous voyons se succéder : 

a.. Le Bassin du Mississiïi et du Canada. Un habile géologue, M. Edwin James, a fait voir récem- 
ment * que ce bassin est compris entre les Andes du Nouveau-Mexique ou de la Haute-Louisiane , 
et les chaînons des Alleghanis qui se prolongent vers le nord, en traversant les rapides de 
Québec. Comme il est tout aussi ouvert au nord qu'il l'est vers le sud , il pourroit être désigné 
par le nom collectif de bassin du Mississipi, du Missouri, du fleuve Saint-Laurent, des grands 
lacs du Canada , de la Rivière Mackenzie , du Saskatchawin et des côtes de la baie de Hudson. Les 
afDuens des lacs et ceux du Mississipi ne sont pas séparés par une chaîne de montagnes qui se dirige 
de l'est à l'ouest, comme l'indiquent plusieurs cartes: la ligne de partage d'eau est marquée par 
une foible arrête , par un simple relèvement (seuil) de deux contre-pentes dans la plaine ■*. 11 n'existe 
pas non plus de chaîne entre les sources du Missouri et l'Assiniboni qui est une branche du Red 
River de la baie de Hudson. Ces plaines , presque toutes en savanes , entre la Mer polaire et le Golfe 
du Mexique, ont une surface de plus de 270,000 lieues carrées marines, presque égale à l'area de 
l'Europe entière. Au nord du parallèle de 42° , la pente générale du terrain est dirigée vers l'est ; au sud 
deceporallèle, elle incline vers le sud. Pour donner une idée précise du peu de rapidité de ces pentes*, 
il faut rappeler que le niveau du Lac Supérieur est 100 toises; celui du Lac Eriè, 88 t.; et celui 
du Lac Ontario, 36 t. plus élevé que le niveau des eaux de l'Océan. Aussi les plaines autour de 
Cincinnati (lat. Sg" 6') ont, d'après M. Drake, à peine Sot. de hauteur absolue. Vers l'ouest, 
entre les Monts Ozark et le pied des Andes de la Haute-Louisiane { Rocky Mountains , lat. Sô'-.^S» ), 



moyeiiDe de la ligne de faites des Alleghaoîs est à peu près de 4^0 t., par conséquent au moins 300 t. plus petite que la hauteur 
moyenne du Jnra. Le tableau auquel se rapporte celte note n'offre que les comparaisons des plus hauts sommets , les maxima 
des crête» qu'il faut se gardi de confondre avec leurs hauteurs moyennes. 

* Le Lomnitzer Spiz des Carpathes a , d'après M. Wahlenberg , 1 345 toises ; le Sneebaetta , dans la chaîne de DovreCeld en 
Nomège (la plus haute cime de tout l'ancien continent, au nord du parallèle de 55°), a 1270 t. au-dessus du niveau de 
la mer. 

- Long y Expédition ^ Tom. I , p. 7; Tom. II, p. 58o , 4^8. 

' Voyez plus haut, Tom. Il, p. 76. 

* Tanner, American Atlas , 1835 , p. 9. Amos Eaton and Steplien van licnssclaer, Gcotog. Survey of Eric Canal y 1834 i P- i5i. 
On évalue , aux États-Unis, la pente du Missouri, depuis son confluent avec la Rivière Flatte (lat. 4'° ^' >^*) jusqu'à son 



NOTES. 



235 



le bassin du Mississipi se relève considérablement dans le vaste désert décrit par M. Nuttal. 11 offre 
une suite de petits plateaux qui se succèdent par étages , et dont on croit le plus occidental (le plus rap- 
proché des Montagnes Rocheuses, entre l'Arkansas et le Padouca) élevé de plus de 45o toises. Le major 
Long y a mesuré une base pour déterminer- la position et la hauteur de James Peak. Dans le 
grand bassin du Mississipi, la ligne qui sépare les forêts et les savanes se dirige, non comme 
on pourroit le supposer dans le sens d'un parallèle, mais comme la côte atlantique et les 
Monts Alleghanis mêmes, du NE. au SO., de Pitlsbourg vers Saint-Louis et le Red River de 
Natchitotches, de sorte que la seule partie septentrionale de l'État d'Illinois est couverte de gra- 
minées '. Cette ligne de démarcation n'offre pas seulement de l'intérêt pour la géographie des plantes ; 
elle exerce , conune nous l'avons déjà exposé plus haut , une grande influence sur le ralentissement 
de la culture et de la population au nord-ouest du Bas-Mississipl. Dans les Etats-Unis, les pays 
à savanes sont plus lents à êlre colonisés , et même les tribus d'Indiens indépendans sont forcées , par 
la rigueur du climat, de venir hiverner le long des fleuves où ils trouvent des peupliers et des 
saules. D'ailleurs, de tous les bassins de l'Amérique, celui du Mississipi, des lacs du Canada et de 
Saint-Laurent, est le plus vaste; et, quoique sa population totale ne s'élève, dans ce moment, pas 
au-delà de trois millions^, on doit pourtant le considérer comme celui dans lequel, entre les 29° 
et 45° de latitude (long. 74°- 94°), la civilisation a fait le plus de progrès. On peut même dire que, 
dans les autres bassins (de l'Orénoque, de l'Amazone et de Buenos- Ayres), la vie agricole n'existe 
presque pas. C'est sur un petit nombre de points seulement qu'elle commence à y remplacer la vie 
pastorale et celle des peuples pêcheurs et chasseurs. Les plaines entre les Alleghanis et les Andes de 
la Haute-Louisiane ont une telle étendue que, semblables aux Pampas ^ du Chaco et de Bue- 
nos-Ayres, elles nourrissent, à l'une de leurs extrémités, des Bambousacées [Ludolfia , Miega) et 
des palmiers, tandis que l'autre, pendant une grande partie de l'année, se trouve couverte de 
glaces et de neiges. 

|Ê. Le Bassin du golfe du Mexique et de la Mer des Antilles. C'est une continuation du bassin 
du Mississipi , de la Louisiane et de la baie de Hudson : on pourroit dire que c'est la partie submergée 
de ce bassin même auquel appartiennent, sur les côtes de Venezuela, tous les terrains très-bas qui se 
sont conservés au nord de la chaîne du littoral et de la Sierra nevada de Merida. Si je traite ici 
séparément du bassin de la Mer des Antilles, c'est pour ne pas confondre ce qui, dans l'état 
actuel du globe, est au-dessus et au-dessous de la surface des eaux. J'ai déjà fait voij-, dans un autre 
endroit , combien la coïncidence récente des époques des tremblemens de terre observés a. Ca racas et 
sur les bords du Mississipi, de l'Arkansas et de l'Ohio *, justifie les vues géologiques d'après lesquelles 
on regarde comme un seul bassin les plaines qui sont limitées au sud par la Cordillère du littoral 
de "Venezuela; à l'est, par les Alleghanis et par la série des Volcans des Antilles; à l'ouest, par 
les Montagnes Rocheuses (Andes mexicaines) et par la série des Volcans de Guatimala. Le bassin 

embouchure dans le Mississipi (lat. 38° Si' Sg", long. 92° 22' 55'), de 3 à4 milles par heure ou i4^ pouces du pied de roi par 
mille anglois de 82- toises ; la pente du Mississipi , de son confluent avec le Missouri à la mer, est évaluée de 10 \ pouces. 
[Long, Eiped., Tom. II. Apend., p. ïxvi , xxviii; et plus haut , iîc/. /i«(. , Tom. II , p. 216.) 

' Observations manuscrites de M. Gallatio. Au-delà , c'est-à-dire à l'ouest, des savanes ou prairies du Missouri, on trouve de 
nouveau des forêts au pied des Montagnes Rocheuses. Entre cette chaîne et la chaîne cûtiire (celle des Andes mari- 
times de la Nouvelle- Albion) il y a des prairies dans lesquelles le bois est très-rare ; mais, en passant les Alpes maritimes , 
les forêts recommencent, et le pays offre , jusqu'à l'embouchure du Rio Colombia, tous les avantages du Tennessé et du 
Kcntucky. 

' Tom. III, p. 72, 182. 

' Les palmiers s'étendent vers le sud, dans les Pampas de Buenos-.Vyres et dans la province Cisplaline , jusqu'aux 3^" 
et 55°. i^Auguste de Saint-Hilaire ^ Aperçu d'un Voyage au Brésil, p. 60.) 

• Tom. II, p. 5. 



^"^" NOTES. 

des Antilles forme , comme nous l'avons déjà rappelé , une Méditerranée à plusieurs issues dont 
l'influence sur les destinées politiques du Nouveau-Continent dépend à la fois de sa position cen- 
trale et de la grande fertilité de ses îles. Les issues du bassin, dont les quatre plus grandes' 
ont /fl milles de largeur, se trouvent toutes, du côté de l'est, ouvertes vers l'Europe, et sillon- 
nées par le courant des tropiques. De même que l'on reconnoît, dans notre Méditerranée, 
les vestiges de trois anciens bassins par la proximité de Rhodes, de Scarpenlo, de Candie 
et de Cerigo, comme par celles du Cap Sorello de la Sicile, de l'ile Pantelaria et du Cap Bon 
d Afrique; de même aussi le bassin des Antilles qui surpasse en étendue la Méditerranée, 
semble présenter les restes d'anciennes digues qui réunissoient' le Gap Catoche du Yucatan 
au Cap Saint-Antoine de l'île deCuba, et celte ile, le Cap Tiburon de Saint-Domingue, la Jamaïque, 
le Banc de la Vibora et l'écueil de la Serranilla au Cap Gracias a Dios de la côte des Mosqultos. 
Il résulte, de celte disposition des îles et descaps les plus avancés du continent , une division en trois 
bassins partiels. Le plus septentrional a été désigné, depuis long-temps, par une dénomination 
particulière, celle de Golfe du Mexique ; l'intermédiaire ou bassin central pourroit être appelé la 
Jiler d'Honduras , à cause du golfe de ce nom qui en fait partie : le bassin méridional , compris 
entre les Petites Antilles et les côtes de Venezuela , de l'istbme de Panama et du pays des 
Indiens Mosqultos, fornieroitla Merdes Cariles^. C'est d'ailleurs un phénomène bien digne d'at- 
tention que de trouver les roches volcaniques modernes distribués sur les deux bords opposés 
du bassin des Antilles, à l'est et à l'ouest, mais non au sud et au nord. Dans les Petites Antilles, 
un groupe de Volcans en partie éteints, en partie encore enilammés , se prolonge des 12° aux 18°; 
dans les Cordillères du Guatimala et du Mexique, des g» aux. 19° 7 de latitude. J'ai vu plonger, à 
l'extrémité nord-ouest du bassin des Antilles , les formations secondaires vers le sud-est : le long des 
côtes de Venezuela, les roches de gneis et de micaschiste primitifs plongent vers le nord-ouest. 
Les basaltes , les amygdaloicles et les trachytes , qui sont souvent surmontés de calcaires tertiaires 
ne se montrent que vers les bords oriental et occidental. 

«. Le Bassfn du BAs-OniNOQui: ou des pladjes de Venezuela. Semblable ans plaines de la Lombardie, 
ce bassin est ouvert à l'est. Ses limites sont au nord la chaîne côtière de Venezuela; à l'ouest, 
la Cordillère orientale de la Nouvelle-Grenade, et au sud la Sierra Parime; mais, comme ce 
dernier groupe ne s'étend à l'ouest que jusqu'au méridien des cataractes de Maypures (long. 70° .3/'), 
11 reste de ce côté une ouverture ou détroit terrestre qui est dirigé du nord au sud, et par lequel 
les Llanos de Venezuela communiquent avec le bassin de l'Amazone et du Rio Negro. Nous 
distinguons, entre le bassin du Bas- Oré/ioque proprement dit (au nord de ce fleuve et du Rio Apure) 
et les plaines du Meta et du Guuviare. Ces dernières remplissent l'espace que laissent entre elles les 
montagnes de la Parime et de la Nouvelle-Grenade. Chacune des deux partie de ce bassin a une direc- 
tion opposée; mais, comme l'une et l'autre sont également couvertes de graminées, on s'est habitué 
dacs le pays à les comprendre sous une même dénomination. Ces Llanos {steppes, savanes ou prairies) 
s'étendent en forme d'arc depuis les bouches de TOrénoque , par Si • Fernando de Apure , jusqu'au- 
delà du confluent du Rio Caguan avec le Jupura, par conséquent sur une longueur de plus 
de 36o lieues. 

» EntreTabagoetla GrcDade; entre l'île Sainl-Martin et lea lies Vierges; entre Portorico et Saint-Domingue; entre le 
Petit Banc de Bahama et le Cap Canavcral de la Floride. 

2 Je ne prétends pas que cette hypothèse de rupture et d'ancienDe continuité des terres paisse être étendue à la partie orientale 
du bassin des Antilles, c'est-à-dire à la série d'iles volcaniques que l'on trouve allignées depuis la Trinité jusqu'à Portorico. 
Foj'ei les éclaircissemens que j'ai donnésTom. II, p. iS-ji. 

' Cette dénomination est d'autant plus exacte, en l'appropriant à la partie australe du bassin des Antilles, que les 
peuples de race caribe ttoient disséminés sur le continent voisin et dans l'Archipel, depuis la Caribana du Darien jusqu'aux 
îles Vierges, ^c^e: plus haut , Tom. III, p. la et 161. 



NOTES. 287 

1 ) Partie du hasain de Venezuela dirigée de l'est «/"oaes^ La pente générale est vers l'est, et la hau- 
teur moyenne de 4o-5o toises. Le rivage occidental de cette grande mer de verdure [mar de yerhas) est 
formé par un groupe de montagnes dont plusieurs égalent ou surpassent en hauteur le Pic de Ténériffe 
et le Mont-Blanc. De ce nombre sont les Pararaos del Almorzadero, de Cacota , de Laura , de Porquera, 
de Mucuchies, de Timotès , de Las Rosas. Les rivages septentrional et méridional n'atteignent géné- 
ralement pas cinq à six. cents toises d'élévation. J'ai donné ailleurs une ample description du sol des 
Llanos (Tom. I, p. 496, 629; Tom. II, p. i46, i5i, i5j, 169, 166-199, 627; Tom. III, 
p. 2-9, 22-37). On remarque avec quelque surprise que le maximum de dépression du bassin ne se 
trouve pas dans son centre, mais sur sa limite australe, au pied de la SieiTa Parime, longée 
par le thalweg de l'Orénoque. Ce n'est qu'entre les méridiens du Cap Codera et de Cumana,là 
où une grande partie de la Cordillère du littoral de Venezuela a été détruite, que les eaux des 
LlanoB (le Rio Unare et le Rio Neveri) parviennent à la côte septentrionala. L'arrête de partage 
de ce bassin est formée par de petits plateaux , connus sous les noms de Mesas d'Amana, de Guanipa 
et de Jonoro. (Tom. II, p. i5i j Tom. III, p. 24.) Dans cette même partie orientale, entre les 
méridiens de 63° et 66°, les plaines ou savanes dépassent, vers le sud, le lit de l'Orénoque et de 
rimataca , et forment (en s'approchant du Cujuni et de l'Essequibo) une espèce de golfe le long 
de la Sierra Pacaraina (Tom. Il, p. 669; Tom. III, p. 221). 

2 ) Partie du bassinde Venezuela dirigée du sud au nord. Là grande largeur de cette zone de savanes, 
de looà 120 lieues, rend assez impropre la dénominationderfeïro27fe»res<re,àmoins qu'on nel'applique 
géognostiquement à toute communication de bassins limités par de hautes Cordillères. Peut-être 
cette dénomination appartient-elle, avec plus de droit, à la partie où se trouve placé le groupe peu 
connu des montagnes qui environnent les sources du Rio Negro (Tom. III, p. 223). Dans le bassin 
compris entre la penle orientale des Andes de la Nouvelle-Grenade et la partie occidentale de la Sierra 
Parime , les savanes se prolongent, comme nous l'avons indiqué plus haut, bien au-deli de l'équaleur, 
mais leur étendue ne détermine pas les limites australes du bassin que nous examinons ici. 
Ces dernières sont fixées, par un seuil ou ligne de faîtes qui partage les eaux entre l'Orénoque 
et le Rio Kegro , affluent de l'Amazone. Un relèvement de contre-pente, presque insensible 
à la vue, forme une arrête qui semble réunir la Cordillère orientale des Andes au groupe de 
la Parime '. Cette arrête se dirige de la Ceja (lat. 1° 45') ou du versant oriental des 
Andes de Tiraana '^, entre les sources du Guayavero et du Rio Caguan ', vers l'isthme qui sépare le 
Tuamini du Pimichiu ■*. Dans les Llanos , elle suit par conséquent les parallèles de 2° 00' et 
2° 45'. Il est bien remarquable que l'on retrouve plus à l'ouest, sur le dos même des Andes, 
dans le nœud de montagnes qui renferme les sources du Magdalena, à 900 toises de hauteur 
au-dessus du niveau des Llanos, les divort/a aqvarum entre la Mer des Antilles et l'Océan- 
Pacifique ', presque par la même latitude (1° 45'-2° 20'). De l'isthme de Javita vers l'est, cette 
ligne du partage d'eau est formée par les montagnes même du groupe de la Parime ; elle se relève 
d'abord un peu au nord -est vers les sources de l'Orénoque (lat. 3° 45'?) et vers la chaîne de 
Pacaraina'' (lat. 4° 4'-4'' 12') : puis, pendant un cours de 80 lieues, entre le portage de l'Anocapra ' 
et les rives du Rupunuri, elle se dirige, très-régulièrement, de l'ouest à l'est; enfin, au-delà du 

' Tom. III , p. 190. 

2 Voyez ma Carte du Magdalena [Atlas géogr. , pi. xxiv). 

^ Le premier est un atHueat da Guaviare, te second du Vupurà. 

* Istlime de Javita ou portage du Pimicliin (rom, II, p. 42a, V>î. Allât géogr., pi. ïvi). 

' Tom. Il, p. 455; Tom. III, p. aoj. 

' Tom. III, p. aj5. 

' Chemin du Rio Branco au Rio Carony. 



238 NOTES. 

méridien de 6i° 5o', elle dévie de nouveau vers des latitudes plus basses, passant entre les sources 
boréales du Rio Suriname , du Maooni et de l'Oyapok , et les sources méridionales du Rio Trombetas, 
du Curupatuba et du Paru (lat. 2<'-i'' 5o') Ces indications suffisent pour prouver que cette première 
ligne de partage d'eau de l'Amérique du Sud (celle de l'hémisphère boréal) traverse tout le con- 
tinent entre les parallèles de 2» et 4°. Il n y a que le Casslquiare qui se soit frayé un passage à 
travers l'arrête que nous venons de décrire). Le système hydraulique de l'Orénoque présente le 
phénomène extraordinaire d'une bifurcation là où la limite de deux, bassins (de l'Orénoque et 
du Rio Negro) traverse le lit même du récipient principal. Dans la partie du bassin de l'Oré- 
noque, qui est dirigée du sud au nord, comme dans la partie qui est dirigée de l'ouest à l'est, les 
maxima de dépression se trouvent au pied de la Sierra Parime , on pourroit dire sur ses con- 
tours mêmes. 

». Le Bassin du Rio Neoho et de l'Amazone. C'est le bassin central, et le plus grand des bassins de 
l'Amérique du Sud. Il est exposé à la fréquence des pluies équaloriales , et le climat chaud et 
humide à la fois y développe une force de végétation à laquelle rien ne peut être comparé dans les 
deux continens. Le bassin central, limité au nord par le groupe de la Parime, au sud par 
les Inontagnes du Brésil, est presque entièrement couvert d'épaisses forcis, tandis que les deux 
bassins placés aux extrémités du continent (les Llanos de Venezuela ou du Bas-Orénoque et les 
Pampas de Buenos-Ayres ou du Rio de la Plata) sont des savanes ou prairies , des plaines dépour- 
vues d'arbres et couvertes de graminées. Celte distribution symétrique de savanes bordées par 
d'impénétrables forêts, doit être liée à des révolutions physiques qui ont agi > à la fois sur de 
grandes surfaces. 

1 ) Partie du bassin de VJlmazmie dirigée de l'ouest à l'est , entre les 2° nord et 1 2° sud, et de 
880 lieues de longueur. Le rivage occidental de ce bassin est formé par la chaîne des Andes , depuis 
le nœud des montagnes de Huanuco jusqu'à celui des sources du Magdalena. Il est élargi par le 
contre-fort du Rio Béni * , riche en sel gemme et composé de plusieurs rangées de collines (lat. 
8"- 11" sud) qui avancent dans les plaines sur la rive orientale du Paro. Nos cartes travestissent ces 
collines en ^aîites Cordillères el Jlndes de Cuchao^. Vers le nord, le bassin de l'Amazone, dont 
Varea (dea44,ooo lieues carrées) n'est que d'un sixième plus petite que Varea de l'Europe entière, se 
relève en pentes très-douces vers la Sierra Parime. A l'ouest des 68° de longitude la partie élevée 
de cette Sierra se termine pai- les 3° 5 de latitude boréale. Le groupe de monticules qui entourent les 
sources du Rio Negro, de l'Inirida et du Xiè (lat. 2°)', les rochers épars entre l'Atabapo et le Cassi- 
quiare se présentent , comme des groupes d'îlots et d'écueils , au milieu de la plaine. Une partie 
de ces écuells sont couverts de signes ou sculptures symboliques. Des peuples, très-différens de 
ceux qui habitent aujourd'hui les rives du Cassiquiare, ont pénétré dans les savanes; et la zona 

« Tom. II, p. 169; Tom. III, p. 3i-55. Martius, Phys. der Pflanzen von Bras., p. i3. 

2 Tom. III, p. aoo. Le vrai nom de cette grande rivière , sur le cours de laquelle les géographes ont été si long-temps 
divisés, est Uchaparu , probablement eau {para) d'Vcha: aussi Béni signifie simplement fleuve, eau ; car la langue des Maypures 
a des analogies multipliées avec la langue des Moios( Tom. II, p. 568); et, en maypure, veni (ouem) signiCe eau, comme 
en moio una. Peut-être le nom du rteuve est-il resté maypure , quand les Indiens qui parloient cette langue ont émigré au 
nord , vers les rives de l'Orénoque. 

» les Andet de Cuchao , quel a carte d'Arrowsmith place at. lo» j- la» au nord du lac fabuleux de Rogagualo , ne sont 
autre chose que les montagnes du Cuchaù , que La Cruï place lat. iS- au sud-ouest de ce lac. Une erreur bizarre de ce 
dernier géographe l'a porté i couvrir de montagnes des plaines qui en sont entièrement dépourvues. Il a oublié que dans 
les colonies monfe désigne presque exclusivement une forêt, et il a figuré des chaînes de montagnes partout où il a écrit 
montes de cacao, comme si le Cacaoyer n'appartenoit pas à la région la plus ardente des plaines. 



NOTES. 289 

des roches peintes qui s'étend à plus de i5o lieues de largeur, offre les traces d'une ancienne 
civilisation. A l'est des groupes ^poradiques de rochers (entre le méridien de la bifurcation de l'Oré- 
noque et celui du confluent de l'Essequibo avec le Rupunuri), les hautes montagnes de la Parime 
ne commencent que par les 3» de latitude. C'est là que se terminent les plaines de l'Amazone. Le 
vaste golfe qu'elles semblent former dans la partie supérieure du bassin du Rio Branco, et les 
sinuosités que l'on observe à la pente méridionale delà Sierra Parime , ont été discutés plus haut '. 
Vers le sud, les limites des plaines de l'Amazone sont plus inconnues encore que vers le nord. Des 
montagnes , qui excèdent 4oo toises , ne paroissent pas s'étendre dans le Brésil au nord du paraUèle 
de i4° à i5° de latitude méridionale, et à l'ouest du méridien de Sa» ; mais on ignore jusqu'où se 
prolonge le pays montueux , si l'on veut désigner sous ce nom un terrain hérissé de collines 
de cent ou deux cents toises d'élévation. Entre le Rio das Vertentes et le Rio de très Barras 
(affluens de l'Araguay et du Topayos) , les JJfowfe Pawcw envoient plusieurs arrêtes vers le nord. 
Sur la rive droite du Topayos, une série de monticules avance (selon des cartes manuscrites dressées 
récemment au Dépôt hydrographique de Rio Janeiro) jusqu'au parallèle de 5° de latitude sud, jusqu'à 
la chute {cachoeira) de Maracana ; tandis que , plus à l'ouest , dans le Rio Madeira, dont le cours est 
presque paraUèle à celui du Topayos, les rapides et les cataractes (on en compte 17 entre Guayra 
merim ^ et le fameux Salto de Theotonio s ) n'indiquent des arrêtes rocheuses que jusqu'au 
paraUèle de 8°. La dépression principale du bassin dont nous venons d'examiner les contours se 
trouve, non vers un de ses bords, comme dans le bassin du Bas-Orénoque, mais au centre même , 
là où le grand récipient de l'Amazone forme un siUon longitudinal, incUné de l^ouest à l'est 
sous un angle de moins de 25 secondes «. Les mesures barométriques que j'ai faites à Javita sur 
les rives du Tuamini, à Vasiva sur les rives du Cassiquiare et à la cataracte de Rentema, dans 
le Haut-Maragnon , paroissent prouver que le relèvement des plaines de l'Amazone est, vers 
le nord (au pied de la Sierra Parime), de i5o toises, et, vers l'ouest (au pied de la CordiUère 
des Andes de Loxa), de 190 toises au-dessus du niveau de l'Océan 5. H faut espérer que, lorsque 
des bateaux à vapeur remonteront l'Amazone depub le Grand Para jusqu'au Pongo de Manseriche, 
dans la province de Maynas, on ne négligera pas, pendant le cours d'une navigation si facile, de 
niveUer barométriquement le cours du fleuve, qui est le thalweg d'une plaine quinze fois plus 
étendue que la France entière. 

2 ) Partie du bassin de V Amazone dirigée du sudau nord. C'est la zone ou le détroit terrestre par 
lequel communiquent, entre les 12° et 20° de latitude australe, les plaines de l'Amazone avec les Pam- 
pas de Buenos-Ayres. Le rivage occidental de cette zone est formé par les Andes , entre le nœud de 
Porco et du Potosi , et celui de Huanuco et de Pasco. Une partie du contre-fort du Rio Bent, qui n'est 
qu'un élargissement des CordiUères d'Apolobamba et du CouzcO ', et lout le promontoire de Cocha- 
bamba ' avancent vers l'est dans les plaines de l'Amazone. C'est surtout le prolongement de ce pro- 
montoire qui a fait naître le soupçon d'une liaison des Andes avec une série de coUines que les Serras dos 
Parecis », la Serra Melgueira et la prétendue Cordillera de San Fernando envoient vers l'ouest. Cette 
partie presque inconnue des frontières du Brésil et du Haut -Pérou mérite l'attention des voyageurs-. 

' Tom. III , p. 225-22-. 

î Au-dessus du conOuent du Madeira et du Mamorè, qu'un journal brésilien justement cst\mé (Patriota , i8i3 , p. 28S) 
place par les lo" 22' 3o' de latitude , tandis qu'il donne au conUuent du Madeira avec le Giiaporé 11° 5i' 46'- 
' Au-dessus du conQuent du Madeira et du Jamary. 
» rojei plus haut, Tom. III, p. 189, note 2. 
5 Tom. 11 , p. 418, 509, 565, et Bec. d'Obs. aslr., Tom. 1, p.3i5. 
' Tom. 111, p. joo. 
' Tom. III , p. 196. 
' Tom. III, p. 23i. 



2^0 NOTES. 

D'après les notions les plus récentes qu'on a pu recueillir, il paroit que l'ancienne mission de 
San José de Chiquitos (à peu près lat. 17"; long. 67° 10', en supposant Sanla-Cruz de la Sierra, lat. 
17° 25'; long. 66° 47') se trouve déjà située dans les plaines, et que les montagnes du contre-fort de 
Cocliabamba se terminent entre le Guapaix (Rio de Mizque) et le Parapiti qui prend plusbas les noms 
de R'io San Miguel et de Rio Sara. Les savanes de la province de Chiquitos communiquent au 
nord avec celles des Moios , au sud avec celles du Cbaco ' ; mais , dans ces mêmes contrées, comme 
nous l'avons déjà fait obsei-ver plus haut, il se forme, par l'intersection de deux plans foiblement 
inclinés, une arrête ou ligne de partage d'eau qui, au nord de La Plata (Chuquisaca), prend son 
origine entre les sources du Guapaix et du Cachimajo (affluent du Pilcomayo) , et remonte du parallèle 
de 30° à celui de iS" i de latitude australe, par conséquent au nord-est, vers l'isthme de Villabella '. 
De ce point, un des plus importans de toute l'hydrographie de l'Amérique, on peut suivre la ligne de 
partage d'eau jusqu'à la Cordillère du littoral {Serra do Mar). On la voit serpenter (lat. i7°-2o') 
entre les sources boréales de l'Araguay, du Maranhao ou Tocantines et du Rio San Francisco, et 
les sources méridionales du Parana. Cette seconde ligne de partage qui entre dans le groupe des 
montagnes du Brésil , sur la frontière de la Capitainerie de Goysz , sépare les versans du bassin de 
l'Amazone de ceux du bassin du Rio de La Plata : elle correspond, au sud de l'équateur, à la ligne 
que nous avons fait connoitre dans l'hémisphère boréal (lat. 2°-4'') ,sur les limites mêmes des bassins 
de l'Amazone et du Bas-Orénoque ^. 

Si les plaines de l'Amazone (en prenant cette dénomination dans le sens géognostique que nous lui 
avons assigné) se distinguent en général des Ztonos de Venezuela et des Pampas de Buenos-Ayres par 
l'étendue et l'épaisseur des forêts qui les couvrent , on est d'autant plus frappé de la continuité des 
savanes que l'on trouve dans la partie dirigée du sud au nord. On diroit que la mer de verdure ^ 
du bassin de Buenos-AjTCS envoie un bras parles Llanos du Tucuman, de Manso, du Cbaco, des 
Chiquitos et des Moxos aux Pampas del Sacramento *, aux savanes du Napo, du Guaviare, du 
Meta et de l'Apure ''. Ce bras traverse, entre les 7" et 3° de latitude méridionale, le bassm des 
forêts de l'Amazone , et l'absence d'arbres sur une si grande étendue de terrain ( la prépon- 
dérance qu'ont acquise de petites plantes monocotyledones) est un phénomène de la géographie 
des plantes, qui tient peut-être à l'action d'anciens courans pélagiques, ou à d'autres révolutions 
partielles de notre planète. 

e. Plaetes du Rio de la Plata et de la Patagonie, depuis la pente sud-ouest du groupe des 
montagnes du Brésil jusqu'au détroit de Magellan, des 20° au 53° de latitude. Ces plaines cor- 
respondent à celles du Misslssipi et du Canada, dans l'hémisphère boréal. Si une de leurs 
extrémités se rapproche moins des régions polaires, l'autre entre d'autant plus dans la région des 
palmiers. La partie de ce vaste bassin qui s'étend de la côte orientale vers le Rio Paraguay 
(c'est-à-dire la Capitania de Rio Grande, à l'ouest de l'ile Sainte-Catherine, la province Cisplatine 
et le Paraguay proprement dit entre le Parana et le Rio Paraguay), n'offre pas une surface si 
parfaitement unie que la partie située à l'ouest et au sud-est du Rio de la Plata, et que, 

i Caria de las MIssimes de los Moxot de. la Compailia de Jésus de el PerU, 1709. 
a Entre les aCEuens du Paraguay et du Madeira , Tom. III , p. î3o. 

» Tom. III, p. 33;. 

' Ces Pampas que le père Sobreviela a fait connoitre le premier, portent aussi le nom de Pajonal (plaine qui produit de 
la pai(/«) , entre le Rio Paro, affluent de l'Ucayali et les rites de l'Uuallaga. 

• Je nomme ces plaines couvertes de graminées, dans l'ordre où elles se «uircnt du sud au nord, des lo- de latitude australe 
aux 9" de latitude boréale. Oo appeUe Llanos de Manso (lat. austr. 22°-35° ^) les savanes entre le Rio Vcrmejo et le Pilco- 
mayo , d'après le nom d'un Espagnol qui a fait, dans ces contrées désertes , les premier» essais de culture {Brackenridge , 
Tom. II, p. '7)- 



NOTES. 241 

l'on connoît depuis des siècles sous le nom de Pampas, tiré de la langue péruvienne ou quichua '. Géo- 
gTiosliquemenl parlant, ces deux régions de l'est et <le l'ouest ne forment qu'un seul bassin limité 
à l'orient par la Serra de YiUarica ou do Espinhazo qui se perd dans la Capitania de Saint-Paul, 
vers le parallèle de 24" ; au nord-est par les monticules * que la Serra da Canastra et les Campos 
Parecis envoient vers la province du Paraguay; à l'ouest, par les Andes du Haut-Pérou et du 
Chili; au nord-ouest, par l'arrête de partage des eaux qui se prolonge du contre-fort de Santa-Cruz 
de la Sierra, à travers les plaines de Chiquitos, vers les Serras d'Albuquerque (lat. jg" 20') et de 
San Fernando. La partie de ce bassin qui se trouve à l'ouest du Rio Paraguay contient 70,000 lieues 
carrées; elle est entièrement couverte de graminées, tandisqued'épaisses forets s'étendentde la rive orien- 
tale du Paraguay vers le Paraua et les sources de l'Uruguay. Cette surface des Pampas ou Llanos du 
Manso , du Tucuman, de Buenos-Ayres et de la Patagonie orientale excède par conséquent quatre fois 
la surface de la France entière. Les Andes du Cliili rétrécissent les Pampas par les deux contre-forts de 
Salta et de Cordova^ : ce dernier promontoire , dont nous connoissons l'étendue avec beaucoup de 
précision, parles observations astronomiques de MM. Espinosa etBauza ■*, forme un promontoire telle- 
ment avancé qu'il ne reste (lat. 3 1''-32°) qu'une plaine de 45 lieues de largeur entre l'extrémité orien- 
tale de la Sierra de Cordova et la rive droite du fleuve Paraguay, dirigé dans le sens d'un méridien, 
depuis la ville deNuevaCoimbra jusqu'au Rosario, au-dessous deSanla-Fe. Bien au-delà des frontières 
méridionales de l'ancienne vice-royauté de Buenos-Ayres, entre le Rio Colorado et le Rio Negro (lat. 
38-39 ), des groupes de montagnes paroissent s'élever en forme d'ilofs au milieu de la plaine 
muriatifère. Une tribu d'Indiens du sud '• ( Tehuelhei') y porte depuis long-temps le nom 
caractéristique A'/iommes des montagnes [Callilehet) ou Serranos. Depuis le parallèle de l'embou- 
clmre du Rio Negro jusqu'à celui de Cabo Blanco (lat. 4i°-47°), des montagnes disséminées sur 
la côte patagonique orientale annoncent des inégalités plus considérables dans l'intérieur. Cepen- 
dant toute la partie du détroit de Magellan, depuis le Cap des "Vierges jusqu'au Cap Noir, sur 
plus de 3o lieues de largeur, est entourée de savanes ou Pampas, et les Andes de la Patagonie 
occidentale ne commencent à s'élever que près du Cap Noir, exerçant une grande influence 
sur la direction de la partie du détroit qui est plus rapprochée de la Mer du Sud et dirigée du SE. 
au NO. 



' Hatun Pampa signifie, dans cette langue, une grande plaine. On retrouve le mol de Pampa aussi dans Riobamba et 
Ouatlabamba ; car les Espagnols changent , pour rendre les noms géographiques plus agréahles à l'oreille , le /3 en b. 

^ Au sud de la Villa de Cuyaba, ou plutôt au sud du Rio Mbotetey (Embotetcu ou Mondego) , se prolonge vers le sud un 
pays montueuz, connu sous les noms fastueux de Cordillères d'Amambay, de San José et de Maracajou. D'après la belle carte 
manuscrite de l'ancienne vice-royauté du Rio de la Plata (par Don Miguel de Lastarria, iSo4) , dont je dois la commanication à 
l'obligeant intérêt de M. Maltiî-Urun , toute la partie septentrionale du Paraguay, entre la mission de Curuguati (lat. 24° 4) et 
les rivières Mbotetey et Monice (Vaguari), est remplie de collines. Les géographes figurent également une chaîne de montagnes 
entre les 28° et 34° j de latitude , dans la Province des Missions et dans la Province Cisplatine du Brésil , chaîne qui sépare les 
versans de l'Uruguay de ceux de la côte orientale. Mais ces prétendues Cordillères n'ont probablement pas 200 toises d'élé- 
vation. En comparant les Cartes de D'Anville , de Varela , de Dobtiîhoffer et d'Azara , on voit comment les progrès de la géo- 
graphie ont fait disparoitre peu à peu les montagnes dans ces contrées. 

s Tom. III, p. 196. 

' Ces officiers de la marine espagnole avoient quitté l'expédition de Malaspina à Lima pour la rejoindre .i Buenos-Ayres. 
Us ont déterminé la latitude et la longitude de Mendoza (lat. ôa" 52'; long. 71° 23'), et S. Luis de la Punla (lat. 33'> 18'; 
long. 68» 4'). Memorias de los Navcgantes , Tom. I, Àpendice, p. 181. D'après ces positions, on trouve, pour la ville de 
Cordova , lat. 3i» 22' ; long. 66° 17', en admettant avec M. Bauza , selon la Carte de l'Océan méridional compris entre le Cap de 
Horn et le Cap de Bonne-Espérance (Madrid, iSo4), la ville de Cordova de 1» 4;' à l'est de San Luis de la Punta. La Cruz et 
Arrowsmilh avoient supposé cette distance de 3° 20' et 3° 4 '• De même M. Bauza , qui a visité ces contrées , admet la diffé - 
rence de longitude de Cordova et Santa Fe de 3», tandis que Arrowsmilh le fait 2» 36'. On manque absolument d'observations 
astronomiques entre le Tucuman, l'Asuncion et Sanla Fe. 

^ Het ^ homme; tehticl , midi. 

Relation historique, Tom- III. 3i 



242 NOTES. 

Si nous avons donné au^plaiiiesou grands bassins de l'Amérique méridionale les noms des rivières qui coulenl 
dans leurs sillons longitudinaux , nous n'avous pas voulu les comparer pour cela à de simples vallées. Dans les 
plaines du Bas-Orénoque et de l'Amazone, toutes les lignes de plus grande pente aboutissent sans doute à 
un récipient principal; et les afllucns des afiluens, c'est-à-dire les bassina de différens ordres , pénètrent 
dans le groupe des montagnes mêmes. La partie supérieure ou les hautes vallées des affluons sont consi- 
dérées , dans ce tableau géologique , comme appartenant à la région montueuse du pays , comme placées 
hors des plaines du Bas-Orénoque et de l'Amazone. Les vues du géologue ne sont p»s identiques avec 
celles de l'hydrographe. Dans le bassin que nous avons appelé celui du Rio de la Plata et de la Pata- 
gonie , les eaux qui suivent les lignes de plus grandes pentes ont plusieurs issues. Le même bassin renferme 
plusieurs vallées de rivières; et, en examinant de près la surface polyédrique des Pampas et la portion de 
leurs eaux qui ne va point à la mer, semblable aux eaux des steppes de l'Asie ', on conçoit que ces plaines sont 
divisées par- de petites arrêtes ou lignes de faîtes, et quelles ont des pentes alternatives *, inclinées dans des sens 
opposés, à l'égard de l'horizon. Pour faire mieux sentir cette différence entre les aperçus géologiques 
et hydrographiques, et pour prouver que, dans les premiers, en faisant alistraction du cours des eaux 
qui aboutissent à un seul récipient, on s'élève à un point de vue beaucoup plus général, je rappellerai 
de nouveau le bassin hydrographique de l'Orénoque. Cette immense rivière naît sur la pente méridionale de la 
Sierra Parime : elle est bordée sur la rive gauche par des plaines , depuis le Cassiquiare jusqu'à l'embouchure 
de l'Atabapo, et elle coule dans un bassin auquel, geologiquement parlant, d'après la gi-ande division 
de la surface de l'Amérique du Sud en trois bassius , nous avons donné le nom de bassin du Rio 
Negro et de l'Amazone. Les basses régions qui sont limitées par les pentes méridionales et septentrio- 
nales des montagnes de la Parime et du Brésil, et que le prologue doit désigner par un seul nom, ren- 
ferment, d'après le langage également précis de l'hydrographe, deux bassins de rivières , ceux du Haut- 
Orénoque et de l'Amazone , séparés par une arrête (effet de pentes alternatives) qui se dirige de l'isthme 
de Javita vers l'Esméralda. Il résulte de ces considérations qu'un bassin géologique {^sit venia verbo) peut 
avoir plusieurs récipiens et plusieurs émissaires. Divisé par de petites lignes de faites presque insensibles à 
la vue, il peut renfermer à la fois des eaux qui vont à la mer par dilTérens sillons indépendans les uns des 
autres, et des systèmes de rivières intérieures aboutissant à des lacs plus ou moins chargés de matières 
salines. Un bassin de fleuve ou bassin, hydrographique n'a qu'un seul récipient et un seul émissaire : si , 
par une bifurcation , il donne une partie de ses eaux à un autre bassin hydrographique , c'est parce que 
le lit du fleuve ou le récipient principal se rapproche tellement d'un des bords du bassin ou de l'arrête 
de partage que cette arrête le travei-se en partie. 

La distribution des inégalités de la surface du globe ne présente pas des limites fortement prononcées 
entre le pays montueux et les basses régions ou bassins géologiques. Même là où de véritables chaînes de 
montagnes s'élèvent comme des digues rocheuses placées sur une crevasse, des contre-forts plus ou moins 
larges semblent indiquer un soulèvement latéral. Tout en reconnoissant la difficulté de bien circonscrire 
les groupes de montagnes et les bassins ou plaines continues , j'ai tenté de calculer leurs surfaces d'après les 
données que renferment les feuilles qui précèdent. 

' Les géographes allemands désignent sons le nom de fleuves det steppes [sleppenflûsse) tout système d'eaux courantes qui a 
son maximum de dépression dans un lac intérieur. Voyes plus haut, Tom. II, p. jS. 
î Journal de l'Ecole polytechnique , Tom. VII, p. a65. 



NOTES. 243 

AMÉRIQUE MÉRIDIONALE. 

I. PaBTIB MONTUBtJaE : 

Andes 58,goo lieues carrées mariaes . 

Chaîne du littoral de Venezuela ! ,900 

Sierra Nevada de Merida 200 

Groupe de la Parime 35,8oo 

Système des montagnes du Brésil 27,600 

ii4)4oo 

II. Plai.nbs : 

Llanos du BasOrénoque , du Meta et du Guaviare 39,000 

Plaines de l'Amazone a6o,4oo 

Pampas du Hic de la Fia ta et de la Patagonie i35,20u 

Plaines entre le chaînon oriental des Andes de Cundînamarca 

et le chaînon du Choco ' 2j3oo 

Plaines du littoral , à l'ouest des Andes 20,000 

456,900 

La surface de toute l'Amérique méridionale est de 571,300 lieues cai-rées (de 20 au degré), et lerapport 
entre l'étendue du pays montueu-i et la région des plaines est comme 1 : 4. Cette dernière région , à l'est 
des Andes, a plus de 424,6oo lieues carrées, dont la moitié est en savanes, c'est-i-Jire couverte de graminées. 

Sectiok II. 

Répartition générale des teiraius. Direction et inclinaison des couches. Hauteur relative des formations 

au-dessus du niveau de l'Océan. 

Nous avons esaminé, dans la section précédente, les inégalités de la surface du sol, c'est-à-dire la 
charpente générale des montagnes et la forme des bassins que ces montagnes diversement agroupées laissent 
entre elles. Les agroupemens sont tantôt longitudinaux, par bandes étroites ou chaînons, semblables à 
des filons qui conservent leur allure a de grandes distances (Andes, Montagnes du littoral de Venezuela, 
Serra do Mar du Brésil , AUeghanis des États-Unis) , tantôt ils sont par masses à formes irrégulières , dans 
lesquelles des soulèvemens paroissent avoir eil lieu comme sur un dédale de crevasses ou un ainas de 
filons ( Sierra Parime, Serra das Vertentes ). Ces modes de formations liés à une hypothèse de géo- 
gnosie' qui a l'avantage d'être fondée sur des faits observés dans les temps historiques , caractérisent d'une 
manière tranchée les chaînes et les groupes de montagnes. D'ailleurs , les considérations sur le relief d'un 
pays sont indépendantes de celles qui font connoître la nature des terrains, l'hétérogénéité des matières, 
la superposition des roches , la direction et l'inclinaison des couches. Ce sont ces dernières qui seront 
exposées dans la seconde et la troisième section de ce mémoire. Sous le rapport du relief et de 
l'enchaînement des inégalités du sol , la moitié du globe lunaire est aujourd'hui presque mieux connue 
que la moitié du globe terrestre , et la géologie des formations , inaccessible pour toujours à l'astronomie 
physique, si elle ne se livre pas à des écarts dangereux, avance avec une lenteur extrême, même dans 
les pays qui sont les plus rapproches de l'Europe. 

En jetant un coup d'œil général sur la constitution géologique d'une chaîne de montagnes^ on peut 

« Foy. les observations importantes et nouvelles sur l'origine des chaînes de montagnes , qni se trouvent exposées dans un 
ouvrage digne de Cier l'attention des géogoostes : Rcsullate der neuesten geogn. Forschungen des Ilerrn Lcopold von Buch, 
2usammongestellt tind iibersezt von K. C. von Leonhard, p. 307, 383, 458,470, 4/5, 5o6. 



244 NOTES. 

distinguer cinq étémens de direction trop souvent confondus dans les ouvrages de géognosie et de géographie 
physique. Ces élémens sont : 

a. ] L'axe longitudinal de la chaîoe entière ; 

fi) La ligne qui partage les eaux {divortia aqitarutn) ; 

» ) La ligne de faîte passant par les maxima de hauteur; 

iT ) La ligne qui sépare en section horizontale deux formations contiguës; 

e ) La ligne qui suit les tissures de stratification. 

Cette distinction est d'autant plus nécessaire quil n'existe vraisemhlahlement aucune chaîne sur le glohe 
qui offre un parallélisrae parfait de toutes ces lignes directrices. Dans les Pyrénées, par exemple, a, jS, » 
ne coïncident pas; mais <f et e (c'est-à-dire les diverses bandes de formations qui viennent successivement 
au jour, et la direction des strates) sont sensiblement parallèles à et ou à la direction de la chaîne 
entière '. On trouve si souvent, dans les parties les plus éloignées du globe, un parallélisme parfait entre 
a et s, qu'on peut croire que les causes qui ont déterminé la direction de l'axe (l'angle sous lequel cet axe 
coupe le méridien ) sont assez généralement liées aux causes qui ont déterminé la direction et l'inclinai- 
son des strates. Cette direction des strates elle-même est indépendante de celle des bandes de forma- 
lions ou de leurs limites visibles à la surface du sol : les lignes / et e se croisent quelquefois, lors même 
qu'une d'elles coïncide avec a ou avec la direction de l'axe longitudinal de la chaîne entière. On ne peut 
exprimer avec précision le relief d'un pays sur une carte, ni éviter les jugemens les plus erronés sur le 
gisement et la superposition des terrains , si l'on n'a pas saisi bien clairement les rapports des lignes direc- 
trices que nous venons de rappeler ici. 

Dans la partie de l'Amérique méridionale qui fait l'objet principal de ce mémoire, et qui est bornée au 
sud par la rivière de l'Amazone , comme à l'ouest par le méridien des montagnes neigeuses [Sierru Ne- 
vada) de Merida , les différentes bandes ou zones de formations (J) se trouvent sensiblement parallèles aux 
axes longitudinaux (a) des chaînes de montagnes et des bassins ou plaines interposées. On peut dire en 
général que la zone granitique (en réunissant sous cette dénomination les roches de granité , de gneis et de 
micaschiste) suit la direction de la Cordillère du littoral de Venezuela, et qu'elle appartient exclusive- 
ment à cette Cordillère et au groupe des montagnes de la Parirae , puisqu'elle ne perce nulle part dans les 
Llanos ou bassin du Bas-Orénoque les terrains secondaires et tertiaires. Il en résulte que les mêmes 
formations ne constituent pas la région des plaines et celle des montagnes. 

S'il étoit permis de juger de la structure de toute la Sierra Parime d'après la partie considérable que 
j'en ai examinée sur 6° de longitude et 4° de latitude, on devroit la croire entièrement composée de 
eranite-eneis : j'y ai vu quelques couches de griinstein et de schiste amphibolique, mais ni du micascbbte, 
ni du thonschiefcr, ni des bancs de calcaire grenu , quoique plusieurs phénomènes rendent très probable 
la présence de la première de ces roches à l'est de Maypures et dans la chaîne de Pacaraina. La constitution 
géologique du groupe de la Parime eU par conséquent plus simple encore que celle du groupe brésilien , 
dans lequel les granités, les gneis et les micaschistes sont recouverts de thonschiefcr, de quarz chloriteux 
(Itacolumite), de grauwakke et de calcaire de transition^; mais les deux groupes, comme nous l'avons 
déjà rappelé plus haut , ont de commun entre eux l'absence d'un véritable système de roches secondaires. 
On ne trouve daus l'un et dans l'autre que quelques lambeaux de grès ou conglomérats siliceux. Dans la 

' Dans le» Pyrénées, la direction de l'axe longitudinal (a) et celle des formations (.f) qui se montrent successivement à la 
surface du sol , comme par longues bandes , sont N. 68°- jS" O. Mais comme la ligne des maxima des faites (») n'est pas parallèle 
ï l'axe («1 , il en résulte , d'après les belles observations de MM. Palassou, Ramond et Charpentier, que cette ligne doit passer 
nécessairement par des formations très-différentes. 

: fV)'« ™0Q Essai sur le Gisement des Roches, p. 96, et Eschœege, Geogn, Gtmâldc, p. ;, 17, a4. 



NOTES. 245 

Cordillère du littoral de Venezuela ♦, les formations granitiques sont encore celles qui dominent-, mais 
elles manquent vers l'est, surtout dans le chaînon méridional où l'on observe (dans les missions de Caripe 
et autour du golfe de Cariaco) une grande accumulation de roches calcaires secondaires et tertiaires. En 
partant du point où la Cordillère du littoral se lie aux Andes de la Nouvelle-Grenade (long. 71 "7), on 
trouve d'abord les montagnes granitiques d'Aroa et de San Felipe, entre les rivières du Yaracui et du 
Tocuyo '^. Ces formations grauitiques s'étendent à l'est des deux côtés du bassin des Vallées d'Aragua , 
dans le chaînon septentrional jusqu'au Cap Codera; dans le chaînon méridional jusqu'aux montagnes 
[Atlas Savaiias) d'Ocumare. Après l'interruption remarquable qu'éprouve la Cordillère du littoral dans 
la province de Barcelone, les roches granitiques recommencent à se montrer dans l'île de la Marguerite et 
dans l'isthme d'Araya, et continuent peut-être jusque vers les Bocas del Drago; mais à l'est du méridien du 
Cap Codera, il n'y a que le chaînon septentrional qui soit granitique (de schiste micacé); le chaînon méridional 
(Morro de Nue\a Barcelona, archipel des îles Caracas, Cerro del Bergantin, environs de Cumanacoa, 
du Cocollar et de Caripe) est entièrement composé de calcaire secondaire et de grès. 

Si, dans le terrain granitique qui est ici une formation très-complexe, on veut distinguer minéralogi- 
quemeut entre les roches de granité , de gneis et de micaschiste , il faut rappeler, d'après mes observations 
locales, que le granité à gros grains, ne faisant point passage au gneis, est très- rare dans ces contrées. 11 
appartient particulièrement aux montagnes qui bordent, vers le nord, le bassin du lac de Valencia ; 
car, dans les îles de ce lac, dans les montagnes qui avoisinent la Villa de Cura et dans tout le chaînon 
septentrional, entre le méridien de la Victoria et le Cap Codera, domine le gneis, alternant quelquefois 
(Silla de Caracas) avec le granité ou passant (entre Guigue et Villa de Cura, dans la montagne de Chacao) au 
micaschiste '. Le micaschiste même est la roche la plus fréquente dans la péninsule d'Araya * et dans le 
groupe du Macanao , qui forme la partie occidentale de l'île de la Marguerite. A l'ouest de Maniquarez , 
le micaschiste de la péninsule d'Araya perd peu à peu (^Cerro de Chuparuparu) son éclat demi-métallique; 
lise charge de carbone et devient ^ un schiste argileux (thonschiefer) , même une ampelite (alaun- 
schiefer). Les couches de calcaire grenu sont les plus communes dans le chaînon primitif septentrional; 
et, ce qui est assez remarquable , elles se trouvent dans le gneis, et non dans le micaschiste. 

Au terrain granitique ou plutôt de gneis-micaschiste du chaînon méridional est adossé, au sud de la 
Villa de Cura, un terrain de transition composé de griinstein, de serpentine amphibolique , de calcaire 
micacé et de schiste vert et carburé ". Le bord le plus méridional de ce terrain est formé par des roches 
volcaniques. Entre Parapara, Ortiz et le Cerro de Flores (lat. 9"28'-9°34'; long. 70° 2'- 70° i5'), des 
phonolithes et des amygdaloïdes qui renferment des pyroxènes, ont brisé les couches du terrain de tran- 
sition. Ces éruptions volcaniques se trouvent placées sur le rivage même du bassin des Llanos , de cette 
vaste mer intérieure qui a rempli jadis tout l'espace entre les Cordillères de Venezuela et delà Parime. 
Nous rappellerons à cette occasion que, d'après les observations du major Long et du docteur James , des 
formations trapéennes ( dolerites et amygdaloïdes huileuses avec pyroxène ) bordent aussi les plaines du 
bassin du Mississipi , vers l'ouest, à la pente des Montagnes Rocheuses '. Les anciennes roches pyrogènes 
que j'ai trouvées près de Parapara, où elles s'élèvent en monticules à sommets arrondis, sont d'autant plus 

' Sur ces limites et ses divisions, voyez Tom. III , p. 2i5-j20. 

^ Notes manuscrites du général Cortés : mes propres observations ne commencent que dans le méridien de Forto-Cabello 
{long. 70° 3;'), et terminent à celui du Cerro de Meapire (long. 65° 5i'), près de Cariaco. 

' Tom. II, p. 137-139. 

' Tom. I, p. 347. 

s Tom. III, p. 5i. 

« Tom. II, p. 140-144. 

' Des sources de Canadian River au Rio Colorado de Natchitoches. Voyez Long , Exped. , Tom. II , p. 91 , 402. 



246 NOTES. 

remarquables que jusqu'ici on n'en a point encore découyert de semblables dans toute la partie orientale de 
l'Amérique du Sud. La liaison intime que l'on observe dans ce terrain de Parapara , entre les grùnstein , 
les sei-pentines amphiboliques et les amygdaloides renfermant des cristaus. de pyroxène; la forme des Morros 
de San Juan, qui s'élèvent comme des cylindres au-dessus du plateau, la texture grenue de leur calcaire 
environné de roches trapéennes, sont des objets dignes de l'attention du géologue qui a étudié, dans le 
Tyrol méridional ou en Ecosse , les effets produits par le contact des porphyres pyroxéuiques K 

Le terrain calcaire de la Cordillère du littoral domine surtout, comme nous l'avons déjà rappelé, 
à l'est du cap Unare, dans le chaînon méridional : il s'étend jusqu'au golfe de Paria, vis-à-vis de l'île de la 
Trinité , où l'on trouve les gypses de Guire , qui renferment du soufre. On m'a assuré qu'également dans 
le chaînon septentrional , dans la Montana de Paria et près de Carupano , on rencontre des formations cal- 
caires secondaires, et que ces formations ne commencent à s'y montrer qu'à l'est de l'arrête* de rocher 
(Cerro de Meapire) qui réunit le groupe calcaire du Guacharo au groupe de micaschiste de la péninsule 
d'Araya ; mais je n'ai pas eu occasion de vérifier la justesse de cette observation. Le terrain calcaire du 
chaînon méridional est composé de deux, formations qui paroissent très-distinctes, du calcaire de Cuma- 
nacoa et de celui de Caripe. Lorsque j'étois sur les lieux, le premier m'a semblé offrir de l'analogie avec 
le zechstein ou calcaire alpin, le second avec le calcaire jurassique : j'ai même cru que le gypse grenu de 
Guire pouvoit être celui qui, en Europe, appartient au zechstein ou se trouve placé entre le zechstein 
et le grès bigarré. Des couches de grès quarzeux , alternant avec des argiles schisteuses , couvrent le calcaire 
deCumanacoa^ (Cerro del Impossible, Turimiquirl, Guarda de S. Agustln) de même qu'elles couvrent le calcaire 
jurassique ^ dans la provlncede Barcelone (Aguascalientes). D'après leur gisement, on pourroit regarder ces grès 
comme appartenant à la formation du grès vert ou grès secondaire à lignites sous la craie : mais s'il est certain 
(comme je l'ai cru observer) qu'à la pente du CocoUar le grès forme des couches dans le calcaire alpin, avant 
de lui être superposé , on a de la peine à croire que les deux formations arenacées de l'Impossible et des Aguas 
ealientes constituent un même terrain. L'argile muriatifère (avec pétrole et gypse lamelleux) couvre la partie 
occidentale de la péninsule d'Araya, vis-à-vis delà ville de Cumana, comme le centre de l'île de la Margue- 
rite. Cette argile paroît immédiatement adossée au micaschiste et recouverte de la brèche calcaire du 
terrain tertiaire. Je ne déciderai pas si la formation d'Araya, riche en parcelles de muriate de soude dissé- 
minées ^, appartient à la formation du grès de l'Impossible qu'on pourroit comparer, par sa position, au grès 
bigarré [red mari) de l'Europe. 

Des lambeaux de terrain tertiaire entourent indubitablement le château et la ville de Cumana (Castillo de 
San Antonio), comme ils se montrent aussi à l'extrémité sud-ouest de la péninsule d'Araya (Cerro de la 
Vêla et del Barigon) ; à l'arrête du Cerro de Meapire, près de Cariaco ; au Cabo blanco, à l'ouest de la Guayra 
et sur le littoral de Porto-Cabello. Ces lambeaux se retrouvent par conséquent au pied des deux pentes du chaî- 
non septentrional delà Cordillère de Venezuela. Le terrain '' tertiaire est composé de couches alternantes d'a- 
glomérats calcaires, de calcaire compacte, et de marnes ou d'argiles qui renferment de la sélénite et du gypse 
lamelleux. Tout ce système de couches très-neuves ne m'a paru constituer qu'une seule formation qui se re- 
trouve au Cerro de laPopa, près de Cartbagène des Indes, comme aux îles de la Guadeloupe et de la Martinique. 

' Liopold de Bueh, Tableau géologique du Tyrol, p. 17. J'apprends, pat des lettrés très-récentes de M. Boussingault , 
que ces siognlieis Morros de San Juan offrant un calcaire à grains cristallins et des sources thermales sont creui , et renfer- 
ment d'immenses grottes remplies de stalactites. Ils paroissent avoir été habités anciennement par les indigènes. 

2 Tom. I, p. 445. 

» Tom.I, p. 358, 364, 455. 

* Tom. m, p. 4o- 

'• Tom. I , p. 4oo. 

« Tom. I, p. 333, 334, 347, 456; Tom. III, p. 4-- 

' Tom. I, p. 552,357, 444. 557; Tom. II, p. i64;Tom. III, p. 48. 



NOTES. a47 

Telle elle la distribution géologique des terrains dans la partie montagneuse du Venezuela, soit dans le 
groupe de la Parime, soit dans la Cordillère du littoral II nous resteroit à caractériser les formations des Lîanos 
(ou du bassin du Bas-Orénoque et de l'Apure) ; mais l'ordre de leur superposition n'est pas facile à déter- 
miner, parce que cette région manque entièrement, soit de raTios ou lits de torrens, soit de puits très-profonds 
creusés par la main de l'homme. Les formations des Z<to?2o« sont i" un grès ou conglomérat âl'ragmens arrondis 
de quarz , de lydienne et de kleselscliiefer ' réunis par un cimeot argile -ferrugineux , extrêmement tenace , 
brun-olivàtre, quelquefois d'un rouge très-vif; 2° un calcaire compacte (entre Timao et Calabozo) qui, 
par sa cassure unie et son aspect lithographique, approche du calcaire du Jura; 3° des couches * alternantes 
de marne et de gypse Jamelleux (Mesa de San Diego, Oïliz, Cachipo). Ces trois formations m'ont paru se 
succéder, de bas en haut, d'après l'ordre dans lequel je viens de les décrire , le grès étant appuyé en gisement 
concave ^ vers le nord, sur les schistes de transition de Malpasso; au sud, sur les granites-gneis de la Parime. 
Comme le gypse recouvre immédiatement le grès de Calahozo, qui m'a semblé, lorsque je me Irouvois 
sur les lieux, identique avec notre terrain de grès rouge ou houiller, je suis incertain sur l'âge de 
sa formation. Les roches secondaires des Llanos de Curaana, de Barcelone et de Caracas occupent un 
espace de plus de 5ooo lieues carrées. Leur continuité est d'autant plus remarquable qu'elles parolssent 
manquer, du moins à l'est du méridien de Porto-Cahello (70° Zf), dans tout le bassin de l'Amazone, à moins 
qu'elles n'y soient couvertes de spbles granitiques. Les causes qui ont favorisé l'accumulation des matières cal- 
caires dans la région orientale de la chaîne du littoral et dans les Llanos de Venezuela (de 10° 7 à 8° noi'd), ne 
doivent point avoir agi plus près de l'équateur, dans le groupe des montagnes de la Parime et dans les plaines 
du Rio iVegro et de l'Amazor.e (de lai. 8" nord à 1° sud). Cependant ces dernières plaines offi-ent aussi quelques 
bancs de roches fragmentaires, tant au sud-ouest de San Fernando de Atabapo que vers le sud-est, dans le 
cours inférieurdu RioNegro et du Rio Brauco. J'ai vu, au milieu des plaines de Jaen de Bracamoros, un grès qui 
alterne à la fois avec des bancs de sable et des conglomérats à galets de porphyre et de lydienne ^. MM. de 
Spix et Martius * assurent que les rives du Rio Negro, au sud de l'équateur, sont composées de grès bigarré, 
celles du Rio Franco , du Jupura et de l'Apoporis de quaders.nnJsleiui celles de l'Amaifone, sur plusieurs 
points degrés ferrugineux s. 11 reste à examiner si, dans le Venezuela, comme j'incline aie croire aujourd'hui, 
les formations calcaires- et gypseuses qui couvrent la partie orientale de la Cordillère du littoral diflêrent 
entièrement de celles des Llanos, et à quel terrain appartient cette muraille rocheuse ^ qui, sous le nom de la 
Galera, borde les steppes de Calahozo, vers le nord? Le bassin des steppes mêmes est le fond d'une 
mer dépourvue d'îles : car ce n'est qu'au sud de l'Apure, entre cette rivière et le Meta , assez près du bord 
occidental de la Sierra Parime , que s'élèvent quelques collines , comme le Monte de Parure *, la Galera 

' Voyez Humboldt, £ssai séognoîd^iic, p. aigi et plus haut, Tom. II, p. 193, 194. 

2 Tom. Il, p. 194; Tom. 111, p. 25. 

^ Muldenfâcmige Lagerung. 

' Essai géogn. , p. 201, 

* Ucàer die Physiognomic des Pflanzenreichs in Brasilien^ /?. i3, i4. 

^ Braunes eisenschussiges Sandslcin-Conglomcrai (Ironsand des géologues anglois , entre le calcaire jurassique et le grés 
vertî). Sur les rochers de quadersandstein , entre l'Apoporis et le Japura , MM. Spix et Martins ont trouvé ces mêmes sculp- 
tures que nous avons fait counoître depuis l'Essequibo jusqu'aux plaines du Casslquiare^ et qui semblent prouver les migra- 
tions d'uo peuple plus avancé dans la culture que les indigènes qui habitent aujourd'hui ces contrées. ( Tom. II , p. 589.) 

' Tom. II, p. i4o. Ce mur est-il une suite de rochers de dolomie ou bien une digue de quadersandstein , comme la ilfur </u 
Diable, {Teufelsmauer), au pied du Ilarz f 11 est asseï commun de trouver sur les bords des grandes plaines, c'est-à-dire sur le 
rivagedes ancienuesmers intérieures, suit des bandes calcaires (bancs de coraux) , soit des bandes de grès (effets du ressac des 
vagues] , soit des éruptions volcaniques. C'est de ces dernières que le chaînon qui avoîsine les Llanos de Venezuela nous fournit 
des exemples prés de Parapara, de même que le llarudje {Mons ater, Plin.) , au bord septentrional du désert africain (le 
Sahara). Des collines de grés s'élevant comme des tours, des murs et des châteaux forts, et olTrant beaucoup d'analogie 
avec le quadersandstein, limitent, au sud-ouest de l'Arkansas, le désert américain. (Long , Tom. II , p. 395 , 3S9.) 

' Près de l'Alto de Macachaba (Manuscrit du chanoine Madariaga). 



248 \OTES. 

de Sinaruco, et lesCerritos île San Vicente. A l'exception des lambeaux de terrain tertiaire que nous avons 
indiqués plus haut , on remarque, depuis l'équateur jusqu'au parallèle de 10° nord (entre le méridien de la 
Sierra Nevada de Merida et les côtes de la Guyane), sinon une absence, du moins une rareté de pétrifications qui 
frappe les géognostes récemment arrivés d'Europe. 

Les maxima de faîte auxquels s'élèvent les différentes formations diminuent, dans les pays que nous 
décrivons, assez régulièrement avec leur âge relatif. Ces maxima sont , pour le granite-gtieis (Pic de Duida 
dans le groupe de la Parime , Silla de Caracas , dans le chaînon du littoral) i3oo à i35o toises : pour le cal- 
caire de Curaanacoa (sommet ou Cucurucho du Turimiquiri), io5o t. ; pour le calcaire de Caripe (montagnes 
qui entourent le plateau du Guardua de San Agustin) , 760 t. ; pour le grès qui alterne avec le calcaire de 
Cumanacoa (Cuchilla de Guanaguana), 55o t.; pour le terrain tertiaire (Punta Araya) , 200 t. Il me paroît 
superflu de faire remarquer ici que ces rapports entre l'âge des formations et la hauteur qu'elles atteignent, 
varient beaucoup en d'autres régions duglobe où souvent les roches secondaires s'élèvent au-dessus des roches 
primitives. L'étude des hauteurs absolues des roches offre d'ailleurs moins d'intérêt, depuis que la plupart des 
géologues ont abandonné l'hj'pothèse W ernérienne d'un fluide qui a baissé progressivement de niveau , à me- 
sure que les différens terrains se sont précipités. Dans l'hypothèse qui attribue les inégalités de la surface à des 
soulèvemens, on n'a pas recours à ces eaux de granité, de gneis ou de micaschiste qui se sont élevés à différentes 
hauteurs. Les maxima des faîtes ne donnent que la mesure des forces qui ont agi contre la croûte oxidée de 
notre planète. D'après ces mêmes vues aussi, les pétrifications de coquilles pélagiques que nous avons décou- 
vertes, M. Bonpland et moi , sur la crête des Andes péruviennes entre Montan et Micuipampa, à 2000 toises 
de hauteur, dans des couches fortement inclinées, ne prouvent guère que l'ancien niveau de l'Océan ait 
atteint cette limite. 

L'étendue de pays dont je fais connoître la constitution géologique, se distingue par la prodigieuse régularité 
que l'on observe dans la direction des strates dont se composent les roches de différent âge. J'ai déjà fixé 
plusieurs fois, dans la Relation historique de mon voyage et dans l'Essai sur le gisement des terrains, l'at- 
tention des lecteurs sur une loi géognos tique qui est du petit nombre de celles que l'on peut vérifier par des 
mesures précises. Occupé, dès l'année 1792, du parallélisme ou plutôt du loxodromisme des strates, 
examinant la direction et l'inclinaison des couches primitives et de transition, depuis la côte de Gênes, 
à travers la chaîne de la Bochetla, les plaines de la Lombardie , les Alpes du Saint-Gothard , le plateau de 
la Soualie , les montagnes de Bareuth et les plaines de l'Allemagne septentrionale, j'avois été frappé, 
sinon de la constance, du moins de l'extrême fréquence des directions ?ior. 3 et 4 de la boussole de 
Freiberg (direction du sud-ouest au nord-est). Cette recherche, qui me sembloit pouvoir conduire à des décou- 
vertes importantes sur la structure générale du globe, avoit alors tant d'attraits pour moi qu'elle fut 
un des motifs4es plus puissans de mon voyage à l'équateur. Si je réunis mes propres observations à celles 
qui ont été faites par un grand nombre d'habiles géognostes , je crois entrevoir qu'il n'existe , dans 
aucun hémisphère , parmi les roches, une uniformité générale et absolue de direction, mais que, dans 
des régions d'une étendue trés'considérable , quelquefois sur plusieurs milliers de lieues carrées, on reconnoii 
que la direction , plus rarement l'inclinaison, ont été déterminées par un système de forces particulières. On 
découvre, à des distances très-grandes, un parallélisme (loxodromisme) des strates, une direction, dont le 
type se manifeste au milieu des perturbations partielles, et qui reste souvent le même dans les terrains pri- 
mitifs et de transition. Assez généralement, et ce fait avoit déjà frappé Palassou et Saussure, la direction des 
strates, même de ceux qui sont très- éloignés des arrêtes principales, est identique avec la direction des 
chaînes de montagnes, c'est-a-dire avec leur axe longitudinal. 

En étudiant, dans un système de roches donné, les rapports qu'offre la direction des strates, soit avec 
le méridien, soit avec l'horizon du lieu, je me suis proposé, pour chaque pays, les questions suivantes: 
Peut-on reconnoître une conformité de direction, un loxodromisme des strates qui embrasseroit une grande 
étendue, ou les perturbations sont-elles si fréquentes qu'aucune loi ne se maniteste? Y a-t-U une con- 
stance simultanée dans la direction et dans l'inclinaison, ou des strates dirigées NE. -SO? sont-ib tantôt 



NOTES. 249 

inclinées au NO., tantût au SE.? Les lois embrassent-elles les formations de différens âges, ou observe-t-on 
d'autres rapports de direction et d'inclinaison dans les roches primitives et secondaires? Les perturbations 
mêmes ne sont-elles pas soumises à de certaines règles , de sorte que les changemens partiels de direction 
sont le plus souvent de 90", et entraînent avec elles un changement total' d'inclinaison? Y a-t-il parallé- 
lisme entre la direction des strates et celle de la chaîne de montagnes la plus rapprochée, ou cette 
direction des strates a-t-elle ties rapports avec une chaîne principale ou une côte océanique très-éloignée ? 
Lorsqu'on appelle système loxodromique de roches l'assemblage de celles dont les strates ont la même 
direction, et lorsque , dans un vaste pays , plusieurs de ces systèmes loxodwmiques se touchent, les chan- 
gemens de direction sont-ib toujours brusques , ou y a-t-il , sur la limite des systèmes contigus, des passages 
progressifs ? Un même terrain ne présente pas au voyageur l'occasion de répondre à un si grand nombre de 
questions importantes, mais la géognosie positive ne peut faire des progrès que lorsqu'elle ne perd jamais de 
vue la totalité des élémens dont dépend la connoissance de la structure générale du globe. 

Le Venezuela est un des pays dans lesquels le parallélisme des strates de granite-gneis , de micaschiste 
et de thonschiefer est des plus prononcés. La direction générale de ces strates est N. 5o" E. , et l'inclinaison 
générale de 60" à 70° au nord-ouest. C'est ainsi que je les ai reconnues sur plus de cent lieues de long , au 
sein de la chaîne du littoral de Venezuela : dans les granités stratifiés de las Trincheras, près Porto-Cabello 
(Tom. II, p. gg); dans les gneis des îles du lac de Valencia (Tora. II, p. 61), et des environs de la Villa de 
Cura; dans les schistes et grùnstein de transition au nord de Parapara (Tom. II, p. i4i); dans le chemin de 
la Guayra à la ville de Caracas et dans toute la Sierra de Avila (Tom. I , p. 56 1 et Sgg) ; dans le cap Codera 
(Tom. I, p. 542); dans les micaschistes et thonschiefer de la Péninsule d'Araya (Tom. I , p. 344; T. III, p. 56). 
Cette même direction du NE. au SO. et cette inclinaison au NO. s'observent encore, quoiqnp d'ime manière 
moins prononcée, dans les calcaires de Cumanacoa (Tom. I, p. SgS) au Cuchivano, et entre Guanaguana 
et Caripe. Les exceptions'^ de la loi générale sont extrêmement rares dans les granites-gueis de la Cordillère 
du littoral ; on peut même avancer que la direction inverse (du SE. au NO.) entraîne souvent avec elle l'incli- 
naison vers le SO. 

Comme le groupe de la Sierra Parime, dans la partie que j'ai parcourue , renferme beaucoup plus de 
granité^ que de gneis et d'autres roches distinctement stratifiées, la direction des couches n'a pu être observée 
dans ce groupe que sur un petit nombre de points : mais dans cette même région aussi j'ai été souvent frappé 
de la constance du phénomène de loxodromisme. Les schistes amphiboliques de l'Angostura sont dirigés 
N. 45" E., comme les gneis de Guapasoso (Tom. II, p. 4o5), qui forment le lit de l'Atabapo, et comme les 
micaschistes de la Péninsule d'Araya, quoiqu'il y ait 1 60 lieues de distance entre les limites de ces roches. 

La direction des strates, dout nous venons de signaler la prodigieuse uniformité, n'est pas entièrement 
parallèle aux axes longitudinaux des deux chaînes du littoral et de la Parime *. Les strates coupent la première 
de ces chaînes généralement sous un angle de 35^ , et leur inclinaison vers le nord-ouest devient une des 
causes les plus puissantes de l'aridité qui règne à la pente méridionale* des montagnes côtières. Peut -on 

> Je fais allusion aui cas où , dans une chaîne de montagnes de gneis-micaschiste , la direction générale des strates eat 
lior. 4 (du SO. au NE.) , avec inclinaison au NO. , et où les déviations sont généralement hoT. 8 (du SE. au NO.). L'inclinai- 
son observée dans cette direction inverse ne sera pas comme elle pourroit l'être, vers le NE., mais vers le SO. Il y a donc 
changement total d'inclinaison du nord au sud, ou plutôt du NO. au SO. Cette régularité dans les modes de déviation, 
qui m'a souvent occupé en parcourant les Andes, a récemment fixé l'attention de M. Steininger (Erloschcne fulhane, f. i) , 
et de M. Reboul [Journ. de Physiijue , i8îî , décembre, p. 4a5) , sur les bords du Rhin et dans les Pyrénées. 

» Tom. I, p. 344. 563, 564; Tom. II, p. 3i , 38, 89. 

' Il n'y a que le granité du Baraguan qui soit i la fois stratifié , et traverié de filon» de granité ; la direction de» eooctws 
est N. jo» 0. (Tom. II , p. i54.) 

* Tom. I , p. 579. 

' Tom. 11 , p. Sa, iu5. Celte pente méridionale est cependant moin» rapide que la pente «eptentrionale. 

Relation historique j Tom, II/. '2 



25o NOTES. 

admeltre que ladireclion de la Cordillère orientale de la Nouvelle-Grenade, qui depuis Santa-Fe de Bogota 
jusqu'au-delà de la Sierra Nevada de Merida est à peu près N. 45° E. , et dont la chaîne du littoral n'est qu'une 
continuation, ait influé sur la direction [hor. 3-4) des strates dans le ^ enezuela? Cette dernière région ofTre 
un loxodromisme bien remarquable avec les strates de micaschiste, de grauwacke et de calcaire à ortho- 
cératites des Alleghanis et de l'immense étendue de pays (lat. 56°-68°) qui a été récemment parcouru par le 
capitaine Francklin'. La direction NE.-SO. domine dans toutes ces parties de l'Amérique septentrionale, 
comme en Europe dans le Fichtelgebirge de Franconie, dans leTaunus, dans le Westerwald etl'Eifel, 
aux Ardennes, dans les V^osges , dans leCotentin, en Ecosse, et dans la Tarentaise, à l'extrémité sud-ouest 
des Alpes '. Si , dans le \'enezuela, les strates des roches ne suivent pas exactement la direction de la Cordillère 
la plus proche (de celle du littoral), le parallélisme entre l'axe d'une chaîne et les strates des formations 
qui la composent se manifeste d'autant ^ plus dans le groupe du Brésil. 

SECTION III. 

Nature des roches. — Age relatif et superposition des formations. — Terrains primitif , de transition, secon- 
daire, tertiaire et volcanique. 

La section précédente nous a fait connoître les limites géographiques des formations, l'étendue et la direc- 
tion des zones de granite-gneis , de gneis-micascbiste, de thonschiefer, de grès et de calcaires intermédiaires 
qui viennent successivement au jour. Il nous reste à indiquer succinctement la nature et l'âge relatif de ces 
formations. Pour ne pas confondre \e.s faits avec les opinions géognosllques , je vais décrire ces formations sans 
les diviser, d'après la méthode généralement suivie, en cinq groupes de roches primitive, de transition, 
secondaire , tertiaire et volcanique. J'ai été assez heureux pour découvrir les types de chaque groupe dans 
une région où, avant mon voyage, aucune roche n'avaitété nommée. Les anciennes classifications ont le grand 
inconvénient de forcer le géologue à établir des démarcations tranchées là même où il reste en doute , sinon 
sur le gisement ou la superposition immédiate, du moins sur le nombre des formations qui ne se trouvent pas 
développées. Comment, dans plusieurs circonstances, prononcer sur l'analogie que peuvent offrir, soit un calca ire 
très-pauvre en pétrifications avec les calcaires intermédiaires el le zechslein, soit un grès superposé à une 
roche primitive avec un grès bigarré et un quadersandstein , soit enfin une argile muriatifère avec le red mari 
de l'Angleterre et le sel gemme des terrains tertiaires de l'Italie ? Lorsqu'on réfléchit sur les immenses progrès 
qu'a faits la connoissance de la superposition des roches depuis vingt-cinq ans, on ne sera pas surpris que 
l'opinion que j'énonce aujourd'hui sur Vdge relatif des formations de l'Amérique équinoxiale ne soit identique 
avec celle que j'avois exposée en 1800. Se vanter d'une stabilité tl'opiuiou en géognosie, c'est se vanter 
d'une extrême paresse d'esprit-, c'est vouloir rester stationnaire au milieu de ceux qui avancent. Ce que l'on 
observe dans un lieu quelconque de la terre sur la composition des roches, sur les couches subordonnées 
qu'elles renferment, sur l'ordre de leur gisement, sont des faits d'une vérité immuable et indépendans des 
progrès de la géognosie positive dans d'autres pays , tandis que les noms systématiques imposés à telle ou telle 
formation d'Amérique ne se fondent que sur des analogies supposées enti-e les formations d'Europe et d'Amé- 
rique. Or ces noms ne peuvent rester les mêmes, si, d'après un examen plus mûr, les objets de comparaison 
n'ont pas consrrvé la même place dans la série géognostique, si les plus habiles géologues prennent aujour- 
d'hui pour du Calcaire de transition et pour du grès vert ce qu'ils a voient pris jadis pour du zechsteia et du grès 

^ Joumey io ihe Polar Sea, 1834, p. 539, 534. 

' Verrez moa Eisai gcognost.,^. Si. 

' D'après les Notes manuscrites de M. d'Eschivege et son Geos". Gemdidt vçn BrasUien, p. C. Les strates des roches pri- 
mitives el intermédiaires du Brésil se dirigent très-régulièrement, comme la Cordillère de Villarica (Serra do Espinhaço) lior. 
1 ,4 ou lier. 2 de la boussole de Freiberg. (N, 38° £.) L'inclinaison des strates est généralement vers 1 £S£. 



NOTES. 



î5i 



bigarré. Je pense que le moyen le plus sûr de faire survivre les descriptions géognostlques aux changemens 
qu'éprouve la science à mesure qu'elle se perfectionne, c'est de substituer provisoirement, dans la descrip- 
tion des formations , aux noms systématiques degrés rouge, de grès bigarré, de zechstein et de calcaire 
jurassique, les noms tirés des localités américaines (grès des LIanos, calcaires de Cumanacoa et de Caripe), 
et de séparer l'énuméralion des faits qui sont relatifs à la superposition des terrains , de la discussion sur l'ana- 
logie de ces mêmes terrains' avec ceux de l'ancien continent. 

I. FonMATIONS COORDONNÉES DE GE-INITE , DE GNEIS ET DE MICASCHISTr. 

Il est des pays (en France, les environs de Lyon; en Allemagne, Freiberg, Naundorf) où les formations 
de granité et de gneis sont très-distinctes : il en est d'autres, au contraire, où les limites géognostiques entre 
ces formations sont peu prononcées, où le granité , le gneis et le micaschiste semblent alterner par couches 
ou souvent passer les uns aux autres^. Ces alternances et ces passages m'ont paru moins communs dans la 
Cordillère du littoral de Venezuela que dans la Sierra Parlme. Dans le premier de ces deux systèmes de mon- 
tagnes, surtout dans le chaînon le plus rapproché de la côte, on reconnoît successivement, comme roches 
prédominantesdel'ouest à l'est, le granité (long. 70''-7i<'), le gneis (long. 68° 7-70"), et le micaschiste (long. 
65° 1-66° î) ; mais en considérant dans son ensemble la constitution géognostiquc du littoral et de la Sierra 
Parime, on préfère de traiter, sinon comme une seule formation, du moins comme trois formations coor- 

' Comme toute la géograpliie positive n'est qu'un problême de séries oa de succession [soit simple, soit périodique) de 
certains termes qui représentent les formations, il sera nécessaire, pour l'intelligence des discussiuu» <i>io renferme la troisième 
section de ce mémoire, de rappeler ici succinctement le luOlmu des formations considéré sous le point de vue le plus général. 
Cet aperçu rectifiera ce qui a été publié il y a neuf ans , Tom. I , p. 407. I. Tirrain vulgairement appelé primitif: granité , 
gneis et micaschiste (ou gneis oscillant entre le granité et le micaschiste) ; trés-peu de thonschiefer primitif; weisstein avec 
serpentine; granité avec amphibole disséminée; schiste amphibolique ; filons et courtes couches de grïinstein. II. Terrain 
de transition composé de roches fragmentaires (grauwackc), de schistes calcariféres et de grùnstein (premières traces d'organi- 
sation : bambousacées, madrépores, productus , trilobites, orthocératites, évamphalites). Formations complexes et paral- 
lèles, a) couches alternantes de calcaire grenu et stéatiteuj, de micaschiste anlhraciteui , de gypse anhydre et de grauwacke; 
b) thonschiefer, calcaires noir», grauwacke avec griinstein , syénites , granités de transition, et porphyres à base de feldspath 
compacte; c) euphotides , tantôt pures et surmontées de jaspe , tantôt mêlées d'amphibole , d'hypersthéne et de calcaire grenu; 
d) porphyres pyroyéniques avec aniygdaloïdes et syénites lirconiennes. III. Terrain secondaire commençant par une grande 
destruction de plantes monocotylédones. a) formations coordonnées et presque contemporaines de grès rouge (rolhes lotes 
liegende) , de porphyre quarzière et de bouilles à fougères. Ces couches sont liées moins par alternance que par apposition. Les 
porphyres sortent (comme les tracbyles des Andes) en dômes du sein des roches intermédiaires. Brèches porphyriques qui en- 
veloppent les porphyres quanifères. h) Zechstein ou calcaire alpin avec schistes marno-biturallieux , calcaires fétides et gypse 
hydraté grenu; cette formation alterne quelquefois avec le grès rouge et avec le grès bigarré; Productus aculeatus. c) grès 
bigarré [bunte sandstein] avec des couches calcaires très-fréquentes; fausses oolithes : les couches supérieures sont des marnes 
bigarrées, souvent mnriatiféres (rcrf mar/, sa/if/ion), avec gypse hydraté fibreux et calcaire fétide. Le sel gemme oscille du 
zechstein au muschelkalk. d) calcaire de Goltingue ou muschelKalk , alternant vers le haut avec le grès blanc ou quadersandstein ; 
(Ammonites nodosus, cncrines , Mytilus socialis) : aux deux extrémités du muschelkalk se trouvent des marnes argileuses, e) 
grès blanc, quadersandstein, alternant avec le lias ou calcaire à gryphées ; beaucoup de plantes dicotylédones mêlée aux plantes 
monocotylédones. f) calcaire jurassique , formation complexe ; beaucoup de marnes arénacées intercalées. Le plus souvent on 
observe de bas en haut ; lias (calcaire marneux à gryphées), oolithes, calcaires à polypiers, calcaire schisteux avec poissons et cms- 
tacées , fer" hydraté globulaire. Amonites planulatus, Ghrypxa arcuata. g) grès secondaire à lignites, iron sand; weald clày; green 
sand, ou grès vert, b) craie chloritée, tufean, et blanche; (planerkalk, calcaire de A'érone). IV. Terrain tertiaire commençant 
par une grande destruction de plantes dicotylédones, a) argile et grés tertiaire à lignites; argile plastique; mollasse et nagelflube, 
alternant quelquefois, lorsque la craie manque, avec les dernières couches du calcaire jurassique ; succio. b) calcaire de Paris 
ou calcaire grossier, calcaire à cérites, calcaire de Bolca, argile de Londres, calcaire arénacé de Rognor ; lignites, c) calcaire sili- 
ceux et gypse à ossemens alternant avec des marnes, d) grès de Fontainebleau, c) terrain lacustre avec meulières poreuses, e) 
dépôts d'alluvion. 

* f^oycz mon Essai sur te gisement des rvi'nes dans les deux hémisphères, p. 67, (J9, 71, 7!, 76. 



25; 



NOTES. 



données et étroitement liées ensemble, celles de granité , de gaeis, et de micaschiste*. Le schiste argileux 
TpnmitK (urthoncfiie/er) est subordonné au micaschiste dont il n'est qu'une modirication. Il ne forme dans 
le Nouveau-Continent , pas plus que dans les Pyrénées et dans les Alpes , un terrain indépendant. 

ce. ). Le GRANITE qui ne passe pas au gneis est le plus commun dans la partie occidentale de la chaîne du 
littoral^ entre Turmero, Valencia et Porlo-Cabello, de même que dans le pourtour de la Sierra Parime, 
près de i'Encaramada et au Pic Duida. Il est à gros grains, renfermant de beaux cristaux de feldspath de 
1 'pouce de longueur, au Rincon del Diablo (Tom II , p. 84), entre Mariara et Hacienda de Cura, et au 
Chuao (Tom. II, p. 58, 84). Il est ou divisé en prismes par des fentes perpendiculaires, ou très-régulièrement 
stratifié comme de la pierre calcaire secondaire, à las Trincheras (Tom. II, p. gg); au détroit de Baraguan, 
dans la vallée del'Orénoque (Tom. II, p. aS'i); et près de Guapasoso, sur les rives de l'Atabapo (Tom. II, p. 4o5). 
Le granité stratifié des Trincheras , donnant naissance à des sources excessivement chaudes (de go°,3 cent.), 
paroitroit, d'après l'inclinaison de ses couches, superposé au gneis qui vient au jour plus au sud dans les îles 
du lac de Valencia ; mais des conjectures de superposition qui ne se fondent que sur l'hypothèse d'un prolon- 
gement indéfini des strates sont peu certaines, et il se peut que les masses granitiques qui forment une petite 
zone particulière dans la rangée septentrionale de la Cordillère du littoral, entre les 70° 3' et les 70'' 5o' de lon- 
gitude*, aient été soulevées en perçant le gneis. Cette dernière roche domine, soit que l'on descende du 
Rmcon del Diablo vers le sud, aux sources chaudes de Mariara et vers les bords du lac de Valencia, soit 
qu on avance à l'est vers le groupe de Buenavista , vers la Silla de Caracas et le Cap Codera. Dans la région de 
la chaîne du littoral de Venezuela, oîi le granité semble constituer une formation indépendante de i5 à 16 
lieues de long, je u'ai pas vu de couchei> étrangères ou subordonnées de gneis, de micaschiste ou de calcaire 
primitif*. 

La Sierra Parime est un des terrains granitiques les plus étendus qui existent sur le globe ^ : mais 
le granité qui se montre à nu à la fois sur le flanc des montagnes et dans les plaines qui les unissent 
(Tom. II, p. 279), y passe souvent au gneis. On trouve le granité le plus constant dans sa compo- 
sition grenue et en formation indépendante , près de I'Encaramada (Tom. II, p. 2^3) , au détroit de Baraguan 
(Tom. II, p. 254), et dans les environs de la raission de l'Esmeralda. Il renferme souvent , comme les granités 
des Montagnes Rooheuses (lat. 38°-4o°), des Pyrénées et du Tyrol méridional, des cristaux d'amphibole^ dis- 
séminés dans la masse sans passer pour cela à la syénite (Tom. II, p. 299, 507). Ces modifications s'observent 
sur les bords de l'Orénoque, du Cassiquiare, de l'Atabapo et du Tuamini. L'amoncèlement en blocs que 
l'on retrouve en Europe sur la crête des montagnes granitiques (Riesengebirge en Silésie, Ochsenkopf en 
Franconie) , est surtout remarquable dans la partie NO. de la Sierra Parime , entre Caycara , I'Encaramada et 
Uruana ; dans les cataractes de Maypures et à l'embouchure du Rio Vichada (Tom. II , p. 382). 11 reste dou- 
teux si ces masses entassées qui ont la forme de cylindres (Tom. II, p. 273) , de parallélipèdes arrondis sur les 
bords, ou de boules de 40 à 5o pieds de diamètre (Tom. II, p. 597), sont l'effet d'une lente décomposition ou 
d'un soulèvement violent et instantané. Le granité de la partie sud -est de la Sierra Parime passe quelquefois 

• Foyez plos haut Tom. II, p. ijg, 715. 

2 En supposant Nueva Valencia long. 70" 34', et Villa de Curalong. ;o'> 5'. 

' Le calcaire primitif, partout si commun dans le micaschiste et le gneis , se trouve dans le granité des Pyrénées, au port 
d'Oô, et dans les montagnes du Labourd {Charpentier, sur la const. géogn. des Pyrénées, p. i44 , i46). 

^o^'crplushaut Tora. III, p. 220-226. Pour prouver l'étendue de la continuité de ce terrain granitique, il sufiGt de rappeler que 
M. Lechenault de la Tour a recueilli , dans les barrages de la rivière Mana , dans la Guyane françoise , les mêmes granites-gneis 
(avec no peu d'amphibole] que j'ai observés, trois cents lieues plus à l'ouest , près du conQuent de l'Orénoque et du Guaviare. 

' Je n'ai pas été frappé de ce mélange d'amphibole dans le granité de la chaîne cùtière de Venezuela , si ce n'est au sommet 
de la Silla de Caracas (Tom. I , p. 608I. 



NOTES. 253 

à la pegmatite *, composé de feldspath laminaire qui enclave des masses coui-bes de quarz cristallin. Je n'y 
ai vu en couches subordonnées que le gneis'^; mais entre Javita, San Carlos del Rio Negro et le Pic Duida, 
le granité est traversé de nombreux filons de difiérens âges (Tom. II, p. 491), tapissés de cristal de roclie , 
de tourmaline noire et de pyrites {Tom. II, p. 4o8, 543). 11 paroît que ces filons ouverts deviennent plus 
communs à l'est du Pic Duida , dans la Sierra Pacaraina, surtout entre le Xurumu et Rupunuri (afiluens du 
Rio Branco et de l'Essequebo), où le voyageur Hortsman , au lieu de diamans ^ et d'émeraudes, ne découvrit 
qu'une mine ou four de cristal de roche (Tom. II, p. 684; Tom. III, p. 225). 

/S). Le GNBis prédomine le longde la Cordillère du littoral deVenezuela avec les apparences d'une formation 
indépendante , dans le chaînon septentrional , depuis le Cerro del Chuao et le méridien de Choroni jusqu'au 
Cap Codera; dans le chaînon méridional, depuis le méridien de Guigue jusqu'à l'embouchure du RioTuy. 
Le Cap Codera (Tom. I , p. 542), la grande masse de la Silla, du Galipano et du terrain entre le GuajTa et 
Caracas (Tom. I, p. 563, 617, 619, 621), le plateau de Buenavista (Tom. II , p. 38), les îlots du lac de 
Valencia (Tom. II, p. 81, Si, 89), les montagnes entre Guigue, Maria Magdalena et le Cerro de Chacao 
(Tom. II, p. 137, iSg) , sont composés de gneis* ; cependant au milieu de ce terrain de gneis reparoissent 
enclavés des micaschistes , souvent talqueux. dans le Valle de Caurimare et dans l'ancienne Provincia de los 
Mariches (Tom. I, p. 620); au Cabo Blanco, à l'ouest de la Guayra (Tom. I, p. 555) ; près de Caracas et d'An- 
timauo (Tom. II , p. 3 1 ) , et surtout entre le plateau de Buenavista et les vallées d'Âragua , dans la montagne 
de las Cocuyzas et à l'Hacienda del Tuy (Tom. II, p. 4o, 46). Entre les limites que nous venons d'assigner 
au gneis , comme roche prédominante (long. G8° è - 70° î), le gneis passe quelquefois au micaschiste , tandis 
que l'apparence d'un passage au granité ne se présente qu'au seul sommet de la Silla de Caracas ^ (Tom. I, 
p. 608) : encore faudroit-il examiner avec plus de soin que je n'ai pu le faire , si le granité des cimes du 
Saint-Gothard et de la Silla de Caracas repose effectivement sur le micaschiste et le gneis, ou si elles ont 
simplement perce ces roches en s'élevant sous la forme d'aiguilles ou de dômes. Le gneis de la Cordillère du 
littoral renferme dans la province de Caracas presque exclusivement des grenats , du titane rutile et dn gra- 
phite disséminé dans la masse de la roche entière (Tom. I , p. 563) ; des bancs de calcaire grenu (Tom. I, 
p. 563), et quelques fJons métallifères (Tom. I, p. 617, 621; Tom. II, p. i35). Je ne déciderai pas si la ser- 
pentine grenatifère du plateau de Buenavita est enclavée dans le gneis , ou si , superposée à cette roche , elle 
n'appartient pas plutôt à une formation de weisstein (leptinite ) semblable à celle de Penig et de Mittweyde 
en Saxe (Tom. II, p. 4o, 46). 

Dans la partie de la Sierra Parirae que nous avons parcourue M. Bonpland et moi, le gneis forme une 
zone moins tranchée et oscille plus souvent vers le granité que vers le micaschiste. Je n'ai pas trouvé 

' Schrlft-grantt. C'est une simple moditicatioa de composition et de texture du granité , pas mCme une couche subordonnée. 
11 ue faut pas confondre la véritable pegmatite, généralement dépourvue de mica, avec \cs pierres géographiques (pied ras mapajas) 
de rOrénoque (Tom. 11, p. 569) , qui renferment des atries de mica vert-noirâtre diversement contournées. 

* Les sables magnétiques des rivières qui sillonnent le cbaiaon granitique de l'Eucaramada (Tom. III, p. 221), font soup- 
çonner la proximité de quelques schistes amphiboliques ou chloritiques (/lorHÔ/enrf-ou chhrit ;c/)i6/er} , soit en couches dans le 
granité , soit superposés à cette roche (Tom. Il, p. 1628). 

' Ces fables de diamans sont très-anciennes sur la côte de Paria. Petrus Martyr raconte qu'au commencement du seizième 
siècle, un espagnol , Andrès Morales , acheta d'un jeune Indien de la côte de Paria > adamantem mire pretiosum , duos infantis 
digiti articulos longum , magni autem polUcis articulum sequantem crassitudine , acutum utrobique et costis S pulchre formatis 
constantem. d Ce prétendu adamas J avertis paricnsis résistoit à la lime. Petrns Martyr le distingue des topazes en ajoutant : 
ofTenderunt et topazios in littore , c'est-à-dire à la côte de Paria , de Sainte-Marthe et de Veragua. Voyez Oceaniea , Dec. 
III, Hb. IV, p. 53. 

' On m'a assuré que les ilôts Orchila et Los Fralles sont aussi composés de gneis. Curaçao et Bonairc sont calcaires. L'Ile 
tl'Oruba, dans laquelle on vient de trouver des pépites d'or natif, d'une grosseur considérable , seroit-elle primitive ? 

' La Silla est une montagne de gneis comme le Pic d'Adam (dans l'ile de Ccylau), dont la hauteur est à peu près la même. 



254 NOTES. 

de grenats dans le gneU de la Parime : on ne sauroit réroquer en doute que le granite-gneis de l'Orénoque 
ne soit un peu orifêre sur quelques points (Tom. II, p. 238, 628, jiS; Tom. III, p io5). 

« ). Le micaschiste forme avec le schiste argileux {thootschiefer) un terrain continu dans le chaînon septen- 
trional de la Cordillère du littoral, depuis la pointe d'Araya jusqu'au-delà du méridien de Cariaco, comme 
aussi dans l'île de la Marguerite. Il renferme , dans la Péninsule d'Araya , des grenats disséminés dans la 
masse, de la cyanite (Tom. II, p. 344), et, lorsqu'il passe au schiste argileux , de petites couches d'alun 
natif (Tom. 111 , p. 47, 5o, 62). Du micaschiste qui constitue une formation indépendante, il faut dis- 
tinguer le micaschiste qui est subordonné au terrain de gneis, à l'est du Cap Codera. Ce micaschiste subor- 
donné au gneis présente, dans la vallée du Tuy, des bancs de calcaire primitif (Tom. II, p. 47) et de petites 
couches d'ampélite graphique [zeicheschiefer); entre le Cap Blanc et Catia, des couches de schiste chlo- 
rilique granatifère et d'amphibole schisteuse (Tom. I , p. 556); entre Caracas et Antimano, le phénomène 
remarquable de filons de gneis enchâssant des boules de diorlte' [grùnstein) granatifère (Tom. II, p. 3i). 

Dans la Sierra Parime, le micaschiste ne domine que dans la partie la plus orientale, où son éclat a 
donné lieu à d'étranges erreurs (Tom. II, p. 706, 7i5). Le schiste amphibolique de l'Angostura (Tom. II, 
p, 639) et des masses de diorite en boules à couches concentriques , près de Multaco ( Tom. II , p. 635), pa- 
roissent superposées non au micaschiste, mais immédiatement au granite-gneis. Je n'ai cependant pu recon- 
noître distinctement si une partie de cette diorite py riteuse n'étoit pas enclavée, sur les bords de l'Orénoque, 
comme au fond de la mer près de Cabo Blanco(Tom. I,p.557) etàla MontaûadeAvila , dans la roche même 
qu'elle recouvre. Des filons très-puissans et d'allure irrégulière-prennent souvent l'aspect de couches courtes , 
et les boules do diorite amoncelées en collines pourroient bien , d'après l'analogie de tant de cônes de 
basalte, être sorties sur des crevasses. 

Les micaschistes , les schistes chloritiques et les roches d'amphibole schisteuse renferment du sable 
magnétique dans ces régions tropicales du Venezuela comme dans les régions les plus boréales de l'Europe. 
Les grenats y sont presque également disséminés dans le gneis (Caracas), le micaschiste (Péninsule d'Araya), 
la serpentine (Buenavista) , le schiste chloritique ( Cabo Blanco) , et la diorite ou griimtein ( Antimano ) : 
nous verrons plus bas reparoître ces grenats dans les porphyres trachytiques qui couronnent la célèbre mon- 
tagne métallifère du Potosi et dans les masses noires et pyroxéniques du petit volcan de Yana-Urcu , qui 
est adossé au Chimborazo. 

Le pétrole, et ce phénomène est sans doute bien digne d'attention, sort du terrain de micaschiste dans 
le golfe de Cariaco (Tom.I, p. 34;). Si, plus à l'est, sur les bords de l'Areo (Tom. I, p. 4o3; Tom. II, p. 26), et 
près de Cariaco (Tom. I , p. 3o7, 44;), il semble jaillir de formations calcaires secondaires , ce n'est probable- 
ment que parce que ces formations reposent sur le micaschiste (Tom. III , p. 49) . Do même les sources chaudes 
du Venezuela ont leur origine dans les roches primitives, ou plutôt au-dessous d'elles. On les voit sortir du gra- 
nité (Las Trincheras), du gneis (Mariara etOnoto), et des roches calcaires et arénacées qui recouvrent les 
roches primitives (Morros de S. Juan, Bergantiu, Cariaco). Les tremblemens de terre et les détonnations 
souterraines dont à tort on a cherché le siège dans les montagnes calcaires de Cumana, se sont fait sentir 
avec le plus de violence dans les terrains granitiques de Caracas et de l'Orénoque (Tom. II , p. i3, 23). Des 
phénomènes ignés (si toutefois leur existence est bien constatée) sont attribués par le peuple aux pics grani- 
tiques duDuida et duGuaraco comme à la montagne calcaire du Cuchivano (Tom. I, p. SgS; Tom. II, p. 565). 

11 résulte de l'ensemble de ces observations que le granite-gneis prédomine dans l'immense groupe des 
montagnes de la Parime , comme le gneis-micaschiste dans la Cordillère du littoral ; que , dans les deux 
systèmes, le terrain de granité, sans mélange de gneis et de micaschiste, n'occupe qu'une très-petite étendue 
de pays , et que, dans la chaîne du littoral, les formations de schiste argileux {tkonschie/er), de micaschiste, de 
gneis et de granité se succèdent tellement sur une même bande de l'est à l'ouest (offrant une inclinaison 

' ytytt mon Esiatgéognosti<iue,f. 337. 



NOTES. 



!55 



très-uniforme et très-régulière de leurs strates vers le nord-ouest), que, d'après l'hypothèse d'un prolon- 
gement Souterrain des strates, on devroit croire le granité de las Trincheras et du Rincon del Diablo su- 
perposé au gneis de la ViUa de Cura , de Buenavista et de Caracas , et ce gneis superposé à son tour au 
micaschiste et au thonschiefer de Maniquarez et de Chuparuparu dans la Péninsule d'Araya. J'ai déjà 
fait sentir, dans un autre endroit, que celte hypothèse d'un prolongement pour ainsi dire indéfini de 
chaque roche, fondée sur l'angle d'inclinaison que présentent les strates près de la surface du sol, n'est 
pas admissible , et que , d'après un raisonnement semblable et également liasardé , on seroit forcé de 
regarder les roches primitives des Alpes de la Suisse comme superposées à la formation de calcaire 
compacte de l'Achscnberg, et ce calcaire (de transition ou identique avec le zechstein?) comme superposé 
à la mollasse du terrain tertiaire. 

II. FOBMATION DE SCHISTE AHG1LEUX (thONSCHIEFEb) DE MALPASSO. 

Si, dans le tableau des formations du Venezuela, j'avois voulu suivre la division reçue en terrains primitif , 
intermédiaire, secondaire et tertiaire, j'aurois pu être en doute sur la place que doit occuper la dernière 
assise des micaschistes de la Péninsule d'Araya. Cette assise, dans le ravin {Aroyô) du Robalo, passe insensi- 
Iilement , en un schiste carburé et luisant , à une vi'ritable ampélite. La direction et l'inclinaison des strates 
restent les mêmes, et le thonschiefer, qui prend l'aspect d'une roche de transition, n'est qu'une modification des 
micaschistes primitifs de Maniquarez, renfermant des grenats , de la cyanite, et du titane rutile (Tom. III, 
p. 5i.) Ces passages insensibles du terrain primitif au terrain de transition par des schistes argileux qui de- 
viennent carbures , tout en offrant wa gisement concordant avec les micaschistes et les gnpis, ont aussi été 
observés plusieurs fois en Europe ' par des géognostes célèbres. On peut même révoquer en doute l'existence 
d'une formation indépendante de schistes primitifs {urthonschiefer), c'est-à-dire d'une formation qui ne 
seroit pas liée par le bas à des couches qui renferment quelques débris de végétaux monocotylédons. 

Le petit terrain du thonschiefer de Malpasso (dans le chaînon méridional de la Cordillère du littoral) est 
séparé du gneis-micaschiste par une formation coordonnée de serpentine et de diorite. Il est divisé en deux 
assises dont la supérieure présente des schistes verts, stéatiteux, et mêlés d'amphibole; l'inférieure, des schistes 
bleu-noirs, très-fissiles et traversés par de nombreux filons de quarz (Tom. II , p. i4)). Je n'ai pu y découvrir 
aucune couche fragmentaire {grauwacke), ni le kieselschiefer, ni la chiastolithe. Le kieselschiefer aiipailieat , 
dans ces contrées, à une formation calcaire que nous décrirons bientôt; quant à la chiastholite (macle), j'en 
ai vu de beaux échantillons que les Indiens portoient comme amulettes, et qui provenoienl de la Sierra 
Nevada de Merida. Cette substance s'y trouve probablement dans un schiste de transition, car MM. Rivero et 
Boussingault ont observé des roches de thonschiefer à 2 1 20 toises d'élévation , dans la Paramo de Mucuchies , en 
allant deTruxillo à Merida ^. 

III. FORMATION DE SERVENTINE ET DE DIORITE (gRUNSTEIN DE lUNCALITO.) 

Nous avons indiqué plus haut une couche de serpentine grenatifère enclavée dans le gneis de Buenavista , ou 
peut-être superposée à cette roche : ici , il s'agit d'un véritable terrain de serpentine alternant avec la diorite, 
et s'étendant depuis le ravin de Tucutunemo jusqu'à Juncalito. La diorite forme la plus grande masse de ce 
terrain; elle est d'une couleur noir-verdàtre , ^^renue à petits grains , et dépourvue de quarz : sa masse est for- 
mée de petits cristaux de feldspath, entrekcés avec des cristaux d'amphibole. Cette roche de diorite se couvre, 
à sa surface , par l'effetde la décomposition , d'une croûte jaunâtre semblable à celle des liasaltes et des dolérites. 

' f^oyez l'excellent ouvrage de M. de Oeynhansen: Vcrsuch eincr géogn. Beschrelb. von Oèerschlesien, 182J, p. 5-, 62, iiô, 
' Ed Galice, en Espagne, j'ai vu alterner le thonschiefer, qui renferme la chiastholite avec le grauwacke ; mai» le chias- 
Iholithe appartient indubitablement aussi à des roches que tous les géognostes ont nommées jusqu'à présent des roches pri- 
mitives , k des micaschistes intercalés comme couches dans le grauile , et à un terrain de micaschistes indépçii Jant {Ch^trpcnUcr, 
p. 43, igô). 



256 NOTES. 

La serpentine d'un vert d'olive obscur, à cassure unie, mélangée de stéatite bleuâtre et d'amphibole, oEfre, 
comme presque Xouiesles/ormations coordonnées de diorite et de serpentine (en Silésie, au Fichtelgclirge, dans 
la vallée de Baigorry, dans les Pyrénées, à l'île de Chypre, et aux Montagnes de Cuivre de l'Amérique 
circumpolaire '), des traces de minéraux de cuivre (Tom. II, p. iSg). Là où la dioritc en partie globulaire se 
rapproche des schistes verts de Malpasso, de véritables couches de ces schistes verts se trouvent enclavées dans 
la diorite. La belle saussurite que nous avons vue dans le Haut-Orénoque , entre les mains des indigènes, 
semble indiquer l'existence d'un terrain d'euphotide superposé au granite-gneis ou aux schistes amphiboliques 
de la partie orientale de la Sierra Parime (Tom. II , p. 483 . 5 7 1 ). 

IV. CAX,CAIM GRENn ET MICACF DES UOBBOS DE SAN JCAN. 

Les Morros de San Juan ^'élèvent au milieu du terrain de diorite comme des tours en ruines. Ils sont formés 
d'un calcaire gris-verdâtrc caverneux, à texture cristalline, mêlé de quelques paillettes de mica, et dépourvu 
de coquilles. On y reconnoît des masses d'argile endurcie, noires, fissiles, chargées de fer, couvertes d'une 
croûte jaune par décomposition, comme on en trouve dans les basaltes et les amphibolites. Un caJcaire com- 
pacte, renfermant des débris de coquilles , est adossé à ce calcaire grenu des Morros de San Juan dont l'intérieur 
est creux (Tom. II, p. i4o, Tom. III, p. 2i6). 11 est probable qu'en examinant davantage ce terrain extraor- 
dinaire, entre Villa de Cura et Ortii, dans lequel je n'ai pu recueillir des échantillons de roches que pendant 
une seule journée, on y découvrira plusieurs phénomènes analogues à ceux que M. Léopold de Buch vient de 
décrire dans le Tyrol méridional '^. M. Boussingault, dans un mémoire très-instructif qu'il m'a récemment 
adressé , nomme la roche des Morros un « gneis calcarifère problématique. » Celte expression semble prouver 
que, dans quelques parties, les feuillets de mica prennent une direction uniforme, comme dans la dolomie 
verdàtre du Val Toccia. 

V. GBÈS FELDSPATHIQUE DE l'oBÉNOÇITE. 

Le terrain de granite-gneis de la Sierra Parime est couvert par lambeaux (entre l'Encaramada et le détroit 
de Baraguan, comme à l'île deGuachaco), dans sa partie occidentale, d'un grès brun-olivâtre qui renferme des 
grains de quarz et des fragmens de feldspath réunis par un ciment argileux et très-compacte. Ce ciment , là oii 
il abonde, a une cassure conchoïde et passe au jaspe. 11 est traversé par de petits filous de mine de fer brune 
qui se détachent en plaques ou lames très-minces (T. II, p. 190). La présence du feldspath semble indiquer 
que cette petite formation de grès (la seule de toutes les formations secondaires qui soit connue jusqu'ici dans 
la Sierra Parime) appartient au grès rouge ou houiller '. J"ai hésité de la réunir au grés des Llanos, dont 
jusqu'ici l'ancienneté relative me paroît moins constatée. 

VI. FOBMATION DU OBÈS DES LLANOS DE CALABOZO. 

Je fak succéder les formations dans l'ordre que j'ai cru entrevoir d'après les premières impressions reçues 
sur les lieux mêmes. Les schistes ou thonschiefer carbures de la péninsule d'Araya lient les roches primitives 
de granite-gneis et de gneis-micaschiste au terrain de transition (schistes bleus et verts ; diorite et serpentine 
mêléed'amphibole; calcaii'e grenu gris-verdâtre) de Malpasso, Tucutunemo etSanJuan. Sur ce terrain de tran- 
sition s'appuient, vers le sud, Xeagrèsies Z^/anos dépourvus de coquilles et composés (savannes deCalabozo) 

' Franklin's Joumey io Ihc Polar Sta , p. 519. 

' Tyroler Bolhc vent 16 Un Juliut 18» ; et Lettre giogtu>ttique de ît. de Buch à M. de Humboldl , i8a3 , p. i3. 

^ On trouve des cristaux de feldspath brisés ou iotacta dans le toie ticgcndc « ou grès bouillier de Tburiagc {Freiesleben gèogn. 
Arbcitetif Tom. IV, p. 82, 85, 96, 194}' Au Mexique, j'ai observé une formatioQ d'aglomérate feldspathique très-remarquable , 
superposée , peut-èLre même enclavée dans le grès rouge , près Guanaxuato. foyex mon Essai polit. j Tom. 11 , p. 532 ; et mon 
ouvrage sur le gisement des roches^ p. 3 8. 



NOTES. 2^7 

de fragméns arrondis' de quarz, de kieselschiefer et de lydienne, que cimente une argile ferrugineuse brun- 
olivâtre. (T. II, p. igi.) On y trouve des fragméns de bois en grande partie monocotylédons, et des masses de 
fer brun. Quelques couches (Mesa de Paja) offrent des grains de quarz très-fins : je n'y ai vu ni fragméns de 
porphyre , ni fragméns calcaires. Ces immenses terrains de grès qui couvrent les llanos du Bas-Orénoque et 
de l'Amazone, méritent la plus grande attention des voyageurs. Par leur aspect, ils se rapprochent des nagel- 
fluhes oupoudingues du terrain de mollasse daus lesquels manquent souvent aussi (Schottwyl et Diesbach, en 
Suisse) les débris calcaires '^ : mais, par leur gisement, ils m'ont paru se rapporter plutôt au grès rouge. Nulle 
part on ne peut les confondre avec les grauvcackes (roches fragmentaires de transition) que MM. Boussingault 
et Rivero ^ ont trouvés le long des Cordillères de la Nouvelle-Grenade, bordant les steppes à l'ouest. Le manque 
des fragméns de granité, de gneis et de porphyre, comme la fréquence des bois pétrifiés *, quelquefois dl- 
cotylédons, indiquent-ils que ces grès appartiennent à des formations plus récentes qui remplissent les plaines 
entre les Cordillères de la Parime et du littoral, comme la mollasse de Suisse remplit l'espace entre le Jura 
et les Alpes? J'ai discuté ce problème dans un autre ouvrage '"; mais les matériaux recueillis jusqu'à ce jour 
sont encore trop incomplets. Il n'est pas facile, lorsque plusieurs formations ne se sont point développées, 
de prononcer sur l'âge des roches arénacées. Même sur le sol classique de la géognosie, en Allemagne, les 
observateurs les plus exercés ne sont pas d'accord sur les grès de la Forêt-Noire et de tout le pays au sud-ouest 
du Tixuringer-Waidgebirge. M. Boussingault, qui a parcouru une partie des steppes du "Venezuela long-temps 
après moi, a jugé que le grès des llanos de San Carlos , celui de la vallée de San Antonio de Cucuta^ et des 
plateaux de Barquisimeto , Toenyo , Merida , et Truxillo , appartient à la formation du grés rouge ancien ou 
houiller. 11 y a en elFet de la vraie houille près de Carache, au sud-ouest du Paramo de las Rosas. 

Avant d'avoir examiné géognostiquement une partie de ces immenses plaines de l'Amérique, on auroit pu 
croire que leur horizontalité uniforme et continue étoit duc à des terrains d'alluvion, ou tout au plus à des 
terrains arénacés tertiaires. Les sables qui, dans les pays baltiques et dans tout le nord de l'Allcinacne 
couvrent le calcaire grossier et la craie, sembloient justifier ces idées systématiques, qu'on n'a pas manqué 
d'étendre sur le Sahara et sur les steppes de l'Asie. Mais les observations que nous avons pu recueillir sufTisent 
pour prouver que, dans les deux mondes , les plaines, les steppes et les déserts renferment à la fois un grand 
nombre de formations de dififérens âges, et que ces formations y viennent souvent au jour sans être recouvertes 

' En Allemagne, des grès qui appartiennent indubitablement au grès ronge, rei\fermçDt aussi (près de Wiedersledt, en 
Thuringe) des galets et fragméns arrondis (Frciesleben, Tom. IV, p.;-). On les a même désignés pour cela sous le nom de 
nageipuhe ( MeinicJie, dans le Naturforscher, St. 17, p. 48). Je ne citerai pas les poudingues subordonnées aui grès rouges dés 
Pyrénées , parce que l'ûge de ces grès , dépourvus de houille , peut être contesté [Charpentier, p. l{iy]. Des couches à grains do 
quarz airondis et très-fins sont enclavés dans le lote iiegende de Thuringe {Freiestcben, Tom. IV, p. 97J et de la Ilaute-Siléste 
[Ocyhausen , Besch. von Oberschtesien, p. 119). 

2 Meisnerj yinnaten der atlgem. scttweiz. Gesetischaftj P. I, p. àg, 

' Ces voyageurs n'ont pas seulement nivelé leur route par le moyen du baromètre ; ils ont aussi déterminé la position d'un 
grand nombre de points par des observations méridiennes du Soleil et de Canopus , et par l'emploi d'un garde-temps. Je consi- 
gnerai ici quelques latitudes très-incertaines sur nos cartes: Maracay, 10» i5'5S'; San Carlos, 9° 4o' 10"; Barquisimeto, 9° 54 '35'; 
Tocuyo, 9° i5'5i"; Trujillo, S" 59' 36' ; Pamplona, 7» 17' 3'. Voici les noms des villes où MM. Boussingault, Rivero et moi 
nous avons observé à différentes époques, mais pas toujours dans les mêmes habitations. La première latitude est celle que j'ai 
publiée ; la seconde, celle des deui voyageurs que je viens de nommer : Caracas, lo'Zo' So' ; lo'ôo' 58' : Valencia, io''9'56'; 
10° 10' 34' : Villa de Cura, 10° 2' 4-/; io»3'44'; S. Juan de los Morros , 9»55'o' ; 9°55'5o" : Honda, 5« ii'45'; 5° 11' ao'. 
M. Boussingault estime la latitude de Mérida, 8" 16' o". 

'Le peuple attribue ces bois au Bowdichia virgilioïdes ou Alcornoco [f'oyez mes Noie Gcn. et Spec., Tom. III, p. 377), et au 
Chaparo bovo (Rhopala complicata). On croit dans le Venezuela, comme en Egypte , que les bois pétrifiés se forment de nos 
jours. Je dois faire observer ici que je n'ai trouvé ces bois pétrifiés dicotylédons qu'à la surface du sol, et non enchâssés dans le 
grès des Llanos. M. Caillaud a observé la même chose en allant à l'Oasis de Siiva. Les troncs d'arbres de 90 pieds de long , 
enchâssés dans le grès rouge du Kifbauser (en Saie) , sont , d'après les recherches récentes de M. de liuch , partagés en nreuds 
et bien certainement monocotylédoos. 

5 Sur le gisement des roches dans les deux hémisphères , p. sôo. 

Relation historique, Tom III. 33 



258 NOTES. 

de dépôts d'alluvion. Le calcaire jurassique , le sel gemme (plaines du Meta et de la Patagonie) et le grès 
houiller se montrent dans les llanos de l'Amérique méridionale; le quadersandstcin ' (désert entre l'Ar- 
kansas et le Canadian-River; Rivière Platte), un terrain sali fcre, des couches de houille '^ (décilivité des 
Alleghanis , rives de l'Ohio) , et le calcaire de transition à trilobites * (Missoury au-dessus de Council Bluff) , 
remplissent les vastes plaines de la Louisiane et du Canada. En examinant les roches que l'infatigaljle Caillaiid 
a recueillies dans le désert lybien et dans l'Oasis de Siwa, on y reconnoît des grès semblables à ceux de 
Thèbes; des fragmens de bois pétrillé dicotylédon (de 3o à 4o pieds de long), avec rudimens de branches et 
couches médullaires concentriques, provenant peut-être d'un grès tertiaire à lignites*; de la craie avec spa- 
tanges et ananchytes, du calcaire (jurassique) à nummulites en partie agatisées; un autre calcaire à petits 
grains ^ employé à la construction du temple de Jupiter Ammon (Orara-Beydaii) ; du sel gemme avec soufre 
et bitume*". Ces exemples prouvent assez que les plaines {llanos), les steppes et les déserts n'offrent pas cette 
uniformité de roches tertiaires que l'on y suppose trop généralement. Les beaux morceaux de jaspe rubané , 
ou cailloux (T Egypte , que M. Bonpland a ramassés dans les savanes de Barcelone (près Curataqulche), appar- 
tiennent-elles au grès des llanos de Calabozo, ou à un terrain superposé à ce grès? La première de ces 
suppositions rapprocheroit , d'après l'analogie des observations faites en Egyptepar M. deRozière, le grès de 
Calabozo de la «o^e/^ttAe tertiaire. (T. III, p. 25.) 

VII. FORMATION DU CALCAIRE COMPACTE DE CUMAKACOA. 

Un calcaire gris-bleuâtre compacte, presque dépourvu de pétrifications, souvent traversé par de petits 
filons de chaux carbonatée , forme des montagnes à escarpemens très-abruptes. Ses couches ont la même 
direction et la même inclinaison (Punta Delgada, à l'est de Cumana) que le micaschiste d'Araya. Là où le 
flanc des montagnes calcaires de la Nouvelle-Andalousie est très-escarpé , on voit , comme ù l'Achsenberg , près 
d'Altorf,en Suisse, des couches singulièrement arquées ou contournées. Les teintes du calcaire deCumanacoa 
varient du gris-noirâtre au blanc-bleuâtre (Bordones; noyau du Cerro del Impossible j CocoUar; Turi- 
miquiri; Montana de Santa Maria), et passent quelquefois du compacte au grenu (Tom. 1, p. 333. 358, 
Soi, SgS, 4oo, 44i). Il renferme, corame. stihstances accidentellement disséminées dans la masse, de la 
mine de fer brune , du fer spathique (T. II, p. SgS), et même du cristal de roche ' ; comme couches subor- 
données, 1° de nombreux strates de marnes carburées et schisteuses , avec pyrites (Cerro del Cuchivano, près 
Cumanacoa); 2° du grès quarzeux, alternant avec des strates très-minces d'argile schisteuse (Quetepe, au sud 

' Long, Exptd., Tom. II , p. 293. La physionomie cie3 roches taillées en murs et en pyramides, ou divisées en hlocs rbom- 
boïdaux , semblent sans doute caractériser la quadersandsteio ; mais le grés de la déclirité orientale des Montagnes Rocheuses, 
dans lequel le savant voyageur, M. James, a trouvé des sources salées {Itcks) , des couches de gypse et 0011 pas de la houille 
(L. c, Tom. II, p. 397, 4o4)i paroit appartenir plirtût au grès bigarré [bunle sattdstein). 

> L. c, Tom. I , p. i5. Cette houille recouvre, comme en Belgique , immédiatement le graunaclc, ou grès de transition. 

' L. e„ Tom. I , p. 147. Le calcaire intermédiaire est reccavert, dans les plaines du Haut Missoury, d'un antre calcaire 
secondaire à turritclics , que l'on croit jurassique, tandis qu'un calcaire à gryphées , riche en minerais de plomb, et que j'aurois 
cru plus ancien encore que le calcaire oolithique et analogue au //as, est, selen M. James [L. c, Tom. II, p. 4i>)> placé au-dessus 
de la Tormatinn de grés la plus récente. Cette superposition a-t-elle pu être bien constatée? 

'' Formation de mollasse. 

* M. de Buch demande avec raison si ce calcaire statuaire, qni ressemble au marbre de Paros et au calcaire devenu grenu par 
le contact avec les granités syénitiques de Frcdazzo, est une modification du calcaire à nummulites de Siwa ? Les montagnes 
primitives , desquelles on croiroit tiré ce marbre à petits grains , si on se laissoit tromper par son apparence grenue , sont bien 
éloignées de l'Oasis de Sina. 

• Caillaud et Drovelli, f^oyageâ Syouah,p.S, 9, 16. 

' Le zccbstein de Gross-Oeiner, en Thuringe , enchâsse aussi du cristal de roche. Freiesleben, Tom. III, p. 17. 



NOTES. aSg 

de Cumana; Cerro del Impossible; plateau duCocollar; Cerrode Saca Manteca, près Catuaro, vraisembla- 
blement aussi le bassin du Guarda de San Agustin, et le Purgatorio). Ce grès renferme les sources. Généralement 
il ne fait que couvrir le calcaire deCumanacoa; mais quelquefois il m'y a paru enclavé (T. 1", p. 358, 
364, 4oo, 444) ; 3° du gypse avec du soufre, près de Guire, dans leGolfq Triste, sur la côte de Paria (T. II, 
p. igS). Comme je n'ai pas esaminé sur les lieux le gisement de ce gypse blanc-jaunâtre et à petits grains, je 
ne puis prononcer avec certitude sur son âge relatif. 

Les seules pétrifications de coquilles que j'aie trouvées dans cette formation calcaire sont un amas de tur- 
binites et de trochites , sur le flanc du Turimiquiri , à plus de 68o toises de hauteur , et un ammonite de 7 pouces 
de diamètre dans la Montana de Santa Maria, au nord-nord-ouest de Caripe. Je n'ai vu reposer nulle part 
le calcaire de Cumanacoa, dont je traite spécialement dans cet article, sur le grès des llams ■ si cette super- 
position a lieu, on doit la trouver en descendant du plateau du Cocollar vers la Mesa de Amana. Sur la côte 
méridionale du golfe de Cariaco, la formation calcaire (Punta Delgada) couvre probablemenl, et sans qu'il y ait 
interposition d'une autre roche, le micaschiste qui passe au thonschiefer carburé. Dans la partie boréale du 
golfe, j'ai vu distinctement cette formation schisteuse à une profondeur de 2 à 3 brasses dans la mer. Les 
sources chaudes sous-marines (T. I, p. 453) m'ont paru jaillir du micaschiste , de même que le pétrole deManl- 
quarez (T. I , p. Z'tj). S'il reste des doutes sur la roche à laquelle le calcaire de Cumanacoa est immédiatement 
superposé, il n'y eu a point sur les roches qui le recouvrent, telles que 1" le calcaire tertiaire de Cumana , 
près Punla Delgada, et au Cerro de Meapire (T. I, p. 444); 2° le grès de Quetepe et du Turimiquiri qui, 
formant aussi des couches dans le calcaire de Cumanacoa, appartient probablement à ce dernier terrain ; 3° le 
calcaire de Caripe , que nous avons souvent identifié , dans les cours de cet ouvrage , avec le calcaire j urassique , 
et dont nous allons parler dans l'article qui suit immédiatement. 

VIII. FORMATION DU CALCAIRE COMP.4.CTE BF. CARIÏE. 

En descendant la Cuchilla de Guanaguana vers le couvent de Caripe, on voit succéder à \& formation cal- 
caire gris-hleuâtre de Cumanacoa une autre formation plus récente , blanche , à cassure unie ou imparfaite- 
ment conchoïde, cl divisée en couches très-minces (T. I, p. 407). J'appelle préalablement celle-ci \a forma- 
tion calcaire de Caripe, à cause de la caverne de ce nom qui est habitée par des milliers d'oiseaux nocturnes. 
Ce calcaire m'a paru identique 1° avec le calcaire du Morro de Barcelone et des îles Chimanas (T. I , p. 537; 
T. III, p. 4o) qui renferme de petites couches de kieselschiefer noir ( jaspe schisteux), dépourvu de 
filons de quarz, et se brisant en fragmens de forme parallélipipède; 2° avec le calcaire gris-blanchâtre, 
à cassure unie de Tisnao , qui semble recouvrir le grès des llaiios [T. II, p. 198). On retrouve U formation 
de Caripe dans l'île de Cuba (entre la Havane et Batabano, entre le port de la Trinidad et Rio Guaurabo) , 
comme aux îlots des Caymans. 

J'ai décrit jusqu'ici les formations de calcaire secondaire de la chaîne du littoral, sans leur donner des 
noms systématiques qui puissent les lier aux formations de l'Europe. Pendant mon séjour en Amérique, 
j'ai pris le calcaire de Cumanacoa pour du zcchstein ou calcaire alpin, celui de Caripe pour du calcaire 
jurassique. Les marnes carburées et légèrement bitumineuses de Cumanacoa, analogues aux couches de 
schistes bitumineux qui sont très-nombreuses ' dans les Alpes de la Bavière méridionale, m'ont paru carac- 
tériser la première de ces formations ; tandis que la Idancheur éclatante du terrain caverneux de Caripe et la 
forme de ces assises de roches qui s'alignent en murailles et en corniches, me rappeloient vivement le calcaire 
jurassique de Streitberg, en Franconle, ou d'Oltzow et de Krzessowice, dans la Haute-Silésie. 11 y a dans 
le Venezuela suppression des différens terrains qui séparent, dans l'ancien continent, le zecbsteln du cal- 
caire du Jura. Le grès du Cocollar, dont le calcaire de Cumanacoa est quelquefois recouvert, pourroit être 

' Je ks ai trouvées aus»i dans les Andes péruviennes, près Montau,à 1600 toises de b.iuteur. 



200 



NOTES. 



considéré comme gris-bigarré ; mais il est plus probable qu'en alternant par couches avec le calcaire de Cuma- 
nacoa, il est quelquefois repoussé à la limite supérieure de la formalion à laquelle il appartient. Le zecbstein 
d'£iu-ope renferme aussi des giès trcs-quarzeux '. Les deux terrains calcaires de Cumanacoa et de Caripe 
se succèdent immédiatement, comme font le calcaire alpin et le calcaire jurassique à la pente occiden- 
tale du plateau mexicain, entre Sopilote , Mescala et Tehuilotepec. Ces formations passent peut-être l'une à 
l'autre, de sorte que la dernière ne seroit qu'une assise supérieure du zeclistcin. Ce recouvrement immédiat^, 
cette suppression de terrains interposés, cette simplicité de structure et cette absence de couches oolithiques , 
ont également été observées par d'habiles géognostes dans la Haute-Silésie et dans les Pyrénées '. D'un autre 
côté, la superposition immédiate du calcaire de Cumanacoa sur des micaschistes et des thonschiefer de transi- 
tion, la rareté des pétrifications qui n'ont point encore été suffisamment examinées, les couches de silex passant 
à la pierre lydienne , pourroient faire croire que les terrains de Cumanacoa et de Caripe sont d'une formation 
beaucoup plus ancienne que les roches secondaires. Il ne faut pas s'étonner que les doutes qui se présentent 
au géognoste lorsqu'il doit prononcer sur l'âge relatif du calcaire des hautes montagnes , soit dans les PjTé- 
nées, soit dans les Apennins (au sud du lac de Perugia), et dans les Alpes de la Suisse, s'étendent sur les 
terrains calcaires des hautes montagnes de la Nouvelle-Andalousie, et partout en Amérique où l'on ne recon- 
noît pas distinctement la présence du grés rouge. 

IX. GRÈS DU BEUGASTIN. 

Un grès quarzeux recouvre, entre Nueva Barcelona et las Cerro del Bergantin (T. III, p. 80), le calcaire 
(lurassique) de Cumanacoa. Est-ce une roche arénacée analogue au grés vert, ou appartient-elle au gi-ès du 
Cocollar? Dans ce dernier cas, sa présence sembleroit prouver, plus clairement encore, que les calcaires de Cu- 
manacoa et de Caripe ne sont que deux assises d'un mcnie système qui alterne avec du grès tantôt quarzeux , 
tanldt schisteux. 

X. GYPSE DES LLAKOS DE VENEZUIXA. 

Des dépôts de gypse lamelleux, renfermant de nombreuses couches de marnes, se trouvent par lambeaux 
dans les steppes de Caracas et de Barcelone : par exemple, dans le plateau de San Diego; entre Ortiz et la 
Mesa de Po/a,- près de la Mission de Cachipo. Ils m'ont paru recouvrir le calcaire (jurassique) de Tisnao, qui est 
analogueà celui de Caripe; ony trouve mêlés des rognons de gypse fibreux (T. II, p. i94;T. III,p. 25). Je n'ai 
donné le nom àe formations , ni au grés de l'Orénoque, ni au grés du Cocollar, ni au grés du Bergantin, ni 
au gypse des Llanos, parce que rien ne prouve jusqu'ici l'indépendance de ces terrains arénacés et gypseux. 
Je présume qu'on reconnoitra un jour que le gypse des llanos ne recouvre pas seulement le calcaire (juras- 
sique) des Llanos, mais que quelquefois aussi il y est enclavé comme le gypse du Golfo Triste l'est dans le 
calcaire (alpin) de Cumanacoa. Peut-être les grandes masses de soufre (T. I, p. 4o5; T. II, p. 26, igS) 
trouvées dans des couches entièrement argileuses des steppes (Guayuta; vallée de San Ronifacio; Bucn Pastor; 
confluent du Rio Pao avec l'Orénoque), appartiennent-elles aux marnes du gypse d'Ortiz? Ces couches argi- 
leuses méritent d'autant plus l'attention des voyageurs, que les belles observations de M. de Buch et de 
plusieurs autres géognostes célèl)res sur la cavernosité du gypse, sur l'irrégularité de l'inclinaison de ses 
strates, et sur son gisement parallèle aux deux pentes duHarz et de la chaîne (soulevée) des Alpes, de même que 
la présence simultanée du soufre, du fer oligiste*, et des vapeurs d'acide sulfureux qui ont précédé la forma- 

• Voyez mon Essai giogn., p. 257. 

' L. c, p. aSi, 391. 

' Cari von Oeyhaasen , p. aSS, ,i5o ; Charpentier, p. 444 , 446 

» Gypse avec fer oligiste dans le grès bigarré au sud de Dax (département des Landes^. 



XOTES. 261 

tion de l'acide sulfurique, semblent manifester l'action de forces qui résident à une grande profondeur dans 
l'intérieur du glohe '. 

XI. FORMATION d'argile MURIATIFÈRE ( AVEC BITPME ET GTPSE FEUILLETÉ) BE LA PENINSULE d'aBAYA. 

Ce terrain oflre une analogie frappante avec le salzthôn ou kherstein (argile muriatifère) que j'ai fait 
connoître comme accompagnant , sous toutes les zones , le sel gemme ^. Dans les salines d'Araya (Haraia) , 
il avoit fixé l'attention de Pierre Martyr d'Anghiera, dès le commencement du 16°° siècle (T. I , p. 456). 
Il est probable qu'il a facilité le déchirement des terres et la formation du golfe de Cariaco. C'est une argile 
gris de fumée, Imprégnée de pétrole, mêlée de gypse lamelleux et lenticulaire, et traversée quelquefois 
de petits filons de gypse fibreux. Elle enchâsse des masses anguleuses et moins friables d'argile brun-noirâtre, 
à cassure schisteuse, quelquefois conchoide (T. I, p. 334). Le muriate de soude s'y trouve disséminé en 
parties invisibles à l'œil nu. Les rapports de gisement ou de superposition de ce terrain avec les roches tertiaires 
ne m'ont point paru assez clairs pour que je pusse prononcer avec certitude sur cet élément le plus important 
de la géognosie positive. Dans les deux hémisphères , les couches coordonnées de sel gemme, d'argile muria- 
tifère et de gypse offrent les mêmes difficultés : partout ces masses, dont les formes sont très-irrégulières , 
offrent des traces de grands bouleversemens. Elles ne sont presque jamais recouvertes Ae fonnations indépen-- 
dantes ; et, après avoir cru long-temps, sur le continent de l'Europe, le sel gemme exclusivement propre au 
calcaire alpin et au calcaire de transition, on admet aujourd'hui plus généralement encore, soit d'après des 
raisonnemens fondés sur des analogies, soit d'après des suppositions sur le prolongement des couches, que le 
vrai gîte du sel gemme se trouve ^ dans le grès bigarré {hurtte sandstein). Quelquefois le sel gemme paroît 
osciller du grès bigarré vers le muschelkalk. 

J'ai fait deux excursions à la Péninsule d'Araya. Dans la première, j'inclinais à regarder l'argile muriatiiêre 
comme subordonnée à l'aglomérat (de formation évidemment tertiaire) du Barigon et de la montagne du 
château de Cumana , parce que , un peu au nord de ce château , j'avois trouvé des bancs d'argile endurcie * 
renfermant du gypse lamelleux et enclavé dans le terrain tertiaire (T. I, p. 358). Je croyois que l'argile 
muriatifère -çom^oiX. a^tcvnet Oiyec l'aglomérat calcaire du Barigon. Vtes des petites cabanes de pêcheurs qui 
sont situées vis-à-vis le Macanao, des rochers d'aglomérats mesembloient percer les strates d'argile. Dans une 
seconde excursion à Maniquarez et aux schistes aluminifères de Chaparuparu (T. III, p. 4/), la liaison entre 
le terrain tertiaire et l'argile avec bitume me parut assez problématique. J'examinai plus particulièrement le 
site des Pehas ?iegras.fT'es du Cerro de la Vêla, à l'ESE. du château ruiné d'Araya. Le calcaire de ces Perlas ^ 
est compacte, gris-bleuâtre , et presque dépourvu de pétrifications. Il me sembloit beaucoup plus ancien que 
l'aglomérat tertiaire du Barigon, et je le vis recouvrir, en gisement concordant, une argile schisteuse assez 
analogue à l'argile muriatifère. Je me plaisois à rapprocher cette dernière formation des couches de marne 
carburée que renferme le calcaire alpin de Cumanacoa. D'après les idées géognostiques les plus répandues 
aujourd'hui, on pourroit regarder la roche des Periaa negras comme représentant \e muschelkalk (calcaire 

* Leopotd von Duch , Resullate geogn. Forsch., 18 j4. p. 47i-4.'3- Friedrich Hormann , Beitr. zur geogn. Kenntniss von 
Norddeiilschland , 182a, Tom. I, p. 85 , g2. Bouc, Mém, sur les terrains second, du versant nord des Alpes , p. i4. Freiesleben, 
Kupfcrschiefer, 1809, Tom. II, p. I24- Breistah, Geol., Tom. I, p. iSS, 

^ Humboldt, Essai gcogn., p. 241. Leonhard , Characteristik der Fctsarten , p. 362. 

' Voy. Kleinschrod , dans Leonh. Taschcnb., 1821, Toîn. I, p. i48. Humboldt, Essai géogn. , p. 271. Hausmann, Jùngers 
Flôzgeb. , p. 177. Peut-être le sel gemme oscille-t-il du grès bigarré à la fois vers le calcaire alpin ( zechstein ) et vers le 
mnachelkalk. Un eicellent géognnste, M. d'Oeyhausen , le place dans les couches inférieures du muschelkalk {Karsien , ^rcliiv., 
1824, St. 8, p. 11.) Foyez aussi MM. de Dechen, Ocyhausen et la Roche dans Herlha, B. I , p. 27. 

' Non muriatifère et sans pétrole î 

' f^oyez plus haut Rel. hisl., Tom. I, p. 334, en consultant l'errnta pour cette page , et p. 355, 335 et 536. 



202 NOTES. 

de Gôttingue) , et l'argile salifére et bitumineuse d'Araya comme représentant le grès bigarré : mais ces pro- 
blèmes ne pourront être résolus que lorsqu'on aura entrepris de véritables travaux de mines dans ces contrées. 
Quelques géognostes, qui croient qu'en Italie le sel gemme pénètre jusque dans des terrains supérieurs au 
calcaire jurassique et même à la craie, seront tentés de prendre le calcaire des Pefias negras pour une de ces 
couches de calcaire compacte, dépourvues de grains de quarz et de pétrifications que l'on renconlrefréquemment 
au milieu de l'aglomérat tertiaire du Barigon et du Castillo de Cumana : l'argile salifèrc d'Araya leur paroîtra 
analogue, soit à l'argile plastique de Paris^ , soit aux bancs argileux (dief et tourtia) des grès secondaires à 
lignites, qui, en Belgique et en Westpbalie, renferment des sources salées'. Quelque difEcile qu'il soit de 
distinguer isolément les couches de marne et d'argile appartenant au grès bigarré, au muscheikalk , au qua- 
dersandstein , au calcaire jurassique, au grès secondaire à \iQn\tei{greenand iron sand), et au terrain 
tertiaire supérieur à la craie , je pense pourtant que le bitume qui accompagne partout le sel gemme , et le 
plus souvent même les sources salées, caractérbe les argiles muriatifères de la Péninsule d'Araya et de l'île de la 
Marguerite, comme liées à des formations placées sous le terrain tertiaire. Je ne dis pas qu'elles sont anté- 
riettres à ce terrain; car, depuis la publication des observations de M. Buch sur le Tyrol, il n'est plus 
permis de regarder ce qui est dessous, dans l'espace, comme nécessairement antérieur, relativement à l'é- 
poque de sa formation. 

Le bitume et le pétrole sortent encore aujourd'hui, comme nous l'avons fait voir plus haut (T. 1 , p. 34; ; 
T. m , p. 4y), du micaschiste : ces substances sont rejetées chaque fois que le sol (entre Cumana, Cariaco et 
le Gol/o Triste) est ébranlé par des forces souterraines. Or, c'est à ce même terrain primitif qu'est adossée , 
dans la Péninsule d'Araya et dans l'île de la Marguerite, l'argile salifére imprégnée de bitume, à peu près 
comme en Calabre le sel gemme se montre par lambeaujL dans des bassins , enclavés par des terrains de granité 
et de gneis ^. Ces circonstances servent-elles à étayer le système ingénieux * d'après lequel toutes les forma- 
tions coordonnées de gypse , de soufre , de bitume et de sel gemme (constamment anhydre) sont dues à des 
épanchemens à travers des crevasses qui ont traversé la croiite oxidée de notre planète et pénétré jusqu'au 
siège de l'action volcanique? Les énormes masses de muriate de soude (chlorure de sodium) vomies récemment 
par le Vésiue*, les petits filons de ce sel que j'ai vu souvent traverser les laves lithoïdes les plus récentes, et 
dont l'origine (par sublimation) paroît semblable à celle du fer oligiste déposé dansées mêmes fentes''; 
les bancs de sel gemme et d'argile salifére qu'offre le terrain trachytique dans Jes plaines du Pérou et autour 
du volcan des Andes de Quito ', sont bien dignes de fixer l'attention des géologues qui veulent discuter 
l'origine des formations. Dans le tableau que je trace ici, je me borne à la simple énumération des 
phénomènes de gisement, tout en indiquant quelques vues théoriques d'après lesquelles des observateurs, placés 
dans des circonstances plus avantageuses que je ne l'étois, pourront diriger leurs recherches. 

XII. AOLOMÉRAT CALCAIHE DU BARIGON, DU CHATEAU DE CUMANA, ET DES ENVIRONS DE PORTO-CABELLO. 

C'est une formation très-complexe : elle présente ce mélange et ce retour périodique de calcaire com- 
pacte, degrèsquarzcuxetd'agloraérats (brèches calcaires) qui caractérisent plus particulièrement, sous toutes 
les zones, le terrain tertiaire. Elle forme la montagne du château de Saint-Antoine, près de la ville de Cumana, 

1 Gril tertiaire à lignites ou mollasse d'Argovie. 

î Notes manuscrites de MM. de Dechen et d'Oeybauten {f^oyei aussi Buff, dans NOggeralh, Rheinland-fFesIph., T. III, p. 53.). 
' Mtlograni , Descr. geologica di Aspromonte, i8a5, p. 256, 276, a87. 
» Brcislak , Gcologia , Tom. I , p. 35o ; Boui, sur les Alpes , p. 17. 

!> Laugier et Gaillard, dans les y4nna/«i/u Mi/f., 5' année, n° 12, p. 435. Les masses rejetées ea i8aa étoient si considérables, 
que les habitans de quelques villages autour du Vésuve les recueillirent et en firent des provisions pour leur usage domestique. 
' Gay-Lussac , sur l'action des volcans , dans les Ann. de chimie , Tom. XXil , p. 4 '8. 
' Kejez mon Estai giogn., p. aSi. 



NOTES. 263 

de même que l'extrémité sud-ouest de la Péninsule d'Araya, le Cerro Meapire, au sud de Cariaco, et les 
environs de Porlo-Caliello (Tom. I, p. 333, 347 > ^^T, 444, 55;; Tom. II, p. io4; Tom. III, p. 48). Elle 
renferme i ° un calcaire compacte généralement gris-blanchâtre ou blanc-jaunâtre ( Cerro del Barigoii), dont 
quelques bancs très-minces sont entièrement dépourvus de pétrifications , tandis que d'autres sont pétris 
de cardites, d'ostracites , de pectens, et de débris de polypiers lithophytes; 2° une brèche dans laquelle une 
innombrable quantité de coquilles pélagiques se trouve mêlée à des grains dequarz aglutinésparun ciment de 
carbonate de chaux; S'un grés calcai)e a grains dequarz arrondis et très-fins (PuntaArenas, àl'ouestdu village 
de Maniquarez) , enchâssant des rognons de mine de fer brune ; 4" des bancs de marne et d'argile schisteuse 
dépourvue de paillettes de mica, mais enchâssant de la séléaite et du gypse lamelleux. Ces bancs d'argile 
m'ont paru constamment former les couches inférieures. A ce même terrain tertiaire appartiennent aussi le 
tuf calcaire (formation d'eau douce) des vallées d'Aragua (Tom. II, p. 54, 93), près delà Victoria, et la 
roche fragmentaire du Cabo Blanco, à l'ouest du port de la Guayra. Je n'ose désigner cette dernière par 
le nom de nagelfluhe, parce que ce mot indique des fragmens arrondis, tandis que les fragmens du Cabo 
Blanco sont généralement anguleux, et se composent de gneis, de quarz hyalin et de schiste chloriteux 
réunis par un ciment calcaire. Ce ciment renferme du sable magnétique ', des madréporites, et des 
débris de coquilles bivalves pélagiques. Les diiFérens lambeaux du terrain tertiaire que j'ai trouvés dans la 
Cordillère du littoral de Venezuela , sur les deux versans du chaînon septentrional , semlilent superposés, près 
de Cumana (entre Bordones et Punta Delgada) , dans le Cerro de Meapire et au calcaire (alpin) de Cu- 
manacoa ; entre Pprlo-Cabello et le Rio Guayguaza , de même que dans les vallées d'Aragua , au granité ; sur la 
déclivité occidentale de la colline qui forme le Cabo Blanco, au gneis; dans la Péninsule d'Araya, à l'argile 
salifère. Ce dernier mode de gisement n'est peut-être qu'une simple apposition. *. Si l'on veut ranger les dif- 
férens membres de la série tertiaire d'après l'âge de leur formation , on doit regarder, je pense , comme le 
plus ancien, la brèche du Capo Blanco avec fragmens de roches primitives, et faire succéder à cette 
brèche le calcaire arénacé du château de Cumana, dépourvu de silex corné, mais d'ailleurs assez ana- 
logue au calcaire (grossier) de Paris , et le terrain d'eau douce de la Victoria. Le gypse argileux , mêlé de 
brèches calcaires à madrépores, cardites et huîtres, que j'ai trouvé entre Carthagène des Indes et le Cerro de 
la Popa , et les calcaires également récens de la Grande Terre de la Guadeloupe et de la Barboude ^ (calcaires 
pétris de coquilles pélagiques qui ressemblent à celles qui vivent actuellement dans la Mer des Antilles), prou- 
vent que le terrain tertiaire (terrain de sédiment supérieur) s'étend bien loin vers l'ouest et vers le nord. 

Ces formations récentes, si riches en débris de corps organisés, offrent aux voyageurs, familiarisés avec 
les caractères zoologiques des roches, un vaste champ à défricher. Exammer ces débris dans les couches 
superposées comme par étages les unes aux autres, c'est étudier les Faunes de différens âges, et les 
comparer entre elles. La Géographie des animaux trace les limites dans l'espace selon la diversité des climats 
qui déterminent l'état actuel de la végétation sur notre planète. La Géologie des corps organisés, au contraire, 
est un fragment de Vhistoire de la nature, en prenant le mot histoire dans son acception propre : elle décrit les 
habitans de la terre selon la succession des temps. On peut reconnoître dans les Musées les genres et les espèces ■ 
mab les Faunes des différens âges, la prédominance de certaines coquilles, les rapports numériques qui 
caractérisent le règne animal et la végétation d'un /zew ou d'une epojKC, doivent être étudiés è la vue même 
des formations. 11 m'a paru *, depuis long-temps, que, sous les tropiques, comme dans la zone tempérée, les 
coquilles univalves sont plus nombreuses (en espèces) que les bivalves. Par cette supériorité en nombre, le 

' Le sable magnétique est dû sans cloute au schiste chloriteux qui forme, dans ces parages, le fond de la mer. Vol. I, 
p. 556; Vol. III, p. 254. 

* An-nicht Auflagerung , selon le langage précis de* géognosles de ma patrie. 

' Moreau de Jonnés, Hist. phys. des Anlilles franc. , Tom. I, p. 554. Brongniart , Desmpt géol. des environs de Paris, 
1S22 , p. 20:. 

* £«01 gcogn, , p. 42. 



264 NOTES. 

monde organique fossile offre, sous toutes les latitudes, une analogie de plus avec les coquilles inter- 
tropicales qui vivent aujourd'hui dans le sein des mers. En effet, M. Defrance, dans un ouvrage ' rempli 
d'idées neuves et ingénieuses , ne reconnoît pas seulement cette même prédominance des univalves dans 
le nombre des genres; mais il rappelle aussi que, sur 55oo espèces fossiles de coquilles univalves, bivalves et 
cloisonnées, que renferment ses riches collections, il y en a 3o66 d'univalves, 2H)8 de bivalves, et 326 de 
cloisonnées; de sorte que les univalves fossiles sont aux bivalves = 3:2. 

Xrn. FORMATION d'aMYGDAIXJÏDE PYROXÉNIQUI et de PHONOLITHE, ENTRE OBTJZ ET CERRO DE FLORES. 

Je place à la fin des formations du Venezuela le terrain d'amygdaloïde pjTOxénique et de phonolithe 
[porphyrschiefer) , non comme les seules roches que je regarde comme pyrogènes, mais comme celles dont 
l'origine entièrement volcanique est probablement postérieure au terrain tertiaire. Ce résultat n'est pas dû 
aux observations que j'ai faites à la pente méridionale de la Cordillère du littoral entre les Morros de San Juan , 
Parapara et les llanos de Calabozo. Dans cette région, des circonstances locales conduiroient plutôt à regarder les 
amygdaloïdes d'Ortiz comme liées au système de roches de transition (serpentine amphibolique, dlorite, et 
schistes carbures de Malpasso) que j'ai décrites plus haut * : mais l'éruption des trachyles à travers des roches 
postérieures à la craie dans les Euganées , et en d'autres parties de l'Europe, jointe au phénomène de l'absence 
totale de fragmens de porphyre pyroxénique, de trachytc, de basalte et de phonolithe ' dans les conglo- 
mérats ou roches fragmentaires antérieures aux terrains tertiaires les plus récens, rend probable que l'ap- 
parition des roches trapéennes à la surface du sol , est l'elTet d'une des dernières révolutions de notre planète , 
même là où l'éruption a eu lieu par des crevasses (filons) qui traversent le granite-gneis ou des roches de 
transition non recouvertes par des formations secondaires et tertiaires. 

Le petit terrain volcanique l'Ortiz (lat. 9"'28'-9°36') forme l'ancien rivage du vaste bassin des llanos de 
Venezuela; il n'est composé , dans les points où j'ai pu l'examiner, que de -deux espèces de roches, savoir : 
d'amygdaloïde et de plionolllhe (Tom. H, p. 1 42-i 46). L'amygdaloide bleu-grisùtre et huileuse renferme des 
cristaux fendillés de pyroxène et de mésotype. EUe forme des boules à couches concentriques, dont le noyau 
aplati a presque la dureté du basalte. On n'y distingue ni olivine ni amphibole. Avant de paroitre comme 
un terrain indépendant et de s'élever en petites collines coniques , l'amygdaloide semble alterner par couches 
avec la même diorite que nous avons vue plus haut mêlée au schiste carburé et à la serpentine amphibolique. 
Ces liaisons intimes de roches si diverses en apparence , et si propres h embarrasser le géognoste, donnent un 
grand inlérêtaux environs d'Ortiz. Si les masses de diorilc et d'amygdaloïde qui nous paroissent des couches , 
sont des filons Irès-puissans, on peut les croire formées et soulevées simultanément. Nous connoissons aujourd'hui 
deux formations d'amygdaloïdes , l'une, la plus commune j est subordonnée au terrain basaltique; l'autre, beau- 
coup plus rare*, app.irlient au porphyre pyroxénique^L'amygdaloided'Ortiz approche, par ses caractèresorycto- 
gTiostiques , de la première de ces formations ; et l'on est presque surpris de la trouver adossée, non au basalte , 
mais à la phonolithe ^, roche éminemment feldspathique, dans laquelle on rencontre bien quelques cristaux 

' Tableau des corps organlsit fossUes , 1824» P- 5i, ij5. 

2 Tom. III, p. 555. 

^ Les fragmens de ct:s roclies ne paroissent que dans les lufs ou aglomérats qui appartiennent essentiellement au 
terrain basaltique, ou qui environnent les volcans les plus récens. Chaque formation volcanique s'enveloppe de ses brèches , 
qui sont les effets de l'éruption même {LeopoUI von Buch, Resultale gcogn. Forsch., p. 3ii.). 

' On trouve des exemples de cette dernière en ^orïïège (VardckuUen , près Skecn) , dans les montagnes du ThOringernald , 
dans le Tyrol méridional, ."i llcfeld au Harz , à Bulanos au Mexique, etc. 

* Porfhyres noirs de M. de Burh. 

C II y a des phonolitbes du terrain basaltique (les plus anciennement connus) et des phonolithes du terrain trachytique 
(Andes du Mexique), ^oyes mon Essai géogn., p. 54;. Les premiers sont généralement supérieurs au basalte; et, dans cette 
réunion , le développement extraordinaire du feldspath et le manque du pyroxène m'ont toujours paru de» phénomènes 
très-remarquables. 



NOTES 265 

d'amphibole , très-rarement du pyroxèiie, et jamais de l'olivine. Le Cerro de Flores est une colline couverte 
de blocs tabulaires de phonolllhe gris-verdàtre , enchâssant des cristaux alongés (non fendillés) de feld- 
spathvitreux, entièrement analogue à la phonolithe du Mittelgebirgc. Elle est entourée d'amygdaloïde py- 
roxénique; dans la profondeur on la verroit sans doute sortir immédiatement du granite-gneis , comme la 
phonolithe du Bilincr-Stein , en Bohème , qui renferme des fragmens de gneis empâtés dans la masse. 

Existe-t-il dans l'Amérique méridionale un autre groupe de roches désignées de préférence sous le nom de 
roches volcaniques , et qui fussent aussi éloignées de la chaîne des Andes, aussi avancées vers l'est que le groupe 
qui borde les steppes de Calabozo ? J'en doute, du moins pour la partie du continent située au nord de l'Amazone. 
J'ai souvent fixé l'attention des géognostes sur l'absence du porphyre pyroxénique, du trachyte, du basalte et 
des laves (je range ces formations selon leur âge relatif) , dans toute l'Amérique , à l'est des Cordillères. L'exis- 
tence du trachyte n'a pas même encore été constatée dans la Sierra Nevada de Merida, qui lie les Andes à la 
chaîne du littoral de Venezuela. On diroit qu'après la formation des roches primitives , le feu volcanique n'a pu 
se faire jour dans l'Amérique orientale. (Vol. III, p. 246. ) Peut-être la moindre richesse et la moindre fréquence 
de filons argentifères observée dans ces mêmes contrées tient-elle à l'absence de phénomènes volcaniques 
plus récens *. M. d'Eschwege a vu au Brésil quelques couches (filons ?) de diorite , mais ni trachyte , ni basalte , ni 
dolérite, ni amygdaloide : il a été d'autant plus frappé de voir, dans les environs de Rio Janeiro, une masse iso- 
lée de phonolithe, entièrement semblable à celle de Bohème, percer le terrain de gneis ^. J'incline à croire que 
l'Amérique, à l'est des Andes, auroit des volcans actifs si, près du littoral de Venezuela , de la Guyane et du 
Brésil, la série des roches primitives étoit interrompue par des trachytes. Ce sont les trachytcs qui, par leur 
fendillement et leurs crevasses ouvertes, semblent établir cette communication permanente entre la surface 
du sol et l'intérieur du globe , qui est la condition indispensable de l'existence d'un volcan. Si , de la côte de 
Paria, par les granites-gneis de la Silla de Caracas, par le grès rouge de Barquisimeto et du Tocuyo, par les 
montagnes schisteuses delà Sierra Nevada de Merida, et la Cordillère orientale de Cundinaraarca, on se dirige 
sur Popayan et sur Pasto, en prenant le rumb de l'ouest et du sud-ouest , on rencontre dansle voisinage de ces 
deux villes les premières bouches volcaniques encore enflammées des Andes, celles qui sont les plus septentrio 
nales de toute l'Amérique du Sud : ajoutons qu'on trouve ces cratères là oîi les Cordillères commencent à offrir 
des trachytes dans une distance de i8 ou 25 lieues des côtes actuelles de l'Océan pacifique ^. Des communica- 
tions permanentes, ou du moins renaissantes à des époques très-rapprochées, entre l'atmosphère et l'intérieur 
du globe, ne se sont conservée; que le long de cette immense crevasse sur laquelle ont été soulevées les Cordil- 
lères; mais les forces volcaniques souterraines n'en montrent pas moins d'activité dans l'Amérique orientale, 
en ébranlant le sol dans la Cordillère du littoral de Venezuela et dans le groupe de la Parime *. En décrivant 
les phénomènes qui ont accompagné le grand tremblement de terre de Caracas '', du 26 mars 1812, j'ai fait 

* Verrez mon Essai géogn., p. ti8, lao. 

^ yotes manuscrites du baron d'Eschwege. 

3 Je crois que les premières hypothèses sur les rapports entre ractivité des volcans et la proximité de la mer sont énoncées 
dans un ouvrage très-éloquent et peu connu du cardinal Oembo : /Etna diatogus ( Voyez Opéra omnia Pctr, Bcmbiy Tom. III ^ 
p. 60); ^t â^m l^Scenti ALiarii Crucii Vesuvius ardens, i63a, p. 164 et 305. 

' A'oyez l'ouvrage classique de M. de HolT, sur les sphères d'oscillations et les limites des tremblemens de terre , portant 
le titre : Geschichtc der nat. Ferânderungen der Erdoberflûche, 1824 , Tom. II , p. 5i6. 

' J'ai exposé dans un autre endroit l'inQuence que cette grande catastrophe a exercée sur la contre-révolulion que le parti 
royaliste parvint à faire éclater à cette ('•poque dans le Venezuela. Rien n'est plus curieux que la négociation qui fut entamée, 
dès le 5 avril, par le gouvernement républicain , siégeant à Valeacia dans les vallées d'Aragua, avec l'archevêque Prat ^Don 
Narciso Coll y Prat) , pour l'engager à publier une lettre pastorale capable de tranquilliser le peuple sur la colère de la divinité. 
On ïouloit bien permettre à l'archevêque de dire « que cette colère étuit méritée à cause du dérèglement des mœurs; mais 
il devoil diclarer posilivemeut . que la politique et les opinions systématiques sur le nouvel ordre social n'y entroient pour tien 
{declarar que la Juslicia divina a los mas ha querido cnsiigar a les vicios morales , sin que el terrcmolo lenga concxion alguna con lus 
sislemas y reformas polilicas de f-'enezuela). L'archevêque Piat perdit la liberté après cette étrange correspondance. ( Voyez les 
docurocns ofljciels publiés dans Pedro de Urquinaona, Relacion dccumenlada dcl origen y progrcsos del Irailonw de las proviiuias 
de yenezuela ^ 1820 , Tom. I, p. ja-83.} 

Relation historique , Tom. III. M 



206 NOTES. 

mention des détonnatlons que l'on entendit, à difiërentes époques, dans les montagnes entièrement granitiquei 
de l'Orénoqne. Des forces élastiques qui agitent le sol , des volcans encore actifs , des sources chaudes et sulfu- 
reuses renfermant quelquefois de l'acide Uuorique, la présence de l'asphalte et du naphte dans des terrains pri- 
mitifs, tout nous conduit vers cet intérieur de notre planète dont la haute température se fait sentir jusque 
dans nos mines les moins profondes, et qui, depuis Heraclite d'Ephèse et Anaxagore de Clazomènes jusqu'au 
Plutonisnie des temps modernes, a été regardé comme le siège des grandes agitations du globe. 

Le tableau que je viens de tracer offre presque toutes les/ormations que l'on connoît dans la partie de 
l'Europe qui a servi de type à la géognosie positive. C'est le fruit d'un travail de seize mois, souvent inter- 
rompu par d'autres occupations. Les formations de porphyre quarzifère, de porphyre pyrosénique et de 
trachyte, celles de grauivacke, de muschelkalk et de quadersandstein , fréquentes vers l'ouest, n'ont point 
encore été reconnues dans le Venezuela : mais aussi , dans le système des roches secondaires de l'Ancien Conti- 
nent, le muschelkalk et le quadersandstein ne se sont pas toujours nettement développés : souvent, par la fréquence 
de leurs marnes, on les trouve confondus avec les assises inférieures du calcaire jurassique. Le muschelkalk est 
presque ' un lias à encrinites , et les quadersanstein (car il y en a sans doute plusieurs, et de supérieurs au lias 
ou calcaire à grypWtes) me semblent représenter les couches arénaoées des assises inférieures du calcaire 
juiassique. J'ai cru devoir donner un grand développement à la description géognostiquede l'Amérique du Sud , 
non seulement à cause de l'intérêt de nouveauté qu'inspire l'étude des formations dans les régions équi- 
no^iales, mais surtout à cause des efforts honorables tentés récemment en Europe pour vivifier et pour étendre 
l'exploitation des mines dans les Cordillères de Colombia, du Mexique, du Chili et de Buenos-Ayres. De 
grands capitaux oui été réunis pour atteindre un but si utile. Plus la confiance publique a agrandi et consolidé 
ces entreprises dont les deux Continens pourront tirer des avantages réels, plus il est du devoir de ceux qui 
possèdent une connoissance locale de ces contrées de publier des matériaux propres à faire apprécier la 
richesse relative des gîtes de minerais dans les diverses parties de l'Amérique espagnole. Il s'en faut de beau- 
coup que le succès des associations pour l'exploitation des mines et celui des travaux ordonnés par les 
gouvernemens libres , dépende uniquement du perfectionnement des machines employées pour l'épui- 
sement des eaux et pour l'extraction des minerais, de la distribution régulière et économique des ouvrages 
souterrains , des améliorations dans la préparation, l'amalgamation et la fonte : ce succès dépend aussi de la 
connoissance approfondie des diSërens terrains superposés. La pratique de l'art du mineur est intimement 
liée aux progrès de la géognosie ; et l'on peut prouver que plusieurs millions de piastres ont été follement 
dépensés dans l'Amérique équinoxiale , à cause de cette ignorance profonde de la nature Aes formations et du 
gisement des roches, avec laquelle on dirigeoit les travaux de recherches. Aujourd'hui, ce ne sont pas les mé- 
taux précieux, seuls qui doivent fixer l'attention des nouvelles associations des mines : la multiplication des 
machines à vapeur /endra indispensable, partout où le bois n'est pas abondant ou d'un transport facile, de 
s'occuper en même temps de la découverte de la /touille ou des lignites. Sous ce point de vue . la connoissance 
précise du grès rouge ou grès houiller , du quadersandstein et de la mollasse (formation tertiaire à lignites) 
souvent recouverte de basalte et de dolérite, a une grande importance pratique. Il sera difQclle au mineur 
européen, récemment débarqué, de s'orienter dans des pays d'un aspect nouveau, et où les mêmes formations 
couvrent d'immenses étendues. J'ose me flatter que le travail que je publie dans ce moment, de même que 
V Essai politique sur la JKouvetle-Espagne ^ et mon ouvrage sur le gisement des roches dans les deux hémis- 
phères, contribueront à diminuer ces obstacles. Ils renferment pour ainsi dire la première reconnoissance 
géognostique des lieux dont les richesses souterraines attirent l'attention des peuples commerçans et servi- 
ront à classer les notions plus précises que des recherches ultérieures ajouteront à mes travaux. 

La république de Colombia offre, dans ses limites actuelles, un vaste champ à l'esprit entreprenant du 
mineur. L'or, le platine, l'argent, le mercure, le cuivre, le sel gemme , le soufre et l'alun peuvent devenir 
des objets d'exploitations importantes. La production de l'or seul étoit déjà montée, avant l'époque des dis- 

* yiryez les réflexions judicieuses de M. Bouc, dans son Mémoire sur les Alpet, p. li. 



NOTES. 267 

sensions civiles *, année moyenne, à 4700 kilogrammes (2o,5oo marcs de Castille). C'est presque la moitié 
de la quantité que fournit toute l'Amérique espagnole, quantité qui influe d'autant plus puissamment sur les 
proportions variables entre la valeur de l'or et de l'argent, que l'extraction du premier de ces métaux a di- 
minué au Brésil, depuis quarante ans, avec une rapidité surprenante. Le quint (droit que le gouvernement 
lève sur l'or de lavage) qui étoit dans la Capitania de Minas Geraes, en i/SG, 1761 et 1767, de 118, 102 
et 85 arrobes d'or (ài4î kilogrammes), est tombé, d'après des notes manuscrites qui m'ont été obligeamment 
fournies par le baron d'Eschwege , directeur général des Mines du Brésil, en 1800, i8i3 et 1818, à 3o, 20 
et 9 arrobes, chaque arrobe d^or ayant, à Rio Janeiro, une valeur de i5,ooo cruzades. D'après ces évalua- 
tions, la production annuelle de l'or du Brésil a été, en faisant abstraction de l'exportation frauduleuse, au 
milieu du i8°' siècle, dans les années de la plus grande richesse des lavages, de 6600 kil