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Full text of "Revue archéologique"

THE J. PAUL GEIT^' MUSEUM LIBl^\RY 



.^1 



REVUE 



ARCHÉOLOGIQUE 



JUILLET — DÉCEMBRE 



Ih"i(^ de lraduclio)i et de rcprodiictiou réserves 



\my. Canil» cl <>*, l'ari». — Scclion urii-ntulc A. liunliii, Angers. 



REVUE 



ARCHÉOLOGIOUE 



PUBLIÉE SOUS LA UIUECTION 



ALEX. BERTRAND ET G. PERROT 



MEMBRES DE L INSTITUT 



TROISIEME SERIE. — TOME XXXV 

.lUILLIiT — DÉCEMBRE 1899 



PARIS 
ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 

28, lUE BON A FAUTE, 28 

1899 



THfcj H/^ULGETTYCENTER 
LIBRARV 



REVUE ^''' 



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ARCHÉOLOGIQUE 



PUBLIEE SOUS LA DIKECTION 



ALEX, BERTRAND ET G. PERROT 



MEMBRES DE L INSTITUT 



TROISIÈME SÉRIE, — TOME XXXV 

JUILLET-AOUT 1899 



PARIS 

ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 

28, RUE BONAPAUTE, 28 



1899 

Tous droit? réserves. 



/ 



SoM.M Aini: DE LA LIV11AIS(}>; 



Ti:XïE 

Les monuments sab.'ens el himyariles du Musée d'archéologie de Marseille, par 

M. HarUviL' Dkke.nuolH'j . . 1 

Sur la nature des rocljes employées dans la décoration des monuments de My- 

cène?, par M. L. I'E Lal.nav - . 16 

L'éphebe de TarS'\ par M. André Joiihn 19 

Svriaca (shj7p), par M. Paul Peuduizi;! . . ... 34 

Quel'iues slatuelles de bronze inédites, par .M. S ilomon HKt.wcii .... - 54 
Les to:ubeau.x <'n pierre des vallées de la Cure et du Cousin A onne), par 

.M. labbo K, Follai.se. . 73 

.Notes d'archéologie russe {suite\ par M. G. Kati-.ukketz 97 

Répertoire épi:;riphi<]ue des déparlements de i'.\isne el de l'Oise (Beliovaci, 

Silvanecles, Suessiones). par .M. Seymocr de Ui<;ci ........ J03 

Les colonies agricoles pré-romaines de la vallée du Bélis, p:\r .M. Ci'orge Bonsok. 126' 

Bulletin mensuel de IWcadémie des inscriptions 160 

Société nationale des Antiquaires lie France IG'i 

Nouvelles archéologiques et Correspomlance 165 

Bibliographie 169 

Hevue des publications épigraphiques relatives à l'anliiiuité romaini', par M. René 

Cao.nat 171 

PLANCHES 

.\1U-.\1V. — Mphébe de Tarse (.Mu.«'*e de Conslantinople). 
XV. — Fragments de l'Éphèbi.' de Tarse. 
XVI. — << Tabula devotionis » découverte à Cailhage. 



.V. H. — Tout ce qui est relatit a la rédaction doit être adressé à .M. .\iexaadre 
Bkrtrk.nl>, de rins'itut, au .Musée de Saint-Germain-en-Laye (Seine-et-Oise), ou à 
.M. G. i'EKKOT, de l'Institut, rue d'L'lm, 45, à Paris. 

Les livres dont on désire qu'il soit rendu compte devront être déposés au bureau 
de la Hevue, '2S, rue Bonaparte, à Paris. 



L'AdmMiislralion et le Bureau de la IlEVUl': AHC II ÉOLOG IQ U li sonl .i lu Lihkairik 
Ert^t-ST Lkaovx, 2S, rue Bonaparte, Pans. 

i: ( ) N 1) I r 1 N S 1) !•: l' a n o .\ .\ l .m l .n ï 

La Hevue Arclié'jloijifue parait par fascicules mensuels de 6i à SO pa^es grand 
in-â, qui (orraent a la lin de l'année deux volumes ornés de 2i planches el de nom- 
breuses gravures intercalées dans le texte. 

PRIX: 

PourP.ins. L'n an 30 fr. j Pour les (lé[i;utemenls. Un an.. 32 Ir. 

L'a numéro mensuel 3 fr, | Pour Tlitranger. Un an 33 fr. 

On s'abonne ••gaiement chez Ions les libraires des Départements et de l'Etranger. 



LES MONUMENTS SABÉENS ET HIMYARITES 

DU MUSÉP: D'AFICHKOLOGIE DE MAHSKII.LE 



Le Musée d'archéologie, installé au Palais-Borély à Marseille, 
possède les deux seuls monuments à inscriptions phéniciennes 
trouvés jusqu'ici en France, le tarif des sacrifices découvert ù 
Marseille en 1845 et Tépitaphe déterrée à Avignon en 1897 '. Les 
collections orientales du Musée viennent de s'enrichir encore et 
de s'annexer treize pierres à inscriptions, apportées du Yémen 
en 1881, abandonnées depuis lors dans les magasins des Messa- 
geries marilimes. Il y avait prescription légale et l'habile con- 
servateur, M. Michel Clerc, à raiïùt des occasions propices, n'a 
pas manqué de saisir celle-ci pour créer un nouveau fonds, dès 
aujourd'hui considérable non pas tant par le nombre que par 
l'importance des textes. 

La présente notice s'appuie sur des estampages et des photo- 
graphies dont M. Clerc a lui-même surveillé l'exécution et que 
la Commission académique, chargée de rédiger le Corpus inscrip- 
tionum semiticarum, amis à ma disposition. C'est à M. Clerc éga- 
lement que je dois les renseignements que je donne sur l'aspect 
et sur les dimensions des pierres. En dehors de ces descriptions 
sommaires, je me suis limité à la publication des textes, à leur 
déchiffrement et à un essai de traduction provisoire, avec un 
rudiment d'annotation. C'est un déblaiement que j'ai essayé 
d'opérer, afin de préparer les travaux des architectes. 

1. Philippe Berger et Mayer Lambert dans le Journal asiatujuc de i8'.i7, II, 
p. 485- i94; Philippe Berger, dans la Revue d\issyrio!ogk et d'aichcoloyic 
orientale, V, n° 1 (1899), p. 1-10. 

lir SERIE, T. X.\XV. *■ 



lU.Vl E AIK.UÉOLOGIOIK 



I 



Haulour ,92, laii;eiir 0"',2S, épaisseur U"sl2. Face et cûlés 

polis, pierre dégrossie seulement 
par derrière, où elle est taillée en 
dos d'âne C^ (comme toutes celles 
(jui ne sont que dégrossies par der- 
rière) ; cassée en haut à gauche sû- 
rement, et peut-être sur toute sa lar- 
geur ; cependant on y distingue 
encore trois trous, ainsi disposés 
en à peu près, sur le sommet de 
la pierre. Un cartouche coupe par le 
milieu les lignes 2-o. On n'y voit pas 
trace d'image; mais il y avait un 
objet quelconque, lixé par 8 clous on 
bronze, disposés régulièrement et 
dont 7 se sont conservés dans la 
pierre, au ras de laquelle ils sont 
cassés; elle est brisée à la place du 
8^ Je suppose que ce cartouche de- 
vait contenir la représentation d'un 
hucrane ; cf. Corpus imcriptionum 
srmiticarum, pars quarta (cité plus 
loin par C. I. Il.),n"37 et pi. X; H. 
Derciibourg, I.ps monuments sahcem 
rt h/iiii/anles do la liihliolhèquo na- 
lionalr, n»- 20 et 22, p. 31 et 34. A 
droite, le long des deux premières 
lignes, un carloucbe plus petit, dont 
le contenu indique seulement le dé- 
liiit dune inscription ; voii- (',. I. II.. 

n'\\0. .M. 2(1 d;in^ .Monltiiiaiiii iiiid Miilln-, Snl>'iis<hr Dciilnwi- 

In-, p. 70. 

Voici, en dehors des den.\ premières lignes endommagées, ma 




L,ES MONUMENTS SABÉENS ET IIIMYAHITES DE MAUSKILLE 



3 



lecture de ce morceau (\m u'a pus moins de 33 lignes comme la 
slèle de Mêscha' : 

n^ I 2132X 1 1 

npc I pp:T 7 - 1 u T 2, ' — 

':pn I i:ti7 



^{2D I -jS^ 5 

(i 

"j-n I T\'-i ! 2->2n I pn^i | 'jnic'^ïi 7 

2 1 i; i p"xSy23'inrinpn''^x | moi « 

^2 I -cSn I -iSn I p I 2i;2N I ^m2V '.) 

n-'IX I ï]T2r\ i sS)22 I 2T2 | p;,! l'CD 10 

-nî? I a'NS72;".-ri,-;p?2bN ( T2n* | d 
mn I ]2 1 in2ia i yjDn | 21d2x i ^-i 
np^'-^ii I '£"n I 7172 I D~'2ni I "jisSn 

M>2"2i Ny2nC| x'"^^2X2 | 2'^32}< | 'm2" 
i|T2"C|*)2nXT2|p-ri ( :X22| p2 | ', 

n>| D1D1 Iplp'n'ri | n2d | -'7:2 1 -^'y^n 16 

lhN2[: I p2 I pnil I N2D I -Sd i D'J' i~ 

inDi 1 2"'w'x I iSv2 ! DmnD | ■^rj | N2i: \ s 

I p 3. 1 mn' ! mnïi | nx-rn | a n 19 

22 I r"i"' 1 1^2'w* I r2ns"ia I iî2M2in 20 

'zv l "'Sy2 I V2n2:i,-n I □T2i"7 | ]i 21 

'i?2nScn I '-y | PiX^hm' I =1:32 | ]r\:n 22 

^Dnaim ) "2m!;2 | ^^t^t | pn2 23 

2*j ( ion I 7172 1 □-^2m î pn2 | "^2-2 2i 

□37ï2| Dicx 1 n'nSh | ain | 2iz2Nhm 25 

ininn^î □'2:'>T I 01221 | ^Yns* | -:hi 26 

«2 1 21J2X I :n-2y |i>2n | npi2''is | X7-Si 27 

yri?i I i:s2Di I i:2:nN | □'2:i;i I d:^.-) 28 

^1 1 vcn I •ni'2nS" I pS^ | r2nNnî2 I ] 29 

il i S2D !-S>2 \t"^-^ 1)2^ I i'2-xna | li* 30 

n7ilx22|-î"^"2|ny:-il 2^21 1^21 pn 31 

•| Dn^zz"] I Dn2N'2|p|V2n:nnSi| p 32 

□•x^y2Jinrinp>2^N2l cs:u|"'i">ri|>ïJ 33 

1. Aboùkarîb Youlia[liiib'... 

2. leSardadile et le Nakabùiiile, général en chef 

3. de Schammar Youbar'isch", roi de Saba' 

1. Emprunt par conjecture à C. I. H., W, v, 1. 

2. Cf. rinscription 14 de l'Académie, riiaiiiletiant au Louvre, I. 7 ; :J0 de la 
Bibliothèque nationale, 1. 8; C. I. H., W, I. 6. 



l. iu:vi t; AHCHÉOLonroL'E 

4. pl «Je Kdid.ui, lils de Vùsir Voulian'iin ', 
■ 5. roi de Saba' et de Raidùn, a consacré 

«i. à ÙmakkAli Thahwân», maître d'Awvvim, celle slalue en argent ' 
7. el ees deux statues en or, parce qu"il a prol'-gé 

5. cl qu'il a d.livrè, lui llmakkâ'i Tliahwàn, maître d'Awwâm, le domai[ne* 
9. de son serviteur Aboùkarib du fléau qui a sévi' au mi- 

10. lieu de la ville .le Màrib, pendant huit mois pleins, 

11. elqu'llmukkàb Thahwàn, maître d'Awwâm, a accordé à son servi- 

12. leur la délivrance de son domaine de ce 

13. Iléau, et parce que îlmakkàh a protégé 

1 i. son serviteur AboiJkarîb dans les vœux dont il lui a demandé l'accomplis- 
sement, 

15. lorsque ses soldats ont fait une e.xpédition el ont secouru leur prince 

Scbararaar Vou- 

16. har'isch, roi de Saba' el de Raidân, fils de Yàsir Youha- 

17. n'im, roi de Saba' el do Raidùn, lorsqu'ils onl fait une expédition el 
IH. ont guerroyé jusqu'à» Sahàraf contre les tribus de Sahàra- 

19. t, de Dau'al, de Souhâr el de Hàrat, lorsque 

20. les a combattues (ces tribu s) leur prince SchaminarVouliar'isch, dans la plai- 

21. ne de Damad « et les a repoussées en troupes' sur (le mont) 'Oukwa- 

22. tân"dans la direction de Scba'àmat", jusqu'à ce que les emporta 

1. VoirC. I. H. 46, 1. 5. 

2. C. I. H. 155, 1. 5. 

3. Cf. peut-être =]li* dans Glaser 1076, 1. 4 (Glaser, Die Abessinier, p. 42, 

43, 47); DSIi* iltùL, 1. 5; siîrement sJuj^ expliqué par 4<La3 « argent» dans un 
iiiousnad (D. H. Muller, Su'larabiscke Sludien, p. 17) ; s^llï ^jcr « argent 
fondu » Psaume xii, 7 ; ^"îï'Z « fondeur » dans J. el H. Derenbourg, Les 
insciipti'ins phéniciennes du temple de Scli à Abydoiy n» 34. 

4. CompliHé d'après la ligne 12; sur ce mot, voir l'inscriplion 1 de la Biblio- 
thèque nationale, 1. 4 et 5. 

5. 'C17\ \ 'C")' (cf. ViOn, 1. 13) a élé interprété d'après le contexte, sans que 
je puisse justifier ma traduction, ni préciser la nature du fléau. 

6. J'ai lu *Tj au lieu de m = (^jlj que porte l'inscription, celte confusion 
étant fréquetile el la préposition me paraissant nécessaire. 

7. 0. M. 12, 1. 7; C. I. H. 240, v. 7. 

8. Le _s » ,'r» (/jlj est mentionné dans Al-llamdùni, lijuzirat al-'Arab, p. 54, 73, 
120; cf. Yiikuiit, Mou'djam, III, p. 480. 

9. Avec •,'2~2"n. dont le sens n'a pas pu èlre précisé, cf. "JZ^TI^ Hai, 344, 
I. 18 el «9; peul-élre 48, I. 10; •i>2n:irn?2 Glaser 1076, 1. 5, 8 el 9 (Glaser, 
Ilic Abessinier, p. 42, 43 el 48), 

10. 'Oumilra. dans C. Kay, Yaman, p. 29 et252; YXkofil, Mou'djam, II[,p. 707 . 

11. Peul-élre «dans la direolion du nord». Le mol ncX'C' se trouve dans un 
contexte analogue à la I. 8 de Glaser 1076; cf, Glaser, Die Abessinier, p. 42, 
43, 49. 



LKS MONUMENTS SABÉENS KT nrMVAHITES DIO MAUSKHJ.l 



23. 
24. 

25, 

26. 

27, 



29, 
30. 
31, 
32. 



la mer, et que nus soldais los poursuivirent el les lui-renl 
au milieu do la mer; et parce que (îlmakkàli) a accordé à son servi- 
teur Aboûkarîb la mise à mort de trois héros Bada'iles' 
et qu'il lui a donné comme seconde faveur' la conquête, ainsi que des 

captifs el du butin qui l'ont salislail. 
Et puisse llmnkkàli continuer à combler son serviteur Aboùkarib de mas- 
sacres et de butin, quelque part que' ses troupes tiennent la campafj^ne, et 

de l'appui 
prêté à leur prince, le roi ! Kt puisso-t-il lui accorder la faveur et la bien- 
veillance de leur prince Schanim.ir Youhar'iscb, roi de Saba' et de 
Raidàn, fils de Yàsir Youban'iin, roi de Saba' et de Rai- 
dùn, et puisse-t-il les affranchir de tout mal, de tout dommage, et 
de l'humiliation et du préjudice causés partout enn-^mi ! Au nom d'ilmak- 
kâh Thah\v;ln, maître d'Awwùm ! 




Il 

Hauteur 0"',52, largeur 0"s33, épaisseur O^jlO. Pierre taillée 
sur toutes ses faces. Le haut forme 
rebord. Sur le sommet un trou de 

scellement. 

1 i uv 1 nnpc I aicD i p | xi-i | i^zczi i 

2 1 '':i i p'x 1 :m I bt'ix I nSD-Ni I 2m 2 

jrin ( S*;2 1 a)2n| i^xn li:pn| p^mi-^-n 3 

nyna i T\i2 j nT2r\ | Dznii | ]d'i:i \]-A] i 

cm I '>r\^h'j2 1 ^on | niNx | bo I p I i ■"> 

N I imCnSi I ^i*T2 [ ]2 ( ^.nyjn lT]12 I □- ('> 

iriD 1 ini>2'nSi I ]ïS:;o | p | 31212 | -n 7 
1 I ■ra-î2Tp- I V2:nx2 | •în2nri | ]"D h 

H-ïdSi I ]-n- 1 1:2 I '^Z.INI'ZX I V2,inS2 'J 

□pii*|an^2nN'.(aNjn| apiiimSis I ',:2 10 

icnxT I ^l'rù ( xm j yi2" | DN:n ! 2':p' 1 1 

•;c:nx"i | V2.-i"2C"2T | icninx | t-y | apiy 1 2 

n 1 1:2 1 •iî2nNi'2N I Vim | ^ism ( "j:"iï:ni 13 

S- 1 T2nNn?2|T2:i 1 dtcu \ V2Mr;r'i:T'2 1 '• 



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?-'"i<ci^i.-f>-il!hn[ç- 



V-'' 
!•'■: 







1. Le copiste a peut-être omis □nN"2 ou c:.S"2 « cent »; cf. le passage ana- 
logue dans l'inscription 14 de l'Académie, maintenant au Louvre, I. 13. 

2. De même ^ en arabe. 

3. 1î2jnN (cL H, «S et 12) est, d'après une communication de NL J. H. Mordl- 
mann, composé de mIN =j^I -^t de V2 =1». On peut comparer •*2- = If^dans 



6 HEVI'K AlU lIKOLOninlK 

•,2"i=N:wlS-p"PVw*:r/i*:lpl-'2n:nin 15 
r \zz'::', \ cirr*. I dn^-^ i ni'rj' i □vi 16 

ZT"^ 1 z'-xrz I an^Knl hz \]z\ i.i 18 
^zm-lSvz 19 

1. Ribbschimmar Yadra', fils de Samour, général en chef de Yarîm Yu- 

2. rhib, de Auslâl Arsal et de Bàridj Aiman, les descendants de Ba- 

3. la' et de Hamdiln, a consacré à Ta'lab Riyàm, maître de Hadatbân, 

4. celle statue d'or, parcê qu'il l'a déli- 

5. vré de tout * sur lui, et parce 

0. qu'd l'a sauvé de la maladie. Et puisse-t-il lui accorder de ren- 

7. Irer en paix de Ma'lsàn, et lui accorder la pro- 

8. lection et la plénitude des biens partout où les ont préposés et 

9. se sont portés garants* pour eux leurs princes Hamdùnites ; et puisse- 

t-il leur accor- 

10. der des enfants excellents, parfaits, et des serviteurs ' excellents, 

11. et des richesses abondantes, et les meilleurs produits du printemps et de 

l'automne, et des fruits 

12. excellents, dans leur territoire et dans leurs champs, et toutes les fois 

13. qu'ils olTriroiit des animaux ])0ur les sacritices, et la faveur et la bienveil- 

lance de leurs princes, les descendants de Ha- 
14.mdàn,eldeleurtribu Hischid, et la sollicitude de leur prince! El puisse-t-il 
15. les |af]franchir du préjudice, du dommage et du contact de tout ennemi, 

ainsi que 
l'i. de la violence et de la tyrannie de tout prince, de toute tribu et de tout 

agresseur*! Et puisse-t-il 

17. les secourir contre tout amoindrissement, et puisse-t-il le secourir et le déli- 

18. vrer de tout mal ! Au nom de Ta'lab lliyùra, 

19. maître de Hadathàn. 

Os. 29 = B. M. 0, I. 'i; •-■>'•> = Uj^c dans 0. M. 31, 1. 3; r^:^ = Ir ou û. 

dans Hehalsek 3, 1. 0; Lan^t-r li, 1. 2; 'Obné, I. 5; V22 = U ou U« dans 
!.. I. II., n* 289, 1. 11 ; voir Homme!, Snd-Arabinchc C/ireslomathi'e, p. 51. 

1. J.! n'ai pas traduit "^Zi'") j mXN. Le premier de ces deux mots se trouve 
dans GIttser 1050, I. 5, et 15itj, I. 7. Voir D. H. Muller, Sudaralnsche Alter- 
thiitftvr im Kunstliislorischcn Hifmuseuin, p. 16-19, n»" 'i et 5. M. Millier tra- 
duit par « chemins ». 

2. Les lexiques arabes donnent comme himvarite ^^L. ^. — •.» i^. ^. 
Le verbe n'?2 se trouve dans Glaser 107G, I. 10 et 20; cf. ses Abessin'Kr, \\ 42, 
43, 53. 

3. Je rattache le pluriel nclN = ijbl au singulii-r d~x; cf. C. I. II., n''275. 

#' «.' »» » 

4. 22y: = fcjU = <-»ly! " corbeau », c'est-à-dire « de tout agresseur». 



m:s .monuments saiiékns kt iii.myaiutks 1)i: mauskili.k 7 

Co Inxic, s'il n'csl p;is apocryplic, préseiilo dans sa rùilarlion 
plusieurs siiigiilaiités qui inspinMit des doiilcs sur les iiifornia- 
lionsdi» son rédacteur : lM{abbschaniiiiaresL donné comme le gé- 
néral on chef de plusieurs princes successifs, ce qui est an moins 
insolite ; 2o nous connaissons par l'inscription de (llaser 13^9- 
13(J0, provenant de Riyàin (Glaser, /)z> A/wssifuPr, p. 08 etsuiv.), 
Yarîm Aiman et Bâridj Youharhib, tous deux fils d'Auslàt Haf- 
seliàn, même série de noms, avec un chassé-croisé étrange des 
surnoms en partie altérés ; .T un certain nombre d'à:::^; v.pr,'^.viy. 
inintelligibles semblent comme des obstacles placés à dessein 
sur une piste auli'emenl facile à franchir. 

in 

l'otit autel, haut de 0"',3U, d'une largeur maxinmm de 0°',24, 
épais de 0",24. Sur la face antérieure, au sommet le disque et le 
croissant, surmontés d'un ornement architectural. A droite et à 




i^'-r 







n..^ 





gauche, quatre cartouches égaux disposés symétriqu.«nirnl .l.nx 
par deux qui se font face. Le môme ornement se continue, en étant 
répété sur les deux faces latérales identiques entre elles, le 
milieu y étant occupé par un bouquetin aux cornes rayées et 
recourbées; cf. G. 1. H-, n^ 124 et2ol, I, j). m et 273. La lace 
postérieure, dans la partie du haut .pii .-orrespond aux bas- 
reliefs, est <iuadrillée. Sur le support, plus rétréci au somm.-t 



8 HEVrt: AHCnÉOLO(ilnrK 

qu'à la base, la faco antérieure présente deux mots dinscriptiuii : 

r^M' I ni 
Malgré la lig^no tlo séparation, j'y vois un nom propre : 
liariscliams «. 

IV 

rierre casséo en haut et en bas, seulement dégrossie par der- 




rière, haute do 0'",2r), lare^e de 0'",23, épaisse de 0"S07. Ni l'es- 
tampage, ni la photographie ne permettent de rien discerner de 
précis. 

V 
ri( rre taillée sur loutes les faces, moins soigneusement par 



^<)^'^f^Ah0'M 



U.'^H 



/-^iitil^t -'tff'ig- 




derrière, haute de ()"',ti, large de O'-'/JO, épaisse de ,(V",0*J. On 
lit sur deux lignes incomplètes à gauche : 



1. Cf. Cr*2C I 22"^, nom propre d'homme dans <). I. 11. n» \3, 1. t, I, p. 73; 
quant à l'absence du □ dans C*2w* au lieu de D::^w*, voir de rac'me CCJim 
ihid., W 220, I, p. 200, r^rs^'2, ibi'i., n" 287, I. 1 et 2, I, p. 295. 



Li:S MONUMENTS SAIUiENS Kl 11 I M V Mil IKS 1)K M ARSEII-f-E 

1. Marda' ' le Namirite, et IIauf'a[lhal, 

2. et N... ont placé dans un enclos leur citerne 

Venait ensuite le nom de la cileruo. 



i'S&rtff' 



î 






VI 

Pierre taillée sur toutes les faces, haute de 0'",4i, large de 
0"',22, épaisse de 0'",IO.Un double cadre 
orné entoure une représentation figu- 
rée, sur laquelle on voit un personnage 
achevai, dirigeant sa monture de droite 
à gauche, direction qui caractérise l'é- 
crilure et l'imagerie sémitiques -. Le 
long instrument qu'il tient à la main 
est-il une lance, comme l'a supposé M. 
Mordtmann^ à propos du monument 
funéraire analogue à celui-ci, qui, après 
de nombreuses étapes, a fini par entrer 
au Musée du Louvre*? Ou bien est-ce 

le bâton crochu (^j^^) que la légende 

attribuait aux Yéménites jusque dans le tombeau"? Comme 
c'est le voyage de la vie que l'artiste a eu dessein d'indiquer, 
comme l'inscription est une courte épitaphe, j'incline vers celte 
dernière exégèse (de même pour Vil). 

Voici les deux courtes lignes d'inscription, tracées au sommet 
du monument : 




1. a"""lî2, ici nom d'homme, coniuio □"""l dans Glaser lOC.j-lUGG, 1. 2 
(D. H. Mdller, Siidarabische AUerthumer iin Kunslhistorischen Hofmuseuin, 
p. 36, n°^ 15-16), est nom de lieu dans Halévy 596, 1. 5; 0. M. 15, 1.6; Glaser, 
Die Abessinier, p. 101. 

2. Voir mon article dans le Journal dca savants de 1898, p. 663. 

3. Zeitschr. d. d. morg. Gesells., XXXV, p. -iSS. 

4. J. et H. Derenbourg, Les monuments sabrens et /jimijurites du Louvre, 
n° 9, p. 10-11, avec la belle planche III destinée au C. I. II. 

5. Ibn Doraid, Ischtikdk, p. 288 et 307. 



40 



RKVI'K AHCHÉOLOiilyUE 



- r X ; 2 2 



1. Cippe de 'Aliiiân, 

2, (ils d'Asailàn. 

Romarquezrabsenrt' ilc la ligne de séparation entre p et "j-DX 
ol comparez Vil. 

VII 

.MniitiiiM'iil «le nirnie iialinc (juc k* précédent, taillé sur loules 
les faces, plus grossièrement par der- 
rière, haut de O-^j'iG, large de0™,2l, 
\'JVn^^\]Vh\'^ épais de 0"', 10. Les épilaphes de deux 

Il t . ' ■ J I I T Lï femmes surmontent une double repré- 

sentation du cavalier s'avançant vers la 
gauche, son bàlon crochu à la main. De 
la seconde il no roslc que la tète et le 
haut du bàtou. L'u double cadre entoure 
l'i'nsemble. 

Voici la première des deux inscrip- 
tions : 




m; I lïj 1 

TiTi:2| 2 



(;ippe de Djaddat 
, (ille de Snur. 



Sur le iintii projir 



Serail-ce une (iaddat, iille de Tyr, 
dont nous aurions ici la mention? 
féminin ri~i d'une inscription punique, 
voir Lid/barski, Hamlbuclt der nordsemitischen Epigraphik, 
p. 249 II. La liiiJH* «le séj);ualiou manque de nouveau entre r:i 
el-ï; voir aussi i'insciijitiou du bas. Celle-ci porte : 

2 I nSs". I D£: 1 



Moiiutiiffil lie \Vu liai, Iil- 
le de S&liiii. 



LES MONUMENTS SAIIÉENS ET MIMYAIUTES DE MAHSEILLE I 1 

vm 

Pierre haute de 0'",42, large de 0"',.'{2, épaisse de 0"',1(), brisée 
de tous les côtés, sauf à gauche où elle estgrossiëremout taillée. 
L'inscription, encadrée d'une l)()rdnre, scniljle pouvoir être ainsi 
complétée : 



nu I ni 1 2ji[.ii I ] 2 

rij In'jpn i [zid i 
I r\~bv. I noEi j ! n 5 




1. Aboù'alji', fille de lla'àn, fi- 

2. Is de Youha]rdjab, appartenant k la maison ili- 

3. Yalha']karîb, fils de Samah- 
/«. karib], a consacré à Nouwàsch 
5. sa [perjsonne et ses enfanls. 

Yatha'karîb, fils de Samaijkarîb, est mentionné dans Frcsnel 
21} = Halévy 670. — Je considère, ici, dans Prideaux 3, 1. 10, 
dans C. 1. H., n" 270 (sans doute aussi n" 23o), Nouwàsch 
comme le nom d'une divinité. 



Pierre seulement dégrossie par derrière, haule do U"ViO, hirge 
de O"",,^?, épaisse de 0'",07, écrite en très gros caractères, comme 
les monuments relatifs à des constructions. Ainsi que me le fait 
remarquer M. J. II. Mordtmann, c'est l'original de llalévv S7. 
Voici ce qui reste de deux lignes qui ont dû être f<ui Ioniques : 

\. i^p t/('id est }>eiit-ètre préct-dt'- d'un y. 



\2 REVl'E ARCnÉOLOr.InlK 

•:2 1 2 -.-.£• I r.-w'K", 1 

• I Zl^'rO I ''22 I T2nNhaN - 

1. et Aschwa', et Faix], descendants de 

2. la faveur de] leurs [prin]ces, les Banoû Soukhaim, el 



'y^ 




u 



iifll n ■ / 




V'u'vn- liaule de 0"",29, large do 0'%G9, épaisse de 0", H , à peine 
dégrossie par derrière, tandis que la face est polie, mais grossiè- 
remenl; cassée en bas el à gauche, paraissant intacte à droite et 



fmmw 



''4*":*: 




r. 



V 



fÉSBk&.J.^\ 



au soninitil. A droite, un monogramme qui pcul-èlre reproduit 
imparfaitement le premier nom propre n-ini- Voici ce qu'on lit en 
(jutre, comme fragments dt; trois lignes houstropliédon (racées 
en caractères sans élégance : 

2l2^:7cxipn-ini i n *-^ 
'— 2 rl'xSl^crninin^i -J 

.i^Sn:|^in-s 3 , ^ 

1. ^ aliar, fils d'Asadkarib, (i|ls de 



LKS MONUMENTS SAUIÎKNS I T UI.M VA [UTKS 1)K MAUStILLi: ï'.\ 

2. vassaux (?) des desjcendanls de Wà'il, défenseurs' de Ijùralî et 

3. des idoles placées aux limites dij la région des palmiers '. 

Xi 

Pierre incomplète à droite, haute de 0*^,28, large de O'",."!!), 




épaisse de O'",lo, dégrossie par derrière, soigneusement polie 
sur la face antérieure, où on lit les fins de quatre lignes : 

n"'nDhJ2|D"5<|Di:nn|iJ3han: 1 

ijiiit-iSxii-nS-îiiEi" I amw 2 

nrn':lr27S3iDi*n2r:2lTi;h72 3 

□L:x2irr2"|aiD3nalpnpT»rhnhyi'i 4 

1. el] leurs LfiJIs à tous deux, les descendants de Bàhid, vassaux des Sou- 

khaimites, 

2. ont consacré à leur dieu Kainàn "l un [sancjtuaire ' et y ont prodigué les 



1. nn'2D nie semble être un pluriel de i?23 



S'' homme armé », comme 



DDpa est le pluriel de '"inp"2 (le singulier dans I, I. 2 et 3; II, I. 1 ; le pluriel 
dans G. I. H., n" 287, I. 10 et 14. 

2. ]n-in; cf. Fresnel 11, i. 2. Voir ;iussi mn dans 1, I. 19. 

3. l^rideaux {Tran^dclions of Ihi Socicii/ of Riblical Arckxoloijij, VI, p. 314) 
compare "îni avec l'éthiopien dOfl'i irasan « limité » et dit que ce mot doit 
être traduit par pierres milliair^s, ces pierres étant sans doute surmontées d'une 
tèle de divinité comme le Terminus romain. Quoi qu'il en soit, ^Sn: ) "jh*X rap- 
pelle la ligne 5 des inscriptions Rehatsek 1, 4, 5, si heureusement combinées 
par D. H. Muller dans la ZeiUchrlft d. d. morg. Gcsells., XXX, p. 681-6^5. Re- 
marquez dans ce même texte innin à la 1. 4. 

4. J'emprunte le nom du dieu à C. I. H. 8, I. 2. . 

5. Je lis "jn'rp^ = 'iT]~^t"2, nom d'unité de TiC^2 ; sur ce mot, voir C. I. U., 
I, p. G9, à propos de il, I. 2. 



1 i. BEVUE AKCnÉOLOlilOUE 

restaurations ', ainsi que ceux qui étaient dans le voisinage* de [leurs] 
fils 

3. à tous deux, leurs alliés et ijeurs [confédérés], qui notaient pas descen- 
dants de Bùhid, alors qu'ils se sont mis d'accord*. Et ils ont confié 

'i. leurs maisons et le]ur [sanctuaire] à 'Athtar l'Orienlal contre tout spo- 
liateur et tout iii.'iir.iitoiir *. 

\ll 
Pierre dégfossio par derrière, haute de 0'",i!», large de 0'",58, 
épaisse de Om.l 1. Voici l'inscription bouslrophédoii complèle en 






trois li"-iies, dont la deuxième va de gauche à droite. Sur la 
marge de droite, cinq petits cercles placés sans symétrie et des- 
tinés sans doute à marquer le commencement : 

nmi"':pnlii*mpr!n:;2|p|n-,''- l ^— . 
"■^ 2 ♦2'z;|2:^■|^5''^71x|•■a:n,-;■:|N7:^|■: 
zt'znnTZ I '-rT».!'!^ i in-Si I Sd 3 _^ 

1. I.iaiw, fils de Boù'atlitar, le Hahidite, a consacré à Dliùt Hi- 

2. inyain son fils IMliara', et sa fille Odhénal, et 

3. tous ses enfants et tous ses hiensV Au nom «le Dliâl l.limyam ! 

1. rS" est un terme d*urcliileclure qui n'est pas encore élucidé (cf. ('.. I. H. 

I. p. Gt»), malgré le pas en avant fait grâce à lanotedeD. 11. Millier, Die Bwjen, 

II, p. l'J. 

•J. C. I. H., p. IGl et 176, rectifié par Ed. Glaser, Zœci Inschriften ùber den 
D-nnmhrucli vm àfdrib, p. 15, et par Fr. l^raitorius dans le Z. l). M. G. LUI 
(IB'JO). p. \0. 

3. L'emploi de la conjonction 3 dans le même sens qm; "j^z « lorsque «devant 
un parfait est justifié par les trois exemples tirés de l'inscription de Hisn-Gou- 
ralj cités par Moiiimel, Sii'l-.\ral>is<lir ('kreslomulhic, p. HO. — (Juant au par- 
fait pluriel ••2tS, '^f. •'2"S de iiiéine dans Kresnel -40, 1, I ; VZtSd dans Glaser 
1070, I. 12 (Glaser, Dir Abcssinirr, p. i2 et 43). 

4. Cf. DrN2r.*i: I Z^i: dans C. I. II. 2'.», I. 5, I. p. 40-47. 

5. J'ai traduit •nm~*2 par « ses biens » en pensant à ^^ z^ l'Iiébreu "inc 
• dot avec laquelle on s'acliéte une femme ». n"l"n'2 dans liai. 253, I. 4 (cf. 
353, I. 10; doit-il être comparé ou séparé de notre n"»nC.' 



LES MONUMENTS SAHliUNS KT MIMVAiaTKS liK M AUSKII.LK 1 .') 

XIII 

Pierre dégrossie par derrière, haute de 0"',21, large de 0'%42, 

épaisse de 0'",13. Frag-menls do trois lignes ou relief, à la ma- 

ière des inscriptionsarcliitectiiralos. La troisième ligne; n'a plus 



]|/(>l-;ii(|.',')iH ■ Il 



Kù£ià3ïdX! '^ 



que le haut des caractères^ ce qui rond la lecture plus incertaiiio. 
Je déchiffre et je complète, en comparant surtout C. 1. H.. n''20 : 

'2ci|';:2n-:2i|ni: i 
n2ri}<i3n2i lien 2 
r, 1 ]r2Di \ :2ir^ 3 

1. Bàhi]d ' et ses fils, les descendants de Rasm[, ont construit et creusé 

2. leur [tombeau], comme un lieu de repos stable, |par l'appui de 'Alhtar, 

maître de 
3.....], et de Wadd le Céleste % et de Waldd,.... 

llartwi"' Dekenboliku. 



1. J'emprunte ce nom [)iopre à l'inscription XI, 1. l et 3. 

2. Si je traduis ainsi :V3D7, c'est en pensant au dieu i','20~\ dans Fresne! 
20; Os. 32 = B. M. 30. I. 4 ; 33 = B. M. 34, !. 2 : 3G = B. xM. 37, I. 2 et G ; 
etc. Il convient de citer comme variantes le dieu V237 dans U. M. 1, i. 3. et 
y)2D M le ciel » dans Haï. 63, 1. 7, et dans 0. M. 41-4 i, I. 3. 



Slll \A iNATUIII-: DKS IIOCIIKS 

i;\ii'L(ivi;i:s dans la déc.okai kin 

i)i;s \i(»\i \ii:nts di: myckm-s 



Ayaril imi réconimcut l'occasion déUidier les divers documents 
rclalifs aux tombes à coupole de Mycènes en vue d'une reconsti- 
tiilidn (jni doit «''Ire l<'nl(''e pour l'une d'elles dans les souterrains 
du Trttcadéro à l'Kxposilion de 1900, j'ai ùl'i frappé des diver- 
gences ahsohif'sde dénomination relatives aux pierres employées 
dans la décoration de ces monuments. Ainsi, d'après M. Perrot ', 
les principaux matériaux employés seraient, en dehors du mar- 
bre blanc, du porphyre roug^e et de la briicbe verte ; M. Ardaillon, 
au contrairi', a considéré les mrmes roches comme des basaltes 
rouges et verts « qui proviendraient soit de Mélbana, soit de 
Mélos ». Porphyre, brèche et basalte sont, pour un minéralo- 
gisle, trois r(»ches aussi diirérenles que peuvent l'être, pour un 
archéologue, des monuments égyptiens, grecs et gothiques. Il m'a 
donc paru intéressant de résoudre une question qui n'est pas 
sans qi' •' pie intérêt, puisijue la nature des éléments utilisés 
|iar h ycéniens pourrait servir d'indice pour connaître leur 
origine, (jràce à l'obligeante intervention de M. Salomon Rei- 
nach, j'ai rer de M. Chr. Tsountas, éphore des antiquités au 
Musée national il'Athènes, un certain nombre d'échantillons de 
CCS roches, sur la natiiK! exact*; desquelles l'examen microsco- 
pique, confirmé par l'analyse chimique, ne laisse aucun doute. 
(les prétendus porphyres, basaltes et briîches sont uniquement, 
les matériaux rouges aussi bien que les verts, des calcaires cris- 

1. Ilistoirr '^• iarl : (îcVe priinitirr, p. 477, 1012 el /vf.M.s»//i. 



NATUKE DES ROCHES EMPLOYÉES DANS LES MONUMENTS DE MYCliNES 17 

lallins plus OU moins siliceux, plus ou moins fciiiii^incMix, plus 
ou moins fins, provenant très vraisemblablement de ces terrains 
métamorphiques qui occupent une si grande extension en Grèce 
et dans les îles de rArcbipel. 

Voici, d'ailleurs, exactement les roches sur lesquelles mon 
examen a porté, avec leur provenance et leur détermina- 
tion : 

1. Fra(jmciU rosé 'portant une partie da rosace et provenant de 
la façade du Trésor d'Atrée. — Calcaire métamorphique rubané, 
avec grains microscopiques de quartz secondaire, contenant 7G,60 
pour 100 de carbonate de chaux, 13 pour 100 de silice, 7 ponrlOO 
d'alumine et 3,20 pour 100 de peroxyde de fer. 

2. Fragment verdàtre du fut d'une des deux demi-colonnes qui 
ornaient la même façade. — Calcaire métamorphique assez for- 
tement siliceux, contenant 71, GO pour 100 de carbonate de chaux, 
14,60 pour 100 de silice, 8 pour 100 d'alumine, 5 pour 100 de 
peroxyde de fer et 0,60 pour 100 de magnésie. 

3. Fragment de pierre lisse dun côté, de teinte rouge brique, 
provenant très probablement de la façade de la tombe à coupole 
dite tombe de Clgtemnestre, au pied de laquelle lia été trouvé. — 
Cette roche qui présente, en elïet, une vague analogie extérieure 
avec un porphyre, est un calcaire métamorphique très compact, 
formé de calcite submicroscopique teintée par du peroxyde de fer 
relativement abondant et présentant de fins délits blancs (jui sont 
de la calcite. Elle contient : 81 pour 100 de carbonate de chaux, 
0,80 pour 100 de silice, 3 pour 100 d'alumine, 9,80 pour 100 de 
peroxyde de fer et 0,20 pour 100 de magnésie. 

4. Fragment gris verdàtre de fût de colonne irouc. o'IUirro- 
pole de Mgcènes et orné de la même manière que ^es demi-colotuirs 
de la façade du Trésor d'Atréc, 

Et 5. Fragment verdàtre portant une rosace et trouvé de même 
à t acropole. — Ces deux roches, examinées au microscope, sont 
des calcaires métamorphiques identiques au n" 2. 

6 et 7. Fragments l'un rose, l'autre verddtre, appartenant êi des 
pierres ornées trouvées lors des fouilles de Schliemann êi Mgcènes. 

ni'^ SÉIUK, T. xxxv. 2 



\^ HEVIK AIU'.IIKCJLOC.KJUE 

— Calcaires iiu''lamoii>liiqiirs cl silicifiùs, lim dès analogue au 
n* 1 , l'autre pi'esijiie ideiiliiiue aux u"* 2, 4 el •"). 

Me penuellra-l-ou de saisir celle occasiou pour faire remar- 
quer riiilérèl qu'il y aurait souvent en arcliéoloi^ic à soumettre 
les matériaux employés dans la décoration ou la statuaire à une 
déteruïination précise, pour laiiuelle il suffit ^généralement d'un 
mince éclat de 1 ou 2 feiitiuii;lres de diamètre, au lieu de les 
désigner d'une ra(:()U vayuc el trop souvent inexacte? 

L. Di: Lalnay. 



L'ÉPIIÈBE DE TARSE 

(Pl. XIII, XIV, XV.) 



J'ai souvent tenté, au Musée de Gonstantinople, la restaura- 
tion de l'éphcbe de Tarse ' ; c'est un problème difficile que je ne me 
flatte pas d'avoir résolu dans son ensemble. Néanmoins, j'ai 
obtenu déjà quelques résultats certains qui permettent, je crois, 
d'interpréter le bronze de Tarse avec plus de précision, et si je 
me décide à les publier aujourd'hui, c'est dans l'espoir d'attirer 
sur lui l'attention des savants. Je suis étonné, en effet, dans la 
pénurie où nous sommes de grands bronzes du v" siècle, que l'on 
ait ainsi négligé une œuvre qui doit venir, en importance, tout 
de suite après l'aurige de Delphes. Rayet, qui la publia le pre- 
mier en 1883% avec ce sens délicat qu'il avait de l'art antique, en 
comprit bien la valeur ; mais il ne la jugeait que sur une photo- 
graphie médiocre, et les conclusions de son article, forcément un 
peu vagues, s'en sont ressenties. Depuis, le jugement qu'il avait 
porté a été généralement reproduit, avec quelques variantes de 
détail, par tous ceux qui ont eu occasion de signaler le monument \ 
Est-ce la faute des reproductions qui sont toutes mauvaises, mais 
si j'en juge à la sévérité croissante des appréciations, notam- 
ment de la dernière, celle de M. Furtwàngler % cette admirable 
statue finira par être rangée au nombre de ces accessoires insi- 

1. Cf. mon Catalogue des bronzes du Musée de Gonstantinople, no 2. 

2. Gaz. arch.y 1883, p. 85 et suiv., pl. i. 

3. Potiier elReinach, Nécropole de Myrina, p. 451 ; Friederichs-Wolters, Gips- 
abgiisse, n" 461 ; Collignon, Hist. de la sculpt. gr., I, p. 478. 

4. « Un ouvrage insignifiant et de peu d'importance, qui n'a aussi avec My- 
ron qu'un rapport très éloigné... » {Mcistcrwerke, p. 348, note 2). Je constate 
d'ailleurs que ce jugement sommaire du bronze de Tarse a disparu de Tédition 
anglaise. 



20 REVUE AHCIIÉOLOGKJUE 

gnifianls et même gênants qui encombrent l'hisloirc de la sculp- 
ture g^recque. Je voudrais tâcher, au contraire, d eu faire com- 
prendre toute l'importance. 

HestauratioH de la staltic. — Les divers fragments qui ont été 
trouvés en même temps que la tête et le buste n'ont jamais été 
publiés, ni même décrits. La mise en œuvre de ces débris permet 
cependant de déterminer l'attitude du personnage et modifie 
ainsi un jugement qui doit porter sur l'ensemble de la statue. 

Eu classantla collecliondesbronzes deTchinli-kiosk,j'ai trouvé 
trois fragments qui se rapportent à la statue de Tarse (pi. III). 
Un quatrième, qui représente, je crois, un fragment de mollet 
et qu'on m'a dit avoir été découvert avec les autres, ne lui appar- 
tient certainement pas. Restent donc un morceau de la base et 
des parties des deux jambes. 

De la base nous possédons un des angles. Elle était probable- 
ment rectangulaire plutôtque carrée, et haute deO'^jlS. Aux deux 
tiers de la hauteur , court une corniche dont le profil est légèrement 
concave. La forme de la base n'est pas nouvelle, on en trouve de 
semblables sur l'Acropole, môme avant 480; elle ne nous fournit 
donc aucune indication chronologique. 

L'examen des jambes est plus intéressant. La jambe droite est 
complète depuis le haut du genou jusqu'au pied; il ne manque 
que la partie antérieure du pied. Elle mesure O'",o0. La jambe 
et une partie de la cuisse gauche sont conservées depuis le bas 
du mollet jusqu'à l'attache du fémur. Le devant de la cuisse est 
fort endommagé. Le fragment entier mesure 0"S55. Du moins, 
les deux morceaux nous donnent la hauteur des jambes et des 
cuisses jusqu'aux hanches, et si l'on rapproche les jambes du 
torse existant (haut. O'",o0), on voit qu'il ne manque guère, pour 
compléter la statue, (juc la région abdominale, soit environ 
0"',3(). En ajoutant ces différentes mesures, l'ensemble de la 
statue atteint une hauteur totale de 1™,65 à 1"',70, c'est-à-dire 
la taille d'un éphêbe adolescent. 

Les jambes permettent aussi de retrouver Tattitude du person- 
nage. La jambe gauche se dresse rigide, les muscles bien tendus. 



L ÉPnÈRE DE TARSE 



2i 



Le pied repose tout entier ù plal, comme le prouve le puissant 
tenon de fer carré, inséré sous le lalon, qui le (ixail ;ï la baso. 




Fig. 1. — Restituliini de IV'phèbe de Tarse. 

La jambe droite est au contraire légèrement courbée. Si on met 
ce fragment en place, la cuisse se porte un peu en avant, mais 



22 RF.Vl'E ARCHÉOLOGIHUE 

la jambe tombe franchement droit à terre; ainsi le pied droit 
devait, comme le gaucho, s'appliquer à plat sur la base. Le croquis 
ci-joint, fait sur mes indications, montre l'attitude que l'examen 
des fragments m'a conduit à adopter. Avec la jambe gauche 
tendue et la droite légèrement avancée, le poids du corps se 
trouve également réparti sur les deux jambes. Voilà déjcà un ré- 
sultat intéressant et qui nous fournit, pour l'interprétation de 
l'œuvre, une indication sérieuse : il nous permet d'exclure de nos 
éléments de comparaison toute une série de statues figurées avec 
un mouvement de marche, c'est-à-dire la plupart des statues de 
la deuxième moitié du v° siècle, et de rechercher plutôt dans les 
œuvres qui les ont précédées des analogies avec notre bronze. 
Reste à déterminer la position des bras. C'est un problème 
qui a découragé jusqu'ici tous ceux qui l'ont abordé et qui est 
demeuré sans solution. Le bras gaucbe était séparé de l'épaule lors 
do la découverte de la statue; il a été remis en place, mais la 
tradition semble s'être établie depuis Rayet qu'il a été mal rajusté 
et que le mouvement en est faux. Après un examen approfondi 
de l'original, je crois la critique peu fondée. Les morceaux 
ont été exactement raccordés, sans qu'il y ait place, dans 
la disposition adoptée, pour la moindre contestation; tout ce que 
l'on peut dire, c'est que le biceps a été un peu trop épaissi par 
le raccord. L'impression désagréable produite par le manque de 
proportions et d'équilibre de la figure vient certainement de l'am- 
putation lamentable du bras droit. 

Le bras droit devait se dresser brusquement, si l'on on juge 
par la direction de la clavicule et le creux profond formé par le 
deltoïde. Le bras de l'Hermès d'Olympio peut nous fournir une 
indication à cet égard, et à voir rinclinaison de la tète de notre 
statue, il me paraît certain que le bras montait hardiment presque 
droit, j'ajoute — ici commence l'hypothèse — que, comme 
le gauche, l'avant-bras droit devait se porter en arrière. 

La direction exacte du ce bras se retrouverait aisément si Ton 
pouvait déterminer l'action à laquelle se livre le personnage. 
M.ilheureusement je ne suis arrivé, sur ce point, à aucune certi- 



I. KI'IIKIIE DK TAHSK 23 

tilde, et j'en suis réduit à une supposition : du moins, .li-jc res- 
treint le champ de celles qui sont possibles. Je ne m'attarderai pas 
à.disculer les explications qu'on a déj;i proposées', — celles d'un 
Diadumène, d'un Apoxyomène ou d'un « enchriomenos », — ex- 
plications que leurs auteurs mêmes ne croyaient pas pouvoir dé- 
fendre. L'attitude générale du personnag-e, telle que nous l'avons 
rétablie jusqu'ici, ce torse solidement campé sur lesdeuxjambes 
et sur les pieds portant à plat sur le sol, cette tête penchée en 
avant et dégageant la nuque et les épaules, les bras rcjelés en 
arrière, tout paraît indiquer que l'épbèbe tenait un fardeau sur les 
épaules, fardeau plutôt léger, qu'il porte avec aisance, sans que 
l'eflort déforme les lignes fines et même un peu grêles de son 
corps. Quelle était la nature de ce fardeau? L'objet que le per- 
sonnage tient fortement serré dans la main gauche peut seul nous 
guider. C'est, malheureusement, ce que, souvent en archéologie, 
on appelle un objet indéterminé. Il est rond, il se recourbe à 
l'endroit où il sort de la main, avant la cassure, et il porte des in- 
cisions ou des rainures irrégulières qui me paraissent indiquer 
les poils de la patte ou de la queue d'un animal. J'ai pensé que 
notre éphëbe portait peut-être sur les épaules un agneau qu'il 
aurait tenu des deux mains par les pattes. Du reste, le type du 
criophore avait été déjà créé dans la première moitié du v« siè- 
cle, car, sans parler du Moschophore de l'Acropole, Calamis 
avait exécuté pour la ville de Tanagra une statue d'Hermès 
criophore. Mais, il faut bien le reconnaître, aucun des types de 
criophores que nous avons conservés" ne correspond à celui 
dont je propose ici la restitution; les pattes de l'animal passent 
en général à droite et à gauche du cou du personnage qui les 
lient deux à deux dans ses mains légèrement abaissées'. Il 
faudrait donc, dans l'hypolbèso (jue je présente, admettre une 
variante inconnue du type du criophore \ 

l.Cf. Rayet,/oc. cit. ; Friederichs-Wollers, 461 ; Pollier el Reinach, /'/(•. cil. 

2. Cf. IHeinach, Répertoire, p. 551 à 554 (flivers types de criophore.';). 

3. Voir nolammenl Clarac-Reinach, pi. 7U4 c, l'tcO; pi. 710 a, 1727 a; 
pi. 732, 1764, elc. 

4. J'ajoute, pour être complet, qu'il n'exisle point, sur le dos du personnage, 



24 REVDE AnCnÉOLOGlQUE 

M. Potlier, à qui j'ai soumis la question, est frappé comme moi 
de l'altitude du personnage, ol il se demande si le fardeau ne se- 
rait pas une outre pleine dont la main gauche saisirait le col, lié 
parune ficelle'. «Je ne sais, ajoute-t-il, si l'accessoire permetcette 
supposition. » L'hypothèse me paraît valoir la peine d'être signa- 
lée. Les éphèbes vainqueurs au jeu de l'ascoliasmos recevaient 
en prix une outre pleine de vin, et le retour de l'éphr'be avec son 
outre sur les épaules a pu inspirer quelque sculpteur. Le sujet fut 
maintes fois traité à l'époque hellénistique. Voilà les deux hypo- 
thèses que l'on peut proposer à la discussion; je souhaite que 
mes observations suggèrent la solution définitive à quelqu'un de 
plus heureux ou de plus qualifié que moi. 

Le style et F époque. — Les hésitations des premiers critiques 
au sujet de l'attitude frappent encore plus dans l'appréciation du 
style. Hayet* trouvait, — très justement d'ailleurs, — dans le 
bronze de Tarse des analogies avec l'Harmodios de Critios et 
Nésiotès; Wolters'y voit comme l'ébauche de la tête de l'Hermès 
de Praxitèle; deux ou trois noms de sculpteurs comme Myron, 
Calamis ou Alcamène, ont aussi été prononcés; M. Furtwàngler 
de son côté déclare que la tète en question n'a qu'un rapport très 
éloigné avec Myron. L'étal civil du bronze de Tarse est, on le 
voit, encore bien peu régulier. 

L'incertitude de tous ces jugements repose sur une impression 
juste, c'est celle d'un mélange singulier, dans la statue de Tarse, 
d'archaïsme et de liberté, qui fait que l'un pense à Critios quand 
l'autre a l'esprit tourné vers Praxitèle, et qui rappelle un peu 
l'efTel produit par certaines œuvres soi-disant pasiléliques, en 
face desquelles on est toujours tenté de croire à une mystifica- 
tion, ^on point (jue je songe le moins du monde à voir dans 

de traces d'allaches ou de soufture, qui auraient pu fixer l'objet dont, nous clier- 
chons à déterminer la nature. 

1. Cf. dans la peinture à figures rouges de style sévère des types analogues, 
nolatiimenl n<,m. Miltli., V, pi. 12; Lenormant el de Wilte, Elilfi cà'amo(jra- 
phif/ui:, I, pi. il et Ah a. 

2. liaz. arch., loc. cit., p. HO. 

3. Friedericlis-VVollers, n''401. 



l'éphèbe de tarse 2?} 

réphèbe de Tarse un pastiche pasitélique; mais encore était-il 
intéressant de montrer une fois de plus (jiie dos statues comme 
rOreste du groupe du Louvre, par exemple, peuvent parfaitement 
être des copies exactes et non dos arrangements d'originaux du 
v** siècle, — et aussi d'établir que notre bron/e, découvert en Asie 
Mineure, loin de sa patrie d'origine, est bien un original. J'en 
trouverai des preuves suffisantes dans la technique même', 
l'épaisseur du bronze qui a bien 6 à 7 millimètres, le fini du tra- 
vail, la trace d'un burin consciencieux et précis dans l'indication 
des mèches de cheveux. 

La question est de savoir où, à quelle place dans le v" siècle 
il convient de ranger l'athlète de Tarse; et puisque le nom de 
Myron a été prononcé, faut-il voir dans notre bronze une œuvre 
tardive du v® siècle, pâle reflet du génie du grand maître allique? 
N'est-ce pas plutôt une œuvre personnelle pleine de sève el de 
fraîcheur, antérieure à Myron? 

En réalité, nous ne savons pas grand'chose de Myron. Les hy- 
pothèses présentées par M. Furtwangier pour étendre notre con- 
naissance de cet artiste, offrent même, ce semble, beaucoup 
moins de consistance que celles qui concernent Phidias ou Po- 
lyclète. Le Marsyas et le Discobole eux-mêmes paraissent, à tra- 
vers tous les copistes, avoir subi de telles transformations qu'il 
est impossible de se faire, dans les détails, une idée précise du 
style myronien. C'est dire qu'on ne peut parler qu'avec une ex- 
trême prudence des diverses étapes de son talent et de l'évolu- 
tion de sa manière, et je ne me risquerai pas, pour ma part, à at- 
tribuer la tête de l'athlète de Brescia» à la jeunesse, et la tête 
Ince Blundell ^ à la vieillesse du maître. Pourtant, et en tenant 
compte des modifications qui se produisent au cours de la car- 
rière d'un artiste, il ne paraît pas que Myron ait rien gardé, dans 

1. Pour certains détails de technique, comme Tinserlion des petites plaques 
rectangulaires qui servaient à masquer des défauts du bronze, je renvoie aux ob- 
servations d'un juge particulièrement compétent, M. de Ridder, dans son Cata- 
logue de la Soc. arch. d'Athènes, p. 175, n» 939. 

2. Furtwangier, Maslerpieces, fig. 72. 

3. Furtviingler, Masterpieces, fig. 71. 



2G REVUE ARCHÉOLOGIOL'E 

son faire, des proc(!^dés des maîtres arcliaï<]iios qui l'ont précédé. 
Tout ce que nous savons de lui nous montre un génie indépen- 
dant, primcsautier el novateur, aussi bien dans le choix des su- 
jets que dans la technique de son art. La seule tête soi-disant 
« mvronienne » qui présente un caractère archaïque très pro- 
noncé, c'est une tète d'athlète de Brescia ', qui paraît bien plutôt 
appartenirau groupe de sculpteurs pré-myroniens parmi lesquels 
on peut chercher l'auteur de l'aurige de Delphes. La forme ar- 
rondie du crftne, l'indication un peu sèche des mèches de che- 
veux, la li^ne dure de l'arcade sourcilière qui se relève à l'ex- 
trémité et recouvre des yeux allongés et étroits, enfin l'épaisseur 
des lèvres légèrement enlr'ouvertes, tous ces éléments, — qui 
n'excluent pas de notables différences, — sont communs à la 
tète de Brescia et à celle de l'aurige. 

Pour toutes ces raisons, je ne serais pas disposé à attribuer 
l'éphèbe de Tarse à l'école myronienne et encore moins à un 
sculpteur d'époque plus basse. Dans ce sens, il me paraît par- 
faitement juste de dire que notre bronze n'a qu'un rapport 
éloigné avec Myron. Je chercherais plutôt des analogies dans la 
sculpture qui a précédé cet artiste. C'est une période de l'art, il est 
vrai, assez mal connue, mais du moins nous y possédons un 
point de repère extrêmement précieux, une œuvre datée et si- 
«mée, les Tvrannicides de Naples, copie d'un bronze exécuté en 
477-476 par Critioset Nésiotès ^ B. Graef, le dernier, a montré 
en termes fort justes l'importance de ce monument. En fait, au 
sortir de la sculpture encore ionisante de l'Acropole, c'est, 
parmi les œuvres qui nous sont restées, la première qui ré- 

1. Je ne connais pas l'original, et je n'ai pas pu m'en procurer de moulage. 
Je n'en juge donc que d'apn-s la repruduclion nssez médiocre des Masterpipces, 
fig. 72. Je me trouve devanl deux allirmalions conlradicloires de l^'urlwiingler 
eld'Arndl {Einzclv. 1*.)7-19'.)) d'une pari qui reconnaissent dans celle lêle un 
lie! original, el dune apprècialit.n de Conze qui n'y voit qu'une mauvaise copie 
(Arrh. Anz., 1H67, \()>i). 

2 Ce n'est pas ici le lieu de disculer la question de la justesse de celle allri- 
buïion. J'admets, quille a v revenir plus tard, les conclusions de B. Graef, qui 
me paraissent d-finitiv.'s {Alloni. MUtheilun.jcn, XV, 18'JO, 1 el suiv.). 



L'iî:iMit:Bi': dk tause 27 

vêle un esprit noiivoau, le travail hardi d'un arlistn qui rompt 
avec la tradition du passé et introduit dans la sculpture le mou- 
vement et la vie. Le geste énergique d'ILarmodios entraîné, le 
bras lové, vers sa victime, voilà bien la découverte qui fait de 
l'artiste, après les anciens maîtres attiques, le premier des mo- 
dernes. Ce qui le rattache à ses prédécesseurs, c'est la techni- 
que encore embarrassée et qui paraît certainement en retard sur 
les aspirations du sculpteur. Le dessin de la tête notamment, 
avec ses yeux sans vie et son menton trop long-, la chevelure 
appliquée sur le crâne comme une calotte, les boucles de cheveux 
juxtaposées et tournées comme des escargots, tous ces détails, 
maintes fois signalés, rappellent seuls que l'artiste est encore 
un primitif. 

Rayet avait déjà noté la ressemblance de la tête de Téphèbe 
de Tarse avec celle de l'IIarmodios et appelé l'attention sur la 
disposition caractéristique, dans les deux œuvres, de la chevelure 
avec ses mèches en « tire-bouchon ». La forme même des deux 
têtes présente une analogie frappante, et si l'on veut bien 
comparer le profil de l'éphèbe (pi. XIV) avec celui de l'IIarmo- 
dios, par exemple dans l'excellente gravure donnée par M. Col- 
liguon, dans V Histoire de la sculpture grecque, fig. 190*, 
on remarquera, ici comme là, le même front bas et la même 
calotte de cheveux qui couvre un crâne sans nuque et un cou 
épais et trapu. Xomme cette tête carrée, aux angles à peine ar- 
rondis, paraît [lourde encore à côté des crânes myroniens avec 
leur haute voûte et leur nuque arrondie! 

Ces traits communs rattachent certainement l'éphèbe de Tarse 
à la tradition de l'art de Critioset Nésiotès. On pourrait signaler 
encore d'autres restes d'archaïsme, comme roreille<saillante-, 
au contour indécis, au lobe épais et court, le nez lin ot la 



1. Ou encore Brunn-Bruckmann, pi. 328 6. 

2. Ce détail est 1res caractéristique dans le bronze Sciarra. CI. Wim. MUlhcil., 
Il, pi. 5, la tète rie face. Quant au prétendu f:onnement de l'oreille, signalé par 
Rayet, et qui serait produil_par les coups reçus par l'athlète, je n'en recon- 
nais pas les traces,"pas^lus d'ailleurs que dans le bronze Sciarra. 



28 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

bouche enlr'oiiverlc, le manque de vie surtout qui rend ce visage 
presque bestial. Néanmoins, le dessin paraît en progrès sur celui 
des Tvrannicides : le modelé du front et la saillie de l'arcade 
sourcilière. la courbe élégante et précise des paupières, l'ovale 
allong-é du visage enlèvent à l'éphèbe de Tarse un peu de la 
lourdeur de la lète d'Harmodios. La forme générale du corps et 
le mouvement restent bien l'un et l'autre dans la tradition de 
Critios. Le corps un pou mince et grêle témoigne de qualités 
de précision cl de sécheresse communes aux œuvres attiques 
antérieures à Phidias. Quant ù Tattitude, j'en ai dit déjà 
assez, pour n'avoir pas encore à en montrer la hardiesse et la 
liberté. 

Toutes ces observations permettent d'attribuer l'éphèbe de 
Tarse à l'école atlique* qui a précédé Myron et qui a suivi 
Critios, entre 480 et 450, et, si Ton veut, plus près de 450 que 
de 480. C'est une période très importante dans l'histoire de l'art 
altique dont quelques œuvres malheureusement anonymes nous 
ont seules conservé le souvenir. 

Dans la grande statuaire en bronze antérieure à 450, le bronze 
Sciarra* et l'aurige de Delphes occupent une place à part'. Ori- 
ginal grec*, ou plutôt copie italique d'un bronze grec, le bronze 
Sciarra paraît certainement plus ancien que le bronze de Tarse, 
mais l'aisance de l'attitude et du geste, l'indication précise des 
muscles, la forme de la tête et les éléments principaux du visage, 
— l'oreille placée un peu haut et détachée du crâne, le nez fin, la 
bouche cntr'ouverle le rattachent à la manière de Critios. 



1. Comme signe H'atlicismp, faut-il signaler encore, comme on Ta fait ù pro- 
pos «le l'aurige de iJelpIies, les favoris naissants indiqués par les quatre petites 
boucles à hauteur des oreilles? 

2. Studniczka, iVlm. Milt/i., II, pi. 3 à 5. 

3. Il faut ajouter aussi le magnifique Poséidon de bronze que j'ai vu l'an der- 
nier au Musre central d'Athènes, et qui date de la même époque, 470 environ. 
M. de Ridder doit le publier prochainement. 

-4. Furtwangler, Silzinujsberichte d. Akad. su Miinchen, 1S97, II, p. 112. 
Autant que j'en puis juger sur la mauvaise planche des Riim. il//<</i., Furtwiin- 
gler parait bien avoir raison ; le travail hàtif et négligé des cheveux ne rappelle 
en rien le burin consciencieux et précis des bronziers grecs. 



l'ÉPHÈBE D12 TARSE 29 

L'ainigo do Delphes, d'une technique plus soignée, presque; 
parfaite, présente du moins, dans son altitude générale et dans 
le dessin du visage, de si élroites analogies avec le hron/e 
Sciarra, que les deux œuvres peuvent passer, pour conteuipo- 
raines. Elles précèdent de quelques années l'éphèbe de Tarse. 
Un groupe de statues apparentées de très près au bronze de 
Tarse comprend les athlètes verseurs d'huile de Munich et de 
Dresde. Déjà M. Salomon Reinach* avait cherché dans le type de 
r « enchriomenos » l'explication du geste de l'éphèbe de Tarse. 
Les observations que nous avons présentées plus haut nous dis- 
pensent de discuter cette hypothèse, mais les rapprochements 
établis par M. Reinach n'en conservent pas moins toute leur va- 
leur. Les athlètes verseurs d'huile peuvent être répartis en trois 
groupes : \° le groupe archaïque, représenté par un petit bronze 
du Brilish Muséum % qui date de 460 environ; 2" le groupe ar- 
gien, auquel appartient la statue de Petworth \ postérieure à 
450; 3" le groupe altique, qui comprend la statue de Munich* 
et la statue de Dresde =. On peut y joindre l'athlète de Flo- 
rence ^ interprété par L. Bloch, comme un « enchriomenos », 



1. Pottier et Reinach, La nécropole de Myrina, p. 150. 

2. J'ai eu l'occasion d'étudier à ce propos le type de 1' « encl-.rioinenos » 
{Monuments grecs, 1895-1897, p. 1). M. Furiwangler publiait en même temps ne 
monument dans les SitzuiKjsbcrichle Akad. zu Munc/iot, 1897, II, p. 129, pi. VI. 
En réalité, nos conclusions diffèrent peu. J'avais reconnu dans ce bronze une 
œuvre de l'école argienne vers 470. M. Furtwiïngler y voit une œuvre de style 
attique inauencée par les procédés des maîtres argiens vers i6(i. Je crois bien 
maintenant que M. Furtwangler a raison de rattacher cette figurine à l'école 
attique (cf. notamment l'Apollon à l'omphalos, éphèbe de l'Acropole). Mais je 
commence à ne plus reconnaître les caractères spécifiques de l'art dit pelopon 
nésien, et à me demander même s'il existe un style argien opposé à un style 
altique, avant Polyclèle. Pour la provenance du bronze du British Muséum, 
M. Furlwiingler déclare qu'il fut apporté de la Grande-Grèce par Hamilton. 
M Cecil Smith que j'avais interrogé à ce sujet me répondit : « The bronze 
belonged to Ihe Payne Knight collection, and like most of Ihat collection had 
no provenance named. » 

3. Furtwangler, Masterpieccs, fig. 107. 

4. Brunn-Bruckmann, 132, 134 a, 135. 

5. Brunn-Bruckmann, 133, 134 6. 

6. L. Bloch, R'jin. Miltli., 1882, p. 83. 



30 llEVLE ARCUÉOLOGIQUE 

et plus juslement, ce semble, par Furlwungler*, comme un 
« apoxyomène ». M. Fiirlwangler croit même distinguer dans ce 
groupe allique deux tendances bien distinctes; il considère la 
statue de Municliet la statue de Dresde, comme deux œuvres de 
style dilTérenl, et tandis qu'il rattache la première à la tradition 
myronienne, en l'attribuant à un fils de Myron, Lykios, qui 
vivait vers 440, il reconnaît dans la seconde une œuvre attique 
de la lin du v siècle ou du début du iv'"; le même artiste aurait 
exécuté la slatue de Florence. Les diiïérences u radicales » que 
signale M. Furlwangler entre les deux types altiques me parais- 
sent ne j)orter que sur des nuances; pourtant, comme je ne 
connais pas les originaux, je ne saurais présenter une affirma- 
tion catégorique : mais, avec les éléments d'information dont je 
dispose, je suis plus frappé, comme l'était Brunn*, des ressem- 
blances que des différences. 

Quoi qu'il en soit, c'est dans le groupe attique que nous trou- 
vons des éléments de comparaison avec le bronze de Tarse ; la 
statue de Dresde peut môme rester hors de cause, puisque mal- 
heureusement la tête a disparu. D'une manière générale, les 
« verseurs d'huile » attiques sont exécutés dans un style plus 
avancé que l'éplièbe de Tarse, mais ils se rattachent étroitement 
à la même tradition « naturaliste ». L'attitude du corps dont le 
poids porte également sur les deux jambes, la liberté du mou- 
vement, l'inclinaison de la tête, les formes un peu sèches et grê- 
les de l'adolescence, voilà des caractères communs à l'athlète 
de Munich et à léphèbe de Tarse. Si l'on compare les têtes, la 
parenté paraît plus évidente encore; la tête du «verseur d'huile » 
de Munich reproduit, avec plus de liberté, les formes essentielles 
de la tête de Tarse, la silhouette carrée du crùne, la saillie de 
l'arcade sourcilière, la courbe élégante des sourcils et des pau- 
pières, la ligne droite du nez, la finesse des lèvres. Tous ces 
traits déterminent un type (jui annonce déjà celui de THermès 



1. Maatci'pierrs, ]>. 201. 

2. Annali, 1879, p. 2Ul. 



LEIMIKBK DlC lAUSi: 31 

de Praxitèle', el la place que l'athlèlc de Munich occupe entre 
l'éphèbe de Tarse el rilermt's d'Olympie, explique rimjtression 
de ceux qui, comme Rayctou Wollers, retrouvaient, dans lalrlu 
de Tarse, comme un avant-goût du style praxilélécn. IMus fiap- 
pante encore parait ranalogio entre l'épluibe de Tarse et l'atlilid»! 
de Florence, Léo Bloch', dans un article un peu diiïus, notait 
avec raison le dessin un peu sec de la tête de l'athli^te, l'épais- 
seur des paupières, et y trouvait des raisons de voir dans la sta- 
tue une copie mécanique d'un original en bronze. L'éphèbu de 
Tarse confirme cette observation fort juste et peut donner une 
idée de ce qu'était l'original de l'athlète de Florence. Ce sont deux 
œuvres apparentées de très près qui présentent dans la structure 
de la tête d'étroites ressemblances telles que la formée carrée du 
crâne, la saillie du front, le nez fin et droit, là chevelure aux 
mèches régulièrement disposées. Tous ces monuments forment 
un groupe unique qui se place aux environs de 430. 

A cette série de monuments qui se rattachent à la tradition 
créée par Critios, je rattacherais volontiers deux têtes qui pré- 
sentent entre elles de grandes ressemblances, la tête de Périnlhe ' 
et la tête d'un pugiliste du Louvre. Furtwangler* y reconnaît le 
style de Pylhagoras de Rhcgium. Le nom importe peu. Il est 
plus intéressant de signaler les liens qui les unissent à l'éphèbe 
de Tarse, et d'y retrouver les mêmes traces de facture archaïque, 
la forme carrée du crâne, le cou sans nuque, les boucles de che- 
veux régulièrement disposées, les mâchoires épaisses et les yeux 
aux paupières pesantes. 

Une dernière scrio de monuments mérite d'être signalée comme 
élément de comparaison. C'est la série des Hermès de la villa 
Ludovisi% dont quelques-uns paraissent être des copies d'origi- 
naux attiques de la première moitié du v. siècle. Le plus inté- 



1. Cr. Kelîulé, Ueber demKopfdes Praxitel. Hennés. 

2. Rom. Mitth., 1882, p. 79. 

3. Alh. MiUh., 1891, pi. 4-5. 

4. Inlcrmczzl, p. 10. 

5. BiuimBruckmann, 329; Monumenli, X, 57, 2 a. 



32 REVUE ARCHÉOLOGIOL'E 

ressant est un Hermès restauré en Hercule; la rcproducliou 
(Junnéo dans les Munumenti (fig. 2) permet de saisir les analogies 
que la lèle présente avec celle de l'éphèbe de Tarse, la technique 
archaïque des cheveux, la saillie de l'arcade sourcilière, la courbe 
un pou dure du menton. B. Graef* avait déjà saisi le lien qui 
rattache cette tète à celle de TDarmodios. Le rapprochement 
sera plus juste encore si on l'établit avec une œuvre dérivée de 
THarmodios, comme le bronze de Tarse. L'Hermès-Hercule 
Ludovisi et l'éphèbe appartiennent à la même génération de 
sculpteurs. Je rattacherais, par analogie, au même groupe, un 




Kif,'. 2. — ïOtc do rilcrmès Ludovisi. 

autre Hermès d'un prétendu Discobole de la villa Ludovisi, 
dont il conviendrait peut-être de restaurer les bras comme ceux 
de l'Aurige du l*alalin*. 

Dans la sculpture décorative, les ressemblances ne manquent 
point avec le bronze de Tarse. Rayet était surtout frappé de celles 
quil présentait avec les sculptures d'Olympie, notamment avec 
le jeune Lapithe mordu par un Centaure, dans le fronton occi- 
dental du temple de Zens. La comparaison paraît fort juste. On 
reconnaît dans la tête du Lapithe, — mais avec moins de préci- 
sion et avec la largeur d'exécution qui convient à une œuvre 
décorative, — les éléments essentiels do la tète de l'éphèbe, 

1. Lr>c. cit. 

2. huU. di homa, 1888, pi. 10 à 18. 



L KPIIKIÎK DK lARSK ii.'J 

les clicvciix en lire-bouchon, ajtplifjués comme im l>onnrl de 
lourrure sur lu lêle cl la nmjue, le pli du Iront cl la saillie de 
l'arcade sourcilière, enfin la hcsiialilc de l'exprL'.s.sion. Ces uh- 
servalions ne font que conlirnu-r la date de M'A) (|ue nous avons 
ussig-née au bronze de Tarse. Ce n'est pas la première fois, du 
reste, que des œuvres d'origine altique provoquent des compa- 
raisons avec les sculptures d'OIympic, que l'on trouve, comme 
on dit, sur des « recoupements » partis d'Athènes. C'est là une 
question sur laquelle je me propose de revenir un jour. 

Les plus anciennes métopes du Parthénon. (juc l'on a pu rat- 
tacher avec beaucoup d'à-propos à l'école de Critios, fourniraient 
des comparaisons du même ordre. Je signalerai encore les mar- 
bres du Théseion*; ils sont malheureusement fort mutilés, mais 
la silhouette générale des corps nous est assez bien conservée 
pour permettre d'y retrouver les caractères propres à l'art formé 
par Critios, la hardiesse du mouvement et la précision un pou 
sèche du dessin. Ce sont là des qualités qui sont entrées dans la 
sculpture altique avec Critios et Nésiotès et que leurs élèves ont 
perfectionnées. J'ai essayé de rattacher l'auteur du bronze de Tarse 
à celte tradition et de montrer dans quelle mesure il l'avait dé- 
veloppée. C'est un maîlre qui n'a pas encore rompu avec la 
technique archaïque, qui travaille avant 4o0 et qui précède 
Myron. Une tradition nous a conservé des noms d'artistes qui 
auraient été les disciples de Critios. Je me garderai bien de les 
citer pour qu'on ne m'accuse pas d'avoir découvert une œuvre 
inédile de Ptolichos ou d'Amphion. .le mentionne seulement 
celte indication pour montrer dans quel groupe je voudrais clas- 
ser l'athlète de Tarse, mais je ne me crois pas en état de pousser 
plus loin, dans celte élude, la précision. 

AndiM' .hiritiN. 

1. Cl', la récente élude de B. Satici-, /)av soijaumnlc Theseion. L'auleur y 
alliibue les sculptures du Tlieséion à Ampliion de Cnosse, donl nous ne savons 
d ailleur? absolument rien. Je ne vois pas trop ce que l'iiisloire do l'art a irngné 
à l'intervention de cet inconnu. 



ui'' staiii, T. xxxv. 



SVRIACA 



ir 



s 4- — LA DEDICACE DES PROPYLÉES DE GERASA 

(hi doit beaucoup de gré à l'École Saint-Élienne de Jérusa- 
lem jiour son exploration épigraphique de Gérasa, dont le 
P. Germer- Durand a fait connaître les résultats dans la Revue 
biblique (tS'Jo, p. 374 sq.). Il est juste, pourtant, de remarquer 
que, parmi les inscriptions données dans la Revue biblique, plu- 
sieurs avaient été publiées déjà par feu Merriam", d'après des 
copies dePeters, notamment la première, qui du reste avait de- 
puis longtemps toute une littérature, ayant été copiée partielle- 
ment par Seetzen, Burckbardt, Vidua, Bertou, et ayant eu l'hon- 
neur d'occuper Bockh, Letronne, Franz et Cavedoni^ C'est la 
dédicace des propylées de Gérasa. 

Ces propylées étaient l'un des plus anciens et des plus beaux 
monuments de Gérasa, qui en comptait tant de remarquables '*. 
Bàlis à la lin du règne d'Antonin le Pieux, au centre de la ville, 
sur la via recia, ils donnaient accès à un grand temple périplère, 
le plus important de la ville, peut-ôtre le temple du Soleil. C'est 
à tort que Muriiam écril (ju'ils étaient voûtés; l'erreur doit être 



1. Voir n» fie la licvue, janvier-février 1898. 

2. Ami:r. Journal <>f archxoL, 189.3, p. 418 s(|. 

'.'t. Hcrueil'ics inscr. ijr. et lai. de l'E'ji/ple, I, p. 216; C. l. G., n° iijôl et 
add., III, p. 1183. 

'». Cf. Sinilli, Dicl. of ijcngr., s. v. ; liadeker, Paleslina and Si/ria* (189'i), 
p. 18.3, avec un plan de Kieperl; Schumacher, Dscherarh, (J;uis la Xeilschrift 
d. /'«/,- KtT., XVIII, p. 120; liuresch, Schumacher' s Inschriflen aua Dscherasch, 
ifJ., ibifl., p. lit; Prince Kupreclit de Bavière, Die Huinemladt Gérasa in 
Adschlun, dans la Zeilschrifï des M a nchener AUerthûins-Vereins, ianvier 1898. 
Je n'ai pas vu la publication du comte Lazarew (en russe). 



SVIUACA 



aii 



inipulablo à INiters, qui aura pris pour des voussoirs les débris 
de la dédicace; au vrai, la dédicace était gravée sur uih; plate- 
bande, qui devait être formée de neuf claveaux. Le (jii.ilrii'MU' 
n'a été retrouvé par aucun voyageur. Le liuitième n'est connu 
que par la copie du comte de Bertou; ni le docteur Pcters ni le 
P. Germer-Durand ne l'ont revu : peut-être a-l-il été détruit par 
les Tcherkesses établis dans les ruines. 

La restitution de Merriam n'est pas heureuse, quoiqu'il ait eu 
à sa disposition les copies des huit morceaux conservés. Il 
renonce à trouver la place de I et de II, et intercale IX entre 111 
et V. La restitution du P. Germer-Durand, fondée sur une étude 
directe des pierres, marque un grand progrès; elle eût été par- 
faite, si le savant Assoniptioniste avait eu connaissance; de la 
copie que M. de Berlou avait prise autrefois du claveau VIII. 



T 



[S] 



\ ^ tTHCAYf<iK?Arq/3^ ^-^ 

\ >..'.TUNé* \Tlf \(rKAi».Yf/HM0II;»;t<fc< / 









On restituera ainsi la dédicace en question : 

['T-I]p T-^? ajTO-/.pâi:o,pcç] 

[Ka-crapoç] T. ArA[':]cu 'Aop['.]av:u 

'Av-o)ve{[vo'j îÙ7£6ouç;] ■::. t:. "/.al Aùpr/A-cj I\a (jsapo; 

[toj 'j'i'j a'j]-ou y.a'i twv [xfy.vcov ajtwjv /.ai xzX) !;jvT:avTs[ç] oiV.ou 7a)TY;p'.a; 

■/.a-. ■/.pa[^':(7]'C0U /.ai -spafç Gjyv.'hrr.oj y.Jai ot^j.o'j 'Pw;;.a{o)v r, '::[6]\:q 

xi T.porS/JiCiiO't -/.a'' ty;v] sxci^v] àç'.fpcosEv 
ï%[i] A'A. 'A—'.. [K]opv^A'.[avoi3 tûu] SsS. àvr.îTp. ûzâTCJ xv x o. 

L. o. Le texte donné au graveur devait porter : v.r. '.izxz 
-jv/.Ar-oj y.a'i y.pa-'JTOJ $r,;x:J 'Po);;.a((.)v. Le graveur s'est trompé. 

L. 7. Le mot âvaosBs-.YiJ.ivoj ne devait pas être écrit en entier: il 
était abrégé, comme la plupart des noms et titres de cette ligue. 



'M\ HEVL'E AKCMÉOLOlilOUE 

Kn resliliiant l'abréviation ANAA» qui ^'^^i^ d'iisag-c, on ol)lient 
nne Iii;ne <ini se ilislribiie avec une symétrie parfaite des deux 
côtés de la clef de la plate-bande. 

On souhaiterait savoir quel ornement portait cette clef. Peters 
le ligure par deux ovales concentriques; Merriam n'en dit rien; 
le 1*. Germer-Durand le ligure par un cercle, et il écrit : « Le 
milieu de l'inscriplion est occupé par nne métope (sic) de G", 50 
de diamètre. » (îe médaillon portait-il le busie, maintenant mu- 
tilé et méconnaissable, d'Antonin le Pieux, comme le médaillon 
quidécorerarcliitravedespropylées d"Éleusis?En touscas, notons 
cet emploi d'un ornement circulaire au milieu d'un linteau in- 
scrit; il subsistera à l'époque chrétienne; au lieu du buste impé- 
rial, ou de l'aigle, ou de la tète de Méduse ou de lion, les chré- 
tiens mettront la croix ou le chrisme, la dédicace restant symé- 
triquement répartie à droite et à gauche. 

Le légat de Syrie Attidius Gornelianus était connu', mais on 
ignorait son prénom. xVinsi tombe l'hypothèse de Waddington, 
qui l'identifiait avec un certain L. Attidius Gornelianus, dont le 
nrun se lit sur des fastes sacerdotaux de Rome, et qui mourut en 
lus. Peut-être ce Lucius était-il lils d'.Elius le légal. 

§5. — LE RHETEUR PTOLEMEE DE GAZA 

La dédicace (iiii nous fait connaître ce personnage a été décou- 
verte dans le sanctuaire d'Eleusis, el publiée sans aucun com- 
mentaire par M. Skias dans l"Eç;r,;;.ep':; à^i/a'.c/.cY'.y.r^ de 189i, 
col. 210. Il valait jiourtant la peine de remarquer qu'on v trouve 
la première mention éjtigraphirjue de la ç:'.v'./.xr/{a; et surtout il 
était intéressant de la dater. 

Elle est gravée sur un grand piédestal de marbre pentélique 
(|iii mesure 1"',1.'> (le haut sur 0'",.'>2 de large et 0™,60 d'épais- 
seur. V^x'):yj.-y. 't.'.xi ï~'-.'Sltm)z /.eyapaYi/.éva, dit M. Skias; pour un 

1. Scr. liisl. Aufr. VUa Mard, 8,6. Cf. Bor^^liesi, IV, [.. in; ; WarJdinglon, 
n«''.'5G2 '/; Klebs, Prosopoyrapkia, 1, p. 178-17U. 



SYIUAC.A 



:m 



texte d'époque aussi basse, la gravure ne me semble pas si mau- 
vaise. Le fac-similc ci-joint reproduit la copie qu(î j'ai prisi; du 
monument (à la 1. Ij, lire THC et non THN). 



^ 



rrioAeMA.ioNGe-, 

rHNOY<j'piNil<AP'XGV 

yiONrxzAiowKAÏA^V^ 

AUJN n ô Aë'CONïïGAITHN 

£ r N / A cVn e k £ NTHce I CTO, 

flOAlNKfrXKTUC/cAITHNr^ 

f} A 6ro Yc A c K H çeçoc ^ k ç i 
8omêno(A'nêcth(:anc(i|a^c 

TATO Ta F£ ÎT A n I TAilTÀ/'Jwl 



î^ 



FaCaTov /.al aXXo)v 7:dAc63v r.o'fJ-r^^t £j- 
vïtat Tcapi TaT; Osatç. 



^. 



_J 



La mention de la 90'.v'.-/.'^p-/:x de Sérénus est importante, car elle 
donne, pour dater Tinscription, un to.rminu^ post fiucm, si l'on 
se rappelle les faits suivants, que Borghesi le premier a mis en 
lumière'. 

Jusqu'à Septime Sévère, la Syrie (Palestine non comprise) 
n'avait formé qu'une seule province, la première des provinces 
impériales, tant par l'importance des troupes qui y étaient can- 
tonnées, que par son étendue, sa richesse, le nombre de sa po- 
pulation. C'est Hadrien qui lo premier conçut k; projet très pru- 
dent de faire deux provinces de ce trop grand gouvcrnemenl ; 
mais c'est Seplime Sévère qui le réalisa, au début de son rî'i,Mu\ 
sitôt après avoir vaincu Pescennius Niger. La Syrie du Nord forma 
dès lors une province sous le nom Sijria major ou Syr'ni Coelo-^ 
le reste de l'ancienne province de Syrie forma la province de Si/riti 
Phoenice ou. simplement Phoeriice*, qui comprenait : l'ie lillo- 



1. fiFAivres, IV, p, li'.O sq. ; cf. WarlHiniJ^-ton ap. Ror-liPsi, VIII, p. ',31 , 
Mommson. Uist. roui., XI, p. 3 Ae la traJ.; el siirloul iMarqur.il. Staafsver- 
waltwu/-, I, p. /i-22 sq. 

2. Miss, de VJumic-e, p. ,3'ifi = C. /. l., III. n" \CÛ . 



38 REVUE AKCnÉOLOGIQUE 

ml. depuis Gaza jusqu'à Laodicée exclusivement'; 2° la Syrie 
centrale, ;i savoir Paimyre, Kmèse, Héliopolis, Damas, TAura- 
nitiile, la Trachonitide et la Batanée (ce u'esl que sous Dio- 
clélien que ces trois pays, Batanée, Trachonitide et Auranitide, 
auraient, d'après l'opinion ordinaire, été rattachés à la province 
d'Arabie). Cette division semble avoir duré jusqu'à Arcadius*. 

Les ir/'EpsTç des deux provinces créées par Soptime Sévère 
s'appelaient, celui de la Sijria Coele ou Syrie proprement dite, 
z'Jy.7.z'/r^z, celui de la P/iornice, ozvnv.ipyrfC ' . 

L'assemblée provinciale de \n Syria Phoenice se réunit d'abord 
à Tyr; c'est ce qui résulte clairement d'une monnaie de cette 
ville, qui porte au revers l'inscription KOINOY <t)OINlKHCet qui 
est datée de l'an 321 de l'ère tyrienne\ c'est-à-dire de 193 après 
J.-C. F (innée même où Septime Sévère a partagé la Syrie eyi deux 
provinces. Au ni" siècle, l'assemblée provinciale de la Syria Phoe- 
nice se réunissait encore à Tyr, comme le prouvent les monnaies 
lyriennes du règne deMacrin et de Yalérien% qui portent aussi, 
mais en lettres latines, l'inscription xo-vcU <I>:'.vi7.r,ç, COENV PHE- 
NICES^ Mais elle pouvait se réunir aussi bien dans l'une des 
autres métropoles de la province, Sidon, Damas, Emèse^ : en 
sorte qu'il est impossible de dire en quelle ville Sérénus a exercé 
le srcerdoce provincial. 

On ajoutera son fils Ptolémée à la liste déjà longue des rhé- 
teurs et philosophes que la Syrie a fournis à Athènes. Il n'est 
pas autrement connu. C'est au ni'' siècle qu'il a lleuri : la forme 
des lettres ne permet pas de le faire descendre plus bas. 

1. Il.ro'iion, III, (■), S. 

2. Cf. H-vuf ardidol., I, p. 392, les observations de Mommseti sur le latcr- 
culus de I^Ieinius Sv.vius (publié dans Kiese, Gnoqraphi lalini minores. Heil- 
bronn, 1878, p. 131-134). 

3. Cod. Juat. 1, 3(1; V, 27, 1 ; .luslinien, Novelles, 89, 15. 

4. Babelon, Perses acli^m'^nides, n" 2l82. 

5. Bal)eIon, ii"» 2208 et 2327. Cf. van Saliet, Zellsrk. f. yumisinatik, 1887, 
p. 73. 

0. Autre exemple, en Syrie, delà transcription d'un mot f,'rec en lettres lati- 
nes : Civilasel Bule Aradia l. Uoindi», etc. (dédicace d'Aradus, lievuc ardiéoL, 
1897, 1, p. 338). 
7. Marijiiardt, p. i30. 



SVIUACA 39 

§ 6. - DE QUELLE PROVINCE A FAIT PARTIE GÉRASA? 

Je crois trouver une autre mention de la oo'.v./.apyja dans une 
dédicace de Gérasa publiée par le P. Germer-Durand {nrrtfr 
biblique, 1895, p. 386). Elle était gravée sur nn piédestal au- 
jourd'hui en morceaux. « La 4" I. a complètement disparu, sauf 
le haut des dernières lettres'; l'état de mutilation dans lequel 
ce socle a été mis ne permet pas de rétablir l'inscriplior). » On 
peut en rétablir au moins une bonne partie. 

MAPKON A Y PWAI ON Mâp/.ov Aù^or./.-.ov 

iAPIAINAAMYrTOYAHM^ [MJâpwva 'Aij.jvt;j Ar,;;.[-/3]- 

iPIOYnPTON"KnOA'^ [tJP'O'j, izpl^zo-i rqz zd/J^wc], 



I-CAMENONKAI0OINE 
APXHCANTAKAinACA^ 



[y.al a AAx 


r.i'hkx à;j.5'.[7:oy/?-] 


Y;(ïa[j.£vov, 


7.-A OOV)t[<.'\- 


[x]ap-/r,7a' 


i-y. y.a- Tz-a[çl 


[xà; T'.y.àç 


y.-z-'i.r,ZM-x't-xl'\ 



[r, V toy.zr^-'iùr) -iX'.ç] 



Si l'on admet, comme il paraît nécessaire, la restitution oz'.-iv.- 
■/.■j.oyr,'jy:ny., une difficulté surgit. 

On a vu plus haut (^4. La dédicace des Propylées de Gémsn) que 
le légat qui présida à l'érection des Propylées de Gérasa fut .'Elius 
Attidius Cornelianus. Ce Cornelianus fut légat de Syrie en 
160-162 :1e fait est attesté parla Vita Marci,%%, et par une inscrip- 
tion * trouvée par Moritz près de Doumêr (TAdmederade la Table, 
entre Damas et Palmyre). D'autre part, en 162, paraît dansl'épi- 
graphie de Gérasa, aussi bien à Gérasa même ^ que sur les mil- 
liaires des routes qui rayonnent autour de Gérasa', le légat 

1. Pourquoi ne pas reproduire ces restes de lettres? D'une façon générale, la 
Revue biblique devrait donner des fac-similé des inscriptions qu'elle laisse à res- 
tituer à ses lecteurs. 

2. C. I. L., III, 6658. 

3. Revue bibliqiœ, 1895, p. 376. 

4. M/Z/m/re d"At//7o)'m (Clermonl-Ganneau, Eludes, I, p. 17"2); Miction, Mil- 
Uaires d' Arabie et de Palestine, 



40 BENTE ARCHÉOLOGIQUE 

d'Arabie P. Julius Geminius Marcianus'. Il esl donc cerlain que 
Gérasa a été ralla -hé en 162 à la province d'Arabie. 

Ceci posé, commonl se peut-il qu'un Gérasien ait été ^zvr./jy/r,:, 
si la Si/ria Phoenke n'a été créée qu'en 195, et si Gérasa, dès 162, 
a fait partie do la province d'Arabie? 

Pour résoudre cette difficulté, on a, semble-t-il, le choix entre 
deux partis : 

\* La province fie Syria l'iioenico auf/it existé arma .^fpitme 
Sévère. — C'est vine hypothèse qui a été soutenue par M. Jullian*. 
Trajan avait créé la province d'Arabie; son successeur immédiat 
aurait voulu diviser la Syrie. Celte province était trop grande, 
donnait trop de puissance au gouverneur qui y était envoyé. De 
plus. Fia bien aurait voulu restreindre l'importance d'Antioche. 
« Donner une administration séparée à deux pays qui comme la 
Svrie et la Phénicie avaient presque toujours eu des destinées 
différentes et dontlesintéréts, comme les coutumes, étaient restés 
divers, fut sans doute le motif qui inspira l'empereur, plutôt 
qu'une capricieuse antipathie. On a beaucoup discuté pour savoir 
si la mesure fut réellement exécutée sous son règne. Dans un écrit 
à peine postérieur à la grande révolte des Juifs, Justin \DiaL ctim 
Trt/ph., 78, dit que Damas, quoique terre crabique. était alors 
rattaché à ia Syrophénicie. - Comme on ne peut pas nommer de 
gouverneur de Sf/ria Phoenice antérieur au m* siècle, on suppose 
que les deux provinces de Syria Coele et de S>/ria Phoenice ont 
été réunies d'abord sous l'autorité d'un même gouverneur. 

En admettant cette théorie, on daterait d'avant 162 la dédicace 
de la statue du phœnicarque M. Aure'.ius Maro. 

Mais, à notre avis du moins, cette dédicace n'est pas si an- 
cienne, et la théorie de M. Jullian doit être abandonnée. D'une 
part en effet, notre phœnicarque, par le fait même qu'il s'appelle 
Marc Aurèle, ne doit pas avoir fleuri avant la fin du u' siècle. 
D'autre part, si la Syrie avait été dès Hadrien divisée eu deux 

i. La carr.'.-re 'Je c-î persunni^-» a -L-; 'l'i-iiee pir Reni'ïr, i/»*Mnj/«, p. 97, et 
Waddington, Faites, % 15S. Cf. Prosr/pographia, II, p. 194. 
2. Revwi historir/ue, XIX (1882), p. 332-33i. 



SYniACA y 

provinces, réunies sous un même gouverneur, ce fonctionnaire se 
sérail appelé, ce semble : Ic.rj. Aug. pr. pr. Il Stjriarum, de mémo 
par exemple que le légat qui à la lin du \\'' siècle gouvernail les 
trois Dacies s'appelait leg. Aug. pr. pr. III Daciarum. Mais le 
titre leg. Aug. pr. pr. II Sj/riarinn ne se trouve point. 

2" Gérasa, après avoir été en 1G2 détndiédc laprovincc do. ^Sgric^ 
et rattaché à la province d'Arabie, aurait quelque temp^i fait partie 
de la province de Syria Phoenice, sitôt la formation de celle-ci. 
— C'eslTopinion qui nous semble lapins vraisemblable; si elle est 
juste, l'iuscriplion de M. Aurelius Maro ne serait pas antérieure 
à 19a. 

On s'est beaucoup occupé dans ces derniers temps dt-s liuiitcs 
de la province d'Arabie. Cette province, création de Trajan, fut 
agrandie, à une date qu'il s'agirait de déterminer, de l'Auranitide, 
de la Batanée, de la Trachonilide et d'une partie de la Décapole 
(notamment de Gérasa et de Philadelphie). C'est le mérite de 
M. von Rohden * d'avoir montr'i que cet accroissement de la pro- 
vince d'Arabie est antérieur à Dioclétien. Il le place sous Seplime 
Sévère en quoi il a certainement tort, au moins pour Gérasa et 
Philadelphie. Du reste, ces deux villes ne semblent pas avoir 
été rattachées du même coup à la province d'Arabie; et sans doute 
ne faut-il faire trop simple l'histoire des modilications territo- 
riales des deux provinces de Syrie et d'Arabie. La province 
d'Arabie était somme toute une création factice-; il n'est pas sur- 
prenant que ses limites aient varié. 

Nous croyons que Gérasa dut appartenir jusqu'en 162 îi la 
province de Syrie, puis à la province d'Arabie de 102 à IDa, puis 
être rattaché à la Syria Phoenice., pour revenir eulin à l'Arabie. 
L'histoire de Philadelphie n'est pas la même. On y a trouvé ré- 

1. Art. Arahia (als rnm. Provinz) du Pauly-Wissovva, où M. v. lioliflen 
résume une disserlalion qu'il a publiée en ISSô sous le litre Di; Palaeslina et 
Arahia. M. Pietsctimann, contre qui dispute M. Clermonl-Oanneaii {ElU'Us, II, 
p. 83), est parfaiternenl innocent de cet article; c'est l'article suiv.uil qu'il a 
signé. M. F*aul Meyer, dans son article sur la lc<j. III Curcnnica {N. J(tfirli.. 
1897, p. 594) suit l'opinion de v. Rohden. 

2. Cf. Mommsen, Hist. rom., t. XI, p. 37 de la Irail. 



'jO KKVLK ARC[lli;OLO(ilnL'E 

cemmenl une déilicace du \6iXal L. /Emilius Carus' qui, comme 
l'apjiiond son c^/rs/zs qu'on connaît par une inscription de Rome% 
fui léiiat iVA/a/nr, non do Syrie. A quelle époque se place la 
lé^-alion de Carus on Arabie? Ce personnage avait été Irib. mili- 
tt/ni lof]. y m Ilhpaiiae, antérieurement à 423, puisque cette 
léi^ion disparaît en !22\ Par suite, il est impossible de reculer 
la légation de Carus en Arabie plus tard que le commencement 
du rè"ne d'Autonin'. Ptoléniée, d'autre part, attribue encore 
Pbiladolphie à la Syrie; la Géor/raphk fut écrite probablement à 
la fin du règne d'IIadrion, et au commencement du règne d'An- 
tonin''; ce serait à cette époque quo Pbiladolpbic aurait été réunie 
à la province d'Arabio. Une inscription agonistiquo d'Asie-Mi- 
neure, antérieure à Septime Sévère'', dit expressément quo Plii- 
ladolpbie était une ville d'Arabie. 

?; 7. — LE TToXîxeujjia DES CAUNIENS A SIDON 

Les lecteurs do \diRevuc se rappellent, jo suppose, un polit ar- 
ticle (^l'un Père de la Société de Jésus y a piiblié récemment sur 

1. Mitth. •(. PaUislina-Vereins, 1896, p. 3-4, 

2. C. /. L., VI, 110 1333 (Dessau, Sélectif, I, n" 1077). 

3. Goyau, Chromdorjie, p. 193. 

i. Après sa légalion d'Arabie, Carus fut successivemeul censeur de Lyon- 
naise, légal de Dacie (cf. Mommsen ad C. I. L., III, U53), légat de Cappadooe. 
Krehs (Prosopmjraphia, I, p. 37) a tort de dire que la légation de Dacie (leg. 
Auy. pr. pr. /// i)acianiin) ne peut être antérieure à Marc-Aurôle ; car si le 
premier témoignage daté qu'on ail de la division de la Dacie en trois circon- 
scriptions est du temps de Marc Aurèle, cela ne signifie pas que Marc Aurèle 
soit l'auteur de cette division. Cf. Mommsen, C. l. L., III, I, p, IGO. Si Carus 
avait été légal sous Marc Aurèle, il sérail appelé dans les inscr. Icg. Augg. (et 
non Aug.). 

5. Bunhury, History of ancienl (ïeographij, II, p. 547. 

6. Waddington, Inscr. d'Asii' Mineure, 1620 // (pour la date, cf. 1620 a) : 
T(ytno>tv TT,; ilvpiot; àvôpwv îtayy.pâtiv, <I>i).a5ïXç£tav tÎ); 'ApaSta; àvopwv TîayxpaTiv 
•/.. T. >. i'uisque Tripolis est ap[)elée tti; X-jpta; et non rr,; -/oO.r;; -'jpioti;. !''•"- 
scription est antérieure k 198. Au lémoignaet' pourlaiit liirn ml de celte iii- 
Fcriplion, Waddington opposait la légende (J)! AAA6A(t)600N KOI)r,: CYPia; 
df'S monnaies de Philadelphie. .Mais celle légende parait sur lontes les monnaies 
de relie ville, et signifie simplement que la l'hiladelpliie syrienne avait voulu 
distinguer sa monnaie de celle des autres Philadelphies. 



SYRIACA 



43 



des stèles' funéraires peintes découvertes à Sidon en 1897, On 
souhaiteraiL que ces monuments fussent étudiés par une personne 
compétente, et copiés par un peintre. Tous, sauf un, étaient 
conservés en 1898 au serai de Saïda : nous formons des vœux 
pour qu'ils prennent le chemin de Constantinople, et qu'ils 
aillent enrichir l'incomparable collection d'antiquités sidonienncs 
que possède le Musée Impérial Ottoman. 

Des stèles funéraires peintes de celte sorte, ce n'est pas une 
rareté, et je ne sais pourquoi M. Paul Girard n'en a point parlé 
dans son excellent livre sur la peintnre antique. Sidon même en 
a déjà fourni un bon nombre, dont Renan a publié plusieurs en 
chromolithographie-; M. Clermonl-Ganneau en a fait de môme 
pour trois autres stèles sidoniennes que Pérétié a léguées jadis 
au Musée du Louvre'. Une, encore inédite, est au Musée de Cons- 
tantinople'. Des stèles semblables ont été trouvées à Chypre; 
une, bien conservée, fort jolie, est exposée au Musée Britan- 
nique; elle provient d'Amathonte. Alexandrie en a donné aussi ', 
qui, comme les nouvelles de Sidon, représentent généralement 
des militaires (desmercenairosgalates). Aucune, que je sache, n'a 
été trouvée en Grèce propre. Cette sorte de monument funéraire 
semble donc provenir exclusivement de Syrie, de Chypre et 
d'Egypte, où son emploi s'explique probablement par une rai- 
son matérielle. En Grèce, en Anatolie, le marbre, ou, à défaut 
de marbre, le calcaire dur, n'est rare nulle part; aussi en Grèce, 
en Anatolie, la stèle est-elle ordinairement sculptée. Mais com- 
ment sculpter dans le calcaire tendre et poreux de Syrie et de 
Chypre? On trouva préférable d'enduire ce calcaire de stuc, et 
de peindre sur stuc ce qu'il eût été trop diflicilc de sculpter dans 
une si mauvaise pierre. 

La première des nouvelles stèles de Sidon porte une insi-rip- 

1. RcrufarrJiéol., 1898, II, p. 109-112 : Promenade épigraphique à Sidon. 

2. Miss, de Phénicie, pi. XLllI, p. 380. 

3. Gazette an-lœoloijique, 1877, pi. XV-XVI, p. 102 sq. 

4. Cat. des monuments funérdires, 2" éd., p. 41, n» 4:i 

5. American Journal of archxolofjy, 1888, p. 201 elpl. 17 [en couleurs); Sa- 
lomon Reinacti, Revue critique, 1888, p. 420 et Revue archéol., 1889, 1, p. 323. 



4'j. REVUE ARCnÉOLOr.IOUE 

sion inlérossaule, qui est resiée une énigme pour le premier 
étiileur, et qu'on doit lire ainsi : 

Kauv'wv' To TsAÎTSufxa 'Iz[zdAjT:v?] 
•/.T. 'A-oAAcvîor^v 'Epix^YLcpaj, 
Zr,V(i)va Zr,vwvc!^, [tcv oeTva] 
Zr,va)v;ç, 'laîcwpsv AOLr,v:oo')pc!j?], 
'Ep;xwvay.Ta 'ApTî[i,'3[wpo'j] , 

Aucun nom n'est romain. D'après la copie du R. P., \c?> alpha 
ont la barre droite, les oméga et les sigma ne sont pas lunaires. 
L'inscription semble du temps des Séleucides. Il y avait donc 
alors à Sidon un r.:'/J.-iyj.x de Cauniens. 

Pour comprendre le sens qu'a ici le molrSkheuiJ.y, il faut com- 
parer à l'inscription de Sidon les textes suivants : 

1. Bérénice de Cyrénaïquo. C. I. G., 5361 *. Décret du -rzli-zyix 
des Juifs de cotte ville en l'honneur de M. Tiltius. 'K-v. Map/.:; 

TÎTT'.cç ... Tc?; iv. t;j 7:z\'.-z.j\).!X':oq •/;;xo)v 'loj^T.O'.q îjy^pY;?-^/ izpoz'on- 

7'!r/ TTC'.ijy.Ev:; ... fov "/xp'.v è'soçc ~z\: â'p-/c'j7'. y.al to) •::cA'.':îti[j.aT'. TÔiv èv 

I>£pîv(/.Yj Izjlr'.Mf ï-x:-ii'X'. -t ajTÔv 7.a\ ^TEçavojv Tcù; o'z i:p-/cvTaç 

y. I y.' ^z y:\j-r. -.z 'V/;ç".7;j.y. :lr z-.r^'/.r,) . . . y.y'. hv:rj.'. t\z 'O'i È-'.7-/;;;.dTaTCV Tcrcv 
-zj y:j.:^:(ityr.zzj. Milieu du i*^"" siècle avant J.-C. Los archonles de 
ce T.z'/d~vj[j.y. sont au nombre de neuf. 

2. Paton et Hicks, I/iscr. ofCo';, n" 7k Bxz'Xiy \j.v[xi IlTOAsy-aTov 
-zi 'l'iAcrâ-ropa v.a; <I''./.âo£A5CV 'AîrcXAcçâvr;; y.ai 'W^xz-r,- ap;xvTî; y.al 
Zr,v;sf.)c:ç Jz'îp t:j zc/.'.T£jy.aT;;. Los éditeurs assurent (jiic les 
noms ne sont jjas de Cos, et supposent, graluilemcnl je crois, 
que la pierre (une petite base de marbre noir) a été apportée 
d'ailleurs. D'après Slrack [Die Dynastie der Ptolemœer, p. 271, 



1. « !.(.> pr. mier groupe KAYNION ''sl oiiibarrass.iDl; O «"sl douteux; on 
peut égalomoril lire Ci » {premiir édileiir). 

2. Cf. Renan, llist. du peiijile d'Isrncl, V, p, 226. Celle inscriplion se trouve 
aujourd'hui à Toulouse; fac-similé dans Roschach, Cat. des Mnaécs de Tou- 
loufr, p. \)7. 



SYIUA'.'.A ï.i 



11" 15o), lo roi serait Ptoléméo XII 1, (lui a régné clans lu (Iciixiciiio 
quart (lu 1" siècle avant .l.-C. 

3. Pompci. C. 7. G., 5806 c = /. G. S. /., 701. Vkz; 'hw.-.o; 

àvsO-r,x£ A'.à «I>pjY'.ov L i^ K^'-^apo; <I>apixojO' ^soaj-:-^. 751 de Uonio. 
Le premier de ces textes donne la clef des autres. Strabon, 
cité par Josèphe {AtiL JiuL, XIV, H^-F. H. G., III, p. 492), 
dit que la population de Gyrèue, lors de la g-uerre entre Rome et 
Mithridatc, se répartissait en quatre catégories : x^T-apcç [o'SktXq) 
r^iTi Èvr?) rSkv. twv Kupv^'-'-wv, ■?; iz toW ttoA-.twv v.x: q twv ycwpywv, xp'.X'Q 
f; Tcov i}.tx'J.yM^, v.r. 't-ipvr, r, -wv 'Icjsa-iwv. « Alexandre et Ptolé- 
mée avaient eu l'occasion d'éprouver la fidélité des Juifs fixés à 
Alexandrie; aussi, voulant assurer sa domination en Cyrénaique, 
Plolémée ne trouva pas de meilleur moyen que d'y faire venir 
les Juifs en grand nombre. Or, Josèphe dit expressément que les 
Juifs d'Alexandrie formaient une tribu et qu'ils y jouissaient de 
l'égalité des droits avec les Macédoniens, et cela dès le début, 
du temps d'Alexandre *. Il n'y a rien là d'étonnant : il fallait bien, 
pour peupler la nouvelle ville, accorder des avantages à ceux 
qui viendraient s'y établir. Ptolémée ne fit que reprendre, pour 
Cyrène, la politique suivie par Alexandre lors de la fondation 
d'Alexandrie'. » Les inscriptions ne parlent pas des Juifs de Cy- 
rène ; mais la dédicace de Bérénice nous renseigne suffisamment. 
Les Juifs des villes de la Cyrénaique formaient dans chacune de 
ces villes une organisation à part {r.oV.xvj[iy.), ne participant natu- 
rellement pas aux cultes helléniques, mais ayant des droits égaux 
à ceux des citoyens grecs et supérieurs à ceux des métèques et des 
YS(opYo(, c'est-à-dire des périèques d'origine libyenne. Ils avaient 
leurs chefs, ^pyo^mq, leurs assemblées, rendaient des décrets à 
la mode hellénique, les faisaient graver sur les édifices publics, 
preuve suffisante de leur importance dans la cité. A Alexandrie, 
il devait en aller de même, sauf que l'autorité suprême, dans 

1. In App., 11,4; cf. An«. JucL, XII, 1; XIV, 10, 1. 

'> Clerc De la condition des ctranrjsrs domiciliés dans les difltirnles citt» 
grecques, dans la Revue des Vniv. du Midi, 1898, p. 75 du liragc à pari. 



46 REVUE ARCUÉOLOGlgUE 

la l'onimiinaulé juive, était exercée par un magislral unique, 
Vib'/ipyr,: ou -^vtxpyr,:, que Strabon compare à l'àpyor; unique de 
certaines villes ^"^recques. Cet ethnar(jue fut d'ailleurs supprimé 
par Aug-uste et remplacé par un collège d'archontes'. AAntioche 
aussi, qui olFre naturellement des analogies si frappantes avec 
Alexandrie, les Juifs formaient sans aucun doute un rS/J.-tj'^.x, 
puis(ju'ils jouissaient de l'isonomie". 

ÎNi les cités de la Grèce proprement dite, ni Rome n'ont eu de 
:::À'.T£j;j.aTa d'étrangers. A Athènes, à Dôlos, les étrangers — et 
les Romains eux-mêmes — ne pouvaient former que des asso- 
ciations religieuses {v.zvn) ; de même à Rome les Orientaux. 
Les Orientaux, surtout ceux de race sémitique, Phéniciens, 
Syriens, Juifs, profilèrent le plus possible de ce moyen que 
la législation leur laissait de vivre séparés de la population 
au milieu de laquelle ils étaient venus s'établir. « La vie 
de la cité antique étant très exclusive et impliquant la révé- 
rence des dieux locaux, l'étranger n'y était admis que comme 
membre d'un collège toléré en certains quartiers distincts. A 
part leur exclusion de la cité, ces collèges jouissaient de grandes 
libertés intérieures... Ainsi les Égyptiens, les Phéniciens, les 
Tyriens surtout, avaient à Athènes des quartiers à part et y for- 
maient des communautés très analogues aux albenjln et aux 
juridictions féodales du moyen âge, aux communautés de ra'ias 
en Turquie. Le centre de ces groupements était toujours le culte 
du dieu national qu'on essayait de présenter aux gens du pays 
sous son aspect ie plus favorable. A Pouzzoles, on trouve aussi 
des traces A'albcrt/hi de tous les cultes orientaux*... » 
Si sortable (]ue paraisse avoir été en Grèce et à Rome la condi- 



1. IMiilon, In PlaccMin, 10. Cf. Mommseti, Hist. rom., t. XI, p. i02 de la 
Ir.id. franr;aise; Th. Keinacti, Jli:vue des Etudes juives, 1893, p. 80; lienan, 
llisl. du peuple tVIsrad, V, p. 235. Les Juifs (ou les Samaritains) établis au 
Fayoum (Haiciit traités comme les Grecs; cf. Pétrie Papyri, I, p. i3 de l'intro- 
duction; Mdliairv, The empire of Ihc Plulcinies, p. 86. 

2. Joséplie. Ant., XII. 3 ; li. J., VK, 3 ; 5. Cf. Renan, id., \). 225, et Momm- 
sen, Hist. rom., XI, p. 10 de la trad. 

3. lienan, id., p. 230. 



SYKIACA 17 

tion (les -/.y^'j. d'étrangers, elle ne peut évidenmiciil rhc c()m|)aré»! 
à celle des Juifs de (jyréiia'njiic, d'Alexandrie, d'Anlioclie. Le 
■j.y.ii') est une association religieuse formée d'étrangers, (|ui 
n'ont rien à voir dans les affaires de la cité, n'ayant point l'isono- 
mie. Le -ziiivj\).x est formé aussi de g-ens de sang étranger, mais 
isonomes, c'est-à-dire citoyens, 7::)a-:a'.. Siconlraire aux principes 
des anciennes cités, le TSt'^\-v^\i.x ne pouvait être créé que dans des 
villes neuves, dans ces cités mixtes fondées ou réorganisées par 
les Plolémées et les Séleucides. Il s'explique par des raisons reli- 
gieuses : c'est parce que les Juifs de la Diai>pora entendirent 
g-arder leur loi que Plolémée et Séleucos leur donnèrent cette 
organisation politique spéciale, le -zilxvyyj.. Peut-être le T.zi}.-ij\)rj. 
dont nous parle la dédicace de Cos était-il composé de Juifs. 
Celui des Cauniens à Sidon nous offre un phénomène inverse, 
celui de Grecs transportés dans une ville sémitique. Pour le 
TToÀiTsuy-a des Phrygiens à Pompéï, on peut penser qu'il ne devait 
pas être très différent d'un /.c.vîv ordinaire; mais on remarquera 
que la dédicace qui émane de ce rSiJ.-^vyyx est daté à l'égyptienne, 
ce qui indique peut-être Torig-ine ptolémaïque de l'organisalion 
de cette colonie phrygienne. 

Les Juifs que le Lagide installa dans ses États y vinrent, nous 
dit Josèphe, les uns par force (après la prise de Jérusalem), les 
autres attirés par l'excellence du pays et la bienveillance du roi. 
Sur les raisons que purent avoir des Carlens de Caunos à se 
fixer à Sidon, nous sommes réduits aux conjectures. Ces Cau- 
niens avaient-ils été forcés, eux aussi, de quitter leur patrie pour 
suivre un vainqueur? On ne peut s'empêcher de se souvenir que 
Caunos fut pris en 309 par Philoclès, roi de Sidon et général 
de Ptolémée*. Faut-il croire que le rSil-vyyj. des Cauniens à Sidon 
était formé simplement de commerçants (car Caunos parait 

1. HoUeaux, B. C. H., XVII, p. 63. Ce passage des chants Sibyllins (IX, 8(j- 
90; cf. Justin, XVIII, 4) : 

. 'Aaa' oTav È; S£y.xir,v Y£vsr,v [AEpÔTtwv -/pôvo; D.ôr,, 
xai tÔtc [xÎv Ilépo-a;; î'jyà 5o'j),tx xat ;ô6o; ii-z-x: • 
a'jxàp Ir^i'. (j-/.r,7iTpo'.T'. Ma/.r,3ovîî aO/T^'youTiv, 



48 REVUE AnCllÉOLOGlOl'E 

avoir ùlé une ville assoz négocianle)? Mais eu ce cas, pourquoi, 
sur la stèle funéraire de nos six Cauniens, une représenlalion 
militaire, « deux guerriers coillés d'un grand casque à panache 
et armés d'un bouclier »? Supposer que ce rSk[it'j\}.x était formé 
par un corps carien caserne à. Sidon est difficile, car la formule 
du début serait, semble-t-il, nou pas Kajvlojv tô rSiJ.-vj\}.x, mais 
comme dans les dédicaces militaires de Chypre, -h -/.c-ih^t twv èv 
*hz:ny.r, -■xz-:z\).vK,yi Mxxr.wt, OU quelque chose d'analogue. Le mieux 
paraît donc de croire que les Cauniens de Sidon descendaient de 
gens transportés en masse et d'un coup à Sidon. Jouissant des 
mêmes droits que les Sidoniens, ils devaient en revanche le ser- 
vice militaire; les six hommes énumérés dans l'épitaphe que 
nous venons d'étudier ont dû mourir à la guerre '. 



!5 8. — UNE MONNAIE DE GYTHIUM TROUVEE A BOSRA 

Dans le compte-rendu de son voyage en Auranitide, le 
R. V. Séjourné dit avoir examiné à Bosra beaucoup de monnaies 
antiques, « Sur l'une de ces monnaies, écrit-il, nous avons lu 
une légende peu commune et inexpliquée jusqu'ici, rY0€ATCON » 
{Revue bUAirptc, 1898, p. 6M). 

Cette légende n'est nullement énlgmatique. La pièce provient 
de Gylhium, ville maritime et commerçante de Laconie^ par où 
s'exportaient les produits de ce pays. La grande prospérité de 
Gythium fut à l'époque impériale, sous les Sévères. Le Catalogue 
du Musée Britannique [Peiopo/mesiis, p. 133-134) décrit une suite 



Kipc; g' olxTi-îo-JT'. TOpov, Tvpiot o àTtoXoOvtxi — 

floil être entendu seulement de l'clablissement de CariensàTyr par Alexandre; 
Sidon se soumit de bon gré au conquérant, ol celui-ci n'y dut point instal'er 
de colonies d'étrangers. 

1. On ne sait si les Ciliens établis à Sidon, o't èv i:to(ov. Ktiuïc, qui érigèrent 
une statue à Zenon dans Sidon (Diog. Laerl., Zeno, G), formaient un ■ko)J.-:vj\iol 
ou un -/.o'.vôv. Le xoivôv des |xa-/a'.po7ioio; de Sidon, connu pnr une inscr. de l'an 
17 avant .I.-C, et qui avait à ?a tète un «p/wv, est une simple corporation. 



SYUIACA 'l!j 

assL'Z longue (le motinaies gylhéatcs, datées de SepLinic Sévère, 
de Jiijia Domna, de Caracalla et de Gela; au revers, rVO^ATCON ; 
cf. Elienue de Byzance, 5. v. FjOeiov- -rShiq A.x/M)r:/:r,... ô -o/.'-rr,; 
FuOeârr,-:. 

^ 9. — GADARA XP^^'^oi^ouaia. 

U. Clermout-Ganneau a publié récemment' une épilaplie en 
sénaires ïambiqucs provenant des environs du lac do Tibériade 
et qui commence ainsi : 

*llv [xcj 7;xty;p Kô'.vrsç, y;v [J.TiVQÇ) <I>'.aoDç • 
•/.al 7:a(j'. y.otvJ;, Fâoapa -/p-^cTOi/cuTia • 

Depuis, M. Clermont-Ganneau est revenu sur celte épigramme 
pour expliquer l'épilhète qu'y porte Gada^a^ « Celle épithèle 
singulière et obscure a de prime abord l'air d'être une pure 
cheville. Je me demande s'il ne faudrait pas comprendre aux 
/telles 7Jiosaït/ucs .hd xcrhc •/pr,":^;j.o'j7(o est connu, bien qu'au sens 
différent de faire de bonne musique; mais il ne serait pas impos- 
sible qu'on ait créé sur ce type un dérivé similaire de [^.ojje'îov, 
mosaïque. Y aurait-il là, par hasard, quelque allusion au nom 
même de Gadara, si du moins on peut ajouter (juelque valeur 
au renseignement curieux que nous a transmis Tzetzès, et d'après 
lequel le mot gadara avait en « phénicien » le sens de A'.Osj-pfôto; 
(cf. Tzetzès, CAïY., 8, 126)?» 

Quoique dans l'unique texte où le mot yyr^':-yyyjzv.'> nous soit 
parvenu"' il ail le sons de faire de la bonne musique, c'est-à-dire 
do la musique selon les vieilles j-ègles, on ne voit pas de raison 

1. Études d'arch. orientale, 11, p. I'k2. L'inscriplioQ est yraveo en relief; cet 
usage, qui semi^le sémitique, et non pas grec, et qui a été adopté par les By- 
zantins et les Turcs, n'est pas très rare dans l'épigrapliie grecque tardive de la 
Syrio; j'en ai vu deux exemples à Homs (Wadd., 2570 a et c). 

2. Recueil d'arch. orientale, II, p. 399. 

3. Démélrios de Byzancc, '(/). Athénée, p. G33 /(. 

UI" SÉRIE, T. XXXV. ^ 



'Kl REVUE ARCnÉOLOGIQUE 

(le ne pas traduire Vilxzx yzr":[j.zjr.x, Gadara où 1rs Muses sont 
cultivées^ 

J'ajouterai que cette traductiou semble nécessaire si l'on ana- 
lyse le passag-e, et si l'on réCéchit à quelle espèce de lexte l'on 
a atTairc. 

Que dit Appion? Que sa patrie, qui est sans doute aussi celle 
de son père, est Gadara, et qu'Hippos est celle de sa mère. Il 
qualifie llippos de iz^rn c'est-à-dire de ville où l'on s'occupe de 
science et de philosophie {pzv.x). Manifestement, les compliments 
faits aux deux villes sont de même ordre, puisqu'ils sont opposés 
(72;ï;ç s' as' "\--zS), c'est-à-dire comparés. Supposer que l'auteur 
de l'épigramme ait mis en balance le fait d'avoir de belles mo- 
saïques, et le fait de cultiver la philosophie, c'est, je le crains, 
lui prêter une sottise. X=r;7T:;j.;j-Ta signifie ville lettrée, où la 
poésie et l'éloquence (par opposition à la science et à la philo- 
sophie) sont en honneur. Le nombre et la réputation des écri- 
vains qu'a produits Gadara justifient amplement cette épithète 
flatteuse; et je suppose que les dévots de Méléagre n'y contre- 
diront point'. C'est bien l'élog-c qu'une ville aussi riche en gloires 
littéraires devait attendre du bel esprit qui composa l'épitaphe 
d'Appion le Gadarien. 

i; 10. — Ai6papioç àvay^aioç. 

J'ai copié, en ISljl), à l'hôtel de Ba'albek, l'épigramme suivante, 
que M. Clermont-Ganneau vient de publier d'après un estampage 
pris par M. Loytved : 



1. On allendrail plutfH /irjTT-îijxo-jTo; (par analogie avec çdôiAo-jo-o;) d'autant 
plus que •/pr,r7TO|xo'j'ïia rcn'i le vers faux. Le mot est formé de ixo-j^Tctov. 

2. Cf. Ouvré, Méléagre de Gadara (Paris, 1894), et notamment le chapitre 
ni, 011 sont revendiquées avec raison pour Gadara de la Décapole les célébrités 
littéraires dont Strabon, très légèrement, avait fait t)onneurà Gadara d'Idumée. 



SYlifACA 51 

y.T/.zX-io't Çy)"<o, -/.al sî zsOo), A{ôxvi ' • 
àjXîpoTEpo'. 7:'.7-:;{, ç'Xov.'jp'.o'. * aKh àvav/.aï;; 
A'.ôpxp'.o; Œ'j [j.vi r,q, v.z'jpz'j^ o -î^v 6 tx/.xç. 

La façon dont elle est tournée, la comparaison qu'elle établit 
entre les mérites d'un plumitif et d'un coiffeur, sont assez réjouis- 
santes. Son intérêt est dans la mention de la fonction de Liban. 

11 était « copiste ou secrétaire », écrit M. Clermonl-Ganuoau. 
Peut-être faut-il préciser, et reconnaître dans ce Liban un de 
ces employés inférieurs qui composaient Yofficiinn des gouver- 
neurs romains. Sous le nom collectif A'of/îcialcs, on comprenait, 
dit Naudet", les librarii, écrivains rédacteurs; les iiolarii, 
exceptores, écrivains expéditionnaires; \c.%tabularii et numerarii, 
teneurs des registres et des comptes. Ces of/lciales étaient géné- 
ralement des affranchis, comme probablement notre Liban. Pour 
le qualificatif àvaY/.aTs^rr ?ieC(^5S«r/?/.s, cf. Cic, Ad Qithitiini, I, 1, 

12 « quos vero aut ex domesticis convictionibus aut ex ncccssariis 
apparitionibus tecwn voluisti. » L'épitaphe semble du ni" siècle 

§11.— NOMSTHRACESDANS DES INSCRIPTIONS SYRIENNES 

Voici la copie et la restitution données par le P. Germer-Du- 
rand {Revue biblique, 1899, p. 28) d'une épitaphc de Gcrasa : 

VAL ^ E P T A C E mmm S F 
O -ALAEITHRACVM 

FRATER E I V S F ECl T 
lOYTENEIEnTAKENTOYYlOI 
KOYEAlHIEnOHIENOAAEA 
(|)OZAYTOY. 

1. AîCavo;, nom rie beaucoup d'esclavos syriens. Cf. Pape, s. i'. ; C. /. G. S., 
III, n» 374 = C. /. G. 175(3 (a(Ue(ran'rancliissi?ment de Naupacte) .Vigavo,-, ■:>> yivo; 
"Apaga; B.C.H. XVIl, p. 358, n" 31 (acte d'alTranch. delpliique) At'gavo;, to yévo; 
S'jpov. 

2. Méin. lie VAcad. des Inscr., t. XXVI. 2" partie, p. 5'j8 {Lr. cohorte <tu 
préteur et le personnel administralif dans les provinces romaines); cf. p. 509. 



.^12 UKVli: AIU.IIÉOLOGIOUE 

Val{enits) [Tencs] Eptaccnli]<i f{ilius) 

u{ptw) alae I Thracum 

Au'i[usla('). Q[uintu^) \\cases. 

[rater eius /cr.it. 

'I(siiM:;) 0!/(xA£p'.o;) Tvti;, 'E-r.-r/.vr.zj -Ai: ■ 

zi: aJTSu. 

(( Les uonis, sauf les prénoms qui soutlatius, sonl nouveaux et 
bizarres », dit le P. Germer- Durand. Je ne sais si Oj£7.7/;; et sur- 
tout si TENEI, sont bien copiés; en tous cas, Eptacentes ('E:;Tai- 
y.svO:;, Eptoccntus) est un nom thrace qui n'est ni nouveau ni 
bizarre; on le connaît par une dizaine de textes : cf. Toniaschck, 
Die ahim Thrakcr, II, 2, p. 8 et 46, et B. C. IL, XXI, p. 124. Je 
crois le retrouver dans une inscription d'Es-Sanaînein (/Era d'Au- 
ranitide) queBockli etWadding-ton restituent ainsi (C./.G., 4456; 
I user, de Syrie, no 2iIH h) : (-Jsdos-o; "Ey.Tipc; ETriray.ivcO'.avèç 
xj.T. zj\).i'M Y.r. 'iv.'tz'.z --çi Tjyixi jlv y.z'r/Tf -rr^ r.x-ziz'. Xp-izut iy.osjrr^sîv. 
Bockb et Waddington ' expliquaient cet 'EzTay.-.veOtxvd; comme un 
elbuique. Si l'on se reporte aux copies dont ils ont fait usage, on 
voit que celles de Ricliter et de Seetzcn portent CnTAKINCî 
0IANOC, c'est-à-dire que le nom doit se lire 'E:;-:a/.'.vO'.av;ç. riiéo- 
dolos était l'alTranchi ou le fils adoplif d'un Tbrace du nom 
d' 'EzTa/.ivO:;. 

U'ila /' T/iraciim n'était pas connue encore; c'est même la 
première mention d'un corps do troupe thrace canlonné en Syrie 
et en .\rabie. 
païenne, <|iii, iii.illieureusement, n'est jusqu'ici pas autrement 

i5 12. - LA mosaïque BACHIQUE DE MÉDABA 

La ville (le Médalja, au pays de Moab, est célèbre désormais 
par ses mosaïques cbréliennes. Ou y a trouvé aussi une mosaïque 

Mommson, De apparilorihus magislraluum romanorum, dans le llficin. Museurrif 
IH'iG; le tm^mc, llocm. Htaahro.dd, I {Die Dienerschaft dcr lieamten]. 
1. Suivi par .\I. Cliabof, duns son Index. 



SYUIAr.A "(M 

coumie que par ces quelques lignes de la llrrar lllhlit/iic l'IS!!."», 
p. 589) où elles ont paru sous la signature du I*. (ici imr-Du- 
rand : 

'« /Ns/f/'p/ioiis en ?)iosfii//'tr. 



APIA 
AN H 



'\pixorq 



BANXH 



>xr/r, 



CATYPOC 



-.T^p:; 



« Ces noms païens servaient d'éclaircissement à un sujet my- 
thologique. 

« Les figures, paraît-il, étaient nimbées. Mais l'usage du nimbe 
n'étiit pas exclusivement chrétien, et l'attilude ne laissait aucun 
doute sur la nature du sujet. » 

Ceci donne à croire que la scène n'est pas tout à fait convena- 
ble. S'agit-il d'Ariane endormie découverte dans l'île de Naxospar 
les pétulants compagnons de Dionysos ? 

Bir/r, — I5â/.-//;, h Bacchante. Cf. Nonnos, XIV, ■)î)") ; llesy- 
chios, s. V. r»x/.-/r, ; et le cratère de Bologne où Ton voit Dionysos, 
deux Victoires, le Silène ïlïy.o^, et une bacchante, V>y:/:/;r, (sir) : 
Ileydemann, Anlikpmamjnl. in Oher- n. MittelitaL, p. 52, U" 7 et 
Sali/r- u. liakchennamen, 32-39 ; Kretschmer, Griccli. Vfn^nwmlir. , 
p. 174. Pour le nimbe, cf. Stephani, Nimlms und Slrahlen/ininz 
(p. 48, Ménade nimbée; p. 64, Ariane nimbée). Une mosaïque 
païenne de Syrie représente Poséidon nimbé (/>.C.//., \\[, 
p. 160). 

i'aiil l*t;»DUi/.i:T. 



(iUELQUES STATUETTES DE BRONZE INÉDITES 



I. — L'nÉRAKLÈS DE FEURS 

Le chef-lieu des Ségusiaves, Forum Segusiavorum, aujourd'hui 
Feurs, paraît avoir joui, dans les premières années de Tère chré- 
tienne, d'une prospérité remarquable. Une inscription découverte 
en 18S7 nous apprend que cette ville possédait, vers l'an 42 après 
,l.-(l., un théâtre en bois, construit par un certain Lupus, fils 
d'Anthus. Ce théâtre fut remplacé alors par un théâtre en pierre, 
édifié aux frais d'un prêtre d'Auguste, nommé Tiberius Claudius 
Capito, < en l'honneur du divin Auguste, pour le salut de l'empe- 
reur Claude »'. Cet édifice a complètement disparu, mais on a 
relevé les vestiges d'autres constructions publiques et privées 
appartenant à l'époque du Haut-Empire. J'emprunte ce qui suit 
à un article d'Auguste Bernard, qui a étudié avec zèle les ruines 
de Feurs : 

« Il y a près de Feurs un lieu qui porte le nom de Palah, en 
latin Palatium, emprunté à un vieil édifice détruit depuis bien 
longtemps, mais dont on retrouve encore chaque jour de riches 
débris, malgré les circonstances qui semblaient s'être réunies 
pour en faire disparaître toute trace. En effet, l'espèce de respect 
traditionnel attaché à ce lieu l'ayant fait de bonne heure occuper 
par la féodalilé, qui y éleva un château malgré sa situation peu 
favorable pour une construction de ce genre, tout ce qui restait 
de l'ancifîn édifice fut employé dans le nouveau; ensuite, un arrêt 
des Cratids Jours de Clermont, de d6G6, ordonna de raser ce 
château en punition des crimes de ses maîtres et tous les maté- 

i . ComptcS'Tcndus de l'Ami. <lcs Inscr., 1<S88, p. 7; licvue archcol., 1888, 
H, p. 99; Corp. inscr. lai., l. Mil, n" 16''i2. Voir, en gériOral, sur les ruines de 
Feurs, Sleyerl, Nouv. hist. de Lyoti, l. I, p. 151. 



gUELQUES STATUETTES UK ItUONZE INÉDITES ÎJÎ) 

riaux furent alors dispersés au loin. Voilàpourquoi on ne découvre 
plus sur les lieux que des fragments peu considérables. Néanmoins 
ils sufdsenl pour donner une haute opinion de l'édiliceauipiel ils 
ont appartenu. Ainsi on y a trouvé, dans une espèce de fouille 
faite récemment pour la construction d'un nouveau corps de 
bâtiment, des portions de colonnes de marbre dont les cannelures 
sont d'une proportion vraiment extraordinaire. En outre, il exis- 
tait naguère dans le voisinage des restes de thermes connus sous 
le nom de bains de César... ' » 

« Feurs fut jadis une ville importante ; on y a trouvé des mosaï- 
ques et dos statuettes qui rappelaient les plus beaux temps de 
Tempire. On y découvre encore journellement des restes d'aque- 
ducs et d'égouts, qui indiquent une vaste cité. Tout démontre 
que l'enceinte de cette ville renfermait autrefois plusieurs loca- 
lités voisines, et entre autres Randan, où la tradition rapporte 
que fut élevé le premier temple chrétien de la contrée. La dé- 
chéance de Feurs est attribuée à un incendie dont on ignore les 
circonstances, mais qui est prouvé par de nombreuses ruines 
enfouies dans des charbons et des débris de tuiles antiques. 
Toutefois, la cause principale de cette déchéance fut, à notre 
avis, la proximité de la colonie de Lugdunum, fondée par ordre 
du sénat, fidèle interprète de la politique romaine, (jui consis- 
tait à rompre sans violence les habitudes des peuples vaincus ol 
môme de les attirer à lui par des bienfaits »'. 

Plus récemment, M. Vincent Durand écrivait dans le liuUclin 
monumental : 

« L'ancienne capitale des Ségusiaves, aujourd'hui descendue à 
l'humble condition de chef-liou de canton, a vu plusieurs fois des 
objets précieux pour l'art et pour l'histoire sortir de fouilles pra- 
tiquées dans son enceinte. Beaucoup de ces richesses ont été dis- 
persées, faute d'un musée local, musée dont le savant abbé Roux 
réclamait avec instance la création, il y a plus de vingt ans^ > 

1. Aug. Bernard, Mém. de la Soc. des antiquaires, iSiG, t. XVill, \>. 392-3'J3. 

2. Ibid., p. 395-396. 

3. V. Durand, dans )e DuUelin monumental, 1873, p. 702. 



^5g HEVIE ARCIIÉOLOGIOUE 

L'aiileiir de col arliclo signalait et figurait une grande mo- 
saïque découverte à Feurs en 1872, pavé d'une villa romaine 
qui ne paraît pas avoir été méthodiquement explorée. Tout près 
de celle mosaïque, on exhuma une slaluette de la Victoire, eu 
bronze doré, mesurant tr,2() de hauteur'. D'autres statuettes, 
plus imporlantes, avaient été recueillies précédemment au même 
endroit. 

En IKT.'i, le Musée de Saint-Germain obtint, par Tentremise de 
M. Bulliol, des moulages de deux slaluettes de bronze découvertes 
à Feurs, un Satyre x-:r/.:z£jo)v et un Hercule marchante Le Satyre 
a complèlcment disparu. J'ai cru autrefois retrouver l'Hercule 
dans la collection Thiers au Louvre, où figure, sans indication de 
provenance, une statuette à peu près identique et de même di- 
mension. Toutefois, comme je le faisais déjà observer en 1894, 
rorloil droit de ITIerculc Thiers est enlevé et la base présente 
l'aspect d'un terrain escarpé, ce dont il n'y a aucune trace dans 
notre moulage. Il est donc préférable d'admettre l'existence de 
deux slaluettes semblables. Voici, d'ailleurs, pour faciliter des 
recherches ultérieures, ce que M. IJuUiot écrivait à M. G. de 
Mortillet, le 17 décembre 187.3 : « Les deux petits lutteurs {sic) 
dont vims nie renvoyez les moules oui été trouvés à Feurs (Loire) 
et achetés par un collectionneur de lloanne, M. de Saint-Thomas; 
ce dernier les a vendus, malheureusemenl, à un Anglais, en se 
réservant les moules, (^eux-ci appartiennent à M. lU-rlrand, con- 
ducteur du fheniin du for à Moulins-sur-Allicr, qui m'a autorisé 
à en lirer (lualrc épreuves, dont une pour Saint-Germain, une 
pour moi, une pour Aulun et une pour lui*. » 

Les inscri[)lious découvertes à Feurs y constatent l'existence 
des cullcs de Jupiter {Corpus, l. XIII, 1651), de Silvain (1040), 



1. Bull, niunutn., 1873, fil à la fi. 7U2. Bien qu'ayant, à mon lour, signalé 
celle slaluelle dans mes Jironzes firjurvs (p. 109), j'ai omis, par inadvertance, 
de la reproduire dans le hépcrloire de la statuaire. Elle sera gravée dans le 
lomc III en préparation. 

2. S. Heinach, Itronzes fujuréa, p. 112 el 123, 

3. Dossiers des aciiuisHions du Musée de Saint-Germain, n"' 21031 cl 21032. 



nlIKLQIJKS STATl'KirKS \)K IIU(IN/.K I.NKDUICS 57 

de la doa Segela (1641, KîtG) cl de la dca Diiiiisia (lOiO). Lo 
nom de celle dernière diviiiilé ne s'est pas renconlré ailleurs. 

Une m(3nnaio d'argenl, porlanl la légende SliGVSIAVS, esl 
décrile ainsi par Murel el Gliabouillet' : 

SEGVSIAVS. Busle imberbe, casqué, i\ droite'; derrière, une 
lance. 

Ij!^. ARVS. Hercule deboul, lenant sa massue do la main droile 
et de la gauche touchant Télesphore posé sur une base''. 

Duchalais, suivi par Aug-. Bernard ', a vu dans le revers « Hercule 
vainqueur des Géants, consacrant sa massue à Mercure... et un 
analhème ùTélesphore, dieu des convalescents. Après le combat, 
Hercule se baigue dans les eaux thermales; il faut donc consi- 
dérer ce dernier dieu comme protecteur des eaux ihcrmales des 
Ség-usiavcs »>. « Cette explication, ajoute Bernard, nous paraît 
d'autant plus naturelle que le pays de ces derniers possède de 
nombreuses sources thermales et qu'Hercule joue un grand rôle 
dans les traditions de la contrée. » 

Le nom ARVS, inscrit au revers de celle pièce — dont il exisle 
plusieurs coins présentant de légères variantes — esl incxpliijué. 
Mais les figures d'Hercule cl de Télesphore sont parfailenienl 
reconnaissables sur le revers. Il esl vrai que M. W. Wroth', suivi 
par M. L. Sclienck % conteste que la petite image puisse être celle 
de Télesphore, et cola, dit-il, parce que le culte de Télesphore ne 
devait pas exister en Gaule à l'époque oîi celte pièce a été frappée 
(58-27 av. J. -G.). Mais, d'abord, la date assignée par Kenner 'àla 



1. Muret et Cliabouillet, Monnaies gauloises de la Bibliothèque nationale, 
p. 105, n» 4622; cf. la gravure (inexacte) ap. \\. de La Tour, Atlas de mnnnuies 
gauloises, pi. VII. 

2. M. Steyerl (Histoire de Lyon, t. I, p. 139), s'est imaginé que celle tête 
casquée était copiée sur le coin de la médaille d'Eucralidas, roi de Bactriane ! 

3. A la Bibliothèque nationale, j'ai noir les pièces numérotées iG22 (mal gravée 
dans V Allas), 4623 (très bel exemplaire), 'i62'i, 4625, 4626; un exemplaire bien 
conservé se voit dans la vitrine de la salle de Luynes. 

4. Miim. Soc. des anliq., t. XVIII, p. 394. 

5. Journal uf Ucllenic Studics, t. III, p. 287. 

6. Ludovicus Sclienck, De Telesphoro deo, Goellingue, 1888, p. 45. 

7. Kenner, Die Miinzsammlung des Stiflcs St. Fitrian, pi. I, p. 1. 



rjH REVUE ARCHÉOLOGIoUE 

monnaie en queslion n'eslpas établie avec certitude et, en second 
lieu, la pelil"' imai;e peiil fort bien être colle d'une divinité gau- 
loise assimilée, dès l'époque de la conquête, à ïélesphore, plutôt 
que le petit dieu grec lui-même. Les imag:es dites de Télesphore, 
tant eu bronze qu'eu terre cuite, sont fréquentes dans la Gaule ro- 
maine' et celle fréquence s'exj)liquerait très bien par l'existence, 
dans la mythologie nationale, d'un dieu-enfant de la santé, auquel 

on attribua, au i"' siècle, les 
traits du Télesphore hellé- 
nique. Quant à l'association 
de Télesphore avec Hercule, 
elle est sans autre exemple, 
mais se conçoit d'autant 
plus aisément qu'llercule est 
aussi un dieu de la santé, 
présidant aux sources ther- 
males*. En cette qualité il 
porte même le surnom de 
Sa/uti/er\ Sur les types mo- 
nétaires, on le trouve par- 
fois associé à Esculape et à 
Hygie*. 

Concluons que le type des 




Fig. 1. — Hercule de Fours. 

nous autorise pas seulement à compter Hercule parmi les divinités 



monnaies des Ségusiavesne 



1. Voir Rcp. de la statuaire, t. II, p. 469, 470, et Blancliel, Figurines en terre 
cuite de la (Jaule romaine, p. 134 (les enfants avec capuction). Je considère le 
prétendu dieu Risus comme un Télesphore (cf. ce que j'ai dit dans les Bronzes 
fiijuréa, p. 14). La question demande à être traitée de nouveau. 

2. Source d'Hercule à Caere (Tile Live.XXII, 1, 10); thermes d'Hercule à Allifae 
{('. 1. L., l.\, 2338); tiiermes d'Hercule (encore appelés Hercule sbdder) à Me- 
hadia en Hongrie (C. i. L., 111, 1563-73). Un hymme orphique invoque ainsi 
Héraklès : 'E>.Oé, liâxap, vojtmv Oe/xtripta TrivTa y.ojxîCwv. Pausanias, IX, 24, 3 ; 
It ' l'r|TT(i) vaô; Èttiv 'lIpay.>ioj; y.at lâiiaxa cOpfuOa'. Trapà touto-j TOi; xâi;.vo'j(7tv 
ë<JT'.v, o'vTo; oj/\ àYâ>,|j.aTo; cov tî/vt,, /,{0o-j Se àpyoO v.aTJt tô àp/atov. \'oir le Lexi- 
con de Hoscher, t. I, p. 29rjG-7, et Schcnck, De Telesphoro, p. 4i3. 

3. Curp. inscr. Int., 111, 1j7J. 

4. Schenck, loc, laud. 



QUELQUES STATUETTES DE llUONZE lISÉUITh'S 59 

de Feurs, mais que nous pouvons, grAco à leur témoig-nag^e, donner 
raison à Duchalais qui voyait en Hercule le « protecteur des eaux 
thermales des Sogusiaves ». Or, nous avons déjà rappelé la dé- 
couverte, à Fours, d'une slatuetle d'Hercule marcliant, où le 
héros oll're le type barbu qu'on lui attribue d'ordinaire à l'épo- 
que romaine; notre figure 1 présente un type beaucoup plus rare, 
celui d'Uercule juvénile assis sur la peau de lion. 

Cette charmante statuette, haute dcO'",!^ environ, ne m'est con- 
nue que par un moulage en phUre, conservé au Musée de Roanne, 
avec l'indication que l'original — découvert et vendu on ne sait 
quand — a été trouvé à Feurs. M. Déchelette, conservateur du 
Musée de Roanne, a bien voulu m'envoyer une photographie do 
ce moulage; la cassure de la main droite est récente et il paraît 
que le bronze original était intact. 

Deux figures en ronde-bosse, seulement, reproduisent le même 
motif : la statue du palais Altemps cà Rome* et un petit bronze du 
Musée de Florence-. La statue, œuvre importante, mérite de 
nous arrêter quelques instants. 

Plus grande que nature, elle a été publiée pour la première fois 
en phototypie par M. Kalkmann, qui en a fait valoir rintérèt'. 
Suivant cet archéologue, les restaurations modernes, d'ailleurs 
difficiles à reconnaître^ seraient peu importantes et conformes à la 
vérité : le héros tient une massue de la main gauche levée et les 
pommes des Ilespérides dans la main droite, levée également. 
Cette attitude paraît cependant assez étrange; elle a obligé le 
restaurateur à soutenir la main droite avec un gros étai de 
marbre qui vient s'appuyer sur la cuisse, expédient de Teffct le 
plus disgracieux. 11 me semble plus vraisemblable que la main 
droite, tenant peut-être les pommes, était posée sur la cuisse, 
comme dans la statuette de Feurs. Quant au bras gauche, la res- 



i. Répertoire, I, 475, 5. 

2. ma., II, 229, 5. 

3. A. Kalkmann, Die Proporlionen des Gesichls iii der griechisclieu Kuml, 
Berlin, 1893, pi. l et II, p. 7i. Une 1res mauvaise simili;,M-aviire avait èLc publiée 
par M. Peterseu, liomi^che Millheiluwjen, 1889, p. 333. 



60 REVUE ARCnÉOLOGIQUE 

laiiralioa adoptée peut s'autoriser de quelques figures analogues 
d'IIorcnlo juvénile assis (monnaies de Crolone et vases peints)*. 
Dans la statuette de Feurs, l'attitude du bras gauche est conforme 
à celle du célèbre Hermès en bronze d'IIerculanum', œuvre qui, 
dans son ensemble, rappelle celle qui nous occupe, avec cette 
différence que le torse de la statue du Musée de Naples est plus 
fortement incliné vers l'avant. Il existe, d'ailleurs, en Angleterre, 
nne autre statuette en bronze de Mercure assis, la main gauche 
appuyée, la main droite avancée, qui paraît remonter au même 
type que celle de Feurs '. En l'absence de la peau de lion, qui est 
un attribut distinclif d'Hercule, on aurait songé plutôt à y recon- 
naître une des nombreuses représentations de Mercure assis; 
cette hypothèse, toutefois, n'aurait pas résisté à un examen atten- 
tif, car non seulement il n'y a trace ni d'ailerons ni de talon- 
nières, mais le gros bandeau qui entoure la chevelure convient 
mieux à Hercule vainqueur qu'à Hermès*. 

Les proportions de la statue du palais Altemps et le style delà 
tête trahissent l'influence d'un original du v" siècle; c'est ce qu'à 
bien vu M. Kalkmann, qui prononce, à ce propos, le nom de 
Myron. U n'en est pas de même do la statuette de Fours. Ici, les 
proportions sont incontestablement celles de Lysippe et le profil 
du visage n^est pas moins lysippéen que la structure du corps. 
On ne peut y voir une copie du célèbre Hercule assis de Lysippe, 
qui aurait appartenu successivement à Alexandre, à Ilannibal, à 
Sylla et à Nonius Vindex, parce que cotte statue, comme l'Hercule 
assis des monnaies do Crotoue, tenait une coupe de la main droite, 
une massue de la main gaucho =■ ; mais si, comme cela est probable, 
Lysippe était l'autour do plusieurs autres figures d'Hercule as- 



1. Kalkmann, op. laud., p. 75. Cf. la monnaie fie Crolone ap. Baumeisler, 
Denkmnier, t. I, p. 671. 

2. Hcpcrtoire, I, 3(57, 1. 

3. //,/</., I, 309, G. 

-i. Voir, par cxomple, la belle t(He d'Hercule dccouverle à Aequum, Arch.- 
cpi'jr. Mill/i., t. IX. pi. 1 et Gazelle des lieatix-Artu, mai 1«8(), p. 429. 

D. Slace, Silves. IV, G; .Martial, IX, 43, 4'». Cf. I<^url\vaenf,'ler, art. lïerakles, 
ap. IVjsclier, Lcvilion, t. I, !•• -175, 



nUliLoLliS S TALE l TES bi: IlllON/.Ii INÉUITIÙS 



01 



sis', tien n'cmpôchcrail de roconiiaîUc la copie do rniic d'elles 
dans laslaluoUedc Fours. D'ailleiiis, l'ocolo do Lysippo a produit 
assez d'œuvres inspirées du mémo esprit (juc celles du maîUe, cou- 
formos au morne idéal et au môme canon, pour qu'on puisse se 
contentor d'inscrire sur l'étiquctlc los mots» Ecole do Lysippo ». 
Une fois de plus, on constate que le grand sculpteur de Sicyono 
et sesélèves ont moins inventé des types plastiques qu'ils n'ont ac- 
commodé au goût de l'époque hellénistique des types antérieurs*. 

II. — l'epona de mésie 

Notre ligure 2 reproduit la photographie d'une staluotlo do 
bronze, haute de 0">,085, qui a été découverte près du village de 
Kalouguerowo, district de Serlievo 
(en Mésie) et acquise récemment par 
le Musée national do Sofia'. M. Do- 
brusky a eu l'obligcanco de nous la 
communiquer en insistant, avec rai- 
son, sur ce fait que « c'est la première 
représentation d'Epona qu'on ait 
trouvée en Bulgarie ». La ruine ro- 
maine d'où on l'a exhumée a livré en 
même temps aux explorateurs quatre 
monnaies impériales grecques quo 
M.Dobrusky décrit comme il suit : 

1. Pièce d'AugustaTraiana, à Tef- 




figie de Caracalla. 



Fig. 2. — Epoua du Musée 
de Sofia. 



2. Pièce de Serdica, à l'effigie du mcmc empereur. 

3. Pièce d'IIadrianopolis, à l'effigie de Gordien. 

1. Ou sait que l'Hercule colossal de Tarente, œuvre de Lysippe, était assis. 
D'après les textes (Overbeck, Schriftq., 1468 et suiv.), il soutenait sa tète fa- 
tiguée de sa main gauche ; le motif n'était donc pas identique à celui de la sta- 
tuette de b'eurs. 

2. Sur la fréquence relative des images d'Hercule assis à répo(jue gréco-ro- 
maine, voir Furtwaengier, lûc. laud., p. 2181, et Petersen, Rniii. MiKhciL, 1889, 
p. 331. 

3. Cf. sur les bronzes de ce Musée, Revue archcol., 1897, H, p. 22iet 1899,1, 
p. 118. 



62 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

4. Pièce de Kicopolis ad IsUum, à rcfligic de Julia Domna. 

Ces pièces onl été acquises pour le Médaillier national de Sofia. 

La nouvelle Epona diiïère peu des exemplaires déjà connus; 
toutefois, le type du cheval s'écarte de celui qui est usité en Gaule 
et ce caractère suffirait à prouver qu'il s'agit bien d'un produit 
local, non d'une statuette importée. 

Je crois devoir profiter de l'occasion qui se présente pour 
dresser une liste rectifiée des monuments relatifs à Epona, 
accompagnée des dessins do trois bas-reliefs et dune statuette 
qui n'ont pas encore été publiés. 

I. — TYPE ÉQUESTRE 

A) France. 
.\,^. _ p,ronze deBagé-Ia-Ville,àla Biblioth. nal. — /»«., 1893, 

I,p. iGofig.). 
Alueu. — Terre cuite de Néris. — Ra., 1893, I, p. i6G (fig.)- 
JJas-reliof de Néris, auj.?— Ra., 4898, II, p. 189 (fig.)- 
Terre cuite de Saint-Pourçain, au Muséede Saint-Germain. 
-7?«., 1895,1, p. 166 (fig.)- 

* Terre cuite de Rubona (?), de la même localité. — /?«., 
1893, I, p. 16G (fig.)- 

Terre cuite de Toulon-sur-AUier, au Musée de Moulins. — 
Ra., 1893, I, p. 167 (fig.). 

Terre cuite de Toulon-sur-AUier, au Musée de Saint-Germain . 
— /?«., 1893,1, p. lG7(fig.). 

Bas-relief de Gannal, au Musée de Saint-Germain. — Ra., 
1898, II, p. 188, pi. XI. 
AuiiE (?). — Fragment d'im bas-relief en bronze au Musée de 
Troyes, acquis en 1874 à la vente L. Goûtant'. — Ra., 1899, 
11, P- G.'i (fig. ::!), 
Charknte. — Bas-relief de Rouillac. — /^/. , 1898, II, p. 189 (inéd.). 
Côte-d'Or. — Statuette en pierre de Dijon. — Ra., 1893, I, 
p. 1G7 (fig.). 

i. Le Clerl, Bronzes rhi Musée de TroyeSi pi. VI, n" ASi 



nuELoui:s statuf.ttks nr: liRON/.i: inkiiiths (»."{ 

IJas-roliol' de Mciiisaiill, an Musée dti l>i'atim'. — lin., IN!).";, 
J, p. I(i8 (lig-.); 18ii-j, 1, p. :r.]:') (reclilicalion); IHDK. Il, p. I!l(l 
(bonne gravure). 

Slatuclte (le Vitteaux, uu Musée de Saint-Germain. — /{a., 

180:;, I, p. i(;8((i8-.). 

IJas-relief de Vitteaux, auj.? —lia., 189.";. I, p. IG!) (fi-.). 

Bas-relief au Musée de IJcaune, représentant un poulain 

tétant sa mère. — Ra., I8îi:3, I. p. 168 et 1898, II, p. 190 (li^.). 

Eimi:. — Terre cuite de L'Argillicre. ~ lia.., 189"», I,p.lG9 (fig.). 

ErKE-Eï-Loiu. — Bronze deJanvillc, auj.? — fin., 189*], 1, p. 170 



f^f 




a' 



Fig. 3. — Èpona de Troyes. 

Finistère. — Terre cuite de la Tourelle, coll. P. du GhatcUier à 

Kernuz. — Rn., 189:i, 1, p. 170 {Wg.). 
Gironde. — Bas-relief de Bordeaux. — Ra., 189o,I, p. 171 (fig:.)- 
Isère. — Bronze de Vienne, à la Biblioth. nat. — Ra., 1895, 1, 

p. 171 (lig:.). 

Jura. — Bronze de Loisia, à la Biblioth. nat. — 7?^., 18!K'», I, 

p. 171 (fig.. 

Bronze de Pupillin, au Musée de Saint-Germain. — Jin., 

1895,1, p. 174 (fig-.). 
Marne. — Bronze de Reims, à la Biblioth. nat. — Rn., I8ÎI5, I, 

p. 172 (fig.). 



64 REVLi; AIlCIlÉOLOGloUE 

Maiine (IIalti:-). — lîas-reliof de Chalmossiii. — //'/., 18"J8, II, 

p. llll Jig.)- 
Meurthe*. — Bas-relief de Scarpone, auj.? — lia., 189o, I, p. 173 

(fig.)- 
Melsk. — Bas-relief de Senon, au Musée de Verdun. — Ra.^ 

1890,1, p. 174 (fig.)- 
Moselle*. — Bas-relief de Cutry ; coll. Lamberlye à Cons Lagrand- 
ville, puis? - Ra., 189o, I, p. 173 (fig:.) et 1898. II, p. 191 
(rcclilicalion). 

Bas-relief de Fonloy; coll. Pag:nat à Metz, puis? — Ra.^ 
189:;, I, p. 17o (fig.). 

Bas-rolief de Iliéraple près de Forbach. — Ra.^ 1895, I, 
p. 173 (lig.). 

Bas-relief de Metz, au Musée de Metz. — Ra.^ 1893, 1, 
p. I76(lig.). 

Bas-relief de Metz, au Musée de Metz. — Ra., 1898, II, 

p. 191 (fig-). 
Bas-relief de Murville, auj.? -/?«., 1893, I, p. 176(fig.). 
P( v-uK-DùME. — Terre cuite de Clermont-Fcrrand, au Musée 

de Saint-Germain. — /?«., 1893, I, p. 177 (fig*.). 
Saùne-et-Loire. — Bas-relief d'Aluze. — Ra., 1893,1, p. 177 

(fig-)- 

Terre cuile de Cluny, au Musée de Saint-Germain. — /?«., 

1893, I, p. 177 (fig.). 

Bas-relief de Fontaine-les-Chalon, au Musée de Chalon. — 
//«., 1893, I, p. 178 (fig.). 
Bas-relief de Mellecey, au Musée de Chalon. — Ra., 1893, 1, 
p. 178 (fig.). 

Bas-rolief de Uully. — Ra., 1893, l, p. 178 (fig.). 
Saône (Haute-).— Bas-relief de Luxeuil. — 7^^;., 1893, I, p. 179 

(fig.)- 
Vienne. — Statuette <'n i)iorre du Puits de Mercure^ au Musée 

de Poitiers. — Ra., 1898, II, p. 192 (fig.). 
Vosges. — Bas-relief de Grand, au Musée d'Épinal. — /?«., 

1893, l,p. 179 (fig.). 



OUELQUKS STATUliTTh-S DL li\\OS/.E INÉl.lTKS fi;; 

Bas-iviief de Chavillol, an .Miisoc (l'h]i.inal. — fia., IHÎi:;, 
1. p. 179 (fig.). 

Krag-rnent inédit de nirinc piovcriarice. — M/V/. 
>„.NM,. — Bronze de Toniiene, an Musée de Saitil-Germain. — 

Ii(f., 18'Jo, I,p. 180(11-.). 
Phov. Gauloise indétekminée. — Uionze de la Bibliolli. nal. - 
Ji(t., 18')o, I, p. 180 (lîii-.). 
Bronze de la coll. Dulnii ;, |{oii..|i. //./., 1898, II, p. 193(fig.). 

B) Luxe?}ibo///y ri licUjlqiu'. 
Bas-relief d'Alt-Trier, au Musée de Bonn. - lia \%^r\ \ 

p. m (fig.). 

Bas-relief d.î Conteren, auj.? - //./, is!):;, 1, p. ksi (fjo-.). 

Bas-relief d'Ecliteruach,auj. ? ^ l{a.^ 18!);j. I, p. 18I ((jo-.,. 

Slaluetle en mêlai blanc très lourd, appartenant à M. Ilnv- 

brigts à Tongres, .jui a bien voulu m'en communiquer une 



l'ig. 4. — Epona de Tongres. 

pholograpilic (lig. 4). La déesse paraît tenir une corne d'abon- 
dance de la main gauche. De l'autre côté de la statuette, il y a 
l'indication d'une housse on d'un lapis. 

C) Allcmafjnc. 

WiiKTE.MBKiu;. — Deux bas-reliefs de Cannstall, au MnstT de 

Slullgarl. — Ha., I8i)8, 11, p. 19't(lig.). 
Bade. — Bas-relief de Biischig, au Musée de (iurlspiilie. — Hn., 

1895, I, p. I82(rig.). 

ni'' série, t. x.xxv. 5 



66 HEVL'E ARCHÉOLOGlOn: 

Bas-relief (h- Kœ:iigsbach. — Ha., l89o, 1, p. 182; cf. 
/6/W.J898, II, p. i;>3. 

Bas-relief de Stcttfelil, an Musée deCarlsniho. — /?<?., I89o, 

I.p. 182(0-.). 

Bas-relief de Waldiini, auj . ? — /?^/ . , i898, II, p. 193 (inédit). 
I*Ai.ATiNAT RHÉNAN. — Bas-relicf de Rheinzabern, au Musée do 
Carlsruhe. — Ra., 1895, I, p. 183 (fig.)- 

Terre cuile de Bhoinzabern, auj.'^ — /?«,, 1895, I, p. 183. 
Terre cuite de Spire, au Musée de Spire. — Ra., 189o, I, 
p. 183 (fig^.). 

Bas-relief de Waldfischbach, au MuséedeSpire. — R(i ,189o, 

p. 183(fîg-.). 
Hesse rhénane. — Bas-relief de Mayence [et non de Worms), au 
Musée de Worms. — Ra., 1895, I, p. 184 '. 

Deux terres cuites trouvées en 188i à Worms [et non en 
1880 /;m- de Worms), au Musée de Worms. — Ra., 1895, I, 
p. 184 (fig.). 

Terre cuite de Uerrnsheim, au Musée deMannheim. — Ra., 
1898,11, p. 193 (fig.). 

Terre cuite du Musée de Darmstadt. — Ra., 1895, I, p. 185 

(fis-)- 

Bas-relief de Mayeuce, au Musée de Mayence. — Ha., 1895, 
I, p. 185 (fig.). 

Bas-relief de Caslel, au Musée de Bonn. — Ra., 1895, I, 
p. 185(fig.). 

Terre cuite de Castel, au Musée de Mayence. — Ra., 1895, 
I.p. 18G(lig-.). 
Pru.sse rhénane et Nassau. — Bas-relief de Trêves, au Musée de 
Trêves. — Un., 1895, I, p. 186 (fîg.). 

T«'rre cuile de Marienfels, au Musée de Wiesbaden. — Ra., 
1895, I, p. 186(inéd.). 

Bas-relief de Ileddernheim, au Musée de Wiesbaden. — Ra., 
1895,1, p. 186 (fig.). 

1. La terre cuile <« découverte à Worms » et transportée au Musée de Mayence, 
fjui est mentionnée ha. 1895, I, p. 18i d'après M. Weckerling, n' existe pas. 



QDELOUES STATCF/nr.S DK ItHO.V/.K IMJjlTKS 07 

Terre ciiilc do llombour^--, au Musée do Ilombourg. — lUi 
\m:\, \, j). IS6(inéd.). 

Terre cuite de Boppard, au Musée de Uonn. — l{,i., 18'):; I 
p. 187(fig.). 

i)) Autriche- Ilom/rie. 
Tyrol. -- Bas-roliof de Breirenz, au Musée de nre,qenz. — Ihi. 
1895, I, p, 187 (fi-.) et 1898, II, p. 194, pi. XII. 

E) liulr/aric. 

IvALOUGUEriowo. — Staluelto de bronze, au Musée de Solia. — 
Ha., 1899, II, p. 61 (fig.^). 

F) Italie. 

' PoMPKr. — Peinture [ne représente pas Epona). — Ra., 1895, I, 
p. 188 (fig-,). 

II. - DIVINITÉS ASSOCIÉES A DES CHEVAUX 

A) Angleterre. 

Bronze du Wiltshire, au Musée Britannique ~ Wi. 189"; I 
p. 309 (fig-.). 

B) France. 

Allieu. — Groupe en pierre de Xéris, au Musée de Sainl-Ger- 
main. Sujet douteux. — lia., 189"), I, p. 310 (fig-.). 

Meuse. — Bas-relief de xXaix, au Musée de Metz. — lin., 1895, 1 
p. 311 (fig.); cf. ihid., 1898, II, p. 197. 

Vie.nn'e (Haute-). — Bas-relief de Jabreilles. — Un., 189.";, I, 
p. 179 et 1898, II, p. 190 (fig.). 

C) Luxembourg et ISeh/iquc. 

Groupe en pierre découvert à Dalbeiiu, au Musée de 'IVèvo. 
— lia., 189.", I, p. 311 (fig.). 

Groupe en pierre découverl ,i KIouges (llaiuaul). au Musce 
de Bruxelles. —/?t^., 1898, il. |.. I!)7(lig.\ 



08 RKVLE ARCHÉOLOGIQUE 

D) Allemagne. 

Wurtemberg. — Bas-relief fie Beichingen, au Musée de Stuttgart. 
— lia., 1805, I, p. 312 (tig.)- 

Bas-relief (lu Krahenwald, au .Musl-.' de Stullgart. — Ra., 
1898, II, p. 198(inéd.). 

Bas-reliff d'Oehringen, au Musée de Stuttgart. — fia., 1895, 
I.p. 312(lig.). 

Bas-relief de Ivongen, au Musée de Stuttgart. — Ra.. 1898, 
II, p. 198 (notre lig. 5.) 

Bas-relief d'IJeddernheim, auj.? — Ra., 1895, 1, p. 313 (fig.). 
Palatinat rhénan. — Bas-relief de Limbach, au Musée de Saar- 
briick. — fi«.,1898, II, p. 198 (grav.). 



Kig. ». — E[ioua de Kouficu. 

IIesse RHENANE. — Bas-Tclicf des environs de Worms, au Musée 
de Worms. — /^/., 1898, II, p. 198 (notre fig. 6). 

Nassai'. — Kapersburg. Fragment d'un bas-relief analogue à celui 
de Nai.x ? — //«., 1898, II, p. 200 (inéd.). 



OrELOUES STATUETTES DF liKoN/.K INKIHIES 



r.!> 







\ï 



E) Autriche- llniu/rir. 

i«î):;, 1, p. \\\\\ (lig-. . 

Bas-relief on bronze d'Ofen, au Musée de Ikidapesl. Suspect. 
— lin., lcS9:;, I, j.. 314 (fig.). 

F) //rt//^'. 

Pierre gravée du Musée Bocclii à 
Adria. — Un., 189:1, I, p. 31 i (lij^-.). 

Répliiiuo de la môme pierre si^-naltf 
par le P. (larrucci. — Ihid. 

Bas-relief de Milan, au Musre de Mi- L 
lan. — Rn., 189.-;, I, p. 31 fJ (fi-.). % 

Peinture du rirque de Maxence à ^ . k -< '^S'.l ^ 
Borne, disparue. — /^^., 189."), I, j). 310 } ^ !/■'■' 

Groupe eu marbre de Rome. — Ua., \^ 
189?>, I, p. 316 (fig.). ' ___—>-' 

Autre analoirue de mèinoprov. — Ihhi. ... . .. ,.., i. \v,„„,c 

Bas-relief de la collection Torlonia à 
Home. Sujet douteux. — Un., 1898, II, p. 199. 

111. — INSCRIPTIONS RELATIVES A EPONA 

A) Ançilo terre et ]l cosse. 
Aucbindavy. Carvorau. — lia., 1895, I, p. 322. 

B) Espnriiie. 

Siguenza. — Ra., 189o, I, p. 322. 

C) France. 

Côte-d'Oh. — Tbil ChiMel. > 

Meuse. — Naix. [ Un., 189:;. I, p. :!22-:{23. 

Moselle*. — Metz. J 

Nièvre. — Entrains. lin., 1S98. 11. p. 199. 

Rhùne. — Lyon, lia., 189o, 1, p. 32:5. 



70 REVUE ARCnÉOLOGIQUE 

D) Sîiisse. 
SOLELUE. — l{(i., lH9o, 1, p. 323. 

E) Italie. 

CiLiDizzoLO (onlro Manloiie eL Vérone). Rome (dédicace do 
C. Valerius). Rome (caserne des équités smgulares). — lia., 
1895, 1, p. 323-325. 

F) Allemagne. 

Bavièri:. — Pfuring. Ra., 1895, I, p. 325. 
Nassau. — Kapersburg. Ra., 1898, 11, p. 200. 
Prusse rhénane. — Andernach. Cologne, lleinzerath 
(2 textes). -/?«., 1895, I, p. 325. 

G) Autriche- Hongrie. 

Carinthie. — Klagenfurt (3 textes). Ra., 1895, I, p. 325-6. 
Dalmatie. — Salone. Ra., 1895, I, p. 326. 
Hongrie. — Wartzen. Ra., 1895, 1, p. 326. 
Stvhie. — Cilli (2 textes) et Wiedenau. Ra. 1895, I, p. 326. 
Transylvanie. — Also-Ilosva. Karlsburg. Yarhély. — Ra., 
1895, I, p. 326. 

B) Serbie {^]). 
MoNT-RuDNiK. — Ra., 1895, I. p. 326*. 



lil. — ATIIÉNA ET DIONYSOS (?) DU MUSÉE DE SOFIA 

C'est encore à l'obligeance de M. Dobrusky que je dois les 
photographies (h; deux statuettes de bronze reproduites par nos 
figures 7 ol S. Kllcs sont toutes les deux entrées en 1898 au 
Musée de Solia. 

La première, représentant Alhéna debout, a été découverte 
près de Guiguen, dans les ruines de la Colonia Ulpia Oescus 

1. Je ne sais pas au juste où est le Monl-Rudnik. 



ùUlîLOl'ES STATUETTKS UV. ItRONZl': l\r^:i)rii;s 



71 



^iMésie). La liaiilour ost de O"",!!'). « Autour de chaque nrbilc 
m'écrit M. Dobrusky, il reste la soudure en argent d'un cabo- 
chon qui a dû servir de pupille. » Le type est celui de statuettes 
de Naples [Rèp., II, 280, 2) et de Chalon-sur-Saône (ibid., 798 
G); je n'en connais d'ailleurs pas de réplique exacte. La déesse 
devait tenir une chouette ou une patère de la main droite éten- 
due et s'appuyer, de la main droite levée, sur sa lance. Le dessin 
que nous publions suffit à donner une idée de la rudesse du style ; 
il témoigne aussi que les proportions sont assez correctes. 
La seconde statuette, haute de O'",16o,a été trouvée au villa'»-e 





Fi". 1. — Athûua du Musée de Solia. 



Fig. 8. — Dionysos du Musée 
de Sotia. 



de Iladjiolar, district de Tchirpan (Thrace). M. Dobrusky m'ap- 
prend qu'au moment de la découverte « elle tenait de la main 
gauche baissée un petit quadrupède par ses quatre pattes » ; ce 
curieux attribut a malheureusement été égaré. Si linformation est 
autlicnlique, je ne sais trop qu'en penser; quoi quadrupède, at- 
tribut d'un dieu juvénile, est assez petit pour (jue ses quatre 
])attes aient pu passer dans le cercle très élroit formé par le 
pouce gauche de notre bronze et son doii^l indicalem .' I'ai re- 



72 KEVUE ARCnÉOLOGlOUE 

vancho, ce type grêle eteft'éminé d'un jeune dieu, représenté pré- 
cisément dans la même altitude, n'est pas très rare : il me 
suflira de rappeler le prétendu Apollon de Vaupoisson, conservé 
auMuséedcTroyes ' etune ligurinc analogue, mais plus grossière, 
du Louvre, qui est également de provenance gallo-romaine*. On 
a déjà remarqué que le motif d'Hermaphrodite, devenu populaire 
sous l'F.mpire, exerça une intluence, qui fut loin d'être heureuse, 
sur les types des autres divinités juvéniles, comme Dionysos et 
Apolkin. Ce n'était là, en somme, que la continuation et l'exagé- 
ration d'une mode dont l'école de Praxitèle avait donné l'exemple 
dès le iv" siècle; elle paraît avoir sévi dans les provinces plus qu'à 
Home et avoir épargné davantage, sinon complètement, la Grèce 
et l'Asie Mineure. 

Salomon Reinach. 



1. Répertoire, II, 82, 9. Il y a une lithographie très médiocre de celte figure 
dans le Culalogue des bronzes du Musée de Troyes, par M. Le Clert (pi. 1); 
une similigravure un peu meilleure a paru dans la Gazette des Beaux-Arts de 
juin 1899. p. 508. 

2. Répertoire, H, 82, 8. En l'absence d'allrihuls, il est impossible de dénom- 
mer avec certitude la figurine de Sofia; j'inclim^ toutefois à y reconnaître Dio- 
nysos, tenant, par exemple, une grappe de raisin et un vase. 



LES TOMBEAUX EN l'IEKUE 

DES VALLÉES DK LA CUIŒ ET DU Col SI.N (YONNE) 



Lt' Tiombro des tombeaux en pierre trouvés dans les vallées 
de la (^ure et du Cousin est considérable; tous les jours ou en 
découvre de nouveaux dans celte région favorisée. Il faut uatii- 
rellenienl en conclure qu'à l'époque g-allo-romaine et aux époques 







Fiir. I. 



subséquentes, ces vallées étaient Iri-s peuplées. Il n'y a l;i rien 
qui doive surprendre. L'étonnante beauté de ces deux vallées, 
les rivières qui les arrosent, des fontaines abondantes et péreunes, 
un sol fertile, un climat abrité des vents du nord par les collines 



7i REVUE ARCHÉOLOGIOI'E 

élagéos sur la rive droite, tout devait contribuer à y attirer les 
populations gauloises et franques. 

A défaut des tombeaux, ce qui nous montrerait encore la den- 
sité des populations de nos vallées, c'est l'existence de temples 
élevés au milieu d'elles, comme celui de Montmartre, édifice 
considérable à en juger par ses ruines et qui devait être très fré- 
quenté ilii voisinage. 

La grande voie d'Agrippa, passant au fond de ces vallées, 
rendait facile l'accès du temple et des nombreux villages et re- 
tranchements militaires établis de chaque côté de la voie. 

Tous ces villages ont donné do nombreux tombeaux en pierre, 
notamment Avallon, le Vault-de-Lugny, Givry, sur le Cousin, 
et Saint-Père, Asquins, Sermizelles, Voutenay, Blannay, Saint- 
Moré et Arcy sur la Cure. 

On les rencontre assez rarement isolés, presque toujours réunis 
en nombre plus ou moins considérable; quelquefois même ce 
sont de véritables champs dolents ou cimetières; très souvent, 
ces tombeaux sont rangés les uns à côté des autres, comme des 
soldats en bataille. Jai remarqué bien des fois que nos cimetières 
francs sont placés à la base des collines. Il arrive aussi, comme 
à Voutenay, qu'ils sont situés au sommet des plateaux. 

Jamais je n'ai trouvé aucune ornementation sur les sarco- 
phages, les sarqiœux comme on les appelait ici au moyen âge, 
excepté une seule fois sur un couvercle funéraire découvert à 
Sainl-Moré en 1S93. Le travail décoratif consiste simplement en 
panneaux, sillonnés de lignes disposées en chevrons. J'ai fait 
amener dans la cour de mon presbytère ce couvercle et le grand 
sarcophage qu'il recouvrait, pour donner aux personnes que ces 
sort<'S de sépultures peuvent intéresser l'impression exacte de 
ces monuments. 

Un autre tombeau trouvé anciennement au même village, et 
dont il ne resli; plus que la moitié du fond et des côtés, devait 
être entièrement décoré d'ornements en relief, à en juger par ce 
qui reste (fig. 2 et 3). Le fond extérieur a même été orné de motifs 
décoratifs assez frustes, mais représentant, à n'en pas douter, des 



LES TOMBEAUX EN PIERIIE DE LA CHUE ET DU C.Ol'SIN 



(Irapoiies retenues à trois patères. Il est bien probable que ce cer- 
cueil était celui d'un chef militaire du camp voisin de Chora, 
dominant le village de Saint-Muré qui anciennement s'appelait 
Chora. Cependant j'ai trouvé dans ce même villag^e des sépul- 
tures de chefs militaires, dont les tombeaux n'étaient aucune- 
ment décorés. 

Presque tous ces tombeaux ont une parfaite unité de forme. 
Chacun de ces monolithes paraît être une reproduction de son 
voisin d'à côté ou d'en face, et réciproquement. 





Fig. 3. — Fon(i d'iiu 
tombeau. 



Fig. 2. — Côté duo 
tombeau. 

Leur longueur atteint {"",80 à 2 mètres, mais jamais au-delà, 
en y comprenant les parois du monolithe, dont l'épaisseur est 
d'environ 0'",07 Ou0'°,08. 

Tous ces tombeaux se rétrécissent assez fortemunt vers les 
pieds. La plus grande largeur, vers la tète, est de 0'",ti2 à 0"',70 
y compris les parois, et de 0™,37 à 0™, 40 a l'autre extrémité. La 
profondeur est généralement de O'^jSo à Û'",4o. Il arrivail parfois 



70 REVUE ARCHÉOLOGIOUE 

que ces tombeaux n'étant pas assez grands, le mort y élail mis 
ployé ou accroupi. Je n y ai jamais rencontré de coussin de pierre 
à l'intérieur pour soutenir la tète du défunt. Les coussinets et 
chantiers sont d'une époque postérieure. 

On ne constate jamais de perforations ou trous d'écoulement 
sur le fond du sarcophage, coutume assez en usage chez les 
Francs chrétiens et qui avait sans doute pour but de laisser échap- 
per les matières liquides produites par la décomposition des 
corps. A Avigny, commune de Mailly-la-Viile, à deux lieues en- 
viron de Voutenay, j'ai rencontré des tombeaux ayant vers la 
tête une perforation généralement orbiculaire. 

Les côtés de ces tombeaux sont à angles droits; j'en ai trouvé 
cependant quelques-uns, notamment au cimetière de Voutenay, 
évasés de bas en haut ou en forme semi-carénée, à la façon de la 
carène d'un chaland, plate en dessous et s'élargissant à l'exlé- 
rieur à mesure qu'elle atteint ou dépasse la ligne de flottaison. 
Cet évasement, qui nécessitait l'emploi de plus larges blocs de 
pierre et qui rendait le monument d'un maniement plus difficile, 
avait sans doute un but. Faut-il y voir, comme quelques archéo- 
logues le croient, un symbole, une idée religieuse? Le nom de 
fun/s^ sous lequel on désigne souvent ces sortes de cercueils, est 
sans doute le mot latin n/ivis. On a rapproché ce mot de la fameuse 
barque païenne et on en a conclu à une identité de croyance à 
l'immortalité de l'ame. Chez les Gaulois, la croyance de la migra- 
lion des wrnes aux îles Bienheureuses, situées au loin dans Tim- 
mensité de l'Océan, était fort accréditée. Une traversée était 
nécessaire. Si on taillait ces cercueils en forme de nef, c'était 
évidemment dans la pensée religieuse, spirilualiste, qu'ils de- 
vaient emhai(juer une chose destinée à aborder quelque part. 

Les tombeaux en pierre semblables aux nôtres ont porté encore 
divers noms. (Irégoire de Tours les désigne sous les expressions 
de ^arff/p/if/f/f's, /ocitlus, sopulchrii7n\ on les désignait encore sous 
le nom d'auf/es jnonolithes^ de sarqiieiix. 

Ils sont enfouis dans la (erre plus ou moins profondément. A 
Saint-.Moré, dans la jdainc, on rencontre les couvercles à environ 



LES TO.MIIKAUX EN PIKUKK l>K LA CIIUC ET DU COUSIN 77 

()'",.")(), ce qui donne environ \"','2l'} pour la profondeur Idlaic 
de la sépulture, à moins, bien entendu, de remblais posté- 
rieurs. 

Chargé parla Société d'Études dWvalloii de faiit' en IK'.iii, à 
Sairjt-iMoré, des touilles dans un champ dalrnl , que je savais eu 
quelque sorte pavé de cercueils, je les trouvai a une plus grande 
profondeur. Primitivement, ils ne devaient pas avoir été descen- 
dus aussi profondément. Ce cimetière antique est à la base d'une 
colline extrêmement rapide; le ruissellement des eau.K aura ap- 
porté là les terres de la colline et exhaussé sensibicmeni le ni- 
veau du sol. 

Parfois j'ai rencontré des tombeaux n'ayant pas tous leurs 
côtés taillés d'équerre; quelques-uns avaient leur base taillée 
obliquement; c'était tout simplement un défaut de la pierre, le 
bloc n'étant pas assez grand pour en faire un monument bien 
rectangulaire. Il n'y faut donc voir aucune intention. 

Le très grand nombre do nos tombeaux sont placés dans la 
lig'ne est-ouest. Quand ils n'ont pas cette orientation, c'est qu'ils 
ont servi dans la suite à de nouvelles sépultures, ou que la dis- 
position du terrain exigeait une orientation dllférente. Les corps 
étaient placés la face tournée vers le ciel, les pieds à l'orient, la 
tête à roccident, prêts à regarder l'orient dès que sonnerait 
rheure du réveil. 

Les couvercles alleclent une grande variété de formes, mais 
ne sont jamais évidés à l'intérieur. Les uns sont à dos d'àne, en 
section de cône tronqué, en anse de panier avec toit de gouttière 
plus ou moins prononce ; la hauteur varie beaucoup, depuis 0"',2o 
jusqu'à O'-.ao et 0'",40. 

Très souvent ils ont la forme plate, avec dalle entière ou de 
plusieurs morceaux; j'ai souvent encore constaté l.i présence 
d'un ciment extrêmement dur et lin et de teinte un peu rosée, 
entre l'auge et le couvercle, pour en boucher les interstices. On 
peut voir encore cette sorte de ciment sur le sarcophage que j'ai 
fait transporter au presbytère. 

On en rencontre qui n'ont pas de couvercle ; j'en dirai la raison 



7tS RFAIE ARCHÉOLOniOUE 

plus loin et j'expliquerai aussi celte grande variélé de couvercles 
funéraires. 

Los sarcophages do nos vallées ne proviennent pas, comme 
quelques-uns l'ont prétendu, de Quarré-les-Tombes, pays situé 
à l'autre extrémité de l'Avallonnais. Ils ne sont ni de la même 
époque ni dos mômes carrières. Les nôtres sont gallo-romains et 
mérovingiens et ne sont décorés d'aucune ornementation on re- 
lief ou en creux ; ceux du Quarré sont mérovingiens, carolin- 
giens et incontestablement chrétiens d'après les glyphes et figu- 
rations on relief qu'on y voit, croix palléos, croix de Saint-André 
ou sautoirs, croix latines, etc. Certains couvercles portent en 
relief des croix dont la branche principale se prolonge jusqu'à 
l'extrémité de la pierre. Parfois elles ont été prises pour des 
épées gauloises. 

Notons encore que l'absence de mobilier funéraire dans les 
sarcophages utilisés de Quarré est absolu. Leur couvercle est 
évidé à l'intérieur et leur toit en gouttière est beaucoup moins 
prononcé que dans ceux do nos vallées. 

Tous ces carbonates do chaux ne viennent pas non plus des 
mêmes carrières. Il serait assez étonnant (mais non pas impos- 
sible, évidemment) que les Gallo-Romains aient emprunté la 
pierre de leurs sépulcres précisément à la même carrière qui 
donna aux vri" et vm^ siècles les sarcophages de Quarré, lesquels 
— tout porte à le croire — ont été convoyés dans ce pays, à fin 
d'entrepôt^ parles moines de Saint-Jean-de-Reaux, aujourd'hui 
Moùliers-Saint-Jean (Côte-d'Or). 

En frappant avec un marteau ces différentes pierres, on cons- 
tate tout d'abord une grande différence de résistance. Celles do 
Quarré sont très dures, celles do nos vallées le sont fort pou et 
non pas uniquement amollies par un séjour on terre do plusieurs 
siècles, comme on pourrait le croire. 

A Quarré, les différentes séries de pierre dos tombeaux sont 
l'oolithe blanche ou miliaire ou grande oolithe, absolument iden- 
tique à celle qui provient actuellemout do Coutarnoiix, le coral- 
lien et le séquanien. D'autics pierres plus siliceuses ont fourni 



LKS TOMIÎFAUX K\ l'IlOltUK liK \.\ CUUK KT DU C.OrsiN 70 

dos sarcophages plus bnits i\iu\ leurs analog-ues. L'excès de; silice 
a rendu ces pierres caverneuses, au point qu'elles nllVeiil des 
cavilés en tous sens; aussi certains arciiéologues, ignorant la 
g-éologie, se sont-ils ég-arés, croyant intentionnelles ces perfora- 
tions assez rég-ulières. 

Le corallien blanc d'ensemble est indéniable dans les nôtres ; 
ils appartiennent donc pour la plupart aux étages coralliens des 
environs, et il faut en chercher le lieu d'origine dans les carrières 
de Mailly-la-Ville^ Bazarnes, Gourson. Les calcaires du coral- 
rag- de ces différents pays sont g-énéralement très doux et très 
tendres. Quelques-uns proviennent du corallien que l'on trouve 
près des grottes d'Arcy, au lieu dit la Roche-Taillée, ancienne 
carrière; on y voit encore les entailles laissées dans la masse et 
reproduisant les dimensions de nos cercueils. Ce calcaire est 
blanc, tendre, gélif, à oolithes assez grossières, d'une dureté très 
variable, renfermant un grand nombre de fossiles, principale- 
ment des polypiers. 

Ceux de Qarré proviennent en grand nombre de Champro- 
tard près Coutarnoux, et d'autres d'un horizon géologique 
encore indéterminé. 

L'essai chimique a constaté aussi de notables dilTérences; nos 
coralliens blancs donnent, à l'acide azotique bouillant, un résidu 
siliceux d'environ 20 pour 100. Les efflorescences d'un blanc 
pur sont sans rapport avec les efflorescences correspondantes 
qu'offrent les nau^ de Quarré. Celles-ci sont visiblement plus 
siliceuses et présentent une couleur gris sale, due à la présence 
d'hydroxyde de fer et de matières bitumineuses, plus visibles à 
mesure que l'on descend dans la série des assises désignées plus 
haut. 

Nos sarcophages soulèvent encore plus d'un problème archéo- 
logique. Il est bien difficile d'assigner des formes déterminées 
et exclusives, du moins pour nos vallées, correspondant aux 
diverses époques gallo-romaine et franque. On peut dire, ce- 
pendant, qu'à l'époque gallo-romaine on rétrécissait moins les 
sarcophages qu'aux époques subséquentes. Certains cimetières 



80 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

francs sont composés uniquement, comme à Quarré, Je tom- 
beaux très fortement rétrécis vers les pieds. 

Les cimetières île nos vallées ont servi successivement aux 
Gallo-Romains et à leurs successeurs les Francs INIéroving^iens. 
Ces tombeaux servirent ensuite, du moins en grand nombre, aux 
générations qui se succédèrent pendant tout le moyen âge et 
reçurent à tour de rôle les habitants des localités voisinesjusqu'à 
une époque difficile à préciser, mais qui ne dépasse pas le 
xvi' siècle. Après les époques gallo-romaine et franque, on 
déposait les corps dans ces sarcophages sans les recouvrir d'un 
couvercle, ou bien on faisait un couvercle composé de dilférents 
morceaux de pierres ou de dalles; c'est pourquoi on trouve si 
souvent des tombeaux sans couvercles ou avec des couvercles 
composés de pierres disparates, plates et bombées. 

Tombeaux (jallo-romaim. — On retrouve dans ces tombeaux 
le mobilier funéraire de Tépoque gallo-romaine, torques en 
bronze, pièces de monnaie, vases, perles en verroterie de nuances 
variées, de O^jOd à 0'n,06 de diamètre, perles en ambre, etc.' 

Les perles en métal sont rares; leur long séjour dans la terre 
les a oxydées. Aussi se décomposent-elles entre les mains, dès 
qu'elles sont rendues à la lumière, comme les perles en argent 
trouvées à Voutenay en 1893. 

Près de ces tombeaux on trouve aussi de nombreux fragments 
de vases, presque toujours sans aucune ornementation ; j'ai pu 
en reconstituer quelques-uns à peu près entièrement, (certains 
archéologues prétendent que ces débris de poterie près des tom- 
beaux ont un sens symbolique; on a voulu montrer que la mort 
avait tout rompu et tout renversé; je crois que les nôtres pro- 
viennent de sépultures plus anciennes. 

Dans tous ces tomboauxgallo-romains je n'ai jamais rencontré 
(juiiu seul signe de chi'istianisme ; nous en parlerons au sujet 
des sépultures de Saint-Moré. D'autres ont peut-être échappé aux 
investigations des l'ouilleurs. Les naui^i presque toujours remplis 
de terre, denianderaient à être fouillés minutieusement par un 
connaisseur; mais, généralemcnl, on se contente d'enlever les 



LLS TC.Mlti:ArX li.N l'IKIllU': DE LA CUKK IVl Di: COUSIN 81 

ohjeLs les plus cti viio^ vases, armes, etc., sans s'occuper de 
rechercher les petits ohjets, (ihiiles, agrafes, syinholcs chrétiens, 
croix en bronze, patlées et parfois potencées comme celles ijiii a 
été trouvée, en 1893, à Saint-Moré. Cette rareté de synïholes 
chrétiens est assez surprenante; la paix avait cependant régné à 
peu près constamment dans les Gaules, pendant que le sang des 
martyrs coulait à llols dans les autres provinces de l'empire, 
surtout pendiuit la dernière persécution de Gaièrtî et de Dioclé- 
lien, qui fui la plus épouvantable de toutes. Constance-Chlore, 
j)èro de Constantin, qui gouveiiiait alors la Gaule, avait protégé 
les chrétiens. Avant lui, Probus mit un terme aux cruelles pros- 
criptions dirigées contre eux par Dèce, Valérien, Aurélien, et 
dès l'an 262, n'étant encore que général, il avait arrêté les ra- 
vages du Vandale Crocus dans les Gaules. Faut-il encore ad- 
mettre que le flambeau du cbristianisme se serait éteint en Gaule, 
sous les coups des barbares, ou plutôt que les populations de ces 
vallées n'avaient point encore été évangélisées? 

Quoi qu'il en soit, tout, dansées sépultures, atteste la croyance 
à une autre vie : l'orientation du personnage, les vases aux pro- 
visions destinées à la nourriture des défunts^, ces ter/ulae hamatae 
que l'on rencontre aussi, tout nous montre que, pour les Gallo- 
Romains, comme pour les Gaulois, la mort n'était qu'une suite 
de la vie. 

Une particularité à signaler surtout dans les tonjbeaux francs, 
là où l'on trouve des armes en fer, c'est que les os situés près de 
ces armes ont une couleur de rouille très prononcée, qu'ils doi- 
vent à l'oxydation du métal; le fond même de l'auge présente 
celte même teinte. L'eau, en pénétrant dans l'intérieur des tom- 
beaux, a dissémine ces sels de fer sur tout le fond, et parfois 
même sur les parois jusqu'au couvercle, par l'cffel de la capilla- 
rité, les pierres de ces tombes étant très tendres et très poreuses. 

Tombeaux francs. — Les tombeaux francs sont assurément 
les plus nombreux dans nos deux vallées. En certains cimclières 
on en découvre presque clia(|ue fois qu'on creuse une fosse. Ils 
renferment souvent des armes en fer, notamment la hache, le 

UIc SÉRIE, T. XXXV. 6 



y 2 UEVLE ARCnÉOLOCÎnUE 

scramasax, fort cl loiirtl coiipe-clioux en fer placé à droite, Iraii- 
chanl d'un seul côté et terminé en pointe. Sa longueur, y com- 
pris la soie qui est de 0"\4 à 0"',io, est d'environ 0'",65. Celte 
arme était caraxée, c'est-à-dire qu'elles avait une rainure dessi- 
nant, au milieu do la lame, la forme de la lame même ; le poi- 
«•^nard en fer est à peu près de la mrme forme que le sabre. 

Notons encore des boucles on fer, quelques-unes fort grandes, 
d'autres boucles en bronze, des ornements également en bronze, 
des colliers en ambreet en vorre, de couleurs et de formes variées, 
etc. Mais si ces antiques tombeaux ont servi primitivement aux 
Gallo-Uomains et aux Francs, dans la suite des temps ils ont été 
visités et pillés, ou bien, comme je le dis plus haut, ils servirent 
de sarcophages de familles, où chacun allait prendre place à 
son tour. Une foule d'observations démontrent ces faits ; plusieurs 
objets ont été abandonnés par les spoliateurs.il m'est arrivé bien 
des lois de ramasser près de ces tombeaux des plaques de cein- 
tures on fer, des objets en bronze, bagues, boutons, épingles, 
libules, etc., de petits vases que je crois des jouets d'enfants. [Ces 
objets n'éveillaient sans doute aucune convoitise; on les brisait 
ou on les rejetait dédaigneusement. 

Les premiers spoliateurs, ou les premiers fossoyeurs qui ont 
procédé dans la suite des temps à d'autres inhumations, ont en- 
levé tout ce qui pouvait llattcr leurs yeux ou leur cupidité, tels 
que For, l'argent, les bijoux précieux, les armes, les plus beaux 
vases; ils n'ont laissé que le bronze et le fer. On sait que le Franc 
était toujours inhumé avec son costume de guerre, ses armes, 
ses ornements, ses bijoux et les vases funéraires contenant des 
libations et des olfrandes. Il n'y a donc pas à s'étonner si un 
grand nombre do nos tombeaux ont été profanés. C'était une 
chose d'autant plus facile que, dans nos pays de Saint-Moré et 
de Voutenay, les couvercles des sépultures étaient à 0"',40- 
0"',.'>0 de profondeur. Ces gisements ont dû facilement attirer 
l'alteution des pillards, violateurs des tombeaux, vainement 
menacés par les nombreux édits des rois des premières races et 
par les lois des envahisseurs eux-mêmes, Burgondes, Francs- 



LES TU.MIiEAUX EN ITElUtK DE LA ClUK ET I)[J C.OUSLN 83 

Kipuairos, Francs-Salicns, olc. Les grands soig-Moiirs ciix-iiirim'S 
jjillaiont les tombeaux. 

Non seulement la loi et la relii^non proléi^oaicnl les tombeaux, 
mais la terre qu'occupaient les morts était une [iivn\ saci-rc ; il 
était expressément défendu de toucher à leurs osseuients et de 
placer un mort sur un autre mort ; c'est ce qui explique l'étendue 
des cimetières gallo-romains et mérovingiens dans nos conlré(!S. 

Malgré ces lois, les tombeaux furent très souvent violés. Oza- 
nam, dans sa Civilisation chrétienne des Francs, raconte que les 
prêtres avaient placé dans l'examen de conscience du Germain 
cette curieuse interrogation : « N'as-tu pas volé ou pillé un tom- 
beau? )) 

Quand même ils n'eussent point été violés par les pillards, il 
faut admettre encore que, la population renouvelée, les lois qui 
protégeaient les tombeaux tombèrent en désuétude, et les cer- 
cueils de pierre restés là servirent dans la suite aux générations 
qui habitèrent auprès. Avec les débris de toutes sortes dont nous 
parlons plus haut, on trouve encore là d'innombrables ossements 
humains. L'état de ces polyandres indique donc des profanations 
ou des remaniements. J'ai constaté bien des fois que dans les 
tombes franques on trouve des armes, tandis qu'au contraire elles 
sont rares dans celles des Gallo-Romains. La raison est facile 
à trouver. Les Gaulois, soumis aux Romains pendant des siècles, 
non seulement ne cherchèrent pas à recouvrer leur indépendance, 
mais voulaient devenir Romains. Ils furent fidèles parce qu'ils 
voulurent l'être. « La Gaule entière, disait un historien de ce 
temps-là', qui n'est pourtant ni amollie ni dégénérée, obéit volon- 
tairement à 1.200 soldats romains. » Dans un discours au sénat, 
Claude prononçait cette parole : « La fidélité de la Gaule, depuis 
cent ans, n'a jamais été ébranlée; même dans les crises que notre 
empire a traversées, son attachement ne s'est pas démenti. » Les 
Gaulois ne formaient donc plus une nation guerrière; les des- 
cendants de ces terribles compagnons des brenns entraient Iran- 

1. Josèphe, De Udlo judaïco, II, 10. 



84 lŒVUC AUCllÉOLOGlOli: 

quillcmcnl dans la tombe, sans armes, accompagnés soulomonl, 
selon la coutume, de leurs bijoux et de vases funéraires. 

Les armes des envahisseurs d'oulre-Hliin, ensevelies avec eux 
dans nos vallées, nous montrent ces conquérants s'éiablissant 
dans la demeure des Gallo-llomains et se fondant ensuite avec 
les Burjj;ondes et les autres envahisseurs pour former la nation 
française. 

Voici, dans l'ordre des découvertes, quelques-uns des polyan- 
dres de nos antiques vallées : 

Vault-dc-Lugny^ cimetière méroviiujien. — En 1874, M. Fran- 
çois Moreau, ancien professeur, et moi nous fîmes des iouilles au 
Vaull-de-Lugny, dans la vallée du Cousin, près d'un endroit oii 
s'élevait autrefois une ancienne chapelle, de petite dimension, 
très probablement mérovingienne et dont il ne reste plus que les 
subslructions des murailles et des contreforts. Anciennement on 
avait déjà découvert des sépultures et des armes dans cet endroit. 
Nous y trouvâmes de nombreuses sépultures, plus de cent en 
comptant celles qui avaient été constatées jadis. Les corps étaient 
à environ Û'^jTO de profondeur, sans tombe, ni pierre juxtaposée 
en représentant la forme. Il est fort probable que primitivement 
les corps devaient être à une plus grande profondeur; mais le 
terrain est en pente et les eaux pluviales ont dû entraîner une 
partie de la terre qui les recouvrait. 

Tous les squelettes étaient régulièrement rangés très près les 
uns des autres, dans la direction nord-sud, la tête regardant le 
midi. Auprès de plusieurs de ces squelettes nous avons trouvé 
des armes en fer, sabres pointus à leur extrémité, tranchant d'un 
côté, épais de l'autre, sillonnés près du dos d'un trait fortement 
accentué; des couteaux ou poignards également en fer, ayant 
absolument la même forme que le sabre. 

Parmi les ornements, quelques perles en verroterie, des boucles 
de ceintures eu fer cl en bronze et une fort jolie perle en agatc^ 
ovale et aplatie, taillée à facettes, trouée dans sa plus grande 
longueur. 

Notons encore de petites monnaies frustes en cuivre, proba- 



LES TOMRIïAi:X EN PlRHHf; DK LA ClUK K.T OU COUSIN 8") 

blemeiiL do ces quinaires qui onl ou cours depuis le règne des (ils 
de Théodose, Aroadius et Ilonorius, des débris de poloric, etc. 

Parmi les plus inlrressanls objoLs trouvés dans d'autres sépul- 
tures du môme pays il faut citer : 1" un camée en cornaline qui 
servait de pendant d'oreille; on y voit une tète virile qui paraît 
être celle de Jules César. L'endroit où cette jolie pierre fine a été 
trouvée est appelé encore aujourd'hui le climat de l' Ailre [atrium). 
Cette dénomination de Vaitre rappelle à l'esprit l'idée d'un sanc- 
tuaire consacré à quelque divinité du paganisme; 2" un denier 
d'argent avec la lête de Jules César et cette légende : Dictatori 
perpetuo. i^. Vénus debout, tenant une Victoire et un sceptre. 

Givnj et Blannay . — En descendant le cours de la rivière jusqu'à 
Givry, à 2 lieues environ du Vault-de-Lugny, à la pointe de 
terre où le Cousin et la Cure se réunissent, on a trouvé des tom- 
beaux renfermant des armes et le mobilier funéraire accoutumé. 
Le Bulletin delà Société' d'Etudes d'Avallo/i, publié en 1870, par- 
lant des nomibreux tombeaux qu'on a trouvés là et aux abords des 
villages de ces deux plaines, écrit ce qui suit : « Presque tous 
renferment des débris de l'armure mérovingienne : agrafes, 
fibules, angons, plaques de ceinturon émaillées, bâches en silex, 
hachettes en jadéite, vraies miniatures de 3 cenliniètres de haut. 
Ces did'érenls objets sont au musée. » 

A Thor//, un tombeau contenait des tuiles à rebord de petite di- 
mension, deux épingles à cheveux, un style portant un cachet à 
son extrémité, un vase en verre, le pied d'un coffret en bron/o 
d'un beau travail, cinq vases d'une pâle fine avec reflets métalli- 
ques. Ce tombeau est du vi° siècle et remonte très probablement 
à l'époque des enfants de Théodose. 

A Domecij-surle-Vault, deux beaux aimeaux eu bronze trou- 
vés dans des tombeaux; l'un de ces anneaux est ouvert et pré- 
sente quatre ouvertures et quatre sortes de nœuds. Une pièce de 
monnaie les accompagnait : Coiistanti/ius Au</.; an revers, Snr- 
jnatia devicta, ce qui place ce tombeau i^allo-romaiu au r\ " ou au 
V'' siècle de notre ère. 

A Avallon on a trouvé à l'est de la ville, dans les jardins bàlis 



80 REVLK ARCHÉOLOGIOIE 

on amphilhéàlre, des tombeaux où étaient ensevelis les chefs 
^allo-romains du casirum avallonnais, avec les armes habi- 
tuelles, les médailles, notamment Postume père(^. Victoria Aug . 
la Victoire poussant devant elle un captif), Trajan, un Marc- 
Aurèle en argent, une autre pièce de Constance-Chlore, une d'Hé- 
lène, femme de Constance-Chlore, des bronzes quinaires, etc. 

On recontre encore de ces tombeaux de chaque côté de la 
voie d' Agrippa. Dans l'un, on a trouvé un camée en cornaline 
rouge orange, représentant Jupiter assis, armé du foudre et s'ap- 
puyant sur la haste; au-dessous, Neptune avec son trident; à 
droite. Mars debout, un coq à ses pieds; à gauche, Minerve, la 
main sur le bouclier où ligure un serpent, 

VoiUenay. — A l'est de l'église on rencontre des tombeaux en 
pierre. En 1873, on trouva, dans l'un d'eux, une lance en fer et 
dans d'autres des plaques de ceinturon, en fer plaqué d'argent et 
ciselé. Quelques-uns de ces tombeaux renfermaient des pièces 
de monnaie assez frustes pour la plupart; j'ai pu lire cependant 
les noms suivants : Antonin le Pieux, gr. b. ; Alexandre Sévère, 
gr. h.; Arcadius, p. b., avec le revers : Gloria Romanorum\ des 
lenticulaires; Constantin, p. b. 

Jusqu'au xvii" siècle, ce fut l'usage dans nos pays d'enterrer 
les morts avec un signe monétaire; cette coutume existe encgre 
dans certains pays, notamment aux environs de Vézelay, dans un 
village situé au sud du chef-lieu de canton. Là, personne ne des- 
cend dans la tombe, homme, femme, entant, vieillard et jusqu'au 
curé de la paroisse, sans avoir dans la main la pièce de monnaie, 
l'obole que nos ancélies destinaient au nocher du Styx. 

Parmi le mobilier funéraire trouvé dans les tombes de Voute- 
nay, il faut citer des vases, notamment une sorte de broc en terre 
grise (l'ouverture du goulot est tréflée), des perles en ambre ot 
en verroterie. 

J'ai trouvé dans les terres de ce cimetière antique une fiole ou 
lacrymatoire eu verre intacte, provenant évidemment d'un des 
tombeaux en pierre. Elle est d'une extrême ténuité, la partie 
basse est entièrement contournée par suite de l'action du feu. 



LES ÏOMIIKM X r\ l'IKUHK UK L\ CUUK F.T l)i; t.oLSIN 



fsl 




Toul autour do ces tombeaux on ronconlro un(! inulliludo de d)'-- 
bris de vases. Auraient-ils été apportés là en ol)éissanC(' à un rite 
fiini'iaire? 

Le 18 janvier 1890, on creusait une fosso dans le eiin"tière de 
Voutenay. A environ 1 mètre du sol on trouva un cercueil avec 
sou couvercle; ayant fait creusiM- un peu plus bas, pour le déj^a- 
ger complètement, j'en trouvai un aulre sous ce premier cercueil 
et de même dimension. La hâte qu'on avait de liuir celte fosse 
ne m'a pas permis d'explorer ce deuxième ton)beau; dans le [ire- 
mier, j'ai trouvé deux jolies libules en bronze (fig. 4) 
et un vase en terre rouge d'une admirable conser- 
vation. 

C'était la première fois que je rencontrais une 
inhumation étagée et je n'en ai jamais retrouvé de- 
puis. Il est probablequ'elle a eu lieu par mégarde ou 
ignorance, car les idées et les mœurs de ces temps, 
formulées dans la loi Salique et confirmée par les Fifç. i. — Fihnie 
Lapitul aires de Lharlemagne et de ses successeurs, 
défendaient de reumer les os des défunts et déplacer un mort sur 
un autre mort. La terre qu'il occupait était sacrée; persniinc 
n'aurait songé à la lui disputer sans se croire un profanateur. 
Peut-être encore ces sépultures sont-elles beaucoup plus an- 
ciennes que je ne le supposais tout d'abord et remontent-elles 
à une époque antérieure à l'occupation roiuainc. ou ipii l'aurait 
suivie de près. 

Notons encore uni' hriijue ronde d'une ]»arfaite conservation 
pareille à celle dont les Uoniains se SiMvaient jionr l'-levei- i\{'s. 
pilastres. 

Parmi les silex trouvés dans ces tombeaux^ j'ai recin'illi une 
hachette remarquable par sa petitesse et sa régularité. Linlio- 
duction des hachettes dans les sépultures s'exjdicjue facilement. 
On croyait sans doute honorer les morts en les entoura?jtd'(d»jets 
(juils estimaient soit à cause de leur valeur réelle, soi! à cause 
<les idées superstitieuses (ju'ils y attachaient. 

Au delà du mur formant clôture à l'est du cimetière, s'élnid 



88 



REVL'K AIUHÉOLOGIQIE 



iino cliaumo commiinalo dans laquelle on découvril les sarco- 
pliagos dont je parle plus haut; toiil fait supposer qu'il en existe 
encore. Quoi qu'il en soit, 0:1 trouve de temps à autre dans cette 
vaste chaume des objets ayant appartenu incontestablement à 
ceux qui y furent inhumés jadis. 

On a coutume de prendre la terre de celte chaume et de la 



Kig. "j. 



Sabre en ftr. 




Fig. fi. — Clef en for. 



porter dans le cimetière voisin, sur les tombes, pour y planter 
des arbustes et des lleurs. Le fossoyeur a trouvé plusieurs objets 
qu'il m'a remis, notamment des perles en verre, des fibules en 
bronze, bagues, boucles, clous, etc. en bron/.e, des fusaïoles ou 
g-rosses perles et deux petites urnes funéraires. 



LRS TOMItKMJX EN ITI^RIU-: DK LA CI'IUC KT DT ( OISIN H!) 

Sainl-Morr, autrefois C/jo/v/ (jusqu'au milieu du ix" siècle). — 
Il est forl probable que Téglisc dcSaint-Moré, élevée au uiiiicn de 
nombreux tombeaux en pierre, aura succédé à un lemplc! païen, 
dont je crois avoir retrouvé les subslructions en I8Î)'{, et (jue le 
cimetière commencé par les Gallo-Uomains a continué de rece- 
voir les corps des Francs jusqu'à nos jours. 

Des fouilles ont été faites à différentes époques et ont donné 
des objets remarquables. Les premières fouilles remontent aune 
dizaine d'années; dans l'un des tombeaux on trouva un sabre en 
fer dont je donne le dessin (fig-. 5), 

En 1892, onze cercueils furent encore découverts près de l'é- 
glise; on y trouva des plaques de ceinturon, des épingles à cbe- 
veux, une clef en fer (fig'. 6), des silex, des fra^Miients de poterie 
et de nombreux débris de fer oxydé, ne présentant plus aucune 
forme appréciable. 

Les épingles sont composées d'une boule en métal, vide à 
l'intérieur, formée de deux parties semi-sphériques, dont la 
réunion est si bien opérée qu'il est impossible d'en distinguer la 
trace. La tige ou épingle, de 0'",15 environ, estajustéeau centre 
de l'une des demi-sphères. Une de ces boules porte encore quel- 
ques faibles traces de dorure. 

La plaque de ceinturon a été trouvée à la ceinture de l'iubumé ; 
le métal est fortement oxydé, la damasquinure ou incrustation 
d'argent a été à peu près complètement détruite; on en voit 
cependant encore quelques traces. 

La damasquinure, cet art curieux et difficile, paraît avoir été 
l'art de prédilection des Francs. Il n'est pas rare de rencontrer 
de superbes pièces, damasquinées avec un art incroyable, et avec 
autant de régularité etdc perfection qu'on peut le faire aujourd'hui . 

Les silex extraits de la tombe du guerrier où je trouvai la pla- 
que de ceinturon, consistent en deux ;<//c/^Mle petites dinieiisious 
et une pointe de flèche en silex blond, cassée en deux parlii's à 
peu près égales. Est-ce une cassure rituelle, rappelant une céré- 
monie religieuse et ayant un sens mystique, ou s'est-elle pro- 
duite accidentellement? 



no 



REVUE ARCHÉOLOGIQUE 




Viiî. 1 et 



Les boucles on bronze sont d'une grande variété de forme 
(fig. 7 et 8); je n'en ai jamais rencontré deux (jui fussent à peu 
près semblables. 

Une importante découverte fut celle île six grands tombeaux 
faite en 1893 dans le cimetière actuel de Saint-Moré, antique po- 
lyandre qui contient les cendres de bien des généra- 
tion. Voici comment elle eut lieu. La municipalité 
de la commune avait entrepris de faire défoncer, sur 
une largeur de 25 mètres environ et 8 de large, une 
partie du cimetière, à l'orient du cbevet de l'église, 
et qui, depuis des siècles peut-être^ était couverte 
d'arbres. Le défonçage devait avoir un mètre de pro- 
fondeur. 

Depuis longtemps, j'avais la conviction que l'église 
de Saint-Moré était bâtie sur l'emplacement du sacellum du cas- 
trum Corae, et que tout autour devaient se trouver des sépul- 
tures. Mes prévisions furent pleinement justifiées; je retrouvai 
les substructions du sacellu7n orienté ouest-est. 

Dans lés défoncements du cimetière de Saint-Moré, après avoir, 
en partant du nord, dépassé le cbevet de l'église, je fis creuser 
plus prol'undémenl dans l'espoir d'y rencontrer des tombeaux. 
Nous découvrîmes en effet six beaux sarcophages, rangés les uns 
à côté des autres. Ils furent méthodiquement fouillés, et fourni- 
rent un certain nombre d'objets, présentant un grand intérêt 
pour l'archéologie et l'histoire de l'art. 

Il est à remarquer d'abord que presque tous les tombeaux placés 
à la base des cirques de uos vallées sont pleins de terre, prove- 
nant des eaux d'infiltration. Auges et couvercles ne se rejoignent 
pas toujours exactement; le remplissage de ces auges a dû se faire 
rapidement dans nos plaines souvent inondées en hiver. 

Le premier objet (jui frappa mes regards, après l'enlèvement 
du cnuverrh' du premier tombeau, fut une fort belle boucle de 
ceinturon en fer forgé, ]»la(jué d'argent. Une boucle de ceinturon 
dénote évidenuuetil un liomme de guerre; le long de la jambe 
gauche se trouvaient, en eiîet, les débris d'une arme enfer forte- 



LKS TOMHKArX KN l»Ii;i? ItK DK LA CURE F-yr Dl' COUSIN ÎH 

monl oxydée ; des os élaienl encore soudés par loxydalioii à ces 
débris d'épée. Ccinliirons el baudriers étaient communs à tous 
les peuples envabisseurs de l'empire romain, Franks, Saxons, 
Burgondes, etc. 

Cette boucle en fer forgé a été revêtue d'une mince plaque 
d'argent, présentant des ornements les plus variés, losanj^es, 
entrelacs, cbevrons, etc. Laplacjue d'argent n'a pas été découpée 
avant le placage; son extrême ténuité et lecroissement des traits 
qui l'eût mise en morceaux, auraient rendu cette opération im- 
praticable. Il est probable qu'après le placage de la feuille d'ar- 
gent sur le fer, l'ouvrier procédait par enlèvements avec un outil 
particulier, sorte d'emporte-piëces. L'aspect de ce travail rappelle 
la niellure, ou incrustation d'une matière noire dans les traits 
gravés du métal. 

Ce genre de travail n'est pas, comme on l'a dit aussi en parlant 
de nos plaques de ceinturon, la damasquinure ; celle-ci est l'in- 
crustation dans le fer d'un fil d'or ou d'argent, tandis (juc, sur 
les ceinturons de nos pays, on reconnaît toujours la présence 
d'une feuille d'argent, malgré l'oxydation qui la recouvre on 
partie. 

Dans le même tombeau j'ai trouvé une bague dont le tour est 
en argent, le chaton une pierre précieuse gravée et ornée d'un 
cercle de très petites perles en or. 

(^ette gemme est une agate polycolore ou onyx à trois couches. 
La couche inférieure est noire, veinée de bleu, la couche supé- 
rieure est d'un bleu paie. Le dessin gravé sur cette pierre pré- 
cieuse est d'une technique ferme et précise. Le personnage re- 
présenté sur cette agate est nu; il porte la lance ou 
javelot; à ses pieds est un chien courant devant 
l'homme, dans la direction d'un arbre dont les 
branches en avant forment berceau. Le motif est 

analogue à celui du I)or//p/iorr, la célèbre statue de Kig. ;). _ 
..11. n f^ liilaillc. 

iV)l);clète (fig. 9;. 

Dans un autre tombeau touchant à celui-ci et sur la même 
ligne, se trouvait le squelette d'une jeune femiiic facileini'Ut 





92 REVUE ARCnÉOLOCilOLE 

reconnaissable au développement des os du bassin. Les mains 
avaient été ramenées sur la poitrine; la dent de sagesse était à 
bord de son alvéole, tandis que les autres dents la dépassaient 
de plusieurs lignes. J'ai découvert là plusieurs bijoux, notam- 
ment une bague en or massif et une superbe fibule également 
en or. La bague est en or fin; le chalon à pou près rond porte un 
sigle gravé en creux, comme pour servir de seing, et surmonté 
d'une croix à branebes égales (fig. 10). Ce sigle a été gravé d'une 
main pou sûre; on y remarque encore plusieurs 
repentirs ou traits abandonnés. Sa signification 
n'est pas facile à déterminer; faut il lire : Mena 
(^cognomen fréquent à l'époque gallo-romaine), 
Bague eu or. comme quelques savants le pensent? Ce même 
monogramme, moins la croix, se voit sur des médailles consu- 
laires attribuées à Caecilius Mctelhis, monétaire verso37 (217 av. 
J.-C). 

Mena est l'anagramme de Amen; serait-ce une amulette cbré- 
lienne? Amulettes et sigles étaient parfaitement admis à ces 
bautes époques par l'Église. Nous laissons à d'autres le souci de 
cbercber et Tbonneur de trouver la solution de ce petit problème 
épigraphique. 

La petite croix, placée au-dessus du monogramme, annonce 
évidemment une sépulture chrétienne. Nos contrées ont pu «"'Ire 
évangélisées de bonne heure; les villes voisines, Autun, Sau- 
lieu, le furent par saint Bénigne, saint Andocbe et saint Sym- 
pborien, dans le milieu du deuxième siècle, sous Marc-Aurèle, 
premier auteur des persécutions dans les Gaules, suivant Sulpice- 
Sévère. Voulonay et Sainl-Moréne sont qu'à une dizaine de lieues 
de Saulieu, ville où saint Bénigne fut martyrisé. Avallon est 
connu dans l'Itinéraire d'Antonin; celte ville et les pays voisins 
n'ont donc pas dû tarder beaucoup à avoir connaissance de 
l'Kvangile. En outre, sous l'enipereur (.onstantin, au commen- 
cement du ive .siècle, Avallon pouvait avoir une église publique, 
suivant la permission donnée par ce prince à toutes les villes de 
la Gaule. 



LliS TOMlilOAlX EN IMKKHb; UK LA CURK lùV DV COUSIN 93 

Une iibiile circulaire en or, doublée de bronze, se Uouvail vers 
l'épaule droile. position parfaitement accusée par l'oxyde de 
cuivre dont les clavicules couscM'vaicuL les traces. Les liisloiiL-ns 
romains dt^ la décadence nirnlioiuicnt fréquemment les libules 
en or enrichies de pierreries. La libule trouvée à Saint-M<jré a 
0"',()7 (le diamètre. La phupu- ou sin-face ostensible est recouverte 
de filigranes représentant ilérativement le motif en forme de S; 
le centre de la fibule est fortement bombée. Les cloisons, en 
saillie sur le fond, sont remplies de huit tables de grenats taillés 
en triauijle, formant deux croix grecques. Au centre, une perle 
opaque de couleur verdàtre. Ces pierres triangulaires et les croix 
de la libule placés en triangle, n'anraient-elles pas une signilica- 
lion religieuse? Nous croyons que l'intention chrétienne est ici 
suffisamment caractérisée. 

Cet ornement se compose de deux plaques superposées ; la 
partie supérieure est en or, la partie inférieure est en bronze, 
portant l'épingle mobile et le crochet qui retenait l'objet au vête- 
ment, de la même manière que les broches actuellement en usage. 
J)es rivets réunissent la feuille d'or à la plaque intérieure en 
bronze. L'épingle, qui devait être en fer, a disparu, rongée par 
l'oxyde; tout le reste est intact et d'une conservation parfaite. 

Dans les autres tombeaux,. j'ai trouvé des boucles de ceinturons 
en bronze, de formes dilTérentes, des fragments d'épées qui se 
décomposaient à mesure qu'ils étaient retirés du tombeau. Entre 
les deux derniers tombeaux, j'ai recueilli trois vases minuscules, 
l'un en verre, les deux autres creusés dans la pierre. Le pelit^ 
vase en verre, dont le poids est à peine appréciable à la main, 
est un vase à parfum comme les deux autres. Leur contenance 
ne dépasse guère un centilitre. Ils ne devaient contenir aucune 
boisson, mais des essences et des parfums précieux (jui fiirml 
déposés primitivement dans un de ces tombeaux près du dé- 
funt. Ce ne sont pas non plus des jouets d'enfants, comme ceux 
que j'ai recueillis ces années dernières dans le cimetière de Vou- 
tenay, jouets en terre cuite que la sollicitude maternelle avait 
déposés auprès d'un pauvre petit enfant, comme pour l'amuser 



Di REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

encore, môme au sein de la mort ; ils étaient beaucoup trop fragiles 
et d'un travail trop compliqué pour avoir reçu cette destination. 

Jai trouvé aussi dans ces tombeaux quelques perles de dilFé- 
rentes grosseurs en ambre et en verre. Ces perles sont rondes, 
losangées, carrées ou plates, mais n'olîrent aucun intérêt parti- 
culier. Klles sont plus ou moins ternes; cette altération superfi- 
cielle provient de leur long séjour en terre et elle disparaît si l'on 
plonue rapidement ces perles dans une dissolution de gomme 
arabique. Les perles étaient non seulement des parures, mais 
aussi des talismans. Ce qui me confirme dans cette opinion, c'est 
qu'au mois de mars 1896, en ouvrant un cercueil en pierre à 
côté de ceux dont je viens de parler, je trouvai, avec une tuile 
romaine, des perles en ambre, et une longue et belle dent de car- 
nassier, percée à la racine d'un trou de suspension. Cette dent 
percée n'est ni un outil, ni une parure, mais probablement un 
féticlie, une amulette. Certains faits d'ethnographie comparée 
n'y contrediraient pas. 

Le christianisme au début, dans nos pays, autorisa le port des 
amulettes et des talismans chrétiens, comme il transforma bon 
nombre de pierres gravées et de camées en objets de dévotion; 
on pourrait citer de nombreux exemples de ces adaptations naïves 
ou inléi'essées. 

Au Val-aux-Moines, toujoursà Saint-Moré ettoutprès]de Chora, 
une belle statuette en bronze de Minerve a été trouvée dans le 
tombeau d'un chef militaire. Cette statuette est aujourd'hui au 
Musée (l'Avallon. On a rencontré souvent des divinités païennes, 
là où séjournèrent les armées romaines. C'est la deuxième sta- 
tuette trouvée à Chora. 

Arcy-sur-Curc. — Ce pays voisin de Saint-Moré et de la voie 
d'Agrippa n'a donné que quelques tombeaux gallo-romains et 
francs. Cependant il était habité à ces deux époques et avait des 
villas importantes, notamment celle de la j)laine des Girelles, 
située dans l'anse de la Cure et oii j'ai récolté différents vases 
d'une parfaite conservation, notamment une grande amphore 
dans laquelle étaient deux pièces d'or d'IIonorius. 



LES TOMRKAUX EN l'IKHUE DK LA CVWK ET î)l' COUSIN 95 

11 y a cJnq ou six ans on déconvril dans l'inltMiciir du pays 
plusieurs cercueils de pierre, dont l'un était un véritable rist, 
composé de pierres formées de dalles rapprochées et recouvertes. 
On y a trouvé un bracelet conipos(' de dillerenles sortes dr, pi-ilrs 
en verre, sphériques, cylindriques et discoïdes. Les unes étaient 
recouvertes d'un enduit vitrifié de couleur jaune, d'autres en 
verre verdàtre, opaque et jaunâtre et semblables à celles (jue j'ai 
trouvées à Voutcnay. Citons encore une agrafe en bron/.e très 
épaisse en ellipse, avec ardillon en fer. 

Dans un autre tombeau se trouvait une bagne en bronze avec 
chaton plat et circulaire orné de lignes concentriques. 



Depuis bientôt quinze ans que je fais des recherches dans les 
vallées de la Cure et du Cousin, j'ai constaté tous les dilTérenls 
modes de sépultures en usage chez les populations qui habitèrent 
successivement nos deux vallées. 

En 1890, au mois de septembre, je découvrais au fond de la 
grotte Saint-Joseph, à la montagne des Tunnels, à Saint-Moré, 
des sépultures sur foyer. Les squelettes étaient ensevelis sous un 
épais linceul slalagmitique; tout à côté, je rencontrais des silex 
taillés, et, sur les os de la colonne vertébrale, des pendeloques 
en dents d'ours percées et des débris de vases très grossièrement 
travaillés, recouverts, eux aussi, d'une épaisse couche de concré- 
tions calcaires. Les corps étaient dans l'attitude du repos ; la pré- 
sence des pendeloques exclut aussi la pensée d'une mort tragique 
ou violente. 

J'ai exploré les tumulus do nos forêts; ces tunuilus, qui ren- 
fermaient souvent plusieurs squelettes ensevelis sous la même 
butte de terre ou de pierres, m'ont donné de nombreux objets 
en bronze et en fer, torques, bracelets, fibules, perles de collier, 
etc. 

En fouillant pour chercher des tombeaux ou des fondations 
de constructions anciennes, j'ai trouvé des vases cinéraires de 
toutes formes et de toutes couleurs; les gens de nos villages 



Îl6 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

m'en uni roiiiis aussi un cerlain nombre. Le tassement dos terres 
et surtout l'ignorance des campagnards en ont délruit bien da- 
vantage. 

L'usage de brûler les morls a donc existé bien cerlaiuement 
parmi les populations qui ont habité nos vallées, et cet usage a 
disparu sans doute sous l'inlluence des idées chrétiennes, le 
christianisme tenant à conserver les corps des saints et des mar- 
tyrs, si nombreux dans les premiers siècles de notre ère. 

L'ère des recherches fécondes est loin d'être terminée. Les 
nombreux tombeaux en pierre enfouis sous le sol de nos vallées, 
les camps retranchés qui dominent les antiques villages traver- 
sés par la voie d' Agrippa, réservent pour longtemps encore bien 
des surprises agréables aux archéologues. 

Abbé F. PouLAiNE. 

Voutcuay. 



NOTES iry\l{(:ilÉOL0GIE RUSSi:' 



VI • 
FOUILLUS Ali l>i\YS DES DKEVLIA^ES 



'sud-ouest de la Russie) *. 



Sur la proposition de la Commission archéolorjiqiip. Impériale, 
M. Antonovilch, professeur à l'Université de Kiev, explora, en 
1887, la région comprise entre le Dniepr et les rivières Pripel, 
Irpen, Haslavilza, Tétérev et Ouch. Ce territoire, qui occupe la 
partie nord du gouvernement de Kiev et la partie sud-est de 
celui (le Volynne, ofîre un caractère archéologique particulier 
et se distingue nettement, à ce point de vue, des régions avoi- 
sinantes. Tandis qu'en elTet, au sud deTIrpen et de la Hasluvila, 
jtar exemple, les tumulus, très grands, forment généralement 
de petits groupes s'élevant, pour la plupart, sur des montagnes 
ou sur de hauts plateaux, les tumulus de la région qui nous oc- 
cupe ont été érigés n'importe où, sur les montagnes comme dans 
les vallées, mais ils sont bas — de 0™,25 à 2"", 85 de hauteur — 
et groupés en de grandes nécropoles contenant de l.-JO à KlOO sé- 
pultures et davantage. 

La diiïérence n'est pas moins tranchée quant au contenu de- 
ces deux séries de tombes. Au sud de la région explorée par 
M. AntonovitchjOn avait constaté quatre types de sépultures lu- 
mulaires, à savoir : -1° les luniuhis de l'ùge de la pierre; 2° ceux 



1. Voir la Revue urchcolo'jiiine de juillel-aoùt, septembre-octobre 180S ; jan- 
vier-février, mars-avril, mai-juin 1S9'.). 

2. V. Antonovilch, dans les Matériaux pour servir à l'arcficolniflr dr ii 
Russie, l. XI (1893). Saint-Pétersbourg (en russe). 

Ul" SÉRIE, T. XXXV. 7 



118 KEVl E AKClIÉOLOi.Kjl'K 

chilypo (lil scyllii(jiio; .')" k-s lumulus àcrémalioii ; 4" les liimiilus 
;i inluiiiialion coiilonaiit des guerriers avec leur cheval el leurs 
armes. Aucun de ces types ne ressemble à celui fies sépultures 
que nous allons décrire et que M. Antonovilch allribue au peuple 
des Drevlianes, qui occui)ait la région comprise entre les liniiles 
iruliquées plus haut, quelque temps avant que le christianisme 
y pénétrât. 

Cette région renferme, d'après les renseignements de l'au- 
teur, environ 7.o00 tumulus, répartis entre plus de 300 nécro- 
poles. Sur le nombre total des sépultures, 313 seulement ont été 
explorées jusqu'à présent; M. Antonovilch, à lui seul, en a 
fouillé 261. 

Généralement, les tumulus sont entourés de fossés, larges de 
l'",oO et profonds de 0'n,20 à O'",7o, ou cerclés, à la base, de 
grosses pierres. Presque tous contiennent, à différentes profon- 
deurs, des objets jetés çà el là en désordre, tels que des débris de 
vases en argile, os ou fragments d'os d'animaux (moulons, che- 
vaux, bœufs, porcs, etc.), morceaux de bois et de silex, pierres 
à aiguiser, meules. Pour s'expliquer la présence de ces objets 
aux différents niveaux des tumulus, M. Antonovilch suppose que 
ces derniers n'ont pas été construits en une seule fois. Il est pro- 
bable que des cérémonies comménioralives avaient lieu, à cer- 
taines époques, sur les sépultures qui, très basses au début,, s'é- 
levaient ainsi progressivement. Les débris de vases, les os, les 
tas de charbon peuvent être les restes des repas funéraires célé- 
brés sur les tumulus. 

Dans six sépultures, M. Antonovilch a trouvé des construc- 
tions en bois, si mal conservées, d'ailleurs, (ju'il lui a été impos- 
sible d'en constater exactement la forme. Il suppose que c'étaient 
des toitures à deux pentes; pourlant elles se trouvent plus près 
du sommet des tumulus que des tombes. Une construction ana- 
logue, mais faite de huit grosses pierres el d'une meule, a été 
découverte dans une autre sépulture. Deux tumulus étaient pour 
ainsi dire coupés, à la hauteur de O^jSS l'un, el de 0"',80 l'autre, 
pur une épaisse couche de charbon. Enfin, trois avaient été dé- 



l'OLlLLKS AL \'\\S Dl'.S DUKVIJ ANKS !)!) 

t'ails pour y placer des morts, cl puis l'cconstiiiils, de soilc (|ii(', 
au dessus des anciennes lombes, ou a liduvé, dans ces tuniidus, 
des s(iuelelles d'une époque plus récente. 

En ce qui concerne les lombes, la plupart ont été creusées 
dans la terre. Mais, assez souvent aussi, on couchait le mort 
simplement sur le sol ou sur un petit remblai, haut deiiviron 
(I"',o0, qu'on préparait à celte fin. Un étendait autour du cada- 
vre une couche de charbon, de cendres ou de chaux, et l'on éii- 
geait le lumulus, 

M. Antonovitch n'a pas trouvé de cercueils dans les sépultures ; 
mais il a constaté, dans plusieurs cas, aux cotes et parfois au- 
dessus des ossements, la présence de f^rosses pièces de bois 
jointes au chevet et aux pieds des squelettes par des poutres 
transversales, le tout formant une sorte de cage. Ces charpentes 
étaient maintenues par des clous de fer. Des clous de fer, en 
quantités considérables, ont souvent élé recueillis par rauteiir 
là même où il n'a pas constaté la moindre trace de bois; les clous 
étaient disposés verticalement tout autour des squelettes. 

Les morts étaient, pour la plupart, déposés directement sur 
le sol. Mais, assez souvent, on les couchait sur ime planche, ou 
sur un morceau d'écorce de bois, on sur une couche de cendres, 
de charbon, de grès, de sable, de cailloux, etc. 

Généralement, les tumulus ne renfermaient qu'une seule 
tombe et chaque tombe ne contenait qu'un seul squelette, loii- 
lefois, dans plusieurs sépultures, M. Antonovitch a rencontré 
deux à cinq squelettes, les uns d'adultes et les autres d'en- 
fants. 

Tous les squelettes étaient couchés sur le dos, la tète loiiriiee 
vers l'ouest, les pieds vers l'est. Les bras étaient le plus sou- 
vent étendus le long du corps, les mains posées sur le bas-ven- 
tre ou sur la poitrine, ou encore lamenées sous les aisselles. 

Les mensurations des squelettes ont établi que la taille 
moyenne des Dreviianes était de 1"',G7. 

Les armes sont fort rares dans ces tombes. M. Aiilonuvilch 
n'a découvert, en tout, que onze objets de cette catégorie, tous 



lui) HKVUt; AUCUÉOLUdKjL'l': 

en fer : qualie lances, deux pointes de lances, une pointe de 
lîèclie, un couteau, un poignard et deux éperons. 

Par contre, les objets d'usage sont nombreux et assez variés. 
Ce sont, tout d'abord, des vases eu argile, très nombreux, mais 
jtresque toujours en débris. Nous trouvons ensuite des seaux 
en bois cerclés de fer, avec manches en fer également; des bri- 
quets et des silex (ces objets étaient portés dans de petits sacs 
en cuir, duuL l'auteur a recueilli deux spécimens); des pierres à 
aiguiser, des couteaux, des faucilles, des quenouilles, un mar- 
teau, etc. Notons encore une coupe faite avec un crâne humain ; 
d'autres coupes semblables ont été découvertes dans la même 
région par de précédents explorateurs. 

Là où M. Anlonovilch a pu constater des traces de vêlements, 
elles se présentaient sous la forme d'une poussière noire, brune 
ou violette, recouvrant les os des squelettes. Il est donc impos- 
sible de rien dire au sujet des tissus et de la coupe des vêtements 
drevlianes. Dans un seul cas, on a pu reconnaître un fragment 
de ruban en soie. Les chaussures, au contraire, se sont très bien 
conservées; c'étaient des demi-bottes, sans semelles ni talons, 
laites de deux feuilles de cuir cousues ensembles, dépassant un 
peu la cheville; elles étaient munies de larges revers qui retom- 
baient jusqu'à la plante des pieds. 

Les ornements des Drevlianes étaient en argent ou en bronze. 
Les femmes décoraient leurs nattes avec des anneaux. M. Anto- 
novitch a trouvé;, dans une tombe, sept anneaux en argent et en 
bronze, tous enfilés dans un cylindre en écorce de bois et for- 
mant ainsi une couronne ou un bandeau. Les autres ornements 
de tète sont des boucles d'oreilles (toujours en forme d'anneaux), 
que l'on mettait sur l'une ou sur l'autre oreille, rarement sur 
les deux, et des coilîures en écorce de bois ; l'écorce était recou- 
verte d'un tissu de laine ornementé de petits anneaux en argent 
et de perles en verre dorées ou argentées, avec, au milieu, une 
grosse perle en argent ou en cornaline. 

Des colliers en perles de verre se sont rencontrés deux fois seule- 
uieiil. M. \iilnnovitch ne fait aucune mentionde. colliers en métal. 



FOUILLKS AU l'AVS UKS DUKVLIANKS 101 

Un seul bracolel a élc exhumé; en revanche, les l)agiies sont 
assez nombreuses. Notons encore des broches, des agrafes et 
des boucles de ceinture. Il faut remarquer que les orncnicnts en 
bronze sont plus rares que ceux en argent, mais l'argent est d'un 
mauvais aloi et les décorations incisées ou en relief sont très 
rares. 

A la fin de son élude, M. Anlonovilch cherche à se faiic une 
idée du caractère du peuple drevliano : « Les rites funéraires, 
réguliers et fixes, semblent témoigner, dit l'auteur, (jue ce 
peuple avait des vues très précises sur la vie d'oulic- tombe. A 
en juger par le mobilier de leurs tombes, lesDrevIianes menaient 
une existence pacifique : l'absence presque complète d'armes 
montre que l'esprit g'uerrier leur faisait défaut. C'est ce qui ex- 
plique la conquête par les Polianes du territoire drevliane, 
malgré son étendue et sa nombreuse population. En revanche, 
nous rencontrons dans les sépultures drevlianes des objets qui 
montrent que ce peuple s'adonnait à beaucoup d'occupations pai- 
sibles; les tombes situées dans l'ancienne région des Polianes 
n'ont pas encore fourni d'objets similaires. Les faucilles, no- 
tamment, indiquent que les Drevlianes cultivaient la terre; les 
vases d'argile, qu'ils savaient fabriquer la poterie; les seaux, 
que la tonnellerie leur était également connue ; les couteaux, les 
clous, les briquets, etc. montrent qu'ils savaient forger le fer; 
enfin, les quenouilles, les fragments d'étoffes et les chaussures 
prouvent qu'ils connaissaient le tissage et la cordonnerie. » 

M. Antonovitch va même jusqu'à supposer que les Drevlianes 
exportaient leurs quenouilles à l'étranger. Il fonde celle hypo- 
thèse sur le fait que les gisements du schiste rouge, avec lequel 
on fabriquait les quenouilles, s'alignent sur de grandes étendues 
dans l'ancien pays des Drevlianes, et que des vestiges de nom- 
breux ateliers, où de pareils objets étaient fabriqués, ont été dé- 
couverts sur plusieurs points de la région. D'autre part, parmi 
les antiquités exhumées des sépultures drevlianes, beaucoup, à 
n'en pas douter, étaient d'importation étrangère. Tels sont, par 
exemple, les objets en bron/.e, en argent, en verre et en corna- 



102 REVIE ARCnÉOLOr.IOUE 

line. Du resli', dit M. Anlonovitch, il est «liflicilc de se faire une 
idée précise de ce que fui le commerce des Drevlianes, car on 
n'a pas trouvé une seule monnaie permettant de savoir avec qui 
et à quelle époque les Drevlianes ont entretenu des relations 
commerciales. 

Outre les sépultures que nous venons de décrire, M. Antono- 
vitch a exploré, dans la même région, un tombeau scythe et deux 
tombes de l'Age de la pierre. Le tombeau scylbe présente une 
fosse hexagonale longue de 5", 60, large de 2™, 25 et profonde de 
l'",20 ; les parois en sont boisées et le fond couvert d'écorce de 
de bois. Les antiquités trouvées dans cette sépulture sont sans 
importance. Dans une autre tombe analogue, explorée précédem- 
ment dans la même région, par M. Jéiinski, propriétaire fon- 
cier, celui-ci avait découvert quelques curieux objets en bronze : 
une boucle en forme de cercle surmonté par un triangle, un 
fragment de manche présentant une tête d'oiseau et deux pla- 
ques rondes et épaisses portant, chacune sur un côté, l'image 
d'une figure humaine. 

Les deux tombeaux de l'âge de la pierre ont été découverts 
accidentellement par des paysans. Ils ne sont pas surmontés de 
lumulus. Ce sont des fosses aux parois revêtues de dalles, plan- 
tées verticalement dans le sol et supportant d'autres dalles for- 
mant couvercle. Les paysans y ont trouvé des vases remplis 
d'os brûlés et de cendres, qu'ils ont brisés, et de fort belles ha- 
ches en silex poli, qu'ils se sont appropriées. 

l*]nlin on a découvert encore, dans Tune de ces sépultures, un 
objet en ambre jaune, en forme de demi-cercle, qui tomba en 
poussière dès qu'on y toucha. 

G. Katchkretz. 



UËPEinOIUE ElMGKAriiKlUE 

i)j-:s i)i':r.\i{T!:.Mi:NTs m: i;aisni: i:t di: i/oisi: 

(bL'LLOVACI, SILVAMCTI'.S, SLKSSIONES) 



C'csL pour répondre à un besoin dt; répi^rapliu! de la (laulf 
que j'ai été amené à rédiger ce répertoire. 

Grâce aux deux mag-nifiques volumes publiés jiar M. llirscbfeld 
dans la série du Corpus Inscriptionum Ldlinantm^ tous les loxlos 
de la Narbonnaise, des Aquitaines et des Lyonnaises sont bien 
connus. Le fascicule suivant, contenant les inscriptions des Bel- 
giques et des Gernianies, ne paraîtra que dans deux ans; mais il 
existe déjà des recueils locaux pour la plupart des cités. Les 
textes de la vallée du Rhin ont été réunis par Brambacb; ceux 
de la Morinic, de Bavai, de Reims, de Metz par MM. Vaillant, 
Desjardins, Loriquct, Robert et Gagnât; les inscriptions d'Amiens 
seront sans doute publiées sous peu par M. de Galonné; mais on 
chercherait en vain un répertoire méthodique de l'épigraphie 
des Bellovaques, des Silvanectes et des Suessions : c'est celte 
lacune que j'ai voulu combler. Je me suis donc rendu successi- 
vement à Soissons, à Gompiègne, à Beauvais et cà Senlis, où j'ai 
copié et vérilié tous les textes qu'il m'a été possible de découvrir. 
Le Musée de Saint-Germain-en-Laye m"a fourni une riche série 
de documents épigraphiques inédits ou mal connus ; j'y ai trouvé 
notamment les antiquités provenant des fouilles entreprises par 
Napoléon lU dans la Forèl do Gompiègne et celles découvertes 
par Frédéric Moreau dans les nécropoles de basse époque du 
département de l'Aisne. 

Je me suis elTorcé de donner à ce petit répertoire lallure d'un 
chapitre du Corpus : j'ai soigneusement laissé à chacun le mérite 
de ses découvertes ou la responsabilité de ses assertions; jai 
lAché de faire de ma bibliographie autre cIk.s.' (iiruu amas cmi- 



IdV REVIE ARCHÉOLOOIOllE 

fus do noms, plus ou moins nombreux, d'auU'urs el d'ouvragos; 
j'ai noté les renvois aux manuscrits avec plus de minutie qu'on 
ne le fait d'ordinaire : j'en ai été récompensé par quelques petites 
trouvailles qui m'auraient échappé si je m'étais borné à dépouil- 
ler les livres imprimés. Enfin, j'ai poussé le scrupule bibliogra- 
phique jusqu'à marquer d'un astérisque (*) tous les renvois dont 
je n'ai pu moi-même vérifier l'exactitude. 

En dehors des textes lapidaires et des nombreuses marques 
de fabrique découvertes dans notre région, j'ai retrouvé dans les 
musées un certain nombre de textes de provenance étrangère et 
surtout italienne, dont les éditeurs du Corpus avaient constaté 
avec regret la disparition. J'ai également admis dans mes séries 
quelques textes hiéroglyphiques inédits que j'ai cru pouvoir et 
devoir introduire parmi des textes grecs el latins. 

J'ai suivi pour classer mes inscriptions l'ordre strictement géo- 
graphique; je ne m'en suis écarté que pour les bornes milliaires 
de la cité dos Suessiones, que j'ai cru devoir placer à part, à cause 
des rapprochements intéressants auxquels amène la comparaison 
de ces monuments. 

Je profiterai de cette occasion pour remercier MM. Ilirschfeld, 
Zangemeister et Domaszewski, les trois savants éditeurs du 
Corpus, de toute la hienvoillanco qu'ils ont bien voulu me témoi- 
gner et de l'assistance qu'ils m'ont prodiguée pendant l'oxécutiou 
de mon travail. 

I. — CIVITAS BELLOVACORVM 

Il serait oiseux de reproduire ici tous les textes anciens où est 
cilo le nom de la nation }j;:iuloise des Bellovaci. Je me bornerai à 
renvoyer au Trésor dp. la langue celtique (Altkeltischer Sprach- 
scliatz) de M. Holdor (t. I, colonne 392), où l'on trouvera cités 
tout au long dos }»assages de César, Cicéron, Strabon, Pline, 
Plolémée, d'un panégyrique de Constance Chlore, du Code Jus- 
tinicn ot du (îodo Tliéodosicn, de la Nolicc des Gaulrs, d'Oioso, 
des Noluf Tiron'uniae et de la Vi<' dos Saints. L'auteur renvoie, 



UKPKUTOIIU: f;i'I(;U.\lMllnl!K \Oli 

on oulrc, ;ï dtMix inscriptions roprodiiih's pins l)as (n. i!) et ii. .*iO) 
el à dos monnaies mérovin^ionnos, A l'épofjuc rijiiKjnc, on 
trouve autour de lîcauvais \o pagi/s licllocacensis miMitioiiné dans 
des textes datés des années G73, G90, 695, 7')l et reproduits éga- 
lement dans le précieux ri-pcrloire de M. Iloldcr. 

Boauvais s'appelait à l'époque romaine Cûcsaromaf/us, tout 
comme une ville d'Angleterre, aujourd'hui Clielmsford on Ivssox; 
cotte forme nous a été transmise par lo géographe Plulémée, par 
rilinéraire d'Antonin et par la Tahle de Pciitingcr. 

Bibliographie. — Sans parler de l'abbé Sugek qui seul nous a 
conservé le texte n. I, nous voyons que dès le xvii" siècle l'étude 
dos inscriptions est en honneur à Beauvais: Pi^itau, Loisel et 
LouvET en insérèrent dans leurs ouvrages. Au siècle suivant, 
DoM Grenier réunit sur Phistoirc générale de la Picardie une 
quantité énorme de documents de toutes sortes. Ses manuscrits 
forment un fonds spécial à la Bibliothèque nationale; on y re- 
marque notamment une histoire de Beauvais inédile (t. 162 = 
paquet XX, article III B) et V Introduction à l'Iiistoire générale 
de h Picardie (t. d60 rzpaquet XX, article II), publiée en 18?J6 à 
Amiens par les soins de la Société des Antiquaires de Picardie. 
CAMiutY publia quelques inscriptions dans sa Description du 
dépari e?7îc?it de l'Oise (Paris, 1803, 3 vol. in -8" ot atlas). 

Graves publia de 1827 à 1837 une série très intéressante do 
notices statistiques sur chaque canton du département dans V An- 
nuaire du déparlement de rOise. En 1839 il publiait une pre- 
mière édition de sa Notice archéologique sur le dépm'tement de 
l'Oise (Beauvais, 1839, in-S"), dont il donna, en 18:;('), une seconde 
édition revue et considérablement aug-montée. Je ne saurais trop 
faire l'éloge de ce livre dont le Répertoire archéoloqique de 
M. Woillez (Paris, 1862, iii-4°) n'est qu'un pâle démarcago. ,To 
n'ai cité dans cet article que la deuxième édition do la Notice 
archéologique ; elle a été publiée par Graves quelques mois avant 
sa mort et résume fort bien tous ses travaux antérieurs. 

Los inscriptions du Musoo de Beauvais ont été publiées et 
commentées par Léon Bkmkiî dans le lome III (18')7) du Huile. 



Kir» nEVl'E ARCriÉOLOGlQUE 

tin di( cotnitc de la langue, de l' huloiro ot des arts en France. Col 
article est un chef-d'œuvre d'érudition précise et l'explicalion du 
n. 3.') est un véritable tour de force ; d'autre part, j'ai trouvé très 
peu de chose dans les fiches manuscrites du même savant, 
conservées à la Bibliothèque Mazarine. 

Dans un Catalogue très soigné du Musée de Beauvais, M. Ma- 
TiiON a utilisé avec goût ot avec intelligence l'article de Renier. 

Plusieurs de cos textes avaient été publiés, quarante ans aupa- 
ravant, par Grivaid dk la Vincelle dans son Catalogue des objets 
d'antiquité et de curiosité qui composaient le cabinet de feu 
M. l'abbé Campion de Tersan (Paris, de ^imprimerie de Nouzou, 
i819, in-8", pp. 140). 

Enfin les Carnets de voyage du général Creuly et de Charles 
Robert, conservés à la bibliothèque du Musée de Saint-Germain, 
renferment quelques textes de cette région. 

.l'ai visité le Musée de Beauvais le 14 avril 1898. 

A. — Inscriptions trouvées à Beauvais. 

1. — Dans une lettre du célèbre Sugcr à Henri, évêque do 
Beauvais, et aux habitants de son diocèse (1149) on lit les mots 
suivants : 

Videte, vide te, viri discreti, ne et alla vice rescribatur, quod 
semel inventum est in marmorea columna huiiis civitatis, ore im- 
peratoris diclum : VILLAM PONTIVM REFICI IVBEMVS. 

Une colonne do marbre avec une inscription impériale ne peut 
ôtrc qu'une colonne milliaire. On y restituera sans hésiter: 

VIAM ET PONTES 

REFICI I VSSIT 
Avant cotte phrase il n'y avait probablement que les litres de 
r(;mpereur; on lisait peut-être entre viam et pontes et refici ius- 
sit les mots veiustate conlapsos. 

Bibliographie. — LeUres de Suf^er. Bibliothèque nationale, Fonds latin 
n. 14192 : ms. in-8 relié en parchemin; au verso de la couverture, étiquette 
imprimée : Ex RibWdhcca vus. COISLIMANA, oliin SEGUERIANA qunm 
illusl. Henricus DU CA.MBOUT, dux de COISLIN, Par Franciac, Episcopus 
Mclensi^ etc. Monaslerio S. (icriiinni <i Pralis li'ijarii, an m. dcc. xxxii. Kn 



Hi^;i'KHToiui: i^;i'i(;uAiMiiyiJK il)7 

haut du [)remier (ouilli'l, ;"i ilroilo, on lil, l'^crit à l'encre : Sainl-dermain, latin 
n" 1085, 2. Ce ms., après avoir appartenu successivement au chancelier Séguier, 
au duc de Coislin et à la Bibliothèque <ie Saint-Germain-des-Prés, entra en 
1795 ou l79Gà la Bibliothèque nationale, avec les autres inss. confiés à la garde 
de Doin Porson. 

La première pièce du volume est un recueil de lettres de Suger, au nombre 
de vingt-quatre, écrites sur parchemin, d'une belle écriture du début du 
xiii' siècle. On y lit à la f. 21 verso, I. 17-18-19 : 

ViDETE UIDETE 

UIRI DISCRE1I, NE v*s: ALIA UICE RESCBAT, Q.D SEMEL lUETU E IN MARMOREA 

COLUPNA HUI CIUITATIS OReIpATORISDICTU I ViLLA PONTIÛ RHI-ICI lUBEM 

Ce passage a été publié au commencement du xvii" siècle p.u- : 

Pétau, Antiquarhte sïipcllcctUis poi-tiunoula (Paris, KHO, in- 4" non paginé), 
pi. X, repulilié dans Sallengre, JVorM.ç Ihcxaurus anliijuilatum romawnum (La 
Haye, 1718, in-f»), t. II, p. 1015: 

Loisel, Mémoires des pays, villes, comte et comtes, évèchc et évesques, paivrie, 
commune et personnes de renom de Beauvais et Beauvaisis (Paris, 1617, in-4°), 
p. 100; 

Louvet, Histoire et antiquités du diocèse de Beauvais {BeauvaÀs, 1035, 2 vol. 
in-12), t. I, p. 23 et t. II, p. 283. 

La lettre fut ensuite reproduite, avec celles qui l'accompagnent dans le ms., 
par : 

Martène et Durand, Thcxaurus noms anecxlotorum (l'aris, 1717, in-l"). t. 1, 
col. 424; 

Dom Bouquet (et ses continuateurs), Jiccueil des historiens des Gaules et dr 
la France, t. XV, p. 529 C (d'après Martène); 

Migne, Pulrologie latine, t. CLXXXVl, col. 1437 C, lettre n. 182 (d'après 
Dom Bouquet). 

2, — Inscription sur bronze liuuvéo à Jieaiivais au coninu'n- 
cement du xvu^ siècle. Fraginentiim laminae aeneae apiid Hrllfi- 
vaciim fiindamentu tnrru vetustissimac effossae (Pétau). Entre 
les démolitions d'une ancienne tour de la cité de Beauvais, il s'est 
trouvé depuis quelque<. années en ça le demeurant d'une lame de 
cuivre gravée en grandes lettres wiciales et capitales romaines 
(Loisel). Disparu. 

Selon Pétau. Selon Loisel. 



ivs-TiBERiNvs-ET IVS TIBERINVS ET 

nVS- PAVLUNVS _ 

TOHESEIVSDENT PIVSPAVLLINS-- 

VENT-PCNENDVM 

'~ - TORES El VS DENT 

VENT PONENDVM 



KiS 



REVUE ARCHÉOLOGIQUE 



Il est fort possible que la copie de Loisel dérive de celle de 
Pélau. On pourrait songer à restituer: 

[ . . . Jus Tilierhms et 

[. . plus Paulimuft 
\ 'procur\dt6res eiusde [ m ■ 
inonu][m]enl(um) pônendum 
[curnxirrunt 

La présence iVapirea indiquerait le premier siècle de notre l-re 
comme date i)robable de ce remarquable fragment, dont la dis- 
parition est vivement à regretter. 

Bibliographie. — Pétau, Portiuncula; republié dans Sallengre, Novus Thé- 
saurus antiquilatum romanarum, t. II, p. 1015 ; 

Loisel ', Mémoires dc$ pays, villes, comté et comtes, évéchc et évesques, pairrie, 
commune et personnes de renom de Beauvais et Beauvaisis, p. 41 ; 

Dom Grecier, Hist. ms., t. 162, f. 15 (d'après Petau et Loisel) ; 

Renier, Fiches, Belgique, liasse II, cahier V, f. 4 (d'après Loisel). 

3. — Sarcophage trouvé" e)i 10.59 au Mont-Capron... il était 
posé siiy deux pierres de trois pieds de hauteur. Vune était char- 
gée de... bas-reliefs... on voyait sur l'autre inscription suivante 
(Gkenieu). 

Selon Dom Grenior. 

D . M . 

MEMOR • ATTI • 
VIBIVS ATTICVS 
MEMOR^ ATTIC P ATE R- P05VI T- 

VIBIVS ATTICVS 

RATERA POSV^ 





Selon 


iJarraiid. 


D" 


M" 


\ 




/ 



La co{)ie de Cambrv, qui avait vu la pierre elle-même, chez 
Danse, à Beauvais, est semblable à celle de Barraud. Il semble 
que !a pierre soit brisée à droite; on lirait alors : 

D[is) M[anil)ns) [et\ memor[iae) Attic[i]. ...Vibius Atticus pnlor 
posu[it]. 



1. On trouvera une hiograpliio de Loisel dans Grenier, Ilist. ms., t. 162, 
f. 90. 



lŒI'LItruiltK Kl'I(;UAPII|nLK I OÎJ 

HUiliogniphie. — Dom Grenier, Introduction, ms. f. l'.M ; i'<\. d'Amiens, 
p. 237; 

Cambry, Description, t. II, p. 188 ; 

Graves, Notice, p. 125 (d'après Dom Grenier) ; 

Woillez, Répertoire, p. 20 (de seconde main) ; 

Barraud, Bull, monum., i861, t. XXVII, p. 34 (d'après Buc.|ucl, Danse et 
Borel, Histoire de Beauvais, ouvrage que je n'ai pu retrouver à la Bibliothèque 
nationale). 

4- — . . E'jli'^e df S.-Michel de Hcaumm... iascriplloii tjiii 
s'est trouvée en une grosse pierre tirée des fondemens d'irelle, 
pour servir au baslimet qu'on faisoit de la chastellenie en Pan 
lÔSSy sur le pied de laquelle s'est trouvée (/rave en lettre Humaine 
Diomeilis Monanienlum et au dessous en suitle le nom de L. Gon- 
sorinus qui pouvait estre celluy qui estait cnsul du leps de cet 
Empereur, le reste de l'escripture n ayant peu venir en cognois- 
sance, pour la fraction qui arriva à la dite pierre en la tirant 
(Louvet) une épiiaphe qu'on avoit retirée de terre sur la même 
colline [que le n. S] (Barraud). Trouvé avec le précéde/it (le n. 3) 
... un autre [to?nbeau] également de marbre (Graves). 

Texte de Barraud. Texte de Graves. 

DM DM 

L. CVRSORINVS L- CURSORINUS 

Je pense qu'il y avait sur la pierre' : 

Dis M « /' I /j 
MONVMENTVM 
L-CENSORINVS 

bis Manib[us) monumentuyii L[ucius) Ce}isorin{i)us... 

hibliographic. — Louvet, Histoire et antiquités du diocèse de Beauvais {Beau- 
vais, édition de 1635-, 2 vol. in-12), t. II, p. 327. 

Dora Grenier, Introduction ms. f. 183; éd. d'Amiens, p. 225 (d'après Louvet). 

Graves, Notice, p. 125. 

Barraud, Bull, monum., 1801, t. X.KVII, p. 3t (d'après Bucquel, Danse el 
Borel). 

1. La formule insolite Dis Manibus monumentum est fréquente à Paris (C'./.L, 
t. XIH, n. 3038, 3040, 30ii, 30i6). 

2. L'inscription ne figure pas dans les édilions antérieures. 



1 lu HKVUE AKCUÉOLOGIQUE 

5. — .Vo//s ajout uiifi ici les empreintes bien imparfaites iCune 
atilrr talilfllc trouvée à lieaiwais en 1767 , en regrettant qu elles 
n aient pas été pjrises avec plus de soin... 

<,Qr.txudi poiiionis Caleni Dialepidos Ad Veteres Cicatrices 
Se. Po. Caleni Amie Stactum Obobals*"'^'""' Ad Ci'^"''"''^"* 
i*'-'"'isum Ad Veleres Cicatrices 
DiusmyRnes Ad Sedatas Lipi»''"J'"es 

(Grivald). 

Ce cachet n'est connu que par ce passage de Grivaud de la Vin- 
celle. Voici quel a dû en être le texte (restitution de M. le capi- 
taine Espérandieu) : 

SE • PO • CALENI • DIALEPIDOSlAD VETERES CICATRICES 

SE ■ PO • CALENI <AMIE>|STACTVM • O POBALS • AD • C L] 

SE • PO • CALENI ■ DIAM ISVMlAD • VETERES • CICATRICES 

SEPOCALENIDIASMYRNESlADSEDATVSLIP' 

Se[exti) Po[...ii) Caleni dialepidos ad veteres cicatrices; 
<^a?nie'^ >' stactum o[p]obals{a)7iatum) ad c' i]{aritate)7i) ; [diam]i- 
sum ad veteres cicatrices; [dias)Jîy]rnes ad sedal[i/ s lip{pitudinis). 

Les ouvrages spéciaux de Sichel, de Grotofend, de MM. Héron 
de Yillefosse et Thédenat, et eiilin de M. le capitaine Espéran- 
dieu fourniront aux curieux l'explication des termes médicaux 
gravés sur ce cachet d'oculiste. 

liibliograjikic. — Grivaud de la Vincelle, Recueil de monumenls antiques la 
plupml inédits et découverts dans l'ancienne Gaule (Paris, 1817, in-4o), t. I, 
p. 287. 

D'après lui les auteurs suivants : 

Duchaiais, Mém. de la soc. des antiquaires de France, 1846, t. XVIII, p. 217 
(*lirage à part, p. 61): 

*Sichel, Annales d'oculistiquc, t. LVI, p. 102 (tirage à part, p. 101); 

Grotef''nd, Vhiloloijus, t. XIII, 1858, p. loG, n. 53 *(lirage à part, p. o5) ; 

Grolefend, Die Slemjicl dev riimischcn Auijenàrzte (Hanovre, 1867, in -8"), 
p. lOi.n. 79; 

Espérandieu, Ucc. ardi., 1893, l. XXI, p. 315, n. 28 (tirage à part, p. 2i). 

6. — Vase on verre en forme de barillet trouve dans unchamp 
situé à l' extrémité de la Hudle aux Loujts (Matho.n). De lacollec- 

1. AMIE- Grolcfond lit ANHE Aidlu'^mcrum). 



KK.PKItl'nlItK KlTLIlM'IIIoi 10 HI 

lion Malhoii ce vitst', passa an Miiséi! do Ifi-auvais à i|iii 11 fut 
volé, il y a déjà loni^U'iiips. 

Sous le jond i»ii lisail en iidicf : 

FRO 
l'niii[tiniis). 

Uibliogrnphie. — Malhon, M'in. Son. amd. Oise, lS7)-7:î, l. VI! I, p. Tin, 
pltmche {tirage à part, p. 0). 

Vroehner, La verrerie anti<iue {Le Peu\, IST'.i. in-K), p. 13J, n. 78 (d'après Ma- 
lhon) el tirage à part iiitilulé, NomenclatHre lic^ ocrrien^ grecs cl romains (l.e 
l'ecq, 1879, ii)-8, 62 pp., rarissime), p. 14, n. 78. 

7. — Barillet analogue au précédent découvert, en juillet 18!J0, 
à Beauvais, au cimetière des Capucines. Musée de Beauvais. Ma 
copie. 

FRO 

Froynl'nms). Ou peiil se demander si ce barillet n'est pas le 
même que celui que j'ai décrit ci-dessus. Dans le cas coiilraire 
la marque est inédile. 

8-9. — En16SC) des pcif/sans dtis environs dr Hi'(iHvai<., fouillant 
dans un petll espace de terrain qui s'avance en angle entre les ter- 
rains de Saint- Just et de Clermont, découvrirent un caveau. Il 
■ renfermait /plusieurs ur/ies, plusieurs vases de verre, d'autres m 
torre très noire et très légère^ une patère de terre rouf/e et les frafj- 
ments d'un pot, épais de deux à trois doitjts, qui pouvait conte- 
nir huit à dix pots de liqueur. Parmi ces poteries il ij in avait 
deux plus rcnuirquahles que les autres; savoir une ur/ir el unr 
jatte de terre sigillée rouge et extrêmement fine. L' urne avait un 
pied ou environ de hauteur et cinq pouces de diamètre ; elle était 
ronde. Vers le milieu réqnait tout autour une branche de vigne 
garnie de ses pampres. On lis/fit dans l intervalle ces trois lettres 
BTF (]iii semblent marquer le nom de l'ouvrier. La jatte, disaimt 
nos mémoires, pouvait contenir plus de trois pintes de liquide. 

On vogait au milieu du fond le nom du potier Sacco fecit'. Ces 
vases et plusieurs autres furent rassemblés par M. dr Saint-Ililatre 
de Beauvais. (Gkk.mkr.) 

1. 11 faut lire SATTOFECIT i^marque connue). 



1 I 2 ItEVUE AHCHÉOLUliKjlE 

Bibliographie. — Dom Grenier, lulro.hidion, ras. f. 186 ; éd. d'Amiens, p. 230; 
Cambry, Descriptim, t. Il, p. 188 (BTF seulement); 
Graves, Notice, p. 120 (d'après Dom Grenier); 
Wuillez, Répertoire, p. 21 (d'après Graves). 

10. — Des r année 1600 on avait déterré dans les v'u/nes <jui 
s'étendent du Franc-Marché vers l'ancien enclos des Capucins, 
deux vases en terre roufje fine, de forme déprimée , f/arnis de leurs 
couvercles sur le col desquels on lisait : TITVS BIBIT- 

(Gkaves.) 

BibUoijraphie. — Graves, Notice, p. 124; 
Woillez, licpertoire, p. 20 (d'après Graves). 

11. — Vaso noir pastillé en blanc. Musée de Sèvres (n. 4542). 
Ma copie. (Inédit). 

MERVM 
Merum « Du vin I » 

12. — Vase rouge pastillé. Trouvé en 187G à Beauvais. 

RoOoGoOo 
Ilotjo <f S'il vous pi ait ». 
D'après Renel. 
liibliog rapide. — Henet, Mém. soc. ucad. Oise, 1877-79, t. X, p. 22 i, pi. 11,3. 

13. — Ilebord d'une épaisse terrine en terre jaune, trouvé à 
lioauvais au lieu-dit le Franc-Marché et conservé au Musée de 
Saint-Germain (n. 26294). Ma copie. (Inédit.) 



ORBISS 



^ 



Or hissa. 

14-21. — Série do huit fragments de poterie samienne, con- 
servés au Musée de Saint-Germain. Copies de M. de Mortillet. 



r. 


n. 28190 


[m (l.ul) 


m[anu] 


\:, 


n. 28-200 


+ 


Ti{ber'ius) 


iiï 


n. 28201 


OFFÂR .kini-bol) 


Ofi/icina) [P]nlr[{i)c[ii)] 


1" 


n. 28202 


ACRAPV 


[S]acrapu (?) 


18 


n. 2820.'3 


OFCALVI 


Ofifîrina) Calvi 


l'J 


n. 282Ui 


DIVICATVS 


/Jivualus 



RÉPERTOIRE ÉI'K.IUIMIIOIIK \\'\ 

20 n. 28205 CANVACVS Canunms (?) 

21 n. 28206 COMINMI Comm{ii) m{nnu) 

M. do Mortillel savait à pm prrs lire une marque de potier; 
néaumoins je ne puis garantir l'exactitude de ses lectures, (jik! 
je donne ici d'après l'inventaire manuscrit du Musée de Saint- 
Germain. Ces marques sont inédites. 

22. Soucoupe en terre samicnne trouvée à Saint-Quentin de 
Beauvais. Musée de Beauvais. Ma copie. (Inédit.) 

101 M I O ...imi o{pus) ? 

23-24. — Deux fragments de poterie samienne. Musée de 
Sèvres. Le n. 23 qui est inscrit à l'inventaire sous le n. 4ÎJS0 a 
été trouvé à l'église des Minimes en 1855. Mes copies. (Inédits.) 

23 DOV^ICCVS J^ou{ )iccus 

24 ANDIICARO Andecar{i) o{pus) 

25. — // // a aussi au ihrésor da l'église de Beauvais deux an- 
ciens bassins liin de cristal Vautre de pierre translucide; le pre- 
mier ^ bordé d'argent sur lequel sont escrits ces jnots en lettres 
capitales grecques : 

Aaôsxs çaysTS to'jto sjt'.v to i7a);j,a ;;.2'j ts u'rcsp u;xo)v 7.A(.)y.£vov î.'.ç aoss'.v 
xiKOLpv.urf (Loisel). 

Bassin en cristal de roche de 10 pouces *2 lignrs environ de 
diamètre, à la bordure d'argent doré. Ce bassin est 7in leg (sic) 
que lévêque Philippe de Dreux avait fait à son église... scutellam 
cristallinam ligalain argimto (Duchesne, Hist. de la maison de 
Dreux, Preuves, p. 244) (Gkkmer). 

On trouve jointe à ce passage dans le manuscrit de (iixn Cirenifr 
une aquarelle grandeur nature avec ces mots : dessins oivoi/e^ 
par M. le président d'Aigreville (appelé ailleurs dans le manu- 
scrit d'Aiguë feuille) père à M. de Montfaucon le If Février il '■Jî : 

On lit en une ligne occupant tout le pourtour de la coupe : 

I ornement | + A AB6 T€<J>A r€T€T O V T | orn..m..nt | O^CTINTOCO) 
MAMOVTO I ornement | VTO PVM GO N KAO M^ NON I onument | ÇICAtj)^ 

CINAMAPTIOON* 

1. Evangile sclmi sainl Matthieu, ch.ip . xx\i. wrseK 26-28. 
Les lettres a, fji, w, affeclenl celte lorme : ^X Ivi y/ 

m' SÉRIE. T. XXXV. 8 



H4 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Bibli'jjraphie. — Loi^fl, Mi^nmire^, p. 62; 
Doin Grenier, Hist. ms., t. CLXII, f. 52. 

26- — Ai/anl acr/nis drpuis peu d<' li'/nps (j/tt'itj n'/iéritat/e aux 
fjortrs de cette ville de Beauvais, fai/ este' arerti/dcux jours après, 
f/ue dans une pièce de cir/ne, qui en fait par'ie^ sise au vignoble 
de Marissel, distante de cette ville du coslé de la porte de liresle, 
d'oiviron deux cens pas, sur U7ie petite hauteur, on avait autre- 
fois vu assez avant dans la terre une grosse pierre. Cela 7n obligea 
de faire fouiller en nia présence à plusieurs endroits dans cette 
pièce de vigne où en fin, j'ai découvert une pierre assez unie, envi- 
ron quatre ou cinq pieds avant dans la terre (di: Caurroy). Elle 
fut déterrée... le j'-] Avril 1695... dans la sablonnière encore ou- 
verte aujourd'hui entre la roule de St-Just et celle de Clermont, 
non loin de la voie Romaine (GR.wiis), // éljiit devenu en dernier 
lieu la propriété de M. .Auxcousteaux-Bucquet qui l'a donné au 
Musée de Beauvais (Matiion). Le bloc qui porte sur une de ses 
faces cet figure en demi-bosse est haut de Î"\i5 sur O'^Jo de 
large et environ 0'^,f5 d'épaisseur. Il tnonfre an homme dans la 
fleur de l'âge, avec des cheveux courts et crépus, de la barbe sur 
le menton et sur les joues, un pétase ou bonnet à deux ailes sur 
la tête ; les épaules sont couvertes du paludamentum arrêté à 
droite par un bouton. La main gauche qui dépasse le manteau 
tient un caducée orné de deux ailes au-dessus dcà serpents 
entrelacés; la main droite, nue ainsi que le bras, montre une 
bourse dont une partie a été brisée. On voit autour de la fiqure 
deux dauphins adossés, deux serpen's roulés [h. tête de bélier], 
deux p'iti-res et un globe (Graves). 

Mitulago au Musée de Saiul-Germaiu (u. 2t5G7) ; estampage à 
la Bibliollièque Mazarine dans les papiers de Léon Renier. 

Voici ma copie, faite au Musée de Beauvais le 14 avril 1898, 
de l'iusi-riplioii j^ravée sur le froutou Iriaumilaire qui surmonte 
la niche coQlenaul la représentation du dieu : 

SaCRVM 
Mercvrio AvgvsTo 
C JvLivs Healissvs v.l.s.m- 



RÉPKHTOrnK KPK.IlAPlIIOrR 



M! 



Celte inscription est fausse : 

l" Elle est mal couçiio [Sacrum en tète de riiiscii|iti(iii cl v. I, 
s. 7)1. pour V. s. L m. sont trra rares). 

2° Elle est mal écrite (emploi des majuscules, de la Icllic- .1, du 
point l'u bas des lignes). 

3° Le nom propre fJraJissns est inconnu. 

Le cliché que voici a été exécuté d'après le moulaiic du Musée 
de Saint-Germain ; 





lUhlio'jraphie. — < Diibus-.' >, Mercure ualanl 'Iclir a .\h>nse«.iiirur le iMu- 
phin, juin 1695, p. 57 à 79, avec la copie suivante ip. 00) : SACRV.M ( MliRCU- 
RIO AUGUSTO I CAJVS JVLIVS. HHAL. I | S. S. USUS. L- M (<..« ne toU 
point aussi de points qui séparent les lettres SUSUS) et deux ex|)licaiions du 
texte : la première de l'abbé Vilain (Caius Jiilius Healls 6u.scc}'luin vttuin'iolvil 



{{Q . revup: archéologique 

liben'^ merito). la deuxième de l'abbé Le Périlleux (Cnjus Julius hères auli 
legaiit in sacrorum imcs libran mille fromcnti) ; 

Du Caurrov. Mercure fiai ant, aoiil 1695, p. 204 seq., avec une planche gravée * 
(SACRVM I MEUCVRio AVGvsTo 1 civLivsHEALissvs. V. L. S. m) et la copie 
suivante : Sacrvm | Mhrcvrio avgvsTo | C. Ivuvs Healissvs. v. vs. l. M.); 

Le Père Laporle, Mercure galant, septembre 1695, p. 112 à 139; 

Montfaucon, L'antiquiW expliriuéc, t. I, p. 132, pi. 76, n. 5 (d'après le Mer- 
cure) : 

Dora Martin, ha religion dea Gaulois (Paris, 1727, in-i», t. I, p. 343, pi. X 
d'après le Mercure) ; 

Muratori, Novus thésaurus veterum inscriptionum (Milan, 1739, fol.), t. 
p. 49, n. 1 (envoyé par Bimard); 

Dora Grenier, Introduction, ms. f. 163; éd. d'Amiens, p. 198; 

Cambrv, Description, t. II, p. 185 (il reproduit une lettre de Vaillant à du 
Courroy du 29 mai 1695); 

Barraud, Bull, de la commission arch. du dioc. de Beauvais, 1846, t. I, p. 11, 

pl. 2; 
Graves, Notice, p. 126 ; 
Woillez, Répertoire, p. 29 (d'après Graves); 

Renier, Fiches, Belgique, liasse II, cahier 5, f. 2 (d'après un estampage); 
Mathon, Mcm. soc. acad. Oise, 1862 64, t. V, p. UG (- Catal., p. 13, n. 9); 
Barraud, Bull, monum., 1861, t. XXVII, p. 16. 
Creuly, Carnets de voyage, VI, p. 42 (mars 1864) : 
Charles Robert, Carnet de voyage de 1813 (Auxerre); 
Mowat, Notice épigraphique (Paris, 1887, 10-8»), p. 30, avec une gravure. 

27-28. — Inscription découverte au yisn" siècle, au coin de la 
rue St-Pantaléon, portant le nom de Quintus Cicero, nn des 
lieutenants de César; autre inscription dans une maison canoniale 
(Woillez). 

Le premier de ces deux textes est un faux évident; comme le 
deuxième il ne m'est connu que par ce passage de M. Woillez. 
Ce sont peut-être les n. '.\ ot 4 K 

Bibliographie. — Woillez, Béperloire, p. 17. 

B. — Inscriptions étrangères conservées au Musée de Beauvais. 

29. — Stèle, de provenance inconnue, mais certainement exo- 

1. Un exemplaire de celle planclie figure dans un des volumes Oise de la col- 
lection Topographie du Cabinet des estampes à la Bibliothèque nationale. 

2. M. Woillez songeait peut-être à VAtticus du r\° 3, qu'il aura pris pour 
l'illustre ami de Cicéron. 



RÉPEKTOIRK ÉPK.HAPHlOrK i\^ 

li(}ue, liaiilu do 0'°,4i, lar^e ih; ()"\iCj; se Irouvail jiisfjirni 1HI8 
dans la colleclion Clioiseiil-Goiiflier(DL'nois), donné an innséc (mj 
1843 par M. Ledicle-Duilos, gendre do M. Prévost '(Matiion); est 
conservé aujourd'luii encore au Musée do lioauvais on jt- l'ai 
copiée le 14 avril 1898. 
Ma copie : 

NEOMHNIO^ 

Uiblioyraphie. — Dubois, Cataloyue d'une coUccliuii d'atitiquilds ci/ijitliciuies 
grecques, romaines et celtiques ... formant la collection de feu M. le comte de 
Choiseul-Goufficr (Paris, 1818, in-8), p. 63, n, 162. 

Franz, C. I. Gr., t. IV, p. 38, n. 6972 (d'après Dubois). 

Renier, Bull, du comité de la langue, 1857, t. III, p. 'Ji (il'apn'.'s un estam- 
page). 

Mathon, Mèm. soc. acad. Oise, 1862-()4, t. V, p. 109 (= Calai., p. 7, n. 1). 

30. — Épilaphe haute de 0'",44, large de 0'",22. Elle provient, 
senible-t-il, de Rome on elle se trouvait au siècle dernier in casa 
del sifj. abb. Chaupij Francesc (Mahi.m). De la collection de l'abbé 
Capmartin de Chaupy elle passa (ea 1776, Mathon) dans celle de 
l'abbé Campion de Torsan (Grivald); achetée à la mort de ce 
dernier par M. Prévost, elle fut donnée en 1843 par son gendre 
M. Letlicte-Duflos au Musée de Beauvais (Matuun) où je l'ai vue 
et copiée le 14 avril 1898. Ma copie : 

K 

lAAAOYPACAAJL© 
CYPOCACKAACO 
N € I TH C nAA Al 
CT6INHAAÇA 
(t)0CANTCA)N6l 
NOYC'iPATIGO 

T H C (A) H rPl 

0(£oT;) K(a-:a-/OvV'::i;) 'Ix]j.O'jç> 'Acrâixcj Xjc;; Xr/.xtM-iv.-r,; Wx'/.x'.- 
G-.eirr, àoû.ohq 'Avtcov^-vcj, z-zx-:('\-.r,;yz^i^-rf^;) y;' r.p{ xiiopix^y 

Bibliographie. — *Marini, Ms. du Vatican, n. 9116 ; 

Marini, Atlie monumenti de' fratelli Arvali^Rome, 1795, in-i , t. il. p. i77- 

1. Je n'ai pu^savoir si ce coUeclionoeur s'appelait Prcvosl ou Provost. 



118 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Grivaud de la Vincelle, CatiU. de Tersan, p. 15, n, 75; 
Franz, C. I. Gr., t. III, p. 959, n. 6416 (d'après Marini et Grivaud); 
Renier. Bull. <lu comité de la langue, 1857, t. III, p. 97 (d'après un eslamp:ige); 
Mallion, Mém. s»c. acad. de l'Ohe, 1862-64, t. V, p. 109 (= C>dal., p. 7, n. 2); 
Kaib'l, Inscr. grnecae Siciliae et Ilaliae, p. 424, n. 1661 (d'après Franz, 
Grivaud et Marini). 

31.— Autel (lop('lilos(limonsioiis(haiilour0'",3i: largeur 0", 18) 

trouvé dans les thermi's de Liichon lors des fouilles [ailes en 176 i 

par Riehard de Hautesierk (Sacaze), apporté à Paris par l'abbé Se- 

g-iiin on 1766 (d'Oubessan), outré dans la collection de Tersan 

Walckbnakr), puis dans colle de M. Prévost, dont le gondro 

M. Ledicte-Dutlos le donna au Musée de Beauvais on 18oo(Ma- 

tiion). Il y est encore et je l'y ai copié le 14 avril 1898. (h]slain- 

pag^e à la Bibliothèque Mazarine dans les papiers de Renier.) 

I L IXON I 

DEO • 
FABFESTA 
V S L M 

Ilixoni deo Fab[ia) Festa v[otHm) s[olvit) l{ibens) m[erito). 
Il y a sur la pierre Ilixoni, et non Lixoni; le point après deo 
est douteux. 

Bibliographie. — D'Orbessaii, Dissertation sur les bains de B.-de-Luchon lue 
dans une séance de l Acad. des inscr. de Toulouse en 11 6i et publiée dans les 
Mélanges historiques, critiques de physique, de littérature et de poésie (Paris, 
1768, 3 vol. in-8), t. II, p. 295, noie. 

'd'Orbessan, Lettre à Séguier, ms. de Nîmes, n. 13816, vol. XII des lettres. 

Bayen, Analyse des eaux de B.-dc-Luchon faite en 1766 publié à Paris (an VI, 
in-12) dans ses Opuscules chimiques, t. I, p. 9. 

•Richard et Bayen, Recueil d'observations de médecine des hôpitaux militaires, 
t. Il, p. 642. 

*Chaudriic de Crazannes, Beclierches historiques, littéraires et critiques sur la 
Novempopulanie, iSll, \n-H, \i. oi (gràviive) = Magasin cncycL, 1811, t. H, 
p. 285 (?). 

P<alassou>, Essai sur la minéralogie des Monts- Pyrénées (Paris, 1781, in-4, 
p. 224; d'apn-s Richar<i et B;iyen). 

Walckenaer, Géographie ancienne historique et comparée des Gaules (présen- 
tée en 1811 à TAcail. di's Inscr,, publiée en 1830 à Paris, 3 vol. in-8 et allas), 
t. Il, p. 2iO. 

'Durnèij'e, Munain. n-lnjiin.i: des Volces-Tectosagrs (Toulouse, 1814, in-8), 
p. 345 et 379 (d'après une copie de Cliaudruc). 



lua'KUToruK i^M'idUAi'iiiori-: \\f) 

Grivaud de l;i Vincelle, C'tlul. de Tcrsan. p. 12, ii. Gl. 

"Laboulinièio, Itincr. descriptif et pittur. '/(..s llautes-I'ijnhieeg franruiscs 
(Paris, 1S25, 3 vol. in-«), t. III, p. IGi. 

*humè','P, Descr. du mus. des anti<iucs de Tiiulmtse (Toulouso, 1835, in-8), 
p. 5S, n. 99. 

Écho du monde savant, V (1838), t. IV, n. 358, p. 237 (d'après L[al)OulinièrcJ). 

"Caslillon, Hist. des popiil. pyrénéennes (Toulouse, 1842, 2 vol. in-8), t. I, 
série I, pi. IV, n. 19 bis el pi. VI, n. 32; Histoire spMiile et pittor. de D.-ile- 
Luchon (Toulouse, 1842, in-8 et Saint-Guudens, 1851), p. 27 cl 3(î. 

Boubée, Bains et courses deLur,hon{Pa.i\, Toulouse et Paris, 1843, in-16), p. 3. 

Greppo, Études arehéol. sur les eaux thermales ou minérales de la Gaule à 
l'époque romaine (Paris, 1846, in-8), p. 69, note 1 (d'après une copie de 
Cliaiidruc). 

(le Wal, Mythologiae seplentrionalis monumenta rpii/raphiia lutiua (Ulrecht, 
1847, in-8), p. 237, n, 325 (d'après d'Orbessan). 

de Caumont, Bulletin monumental, 1852, t. XVIII, p. 514 (d'après Greppo). 

Cliauilruc de Crazannes, Rev. arch., 1853, t. X, p. 179 (gravure). 

*Cénac-Moncaut, Voyage arch. et hist. dans l'unnencimté de Comminges et 
dans celui des Quairc-Vallées (Tarbes, 1856, in-8), p. 16 note. 

*Baron d'Agos, LÉgiise de B.-de-Luchon {S<i'in\.-(ja.u(]ei)ày 1856), p. 6. 

Henzen, Inscriptionmn latinarum selectarum amplissima collectio (Zurich, 
1856, in-8), t. III, p. 172, n. 5897 (d'après de Wal et d'Orbessan). 

•Renier, Fiches mss. 

Renier, Bull, du comité de la langue, 1856, t. 111, p. 145 (d'après un es- 
tampage). 

Cenac-Moncaut, Rev. arch., 1859, t. XVI, p. 489 (de seconde main). 

*Dumège, Archéologie pyrénéenne. (Toulouse, 1858-62, in-8), t. I, p. 490; 
.t. !I, p. 211; t. III, p. 87. 

Matbon, Mém. soc. acad. Oise, 1862-Gi, t. V, p. 118 (= Calai, n. 3, p. 8). 

*Lambron, Les Pyrénées et les eaux thermales sulfurâtes d'' B.-de-Lwhon, 
(Paris, 1863, in-8), t. I, p. 293. 

Creuly, Carnets de voyage mss., t. VI, f. 42 (mars 1864). 

*C'^nac-Moncaut, Histoire des peuples et des états pijrénéens (2" édition : 
Paris, 1864-66, in-8), t. I, p. 465. 

'Garrigou, Monographie de li.-de-Luchon (Paris, 1872), t. I,p. 81, n. 11 el n. 13. 

Desjardins, Géographie de la Gaule (l'aris, 1878, in-8), t. II, p. 394 (d'après 
Greppo). 

Sacaze, Epigraphie de Luchon (l'aris, 188'), in-8), n. 1, p. 17. 

*Gaslaing, Mém. de la soc. d'ethnographie, 1880-84, p. 282. 

•Sacaze, Les anciens dieux des Pyrénées (Saint-Gaudens, 1885, in-8), n. 28, 

Sacaze, Histoire ancienne de Luchon (Saint-Gaudens, 1SS7, in-8; e.xlrail du 
t. III, de la Revue de Comminges), p. 24, n. 1 (gravure). 

Bunuel-Lewis. Archacological journal, t. XLV, 1888, p. 324 (d'après Sacaze). 

Sacaze, Inscriptions antiques des Pyrénées (Touli>us<!, 1S92, iu-8), p. 391. 
n. 321 (gravure). 



120 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

de Hérédia, Les Trophées (Paris, 1893, io-1^), p. 83. 
Hirschfeld, C. 1. L., i. XIII, p. 42, n. 345. 

32. — Urne de marbre haute de O^/IB, large de 0",28. Romae 
in doiito Eq. Giialdi (Malv.\sia) donné par M. Ledicte-Dunos au 
Musée de Beauvais (^M.vihon) où je l'ai vue et copiée le 14 avril 
1898. Estampage à la Bibliothèque Mazarine dans les papiers de 
Léon Renier. Ma copie : 

DMPAELIO 

ESVCHO- VIX- AN 

XXVIII FFLAVIA 

VITALISCONIVGI 

B • M 

D{is) M{aîiiôiis). [\iiblio) Aelio Esucho, vix[it) an[nis) XXVIll, 

/{ecii) Flavia Vitalis coniiu/i h[e7ie) in[erenlï). 

Bibliographie. — *Doni, ms. de Florence. Marw-ell. A. 293, f. 205 ; ms. Bar- 
beriiii (Vatican, 7113 (■?)) f. 83. 

Maivasia, J/un/îora Fe/smea (Bologne, 1690, in-8), p. 423; 

Muratori, A'oius thésaurus, t. III (1740), p. 1290, n. 11 (d'après Maivasia); 

Renier, Fiches, Belgique, liasse II, cahier 5, f. 3 (d'après un estampage en- 
voyé par Mathon, le 10 déc. 1855); 

Maillon, Méin. soc. ucad. Oise, 1862-64, t. V, p. 113 (= Calai, n. 5, p. 11); 

De Rossi, Henzen, Bormann et Huelsen, C. l. L., t. VI, p. 1411, n. 10721 
(copie de M. Hirschfeld); 

Mowat, B«//, du coinitc des Trav.hist. ,1888, p. 334 (d'après les papiers de Renier). 

33. — Plaque de marbre opisthographe (hauteur 0™,26, largeur 
0'",21). Apîid D. de Chaupy (Marini). Elle passa ensuite dans la 
collection de Tersau (Grivaud) puis, vraisemblablement dans la 
collection Prévost, puisqu'elle fut donnée en 1843 au Musée de 
Beauvais par son gendre M. Ledicte-Dulîos (Mathon). Je l'ai 
vue le 14 avril 1808 au Musée de Beauvais. Ma copie : 

«) D M b) DM 

T- AN TONIO T v F L A V I V S 

BARBARO MERCVRI VS ^ FECIT 

COIV Gl SVO NPACLACIO MAXIMo 

CLAVDIA NICII FILIO . NATVRALI 

r M • C II QVI VIXIT ANNIS • XXVII 

VIXIT • ANNOS 

XXX 



RÉPERTOIUK ftPir.HAPIIKJlîK 121 

D{is) M[anibus) T{ùo) Antonio) liarbaro; Cf>{n)iw/i aiio, (Uaiidia 
Nice [eci{t\; vixit annus XXX. 

D[is) M[anibiis) T[i(us) Flavius Mcrcuriiis fi'ctL n[ ) (?) 

P[ublio) Aclacio (?) Maximo /ilio naturali qui vixit annis XX VIL 

La pi'eniièro iiiscriplioii l'sl aullKMiliijiic, hi (Icuxièniu est siis- 
pocle; la deuxième paraît (railleurs plus aucieuue que la pre- 
mière, si l'on en juge par la forme et le travail des lettres. 

Bibliographie. — a) * Marini, Ms. du Vatican, n. 'J122, f. 178'; 
Grivaud de la Vincelle, Calai, de Tcrsan, p. i:^, n. 60; 
Renier, Fiches, Belgique, liasse II, cahier V, f. 5 (d'après un estampage); 
Renier, Bull, du com. de lalawjue, 1857, l. III, p. 95 (d'après un estampage; 
Malhon, Mém. soc. acad. Oise, 1862-6i, t. V, p. Ht (= Calai, -i. i, p. 9); 
Creuly, Carnets de voyage, VI, p. 43 (mars 1864); 

De Rossi, Henzen, Bormann et Huelsen, C. I. L., t. VI, p. 1503, n. 11966, 
(copie de M. llirschfeld); 

a) et 6) Grivaud, Malhon, //. ce; Renier, Bull, du com., 1857, l. III. p. 348. 

34. — Épitaphc haute de O^.SO, large de 0"',22, provenant vrai- 
semblablement de Rome où elle se trouvait au siècle dernier 
chez l'abbé Gapmartin de Chaupy (Marini) ; elle est signalée 
ensuite par Grivaud dans la collection de Tersan; achetée par 
M. Prévost, elle fut, en 1843, donnée par M. Ledicte-Duflos au 
Musée de Beauvais (Mathon) où je l'ai vue et copiée le 14 avril 
1898. Un estampage se trouve à la Bibliothèque Mazarinc parmi 
les papiers de Léon Renier. Ma copie : 

VIXIT SECVNDI 
NVS-ANNXXXET- 
DETDIE- VI • KAL- 
APRiDDNN- VALE 
NTINIANO ET VA 
LENTE AVGG TER 
CONS 

Vixit Secundinm ann[is) XXX et dcf[unctiis' est) dtr VI hnl n,- 
1. Ou bien dep(ositus) (?). 



122 RKVIIE ARCHÉOLOGIQUE 

iias) Apn{/es) {domini^ nostris duobm) Valcnliniano cl Vahnlo 
a(/t/)ttstis) trr ço}is{tt//bns)' . 

BiOlinyiapliie. — * Marini, Ms. du Vatican, p. TOi, n. 1; 

* Marini, Giurnale Pisano, l. VI, p. 36; 

rnivau.l (le la Vincelle, Catal. de Tcrsan, p. 15. n. 13. 

H'Miier, liiill. ilu comité de la langue, 1857, t. III, p. 00 (rl'après un e.slain- 

pa-e) : 

Malhon, Mon. soc. acad. de l'Oise, 1862-6i, t. V. p. 11 i (= Cat<d. p. 12, 

n. 7); 

Creuly, Carnets de voyage, VI, f. 43 (mars 18(V»); 

De Rossi, Inxcr. christianap urbis Romae(Rome, in-i), p. 109, n. 213 (iTiiprès 
un estampage). 

35. — Tahlellc de marbre haute tle 0'",10, large de 0"\22; elle 
provient dllalie et se trouvait au début de ce siècle dans la col- 
lection de l'abbé de Tcrsan qui Tavail reçue de l'abbé de Chaupi 
(riiuvAUD);elle fut achetée à sa vente par M. Prévost et dor.né, en 
<843, par son gendre M. Ledicte-Dullos, au Musée de Beauvais 
où je l'ai vue le 14 avril 1898. Estampage à la Bibliothèque Maza- 
rine dans les papiers de Renier. Ma copie : 

€ T • o. N . ST € N T 6 
•C^6TIA A • 
THC 
THCnOAÇM^NI • 
A-'OYCREAO 
çYlARbAEMT- 

R -n S V I 

HPAKAEIAPXHTETEI 

Il est iniiliir do dire (]iie celle iiiscriplioii est fausse, Léon Re- 
nier a reconnu : 

1" Que les lignes 1 à 5 sont empruntées à Mnralori,p. 1941 ,n. .". 

2" Que les lignes ;) à 7 sont empruntées à Mnratori, p. 19o'), n. 1. 

3* Que la ligue 8 est empruntée à Muratori, p. 1982, n. 3. 

On s'étonnera toutefois que Léon Hetiirr n'ait pas dil, en 185G, 
que. //iffirante ans aupdravant, l'abbé de Tcrsan avait fait exacle- 
nicnl les mêmes constatations. Il est vrai que le livi-e /l?7.s v/ w^-'- 

1. Ce sont les consuls de l'an 3.. a[)rès notre <Te. 



RÉPKHTOIRE Él'I«.UAPMIolK 123 

tiers (irs nnc/'e/is o.sl à peu pit's ititidiiv.ililr cl (ju'il se jn'iil ijut- 
Hciiicr ne l'ail p.is en entre les mains. 

Bibliographie. — Abbé de Tersan cl Grivaud de la Viiicelle, Arts cl méliers 
des anciens rcprésenlcs par les mmuincns (Paris, 1819-l83i, iii-l", [ip. 'A't el 
132 plaiiclies), pi. 132, avec reprodiiclion en f,'^raiideur nalurelli! ; 

Grivaud de la Vincellc, Calai. Tersan, n. 16, p. Kl; 

Renier, Ihiil. du coinili^ de la langue, 1857, t. lll, p. ".'0 et 101 (d'après un 
estampage); 

MaUion, Méni. soc. acad. Oise, 18l')2-G4, t. V, p. 115 (— Calai., p. 13, n, 8). 

36. — Tablette de marbre, largo de 0™,28, banle de ()'",0î). 
Donnée par M. Lcdiclc-Dutlos on 1843 au Musée do IJeauvais 
(Matmon) où je l'ai vue et copiée le 14 avril 1898. 

Ma copie : 

OSSA' HEICvSVNT 

VRBILLAE ^ PRIMI > MIHI ^ ME ^ PLVRIS 

DECESSIT AN ^ XXIII ^ CARISSVMA 

SVIS 

Très suspect. 

Bibliographie. — Grivaud de la Vincelle, Culal. Tersan, n. 71, p. lu. 

Renier, Fiches, Belgique, liasse 11, caliier 5, f. 6; 

Renier, Bull, du miniU' de la langue, 1S57, l. 111, p. 94; 

.Mallioii, Mcm. soc. acad. Oise, 18l52-C)i, t. V, p. 113 (= Cala!., p. 11. n. 6). 

37-48. — Marques de fabrique de provenain:o inconnue ron- 
servées au Musée do Beauvais. 

•^''. — a) M. llirschfoM y a copié une lanipi! à inscription, quo 
je n'ai pas vue en 1898 : elle sera publiée par M. Boini dans la 
troisième partie du tome XIII du Corpus. 

•{S. — à) M. Mowat a eu l'obligeance de me comn)uni(juer 
l'inscription suivante, imprimée en creux sous le foml il'une 
lampe en terre blanche (inédite) : 



f j .l'v ai copié moi-mèn)e le I V avril I811S les lexles sui- 
vants : 



124 



REVUE ARCHÉOLOùIOUE 



39- 

40. 

41. 
42. 

43. 
44. 
45. 
46. 
41. 

48. 



soucoupes 



terre 
samienue 



Coupes 

en 

terre 

samienne. 



Lampes. 



j COTNI 

' )CREST( 

I A coNAR 
' A<^ hT I 
I I A I I I I I 

\ ^Km M (••') 

lOCIO 
FORTIS 
C -OPPI 



Cotni. 

Crest{us). 

Dacomar{us). 
Mar. . Ai. 



RE 



locio (?). 

F or lis. 

G{aii) Oppi{i) He[stituli) 



Tuile. 



^@[E[^\]Ogt );) [C]ohne{r)ti 



C. — Inscriptiom étrangères mentionnant les Bellovaci. 

49. — Vienne (Isère). 

Épilaphe tirée de quelques masures le 11 du mois de mai 1656 
(Guorier) et disparue sans laisser d'autres traces que la copie 
suivante publiée par Chorier : 

D M 

M E RCATO R I 
SENILIS 
FILIO 

CIVI BELLOVA 
CALLI ST VS 
P O M P E I A 
P A T R O N O 

D{is) M[anibus) Mercatori Senilis jilio cim Beliova[co] Callistus 
Pompeia patrono. 

C'est à torl^ semble-t-il, que Chorier indique des lacunes à la 
fin des lignes de cette inscriptiondont on voudrait bien avoir une 
meilleure copie. 

hiblioijraphie. — Chorier, Recherches sur les antiquités de la ville de Vienne 
en Dauphinc (Lyon, 1658, in-12), p. 495; 2e édition (1828), p. 496: 

Orelli, Inscriptionum latinarum selectarum amplissima coUectio {Ziir'ich, 1828, 
in-8), t. I, p. 99, n. 191 (d'après Chorier); 



HEPKUTOIUK Kl'I(;UAI>r!iyi.K 



\2l 



Flerzo;^, GalHae Narboncnais Idstoria (Leipzig, 1864, in-H), p, ll.'{, n. 529 
(d'apros (^liorier) ; 

Depjanlins, La Table de PmtiiKjer (Paris, 18(59 seqq., in-fo), p. 22 ' = Géo- 
graphie lie la Gaule dVjpres la Table il' Peulim/rr, l'.uis, 1S69, in-8, i). 143) 
d'après Orfilli; 

Allmer, Inscriptions nnti<iue.<! cl du moyen-dije de Vienne en Hauphiné 
(Vienne), 1875, t. Il, p. 5il, n. 334; Atlas, n. 93, [)1. 13 (de seconde main); 

Hirschfeld, C. 1. L., t. XII, p. 241, n. 1922 (de seconde main); 

Kspérandieu, Sj/lloge epigraphica orbis romani (Rome, 1898, in-8), >.. III 
p. 149, n. 1240 (d'après Hirschleld). 

50- — Bordeaux. 

Inscription trouvée en 1867 dans le mur romain de Bordeaux 
entre la rue Porte-Basse et la rue du Loup (Sansas). Transporté 
dans les dépendances de V Hôtel Fieffé; drpuis 1870 au Musérdrs 
Facultés, n. 81 ; depuis i8S3 au Dépôt du Colisée... Autel rectan- 
gulaire, haut de 0^^,73, large de'(h,5'-2 (Jcllian). 

Copie de MM. Jiillian et Hirschfeld : 

D M 



B • 


MEMO 


R 1 AM • V ES 


TINI 


•ONATE 


DO N 1 S • C • 


BEL 


D • F je) 


AN5CJXXXIIII 1 



D{is M{anibus) ob memoriam Vestini{i) (?) Onatedonis, c{ivi.s) 
Bel{lovaci) d{e)f{uncti) an{nis) XXXIV. 

La forme des signes de ponctuation présente sur la pierre une 
grande variété. 

Bibliographie. — * Sansas, La Gironde, 24 février 1867, n. 5661 '= Mi'm. soc. 
arch. de Bordeaux, t. IV, p, 186) ; Le Progrr.<!, 1867, t. V, p. 174 (= Soc. nrch., 
t. VII, p. 166); 

* Robert, Soc. nrch., t. VIII, p. 72; 

*Mss. de Renier, Creuly et Ch. Robert; 

Jullian, Inscr. romaines de Bordeaux (Bordeaux, 1887, in-4), t. I, p. 168 
n. 58. 

Hirschfeld, C. I. L., t. Xlfl, p. 87, n. 611. 



[A suivre.' 



SeYMOLR I)K Iîicci. 



LES 

CULOiMKS AGRICOLES PRÉ-ROMAINES 

DE LA VALLÉE DL BÉTIS 



SOM.MAIKK. — 1. Aperçu okoohaimiiole. — Le littoral. — Le fluiive. — Les Al- 
cores et la Véga de Cartuona. — La population agricole. 

H. Les kocilles. — 1. La uécropoleiJel'Acébucbal. — 2. El CampoHéal. — 3. Gau- 
dulet Beucarroii. — 4. Alcautaillla. — ."j. La Canada Uuiz Sauchez. — 6.Alcaudete. 
— 7. La uécropole de Carmoiia et les tiinuilus à iuliumation. — S. La nécropole 
de la Cruz del Negro. — 9. Les Lapidés de l'Aci-buchal. — 10. La roche aux 
sacrilices de l'Acébuchal. — 11. Le tumulus d'Eutreuialo. 

111. La Ci;ramiqik. 

)V. Classikicatios des sépultl'uks. 



APERÇO GÉOG«Ai'HigLE 

Le liltui'al. — Le /leuve. — Les Alcores et la Ver/a <{e Carmuna. 
— La population ae/ricole. 

Les IMiéniciens connurent d'abord la partie mci;idionale de la 
lY'ninsule ibéritjuc sou.s le nom d'ilispanie. Celle ré<^iou, (jiie 
Sirabon appelle Turdétanic, esl la Bétique des Romains, l'An- 
dalousie acluelle. 

La plupart des villes du littoral de la Hétique étaient d'origine 
phénicienne. Il esl rcdativement facile d'en lixer les emplace- 
ments sur la côle par i'Ilinéraire d'Anloniu; une voie romaine 



LES COLOMKS Af.lUCOI.K.S PHÉ-IU).M AIN'KS 127 

reliait loulu lu série des villes maritimes situées entre Urci i-l 
Gades. 

Voici la liste îles trente stations antiques et des localités mo- 
dernes con'es|>ondarïtes,(jui se; trouvaient sur celte cote de l"»0 ki- 
lomètres, ilAlmérie à Cadix : 



1 1 i 11 é I- a i r o 
d'Aiitnniii, 

\VI M. I'. \ VRCI. — l't'china, à G kiloini-lres an iiurd (rAliiicrie. 

i TVRANIANA. — Caslilh de las lio'inclds. [Ruines d'un an- 
\ll M. P. j tiqiio port (le pr-clio'. 

I MVRGIS. — Entre Dallas el la [loiiile île Guar'lia>i Viejas. 
WWlil M. 1' ) ABDERA. — Adra. 

S SAXETANVM. — Poinle de Carchuna (?). 
\M M. P. \ SELAMBINA. — Penon ou rocher de Salobi-ena. 

I CAVICLVM. — Tour de liclilla, à 4 kilomètres à iVst d'AI- 
l munecar. 

1 MENAÇA. — Alnvnlecar. 
\\\l\ M 1'. s SEXSI. — Lrt //crra^/Hrrt, à 5 kilomètres à l'oucsl d'Almufiecar. 
/ VELEX. — Vclcz-Malayn, à 5 kilomètres de la mer. 
' MENOBA. — Près du Castillo drl Manjucs, à quelques kilo- 
^^11 -^I- •'• ^ mètres à l'ouest de lu rivière lie Velez-Malaga. 

\\I M P MALACA. — Malaya. 

) SVEL. — Campillo de Val de Suel, près do la tour de I'"ueii- 

ii^irola, 
MAHARBAL. — Maibclla. 
I SALDVBA. — [Ruines, près du Rio Verde. 
[ SILNIANA. — I-luines imporlaMles près de la <•<«/• de las 

iBovedas. 
LACIPPO. — Cerro de Alechipe, à 8 kilomètres de !a côte. 
BARBI^SVLA ou BARBARIANA. — Ruines à gauche du Rio 
^ .. p \ Guadaho. 

' ) CALPE. — l'et'ton ou rociier de Gibraltar. 
( C.\RTEIA. — El Rocadillo, à l'est de la rivière Guadarranque, 
VI M. p \ entre Gibraltar et Algésiras. 

( PORTVS ALBVS. — Ahjdsiras. 

i IVLIA TRANSDVCTA. — A l'est de Tarifa, pri^s de la petite 
Ml M. I'. ' rivière lie ^'»'^/'//)/l»•.v/■(?). 

/ CETRARIA. — A l'ou.-sl de Tarifa (?). 



t. Buletindela Real A'w/.v»/'! -/•• hi Ili.hnia. vul. XXIV. l. :U;<. 



128 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

^ MHLLARIA. — Villnvieja, à l'est du cap dr las Palomas; 
^' ^^- ''• j niims importantes. 

( BELON. — RuiriPS, près rlu cap de la Plata, Ritlloii ou Itoh- 
^•» >'• •'• \ 

( BESIPPO. — Ruines, entre la rivière Darbate et le cap Tra- 
M M. 1'. ] falgar. 

( PROMONTORIVM IVNONIS. — Le cap Trafalgar. 

\ MERGABLO. — Ruines de Patrla, entre Conil et Vejer (?). 

^" ■^'' '■ ^ AD HERCVLEM. — Le temple d'Hercule sur l'îlot de Santi 

XII M. 1'. \ ^'^"•'■• 

( GADES. — Cadix. 

Consacrons à chacune des villes dont l'origine phénicienne 
est rocoiinuo quelques indications complémentaires. 

ABDERA. — Slrabon rappelle son origine phénicienne'; c'est 
aujourd'hui Adra, située sur une hauteur dominant la mer. Les 
importantes mines de plomb de la Sierra de Gador, placées au 
nord-est, dans les environs, étaient probablement connues des 
Phéniciens. 

SEXS ou SEXSI. — Serait aujourd'hui le château de la Tler- 
radura, sur une petite baie à 5 kilomètres à l'ouest d'Almunecar'. 
(c La cité des Exitans — nous dit Strabon — , a donné son nom 
à un genre de salaisons estimées '. » 

MALACA (Malaga). — L'emporium des Bastulo-Phéniciens, 
C'était le marché que fréquentaient de préférence les Numides 
delà côle africaine. Il y avait à Malaca d'importants établisse- 
ments (If salaisons*. 

CARTEIA. — « A quarante stades du mont Calpe >- (Slrabon, 
Géogr., liv. III, ch. i, 7). 

« 11 y avait à Carteia des viviers où l'on enfermait le poisson 
pour les salaisons ou plutôt pour la préparation du garinn » 
(Pline. //. iV.,liv. IX, 48). Cg garwn, très recherché des Romains, 
était une espèce de liqueur ou de sauce, préparée; avec des intes- 



\. Slrabon, Géographie, livre III, ch. iv, .S. 

2. Fernandez-Guerra, Conteslacion à la memoria del Excmo Sr. D. Juan de 
Dios d'' la linda y Delgado : Antigûedades del Cerro de los Sanlus, note, p. 134. 
:i. Slr.ilion, (iéogy.. livro III, ch. iv, 2. 
4. Strubon, Géngr., livre III, ch. iv, 2, 



LES COLONIES AORFCOLKS l'UK-HoM AINKS l'J!) 

lins de jtoissoii macérés dans le sel. C/ost ;ivec les scotiihres, 
qu'on prenait sur les côtes de la Maurélaiiic et d<' la l{éli(jni', que 
se faisait le (7rt'?7/w2'. On recueillait aussi sur ces côles les buc- 
cins et les murex pour la préparation (hî la pourpre', 

Carteia existait encore à l'époque de riuvasidii des Atalies, 
Aujourd'hui, ses ruines sont presque méconnaissables à l'cii- 
droil a]»pelé El Rocadillo, à l'est de la rivière fiuadarrampie, 
entre Gibraltar et Alg-ésiras. 

Pline, se dirigeant vers l'esl, cile les villes de la côte dans 
l'ordre suivant: « Belon el Mellaria. le détroit, ...(-arleia, ...le 
mont Calpe... ». Il est clair qu'il comprenait dans le détroit 
toute la partie de la côte qui s'étend de l'île de Tarifa à la pointe 
del Carnero, où il ne signale aucune ville. Mellaria était donc 
sur l'Océan, un peu avant d'entrer dans le détroit; <'t, précisé- 
ment, on trouve, à 10 kilomètres à l'ouest de Tarifa, des ruines 
antiques très considérables qu'on a crues à tort être liélon; cette 
ville devait se trouver un peu plus à l'ouest. 

Les ruines de Mellaria, dans la petite baie à l'est du ca[> de las 
Palomas, portent aujourd'hui le nom de Villavieja. Ou y voit un 
amphithéâtre dont il reste encore quelques gradins. Une source 
qui jaillit au cap de las Palomas devait alimenter la ville, d'après 
les vestiges d'un aqueduc construit dans la direction des ruines. 

Sur la côte on remarque d'importantes substructions que re- 
couvre la marée; c'étaient aussi des viviers. Mellaria. comme 
la plupart des villes du littoral, était surtout célèbre par ses éta- 
blissements de salaisons'. 

BELON ou BAILO, se trouvait selon les Itinéraires à VI M. P. 
(environ 9 kilomètres) à l'ouest de Mellaria et, d'après Marcien 
d'IJéraclée, île oU à 73 stades à l'est de l'entrée de la rivière du 
même nom (le Bélus, aujourd'hui appelé Barbate). Ces distances 
correspondent à des ruines, près du cap de la l'Iala, umumées 
Despoblado de Bullou ou Bolonia. 

1. Piinp, Hist. Nat., livre XXXI, 43. 

2. Strabon, Géogr., livre III, cli. u, 7. 

3. Strabon, Géogr., livre III, ch. i, S, 

III« SÉRIE, T. .\XXV. 'J 



130 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Il y avait donc sur celle parlie de la côle, à 9 kilomètres d*in- 
li'ivaile, deux villes auliques coasidéiables : Mellaria et Bélon. 
Céan Bermudez ' donne bien le signalement de toutes les ruines 
de la côte, mais il n'arrive pas à faire concorder les distances 
entre ces stations maritimes, telles qu'elles sont fixées par les 
Itinéraires. 

Bélon possédait d'importants comptoirs ou entrepôts, ainsi que 
des établissements de salaisons; c'est aussi de ce port — nous 
dit Strabon — , qu'on s'embarquait pour Tingis en Maurétanie*. 

BESIPPO «^'tait situé à XllM. P., ou 18 kilomètres environ de 
Bélon, entre la tour dite de Méca, à 4 kilomètres à l'est du cap 
TrafEdgar, et l'entrée de la rivière Barbale. — D'imporlantes 
ruines romaines ont été reconnues à cet endroit par M. lliibner'. 
Un y voit des constructions carrées en blocage, encore des réser- 
voirs à salaisons. 

Nous doublons le promontoire de Junon\ le cap Trafalgar. 
Près de Conii, à VI M. P. de Besippo, était Mergablo. La voie 
romaine se dirige ensuite vers Textrémilé méridionale de l'île de 
Léon, ou se trouvait, sur l'îlot de Santi Pétri, le fameux temple 
d''Hercule. 

AD HERCVLEM. — Station des Itinéraires, sur la côle, entre 
Mergablo et Gades. Ce temple fut probablement bâti vers le com- 
mencement du xn" siècle avant J.-C. Il existait encore dans toute 
sa splendeur environ douze siècles plus tard, d'après le témoi- 
gnage de Silius llalicus. Il continue à être mentionné dans les 
Itinéraires du m'' et du iv'^ siècle de notre ère. Sa destruction re- 
monte probablement à l'époque de l'invasion des Barbares. Il 
aurait été restauré par les Wisigotlis et consacré par eux à saint 
Pierre; c'est du moins ce que semblerait indiquer le nom que 



1, Céan Bermudez, Sumario de las antiQûedades romanus que hay en /i'spt/na, 
p. 231. 

2. Slrabon, Gi^ogr., livre III, ch, t, 8. 

à. E. Hûbner, Zeitschrift fur allgemeine Erdkande, vol. XIII (I86i), p. 35; 
Hubiier, La argueolofjiu de E^pana, Barcelona (I888j, p. 224. 
4. Pliiie, Uist. Sa:., livre 111, 3. 



LES COLO.MKS ACKICOLKS l'UÉ-HO.M AINKS 1M1 

porte aujourd'hui son cmplaoïMiicnt : Sauli Pélii (!<• S>//i lirir,- 
des Arables)', 

GADIRouGADES (Cadix). — L'antique mélropoie cnuiuiereiale 
des Phéniciens en Espagne. Comme la ville moderne, Cadir 
était située à l'extrémité septentrionale de l'île. Sa longueur, 
d'après Pline, dont le témoignage s'appuie sur Polybe, était de 
12 milles et sa largeur de 3 milles. La plus grande longueur, de 
la pointe de Cadix (Caslillo de San Sébastian) à l'extrémité 
opposée où se trouve l'îlot de Santi Pétri, est aujourd'hui de 
18 kilomètres, approximativement 12 milles romains. Cette dis- 
tance est d'ailleurs confirmée par les Itinéraires qui donnent 
XII M. P. de rileracleum à Gades. Quant à la {dus grande lar- 
geur^ elle aurait été prise sur la partie appelée aujourd'hui l'île 
de Léon ou de San Fernando qui mesure environ 4 kilomètres et 
demi; celte dernière partie formait, pour ainsi dire, une île à 
part qui aurait été connue — nous dit Pline, — sous divers noms : 
ÉrytVkic, Aphrodisias ou île do Junon', et il ajoute que la première 
ville que e<jnstruisirent lesTyriens^ dès leur arrivée en Espagne. 
se trouvait sur cette partie de l'île; l'emplacement de leur temple 
dans ces parages trouverait ainsi son explication. Ils auraient 
transporté plus tard )c siège de leur commerce à l'autre extré- 
mité dans un endroit pli»s\ sûr et d'accès plus facile aux vaisseaux ; 
le temple, lui, resta où il a.vait été primitivement construit. 

Les médailles de Gadir sor>t, très nombreuses et se rencontrent 
partout en Andalousie. Sur la plupart, on voit la tête d'Hercule 
de profil, coiffé de la dépouille d'un lion; le revers porte une 
légende phénicienne avec un ou deux poissons (des thons). 

Les villes d'Abdera, Sexs et Malaca avaient aussi des médailles 
avec légende phénicienne. Celles de lîélon se rattachent à un 
groupe de villes distribuées entre les montagnes de Honda et la 
côte_, depuis l'île de Léon jusqu'à Gibraltar. Ces villes appartien- 
nent à un district monétaire particulier qui se dislingue par le 
type de ses médailles, d'une ressemblance frappante avec celles 

1. Adolfo de Castro, lllsloria de Cadiz, p. 207. 

2. Pline, Hist. iSut., livre IV, 36. 



132 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

du iionl de l'Afrique et dont les lég-endes sont inscrites en carac- 
tères qui n'ont pas été rencontrés jusqu'ici ailleurs*. 

La pêche du ihon, la plus lucrative de ces col es, devait être 
]a principale occupation des habitants de Gadir, comme d'ailleurs 
de la plupart des villes antiques du littoral ^ 

C'était peut-être à Gadir que se tenait le grand marché du 
thon salé d'Espagne qu'on exportait eu grande quantité, dans 
des jarres, à Garlhage, où ce produit était très estimé'. 

Ce n'est qu'en 1887 que fut découverte la nécropole phéni- 
cienne de la Punta de la Vaca, à un kilomètre de Cadix ; elle com- 
prenait plusieurs sépulcres formés de grandes pierres de taille 
en calcaire coquillier, et parmi ceux-ci apparut un beau sarco- 
phage anthropoïde en marbre semblable à ceux que Renan rap- 
porta de Phénicie. Ce sarcophage se trouve aujourd'hui an petit 
Musée de Cadix. Il avait été ouvert par des ouvriers terrassiers 
qui ne laissèrent à l'intérieur que le squelette. Toutes les re- 
cherches qu'on a pu faire au sujet du mobilier funéraire de ce 
sarcophage sont restées malheureusement sans résultat; de plus, 
comme on n'a pas pris, au moment de la découverte, la précau- 
tion de durcir les ossements qu'il contenait, dans quelques 
années ce squelette phénicien, qu'on a tout lieu de supposer 
unique, n'existera plus. Tous les bijoux qui sont sortis de la 
nécropole de la Punta de la Vaca sont bien le produit authen- 
tique de l'industrie phénicienne : ce sont des amulettes, des 
anneaux d'or, des colliers avec perles d'or ou de verroterie, des 
rosaces en or dont les pétales sont remplis intérieurement d'une 
pâle bleue et verte imitant le lapis-lazuli et l'émeraude, des Bès, 
des uraeus égyptiens en terre émaillée et enfin trois étuis funé- 
raires et une petite stèle cuivre et or qui sont au Musée de Cadix. 

i. Hubner, Lu orqueologia de Espana, p. 198. 

2. Les emburcalions de [)ôctie des Gadiriles. « Indépendamment des grands 
navires qne frètent les riclies négociants de la ville, il y a des cmijarcations 
aussi plus petites, que les pauvres gens seuls équipent, qu'on nomme hippes ou 
cht.vau.r: à cause de l'effigie qui orne leurs proues, et qui vont faire la pèche sur 
les côtes de Maurusie jusqu'au Lixus. » Slrabon, Géogr., livre II, ch. m, 4. 

3. Mirah. Auscult., cap. cuxm. 



LES C.OLOMKS AfiniCOLKS PUft HOMAINKS 133 

Ces derniers objets sont surmonlés de têtes d'animaux : un lion, 
un bélier, et un épervier ou grillon, d'une exécution très soignée. 
On sait que ces étuis étaient des amulettes; la Sardaigne en a 
fourni de tout semblables; ceux-ci contenaient cliacun nn miiui' 
ruban d'argent couvert de caractères phéniciens. 

Il faut, en dernier lieu, citer plusieurs autres objets d'or, con- 
servés par les ouvriers qui travaillaient à la nécropole et vendus 
plus tard par eux : nn anneau et deux petites spirales en or mas- 
sif, et surtout une belle bague d'or à chaton mobile avec agate 
gravée représentant une femme à la longue chevelure, la robe 
plissée, qui tient d'une main une fleur à la hauteur de la figure 
et de l'autre un vase dont elle semble verser le contenu ;i terre. 

♦ ♦ 
C'est à Gades que se terminait la grande voie romaine, qui, 
partant de Rome, traversait l'Italie, le sud de la Gaule et toute 
l'Espagne. 

La partie méridionale d.; cette importante route militaire, entre 
Cadix et Cordoue, faisait le tour de labaie du Trocadéro, puisse 
dirigeait sur les collines qui limitent la vallée à une certaine 
distance de la rive gauche du Guadalquivir. Trois villes seule- 
ment étaient baignées par le lleuve : Orippo, llispalis et Cor- 
duba; Asta se trouvait sur un estuaire. Le premier pont sur le 
Bétis était à Corduba, à environ 240 kilomètres de la mer. 
Voici la liste des villes de cet Itinéraire : 



I 



XII 


M. p. 


XiV 


M. p. 


XVl 


M. P. 


WVII 


M. P. 


XXiV 


M. P. 


IX 


M. P. 


XXII 


M. P. 


XX 


M. P. 


XV 


M. P. 


XII 


M. P. 


XXIV 


M. P. 



GADES. - Cadix. 

AD PONTEM. — Le pont de Zuazo. 

PORTVS GADITANVS. — Port-SaiiUe-Mark. 

H.\STA. — Les ruines de Mesa de Asta, entre Xérez et Lé- 

brija. 
VGIA. — Las Cabezas de San Juan. 

ORIPPO. — La tour de Los Herbcros, près de Dos-IIcrmanas. 
HLSPALIS. — Séville. 
CARMO. - Carmona. 
OBVLCVLA, — Pn-s de La Litùiana. 
ASTIGL — Ecija. 

AD ARAS. — Siete Turrea, près de La Carlota. 
CORDVBA. — Cûrdouc. 



i34 REVIE ARCHÉOLOGIQl'E 

En face de Gades se trouvait le Portas Gaditaniis appelé par 
Slrabon Port de Ménc^f/icc;cest aujourd'hui le Porl-Saiule-Marie. 
Les lliuéraires d'Antouiu donnent 26 milles do Gades à Portus 
Gadilanus, tandis que l'Itinéraire des vases de Vicarello n'en ac- 
cuse que 24 ; c'est que ce dernier a pour point do départ, non 
pas Cadix, mais le temple d'Hercule, sur l'îlot de Santi l'élri. 



Strabon nous dit qu'une des deux embouchures du Bétis se 
trouvait immédiatement après Ménesthée, et que c'était par ce 
bras, aujourd'hui disparu, que les navires remontaient le fleuve 
jusqu'aux estuaires d'Asta et de Nabrissa. Ces derniers, selon 
Marcien d'IIéraclée, se trouvaient à 210 stades, soit 40 kilomè- 
tres, du Port de Ménesthée. 

L'examen d'une carte géologique nous permettra de juger de 
l'étendue des terres, dans ces parages, jadis recouvertes par la 
marée et qui aujourd'hui sont indiquées comme terrains d'allu- 
vions. Les parcelles pliocènes que l'on trouve tout le long de la 
côte, parmi ces terrains d'alluvions, étaient probablement alors 
autant d'îles. 

En descendant d'Asta vers l'Océan, ce bras oriental du Bétis 
passait à quelques kilomètres au sud de Sau-Lucar, puis il tour- 
nait à gauche vers Rota et Port-Sainte-Marie, dans une direction 
parallèle à la côte, où il devait se trouver ainsi resserré entre 
deux rives de terrain tertiaire : miocène à gauche et pliocène à 
droite. Cette partie de droite était donc une île, entre le ileuve et 
l'Océan; c'était une étroite langue de terre et précisément de 
même formation géologique que l'île de Cadix *. 

Comme l'indique Strabon, cette île, située entre les deux em- 
bouchures du Bétis, s'élondait sur la côte une centaine de sta- 
des', c'est-à-dire les 19 kilomètres qui séparent aujourd'hui la 
pointe de Rota de celle de Chipiona. A Rota, se trouvait l'oracle 



1. Voir Mdjin i/eohtjica de Espnùa. 

2. Slraboi), Gcogr.t livre III, cli. i, 9. 



LES COLONIES AGRICOLES PRÉ-ROMAINES 13o 

dp M(^ncsthéo cl enfin, près de Cliipiona, comme l'iudicpio oncore 
son nom, s'élevait la tour ou jiliarc; de Caepion. 

Vers le milieu de celle île formée par les bras du Relis, il v 
avait une ville appelée Tarlessus, qui, du temps des IMiénicicns, 
aurait donné son nom à l'île, au fleuve et à la région '. L'exis- 
li'tice d'une ville du nom de Tarlessus est confirmée par Scym- 
nus de Chio, Strabon, Mêla, Pline, Festus Avienus el Pausanias. 
D'après Scymnus. les deux villes Tarlessus el (îadir exislaitml de 
son temps ^ 

Il faudrait donc rechercher les preuves de l'emplacement de 
l'antique colonie sidonienne, la Tarshish de l'Ecriture, entre Rota 
et ('hipiona, sur la côte même de l'Océan ou, plus probai)lement 
encore, sur la partie opposée de l'île baignée par l'ancien bras du 
lleuve. J'ai visité, à plusieurs reprises, ces parages; ils sont lel- 
Irment envahis par les sables quil ne serait possible d'y poursui- 
vre les recherches qu'au moyen de fouilles profondes et coû- 
teuses. 

Nous voici arrivés au bras occidental du lîéiis. aujourd'hui 
l'unique embouchure du Guadalqnivir; c'est à rcnlréi- di' ce bras 
que s'élevait Turris Caepionis, sans doute sur les récifs de Salmé- 
dinaprès de Chipiona. « C'était — nous dit Strabon^ — un ou- 
vrage merveilleux construit sur un rocher que les flots bal (aient 
de tous côtés ; comme le phare d'Alexandrie, celle tour était des- 
tinée à éviter la perte des navires. » 

Plus loin, le littoral nous présente une chaîne de monts de sa- 
ble {Arcnae montes), Ac?> espèces de dunes qui s'étendent sur un 
espace de 2o kilomètres; elles sont connues aujourd'hui sous le 
nom àWrcnas Gordas. En continuant vers loues! nous arrivons 
à Onuba {H//rlva] sur un estuaire, entre les rivières Luxia el 
Urium [Odiel et Tin.t.o)\ plus loin se trouve rend)ouclinr(> de 
l'Anas, le Guadiana, limite de !a IJélique. 



1. Strabon, Gcogr,, livre III, cli. u, 11. 

2. Rawlinson, Ilinfoy;/ nf Vhnmchu p. 1-i. 

3. Strabon, ih'oijr., livre 111, cli. i, i>. 



136 



BEVUE ARCHÉOLOGIQUE 




. Rra* oriental tiu Heù- 
— •-•^.^ Vola» rc/natno . 
• VilU ma</efn& 






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Fig. 1. — Carte antique de la vallée du Guadalquivir. 



LES COLONIKS AGIUCOLKS l>Uft-110MAINKS 137 

Strahon s'élcnd longiiemoni sur les avantages commerciaux 
des esUiairc's du Bétis. Sa doscripliou [mmiI cncori' s'a|>[ili(iiiiM- à 
collo région, appelée aujourd'hui Las Mtiristnas. 

« Toiil le pays — dit-il — n'est à pro[»rement parler qu'um; 
plaine; or, celte plaine sur beaucoup de points est entamée par 
des combes ou ravins, qui, semblables à des vallées de moyenne 
grand'Mir, ou tout au moins aux lits encaissés des fleuves, partent 
de la mer et pénètrent dans l'intérieur des terres à plusieurs cen- 
taines de stades de distance, et, comme, à la marée haute, les 
eaux de la mer y font irruption et les remplissent, les embarca- 
tions peuvent les remonter ni plus ni moins qu'elles remontent 
les ileuves, voire même plus facilement, car la navigation v res- 
semble à la descente d'une rivière, nul obs'acle ne la gène et le 
mouvement ascendant de la marée la favorise comme pouirail 
le faire le courant de la rivière. » 

« ... Quelques-unes de ces combes ou Irannhées naturelles se vi- 
dent complètement avec le reflux, d'autres ne sont jamais entiè- 
rement à sec... Le pays, rendu en quelque sorte navigable dans 
tous les sens, olTre ainsi à l'importation comme ;ï l'exportation 
des marchandises de grandes facilités '. » 

La production du sel par l'évaporation de l'eau de mer est de 
nos jours l'unique entreprise des Marismas. Tout porte cà croire 
que l'établissement des salines en Espagne est dû aux Phéniciens, 
qui auraient enseigné aux Indigènes à saler h^ poisson et peut- 
être aussi l'art de préparer le f/aruin. 

Voilà bien longtemps que le commerce maritime semble avoir 
abandonné cette partie du fleuve pour se porter vers les villes de 
l'intérieur. Mais il existe encore, de l'antique population des es- 
tuaires, deux petites villes : Léhrija et Trébujena {Nahrhsa et 
Colubona). Asta et Ebura ont disparu; on a (;ejH'ndanl reconnu 
leurs ruines; la première se trouvait futre Xércz et Lébrija; la 
seconde, à peu de distance au nord de San-Lucar. 

1. Slrabon, Géoyr., livre III, ch. ii, i (Iraduction Tardieu). 



138 RtVLE ARCHÉOLOGIQUE 

Les vaisseaux qui remontaient le fleuve prenaient alors comme 
aujourd'hui l'embouchure occidontalo, parLuoiferi fanum (San- 
Lucar de liarrameda; el Ebuia (ruines de la forme d'Ebora). 

A 20 kilomètres de son embouchure le fleuve se divise en 
deux bras. Celui de l'ouest conduisait au confluent de la Menoba, 
le Guadiamar autrefois navigable'. Mais le bras principal, alors 
comme aujourd'hui, était celui de l'est. Celui-ci passe entre les 
deux îles : IslaMayor, à gauche, et Isla Menor, plus loin adroite; 
les dt'ux bras se réunissent de nouveau près de La Puebla. 

Strabon nous apprend que les grands vaisseaux remontaient 
le fleuve jusqu'à llispalis (Séville), ceux de moyenne grandeur 
jusqu'à Ilipa (Alcala del Rio) et enfin les barques allaient jusqu'à 
Corduba (Cordoue), quelquefois même plus haut vers Castulo, 
près de la limite de la Bétique ^ 

Voici, en remontant le fleuve, la série des stations antiques ri- 
veraines, entre l'Océan et Cordoue : 

Rives. 

R. 0. LVCIPERI FANVM. — San-Lucar de Barrnmeda. 

Pi. G. EBVRA. — Ferme d'Ebora, à 6 kilomètres nord-est de San- 
Lucar. 

H. ('.. COLOBONA. — Trébujcna. 

R. <;. ASTA. — Mpsa dr Asta, ruines entre Xérezel Lébrija. 

R. n. NABRISSA. — Lébrija. 

I!. ('.. SIARVM ou SEARO. — Ferme de Zarracatin, à 2 lieues et 
demie au sud dUtrera'. 

P.. D. CAVRA. — Coria del Rio. 

Pi. <;. ORIPPO. — Tour de Los Herberos, près û.eI)os-ïhrmann::i. 

R. r». LVCVRGENTVM. — Gelves (?). 

P.. !». OSSETT. — Camieja de la Cues.a. 

R. C. HISPALIS. - Scville. 

W. I>. ITALICÂ. — Sanli Poncé. 

W. U. ILIPA MAGNA. — Alcala del Rio. 

li. I>. NAEVA. — Cantillana. 

R. I». ODVCIA. — Ruines de Villartilla, près de la rivière Huesna, à 
3 kilomètres de TorAna*. 

1. Pline. Hist. Nat., livre III, 3, 7, 9. 

2. Slraljon, Géoijr.t livre 111, ch. ii, 3. 

3. Pline, Hisl. Nat., livre 111, 3, 7. Les ruines de Siaro étant assez éloignées 
du fleuve, il faut supposer que cette ville avait un débarcadère. 

4. J'ai reconnu ces ruines en 1890 avec M. Gilchrist Clark, de Cambridge. 



LKS C.OLOMKS Ar.HICOLF.S l'Rl^;-H()M AINKS \'.\^ 

M. I>. CANANIA'. — Alcolca'lel l(l<,. 

1!. I>. ARVA. — Hiiines do. la l'ni.t ,1.- la Sal. 

I!. n. AXATI, — Lora dd l\io. 

i:. l>. CHLTI. — VcùaH'n-. 

H. I>. DKCVMA. - i'(.AVu?(Js(?j. 

11. I>. CARBVLA. — Almodovnr (lel Rio. 

It. I>. CORDVBA. — Cordoue. 

« Los rives du Bétis — nous dit Slrahon* — sont de lonle la 
contrée la partie la plus peuplée... Les campagnes qui bordent 
le fleuve sont cultivées avec un soin extrême, ainsi que les peti- 
tes îles qu'il renferme; et, pour comble d'ag^rémcnt la vue s'y re- 
pose partout sur des bois et des plantations de toute sorte admi- 
rablement entretenues. Plusieurs rangées do montagnes parallèles 
entre elles suivent sa rive septentrionale % on s'en rapprocbant 
tantôt plus, tantôt moins; elles contiennent beaucoup de gîtes 
métallifères. L'argent notamment est très abondant aux environs 
d'ilipa. On a donc ces montagnes à gauche quand on remonte le 
fleuve *. A droite, s'éti nd une plaine élevée très vaste et très fer- 
tile, couverte de beaux arbres et riche en pâturages. » 

Ce passage de Strabon décrit précisément la partie de la vallée 
que nous avons explorée. C'est là qu'on retrouve, sur la rive 
droite du fleuve, en amont de Séville, de nombreuses villes 
romaines; elles sont très rapprochées les unes des autres, la 
plupart bâties sur des bancs élevés au bas desquels ou voit encore 
d'importantes ruines de digues ou de débarcadères construits en 
pierres de taille, en briques, on blocage composé do moellons ou 
de débris de poterie. 

1. Ce nom apparaît dans les textes de Pline de duTérentes maiiièrps : Ciniana, 
Canianid, Camania, Camana, Canaina. J'ai trouvé à Alcolea del Rio, en 1S.S8 
une inscription qui rétablit le véritaljie nom de cette ville : CANAN- Ci'ite ins- 
cription est aujourd'hui au Musée de la Nécropole, à Cannonn. l)';iprésM. Fita, 
Canania est un mot d'origine pliénicienne, dont la signification serait identique 
au nom, d'origine arabe, que porte cette localité aujourd'hui : Akolca, (t"esl-a- 
dire, El-C'istillejo, le petit château (F. Fila, Bulelin 'le la Real Academia de la 
Historia, vol. XXV, p. 132). 

2. Strabon, Géogr., livre 111, cli, ii. 3 (traduction Tardieu). 

3. Rive droite. 

4. La partie méridionale de la Sierra Morena. 



140 



REVUE ARCHROLOniQDE 



L'exploration de ces 
rives nous fit décou- 
vrir, entre ces villes, 
des ruines de diffé- 
rente nature : éta- 
blissements balnéai- 
res, fermes, villas, 
presses d'olives et offi- 
cines de potiers; elles 
sont le témoignage du 
haut degré de civilisa- 
tion des habitants de 
cette province sous les 
Romains, à l'époque 
des empereurs Trajan 
et Hadrien; Trajan est 
d'ailleurs né sur ces 
rives, à Italica, près 
de Séville. 

En face de cette in- 
téressante série de 
villes romaines , on 
voit, à 15 kilomètres 
du fleuve, une chaîne 
de collines appelées 
Los Alcores, s'éten- 
danl du nord-esl au 
sud-ouest et dont la 
longueur — limitée 
par les affluents du 
Guadalquivir, le Cor- 
bones et le Guadaïra 
— est d'environ 40 
kilonuXres. Ces col- 
lines séparent la vallée proprement dite, de la Véga, cette grande 







Fig. 2. 



<;arle île la chaîne <Je collines 
des Alcores. 



LKS COLONIES AC.Urc.OLICS l' ItK-lU t.MAINKS \ï\ 

plaine « élevée, très vaste o[ très fertile ». timil itaric Slia- 
bon. 

Sur ces liaiileurs sdiiI b.Uies (jiialrc petites vilUîs: Alcula de 
Guadaïra, Maïreiia, Viso de! Alc<jr etCarinoiia; celle (Icrnièrc, 
avec une population ilc H!. 000 liahilants. est la ville jjiincjjiale 
des Alcores. 

Si, dii haut de ces collines, on rci^arde du c6l(' de la vallée, la 
vue s'étend sur une suite de coteaux d'une largeur de .'{ à G kilo- 
mètres; l'eau y est partout abondante, aussi y Irouve-t-on de nom- 
breux jardins ou hf/f'rl(/>i avec d'importantes plantations d'oran- 
gers et d'oliviers. Si on se tourne dans la dii-ection opposée, du 
côté de la plaine, ou aperçoit un versant à pente rapide, au 
pied d'une ligne abrupte de roche calcaire de 8 à 20 mètres de 
hauteur. 

On voit sur cette pente, comme arrêtés dans leur chute, de 
nombreux rochers, détachés de ce talus gigantesque. En bas, 
s'étend l'immense plaine, la Véga; vers le sud-est, on aperçoit, à 
l'exlrême horizon, plusieurs chaînes de montagnes: les Sierras 
de Moron et de Ronda. L'air est si pur qu'on peut même distin- 
guer, certains jours, la crête de neige de la Sierra Nevada, éloi- 
gnée d'environ 200 kilomètres. 

La Véga est aujourd'hui une immense plaine à blé. La charrue 
antique y est encore employée, la nature du sol ne demandant 
pas qn'on le creuse profondément. Les travaux de culture y sont 
en rapport avec l'étendue des cham[)s; aussi y voit-on souvent, 
à Tépoque du labourage, de 40 à 60 paires de bœufs traçant, 
sous la surveillance des capataces à cheval, des sillons de plu- 
sieurs kilomètres. 

Les semailles se font dans la première quinzaine d'octolire; la 
moisson dure du T' juin à la lin de juillet. C'est avec la petite 
faucille que les moissonneurs coupent le blé, à i'} centimètres 
du sol; les gerbes sont ensuite portées sur l'aire pour y être 
foulées aux pieds des chevaux; la paille brisée de celle manière 
sert de nourriture aux animaux. 

Depuis les Romains, ces opérations agricoles nont guère 



142 KEVUE ARCUÉOLOGIOLE 

cliaugé*; leur orii:ine, comme les coutumes de ces paysans de 
la plaine, doivent d'ailleurs remontera une époque do beaucoup 
antérieure aux Romains. C'est pourquoi je crois intéressant de 
mentionner ici les quelques détails qui caractérisent la manière 
de vivre et de se nourrir de ces agriculteurs. 

El aperador ou le métayer embauche chaque année les hommes 
dont il croit avoir besoin pour le labour ou pour la moisson; les 
travaux terminés, ils retournent en ville. On ne voit jamais de 
femmes dans les fermes, ou cortijos, pas même celle du métayer; 
elles restent dans les villes où les hommes vont les rejoindre 
aux grandes fêtes de l'année. 

Comme la plupart des paysans espagnols, ceux de la Véga sont 
d'une sobriété remarquable. 

En hiver, on leur donne, le mutin, une soupe àl'ail, composée 
de pain, d'huile, d'ail et d'eau. Aux champs, vers le milieu du 
jour, ils prennent leur gazpacho qui se compose d'une pâte de 
mie de pain, d'huile et de vinaigre à laquelle on ajoute de Teau. 
De retour à la ferme, le travail terminé, on leur sert le plat de 
consistance de la journée : des garbanzof> ou pois-chiches cuits 
avec de l'huile, du pain et de l'eau. 

En été, pendant les mois de juillet et d'août, les vieilles brebis 
tuées à cette époque leur sont livrées. Ils font deux repas par 
jour; le malin de bonne heure, un ragoût leur est préparé avec 
le sang et la fressure de brebis ; à deux heures, de la viande 
rôtie; entre temps, vers midi et après le coucher du soleil, ils 
prennent leur (jazpacho. Un homme, le casero, est spécialement 
désigné par le métayer pour préparer la nourriture commune; 
celui-ci verse le contenu de la marmite dans un grand bassin, 
auquel les paysans viennent puiser chacun à leur tour, munis 
d'une cuiller de bois ou de corne. Ils fabriquent eux-mêmes ces 
cuillers; les manches sont ornés de gravures diverses représen- 
tant des figures et des animaux sur fond quadrillé, dont l'ar- 
chaïsme ou la naïveté est reinanjuable. 

1. Pline, Hisl. Nat., livre XVIII, 72. 



LL'S COLO.MKS A<;HIi:0L1S l'UK-lt(»M\IM;s \ 't,\ 

Ce régime aliinenlairo dos gens do la Véga nous «lomif nu.' 
idée de l'iniporlaiicii ou Andalousie des trois protiuils suivants : 
le blé, les r/arôanzos ou pois-chichos cl riinilo M'olivo. Le blé ol 
les (jarbanzos se cultivent dans la plaine; tandis (jii<; riuiile 
d'olive, (jui représente plus de la moitié de la richosso du pays, 
provient des Alcores et de la vallée où la manière do vivro des 
paysans dilTère complôtemont de ceux de la Véga. 

La récolte dos olivos se fait on novembre et en deconibro; ollo 
est confiée à dos familles do travailleurs, hommes, femmes et 
enfants, qui se réunissent à cet ellol. On les paie acluolloment 
de G à 7 réaux par personne; ils doivent so nourrir eux-mêmes. 
Aussi voit-on, vers midi, chaque famille réunie autour de son 
feu et de sa marmite, formant au milieu des oliviers de nombreux 
groupes pittoresques dont le caractère étrange est surtout mar- 
qué par le costume masculin porté par les femmes. A Carmoua, 
ce costume comprend un pantalon do gros drap brun descendant 
jusqu'aux genoux, des bas blancs ou bleus, une blouse de coton 
et un foulard de couleur croisé sur la poitrine. Poiirso préserver 
du soleil, elles mettent sur la tète un immense chapeau de pa/- 
mito qu'elles ont tressé elles-mêmes '. 

Au soleil couchant, on rencontre ces familles sur les routes, 
relournaul en ville, les ânes portant les enfants, les paniers et 
les marmites; chaque groupe est précédé d'un jeune homme (jui 
souflle dans une conque marine pour amioncor leur arrivée. 



L'eau i)otablo man(|ue en été dans la plus grande partie (\k^- la 
plaine; aussi, do tout temps, les cultivateurs ont-ils chotché à 
se rapprocher des Alcores pour y établir leurs habitations, à 
proximité des sources. 

Les sources les plus abondantes se présentent aux pitertos, 

1. J'ai envoyé à l'Exposition ,iL,'ricole régionale de Séville (H'.tS) plusieurs de 
ces chapeaux, des cabas, des paniers el d'autres ouvragi's en ixtlniitu, ainsi 
«lue des cuillers historiées, des costumes du berger, du bouvier el de la femme 
qui travaille dans les plantations d'oliviers. 



14i REVIE ARCHÉOLOaiOUE 

qui sont dos ouvertures ualurelles donnant accès aux Alcores. 
On compte entre Carmona et Alcala 17 de ces passages ou puer- 
tos aux abords desquels j'ai reconnu d'importants vestiges de 
villes ou de villages, antérieurs à la domination romaine. Les 
villes, au nombre de trois, étaient situées sur des plateaux en 
partie isolés; Carmona, La ïablada près de Viso et La Mesa de 
Gandul étaient des villes puniques, dont une seule, Carmona, 
existe encore. Les villages so trouvaient distribués entre ces 
plateaux, sur des terrasses artificielles, soutenues par des bancs 
de rocbers. Les sépultures se rapportant à ces populations 
antiques ont été signalées sur les hauteurs voisines des plateaux 
et des terrasses. 

La Véga paraît avoir été admirablement exploitée par les 
Romains, d'après les nombreux vestiges de fermes qu'on y voit 
encore partout. Cet exemple n'aurait été suivi par aucun de 
leurs successeurs, ni par les Maures eux-mêmes dont, à notre 
avis, on a trop souvent vanté sans raison les qualités d'agricul- 
teur. Les observations de M. Gaston Boissier • sur l'apathie des 
Arabes qui habitent l'Afrique romaine peuvent aussi s'appliquer 
à l'Andalousie ; la disparition des villages, de la véritable popu- 
lation agricole, remonte à l'invasion musulmane. La population 
est actuellement composée de celle des anciennes villes fortifiées 
du moyen Age et de quelques gros bourgs, qui se formèrent au- 
tour des châteaux forts élevés entre l'époque de la rcconquista 
vers 1248 et la prise de Grenade en J492. 

Il est à remarquer que ces châteaux se trouvent presque tou- 
jours sur l'emplacement d'une ville romaine. Il pouvait diffici- 
lement en être autrement, car les Romains avaient occupé toutes 
les parties fertiles du pays, surtout les endroits les mieux appro- 
visionnés d'eau. 

Toutes les sources, si insignifiantes qu'elles soient, qui dé- 
coulent des Alcores, ont été utilisées par eux; ce sont partout 
des conduites en pierres de taille, en briques, on blocage, en 

1. Gaston Boissier, L'Afrique romaine, p. 140, 



LF.S COLOMKS AiWUCor.RS IMU:-lUJ.M AFNKS 14'> 

polorie ou on plomb, qui aboulissenL à des ruines de réservoirs, 
de bains ou de cilernes. De tous les travaux liydrauliques des 
Romains, les Maures ne conservèrenl que les fonlaincs elqiielqucs 
aqueducs qui alimentaient les villes et dont ils pouvaient diffici- 
lement se passer. 

II 

LES FOUILLES 

La iK'cropolo de l'AcébucJial. 

Les tumulussont connus dans le pays sous le nom ûemolillas. 
Nous commençâmes par fouiller quelques-uns de ces tertres, 
assez timidement d'abord, ne découvrant que les moins élevés; 
puis, assuré de leur importance arcliéologi(juc, nous ouvrîmes 
ceux de moyenne grandeur; les plus grands sont encore intacts. 
Après plusieurs saisons de fouilles, nous avons ainsi exploré, sur 
différents points de ces collines, soixante-cinq ?/<o;///rts- dont quel- 
ques-unes nous réservaient de véritables surprises. 

Ces tertres recouvraient des sépultures diverses ; les trois rites 
funéraires suivants ont été signalés : 

1" L'inhumation dans la position accroupie; 2° l'incinération ; 
3» l'inhumation dans un caveau d'orientation constante. 

On trouve aussi sur les Alcores d'autres tumulus qui dilTèrent 
des motiilas par la forme et surtout par les proportions. Ceux-ci 
sont allongés et présentent au sommet une plate-forme ovale. Le 
plus grand de ces tumulus qui a 30 mètres de hauteur commande 
[a puerto ou passage d'Alcaudete. Il n'a pas été exploré, la dé- 
pense devant être trop considérable, si l'on considère qu'il fallait 
acheter le terrain où il se trouve et que celui-ci est planté d'oli- 
viers en pleine production. On comprendra qu'une entreprise de 
cette importance n'est pas à la portée de tous les chcrcbcnis ; le 
mystère caché sous ces masses de terre et de pierres ne sera pas 
do sitôt dévoilé. D'ailleurs, de bonnes raisons, (|iie j'aurai 1 nrca- 
sion de faire valoir plus loin, me portent à croire ipie ces linnu- 
lus à plate-forme ne recouvrent pas de sépultures. 

in« SÉRIE, T. XXXV. 10 



146 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Le groupe de motiliasle plus intéressant des Alcores se trouve 
à rAcébuchal. Cette station occupe le site d'une antique colonie 
agricole, située à égale distance de deux plateaux, où s'élevaient 
des villes puniques : les emplacements de CarmonaetdcTablada, 
près de Viso '. Au moyen âge, ces collines oITrirenL aux Espagnols 
une puissante ligne de défense contre les Maures de Ronda et de 
Grenade qui, à plusieurs reprises, tentèrent de pénétrer dans la 
Vallée. C'est à cette époque qu'on construisit sur la lisière de la 
plaine, à mi-chemin entre les villes fortifiées, plusieurs tours de 
retuge où, en cas de poursuite ou de surprise, les gardiens des 
puertos pouvaient s'enfermer pour se défendre. Quelques-unes 
de ces tours existent encore, notamment à Alcaudete, à Santa- 
Lucia et à Gandul. 

D'après les chroniques de Jean II, au xv^ siècle, le cerf et le 
sanglier étaient courus sur ces collines-. Au commencement de ce 
siècle, la plus grande partie des Alcores du côté de la plaine était 
encore inculte. 

Il y avait alors entre les rochers de l'Acébuchal de nombreux 
oliviers sauvages (en espagnol : acebuche, d'où le nom de ce 
passage des Alcores), des lentisques, des chênes nains et de gi- 
gantesques ronces formant un fourré impénétrable, le refuge des 
loups et des malfaiteurs. En 1830, ces environs subirent une 
transformation complète; on défricha tout le versant, en conser- 
vant les oliviers sauvages qui furent greffés. 

1. D'après l'examen des vestiges qui couvrent le sol du plateau de Tablada, 
cette ville aurait disparu avant l'époque romaine. C'est un fait relativement facile 
à constater lorsqu'il s'agit de terres nouvellement labourées. Si, parmi les ves- 
tiges, qu'on note sur une certaine étendue de terrain, on ne signale aucun frag- 
ment de (cgula ou tuile plate, aucun débris de cette poterie rouge vernissée 
dite samicnne, aucun tesson d'amphore romaine, qui tous caractérisent l'époque 
romaine, on doit nécessairement supposer à cet emplacement de ville une anti- 
quité antérieure à la seconde guerre punique. 

On reconnaît d'ailleurs la domination carthaginoise à la présence d'amphores 
avf^c col à bourrelet et munies de petites anses ou oreillons, ainsi qu'aux débris 
de poteries déop-es de zones et de lignes de couleur. On trouve ces débris en 
abondance sur les sites pré-romains, mélangés aux fragments de poteries noires 
ou brunes indigènes. 

2. .Manuel Feriiandez Lopez, llisloria de Carmona, p. 170. 



LES COLONIES AORICOLKS l'IU.-Ui (M \IM;s 



Des onze 7notillas de la nécropole de rAcéhiiclial, loiiles, sauf 
une, furent ouvertes en IHÎJl par un habitant de Carmona, 
M. Pelaez, poussé par la curiosité et le désir de réunir des anti- 
quités dites préhistoriques. 

Le résultat d'une première enquête sur ces fouilles lut lappa- 



L « V E G « 



LA COLONIE ACWCOU PRtll0.vlAI<IE 

■v lACÉBL'CHAL 




Fig. 3. — Plau de la colouie agricole cl de la uécropole de l'Acébuchal. 

rition en Espagne de plusieurs ouvrages, dont doux importants, 
avec de nombreuses figures et des cartes de la région '. 

1. F. Candau y Pizarro, Prchislorin de la provinciadc Sevilla, Madrid, 1894. 
1 carte el 70 figures; C. Canal, Sevilla jtrehistorica. Sevilla, 18'Jl, 1 carte et 
130 Maures; A. F. Casanova, Bolctin de In Ueal Academia de San Fernamlu, 
vol. XIIl, p. 31 i; Cabrera y Diaz, Una excursion à los yaciinicntos prrhisluri- 
cos de Canmmti (A»n. de la Sociedad Espailola de Historia Natural, série II, 
vol. III) ; J. Pelaez, La Andalucia moderna (Journalde Sèville, 25juillel 1893). 



148 REVUE ARCnÉOLOGlQDE 

Je crois devoir relever ici les incorrections qui se trouvent dans 
ces ouvrages, tout eu reconnaissant qu'il ne serait pas juste d'en 
rendre les auteurs rcsitonsables, si l'on tient compte de la façon 
dont ces découvertes leur ont été communiquées. 

io Malgré toutes les affirmations contraires, nous savons au- 
jourd'hui que les armes de pierre, les pointes de flèches et les 
lames de silex, faisant partie de la collection Pehiez, n'ont point 
été découvertes dans des sépultures. La plupart de ces objets fu- 
rent simplement ramassés à la surface du sol ou trouvés dissé- 
minés dans la terre, ce qui pouvait tout au plus indiquer une oc- 
cupation antérieure à l'époque de ces sépultures ; ainsi l'on trouve 
souvent des monnaies romaines dans les murs de terre des forte- 
resses construites à l'époque des Arabes. 

2° Il faut éliminer de l'archéologie de cette région certaines 
pierres dont la silhouette rappelle vaguement un oiseau ou un 
animal. M. Pelaez déclara les avoir trouvées près des sépultures 
et il s'imagina qu'elles avaient été placées là avec intention. Ces 
pierres sont naturelles; la ressemblance avec certains animaux, 
qu'on a bien voulu leur prêter, est simplement l'œuvre du hasard ; 
malheureusement, elles ont été commentées avec force détails 
et reproduites par la gravure. 

3o On s'est aussi ellorcé d'établir un rapprochement entre les 
dessins primitifs bien connus de la station française de La Made- 
leine et ceux qui furent trouvés à l'Acébuchal. Le caractère orien- 
tal de ces derniers, qui représentent des frises d'animaux, aurait 
été reconnu dès l'abord, si l'on avait découvert alors une pièce 
complète; j'ai eu, plus tard, l'occasion d'en trouver plu- 
sieurs. 

Aucune note ne paraît avoir été prise pondant la durée de ces 
fouilles; aussi est-il regrettable à tous égards que M. Felaez n'ait 
point songé à mettre à part les antiquités trouvées sous chaque 
tuniulus; nialJH'ureusement, il les a classées par matière, pierre, 
cuivre, os, céramique de toutes les époques. C'était un procédé 
facile et expéditif, ne demandant pas de grandes connaissances 
archéologiques, mais qui, dans la suite, devait singulièrement 



LES COLONIKS AGRICOLES PKÉ-ROMAINKS 149 

embarrasser ceux qui entreprirent d'étudier cette collection'. 

II ne me restait donc jiliis (ju'ù entreprendre — pcnd.irit (pTil 
était encore temps — une i'ii(jii«''te minuticiist! au sujet des sépul- 
tures qui étaient ;jpparues sous ces inotilhn. Il s'agissait siirloul 
de savoir le jijus exactement possible quels étaient les objets qui 
composaient le mobilier des tombes suivant la jirévalence des 
dill'érents rites l'unéraires. 

Pour toutes les informations qui suivent sur i'Acébuchal, je 
me suis adressé à M. Rapbaël Perez, qui avait été le principal 
directeur des fouilles. Il eut l'oblig-eance de m'indiquer sur le 
terrain les particularités relatives à l'exploration de chaque tu- 
mulus. Depuis, mes recherches sur les Houx sont venues confir- 
mer, sur presque tous les points, l'exactitude de ses informations. 

D'après M. Raphaël Perez, les deux plus grands tumulus de 
I'Acébuchal (G et Ldu plan fig. 3), situés à l'ouest de la nécropole, 
couvraient des sépultures à inhumation, tandis que, sous tous les 
autres, l'incinération était le rite funéraire usité. 

Sous le tumulus G, se trouvait un caveau rectangulaire à pa- 
rois maçonnées de pierres et d'argile et dont le fond avait été 
creusé dans la roche vive. J'ai dû faire déblayer de nouveau cette 
fouille, afin de m'assurer par moi-même de la manière dont le 
caveau était construit ; en voici les dimensions intérieures (lig. 4 
et 5): 

Longueur, du nord-est au sud-ouest : 3'", 05 ; 

Largeur : l'^jOi ; 

Profondeur : t"'.10. 

1. Personnellement, j'ai beaucoup à me plaindre de la conduite de ces pre- 
miers explorateurs. Ayant appris que j'avais l'intention de faire des fouilles à 
I'Acébuchal avec M. Jules Richard, de la Société des Antiquaires de l'Ouest, que 
j'avais invité à cet elFet, ils s'assurèrent, à mon insu, de la permission du pro- 
priétaire et profitèrent de mon absence pour tout éventrer à la hâte. Ces fouilles, 
à part quelques objets qu'on en relira, ne lurent pour l;i science d'aucune utilité. 
La seule compensation que j'aie pu obtenir, enviroa un an plus lard, fut la per- 
mission de dessiner les principales antiquili-s de la collection, qui vient dernière- 
ment d'élre vendue et dispersée. Cette permission, d'ailleurs, av.iitéié accordée 
à tous ceux qui ont écrit sur les premières fouilles de I'Acébuchal. 



430 



REVUE ARCHÉOLOGIQUE 



Il contenait, au moment de la découverte en 1892, deux sque- 
lettes étendus sur le dos l'un à côté de l'autre; les crAnes étaient 



'^^^''^'^P^ ^'"y'^^'^^^-JnK 



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Fig. 4. — Déblaiement delà fosse sépulcrale du grauJ tuiiuilus G de l'Acébuchal. 

au sud-ouest. Celui de ces squelettes qui reposait du côté nord- 




^31 



Fig. T). — Plan et coupe du tumulus G. 



ouest étant (rime stature moindre que l'autre, on en conclut 
qu'il devait appartenir au sexe féminin. 



LKS COLONIES Afi RIGOLES PRK-ROMAINKS 



i:;i 



Le mobilier funéraire comprt'ii.iil : 

l°Uii ii'iif (raiilriiclie fornianl une rouju- ;ui\ Ixiids (IciiIl's et 
dans laquelle on trouva une poudre rouge, 

2° Une grande fibule en argent (fig. 6). 

3° Deux boucles de ceinturon représenlanl des serpents, l'une 
en cuivre, l'autre en argent (lig. M et i2). 

4° Une plaque de ceinturon en cuivre recouverte d'un vernis 




Fig. 6 à S. — Fibule en argent — Pemiaiit dorcille et aiiueaii, cuivre plaqué d'or. 
1/2 grandeur naturelle. 



rouge, ornée de boutons de cuivre plaqué d'or et d"un dessin à 
cannelures contenant encore des traces d'une p;Ue bleue ((ig. 9). 

5° Des parties de ceinture, d'un tissu en fil do riiivr»^ avec des 
boutons d'or. 

6° Les vestiges d'une courroie doublée extérieurement d'une 
fine plaque de cuivre (lig. 10). 

7° Quelques perles d'or et des vestiges de tissu d'or. 

Le caveau, trouvé plein de terre, avait comme couverture plu- 



152 



REVUE ARCHÉOLOGIQUE 



sieurs séries de pierres plaies superposées, au-dessus desquelles 
s'élevait le tumulus. La hauteur, prise du fond de la fosse sé- 
pulcrale au sommet, était de 4™, 50. 

Sous le lunuilus L, M. R. Parez me déclara avoir vu, dans 
une fosse peu profonde creusée dans le roc, un squelette 
étendu, le crâne vers Toucst. Deux pointes de lance en cuivre 







Fig. 9 à \'^. — lioucles de ceiuturoa. 1/2 graudeiir naturelle. 





ou en bronze (aujourd'hui perdues) furent recueillies près du 
squelette. Celte sépulture était recouverte d'un long- massif rec- 
tangulaire en maçonnerie de pierres et d'argile et orienté comme 
la fosse, de Test à l'ouest. Autour de ce massif, ainsi que dans le 
tertre qui le couvrait, on trouva des ossements d'animaux, des 
cendres de foyers et de nombreux débris de poterie, ornés de 
dessins géométriques imprimés au pointillé creux et remplis 
d'une pâte crayeuse. 



LES COLONIES AGRICOLES PRf:-nOMArNES 



1 r,:i 



Les autres motillas de rAcébuchal couvraient des sépnlltircs fi 
incinération. Sons (jiiairo do celles-ci (A, IJ, (', V), le hûclicr 
avait été disposé simplement sur le sol et le corps brûlé; puis on 
eu avait recouvert les cendres avec une ou plusieurs coucher de 
tessons d'amphores, afin do ru; pas mélanger les cendres avec la 
terre du tumulus. 

Sous les trois motillas II, I, .1, au milieu ou sur le côté de 






Fig. 14 à 23. — Fragments d'os et d'ivoire recueillis à l'Acébuchal, sans indica- 
tion des sépultures (collection Pelaez). 1/2 grandeur naturelle. 

l'emplacement où s'était effectuée la crémation, on trouva une 
urne de terre noire contenant des ossements humains calcinés. 

Les tertres D et E, de peu d'élévation, ne couvraient aucune 
sépulture. 

Les antiquités qui furent rccncillies sous ces înoti/las k inri- 
néralion ont un cachet oriental tout particulier. On y remarque 
surtout de petites plaques en ivoire en partie hriilées qui sont or- 
nées de dessins gravés, dont l'origine phénicienne est manifeste. 
Parmi les objets de la collection Pelaez appartenant, d'après les 



154 



REVUE ARCHÉOLOfiinUE 



informations do M. R. Porez, au mobilier funéraire des Inciné- 
rés, il faut citer : 

Modlla J. — Une urne de terre noire, sans anse, dans laquelle, 
parmi les cendres, on trouva les frag^ments d'une plaque d'ivoire 
creusée en son centre d'une espèce de godet autour duquel on 
voit découpée à jour une frise d'animaux et de fleurs de lotus épa- 
nouies. Une rosace à douze pétales, qui se trouve gravée au revers 




Fig. 24. — Plaque à godet en ivoire. Diam. intérieur du godet D'élus 



de ce godet, me permit de reconstituer par le dessin une partie 
de cet intéressant objet dont il manquait de nombreux fragments 
(fig. 24). 

Motilla H. — Une urne à panse globulaire à double orcillon ; 
parmi les cendres qu'elle contenait on trouva : une petite fiole à 
parfimi dite alabantron (fig. 2o); deux grands pendants d'oreilles 
et un anneau (fig. 7 et 8), ces derniers formés de minces feuilles 
de cuivre plaquées d'or. Sur l'emplacement du bûcher, on re- 
cueillit des débris de coquilles où étaient gravés des gri (Tons; sur 



LKS COLONIES AORTrOLFS IM<Iî:-ROMAINES 



i:; 



lo sol, autourdecet emplaccmcnl, on trouva des piles (rassiclles. 
Telles sont les informations (|iii paraissent dignes de foi et (pic 
j'ai pu réunir sur les fouilles de l'Acéljuclial. Il ne nie reste plus 
«]u'à rapporter niainteuaut uu>s recherches personnelles siii les 
différents points des Alcores, en commcneaiit ]>ar la derniiîremo- 
tilln de rAcéhuehal, ineom[ilt'tement explorée par M. Pelae^; la 
sépulture était encore intacte. 




Fig. 25 à 33. —25. Alabastrou. — 26, l-Yagaieut de poilet. —21, 2S, 29, Frapraents 
de peignes gravés. — 30, 31, PAte lileiiàire. — 32,33, Fragments d'ivoire graves. 
1/2 grandeur ualiirellc. 



Il y avait déjà plusieurs années (jue j'avais entrepris l'explora- 
tion méthodique des motillas les plus rapprochées de Garmona, 
quand l'orcasion se présenta d'aller continuer les fouilles de I A- 
cébuchal où il ne restait plus à découvrir que le tertre indiqué 
sur le plan par la lettre A. 

On trouva sous cette motUhi un simple emplacement à inci- 
nérer, oii on s'était contenté d'enlever la mince couche de terre 
qui couvrait le sol de rocher, sur un espace suffisant pour y éle- 
ver le bûcher (fig. 34). 

Quelques os du crâne, qui apparurent parmi les cendres à Pcx- 



JJÎG REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Irémité sud-ouest de cet emplacement, indiquaient clairement 
quelle avait été rorientation du corps sur le bûcher. On trouva 
à côté de ces os calcinés du crAne un morceau de fer informe. 
La combustion du bûcher et du corps était complète, le tout se 
réduisant à une couche de cendres de 0°',05 d'épaisseur, soigneu- 
sement recouverte de tessons d'amphores. On recueillit parmi 
ceux-ci les orifices et les anses de cinq amphores. Quant au tu- 
mulus, il était formé d'une terre calcaire jaunâtre et n'avait que 
1™,80 de hauteur. 

Une surprise, cependant, nous était réservée sous cet empla- 
cement à incinérer. Après avoir enlevé les cendres, on découvrit 
sous celles-ci plusieurs ouvertures circulaires dans le roc, qui 
donnaient accès à de petits puits ou silos. 

H était facile de reconstituer le terrain primitif tel qu'il exis- 
tait avant la formation du lumulus; il présentait à cet endroit une 
épaisseur de terre variant de 0"\30 à 0™,70. C'est dans la roche 
calcaire peu résistante que se trouvaient ces silos dont la forme 
va en s'élargissant vers le fond, comme l'intérieur d'une cloche. 
Leur profondeur est d'environ l'",50; des passages percés, en 
bas, dans les parois, permettaient de communiquer d'un silo à 
l'autre. A quelques mètres de ces ouvertures, vers Touest (tou- 
jours sous le tumulus), apparurent plusieurs dépressions natu- 
relles du roc, pleines de terre, contenant des vestiges de foyers, 
quelques silex et des ossements d'animaux. Parmi ces détritus 
de cuisine on releva sur le sol deux pierres à broyer ou moulins 
primitifs en granit ; ces pierres plates furent retrouvées en place, 
l'une sur l'autre. 

Examinons en détail le contenu des quatre silos qui se trou- 
vaient accidentellement sous ce tumulus : 

Silo A. — On trouva à l'intérieur deux couches de terres dif- 
férentes. La couche supérieure, de terre végétale, contenait quel- 
ques ossemenls d'animaux et des débris de poterie. La couche 
du fond formait une masse compacte de terre calcaire, d'argile 
et de pierres; on y découvrit des vestiges do poterie primitive 
noire et brune, sans ornement. Au fond, sur le roc, on trouva une 



LES COLONIES AGRICOLES I'Rf:-HOMAlNES 



157 



lame de silex et près du passage coniiiiiinicjiiaiil avec le silo voi- 
sin I), deux pluilang-os et une vorlèbrc liumaiucs. 

Silo IJ. — Ce puits présonlail aussi doux coiichus de terre 





l'ig Si. — l'Iaii 't CMijiciJii tumuliis A ilc i'Aceliuflial. 

différentes. Parmi les débris de poterie qui ou snriireul. (ui re- 
marque des fraguienls de plats duue foruie [larliculière, avec le 
fond tout uui; ils devaient avoir de 0"',20 à U",30 de diamètre; 



158 REVUE ARCHÉOLOGIQUE * 

les bords, peu élevés, sont droits ou légèremeat inclinés vers le 
dehors. 

Un de ces fragments de plat, recueilli dans ce silo, préseule 
dans le bord même deux petits trous perforés à la pointe de silex. 
Ces trous, se trouvant superposés et non juxtaposés, indique- 
raient qu'ils n'ont pas été percés pour suspendre ces plats. 

Ce fait, d'ailleurs, nous autorisait à faire remonter à l'époque 
primitive des Alcores cette coutume, probablement funéraire, de 
perforer la poterie, qui ne disparut dans ces environs que sous 
les Romains. De ce puits sortirent aussi une lame de silex et un 
poinçon en os. Quelques pierres placées avec soin fermaient le 
passage entre les silos A et B. 

Silo C. — On trouva dans ce silo quelques pierres brûlées, 
deux valves d'unio ou moule d'eau douce à la nacre brillante, 
une lame de silex et plusieurs fragments de poterie présentant, 
en guise d'anses, les petites cornes de la céramique primitive. 

Silo D. — Le fond de ce puits se trouve à 0'°,20 plus bas que 
le silo voisin C, avec lequel il communique. De la partie supé- 
rieure sortirent de nombreux tessons de poterie sans ornement. 
Vers le milieu de ce silo, on découvrit deux couches d'ossements 
humains qui y avaient été jetés pêle-mêle, à deux occasions dif- 
férentes. Avec ces ossements on trouva quatre lames de silex, 
deux poinçons en os et des pierres brûlées, provenant sans doute 
des foyers environnants. 

Le désordre de ces ossements est manifeste; il ne s'agissait pas 
ici d'une sépulture proprement dite, mais bien d'un dépôt, d'un 
ossuaire, où ces os dépouillés de leur chair auraient été jetés. 

Le relevé suivant (fig. 35) donnera au lecteur une idée des ves- 
tiges humains qui se trouvaient dans ce silo. Les parties ombrées 
sur le plan indiquent la couche inférieure. 

1° Couche supérieure. 

a. Tout le cùlc- droit d'un crâne brisé en plusieurs parties tenant encore en- 
semble dans la terre. 
6. Maxillaire supérieur, probablement du crâne a. 
c. L'autre moitié du crâne a. 



LKS l'.OLONlKS AlMUC.OI.KS t'Kli-HOMAlNIîS 



l."!l 



(/, Maxillaire inférieur du crùne a. 

e. Uti crâne brisé. 

f. Une partie d'un maxillaire inférieur. 

2° Couiht' infcriiurc {oinbrcn). 
(j. Un crùne entier. 
h. Un fragment de caloUe crânienne. 

(. Un crùne entier au(|uel semble se rallaclier une partie ilu siiuelelle ; il se 
trouvait au fond sur le roc. 
j. Un crâne entier. 
A'. Un crâne entier. 
X. Des pierres. 




Fiff. 33. — Relevé des ossements du silo I). 



Ces ossements n'ont pas été brisés par le poids tics terres ; le 
fait (l'avoir retrouvé épars les fragments d'un même crAne dé- 
montre le contraire ; ceux-ci ont bien été brisés avant d'être jetés 
dans le silo. 

Les cr;\nes y et i ont pu être conservés; ils sont petits ot d'une 
dolichocéphalie peu [)rononcée. Le rapprochement anormal des 
deux branches du maxillaire d, (jue j'ai aussi conservé, nous fait 
supposer un visage à la partie infériein-e mince et allong-éc. 

G. HONSOH. 

(A suivre.) 



BULLETIN MENSUEL DE L'ACADÉM[E DES INSCUlPTrONS 



SÉANCE DU 22 AVRIL 1899 

M. Louis Havel communique le rapport de la commission du prix Chénier. Ce 
prix est décerné à ALNL Riemann et Gœlzer,pour leur ouvrage intitulé : Gram- 
maire comparée du grec et du latin, syntaxe. 

M. Eugène Miintz communique, de la part de M. Maxe-Werly, conservateur 
du .Musée de Bar-le-Duc, un mémoire sur le sculpteur et médailleur italien, 
Francesco da Laurana, un des artistes du roi René. Laurana, que l'on croyait 
avoir disparu vers 1490, vivait encore en 1499, puisqu'à ce moment, d'après 
les recherches de M. l'abbé Requin, l'artiste, pour payer ses dettes, vendit plu- 
sieurs immeubles qu'il possédait à Marseille. Grâce à cette indication, M. Maxe- 
Werly peut attribuer avec beaucoup de vraisemblance à Laurana l'exécution 
du tombeau de la duchesse Yolande d'Anjou, fille du roi René, et de son époux, 
le duc Ferry de Vaudemont, dans l'église de Joinville (Haute-Marne). Le tom- 
beau a été détruit en 1792 ; mais une série de descriptions anciennes et quelques 
planches assez défectueuses ont permis de le reconstituer. Il se composait d'un 
soubassement orné de colonnettes, entre lesquelles figuraient les armoiries de 
Lorraine et d'Anjou, et de deux statues couchées, en cuivre jaune. Au chevet un 
ange, agenouillé sur une colonnette torse, tenait un casque. Un document de 
1504 montre qu'à ce moment Jacques Bichot, tailleur d'images, exécuta le sou- 
bassement de marbre. On peut donc admettre, avec M. Maxe-Werly, que la part 
de Laurana dans celte œuvre se borna aux deux statues. On comprendrait ainsi 
pourquoi le monument tout entier n'est pas conçu dans le style de la Renais- 
sance, comme l'est, par exemple, le tombeau du comte du Maine, frère du roi 
René, à la cathédrale du Mans, tombeau qui est l'œuvre indiscutable de Fran- 
cesco da Laurana. 

M. Paul Meyer communique le rapport de la commission du prix Bordin. Ce 
prix n'est pas décerné. 

M. d'Arbois de Jubainville communique une note sur des indications géogra- 
phiques intéressantes contenues dans le cartulaire de Gellone et où l'on retrouve 
la trace des diverses populations qui se sont succédé entre Ampurias en Es- 
pagne et le Rhône : d'abord, au iv" siècle, les Ligures mêlés aux Ibères, puis 
vers l'an 300, les Gaulois, à la fin du i" siècle les Romains. Le souvenir de la 
domination romaine est nettement attesté par les noms de lieu en -anus dérivés 
de gentilices romains comme Pupianus. La coexistence de deux éléments gau- 
lois et romains est attestée par les dérivés de gentilices romains créés à l'aide 
du suffixe -acus, comme Ploriacus. Sont exclusivement gaulois les noms tels que 
Virdunum. On remonte au ligure avec des mots nomme Aurelialis, qui s'op- 
pose au gallo-romain Aurcliacus et au mut purement romain Awelianus. Sont 
également ligures IJubicnca, nom de vallée, dérivé du nom de rivière Durbia. 
['arult ibéro-ligure lirayaranca, dérivé de Bracara. 



IllILLETIN MKNSIJEL DK I, A< ADKMIK DKS INSCIU ITIoNS Mil 

M, l'abl) •ThfSdi'iiai, rpvpiiiuil sur la seconde insnription de la gour<l«' consfir- 
vi!e au Musée Carnnvalel : Copocnwlituabcs est rcplcda, rappelle que M. Oaslot» 
l'aris a propose «le su!>sliluer à la lecture est rt'pl<'{n)<la la lecture reple, ila ; de 
telle sorte q.ie le texte serait un dialogue entre le cabaretier et son client : «llh- 
barelier, as-tu (\u cmilitum'i — Il y en a (est). — • llcplc, da (remplis tna ^.'ourdi- 
et donne). » M. l'abbé Thédenal <leinontre que la lecture de M. Gaston l'aris 
est certaine, à l'aide de textes analut^ues ridevés sur d'autres vas'S. (M'hil-ci 
urtout : rcplc, copo, dn. 

SÉANCE DU 2.S AVRIL 1899 

M. Giry commiini(iue les conclusions do la commission du prix Aupust Prost. 
Un prix de I.OOO francs est décerné à M. l'abbè C. Olivier pour son livre inti- 
tulé : Cfntlel-sur-Mosille (ivant ht Ilivnlittiim, et une récompense de 200 francs 
est accordée, à litre d'encouragement, à M. L. Davillé pour son mémoire manu- 
scrit intitulé : Le payas Si:arponensis. 

M. Clermont-Ganneau rappelle que l'Académie avait chargé le l\. l\ Lagrange 
de faire un relevé détaillé de l'emplacement de la ville biblique de Gezer, surtout 
en vue de déterminer la position exacte des inscriptions hébraïques et grecques 
gravées sur le rocher et fixant la limite sacrée (|ui entourait la ville. M. Cler- 
mont-Oanneau vient de recevoir du P. Lagrange six leiiilles de plans, coupes, 
vues et croquis, et quatre piiotograpliies eonteiiant le résultat des travaux exé- 
cutés sur le terrain par le P.. P. Lagrange avec l'assistance des RR. PP. Vin- 
cent, Delau et Savignac. La triangulation, faite au théodolite et contrôlée par 
des chaînages directs, rectifie sur nombre de points les données lopograplii(]ues 
établies en 1875 par la mission anglaise des Royal iMigineers. La recherclu' de 
nouveaux textes similaires n'a pas donné de résultat. Mais il ressort d'indica- 
tions recueillies de la bouche des fellahs de la région qu'il doit en exister d'autres 
encore, et l'on peut conserver l'espoir de les découvrir un jour en reprenant 
l'exploration du terrain. 

Le R. P. De La Croix fait une communication relative aux fouilles qu'il a 
faites sur le territoire de l'abbaye de Saint-.Maur de Glanfeuil (.Maine-et-Loire). 
Ces fouillt's ont été entreprises dans le but de rechercher les vestiges de monu- 
ments décrits dans une ancienne chronique, relative à la vie de saint Maur et 
dont la véracité a été fort contestée en ces temps derniers. Les recherche? du 
P. De La Croix lui ont permis de retrouver les substructions des monuments 
suivants dont il est fait mention dans la chronique : 1" villa gallo-romaine; 
2» nymphée ou fontaine monumentale gallû-romame ; 3° chapelle Saint-.Martin 
(vi« siècle); -i" habitation de saint .Maur; 5' chapelle Saint-Séverin ; 6» chapelle 
Saint- .Michel ; enfin, dans la chapelle Saint-.Martin, à droite de l'autel, à l'en- 
droit mentionné dans le texte, le sarcophage de saint Maur. De l'ensemble des 
travaux du P. De La Croix, il résulte ijue l'auteur de la vie de saint .Maur a eu 
sous les yeux les monuments qu'd découvrait, et que la terre de Saint .Maur a 
bien été le berceau des Bénéilictiiis de France. — M. Dieulafoy et S\. Oiry pré- 
sentent quelques observations. 

M. de Vogiié annonce que le R. P. Delattre a découvert à Carlhagc une »•.•'•• 
portant une longue inscription punique. 

M. Foucart continue la lecture de son mémoire sur les mystères d'Kleuris. 

III'' SKniE, T. XXXV. I I 



162 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

SÉANCE DU 5 MAI 1899 

M. Georges Perrot rend compte de son récent voyage en Tunisie, au cours 
duquel il a représenté l'Académie à la cérémonie d'inauguration du Musée du 
Bardo. 11 fournit d'intéressanîs détails sur l'organisation et les développements 
que M. Paul Gauckler a su donner à ce Musée. — M. Gaston Boissier présente 
quelques observations. 

M. Foucart termine la lecture de son mf'moire sur les mystères d'Eleusis. 

M. Paul Viollet commence la lecture d'un mémoire sur les chartes de fran- 
chises aux xioetxiic siècles. — M. Deloche présente quelques observations. 

SÉANCE DU 11 MAI 1899 

M. Gaston Boissier donne lecture d'une lettre de M. S. Gsell qui, grâce à 
une subvention de l'Association historique pour l'étude de l'Afrique du Nord, a 
pu faire des fouilles dans la province d'Oran, à Bénian, Alamiliai'ia, une des 
villes du limes maurétanien. M. Ronziès, qui conduisait ces fouilles, a déblayé 
une basilique chrétienne du v^ siècle, qui a été successivement entre les mains 
des catholiques et des donatisles. Celte église était assez vaste et entourée d'une 
enceinte défensive. La particularité la plus intéressante qu'elle présente est une 
crypte établie sous l'abside. L'épitaphe de la sainte faisait face à la fenestella 
confesaionis, percée au fond de la crypte. En voici le texte : 

Mcin{oria) Hobb(a)e, sacv{a)e Dei (ancillas), gennana{e) Honoi{uti, A]qu{a)esi- 
ren{sis) ep(i)s{cop)i, c{a)ede IradiUorum] v[e]xata merult dignUatc{m) mar- 
turi{i): vixit annis L et redJidil sp{intu)m die VUl Kal{endas) apriles, pro- 
{vinciac) CCCXCV (= 434 p. C). 

Il s'agit donc d'une religieuse, Robba, sœur d'Honoratus, évoque d'Aquaesi- 
renses, ville située au nord d'Alamiliaria, dans la vallée de l'Oued el-Hammam. 
Quant à Honoratus, il figure parmi les prélats donatistes qui assistèrent à la 
conférence de Cartliage de l'an 411 Robba, comme l'indique l'inscription, 
mourut en 434, victime des catholiques {traditores), et fut vénérée comme 
martyre. Ce fut là sans doute un des derniers épisodes de la lutte des catholi- 
ques et donatistes en Maurètanie. — Le caveau de Robba était flanqué d'autres 
sépultures, dont les épilaphes sont celles d'évêque et de prêtres, peut-être 
donatistes comme la martyre. Au contraire, une autre inscription, trouvée devant 
l'église, mentionne un évêque d'Alamiliaria, qui « [requie]vit in (ide et unlita]te ». 
A l'époque où fut gravé ce texte, l'église appartenait donc aux catholiques. — 
M. Gsell annonce qu'il expédie au Musée du Louvre la dédicace de la martyre, 
uneépilaphe d'èvèque, une épilaphe de prêtre, enfin un chapiteau. — M. Héron 
de Villefosse ajoute quelques mots relatifs à l'intérêt de ces fouilles. 

M. Munlz annonce que l'Académie désigne pour la médaille de la Société 
centrale des architectes français, M. Besnier, ancien membre de l'École fran- 
çaise de Rome, qui a fait dimportantes fouilles à Lambèse. 

M. Emile Picot annonce que la commission du prix Lagrange a décerné ce 
prix à .M. Henry Guy, maitre de conférences à l'Université de Toulouse, pour 
son Essai sur la vie cl les œuvres du trouvère Adan de le Haie. 



BULLETIN MiSNSUKL DE l'aCADÉM[E l)l':S IN'SCIUPITONS 163 

SÉANCE DU 19 MAI 1899 

M. le Ministre de l'Instruction publique écrit à M. le Secrétaire perfiéliiel pour 
le prier de demander à TAcadéinie son sentiment sur l'utilité qu'il y aurait à 
modifier les règlements actuels pour le recrutement de l'École française 
d'Athènes. 

M. Viollet continue la lecture de son mémoire sur les Chartres d'affranchisse- 
ment aux XI" et xii° siècles et les origines des institutions municipales. M. Viollet 
établit que ce qu'il y a d'essentiel dans l'idée de commune, c'est le droit d'un 
groupe important d'habitants d'avoir des mandataires ou représentants perma- 
nents. Mais ces représentants permanents ne sont point, au moyen âge, armés 
de pleins pouvoirs; car les membres de la commune interviennent presque 
partout directement dans les affaires communales. — Au moyen âge comme 
aujourd'hui, le mot commune sonnait mal à certaines oreilles. Aussi certains 
textes consacrent précisément l'existence de la commune tout en évitant de 
prononcer le mot commune. — Les hommes qui firent les premières communes 
n'étaient pas, comme on le croit trop facilement, des nouveaux venus à la vie 
publique. Avant la constitution des communes, on voit très souvent des commu- 
nautés exercer des droits de propriétaires, administrer, plaider et même juger. 
Le principe de la participation de tous aux affaires, des grands comme des 
petits, des riches comme des pauvres, est admis dans les régions les plus éloi- 
gnées les unes des autres. 

M. Héron de Villefosse communique un rapport détaillé du R. P. Delaltre 
sur les fouilles qu'il a exécutées à Carthage pendant le premier trimestre de 
l'année 1899, dans la nécropole punique située entre Bordj-Djedid et la colline 
de Sainte-Monique. Il signale particulièrement les figurines de terre cuite dé- 
couvertes dans ces fouilles : un lion assis, un jeune cavalier drapé et coifle d'un 
bonnet conique, une joueuse de flûte voilée et la tête chargée d'un diadème à 
palmettes, un très beau masque funéraire au type du Satyre barbu, etc. Mais 
l'objet le plus intéressant sorti de cette nécropole est une lance de bronzo, 
terminée d'un côté par un tranchant en segment de cercle et de l'autre par 
une partie eftilée qui devait entrer dans un manche en bois. Ce qui donne à cet 
objet toute sa valeur, ce sont les dessins au trait, finement gravés sur les deux 
faces avec une aisance et une liberté étonnantes. D'un côté, un personnage, de 
style égyptisant, debout, coiffé du pschent et vêtu de la schenti, porte un 
collier. De la main droite, il fait le geste de l'adoration; de la main gauche, il 
tient une palme légèrement inclinée. Les parties nues sont traitées d'une manière 
particulière qui ne ressemble pas à la technique égyptienne. Le pschent lui- 
même n'est pas exactement égyptien. De l'autre côté de cette lame de bronze 
est figuré un palmier, orné de deux régimes de dattes et placé entre deux 
grandes palmes. Plusieurs objets du même genre, sortis des tombes fouillées 
par le R. P. Delattre, sont ornés de ciselures analogues : il reste à en connaître 
la destination. 

M. Philippe Berger revient sur la tablette magique de plomb, portant une 
inscription punique, qui a été trouvée par M, Gauckler à Carthage. Il donne la 



^6i HEVUE ARCHÉOLOGIQUE 

traduction de la première ligne, encore inexpliquée, qui contenait le nom du 
génie invoqué sur cette inscription : « Grande Hava, déesse, reine ». Ce nom 
de Hava, qui est le nom d'Eve en hébreu, et qui signifie le « souffle », la « vie », 
désigne sans doute l'esprit du mort divinisé. Cette inscription semble donc in- 
diquer chez les Phéniciens une croyance au monde des esprits et à l'efficacité 
des formules magiques pour les évoquer, que l'histoire de Saùl et de la pytho- 
nisse d'En-Dor per;nettail déjà de soupçonner. 

M. Salomon Reinach étudie la cérémonie dite amphidromie, qui s'accomplis- 
sait en Grèce quelques jours après la naissance des enfants. Un homme, por- 
tant l'enfant dans ses bras, courait plusieurs fois autour de l'autel familial. On 
a vu là tantôt une purification par le feu, tantôt une initiation au culte de la 
famille. Mais ces explications ne rendent pas compte de la course rapide, élé- 
ment essentiel de l'amphidromie. M. Reinach cite des faits empruntés aux 
mœurs des peuples primitifs qui fournissent, suivant lui, la clef de l'énigme. 
L'enfant, même après sa naissance, passe pour participer encore à la vie phy- 
sique de ses parents. Il lui faut à la fois du repos pendant les premiers jours 
et, bientôt après, la faculté de se mouvoir. Pour ne pas troubler son repos, le 
père s'astreint d'abord à l'immobilité : telle est l'origine de la coutume dite de 
la couvade. Pour le préparer à la vie active, le père court autour de l'autel de 
la famille, comme, chez les Esthoniens modernes, autour de l'église pendant le 
baptême. L'idée dominante est celle de la sympathie physique. — I\L\I. Berger, 
Dieulafoy, d'Arbois de Jubainville, Oppert et Foucart présentent quelques ob- 
servations. 

(Uevue critique.) Léon Dorez. 



SOCIÉTÉ NATIONALE DES ANTIQUAIRES DE FRANCE 



SÉANCE DU 16 JUIN 1899 

M. Leite de Vasconcellos fait une communication sur deux monuments 
trouvés en Portugal. L'un est une mosa'ique romaine représentant Orphéej pro- 
venant des environs de Luria : l'autre, une inscription latine. 

Au nom de M. de Villefosse, M. l'abbé Thédenat présente le dessin d'une co- 
lonne découverte à Montagnac (Hérault), aujourd'hui déposée au Musée de Bé- 
ziers,et portant une nouvelle inscription gauloise en caractères grecs. 

M. l'abbé Thédenat fait ensuite une communication sur les fouilles récemment 
faites au Forum romain sous le pavé noir où l'on avait cru découvrir le tom- 
b'-au de liomulus. Les objets trouvés rendent cf4te attribution peu yraisem- 
blable : il y avait là un locus sacer remontant à la plus haute antiquité niais dont 
la destination est inconnue. 

SEANCE DU 28 JUIN 1899 

M. Gagnai entretient la Société d'une inscription sur bronze qui lui a été 
communiquée de Beyrouth par le P. Ronzevalle. C'est une lettre adressée aux 
naviculaires d'Arles par un personnage auquel ils avaient présenté leurs do- 



NOUVELLES ARCHÉOLOGIQUES ET CORRESPONDANCK iG5 

léances. II y est question des mesures à prendre pour assurer rintéfiité de la 
livraison du blé fourni par la Gaule Narbonnaise à la ville de Rome. 

M. Mowal, cherchant à expliquer la présence d'un fragment de damier der- 
rière la figure d'Orphée dans la mosaïque de Luria Communiquée dans la der- 
nière séiince par M. Leile de Vasconcellos,la rapproche d'une plaque d'argent 
publiée par Caylus et portant une figure de Cupidon sur un fond décoré en 
damier. 

M. Molinier fait remarquer que le fragment de damier de la mosaïque pa- 
raissait être un objet mal représenté plutôt qu'un décor continu. 

M. Blanchetlit un travail de M, de iMély sur les deniers de Judas. 

SÉANCE DU 19 JUILLET i899 

M. Rruston, associé correspondant, entretient la Société de la médaille du 
Christ à inscription hébraïque dont il a été plusieurs fois question depuis quel- 
que temps. D'après lui, cette inscription aurait une double signification chré- 
tienne ou juive suivant le sens où on la lirait. 

MM. Samuel Berger et Babelon croient qu'il est difficile de voir dans celte 
inscription autre chose qu'une inscription chrétienne. 

M. Gauckler, associé correspondant, détermine l'usage d'un objet publié ré- 
cemment dans le Catalogue du Musée de Carthage : c'est une tuile couvre-joint 
jouant le rôle de fausse gargouille. 

M. Saglio entrelient la Société de divers objets antiques en l'orme de pommes 
trouées munies d'un manche creux et qui paraissent être des arrosoirs. 

M. Babelon annonce que les fils de Beulé ont fait don au Cabinet des Mé- 
dailles de deux vases provenant de la collection de leur père, dont l'un est bien 
connu sous le nom de vase de Bérénice. 



NOUVELLES ARCHEOLOGIQUES ET CORRESPONDANCIi 



— M. Clermont-Ganneau nous communique la note suivante, qu'il a rédigée en 1SS2, 
et dont des copies autograpliices ont été communiquées alors aux diverses personnes 
qualifiées pour s'intéresser au projet qui y est exposé. Notre collaborateur ])ensc qu'il 
peut être utile de faire connaître aujourd'hui la teneur de celte noie restée inédite : nous 
déférons bien volontiers à son désir. — liéd. 

I^ole sur la création, en Syrie, d'une sf,al.i'jn iV archéologie orientale dépenlant 

de l'École du Caire. 

Nous possédons en Grèce, en Italie, en Egypte, des établissements scien- 
tifiques permanents, les Écoles françaises d'Athènes, de Rome et du Caire. 
L'archéologie grecque, l'archéologie romaine, l'archéologie égyptienne ont 
leurs quartiers généraux solidement et définitivemetit installés. Seule Varchéo- 
logie orientale attend encorele sien. La Syrie et ses annexes naturelles méritent 
bien cependant qu'on fasse pour elles ce que l'on a déjà fait si heureusement 
pour l'Italie, la Grèce et l'Egypte, Des explorations sérieuses et répétées y ont 
bien été entreprises, mais d'une façon mtermitleiite, et, malgré des résultats 



166 REVIE ARCHÉOLOGIQUE 

considérables, elles sont encore loin d'avoir donné tout ce qu'on est en droit 
d'attendre de ces régions qui intéressent sous tant de rapports l'art, la science 
et l'histoire. 

Le moment ne serait-il "pas venu de combler celte lacune et de créer, là 
aussi, un centre permanent de recherches méthodiques et continues? 

L'archéologie orientale a désormais conquis son autonomie. L'enseignement 
en a été introduit en France et inauguré officiellement, il y a déjà plusieurs 
années, à l'École pratique des Hautes-Études. Son domaine a été reconnu et 
constitué dans nos musées par la création récente, au Louvre, d'un Départe- 
ment des antiquités orientales, distinct du Département classique, grec et ro- 
main, et du Déparlement égyptien*. Enfin l'on a, avec raison, dans le plan 
d'organisation définitive de l'Institut archéologique du Caire, qui est à la veille 
d'être exécuté, introduit à côté de la section d'égyptologie une section d'archéo- 
logie orientale. L'idée est excellente et bien faite pour répondre au desideratum 
qui vient d'être signalé, à la condition toutefois que cette dernière branche ait 
un point de contact avec son terrain naturel, et soit placée dans les conditions 
les plus favorables pour prendre racine. Le complément indiqué et nécessaire 
de l'École du Caire est l'établissement d'une station d'archéologie orientale en 
Syrie, relevant immédiatement de l'École. 

Quelle est l'étendue et quelles sont les limites du champ sur lequel duit 
s'exercer l'action de cette station? Dans quel centre convient-il de l'installer? 
Quels seraient ses principaux objectifs et son utilité pratique? Dans quelles 
conditions peut-elle être organisée? 

Le domaine de l'archéologie orientale commence, géographiquement et 
scientifiquement, aux confins des domaines de l'archéologie romaine, grecque 
et égyptienne, dans lesquels il a cependant plus d'une enclave. Les antiquités 
hébraïques, les antiquités phéniciennes et, dans un sens plus large, les anti- 
quités syriennes, de toutes les époques et de toutes les races, sont de son 
ressort immédiat. H comprend, en outre, ces antiquités mixtes, produit du 
contact et de la pénétration réciproque de plusieurs civilisations, antiquités qui 
sont peut-être les plus intéressantes pour l'histoire de l'esprit humain. Point 
d'intersection des mondes égyptien, assyrien, hellénique et romain, berceau du 
judaïsme, du christianisme, et. dans une certaine mesure de l'islamisme, lieu 
de rencontre de l'Orient et de l'Occident au moyen-âge, la Syrie a, pour ainsi 
dire, le monopole de cette catégorie d'antiquités instructives entre toutes. L'aire 
d'investigation de l'archéologie orientale embrasse Chypre, toutes les côtes de 
la Syrie et s'étend jusqu'à l'Kuphrate et au Tigre, en se prolongeant dans la 
péninsule arabique. 

Il suffit de jeter un coup d'œil sur la carte pour voir quel est le point le 
plus favorablement situé pour rayonner dans ce vaste espace. C'est, sans con- 

\. La création, au Louvre, du Département des Antiquités orientales, due à 
l'initiative de M. de Konchaud, ;i été, romnio celui-ci m'en a donué plus tard 
rasfurriucc foruielN;, la rc^alisation point pour point d'uu plan que j'avais pré- 
seiilO a (jui de droit quelqu.s anui:es auparavant et que le ref<rettù Directeur des 
Musi'es uationaux avait retrouvé dans les arrhivcs de son administration. — 
C. C.-G. 



NOUVELLES ARCHÉOLOGTOUES ET CORRESPONDANCE \ 67 

tredit, Beyrouth, qui oiïre toutes les ressources intellectuelles et matérielles 
voulues, jointes à dos facilités uniques de communication avec le reste de la 
côte et les régions de l'intérieur. 
Les principaux objectiFs de la station à créer à Beyrouth seraient : 
1" Recherches, excursions, explorations, voyages de découvertes, dans 
l'aire déterminée plus haut. L'on procéderait par une série de campagnes sur 
divers points variant suivant la saison et les circonstances, campagnes coupées 
par des séjours à Beyrouth employés à mettre en œuvre les matériaux recueillis 
et à en préparer la publication au fur et à mesure des découvertes. 

2° Relevé des monuments : estampages, moulages, photographies, plans 
et dessins. 
3° Excavations sur des points déterminés. 

4" Acquisition des antiquités, sur place, pour nos collections nationales. 
Ce dernier objectif mérite une attention spéciale et vaut qu'on y insiste. 
L'acquisition des antiquités sur place serait une ressource précieuse pour l'en- 
richissement de nos collections nationales. C'est même aujourd'hui, d'une 
façon générale, le seul moyen, pour elles, de lutter avantageusement contre la 
concurrence que leur font les musées étrangers. Ce n'est pas assez d'accueillir 
les antiquités quand elles viennent à nous. Il faut aller à elles. Sans quoi l'on 
s'expose à n'avoir trop souvent que les rebuts des autres ou à payer de beaux 
objets des sommes exorbitantes. C'est sur les lieux même qu'il convient de re- 
cueillir les antiquités en les achetant de première main, des paysans ou des 
nomades. C'est ainsi, d'ailleurs, qu'ont été formées, en grande partie, nos an- 
ciennes et merveilleuses collections et que nous nous sommes assuré, sur nos 
rivaux étrangers, une avance que nous sommes menacés de perdre à bref 
délai, si l'on n'y avise. Nos musées, à l'instar des musées étrangers, devraient 
avoir, au dehors des agents spéciaux chargés de les alimenter. A Beyrouth, 
l'on pourrait profiter de la station d'archéologie pour organiser un service d'ac- 
quisitions de ce genre qui nous permettrait de drainer, à très peu de frais, et 
au plus grand bénéfice du Louvre, tout le Levant. Les collections particulières 
sont remplies et s'enrichissent chaque jour d'objets d'art exquis, ou de monu- 
ments d'une grande valeur historique, provenant de Syrie et dont la place au 
Louvre serait marquée. Rien ne serait plus facile que de détourner à notre 
profit ce courant d'antiquités, en jetant sur la Syrie et sur Chypre un vaste ré- 
seau de correspondants indigènes reliés directement à la station de Beyrouth. 
Avec quelques miUiers de francs consacrés chaque année à ce service spécial, 
l'on recueillerait de véritables trésors, dont la valeur intrinsèque surpasserait 
de beaucoup, non seulement le prix d'achat, mais la totalité des dépenses de 
la station permanente. Par ce côté pratique la création projetée différerait sen- 
siblement de nos grandes Écoles archéologiques qui poursuivent, en général, 
un but un peu platonique. 

Pour ce qui est des conditions dans lesquelles l'on pourrait organiser cette 
station appelée à rendre tant de services, il suffirait d'emprunter les éléments 
déjà contenus dans le projet de l'École du Caire, en les appliquant au milieu 
même en vue duquel ils ont été admis et où seulement ils ont chance de trouver 



168 REVITE ARCHÉOLOGrOrE 

leur plein et entier développement. La section d'archéologie orientale, partie 
intégrante de l'Kcole du Caire, aurait simplement besoin d'avoir en Syrie un 
prolongement matériel, aboutissant au centre fixe de Beyrouth. Ce centre, qui 
ne serait en quelque sorte qu'un pied-à-lerre de l'École du Caire, serait repré- 
senté par un local peu ooùloux, destiné principakMnent à l'emmagasinement 
des collections. Un personnel restreint, mais actif, y poursuivrait d'une façon 
permanente l'oeuvre esquissée plus haut qui, pour être efficace, doit être menée 
sans interruptions, cette continuité étant la condition même du succès. Un ar- 
chéologue expérimenté, assisté d'un collaborateur graphique pour les plans, 
dessins et photographies, répondrait à tous les besoins. Ils seraient fournis tous 
deux par la section d'archéologie orientale de l'École du Caire. Les membres de 
nos Écoles du Caire, d'Athènes et de Rome, qui viendraient faire une tournée 
en Syrie, nos missionnaires scientifiques, seraient sûrs de trouver toujours 'là 
un centre de ralliement, des livres, des conseils et des directions. Cette combi- 
naison qui permettrait d'atteindre de la manière la plus directe l'un des buts 
principaux de l'École du Caire, aurait l'avantage de ne nécessiter aucun nou- 
veau sacrifice d'argent, puisqu'elle n'impliquerait que l'application, dans des 
conditions éminemment pratiques, des dépenses prévues au budget de celte 
école, pour la section spéciale d'archéologie orientale. 

Ce projet peut être envisagé à un autre point de vue dont l'importance 
n'échappera à personne et qu'il suffit d'indiquer ici en quelques mots. 

La création à Beyrouth d'un établissement français de haute science, repré- 
sentant la grande École du Caire, contribuerait sensiblement à augmenter en 
Syrie notre prestige, dont nous nous irontrons si justement jaloux et à y 
assurer notre suprématie intellectuelle, en mettant à notre disposition un moyen 
d'influence qui n'est pas à dédaigner. Elle ne serait pas déplacée assurément à 
côté des encouragements que le gouvernement de la Rr^publiqiie, suivant une 
politique séculaire, croit nécessaire encore aujourd'hui d'accorder dans tout le 
Levant, et notamment en Syrie, sous forme de subventions considérables, aux 
établissements religieux ayant un caractère scolaire. S'il paraît expédient à nos 
hommes d'Etat d'utiliser, sur ce terrain d'une espèce à part, l'élément religieux 
comme véliicule de la langue et des idées françaises, il ne leur déplaira peut-être 
pas d'affirmer en même temps l'indépendance de leurs idées en y fondant une 
institution consacrée à la science pure et libre. 

Sous ce dernier rapport, le projet se recommande particulièrement à l'atten- 
tion du Départi-ment des Atl'aires étrangères, à l'appui et à la coopération 
duquel il serait peul-élre permis de faire appel dans une certaine mesure. 

— Gazette des Beaux-Arts, !«'' juin 1899. — Paul Desjardins, Les Salons de 
1899, premier article. — Bernhard Berenson, Amico di Sandro, premier arti- 
cle. — B. Prost, Maîtres oubliés : Bélix Trutat, 1825-1848 (Eenime couchée, 
héliogravure Braun). — M. ïourneux, La vie et fœuvre de Maurice Quantin 
de /(X Tour (Portrait de femme, phololypie Bertaud. La petite fille au manchon, 
gravure en couleurs de \\. B-rtrand). — Les Musées de province. Albert Ba- 
beau, Le Musée de Troyes. — Bibliographie. — Nombreuses illustrations dans 
le texte. 



lilBLIOGRAPHlE 169 

BIBLIOGRAPHIE 



Feriiand ENnERANi». — Inventaire des tableaux da Roy rédigé en 1709 et 1710 
par Nicolas Bailly, publié poiii- la première fols avec des additlous et des 
notes .— Paris, Leroux, 181)9. lu-S», f>96 pp. 

L'inventaire Bailly que M. lilngerand vient de nous donner avec un com- 
mentaire abondant et précis dans la Collection des Inventaires publiés par la 
Section d'archéologie du Comité des Travaux historiques, constitue un instru- 
ment de travail de premier ordre. M. Engerand, pour l'avoir mis à la portée de 
tous, a droit à la reconnaissance à la fois de ceux qui s'intéressent à l'histoire 
de nos collections nationales et de ceux qui s'occupent de l'histoire de noire art 
français. 

On sait que ci'l inventaire fut rédigé dans les premières années du xviii° siècle 
par le peintre chargé de la garde des tableaux du Roi. Ces places d'artistes-fonc- 
tionnaires se transmettaient d'ailleurs de père en fils et nous voyons des Bailly 
chargésd'emplois analogues pendanttoutlexvm'^siècleS comme d'autresartistes, 
sculpteurs au moins à l'origine, tels que les Jacquet, étaient chargés de la con- 
servation des antiques royaux. Nicolas Bailly était entré en fonctions en 1699 
et avait reçu, peu après, de Mansard l'ordre de procéder à un inventaire géné- 
ral de toutes les peintures appartenant à la couronne. Ce n'était pas du reste 
une tâche très aisée, étant donnée la dispersion des collections. Depuis leur ori- 
gine, sous François I", on avait bien eu l'idée à diverses reprises de former une 
sorte de musée, un cabinet comme l'on disait, soit à Fontainebleau au xvi" siècle, 
soit au Louvre après les gros achats faits sous Louis XIV. Mais le plus souvent, 
on se servait simplement de ces œuvres d'art pour décorer des appartements. 
François l^' n'avait-il pas été, ce sont les recherches de M. Louis Dimier sur 
Fontainebleau qui nous l'ont appris, jusqu'à se servir de sa Salle de Bains comme 
de lieu d'exposition pour des tableaux de maîtres italiens ? C'étaient là de simples 
meubles qu'un caprice royal ou un changement quelconque de résidence suffi- 
sait à faire déplacer. En particulier à la fin du xvii^ siècle l'embryon de collec- 
tion formée un moment au Louvre s'était de nouveau dispersée dans les divers 
locaux de Versailles où il ne manquait certes pas de place pour la recevoir. 

Plusieurs inventaires avaient déjà été dressés par Lebrun puis par Houasse, 
mais celui de Bailly devait les dépasser tous en étendue et en exactitude. Re- 
manié lui-même plusieurs fois, il n'atteignit sa forme définitive qu'en 1710; c'est 
le texte choisi par M. Engerand pour sa publication. Il nous présente l'état 
exact des collections royales à la fin du règne de Louis XIV, et la fréquence de 
certains nomsd'artistes, l'exclusion de certains autres (il n'y a qu'un Rembrandt 
pour vingt-sept Carrache) témoignent bien des goîits artistiques du grand roi. La 
plupart néanmoins des chefs-d'œuvre qui font encore aujourd'hui la gloire de nos 

1. Cf. J.-J. Guiffrey, Les Bailly, peintres et f/ardes des tableaux du liai (Revue de 
l'art français ancien et moderne, 1896, p. 113). 



170 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

musées figurent déjà dans le registre de Bailly et nous avons là comme les 
titres de noblesse de nos collections nationales. Le texte original de l'Inventaire 
se trouve aux Archives nationales (0' 1975); plusieurs copies en furent faites 
dans la suite. M. Engerand en a retrouvé deux aux Arcliives; une troisième est 
conservée au Musée du Louvre. 

11 ne faut pas demander naturellement beaucoup de critique à l'excellent Bailly ; 
il a enregistré les attributions traditionnelles, décrit sommairement les sujets, 
noté les dimensions et l'emplacement des œuvres. Il faut lui savoir gré de la 
méthode avec laquelle il a proc-Vlé, en rapprochant les tableaux de chaque maître 
et en classant les maîtres par écoles, au moins dans la rédaction définitive, car 
dans l'une des précédentes il avait eu l'idée de classer les artistes sans ordre 
d'écoles, en peintres c plus ou moins habiles ». 

M. Engerand a '"ait suivre chacune des mentions de Bailly d'une série d'indi- 
cations très nettes puisées avec une conscience scrupuleuse et une information 
très étendue dans les Descrijittons anciennes ou dans les inventaires antérieurs 
et postérieurs à 1710; en sorte que ce n'est pas seulement un inventaire unique 
que nous trouvons dans ce livre, mais la matière de toute une s<^rie d'inventaires 
que M. Engerand a étudiés et mis à profit. Ce sont les matériaux d'urne histoire 
complète de nos tableaux avec leurs provenances, leurs déplacements, leurs ma- 
ladies et aussi hélas! leurs restaurations successives. 

Mais, comme nous l'indiquions en commençant, il y a mieux encore ici que 
des documents pour une histoire des tableaux, il y a de quoi servir très utile- 
ment l'histoire même de la peinture. Des séries d'oeuvres décoratives, par exemple, 
s'y trouvent décrites qui ont été depuis détruites ou dispersées. Ainsi les déco- 
rations d'Ambroise Dubois à Fontainebleau, celle de Lesueur aux appartements 
du Louvre, bien d'autres encore aux Tuileries, à Vincenn^s, à Marly, etc. Toutes 
les commandes royales pendant plus d'un siècle y ont laissé leur trace. Avec des 
renseignements très précis, puisqu'il s'agit d'oeuvres récentes d'artistes dont 
quelques-uns vivent encore, on trouve là le témoignage de l'activité artistique 
de nos peintres français pendant toute une période et non la moindre de notre 
histoire ailistiiiue. La tâche de l'éditeur était un peu plus simple ici que pour 
les tableaux illustres dont l'historique pourrait remplir des volumes; c'est plu- 
tôt la pénurie des renseignements que leur abondance, qui pouvait l'embarrassér. 
Il s'est efforcé néanmoins de nous renseigner avec le même soin sur les desti- 
nées ultérieures et l'emplacement actuel des œuvres dont il trouvait la mention. 
M. Engerand a déjà tiré lui-même de ces études longuement préparées une 
série de notes, d'identifications, de restitutions parues soit dans la Chronique 
des arts, soit dans la hevuede Cari ancien et moderne, il est loin d'avoir épuisé 
cependant la matière et son travail pourra fournir encore à bien d'autres cher- 
cheurs une mine féconde de renseignements et d'éclaircissements. 

l'aul ViTHV, 



REVUE DES PUBLICATIONS ÉPIGRAPHIQUKS 

RELATIVES A L'ANTIQUITÉ ROMAINE 

(Pl. XVI.) 



Mars -Juin 



r PÉRIODIQUES 



American Journal of Archaeo- 
LOGY, 1898. 

P. 26 et suiv. Dennison. Article 
intéressant sur les sources épigra- 
phiques de Suétone, sur les ins- 
criptions que cet auteur a connues 
ou pu connaître, sur celles qui 



confirment ses asseitions ou les 
contredisent. 

P. 79 etsuiv. fï.ilbherr. Inscrip- 
lions de Crète. 

• P. 84- Nouvelle copie du C. I. 
Gr., Ci 5 87. 

P 85. Gorlyne. 



32) I A /\ 6 P i o N o P A A I I r^mm^Cl N I i?:^'-! 

TON 6ni(|)AN6CTATON KAI ANAP6I0TAT0N 

TON €AYTOY KAI THC OIKOYM€NHC O^C 

MAPKOC AYPHAIOC AYp.HC O AIACHMOT 

THC KPHTHC 



1. 1. Pa/iptov 0[jja}ip:icv Ma;i- 
I. 4. -^-^Vl? ou A"j;y;ç. 



P. 373 et suiv. Dennison. Ins- 
cripiions nouvelles de Pouzzoles, 
Baies, Misène et Cumes. 

P. 374. A. Pouzzoles. 



33) ex IVSSV I o M HELIOPOLIT AN/ 

aedi'M DILAPSAM M VLPIVS SABINVS AHDITVS • M 



1. 1. [£'.r] jussu J[ovis) 0{plimi) 
Minximi); 1. 2. aeditu'u)s 



P. 391. Même pi-ovenance. Sur 
un tuyau de plomb ^en id exem- 
plaires). 



172 REVUE ARCHÉOLOGIOUE 

34) L-ACILI • STRABONIS 



P. 393 
35) D 



M 



P • AELIO • THEAGENE VE 
(sic) TERAXO ex cl • LR • MISEN 
MILITAVIT • ERGODOTA 
VIMIT • ANNISLVIII • M • XI 
A V R E L I A S Y N T I C H E 
C O X I V G I • B MF 

1.3. ex cl{asse) [p]r{aetoria) Mi- 
sen{nlium); 1. 6. m{ensibus) XI\ 
1.8. b{ene) m[ereniî) f[ecil]. 



Bulletin archéologique du Co- 
mité DES TRAVAUX HISTORIQUES, 
1898. 

P. i55 el suiv. Inscriptions 
d'Algérie et de Tunisie. 

P. i56. Au sud de la koubba de 
Sidi-Amor (à 8 kilomètres environ 
au nord-est du Kef). 

36j 

IN PRAEDlIs 

I. MEMMI VICTORICI ET FiLIORVM 
A SOLO EXSTRVCTORVM ET DEDI 
CATORVM FVSCO II ET DEXTRO COS 

1. 3. a solo exsiructijoryum el 
dedlcal<fii)um. 

An. 2-2.'). 

P. i65 et suiv. Delattre. Sceaux 
en plomb trouvés à Cartbage. Ils 
se com|)Osent de deux ou trois let- 
tres inexplicables. 



P. 17 î- Héron de Villefosse. 
Inscriptions de Tunisie. 

P. 17]. A Bordj-Touta. Lecture 
vérifiée sur l'original par M. Gauc- 
kler. 

37) 

M • CAECILIO • SEX • FIL • 
Q.VIR ■ AEMILIANO • 
XVIR • STLITIBVS ■ Iv 
D!GANDIS • VII VI RO 
E P \' L O N V M Q. V A E S 
TORI AVGVSTI CAN 
DIDATO • LEG • PR • PR • 
P R O V I N C I A E . A 
F R I C A E • T R I B V N O 
PLEBIS • PRAETORI 
PATRON O 
D D P P 

I. 1. [S]exto Caecilio, Sex{ti) fi- 

l{io), Qu\r[ina tribu), Aemiliano, 

decemvir[o) 

1. 12. d{ecrelo) d{ecurionum) p[e- 

cunia) p{ubllca.). 

Sur ce personnage, cf. Dion, 
LXXVII, 20. 

P. 17G. A Klianguet-el-Bey. 

38) 

MERCVRIO FATALI 

AVG • SACR 

M • LOLIVS GEMELLVS 

\' • O • V • L • A • S 

Mercurio tatall Aug{usto) sa- 
c{rum). M[a7-cus) Lolius Gemellus 

v{otum) l[ibens) a[nimo) s{ol- 

vil). 

La dernière lij^ne n'est sans 
doute pas bien copiée. 



REVUE DES PURLICATIONS ÉPIGRAPHIQUES 173 

G. don[atus donis niilit]ari[b[us)]. 
Henchir-Cer- 



P. 19Î. Inscriplions funéraires 
de Henchir-Tliiné. 

P, 20.") et suiv. Commandant 
Toussaint. Inscriptions de Tunisie. 
Nombreuses funéraires avec des 
noms indigènes. 

P. 21 3, n" 38. — Henchir-lîou- 
AUouch. Brisée à droite. 



39) 



DIS M A N I B V S 

S A C R V M 
L • MVRRIVS FRO 
FRONTO • VETERA 
NVSEX -LEG • II 
ADIVTRICE • DON 
ALAKIS PIVS 
VIX • ANNI LXXV H S 



P. 215, n" jt). 

touta. 
40i 



II IDVS SEPTE.MBF \ 
ME MORT A BEa\ 

N O M I X A BEATES 
Q.V I PASSI SVNT > 
I D EST F O RT V N I \' 
3EROBAVDES 



P. 217, n" (12. — Au bord de 
rOued-Bayad. 



41) NHPTVNO 15 AVG î5 SACR f* 

PRO SALVTE IMPERATORVM 
L ■ SEPTIMI SEVERI pI PERTINACIS AVG ET 
M Ï5 A V R E L 1 A N T O N I N I AVG II et 

p . septimi getae nobilissimi caes. 

ET IVLIAE AVG MATRI AVGg'-nn 
VICTORIS ^ GETVLICVS tS lANVARIVS 
V E R N A E A V G G S \- O S V M P T V & 
FECERVNT i^ IK RE 'i> SVA C> 
CUVANTE lANVARIO PATRE 
WMMMM^MMf^y- DISPENSATORIBVS 

II). (Comptes-rendus des séan- 
ces), 1899. 

42 ]^ R V M • C A P I T V L V M • A 

AS • TRES - MEDIANAS • IN • PORTICV 
Ixamci A CIDONIS • F • NARCAVS • ORCV 
AL • SIRIMBALIS • NAGVD • BARIGBAL 
AL • FELICIS • F- BARIGBAL • LVCANI 
ECNIS • ARISIO • RICVFONIS • F • SE 
^.VNDVS LACTVCA • ANO S VF 
VIS • F • LVCANVS . SVFETES • DE 
lOT • D S P F j 



Janvier, p. xix. Gauckler. Bou- 
Arada (Tunisie). 



.•s f. 



174 



REVUE ARCnÉOLOGlOUE 



P. XX. Sur le sommet du Bou- 
Kournein. 

43) SATVR«0 

B A L C A R A N 
AVGVS • SAC 
a • SALLVSTI 
VS • FELIX • SA 
CERDOS • SOM 
\IO • lACTVS 
L • A . V . S 

1. ;. somnio factu[77t] l{ibens) 
a[nimo) v{otum) s{ohit). 

Février, p. iv. Héron de Ville- 
fosse. Beyiouth. 



44 



1 • O • M • H 
CONSERVATORI 
L • MVCIAEIVS 
FORTVNATVS 
DECMI ANVS 
V • L • A • L 



1. 1. J{ovi) Optimo) M{aximo) H{e- 
liopoli(ano). 

P. XI. Lambèse. Quatre petits 
fragments du discours d'Hadrien. 

P. XII. Dédicaces à Saturne 
trouvées près d'Enfidaville. 

Mars, p. I. Héron de A'iliefosse. 
Beyrouth. 

45) 

M • CORNELIVS 

C • I" • FAB • LEG • VIII 

G A LLICA 

P. VIII. Gauckler. Carthap;e. 
Dans une pièce souterraine murée 
à l'époque du triomphe du chris- 
tianisme. 



46) 



a. 



I O V I & H A M M O N I • 
BARBARO .■ SILVAXO • 
SACERDOTES • 
SEMPRONIA • SALSVLA • MATER 
C . IVNIVS • MERCVRIVS 
L • PISTORIVS • SVAVIS 
C • GRAECINIVS • AVSPICIALIS 
P • IVLIVS . FELIX 
L • PISTORIVS • SILVAKVS 
L • VALERIVS • FORTVNATVS ' 
L • CAELIVS • FEREGRINVS 
T • VALERIVS PRIMITIVS • 
P ■ TETTIVS • SATVRNINVS 
M • PO.MPONIVS • CRESCENS 
M ' PO.MPONIVS ■ FELIX 
L ■ CAHLIVS DEXTER 



SAC- 



a • LIBERIVS PROCV 

LVS i^o S A CERDOS 

VALERIA PAVLI 

N A i-i MATER %. 

S A C R O R V 

(& Gi> 



REVUE DES l'UIiLICATIONS ÉPIGRAPHIQUES 



Ho 



Q . CAECILIVS HONORATVS 

'mm 



SACEDOTES 
DEI BARBARI SILVANI 



Les inscriptions h et c ont été 
ajoutées postérieurement^ chacune 
d'une main différente. 

1. 4- mater sac{rorum) . 

P. IX. Même endroit. 

47) 

S . A • S • 

Q.- FABIVS • SAT • SACER 
MARTIS • TEM • AED MEMO 
ET FORTVNVLA COIVX EIVS 
CVM FILIS SVIS • VOTVM 
SOLVIT 

S{aturno) A{ugusto) s[acrum). 
Q. Fahins Sat{urninus) sacer[dos) 
MarLis. Pour la suite M. Héron 
de Villefosse propose lem{enorus) 
aed[is) Memo{riae). 

Bulletin de Correspondance 

HELLÉNIQUE, l8g8. 

P. 346. Perdrizet. Inscription 
publiée par M. Cumont. 



48) 



V A L E R I A 
SEVERA AN 
TISTES • DEANE 
CASZORJAE PI 
TITVA SANCt 
SIMO ORDINE 
ET DECRETO D 



lONIACINENK 
MSIPI ETAtARO 
ACMEO NE POT î 
S V O L • P • 

1. 3 et suiv. Dean[a)e Caszoriae 
p[e]tilu a sanclisslmo ordine. 
1. 7. M. Perdrizet propose : et 
décréta d[ec[urlonum) [lm\aginem 
[p{ecunia) s]ua sihi et Atiario Ac- 
meo nepot[i] suo l{iben%) piosull). 

P. 36i et suiv. Cousin. Inscrip- 
tions de Carie. 

P. 386. Mylasa. Fra^aiients de 
l'édit de Dioclétien. 

49) 

rJBRVM TEXTILE MA 
RIBRVM LEGVMINALE Textile 
r-IBRVm faECILE TEXTi/e 

b) Déjà publié C. I. L., III, p. 
1910. 

c) Déjà copié par Le Bas (Blùm- 
ner, Das MaxlmaUarif, p. 3o). 

d) Inédit ; mais le texte était déjà 
connu par l'exemplaire de Strato- 
nice {C. 1. L., III, p. 807-808). 
Quelques additions. 

P. 4()3. Perdrizet. Fragment de 
l'édit de Dioclétien trouvé à Del- 
phes. 



476 



REVUE ARCIIEOLOGIOIE 



50) 



OnOnAACAMOY nPGOT AA 
AIX0AC nPGOT AA 

AIX0AC B AA 

CTAKTHC AA 

(j)OAIATOY__ AA 
POAINOY iïP AA 
POAINOY B AA 
6AAIOY CTYPANIKOY AA 
€AAIOY ÇIPINOY AA 

6AAI0Y KYnPINOY KANCOniKOY A 
KAnNAlAAIOY AA 

6AAI0Y HAPIKOY AA 

eAAIOY COYCINOY AA 
POAOM^AITOC AA 

€AAIOY NAPAINOY AA 
6AAI0Y AMAPAKINOY AA 
6AAI0Y TAAYKINOY AA 

ziNriB^peooc mphym^nhc aa 

ZINriBfP^GOC ZHPAC AA 

EY(Î)0PB10Y AA 

ZMYPNHC TPGOrAÇITlAOC AA 
ZMYPNHC CTAKTH-: Xa' 
ZMYPNHC C 



1. 12. è/.aîcj nap(6)'.y.sj. 

P. 472 et suiv. Q. Seure. Ins- 
cription de Pizos en Tlnace. 

51) 'AvaOfirr/Yi. 

-zi-M-f xj-:s/.p5!|'sfwv A. — szT'.y.'.oj 
I.eur,pzj IhpT'vr/.sr -/.(al) M- Ajpr,- 
(aîou) 1 'Avt(.)V£{v:j -£65., /.t. [II. 
:Cçzt('.'^.{oj) TéTa Ka-sxpcç,] -/.(ai) | 
'IcjAia; Adi;.vr,=, irr^xpô; y.âîTcwv, 
v£{y.r,ç y.x'. auov'su | c'.x;j.cvy;ç. /.a'. -:j 
îJvTTr/-;: aj-».>v :•.'/.: j y.xl Up5; rjv- 1 



y.AYjTO'j y.a; cr,;j.iu tcD 'r'(o;j.3:û.)V y.al 
'.îpo)v cTpaT£'j;;.âTO)v, I Èy.T'i'Or, -/.y-'x 
cwpîiv Twv y.ypûov è[x-dp'.cv 11(^0?, 
Et:* I L»zâT(j)v twv y.jpûov ajTsy.patspwv 
A. —i~{x'.'^.ic-j) '^e-jr,pcu IIîp|T(vay.cç 
y.ai M. Ajp. 'Avt(ov£{v:j ^lîî., ax: 

[J.£Tf.')/.'.7XV £■; x'j-'z\z''. 'jT.Z-l-Xy^.VK'.' 

Suit la li^lc- dos premiers habi- 
tants de Pjzos répartis en neuf 
j,Moupes formant chacun une série 
géographique précédée du nom 



KEVUE DES PCBLFCATIONS ÉlMCRAPriIQUES 



177 



d'un bourg. Elle se termine par la 
mention suivante : 

'Ax'JXou I 'AvTWVtOÇ 'AvTwvi'ou | F. 
OùaXép'.o; PoOçoçl Mouxiavoç Mou- 
Y.X7:6pzoq\yioD'A'.xvcç 'A-/.L)Ac;u|Où[â]- 

XtjÇ OùâXôvxoç I ooç ^y.ÉOusi;! 

Po')?(cç) 'Aja[Xioç]l<î)X. Mou-/.'.[a- 
vtv]oç. 

Ensuite on lit : 

K. ^'.y.ivvtoç KAapo?|î:p£a6. Seê. 

àv-riŒ-cpâ I rr,Yoç 7v£Y£t • | Tt] %poà<\iei 
Twv (7TaO[ji.wv Y)oô£[vj|x£ç ô[t -/.Jûfptjot 
Yj[;,à)V [X£Yt7T0i|%al OetÔTaxoi a'JTO*/,pâ- 
Topîç, |o'.à -avTCÇTSTOu éauTwv al(o|voç 
(âouX-ziôëv-csç èv r?) aùr^ eù^rps | r.tix 
oix\j.eXvoi.i Trjv a'jT(ov| ÈTrapysiav, ^po- 
créxaçav xà ovJTa èv^ôpta sTCKfavi- 
(TTepa 67i:[ap]|^at, y.at xà [j/^ TCpixspov 
ov-ua I [Y]£[v£!j6a'.]- /.at ysyavôv. 

['E]T:£louvo£i:T;à £7wO£taç oa)p£laç 
6p[xw[j-£va E'jT'jyéaTEJpa £lvat xal èx 
T^ç Twv ÈçEJawTwv xà^ewç, oùx èVTlO- 
pt)[x]o'jç Br^xÔTaç, àWà T07uâpj-/ouç 
^ouA£'jTàç £X£A£uaa | [£Xî:£]iATi:£[cOai] 
e\q xauxa xà | [ivlTCÔpta, ooùç aù[xoïç] 
xal ot' £7uiaxoj[X^ç] G'q[J.T)[vqp]x 7,7}. 
Btxaioooaiav | [y.al èvxeiAjaç [;/^ y6p£t 
ixr^oà Ç)ix j o'.y.atocûvY] cà xai £';:(t)£i- 
xeta, I [otaYJEtv xojç èvotxouvxaç, xai| 
[[xri [ji,6]vov a'jxoùç xauxa 7:pxGG\[evf, 
àWx x]at aTTO xwv àXAwv xt ao'.xo(v) | 
[Tcapaaxeuâj^Eiv TcpoYipT/t'ivwv èpue-l 
G6[a'. xàç àh]zixq7.x\'Ko\'J7:\Tfieixq.\ 

np[oç x]ou thxi £ijSaiiJ.ov£c;x£pa | 
xaDxa èiJ-Tuopia, £7:£iôov [xàv avcpa]? 

III'' SÉRIE, T. XXX.V. 



[~xptTZ'.o]r,\).e.h £-jocxi[AoDvxaç [èy.] | 
x[wv x£]p'.^ y.a)[xo)v, x£fGovxxç ok | 
[aAÀo'jç] xal [X£XO'.x(Çeiv £tç xai3 1 [xa 
xâj £;j-dp'.a, xat aùxoç oé xpo|x[iO]£- 
[lX£v]oç xa'i xc'jç [3oi)Xo;x£VO'Jç 1 £x[cv]- 
x-/)v xoûxo tcoieTv £;gvxx; | Oô{aç xijy;/;; 
xo)v ^£6a(jxwv I [XEyaAaç oiopEaç* xoux' 

eaxiV I TToXstXlXOU (J£{[x]0U [àv]£'.7(pO- 

p(av, I xal £7:[[[ji.£a]£(x? po'jpYxp'!o)v 
xal I çpo'jpt7)V xai àvYapEÎwv avEGiv-j 
Kal xaûxa [asv 7:£pi x-?;ç xz;£0); | xo- 
■Kxpyo'J xa'i X-?;; âÀ£'.xs'jp l[Yt'a; x(o]v 
Ivo'.xo^vxwv •?] £VGtx-^|[7;v]xwv. riEpl 
oà xo)V olxooo[j.-r;|[j-3cxa)v, oTMq kr.iiJ.z.- 
)v£iaç xuv|xàvovxa £ti; àsi oia[J.£Voi,l 
x£).£uo) xo'jç xoxap-/ouç xal xoùç | 
£7:'.[a-â]0i^,ouç Gxpax'.wxaç | ['::]a[p]à 
xwv £7:'.[j.£Ar(X(T)v 7:apaAa[v|ô]à[v£'.]v 
xà T.pxiiiôp'.x xal xa pa] AaV£Ta -avxa- 
^66£v ôAÔy.A-r]|pa- xcîlx' è'axw èv xoTç 
o'.y,0'io[j.'.-AO'(q xx'.|£V loXq \t~-,o'jp'{'.y.o'(q 
y.x\ h\~oïq '/pr^axtxoTç, 7:xpxcioo'nxq\ 
■zoiq [xsô' àxuxo'jç £YY?a?[(J^Çj w^"?^^?! 
TCap[a]Xa[;.6àvouaiv. fO^toçâjà èTii-j 
lx£A£C7X£pouç aùxoùç 7:apar/.£'j|àaa) 
7:poçx-r,v~apà[Xr(lx]<^'.v | xal xv T:[a- 
pâjoiaiv, [x£A£y]loj à-o xou -/psvcu 
x-^ç '::[apa>.Y)[;,|(|^]£WÇ \J-i'/,P'- "^'^n ~'^' 
p[aoio-]£oj[ç] I xà br.xp'/ynx xwv x;- 
[iràplxwv I xai xwv xpyô'nuyi c'jq i/.i- 
A£'jja|xà) loio) xivSuvo) ajxo'jç T.po-\ 
êàXXeuOat, ÛTi;£ÛOuva Elvat xà)|c-^iJ.o(j(o) 
xwv 'k5X£())v • -Kpoç C£ c,[r,) £'.ç xaîixa 
xà ÈixTCcpta £lçxo| [x£xpa]T:Aâatov xcu 

£VO£r,!jOv|xc;. 

P. 492. P. Journel. Héraclée du 
Pont. 

12 



178 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

52 ATAeH TYXH 

A BOYAA KAI O AHMOI KAI TO KOINON 
TON EN nONTO nOAION ETEIMAlAN TON AY0AI 
PETON KAI METAAOyyXON APXIEPEA TOY HON 
TOY AYPHAION AAEIANAPON TEIMO0EON 



BULLETTINO DI AUCHEOLOGIA E STO- 
RIA DaLMATA, 181J1). 

P. 3. Bulic'-. Trouvée à Kamen 
di Stobiec. 

53i AMABILl • SECVTORl 
NAT • DACVS • PVG • XIII 
FATO • DECEPTVS 
NON • A B H O M I >E 

1. 2. nal(ione) Dacus, pug{narum) 
XIU. 

P. 49. A Ivosevci. 

54) Q. • G A V I V S 
Q. . 1- • A R N 
O P T A T V S 
D O M B R I X E L 
MIL • LEO • XI 
AN XXXIII 
STIP XIII • H • S • E 

I. 2. Q.fiUius) Àrn{ensi Iribu) Op- 
talus dom{o) BrixelUio). 

Comptes rendus de l'Académie 
des inscriptions et belles-let- 
TRES, 1898. 

P. 720. Héron «le Villefosse. Dis- 
que de bronze trouvé à Fourvière. 

55) L M A N L I 
i. N I G R I N I & 
MIL^#C01I0R 



Id., 1899. 
P. 17. Delaltre. Hencbir-el-Fras 
(à une beure de marcbe au sud de 
Thibar). 

56) DIVAE IVLIAE 

D O M N A E ti' 
DEC GILLITANI 
S P F 

1. 2. dec[uriones) GiUUanl s{ua) 
p{ecunia) f[ecerunl). 

Même page, même provenance. 

57; 

DIVO SEVERO AVO 
IMP • CAES • M • AVKELI SE 

V E R I alexandri p i i 
FELICIS AVG • PONT . MAX 

TRIB • POT • VIII COS III 

P P 

DECVR GILLITANI • S • P • F 

1.4. Aug{usti) pont{i/icis) max[imï) 
trih[unicia) pol{estate) Vlll co[n)- 
sulis) m p{alris) p[atriae) (an 
229). 

18. 



F. 

58) 



XVII 



DIVO MAGNO ANTO 
NINO PATRI(& 

IMP CAES M AVRELI16 
S E V ERI alexandri 
PII FELICIS AVG P M 

TR POTES T VIII COS 
III P P 

DEC GILLITANI S P F 



REVUE DES PUBLICATIONS ÉPKiRAPIIIQDES 



179 



P. 19. P. Tannery. Cadran so- 
laire de Garlhage, avec inscriptions 
indiquant les mois et les saisons. 

50) Q 



P. 48. Berger et Gagnât. Inscrip- 
tion bilingue lalino- gréco-punique 
d'Hencliir-Aouin (Tunisie). 



M A R C I(us . . 
PROTOMACV s\in e di C u S 
F A C 1 A • J[, • M • C O S • m)^ 

KOYINKTOC M A P K I 0\ç -poKÔ 
MAXOC HPAKA€IA01j -a-pôç 

Deux lignes en punique. 

P. 58. Besnier. Trouvée à Lam- 
bèse. 

60) s c h l a m s tt a m c u M l M A G I N I B V S 
do mu s divinae ex larg l S Si UIS sTiPEN Dils 
et llberalitaTlB QVAE IN EOS CONFERVNT 
/•ecertinf FF ICI A_L ES AELI SATVRNINI 
pRAEF LEG III AVG • P • V • 
m fcaEBIVS SPERATVS CORNICVL 
item librari guorVM NOMINA SVB_[ECTA S v îî" 
ob quam sollemnitA^^ decrevervîT anvlari n veterai^s ^vis 

itemiisqui prOFICIENT SINGVIS CORNICVLAkO IS Illl M N 
nulla di/aTIONE FACTA NVMERARI ET LbRaIiS 

s{esterlium) »*• "• 



1. 4. [p]raef{ecti) leg{ionis) 
Augiustae) p[iae) v{indicis). 
1. 9. corniculario sestertium 
m{ilia) niummum). 

P. io5. Delattre. Garthage. 
61) 



m 

IV 



'ENIENTIS FELICISS^ 
VITALIS LIBEROR • SVORVM;.:^ 
ADITVS VBI MONS F§ 
ET STRATVRA • ET " Gli 
MOLES • ET • MASCVLOS^^^ 
FIRMARENTVR De sua peni 
ÎSIA FECIT • D • D 



1. 7. d{ecreto] d{eciirioniim). 



Jahreshefte des Oesterreisciii- 

SCHEN ARCHAEOLOGISCHEN InSTI- 
TUTES IN WlEN, 1899. 

P. i3o. Bormann. Inscriptions 
de Corneto : la première (a), déjà 
publiée dans les Arch. Mitt/mil. 
de 1887, p. 94; lii seconde [h), iné- 
dite. 



180 

62) a) 



KKVIE ARCHÉOLOGIQUE 



m. t(ir(j 
qui primus ritu 
(julbiis placare n 
edoctus erat ce i 
et reliquom ven 
antiquae ri tu m 
urbe roma trigin 
sua m doc ui t 
etru 
per^ 



VITIO M/, s te II. prisco 



M COMItU a l cm et sacra 



^^\U\A ARV/(S A M ayistro 



OVIS ET IVSTITIAE E 
ERANDVM DISCIPVL 
CARMINIBVS EDIDIT 
TA ANNIS AMPLI V 



ffatis 
i n a e 
e t i n 
s artem 



Ml A L E S 


b 


' POST 


o 


D I se I P VL I 


ETRVSCVS 


T 


PER PRISCVM 


NDVMQ.V 



rib mil 



c curavit 



Tarquilius, d'après Pline l'An- 
cien, aurait écrit « de etrusca dis- 
clpllna ». 



P. l'u. Tocilesco. Diplôme mi- 
litaire déjà publié par M. Héron 
de Villefosse, Corrections impor- 
tantes. 



63) 



imp ■ eues divi trajani parlhici f ■ divi 
nervae nepos tRAlAnus hadrianus 
auGustus pONTIFEX Maximus tribu 
nie POTESTAT III COi iii p.p. 
as QVI MILITAVERVNT In classe praet 
.MISENENSI aVAE EST Sub iuHo fron 
<ONE SEX ET VIGINTI STI pendus emeritis 
d I M I s S 1 s H o N E S T A MIS sionc quorum 
n o M I N A S V B S C R I P T A sunt ipsis 
libEKlS POSTERISQ.VE EOrum civit. 
de Dît et CONVBIVm Cum uxorihus 



lu. Beiblatt. 
p. i'S. Ileberdey. A Éphèse. 



Suite de bases qui portent sur une 
face la dédicace : 



REVUE DES PUBLICATIONS ÉPIGRAPHIQURS 



O 

w 

H 
h-) 

CL, 

E- 
W 



"-" 00 

^ > 
W Q 



H O 



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O 

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S 

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12: 

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P3 

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12; 

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H >- K ^ > ^_ p^ 



- m ^ _ . , 

;^a<H-'2mH-<i,., 

^>-UJ< — Q_"'-'~ LU 

H ^ j ^ h- û. x f a < 

o UJ < < . 

•^ 03 ^ .? < a 



H J^ X S ^ ^ S 2 ^ ïï '^ 



3miugOiu<goa^ 

i!^ < :^ ^ il 5 E a ^ 



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181 



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Sur l'autre face on lit le nom de 
chaque tribu. 



Année io3-io4 après J.-C. 
P. 4[)- Même provenance. 



182 



REVUE ABCHÉOLOGIQUE 



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Année 93. 

P. 5i et suiv. Kuzsinsky. Ins- 
criptions d'Aquincum le texte de 
certaines d'entre elles n'est pas re- 
produit, mais seulement la lecture) . 



67) Dianae et Sil{vano) Silve{s- 
lri)y dispraesidl/jus venation{um), 
M .Aur[clius) Pompeius sacerdot{a- 
lis). 



REVUE DES PUBLICATIONS ÉPIGliAPIIlQUES 



183 



P. 56. 






68; 


I • D 


• S 




C I VL 


I N 




GENVS 


SCR 




IB COL 


AQ 



I[nvicto) d{co) s[acrum). G. 
Jul. Ingénus scrib[a) c[o\l[oniae) 
Aq{uinci). 

P. 57. 

69) I D S A C R V 
PRO SALVTE 
G IVLI VICTORi 
N DEC COLA 
Q.Q. G IVL PRI 
MVS LIBERT 
VS V S LM SAT 
ET GALO COS 
X K A L MAI 

1. 4- dec[urionis) col{oniae) Aq{i7î- 
censium); 1. 7. v{otum) s[o(vit) 
l{ibens) m[erilo), Sat{urnino) et 
Gal{l)o co{n)sulibus ; X Ko.l[en- 
das) Mai{as) . 

P. 61. 

70) D M 

T A V R 
N V M E R I 
M I L I T I 
M E D I C O 
LEG XXII 
F R P P 
ET C IVL 
MECATORI 
MILITI LEG 

EllVsdem 



1. 2. T. Aurel/o) J\'u)iieri{o). 
1. 9. Me[r]calori. 

P. ■j4- Slein. Inscription d'É- 
phèse. 

71) 
aùrOKPATOPA NEPOYAv 
xai'ZAPA ZEBA2T0N 
'h vEOKOPOl E(t)EIinN 
tcOAII KA0I EPnKOTOI 
y.APMINIOY OYETEPOc 
TOY ANOYnATOY 
r PA M JVI/,T E YJD NXQ J- 

Ce personnage se placerait, d'a- 
près M. Stein, sous Domitien; ce 
serait le père du Garminius Velus, 
consul en i5o. 

P. 78. Dans les environs de Pola. 

72) • m A E c E N A s • s P • F • 
r V F V s • s I B I 
et t. mAECENATI • T • L 
ainp H I O N I • P A T R I 
et cgnATlAl • C L OPLAI 
matri ET MAECENATIAI 
p. f.1 teophlMAl • SORORI 

1. 1. Spiurii) f{ilius); 1. 3. [T. 
M]aecenati T. l[iberto). 
1. 5. [t'gn^atiaiC. l{ibertai) Oplai. 
P. 82. Domaszewski. Castellum 
d'Ajardlouk. 

73) 

KOINTOI n I N APIOI 
AOTKIOT TIOI AIM I Al A 
XIAIAPX02 AETinNOI 
EKTH2 MAKEAONIKHI 
EATTHI KAI HEINAPI 
A AOZHI TH EAYTO T 
r T N A I Kl 



184 



REVUE ARCHÉOLOGIQL'E 



P. 1)3 et siiiv. Gurlitt. Inscrip- 
tions de Pettau. 
P. 93. 

74> I N V I C T O 

M I T H R A E 

F E S T V S 

PRIMI • P • P • VIL • Vie 

V S 

1. 3. Festus, Primi, p{iibtici) p{or- 
torii) vil{ici) , vic{arius) v{otum) 
s{olvit). 



P. 


94. 




75) 


PETRAE 






G E N E T R I 


C I 




FELIX 






PRVDENTIS • AnToîJ 




RVFI • P • P • VIL • 


Vie 




EX • VISO 





Félix, Prudentis, [servi) Anto- 
nii Ru/i, p[ublici) p[orlorU) vil{i- 
ci), vic[arius). 

P. 95. 



76) 



D • I • M 
O P T I M V S 
V I T A L I S 
SABINI VERANI 
P • P • V I L • V I C 
V • S 



P. 9.Î-96. 



77) N A T V R A E D E I 

PRVDENS PRIMI 
ANTONI RVFI P • P 
VIL Vie 



The Journal of Hellenic Stu- 
DIES, 1898. 

P. 81 et suiv. Andersen. Ins- 
criptions de Phry^ie. 
P. 90. A Colossae. 

78) A T T O K P A 
TOPI KAIIA 
pi TRAlANn A 
APIANO lE 
6AITn OAu'x 

n I n A MA 

KEAON XE'. 
A I A P X O ç 

P. 123. A Eldech. 

79) 
KOCMICON KYPIOT KAI2A 
POC OTEPNAC 6IPH 
NAPXH C Ail ME 

nCTGO £ù 

XHN 

P. 3()6 et suiv. V. W. Yorke. 
Inscriptions d'Asie Mineure. 
P. 3oG. Portes de Cilicie, 

80) l M P Caesar M • aV 
R E L I V S p t V s 

FELIX INVICfus AVGU 
STVS pOntifex maximus 

VI A M IN 
OPOI II ■.A'.y.wv? 
^^s V/////////M. 

Copie très incertaine à cause de 
la hauteur où est f^ravée l'inscrip- 
tion. Cf. C. l. />., III, 11%. 

1. 6. "Opot K['.a(/.wv]. 



REVUK DES PUBLICATIONS ÉPIGRAPHIQDES 



185 



P. 307. Même endroit. 



81) \WMWmA UîAM 

El \> onic'f, a PILIS 
VSOue aLEXANdrirtM 
EX INtcGRo rESTi<VI< 

Cf. Cl. L., III, 227. 
P. 3 14. A Samsat. 

82) i g. O M 

LEG XVI 

F Iï> F 

[J[ovi)] 0{ptimo) M{aximo) le- 
g[io) XVI F\lavia) F{irma). 

P. 3i5. Brique au nom de la 
même légion. 

P. 320. « Restes d'un pont ro- 
main sur le Kara-Boudak, à peu 
de distance de sa jonction avec 
l'Euphrate sur la route de Divrik 
à Kemakh, une heure avant d'ar- 
river au village de Hassan-Ova. 



83) IMP • CAES • L • MO F 
TRAIANVS |eSIo PI" FE 
Lies AVG PIVS • ]!'■ PONT 
IK'IC- MAXIMVS Po PoILmS 
V§ FLVMINI • SABRîNA 
rpoEITVIT • PER C VA\Wi 
rRTVLLIMM-L-AVG-PR-PR 

Imp[erator) Caes{ar) [C] Moe- 
[s{^us)^ Trajanus [D]e[c]io Pio Fe- 
lics Aug{uslus) Plus F[elix) pon- 
tifxic maximus p[rinceps) o{pti- 
mus)l po[n\tem su[p[er)\ flumini 

Sabrina ituit per C. Val[p,- 

rium) [T]ertullianum l[egatum) 
Aug[ustï) pr{o) pr{aetore). 

P. 3'ii. A Sadagh. Briques de 
la légion XV" Apollinarh. 

P. 3 -23. Même localité. Lecture 
douteuse. 

84) AL^ 

SECVNDA aRME/ 
VNTIA • I VST INI) 

mi^per|fecta • CA^ 
M. Hogarth propose dubitative- 
ment : Al[a s\ecuiida [A\vme[niai:a 
Const]antia Justini[ana]. 
P. 325. A Kejiout. 



85) + OPAC K^GATMAZIi: ArAGOT K^OIAO 
XPICTOT AECnOTOT O I A O T I M I A N 
lOTCTINIANOE ATrOTCTOC ATTOKPATCOP 
NIKHTHI TPOnEOTXOC AEI CEBACTOC 
ANEriPE^A^AE CnOTAH K^HPONOIA 
0EOAO7ÎOT ENAOI^ KOMHT^ TCON 
KA0O AOM^ Ks 0EIOT KOTPATOPOC 
àni CCOTHPIA TOON EATTOT OIKHTCON + 

1.5. a::3uoYi -/.(al) zpov^îa Qtoo[oa]b^ tc(î>) £vo6;(o'j) vAM^^) '^'' ■''■^^' 
(c.ou'tXÉvwv) ooix(£aTi)x(ôiv). 



186 



REVUE ARCHÉOLOGIOr^E 



P. ;>î'» et 34 »• Anderson. Cor- 
rections au texte de l'inscription 
{Aruî. rpigr., i8i)7,n° 102). 

1. !i. Lire proconsule v{i7-) c{laris- 

simus). 

1. 4» au lieu de X.l£ lire AX. 

P. ;)42. Actuellement au village 
d'Oktchoular. 

86) FINES LOCI Q.H 
EM EX PALVDE 
PERTINENTEM 
COXDVCl CONF 
lATEIO VICANOr 
VM POLYN'TENOr 
VM HERMIONEO 
R U M 

P. 343. Actuellement au village 
d'Alp-Arslan. 

87) FINES loci qiiem 
ex p klY d e 'WM. 
SAIC^IIV IIC^ 
llCANORVM pohjnte 
NORVM HER.MI oneo 
RVM MOrACOCom 
ES CONDVJîEr î/nr? 



Mélanges de l'École française 
DE Rome, 1898. 

P. ir>i et suiv. Besnier. Ins- 
criptions du camp de Lambèse, 
pour la plupart funéraires; quel- 
ques-unes sont des épitaphes de 
légionnaires. 



P. 432. Inscriptions du tabula- 
rluiu legionis {Ann. épigr., 1898, 
n" io8). 



P. 457. 



88) 



P. 4^8. 



S9 



VICTO 
RIAE 



M I 

NER 
VAE 
AVG 
SAC 
RVM 



P. 463, 464- Briques avec es- 
tampilles de la légion \\\'' Augusla. 

P. 4^9. Fragment de liste mili- 
taire. (Corrigée par moi d'après un 
estampage.) 



90) t/ N A T V S 


CIl\ 


?n A X I M V S 


TH Ai(^ 


I V I L L V S 


K ARTH^ 


I V L I A N V S 


THARSO 


S ANTIOCIANVS 


THA 


poSTVMVS 


THARSO 


HONORATVS 


KART/^ 


lENS 


ARA'/ 



1. 1. Cilrtal]. 

1. 3. Karfh{agme); 1. 5. T/ia{rso); 

1. 7. Karl{liag\ne); 1. 8. AradoY^. 

P. 468. Autre fragment analo- 
gue. (Id ) 



REVUE DliS PUBLICATIONS ÉPIGRAPHIQUES 



187 



91) 







FLAVIA 


ALVS KAR 




VLIVS AEmlLianus 


IVS CAS TAB 


L • 


QVINTIVS SILO 


CAST • TVB 


L • 


VALERIVS LONGUS 


NVS FL • AP 


M 


• IVLIVS VICTor 


VS ANA^ 


C 


IVLIVS FUimus 


HAD 


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• POSTVMIVS AP 


CAS AR 


M 


• IVVENIL 


CAS TAB 


L 


REIVS 


VS CAS TAB 


C 


VALERÙfS 


CAS 


C 


IVLIU5 


THE 


C 


IVLIMS 


KAR 






N • AN 







...alus Kar{thagine) ; . . .ius cas{iris) 
tab[ularius); ...cast{ris) tub[icen); 
...nus Fl[avia) Ap{ ); ...us 
Anaul; ...Had[rumeto) ...cas{iris) 
ar[moruin) ; ...cas[tns) tab[ula- 
r'ius); ...us cas{(ris) tab[ularius) ; 
...cas{tris) ; ...The{veste) ; ...n 
An... 

Même page. Autre fragment 
analogue. 

92) 

ISC CIRT 
IVS CRESCENS TEV 
VS ROGATIANVS LAMBES 
NLIVS SATVRNIN B A G A I 
NIVS FELIX ST R CAST 
NINVS T 

1. 1. Cirt{a)\ 1. a Tev{este); 1. 3. 
Lambese; 1. 4. Bagai; 1. 5. slr[a- 
tor), casl{ris); 1. 6, T[ev{este)'!]. 

Journal asiatique, 1898. 
P. 53 et suiv. Chabot. Inscrip- 



tions de Palmyre trouvées par 
M. Bertone. — Quelques textes 
arrecs. 



mittheilungen des deutschen 
Palaestina Vereins, 1898. 

p. 81 et suiv. Brùnnow. Inscrip- 
tions grecques déjà connues pour 
la plupart par Waddington ou au- 
tres. Quelques corrections de dé- 
tail. 



NOTIZIE DEGLI SCAVI DI AnTICHITA, 

1898. 

p. 406. A Otricoli. 
93) 

R O M V L I 

M • IVLIO • VLPIO • M • F 
VELINA • CLEOPATRO • PA 
TRONO • CIVIT • ET • COLLEGI 
CENTONAR • ITEM • AMATORV 
M • ROMVLIORVM • PATRI • M • M 



i88 



RKVDE ARCHÉOLOGIQUE 



C L A \' D I O R \' M • \- L P I O R \' M • C L E 
OPATRI • ET • SABINI • EE • QQ.- R • R • 
VIRO • OPTIMO • OB MERITA • ET 
INNOCENTIE • EIVS • HONORIS 
GRATIA ■ AMATORES • Q.VI • AD R 
OBVRANDVM ' CONSENSVM • AMA 
TORVM • SVORVM • DOXAVIT • EIS 
SS-X-M-\-ET-OB DEDICATIONE-SIX 
GVLIS • DISCVMBENTIBVS • ET • EPVL 

ss • XXX . N • L • D • D • D 

1. 6. patri M[arcorwn duoruin) ; 
1. 8. eq{uitum) i\omanorum) ; 1. 14. 
s{esterlium) X m[Uia) n{ummum) ; 
1. 16. s{estertiu7n) XXX [milia) 

94) 

T-LICINIO-T-F-POST-IIII-VIR-AED 
APPARITORES 



T. JÂcinio T. f{ilio) Pos({ïimo), 
IIIl vir[o) aed[ili) — C. Julio 
Caesaris l{iberto) Salvio, accenso, 
mag[istro) luperc{oru}n), viat{ori) 



n{ummum). L{ocus) diatus) d{e- 
creto) d{ec^irionitm). 

De l'autre côté on lit : 
DEDICATA • III • KAL ■ MARTIAS 

C O S 

CVRA • AGENTIBVS • CLAV 
dio VLPIO • ACHILLEO • ET 
M • I V L I O M E R C V R I O 

Peut-('tre en 'io3 sous le consu- 
lat (le P. Septimius Geta et de 
P. Fulvius Plautianus. 

Même page. Même localité. 

c ■ IVLIO • CAESARIS • L • SALVIO 

ACCENSO • MAG -LVPERC • VIAT • TRIB 

POSTVMVS • IIIl • VIR • AED 

t7'ib[unicio). 

P. 4i>^- D. Vaglieri. Fragment 
nouveau de Veloginm de Turia 
trouvé sur la voie Portuensis. 



95) 

jJX o R I s 

Subsi Dl A ■ FVGAE • MEAE • PRAESTITIStI • ORNAMENTIS 

CVM • OMNE • AVRVM • MARG ARIT AQ.VE • CORPOR) 

trad IDISTI . MIHI • ET • SVBINDE • FAMILIA • NVMMIS • FRVCTIBVS 

a D -VERSARIORVM -CVSTODIBVS- APSENTIAM -MEAM-LOCVPLETASTI 

ITIS ■ QVOD • VT • CONARERE - VIRTVS . TVA " TE • HORTABATVR 

VNIBAT - CLEMENTIA ' EORVM ■ CONTRA . QVOS • EA • PARABAS 

f[OX • TVA • EST • I-IRMITATE • ANIMI - EMISSA 

l^TIS ■ HOMINIBVS • A • MILONE • QVOIVS • DOMVS - EMPTIONE 

EX VI • BELlI • CIVILIS • OCCASIONIBVS • INRVPTVRVM 

d('lc\hi D I S T I • DOMVM • NOSTRAM 



KEVUE DES PUBLICATIONS ÉI'IGIUPIIIOUES 



189 



Le revers de cette plaque avait 
été utilisé pour une tabula luso- 
ria. On y lit ; 

96) 



TABVLA 
Q.V E R I S 






P. 4i8. A Arsoli. Caractères de 
mauvaise époque. 

97) D (ï) M 

BVBENTIS THARSAE 
MIL • CLAS • GERM • PIE • FID 
QVI . VIX • AN • XLV • MILI 
AN • XVIII • FECIT • A VLVPOR 
RIGASIS FRATRI • PIO ET 
BENE • MERENTI 

1. 3. mil{itis) clas{sis) Germ[anicae) 
Pi{a)e Fid[elis), qui vix(jl) an{ms\ 
XLV, niili[tavit) an{nis) XV III. 

P. 474- A Bologne. 

98) P • VASSIDIVS • P • L 

ACVTVS IlIIlI VIR 
SIBI ET 
P-VASSIDIO-D L-sFiAERO 
PATRONO • ARBITR 
P • CALPVRNI • LACVRRAE 
EX • LEGATO • SVO 

P. Vassidius P. l{ibertus) Acu- 
tus sévir sihi et P. Vassidio mu- 
iieris t[iberto) Sphaero patrono, 
arbilr{atu) P. CalpurnUi) Lacur- 
rae, ex legato suo. 

P. 477. Même provenance. 
Cippe à fronton. Sous l'inscription 
est représenté un modius avec le 
bâton [rulellum) qui servait à ni- 
veler la surface du grain. L'ins- 



cription contient trois vers : hexa- 
mètre, pentamètre, lambique tri- 
mètre. 

99) Externisnatus terris monu- 

[menta locavi 

E parvo nobis quod labor 

[arte dédit; 

Patrono et una conjugi 

[feci mea. 

C'est la tombe d'un mensor fru- 
mentarlus. 

Philologus, i8(j8. 

P. 159. Domaszewski. Inscrip- 
tion de Ghouhba dans le Haouran : 

100) 

C. Julio Pri[s]co [e]m{inentis- 
simo) patr[i] et patru[o] d[omino- 
rum) n{ostorum) Philipporum 
Aurj[ustorum) et praef{ecto)prae- 
t{orlo) rect[o]riq{ue) Orientis, Tre- 
bonius Sossianus p[rimi) p{ilaris), 
domo col(onia) Hel[iupoli),devotus 
numini majestatique eorum. 

Revue archéologique, 1898 (II). 

P. 337 et suiv. Delattre. 101) 
Inscriptions deCarthage recueillies 
dans le cimetière des officialcs du 
procurateur. Épitaphes d'un sol- 
dat de la légion VII« Gemlnn, de 
deux soldats de la XIII^ cohorte 
urbaine, d'un soldat de la I'^ co- 
horte urbaine et de différents em- 
ployés d'administration, tabula- 
rius, adjutor tabularii, librarius, 
notarius, tabellarius, mensor agra- 
rius. Je citerai les quatre inscrip- 



190 



REVUE ARCHÉOLOGIQUE 



lions suivantes à cause des rensei- 
gnements qu'elles contiennent. 
P. 348, n° 4-i. 



102) 

D 
STtPHAXIO 
SALTVARIVS 



M • S 
CAES . N 
- VIXIT • 



SER 
ANN 

XXXXVIIII & MENSIB • IIII 

PHAEKIPPVS • AVG • ADIVT • TAB 

FRATER • FECIT 

1. 1. D[iis) M{anibus) s{acrum). 

Stephanio Caes{aris) n{ostri) ser- 

[vus). 

1, 5. Phaenippus Aug[usti servus) 

adjut[or) tab{ularu). 

Même page, n° 43. 

103) 

DIS - MANIB - SAC 

FELIX CAESARIS - N 

CVnsOR 

SER PIVS VIX • ANN XVIII 

COLLEG MVLION - OB MERIT 

1. 2. Caesaris n[oslrï) ser(vus); 1. 
5. coUeg[iutn) muUon[um). 
P. 349, n" 44. 



104) 

LASCIVVS • AVG - SER 

NOMENCLATOR 

PIVS - VIXIT • AN • XXII 

H - S ■ E 

Même page, n° 4^. 

105) 

DIS . M A N I B ■ S A C R V ■ 
VITALIS • AVG SER • VERN 
CAES N M I K I S T R A T " 
PIVS ■ VIXIT ■ ANNIS ■ XXV 

H S EST 
THALAMVS • PATER • MEREN • FECIT 

1. 2. Aug[ustï) ser(uMs) vem{a) 
Caes[aris) n{ostri], minislrat{or) . 

P. 35o. Pernot. Corrections au 
texte d'Henchir - Mettich [Ann. 
épigr., 1897, n° 48). 

Revue épigrapiiique (ancienne 
Revue épigraphique du midi de 
LA France), 1899. 

P. 5. Épitaphe de L. Manlius 
I\ig7'inus miles cohortis XVII 
(plus haut, n° 55). 

P. 6. Épitaphe chrétienne d'un 
Aigulfus (vi« ou vu" siècle). 



2» PUBLICATIONS RELATIVES A LÉPIGRAPHIE ROMAINE 



Babelon, Cagnat et Saladin. Mu- 
sée Lavkierie de Saint-Louis 
de Carthage. Paris, 1899, in-8, 
t. II. 
Catalogue illustré du Musée de 



Saint- Louis; les planches XVIII à 
XXVI contiennent la reproduction 
d'inscriptions romaines, celles-ci 
ont été déjà publiées à l'exception 
d'une tnheila devolionis (pi. XXI 



REVUE DKS PUItLTCATIONS ÉPIGRAPHIQUES 

et XXII e1 page 87) où j'ai lu : 
D'un côté : 



191 



105) 



démon, obliges perobliges Mau- 
russum quein \ reml (/item pepe- 
rit FellcUas \ l6Kkl Au fer as s om- 
num non dormial \ Maurussus 
quem peperil Félicitas \ TTAP- 
nA;IN i)&us omnipotens adducas\ 
ad domus infernas Maurussum 
quem \ peperit Félicitas \ XOK- 
T\JY]f^\TQui possides traclus Ila-\ 
lie et Campanie, qui tractus es 
per I Acerushiumlacum,perducas 
ad I domus tartareas inlra aies 
septe(m) \ perducas ad domus tar- 
tareas Maurus\sum quem peperit\ 
Félicitas intra dies septe[m) \ 
PYTYPAXK Démon qui possides 
lspani\am et Africarn qui solus 
per marem | tra[n)ssis pertrans- 
seas omnem remedium et \ om.nem 
filacterium et omnen tuta\mentum 
et omnem oleum libutorium \ Et 
perducatis, obligetis, peroblige- 

tis I e[t]is, ap ...ruatis, desu- 

matis, consu\ma]tis cor, membra, 
vïscera , interania \ Mau\russ[l 
quam peperit \ [Félicitas] \ 

Sur le côté droit de la plaque, en 
trois lignes tracées perpendiculai- 
rement aux précédentes. 
Et te ad\[jur]o qulsquis inferne \ 

per hec sancta nomina neces- 

sitatis I 

Au revers : 
... pallidum regentem Maurussum 



quem pe[peril Félicitas] nec 

. ..quiescat (ilia. . . Maurussus quem 
peperit Félicitas, patiatur Maurus- 
sus quempeperit Félicitas... pas- 
sit, perversus sit, perperversus sit 
Maurussus quem [peperit Félici- 
tas pos]sit super ursum mittere 

non ère omnino non possit; 

manus illl... obligetur, non possit 
currere] lass[e]t[ur) ...[ani]mam 
et ispiritum deponat in omnem... 

vapulet, numeretur defigatur, 

traatur^. exiat Maurus[sus quem 

peperit Felicit]as patiatur 

...corona... deprimite, de/igile, 
perfigite, consu[mite Maurussum 

quem] peperit Félicitas ut eum 

[quem peperit] Félicitas... possit. 



Ed. Beaudoin. Les grands do- 
maines DE l'Empire romain, d'a- 
près DES TRAVAUX RÉCENTS. Pa- 
ris, 1899, in-8. 

C'est la réunion en livre d'arti- 
cles parus dans la nouvelle Revue 
historique du droit français et 
étranger. Discussion et commen- 
taire de toutes les inscriptions re- 
latives aux saltus africains et en 
particulier de l'inscription de 
l'Henchir-Mettich. Important. 

F. COLONNA. SCOPERTE DI AnTI- 
CHITA IN NaPOLI DAL 1876 A 

TUTTO IL 1897. Naples, 1898, 
in-8. 

Contient 4^^ inscriptions anti- 
\ ques dont io5 grecques, 3o5 lati- 



492 



REVl'E ARCHÉOLOGIQUE 



nés, 5 bilingues. Presque toutes 
sont publiées. Aucun commen- 
taire. 



Corpus inscription um latinarum, 
XIII, 1. 

Contient les inscriptions de l'A- 
quitaine et de la Lyonnaise. Le nom 
seul de l'auteur, M. Hirscbfeld, est 
un garant de l'excellence du tra- 
vail. 



Corpus inscriptionum latinarum, 
XV, 2-= partie, i" fascicule. 

Contient les marques de poterie 
recueillies à Rome (sur amphores, 
vases dits d'Arezzo, lampes), les 
estampilles sur vases de verre, sur 



tuyaux de plomb et sur objets di- 
vers de métal. Chaque catéjjoriede 
documents est précédée d'une étude 
d'ensemble pleine d'enseignements 
nouveaux. L'auteur du volume est 
M. Dresse). 

M. RosTOVTSEw. Histoire de la 

FERME d'état DANS l'EMPIRE RO- 
MAIN. Saint-Pétersbourg, 1899, 
in-8 (en russe). 

Fait naturellement un fréquent 
usage des inscriptions. 

De Ruggiero. Dizionario epigra- 

FICO DI AnTICHITA ROMANE, VOl. 

II, fasc. 24. 

Entièrement consacré à l'article 
Consul. 

R. Cagnat. 



Ki.vuE Archéologiqui:, i^gç). 



l>\. XI II 




KMiauil. )>>ru. 



EPHEBE DE TARSE 
(MUSÉE DE COXSTAKTINOPLH) 





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Revue Akchéologique. 1899. 



PI. XV 




FRAGMENTS DE L'ÉPHÈBE DE TARSE 
(MUSÉE DE COXSTANTIXOPLE) 



Revue Archéologiq.ue, i{ 



PI. XVI 




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TABULA DEVOTIONIS 
DÉCOUVERTE A CARTHAGE 



REVUE 



ARCHÉOLOGIQUE 



PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION 



DE MM. 



ALEX. BERTRAND ET G. PERROT 



MEMBRES DE L INSTITUT 



TROISIÈME SÉRIE. — TOME XXXV 

SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899 



FAHIS 
ERNEST LEROUX, EDITEUR 

28, RUE BONAPAnTK, 28 

1899 

Tous droits riterrét. 



SOMMAlliE DE LA LIVRAISON 



TEXTE 

L'art dans les monuments milhriaques, par M. Franz Ci:mont 103 

Quelques bronzes inédits du Musée de Constanlinople, par M. André Joudi.n. • ':03 

Za?rêus, le sorpent cornu,' par M. Salomon Rei.nac» 210 

Le^camp de Chora à Saiul-Moré (Yonne), par M. labbè F. Pollmne .... 218 

Sur une inscription d'Amiens, par M. Seymocr de Ricci * . • 225 

Notes d'archéologie russe. — VII. Monuments chrétiens de Chersonôse, par 

M. G. IvATCHERETZ . . ""' 

Les colonies agricoles pré-romaines de la vallée du Bélis {suite), par M. G. 

BONSOR ^"^Z 

Bulletin mensuel de l'Académie des inscriptions 326 

Nouvelles archéologiques et Correspondance 333 

Bibliographie ^^' 

PLANCHES 

XVII. — Statuette en bronze d'H-'-raklès découverte à Tabae (Carie). 
XVIII. _ Groupe de lutteurs. Bronze d'Antioche (Syrie). 
XIX. — Enfant tenant un oiseau. Bronze de Séleucie (Cilicie). 



ff g^ Tout ce qui est relatif à la rédaclion doit être adresse a M. Alexandre 

Bertrand, de l'Ins'Jtut, au Musée de Saint-Germain-en-Laye (Seine-et-Oise), ou à. 
M. G. Perrot, de l'Institut, rue d'Ulm, -15, à Paris. 

Les livres dont on désire qu'il soit rendu compte devront être déposés au bureau 
de la Revue, 28, rue Bonaparte, à Paris. 

L'Administration et le Bureau de la REVUE ARCHÉOLOGIQUE sont à la Librairib 
Ernest Leroux, 28, rue Bonaparte, Paris. 

CONDITIONS DE L'ABONNEMENT 

La Revue Xrchêolorjique paraît par fascicules mensuels de 04 à 80 pages grauu 
in-8 qui forment à la tin de l'année deux volumes ornés de 2i planches et de nom- 
breuses gravures intercalées dans le texte. 

PRIX: 

Pour Paris Un an 30 fr. I Pour les départements. L'nan.. 32 fr. 

Un numéro* mensuel 3 f/. | Pour l'Etranger. Un an 33 fr. 

On s'abonne également chez tous les libraires des Dé[)arlerûents et de l'Elrang^r. 



L*AFIT 



DANS LES MONUMENTS MITIIllIAQUES 



Les monuments mitliriaques forment une série assez variée et 
très nombreuse dont on ne peut méconnaître l'importance dans 
l'histoire de l'art romain, A la vérité, leur mérite artistique 
est beaucoup moindre que leur intérêt documentaire, et leur 
valeur principale n'est point esthétique, mais religieuse. L'époque 
tardive où ces œuvres ont vu le jour nous interdit l'espoir d'y 
trouver l'expression d'une véritable puissance créatrice et d'y 
suivre les prog-rès d'un développement original. Il serait cepen- 
dant peu équitable de les confondre toutes dans un commun 
mépris en s'inspirant d'un atticisme étroit. A défaut de g-énie 
inventif, l'adresse dans l'adaptation des motifs anciens, l'habi- 
leté de main dans l'exécution, toutes les qualités de métier dont 
elles témoignent parfois, peuvent suffire à les recommander à 
notre attention. Quelques-uns de nos groupes de ronde-bosse et 
de nos bas-reliefs — car les peintures et les mosaïques sont si 
peu nombreuses qu'on peut s'abstenir d'en parler — tiennent un 
rang fort honorable dans la foule des sculptures que la période 
impériale nous a laissées. Notamment certains marbres décou- 
verts à Rome et à Ostie et qui remontent sans doute au début du 
n' siècle reflètent encore Téclat de cotte puissante composition 
de l'école de Pergame, dont toutes nos représentations du Milhra 
tauroctone sont des répliquées plus ou moins lidèlos. Après une 
ardente poursuite, le dieu vient d'atteindre le taureau qui s'abat. 

m'= SÉRIE, T. XXXV. 13 



i94 REVUE ARCHÉOLOC.IQIE 

Un gonou sur la croupe, un pied sur nu de ses sabots, il pèse sur 
lui pour le maintenir à terre et lui empoignant d'une main les 
naseaux, il lui plong-e de l'autre un couteau dans le liane. La 
foug-ue de cette scène mouvementée fait valoir l'agilité et la 
vigueur du héros invincible. Dautre part, la douleur de la victime 
qui râle moribonde et dont un spasme suprême contracte les 
membres, le sing-ulier mélange d'exaltation et de regret qui al- 
tère les traits de son meurtrier, font ressortir le côté pathétique 
do ce drame sacré et communiquent au spectateur une émotion 
que les fidèles ont dii vivement ressentir. 

Le type traditionnel des dadophores ne se prélait pas à l'ex- 
pression de passions aussi vives. Du moins peut-on remarquer 
dans les meilleurs exemplaires le parti avantageux que l'artiste 
a su tirer de l'ampleur du vêtement phrygien, et saisir les senti- 
ments divers, espérance et tristesse, qui se peignent sur les 
visages des deux jeunes gens opposés. Nous possédons une 
reproduction remarquable de ce couple divin dans les deux sta- 
tues trouvées près du Tibre, que Zoega attribuait à l'époque 
d'Hadrien, et qui ont peut-être été importées d'Orient en Italie. 
On observera comment leur auteur a su éviter le défaut de sy- 
métrie résultant de ce que ces deux personnages, destinés à se 
faire pendant, avaient le manteau attaché sur la même épaule 
gauche et retombant du même côté droit. 

Le souci du détail, qui caractérise les œuvres de l'époque des 
Antonins, se manifeste avec plus ou moins de bonheur dans des 
monuments un peu plus récents. Considérez le groupe d'Ostie, 
qui date du règne de Commode, ou le bas-relief de la villa Al- 
bani, qui paraît contemporain du premier. L'artiste s'est complu 
à multiplier les plis des vêtements, à entortiller les boucles des 
chevelures pour montrer son adresse à vaincre les difficultés 
qu'il s'était lui-même créées ; mais ce curieux maniérisme ne 
rachète pas la froideur de l'impression d'ensemble. Le succès de 
ce procédé minutieux est plus heureux dans les morceaux de 
dimensions réduites. Un petit marbre trouvé récemment à Aqui- 
lée se distingue à cet égard par « une déconcertante habileté 



L ART DANS LKS MONCMEMS MITII lî I AOI'ICS |!),'î 

lechniquc »• Les ligures délicatemenl fouillées se détachent 
presque entièrement du bloc massif auquel elles ne sont ralla- 
chées que par de minces supports. C'est un morceau de bra- 
voure, où le sculpteur fait montre de sa virtuosité à obtenir 
d'une matière cassante les mômes ciïels que le ciseleur fait pro- 
duire au métal ductile. 

Mais les œuvres de cette perfection relative sont rares en Ita- 
lie et surtout en province, et il faut reconnaître que la grande 
masse des monuments mithriaques est d'une désolante médio- 
crité. Les praticiens ou tailleurs de pierre — ils ne méritent pas 
d'autre nom — auxquels ces ouvrag-es sont dus, se contentaient 
souvent d'esquisser en quelques coups de ciseau la scène qu'ils 
prétendaient reproduire. Une enluminure brutale accusait en- 
suite certains détails. Le modelé est parfois si sommaire que 
seuls les contours sont bien marqués, comme dans les hiéro- 
glyphes, et que le travail tient autant du dessin que de la plas- 
tique. Il suffisait, à la vérité, d'ébaucher des représentations dont 
tous les fidèles connaissaient le sens et qu'ils complétaient par 
l'imagination, et notre ignorance nous fait plus vivement sentir 
les imperfections d'une facture maladroite et indécise. Néanmoins 
certains petits bas-reliefs n'ont jamais été que de vraies carica- 
tures, dont les personnages approchent du grotesque, et rappel- 
lent par leur difformité ces bonshommes de pain d'épice qu'on 
vend dans nos foires. 

La néglig"ence avec laquelle ces tablettes sont exécutées a 
pour excuse leur destination. Les mystes de Mithra avaient l'ha- 
bitude non seulement de les consacrer dans les temples, mais 
encore d'en orner leurs modestes demeures. Cet usage domes- 
tique permet d'expliquer l'énorme quantité de ces monuments 
qui a été trouvée partout où le culte a pénétré. Pour répondre à 
la demande incessante qu'en faisaient les fidèles, les ateliers de 
sculpture durent les exécuter rapidement et en grande masse. 
Les auteurs de ces produits de pacotille ne songeaient qu\à satis- 
faire à bon marché une clientèle de dévols, dont le sentiment 
artistique était peu exigeant. Les fabricants anciens confection- 



196 • REVL'E ARCilÉOLOGKJUE 

naieiit des centaines de Milhra tauroclones semblables, comme 
nos industriels multiplient à foison le même crucifix ou la même 
Vierg-e. C'était l'imagerie religieuse de l'époque et elle était aussi 
peu esthétique que celle d'aujourd'hui. 

Ces manufactures ne se bornaient pas à façonner perpétuelle- 
ment des répliques d'un même type traditionnel; elles savaient 
diversifier leur assortiment pour s'accommoder à tons les goûts et 
à toutes les bourses. Passons en revue la série des ex-voto re- 
cueillis dans le mithréum de Varhély. Nous y trouvons des 
échantillons de tous les modèles que reproduisaient les ateliers 
de Tendroit. On évite la ronde-bosse qui est trop pénible et trop 
dispendieuse. Tout au plus ajoure-t-on certaines parties du 
marbre de façon à dégager le groupe du dieu tauroctone. Mais 
quelle variété dans ces petits bas-reliefs qu'on fixait aux parois 
du sanctuaire ! Pour un prix minime on obtiendra une tablette 
carrée portant seulement l'immolation du taureau. Parfois sa 
valeur est rehaussée par l'adjonction d'une sorte deprédelle divi- 
sée en trois ou quatre tableautins. Ailleurs la composition se 
complique d'un registre supérieur décoré de scènes accessoires. 
Celles-ci envahissent enfin les bords latéraux du monument et 
entourent des quatre côtés la représentation principale. Puis, la 
fantaisie de l'ouvrier se donnant carrière, il imaginera d'enfer- 
mer le dieu tauroctone dans un cercle, orné des signes du zo- 
diaque, ou dans une couronne de feuillage ; il ajoutera ou il 
omettra des encadrements ; il s'ingéniera à donner à sa plaque 
sculptée des formes nouvelles : elle sera à volonté carrée, oblon- 
gue, cintrée, trapézoïdale, ou même ronde. 11 n "est pas deux de 
ces pièces dont laspect soit }»arfaitement semblable. 

Si CCS produits commerciaux d'un travail mercenaire n'ont 
avec l'art que des rapports très éloignés, ils n'en fournissent pas 
moins des indications utiles sur l'industrie de la pierre dans l'an- 
tiquité. Nous avons des preuves nombreuses qu'une bonne par- 
tie des sculptures destinées aux cités provinciales étaient, sous 
l'Empire, exécutées à Rome, C'est probablement le cas pour 
quelques-uns de nos monuments trouvés en Gaule, et même pour 



L ART DANS LES MONUMENTS MITIIHIAOCES 197 

ceux qui ornaient un mithréum de Londres. Par contre, certaines 
statues découvertes dans la capitale ont pu y être importées do 
l'Asie Mineure. Les beaux bas-reliefs de Virunum y ont pareil- 
lement été amenés du dehors, sans doute par la voie d'Aquilée. 
On connaît par la passion des Quatre Couronnés l'importance, 
au lu' siècle, des carri^res de Pannonie, où non seulement on 
extrayait, mais où l'on travaillait le marbre. Ces chantiers parais- 
sent avoir été un centre important de fabrication d'ex-voto mi- 
thriaques. Du moins plusieurs de ceux-ci, bien qu'exhumés dans 
les temples de Germanie, sont certainement orig-inaires des bords 
du Danube. Ces constatations jettent un jour curieux sur le trafic 
des ornements d'église au temps du paganisme. 

Néanmoins la majorité de nos monuments ont sans aucun doute 
été exécutés sur place. La chose. est évidente pour ceux qui 
étaient sculptés dans la paroi de rochers aplanis — malheureu- 
sement ils sont tous fort endommagés — ; mais la certitude 
d'une fabrication indigène ressort pour beaucoup d'autres encore 
de la nature de la pierre employée. D'ailleurs, la facture de ces 
morceaux révèle assez clairement qu'ils ne sont pas dus aux 
maîtres étrangers d'un grand centre artistique, ni mrmeàces 
sculpteurs nomades, qui parcouraient le pays en quête d'entre- 
prises lucratives ou glorieuses, mais aux modestes lapicides 
établis dans quelque ville voisine. 

Les monuments les plus considérables sont aussi ceux dont 
l'origine locale est le mieux établie, car leur transport eût en- 
traîné à la fois des risques multiples et des frais exagérés. La 
collection des grands bas-reliefs mithriaques constitue ainsi une 
série des plus intéressantes pour l'étude de l'art provincial sous 
l'Empire. Sans doute, pas plus que la masse des tablettes votives, 
ces sculptures, destinées à être exposées dans l'abside des temples 
à l'adoration des fidèles, ne sont des chefs-d'œuvre; mais on ne 
les a cependant pas traitées avec le même sans-gêne, et l'on 
sent que leurs auteurs s'y sont appliqués cà faire de leur mieux. 
S'ils ne peuvent guère prouver leur originalité dans l'invention 
des sujets, ils témoignent de leur ingéniosité dans l'agencement 



198 revl:e ARcnÉOLor.iouE 

des figures, cl de leur savoir-faire dans l'oxécution malérielle. 
Il ne faut pas oublier, d'ailleurs, en jugeant ces morceaux, que le 
peintre venait au secours du sculpteur, et que la brosse pou- 
vait achever ce que le ciseau n'avait fait qu'ébaucher. Sur le 
marbre nu ou sur la pierre enduite de stuc, on appliquait des 
tons éclatants : le vert, le bleu, le jaune, le noir et toutes les 
nuances du rouge, étaient associés sans discrétion. L'opposition 
des couleurs accusait les grands contours et faisait saillir les 
parties secondaires. Souvent même, des détails n'étaient indi- 
qués qu'au pinceau. La dorure rehaussait enfin certains acces- 
soires. Dans la pénombre des cryptes souterraines, le relief de 
la sculpture eût été presque indistinct sans cette brillante poly- 
chromie. 

Les plus remarquables de ces œuvres ont été mises au jour 
dans le nord de la Gaule ou, pour mieux dire, sur la frontière 
rhénane. 11 semble qu'il faille attribuer tout ce groupe de monu- 
ments à cette intéressante école de sculpture qui florissait en 
Belgique aux ii*' et u^' siècle, et dont les productions se distinguent 
avantageusement de celles des ateliers du midi. On ne peut jeter 
les yeux sur le bas-relief d'Osterburken, le plus complet de la 
série, sans être frappé de la richesse et de l'harmonie générale 
de celte vaste composition. L'impression confuse résultant de 
l'accumulation des personnages et des groupes — défaut que les 
monuments mithriaques partagent avec beaucoup d'autres de 
leur époque — est ici tempérée par remploi judicieux des filels 
et des encadrements. Si l'on voulait critiquer les détails de tous 
ces ouvrages, il serait aisé d'y reprendre la disproportion de 
quelques figures, la gaucherie de certains mouvements, et parfois 
la raideur des attitudes et des vêtements; mais ces faiblesses ne 
doivent faire oublier ni la délicatesse du travail dans une 
matière friable, ni surtout le succès louable avec lequel a été 
réalisée une conception d'une véritable grandeur. Prétendre re- 
présenter sur la pierre non seulement les divinités, mais la cos- 
mogonie des mystères et les épisodes de la légende de Mithra 
jusqu'à l'immolation suprême du taureau, était une entreprise 



l'a m- DANS LKS MONUMENTS MITHUIAQUES 199 

périlleuse dont la réussite même imparfaite est déjà méritoire. 
On trouve déjà antérieurement appliqué le procédé qui consiste 
à figurer les moments successifs d'une action dans des tableaux 
superposés ou sur des plans parallèles; nous ne pourrions ce- 
pendant citer aucun monument du paganisme romain qui puisse 
à cet égard être comparé à nos grands bas-reliefs, et il faudra 
attendre, pour retrouver une tentative analogue, les longues 
compositions dont les mosaïstes chrétiens décoreront les parois 
des églises. 

Nous n^avons plus à rechercher ici quelle est l'origine des 
diverses représentations qui apparaissent sur nos monuments. 
Nous nous sommes acquittés ailleurs de cette tâche, dans la me- 
sure du possible, en traitant en particulier de chacune d'elles'. 
Nous ferons cependant observer que, malgré leur variété, on peut 
y distinguer deux ou, si l'on veut, trois classes bien tranchées. Un 
certain nombre de figuresont été empruntées telles quelles aux 
types traditionnels de l'art gréco-romain. Ahura-Mazda détrui- 
sant les monstres soulevés contre lui, est un Zeus hellénique 
foudroyant les géants; Apâm-Napât est transformé en un Poséi- 
don. Le Soleil est l'éphèbe à longue chevelure monté sur son 
quadrige habituel; Hercule, Vénus, Diane, Mercure, Mars, 
Pluton, Saturne se présentent à nous sous leur aspect ordinaire, 
avec les vêtements et les attributs que nous leur connaissons de 
longue date. De même, les Saisons, les Vents, les planètes avaient 
été personnifiés bien avant la propagation du mithriacisme, et 
celui-ci n'a fait que reproduire dans ses temples des modèles 
depuis longtemps vulgarisés. 

Un personnage au moins est, au contraire, une transformation 
d'un archétype oriental : c'est le Kronos léontocéphale. Comme 
nous l'avons fait observer, les artistes d'Occident ayant à repré- 
senter un dieu étranger au panthéon grec et n'étant entravés par 
aucune tradition, ont laissé libre cours à leur fantaisie. Les 

1. F. Cumont, Textes et monuments figurés relatifs aux »},y</nvv de Mithra. 
Bruxelles, 189G. 



200 REVDE ARCHÉOLOGTOl^E 

Iransformalious diverses qu'ils oui fait subir à celte figure sont 
motivées d'une part par des considérations religieuses — la 
tendance à compliquer de plus en plus le symbolisme de cette 
abstraction divinisée en multipliant ses attributs — de l'autre 
par un souci esthétique — le désir de tempérer autant que pos- 
sible la liideur de ce monstre exotique. 

Le dieu léontocéphale est la création la plus originale de l'art 
mithriaque, et si elle est totalement dépourvue du charme de la 
grâce, l'étrangeté de son aspect, Taccumulation suggestive de 
ses attributs attire la curiosité et provoque la réflexion. En 
dehors de cette divinité du Temps, on ne peut établir l'origine 
orientale que de certains emblèmes, comme le bonnet phrygien 
planté sur un bâton ou comme là sphère surmontée d'un aigle 
pour figurer le (>iel. De même que le Mithra immolant le tau- 
reau, les autres scènes où le héros apparaît comme acteur ne 
sont sans doute, pour la plupart, que des transpositions de motifs 
populaires à Tépoque hellénistique, bien que nous ne puissions 
toujours retrouver l'original qu'a suivi le marbrier romain ou 
les éléments qu'il a combinés dans sa composition. Du reste, la 
valeur artistisque de ces adaptations est en général des plus 
minces. Si Ton compare le groupe sans vie du Mithra sortant de 
son rocher au tableau animé de la naissance d'Erichlhonios, telle 
que la représentent les peintures de vases, on verra combien les 
vieux céramistes grecs ont su tirer davantage d'un thème simi- 
laire. La pauvreté des innovations que l'iconographie mithriaque 
trouve à signaler, contraste péniblement avec l'importance du 
mouvement religieux qui les a provoquées. Nous constatons une 
fois de plus combien, à l'époque oii les mystères perses se 
répandirent dans l'empire, la sculpture était impuissante à se 
renouveler. Tandis que pendant la période hellénistique on réus- 
sit à imaginer pour les divinités égyptiennes desiformcs inédites, 
heureusement appropriées à leur caractère, sous l'Empire, la 
plupart des dieux mazdéens, malgré leur nature toute particu- 
lière, durent bon gré mal gré prendre la figure et le costume 
des habitants de l'Olympe, et si pour quelques sujets inusités 



L AHT DAIVS LES MONUMENTS MITIIRIAQUES 201 

OU parvint à iiivcnler des types nouveaux, ils sont d'une déplo- 
rable banalité. La copieuse richesse héritée des g^énéralions an- 
ciennes avait énervé la puissance génératrice de l'art; habitué 
à vivre d'emprunts, il était devenu incapable de toute producti- 
vité individuelle. 

Mais nous ferions tort aux adeptes du mithriacisme en exi- 
geant d'eux ce qu'ils n'ont point prétendu nous ollrir. Le culte 
qu'ils prêchaient n'était pas celui de la beauté, et l'amour de la 
forme plastique leur eût paru futile, sinon condamnable. Seule, à 
leurs yeux, l'émotion religieuse importait, et pour l'éveiller ils 
s'adressaient à l'intelligence plutôt qu'au sens esthétique. Les 
symboles disgracieux ou indilTérenls, dont nos monuments attes- 
tent l'emploi multiplié, ne séduisaient point par leur élégance ou 
leur noblesse : ils fascinaient l'esprit par l'attrait troublant de 
rinconnu, et provoquaient dans les âmes la crainte respectueuse 
d'un mystère auguste. 

Ainsi surtout s'explique que l'art mithriaque, malgré ses im- 
perfections, ait néanmoins exercé une intluence durable. Le 
symbolisme qu'il avait popularisé en Occident ne périt pas avec 
lui : il était enraciné dans les mœurs. Les figures allégoriques du 
cycle cosmique, que les fidèles du dieu perse avaient reproduites 
à profusion, parce que la nature tout entière était divine pour 
eux, furent adoptées par le christianisme, quoiqu'elles fussent en 
réalité contraires à son esprit. Telles ces images du Ciel et de la 
Terre et de l'Océan, du Soleil, de la Lune, des planètes et des 
signes du zodiaque, des Vents, des Saisons et des Eléments, 
si fréquentes sur les sarcophages, dans les mosaïques et les 
miniatures. 

Même les médiocres compositions que les artistes avaient 
conçues pour les épisodes de la légende de Mithra, parurent 
dignes d'imitation aux siècles chrétiens, plus impuissants encore 
que les précédents à s'affranchir de la tradition du passé. Lors- 
que après le triomphe de l'Eglise les sculpteurs se virent imposer 
des sujets jusqu'alors inabordés, et se trouvèrent dans l'obliga- 
tion embarrassante de figurer sur la pierre des personnages ou 



202 REVUE ARCHÉOLOGIOUE 

des récils bibliques, ils furent heureux de pouvoir s'inspirer de 
représentations que les mystères perses avaient vulgarisées. 
Quelques changements de costume et d'attitude transformèrent 
la scène païenne en un tableau chrétien : Mithra tirant de l'arc 
contre le rocher devint un Moïse faisant jaillir l'eau de la mon- 
tagne d'Horeb; Sol enlevant son allié par dessus l'Océan servit 
à exprimer l'ascension d'Elie sur un char de feu, et jusqu'en 
plein moyen âge le type du dieu lauroclone se perpétua dans 
les images de Samson déchirant le lion. 

Franz Cumont. 



QUELQUES BRONZES INÉDITS 

DU MUSÉE DE CONSTANTINOPLE 



(Pl. XVII, XVIII, XIX) 

En classant l'année dernière la collection des bronzes du Mn- 
sée de Constantinople, j'ai noté parmi les pièces inédites quel- 
ques monuments qui méritent mieux qu'une sèche description 
dans un catalog-ue sommaire, dépourvu malheureusement de 
gravures. Je profile de l'hospitalité que veut bien m'offrir \si Revue 
archéologique pour en donner ici des reproductions. 

I 

Statuette archaïque en bronze', trouvée en 1893 sur l'emplace- 
ment d'Abydos, près des Dardanelles. Elle mesure 0™,13 de hau- 
teur. Elle est par malheur fort mutilée : le bras droit, le bas des 
jambes et les pieds ont disparu ; le visage a été martelé par le pay- 
san qui l'a découverte. Malgré toutes ces blessures, la figurine est 
facile à identifier. Elle appartient au type des Athénas primitives 
dont on a retrouvé plusieurs exemplaires sur l'Acropole *. La figu- 
rine 793 du Catalogue de M. de Ridder permet de reconstituer avec 
certitude notre statuette. La déesse est debout, la jambe g-auche 
légèrement avancée, vêtue du long- chiton et de l'himalion ionien 
aux plis élég-ants; de la main gauche elle relève un pan de 
son himation ; le bras droit s'abaissait probablement, et la déesse 
tenait à la main quelque attribut, tleur ou coupe. Les cheveux 

1. Signalée par M. S. Reinach, dans les Comptes-rendus de l'Académie des 
Inscriptions, 1895, p. 313. — Cf. aussi, du même. Répertoire de la sculpture, II, 
283, 2. — Mon Catalogue des bronzes, n^TQ. 

2. Cf. de Ridder, Catalogue des bronzes de r Acropole d'Athènes, 1896. 



20 



REVI'E ARCHÉOLOtlIuUE 



tombent en épaisse nappe ondulée sur le dos. Sur la tète était 
posé un casque à timbre arrondi dont le panache a été brisé. 

Dans la série des Athénas archaïques, la fig-urine d'Abydos 
occupe une place à part, et sa découverte en terre ionienne ou 
ionisante mérite qu'on en définisse avec précision le style. Co qui 
frappe surtout, ce sont les proportions lourdes et massives du 




w 




statuette dAthéna découverte à Abydos. 

corps. Larges épaules carrées, brasépais,jambesetcuisses courtes 
et trapues, cou plus large que long, voilà un signalement qui ne 
décèle chez notre Alhéna ni grâce, ni aisance. Ce sont là d'ail- 
leurs descaractères communs aux œuvres ioniennes et nous recon- 
naissons dans cette déesse courtaude et pesante la sœur des 
personnages qui décorent le fronton du trésor des Cnidiens à 
Delphes. 

Le costume n'atténue guère la lourdeur de ce corps ; il en dis- 



oUELOUES BUONZES INÉDITS DU MUSÉE DE C0NSTANTIN01»LE 20o 

simule mal les formes épaisses. []n pointillé maladroit sur la bor- 
dure du chiton et de l'himation ne rappelle que de fort loin les 
beaux ornements peints sur le costume de quelques-unes des 
Kspa-, de TAcropole. Le chiton enveloppe le corps comme d'une 
gaine rigide où trois longues rainures verticales ménagées entre 
les jambes figurent la draperie. Cette disposition se retrouve clans 
une autre Athéna de l'Acropole (n° 782) qui présente avec la 
nôtre de grandes analogies. L'himation, qui dégage l'épaule 
gauche, retombe, lui aussi, en lourds plis droits; l'artisle s'est 
efforcé d'en rompre la monotonie à l'aide d'une ligne sinueuse qui 
simule les jolies chutes d'étoffe. Même gaucherie dans le travail 
des cheveux : cinq ou six dépressions horizontales que viennent 
couper de longues raies verticales, incisées sans goût, sufiisent 
à Tartiste pour en indiquer l'ondulation. 

Le bronze d'iVbydos paraît être une œuvre d'un style moins 
avancé que la figurine 793 de l'Acropole et plus libre que la 
figurine 782. Elle se place entre les deux dans la série des Athé- 
nas,^et date, comme elles, de la seconde moite du vi" siècle. Elle 
présente ainsi tous les caractères qui permettent de la rattacher 
à l'art ionien. Pouvons-nous préciser davantage et décider si elle 
a été fondue sur place ou bien si elle a été importée? Il est 
difficile de répondre sur ce point avec certitude. Pourtant, 
elle fait partie d'un groupe nettement déterminé, et vient prendre 
place parmi ses sœurs de l'Acropole. Nous n'avons aucune rai- 
son de croire qu'elles soient sorties d'un atelier d'Abydos ou 
d'Attique; tout nous porte, au contraire, à chercher ailleurs le 
centre de fabrication. Est-ce à Chios, à Samos, à Naxos ou à 
Chalcis? C'est ce qu'il est, en l'état de nos connaissances, impos- 
sible de déterminer. 

II (pi. XVII). 

Parmi les nombreuses statuettes qui ont popularisé un des 
types d'Héraclès au repos du iv" siècle, un joli bronze trouvé à 
Tabae de Carie, en 1888, paraît une des meilleures'. Il est posé 

1. Cf. mon Catalogue des bron::es, n° 26. 



206 HliVUE ARCHÉOLOGIQLE 

sur une base circulaire antique, ornée de moulures. La figurine 
mesure O'",2o do hauteur. Le travail soigné de la ciselure, une 
jolie patine verte, en fout, malgré quelques défauts, une bonne 
copie de l'époque hellénistique (pi. XVII). 

Le dieu est nu. Debout, la jambe gauche avancée, il se repose 
en s'appuvant sur sa massue qu'il lient de la main droite. Sur le 
bras gauche, qui a été brisé, était posée probablement la peau de 
lion de Némée. La tête est ceinte d'une couronne de laurier dont 
les lemnisques retombent sur les épaules. 

Ce type d'Héraclès barbu nous a été conservé dans un grand 
nombre des répliques». M. Furlwiingler- se demande si ces co- 
pies ne reproduiraient pas la statue que Scopas avait exécutée 
pour le gymnase de Sicyone. Le bronze de Tabae rend à mer- 
veille ce que nous croyons connaître du style pathétique du maî- 
tre : le mouvement de la tête légèrement inclinée en arrière, le 
regard mélancolique de ces yeux levés au ciel, le travail délicat 
de la barbe et des cheveux rappellent une belle tête, dite d'Asclé- 
pios, trouvée au Pirée, où l'on s'accorde à reconnaître la manière 
de Scopas ^ Dans tous les cas, l'Héraclès de Tabae diffère du 
type créé plus tard par Lysippe : sa musculature puissante paraît 
modeste à côté des bourrelets de chair monstrueux de l'Hercule 
Farnèse. 

III (pi. XIX). 

Les bambins jouant avec des oies, des coqs ou des canards, 
toutes ces fantaisies des sculpteurs alexandrins ne nous ont été 
conservées jusqu'ici que par des réductions de bronze ou des 
copies de marbre. On a trouvé l'an dernier à Séleucie de Cilicie, 
à l'ouest de Tarse, une statue en bronze de grandeur naturelle 
(hauteur, 0"", 78), représentant un enfant qui tient une oie dans 



1. Rome, Musée du Capilole, Clarac, 790, 1985 A. — Cliiaramonli, Clarac, 
792, 1985. — (jiiisliniani, Clarac, 798, 2008, etc. 

2. Roscher, Lcxikon, s. v. Ikrahics, p. 2171. 

3. Collignon, Sculpt. grecque, II, (ig. 126. 



oUIiLQUIiS nUONZICS INIÎDITS DU .MfSÉE DE C.ONS l"AN riNOl'I.i: 'H)l 

SOS bras ', La (igurc était faite tic six pièces rappariées et soudées, 
le torse, les deux bras, les deux jambes et la tète (pi. XIX). 

Le type est déjà connu par une statuette en marbre très mu- 
tilée du British Muséum', et surtout par une statuette votive en 
bronze du Musée de Leyde', portant sur sa cuisse droite une 
inscription étrusque. L'attitude, le style du bambin sont ana- 
logues à ceux du bronze de Séleucie : et l'on peut y voir une 
preuve que Toriginalde la statuette remontait au moins au iv' siè- 
cle. La copie de Séleucie est très soignée. L'artiste s'est efforcé 
de rendre les rondeurs indécises de ce corps d'enfant potelé. Les 
yeux incrustés d'émail ou d'argent devaient animer encore celte 
figure rieuse de bambin aux cbeveux bouclés. En somme, c'est 
cette nouvelle statue qui donne l'idée la plus juste des aimables 
œuvres des maîtres alexandrins, qui furent tous des tore uticiens, 
comme le plus illustre d'entre eux, l'auteur de l'enfant à l'oie, 
Boëthos de Ghalcédon. 

IV (pi. XVIII). 

M. Forster a étudié, dans un article accompagné d'une bien 
mauvaise planche, un groupe en bronze trouvé à Antioche en 
1891*. J'attendais, pour le publier moi-même, d'avoir trouvé une 
explication qui me satisfît. L'interprétation que propose M. Fors- 
ter ne m'a pas paru décisive. Ce groupe représenterait, d'après 
lui, une lutte entre Hermès Agonios, le dieu de la palestre, et un 
personnage inconnu. Quant à l'attribut que le dieu porte sur le 
haut de la tête, entre les ailerons caractéristiques d'Hermès, je 
laisse aux spécialistes le soin de décider si c'est une feuille de 
Scilia 7naritima ou bien de Nijmpliaea L'jlns, comme l'af- 
firme à M. Forster un herboriste qu'il a consulté. Il paraît que 

1. Cf. mon Catalogue des brojizcs, n" 6. 

2. Clarac, 876, 2228 c. 

3. Marllm, V art étrusque, p. 508; Micali, Monuinenti p. servire, etc., pi. 
XLIll. 

4. Jahrhuch d. k. 1). a. Instituts, 1898, p. 177 et suiv. - N» 20 de mon Cata^ 
lorjue des bronzes, où il est désifjiié très hypolhéliquemcpl comme « groupe 
d'Hercule et d'Anlée ». 



208 REVUE ARCHÈOLOGIOL'E 

les Nymphéas du jardin botanique de Breslau ont dos feuilles 
pareilles à cet ornemeat dliermès; mais il y en a tant d'autres 
qui peuvent ressembler à cet objet indéterminé que l'identifica- 
tion de M. Forsler reste bien problématique. 

L'auteur de l'article aurait dû au moins signaler des groupes 
analogues, notamment celui du Louvre ', où l'Hermès est rem- 
placé seulement par un Hercule barbu; sauf la tôle de ce person- 
nage, l'attitude, le g'este sont identiques dans les deux groupes. 
Longpérier en signale un autre semblable au Musée de Lyon. Je 
ne le connais point. Mais ces analogies prouveraient du moins 
que les attributs de la tète de lllermës n'ont pas grande impor- 
tance, puisque les têtes varient dans des groupes d'ailleurs iden- 
tiques. Ces statuettes ne seraient-elles pas plutôt des répliques 
d'un groupe célèbre, comme celui des Lutteurs de Florence? le 
copiste aurait démarqué l'original en changeant la tète du per- 
sonnage principal. 

M. Forster manifeste une vive admiration pour le bronze d'An- 
tioche dont il loue la « vortrefflich Arbeit », et il se fonde sur 
cette « perfection », incompatible, selon lui, avec la médiocrité de 
style du temps d'Hadrien, pour attribuer le groupe à l'époque des 
Séleucides. De tout temps on a exécuté des œuvres communes, et 
c'est bien le cas de notre bronze, dont le style déplorablement mou 
et lâché rappelle fort peu celui d'un chef-d'œuvre. Les extrémités, 
pieds et mains, sont d'un travail détestable; le bras gauche du 
lutteur agenouillé est retourné dans un mouvement dont j'ap- 
précie .mal la justesse; enfin le modelé du corps et de la figure 
manque tout à fait de précision. En somme, c'est une œuvre de 
fabrication courante, qui peut parfaitement dater de l'Empire. Je 
croirais volontiers, d'après la provenance de l'exemplaire du 
Louvre et la nature de la patine qui le recouvre, que ces bronzes 
sortaient d'un atelier de la Basse-Egypte. 

M. Forster a publié le groupe* posé sur une espèce de socle 
formé de pièces de bronze qui paraissent avoir appartenu à un 

1. Longpérier, Catalo'juc <les bronzes, 3G1. - S. lieinacti, l{cf)erloire,23A,2. 

2. Op. cit., p. 178. 



QUELOUES llHONZES INÉDITS DU MUSÉE DE CONSTANTINOPLE 200 



caudélabre. Je rappelle que la disposition de ce support est [oui 
arbitraire et qu'elle a été obtenue par moi ù l'aide de fragments 
superposés, sans que je sois sur de l'ordre dans lequel ils doivent 
être placés. Us étaient réunis à l'aide d'une longue lige de bronze 
qui a été conservée. Mais il est au moins douteux que le candé- 
labre ait servi de support au groupe, 
et la combinaison de ces deux pièces 
peut n'être que fortuite. ^«i"^ 



Les grandes statues de bronze sont 
assez rares pour que l'on puisse signa- 
ler celles mêmes qui sont mutilées et 
d'un travail médiocre. Ce sont là les 
caractères que présente une statue' 
plusgrande que nature (hauteur^ 2", 10), 
trouvée eu 1895 à Samsoun. Le ventre 
et le bras droit ont disparu, et le reste 
du corps ne tient qu'à l'aide de raccords 
en plâtre et d'une armature en fer, d'as- 
pect peu agréable. Le personnage est 
nu, debout, dans l'attitude convention- 
nelle des orateurs, le bras gauche tom- 
bant, la main largement ouverte dans 
un geste démonstratif; le bras droit de- 
vait être étendu, La tête est traitée dans 
le style d'un portrait, avec la barbe et 
les cheveux courts incisés au burin, les 
yeux enfoncés et le front bas. Le dessin 

général du corps ne manque pas de justesse, mais il est dé- 
pourvu de précision et de personnalité. En somme, c'est la statue 
d'un « arringatore » de province et de basse époque. 

André JontiN. 




1. Cf. mon Catalogue des hronzes, noS. 

m" SÉRIE, T. XXXV. 



14 



ZAGREUS, LE SERPENT CORNU 



La légonde sacrée de la naissance, du meurlrc et de la résiir- 
reclion de Zagreus, qui fait le fond de rorpliismo, n'a élé ra- 
contée avec détail par aucun des auteurs anciens dont les œuvres 
sont parvenues jusqu'à nous. On n'a pu la reconstituer qu'en 
cousant bout à bout des indications fragmentaires, toutes four- 
nies par des auteurs de basse époque. Ce travail a été fait par 
Lobeck {Aglaophamux, p. o47 etsuiv.) d'une manière définitive, 
avec une érudition à laquelle rien n'échappait. Mais comme il 
méprisait profondément ces contes de sauvages, dont il mécon- 
naissait l'importance pour riiistoire des idées religieuses, 
l'illustre helléniste a peut-être passé trop légèrement sur quel- 
ques difficultés très g-raves que présente la tradition restituée 
par lui. 

Abstraction faite de la valeur des témoig-nages mis en œuvre 
par Lobeck, les difficultés dont nous parlons peuvent tenir à 
deux causes principales. La première, c'est qu'il a certainement 
existé, dans les milieux orphiques, des traditions discordantes, 
comme en présentent, d'ailleurs, tous les récits mythiques, tant 
anciens que modernes. iSi nous connaissions les traditions ori- 
ginales, nous pourrions en démêler les éléments primitifs ou 
adventices et choisir entre elles; mais, obligés de nous 
contenter de mentions éparses, nous arrivons fatalement à 
relier, par un fil bien fragile, des mots et des phrases 
appartenant ù des histoires différentes. En second lieu, 
les autours de basse époque qui sont nos seuls informateurs 
ont sans doute, comme tous les anciens, cédé ù la manie 
de la conciliation et du syncrétisme ; ils ont eux-mêmes combiné 



■ ZAGREUS, LE SKHPENT C.OUMJ • 211 

des éléments disparates, réunis par des suUiros qu'il iio parait 
pas impossible de distinguer, môme dans les lambeaux de vcn- 
seignemenls qu'ils nous cal transmis. Ainsi, nous nous trouvons 
opérer sur une sorte de concordance résultant de la juxtaposi- 
tion de frag-ments qui proviennent eux-mêmes de concordances. . . . 
Ces considérations doivent nous rendre circonspects, mais elles 
nous autorisent, en même temps, à quelque hardiesse; ou bien, 
en clîcl, Ton doit renoncer à toute étude des questions orphi- 
ques, où l'hypothèse et l'induction peuvent réclamer sur ce 
terrain une part plus considérable qu'ailleurs. 

Voici, brièvement résumée, la narration qui ressort des textes 
combinés par Lobeck. 

Zeus, transformé en dragon, fait violence ù sa fille Persé- 
plione. De cette union naît Zagreus, que Nonnos, dans un 
passage inspiré de la théogonie orphique, qualifie de petit coimu, 
•/.epoEv iSciscç. Héra, jalouse, excite contre lui les Titans, qui 
l'amusent d'abord, puis se jettent sur lui pour le dévorer. Vaine- 
ment Zagreus, essayant d'échapper à leurs coups, prend la forme 
d'animaux divers, en dernier lieu celle d'un taureau; son corps 
est mis en pièces et les Titans en dévorent les morceaux. Cepen- 
dant le cœur de Zagreus est resté intact; Athéné l'apporte à 
Zeus, qui l'avale ou le fait avaler à Sémélé. Bientôt Zagreus 
renaît sous le nom de Dionysos et les Titans, ses meurtriers^ 
sont précipités dans le Tartare. Mais les hommes, nés de la 
cendre des Titans, portent la peine du crime de leurs ancêtres 
déicides; seule, l'initiation aux rites orphiques peut les affranchir 
de ce péché et leur assurer la félicité éternelle. 

En apparence, celte histoire bizarre présente un certain carac- 
tère d'unité; mais les difficultés vont paraître à l'analyse. Il y a 
là, au moins, trois récits, plus ou moins arbitrairement emmêlés. 

Athénagore, auquel nous devons le plus de détails', commence 
par raconter que Perséphone, fille de Zeus et de Déméter, avait 

1. Alhenag. Leg. pro Christ, p. 295 C-296 B (Orphica, éd. Abel, p. 16i) : 

«■ Tr,v OuyatÉpa toO Aiô:, V iv. vr^z \i.-rixphi 'Ha; r\ At,(jl-otpo; «Ot?,; ÈTrxiôoTtoîr.TaTO, 
o'jo ijiv -/.a-rà s-j-jIv eItîîv ïyv.y à?fJa).(J.^/J; x-x'i ln\ tm txeT'ÔTT'.) ojo y.-/."-, ttootov.v; xatàTo 



212 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

l'aspecl Jun mouslre cornu, que sa mère refusa dallailer. Puis 
il énumère les crimes de Zeus et nous apprend qu'il lit violence 
à sa mère Rhéa, qui s'était métamorphosée en serpent pour fuir 
ses atteintes; mais Zeus se transforma lui-même en dragon et 
accomplit son forfait. On lit ensuite cette phrase : Eh-x lliz::t- 
ccvr, TYj Suy^^'p' ^1-''''Y''î ^'.Oi':i[J.VKq v,x\ x-j-.r^i vi zpx/.ZT.zz z'/r^'^x-.:. Zeus 
eut commerce avec sa fille Perséphone en la violant sous l'as- 
pect d'un dragon. Athénagore — qui cite expressément Orphée 
comme la source de son récit — ne dit pas que Perséphone elle- 
même se fût métamorphosée en serpent. Mais il vient d'attribuer 
cette métamorphose à Rhéa, en relatant une scène toute pareille. 
Évidemment, il y a là une combinaison, une juxtaposition de 
deux traditions parallèles : suivant lune, Zeus violait la mère; 
suivant l'autre, il violait la fille. Cela est d'autant plus vraisem- 
bable qu'il n'est pas question d'un fils de Zeus et de Rhéa, mais 
seulement du fils de Zeus et de Perséphone, qui est Zagreus. 
Donc, on a le droit d'ajouter à la seconde histoire un détail qui 
est indiqué seulement par la première : Zeus et Perséphone 
avaient pris, l'un et l'autre, la forme de serpents et c'est du com- 
merce de deux serpents que naquit Zagreus. 

Aucun détail ne nous a été transmis sur sa naissance, mais 
Nonnos (VI, 264) dit qu'il vint au monde avec des cornes. Etait- 
ce sous l'aspect d'un enfant cornu ou d'un taureau? M. Andrew 
Lang a récemment senti qu'il y avait là une difficulté, mais il 
s'est contenté de l'indiquer sans en chercher la solution'. « Le 
fils de deux serpents, Zagreus, naquit — chose étrange — avec 
des cornes sur la tête ». Or, une tradition mythique a beau être 
absurde, révoltante même : il y a certaines règles de logique 



07:!u6îv toj 7payr(>.o*j (J-Épo;, £/îiv ôk xott y.ipara • 5io /x't tt)v 'PÉav çoor,Oiïaav ■:'<> 
TzaiSô; liçi'X^ ç-jy^ïv, oOx EÇEïffav a-jr?, Tf|V ÔïjXt^v... Ka't Sx: (Zîùç) ttiv (xr,T£pa 'PÉav 
iîxayopî-joyTav a-jToO xbv y<x[LQw È5:a)X£ • Spaxaîvr,; o' aùr?,; Y£vo(JLévr)i; X3t\ a-jTÔî et; 
Spâxovxa [j.£TaÇaAô)v (TJvSr.aa; a-JT/,v... èijiÎy^c" • £'û' oti 4>e pffe^pôvT) -■}, ôvyaTp'c 
£|aÎy''i» P'. ac<âlJ-£''o; xai Ta'JTr.v èv Spâxovxo; <7-/r,\i'X-'., èÇ tjç Ttaîç Aiôvj- 

17 ; OL'J'ii). 

1. A. Lang, MjjlUs, rilual and religion, iiouv. éd. (1899), t. II, p. 245. 



ZAGREUS, LE SERPENT CORNU 213 

doiil elle ne peut s'affranchir si elle veut être comprise et accep- 
tée. L'histoire de Léda fécondée par un cygne est assurément 
extravagante; mais la légende, pour tenir compte de ses propres 
éléments, lui fait mettre au monde un œuf. Celle qui faisait naî- 
tre Zagreus de l'accouplement de deux serpents ne pouvait pas 
lui prêter l'aspect d'un enfant cornu ou d'un taureau. Du reste, 
(3p£9:; ne signifie pas nécessairement un enfant, mais un « petit », 
au sens le plus général. Evidemment, les serpents étant ovipares, 
Perséphone devait pondre un œuf, et de cet œuf ne pouvait sor- 
tir qu'un serpent, non un être à figure humaine. Il semble donc 
parfaitement légitime de compléter ainsi l'une des traditions 
dont le passage d'Athénagorc nous livre un anneau : Zagreus 
naquit sous les traits d'un serpent. 

Maintenant, lorsque Nonnos nous raconte qu'il se métamor- 
phosa à plusieurs reprises et prit finalement l'aspect d'un taureau 
pour se soustraire à la poursuite des Titans, il paraît évident qu'il 
combine, et l'on peut, comme nous l'avons dit plus haut, distin- 
guer ici la suture et le raccord. Le mythe du bon taureau Zagreus, 
à;'.sç TaDpsç, déchiré et mangé par les Titans, est un mythe exégé- 
lique, provoqué par un rituel barbare qui s'était répandu de la 
Thrace dans le monde grec. Comme les fidèles de Zagreus déchi- 
raient un taureau, divinisé par les apprêts mêmes du sacrifice, 
on imagina la légende sacrée qui devait rendre compte de cet 
usage et le justifier aux yeux des Grecs raisonneurs. Aucune 
personne familière avec le rôle de l'exégèse des rituels dans la 
fabrication des hpo\ Xéyo'. ne se refusera à la conclusion que nous 
indiquons. Donc, à l'origine, il n'était pas question d'un Zagreus 
polymorphe et finalement tauromorphe, mais d'un taureau sa- 
crifié et identifié à Zagreus. Nonnos, ou l'auteur qu'il a suivi, 
croyait, comme on l'a fait jusqu'à nos jours, que les légendes 
motivent les rituels, alors que c'est presque toujours le contraire ; 
il fallait donc qu'il fît de Zagreus un taureau, au moment où le 
jeune dieu tomba sous les coups des Titans. Le mythographe s'y 
est pris assez maladroitement et a laissé paraître le travail de 
concordance, en qualifiant Zagreus nouveau-né de Y.izivt ^joizzq 



214 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

et en lui faisant assumer d'autre part, mais seulement pour mou- 
rir, la forme d'un animal cornu. 

Ainsi la tradition de la mort do Zagreus a dû être, à l'origine, 
indépendante de celle de sa naissance. Si la légende de la mort 
faisait de Zagreus un taureau, celle de la naissance, nous croyons 
l'avoir montré, faisait de lui un serpent. Mais ce serpent avait un 
attribut particulier : il était cornu, v.zpiv/ ^pizoc. Cette épithète de 
cornu est de celles qui lui appartiennent en propre, qui est insé- 
parable de la conception que l'orphisme s'était faite du fils de 
Zeus. Remarquons, d'ailleurs, qu'Athénagore, dans le passage 
cité, a pris soin de nous apprendre que Perséphone était un 
monstre cornu, ïytvi oà v.r. /.épaTa. Ce détail, tout isolé qu'il est, a 
de l'importance, puisque Athénagore avait sous les yeux un texte 
orphique. Et, dans la relation qu'il a misérablement écourtée et 
embrouillée, les cornes de Perséphone devaient jouer un rôle. 
Sans doute elle se transformait en serpent cornu, au moment 
d'être fécondée par Zeus, et c'est ainsi que le mythographe expli- 
quait l'existence de cornes sur la tète du serpent Zagreus, né do 
cet accouplement. 

La dernière partie du récit reconstitué par Lobeck dérive d' une 
troisième source, qui est elle-même une concordance. Quand le 
Zagreus thrace fut identifié au Dionysos hellénique, il fallut con- 
cilier l'histoire traditionnelle de la naissance de Dionysos thé- 
bain, fils de Sémélé frappée par la foudre de Zeus, avec celle de 
la mort du taureau Zagreus, déchiré par les Titans. On inventa 
alors l'histoire du cœur de Zagreus, sauvé par Athéné et avalé 
par Sémélé ou par Zeus lai-même. Le raccord est à peine dissi- 
mulé sous la naïveté grossière de l'invention. 

Revenons au serpent Zagreus. D'après ce que nous avons dit, 
le mystère de sa conception et de sa naissance comprend trois 
épisodes, trois tableaux : deux serpents divins s'accouplent; il 
naît un œuf divin: de cet œuf sort un serpent cornu, qui est un 
dieu. La mythologie gréco-romaine nous oiïre-t-olle, à titre de 
comparaison, une succession de tableaux analogue? 

Assurément non. Nous en rencontrons bien, çà et là,, les élé- 



ZAGKEUS, LE SERPENT CORNU 215 

ments isolés : des serpents qui s'enlaccn , l'œuf flo Léda, le ser- 
pent cornu ou céraste de la Libye, les cérastes dans les cheveux 
des Euménides; il y a aussi des serpents cornus sur quelques 
monuments chaldécus. Mais, dans tout le domaine oriental de 
la civilisation antique, ces trois images — serpents enlacés, œuf 
divin, serpent cornu — nç se trouvent jamais juxtaposées ni 
réunies. 

Il n'en est pas de même on Occident. Tout le monde connaît le 
passage de Pline [Hist. w«/.,XXIX, 32) sur l'œuf de serpent, ovum 
anguinum, tenu en haute estime par les Druides, Ce passage 
appelle d'ailleurs la critique, car le témoignage de Pline répète 
une tradition déjà fortement dénaturée. « En été, dit-il, il se ras- 
semble une multitude innombrable de serpents qui s'enlacent et 
sont collés les uns aux autres, tant par la bave qu'ils jettent que 
par l'écume qui transpire de leur corps; il en résulte une boule 
appelée œuf de serpent. Les Druides disent que cet œuf est lancé 
en l'air par les sifflements des reptiles, qu'il faut alors le recevoir 
dans une saie sans lui laisser toucher la terre, que le ravisseur 
doit s'enfuir à cheval, attendu que les serpents le poursuivent 
jusqu'à ce qu'une rivière mette un obstacle entre eux et lui, etc. » 
Ces détails ont bien pu être contés à Pline par des Druides, mais 
il est évidentque la part de fantaisie y est grande. Quant au début 
du récit, c'est déjà une tentative d'explication rationaliste, qui n'a 
pas plus d'autorité que les autres explications de ce genre. Pour 
produire un œuf de serpent, il n'est pas besoin d'une imiltilude 
mnomômô/e de ces reptiles, mais de deuxseulement,pourvuqu'ns 

ne soient pas du même sexe. Et pour que cet œuf soit divin, 
doué de propriétés surnaturelles, il faut que les deux serpents 
qui le produisent soient divins eux-mêmes. Ce détail essentiel a 
disparu de la légende contée par Pline, mais il devait nécessai- 
rement y figurer. On entrevoit, sous ce fatras, la simplicité de 
la tradition primitive : un œuf divin né de raccouplcmeiil de 
serpents divins. 

Pline ne nous dit pas qu'il sorte jamais un serpent de cet œuf 
miraculeux. Pourtant, l'imagination populaire ne pouvait se 



216 REVUE ARCnÉOLOnTOlE 

figurer un œuf de serpent, revôtu d'un caractère surnaturel et 
opérant des miracles, sans attribuer le même caractère à l'animal 
qu'il recelait sous sa coque. Alors même que nous posséderions 
seulement le texte de Pline, nous serions autorisés à conclure que 
les Gaulois avaient l'idée d'un serpent divin. Or, ce que les textes 
ne nous disent pas, mais se contentent d'insinuer, les monuments 
nous l'apprennent : les Gaulois de l'est de la Gaule, à l'époque ro- 
maine, révéraient et figuraient un dieu serpent, cl ce dieu serpent 
était cornu. 

Sur l'autel de Mavilly, dont j'ai donné l'explication il y a huit 
ans*, le serpent cornu figure à côté des images des douze dieux 
du panthéon romain; il représente à lui seul, sur ce monument 
d'une importance capitale, le panthéon gaulois. On le trouve en- 
core, sur l'autel de Paris, dans la main d'une sorte de Mercure 
tricéphale, qui est accompagné d'un bélier; il se rencontre sur la 
tranche de la stèle de Beauvais, dont la face est occupée par une 
image de Mercure et sur différents monumenls de provenance 
celtique, auxquels il faut ajouter le grand vase d'argent de 
Gundestrup, tous découverts à l'est du méridien do Paris*. 

Ainsi, dans l'orphisme comme dans la religion celtique, nous 
trouvons associés ces trois éléments : des serpents qui s'enlacent, 
un œuf divin, un serpent cornu qui est un dieu. 

Que ce soit là une simple coïncidence ou l'indice d'une con- 
nexité historique, il faut observer que l'emprunt ou la rencontre 
remontent à une époque très ancienne. En ellet, les textes rela- 
tifs à l'orphisme nous ont permis de reconnaître et d'isoler, par 
une sorte d'induction, les éléments mythiques dont il s'agit; 
ils ne nous les ont pas fournis directement et l'on peut 
croire que l'idée de Zagreus-serpenl avait déjà disparu, on 
tendait à disparaître, quand les premières compositions orphi- 
ques ont été mises par écrit. Kn Gaule non plus, nous n'avons 
pas de témoignages directs. L'œuf miraculeux que vit Pline et 

1. Revue archéologique, 1891, I, p. 1-6; cf. ibid., 1897, H, p. 313-326. 

2. Cf. S. Heinach, bronzes figurés, p. 195, où sont indiquées les références 
bibliographiques. 



zactReus, le serpent cohnd 217 

qu'on lui dit être Vovum anrjulnuin paraît liicn, d'après la des- 
cription qu'il en donne, avoir été un oursiu fossile ; une tradition 
vague conservait le souvenir d'un œuf divin, né de serpents di- 
vins; mais, comme nous l'avons montré, la nature divine dos 
serpents était oubliée du temps de Pline et les pratiques de ma- 
gie qu'il rapporte n'étaient que le résidu dénaturé d'un mythe 
religieux. Seul, le serpent cornu passait encore pour un dieu dans 
une partie de la Gaule, mais l'œuf dont il est sorti, le couple de 
serpents auxquels il doit l'existence ne figurent sur aucun monu- 
ment. Nous so)n?nes donc eii présence de conceptions préhistori- 
ques qui, tant en Grèce qu'en Gaule, ne subsistent plus qu'à 
l'état de survivances mutilées à l'époque où nous parvenons aies 
saisir. 

Les anciens ont dit que les Druides avaient été les élèves ou 
les maîtres de Pythagore, et ils ont identifié en substance l'or- 
phisme et le pythagorisme, le second n'étant qu'une doctrine aux 
allures scientifiques fondée sur le premier, qui est une religion 
populaire. Donc, aux yeux des anciens, il eût paru tout naturel 
qu'on cherchât à retrouver des éléments orphiques dans les 
croyances primitives des Celtes, qui sont au druidisme ce que 
l'orphisme est au pythagorisme, le substratum populaire d'une 
doctrine savante. Les anciens croyaient savoir également qu'il 
avait existé des relations étroites entre les Celtes, les Illyrionset 
les Thraces et n'auraient pas trouvé étonnant qu'on constatât 
une analogie entre les croyances religieuses de la Thracc-, ber- 
ceau de l'orphisme, et celles de la Gaule celtique. Les modernes, 
tout en tenant compte de ces circonstances, ont le droit d'être 
plus exigeants à l'article de la preuve. Il nous suffît donc d'avoir 
montré que le serpent cornu et l'œuf de serpent des Celtes ne 
sont pas, comme on le croyait, des conceptions isolées dans l'en- 
semble des religions européennes. En attendant que des induc- 
tions nouvelles nous permettent de planter d'autres jalons sur 
la route qui va de la Thrace en Gaule, nous aimons mieux sug- 
gérer des conclusions que d'en proposer. 

Salomon Reinach. 



LE CAMP DE CHORA 

A SAL\T-MORÉ (YONNE) 



A l'extrémité ouest de l'Avallonnais (Yonne), sur la rive gau- 
che de la Cure, entre les communes de Voutenay et Sainl-Moré, 
s'élève brusquement, à près de cent mètres au-dessus de la ri- 
vière, une montag-ne célèbre, désignée sous les noms de Chora 
ou Ville- Auxerre; ce dernier nom est encore inexpliqué. 

Cette montagne, très escarpée et dont les flancs viennent tom- 










'^:- 



Fig. 1. — Mur de Chora. 

ber à pic sur la Cure, est complètement isolée et entourée de 
toutes paris par de profondes vallées, sauf d'un seul côté, au 
nord-ouest, où elle se relie à la montagne voisine par une étroite 
bande de terre. 

Le couronnement en est formé des assises solides des terrains 
oolithiques [callovien, partie inférieure de l'étage oxfordlen ou 
oxfordif'U à cliaillcs). Pondant le creusement des vallées étroites 
et profondes qui l'entourent, les premiers affleurements s'écrou- 
lèrent avec les marnes sous-jacenles, mais la niasse elle-même 
resta là immobile, présentant aux flots destructeurs ses couches 
puissantes, comme le front crénelé de gigantesques bastions. 



LE CAMP DE C.IIORA A SAINT-MORÉ 2i9 

Cette montagne, célèbre parmi les archéologues et les lilslo- 
riens, a été l'objet de nombreuses dissertations scientifiques. 

Sur le plateau s'élcvonl encore, comme nous le verrons plus 
loin, les curieux vestiges de constructions fort anciennes, enceinte 
fortifiée, ayant plus de 300 mètres de long, maintenue par de 
forts massifs de maçonnerie arrondis en forme de tours ellipti- 
ques. 

Généralement, on s'accorde à reconnaître aujourd'hui que 
cette montagne a été occupée par les Gaulois et les Romains. Il 
est très probable, ajouterons-nous, que les hommes de la pierre 
et les Francs Mérovingiens Toccupèrent en leur temps. Les 
bonnes positions topographiques sont de tous les siècles et de 
tous les pays. 

Les nombreuses cavernes s'ouvrant aux flancs de Chora et des 
montagnes voisines, comme celle des Tunnels ou Côte de Chaux, 
convenaient admirablement, par leur position à l'abri du nord, 
aux premiers occupants de nos contrées. 

Si l'on se reporte à ces époques lointaines et aux conditions où 
vivaient alors ces populations primitives, on comprend que ce 
n'est plus, comme à présent, sur un sol fertile, mais au contraire 
dans des lieux arides et d'accès difficile, que les hommes de la 
pierre devaient établir leur séjour préféré. A défaut de cavernes, 
ils devaient se retrancher au milieu des rochers, baignés, comme 
à Chora, par la rivière. 

On rencontre, sur le sommet et les flancs de la montagne, des 
objets en pierre, haches et pointes de flèches à pédoncule et ai- 
lerons, et surtout ces curieuses têtes de flèches, à base rectiligne 
et amincie, que je n'ai trouvées que là et dont je donne deux 
dessins (fig. 2, n"^ 1, 2). 

Il est vrai que tout objet en pierre n'est pas nécessairement 
préhistorique. De tout temps et dans bien des pays, la pierre 
est entrée dans l'armement et l'outillage des habitants. Dans nos 
populations de la vallée de la Cure, Temploi de ces armes et ou- 
tils s'est continué jusqu'aux invasions romaines et même plus 
tard; il m'est arrivé bien des fois de rencontrer, dans nos tom- 



220 



REVUE ARCHÉOLOGIQUE 



beaux en piorre des vallées du Cousin, du Vau-de-Bouche et de 
la Cure, des objets en pierre, notamment des hachettes, à côté 
d'armes en fer et des ollae des Francs Méroving-iens. 

Après les hommes de la pierre, les Caulois occupèrent cette 
montagne. On y trouve des objets et monnaies d'origine incon- 




Fi". 2. — Trouvailles de Chora. 



teslablement gauloise. Il est évident que celte montagne, domi- 
nant le pays au loin, convenait admirablement pour établir ces 
fameuses huchées gauloises, qui étonnèrent tant César lors de son 
invasion en Gaule, « Au moment où il se passe un fait impor- 



LE CAMP DE CHOU A A SAINT-MORÉ 221 

lanl, dit-il, les Gaulois l'annoncent par leurs cris dans les cam- 
pagnes et le long- des chemins : ceux qui reçoivent la nouvelle 
la transmettent ensuite à leurs voisins. » 

La nuit, en cas d'alarme, on faisait un grand feu au plus haut 
sommet du mont. A ce signal répondaient aussitôt, sur tous les 
points de l'horizon, des brasiers allumés par les veilleurs de nuit. 
Les premiers guetteurs avertissaient leurs frères d'armes et la 
nouvelle à transmettre volait au-dessus des bourgades endormies. 

César nous dit que la nouvelle des massacres de Genabum était 
connue chez les Arvernes, à 240 kilomètres de distance, moins 
de 18 heures après l'événement. 

Au sommet du plateau de Ghora, à l'endroit le plus élevé et le 
plus découvert, existe encore un lumulus formé exclusivement 
de pierres, et d'environ 4 mètres de diamètre. Il n'est pas 
construit comme les autres tumulus des plateaux voisins et de 
nos forêts. Dans ceux-ci, il n'y a aucun ordre, les pierres sont 
entassées pêle-mêle. Dans celui-là, les pierres, posées avec symé- 
trie, forment une tour arrondie s'élevant à quelques mètres. On 
y voit même des assises régulières de moellons, mais sans aucune 
espèce de mortier. C'est évidemment un poste d'observation. 
Tout à côté se trouvent d'autres tumulus entièrement construits 
en pierre, mais de l'orme très irrégulière; ils ressemblent à ceux 
de la montagne voisine le Tartre, finage de Voutenay, qui sont 
au nombre de cent environ, et généralement alignés. 

Les Romains, qui appréciaient si bien l'importance des posi- 
tions stratégiques et savaient si bien s'y retrancher, ne pouvaient 
négliger d'établir une station militaire ou un camp sur cette 
montagne, située au milieu d'un vaste bassin, commandant plu- 
sieurs défilés et d'où il était facile de rayonner sur tout le pays. 

Cette station militaire était nécessaire pour protéger la voie 
romaine (construite par Agrippa, en l'an 720 de Rome) allant de 
Lyon à Boulogne-sur-Mer et qui franchissait la rivière, en bas 
de Chora, en amont du pont actuel de Saint-Moré. 

Au commencement du siècle, on voyait encore à cet endroit 
de nombreux pilotis, sur lesquels on avait jeté un pont. La con- 



222 UKVLE AKCUÉOLOGIOUE 

servalion do ces pilotis durant tant de siècles ne doit pas sur- 
prendre; on sait que les lacs de la Suisse renferment encore d'in- 
nombrables vestiges des cités lacustres, bien antérieures à 
l'époque romaine. 

Le plateau, d'une étendue de plus de vingt hectares, s'incli- 
nant doucement à l'ouest et couronnant la montagne de Chora, 
était un emplacement propice à l'établissement d'un camp. 

L'archéologie nous éclaire sur la date de sa fondation. Le 
campement est établi sur une montagne des plus escarpées, et la 
circonvallation suit toutes les sinuosités du terrain, — autant de 
conditions repoussées autrefois comme mauvaises sous le ILaul- 
Empire. 

En 356, le camp de Chora figure comme étape dans l'itinéraire 
indiqué à Julien TApostat, voyageant avec toute son armée, 
d'Autun à Reims, alors assiégée par les Barbares. 

Avant lui, Sylvain, officier d'infanterie, avait pris la môme 
voie à la tête de huit mille auxiliaires. 

En l'an 400 on y entretenait un corps de Sarmates, et saint 
Germain, avant son élévation au siège d'Auxerre, reçut d'IIono- 
rius, en 403, l'ordre de garder le Chorae viens y c'est-à-dire 

Chora. 

Ces corps de troupes ne faisaient guère que passer h Chora et 
il n'y restait que ce qui était nécessaire pour garder le passage 
sur la rivière. La Gaule ne vit pas de garnisons romaines s'ins- 
taller habituellement au milieu d'elle. Les légions étaient can- 
tonnées surtout dans la région du Rhin. Les Gaulois, fractionnés 
en une multitude de tribus rivales, ne cherchèrent guère à re- 
couvrer leur indépendance. Si la Gaule, a-t-on dit avec raison, 
s'est transformée, ce n'est pas par la volonté de Rome, c'est par 
la volonté des Gaulois eux-mêmes. 

La ruine du camp daterait du v siècle, c'est-à-dire de l'éta- 
blissement des Francs dans les Gaules. 

Les murailles et les tours, au nombre aujourd'hui de six ou 
sept seulement, entouraient la montagne sur les ciMés accessi- 
bles, au nord et surtout à l'ouest. Les courtines, reliant les tours, 



LK CAMP DK CHOU A A SAI.NT-MOUlî 223 

avaient environ li mètres d'épaisseur et pouvaient servir de che- 
min de ronde. 

Ces murs qui, eu certains endroits, s'élèvent encore à pins de 
2 mètres au-dessus du sol, étaient construits avec les moel- 
lons provenant des fossés ; quelques-uns de ces moellons ont plus 
d'un mètre de long et ont été mis en place sans avoir été taillés. 
Les pierres, noyées dans un épais mortier de chaux et de sable 
et placées à la hâte, sans assises régulières, formaient cependant 
des murs d'une grande résistance. 

Tours et murailles présentent parfois des assises en pierres 
hérissonnécs, de 0"i,30 à 0'",40 de haut. 

Une tour, isolée aujourd'hui au nord, est plus considérable 
que celles qui flanquent les remparts. Ces dernières, de forme 
elliptique, avaient 7 mètres dans le sens de la longueur des murs 
et 5™, 50 dans le sens de leur travers. Elles faisaient office de 
contreforts et de plates-formes pour repousser l'ennemi. 

Il y a quelque temps, on voyait encore, sur un des flancs de la 
montagne, les vestiges d'un aqueduc, par où, dit-on, montaient, 
au moyen d'une machine hydraulique, les eaux d'une fontaine 
située dans la plaine. La hardiesse de cette construction nous 
montre bien le génie puissant et inventif des Romains. 

Sur le plateau de la montagne, on remarque un amas de pierres 
en forme de carré long, que l'on nomme encore aujourd'hui les 
ruines du temple de Janus. Est-ce bien réellement un temple 
élevé à ce dieu, ou à une autre des nombreuses divinités du pa- 
ganisme? La Caule adopta non seulement des dieux romains, 
mais elle reçut aussi des divinités grecques, égyptiennes, sy- 
riennes. Faut-il voir là, comme on l'a dit, les restes d'un temple 
élevé à quelque empereur? Cotte opinion n'a rien d'invraisem- 
blable, car, pendant l'occupation romaine, on vit surgir une re- 
ligion nouvelle, qui eut pour divinités les empereurs eux-mêmes. 

Quoi qu'il en soit, il ne faut pas s'étonner de rencontrer un 
temple sur les hauteurs de Chora, à une certaine distance du vi- 
ens qui était au bas de la montagne. Les Romains avaient cou- 
tume d'asseoir la pin part de leurs temples, hors des murs, dans 



224 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

le voisinage des cités. A Rome, le temple tle Mars se trouvait 
près de la porte Capena; celui des Muses Camenae était bàli sur 
la voie Appienne. Ici, à A vallon, le temple d'Apollon était hors 
des murailles, aujourd'hui le faubourg Saint-Martin, auprès de 
la fontaine Bredelaine. A Montmartre, près le Vaull-de-Lugny, 
toujours dans notre Avallonnais, le beau temple de Mars s'éle- 
vai'. solitaire sur une montagne, loin de tout pays. Nous pour- 
rions montrer que dans les premiers siècles du christianisme la 
coutume persista longtemps encore d'élever l'église, comme 
dans ma paroisse, loin du centre du village et à l'endroit le plus 

élevé du pays. 

A quelque distance de ces ruines, se trouve un cimetière où 
ont été ensevelis des guerriers morts sans doute en combattant; 
c'est un pêle-mêle d'ossements de toutes sortes. 

Il y aurait, à l'intérieur de ce camp retranché et tout près des 
murailles, à l'extérieur, de belles fouilles à faire. Les recherches 
assez importantes que j'ai opérées pendant plusieurs années 
m'ont donné des armes de tout genre, pointes de javelots et de 
flèches, couteaux en fer, pierres arrondies par le travail de 
l'homme, de 0'°,05 à 0'»,07 de diamètre, et qui, vraisemblable- 
ment, ont dû servir do pierres de fronde. J'ai aussi recueilli des 
monnaies en grand nombre, de bronze et d'argent, notamment 
d'Hadrien, de Marc-Aurèle, de Trajau, de Faustine mère, de 
Yespasien. 

Après les Gallo-Romains, les Francs occupèrent le même 
camp. Dans la plaine qui s'étend au-dessous de cette montagne, 
on a trouvé des tombeaux mérovingiens se rétrécissant forte- 
ment vers les pieds. Ces grands tombeaux en pierre qui ont servi, 
pour la plupart, de sépulture aux chefs militaires des Francs (on 
y trouve les armes et ornements en usage à cette époque) attes- 
tant l'importance de cet antique village de Sainl-Moré, autrefois 
Chora, importance qu'il devait à sa position stratégique. 

Des archéologues ont prétendu que sur ce plateau de Chora 
existait autrefois une ville, d'où le nom de ville Auxcrrc. C'est 
une erreur, la simple inspection des lieux le montre suflisam- 



LE CAMP DE C.HORA A SAINT-MORÉ 22o 

mont. Une ville, un simple viens mémo, aurait laissé, après sa 
ruine, crautres traces que les murs qui en formaient l'enceinlo. 
On y trouverait des fondations de maisons, des citernes, etc. Or, 
à part les fortifications qui font en partie le tour de la montagne, 
on ne connaît que quatre ou cinq endroits oij s'élevait autrefois 
quelque édifice. 

Notons, en terminant, que la végétation spoutanée sur ce pla- 
teau donne une grande variété de fleurs et particulièrement trois 
raretés : Géranium sanguinmim, Convolvidiis cantabrica et Stipa 
pennata ou barbe de Saint-Moré, curieuse plante hygrométrique. 
C'est une gracieuse graminée qui, teinte en diverses nuances, 
orne le chapeau des dames. Le coloris des cryptogames égale ce- 
lui des plus belles fleurs. Les formes infiniment variées, la ri- 
chesse de couleurs de ces cryptogames en font une flore pleine 
d'éclat, mais immobile et silencieuse. 

De Chora, d'admirables panoramas se déroulent de tous côtés 
sous les yeux. Au nord et à Touest se dressent au premier plan 
les rocs étranges et abrupts de la Côte de Chaux. Quelques-uns 
de ces rocs se détachent et s'avancent comme des promontoires. 
De vastes déchirements, des cavités profondes apparaissent aux 
flancs de la montagne. 

Quand le soleil brille, il colore toutes ces roches de tons chauds 
et dorés; le calcaire se couvre comme d'un manteau dont les 
teintes varient à chaque heure du jour, et tout au loin on aper- 
çoit les pays de l'Auxerrois. 

A Test et au sud, les villages bâtis sur les bords de la Cure et 
du Cousin ; plus loin la ville d'Avallon, et, par delà, les monts du 
Morvan perdus dans la brume. 

Les magnifiques perspectives de ces montagnes, violemment 
coupées par les cours d'eau des époques précédentes, la tran- 
quillité, le calme de cette solitude, les teintes mélancoliques de 
ces paysages d'automne, tout se réunit pour donner une impres- 
sion inoubliable... 

Novembre 1898. 

Abbc V\\ PuULAlNE. 

nie SÉRIE, T. XXXV. 15 



NOTE SUR UNE INSCRIPTION D'AMIENS 



Celle inscriplion, provonanl de réglise de Saiiil-Acheul, 
élail entrée, au siècle dernier, dans la collection des Génové- 
fains. Elle est conservée aujourd'hui ù la Bibliothèque natio- 
nale, au Cabinet des Médailles. 

Elle a été souvent publiée mais, à ma connaissance, aucun 
de ses nombreux éditeurs, depuis Du Cangc jusqu'à M. Mowal, 
n'en a donné la vraie lecture : on a toujours lu pro salvTe hT 
vicToRiAExxG , tandis qu'il y a sur la pierre pro salvTe eT vic- 
ToRiAE AVG. Il faut lire sans doute : Pro sainte et vicioria<e> 
Aug[usti). M. Babelon,M. Prou et M. Dieudonné ont bien voulu 
contrôler la lecture avg : elle leur a paru indiscutable. M. Mowal 
a eu l'obligeance de m'aider à lire l'inscription sur un excellent 
estampage de sa collection et a attiré mou attention sur la ponctua- 
tion du texte qui m'avait échappé. Voici ma copie de l'inscription' : 



PROSALYTEÉT 
VIClORlAE)0(C! 

APOLLINlElVER 

ivcodvmno 
Tribvnaliadva 
^ssvboc^esvgii 

F D S D 



J'ajouterai qu'en 1 806 M. Ilenzen, sans avoir vu la pierre, 
proposait la correction avgg : on voit que celte brillante hypo- 
thèse s'est trouvée conlirmée par Texamen du monument. 

Seymour de Ricci. 

1. Lors de son passage à Paris en juillet 1899, M. Momnr)sen a eu l'extrême 
obligeance tl'examiner avec moi l'original : il a reconnu rexaclitude de la lec- 
ture AVG et m'a signalé l'existence à la ligne 3 et à la ligne 5 de points sépa- 
ralifs bouchés avec du plaire moderne (apollini-eT ver; Tri»vnalia-dva). 
L'inscription serait des premières années de l'Iviipire, sans doute du i''' siècle. 



NOTES D'ARCHÉOLOGIE RUSSE 



VII 
MONUMENTS CHRÉTIENS DE CIIËRSONÈSE' 

Les fouilles archéologiques de Chcrsonèse ont commencé en 
1827. En 189;^, l'espace exploré s'étendait sur environ 100 kilo- 
mètres carrés. Les résultats de ces longues recherches ont été 
singulièrement médiocres. « Jamais je ne trouverai de mots pour 
exprimer celte lamentable misère, cette ig-norance artistique que 
révèlent les fouilles de Ghersonèse », dit M. Bertier-Delag-arde. 
L'importance de Ghersonèse est nulle ou presque nulle en ce qui 
concerne l'art gréco-romain. En revanche, l'auteur constate 
qu'elle est considérable au point de vue de l'archéologie byzan- 
tine. 

Après avoir passé rapidement en revue les trouvailles faites à 
Ghersonèse^ M. Bertier-Delagarde s'attache tout spécialement à 
la description des temples chrétiens découverts dans le sol de 
cette ville. Les plus intéressantes sont les basiliques. Le type de 
celles-ci est très simple : trois nefs, une abside, un narthex. Toutes 
les basiliques sont courtes : leur longueur, à l'intérieur^ est 
égale à leur largeur. 

Pour ne pas répéter la môme chose à propos de chacune de 
ces églises, qui se ressemblent exactement, M. Bertier-Delagarde 
décrit d'une manière détaillée la basilique découverte par le 



1, Voir la. Revue archéologique de juillet-août, septembre-octobre 1898, jan- 
vier-février, mars-avril, mai-juin, juillet-août 1899. 

2. A. Bertier-Delagarde, Matériaux pour servir à l'archcologie de la Russie, 
t. XII (1893). Saint-Pétersbourg (en russe). 



228 



REVUE ARCHÉOLOGIQUE 



comlc Ouvarov. Nous ne retiendrons de cette description, qui 
intéresserait beaucoup un architecte, que ce qui touche directe- 
ment à l'archéologie. 

On a trouvé dans la basilique en question, parmi d'autres 
pièces d'architecture, un chapiteau très curieux : il est orné, aux 
angles, de têtes de béliers, dont les cornes s'avancent jusqu'aux 
rosaces du milieu, ù la place desquelles il y a, sur deux côtés, 
des oiseaux becquetant des grappes de raisin et, sur les deux 
autres, un aigle tenant un lièvre dans ses serres. 

Des chapiteaux pareils existent à Ravenne, dans la basilique de 




Fig. 1 et 2. — Chapiteaux de Chersoaèse *. 

Saint-Apollinaire, à Venise sur une colonne de l'église de Saint- 
Marc, et à Salonique, dans la basilique de Saint-Démétrius. Ces 
chapiteaux, qu'on croyait jusqu'ici être des produits de l'archi- 
tecture romane, sont, suivant M. Bertier-Delagarde, purement 
byzantins. Les chapiteaux romans ne sont que des imitations 
des chapiteaux byzantins, et encore — au début, tout au moins 
— des imitations laides et grossières. 

L'auteur remarque ensuite que, non seulement les chapiteaux 
à têtes de bélier et les chapiteaux simples, mais toutes les autres 
pièces, colonnes, dalles, corniches, etc. de la basilique de Cher- 



1. [Ces dessins au Irait ont été calqués sur les très mauvaises gravures om- 
brées publiées à la page 25 du mi-moire de M. Berlier-Delagarde, Il est re- 
grettable que de pareilles vignettes, qui semblent 1 "œuvre d'un écolier, figurent 
dans une publication officielle. — liéd.] 



MONUMENTS CnRÉTIENS DE CriERSONftSE 229 

sonèse, sont de tous points analog-ues à celles des églises de Ra- 
venne, de Venise, de Constantinople, « analogues non seule- 
ment au point de vue du style, mais presque identiques comme 
proportions et comme matière ». 

Les marbres de Uavenne proviennent de l'île Proconèse, dans 
la Propontide. On supposait jusqu'ici que l'Italie les avait reçus 
à l'état brut et qu'ils avaient été travaillés sur place. Du moment 
que des marbres absolument pareils se rencontrent à CliersonèsC;, 
il devient évident, dit M. Bertier-Delagarde, que Byzance en- 
voyait dans le monde entier non de simples blocs de marbre, 
mais des marbres taillés par ses propres artistes. « En ceci, 
comme en beaucoup d'autres choses, Byzance était à la fois la 
législatrice, Téducatrice de ses voisins barbares et l'exécutrice 
de toute production artistique dans leurs pays. Pour Chersonèse, 
comme pour Ravenne, il n'y avait qu'une seule école d'architec- 
ture : Byzance. Cette école ne répandait pas seulement des mar- 
bres : elle expédiait aussi des artistes; elle ne formait pas seule- 
ment des artisans : elle créait des idées. » 

Dans la même basilique de Chersonèse ont été trouvés des 
pavés de mosaïques où entraient seulement quatre couleurs : 
le blanc, le jaune, le rouge et le noir. « Il est remarquable, dit 
M. Bertier-Delagarde, que des restes de pavements pareils se 
soient conservés à Ravenne : on y voit les mêmes dessins que 
sur ceux de Chersonèse, les mêmes oiseaux, les rameaux de la 
même plante; c'est aussi le même travail avec les mêmes dé- 
fauts ». Bien que l'auteur ne dise pas, à propos de l'identité de 
ces mosaïques, qu'elle offre un nouvel argument à l'appui de la 
supériorité artistique de Byzance sur l'Italie, cette conclusion 
résulte d'elle-même de ce qu'il vient d'exposer à propos des 
marbres. 

Passons aux observations générales que suggère à M. Bertier- 
Delagarde la basilique découverte par le comte Ouvarov. La 
technique et l'art, dans l'architecture ecclésiastique de Cherso- 
nèse, étaient grossiers et dépourvus de toute originalité. Lorsque 
les ressources le permettaient, on achetait des marbres « tout 



230 REVUE ARCnÉOLOGTQUE 

faits » que Byzance fournissait au monde entier. Pour bAlir, on 
ne faisait pas appel à un archilecte-arlislo, mais à quelque contre- 
maître qui se contentait de réparer tant bien que mal un édifice 
plus ancien. Et cela continuait ainsi de siècle en siècle. C'est ce 
qui explique la très longue existence de ce type d'église à Cher- 
sonèse, où l'on n'en trouve presque pas d'autres, et l'absence de 
constructions à coupoles. 

L'autre monument intéressant, découvert à Chersonèse, est 
une église d'un type particulier, unique en Russie et très rare 
même en Orient. Le plan dessine un cercle accosté de trois 
demi-cercles, du côté de l'est, du sud et du nord, et d'un 
rectangle du côté de l'ouest. Le diamètre du cercle est de 24 
pieds. Au milieu de l'église se trouve un bassin rond, revêtu de 
marbre, de 8 pieds de diamètre. Le plan de l'église, qui forme 
une croix, ne laisse place à aucun doute quant à la nature du 
monument : c'est un baptistère. Ceci est d'autant plus évident 
que l'église se trouve à côté de la basilique dont il a été question 
plus haut et eu constitue une dépendance. La basilique elle- 
même se présente alors comme la cathédrale ancienne de Cher- 
sonèse, conclusion que confirment la grandeur, la beauté relative 
et l'ancienneté même de ce monument. 

Au sujet des autres églises, basiliques et chapelles, il n'y a 
rien à dire. Le nombre totale de ces monuments est do vingl- 
sept. Ils datent, pour la plupart, du x" siècle, bien que certains 
marbres, comme, par exemple, le chapiteau k têtes de bouc, 
api)artiennent au vi" ou au vii*^. Mais des marbres semblables se 
sont trouvés dans presque toutes les églises de Chersonèse. On 
ne peut pourtant pas supposer qu'elles aient toutes été cons- 
truites au vii*^ siècle; les mosaïques, d'ailleurs, permettent d'en 
fixer la date au ix*" et au x" siècle. Mais, comme on l'a vu plus 
haut, les constructeurs ont souvent mis en œuvre des matériaux 
plus anciens. Quant aux ornements intérieurs des églises, il n'en 
reste presque pas trace à Chersonèse . 

A quelque distance de la ville acluelle, on a découvert, en 
1890, sur l'emplacement même indiqué jadis par Strabon, des 



MONUMENTS CHRÉTIENS DE rifERSONÈSE 231 

restos fie la Chersonèse grccqno : un mur avec tino loiirollu, un 
petit temple de Dionysos, avec un autel portant le nom de ce 
dieu, un piédestal de statuette et des colonnes de différents dia- 
mètres. C'est bien là la Ghersonèse païenne; tout vestige du 
christianisme y fait défaut. 

Non loin du mur de cette ancienne ville se trouve une sorte de 
petite île artificielle. Ici encore, en 1845, on a découvert des 
restes d'une égalise et quelques objets relig^ieux semblables à ceux 
qu'on a exhumés plus tard dans l'ancienne Ghersonèse byzantine. 
M. Bertier-Delagarde est convaincu que cette église était le cou- 
vent 011 reposaient primitivement les reliques de saint Clément, 
qui, dans la suite, ont été transportées à Rome. 

G. Katcheretz. 



LES 

COLONIES AGRICOLES PRÉ-ROMAINES 

DE LA VALLÉE DU 15ÉTIS 



(Suite*). 



El Campo Real. 

El Campo Real, le champ de foire de Carmona, se trouve à la 
sortie de la ville, à gauche de la route de Séville. 

La permission de faire des fouilles sur le Campo Real, comme 
d'ailleurs sur tous les terrains municipaux, me fut gracieusement 
accordée parles autorités locales. Je m'empresse d'ajouter, puis- 
que l'occasion s'en présente, que les propriétaires de Carmona 
m'ont aussi permis de poursuivre mes recherches dans leurs pro- 
priétés; quelques-uns ont même été pour moi d'une amabilité 
parfaite. Je n'ai jamais rien payé pour l'autorisation de faire des 
fouilles, une fois seulement, j'ai cru devoir envoyer quelques 
duros à un pauvre laitier, dont mes ouvriers avaient envahi et 
complètement retourné le pré. 

Des recherches faites dans la partie basse du Champ de foire 
avaient amené,, quelques années auparavant, la découverte d'un 
groupe de tombes romaines. Je les lis rouvrir pour y voir une 
peinture murale que l'une d'elles renfermait etque je désirais co- 
pier. Cette peinture représentait un banquet funèbre : on y voyait 
les convives couronnés de feuillage, à demi étendus sur le tricli- 
?iiu?ji, buvant dans des rhytons; un serviteur se présente à droite 
avec deux plats de figues; à gauche, un nouveau convive s'a- 

1. Voir_la Revue archéologique de juillet-août 1899. 



LES COLONFKS AGRir.OLF.S PRÉ-KOMAINKS 



233 



vancc, un bâton couvert do verdure d'une main et tenant une 
couronne de l'aulrc. J'ai donné de cette composition une repro- 
duction en couleur dans l'ouvrage de M. de la Kada'. L'impres- 
sion que je ressentis en entrant dans celte chambre funéraire aux 
parois couvertes de peintures me décida à consacrer la plus grande 
partie de mon temps aux recherches archéologiques (il y a de 
cela environ seize ans). C'est alors que je proposai à mon ami 
M. Fernandez de Carmona de nous associer pour l'achat des ter- 
rains de la nécropole romaine voisine, terrains que nous explo- 
rons depuis lors. 

Ayant appris que, sur la par- 
tie la plus élevée du Champ de 
foire, les paysans avaient ra- 
massé, à diverses reprises,, des 
lames de silex et des haches de 
pierre, j'ai aussitôt chargé un 
de mes fouilleurs défaire quel- 
ques recherches à cet endroit. 
Il y découvrit trois silos dont 
voici la coupe avec quelques 
notes explicatives : 

, . Fig. 36. — Trois silos du Gampo Réai. 

A) Silo creusé dans le calcaire, rem- 
pli de terre, dans laquelle on recueillit 

quinze grandes lames de silex. Au fond, sur le sol pavé de pierres plates, des 
ossements humains en désordre. 

B) Silo semblable au précédent. A côté des ossements humains figurait uae 
plaque en calcaire gréseux, mesurant 0'",19 de longueur, 0'",i2 de largeur et 
0",03 d'épaisseur. Elle est usée vers le milieu, sur les deux faces, et aurait servi 
de polissoir ou peut-être de palette, d'après quelques traces de couleur rouge 
qu'on y voit encore. Trois belles haches de pierre polie sont aussi sorties de 
ce silo. 

C) Silo de la même forme que les deux autres; il était rempli de fragments 
de poterie primitive, parmi lesquels on distingue : 

De grands plats de terre brune micacée, dont quelques-uns ont subi le po- 
lissage après la cuisson et d'autres ont les bords perforés. 




1. Juan de Dios delà Rada y Delgado, Necropolis de Carmona (.Madrid, 18S5), 
pi. III et p. 98. 



234 REVrE ARCriÉOLOGlOUE 

Des pots profond? noircis par le feu. La plupart ont de petites cornes en 
guise d'anse. 

Coinmo à rAcébuchal, ces trois silos communiqiieut entre eux 
par de petits passages ouverts dans les parois du fond; ils sont 
suffisamment larges pour permettre de passer en rampant. 

La pré'îence de ces fosses souterraines primitives, dans cette 
partie du Champ de foire, me décida à y entreprendre une explo- 
ration méthodique. Comme il y avait là peu d'épaisseur de terre, 
il était relativement facile, au moyen de tranchées parallèles, de 
découvrir toutes les ouvertures des puits qui s'y trouvaient. En 
effet, sur une superficie d'une dizaine d'ares environ, on cons- 
tata jusqu'à quarante-deux silos, creusés dans les couches de 
marne ou dans les parties moins résistantes du calcaire. 

On recueillit parmi les détritus que contenaient ces silos : 

Des lames de silex de 0™,10 à 0™,to de longueur. 
De belles haches de pierre polie. 
Des poinçons en os. 
Des moules d'eau douce. 
Des marteaux de pierre. 
Des galets usés. 
Des pierres meunières plates. 

Des pierres brûlées, ayant servi à la construction des foyers. 
De gros bourrelets d'argile qui formaient le bord de ces foyers. 
Des ossements bumains déposés au fond, sur le sol. 

Des ossements d'animaux disséminés dans la terre ; les grands os sont par- 
fois brisés dans le sens de la longueur, afin d'en extraire la moelle. 
Des dants de chevaux. 

Des phalanges onguales et des bois de cerfs. 
De nombreux débris de poterie. 

De petits croissants, ou cornes de terre cuite, aux extrémités perforées. 
Des espèces de cuillers en poterie. 

Pas le moindre vestige d'objet métallique n'a été signalé. 

D'après l'opinion généralement admise aujourd'hui, ces silos 
seraient les souterrains des cabanes primitives qui s'élevaient par 
dessus et dont il ne reste plus de trace. O. groupe de silos nous 
indiquerait donc l'emplacement d'un village indigène, qui devait 
être admirablement situé, sur cette hauteur, en vue de l'im- 
mense plaine. 



LES COLONIES AGRICOLES PRÉ-ROM AIN ES 



23.' 



Nous avons signalé des vosliges de celle population piiniilivo, 
sur loule l'étendue des Alcores. 

J'extrais de mes notes sur l'exploration du Campo Uéal, le 
compte rendu des fouilles suivantes : 

I. — 20 juin 1898 (fig-. 37). 

Découverte de deux silos communiquantpar un étroit passage. 
La voûte du premier, A, s'est 
effondrée; la terre qu'il conte- 
nait ne nous donna que des 
détritus sans importance. Le 
second, B, dont l'orifice avait 
été creusé dans une partie plus 
dure du calcaire, a pu résister. 
Cette ouverture mesure l'",27 
de largeur; elle présente une 
saillie de 0"',30 sur laquelle 
devait reposer une pierre plate 
qui, àl'orig-ine, couvrait celte 
entrée. La profondeur de ce 
silo est de l'n,70. A l'intérieur 
on trouva, disséminés dans la 
terre, des débris de poterie 
indigène, des silex, des cen- 
dres et quelques pierres brû- 
lées; au fond, sur le sol, on 
découvrit un dépôtd'ossements 
humains en désordre, dont 
voici le détail que j'ai cru de- 
voir relever avec soin (fig. 38) : 

A. Deux tibias sur une hache de pierre polie. 

B. Un grand fragment de crâne, perforé (en mauvais état de conservation). 

C. Un côté du crâne. 

D. Une calotte crânienne, vue intérieure. 
1^]. Un autre fragment de crâne. 

F. Quelques dents. 

G. Un maxillaire supérieur. 




Fig. 37. — Deux siloa. Campo Kéal. 



236 



REVUE ARCHÉOLOGTOUE 



H. Un petit pot contenant du vermillon. 
I. Des traces de vermillon sur le sol. 



\:5 



H^ 






4 / 



^ 



] 



Fie. 38. — Relevé des ossements du silo fie. 37. 



Les autres ossements — en majeure partie des os des bras et 
des jambes — sont brisés; aucun cependant ne l'est dans le sens 

de la longueur^ ce qui, jus- 
qu'ici, n'a été observé que pour 
les ossements d'animaux. 
II. — 3 juillet 1898 (fig. 39). 
Découverte d'un silo de 
forme régulière qui a 2", 50 de 
profondeur; on y trouva : 

A. Des fragments de grands réci- 
pients dont quelques-uns présentent 
une ornementation de lignes chevron- 
nées parallèles, peintes en rouge. 

B. Une marmite entière, munie de 
deux petites cornes se détachant du 
bord même. 

G.' Quelques ossements humains 
isolés dans la terre avec des éclats, 
des lames de silex, des pierres et des 
cendres. 

Fig. 39. - Silo du Campo Real. H n'y avait que 0'°,30 d'épais- 

seur de terre au dessus del'ori- 
fico de ce silo. C'est à celte faible profondeur qu'on découvrit, 
dans la tranchée ouverte à cet endroit, deux fosses sépulcrales, 
contenant chacune son squelette. Une de ces fosses avait élé 




LES COLONIES AGRICOLES PRÉ-ROMAINES 237 

creusée accidentellement au dessus du silo. Ces fosses mesurent 
l'",70 de longueur, 0"',4() de largeur etO'"v^'"> de profondeur. Los 
deux squelettes étaient couchés sur l'épaule droite, la lèle à 
l'ouest ou, pour plus de précision, entre le sud-ouesl et l'ouest; 
la face était donc tournée vers le sud. 

En cherchant dans le voisinag-e de ces sépultures, on trouva 
encore plusieurs fosses orientées de la même manière, mais 
celles-ci étaient vides; elles avaient été creusées indistincte- 
ment dans le roc ou en pleine terre. 

Ces sépultures ne nous ayant offert aucun mobilier funéraire, 
il serait difficile de se prononcer sur leur origine. Mais en exa- 
minant bien la terre, autour des squelettes, j'y ai ramassé quel- 
ques petits débris d'une poterie dure, blanchâtre, probablement 
mauresque, comme on en trouve beaucoup dans les vieilles ci- 
ternes de la ville et dans les silos de l'Alcazar. 

Gandul et Bencarron. 

Sur un plateau détaché des Alcores, appelé Mesa de Gandul, 
entre Maïrena et Alcala, se trouventles ruines importantes d'une 
ville antique qui remonterait à l'occupation punique et dont la 
disparition, d'après des inscriptions chrétiennes, découvertes en 
ces dernières années, serait postérieure aux Wisigoths. 

A l'extrémité occidentale de ce plateau, on aperçoit quelques 
tumulus dont le plus grand fut exploré en 4891 par le proprié- 
taire, le marquis de Gandul. Il ne couvrait aucune sépulture; ce 
n'était qu'un amas de détritus, pré-romains cependant. 

A peu de distance au nord de la Mesa de Gandul, sur la hau- 
teur appelée Bencarron, on voit un autre groupe important de 
tumulus que nous avons explorés. La plupart de ces derniers se 
trouvent dans une plantation d'oliviers, propriété de M. Mendez 
de Maïrena, membre de notre Société archéologique de Garmona, 
qui m'autorisa à faire les fouilles. Je tiens à rappeler ici son 
amabilité et l'intérêt qu'il a bien voulu prêter à mes recherches; 
son obligeance alla même jusqu'à me permettre d'abattre les ar- 



238 



KtVLE AUCHÉOLOGIOUE 



bres qui pouvaient gêner les travaux, permission dont j'ai Jù 
d'ailleurs user, car deux des tertres, les plus importants, étaient 
plantés de pins et d'oliviers. 

Le groupe de Bencarron ' se compose d'une vingtaine de pe- 
tites élévations dont la hauteur varie de 1 mètre à 4 mètres. 
Les plus petites furent assez faciles à explorer; elles ne conte- 
naient que les ossements calcinés du défunt mélangés aux char- 
bons du bûcher, quelques vestiges de métaux fondus et des dé- 




Fig. 40. — Tuinulus à inhuinatiou accroupie de BeucarroH. 

A, terre conlenant les squelettes. — B, monticule primitif. — C, surélévation du tumulus. — 
D, l'orientation indicjuée par la direction des lignes, la tctc du côté de la croiv. 

bris de poterie. La crémation s'était effectuée de la façon la plus 
simple; les cendres avaient été ensuite recouvertes de terre. 

Sur la partie la plus élevée de Bencarron se trouvent trois tu- 
mulus, les plus importants du groupe. Nous en avons exploré 

1. Bencarron sei'ail le nom que portait le dernier propriétaire de cette partie 
des Alcores sous la domination musulmane. Dans la délimitation du territoire, 
sous Alphonse X, vers le milieu du xiii* sièole, un mojon, c'est-à-dire une élé- 
vation de terre (probablement un de nos lumulusj, auquel il est donné le nom 
de Caluchiabeucaro, est désigné comme borne ou liuiite entre les territoires de 
Carmona et d'Alcala. Voir Manuel l'^ernandez Lopez, llii<(oria de la ciwtad de 
Carmona (Sevillu, 1886), p. 113. 



LKS COLOMKS A(;UI.:OLi;S lMil>HO.M \1NES '2'.i\) 

deux; ils coiivraioul des scpullures disliiicles : à iiiliiimalioii el 
à incinéralion. 

Je commencerai par décrire le premier de ces Uimiiliis (fig. 40) 
qui couvrait une excavation taillée dans le roc, de forme irré- 
gulière, présentant au nord et à l'est des parois d'un n)ètrc de 
hauteur. Contre ces parois se trouvaient appuyées de grandes 
pierres plates, non taillées, posées verticalement, formant une 
sorte d'enclos qui rappelait les sépultures mégalithiques. 

Dans la terre entre ces pierres on releva dix squelettes humains 
en assez mauvais état de conservation, mais dont j'ai pu néan- 
moins sauver quelques crânes. 

Nous étions en présence d'une sépulture à inhumation collec- 
tive, oii les cadavres avaient été déposés accroupis, les uns à 
côté des autres. Il est probable qu'on recouvrait le tout de terre 
après chaque nouvelle inhumation; les dalles verticales, dont la 
partie supérieure se termine en pointe, servaient, sans doute, à 
reconnaître, dans le tertre, l'endroit exact de la sépulture. 

Ces cadavres avaient été enterrés dans une position accroupie, 
les genoux sur la poitrine, occupant ainsi dans l'enclos le moins 
de place possible. Le plus grand nombre des corps, repliés de 
cette manière, avaient été déposés sur le dos, quelques-uns avec 
une pierre sous la tète. A mesure que nous enlevions la terre 
par dessus, on découvrait d'abord les tibias et les péronés, puis 
les fémurs; directement sous ceux-ci apparaissaient les os des 
côtes et la série des vertèbres. Les mains étaient le plus souvent 
sur la poitrine. Une patère, en poterie noire ou brune, gros- 
sièrement façonnée 'il d'une cuisson imparfaite, se trouvait près 
du crâne à côté de la plupart des squelettes. Quelques-unes de 
ces patères étaient perforées de trous bouchés avec de petits 
tampons d'argile '. 

Ou recueillit aussi un pelit pot avec deux anses à corne et 
présentant, à la base, une dépression circulaire". 

Au poignet gauche d'un squelette d'enfant — probablement 

1. Voir le chapilre sur la Céraïuiiiue, fig. 51. 

2. Voir ihid., (ig. iU. 



240 REVUE ARcnÉOLor.rouE 

d'une petite fille — se Irouvail im bracelet ouvert, en cuivre ; 
l'une des extrémités est plus grosse que l'autre. Les bras étaient 
allongés contre le corps. Cette position était facile à vérifier par 
les marques d'oxyde laissées par le bracelet sur les extrémités 
inférieures des os de l'avant-bras et sur les trochanters du fémur 
o-auche; ce qui prouverait même que la main gauche devait se 
trouver sous le corps. 

Nous avons enfin relevé, près des vertèbres cervicales d'un 
squelette adulte, huit petits objets tous perforés, formant collier 
et comprenant : trois coquilles, une petite pierre plate noire, 
une autre ronde, un fragment de défense de sanglier, une spirale 
en cuivre et une perle cylindrique. La terre passée au tamis nous 
donna une autre amulette, sous laforme dunpetitcylindreen os. 
On recueillit aussi dans la terre du fond plusieurs lames de silex. 

L'examen du tumulus qui couvrait ces squelettes nous démon- 
tre que le monticule primitif — tout le temps que dura cette sé- 
rie d'inhumations — ne devait guère couvrir que la partie com- 
prise dans l'enclos des dalles. Plus tard ce tumulus aurait été 
surélevé à la hauteur des deux autres. Cette hypothèse nous 
semble justifiée par l'emploi d'une terre différente dans la partie 
supérieure et précisément de la même nature que celle qui avait 
servi à la formation du tumulus voisin à incinération. Ce fait me 
paraît très significatif; il semble en tous cas indiquer l'existence 
de certaines relations entre ces Accroupis et les Incinérés. 

Je regrette que mes connaissances analomiques, quelque pou 
superficielles, ne m'aient pas permis de reconnaître le sexe au- 
quel appartenaient ces squelettes. 



Abordons maintenant l'étude du tumulus voisin (fig. 41), au 
centre duquel s'ouvrait une fosse rectangulaire de O^.SO de pro- 
fondeur creusée dans le roc même. 

Dans cette fosse se trouvait encaissée une grande dalle, ci- 
mentée tout autour d'argile. Sous celle-ci apparut une excavation 
rectangulaire olîrant les dimensions suivantes : 



LtS COLOiNIES AGIUCOLES PRÉ-KOMALNES 



241 



Longueur : 1 mètre; 



Largeur : 0'",50; 

Profondeur : 0'",65. 

Les parois de celle seconde fosse avaient été enduites de terre 
glaise pour faire disparaître les inégalités du roc; on avait en- 
suite passé par dessus un crépi à la chaux, crépi qui existait en- 
core en grande partie; une petite portion, qui s'était détachée, 
était tombée au fond. 

Au premier abord, cette fosse paraissait vide; mais on trouva, 
au fond, une couche de sable qui couvrait des cendres humai- 




Fis. 41. — Tuinulus à iuciuération de Beacarron. 



nés, avec un anneau de cuivre et six tablettes d'ivoire couvertes 
d'intéressants dessins gravés au trait. 

Une seule de ces tablettes sortit intacte; les autres, n'ayant 
que deux ou trois millimètres d épaisseur, se brisèrent au mo- 
ment de les ramasser. Il a donc fallu en relever les précieux 
fragments séparément, les nettoyer et les durcir en les faisant 
passer par un bain de gélatine. C'est ainsi qu'usant de patience 
j'ai eu la satisfaction de sauver ces petits monuments d'une haute 
antiquité, les seuls qui soient sortis jusqu'ici du sol espagnol. 
Voici la description de ces intéressants objets : 
I (fig. 42). — Tablette d'ivoire sur laquelle on voit représenté 
un guerrier barbu tenant d'une main un bouclier rond et de 
l'autre un javelot qu'il va lancer contre un lion. Le fauve a déjà 

nr^ SÉRIE, T. XXXV. tU 



242 



HEVL'E ARCHÉOLOGIQUE 



saisi l'homme oiiUv ses grilTes; celui-ci, un genou en lerrc, va 
succomber, quand un grilTon se présente derrière lui, et soute- 
nant d'une patte son bras droit, semble l'exciter au combat. Le 
lion détourne la tête, sans doute pour avouer son impuissance 
en présence du monstre ailé. —Long., 0^,127 ; larg., 0"',049. 
IL — Cette tablette, en très mauvais état de conservation, na 




Fig. 42 et 43. — Deux tablettes d'ivoire. 42, Guerrier attaqué par un iiou. 
43, Griaou défendaul des gazelles contre un cavalier. 1/2 grandeur naturelle. 

pas été dessinée ; c'est une variante du sujet précédent. L'iiommc 
et le lion occupent les mêmes positions; mais, au lieu du griiïon, 
on voit une gazelle effrayée, sur le point de fuir, qui tourne la 
tête vers les combattants. Long-., 0"',13; larg., 0",05. 

111 (fig. 43). — La partie du milieu de cette tablette manque; 
adroite apparaît un homme imberbe, à cheval, qui va lancer un 
javelot; il tient de la main gauche un fouet avec lequel il dirige 
le cheval qui n'a pas de bride. En face de ce cavalier, on voit un 
griffon entre deux gazelles dont l'une est accroupie et l'autre 
sur le point de fuir. 

IV. — Il ne reste plus que quelques fragments de cette ta- 



LliS COLONIES AGUICOLKS IMUÔ-UO.M AINES 



213 



blette, où l'on disting-ue cependant un taureau entre un li(jn et 
un griffon; à chaque extrémité se trouve le motif de la jialnielte 
entre deux cornes. (Cette (ablette n'a pas été dessinée.) 

V (fig-, 44 et 45). — Tablette gravée sur les deux faces. D'un 
côté, on voit un magnilique taureau entre deux lions et, de l'au- 
tre, un lion ot un griffon se disputant une gazelle. Long., 0"'^13; 
larg., U'",Ouo. 

VI (fig. 46 et 47. — Le même sujet est gravé des deux côtés 





Fig. 44 et 43. — Tablette d'ivoire, 1/2 graudeur naturelle. 44, Taureau ullaqué 
par deux lions. 43, Uue gazelle entre un lion et un grifl'on. 



de cette tablette : on y voit une gazelle entre un lion et un grif- 
fon. Long., 0^,126; larg., 0'",034. 

La gravure de ces plaques est d'une exécution remarquable; 
aussi ai-je tenu à en présenter des fac-similés; mes dessins ont 



été tracés sur les originaux. 



Le profil de l'homme attaqué par le lion est tout particulière- 
ment intéressant : la forme du nez, la proéminence de la lèvre 
inférieure, la grande oreille et la coupe même de la barbe sont 



244 



REVL'E ARCHÉOLOGIQUE 



autant de points caractéristiques qui doivent perniollre de dé- 
couvrir son origine. 

Il est supposé avoir sur la tète un casque à crête dont le gra- 
veur s'est contenté de nous indiquer la silhouette, de môme qu'il 
n'a pas tracé la partie du javelot qui devait nécessairement pas- 
ser devant le visage de l'homme. 

Le cavalier de la troisième tablette serait un Africain, Gétule 
ou Numide'. Il est imberbe, avec de grosses lèvres, la cheve- 





Fi''. 46 et 47. — Tablette d'ivoire. 1/2 graudeur naturelle. Une gazelle entre un 

lion et un grillon. 

lure, probablement composée de petites tresses, tombant à la 
hauteur des épaules. Il monte son cheval sans selle et sans 
bride, se servant pour le diriger d'un fouet qu'il tient de la main 
2-auche. Ce fouet, muni d'une seule lanière, se retrouve sur les 
bas-reliefs assyriens. 

Le grillon reproduit sur ces tablettes paraîtrait désigner quel- 

1. M. Gagnât décrit de la manière suivante les cavaliers numides représentés 
sur la colonne Trajane : « On les voit charger l'ennemi sur leurs petits chevaux 
qu'ils montent sans selle et sans brides à l'africaine. Ils ont pour tout vête-, 
ment une pièce d'étofle enroulée autour du corps, de façon à former une sorte 
de tunique courte, attachée à chaque épaule par une agrafe et serrée à la taille... 
Mais ce qui les caractérise surtout, ce sont les boucles de cheveux frisés 
qui retombent tout autour <ie leur tête. Pour arme ils n'ont qu'une lance, 
peut-être autrefois peinte sur le marbre delà colonne, aujourd'hui efTacée, et 
un petit bouclier » (Gagnât, L'unncc romaine, p. 332). 



LES COLONIES AHRICOLES PRÉ-ltOMAIN'KS 



245 



que influence mystérieuse opposée à celle du lion. Celle influence 
serait bienfaisante et prolectrice : aussi le voyons-nous soute- 
nant le bras du guerrier attaqué par un lion, ou prenant sous sa 
protection des gazelles que menace un cavalier sur le point de 
lancer un javelot. Sur les tablettes où les trois animaux sont re- 
présentés, l'action nous semble clairement indiquée : la g'azelle 
fuit le lion et se réfugie du côté du griffon qui étend une aile 
pour la protéger; le lion, de son côté, tout en poursuivant sa 
victime, détourne la tête pour indiquer son impuissance devant 
le oriiïon. On ne s'explique pas cependant quelle influence ces 
tablettes gravées pouvaient exercer sur l'état futur du défunt; 
ce sujet, très obscur, n'a pas encore été traité d'une manière sa- 
tisfaisante. 



Dans le voisinage des deux grands tumulus précédents, nous 
avons exploré six petits tertres funéraires qui couvraient des 
sépultures à incinération, sur le sol ou dans des fosses peu pro- 
fondes. 

Parmi les cendres on a ramassé des débris de poterie indi- 
gène, des clous de fer, des morceaux de plomb fondu, une petite 
hache de pierre polie, des lames de silex, une plaque de cein- 
turon en enivre, ainsi que des fragments de tablettes d'ivoire et 
des débris de coquilles sur lesquels des dessins au trait repré- 
sentent toujours les mêmes motifs : des fleurs, des griffons et 
des gazelles. 

Le mieux conservé des petits tertres 
de Bencarron avait les dimensions sui- 



vantes (fig. 48) : 

Hauteur du tertre : 1 mètre; 
Longueur de la fosse à incinérer 




2 mètres; 

Largeur de la fosse : l'",10; 

Profondeur de la fosse : 0"',30. 

L'intérieur de la fosse se trouvait ainsi disposé : 

A. Les frafirments du crùnc. 



E 

Kig, 48. — Fosse à iucini'-ra- 
tion de Beucarrou. 



246 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

BB. Los IVagtnents des gros os des bras. 

C. Une plaquette de ceinturon et les débris d'une tablette en ivoire. 

D. Un pot de terre à large ouverture. 

E. Une perle cylindrique en ivoire ; les débris d'un objet en cuivre et les os 
d'un oiseau. 

D'après cet exposé du conlonu de la fosse, il faudrait prêter à 
la plaque de ceinturon, comme aux poinçons, aux peignes et 
aux tablettes gravées, une signification funéraire. Si le ceinturon 
avait fait partie de l'habillement du défunt, la plaque aurait né- 
cessairement été retrouvée vers le milieu de la fosse. Il est donc 
probable qu'au moment de brûler le corps, on glissait ces divers 
objets entre le bûcher et la paroi de la fosse. 



J'ai découvert sur différents points des Alcores d'autres em- 
placements de bûcher semblables à ceux de Bencarron. Ces sé- 
pultures, ne nous ayant fourni rien de nouveau, ne méritent pas 
un chapitre spécial. Je me contenterai de les mentionner en peu 
de mots. Dans la plupart des foyers mis à découvert, le feu avait 
tout détruit; ce n'est qu'en tamisant les cendres que nous avons 
pu acquérir la certitude — par le relevé de quelques menues 
parcelles gravées, d'œuf d'autruche, de coquille ou d'ivoire — 
que toutes ces sépultures se rapportaient à une même époque. 

Puerto Judio. — Aux alentours d'une grande carrière nous 
avons exploré plusieurs moiillas de 0'",50 de hauteur; on ne 
trouva, parmi les cendres, que quelques débris de poterie gros- 
sière. Il est probable que ces tertres couvraient les sépultures 
des tailleurs de pierres qui exploitèrent cette carrière. 

Santa-Marina. — Un tumulus, exploré par MM. R. Ferez et 
Pelaez, couvrait une fosse à incinération, comme celle de TAl- 
cantarilla. 

La Ilarincra. — A l.'j kilomètres au nord de Carmona, se trou- 
vent deux tumulus dont les sépultures ont été profanées depuis 
longtemps. 

Santa-Luc'w. — Entre Maïrena et Viso, près de l'ermitage de 



LES COLONIES AGRICOLES PRÉ- ROMAINES 



247 



Santa-Liiciti, se trouve un groupe important composé de quatorze 
motillas dont la hauteur varie de l^jSO à 6 mètres. 

L'exploration d'un de ces tertres, de 2'",3o de hauteur, nous 
donna une fosse à incinération de 0'",80 de profondeur, remplie 
de cendres; parmi celles-ci j'ai pu constater la présence des ob- 
jets suivants,, presque complètement brûlés : 

Une petite boîte en ivoire. 

Qucilre peignes en ivoire. 

Trois plaques à godet en ivoire, décorées de frises d'animaux, de palmiers 
et de fleurs de lotus, découpées à jour. 

Deux coquilles gravées ; à l'intérieur de chacune figurent un lion et à l'exté- 
rieur un bélier et un bouton de lotus. 

Un œuf d'autruche gravé au trait. 

Akantarilla. 
Le tumulus de l'Alcantarilla (fig. 49) est situé dans une plan- 






,4^ 




^?^^J '^^^^yJj^,-?, 




Fig. 49. — Coupe tiii tumulus de l'Alcantarilla. 



talion d'oliviers, à droite du chemin de la Dehesilla, à moins 
d'un kilomètre des dernières maisons de Carmona. 

Il a 4 mètres de haut et couvrait une sépulture à inciné- 
ration, fosse rectangulaire dans laquelle les cendres avaient été 
soigneusement recouvertes de tessons d'amphores et de galets. 



248 REVUE ARf.HÉOLOGlQUE 

La coiipo de ce tumulus nous donna, à O^ioO du sommet, 
une espèce de couverture d'argile mêlée de galets ayant 
l^j-iO d'épaisseur el formant une masse compacte impénétrable 
à toute végétation. L'espace entre celte couverture et la fosse 
était rempli de terre végétale. 

Les parois de celte fosse étaient profondément brûlées, de 
même que la surface du sol environnant, sur plus d'un mètre 
de largeur. 

Autour de lasépulture on recueillit quelques vases à offrandes, 
d'une poterie grossière, ne contenant que de la terre*. 

Avec les tessons, qui couvraient les cendres, il était facile de 
rétablir la forme des amphores. Celles-ci — que nous appelle- 
rons puniques, le R. P. Delattre en ayant signalé de semblables 
à Carthage — se distinguent surtout par le manque de col pro- 
prement dit, l'orifice étant entouré d'un simple bourrelet. Ces 
amphores avaient environ 0'",70 de hauteur; la panse est munie 
de deux petites anses ou oreillons; on y voit aussi une ou deux 
légères dépressions autour du corps; le pédoncule est peu 
prononcé'. 

La différence notable du poids des charbons du bûcher indi- 
quait que celui-ci aurait été composé de deux essences de bois 
(peut-être le chêne et le pin). 

II est probable que le corps une fois brûlé, on a éteint le foyer 
en l'arrosant de vin, de lait ou d'eau miellée à la manière des 
Grecs d'Homère. Les amphores, qui avaient servi à transporter 
ces liquides, étaient ensuite brisées et on en utilisait les débris 
à recouvrir les cendres. 

L'importance du sacrifice et des libations qui se faisaient après 
la combustion du corps nous serait démontrée par la présence 
dans la fosse même, du côté nord, d'une cavité formée de tessons 
d'amphores. C'est sans doute dans ce puisard, disposé près des 
cendres, que devait couler le sang des animaux qu'on immolait 
pour le repas des funérailles; peut-être encore y brùlait-on les 

1. Voir le ctiap. sur la Céramique, fig. G9. 

2. VAd., fig. 101. 



LES COLONIES AGRICOLES PUÉ-ROMAINES 249 

offrandes funéraires. Voici la description des divers ohjels qui 
ont été recueillis parmi les cendres : 

Quelques boulons et orucmenls en cuivre. 

Une petite tig-e creuse en cuivre, d'un usage inconnu; elle se 
termine par des boules formées do minces rondelles d'une ma- 
tière dure, ressemblant à de la corne. 

Plusieurs morceaux d'étoffe complètement carbonisés. On y 
distingue deux tissus difTérents, dont l'un, d'une lég-èreté remar- 
quable, était finement plissé; l'autre ressemble à de la g-rosse 
toile ou bâche commune. 

La carbonisation s'otant produite sans modifier l'apparence 
du tissage, c'était un indice certain de l'emploi d'une matière 
végétale; la grosse toile était probablement du lin et l'étoffe 
fine du coton. 

J'ai pu conserver divers morceaux de ces intéressants tissus, 
en les pressant légèrement entre deux verres; on y remarque 
un ourlet à jour et une curieuse couture de la fine étoile 
plissée. Des tresses de sparte carbonisées, recueillies dans la 
fosse vers l'ouest, nous désignaient la matière des sandales du 
défunt. 

L'usage du sparte dans le sud de la Péninsule remonte à la 
plus haute antiquité. On découvrit en i8')7, dans une cavcrn»; 
funéraire près d'Albunol (province de Malaga), divers objets 
de sparte tressé, entre autres de petits sacs ou bourses, des ves- 
tiges d'habillements et des chaussures. Plus de cinquante sque- 
lettes sortirent de cette caverne, où apparurent aussi des armes de 
pierre, des poinçons en os, des poteries primitives, un frontelet 
d'or et enfin des sandales do sparte qu'on releva à côté de ces 
ossements. Ces dernières se trouvent actuellement au Musée 
archéologique de Madrid; la conservation en est parfaite; on 
les trouve fidèlement reproduites dans l'ouvrage de M. Manuel 
de Gongora sur les antiquités préhistoriques d'Andalousie*. 
Pline nous dit, au sujet du sparte en Espagne, que les paysans 

1. Manuel de Gongora y Martinez, Antigiiedades préhistoriens de Andaluria, 
Madrid, 1868. 



230 llEVLt; ARCUÉOLOr.IQL'E 

en faisaient leur lit, leur feu, leurs flambeaux, leurs chaussures, 
que les bergers en faisaient leurs habits*. 

Fernandez Guerra croit avoir trouvé le nom ibérique du sparte. 




Fig. 50, — Plaque il godet eu ivoire. 1/2 graudeur uaturello. 
Celui que cette plante porte actuellement est grec, dit-il, et au- 

1. Pline, ilisl. Sat., livre XIX-7 ; 1. 



LES COLONIES AGRICOLES PRÉ-ROMAINES 



2^1 



rait été imposé par los Phocéens; à son avis, les Ibères l'appe- 
laient arrmjo, d'où Aragon'. 

Un objet on ivoire qui fut ramassé en plusieurs morceaux 
vers le milieu de la fosse (fig. 50). C'était une plaque de forme 
rectangulaire qui devait avoir 0">, 259 de longueur et 0'",174 de 
largeur; au centre se trouvait une cavité à fond plat comme un 
g-odet, de O'^jOVO de diamètre et de 0'",01 de profondeur. 

Le bord de ce g'odet est formé de deux cercles concentriques 
de torsades; l'espace entre ces cercles est occupé par une frise 




Fig. 21 à rjG. — Fragments d'ivoire gravés. l/2graiuieur naturelle. 

de fleurs et de boutons de lotus, dessinée au trait av«c un léger 
relief. 

Dans le reste du champ do cette plaque devait se trouver une 



1. « Les Itinéraires d'Antonin, Idacius el saint Isidore donnent à Carlhagène 
l'épilhète Spartaria. Au moyen âge, une grande partie des provinces de 
Cuenca, Albacète et Murcie était désignée ainsi : Mnnrha de Monte Aragon ; 
enfin on disait encore en 1576 : La vill? de Chinchilla danx les monts d'Ara- 
gon. L'explication de ce mot Ai'agon est indiquée dans l'histoire d'Hspagne 
d'Alphonse VII, où en parlant de Carlhagène, il est dit : Cette ville fut an- 
ciennement nommée Carthagena espartera, parce que tout le territoire qui 
produit le sparte, appelé aujourd hui Mont Aragon, lui appartcnail » (Es- 
toria de Empanna, que Jizo el muij noble lieij Dom Alfonso, t. VII, fol, 6). Voir 
Fernandez-Guerra y Orbe, Contestacion à la Memoria de D. Juin de Dios de 
la Rada y Delgado. Antigiiedades del Cerro de los Santos, Madrid, 1875, p. 133. 



252 BEVUE ARCHÉOLOGTQUK 

intéressante série de figures humaines découpées à jour. On re- 
marque parmi celles-ci des personnages imberbes, de profil, à 
la coiffure libyenne, velus de longues robes plissées à frange et 
retenues à la taille par un cordon. 

D'autres fragments décorés de dessins, découpés à jour, fai- 
saient partie d'une tablette composée de deux zones où figuraient, 
dans la partie supérieure, des chars attelés de chevaux et, dans 
la partie inférieure, dos grilfons et des palmiers; une frise de 
palmettes et de cornes séparait les deux parties. Sur un grand 
fragment qui paraît avoir appartenu à un troisième objet aussi 
en ivoire, on voit un cheval harnaché (fig. ol à 06). 

L'ivoire brûle n'est pas facile à reconnaître à première vue; 
selon l'intensité du feu, cette matière change de couleur et devient 
brune, grise, bleuâtre ou blanche comme de la craie; mais le 
grain en est assez reconnaissable à la loupe. L'ivoire, sous 
l'action du feu, éclate dans le sens de ses couches naturelles et 
la cassure présente presque toujours, au milieu, une partie noire. 

Il y a de quoi s'étonner que des objets si délicats, brûlés avec 
le corps du défunt, ou peut-être jetés dans la fosse avant l'extinc- 
tion du feu, n'aient pas disparu complètement. 

Le f.tinmliifi de la Canada de Raiz Sanchez. 

Ce lumulus se trouve à environ 6 kilomètres au nord-est de 
Carmona, sur le sommet d'un cerro ou mamelon; il mesure 
3", 60 do haut. L'exploration nous fit découvrir, au centre, une 
grande fosse à incinération, creusée dans le haut du mamelon 
dont la formation naturelle présente une masse compacte d'ar- 
gile et de galets (fig. 57). Voici quelles étaient les dimensions 
de cette fosse : 

Longueur de l'est à l'ouest: 2", 84; 

Largeur: l'°,78; 

Profondeur : l™,5o. 

Ces mesures nous permettent déjuger du volume de bois qui 
aurait été employé pour la combustion du corps, car le bûcher a 
dû remplir cette fosse et mémo dépasser un peu la surface du sol, 



LES COLONIES AGIUCOLES IM(É-U0.MAI.\ES 



2.-:i 



alin de donner à la partie siipérienre l'apparence d'un lit, sur 
lequel le défunt était déposé. 

Ce mode d'incinération, dans des fosses profondes, semble 







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l£:i^J/dZ;Mi 




A BciJin.. 

C Tigti et tanm ae./cr 

D ^R4 a^ CU4. crâne. . 

ê Uca cc/toiy'ej oU*> itic-Acr^. 




J Cci/T. olc Ca^&ue. 



Fie. 'ôl. — Tumulus de ia Canada de Ruiz Sanchcz. 



s'être perpétué jusqu'à l'époque romaine, comme l'indiquent les 
nombreuses fosses semblables de la nécropole de Carmona. 



254 



KLVL'E AKCnÉOLOC.IQUK 



Les parois nous apparurent d'un rouge uniforme, couleur qui 
semblait due à Taclion du feu sur. la terre argileuse, mais qu'un 
examen plus approfondi nous montra èlre une terre glaise qu'on 
avait ainsi colorée et dont on s'était servi pour enduire les côtés 
de la fosse. 

On trouva au fond des cendres humaines et du charbon de bois. 
Plusieurs fragments du crâne furent recueillis vers l'est, fixant 




Fis. 08. 



Bassin et aiguière de cuivre. 



ainsi Torienlation du corps. A droite de ceux-ci se trouvaient 
quelques morceaux de fer entres mauvais état de conservation; 
deux pointes de lance et une petite tige de fer aux extrémités 
garnies de boules. Ce dernier objet — dont l'usage reste inconnu 
— a aussi été signalé à l'Alcantarilla, h Bencarron, à l'Acobu- 
chal et à la Cruz del Negro, dans des sépultures à incinération'. 
"Vers le centre de la fosse, sur les cendres, était placé un grand 
bassin de cuivre à anses mobiles, ressemblant beaucoup aux 
braseros espagnols actuels (fig. 58). II était malheureusement 

1. Voir une lige de i'er avec boules de bronze, provenant de la Cruz de! Ne- 
gro, fig. 101. 



LES COLOMIiS A(;iUC.(i|.)iS l'HÉ-r.OMAI.NLS 2;>5 

fendu (le toutes parts. Prévoyant (pTil sciai I iuipossiljle de le 
reslaurcr, j'ai pris la précaution, avant de l'enlever, de le mesu- 
rer et de le dessiner sur place. 

Ce bassin avait 0"',42 de diamètre et 0"',0."j de profondeur. 

Sur le bord plat, large de 0"sO^>_, fig-uraient onze fleurons qui, 
d'après leur patine noire, ont dû. être arg-entés. Les deux anses mo- 
biles sont décorées cliacune de deux tètes de béliers ; les attaclies, 
sous le bord'du bassin, se terminent par deux mains bumaines 
avec les doigts serrés, le pouce contre l'index, à ]a manière des 
mains que l'on voit sur les stèles carthag'inoises. Ces anses sont 
d'un métal à cassure blancbe comme le zinc. J'ai pu sauver une 
partie du bord de cet intéressant bassin, quelques lleurons, une 
anse et son attacbe; le reste se réduisit en poussière. En le rele- 
vant, je découvris, en dessous, quelques os des côtes, ce qui 
indiquait qu'il avait été déposé sur la poitrine du défunt et brùlc 
avec lui. 

Dans la direction des pieds, vers l'ouest,, ou trouva le com- 
plément du bassin : une belle aiguière de cuivre qui avait sans 
doute été glissée dans l'espace -entre le bûcher et ce côté de la 
fosse. En partie recouverte de la terre rouge qui s'était détachée 
de la paroi, cette aiguière n'avait guère souffert du feu; elle a 
été retrouvée presque intacte. Son anse, d'une courbe élégante, 
a pour support une palmette; c'est celle du vase d'Amathonte 
au Louvre. La partie supérieure du col présente deux petites 
ouvertures rectangulaires, qui^, n'étant pas au même niveau, 
n'ont pu servir à fixer une mesure de capacité; un seul trou au- 
rait d'ailleurs sufli pour cet usage. Il faut plutôt croire qu'il 
s'agissait ici d'empêcher de boire en appliquant les lèvres à l'ai- 
guière. C'est un moyen employé encore de nos jours en Anda- 
lousie, notamment pour certains puisoirs servant k transvaser 
les boissons et qui ont la partie supérieure perforée de petits 
trous. 

Quant au.tumulus même, qui couvrait cette fosse, il paraît 
avoir été formé de terres ramassées aux alentours. A 0'",rJO du 
sommet, nous mîmes à découvert une couche de galets; en 



2o6 



REVUE AUCllÉOLOGlOlj'E 



approchant de la fosse on trouva quelques débris de poterie pri- 
mitive, une hache de pierre el des éclats de silex. 

Alcaudete. 

Le plus grand luniulus des Alcores se trouve à l'ouest du 
Puerto d'Alcaudete. II a 30 mètres de haut et présente la forme 
d'un cône tronqué dont le plateau ovale mesure 60 mètres dans sa 
longueur de l'est à l'ouest et 45 mètres dans sa largeur (fig'. 59). 
^"î Partout, à la surface de ce tumulus — qui est aujourd'hui 



r. ^...j. c /„ yj(i.^j.a. 



ff,. ^..... 



*^\ X \ \ -t 1 



i9? 






^^îl 



j^"« 



Fig. J)9 — Le graud tumulus d'Alcaudete. 



planté d'oliviers — apparaissent d'intéressants débris de poterie, 
parmi lesquels on dislingue des amphores puniques, des urnes, 
ou d'autres vases décorés de chevrons, de lignes ondulées, ou le 
plus souvent de simples zones de brun rouge et d'ocre jaune. On 
y trouve aussi des plats et des patères à larges bordures rouges 
ou ornés de plusieurs cercles concentriques. Cette céramique 
caractérise, dans la région, l'occupation carthaginoise. On a aussi 
signalé à Alcaudete de larges récipients de fabrication indigène, 
ainsi que quelques débris, plus rares, d'une poterie hne et dure, 
à couverte grise ou noire, sans doute un produit importé d ori- 
gine grecque. A une trentaine de pas du la base du tumulus, 
vers l'est, la charrue découvre constamment d'importantes sub- 
strnctions antiques, dont les paysans enlèvent aussitôt les pierres 



LES COLONIES AGRICOLES PRÉ-ROMAINES 



2->7 



qu'ils transportent aux fermes voisines. Les vestiges de toute 
espèce qui couvrent le sol à cet endroit indiquent clairement 
qu'il existait, dans le voisinage immédiat de ce tumulus, une 
station ou colonie agricole qui paraîtrait avoir survécu aux (car- 
thaginois, d'après la forme des pierres de taille, le signalement 
de la tuile plate [tegula] et de nombreux vestiges de poterie ro- 
maine. 



Nous avons exploré, sur la hauteur à l'ouest du grand tumulus, 
un groupe de petits monticules qui se rattacherait à cette station 
pré-romaine. Ces 7notillas n'ont guère plus de 1 mètre de hau- 
teur; toutes recouvraient des sépultures à incinération, sur le 



A 

D 



B 

o 



D A 



O 

B 

Fig. 60. — Plaa d'uuc motilla d'Alcaudele. 

sol même, sans indication de fosse; les cendres étaient soigneu- 
sement recouvertes de tessons d'amphores (la môme amphore 
déjà signalée à l'x^ccbuchal et à l'Alcantarilla; quelques-unes 
de ces amphores sont sans pédoncule)*. 

L'orientation du foyer est invariablement de Test à l'ouest. 
Parmi les cendres, on ramassa quelques morceaux de fer et de 
cuivre, deux liges de fer aux extrémités pointues retournées ou 
rivées, ainsi que des débris de palères enduites de rouge et or- 



1. Voir le chap. sur la Céramique, fig. 101 et 102. 
nie SÉRIE, T. XXXV. 



17 



238 BEVLE ARCHÉOLOGIOLE 

nées de petites stries, d'entailles, de bandes de points ronds ou 
triangulaires'. 

Ayant fait mettre le sol à nu tout autour de ces emplacements 
à incinération, j'y découvris plusieurs petites fosses creusées 
dans le roc et disposées de la manière suivante (fîg. 60) : 

AA. Deux fosses carrées, sur les côtés est et sud. 

Deux autres circulaires BB, au nord et à l'ouest. 

Les premières ne contenaient qu'une terre jaunâtre sablon- 
neuse. Dans chacune des deux autres on trouva, au fond, une pe- 
tite lame de silex blanc. A Test d'un autre emplacement de bû- 
cher, dans une fosse circulaire de 0",i5 de largeur et de 0™,40 
de profondeur, on recueillit aussi une lame de silex avec quel- 
ques os d'un petit animal difficile à reconnaître. La disposition 
particulière de ces cavités autour du lit de cendres, résidus de 
rincinération du corps, semblerait nous indiquer l'existence 
d'une cérémonie analogue aux sacrifices des Grecs de l'époque 
héroïque". 

Les lames de silex, qui sont très tranchantes, auraient servi à 
saigner les victimes au dessus de ces trous, des jiuisards à sa- 
crifice. 

Le fait d'avoir trouvé au fond d'une de ces cavités quelques 
fragments brûlés de roche calcaire — qui s'étaient probablement 
détachés du bord de cette fosse en la creusant — indiquerait 
que ces trous avaient été creusés après la combustion du corps. 



1. Voirie chap. de la Céramique, fig. 63, 64 et 67. 

2. Ce mode de sacrifice funéraire est décrit dans VUdyssée. Ulysse apprend 
de Circé l'ordonnance d'un sacrifice qu'il doit offrir aux ombres des morts sur 
la côte ciinmériennc : 

« Creusez, lui dit-elle, une fosse d'une coudée en carré. Versez dans celte 
fosse pour tous les morts trois sortes d'elTusion"? ; la première, de lait et de 
miel; la seconde, de vin pur; et la troisième, d'eau, où vous aurez détrempé 
de la farine. En faisant les effusions, adressez vos prières à toutes ces om- 
bres... Après que vous aurez aclievé vos prières, immolez un bélier noir et une 
brebis noire, en leur tournant la tète vers l'Erèbe, et en détournant vos re- 
gards du côlé de l'Océan » {Odyssée, livres X et XI ; traduction Dacier). 



LKS COLONIES ACIUC.OLKS l'IiK- lî( tM A I NKS 2")!j 

La nécropole romaine de Carmona cl lt>>i Itmiulus à inhum'ition. 

La nécropole romaine de Carmona se trouve ù la sorlie de la 
ville, à droite de la roule de Sévillc. Le Musée', conslruil au 
milieu des fouilles contient toutes les antiquités découvertes 
depuis 1881, dans les deux champs des Oliviers et des Carrières. 

Cette nécropole se compose actuellement déplus de 300 tombes 
de famille, à proximité desquelles se trouvent les fosses à inci- 
nérer et quelques substructions antiques qui permettent de 
reconnaître la forme du mausolée disparu. 

Parmi les monuments funéraires les plus importants, il faut 
citer les enclos aux triclinia, des espèces de cours rectangulaires 
creusées dans le roc, à 4 mètres environ de profondeur et qui, 
à l'origine, devaient être entourées d'un mur. 

Le plus intéressant de ces enclos est celui auquel nous avons 
donné le nom de Triclinios del Elefante, pour y avoir trouvé une 
image en pierre d'un éléphant. On y descend par un escalier au 
bas duquel on trouve à droite la grande niche où se plaçaient les 
statuettes des Lares, et devant lesquelles devait nécessairement 
passer toute personne qui entrait. 

Un chemin mesurant l'^.So de largeur, de niveau inférieur aux 
côtés, traverse la cour dans sa longueur. A droite de ce passage, 
en entrant, s'élève le triclinium qui devait servir aux repas 
funèbres pendant Thiver; il est exposé au soleil; de l'autre côté, 
on aperçoit le triclinium d'été, à l'ombre du mur de l'enclos. 
Pour les temps froids et pluvieux il y avait un troisième tricli- 
7uuma.u. bout du passage dans une chambre creusée entièrement 
dans le roc et éclairée par une espèce de lucarne au-dessus de 
rentrée. 

Le mieux conservé de ces trois triclinia est celui d'été, du 
côté sud de la cour. La table ainsi que les trois couches inclinées 
sont massives, taillées dans le sol du rocher et recouvertes de 
stuc. Cette table mesure r",2t) de longueur et 0"',60 de largeur; 

1. Propriété, ea association, de M. Juan Fernandez Lupez et de l'auleur. 



260 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

sur trois de ses côtés se trouve un polit canal qui sépare la table 
de la couche, dans lequel les convives, sans avoir à bouger de 
place, pouvaient verser leurs libations. Ce petit canal, particulier 
aux triclinia funéraires, est très caractéristique et n'a pas, je 
crois, été signalé jusqu'ici ailleurs ; il a environ O"",!.! de largeur 
et 0™j,20 de profondeur. On devait le vider après chaque repas et 
en verser le contenu sur le sol tic la chambre funéraire ou sur 
les urnes mêmes. Plusieurs de ces chambres présentent à cet 
effet une petite cavité au milieu du sol ; de même, les urnes sont 
parfois couvertes d'une patère perforée pour recevoir ces liba- 
tions. Un petit canal qui entoure la table d'un autre tridinmm, 
celui de VOlivier, présente, à une des extrémités, une espèce de 
tuyau d'écoulement formé d'un pédoncule d'amphore perforé. 

Une toiture en treillis couvrait probablement le tricliniuni 
d'été de V Éléphant; celle-ci était soutenue par des colonnes de 
pierres dont la base existe encore. La vigne ou les plantes grim- 
pantes qui s'étendaient sur ce treillage auraient été plantées dans 
un long fossé, creusé dans le roc, en dehors de l'alignement des 
colonnes et qu'on retrouva plein de terre végétale. 

Au-dessus d'un bain attenant au tricliniuin d'été, on aperçoit 
dans une grande niche, ouverte dans la paroi de la cour, une 
figure humaine sculptée en haut-relief, de grandeur naturelle. 
Elle est assise, vêtue d'une robe à grands plis et tient un vase de 
la main droite à la hauteur de la poitrine. La tête manque mal- 
heureusement, et l'action du bras gauche n'est plus reconnaissa- 
ble. Cette figure serait une réminiscence de l'époque punique ; elle 
nous rappelle les stèles trouvées à Carthage, que le R. P. Delattre 
fait remonter aux derniers temps de la période punique, ou au 
début de l'occupation romaine en Afrique *. 

Quelques mètres plus loin, du môme côté de la cour, se trouve 
une autre niche, plus profonde, qui couvre Torifice d'un puits. 
Un conduit creusé dans la paroi met en communication les deux 



1. A.I.. Delattre, Les cimetières romains superposés de Carthage {Revue ar- 
chéologique, 3" série, t. XXXIII, p. 85). 



LKS COLONIKS ACRtCOLKS PKH-IU)MAINKS 2CA 

niches : on y versait l'eau tirée du puits; elle allait sortir au has 
même de la mystérieuse figure assise et coulait dans le baiti. 

Outre ces deux niches et rentrée du tricrmium souterrain on 
voit, autour de la cour, plusieurs autres ouvertures doiiiiaril 
accès dans diverses petites chambres toutes creusées dans le roc. 
Celles-ci sont au nombre de quatre; on devine assez facilement 
à quel usage elles étaient destinées. Il y a d'abord la cuisine dont 
la voûte est trouée en guise de cheminée, avec sa table et son 
banc massifs; le vestiaire, où l'on gardait les habillements; l'of- 
fice, dans lequel on enfermait les vases et autres ustensiles du 
service des triclinia et enfin la tombe proprement dite, avec ses 
six petites niches pour y déposer les urnes cinéraires. 

C'est en vidant le puits des décombres dont il était rempli, 
que nous trouvâmes au fond l'éléphant de pierre. Nous l'avons 
placé (peut-être à tort) sur un piédestal qui se trouvait à droite 
de rentrée du triclinium souterrain. L'origine africaine de cet 
éléphant est bien marquée par ses larges oreilles ; il a les jambes 
pliées; ses défenses ont disparu; celles-ci, d'ivoire ou de bois, 
devaient s'introduire dans deux petites cavités de chaque côté 
de la trompe. 

Cet enclos de V Éléphant est situé à gauche du chemin del Que- 
madero, l'antique voie romaine de Carmona à Séville. Nous 
avons découvert du même côté de la voie une série de neuf autres 
enclos de ce genre, mais de moindre importance, ceux-ci n'ayanl 
chacun qu'un seul triclinium; plus loin, trois puits nous dénon- 
cent l'existence d'autres enclos aujourd'hui disparus. 

En face de cette série de triclinia^ de l'autre côté de la voie 
romaine, se trouvait l'amphithéâtre. Une grande dépression 
artificielle du sol qu'on aperçoit à cet endroit nous révéla sa pré- 
sence. Les fouilles nous permirent, à 8 mètres en dessous du 
niveau actuel, de reconnaître une partie de l'arène et quelques 
gradins; le tout taillé dans le roc, recouvert de stuc et orné de 
bandes peintes rouge foncé. 

Nous n'y avons pratiqué que quelques grandes tranchée?; le 
propriétaire, qui désirait ensemencer son champ, nous obligea 



262 RF.VL'E ARCIIÉOLOGIQI'K 

presque aussitôt h arrêter les travaux; uue exploration en règle 
de cet ampliithéàlre reste encore ù faire. 

Les tombes de famille de Garmona appartiennent au rite de 
l'incinération et remontent à l'époque des premiers empereurs. 
Elles semblent avoir conservé tout le caractère des tombes phé- 
niciennes de Sidon, de Malte et de Sardaigne. Quelques-unes 
sont précédées d'un étroit escalier taillé dans le roc ; mais la plu- 
part n'ont comme entrée qu'un simple puits rectangulaire mesu- 
rant environ l'",20 de longueur, 0"',70 de largeur et une profon- 
deur qui varie de 2 à V) mètres. Dans ce puits, on descend en 
posant les pieds sur de petites marches entaillées dans les 
parois. Au fond, sur un des petits côtés du rectangle, se trouve 
une porte qui donne accès dans la tombe proprement dite. C'est 
une petite chambre quadrangulaire, de hauteur d'homme, avec 
un banc massif de 0",30 de largeur qui occupe les trois côtés; 
dans les parois au-dessus de ce banc, se trouve la série de niches 
contenant les urnes. Celles-ci sont de diverses matières: en po- 
terie, de forme globulaire ou cylindrique; en verre, enfermées 
dans des boîtes de plomb; mais le plus grand nombre sont en 
pierre et présentent la forme de petits sarcophages. Les fouilles 
nous ont donné jusqu'ici plus de 2.000 petits coffres de ce genre. 

L'incinération, à l'époque romaine, se pratiquait dans des 
fosses présentant la forme du bûcher, dont l'origine doit néces- 
sairement remonter aux premières sépultures des Incinérés qui 
ont été signalées sur les Alcores. Comme eux, les Romains lais- 
saient parfois les cendres sur place, dans la fosse : c'était proba- 
blement quand le défunt n'avait pas en propriété de tombe de 
famille. On se contentait alors de réunir, dans une cavité, au 
centre même de la fosse au bûcher, les ossements calcinés et les 
charbons mélangés ; on les couvrait de dalles ou le plus souvent 
de tuiles plates placées en dos d'âne, ces dernières au nombre 
(le huit : six pour les côtés et deux autres fermant les extrémités'. 

1. Nous avions réuni, au cours de nos fouilles, un grand nombre de ces tuiles 
piales, avec l'intention de les utiliser pour la reconstitution d'une toiture ro- 
maine ; mais il fallut renoncer à ce projet, car nous nous aperçûmes que ces 



LES COLONIES AOIUCOLFS PRÉ-R0:MAINF,S 



263 



Quelques tombes romaines à inhumation ont été signalées à 
Garmona. La principale de la nécropole^ que nous avons appelée 
— d'après une inscription tiouvéo sur les lieux — tombe de 
Postumius, se compose d'une cour rectangulaire qui précède une 
chambre sépulcrale (fig. 61). Cotte cour est creusée dans le roc à "i 
mètres de profondeur; on y descend par un escalier pratiqué dans 
la paroi de l'ouest. A l'origine, cette cour était entourée d'un mur 




Fie. 61. — Tombe de Postumius. 



dont plusieurs grandes pierres de taille ont été retrouvées en 
bas. Dans le sol, longeant la paroi nord, on découvrit quatre 
petites cavités rectang-ulaires, contenant chacune une urne. 
Dans un coin se trouve l'autel, une table massive de pierre; 
contre la paroi de l'est, on voit un long fossé creusé dans le roc, 
qui était plein de terre végétale dans laquelle avaient été cachées 

tuiles étaient défectueuses et qu'il était impossible de les ajuster ensemble. 
C'était donc comme marchandise de rebut que la tegula apparaissait à la né- 
cropole : on s'en servait pour couvrir les cendres, pour former des réceptables 
de terre végétale autour des mausolées, ou pour fermer des cachettes creus^'es 
dans le sol ou dans les parois des tombes et qu'on dissimulait sous une couche 
de mortier. 



264 REVl'E ARCHÉOLOGIQrE 

de belles pièces de verre, aujourd'hui au Musée. La chambre 
sépulcrale s'ouvre dans la paroi sud; elle est décorée de pein- 
tures murales dans le style des décorations pompéiennes : on y 
voit des fleurs, des dauphins et des oiseaux. 

Le plafond, qui a moins souffert que les parois latérales du 
contact de la terre, se trouve relativement en bon état de conser- 
vation; sur la bordm-e de ce plafond on peut encore lire le nom 
du peintre C- SiLVAN-, en caractères brun foncé. 

Le caveau à inhumation, creusé dans le sol de celte tombe, 
avait été profané ; il était recouvert d'un banc en maçonnerie 
dont quelques parties existent encore. Au fond nous trouvâmes 
en place les os des jambes, et, à l'est, plusieurs fragments du 
crâne ; dans la direction opposée, à l'endroit des pieds, se trou- 
vait un vase de fabrication indigène, de terre brune micacée; il 
était retourné, l'ouverture sur le sol. 

La forme que présente cette chambre sépulcrale nous indique 
bien qu'elle avait été creusée à dessein pour contenir ce caveau 
à inhumation; ce ne serait que plus tard, quand l'incinération 
devint la règle générale, qu'on ouvrit dans les parois les sept 
niches à urnes qui s'y trouvent. Ces niches auraient fait leur 
apparition au furet à mesure des besoins, aussi ont elles été 
creusées suivant des types variés, sans symétrie et à différentes 
hauteurs. 

De l'examen des tombes du type de celle de Postumius, où les 
deux rites funéraires sont représentés, nous devons déduire qu'à 
une certaine époque plusieurs familles romaines de Carmo, pas- 
sèrent de la pratique d'un rite à l'autre, l'inhumation précédant 
toujours l'incinération. Déjà, sous les premiers empereurs, l'inci- 
nération était générale à Carmona; exception faite des petits 
enfants qui étaient déposés dans des cavités creusées à celle 
intention dans le banc massif de la tombe, ou dans une petite 
chambre attenante. Celles-ci étaient remplies de terre et recou- 
vertes de dalles'. Le plus souvent, cependant, les très jeunes 

t. Voir De la I^ada y Delgado, Nécropolù de Carmona (Madrid, 1885), 
planches XllI et X. 



LES COLONIKS AGRICOLES PKÉ-ROMAINKS 



265 



enfants ont été retrouvés simplement couchés dans une amphore, 
ouverte dans sa longueur et qui était enfouie en pleine (erre, 
dans le voisinage de la tombe. 



Nous ne nous sommes occupés jusqu ici que des sépulUires 
romaines découvertes dans nos deux champs des Oliviers et des 

GeoBonsor, 




Fig. 62. — Nécropole romaine de Carmona. Le groupe de tumulus du champ 

des Carrières. 

Tumulus pré-romains. 

A et B. — Tumulus couvrant un caveau à inhumation creusi^ dans lu roc, oriente de l'est à l'ouest. 
G et D. — Tumulus contenant un grand coflVd cinéraire en pierre, déposi'? dans une excavation du 

sol. 
E. — Tumulus couvrant un emplacement à incinérer. 

Nécropole romaine. 

F, F, F. — Li'S carrières romaines. 
G. — Tombe à la médaille d argent de Tilière. 
H. — Le mausolée carré. 
1. — Tomlie des colonnes. 
J. — Groupe de mausolées circulaires. 
K. — Tombe avec cour funéraire où fut trouvée l'urne de Préimsa. 
L. — Le puits d'entrée d'une tombe, sur une saillie du roc, respeclée par ceuv qui exploiièrent la 
carrière; prouvant que cette tombe est antérieure à la carrière et plus ancienne que les monu- 
ments funéraires M, M, ((ui se trouvent au fond de celle-ci. 

M, M. — Tombes et grands enclos funéraires dans le fond même de la carrière. 
N, N, N. — Haies d'aloès, limite du champ des Carrières. 
0. — Plantation d'oliviers. 
P. — Vereda dcl Carmen. Chemin avec pâturage public ayant 60 mètres de largeur. 

Carrières. Cependant, une nécropole occupait ce même empla- 



266 



nEVL'E AncilÉOLOr.inUF. 



cemonl longtemps avant les Romains; de celle-ci, il subsiste 
encore, sur la haulour du champ dos Carrières, un groupe de 
cinq tumulus (fig-. 62). 

Leur exploration nous apprit (jne quatre de ces tumulus 

avaient été profanés depuis long- 
temps. Un seul, le tertre G, le 
plus petit du groupe, fut trouvé 
intact; il couvrait une excavation 
du roc dans laquelle était encaissé 
un grand colTro en pierre. Lors- 
qu'on ouvrit celui-ci, en présence 
de quelques amis que nous avions 
invités à celte occasion, nous 
eûmes le désagrément de voir 
qu'il ne contenait que des osse- 
ments" calcinés. Le seul objet 
qu'on recueillit, dans la terre au- 
tour du coffre, fut une petite 
roue, en terre cuite, peinte brun 
rouge, mesurant 0°',10 de diamè- 
' tre (fig. 63). 

Le tumulus A, le plus grand 
du groupe, couvrait un caveau 
rectangulaire creusé dans le roc, 
orienté de l'est à l'ouest, dont 
voici les dimensions: 
Longueur : 3 mètres; 
Largeur:!'", 10; 
Profondeur : l",!'). 

Sur le pourtour, de O-^ôO de largeur, devaient reposer les dalles 
qui formaient la couverture; ces dalles ayant disparu, c'était un 
indice que la sépulture avait été violée. On y trouva cependant 
quelques vestiges du crâne, à l'ouest, et, vers le milieu de la 
fosse, les restes d'une plaque de ceinturon, ainsi que de nom- 
breux petits boutons en cuivre qui oui dû être appliqués, comme 
ornements, sur une ceinture de cuir. 




' ■ .!••.,} 


0d 


V N 

^8: 


1 

1 





Fig. e.'i. 

Tumulus C du champ des Carrières. 



LES COLONIES AGRICOLES l'Rlî-ROMAlNES 



2G7 



Un autre groupe de ^six motillas se trouve derrière la Iluerta 



X^2 



r^ 



:«!>— l-i» 



Groupe de tu/mudi^ de /a Hueria. 




Fig. (i4 à 67. — Tamuliis de la Huerta Nucva et de El Jiidio. 



Nueva sur une colline, à Touest du champ des Carrières. La 
moins élevée de ces motillas ne couvrait qu'un simple emplace- 



268 REVLE ARCHÉOLOGIOLE 

ment de bûcher; les autres nous offrirent de grands caveaux à 
inhumation, malheureusement dépourvus de leur couverture en 
dalles; ils avaient donc été pillés comme les précédents. 

Sous la }?iulilia n° 1 (fig-. 64), on avait inhumé trois corps; ils 
étaient couchésTunàcôtéde l'autre, sur le dos, dans une fosse pro- 
fonde. Deux des squelettes furent trouvés incomplets, mais les 
os des jambes étaient encore en place; le troisième avait échappé 
à cette profanation; aussi y trouva-t-on, vers le milieu du corps, 
la plaque de cuivre de son ceinturon. L'orientation est toujours 
la même, la tète à Touest. 

Le caveau signalé sousletumulus n" 2 (fig. 65) conservaitencore 
quelques ossements, entre autres l'immérns gauche et son omo- 
plate, lesquels, n'ayant pas été déplacés par les pillards, venaient 
ainsi confirmer l'orientation (la tète à l'ouest). 

La disposition spéciale du pourtour à double versant que pré- 
sentent les caveaux n" 2 et n° 3 (fig. 65 et 66) ne nous permet 
plus de douter de la façon dont ces caveaux avaient été couverts. 
Il est évident que des dalles de pierre devaient s'adapter dans 
l'espace compris entre ces ressauts. 



Nous voyons que sous tous les lumulus voisins de la nécropole 
de Carmona, les dalles ont été enlevées et la sépulture profanée. 
Il est probable que la plupart de ces caveaux à inhumation con- 
tenaient un riche mobilier funéraire dont les chercheurs de tré- 
sors firent leur profil. On peut se faire une idée de ce que devait 
être ce mobilier par les objets d'or et d'argent qui furent signalés 
sous le grand tumulus G, à l'Acébuchal. 

J'ai noté, sur divers points des Alcores, l'exploration de seize de 
ces tumulus àinhumalioii dont quatre seulement n'avaient pas été 
profanés antérieurement; je compte parmi ces derniers les tumu- 
lus G et L de l'Acébuchal, dont les fouilles ont été si maladroite- 
ment dirigées. Le troisième fut découvert par des terrassiers, 
entre le carrefour de la Cruz del Negro et les carrières de la 
Batida, à \ kilomètre environ de Carmona. Ces ouvriers ne 



LES COLONIES AGRICOLES PHE-HOMAINES 



269 



songèrent à m'avcrlir de leur trou vaille qu'après s'èlro eux- 
mêmes rendu compte de ce que contenait la tombe. Je pro- 
filais de la suspension des travaux, un jour de fête, pour faire 
déblayer de nouveau cette sépulture. C'était un caveau d'une 
forme particulière qui n'a pas encore été signalée ((ig. 08). Il est 
construit en pierres, enfouies dans le sol d'argile. Une grande dalle, 
de 0™,2o d'épaisseur, en forme le fondetdeux autres lacouverture. 
Les côtés sont composés de plusieurs pierres plates, placées 




sssKssmnafSfsssfssssssiss 



«^«.j 
* 






Fig. 68 et 69. — Sépulture de la Caùada de las Cabras. — 69, Plaque de celuturou 
1/2 grandeur naturelle. 



verticalement. Celles des extrémités présentent un rebord exté- 
rieur dont l'utilité est facile à comprendre; c'était évidemment 
pour empêcher que ces pierres, par leur poids, ne pénétrassent 
plus profondément dans l'argile. 

Les terrassiers m'assurèrent avoir vu le crAne à l'ouest et, à 
droite de celui-ci, une coquille. Ils m'apportèrent cette dernière, 
ainsi qu'une plaque de ceinturon qui avait été trouvée vers le 
milieu du caveau (fig. 69) . Elle est en tôle de bronze, ornée de des- 



270 



UEVUE ARC.HÉOLOfaoUK 



sins en bosse comprenant des étoiles, des cornes et des palmetles. 
Celle plaque semblerait avoir 6té doublée de fer, métal que l'hu- 
midité a fait en grande partie disparaître. Aucun vestige de po- 



terie n'a été signalé. 



J'ai pu reconnaître qu'à l'origine une élévation de terre cou- 
vrait cette sépulture; elle faisait partie d'un groupe de molillas. 
Deux lorlres voisins nous olïrirenl des emplacements de bùcliers 











'^M:£^ 
















Fig. 70 et 71. — Tumulus del Mazagoso. 71, iîou.'e d'oreille en cuivre. 1/3 gran- 
deur naturelle. 

avec les restes incinérés laissés sur place; un autre, à quelques 
mètres plus loin, dans une plantation d'oliviers, n'a pas encore 
été exploré. 



Le quatrième et dernier de ces caveaux à inhumation qui 
n'avaient pas été antérieurement dépouillé — le seul à la décou- 
verte duquel j'aie personnellement assisté, — se trouve sur le 
chemin del Mazagoso, à i9 kilomètres àl'cst dcCarmona(fig. 70). 
Le tumulus, de 4 mètres de haut, couvrait une fosse rectangulaire 



LES COLON'IIOS AGIIICOLES l'MK-HOMAINKS :>7 | 

creusée dans un sol de marne compacte, aux parois recouverles 
d'un épais enduit à la ciianx. Au fond se trouvait un squelette, 
la tète à l'ouest et les jambes à demi repliées. Il est probable que 
cette position des jambes était forcée, le caveau n'étant pas assez 
long- pour permettre l'extension du corps. La main droite, avec 
un anneau de cuivre, reposait sur le ventre ; il avait la main 
gauclie sur la poitrine; du cùté de l'oreille droite on recueillit un 
anneau ouvert, en cuivre; aucune trace métallique n'a été rele- 
vée près de l'oreille gauche. Vers le milieu du caveau se trouvait 
une pierre plate en grès calcaire présentant, de chaque côté, un 
léger enfoncement avec quelques traces de vermillon. 

Sur le pourtour du caveau, enduit à la chaux comme les parois, 
j'ai aperçu des peintures au vermillon relevées de lignes noires. 
Ces peintures disparurent aussitôt quelles furent exposées à l'air ; 
il me fut même impossible de me rendre compte du motif repré- 
senté. 

C'est sur cette' surface peinte que drivaient reposer les dalles 
delà couverture. Ces dalles, ayant cédé sous le poids des terres, 
étaient tombées dans la fosse, endommageant le squelette au 
bras gauche, aux genoux et aux pieds. 

Dans la terre qui remplissait le caveau, on recueillit deux pe- 
tites tiges de fer auxquelles adhéraient des restes de bois. 

Il était facile, malgré l'efTondrement, de reconnaître la dispo- 
sition primitive du tumulus. Sur la couverture de dalles, on 
aurait étendu une épaisse couche de mortier et au-dessus de celle- 
ci se trouvait un lit de cendres, indiquant qu'un feu de bran- 
chages y avait été allume. Ces charbons ne contenaient aucune 
espèce de détritus; ossements ou fragments de poterie, qui au- 
raient pu suggérer un sacrifice. 

M. R. Ferez aurait aussi observé la présence d'une couche de 
cendres semblables, à l'Acébuchal^ au-dessus de la sépulture du 
grand tumulus G. 

Ce serait donc une coutume funéraire particulière aux Inhu- 
més, qui consistait à allumer un feu au-dessus de la sépulture 
avant d'entreprendre la construction du tumulus. 



272 



REVUE ARCHÉOLOGIQUE 



La forme que ces lumulus devaient présonler à l'origine n'est 
pas aujourd'hui facile à déterminer. Les tertres les mieux con- 
servés sont hémisphériques; ils se composent de marne, de 
pierres et de galets, constituant nne masse compacte réfractaire 



Th^JULt/i De C^^MP J>a ^fAfifTA , C A/^MOA/A . 




FIg. ~fl. — 'l'mmilus du cliamp de Maula. 

à toute végétation. Autour des ?7iotilias B de l'Acébuchal, A et 
D, du champ des Carrières, on trouva un fossé en partie creusé 
dans le roc. 

Un tumulus du champ de Manta, aux abords de l'amphithéâtre, 
était entouré d'une tranchée ouverte dans le roc; il s'y trouvait 
quatre pierres de taille, encore en place, qui prouvent l'exis- 
tence d'un mur formant une enceinte circulaire de 14"\75 de 
diamètre. Une de ces pierres, du côté du nord, semble taillée en 



LES COLONUCS AGI\ir.OLES PRK-ROMAINES 27l{ 

vue do l'insorlion d'une dalle do pierre plus dure, comme le 
seuil d'une onlréc. 

La fosse sépulcrale, au cenlre de celle enceinle, esl en loul 
semblable aux caveaux du cbauip des Carrières el de la lluerla 
Nueva. Les dalles avaicnl disparu; la sépullure avail été saccagée 
et pillée depuis longtemps. Celte profanation do tous les monu- 
ments funéraires les plus rapprochés de Carmona remonterait 
sans doute au temps de la destruction, en Andalousie, des nécro- 
poles et des amphithéâtres, sous les Wisigoths, 

La 'nécropole de la Cvuz delNegro. 

Il y a environ une trentaine d'années, lors de la construction 
de la voie ferrée reliant Carmona à Guadajoz^ on découvrit, près 
de la Cruz del Negro, de nombreuses sépultures à incinération, 
formant une véritable nécropole. Ces sépultures se trouvaient sur 
une petite colline plantée d'oliviers, où il était facile, lorsqu'on 
labourait la plantation, de distinguer la place précise des foyers 
à la terre brûlée, mêlée de cliarbons, qui apparaissait à la surface 
du sol. 

Une large tranchée que les terrassiers ouvrirent à travers cette 
colline leur avait permis de recueillir de nombreux objets dont 
l'importance passa inaperçue à Carmona; ils ont disparu depuis. 
J'ai eu l'occasion de voir, il y a quelques années, à la partie su- 
périeure des talus, un certain nombre de ces foyers, desquels 
s'étaient détachées des poteries qui furent ramassées sur la voie. 
J'avais sollicité du propriétaire la permission de faire des 
fouilles à cet endroit, quand plusieurs amateurs vinrent troubler 
mon projet en y entreprenant pour luur compte des recherches 
clandestines. Encouragés par d'heureuses trouvailles, ils ne tar- 
dèrent pas à bouleverser le terrain et à endommager les talus. 
Ces dégâts ayant finalement brouillé le propriétaire avec les en- 
treprises archéologiques, je me vis obligé d'abandonner toute 
idée de fouille sur la colline. Cependant des recherches, dirigées 
dans les plantations voisines, nous firent découvrir quelques sé- 

lir- SÉRIE, T. XXXV. 18 



274 



UEVIK ARCHÉOLOGIQUK 



pullures de la même époque qui devaient compenser nos déboi- 
res; je pouvais donc compléter par des observations personnel- 
les les notes plus ou moins confuses qui m'avaient été remises 
sur les foyers des talus. 

Les sépultures de la Cruz del Negro présentent une fosse rec- 
tangulaire peu profonde, dans laquelle le bûcher avait été cons- 
truit. Le corps brùlo. les ossements imparfaitement consumés — 
que leur blancheur devait permettre de distinguer des charbons — 
étaient retirés de la fosse un à un pour être introduits dans l'urne. 

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Fia. 73. — Urne ciuéraire eufouie daus les charbons du bûcher. 



A côté de la fosse à incinérer, se trouve un trou, en pleine 
terre, ayant environ 1 mètre de diamètre et 0"',60 de profondeur. 
C'est dans ce trou que l'urne et plusieurs autres vases ont été 
enfouis dans des charbons apportés du bûcher. 

L'urne cinéraire de la Cruz de Negro présente une panse sphé- 
rique, à double oreillon. Elle est décorée de zones et de lignes 
peintes de rouge vineux. La poterie qui accompagne celte urne 
se compose généralement d'un grand récipient à large ouverture, 
de coupes, de plats et d'assiettes. Ces poteries étaient brisées in- 
tentionnellement ou elles étaient perforées de petits trous, sans 
doute pour empêcher qu'elles ne puissent être employées de nou- 
veau. 

Uno trentaine de sépultures de ce genre ont été signalées à la 
Cruz del Negro. Elles se présentent sur plusieurs lignes parallè- 



LES COLONIKS AGRICOLES PRÉ-ROMAINES 



2V\ 



les, h 2 mètres environ d'inlorviille, orientées de l'est à l'ouesl. 
Les ossements, dans deux de ces fosses, n'ayant pas été recueil- 
lis dans l'urne, nous ont permis de reconnaître, sur la couche de 
charbon, le corps à moitié consumé, avec le crâne dans la direc- 
tion de l'ouest. 

J'extrais de mon carnet des fouilles, les noies et dessins sui- 
vants sur les trois sépultures que j'ai explorées. 



C rici c/e/' A^o/c 




^6 ^c^ /g-'jf . 




Fig. 74. — Urne et vase dans un trou plein i^e charbon. 

1 (fig. 73).— Le 26 avril 1898, dans une cavité au milieu môme 
d'une fosse à incinérer, on trouva enfouie une urne peinte de zones 
rouges et de lignes brunes. Les charbons de la fosse, passés au 
tamis, nous donnèrent une fibule en cercle et quelques fragments 
polis et peints d'œuf d'autruche. L'urne contenait, avec les osse- 
ments calcinés, une plaque de ceinturon en bronze et plusieurs 
petits morceaux d'ivoire brûlé ; sur l'un d'eux, on pouvait encore 
distinguer la gravure de X arbre sacré. 



27(; 



REVUE ARCHÉOLOGIQUE 



II (fig. 74). —Le IG mai 1898, un trou signalé au sud d'un 
emplacement de bûcher nous fournil : 

A. Une urne à double oreillon, couverte d'un enduit rouge (voir le chap. sur 
la Céramique, fig. 112). Parmi les ossements, une perle en agate. 

B. Un grand vase à large ouverture, d'une poterie brune grossière ; il con- 
tenait des débris de pots, d'assiettes et la patère représentée par la figure 116 
de noire collection. Cette dernière, quoique en très mauvais état de conserva- 
tion, présente encore, sur les deux faces, les traces d'une ornementation phé- 
nicienne composée de surfaces quadrillées peintes jaune et blanc sur fond 
rouge. 

C. Le goulot en trèfle d'une œnochoé de poterie jaunnlre (fîg. 110). 

D. Sous les charbons, au fond de ce trou, quelques petits os d'animaux et 
des vestiges d'un objet en cuivre. 



y cO ds 




Fig. 75. 



Fosse à bûcher de la Cruz del Negro. 



III (fig-. 7o). — Le 23 juin 1898,nous découvrîmesTemplacement 
d'un bûcher offrant beaucoup d'analogie avec les fosses à incinéra- 
lion de la nécropole romaine deCarmona. Cet emplacement pré- 
senlail au milieu une excavation rectangulaire proportionnée au 
corps humain, mesurant i^,10 de longueur, 0'"-,3Q de largeur et 
O'",3o de profondeur. Celle fosse centrale était creusée en pleine 
Icrre; les parois étaient renforcées avec de l'argile et recouvertes 
d'un crépi de chaux; le fond était pavé de petits galets. 

Dans celte fosse, parmi les cendres du bûcher, se trouvaient 
quelques ossements égarés, une lampe punique et une tablette 
d'ivoire gravée qui tomba en poussière. L'urne avait été enterrée 
à proximité de cet emplacement ; parmi les ossements qu'elle 
contenait, on recueillit les objets suivants (fig. 7G à 90) : 

Une amulette (?) en cuivre recouvert d'une feuille d'or décorée de ligues 
pointillées (1). 



LES COLONIES AGRICOLES l'HÉ-ROMAlNES 

Une perle d'or (2). 

Un pendant de collier, en or (3). 

Huit pendants de collier, en argent (4). 

Dix perles (agates). 

Une iibule avec deux perles (agates) enfilées. 

Une bague en argent (5). 

Deux anneaux en cuivre. 

Deux anneaux ouverts, en cuivre, pour les oreilles. 




Fig. 70 à 90. — Objets divers, d'or, d'argent, de cuivre et de verroterie [imvr. 
nant de la Cniz del Negro. 1/2 grandeur naturelle. 

Deux bagues en argent, à chaton mobile (6, 6). 

Un chaton en argent (7). 

Un scarabée en pâte, provenant d'un chaton de bague (<S). 

Une plaque de ceinturon. 

Les petits objets suivants, que j'ai réunis, avec ceux qui pré- 
cèdent, sur le même dessin, ont été trouvés dans d'autres urnes 
de cette nécropole : 

Un anneau d'oreille (?) en cuivre (9). 
Deux perles d'or (10, 11), 



278 



HEVUE AHCHLOLOillult: 



Une amande de verre, violet foncé (12). — Deux autres de la même forme, 
blanc violacé et vert pâle. 

Un pendant d'oreille en fil de cuivre (l3). 
l'ue cliainette en fil de cuivre (14). 

Objets métidliques recueillis à la Cruz del Negro{f]g. 91 à 101). 

1 et 2. — Deux parties de plaque de ceinturon, en tôle de cuivre, déformée 
par le feu. 

3. — Un anneau en cuivre, ouvert et creux. 

4. — Une petite lame de bronze. 

5. — Une paire de bracelets ouverts (?) en bronze (section anguleuse). 




Fig. 91 à 96. — Objets métalliques. 



6. — Une fibule avec perles enfilées (agates). 

7. — Fibule à arc, en bronze. 

îS. Une paire de bracelets (?) en bronze (section circulaire). 
9. — Fibule en cercle, bronze. 

10. — \J,n anneau de bronze. 

11. — Une tige de fer avec un bouton fie bronze aux extrémités. 

Les bag'ues à chaton mobile, que contenait l'urne découverte 
le 23 juin, sont tout particulièrement intéressantes. Elles sont en 
argent, très oxydées; les chatons ont perdu les scarabées qui y 
étaient enchâssés. Un de ceux-ci, cependant, a été retrouvé parmi 
les cendres, mais en très mauvais état de conservation; il est 
composé d'une pâte jaunâtre ; la partie gravée est très peu dis- 
linolf. 



LES COLONIES AGRICOLES PKÉ-KOMAINES 



279 



L'origine orientale de ces bagues n'est guère douteuse. Ccsnola 
en a trouvé de pareilles à Curium ' ; mais c'est surtout en Sardai- 
gne, dans les tombes phéniciennes do Tharros, qu'elles ont été 
recueillies en grand nombre. La plupart de ces dernières ont, 
comme une de nos bagues, Panneau replié sur lui-même, tel 
qu'on devait le presser entre les doigts au moment de prendre 




Fig. 97 à 101. — Objets métalliques. 

une empreinte ; cette particularité semble caractériser les bagues 
phéniciennes de Tharros. 

Me trouvant à Cadix, peu de temps après la découverte du cé- 
lèbre sarcophage anthropoïde, aujourd'hui au Musée de cette 
ville, j'eus l'occasion de voir, chez un amateur, une belle bague 
qui provenait de la nécropole phénicienne de la Punta de la Vaca. 
On trouvera, parmi les objets qui précèdent, le dessin inédit de 

1. Louis Palma di C^snola, C;/pn<s (Londres, 1877), p. 308. 



280 



REVUE ARCHÉOLOGIQUE 



celle bague (fig. 90); elle est en or massif, à chaton mobile; la 
pierre, une agate en forme de scarabée, est gravée ; on y voit une 
femme à la longue chevelure et à la robe plissée, humant une 
fleuret semblant verser en même temps, à terre, le contenu d'une 
aiguière. 

L'urne cinéraire qui caractérise la céramique de la Cruz del 
Negro a un corps presque sphérique, un col peu élevé et deux 
petites anses. Le corps de l'urne est peint de larges zones d'un 
rouge vineux avec des intervalles de lignes brunes et noires. La 




Fig. 102 à 104. — Deux peignes gravés eu ivoire. 1/2 grandeur naturelle. 



partie supérieure du col est ornée d'une bande rouge et de plu- 
sieurs lignes noires. 

Cette nécropole nous a aussi donné de nombr(>ux vases de for- 
mes diverses ; ils se trouveront reproduits au chapitre sur la cé- 
ramique. Quelques-uns de ces vases, qui auraient fait l'office 
d'urne, n'étaient que de simples pots grossiers, qu'on avait peints 
extérieurement en rouge pour leur donner l'apparence dune po- 
terie plus consistante. 

Les lampes de la Cruz del Negro ne diiïèrent guère de celles 



LES COLONIES AGRICOLES PRÉ-ROMAINES 



281 



qui ont été exhumées en Tunisie et en Sardaigne; c'est la forme 
punique indiquée par le P. Delaltre. Nos lampes sont à un ou à 
deux lumignons; elles étaient peintes d'un louge violet avec une 
ligne noire dessinant les ondulations des lumignons. 

Passons maintenant aux objets en ivoire provenant de la Cruz 
del Nogro. La plupart étaient des peignes qu'on avait sans doute 
jetés dans la fosse sur les cendres encore chaudes et qui furent 
recueillis ensuite dans l'urne avec les ossements du défunt. 

En considération de l'importance archéologique de ces objets, 




Fig. 105 à 110. — Divers fragments d'ivoire." 1/2 graudeur naturelle. 

j'ai cru devoir reproduire par le dessin jusqu'aux moindres frag- 
ments. En voici la nomenclature et la description : 

4 (fig. 102 et 103). Un peigne en ivoire gravé sur les deux faces. 
On y voit, d'un côté, dans un encadrement de dents de loup, un 
lion au repos, la langue pendante, un oiseau entre les pattes de 
devant et un autre sur son dos. La gravure de l'autre côté repré- 
sente une gazelle accroupie qui a aussi un oiseau sur son dos. 
Long. 0™,085; larg. 0"S065. 

2 (fig. 104), Un peigne gravé d'un seul côté ; on y voit, dans un 
encadrement formé de lignes chevronnées, deux gazelles couchées 
parmi les papyrus en fleur. Long. 0",12; larg. 0'",0G. 



282 



REVUE ARCHÉOLOGIQUE 



3 (fig. 109 et 110). De nombreux fragments de peignes sur lesquels 
sont gravés des cercles, des rosaces, des torsades; quelques-uns 
sont relevés de peintures aux tons roses ou violets. 

4 i^lig. 106). Neuf petites pièces plaies rectangulaires, gravées 
d'un seul côté, de plusieurs séries parallèles de dents de loup. Ces 
tablettes sont perforées en deux endroits. Long. 0'",071 ; larg. 
0'",019; épais. 0™,004. 

5 (fig. 111). Un objet présentant la forme et les dimensions 




I ^ 



Fier- m à lU. — Divers fragments d'ivoire. 114, Quatre perles, agates. 1/2 frau- 
deur uatureile. 

d'un cigare. Il est composé de plusieurs pièces réunies (voirla sec- 
tion). Son ornementation consiste en plusieurs anneaux de lignes 
avec des intervalles quadrillés. Long. 0'",143; épais. 0'",02. 

6 (fig. 112). Une palmette gravée avec un léger relief. Hau- 
teur, sans la tige : 0"',024. 

7 (fig. H.'i et 116). Un grand peigne gravé sur les deux faces. 
On y voit un lion debout, la langue pendante, posant la patte 
gauche sur le dos d'une gazelle couchée; deux fleurs de papyrus 
apparaissent au second plan. Au revers se trouve la même compo- 



LES COLONIES AGRICOLES PHÉ-ROMAINES 



283 



sition avec un oiseau sur le dos du lion. Long-. 0'n,128; larg-. 
0"',072. 

8 (fig-. 417 et 118). Plusieurs fragments d'ivoire formant un 
peigne, dont j'ai pu reconstituer une partie. On y distingue, d'un 
côté, un cheval et une plante, sur un fond peint rose pâle. De 
l'autre côté, on voit une gazelle, deux fleurs sacrées et un oiseau ; 







m 



Fig. 115 et 116. — Peigne en ivoire gravé. 1/2 grandeur naturelle. 



ces deux compositions sont encadrées de torsades. Long. 0'",09r); 
larg. 0'»,067. 

9. (fig. 107 et 108). Divers fragments, gravés des deux côtés : 
une gazelle et un griffon accroupis; la pupille de l'œil du griffon 
est peinte en vermillon. Haut. 0^,03. 

10. (fig. 105). Une petite tablette où l'on voit un taureau qui 
s'avance vers une fleur de papyrus. Long. 0'",053; larg. 0'",023. 

Deux des petites plaques réunies souslen" 4 présentent (fig, 106) 
nu revers des lettres phéniciennes gravées ; ce sont précisément 



28 i 



REVUE ARCHÉOLOGIQUE 



celles qui figiironl sur les œufs d'autruche de la tombe de Polle- 
drara à Vulci '. 

Les peignes (fig. 103, H 5 et H6) nous donnent un autre signe: 
W, le shhi phénicien, gravé sur les hanches des gazelles. Sur le 
peigne (fig. 104), cette lettre est renversée, /\/\; c'est sous cette 
forme qu'elle apparaît sur les médailles ibériennesdu nord et de 
la Turdétanie. 

Les Phéniciens marquaient à la hanche, d'un signe particu- 





Fig. in et 118. — Fragments de peigne gravé. 

lier, les animaux domestiques, leurs chevaux surtout*. Cette 
antique coutume s'est perpétuée en Espagne jusqu'à nos jours. 

Le shùi que portent les gazelles est peut-être le symbole d'une 
divinité à laquelle celles-ci étaient consacrées. 

Xous avons reconnu sur les tablettes de Bencarronle rôle pro- 
lecteur que joue le griffon. Pour pouvoir interpréter, à la Cruz 

1. Au Musc'C Britannique (Perrol et Cliipiez, p. S55). 

2. Voir la décoration d'une lasse d'argent où les clievaux sont marqués sur 
la hanche d'une croix ansée, au pointillé (Oriffi, Monumenti di Cere antica). 



LKS COLONIES AGRICOLES PRÉ-ROMAINES 28.') 

del Negro, Tallure pacifique de ces animaux, il suffit de supposer 
que ce sig-ne repr6sonte le griffon et que la gazelle ainsi marquée 
lui appartient. Ainsi protégée, elle ne cherche pas à fuir l'ap- 
proche du lion et celui-ci, sous cette influence mystérieuse, no 
tarde pas à s'apaiser. Cet apaisement nous serait démontré par 
les oiseaux qui, posés sur le dos et les pattes du lion, ne sem- 
blent plus le craindre. 

Les Lapidés de CAcébuchal. 

L'importance archéologique de l'Acébuchal, comparée aux 
autres stations des Aîcores, me détermina, en 1896, à porter 
sur ce point tout l'effort de mes dernières fouilles. 

Je fis ouvrir quelques tranchées dans le voisinage des tumulus 
déjà explorés et surtout à certains endroits où apparaissait, à la 
surface du sol, une terre noire mêlée de cendres. (>elle-ci conte- 
nait des débris de poterie indigène, des pierres brûlées et de 
nombreux ossements d'animaux, parmi lesquels des parties du 
du crâne, des vertèbres et des phalanges onguales de cervidés; 
des maxillaires de porcs ou de sangliers; des grands osde bœufs 
et de chevaux. On y recueillit aussi des lames de silex, des 
poinçons en os et en cuivre et des débris d'une céramique à 
décoration géométrique au pointillé. Le plus souvent, une cou- 
verture de pierres brutes cachait ces vestiges; quelques-unes de 
ces pierres, par les traces de feu qu'elles présentaient, auraient 
été employées à la construction des foyers. 

A côté de ces détritus, à quelques mètres au nord-est du tumu- 
lus H, 011 l'épaisseur de terre au-dessus du roc n'est que de Oin,oU, 
nous découvrîmes un groupe de vingt-deux petits puits creusés 
dans le roc et placés sur plusieurs lignes, à un mètre d'intervalle 
les uns des autres'. Leur ouverture circulaire mesure de 0",G0 
à 0",75 de diamètre; ils vont en s'élargissant vers le fond qui 
est plat; leur profondeur varie 1 mètre à 2 mètres. 

La terre que contenait ces puits renfermait à peu près les 

1. Voir M, plan de la nécropole de l'Acébuchal (6g. 3). 



286 



RETV'UE ARCHÉOLOGIQUE 



mêmes vestiges signalés dans les trous décrits précédemment : 
ce sont des pierres brûlées, des ossements d'animaux, des lames 
de silex tranchantes ou dentées, des poinçons et d'autres petits 
instruments en cuivre. On y recueillit aussi des poids de métier 
à tisser munis de deux ou de quatre trous; ils sont en argile 
noirâtre ou brune mal cuite; quelques boulons en ivoire; des 
tablettes de pierre perforées aux extrémités et une amulette en 
pierre dont la forme rappelle un objet en schiste recueilli par 
MM. Siret dans le sud-est (fig. 122)'. 







Fig. 119 à 126. —Objets -livcrs, schiste et silex. 119 à 122. 1/4 grandeur uatu- 
relle.— 123 à 126. 1/2 grandeur naturelle. 



Les débris de poterie qui sortirent de ces puits sont surtout 
intéressants. Ils appartiennent à un tvpe particulier dont nous 
avions déjà signalé la présence dans la terre du tumulus à in- 
humation, L; ces fragments sont ornés de dessins géométriques 
au pointillé creux, rempli de pâte blanche. J'aurai plus loin 
l'occasion de revenir sur cette poterie, dans un chapitre où j'ai 



1. il. et L. Siret, Les premiers âges du métal dans le sud-est de l'Espagnet 
p. 31 (figure en schiste trouvée à la Pernera). 



LKS COLONIES AGIUCOLKS PUÉ-ROMALNIiS 



287 



riiitention de réunir et de classer toute la céramique pré-romaine 
do la région. 

Il paraît qu'en 1891, lors des premières fouilles de l'Acébii- 
chal, on découvrit, à peu de distance des tumulus II, I, J, cinq 
sépultures à inhumation dont la présence était à peine indiquée 
par de petites élévations de terre. Parmi les objets qui me furent 
présentés comme provenant de ces sépultures, se trouvaient des 
fragments de plaques gravées, en os et on ivoire, semblables à 
celles des fosses à incinération. J'ai eu la précaution de dessiner 
trois de ces objets avant que fut dispersée la collection dont ils 
faisaient partie. 

i 




Fig. 127. — Plaque à godet en os; 1/2 grandeur naturelle. 



Une petite plaque en os avec g-odet à la partie inférieure (fig;. 
127). La gravure représente un ibex à long-ues cornes; à g-auchc 
un palmier, et, sur le sol, un bouton de lotus. D'après les infor- 
mations qui m'ont été données, cette petite plaque sérail sortie 
de la sépulture n" 1. Haut. 0"',072. 

Un fragment de tablette ou de peigne, en os, sur lequel est 
gravée de profil une figure humaine; même provenance. Haut. 
0",032 (fig. 23). 

Un autre fragment sur lequel sont gravés des poissons; trouvé 
dans la terre du tumulus L. Long. O'",05o (fig. 14). 



288 



KEVl E AlU'.IIKUl.OdlQL'E 



En cherchant, à noire tour, dans celle même direclion, nous 
eûmes la satisfaction de découvrir quatre aulres sépultures à 
inhumation: les n°^2.4, oelSdo notre plan (lig-. 128 à 131). Celles- 
ci présentaient des fosses irrég-ulieres. creusées dans le roc, ou 
des caveaux rectangulaires construits de pierres et d'argile. 
Décrivons en détail chacune de ces sépultures : 
N" 5. — Une fosse de forme irréguliëre, creusée dans le roc. 
Cinq pierres avaient été jetées sur le squelette qu'elle contenait; 





Fig. 128 à 131. — Quatre sépultures à inhumatioa de l'Acébuchal. 



ces pierres recouvraient respectivement le crâne, l'épaule 
gauche, le bras droit, la jambe gauche et les pieds. Le crâne 
était complètement aplati sur le roc. Une plaque de ceinturon, 
en cuivre, apparut vers le milieu du corps; près de la jambe 
gauche, se trouvait un long poinçon en ivoire, gravé de plusieurs 
séries de lignes parallèles et croisées. 

N" 4. — Une fosse irrégulière; la partie dn fond seule était 
creusée dans le roc; les parois supérieures étaient formées de 
pierres brutes. 

Comme dans la sépulture précédente, une pierre se trouvait 
surlecrâne,mais celle-ci n'avait endonmiagé que les maxillaires; 
c'est le seul crâne de ces Lapidés que j'aie pu conserver. Une 



LES COLONIKS AGIUCOLKS PUÉ-ROMAINKS 



289 



seconde pierre était tombée sur le genou droit. La terre du fond 
ne contenait aucun objet. 

N^ 2. Une fosse aux extrémités arroniHes. plus large du côté 
de la tète que vers les pieds. Le crAne se trouvait complètement 
écrasé sous une grosse pierre. Une autre pierre tomba sur les 
bras, qui étaient relevés vers la ligure; entre celte pierre et les 
os du bras droit, on trouva uu long peigne en ivoire; un autre 
semblable fut ramassé près de la tèle. Ces peignes étaient en 
très mauvais élat de conservation; j'ai pu cependant m'aperce- 




ilMlMll^^ 




iJilUiil]yii:(il!]!!!!lH[H 



ilHini 

Fig. 132 et 13;5. — Peigne eu ivoire gravé. 1/2 grandeur naturelle. 



voir qu'ils étaient gravés. Une vertèbre de cervidé fut signalée 
dans la terre du fond. 

N'' 8. — La dernière et la plus intéressante de ces sépultures 
nous offrit un caveau rectangulaire bien maçonné de pierres et 
d'argile, mesurant 2 mètres de longueur, 1 mètre de largeur et 
environ 1 mètre de profondeur. Le squelelle (pi'ou hou va au 
fond, sur le roc, avait les jambes repliées et les mains sur le 
visage. Une lourde pierre couvrait le cr;lue, complèlemeut écrasé 
comme les autres. 

Sur la gauche du squelette, ou trouva une tablette et (jualre 
peignes divoire. .le n'ai pu sauver que quelques fragments de la 

m« SÉRIE, T. XXXV. 19 



290 



REVUE ARCHi:0LO<;inrE 



tablette; on y distinguo un palmier, un cerf, une fleur sacrée 
et plusieurs lions qui ilétournent la lèle, comme sur les plaques 
do Boncarron. Quant aux peii,nies, deux seulement olaionl gravés 
et chacun do ceux-ci sur les doux faces. Le mieux conservé est 
d'une forme allong-ée(fig. 132 et 133); il mesure 0"', 19 de longueur 
et 0'^,05de largeur; le môme motif se trouve reproduit de chaque 
côté : une palmette sacrée entre deux gazelles accroupies. 

Sur l'autre peigne, dune forme presque carrée, on voit, d'un 
côté, un sphinx ailé et, de l'autre, la gravure, assez vague, d'un 
homme à cheval suivi d'un autre à pied (fîg. 134 etl3o). De la terre 
qui remplissait le caveau sortirent plusieurs tessons de cette po- 
terie à décoration géométrique au pointillé, ce qui nous indiquait 




Fig. i;U et 13.J. — Peigne en ivoire gravé. 1/2 grandeur naturelle. 



que celle céramique était contemporaine de ces sépultures ou 
de quelque temps antérieure. 

Il fallut fouiller ces fosses avec le plus grand soin pour dégager 
les squelettes de la terre qui les couvrait, sans toutefois toucher 
aux ossements, afin de pouvoir les dessiner sur place. C'est 
grâce à ce procédé que j'ai pu observer la position exacte qu'oc- 
cupaient les squelelles dans la fosse et en présenter les dessins 
qui précèdent. 

Pendant deux mois, nous avons continué de fouiller, par tran- 
chées parallèles, sur tous les terrains oîi étaient apparues ces 
sépultures, avec l'espoir d'eu découvrir d'autres, mais sans aucun 
résultat. 



LES COLOMES AGRICOLES l'RÉ-ROMAINES 201 

Il ne fallait pas être grand observateur pour arriver ;i dé- 
(liiiro, (le la position de ces squelettes, que ces gens avaient été 
tués sur Jes lieux mêmes. Les pierres qui semblent avoir été je- 
tées violemment dans la fosse et les crânes écrasés sent des faits 
qui parlent avec éloquence. 

La fosse peu profonde, de forme si irrégulière, paraît avoir été 
creusée à la hâte. On se sera pressé d'apporter le malade sur les 
lieux; peut-être cherchait-on à éviter qu'il vînt à expirer natu- 
rellement; on l'aurait donc placé en toute hâte dans la fosse 
qu'il devait occuper, la tête à Touest, avant de lui porter le 
coup fatal. 

C'est surtout dans la position même des squelettes — les 
jambes repliées, les mains levées vers la tête comme pour parer 
le coup qui doit leur être porté — que nous devons reconnaître 
les signes distinctifs d'une mort violente. 

Tout semble indiquer qu'au moment de l'agonie, on s'empres- 
sait de transporter le mourant sur le haut des Alcores et qu'on 
le tuait dans une fosse ou sur le roc mis à nu, en lui brisant la 
tête avec une pierre. On achevait ensuite la sépulture, en éle- 
vant les bords delà fosse à la hauteur nécessaire avec des pierres 
et de l'argile; on remplissait ce caveau de terre et on élevait un 
monticule par dessus. 

Cette manière de disposer des malades ou des mourants, sans 
attendre leur fin naturelle, n'avait pas encore été signalée en 
Espagne. La présence, dans ces sépultures, des peignes gravés, 
serait un témoignage du rapport de ces Lapidés avec les inci- 
nérés. Il paraîtrait que les peignes avaient^ chez les peuples 
libyens, une signification funéraire importante; les sépultures 
des Indigènes égyptiens à Négadah en fournirent un grand nom- 
bre'. Les nôtres, cependant, par la forme comme par la gravure, 
sont bien un produit phénicien; c'est leur usage funéraire qui 
semblerait se rapporter aux Libyens. Le long peigne, sorti de la 
sépulture n° 8, dont les dents ne sont que tracées sur l'ivoire, 

1. 1^1. Pelrle, Naqada and Ballas, pi. LXIII. 



292 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

aurait été fabriqué tout spécialement eu vue de son emploi funé- 
raire. 

La rocJie aux sacrifices de l^Acéhuchal. 

L'ascension du banc de rochers des Alcorcs s'effectuait par 
plusieurs rudes escaliers distribués en différents endroits entre 
les ouvertures naturelles, les puertos. Il y a à l'Acébuchal deux 
de ces montées, dont une aboutit au groupe de petits puits à 
otfrandes décrit au chapitre précédent. 

Si l'on descend vers la plaine, on trouve au bas de la pente 
une terrasse artificielle dont les vestiges, à la surface du sol, dé- 
notent une occupation pré-romaine ; c'est là que devait se trou- 
ver la colonie agricole à laquelle appartenait la nécropole de 
l'Acébuchal. 

Cette terrasse présente à l'ouest une légère élévation, où nous 
découvrîmes les fondations d'un édifice construit de petites pier- 
res et d'argile (fig. 136). Il comprend une cour (E) pavée de ga- 
lets, quatre petites chambres aux formes irrégulières (A, B, C,D) 
et d'autres dépendances attenanles (F) construites en pierres 
sèches. Les parois des chambres A et B, ainsi que les pierres du 
seuil des entrées G et II, étaient brûlées. N'ayant pas trouvé de 
cendres sur le sol, il fallait en conclure qu'elles avaient été enle- 
vées après un incendie, du temps de l'occupation carthaginoise, 
d'après les tessons d'amphores puniques et les débris de poteries 
décorées de zones peintes qui apparurent dans la terre à l'inté- 
rieur de ces habitations. 

Cet édifice était probablement la résidence du colon ou fer- 
mier. Les Indigènes, sous sa dépendance, s'abritaient dans le 
voisinage sous de simples huttes de branchages recouverts d'ar- 
gile; celles-ci n'ont pas laissé de traces, mais leur distribution 
sur la terrasse nous est indiquée par les trous à détritus que 
couvraient ces huttes. M. L. Siret* aurait reconnu, parmi les tri- 
bus bastétancs, des vestiges de cabanes de ce genre, sous les- 
quelles des silos renfermaient encore des débris de cuisine. 

1. L. Sirel, Revue des questions scienli/irjues, 1893. 



LES COLONIES AdKICOLES IMUMtOMAI.NKS 



2o:{ 



A proximité de l'emplacement de la colonie s'élèvo un groupe 
pittoresque de grands rochers au bas desquels coule une source 
abondante qui dut attirer dans celte direction' les premiers habi- 
tants. 

En remontanl vers la nécropole, on rencontre, à mi-chemin 
sur la pente, une grande roche à laquelle on voit adossées, du 
côté de la plaine, d'intéressantes ruines (fig. 137). C'était une 




''//V""ir"i'''''^'i'"',"ii.'''-'iA\ 

■ ,/II|I|(im'iI(I|IM|i'i, ',,"» >\V 






Fig. 136. — Plau d'uûe coustructioa pré-romaine à l'AciJbiichal. 



construction quadrangulaire de 9 mètres de longueur sur mètres 
de largeur. Il reste encore debout deux assises complètes et six 
pierres d'une troisième; il devait y avoir une quatrième assise 
qui a disparu. Elles sont composées de grands blocs de calcaire 
légèrement épannelés qui ont environ 2 mètres de longueur et 
plus de 1 mètre de hauteur (fig. 138). 

Nous commençâmes par déblayer l'intérieur de cette enceinte. 
La terre du haut nous fournit les mêmes débris de poterie que 
nous avions signalés sur l'emplacement de la colonie et que nous 



294 



REVUE ARCHÉOLOGIOUE 



rapportons à la domination carthaginoise. A l'°,50 de profondeur, 
un obstacle sérieux se présentait sous la forme d'un lit de gran- 
des pierres qu'il était impossible d'enlever par les moyens ordi- 
naires; il fallut briser ces pierres avec des coins de fer et les re- 
tirer de l'enceinte en morceaux. 

Sous ce lit de pierres apparut une terre noire, des détritus con- 
tenant des cendres, des pierres brûlées, des ossements d'animaux, 
des lames de silex, plusieurs haches de pierre polie, une lame 
de cuivre d'une forme particulière et de nombreux débris de po- 
terie indigène (sous les Incinérés) \ On continua ù fouiller ces 
détritus jusqu'au sol naturel qui apparut à 4 mètres de profon- 
deur. 









émJftô 




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Fig. 137. — Grande roche de l'Acobuchal à laquelle se trouve adossée uue cons- 
truction cyclopéeune. 

Il fallut ensuite dégager cette construction extérieurement. 
En creusant plus profondément, dans l'angle du mur et de la 
roche, du côté de l'est, la même terre noire signalée à l'intérieur 
s'offrit à nos yeux. Celle-ci passait sous les fondations, ce qui 
indiquait d'une manière certaine que ces détritus étaient anté- 
rieurs à la construction qui avait été élevée par dessus. Celte 
découverte nous permettait de faire remonter l'apparition, en 
Espagne, de ces constructions cyclopéennes, à une époque qui 
serait postérieure aux Incinérés, les premiers colons des Al- 
cores. 

Passons à l'examen do la roche même. La partie supérieure 
présente une plate-forme légèrement inclinée vers la plaine; elle 

1. Voir plus loin au chapitre sur la Céramique. 








Fig. 138. — Plan et coupe de la roche et de l'édilicc cyclopéea de l'Acébuchal. 

A. Grande roche dont la partie sup(?rieure présente une plate-forme inclinée vers le sud, c'est-à-dire 

vers la plaine. 

B. Seconde roche appuyée contre celle qui piéct'de et y donnant accès par une pente douce. 

C. Lits des pierres de nivellement de la plate-forme. 

D. Kdifice de construction cyclopi'enne adossé à la graude roche, A la partie supérieure se trouvait 
le puisard auv sacrifices. L'intérieur de ce réceptacle était construit de petites pierres cimentées 
<le marne. 

E. l'ierres de l'assise supérieure actuelle. Nous avons supposé l'existence d'une autre assise au dessus 

do celle-ci, afin de porter le mur à la hauteur de la plateforme. 

F. Pierres de l'assise inférieure. 

G (sur la coupe). Substruction de pierres brutes, base de l'édifice. 

Il (sur la coupe). Détritus des sacrifices remontant à une époque antérieure à la construction du 

puisard. 
H' H' (sur le plan). Ligne démarquant la limite de la terre noire des détritus. 
I (sur le plan). Couverture de pierres cachant une partie des détritus qui dépassaient la construc- 
tion dans cette direction. 
J Grande pierre qui se trouvait accidentellement à cet emlroit et aurait été taillée sur place pour 
servir de base à ce coin de l'édifice. C'est la cause de l'angle aigu qui forme cette partie de la 
coiistructiuii. . , , 1 . f 

K. l'ierre-s tombées de la roche, ayant servi au nivellement de la plate-lorme. 

L (sur la coupe). Pierres brutes couvrant les détritus. 

M (sur lacou[ie). Couches de terre grasse et de sable au fond du puisard (jui devaienl absorber le 

sang. 



296 REVUE ARCHÉOLOGlQrE 

mesure danssalonguoiir. du nord au sud, 12", 40, et, dans sa plus 
grande largeur, il", 70. Une série de surfaces unies (C), qu'on 
remarque tout autour, indique qu'on y avait placé des pierres 
de taille pour élever les bords à l'inclinaison commune de la 
plate-forme; plusieurs de ces pierres (K), précipitées de leurs 
assises, furent retrouvées au bas de la roche, à l'ouest. Dans 
celte môme direction se trouve la rampe par laquelle on montait 
sur la plate-forme. 

Tout semble démontrer que c'est sur cette roche, en vue de la 
plaine, que les Incinérés célébraient leurs sacrifices. Le sang des 
victimes devait couler en suivant Tinclinaison de la plate-forme; 
on balavait après chaque cérémonie, dans la même direction, 
les vestiges du repas. La répétition de ces sacrifices avait natu- 
rellement formé, au bas de la roche, le monticule de débris et de 
cendre que nous y avons trouvés. 

Ils se servaient, pour égorger les victimes,, de lames de silex qui 
ont été retrouvées parmi ces vestiges; peut-être les brisait-on 
intentionnellement après s'en être servi; quelques-unes de ces 
lames présentent des crans à la base, comme si un manche y 
avait été fixé (fig. 123 et 124). 

Dans la suite, un événement serait survenu qui aurait inter- 
rompu Texercice de ces sacrifices pendant un certain temps. 
Plus lard, de nouveaux colons construisirent, par dessus le mon- 
ticule de détritus, l'édifice cyclopéen que nous voyons adossé à 
la roche. 

La partie supérieure de celte construction présente une espèce 
de grand réceptacle dont l'intérieur mesure 6 mètres de lon- 
gueur et 2", 60 de largeur; il devait avoir l'",40 de profondeur. 
C'était le puisard dans lequel coulait, pour y être absorbé, le sang 
des animaux qu'on immolait sur la roche. 

On distingue encore, dans le voisinage de celte construction, 
des alignements de rochers retenant les terres et des enclos de 
grandes pierres où il est probable qu'on enfermait les animaux. 
Au cours de mes fouilles sur divers points des Alcores, notam- 
ment k Sauta-Marina, El Judio et Brenes, j'ai découvert au bas 



LES COLONIES AGRICOLES PHK-UOMAINES 



297 



fraiilrcs roches, préscnlanl une surface plus ou moins plane, les 
mômes détritus qu'à l'Acébuchal. Il est probable que cbaquo 
peuplade do ces collines avait une roche spécialement aiïectée 
aux sacrifices et sur laqucïlle on abattait, avec certaines cérémo- 
nies, les animaux nécessaires à la consommation : à proprement 
parler, ces emplacements étaient autant d'abattoirs primitifs. 



Les constructions dites cyclopéennes no sont pas rares en An- 
dalousie, quoique les archéologues n'en aient signalé jusqu'ici 
que quelques-unes. Gongora mentionne le Castillo de Ibros, dans 
les environs de Baeza et une enceinte carrée près de Cabra, ap- 




Fig. 139. — Digue cyclopéeune de Péuallor. 

pelée Casaron del Portillo^. i'sLi moi-même reconnu à Penaflor 
(l'antique Celti), sur la rive droite du Guadalquivir, une impo- 
sante digue cyclopéenue soutenue par plusieurs saillies rectan- 
gulaires (fig. 139). On en découvrirait bien d'autres en cherchant 
dans les endroits encore inexplorés. Une liste de ces monuments 
serait à faire; mais il faut attendre pour entreprendre ce travail 
que les cartes du corps topographique, relatives à cette partie de 
l'Andalousie, soient achevées; elles sont à l'élude depuis plu- 
sieurs années et ne doivent pas tarder à paraître. 

Le tumiihts d' Eniremalo . 
Les sacrifices décrits au chapitre précédent ue s'elîectuaient 
pas toujours sur une plate-forme de rocher. Nous trouvons ail- 

1. Manuel de Gongora, Antigùedades prehistoricas de Andalucia, p. 91 
et 94. 



298 



REVUE ARCHÉOLOGIOUE 



leurs que ces mûmes cérémonies se pratiquaient au sommet trun 
monticule où avait été creusée une fosse de peu de profondeur, 
devant servir à la fois de puisard et de foyer. Quand il devenait 
nécessaire de faire une nouvelle fosse, on couvrait l'ancienne de 
terre et on exhaussait ainsi le monticule de plus d'un mètre chaque 



JÔ/IULUÔ D'Ef/r/^f-Z^ALO 



Q 




^ 




Fig. l'iO. — Coupe du tumulus d'Eatremalo. 



fois, ce qui finissait graduellement par lui donner l'apparence 
d'un tumulus respectable. 

C'est de cette manière qu'aurait été formé le tumulus d'Entre- 
malo, sur la rive gauche du Corbones, à 8 kilomètres au nord- 
est de Carmona (fig. 140). Il avait 7 mètres de haut et élait 
composé de terre et de détritus, au milieu desquels apparurent 
plusieurs grands foyers superposés; ceux-ci présentaient la forme 



LES COLONIES AGRICOLES PRfî-ROMAlNES 2Î)9 

d'une fosse rectangulaire, de 3™,S0 de longueur, 2"", 50 de largeur 
et 0'",50 de profondeur. Les parois, légèremcnl inclinées, étaient 
recouvertes d'une couche de terre glaise, La coupe du fond du 
foyer B nous donna le détail suivant : 

1, cendres de bois; épaisseur : r)"',10; 

2, couche de terre glaise brûlée : 0"',02; 

3, mortier ou marne blanchâtre : O'^jOi; 

4, terre glaise brûlée : 0'",U2; 

5, fondement de galets : 0'",40. 

Autour de ces fosses on trouva, dans la terre, de nombreux 
débris de poterie; pas un seul vase n'en est sorti entier; il sem- 
ble qu'on les ait tous brises à dessein. La plupart de ces débris 
de vases, de plats et d'assiettes présentent une ou plusieurs per- 
forations faites sans ordre, à la pointe de silex. 

Les vestiges recueillis à O^.SO du sommet se rapportent à l'oc- 
cupation carthaginoise. Les débris sont plus anciens, à mesure 
qu'on pénètre plus profondément. On trouva, sous le foyer B, 
des tessons d'amphores puniques et d'intéressants fragments de 
poterie orientale noire ou brune vernissée et décorée d'un qua- 
drillé en couleur plus foncée. Tout en bas, sur le sol, on signala 
de grands récipients de poterie indigène ; de nombreux ossements 
d'animaux disséminés dans la terre, ainsi que des polissoirs, des 
marteaux, des mortiers, des pierres plates en granit pour mou- 
dre le grain, des lames et des éclats de silex. 

Malgré la ressemblance qui existe entre ces foyers et les fosses 
à bûcher des motillas, il n'est guère probable qu'on liit pratiqué 
l'incinération funéraire sur ces emplacements, où nous n'avons 
pas signalé la moindre trace de cendre humaine. 

Il reste encore à explorer, dans les environs de Carmona, plu- 
sieurs grands tumulus à plate-forme ovale, comme ceux d'Alcau- 
dete, de Vientos et de Parias qui ont 30, 20 et 14 mètres de hau- 
teur; d'après les vestiges de poterie carthaginoise qu'on y trouve 
disséminés à la surface, il est probable que ces tumulus ont 
été formés de la même manière que celui d'EnIremalo. 

Il n'est pas nécessaire d'insister ici sur l'importance archéolo- 



300 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

gique de ces monts de délrilus; c'est grâce à la superposition 
des divers débris recueillis à Entrcmalo que j'ai pu classer la 
céramique des Incinérés depuis l'établissement de leurs pre- 
mières colonies, jusqu'à la veille de l'occupation romaine. 



III 

LA CÉRAMIQUE 

La plus ancienne céramique des Alcores est celle que nous 
avons trouvée dans les silos ou souterrains des cabanes indigè- 
gènes, à l'Acébuchal et au Campo Real. 

Ces premières poteries sont brunes ou noirâtres; l'argile en 
est mal préparée, pleine de grains siliceux, de petites pierres; 
on y a même trouvé des fragments de lames de silex. La cuisson 
est fort imparfaite; aussi arrive- t-il souvent que ces poteries se 
désagrègent dans l'eau quand on les nettoie. 

La description que nous devons à MM. Siret de deux appareils 
ayant servi à cuire des poids de métier à tisser en argile, décou- 
verts par eux dans la région bastétane, nous donne une idée du 
procédé employé par ces premiers potiers hispaniques : 

« Il y avait deux séries (de ces poids) disposées d'une manière 
particulièrement intéressante. La première, composée d'envi- 
ron oOO pièces, entourait les restes carbonisés d'un tronc d'ar- 
bre. La seconde en comprenait une centaine, disposés en deux 
piles verticales, circulaires, concentriques, au centre desquelles 
se trouvaient les débris d'une urne en terre cuite grossière, con- 
tenant du charbon de bois. Dans les deux cas, les poids situés 
près du centre étaient cuits; au contraire, ceux de l'extérieur 
étaient à peu près crus '. >> 

C'est ainsi que s'explique cette inégalité dans la cuisson d'un 
même objet où un des côtés est cuit et l'autre ne l'est qu'à moi- 
tié. Les traces de fumée et les parties plus ou moins foncées qui 

1. H. et L. Sirel, Les premiers dgea du métal dam le sud-est de iEiipagne, 
p. 123. 



LES COLONlliS AGRICOLES PRÉ-UO.MAINES MOI 

apparaissent à la surface de ces vases seraient donc les marques 
de cette cuisson à Tair libre. On comprend que des vases cuits de 
cette façon devaient difficilement conserver los liquides. Il est 
probable, cependant, que la graisse des aliments qu'on gardait 
dans ces récipients devait, à la longue, les rendre suffisamment 
imperméables '.La marmite caractéristique de ces premiers temps 
est représentée par certains pots dont la forme et les dimensions 
ne varient guère : l'ouverture en est large, la base arrondie porte 
des traces de feu; la surface extérieure, généralement rugueuse, 
est couverte de petits graviers, tandis que la paroi intérieure est 
lissée Ces pots auraient servi à cuire toute sorte d'aliments et, 
comme la marmite légendaire du paysan actuel, on se gardait 
bien sans doute de les laver. 

De grands récipients profonds et à base plate, n'odrant aucune 
trace de feu, ont dû servir à préparer la boisson'. Les plats ont 
une forme spéciale qui rappelle beaucoup les tartes aux fruits 
que confectionnent les pâtissiers; ils sont circulaires; le fond 
est complètement uni; tout autour s'élève, presque à angle droit, 
un petit bord de 0^,02 à 0'",05. On n'a trouvé ces fragments de 
plats que dans les silos ou souterrains primitifs*. 

La décoration de ces poteries est fort simple; ce sont des pres- 
sions de doigts, des pincées successives faites avec le pouce et 
l'index, ou une série de hachures ou de godrons faisant le tour 
de l'ouverture des grands récipients. Gomme anses, ces vases 
portent de petites cornes placées près du bord, ou plus bas sur 
la panse; des mamelons horizontaux ou perpendiculaires parfois 

1. Oa obtenait peut-être le même résultai en enduisant ces vases à l'intérieur 
de sang et en les faisant sécher ensuite à la fumée. Ce moyen est employé de 
nos jours par la plupart des populations africaines, les Zoulous et les Çoraalis 
entre autres ; ces derniers rendent ainsi capables de conserver des liquides 
jusqu'à des espèces de cabas faits de cordes finement tressées. En Espagne, 
les tribus bastétanes travaillaient ainsi le sparte ; on peut voir au Musée de 
Madrid les sacs aux mailles serrées qui furent trouvés en 1857 dans la caverne 
d'Albufiol, province de Malaga, et que décrit Qongovd: AniUjuedades prehisto- 
ricas de Andalucia, Madrid, i868. 

2. Voir les fig. i, 36, 37, 44, 46 et 47. 

3. Voir les fig. 75, 76, 77 et 78. 
i. Fig. 19 à 34. 



302 



REVUE ARCHÉOLOCJlgilE 



perforés; ou bien de simples trous, dans lesquels passaient les 
cordes destinées à les suspendre. Ces trous à suspension ont 
quelquefois été percés dans la poterie crue; mais en général la 
perforation se pratiquait après la cuisson, à l'aide d'un poinçon 
en silex. Le fond d'un plat (fig. 34) et une petite coupe (fig. 51), 



Poterie prùt7icùù(/e. (oc) 




m 



Silos dct Lamiio l\£aL-Carniûiia. 



Fig. 1 à 18. — Poterie primitive proveuaQt des silos du Campo Real. 

parsemés de trous, ont nécessairement dû servir de passoires. 
Les deux trous près du bord du vase (fig. 77) sembleraient 
indiquer qu'on y avait attaché un couvercle, probablement en 

bois. 

On n'est pas encore arrivé à expliquer ia présence des nom- 
breux trous qu'on voit sur le col ou à la partie supérieure des 
grands récipients, ceux des figures 7S et 107 entre autres; de 
même que sur les plais et sur les assiettes (jui sonl indifférem- 
ment perforés sur le bord ou vers le milieu. 



LKS COLOiNlKS AC.lUC.OLliS IMUO-HOMM NKS 303 

rOTERlE PRIMITIVE (a) 

Fig. 1. — Une marmite à base arrondie oiïranl des traces de feu: elle pro- 
vient des silos du Campo Real. Diamètre de l'ouverture : 0'",128, 

Fig-, 2. — Petit pot de terre brune. Haut. 0.072. 

Fig. 3. — Petite coupe de poterie brune, facture grossière. Haut. 0"',052. 

Fig. \. — Fragment du bord d'un grand récipient présentant deux trous 
(d'attache ou de suspension), dont l'un n'a pas complètement perce la paroi. 
Long.0m,033. 

Fig. 5. — La partie inféiieure d'un vase à pédoncule, poterie brune très 
dure. Haut. 0'",25. 

Fig. 6. — Petit plat de poterie rougeùtre. Ouverture : 0"",16. 

Fig. 7 et 8. — Fragments de vases à suspension avec mamelons perforés. 
Haut. 0'",104 et 0'",092. 

Fig. 9 et 10. -- Fragments de marmites avec anse à corne. Haut. O^jOiS 
et 0'", 064. 

Fig. H, 12, 13, 14 et 15. — Objets en terre cuite (amulettes ou orne- 
ments?) provenant des silos du Campo Real. Les extrémités ont été perforées 
avant ou après la cuisson et indifféremment dans deux directions (dans la courbe 
ou sur le côté). La coupe de ces objets, vers le milieu, nous montre des formes 
diverses : les figures 14 et 15 sont arrondies, la figure 13 est aplatie et la 
figure 11, carrée. La figure 12 est marquée dans la courbe de deux entailles. 
Long. fig. 18 : 0",085; fig. 14 : 0'°,082. MM. Siret ont trouvé des fragments 
de cornes en terre cuite semblables qu'ils supposent être des manches, à 
Campos, parmi les vestiges d'anciennes habitations se rapportant à l'inhu- 
mation accroupie *. 

Fig. 16 et 17. — Deux petits pots contenant du vermillon, recueillis parmi 
des ossements humains brisés, dans un silo du Campo Real. Haut, fig. 16 : 
0^,06 ; fig. 17 : O^'.OQ; ouverture : 0i",099. 

Fig. 18. — Un petit récipient en terre rougeàtre de forme allongée comme 
une cuiller, avec une espèce de bec ou de manche. On a trouvé deux objets 
semblables dans les fosses à détritus du Campo Real ; deux autres avaient été 
signalés à Argecillas par Vilanova - et par MM. Siret dans la région sud-est 
de la Péninsule'. La partie saillante des objets ne présentant aucune trace de 
feu, il n'est pas probable qu'ils aient pu servir de lampe comme on l'a supposé. 
Longueur, le bec compris : 0™,068. 

Fig. 19. — Grand plat de poterie brun foncé à surface lisse. Diara. 011,333. 

Fig. 20. — Fragment de plat au bord perforé. 

Fig. 21. — Coupe de poterie rougeàtre. Diam. 0m,159. 

Fig. 22 et 23. — Deux fragments de plats. Le premier présente deux saillies ; 
le second, une seule perforée verticalement ; ces saillies indiquent comment on 
suspendait ces plats. 

1. Siret, pi. 10, 72. 

2. Vilanova, Origen, natuialeza y anligiledad del hombve, p. 389. 

3. Siret, p, 125. 



304 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Fig. 24. — Fragment de plat. 



ThCervt pnmUiut (a.) 




Fig. 19 à :;i. — Poterie primitive (a) et poterie indigène (i). 
Fior. 25,— Godet minuscule grossièrement modelé. Haut. 0'",02. Acèbuchal. 



LES COLONIES AGRICOLES PRÉ-RO.MAINES .'jOo 

Fig. 26. — Grand plat de terre micacée dont le bord, de 0",028 de hauteur 
est percé de deux trous. Diam. 0™,37. Campo Real. 

Fig. 27. — Bord de plat de 0m,027 de hauteur, percé de deux trous. Ra- 
massé, parmi les vestiges humains indigènes sous l'emplacement à inciruTation 
que couvrait le tumulus A de l'Acébuchal. 

Fig. 28 et 29. — Deux bords de plats. Haut. 0™,02 et O'^fiSl ; même pro- 
venance que celui qui précède. 

Fig. 30, 31, 32 et 33. — Quatre bords de plats. Gampo Real. 

Fig. 34. — Fragment du fond d'un grand plat percé de nombreux trous, 
poterie brune polie. Long, du fragment: 0^^225. 

Fig. 35. — Petit pot dilTorme, trouvé dans une sépulture primitive de 
Las Gumbres (continuation des collines de l'autre côté de la rivière Corbo- 
nes). Cuisson incomplète. Haut. 0",07. Appartient à la Société archéologique 
de Carmona. 

Fig. 36. — Marmite munie de quatre pointes ou cornes. Haut. 0",15. An- 
cienne collection Pelaez. 

Fig. 37. — Fragment d'une marmite à cornes dont l'ouverture aurait 
Om,194 de diamètre. 

Fig. 38 et 39. — Deux fragments de petits pots avec anses à cornes. Même 
provenance que les figures 27, 28 et 29. 

Fig. 40. — Bord d'une marmite qui était ornée de plusieurs séries de petites 
saillies disposées sur deux lignes verticales. Poterie brune 1res dure. 

Fig. 41 et 42. — Deux fragments perforés ayant appartenu à un grand ré- 
cipient avec bord à bourrelet et décoré extérieurement de bandes chevronnées 
peintes en rouge. Poterie brune polie très dure. Long. fig. 42 : Om 14 Campo 
Real. 

Fig. 43. — Fragment du bord d'un grand vase en terre brune foncée, qui 
était orné de grands triangles formés de petites dépressions circulaires. Campo 
Real. 

Fig. 44. — Marmite de poterie brune polie et très dure. Ouverture : 0'»,226. 
Campo Real. 

Fig. 45. — Petit vase à suspension, ayant sur la panse quatre saillies per- 
forées. Terre grise, cuisson imparfaite. Haut. 0^,084. 

Fig. 46. — Marmite de poterie rougeâtre dure. Ouverture : 0°,177. 

Fig. 47. — Marmite à la base arrondie marquée par le feu. Elle est munie 
de deux petites cornes se détachant au bord même de l'ouverture. Haut. 
0°',208. Campo Real. 

Fig. 48. — Grand vase à suspension avec large panse difforme sur laquelle 
figurent six petits mamelons perforés horizontalement. Poterie rougeâtre dure. 
Ce vase a été trouvé avec le n° 44 au fond d'une fosse à détritus du Campo 
Real. Largeur de la panse : G™, 316. 

POTERIE INDIGÈNE (6). 

Fig. 49. — Petit pot à deux cornes avec une dépression circulaire à la 
base. Il a été recueilli, avec les deu.x vases suivants (fig. 50 et 51), parmi les 
inhumations accroupies sous un des tumulus de Bencarron. Haut. 0'",10. 

III'' SÉRIE, T. ,XXXV. 20 



306 



REVUE ARCHEOLOGIOUE 



Fig. 50. — Vase a buire de terre rougeàlre. Ouverture :0">,11. 
Fig. 51. — Petit vase à boire perforé. Les trous étaient remplis de petits 
ampons d'argile. Ouverture : O"», 10. Bencarron. 



Pot&rie. i-f^dùaène, (>Soccô te^ JnconerlôJ 




Fis. '-il à 80. — Poterie iudigèQC (sous les luciuérés). 



POTERIK I.N'DIOÈNK (sOUS LES l.NCINÉRÉS). 

Fig. 52, 53, 5i et 55 — <Juatre fragments de vases ornés d'impressions 



LKS COLONIES AdIUCOLLS l'UK-ROMAlNES :{()7 

faites avec le doigt, de petits points circulaires ou de hachures ; facture gros- 
sière. 

Fig. 56. — Anses de petits pots en terre grise. 

Fig. 57. — Fragment orné de deux saillies ou mamelons horizontaux super- 
posés. 

Fig. 58. — Vase à offrande avec pied et orné, près du bord, d'une série de 
creux faits avec le doigt. Terre brune, facture grossière. Ouverture : 0°\Vàô. 
Cruz dcl Negro. 

Fig. 59. — Fragment de plat perforé, poterie grise, .surface lisse. 

Fig. 60, 61, 62 et 63. — Quatre fragments de vases dont les bords sont den- 
telés, décorés de lignes ou d'entailles. Entremalo et Alcaudete. 

Fig 64. — Fragment de vase en poterie brune à couverte rouge, orné 
de bandes de points triangulaires, en creux. Alcaudete. 

Fig. 65. — Fragment de grand récipient en terre rougeàlre, la surface 
complètement couverte de petites entailles. 

Fig. 66. — Fragment de vase avec anse, décoré de creux et de petites li- 
gnes qui semblent avoir été tracées avec un peigne sur l'argile fraîche. 

Fig. 67. — Fragment de poterie à couverte rouge orné de trois lignes de 
points circulaires en creux. Alcaudete. 

Fig. 68. — Mamelon perforé d'un vase à suspension. 

Fig. 69. — Vase à offrande à double mamelon, poterie brune, ru"-ueuse; 
trouvé près de la fosse à incinérer, sous le tumulus de l'Alcaniarilla Haut 

Fig. 70. — Bord de vase décoré avant la cuisson de triangles en lignes inci- 
sées. Poterie brune micacée, très dure. Entremalo. 

Fig. 71. — Un objet en terré cuite de forme cylindrique légèrement courbé 
et dont l'extrémité est perforée; c'est probablement un manche. Il fut trouvé 
dans les détritus sous roches, à Brenes. Un autre a été recueilli sous la cons- 
truction adossée à la roche aux sacrifices de l'Acébuchal. Un troisième fut dé- 
couvert dans la couche inférieure du tumulus d'Entremalo. 

Fig. 72 et 73. — Deux becs de cruches trouvés à l'Acébuchal dans le tumu- 
lus A. 

Fig. 74. — Marmite à double mamelon, reconstituée d'après les fragments 
recueillis à Entremalo. 

Fig. 75. — La partie supérieure d'un grand récipient avec quatre mamelons 
verticaux; la panse perforée de plusieurs trous. Ce vase fut trouvé avec le a'^ 76 
dans le bas de l'Acébuchal, parmi les décombres de cabanes des Incinérés. 
Terre noirâtre. Ouverture : 0'",28, 

Fig. 76. — Grand récipient à double mamelon, la cassure présente une terre 
noirâtre entre deux fines couches de terre rouge. Haut. 0"j35. Ouverture : 
0'°,28. 

Fig. 77. — Grand vase de poterie brune. La partie inférieure présente une 
surface rugueuse ; la partie supérieure a subi le polissage ; une ligne avec un 
léger relief, de laquelle se détachent deux petites saillies, sépare ces deux 
parties. Deux trous qui se trouvent prés du bord semblent indiquer qu'on y 



308 REVUK ARCnÉOLOGlOUE 

avait attaché un couvercle, probablement en bois. Haut. Oni,48. Ce beau vase 
fut découvert le 15 mai 1898 à la Cruz del .Negro, à côté d'une urne cinéraire 
punique dans un trou à proximité d'une fosse à incinération. 

Fig. 78. — Vase à large ouverture décoré de quatre mamelons anguleux 
séparés par trois lignes parallèles tracées en creux, avant la cuisson. Haut. 
O'o.ige. 

Fig. 79. — Fragment d'un objet en terre micacie, présentant, d'un côté, 
une surface unie où l'on dislingue des traces de feu ; de l'autre côté, se trou- 
vent des lignes croisées tracées dans l'argile fraîche. Cet objet, d'un usage 
inconnu, fut ramassé près des vases, figures 75 et 76, dans le bas de l'Acébu- 
chal. Long. Om,10. 

Fig. 80, — Fusa'iole ou peson de fuseau en terre brune micacée. Acébuchal. 

Soas les Incinérés, nous trouvons une poterie indigène qui 
diffère cependant de celie des silos du Campo lléal. Tout porte à 
croire que ces premiers colons, dont l'occupation se bornait sans 
doute à la direction des travaux agricoles, n'ont, dans les pre- 
miers temps, introduit dans le pays aucune industrie et se sont 
contentés des produits indigènes. 

C'est par exception que nous avons recueilli, dans leurs sépul- 
tures, quelques vases dénonçant une origine orientale, qui de- 
vaient provenir des comptoirs phéniciens du littoral et dont le 
transport par voie fluviale ne devait présenter aucune difficulté. 
Parmi ces vases, il faut citer l'amphore à double oreillon, avec 
col à bourrelet dont on retrouve les tessons au-dessus des cendres 
de ces premiers colons ; la matière en est dure et la cuisson par- 
faite. 

Sauf quelques fragments de plats et d'assiettes qui ont été re- 
cueillis à Entremalo et à l'Acébuchal, dont la décoration, sur- 
tout, nous parait exotique, — l'influence orientale ne se fait guère 
sentir dans l'amas des produits indigènes. 

Ces assiettes devaient être d'un usage journalier, à en juger 
par la surface du fond qui est usé. La plupart sont d'une argile 
grise très dure, ou bien brune et pleine de mica ; elles sont polies 
ou vernissées des deux côtés. Quelques-unes ont le rebord peint 
en noir ou d'un vernis brun plus foncé que la poterie; d'autres 
sont ornées de larges bandes noires qui rayonnent du centre vers 
la bordure, avec l'intervalle entre ces bandes couvert d'un qua- 
drillé de lignes finement tracées. 



LES COLONIKS AGlllCOLES l'UK-UO.MAlNES ^^09 

Los quelques vases phéniciens authentiques dont nous avons 
connaissance ' ont précisément une décoration géoinétiiquo de 
ce genre ; des coupes avec ornementation analogue ont été trou- 
vées, dans la nécropole de Golasecca, en Lombardio'. 

Parmi les premières poteries de cette importation élrangère, 
il faut mentionner : fig-ure 93, un support de vase à couverte rouge 
lie-de-vin; figures 99 et 100, deux gobelets dont les parois 
n'ont que 0"',003 d'épaisseur; un de ceux-ci est orné à la base de 
cinq lignes de points en creux, divergeant d'une dépression cen- 
trale; l'autre présente cinq petites impressions circulaires dispo- 
sées en croix. Nous citerons encore un autre objet, d'apparence 
exotique, exhumé des couches inférieures du lumulus d'Fùitre- 
malo ; c'est un fragment de plateau circulaire élevé sur trois 
pieds d'une matière épaisse et dure. La partie extérieure est cou- 
verte d'une préparation blanchâtre, tandis que la surface inté- 
rieure, usée par le frottement, est d'un rouge clair; la cassure 
présente au milieu une poterie noirâtre. 

* 

Une seconde période d'incinération est caractérisée par la pré- 
sence de Turne dans laquelle on recueillait les cendres et qui 
était disposée au milieu ou à côté de l'emplacement oii s'était ef- 
fectuée la crémation. Ces premières urnes sont en terre noire 
avec ou sans anses; elles ont été découvertes àl'Acébuchal sous 
les tumulusH, I, J. Je n'ai pu malheureusementles dessiner; elles 
faisaient partie de la collection Pelaez, aujourd'hui dispersée. 

♦ ♦ 

Une troisième période d'incinération se distingue par l'urne 
particulière de la Gruz del Negro. Cette urne, à double oreillon, 
est invariablement peinte do larges zones rouges et do lignes 
brunes. 

J'ai réuni, sous la dénomination de Poterie orientale, toute la 
céramique se rapportant à ces trois périodes d'incinération, 

1. Perrot et Ctiipiez, Eid. de Vart , vol. III, p. 478 et 479; De Cesnoia, dj- 
prus, p. 68. 

2. Musée de Saint-Germain, n" 17230. n 



310 



REVUE ARCHÉOLOGIQUE 



POTERIE ORIENTALE 



Fig. 81 et 82. — Fragments d'assiettes perforées de plusieurs trous ; terre 
noire vernissée. Entremalo. Diam. 0™,20. 




Kig. 81 àîioe.f—; Poterie orientale. 



Fig. 83 et 84. — Fragments d'assiettes ; poterie brune]décorée de bandes 
avec des intervalles quadrillés au lustré noir. Entremalo. 
Fig. 85. — Tesson d'une amphore perforée avant la cuisson. 



LES COLONIES AGRICOLES PRÉ-ROMAINES !{ H 

Fig. 86 el87, — Frap^ments d'assiettes à décoration quadrillée en noir. Hn- 
tremalo. 

Fig'. 88. — Rosace gravée au trait après la cuisson sur la base d'une urne 
de poterie grise, dure. Acébuchal. 

Fig. 89. — Fragment de passoire. Entremalo. 

Fig. 90. — Fragnaent de grand plat en terre brune vernissée. Entremalo. 
Haut. 0'",04. 

Fig. 91 et 92. — Deux fragments de grands plats perforés. Poterie dure re- 
couverte d'un vernis rouge. Le premier a été recueilli dans les détritus sous la 
construction adossée à la roche aux sacrifices de l'Acébuchal. Diam. 0",31. 
Le second provient d'Entremalo. 

Fig. 93. — Support ou pied de vase. Poterie dure enduite extérieurement 
d'un vernis rouge lie-de-vin. Entremalo. Haut. Oi",10. 

Fig. 9i. — Fragment de plat en terre brune vernissée. Entremalo. 

Fig. 95. — Plat de terre noire polie. On en a trouvé deux semblables ; 
l'un parmi les détritus delà roche aux sacrifices de l'Acébuchal, et l'autre dans 
les couches inférieures du tumulus d'Entremalo. Diam. O^jES. 

Fig. 96. — Petit pot de terre noire qui n'a que 0m,035 de hauteur ; trouvé 
dans une fosse à incinération de Bencarron. 

Fig. 97. — Grand plateau sur trois pieds, provenant de la partie inférieure 
du tumulus d'Entremalo. Diam. 0™,32. 

Fig. 98. — Petite amphore, forme punique, à double oreillon ; poterie jaunâ- 
tre très dure. Cruz del Negro. Haut. 0"i,27. 

Fig. 99 et 100. — Deux petits gobelets de poterie brune vernissée, enduite 
intérieurement de noir. Une des bases est ornée de petites lignes pointillées 
et l'autre de cinq points circulaires en creux. Entremalo. Épaisseur des parois : 
G'»,003. Diam. 0»,053. 

Fig. 101. —Amphore punique dont on trouve de nombreux tessons recou- 
vrant les fosses à incinération sous tumulus. Alcantarilla, Acébuchal, Alcau- 
dete, etc. Haut. C^.TO. 

Fig. 102. — Base arrondie d'une amphore punique trouvée à l'Alcaudete. 

Fig. 103, lOi et 105. — Poids de métier à tisser en argile, cuisson impar- 
faite. Acébuchal. 

Fig. 106. — Poids de métier à tisser très dur et bien cuit qui a été retiré 
des vestiges d'une ferme romaine dans la plaine, près de l'Acébuchal. 

Fig. 107. — Grand récipient avec deux petites anses. Le col et la partie 
supérieure du corps sont perforés de douze trous. Trouvé avec une urne ciné- 
raire à la Cruz del Negro. Haut. 0"',472. Ouverture : 0°',224. 

Fig. 108. — Plat profond percé de trois trous. Poterie brune vernissée. Cruz 
del Negro. Diam. 0m,368. 

Fig. 109. — Plat de poterie dure, au lustré noir, dont le bord est percé de 
deux trous pratiqués avant la cuisson. Cruz del Negro. Diam. 0'",296. 

Fig. 110. — Bec en trèfle d'œnochoé. Cruz del Negro. 

Fig. 111. ~ Urne cinéraire punique àdouble oreillon, peinte dezones rouges 
et de lignes brunes. Cette forme est particulière aux urnes cinéraires de la né- 



312 



REVUE ARCIlÉOLOGlQrE 




yYÉcROPOLE DE L 



eri£ OTceni 



Fig. 107 iï IIC). — Poterie orientale provenant de la nécropole de la Crnz dol 

Negro. 



LES COLONIES AGRICOLES PHK-ROMAINES 313 

cropole de la Cru z del Negro, où une trentaine ont été recueillies jusqu'ici. 

Haut. 0m,225. 

Fi"-. 112. Urne cinéraire à double oreillon, poterie jaunâtre, enduite ex- 
térieurement d'une peinture rouge. Cruz del Negro. Haut. 0"',244. 

pjcr ii3 Objet ayant la forme d'une assiette, et présentant une ouver- 

''ure circulaire au centre. La bordure est peinte en rouge; le dessous est aussi 
peint d'une large bande rouge suivie de deux lignes brunes. Cruz del Negro. 
Diam. 0°Sl95. 

Fig. 114 et 115. — Deux lampes puniques avec simple ou double lumignon. 
Elles conservent encore quelques traces d'un enduit rouge vineux ; la bordure 
des lumignons est relevée d'une ligne noire. Cruz del Negro. Diam. 0n>,12. 

pjo-, 116. Coupe aux minces parois ; elle est décoréedes deux côtés d'une 

composition géométrique formée de lignes jaunes et blanches peintes sur un 
fond rou"-e vernissé. Diam. 0",219. Cette intéressante coupe, en mauvais état 
de conservation, se trouvait dans un grand récipient de la forme de la fi- 
gure 77. Cruz del Negro. 

Les caveaux à inhumations sous tumulusetles sépultures des 
Lapidés, à l'Acébuchal, ne contenaient aucune céramique. On 
trouva, cependant, disséminés dans la terre aux alentours de ces 
dernières sépultures, de nombreux débris d'une céramique qui 
diffère entièrement des produits indigènes et n'a rien de commun 
avec la poterie orientale ou punique. On y reconnaît de grands 
récipients^ des gobelets, des plats et des assiettes. La plupart des 
vases affectent la forme d'un calice, un peu moins élancé que la 
tulipe; le col, large et évasé, repose sur une panse semi-sphéri- 
que, à la partie inférieure légèrement aplatie. Ils n'ont pas de 
base proprement dite, et sont dépourvus d'anses. L'argile em- 
ployée est d'un ton foncé, brun, rouge on jaunâtre; la cassure 
en est invariablement noirâtre au milieu. 

La décoration de ces vases est remarquable : ils sont couverts 
de dessins géométriques au pointillé qui ont été impriniés en 
creux dans l'argile fraîche, puis remplis d'une pâle crayeuse. 
Cette ingénieuse ornementation se détache ainsi, en blanc, sur le 
ton plus ou moins foncé de la poterie; elle couvre la partie supé- 
rieure du col et est reproduite sur le haut de la panse des grands 
récipients. On n'y voit aucun cercle, aucune ligne ondulée, rien 
que des ornements rectilignes et triangulaires dont l'ordonnance 
est variée à l'infini. Ce sont généralement des zones et des lignes 



314 REVUE ARCriÉOLOGIOrE 

avec des intervalles de plusieurs séries de chevrons dont le champ 
est ombré de diagonales, le tout au pointillé. Ces dessins parais- 
sent avoir été tracés à main levée au moyen d'un style et d'un 
autre instrument denté comme une scie, pour produire les lignes 
pointillées. 

Ce ne sont pas seulement les poteries fines qu'on trouve déco- 
rées de cette façon, mais aussi les plus grossières, celles à parois 
épaisses, dont les ornements cependant sont moins habilement 
exécutés. 

Il v a quelques années, on découvrit à 30 kilomètres sud de 
Madrid, près de Ciempozuelos, de nombreuses poteries décorées 
de dessins semblables ; la plupart furent déposées à l'Académie 
d'Histoire, à Madrid'. 

Nous n'avons aucun relevé des sépultures à inhumation de 
Ciempozuelos. M. A. Vives, qui, peu de temps après, fut chargé 
de reconnaître cette découverte, me déclara qu'il était malheu- 
reusement arrivé trop tard sur les lieux pour pouvoir se rendre 
compte par lui-même de la position des squelettes et des objets 
qui se trouvaient à côté de ceux-ci. Avec les vases on avait aussi 
recueilli une pointe de flèche et un poinçon en cuivre. Ce poin- 
çon, aux extrémités très effilées, est carré vers le milieu où il 
a 0'",003 d'épaisseur. J'ai précisément retrouvé à l'Acébuchal, 
avec cette même poterie, une trentaine de poinçons semblables 
et, parmi ceux-ci, un en fer (fig. 143 à 146). 

Les plus beaux vases de Ciempozuelos que possède l'Acadé- 
mie d'Histoire présentent la même forme et sont de la même 
grandeur que le n° 128 de notre collection. Ils sont entiers; la 
décoration crayeuse s'est très bien conservée. Ils diffèrent ce- 
pendant des nôtres par le relief de la pâte blanche sur la surface 
du vase. Ce relief ne serait peut-être que le résultat d'un phéno- 
mène analogue au foisonnement de la chaux; il serait dû à la 
nature du terrain dans lequel ces vases étaient enfouis; il faut 



i. Boleiln de la Real Academia de la Hiatoria, vol. XXV, p. 430 (avec 12 
belles pholotypies). 



LES COLONIES AOrtlCOLES PRÉ-ROMAINES 



:i I r, 



croire qu'à rorigine la pâle crayeuse remplissait simplement les 
dessins en creux sans dépasser la surface du vase. 

Antérieurement à la découverte de Ciempozuelos, des vases 
caliciformes, aux dessins g-éomctriques gravés, avaient été trou- 
vés en Portugal, dans la grotte sépulcrale do Palmella, près do 
Sétubal'; ceux-ci, cependant, n'offraient aucune trace dincrusla- 
lion blanchâtre. Une autre trouvaille de vases incrustés a été 




Fig. 117 et 120. — Poterie celtique. 

signalée près de Talavera de la Reina, sur la rive gauche du 
Tage, au confluent du Gébalo'. M. Louis Siret aurait aussi re- 
cueilli au cours de ses recherches dans le sud-est quelques rares 
débris de cette poterie qu'il considère comme étant un produit 
exotique. 
Je crois qu'il faut reconnaître aux vases en forme de tulipe, 

1. Cartailhac, Les âges préhistoriques de l'Espagne et du Portugal, 1886, 
p. 123. 

2. Voir Boletin de la B.eal Academia de la Historia, mai 1897, p. 448. 



316 



REVUE ARCHÉOLOGIOUË 



avec celle décoration de lignes el d'angles au poinlillé, le cachet 
particulier d'un art venu du nord. C'est de l'autre cùlé des Py- 
rénées que provenait celle civilisation qui s'étendit graduelle- 
ment vers le sud-ouest de la Péninsule par le Portugal, l'Estré- 
madure et la Sierra Moréna. Il faut nécessairement reporter ce 
courant à l'invasion celtique. 




Fig. 121. — Cratère celtique. 



POTERIE CELTIQUE 

Les cratères, ou grands récipients, four 'préparer la boisson. 

Fi"-. 117, 118, 119 et 120. — Quatre beaux fragments brun foncé avec des- 
sins blancs, d'une conservation remarquable. Le fragment 117, qui mesure 
O^jllo de haut, devait faire partie d'un récipient énorme. 

Fi"-. 121. — Un grand cratère caliciforme, que j'ai reconstitué à l'aide des 
fragments recueillis dans un des puits à offrandes de l'Acébuchal. La poterie 
en est fine et dure, soigneusement polie, d'un Ion brun rouge à l'e-xlcrieur et 
noir à l'intérieur. La partie supérieure du col évasé est ornée d'une bande de 
gros points en creux, suivie de deux autres chevronnées se détachant sur un 
fond rave de haut en bas. La même bande de points et plusieurs séries de 
chevrons se trouvent répétées sur le liaut de la panse. 

C'est bien le plus grand el le plus beau vase de ce genre que l'on ait décou- 
vert en Espagne. Il mesure 0™,35 de hauteur ; l'ouverture a 0°',/i4 de largeur ; 
les parois ont 0™,01 d'épaisseur. 

Les patéres, gobelets ou vases à boire. 

Fig. 122. — Un grand vase à boire de poterie brune avec grandes taches noi- 
râtres. Décoration de lignes, de points et de chevrons. Diam. 0'",25. Haut. 
0'",146. 

Fig. 123. — Vase de terre noire, à la surface polie. La décoration en creux, 
remplie de pâte blanche, est remarquable; la base est ornée d'une croix, comme 
les vases de Ciempozuelos. Diam. 0'°,21. 



LES COLONIKS AGUICOLES PRÉ-RO.MAINES 



;ji7 



Fig. 124. — Gobelet caliciforme déterre jaunâtre, noire intérieurement; sur- 
face unie et dépourvue d'ornements. Il a été trouvé dans un des petits puits à 
offrandes de l'Acébuchal avec un poinfjon de cuivre et un poids de métier à 
tisser, en argile. Haut. 0i",082; larg. 0"',ll3. 

Fig. 125. — Un petit gobelet caliciforme grossièrement façonné à. la main. 
Terre jaunâtre. Le bord évasé est cerclé extérieurement de six lignes maladroi- 
tement tracées. La décoration de la base semble figurer une lleur. liecueilli 
dans les résidus sous roches, à Brenes, près de Carmona. Haut. Qu'jûôS, 
larg. O^.OQ. 

139 




FJ!?. 122 et 123; 138 à 140. — Poterie celtique. 



Fig. 126. — Fragment d'un bol en terre noire, de facture grossière; cuisson 
imparfaite. La décoration se compose de bandes rayonnant de la base vers 
l'ouverture. 

Fig. 127. — Vase à boire profond, décoré de zones formées de lignes obli- 
ques parallèles au pointillé. Des vases identiques ont été signalés sous les dol- 
mens de Bretagne '. 

Fig. 128. — Grand vase à boire, type de Ciempozuelos, reconstitué d'après 
plusieurs grands fragments qui comprenaient plus de la moitié du vase. La 

1. G. et A. de Wortillet, UiiséQ préhistorique, n° 531. 



318 



REVLE ARCHÉOLOGIQUE 



partie supérieure du col et de la panse est ornée de points, de lignes et de zig- 
zags en creux remplis de pâte blanche. Puits à offrandes de l'Acébuchal. 
Diam. 0'",22 : haut. 0™,09. 

Fig. 129, — Fragment de vase caliciforme dune poterie brune, fine et soi- 
gneusement polie. 

Fig. 130. — Gobelet de terre noire avec ornements blancs au pointillé. Acé- 
buchal. Collection Pelaez. Haut. O-^.OOT; larg. O-^.loS. 

Fig. 131. — Gobelet, même forme et même dimensions que le précédent. 
Terre jaunâtre avec décoration au pointillé blanc. Même provenance. 

Fig. 132 à 137. — Six fragments différents avec décoration géométrique. 




Fig. 130 à 137. — Poterie celtique. 



Plats [et assiettes. 

Fig, 138. — Plat avec décoration géométrique extérieure ; poterie brune 
polie. Diam. 0'",25. 

Pig 139. — Plat de poterie noire polie; décoration extérieure au pointillé, 
en parfait état de conservation. Acèbuchal. Diam. 0",265. 

Fig. 140. — Assiette de terre brune, trouvée avec le plat qui précède. 
Diam. O^.IO. 

Fig. 141. — Assiette, d'après un fragment, lille est décorée sur les deux 
faces. Le bord est orné de quatre lignes chevronnées; l'épaisseur du bord est cou- 



LES COLOiMES AOISIOOLES IM'.E-UOM AINES 



:ni> 



verLe de hachures croisées ; le dessous de Fassietle présente une ligue che- 
vronnée sur fond rayé. 
PitT. {i2 — Fragment do giwv] plateau qui de^'ait mesurer 0'°, 32 de diu. 



Poterie ceUicjfut^ 



/2« 



/Z& 



'2/ 



as 




Fig. 124 à 129; 141 à 149. — Poterie celtique. 



mèlre. Le bord est quadrillé ; le dessous, complètement plat, est décoré d'une 
li'rne chevronnée sur fond rayé. 



320 



REVUE ARCHEOLOGIQUE 



Fig. 143 à 1-49. — Sept fragments de plateaux dont le dessous est orné de 
dessins variés, 

Fig. 150. — Fragment de plat profond décoré extérieurement. Diam. 0'",42. 

Fig. .151 et 152. — Deux assiettes dont le dessous, complètement plat, est 
décoré de dessins géométriques incrustés. 

Fig. 153. — Assiette plate. Le bord est orné de trois lignes concentriques 
unies par une série de hachures. 




Fig. 151 à 160. — Poterie celtique. 

Fig. 154 à 157. — Quatre fragments d'assiettes dont le dessous est orné de 
dessins divers au pointillé. 

Fig. 158, 159 et 160. — Décoration variée de dessous d'assiettes. 

Une quatrième période d'incinération est caractérisée par la 
présence d'une poterie arrivée à un état de perfection remar- 
quable, qu'on devait, sans doute, à l'influence grecque en Afri- 
que; les Carthaginois l'inlroduisirent en Espagne. 



LES COLOiNlES AGRICOLES PIŒ-ROMAINES 321 

La terre est mieux préparée que par le passé et la cuisson ne 
laisse plus rien à désirer : la poterie est très dure et imperméa- 
ble; le polissage en est très soig-né. Ces vases sont parfois en- 
duits d'un vernis ronge, jaunâtre, brun ou noir. La décoration 
se compose le plus souvent do lignes et de zones de dillerentes 
couleurs, avec des intervalles contenant des cercles concentri- 
ques, des triangles, des lignes ondulées, des feuilles et des fleurs. 
On a retrouvé de nombreux débris de cette céramique gréco- 
punique ou carthaginoise, sur les sites des villes pré-romaines 
des Alcores, sur les plateaux de Tablada et de Gandul; sur la 
hauteur de l'Alcazar à Carmona; dans le bas de l'Acébuchal ; à 
Entremalo et à la partie supérieure des grands tumulus à plate- 
forme tels que ceux d'Alcaudete, de Parias et de Vientos. 

Le Musée de Madrid possède d'intéressants fragments, qui 
ont été recueillis près de la petite ville d'Elche, au nord de Car- 
tliagène. On y voit des animaux de style archaïque, des cercles 
et des ileurs peints en rouge et en brun sur la poterie jaunâtre. 
Les animaux, des lions ou des chiens, sont parfois accroupis 
avec un oiseau sur le dos et un autre entre les pattes de devant; 
ce motif a déjà été signalé sur les peignes de la Cruz del Negro. 

POTERIE GRÉCO-PUiMQUE 

Fig. IGl. — Fragment d'assiette, perforé de deux trous, terre rouge vernis- 
sée. Entremalo. 

Fig. 162. — - Patère d'une poterie dure, jaunâtre, orné d'une large bande 
rouge. Entremalo. Diam. 0tu,128. 

Fig. 163. — Fragment d'assiette d'une poterie dure jaunâtre, avec une 
bande rouge brique, surface vernissée. Acébuchal. Diam. 0^,133. 

Fig. 164. — Fragment d'assiette perforée, poterie rougeàtre peinte d'une 
large bande lie-de-vin. Entremalo. Diam. 0iu,133. 

Fig. 165 et 166. — Deux fragments de col de vase de la même forme que 
les urnes de la Cruz del Negro, mais d'une poterie dure beaucoup plus fine. Terre 
jaunâtre avec une bande rouge relevée de lignes noires. Provenant du sommet 
du tumulus d'Entremalo. 

Fig. 167. — Fragment du corps d'un grand vase; terre blanchâtre avec or- 
nementation végétale à fond brun rouge, relevée de lignes noires. Hauteur du 
fragment, 0m,099. Entremalo. 

Fig. 168. — Fragment avec ornemenlation végétale. Entremalo. 
Fig. 169. — Fragment du corps d'un vase perforé; terre blanchâtre avec 
bandes rouges et lignes noires; surface vernissée. Haut. 0'",096. 

ni<= SÉRIE, T. XXXV, 21 



322 



REVUE ARCHÉOLOGIQUE 



Fig. 170. — Fragment de la partie supérieure d'un corps de vase; zones 
rouges et lignes noires, intervalle quadrillé de lignes rouges. 

Fi"-. 171. — Panse de vase décoré de zones rouges avec un intervalle de 
cercles rouges et bruns. 

Fig. 172. — Fragment de corps de vases ; terre jaunâtre, bindes rouges et 
lignes noires; surface vernissée. 



: Cirex^ OLcniqu 




/69 



Fig. 161 à 174. — Poterie gréco-punique. 



Fig. 173. — Fragment avec zones jaunâtres et lignes brunes. 

Fig. 174. — Urne cinéraire recueillie dans un silo creusé dans le roc, sons 
les ruines de l'Alcazar de Carmona, Décoration d'un rouge vineux, surface ver- 
nissée. Haut. 0™,28. 

Fig. 175. — Fragment d'urne cinéraire, probablement de forme identique à 
celle qui précède. Décoration couleur rouge foncé, Alcazar de Carmona. 



LKS COLOiMES AGRICOLES PRÉ-ROMAINES 



323 



Fig. 1"0. — Petite assiette de poterie jaunâtre avec bande de couleur lie-de- 
vin. Alcazar. 

Fig. 177, — Assiette enduite d'un vernis rouge. 

Fig. 178. — Grande urne de terre jaunâtre ornée de lignes rouges. Cette 
urne, qui contenait encore des cendres, fut trouvée sous les ruines de l'Alc-azar 




Fig. 175 à 180. — Poterie gréco-puuique. 
de Carmona, dans un tombeau creusé dans le roc, en l'orme de silo. Haut. 

Om,31. 

Fig. 179 et 180. — Deux vases à offrandes trouvés avec l'urne qui précède. 
Le premier, muni d'une anse, mesure 0^,195 de haut; le second, 0^,19. Les va- 
ses de la tombe de l'Alcazar, les nos 174 à 180, sont aujourd'hui au iMusée de 
la Nécropole romaine de Carmona. 

ya3 




Fig. 181 à 185. — Poterie romaine de la nécropole de Carmona. 

Pendant quelque temps, l'influence punique caractérisée dans 
la céramique par l'emploi de la peinture, continue à se faire 
sentir sous la domination romaine. Les poteries, comme aupara- 



324 



REVUE ARCHÉOLOGIQUE 



vanl, sont oruée.s de zones et de lignes de ditîérentes couleurs, 
parmi lesquelles le rouge domine (fig. 181 à 185). 

Les parois des chambres sépulcrales romaines enduites de 
sluc sont peintes de bauJes rouges qui encadrent les niches où 
étaient déposées les urnes. Dans le voisinage de la nécropole, les 
gradins de l'amphithéâtre, taillés dans le roc, étaient aussi re- 
couverts de stuc et décorés de bandes rouges. 

A la céramique gréco-punique au lustré noir, succède la po- 




A C E B y î s A L /w 



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Fig. 186 à 192. — Poterie celtique. Dernières trouvailles (mars 1899). 

Fi^. 186. — Coupe avec pied, de poterie brune polio ; ornementation blancliàtre iiicrustf-e. Haut. O",! I . 
Fig. 187. — Coupe à pied, en [inrlait rtat de conservation; terre noirâtre polie; décoration au 

pointillé. Haut. O-^.lî. 

Fig. 188. — Marraiti' niari|uée par le feu. Poterie brune polie. Diara. Û^.Siy. 

Fig. 180. — Vase de poterie noire très polie, avec décoration b':iuclie pointilléc en parfait état de 

conservation. La bise est ornée d'une croix. Diam. de l'ouverture 0" 19;i. 

Fig. 190. — Marmite de ferre noiiàtre polie. Diam. ('•■".SIS. 

Fig. 191 ell02. — Deux plats de (loterie brune, orni's extérieurement au puintillù. Diam. C'.il; Û™,25o. 

terie rouge vernissée, dite samienne. L'amphore punique dispa- 
raît et est remplacée par l'amphore romaine au corps allongé ou 
sphérique. 

Sous les Romains apparaissent, sur les rives du fleuve, de 
nombreuses officines de potiers. Partout oîi il existe un banc 
d'argile, on est sûr de retrouver encore les vestiges de leur an- 



LES COLONMES ACIUCOLES PRÉ-ROMAINES 



325 



tique industrie. C'est ainsi que j'ai recueilli sur les bords du 
Guadalquivir, entre Cordoue et Séville, plus de deux cents 
anses d'amphores romaines, présentant des marques difTéronlos '. 
Celait dans ces amphores que s'exportait au loin l'huile de 
Bélique, qui n'était inférieure, nous dit Pline, qu'à celle de Vé- 
nafle, où l'on produisait la meilleure huile connue. Cette re- 
nommée de l'huile de Bétique nous est d'ailleurs confirmée au- 
jourd'hui par la distribution en Europe des anses d'amphores 
provenant de ces établissements riverains du Bétis. Elles ont été 
retrouvées non seulement aux escales maritimes de la route de 



t 







Fig. 103. — Urne cinéraire, d'après des fragments recueillis à la Cruz dcl Négro 

(avril 1899). 

Rome, à Cadix, àCagliari et au grand dépôt du mont Testaccio, 
mais aussi dans tous lee pays qui étaient alors en relation com- 
merciale avec la métropole : en France, en Autriche, en Suisse, 
en Belgique et en Angleterre. 

[A suivre.^ G. Bonsor. 



1. Mon ouvrage sur l'Exploration archénlocflque des rives du Guadalquivir, 
entre Cordoue et Séville (Accessit du concours Marlorell 1892 1 n'a pas encore 
été publié. 



BULLETIN MENSUEL DE L'ACADÉMIE DES INSCIUPTIONS 



SKANCE or 26 MAI 1899 

M. Salomon Reinach communique, de la part de Hamdy-Bey, directeur des 
Musées de Constantinople, la photographie d'un bas-relief en marbre récemment 
découvert en Asie Mineure, au nord-est de Pergame. Il représeote une Muse qui 
s'avance vers la droite en jouant de la cithare. Le travail et la conservation en 
sont irréprochables. La même figure s'était déjà rencontrée sur trois monu- 
ments de marbre, l'un au Louvre, le second au Latran et le troisième à Marbury 
Hall en Angleterre. C'est donc la copie d'un original grec célèbre, exécutée 
vers l'an 150 a. G., à une époque où les sculpteurs, renonçant à chercher des 
motifs nouveaux, se plaisaient à reproduire et à combiner ceux qu'avait créés 
l'art classique. — M. Collignon présente quelques observations. 

M. Tabbè Thédenat annonce que, dans la séance de samedi dernier, à l'Aca- 
démie des Lincei, à Rome, M. le professeur Galti a donné des renseignements 
sur des découvertes faites les jours précédents près du pavé noir que l'on a 
appelé le tombeau de Romuliis, sur le Forum romain. On a mis au jour des 
substructions en tuf de la plus ancienne époque, des statuettes votives en terre 
cuite et en bronze, de style très archaïque; ces monuments prouvent que le 
pavé noir était tout au moins un locus sacer remontant aux temps les plus an- 
ciens de l'histoire de Rome. 

M. Clermont-Ganneau communique une lellre de M, René Dussaud sur une 
exploration qu'il a entreprise dans le Safa, région volcanique et déserte située 
au sud-est de Damas. Grâce au concours dévoué de l'émir Omar, fils de l'émir 
Abd el-Kader, il a pu relever plus de 400 inscriptions safaïliques. Il a ensuite 
exploré les parties est et sud de la montagne Druze, qui lui ont fourni 120 ins- 
criptions inédites, dont une demi-douzaine sont nabatéennes. Il a estampé à 
Bosra une inscription grecque mutilée dans laquelle M. Clermont-Ganneau 
avait proposé de reconnaître une dédicace à un Zeus Saphathenos, c'est-à dire 
au grand dieu du Safa. L'estampage confirme celte lecture et celle interpréta- 
tion. M. Dussaud se propose de poursuivre ses recherches à Dmeïr, Halboun, 
Baalbec et Barouk dans l'Antiliban. 

SÉANCE DU 2 JUIN 1899 

M. Senarl donne des nouvelles des premiers débuts en Indo-Chine de la mis- 
sion archéologique française que M. Finol s'occupe d'organiser. M. Finot a 
considéré comme indispensable d'entreprendre d'abord une tournée générale 
dans le domaine sur lequel la mission doit opérer ; il est secondé par M, Caba- 
ton, provisoirement allaché comme secrétaire à la mission. Il a, de plus, obtenu 



nULLKTIN MENSUEL DE l'aCADÉMIE DES INSCRIPTIONS 32T 

un premier concours local ; M. de La Jonquière, capitaine frinfantcrie de ma- 
rine, a été détaché à la disposition de la mission et se livre sur la frontière 
chinoise à des recherches dont il est permis d'attendre des résultats intéres- 
sants. 

M. Devéria communique le rapport de la commission du prix Stanislas 
Julien. Ce prix (1,500 fr ) est partagé entre le R. P, Pierre Hoang, pour son 
ouvrage intitulé Notions techniques sur la propriété en Chine, et le R. P. 
Etienne Zi, pour sa publication portant le titre de Pratique des examens mili- 
taires en Chine. Les auteurs sont deux prêtres catholif|ues indigènes apparte- 
nant à la Compagnie de Jésus. 

M. Philippe Berger présente, de la part do M. Gauckler, une nouvelle série 
de masques funéraires trouvés à Carlhage. Les uns sont des masques de femmes 
qui oITrent sous une coiffure égyptienne un type nettement carthaginois. 
D'autres sont des masques grimaçants très remarquables. M. Berger signale 
sur plusieurs d'entre eux de véritables tatouages qui se combinent aux pas- 
tilles collées sur le front et sur les joues de ces figures à la fois grotesques et 
terribles. MM. Perrol, Clermont-Ganneau et Maspero présentent quelques ob- 
servations. 

M. le docteur Lortet fait une communication sur le sanctuaire d'Adonis et 
d'Astarté à Afka. Il demande à l'Académie de l'aider à obtenir l'autorisation 
de pratiquer des fouilles sur l'emplacement de ce sanctuaire. 



SEANCE DU 9 JUIN 1899 

M. Croiset, président, donne lecture d'une lettre de M. l'abbé Duchesne, 
directeur de l'École française de Rome, sur les derniers résultats des fouilles 
du Forum romain. Le « pavé noir » recouvrait tout un ensemble de construc- 
tions intéressantes. On a découvert en cet endroit une grande enceinte carrée, 
flanquée de deux bases rectangulaires. Vers l'angle le plus voisin de l'arc de 
Sévère, un tronc de cône s'élève sur une petite base carrée, et entre ce cône et 
le corps du monument, s'élève aussi, sur une autre base carrée, une stèle pris- 
matique, portant des lettres sur ses quatre faces. L'alphabet de cette inscrip- 
tion, disposée pou(7Tpo!pr,56v, est très ancien. Le texte ne contient aucun nom 
propre. Il semble qu'on ait alTaire à un règlement du culte. Dans l'espace cen- 
tral, on a trouvé une quantité d'objets votifs, parmi lesquels une douzaine de 
figurines en bronze et une masse d'ossements d'animaux (porcs, moutons et 
bœufs). — On travaille activement aux démolitions et aux déblaiements qui 
vont dégager la basilique Aemilia et le côté nord du Forum, — M. l'abbé Théde- 
nat dit qu'il avait l'intention de compléter aujourd'hui, d'après des renseigne- 
ments analogues à ceux qu'envoie M. l'abbé Duchesne, sa communication sur 
les fouilles faites auprès du « pavé noir », Comme M. l'abbé Duchesne, 
M. l'abbé Thédenat a plusieurs fois soutenu l'opinion que le pavé noir ne peut 
pas être le « tombeau de Romulus ». 11 développe de nouveaux arguments en 
faveur de cette opinion et présente des dessins donnant le plan des fouilles, les 
bases et le mur en tuf, le pilastre avec inscriptions et quelques-uns des objets. 



328 RKVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Plan el dessins confirment les indications données par M. l'abbé Ducliesne et 
par lui-même, 

L'Académie procède au vote pour l'attribution du prix Gobert. Le premier 
prit est décerné à M. Robert Parisol, pour son ouvrage intitulé Le royaume 
de Lorraine sous les Carolingiens (843-923). Le second prix est décerné à 
M. Ch. de La Roncière, pour son ouvrage intitulé Histoire de la marine fran- 
çaise, t. I'''". Les Ori(jines. 

M. Salomon Reinach communique le rapport de la commission des Antiqui- 
tés nationales. Sont décernées les récompenses suivantes : 1'* médaille 
(1,500 fr.), à M. Girelet, pour son ouvrage sur L'église et l'abbarjc de Saint- 
^'icaise de Reims; — 2" médaille (1000 fr.), à M. Léon Maître, pour sa Géogra- 
phie delà Loire-Inférieure; — 3" médaille (500 fr.), à M. Doltin, pour son 
Glossaire des parlers du bas Maine. — 1" mention, à M. Legré, pour sa 
Botanique de la Provence; — 2" mention, à M. Pagart d'Hermansart, pour son 
Histoire du bailliage de Saint-Omer ; — 3^ mention, à M. Dieudonné, pour son 
étude sur Hildebert de Lavardin ; — 4*^ mention, à M. Colomb, pour son ou- 
vrage sur \a. Campagne de César contre Ariovisle ; — 5^ mention, à M. Goulet, 
pour son étude sur Le troubadour Montanhagol ; — 6" mention, à M. Ch. 
Sellier, pour son ouvrage intitulé Le quartier Barbette. 

M. le Secrétaire perpétuel donne lecture d'une lettre par laquelle la Société 
centrale des architectes français annonce qu'elle a attribué sa médaille annuelle 
à M. Maurice Besnier, ancien membre de l'Kcole française de Rome. 

M. Heuzey commence une communication sur la dernière campagne de 
fopilles de M. de Sarzec. 

SÉANCE DU 16 JUIN 1899 

M. le professeur Oscar Montelius, de Stockholm, corresponilant étranger de 
l'Académie, assiste à la séance. 

M. Gagnât communique une Inscription dont il a reçu la photographie du 
R. P. Ronzevalle, de l'Université de Beyrouth, Elle est gravée sur une table 
de bronze transformée en plateau ornementé à une basse époque. On y lit une 
lettre d'un magistrat de la Narbonnaise à propos de réclamations émanant de 
la corporation des bateliers arlésiens; il y propose certaines mesures destinées 
à assurer l'intégrité du service d'approvisionnement confié à cette corporation. 
M. Saglio présente quelques observations. 

M. Salomon Reinach communique trente-six vers inédits de la satire de 
Juvénal contre les femmes, qui viennent d'être découverts par M. Winstedt 
dans un manuscrit de la Bibliothèque Bodléienne à Oxford, Ces vers sont cer- 
tainement authentiques et appartiennent à une édition augmentée due au poète 
lui-même. Ils contiennent, d'ailleurs, des détails tellement licencieux que 
M. Reinach renonce à les traduire et se contente d'en donner une paraphrase. 
Il s'agit de l'influence pernicieuse qu'exercent sur les femmes certains individus 
efféminés que l'on admettait dans les maisons des riches Romains. — M. Bois- 
sier présente quelques observations. 



BULLETIN MENSUEL DE l'aCADÉMIE DES INSCRTPTEONS 321) 

M. Perrol dépose le rapport rje !a commission Hu prix Bordin (unliquiir). La 
commission répartit le prix de la manière suivante: 2,000 Fr. à M. (larlauil, 
pour son ouvrage sur les Bucoliques de Virgile, et 1,000 fr. à M. Fougère, 
pour son ouvrage intitulé Manlinée et le pays des Mantinéens. 

M. Giry dépose le rapport de la commission du prix Lafons-Méiicocq (his- 
toire et antiquités de la Picardie et de l'Ile-de-France, Paris non compris). La 
commission décerne une mention hors ligne à l'ouvrage intitulé La guerre de 
fo,'i7 en Picardie, présenté par la Société académique de Saint-Quentin, et 
partage le prix également entre MM. A. de Galonné, Histoire de la ville d'A- 
miens, t. l, et l-]d. Maugis, Essai sur le régime financier de la ville d'Amiens 
du A'/y à la fin du XV1° siècle. — Elle accorde en outre une mention hono- 
rable à M. de Luçay pour une série de travaux historiques. 

L'Académie se forme en comité secret. 

L'Institut a flécerné le prix Volney à M. Georges Mohl, pour son ouvrage 
intitulé : (c Introduction à la chronologie du latin vulgaire. Élude de philologie 
historique ». 

SÉANCE DU 30 JUIN 1899 ' ' 

M. Gagnât annonce que M. L. Homo, membre de l'École française de Rome, 
a découvert dans les fouilles poursuivies à Dougga (Tunisie), en avant du 
temple de Jupiter Capitolin, une inscription de 18 lignes, datée de la huitième 
puissance tribunitienne de Claude (25 janv. 48-25 janv. 49). Cette inscription 
mentionne plusieurs membres d'une même famille, celle de Julius Venustus, qui 
ont géré à Dougga les magistratures municipales. Elle fournit de précieux ren- 
seignements sur la persistance des institutions puniques dans les cités afri- 
caines au temps de l'Empire. 

M. Gagnât communique ensuite, de la part de M. Gauckler, une inscription 
trouvée à Souk-el-Abiod par M. le commandant Drude. Elle fait connaître la 
carrière du grand jurisconsulte Julien, contemporain de l'empereur Hadrien. 

M. le D'' Hamy présente quelques observations sur la reproduction photo- 
chromographique du manuscrit mexicain de la bibliothèque de l'Université de 
Bologne, l'un des trois manuscrits antérieurs à la conquête qui soient conservés 
en Italie. Cette reproduction, exécutée aux frais de M. le duc de Loubat, est 
accompagnée d'une étude de M. Francesco del Paso y Troncoso. Le manuscrit 
de Bologne offre cette particularité qu'il est demeuré inachevé, ce qui permet de 
se rendre un compte exact des procédés en usage chez les artistes nahuatls. 
Dans l'état où il est passé des mains des indigènes en celle des Espagnols, le 
volume, formé de 38 pages, n'en avait encore que 24 qui fussent ornées de 
signes figurés par deux mains fort inégales : l'une, très habile, qui a exécuté 
les pages de dessus ; l'autre, très inférieure, qui s'est essayée sur les pages 
opposées. Le premier artiste ne s'écarte pas de la tradition et son œuvre repro- 
duit à peu près les premiers sujets du Codex Vaticanus, n° 3773 ; par contre, le 
second introduit dans ses tableaux une numération qui rappelle celle des ma- 
nuscrits mayas, ce qui porte à croire qu'il travaillait chez quelque peuple de 
l'Anahuac, limitrophe du Yucatan. 



3;-{0 REVUE ARCHÉOLOGIOIE 

M. A. fie Boislisle continue la lecture de son mémoire sur le cardinal de 
Bouillon, Etienne Baluze et l'histoire de la maison d'Auvergne. 

M. Eugène Miintz communique en. seconde lecture son étude sur le Musée de 
portraits de Paul Jove. 

M. Oppert communique les résultats de ses recherches sur une certaine ca- 
tégorie de textes cunéiformes conservés au Musée Britannique et qui viennent 
d'être publiés. Ces textes, qui datent de 4000 ans a. C, ont truit aux contri- 
butions en nature et en métal dues aux seigneurs de la Chaldée. Il est fort 
curieux de constater que, dans beaucoup de ces documents, les chiffres des 
redevances sont grattés. On peut penser que ces grattages étaient opérés sur 
la brique cuite, qu'ils n'émanaient pas des scribes, mais de certains contrôleurs 
qui avaient constaté des fraudes dans les contributions. Pour prévenir les 
détournements, quelques documents portent en grands chiffres le montant réel 
de la prestation due au seigneur. 

SÉANCE DU 7 JUILLET 1899 

En raison de la fête nationale, l'Académie tiendra sa prochaine séance le 
mercredi 12 juillet. 

M. le Secrétaire perpétuel communique une lettre de M. Philippe Berger, 
relative à plusieurs nouvelles inscriptions découvertes à Carthage. L'une est 
l'épitaphe, en grec et en phénicien, d'un Syracusain enterré à Carthage et qui 
portait, comme son père, un nom punique. Elle a été découverte par .\1. Gauc- 

Ijler. Les autres ont été trouvées par le R. P. Delattre. Une de ces dernières 

est l'inscription funéraire d'un Carthaginois dont la femme était d'Arouad en 
Phénicie. C'est la première fois que l'on trouve sur une inscription phéni- 
cienne le nom de la célèbre cité phénicienne. Celte inscription prouve les rap- 
ports qui n'avaient pas cessé d'exister entre Carthage et la mère-patrie jusqu'au 
temps des guerres puniques. 

M. Th. Mommsen fait deux communications, l'une sur les fragments juri- 
diques récemment publiés par M. Emile Châtelain d'après un manuscrit du sé- 
minaire d'Autun, l'autre sur le projet de publication d'un Corpus nummorum. 

M. Clermont-Ganneau termine la lecture de ses communications sur Orphée 
et le dieu Nébo et sur la Lettre de Jésus à Abgar et la Koutbi juive. Il étudie 
d'abord un passage du pseudo-Méliton relatif au culte, à Mabboug (Hiérapolis' 
de Svrie), d'un prétendue Orphée, identiQé expressément par le document sy- 
riaque avec le dieu Nébo. Il explique cette légende bizarre j)ar une confusion 
populaire, d'ordre iconologique, entre Orphée et le type de l'Apollon Musa- 
gète, tous deux jouant de la lyre, et parle fait que, d'autre part, le dieu assyro- 
babvlonien Nébo avait Apollon pour équivalent officiel dans le panthéon hellé- 
nique. — Dans un autre passage, encore plus énigmatique, il est question 
d'une « juive Koutbi qui était adorée par les Mésopotamiens et qui avait sauvé 
de ses ennemis Bakrou, dynaste d'Edesse t>. S'appuyant sur le sens étymolo- 
gique (rccrilurc qui lui semble être celui du nom de cette mystérieuse Koutbi, 
M. Clermont-Ganneau en rapproche la tradition, si populaire à Édesse et inex- 



BULLETrN MEVSIIRL UK l'aCADÉMIE DES INSCIUPTIONS 331 

pliqiK'e jusqu'ini, d.» la Lettre de Jésus au roi Abgar, qui était pour la vliie un vé- 
ritable palladium et passait pour l'avoir préservée, elle et son roi, de l'attaque 
des Perses. Il croit qu'on a là la double face, juive et chrétienne, d'une même 
tradition locale, dont le point de départ réel ne serait autre chose que réta- 
blissement, à la porte d'Édesse, lors de l'introduction du judaïsme en cette ville, 
vers le commencement de l'ère chrétienne, d'une mezouzah rituelle, c'est-à-dire de 
ce petit rouleau de parchemin qui contenait les passages fondamentaux du Deu- 
téronome et qui, fixé aux jambages des portes, servait de phylactère. Cet usage 
est encore aujourd'hui en vigueur chez les juifs pratiquants. Cet écrit sacré et 
tutélaire aurait fini par être personnifié par l'imagination populaire à Edesse et 
y serait devenu une sorte de déesse, la Koulbi juive, en même temps que, par 
une autre évolution du mythe sous l'influence d'idées chrétiennes, il se trans- 
formait en un écrit de Jésus adressé au roi Abgar. Ces trois états de la supersti- 
tion, si divergents en apparence, ont entre eux un point commun et caractéris- 
tique : un écrit doué d'une puissance surnaturelle et prophylactique. 

]\I. Eugène Mùntz termine la seconde lecture de son mémoire sur le musée 
de portraits formé à Côme par Paul Jove. 

M. Oppert revient sur les textes cadastraux chaldéens remontant au xi'' siècle 
a. C. qu'il a déjà étudiés dans un mémoire lu à la dernière séance. 

SÉANCE DU 12 JUILLET 1899 

Hamdi-Bey, directeur général des Musées impériaux de Conslantinople, 
annonce qu'il envoie, pour le Corpus imcriptionum semilicariim, les clichés 
photographiques de plusieurs monuments himyarites. 

M. PerroL communique un mémoire de M. Pierre Paris sur la céramique es- 
pagnole à décor géométrique et mycénien. M. Paris fait connaître, par de nom- 
breux fragments presque tous recueillis dans le sud-est de la péninsule, une 
céramique qui décore ses vases à l'aide du pinceau et y dessine, en rouge brun 
et en noir, des motifs dont l'analogie est frappante avec ceux de la poterie géo- 
métrique et mycénienne. Ce ne sont pas des vases mycéniens importés. 
M. Paris croit qu'il s'agit d'un art indigène qui se serait inspiré de types 
apportés de l'Orient et aurait continué pendant de longs siècles à les repro- 
duire sans se renouveler par de nouveaux contacts avec la Grèce plus civilisée. 
Cet art conservateur s'est maintenu jusqu'aux premiers temps de la conquête 
romaine. Dans l'un des rares vases de cette espèce qui ont été recueillis intacts, 
on a ramassé un as romain, Chypre oiïre la même persistance à reproduire des 
types passés de mode dans le reste du monde grec. Ce qui reste toujours obscur, 
c'est la voie par laquelle la communication s'est établie entre la Grèce primitive 
et ces peuplades lointaines. 

M. G.-B.-M. Flamand, chargé de conférences à l'École des sciences d'Alger, 
fait une communication sur les pierres écrites (badjrat mektoubat), gravures et 
inscriptions rupestres du Sud-Oranais. Il insiste sur les figurations, d'ûge néo- 
lithique, du grand buffle fossile, le bubalus anliquus, qu'il signalait dès 1892 
dans le cercle de Géryville. Il indique ensuite une série des gravures des envi- 



332 



REVUE ARCnÉOLOr.IQUE 



rons dEl-Richa, qui comprennent des figurations d'élépliant, d'antilopes, d'au- 
truches, d'âne, de félins, d'ovins, etc. Enfin, il décrit une nouvelle station néo- 
lithique relevée par lui en décembre 1898 à Bou-Alem (cercle de Géryville) : là 
sont figurés le bouc et le bélier, la tiHe ornée d'une tiare et portant des appen- 
dices latéraux vraisemblablement altribuab'es à des wxi. M. Flamand signale 
enfin diverses stations à gravures préhistoriques où d'autres sujets d'adoration 
et de culte sont manifestes. 
L'Académie se forme en comité secret. 

Léon Dorez. 



NOUVELLES AUCHEOLOGIQUES ET CORUESPONDANCE 



La Villa di Papa Giulio et les fouilles de Narce. 

A deux reprises rféjà {Revue, 1899, 1, p. 307, 468) nous avons soumis à nos 
lecteurs quelques documents relatifs au grave différend qui s'est élevé entre 
M. Helbig et M. Barnabei, directeur général des fouilles en Italie. l/Allgemeine 
Zeitung de Munich [Beilage du mercredi 19 juillet 1899) nous apporte, à ce 
sujet, un article non signé, mais dû évidemment à une personne compétente, 
qui expose l'atïaire dans son ensemble avec une incontestable autorité. Nous 
avons cru devoir le traduire intégralement. Certaines questions, en elTet, bien 
que touchant à des ambitions ou à des intérêts personnels, qui en voilent sou- 
vent le caractère plus élevé et plus général, ont leur place marquée dans les 
recueils scientifiques. 



S. H. 



« Le Musée de la Villa Giulia à Rome. 



« Par uû décret royal en date du 7 février 1889, deux nouveaux .Musées d'auti- 
quités ont été fondés à Rome, l'un dans les Thermes de Dioclétien, pour les trou- 
vailles faites à Rome même, l'autre dans la charmante villa devant la Porta del 
Popolo, que Jules IL fit élever par Vignole, pour les trouvailles faites en dehors 
de la Ville. Cette villa s'est surtout enrichie, jusqu'à présent, des abondantes dé- 
couvertes qui ont eu pour théâtre l'Etrurie méridionale, au cours de l'exploration 
des nécropoles de Falerii et de Narce. La valeur de ces objets, qui sont princi- 
palement des vases d'argile et des bronzes, n'est pas tant artistique qu'historique, 
et l'on espérait que le contenu des sépultures, méthodiquement explorées tombe 
par tombe, permettrait de recoustituer avec certitude l'histoire de la civilisation 
du pays falisque jusqu'aux débuts de l'époque romaine. Les découvertes de Fale- 
rii sont encore inédites; en revanche, les tombes des environs de Narce ont été 
décrites uue à une, avec un grand luxe d'illustrations, par .M. Barnabei, direc- 
teur général des antiquités, et ses collaborateurs, dans le tome IV des Moimmenli 
antichi, publiés par la Reale Areademiadei IJncei (1894). 

« Malheureusement, la valeur scientifique de cette publication, comme aussi celle 
des fouilles qu'elle fait connaître, a subi uue grave atteinte lorsqu'on a fini par 
savoir comment les archéologues italiens avaient dirigé les fouilles et comment 
ils en avaient mis en œuvre les résultats. C'est à M. Wolfgaug Helbig que revient 
le mérite d'avoir fait la lumière à ce sujet. Dans la préface de la seconde édition 
de son Guide à travers les collections publiques d'antiquités à Rome, il déclare 

1 11 est bien entendu que la Revue et le traducteur n'engagent en rien leur 
responsabilité eu cette affaire: si .M. Barnabei veut répoudre aux assertions pré- 
cises de l'écrivain allemaud, nous publierons ses explicatious a la même place. 



334 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

exclure de ?a description le Musée de la Villa Giulla', parce que, d'après certains 
bruits persistants, des trouvailles provenant de tombes dilîéreutes avaient été 
confondues, parce que les objets les plus importants découverts dans certaines 
tombes avaient disparu et, enfin; parce que des objets dautre provenance avaient 
été frauduleusement introduits parmi ceux de Xarce. L'accusation était telle que 
le Ministre de l'Instruction publique, M. Baccelli, se vit obligé d'instituer une com- 
mission d'enquête, composée de deux archéologues, MM. Ghirardiui et Pigorini , 
sous la présidence de M. Bonasi, sénateur. Le rapport final, rédigé par M. Pigoriui, 
a été publié dans le Botlellino ufficiak del Ministero deW Istruzione puhblica (1800, 
t. I, p. 1107-1142), de manière que chacun peut se former aujourd'hui une opi- 
nion sur les faits en cause. Nous réservant de dire plus loin quelques mots sur les 
tendances et la conclusion de ce rapport, nous commençons par éuumérer les 
faits positifs qu'il a mis en évidence : 

'< 1° Lors de l'inauguration solennelle de la salle contenant les antiquités de 
Narce, M. Villari, alors ministre de l'Instruction publique, a déclaré— de bonne 
foi, bien entendu — que l'exploration de cette nécropole était « le fruit des re- 
cherches les plus e?:actcs des fonctionnaires attachés à l'élablissement. » « Ce 
sont eux, ajouta-t-il, qui ont trouvé les objets et qui les ont mis en ordre. » — 
A rencontre de ces affirmations, le rapport établit que les fouilles de Narce ont 
été, en très grande partie, l'œuvre de deux marchands d'antiquités, MM. Mancinelli 
et Benedetti. Ces hommes apportaient leurs trouvailles au Musée, qui les leur 
payait à mesure ; ils y joiguaient souvent des esquisses indiquant la situation 
des objets dans les tombes. Le rapport remarque, il est vrai, que ces entrepre- 
neurs de fouilles avaient reçu des instructions sévères, leur enjoignant de tenir 
séparés les mobiliers des diverses sépultures ; mais alors même qu'on admettrait 
leur bonne volonté — et tous ceux qui connaissent le commerce des antiquités 
seront sceptiques à cet égard — il est évident que ces marchands n'avaient pas 
la préparation nécessaire p'our observer scientifiquement. Le fonctionnaire du 
Musée sur lequel reposait la responsabilité de ces fouilles, M. le comte Cozza, 
n'est allé que deux ou trois fois visiter la nécropole, où l'on a cependant ouvert 
plus de cent tombeaux. Il est donc impossible de parler d'une surveillance sé- 
rieuse. Nonobstant, la publication des Monumenli essaie de faire croire qu'il 
s'agit là dune exploration entreprise et conduite par le Musée; le marchand d'an- 
tiquités Benedetti n'est nommé qu'une fois dans une noie, dont la rédaction est 
presque comique. -< Il a opéré des fouilles dans le territoire de Narce et a toujours 
donné des preuves du plus grand intérêt pour nos études et pour le .Musée. » — 
Comment donc, eu présence de tels faits, la Commission d'enquête peut-elle 
prétendre que la valeur scientifique des découvertes n'est aucunement diminuée? 
Une fouille exécutée par des marchands n'est pas une fouille scientifique; la 
juxtaposition des objets, iudiquée par eux, peut être conforme à la vérité, mais 
elle peut tout aussi bien être de fantaisie. Publier ces groupes d'objets comme 
le résultat d'une exploration scientifiquement conduite, ce qu'a fait M. Harnabei 
dans le t. IV des J/o«u?nen^i, c'est simplement manquer à la vérité [eine Unehrlich- 
keil). 

«12" Lorsque les marchands apportaient leurs lots de trouvailles à Rome, M. le 
comte Cozza les faisait figunr sur des bordereaux destinés au Trésor. Mais les 
inJicalions portées sur ces documents sont si sommaires que les identifications 
ne sont plus possibles. Il e.viste, en outre, des notices dites schede di mafjqazzino, 

1. Cela était assurément excessif, et c'est dommajje. — [Trad.\ 



NOUVELLES ARCHÉOLOGIQLKS ET CORRESPONDANCE 335 

couslalaut la livraison des auliquités par les iiiarchauds ; mais il u'a élé possible 
d'ea retrouver qu'une faible partie. EuQu, après l'exposiliou des trouvailles, ou 
avait rédigé un catalogue destiné d'abord à la publication. Aucun iuveutairc u'u 
été tenu à la Villa Giulia à partir du 30 août 1889 et le Trésor, (jui était tenu 
d'exiger les numéros d'inventaire pour le payement des dilîérënts lots d'objets, 
n'a cessé pendant dix ans d'adresser des réclamations à cet effet au directeur 
"•éuéral; on lui répondait que l'iuvontairc serait prochainement continué. Ce 
n'est pas à nous de chercher pour quels motifs la rédaction de cet inventaire a 
été interrompue; en tous les cas, une direction de .Musée qui agit de la sorte 
n'est pas apte à réaliser l'idéal annoncé à grands fracas lors de l'inauguration 
« de servir d'exemple à la fondation et au classement des autres Musées de 
l'État ». 

« 3° La comparaison des comptes dressés par M. Cozza avec les trouvailles et le 
texte des Monumenti a fait constater des négligences et des divergences singu- 
lières. Aussi, dans un des tombeaux, les comptes accusent la présence de trente- 
neuf objets, alors qu'on en retrouve seulement dix-huit. Les rapporteurs recon- 
naissent également que les plans des nécropoles présentent des inexactitudes. 
Ces détails ont d'ailleurs peu d'intérêt, une fois qu'il est établi que toute la cam- 
pagne des fouilles de Narce a été viciée dès l'origine. 

« M. Helbig a donc atteint son but en formulant ses critiques avec la vivacité 
que l'on sait. Il a obtenu la reconnaissance officielle de l'absence de méthode 
scientifique qui a présidé à l'exploration de Narce. La commission a étendu son 
enquête à la nécropole de Falerii et a constaté que, si ces dernières fouilles ont 
bleu été surveillées par un représentant du Musée, ce personnage était un simple 
gardien, auquel sont dus les rapports sur les travaux. (Il est vrai qu'on vante en 
lui « une intelligence peu ordinaire chez les hommes de sa condition. ») Donc, 
bien qu'ici du moins il ne s'agisse plus d'une exploration conduite par des mar- 
chands, il n'en est pas moins vrai que l'on n'a pas réalisé les conditions exigibles 
aujourd'hui de toute fouille scientifique, à savoir la surveillance des travaux par 
un homme instruit et formé à cet effet. 

« Ici intervient une autre histoire, qui vient singulièrement ébranler notre con- 
fiance dans les découvertes de Falerii. Le prince del Drago a fait exécuter, en 1891, 
des fouilles sur une partie du territoire de Narce et a vendu les trouvailles qui lui 
revenaient au Musée de la Villa Giulia. Or, le prince croit pouvoir démontrer 
qu'à cette occasion on lui a volé, avec la connivence des employés du Musée, les 
plus beaux objets et que ces deriiiers ont ensuite été exposés, avec fausse indi- 
cation de provenance, parmi les trouvailles de Falerii. Le procès, que le prince 
engagea à ce sujet au commencement de 1897 contre le Ministère de l'Instruction 
publique, dura plus d'une année et fut ensuite interrompu sous prétexte qu'il y 
avait prescription (voir, sur les documents de ce procès, le Lilerarischcs Cenlral- 
blalt du 27 mai 1899). Mais maintenant la Cour de cassation a réformé le premier 
jugement et le procès va recommencer. On assure qu'on s'efforce d'amener le 
prince à une transaction et qu'on fait appel, à cet effet, à son patriotisme, afin 
d'éviter un nouveau désastre à l'administration italienne. Ces démarches n'at- 
testent pas, chez ceux qui s'y livrent, une conscience bien nette. Si le prince a 
raison, le groupe des antiquités falisques comprend des objets qui ne sont pas 
falisques du tout et perd ainsi, aux yeux de la science, son principal intérêt. 

« M. Helbig a certainement rendu un grand service en prouvant ainsi que le 
Musée de la Villa Giulia est désormais justement suspect et ce résultat doit le con- 
soler des attaques auxquelles il est maintenant eu butte. Nous ne nous en occu- 



336 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

perlons même pas, puisqu'il s'agit ici d'.irchéologie et non de personnalités, si une 
question très importante, celle de la direction des travaux archéologiques en 
Italie, ne s'y rutlacliail étroitement. 

<< Le rapport des commissaires conclut, malgré toutes les réserves antérieures, 
que l'importance* scientifique du Musée n'est nullement diminuée et que les 
attaques de .M. Helbig contre M. Barnabei ne sont que l'écho d'une animosité 
personnelle. M. Baruabei est, en effet, le principal accusé, car il est le vrai direc- 
teur de la Villa Giulia; l'épigraphiste M. Galti, qui a le titre de directeur, n'a 
d'autres fonctions, comme l'établit le rapport, que d'ordonnancer les payements. 
— La haine de M. Helbig provient, nous dit-on, de ce que, lors des fouilles de 
Conca, une mesure prise par M. Baruabei lui a causé un détriment matériel. Le 
possesseur du terrain de Conca, empiacem"nt de l'ancienne Salricum, avait 
obtenu la permission d'y faire des fouilles, qui rendirent plus tard à la lumière 
les restes importants d'un vieux temple italique. Par l'entremise de M. Helbig, 
ce propriétaire, M. iMazzoleni, céda son autorisation à un collectionneur bien 
connu, feu le comte Tyskiewicz, qui chargea des travaux un ancien membre de 
l'Ecole française de Rome, M. Graillot. Dès la première semaine, on (it des décou- 
vertes intéressantes; aussitôt le Ministère fit suspendre les fouilles, alléguant 
que M. Mazzoleni avait cédé, sans en avoir le droit, son permis de recherches à 
des tiers; l'exploration fut alors continuée par les fonctionnaires du Ministère. 
Le rapport des commissaires prétend que l'École française était, dans cette afiaire, 
la bâilleuse de fonds, que le comte Tyskiewicz n'était qu'un homme de paille, que 
les trouvailles devaient être partagées entre le propriétaire et l'École française, 
sous la condition que cette dernière se réserverait seulement l'honneur de la 
publication, les objets étant laissés par moitié à M. Helbig et par moitié à M. le 
comte Tyskiewicz. M. Helbig a déjà déclaré dans les journaux que cette histoire 
est un simple mensonge. Le comte Tyskiewicz faisait la fouille à ses frais, comme 
peuvent l'attester ses amis les plus intimes, le comte Barracco,le comte Stroga- 
notf, le prince Odescalchi'. L'École française, par l'organe de son directeur, a 
d'ailleurs déjà protesté, de son côté, contre cette affirmation erronée du rapport. 

o Voici maintenant la question de principe soulevée par celte affaire. Le rapport 
avoue que le Ministère, c'est-à-dire M. Barnabei, a suspendu les fouilles de Conca 
en alléguant un vice de forme, mais, en réalité, parce qu'il ne voulait pas que 
des étrangers, fût-ce des savants ou des institutions scientifiques, pratiquassent 
des fouilles sur terre italienne. On lit ensuite ces phrases bonnes à méditer: 
« Que les archéologues étrangers se contentent d'étudier ce qui est au-dessus 
du sol, ce qui est réuui dans les Musées, et qu'à cet effet on leur accorde sur 
tout chantier de fouilles, dans toute collection, les facilités les plus grandes pour 
l'utilisation des matériaux existauts! Mais ces Messieurs savent que nous n'avons 
besoin du concours de personne pour rechercher et rendre à la lumière ce qui 
reste enseveli de notre passé. Au cours des trente deruières années, de la vallée 
du l'ô au cap Passaro, nous avons su nous-mêmes créer des Musées qui, de 
l'aveu des savants de tous les pays, sont des trésors pour la science! » 

« Pour oser ainsi qualifier de tesori per la scienza tous les Musées italiens de la 
vallée du Pô au cap Passaro, les rapporteurs devaient beaucoup compter sur 
l'impression que produirait leur tirade chauvine. Et cela, à la fin d'un document 
dans lequel il est démontré que le « Musée modèle » est administré avec lapins 
étrange négligence, que sou directeur lui-même, dans une publication considé- 
rable, a avancé sciemment des faits inexacts ! 

1. Et lU'ii aui-bi. [Trad.\ 



NOUVELLES ARClIÉOLOGlnUES ET CORUESPONDANCE 337 

« Ea ce qui coucerne le premier point, il suffit de rappeler que, jusqu'à présent, 
dans le Musée modèle de la Villa Giulia, et même après la publication des fouilles 
de Narce, il était défeudu non seulement de photof;raphier, mais mdme de pren- 
dre des notes'. Telle est l'ampia facollà di giovarsi del materinle! Et tous les 
archéoloofues qui ont travaillé en Italie savent combien il est dilïicile, dans les 
autres Musées, dobteuir le droit de touclier aux antiquités, même si l'on tra- 
vaille en vue d'un objet spécial. 

« Les Italiens, ajoute-t-ou, peuvent se suffire à eux-mêmes, daus la tâche qui 
leur incombe d'éclairer leur passé. Assurément, depuis trente ans, l'archéologie 
italienne a produit des œuvres qui doivent inspirer le respect. Mais si la nou- 
velle fjénéralion des savants italiens est plus apte que la précédente à faire preuve 
de critique, les Italiens ne devraient cependant pas oublier que cotte qualité 
d'acquisition récente est due, pour la plus grande part, à l'exemple de ces odieux 
étrangers, auxquels ils expriment aujourd'hui leur reconnaissance de la manière 
que nous avons constatée. 11 y a surtout un point qu'il importe de mettre en 
évidence. Les Italiens sont les héritiers et les administrateurs naturels d'un riche 
passé historique. Mais ils n'en sont pas les possesseurs, libres de traiter ces 
richesses à leur gré: l'héritage documentaire et monumental des peuples classi- 
ques est un lien intellectuel commun à tous les peuples civilisés. Depuis l'époque 
de "Wiuckelmaun, ce sont les étrangers qui ont fait comprendre à l'Italie l'impor- 
tance de ces trésors; ils ont, par suite, le droit légitimement acquis de contrôler, 
au nom de la science, la méthode et le soin avec lesquels cet héritage est admi- 
nistré. 

« On peut, à cet égard, proposer comme modèles aux Italiens non seulement 
les Grecs, pourtant non moins enclins qu'eux au chauvinisme, mais même les 
Turcs. A Athènes, comme à Constantiuople, les savants étrangers rencontrent des 
dispositions très libérales; on leur donne toutes facilités pour prendre leur part 
des explorations archéologiques. Si les Italiens veulent être sincères, ils recon- 
naîtront que la confiance inspirée par leurs archéologues se trouve quelque 
peu ébranlée par le fait que le directeur même des' Musées italiens a été con- 
vaincu d'avoir abusé la science sur le vrai caractère des fouilles de Narce. Pour 
effacer cette- impression fâcheuse, ils doivent reprendre les traditions qui leur 
faisaient honneur avant l'explosion actuelle de chauvinisme archéologique et ac- 
corder une large collaboration aux savants étrangers dans l'oeuvre de l'explora- 
tion scientifique. C'est à ce prix, mais à ce prix seulement, que la confiance 
du monde savant leur sera rendue^. » 



1. [Comme au Musée de Naples du temps des Pourbons. J'ajoute qu'on m'a 
défeudu de dessiner en 1893 au Musée des Thermes à Rome et que .M. Milaui, en 
1S97, ne m'a pas permis de faire exécuter des piiotographies au Musée archéo- 
logique de Florence. — Trad.] 

2. [Voir les justes observations de M. Iliilsen à rencontre du chauvinisme scien- 
tifique étalé par M. Ceci dans son article sur la nouvelle inscription archaïque 
de Rome [Philol. Wochenschrift, 189'J, p. iOOo). Cela révèle un état maladif, im- 
pression que ne contribuent pas à dissiper les trois articles si passionnés de 
M. Ceci dans le Popolo liomano (12, 13 et 14 août 1899). — Trad.] 



me SÉRIE, T. XXXV. 22 



338 UEVUE ARCHÉOLOGIQUE 



Un lever héliaqne de Siriiis dani: un papijnis de la Xlh dynastie. 

On lit dans le Reichaanzeigcr du samedi 9 septembre 1899 que l'égyptologue 
allemand Borchardt, celui-là même qui retrouva le premier le nom de Menés sur 
un monument égyptien contemporain de ce roi, vient de découvrir, dans un pa- 
pyrus de la Xl.l' dynastie rapporté d'IIlahoun par M. le D^ Reinliardt, la men- 
tion d'un lever héliaque do l'étoile Sirius le 16 Pharmoullii de l'an VII du roi 
Ousourtesen III, de la XII" dynastie. 

M. le D'' Brix aurait, ajoute le Reichsanze'tQcr, rapporté celte donnée aux 
années 1876-73 avant notre ère. 

Cette date paraît infiniment trop basse et Ton est immédiatement tenté de 
remonter plus haut de 1460 ans, soit d'une période soliiiaque : on arriverait alors 
aux années 3336-33, date qui paraît beaucoup <rop /lau^e. On sait, en effet, que 
la 7' année d'Ousourtesen III correspond, selon toute probabilité, à la 120° an- 
née de la XII» dynastie (Amenemhat I: 20 ans; Ousourtesen 1:42 ans; Amen- 
emhat II : 32 ans; Ousourtesen II : .19 ans), qui aurait commencé alors vers 
3455. Elle dura 213 ans et fut suivie de deux dynasties, la XIII« et la XIV*, 
dont la durée respective, de 453 et de 184 ans, est indiquée par Manéthon et 
confirmée par les fragments du papyrus royal de Turin. Ensuite vient l'inva- 
sion des Hjjksôs : leur domination dura 662 ans suivant les calculs les plus 
vraisemblables; ensuite vient la XVIII* dynastie. Si la XII" dynastie commença 
vers 3450 ans avant notre ère, on serait amené à faire commencer la XVIIIc vers 
1940 ans avant notre ère. D'après l'état actuel de nos connaissances, il semble 
que cette date soit trop haute d'environ trois siècles. D'autre part, il n'est pas 
établi que l'invasion des Ilycsôs ne soit pas antérieure à la fin de la XIV« dy- 
nastie. Il paraît difficile de faire remonter la date de la XII» dynastie plus haut 
que l'an 3000 et presque impossible de la faire descendre plus bas que l'an 
2300. 

On voit donc que les calculs de M. le D' Brix donnent des résultats qui 
paraissent contredits par ce que nous savons de l'histoire égyptienne. Ces 
calculs, d'ailleurs, supposent admis d'avance et sans restriction aucune, un 
fait pour le moins improbable : pendant deux mille ans, le calendrier égyptien 
n'aurait jamais été l'objet de la moindre réforme, du moindre remaniement : 
tout aurait changé en Egypte, ville capitale, religion officielle, langue même 
— et le calendrier, construction purement théorique, puisqu'il était en désac- 
cord perpétuel avec les phénomènes de la nature, serait seul demeuré intact et 
immuable. 

Malgré tout l'intérêt que présente la découverte de M. Borchardt, — c'est la 
plus ancienne mention connue d'un lever héliaque de Sirius, — il est fort à 
craindre qu'elle ne fasse guère avancer la science de la chronologie égyptienne. 

Sevmour de Ricci. 
Heidelberg, 'JÛ septciiibri: 189'J. 



NOUVELLES ARCHÉOLOGIQUES ET CORRESPONDANCE '.VM) 

Fouilles de CorhUhc. 

L'I^cole américaine d'Athr-nes poursuit à Corinllie, depuis 1896, dos fouilles 
considérables, dont M. RuTus B. Richardson, directeur de l'Kcole, vient de 
rendre compte dans la Nation de New- York (24 août 1899, p. 147). 

Le périmètre de Tancienne cité était connu de tout temps par les traces des 
murs; mais à l'intérieur de cette enceinte, au pied de l'Acro-Corinthe, pas n 
point n'était identifié avec certitude, M. Skias avait vainement essayé, en 18 
de retrouver l'agora. Les fouilles américaines ont commencé au printemps de 
189(3 aux environs du Vieux-Corinlhe. Vingt tranchées d'essai furent creusées 
en dilTérents sens; la dix-huitième conduisit les explorateurs au théâtre, ense- 
veli sous quinze à vingt pieds de terres et, à ce qu'il semble, très mal con- 
servé. Mais on tenait enfin un point fixe, qui permettait de suivre utilement la 
description assez détaillée d<3 Pausanias. Une tranchée creusée dans la vallée à 
l'est du vieux temple (non encore identifié) mit au jour, à vingt pieds sous le 
sol, un large pavé qui paraissait accuser le voisinage de l'agora. Malheureuse- 
ment, la guerre gréco-turque interrompit les travaux, qui reprirent seulement 
au printemps de 1898. Alors, remontant la vallée à l'est du temple, on décou- 
vrit, sous trente pieds de débris, la fontaine de Pirène, avec sa façade à doux 
étages presque intacte (la même campagne donna une inscription mentionnant 
la Synagogue où avait prêché saint Paul). En 1899, on suivit un escalier de 
marbre qui, parlant du pavé trouvé précédemment, remontait la pente de la 
vallée; à la partie supérieure de cet escalier, on tomba sur les fondations des 
Propylées, décrits par Pausanias, à travers lesquels passait, venant de l'agora, 
la route qui conduisait à Lechaeon, le port de Corinthe sur le golfe. Des Pro- 
pylées à l'agora, il suffirait de suivre celte voie : le déblaiement de l'agora com- 
mença presque aussitôt. On put alors identifier avec certitude le vieux temple 
à celui d'Apollon, parce que- sa situation est exactement celle qu'indique Pau- 
sanias. A l'ouest du temple, on mit au jour les restes imposants de la fontaine 
de Glauké, où se noya, pour échapper aux tortures que lui infligeait Médée 
l'empoisonneuse, la malheureuse épouse de Jason. 

Les fouilles de Corinthe ont coûté environ quinze mille francs par an ; c'est 
très peu pour des fouilles de ce genre et l'École américaine se plaint avec rai- 
son de n'avoir pas de plus grosses sommes à sa disposition. Il est certain que 
des exploits archéologiques comme la restitution de la topographie de Corinthe 
devraient suffire à recommander la jeune et vaillante Ecole à la libéralité des 
Crésus américains. 

Salomon Reinach. 



Nouvelle loi des antiquités. 

— Au mois de juin 1899, M. Eutaxias, ministre de l'Inslruction publique de 
Grèce, a déposé sur le bureau de la Chambre le projet d'une nouvelle toi des 
Antiquités, pour remplacer celle de 1834. Ce projet, œuvre du ministre assisté 
de MM. Cavvadias et Byzantinos, est très draconien; on peut douier, d'ailleurs, 



:340 HEVLE ARCHÉOLOGIQUE 

qu'il réussise à mettre fin au scandale des fouilles clandestines, parce que le 
commerce des antiquités, frappé sans ménagements, saura se défendre. Voici 
quelques-unes des nouvelles dispositions' : 

En principe, toute antiquité appartient à l'Étal. 

Si tin particulier en découvre dans son terrain, il doit avertir l'Éphorie dans la 
délai de cinq jours. Une commission de trois membres estime alors les objets 
et pave la moitié de la somme à Tinvenleur; à moins que la commission ne 
déclare que les objets découverts n'intéressent pas les Musées (a/pr.crra), auquel 
cas l'inventeur peut en faire ce qu'il veut. 

Si l'inventeur n'a pas fait sa déclaration dans le délai de cinq jours, l'État 
confisque tout et donne au délateur (s'il y a eu dénonciation) la somme qui 
aurait dû être payée au propriétaire du terrain. 

Toute fouille est interdite, même dans une propriété privée, hors la présence 
d'un inspecteur du gouvernement. Pénalité : six mois à trois ans de prison (!). 

Il est interdit de posséder des antiquités, sous peine d'amende ou de prison, 
peines aggravées par la confiscation des objets, si l'on ne peut prouver que ce 
sont des ï-/pr,a-a ou des objets venus du dehors. 

Toute antiquité importée doit être signalée aux éphores dès son arrivée en 
Grèce. Aucune ne peut être vendue sans l'autorisation du Ministère; la ré-ex- 
portalion est soumise à un droit de 20 pour 100 ad valorem (!). 

Tout commerce d'antiquités non qualifiées d'av;pr,ffTra est interdit, sous peine 
de prison, d'amende, de confiscation (trois mois à cinq ans de prison!). On 
peut exporter les a/yr,'j-%. 

Personne ne peut refuser à l'État le droit de fouiller chez lui. Si un proprié- 
taire fait des difficultés, l'État porte l'aiïaire devant les tribunaux; le proprié- 
taire condamné n'a plus droit à l'indemnité représentant la moitié des trouvailles. 

Il est interdit de fabriquer de fausses antiquités*. 

Le projet comprend encore des dispositions prévoyant l'accroissement du 
nombre et des traitements des éphores, surveillants, gardiens, etc.; les frais 
seront couverts par la perception d'un droit à l'entrée des Musées, mesure de- 
vant laquelle les Grecs avaient toujours reculé, mais qui semble parfaitement 

légitime, en Grèce comme ailleurs. 
^ S. R. 



— La Biblijothèque Ambroisienne de Milan était dépourvue de tout catalogue 
de SCS mss. grecs. Il y avait bien un catalogue manuscrit, mais une stipulation 
du fondateur de la fjibliothèque en défendait l'impression. Pour tourner la diffi- 
culté, deux savants étrangers à la Bibliothèque, MM. Martini, préfet de la Bi- 
bliothèque de Naples, et Domenioo Bassi, conservateur à la Brera, ont entrepris 
la rédaction d'un inventaire détaillé des mss. grecs de l'Ambroisienne, dont on 
annonce la prochaine publication. 

\. Voir la Jpltrc de M. Capps dans Tiie. Natinji, 1899, II, p. 88. 

2. Cela n'était permis à auciiiui époijuc. Mais, alors, pourquoi M. Cawadias 
n'n-t-il jamais tiré au clair la questiou des faux groupes en terre cuite expédiés 
d'AtLcnes et coulisqnés au Firée? 



NOUVELLES ARCnÉOLOfilOUES ET COURESPONDANTE .'{41 

Vâponijc américaine. 

— Nos lecteurs n'ont p;is oublié le curieux petit vase à figures noires du 
vi" siècle qui, décrit et publié d'abord par M. E.Poltier {Revue, 1899, I, p. 7-8), 
a été l'objet d'une très intéressante notice de M. Clermont-Ganneau (ibid 
p. 323). Ce récipient, où M. Clermont-Ganneau a reconnu le lointain ancêtre de 
ce qu'on appelle aujourd'hui l'éponge américaine, était le seul connu de ce 
genre à l'époque où il fut acquis par le Louvre. M. le comte A. Bobrinskov 
veut bien nous faire savoir qu'il en a découvert un tout pareil à Saint-Péters- 
bourg, au dépôt de la Commission impériale archéologique, provenant des 
fouilles exécutées en 1898 par M. Wesselowsky dans un tumulus de la pro- 
vince de Kouban. Voici ce qu'écrit notre aimable correspondant : « En reconsli- 




Fig. 1. — Vase de Koubau. 

tuant les débris de cet objet à la Commission archéologique, nous avons 
obtenu un petit vase de la même grandeur que celui du Louvre (O^jilS), à 

sommet conique. L'anse manque entièrement, ainsi que la base Mais l'anse 

est indiquée par deux ouvertures dans la partie supérieure des flancs du vase. 
Le dessin qui reproduit le vase du Louvre correspond exactement, comme 
hauteur et structure, au vase du Kouban. Étrange coïncidence qui fait retrouver 
deux vases de cette forme inédite, presque simultanément, à tant de distance 

l'un de l'autre! La décoration est à la manière noire, du même style que 

dans le vase du Louvre. Le sommet conique et la base sont décorés de dente- 
lures pareilles à celles du vase publié par M. Pottier. Le champ n'est pas — 
sauf erreur — divisé en deux zones; les débris des peintures représentent des 
figures humaines et deux coqs. La scène aurait-elle trait à un combat de coqs? 
Les coqs sont cependant au repos et séparés. » 

M. le comte Bobrinskoy nous a adressé en même temps quatre photogra- 
phies d'après l'une desquelles nous avons exécuté, tant bien que mal , le 
croquis ci-joint, 

Saiomon Reix.vch. 



— Depuis quelques mois, une mission archéologique allemande, sous la direc- 
tion de M. Koldewey, s'estétablie sur les ruines de Babylone, où elle se propose 
d'exécuter des fouilles considérables. 



342 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

On nous écrit à ce sujet de Bagdad, à la date du 31 août 1899 : 

a Mardi 22 août, la Mission archéologique allemande, qui se livre à des fouil- 
les à Kouéritch, sur l'emplacement de ce qu'on appelle le Kasr (château-forte- 
resse), a mis au jour un bas-relief couvert d'inscriptions hittites, représentant 
un guerrier dont la ceinture est garnie de poignards. C'est la première pièce 
importante qu'ait découverte la mission; on suppose que celle trouvaille sera 
suivie de beaucoup d'autres. Le tell Amram-Ali sera exploré après. 11 recouvre, 
croit-on, les débris du palais des rois babyloniens. 

« Le bas-relief a été retiré dans le voisinage du lion colossal, récemment 
dressé sur son piédestal antique par M. l'ingénieur Mougel. » 

Nous faisons, bien entendu, toutes nos réserves sur la découverte d'un bas- 
relief hitnte à Babvione. 

b. 11. 

— Notre collaborateur M. Seymour de Kicci nous communique la note sui- 
vaute, qu'il a copiée à la Bibliothèque uatiouale.'iLa pièce originale date de 162o. 

Extrait d'un ms. de Peiresc (Bibliothèque nationale, fomb latin 8957, f, 128). 
LES PLVS RARES PEINCTVRES DE FONTAINEBLEAU SONT : 

La petite Leda de Michael-Angelo faicte à l'œuf. 

La Grande Nre Dame avec S^^ 'Elisabeth et S^ Jean ] 

Le Grand S' Michel / 

La Ste Marguerite . j^ R^^çhs^el d'Urbin. 

La reyne Jane d'Aragon habdlée en Bohémienne l 

Le Cardinal Hypolyle 1 

C Le portraicl du Pordenone ' 

l Le portraict de Raphaël par le Pordenon. 

La "-rande S'^ Elisabeth de Michael-Angelo peincle par le Fratte Sebastien 
del Piombo. 

La Charité — ) 

— V d'Andréa del Sarto. 

Et une Nre Dame -' 

Un ecce homo — del Correggio. 

La Jocunda 



Un S' Jean, 
Un petit Jésus, 

Une Nre Dame 



de Léonard del Vins. 



La Reyne Jeanne qu'ils appellent de Sicile, de Rosso [il s'y est trouvé es» 
cript Rubem fecil]. 

Le soldat peinct de trois costez du Tilian. 

Culte nomenclature, comparée à celle du l'ère Dan (1642), suggère des questions 
iiiiliortantes que l'ou peut reconiinauder aux historieus de notre grand Musée de 
peinture. 



NOUVELLES ARCHÉOLOGIQUES ET GOllRESPONDANCE '^ï'^ 

— M. Max. Mayer, nommé, à la suite d'un concours, directeur du Musée de 
Bari au mois d'octoi:»re 1894, vient de publier un petit catalogue [Itreve Guida) de 
la collection provinciale dont il a la garde '. Ce guide nous fait désirer bien 
vivement l'apparition d'un catalogue illustré, qui mettrait enfin à la dispo- 
sition delà science les très nombreux vases peints, bronzes et bijoux qui sont 
réunis dans les vitrines de ce Musée, On sait qu'il s'est enrichi, en 1895, d'un 
des chefs-d'œuvre de l'orfèvrerie antique, une grande coupe en argent doré 
découverte à Tarante. M. Max. Mayer eut la bonne fortune de l'acquérir pour 
quelques centaines de francs ; peu de semaines après, le comte Tyskiewicz en 
offrait vainement 40.000. Il est fâcheux que ce bel ouvrage, dont j'ai vu une 
photographie, grâce à l'obligeance de M. Mayer, n'ait pas encore en les hon- 
neurs de l'héliogravure; souhaitons qu'il ne les attende plus longtemps. 

S. R. 



— La Revue de l'art ancien et moderne,'iO juin 1899. — Henri Bouchot, 
La Sibylle Sambeth, de Bruges (Portrait de femme, gravure de Crauck, d'après 
Hans Memling). — Les Salons Je 1899. Pierre Gauthiez, La peinture (il). — 
Pierre Lalo, La gravure-, Léonce Bénédite, La sculpture (II); Pascal, L'archi- 
tecture, I (Jeune fille à la source, héliogravure de Braun, d'après le tableau de 
G. Courtois. Souvenir, héliogravure de Dujardin, d'après le groupe en cire de 
Paul Dubois). — Paul Lafond, Goya, II (Lafamosa librera de la Calle de Carre- 
«as, lithographie de G. Fuchs). —Jean GuilTrey, La guerre de Troyes, à propos 
de dessins récemment acquis par le Musée du Louvre (fin). — Bibliographie. — 
Revue des travaux relatifs aux Beaux-Arts, publiés dans les périodiques étran- 
gers. — Nombreuses gravures et illustrations dans le texte, 

— The Journal ofHellenicStudies, t. XIX, partie I, 1899. — E. A. Gardner; 
Tête d'Athéna qui faisait antérieurement partie de la collection Disney (pi. I. 
L'original dont cette tète serait une copie de l'époque romaine daterait des der- 
nières années du v« siècle; il y aurait lieu de l'attribuer ù Alcamène ou à un 
artiste placé sous son influence). — C. R. Peers, Graf fîtes grecs de Deïr el-Ba- 
hari et El-Kab (fac-similés dans le texte). — E. W. Brooks, La campagne de 
716-718, le siège de Constantinople par les Arabes, d'après les sources arabes. 
— Growfoot et Anderson, Exploration de la Galatie en deçà de l'Halys (pi. IV, 
une carte dressée d'après les relevés des auteurs). — Partie I. Growfoot, Monu- 
ments primitifs de la Galatie . Nouveaux matériaux. — Partie II. J. G. C. An- 
derson, Topographie, épigraphie, civilisation galatique [d saïvre) . — G.Karo, 
Notes surAmasis et la poterie ionique à figures noires (pi. V-VI. Attribue à l'a- 
telier d'Amasis avec grande vraisemblance, plusieurs vases non signés qui ne 
lui avaient pas été rapportés jusqu'ici). — Walter, Alhena Hygicia (pi. VII. 
Figurine en bronze du Musée Britannique). — Bosanquot, Quelques lécythes 
funéraires à couverte blanche du début de cette fabrication (pi. II, III). 

1. Imprimerie Avellino, à Bari, 1899, 



344 REVUE ARCIIÉOLOC.IOUE 

— Sommaire du numéro du 1" juillet 1899 de la Ga:.clte des Beaux-Ârts. — 
Puvis de Chavannes, souvenirs intimes (1" article), par M. Jules Buisson; — 
Amico di Sandro {2" et dernier article), par M. Bernhard Berenson;— Les 
Salons de 1899 (3« article), par M. Paul Desjardins; — Gustave Moreau (4« ar- 
ticle), par M. Ary Renan; — Le comte Henri de Laborde, par M. Emile Michel, 
de l'Institut; — Les conquêtes artistiques de la Hévohilion et de l'Empire et les 
repy-ises des Alliés en 1815 (4" article), par M. Charles Saunier. — Trois gra- 
vures hors texte : Pays ba?que, Saint-Jean-de-Luz, par M. Léon Bonnat : 
eau-forte de l'artiste, d'après son tableau exposé au Salon de la Société des 
artistes français; — Retour d'école à Plougastel, par E. Wéry (Salon de la 
Société des artistes français) : héliogravure J. Chauvet; — Le Jeune homme 
et la Mort, par Gustave Moreau : gravure au burin par M. J. Patricot. — Nom- 
breuses gravures dans le texte. 

— Sommaire du numéro d<i 1" août de la Gazette des Beaux-Arts. — Notes 
sur Bernardino Luini (1" article), par Pierre Gaulhiez ; — Une exposition de 
dessins au Cabinet des Estampes, par Georges Riat; — Claude Gillot {2« et der- 
nier article), par Antony Valabrègue; — Les Salons de 1899(4" article), par 
Paul Desjardins; — Les conquêtes artistiques de la Révolution et de l'Empire 
et les reprises des Alliés en 1815 (5« article), par Paul Saunier; — Correspon- 
dance de Belgique , '^d.v Henri Hymans; — Bibliographie : Les majoliques de 
Faenza au xv siècle (Argnani), par Jean-J. Marquel de Vassplot; Santa Maria 
di Donna Regina, (Emile Bertaux), par André Pératé. — Trois gravures hors 
texte : Fragments des fresques de l'église de Saronno, par Bernardino Luini, 
héliogravure; — Les Voix de la mer, par Ary Renan, gravure au burin, par 
Guibé; — Harmonie du soir, par René Ménard (Salon de 1899), héliogravure. 
— Nombreuses gravures dans le texte. 



— Mittheilungen des k. d. archseologischen Instituts. Athenischen Abthei- 
lung, t. XIV, 1er cahier, 1899. — A. Kœrte, Études sur l'Asie- Mineure, IV. 
Un tumulus phrygien primitif, près de Bœs-euiuk, Lamunia (pi. 1-IV. 11 ne 
s'agit pas ici d'un monument contemporain des tombes creusées à même le roc, 
dans le canton où se trouvent les façades funéraires qui portent gravées des 
inscriptions en caractères phrygiens. D'après la nature des poteries qui y ont 
été trouvées en grand nombre, mêlées à des outils d'os et de pierre, ce tumulus 
serait contemporain de ce que Schliemann appelle à Hissarlik la seconde ville; 
on aurait ici les restes de la même industrie, de la même civilisation, qui, dans 
des temps très reculés, peut-être deux mille ans environ avant notre ère, aurait 
régné aussi bien dans le centre que sur les côtes de l'Asie-Mineure. L'étude 
de tous ces débris est menée avec une critique très minutieuse et très sûre). — 
C. Rubensohn. Contributions à l'histoire d'Eleusis (pi. VII-VIII. Déraéter sur 
ràyÉAa'jTo; Ttl-pa. Vase à reliefs d'Kleusis. Triptolème représenté en laboureur). 
— E. Ziebharl, Journal d'un voyage fait en Grèce au xv siècle. — Bibliogra- 
phie. — Découvertes. — Procès-verbaux des séances — Nominations. 



NOUVELLES ARCHÉOLOCIQUES ET CORRESPONDANCE ;{4;> 

— ripaxTf/.à T?,; £v 'AOrjvaî; àp/aiGAoyi-/.?,; STatpîot; toO ëto-j; 18Î.'8, in-8<j, 
110 pages et 2 planches. — Rapport général sur lea opcralions de fa Société 
pendant l'année 1898, par le secrétaire Kavvadias. — Rapport de la Commis- 
sion de surveillance. Nouveau règlement, adopté le 17 janvier 1899. — Viennent 
ensuite les rapports des différents éphores qui ont été chargés de diriger les 
fouilles entri'prises par la Société. — Nicolaïdis, Fouilles de l'Oh/mpicion à 
Allicnes (dégagement de tout le péribole du temple). — Fouilles de l'Acropole 

(un simple déblaiement des terres accumulées sur la pente septentrionale). 

Mylonas, Fouilles au portique dWtlale (des maisons ont été achetées. Le déga- 
gement de tout l'édifice n'est pas encore achevé). — Skias, Fouilles autour du 
monument de Philopappos (pi. I. Aucune trace d'une tombe n'a été retrouvée. 
En revanche, on a reconnu les fondations d'une tour qui a dû servir à la gar- 
nison macédonienne du Musée). — Skias, Fouilles à Eleusis (pi. II. Déblaie- 
ment de la cour méridionale du sanctuaire, qui prouve l'importance et l'étendue 
de l'établissement de l'âge mycénien. Nombreux débris de vases. Le Musée a 
été rangé à nouveau). — Staïs, Fouilles de Sunium (La preuve a été acquise 
que le temple avait à l'intérieur deux rangs de colonnes; au nord-est du temple 
d'Athéna, découverte d'un autre* temple, peut-être dédié à Poséidon). — Kou- 
rouniotis, Fouilles d'Erétrie (dégagement d'une nécropole qui a donné des terres 
cuites, des bijoux et quelques beaux vases). — Stavropoulos, Fouilles de Rhénée 
(on a retrouvé les tombes où en 426 ont été déposés les restes exhumés de Dé- 
los). — Sotiriadis, fom7/es de Thermos (ces fouilles, commencées l'année précé- 
dente, paraissent avoir donné la découverte la plus importante qui ait été faite 
dans ces derniers temps. Il s'agirait d'un temple du vi° siècle qui paraît avoir 
été construit en bois ou en brique crue, avec, dans les parties hautes, des revê- 
tements en terre cuite peinte qui rappellent ceux du trésor de Gela d'Olympie 
et d^i temple G à Sélinonte. Les colonnes seules étaient en pierre. Il serait fort 
à désirer que le plus tôt possible une monographie de cet édifice soit publiée, 
avec un plan relevé dans le dernier détail et une exacte reproduction de tous 
les fragments. Il y a aussi des tuiles peintes. Ce temple serait bùti sur les restes 
d'un plus ancien, du vin" ou vii" siècle). 

— 'Ecpr|(j.epî(; àpxatoXoytx-/), 1899, 1""'" cahier. — Kavvadias, hiscriptions d'Épi- 
daure relatives au culte du temple (pi. I et quatre fac-similés dans le texte). — 
G. A. Hutton (M""), Figurines de terre cuite provenant d'Érétrie (pi. II et 
13 dessins dans le texte. La collection étudiée ici a ceci de particulièrement 
intéressant que la provenance de toutes les figures qui la composent est bien 
établie; elles ont été recueillies dans des fouilles faites parla Société archéolo- 
gique ou par les Américains. Les types que Ton y rencontre se retrouvent 
presque tous à Tanagre, ce qui confirmerait l'hypothèse d'un centre de fabri- 
cation où auraient puisé toutes les cités voisines et qui ne serait autre qu'AuIis. 
Huit figurines, d'un caractère très particulier et de date plus récente, qui pa- 
raissent toutes sorties d'un même atelier, seraient seules à représenter l'industrie 
proprement érétrienn*). — Léonardos, Mosaïque de Lycosoura (pi. 3. Forme 
plus de la moitié du pavage de la cella du temple de Despoina. Avait déjà été 



:U6 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

donnée à plus petite échelle et au trait; reproduite ici pour la première fois en 
couleur. Elle représente deux lions affrontés. C'est d'ailleurs un ouvrage des 
plus médiocres). — Léonardos, Poids avec inscription, de Lyco^oura. — Kas- 
triotis, Tête archaïque, de provenance lycienne ([il. 4. C'est une tête de femme, 
en calcaire, de grandeur naturelle. A la peau de lion jetée par dessus les che- 
veux, on croit reconnaître Omphale. Comme style, cela paraît contemporain des 
figures polychromes trouvées en 1886 dans l'Acropole d'Athènes ; ce serait du 
milieu du vi' siècle. Intéressant surtout par sa provenance). — P. Harlwig, 
Additions et corrections à rarticle publié dans l"Efr,!J.Ep!;, 1897, avec les 
planches 9 et 10 sur un £-:vr,-:pov. 

— Proceedings of the Society of Biblical Archœology, vol. XXI, 29^ session, 
3« séance, 2 mai 1899. — G. "Wilioughby Frazer, Notes sur des scarabées 
(3 planches). — Th. G. Pinches, Un nouveau roi babylonien de la période de 
la première dynastie de Babylone, avec des références occasionnelles à Imme- 
ruin et Ammanila (planche). — Th. G. Pinches, La tablette du major Mockler. 

— Ferryman qui donne les noms de surveillants de temples (planche). — 
Th. Pinches, lin sceau-cylindre intéressant. — Notes : Cylindre de Pepi I. — 
Inscriptions palmyréniennes. — Le titre officiel hu-su-pa-mes. — Ashlcroth- 
Karna'im. — La version biblique de la mort de Sennachérib. — Croquis d'une 
coquille gravée. — Le pays de Cabul. 

— Bullettino délia Commissione archeologica comunale di Roma, 1899, jan- 
vier-mars. — R. Lanciani, Les nouveaux fragments delà Forma urbis (pi. I-ll). 

— R. Lanciani. Découvertes topographiques et épigraphiques au A'iV mille de 
la Via Tiburtina (pi. III-IV, fig. 1). — R. Lanciani, Villa des Vibii Vari sur 
la colline de San-Stefano (pi. III-IV, fig. ?). — R. Lanciani, Nouveaux cippes 
indiquant les distances sur le parcours des aqueducs. — R. Lanciani, Décou- 
vertes dans l'ager Collatinus. r— D. Y&g\ier\, Inscription romaine à la mémoire 
d'un centurio trecenarius. — Gatti, Notes sur des découvertes récentes d'anti- 
quités. — Bibliographie. 

— Recueil d'archéologie orientale publié par M. Clermont-Ganneau, tome III, 
livraisons 14 et 15 : ^39. Une « éponge américaine » du vi« siècle avant notre 
ère. — § /lO. Orphée-Nébo à Mabboug et Apollon. — § 41. La Lettre de Jésus 
au roi Abgar, la Koutbi juive et la mezoûzah. — § 42. La Palestine au commen- 
cement du vp siècle et les Plérophories de Jean Rufus, évoque de Maioumas 
[à suivre). 



BIBLIOGRAPHIE 



E. Bertaux. Étude d'un type d'habitation pritnitive. Trullijcaaelle etspecc/ne des 
Pouilles, m Annales dt Géographie, tome VIII, 1899, pages 207-230, 8 figures, 
2 planches hors texte, 1 carte. 

L'étude des conditions et des formes modernes, ou survivantes, de l'habitation 
peut contribuer à nous éclairer sur les civilisations préhistoriques. Le travail que 
M. Bertaux vient de publier sur les trulU de la Fouille en est un exemple. 
Dans ses Notes archéologiques $ur la Terre iVOlrante {Gazette archéologique, 
t. II, 1881, p. 32-39), François Lenormant écrivait qu'une étude des monu- 
ments préhistoriques de cette région devrait avoir pour base une étude topo- 
'graphique. M. Bertaux répond à ce vœu. Il nous donne dans ces quelques pages, 
suivies d'une excellente carte, un exposé de la répartition géographique des 
habitations et des monuments datés ou sans date dont il s'occupe; c'est préci- 
sément pour celte raison que nous trouvons son mémoire dans une revue de 
géographie. 

Les truUi proprement dits, le type B de M. Bertaux, se rencontrent dans 
toute l'Apulie depuis le Cap Santa Maria di Leuca jusqu'à l'Ofanto; ce sont des 





!Fig. 1. — Trulli, type B. 



Fig. 2. — TrnlU, type A. 



constructions en pierres sèches, voûtées en encorbellement, dont l'extérieur pré- 
sente un, deux ou plusieurs gradins. Une forme particulière, le type A, qui ne 
se trouve qu'aux environs de Lecce, est couverte un peu différemment : la voûte 
n'est pas fermée et la toiture est complétée par de grandes pierres plates; ce 
sont des pyramides tronquées. Les casellc, type G, sont une forme perfectionnée 
des trulli. Elles ne sont point voûtées, mais couvertes par un toit conique en 
amelles de pierres plates imbriquées {chiancarelle). Les casellc ne se rencontrent 
que dans une aire assez limitée, sur le plateau fortement ondulé qui limite les 
deux provinces de Lecce et de Bari. Trulli et caselle servent d'habitations, ou 
tout ou moins elles ont leur place dans les dépendances des fermes; on y loge 
les élables par exemple. On les accouple, ou on les groupe assez librement, 



348 



REVUE ARCHÉOLOGIOUE 



chaque chambre gardant sa coupole et son toit; on en fait des habitations 
complexes qui ne sont pas dénuées de confortable. M. Bertaux nous en donne 
plusieurs exemples. Il nous cite même une ville formée tout entière de casdle, 
AlberoLello. Le bourg de Laureto est formé par les truHi de luxe des grands 




Fig. 3. — Caselle. 



propriétaires de vignes qui viennent y passer l'été. Il s'agita peine ici de survi- 
vances, car, comme le fait remarquer M. Bertaux, la contrée où s'élèvent les 
villes de (rulii était couverte, il n'y a pas beaucoup plus de deux siècles, par une 
grande selva. 

Tandis que les trulli sont des habitations sans date, on désigne sous le nom 
de specchie, « tours de guet » de véritables monuments préhistoriques. Ce sont 
des constructions semblables aux trulli, mais simplement plus grandes, que Ton 
trouve sur un grand nombre de points élevés de la presqu'île d'Otrante. Le 
professeur Cosimo de Giorgi, de Lecce, a remarqué et a démontré dans une carte 
précise que les specchie se partagent en trois séries. « Une première suit la côte 
de la mer Ionienne ; une seconde celle de la mer Adriatique. La troisième forme 
une double file au milieu de la Terre d'Otrante ». M. de Giorgi constate que 
ces bâtisses semblent réparties suivant un plan stratégique. Flanquées souvent 
de constructions plus petites reliées par des murs en pierres sèches, ce sont les 
forteresses de la population disséminée qui habitait jadis l'Apulie. 

Semblables aux nouraghes de Sardaigne, aux garritas des Baléares, aux 
castellieri de l'Istrie, aux leehive houaes des Hébrides et de l'Irlande, les 
trulli sont-ils l'œuvre du même peuple que ces monuments ? Quelque spécieuse 
que puisse être cette hypothèse, M. Bertaux n'ose s'y arrêter. Il remarqué ce- 
pendant que les specchie, en raison même de leur situation et des limites de 
leur extension géographique, ne peuvent être que l'œuvre d'une population ma- 
ritime. Ce type d'habitation, qui paraît être un des accidents caractéristiques du 
paysage pierreux de la F'ouille, est-il un simple produit du sol ? Sa nature et 
sa forme dépendent-elles uniquement des conditions géographiques de la vie 
de ces inventeurs ? Hypothèse séduisante et commode. Mais il n'y a pas de 
trulli au Gargano, non plus qu'aux bouches de Cattaro. D'autre part, l'aire 
d'extension des trulli est plus grande que celle des specchie. La question reste 
donc pendante. Tout au plus peut-on parler, comme M. Bertaux, d'un « stade 
uniforme des civilisations primitives » que caractériseraient les constructions de 
pierres sèches dans les pays pierreux. Remarquons simplement avec M. Ber- 



BIBLIOGKAIMIIE 349 

taux que les specchic sont accompagnés de monuiuenls inégalilliiques dont le 
reste de la péninsule n'offre pas d'exemples. Les tombes mycéniennes à cou- 
pole, des tombes étrusques construites sur le même principe à Volsinies, à Cicré, 
à Quinto Fiorentino, au Mont-Cassin, sont pour M. Bertaux, et nous nous 
rangeons très volontiers à son avis, des succédanés des trulli; le type de 
construction délaissé par l'architecture des habitations avait persisté dans celle 
des tombeaux. M. Bertaux nous en voudrait si nous ne rappelions l'hommage 
qu'il rend au professeur G. de Giorgi, à la collaboration duquel il doit, dit-il, 
une partie de son travail. 

H. Hubert. 



E. SacivOr. Sibyllinischc Texte und Forschungen. Halle, Nicnieycr, 1898. lu-S», 

191 pages. 

M. Sackur a réuni sous ce titre des études copieuses et Tort instructives sur 
trois textes prophétiques assez disparates du début du moyen-âge, le Pseudo- 
Méthodius, la lettre à'Adso sur l'Antéchrist et l'Oracle de la Sibylle Tiburtine. 
L'édition des trois textes, qui repose sur une minutieuse collation des manu- 
scrits, n'est pas la partie la moins méritoire de son travail. La prophétie du 
Pseudo-Méthodius est la traduction latine d'un original grec attribué à Métho- 
dius, évèque de Patara. Dès le xiiie siècle on y trouva prédites les invasions 
turques. C'est ce qui les rendit populaires. M. Sackur en signale huit éditions 
au XV* et au xvi^ siècle. Il y en eut même une édition illustrée en 1498, publiée 
à Bàle par Sébastien Brant. L'original date probablement de la fin du vn^ siècle, 
autant que l'on peut en juger d'après le contenu historique de sa revue des in- 
vasions arabes. L'auteur était syrien ou tout au moins était-il profondément imbu 
des idées de l'apocalyptique syrienne. M. Sackur croit pouvoir ajouter qu'il 
connaissait les traditions perses. Il montre, en elTet, un intérêt particulier pour 
l'histoire de l'ancienne Babylonie et il la raconte telle que celles-ci pouvaient la 
présenter; il soumet Babylone à l'Iran longtemps avant Astyage et Cyrus ; ses 
noms propres ont la forme perse, et en plus d'un point il concorde avec Tabari. 
Sa prophétie est une sorte de roman universel commençant à Adam, qui dépend 
étroitement du livre syriaque intitulé la Caverne des Trésors. Son but est de re- 
construire l'histoire du monde et d'en prophétiser la fin prochaine conformé- 
ment aux passages bibliques. Sa chronologie repose sur la conception courante 
de sept millénaires dont le sixième s'écoule, la fin du monde devant survenir 
au septième. Le dernier roi des Grecs et des Romains pacifie le monde et dé- 
pose sa couronne à Jérusalem. Alors surviennent Gog et Magog et les nations 
maudites, puis règne l'Antéchrist. Enoch et Élie le combattent; il les tue. Le 
signe de Dieu apparaît alors et il est renversé. Selon la Sibylle Tiburtine, il est 
tué par l'archange Michel. 

Une tradition analogue est exposée dans le deuxième et dans le troisième 
texte. Le deuxième est précisément une lettre de Adso de Montierender à la reine 
Gerberge, De ortu et temporc Antichristi. Cet écrit a été publié en 1677 dans 
les œuvres d'Alcuin, en 1626 dans celles de Hraban Maur, en 1685 dans l'édi- 



."{oU REVCE ARCJIÉOLOGIQUE 

tion de saint Augustin. Au xi'' siècle un certain Albwin se l'appropria. M. Sackur 
le restitue à son auteur. 

Le troisième est une curieuse survivance des fameux oracles sibyllins qui 
tiennent tant de place dans l'histoire romaine. Détruites sous Auguste, les pré- 
dictions illégales des Sibylles et des Clialdéens reparurent et pullulèrent. Stili- 
con en fit brûler inutilement. Gonflées par les conceptions romanesques de 
l'eschatologie chrétienne, elles servirent au moyen âge à prophétiser les royaumes 
italiens et des empereurs allemands. L'oracle de la Sibylle Tiburtine contient 
précisément un passage, dont le texte diffère selon les manuscrits, où le nom des 
personnages est indiqué par une initiale. Les prophéties ayant été adaptées, les 
lettres diffèrent suffisamment, comme permet de s'en rendre compte un tableau 
des variantes dressé par M. Sackur (p. 130, 131). Danssaforme actuelle, ce livre 
est un remaniement d'un original qui paraît dater du temps de Constans ; c'est lui 
qui est désigné comme le dernier roi des Grecs et des Romains, prédécesseur 
de l'Antéchrist. La Sibylle Tiburtine est regardée comme la dixième Sibylle. 
Son nom latin, dit l'auteur, est Abulnea. Elle est fille de Priam et d'Hécube et 
elle a beaucoup voyagé avant de venir à Rome. Une nuit, cent sénateurs eurent 
une même vision, ils virent neuf soleils d'aspect différent; la sibylle, consultée 
et amenée devant le Troianus imperator, expliqua que les neuf soleils repré- 
sentaient les générations futures. L'apparition du Christ correspondait au qua- 
trième. Naturellement les dernières générations ont les plus longs oracles. 
M. Sackur en signale un prototype syriaque dans la Chronique de Michel le 
Grand, adaptation arménienne (trad. Langlois, p. 52). Les cent sénateurs y 
sont remplacés par cent philosophes. Mais on ne trouve ici que sept soleils ; le 
Christ était le sixième. M. Sackur n'a point de peine à nous montrer que ces 
images reposent sur le fond d'idées de l'astrologie chaldéenne. Elles supposent 
sa doctrine des planètes et de leur influence. Cependant, de la version syrienne 
à la version italienne du songe, elles ont subi des modifications. M. Sackur en 
trouve l'explication dans les liens étroits qui unissaient les sibylles romaines au 
culte d'Apollon (dans les jeux séculaires, chœur de neuf garçons et neuf filles ; 
les neuf Muses) ; les idées sibyllines romaines, dit-il, comportaient l'hypothèse 
de dix âges du monde dont le dernier était le règne d'Apollon (page 153). C'est 
cette idée que l'on retrouve dans l'énumération de la Sibylle Tiburtine. Ajou- 
tons que pour Servius la terre était enveloppée de neuf cercles; il ajoutait la 
voix lactée et le zodiaque aux cercles planétaires [Ad Aen., VI, 127). Le livre se 
termine sur une prédiction de la venue de l'Antéchrist semblable ti celles du 
Pseudo-Mélhodius et d'Adso. Il mentionne sans les énumérer les vingt-deux 
peuples impurs compagnons de Gog et de Magog enfermés par Alexandre aux 
limites de la terre. La Sibylle n'en dit pas plus sur Alexandre, qui tient au con- 
traire une place importante dans le Pseudo-Méthodius. J'en dirai un mot pour 
finir. M. Sackur a consacré d'excellentes pages (p. 2G sqq.) à la contribution 
de son auteur au roman macédonien. Alexandre est fils de Chuselh,(\\\e dePhol, 
roi d'Ethiopie. Dans sa campagne en Orient il arrive aux bords de l'Océan ; il 
y trouve des nations impies qui mangeaient des choses immondes; c'étaient 
Gog et Magog et vingt-une autres tribus. Alexandre pria Dieu, celui-ci exauça 



BIBLIOGRAPHIE 3;H 

sa prière et deux montagnes se rapprochèrent pour enfermer les impurs; elles 
devaient se séparer ù la (in du monde pour leur livrer libre passage. Ces nations 
sont énumèrées en partie par le Pseudo-Callisthène qui semble avoir connu 
également une tradition suivant laquelle Olympias était éthiopienne. L'I-Uhiopio 
n'est i)as complètement étrangère non plus à la Sibylle Tiburtine. On l'appelle 
irijina, par allusion sans doute à la reine de Saba, comptée parmi les sibylles. 
M. Sackur croit que l'on a confondu Fa reine de Saba et la Sibylle d'Asie Mi- 
neure Sabbc ou Sambolhe (p. 17 i). 

Henri IIlbkr!. 

II. UsENER. Die Sintfluthsagen. Bonn, I''r. Cohen, 1899. Iq-8», 219 pages, avec 

;j figures et 1 planche hors texte. 

Nous avons eu l'occasion d'étudier dans cette Revue les derniers travaux de 
de M. Usener, en disciple lointain et respectueux. Nous voudrions exprimer 
ici l'admiration profonde que nous inspire ce nouveau livre, et indiquer aussi 
brièvement ce que nos études personnelles nous permettent d'ajouter à la riche 
collection de faits qui s'y trouve réunie. Une série de recherches que nous es- 
pérons amener bientôt à bonne fin, provoquées par l'étude du culte d'Hiérapo- 
lis auquel appartient une des légendes diluviennes citées par M. Usener, nous 
ont conduit à nous occuper de cette légende du Déluge. La méthode que nous 
avons suivie diffère sur des points essentiels de celle de M. Usener. Nous 
sommes arrivé à des conclusions qui concordent sensiblement avec les siennes, 
et, d'autre part, à des constatations assez différentes. Nous nous permettrons 
de les indiquer sommairement, par anticipation, à la suite de cette analyse. 

Une énumération des légendes du Déluge qui appartiennent à l'antiquité 
classique, une étude originale et profonde des formes parallèles de la légende 
du Déluge en Grèce et dans la mythologie chrétienne, une thèse qui attribue 
ces épisodes au cycle légendaire des dieux de la lumière, tel est cet ouvrage. 
Nous y signalerons encore la brillante ingéniosité de quelques-unes des appli- 
cations de la méthode étymologique de M. Usener. 

Les récits du Déluge rapprochés par M. Usener sont le récit babylonien, le récit 
hébreu, le récit hindou, chez les Grecs, le Déluge de Deucalion, celui d'Ogygès, 
celui de Dardanos, pour l'Asie Mineure, la légende d'Apamée Kibôtos, le Déluge 
de Nannakos en Phrygie, enfin une autre légende da Déluge, propre à Hiérapolis 
de Syrie, à laquelle l'auteur du traité de la Déesse syrienne a attaché le nom de 
Deucalion. M. Usener y ajoute à la fin de son livre (p. 260) l'indication d'une 
légende égyptienne dont la trace s'est conservée dans un hymne publié par 
Brugsch'. Ha laissé délibérément de côté les traditions des sauvages con- 
temporains. Il n'a pu qu'indiquer dans ses dernières lignes le fragment de récit 
chaldéen publié par le P. Scheil*. Signalons ici, pour le compléter, d'excellents 
articles de M. Jastrow dans l'/ndepende/ii de New- York (13 janvier 1898) et 
dans le Zeitschrift far Assijriolo'jic (t. XIII, p. 288 sqq.). Le nouveau fragment 

1. Beise nach der grossen Oase El-Kliaryeh (Leipzig, 1878}, p. 30, col. 23 sq. 

2. Recueil de travaux, vol. XX, pp. 33-59. 



352 lŒVUE ARCHÉOLOeiQUE 

n'appartient pas à une version de l'ancien récit, mais représente une tradition 
indépendante, celle de Sippara. Il en résulte, et ceci est important, une espèce 
de dissociation des traditions chaldéennes. Leur unité sinirulière se résout, 
comme en Grèce, dans une diversité de légendes locales. Nous insistons sur 
ce point, parce que nous y trouvons une probabilité de plus en faveur de la 
thèse de M. Usener. Regrettons encore qu'il n'ait pas connu ou qu'il ait oublié 
de citer le travail de M. J. Halévy,Lt'S récits hébreux et babi/loniensda Déluge 
{Recherches biblirjues, p. 140). M. Usener aurait pu citer le passage suivant de 
Nicolas Damascène (fragm. 76, P. H. G., t. III, p. 415) : "Ettiv O-b tt.v MivjàSa 
(jLÉyot opo; xa-:i ttiV 'Apixîviav, flip'.; aïvôulîvov î:; 'o 7:o/,).o-j; <T'ju.3VYÔvTa; £irj toO xa- 
Txy.).y<j(jLO-j Aoyo; ï/t: TTîpi(7(i)6r>va!, xai v.vol è~\ /.âpvaxo;ô/oû;xEvov Itz'. ttiv àxpwpeîav 
oxiî/a'. xa'i Ta /sî'^ava tôjv ÇOXiov sti'i t;o>.u <j(i)0-7|Va'.. 

Dans son dernier chapitre, Ergebnisse, M. Usener établit que les récils sé- 
mitiques, hindous et grecs sont dans leurs traits essentiels indépendants. Le 
mythe sémitique se réduit à ces cinq éléments caractéristiques. I" Le dieu veut 
châtier l'humanité pervertie. 2° Un homme pieux reçoit l'ordre de construire 
un vaisseau. 3° Il y fait entrer des représentants des espèces animales. 4° Il liîche 
la colombe. 5° Il arrive sur une haute montagne. Or les éléments 1, 3 et 4 
manquent dans les versions indiennes dii Déluge de Manou (p. 240). Ils sont 
également étrangers à la conception fondamentale du Déluge de Deucalion 
(p. 245\ Le motif de l'engloutissement des impies dans l'histoire de Philémon 
et Baucis (p. 247) est un cas particulier d'un thème mythologique assez fé- 
cond, celui de la destructio'n des villes par la colère divine; il faut rapprocher 
cette légende du récit de la destruction de Sodome et de Gomorrhe; que ce 
thème soit plus ou moins voisin de celui du Déluge, c'est une question qui 
vaudrait ia peine d'être discutée; en tous cas, il n'y a pas de dépendance di- 
recte entre la légende sémitique et le conte grec. Toutefois, M. Usener ne nie 
point que les détails du Déluge sémitique n'aient été connus et quelquefois 
copiés en Occident. Il cite en particulier un curieux bronze de Vétulonia, uni- 
que encore jusqu'ici, qui représente un vaisseau, sur les bords duquel s'alignent 
des animaux grossièrement figurés (fig. 4. page 250)'. De même, selon un té- 
moignage de Plutarque', les mythologues avaient introduit le motif de la co- 
lombe indicatrice dans le mythe de Deucalion. Pour la légende du Déluge 
d'Apamée Kibôtos, M. Usener la considère également comme indépendante en 
son fond; Poséidon avait un culte à Apamée, ville de l'intérieur; le héros épo- 
nyme, Kélainos, était fils de Poséidon et de Kélaino (p. 50). 

Quelles que soient les différences des légendes rapprochées plus haut, elles 
présentent toutes un point commun : un personnage divin ou qui devient tel 
arrive porté par les eaux dans une terre miraculeuse. Or, le môme épisode re- 
paraît, dans une série de légendes que M. Usener range sous trois rubriques : 
1» Le dieu enfant dans la caisse ; 2° Le vaisseau; 3° Le poisson. La suite des 
exemples énumérés par M. Usener, et particulièrement l'examen des formes 
intermédiaires et complexes, montrent comment on peut passer d'un thème à 

1. Solizie der/li scavi, 1887, tav. XVil, 1. 

2. Plut.. Ite soll. nnim.. Mil, p. 968, F. 



BlRLlOGHAPnlE 333 

l'autre et de ceux-ci au mythe du Déluge. Nous croyons qu'il a réussi à établir 
avec une parfaite clarté l'équivalence de ces épisodes. 

Au premier type appartiennent les légendes où, comme dans celle de Perséo, 
un jeune dieu est enfermé dans un colîre avec sa mère et jeté à l'eau. 11 est 
recueilli par des pêcheurs et élevé dans le pays où se trouve son sanctuaire, 
ïennès et Hémithéa, frère et sœur, enfants de Kyknos, sont jetés de la même 
façon à la mer. Ailleurs c'est l'image du dieu que l'on trouve dans un coffre 
(légende de Dionysos-Aisymnetes à Patras, p. 100), ou qui flotte librement 
sur les flots (p. 105, 162 sq.). A Lemnos ce n'est plus un jeune dieu, c'est un 
vieillard, Thoas, qui est enfermé dans une boîte et confié aux (lots. 

Le chapitre suivant (Sc/u//") est consacré particulièrement à la représentation 
de Dionysos sur le vaisseau, au vaisseau de la procession des Anthestéries, 
aux rites correspondants du Carnavalet aux légendes qui se rapprochent de ces 
représentations rituelles, dont la plus fameuse est celle de Dionysos sur le vais- 
seau des pirates tyrrhéniens. M. Usener y arrive à nous imposer cette idée 
parfaitement claire que pour lui ces représentations rituelles et mythiques sont 
le cadre deFépiphanie du dieu, que Dionysos apparaisse porté sur un vaisseau, 
ou que le vaisseau, dans les variantes du mythe, soit remplacé par un âne 
fp. 122), ou par un porteur divin (Hercule, p. 189). En tous cas la traversée 
d'une masse d'eau quelconque paraît être essentielle au mythe, comme dans 
une des légendes eubeennes de Dionysos (p. 123), où le motif de la caisse qui 
renferme le dieu se trouve associé à celui du transport à dos d'âne et du pas- 
sage dans une barque. 

Dans le troisième chapitre (Fisch), M. Usener nous donne une énumération 
fort complète des héros et des dieux portés par des dauphins. Aux faits four- 
nis par la mythologie grecque, il ajoute de nombreux emprunts faits aux lé- 
gendes chrétiennes. Il n'a garde d'ailleurs d'oublier le symbolisme du vaisseau 
et du poisson. Citons particulièrement, parmi ses exemples hagiographiques, 
la légende du martyr Lukianos de Nicomédie, dont le cadavre fut rapporté 
à ses disciples par un dauphin (169 sqq.). M. Usener démontre que saint Lu- 
kianos, mort et commémoré le 7 janvier, c'est-à-dire le 15 du mois Dionysios 
(p. 177) dans le calendrier de la province de Bithynie, n'est autre qu'un Diony- 
sos local, sauvé des eaux. Aux légendes chrétiennes de M. Usener, nous 
en ajouterons une qui date de l'hérésie des iconoclastes; George Hamartolos 
(921 G) raconte que Léon III, ayant fait un jour jeter une croix dans la mer, 
les flots la portèrent à Rome. 

Les derniers articles de M. Usener * étaient des contributions à l'histoire 
symbolique des dieux de la lumière. Il y signalait des exemples de la lutte des 
dieux du jour et de la nuit. Pour, lui le Déluge et ses parallèles ne sont pas autre 
chose que des épisodes de cette histoire. Ce sont des épiphanies des dieux de 
la lumière. M. Usener le démontre tout d'abord fort ingénieusement en analy- 
sant d'une façon tout à fait irréfutable, à notr.e avis, le nom de Deucalion. Il le 
traduit das Zeus Knablein, le petit Zeus. Les terminaisons échangeables 

1. Der Sloff des griechischen Epos. — GœtLliclie Synonyme, iu Rheinisclies Mu- 
séum, t. m, p. 329-379. 

111'= SÉRIE, T. XXXV. 213 



354 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

-xÀÉo;, -x)ix;, -xXr,;, -/./ir,;, -x).aî, -xXâ;, -x).;aî, -x),îîa;, -xXsîi;, -x).o;, -xxXoi; 
et son équivalent lalin -cu/o (-c«/ws, -culuin) sont des diminutifs; Héraclès, 
'Hfj/.xAo;, Hercules, est un diminutif de T,pw;. De même Deucalion, dont la 
forme pure serait Aî-jxxXo;, et qui donne As'jxaXioai, est un diminutif de Zeus, 
comme A:ox).o; ou Atox>.r,;. M. Usener corrobore la ligitimilé de son étymolo- 
gie en rappelant combien est générale la conception du dieu enfant dans les 
religions développées et dans les mythologies primitives. Le mot de Lycoreia, 
le nom de la ville fondée par les hommes rr^fugiés sur le Parnasse lors du Dé- 
luge de Deucalion, prête à. la mémo amphibologie que Lykaios et Lykaon. 
Un lexicographe nous apprend que le sacrifice célébré à Delphes en commé- 
moration du Déluge s'appelait at'yXr, *, document précieux, si le texte n'est 
pas fautif. Bref, Deucalion est un dieu lumineux. Un autre dieu dont le culte 
est lié à la légende du Déluge de Deucalion (p. 230 sqq.) est un Zcus Apesas 
ou Aphesios (de ïlivi, sedere) dont le sanctuaire, suivant Pausanias*, fut fondé 
par Persée. Signalons en passant un autre point de contact, négligé par M. Usener 
entre la légende de Persée et celle du Déluge. Pausanias de Damas (frg. 4) 
raconte qu'un débordement de l'Oronte ruinait lopolis, la colonie mythique, 
que des Argiens avaient fondée là où devait s'élever Antioche, Persée y vint, 
offrit un sacrifice ; on vit une boule de feu descendre du ciel et le cataclysme 
fut vaincu. Le météore lumineux d'Iopolis est à joindre à l'aly),-^ de Delphes. 

Nous ne pouvons pas énumérer les arguments que M. Usener apporte à l'ap- 
pui de sa thèse. Pour être trop précise, elle laisse passer quelques difficultés et 
nous ne comprenons pas très bien, par exemple, comment M. Usener explique 
les rapports de Dionysos Aisymnetes et d'Eurypylos (nom d'IIades, selon son 
système) qui l'apporte à Palras, ou de Persée avec Poiydekles, autre Hades,qui 
le recueille à Seriphos. Nous avons déjfà dit, dans un travail publié cette année 3, 
que la distinction entre dieux de la lumière et dieux des ténèbres n'était pas 
fondamentale. On ne peut distinguer à ce point de vue que des fonctions 
spéciales et momentanées de certains dieux. Nous ne pouvons que le répéter 
ici; nous espérons le redire encore en montrant qu'il est vain d'essayer d'ex- 
pliquer les rapprochements, des deux espèces de dieux par de plus ou moins 
subtiles inventions mythologiques et que leur voisinage fréquent provient d'une 
indistinction foncière. Nous craignons que M. Usener ne sacrifie encore trop 
volontiers au symbolisme. Nous voulons éviter pour nous de substituer dans la 
mythologie des conceptions trop claires et trop cohérentes aux imaginations 
vagues et obscures de ceux qui l'ont lentement pensée et élaborée. 

Étendons simplement le système des comparaisons de M. Usener. Le cercueil 
d'Osiris porté parles flots à Byblos peut être facilement rapproché de la caisse 
qui renferme le vieux Thoas. Dans les Adonies d'Alexandrie *, le corps d'Ado- 
nis était porté à la mer. Une autre légende bien caractéristique d'Adonis est 



1. Bekker, Anecd. gr., 3.ji, 1j. 

2. Haus.. II, XV, 3. 

:i. H. lliiliert et .M. Mauî?. Essai sur /e sacrifice, Le sacrifice du dieu, lu Année 
sociolo;/ir/ue, t. 11. 

4. y\\iiU[ih:ird[, Uaumku/lus, t. II, p. 278. 



HIULlOdHAl'IlIK 300 

citée par M. Userier (p. 107) ; Aphrodile enferme reniant à peine né dans une 
caisse et le confie à Perséplione; celle-ci ne voulut pas le rendre et Zeus décida, 
pour trancher le débat, que le jeune homme appartiendrait un tiers de l'année à 
Adonis et l'autre à Perséphone. Celte légende n'est-elle pas très voisine du 
mythe de la mort de Tammuz, et de la descente d'Ishtar aux Enfers ? — L'his- 
toire de Rhoio etd'Hémithéa lMolpadia(p.'J3), les (illes deStaphylos (à Kastabos), 
montre, par l'alternance du tiième de. la déesse enfermée dans un colîre avec son 
enfant et de celui de la précipitation dans la mer, leur équivalence essentielle. 
Le mythe de Dionysos Pélagios, recueilli par Thétis, la précipitation des 
çapixaxoî dans les Thargélies, l'exposition d'Andromède à un monstre marin, me 
paraissent appartenir au même cycle que les motifs rapprochés par M. Usener 
du mythe du Déluge. Complétons la série des légendes du poisson en rappe- 
lant l'histoire d'Atargatis sauvée par un poisson, d'Atargatis et de son fils 
changés en poisson dans l'étang d'Ascalon. Nous croyons également pouvoir 
citer ici le motif du bain sacré que suit l'hiérogamie. 

En somme, l'épiphanie du dieu est généralement précédée de sa disparition, 
de sa mort, ou tout au moins de son immersion et ce sont précisément les céré- 
monies qui précèdent ou qui accompagnent cette immersion qui produisent sa 
renaissance et sa glorification. Bref, dans ces épisodes mythiques qui, selon 
M. Usener, et nous le lui accordons bien volontiers, sont des parallèles du 
mythe du Déluge, nous trouvons la trace d'un des rites généralement constatés 
dans les fêtes agraires où il accompagne le sacrifice, rite magique de l'immer- 
sion du dieu, de la victime ou du prêtre dont le but est d'obtenir la pluie. 

La méthode trop strictement philologique de M. Usener l'a détourné de 
donner au peu de renseignements que nous possédons sur les liens que pré- 
sentent avec les rituels les légendes relatives au Déluge, leur valeur vrai- 
ment singulière. Il n'a pas manqué d'en signaler en passant, par exemple le 
sacrifice commémoratif célébré à Delphes. A Hiérapolis de Syrie, une procession 
descendait tous les ans à l'Euphrate et en rapportait de l'eau dans des vases 
scellés; cette eau, versée dans le puits par lequel s'étaient, disait-on, écoulée 
les eaux du Déluge, représentait le cataclysme. Une fêle analogue était célé- 
brée à Jérusalem le soir, pendant la fêle des Tabernacles. Le prêtre de service 
vidait dans un vase placé à coté de l'autel de l'eau que l'on était allé puiser 
solennellement dans des vases d'or à la fontaine de Siloé. On a pu comparer 
cette fête à celle des Tzlrnj.oxôon célébrée le 6' jour des Grandes Éleusinies '. A 
Athènes, où l'on montrait le trou par lequel s'étaient échappées les eaux du 
Déluge, la fête des Hydrophories était destinée à en perpétuer lé souvenir. La 
fête des y-kpoi (mois Anlhestérion) était, elle aussi, en relation avec cette lé- 
gende. D'autres hydrophories étaient célébrées à Égine. Or, ce rite du verse- 
ment de l'eau n'est pas un rite rare et spécial. Par exemple dans I Ilois, xviii, 
34, Élie verse de l'eau sur un autel. Nous savons qu'à Babylone, le 2 Nisan, 
le grand-prêtre prenait dans sa main de l'eau de l'Euphrate et la versait de- 



1. L. Venetiauer, Die eleusinis'Jien Myslevlcn un jcru.^aieiinsclien Tenipet, 
Fraucfort, 1897. 



3o6 REVUE AUCUÉOLOGIQUE 

vanl Bel'. Il résulte de l'adaptalion de ce rite général à la commémoration du 
Déluge, qu'une des racines, au moins, de cette sorte de mythes plonge dans le 
rituel. Ce ne sont pas des mythes symboliques. On a transporté à l'origine du 
inonde ce qui se passait dans la fête annuelle. L'idée de purification et de rajeu- 
nissement attachée au rite passe à la légende; de même que le dieu de la fête 
agraire sort rajeuni du sacrifice et des rites qui le complètent, comme l'im- 
mersion, le dieu à l'origine apparaît et s'avance jeune et glorieux sur les eaux. 

Pour compléter notre analyse et notre critique, ajoutons qu'il résulte de la 
juxtaposition des légendes citées par M. Usener : 1° que le dieu sauvé du 
Déluge, Noé, Dionysos, Anios, est généralement un dieu du vin ; 2" que l'un des 
épisodes secondaires les plus fréquents est l'aliénation quelquefois suivie du 
suicide du dieu ou de ses compagnons. L'une et l'autre de ces constatations 
s'accordent avec les conclusions que nous venons d'exposer. 

Outre le mérite de l'étude des versions du Déluge, le livre de M. Usener 
vaut par l'accumulation de remarques d'un ordre plus général, et par l'ensei- 
gnement de sa méthode. Signalons une page (p. 68 sq.) sur les dieux et les 
héros, leurs tombeaux et leurs fondations et surtout un remarquable chapitre 
sur la diversité des représentations mythiques et la multiplicité de leurs significa- 
tions. L'analyse comparée du mythe du Déluge telle que l'a faite M. Usener en 
est, d'ailleurs, un excellent exemple. Dans un autre ordre d'idées, M. Usener 
semble dire qu'à son avis l'inscription d'Abercius est chrétienne (p. 22G). 

Henri Hubert. 

Alfred CARAVKN-CAr.niN. Description géographique, géologique, minéralogique, 
paléontologique, palethnologique et agronomique des départements du Tarn 
et du Tarn-et-Garonne. Pavia et Toulouse (Masson et Privât), 18'J8, gr. iii-8 
de 684 p. 

Une partie seulement de cet ouvrage considérable intéresse l'archéologie : 
ce sont les p. 509-602. On y trouve des renseignements sur l'archéologie 
préhistorique, protohistorique et celtique dans les deux déparlements du Tarn 
et du Tarn-et-Garonne, que M. A. Caraven-Cachin explore depuis de longues 
années et auxquels il a déjà consacré de nombreuses publications. 

Cependant, si l'on voulait extraire, de ces cent grandes pages, ce qui con- 
cerne proprement les départements en question, ou même la région dont ils 
font partie, une vingtaine de pages suffiraient amplement. En eiïet, obéissant à 
la fâcheuse tendance à. « faire long » , l'auteur s'est laissé entraîner à noyer 
ce qu'il avait à dire de nouveau dans d'interminables généralités. Ces généra- 
lités ont, d'ailleurs, un autre défaut : c'est que M. C.-C, bien que parlant en 
son nom, n'a guère fait que résumer, paraphraser et même transcrire, parfois 
sans aucune référence -, ce qu'il trouvait dans d'autres ouvrages, pour la plupart 
bien connus. 

1. Rawlinson, t. IV, p. 46, 1 sqq. 

2. Par exemple, p. '362, où tout ce qui est dit de la prétendue époque tardenoi- 
stenne est crapruuté, sans référeuce, au plus mauvais ouvrage ue G. de .Mor- 
tillet. 



BIBLIOfiRAPHlE 



:{;>7 



Signalons brièvement ce qu'il y a de vraiment utile dans la partie archéolo- 
gique de ce gros volume. 

P. 515, 518, liste des localités des bassins du Tarn et de l'Aveyron où l'on 
a découvert des instruments dits chelli'ens ou actieuléens. 

P. 521, 523, 537, stations moustériennes, solutréennes et magdaléniennes. 

P. 538 et suiv., détails sur les grottes de cette région, dont M. C.-C. a été 
l'un des premiers explorateurs et qu'il connaît bien. 

P. 550 et suiv., tourbières du Tarn. 

P. 567 et suiv., liste des tumuli, des dolmens, des menhirs, des pierres bran- 




Fig. 1. — Statues primitives de Saint-Sernin, Les Maurels, Pousthomy. 





Fig. 2. — Statues primitives de Pousthomy et de Vabre. 

lantes. A la p. 570, il y a l'indication des P"'ssages d'auteurs classiques relatifs 
aux Troglodytes; elle est entièrement empruntée, texte et notes, à un autre 
ouvrage. P. 572, liste des habitations troglody tiques. P. 574, stations néo- 
lithiques. 

Le passage le plus intéressant concerne le menhir anthropoïde de Puy- 
Royal, canton de Vabre (Tarn), dont on trouve de médiocres reproductions en 
simili-gravure aux p. 580 et 581. Cette sculpture a été découverte en 1887, 
à la limite du Tarn et de l'Aveyron. C'est un bloc de grès rouge permien, me- 
surant 0'°,97 de haut. M. C.-C. dit à tort qu'il a été transporté à Saint-Germain, 
où l'on n'en possède qu'une petite photographie. L'intérêt de ce monolithe 
tient surtout à l'analogie qu'il présente avec un groupe de bélyles analogues, 
découverts dans l'Aveyron (Saint-Sernin, Les Maurels, Pousthomy), le Gard 
(Collorgues), le Hérault (Fraïsse). Je reproduis ici, à petite échelle, des croquis 



358 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

de la face et du revers des pierres sculptées de Saint-Sernin, Les Maurels, 
Ponslhomy et Vabre; il esl iiiconteslable que nous avons là des monumenls se 
rattachant à une même tradition, dont on retrouve les traces sur les dalles de 
certains dolmens et sur les parois des grottes de la vallée du Pelil-Morin 
(Marne). J'ai étudié, en 1896, l'ensemble de ces monuments dans mon opuscule 
La sculpture en Europe avant les influences g réco- romaines; ce travail devrait 
être repris, ne fût-ce que pour tenir compte du bétyle de Vabre et de ceux 
que M. l'abbé Hermet a découverts dans le Tarn et dans TAveyron '. 

M. C.-Cachin affirme que la statue de Vabre remonte à l'époque néolithique ; 
j'ai donné, de mon côté, en 1896, des motifs sérieux pour faire descendre toute 
cette série de sculptures jusqu'à l'époque du bronze. 

Signalons encore ^p. 590) une liste des objets de l'âge du bronze recueillis 
en Tarn et en Tarn-et-Garonne; p. 599, une liste des sources sacrées; p. 600, 
des renseignements un peu confus sur les trouvailles du premier âge du fer. 
11 n'est pas question de l'époque gallo-romaine. 

L'impression de ce volume est peu correcte, surtout là où l'imprimeur a eu 
devant lui des noms grecs, romains ou allemands. P. 472, une note est ainsi 
conçue : u Mitthéilungen des Vévéens fur Erokundo zii, p. 167. » On lit, p. 589 : 
M Messalie répandit le culte d'Arthemis. » Je m'étonne qu'il y ait encore des im- 
primeries, en France, où les correcteurs laissent passer de pareilles fautes. 

Salomon Reinach. 

André Stevert. Nouvelle Histoire de Lyon et des provinces de Lyonnais, Forez, 
Beaujolais, Franc-Lyonnais et Bombes. Tumk l. Anliquilé. Depuis les temps 
prt-kistorirjues jusqu'à la chute du royaume hiirfjoiide en 534. Xa-k" de 615 p., 
avec 800 cartes, dessins, etc. Tome II. Moyen-âfje. Depuis la chute du royaume 
burgonde [ô 34] jusqu'à la mort de Louis XI if',8-i).la-i'> de 669 p., avec 753 des- 
sins, cartes, plans, etc. Lyon, Bernoux et Cumin. 1895 et 1897. 

L'extraordinaire richesse de l'illustration, qui est le caractère le plus frap- 
pant de l'ouvrage de M. Stevert, suffit à le recommander aux archéologues, qui 
trouveront dans ces deux volumes un très grand nombre de monuments inédits, 
reproduits d'après des dessins généralement exacts. Le texte lui-même est loin 
d'i'tre sans valeur, bien que l'absence de presque toute référence soit à regretter. 
Toutefois, quand on peut contrôler l'origine des renseignements mis en œuvre 
par M. Steyert, on s'aperçoit qu'il s'est informé aux meilleures sources et qu'il 
a notamment tiré grand parti des beaux ouvrages de M. Allmer, un des trois 
savants auxquels est dédiée la Nouvelle Histoire de Lyon. 

Il arrive à M. Steyert de commettre de fortes erreurs quand il s'écarte, tant 
soit peu, du terrain qui lui est familier. Ainsi, il a eu l'idée bizarre de faire 
dériver l'avers de la monnaie d'argent des Ségusiaves (avec la légende arvs) de 
de la médaille d'Eucratide de Bactriane, alors qu'il n'y a évidemment pas le 
moindre rapport entre ces coins (L p. 139). Tome l, p. 63, il parle du sarco- 

1, Ces monuments viennent d'ùtre publiés dans le Bulletin du Comité, 1898, 
3" lasc, p. 500-536, pi. .\.\-.\.\l. Ce fascicule a été distribué le 1 octobre 1899, 
ai'(C un rtn de relard! 



niHLroc.uAPiiiK ^riO 

phage (le la villa (lire vigna) Ammenrlola et qualifie de « masque funéraire », 
une fies têtes rie Gaulois qui en décorent les angles. On croit rêver quand on 
lit (p. 142) que les Romains donnèrent aux Celtes le sobriquet injurieux de 
Gain, « en assimilant aux ignobles et efféminés prêtres Je Cybèle ces géants 
qui les avaient si souvent épouvantés ». Cette éhormité revient encore à la 
p. 167. P. 189, uni^ phrase bien connue de Tacite est travestie ainsi : Uhi 
silcntium faciunl, paccm appellant. P. 26, Magnilwlo aeris alieni est traduit 
par « l'énormité des tributs », ce qui est un contre-sens. Que signifie, p. 382, 
la traduction de Liber Pater par « dieu de la licence », sinon que M. S. n'a ja- 
mais entendu parler du Jupiter Liber, dont le nom, très anciennement attesté, 
prouve que liber n'est pas du tout l'équivalent du français « libertin ». Mais il 
y a bien pis, p. 395, où le surnom du Jupiter syrien, Uolichenus — de la ville 
de Doliché en Syrie — est expliqué par « le dieu à longue vie, SoXiv.ôç aî^v ». 

Arrêtons-nous là. Multiplier ces petites critiques serait méconnaître le carac- 
tère assez particulier de l'ouvrage qui nous occupe. Il est à la fois meilleur et 
plus mauvais qu'il ne parait au premier abord. En effet, d'une part, la 
masse respectable d'informations qui s'y trouvent accumulées doit nous 
rendre indulgents pour les erreurs de détail, comme aussi pour le ton quelque peu 
tranchant de l'auteur; de l'autre, les développements généraux où se complaît 
M. Steyert révèlent en ce compilateur habile un de ces exaltés d'une espèce 
heureusement rare, pour qui la vérité historique n'existe plus dès que leurs 
préférences personnelles ou leurs passions sont en jeu. La haine de la société 
et de la civilisation romaines poussée jusqu'au délire; la glorification sans 
réserve du moyen âge, jetée vingt fois comme un défi au lecteur, l'approbation 
de toutes les mesures d'intolérance et de persécution prises par le christianisme 
médiéval — voilà de quoi se compose la doctrine de M. Steyert. Et l'on ne 
pense pas sans tristesse que de pareilles doctrines vont pénétrer dans des 
cervelles d'enfants, d'amateurs d'archéologie, de chercheurs locaux, à la faveur 
de la riche illustration d'un livre de partisan. Voici quelques citations qui suf- 
firont à édifier nos lecteurs : 

Tome I, p. 180 : « Un jour, après les lamentables défaites de la Gaule, 
quelques-uns de ces soldats étrangers sont venus dans la cabane (du plébéien 
f^aulois); ils ont enlevé son épée, ils ont pris sa lance, ils en ont arraché le fer, 
brisé la haste, ils ont mis en pièces le bouclier, nol)le souvenir des exploits des 
ancêtres, et en ont jeté les débris au feu; puis, leur montrant une charrue, un 
hoyau, une faucille : Va, lui ont-ils dit, tu n'auras plus à combattre, désormais 
tu travailleras la terre ; on ne te demande plus ton sang, mais seulement tes 
sueurs!... Douze cent mille guerriers furent ainsi désarmés en un instant. Que 
de larmes de honte et de rage furent versées ce jour-là, sur cette vieille terre 
belliqueuse des Gaules!... » 

Cela continue longtemps sur ce ton. Inutile de dire que, dans toute cette his- 
toire, il n'y a pas un mol de vrai. M. Steyert pourrait s'en douter, puis- 
qu'il cite lui-même, par exception, la phrase grecque qui lui a révélé « cette 
grande révolution et ce drame poignant »; c'est celle-ci, où un homme de sens 
rassis n'a jamais rien vu de la sorte : vOv 5ï àvayy.âCovxat yïwpyeïv, xaTaOijisvot -rà 



360 REVUE AKCHÉOLOGIQUE 

oTî/.a. Cela signifie que les Gaulois out quille les armes pour la charrue, pas 
aulre chose. Mais il s'agil d'enfiler des phrases à effet et de rendre odieux les 
Romains : cela suffit au bonheur de M. Steyerl. 

P. 85 : « Les Romains n'ont jamais menti à leur origine. Ramassis de bri- 
gands réfugiés sous l'aulorilé de deux aventuriers, ils sont toujours restés des 
brigands... Brigandage inouï, dont il ne reste dans les annales pompeuses du 
peuple-roi qu'un souvenir vague, la plainte harmonieuse, timidement murmu- 
rée par le poète : A'os patriain fugimus, 7îos dulcia linquimus arva ». Bien en- 
tendu, les Romains seuls ont été des oppresseurs; les abbés, les évèques et 
les seigneurs du moyen âge n'ont jamais été que des pasteurs d'hommes irré- 
prochables. En vérité, le Père Loriquet a des continuateurs! 

P. 594. « Cette infériorité humiliante (!) que les Francs imprimaient aux 
Gallo-Romains est précisément tout à leur gloire; car, en les abaissant au rang 
de serfs (!), ils avaient pour but de briser le joug oppresseur et dégradant des 
institutions romaines sous lequel l'humanité gémissait écrasée, et ils y réussi- 
rent. » Est-il utile de renvoyer l'auteur à Fustel? Non, sans doute; il ne semble 
pas être de ceux qui veulent voir clair. 

Tome II, p. 4, le préambule de la loi Salique est une « véritable déclaration 
de principes et la base fondamentale des institutions françaises telles qu'elles 
fonctionnèrent jusqu'aux temps malheureux où le génie de la France a été 
conspué et proscrit. » 

Tome II, p. 15 : « Telle fut l'œuvre du moyen âge, à qui aucune gloire, au- 
cune vertu, aucun mérite n'a manqué, pas même l'ingratitude de ceux qu'il a 
sauvés. Cette phase admirable de l'humanité qui, etc. ». C'est, on le voit, exac- 
tement le contraire de l'opinion de Taine, qui disait du moyen âge que c'était 
le cloaque du genre humain et que nos pères y étaient descendus au-dessous 
des Papous et des anthropophages de la Nouvelle-Zélande'. Autant de paroles 
vaines. L'historien doit étudier le passé ; il sort de son rôle en l'exaltant ou en 
le dénigrant. Mais, chez M. Steyerl, l'exaltation du pire fait l'effet d'une gageure ; 
il a la nostalgie des chevalets et des bûchers. 

Dira-t-on que j'intente à M. Steyert un procès de tendance? Je crois qu'on 
m'en accuserait à tort. Il me suffit de dire que l'auteur de l'Histoire de Lyon, 
quand il s'exprime en son nom propre, parle souvent non en historien, mais en 
fanatique, qu'il défigure des laits connus, en imagine d'autres, fait, en un mot, 
tout ce que l'on voudra, hormis œuvre de savant. 

Salomon Reinach. 

L. W. KrNG. The letters and inscriptions of Haramurabi, king of Babylon, 
about B. C. 2200, to which are added a séries of letters of other kings of 
the first dynasty of Babylon. — Vol. I, Introduction and l/ie liabylonian tcxls. 
— Luzac's SciiiUic TexL and Translation Séries, vol. II. — Loudou, Luzac, 1898. 
ln-8, LxvHi, l.'il pages. 

La connaissance des premiers temps de l'histoire de la Chaldée a fait de sin- 
guliers progrès depuis les dernières fouilles en Mésopotamie et gnlce à la pu- 

1. Léon Gautier le lui reprochait avec raison (Rev. des Qucsl. hisl., t. II, p. '{21). 



BIBLIOGRAPHIE 36i 

blication d'ua grand nombre de documents inédits que possédait le British 
Muséum. Ilammurabi, fondateur du premier empire durable sur le bas Kuplirate, 
était déjà assez bien connu. En 1863, M. Menant avait pu publier un recueil 
de ses inscriptions. M. King les réédite, mais il y a beaucoup ajouté. Sur les 
70 textes réunis par lui, il y a 52 lettres et trois autres inscriptions qui sont 
inédites. C'est une respectable contribution. M. King nous annonce pour un pro- 
chain volume les traductions et les notes. Mais il commente déjà longuement 
dans son introduction une lettre d'Ilammurabi à un certain Sin-iddin-nam, lettre 
dont a beaucoup parlé, depuis quelque temps, chez les assyriologues et qui a 
déjà son histoire et sa littérature. 

Grâce à la critique biblique, Hammurabi est entré dans le cercle de l'histoire 
générale. Le chapitre xiv de la Genèse raconte que des rois chaldéens, Amra- 
phel, Tidal, Arioch et Chedorlaomer, ayant fait une razzia dans la Palestine, 
furent surpris et défaits à leur retour par Abraham et ses gens. L'ancienne 
critique, l'hypercritique, faisait de cette histoire une haggada post-exilique. La 
nouvelle critique est portées y voir un fragment égaré d'histoire positive. On a 
établi facilement que Amraphel et Hammurabi étaient deux mots équivalents 
composés d'éléments synonymes. Arioch, transcrit Eri-Aku, ne serait autre 
que le roi de Larsam Rim-Sin, Eri-Aku étant la lecture idéographique de l'as- 
syrien Rim-Sin. Quant à Chedorlaomer, il est naturel d'y voir un nom élamite, 
Kudur-Lagamar; la première partie du mol s'est déjà rencontrée dans d'autres 
noms propres Kudur-Mabug et Kudur-Nahundi; la deuxième est un nom de 
divinité parfaitement connu. M. King semble ignorer l'excellent travail où 
M. Joseph Halévy' a exposé et discuté ces conjectures. Quelle qu'en pût être la 
vraisemblance, on n'avait encore pour les appuyer que les transcriptions incer- 
taines des noms propres d'une tablette très mutilée du British Muséum*. 

Au mois d'octobre 1896, le Père Scheil publia dans la Revue biblique, 
vol. V, p. 600 sqq., une transcription et une traduction d'une inscription 
copiée par lui au Musée de Constantinople. Il en donna, quelque temps après, 
une deuxième édition dans le Recueil des travaux, vol. XIX, p. 40 sqq. C'était 
précisément la lettre d'Hammurabi à Sin-iddin-nam dont s'occupe M. King. Le 
Père Scheil croyait y lire à la ligne 5 le nom de Chedorlaomer : « au jour de (la 
défaite de) Ku-dur-nu-uh-ga-mar, ihn {UM) SA KU-DUR-NU-UH-GA-MAR ». 
La lecture du P. Scheil fil fortune. Comme elle paraissait donner une confir- 
mation éclatante de l'authenticité du chapitre de la Genèse, les partisans de la 
nouvelle critique en firent leur profit. M. Hommel, en particulier, s'en est fait un 
argument dans son Altisraelitische Ueberlieferung in inschriftlicher Beleuch- 
tung (1897), plaidoyer contre l'hypercritique. Il a étudié l'inscription à nouveau, 
mais tout en adoptant la transcription du Père Scheil, il en donne une traduc- 
tion différente en quelques points (p. 177 sq.). 

M. King, au contraire, n'admet point leur lecture. Il explique assez longue- 

1. J. Halévy, Recherches bibliques, t. I, p. 330-364. 

2. Church Gougress held at Norwich, Officiai Report, p. 187. — Schrader, 
Sit..unrjsbevichle der kgl. pr. Alcad. d. Wissenschaflen, Ph. fiist. Cl., 1895, p. 901 
sqq. 



362 REVUE ARCllÉOLOClQrE 

ment comment il fut amené à douter de sa correction. A l'époque de Hammu- 
rabi, lorsque le signe SA est l'indice du génitif, de, il est presque toujours 
suivi du signe SU. Il s'ensuit que, au lieu de SA KU, M. King aurait lu vo- 
lontiers SA SU, indice de la possession (/>m.s-«) ; la ressemblance des deux signes 
Ni/ et ku à l'époque archaïque rend la confusion très facile. .M. King se fit en- 
voyer de Constaniinople une photographie de l'inscription et, au lieu des signes 
donnés plus haut, il lut : sabum (L'.W) busu I-NU-UH-SA-MAR, les troupes 
sous le commandement de Inuhsamar ». La différence des signes UTU {ùmu, 
le jour) et sabu, DUR et I, GA et SA, dans l'écrilure ancienne, est si faible que 
l'erreur est facile. M. King dit avoir déjà lu le nom de Inuhsamar, sur une ta- 
blette du British Muséum (no 15348). L'inscription tout entière se traduit ainsi : 

A Siu-iddiu-uam 

De la part de Hammurabi. 

Les déesses de Erautbalim, 

qui t'ont été assignées, 

les troupes sous le commaudemeut de Inuhsamar, 

te les apporteront intactes. 

Quand elles t'arriveront 

Avec les troupes que tu as sous la main, 

fonds sur leur peuple et, 

quant aux déesses, 

dans leur sanctuaire 

fais les replacer intactes. 

Une autre lettre de Hammurabi à Sin-iddin-nam, contient des instructions 
pour le transport à Babylone de déesses prises aux Élamites par Sin-iddin- 
nam. M. King suppose que l'appropriation ne réussit pas à Hammurabi, que 
peut-être ses troupes furent battues et qu'il se décida aies faire rapporter à leur 
sanctuaire sans toutefois avoir l'air de les rendre, dans une incursion victorieuse 
sur le territoire ennemi. 

Voilà donc encore une fois le nom de Chedorlaomer dépourvu d'équivalents 
assyriens, et la critique réduite aux seules vraisemblances fournies par le texte 
du chapitre xiv de la Genèse, pour en défendre l'antiquité. M. King ne veut pas 
cependant faire œuvre d'hypercritique, et il ne désespère pas de trouver dans 
les inscriptions assyriennes le nom des alliés battus par Abraham. Sa correc- 
tion n'amoindrit pas d'ailleurs rintérêt de l'inscription. C'est un des cas les plus 
intéressants de transports de divinités que nous présente l'antiquité asiatique. 
Ajoutons que ces documents, que leur brièveté rend fort difficile à comprendre, 
s'ils n'ont pas l'intérêt dramatique, pour ainsi dire, des grandes inscriptions qui 
donnent la trame de l'histoire, permettent de deviner l'organisation et la vie de 
ces antiques monarchies guerrières. Les traductions promises permettront 
même à ceux qui ne sont pas spécialistes d'en apprécier la valeur. Ce n'est 
pas un médiocre honneur pour M. King d'avoir publié la première longue col- 
lection de lettres du plus ancien empire chaldéen. 

11. Hubert. 



BIBLIOGRAPHIK 363 

Assyrian Deeds and Documents, record inr/ t/ie Iransfer of l'roperlij, inrluf/in;/ 
tlie so-called privale conlructs, Icf/al décisions and proclamations prescrved iti 
Ihe Koujundjik collections of llie Brilisli Muséum, chieflij of Ihe llh Cenlur;/ B.C, 
copied, collaled, arranged, ahstracled, annolaled, and indexed, hy C. II. W . 
JoiiNS Vol. I, Cuneiform terl.i. Cxmliridge, Deightou Bell and C", 1898, xv- 

m;! p. iu-s. 

Zwei Hauptprobleme der alloricnlalischen Chronologie und i/ire IJisung, von 
C. F. Lehmann, mit je einer Tafel in Aulotypie und in Autographie und "i Tabel- 
len. Loipzig. Verlag von E. FfeiiTer, 1898, x-224 p. in-8. 

La collection de textes cunéiformes du British Muséum n'est pas seulement 
la plus riche du monde, elle est aussi la plus accessible aux recherches des 
savants. I^n même temps que les conservateurs du Musée poursuivent avec 
activité la publication des Cuneiform te.vts from Babylonian Tahlch, ils ouvrent 
libéralement l'accès de leurs trésors à tous les travailleurs de bonne volonté, et 
c'est ainsi qu'après les Assyrian and Babylonian Letters de la collection de 
Koujundjik, publiées par Harper, voici le recueil des « Contrats » de la même col- 
lection. Une centaine de ces documents avaient déjà été publiés dans les Cunei- 
form Inscriptions of Western Asia et dans différents recueils. M. Johns nous en 
donnne la série complète, soit plus de sept cents textes. On sait que ces docu- 
ments, désignés par le terme un peu trop spécial de contrats, et que l'on 
appellerait plus exactement des papiers d'affaires, ne sont pas intéressants seu- 
lement pour l'histoire du droit et de la vie privée. Ceux même qui ne provien- 
nent pas d'archives de palais, comme ceux de Koujundjik, et ne nous rappel- 
lent pas des opérations faites par des officiers de la cour pour le compte du 
roi, mais par des particuliers, offrent encore un grand intérêt pour l'his- 
toire générale, par les données chronologiques qu'ils fournissent. lis sont, 
en effet, en Assyrie du moins, datés par les /imu (archontat éponyme), et Ton 
conçoit que par le rapprochement d'un nombre suffisant de ces documents on 
puisse arriver à compléter le canon des éponymes, interrompu à partir de l'an 
667 jusqu'à la chute de Ninive. La publication de M. Johns rendra donc un 
réel service à l'assyriologie, et les glossaires et les tables, qu'il promet de 
donner dans le second volume, en feront un ouvrage aussi commode que pré- 
cieux. Je regrette seulement qu'il n'ait pas entrepris de traduire les textes 
qu'il publie. C'est surtout pour les textes assyriens que le travail de la traduc- 
tion est nécessaire à qui veut donner une édition correcte, et je suis sûr que, si 
M. Johns avait eu à expliquer littéralement ses lectures, il les aurait modi- 
fiées sur plus d'un point. 

Sennachérib, dans l'inscription qu'il fit graver en six exemplaires sur les 
rochers de Bavian, raconte que, sous le règne de Tiglatpalasar 1, roi d'Assyrie, 
les statues de Ramman et de Sala furent enlevées du temple d'Ekallaté par 
Marduk-nadin-ahe, roi de Babylonie,et transportées à Babylone. Sennachérib 
place cet événement 418 ans avant sa campagne en Babylonie (680), soit en 
l'année 1106 (7). D'autre part, le prisme de Tiglatpalasar, et divers fragments 
du même roi, qui nous font connaître l'histoire des dix premières années de son 



3G4 Kt.VCI". ARCHÉOLOGIQUE 

règne, ne parlent pas d'une guerre avec Marduk-nadin-alje. Cette guerre est 
donc postérieure d'au moins dix ans à l'avènement de Tiglalpalasar, qu'il est 
impossible, par suite, de placer plus bas que l'année 1118. Knfin nous savons 
par Tiglalpalasar qu'il reconstruisit, la première année de son règne, un temple 
de Anu et liamman démoli GO ans auparavant par l'un de ses prédécesseurs 
Asur-daian ; comme il est naturel de supposer que la mort seule empêcha 
Asur-daian de reconstruire le temple, nous devons croire que la démolition 
''1178) date de la fin de son règne, et si nous attribuons à ce règne, que nous 
savons avoir été long, une durée d'une trentaine d'années, nous arrivons à 
fixer l'avènement d'Asur-daian aux environs de l'an i?10. 

La Liste des rois de Babylone ' marque la fin de la neuvième dynastie à l'avè- 
nement de Kin-zer, le Xiv:;r,po; du canon de Ptolémée, c'est-à-dire en 721. Les 
22 années de la neuvième dynastie correspondent donc aux années 753 i 732. 
D'autre part Zamama-sum-iddin, d'après la Table syochronique, guerroya avec 
Asur-daian, dans les premières années du règne de celui-ci, c'est-à-dire, comme 
nous venons de l'établir, en prenant pour point de départ l'inscription de Bavian, 
vers 1210. Zamama-sum-iddin est l'avant-dernier roi de la troisième dynastie 
babylonienne, et n'a régné qu'un an. Les deux années de règne de son succes- 
seur se placent donc de 1209 à 1208, et les 179 années des i dynasties suivantes 
nous conduisent jusqu'à l'année 1029. Il faudrait donc conclure que la huitième 
dynastie a régné de 1029 à 753, soit 276 ans. Or cette dynastie ne compte que 
11 rois, dont 6, d'après les synchronismes, ont dû régner de 920 (au plus 930) à 
812. Il reste donc à partager entre les cinq rois restants les années 1028 à 921 
et 812 à 754. Nous ne pouvons guère supposer moins de deux rois entre les 
années 812 et 754; d'autre part, les deux premiers rois de la dynastie ont régné 
l'un 36 ans, l'autre 8 mois et quelques jours. Nous devrions donc admettre que le 
troisième a régné de 991 à 920 (au moins 930), soit 71 ans (au moins 61). Or la 
Liste des rois porte, pour ce règne, des traces du chilTre 12. L'inscription de 
Bavian est donc en contradiction avec la Liste des rois ; nous allons voir qu'elle 
l'est aussi avec d'autres documents. 

Le roi de Babylone Nabonide raconte que, au cours de ses travaux de res- 
tauration du temple de Samas, à Larsa, il trouva un document de Burnaburias 
qui rapportait avoir lui-même trouvé une inscription de Hammurabi, roi de Ba- 
bylone 700 ans avant lui. Or, en combinant les données de l'inscription de Ba- 
vian et de la Liste des rois, la première dynastie de Babylone aurait commencé 
à régner vers 2455 ; les 55 années de règne de Hammurabi se placeraient entre 
2343 et 2289, etlerègne de Burnaburias, 700 ans plus tard, vers 1613-1589. Mais 
aucun Burnaburias, ni le père ni le fils de Kurigalzu I, n'a pu régner à celle 
époque. En effet, Burnaburias II est contemporain de Asur-Uballit, le 6" roi 
d'Assyrie avant Tul(lal-.\inilj (1290) ; son règne doit se placer vers 1415, et celui 

1. Ces calculs ont pour base une nouvelle collation de la Liste des rois faite 
par M. Lehmanu ot dont voici les prlucipaux résultats : Quatrième dynastie 
132 ans et <i mois (Piuc.lies 72 ans et '■> mois); neuvième dynastie 22 (Pinches, 
Winckier 31, Dclilszcli 21) ; deuxiéine dynastie, 2" roi ;Jo ou .■>(), 3« roi 2G, le 6" roi 
do cette dynastie n'est pas Gui ki-sar, mais Gui ki-'As, le 10e yq\ règne 8 ans 
(l)elitzsch 7), le 11" roi, 20 (Knudtzon 30). 



ninLioGRAiMiiE 3(55 

de son graiid-pèrc, Buinaburi^s [, au plus tard vers 1175. Nous voilà donc en 
présence d'une nouvelle contradiction, et il semble bien qu'il faille l'attribuer à 
une erreur de l'inscription de Bavian, car nous savons, par ailleurs, que Bur- 
naburias II est contemporain d'Aménopliis IV (1401-1385); son avènement ne 
peut pas être antérieur à 1430, ni celui de son grand-père à 1490. Il est donc, 
de toute façon, impossible de l'aire remonter le règne de Burnaburias I jusqu'en 
1643-1589. 

L'inscription de Bavian est encore en contradiction avec une autre inscription 
de Sennachérib. Nous savons, en elTet, par ce roi, qu'à la prise de Babylone il 
trouva le sceau de Tukiat-Ninib qui, 600 ans avant lui, soit vers 1289, s'était 
emparé de la Babylonie et avait régné 7 ans sur elle. Nous avons vu que, d'après 
l'inscription de Bavian, Zamama-.sum-iddin, le 35c roi de la 111*^^ dynastie, ré"-na 
vers 1210; donc les rois 25 à 34, dont les noms sont conservés sur la Liste des 
rois, ayant régné ensemble 108 ans, le 24e a régné vers 1318. Or, il a régné 
17 ans, le 23e, 26 ans, le 22o au moins 35 ans. Aucun de ces rois, dont les 
noms ne sont pas conservés, ne peut donc être Tuklat-Ninib, qui n'a régné 
que 7 ans. Il faudrait donc admettre, si le calcul fait d'après l'inscription de 
Bavian ne péchait par la base, que Tuklat-Ninib n'a pas été porté sur la Liste 
des rois de Babylone et que ses années de règne ont été réparties entre son pré- 
décesseur et son successeur. Mais cela nous jetterait dans des difficultés encore 
plus grandes. 

Deux autres contradictions surgissent encore, si nous comparons les données 
de l'inscription de Bavian avec celles de Nabonide sur Sagaraktiburias (ci- 
devant Sagasaltiburiais), et d'Asurbanipal sur Kudurnanhundi. Nabonide (555- 
539) dit que Sagaraktiburias régna 800 ans avant lui ; la fin du règne de 
Sagaraktiburias tombe donc entre 1354 et 1338, au plus tard en 1313 si nous 
nous donnons une latitude d'un quart de siècle. En plaçant le règne de Za- 
mama-sum-iddin en 1210, comme plus haut, le 24'^ roi de la 111'' dynastie, qui 
règne de 1335 à 1319, serait donc Sagaraktiburias ; son père, Kudur-Bel, régne- 
rait de 1361 à 1336, et le 22» roi de la dynastie, qui a régné .35 ans, serait 
monté sur le trône en 1396. Mais l'avènement d'Aménophis I\^ se place au 
plus tôt en 1401; donc, à cette date, Burnaburias II, son correspondant, ou en 
tout cas son fils Karahardas vivait encore. Le 22o roi de la 111^ dynastie serait 
donc Burnaburias II ou Karahardas et nous aurions, comme 23e et 24c rois, 
Kudur-Bel et Sagaraktiburias, c'est-à-dire que pour 4 des successeurs légitimes 
de Burnaburias II, son petit-fils Kadasman-harbe, Kurigalzu II, Nazimaruttas 
et Kadasman-Turgu, nous n'aurions pas de place. 

Enfin nous savons qu'Asurbanipal, qui prit Suse en 645, y trouva la statue 
de Nana que, 1635 ans auparavant, Kudurnanhundi 1, roi d'Élam, avait enlevée 
à Erech. L'expédition de Kudurnanhundi se place donc vers 2280, c'est-à-dire, 
d'après la chronologie tirée de l'inscription de Bavian, sous Hammurabi ou, au 
plus tard, sous Samsu-iluna, son fils. Mais tout ce que nous savons de ces 
deux rois s'oppose à cette conclusion. Au contraire nous savons qu'au moins un 
roi d'Érech régna sur une partie du territoire élamite, et l'invasion de Kudur- 
nanhundi, qui s'explique comme une réaction contre la domination d'Érech, 



356 HEVIE ARCHÉOLOGlyCE 

doit se placer, au plus lard, peu après la fiu de la deuxième dynastie d'Ur. Eu 
d'autres termes, il est impossible d'admettre qu'en 2280 Hammurabi fût déjà 
sur le trône de Babylone. 

Nous avons donc trouvé l'inscription de Bavian en contradiction avec toutes 
les autres données sur l'histoire de Babylonie et d'Assyrie, et toujours dans le 
même sens, c'est-à-dire quelle nous a toujours conduit à des dates d'une cen- 
taine d'années trop élevées. Au contraire, toutes les autres données s'accordent 
entre elles. Enfin, les historiens, sur la foi de l'inscription de Bavian, ont admis 
entre les fils de Tiglatpalasar l et les prédécesseurs d'Asurnasirabal une la- 
cune d'environ cent ans, qu'ils expliquent par un prétendu abaissement de 
l'empire assvrien. Mais cet abaissement reste lui-même inexpliqué autant que 
problématique. Une conclusion s'impose donc : le chitfre de 418 fourni par l'ins- 
cription de Bavian est faux, il faut lire '318, et, pour résoudre complètement le 
problème, il ne nous reste plus qu'à expliquer comment l'erreur a pu se produire. 
Elle n'est pas imputable au graveur assyrien ni à l'éditeur moderne, car 
M. Lehmann a constaté sur les estampages, et je me suis assuré moi-même, sur 
le rocher de Bavian, que le chiffre est, sans discussion possible, 418, dans les 
deux exemplaires où cette partie du texte a été conservée. La faute remonte 
donc à Sennachérib ou à ses scribes. La date de l'enlèvement des statues de 
Ramman et de Sala n'avait pas été conservée à Ékallaté, encore moins à .\sur 
ou à Ninive ; c'est plutôt à Babylone qu'elle aurait été inscrite comme une date 
glorieuse. Or, le même signe qui, formé de 4 clous, a, en assyrien, la valeur 
syllabique SA et la valeur numérique 4, s'écrit en babylonien avec 3 clous, et 
ne vaut plus que 3. Une confusion a donc pu se produire dans la transcription 
du babylonien en assyriep, et cela d'autant plus aisément que le signe des cen- 
taines, qui suit le 3, peut avoir, lui aussi, une valeur syllabique. En tout cas, sans 
même supposer de transcription, rien n'est plus facile qu'une confusion entre le 
chiffre 3 et le chiffre 4, et c'est bien ainsi qu'il faut expliquer l'erreur contenue 
dans le texte de Bavian. 

Naturellement M. Lehmann a dû contrôler les résultats chronologiques déduits 
de l'inscription de Bavian ainsi corrigée ; je ne retiendrai ici que la confir- 
mation tirée des documents de l'époque hellénistique. Suivant Bérose, la pre- 
mière dynastie après le déluge a duré 34.080 ans; le nombre cyclique le plus 
proche est 36.000. Les 1.920 années qui représentent la différence entre ces 
deux chiffres doivent marquer la période pour laquelle Bérose avait des rensei- 
gnements historiques sur l'histoire de Babylone. Cette histoire finit pour lui 
avec l'ère des Séleucides (311), et son ouvrage est dédié à Antiochus I, le se- 
cond des rois Séleucides. Or, si nous remontons 1.920 ans avant les Séleuci- 
des, nous arrivons à l'année 2231, sous le règne de Hammurabi (2244-2190), 
le fondateur de l'unité babylonienne. — Un texte de Simplicius, corrigé d'une 
manière plus que vraisemblable (è'twv -/tXiwv xa't èvaxoo-twv xpttov, au lieu de -/'^'wv 
y.'x\ iJL'jptâôwv Tptwv), rapporte que Callisthènes envoya à Aristote des renseigne- 
ments sur les observations astronomiques faites depuis 1.903 ans, soit depuis 
l'anni-e 2234 ou 2230. Il ne peut être question (|ue d'observations faites ù 
Babylone, carnous avons des documents astronomiques beaucoup plus anciens, 



nmLIOGUAl'iiit; 3g'y 

et, comme il ne s'est pas produit à cette date de piiefiomène astronoiui.iue im- 
portant, la seule raison qui a pu la faire prendre comme point de départ, c'est 
qu'elle a marqué l'unification de laBabylonie sous le sceptre de Hammara'bi, ce 
qui concorde parfaitement avec la solution de M. Lehmann. 

Les synchronismes ont naturellement amené M. Lehmann sur le terrain de 
l'histoire égyptienne, et il a proposé, pour les dates fixées par Mahler aux 
règnes de Thulmosis III (20 mars 1503 à i4 février 1449), et de Rums^s II 
(1348-1281), des corrections qu'il m.i parait intéressant de signaler. Il relève 
d'abord une contradiction entre les deux dates données par Mahler On compte 
139 ans depuis la mort de Thutmosis III jusqu'à l'avènement de Ramsès II 
Si donc Thutmosis III est mort en 1449, Ramsès II est monté sur le trône au 
plus tôt en 1311. Une des deux dates fixées par Mahler est fausse; c'est celle 
de Thutmosis. En effet la somme des années du règne d'.\ménophis I et de ses 
successeurs jusqu'à Séthos I ne peut être inférieure à230. Ori'avènemenl d'Amé- 
nophis I se place au plus tôt en 1561 ; celui de Ramsès ne peut donc être pos- 
térieur à l'année 1332. L'erreur de Mahler vient de ce qu'il suppose dans ses 
calculs que la fête de la nouvelle lune coïncidait chez les Égyptiens avec le jour 
de la néoménie véritable; or cela est inadmissible, car l'année égyptienne était 
une année solaire, et si les Égyptiens pouvaient faire des observations exactes 
sur la lune, ils ne pouvaient pas faire des calculs exacts : il faut admettre jus- 
qu'à preuve du contraire qu'ils fêtaient la néoménie au premier quartier visible. 
Il faut donc refaire le calcul de Mahler qui est le suivant : le 21 Pachon de la 
23° année de Thutmosis III, et le 30 Méchir de la 24» année du même règne 
marquent des nouvelles lunes. Comme l'avènement de Thulmosis se place le 
4 Pachon. le 21 Pachon est le 18« jour de la 23^ année; il manque donc, à 
cette date, 347 jours pour la fin de la 23<= année. Le 4 Pachon suivant, premier 
jour de la 24e année, était donc le 348e jour après le 21 Pachon de la 23e année : 
jusqu'au 30 Méchir de la 24« année, nous comptons encore 301 jours. Donc le 
21 Pachon de la 23« année et le 30 Méchir de la 24e, jours de néoménie, sont 
séparés par un intervalle de (348+301) 649 jours. Le 21 Pachon est le 6 avril 
de l'année commune, le 5 avril de l'année bissextile du calendrier julien, le 30 
Méchir, le 15 janvier. Il s'agit donc de trouver, aux environs de 1470, la période 
où ces deux dates sont celles de deux néoménies. Ce sont les années 1481-1479 
d'où nous déduisons, pour les dates de Thutmosis III, 1503-1449. Mais la nou- 
velle lune n'est gaère visible que 2 jours après la néoménie véritable; nous 
chercherons donc quels sont les jours du calendrier julien aux environs de 
1470, qui correspondent au 21 Pachon et au 30 Méchir, et parmi ceux-là ceux 
qui sont postérieurs de deux jours à une néoménie réelle. Le 19 mai 1493 et le 
27 février 1491, d'ailleurs séparés par un intervalle de 649 jours, remplissent 
cette condition. Les dates de Thutmosis 111 sont donc 8 mai 1515, 21 mars 
1461. Ce résultat cadre mieux que celui de Mahler avec les données de la chro- 
nologie babylonienne, car si nous mettions l'avènement de Thutmosis en 1503 
Aménophis IV régnerait au plus tôt en 1382 et comme Kudur-Bel ne peut pas 
se placer plus tard que 1330, il nous resterait pour les cinq successeurs de Bur- 
naburias II (contemporain d'Aménophis) environ 45 ans, ce qui est peu. 



368 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

L'indication chronologique sur le règne de Naram-Sin, fournie par un cylindre 
de Nabonide. donne naissance au second problème étudié par M. Lehmann. 
rs'abonide place Naram-Sin, roi d'Aganè, 3.200 ans avant lui, soit en 3750. Or, 
de l'invasion élamile (2280), nous pouvons remonter avec une approximation 
suffisante jusqu'à la première dynastie d'Ur (vers 2750), contemporaine de 
Naram-Sin. Il est en outre difficile d'admettre que l'écriture des plus anciens 
monuments de Telloh (vers 2700) soit postérieure à celle de Naram-Sin, et nous 
savons même positivement que Sargon d'Aganè et Naram-Sin son fils sont con- 
temporains et suzerains du patési de Telloh-Lagas, Lugal- u>;um-gal, que nous 
avons de bonnes raisons pour placer entre Eannadou II et Ur-Bau. 11 faudrait 
donc admettre d'une part que Gudéa régnait vers 2700, et, un peu avant lui, 
Ur-Bau, et que d'autre part Naram-Sin et Lugal-usum-gal vivaient vers 3750. 
Entre ces deux dates se placerait un millénaire absolument vide, et la même la- 
cune se retrouverait à Nippur et à Telloh : entre Ur-Gur d"Ur et Dungi d'Ur 
(Nippur) et leurs contemporains Ur-Bau et Gudéa (Lagas) d'une part, et Naram- 
Sin et Lugal-usum-gal d'autre part, nous ne trouvons pas un nom de souverain, 
ni à Nippur ni à Telloh. 

Si nous faisons abstraction de la donnée de Nabonide, celte lacune disparaît. 
C'est une indication : il faut donc corriger 3750 en 2750, ce (jui, pour les raisons 
déjà exposées, ne fait aucune difficulté. 

Je crois inutile d'insister sur l'importance des questions traitées par M. Leh- 
mann et sur l'élégance de ses solutions. Dans l'état actuel de nos connaissances, 
elles me paraissent décisives, et je suis convaincu que les découvertes futures 
ne pourront que les confirmer. 

Ch. FOSSEY. 

W. IlKLniG. Fûhrer durch die offentlichen Sammlungen klassischer Alterthû- 
mer in Rom. Deuxième édition. Tome II. Leipzig, Teubuer, 1890. 

Un mot seulement pour signaler l'achèvement de celte nouvelle édition d'un 
guide modèle. Les descriptions du Musée étrusque du Vatican et des collections 
du Collège Romain sont dues à M. E. Reisch et beaucoup plus développées 
que dans la première édition. 

S. R. 



Le Oéranl : Ernest Leroux. 



Iiiip. Garnis et G'*, Paris. — Section orientale A. Burdin, Angers 





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Revue AiiCHÉOLOGiQUE, 1899. 



PI. XVIII 





GROUPE DE LUTTEURS 
Bronze d'Antioche (Syrie) 



riiotoivple Brtihaod. PirU. 



F.vuE Archéologique, 1899. 



n. XIX 




ENFANT TENANT UN OISEAU 
Bronze de Séleucie (Cilicie) 



l*h'>fotT1<('^ Bif^haai. Paris 



REVUE 



ARCHÉOLOGIQUE 



PUBLIÉE SOUS LA D1F{ECTI0N 



DE MM, 



ALEX. BERTRAND ET G. PERROT 

MEMBRES DE L ' I N S T I T U T 



TROISIÈME SÉRIE. — TOME XXXV 

NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1899 







PARIS 


' 


ERNEST 


LEROUX, 


ÉDITEUR 


28, 


nuE 


BONAPARTE, 28 






1899 






Tous 


droits réserves 


, 



SOMMAIRE DE LA LIVRAISON 



TEXTE 

Deux staluelles d'Aphrodite, par M. Salomon Reinach 369 

Les colonies agricoles pré-romaines de la vallée du Hélis (fin), par M. Georges 

Bo.NSOR ...•'. 3/6 

Les reliques de la Sainle-Couronne d'épines d'Aix-la-Chapelle et de Sainl-Denis, 

par M. F. dbMély. . S92 

Un document nouveau sur Ja chronologie artistique et htléraire du v» siècle avant 

J.-C. par M. Théodore Rei.nach '399 

Les origines du moulin à grains, par M. Li.NDET 413 

Un nouveau préfet d'l{i,'yple, par M. Seymolr de Ricci 428 

Le liéros Sciros dans un vers incompris de la P/iarsa/e,par M. Salomon Heinach, 43i 
Précis desdécouverlesarchéoloi^iques faites dans le grand-duché de Luxembourg, 

de 1845 à lS97(stii7e),par }»i. Jules Keiffer. , . 439 

Bulletin mensuel de l'Académie des inscriptions 453 

Nouvelles archéologiques et Correspondance ; • • ^^^ 

Biblio,"-raphie : d. J. de Saint-Ve.na:>t. Anciens vases à bec (Salomon Reinach). 

2. Erich Haenel. Spiilgothik und Renaissance (S. Reinach). — 3. Arnold 

Heeren. l'e chorographia a Valerio Flacco adhibila (S. Reinach). — 4. Ad. 
Blanchet etPr. de'Villenoisy. Guide pratique de l'antiquaire (R. Gagnai). — 
5. Paul GiROD et Elie MA^sÉ.sAT.Les stations de l'âge du renne dans les vallées 
de la Vézère et de la Corrèze. I. Laugerie-Basse (Salomon Reinach).— 6. Hans 
Macowsry. Jacopo del Sellaio (Mary Logan). — 7. Joseph Fleurer, Fors- 
chungenzur îicilia solterranea(S. R.). — 8,'John L.MYREselMax Ghnefalsch- 

RiCMTER. A catalogue oflhe Cyprus Muséum... (S. R.) 472 

Revue des publications épigraphiques relatives à l'antiquité romaine, par M. R. 

Cag.nat ^81 

Table analytique de la Revue des publications épigraphiques 517 

PLANCHES 

XX. — Aphrodite. Statuette de bronze appartenant à M. Paul Dubois. 

XXI. — Slatuellf d'Aphrodite, d'après un moulage à Cologne. 



jV. ti. Tout ce qui est relatif à la rédaction doit être adressé à .M. Alexandre 

Bertrand, de l'Ins'.itul, au Musée de Saint-Germain-en-Laye (Seine-et-Oise), ou à 
M. G. Pe'rrot, de l'Institut, rue d'Ulm, 45, à Paris. 

Les livres dont on désire qu'il soit rendu compte devront être déposés au bureau 
de la lievue, 28, rue Bonaparte, à Paris, ou au Musée de Saml-Germain-en-Laye. 

L'Administration et le Bureau de la liPA'CE ARCHÈOLOGIQVE sont à la Libmairib 
Ernest Leroux, 28, rue Bonaparte, Pans. 

CONDITIONS DE L'ABONNEMENT 

La hevue Af.héulO'ji'iue parait par fascicules mensuels de 64 à 80 pages graud 
in-8, qui lûrmenl a la im de l'année deux volumes ornés de 2i- planches et de nom- 
breuses gravures inioroa'.ees dans le texte. 

P R 1 X : 

Pour Pans. L'n an 30 Tr. 1 l'our les départements. Un an,. 32 fr. 

Un numéro mensuel 3 fr. j Pour l'Elranger. L'n an 33 tr,. 

On s'abonne éKiiipmpnl ciiez tous les libraires des Départements et île l'Etranger. 



DEUX STATUETTES D'APIIUODITE 

(Pl. XX cl XXI.) 



Au mois d'octobre 1898, me Irouvant dans le cabinet de M. le 
D' Aldenhoven, conservateur du Musée de Cologne, je remar- 
quai avec surprise le moulage d'une statuette que la beauté du 
travail et sou état de conservation irréprochable signalaient 
également à l'attention. Au fond de quelle collection se dissimu- 
lait l'original d'un morceau de cette importance, dont je n'avais 
trouvé nulle trace dans les ouvrages d'archéologie? M. Al- 
denhoven ne put m'en instruire. Il me dit que le bon creux de 
cette statuette appartenait depuis longtemps à l'atelier de mou- 
lage du Musée de Cologne, qu'il y en avait des exemplaires dans 
plusieurs Musées de l'Allemagne et qu'une tradition, d'ailleurs 
très vague, voulait que l'original existât quelque part en Russie. 
Je pris un croquis do la statuette et interrogeai à ce sujet plu- 
sieurs connaisseurs, qui ne purent me donner aucune informa- 
tion. J'écrivis à M. de Kieseritzky, conservateur des antiques 
de l'Ermitage, qui, en ne me faisant point de réponse, parut me 
faire entendre ~- à sa façon — que lui-môme n'en savait pas da- 
vantage. Enfin, M. Arndt, le savant qui connaît peut-être le mieux 
aujourd'hui les monuments de la sculpture antique, m'écrivit de 
,Mimich, au reçu d'un dessin, que cette Aphrodite lui était com- 
plètement inconnue. Dans l'intervalle, M. Aldenhoven avait eu 
l'obligeance de m'en adresser un moulage, d'après lequel ont 
été exécutées les photographies de notre planche XXI. 

Abstraction faite du socle, évidemment moderne, la statuette 
qui nous occupe a 0"*, 48 de haut. Elle est absolument intacte. La 

ni*^ SÉRIE, T. XXXV. 24 



370 UEVUE ARCUEOLOGJoUi: 

cassure que la pholograpliic permet d'apercevoir au bras gauche 
résulte d"un léger accident survenu au cours du voyage et n'ac- 
cuse pas une mutilation de l'original. 

Cet état d'intégrité absolue est déjà fait pour motiver quelque 
suspicion; mais il y a d'autres indices qui tendent à jeter des 
doutes sur l'antiquité de la statuelle. La partie inlérieure du bras 
o-auche avec la main tenant un fruit, le bas des jambes et les 
pieds sont d'un style qui ne parait guère antique; en outre, le 
mouvement du bras gauche est incompréhensible. Si la déesse 
relève le bras droit, c'est parce qu'elle s'occupe, en quelque ma- 
nière, de sa toilette; on ne conçoit donc pas qu'elle puisse abais- 
ser le bras gauche, à moins de tenir un miroir ou l'extrémité de 
quelque lien dont elle mainliendrait l'autre bout de la main 
droite. Or, la main droite ne lient rien du tout et n'a jamais rien 
pu tenir, les doigts repliés adhérant à la paume, tandis que la 
main gauche tient une grenade. Dira-t-on que la main droite va 
saisir une toulîe de cheveux? Gela est également inadmissible, 
car la chevelure est parfaitement nouée en arrière et contenue, 
sur le devant, par un bandeau. La conclusion qui s'impose, 
c'est que nous sommes en présence du moulage non d'un ori- 
ginal antique, mais d'un original restauré ou d'une copie com- 
plétée. 

Toutes réflexions faites, j'opinerais pour la copie complétée. 
En ellet, bien que le caractère de l'ensemble soit évidemment 
antique, il y a, particulièrement dans le dos, quelques maigreurs, 
quelques sinuosités aiïectéesqui trahissent le style d'un élève de 
Canova plutôt que d'un sculpteur de Tantiquilé. Je crois que l'ar- 
tiste moderne a eu sous les yeux un torse et une tête antiques 
eu bronze, avec un bras droit presque inlact et l'attache du bras 
gauche. C'est cette attache, indiquant un mouvement de haut en 
bas, qui lui a inspiré l'idée malencontreuse de laisser tomber 
le bras gauche en plaçant un attribut insignifiant dans la main. 
La tète qu'il a copiée était bien celle de la statuette; on peut se 
demander seulement si quelques détails, par exemple les trois 
clous ou appliques, qui décorent la jjarlie inférieure du bandeau, 



DLUX tjTATUKTTES b^\ IMI Hi)l» l lE 371 

110 soiil pas (les additions dues à sa fantaisie . Les deux ijiaceiets 
passés au bras droit me semblenl antiques ; un moderne ne les 
aurait pas figurés si simples et si massifs. Quant aux pieds, j'in- 
cline à croire qu'ils n'existaient pas dans rori<^inaI ; on y sent le 
même idéal de beauté un peu mièvre qui a inspiré le modelé de 
la main droite. 

Sitôt en possession du moulage, je me souvins d'avoir vu 
chez M. Paul Dubois, membre de l'Institut et directeur de 
l'Ecole des Beaux-Arts, une statuette en bronze analogue à celle 
de Cologne, mais mutilée. M. Dubois avait bien voulu m'en 
donner une photographie, d'après laquelle a été exécuté le des- 
sin au trait qui ligure au tome II de mon Répertoire de la sta- 
tuaire (p. 341, n" 2). Notre planche XX reproduit cette photogra- 
phie avec quelque lourdeur, mais suffit à donner une idée de la 
haute qualité de l'original. 

Dans son état actuel, cette statuette a û'",45 de haut; le dos, 
qui présente un grand trou à la partie supérieure, est moins bien 
conservé que le devant. La tête est tout à fait intacte; les 
yeux sont encore remplis d'une sorte d'émail blanc où la pupille 
est indiquée par une dépression. L'heureux possesseur de cette 
œuvre charmante m'a raconté qu'il l'avait acquise, vers 1880, 
d'un marchand qui la tenait de feu Joly de Bammeville, le col- 
lectionneur bien connu par les mains duquel ont passé tant de 
bronzes antiques de grand prix. Oii et quand M. de Bammeville 
avait-il acheté celui-là? C'est ce que personne n'a pu me dire; 
peut-être M. Froehner le sait-il. 

Tout récemment, j'ai transporté mon moulage dans le salon 
de M. P. Dubois et là, avec l'aide de cet artiste émincnt, j'ai pu 
le comparer à la statuette de bronze dont il reproduit si lidèle- 
ment le motif. Comme la hauteur des deux figures estla même, je 
crus d'abordque celle de Cologne n'étaitiju'un moulage complété de 
celle de M. Dubois ; mais une étude plus attentive me prouva que 
les diiïérences de style sont très sensibles entre ces deux; mor- 
ceaux. La statuette parisienne est d'un aspect plus vigoureux ; 
la tète est plus ronde, les formes plus amples et moins sinueuses; 



372 REVUE ARCnÉOLOGIQUE 

tous les caractères qui rendent suspect le moulage de Cologne — 
y compris les trois tètes de clou sur le bandeau — sont absents 
de la slatuelle de M. Dubois. On y sent encore comme le voisi- 
nage du style du v^ siècle, déjà altéré par la recberche de l'élé- 
gance, mais non supplanté par celui du iv-'. Si l'on pousse 
plus avant la comparaison des doux figures, quelques observa- 
tions intéressantes se présentent d'elles-mêmes. Dans A (j ap- 
pelle ainsi le bronze de M. Dubois), l'avant-bras droit olîrc un 
renflement que j'avais pris d'abord pour la trace d'une toulTe de 
cheveux; mais le rapprochement avec B prouve qu'il s'agit des 
restes d'un bracelet. Le mouvement initial du bras gauche est 
identique dans les deux statuettes, preuve que le bras gauche de 
B n'est pas entièrement moderne. Enfin, l'arrangement des che- 
veux, serrés par un bandeau qui entoure deux fois la tête, est 
•presque identique ; je dis presque^ parce que les petites dilTérences 
que Ton constate sont trop importantes et trop nombreuses — 
surtout dans la région du chignon — pour qu'on puisse parler 
d'une copie servile ou songer à un moulage. Mais le fait que ces 
deux têtes se ressemblent tellement et présentent exactement la 
même inclinaison prouve que la tète de B reproduit un original 
antique — original remontant à l'époque de Praxitèle, comme 
suffirait à l'attester le double bandeau, pareil à celui que portent 
les têtes antiques où l'on a reconnu des copies de l'Aphrodite 
Cnidienne '. 

Il serait donc, à la rigueur, admissible que A, avant d'avoir 
appartenu à M. de Bammeville, ait été moulé quelque part en 
Italie, que ce moulage ait été copié librement et complété par un 
artiste du commencement de ce siècle et que la restauration ainsi 
obtenue ait été moulée à son tour. Plusieurs motifs me font tou- 
tefois hésiter à admettre celte hypothèse. Gomment expliquer, 
par exemple, les deux gros bracelets simples du bras droit de B, 
alors que le bras de A n'olfre qu'une trace de bracelet supérieur, 



\. Voir, par exemple, la belle tôle du Musée de Toulouse, que je viens de 
publier dans le Gxiidc illuslré du Musée de Saint-Germain, p. 82, (ig. 50. 



DEUX STATUETTES D APHRODITi: 



373 



sans aucun ornement de ce genre aulour du poignet? (lelto objec- 
tion n'est cependant pas sans réplique, car si la trace du bracelet 
supérieur de A pouvait suggérer au sculpteur inconnu l'idée de 
le restituer sous l'aspect d'un bourrelet simple, il pouvait aussi 
trouver à sa convenances de figurer un bourrelet analogue autour 
du poignet droit. 

Le type de A et de \i ne se rencontre pas pour la première fois 
dans l'art antique. Parmi les répliques de ce motif, qui sont 
presque toutes de petits bronzes, la plus belle qiio l'on connût 
jusqu'à présent est au Musée Britannique; 
le croquis ci-joint, emprunté à notre Reper- 
toit-e', en donnera une idée'. Dans cette 
statuette, le bras gaucbe s'abaisse, puis se 
relève brusquement au coude; l'attitude des 
deux mains indique qu'elles tenaient un ob- 
jet de parure, fil métallique ou collier, que la 
déesse se disposait à passer autour de son 
cou. C'est, comme l'ajustement dit M. Mur- 
ray', une attitude analogue à celle du Dia- 
dumène de Polyclète, lequel paraît avoir été 
reproduit, mit/atis miitandis, dans l'école de 
Praxitèle et plus tard encore. Lastatuette du 
Musée Britannique, comme celles que figurent nos planches, 
suggère immédiatement la pensée de cette école; si Praxitèle 
n'a pas inventé le motif, qui peut être plus ancien que lui, il pa- 
raît infiniment probable qu'il l'a utilisé et a contribué à le rendre 
populaire. Cette popularité n'est pas seulement attestée par le 
nombre relativement considérable des statuettes analogues à 
celle du Brilish Muséum et aux nôtres, mais par l'existence de 
deux types qui en dérivent. L'un d'eux, représenté par un bron/e 




Aphrodite 
(Musée Britniiiiirfiie.) 



1. Répertoire de la statuaire, t. H, p. 3il, 4. La mùme figure a été reproduite 
par erreur, ibid., p. 343, 10. 

2. Wallers, Catalogue of the Bronzes in the British Muséum, Londres, 1S09, 
pi. V, n° 1084 ; Murray, Greek Bronzes, p. 69. Autrefois dans la collection Pour- 
talcs (n" 562). Hauteur 0"S25. 

3. Murray, Greek Bronzes, Londres, 1898, p. 72. 



37i IlEVUE ARCHÉOLOGIQUE 

do Santorin au Musée de Berlin', se dislingue par l'allitudo du 
bras gauche, abaissé et tenant vraisemblablement un miroir; 
Vautre, de beaucoup le plus fréquent et qui a sans doute subi 
Tinlluence de la célèbre Aphrodite d'Apelles, est celui do la déesse 
debout, tenant une touiïo do ses cbevcux de chaque main-. Ce 
motif est tellement familier aux archéologues, que M. Walters, 
décrivant la statuette du British Muséum, lui a donne le nom 
àWpItrodite Aiiadyoïnhie — a tort, certainement, puisque les che- 
veux de l'Aphrodite do Londres sont arrangés avec art et ne 
laissent pas échapper de torsades, comme il conviendrait à la 
déesse sortant des flots \ 

Faut-il se contenter d'admettre, sur cette série de statuettes, 
l'influence d'un ou de plusieurs types popularisés par Praxitèle, 
ou peut-on citer une œuvre de cet artiste dont nos statuettes se- 
raient des copies ou des variantes? M. Klein est de ce dernier avis* 
et affirme, comme une chose désormais incontestable, que la 
statue de Praxitèle, dite Pséliione/ié i^av Pline et Tatien *', n'était 
autre qu'une Aphrodite de bronze ajustant à son cou une grande 
chaîne d'or '"' — l'original de la statuette du British Muséum et de 



1. Iviein, PraxUeles, fig. 50. Voir aussi le Catalogue Hoffmann, vente de d899, 
pî. XXXV (544). 

2. Aux statues et statuettes qui reproduisent ce motif et qui ont été réunies 
dans le Répertoire, je peux ajouter un exemplaire de Berlin {Jahrb. ih'r preuss. 
Kumtsarnml., 1898, t. XIX, p. lui, pi. I), un de la collection Colonna à Rome 
(Arndt, Einzclvcrkauf, n° 1144), un de Dresde (Mettner, 4" éd., p. 51, n" 160, 
bronze), un d'Hadjin (Chantre, Mission en Cappadoce, p. 152, fig. 122, bronze), 
un de Leyde (Leemans, pi. XXVII, 156, bronze), un de la collection E. de 
Rothschild à Paris (Gazette Jos Beaux-Arts. 1899, I, p. 360, calcédoine). 

3. En revanche, l'Aphrodite du même Musée, n" 10S5, tient une toulTe de 
cheveux dans la main droite ; M. Klein a donc eu tort (comme le remarque 
M. Walters) de la faire figurer dans la même série. 

4. Klein, Jahrb. des Jnst., 1894 (t. IX), p. 248; Praxitelcs, p. 288; Praxite- 
lische Studien, p. 61 ; cf. Furtwaengler, Philol. Wochenschrift, 1898, p. 3C9 ; 
Collignon, Hist. de la sculpt. grecque, t. II, p. 279. 

5. Pline, Hist. Sat., XXXIV, 69: {fecit ex aère) stephanusam,pscUumenen, 
canephoram (?;. Tatien, C. Graec., 56, p. 122: a7:'.AO'j(xïvov (corr. -^/sX-.o-jhevôv) ti 
yjva-.ov TlpyL^i-i'/Xii i>jr,\>.io'jpyr,>jVJ. 

6. Eine grosse goldene Kelte, die die Gottin um ihren Hais legt (Klein, Praxi- 
teles, p. 282). L'auteur reconn;iît très arbitrairement celte statue dans celle que 
décrit à Byzance GhrisloJore, "E/.5p., v. 99-101. 



DEUX STATL'KTTF.S i/aIMIUODHK 375 

SOS congénères, lininn avait dc'-jà ou la nirmo iiiôo, mais l'avail 
exprimée avec une résorvo plus scioiililii|uo. « La Pstllvanchié, 
(liL-il, était une femme qui passait nue parure autour (K^ son cou 
ou (le son bras, motifs dont les similaires ne sont pas rares dans 
les polits bronzes venus jusqu'à nous '. » La liste de ces petits 
bronzes a été dressée par M. Klein, mais il ne semble pas qu'il y 
ait trouvé d'argument décisif à l'appui do sa tlièse. Cependant il 
faut tenir compte de son observation loucbant l'analogie du 
motif de la prétendue Psélimnéne hycc celui de la Diane de Gabies, 
considérée partons aujourd'luii comme la copie d'un original de 
Praxitèle; et le fait que le bandeau qui entoure les cheveux, dans 
les deux statuettes que nous publions, est exactement disposé 
comme celui de riVphrodito de Cnidc, peut aussi, sans doute, 
être invoqué dans le môme sens. 

La publication que nous avons fait du plâtre d(' Cologne a sur- 
tout pour but d'appeler l'attention des collectionneurs et des 
conservateurs de Musées sur l'intérêt qu'il y aurait pour la 
science à en retrouver l'orig-inal. Nous avons dit pourquoi il pa- 
raît peu vraisemblable que cet original soit la statuette même de 
M. Paul Dubois; ajoutons qu'un artiste, qui aurait si fidèlement 
copié la tête et l'attitude, en eut difficilement modifié à co point 
les proportions et la structure. Si le modèle que cet inconnu do 
talent a eu sous les yeux est une variante un pou plus tardive du 
bronze appartenant à M. Dubois, c'est là une œuvre d'une haute 
importance pour l'histoire de l'art et dont l'exhumation, même 
au prix de longues recherches, ne paraîtrait pas payée trop cber. 

Salomon Reinach. 



1. [jiunn, Gesch. dcr griechiscken Kmstler,l. I, p. 343. Evidemment, Brunn 
pensait aux figurines qui semblent passer un collier, car je n'en connais pas qui 
soient censées mettre des bracelets. Miss Jex-Blake a traduit pscliumencn par 
« clasping a bracelet on her arm », alors que sa collaboratrice Miss Sellers, 
dans sa note sur ce passage de Pline (Plhv/s history of art, p. 56), trouve un 
unalogrtus motive dans un petit bronze de Cassel, publié par M. l\loin, où il s'agit 
non d'un bracelet, mais d'un collier. 



LES 

COLONIES AGRICOLES PRÉ-ROMAINES 

DE LA VALLÉE DU BÉTIS 



{Suite et fin)\ 



IV 

CLASSIFICATION DES SÉPULTURES 

Les premières sépultures. — Les plus anciennes sépultures des 
Alcores sont probablement celles qui furent signalées au bas du 
récif de rochers, sur la penle en vue de la plaine. Elles présen- 
tent une fosse informe pleine de terre contenant des détritus, où 
se trouve enfoui un squelette dans la position accroupie. Je 
n'ai pas eu l'occasion d'examiner assez minutieusement les ves- 
tiges que fourniront ces sépultures; j'y ai bien reconnu, cepen- 
dant, des débris d'une poterie grossière primitive et la position 
accroupie des squelettes. L'inhumation dans la position em- 
bryonnaire a été signalée sur différents points delà Péninsule : à 
Cabeço d'Arruda, dans la vallée du Tage, sous des amas de co- 
quilles^; à Alcoy, près d'Alicante, dans une caverne où apparu- 
rent dix-huit squelettes dans celte position'; à Piles, près de 
Tarragone, on trouva des squelettes repliés sur eux-mêmes dans 
des fosses circulaires* ; sur le littoral des provinces de Murcie et 

1. Voir la Revue archéologique de juillet-août 1899, 

2. Cartailliac, Les (^ges préhistoriques de l'Espagne et du Portugal, 1886, 
p. 57. 

3. Juan Vilanova y Picra, Memorias de la Arad. de la Uisl., 18S9, p. G7. 

4. Boledn de la Acad. de la lU^l., vol. XXII, p. 105. 



LES COLONIES AGRICOLES PRÉ-ROMATNKS 377 

d'Almôrio, ils fiiroul signalés par MM. Siret sous des dalles do 
pierre ou dans des urncs-cercucils'. 

Nous avons vu que les silos ou fosses souLerraiucs des pre- 
mières habitations indigènes, dont j'ai exploré l'importante 
station du Campo Real, nous donnèrent des ossements liimiains 
en désordre. Gomme il existe diverses opinions au sujet de dé- 
pôts semblables qui ont été signalés ailleurs, j'ai cru devoir 
présenter, de ceux des Alcores, un relevé minutieux, pour per- 
mettre au lecteur de conclure lui-même'. 

On a supposé : 1" que ces Indigènes sacrifiaient leurs sembla- 
blcset mangeaient parfois de lachairhumainc;2° qu'ilsdépcçaient 
les cadavres; 3° qu'ils laissaient pourrir les corps en terre pour 
en recueillir ensuite les ossements dans les souterrains de leurs 
cabanes. 

Celte dernière hypothèse, celle d'un second ensevelissement, 
semble le mieux convenir aux ossements trouvés dans ces silos. 
Ils n'auraient pas été décharnés, cependant, par une lente décom- 
position; ils paraissent plutôt avoir subi une opération violente, 
démontrée par les crânes brisés dont les parties sont disséminées 
et par la disparition de la plupart dos petits os, les vertèbres et 
les phalanges. Ces observations sembleraient confirmer l'exis- 
tence d'une antique coutume ibérienne rapportée à deux reprises 
dilTérentes par Silius Italiens' et d'après laquelle il paraîtrait 
que les Indigènes exposaient les cadavres à l'air pour être dé- 
vorés par les oiseaux do proie. 

Les détritus qui couvraient ces vestiges humains contenaient 
de belles haches de pierre polie, de longues lames de silex, de 
petits croissants en terre cuite aux extrémités perforées et de 
nombreux débris de poterie, parmi lesquels des fragments de 
grands plats dont la forme caractérise la céramique de ces pre- 

1. II. el L. Siret, les premiers âges du métal dans le sud-est de rEspagnc, 
Anvers, 1887 ; Boletin de la Acad. de la liist., vol. XII, p. 90. 

2. Voir les chupilres Nécropole de VAcébuefial et El Campo Real. 

3. « Dans l'Ibérie, un ancien usage veut qu'on abandonne les corps morts 
en pâture à un vautour imaionile « (Silius Italicus, Les Puniqws, liv. XIII, 
V, 471, et liv. III, v. 340). 



•HS REVUE ARCnÉOLOGIQUE 

miers temps. Aucune trace métallique n'a été relevée dans ces 
détritus. 

Le cuivre, sous la forme d'anneaux et de bracelels, se présente 
à Bencarron dans un tumulus à inhumation accroupie collective 
oij dix cadavres avaient été déposés, sans aucun ordre, dans une 
excavation entourée de dalles dressées. 

]\ou.s n'avons découvert qu'un seul tumulus de ce genre; j'en 
ai enlevé plusieurs crânes pour les soumettre, avec d'autres pro- 
venant des silos primitifs, à l'examen des spécialistes; il serait 
difficile de les confondre, car les types dillèrent notablement : 
ils doivent représenter deux étapes distinctes des premières 
populations de ces collines. 

Llncirinration. F^es colons africains. — La plupart des objets 
de style oriental, sortis du sol des Alcores, proviennent de sé- 
pultures à incinération que je crois pouvoir attribuer à des colons 
agriculteurs, venus d'Afrique (probablement d'origine asiatique), 
que les ïyriens implantèrent dans la vallée'. 

Le procédé d'incinération le plus ancien paraît être celui 
signalé à l'Acébucbal sous les tertres A,B, C, F : il consistait à 
brûlerie corps sur un bûcher dressé directement sur le sol, k 
couvrir les cendres, laissées surplace, d'un lit de tessons d'am- 
phores et à élever ensuite par dessus un tumulus. Quelques 
variations dans la manière d'incinérer se sont présentées sous 
d'autres tumulus, qu'il faut cependant rattacher à ce premier 
procédé; citons : 

Le tumulus de l'Alcanlarilla, où la crémation s'était effectuée 
dans une fosse rectang-ulaire de peu de profondeur, présentant, 



1. La découverte, en 1887, de la nécropole de la Punta de la Vaca, près de 
Cadix, est venue confirmer, chez les Gadirites, la pratique de l'inhumation phé- 
nicienne, telle qu'elle a été reconnue à Gebal et à Sidon. 

Le roc manquant dans cette partie de l'île de Cadix, on avait dû former les 
caveaux avec de grandes pierres enfouies dans le sol ; c'est dans un do ces ca- 
veaux qu'on trouva le beau sarcophaire anthropoïde du Musée de Cadix. 

On n'a pas découvert ailleurs sur la côte, ni dans l'intérieur du pays, de tom- 
bes phéniciennes authentiques. Voir, sur le sarcophage anthropoïde et les tombes 
de Cadix : De Laigue, Les nécropoles 'plicnicknnes en Andalousie {Unnie ar- 
chéologique, t. XXXIII, p. 328). 



LES COLONIES AGRICOLKS PUK-UOMAINKS 



:m 



au nord, un réceptacle formd de tessons d'amphores, dans lequel 
on avait probablomonl brûlé les oiïrandos funéraires. 

Le lumulus de la Canada de Kuiz Sanchcz nous ollrit une 
fosse profonde qui devait contenir le bûcher entier. On y 
Irouva au fond un bassin on cuivre qui occupait sur les cendres 
l'endroit même delà poitrine du défunt. Une aiguière, do fabri- 
cation phénicienne comme le bassin, fut découverte du côté des 
pieds, à l'extrémité occidontab^ de la fosse. 




Fig. 141 à 157. — Objets de cuivre et de brouze, sous les luciuérés. 

l'ig. 1 :'i 6. — Ciseaux et poinçons provenant des puits à détritus M de rAc('d)uoiiaI. 

Fig. 7 et 8. — Pointes de llèclies. Acébuclial. 

Fig. 9 et 10. — Pointes de lance. Envii-ons do Carniona. 

Fig. U. — Acébuchal. 

Fig. 1-. — Lame trouvée parmi les dc'tritus sous l'enceinte cyc'opéonne adossi'c à la roche de 

FAcélmclial. 

Fig. 13. — Pointe do lance provenant d'un tumuhis à incinération (Canada de las Cabras). 

Fig. l'i, 15 et 17. — Couteau, hache ei scie, d'une sépulture de Las Cumbres. 

Fig. 16. — Grande hache de bronze (El Judio). 



C'est avec les Incinérés qu'apparaissent sur les Alcores les pre- 
miers objets de fer. Dans la fosse de la Canada de Ruiz Sanchcz, 
que je viens de citer, on signala, à droite du crâne, quelques ves- 
tiges d'armes de fer, où se reconnaissaient plusieurs petites 



380 REVUE ARCnÉOLOGlOUE 

pointes de flèches, une lig"e aux extrémités garnies do boules et 
deux grandes lames de lances. 

Parmi les objets exotiques comprenant le mobilier funéraire 
des Incinérés, objets qui décèlent leur origine étrangère, il faut 
citer les œufs d'autruche et les ivoires gravés. 

Les plus remarquables de ces objets en ivoire sont les plaques 
à godets, historiées et découpées à jour, qui étaient brûlées avec 
le cadavre ou jetées dans le foyer avant qu'il ne fut complètement 
éteint. Le feu ayant fait éclater Tivoire dans tous les sens, il fallut 
passer toutes les cendres de la fosse au tamis, afin de rechercher 
les morceaux disséminés et les réunir de nouveau. 

On ignore l'usage ou la signification funéraire de ces plaques 
à godet; je n'ai trouvéjusqu'ici dans les musées que deux objets 
desquels on pourrait les rapprocher. 

C'est d'abord la plaque de schiste décrite par M. ITeuzoy' — 
dont une partie est au Louvre et l'autre au Musée Britannique 
— sur laquelle se déroule, autour d'un godet, une série de figu- 
res d'un relief plat représentant des guerriers en marche. 

L'autre objet est au Musée de Berlin; c'est une boîte ronde en 
bois, où l'on voit représentés, dans quatre divisions autour d'un 
godet, un griffon, un lion, deux gazelles et un ibex*. Ces deux 
objets proviennent d'Egypte. 

Par le stylo et l'exécution de la gravure, les plaques de Car- 
mona se rapprochent surtout des ivoires rapportés de Nimroud 
(Kalah) au Musée Britannique, oîi ils sont classés comme étant 
l'œuvre de graveurs phéniciens, remontant de 830 à 700 avant 
.T.-C. 

Nos premiers colons, les Incinérés, s'établiront aux abords de 
la plaine dont ils entreprirent l'exploitation à Taide dos Indigènes. 

Sur les emplacements qu'ils occupèrent, j'ai trouvé, disséminés 



1. L. Ileuzey, Bévue archéologique, t. XV, p. 145 et 33'». 

2. Celte IjoîIo, rapporlre par Lepsius en 18i2, sorail sortie, à Saqqarah, de 
la tombe d"(in étranger, proplièle de Baal et «l'Aslarotli. ID'après MM. Setlie et 
Naville, elle serait un produit de l'industrie syrienne ou phénicienne. Cf. II. 
Naville, Revue archéologique, t. XXXIll, p. 1. 



LliS COLONIES AGHU:oLi:S l'HÉ-KOMAINES 



381 



dans la terre, de nombreux éclats de silex dentés appartenant 
à la faucille qu'ils employèrent. La forme particulière de cet ins- 
trument nous a été indiquée par M. Flinders Pétrie, qui trouva 
en Éijypte un exemplaire bien conservé de cette faucille '. Celle-ci 
était en bois et présentait au tranchant de la lame une rainure 
dans laquelle des silex dentés étaient enchâssés avec du bitume. 
En Espagne, ces silex dentés ont été confondus avec les scies 
des stations préhistoriques proprement dites. MM. Sirct, dans 
leur exploration du sud-est, déclarent n'en avoir pas trouvé dans 
les sépultures, mais parmi les vestiges des habitations, à l'Algar, 




Fig. 1.j8 à 165. — La faucille à silex; silex deutés de rAcébuchal. 

à Cuartillas, à Fuente Alamo; la station d'El Oficio leur en 
fournit environ cent cinqua.ute, dont deux exemplaires portaient 
encore des croûtes de bitume». 

On n'a pas jusqu'ici signalé de silex, présentant cette taille 
particulière, dans le nord ou le centre de la Péninsule. A l'Acé- 
bûchai nous les avons trouvés un peu partout; on pouvait tou- 
jours s'attendre après la pluie à en ramasser plusieurs, à ileur de 
terre, principalement dans le voisinage des tumulus A, B, C, D 
et dans le bas des Alcores, sur l'emplacement des habitations 
indigènes, sous les Incinérés. On y trouve aussi sur le sol des 

1. Flinders Pétrie, Illahiin, Kahun and Gurob, pi. VII, fi},'. 27. 

2. H. et L. Sirel, Les iiremiers àjcs du métal dans le sud-est de l'Esjja'jnc, 
p. lUO. 



382 UEVUE AUClIÉOLOGlnUE 

nuclei, ainsi que dos pierres qui auiaieiil pu servir de percuteurs 
pour la producliûii de ces silex. 

C'est eu vaiu que je les ai cherchés parmi les vestii^'-es d'occu- 
pation antérieure à l'incinération; au Gampo Real, par exemple, 
oii l'exploration d'une trentaine de silos ne m'a pas permis, 
malijré un examen minutieux des détritus, d'en découvrir un 
seul. 

J'ai fait exécuter, d'après la faucille de M. Tetrie, un modèle 
en bois, dans la rainure duquel j'ai introduit les silex que j'avais 
réunis à l'Acébuchal (fig-. 158). L'occasion s'étant présentée dans 
la suite d'essayer cet instrument, j'ai pu constater avec quelle 
facilité il brisait les tiges du blé, malgré l'usure des silex qui au- 



/ 



Fi". 16G et 167. — La faucille L'gyptieuue d'après uue peiuturc du Louvre. 

raient jadis été rejelés par lesmoissonneurs comme hors d'usage. 

On connaissait depuis longtemps la forme de cette faucille par 
les peintures murales égyptiennes reproduisant les scènes de la 
moisson' (fig'. IGG et IG7) ; mais on était loin de supposer, avant 
la découverte de M. Pétrie, qu'elle était armée de silex. 

M. de Morgan a dernièrement découvert à Suse un grand 
nombre de silex dentés, quelques-uns portant encore le bitume 
avant servi à les fixer dans le bois'. 

En Egypte, M. de Morgan' croit devoir faire remonter l'appa- 
rition de cet instrument à la première conquête de la vallée, 
sur les Indigènes, par des rois agriculteurs venus d'Asie, qui 

1. Voir au Louvre, Travaux arjiHcoles, Salle civile E. 

]1. J. de Morgan, licvue arcJicolorjique, t. XXXIV, p. 17. 

3. J, de Morgan, llccherdies sur les oriyines de l'Éjuplc, 1897, p. 9i. 



LLS COLO.NIKS AC.lUnoLKS Pi;i>i;oM.\ l.NKS .'{S.'j 

priiliquaieiil riiiciiiéralioii cl iIomI il a exploré les loniljcaux à 
Néi^adah, coninie M. Améliiieau à Abydos. 

11 csl [([■i.habic (juo celle eonquêle ne s'arrèla jias à i l'i-yple 
el (lu'elle .s'éleiulil sur la cùle vers l'occideiil; c'esl ce (jiie de 
nouvelles découverles nous apprendronl un jour. 

11 laudrail rechercher en Tunisie ces élémculs de faucille, les- 
quels, unis au rile de Tincinéralion, nous permellraienl dès lors 
d'élablir un rapprochemenl d'origine enlre ces premiers l^]gyp- 
licns qui incinéraienl, lesLiby-Phéniciens de lalJyzacène el nos 
colons (le Turdélanie. 

Liis TuKUÉTANS. — 11 arriva un nionienl où loule l'exploilalion 
agricole de la Véga, organisée par les Incinérés, passa entre les 
mains de nouveaux maîtres qui ne brûlaient pas les morts. Dans 
la plupart des nécropoles, nous trouvons leurs lumulus accompa- 
gnant ceux des premiers colons. Dans le groupement de ces 
lumulus, ceux qui couvrent des sépultures à inhumation soni 
généralement les plus grands; ils se trouvent parfois assez éloi- 
g'nés des autres, cherchant surtout à occuper la partie la plus 
élevée du terrain, tandis que les Incinérés avaient une tendance 
à se rapprocher le plus possible du bord des Alcores, en vue de 
la plaine. 

Ces lumulus à inhumation présentent un caveau rectang'ulaire 
taillé dans le roc, ou creusé en pleine terre avec les parois renfor- 
cées de pierres plates, ou bien encore construit en maçonnerie 
de pierres et d'argile. Ils étaient recouverts de g-randes dalles. 

Le squelette, dans ces caveaux, est couché sur le dos ou sur 
le liane; les jambes sont lég-èrement repliées; le crâne apparaît 
invariablement à l'ouest et à côté de celui-ci se trouve une coupe, 
une coquille ou un demi-œuf d'autruche contenant parfois du 
vermillon. Peut-être en peignait-on le visag-e du défunt. 

L'usage funéraire de ces petits vases contenant du vermillon 
remonte aux premières sépultures indigènes. On en a trouvé 
plusieurs dans les silos parmi les ossements eu désordre ; des pa- 
tères perforées ont aussi été relevées à côté des crânes des Ac- 
croupis de Bcncarron; sous le tuuuilus del Maza^oso, c'est une 



384 REVUE AllCriÉOLOllIQUE 

pierre plaie qu'on trouva près du squelette cl sur laquelle quelques 
traces de vermillon indiquaient qu'elle avait servi de palette. 

Les ornements personnels du défunl_, recueillis dans ces ca- 
veaux à inhumation, comprennent des broches, des perles de col- 
liers, des anneaux, des pendants d'oreilles et des boucles de 
ceinturon; la plupart de ces objets paraissent être des produits 
de l'industrie phénicienne. 

C'est aux Indigènes (les Turdétans), initiés à la civilisation 
orientale par le voisinage des comptoirs phéniciens, qu'il fau- 
drait rapporter ces sépultures à inhumation sous tumulus. 

Les premières données historiques sur l'Espagne nous appren- 
nent que les Turdétans se révoltèrent contre les Phéniciens, qu'ils 
cernèrent leurs villes maritimes — peut-être les seuls points du 
pays que ceux-ci possédaient en réalité — et qu'ils massacrèrent 
les colons établis dans les campagnes *. 

On croit que cet événement doit remonter à l'époque où Tyr 
passa sous la domination assyrienne, quand les colonies aban- 
données s'émancipèrent de la métropole. 

Gadir aurait été assiégée plusieurs fois par les Turdétans 
avant de succomber. Macrobe' raconte la défaite de Theron, 
petit roi de Bétique, qui l'avait attaquée par mer. Un passage de 
Vitruve' semble indiquer que les Turdétans, dans la suite, au- 
raient réussi à s'emparer de Gadir, d'où ils furent chassés plus 
tard par les Carthaginois. 

Ce serait pendant cette période de l'indépendance turdélane 
que les Grecs visitèrent la Tartesside, dont ils vantèrent les mer- 
veilles et les richesses. Il paraîtrait que les Phocéens auraient 
même fondé des colonies sur la côte bastule, dont la plus occi- 
dentale, Maenacée' ou Menaça, aujourd'hui Almuùecar, fut 
probablement détruite par les Carthaginois. C'est peut-être la 
présence des Grecs dans ces parages qui détermina les Carlha- 

1. Juslin, Ilist., XLIV, 5. 

2. Macrobe, Sulurn., I, 21. 

3. Vilruve, Archileclure, X, 13. 

/i. Slrabon, Géorjr., liv. 111, ch. iv, 2. 



Li:S COLONIES \GR1C0LL;S l>HÉ-I\O.MAlNES 385 

ginois à s'emparer de loiiles les anciennes villes ])liénicienncs 
du liitoral. Plus lard, ils se proposèrent de réoccuper les cam- 
pagnes; pour y parvenir, ils transportèrent en Espagne de nom- 
breux Lihy-Piiénicicns qui remontèrent le iJélis et reprirent aux 
Turdéluns les anciennes exploitations agricoles. 

Li:s LinY-PiiÉNiciENS. — L'observation des changements surve- 
nus dans le même rite funéraire devait me permettre de recon- 
naître les diverses étapes de cette colonisation africaine des 
Alcores. 

A l'Acébuchal, inie innovation dans la manière d'incinérer, qui 
semble coïncider avec l'arrivée des Liby-Phéniciens, se présente 
sous les tumulus H, I, J, formant un groupe à part. Sous ces 
tumulus, les ossements calcinés avaient été réunis dans une 
urne et celle-ci était déposée au milieu ou à côté de l'emplace- 
ment du bûcher; cette opération dispensait de couvrir le foyer, 
comme auparavant, de tessons d'amphores. 

Ces premières urnes sont de poterie noirâtre, avec ou sans 
anses; leur forme didèredc celles qui apparurent dans les sépul- 
tures des occupations postérieures. 

Cependant d'autres récipients cinéraires auraient été employés 
avant Turne en poterie. Sous un tumulus du cbamp des Carrières, 
nous avons vu que les cendres étaient renfermées dans un grand 
coffre de pierre; sous un autre, à Bencarron, les ossements cal- 
cinés se trouvaient dans une cavité creusée dans le roc et recou- 
verte d'une dalle. Dans ces deux cas, le cadavre avait été brûlé 
ailleurs; il est probable que, si la mort surprenait le colon au 
loin dans la plaine. Ton rapportait ses cendres aux Alcores 
pour les déposer près des tumulus de ses prédécesseurs. Dans 
les cas ordinaires, l'urne était tout simplement placée à côté de 
l'endroit où son corps avait été brûlé. Ce dernier mode d'inciné- 
ration, avec l'urne en poterie, ayant prévalu dans la suite, me 
porte à croire à l'antériorité des tumulus, cités plus haut de Ben- 
carron et du champ des Carrières. 

Une troisième période d'incinération, correspondant à l'arrivée 
d'un nouveau renfort de Liby-Phéniciens, s'aflirme d'abord par la 

ni'= SÉRIE, T. XXXV. 25 



38G HKVL't AKClItOLOlilijUt; 

disparilion du lumulus ul ensuite par la forme typique et lu dé- 
coration de l'urne, peinte de zones et de lignes d'un rouge vineux. 
Cette urne, découverte à la Cru/, del Ncgro, se trouve enfouie 
avec d'autres poteries, dans un trou plein de charbon, à proximité 
de la fosse au bûcher. 

La poterie, les lampes et surtout les objets trouvés dans l'urne, 
qui compreniiout des bagues à chaton mobile et des peignes gra- 
vés, ne nous permettent plus de douter de l'origine punique de 
ces sépultures. 

Peut-être faut-il rapporter aux derniers temps de l'occupation 
carthaginoise une tombe que nous découvrîmes sous les ruines de 
l'Alcazarde Carmona. Celle-ci présente la forme dan silo allongé 
avec un puits d'entrée rectangulaire; au fond se trouvaient plu- 
sieurs vases d'offrandes et deux urnes contenant des cendres*. 

A cette période appartient une céramique gréco-punique intro- 
duite en Espagne parles Carthaginois ; elle nous apparaît comme 
le perfectionnement de celle de la Cruz del Negro. Les urnes 
présentent une surface mate ou vernissée, peinte de zones, de 
lignes droites ou ondulées, de cercles concentriques, de méandres, 
de fleurs; sur quelques fragments, trouvés à Elche, on voit même 
des animaux archaïques^. Cette céramique a été signalée en Es- 
pagne sur les sites de villes carthaginoises; nous l'avons trouvée 
à l'Acébuchal, au-dessus de la construction adossée à la Roche 
aux sacrifices, à la surface du sol des plateaux de Tablada et de 
Gandul et sur les tumulus d'Entremalo, d'Alcaudete et de Parias. 

Les Lapidés. — La seconde période ifincinération, représen- 
tée à l'Acébuchal par les tumulus H, I, .1, fut interrompue par 
le retour de l'inhumation. Nous découvrîmes dans le voisinage 
immédiat de ces tumulus neuf sépultures; leur distribution (indi- 
quée sur le plan) nous donne une idée de l'ordre dans lequel ces 
inhumations semblent s'être effectuées. Celles qui se trouvent à 

1. Voir au chap. sur la Céramique, fig, 17 i à 180. 

2. Voir, au Musée de Madrid, les inléressanls fraij.nents de la collection 
Ibarra. 



LES COLONIES AtlIUCOLKS l'IlK-llO.MAINES 



387 



l(3sl(ii'"' 1 à î)) seraient les plus aucieiiiies; elles présenlenL une 
fosse plus profonde de forme irrégulière, creusée dans le roc; les 
autres, à l'ouest (n"* 6 à U), nous ollrenl, au-dessus de la f(jsse, 
des parois régulièrement construites de pierres et d'argile, for- 
mant un caveau rectangulaire, qui était recouvert d'un monti- 
cule. Dne vinglain(( de mèlres plus loin se trouve un lumulus 
isolé (L) qui nous donne la dernière forme de ce mode d'enseve- 
lissement, oii la fosse est complètement cachée sous un massif 
rectangulaire de maçonnerie. 

L'orientation de ces fosses peut être considérée comme cons- 
tante : la tète est à l'ouest. Dans les quatre sépultures que j'ai 
explorées, le crâne se trouvait écrasé sous une pierre. C'est à ce 
fait et à la position des jambes et des mains que je crois recon- 
naître que ces gens avaient été tués sur place; soit qu'il s'agît 
de leur épargner les soulîrances de l'ag'onie, soit, ce qui est 
plus probable, pour se conformer à une coutume funéraire, jus- 
qu'ici ignorée et particulière aux ïurdétans. 

En examinant de nouveau mes notes sur le lumulus del Maza- 
goso, je vois que le squelette présentait la même pose violente 
observée à l'Acébuchal; j'avais en outre remarqué, au moment 
de la découverte, une large blessure sur le côté droit du crâne. 
La disposition des dalles après relVondrement du caveau, que 
j'avais pris soin de rapporter sur mon dessin, montre que le 
crâne n'avait pas été endommagé par ces pierres; tout porte à 
croire que cet Indigène, comme ceux de l'Acébuchal, avait été 
tué sur place. Le caveau étant creusé dans l'argile, le fond 
humide et mou ne pouvait offrir la résistance nécessaire pour 
permettre de lui briser la tête avec une pierre; c'est donc proba- 
blement avec une arme que celte blessure a été produite. 

Le signalement — dans la partie occupée à l'Acébuchal parles 
sépultures des Lapidés — de nombreux débris de poterie que nous 
rapportons aux Celtes, me fait supposer que l'invasion CL'lli(iue 
aurait été la cause du chang-ement survenu dans le rile funéraire. 

Cette céramique, décorée de dessins géométriques au pointillé 
blanc n'a été signalée à l'Acébuchal que dans la partie (délimitée 



388 REVUE ARCIIÉOLOGIOUE 

sur le plan) où se Iroiiveiil les neuf fosses à inhumalioa, le Uinm- 
his L el uti groupe de vingt-deux petits puits à offrandes. 

Je crois avoir suflisammenl insisté, au chapitre précédent, sur 
la nécessité de reconnaître que la présence des vases calicifornies 
à décoration géométrique incrustée était, en Espagne, un témoi- 
gnage du passage des Celtes. Nous avons vu que celte céramique 
a été signalée dans la Péninsule aux ditTérents points qu'ils 
occupèrent : dans les provinces du nord-ouest, en Castille, en 
Portugal et dans la Sierra Morena. A Garmona, nous n'avons 
même pour indiquer leur présence que cette poterie, aucune 
sépulture que l'on pourrait rapporter aux Celles n'ayant été 
découverte jusqu'ici. 

L'i>'VASiON' CELTioiE. — Lcs Cellcs, vcuaut des bords de l'Anas, 
envahirent la vallée du Bétis, massacrèrent les Liby-Phéniciens 
et rétablirent à leur place les Indigènes. A l'Acébuchal, ce sont 
ces Lapidés, des Turdétans, qui auraient adopté des Incinérés 
la coutume de jeter des tablettes et dos peignes gravés dans la 
fosse sépulcrale. 

Le passage suivant de Pline nous donne la liste des princi- 
pales villes de Bétique que les Celtes occupaient encore sous les 
Romains. La distribution géographique de ces villes semble 
indiquer la route que suivirent les dernières tribus celtiques qui 
passèrent à, l'est du ileuvc : 

« Les Celtiques venus de la Lusilanie sont une branche des 
Celtibères; cela est manifeste par les rites religieux, par la 
langue, par les noms des villes, qui sont les mêmes dans la 
Bélique, sauf le surnom: Scria (1), surnommée Fama Julia; 
'Nerlobrifja (2), surnommée Concordia Julia; Segida (3), Resti- 

tula Julia; Contributa Julia; Ikultuniacuiyi (4), aujourd'hui 

Turiija {^.\); Laconimtirgi (6), Constantia Julia; Tercses{l), For- 
tunales et Calleuses (8), Emanique. En outre, dans la Celtique 
on trouve: Aci7iippo{\)), Arifnda{{{)), Ari{nci{li), Tnroàrifja {\2), 
Las/ir/i [l'A), Alpesa (14), Saepone (lo), Serippo (IG)'. 

1. l^lino, UiU. S'il., livre III, cli. m, 10 el 11 (Iradudion LillrL-, p. 156). 



LKS COLOMIÎS A(;iUf:OLKS PIUÎ-UOMAINKS IJ81) 

1. — SERIA. — Aujourd'hui Jerez de los Caballeros. 

2. — NERTOBRIGA. — Huiues de Valera la Vicja, près du l'régt;nal de la 
Sierra. 

3. — SEGEDA. — Zafm. 

4. — VGVLTVNIACVM. — Dont les inscriptions rétablissent le surnom : 
ContribiUaJulia := Médina de las Torrcs (?j. 

5. — CVRIGA. — Ruines de Vesita de Culcbrin, entre Héal de la Jarri et 
Monasterio. 

G. — LACONIMVRGI. — (?) u Dans le pays des Cellici, la ville la plus 
connue est Conistovi^is » (Slrabon, liv. III, ch. ii, 2). 

7. — SIARO. — Siarensibus Fortunales (correction de M. F. Fila, liolcUn 
de lu Real Acad. de la Hist., nov. 1897, p. 3si). Ruines à 2 lieues et demie 
sud d'Utrera. 

8. — CALLA. — Calleuses Aeneanici (corr. de M. F. Fila). Ruines de 
Mogiierejo et dcl Torrejon entre Monlellano et Moron. 

9. ~ ACINIPPO. — Ruines de Honda la Vieja. 

10. — ARVNDA. — Ronda. 

11. — ARVCCI. — Aroche. 

12. — TVROBRIGA ('?). — Miiller i, ayant identifié la Moron de Lusitanie de 
Strabou avec la Myrobriga de Ptolémée, je propose de corriger Turobriga on 
Myrobriga et de la rapporter à la ville actuelle de Moron de la Fronlcra, voi- 
sine des emplacements de Calla, Salpensa et Arunda, 

13. — LASTIGI. — Près à' Aznakollar (?). 

14. — SALPENSA. — Corr. d'après dos inscription?. Ruines do Farialcazur, 
entre Utrera et Coroiiil. 

15. — SAEPONA. — Pena de Benaju^ près de Cortés, à 17 kilomètres sud 
de Ronda. 

16. - SERIPPO. — (?). 



Les villes de Séria, Nerlobriga, Segeda, UguUuniaciim, Cii- 
riga et Arucci se trouvaient distribuées dans la partie méridio- 
nale de la Sierra Morena. Des montagnes d'Aroche [Arucci], les 
Celtes seraient descendus dans les plaines au nord-ouest de 
Séville, la fertile Aljarafe dos Arabes, où devait se trouver Las- 
tigi, près de la rivière Meiioba (Guadiamar) *. 

Ils passèrent le Bétis eu amont des îles Majourc et Miiu'iiro et 
s'étendirent vers le sud-est où ont été sig-nalés les emplacements 
des villes de Salpensa, de Siaro et de Calla. Eu dernier lieu, ils 



1. Muller, Jnd. rtir. IcrL, p. 9.")'», ool. 2, I. ii (Straboii-Didot). 

2. Pline, ///s/, ^al., liv. III, oh. m. 9. 



390 KEVLE ARCriÉOLOr.lQUE 

pénélrèront dans la Sierra de Roiida où se Iroiivaioiil les villes 
d'Acinippo, d'Arunda et de Saepona. 

Il esl peu probable que les Celtes se soient avancés plus au 
sud, les Carthaginois étant, à cette époque, en pleine possession 
du littoral. 

Les opinions varient sur l'époque de l'invasion celtique en 
Espagne. M. F. Martins Sarmento' la place entre le vi^ et le 
v° siècle; M. d'Arbois de Jubainville - au v*" siècle et M. Iliibner^' 
au commencement du iv*" siècle. Ce serait donc encore plus tard 
que les Celtes pénétrèrent en Bélique. 

Les derniers Liby-Phéniciens, qui passèrent en Espagne à 
l'époque de la conquête carthaginoise, durent sans doute chasser 
les Celles de la vallée et les refouler vers les montagnes où ils 
se trouvaient encore sous l'occupation romaine. 

Pour terminer, je résumerai les observations qui précèdent 
dans un tableau présentant les occupations successives des 
Alcores. J'y ai intercalé les événements historiques qui ont pu 
motiver les chansrements survenus dans ces colonies accricolos, 
dont la possession passa à tour de rôle dos colons étrangers aux 
Indigènes. 

Les colonies agricoles des Alcores. 

F. Les Ixmr.ÈNi:s. — Dépôts d'ossements l)ris<'-s. dans les silos du Campo 

Héal. 
I. — — Inhumation accroupie collective sous tuniulus (Ben- 

carrou). 

Fondation do Gadir par les Tyricns. 

III. Lrs colons AFrucAiNs. — Incinération sous tuniulus. 

Tyr passe sous la domiualioQ assj'rienne. 

IV. Les TcnnicTANs. — Caveau à inhumation sous tumuhis. 

Les Grecs visitent la Tartessc. 

Les Carthaginois prennent Gadir et le littoral. 

V. Les Liby-Phkmcibns. — Urue cinéraire sous tumulus. 

L'invasion celtique. 

1. F. Martins Sarmenlo, L'^-i Lmilnniem (Congrè.s de I^isbonne, 18S0). 

2. D'Arbois de .luhain ville, Les Cdtes en Eaparjne ([Icvue ccliiquc, iSO'à). 
?>. Vj. Hiibner, La ai-<iU':oloijia de F^xpat'in, p. 7. 



I.KS COLONIKS AC.IUr.OLKS 1»UÉ-110MAINKS 39i 

Vf. Li> TunDÉTANS. — Les Lapidés de î'Acébuclial. 

Los CarUiagiuois ontrepreuiicut la foiiq.iùtc de l'Es- 

pagne. 
Vil. Les Liin-PiiKNiciF.Ns. — La nécropole de la Crnz de! Np>,'ro. 

Los fîuorres puniques. 

VlFf. Les Rcmains. — La nécropole romaine de Carniona. 

0. Bo.NSOli. 



LES MLiES DE LA SilïïE-COUllONi DtllS 

IVAIX-LA-CIIAPELLE ET DE SAINT-DENIS 



Antctieuremont à la prise de Conslanlinople, il est fait, dans 
les hisloriens occidentaux, fréquente mention d'épines de la 
sainte Couronne qui sont l'objet de donations impériales et 
royales pompeusement relatées. Nous trouvons à Rome, à Trêves, 
à Aix, à Compièg-ne, à Paris, en Ang-leterre, à Saint-Denis, d'im- 
portants fragments de la Couronne, qu'une tradition vraisem- 
blable unit élroiloment; mais jusqu'ici elle n'a pas encore été 
mise au point. Il importait, alors qu'il s'agissait d'étudier la re- 
lique, à Jérusalemet àConstantinople, de savoir quelles pouvaient 
avoir été pendant le haut Moyen-Age les épines que nous ve- 
nons de citer, et surtout de déterminer le motif qui avait pu en- 
gager les religieux de Saint-Denis à faire disparaître subitement, 
au moment oii saint Louis recevait eu 1239 la Couronne de 
Conslanlinople, une portion considérable de la Couronne qu'ils 
exposaient à la vénération des pèlerins. 

Il n'y avait pour arriver à la solution désirée qu'à remonter 
aux origines de toutes les épines signalées jusqu'en 1204 ; leur 
nombre, relativement restreint, permettait d'en faire assez rapi- 
dement l'examen. 

Ecartons d'abord les deux épines que sainte Hélène aurait 
envoyées à Sainte-Croix-en-Jérusalem de Rome et la branche 
qu'elle aurail dorinéc à Trêves. Il faut les arccpter purement et 
siniplemenl ou les rejeter de même : aucun texte ne peut, en 
effet, éclairer la question, puisque la première mention ofliciello 



LES RKLiyi'KS DK LA SAINTK COURONNE d'ÉIMNES 393 

de l'oxisleuce de la Couronne esl de '56;) environ', luis(|ne saint 
Germain, d'après Aimoin, aurait, de retour d'un pèlerinage à 
Jérusalem, reçu de Juslinicn, empereur de Conslanliiiopie, un(^ 
épine de la Couronne. Elle fut déposée, par le pieux évèque de 
Par's, dans la basilique de Sainl-Vincenl et de Sainte-Croix, 
depuis église de Saint-Germain-des-Prés, dans une croix, qui, 
suivant dom Bouillart, pourrait être celle de l'inventaire de 1209. 

Jusqu'à Charlemagne, il n'est fait aucune nouvelle mention 
d'épine. Il ne saurait historiquement être question du pèleri- 
nage du roi en Terre-Sainte ou de son voyage à Constantinople-; 
mais, de 798 à 802, soit Irène, soit, comme le raconte Eginhard, 
le patriarche de Jérusalem, Aran ' ou Thomas*, adresse à l'em- 
pereur d'Occident de précieuses reliques qui vont être déposées 
dans la basilique d'Aix-la-Chapelle. A en croire la tradition, 
il y aurait eu, parmi elles, une notable portion de la Couronne 
d'épines. Dom Grenier, fort heureusement, a transcrit un pas- 
sage relatif à l'église d'Aix la-Chapelle, qui va nous donner enfin 
l'explication très claire d'un chapitre de l'histoire do la Cou- 
ronne, resté obscur jusqu'ici. 

Ce fut, on etfet, une très grande difficulté, quand arriva la Cou- 
ronne à Paris, en 1239, presque intacte, puisque la Couronne est 
encore à Notre-Dame et que nous avons retrouvé 70 épines qui 
en furent détachées'', d'expliquer l'origine d'une relique considé- 
rable que l'abbaye de Saint-Denis prétendait tenir do la généro- 
sité de Charles-le-Chauve, qui l'avait apportée d'Aix au mo- 
nastère. Et Baillet, dans son histoire do la Feste de la Passion, 
consigne simplement qu'après 1239, pour complaire à saint 
Louis, les religieux ne firent plus mention que d'une seule épine, 
celle qu'ils avaient reçue de Philippe-Auguste, le 8 juillet 1205. 
Quelle était donc la cause de ce silence? 



1. Itincra laiinu, II, i, p. 237 [Société de l'Orienl laliii]. 

2. Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions, 6 octobre 1899. 

3. Mabillon, Anal. Btmedict., l. lit, p. 871-372. 

4. Liber de constilatione... Karrofensis monasterii. 

5. licvue de rArt ehrctien, 1899. 



394 REVUE ARCnÉOLOr.iniE 

L'invoiitairo, conservé par dom Grenier, vient mellreles cho- 
ses au point. 

« De reliquiis quae Aquisgrani asservabantur temporibus Caroli Magni im- 
peratoris, se. 80i : 

« De spinea corona Dni, 8 spine, unus de clavis Oui, de cruce unum fruslrum, 
sudarium Dni, camisia B. M. Virginis malris Chri, fascia quae corpus Dni shin- 
xit et in pr;osepio ligavit, braccliii sti senis Simeonis et cum multis sacrosanctis 
reliquiis (Ilaec a. excerpta sunt ex vet. ms. Sandyonisiani cœnobii)*. » 

Pour la première fois, et justement par un manuscrit de Saint- 
Denis, nous apprenons donc que, cinq ans après l'arrivée des fa- 
meuses reliques d'Orient (799), Aix ne possédait que >^î<ï7 épines. 
Or, comme ce sont précisément les reliques d'Aix-la-Chapelle 
que les religieux assuraient posséder', il ne s'agit plus alors que 
de rechercher leur destinée pour savoir quel était exactement, au 
temps de saint Louis, le nombre des épines du trésor de Saint- 
Denis. 

En 877, d'après les chartes de l'abbaye de Saint-Corneille 
de Compiègne, Charles le Chauve tire d'Aix une portion de la 
Couronne d'épines, pour la donner à l'abbaye ^ Ici, encore nous 
ignorerions l'importance de la relique, si un inventaire du xvii" siè- 
cle' ne nous décrivait minutieusement le reliquaire de la Sainte- 
Couronne : 

... « Quatre espines grandes et fort notables de la couronne sacrée qui cei- 
gnit le chef adorable de Nostre Sauveur et Rédempteur Jésus Christ, longues 
chacune de douze à quinze lignes, et qui se voyent touttes, enchâssées à dis- 
lance esgalle dans un grand cercle d'or large d'un poulce. 

« Autour est escript ce qui s'ensuit : « Sciant oreines veraciter quod in circulo 
« aureo qui est in mcdio cristalli, continetur pars una de corona ( Ihri, et in cruce 
<t desuper, continetur aculeus unius clavi Domini ». 

Si nous trouvons ces épines au xvuf siècle à Saint-Corneille, 
elles y étaient déjà au xn% car elles sont mentionnées dans la 



1. Dom Grenier, Picardie, t. LXVI, p. 05. 

2. Dom Bouquet, t. VII, p. 150-151. 
:3. Dom Grenier, t. I.XVI, p. 12. 

4. lU'L, p. 49. 



LES RELrQUF.S DK LA SAINTE C.OUUONNE u'ÉPINES MÎ).') 

Descriptio sanctuarii Constantijiopolitani, de HUO environ, i)U- 
bliéc par Riant '. 

Ce sont donc déjà quatre épines à déduire dos Iniil. 

Dans \ Histoire de la sainte Lance, il m'a été possible de dé- 
gager très nettement la tradition qui relatait l'entrée au trésor de 
Malmesbury, do la vraie Croix et de l'Epine, iju'entrc aulros reli- 
ques le roi de Franco, Hugues Capet, avait envoyées à Atlicis- 
tan, roi d'Angleterre, quand il lui fit demander, par Adolphe, la 
main de sa sœur Ethiido, en 927. 

Cola fait cinq. 

Des trois qui restent on peut affirmer qu'une fut emporté»! avant 
H60 au monastère de Saint-Pierre de l'Epine, par l'infante San- 
cie qui la demanda et l'obtint do Louis le Jeune et de la reine 
Constance pendant la visite qu'elle fit avec eux à Saint-Denis, lors 
de son passag^e on France. Yepes - en raconte Thistoirc et Mora- 
les^ cite les leçons de la translation. 

Doux épines, au plus, peuvent donc rester à cotte date à Saint- 
Denis. 

Il faut recoiHiaîtro que le passage de Sugor no saurait nous 
renseigner à cet égard. Comme tant d'autres, il parle simplement 
de la Couronne d'épines possédée par l'abbayo, quand il rappelle 
« Pretiosissiiniim hyacinthwn atavx Riitenorwn filix, quod de 
sua in mami nostra reddens vt coronœ spineœ Do}7ii?ii infime- 
retur prxcepit \Li(dovicu^ VI]''. » C'est également, sans aucun 
détail plus précis, que l'abbaye do Saint-Denis porte la Cowonne 
d'épines, au jeune fils de IMiilippo-Augusto, Louis, quand on 
1 1 91 , il est atteint de la maladie'qui le met aux portos du tombeau. 



1. Exuviw, t. II, p. 217. 

2. Yepes, Chroniques générales de l'Ordre de Sainl-Benoist, traduises par 
Dom Marin. Toul, Belgrand, 1047, f°, t. VII, p. 417. 

3. Vkige per orden del rey Fclipo. Madrid, Marin, 1705, f», p. 187. 

4. Plusieurs éditions donnent Atanx Riitenorum [dix : Duchesne donne 
Annx ; Lecoy de la Marche atavx. Atanx est une mauvaise lecture de nlnvx. 
Dans le texte primitif, il y avait probablement Annx atavx. ElTeclivement, 
Louis VI était le petit-fils d'Anne de Russie, fille de Georges dit .laroslas, roi 
deHussip, qui avait épousé en 1044, Henri I de France, grand-père do Louis VI. 



396 HE VIE ARCnÉOLOGIOUE 

Si, par exemple, au lieu d'un faisceau d'épines, composé de 
onze branches, nous ne trouvions à Andechs qu'une seule épine, 
nous n'aurions pas à poursuivre plus loin nos investigations. Ce- 
pendant ce nombre si considérable est-il bien pour nous arrêter? 
N'avons-nous pas déjà rencontré semblables surprises? La Chro- 
nique dp ï abbaye publiée par le P. Magnus Sattler' me semble 
bien précise en eiïet sur l'envoi d'une relique de la sainte Cou- 
ronne, qu'Agnès de Méranie, lille du duc Berlhold IV, épouse 
de Philippe-Auguste en 1196, morte à Poissy en 4201, aurait 
fait au monastère par l'entremise du frère Isaac qui l'avait ac- 
compagnée en France. 

Il est vrai qu'on doit ajouter que Louis-le-Jeune qui était 
né à Andechs, avait déjà donné, croit-on, au monastère quatre 
branches. 

Mais nous sommes toujours bien loin des onze branches ac- 
tuelles. 

A mon avis, il ne saurait être retenu ici autre chose que la men- 
tion d'une donation d'épine par Agnès, à laquelle, dans la suc- 
cession des âges, seraient venues se joindre des branches plus ou 
moins authentiques, jusqu'au point d'en faire la relique la jilus 
importante de la chrétienté. 

Il serait donc demeuré à Saint-Denis wie épine. 

Félibien interprète-t-il d'ailleurs autrement que par le don 
d'îme seide épine, l'inscription de la tombe de Charles le Chauve 
à Saint-Denis-? Lorsque nous apprenons, par Yepes % que 



1. Chronik von Andechs. Donaworlli, 1877, in-S", pp. 6G-68, 118. 

2. Imperio Carolus Gakus regnoque poliLus 

Gallorum, jacet hic, sub brevllate silus. 
Pluiiina cuin villis, cuin clavo, ciimque corona 

Ecclesiîc vivus huic dédit ille hona : 
Mullis ablalis nobis fuit liic rcparalor, 

Sequanii lluvii, I^uoliique dalor. 

(PV'libien, llisl. de Saint-Denis, p. 554.) 

3. T. VI, pi. 57. — Yf-pes dit « Louis VII l et Alfonse VII », ce qui est impos- 
sible. C'est forcément ou bien Alfonse VHI et Louis Vil, qui épouse eu 115't 
Constance, fille d'AU'onse, morte en 116), ou bien Alfonse IX et Louis VIII, 
qui épouse, le 23 mai 1-00, Blanche fie Castillo, mère de saint Louis. Or, 



LES RELIUUKS DE LA SAINTE COL'UONNC d'ÉPINES -307 

Louis vu fait enchâsser sous roscarhoucl.! (jnc lui donne son 
beau-père Alfonse YIII, roi de Caslille, n/ic des u espines de 
Noslre Seigneur qui esloit au trésor de Saint-Denis », nous de- 
vons assurément croire que c'est là tout le trésor possédé par 
Tabbaye, avant l'arrivée do l'épine de Baudoin en 120."). 

D'ailleurs, cette dernière aurait-elle été reçue avec tant de joie 
par l'abbé Henri le 8 juillet, sa réception cùt-elle été consignée 
dans les Grandes Chroniques, si réellement l'abbaye avait à cette 
époque possédé une notable partie de la Couronne, surtout assez 
authentique pourjeter un brillant éclat sur le trésor du monastère? 
En résumé, on peut, je crois, admettre que les huit épines 
d'Aix-la-Chapelle ont eu le sort suivant : 

Quatre furent données à Saint-Corneille de Gompiègne en 877, 
par Charles le Chauve. 

Une fut envoyée par Ilugues-Capet à Atbelslan, roi d'Angle- 
terre, en 927. 

Une fut donnée par Louis-le-Jeune vers 1160 à l'infante Sancie, 
qui la déposa au monastère de l'Épine en Espagne. 

Une fut envoyée par Agnès de Méranie au monastère d'An- 
dcchs avant 1201. 

La huitième, enfin, demeure à l'abbaye de Saint-Denis, où nous 
la voyons sous Suger et sous Philippe-Auguste, antérieurement 
à la donation de 1205. 

Que si, enfin, nous recherchons celles qui sont parvenues jus- 
qu'à nous, on pourrait en découvrir une à Andechs ; mais la- 
quelle, dans le faisceau qui y est conservé? Tandis que les deux 
épinesde Saint-Denis, celle d'Aix-la-Chapelle et celle de Baudouin, 
sauvées à la Révolution, ainsi que je le raconterai prochainement, 

Louis Vin n'est cerlainemenl jamais allé en Espagne, ce qui nous force à l'é- 
carter. La première liypothèse demeure donc seule admissible. On est même 
en droit de se demander si Yepes n'a pas simplement appliqué à Louis VII, 
avec quelques commentaires, une tradition (]n'il trouvait dans Suger, au règne 
de Louis VI, alors qu'il y est question d'un rubis et que ce rubis a et''- précisé- 
ment mis sur la Couronne d'épines. Mais le passage d'Yepes m'a paru néces- 
saire à retenir à cause de la mention à'um épine, alors que partout ailleurs il 
est question seulement de la Couronne d'épines. 



:J98 



REVUE AFiCHÉOLOGIOCE 



sont, l'une à la Grande-Trappe de Soligny près Mortagne, l'autre 
au Mont-llaro, dans TEure, chez un prêtre très âgé, absolu- 
mont ignoré, l'abbé rianchenault, qui est loin de connaître assu- 
rément la valeur historique du monument qu'il conserve pieuse- 
ment. 



F. DE Mély 



UN DOCUMEiNT NOUVEAU 



(;ilRO.\OLOliIE AKÎlSTimE ET LITIÈIMIKK DL' V SIÈCLE AVANT K. 



Le second volume dos papyrus d'Oxyrhynchus, que vieiiiieiil 
de i»ublier MM. Gtenfeli el Uuiil, renferme, parmi lauL d'autres 
ricliesses, un docunienUrune importance capitale pour l'histoire 
littéraire et artistique de la Grèce. 11 s'agit d'un fragment de 
fastes des jeux olympiques, donnant, pour chaque olympiade, 
les vainqueurs aux treize concours réglementaires. Ceux-ci sont 
classés suivant le même ordre que dans l'ouvrage de Plilégon de 
Tralles, dont il ne subsiste, on le sait, qu'une seule olympiade. 
Le fragment d'Oxyrhynchus en renferme sept, plus ou moins 
complètes. Ce texte, dont nous ignorons l'auteur, paraît avoir 
été copié vers le milieu du ui° siècle après J.-C. L'orthographe 
en est fort négligée et le copiste a commis, en transcrivant les 
noms propres, plusieurs bévues évidentes. Mais ce qui fait la 
valeur exceptionnelle de ce document, c'est la période de l'histoire 
grecque à laquelle il se réfère. Cette période, comprise entre les 
années 480 et 448 avant J.-C, est celle où l'intérêt des Grecs, ou, 
pour mieux dire, leur culte pour les exercices du corps atteignit 
son apogée, où les poètes et les sculpteurs lc8 plus célèbres 
étaient sans cesse mis à réquisition pour célébrer la gloire ou 
perpétuer l'image des triomphateurs aux grands concours natio- 
naux. 

1. The O.ryriu/nckm Papyri, pari II, ... by B, Greiirell and. A. S. liant. 
Loudoii, Egypt Exploration iund, 189'J. (l^apyrus 222). 



400 REVUE AHCHÉOLOGIQUE 

Les épinicies de Pindaro el de Bacchylide, les slalucs d'alli- 
lèles ou les quadriges eu brouze signés de l*ylliagoras de lihé- 
gium, de Polyclète, de Myrou tiennent, on le sait, une place 
considérable dans riiisloire de la poésie et de l'art helléniques. 
Malheureusement, la chronologie de toutes ces œuvres, conser- 
vées ou perdues, était jusqu'à présent fort incertaine. Les odes 
triomphales, les bases des statues découvertes à Olympie ou à 
Delphes ne portent, en général, aucune indication précise 
d'époque; l'aspect même de l'écriture est un indice trompeur, 
beaucoup d'inscriptions, effacées par le temps, ayant été regra- 
vées ultérieurement. Les renseignements de Pausaniassur ladate 
des victoires olympiques sont clairsemés, ceu."^ de Pline sur la 
date des artistes sont presque dénués de valeur, les scholies de 
Pindare sontcontradicloires, souventaltérées, toujours suspectes. 
De tout cela résulte une grande incerlitude où la sagacité et, il 
faut bien le dire, la fantaisie des érudits s'est donné libre, trop 
libre carrière. Le papyrus d'Oxyrliynchus vient enfin projeter 
dans ce chaos un vigoureux faisceau de lumière. Eu mettant 
une date précise, authentique sous une cinquantaine de victoires 
olympiques, il fixe du même coup la date des œuvres d'art, can- 
tates ou statues, qui étaient consacrées à plusieurs d'entre elles; 
car le bon sens indique que Vépinikion est exactement contempo- 
rain du succès qu'il célèbre, et que la statue en est au moins 
très proche. Ce sont là, on le conçoit, des jalons inestimables 
pour la biographie, d'ordinaire si vague, des artistes et des 
poètes du v« siècle. Et si une chronologie exacte est le fonde- 
ment d'une histoire sérieuse — qu'il s'agisse des faits politiques 
ou des œuvres de l'esprit — il faut saluer dans ce modeste lam- 
beau l'une des solides assises sur lesquelles s'édifie peu à peu 
l'histoire définitive de la civilisation hellénique. 

MM. Blass el Cari Robert, qui ont eu communication, en 
épreuves, du papyrus d'Oxyrliynchus, ont déjà fourni aux édi- 
teurs anglais les éléments de noies claires, pleines et concises, 
qui en résument les principales nouveautés chronologiques. 
Comme, cependant, les publications de ce genre ne pénètrent pas 



UN DOCUMENT NOUVEAU 401 

dans loutt'S les bibliolhtiquos (rarcliéoloi^iies, je ne crois pas faire 
(luivie inutile en groiipaiil ces résultais ù l'usage des lecteurs de 
la liccae arc/téuiuf/iquc, et même en essayant, sur certains points, 
de compléter ou de reclilier le travail de mes devanciers. 



Occupons-nous d'abord de la chronologie littéraire. 

Sur plusieurs points, comme il fallait s'y attendn^ le témoi- 
gnage du papyrus ne fait que conlirmer les renseignements de 
textes anciennement connus, acceptés ou non par l'érudition 
contemporaine. Par exemple, la 12" Olympique de IMndare, qui 
chante la première victoire olympique d'Ergotélès d'IIimère* 
dans la course de fond (oôÀ'.yo;), était assignée par le scholiaste à 
la LXXVlIe olympiade (472 av. J.-C). C'est, en ellet, sous cette 
date que notre papyrus enregistre le nom d'Ergotélès. — Psau- 
mis de Gamarina est le héros de deux Olympiques de Pindare 
(4 et 5), dont la seconde lui^élait contestée dès l'antiquité. D'après 
les intitulés des manuscrits, la la Olympique célèbre la victoire 
du quadrige (i'--c'., ap[j.a) dej Psaumis, lixée par le scholiaste à 
l'ol. LXXXII (452 av. J.-C); la 5« serait relative au succès de 
son attelage de mules, à-r^r^^, succès que le scholiaste place par 
conjecture dans l'olympiade précédente (LXXXIzz4o6 av. J.-C). 
Sur ce dernier point noire papyrus n'apporte aucune lumière, 
car la course de mules, supprimée dès 440, n'a jamais, semble- 
t-il, pris rang dans le palmarès officiel et, en conséquence, ne 
ligure pas sur nos listes. En revanche, l'anonyme d'Oxyrhynchus 
confirme le témoignage des scholies touchant la nature cl la date 
de la victoire commémorée par la 4'^ Olympique. Sous l'ol. 
LXXXII (452) il consigne Sx;;.{s'j Ka[;.[apivabu xsOptTzov]* : ':ùx).'.zz 
est une bourde de copiste pour le nom rare ^aj;.».'.;, MM. Gren- 
fell et Ilunt ne s'y sont pas trompés. Par là s'écroule le système de 
Bocckh cl de Christ, qui, au mépris des scholies, ne voulaient 

1. Il en remporta deux (l^ausaiiias, VI, 4, il). Comme l'olympiade suivante, 
d'après le papyrus, fui gagnée par un Laconien, la secondi^ victoire d'Ergotélès 
doit probablement être reportée à l'ol. 79(t6i av. J. -('.). 

2. La reslilulion -riOp'.TCTTiQv est assurée par les passages parallèles. 

nv si:iuE, t. xxxv. '26 



402 IIEVLE AllCIIÉOLOGlgUK 

attribuer à Psaumis qu'une seule victoire, celle du chariot à 
nulles en 432, et y rapportaient les deux odespindariques; dans 
rintitulé de VOL 4, ces savants corrigeaient audacieusement 
ÏT.-::: en àzr^vï;. Une pareille liy[)othèso n'aurait jamais dû èlre 
soutenue en présence du texte niùnie de l'ode, vers 15 : 

Èzî! v'.v aîvÉti) [Ax>,a u.îv rCrOiaï; i'o'i'i'i'/ îr^r^M'/. 

Le nouveau papyrus lui donne le coup de grâce et en nièaie 
temps fixe sans conteste la date de la 4'' Olijmpirjuc. 

Nous venons de voir le papyrus confirmer la tradition des 
scholies. Dans d'autres cas il vient la contredire, sans nous per- 
mettre d'y substituer une donnée positive. C'est ce qui a lieu pour 
la charmante odelette de Pindarc à Asopichos d'Orchomène, vain- 
queur au stade des enfants [Olijmp. 14). Les scholies donnent 
pour cet événement la date 'Oa. ^q' (LXXVIz=476 av. J.-C.) ou, 
d'après quelques manuscrits, 'OX. s'C' (LXKVIl — t72). Le papyrus 
prouve que l'une et l'autre date est erronée : en i76 le vainqueur, 
dont le nom a péri, était lacédémonien ; en 472 il s'appelle 
...-xiZy.l'j.q KopîvO'.cç. Gomme les olympiades LXXV et LXXVlll 
sont également occupées, il faut donc, pour cette ode, remonter 
au-delà de 480 ou descendre au-dessous de 4G8. 

D'autres fois, le nouveau document nous permet de choisir 
entre deux indications contradictoires des scholies, dont une 
— mais nous ignorions laquelle — est due à une faute de 
copiste. En voici plusieurs exemples. La fameuse ode sur la 
victoire du pugiliste Diagoras de Rhodes [Olymp. 7), V « ode 
dorée », est de la LXXIX'^ olympiade (cO', 464 av. J,-C.) d'après 
la plupart des manuscrits, de la LXXVIP {oÇ' , 472) d'après un 
ancien correcteur. Le papyrus, sans nous prouver absolument 
que la date 464 est juste, car cette olympiade n'y figure pus, 
nous permet du moins d'affirmer que la date 472 est fausse ; cette 
année-là, en elfet, Eulliymos de Locres gagna le prix du ]»ugilat 
pour la seconde fois. — Deux Olijmpiqiw^, 10 et H, célèbrent 
Agésidamos, Locrien épizéphyrien, vainqueur du pugilat des 
enfants. Les scholies du Vatican placent cette victoire dans la 



UN DOCUMENT NOUVEAU W.i 

LXXlV'^o)ym[)icuIe(48i), celles du V A f/ih/'o^if/zi us i\du^ lu LXWl' 
(47G). Celte dernière dale était préférée par Christ; IJcr-k la re- 
jetait comme une « erreur iiiaiiifeste ». Le pajtyriis d(»mie raison 
à Christ et conlirine ainsi son dire (ju'en iTIJ Pindare était à 
riit'hcs, car l'ode est envoyée h des rives de rilluslre Dircé- » — 
Un conllit analogue et plus ^rave se jjrésentait au snjel de la 
9"= Olipnpique, à Épliarmostos d'Oponle, vainqueur au pugilat. 
L ode rappelle que cet athlète avait également triomphé aux jeux 
pythiques. Le scholiaste du Vatican place ces deux succès dans 
la LXXIIP olympiade (488-o), tout en donnant à la l*ylliiade 
le numéro 30 : renseignement qui implique contradiction, quelle 
que soit l'orig-ine (586 ou 582 av. J.-C.) qu'on assig-ne à la série 
des Pythiades. Au lieu du chillre 30, ÏAînùrosia/ius donne 33. 
Enfin un manuscrit indique l'olympiade LXXX (45G-3). On avait 
ainsi à choisir entre quatre données incompatibles deux à 
deux : on comprend l'embarras des philologues. Godefroi Iler- 
mann acceptait le chiffre 30 de la Pylhiade donné par le Vall- 
caniis ; il en concluait que la victoire olympique se plaçait 
en 468 (ol . LXXVIII), dale que n'indique aucun manuscrit. 
Boeckli. partant, au contraire, du chiffre 33 pour la Pylhiade, 
retombait sur l'olympiade LXXXI (456). Il y avait bien une difli- 
cullé : c'est qu'en 456 les Oponliens subirent un effroyable dé- 
sastre, dont on n'aperçoit pas trace dans l'ode joyeuse de Pin- 
dare. Un philologue ingénieux chercha, comme le dit Christ, à 
concilier ces deux choses inconciliables, cladempublicam et lacti- 
tiam epiniciorum] Christ lui-même, adoptant la théorie de Boeckh, 
crut se tirer d'affaire en descendant, pour la confectinii de Vcpi- 
nikion, « un peu au-dessous de 456 ». Le papyrus d'Oxyrhynchus 
met fin à toutes ces subtilités. Sous Toi. LXXVIII (468), on lit 
'Eça'piJ.sjToç 'Ozo['jVTto;'::]âAr(V: puisse cette coufirmaLion [tosthumc 
de la conjecture dllermann réjouir dans sa tombe le grand rival 
de Boeckh' I — Citons un dernier exemple d'un conllit de leçons 

1. Disons en passant que nous ne saurions voir lians ce Icxle, avec M \1. Gren- 
i'elt et ilunt, la preuve décisive (jue tes scliotiasles de l'indare compliient les 
PyLliiudes à partir de 5'^2 et non, comme d'autres anciens, à partir de 580. lin 



404 lŒVLK AUCHÉOLOGIHL'E 

tranché par le papyrus. Deux Olympiques, les n°* 2 el 3 (celle-ci, 
d'ailleurs, n'est pas un épiiiikion proprement dil), immortalisent 
la victoire du char de Théron, tyran d'Agrigente. Les scholies 
oiïrenl deux dates : c':' (LXXVII = 472) et cT' (LXXVl = 470). 
IJergk s'était prononcé pour la première, Boeckh pour la seconde, 
par des considérations très fines, tirées du texte même du poème. 
Cette fois, c'est Boeckh qui avait raison. Sousl'ol. LXXVlle pa- 
pyrus porte : TÉOp'.--cv [(-)r,p o)v:; 'Ay.pxYavT'vcj. 

Le papyrus ne joue pas seulement le rôle d'arbitre entre des 
scholies divergentes; voici un cas où il contredit formellement 
leur témoignage unanime et le remplace par la date véritable, 
déjà entrevue d'ailleurs par quelques savants. Il s'agit d'une 
série intéressante entre toutes, celle des victoires d'IIiéron de 
Syracuse, victoires qui n'ont pas inspiré moins de quatre poèmes 
de Pindare [01. 1; Pijth. 1-3) et trois de Baccbylide (III-V). A 
Olympie, nous apprend Pausanias ', Iliéron triompha trois fois : 
deux avec un cheval de course, une avec un quadrige. Piiidare 
[01. 1) et Baccbylide (Ode V) ont chanté en concurrence une des 
victoires du cheval, Baccbylide seul (Ode 111) celle du char. Sur 
celte dernière qui, nous le savons, précéda immédiatement la 
mort d'IIiéron, il n'y a jamais eu de difficulté : la date doit en 
être fixée à l'ol. LXXVllI (468 av. J.-C). Il n'en va pas de même 
des victoires v.i'i.f,-:. Le scholiasle de Pindare les plaçait dans l'ol. 
cv' (LXXlll, 488 av. J.-C.) et c':' (LXXVll - 472). Il en résultait : 
1" que ces deux victoires, espacées de seize ans, ne pouvaient être 
raisonnablement attribuées au même cheval, le fameux Phéré- 
nicos; 2" j)uisqiie dans l'ode de Pindare Iliéron est qualifié de 
roi, titre qu'il n'a pu porter que depuis 478, cette ode ne pouvait 
célébrer que la seconde victoire olympique de son cheval, celle 
de 472, Telle était la conclusion de Boeckh et de Christ, Elle fut 

effet, il ne résulte pas claireinenl du texte de l^indare si la victoire pylhique 
d'Epliarmostos lui antérieure ou postérieure à sa vicloirc oiympicjuc. C'est seu- 
leiucnl dans ce dernier cas que l'équation I-*yli). 30 =i -iGt) donnerait l'origine 
582 ; dans le premier cas (quia j^riuri esl plus nalurel), on aurait, au conlraire, 
I-*yLh, 30 — 470, d'où l'origine 580, 
'l. l'aus., VIII, 42, y. 



r.N DOCUMICNT NOIVKAU /^.QJj 

vivemenL combatluc par Rergk qui soiitoriait, d'api^s lo lani^aqc 
(les scholies et du poète liii-niAmc : 1" que l'ode piudarique vise 
la première victoire olympique du cheval d'IIiéron;2" que le 
même cheval a remporté les deux victoires. En conséquence, il 
corrigeait r^-' en c7' et assignait la {'" Oli/mpifine k \\A. 
LXXVI = 476 avant J.-C. Il y a quelques années, en publiant le 
poème de Bacchylide, M. Keuyon se rallia à la chronologie de 
Bergk et attribua à ce poème (Ode V) cette même date de 470. 
Le document découvert par MM. (Irenfell et Hunt confirme 
pleinement la justesse de cette théorie. Sous chacune des olym- 
piades LXXVI et LXXVII on lit 'Hp^wvcc Supay.o-'io-j -/.ÉX-^ç. La 
première victoire de Phérénicos, la !'•'' Olympique, l'Ode V de 
Bacchylide sont donc de 476; la seconde victoire, qui ne parait 
pas avoir inspiré un maître, date de 472. Quant à la victoire du 
chariot^ et par conséquent à TOde III de Bacchylide, le papyrus 
confirme purement et simplement la date universellementadoptée, 
car sous l'ol. LXXVIII on y lit: 'Iep]wvu[.>,ou Sypaxoc-lcu -cÉOpi—sv. 
'lepjOjvJixoj est un lapsus bizarre, mais évident, pour "ltç,M-izz\ 

Terminons par un cas remarquable où le papyrus, au lieu de 
corriger les données erronées de textes antérieurs, supplée heu- 
reusement à leur silence. Deux poèmes de Bacchylide, VI et VIT, 
sont dédiés à son compatriote Lachon, fils d'Aristomène, de Côos, 
(c vainqueur au stade d'Olympie », cxaB'.sT 'OXûixz'.a. On sait que 
la liste des vainqueurs à la course du stade nous a été conservée 
par Eusèbe et d'autres sources : or, le nom de Lachon n'y figure 
pas. L'éditeur princeps de Bacchylide, M. Kenyon, en avait con- 
clu, un peu précipitamment, que nos catalogues d'olympioniqucs 
sont indignes de foi, même pour le v' siècle. Plus sagement, 
Wackernagel et V^'ilamowitz remarquèrent qu'une inscription de 

1. Quoique le papyrus soil natureilement muet sur les Pyltiiades, nous sai- 
sissons Toccasinn de dire que nous sommes enlièremenl d'accord avec Kenyoïi 
pour placer les victoires pythiques de Phérénicos (26<= et 27" Pylliiades 
d'après les scholies) en 482 el 478, la victoire du chariot d'Hiéron à Delphes en 
470 (et non, avec Boeckh et Christ, en 474) ; telle est donc la date de la 1" (et 
peut-être de la 2") Pythiquc et de l'Ode IV de Bacchylide. Concluons que 
l'origine des Pylhiades (d'après ce groupe de scholies) est hicn 582 avant J.-*".. 



M)() REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Céos publiée on 1892 ' nionlionnail un Lachon, (ils (rArislomèno, 
comme doux fois vainqueur au sl/idr des enfants à Némée. 
Ils en déiluisircnl que c'est comme enfant également qtie 
Lachon avait dû triompher à Olympie et que, dans rinlilulé du 
poème VI de Bacchylide, il fallait suppléer le mot ■rraîcwv ou za-.si. 
INon seulement le nouveau papyrus vient donner raison à cette 
hypothèse, mais il nous apporte la date inconnue et importante 
de la victoire du jeune Lachon. Sous Toi. LXXXII (4o2) il enre- 
gistre Aâ/.wv [lapsus pour Aây/ov) Ko Tcç] -aBtov st^o-.ov. L'activité 
littéraire de Bacchylide. que Kenyon arrêtait vers 460, s'est donc 
prolongée au moins jusqu'en 452, et l'on peut affirmer qu'à cette 
date il était revenu de son exil dans le Péloponnèse ou, ce qui 
est moins probable, qu'il n'y avait pas encore été envoyé. 

II 

Les athlètes dont les figures en bronze s'élevaient à Olympie, 
d'après le témoignage de Pausanias et des inscriptions, apparais- 
sent en grand nombre sur le papyrus d'Oxyrhynchus avec la date 
précise de leurs victoires. Ces indications seraient toutes à releuir 
si les originaux s'étaient conservés ; comme ceux-ci sont tous per- 
dus sans exception, l'histoire de l'art ne profite réellement que 
des données relatives aux statues signées; elles permettent 
au moins de fixer quelques dates de la biographie des ai'listes 
célèbres. Nous laisserons donc de côté les athlètes aux statues 
anonymes dont le papyrus nous apprend ou nous confirme la 
date : Tliéagénès de Thasos, vainqueur au pancrace en 47G'; 
Tellon du Ménale, enfant pugiliste, en 472'; Alcénétos de Lé- 
préum, vainqueur du même concours en 456 * ; Damagétos de 
Rhodes, le pancratiaste couronné en 452'' ; Acusilaos de Rhodes 
(que le papyrus appelle W;rp\hyizz), pugiliste vainqueur en 448 ^ 

1. Ptirlik, De Cet rrbus, p. 160. 

2. Cf. Pausanias, VI, 11, 2; II, 4. 

3. Paus., VI, 10, 9; Inschriflen von Olympia, n»' 1 57-8. 

4. Paus., VI, 7, 8. 

5. Paus., Vi,7, 1 ; hischriftcn, n° 152. 

6. Paus., VI, 7. 1. liappelons en assanl que le papyrus confirme expresse- 



UN no^.I;Ml^^'^ noivivM- 407 

Si Von écaiio ces (iMivros anoiiymos, il rosln cinq sluliiaircs 
(loiiL la biographie reçoit de notre papyrus dos jalons d'un»; pré- 
cision et d'une anllienticité incontestables : Pylliagoras de Hlié- 
gium, Micon, Myron, Polyclt'te et Naiicydès. 

Pausanias vit à Olympie sept statues de vainqueurs signées 
de Pytliagoras ; troisde ces athlètes sont menlionnés dans notre 
papyrus : ce sont : i" Aslylos de Syracuse (ou philôt de Crolone), 
vainqueur ;ï la course en armes [z-'/J.rqz) dans les ol. LXXV (480) 
et LXXVI (476), et qui, nous le savons d'ailleurs, remporta trois 
fois de suite (488-480) le prix du stade ' ; 2° Euthymos de Locres 
en Italie, vainqueur au pugilat en LXXVI (47G) et LXXVIl {ïl'2), 
dates déjà transmises par Pausanias*; IJ" cnliu Léonlisros de 
Messine, qui gagna le prix de la lutte en LXXXI (45G) et LXXXII 
(4o2) et dont la date, jusqu'à présent, était complètement incon- 
nue '. 

Dans le cas d'Euthymos nous avons la preuve documenlairo, 
fournio par l'épigiamme de la statue, que celle-ci fut érigée 
après la dernière victoire de l'athlète. Il est plus que probable 
qu'il en fut de même pour Astylos, puisque les renseignemonls 
de Pausanias sur sa carrière athlétique doivent remonter, en 
dernière analyse, à l'inscription, mal comprise, do sa statue'. I''n 
admettant le même fait pour Léontiscos, on voit que sa statue 
par Pylhagoras doit dater de 452 avant .T. -G. et nous obtenons 
pour la carrière artistique de ce grand artiste les trois jalons 47G, 
472 et 452 : les dates 470 et 452 marquent probablement les 

ment, contre les cloutes de certains critiques, l'assertion d'Aristote [Elli. Sicnm., 
Vit, 4) qu'un olympionique portait le nom bizarre d"'AvOpw!xoi; ; il s'agit du pu- 
giliste vainqueu"r dans l'ol. LXXXI (456); il est regrettable que rethniquo ait 
disparu. 

1. Paus., VI, 13, 1 , cf. Pline, XXXIV, 59. Pausanins lui attribue aussi trois 
victoires au SiauXo; dont il n'y a pas t.racc dans le papyrus ; il y a sans doute 
là quelque confusion. 

2. Paus., VI, 6, 5. Il avait aussi remporté le prix dans Toi. LXXIV (484). 
La base s'est retrouvr-e {Inschr., n° 144). 

3. La statue est mentionnée par Pausanias, VI, 4, 3. 

4. Je ne vois pas sur quelle autorité M. Gollignon affirme (Histnire de la 
sculpture grecque, I, 408) que la statue d'Aslylos, qui s'élevait à Crolone et 
qui était antérieure au concours de 484, était une copie de l'œuvre de Pylhagoras. 



408 hevi'r ARr.nÉOLor.inuE 

limilos (lo son i/.y.v^. Kilos coïncident fl'ailIcMirs avec Tépoquo 
ordinaiiemonl assignée à Pythagoras, tout en la faisant des- 
cendre un peu plus bas'; mais que nous voilà loin de la ilale 
enrcgislréo par IMine, cl. XC (i20-417 av. J. -(].)! Ce renseigne- 
ment a exactement la même valeur que le texte où Pline, cou- 
tumier du fait, prend le Léontiscos de Pythagoras pour un 
sculpteur : vicit (Myronem) Pi/thagoras Regimis ex Italiapancra- 
tiasta Delphis /josito; codom vicit et Leontiscum'. Il faudrait une 
bonne fois prendre le parti de considérer comme nulle et non 
avenue toute indication chronologique de ce compilateur pressé, 
dès qu'elle n'est pas appuyée par un autre texte ou par une ins- 
cription. 

En ce qui concerne la date du peintre-sculpteur Micon, le pa- 
pyrus ne fait que confirmer les renseignements de Pausanias. 
On voyait à Olympie la statue du pancraliaste Callias, œuvre 
de Micon, dont la base s'est retrouvée*. Pausanias fixe à l'ol. 
LXXVII (472 av. .1 .-C.) la victoire de Callias * et c'est également 
sous cette date qu'elle est consignée par le papyrus. 

Une autre statue de pancratiaste, mentionnée par Pausanias, est 
celle de Timaniho de Cléones, par Myron d'Athènes". Pausanias 
ne donnait pas la date; elle nous est apporlée par le papyrus : 
c'est la LXXXP olympiade (4.jG av. J.-C). Nous avons donc l.i 
une œuvre exactement datée de Myron, la seule à ma connais- 
sance; je serais disposé k croire qu'elle coïncide à peu près avec 
l'ày-irr, de cet illustre artiste^ 

La chronologie du grand Polyclèle n'était pas, jusqu'à pré- 
sent, mieux fixée que celle de Myron. Pas une seule de ses 

1. M. Collipnon place son ri/.\i.r^ entre 48i et iCO. 

2. Pline, XXXIV, 59. Voir les essais d'explication d'Urlichs, Wl. Mu.teum, 
1889, p. 261, el de Kalkmann, Die Que lien der Kunstgeschichte des Piinius, 
p. 149 (qui met tout sur le dos de Donris). 

3. Pausanias, VI, 6, 1 ; Inschriften, n» 146. Voir aussi la dédicace de Callias, 
C.I.A., 1,419. 

4. Paus., V, 9, 3. 

5. Paus., VI, «, 4. 

6. M. CoHij^non adopte une date voisine (452), 



(TN DOCUMF.NT NOUVRAT i09 

figiiros d'athlèlos énuméréos p.ir Paiisanias u'csl dal^o ol l'on m 
(^lail réduit soit à dos l(^x(os doiilonx qui poiivenl s'appliqnor 
aussi bien à l\)lyclMe le jeune qu'à Pol^xlèlc l'ancion', soit à la 
date de Pline (ol. XC —- 420-447 av. .].-(].) \ qui est suspecte vX 
inexpliquée. Il est facile de dire que cette dale se; rapporte à 
riléra chrysélépliantine d'Argos et que colle statue doit être pos- 
térieure à l'incendie du vieux lemple, en \%) av. J.-C. Mais cv 
sont là de simples hypothèses, ot s'il a pu échapper à l'inconflic 
un ^ôavcv aussi archaïque que celui que mentionne Pausanias *, 
c'est donc que la conflagration n'a pas été aussi générale que le 
dit Thucydide \et a pu, tout aussi bien, épargner la statue colos- 
sale d'Héra. Ces raisonnements pesaient donc fort peu auprès du 
texte de Platon ^ qui associe Polyclèle à Phidias et nomme même 
l'artiste argien avant son grand contemporain athénien, comme 
s'il était un peu son aîné. C'est avec raison que les meilleurs 
archéologues contemporains, sans en excepter M. Furlwaenglor, 
ont tenu bon pour l'époque que semblent assigner à Vav.-jx^ de 
Polyclète et le texte de Platon et l'écriture archaïque de la base 
de la statue de Pylhoclès : le milieu du v« siècle. Leur opinion 
reçoit aujourd'hui du papyrus d'Oxyrhynchus une éclatante 
confirmation. 

Nous apprenons : 1° que le vainqueur au pentalhle Pythoclès 
d'Elis est de Toi. LXXXH (452 av. J.-C. ; 2" que le vainqueur au 
pugilat Aristion d'Epidauro^ est de la même olympiade. Les 
statues de ces deux athlètes, signées par Polyclète, ont été vues 
par Pausanias^; les bases s'en sont retrouvées à Olympie'. 

l.Overbeck, Schriftquellen, n°^ 941 (Paus., II, 20, 1) ot 942 (Pans., III, 
18,7). 

2. Hbt. na«., XXXIV, 49. 

3. Thucydide, IV, 133. Il est inutile de discuter l'opinion de feu Siltl qui at 
tribuait l'Héra à Polyclèle le jeune. 

4. Paus., H, 17, 5. 

5. âyOlvxa IIANTA v.o(.\ xaTaç)vE-/OÉvTa. 
G. P/-o/ar/., 311 C. 

7. I^e papyrus porte 'Aptatfov au lieu d''Api<7T;;(,)v, comme un pou plus haut 
Sy.otjjiavSpo; au lieu de ^xa[j.âv5pto;. 

8. Paus., VI, 7, 10 (Pylhoclès) ; VI, 13, G (Arislion). 

9. hurhriffen, n<" lG-2-3 et 165. 



440 REVUE ARCriÉOLOr.UjUE 

L'écriluro do la seconde est récente et avait fait nnaninioment 
aUril)iier la statue à Polyclcte le jeune; c'est au même artiste que 
Curtins, Furtwaengler,Loewy, Collignon attribuaient laslalue de 
Pythoclès. malgré le lambda argien de l'inscription, ^'ous voyons 
aujourd'hui que l'une et l'autre appartiennent à Polyclèle l'an- 
cien. L'inscription de la statue d'Aristion a sans doute été refaite 
après usure; c'est, on le sait, le cas de plusieursbases d'Olympie. 

Si Polyclète était, dès 452, un artiste assez en vogue pour que 
deux athlètes — il est vrai, péloponnésiens l'un et l'autre — lui 
commandassent leurs statues, il est difficile de placer sa nais- 
sance après 480 et dès lors sa participation à un monument com- 
mémoratif de la bataille d'Aegos Potamos (40o) devient plus 
qu'invraisemblable. Quant à Tlléra d'Argos, si toutefois l'on en 
maintient la date tardive, elle est l'œuvre non de la maturité, 
mais de la vieillesse du grand sculpteur argien. 

Le nom d'un autre artiste de l'école argicnne, Naucydès, est 
souvent associé à celui de Polyclète. On a voulu même faire de 
lui le frère tantôt de Polyclète l'ancien, tantôt de Polyclète le 
jeune; mais cette opinion repose sur un texte unique qui ne me 
paraît pas comporter une pareille interprétation. Pausanias 
signale dans le temple d'Hécate à Argos deux statues en bronze 
de la déesse : -h \)k-> Wz\'j/j.-j-zz i-cir^zz, to cl àsEAçcç Wty.vj.v.'o^i 
(ou ncA'jy.AsÎTOj) Nauv.-jo-/;ç WJ)mzz\ La leçon WoLs/Xi'.-zj n'est 
pas, comme le dit Overbeck, celle de « presque tous les manu- 
scrits ». Les manuscrits de Moscou, de Munich, un de ceux de 
Vienne, un de ceux de Paris portent Y\z^<:/.\t'.-z\), et cette leçon 
était celle de tous les éditeurs avant Clavier'. Quand même un 
seul manuscrit porterait Uzy.y'kv-zj, cette leçon aurait ma pré- 
férence, car, pour quiconque a l'habitude des copistes, le chan- 
gement d'un nom rare (Ihp'/.Ae-.-roç) en un nom célèbre {Wz\jyXv-zz) 
est infiniment plus commun quele changement inverse'. Péri- 

1. Pausanias, II, 22, 7 (Overb. 995). 

2. J'extrais ces renseif,'nemenls de la dernière édition critique de Pausanias, 
par Hitzig et Blumner, dont le deuxième demi-volume vient de paraître. 

3. Par conséquent s'il fallait changer quelque chose, ce serait le premier 

IIoAjxXs'.TOç (eu IlEpîy.).£tTo;). 



UN DOCCMKNT NOUVIOAU Ml 

cleitos est d'ailleiirs un aiLisIc coiirni par un aiilic h'xlc d." I»aii- 
sanias*; il élail élève du £^rand i'olyclèle. On a voulu aussi cor- 
riger le non) (In pi-re de Nanrydiis, MiOt.r/, sous prrtexte (pTuii.' 
base d'Olympie donne Naucydi-s ponrfils de Patrorle. Mais (piand 
on regarde le fac-similé de rinscriplion', rcrtaiiirment irfaitc;, 
on s'aperçoitque la pierre ne porle qne ...KTAHI; la rcslilulion 
Na'jj-/.joy;ç eût été nécessaire avec le palronyiiiiijiie MdO(.)v:;, elle 
cesse de l'èlre avec IIxTpo/.X-^o;; on peut tout aussi bien restituer 
'E-'.]y.'jlTi;, B£o]/,jsr]^ ou lout autre nom do ce genre. Los derniers 
commentateurs plaçaient Vy.y.[j.q de Naucydès vers 400 ; en 
réalité, il ilorissait au milieu du v« siècle. On aurait dû déjà 
le soupçonner par le fait qu'une Ilébé cbryséléphantine de 
ce maître se dressait à côté de l'TIéra du grand Polyclôte; nous 
en avons maintenant la preuve documentaire. En elï'et, le papyrus 
nous apprend que K{[xwv, — c'est-à-dire, comme l'a reconnu 
Robert, Xe\[)A,y)^ — 'Apyôio; remporta le prix de la lutte dans 
l'ol. LXXXIII (448 av. J.-C). Or^ Pausanias sig-nale deux re- 
marquables slatues de cet athlète par son compatriote Naucydès, 
l'une restée à Olympie, l'autre transportée d'Argos à Rome, au 
temple de la Paix*. L'y.v.iJ.q de Naucydès se trouve ainsi lixée vers 
l'an 448 (et non 452 comme l'ont imprimé les éditeurs anglais) et 
nous pouvons dresser la g-énéalog-ie intellectuelle suivante : 

Polyclète l'ancien =: Naucvtès 

I r 

Péricleitos Polyclète le jeune 

.1 
Antiphanès 

I 
Cléon 

Aucun texte n'indique que Naucydès fût élève de Polyclète, 
et, en elTet, ce ne serait guère possible si Vxy.[j:r, de Polyclète se 



1. Paus., V, 17, 3 (Overh. 985). La variante nspixX'jto; est purement ortlio- 
grapliique. 

2. Inschr. Olijmp., 159. 

3. La faute est identique à Aâ-xoiv pour Aâ/wv. 

4. Paus., VI, 9, 3. 



412 REVCE ARCnÉOLOGKjUE 

placo, conimo je le crois, en 4^0, époque où Naucydès faisait 
déjà des œuvres de premier ordre, zpva oov.'.'^.di-xxx. 

Le lecteur qui m'a suivi jusqu'au bout sait maintenant dans 
quelle mesure la précieuse trouvaille d'Oxyrhvnchus confirme, 
complète ou corrige les données que nous croyions posséder sur 
la chronolog-ie littéraire et artistique du v* siècle. 11 ne sera pas 
superflu de résumer, en terminant, dans un tableau suivi, l'en- 
semble des renseignements chronologiques dont nous sommes 
redevables au papyrus d'abord, et à ses diligents éditeurs en- 
suite. 

Olympiade. Ann/'P av. J.-C. 

LXXVI 47G Pindare, Olymp. 1 (à Hiéion), 2 et 3 (à Tliéron) ; Bac- 

chylide, Ode V (à Hiéron). Pindare, Olymp. 10 cl 11 
(à Agésidamos de Locres). 

— — Pylhagoras de Rhégium, statue d'Astylos de Syracuse. 
LXXVII 472 Pindare, 0/(/???p. 12 (à Ergotélès d'Himère). 

— — Pylhagoras, statue d'Eutliymos de I^ocres. — Micon, sta- 

tue de Caillas d'Athènes. 
Pindare, Olymp. 9 (àEpharmostos d'Oponle); Bacchylide, 

Ode III (à Hiéron). 
Pindare, Olymp. 7 (à Diagoras de Rhodes). 
Myron, statue de Timanlhe de Cléones. 
Pindare, Olymp. 4 (à Psaumis de Camarina); Bacchylide, 

Odes VI et VII (à Lachon de Céos). 

— — Pythagoras, statue de Léontiscos de Messine. — Poly- 

clète, statues de Pythoclès d'Élis et d'Aristion d'Épi- 
daure. 
LXXXdl 4'»R Naucydès, statue de Cheimon d'Argos. 

Théodore Retnach. 



LXXVIII 


4G8 


LXXIX 


464 


LXXXI 


45G 


LXXXII 


452 



LES ORIGINES DU MOULIN A GRAINS 



Quand on considère que l'arl de moudre a été la première des 
induslrios humaines et que les appareils de broyage ont été, 
pendant plus de trente siècles, dans les régions les plus diverses, 
employés au service de l'alimentation, on est porté à croire que 
de nombreux traités ont dû être écrits sur le moulin, sur ses 
origines et son histoire : il n'en est malheureusement rien. La 
construction et le fonctionnement du moulin semblaient choses si 
simples que peu d'observateurs ont eu le soin de nous décrire 
les meules en usage de leur temps, et c'est plutôt en étudiant les 
monuments qui nous sont restés qu'en consultant les anciens 
textes que l'on peut avoir une idée de cette grande et vieille 
industrie. 

Aimé Girard, professeur de chimie industrielle au Conserva- 
toire des Arts et Métiers, membre de l'Institut, s'était attaché à 
l'étude de cette question. 11 avait su réunir des documents 
nombreux que je me suis fait un devoir, après sa mort, de com- 
pléter et de publier. Ce savant, pas plus que l'auteur du présent 
mémoire, n'était archéologue; mais, mêlé par ses travaux, par 
son enseignement et ses fonctions au monde de la meunerie, il 
connaissait mieux que personne la technique du moulin et croyait 
pouvoir apporter le fruit de son expérience et de ses études au 
développement d'une question qui est du domaine de Tarchéo- 
logie. 

Diverses éludes d'ensemble sur les moulins anciens ont été 
faites jusqu'ici par des archéologues de grand mérite, Mongez', 

1. Montez, Mémoires de nnslilut, 1818, p. 441. 



414 REVUE ARCIIÉOLUGIOIË 

Hugo Biumuer', Hume*, elc. Mais il semble que ces savauls ne 
se soient pas suffisamment préoccupés des transformations suc- 
cessives que le moulin a subies, dans son mode de construction 
et dans ses organes, en traversant les dizaines de siècles qui nous 
séparent de l'époque du son invention, qu'ils n'aient pas recher- 
ché la raison d'être de ces transformations et les progrès qu'elles 
ont permis de réaliser, tant dans l'économie du travail que dans 
la perfection des produits obtenus*. 



LA PIEltllE A ECKASEK 

Il est impossible aujourd'hui d'établir un lien entre les peuples 
dont on a, par la découverte des objets indispensables à la vie et 
à la défense personnelle, reconstitué l'histoire; la civilisation 
égyptienne et la civilisation chaldéenne semblent, à peu près à 
la même époque, s'être développées côte à côte, ayant quelque- 
fois des points de contact sans que l'une ait clé influencée par 
l'autre. 

Celles-ci ont-elles précédé les civilisations très rudimentaires 
des populations qui occupaient le centre de l'Europe, qui habi- 
taient les cavernes, les palafittes ou villages lacustres? Ce sont 
là des questions qui sont loin d'être résolues. 

Aussi vaut-il mieux, quand on rencontre dans des pays très 
éloignés les uns des autres, dans les débris des civilisations dis- 



1. Blilmner, Technologie und Terminologie der Geivcrbe und Kunste bciGrie- 
chen und Riimcrn. 

2. Archieologia Garnir ensis, 2« série, t. II, [). 89. 

3. Ce mémoire était déjà imprime quand j'ai appris, par M. Salomon Rei- 
nach, que deux savants anglais, MM. Bennell el l'Alton, venaient de faire pa- 
raître à Londres un livre sur la question [lUslory of corn-millintj). Ce livre 
contient des documents nombreux el intéressants, i^lusieurs de ces documents 
se trouvent répétés dans mon mémoire, mais, désirant conserver à celui-ci sa per- 
sonnalité, je n'ai pas voulu ajouter ceu.\ qui m'avaient échappé. J'ai pu cons- 
tater, en lisant ce livre, que les faits que j'avance ne sont pas en contradiction 
avec ceux avancés par MM. Bennet et Elton, Je crois avoir traité la question 
d'une façon plus tcclinique et moins descriptive; et j'ai eu la satisfaction de 
voir que nombre de documents cités par moi sont encore inédits. 



Li;s oiiii;im;s du .motlin a i.uains il.") 

parues, les inrnu-s ()l)j('ls, ne pas recliciclier quel esl des deux 
peujtles celui (jiii a itnilé l'aiilre, eL couvieiil-il de supposer (|ue 
les mômes besoins otiL lail naître les mômes oulils. 

C'est uae conclusion de ce genre (jue n(jus adojtlerons dans 
l'élude de ce qui scniljle êlrc aujourd'iiui la première meule, 
c'esl-à-dire la pierre à écraser, que nous rencontrons au début 
de la civilisation dans le centre de l'Europe, en Ej^yple, eu Clial- 
dée, etc., et aujourd'hui encore chez certains peuples modernes 
de rAfri(]ue. de l'Amérique tropicale. 



On ne saurait afiirmer qu'à l'époque paléolithique, et même à 
la dernière période de cette époque (âg-e du renne), les hommes 
du centre de l'Europe aient connu Tai^riculture et le blé, et aient 
été dans l'obligation de broyer leurs grains. 

On a trouvé dans les grottes de la Madeleine et des Eyzies (Dor- 
dogne) des j)ierres ovales, ayant l'aspect de cailloux roulés, pré- 
sentant en leur centre une cavité dont la dimension maxima est 
de 0"\07 à 0",08 et ne dépasse pas quelquefois 0^,03 à 0'",04. 
Ces pierres étaient des mortiers; on rencontre quelquefois, à 
côté de ces mortiers, des pierres ayant la même forme et la 
même dimension que leur partie creuse et qui étaient des mo- 
lettes ou des percuteurs. Les faibles dimensions de la cavité ne 
permettent pas de supposer qu'elles aient été destinées au broyage 
du grain; en tout cas, elles n'y étaient pas exclusivement réser- 
vées; les archéologues admettent qu'elles servaient à broyer des 
couleurs, des herbes médicamenteuses, des racines propres à 
l'alimentation. 

A partir de l'époque néolithique, le doute n'est plus permis sur 
l'usage de la meule. On rencontre encore, dans les stations de 
cette époque, dos mortiers munis de leurs percuteurs, mais on 
rencontre également des pierres plates, légèrement creusées au 
centre par le frottement même d'une autre pierre qui servait îi 
l'écrasement des grains. Ces grains, on les a retrouvés à côté de 
CCS meules primitives, dans les stations lacustres de llofwyl (lac 



416 



KKVIE Alîr.IlEOLOdiorK 




de Mooseedorf) ', de Meilen (lac do Zurich)', de Waiigeii (lac de 
Coiislance)', et l'on ne saurait douter, par conséquent, de l'em- 
ploi de la pierre plate à la moulure. Des pierres à écraser de celle 
époque ont été recueillies par la science archéologique; ce sont 
celles de Chessemy (Aisne)*, de Tercis cl de Seyresse (Landes)^ 
(fig-. 1\ (\q Robenhausen* (lac do Pfekkikon, canton de Zurich), 

des grottes de la Vache 
(Ariège)'',deMonslieim 
(liesse Rhénane)', de 
Vcster Gotland (Suè- 
de)'''; on en possède 
également en Italie*". 
Parmi les vestiges de l'âge dii bronze, les mêmes pierres plates 
se retrouvent dans la cité de Morges (lac de Genève)", dans les 
stations de Grésino et du Saut (lac du Bourget)'^ dans la station de 
l'Argar (sud de TEspagne)'^, dans la station lacustre de Mondsee 
(Autriche)*\ en Bavière '5, euHelgique(Ardenne)"', etc. Souvent 
la pierre est ovale; quehiuefois elle est comme ensellée ou 
bien alVecte la forme d'une auge véritable. On connaît plusieurs 
pièces de ce genre : citons l'auge de Ty-Mawr et celle de Pen y 
Bone, trouvées par Stanley dans l'Ile d'IIolyhead, en Ecosse'^ 



Pig. 1. _ Pierres à écraser de Chassemy, de Tercis 
et de Seyresse. Époque néolithique (Musée de 
Saiut-Geruiaiu). 



1. Musée de Saint-Germain, salle ii° 1. 

2. Lubbock, Vhommc prchisloriquc, t. I, p. I8i. 

3. Musée de Saint-Germain, salle n" 4. 
•4. Musée de Saint-Germain, salie n° i. 
5. Musée de Saint-Germain, salle n° \. 
G. Musée de Saint-Germain, salle n» 4. 

7. Garrifj^ou, Ann.des ^ci-'nccs naturelles, 1867. ZouL, t. VIII, p. 90. 

8. Musée (le Mayence. Revue nrchéol., 1869, p. 325, pi. X. 

9. Oscar MoiiLelius, Les temps préhislvriqucs de la Suéde, p. 30. 

10. Musée arclieologique de l-lome. 

11. Musée de Lausanne. 

12. Musée de Chambéry. 

13. Siret, Les premiers dijes du métal au sud-csl de l'Espagne (Bruxelles). 

14. Musée de Salzboufit^. 

15. Musée de Nurember^^ (Germanisclies Muséum). 

10. .loltrand, Bull, de lu Société d'anlliropoloyic de Bruxelles, 1894-95 et 
Musée de Bruxelles. 

17. Kvans, Ancient stonc implements of Greal Brilain, 2' éd., 1897, p. 251, 
252, (ig. 170-171. 



Lies OllIGINES DU MOULIN A (WIAINS 4 17 

el colle de ki slaliuii de Grésine SiiiiiL-liuiucenl (lac du Boui- 

Diiïérenls archéologues oiiL rencuiiUé en Brclagne, M. Foulon 
à Tilc lie Basl, près Guérande, M. Galles ii Lokminé, prîîs IMncr- 
mel, M. Lukis à Gueriiesey, M. de Closmadeuc à Kruhels, M. de 
Kéranllech à Kcrlcscan, près Carnac, dans des dolmens luniu- 
laires de l'époque celtique, des pierres creusées au centre de 
0°>,60 à 0"',80 de large*. Il est possible, comme Ta prétendu 
M, de Closmadeuc', que ces récipients aient été des instruments à 




Fig. 2. — Pierre à écraser de Grésiae-Saiot-limocout (\gc du hruuze). 
(Musée de Ghaiiibéry). 

destination religieuse, ayant servi à la cérémonie des funérailles; 
mais il est plus probable qu'ils servaient à écraser du grain et 
étaient, à la mort du chef, enfermés, intacts ou brisés, dans son 
tombeau. 

Le même procédé de moulure a été suivi par les premiers 
Egyptiens, bien que leur civilisation fut, à l'époque oii ils 
broyaient leur grain, incomparablement plus avancée que celle 
des hommes de l'Europe centrale. 

Parmi les statuettes que les riches Egyptiens faisaient enfer- 
mer dans leurs tombeaux et qui représentaient les serviteurs du 
défunt, continuant leurs bons ofliccs après la mort, se trouvent 
des statuettes de femmes occupées à moudre le grain sur une 
pierre plate. 

Nous possédons au Musée du Louvre deux statuettes en cal- 
caire remontant à la V" ou à la VP dynastie (3000 ans environ av. 
J.-C.). Elles représentent deux femmes accroupies : l'une d'elles 

1. Musée de Chamliéry. 

2. D'' Foulon, Ueoue de la Soc. archéologique de NanlêSt 18G8, p. 107, pi. I. 

3. Closmadeuc, ibid.. p. 263. 

ni' SÉRIE, T. XXXV. 27 



118 



REVUK ARCllÉOLOGlOUE 



csl placée en face d'une pierre plaie munie de sa niolelle ; 
l'autre semble plulùl pétrir ou même tourner de petits pains. 
Peut-être, en ellel, ces pierres plates servaient-elles tout à la fois 
à broyer le grain, à pétrir le pain, et même à pétrir la pâte céra- 
mique ' (fig. 3). 

Le Musée du Louvre possède en outre une figurine en serpen- 
tine, petit monument votif, qui représente un prince nommé 
Thoutmès, le corps allongé par terre, occupé soit à broyer, soit 
à pétrir'. 

Les statuettes que Ton conserve au Musée de Gizeh (Egypte) 
sont encore plus caractérisées. Les objets que les femmes font 
glisser sur la table à écraser ne sont autre chose que des pierres 




Fig. 3. — Statuettes égyptiennes (Musée du Louvre). 

et ne peuvent être pris pour des pùtons de farine. D'ailleurs, ou 
retrouve en Egypte — et môme on retrouvait, il y a dix ans, aux 
portes du Caire — des femmes qui broyaient leur grain de cette 
façon . 

Les documents relatifs à la mouture sont des plus rares dans 
riiistoire de la civilisation cbaldéenne et assyrienne. MM. Botta 
et Flandin' ont découvert, dans le palais de Khorsabad, un bas- 
relief qui représente un camp retranché; dans une de ses parties, 
on assiste à une cérémonie religieuse où deux hommes figurent 
debout devant une gerbe de blé; dans l'autre partie, on voit deux 
personnes, peut-être deux femmes, qui sont occupées au soin 
du ménage; Tune d'elles semble écraser quelque produit sur une 

1. .Musée égyptien, Salle des colonnes. Vitrine des deriiiùies acquisitions. 

2. Musée égyptien, Salle liisluii(iue. Vitrine N. 

'6. Botta et ï-'landin, Les munumcnla de iSinive, p. 103, pi. 146. 



Li:S OIUGINES DU MOULIN A (;HAINS 



419 




Fit 



— Bas-relief du [lalais 
(Je Kliorsuhad. 



pierre plaie, semblable aux l.ripodc^; doiil il sera parlé plus bas; 
l'aulre semble étaler mie p;\t(î sur une lable (jiii csl à la liaulcur 
de sa ceinture (fig-. 4). 

Les Grecs ont connu également 
le procédé de mouture à la pierre 
plate. Au Musée du Louvre se 
trouve , parmi les statuettes dé- 
couvertes en Grèce (style corin- 
thien), un groupe de quatre per- 
sonnages, hommes ou femmes, 
occupés à manœuvrer un objet qui 
peut être évidemment un fragment de pâte à pain ou de pâte 
céramique, mais qui peut être également une pierre destinée à 
écraser le grain. Un joueur de llûle, placé à côte d'eux, les distrait 
et les entraîne à leur dur labeur*. Le Musée poss'ede également 
une statuette thébaine (v° siècle), qui représente une femme assise 
sur ses talons et dans la même posture que les pétrisseuses 
égyptiennes^ 

Homère, qui nous fait assister, dans plusieurs passages de ses 
poèmes, à l'opération domestique de la mouture, qui nous montre 
les femmes préposées à ce travail, préparant la farine aussi bien 
pour le repas des prétendants' que pour la nourriture des mois- 
sonneurs*, ne nous donne pas de détails sur la forme même des 
meules employées. 

Mais Schliemann a découvert, tant à Mycènes, en Argolide, 
qu'à Hissarlik, qui représente la citadelle de l'ancienne Troie, 
des pierres plates, ovales, mesurant de 0'°,20 à 0"',G0 de dia- 
mètre, quelquefois creusées, surtout (juand elles suit pierre 



1. PoLtier, Ileuitc (ti'c/it'u/., 1899, p. il, fll,^ 8. Musée du Louv'ii', Départe- 
ment Grec, Salle L, Vitrine 1''. 

2. Musée (lu Louvre, Déparloineiit Orée, Salle L, Vitrine V . 

3. Odi/sscc, XX, V. 105. 
i. Iliade, XVIII, V. 559. 



420 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

de grandes dimensions, el a renconiré, à côlé de ces meules pri- 
milives, des pierres rondes de 0",08 à 0'",12 de diamètre, qui ser- 
vaient certainement d'écrasoirs*. 

Les fouilles de Tiiymbraot d'IIanaï-Tepeli, au sud-est lic Troie, 
ont permis de découvrir des meules semblables. Un squelette a 
été trouvé la tête couchée sur une de ces meules*. 

Enfin. M. Fouqiié a signalé deux meules eu lave, formées de 
deux calottes hémisphériques superposables par leur face plane et 
de dimensions inégales, qu'il a découvertes à Santoriu((3yclades) 
au milieu d'une construction préhistorique'. Ce savant a bien 
voulu, sur ma demande, rechercher les notes qu'il avait prises à 
Santorin en 1SG6, et j'y ai vu consignée la description de sept 
meules semblables à celles qu'il décrit dans son mémoire. Ces 
meules étaient ovales, les plus grandes ayant O^.SO dans leur 
grand diamètre, les autres 0'%2o X 0™,20, 0"',20 X O™,!;], 0'%15 
X 0°',12. Leur épaisseur variait entre O^.OG et O^.IO. 



11 est fort intéressant, au point de vue ethnographique, de re- 
trouver, à des milliers d'années de distance, chez des peuples 
modernes, de civilisation arriérée, les mômes instruments ser- 
vant aux mêmes usages, soit que l'emploi s'en soit perpétué, soit 
que, comme nous l'avons dit plus haut, les mêmes besoins les 
aient créés. Dans les objets ou les photographies rapportés par 
les voyageurs qui ont parcouru les contrées les moins civilisées, 
on retrouve la pierre plate à écraser; elle a été signalée chez les 
peuplades de l'embouchure du Colorado*, chez les tribus in- 
diennes du Nouveau-Mexique % dans l'île d'Haïti'"', dans la Hépu- 



1. Sctiliemann, Ilm, Irad. I-gger, 1895, p. 292,293, 550,562 ; - fig. 89, 90, 
G9i, 695, 735. — Musée de Saiul-Gerinain. 

2. Sctiliemann, i/<os,trad. lilgger, 1895, p. 952, 953; — fig. 1703. 

3. l'ouqiié, Sanlorin et ses (h-uptims. l'aris, 1879, p. 103, 112. 

4. The Aiii.rinui Miller, 1887, p. 104. 

5 MindeleIT, Sludij of puehlo archilcclure {Evjhlh unnual report of ihc bureau 
ofmnology, p. 209, 2ll, fig. 101, 105, 106). 
6. Musée etlinographique du Trocadéro à Paris. 



LES ORIGINES DU MOI LIN A (;i«\INS 



Ï2\ 



bliquo de rEquatcur', au Vùiiézuohi, aux sources du Ml', en 
Abyssinie', au Zambèze* (fig. 5), en Lslaudu% etc. 

Quelquefois, comme dans les moulins mormons, rludiés par 
MindelciT au Nouveau- Mexique''', 
les pierres à écraser soûl rangées 
côte à côte et forment un véritable 
atelier. 

Les pierres supérieures sont 
tantôt circulaires, lanlùl allongées 
en forme de rouleau. La pierre 
mexicaine qui est au Conserva- 
toire des Arts et Métiers^ est une 
molette plate, qui porte l'em- 
preinte marquée des doigts. 




Fig. o. 

Mcuture du niillel au Zumbèze 

(d'après une pliot. de M. Giiyot). 



A une époque plus avancée dans la civilisation, on trouve une 
modification de la pierre plate, dont la taille implique un outil- 
lage relalivcment perfectionné. 

La pierre à écraser est montée en général sur trois pieds ; c'est 
le tripoiis. Ceux que l'on a trouvés dans les environs de Clor- 




Fig. 6. — Tripous trouvé à Glermont-Ferrand (coll. Fabre). 

mont-Ferrand représenlent une cuvette assez plaie, de forme 
circulaire; les pieds sont assez l'ésislants pour sujiposcr que l'on 
pouvait y moudre le grain (lig. G). 

1. Galerie du Conservatoire naliona! des Arts et Métiers (Paris). 

2. Speke and Grant, Les sources du Nil, trad. Forgues, p. 103. 

3. Paul Bourde, L'llluslratio7i,l8S9, II, p. 38i, et llersclie, Indlr.alrur dcf. an- 
tiquités suisses, 1875, p. 607. 

4. Guyot, Voijagi'. au Zamhcze. 

5. Evans, lue. laud. 

6. Mindelefî, S7m'/.v of puchlo arehilecture {Kiijhlh annualrcpio I afllie Duvrau 
of Ethnologij, p. 205. 211, fig. 101, 105, 106). 

7. Galerie du Conservatoire des Arts et Métiers. 



^-2 REVUE ARCriÉOLOGiyUE 

On retrouve ces iripodes en usage dans différentes contrées, 
au Mexique par exemple', où ils servent à écraser le maïs; la 
pierre inférieure {inétatl) est rectangulaire et la surface en est 
courbe; la pierre supérieure [mano] est en général un rouleau de 
pierre dont les dimensions dépassent la largeur de la pierre. 

On connaît également des spécimens de ces pierres apportées 
du Nicarag-ua% du San Salvator, etc. 



LE M0RTn':R 

Nous ne saurions, à propos de l'histoire de la meule, faire 
l'élude complète des documents relatifs au mortier, et nous ne 
voulons présenter celui-ci que comme un outil contemporain 
de la meule, produisant le même travail, ou souvent un travail 
préparatoire de concassage précédant le travail de mouture de la 
meule. 

La Bible parle du mortier dans lequel le peuple pilait la manne ^ ; 
elle parle également de Tinsensé que l'on pourrait piler dans un 
mortier sans que sa folie se détachât de lui*. 

On retrouve des représentations de mortiers au temps des 
diverses dynasties égyptiennes, sur les murs du tombeau de 
Kamsès 111* 4, contre les statuettes en calcaire des tombes mem- 
pliites'. 

Schliemann a découvert à Ilissarlik, à côté des pierres à 
moudre dont il a été question plus haut, un mortier muni de son 
pilon*. 

Sur les vases g-recs se trouvent fréquemment dessinées des 
femmes pilant au mortier". Hésiode décrit avec grand soin l'ins- 

1. .\]usé<; ettinograpliique du Trocadéro. I^aris. 

2. Brilisli Muséum. 

3. Sombres, xi, 8. 

4. Proverbes, xviii, 22. 

5. Willtinson, Mannen and customs, t. I, p. 174 el Musée de Gizeli. 

6. Sctiliemânn, Ilius, liad. ligger, 1895, p. 295; — fig. 91, 92. 

7. Jahn, Ber. d. Sachs. Gcs- der Wissench., Phil. llist. Classe, 1867, p. 46, 
fig. 1 el p. 80, pi. I, 4. 



LKS OIUr.INKS I)i; .MOIII.IN A (".It.MNS 



423 



trumciil dcsliuù an concassagc des grains. Le iiiuilicr donl llr- 
siode donne la descripliou était assez rndimcnlairc : « Crense 
nu Iron de trois pieds; il sera ton mortier; que le pilon ail. trois 
coudées; qu'une planche de sept pieds servant de levier s'y 
emboîte. » Si bizarre que puisse paraître cet engin, on est sur- 
pris d'en retrouver l'emploi en Enropeplusde vingt siècles après 
qu'il a été décrit par Hésiode. Dans le lics/Jichc Abrisz allor- 
Jiand Wasse.r, Wind^ Ross imd Hand Miildcn de Jacob el Octave 
de Strada (Francfort, iGlS et 1G29), pi. 87, ouvrage réédité et 
augmenté par Bockler, sous le nom de Theatrum mnchinarum 
wouz<m (Nuremberg, 1661 et 1686), se trouve ([)!. 10)',unc gravnre 
dont nous reproduisons ci-contre 
un fragment el qui traduit la pen- 
sée d'Hésiode (iig, 7). 

D'autre part , on sait qu'en 
Chine, en Corée, aux Indes, au 
Cambodge, on emploie, pour dé- 
cortiquer le riz, un mortier creusé 
dans un tronc d'arbre, dans le- 
quel, actionné par un grand le- 
vier, se meut un pilon de bois^ 

Aristophane parle d'un homme qui broyait sa farine dans un 
mortier rond^ 

Polybe (ne siècle av. J.-C.) * dit que l'on attachait, au moyen 
d'une corde, le pilon du mortier, et qu'on le laissait retomber 
de son propre poids. 

Ce qui permet de supposer que le mortier n'exéculail qu'une 
partie de la mouture, c'est que, d'abord, il se prête mal à une 
mouture complète, et qu'ensuite on retrouve, chez les auteurs 
grecs et romains, deux termes différents pour exprimer le con- 




Fig. 1. — I.,e mortier et sou pilon 
(d'aprrs uue gravun> du xvii* siècle). 



1. Ces livres, rares et curieux, se trouvent à la Bibliotlîèque du Conserva- 
toire des Arts et Métiers. 

2. Musée ettin. du Trocadéro, 

3. Les Nuées, vers 676. 

4. Polybe, lib. I, cap. xxii, p. 22. 



424 REVl'E AUCIlKOLOOIOrE 

cassage au mortier, rrJ.Gzzn, -pioev), etc. pinsere et le broyage au 
moulin, x/.txpzjv.^i , pisere ou mulere. 

Le mortier servait donc probablement à concasser légèrement 
le grain, pour en permettre un blutage grossier; la meule, la 
pierre plate acbcvait de l'écraser. 

Le mortier est en usage aujourd'bui cbez des peuples primitifs; 
son emploi est même exclusif chez certains d'entre eux, chez les 
peuples de la côte occidentale de l'Afrique, par exemple à Mada- 
gascar, oii il sert à écraser le millet, le riz, le dari, etc. Le mor- 
tier, creusé généralement dans un tronc d'arbre, affecte la forme 
d'un entonnoir terminé par un fond cjlindrique. Le pilon re- 
présente tantôt une double massue, allongée, étranglée en son 
milieu (c'est la forme que Ton retrouve figurée sur les vases 
grecs ou dans les figurines de style corinthien); tantôt un cylindre 
surmonté d'une massue en bois destinée à lui donner du poids. 



LE MOULIN A MEULE TOURNANTE CHEZ Ll.S KOMALNS 

L'idée qui a présidé à l'invention du moulin à meule tournante 
tire certainement son origine des conditions mêmes dans les- 
quelles, au moyen de la pierre à écraser, la moulure s'exécutait. 
Sans doute, un meunier a compris que pour bien moudre le grain 
sur une surface plane, il convenait d'y promener circulairement 
la molette; la meule supérieure s'est élargie et elle a tourné au- 
dessus de la meule inférieure. 

Il est d'un très haut intérêt de rechercher dans quelle contrée 
et à quelle époque a été imaginé le moulin à meule tournante ; 
mais les recherches à ce sujet présentent les plus grandes incer- 
titudes. 

Sans doute, dans la liible (voir Benzingor, llohraohclio Ar- 
chacolofjie, p. 84 et suiv. M. Benzinger ne doute point que les Hé- 
breux aient connu le moulin t main), il est question dclaservanle 
qui se lient dcrrirre les i)ieules\ ce qui ne veut pas dire qu'elle 

1. Exode, xT, 5, 



LES ORIGINF-S DU MOI'LIN A (".lUINS 425 

se cache derrière elles, mais qu'elh; esl occupée ii moudre. Il y 
est encore dit que l'on ne prendra pas comme gage le moulin' 
(les deux meules) ni la meule supérieure, et d'autres passages 
parlent de la meule supérieure qu'une femme jette sur la tête 
d'Abimelek», de la meule inférieure qui est ferme comme le 
cœur du Léviathan^ Mais rien n'indique dans ces passages que 
l'une des meules ne soit pas une simple molette et les noms 
généraux, donnés aux meules, ne sont pas significatifs. Le nom 
donné à la meule supérieure, rrkeù, le char, nous renseigne assez 
mal sur son mode de fonctionnement. 

Leprincipalargumentquel'onpourrailfaire valoir pourprouver 
l'existence d'une meule supérieure tournante, c'est qu'une simple 
pierre ne présente pas assez de valeur pour que la loi ait eu à 
défendre de la prendre pour gage; elle pouvait être facilement 
remplacée, tandis que la saisie d'une pièce importante, comme 
le serait une meule rotative, mettait le moulin dans l'impossi- 
bilité de fonctionner. Il faut encore noter que la langue semble 
distinguer le simple mortier, medokâ\ de la meule double. 

Quant à rinilicalion du bruit des meules dans Jérémie% elle ne 
nous renseigne pas sur la nature de leur mouvement. l^^nHu, nous 
ne savons pas si Samson tournait la meule chez les Philistins, 
car le texte de la Bible dit simplement : « Samson fut occupé à 
moudre dans la maison des prisonniers ^ >-> 

Les Grecs ont revendiqué l'invention de la meule. Pausanias 
l'attribua à Myletas, roi de Lacédémone, ou à Mylès le Lelège. 
La légende altique faisait également intervenir soit Mylas, soit 
Déméter, déesse des moissons". 

Un fait qu'il vient de m'èlre permis de constater pourrait 

1. y»fu(e?-ûno»ie, XXIV, 6. Le mol meule (rec/taj/m) esl au duel dans le texte hébreu 

2. Juges, ix, 53. 

3. Jub, XLi, 15. 

4. Nombres, xi, 8. 

5. Jéréinie, xxv, 10. 

G. Juges, xvr, 21. —Ces divers renseignemetils m'onléle ohiigeainmeiil com- 
muniqués par M. Hubert, attaché au Musée de Sainl-Germain. 
7. Hugo Bliimner, Technologie und Terminologie, vol. 1, cli. v. 



426 REVUE ARCnÉOLOGlQl'E 

peut-être leur doMiior raison. Le Musée du Louvre a acquis der- 
nièrpuuMit un disque en pierre calcaire, provenant de Chypre, 
mesurant 0'",32 de diamètre, U'",03 d'épaisseur, percé en son 
centre et portant sur l'une de ses faces, légèrement creusée en 
entonnoir, des traces d'usure incontestables. Si la pièce n'était 
pas en calcaire, je n'hésiterais pas à la caractériser comme meule 
supérieure tournante, la plus ancienne que l'on connaisse; sa 
nature friable ne me permet pas d'être affirmatif sur sa destina- 
lion et peut-être faut-il ne voir dans cet objet qu'un disque votif. 
Il est couvert d'une inscription remontant au ii'" ou iv'' siècle 
avant .T.-C, et appartenant à la classe des formules magiques 
connues sous le nom â'abraojas*. 

Mais aucun autre monument, aucun texte ne nous autorise à 
admettre la prétention des légendes grecques. 

Homère nous montre, à l'arrivée d'Ulysse au palais d'Alcinoiis, 
roi des Pbéaciens, des femmes qui, d'après plusieurs traducteurs, 
« tournent la meule » sur le grain doré*. Mais le texte porte 
a/.t-zizjr. et le verbe àAsxps'Js'.v, qui vient d'àXs-:/-;, pierre à moudre, 
signifie simplement moudre, et non tourner la meule. 

Un passage de VOdijssée^ pourrait également laisser supposer 
l'existence de la meule tournante. Dans le palais d'Ulysse^ douze 
femmes courent autour de chaque meule; mais cette expression 
indique, de la façon la plus générale, un mouvement violent qui 
se fait autour ou en vue d'un objet ; peut-être n'indique-t-elle 
que l'activité qui règne dans cet atelier de mouture. 

Enfin, V Iliade nous montre Ajax brisant le bouclier de son 
ennemi en le frappant d'une pierre semblable à une meule*; elle 
nous raconte que, dans l'assaut du camp grec par les Troyens, les 
casques résonnaient, frappés par des pierres grosses comme des 
meules'; ces allusions ont d'ailleurs été reprises par Virgile, qui 

1. Communication de M. Pollier. — Musée du Louvre. Céramique grecque, 
Salle A. 

2. Odyssée, VII, v. lO.'l 

3. Odi/ssée. XX, v. 105. 

4. Iliade, VII, v. 268. 

5. Iliade, XII, v. 161. 



LKS OIUr.INES DU MUI'LIN A CUAINS 'l-27 

nous dépeint Hercule lançant des pierres de meules, vastis mo- 
hirihus instar ^. Que peut-on déduire de ces citations? Si les 
personnages d'flonnère n'étaient pas des héros capables de porter 
et de lancer des pierres « que deux hommes, même les plus 
robustes, n'auraient pu hisser du sol jusqu'à un chariot »*, on 
})()urrait croire que les pierres lancées par Hector, Ajrix, etc., 
étaient grosses comme les molettes que Schliemanna retrouvées 
en si grand nombre à Hissarlik. Mais ils sont au-dessus de l'hu- 
manité moyenne et peuvent manœuvrer des pierres de grandes 
dimensions. Nous ne pouvons donc déduire de ces passages (|ue 
les meules en usag-e étaient de petites meules semblables à celles 
de Hissarlik; mais nous ne pouvons en déduire non plus qu'elles 
fussent de g-rande dimension. 

[A suivre.) 

L. LiNDET. 

1. Énéhle, VIII, v. 250. 
2. //iade, XI1,445. 



UN NOUVEAU rRÉFlîT D'EGYPTE 



Dans son histoire de TK^yple à l'époque romaine, qui forme 
le cinquième volume de riiistoire d'Egypte de M. Flinders Pelrie, 
M. Graflon Milne a publié en appendice un cerlain nombre de 
textes épigraphiques conservés au Musée de Gizeh. L'un de ces 
textes, reproduit à la p. 183 de l'ouvrage, est une stèle eu cal- 
caire découverte à Dimeh {'^ov.^/oT.xio'j v/jcjoç). Elle conlicnl : 

1" Une lettre de Liishis à Clcnidhis Lysanias, stratège du 

nome Arsinoïle, ordonnant raffichage d'un décret; 

2° Le texte de ce décret exemptant certains prêtres de la 
corvée agricole et commençant par losmots : Acj/.-.o; \z-jz'.zz 

Dans le premier, comme dans le deuxième paragraphe, le mot 
Acjr.3; est suivi d'un martelage : qu'a-t-on elTacé? Nécessaire- 
ment un titre, dit M. Milne, sans toutefois nous exph'quer les 
raisons qui auraient motivé ce singulier martelage. Mais quel 
litre? Celui d'sTiap-/:;, continue M. Milne, qui a juste le nombre 
de lettres voulu pour remplir l'espace disponible. 

Il est impossible ici de restituer ïr.y.^yzq : d'abord, parce qu'on 
dit toujours ïr.y.^yz:; 'A'.y'j-toj et non ï-xpyz;; tout court; si c'était 
un litre, il faudrait lire Vi'£;j.wv, qui est, au contraire, employé 
tout seul pour indiquer le titre Ac préfet d'Kgyple. Ensuite, parce 
que M. Pierre Jouguet qui a dessiné la pierre avec le plus grand 
soin et qui a eu l'obligeance de me communiquer sa copie, m'as- 
sure qu'il n'y a pas place pour les sept lettres du mot l-y.pyzz\ il 
y a, me dit-il, de la place pour cinq lettres ou pour six au maxi- 
mum. Nous pourrions donc, à la rigueur, admettre la restilutinu 



UN NOUVEAU PRÉFET d'ÉOYPTE 429 

YJYEiJ-wv si le sens da lexle l'exigeait absolumeiil. Il n'en l-sI rien, 
car on ne voit pas ponr quelle raison on aurait martelé le mot 
indiquant une fonction : on martèle le nom d'un empereur donl 
la mémoire a élé llélrie, le nom d'un fonctionnaire indique, d'inir 
veslale qui a iiiaii(|ué à ses vœux, d'um! I(\^i(iu qui s'est révolléc 
contre l'empereur; mais on ne martèle pas un liln', am un 
molif ne pouvant justifier ce martelage. Lusius élail [iréfct 
d'Egypte, puisqu'il donne des ordres au stratège du nouiiî ; 
c'était donc un des grands personnages de l'I^^mpire. L'inscriji- 
tion est datée de l'an 14 de Claude, 54 après noire ère. Cher- 
chons dans la Prosopor/raplùc de Rohden et Dessau si, par ha- 
sard, ce Lusius ne serait pas déjà connu par les textes épigra- 
phiques ou littéraires. Il l'est, en cITet, et par Tacite, qui nous 
raconte en quelques mois son histoire [Annales, 1. Xll, c. 42; 
an 51 ap. J.-C.) : 

Nondmn tamensumma J7ioliri Agrippina audebat ni practoria- 
rum cohortium cura exsolverentur Lusius Gela et lîuftus Cris- 
pimis quos Messalinae memores ctliberis dus devinclos credcbat. 
fgitur dislrahi cohortes ambitii duonun et si ab uno reyerentur 
intentioretn fore disciplina?n adseverante uxorc transfcrtur regi- 
men cohortium ad Burrum Afranium... 

On sait que la préfecture d'Egypte est, après la préfecture du 
prétoire, la plus haute des fonctions équestres. Il est donc facile 
de comprendre ce qui s'est passé : comme on n'avait contre 
Lusius Gela aucun grief sérieux, on se sera borné à renvoyer 
en disgrâce en Egypte, où il aura reçu la préfeclurc en l'un 51. 
Il devient, dès lors, nécessaire de l'identifier avec le .\.;r/.'.;ç 

AoJ(7ioç qui exerçait cette fonction en l'année 5i, comme 

notre inscription de Dimeh en fait foi. Il faut lire et restituer 
sur la pierre : Aou/.'.g; Aojt-.s; [ri-:;^;]. Pourquoi maintenant le 
cognomen de notre personnage est-il martelé, alors (juo le reste 
de son nom est respecté? C'est, évidemment, à cause de la res- 
semblance de ce cognomen avec celui de l'empereur Geta, 
frère de Caracalla, dont le nom a été martelé dans tout l'Empire 
avec une férocité telle que le nom de son oncle, P. Seplimiuy 



•'^•SO REVUE ARCHÉOLUGIQUE 

Gela, a rarement échappé à la destruction *. Ce martelage prouve 
de plus qu'au m" siècle notre inscription était encore exposée 
dans un lieu public, sans doute dans le temple de Soknopaios à 
Dimeh; et si elle était exposée dans un lieu public, c'est que le 
décret avait encore force de loi près de deux siècles après avoir 
été promulgué. 

Seymour de Ricci. 

1. Gagnât, Cours d'épiyrapkie latine, 3o éd., p. 173. 



LE IIEUOS SCIROS 

DANS UN VERS INCOMPRIS Di: LA PIIAIISALE 



Une des causes les plus fréfiuciitos de la corrupliou des textes 
est la présence de noms propres rares ou peu connus, que les 
copistes, réviseurs ou imprimeurs changent eu noms comiuuns, 
en adjectifs ou en verbes. Kn donnant ainsi une signification à 
des vocables qui n'en présentent aucune pour eux, ils modifient 
le sens de la phrase où ces mots se trouvent, ou, plus souvent, la 
rendent incompréhensible. C'est cela même qui facilite, en gé- 
néral, la découverte et la correction de ces fautes, dont tous les 
manuscrits d'auteurs classiques, tous les journaux contempo- 
rains olîrent des exemples. L'erreur est plus difficile à recon- 
naître dans deux cas : 1° quand la substitution du nom com- 
mun au nom propre conserve à la phrase une apparence de 
signification, dont se contentent trop souvent — même quand il 
s'agit d'un texte français — l'éditeur et le lecteur; 2° lorsque le 
mot substitué a été remplacé, à son tour, par un synonyme, 
introduit par un réviseur plus sensible au choix élégant des 
termes qu'à la chose signifiée et à la construction logique de la 

phrase. 

Je vais citer d'abord un excmple'curioux du premier cas, que 
j ai constaté récemment dans le Dictionnaire philosophiqnc de 
Voltaire, dont j'ai consulté, à cet effet, plusieurs éditions. C est 
au second alinéa de Tarticle Celtes. Voltaire en veut aux histo- 
riens qui étudient les annales des peuples auxtjuels le genre 
humain n'est redevable d'aucun service. « Vous apprenez d'eux 
que les Huns allèrent dans certains temps, comme des loups 



432 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

affamés, ravager des pays remaniés encore aujourd'hui comme 
des lieux d'exil et d'horreur. C'est une bien triste et bien misé- 
rable science. » Voltaire fait ici allusion, sans la nommer, à la 
grande Ilisloire des Hum de Joseph de Guignes, publiée de 1736 
à 1758 el dont il a parlé plusieurs fois dans ses écrits. Il continue 
ainsi : « Il vaut mieux sans doute cultiver un art utile à Paris, à 
Lyon el ;i liordeaux que dctudier sérieuseuient riiistoirc des 
Hum et des ours; mais enlin on est aidé dans ces recherches par 
quelques archives de la Chine. » 

Les éditeurs de Voltaire, sans en excepter le dernier, ne se 
sont pas demandé en quoi les archives de la Chine peuvent nous 
éclairer sur Yhistoire des ours. Ce dernier mot est évidemment 
corrompu et sa présence, dans toutes les éditions, s'explique non 
seulement par la forme insolite d'un nom propre dont ours a pris 
la place, mais par l'influence de la comparaison que Voltaire a 
instituée, quelques lignes plus haut, entre les Iluns et des « loups 
affamés ». 

On aurait tort de vouloir changer ours en Turcs, parce que le 
nom des Turcs est trop connu pour avoir embarrassé un correc- 
teur d'imprimerie ou un copiste. H faut lire Ouigours. Les Oui- 
gours sont une tribu turque, mêlée de bonne heure à l'bistoire 
des IIuiis, que l'historien Ménandre mentionne déjà sous le nom 
d'Ojvijp;'. ' et dont il est longuement question dans l'ouvrage de 
Joseph de Guignes*. Si l'on peut se lier aux index des œuvres de 
Voltaire, il ne s'est pas occupé ailleurs des Ouigours; mais il 
serait bon de rechercher si ce nom n'a pas été altéré dans d'autres 
passages comme il l'a évidemment été dans celui-ci. 

Comme exemple du second cas — celui oîi un nom propre 
insolite a été remplacé par ui! vocable intelligible auquel un 
réviseur a substitué un synonyme — je vais étudier un passage 
de la Pliarsale de Lucain qui, après avoir été l'objet de toutes 



1. Menand. Prot., fr. 21. 

2. J. de Guif,'nes, Histoire des Huns, l. II, p. 92, 93, 326. Voir, en dernier 
lieu, sur les Ouigours, Hcvuc arc/tc'o/., 1899, I, p. 54; L'Anthropologie, 1899, 
p. 478. 



u: iiKuos sciKOs 433 

sortes do commentaires et de conjectures, semijle avoir été aban- 
donné par la critique conteniiioraiiK,'. .le crois iiouvoir le r(;sli- 
luer enfin avec certitude. 

An lll'-' livre de son poème, Lucain énumere les divers peuples 
de ladrècecjui suivirent les étendards de Pompée. Ayant d'abord 
parlé des Arcadiens, dcsTracliiniens, des Tliesproles, des Dryo- 
pes, des Selles, il consacre aux Alliéniens les trois vers suivants 
(181-183) : 

18 1 ExIiausU lolas ijuamois dekcLus Allicnas 

182 Exignae Phoebea lenenl nnvalla puppes 

183 7'res(jiœ pelunl vcram credl Salamina carinae. 

Il n'y a pas de variante notable dans les manuscrits ; l'un d'eux, 
porte solamina au lieu de Salamina, exemple de la substitution 
si fréquente d'un nom commun intelligible à un nom propre qui 
ne l'est plus. 

Si l'on retranche de ces vers ce qui prête à contestation, le 
sens général se comprend aisément : « Bien qu'Athènes soit 
épuisée d'hommes par le recrutement, quelques petits navires 
stationnent dans le port et trois vaisseaux se dirigent vers Sala- 
mine. » C'est-à-dire qu'Athènes, après avoir fourni autant de 
soldats qu'elle a pu, trouve encore moyen de mettre en ligne une 
escadre. Les verbes teneiit aipetunt s'opposent fort bien, comme 
nu statiounaire à un navire en campagne. Il est admissible que 
loient signifie « occupent » QipeUmt « désirent » ; il y aurait là 
un manque de symétrie tout à fait choquant. 

L'épithèle Phoebea, donnée par le texte aux nacalia, est bien 
singulière, car Apollon n'a rien à voir avec l'arsenal du Pirée. 
(ironovius a proposé Piraea, qui serait admissible ; mais j'aime- 
rais mieux, avec le Hollandais van Jevcr, écrire Thesea. 

La grande difficulté réside dans les mots \pelunt vcram credi 
Salamina carinae. C'est elle qui a fait dire à l'éditeur du Lucain 
de Lemaire : IJic locus interprètes mire lorquet. On s'est tiré 
d'allaire de deux manières, tantôt en changeant le texte, tantôt 
on interprétant l'inintelligible, ce à quoi un traducteur exercé 
réussit toujours. 

111'= SÉRIE, T. XXXV. 28 



434 REVUE AHCIIÉOLOGIOUE 

Au lieu de p/'tunl, Burmanii écrit vêlant et explique : « La 
llotle alliénienne, réduite à trois navires, interdit de croire à la 
victoire de Salamine ! » 

Van Jever demande, au contraire, probant : « Les trois na- 
vires de la Hotte athénienne attestent la vérité de la victoire de 
Salamine ' I » 

Ces hypothèses contradictoires ne nous arrèter()nt pas, car 
elles impliquent, en somme, pour les mots vcram crcdi Salamina, 
l'interprétation qui a été adoptée par tous les traducteurs. A 
leurs yeux, il s'agit non de l'île de Salamine, mais de la bataille 
qui s'est livrée devant cette île en 480, de la vieille gloire de la 
marine athénienne dont il faut défendre le souvenir. Voici la glose 
du dernier éditeur anglais de la. Pharsaie, M. Ilaskins : « Trois 
navires s'efforcent de faire ajouter créance à la légende de la vic- 
toire de Salamine ». Le dernier éditeur hollandais, M. C. Franc- 
ken, comprend de même : D'cs tamen naves vetei'cmf/loriam vin- 
dicant; postulant vie toriam Salaminiamveram haberi. Le dernier 
traducteur français de la P/iarsale, M. L. Gallot, n'entend pas 
autrement : 

Athènes, aujourd'hui sans marins, sans soldats, 
Frète trois bâtiments pour les futurs combats, 
Et du port de Phœbus cette escadre mesquine 
Semble partir encor pour quelque Salamine*. 

Cette interprétation qui, je le répète, est celle de tous les tra- 
ducteurs, me parait inadmissible. Ce n'est pas seulement la 
grammaire qui s'y oppose — car rexpression petere eredi venun 
signiliant « demander que l'on croie à la vérité d'une chose » est 
bien peu latine — mais le bon sens. Pourquoi, dans une énumé- 
ration qui ne contient que des détails historiques et g-éogra- 
phiques, introduire à l'improviste une allusion à la victoire de 
Salamine et aux prétendues contestations dont elle aurait été 

1. Bentley proposait : lixigilac l'iraca lumen, clc, ce <)iii ne Iraiictie en 
rien la (liriicultr-. 

2. La l'harsalc de Lucain LvaduHi) en vers franeais, jjar L. 'Jallut, sous-chef à 
la Fréfeclure de la Seine, i^aris, Uidol, lay't (p. 117-118). 



Lli UÉKOS SGIHOS 43S 

l'objet? II n'y a pasiracc de ces coiilostalioiis dans raiiti(jiiiir ; I,; 
mol de .luvénal. <jindquid Graccla mcndax Andci inhisiurhi ^ ^'aj)- 
pliqiie à la léyeiide du canal creusé par Xerxèsà travers l'Athos, 
non aux victoires des Athéniens. Et puis, que siî,nii(lent ces 
trois bateaux, garants de la gloire de Salauiinc, dont le poète 
n'indiquerait même pas la sortie du port, alors qu'il vient de 
parler d'autres bateaux qui stationnent devant l'arsenal? La con- 
jonction que, dans tresquc pctiaU, ne laisse aucun doute sur le 
sens de ce dernier verbe qui, ayant pour sujet des navires, 
comme le te7ie7U du vers précédent, doit être pris dans la môme 
acception, c'est-à-dire au sens propre. 

Le texte est donc corrompu. Mais il ne faut pas toucher à 
1 épithète veram, parce qu'elle se retrouve, appliquée à la même 
île de Salamine, dans deux poètes latins du i'^' siècle, contempo- 
rains, ou peu s'en faut, de Lucain. Vera Salamis, c'est la Sala- 
mine voisine d'Athènes, la « vraie », par opposition à la ville de 
Salamis dans l'île de Chypre, fondée par Teucer, fils du roi de 
Salamine ïélamon, qui, revenant de la guerre de Troie, fut en 
butte à la colère de son père, parce qu'il n'avait pas rapporté les 
cendres de son demi-frère Ajax. 

Puisque les mois vera Salamis sont employés dans celte accep- 
tion à l'époque même de Lucain, il est évidemment absurde de 
supposer que ce poète ait voulu signifier par là le <x caractère 
historique » de la bataille de Salamine. J'avoue ne pas com- 
prendre comment une pareille explication a pu être acceptée par 
tous les commentateurs depuis trois siècles. 

Dans une ode célèbre d'Horace*, Teucer, fuyant Salamine, 
promet à ses amis de fonder sur une terre nouvelle une ville du 
même nom : 

Amùifjuam lellure nova Salamina fuluraiii. 

Manilius, dans ses Astronomiques^, parle des hommes qui, nés 

1. Horace, Odes, I, 7, 29. 

2. Manilius, Aslroiik, V, 50. Il est probable, comme l'a iiiorilré M. Ilosius, que 
Lucain a connu et même imité Manilius [Rhdn. Mus., N. F., lij. XLVIlIj 
1893, p.380 3q.). 



436 RLYCL AUCIIÉOLOGIQUE 

SOUS un ccrlain asceiidaiil, oui le goût des choses de la mer. 
Ou'ou suj)|)rinic ces naissances, dil-il. elil n'y aiiraplus de guer- 
res navales : 

]'cra Syracux/s Salamis non merrjct Athenas, 

ce qui signifie : « La vicLoire remporlée par Athènes à la vraie 
Salamine n'entraînera pas (en lui donnant le goût de la guerre ma- 
ritime) sa ruine devant Syracuse ». L'expression esl ellijilique 
à l'excès, mais il est évident que veni Sala?iîis ne signihe ]tas ici 
« la véritable victoire de Salamine », mais la « vraie Salamine », 
l'île voisine il'Alhènes, théâtre d'une vicloire incontestée de la 
llolle alhénienne. Si Manilius éprouve ici le besoin de préciser, 
c'est qu'une autre bataille navale, une des plus grandes de l'anti- 
quité, fut livrée en 30G devant Salamis de Chypre, oij la Hotte 
gréco-égyptienne fut anéantie par celle de Démélrins l^oliorcèle. 
Le deuxième passage parallèle est dans les Troijcnnes de Sé- 
nèque, contemporaines, à bien peu d'années près, du troisième 
livre de la Pharsale. Le chœur des Troyennes se demande quel 
sera le lieu de leur exil. Sera-ce Péparèthe, sera-ce Eleusis, 
sera-ce la vraie Salamine d'Ajax^'^. 

An sacris gaudens tacUis Eleusini' 
A'utnquid Ajacls Salainina verani'/ 

Ici, l'analogie avec le texte de Lucain est si frappante qu'on 
s'étonne qu'elle n'ait pas suggéré depuis longtemps, sinon la so- 
lution définitive du problème, du moins une solution approchée, 
consistant, par exemple, à écrire : verani Teucri Salaniina. Mais 
cette correction serait mauvaise pour deux raisons. La première, 
c'est qucTeucer, né dans la vraie Salamine, était en même temps 
le fondateur de l'autre; la seconde, c'est que la substitution du 
crcdi de tous les maimscrils à Teucri, nom d'ailleurs bien connu 
par l'ode dlloracc, ne s'expliquerait ni par des considérations 
paléographiques, ni autrement. 

Le mot de l'énigme nous sera fourni par l'histoire fabuleuse 

1. Sénèque, Troud., 844. 



LK HKIIOS SC.IKOS '(.:{7 

do l'île de Salamine. Nous savons d'abord, par Slrahon, (inCHc 
s'élail appelée autrefois S/n'ras, du uuin diiu liéios locul ikummu'î 
Skiros : 'Ex^AcTto okxipo'.^ ov;;;,ac7i -b -y.'Lv.ii ■ v.y\ -;àp ^/.'.-yj.- v.y\ K' j- 
7p£''aà-o T'.vcov •/jpo'jwv '. Ces deux héros, Skiros el Kyclireus, ne sont 
pas absolument inconnus. Nous savons par Ilésychius que Skiros 
passait pour être fils de Poséidon el pour avoir épousé la nyniph'' 
Salamine, (illo d'Asopos, qui, suivant un autre lémoii,'-nii^e, fui 
la mère du héros Kyclireus-. Le rôle assez important altribué à 
Skiros dans les légendes locales de Mégare, d'Kleusis el de Sa- 
lamine a été étudié par MM. (^arl Robert et ïoepiTer^; il n'y a 
pas lieu de nous y arrêter ici. Tout ce qu'il faut retenir, c'est 
que Skiros, fils de Poséidon, était, suivant la tradition, le fonda- 
teur mythique de Salamine (cztuo ^/.(pou -cO a'jvo'.v.-javTo; ^-x'hTjXrj., 
dit encore Suidas), qui s'était appelée d'après lui Ski/r/s. 

Sénèque dit : AJacis veram Salamina. Le neveu Lucain est 
plus savant, plus pédant si Ton veut, que son oncle : il a écrit 
veram Scriu Salamina, parce que Salamine a élé seulement il- 
lustrée par Ajax ', mais qu'elle a eu, [loliliquement parlant, 
Scirus pour fondateur. 

Soit donc le vers de Lucain : 

Tresque pelimt veram Sciri Salamina carinae, 

qui signifie simplement : « Trois navires se rendent à la vraie 
Salamine, celle de Scirus )),nn éditeur, le premier éditeur peut- 
être de la Pliarsale — puisque la faute est commune à tous les 
manuscrits — a pris Sciri, génitif du nom de Scirus, héros 
obscur, pour un infinitif passif. Alors il lui a semblé, avec raison, 
que veram sciri était peu latin; il a écniveram credi, substituant 
ainsi un verbe à un synonyme qui élait lui-môme, à l'origine, un 
nom propre incompris. Un autre éditeur ou réviseur a peut-être 

1. Strab., IX, p. 393. 

3. Cari t^obei't, //ermès, t. XX, p. 319; Toe()ITer, Attischc ('•cncalnijn-, p. 273. 

4. Ajax est d'ailleurs un héros protecteur de Salamine (Pindare, Nein., iv, 48) 
el y possède un temple d des l'êtes (P.uis., I, 30, 2; 'I^fiM-. i?/.^''-»)'. , tS^'i, 
p. 169). 



438 REVTE ARCRÉOLOGinUE 

été plus loin oncoro, car un manuscrit du x" siècle porte vonnn 
ci'edi : il aura sans doute compris ces doux mots comme une in- 
cise, équivalente à vera loquor. 

La correction que je propose a, j'ose le croire, toutes les vrai- 
semblances pour elle. En rendant intelligible un passage déses- 
péré, elle montre, une fois de plus, le goût de Lucain pour l'éru- 
dition raffinée, pour les noms rares, et jette peut-être quelque 
lumière sur les circonstances, encore mal connues, qui ont mar- 
qué la publication, nécessairement posthume', do la première 
édition complète do la Pharsale ^. 

Salomon Reinach. 



1. Lucain avait publié les trois premiers livres entre 61 et 63, mais les sept 
derniers et, par suite, l'ensemble du poème n'ont été divulgués qu'après sa 
mort (30 avril 65). Cf. H. Diels, Scneca und Lucan, dans les Abhandl. der 
Akad. zu Berlin, 1886. 

2. Je ne crois pas qu'il y ait lieu de mettre la substilulion de credi à Sciri au 
compte de Paul de Constantinople ; la faute doit être plus ancienne. Du reste, 
nous ne savons pas fjuelle a été la part de Paul dans la constitution ou dans 
l'altération de notre texte; .M. l'abbé Lejay a eu raison d'écrire (Rev. de Vh'doL, 
1894, p. 58) : « Paul de Constantinople est pour nous un inconnu qui ne peut 
servir à dégager cette autre inconnue, l'archétype de nos manuscrits. » Le pre- 
mier réviseur, qui a constitué l'archétype, appartenait sans doute à la famille 
Annaea. Dans la pensée de Lucain, ce devait être Sénèque; mais Sénèque 
mourut, comme Lucain, victime de la conspiration de Pison, et il est probable 
qu'un autre membre de la même famdie se chargea de la tâche qui aurait in- 
combé au philosophe, s'il avait survécu à son neveu. 



PRECIS DES DECOUVERTES AHCllEOLUGKJUES 

FAITKS DANS LE GRAND-DUCHÉ DK LUXEMMOlln; 
De 1845 ùx 1897 

(Suite.) 



Les routes romaines «. — Les principales roules traversant la Gaule condui- 
saient de Rome et de Milan par les Alpes sur le Rhône, par Besançon et Bel- 
fort vers le Rhin supérieur; de Lyon par Langres vers Reims, Amiens et 
Boulogne; d'Amiens par Aduatura au Rhin, à Cologne et à Bonn; de Reims 
vers la Semoy, à Arlon et d'Arlon ainsi que de Langres vers la Moselle, à 
Metz, Trêves et Cologne. 

Agrippa, général et ingénieur d'Auguste, dressa le plan de ces routes et en 
exécuta lui-même quatre'. Si Auguste commença ce vaste travail, ses succes- 
seurs, pendant quatre siècles, le continuèrent, et leurs noms nous ont été 
transmis dans les inscriptions des colonnes milliaires. 

Les routes militaires romaines, d'après les restes assez rares qui en subsis- 
tent, avaient le plus souvent une hauteur de 1-2 mètres, chez nous parfois de 
3 mètres et, par endroits, comme près de Reims, jusqu'à 6 mètres. La lar- 
geur supérieure du remblai a été ordinairement de près de 5 et même de 6 mètres, 
d'après Bergier, tandis que, à la base, la chaussée était large de 9-12 mètres 
selon la hauteur plus ou moins grande de la digue qui la supportait. 

1. Voir la Revue avchéolor/ique de janvier-février, juillcl-aont 1898; janvier- 
février, juin-juillet 1899. 

2. a) Publications, vol. VII, 2» partie, p. 90, année 1851; vol. XIII, p. 119, an- 
née 1867 ; vol. XXVI, p. 196, année 1870-71 ; vol. XXVII, p. 73, année 1872 (Eu- 
gling). Texte allemand ; vol. XII, p. 162, année 1856 (Nanuir). 

h) Bonner Jahrbiicher, tome LXXV et LXXVI, année 1883 (von Veith). Texte al- 
lemand. 

c) Documents du Congrès archéologique et historique d'Arlon, \?>^^ (.M.van Wer- 
veke). Le compte-rendu, à l'heure où nous terminons ce travail, n'a pas paru 
encore. 

d) La mute consulaire de Reims à Trêves sur le territoire de la ville de Luxem- 
bour(f (M. Fiscber-Ferron). 

e) 0ns Hémecht, annexes Munchen, juin et juillet 1899 et annotations par 
M. Blum. 

f) Histoire géographique et politique de la province de Luxembourg, Namur, 
1856 (Laforêt). 

3. Strabon, IV, 6, 11 (édition Millier et Diibner), 



440 BEVUE ARCHÉOLOGIQUE 

Les tiac mHUarcs, corisulcircii, praetorian^rc ou publieac avaiont une l.irgoiir 
réglementaire minimum de i6 pieds romains, soif '1™,80 chiffre rond, c'esl-à- 
dire la largeur double de la via incinalis, privnta ou agraria, qui élait celle de 
deux voitures, Siculus Flaccus dislingue ainsi ces deux espèces de chemins : 
iunt viae pidilica>i<ixiae publice muniunlur et auctorum nomhia oblinent. Vici- 
nales aulem de pubiicis quae devertunlur in agros et saepe ipme ad altéras 
publicas pei-veniiint, aliter muniuntur, per pagos, id est per mitgistros pago- 
>7/m*. L'iler prévoit 2 pieds, près de 0'",60, pour le cavalier ou le piéton, 
le semi iter est ce que nous appelons sentier. A Altrier, nous voyons que des 
cliemins étroits même sont pourvus de digues, et c'est à des voies de cette es- 
pèce que s'applique ce que dit Tacite: Angustusis trames vastas inter paludes 
et qiiondam a L. Domitio aggeratus. — Limitibus aggeribusque rnunita -. Cet 
agger, qui était la règle pour les routes militaires, n'existait cependant pas 
là, par exemple, où elles gravissaient une forte pente, s'avançaient uniformé- 
ment sur des hauteurs dominantes ou traversaient des endroits rocheux, où 
elles se trouvaient souvent percées avec une largeur de 4-5 mètres seulement à 
ras de sol. 

Sur un lit formé de terre glaise battue sont enlasst'es et fixées au lait de 
chaux des pierres brutes tirées des carrières voisines. Ces pierres, en partie, 
sont enfoncées obliquement dans la couche inférieure, tandis que les plus 
grosses sont souvent inclinées de côté et servent de margines. Sur celle base, 
statumen, haute de 0'",25 et quelquefois de 0",50, reposait la ruderatio, d'une 
épaisseur de 0"", 20-0", 25, formée de pierres concafsées ou de gravier entre- 
mêlé de mortier. Le nuclcxis, qui couvrait la ruderatio, se composait d'une 
couche de 0"\2o d'un gravier moins gros, fixée également au bain de mortier; 
enfin, une dernière couche de gravier ou de sable formait \n. glarea on snmma 
crusla, bombée de 0'",i0-0",2ô pour laisser écouler l'eau. Du reste, la struc- 
ture de la route romaine variait continuellement d'un endroit à l'autre : là où 
la circulation était exceptionnellement fréquente, là où la voie devait présenter 
une plus grande force de résistance, comme dans les grandes forêts, là enfin 
où il fallait pouvoir surveiller la contrée, on augmentait le nombre des stratifi- 
cations que nous venons d'énumérer et la hauteur de la berge était par consé- 
quent plus considérable, tandis que, dans les bas-fonds, il arrivait que les 
couches de gravier reposaient immédiatement sur la levée de terre. 

Celle variété dans la manière de construire les routes militaires est prouvée 
par le témoignage de Bergier et d'Alexandre Willlieim, qui, dans des endroits 
ditférents, mais dans des conditions presque identiques, ont examiné la route 
Reims-Trêves. Viam scrutari plaçait, dit Wiltheim, ubi trans Alisonliam 
(Alzette) m urbis conspectu (Luxembourg) montanam planiticm decurrit. Ber- 
gier, de son côté, orsus est fuderc in collicuto duos et viginti pedes alto, tribus 
ferme a Durocorloro leucis. Cependant les résultats de leurs recherches ne sont 
pas les mêmes. La hauteur totale du talus est de trois pieds et demi chez tous les 
deux ; la grosseur de toutes les couches n'est pas indiquée séparément, mais, par 

1. De condicinnihii:i agronwi, G. .'iS. 

2. Ann., I, 6:< ; II, 7.' 



l'Ri^cis DES nÉc.nuvF.nTFS Anriii':or.nr,rni;ES 



ÏM 



élimination, on parvient à la ilélorminer et à Irouvor fjnV'lie dillère coiisidt'-ra- 
biemeiit. Tanrlis que le lit de grosses pierres, chez Wiilhoim, est liant d'uii 
pied, il l'est, chez Beri,ner, de 2 pieds 2 pouces, ce qui doutie, pour cette seule 
couche, une dilTérence de 0"»,3'3. Il n'y a que le gravier de la surface dont l'i'- 



St.nl l'.ri et C.Uin 




iJtJL 



UJetterflio 




paisseur soit la même dans les doux cas. Enfin, Wiltheim dit expressément que 
les pierres du fond étaient liées par la chaux, et Bergier affirme le contraire. 
Nous en concluons que, outre les circonstances indiquées ci-dessus, c'est encore 
la nature du terrain qui a influé sur le choix des matériaux qu'on a employés ; 
que, par exemple, dans les endroits où il y avait abondance de pierres dans le 
voisinage, on en usait [)lus largement qu'ailleurs, où il fallait auparavant les 
faire venir de loin. 

La terre pour former la digue était prise dans des fossi'-s qu'on creusait le 



442 REVUE ARCnÉOLOC.IoUE 

long (]e la roiito et qui trôs souvent étaient comblés par des chaussées parallèles 
de plus d'un mètre de largeur et servaient de chemin pour les piétons. Dans 
notre pays aussi, les routes militaires étaient flanquées de digues supplémen- 
taires qu'on a considérées longtemps comme les soutènements de la voie 
principale ou comme des points de communication avec des villas voisines. S'il 
existe des restes de ces chaussées latérales à côté des grand'routes, il n'y en 
a pas de trace cependant le long des routes secondaires. D'autre part, ces 
chaussées secondaires, chez nous, ne se trouvent jamais des deux côtés à la 
fois, mais toujours d'un seul ; parfois toutes les deux sont du même côté, ou bien 
une seule accompagne la route principale d'abord à droite, puis à gau-'he. 
Partout elles Sjnt séparées entre elles par des fossés, de même que de la route 
principale. La plupart des données sur lesquelles sont fondées ces observations 
ont été fournies par M. l'abbé D'' WolfT, aujourd'hui président de la section 
historique de l'Institut. 

Pour déterminer l'usage auquel ces chemins parallèles auraient été réservés, 
il faut faire remarquer qu'ils existent seulement aux frontières de l'empire 
romain, sur le Rhin, en Belgique, au nord de la France, en Westphalie et qu'ils 
se rencontrent, chez nous du moins, exclusivement à côté des routes militaires. 
Il en résulte qu'ils datent de l'époque où les Romains étaient réduits à la guerre 
défensive et obligés de repousser les attaques subites des tribus germaniques. 
Il semble donc que, vers le iv'' siècle (pourquoi pas p'ulôl vers le milieu 
du iii«?) deux chaussées parallèles furent ajoutées aux routes militaires exis- 
tantes et qu'on établit cette distinction expresse que la chaussée principale 
serait exclusivement réservée à la marche des troupes et que l'usage des 
chaussées parallèles serait abandonné aux courriers, aux convoyeurs et aux 
particuliers. 

Végèce demande 3 pieds de face pour les soldats qui marchent sur un seul 
rang : in mille passi bus campi, una acies mille sescentas aexaginta sex suscqnt 
pedites : propterea quia singuli pugnalores ternos occupant pedes^. Comme il 
s'agit de troupes rangées en ordre de bataille plutôt que d'une armée en 
marche, on peut arlinettre que nos routes de 5-6 mètres de largeur suffisaient 
amplement aux colonnes larges de six hommes, d'autant plus que Végèce 
reconnaît lui-même que parfois les chemins sont quelque peu étroits (quod 
si angustae viae sunt, sed tantum tutae, melius est procedere cum securibus 
ac dolabria milites et cum labore viaa aperire, quam in optimo ilinere pericu- 
lum sustinere)^. 11 ajoute que les légions pouvaient faire 20-2-4.000 passus 
en 5 heures d'été». Cela fait 6-7,5 km, par heure. D'après l'itinéraire de Bor- 
deaux, les mutaliones pour le changement des chevaux sont éloignées l'une de 
l'autre de 5 à 12 leugac et les mansiones se suivent seulement après 2-5 relais. 
Pour plus d'une localité, le nom même qu'elle portait prouve qu'elle apparte- 
nait à l'une ou à l'autre de ces deux catégories : slabulum, tabernae, etc. Les 
relais de poste étaient admirablement organisés et généralement appréciés. Ils 

1, De re milil., 111, 14 ot \"). 

2. 111, 6. 
'■i. 1, 9. 



PRÉCIS DES DÉCOIIVKKTKS AHCHÉOLOGIQUES 443 

pprinotlaienl aussi do voyager avet; une élounanle rapidité : Cuius rei ndmirali» 
ila drnunii soiida pcrvenicl, si quÎA cfxjitnt, norle ne dia lonriisairnum lier velii- 
culif! tribus Tilierhim Neroncm einrjisiim, festintinkm <id Driisum f'nitrcm aetjro- 
tum in Gcrmaniam : in eo funvunl CC mili'.i pnsmiiin'. Le ciiemiu parcouru était 
donc de 296 km., plus de 12 km. par heure. D'autre part, cette faron de 
voyager était plus sûre, et la permission de se servir des voitures de l'Ktat 
était considérée comme une faveur : Copia rei vekiculariae data, Mediolnmim 
itincribus properaviinus magjïis*, et encore : Pubiici cursus uau permisso, ad 
Orientem redire tiitiiis iinperavit '\ 

Route Reims -Meduantum- Cologne. — Entre les stations officielles de 
Lindesina et Meduantum, ou, pour citer des endroits connus, entre Saint- Vitli 
et Bastogne, cette route, sur une étendue rie près de G km., traversait le grand- 
duché actuel en passant à Haul-Bellain, l'ancien Belsonacum, pour se diriger 
sur Mande-Saint-Etienne, à 5 km. au nord de Bastogne. A moins de taxer d'erreur 
les indications de la Table de Peutinger, on ne saurait admettre que l'ancien 
Meduantum soit le village de Mande d'aujourd'hui, la distance de Mande- 
Saint-Étienne à Mose étant de 29 Icugae et non pas de 9, tandis que, si l'on 
plaçait Meduantum à côté de Florenville, les 20 km. de la carte de Peutinger 
représenteraient à peu près la vraie distance de cette dernière localité à Mouzon. 
Il y a des savants qui supposent que c'est près d'izel, sur la Semoy, sur le 
territoire des Rémois et non loin des frontières des Trévires, que s'est trouvé le 
camp de Labienus en 54. Par un embranchement qui quitte la route Reims- 
Trêves à 1-2 km. au dessous d'izel, pouraller rejoindre la roule Reims-Cologne 
à côté de Chiny, cette position s'est trouvée dans la suite reliée à ces deux 
grandes voies militaires. Mais nous nous hasardons là dans des hypothèses 
qui ne sont pas de notre domaine; hàtons-nous d'y rentrer par la roule Reims- 
Arlon-Trèves, qui, jusqu'à Epoïssus, entre Trembois et Carignan, coïncide avec 
celle qui conduit à Cologne par Meduantum. A 15 km. au sud d"Arlon, sur 
notre territoire et à peu près à 8 km. de Longwy, se trouve le Titelberg, de 
forme conique, dans une situation analogue à celle d'Arlon. On y a découvert 
les traces d'un camp romain et de nombreuses antiquités. Le diverliculum <\u\ 
reliait le Titelberg à Arlon passait en grande partie par notre pays et se conti- 
nuait d'Arlon par Nobressart jusqu'à Namur. 

Qu'on nous permette une observation. Pour le lecteur qui, tout naturelle- 
ment, ne connaît pas la disposition des petites localités qui se trouvent placées 
à côté des débris des routes romaines, il n'est d'aucun intérêt de les voir énu- 
mérer ici. Nous nous contenterons, en général, de citer celles qui sont connues 
par l'histoire et celles où l'on a fait quelque découverte archéologique importante. 

Répondant au désir qui nous a été exprimé par la Direction de la Revue, nous 
avons dressé une petite carte topographique indiquant sommairement la direc- 
tion des routes et des principaux diverticuln romains, ainsi que l'emplacement 
des villes et des villages qui sont mentionnés dans cet article. Cette carte n'a 

d. Pline, Hist. nat., VIL 20. 

2. Ammieu Marcellin, XIV, 11. 

3. Id., XX, 8. 



444 REVUE ARCriÉOLOGIOUE 

d'autre prétention que d'orienter le lecteur qui ne i-onnaît pas en détail \o 
grand-duché*. 

Roule Reims- Arlon-TrC'ves. — Pour la dislance d'OroUiunum à Andctltanna, 
l'Itinéraire d'Antonin donne 20 leitgae, tandis que, en réalité, elle n'est que 
de 18. Cette roule miiilaire entre dans le grand-duché au village de Stein- 
lort, où elle passe une pelit.e rivière, l'Eysch, sur un gué pav; ou empierré qui 
a donné son nom à ce village, S<ein signifiant pierre et Furt, gué. Elle se dirige 
plus ou moins directement sur Marner, qui est à 8 leugae d'Arlon, puis sur 
StrasseH, 2 Itugae plus loin. Nous avons parlé plus lonj^uement ailleurs de ces 
deux localités-. A Slrassen, la traililion désigne, encore de nos jours, la maison 
qui aurait été le relai de poste romain. Slrassen était en communication directe 
avec Dalheim par une route secondaire qui passait notamment dans le voisinage 
à'Eptiacum, que nous avons mentionné déjà et qui possédait une villa, ce qu'm- 
dique la terminaison celtique acum. Près de cet endroit, A. Willheini décou- 
vrit un ollarhtm, où les Romains conservaient les cendres des morls. Après 
cette petite digression, poursuivons de nouveau la route militaire qui, à 3 milles 
de Slrassen et à 13 lenyae d'Arlon, entre sur le territoire de la ville de Luxem- 
bourg. A mi-chemin entre Slrassen et Luxembourg, on a déblayé les restes 
d'un cimetière romain et découvert quelques monnaies du m" et du iv^ siècle. 
La grand'rue de la ville actuelle couvre, dans presque toute sa longueur, l'an- 
cienne roule romaine, qu'on a retrouvée à plusieurs reprises, ;ï l'occasion des 
travaux qu'on y a exécutés pour la pose des conduites d'eau et de gaz. .Avant 
de s'engager sur le plateau de la ville, la route cependant fait un coude pour 
tourner, à ce qu'il paraît, un lerlrc qui doit avoir existé encore du temps de 
Philippe II, puisque les maisons qui ont été construites à celle époque se 
trouvent à 1-2 mètres au-dessus de la rue actuelle, de sorte que les anciennes 
caves de ces mêmes maisons sont devenues rez-de-chaussée plus tard. On ne 
sait pas si, au bout de la grand'rue, la voie consulaire descendait directement 
ou par un détour au faubourg de Praffenthal, situé à plus de 70 mètres plus bas 
que la ville. Là elle traversait l'AIzelte, probablemeni sur un pont. Dans le ht 
de la rivière, on a découvert, en effet, il y a une dizaine d'années, les restes 
d'une ancienne construction en maçonnerie dont la direction, étant celle du 
courant, prouve qu'il ne peut s'agir du dallage d'un gué. La supposition que 
les Romains franchissaient l'AIzelte sur un pont gagne en vraisemblance quand 
on considère que, en temps d'inondation, les eaux de celte rivière deviennent 
excessivement impétueuses. De l;"i, elle remontait le plateau qui s'élève en face 
(le celui de la ville qu'il surpasse même en hauteur, malgré les 316 mètres d'al- 
titude moyenne de ce dernier. Au pied de cotte pente rapide, on a constaté la 
présence de la route, il y a quelques années, et trouvé, en même temps, un petit 
bronze de Constantin II. Sur la hauteur, elle reparaît en très bon état, formant 
une chaussée haute encore maintenant de 2-3 mètres, parcourt cette plaine 
élevée sur une longueur de 2-3 km., s'eni^age dans la forêt à une bonne lieue 

1. [Quelques erreurs faciles à rectifier se sont glissées dans la mise au net de 
la carie; lire Sohressurl, Tilelherq et Tiei-celel. — Rc'd ] 

2. Revue archéol., 189!», I, p. 'lil. 



l'RÉCIS DES DÉCOUVEliTES AIU'.llliOLO'ilolES 445 

de iiKirclie de la ville et cesse avci; elle au boni diî i km. Le ^'éiiéryil von 
Veilh, qui s'est parliculièreuieul occupé de l'examen des roules romaines, dé- 
signe ce tronçon cornuK» la voie consulaire la mieux conservée (|u'il y ail au tjord 
des Alpes. Nous y reviendrons plus tard pour entrer dans quelques détails. De la 
hauteur de Hostert, elle dascend à. Andcthanna, (jua vantas solUudines sUvarwn 
sccreta paliuntur*, y fail un coude rapide à droite, traverse la Syr à près de 
2 km. au delà, en plein champ, remonte les hauteurs de la rive opposée, où 
elle va rejoindre la grand'roule Melz-lJalheim-Trèves. Cette dernière, à. la- 
quelle so joignait la roule Arlon-Trèves, se continuait sur les hauteurs situées 
entre la Syr et la Moselle, passait à côté de Spiltelhof, redescendait dans la 
vallée de la Syr qu'elle traversait à Mertert, parcourait le village de Wasser- 
billig, le BUacits de Willheim, passait la Sûre sur un pont dont les fondations 
passent pour romaines, entrait sur le territoire de Prusse, se dirigeait sur Igel, 
Egla, Fameux par le monument des Secund'mi, et aboutissait au pont de la 
Moselle à Trêves. 

Rappelons en passant que Brower est tellement émerveilé de la beauté de la 
tour d'igel qu'il s'écrie : Opus antinuarum rerum curiosis, tantum non intcv 
septem mirzculanumerandum, si alicubiin lucc stelissct et oculis Italiac. Sanc fait 
non nemo, cui ne cis Alpes quidcm, in hoc génère, quidquam visum praeclarius. 
Si nous venons de citer la ferme de Spiltelhof, c'est que, malgré son exiguïté, 
elle mérite cette mention pour avoir donné son nom au plus important tumuliis 
de notre pays. Suivant un rapport adressé au préfet Jourdan en 1810, il s'éle- 
vait alors à 17 mètres au-dessus du terrain naturel et présentait la forme d'une 
pynimide tronquée à base quadrangulaire, ayant environ 30 mètres de côté et 
120 de pourtour. Aujourd'hui, de forme ovale, il olfre plutôt l'aspect d'une el- 
lipse dont le grand axe mesure 35 mètres et ne s'élève plus au-dessus du sol que 
de 6 mètres à peine. — D'Andethanna, un chemin transversal suivait la vallée de 
la Syr, coupait ensuite par les hauteurs et rejoignait la route principale un peu 
plus loin. Entre AndcUianna et le village de Roodt, nous avons nous-mème, 
dans notre enfance, remarqué les vestiges d'une ancienne voie, qui traversait 
les champs parallèlement à la route moderne qui conduit d'Andcthanna à Bila- 
cits. La tradition, dans la contrée, en a attribué la construction à Marie-Thérèse, 
et rien n'empêche que cette route n'ait été, à son tour, construite sur les débris 
d'un autre chemin plus ancien encore. Cela est si vrai que le général von Veith, 
dans ses explorations, a pris celle voie-là pour la vraie roule militaire con- 
duisant d'Andelhanna à Bilacus cl à Trêves. 

Route Metz-Trèvcs (rive gauche de la Moselle). — Pour la station intermé- 
diaire entre Metz et Trêves, qii'd ne nomme pas, l'Itinéraire d'Antonin donne 
XII leugae de distance jusqu'à Melz et XVI jusqu'à Trêves. Quelle est cette 
station représentée par des points? Si c"est Dallieim, ni l'une ni l'autre dis- 
tance ne répond à la réalité. On a cherché à résoudra la dilficullé en changeant 
XII en XXII, et alors, en effet, l'une des erreurs serait écartée, puisque la dis- 
tance de Metz à Dalheim est de près de 50 kilomètres. Reste l'autre question, 
c'est-à-dire la distance de Dalheim à la ville de Trêves. Si nous suivons les 

1. Sulpice-Sévère, />«'«/. 111, l'>- 



446 liEVlE AKCIlÉuLOOlnUK 

traces de l'ancienne roule consulaire, Dallieim est éloif^né de Trêves d'au moins 
45 kilomètres, et l'Itinéraire n'en indique que 36, chilTre rond. L'évidence de 
l'erreur résulte encore d'une autre donnée de l'Itinéraire même. De Dallieim 
jusqu'à la jonction des deux routes militaires, la distance est pour le moins de 
15 kilomètres; d'Aurfei/jan/m, au contraire, au même point, de près de 5 kilo- 
mètres, mettons 2 leufjae. Pour nous représenter assez exactement la position 
de ces trois endroits, disons que Dalheim se trouve au sommet d'un triangle iso- 
cèle de 12 kilomètres de côté, puisqu'il s'agit d'une ligne directe, et dont la 
base a une longueur de 5 kilomètres. Le sommet avec Dalheim est dirigé vers 
le sud, AndctUanna et le point de jonction occupent les angles de la base. Or, 
ritinéraire indiquant 15 Icwjae à' Andcllianna à Trêves et 16 du prétendu Dal- 
heim à Trêves également, il reste 3 leugae pour les 15 kilomètres dont nous 
avons parlé, soit, en tout, une dilTérence de 3 bonnes lewjcie. Si donc, au lieu de 
16, nous avions le chillre 19, cela ferait à peu près le compte. Nous avons bien 
remarqué que, par-ci par-là, les Romains mettent des chiU'res ronds, 20 par 
exemple au lieu de 18, pour marquer peut-être les doubles étapes ; mais cette diffé- 
rence, croyons-nous, se faisait régulièrement en faveur des troupes, sans que 
jamais on restât de 3-4 leugae au-dessous de la vérité. Le Codex scolarionsts 
donne bien, il est vrai, 15 leugae pour la dislance d'Arlon à Andelhanna, mais 
là, évidemment, il s'agit de la distance en ligne directe et non pas de la distance 
mesurée sur les routes. — La route venant de Metz entre sur le territoire grand- 
ducal sur les bords de la rivière-frontière la Gander, après avoir longé le parc 
de Preisch, et tend directement vers les hauteurs de Dalheim, d'où un bras tourne 
à droite vers la Moselle, tandis que la voie principale se dirige vers la vallée de 
laSyr. Au delà de Dalheim, on atrouvé un milliaire érigé sousl'empereur Philippe 
et indiquant la distance à Trêves par ces muts : AB AVG. TREVERORVMXVl. 
La pierre étant quelque peu mutilée, il y manque peut-être quelques traits, de 
sorte que cette colonne milliaire, si elle était intacte, justifierait probablement 
le calcul que nous avons établi plus haut. S'éloignant ensuite de la Syr, la 
roule monte, en partie fort élevée, vers le bois où elle est rejointe parcelle qui, 
venant de Reims, se dirige également sur Trêves, comme nous l'avons vu déjà. 
Résumons en quelques mots les routes romaines qui ont passé par les camps 
de Dalheim et d'Allrier. Pour Dalheim, nous avons tout d'abord celle que nous 
venons de décrire et au sujet de laquelle nous ajouterons un seul mot. Elle ser- 
vait de voie de communication, non seulement à l'époque romaine, mais encore 
pendant la grande migration des peuples, ce qui est attesté par les nombreuses 
tombes romaines et gallo-franques qui ont été trouvées sur son parcours. Parmi 
les divcrticula, nous ne mentionnerons que ceux qui passaient au moins à côté 
d'une seule localité importante. Dalheim était naturellement en communication 
avec la Moselle, dont il n'est éloigné que de 10 kilomètres. Une voie romaine, 
en effet, se dirigeait vers Sierck et de là sur la Surre; une autre allait à la Mo- 
selle plus directement encore par Bous, dont nous avons parlé dans le premier 
article. Ces chemins passaient le lleuve en des endroits guéables et, en temps 
d'inondation, sur des pontons, un peu en amont du gué. Quant à ce dernier, 
on connaît l'endroit ou une chaussée quittait la route et où, sur l'autre rive, elle 



l'KÉGIS DES DKCiJLVKUTKS AIlCllÉULOlIlnL'liS 447 

la rejoignait. l)',uitr(! p;u't, p;i'' uik; vuie secondaire qui conlournail le [)i;ileau 
de la capiLuie, dont la (IciioininuliiMi priinilivc parait avoir dé Haina, l)allieini 
était relié au Tossenberg, slLiu' pir-s du Slrassen-Mamcr. hu Tosscnberg, la 
route principale conduisait à Arlon ; un chemin transversal menait au Tilelberg. 
Il parait même qu'il existait une voie plus directe encore pour aller de iJalheiin 
au Titelberi^, passant par Bettembourg et Escii (nous en avons parlé dans un 
article précédent)'. La communication la plus commoile entre Dalheim et An- 
dclhunna d'un côté et Altrier de l'autre se faisait par les deux grandes roules 
Metz-Trèves et Arlon-Trèves, dont la jonction avait lieu ii moins de5 kilomètres 
de distance d'Andclhntma; entre ce dernier endroit et Altrier, il existait une 
voie romaine directe. 11 se peut qu'un divcrllculum ait encore abrégé le petit 
détour que faisait la grand'route Dalheim-Andellianna. 

Im plus ancienne des roules romaines qui ont eu pour point de départ le cam|) 
d'Altrier fut probablement celle qui conduisait à la ville des Trévires et rejoignait 
à Merle la route militaire venant tVAndelhanna et de Dalheim. Une autre reliait 
Altrier à l'établissement romain de Mersch et se continuait de là à Mamer, où 
elle aboutissait à la grand' route Andcllianna-Orolaumini et d'où partait un au- 
tre diverticulum vers le Tilelberg. La voie Mer'e-AItrier-Mamer, conlrairement 
à ce qu'affirme notre auteur, était au moins de 10 kilomètres plus longue que 
la roule consulaire Merte-Ândelhanna-Mamer. Le chemin romain qui d'Allrier 
se dirigeait vers la hauteur de Breilweiler, connu pour son temple des Lares, 
passait à côté de la villa du WoKsberg, conduisait aux bains romains de Me- 
dernach, arrivait à Ingeldorf, où il traversait la Sûre; d'Ettelbruck, il montait 
à Welscheid, longeait le village de Ivemen et aura abouti, un peu plus haut 
encore, à la roule qui allait de Mande-Saint-Élienne à Arlon. Nous avons parlé 
ailleurs de Kemen et de la villa du Wolfsberg ; Etlelbruck et Welscheid nous 
sont également connus par les importantes découvertes numismatiques qu'on y 
a faites et que nous avons rapportées précédemment*. A Medernach, on a dé- 
blayé des substructions qui ont fait supposer qu'il y avait là un établissement 
de bains à l'usage des soldais d'Altrier. — Rappelons enfin la communication 
qui existait probablement entre Allrier et Beda, Bitlbourg, passant par le pont 
de Bollendorl' et rejoignant au Caslruin Bedensc la grand'roule Trêves-Cologne. 

Nous avions promis de revenir pour quelques moments à la partie de la roule 
romaine Reims-Trêves qui est située entre Luxembourg et Andclhanna et (|ui, 
étant exceptionnellement bien conservée, mérite plus particulièrement notre in- 
térêt. Lorsque, en 1856, la route fut réparée, à l'intérieur de la forêt, on trouva, 
dans le Kiem même, à différentes profondeurs, 24 monnaies romaines, qui 
toutes, à l'exception de deux, sont de l'époque des Antonins; une seule est 
frappée à l'effigie de Constantin. En creusant un fossé le long de la roule, on 
découvrit, en outre, une télé en bronze d'un beau travail, représentant proba- 
blement un fragment d'une statue de Jupiter. A une distance de 300 mètres de 

1. Revue arcliéoL, 1S'J8, 11, p. 1^1- 

2. Ibid., 1898, 1, p. 122. 

o. Pour tous les reuscignemeuts sur Bolleudorl', voir Ii'j//e/ic/y/-/'par M. Scbuer- 
maus, l'ublicalions, vol. XLVII, 18'J'J. 



448 REVL'E ARCIlÉûLOGIQlE 

celle même voie, sur une élévalion mesuranl à peu près un journal de lerre, on 
déblaya enfin des subslruclions de l'époque j^allo-romaine, renTermanl des restes 
de charbons et de cendres, de la ferraille et des fraymenls de poterie. La na- 
ture des murs mis à découvert fait supposer qu'il y avait eu là une bien ino- 
desle habitation. Les médailles qu'on y a découvertes permettent-elles d'ad- 
mettre que cette partie de la roule date également de l'époque des Anloninsou 
de celle de Constantin"? Nous ne le croyons paset nous allons, un peu plus loin, 
exposer les raisons qui portent à croire que toute celle roule doit son origine à 
une époque intermédiaire. 

Les faits que nous allons exposer dans celle dernière partie de noire travail 
reposent sur des recherches et des déductions personnelles. Ajoutons que, dans 
la première partie de cet article, nous revendiquons la responsabilité de la com- 
paraison entre les recherchas de Bergier et de Willheim, de l'interprétation des 
textes de Végèce et d'Ammien Marcellin et de la discussion de la distance de 
Dalheim à Trêves, évaluée à XVI leugae par l'Itinéraire d'Antonin. 

La route militaire romaine dont il vient d'être question en dernier lieu sert à 
l'exploitalion de la forêt qu'elle traverse sur une longueur de -4 kilomètres. La 
première moitié, que les arbres entourent des deux cùlés, est en assez mauvais 
état, surtout par temps de pluie, tandis que l'autre, pour plusieurs raisons, est 
tout à fait sèche. Touchant directement aux champs d'un côté, celle-ci est ex- 
posée à l'action de l'air, le terrain en est sablonneux et on ne s'en sert presque 
pas présentement, les coupes dans le voisinage étant faites depuis ([uelques 
années. Nous avons pris approximativement la largeur et la hauteur de la roule, 
mais il n'est pas même nécessaire dédire que la largeur surtout est loin de celle 
de la voie romaine primitive. Si, comme nous l'avons indiqué, celte roule sert, 
à l'occasion, de chemin d'exploitation, elle doit nécessairement, de temps â 
autre, êlre soumise à des réparations, qui, dans le cours des siècles, en trans- 
formeront complètement la largeur et la surface. A l'intérieur de la forêt, la 
roule, aujourd'hui, est large lantôl de 5, tantôt de 7 mètres, et la hauteur de la 
berge est presque partout de 3 mètres. Nous relevons une particularité, très ca- 
ractéristique à notre avis, de celle partie de la route qui longe les champs sur 
un parcours de 2 kilomètres. La dislance de la roule jusqu'au fossé qui la sé- 
pare de la campagne est ordinairement de 4 mètres, et celle de la chaussée au 
bord du fossé, de 2, parfois de 3 mètres. Or, le milieu de cet espace intermé- 
diaire présente encore maintenant l'aspect d'un large fossé comblé. Si nous 
ajoutons que, du côté des champs, c'est-à-dire à droite en allant à Andelhanna, 
la roule se trouve, non seulement au même niveau, mais parfois sensiblement 
au-dessus des champs, ne pourrons-nous pas supposer que cette excavation aux 
pentes douces présente les dernières traces d'une chaussée parallèle qui accom- 
pagnait la roule principale et reste visible tout le long de la campagne, tandis 
que, sur la première partie de la route, sujette à tant de transformations, il 
n'existe plus de vestige de celte chaussée secondaire? Du côté gauche, le talus 
de la seconde moitié du chemin est, comme partout, haut de 3 mètres et se perd 
insensiblement dans la forêt. Ce qu'il y a de plus intéressant encore, c'est celle 
partie de la même route qui conduit à la forêt. Nous avons dil ({u'elle traverse 



PRÉCIS DES DÉCOUVERTES ARCIIKOLOGIOUES 449 

le plateau qui fait pendant à celui He la ville de Luxembourg' et qui s'étend de 
la vallée de l'AIzelte au l)ois que nous venons de parcourir. La chaussée, sur 
cette hauteur, atteint très souvent, en rase campagne, jusqu'j" ."^ mètres de haut 
à droite et 1 mètre de l'autre côté. Un village voisin s'en sert, comme déraison, 
pour le transport du bois, et la partie qui touche au bois notamment n'est pas 
autrement mise à contribution. Cela fait que, une fois les coupes achevées dans 
ces parages, la route reste on repos pendant un quart de siècle. Grâce à. cette 
circonstance, grâce aussi à sa grande résistance naturelle et au fait qu'elle ne 
dessert qu'une seule localité, la roule est encore en bon état sur ce parcours, 
tandis que la partie traversant la forêt aboutit à des chemins modernes qui 
conduisent à de nombreuses localités placées dans la direction de la voie. Enfin, 
il se trouve que, tout près du bois, la trace des roues s'est déplacée du côté 
gauche en se dirigeant vers la ville et que, sur une longueur fie plusieurs mètres, 
l'autre bord est resté intact. Le long des ornières, il s'est formé, avec le temps, un 
certain enfoncement, de sorte que le côté opposé, dont nous venons de parler, 
surnage comme une petite île et dépasse la partie exploitée de plus de 0'",50. Sur 
ce petit monticule, nous avons constaté la présence d'une foule de petites pierres 
entremêlées déterre; pour parler avec A. Wiltheim, disons qu'il s'y trouve yiorea 
adinodumdensepavîta,modico ubiquefuscae terme interiectu. De tous les restes 
de routes romaines que nous avons eu l'occasion d'observer, cette partie nous 
semble rappeler le plus l'état primitif de ces voies et si, un jour ou l'autre, on 
veut tenter de nouvelles recherches sur la construction des routes romaines, il 
ne sera pas possible de trouver un endroit qui s'y prête mieux que celui que 
nous venons de signaler. 

La distance plus ou moins directe iV Andelhamia à Altrier est de 14 kilomètres. 
Il est impossible qu'il n'ait pas existé de communication entre deux points si 
importants. Il est impossible aussi que l'espace qui sépare ces deux localités et 
qui est couvert d'immenses forêts ne porte plus de trace de cette communica- 
tion. Les Publications parlent d'une route romaine qui aurait existé entre .47i- 
dethanna et Altrier, sans toutefois donner des indications précises sur sa direc- 
tion. Or, nous sommes convaincu que le chemin qui parcourt le bois de Roden- 
bourg et se continue à travers champs derrière Ernster pour se diriger sur 
Oberanven-Hostert marque l'emplacement de l'ancienne voie romaine. Cette 
route, dans la forêt, mesure aujourd'hui encore près de 9 mètres, c'est-à-dire 
qu'elle a presque la largeur de nos grand'routes modernes. L'endroit oii elle 
sort du bois est à 3 kilomètres de Koodt et à 2 kilomètres environ d'Ernster, 
de Gonderange et de Rodenbourg. Si cette voie était récente, aurait-on donné 
cette largeur à un simple chemin forestier n'ayant d'autre destination que 
de servir à exploiter les bois environnants et à relier quatre villages, qui, du 
reste, dans leurs rapports peu suivis, se servent d'autres voies plus commodes? 
Aussi le champ qui forme la suite de ce chemin est-il entièrement couvert 
d'herbes sauvages, de sorte que, pour nous éclairer sur la question do savoir 
si nous nous trouvions en présence d'une friche ou d'une ancienne voie, il nous 
a fallu recourir aux plans du cadastre; par l'obligeance de notre géomètre en 
chef, nous avons pu nous convaincre que ce champ appartient à la commune et 

111'' SKHIF,, T. XXXV. "-O 



450 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

que le chemin qui sort de la forél à l'endroit indiqué se continuait anciennement 
dans celte direction. Cette jachère mesure plus de 6 mètres de largeur et, chose 
à noter, les champs qui l'entourent sont désignés par la dénomination globale: 
« près du chemin de Rodenbourg », ce qui prouve à l'évidence que ce chemin 
avait autrefois son importance. Si nous avions besoin d'une autre preuve, nous 
invoquerions la vox populi. Un ouvrier que nous avons rencontré par là et à 
qui nous avons parlé de la voie qui nous préoccupait, nous répondit qu'il a 
toujours entendu dire que, du temps des Romains, le chemin de Rodenbourg 
aurait conduit à Altrier. 

Il y a plus. A un kilomètre de là, du côté de Roodt, le bois d'Olingen, qui 
s'appelle encore aujourd'hui Kiem, court parallèlement à celui dont il vient 
d'être question et est traversé dans toute sa longueur par une voie qui (le nom 
de Kiem le dit déjà) est également d'origine romaine. Sous bois, elle est cou- 
verte de hautes herbes et, par endroits, visible seulement par l'écart des arbres, 
qui sont toujours distants de 4-5 mètres et forment comme une longue allée à 
travers la forêt, tandis que la voie elle-même ressemble à un large sillon de 
verdure. Elle est partout au niveau du sol, excepté où, le bois cessant d'un 
côté, elle est soutenue à droite par un remblai assez élevé. Là, elle mesure plus 
de 6 mètres, et, en pleine campagne sur la hauteur d'Olingen, près de 7 mètres 
et demi, le terrain vague qui la borde compris. Cette roule s'est dirigée par 
Olingen sur Betzdorf, en suivant le cours de la Syr jusqu'à Merte. Au-dessus et 
au-dessous de Betzdorf, la banlieue porte le nom de Hederich {Hed = païen), 
et la tradition qu'une route romaine, venant d'Olingen, aurait passé à côté de 
ce village ne s'y est pas encore entièrement perdue. Si, comme tout porte à le 
croire, ce diverticulum existait, il offrait la communication la plus directe pos- 
sible entre Trêves- Andethanna-}>la.mer-Orolaunum. Quand même il n'aurait été 
qu'exceptionnellement employé comme route militaire, il servait sans doute à 
d'autres usages, dont parle déjà Varron : Succidias Galli optimas et maximas 
facere consueverunt. Optimarum signum quod etiam nunc quotannis e Gallia 
apportantur Romam pcrnae tomacinae et taniacae et petasiones '. 

Retournons par cette route romaine à travers le Kiem jusqu'à l'endroit où, 
tout à l'heure, nous avons quitté celle qui 'se dirige sur Rodenbourg. Au milieu 
des champs enclos de bois de toutes parts, il y avait, à ce qu'il paraît, une 
jonction transversale entre les deux routes, tandis que leur point de réunion 
naturel se trouvait plus loin, dans le voisinage d'Oberanven. Ce chemin de 
traverse, qui coupait la voie d'Olingen pour aller aboutir à celle de Rodenbourg 
ou d'Altrier, est, à proprement parler, la continuation d'un troisième diverticu- 
lum qui venait (VAndethanna même et non pas de la hauteur de Hostert et quit- 
tait le bois à quelques centaines de mètres de l'endroit où celui d'Olingen sor- 
tait du Kiem. Cette voie d'Andethanna conduisait à l'une et à l'autre des deux 
routes que nous venons de décrire. Tout près de la forêt, au point précis où 
elle entre dans les champs, elle est flanquée d'un vaste terrain vague qui, avec 
les restes de l'ancien chemin, a une largeur d'au moins 14 mètres. 

On s'étonnera peut-être que nous entrions dans tant de détails au sujet des 

\. De re ruai.., II, 4. 



PRÉCIS DES DÉCOUVERTES ARCHÉOLOGIQUES 451 

prétendues routes romaines de cotte contrée, sans nous étendre également sur 
celles des autres parties du pays, qui ne sont pas non plus plus particulièrement 
décrites dans les Publications. C'est que celle partie de notre territoire, la vallée 
de la Syr, nous est connue à fond; nous y avons passé notre enfance et nous y 
sommes retourné des centaines de fois depuis cette époi|ue. 

Nous désirons d'ailleurs que d'autres, plus autorisés que nous, contrôlent nos 
recherches; mais nous ajouterons qu'il en est grandement temps, car, sous p>'.u, 
une chaussée moderne reliera Rodenbourg àNiederanven et enterrera, du même 
coup, et la voie et la question de la voie romaine entre Andcthanna et Allrier. 

Enfin, essayons de déterminer l'époque à laquelle furent construites les deux 
grand' routes romaines qui traversaient le grand-duché actuel. Nous avons vu 
qu'un des auteurs des Publications, se fondant sur ce que, entre Luxembourg et 
Andcthanna, on a trouvé, dans l'intérieur de la route, 13 monnaies des Antonins, 
a supposé que la voie consulaire Orolaunum- Andcthanna date également do 
cette époque. 

Cette hypothèse est inadmissible, puisque, si, dans ces recherches, nous pre- 
nons pour point de départ les monnaies qu'on a découvertes, il faudra néces- 
sairement nous arrêter à la plus récente, qui est de Constantin. Or, la décou- 
verte d'une seule médaille d'une certaine époque suffit-elle pour en conclure que 
cette route n'a pu être construite plus tôt? Assurément non. Cette médaille y 
aura été perdue du temps de Constantin ou bien des années ou des siècles plus 
tard, comme aujourd'hui encore rien n'empêche d'en perdre encore au même 
endroit. 

La Table de Peutinger ne reproduit pas le tracé des deux grandes routes 
Metz-Trèves (rive gauche de la Moselle) et Arlon-Ant^e^Aanna-Trèves. Si cette 
carte, comme les recherches de Mannerl l'ont prouvé (quoi qu'en ait dit Desjnr- 
dins), a été dressée du temps de Caracalla, il est sûr d'abord que ces routes 
n'existaient pas encore à cette époque. Sur la carte de Peutinger, telle que nous 
la possédons, il n'y a pas, il est vrai, la place matérielle nécessaire pour inter- 
caler ces deux routes ; mais nous ne pouvons pas admettre, dans l'espèce, une 
omission volontaire. Végèce nous montre clairement l'importance qu'à ces épo- 
ques de guerres acharnées, on attachait aux plans détaillés qui, outre les distan- 
ces d'un endroit à l'autre, indiquaient encore les routes militaires et même le 
cours des fleuves : Primum itineraria omnium regionum, in quibus bellum ye- 
ritur, plurissime {dux) débet habere perscripta : ita ut locorum intervalla non 
solum passuum numéro, sed eliam viarum quaiitates perdiscat : compendia, 
diverticula, montes, /lumina ad (idem dcscripta considerct : usque eo, ut solhr- 
tiores duces, itineraria provincianim, in quibus nécessitas geritur, non tanlum 
adnotata, sed etiam picta habuisse pnnentur, ut non solum consilio mentis, vc- 
rum adspectu oculorum viam profecturis eligerent'. 

Quant à la route Metz-Trèves, toute discussion est superflue. Elle fut cons- 
truite quelques années après la confection de la carte de Peutinger, sous l'em- 
pereur Philippe, dont on a trouvé une colonne milliaire près de Dalheim. 

Pour ce qui est de la route Arlon-Trèves, il semble qu'à défaut d'autres lé- 

1. De re milit., III, 6. 



452 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

moignages, il faille consulter l'histoire du temps pour voir s'il n'y avait pas à 
cette époque de grandes guerres qui auraient nécessité des moyens de défense 
extraordinaires. Sous Gordien III, les Francs, ayant quitté l'Elbe, se répandent 
entre Cologne et Boulogne, entre le Rhin et la mer. La Hollande et la Belgique 
tombent en leur pouvoir, et, de là, ils envahissent le reste de la Gaule. Plusieurs 
empereurs, tels que Aurélien, Probus, Maximien, etc., marchent contre eux. Ne 
voilà-t-il pas assez de motifs pour placer au commencement de cette lutte ter- 
rible la construction d'une route si importante, si indispensable et en même 
temps si solidement bâtie ? 

La partie de l'Itinéraire d'Antonin qui décrit la voie consulaire en question 
date probablement des années 230-260, de sorte que si, comme c'est notre in- 
tention, nous désignions plus particulièrement l'empereur Probus, le plus rude 
adversaire des tribus germaniques, comme l'auteur de cette route, l'Itinéraire, 
dans sa première édition, n'aurait pu la mentionner. Toutefois, si l'Itinéraire 
n'a reçu sa forme définitive qu'au v« siècle, après avoir été révisé et complété 
sous Théodose II, rien n'empêche, semble-t-il, d'admettre que cette route, ainsi 
que celle de Metz-Trèves, y aient été inscrites à cette époque seulement. 

Un dernier mot pour redresser quelques erreurs. L'inscription tirée de Bro- 
wer et concernant le temple de Sylvain qui aurait existé à Altrier a été défigu- 
rée en partie *, les quatre petits traits ayant été réunis de façon à former deux 
petites n. Voici la ligne corrigée : 

CIVES TREVER Iiiiil VIR (= Sévir). 

Plus loin», il est question d'un vase de terre sigillée dont on a trouvé des 
fragments à Altrier avec l'inscription Verense; ce vase date, non pas de l'époque 
romaine, mais de la Renaissance. 

Enfin, à la page 415, nous avons décrit le monument sépulcral, aux figures 
multiples, qui a servi, plus tard, à la construction de l'église de Mcrsch. Nous 
avons reproduit l'explication allégorique que M. Engliug en avait donnée, mais 
nous ne devons pas dissimuler que l'ornementation des trois pierres figurées qui 
en restent est décorative plutôt qu'allégorique. 

Luxembourg, en uavembrc 189'J. 

Jules Keikfer. 

1. Revue orchéol., 1899, I, p. 405. 

2. lijid., p. 408. 



BULLETIlN MliNSUKL DE L'ACADÉMIE DES INSCUIPTIONS 



SÉANCE DU 21 JUILLKT 1899 

M. Viollet continue la lecture de son nu-moire sur l'histoire des constitutions 
communales. Il étudie en détail les divers modes d'élection en usage dans toute 
la France. Au xii" siècle, deux régimes contraires sont en présence : un régime 
populaire ou démocratique, un régime aristocratique ou oligarchique. Ces deux 
régimes sont reliés l'un à l'autre par toute une série de systèmes intermédiaires. 
Dans les siècles suivants, les régimes populaires de beaucoup de villes se trans- 
forment peu à peu en régimes aristocratiques. 

M. Salomon Reinach fait une communication sur le serpent Zagreus. Il étu- 
die le mythe de la naissance de Zagreus, le dieu des Orphiques, identifié plus 
tard à Dionysos, Il montre que Zagreus naquit sous les traits d'un serpent 
cornu, type qui est inconnu dans la mythologie grecque classique, mais qui se 
retrouve fréquemment dans la mythologie celtique à l'époque romaine. Il a donc 
pu exister des relations religieuses très anciennes entre la Gaule et la Thrace, 
foyer de l'orphisme. 

M. Noël Valois communique un mémoire intitulé La prolongation du grand 
schisme du xV siècle dans le midi de la France. 

SÉANCE DU 28 JUILLET 1899 

M. le Secrétaire perpétuel communique une lettre de M. de Puységur au su- 
jet des analogies qu'il a découvertes entre la langue anglaise et le langage en 
usage sur la rive gauche de la Garonne. 

M. l'abbé Thédenat présente un plan du Forum romain et des forums impé- 
riaux, donnant l'état des fouilles faites entre la Regia et la maison des Ves- 
tales. Ces fouilles ont une grande importance pour déterminer la direction de 
la Voie sacrée à une époque ancienne. Près du temple d'Antonin, on a mis au 
jour les débris d'un portique avec une inscription consacrée à Lucius César, 
fils adoptif d'Auguste. M. l'abbbé Thédenat compare cette inscription avec les 
autres textes relatifs à L. César, et émet l'opinion que le monument mis au 
jour est celui auquel fait allusion un texte d'Ovide. 

Sur le rapport de M. Collignon, une somme de 1.500 francs, sur la fondation 
Piot, est allouée à M. Paris, professeur de l'Université de Bordeaux, pour con- 
tinuer ses recherches en Espagne. 

M. Delisle lit une note de M. Guesnon sur la confrérie des Jongleurs d'Arras. 

M. Salomon Reinach fait une communication sur les débuts du commerce 
de l'étain. On admet généralement que les Phéniciens ont les premiers intro- 
duit dans la Méditerranée l'etain des îles Britanniques ou îles Cassitérides. 



454 REVUE A IICHÉO LOGIQUE 

M. S. Reinach cite des textes antiques jusqu'à présent négligés qui prouvent, 
au contraire, que les Phrygiens, originaires de la Ttirace européenne, ont été 
les premiers à importer l'étain britannique par la voie maritime (dans Pline, au 
lieu de !didaciitus, lire Midas Phryx). C'est donc aux navigateurs phrygiens 
des environs de l'an 1000 avant Jésus-Christ qu'on peut attribuer, dans l'état 
actuel de nos connaissances, la découverte de l'Angleterre. 

M. l'abbé J.-B. Chabot lit une note sur la Chronique de Michel le Syrien et 
présente le texte syriaque du premier volume de cet important ouvrage dont il 
a entrepris la publication sous le patronage et avec le concours de l'Académie. 
Cette chronique fut rédigée en 1196. Son auteur, patriarche jacobite d'Antioche, 
mourut en 1199. La chronique s'étend des origines du monde jusqu'à la mort 
de Saladin. Elle est partagée en vingt-deux livres et suivie de listes épisco- 
pales fort complètes pour les viiie-xiio siècles. L'auteur cite, et le plus souvent 
textuellement, plusieurs historiens et chronographes dont les ouvrages sont 
aujourd'hui perdus, de sorte que son travail constitue un document de premier 
ordre pour l'histoire de l'Orient, particulièrement du v'= au ix*^ siècle. 

SÉANCE DU 4 AOUT 1899 

M. Paul Viollet termine la lecture de son mémoire sur les communes au 
moyen âge. Après avoir passé en revue le régime électoral des villes de Saint- 
Omer, Amiens et Paris, M. Viollet insiste, en terminant, sur le caractère oligar- 
chique des constitutions urbaines pendant les derniers siècles et sur la déca- 
dence des assemblées générales. 

M. Giry commence la lecture d'un mémoire sur les documents carolingiens 
de l'abbaye de Saint-Florent-le-Vieil en Anjou. Il critique successivement deux 
prétendus diplômes de Charlemagne et de Charles le Chauve concédant des 
privilèges à l'abbaye et prouve que ces documents sont des faux fabriqués en 
grande partie à l'aide d'un petit poème du ix« siècle sur la destruction de l'ab- 
baye par Noménoé. 

M. Clermont-Ganneau revient sur l'interprétation donnée par M, Philippe 
Berger d'une tabclla Jevotionis en langue punique inscrite sur une lame de 
plomb et découverte aux environs de Carthage par M. Gauckler. 

SÉANCE DU 11 AOUT 1899 

M. Clermont-Ganneau termine la lecture de ses observations sur l'interpré- 
tation donnée par M. Philippe Berger d'une tabella devotionis en plomb, décou- 
verte par M. Gauckler aux environs de Carthage. 

M. Eugène Mùntz lit un mémoire sur l'œuvre scientifique de Léonard de 
Vinci dans ses rapports avec la science du moyen âge. Un des points les plus 
épineux dans l'histoire de l'œuvre scientifique de Léonard de Vinci est, sans 
nul doute, le départ entre les découvertes qui lui sont personnelles et celles 
qu'il a simplement rapportées, à titre de document, d'après quelque prédéces- 
seur du moyen âge ou de l'antiquité. 11 est, en effet, établi aujourd'hui que 
Léonard lisait et compilait énormément. Souvent il se bornait à copier, sans le 



BULLETIN MENSUEL DE l'acADÉMU'. DES INSCRIPTIONS 455 

dire, des recueils anciens, dont ses historiens lui ont trop longtenaps fait hon- 
neur. D'autres fois aussi, il a pu se rencontrer, à son insu, avec quel(|ue de- 
vancier et découvrir à nouveau ce que d'autres avaient entrevu ou l'orinulè avant 
lui. En attendant que M. Bertlielot porte ses recherches du côté de Léonard 
de Vinci, M. Miintz soumet à l'Académie quelques rapprochements de nature à, 
préciser la portée de deux des manuscrits de Léonard conservés à la bibliothè- 
que de l'Institut et publiés par M. Ch. Ravaisson-MoHien. On sait aujourd'hui, 
grâce surtout aux recherches de M. de Toni, professeur à l'Université de Pa- 
doue, qu'un de ces manuscrits, le n° B [Traité sur l'Arl milUaire), procède en 
grande partie du De rc militari de Roberlo Vallurio. Une foule de passages du 
manuscrit B ne sont que des extraits de cet ouvrage, pour lequel Léonard a pu 
consulter les éditions latines de 1472 et de 1483. A première vue, les recherches 
de Léonard sur la géologie, reclierches si profondes, si véritablement géniales, 
auraient également leur point de départ dans les travaux antérieurs. Boccace 
déjà n'a-t-il pas mentionné la présence de coquillages marins sur les continents 
et n'en a-t-il pas tiré toutes sortes de déductions? Bien plus, en rapprochant 
des écrits de Léonard l'hypothèse sur la formation des montagnes telle qu'elle 
est rapportée dans le prétendu Lapidaire cVAristote, dont il existe un manuscrit 
datant du xiu^ siècle et qui a été récemment mis en lumière par M. de Mély, 
il est impossible de ne pas constater une certaine similitude. Mais les innom- 
brables expériences personnelles instituées par Léonard prouvent que, tout en 
adoptant parfois des idées générales qui étaient en quelque sorte en l'air, il les 
fécondait, les élargissait, les faisait siennes par le travail le plus opiniâtre. Tout 
récemment aussi, on a essayé de déposséder Léonard de Vinci de ses droits à 
l'invention de la chambre noire, au profit d'un géomètre juif du xiv" siècle, Lévi 
ben Gersom. Ce savant a, en effet, étudié, dans un manuscrit encore inédit de 
la Bibliothèque nationale, la façon dont se comporte un rayon de soleil, un 
rayon de lune ou tout autre rayon lumineux, lorsqu'il passe par une fenêtre ou 
par une ouverture quelconque. Or, M. Muntz démontre que celte expérience, 
déjà signalée par Roger Bacon, n'a rien de commun avec la chambre noire telle 
que l'a définie Léonard de Vinci. Lévi ben Gersom, en effet, s'est placé uni- 
quement au point de vue de la trigonométrie et de l'astronomie. Tout au plus 
s'il a appUqué son système à l'observation des éclipses. Il n'a pas songé un 
instant à rapprocher les fonctions de l'œil de celles de la chambre noire, comme 
l'a fait Léonard de Vinci. Pas un instant non plus, il n'a entrevu, comme celui- 
ci, la possibilité de projeter sur un écran les images de toutes sortes d'objets, 
avec leurs couleurs naturelles, mais plus petites et renversées. Rien donc, jus- 
qu'à nouvel ordre, ne permet de contester à Léonard de Vinci celte inven- 
tion. 

M. l'abbé Thèdenat donne lecture d'une notice sur la vie et les œuvres de 
M. Alphonse de Ruble, son prédécesseur. 

SÉANCE DU 18 AOUT 1899 
M. Heuzey communique, de la part de Hamdy-Bey, directeur du Musée de 



456 REVUE AKCHÉOLOGIQUE 

Constanlinople, des informations sur un groupe de ruines antiques situé en 
Syrie, à deux journées d'Orfa, l'ancienne Kdesse, au lieu nomnn' Arsian-lash, 
c'est-à-dire la Pierre-au-lion. Ayant reconnu ces ruines en 1883, Hamdy-Bey y 
rencontra deux statues colossales de lions, semblables à ceux qui gardent les 
entrées des édifices assyriens, puis un bloc décoré de deux figures de taureaux 
et plusieurs plaques sculptées représentant i!es soldats armés d'un bouclier 
rond. Quelques fouilles furent pratiquées, et le Musée de Constantinople s'enri- 
chit de dix-huit plaques du même genre portant divers personnages. Dernière- 
ment, il a encore reçu une plaque beaucoup plus grande, de 1 mètre sur l'^jSi, 
où l'on voit un char à deux chevaux monté par deux hommes et suivi d'un ca- 
valier, avec des traces indiquant une file de bas-reliefs analogue aux frises des 
palais assyriens. Toutes ces sculptures sont en basalte, d'un style assyrien 
beaucoup plus franc que celui des monuments dits hétéens. Certains traits du 
costume et du harnachement des chevaux indiquent l'époque de Sennachérib 
et des Sargonides (vu* siècle). Il y aurait donc là un important établissement 
assyrien ou tout au moins un témoignage de l'expansion de l'art ninivite chez 
les populations syriennes. Aucune inscription n'a été signalée jusqu'ici. 

M. Clermont-Ganneau communique un commentaire sur trois inscriptions 
néopuniques récemment découvertes et déjà étudiées par M. Philippe Berger. 

M. Philippe Fabia donne lecture d'un mémoire relatif aux jugements de Ta- 
cite sur l'historiographie romaine. Partant de l'appréciation générale formulée 
dans la préface des Histoires et la comparant, d'un côté, avec celle que con- 
tient la préface des Annales, de l'autre avec certains jugements particuliers, il 
prouve que Tacite a été beaucoup trop élogieux pour ses devanciers de l'épo- 
que républicaine, beaucoup trop sévère envers ceux de l'époque impériale. Il 
conclut que ces deux aperçus généraux, spécialement celui des Histoires, don- 
neraient une fâcheuse opinion de son goût si les jugements plus précis qui les 
rectifient ou les contredisent ne démontraient qu'il ne faut pas les prendre trop 
au sérieux, qu'ils sont d'un écrivain préoccupé de bien dire plutôt que d'un 
historien soucieux de dire vrai. 



SliANCE DU 25 AOUT 1899 

M. le Secrétaire perpétuel donne lecture d'une lettre de M. Louis Finol, di- 
recteur de la Mission archéologique d'Indo-Chine (Saigon, 23 juillet). M. Finot 
a séjourné au Cambodge du mois d'avril au mois de juillet. Il s'est préoccupé 
de former une collection aussi complète que possible des textes khmers. La 
réalisation de ce projet présentait quelques difficultés : les satras, textes tradi- 
tionnels, sont dispersés dans tous les monastères du royaume, et les moines 
ne consentent pas volontiers à s'en dessaisir. Cependant M. Finot a pu acqué- 
rir une centaine d'ouvrages formant environ 340 khsé ou volumes, qui permet- 
tent dès maintenant une connaissance assez approfondie de la littérature cam- 
bodgienne. Cette collection se compose principalement de jatakas, ou récits 
ayant pour objet les vies successives du Buddha. Elle comprend en outre quel- 
ques poèmes dramatiques, longues narrations en vers destinées à être chantées 



BULLETIN MENSUEL DE l'aCADÉMIE DES INSCRIPTIONS 457 

et mimées. On y trouve enfin des traités dogmatiques traduits du pâli, des 
livres de piété, des manuels de morale pratique, de médecine, d'astronomie, de 
divination. — M. Finot a pu, en outre, acquérir une idée sul'fisatile de l'art 
khmer en visitant les ruines de Vat Nokor, près de Kompong Cham, ainsi que 
tous les monuments importants de la province de Bâti; il a trouvé dans un de 
ces temples quelques statues d'une belle facture qui formeront le commence- 
ment du futur musée de la mission. — Enfin, dès cpie les conditions cliinatéri- 
ques le permettront, M. Finot entreprendra un voyage circulaire dans l'Aiinain, 
le Tonkin et le Laos. Celte revue générale une fois terminée, il sera temps d'or- 
"•aniser définitivement la mission et d'inaugurer son enseignement et ses pu- 
blications. 

M. Giry termine la seconde lecture de son mémoire sur de faux actes caro- 
lingiens de l'abbaye de Saint-Florent-b>Vieil en Anjou. 

M. Henri Weil défend la tradition qui place Tyrtée au vir siècle a. G. contre 
des hellénistes qui ont récemment contesté la haute antiquité des élégies de ce 
poète ou sont même allés jusqu'à en nier l'authenticité. 

M. Clermont-Ganneau fait une communication sur El-Kalipli et la Caverne des 
Sept Dormants. 

SÉANCE DU 1" SEPTEMBRE 1899 

M. le marquis de Vogué, président de la commission du Corpus inscriptio- 
num semiticarum, annonce que cette commission fera paraître, à partir du 
1" janvier 1900, des Bulletins périodiques d'épigraphie sémitique. Ces Bulle- 
tins, conçus d'une façon générale sur le plan de VEphemeris epigraphica latina, 
seront encore plus utiles pour le Corpus des inscriptions sémitiques que cette 
dernière ne l'est pour le Corpus des inscriptions latines, 

M. de Barthélémy, vice-président, prononce l'éloge funèbre de M. Joachim 
Menant, membre libre de l'Académie, décédé à Paris le 30 aoiit. 

SÉANCE DU 8 SEPTEMBUb: 1899 

M. Babelon rappelle qu'il a signalé, il y a quelques mois, deux monnaies de 
la ville de Medaba, au pays de Moab. Il décrit aujourd'hui deux monnaies de 
bronze à l'effigie d'Élagabale, qui proviennent de Charac-Moba, ville de la 
même région. Medaba et Charac-Moba entrent pour la première fois dans la 
nomenclature numismatique de l'antiquité. Sur l'emplacement de Charac-Moba 
s'élève aujourd'hui la locahté appelée El-Kcrak, à l'est de la mer Morte, au sud 
d'Er-Rabbah (Rabbath-Moab). Celte ville est déjà mentionnée, de même que 
sa voisine Medaba, dans la prophétie d'Isaïe contre Moab. Son nom, signifiant 
« la forteresse de Moab », se trouve généralement, dans les auteurs grecs, sous 
la forme XapâxfjiwSa, et quelquefois sous la forme Mwooy/âpaÇ. L'ethnique, 
d'après Etienne de Byzance, est Xxpaxjxwgvôç, qui se lit sur une des pièces 
décrites par M. Babelon. A la différence d'Etienne de Byzance qui écrit le nom 
de la ville par un x et un x, les monnaies l'écrivent par deux /. — M. Babelon 



458 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

fait en outre observer que le rège d'Klagabale, prince syrien, semble bien avoir 
marqué une période de prospérité pour la Syrie, la Palestine et les régions 
avoisinant le Jourdain et la mer Morte. 

Sur la proposition de M. Senart, l'Académie désigne M. Gabalon comme 
membre de la Mission archéologique de l'Indo-Chine. 

M. Héron de Vdlefosse communique un rapport du R. P. Delaltre sur les 
dernières fouilles exécutées dans une des nécropoles les plus considérables de 
Carthage, en face de la batterie de Bordj-Djedid. L'épigraphie punique est 
représentée par huit épitaphes, par douze inscriptions sur vases dont une écrite 
au charbon et les autres à l'encre noire, par deux marques peintes en rouge, 
l'une sur la tranche d'une dalle de tombeau, l'autre sur une pierre brute, et 
enfin par six estampilles de potiers carthaginois. Parmi les épitaphes, la plus 
longue ne compte pas moins de huit lignes ; son auteur, Molocpalas, y nomme 
ses ancêtres jusqu'à la septième ou huitième génération. A la fin de sa généa- 
logie, accompagnée de titres honorifiques, ce Carthaginois parait invoquer la 
bénédiction du dieu Soleil sur sa dépouille. 

M. Babelon présente quelques observations. 

M. Viollet continue la lecture de son mrmoire sur les chartes communales du 
moyen âge. 

SÉANCE DU 15 SEPTEMBRE 1899 

M. Fossey, ancien membre de l'École française d'Athènes, communique un 
mémoire sur une mission archéologique en- Turquie d'Asie. Il présente quelques 
inscriptions grecques trouvées dans la Syrie du nord et en Mésopotamie et dis- 
cute la lecture de la date donnée par Sennachérib dans l'inscription de Bavian. 
M. Fossey énumère ensuite les monuments et inscriptions découverts au cours 
des fouilles qu'il a exécutées à El-Hadra. 

M. llomoUe communique deux inscriptions, la première provenant des îles grec- 
ques, l'autre d'Asie Mineure. La première est une lame de plomb sur laquelle 
sont gravées des formules de malédiction. — Dans la seconde se trouve mention- 
née dans la ville de Karadrous, sur la côte de Cilicie, port des habitants de Lamos, 
connue par Slrabon, Scylas et autres géographes. — MM. S. Reinach, Deloche 
et Weil présentent quelques observations. 

SÉANCE DU 22 SEPTEMBRE 1899 

M. Gauckler expose les résultats des fouilles qu'il a exécutées, à l'aide d'une 
subvention de l'Académie, dans une villa romaine découverte par M. D. Novak 
à El-Alia, en Tunisie. Le plan de cet établissement agricole offre beaucoup d'ana- 
logies avec celui des bordjs africains actuels. Le bâtiment principal, réservé à 
la vie de famille, a la forme d'un pavillon allongé et bas, muni à ses extrémités de 
deux tours carrées. Il est décoré avec un très grand luxe. Les murs sont revêtns 
de peintures à la fresque ; le pavement est formé partout de fines mosaïques : dans 
les chambres à coucher, ce sont de simples motifs géométriques; dans les salons 



BULLETIN MENSUEL DE L'ACADÉMrE DES INSCRIPTIONS 4.^9 

de réception qui occupent les deux ailes se développent deux grands paysages 
décoratifs. L'un représente une pèche à la seine sur la côte africaine; l'autre 
des scènes de chasse au crocodile, à rhippopolauac, à l'ibis, dans les marais du 
Delta d'Egypte. Tous les détails de la faune et de la dore sont rendus avec un 
extrême précision. 1 >ans les paysagesqui encadrent les deux tableaux sont repré- 
sentées une cinquantaine de constructions qui montrent, au premier siècle, l'em- 
ploi prédominant du bois dans la construction dos bâtiments ruraux et l'usage 
déjà très répandu des fenêtres vitrées. Les mosaïques d'EI-Alia, ollérles à Tliliat 
par M. Demeure, ont été enlevées et restaurées par M. Pradère, conservateur 
du Musée Alaoui, et sont exposées au Musée duBardo, l'autre au Musée deSousse. 
— M. G. Boissier présente quelques obesrvations. 

M.Marcel Schwob communique quelques résultats de ses recherches sur Fran- 
çois Villon et surArnoul Greban, auteur du Mystèrede la Passion. M. Longnon 
avait découvert les pièces de l'information dressée contre François Villon pour 
un vol qu'il commit avec quatre complices au Collège de Navarre à Noël 1456. 
Les malfaiteurs avaient enlevé 500écus d'or qui appartenaient à la Faculté de théo- 
logie. Or un registre de comptes de celte Faculté, conservé à la Bibliothèque 
nationale, mentionne que vers le 3 novembre 1462, six ans plus tard, la Faculté 
apprit que maître François Villon était accusé d'un vol et prisonnier au Chùte- 
let. Il allait être élargi. La Faculté y mit opposition et fit interroger Villon sur 
le vol du Collège de Navarre. Muni du double de la confession de Villon devant 
le lieutenant-criminel, le grand bedeau de la Faculté fit signer au poète la pro- 
messe de rembourser dans le délai de trois ans la somme de 120écus d'or. Puis 
Villon fut mis en liberté le 7 novembre 1462. Peu de jours après, il était de nou- 
veau en prison, condamné à être pendu pour avoir assisté à une rixe où le scribe 
de l'official, maître François Ferrebouc, avait été blessé d'un coup de dague, puis 
la sentence ayant été commuée par le Parlement le 5 janvier 1463, banni de Pa- 
ris pour dix ans. La Faculté de théologie ne rentra pas dans son argent. — 
Quant à Arnoul Greban, les registres capitulaires de Notre-Dame permettent de 
constater que, de 1450 à 1455, l'auteur du Mystère de la Passion fut maître des 
enfants de chœur de Notre-Dame. C'est l'époque même où fut composée l'œuvre 
de Greban qui représente le plus grand poème dramatique du xv° siècle. 

M. Héron de Villefosse rappelle qu'il a récemment signalé à l'Académie une 
lame de bronze découverte parle R. P. Delattre et ornée de très fines gravures. 
M. le marquis d'Anselme avait habilement enlevé la couche d'oxyde qui recouvrait 
cette lame, et il a eu l'idée de soumettre à la même opération les autres hachet- 
tes déjà découvertes. Jusqu'ici une cinquantaine d'entre elles présentent des sujets 
de style égyptien et de style grec. Une, en particulier, porte une inscription puni- 
que, sur laquelle M. Berger donne quelques explications. — M. Babelon fait obser- 
ver, au nom de M. Gauckler, que l'on conserve au Musée du Bardo un certain 
nombre de ces hachettes. 



SÉANCE DU 29 SEPTEMBRE 1899 
Lecture est donnée d'une lettre de M. le Ministre de l'Instruction publique 



460 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

annonçant que, conformément à la désignation faite par l'Académie dans sa 
séance du 8 juillet dernier, M. Doumer, gouverneur général de l'Indo-Chine, a 
nommé pensionnaire de la Mission archéologique M. Poul Pelliot, licencié es let- 
tres, diplômé de l'École des Langues orientales, élève de l'École des Hautes- 
Études. 

M. Senart insiste sur les excellents résultats qu'on est en droit d'attendre des 
travaux de la Mission archéologique d'Indo-Chiiie. 

M. Salomon Reinach communique un mémoire snr le héros Scirus, fils de Nep- 
tune, qui passait pour avoir colonisé l'île de Salamine. Cette île a pu être ap- 
pelée, d'après lui, la Salamine de Scirus, Sein Salamis. Or, il y a dans la P/iar- 
sale de Lucain un vers inintelligible : Tresrjue petunt veram credi Salaminnca- 
rinae. Tout s'explique si l'on écrit Sciri Satamina. Un reviseur a pris Sciri 
pour un verbe, le passif de scio, ety a substitué cvddi, qui est devenu le texte de 
tous les manuscrits — Incidemment, M. S. Reinach observe que toutes les édi- 
tions de Voltaire, à l'article Celtes du Dictionnaire philosophique, parlent d'une 
« histoire des Huns et des Ours >k Au lieu de ours. Voltaire a certainement écrit 
Ouigours, nom d'uue tribu apparentée aux Huns. 

[Revue critique.) Li'on DoKtz. 



NOUVELLES ARCHÉOLOGIQUES ET COllUESFONDANGE 



— Auguste Allmer, qui est mort à Lyon le 28 novembre 1899, à l'Age riequalre- 
vingl-cinq ans, mérite d'être compté parmi les maîtres de la science épigrapliiquc. 
Il se forma presque seul, à force d'énergie et de patience, ayant appris l'allemand 
et s'étant initié aux travaux de l'érudition étrangère dans un âge relativement 
avancé. Sa vie laborieuse et fièrement solitaire inspira le respect même à ceux 
qui n'eurent pas la fortune de le connaître; du fond de sa petite ciiambre de 
Lyon, il exerça une influence stimulante et féconde sur bien des gens qui ne le 
virent jamais. Les imporlan's travaux qu'on lui doit sur l'épigraphie de Vienne, 
sur celle de Lyon et du Languedoc passent depuis longtemps pour des modèles ; 
plusieurs savants plus jeunes s'en sont déjà heureusement inspirés. Mais son 
plus beau titre est la collection de la Revue épigraphique du Midi, qu'il fonda 
en 1878, au milieu de l'indifférence générale, qu'il entretint de ses modestes 
deniers et qu'il rédigea presque seul jusqu'à la veille de sa mort. Cette Revue, 
où la polémique tient de la place, mais où la science et la conscience d'Allmerse 
montrent à chaque page, eut certainement une grande part dans la renaissance des 
études épigraphiques en France et valut à son rédacteur l'estime universelle des 
érudits. AUmer était sinon plus apprécié, du moins plus connu dans les cercles 
scientifiques de l'Allemagne qu'en France même, bien que l'Académie des Ins- 
criptions l'eût nommé correspondant dès 1876. Les lignes suivantes, imprimées 
par M. 0. Hirschfeld à la p. 222 du tome XII du Corpus inscriptionum latina- 
rum, sont bonnes à rappeler aujourd'hui, comme une oraison funèbre du savant 
et un témoignage rendu aux mérites de l'homme : « Auguslus AhLyiERde studiis 
nostris optime meritus est, cum permultis dissertalionibus partim separatim 
editis, partim ephemeridibus variis insertis, tum vel maxime lihro amplu sum- 
maque cura elaborato... Allmerus, quamquam per longum tempus munere 
publico functus, non totum ad litteras sese conferre potuit, omne otium agro 
Viennensi pcrcurrcndo inscriptionibusque ibi extantibus summa diligentia ac 
peritia deliiieandis impendit atque officio publico deposito, non virorum docto- 
rum praeceptis, sed suis studiis ad rem epigraphicam eruditus, in libro bonae 
frugis pleno praemioque ab Academia Pariensi ornalo omncs litulos, qui ex 
Vienniensium agro emerserunt, a se ipso quantum fieri potuit descriptos con- 
gessitet ut ab omnibus facile intcllegerentur amplo commentario ornavit ; prae- 
terea qui opère absoluto erudcrati sunt, in suppkmentis tribus ... edidit. Idem 
oplimo consilio ephemeride qune dicitur Revue épigraphique condila titulorum 
in tota Gallia meridionali nuper erulorum fidissima apograplia publici juris 
facit. Sed quantum Allmerus harum par Hum epigraphiae profueril cum viri 
docti haud ignorant, tum hoc polissimum opère, in quo nomen ejus uhique fere 



462 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

comparet, satis illustratur. Ego vero quantum viro eximio debeam, qui rejectis 
malevolorum animique pusilii hominum consiliis unicum fi'Hssimum optimum- 
que stiidioruin adjutorcm per tôt annos mild se praeslitit omnittque feresua mca 
esse voluit, id hujus loci non est praedicare, scd gralissiina jucundissimaque 
hujus amicitiae mcmoria mlhi semper manebit. 

Bien que n'ayant jamais enseigné, on peut dire qu'Allmer laisse deux élèves, 
associés de son vivant à ses travaux et capables de les continuer : M. Dissard, 
conservateur du Musée de Lyon, et le capitaine Emile Espérandieu. 

S. R. 

— Les destinées de cette Revue ont été trop étroilemeot associées à celles du 
Musée de Saint-Germain pour qu'elle laisse disparaître, sans l'expression de son 
estime et de ses regrets, un des hommes qui ont le plus contribué à la forma- 
tion du Musée national, l'ancien inspecteur des ateliers, des restaurations et des 
moulages, M. Abel Maître. Sorti de l'école primaire. Maître servit pendant sept 
années dans la cavalerie; puis il devint l'élève de M. Bartholdi le sculpteur et 
établit à Paris, vers 1865, un atelier de moulages. Cet atelier reçut des com- 
mandes destinées au Musée de Saint-Germain, qui devait être inauguré deux 
ans plus tard; Maître alla travailler aussi à l'atelier impérial de Meudon, où 
l'on tirait des épreuves des moules de l'arc de Constantin, donnés à Napoléon III 
par Pie IX. En 1867, lors de l'ouverture du Musée, il fut attaché à cet établisse- 
ment comme surveillant des ateliers. Il y demeura pendant longtemps et fit, pour 
l'enrichir de moulages et d'originaux, de longs voyages en France, en Suisse, 
en Allemagne, en Autriche, en Italie. On lui doit les moulages du monument de 
Gavr'inis, ceux de l'arc d'Orange, du tombeau de saint Rémy, des bas-reliefs de 
Sens, de Dijon, de Nancy, des principaux objets découverts à Hallstalt, etc. Il 
acquit pour le Musée les belles collection de Blanchon (Vaison) et de Counhaye 
(Suippes). Il conduisit, seul ou avec Flouesl, des fouilles mémorables dans la 
Côte-d'Or, où il ouvrit le magnifique tumulus de Magny-Lambert, explora des 
tombes gauloises dans la Marne, à Sainl-Maur-les-Fossés près de Paris, à Go- 
lasecca en Italie. Le voyage qu'il fit à Thenay, d'où il rapporta 6.000 silex, four- 
nit des arguments sans r.'plique à l'encontre des rêveries préhistoriques de 
l'abbé Bourgeois. Mais c'est surtout dans l'installation du Musée qu'il fit paraître 
ses qualités les plus heureuses, une activité méthodique et tranquille, un goût 
sûr, une intelligence parfaite des besoins du public. Lui, qui savait à peine 
l'orthographe, était arrivé à juger non seulement de l'authenticité des objets, 
mais de leur ancienneté relative et des particularités de leur style, avec une 
autorité que les archéologues de profession lui enviaient. Je n'ai pas encore 
parlé des beaux dessins dont il a orné nos meubles à volets, des moulages peints, 
véritables trompe-l'œil, qui furent exécutés par lui ou sous sa direction. La 
Revue a publié sous sa signature quelques notes sur les fouilles de la Côte-d'Or 
et de Thenay, un article sur les gravures de Gavr"iiiis, qu'il |»roposa d'expli- 
quer par l'imitation des lignes de la main, enfin une curieuse étude sur la tête 
dite<\e bois du Musée d'Avignon, où il reconnut, sitôt qu'il l'eut en mains, une 
sculpture en ivoire. Comme statuaire, il exposa au Salon quelques bons mor- 



NOUVELLKS ARCUÉOLOOIOUICS ET CORRESPONDANCE 463 

ceaux, notamment un groupe de chiens, qui fui récompensé par une mention 
honorable; mais, absorbé par ses fonctions du Musée, il n'a plus modelé, depuis 
1870, qu'un petit nombre de médaillons. 

A la fin de 1896, Maître, souffrant de rhumatismes, quitta le Musée et se retira 
dans une petite maison qu'il possédait au Ferreux. A plusieurs reprises, cepen- 
dant, il vint nous rendre visite et put s'assurer que sa succession était en bonnes 
mains. La mort l'a surpris à l'âge de 70 ans, dans sa paisible demeure. Cet 
ouvrier fut non seulement un homme de talent, mais un sage. Appartenant à 
une vieille famille janséniste, il avait conservé, à défaut de croyances positives, 
une rectitude morale qui commandait le respect et ne tardait pas à inspirer la 
confiance. Celui qui écrit ces lignes a passé, pendant dix uns, six ou sept heures 
par semaine en sa compagnie; il n'a jamais entendu de lui une parole qui fût 
l'écho d'un sentiment bas, d'une pensée mesquine. C'était, sous une écorce ru- 
gueuse, un caractère élevé, une âme droite. 

Un autre brave homme, Eugène Spuller, apprit, pendant son dernier passage 
au Ministère de l'Instruction publique, qu'il y avait au Musée de Saint-Germain 
un enfant du peuple, presque un illettré, qui, depuis trente ans, rendait avec 
modestie d'éminents services. 11 le décora. Ce fut une grande joie pour Abel 
Maître; Spuller la partagea. On ne les oubliera, au Musée, ni l'un ni l'autre. 

Salomon Reinach. 

— En parcourant la collection du Journal of the Royal Society of Antiquaries 
of Ireland, j'ai rencontré (1895, p. 271-278) un article important pour l'archéo- 
logie grecque, qui n'a pas été signalé dans la riche bibliographie du Jahrbuch 
des deutschen Instiluts. Il est intitulé : Points of rescmblance hetween some ré- 
cent discoveries in Grccce and ancient remains in Ireland, by S. Kerr Kirker. 
Le frère de l'auteur, médecin à bord du navire Amphion, de la marine anglaise, 
a eu l'occasion d'étudier, à 3 milles au sud de Volo, les restes d'une ville pré- 
historique dont il a dressé le plan (p. 272) et photographié les murailles (p. 274, 
275). Le reste de l'article est consacré à la comparaison de ces restes avec ceux 
de Moghane Fort en Irlande. 

S. R. 

— Nous recevons la lettre suivante : 

Monsieur le Directeur, 

Quelques personnes ont trouvé fort étrange l'article intitulé Les Cabircs et Mc- 
licerteqiie j'ai publié dans la Revue de 1898 (t. I, p. 56-61). J'y ai soutenu que 
les Cabires n'étaient pas plus phéniciens que Mélicerle et que le caractère évi- 
demment sémitique de ces noms ne permettait pas de conclure au sérailisme des 
divinités qu'ils désignent. Cette opinion, en apparence parodoxale, vient de rece- 
voir l'approbation d'un homme qui ne se prononce pas à la légère et dont per- 
sonne ne constestera l'autorité : M. Hermann Usener. Voici, en effet, ce qu'il 
écrit dans son récent ouvrage sur les traditions relatives au déluge {DieSintflulh- 
sagen, Bonn, 1899, p. 151-152) : 

« Assurément, il ne peut être douteux que le nom M cl ikertes est une altéra- 



464 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

tion du phénicien Melek-qart, Melqart, signifiant « roi de la ville. » Les Tyriens 
désignaient ainsi leur Baal et le même nom pouvait être attribué au dieu prin- 
cipal, par les commerçants sémitiques, dans la ville où les conduisait leur com- 
merce. Le nom de Palèmon, qui alterne avec celui de Melikertes, est bien hellé- 
nique, non moins que les légendes qui le concernent. Sal. Reinach a récemment 
émis l'hypothèse très acceptable {hat unlàngst die treffende Vermuthung aus- 
gesprochen) que le Melikertes sémitique aurait été pris par les Grecs pour un 
nom propre et adopté comme tel pour désigner une conception religieuse hellé- 
nique, exactement comme les « Grands dieux >> de Samothrace ont été appelés 
Kabirim (les grandsj par les Phéniciens et ensuite désignés par les Grecs sous 
le nom de KâSsipot, Si, d'une part, il est indéniable que des caractères propres 
au dieu tyrien, par exemple la combinaison avec Hérakiès, ont été transférés à 
Melikertes-Palémon, il n'est pas moins certain que toute la légende est d'origine 
hellénique. » 

Permettez-moi, Monsieur le Directeur, de me prévaloir de l'adhésion de 
M. Usener et de la signaler à ceux de nos lecteurs qui s'intéressent au problème 
des origines helléniques. 

Vi'uillez agréer, etc. 

Salomon Reinach. 



— Signalons brièvement deux utiles catalogues : 

1° Rotns Bau-und Kunstdenkmaeler, Geschichte und Topographie. Catalogue 
de 600 ouvrages et brochures relatifs à Rome, ayant appartenu à M. Th. Gsell- 
Fels, en vente à Leipzig chez Hiersemann {Katalog 231). Je note (n° 533) un exem- 
plaire, au prix de 1550 mark, des Monuments de sculpture du Musée Torlonia, 
ouvrage presque introuvable. 

2» P. Lombardi, Catalogo générale délie fotografle artistiche délia città e pro- 
vincia di Siena (Sienne, 1899). Liste de 2.600 photographies dont on peut se 
procurer des exemplaires à la maison Lombardi, et qui formeraient, réunies et 
bien classées, un merveilleux musée d'art siénois. 

S. R. 

— M. Seymour de Ricci a publié, dans le dernier numéro de la Revue (p. 342), 
une intéressante notice inédite de Peiresc sur les tableaux de Fontainebleau en 
1625. Presque en même temps, M. Dimier donnait dans ÏŒuvre d'art (1" no- 
vembre 1899) un article sur la collection royale à la même époque, d'après le 
Biarium de Cassiano del Pozzo (1625) et le Trésor des merveilles de Fontaine- 
bleau du Père Dan (1642). L'article se termine par une liste de quatorze tableaux 
dressée à l'aide de ces indications. La comparaison de cette liste avec celle de 
Peiresc est intéressante ; voici comment le nouveau document, resté inconnu de 
M. iJimier, complète le catalogue du plus ancien fonds du Louvre : 

De Raphaël : Grande sainte Famille. Grand saint Michel. Sainte Marguerite. 
Jeanne fl* Aragon. — Peiresc ajoute : Le cardinal IJippoli/te, ce qui ne peut dé- 
signer le Dallhazur Casiiglione, chef-d'œuvre acquis en 1661 seulement. S'agit- 



NOUVKLLKS AIlCllÉOLUeiKJL'ES ET COlilŒSl'ONDANCIi 463 

il du l'urtrait du carditvd Hippoli/te de Mcdicis (no 478 du catalof^'ue île Viilol), 
autrefois attribué à Titien? Mais cette peinture elle-même passe pour n'être en- 
trée au Louvre que sous Louis XIV. 

De Micukl-Ange : Lcda. Peiresc ajoute : la Visilation de Seb. del Pioinbo, 
d'.iprès un carton de Michel-Ange. On connaissait déjà par le P. Dan la tradi- 
tion qui attribue cette belle peinture à la collaboration des deux maîtres. 

De Fra Bahtolommko : Vierge et sairds. 

D'Andréa dei- Santo : Charilé. Sainte Êlisahcth. 

De Lkonard de Vinci : Joconde. Saint Jean-hapllsle. Vicnjc aux liwJicrs. 
Belle Ferronniêre. Léda. Enlèvement de Proserpine. — Peiresc ajoute .• Un petit 
Jésus, une Notre-J)ame : mais comme il ne mentionne pas la Vurge aux Rochers, 
cette mention s'applique probablement à ce tableau. 

Du Titien : La Madeleine. — Peiresc ajoute « le soldat peint de trois cotés ». 
Il s'agit sans doute du no 395 du catalogue de Villot, donné par cet éminent 
connaisseur à Savoido et par les auteurs des précédents catalogues à Gior- 
gione. 

Du Pontormo : Gaston de Foix. C'est le tableau dont il vient d'être question. 

Du PiOMBO : Visitation. Mentionné plus haut à propos de Michel-Ange. 

Du Rosso : .ludith. Peiresc attribue au même artiste La reine .Jeanne qu'ils 
appellent de Sicile, et ajoute qu'on y a trouvé écrit Jiubeus fecit {sic, Rubens est 
une erreur typographique dans la Revue, p. 342, comme me l'a fait observer 
M.Eug. Mùntz). Ce tableau paraît perdu. 

La liste de M. Dimier ne comprend aucune œuvre du Corrège ; celle de Pei- 
resc mentionne un Ecce homo de cet artiste. J'ignore à quel tableau peut s'ap- 
pliquer cette mention, le Christ couronné d'épines de l'école du Corrège (no 29 
du catalogue Villot) n'ayant été acquis qu'en 1785, suivant l'inventaire d'Angi- 
viller. 

Rappelons enfin que Peiresc indique seul Le portrait de Raphaël par le Por- 
denon; c'est le tableau dit Raphaël et son maître d'armes, attribué par le 
P. Dan à Pontormo (n" 386 de Villot). 

Puisque nous avons eu l'occasion de rappeler le nom et les titres de Villot, 
l'auteur de ces belles notices des tableaux du Louvre qui ont été les modèles 
de toutes les publications analogues à l'étranger, nous ferons observer que sa 
biographie de Raphaël (p. 227) contient cette phrase importante : « On ignore 
le nom de son premier maître. Tiinoteo Viti et Luca Signorelli, qui peignaient 
en 1494 et en 1495 dans les églises d'Urhino, lui donnèrent peut-être des leçons 
avant qu'il entrât... à l'atelier de P. j^erugino ». C'est donc à Villot, non à 
Morelli, que revient, dans l'état de nos connaiisances, l'honneur d'une hypo- 
thèse qui a jeté une si grande lumière sur les débuts du génie de Raphaël. 

Salomon Reinach. 



— Dans le reinar(|uab!e petit livre de M. Berenson sur les peintres florentins 
de la Renaissance [The florentine painters, Londres, 1896), on trouve mentionné, 
à la p. 116, un prolil de femme inachevé, par Léonard de Vinci, dans la collec- 

lll'^ SÉRIE, T. XXXV. 30 



466 



REVUE ARCHEOLOGKJUE 



lion de Donna Laura Mintïlietti à Rome. Ce tableau a été montré à quelques 
personnes, tant à Paris qu'à Londres, par son nouveau propriétaire, qui Fa 
transféré en 1898 à Rhode Island (Étals-Unis). 

M. Eug. Miinlz, a l'aspecl de la photographie, avait soupçonné une fraude ; 
dans son ouvrage sur Léonard de Vinci (1899, p. 512), il s'exprime comme il 
suit : (( Celte photographie a produit sur un certain nombre de connaisseurs 
1 effet d'un pastiche moderne. Mais il serait téméraire de se prononcer sans avoir 
vu l'original. » 

Les réserves de M.' Mùntz étaient, paraît-il, justifiées. On nous affirme de 
bonne source que MM. Berenson et Richler, qui avaient admis l'authenticité 
du tableau, ont été induits en erreur; que feu le sénateur Morelli, qui l'avail 
légué à M"" Minghetti, savait parfaitement à quoi s'en tenir; bref, que le por- 
trait en question est l'œuvre d'un faussaire habile, dont on connaitrait dôjà plu- 
sieurs autres œuvres faites dans l'intention de tromper les amoteurs. 

Il faudra voir ces œuvres avant de se prononcer. Pour moi, qui ai longue- 
ment étudié l'original, je crois volontiers que la tête a été repeinte, mais ne 
saurais attribuer à un faussaire moderne le buste drapé, qui est admirable. 

S. R. 

— M. P. Clievreux, archiviste des Vosges, qui a succédé à feu Voulot, notre 
regretté collaborateur, comme conservateur du Musée des Vosges à Epinal, 
veut bien me communiquer, au sujet de Vllennaphrodite en bronze de ce Mu- 
sée*, une note qui en établit définitivement la provenance. Les procès-verbaux 
des travaux de la Société d'Émulation, du 2 mai 1831 au 2 mai 1832, contien- 
nent la mention suivante : « Une statue en bronze antique de près d'un demi- 
mètre de f)roportion, représentant un Hermaphrodite ; une autre plus petite re- 
présentant Jupiter tonnant ; toutes deux provenant de la montagne de Sion, près 
Mirecourt, d'un beau travail et parfaitement conservées ; acquisition faite sur 
la proposition de M. le Président. » Le président était alors le préfet des Vosges, 
comte Siniéon. 

« Quant au Jupiter tonnant acquis avec V Hermaphrodite, m'écrit M. Cbe- 
vreux, il est reste exposé au Musée jusqu'à ces derniers temps. 11 y a une 
douzaine d'années, il a été volé, dans des conditions restées inexpli(iuées, et 
nous n'en avons qu'un dessin fait de mémoire. » 

S. R. 

— Dans la Revue de mars-avril 1899 (p. 302), M. K. Carlailliac a signalé 
l'apparition d'un nouveau « tricéphale gaulois » dans la Dordogne. Un croquis 
inexact de cette curieuse sculpture (trois bustes barbus accolés, celui du milieu 
portant un torques) a été publié dans L'Anthropologie (1899, p. 246). Nous en 
trouvons maintenant deux excellentes liéliogravures dans les Mémoires de la 
Société archéologique de Bordeaux (t. XXII, 1897, pi. I et II), accompagnées 
d'un article de M. Camille Mensignac, conservateur du Musée des antiques de 
Bordeaux, qui vient d'acquérir ce monument. La notice nous apprend (]u'il a 
été découvert il y a quarante ans (vers 1859) à Condal, arrondissement de 

^. Bronzes ligures, p. 117, lii,'. ILS. 



NOUVELLîIS AHC1IK0L0GI(JUES KT CUIUIKSI'O.NDANCE 467 

Noiilrori, puis transporté par le propriétaire à Monpoiil, dans lu même ilépar- 
lemeiit. Aux environs du champ on le triple buste a H<- exliunié, on a trouvé 
'ie nombreuses l)rii|ues à rebords, restes d'un temple ou d'une habitation ro- 
maine. 

La grande télé présente, sur le devant, <leux trous qui ont dû servir à l'in- 
sertion de cornes. Nous avons donc là un nouvel exemple du Iricéphali- cornu 
à torques, à r;i()proclier de la célèbre statuette d'Autun (Bronzes fujurés du Mu- 
scc (le Saint-Gi'ritKiiii, p. 1S(;.|S7). il est très probable (|ue le tricépbale de 
Coudât, comme celui d'Autun, était assis dans la posture accroupie. Le travail 
de la pierre est soigné et ne semble pas postérieur au début du ir siècle après 
,1 -C. 

.M. .Mensignac, dans sou intéressant article, parle de nouveau du grand dieu 
l^su.^-, « le dieu un, contenant les autres en son essence éternelle et immuable ». 
Il est fâcheux que les rêveries d'Henri Martin continuent à exercer tant d'in- 
lluence. Nous ne savons, sur Esus, que ce queditLucain et rien ne prouve que 
la conception de l'unité divine soit jamais entrée dans la cervelle d'un Gauloi.-. 

S. U. 

Les fibules de Baslieux. 

— Notre collaborateur M. Hcuri Hubert a reçu et nous communique la lettre 
suivante : 

Cher Monsieur, 

En dépouillant les premiers volumes des Mémoires d-' la Société des Anti- 
quaires de France, j'y ai relevé (t. X, 1834, p. IGl), dans un article de Ladou- 
cette, le passage suivant dont vous apprécierez l'intérêt ... et le style : En 1831 
[à Baslieux] dans le jardin de M. de Saint-Ygnon [on a trouvé] deux médail- 
lons en nr de deux pouces de diamètre ; dans l'un il ?/ avait cinquante-deux 
pierres de différentes couleurs et une moins grande quantité dans fautre, qui 
était plus petit. Ces médaillons sont bien travaiilés et de la furme des grandes 
décorations qu'on désigne sous le nom ignoble de crachats. 

Il s'agit là, serable-t-il, des deux fibules que vous avez publiées dans la 
Revue archéologique comme trouvées en 1892. A vrai dire, il n'y a que qua- 
rante-six pâtes de verre incrustées dans la grande libule; mais Ladoucette aura 
compté parmi les pierres les six clous en argent placés à la circonférence de 
la fibule et aura ainsi obtenu le nombre de cinquante-deux. 

SiiVMOUK DE lliccr. 

Dans une notice extraite des Mémoires de la Société éduenne, M. BuHiot a 

publié de nouveau — cette fois en similigravure — l'autel gallo-romain de Ma- 
villy, dont une héliogravure a paru il y a huit ans dans la Revue archéologique 
(1891, I, pi. I-Ii, p. 236). Les six planches données par M. BuUiot sont très 
bien venues et à plus grande échelle que les reproductions antérieures. Le texte 
s'elî'orce d'établir que j'ai eu tort [Rcv. archéoL, 1897, II, 313) de reconnaître 
la Vesta ro^aaine primitive dans la ligure qui se couvre les yeux ; le vénérable 



468 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

antiquaire d'Aulun soutient que celte prétendue Vesta est un homme et que cet 
homme est un aveugle, sur le point d'être guéri par Apollon ou par le pnHre- 
médecin du temple. J'avais considéré ce second personnage comme féminin et 
je l'avais baptisé Junon, à cause de l'aigle qui paraît à sa droite. Encore une 
erreur, dit M. Bulliot; l'aigle esl là comme <« le symbole parlant de l'oculiste, 
du prêtre qui rend la lumière perdue ou atteinte », parce que l'aigle « passe 
dans le peuple pour fixer le soleil sans cligner ». Cette explication n'est-elle 
pas un peu cherchée? M. Bulliot insiste aussi sur le fait que les mamelles de la 
« Vesta » ne sont pas apparentes ; je crois, pour ma part, qu'elle les dissimule 
en levant les bras. En somme, il ne me semble [)as qu'il y ait lieu de modifier 
en quoi que ce soit l'interprétalion de l'autel de MaviUy qui a été proposée, en 
dernier lieu, dans celte Revue. 

S. R. 



— Zeitschrift der deulschen morgenlxndischen Gesellschaft, vol. LIIT.fasc. II. 
— Praîtorius, Le système babylonien de vocalisation hébraïque. — Schwally, 
Études lexicograpfdques (mois arabes d'origine araméenne). — Bœthlingk, 
Misccllanécs (philologie sanscrite). — Caland, Exégèse et critique des Soutras 
rituels. — Brockelmaiii), Les rruvres de rhétorique de Ibn Al-Moqaffa'. — Kûnos, 
Chansons populaires turques. — Noeldeke, La légende d'Alexis (document 
éthiopien, dérivée d'une source arabe). — Fraenkel, Sur un fragment de Chro- 
nique syriaque. — Brooks, Le canon chronologique de Jacques d'Édtsse (d'après 
un manuscrit syriaque du Brilish Muséum attribué à Jacques P/u'/o^jonos). — 
\W'wler, La Saptapadhdrthi de Sivdditijn. — Hommel, Sur les plus anciennes 
valeurs phonétiques de quelques hiéroglyphes égyptiens. — G. Jacob, L'ctymo- 
logie du mot espagnol naipe (« carie à jouer », dériverait de l'arabe l'uib, 
« jouer »). — Litlmann, Chansoiis populaires turques d'Asie- Mineure. — Tho- 
mas, Le jeu d'échecs indien. — Brockelmann, Discussion avec J/. Grimme sur 
divers points de philologie syriaque. — Bibliographie. 



— 'EsYiuîp'iç àpxat&XoYixri , 1899, 2e et 3* cahiers : Philios, Statue de bronze de 
Béolie (pi. V et VI, 2 figures dans le texte. La statue a été trouvée dans la 
mer, au fond d'une petite anse de la côte béotienne, qui servait probablement 
de port aux Béotiens, sur le golfe de (jOiinthe. Elle était en morceaux; on a pu, 
eu comblant les lacunes avec du plâtre, remonter tout le corps, sauf les bras. 
La tête est de beaucoup ce qu'il y a de mieux conservé; il n'y manque que les 
yeux qui étaient rapportés. Ce bronze doit dater, d'après la forme des lettres 
gravées sur la base, et le caractère de l'exécution , de la fin du vi" ou des premières 
années du v« siècle; il représente certainement le dieu auquel il élait dédié, Po- 
séidon (t6 IIoTîioâovo; capô;). Ce doit être l'œuvre d'un scul[)leur fixé à Athènes. 
La statue a 1"',18 de haut. C'est, pour le Musée national d'Athènes, une très pré- 
cieuse acquisition). — Tsoundas, Kyidadica (2o :irlicle, pi. Vll-X, une planche 
supplémentaire et 39 vignettes dans le texte. Fouilles faites en 1898 à Siphnos 
et à Syros ; elles ont duré un mois à Siphnos et trois mois à Syros ; elles ont 



NOITVELLFS ARC.HÉOLOGTOUES ET r.ORRRSPON[)ANT.E 4G9 

éti! consiioréps aux lombes de l'âge préliislorique. Les lombes de Siphnos sont 
loiil à l'ail semblables à celles de l'aros cl d'Anliparos; celles de Syros soiil 
d'uni' construction plus savante; la fosse est formée par des pierres posées en 
encorbellemenl les unes au-dessus des autres qui supportent des dalles de cou- 
verture; elle a une entrée sur le côté. C'est partout le rite de l'inliumalion qui 
a été employé. Les corps étaient coucliés sur le côté, avec les jambes repliées. 
Les vases de terre forment le f^ros du mobilier; ce sont surtout des assiettes et 
des coupes; aussi des seaux, des pyxis rondes, des tusses à pied, desaifruièies, 
etc. Les spirales reliées par des lignes droites jouent un grand rôle dans l'or- 
nemenlalion ; celle-ci est le plus souvent.incisée, parfois par estampage; elle est 
plus rarement peinte. Bateaux très gauchement figurés. Il y a aussi des lasses 
et des assiettes en pierre. QueUiucs idoles de marbre. Épingles en argent en 
bronze et en os, qui paraissent avoir servi à allacher le vèteinenl. Aiguilles et 
poinçons de bronze. Quelques autres instruments. Les tombeaux de Syros ap- 
partiennent à la seconde période de la civilisation des îles; cependant point en- 
core rt^mploi du tour pour les vases. Le progrès est attesté par la forme de la tombe 
qui est une imitation de la maison et qui l'ait pressentir la tombe mycénienne. 
Peut-élre celle population se raltache-l-elle déjà à celle de Tàge mycétiien. On 
retrouve ici toutes ces qualités d'exactitude minutieuse et de pénélration qui 
distinguent les travaux de Tsoundas. Le mémoire se termine par la descrip- 
tion de deux acropoles primitives, l'une à Siphnos, l'autre à Syros), — Kou- 
rouniolis, Inscriptions de Chalcis etd'Érélrie (avec une planche de fac-similés), 

— Slaïs, Vêdit de DiockHien. Deux nouveaux fragments de la traduction 
grecque (ils ont été trouvés à Aigeira, en Achaïe). 

— Revue des Études grecques, t. Xll, mai-juin 1899 : Parlie administrative. Sta- 
tuts de l'association et assemblée générale du 20 avril 1899 (discours de 
M. Maurice Croiset, président, et rapport de M. Paul Girard, secrétaire). — 
Parlie littéraire. I. Lévy, Études sur la vie municipale de l'Asie Mineure sous 
les An tanins (2= série). — P. Decharme, Le drame satijrique sans satyres. — 
M. Bréal, Mots d'origine grecque dans la loi des Douze Tables. — P. Tannery, 
Sur Héraclide du Pont. — H. Weil, Denys d'Raiicarnasse. Du style de Dé- 
mosthène. Observations critiques. — E. d'Eichlhal, Les idées de Stuart Mill 
sur le grec et le lalin dans Védacation. — Comptes-rendus bibliograptiiqaes. 

— Bulletin de Correspondance hellénique, 23* année, janvier-juin i8'J9. — 
G. Colin, Inscriptions de Delphes. Sénatus-consulte de l'année 112 (il a trait à 
un procès engagé entre la compagnie des artistes dionysiaques d'Athènes et 
celle de Némée et de l'islhnie). — P. Jouguet, Fouilles du port de Dclos (pu- 
blication et explication d.^s textes trouvés par M. ArdaïUon au cours de ses 
fouilles). — G. Colin, La dodécade délienne (ce mol désigne un sacrifice de 
douze victimes). — P. Perdrizet, 7nscrip</onsd'AcriBp/tia? (décrets de proxénie). 

— Ph. Homolle, Décret de Delphes pour le roi Pœrisades. — G. Millet, Jnscn>- 
tions byzantines de Mistra (pi. XlV-XXIll) Les textes seuls sont donnés ici. 
Le commentaire est réservé pour un autre cahier). — M"e C. A. Ihillon, Pein- 



'j-TO RKVi'K AncnÉoLoninuE 

turc de raf^e reprr'^cnlanl /c* Bori'i^dcf; (figuros dans le Ir-xto. Il s'assit «l'une 
amphorf de Nola. Nous supposons qu'elle appartient au Musée Britannique ; 
mais l'auteur de l'article ne le dit pas). — G. Cousin, Inscriptions ile Termessos 
de Pisidie. — Sans l'intervention de Miss llulton, qui décrit d'ailleurs un monu- 
ment d'importance secondaire, ce cahier du Bulletin ne contiendrait que des 
inscriptions. Les archéologues ne peuvent s'empr-cher de regretter que le Bul- 
letin, en attendant la publication d'ensemble, ne leur fasse pas connaître, aussi 
bien que les textes épigraphiques, les monuments issus des Touilles, par exemple 
ces fragments que l'on croit avoir appartenu au temple des Alcmoénides. 

— Proceedinga of the Society nf liiblical Archxologij, t. XXI, 29° fession, 
68 séance, 6 juin 1899 : F. Legge, Di'couverles récentes à Abydos H à Néga- 
dali (3 planches). — Sayce (président), ISotes hilliles. — D"" Hominel, Notes sur 
les insci'iptions hitliles. — F. G. Hilton Price, iSotes sur (juclques divinités 
égyptiennes (planche). — D'' Cheyne, Les bénédictions prononcées par Jacob 
sur Asher, Nephtali et Joseph. — Sur deux mots hébraïques. — W. E. G. Notes 
sur : i. Le nom Pachomicus. 2. « Au-dessus » et « en-dessous » en copie. 3. 
Oranles égyptiennes. — J. Offord, Le culte par la danse. — G. H. W. ,1. Notes 
assyriologiques. — J. Olford, Chedorlaomer. 

— Archœological Institute of America. American Journal of Archxology . Se- 
conde série, t. III, cahiers 2 et 3 : Séance annuelle de l'institut. — Séance an- 
nuelle du conseil d'administration de l'Ecole américaine d'Athènes. — Séance an- 
nuelle du conseil d'administration de l'Ecole américaine de Rome. — B. Be- 
renson, Tableau d' autel par Girolaino da Cremona (pi. II). — W. N. Bâtes. 
Bas-relief représentant Achille qui traîne le corps d' Hector, à Achouria (Tégée). 

— lluddliston, Elude urché'iiogique sur VAntigone d'Euripide (figiires dans le 
texte. Intéressant pour l'histoire du théâtre d'Euripide). — F. B. R. Ilellems. 
L'inscription de Pupus Torquatianus. — Gordon J. Laing, Les manuscrits 
principaux des Fastes d'Ovide. — G. N. Olcoit, Quelques inscriptions inédites 
lie Rome. — H. N. Fowler, Nouvelles et discussions arc/teo/oyù/iit's (dépouille- 
ment «jui témoigne d'une prodigieuse lecture et d'un outillage singulièrement 
riche). 

— La Ucvue de l'Art ancien et moderne, 10 juillet 1899 : G. Perrot, Le 
Musée du liardo à Tunis et les fouilles de M . Gauekler (Déimler et Canéphore, 
deux héliogravures). — Les Salons de 1899. 111. Varr.Jiiteeture, fin, par Pascal. 
Les arts décoratifs et la gravure en médailles, par E. Mol i nier. — Paul 
Lafond, Goya, III (Francesco Goya, par lui-même, gravure de Dezarrois). 

— L. B'^néflite, Deux idéalislcs, Gustave Mureau et Burne Jones (Fin. Femmes et 
licornes, héliogravure). — Al.Gayet, Les monuments de Dumietle et Mansourah 
r.ontempjorains de l'époque des Croisades. — Bibliographie. Liste des onerages 
sur les beaux-arts publiés en France et à l'étranger [icudanl h- si'coud tiiincstre 
de 1899. (Nombreuses figures dans le texte.) 



NOI VFLLKS ARCÎIKOLOr.rnCKS FT CORRESPONDANCE 471 

— La Revue de l'Art ancien et moderne, 10 août 1899: .Ifan Cruppi, ./. ilrn- 
nic' (Portrait <!e M"" Moreno, héliogravure). — G. Porrol, Le Mnsdi-.du linrdo 
à Tunis et lesfouillps de M. C.ancJder à Carlhuqe (fin). — .Il^•lI) Uurand, Vim 
JDijck (Lord Philippe 11 Wiirtmi, héliogravure; portrait fie jeune Mlle, gravure 
de Louis le Nain ; ("Kiiliauine II et sa fiancée, héliogravure). — Monuincnla me- 
nacés. J. de Boisjolin, La Chapelle expiatoire . — M. Nicolle, Léonard de Vinci 
(compte-rendu du livre de M. Miinlz), — E. Dacier, Bibliographie (Perrot et 
Chipiez, Histoire de l\irt dans l'antiquité. Roger Marx, Les maîtres du dessin] 
G. Larroumot, Nouvelle.^! éludes d'histoire et de critique dramaliques). 

— La Revue de l'Art \ancien et moderne, 10 sept. 1899 : P. Morel, Les 
Beaux-Arts à V Exposition universelle d-j 1900 (Grand-palais des Beaux-Arts, 
plan du rez-de-chaussée. Plan du premier étage). — Max. Collignon, TJne 
statue polychrome de M. Ernest Barrias (La Nature se dévoilant, héliogravure 
Dujardin). — F. Itngerand, Georges Bizet (G. Bizet, porli'uit, gravure de 
M. Burnev). — G. Migeon, Une collection de livres japonais à la liibliothèque 
nationale. — M. Nicolle, Correspondance de Dresde. L'exposition Cranach 
(Le jugement de Paris, héliogravure, d'après Granach). — P. Vilry, Saint An- 
toine de Padouc et l'art il(dien (compte-rendu de l'ouvrage de M. de Mandach qui 
porte ce titre). — A. Blanchet, L'enfant dans l'art ancien. — E. Dacier, Bi- 
bliographie (E. Mâle, Lart religieux du xin"= siècle en France. Etude sur 
l'iconographie du moyen âge et sur ses sources d'insp'irat'ion; De Maulde de la 
Clavière, Les femmes de la Renaissance ; H. Mayeux, Fantaisies architecturales ; 
F. Regamey, Types et sites de France. En Bretagne. Port-Blanc et ses environs). 
— Revue des travaux relatifs aux beaux-arts (nombreuses illustrations dans le 
texte). 

— La Revue de l'art ancien et moderne, 10 oct. 1899 : M, Demaison, M. Bar- 
tholoiné et le Monument aux morts (Les époux au tombeau, partie inférieure du 
monument, héliogravure). — Fiérens-Gevaert, Vllôtel de ville de Paris. — I. 
Jean Durand, Uexpositvm Van ])yrk à Anvers. II (Arthur Goodvvin, Lords 
John et Bernard Stuart, héliogravures; Anna Maria de Camudio, gravure de 
Lenain). — Fournier-Sarlovèze, Van Dyck et Anguissoia. — Félix Régamey, 
L'enseignement des beaux-arts au Japon. — E. Muntz, Un collaborateur peu 
connu de Raphaël : Tommaso Vincidor de Bologne. — E. Dacier, Bibliographie» 

— Bulleltino délia Commissionc archeologica comunale di Borna, 21' année, 
avril-juin: Gerardi, Découverte de précieux restes de l'antique palais commu- 
nal au Capitale {p\. V-XII. Parties de construction qui remonteraient au xie 
siècle et fragments de fresques (|!ii dateraient du xiV). — Lunciani, La 
collection d'antiquités de G'iovnnni CiampnUini (détails intéressants sur la décou- 
verte et les plus anciennes mentions du célèbre torse du Vatican signé d'Apol- 
lonios). — G Gatleschi, La basilique Eniilia dans le forum romain (histoire 
de celte basilique ; les découvertes de cette année). — G. Galti, Renseignements 
sur les découvertes récentes d'antiquités (résumé de tous les résultats obtenus 



472 REVUE ARCHÉOLOniOrE 

par les fouilles qui ont été exécutées au forum en 1899. Texte de l'inscription 
archaïque qui y a tHé (It'couverle). 

— Mittheilungen dea kais. deutsrhen mrhxol. Inf^lifulf^. Atheni^che Abthei- 
lung, 1899, l. XXIV, 2* cahier : Ce cahier est rempli tout entier par un rapport 
de Conze et Schuchhardt qui est d'un vif intérêt. Les savants allemands n'ont 
pas cessé d'étudier Pergame et ses environs, depuis 1886, date de la clôture des 
grandes fouilles qui avaient été entreprises en 1878, à la suite de l'apparition 
des premiers fragments de la Giganlomachie. Depuis ce moment, les archéo- 
logues elles architectes chargés de la rédaction du grand ouvrage intitulé D/e 
Alterthumer von Pergamon, particulièrement Conze et Richard Bohn, sont re- 
tournés plusieurs fois à Pergame pour rafraîchir leurs impressions et discuter 
sur place plus d'une question qui les embarrassait; ils ont fait faire par des 
érudits ou des ingénieurs plus d'un relevé qui complétait les données re- 
cueillies pendant la durée des travaux auxquels avait présidé Karl Humann. 
C'est le résultat de ces voyages de vérification et de ces explorations secon- 
daires que l'on trouvera dans celte relation signée par l'un des initiateurs et 
conducteurs des grandes fouilles, A. Conze, et par le vaillant collaborateur qu'il 
s'est adjoint pour ces dernières recherches. Cari Schuchhardt. Le mémoire est 
illustré d'assez nombreux dessins; on y remarquera surtout les détails récem- 
ment acquis sur les aqueducs qui, de la montagne, amenaient à la capitale des 
Eumèneet des Altale une eau abondante et pure. Le rapport se termine par 
un catalogue des monuments figurés et des inscriptions qui ont été recueillis, 
depuis 1886, à Pergame même et dans sa banlieue. 

— École française de Rome. Mélanges d'archéologie et d'histoire, XfX» année, 
fascicules IlI-IV, avril-juin 1899 : J. Luchaire, Un manuscrit de la Lc'gende de 
sainte Catherine de Sienne (pi. IV). — A. Chaumeix, Fragment de bas-relief 
grec (pi. V. Je ne crois pas ce bas-relief aussi ancien que le pense M. Cli. — G. 
P.). — L. Delaruelle, Deux lettres inédites de Pierre Danèa. — A. Macé, Obser- 
vations critiques sur le texte de Solin. — M. Besnier, Les scholœ de sous-offi- 
ciers dans le camp romain de Lambèse (pi. VI, Vil, VIII). — E. Deprez, La 
trahison du cardinal Ballue, 1469. Chanson et ballades inédiles. — L. Homo, 
Les suffètes de Thugga d'après une inscription récemment découverte. — Ph. 
Lauer, Le poème de la Destruction de Rome et les origines de la cité Léonine 
(pi. IX). 

G. P. 



BIBLIOGUAIMIIK 



J. DE Saint-Venant. Anciens vases à bec. Élude de géographie rérami'/nr. In 8. 
avec :{ plauches. Caen, Delesqucs, 1899. 

Le vase dit pégau est un pichet sans col et à panse ovoïde ou sphérique ; il 
est muni d'une anse et d'un gros bec en entonnoir à pont. La hauteur varie de 
10 à 20 cenlimèlres. « Sur plusieurs on observe quelques trous assez irrégu- 
liers et percés comme un peu au hasard dans la panse, après cuisson... ce qui 
allesle une adaptation d'un ustensile courant à un usage funéraire. Les vases 
qui présentent cette particularité contiennent d'ordinaire des charbons plus ou 
moins mêlés d'une matière grasse, qui a taché aussi la surface en la rendant 
collante par places et qui ressemble à de la poix; d'où sans doute le nom de 
pégau par lequel les désignent les paysans du Gard, mot qui, dans leur patois, 
peut se traduire par « ressemblant à de la poix » ou mieux « poisseux. » Ce ré- 
sultat est dû certainement à une combustion incomplète d'encens et à la con- 
densation de la fraction de matière simplement distillée par la chaleur. » 
(P. 10-11.) 

M. de Saint-Venant a étudié les formes diverses de ces vases, leur décora- 
tion, leur chronologie et leur distribution géographique. Il incline à croire que 
le type pégau paraît, en Languedoc, dès la fin de l'époque impériale et constate 
qu'il se rencontre fréquemment depuis le v-^ jusqu'au xv siècle. La carte dressée 
par M. de Saint- Vena'it accuse un centre de fabrication actif aux environs de 
Montauban, d'autres dans la vallée du Rhône et sur la haute Loire; la Loire- 
Inférieure, le Morbihan, la Manche, le Calvados et toute la région du nord-est 
(sauf la Seine-Inférieure et l'Aisne) n'ont pas fourni de pégaus — du moins en 
réponse aux nombreux appels adressés par l'auteur aux conservateurs des col- 
lections locales, évidemment, la statistique est encore incomplète; il n'en pa- 
raît pas moins avéré, dès à présent, que le péiyau est un vase méridional, « Les 
choses sembleraient un peu s'être passées comme si c'était aux Wisigoths que 
remonterait l'invention ou tout au moins Timporlation de ce modèle si tranché.» 
(P. 24.) 

Cette dissertation est excellente ; il est fort à désirer que la curiosité et la 
méthode de M. de Saint-Venant trouvent des imitateurs. 

Salomon Reinach, 

Erich Haenei.. Spatgotik und Renaissance. Ein Beilrag zttr GeschiclUe der 
deutschen Arcliiteklur, vormlonlkli un 15. Jahrkunderl. Gr. iu-8 avec 60 frra- 
vurc?. Stuttgart, Netf, 1899. 

Le gothique allemand du xv" et du xvi" siècle passe généralement pour un 
art confus et stérile, où la manie de la décoration a fait méconnaître les néces- 



ïlï HEVIE ARCHÉOLOGIQUE 

sites construclives, où la fatigue d'un style épuisé se fait tristement sentir, pré- 
sageant le facile succès des influences italiennes. M. Haenel, dont l'érudition 
est vaste et exacte, mais qui n'y sacrifie pas les idées générales, n'accepte pas 
sans réserves l'opinion reçue. A ses yeux, le gothique finissant {Sptigotik) n'a 
fait que développer les conséquence-s du gothique classique ; mais, par son sen- 
timent de la construction dan.'i l'espace, il a préparé la Renaissance, dont il por- 
tait déjà en lui certains orincipes vivifiants. C'est dans le mode de couronne- 
ment des édifices, où il tend à faire prévaloir l'horizontalité, qu'il s'est le plus 
approché du style nouveau. L'élargissement, qui devait finir par rendre l'ogive 
inutile, a été inspiré par le même désir de réaliser un équilibre rationnel entre 
les proportions. Les modifications extérieures reflètent ces tendances» sorte de 
retour inconscient à l'esprit classique. M. Ilaenel éerii énergiquement : « Le 
système de construction gothique, qui, à l'époque de sa pleine floraison, ne com- 
portait qup des os et des nerfs, cherche enfin à se pourvoir d'une chair et d'une 
peau. » Ainsi s'explique également ladécadence d'un style décoratif créé pour des 
édifices d'une conception différente et conservé trop longtemps à l'état de sur- 
vivance. En un mot, la tradition gréco-romaine reprenait lentement ses droits 
en Allemagne et l'invasion de l'art cisalpin ne fit que précipiter une révolution 
commencée. A priori, il est vraisemltlable que M. Haenel a raison. Toutes les 
fois que l'historien admet des secousses brusques, le triomphe d'importations 
dont rien n'a préparé Pavènement, il y a fort à parier qu'il se trompe. Ars 7ion 
facil sultus. 

S. R. 



ÀP.NOLn IIeep.e.n. De Chorographia a Valerio Flacco adhibita. r,œttingue, 
Dieterich, 1899, 

Dans un récent article de la Reviie de Philologie (1899, p. 37), M. Harmand 
a tenté d'établir que l'érudition géographique de Valerins Flaccus dérive en 
grande partie de Pomponius Mêla ; le poète aurait aussi tiré parti de Strabon. 
Indépendamment de M. Hartnand, M. Heeren s'est occupé de la même question 
avec beaucoup plus de détail et s'est arrêté à une conclusion toute dilTérenle. 
Valerius Flaccus aurait eu sous les yeux un seul manuel de gt'^ographie, com- 
pilation bien faite, généralement exacte, composée postérieurement à l'an 49 
après J.-C. Cette compilation, restée inconnue de Pline, aurait, en revanche, 
exercé une influence sensible sur les Geographi minores latins et sur l'Ano- 
nyme de Ravenne. Parmi les sources de son rédacteur, on reconnaît Hérodote, 
Salluste [Situa Ponli] et Agrippa, mais il n'a rien tiré de Pomponius Mêla. En 
réunissant les faits géographiques mentionnés par Valerius Flaccus, et dont 
un assez grand nombre ne se trouvent pas ailleurs, M. Heeren a cru reconsti- 
tuer une Chorographia qui viendrait se joindre, fort à [)ropos, aux manuels 
géographiques que nous possédons. 

Je ne suis nullement convaincu que Valerius ail puisé ses informations à une 
source unique. M. Heeren a lui-même allégué un bon argument contre sa thèse. 
Valerius appelle Exomatae les 'laÇaixocTat ; donc, il a consulté un ouvrage latin. 



lîiiu.TDC.itApnir. 475 

Mais, flnns lo mot Ambeniis, il nrlmet que l'e est bref, prouve qu'il a vu ce mol 
écrit en pn-n. "A|j.o:vo;. A ninins donc, que la prétendue source unique ne fût 
iiiliiii^iip, il faut conclure qu'il s'est rcnsei^'né cliczilcnx aiiliMirs. l'uurquoi pas 
chez trois ou quatre"? 

Aux p. 66 et 67, ce qui est dit des Coralli est insut'li-ant. M. Hcerei! n'a [)as 
connu ce que j'ai écrit à ce sujet ap . Bertrand et iiiMiiacli, Les Celte<;, p. 19(5, 
et dans la Revue celtique, 1899, p. 127. 

Saloinon Hkinacii, 



Ad. iîr.ANCiiKT et Fr. nK Vri.LKNOisv. Guide pratique de l'Antiquaire. I'ari!5, 
Leroux, 1899, in-1-2, 2(i-S paj-es. 

Les archéologues de cabinet ont depuis lon^qtcmps ;'i l'^ur disposition un cer- 
tain nombre de manuels où ils peuvent puiser les éléments des sciences qui 
leur sont chères, épigraphie, numismatique, paléographie ou autres semblables; 
on a écrit pour les voyageurs et les explorateurs des Conseils destinés à les 
guider dans les recherches sur le terrain. Il manquait un livre pour l'antiquaire, 
pour celui qui, ayant découvert, tient à tirer le meilleur parti matériel possible 
de sa trouvaille, à en assurer la conservation. Que de fois, par exemple, nous 
aurions été heureux, en Afrique, de savoir quel procédé employer pour décras- 
ser des monnaies ou un de ces menus objets de métal que les fouilles mettent 
à jour ou que les Arabes apportent journellement ! De telles receltes étaient 
jusqu'ici le secret des spécialistes, des conservateurs ou des employés de .Mu- 
sée. Grâce au livre de MM. Blanchet et de Villenoisy chacun aura dorénavant 
sous la main l'ensemble des pratiques nécessaires pour faire face aux mille dif- 
ficultés techniques du métier d'antiquaire. On y verra dans la première partie 
(rédigée par M. B.) comment il faut s'y prendre pour emballer les objets après 
leur découverte, [)Our débarrasser les dillérents raélaux des corps étrangers et 
des oxydations qui les recouvrent, pour décrasser le marbre et la pierre, pour 
nettoyer la terre cuite, le stuc, le verre, le parchemin ; dans la deuxième par- 
lie (qui est l'œuvre de M. de V.) on apprendra à re[)ro(luire par le moulage 
(plâtre, cire, mastic, gélatine ou autre), par l'estampage, le clichage, la pho- 
tographie ; on y trouvera même lu recelte si appréciée des dessinateurs pour 
faire disparaître les images photographiques sur épreuves après en avoir fixé 
les contours à l'encre de Chine. On voit quelle est l'utilité de ce livre tout à 
fait nouveau chez nous. Qu'il soit complet, les auteurs eux-mêmes en seraient 
étonnés : ils ont dit ce qu'ils croyaient le filus utile à enseigner et surtout ce 
que leur expérience personnelle ou leurs lectures leur avaient appris. Je suis [)er- 
suadé, bien f|ue n'étant pas du métier, qu il serait facile d'augmenter beaucoup 
ce manuel. En fait de receltes archéologiques ou autres on peut toujours ajou- 
ter du nouveau. J'ai noté cependant quelques omissions que je ne m'explique 
pas. En voici deux. Pour les dessins on peut fort bien employer, au lieu d'épreu- 
ves sur ferro-prussiale, des épreuves sur papier ordinaire brillant ou mat ; et il 
est aisé, fort aisé, dans ce cas comme dans l'autre, de faire disparaître l'image 
après en avoir fixé les contours à l'encre de Chine. Dans quelle solution faut-il 



476 REVUE ARr.nfioT.or.inrE 

tremper l'épreuve? Les auteurs ne le disent pas. Autre hicune, celle-ci heau- 
coup plus i^'rave. 1! n'est pas dit un mo dans ce guide du traitement des mo- 
saïques. Or, on en trouve tous les jours ('n l'Vance et en Afrique; c'est la joie 
des propriétaires et des archéologues. Mais um' mosaïque découverte est géné- 
ralement une mosaïque perdue; on la balaie, on la gratte, on la lave à grande 
eau pour la mieux admirer et faire admirer à ses amis. Je ne comprends pas 
que M.M. Blancliel et de Villenoisy n'aient pas indiqué aux antiquaires le moyen 
de protéger les mosaïques, de les conserver et au besoin de les enlever. Je les 
laisse sur le remords que celte omission ne peut maruiuer de leur inspirer et 
qu'ils répareront quelriue jour, je l'espère. Le plus tôt sera le mieux. 

R. Gagnât. 



Paii, GiRoi) et Éi.iK Ma?sknat. Les stations de l'âge du renne dans les vallées 
de la Vézère et de la Gorréze. I. Lnur/etie-Basse. lu-i-, avec 110 phmcli's. 
l'aris, J.-li. Baillière, l'JUO. 

M. Massénat (de Brives) est un vétéran de rarchéologie préhistorique, à 
l'œuvre depuis plus de trente-cinq ans ; sa collection d'antiquilés, recueillies 
surtout dans la grotte de Laugerie-Basse, est une des plus complètes que l'on 
ail encore formées de l'époque du renne. Pendant trop longtemps, elle l'ut plus 
célèbre que connue. M. le D' Paul Girod, après avoir collaboré pendant une 
douzaine d'années avec M. Massénat, a obtenu d'installer sa collection (deve- 
nue leur collection) dans le laboratoire de Clermont où il poursuit d'autres re- 
cherches s^entifiques; il a prêté tout son concours à l'explorateur de Laugerie 
et le beau livre que nous annonçons est le fruit de leur coopération amicale. 
Depuis la publication des Reliquiae aquitdnicae de Lartet, qui sont plutôt un 
magasin de matériaux qu'une monographie, le présent volume est le premier 
qu'on ait consacré aux stations de la vallée de la Vézère; il est, d'ailleurs, et 
restera sans doute jusqu'à l'apparition du grand ouvrage annoncé de M. li.Pielte, 
le répertoire le plus riche de faits et de gravures auquel on puisse recourir pour 
l'étude de cette époque lointaine. Les dessins, exécutés en lithographie par 
M. Girod lui-même, sont de la plus scrupuleuse exactitude, ce dont j'ai pu 
m'assurer en comparant quelques-uns d'entre eux à des moulages; le texte, 
dégagé de toute préoccupation de système, fournit tous les éclaircissements que 
réclament les gravures. L'ensemble l'ait honneur aux auteurs et, par l'enrichis- 
sement notable qu'il apporte à la science des antiquités de la Gaule avant les 
Gaulois, il s'impose à noire reconnaissance. 

Parmi les dessins, nous signalerons particulièrement aux archéologues celui 
du double phallus (pi. I, 3), de la double protomé de vache (pi. IV, i), de la 
Chasse au taureau sauvage {p\. XI, 2). Outre les gravures et sculptures en 
os et en bois de renne, dont la réunion olfre le plus grand intérêt, M. Girod a 
reproduit des outils en silex très variés, des harpons, des coquilles et des cail- 
loux percés, des godets, des bâtons en T, des spatules, des coins, des marteaux, 
des poignards, etc. Tout le mobilier de l'âge des cavernes, tel qu'il se présente 



r.lBLIOC.UAl'HlK 477 

dans une localité unique cl particulicreraenl lavorisée, se trouve ainsi soumis à 
nos réflexions. Le texte nous en suggère quelques-unes dont nous allons l'aire 
part à nos lecteurs. 

D'abord, à la p. 21, nous rencontrons une assertion très imprévue, mais qui, 
formulée par un savant comme M. Girod, mérite de recevoir la publicité lu plus 
étendue. « Le talus sur lequel s'élève le village l^do Laugerie-Bassej csi iuul en- 
tier f uriné par la couche (irchéolo(ji.(jue. 11 semble que si, [)arl;ujt du niveau de 
la Vézère, on poussait directement une tranchée à ciel ouvert, intéressant toute 
l'épaisseur du talus Jusqu'au point de contact avec le mur incliné de la falaise, 
on mettrait à nu l'ensemble de toutes les époques qui s(! sont succédé depuis 
l'apparition de l'homme dans la région. C'est un travail à exécuter f|ui seul per- 
mettra de dire le dernier mol sur la préhistoire de celte région unique... A l'en- 
trée même du village... nous avons fait pratiquer un puits descendant jusqu'au 
niveau de la Vézère. En ce point, nous avonc parcouru un espace de 7"',75 et 
nous avons recueilli les preuves irréfutables de la superposition des industries 
humaines successives. Laissant à la surface les couches à poterie du fer, du 
bronze et de la pierre polie, nous avons traversé le magdalénien, recueillant les 
instruments en os si caraclérisli(jues; nous avons franchi une couche solu- 
tréenne avec silex et grattoirs el nous sommes venus nous buter sur des sables 
et galets avec silex moustériens. » 

Si MM. Girod et Massénat n'ont pas été victimes d'une illusion, la stratigraphie 
(|u'ils signalent est d'un intérêt tel qu'aucun sacrifice ne serait trop lourd pour 
en assurer rexploration complète. Pourquoi ne font-ils pas appel aux grandes 
ressources de V Association française pour Vavancemcnt des sciences'^ Elles se- 
raient sans doute aussi bien employées sur le terrain qu'à l'impression des 
comptes-rendus de la nouvelle « section d'archéologie ». 

P. 31, 32, 33, M. Girod affirme avec force et sans la moindre réserve : 1» que 
les habitants des cavernes n'ont connu ni le chien, ni aucun animal domestique; 
2" qu'ils ont ignoré l'agriculture; 3o qu'ils n'ont tenté aucun essai pour utiliser 
l'argile. Ces assertions sont bonnes à retenir en présence des opinions contraires 
qui tendent à se faire jour depuis quelques années; il est vrai que ce qui est 
vrai au Périgord ne l'a pas été nécessairement, à la même époque, en Belgique 
et dans les Pyrénées. 

P. 59 : « Dans chaque abri, les grosses pierres détachées de la paroi for- 
maient des tables autour desquels se groupaient les travailleurs. C'est, en effet, 
le plus souvent au pied des roches que l'on a chance de découvrir des pièces 
travaillées. J.,'ouvrier installait sur sa table improvisée les éclats choisis parmi 
les plus beaux, puis il se mettait à l'ouvrage ; les pièces réussies étaient mises 
en réserve; celles qui venaient mal étaient jetées à terre où nous les retrou- 
vons. » Cela est nouveau. 

P. 79-80, M. Girod admet que les habitants des cavernes pratiquaient le 
tatouage et croit en reconnaître des traces sur la pièce phallique de la pi. 1, 
« On ramasse de nombreux fragments d'oxyde de fer qui portent des stries 
de grattage; la poudre rouge ainsi obtenue était triturée dans des godets qui 
ont conservé à la surface cette couleur caractéristique. L'introduction sous lu 



478 REVUE ARCHÉOLOGIOUE 

peau de substances colorantes devait se faire à l'aide de fins silex servant d'ai- 
guilles à tatouage. » Il faut donc, semble-t-il, dans la nunienclature des instru- 
ments en silex magdalt^iiieiis, faire une place à ceux que ces sauvages employaient 
pour se tatouer. 

P. 80. Les biUons en T seraient (d'après une analogie laponne déjà invoquée) 
des bàlons de tambour servant aux cérémonies magiques. — J'ai souvent, pour 
ma part, insisté sur le caractère religieux des « bâtons de commandemmil » et 
je crois très légitime, à l'encontre de Mortillet, d'attribuer aux bommes des 
cavernes une religiosité iléjà développée. Peut-être les figures d'animaux, si 
fréquentes dans leur art, témoignent-elles d'une sorte de totémisme. 

P. 87. La succession chronologique établie par M. Piette — sculptures en 
ronde bosse, sculptures en bas-relief, dessin à contours découpés, dessin au trait 
— ne se vérifie pas à Laugerio-Basse. M. Piette a d'ailleurs, tout le premier, 
mis en garde les savants contre la tentation de généraliser les conclusions lo- 
cales auxquelles il s'est arrêté. 

P. 96. ]\L Girod reconnaît une tête d'âne sur l'os gravé de la pi. XIV, fig. 3. 
La présence d'ossements d'àne n'a jamais été constatée dans nos cavernes et 
la détermination adoptée n'est pas certaine. 

P. 98. Dans la gravure de la Chasse à l'aurochs, l'homme doit être considéré 
comme debout, et non couché sur le ventre ; c'est la forme de l'os qui a imposé 
à l'artiste le dessin de l'homme en longueur, la hauteur dont il disposait ne 
suffisant pas. Cela est très vraisemblable. 

M. Girod promet de publier prochainement la description illustri'e des autres 
stalions magdaléniennes fouillées par I\I. Massénatet par lui dans les vallées de 
la Vézère et de la Corrèze. Nous sommes certain que les monographies annonciies 
seront excellentes, si elles ressemblent à la première; souhaitons seulement 
que la correction typographique y soit l'objet de plus grands soins. 

Salomon Rei.nach. 



Haxs Macowskv. Jacopo del Sellaio, dans \cJahr/juc/t der kœnif/lic/ien jircussischen 
Kunslsaininlunijen, t. XX, fuse. 3 et 1. Tirage à pari, Ueiliu, 1890. 

Dans celte inlère-sanie inonograf)lii(', M. Macowsky s'est elforcé de recons- 
tituer la personnalité d un peintre tlorenlin presque inconnu, quoique très fé- 
cond, que tous les historiens de l'art, depuis Vasari (i]ui lui consacre une seule 
ligne), se sont accordés à ignorer : Jacopo del Sellaio, élève de Fra Filippo 
Lippi. Non seulement l'auteur nous a renseignés sur Jacopo dans la mesure où 
cela est possible, mais il a dressé le catalogue des œuvres qu'il faut désormais 
lui attribuer. Je regrette de devoir dire, dès l'abord, qu'il s'est acquitté de 
celte partie de sa tâche avec plus de diligence que de scrupule. Venu l'au- 
tomne dernier à Florence, il a reçu de moi une copie de la liste des œuvres que 
nous attribuions, M. Berensou et mui, à Jacopo del Sellaio ; j'ai extrait 
cette liste de nos carnets de voyages, qui représentent des années de patientes 
recherches. Cette liste comprenait notamment la ^alivilc de Palerme, qu'il a 
reproduite, les trois tableaux de Munich, le Saint Jcrôinc et l'A lorulion des 



BIBL10(JKAPH1E 479 

îTiagcs (l'AUenburg, les trois peintures conservées «n Anf,'lelerre que M. INIa- 
covvslvy u si-^iialées. 11 y en avait d'autres encore tloiiL il n'a pas parlé, parce 
qu'il n'a voulu mentionner que les œuvres qu'il avait vues lui-même, ou <lont il 
avait vu des reproductions, ou qui avaient déjà été décrites <Ians des ouvra,i,'es 
imprimés. Lors de la même visite, M. Berenson fournil à M. Macowskv des ren- 
seignements précieux sur d'imporlanls ouvrages de Sellaio dissimules'dans des 
édifices peu visités de Florence. Je suis bien obligée de dire tout cela, puisque 
M. Miicowsky a oublié de le faire, donnant ainsi un bien fàclieux exemple aux 
critiques d'art, qui devraient, ne fùl-ce que pur courtoisie, rendre à chacun de 
leurs confrères ce qui lui revient. La spécialité de ceux de ces critiques qui 
s'occupent d'attributions prête à des jugements rouvent aussi précipites que 
sévères : on dit couramment que leur science est toute conjecturale, subjective, 
qu'ils ne font qu'exprimer avec assurance des opinions personnell.-s, etc. Si cela 
est vrai, ou s'il y a là queliiue vérité, c'est le moins que Ton laisse à ces « opi- 
nions personnelles » le cachet de 
ceux qui les ont exprimées d'abord. 
Mais si le public se montre si mé- 
fiant à l'égard des connaisseurs, ce 
préjugé tient aussi à ce qu'il n'est 
pas mis à même de constater, aussi 
souvent du moins qu'il le faudrait, 
combien les opinions des connais- 
seurs se rencontrent ; et cela, parce 
que bon nombre de ces derniers 
affectent de découvrir toutes les 
attributions qu'ils mettent en avant, 
ne se donnant pas la peine, ou 
évitant par un motif moins excu- 
sable, de mentionner leurs prédé- 
cesseurs. Il en résulte que la mé- 
thode qui nous est commune souffre 
d'un discrédit immérité, alors qu'il 
faudrait seulement s'en prendre à 
l'indiscrétion (pour choisir un terme 
atténué) de quelques adeptes de 
cette méthode. 

Je dois dire que M. Macowsky, 
lorsqu'il vint me voir, avait déjà 
rédigé une liste d'œuvres attri- 
buées par lui à Jacopo, plus courte 
que la mienne, mais qui compre- 
nait de nombreuses peintures qui y figuraient aussi. Or, nous n'avions 
jamais eu de relations : il faut donc que la méthode Moreilienne, qui inspire nos 
travaux, ne soit pas, comme on l'insinue parfois, incertaine et arbitraire, puis- 
qu'elle conduit des chercheurs isolés à des conclusions identi(iues. C'est même 




Vierge et Enfaut, par Jacopo del Scllaiu 
(appartenant à M. Tiraudi). 



480 RKVli: ARCHÉOLOGIQUE 

à cause du plaisir quo me causa cette constatation que je me montrai très li- 
bérale envers M. Macowsky ; quoi que je puisse aujourd'hui [)enser de Fon pro- 
cédé, je ne regrette pas le mien, je rends hommage à sa clairvoyance et Je con- 
sidère comme très vraisemblable l'attribution qu'il fait à Jacopo de certains ta- 
bleaux que je n'ai pas vus, à Bonn, à Brandebourg, àBreslau, à Coeilingue, à 
Hanovre, à Munster et à Allenburg(où il signale, en la donnant à Jacopo, une 
Madone avec Tobie et Jrun qui a dû in'échapper). 

Comme il me sera, désormais, un peu difficile de fournir des notes à M. Ma- 
cowsky, je veux profiter de l'occasion pour énumérer celles des peintures 
de Sellaio qu'il n'a pas vues ou qu'il n'a pas reconnues. La plus impor- 
tante de toutes est une Nativité de la Galerie Nationale de Londres, placée 
très haut à la droite de la porte par où l'on entre dans la grande salle toscane. 
Elle n'a pas de numéro, étant seulement prêtée par M. Salting. Ce tableau pré- 
sente tous les caractères de Sellaio, tant dans les types que dans le paysage et 
la couleur. Dans le même Musée, n" 916, la Vénus couchée auprès d'Amours, 
attribuée à Botticelli, est une œuvre importante de Sellaio, avec les plis, le 
paysage et le coloris caractéristiques, A Florence, la collection Panciatichi con- 
tient quatre œuvres du même maître, toutes sous d'autres noms. Le n° 86, Ma- 
done adorant l'Enfant, est un des meilleurs tableaux de Jacobo. La Madone 
offre le type verrocbiesque qu'il lui a souvent donné; l'Enfant est couché sur 
un délicieux champ de fleurs. Cette peinture porte le nom de Fra Diamante. 
Par la couleur et les draperies, elle se rapproche d'un tondo, reproduisant le 
même sujet, que le marchand Salvadori de Florence exposait il y a quelques 
années. Le n" 110 est un tondo en mauvais état et d'une qualité inférieure, re- 
présentant la iMadone qui lient sur un parapet l'enfant Jésus adoré par le petit 
S. Jean. Dans cet ouvrage, l'influence de Cosimo Rosselli est sensible; il est 
resté sans attribution. Le no 112 représente un épisode d'un combat entre Flo- 
rentins et Siénois ; il se rapproche des panneaux de Berlin avec l'histoire de 
Jules César et des Triomphes d'Ansano, tableaux que M. Macowsky a cités. 
On l'attribuait jusqu'à présenta Filippo Lippi. Enfin, le no 111 est un S. Jérôme 
très semblable à celui que M. Macowsky signale au Louvre. A celle occasion, 
je veux émettre, sous réserves, l'hypothèse que la Vénus du Louvre, attribuée à 
Botticelli [n" 1299), serait une œuvre de Sellaio; on y trouve le paysage et les 
plis qui caractérisent ses t.ibleaux. 

A Florence encore, dans les magasins des Uffizi, M. Macowsky a négligé une 
Annoncialion, imitation assez fidèle, par Sellaio, de ['Annonciation de Fra Fi- 
lippo Lippi, appartenant à M. Ludwig Mond à Rome. D'autre part, M. Macowsky 
attribue à Sellaio le n» 45 de la galerie de S. Maria Nuova. Viprge glorieuse ex- 
posée sous le nom de Cosimo Hosselli ; je crois qu'elle est, en effet, de ce dernier. 

A Milan, une Madone avx un ange de la collection Poldi-Pezzoli (Sala del 
Caminetlo n° 5) semble être de Sellaio dans sa phase la plus verrocbiesque. Le 
marchand Grandi exhibait il y a peu de temps, dans cette ville, ce qui doit 
peut-être passer pour le chef-d'œuvre de Sellaio, une Madone de grandeur 
presque naturelle, agenouilliJe devant l'Enfant au milieu d'un paysage romanti- 
que (reproduite à la page précédente). 



BIBLIOGRAPHIE 48! 

En Angleterre, lord Crawford possède, outre le cassone de Brutus et Porcia, 
mentionné par M. Macowsky, un S. Jérôme, un S. Jean- Baptiste et une Sainte 
Marie l'Égyptienne. La galerie de Glirisl Clnircli, à Oxford, a une Madone ado- 
rant VRnfant (n" 1) ; M. T. W. Jackson, dans la même ville, est possesseur 
d'une .»/a/iyntfat'eo S.Jean t'«/"«n<. M. Charles Weld Blundell, à Ince Blundell 
Hall (Lancashire), montre dans sa collection une Madone adorant l'Enfant, d'une 
carnation dorée, d'une couleur gaie, avec les draperies fripées, le paysage à mon- 
ticules coniques baignés dans la brume qui caractérisent si nettement notre ar- 
tiste. En Ecosse, le marquis de Lotliian, à New Battle, est propriétaire d'une 
Mise au tombeau, attribuée à Castagno, mais peinte dans la manière la plus « bot- 
licellesque » de Sellaio. 

Enfin, dans la galerie Liechtenstein à Vienne, on voit un tondo important re- 
présentant la Madone avec six anges tenant des lys. Le sentiment et la compo- 
sition sont très voisins de Botticelli, mais l'œuvre est bien de Sellaio. Le comte 
Lanckoronski, de la même ville, possède un Orphée, dans un paysage éminem- 
ment caractéristique, jouant de la lyre au milieu d'une amusante troupe de 
bêtes qui s'empressent autour de lui. 

Il existe sans doute bien d'autres peintures de ce peintre prolifique et poly- 
morphe, qui fut toute sa vie un imitateur. Étant donné le grand intérêt qui 
s'attache aux artistes même secondaires du xve siècle florentin, il est fort à dé- 
rer que d'autres connaisseurs révisent et augmentent le catalogue de M. Ma- 
cowsky, complété quelque peu déjà par les indications qui précèdent. 

Florence, novembre 1899. 

Mary Logan. 



Joseph FuEHRER. Forschungen zur Sicilia sotterranea. Munich, 1897, 192 p. iu 4" 
avec 14 planches (Extr. des Mém. de l'Acad. de Bavière). 

La « Sicile souterraine » n'est pas encore assez connue pour qu'on puisse 
en faire l'objet d'un ouvrage de synthèse; mais celui qui, un jour, à défaut de 
M. Fiihrer lui-même, entreprendra cet ouvrage nécessaire, trouvera dans celui 
que nous annonçons le plus exact et le plus consciencieux des guides. Il serait 
difficile de citer un travail plus honnêtement minutieux, plus imprégné du 
véritable esprit scientifique, que cette monographie dédiée au jeune et déjà cé- 
lèbre explorateur de la Sicile préromaine, M. Paolo Orsi, et qui est le résultat 
de deux campagnes d'explorations entreprises par l'auteur en 1892 et 1894-5, 
la dernière aux dépens de sa santé. Il y est question des trois grands groupes 
de catacombes syracusaines, celle de San-Giovanni, la nécropole de la vigne 
Cassia et le cimetière de Santa-Maria di Gesù (cf. Orsi, Notizie degli scavi, 
1895, p. 216). La date de ces catacombes est fixée avec assez d'exactitude par 
les inscriptions, presque toutes grecques; les plus anciennes parties remontent 
aux environs de 350, les plus récentes sont postérieures d'un siècle; mais elles 
restèrent, en usage, sans cependant qu'on creusât de galeries nouvelles, pen- 
dant deux siècles encore. Dévastées par les Arabes en 878, elles ont été 

m» SÉRIE, T. XXXV. 31 



482 REVUE ARCHÉOLOGIQUE 

complètement délaissées depuis lors et l'exploration scientifique n'en a com- 
mencé que de nos jours (1872). 

M. Fiihrer nous apprend qu'il a encore étudié, photographié, mesuré un 
grand nombre de nécropoles chrétiennes de la Sicile, qu'il possède à leur ?ujet 
une masse de documents inédits et qu'il voudrait bien pouvoir les mettre en 
œuvre dans un travail d'ensemble. Souhaitons que l'Académie de Bavière, qui 
a déjà fait imprimer et illustrer avec luxe le mémoire que nous annonçons, ne 
refuse pas à M, Fiihrer le concours ultérieur dont il s'est montré digne. Cet 
homme, à la fois érudit et énergique, représente, dans les éludes deux fois dé- 
couronnées d'archéologie chrétienne — De Ro;-i et Le Blant étant morts — 
une force qui doit être entretenue et secondée. 

Énumérons ici quelques-unes des planches les plus importantes, abstrac- 
tion faite des grands plans des catacombes et des vues perspectives : pi. X, 
Bon Pasteur, fresque de la nécropole Cassia; XII, grand sarcophage orné 
de nombreuses figures, «le la nécropole de San-Giovanni (admirablement re- 
produit et rendant plus sensible, par comparaison, l'imperfection des planches 
des beaux recueils de Le Blant); XIV, riche série de lampes (à trop petite 
échelle; des dessins comme ceux du recueil du R. P. Delattre auraient été 
préférables à des phototypies). 

S. R. 

John L. .Myres et Max Ohnefalsch-Richter. A catalogue of the Cyprus Muséum, 
with a chronicle of excavations undertaken since the British occupation aud 
introductory notes on cypriote archaeology. Oxford, Clareodou Fress, 1899, 
224 p. iu-8, avec 8 pi. couteoaut plusieurs ceutaiues de sujets. 

Voici un très bon livre et qui vient très à propos, non seulement pour nous 
faire connaître avec détail le contenu du riche Musée de Nicosie, mais pour 
fixer l'état de notre savoir sur une province singulièrement riche — et aussi sin- 
gulièrement confuse— de l'archéologie. Outre l'historique du Musée et des fouilles, 
on y trouve la description sommaire de plus de 6.000 objets, un grand nombre 
de dessins à petite échelle représentant des vases archaïques (époque du 
bronze, époque gréco-phénicienne), des bijoux et des scarabées, enfin de très 
utiles renseignements sur les collections d'antiquités chypriotes qui figurent 
dans d'autres Musées et suggèrent des comparaisons incessantes avec les 
séries réunies dans l'île même. 

Héritier du gouvernement turc, le gouvernement anglais a maintenu la Loi 
des antiquités de 1874, qui lui assurait un tiers des trouvailles; malheureuse- 
ment, on ne s'est occupé ni de faire respecter la loi, ni de faire respecter les 
antiquités qui s'accumulaient à Nicosie et ailleurs par suite de fouilles régu- 
lières. Il est triste de lire ceci dans la préface du catalogue : The British go- 
vernment of Cyprus has hitherto spent nothing in maintaining, or even in 
properly storing the collections for which it is respojisible. La France a agi 
autrement en Tunisie et a quelque droit d'en être Hère. Il y a vraiment trop 
d'occasions où la riche Angleterre ne sait pas s'imposer de petits sacrifices au 
profit des causes les plus dignes d'intérêt. 



itrnLirtcHAi'iiiK 483 

J'indique les divisions du volume: 1" (:iiruni(|ue des fouilles depuis l'occupa- 
tion anglaise, avec références hibliographiiiues très détaillées sur chaque empla- 
cement; 2° Introduction générale, traitant des ùges de la pierre et du bronze à 
Chypre, des Phéniciens, des Grecs, des caractères distinctifs de l'art chypriote, 
le tout fort clair et bien informé; 3o Les objets de l'âge du bronze; 4o Ceux 
de l'époque gréco-phénicienne; 5» Ceux de l'époque hellénique; G» Catalogue 
général des objets classés par matières : albâtre, verre, terre cuite, bronzes, 
bijoux; 1" Catalogue des collections provenant de sites méthodiquement explo- 
rés : Voni, Khytroi, Soloi, etc.; 8° Groupes de tombes (nécropoles de Marion, 
Paphos, etc.); 9° Index et références aux antiquités chypriotes conservées 
dans d'autres Musées. 

Signalons particulièrement, p. 180 et suiv., les rapports de M. Wallers sur 
les fouilles exécutées en 1895 pour le Brilish Muséum à Kurion, en 18'JG à 
Salamis, en 1897 à Maroni. Ces très intéressantes trouvailles, pour la plupart 
mycéniennes, n'étaient encore que très vaguement connues du public •. 

S. R. 

1. Sur les fouilles exécutées à Salamis, eu 1896, par le [Jrilirfli Muséum, 
M. Murray vient do publier un inéMioire d'uuc haute iniporlaiice, ahondainiuciit 
illustré: Excuvalion.s lu C'/prus (ISOfi). licad hcfore tlu: Hui/dl. InslUiili: oflirilisk 
Arcldtecls, 2Qlh S(jvcniljer WM). t^iUracl frumUa- .U)uv\\n\, f/iiid Sin-ics, vol. Vil, 
n» 2. On anuouce, sur le même sujet, iiu petit ia-l'olio avec photolypics, qui sera 
publié par les soins de M. iMurruy et aux frais du British Muséum. 



REVUE DES PUBLICATIONS EPIGRAPHIQUES 



RELATIVES A L'ANTIQUITÉ ROMAINE 



Septembre-Décembre 



10 PÉRIODIQUES 



American Journal of arciiaeo- 
LOGY, 1899. 

p. 202 et suiv. Hellems. Étude 
paléographique sur le C. I. L., 
VI, 27556. 

P. 229 et suiv. Inscriptions fu- 
néraires inédites de Rome. 

Anzeiger fur Schweizerische 
Altertumskunde, 1998. 

p. 96. Avenches. 

^06) B I V I S 

T R I V IS 
QVADRI 

V I S 

BOLETIN DE LA ReAL AcADEMIA DE 
LA HISTORIA, 1899. 



P. 


41 


5. 


Medellin 




Y7) 






I 


■ 


M 








X 


M • 


X 








F 


C 





J[ov}) 0{ptimo) M{aximo)... M{e- 
tellinenses)... f{aciundum) c{ura- 

verunt). 

P. 4 1 7 . Villafranca de les Barres. 
Inscription sur tuile en cursives. 
(Plus loin n° i4<»)* 

P. 5i8 et suiv. Marquis de Mon- 
salud. Inscriptions de Merida. 

P. 5.9. 

108) IVNONI . SAC 

CLAVDIVS • DaFiNVS 
A • L • V • S 

1. 3. a[nimo) l[ibens) v{olum) s{ol- 
vit). 

Bulletin archéologique du Co- 
mité DES TRAVAUX HISTORIQUES, 
1899. 

P. i3.3 et suiv, R. Gagnai. Ins- 
criptions de Tunisie. 

P. 133. Henchir-Sidi-Ahmed- 
el-Hacheni (7 kilom. au sud-est de 
Ksour). 



REVUE DES PUBLICATIONS ÉPIGRAPHKjUES 



485 



109) 



totiVSÇLYE DOMVS DIVINAE 
flaU P P PER INSTANTIAM MACRINJ sOSSiani 



P. i34. Même ruine. 

110) RNITATE 

ALENTINIANI VALENTIS ET GRATIANI 
PROC PETRONI CLAVDI VC EXCE/7eNTISSIMI PROC 
CITER^F TRIPORTICVM ET TABVLARIa aNTIQVISSIMA 
NPRESSAM P P ET DILIGENTI INSTaîlTIA SVA IVL 
OR R P AD OMNENt SPLENDOREM INS<i<VIT ET DEDICAVIT 



[Pro aeté\rnitate [unperl{l) do- 
minorum nostrorum Vjalentiniani 
Valentiset Gratiani [invictissimo- 
ruiuAuggg.] proc{onsulatu) Petro- 
ni{i) Claudi{i) v[iri) c{larissimi) 

exce[ll]entissimi proc{onsulis) 

[feH]citer triporticum et talmlarl[a 

a]ntiquissima [item co]npres- 

sara p{ecunia) p[ubUca) et dl- 
ligenti inst[a7i]tia sua Jul{ius) [... 
curat]or r{ei) p{ublkae) ad om- 
nem [s]plendorem ins[tit]uit et de- 
dicavit. 

Cf. sur Petronius Claudius Cod. 
Theod., XI, 36, 20 ; XII, 12, 6; 
XIII, 1, 8, etc. 

P. i46 etsuvv. Delattre. Inscrip- 
tions chrétiennes de Carthag-e. 

P. 161 et suiv. Gauckler. Ins- 



criptions d'Henchir-Bou-Arada. 
P. i63. Plus haut, n° 4-2. 
P. i()5. Henchir-Brirt, à 4 kilo- 
mètres de Henchir-Bou-Arada. 
111) cAELESTAE 

AVG • SACR 
CIVITAS5 



P. i72.Teboursouk (plus haut, 
n'î). 

P. 175 et suiv. Denis. Inscrip- 
tions d'Henchir-Hammam-Zoua- 
kra. 

P. 179 et suiv. Héron de Ville- 
fosse. Inscriptions de Lanibèse et 
des environs de Téhessa. 

P. 198 et suiv. Toussaint. Ins- 
criptions de Tunisie. 

P. 198. A Maktar. 




mmmmmmmm 

MACEDONIAE aVI 
SEXTI ALEXANDRI 



112) '^m. 

m 

GOFIANTIS PROC 
OB MEMORIAM T 

FRATRIS SVI INLATIS HSLMIL REIPVB 
@L SVAE MACTARITANAE EPVLATICIVM EX 
VSVRIS CVRIALIBVS DIE NATALI FRATRIS SVI 
aVOD ANNIS DARITVS SIT OB LIBERALITATE 



486 



REVIK ARCHEOLOGIQUE 



1. 3. inlads s{estertiui7i) quinqua- 
g'uUa mil{ibus nummum) respub{li- 



113) 



cae) col{oniae)suae; 1. 6. DARITVS 
est mal copié. 

P. 201. Ksar-