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Full text of "René Bazin; biographie critique, illustrée d'un portrait-frontispice et d'un autographe, suivie d'opinions et d'une bibliographie"

12193 



Bersauoourt Albert de 
René Ba?in 



LES CÉLÉBRITÉS D'AUJOURD'HUI 



René Bazin 



ALBERT DE BERSAUGOURT 



BIOGRAPHIE-CBITIQLTE 

ILLUSTRÉE d'un PORTRAIT-FRONTISPICE 

ET d'un autographe 

SUIVIE d'opinions et d'une bibliographie 




PARIS 

BIBLIOTHÈQUE INTERNATIONALE d'ÉDITION 

E. SANSOT & O^ 

7 ET 9, V.VV. DE L'Épr.RON, 7 ET 9 




KHXE HAZIX 

'ai'KÈs le i'Okthait de Maxence 

{Clicb: liraiin, CIcmeut et C°j 



LES CÉLÉBRITÉS D'AUJOURD'HUI 



René Bazin 



ALBERT DE BERSAUGOURT 



BIOGRAPHIE-CRITIQUE 

ILLUSTRÉE d'un PORTRAIT-FRONTISPICE 

ET d'un autographe 

SUIVIE d'opinions et d'une bibliographie 




PARIS 

bibliothèque internationale d'édition 
E. SANSOT & C^ 

7 ET 9, RUE DF, l'éperon, 7 ET 9 






IL A ETE TIRE DE CET OUVRAGE : 

Dix exemplaires sur Japon impérial, numérotés de 
I à 10 et dou\e exemplaires sur Hollande, numérotés 
de 1 1 à ^. 



Droits de traduction et de reproduction réservés pour tous pays. 



RENE BAZIN 



M René Bazin naquit à Angers Je 26 décem- 
, bre 1S53. Il est issu du côté paternel, 
d'une famille de feudistes vendéens, et, du côté 
maternel, d'une famille de bourgeois parisiens. 
Son arrière-grand-père était feudiste à Maulévrier 
et intendant du comte de Colbert de Maulévrier. 
Lorsque Stofflet qui remplissait auprès du même 
maître, le rôle de garde-chasse, partit comme 
chef de l'armée Vendéenne, il emmena Nicolas 
Bazin en qualité de lieutenant. Le père de l'ar- 
rière-grand-père de M. Bazin était également feu- 
diste et huissier près le grain à sel de Vihier. Du 
coté maternel, l'auteur de 'Donatienm descend de 
François Chéron commissaire du roi près le Théâ- 
tre-Français, de 1815 à 1825, auteur dramatique 



— 4 — 

et journaliste royaliste sous la Révolution. Le 
père de M. Bazin, d'abord avocat à la cour d'An- 
gers, se retira du barreau où il réussissait cepen- 
dant très bien, pour diriger une importante mai- 
son de commerce. 

C'est au lycée d'Angers où il fut externe pen- 
dant trois ans, puis au petit séminaire Montgazon 
dirigé par des prêtres séculiers que M. Bazin fit 
ses études. Il avait une santé délicate et les méde- 
cins recommandaient pour lui le séjour à la cam- 
pagne. On prolongeait donc les vacances et l'en- 
fant attardé dans la propriété familiale apprenait 
à aimer les êtres et les choses qu'il devait décrire 
un jour. Il a dit dans l'Avertissement des Contes 
de bonne Perrette : « Je travaillais assez peu le De 
viris illusribus, mais j'apprenais ce qui ne s'en- 
seigne pas : à voir le monde indéfini des choses 
et à l'écouter vivre. Au lieu d'avoir pour hori- 
zon les murs d'une classe ou d'une cour, j'avais 
les bois, les prés, le ciel qui change avec les heu- 
res, et l'eau d'une mince rivière qui changeait 
avec lui. » Ses émotions d'alors, sa joie saine au 
contact de la nature, le plaisir de ses découvertes 
à travers les champs et les bois de Segré, ses goûts 
de chasse et de libre vagabondage en compagnie 
de son frère et de sa jeune sœur, son amour 
pour les bêtes, les beaux arbres, les moissons, sa 
confiance dans les vieux pa3'sans taciturnes, la 
lente éducation de son cœur et de ses sens émer- 



— 5 — 

veillés^ M. Bazin les a racontés en des nouvelles 
d'une agréable simplicité. Il s'est chargé de nous 
apprendre qu'il était un petit garçon grand admi- 
rateur de Mayne-Reid et de Gustave Aymard, 
aimant à jouer « au sauvage », avide d'aventures, 
habile à frapper les oiseaux de sa fronde ou à les 
prendre à la pipée, n'hésitant pas, dans son en- 
thousiasme et faute de biches, à poursuivre de 
malheureux moutons. Ce petit garçon savait 
déjà les noms des plantes et des animaux les plus 
variés. Les bruits de la campagne lui indiquaient 
l'heure, la parure de la terre la date de l'année, 
un passage d'oiseaux la saison nouvelle. Il fré- 
quentait des braconniers , des taupiers , des 
meneurs de loups, des preneurs de rats, tous les 
irréguliers du pays, et même de paisibles fermiers. 
Parfois, il se rendait coupable de méfaits qui lui 
inspiraientun passager mais sincère repentir et on 
ne le grondait pas trop fort quand il rentrait, le 
soir, las de toute une journée de grand air et de 
longues marches, dans la vieille salle-à-manger 
où son père et sa mère l'attendaient, assis au coin 
de l'âtre, pour lui raconter de belles histoires 
interrompues par l'excellente et bougeonne Per- 
rette qui avait élevé tous les enfants de la maison 
et n'entendait pas que l'on prolongeât la veillée 
outre-mesure. 

Cette enfance était bien le meilleur apprentis- 
sage que put faire l'écrivain des Noëllet. De la 



sorte naquirent sa curiosité des laboureurs et des 
mœurs rurales, son expérience de la culture^ sa 
science des coutumes et des traditions locales. Il 
faisait sa moisson sans le savoir, comme il le re- 
connaît lui-même, se préparait à sa tâche future 
en enrichissant sa sensibilité, et, lentement, accu- 
mulait ce trésor d'impressions, si vives durant le 
jeune âge et que rien ne remplacera plus tard, où 
il peut prendre et prendre encore, sans réussir, 
semble-t-il, à l'épuiser, M. Bazin a compris le 
ser\àce immense que lui a rendu son éducation 
spéciale et parlant de la campagne dans sa préface 
de En Province, il a déclaré : « Elle veut des âmes 
tout à elle, des âmes fraîches parce qu'elle est 
fraîche, des âmes jeunes, parce qu'elle est l'éter- 
nelle jeunesse. Hélas ! et nous changeons, tandis 
qu'elle demeure ; mais il nous reste un souvenir 
et une faculté d'émotion, et l'harmonie se retrouve 
ensuite au premier rappel du passé, pour un loin- 
tain de futaie bleue, pour une branche de pom- 
mier fleuri, pour un jardin de banlieue avec trois 
brins de lilas et un vieux peuplier. » Cette faculté 
d'émotion acquise pendant sa jeunesse, M. Bazin 
l'a gardée et il lui doit la fraîcheur, la sponta- 
néité, le réalisme authentique de ses romans et 
de ses nouvelles, dès qu"il touche aux choses de 
la terre ou à ses habitants. 

Malgré les soins que réclamait son tempéra- 
ment délicat, il continuait ses études, et, de 1872 



à 1875, fréquentait la faculté de droit de Paris. 
Licencié, il revint à Angers et prépara son docto- 
rat à l'Université catholique fondée par Mgr Frep- 
pel, mais en passant toujours ses examens à Paris. 
M. Bazin n'avait pas encore obtenu son titre quand 
il rencontra Mlle Aline Bricard, et l'épousa, le 
18 avril 1876, Deux ans plus tard, on le nommait 
professeur suppléant à la faculté de droit d'Angers. 
Chargé d'abord du cours de procédure civile, il 
obtint ensuite celui de droit criminel. Ses occu- 
pations lui laissaient des loisirs, et, sans se dou- 
ter le moins du monde de la gloire qui lui était 
réservée, il écrivait volontiers. Il débuta dans les 
lettres, en 1880, par la rédaction d'une préface 
aux Considérations sur la France, de Joseph de 
Maistre. La même année, il publiait, sous le pseu- 
donyme de « Jean Stret » deux nouvelles en vers 
au Correspondant. Elles étaient intitulées : ^Dix 
sous et La Fille du sardinier. En 1882, il compo- 
sait une autre préface pour les Réflexions sur la 
Révolution française, de Burke. C'est alors que 
M. Bazin fit la connaissance de M. Mayol de Lupè. 
Ce dernier dirigeait un journal royaliste, Y Union, 
et, de passage à Angers, pria M. Bazin de lui 
écrire une nouvelle. Stéphanette fut rapidement 
terminée. On l'inséra dans l'Union du 10 août au 
2 septembre 1883. Dans l'intervalle, le comte de 
Chambord était mort et le journal n'ayant plus 
sa raison d'être cessa de paraître en même temps 
que le petit livre de M. Bazin. 



Le jeune romancier n'était pas encore célèbre ; 
il allait le devenir. Stéphanette avait paru sans 
aucun éclat, en 1884, chez Victor Retaux, et, à 
parler franc, ne méritait guère d'attirer l'attention. 
On connaît le sujet àQ Stéphanette. Un gentilhomme 
s'éprend de la fille d'un brocanteur. Ce brocan- 
teur a été un atroce bourreau de la Révulution et 
la jeune fille qui vit à ses côtés n'est pas son en- 
fant, mais la cousine du gentilhomme. Certes, le 
drame est écrit avec l'aisance, la vive allure, le 
pittoresque qui laissent présager un conteur de 
race, mais les qualités maîtresses de M. Bazin ne 
se sont pas encore affirmées. 

Ma tante Giron, où abondent les souvenirs d'en- 
fance, succéda à Stéphanette et fut accueillie par le 
Correspondant, puis éditée, de même que le pré- 
cédent ouvrage, par Victor Retaux, en 1886. 
Une faveur pour ainsi dire sans exemple aux 
débuts d'une carrière littéraire était réservée à 
M. Bazin. En effet, le libraire de la rue Bonaparte 
reçut vers Noël un billet de Georges Patinot direc- 
teur des Débats. Et Patinot mandait à V. Retaux : 
« J'ai lu avec intérêt le roman qui a pour titre 
OvCa tante Giron, et que vous avez édité. Si vous 
aviez en manuscrit un autre roman du même 
auteur, et qu'il convint à M. René Bazin de le 
publier dans Les Débats, je crois que nous pour- 
rions nous entendre. » On devine la surprise et 
l'allégresse du débutant. Il se rendit rue des Prê- 
tres-Saint-Germain-l'Auxerrois. Comment le con- 



naissait-on? Pourquoi avait-on eu l'idée de lire son 
livre ? Qui l'avait recommandé ? Georges Patinot 
renseigna tout de suite son jeune interlocuteur. 
Il connaissait M. Bazin par Ludovic Halévy qui 
avait apporté Ma tante Giron aux 'Débats et chau- 
dement parlé de l'auteur. Mais M. Bazin ignorait 
absolument Ludovic Halévy et ne savait à quels 
motifs attribuer une telle bienveillance. Il courut 
chez son protecteur qui lui déclara : « J'avais lu, 
sans vous connaître, par devoir académique, votre 
Tante Giron, et j'aurais voulu obtenir pour elle 
un prix à l'Académie. Je ne l'ai pas eu. On m'a 
refusé. Je me rappelle bien. C'était au printemps 
dernier. Je suis sorti de la séance vers 4 heures, 
très contrarié, avec le sentiment que votre cause 
aurait été gagnée, si elle avait été plaidée par un 
plus résolu, un plus autorisé que moi. J'étais tout 
nouveau dans la maison et un peu troublé devant 
mes anciens. C'était le premier livre que je défen- 
dais. Bref, je me sentais responsable de votre 
échec. Pour le réparer, je suis allé directement 
chez votre éditeur. J'ai acheté un exemplaire de 
Ma tante Giron, j'ai fait bavarder un des commis 
et j'ai appris qui vous étiez. De là, je me suis 
rendu aux Débats, votre volume à la main, et j'ai 
dit à Patinot : « Vous me demandez toujours des 
romanciers. Tenez, lisez ce livre. » Et il vous a 
lu. Et il vous a écrit. Et je n'ai plus de remords. » 
L'anecdote n'est-elle pas charmante et ne prouve- 
t-elle pas que Ludovic Halévy était un homme 



de cœur autant qu'un homme d"esprit ? La porte 
des Débats fut ouverte à M. Bazin. Il y publia Une 
Tache d'encre, aimable badinage que lui inspira 
une aventure personnelle et où l'on retrouve, 
sans beaucoup chercher, les portraits des exami- 
nateurs de la faculté de droit en l'année 1888. 
Après ce livre vint un premier volume de croquis 
italiens, tA l'Aventure, puis Sicile, puis En Pro- 
vince, et, jusqu'à ces derniers mois, M. Bazin a 
fréquemment apporté sa collaboration au journal 
qui, le premier, l'avait reçu. 

Il n'est pas vrai que M. Bazin soit le fervent 
optimiste que certains s"acharnent à voir en lui, 
mais il aurait dû le devenir. Comment ne se sen- 
tirait-on pas plein d'espoir et de confiance quand 
on bénéficie d'une aussi prompte et facile réussite ? 
Le moyen de douter des hommes lorsque ceux-ci 
s'emploient à vous rendre service sans même que 
vous les connaissiez ? Et Ludovic Halévy n'est 
pas le seul dont M. Bazin ait eu à se louera cette 
époque. Le fait que je vais citer est moins célè- 
bre que celui de tout à l'heure dans la vie de 
l'écrivain ; il n'est pas moins touchant. Sachez 
donc que l'excellent Victor Retaux, dès qu'il 
s'aperçut du succès de Ma tante Giron, et dès 
qu'il comprit la destinée brillante à laquelle l'au- 
teur était appelé, refusa d'être dorénavant son édi- 
teur. On ne le connaissait guère. Il ne disposait pas 
des moyens suffisants pour accroître une jeune 
gloire. Mieux valait aller ailleurs et aider au 



récent triomphe en choisissant une grande maison. 
M. Bazin garde un souvenir attendri de cette atti- 
tude désintéressée. 

La carrière de l'écrivain s'est poursuivie, active 
et brillante. Depuis vingt-cinq ans, il nous a 
donné près de trente volumes qui lui ont valu le 
prix Vitet en 1896, la croix de chevalier de la 
Légion d'honneur, le 15 août 1900. Le 18 juin 
1903, il était élu à l'Académie en remplacement 
d'Ernest Legouvé et reçu par Brunetière, le 
28 avril 1904. 

M. Bazin a compris qu'il devait rester fidèle à 
la province où il a puisé ses meilleures inspira- 
tions et nous retrouvons, dans ses romans, la Bre- 
tagne, l'Anjou, la Vendée, les Landes. Il garde 
l'inlassable curiosité de son enfance pour les ma- 
nifestations de la vie rurale et son amour pour la 
terre et les humbles qui l'habitent. La gloire ne 
l'a point détaché de ses anciens amis. Elle ne l'a 
point persuadé, comme il arrive souvent, de 
fuir le sol natal, de rompre les racines qui l'y 
attachent si fortement et de renier le passé. Usait, 
au contraire, que la vie saine, la vie vraie, en 
dehors des laideurs et des compromissions des 
villes, est dans ces bois, à côté de ces champs où 
il a joué tout petit, et qu'en accourant s'y retrem- 
per il sauvegarde son talent. Ce lui est une joie 
de revenir chaque année dans son domaine des 
Rangeardières situé à quelques kilomètres d'Angers. 
Aucune province de France n'est plus douce et 



12 



plus harmonieuse que celle-là. Nul paysage n'a 
plus d'équilibre dans la mesure et la justesse des 
proportions. Pas une contrée n'offre une telle 
richesse sous un ciel plus délicat. M. Bazin l'aime 
infiniment. Il aime aussi son vieux logis du 
XVIII' siècle entouré d'un jardin noblement des- 
siné et planté de beaux arbres. Sous les allées cou- 
vertes, Victor Pavie qui fut autrefois le proprié- 
taire des Rangeardières, s'est promené souvent, 
et il se rappelait la bataille à'Hernani, le salon 
de l'Arsenal, son voyage à Weimar et cette mémo- 
rable soirée où M™® Hugo, sa fille et Sainte- 
Beuve vinrent le visiter. Le critique des Lundis 
récita sous une charmille qui existe encore une 
poésie qu'il avait composée pour le mariage du 
jeune romantique : 

Apaisez votre cœur, car jusqu'ici vos nuits 
S'en allaient sans rosée en orageux ennuis, 

Et vous fatiguaient de mystère ; 
Les étoiles, sur vous, inquiétants soleils 
Nouaient leurs mille nœuds, et de feux non pareils 

Brûlaient vos rêves solitaires ! 

Jusqu'à ce que, naissant à propos, ait marché 
Une étoile plus blanche ; et d'un flambeau penché 

Elle a mis sou jour sur la scène, 
Et la molle lueur a débrouillé les deux, 
Et les nœuds ont fait place au chœur harmonieux 

due la lune paisible mène. 

Pourtant, si bon et si tranquille que soit le tra- 
vail aux Rangeardières^ et, malgré son amour de 
cette demeure, M. Bazin voyage fréquemment. 
Il a visité tour-à-tour l'ItaUe, l'Espagne, la Sicile, 
la Hollande dont il nous a rapporté des ouvrages 



— 13 — 

curieux et documentés. Ce goût des voyages est 
bien vif chez lui puisque, tout en chérissant la 
terre, tout en sentant la noblesse du paysan rivé 
à sa tâche, il a écrit, parlant de moissonneurs ren- 
contrés : « Ils ne voyagent pas; ils ignorent et 
continueront d'ignorer la variété du monde, et 
combien il est doux, par les sombres jours d'hiver, 
d'évoquer les paysages lointains, et de jeter son 
âme à travers les routes, les collines, les villes 
qui n'ont jamais froid, et dont la beauté, faite de lu- 
mière, change à peine avec les saisons. Ils demeu- 
rent, ils ont moins de songe que nous. Je les 
plains. » 

Telle est la très simple existence de M. Bazin 
que la préparation de ses livres occupe unique- 
ment. L'écrivain d'aujourd'hui a ouWié le profes- 
seur de droit de jadis. Mais non, je me trompe, 
passez à la belle saison, sur cette agréable route 
qui va des Rangeardières à Angers, vous rencon- 
trerez M. Bazin allant faire son cours à la vieille 
faculté dont il se souvient avec plaisir. C'est là, 
du reste, un simple témoignage de gratitude et 
une simple distraction. 

* * 
L'œuvre que nous avons à étudier est considé- 
rable. M. Bazin a abordé les genres les plus divers, 
le roman romanesque, le roman social, le récit de 
voyages, la nouvelle, l'essai, la critique littéraire, 
l'histoire. Nous envisagerons M. Bazin sous cha- 
cun de ses aspects. 



— 14 — 

Au roman romanesque correspondent Stépha- 
nette, Une Tache d'encre, Ma tante Giron et la Sar- 
celle bleue. Je laisserai de côté Stéphanette et Une 
Tache d'encre. Entendons-nous, je ne considère 
nullement ces deux nouvelles comme méprisables. 
Elles ont des qualités d'émotion discrète, de joli 
attendrissement, d'aimable fantaisie, et, puisqu'il 
s'agit d'aventures sentimentales, valent mieux que 
la plupart de ces historiettes pleines d'effusions 
niaises qui paraissent chaque jour. Si M, Bazin 
avait voulu ne se contenter que de ce facile suc- 
cès d'anecdotier, il l'aurait aisément conquis, 
mais, justement, il a souhaité autre chose et ni 
Stéphanette, ni Une Tache d'encre n'ont de significa- 
tion dans son œuvre. N'oublions pas que ces 
livres furent pour lui une manière de délassement 
au milieu des travaux arides de la procédure. Celui 
qui les composa entendait se récréer, non ins- 
truire. Il n'avait pas pris conscience de l'impor- 
tance et de la dignité de sa fonction d'écrivain ; 
il n'était alors qu'un amateur très distingué, un 
homme de goût aimant les lettres et les cultivant. 
C'est dans ses œuvres postérieures qu'il faut le 
chercher. 

La Sarcelle bleue, assez voisine d'inspiration, 
nous intéresse cependant davantage parce que 
nous pouvons y découvrir les principaux mérites 
de l'auteur et les procédés qu'il emploiera dans 
chacun de ses romans. La situation analysée ici 
fut maintes fois traitée. Nous la résumerons en 



— 15 — 

quelques mots. Un parrain vit auprès de sa filleule. 
Seul dans la vie, sans affection, il reporte sur 
l'enfant toute sa tendresse qui n'a point trouvé à 
s'employer ailleurs. Peu à peu, cette tendresse 
d'abord paternelle se modifie et devient de l'amour. 
Le sujet est délicat. Voici qui n'embarrasse nul- 
lement M. Bazin. Un des caractères de son talent 
est de réussir à ne jamais choquer, si dangereuse 
ou si pénible que soit la question qu'il aborde. Il 
se garde de tout dire et nous devinons tout ce 
qu'il importe que nous sachions. Son parrain 
n'est pas ridicule. La jeune fille partagée entre la 
pitié que lui inspire l'amour du vieil homme et 
son secret désir d'un mari plus convenable à son 
âge, reste bonne, simple et touchante. Ce type 
de jeune fille absolument pure, équilibrée, maî- 
tresse de sa volonté, fidèle à son amour, tenace 
en ses résolutions^ subjuguant les autres par sa 
ferme douceur, M. Bazin ne s'est pas lassé de la 
peindre. Il l'a montrée, dans la plupart de ses 
romans, gardienne du foyer, aimant et respec- 
tant les siens, naïve mais point sotte, docile mais 
non résignée, instruite mais non pédante, active 
mais non sportive, telle enfin que nos pères la 
connurent. 

Un autre souci s'affirme dans la Sarcelle bleue, 
souci que M, Bazin pousse aussi loin que possible, 
celui de la documentation. Le cadre de l'intrigue 
est d'une exactitude parfaite, d'un réalisme scru- 
puleux et pourtant sans bassesse, ni trivialité. 



— i6 — 

Grâce à l'habileté qu'il déploie en choisissant et 
en groupant les traits essentiels d'un paysage ou 
d'un décor, M. Bazin nous fait vivre la vie de ses 
héros; nous pénétrons dans leur demeure, nous 
sentons les jours lentement passer dans le demi- 
sommeil de la petite ville provinciale et nous 
finissons même par nous intéresser au bon natu- 
raliste qui prépare un traité d'ornithologie. Nous 
sommes heureux d'apprendre ce que sont une 
archi-mouche, une fléole, un vulpin ou un faucon 
pèlerin et une mouette rieuse. M. Bazin n'est pas 
moins bien renseigné ici qu'il l'était dans Stépha- 
nette pour les antiquités et dans Une Tache d'encre 
pour la numismatique. Mais, ne craignez rien, 
son érudition reste discrète. Il n'en abusera pas 
comme certains écrivains étonnés de la science 
qu'ils viennent d'acquérir et qui la prodiguent 
afin de surprendre notre admiration. Il ne croit 
pas plus indispensable d'accumuler les mots tech- 
niques qu'il ne juge nécessaire de prêter à ses 
paysans le patois de leur province, pour donner 
une impression de vérité. 

Nous avons découvert plusieurs particularités 
de « la manière » de M. Bazin. S\Ca tante Giron va 
nous en indiquer de nouvelles, bien que le ton du 
roman ne s'élève pas encore beaucoup. Un gen- 
tihomme du Croanais, Jacques de Lucé, a pour 
voisine Marthe de Seigny. Les deux jeunes gens 
se rencontrent et s'aiment. Après plusieurs épiso- 
des chevaleresques, ils s'épousent. Cette idylle si 



— 17 — 

naïve et si simple où l'auteur a conté pour l'uni- 
que plaisir de conter, sans aucune des graves 
préoccupations d'enseignement qu'il aura plus 
tard, laisse néanmoins présager les grands drames 
de la Terre qui meurt et des OberU. C'est que, 
pour la première fois, dans Ma tante Giron, 
M. Bazin a eu l'idée de rattacher étroitement les 
personnages au sol sur lequel ils vivent, de les 
expliquer par le milieu où ils se meuvent, de déter- 
miner leurs goûts, leurs aptitudes, l'orientation 
de leur sensibilité, l'espèce de leur intelligence 
en fonction de leurs hérédités, de leurs traditions 
et du pays qui les environne. Pour la première 
fois, il a développé l'importance de ses paysages 
et créé des types d'arrière-plan dont la conduite, 
les gestes, l'attitude, commentent et éclairent 
ceux du premier plan. Dans Ma tante Giron, il y 
a Jacques de Lucé, Marthe de Seigny et ma tante 
Giron, mais il y a aussi le grand Luneau, le fer- 
mier de la Gerbellière et l'abbé Courtois. Or, si 
ces derniers n'existaient pas, nous comprendrions 
moins bien les héros principaux. Nous nous ex- 
pliquerions moins leur caractère si M. Bazin ne 
les avait pas placés dans un cadre qu'il dessine 
avec une complaisance et une insistance toute 
nouvelle. Les nombreuses descriptions du Crao- 
nais, Luneau le sorcier-taupier qui erre la nuit à 
l'aventure et connaît mille maléfices, l'abbé Cour- 
tois pareil à ses ouailles, aimé d'elles, les condui- 
sant et les dirigeant avec une joyeuse sagesse, 



— i8 — 

donnent à Ma tante Giron un accent de sincérité 
et une intensité que M. Bazin n'avait pas obtenus 
jusque-là, 

A dater de ce livre, les gens de la terre et la 
terre elle-même vont prendre à ses yeux une si- 
gnification qu'ils n'avaient pas auparavant. Il se 
rendra compte qu'ils constituent un fond inépui- 
sable de recherches et d'observations, qu'il y a 
un intérêt suffisamment puissant à les peindre et 
que, dans une oeuvre de ce genre, l'élément ro- 
manesque doit être accidentel au lieu de jouer le 
principal rôle. Dès lors, ses ouvrages cesseront 
d'avoir le canctère sentimental du début. Ses 
paysans vivront d'abord et les multiples aspects 
de la campagne destinés jadis à enjoliver une 
idylle, serviront à montrer de pauvres laboureurs 
dans la vérité de leur existence quotidienne. 
M. Bazin a beaucoup voyagé à cette époque. Ses 
conceptions se sont élargies ; sa personnalité se 
dégage plus nette ; il connaît davantage son mé- 
tier ; il a approché bien des misères, connu bien 
des tristesses. Le voici prêt à passer du roman 
idéaliste et champêtre au grand roman de mœurs 
où il envisagera non seulement la situation des 
gens de la terre mais aussi quelques-uns des pro- 
blèmes les plus critiques de notre temps. Il peut 
écrire Les 'KjOé'llet, Madame Corentine, De toute son 
Ame, la Terre qui meurt, les Oberlé, Donatienne, 
l'Isolée, le Blé qui lève. 



19 



Dans quelles dispositions d'esprit, avec quelles 
préoccupations esthétiques, quelles théories so- 
ciales, M. Bazin va-t-il aborder sa nouvelle tâche ? 
Il sied de se le demander avant d'analyser ses prin- 
cipaux livres. 

En premier lieu, l'auteur des Isioëllet estime 
que l'on doit écrire pour le peuple, ou, si l'on 
préfère, il juge que le romancier doit chercher à 
atteindre le plus grand nombre possible de lec- 
teurs. Quelles œuvres sont actuellement offertes 
à cette multitude de gens, petits bourgeois, petits 
rentiers, employés, qui, sans avoir une extrême 
délicatesse d'esprit et un goût raffiné sont cepen- 
dant curieux et d'une certaine culture ? Le seul 
roman-feuilleton des journaux à gros tirage, ha- 
bile parfois, ingénieux toujours, mais sans aucun 
mérite supérieur de beauté, de moralité et de 
vérité. Le goût du peuple est perverti ; la notion 
du réel lui échappe ; son imagination faussement 
exaltée déforme les êtres et les choses. Est-ce 
bien ce qu'il convient de lui fournir ? Et M. Ba- 
zin répond : « Toute œuvre populaire, et on 
peut dire toute œuvre de grand art, est une œu- 
vre d'éducation et d'ascension. Elle peut être 
moralement indifférente, mais elle doit tout au 
moins récréer les âmes par le spectacle de la 
beauté, les alléger du fardeau de la vie, être créa- 
trice d'une heure de joie et de repos. Elle rem- 



— 20 — 

plit toute sa destinée quand elle va au-delà, 
quand elle élève Thomme, le rend meilleur, le 
porte à la vaillance, au sacrifice et à Dieu. Jamais 
elle ne peut tendre légitimement à un abaisse- 
ment de l'humanité. » 

En dehors du roman-feuilleton, il n'y a rien de 
vraiment noble et beau pour le peuple puisqu'il 
est incapable de comprendre la littérature aristo- 
cratique et puisque des écrivains comme Victor 
Hugo, Georges Sand, Alexandre Dumas père ont 
échoué quand ils se sont adressés à lui en es- 
sayant de composer une œuvre d'art. L'œuvre 
d'art accessible à tous serait-elle irréalisable ? 
M. Faguet le prétend. Il dit, dans ses Politiques et 
Moralistes : « La littérature et l'art ne sont popu- 
laires qu'à la condition d'être médiocres. » 
M. Bazin s'élève de toutes ses forces contre cette 
affirmation. Pour lui^ Tart et la littérature ne doi- 
vent pas être le privilège et la distraction d'un 
petit nombre. L'élite a d'autres moyens de jouis- 
sance et de perfectionnement. Le peuple, au con- 
traire, a besoin d'être instruit. M. Bazin a là-des- 
sus les idées de Tolstoï. Et que Ton ne vienne 
pas objecter Tirapossibilité d'un art populaire. Il 
peut exister en littérature aussi bien que dans les 
autres domaines. Les bâtisseurs de cathédrales,, les 
sculpteurs, les verriers pensaient au peuple en 
travaillant. Le plain-chant est une musique popu- 
laire. L'orgue a été inventé pour réjouir Tâme des 
foules. Le peuple de Paris de même que le peu- 



pie de Belgique et d'Allemagne a le goût des 
chefs-d'œuvre de la musique. Il apprécierait avec 
une égale docilité et un semblable plaisir des 
beaux livres, si on daignait en écrire A son in- 
tention. Il les apprécierait parce qu'il est de plus 
en plus avide d'apprendre et parce qu'on lui en 
facilite les moyens. Il n'y a pas incompatibilité 
entre son intelligence et la beauté littéraire. Même 
les très humbles sont dignes que l'on se préoc- 
cupe de leur éducation intellectuelle et de leur 
formation morale. Si humbles soient-ils ,. ils 
ont un cœur qui peut battre, des larmes qui peu- 
vent couler, ils ont un bon sens que le bon 
sens touchera. Or, une émotion saine, une pen- 
sée haute à communiquer^ c'est de quoi légitimer 
tout un art. » La grande littérature populaire est 
donc légitime et possible. Elle est possible à la 
condition que le roman ne soit pas un amusement 
de lettrés, pourvu que le romancier ne se soucie 
pas uniquement de plaire aux gens du monde et 
pourvu qu'il choisisse ses sujets ailleurs que dans 
les salons et la vie élégante. Le domaine du ro- 
man s'est appauvri et restreint durant ces der- 
nières années. Il importe de renouveler les sujets 
et le meilleur moyen de les renouveler, le meil- 
leur moyen aussi d'émouvoir le peuple, est de 
traiter les questions sociales si poignantes à l'heure 
actuelle. On voit l'importance de l'évolution qui 
s'est accomplie chez M. Bazin. Il est tout-à-fait 
éloigné des goûts et des principes qui inspirèrent 



— 22 — 

Une Tache d'encre ou ïSCa tante Giron. S'il encou- 
rut le reproche de n'écrire que des idylles, il ne 
le méritera plus désormais. 

Logiquement, l'auteur de Donatienne est amené 
à décrire des personnages d'assez basse origine. 
Il se propose de visiter la campagne et les ateliers, 
d'approcher les petites gens, de surprendre le 
secret d'existences médiocres et cachées, de con- 
naître ceux qui luttent, travaillent et se dévouent 
en silence. Il choisira par conséquent de préfé- 
rence l'ouvrier, le paysan, le prêtre, la religieuse, 
la vieille fille et toute une série de types de pro- 
vince. Le grand propriétaire, l'homme du monde, 
le bourgeois apparaîtront aussi dans son œuvre, 
mais accidentellement et sous un jour peu favo- 
rable. 

L'ouvrier a toutes les sympathies de M. Bazin, 
et il ne nous le cache pas. Assurément l'ouvrier est 
brutal, grossier, rudimentaire, violent dans ses 
haines, souvent insignifiant et per\'erti, mais il a 
le naturel, la force, la franchise, le charme de la 
spontanéité, de beaux mouvements de passion. 
Il aime et il déteste âprement. La notion de l'hon- 
neur est très vive chez lui. Il éprouve le sentiment 
de la solidarité qui va fréquemment jusqu'à l'hé- 
roïsme et cette solidarité qui étend les grèves l'en- 
gage aussi à adopter l'enfant d'un voisin mort. 
On s'acharne à le représenter comme un impulsif, 
esclave de ses instincts et de ses hérédités, à ne 
voir en lui qu'un être cynique uniquement capa- 



— 23 — 

ble de boire, de jurer et de faire des révolutions. 
Il est autre chose. Qui saura les découvrir^ rencon- 
trera des délicatesses insoupçonnées et des élans 
de dévouement chez le plus misérable. Du reste, 
l'ouvrier évolue beaucoup. Il parle volontiers. II 
lit. Son rôle acquiert chaque jour une nouvelle 
importance dans la société moderne. Peut-être 
sera-t-il notre maître demain. Dans ces condi- 
tions, l'intérêt d'une enquête sur l'atelier ou sur 
l'usine n'échappera à personne et M. Bazin l'a 
tentée dans De toute son Ame. 

Il n'est pas moins indulgent au paysan. Le la- 
boureur Hdèle à sa tâche, aimant et défendant le 
champ que ses aïeux lui ont transmis apparaît au 
romancier investi d'une magnifique dignité et lui 
inspire un respect ému. Depuis son enfance, il 
connaît les fermiers, les casseurs de mottes, les 
bûcherons ; eux aussi le connaissent et savent 
qu'il les aime autant qu'il aime leur terre. Avec 
confiance, ils se sont livrés à lui, tels qu'ils sont 
dans leur simplicité naïve. Interrogés, ils se sont 
franchement racontés et M. Bazin, minutieuse- 
ment renseigné sur leurs travaux, leurs habitudes, 
leurs coutumes, leurs traditions, est arrivé à ex- 
primer leur âme, à reproduire leur langage sen- 
tentieux, leurs phrases brèves et pleines de sens, 
à les faire vivre dans ces paysages de la Vendée 
qui lui ont inspiré ses plus belles descriptions. Ce 
sont des paysans, de grands paysans de l'ancienne 
race^ violents et têtus, que nous retrouvons dans 



— 24 — 

les 'Njoëllet, la Terre qui meurt, le 'Blé qui lève, et 
ces trois romans, sont peut-être les chefs-d'œu- 
vres de M. Bazin. 

Le prêtre est encore une des figures dominantes 
de ses livres, non pas le prêtre mondain, le prêtre 
de la grande ville, mais le curé de campagne, 
celui que les auteurs ont peint fréquemment 
comme un brave homme timide, ennuyé et soli- 
taire, un peu abêti par son existence retirée, sans 
ferveur pour remplir son rôle, joyeux seulement 
de dîner dans les châteaux ou dans les conféren- 
ces et assez semblable, en bénissant Tamour, la 
naissance et la mort, à un fonctionnaire quelcon- 
que. Ce type de curé de campagne n'est pas celui 
que nous montre M. Bazin. Ses prêtres sont vigi- 
lants, intelligents, pitoyables, soucieux de la di- 
gnité des âmes qu'ils dirigent, conscients de leurs 
responsabilités et transfigurés par leur sainte ar- 
deur. Il est vrai que M. Bazin voit trop clair 
pour ignorer qu'une grande partie du clergé est 
apathique, égoïste, indifférente ou maladroite. Il 
n'hésite pas à le dire dans l'Isolée et le Blé qui lève. 

Créature d'abnégation et de dévouement secret, 
la religieuse a également sa place marquée dans 
cette galerie des humbles. Presque toujours, les 
héroïnes de roman ou de drame entrent au cloître 
après une déception sentimentale ou un bonheur 
perdu. Elles n'y vont pas d'elles-mêmes. La vie 
les oblige à se tourner vers Dieu. Ceci est-il con- 
forme à la réalité ? M. Bazin ne le pense pas et 



— 25 — 

ces sortes de vocations sont à son avis l'infime 
exception. Selon lui, la jeune fille qui se fait re- 
ligieuse n'a pas eu d'aventure de cœur. Elle obéit 
à un attrait direct. Dédaigneuse de la vie, elle 
disparaît volontairement du monde et devient la 
sœur d'hôpital, la sœur des pauvres, la sœur 
d'école et ceci serait inexplicable si l'on n'admet- 
tait pas une intervention divine. Nous verrons 
M. Bazin reprendre et développer cette thèse dans 
'De toute son Ame et dans V Isolée. 

La vieille fille, et, à côté d'elle, le professeur, 
le gentilhomme terrien, le collectionneur, le pein- 
tre, l'industriel, le domestique, le fonctionnaire, 
le commerçant, le percepteur, le médecin, la vieille 
dame ruinée, tous ceux qu'il affectionne, il les 
découvre en province. La province a été dédai- 
gnée et ridiculisée. Depuis le temps lointain où 
Molière écrivait : « Pour des vers laits en pro- 
vince, ces vers-là sont fort beaux », les auteurs se 
sont résolus à l'ignorer, ou, s'ils en parlaient, à 
la bafouer de leur mieux. Un roman de mœurs 
provinciales est presque infailliblement un roman 
satirique. Dans le livre, la comédie, le vaudeville 
et la chanson, se retrouvent d'une manière inva- 
riable quelques grotesques empruntés à la province, 
le châtelain ignare et orgueilleux, le châtelain 
pauvre, la demoiselle sentimentale et mal habillée, 
la femme mesquine et dévote. Il est évident que 
personne n'est allé se renseigner sur place et l'on 
croirait, tant les types se ressemblent, que les 



— 26 — 

écrivains se sont copiés les uns les autres. Sans 
doute de grands romanciers comme Balzac, Flau- 
bert et Maupassant, n'ont parlé et défavorable- 
ment parlé de la province, qu'après une scrupu- 
leuse enquête personnelle, mais eux aussi n'en 
ont donné qu'une image incomplète et injuste. 
Misanthropes, dédaigneux, ils ont flagellé des im- 
béciles ou des coquins et manquèrent, selon l'ex- 
pression de M. Bazin de « cet amour fraternel, ce 
respect de la vie humaine » qui permet de se 
pencher sur une humble existence et de s'y inté- 
resser. La province n'est ni odieuse, ni ridicule. 
Alphonse Daudet, Cherbuliez, André Theuriet, 
Pouvillon, lui ont déjà témoigné de Tindulgence. 
A leur suite, M. Bazin essaiera de la réhabiHter. 
Il y placera l'action d'un grand nombre de ses 
romans et de la plupart de ses nouvelles. Il en 
dessinera les types qu'il aura observés avec pa- 
tience et avec amour. Il luttera contre les absurdes 
préjugés qu'elle inspire. « La province patriarcale, 
parcimonieuse^ toute gonflée de traditions, de 
recettes et de légendes, ne vit plus guère que dans 
le roman », affirme-t-il, et, pour sa part, il consi- 
dère qu'un romancier a plus de chance d'écrire un 
livre original, s'il le situe en province. La pro- 
vince est aimable, curieuse, intéressante et respec- 
table à condition de savoir la regarder. Elle assure 
la grandeur morale et matérielle du pays. Elle 
sème et elle récolte pour notre tumultueuse capi- 
tale. Elle perpétue la race, la nourrit, en main- 



— 27 — 

tient l'énergie morale et les qualités essentielles. 
Elle prouve que nous sommes merveilleusement 
doués pour la diversité des métiers et des arts. 
Les gens qui l'habitent, ouvriers, bourgeois et 
paysans, ont le bon sens, le courage, l'initiative, 
la générosité, toutes ces qualités qui forment notre 
génie français, et donnent des preuves d'endu- 
rance et de probité dignes d'attention. 

Nous connaissons maintenant les idées de 
M. Bazin et les personnages qu'il préfère ; nous 
savons qu'il écrira des romans sociaux où il étu- 
diera les conflits intéressant les humbles. Nous 
savons d'autre part que son rôle lui apparaît édu- 
cateur et moralisateur. Comment va-t-il concilier 
les exigences de la vérité avec la retenue qu'il 
prétend garder ? Comment pourra-t-il affronter la 
description de certaines hontes et de certaines 
laideurs sans tomber dans la grossièreté ? Il y est 
arrivé, et, comme il est à peu près le seul roman- 
cier ayant réussi à peindre scrupuleusement des 
milieux bas en évitant la trivialité, il importe de 
surprendre son secret. 

Lorsque M. Bazin écrivit Ma tante Giron, Tôt- 
Bouille et Islana révolutionnaient le monde litté- 
raire ; Alphonse Daudet donnait Sapho, et Bel-Ami 
allait paraître. On était en plein naturalisme, et, 
du premier coup, le jeune romancier s'affirmait 
nettement hostile à cette doctrine. Il ne lui repro- 
chait pas sa préoccupation d'étudier la nature de 
plus près et d'observer les humbles plus attenti- 



— 28 — 

vement. Il ne réprouvait nullement la réaction 
que marquait l'effort de la nouvelle école vers la 
vérité simple et nue, contre les intrigues invrai- 
semblables et extraordinaires d'un Scribe, d'un 
Dumas ou d'un Eugène Sue^ mais, ce qu'il ne 
voulait point admettre, c'était le parti-pris affiché 
de ne peindre de l'homme que les instincts, de 
supprimer les âmes, d'expliquer le monde moral 
par des causes inégales aux effets et de repousser 
systématiquement toute idée religieuse, tout élan 
mystique. Il blâmait aussi le manque de tendresse, 
le perpétuel dénigrement, le besoin de chercher 
l'ignominie et cela seulement, que témoignaient 
les œuvres d'alors. L'absence de pitié, l'habitude 
de toujours railler et de toujours insulter^ le mé- 
pris de leurs personnages qu'ils choisissent ridi- 
cules et caricaturaux^ leur dédain du misérable 
sur lequel ils daignent se pencher, voici ce qui 
choquait M. Bazin chez les naturalistes. Selon lui, 
ils passaient à côté de la vérité parce qu'ils man- 
quaient à la mission de l'écrivain qui est d'embel- 
lir la vie et d'apporter l'allégresse et le réconfort 
à ses lecteurs. Ils passaient à côté de la vérité 
parce qu'ils n'étaient pas capable de s'apitoyer, 
parce qu'ils voulaient ignorer la bonté et la souf- 
france des humbles, les drames qui se jouent dans 
les âmes des plus abandonnés. Ils se trompaient 
enfin en peignant le mal avec trop de complai- 
sance et de crudité, ce qui est inutile et dange- 
reux, quelque soit le but que l'on se propose. 



— 29 — 

M. Bazin nous a nettement exposé ses théories 
touchant ces trois points. Et d'abord l'écrivain 
sera tendre et pitoyable : « L'écrivain doit con- 
naître le mal, mais il n'est pas fait pour ne dire 
que cela, pour ne pas voir la santé à côté de la 
maladie, le remède à côté de la souflfrance, et 
surtout, puisqu'il touche à des plaies, il n'a pas 
le droit de les aviver ou de les traiter comme une 
simple matière à description. L'amour ne s'arrête 
jamais là. Quand il se sent impuissant, il a une 
larme du moins pour le dire ». On voit de quelle 
pitié et de quelle charité, il est ici question. La 
pitié de M. Bazin est largement humaine, toute 
spontanée. Elle l'attire vers les résignés, les sacri- 
fiés, les silencieux, ceux qui vivent et souffrent 
cachés, les héros obscurs de l'existence quoti- 
dienne. Il sait qu'un romancier donnera un por- 
trait faux ou une caricature s'il n'est pas ému par 
les misères de ceux qu'il étudie, s'il ne s'occupe 
pas de leurs besoins, s'il est simplement curieux 
de leurs mœurs. 

En second lieu, l'écrivain doit apporter le récon- 
fort à ses lecteurs. « Le romancier doit exprimer 
ou laisser transparaître une conclusion saine. Je 
ne dis pas une conclusion optimiste; je ne dis 
pas célébrer le triomphe du bien sur le mal, que 
nous ne voyons pas toujours se manifester, hélas! 
dans la vie. Je pense seulement que le livre sera 
bon si le lecteur, en le fermant, a senti plus vive- 
ment le danger, personnel ou social, de la faute 



— 30 — 

ou de l'erreur que Tauteur a décrite, ou s'il a 
plus clairement compris la grandeur et la néces- 
sité de la loi morale à laquelle il est, comme 
homme, obligé d'obéir ». M. Bazin récuse donc 
la doctrine de « l'art pour l'art ». La littérature, 
pour lui, n'est pas un divertissement, et nous 
l'avons déjà dit. Il ne confond pas l'art et la mo- 
rale, mais prétend que la seconde n'a pas besoin 
d'être subordonnée au premier et qu'ils peuvent 
se servir mutuellement, se concilier dans une 
œuvre. Prenons garde, cependant, que M. Bazin 
n'a rien et ne veut rien avoir d'un prédicateur. Il 
ne crée pas des personnages, il n'invente pas un 
sujet afin de démontrer une idée. Ses personna- 
ges et ses idées s'imposent à lui, au contraire, et 
la leçon découle naturellement du drame ; elle 
ressort logiquement de la situation et des carac- 
tères. 

En troisième lieu, l'écrivain ne doit pas pein- 
dre le mal avec trop de complaisance. « La licence 
de tout dire n'existe pas. Je sais bien qu'elle est 
proclamée, comme un dogme, par toute une 
école de publicistes qui prétendent que l'art n'a 
pas de règle, n'a pas de pudeur et n'a pas de dan- 
ger. Je suis d'un avis tout contraire. » Et pourtant, 
le roman est une œuvre d'observation. Or, la 
réalité est mêlée de bien et de mal. Les situations 
tragiques supposent une faute dont elles sont la con- 
séquence. Quemontrerauteursinonlalutteentreles 
plus violentes passions, le contraste entre le bien et le 



_ 31 — 

mal ? L'intérêt d'un roman ne réside pas ailleurs, 
et, par conséquent, le romancier est obligé de 
connaître le mal et de le dénoncer. M. Bazin 
répond : « Obligé de dire le mal, il doit en éveil- 
ler l'idée sans en excicer le désir. Il doit prendre 
garde que la peinture, tropcomplaisamment pous- 
sée, d'un sentiment mauvais, d'un vice, d'une 
faute, ne fasse oublier au lecteur la perversité du 
sentiment ou de l'acte ; il faut qu'il mesure le 
danger de l'exemple qu'il crée lui-même, et que, 
par une habileté dont le public ne s'apercevra 
peut-être pas, sans le dire le plus souvent, il 
laisse aux manifestations de la volonté humaine^, 
leur caractère de liberté^ de mérite ou de démé- 
rite ». M. Bazin entend bien conserver le droit 
de tout dire, sans fausse pudeur et niaise précau- 
tion, mais d'une manière chaste. Cela est difficile 
peut-être, non pas impossible, et il l'a prouvé. Ne 
confondant pas la force avec la grossièreté, ne 
s'appesantissant point sur les côtés répugnants 
des drames qu'il écrit, mais ne les fuyant pas non 
plus, adroit à éviter ce qui l'embarrasse sans que 
l'harmonie de son œuvre en soit détruite ou son 
sens modifié, aimant ce qu'il peint, observant 
passionnément, minutieusement renseigné, M. Ba- 
zin nous a donné des œuvres d'un réalisme exact 
et point brutal, élégantes et distinguées, d'un 
sens profond et d'une large portée, fortifiantes 
sans parti-pris d'optimisme. 



— 32 — 



Quels problèmes a-t-il étudiés ? 

Les Noëllet sont l'histoire d'une famille de pay- 
sans que perd l'éloignement et le brusque chan- 
gement de situation de l'un des siens. L'individu 
est lié à sa famille et à sa terre ; il en dépend 
comme il dépend aussi de son groupe social. 
Son désir de modifier son existence, sa volonté 
de s'affranchir des traditions et des hérédités dont 
il porte inconsciemment le joug seront presque 
toujours punis et entraîneront des catastrophes 
pour lui et les siens. Un fils de métayers, Pierre 
Noëllet, se découvre une vocation religieuse et 
demande à entrer au séminaire. Intelligent, orgueil- 
leux, secrètement épris de sa jeune châtelaine^ il 
veut s'instruire, quitter la terre à laquelle on le 
destine et conquérir à force de succès celle qu'il 
aime. Le père Noëllet, grand chrétien, s'impose 
les sacrifices de cette coûteuse éducation, mais, 
un jour, son fils lui déclare qu'il ne sera pas prê- 
tre, qu'il a menti pour ne pas rester à la Genè- 
vrière et il annonce son intention d'aller à Paris. 
Il devient journaliste, a un ^eu de chance, fré- 
quente les salons et approche la jeune fille à la- 
quelle il garde le même violent amour. Elle 
épouse bientôt un homme du même monde qu'elle 
et Pierre désespéré se met à boire. Il retournera 
en Vendée et y mourra misérablement. Sa faute 
aura atteint son père, sa mère, son frère Jacques 



— 33 — 

et l'innocente Mélie qui l'adorait. Pierre Noëllet 
sera devenu un paysan déclassé, malheureux de 
s'être soustrait à sa destinée naturelle et d'avoir 
repoussé les idées et les sentiments de sa famille. 
M. Bazin ne prétendait pas prouver autre chose. 
Les Noëllet qui tout souvenir de l'Etape sont sa 
première œuvre ayant une portée sociale, la pre- 
mière qui renferme un enseignement. Tout con- 
court à en augmenter la signification^ le caractère 
du vieux paysan attaché au sol sur lequel il est 
né, la notation des moeurs vendéennes, les des- 
criptions qui rendent Taspect et l'atmosphère du 
pays à tel point que le métayer, sa femme et son 
fils paraissent faits pour cette terre de Vendée 
comme elle est faite pour eux. 

Madame Corentine pose la question de l'enfant 
dans le divorce ou la séparation et nous indique 
la possibilité de son rôle conciliateur. De toute son 
Ame est l'étude d'une vocation religieuse selon les 
idées de M. Bazin que j'ai exposées plus haut. 
Henriette Madiot, première d'un magasin de 
modes, est fille d'ouvriers et sœur d'un anarchiste. 
Elle a connu la misère, le vice^ la débauche, du- 
rant toute son enfance. Les laideurs et les hontes 
qui l'entourent, elle les pardonne, sachant qu'elles 
sont inévitables, qu'elles dureront éternellement. 
De cette humanité souffrante monte une plainte 
qu'elle écoute, angoissée. Où se trouve son de- 
voir ? Doit-elle continuer sa laborieuse et chari- 
table existence et accueillir la prière d'un brave 



— 34 — 

pêcheur de Loire qui est amoureux d'elle ou bien 
se vouer entièrement aux malheureux ? Sera-t-elle, 
épouse et mère, la joie d'un seul ou la protectrice, 
la bienfaitrice de tous ? Elle s'interroge longue- 
ment et devient sœur de charité. Ni l'exaltation 
mystique, ni la crainte de la vie, ni une décep- 
tion sentimentale ne la conduisent à cette résolu- 
tion. Elle la prend avec joie et avec calme, par 
pitié des inombrables malheureux qu'elle a vu 
vivre autour d'elle. C'est bien la vocation tran- 
quille et réfléchie dont nous parlions tout-à-l'heure, 
la seule utile et féconde à l'avis de M. Bazin qui 
créa Henriette Madiot pour nous empêcher de 
trop mépriser les fâcheux héros de De toute son 
Ame. Ce livre est très caractéristique de la manière 
de l'auteur et illustre admirablement ses théories. 
Il estime que la province est un cadre plus nou- 
veau et plus intéressant que le roman. Son hé- 
roïne vit en province. Il juge que le dévouement^ 
la pureté et la charité se rencontrent dans les 
pires milieux et qu'il importe de les montrer afin 
de faire oublier les tares et les ignominies qu'un 
romancier est obligé de décrire dans certains cas. 
Il compose donc son livre^ en observateur éclairé, 
sans réticence, à la manière d"un naturahste, avec 
des scènes de cabaret,* des intérieurs de misère, 
des querelles entre ouvriers et patrons, des dis- 
cours révolutionnaires, toute la vie des quartiers 
pauvres. Il ne nous cache ni ne nous épargne 
rien, mais il a soin de montrer Henrieite Madiot 



— 35 — 

qui reposera nos yeux et empêchera, pour obéir 
encore à ses principes, la conclusion désespérée 
du roman. 

La Terre qui meurt traite de la dépopulation 
des campagnes, de la désorganisation de la famille, 
de la lente émigration des paysans vers la ville. 
La terre des Lumineau s'épuise et ne nourrit pas 
ceux qui la cultivent. Elle ne rapporte pas même 
le prix des fermages. L'aîné des Lumineau, Ma- 
thurin, aime la ferme et les champs, mais il est 
infirme. Le second, François, se lasse de sa beso- 
gne stérile et devient homme d'équipe. L'aînée 
des filles, Éléonore, le suit et achète un estaminet. 
Le troisième fils, Driot, gagne l'Amérique où il 
cultivera des champs féconds. Rousille, la cadette, 
reste seule auprès du vieux Lumineau qui se la- 
mente dans la Fromentière désertée. Elle épouse 
le valet Jean Nesmy et, tous trois, ils essaieront 
de rendre la vie à leur foyer et à leurs champs. 
Ici encore, M. Bazin nous laisse un espoir, mais 
quel espoir incertain et timide ! Il se rend trop 
bien compte que le drame qui s'est accompli dans 
la ferme de Vendée, se joue actuellement dans 
toutes les fermes des provinces de France. A sa 
dignité et à sa liberté, à la vie conforme à ses 
aptitudes, dans le cadre qui lui convient, dans la 
tranquille demeure, au travail dont ses aïeux lui 
ont donné l'exemple et appris la noblesse, le cul- 
tivateur préfère la déchéance d'un emploi subal- 
terne, les distractions médiocres de la ville, la 



- 36 - 

sécurité matérielle sans grandeur et sans joie. La 
Terre qui meurt est, je crois, le chef-d'œuvre de 
M. Bazin. Nulle part il ne s'est élevé à cette ma- 
jesté de ton, à ce lyrisme évocateur, à cette inten- 
sité d'émotion, à cette vérité scrupuleuse du 
moindre détail matériel, du langage, des caractè- 
res et des descriptions. Telle scène de labour rap- 
pelle le tableau célèbre de Rosa Bonheur. 

La tragédie des Oberlênesi pas moins poignante 
que celle de La Terre qui meurt et la portée du 
débat augmente encore. M. Bazin analyse les con- 
séquences qui résultent de la rencontre de deux 
grandes civilisations opposées, la civilisation fran- 
çaise et la civilisation allemande. Il est allé en 
Alsace. Il s'est renseigné. Il s'est aperçu qu'une 
partie des alsaciens accepte la conquête allemande^ 
soit qu'ils se félicitent des avantages que leur con- 
frère et des garanties que leur donne la puissance 
économique et industrielle du pays qui les gou- 
verne, soit qu'ils se résignent et invoquent seule- 
ment le fait accomph, leurs relations, leurs habi- 
tudes et leurs intérêts. A côté de ces germanisés, 
il y a une seconde catégorie d'alsaciens composée 
de la majorité du peuple des campagnes et même 
des villes, qui ignore la France et ne peut cepen- 
dant s'accomodf.r de l'Allemagne. Ceux-ci récla- 
ment leur autonomie dans l'empire. Ils refusent 
le régime du gouvernement direct de Berhn et 
n'admettent pas les fonctionnaires prussiens. Il y 
a enfin les alsaciens qui demeurent fidèles et re- 



— 37 — 

demandent la patrie perdue. Nous sommes obli- 
gés de conclure à la persistante sympathie de tem- 
pérament entre la France et l'Alsace. Les Alle- 
mands ne peuvent pas espérer qu'ils germanise- 
ront toute notre province et les faits le prouvent 
éloquemment. Sur un million d'habitants, trois 
cent mille ont émigré dans les [premières années 
qui suivirent la conquête, et, chaque année, deux 
à trois mille jeunes hommes passent la frontière 
pour ne pas servir dans l'armée allemande. Au- 
tant notre victoire avait été facile lorsque nos 
troupes occupèrent l'Alsace^, en 1633, autant nous 
fûmes volontiers accueillis lorsque Louis XFV et 
la reine firent leur entrée à Strasbourg, le 23 oc- 
tobre 1681, autant les allemands éprouvent de 
difficultés à se faire tolérer. Ils doivent chaque 
jour, renouveler leurs tentatives et mettre en œu- 
vre la force et les prévenances. Entre ceux qui 
cèdent au vainqueur et ceux qui lui résistent, la 
haine naît inévitablement. Et quels douloureux 
conflits ! Mais s'il se rencontre des partisans et 
des ennemis de l'Allemagne dans une même fa- 
mille, si leurs sentiments opposés, leurs intérêts 
contraires insurgent les uns contre les autres ces 
êtres qui vivaient tout-à-l'heure dans Tamour, la 
paix et l'harmonie, le problème nesera-t-il pas plus 
angoissant encore et ne comprendrons-nous pas 
mieux l'atrocité de la brutale intrusion allemande 
dans notre province ? M, Bazin nous montre, 
dans le petit village d'Alsheim, la famille des 



- 38- 

Oberlé divisée de cette façon, le mari contre la 
femme, le fils contre le père, la fille contre la 
mère, le frère contre la sœur. Leurs ambitions, 
leurs rêves, leurs désirs, leur manière de voir, 
leur façon de sentir, sont difierents. En restant 
eux-mêmes, ils se heurtent et se blessent récipro- 
quement. Jean Oberlé déteste l'Allemagne ; son 
père lui est favorable ; Lucie Oberlé aime le lieu- 
tenant von Farnow et Jean Oberlé exècre l'armée 
allemande. Jean Oberlé a l'amour de sa terre na- 
tale, mais cette terre n'est plus française et il se 
doit à la France. Partout et toujours, ces victimes 
de l'annexion ne trouveront que des causes de 
souffrances et de divisions, que des motifs de se 
haïr les uns les autres. Sollicités par le vainqueur, 
se rappelant que leur devoir est de rester français, 
ils vivent dans une perpétuelle inquiétude, et 
bientôt, dans ce foyer, les ruines s'accumulent. 
Jean déserte et sa sœur n'épouse pas le lieutenant 
von Farnow ; le frère n'a plus de sœur ; la mère 
n'a plus de fille ; le père n'a plus de fils et M. Ba- 
zin a prouvé que l'on ne changeait pas les goûts 
et les mœurs d'une race, les coutumes et les tra- 
ditions d'un paj's sans amener d'irréparables ca- 
tastrophes, sans atteindre ceux que l'on prétend 
modifier dans ce qu'ils ont de plus fort et de plus 
sacré : la famille. 

Avec Donatienne, M. Bazin revient aux humbles 
Il nous a dit ce qu'il désirait taire entendre à ses 
lecteurs : « En regardant aux Champs-Elysées ou 



— 39 — 

au Parc Monceau, ces théories de nourrices arri- 
vées à Paris avec une chemise et une robe, à pré- 
sent superbes, béates, tout enchâssées et ruchées 
de broderies, comment ne pas penser à ce con- 
traste si dangereux, et au nombre des ménages 
pauvres qu'il a troublés et rompus k jamais ? 
L'idée, un jour, m'a irappé, et le drame, immé- 
diatement, s'est trouvé bâti. » Le closier Jean 
Louarn est très pauvre. Las de misère, il accepte 
que sa femme parte pour Paris où elle se place 
comme nourrice. Lui gardera les enfants et, tan- 
dis qu'il attend, dans sa Bretagne, les nouvelles et 
l'argent qui lui arrivent toujours plus rarement, 
Donatienne subit le sort de beaucoup de ses pa- 
reilles. Elle se pervertit au contact de la vale- 
taille, rougit de son humble origine, méprise son 
mari, et, dans la promiscurité du sixième étage, 
s'abandonne à un valet de pied d'agréable tour- 
nure. Elle déchoit progressivement et prend goût 
au plaisir. Que ses enfants aient faim, que son 
mari s'inquiète, peu lui importe. Le souvenir des 
mauvais jours ne la tourmente pas dans la créme- 
rie dont elle est tenancière. Jean Louarn apprend 
son infortune. Il se ruine, remplace la femme 
absente par une maîtresse et l'aventure se termi- 
nerait tragiquement s'il ne tombait pas victime 
d'un accident affreux. L'aînée des enfants écrit 
alors à Donatienne qui revient et commence aus- 
sitôt le labeur qui lui vaudra son pardon. Notez- 
le, M. Bazin exprime sous une forme différente. 



— 40 — 

la même idée que dans Les Noëllet. L'individu 
transporté hors de son milieu naturel compromet 
la dignité de sa vie et détruit son bonheur en 
même temps que celui des siens. Sa seule ressource 
est encore de retourner à son lieu d'origine. Do- 
natienne est à plaindre, mais Jean Louarn et les 
enfants méritent notre pitié bien davantage. Ce 
sont les vraies victimes, et, en nous le démon- 
trant, en nous laissant entendre que le cas de ces 
pauvres gens est, hélas, trop fréquent, M. Bazin 
a ôté à son oeuvre tout caractère banal et anec- 
dotique. Il y a quantité deDonatienne et quantité 
de Jean Louarn. Leur histoire, à tous, est conte- 
nue dans ce livre. Donatienne est le sujet le plus 
audacieux que M. Bazin ait abordé. Il a réclamé 
le droit de peindre les pires misères sociales et il 
en use sans fausse pudeur, dénonçant la vérité et 
toute la vérité. Or, elle est ici singuHèrement 
embarrassante à exprimer pour un écrivain qui 
prétend rester chaste. Voyez le péril. La peur des 
mots pouvait obliger M. Bazin à rester en deçà de 
la réalité, et la honte, le tragique de la situation 
nous échappant, ses héros ne nous auraient jpas 
émus ni intéressés. D'autre part, trop de com- 
plaisance dans les descriptions et d'insistance sur 
les détails eussent enlevé au roman son caractère 
moral. M. Bazin s'en est tiré à son honneur. Il a 
prouvé une fois de plus que Ton pouvait tout dire 
en ne disant pas tout. Donatienne n'a rien de la 
brutalité d'une œuvre naturaliste. Cependant elle 



— 41 — 

n'est pas moins exacte et documentée. Surtout, 
l'on y sent cette tendresse, cette pitié fraternelle 
de l'auteur à l'égard des créatures étudiées qui 
transfiguerait l'aventure le plus médiocre et en 
rehausserait le ton. 

L'Isolée offrait des difficultés assez semblables à 
celles de Donatienne, si l'on tient compte des scru- 
pules de M. Bazin. Au lendemain des persécu- 
tions religieuses, lorsque les couvents eurent été 
abandonnés, l'auteur de Sicile s'est demandé ce 
que deviendraient toutes ces femmes brusquement 
et brutalement rejetées dans le monde qu'elles 
avaient fui. A quelles misères morales et maté- 
rielle étaient-elles destinées ? Comment gagne- 
raient-elles leur vie ? Où seraient-elles réparties, 
alors qu'il n'y a pas de place pour elles ? Les 
unes se sauveraient^ mais les autres succombe- 
raient infailliblement. M. Bazin a choisi plusieurs 
types de religieuses et il a raconté leur lamenta- 
table odyssée. Il a dit leur étonnement et leur 
gêne de se retrouver indépendantes. Il a expliqué 
la mélancolie et l'étrangeté de leur situation, 
qu'elles retournent chez elles 'ou que des étran- 
gers les accueillent. Il a peint les tentations qui 
les guettaient. La jeune fille entrée au couvent 
par faiblesse et par crainte du monde sera bien 
plus faible encore et plus désarmée quand elle 
sortira. N'a-t-elle pas désappris à se garder ? Et 
M. Bazin met en scène sœur Pascale qui est en- 
trée au couvent comme dans un refuge contre 



— 4,2 — 

elle-même et contre les autres. Libérée, elle en- 
tend les propositions d'un jeune homme et, sans 
lutte pour ainsi dire, se donne à lui. Elle tombe 
même plus bas et devient une prostituée. Son pu- 
blic habituel a reproché à M. Bazin le personnage 
de sœur Pascale et ces reproches sont absurdes, 
en dehors de toute question d'opinion religieuse. 
Qu'a voulu montrer M. Bazin ? Que les vocations 
étaient de deux sortes. Si certaines religieuses 
ont eu, pour prendre l'iiabit, le motif de sœur 
Pascale, d'autres ne l'ont fait qu'après mille ré- 
flexions et en parfait équilibre d'esprit. Celles-ci gar- 
deront leur énergie et triompheront. Celles-là sont 
perdues d'avance .J'ai déj à dit les conditions que récla- 
mait M. Bazin pour conclure à l'excellence d'une 
vocation. L'Isolée n'est que la démonstration de sa 
théorie et sa théorie est juste puisque les circons- 
tances la vérifient. Aussi bien il était indispensa- 
ble de dire la chute de la sœur Pascale comme il 
l'était de peindre le béat égoïsme de l'abbé Le 
Suet. Toutes les religieuses ne sont pas des sain- 
tes et tous les prêtres ne sont pas des héros. 
Prendre le parti de l'ignorer dans une étude so- 
ciale où l'on dessine les principaux types choisis 
parmi les uns et les autres serait puéril et niais. 
Et puis, il nous faut encore revenir aux deux 
qualités maîtresses de M. Bazin, la pitié et la 
décence dans l'expression. Grâce au romancier 
nous plaignons beaucoup plus la sœur Pascale que 
nous ne l'accusons. Nous sentons bien que ce 



— 43 — 

sont les événements qui sont la cause du mal et 
non pas l'insuffisance de sa foi. Enfin, je ne crois 
pas qu'un lecteur, même timoré, puisse s'alarmer 
du moindre passage de ce livre. 

Le BU qui lève raconte la vie morale d'un pau- 
vre personnifiant l'histoire des classes ouvrières 
depuis cinquante ans. Gilbert Cloquet fonda, en 
1891, le syndicat des bûcherons de la Nièvre. 
Très simple, désirant la justice universelle, aimant 
ses compagnons, il ne tarda pas à obtenir de bons 
résultats. Les marchands de bois et les ouvriers 
grévistes, convoqués par le préfet en 1893, ac- 
quièrent le relèvement des tarifs. Gilbert est au 
comble du bonheur. Ce bonheur ne dure pas 
longtemps. Bientôt arrivent les violences, le sabo- 
tage des patrons elle lynchage des non-syndiqués. 
Les ouvriers sont avides de profits et entendent 
travailler le moins possible. Ils ne tardent pas à 
détester Gilbert et tentent de l'assommer. Le 
malheureux espère que sa fille le consolera. Il a 
beaucoup gâté cette enfant qu'il adore. De nou- 
veau, il est déçu. Marie Cloquet épouse l'ouvrier 
Lureux qui ruine sa femme et son beau-père. 
Gilbert n'a rencontré que de la haine dans sa 
famille et au milieu de ceux qu'il désirait secourir. 
Sans aucune affection, ruiné, il quitte le pays où 
il a tant souffert et gagne la Picardie. Son ami 
Hourmel le recueille. Conduit par Hourmel dans 
une maison de retraite belge, à Fayt-Manage, 
Gilbert revient à la religion de ses premières an- 



— 44 — 

nées. Il connaît maintenant le secret de tout sup- 
porter^ ce qu'il faut dire aux hommes pour leur 
rendre la vie meilleure et leur donner l'amour les 
uns les autres. Il revient chez lui et, semeur nou- 
veau, sent germer le blé qui lève. Ce roman n'est 
pas original, sans doute. Mais, attendez. Pourquoi 
Gilbert Cloquet a-t-il commis des erreurs et man- 
qué d'orientation ? Parce-que ceux qui auraient 
du veiller sur lui et le diriger se sont soustraits 
à leur tâche. Le prêtre et le châtelain doivent 
aimer le paysan, le conseiller, intervenir dans sa 
vie et lui marquer sa voie. C'est ici la portée so- 
ciale du roman de M. Bazin. Or le patron de Gil- 
bert^ M. Portier, ne s'est pas soucié de son em- 
ployé. L'abbé Roubiaux reste dans sa cure et 
ignore ses paroissiens qui ne le connaissent pas 
davantage. Le général marquis de Meximieu ne se 
rend pas compte non plus qu'il a charge d'âmes 
et il n'apparaît à Fonteneilles que très rarement, 
détruisant son domaine pour satisfaire au luxe de 
sa vie mondaine. Les paysans privés des exemples 
qu'il faudrait leur mettre sous les yeux, n'ayant 
aucune éducation religieuse, ne réagiront pas con- 
tre leurs instincts. Ils seront la proie de l'anarchie 
politique et détesteront leur maître. Gilbert Clo- 
quet lui-même, qui est bon, sera forcé de cher- 
cher sa voie et de la découvrir en dehors de ses 
protecteurs naturels. Le châtelain n'a pas le droit 
de quitter sa terre ; le prêtre a le devoir de surveil- 
ler ses ouailles. Michel de Meximieu le comprejid 



— 45 — 

et essaie de réparer les fautes de son père. L'abbé 
Roubiaux tardivement éclairé, s'en va, de ferme 
en chantier, à la conquête de sa paroisse. M. Bazin 
avait dit le péril qu'affrontait le paysan en émi- 
grant vers les villes. Il a complété son œuvre en 
expliquant les motifs de la désorganisation et de 
la démoralisation des campagnes. 

Si nous réunissons ces divers ouvrages en les 
synthétisant dans une vue d'ensemble, si nous 
essayons de dégager la portée morale et esthéti- 
que de ces romans, nous constatons que M. Bazin 
s'est pleinement réalisé dans le sens qu'il souhai- 
tait. Il a bien écrit des romans populaires, c'est- 
à-dire des romans qui peuvent être lus, sentis et 
compris par le plus grand nombre, et ces romans 
sont des romans d'art parce que M. Bazin a dédai- 
gné les moyens grossiers qui sont usités dans ce 
genre-là, les complications de l'intrigue, l'accumu- 
lation des incidents, le mélange du bas comique 
et du tragique invraisemblable. Dans les livres de 
M. Bazin tout est simple, logique, harmonieux et 
mesuré ; tout s'équilibre et se compénètre parfai- 
tement ; les aventures et les péripéties sont rédui- 
tes à leur minimum; il n'y a que des caractères se 
développant d'une manière normale au milieu 
d'un petit nombre de circonstances destinées à les 
mettre en valeur et dans un cadre qui les éclaire. 
Les descriptions sont le commentaire lyrique du 
drame, des décors où les personnages se dressent 
en pleine lumière, avec un relief remarquable. Ils 



-46-- 

parlent et agissent ; ils vivent devant nous et cela 
sufEtj tant l'art du romancier est suggestif, pour 
que nous saisissions son intention. Chacun de 
leurs gestes, chacune de leurs actions porte en soi 
son enseignement et concourt à la démonstration 
finale de l'œuvre. M. Bazin dédaigne les exposés 
théoriques et les analyses qui ne serviraient de 
rien. Voici qui est excellent pour Tesprit clair et 
prompt du peuple que trop de subtilité psycho- 
logique embarrasserait. Il préfère l'action au rai- 
sonnement et saisit mieux ce qu'on lui m.ontre que 
ce qu''on lui explique. 

M. Bazin voulait éviter les exagérations, les 
bassesses et les inutiles violences du naturalisme. 
Ses efforts dans ce sens ont été couronnés de suc- 
cès. Il a connu et vérifié ce dont il parle ; il 
n'avance rien qu'il ne le tienne pour certain ; 
chacun de ses ouvrages lui a demandé une pa- 
tiente enquête; il n'a peint que d'après nature, 
ayant ses modèles sous les yeux ; enfin il n'embel- 
lit, ni ne déforme la réalité. Et cependant ses 
livres ne sont ni grossiers, ni cyniques. Il sait 
choisir les traits dont il se ser\dra, et, à significa- 
tion égale, prendre ceux qui ne choqueront pas 
ses lecteurs. Il conserve toujours la pudeur dans 
la pensée, la retenue dans l'expression et cet art 
de bien dire qui caractérise l'honnête homme. 
Son réalisme a une note juste et sincère et nous 
montre les ressources que pouvait offrir l'école de 



— 47 — 

Zola et de Flaubert à un écrivain doué de goût et 
de tact. 

M. Bazin souhaitait instruire et moraliser. 
Toute son œuvre est une apologie de l'ordre, de 
la hiérarchie, de la discipline et de la tradition. Il 
y exalte la religion régularisatrice des énergies et 
capable de régir les âmes. C'est une œuvre de 
bonne foi, mais écrite par quelqu'un que la force 
de ses croyances et de ses idées ne saurait entraî- 
ner dans les polémiques inélégantes, les exagéra- 
tions et le parti-pris. M. Bazin n'a pas de préju- 
gés, ni d'aveuglement. S'il prétend enseigner, il 
veut le faire par la persuasion et ses livres ont, 
en effet, une grande force persuasive parce qu'il 
aime et parce qu'il plaint les misérables dont il 
étudie la destinée. Cet écrivain qui s'est donné la 
tâche de consoler ses lecteurs et de leur rendre 
l'espoir n'est certes pas le fervent optimiste que 
les critiques superficiels ont vu en lui. Il a, pour 
cela, trop de clairvoyance, et, si nous n'étions pas 
convaincus, il suffirait de nous reporter aux romans 
que nous venons d'analyser, mais il sait que l'hu- 
manité n'est pas mauvaise toute entière, qu'un 
sourire de vaillance est plus attendrissant sur les 
lèvres de l'infortuné et qu'un rayon de soleil peut 
venir tout-à-coup éclairer et réchauffer notre 
route, si sombre, si froide et si déserte qu'elle soit. 
Il sait encore que toute faute a son excuse, que 
toute offense mérite pardon, et, après avoir lu 
Donaîienne, la Terre qui meurt, Plsolée, nous nous 



48 



sentons plus confiants et plus fraternels. Un meil- 
leur éloge de ces livres n'est pas possible puis- 
qu'ils remplissent le but que M. Bazin s'était 
fixé. 



Avec ses récits de voyage, Sicile, Terre d'Espa- 
gne, Les Italiens d'aujourd'hui, kA l'Aventure, Cro- 
quis de France et d'Orient, M. Bazin nous révèle 
un autre aspect de son talent. M, Bazin garde 
dans les pa3'^s qu'il visite son esprit curieux et ob- 
servateur, l'attention bienveillanre, le facile atten- 
drissement mêlé d'ironie sans amertume et de 
saine gaieté qui caractérisent ses romans. Il voit 
bien et vite. Il voit juste et loin et pousse ses in- 
vestigations dans tous les sens. Tout lui est bon 
pour se renseigner. Il approche les fonctionnaires, 
les hommes politiques, les écrivains, les grands 
propriétaires^ et les interroge sur leurs occupa- 
tions, leurs goûts, leurs préférences, leurs opi- 
nions politiques, l'idée qu'ils ont de la France et 
des nations européennes. Ces enquêtes n'ont rien 
de déplaisant, ni de pédant. On dirait une con- 
versation entre gens bien élevés qui échangent 
leurs vues avec une modération pleine d'urbanité. 
M. Bazin ne s'en tient pas là et interroge les hum- 
bles qu'il rencontre en chemin de fer ou ailleurs. 
Ceux-ci lui fournissent quelques-uns des plus sa- 
voureux détails de ses livres. Au besoin il se fait 
accompagner, sachant que rien ne remplace Téru- 



— 49 — 

dition et l'expérience d'un habitant curieux et 
amoureux de sa ville ou de sa région. 

Les récits de voyage de M. Bazin valent sans 
doute par son habileté à rendre l'aspect des lieux 
et par de poétiques descriptions, par la notation 
amusante des mœurs et le don qu'il a d'animer 
un paysage en y faisant vivre avec leur langage et 
leur véritable aspect les gens qu'il rencontre, 
mais ses notes ont souvent une plus haute portée. 
Il étudie la vie de la cité qu'il traverse, son admi- 
nistration générale, ses écoles, ses facultés, ses 
hôpitaux, son commerce, son industrie, et, ces 
questions économiques et sociales, il les examine 
dans le présent et dans le passé. Il envisage leur 
avenir, ainsi que pourrait le faire un spécialiste. 
Lisez, par exemple, ses considérations à propos 
de l'essor industriel de l'Italie, à propos des uni- 
versités de Sienne et de Bologne. Il nous dira le 
nombre de leurs élèves, la façon dont ils sont ins- 
tallés, les traditions auxquelles ils restent attachés, 
leur mode d'existence et les projets soumis au 
parlement qui modifieront peut-être cette orga- 
nisation. Ailleurs^ il retrace l'histoire de la recons- 
truction trop hâtive de Rome. Plus loin, voici un 
exposé de la question de V^Agro %pmano, puis 
une savante dissertation sur la Malaria et les re- 
mèdes qu'il conviendrait d'y apporter. M. Bazin 
visite une caserne, à l'occasion. Quel est l'ordi- 
naire du soldat, leur tenue, leurs habitudes, les 
rapports des chefs et des hommes ? Commen 



— 50 — 

s'opère le recrutement ? Ce sont autant de ques- 
tions qu'il approfondit. Le théâtre reflète admira- 
blement les mœurs d'un peuple. L'écrivain ne 
manquera point d'y aller. Une littérature est riche 
en indications de toutes sortes. M. Bazin se ren- 
seigne sur la littérature espagnole et italienne ; il 
analyse de préférence les œuvres d'inspiration po- 
pulaire et nous signale les auteurs étrangers qui 
mériteraient d'être mieux connus chez nous. Et 
de notre littérature, que pense-t-on en dehors de 
la France ? Ceci a également son importance. Les 
journaux sont curieux. M. Bazin en donne des 
extraits. Il écrit : « Les aflaches sont un document 
de premier ordre en voyage », et transcrit les plus 
significatives ou bien relève une inscription sur 
un mur. On le sent vraiment mêlé à la vie et 
aux luttes des villes qu'il traverse. 

Ce dont il faut lui savoir gré, c'est de rester 
aussi aimable, aussi dénué de toute prétention et 
d'éviter le ton dogmatique. Riche de connaissances, 
il établit des rapprochements curieux et ingénieux, 
fait valoir le charme d'un proverbe local, d'une 
expression amusante, d'un mot savoureux, mais 
se garde d'insister et de chercher à nous étonner 
par son érudition. De même il a la simpUcité 
d'avouer ses ignorances, en architecture par exem- 
ple. Il n'a pas la prétention de ces voyageurs qui 
voudraient tout expliquer, ne sachant rien. Il n'a 
pas non plus d'enthousiasmes exceptionnels et 
d'admirations obhgatoires. Quand une chose, 



— 51 — 

même célèbre, l'a déçu, il l'avoue franchement. 
Leur abandon, leur spontanéité, leur richesse et 
leur sûreté d'informations, leur pittoresque prê- 
tent un grand charme aux récits de voyage de 
M. Bazin. 



Conteur et essayiste, l'auteur de risoUe nous a 
donné divers recueils. En Province, Récits de la 
Plaine et de la Montagne, Le Guide de F Empereur j 
Contes de bonne Perrette, Mémoires d'une vieille Elle, 
Le Mariage de mademoiselle Gimel, dactylographe. 

On y trouve, mêlés, des études de mœurs, des 
paysages, des croquis, des souvenirs, des anecdotes, 
des légendes, de petits drames^ des rêveries. Un 
badinage sur « La date de l'ouverture », le récit 
d'une visite à l'île de Ré, des notes touchant les 
bibliothèques populaires, une requête au ministre 
pour la protection des falaises de Bretagne y voi- 
sinent avec des contes qui prouvent que M. Bazin 
connaît la province française jusque dans ses moin- 
dres recoins et qu'il l'aime. Les personnages sont 
ceux dont j'ai classé précédemment les types. Je 
n'y reviendrai donc pas et on me permettra de ne 
point m'attarder à ces recueils. Les procédés que 
M. Bazin emploie ici sont identiques à ceux de 
ses romans. Je ne pourrais que me répéter. 

De même, je me bornerai à signaler le recueil 
de Questions littéraires et sociales, parce que 



— 52 — 

M. Bazin s'est borné à y exposer ses idées sur 
l'art en général et le roman en particulier et que 
je me suis efforcé de les dégager tout-à-l'heure. 
Enfin, la monographie consacrée à VEnseigne de 
vaisseau Paul Henry et l'histoire du T)uc de Nemours 
ne sont que des accidents^ très heureux du reste, 
dans cette œuvre abondante et variée à laquelle 
on peut appliquer la phrase célèbre de La Bruyère : 
« Quand une lecture vous élève l'esprit et 
qu'elle vous inspire des sentiments nobles et cou- 
rageux, ne cherchez pas une autre règle pour juger 
de Touvrage : il est bon et fait de main d'ouvrier. » 



Albert de Bersaucourt. 
Décembre, 190^. 



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OPINIONS 



De M. Ferdinand Brunetière : 

Vous êtes peintre et vous êtes poète : vous resterez 
peintre et poète. Ce sont les choses qui parleront pour 
vous, dans leur langage à elles, précis et concret, vivant 
et coloré, tantôt plus doux et tantôt plus âpre, mai^ 
toujours éloquent de sa seule fidélité. Et c'est pourquoi, 
Monsieur, j'ai la confiance, nous l'avons tous ici, 
qu'entre vos mains le roman social ne cessera jamais 
d'être du roman, et de l'art. Je crois connaître assez 
vos idées pour être assuré que je ne saurai mieux vous 
souhaiter, qu'en exprimant cette confiance, votre 
bienvenue parmi nous. 



Ferdinand Brunktière. 
(Réponse de M. Ferdinand Brunetière au discours de 
réception de M. René Bazin. Séance de l'Académie 
Française du 28 avril 1904.) 



- 56 



De M. Jacques Duval : 

Cette noblesse et ce goût marquent la place originale 
de M. René Bazin parmi les romanciers actuels. Ceux 
d'entre eux qui ont le tact littéraire manquent trop sou- 
vent d'armature morale. Ceux qui pensent avec force 
négligent leur style ou le tendent à l'excès. A notre 
époque de philosophie intempérante, M. René Bazin 
reste en dehors de l'influence de Renan et de'Taine. Il 
n'a pris au naturalisme que ce que le bon sens en re- 
tient. Il se rapproche de Maupassant par sa probité 
d'artiste, de M. Pierre Loti par sa sensibilité descrip- 
tive. Mais plus ému que le premier de toute la tendresse 
de sa foi et plus objectif que le second, il se garde une 
place bien à lui. On essaiera en vain de le pasticher ; 
je ne crois pas qu'il ait d'école. Théophile Gautier disait 
des disciples qu'ils sont comme les mouches et s'atta- 
chent aux endroits gâtés des maîtres. C'est en effet par 
leurs défauts singuliers qu'on les imite d'ordinaire et le 
seul qu'on puisse reprocher à M. Bazin est précisément 
de n'en avoir pas. 

Jacques Duval. 

(Le Correspondant, lo nov. 1907). 



De M. René Doumic : 

Son œuvre variée, aimable, où ne manquent ni l'ob- 
servation, ni la pénétration morale, ni même la vigueur, 
tranche sur la production courante. Elle fait mieux 
comprendre l'étroitesse et la monotonie des sujets ordi- 
naires où la plupart des romanciers d'aujourd'hui se 
confinent. Elle témoigne que la littérature n'est pas 



— 57 — 

contrainte par une espèce de nécessité de se développer 
en dehors de la notion du bien et des conseils du goût. 
Elle vaut parelle-mémeet parle contaste qu'ellefait avec 
d'autres : elle est pour plusieurs écrivains un exemple, 
et pour une partie du public une leçon. 

René Doumic. 
(Repue des Deux Mondes, i5 oct. 1895). 



De M. J. Ernest-Charles : 

(A propos des récits de voyages). 

Ils instruisent, notez-le, ils instruisent des hommes 
et des mœurs. Ils instruisent avec une aimable légèreté 
qui parfois se fait badine autant qu'il est permis, mais 
rarement. On y trouve des documents, des tableaux, 
des esquisses, des idées générales et des anecdotes. 
René Bazin est un honnête homme en voyage. 

Sachons aimer les récits des voyages de René Bazin, 
parce qu'ils sont le genre de littérature où sa plaisante 
netteté le sert le mieux, et parce qu'à ces observations 
fines et justes, son imagination ajoute quelque chose. 

J. Ernest-Charles. 

{Revue Bleue, 7 mai 1904). 



De Th. PateUe : 

Depuis De toute son Ame, la pensée de l'auteur 
d'Une Tache c^'e/zcre n'est pas négligeable. Elle a fini de 
s'arrêter aux jeux qui l'avaient amusée d'abord. Elle va 
maintenant tout droit aux choses qu'il faut dire, et que 
beaucoup n'oseraient écrire. Elle est courageuse et d'une 



grande élévation morale. Fruit d'une observation cons- 
tante et minutieuse du monde moderne, elle est inquiète 
et jamais indifférente. Les romans qui l'incarnent sont 
d'une conception élevée. Chacun d'eux pose, à nou- 
veau, la question sociale. Ils sont utiles, en restant lit- 
téraires. Ils sont honnêtes et les jeunes filles les peuvent 
lire avec autant de profit que les hommes. Ils plaisent 
aux délicats, comme à la foule des humbles qui demande 
au roman le délassement des heures lourdes de travail. 
Ce n'est point une injure faite à M. Bazin que de lui 
dire : Vous avez trouvé la forme du roman que vous 
définissiez si justement dans une de vos conférences. 
Vous avez avec vous déjà bien des cœurs simples, qui 
vous comprennent et vous aiment. Je sais plus d'un 
cabinet de lecture de faubourg oiî vos oeuvres se fati- 
guent à force de passer dans les mains des pauvres. 
C'est la plus sûre critique, pas toujours nuancée, peut- 
être, mais qui n'a pas de réticences, et qui reste sincère. 
Elle est le plus beau couronnement de la carrière d'un 
homme de lettres et la récompense d'une existence de 
labeur et de probité. 

(Le Son des Ames, E. Sansot et C'' 1910). 



BIBLIOGRAPHIE 



LES Å’UVRES 



Stéphanette, roman, Paris, Victor Retaux, rue Bona- 
parte, 1884, in-i8. — Ma tante Giron, roman, Paris, 
Victor Retaux, rue Bonaparte, 1886, in-i8. Réimpression : 
Ma tante Giron, Calmann-Lévy, in-i8. — Une tache 
d'encre, roman (ouvrage couronné par l'Académie fran- 
çaise), Calmann-Lévy, Paris, 1888, in-i8. — Les Noëllet, 
roman, Calmann-Lévy, Paris, 1891, in-i8. — A l'Aven- 
ture, (croquis italiens) récits de voyages, Calmann-Lévy, 
Paris, 1891, in-i8. — La Sarcelle Bleue, roman, Paris, 
Calmann-Lévy, 1892, in- 18. — Sicile, récits de voyages 
(ouvrage couronné par l'Académie française), Calmann-Lévy, 
Paris, 1893, in-i8, — Madame Corentine, roman, Cal- 
man-Lévy, Paris, 1893, in-i8. —Les Italiens d'aujour- 
d'hui, récits de voyages, Calmann-Lévy, 1894, in-i8. — 
Humble amour, recueil de nouvelles, Calmann-Lévy, 
Paris, 1894, in-i8. — Terre d'Espagne, récits de voya- 
ges, Calmann-Lévy, Paris, 1895, in-i8. — En Province, 
recueil de nouvelles et d'essais, Calmann-Lévy, Paris, 1896, 
in-i8. — De toute son Ame, roman, Calmann-Lévy, 
Paris, 1897, in- 18. — Les Contes de bonne Perrette, 



— 6o — 

recueil de nouvelles, Calmann-Lévy, Paris, 1898, in-i8. — 
La Terre qui meurt, roman, Calmann-Lév)-, Paris, 
1899, in-i8. — Histoire des XXIV sonnets, (illustra- 
tions de Marie Rodigue), Oudin, Paris, 1899, in-12. — 
Les Métiers, (illustrations en noir et en couleurs de 
Ploz), Prieur et Dubois, Puteaux-sur-Seine, 1899, in-8. — 
Croquis de France et d'Orient, recueil de nouvelles 
et de récits de voyages, Calmann-Lévy, Paris, 1899, in-i8. 
Le Guide de l'Empereur, recueil de nouvelles, Calmann- 
Lévy, Paris, 1901, in- 18. — Les Oberlé, roman, Cal- 
mann-Lévy, Paris, 1901, in-i8. — L'Enseigne de vais- 
seau Paul Henry, monographie, Marne, Tours, 1901, 
in-i8. — Donatienne, roman, Calmann-Lévy, Paris, 

1902, in-i8. — Récits de la Plaine et de la Monta- 
gne, recueil de nouvelles et d'essais, Calmann-Lévy, Paris, 

1903, in- 18. — Pages choisies, Calmann-Lé\7, Paris, 
1903, in- 18. — Discours de réception de M. René 
Bazin et Réponse de M Ferdinand Brunetière, 
directeur de l'Académie, (séance de l'Académie fran- 
çaise du 28 avril 1904), Calmann-Lévy, Paris, 1904, in-i8. 

— L'Isolée, roman, Calmann-Lévy, Paris, 1905, in- 18. 

— Le Duc de Nemours, étude historique, Emile-Paul, 
Paris, 1905, in-8. — Questions littéraires et sociales. 
recueil de conférences et d'essais, Calmann-Lévy, Paris, 
1906, in-i8. — Le Blé qui lève, roman, Calmann-Lévy, 
Paris, 1907, in-i8. — Mémoires d'une vieille fille, 
recueil de nouvelles et d'essais, Calmann-Lé\'>', Paris, 1908, 
in- 18. — Le Mariage de mademoiselle Gimel, dac- 
tylographe, recueil de nouvelles et de contes anciens, 
Calmann-Lév}% Paris, 1909, in-i8. — Contes en vers, 
Henri Gautier (nouvelle bibliothèque populaire), Paris, in-i8. 



PRÉFACES 

Joseph de Maistre, Considérations sur la France, Paris, 
Société bibliographique, 1880. — Burke. Réflexions sur la 
Révolution française. Paris, Société bibliographique, 1882. — 
René Couteau, Jacobins, Paris, Bureaux de la « Jeunesse 
catholique » 1909. — Victor Pavie, Œuvres, Paris, Li- 



— li- 
brairie académique Perrin. — Anonyme, Une religieuse 
réparatrice. Paris, Librairie académique Perrin. — André 
Pavie, Monseigneur Freppel. Paris, Librairie des Saints- 
Pères. 

JOURNAUX ET PÉRIODIQUES 

Revue des Deux-Mondes : La Sarcelle bleue (1892). 

— Les Italiens d'aujourd'hui (1893). — Donatienne, première 
version en une seule livraison (i*' juin 1894). — Terre d^ Es- 
pagne (1895). — De toute son Ame (1897). — La Terre qui 
meurt (1898). — Les Ober lé (i ^01). — Donatienue, fin. (1902). 
L'Isolée (1905). — Le Blé qui lève (1907). 

Correspondant : 5VCa tante Giron (1885). — Les Noël- 
let (1889). — 'Madame Corentine (1892). — Les personnages 
de roman (1898). — Les lecteurs de roman (1900). — Le 
Guide de l'Empereur (25 juillet et 10 août 1900). 

Journal des Débats : A l'Aventure, croquis italiens 
(1890). — Sicile (\Z()2). — En ProvinceÇiSo] et 1894). — Une 
excursion en Tunisie (avril et mai 1896). — Mémoires d'une 
vieille fille (1898). 

L'Illustration : ^ux petites sœurs (30 janvier 1891). 

— Le petit cinq (1899). 

Revue Bleue : Conférence sur Fromentin (1897). 
Gazette de France : Un pèlerinage à Ars (1908). 
Lectures pour Tous : Les foires et marchés (mai 1902). 
Mois littéraire et pittoresque : La Gourde(]um 1902). 

— L'âme alsacienne (1903). 

Le Tour de France : Mortin et Vire (1906). — Les 
Paysages de l'Anjou (1906). — Dunkerque (1907). — Le 
royaume de Fréhel (1908). 

Monde illustré : Le testament du vieux Chogne (Noël 
1908). 

Revue Marne : Contes de bonne Terrette (1894). 

Le Monde moderne : Le Retour (1897). 

Le Figaro : Chasse dans la Marisma. — Servante des 
pauvres. — École de pêche. — La Hantise. — Princesse loin- 
taine (iS^S). — Articles divers (1896, 1897, 1898). — Le 
voyage de Guillaume II en Orient, 8 articles (1898). 

Le Gaulois : Préface de Une religieuse réparatrice (1904). 



— 62 — 

— Les Iles du Rhin (1905- 1906). — Visites en KAngleterre 
(i4nov. 27 nov. 17 déc. 1907 et 6 janv. 4 mars 1908). — 
Une croisière en Norwège et au Spit^herg (1906). — Promenade 
en Corse (1908). — Mon collier (18 juilletîi909). 

Écho de Paris : Notes de voyage en ^Angleterre (17 jan- 
vier et 3 mars 1908). 

Annales politiques et littéraires : Le Mariage de 
Mlle Gimel dactyloglaphe, nouvelle (6, 13, 20, 27 déc. 1908 
et 3, 10, 17, 24, 31 janvier 7, 14 février 1909). 



THÉÂTRE 

Les Oberlé, en collaboration avec Edmond Haraucourt, 
joués pour la première fois au théâtre de la Gaieté, le 17 no- 
vembre 1905. — L' Illustration ex Calmann-Lévy, Paris 1905, 
in-i8. 



A CONSULTER 

René Doumic : Études sur la littérature française, 3' 
série, librairie académique Perrin, Paris, 1899, in- 18. — 
Emile Faguet, Journal des Débats, 4 avril 1899. — Emile 
Faguet : Raw "Bleue, 1 1 mar s 1 899 . — Eugène Gilbert : 
Le roman en France au XIX' siècle, Pion, Paris, in-i8. — 
Edmund Gosse : Contemporary revieiu. février 1901. — 
Abbé Lecigne : Revue de Lille, 1 90 1. — Henry Bidou : 
Journal des DeT>ats, 5 nov. 1901. — André Hallays, Jour- 
nal des Débais, 1901. — Maurice Barrés : Figaro, 16 no- 
vembre 1901. — Charles le Goffic : Préface des Contes 
en vers, Henri Gautier, Paris, in-i8. — Albert de Ber- 
saucourt, Revue catholique et royaliste, 20 mars 1908 et 
20 septembre 1909. — Robert de Fiers : La Liberté, 
20 oct. 1901. — Paul Dèroulède : Le Drapeau, n° 176. 
Père de la Porte : Études religieuses, mars et avril 1904. 
— Jules Bois : Annales politiques et littéraires, 1907. — 



- 63 - 

J. Ernest-Charles : Revue Bleue, 7 mai 1904. — Jac- 
ques Duval : le Correspondant, 10 nov. 1907. 



ICONOaRAPHIE 

Maxence : Portrait, 1903, peinture à l'huile. Exposition 
de l'Epatant. — André Brouillât : Portait, peinture à 
l'huile. 

A. de B. 




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Bmile Faguet, par Alphonse Séché. 
Anatole France, par Roger Le Bkux. 
Benri de Régnier, par Paul Leautaud. 
Alfred Capus, par Edouard Quet. 
^Villr, par Henri Albert. 
Paul' Bourget, par Georges Grappe. 
Peladan, par René-Georges Aubrun. 
Pierre Louys, par Ernest Gaubert. 
Maurice Maeterlinck, par Ad. van 

Bkvkr. 
Marcel Prévost, par Ju'es Bertaut. 
F. Bnmeliérc. par L -R. Richard. 
F. de Curcl, par Roger Le Brux. 
Jean Lorrain, par Ernest Gaubert. 
Jean Moréas, par Jean de Gourmoxt. 
Paul et Victor Margucritte, par Ed. 

PiLOX. 

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Camille Mauclair, par Jean At 
Edouard Rod, par Firrain Roz 
François Coppce, par E. Gaub 
Bcnry Bordeaux, par A. Brits 
Jules Ctaretie, par Georges Gr 
Georges Clemenceau, par M. Le 
Georges Courteline, par R. Le 
Emile Vcrhaeren, par L Bazal 
Léo Claretie, par Pétrus Dure 
Maurice Barres, par René Gii 
SuUy Prudhomme, par Pierre 
Rachilde, par Ernest Gaubert. 
J.-IL Rosny. par Georges Casf 
Edouard Schuré. par L. de R^^ 
Auguste Dorchain. par A.-E. S 
Cohttcsse M. de AoaiZ/cs. pai 

GlLLOUIX. 

Catulle Mendès, par A. Bertr 
Saint-Georges de Bouhelier, par 

Bloxd. 
René Doumic, par Edouard Be. 
Pierre Lnli. par Jean Mar'el. 
L'ahbé Loisy. par Alfred Detri 
Marcelle Tinayse, par Martix- 
Ilenry Bataille, par Dexvs Ami 
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