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Full text of "Revue belge de numismatique et de sigillographie"



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REVUE BELGE 



DE 



NUMISMATIQUE 



LES AOSPiœSDELâ SOCliTÈ ROÏALE DE IMlSMATiOUE. 



DIRECTEURS : MM. MAUS. V*-^ B. DE JONCHE ET CUMONT. 



1892. — QUARANTEHUiTlÊME ANNÉE 





BRUXELLES, 

J. GOEMAERE, IMPRIMEUR DU ROI, 
T^ue de la Lvnite, 2 1 . 

1892 




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REVUE BELGE DE NUMISMATIQUE. 



REVUE BELGE 



DE 



NUMISMATIQUE 



LES AUSPICES DE LA SOCIETE ROÏâLE DE NUMISMATIÛDE. 



DIRECTEURS : MM. MAUS, V*» B. DE JONCHE ET CUMONT. 

189S 

QUARANTE-HUITIÈME ANNÉE 




BRUXELLES, 

J. GOEMAERE, IMPRIMEUR DU ROL 
Tiue de la Limite, 2 1 . 

1892 



3 

t. H 




REVUE BELGE 

DE 

NUMISMATIQUE 

DE 

CLASSIFICATION DES MONNAIES DU COMTÉ, 
PUIS DUCHÉ DE GUELDRE 



TROISIEME ARTICLE. 



CHARLES LE TÉMÉRAIRE (1473-I477). 

Les dates gravées sur les monnaies d'argent 
de ce prince permettent de les classer sans hésita- 
tion d'après l'ordre chronologique exact. Il n'en 
est pas de même pour les monnaies d'or. 

Quoique nous ayons réuni une assez jolie série 
de florins Saint-André, nous n'avons pu découvrir 
aucun indice certain pour leur assigner une date 
précise. Ils peuvent néanmoins se rapporter à 
trois groupes, savoir : ceux sans astérisque à 
droite de la tête du saint, ceux avec deux asté- 
risques entre la tête et la croix, et ceux avec trois 
astérisques à droite de la tête, ce qui nous semble 
autoriser la supposition qu'ils ont été frappés à 
des époques différentes. Chaque groupe nous offre. 



en outre, quelques variétés qui prouvent qu'elles 
proviennent d'émissions différentes. Si les mon- 
naies d'argent avaient présenté des groupes sem- 
blables, nous aurions pu déduire de cette circons- 
tance que les florins Saint-André avaient été 
frappés pendant la même année que les monnaies 
d'argent appartenant au même groupe, mais elles 
ont indifféremment la marque monétaire, sans, 
avec deux ou avec trois astérisques, ce qui fait que 
ce point de comparaison nous échappe également. 

Nous n'avons pu trouver d'autres monnaies de 
de notre prince, que les pièces décrites par M. van 
der Chijs, ce qui s'explique aisément, car Charles 
ne régna que quatre ans et l'atelier monétaire qui 
était établi à Nimègue, ne fonctionna que du 
25 décembre 1474 au 3 février 1476. La monnaie 
fut fermée, à cause de la mort de Pierre Venboit, 
graveur de la monnaie gueldroise. 

Les lettres patentes, citées par M. Nijhoff (i), 
nous apprennent que Jaspar Heijlic Jordaanszoon 
accepta, le 3o avril 1476, la charge de maître-par- 
ticulier de la monnaie de Gueldre, à Arnhem. 

Ceci nous prouve que d'autres ateliers moné- 
taires ont également fonctionné, fait qui nous est 
confirmé par les marques monétaires que nous 
trouvons sur les monnaies : la croix pattée, le lis, la 
croix gueldroise et le lion rampant. Ces marques 



(1) Nijhoff, Gedenkwaardigheden uît de Geschiedenîs van Gelder- 
land, t. V, p. 72, no 84. 



peuvent, croyons-nous, être assignées : la croix 
pattée, à Nimègue; le lis, à Ruremonde; la croix 
gueldroise , à Arnhem, et le lion rampant, à 
Zutphen. 

Voici les différentes variétés que nous avons 
pu retrouver : 

Florins Saint-André [Premier groupe), 

N° 228. (PI. XI, n° 2.) I^TÎROIi — X DVK vi î- 
î BVRG a — î GSLRG:. 

* Florin Saint- André, gr. 3.281 . 

N° 229. (PI. XI, n« 3.) I^TTRO — li i DVX — 
BVRG * — GaisD J. 

* Même pièce, gr. 3.365. 

N"* 23o. (PI. XI, n° 4.) Un astérisque au-dessus 
de la branche supérieure de la croix. 
Rev. B — 2înGCrr VS — 4C * — 7ÏRDRe:2î — S. 

* Même pièce, gr. 3.363. 

Deuxième groupe, 

N° 23i. (PI. XI, n° 4.) En tout semblable à la 
pièce de la planche citée, seulement avec un 
astérisque au-dessus de la branche supérieure de 
la croix. 

* Même pièce, gr. 3.364. 

N° 232. [Ibid,) Même variété de droit que la 
pièce précédente. 

Rev, i — STînnnvs j — * — îïrdrgitîs — J. 

* Même pièce, gr. 3.455. 



Troisième groupe. 

N° 233. (PI. XI, n° 5.) V^TiRO — L î DVX — 
BVRG : — GahD t. 

* Même pièce, gr. 3.366. 

N° 234. {Ibid,) I^TTRO — L ? Dai — G î DVX — 

BRG ^ Ge:. 

* Même pièce, gr. 3.209. 

Nous avons, comme nous Tavons dit plus haut, 
donné ces florins à trois groupes distincts, car 
nous ne pouvons nous ranger à l'opinion des 
numismates qui ne veulent voir dans la différence 
des coins qu'une fantaisie du graveur. Que serait 
devenu le contrôle de la chambre des comptes, si 
les monnaies sans millésime avaient été dépour- 
vues de marques servant à indiquer, soit la date 
de leur émission, soit l'ordonnance en vertu de 
laquelle elles ont été frappées ? 

Si une preuve est nécessaire pour confirmer 
notre opinion, qu'on examine les dispositions 
principales de l'ordonnance du 12 octobre 1478. 
L'une d'elles dit que « les officiers du souverain 
« sont autorisés à faire des visites domiciliaires 
« chez ceux que l'on soupçonnerait être capables 
« de changer le coin de la monnaie (i) ». 

Quoique ce document émane de la fille de Charles 



(1) Essai sur Vhistoire monétaire des comtes de Flandres, par 
M, L. Deschamps de Pas. (Extrait de la Revue française, p. i23.) 



le Téméraire, il nous semble qu'on peut en 
conclure, sans trop se hasarder, que de sem- 
blables dispositions n'avaient rien de nouveau, 
et qu'elles avaient déjà été en vigueur sous le 
règne de son père. 



N°235. (PL XII, n° ii.) *f I^TC ROIjVS * DSI * 
GR7T t DVXi BVRGt Jt Geii <% *. 

Briquet, gr. 2,400. 
Cabinet royal de La Haye. 

N° 236. (Ibid.) Rev. M j BaneDid ^ rj^Ra- 
DimTTmi : rrve: : i : 5^ ; a * 5^ t 

Même pièce, gr, 2.950. 
Même cabinet. 

N'' 237, (Ibid,) Rev. >i< t BeinsDicc : i^oiRe:- 

Même pièce, gr. 2.867. 
Même cabinet. 

N° 238. Lion à mi-corps à gauche, à l'exergue 
cinq croisettes. 

4» I^TTROIi î DI : GR7T : DVK : BVRG î 
GGIL. 




Rev. Croix fleuronnée. 



10 

* î Baneoicc t Km x çnai^ t duo 

i k \ Si. 

* Demi-briquet, gr. i . 397, 

Le dessin de la croix étant tout à fait différent 
de celui des pièces figurées par M. van der Chijs, 
nous avons cru nécessaire de donner une repro- 
duction de cette pièce. 

N° 239. Même variété de coin que le numéro 
précédent, sauf qu'il y a trois annelets à l'exergue. 

<% I^TÎROIJ t Dl t GR7T X DVK t BVRG î 
Geili. 

Rev. G^ : BeineiDiGC : 'Km t maK î 

DUO IS^Ak î. 

* Même pièce, gr. 1.793. 

N° 240. (PI. XII, n° 7.) *i< I^TÎROLVS t DGll î 
GRK t DVX t BVRG X GaU î*. 

Rev. >i< SKhvvm X FKa X pphm X rrvv 

X DUa X Ii^A7 î. 

* Double briquet, gr. 3. 1 17. 

N° 241. {Ibid.) Même droit que celui de la pièce 
précédente. 

Rev. ^ QKuvvm X PTrcc X ppiim X nnvv 

X DUa X 1^7 *' 

Même pièce, gr. 2.824. 
Cabinet royal de La Haye. 

N- 242. (PI. XII, n° 8.) -i^ l^TTROIiVS î DSI 
î DVX : BVRG î ^ î caiiDRia î. 



Rev, ^ STTLVVm î F7TC X PPIiSP : ^VV 

Même pièce, gr. 2.5i5. 
Même cabinet. 

N° 243. {Ibid.) Même variété de droit que pour 
la pièce précédente. 
Rev. *h ^T^hVVÇn î FT^a î PPLm t ÏÏWVm 

Même pièce, gr. 2.644. 
Même cabinet. 

N'' 244. (PI. XII, n° g.) ^ l^TÎROIiVS î DSI 
t GR2Î î DVX : BVRG i GGlh î. 

* Même pièce, gr. 2.950. 

N° 245. {Ibid.) Il n'y a que cinq croisettes à 
l'exergue. 

>î^ t i^TTRoiiVs : Dm t GR2Î : DVK : 

BVRG î G(H:Ij î. 
i?^i;. Comme la pièce précédente. 

Même pièce, gr. 2.980. 

N° 246. (Ibid,) ^ : I^TTROLVS î Dm î GR7T 

î DV2C : BVRG î gg:ij. 

/?^z;. >i< sTTLvvm : PTTa î ppLm : mvvm 
: DRe î ikA7. 

* Même pièce, gr. 3.042. 

N" 247. (PI. XII, n" 10.) Pièce semblable à celle 



du dessin de la planche, sauf qu'au revers les asté- 
risques manquent après le millésime. 

Même pièce, gr. 2.883. 
Cabinet royal de La Haye. 

N° 248. (PI. XII, n° 12.) Variété avec cinq croi- 
settes à l'exergue. 

Rev, Au-dessus de chaque branche de la croix 
une fleur de lis. 

^ BemeDiGC x mK t maK t duo : 

* Demi-briquet, gr. i.8o5. 

N*^ 249. (Ibid,) § I^TÎROIi t DI î GR7Î .î 
DV2C î BVRG î 6e:ij. 

Rev. # Bsnaoïa î tîitî î meiTï : duo 
: UA7. 

Même pièce, gr. 1.600. 
Cabinet royal de La Haye. 

N° 25o. (PL XXIX, n° II.) Rev. ^ BSneDiGC 

: 2ÎI2Î : ma'Tî : ono : liiAy. 

* Même pièce, gr. 1.777. 

N° 25i. (PL XII, n° 8.) >h J^ÎÎROLVS : DOII : 
GR7Ï î DV2C : BVRG î Gau %. 

i: Di^e : Ii^A6. 

Double briquet, 2.920. • 

Cabinet royal de La Haye. 

N° 252. (PL XXIX, n° II.) ^ I^TîROIi î DI : 
GR2Î : DVK î "QMBG î G^Ii X\ 

* Demi-briquet, gr. 1.720. 



i3 

N° 253. [Ibid.) ^ I^TTROIi : DI : GR7Î : 
DV2C t BVRG : GSL :. 

Même pièce, gr. 1.763. 
Cabinet royal de La Haye. 

MARIE DE BOURGOGNE (l 477- 1 482). 

Les espèces mentionnées dans le compte de 
Bernaert Proyss, maître particulier de la mon- 
naie, compte publié par M. van der Chijs parmi 
les pièces justificatives, sous la lettre H, sont 
toutes connues, moins une. Le double briquet ou 
double patard a été publié en 1869 par M. Dumou- 
lin dans cette Revue, Le florin Saint-André seul 
n'a pas été retrouvé. 

M. Meyer a publié, en 1873, un florin Saint- 
André de notre duchesse, mais cette pièce est 
fausse. On doit donc en rejeter et le dessin et les 
légendes. Les pièces authentiques, dont il a été 
frappé, d'après le compte en question, 3,702 exem- 
plaires, peuvent différer beaucoup de la pièce dont 
nous parlons. 

Il nous semble peu probable que Marie ait fait 
frapper des monnaies noires. Le compte qui va 
du 22 mars 1480 au 12 novembre 1482 n'en fait 
aucune mention ; de plus, la durée du monnayage 
de cette princesse a été fort courte, la monnaie de 
Nimègue n'ayant été rouverte, comme on le sait, 
que le 22 mars 1480. 

Nous n'avons aussi que peu de variétés à ajouter 
aux monnaies publiées par M. van der Chijs. 



N°254. (PI. XII, n° I.) ^î* ^2îm2ï * DVaiSSTî 

* BGi z * Gahl cco; JV. 

Briquet, gr. 2.694. 
Cabinet royal de La Haye. 

N° 255. {Ibid.) ^ mTTRITÎ * DVaiSSTÎ * BG 

* Même pièce, gr. 2.723. 

N° 256. {Ibid.) ^ mTïRITÎ * DVGISSTÎ * BGj 

S * GaiiRie: * gco * 2V?. 

* Même pièce, gr. 2.520. 

N° 257. (PL XII, n° 3.) i^ maRia * DVGCISSfl 

* BG * Ge. 

Gros, gr. 1.728. 

Cabinet royal de La Haye. 

Voir aussi i^^yw^ belge 1869 et 1873. 

RÉGENCE DE CATHERINE DE GUELDRE 
(1477-I479). 

On sait que, lors de la mort de Charles le Témé- 
raire, la plus grande partie de la Gueldre s'empressa 
de nier les droits de Marie de Bourgogne à la suc- 
cession au gouvernement et envoya des ambas- 
sadeurs à Adolphe pour lui rendre hommage, dès 
qu'il eut reconquis sa liberté. 

En attendant qu'Adolphe revint dans ses États, 
la régence fut conférée à Catherine de Gueldre, sa 
sœur. Cette princesse, après quelques hésitations, 



i5 

vint se fixer à Grave, lorvsque les quatre villes 
principales, les bannerets et la noblesse eurent 
reconnu Adolphe et ses enfants, duc héréditaire 
et princes de la Gueldre. Cette reconnaissance 
eut lieu dans la diète tenue à Nimègue, le 
17 avril 1477 (i). 

Peu de temps après (22 juillet 1477), Adolphe 
fut tué au siège de Tournai et son fils Charles 
lui succéda. Ce dernier étant encore mineur, le 
gouvernement resta entre les mains de sa tante 
Catherine qui fut forcée, à cause des discordes 
qui divisaient la Gueldre, d'accepter d'abord 
l'assistance de Frédéric, duc de Brunswick, puis, 
après son départ, celle de Henri de Schwarzbourg, 
évêque de Munster. 

Quoique Marie de Bourgogne, loin de recon- 
naître la résolution prise à Nimègue ainsi que la 
régence de Catherine, ne cessa de guerroyer 
qu'après avoir soumis de nouveau toute la 
Gueldre, nous devons quelques monnaies à cette 
époque. Elles ont été décrites par M. van der Chijs 
et figurées sur sa planche XIV. 

Plus heureux que cet auteur, grâce à l'extrême 
obligeance de M. le baron J. J. S. Sloet, nous 
sommes en mesure de publier une ordonnance 
de cette époque, conçue dans ces termes : 

« Ordinancy op die Munte bynnen Nymegen gemaickt 

(1) NiJHOFF, Gedenkwaardigheden, etc., t. V, p. 74» n» 90. 



i6 

« bij tijden dess Reglementz mijnre gnedige liever 
« jonffr, Katryne dochter tôt Gelre etc, , dairop dat 
« meyster Derick van Brakell die munte terttjt 
« aen naemen ende hent tôt desen daghe to bewardt 
« ende bedient heeft, dat Bernt Heyden nu van 
« wegen mijns gnedigen heren Busschop tôt 
« Munster aengenamen ende belaefft heefft nader 
« selver ordinancy toe bedienen ende toe vueren 
« nae inhalt sijnre brieve oen daerop verleent. 

« Item die gulden pennynck die meyster Derik 
« vurs, tôt desen daghe to gemunt heefft ende 
« Bernt die nye muntmeyster vurs. nu opt nyhe 
« voirtaen munten sali sali halden vijffthien craet 
« ende negen greyn fijns goltz ende sali gelden 
« XXV stuver off die werde dair voir. 

« It. deser pennynck vurs. sali gaen eynent- 
« seventich op die troeyessche marcke. 

« It. remedium inder alloyen den Muntmey- 
« ster gegont drie kleyn greyn in remedium in den 
« gewycht off opt snyt eynen halven der selver 
« pennyngen ail bereyt. 

« It, den dobbelen silveren pennynck sali gel- 
« den die werde van twen wit pennyngen as die 
« Busscop van Utrecht in sijnre munten ter tijt tôt 
« Wijck dede slaen, ende die sali halden, seven 
« pennynck konynckz silvers ind der sali gaen 
« tachtentich op die troeysche marcke. 

« It. tremedium m der alloey twe kleyn greyn, 
« ende tremedium inder gewycht off opten snyt 



« eynen halven derselver pennynck ail bereyt. 

« It. die eynboldigen pennynck sali halden 
« vier pennynck konynckz silvers, ende der sali 
« gaen op die troeysche marcke ail bereyt ses- 
« sendet negentich. 

« It. tremedium inder alloeyen twe kleyn greyn 
« ind opt snyt eynen der selver pennynck. 

« It. die hère sali hebben ther sleeschat van 
« elcke marcke fijns goltz twe gulden ad twyntig 
« stuver, ende van elcke marcke konijnxsilvers 
« ssess wytpennynck. 

« It. die werdeynen als der twe wezen sullen 
« elck hebben wijfftich Rijnss gulden dat twe deyll 
« der heer ende dat derdedeyll die muntmeyster 
« betalen sali, ende sali dess heren deyl ander 
« sleeschat korten mogen . 

« It. die Assayere salljaerlix hebben wijfftich 
« Rijnss gulden voir syn loen, dat der heer halffe 
« ende die muntmeyster dander helfft betalen sali, 
« dat die muntmeyster tosamen betalen ende die 
« heer syn aendeyll ander sleeschat weder to 
« korten. » 

Uit het Primus Liber der XIV Boe- 
ken, fol. 120 v», berustende in het 
Rijksarchief te Arnhem, afdeel. 
Rekenkamer. 

Nous croyons devoir placer ici un autre docu- 
ment, également sans date, que nous devons 
encore à la bonté de M. Sloet et qu'il pense devoir 
appartenir, à cause de l'écriture, à la seconde 
moitié du xv^ siècle. 

Année 1892. 2 



« Wij doin kont ind bekennen mijt desen onsen 
brieff, dat wij omb sunderlingen trouwen ende 
geloven der wij ons versien tôt M. onsen 
dienre, denselven tôt onsen werdeijn in onss 
munten, die wij nu hebben, doin ordenieren, 
gesat ende ordeniert hebben ind mijt desen 
onsen brieff setten ende ordenieren ind hebben 
hem bevalen ende bevelen dat selve ampt trou- 
welicken tôt onsen meysten nut ende orber 
waell te sullen waeren ende van aile gelde, 
twere golt off silver, dat in denselven onss 
munten gemaickt ende geslagen sali werden,dat 
hij dat yrst opteeckenen wegen ende besien sali 
eer hij dat to laten ende werdieren sali, off id 
to recht op sijn gewicht ende bynnen den reme- 
dium, wij onsen muntmeyster gegont hebben, 
zij. Ind dat hij oick ijrst gichtinge van onsen 
geswaren assayerer nemen ende ontvangen sali 
dattet gemunte gelt van golde ende siveren, allet 
nader ordinancie wij myt onsen muntmeyster 
averkomen Syn, oprecht van gehalt zij. 
« Ind indien onse muntmeyster der ordinancie 
nageet ind bewaert, as hij myt ons averkomen 
is, geven wij onsen werdeijn vurg. volkomen 
macht tallen tijden to sullen mogen doin. Be- 
vonde hij oick dattet gemunte gelt nyet oprecht 
van gewicht noch gehalt en were, dat als dan to 
wraken ende den muntmeyster weder heyten 
doin vermaken ind daerinne des muntmeysters 
schade nyet aen to syen ind dit allet to doin so 



19 

« ducke ende mennichwerff hij sulx bevonde. Ind 
« voirt in aile saken der munte aentreffende to 
« doin sich to hebben ende to halden as eyn guet 
« getrouw werdeyn geboirt ende schuldich is to 
« doin, dairop hij ons sijnen eydt van trouwen 
« gedaen hefft. Ind op dat hij dit to vorderen myt 
« trouwen macht moge hebben to doin, suUen wij 
« oen jaerlix voir sijnen arbeyt ende loen doin 
« geven vijfftich r. guldens, daeraff wij oen die 
« twedeyll ende onse muntmeyster dat derdendeyll 
« dragen suUen, welke twedeyll onse muntmeester 
« hem van onsen wegen betalen ende geven sali 
« ind ons dat aen onss sleyschat korten. Ailes 
« sonder argelist. » 

Uit het Primus Liber, foi, io5 v°. 

M. van der Chijs, en décrivant les monnaies 
des dynastes et des villes de la Gueldre, a reconnu 
lui-même que les pièces i, 4 et 8 des monnaies 
attribuées à la minorité de Charles d'Egmont ont 
été frappées par les villes de Zutphen et d'Arnhem 
et qu'elles doivent par conséquent être enlevées à 
la période qui nous occupe. 

La numismatique de cette époque perd quelques 
pièces par cette suppression, mais cette perte est 
réparée par l'adjonction d'autres monnaies retrou- 
vées plus tard. C'est d'abord le florin d'or, van 
der Chijs, pi. XV, n°5, que feu M. Meijer, le savant 
directeur du cabinet royal de La Haye, dans son 
rapport de 1864 sur ce cabinet, a prouvé devoir 
être le florin de Catherine (jonkvrouw-Katryne- 



20 

gulden), mentionné dans l'ordonnance de 1488 de 
la ville de Deventer. Viennent ensuite : le double 
gros ou double sou, décrit par M. Dumoulin dans 
la Revue belge de 1872, pi. I, n°3, et attribué à tort 
à Charles le Téméraire — ce prince étant décédé 
le 5 janvier 1477 — , et la petite monnaie de billon 
décrite ci-dessous . Le florin d'or de Frédéric de 
Brunswick, protecteur du pays (Vuerstender), 
publié par M. Chalon, Revue belge, 1864, pi. XXIV, 
n° 6, appartient encore à la régence de Catherine, 
car, quoique la légende ne dise pas qu'il soit 
frappé pour notre duché, les armoiries et le type 
indiquent assez clairement que nous sommes en 
présence d'une monnaie gueldroise. 

N° 258. (PI. XIV, n° 2.) L'écusson placé dans 
un cercle intérieur. 

^ i^TîRou : DV2^ : Qais î ivL î zao î 

* Sol, gr. 2.420. 

N° 269. (Ibid.) Même droit que celui de la pièce 
précédente. 

Rev. T^nnO î — • • • î ÎI2 — î GCGCGCGC î — 
Ii2C2CI2C î. 

Même pièce, gr. 1.869. 
Cabinet royal de La Haye. 

N°26o. (PI. XIV, n° 3.) Même variété que le 
n°258. 
Rev, Les lions plus grands. 

* Même pièce, gr. 2.420. 



21 

N° 261. (Ibid.) Même variété sans les astérisques 
avant I^TîROIi. 

Rev. Tznno ^ — Dm ^ m — aaaa ^ — 

* Même pièce, gr. 2.109. 

N« 262. {Ibid.) Rev. 2ÎRR0 i' — DRI f ST? — ^ 
GCGCGCa g|) — liXXK f . 

Même pièce, gr. 2.667. 
Cabinet royal de La Haye. 

N° 263. (/6z^.) L'écusson dans un cercle inté- 
rieur. 

^ i^TTROL t Dv^ : Gaii : ivl : zao : 
i?^î;. 2ïRno ^j — Dm % m ■— ecaaa * — 

* Même pièce, .gr. 2.384. 

N° 264. Lion à queue fourchue. 

=0°? MORenn ^ nov * Gau\ 

Rev. Croix coupant la légende. 

%% in — * RO — MI — Dm. 

* Billon, gr. 0.397. 




MAXIMILIEN ET PHILIPPE LE BEAU (1482-I492). 

L'histoire nous apprend que les agitations, qui 
semblaient calmées, éclatèrent avec une nouvelle 



22 



fureur à la mort de Marie de Bourgogne. Nous en 
trouvons la preuve dans les monnaies de cette 
époque, qui nous donnent un aperçu exact des 
changements qui eurent lieu dans les différents 
états qui venaient d'être soumis au pouvoir de 
Maximilien, en sa qualité de tuteur de Philippe. 
Quoique beaucoup de ces pièces soient sans date, 
on peut les rapporter à quatre périodes bien 
distinctes. 

Nous avons d'abord les monnaies sur lesquelles 
Maximilien ne fait mention ni de son propre nom 
ni de celui de Philippe. Elles sont encore frappées 
d'après l'ordonnance donnée, le 21 septembre 1480, 
à Bernaert Proys, maître particulier de la monnaie 
de Gueldre, et les types en sont bien conformes à 
ceux des pièces forgées sous le règne de Marie 
de Bourgogne et que nous trouvons mentionnées 
dans le compte de Proys, traitant des monnaies 
frappées à Arnhem, à Nimègue et à Zalt-Bommel, 
du 5 janvier 1482 au 25 février 1484, compte cité 
par M. van der Chijs, p. gS. Nous ne trouvons 
aucun indice sur les monnaies à ce type permet- 
tant de croire qu'elles proviennent de" l'atelier 
de Malines. Cette circonstance nous fait présumer 
que, quoique l'ordonnance de i3 avril 1485 
stipulât que toutes les monnaies, tant de Brabant 
que de Gueldre et de Hollande, seraient frappées 
à Malines, on n'y a pas monnayé pour la Gueldre 
pendant cette période de 1482 à i486. 

Al a deuxième période, de 1487 à 1488, appar- 



23 

tiennent les monnaies sur lesquelles Maximilien 
prend le titre de roi des Romains ainsi que celles 
sur lesquelles il est nommé, dans les légendes, en 
même temps que Philippe. Nous croyons que ces 
pièces ont été frappées à Zalt-Bommel où la mon- 
naie doit avoir été établie, comme nous l'avons 
indiqué dans cette revue, année 1874, p. 282. Nous 
avons négligé alors d'attirer l'attention sur la 
lettre B qui se trouve au centre de la croix du 
demi-noble ou schuytken {Revue belge, 1861, pi. XV, 
n° 5). Cette lettre peut être hardiment considérée 
comme la marque monétaire de cet atelier, parce 
qu'on la retrouve également sur les monnaies de 
la même année que nous classons à la troisième 
période de ce règne (1488 à 1489) et qui sont le 
double sol et le sol, van der Chijs, pi. XIV, n°Vi 
et 2. Ces deux pièces sont bien les Bommelaars 
et les demi-Bommelaars qu'on trouve cités dans 
les évaluations (i), et leur nom nous donne la 
preuve certaine qu'elles ont été frappées à Bom- 
mel, où la monnaie devait, par conséquent, se 
trouver. La comparaison de ces pièces avec les 
mêmes espèces de Franeker (2), que le magis- 
trat de la ville d'Utrecht déclara être d'une bien 
moindre valeur que les Bommelaars (van der 
Chijs, /. c.), nous fournit une nouvelle preuve 

(i) P -O. VAN DER Chus, De munten der bisschoppen van de Heer- 
lijkheid en de stad Utrecht, pp. 36 1 etsuiv. 

(2) P.-O. VAN DER Chus, De miinten van Friesland, Groningen en 
Drenthe, pi. VI, n» 7. 



24 

de leur identité avec les monnaies en question. 

L'existence de l'atelier monétaire de Bommel 
nous est, en outre, encore démontrée par les 
monnaies municipales de cette ville, attribuées 
d'abord par M. van der Chijs, pi. XIII, n°^ i5 
et i6, au règne de Maximilien et Philippe, mais 
restituées ensuite par lui à la ville de Bommel, 
les types en étant parfaitement conformes à ceux 
des autres monnaies émises à cette époque. 

La quatrième période (1489 à 1492), nous donne 
les monnaies sur lesquelles le nom de Philippe 
paraît seul et qui toutes ont été probablement 
frappées à Malin es. M. van der Chijs attribue, à 
tort, ces pièces à la majorité de Philippe, puisque 
ce prince ne fut déclaré majeur qu'en 1494. De 
plus, les monnaies qui portent une date sont 
toutes de l'an 1492, et doivent être classées à la 
minorité de Philippe, ce qui s'accorde parfaite- 
ment avec les faits qui s'étaient passés cette année 
en Gueldre, car Charles d'Egmont, enfin sorti de 
prison, venait d'être proclamé duc. 

En résumé, nous avons pour la i'"^ période : 

Van der Chijs, pi. XII, n°^ i et 2, pi. XIII, n°^ 3, 
4, 5, 6 et 14, et pi. XXX, n° 8. 

2^ période : Revue belge, 1874, pi. X, n° 5. 

Van der Chijs, pi. XII, n°7, pi. XIII, 

n°' 8, 9, 10, II, 12 et i3. 
Van der Chijs, pi. XXIX, n° 10 et la 

dernière monnaie. 
Revue belge, 1861, pi. XV, n° 5. 



25 

5^ période : Van der Chijs, pi. XIV, n°' i et 2. 
^^ période : Van der Chijs, pi. XIV, n°' 3, 4, 5, 
6 et 7 ; pi. XV, n°^ 8— 11; 
Revue belge, 1874, pi. X, n° 27. 

Avant de passer à la description des variétés de 
ces monnaies, nous allons donner une évaluation 
de l'an 1482, que M. van der Chijs n'a pas connue 
et que nous devons à l'obligeance de M. Sloet. 

« Die valuacy van den gelde anno lxxxii°. 

« It., die burgonsche andr. gulden xxx st. 

« It., die Wilhelmusschilt ... xxx st. 

« It., eynen leuwe xliij st. 

« It., burgon ryd. en den onger- 

.« schen duykaet op xxxviij st. 

« It., den saluyt op xxxvij st. 

« It., eynen Hericus nobell . . . lxxiiij st. 

« It. , den duykaet en j nobell . . xxxvij st. 
« It., eynen ingelschen edwartz 

« nobell . Lxxxiiij st. 

« It. , den ingel mytten rosen . . lvj st. 
« It., eyn alden kroen myt ij 

« lylien xxxiij st. 

« It. , eyn kroen mitten sonnen . . xxx v st. 

« It., den peter en gelr ryder . . xxxiiij st. 

« It., die Utrichsche davitzgl . . xxvj st. 

« It., die davitzgl mytten herpen . xxiij st. 

« It., die phs klynckart .... xx st. 



26 

« It., eynen inckelen r. gl. . . . xxix st. 

« It., die vlemsche nobell .... lxx st. 

« It. , den beyartz gl xviij st. 

« It., eyn arnoldus arnemsche gl. xiiij st. 

« It., aile post. gl XV st. 

« It., dengulick gl. . . . . . xxix st. 

« It., eynen Johan. schilt. . . . xxix st. 

« It., die savoyschekroen . . . xxxiij st. 
« It., die brytaensche ryder ende 

« realen ......... xxxiiij st. 

« — die dobbell stuver mytter 

« leuwen iij st. 

Uit het Primus Liber, fol. 164 v",- 
berustende in het Rijksarchief te 
Arnhem; afd. Rekenkamer. 

Première période (1482 à i486). 

N" 265. (PI. XII, n° 2.) ^ moneiniTî * TÎRa- 
Rev, ^ nvm' * TîRGe'rrevs * oaua * m * 

* Double briquet, gr. 2.898. 

N° 266. Il n'y a que quatre étincelles dans le 
champ. 

^ mone:nn7^ * tîrœi^idvgcv; Tîvf bgj 

GGIIJR'. 

Rev. ^ nvm^^ 7îRGenne:vs * Gaiie: * m * 
roïg:^ 3epr. 

Même pièce, gr. 3. 008. 
Cabinet royal de La Haye. 



-7 

N° 267. Il n'y a que trois étincelles dans le 
champ et le lion qui est assis à gauche lève la 
patte gauche. 

Rev, Comme sur le n° 265. 

• Même pièce, gr. 3.034. 

N° 268. Rev. ^ uvmi TîRGsnnGivs * Gau » 
m * noia * kpv. 

Même pièce, gr. 3.073. 
Cabinet royal de La Haye. 

N" 269. (PI. XIII, n" 3.) + mon m TSRGCI^I- 

Dvai Tîvf bg; gsijr. 

Même pièce, gr. 3. 127. 

N° 270. {ibid.) ^ moui TîRar^iDVŒv; kv^ 
BGl Ge:he:\ 

Même pièce, gr. 2.812. 

N°27i. {Ibid.) ^ mon; TTRai^iDva; tîvq:* 

BGl Gah\ 

noie: * k. 

Même pièce, gr. 2.875. 

Toutes les trois au cabinet royal de La Haye. 

N° 272. (PI. XIII, n*'4.) *f Rvm; 7^R6e:T:^e:i 

* Même pièce, gr. 2.988. 



28 

N- 273. (PI. XIII, n° 5.) ^ monerTTT « 

'Kl^aiilDVaVl 2ÎVf BG; GSIiRI?. 

Briquet, gr. 2 535. 

Cabinet royal de La Haye. '^ 

N° 274. {Ibid.) Rev, ^ R Vm^ * TÎRGGi'rrGlVS * 

GQiiiS * m « Roie: * îcpï. 

* Même pièce, gr. 2.343. 

N° 275. {Ibid.) ^ monl T^RGCi^iDvav; tîv? 
BGi Ge:LR\ 

i?^t;. ^ nvm * 2îRGe'rra^ GaLSi m * 
noie:; îcpi?. 

* Même pièce, gr. 2.806. 

N° 276. (PL XIII, n° 6.) ^ mORi TTRflï^I- 

Dvav; 2îvg bg; Ge:^ 

Gros, gr. 1.825. 

Cabinet royal de La Haye. . 

N° 277. {Ibid.) ^ mOR * TÎRaniDVGCV * 2ÎV§ 
BG * GS. 

* Même pièce, gr. 1.606. 

N° 278. {Ibid.) ^ moni TTRGCniDVGCi TÎVS * 

BG * Ge:\ 

* Même pièce, gr. 2.374. 

N° 279. {Ibid.) ^ moni TTRGCi^iDva; * 7T ve: * 
bg; go:. 
7?^t;. 4* B^neiDiGC * 7TI7Î * rnsTî * Domm. 

* Même pièce, gr. i.83o. 

N° 280. {Ibid.) ^ mOUl TÎRGCI^IDVGC * 7iV% 
BGi GS. 

* Même pièce, gr. 1.971. 



29 

N° 281. {Ibid.) ^ moni TÎRŒI^IDVGCV TTVf 
BG * G. 

* Même pièce, gr. 1.734 

N° 282. (PL XXX, n« 8.) ^ SI20; TÎRGCî^I- 

* Demi-gros, gr. 0.983. 

N°283. [Ibid,) ^ mon * TTRGCï^IDVGCi TÎVQ: * 

bg; gg:. 

Même pièce, gr. o.SgS. 
Cabinet royal de La Haye. 

N" 284. {Ibid.) >ï< mo^ TTRar^rava * tîvq: * 
bg; G'. 

* Même pièce, gr. 0.842. 

N° 285. (PI. XIII, n° 14.) La légende commence 
en bas. 
*f mO » TTRa^DVGC; TÎV; BG^ GG:\ 

* Quart de gros, gr. 0.697. 
Cabinet royal de La Haye. 

N° 286. {Ibid.) ^ m<y • 7TRDVGC • T^VS^ • 

BG • Ge. 
Rev. ♦ m • Romme: • dr • 7Tme:p. 

* Même pièce, gr. 0.403. 

N" 287. [Ibid,) Hh mO * 7ÎRG * TTVSrrRI * 
BG^ (3&. 

Rev, ^ m ^ nomme: * Dommi. 

* Même pièce, gr. 0.848 

Deuxième période (1487 à 1488). 

N° 288. (PL XII, n° 7.) %^% GVsn^ODisrr * 



3o 

GRESFTOR * ONIV * HVMILE; SERW; SW; 
I^8A. 

* Réal d'argent, gr. 7. 102. 

N° 289. (PI. XIII, n° 8.) * S7ÏLVV § PTÎQ o 
DOMINE § POPVLV S mVVl I^8A. 

Double griffon, gr. 3.38o. 
Cabinet royal de La Haye. 

N° 290. (PL XIII, n° 9.) ^ SIMPIiEÎ^ * GROS- 
SVS * RO * RE * J ^ Pr^I * T^R * DVJ 7ÎV * G. 

i?^z;. DEVM * PLVS ^ 7TM7Î * ÛVTTM -^^ 
TTRGENmVM. 

* Demi-griffon, gr. 1.525. 

N° 291. (PL XIII, n° 12.) Semblable au numéro 
cité, sauf que le petit écusson est remplacé par une 
couronne. 

w çaT^KiMiumn Rom rg:2c. 

Rev. W am o PI^I o TTR^DVGCV, 7ÎV o BGJ 

Ge:?. 

Demi-gros, gr. 0.954. 
Cabinet royal de La Haye . 

N°292. {Ibid.) mT^KmihlTZnl ROo' RS^C. 
Rev. e:rr o Plin o 2ÎRJ DVo' TÎVJ BGo' GG!'. 

* Même pièce, gr. o.85i. 

N° 293. {Ibid.) W mTSiKmiUl'Kn * RO * Re:2c. 
Rev. W am * PI^I * 2ÎRDVGCV * 2ÎV * BG * 

Ge:. 

* Même pièce, gr. 0.709. 

N° 294. (Ibid,) Rev. am o PI^I o 2ÎR o DVGC o 
2TV o BG o GS. 

Même pièce, gr. 0.964. 



3i 
N° 295. (PI. XIII, n° i3.) W m'RKlMllimm 

* Quart de gros, gr. 0.781. 

N° 296. {Revtie belge, 1861, pi. XV, n° 5.) * MO; 
RO; r^EG^, Z + PbJi 2ÎRDVG; 2ÎVS; BG!^ 
BR^ Z + GEL^ 

* Demi-noble, dit Schuijtken, gr. 3.238. 

N° 298. (PI. XIII, n°8.) * JI20 § TTRGEnnETî o 
RO S REG o J c Pï^n c 2ÎR o DV^ 7ÎVJ Bo' G. 

i?^?;. * S7TL VV o F'KG o DOMINE o POPVIiV o 
rrVV o U88. 

* Double griffon, gr. 3.3i5. 

Troisième période (1488 à 1489). 
N° 299. (PI. XIV, n° I.) W mOUl DVGIS * 

gslrig: * e:rr * GConRinn * wrrj. 

* Double sol, gr. 2.682. 

N° 3oo. {Ibid.) W mon * DVGCIS * GSLRie: 
i^^?;. W Re:FORÎE25aiO » GVeiRRS * PT^K 

* eisrn * 88. 

* Même pièce, gr. 2.584. 
Cabinet royal de La Haye. 

N°3oi. {Ibid.) w MOR * DVGCIS * GSLRie: 

* Z * Gcominn; jvm'. 

Même pièce, gr. 2.266. 
Même cabinet. 

N° 3o2. (/6f^.) w M or; Dvais * GeiLRie: 

* ?» » aosRinn * jvnn?. 

* Même pièce, gr. 2.3i5. 



32 

N° 3o3. {Ibid,) W MOT? * DVGCIS * GSLRie: 

* esn[^ * 88. 

* Même pièce, gr. 2.5oo. 

N° 304. (PI. XIV, n° 2.) Les aigles et les lions 
placés dans les cantons opposés. 

Sol, gr. 2.445. 

Cabinet royal de La Haye. 

N° 3o5. [Ibid.) W mOR; DVGIS » GSIj 

aomirr; jvro;. 

Même pièce, gr. 2.733. 
Même cabinet. 

Quatrième période (1489 à 1492). 
N°3o6. (PL XIV, n° 3.) ^ Pî^^S + TTRGCI^IDVÎC 

t TîvsniRie: + bvrgvrdiq: -?- z + gqiijdrp. 

Rev, ^ STÎLVVm + P2ÎGC + POPVljVm -î- 

rrvvm -i- Domine: -^ 15^92. 

* Double briquet, gr. 2.700. 

N° 307, {Ibid.) ^ Pîf S + T^^aiilDVK + 7ÎVS- 
rTRie: ' BVRGVRDie: -: Z + GGIL. 
Rev. ^ S2ÎIiVV î PTÎG J POPVIiVm i^ rrVV 

Même pièce, gr. 2.865. 

N° 3o8. {Ibid.) i^ P^B ^ TÎRGCI^IDVGC -^ 7ÎVS- 

mRie: + bvrg + z -j- gslr. 
rrvvm + Dne: i%z: . 

* Même pièce, gr. 2.817. 



33 
N° 309. {Ibid.) Rev. ^ STÎIiVVm X P^GC % 

popvLvm X rrvv î DRe: x i^gz. 

* Même pièce, gr. 2.704. 

N° 3io. {Ibid,) ^ PIiS + TTRGCî^IDVÎC + TTVS- 

FTRie: + BVRG + z + Ge:L. 

Même revers que le numéro précédent. 

* Même pièce, gr. 2.753. 

N°3ii. [Ibid.) Même droit que la pièce précé- 
dente. 

Rev. ^ STÎIiVV î: P2ïa X POPVIiVm X ^vv 
t DRO: • li^gz • 

* Même pièce, gr. 2 .606. 

N° 3i2. (/ôi^.) *^ P)^'s X Tcr^dî^iovx + tîvs- 

rTRie: + BVRG + Zi GSL. 
Rev, ^ S'KhVVm X. F7ÎGC X POPVIiVm J 

rr vv î Dua X i^gz . 

* Même pièce, gr. 2.755. 

N°3i3. (Ibid.) ^ PI^S + TTRŒI^IDVX -^ TTVS- 

nnRïe: + bvrg + z + Gau. 

Rev. ^ STÏLi VV -^ PTîa -î- POPVLVm t fTVVm 

Même pièce, gr. 2.661. 

N° 314. (/ôi^.) Même droit que sur le numéro 
précédent. 
Rev. *^ STÎLVVm X ^'^^ î POPVLVffi J 

rrvvm + Due: + i^^gz. 

Même pièce, gr. 2.915. 

N° 3i5. {Ibid.) Même droit que sur les deux 
pièces précédentes. 

Année 1891. 3 



34 
Rev. ^ STÎIiVVm ^ PTÎG: + POPVIiVm -h 

Même pièce, gr. 2.392. 

N° 3i6. {Ibid.) ^ P)^S î SRGCI^IOVa X 2ÎVS- 

nnRie: :|: bvr + z t gg:ij. 

Même pièce, gr. 2.775. 

Ces quatre pièces se trouvent au cabinet royal de La Haye . 

nnRie: + bvrg + z + Ge:. 

* Même pièce, gr. 2.822. 

N° 3i8. (PL XIV, n° 4.) Rev, ^ BQinSDia ^ 

i^eiReiDïnnTîrm t nnve: i: ttr i: i%z: . 

Briquet, gr. 2.379. 

N° 319. {Ibid.) Rev. ^ BaoeDicc î i^eiRei- 
DinnT^rri î nnve: + tîh î i^gz . 

Même pièce, gr. 2.65o, 

N°32o. (/6i^.) 4» PI^S X TÎRai^IDVGC :|: 7ÎVS- 
fTRie t BVRG 4- Z -F GQiLR. 

i?^z;. ^ BsneiDia: t i^eiReiDroTîrm t rrve: 

Même pièce, gr. 2.027. 

N<^32i. (/6f^.) ^ PPjS i 2ÎRGÎ1IDVG + 7TVS- 
fTRie: + BVRG + Z + GeiLR. 

Rev. ^ BsnaDiD -1- iieiRQiDi^Tînni -h rrve 

+ TÎRR -i- UgZ. 

Même pièce, gr. 2.227. 



35 
N° 322. (Ibid,) *f Pï^S : TTRGO^ÏDVa t 7ÎVS- 

rrRie: î bvrg + z f ceiLR. 

Rev. Au centre de la croix la lettre G. 

Même pièce, gr. 2.657. 

Ces quatre variétés au cabinet de La Haye. 

N<» 323. (Ibid.) *f PI^S i TTRGCI^IDVX t TÎVS- 

rTRie: : BVRG + z i Gaii. 

* Même pièce, gr. 2.241 . 

N° 324. (/6i^.) *^ Pï^S î TTRGCl^IDVa; î T^VS- 

nnRie: :;; bvrg -f z + gsl. 
Rev. ^ Bauaoïa t iianaDmi^m t n\va 

t 'KUO t Ugz. 

* Même pièce, gr. 2.740. 

N° 325. (Ibid.) ^ PI^S + TÏRCCl^IDVÎC + 2TVS- 

nnRie: + bvrg + z + Ge:L. 
i^^t;. ^ BansDia :r i^eiReiDinnTînni î rrve: 

* Même pièce, gr. 2.437. 

N° 326. (/6i^.) ^ Pï^S + 7TRaî2l5C)V2C + 2ÎVS- 
rURie: -i- BVRG + z + GSL. 

Même pièce, gr. 2.452. 

Collection de M. J. Geradts, à Posterholt. 

N°327. {Ibid,) Même droit que sur le numéro 
précédent. 

Rev. ^ BauaDia t i^aiRGiDinnTTnni : nnvG: 
: Ugz. 

* Même pièce, gr. 2.827. 



36 
N° 328. (PI. XIV, n° 5.) Rev, ^ BeiOGIDIGC î 

i^e:Re:Dirr2înni j rrve: t tîh : i%z. 

Même pièce, gr . 2 1 3 1 . 
Cabinet royal de La Haye. 

N°329. {Ibid,) W Pï^'S l: TÎRGI^IDVîv X 7ÎVS- 

nnRie: : BVRGVRDie: t z i eeiLR^ 

:!: i^gZ. 

* Même pièce, gr. 2.571. 

N° 33o. (PL XIV, n° 5.) w PI^'S î TTRGCî^IDVX 

t Kvso^Rie î BVRGVRDie: î z î goilI. 

Même revers que sur le numéro 328. 

Même pièce, gr. 2.744. 
Cabinet royal de La Haye. 

N° 33i. (PI. XIV, n° 6.) Rev. au centre de la 
croix, récusson de Malines. 

^ BsneDia 4- i^eRSDiîTTîm 4- t^rho 4- 

* Même pièce, gr. 2.470. 

N° 332. [Ihid,) M PI^S î TîRGï^IDV^e î 7ÎVS- 

rTRie: : BVRGVRDie: t z i csl^ 

2?^^;. au centre de la croix la lettre G. 

>ï< BsneDiGC :;: i^eReDirrTînni x ruve: x 

TÎDRO X DRO: : ï^^gZ. 

Même pièce, gr. 2.35 1. 
Cabinet royal de La Haye. 

N° 333. [Ibid.) Rev. ^ BQineDKI 4- I^eRSDI- 

Même pièce, gr. 2.290. 
Collection de M. J. Geradts. 



37 
N° 334. {Ibid.) Rev. *f BGineiDKI : I^eiReDI- 

Même pièce, gr. 2.52o. 

Même collection que le numéro précédent. 

N° 335. (PI. XIV, n°7.) ^ PÏ^S : 'Kl^aiilDVK 
t T^VSrr : BVRG 4- Z + Geii. 

* Demi-briquet, gr. i.2o3. 

N° 336. (PI. XV, n° 8.) ^ PI^S 4- TTRai^IDVX 
i TîVSnn H- BVRG 4- Z 4- Gaii. 

* Demi-sou, gr. 1.362. 

N° 337. {Ibid,) Variété avec cinq fleurs de lis au 
deuxième quartier. 
4^ PI^S 4- 'Kna^rilDVK 4- TÎVSFT 4- BVRG 4- 

z 4- Gaii. 

Même pièce, gr. 1.740. 

N° 338. (Ibid.) Variété avec quatre fleurs de lis 
au huitième quartier. 

Même pièce, gr. 1.906. 

Ces deux variétés au cabinet royal de La Haye. 

N° 339. (Ibid.) 4* PI^S 4- TTRai^IDVîC 4- TÎVSnH 
-h BVRG 4- Z 4- G. 

* Même pièce, gr. 1.732. 

N° 340. (Ibid,) Même variété du droit. 

Rev. Be:ne:Di — a ■^ ttitt + — çiiaT: + d 

Même pièce, gr. i.635. 



38 

N^ 341. (PI. XV, n° 9.) *f PI^S + TÎRaniDVÎC -f 
2ÎVSrr i BVRG 4- Z 4- GSIi. 

Même pièce, gr. 1 .407. 
Cabinet royal de La Haye. 

N° 342. {Ibid,) 4* PI^S + TÇRGî^IDVÎC + 7T VSnn 
+ BVRG + Z + GSL. 

i?^t;. Les lions et les fleurs de lis dans les can- 
tons opposés. 

ommo. 

* Même pièce, gr. i.538. 

N°343. [Ibid,) ^ PI^S -f TTRGCî^IDV^C + TÎVSrT 

+ BVRG -I- Z -h Ge:. 

2?^ï;. X BeinOiD — lŒ X 7TI7Î — X meTT X 

D — ommo. 

* Même pièce, gr. 1 .690. 

N° 344. (PI. XV, n° 10.) Rev. x IR x rO — Mino: 
— X DOM— mi X 2Î X. 

Quart de sou, gr. 0.910. 
Cabinet royal de La Haye. 

N° 345. {Ibid.) Rev. x ir x ro — MIRQ - x 
DOMI — m X TÎM. 

* Même pièce, gr. 0.882. 

N° 346. [Ibid.) i^ PI^S X T^RGCî^IDVX x 7ÎVS x 

BG X Z X Ge:. 

i?^z;. X m K KO — Mme: — x domi — ni 
X tt: X. 

* Même pièce, gr. «.702. 



39 

N° 347. {Ibid.) ^ PI^S + TTRŒï^IDVÎC + 7TV f 
BG + Z + GS. 

i^^z;. La croix est cantonnée de deux fleurs de 
lis et de deux annelets. 

X m X no — Mme — x domï -^ m x tî x. 

Même pièce, gr. o.gSo. 
Cabinet royal de La Haye. 

N° 348. {Ibid,) Même variété du droit. 
Rev. Même variété des cantons. 

m X Ro — Mme: x — domi — m x tt x. 

* Même pièce, gr. 0.982. 

N° 349. {Ibid,) ^ Pb,S + TÎRGCI^IDVÎC + 7ÎV + 
BG + Ga. 

7?^?;. La croix est cantonnée de deux fleurs de 
lis et de deux annelets. 

* Même pièce, gr. 0.888. 

N°35o. (/ôf^.) -^ PI^I X TÎRCCI^IDVîv x 7TV x 

BG X z X Ge:. 
Rev, X m X no — Mme: — x domi — ni 

X 2Î X. 

• Même pièce, gr. 1.000. 

N° 35i. {Ihid,) ^ PI^S + TTRCCI^IDVÎ^ -h 2ÎVS t 
BG h Z + G\ 

i^^z;. La croix est cantonnée de deux fleurs de 
lis et de deux annelets. 

• Même pièce, gr. 0.910. 



40 

N°352. (PI. XV, nMi.) m * DOT * GR2T * 
DV2C * GSLe:. 

i?^î;. >î< m * Domino * aoRPiDO. 

Billon noir, gr. i.3o5. 

Voir aussi pour les monnaies de ce règne, la 
Revue belge des années 1861 et 1874. 

(A continuer.) Th. M. Roest. 



POINTS DIVERS 

DE l'histoire Métallique des pays-bas, 



FIN DU DEUXIÈME ARTICLE (l). 



DESCEIPTION 

DES 

JETONS INTÉRESSANT LES PAYS-BAS 

DONT LES COINS SONT CONSEUVÉS A L'HOTEL DES MONNAIES, A PARIS 



Première partie de l'inventaire de 1830. Continuation et fin 
du règne de Louis XIV. 



Planches I, II et III. 

CXXVII [1617]. CALCVLI • TERRITORY • 
IPRENSIS. Les armes de la châtellenie d'Ypres, 
dans un écu en cartouche. A l'exergue : 1700. 

Alph. Vanden Peereboom, Numis- 
matique y proise , dans la Revue 
belge de numismatique, année 1876, 
p. 466 , et pi. G, fig. 1 et 2 . 

Les jetons à la frappe desquels ce coin a servi 
étaient à l'effigie de Louis XIV, légende LUDO- 

(1) Voir la Revue belge de numismatique, années 1887, p. 1; 1890, 
p. 353; 1891, p. 25. 

Année 1892. 4 



42 

VICUS • MAGNUS • REX. D'après les recherches 
du regretté M. A. Vanden Peereboom, l'effigie 
aurait présenté deux variétés, dont les coins sont 
signés, l'un comme l'autre, des initiales T et B, 
en monogramme, qui sont celles du graveur 
Thomas Bernard. 

CXXVIII [1609]. AD • REGIS • NUTUM • OTIA- 
PELLUNT. Une ruche et des abeilles avec leur 
roi, le tout dans un parterre. A l'exergue : 

MONNOYE • DE * LILLE. 

Ce coin, non daté, mais classé dans l'Inven- 
taire parmi ceux de 1700, s'accouplait à cet autre, 
qu'on ne trouverait plus : 

LABORIS • FRUCTUS • IMMUNITAS. Le roi 
de France, sur son trône. A ses pieds la Monnaie, 
sous la figure d'une femme qu'il semble engager 
du geste à se relever . A l'exergue , les let- 
tres A • A • A • F • F., empruntées à l'archéologie 
romaine (i). 

Ed. Van Hende , Numismatique 
lilloise, no 45 1 . 

CXXIX [1595]. LABOR • ALITIS • AVFERT. 
Le coq de France, perché sur un arbre, gardant la 
Toison d'or, symbole de l'Espagne, qu'il défend 
contre le léopard d'Angleterre et le lion des 
Provinces-Unies. A l'exergue, un fleuron. 

PI. I, fig. 22. 

(1) On sait qu'elles s'appliquaient aux viri moneiales, et qu'elles 
étaient l'abréviation àQ Auro, argento, œre, flando, feriundo. 



43 
[iSgô], [1597], [i5g8]. Même sujet. Sur Tun de 
ces trois derniers coins, l'exergue est entièrement 
vide. 

Dans l'Inventaire de i83o, les coins [iSgS] à 
[iSgS] sont classés parmi ceux de 1700. 

Par l'examen des jetons échappés aux ravages 
du temps, on voit que presque tous ceux qui nous 
restent, à la devise LABOR ALITIS AVFERT, 
sont, pour le côté opposé, à l'effigie de Louis XIV. 
Nous en possédons quatre exemplaires, dont trois 
en cuivre, tous quatre de frappe ancienne, bien 
certainement, et chacun d'eux, pour ce qui con- 
cerne la tête royale, est sorti d'un coin différent. 
Trois de ces coins sont à la légende LVDOVICVS 
MAGNVS REX; un d'eux n'est pas signé; un 
autre est de Roettiers (R.); le troisième est de 
Thomas Bernard (T. B.). Sur le quatrième exem- 
plaire, qui porte encore la signature R., de Roet- 
tiers (i), la tête royale est entourée de la légende 
LVDOVICVS • MAGNVS • REX • CHRISTIA- 
NISS. En outre, ce dernier exemplaire est en 
argent, ce qui semble témoigner d'une certaine 
vogue pour le type, quand il s'agit de jetons 
banaux comme au cas présent. On peut dire, en 
effet, d'une manière générale, que les jetons 
banaux en argent, du règne de Louis XIV, sont, 
relativement, beaucoup plus rares que les jetons 
de ce métal frappés durant le même règne, et 

(1) C'est celui dessiné sur nos planches. 



44 

d'année en année, pour les services administratifs, 
jetons dont la masse dépassait, en quantités consi- 
dérables, les besoins des personnes pour Tusage 
desquelles ils étaient plus particulièrement frap- 
pés, ce qui les faisait se répandre de tous côtés 
dans le public aisé, au préjudice de la vente des 
jetons banaux. 

D'après les indications de l'Inventaire de i83o, 
il se pourrait qu'on rencontrât des jetons sur 
lesquels l'un ou l'autre des coins [iSgS] à [iSgS], 
qui, à part quelques variétés d'ornements, sont 
tous semblables, pour ainsi dire, se trouverait 
associé au suivant : 

[1594]. PREMIER • CORPS • DES • MAR- 
CHANDS • DE • PARIS. Vaisseau flottant, toutes 
voiles déployées, et surmonté d'un œil. 

Nous ne pouvons pas, toutefois, nous dispenser 
de formuler quelque doute sur ce point. Van Loon, 
il est vrai, a publié (i) un jeton dont l'un des 
côtés est conforme à la description du coin [1594], 
mais l'autre côté est ainsi : 

LABOR ALITIS AVFERT. Le coq, comme 
on l'a vu plus haut, défendant la Toison d'or 
contre un léopard et un lion. A l'exergue : pai- 
GNON, 1700. 

Le coin qui a servi à frapper ce revers est le 
seul jusqu'ici, devons-nous dire, que nous voyions 
avec certitude, par le dessin qu'a donné Van Loon, 

(1) T. IV, p. 3i5. 



45 

avoir été apparié, sur un même jeton, avec le 
coin [i5g4] ; mais on ignore ce qu'il est devenu, 
et l'on n'en trouve pas de trace au Musée moné- 
taire. 

Nous ajouterons que c'est par erreur que Van 
Loon a pensé que le nom de « Paignon », placé à 
l'exergue avec la date 1700, était celui d'un 
prévôt des Marchands de Paris. Mais les Paignon, 
à cette époque, marquaient déjà dans le grand 
commerce de la draperie, où ils se sont depuis 
illustrés; et le « Premier corps des Marchands de 
Paris » était précisément le corps des marchands 
drapiers. Le pouvoir municipal l'avait autorisé, 
par lettres du 27 juin 1629, à porter pour armoi- 
ries « un navire d'argent à bannière de France, 
flottant, un œil en chef, lesdites armoiries en champ 
d'azur, » (i). 

Les jetons compris ici sous le n° CXXIX sont 
les premiers que nous rencontrons de ceux qui se 
rapportent aux événements de la Succession d'Es- 
pagne, Nous n'avons pas à recommencer, à propos 
de ces événements, une histoire qu'on trouvera 
dans l'œuvre de Van Loon, avec beaucoup plus 
de détails que nous ne pourrions en donner dans 
ce mémoire. Nous rappellerons, néanmoins, que 
la guerre qui devait bientôt en résulter, « la plus 
juste de toutes celles du règne de Louis XIV » (2), 

(1) Savval, Antiquités de la ville de Paris, t. III, aux Preuves, p. 19. 

(2) Le président Hénault 



46 

en a été en même temps la plus malheureuse. 

A défaut de mieux, durant cette ère de calamité, 
les jetons français, et surtout les jetons des services 
administratifs, manifestèrent bien souvent, dans 
leurs devises, des idées d'espoir qui n'étaient pas 
sans se traduire parfois en menaces, situation que 
nous verrons se prolonger, non sans mélange 
d'événements heureux, jusqu'à l'époque où les 
traités de 1713 et de 1714 rendirent enfin la paix 
à l'Europe. Cela nous conduira jusqu'à la fin du 
grand règne. 

Il nous reste à placer deux observations appli- 
cables aux descriptions que nous aurons encore 
à faire jusque-là : 

Nous ne répéterons pas à quel sujet telle ou telle 
devise fait allusion, quand cette allusion a trait, 
d'une manière générale, à l'état de guerre dans 
lequel on s'est trouvé, aux Pays-Bas, comme en 
permanence, de 1701 à 1713. 

En second lieu, et quant à ce qui concerne 
ceux de nos jetons qui ont paru avec l'effigie de 
Louis XIV, légende LUDOVICUS MAGNUS 
REX, il suffira bien, pour que l'on puisse se 
reconnaître en ce sujet, que nous les indiquions 
ici dans leur ensemble, au lieu de le faire succes- 
sivement, à mesure de la description de chaque 
numéro. Nous éviterons ainsi de fastidieuses 
répétitions. Les numéros dont il s'agit sont les 
suivants : CXXXII, CXXXVI, CXXXIX, CXL à 



47 
CXLIV, CXLVI à CXLVIII, CLIV, CLVI, CLX 
à GLXII. 

CXXX [1620]. GALLIS • HISPANIA • RE- 
GNUM. L'Espagne, personnifiée, présentant le 
sceptre et la couronne du royaume au duc d'An- 
jou, le futur Philippe V. A l'exergue, VAgnus Dei, 
dans un cercle oblong, accosté delà date 17 — 00 (i). 

Pour revers, le suivant : 

[1673]. HISPANIS • GALLIA • REGEM. La 
France, personnifiée, présentant Philippe V aux 
Espagnols. Même exergue qu'au n° [1620], sauf la 
date, qui est 17—01. 

Van Loon, t. IV, p. 325. - G. Picqué, 
Description du Cabinet de Coster, 
n" 629. 

CXXXI [i663] et [1664]. DISSOLVET • ET - 
ISTAM. Le soleil, au-dessus de nuages d'oii 
partent des éclats de foudre. A l'exergue : 1701. 

Revers du coin suivant : 

[i665]. COMITIA • BVRGVNDI.E. Armes du 
duché de Bourgogne. 

Rossignol, Les libertés de la Bour- 
gogne, etc., p. 196; FONTENAV, 

Manuel, p. 3oo. 

Ce fut en 1701 « que se forma la grande alliance 

(1) D'après l'Inventaire de i83o, r^j§-«M5 Z)ef représenterait ici les 
armes de Rouen. Nous devons faire remarquer qu'il y manquerait le 
chef de France. UAgnus Dei figure d'ailleurs parmi les meubles 
héraldiques de Vécu de plusieurs villes, et notamment de Toulouse. 



48 

contre la France (i) », au sujet de la succession 
d'Espagne. Le jeton des États de Bourgogne ne 
met pas en doute que la fortune de Louis XIV 
saura bien dissiper les nuages résultant de cette 
situation. 

CXXXII [1695]. CUSTODIT • ET • ARCET. 
La Toison d'or défendue par le dragon préposé à 
sa garde. A l'exergue : artillerie, 1702. 

A frapper avec cette effigie : 

LOUIS AUG. DE BOURBON DUC DU 
MAYNE G^ ME DE L'ART^^^^. Buste du duc du 
Maine, tourné adroite. 

PI. I, fig. 23. 

Ce jeton du service de l'Artillerie se frappait à 
l'effigie de Louis XIV, en même temps qu'à celle 
du duc du Maine. Nous en avons sous les yeux des 
exemplaires anciens, à l'une ou à l'autre effigie, 
indifféremment. 

Le même fait du remplacement de l'effigie du 
duc du Maine par celle de Louis XIV, sur une 
partie des jetons de l'Artillerie paraît s'être repro- 
duit annuellement jusqu'à la fin du règne. 

CXXXIII [1698]. URGET • lUVENTAS • 
ET • PATRIUS • VIGOR. Un lion fier dans sa 
marche. A l'exergue : 1702. 
Revers du coin suivant : 

[1699]. PHILIPPUS V • D • G • HISPAN • 

(1) Le président Hénault. 



49 
ET • IND • REX. Buste nu de Philippe V, tourné 
à droite. Au dessous, la signature, en initiales, 
H * R • F, du graveur Jérôme (Hieronymus) 
Roussel. 

[1700]. Même buste. 

Revue belge de numismatique, 1866, 
p. 97, et pi. IX, fig. 6 ; article de 
M. C. PiccLUÉ. 

CXXXIV [1703]. NOVO AUSPICE TUTA. Un 
héros, l'épée à la main, enlevant la Toison d'or, 
à l'exemple de Jason. A l'exergue : 1702. 

A frapper avec le même buste de Philippe V 
qu'à l'article précédent. 

Revue belge de numismatique, 1861 , 
p. i5o, et pi. XIII, no 8723 ; article 
de M. C. PicQuÉ, 

CXXXV [171 1]. NIL LABOR UBI GLORIA. 
Hercule appuyé sur sa massue. A l'exergue : 1702. 
Même droit qu'aux deux articles précédents. 

Rev. belge de numismatique, 1861, 
même page et même planche, 
no 3724. 

CXXXV^^^ [1705]. TOTI NASCITUR ORBI. 
Le soleil, au-dessus du globe de la terre. A l'exer- 
gue : 1702. 

Même droit, à l'effigie de Philippe V, que pour 
les articles CXXXIII à CXXXV précédents. 

Il est bon de constater une fois de plus que les 
jetons CXXXIII à CXXXV^^^ sont de coin fran- 



5o 

çais. Il en est de même de quelques jetons à 
l'effigie de la femme de Philippe V, Marie-Louise- 
Gabrielle de Savoie, reine d'Espagne, portés à 
l'Inventaire de i83o sous les n°' 1701, 1702 et 1706, 
dont un a été publié par M. C. Picqué (i), mais que 
nous n'avions pas de sujet de comprendre dans 
notre liste. 

CXXXVI [1756]. NEC • CRESCERE • PRO- 
FUIT. Hercule assommant l'Hydre. A l'exergue : 

EXTRAORDINAIRE * DES * GUERRES. I704. 

CXXXVII [1757]. TERRET • HIANTES. Her- 
cule accablant de coups, avec sa massue, le chien 
Cerbère. A l'exergue : marine, 1704. 

Mercure galant, janvier 1704. 

A frapper à cette effigie : 

L • ALEXA • DE BOURBON C • DE TOU- 
LOUZE ADMIRAL DE F^^. Buste du comte de 
Toulouse tourné à droite. 

CXXXVIII [i8i5]. Armes du comté d'Artois, 
dans un écu de forme ovale, avec les attributs des 
trois Ordres, placés en cimier dans la couronne de 
reçu. 

A frapper avec cette effigie : 

REGI • PROAVO • Tête de Louis XIV, tournée 
à droite. Au-dessous, la date : 1706. 

Revue belge de numismatique, i863 , 
pi. II, fig. 7, article de L. Des- 
■.■ CHAMPS DE Pas. 

(i) Revue belge de numismatique, 1866, pi. IX, fig. 7. 



5i 

Ce jeton est le plus ancien de ceux frappés pour 
les Etats de la province d'Artois, depuis que cette 
province appartenait à la France. 

Le coin [i8i5] a encore été utilisé dans les pre- 
miers temps du règne de Louis XV pour la frappe 
de jetons des Etats d'Artois à l'effigie de ce dernier 
souverain. 

CXXXIX [i859]. TERRITAT ET LiESUS. 
Un sanglier blessé d'une flèche. A l'exergue : 

EXTRAORDINAIRE DES GUERRES. I707. 

Mercure galant, janvier 1707. 

Nous ne noterons ici que pour mémoire, attendu 
qu'il n'en existe aucune trace à l'Inventaire 
de i83o, le jeton des Etats de Namur, célébrant la 
naissance, en 1707, du prince des Asturies, fils du 
roi d'Espagne Philippe V. On sait déjà, par les 
remarques de l'éminent conservateur des collec- 
tions numismatiques de l'Etat belge, qui l'a 
publié, que ce jeton a été frappé aux balanciers du 
Louvre, mais que les coins ne s'en retrouvent plus 
aujourd'hui (i). 

CXL [1997]. ME CUSTODE TUTUM. Un coq, 
symbolisant la France, perché sur un tronc d'ar- 
bre, avec la Toison d'or, allusion à la succession 
d'Espagne, qu'il défend contre le lion des Pro- 
vinces-Unies, le léopard d'Angleterre et l'aigle de 
l'Empire. L'exergue est occupé par un ornement 

(1) Revue belge de numismatique, années 1861, p. 1 5 1 , et 1866, p. 99. 



52 

en forme de console. Pas de date ; mais le coin est 
classé parmi ceux de 1710. 

Il résulte de Texamen d'anciens exemplaires que 
ce jeton banal se frappait à l'effigie de Louis XIV, 
coin de Jérôme Roussel, signé des lettres h • r • f. 

PI. I, fig. 24. 

Sur d'autres exemplaires, également du temps, 
le coin à l'effigie du roi est de Thomas Bernard, 
et signé des lettres t b, en monogramme (i). 

D'après l'Inventaire de i83o, le coin CXL [1997] 
aurait en outre été utilisé pour la frappe d'une 
sorte de méreau dont la destination n'est pas clai- 
rement exprimée. On lisait, paraît-il, sur le côté 
opposé au nôtre, cette inscription : DEMI MUID 
DE BOULANGER, 1710. Il est noté dans l'Inven- 
taire que ce dernier coin ne se retrouve plus. 

CXLI [2o35]. ARTE ATQUE METALLO. 
Vulcain forgeant des armes. A l'exergue : trésor 
ROYAL, 1712. 

Van Loon, t. V, p. 176. 

CXLII [2039]. MORTALEM ERIPUIT FOR- 
MAM. Daphné changée en laurier. A l'exergue : 

PARTIES CASUELLES, I712. 

Van Loon, t. V, p. 2o5. 

Nonobstant les appréciations de Van Loon, 
nous doutons que ce jeton ait le moindre rapport 

(1) Nous possédons le jeton dans les deux états, en exemplaires 
anciens. 



t 



53 

avec les événements politiques du temps. Sa devise 
fait allusion, avec tant d'autres du service des 
Parties casuelles, au privilège de réversion d'offi- 
ces, par survivance, qu'assuraient aux tributaires 
de cette caisse les versements qu'ils avaient à y 
faire. Voir plus haut, à notre n° XX [376]. 

CXLIII [2045]. ORBEM PACARE LABORAT. 
Hercule parcourant le monde, la massue sur 
l'épaule. A l'exergue : extraordinaire des guerres, 
1712. 

Van Loon, t. V, p. 207. 

CXLIV [2046]. BELLO PAGIQVE. Neptune, 
sur son char, parcourant les mers avec fierté. 
A l'exergue : marine, 1712. 

[2047]. Même sujet. 

Ces deux coins étaient à frapper avec le suivant : 

[2048]. L • ALEX • DE BOURBON C • DE 
TOULOUZE ADMIRAL DE F^^ . Buste du comte 
de Toulouse, tourné à droite. 

Van Loon, t. V, p. 175. 

Sur d'autres exemplaires de ce jeton de la 
Marine, également du temps, le coin à l'effigie du 
comte de Toulouse est remplacé par un coin à 
l'effigie du roi. Van Loon, à l'endroit cité, a 
donné la représentation du jeton dans ses deux 
états. 

CXLV [2049]. ETIAM TRANQUILLA TIME- 
TUR. Méduse au repos, à l'entrée d'une caverne 



sur le bord de la mer. A l'exergue : galères, 1712. 
Revers du coin suivant : 

[2o5o]. LOUIS DUC DE VENDOSME GENE- 
RAL DES GALERES. Armes du duc de Ven- 
dôme, avec les attributs de ses hautes fonctions, et 
entourées, en outre, des colliers des Ordres du 
roi. 

Van Loon, t. V, p. 177, n° 2 (1). 

Il existe aussi de ce jeton, en frappe ancienne, 
des exemplaires de deux sortes. La différence 
consiste en ce que, sur certains exemplaires, le 
côté aux armes du duc de Vendôme est remplacé 
par l'effigie de Louis XIV. (Van Loon, loc, cit., 
n'' I.) 

CXLVI [2o35]. ARTE ATQUE METALLO. 
Vulcain forgeant un bouclier. A l'exergue : trésor 
ROYAL. 1712. 

Van Loon, t. V, p. 176. 

[2o36] à [2o38]. Même sujet. 

CXLVII [2086]. DANT STRAGEM QUACUM- 
QUE RUUNT. Deux éléphants chargés chacun 
d'une tour, et renversant ce qu'ils rencontrent sur 
leur passage. A l'exergue : ordinaire des guerres. 
1713. 

Van Loon, t. V, p 221 (2). 

(1) Ce jeton a été publié de nouveau par M. J . Chautard, dans un 
mémoire intitulé Jetons des princes de Vendôme de la deuxième 
maison de Bourbon, Vendôme, 1882, pi. II, fig. 20. 

(2) Ce jeton se trouve publié également dans l'ouvrage de L. Dan- 



55 

.[^087] et [2088]. Même sujet. 

CXLVIII [2089]. LONGUM HAUD LiETABI- 
TUR HOSTIS. Déjanire enlevée par le centaure 
Nessus, qu'Hercule, dans le lointain, et Tare à 
la main, se prépare à transpercer. A l'exergue : 

EXTRAORD'''^ DES GUERRES. I7l3. 

Van Loon, t. V, p. 216. 

[2090] et [2091]. Même sujet. 

CXLIX [2092]. RECREAT SPES L^ETA 
SERENI. Des tritons, sonnant de leur conque, 
parcourent la mer pour achever de la calmer. A 
l'exergue : marine, 1713. 

A frapper avec le coin [2096] , à l'effigie du 
comte de Toulouse, comme nous l'avons vue à 
l'article CXLIV. 

Van Loon, t. V, p. 225. 

[2093] et [2094]. Même sujet qu'au n° [2092]. 

Le jeton de la Marine pour 1713 existe aussi, en 
rappe ancienne, avec l'effigie de Louis XIV. 

L'Inventaire de i83o constate que les coins à la 
devise RECREAT SPES, etc., 1713, ont servi en 
outre à Irapper des jetons « avec les armes de 
Pontchartrain ». Ces armes, qu'on aurait plus 
exactement dites de Phelipeaux, étaient : d'azur, 
semé de quintefeuilles d'or, au franc quartier d' her- 
mine ». Le secrétaire d'Etat au département de la 

coisNE et A. Delannoy, intitulé : Monnaies, médailles et jetons pour 
servir à l'histoire de Douai, etc.; Douai, i836, pi. XV, fig. 2. 



56 

Marine était alors Jérôme Phelipeaux, comte de 
Pontchartrain, commandeur des Ordres du roi, 
fils du chancelier de France (i). Nous retrouverons 
encore la mention de ses armoiries au n° CLVII. 

CXLIX^^^ [2096]. ET ADHUC EXORATUR 
PELAGO NUMEN. La déesse des mers sort du 
fond des eaux, accompagnée de nymphes. Plus 
loin, Neptune vient au-devant d'elle. On saisit 
aisément que, dans cette allégorie, la déesse des 
mers est la reine d'Angleterre, et Neptune le roi 
de France. A l'exergue : galères, 1713. 

[2097]. Même sujet. 

A frapper avec le coin suivant : 

[2098]. LE M^L DE TESSÉ G^ DESPAGNE 
G^L DES GALLERES DE FRANCE. Armes du 
maréchal de Tessé, avec ses attributs, comme 
maréchal de France et comme général des Galères. 

Van Loon, t. V, p. 21 5. 

Le même jeton quant au revers, mais avec 
l'effigie de Louis XIV, remplaçant, au droit, les 
armes du maréchal de Tessé, est reproduit égale- 
ment par Van Loon. 

CL [2102]. RATIO ULTIMA PACIS. Deux 
canons pointés contre un camp retranché, avec 
son nom y inscrit : DENAIN. A l'exergue : artil- 
lerie, 1713. 

(1) Le P. Anselme, Histoire généalogique, t. IX, p. 3 17, et t. V.I, 

p. 586. 



57 
A frapper avec le coin suivant : 

[2io3]. LOUIS AUG. DE BOURBON, etc. 
Buste du duc du Maine, grand-maître de l'Artil- 
lerie. 

Van Loon, t. V, p. 217. 

Encore un jeton qui a été frappé également à 
l'effigie du roi, comme on peut le voir dans l'œuvre 
de Van Loon, à la page citée. 

C'était bien le moins, d'ailleurs, pour ce qui est 
du type du revers, que le premier des jetons de 
l'Artillerie qui suivit la bataille de Denain rap- 
pelât un succès qui avait changé de face les affaires 
de la France. 

CLI [2079]. SUA CUIQUE MINISTRAT. Vul- 
cain occupé, avec deux cyclopes, à forger un 
caducée. A l'exergue : trésor royal, iyi3. 

Van Loon, t. V, p. 224. 

[2080] et [2081]. Même sujet. 

CLII [2104]. NOS ARAM lUSTITI^ PARA- 
MUS. La Justice assise. A l'exergue : procvrevrs 
DE LA cour. 

Pour revers le suivant : 

[2107]. lUSTITIA ET PAX OSCULAT^ 
SUNT. La Justice et la Paix se donnant la main. 
A l'exergue : 1713. 

PI. I, fig. 25. 

Ce jeton des procureurs en la Cour du Parlement, 

Année 1892. 5 



58 

à Paris, fait allusion, par son revers, aux traités de 
paix signés à Utrecht en 1713. 

CLIII [21 II] TOVIOVRS BRILLANT EN 
PVBLIS (i). Une pièce de feu d'artifice représen- 
tant un arc de triomphe à deux portiques. A 
l'exergue : povr la paix. 

PI. I, fig. 26. 

C'est bien de la paix d'Utrecht qu'il s'agit ici. 

Il résulte, d'autre part, d'une note portée à l'In- 
ventaire de i83o, que, sur le second coin, main- 
tenant perdu , qui servait, avec notre n° CLIII [21 1 1] , 
à la frappe d'un jeton destiné à la chambre de 
commerce de La Rochelle, on voyait un vaisseau, 
au pavillon de France, voguant en pleine mer, 
accompagné de la légende : INFATIGABLE 
DANS SON COMMERCE (2). A l'exergue : la 
ROCHELLE, lyiS. Il existe encore de ce même jeton, 
dans plusieurs cabinets, d'anciens exemplaires en 
argent. C'est à l'obligeance de M. Feuardent que 
nous devons d'avoir pu donner le dessin complet 
de la pièce sur nos planches, où nous renvoyions 
à l'instant, fig. 26. 

CLIV [2128]. UNI SERVAVIT AMOREM. Un 
pied d'hélianthe ou tournesol, à la fleur tournée 

(1) On lit bien, sur notre coin, PVBLIS, au lieu de PVBLIC. 

(2) Sur des exemplaires du temps, le dernier mot est écrit : 
COMMERSE. Décidément, ce jeton, à en juger par les incorrections 
des légendes et par la vulgarité des devises, ne me paraît pas avoir 
été l'œuvre de bien grands lettrés. 



59 

du côté du soleil, qui la réchauffe de ses rayons. 
A Texergue : les estats de lille, 1713. 

Van Hende, Numismatique lilloise, 
110456. 

La ville et la châtellenie de Lille venaient d'être 
rendues à la France en vertu des traités d'Utrecht. 

CLV [2i3o). CUM ANGL • BAT • SAB • 
PRUSS • ET LUSIT. Dans une couronne de 
laurier, l'inscription PAGE INITA 1713, dont les 
termes s'harmonisent avec ceux de la légende, 
pour ne former qu'une seule phrase : Cum Anglis, 
Batavis, Sabaudis, Prussicis et Lusitanis, pace initâ 
1713. 

Revers du coin suivant : 

LUDOVICUS MAGNUS REX. Tête de 
Louis XIV. Au-dessous, et en exergue : comitia 
occiTANi^, 1714. 

Van Loon, t. V, p. 23i . 

Jeton des États du Languedoc. 

Dans l'Inventaire de i83o, on suppose que le 
coin n° [2i3o] s'appariait avec le n° [2129], que 
nous trouverons plus loin, à l'article CLXIII. Il 
pourrait bien y avoir là quelque confusion. En 
tout cas, le jeton régulier est bien celui des Etats 
du Languedoc dont Van Loon nous a conservé 
la figure. 

CLVI [2144]. UTRAQUE TRIOMPHAT. Mi- 
nerve tenant d'une main une pique ornée de cou- 



6o 

ronnes murales, et, deTautre, un rameau d'olivier. 
A l'exergue : extraordinaire des guerres, 1714. 

[2145). Même sujet. 

Cabinet de Coster, n» 680 . 

Non seulement ces coins ont marqué les jetons 
habituels à l'effigie du roi, mais on voit par l'In- 
ventaire qu'ils ont servi, en outre, avec celui-ci : 

[2161]. L'inscription suivante, occupant tout 
le champ : DANIEL FRANÇOIS VOYSIN , 
CHANCELIER DE FRANCE ET SECRETAIRE 
D'ÉTAT DE LA GUERRE, 1714. 

CLVII [2146]. PR.ESTAT COMPONERE 
FLUCTUS. Neptune sur son char, calmant la 
tempête. A l'exergue : marine, 1714. 

[2147]. Même sujet. 

Ces deux numéros servaient de revers au coin 
suivant : 

[2148]. A • ALEXA • DE BOURBON, etc. Buste 
du comte de Toulouse, amiral de France. 

Van Loon, t. V, p. 236. 

Sur certains exemplaires de ce jeton de la Ma- 
rine, dont il n'est pas difficile de voir que la devise 
est une allusion à la paix d'Utrecht, l'effigie du 
comte de Toulouse est remplacée par celle du roi. 
(Cabinet de Coster, n° 675.) Le coin de la Marine 
pour 1714 a été utilisé, en outre, comme l'avait été 
celui de I7i3, à la frappe d'un jeton spécial au 



6i 

service du secrétaire d'Etat de la même adminis- 
tration, Jérôme Phelipeaux, comte de Pontchar- 
train, dont les armes figurent sur ce jeton. La 
preuve en est dans l'exemplaire de frappe ancienne 
et à fleur de coin, conservé dans nos cartons, et 
dont nous donnons la gravure sur notre planche II , 
ûg, 27. Voir, pour les armoiries, à l'article CXLIX 
ci-dessus, où nous avons fait remarquer que 
Jérôme Phelipeaux était commandeur des Ordres 
du roi, dont les colliers ornent son blason. 

CLVIII [2i55]. SUBDITIS CLEMENS. Un lion 
au repos. Il est couronné. A l'exergue : 1714. 

Se frappait avec le coin ci-après, rappelé dans 
l'Inventaire, mais non catalogué, ce qui donne 
lieu de croire qu'il n'a pas été conservé : 

JOS • CLEM • ARCH • COL • S • R • I • 
ARCHICAM • ET ELECT • DUX BAU. Buste 
de l'archevêque de Cologne, Joseph-Clément de 
Bavière, rétabli par les traités dans ses droits, 
dont ses sujets avaient aidé à le dépouiller (i). 

Cabinet de Coster, n^ 68 1 . 

Il n'est pas sans intérêt de constater que le jeton 
dont il s'agit a dû, tout au moins pour certains 
exemplaires, être frappé à Paris, ce sur quoi ne 

(0 L'Inventaire ne fait pas mention de la signature H. B, sous le 
buste de l'archevêque, que présentent d'ordinaire les exemplaires du 
jeton en frappe ancienne. Nous n'avons pas cru pouvoir la rétablir 
d'office dans notre description, sans avoir eu l'occasion de vérifier ce 
qu'il en est, sur le coin appartenant au Musée monétaire. 



62 

peut guère laisser de doute la présence du coin 
[2i55] parmi ceux que le Musée monétaire possède 
encore aujourd'hui. 

CLIX [2162] lUSTUM RECTUMQUE TUE- 
TUR. La Justice debout, tenant une balance et 
un glaive. 

Revers du coin suivant : 

[2i63]. S • P • DU CHAMBGE CH • S • DE 
LIESSART P • PRES • D • B • D • F • DE 
FLANDRES. Les armes du magistrat. 

Van Hende, Numismatique lilloise, 
110412. 

Le Bureau des Finances de Flandre, dont 
Simon-Pierre du Chambge était premier prési- 
dent, siégeait à Lille. 

Le jeton n'est pas daté; mais les coins en sont 
portés à l'Inventaire entre ceux de 1714 et ceux 
de 1715. 

Un second coin au nom et aux armes de S. -P. 
du Chambge, comme le n° [2i63], est inscrit dans 
les suppléments de l'Inventaire afférents à 1847, 
règne de Louis XIV, article 4. 

CLX [2164]. EA CURA QUIETUM SOLLI- 
CITAT. Hercule assis, se reposant sur sa massue 
et tenant une corne d'abondance, dans laquelle 
deux nymphes puisent des richesses, fruits de la 
paix. A l'exergue : trésor royal, 1715. 

Cakinet de Coster, no6S5. 



63 

CLXI [2167]. HAUD EXARMATA QUIESCIT. 

Pallas, assise au pied d'un olivier, symbole de la 
paix, le bras droit posé sur son bouclier. A l'exer- 
gue : ORDINAIRE DES GUERRES, lyiS. 

Cabinet de Coster, n^ 684. 

On trouve, de ce jeton, des exemplaires anciens 
à l'effigie de Louis XV enfant, frappés, par con- 
séquent, postérieurement au i^'' septembre lyiS, 
date de son avènement à la couronne, ce qui les 
exclut de la série des jetons d'étrennes annuelles, 
à laquelle se rapportent, au contraire, ceux à 
l'effigie de Louis XIV. 

CLXII [2168] CONSOCIARE AMAT. La Jus- 
tice et Pallas, debout, se donnant la main. A 
l'exergue : extraordinaire des guerres, 1715. 

CLXIII [2129]. NECTIT ET FIRMAT. Deux 
couronnes radiées, suspendues aux branches d'un 
olivier. A l'exergue : pax traiectensis. 

Revers du coin suivant : 

lOANNES V • D • G • PORTUGALI^ REX. 
Buste du roi de Portugal, Jean V. Au-dessous, la 
date : mdccxv. 

Van Loon, t. V, p. 258. 

La paix entre l'Espagne et le Portugal ne fut 
définitivement conclue, à Utrecht, qu'en lyiS, 
date que porte le jeton. 

Sur un second exemplaire du coin à l'effigie de 
Jean V, il n'y a pas de date au-dessous du buste 
du roi. 



64 

Les trois coins dont il s'agit ici reposent bien 
dans les galeries du Musée monétaire, mais nous 
n'avons pu donner de numéro à ceux sur lesquels 
se trouve l'effigie de Jean V, parce qu'ils avaient 
été classés, par erreur, dans l'Inventaire de i83o, 
parmi ceux du règne de Louis XV. 

Nous croyons que c'est également par erreur 
que le coin à la légende NECTIT ET FIRMAT, 
qui n'est pas daté , a été classé dans le même 
Inventaire parmi ceux de I7i3, attendu qu'il nous 
paraît avoir été fait bien spécialement pour le 
jeton de Jean V, tel que Van Loon l'a publié et ne 
pouvoir être, par conséquent, antérieur à 1715. 
Nous possédons, du jeton de Jean V, un exem- 
plaire en frappe ancienne, conforme de tout point, 
et notamment pour la date, au dessin donné par 
Van Loon. 

CLXIV [2187]. VNDE MINVS RERIS. Un 
olivier, chargé de fruits, poussant à travers une 
cuirasse. A l'exergue : fax • lvs * hisp. {Paix entre 
le Portugal et l'Espagne), 1715. 

Revers du coin suivant, qui ne se trouve plus : 

LVDOVICVS DA CAMARA COMES DE RI- 
BEYRA. Les armes du comte de Ribeyra, ambas- 
sadeur de Portugal, dont l'entrée à Paris eut lieu, 
comme le rapporte Van Loon, ainsi que Larrey, 
le 18 août 1715, occasion pour laquelle le jeton 
aurait été frappé. 

Van Loon, t. V, p. 258, n" 2. 



65 



Deuxième partie de l'inventaire de 1830. Règne de Louis XV. 



CLXV [47]. UT REGAT HINC REGITUR. 
Sur un piédestal aux armes de la ville de Lille, 
une boussole dont l'aiguille se tourne vers l'étoile 
du Nord. Derrière le piédestal, la mer sillonnée de 
vaisseaux; sur le rivage, des ballots de marchan- 
dises. A l'exergue : chambre de commerce de la 

VILLE DE LISLE. 

Ce coin n'est pas daté; mais il est classé, dans 
l'Inventaire, parmi ceux de 1717. 

[48]. Même sujet. 

Van Hende, Numismatique lilloise, 
nos ^gi et suivants. 

Les coins [47] et [48] et d'autres semblables ont 
été utilisés pour la frappe des jetons delà Chambre 
de commerce de Lille, à partir de 1717 jusqu'à la 
fin du règne de Louis XV, et encore durant le 
règne de Louis XVL On peut voir dans l'ouvrage 
de M. Van Hende, n°' 491 à 5oo, et rien qu'en ce 
qui concerne ce même jeton, jusqu'à dix variétés 
de tête pour le règne de Louis XV, et quatre 
variétés, n°' 5oi à 5o4, pour celui de Louis XVL 

CLXVI [146J.COMITIAARTESIiE.Les armes 
du comté d'Artois, dans un écu de forme évasée, 
accompagnées des attributs des trois ordres. Le 
lion et le lévrier, vSupports de cet écu, au lieu 



66 

d'être debout, comme à l'article CXXXVIII, sont 
couchés. 

Revue belge de numismatique, i863, 
pi. III ; revers des fig. i3 à i5. 

Ce coin, non daté, qui fut employé à la frappe 
de jetons des États d'Artois, est classé, dans l'In- 
ventaire, parmi ceux de 1721 ; mais il y a là 
incontestablement une erreur. A en juger par les 
effigies de Louis XV à différents âges représentées 
au droit des mêmes jetons en frappe ancienne, ce 
ne pourrait être que peu avant 1749 que l'on au- 
rait commencé à faire usage des coins sur lesquels 
les armes d'Artois sont, comme ici, figurées dans 
un écusson de forme évasée. 

CLXVIII [174]. CONNUBIO lUNGAM STA- 
BILI. Entourée de canons au repos, de drapeaux 
et de guidons, la statue de Janus, debout, sur un 
piédestal où sont deux écussons de forme ovale, 
accolés, et sommés de la couronne royale de 
France. Le premier est de France, laissant distin- 
guer ses trois fleurs de lis. Le second, très com- 
pliqué, beaucoup trop compliqué pour les dimen- 
sions exiguës dans lesquelles il a été gravé, paraît 
bien, néanmoins, être celui d'Espagne, aux armes 
divisées en de nombreux quartiers. Sur la frise du 
piédestal, ces mots PRUD • REGIA. Au bas, la 
Discorde, à demi-couchée et comme abattue, tient 
une torche éteinte. A l'exergue : les états de 
LILLE. A gauche du piédestal, sur le sol, la signa- 
ture i.B,, qui est celle de Jean Le Blanc. 



67 

Revers du coin suivant : 

LUD • XV • REX CHRISTIANISSIMUS. 
Buste, tourné à droite, de Louis XV, jeune, en 
costume de Majesté, orné du collier de l'ordre du 
Saint-Esprit, et avec la couronne royale sur la 
tête (i). 

PI. II, tig. 28. 

Ce jeton n'est pas daté; mais, à l'Inventaire 
de i83o, le coin [174] est inscrit parmi ceux 
de 1722. 

Notre confrère M. Van Hende (2) avait pensé, 
d'après des exemplaires qui n'étaient probable- 
ment que de médiocre conservation, que le jeton 
dont il est question ici se rapportait au mariage 
de Louis XV et de Marie Leczinska. Ce mariage 

(1) Sur les exemplaires de frappe ancienne on remarque, au buste, 
dans la tranche du bras, la signature RÔG. En outre, le nom du roi, 
LUDOVICUS, est donné en entier dans la légende. (Collection 
Feuardent; deux exemplaires à fleur de coin, dont un en argent, et 
l'autre en cuivre rouge.) — Sur les exemplaires de frappe moderne, 
le coin à l'effigie, refait au moyen, sans doute, de l'ancien poinçon, ne 
porte pas de signature, et, comme nous l'avons vu plus haut, le nom 
du roi, dans la légende, est en abrégé. — Rôg était un artiste danois, 
ou norvégien ; son nom dans les comptes des dépenses de la couronne, 
en France, est le plus souvent écrit Ruck et Reug. Voir dans la Revue 
numismatique française, année 1891, pp. 342 et 347, les remarques 
faites au sujet de cet artiste par M. J.-J. Guiffey. 

(2) Numismatique lilloise, p. 173, n» 457. En réalité, on ne voit bien 
catégoriquement, dans la description donnée par M. Van Hende, 
qu'elle se rapporte au mariage de Louis XV et de Marie Leczinska que 
parce qu'il y est dit que les armes figurant sur le devant du piédestal 
seraient celles du roi et de la reine, qualité qui, dans ces temps-là, n'a 
pu appartenir qu'à Marie Leczinska, absolument. 



68 

n'eut lieu qu'en 1726, et nous avons vu que le 
coin [174] est de ceux classés à l'an 1722. La pièce 
se rapporte à un tout autre fait : nous voulons 
dire au mariage dont le Régent avait conçu, 
dès 1721, le projet entre Louis XV et la cousine 
germaine dujeune monarque, l'infante d'Espagne, 
Marie-Anne-Victoire, fille de Philippe V. En 1722, 
cette princesse, qui était uneenfant,fut envoyée en 
France pour y être élevée, en attendant l'union. 
Après la mort du duc d'Orléans, l'ancien Régent, 
arrivée le 2 décembre 1723, Louis XV étant encore 
dans sa quatorzième année, et Marie- Anne-Vic- 
toire ayant « huit ans et un mois et demi moins 
que Sa Majesté », la grande disparité d'âge et la 
raison d'Etat permirent de rompre le mariage en 
projet. « L'Infante partit de Versailles le 5 avril 1726; 
on la conduisit honorablement sur la frontière, et 
on la remit, le 17 mai, suivant les formalités con- 
venables, entre les mains des personnes envoyées 
par le roi son père pour la recevoir (i). » 

Ainsi vit-on échouer la singulière combinaison 
dont nous n'avons pas à nous occuper davan- 
tage (2) ; mais ce ne fut pas sans une certaine 



(1) Le P. Anselme, t. I,p. 182. 

(2) Nous devons pourtant ajouter que le jeton des États de Lille n'est 
pas le seul qui rappelle le premier projet d'un mariage de Louis XV. 
H en existe un autre beaucoup plus explicite, et dont on peut voir 
encore les coins dans les galeries du Musée monétaire. En voici la 
description : 

LUD • XV • FR • NAV • REX -M'A- VICT • HISP • INF • 



69 

aigreur du côté de l'Espagne, comme on le peut 
bien penser. 

CLXVIII [220]. DOMAINES ET BOIS DE 
FLANDRES. Une forêt. A l'exergue : 1724. 

[221]. Même sujet. 

Le jeton se frappait à l'effigie de Louis XV, buste 
habillé, tourné à droite; légende, LVD * XV * 
REX CHRISTIANISS. 

CLXIX [226]. DOMAINES ET BOIS DU HAI- 
NAULT. Une forêt. A l'exergue : 1724. 
Même effigie qu'à l'article CLXVIII. 

CLXX [227]. DVLCIVs. VIVIMVs. Une repré- 
sentation de la ville de Cambrai, ceinte de ses 
tours et de ses murs. A l'exergue : les estats de 

CAMBRAY. 

Bustes en regard du roi et de la jeune infante, Marie-Anne- Victoire. A 
l'exergue : ludovici magni pronepotes . Ce coin porte en signature, sur 
la tranche du bras du roi, les initiales l'B., du graveur Jean Le 
Blanc. 

Revers : IN PUBLICA COMMODA CRESCENT. Un cep de 
vigne poussant au pied et sous la protection d'un arbre encore jeune, 
mais vigoureux et de belle venue. A l'exergue : 1721. — (Collection 
Feuardent: deux exemplaires du temps, dont un en argent et l'autre 
en cuivre rouge.) 

Nous ne nous occuperons pas ici des deux médailles, datées de 1721 
et de 1722, à la double effigie de Louis XV et de l'infante Marie-Anne- 
Victoire. Ces médailles sont de celles que l'on peut encore aujourd'hui 
se procurer en frappe moderne à l'Hôtel des monnaies, et la descrip- 
tion en est donnée dans le Catalogue des coins, etc., imprimé en i833, 
chapitre du règne de Louis XV, articles 3i et 33. 



70 
A frapper avec l'effigie de Louis XV. 

Revue belge de numismatique, 1886, 
art. de V. Delattre, pp. 325 et 
326, et pi. XIII, fig. 2 à 4. 

Le coin [227] n'est pas daté, mais il est compris, 
dans l'Inventaire, parmi ceux de 1724. Sur les 
exemplaires anciens que M. Delattre a pu rencon- 
trer de ce jeton des Etats de Cambrai, pour le 
règne de Louis XV, l'effigie varie jusqu'à trois 
fois; toujours, d'ailleurs, le roi est représenté 
jeune, et avec cette légende : LUD • XV * D • G • 
FR • ET NAV • REX. Des exemplaires plus 
anciens sont à l'effigie de Louis XIV. 

Comme l'a fait remarquer Van Loon, t. III, 
p. 237, le chronogramme DVLCIVs. VIVIMVs, 
qui exprime la date de 1678 sur certaines médailles 
de Louis XIV, y indique l'année dans laquelle la 
ville de Cambrai se trouva réunie à la France, 
en vertu des traités de Nimègue (i). Placé sur des 
jetons du règne de Louis XV, le même chrono- 
gramme ne peut y être que purement commémo- 
ratif. 

CLXXI [447]. SECURITAS PROVINC • IN- 
SUL. La province de Lille, sous la figure d'une 
femme debout, avec les attributs de la Prudence 
et de l'Abondance, s'appuie contre un piédestal 

(1) Van Loon, loc. cit., a fait connaître une autre médaille où le 
chronogramme, ainsi établi : DVLCIVs VI VeMVs, donne le millé- 
sime 1677, année même de la prise de Cambrai. 



71 
aux armes du royaume. A l'exergue : les estats 

DE LILLE, 1737. 

Revers d'un jeton à l'effigie de Louis XV. 

Van Hende, Numismatique lilloise, 
nos ^58 à 460. 

Il résulte des recherches de notre confrère qu'il 
a été employé à la frappe de ce jeton trois coins 
de tête variés, ce qui a dû être fait en différentes 
années. 

CLXXP^^ [448]. SECURITAS • PROVINC • 
INSUL. La province de Lille, etc. — Ce coin ne 
diffère bien sensiblement du précédent qu'en ce 
qu'il ne porte pas de date dans l'exergue. 

Van Hënde. loc. cit., p. 174, n° 461. 

En 1744, au milieu des divisions qui affligeaient 
l'Europe, et dans lesquelles il était impossible que 
la France n'eût pas sa place, les Pays-Bas autri- 
chiens, alors sous l'autorité de la reine de Hon- 
grie, Marie-Thérèse, devinrent l'un des centres 
des hostilités. Louis XV et Marie-Thérèse s'étant 
déclaré la guerre, le roi entra dans les Pays-Bas 
pour se mettre à la tête de ses troupes. Il y prit 
plusieurs villes dont l'importance n'était pas dou- 
teuse. En quelques semaines, Menin, Ypres,Furnes 
et d'autres places tombèrent en son pouvoir. 

Plusieurs des jetons des étrennes de 1746, émis 
pour les services de l'administration royale, font 
allusion aux faits de guerre de 1744. Ceux qui 



72 

s'étaient passés dans les Pays-Bas autrichiens 
avaient trop marqué pour qu'on puisse les consi- 
dérer comme étant demeurés étrangers, dans l'es- 
prit des auteurs des devises de ces mêmes jetons, 
aux événements qu'ils eurent à faire entrer en 
ligne de compte, en s'occupant de la composition 
de celles-ci. 

Nous décrirons donc les coins sur lequels figu- 
rent les devises dont il s'agit, ce que nous éten- 
drons, autant que notre sujet le comportera, aux 
années dont il nous reste encore à examiner des 
produits. Quant aux coins très variés, à l'effigie 
du roi, légende : LUD • XV • REX CHRISTIA- 
NISS., avec lesquels étaient appariés les coins 
aux devises, nous ne pourrions, trop souvent, les 
indiquer d'une manière bien certaine et autre- 
ment que par approximation, n'ayant pas, en 
général, sous nos yeux les jetons en exemplaires 
du temps. Aussi, ne pourrons-nous mieux faire 
que de nous borner à dire, une fois pour toutes, 
quels sont, des jetons qu'il nous reste à examiner, 
ceux qui se frappaient à la dite effigie. Ce sont, 
en réalité, tous les jetons qui suivent encore dans 
la série du règne de Louis XV, jusqu'y compris 
le n° CCX, et à l'exception seulement des n°' CCVI 
et CCVII. Nous ne décrirons l'effigie que dans 
quelques cas spéciaux et particulièrement justifiés. 

CLXXII [569]. FULMINAT INVITUS. « Jupi- 
ter descendant du ciel sur un nuage enflammé, et 



73 

lançant la foudre sur une ville, qui paraît déjà 
toute en feu. » 

Mercure de France, février 1745. 

CLXXIII [568]. VITAM PRO REGE PACISCI. 
« Le roi des abeilles, qui, suivi de son essaim, va 
se placer sur la branche d'un chêne. » 

Mercure de France^ février 1745. 

CLXXIV [572]. IRATO lOVE NILTUTUM. 
« La foudre, qui, tombant sur des rochers escarpés, 
les entrouvre et les abat. » 

Mercure de France, février 1745. 

CLXXV [573]. ET BELLANS COLIT ARTES. 
« Minerve armée, et ayant auprès d'elle divers 
matériaux et un édifice qui s'élève. » 

Mercure de France, février 1 743 . 

1745 fut l'année de la bataille de Fontenoy, que 
gagnèrent les Français, conduits par le maréchal 
de Saxe, Louis XV et le dauphin présents, sur les 
alliés de la reine de Hongrie, Anglais, Hanovriens, 
Hollandais. Ce fut aussi l'année de l'occupation 
d'une grande partie des Pays-Bas autrichiens par 
les forces delaPrance.Ces grandes opérations mili- 
taires ont dû nécessairement donner matière à plus 
d'une devise pour les jetons des étrennes de 1746. 

En 1746, la prise de Bruxelles, de Louvain, 
d'Anvers, la bataille de Raucoux et généralement 
la campagne de Flandre, puis, en 1747, la bataille 
de Lawfeld, où le roi était, et la prise de Berg-op- 
Zoom, ainsi que du fort de Lillo et d'autres posi- 

Année 1892. 6 



74 

tions importantes, nous donnent la clef de bien 
des devises que, pour la plupart, il serait sans 
utilité de commenter séparément. Nous visons, en 
nous exprimant ainsi, les devises qui trouvèrent 
place encore sur les jetons annuels de 1747 et 
de 1748, en attendant que le traité d'Aix-la- 
Chapelle, de cette dernière année, laissât remettre 
sous les yeux du public des devises de paix dont 
on était privé depuis longtemps. 

Ce résumé très succinct d'événements connus 
de tous nous conduira, sans qu'il soit besoin de 
plus de détails explicatifs généraux , jusqu'en 
l'année 1750, sous le rapport chronologique, et> 
pour nos descriptions, jusqu'au n° ÇCV. Nous 
serons bien près, alors, du terme de notre tâche 
pour ce qui concerne le règne de Louis XV, les 
vingt -quatre dernières années de ce règne ne 
contenant presque rien de relatif à notre sujet 
dans le contingent que fournit l'Inventaire. 

CLXXVI [582]. ATTERIT OBVIA. Le foudre 
de Jupiter. A l'exergue : ordinaire des guerres, 
1746. 

Mercure de France, janvier 1746. 

CLXXVII [583]. HOSTILI REGNAT IN 
ARVO. « Un lion devant lequel fuient plusieurs 
animaux (i). » A l'exergue : extraordinaire des 

GUERRES, 1746- 

Pl.ll,fig. 29. 

(1) Cette description est celle que l'on trouve dans l'Inventaire 
de i83o. 



75 

Les exemplaires de ce jeton en frappe ancienne 
seraient, autant que nous en pouvons juger, de 
deux sortes quant à l'effigie du roi. Les uns seraient 
simplement à la tête de Louis XV, avec les che- 
veux retenus par le diadème ou bandeau royal, et 
c'est ainsi que la pièce a été représentée dans la 
Revue belge de numismatique, année iSSg, pi. II, 
fig. 5, pour un article de Renier Chalon. Sur les 
autres, comme celui dont nous donnons la gravure 
sur nos planches, Louis XV est en buste avec 
cuirasse, la tête laurée. C'est, du reste, un exem- 
plaire semblable que, à l'époque même de l'émis- 
sion, le Mercure de France a reproduit, face et 
revers, sur la planche jointe au volume de jan- 
vier 1746 (i). 

L. de Coster possédait, dans son Cabinet de 
jetons historiques d'or et d'argent, un exemplaire 
de notre jeton, avec la tête de Louis XV, sans le 



(1) Les cinq ou six exemplaires du jeton de l'Extraordinaire des 
guerres, 1746, en frappe ancienne, que nous avons eu occasion 
d'examiner dans autant de collections différentes, sont tous avec le 
buste de Louis XV en cuirasse. L'exemplaire publié par Chalon, avec 
la tête du roi, le cou nu, serait donc une rare exception. On trouve, du 
reste, l'effigie de Louis XV, ainsi gravée, sur des jetons de 1744, et il 
paraît être dans les choses d'admission facile qu'elle ait été encore 
utilisée, accidentellement, en 1746. 

Cette note n'a d'autre objet que de tendre, dans la limite du possible, 
à empêcher que l'on considère comme étant nécessairement de frappe 
moderne, à cause de l'effigie royale non conforme à celle que Chalon a 
feit connaître, des exemplaires du jeton de 1746 parfaitement authen- 
tiques, et qui sont même de ceux dont il existe en plus grand nombre. 



76 

buste. Cet exemplaire était celui même publié par 
M. Chalon en iSSg, alors qu'il faisait partie des 
collections de M. Th. de Jonghe. A la vente que 
le libraire Olivier a fait faire, à Bruxelles, au mois 
d'août i885, du Cabinet de Coster, dont il était 
devenu propriétaire, le jeton atteignit le prix 
de i8 francs; tout au plus eût-il été payé le tiers 
de cette somme, d'après la valeur courante attri- 
buée par les curieux aux jetons congénères. 

Difficilement croirait-on d'où était provenue 
cette exagération de prix, si l'on ne savait dans 
quels excès bien autres un caprice peut pousser 
les adeptes de la curiosité, mis aux prises par la 
concurrence avec l'entraînement des enchères (i). 
Le fait est que Renier Chalon, qui sacrifiait peut- 
être un peu trop parfois à l'esprit de saillie, avait 
parlé de la pièce dans des termes dont le souvenir, 
bien qu'ancien déjà, était demeuré dans l'esprit 
de plus d'un amateur de singularités, lorsqu'elle 
passa en vente publique pour y trouver acquéreur 
au prix que nous avons vu. 

(i) Ainsi a-t-on vu, dans des ventes encore récentes, de simples 
jetons frappés sous le règne de Louis XV, de 1751 à ij58, pour le 
service d'administration des colonies françaises de l'Amérique — jetons 
dont les numismates du Nouveau-Monde se sont engoués — atteindre 
assez communément, pour les exemplaires en argent, un prix moyen de 
5o à 60 francs. Dans une vente qui a eu lieu à Paris en juin 1886, sous 
la direction de M. Ch. Van Peteghem, celui de ces jetons frappé à la 
date de 1756 a été adjugé à la somme de 255 francs, non compris les 
frais. Hâtons-nous de dire que ce prix, et à beaucoup près, ne s'est pas 
maintenu dans le commerce courant des médailles. 



77 

M. Chalon avait écrit : « Ce jeton... n'est proba- 
blement pas rare...; mais il est curieux au point de 
vue de la Belgique. Il a été frappé, comme l'on 
voit, par l'Extraordinaire des guerres en 1746, 
l'année de l'invasion française dans notre pays. 
C'est donc cette invasion qui fait le sujet du 
revers. Or, voici comment le graveur français 
symbolise ce fait historique : 

« Un lion superbe — la France ou son Roi — 
terrifie du regard et fait fuir devant lui une troupe 
d'animaux — les Belges — composée de loups, de 
renards, d'ours et de porcs ; au-dessus, en légende : 
hostili régnât in arvo. Ce n'était, il faut en convenir, 
ni très ingénieux, ni surtout très poli. Ajoutons, 
pour finir l'histoire, qu'après trois ans de règne. 
in arvo hostili, le lion fut forcé, par le traité d'Aix- 
la-Chapelle, de retourner chez lui, à la grande 
satisfaction des animaux aux dépens desquels il 
s'était, du reste, passablement engraissé (i). » 

Nous rie discutons pas les appréciations poli- 
tiques de la campagne de Louis XV dans les Pays- 
Bas autrichiens : nous voulons demeurer dans 
l'examen de faits matériels. 

Des porcs, il n'y en a pas sur le jeton; mais on 
remarque, dans la troupe d'animaux effrayés que 
la présence du lion met en fuite, une tête qu'il a 
convenu à M. Chalon de prendre pour celle d'un 
porc; et peut-être, au surplus, l'exemplaire qu'il a 

(1) Revue belge de numismatique, iSSg, pp. 63 et 64. 



78 

eu entre les mains se prêtait-il, par suite de quel- 
que défaut de frappe, à cette interprétation. Nous 
devons, toutefois, dire que nous avons examiné 
bien des exemplaires du jeton, de frappe tant 
ancienne que moderne, et que, sur tous, sans 
exception, nous avons constaté, de même que sur 
la gravure du Mercure de France^ donnée dès le 
mois de janvier 1746, que la tête, vue de profil, de 
ranimai qui nous occupe, est armée de défenses 
très prononcées. L'animal n'est donc pas un porc, 
mais bien un sanglier. Peut-être trouvera-t-on 
quelque exagération dans le développement de ses 
oreilles; le graveur les aura faites ainsi, afin de 
pouvoir d'autant plus aisément les représenter 
abaissées et mieux imprimer à la bête les marques 
de la peur. 

Il y avait trop de politesse à la cour de Louis XV 
pour que l'on eût pu y tolérer ouvertement, sur 
des jetons de caractère officiel, la présence d'un 
animal domestique dont la seule image aurait été 
une lourde messéance (i). Il n'en était pas de 



(1) Peut-être, sur ce point, les choses n'avaient-elles pas, toujours et 
en tous lieux, été traitées avec la même réserve. Quoi qu'il en soit, il 
est assez intéressant de constater, ne fût-ce qu'à titre rétrospectif, 
comment la question était comprise dans les Pays-Bas espagnols, un 
siècle et demi plus tôt. Van Loon, t. I, p. 448, a donné le dessin d'un 
jeton frappé à Anvers en lôgS, dont le revers est ainsi décrit : 

<c CONTEMNIT AB ALTO. Une femme figurant les Pays-Bas, 
« assise dans son enclos avec son lion. Elle paroît attaquée par 
« plusieurs bêtes, et entre autres par un Porc, apparemment parce 



79 

même du sanglier, qui a toujours été admis dans 
la composition des devises de toutes les sortes, 
sans excepter les devises héroïques. 

Comme dernière observation sur un sujet qu'il 
n'a pas tenu à nous de pouvoir traiter plus som- 
mairement, nous ajouterons que la devise du 
jeton n° CLXXVII [583], où la troupe d'animaux 
mis en fuite par le lion est composée, en réalité, 
d'un ours, d'un sanglier, d'un léopard et d'un 
renard, paraît bien moins viser les Belges eux- 
mêmes que se rapporter à la bataille de Fontenoy, 
dans laquelle avaient surtout donné les Anglais, 
figurés plus particulièrement ici par le léopard. 

CLXXVIII [586]. CONTRA H^EC TELA 
QUID ARCES. « Jupiter sur des nuages d'où 
partent des foudres ». A l'exergue : artillerie, 
1746. 

Mercure de France, janvier 1746. 

CLXXIX [58i]. FIDES ASSEQUA lOVIS. 
Jupiter sur les nues, venant de foudroyer ses 
ennemis, qui gisent encore sur la terre, reçoit 



« que l'on donnoit ce sobriquet aux François. Elle se tient, cependant, 
« dans son enclos, dans une attitude ferme et intrépide. » 

La femme représentée dans cette devise n'y figure pas les Pays-Bas, 
mais bien la pucelle de Gand, avec son étendard, aux lettres 
S • P • Q • G., que Van Loon n'a pas lues. Nous ne pouvions pas ne 
pas faire cette rectification en passant ; mais le fait de la représentation 
du porc attaquant l'enclos de la pucelle n'en reste pas moins rigoureu- 
sement vrai . 



8o 

dans une coupe le nectar que lui verse Hébé. 
A l'exergue : chambre aux deniers, 1746. 

Mercure de France, janvier 1746. 

CXC [602]. TOT ACIES. Deux éléphants armés 
en guerre. A l'exergue : ordinaire des guerres, 
1747- 

Mercure de France, février 1747. 

CXCI [601]. PARATUS PONERE. « Jupiter 
sur un nuage, la foudre à la main ». A l'exergue : 
EXT. DES guerres, 1747 . 

CXCII [606]. SIC TUTATUR LILIA FUL- 

MEN. Tige de lis de jardin, à trois fleurs « défen- 
dues par un dragon vomissant des tourbillons de 
feu, et mettant en fuite un aigle, un léopard et un 
lion (i). » A l'exergue : artillerie, 1747. 
Revers du coin suivant : 

LOUIS CH • DE BOURBON C • D'EU DUC 
D'AUM • G • M • DE L'ART. Buste du comte 
d'Eu, tourné à droite. 

PI. II,fig. 3o. 

Le coin [606] est fort mal conservé, et tout à fait 
hors d'état de pouvoir servir. Pour le dessin du 
jeton, que nous donnons complet sur nos plan- 
ches, d'après un exemplaire de frappe ancienne, 
nous avons eu recours à la collection de M. Feu- 
ardent et à l'obligeance de son propriétaire. 

(1) Mercure de France , février 1747. 



I 

I 



8i 

Il ne serait pas impossible que des exemplaires, 
également anciens, fussent à l'effigie de Louis XV, 
au lieu de celle du comte d'Eu. 

Louis-Charles de Bourbon, comte d'Eu, duc 
d'Aumale, grand-maître de l'Artillerie de France, 
était fils du grand-maître précédent, qui était, 
comme on l'a vu, le comte de Toulouse. 

Dans la devise du jeton, l'aigle de l'Empire, 
qui y figure en compagnie du léopard des Anglais 
et du lion des Hollandais, fait allusion à l'empe- 
reur François P*", époux de la reine de Hongrie, 
qui se Tétait associé pour l'exercice du pouvoir 
souverain dans les Pays-Bas autrichiens. 

CXCIII [Suppléments reportés à V Inventaire en 1849; 
règne de Louis XV, n^ 26]. OCCITANIA IN LOCO 
PUGNiï: A REGE AUDIT A. Après la bataille de 
Lawfeld, Louis XV, debout sous sa tente, et repré- 
senté en costume d'empereur romain, reçoit de la 
province du Languedoc, sous la figure d'une 
femme agenouillée, un placet qu'elle lui présente. 
A l'exergue : lawfelt, 1747. 

PI. II, fig. 3i. 

Jeton des États de Languedoc. 

CXCIV [617]. QUO lUSSA TIMENTUR. «Plu- 
sieurs foudres en l'air, qui se dirigent de différents 
côtés ». A l'exergue : ordinaire des guerres, 1748. 

Mercure de France, février 1748. 

CXCV [618]. OPPOSITAS EVICIT MOLES. 



82 

« Un torrent qui, après avoir renversé une digue, 
inonde des campagnes. » A l'exergue : extraordi- 
naire DES GUERRES, I748. 

Mercure de France, février 1748. 

En 1744, Louis XV avait dit aux députés de 
la Hollande : « J'ai fait connaître assez long- 
temps mon inclination pour la paix; mais, plus 
j'ai différé de déclarer la guerre, moins j'en sus- 
pendrai les effets... (i) ». La devise de notre jeton 
de 1748 est évidemment là comme une image de 
la guerre, qu'on peut ne pas déclarer, mais dont il 
est bien difficile ensuite d'arrêter les ravages. 

CXCVI [623]. HUMANAS MOTURA TONI- 
TRUA MENTES. Une tour et d'autres fortifica- 
tions, à proximité de la mer, ébranlées par la 
foudre, qui les réduit en ruines. A l'exergue : 

ARTILLERIE, I748. 

Le jeton se frappait ordinairement à l'effigie du 
grand-maître, le comte d'Eu, comme celui que 
nous avons vu ci-dessus, à l'article CXCIL 

PI. III, fig. 32 (2). 

Il ne paraîtrait pas impossible que l'on rencon- 
trât, de ce jeton de l'Artillerie, des exemplaires en 
frappe ancienne à l'effigie du roi. 

(1) Voir, à l'année 1744, le Nouvel abrégé chronologique du 
président Hénault, continué par A.-E.-N. Des Odoards-Fantin, 
Paris, 1788. 

(2) La gravure du revers du jeton a en outre été donnée dans le 
Mercure de France, mois de février 1748. 



83 

Oùrartillerie française pour l'attaque des places 
avait eu particulièrement à donner, au cours des 
opérations militaires de 1747, c'est au siège de 
Berg-op-Zoom. La ville fut prise d'assaut le 
16 septembre, lorsque la brèche était à peine pra- 
ticable. Le siège, dirigé par le comte de Lowendal, 
avait duré deux mois. 

CXCVII [636]. PACATO ORBE QUIESCIT. 

« Hercule debout, appuyé sur sa massue, ses 
armes à ses pieds ». A l'exergue : ordinaire des 

GUERRES, 174g. 

Mercure de France, février 1749. 

CXCVIII [638]. CLAUSIT ET SERVAT. 
« Mars armé et debout, au-devant du temple de 
Janus fermé ». A l'exergue : extraordinaire des 

GUERRES, 1749. 

Mercure de France, février 1749. 

CXCIX [639]. MUTAT JOVIS ALES FULMEN 
OLIVA. Un aigle planant au-dessus du globe de 
la terre dont on n'aperçoit que la partie inférieure, 
et tenant une branche d'olivier. Sur la partie la 
plus en vue de ce globe, on lit : EUROPA. A 
l'exergue : artillerie, 1749. 

Mercure de France, février 1749. 

ce [635]. PAX IN VIRTUTE TUA. La Justice 
tenant en équilibre sur les bassins de sa balance, 
d'un côté la main de justice, et de l'autre le 
sceptre. A l'exergue : chambre aux deniers, 1749. 

Mercure de France, février 1749. 



84 

CCI [643]. AVIDiECONIUNGEREDEXTRAS. 
« La Paix et la Déesse des Arts s'avançant Tune 
vers Tautre, pour se donner la main. » A l'exergue : 

BATIMENS DU ROY, I749. 

Mercure de France, février 1749. 

CCII [Suppléments de V Inventaire afférents à 184g ; 
règne de Louis XV, n"" 27]. H^C META LABO- 
RUM. La province de Languedoc, avec la cou- 
ronne du comté sur la tête, couchée, entre deux 
lauriers, sur un amas d'armes et des drapeaux. A 
l'exergue : comit • occita • 174g. Cette inscription 
est coupée par une croix cléchée, empruntée aux 
armoiries de la province. 

A frapper avec cette effigie : 

LUDOVICUS XV CHRISTIANISS. Buste de 
Louis XV tourné à droite. Le roi est en cuirasse, 
et sur son épaule droite est passé le grand cordon 
de l'Ordre du Saint-Esprit. 

Jeton des États du Languedoc. 

CCIII [65o]. HIC POSUISSE JUVAT. « Un 
olivier auquel sont attachées la massue, les 
flèches et la peau du lion d'Hercule ». A l'exer- 
gue : EXTRAORDINAIRE DES GUERRES, I75o. 

Mercure de France, mars lySo. 

CCIV [64g]. JAM SATIS TERRUIT. Jupiter 
tenant son foudre abaissé. A l'exergue : ordinaire 

DES GUERRES, I75o. 

Mercure de France, mars lySo. 



85 

CCV [673]. PLACIDA POST FULMINA 
CURA. « Un aigle établissant son aire au haut 
d'un rocher. » A l'exergue : batimens du roy, 1750. 

Mercure de France, mars lySo. 

Les bienfaits de la paix, résultat du traité d'Aix- 
la-Chapelle, font encore le sujet des devises de 
plusieurs jetons, en 1751 et après. Nous ne les 
rapporterons pas, tant alors déjà, et chronologi- 
quement, on se trouvait éloigné des actes qui les 
avaient inspirées. 

La ville de Tournai, tombée au pouvoir de 
Louis XV en 1746, après la bataille de Fontenoy, 
était rentrée en 1748 sous la domination de la 
reine de Hongrie, Marie-Thérèse, en vertu des 
conditions de la paix rétablissant officiellement 
en de bons termes ces deux souverains. Cela rend 
explicable le fait suivant, sans néanmoins, le dé- 
gager de tout caractère singulier. 

Peut-être les Etats du Tournaisis se méfiaient- 
ils du talent de celui des Roettiers qui était alors 
graveur général des monnaies dans les Pays-Bas 
autrichiens. Toujours est-il que, s'étant décidés à 
renouveler leurs jetons, ce qui eut lieu, avons- 
nous des raisons de croire, en 1750 et I755, ce ne 
fut pas Roettiers qui fut chargé du soin de les 
exécuter. Les jetons furent frappés à la Monnaie 
des médailles, à Paris, sur des coins de tête (i) à 

(1) L'existence de ces deux coins nous a été obligeamment signalée 
par M. Caignard. Les jetons qu'ils ont servi à frapper, en argent et en 



86 

l'effigie de Marie-Thérèse, signés de Jean Duvivier, 
conservés encore aujourd'hui dans les galeries du 
Musée monétaire, et que nous plaçons ici, à l'ordre 
que leur assigne l'époque où ils ont été faits. 

CCVI (i). M • T • D • G • R • IMP • G • H • 

B • REG • A • A • D • BURG. {Maria Theresia, 
Dei gratta j Romanorum imper atrix, Germaniœ, Hun- 
gariœ, Bohemiœ regina, archiducissa Austriœ, ducissa 
Burgundiœ.) Tête de Marie-Thérèse dans de fortes 
dimensions, comme on le voit analogiquement 
sur les monnaies de cuivre qui se frappaient, à 
l'époque, dans les provinces austro-belges. L'im- 
pératrice-reine porte un diadème ; son cou est orné 
d'un collier à quatre rangs de perles. Au-dessous 
de l'effigie, les lettres d. v., initiales de du vivier ; 
de plus, dans la tranche du cou, la date lySo, en 
chiffres microscopiques. On lit, en outre, comme 
signature d'artiste, cette inscription gravée à la 
pointe, sur le pourtour extérieur du coin, ou carré : 

J. DU VIVIER F. 1750. 

Pour revers, le suivant : 

STATUS TORNACESII. La tour des armes de 

cuivre, sont d'ailleurs bien connus en Belgique, mais nous doutons 
qu'ils aient été publiés. V. Comte de Renesse, Mes loisirs, n»» aSôgS 
et 23694; C. PrcQUÉ, Cabinet de Coster, no» 8o3 à 8o5; P. Mailliet, 
Catalogue de vente de sa collection, en 1886, nos ^333^ ^3^5 g^ ^3^5 ^ 
(1) Ce coin n'est pas classé dans la série de ceux des jetons afférents 
au règne de Louis XV; il fait partie d'une série spéciale, où il porte 
le n» 22. 



87 

Tournai ou du Tournaisis, sommée d'une crosse 
et d'un casque et accompagnée de quatre gerbes 
de blé, deux de chaque côté (i). 

PI. III,fig. 33. 

CCVII [i3o5]. M • TH • D • G • R • IMP • 
G • H • B • REG • A • A • D • BURG. 
Buste de Marie-Thérèse, aux formes amples, la 
tête très ornée. Au-dessous du buste, la signature 
DU vivier; la date lySS, en chiffres microsco- 
piques, se remarque dans les plis du vêtement. On 
trouve, de plus sur le pourtour extérieur du coin, 
cette inscription gravée : j. duvivier f, 1755. 

Le coin du revers est le même qu'au n° CCVI. 

PI. III, fig. 34. 

Deux Duvivier, tous deux fort bons graveurs, 
ont très longtemps travaillé à Paris, pour la Mon- 
naie des médailles : le père, Jean, originaire de 
Liège, qui mourut en 1761, âgé, disent ses bio- 
graphes, de soixante quatorze ans, et le fils, 
Pierre-Simon-Benjamin, né en 1728, décédé en ce 
siècle-ci. En 1760 et I755, Jean Duvivier travail- 
lait encore ; il est constant, par la signature d'ar- 
tiste gravée à l'extérieur des deux coins à l'effigie 
de Marie - Thérèse décrits ci-dessus, que ces deux 
coins sont bien de lui. 

(1) Ce coin de revers existe bien aussi au Musée monétaire; mais 
nous n'avons pas pu lui assigner ici de numéro, pour le règne de 
Louis XV, parce que, à l'Inventaire de i83o, il avait été porté par 
erreur parmi ceux du règne de Louis XVI. Voir plus loin à 
l'article CGXII. 



88 

Les trois coins qu'il nous reste à enregistrer 
pour le règne de Louis XV, classés dans l'Inven- 
taire à ce règne, sont portés parmi ceux dont on 
ignore l'époque d'exécution. 

CCVIII [939] LES EST ATS DE CAMBRAY 
ET DU CAMBRESIS. Armes de Cambrai. 

[930]. Même sujet. 

Revue belge de numismatique, 1886, 
pp. 327 et 328, et pi. XIII, fig. 5 
à 7 ; article de V. Delattre. 

CCIX [931]. CIVITAS CAMERACENSIS. 

Armes de la ville de Cambrai. 

Revue belge de numismatique, comme 
à l'article CCVIII, pp. 3i8 et 319; 
pi. XII, fig. 1 à 3. 

CCX [932]. COMITIA ARTESIiE. Armes du 
Comté d'Artois, dans un écu de forme ovale, avec 
supports, etc. Les attributs des trois Ordres sont 
placés en cimier dans la couronne de l'écu. 

Revue belge de numismatique, i863, 
pi. II ; revers des fig. 8 à 12 . 

Jeton des États d'Artois. 

Des données, malheureusement vagues, qu'a pu 
recueillir L. Deschamps de Pas (i), il résulterait 
que les jetons de ces mêmes États au type de 
l'écu en ovale n'auraient guère été frappés au-delà 
de 1748. 

On conserve, au Musée monétaire, les coins de 

(1) Revue belge de numismatique, i863, pp. 1 1 à 14. 



89 

plusieurs jetons au nom et aux armes du comte 
d'Artois, le futur Charles X, ainsi que de la com- 
tesse d'Artois, sa femme. 

Charles X, à sa naissance, le g octobre 1757, avait 
reçu de son aïeul, Louis XV, le titre de comte 
d'Artois; mais, à vrai dire, les jetons qui ont été 
frappés par la suite, pour sa maison ou pour la 
maison de sa femme, Marie-Thérèse de Savoie, 
n'ont rien eu de commun avec l'Artois que le 
nom. Aussi n'avons-nous pas vu de nécessité à 
les comprendre dans notre liste. Les curieux en 
trouveront la figure, n°^ 22 à 27, sur la planche IV 
de la Revue belge de numismatique, année i863, 
planche accompagnant un mémoire de M. L. Des- 
champs de Pas. Nous ferons seulement remarquer 
que le n° 26, qui doit être quelque exemplaire en 
frappe moderne et qui présente, au revers, l'ins- 
cription JETTON DE MADAME LA COM- 
TESSE D'ARTOIS, 1773, porte, au droit, des 
armes accolées dont l'ensemble ne se rapporte pas 
à cette princesse, pour ce qui est de l'écu du mari, 
mais bien à la comtesse de Provence, de la mai- 
son de Savoie comme la comtesse d'Artois, et 
femme du futur Louis XVIII (i). Il y a eu là une 
confusion de coins à laquelle il convient de mettre 
un terme. Nous dirons donc, pour ce qui concerne 



(0 Celui-ci, quand il était comte de Provence, avait épousé, le 
14 mai 1771, Marie-Joséphine-Louise de Savoie, fille aînée du roi de 
Sardaigne, Victor- Amédée III. 

Année 1892. 7 



90 

le jeton représenté sous le n° 26, dans les planches 
du mémoire de Desçhamps de Pas, que les armes 
qui y figurent, dans l'écu dont celui de Savoie est 
accompagné à dextre,sont de France, à la bordure 
engreUe de gueules. Ces armes sont bien celles dont 
avait été pourvu le comte de Provence, comme 
apanage du duché de Berri. Les armes du comte 
d'Artois, son frère, étaient de France, à la bordure 
crénelée de gueules, comme on les voit sur le jeton 
n° 27 dans les planches citées, ainsi, d'ailleurs, 
que sur les n°^ 22, 24 et 25. Le JETTON DE 
MADAME LA COMTESSE D'ARTOIS, 1773, en 
exemplaire régulier, est le n° 27. 



91 



Troisième partie de l'Inventaire de 1830. Règne de Louis XVI. 



Cette portion de l'Inventaire ne nous a fourni 
que deux articles; encore le second n'y a-t-il été 
compris que par erreur. 

CCXI [8i]. CONSILIUM VALENCENENSE, 
1785. Les armes de la ville de Valenciennes. 

Ce jeton du Magistrat de Valenciennes se frap- 
pait à l'effigie de Louis XVL Sur les exemplaires 
du temps (i), l'effigie consiste, tantôt en la tête 
du roi, simplement, tantôt dans le buste habillé. 

CCXII [i56]. STATUS TORNACESIL La tour 
des armes de Tournai, avec les insignes des trois 
ordres. 

Ce coin ne figure ici que pour mémoire, attendu 
que c'est par méprise, ainsi que nous l'avons dit, 
qu'il a été porté parmi ceux du règne de Louis XVL 
Il a été gravé pour la frappe des jetons que les 
États du Tournaisis ont fait faire, en lySo et i755, 
après la rentrée de leur pays sous la domination 
de l'impératrice-reine, Marie-Thérèse. Voir ci- 
dessus, aux articles CCVI et CCVII. 

(1) Collection de M. Ratel-Hécart, à Valenciennes. 



92 



Quatrième partie de l'Inventaire de 1830. 



On sait déjà que cette partie comprend les coins 
des jetons à pans, et aussi ceux des jetons de forme 
ronde dont la frappe avait lieu avec l'aide de la 
virole. C'est par le peu que nous allons avoir à en 
tirer que nous terminerons notre mémoire. 

JETONS A PANS (i). 

CCVIII [I]. SERVATI PRi^MIA fREGIS. 
Armes de la famille de Soissons-Moreuil : d'azttr, 
semé de fleurs de lis d'or, au lion issant d'argent. 

Pour revers, le suivant : 

[2]. Une bataille. Sur le devant, on voit deux 
cavaliers, la lance en arrêt, et, entre eux un 
cheval tué et renversé sur son cavalier. A l'exer- 
gue : 1214. 

A propos des coins dont il s'agit ici, on lit à 
l'Inventaire la note suivante : « Ces armes furent 
données au seigneur de cette maison par Philippe- 
Auguste, en reconnaissance du service important 
qu'il lui rendit à la bataille de Bouvines, en 1214, 
où il dégagea ce prince qui avait eu son cheval 
tué sous lui et était tombé au plus fort de la 
mêlée. » 

(i) Ces jetons, généralement, sont de forme octogonale. 



93 

On peut voir au tome XIV du Dictionnaire de la 
Noblesse, par de La Chesnaye des Bois et Badier, 
un article fort louangeur, et probablement de com- 
mande, concernant la maison de « Moreuil-Sois- 
sons », qu'on y dit être Tune des plus grandes et 
des plus illustres de France, issue en ligne droite 
et masculine, de l'empereur Charlemagne. La 
généalogie, avec plusieurs substitutions, se pour- 
suit jusqu'à Alphonse de Moreuil, dit le comte 
de Moreuil, premier écuyer du princede Condé, etc. 
Notre jeton CCXIII pourrait bien avoir dû l'exis- 
tence à ce personnage, qui vivait encore vers la 
fin du xvii^ siècle, et peut-être même dans les 
premières années du xvIII^ 

CCXIV [70J, Écu en cartouche et de forme 
ovale, aux armes du marquis de Bonac, qui sont : 
Ecartelé; au ly de gueules au lion d'argent; au 2 et 
au 3, d'azur au roc d'échiquier d'or, la traverse de 
sable ; au 4, d'or à trois pals de gueules. L'écu est 
sommé de la couronne de marquis et entouré 
du collier de l'ordre de Saint- André de Russie. 

Pour revers, le coin suivant : 

[69]. Inscription : LE MARQUIS DE BONNAC, 
AMBASSADEUR DU ROY EN HOLLANDE, 
1751. 

PI. III, fig. 35. 

François-Armand d'Usson, marquis de Bonaç, 
était fils d'un diplomate célèbre et ne manquait 
pas lui-même de talent dans la diplomatie. On 



94 

peut consulter, en ce qui le concerne, le Diction- 
naire de la Noblesse, par de La Chesnaye des Bois 
et Badier. Louis XV le nomma son ambassadeur 
à La Haye, le ii novembre 1751. L'honorable 
marquis était, depuis 1738, chevalier de l'ordre de 
Saint- André de Russie. 

CCXV [i38]. Écu aux armes de Le Fèvre de 
Caumartin : d'azur, à cinq tringles d'argent. 
Pour revers, le coin suivant : 

[137]. Inscription : ANT. LOU. FR. LEFE- 
VRE DE CAUMARTIN, M^ DES REQ^es, IW 
DES TROIS EVECH. EN 1754, DE FLANDRE 
ET ARTOIS EN 1756. 

C'est-à-dire : Antoine-Louis-François Le Fèvre 
de Caumartin, maître des Requêtes, intendant des 
TroiS'Evêchés en 1764, de Flandre et Artois en 1756. 

CCXVI [263]. Sur une sorte de console ou de 
chapiteau orné de feuilles d'acanthe, les insignes 
héraldiques de Sir James Harris, dont les armes, 
telles qu'elles sont représentées étaient d'azur, au 
chevron d'or, semé de mouchetures d'hermine de sable, 
accompagné de trois porcs-épics d'or (i). Ces armes 
sont dans un écu ovale, bordé d'un ruban portant 
les mots TRIA JUNCTA IN UNO, qui sont la 
devise de l'ordre du Bain. La devise de famille, 
UBIQUE PATRIAM REMINISCI, se lit sur le 

(1) KiETSTAP, Armoriai général, Gouda, 1884. 



95 
rebord du chapiteau. Les deux cerfs mis en 
supports aux côtés de l'écu portent chacun, sur 
l'épaule, une molette d'éperon. Le casque posé 
de face au-dessus de l'écu a pour cimier un porc- 
épic. Le coin est signé, au bas : LORTHIOR F. 
Pour revers, le coin suivant : 

[262]. Inscription précédée et suivie de fleurons 
et d'autres enjolivements : JETTON DE SIR 
JAMES HARRIS CHER £>£ l'ORD. DU BAIN 
DU CONS • PR • DE SA MAJ. BRIT. ET SON 
MIN • PLEN • PRES LES E. G. DES P. U., 
1786. — C'est-à-dire : Jetton de Sir James Harris, 
chevalier de V ordre du Bain, du Conseil privé de 
Sa Majesté Britannique, et son Ministre plénipoten- 
tiaire près les Etats Généraux des Provinces-Unies 
des Pays-Bas, 1786. 

PI. III, fig. 36. 

Le diplomate anglais dont il est ici question 
avait été appelé à La Haye en 1783. Il est plus 
connu sous les titres de baron et de comte 
de Malmesbury , qui lui furent successivement 
octroyés, le premier en 1788, et le second en 1800. 

Pour ce qui est du jeton que le même diplomate 
s'est fait graver en France, il n'est rien, jus- 
qu'aux plus menus détails, qui n'y ait été traité 
avec une délicatesse de goût et un fini remar- 
quables. Ce jeton ne peut assurément que faire 
honneur au talent de Lorthior. 



96 

CCXVII [272]. LES ÉTATS DE CAMBRAI 
ET DU CAMBRÉSIS. L'aigle impériale ayant 
en cœur l'écu du Cambrésis, d'argent à trois lions 
de sable. 

Revue belge de numismatique, année 
1886, pi. XIV, fig. 3 à 6, pp. 33o 
et 33 1, art. de V. Delattre. 

Les quatre jetons octogones des États de Cam- 
brai et du Cambrésis, publiés par V. Delattre, sont 
tous à l'effigie de Louis XVI, diff"érente pour 
chacun de ces quatre jetons. 

JETONS RONDS, A FRAPPER EN VIROLE. 

CCXVIII [452]. TOTUS MIHI PERVIUS OR- 
BIS. Vaisseau voguant à pleines voiles, avec 
pavillon aux armes de Lille. A l'exergue : insti- 

TUTO MERCATORUM COLLEGIO INSULIS, l'JlS. 

Ed. Van Hende , Numismatique 
lilloise, no 490. 

Jeton-médaille de la Chambre de commerce 
de Lille, créée en 1714, installée en 1715. 

Nous ne saurions dire si le millésime I7i5, 
exprimé sur le jeton, indique quand celui-ci a 
été fait, ou bien si cette pièce, tout en rappelant 
la date' de l'institution, n'aurait pas été gravée 
plus tard. 

Le jeton, tel qu'il est figuré dans la Numisma- 
tique lilloise, nous donne l'effigie, en buste, de 
Louis XV dans la force de l'âge , légende : 
LOUIS XV ROY TRES CHRÉTIEN. On le 



97 
frappait en argent, et aussi en or. En i858, 
M. Van Hende n'en connaissait encore que deux 
exemplaires, tous deux en or, et qui, bien que 
portant au droit Timage de Louis XV, n'avaient 
été décernés à d'anciens directeurs de la Chambre, 
en reconnaissance de leurs services, que sous le 
règne de Louis XVL 

CCXIX [454]. GUILL. DUBOIS S • R • E • 
CARD • PRIM • REGNI ADMINISTER. Buste 
du Cardinal Dubois. 

Pour revers, le suivant : 

[455]. Inscription : ARCHIEPISC • ET PRIN- 
CEPS CAMERACI, NATUS AN° M. DC • LVI, 
OBIIT AN° M • DCC • XXIII. 

Ch. Robert, Numismatique de Cam- 
brai, pi. XLIX, fig. 2. 

Le Cardinal Dubois ne figure ici que pour celle 
de ses qualifications dont il était peut-être le 
moins digne. Il avait succédé à Fénélon, comme 
archevêque de Cambrai, en 1720. 

J. ROUYER. 



98 



ETTJIDE 



La Grèce n'a pas connu les tours à réduire ni les 
puissantes presses monétaires de nos jours ; elle a 
gravé ses coins à la main et frappé ses monnaies 
au marteau, sur des coins de bronze, dit-on, ainsi 
qu'on le voit sur un denier de T. Carisius et une 
monnaie de cuivre de Paestum. 

Sur quoi se fonde-t-on pour affirmer que les 
coins des Grecs étaient de bronze, alors qu'aucun 
n'est parvenu jusqu'à nous, et que les textes man- 
quent ? Sur ce qu'il existe dans les collections 
quatre coins gaulois, qui sont de bronze ou de 
fer — nous soulignons — et qu'il est connu que 
les Gaulois furent des disciples et des imitateurs 
des Grecs. 

Voilà, croyons- nous, le meilleur argument 
fourni? Est-il concluant? Nous le trouvons con- 
traire à la thèse. Qu'on veuille bien se rappeler 
que nous avons souligné le moi fer. 

L'idée de devoir admettre, faute de mieux, que 
les monnaies anciennes aient été frappées au 



99 
moyen de coins de bronze, matière flexible, a 
tellement troublé la conscience de quelques 
auteurs, qu'ils n'ont pas hésité à prétendre que 
les anciens connaissaient le secret de tremper le 
bronze ! Pauvres gens ! obligés d'invoquer des 
mystères, lorsqu'ils sont impuissants à asseoir 
la vérité sur des bases solides ! 

On ne pourrait méconnaître qu'en ces temps 
reculés les arts et les métiers pratiquaient l'emploi 
des outils destinés à façonner les matières dures : 
les sculpteurs maniaient des ciseaux pour tailler 
le porphyre plus dur que le marbre ; ils avaient 
des outils acérés pour graver les hiéroglyphes. 
Serait-ce avec des ciseaux et des gouges de bronze 
que fut coupée cette admirable image du Cheik- 
el-Bebel, un des chefs de corvée qui construi- 
sirent la grande pyramide? De quel métal étaient 
faites les limes et les cisailles des orfèvres ? Et les 
forets, les scies, les marteaux et tous les instru- 
ments servant à percer et à diviser le bois, la 
pierre et les métaux, croit-on qu'ils fussent de 
bronze ? 

L'Antiquité pratiquait donc l'usage de l'acier, 
et ses bijoux témoignent de l'existence du burin. 

Si l'on peut conjecturer que le burin a tracé les 
premiers coins des monnaies primitives grossières 
des Grecs, il faut bien reconnaître que les beaux 
documents proviennent de coins gravés au touret 
du graveur en pierres fines. La preuve en est 
fournie manifestement par la monnaie même. 



100 



I 



Le touret était l'instrument de gravure indis- 
pensable à cette époque; il était universellement 
répandu, il régnait en maître. Le burin eût été 
impuissant pour creuser les pierres précieuses : 
le diamant seul pouvait avoir raison de la dureté 
des pierres fines et des gemmes. Nous verrons 
bientôt comment cela se pratiquait. 

Qui ne sait quelle innombrable quantité de 
pierres gravées antiques les collections du monde 
entier recèlent dans leurs vitrines, où on les garde 
avec des soins jaloux. Les pierres précieuses 
entraient dans tous les besoins de la société; 
elles étaient mises au rang des ornements indis- 
pensables. On en para les statues des dieux ; les 
femmes les firent entrer dans leur toilette; les 
hommes chargèrent de bagues tous les doigts de 
leurs mains, et lorsque leurs doigts n'en purent 
plus mettre, ils firent sertir plusieurs pierres dans 
leurs bagues, pour pouvoir en porter un plus 
grand nombre. 

Les graveurs en pierres fines étaient donc nom- 
breux en ces temps lointains. Le nom de quelques- 
uns résistera à l'oubli des siècles aussi longtemps 
que leurs œuvres impérissables. Quoi de plus 
naturel, par conséquent, lorsque la monnaie fiât 
inventée, que d'en faire graver les coins par les 
graveurs en pierres fines ? 

Arrêtons-nous un moment à l'outil de ces 
artistes : le touret. Mariette l'a figuré et décrit dans 
son Traité des pierres gravées, t. I", p. 207. 



lOI 



C'est un petit tour assez semblable à ceux que 
tout le monde connaît : un établi sur quatre pieds 
entre lesquels tourne un petit volant que l'artiste 
assis met en mouvement au moyen d'une pédale. 
Au-deSvSus de la table, fonctionne une petite poulie 
montée sur un arbre creux, à la vitesse d'environ 
deux mille tours à la minute, actionnée par une 
corde venant du volant. Dans le creux conique de 
l'arbre s'introduisent les outils qui opèrent la gra- 
vure. On les fait tn fer doux. Ils présentent à leur 
extrémité libre amincie un petit renflement, sur 
lequel le graveur dépose un peu de poudre de dia- 
mant humecté d'huile ; cette poudre se fixe dans le 
fer doux aussitôt que l'outil tourne sur la pierre, de 
sorte qu'à ce moment l'outil fait l'office d'une 
véritable petite meule de diamant usant la pierre. 
Plusieurs auteurs enseignent que ces outils, que 
nous disons de fer doux, sont faits d'acier trempé 
très dur. C'est une erreur capitale. S'ils étaient 
d'acier trempé, ils ne retiendraient pas la poudre 
de diamant dans leurs pores, ils ne mordraient 
pas. Cette observation, sur laquelle nous insis- 
tons, a une très grande portée pour la question 
que nous traitons. On en comprendra bientôt 
toute l'importance. 

Lorsque le graveur veut opérer, il met la pierre 
en contact avec l'outil : celui-ci tournant sur 
lui-même toujours dans le même plan, c'est la 
pierre qui doit être mue entre les doigts, afin 
qu'elle présente à l'outil les parties qui doivent 



102 



être usées pour produire le sujet qu'on veut 
graver. Certains de ces outils sont tellement fins, 
qu'on les distingue à peine, et si fins qu'ils soient, 
tous sont portés par une tige plus mince encore. 
L'artivSte doit posséder un toucher extrêmement 
délicat pour ne pas les rompre lorsqu'il en 
approche la pierre. Le danger de les rompre étant 
déjà grand lorsque le graveur ne tient entre les 
doigts qu'un objet léger, qu'adviendra-t-il lorsque 
cet objet aura le poids de certains coins moné- 
taires ? 

Cependant, c'est incontestablement par la pra- 
tique des procédés que nous venons de décrire 
que furent produits, pendant longtemps, nombre 
de coins de la monnaie antique. 

Nous avons voulu nous rendre compte par 
nous-mêmes d'un travail de ce genre, en gravant 
au touret du graveur en pierres fines une matrice 
imitée d'une monnaie ancienne. 

Nous avons préparé à cet effet un petit coin 
léger de bronze, facile à approcher des outils. 
Nous nous mettons à la besogne. L'outil s'en- 
fonce légèrement dans le bronze, il mord... le 
sillon s'allonge... oui; mais voilà que nous reve- 
nons en arrière sur la première poussée, et l'outil 
cesse de mordre!... nous y déposons plus de dia- 
mant... peine inutile; l'outil n'entre plus davan- 
tage dans le bronze. Plus nous lui fournissons de 
diamant, moins il pénètre, car il se déforme : au 
lieu de mordre, il est mordu lui-même ! 



io3 

Nous reprenons le même travail sur un coin de 
fer. Même insuccès ! 

Faut-il avouer notre dépit ? 

Nous nous mîmes à réfléchir à notre décon- 
venue. Bronze et fer furent examinés à la loupe, 
tournés et retournés en tous sens... Soudain la 
lumière se fit !... Nous prîmes un morceau d'acier 
trempé dur, le plus dur qui nous tomba sous la 
main, et nous le présentâmes à l'outil qui avait 
refusé d'entrer dans le bronze et le fer, et cette 
fois l'outil de fer doux pénétra dans l'acier durci 
par la trempe comme dans une agathe ! 

Si nous avions réfléchi à notre entreprise avant 
de nous y engager, nous aurions pu prévoir notre 
échec. En effet, le diamant, si on le roule entre 
deux métaux, s'implantera toujours dans celui 
des deux qui est le plus tendre. Or, le bronze 
étant plus doux que le fer de notre outil, il s'est 
approprié tout le diamant. Le coin de fer étant, 
lui, du fer comme celui de notre outil, le dia- 
mant s'est réparti sur les deux : l'outil a tourné 
diamant sur diamant, sans entrer dans le coin 
qu'il eût dû creuser. Mais lorsqu'il a eu devant 
lui de l'acier trempé, l'outil a gardé tout le 
diamant pour attaquer victorieusement l'acier. 
Voilà pourquoi notre expérience de gravure n'a 
réussi que sur de l'acier préalablement durci par 
la trempe. Nous avons exécuté par ce moyen, 
avec un plein succès, la matrice en imitation 
d'une monnaie ancienne, que nous nous étions 



104 

d'abord proposé de graver sur du bronze. 

Il ressort de cette expérience, qui est peut-être 
une révélation — et c'est un point à retenir pour 
juger de la fabrication des coins monétaires de 
l'Antiquité — que le monde grec a été parfaite- 
ment en mesure de frapper ses monnaies avec des 
coins d'acier, à condition d'exécuter la gravure 
comme nous l'avons faite. Les auteurs ont signalé 
l'existence de matrices d'acier trempé encastrées 
dans un bloc de bronze ou de fer; mais ils les 
attribuent au i^'' et au ii^ siècle de notre ère. Il est 
permis de croire qu'il en a existé avant celles-ci 
d'autres de la même nature. 

Il existe toutefois des coins monétaires de 
l'ancien régime qui sont entièrement de bronze ; 
par quels procédés les aurait-on fabriqués, puis- 
qu'il semble résulter de nos expériences que le 
bronze et le fer ne sont pas susceptibles de rece- 
voir le travail du touret ? 

S'il n'ont pas été gravés au burin, on a pu fabri- 
quer ceux de bronze par la fonte. 

Entrons, pour nous instruire, dans l'atelier d'un 
orfèvre d'Athènes : il a reçu la commande d'une 
émission de monnaie frappée ; il se propose de 
l'exécuter au moyen de coins de bronze. 

L'orfèvre n'est pas graveur. Il fera graver les 
types par un spécialiste sur pierres fines. Il cimen- 
tera ensuite chaque type sur ce qu'il nomme un 
modèle^ fait en bois, plâtre ou autre matière, destiné 
à la fonte et taillé selon la forme que devra affecter 



io5 

le coin pour répondre au service de la frappe. 
Il fera mouler ce modèle en terre ou en argile, 
commeil est d'usage de le faire pour toute fonte à la 
coulée. Tout étant prêt, le bronze en fusion sera 
précipité dans le moule, qu'il remplira et au-delà. 

Si l'opération a été conduite avec discernement, 
si le sable ou l'argile a été choisi pur et fin, le 
coin de bronze sortira du moule en reproduisant 
toute la finesse de la gravure originale. Admettons 
cependant qu'il faille revenir sur la gravure, qu'on 
doive la retoucher ; la retouche ne serait ni diffi- 
cile ni longue à faire : 

Un petit poinçon à bout arrondi — la perle — 
revivifierait le grènetis par un petit coup de mar- 
teau appliqué sur la tête ; 

Si le poids du coin ne permettait pas de le mettre 
sous l'outil du touret, la gravure pourrait être 
promptement nettoyée avec des ciselets ou au 
moyen d'un diamant monté sur un petit bâton 
comme la lance de silex des hommes primitifs ; 
avec des burins peut-être, mais sûrement avec 
un peu de poudre de diamant au bout d'une tige 
de cuivre humectée d'huile ; avec l'un ou l'autre 
ou plusieurs de ces moyens. Parfois la fonte sera 
tellement parfaite, qu'il suffira de présenter la gra- 
vure à la brosse-polissoir tournant sur le touret, 
pour la mettre en état de servir à la frappe. 

Voilà le coin de bronze terminé ! Lorsqu'il sera 
usé, l'orfèvre en prendra un autre fabriqué de la 
même manière. 

Année 1892. 8 



io6 

Ainsi s'achèvera la commande. 

M. Lenormand, dans Monnaies et Médailles, 
assure qu'on possède en originaux des coins 
romains du i" et du ii^ siècle de notre ère, dont la 
plupart se composent d'une matrice gravée en 
acier trempé, encastrée dans un cône tronqué ou 
dans une sorte de barillet en bronze ou en fer. 
Il dit aussi que, depuis les premiers temps du 
monnayage jusqu'au v® siècle de l'ère chrétienne, 
tous les coins ont été gravés au touret, par le pro- 
cédé dont usent encore aujourd'hui les graveurs en 
pierres fines. Pendant le v^ siècle et même un peu 
avant, ajoute-t-il, sous la domination des princes 
de la famille des Constantin, les procédés chan- 
gèrent. A partir de ce moment, les pièces ont été 
frappées à froid, avec des coins gravés au burin. 

Il ne serait peut-être pas prudent de prendre 
rigoureusement cette affirmation à la lettre. Douze 
siècles séparent les Constantin de l'apparition de 
la première monnaie. Ce serait mal connaître le 
génie humain que d'accepter que la gravure au 
burin fût restée stationnaire pendant ce long 
espace de temps, alors que toutes les autres 
branches des arts, des sciences et de la littérature 
prospéraient. Rien ne vient de rien. Lorsque la 
gravure au burin a remplacé celle au touret, c'est 
que le burin, impuissant à la naissance de la 
monnaie, avait eu le temps de s'affermir et, à la 
fin, avait acquis assez de force pour supplanter 
son aînée. 



Il peut être admis comme certain que, pendant 
longtemps, le touret effectua la majeure partie de 
la besogne, si même il ne l'accomplit pas en 
totalité. Nous croyons cependant que plus d'une 
fois le ciselet et le burin ont pris part au travail. 
Les coins d'acier, cependant, sont restés pendant 
de longues années tributaires du touret. Nous 
nous figurons mal les Kimôn et les Evainetos gra- 
vant leurs Pentêkontalitra sur une matière qui 
ne fût pas l'acier. On ne s'imaginera pas, nous 
l'espérons, que la gravure au touret d'une paire 
de coins d'acier fût une œuvre de Cyclope ? Elle 
exigeait juste le temps qu'il fallait pour faire la 
même gravure sur des agathes. 

Une paire de coins d'acier trempé pouvait 
fournir un bien plus grand nombre de frappes que 
ceux en bronze. Sait-on combien d'exemplaires 
livrent en moyenne nos coins modernes ? Trente- 
cinq mille. Quelques-uns vont jusqu'à cinquante 
mille, d'autres crèvent avant d'avoir atteint la 
moyenne. Remarquons que, si nos aciers sont de 
qualité supérieure, le jeu de la presse monétaire 
mécanique exige que la matrice soit portée par un 
col droit relativement long, du même calibre que 
la monnaie, ce qui expose à la casse. Un coin 
d'acier du système ancien avait un diamètre 
beaucoup plus grand que la monnaie; il était 
d'ailleurs enchâssé dans un bloc de bronze ou 
de fer, qui le soutenait partout et qu'on pouvait 
renouveler si cette chape crevait ou se couronnait 



io8 

trop. Nous ne voyons pas en quoi un bon coin 
antique d'acier eût été considérablement inférieur 
à ceux de notre époque, ni pour quel motif les 
artistes de mérite eussent tardé à graver leurs 
œuvres sur de l'acier. 

Pour les cas de frappe précipitée, si l'on n'avait 
pas plusieurs graveurs à la fois sous la main, les 
coins de bronze ont pu suffire, multipliés par la 
fonte et retouchés à la hâte. Le débit par ce 
moyen pouvait être énorme. Rien ne prouve du 
reste qu'on n'ait pas gravé des coins au burin, 
comme les bagues de fer que le peuple portait en 
abondance. Gravés au burin, les coins de bronze 
eussent été meilleurs que fondus, puisqu'il était 
possible de les écrouir avant la gravure. 

L'existence de coins monétaires d'acier a donc 
été déjà constatée pour des temps relativement 
rapprochés de nous. On en cite aussi des Gaulois, 
ces imitateurs des procédés des Grecs, lesquels 
coins sont de fer. Nous avons rapporté le fait. Ce fer 
ne serait-il pas plutôt de l'acier ? Car si ces coins 
connus des Gaulois sont réellement de fer, il 
faudrait en conclure, que l'emploi des burins pour 
la gravure de la monnaie remonte à une antiquité 
beaucoup plus reculée qu'on a pu le supposer, 
puisque le fer ne peut pas être gravé au touret. 

Est-il possible, dans l'état actuel de nos 
connaivssances, de préciser plus exactement 
l'époque de l'introduction de l'acier dans le mon- 
nayage grec? Peut-être. 



109 

Reportons-nous, pour ces recherches, à l'origine 
de la monnaie. Examinons le statère primitif des 
rois de Lydie, à l'empreinte des trois poinçons. 

Voilà bien trois marques enfoncées dans le 
lingot à coups de marteau, l'une après l'autre, 
ainsi qu'on le fait encore de nos jours pour 
poinçonner les poids et mesures. 

Sur quel métal étaient gravés ces trois poinçons? 
sur du bronze? Personne n'oserait l'affirmer. Le 
bronze, quelque dur qu'il pût être, n'eût jamais 
résisté à un travail de cette importance. On ne 
pouvait pas se mettre dans l'obligation de renou- 
veler les poinçons tous les quarts d'heure. N'est-il 
pas plus rationnel de reconnaître qu'ils étaient 
d'acier ? Les marques sont encore assez claires pour 
nous permettre de certifier que les poinçons ont été 
gravés au touret. Faits en acier, la fabrication en 
était facile et prompte, et ce n'est pas exagérer de 
prétendre qu'ils pouvaient en cet état, étant bien 
construits, fournir environ cent mille poinçon- 
nages. La mise au rebut de tels poinçons ne pou- 
vait dépendre que de l'usure qu'ils éprouvaient 
par le frottement sur le lingot d'argent. 

Cela étant, nous trouverions donc l'acier en 
œuvre pour la monnaie, dès la frappe de la pre- 
mière pièce. 

Qu'on ne perde pas de vue, qu'à l'apparition de 
la monnaie, la ciselure était déjà un art accompli. 
Pour lever une figure ou un ornement dans une 
feuille de métal, en la repoussant devant et der- 



10 



ri ère, pour en faire ressortir le sujet, le ciseleur 
emploie des instruments durs, qui sont des tiges 
d'acier façonnées à l'un des bouts, de manière à 
produire, en les promenant à petits "coups de 
marteau sur la feuille métallique, l'ouvrage qu'on 
a en vue de faire. Du procédé de la ciselure à celui 
du poinçonnage des statères des rois de Lydie, il 
n'y avait donc guère de distance. 

Cette première rencontre de l'acier dans le 
domaine du monnayage antique n'est pas la seule 
que nous ayons faite. Nous trouvons dans Mon- 
naies et médailles une reproduction phototypique 
— que ne les fait-on toutes de cette manière — 
une reproduction phototypique d'une monnaie 
d'argent de Methyma, sur laquelle nous remar- 
quons la trace d'une nouvelle application de 
l'acier. Le revers de la pièce a été frappé sur un 
carré en saillie, portant, gravé en creux, le buste 
d'Athéné. Le carré est bordé d'un grènetis placé 
si près du bord, qui est à angle droit, qu'une partie 
en a éclaté. 

Nous disons que ce carré était d'acier ! 

S'il avait été de bronze, la cassure présenterait 
un autre aspect : la partie endommagée laisserait 
voir un arrachement, tandis que c'est un éclat 
qu'on constate. Il faut même que l'acier ait été 
trempé assez dur ; car s'il avait été durci modéré- 
ment, la partie manquante aurait pu s'affaisser 
avant de casser. 

Nous avons une troisième preuve de l'emploi 



1 1 1 



de l'acier dans le monnayage antique : nous avons 
eu la chance de découvrir, dans une collection 
privée, une monnaie d'argent dont le nom nous 
échappe, mais laquelle est du iii^ siècle avant 
l'ère chrétienne ; elle avait été frappée par une 
matrice brisée en trois morceaux. Une ligne droite 
allant d'un bord de la pièce à l'autre dénonce 
qu'un tiers s'en est détaché ; une autre ligne 
droite, perpendiculaire à la première, marque à 
son tour la rupture de ce tiers par le milieu. Ces 
trois morceaux étaient restés intimement joints; 
d'où la conclusion, que la matrice avait été 
solidement emprisonnée dans son enveloppe, 
mais qu'elle n*y touchait pas par le fond, ou que 
le bloc qui la contenait avait lui-même cédé par 
la pression. 

Si nous rapprochons ces premiers indices, qui 
seront probablement bientôt suivis d'autres, de la 
certitude qu'il existe des coins dont la matrice est 
d'acier trempé; si l'on se rapporte à notre expé- 
rience sur la gravure au touret du bronze, du fer 
et de l'acier durci par la trempe, laquelle prouve 
que le monde grec a été en état de produire des 
coins d'acier dès les premiers temps du mon- 
nayage, nous serons amenés à admettre que la 
matrice d'acier a rempli, dans la fabrication de la 
monnaie et des médailles de l'antiquité, un rôle 
bien plus prépondérant qu'on ne l'a supposé jus- 
qu'à ce jour. 



I 



1 12 



Arrêtons-nous maintenant à la frappe. Nous 
savons qu'elle était faite au marteau. 

Remarquons que, s'il fut facile de frapper une 
monnaie ne portant empreinte que d'un seul côté, 
il n'en était plus de même lorsqu'il fallut apposer 
la marque des deux côtés à la fois. Les artistes 
préposés à la fabrication de la monnaie ont pro- 
bablement cherché de bonne heure un moyen 
efficace et mécanique de conduire promptement 
l'un des coins au-dessus de l'autre, en parfaite 
coïncidence. L'espèce de pince (i) que nous avons 
connue au musée monétaire de Paris, à l'époque 
où les galeries des coins étaient encore acces- 
sibles au public, donne une idée des moyens en 
usage, moyens bien élémentaires. Un outil de ce 
genre, ne jouissant pas d'un ajustage irréprocha- 
ble à la charnière, et, les bras en étant fort longs, 
pouvait à peine donner une coïncidence d'avant 
en arrière ; latéralement l'écart devait être consi- 
dérable. Il a fallu des instruments autrement 
parfaits pour fabriquer la monnaie fourrée. Celle-ci 
réclamait une juxtaposition des coins rigoureuse- 
ment exacte partout : des instruments fonction- 
nant par glissement ont pu seuls produire la 
précision indispensable. Notre virole de frappe 
moderne est l'expression la plus simple et la 
plus sûre d'un réglage de cette espèce ; mais 
l'antiquité ne l'a pas connue telle que nous nous 

(i) Voir Monnaies et Médailles, p. 41. 



ii3 

en servons. Si nous considérons que la frappe 
violente au marteau, disloquante par les vibrations 
qu'elle imprime aux ajustages les plus perfec- 
tionnés, était peu faite pour conserver intact le 
jeu régulier des appareils, il faut se demander si 
la percussion nécessaire pour fabriquer la mon- 
naie fourrée n'a pas été obtenue par une presse 
ou un mouton. 

Il ne serait pas surprenant que la fabrication 
des monnaies et médailles ne fût, sous les civilisa- 
tions grecque et romaine, beaucoup plus avancée 
que les œuvres littéraires ne le donnent à croire. 
L'inspection raisonnée des documents monétaires 
soulève bien des objections à cet égard. Si l'on 
nous dit que les procédés des peuples de la bril- 
lante Grèce et de la puissante Rome leur ont sur- 
vécu, que pendant toute la durée du moyen-âge 
on continua à faire usage, pour la fabrication de 
la monnaie, des mêmes procédés que dans l'anti- 
quité, nous répondrons qu'il en est probablement 
en cela comme en beaucoup d'autres choses que 
le moyen-âge a ensevelies dans un sommeil léthar- 
gique, dont les temps modernes ont bien de la 
peine à les réveiller. 

Que nous parle-t-on du moyen-âge comme 
d'une époque de conservation des procédés moné- 
taires de la Grèce et de Rome ! Ne faudrait-il pas 
glorifier l'organisation des usines à monnaie que 
le domestique du palais traînait après lui dans les 
localités où l'avait amené la levée de l'impôt, le 



114 

monnayeur qui l'accompagnait convertissant 
en espèces le produit du tribut imposé, perçu en 
métal? Oui, nous le savons : les abbayes et les châ- 
tellenies avaient des ateliers à demeure derrière 
leurs murs crénelés. Ce privilège, souvent usurpé, 
que nous a-t-il valu en fait d'art monétaire ? 

Les procédés matériels employés par les mon- 
nayeurs du moyen-âge étaient des plus simples : 
les coins étaient des morceaux de ce fer que nous 
nommons acier, à surface dressée par la lime, sur 
laquelle la gravure était faite, souvent à la hâte, 
au burin et au ciselet; les lettres y étaient ordinai- 
rement enfoncées au moyen de petits poinçons qui 
en formaient les corps et les extrémités, qu'on 
accordait ensuite au burin, tant bien que mal. La 
gravure étant en état, la trempe durcissait le coin. 

On a retrouvé des monnaies de cette fabrication 
qui présentent un creux aux bords des lettres ; ce 
creux provient d'un renflement du coin produit 
par la poussée du poinçon. L'artiste avait un 
moyen bien simple d'enlever ces protubérances : 
il suffisait d'y passer la lime ; il a préféré léguer 
à la postérité un indice indiscutable de sa haute 
intelligence! 

La frappe au marteau n'a pas disparu de bonne 
heure : on la suit jusqu'au xvi^ siècle. Les pro- 
cédés ne se sont cependant guère perfectionnés. 
Ne trouve-t-on pas en France, sous le règne de 
Henri II, qu'on y frappait monnaie à la façon des 
chaudronniers, qui posent leurs bigornes dans 



ID 



un billot, ce qui a pour effet d'amortir le bruit et 
d'éviter le contre-coup du marteau. La matrice se 
trouvait au haut d'une tige ayant un empâtement 
au milieu, pour empêcher la descente dans le billot, 
où elle se maintenait debout par la pointe. Le flan 
était posé dessus, on le couvrait du contre-coin 
maintenu à la main, puis le marteau s'abattait sur 
le tout. C'est à peu près de cette manière que les 
anciens ont dû frapper leurs premières monnaies à 
double empreinte, quelque six cents ans avant 
notre ère. Franchement, la frappe à la pince 
romaine était, à côté de celle qui se pratiquait 
encore sous Henri II de France, un prodige d'in- 
vention. 

La monnaie du moyen-âge est généralement 
mince, celle des temps antérieurs se distingue par 
sa grande épaisseur. La première a été frappée à 
froid, toujours sur des coins d'acier; la dernière, 
celle de l'antiquité, lorsqu'elle était produite par 
des coins de bronze, exigeait impérieusement la 
Irappe à chaud, en raison de la médiocre résistance 
du bronze. 

Pour frapper à chaud, il fallait que le flan fût 
chauffé au rouge, déposé rouge sur le coin et 
qu'il reçût le coup de frappe pendant qu'il était 
encore rouge, sinon la chauffe n'eût guère donné 
plus de profit que la recuite suivie de la frappe à 
froid. L'or et l'argent, en effet, se conduisent 
exactement comme le fer, que le forgeron ne 
façonne avec aisance qu'aussi longtemps qu'il est 



ii6 

rouge. A l'état fin cependant, l'or et l'argent sont 
déjà extrêmement malléables à froid. A chaud, 
c'est-à-dire au rouge, ils sont mous comme du 
beurre, dit-on à l'atelier; ils se prêtent au mieux 
en cet état pour prendre vite et bien les formes du 
moule qu'on leur applique. L'antiquité avait donc 
un intérêt de fabrication à frapper épais des flans 
globuleux, les seuls capables de conserver pendant 
quelques secondes leur état rouge durant le trans- 
port et leur mise aux coins, manœuvres qui, pour 
réussir, devaient être exécutées avec la plus grande 
célérité. Il y a lieu d'admirer l'adresse des suppos- 
tores, retirant rouge du feu, une quantité de métal, 
aussi petite qu'un flan monétaire et la déposant, 
toujours rouge, bien exactement dans la matrice, 
dont le contact, plus ou moins froid, n'était guère 
favorable à la conservation de la chaleur. 

Et l'on dit que l'Antiquité a frappé à chaud plu- 
sieurs fois de suite la même pièce ! Il faut croire 
que c'est arrivé, attendu que c'est imprimé par- 
tout. Croyons-le, avec le commun des mortels, 
puisque cela ne fera de mal à personne ; mais si 
nous avions pour mission d'exécuter une frappe à 
chaud selon la méthode antique, oh! alors ce 
serait différent : il serait fort à craindre que nous 
devinssions mécréants. Nous serions obligés de 
raisonner notre mise en train, afin de ne pas nous 
laisser surprendre par des accrocs. Nous nous 
dirions : 

I" Nous pouvons bien transporter vite notre flan 



117 

globuleux chauffé au rouge jusque sur le coin, 
mais à condition de le saisir avec des pinces dont 
les mâchoires soient elles-mêmes rougies. 

2° Si notre flan arrive rouge à bon port, il faut 
qu'il soit couvert très promptement du contre 
coin, qui doit tomber juste, sinon il se refroidira 
avant que nous ayons pu frapper. 

3° Si la pièce a déjà reçu une première empreinte 
imparfaite et qu'il faille la remettre dans la gra- 
vure, puis remettre dessus, aussi dans la gravure, 
le coin du haut, et si tout cela doit se faire à la 
main, en tâtonnant, il y aura beau temps que notre 
coin sera froid, lorsque nous pourrons donner le 
coup de marteau. 

4° Tenir le contre-coin de la main, ce n'est 
guère rassurant lorsque c'est un aide qui doit frap- 
per..., il pourrait donner un coup malheureux... 
il ne nous sourit pas d'avoir une main écrasée, 
quoique nous en ayons deux... 

Non, décidément, tout cela n'est guère pratique. 

Ah! nous y sommes: nous inventerons la pince 
romaine ! 

Elle a vraiment pas mal de qualités, cette pince. 
Voyez ! notre suppostor dépose fort bien le flan sur 
le coin avec son instrument chauffé au rouge... 
Pan ! Pan ! Le coin supérieur, réglé d'avance, nous 
venons de l'abattre avec vigueur, comme un mar- 
teau, sur le flan rouge encore, et notre second 
assistant a aussitôt, après nous, et des deux mains, 
battu à son tour avec un marteau beaucoup plus 



it8 

lourd. Il n'a frappé qu'un seul coup, car le flan 
est devenu noir, froid et écroui, rien que par les 
deux coups qu'il a reçus. 

Notre monnaie est-elle à fond? Telles pièces le 
sont, telles autres ne le sont pas. Nous remettrons 
celles-ci au feu pour les recuire et les frapper une 
seconde fois. Mais comment remettre ces pièces 
assez promptement dans la matrice pour qu'elles 
restent rouges jusqu'à la frappe? Elles ne peuvent 
pas y tomber d'elles-mêmes comme sur un coin 
carré. En mettant une pointe dans la matrice, à 
l'exemple des Egyptiens, nous ajoutons un mau- 
vais détail à la gravure, sans obtenir un point 
spécial de repère beaucoup meilleur que la gra- 
vure même... Puis, nous avons bien pu abattre 
le coin de notre pince sans arrière-pensée une 
première fois sur le flan, alors qu'il était encore 
brut, mais maintenant qu'il esta moitié monnayé, 
le coin tomberait, il est plus que probable, à 
côté de la première empreinte: la monnaie serait 
doublée... Non, tout cela ne fait pas encore par- 
faitement notre affaire, et à moins d'inventer une 
pince perfectionnée... 

Mais voyons ! est-il bien nécessaire de frapper 
une seconde fois à chaud? La monnaie est très 
avancée par ce premier coup à chaud; la recuite 
donnera une nouvelle malléabilité à mon or, qui 
est fiUyVierge, comme on dit. S'il avait fallu frapper 
à 0,900 defin, même à 0,800 ou 0,760, nous aurions 
fait l'alliage avec de l'argent fin, malgré le coût, 



[19 

pour avoir un or jaune, un peu pâle assurément 

— Véledrum des anciens — mais très ductile. 
Un alliage avec du cuivre nous donnerait un or 
trop dur qui éclaterait à la frappe et qui serait 
d'ailleurs rouge. — Quant aux pièces d'argent, 
mêmes règles , puisqu'elles sont heureusement 
aussi en métal fin ; car, si elles nous avaient été 
commissionnées à o,goo, il faudrait fort probable- 
ment les achever à chaud. 

C'est donc entendu, l'affaire est réglée : nous 
attacherons nos coins à une pince et nous frap- 
perons la première passe à chaud. Nous achève- 
rons ensuite à froid, s'il faut frapper encore, ayant 
alors toute facilité pour remettre la monnaie dans 
la gravure et la couvrir du contre-coin. La frappe 
se continuera par deux coups lancés à toute volée 
par notre aide, après chaque recuite. Cette méthode 
nous permettra de dérocher nos pièces avant 
chaque frappe, afin de les débarrasser de l'oxyde 
et des autres impuretés du feu adhérentes au 
métal, qu'entraîne après elle, dans la monnaie, la 
frappe à chaud. 

La frappe à froid, qu'on ne s'y trompe pas, 
n'est pas une invention datant du moyen-âge ; les 
peuples de l'Antiquité l'ont pratiquée. Il est connu 

— et nous l'avons déjà rapporté — que sous la 
domination des princes de la famille des Constan- 
tin, et même un peu avant, la monnaie était 
frappée à froid, avec des coins d'acier trempé 
encastrés dans un bloc de bronze ou de fer, qu'îin 



120 



bord en saillie entoitrait d'ordinaire, bord notable- 
ment plus large que le module de la monnaie et, 
par conséquent, n'ayant pu servir de virole pour 
fixer le flan pendant la frappe. 

A-t-on déjà fait ressortir que ce bord en saillie 
dénonce un procédé de frappe d'une ingénieuse 
simplicité ? 

Reprenons le denier romain de Carisius.Il nous 
semble impossible de découvrir sur ce document 
le coin-matrice qu'on a voulu y voir, mais nous 
y distinguons parfaitement le billot - enclume. 
Nous supposons voir dans ce billot une excava- 
tion et nous sommes certains que dans ce creux 
était déposé l'un des coins, celui du droit par 
exemple. La pince servait à retirer le flan rouge 
du feu et à le déposer sur la matrice. Le flan étant 
en place, on le couvrait de l'espèce de bonnet 
qu'on remarque en haut sur le denier, et qui n'est 
autre chose que le bloc de fer contenant le 
coin-matrice du revers. Le bord en saillie « qui 
n'a pu servir de virole pour fixer le flan » avait 
pour but de guider le coin, pour le mettre en 
coïncidence avec son congénère du bas , par 
un autre bord en saillie se trouvant sur l'autre 
coin, l'un s'emboîtant dans l'autre. Une marque 
faite de part et d'autre sur la partie extérieure des 
deux bords fournissait le point de repère, obtenu 
promptement et sûrement par cette combinaison. 
Une monnaie petite ou moyenne pouvait de la 
sorte être frappée avec le marteau, l'opérateur 



121 



tenant un coin d'une main. Quant aux grandes 
pièces et aux médailles, elles recevaient la frappe 
du grand marteau, que l'aide abattait des deux 
mains avec toute la violence possible. 

Le bord en saillie, on le voit, avait donc une 
raison d'être importante. Ce n'était pas encore 
le mode de frappement par notre virole moderne, 
mais le système était déjà d'une perfection remar- 
quable. 

Lorsque la frappe à froid se fût généralisée, les 
coins n'étaient plus gravés au touret, non qu'ils 
ne fussent pas aptes à ce genre de frappe, mais 
parce que ce n'était plus l'habitude de les faire de 
cette manière. Ils furent dès lors toujours gravés 
au burin et au moyen de petits poinçons et de cise- 
lets. 

Il ne semble pas que l'antiquité ait pratiqué le 
mode d'exécuter des matrices en y poussant un 
poinçon. Cela peut s'expliquer en partie par le fait 
qu'il est plus difficile de tailler nettement un sujet 
en relief, que de le graver en creux. N'y eut-il pas 
d'autres raisons, celle-ci suffirait pour motiver la 
préférence accordée aux intailles. 

La réforme de la gravure ne s'est sans doute pas 
produite en une fois. Un audacieux, fort de son 
génie, peut songer à faire autrement que ses devan- 
ciers; encore n'invente-t-il pas de toutes pièces 
un procédé tel que la gravure au burin. Cepen- 
dant, qu'elles proviennent du touret ou du burin, 
les monnaies de l'Antiquité procèdent toutes du 

ANNEE 1892. 9 



122 



principe grec. La gravure en est souvent superbe, 
mais la touche de l'outil, qu'on a parfois de la peine 
à reconnaître et qui semble vouloir continuer la 
tradition grecque, finit par ne plus y être conforme. 
Les légendes, notamment, ont des lettres d'un 
aspect tout différent. Le graveur en pierres fines, 
dont tous les outils sont ronds, ne peut pas termi- 
ner, comme avec le burin, les lignes en arêtes vives; 
il fait les I, par exemple, d'un trait plus profond 
et plus large au milieu qu'aux extrémités, et il 
les termine d'ordinaire en y plaçant une perle à 
chaque bout. Le graveur au burin pourrait par- 
faitement imiter la forme des lettres qu'affection- 
naient les graveurs grecs en pierres fines, mais il 
ne le fait pas. Il a son genre, il y tient. D'ailleurs, 
quoi de plus facile et de plus expéditif que de faire 
les lettres par poinçonnage, puisqu'on peut tra- 
vailler ainsi sur les métaux. 

Lorsqu'on étudie la gravure des monnaies de 
l'époque romaine, on reste confondu de l'extrême 
adresse que les artistes de ces temps avaient 
acquise dans la conduite d'un outil aussi raide que 
le burin, et l'on doit se dire qu'une pratique aussi 
habile n'a pu se gagner qu'à la suite d'un sérieux 
et long exercice et sous l'inspiration de travaux et 
de traditions dont il serait difficile de préciser 
l'époque, l'importance et la durée. 

V. Lemaire. 

Gand, le lo mai i8qi. 



123 



LÉOPOLD WIENER 
GRAVEUR EN MÉDAILLES 

ET 

SON ŒUVRE. 



Léopold Wiener, à qui notre honorable prési- 
dent, M. le vicomte B. de Jonghe, consacrait, il 
y a quelques mois, un article nécrologique (i) 
exprimant de profonds regrets, appartenait à cette 
famille d'esprits d'élite qui n'arrivent à la réputa- 
tion que par l'énergie de la volonté. 

Né à Venloo, le 2 juillet i823, il commença ses 
études artistiques, en 1840, dans l'atelier de son 
frère Jacques, l'excellent médailleur qui se con- 
sacra spécialement à la gravure topographique et 
pittoresque des édifices, et sut, par une très habile 
application du dessin architectural à la numisma- 
tique, porter la représentation des monuments à un 
degré de perfection que nul n'avait atteint avant 
lui. Léopold Wiener eut le bonheur d'avoir un tel 
initiateur à la glyptique et de pouvoir travailler 

(1) Voy. Revue belge de num., 1891, p. 25o. 



124 

pendant cinq ans sous la direction de ce brillant 
artiste, qui, bien qu'il lui fût étroitement lié parle 
sang, sut se montrer sévère à son égard. Il suivit 
en même temps les cours de l'Académie des 
Beaux-Arts de Bruxelles, joignant ainsi l'étude 
approfondie du dessin à la pratique savante qui 
lui était enseignée par son frère. 

Rompu de bonne heure aux procédés de la gra- 
vure sur acier, du modelage et de la sculpture, il 
acquit très vite de la dextérité dans le maniement 
du burin. Ses progrès furent si rapides qu'en 1845 
il pouvait se rendre à Paris pour y perfectionner 
un double talent déjà remarquable de statuaire 
et de graveur, dont, quoique fort jeune, mais 
grave, réfléchi et doué de beaucoup d'imagina- 
tion, il prévoyait dès lors toute l'étendue. 

Dans la capitale française, il entra à l'École des 
Beaux-Arts et y fut l'élève de deux maîtres dont 
la supériorité semble avoir singulièrement influé 
sur son génie : je veux parler du célèbre David 
d'Angers et de Jacques-Jean Barre, qui fut graveur 
général des monnaies de France sous Louis- 
Philippe, la deuxième République et le second 
Empire. 

David, on le sait, ne modelait point à froidet 
ne sculptait qu'avec une idée; il s'inquiétait de 
passionner l'art noblement et d'y imprimer une 
signification vive. Toutes ses œuvres sont mar- 
quées au coin de l'originalité, et la personnalité 
puissante de son talent s'y retrouve toujours. 



Wiener s'assimila les qualités dominantes de son 
école. L'ayant vu modeler certains de ces médail- 
lons de dimensions variées dont cinq cents compo- 
sent aujourd'hui un médaillier merveilleux qui 
aura pour la postérité une valeur inappréciable, il 
s'inspira souvent de la vigueur d'expression de 
ces productions métalliques et eut toujours pré- 
sent à l'esprit leur caractère d'austérité. 

Cependant, soit dit encore à sa louange, il 
n'admit pas entièrement la manière de voir du 
sculpteur, ni ses procédés révolutionnaires ; mais 
son talent de statuaire reçut de l'illustre Français 
une impulsion forte qui le conduisit à produire 
des œuvres de grande allure, telles que son groupe 
des frères Van Eyck (i), son Samson et sa Lu- 
mière (2). 

Barre le père, son second maître, avait été 



(1) Ce groupe colossal, en marbre blanc de Carrare, est érigé sur la 
place publique de Maeseyck et se présente de la façon la plus favorable 
et la plus harmonieuse. Tout, depuis le visage des personnages jusqu'à 
leur costume, est de la plus grande vérité. Il n'y a aucun aspect trop 
théâtral dans le maintien des deux peintres; leur attitude est digne 
sans exclure cette nuance de familiarité que comportait, qu'exigeait le 
sujet. L'artiste n'a fait, dira-t-on, que reproduire sur la pierre les 
portraits des Van Eyck, tels qu'on les admire sur les volets de 
l'Agneau mystique au Musée de Berlin, mais il l'a fait avec infiniment 
d'art. 

(2) On doit encore au ciseau de Wiener le bas-relief en bronze du 
monument de Waterloo, qui valut à son auteur la décoration de 
l'ordre du Lion néerlandais, et les cariatides de la Banque nationale à 
Bruxelles. 



126 

longtemps ouvrier à la Monnaie de Paris avant 
d'être le graveur auquel on doit la médaille du 
sacre de Charles X (i825), la célèbre médaille de 
la famille royale (i833), ce chef-d'œuvre de goût, 
d'art et de gravure, la médaille non moins remar- 
quable des Monuments historiques, celles de 
Boïeldieu, de Gall, etc. Aussi Wiener trouva-t-il 
en lui, en même temps qu'un homme connais- 
sant profondément son métier, une direction 
artistique telle qu'il n'en aurait jamais pu rêver. 

De la comparaison des médailles de Wiener et 
de Barre, il ressort clairement que notre graveur 
a modelé sa manière sur celle de ce dernier. Dans 
son atelier, où il fit un séjour de quelque durée, 
il grossit du reste considérablement le bagage de 
connaissances qu'il était allé chercher en France, 
et c'est surtout au point de vue de la technique de 
la gravure des monnaies que l'enseignement de 
Barre lui fut précieux. 

En 1847, Wiener rentrait en Belgique, confiant 
dans ses forces et animé du désir ardent de se 
faire connaître. L'occasion devait s'offrir à lui de 
se distinguer immédiatement par un coup d'éclat 
qui fait époque dans les annales artistiques de son 
pays. Un concours pour la gravure des coins 
des nouvelles monnaies avait été ouvert, par arrêté 
royal du 10 mai de cette année, et un prix de dix 
mille francs promis à l'auteur de la pièce de cinq 
francs la plus parfaite. Dix artistes s'étaient fait 
inscrire et avaient pris part au concours. La com- 



I 



127 

mission nommée par le gouvernement ne décerna 
pas le prix, mais accorda, pour récompenser leurs 
efforts, cinq primes de mille francs chacune aux 
graveurs Hart, Jéhotte, Jouvenel, Lambert de 
Roisin et Wiener. 

Les journaux de l'époque ont donné des œuvres 
primées une appréciation assez juste qu'il n'est 
pas sans intérêt de rapporter ici. Suivant ces 
organes, dont ont peut aisément vérifier la cri- 
tique, en examinant les épreuves des coins du 
concours qui reposent dans plusieurs collections, 
Hart avait gravé une pièce dans laquelle l'expres- 
sion de la figure du Roi était souriante — ce qui 
ne produisait pas un bon effet — et dont le revers 
était lourd. Jéhotte avait mis trop de sécheresse 
dans le modelé de la tête de notre Souverain et 
opposé à celle-ci un revers trop nu, où un maigre 
écusson se détachait sur un fond qu'il garnissait 
mal. Jouvenel avait donné au Roi un front man- 
quant d'élévation et avait exécuté un écu d'armoi- 
ries d'un relief trop accusé. Enfin, Lambert de 
Roisin faisait grimacer la figure de Léopold P% 
et ne donnait pas assez de finesse au modelé de 
sa monnaie, dont le revers présentait un écusson 
de mauvais goût. 

Wiener, par contre, avait fait preuve d'un talent 
réel, et, bien qu'il n'eût obtenu qu'une prime 
comme ses confrères, sur sa pièce, le modelé de la 
tête était soigné, les méplats étaient bien accusés, 
le revers était riche. L'artiste n'avait eu que le 



128 

tort de poser son écusson sur un cartouche de fan- 
taisie, mais un second revers, qu'il avait exécuté 
comme variante du premier, en corrigeait le défaut. 
Auvssi, l'œuvre qu'il avait présentée au jury (i), 
excita-t-elle l'admiration du public, lorsqu'elle 
fut exposée au Musée de l'Etat. 

Cependant, les concurrents de Wiener, envieux, 
osèrent insinuer qu'il n'était pas l'auteur de son 
travail, et, le 21 août, dans une lettre adressée 
à M. le Ministre des Finances (2), ils protestèrent 
contre l'admission au concours des coins produits 

(i) Ce jury était composé de MM. Allard, directeur de la Monnaie; 
Braemt, graveur en chef; R. Chalon, directeur de la Revue belge de 
numismatique ; Fraikin, statuaire ; J. Geefs, statuaire ; Navez, directeur 
de l'Académie des Beaux- Arts, à Bruxelles, et Eugène Simonis, statuaire. 

(2) Voici le texte de cette lettre, que publièrent plusieurs journaux, 
tels que : V Indépendance, VÉclair, VEcho de Bruxelles, le Poli- 
tique, etc : 

« Monsieur le Ministre, 

« En instituant un concours entre les graveurs belges pour la 
confection de nouveaux coins monétaires, votre but n'a pas été 
seulement de faire produire un ouvrage remarquable sous le rapport 
de l'art, mais surtout un ouvrage national exécuté dans le pays. 

ce Or, il est venu à notre connaissance qu'un jeune artiste concurrent 
faisait son travail à Paris, qu'il en était revenu, le 9 du mois dernier, 
porteur de poinçons en relief, et que les dits poinçons, destinés au 
concours, étaient l'œuvre d'un autre que le concurrent lui-même. 

« Toutefois, les soussignés n'ont pas voulu se former un jugement à 
l'avance, mais s'assurer par eux-mêmes de la valeur de l'accusation 
qui ressortait du fait signalé ; ils ont attendu la preuve avant de se 
prononcer sur le travail de leur concurrent. 

« Aujourd'hui qu'il nous a été permis de juger les poinçons en 
question, nous n'hésitons pas à déclarer qu'ils ne sauraient être l'œuvre 



129 

parle jeune artiste, convaincus qu'ils étaient que 
la confection de ces coins était l'œuvre d'un 

du jeune homme qui les présente au jugement de la commission, car il 
est matériellement impossible, ainsi que cela pourra être constaté et 
prouvé par experts, que cet œuvre émane de celui qui en revendique la 
propriété. 

« L'importance de cette déclaration faite par des hommes connus 
vous dit assez, Monsieur le Ministre, que les soussignés sont mora- 
lement assurés de sa véracité. 

<f En conséquence, persuadés que, si l'œuvre de M. Wiener était 
admise au concours, les garanties de justice et les droits acquis aux 
concurrents seraient anéantis de fait et les intentions équitables du 
gouvernement méconnues ; convaincus, au surplus, que vous êtes 
décidé à empêcher toute fraude tendant à ôter au concours le caractère 
d'encouragement national qu'a voulu lui donner le gouvernement; 

« Par ces motifs : 

« Déclarons protester contre l'admission au concours des coins 
produits par M. Wiener, convaincus que nous sommes que la confection 
de ces pièces est l'œuvre d'un artiste étranger. Demandons qu'il vous 
plaise. Monsieur le Ministre, d'ordonner la mise hors concours du 
susdit M. Wiener et nous soumettre à un nouveau concours en loge et 
isDlés les uns des autres, et ce dans le cas où notre réclamation ne vous 
paraîtrait pas suffisamment fondée, et afin de fournir une preuve 
matérielle et irrécusable de notre bonne foi et de la justice de notre 
protestation. 

« Vous reconnaîtrez, Monsieur le Ministre, que le désir de voir 
triompher la vérité et la justice est le seul motif qui a dicté notre 
protestation. L'offre de nous soumettre à un nouveau concours 
en loge vous prouvera suffisamment que nous ne demandons qu'une 
solution franche et loyale à cette affaire. Notre position et nos antécé- 
dants seraient compromis si cette épreuve pouvait être douteuse, et 
l'assurance avec laquelle nous la demandons est déjà une garantie 
de la bonté de notre cause. 

« Nous soumettons avec confiance cette juste protestation . à votre 
examen impartial et nous espérons qu'inspiré par votre loyauté bien 



i3o 

étranger. Ils demandèrent à M. le Ministre d'or- 
donner sa mise hors concours et d'être soumis 
à une nouvelle épreuve en loge, isolés les uns 
des autres. Pour faire droit à cette protestation, 
le jury du concours des monnaies se réunit le 27. 
Après une discussion animée, qui se prolongea 
pendant six heures, il fut décidé que la propo- 
sition faite par Léopold Wiener lui-même serait 
admise, et que cet artiste, pour prouver qu'il était 
bien réellement l'auteur du travail figurant sous 
son nom, aurait à exécuter de nouveau la face de 
la pièce de cinq francs ou le côté représentant 
la tête du Roi. A cet effet, une salle lui fut 
assignée à l'hôtel des Monnaies, et toutes les 
conditions usitées en pareille circonstance furent 
strictement observées. 

L'examen de la nouvelle pièce prouva à l'évi- 
dence que notre graveur était bien le père de son 
œuvre et qu'il avait été simplement la victime 
d'une cabale. Par suite de ces considérations, 
le jury admit son premier coin au concours et 
déclara non avenue l'injuste réclamation de ses 
concurrents. 

connue vous prendrez les mesures propres à garantir les droits des 
différents concurrents. 

« En attendant Ja faveur d'une réponse, etc 

« (Signé) Ad. Jouvenel, graveur en médailles du Roi, Hart, 
J . Leclercq., a. Veyrat, Van Ackere, Dargent. 

« Ont adhéré à cette protestation : Jehotte et Dîstexhe, de Liège, et 
Lambert de Roisin, de Namur, qui ont envoyé leur signature au 
Ministre. » 



i3i 

Après cette épreuve flatteuse, Léopold Wiener 
fut chargé de graver les coins monétaires belges. 
Cette charge, qu'il accepta, consacra son talent 
et lui donna une autorité que personne n'osa plus 
contester. Dès lors, il ne cessa de produire avec 
une facilité et une fécondité que l'on rencontre 
rarement chez les médailleurs. 

Ses œuvres n'ont rien de la minutie trop grande 
ni de la sécheresse dans lesquelles tombent quel- 
quefois les graveurs. On n'y trouverait guère 
d'incorrections de dessin. On n'y relèverait pas 
une incertitude de sentiment ou d'intention pitto- 
resque. Au contraire, elles se font remarquer par 
la pureté des lignes, par la grâce et l'esprit de la 
composition, par la science du modelé, jointe à 
la finesse de l'exécution. 

Il y a dans les tètes gravées par lui une vie 
abondante, une ressemblance presque toujours 
parfaite, une grande légèreté de touche et un senti- 
ment singulier de la physionomie du personnage 
représenté. Ses revers, rendus avec beaucoup de 
bonheur, sont peut-être plus remarquables encore, 
car leur conception élevée révèle le penseur. 

De même que son frère Charles, statuaire et 
graveur à la fois, Wiener put, comme le dit fort 
bien M. le vicomte de Jonghe, grâce à l'heureuse 
association de deux branches de la sculpture qui 
ne devraient en faire qu'une, atteindre à une 
incomparable supériorité dans l'exécution de ses 
médailles. 



l32 

Entré danvS la voie des succès dès son retour en 
Belgique, en 1847, chaque année qui suivit vint 
lui apporter de nouvelles palmes. Ainsi, pour ne 
citer qu'un de ses triomphes les plus éclatants, je 
rappellerai, qu'en i85o, la commission de l'expo- 
sition de Londres, ayant convié les graveurs de tous 
les pays à concourir entre eux pour l'exécution 
de la médaille à décerner aux exposants, lui remit 
un des trois grands prix, qu'il avait obtenu sur 
tro^'s cent cinquante projets envoyés au concours. 

Lors de cette victoire remportée à l'étranger, il 
était âgé de vingt-sept ans ; ses rares instincts 
avaient eu le temps de se développer et il était 
devenu pleinement lui-même : c'est peut-être 
dire également qu'il connaissait la mesure de sa 
force. Aussi, ne se soumit-il plus guère aux 
épreuves des jurys, et, pendant une période de 
quatorze ans (1850-1864), recherchant de préfé- 
rence les suffrages de la foule, se mit-il à graver 
une série de médailles historiques de grand 
module (la plupart ont 76 millim.) qui firent 
sensation. Les événements qu'il consacra de 
cette manière sont : la mort de la Reine des 
Belges (i85o), la majorité, du duc de Brabant (i853), 
la pose de la première pierre de l'église de 
Laeken (1854), le vingt-cinquième anniversaire 
de l'inauguration du Roi des Belges (i856), la 
naissance du comte de Hainaut (i859\ l'inau- 
guration de la colonne du Congrès (iSSg), l'abo- 
lition des octrois (1860), l'entrevue du Roi des 



I 



i33 

Belges et du Roi des Pays-Bas, à Liège (1861), 
et l'affranchissement de l'Escaut (i863). 

« La première de ces médailles est d'un grand 
effet d'ensemble comme décoration et ornemen- 
tation. C'est tout un bas-relief occupant le champ 
entier de la médaille, et représentant les trois 
vertus théologales : la Foi, l'Espérance et la 
Charité, entourant et unissant, de la façon la plus 
heureusement combinée, trois médaillons où figu- 
rent les portraits du duc de Brabant, du comte de 
Flandre et de la princesse Charlotte. D'autre part, 
se voit la figure de la Reine défunte, dont le type 
et la coiffure devaient offrir quelque difficulté 
à l'art du graveur, et qui est néanmoins, sans 
contredit, un de ses portraits les mieux réussis (i). » 

« Mais une œuvre parfaite sous tous les rapports 
est la médaille commémorative du vingt-cinquième 
anniversaire de l'indépendance belge. Comme 
conception poétique et comme ensemble har- 
monieux, comme détails et comme style, comme 
procédé et comme faire, comme application des 
grandes lois de la statuaire et comme entente 
ingénieuse du bas-relief, cette médaille est une 
œuvre capitale; c'est de Tart véritable et complet, 
de l'art dans sa plus haute manifestation (2). » 

Les médailles que je viens de citer ont définiti- 
vement classé Wiener parmi les meilleurs graveurs 



(1) Van BEyi}iE\., Revue trimestrielle, année 1864, p. Sig. 

(2) Id., année i856, p. Siy. 



.34 

contemporains. Ajoutons qu'en décembre i865 
la Belgique célébrait l'avènement de son Roi 
Léopold II au trône. « Le gouvernement, à cette 
occasion, avait institué un concours, avec prix, 
pour la composition d'une médaille commémora- 
tive de cet événement national. Un grand nombre 
de statuaires et de graveurs en médailles répondi- 
rent avec empressement à l'appel du gouverne- 
ment. Mais, sur l'avis conforme du jury, le prix 
ne put être décerné. En présence de cette situa- 
tion, le gouvernement ne crut pouvoir mieux 
faire que de confier cet important travail à notre 
graveur, qui, cette fois encore, vint ajouter une 
œuvre remarquable au catalogue de la numisma- 
tique belge (i). » 

De i865 à i8gi, Wiener travailla beaucoup, tant 
pour l'étranger que pour son propre pays, et 
même vers la fin de sa vie, alors qu'il souffrait 
d'un mal cruel, on le vit encore terminer des coins 
que la mort de son frère Charles avait laissés 
inachevés. 

En examinant les pièces qui virent le jour pen- 
dant ces vingt-cinq années, on constate que le 
talent du graveur ne faiblit pas un moment, que la 
conception de l'œuvre manque rarement de gran- 
deur et d'élévation, que la forme donnée est 
presque toujours fine, délicate, en même temps 
que sévère. 

(i) PiCQUÉ, Médailles historiques, pp. 35-36. 



i35 

Les médailles remarquables sorties du burin de 
l'artiste, durant ce laps de temps, sont trop nom- 
breuses pour que je puisse les mentionner ici et 
pourtant, il me faut citer entre toutes : la médaille 
du mariage de S. A. R. le comte de Flandre (1867), 
dans laquelle les traits délicats de la comtesse 
sont étonnamment rendus; la médaille du baron 
Leys (1868), portrait vivant du grand peintre; la 
médaille de De Keyser (1872), celle de Schadde 
(même année), celle de Pécher (1878), celle de 
Conscience (1881), et enfin celle de Rogier (i885). 

Une série d'un autre genre mérite aussi d'attirer 
l'attention des connaisseurs, c'est celle des jetons 
que grava L. Wiener pour la Société royale de 
numismatique dont il était membre depuis 1861. 
Ces jetons offrent, du côté de leur face, les traits 
d'un numismate célèbre, parfois d'un graveur et 
ont été frappés à l'effigie de : Goltzius, Van Mieris, 
Van Loon, de Renesse-Breidbach, Van Berckel, 
de Coster, de Saulcy, de Ponton d'Amécourt. 

Comme on le verra, l'œuvre numismatique de 
Léopold Wiener, dont je vais donner le catalogue 
descriptif, est imposant par le caractère et vaste 
par le nombre. La composition de l'artiste pour le 
mariage du duc de Brabant lui valut la croix de 
chevalier de l'Ordre de Léopold (i). La médaille 
du mariage du roi de Portugal lui fit décerner 
l'Ordre deN.-D. de Villa-Viçosa. Pour la médaille 

(1 ) Il était commandeur de l'Ordre lorsqu'il mourut. 



i36 

du mariage du comte de Flandre il fut créé, par le 
Roi de Prusse, officier de la Couronne royale. 

Nommé graveur du Roi et graveur en chef des 
monnaies et des poinçons de titre et de garantie, 
par arrêté royal du 26 décembre 1864, en rempla- 
cement de feu Braemt, il a brillamment occupé 
les fonctions jusqu'au jour où la maladie, qui 
devait le conduire au tombeau, le força de s'aliter. 

Il mourut à Bruxelles, le 24 janvier 1891. C'était 
un homme d'un caractère honnête et droit, un 
artiste sérieux et convaincu. 

{A suivre,) Fréd. Alvin. 



i57 



NECROLOGIE 



Sa Majesté l'Empereur Dom Pedro II d'Alcan- 
tara est mort à Paris, le samedi 5 décembre 
dernier. 

Ce Prince éclairé était né le 2 décembre i825 et 
avait succédé, le 7 avril i83i, comme empereur 
du Brésil, à Son père, l'Empereur Dom Pedro P"" 
d'Alcantara. Obligé de quitter le Brésil à la suite 
de la révolution du i5 novembre 1889, après un 
long règne de cinquante-huit ans, qui fut, pour le 
Brésil, une période de prospérité extraordinaire, 
Il se retira en France et s'adonna entièrement au 
culte des sciences pour lesquelles II avait toujours 
eu le goût le plus vif. 

Sa Majesté l'Empereur Dom Pedro avait bien 
voulu nous faire savoir qu'il daignait accepter 
le titre de membre d'honneur de notre Société et 
nous venions d'adresser tous nos remercîments 
les plus respectueux à ce Souvei'ain pour la haute 
faveur qu'il voulait bien nous faire, lorsqu'une 
mort cruelle est venue mettre un terme à cette 
noble et grande existence. 

Dom Pedro était malade depuis longtemps déjà, 
lorsque survinrent, au Brésil , les tristes événe- 
ments de 1889. L'Empereur en reçut un coup 

Année 1892. lo 



t38 

terrible et Sa santé en fut définitivement ruinée. 
Ce grand Prince emporte avec Lui dans la 
tombe les regrets de Ses anciens sujets et l'admi- 
ration de tous ceux qui ont eu l'honneur de 
L'approcher. 

V B. DE J. 



CARL LUDVIG MÛLLER. 

Charles-Louis Mûller, docteur en philosophie, 
directeur du Cabinet royal des médailles et du 
Musée des antiquités classiques de Copenhague, 
inspecteur du Musée Thorvaldsen , conseiller 
d'État honoraire , commandeur de l'ordre de 
Dannebrog, membre de l'Académie royale des 
sciences de Copenhague, etc., etc., est mort 
en cette ville, le 6 septembre dernier, âgé de 
plus de quatre-vingt-deux ans. 

Fils de l'évêque luthérien de Séeland, Péter- 
Erasmus MùUer, Charles-Louis fit de brillantes 
études universitaires. Reçu bachelier dès 1826, il 
vit, sept ans plus tard, son traité sur la philologie 
orientale couronné par le conseil académique. 

Après avoir passé, en i836, sa licence en 
philosophie, Mùller, dans le but de compléter ses 
connaissances archéologiques et philologiques, 
fit un voyage de trois ans à l'étranger. Il visita 
alors l'Allemagne, la France et l'Italie. A son 
retour, le roi Christian VIII, qui s'intéressait 



i39 

beaucoup à la numismatique, engagea le jeune 
savant à s'adonner spécialement à cette science, 
et, en 1841, Mûller fut nommé inspecteur du 
Cabinet royal des médailles. 

En l'année i852, Charles-Louis Mùller qifttta 
de nouveau le Danemark pour parcourir la Hol- 
lande et la Belgique. Il se rendit aussi à Paris 
et à Londres dans l'intention de réunir les maté- 
riaux nécessaires à son travail : Les monnaies du 
roi Philippe de Macédoine, lequel, chose assez 
curieuse, lui servit de thèse pour son doctorat 
en philosophie. Après la mort de C. J. Thom- 
sen (i865), il fut placé à la tête du Cabinet 
royal des médailles, et obtint également, peu 
après, la direction de la collection royale d'an- 
tiquités classiques. 

Nous eûmes, il y a deux ans, l'occasion de 
visiter le Cabinet de Copenhague. Nous avons 
pu alors nous rendre un compte exact des réelles 
richesses qu'il renferme, de l'ordre parfait qui 
y règne et apprécier surtout l'aimable courtoisie, 
la profonde science de son conservateur et du 
sous-conservateur, M. P. Hauberg. 

Mùller avait fait à Rome, lors de son voyage 
en Italie, la connaissance de Thorvaldsen; aussi, 
lorsque l'illustre sculpteur rentra dans sa patrie, 
l'aida-t-il à ranger ses collections et ses œuvres, 
dont il reçut plus tard, du gouvernement, la haute 
surveillance. 

Mais revenons aux travaux numismatiques du 



140 

savant danois. Et tout d'abord, citons sa Numis- 
matique d' Alexandre-le-Grand, qui lui valut un 
prix de l'Académie française. Deux ans après, 
vint au monde une autre monographie impor- 
tante : Les monnaies du roi Lysimaque de Thrace; 
enfin, en 1860-1862, parut, en trois volumes, in-4°, 
son œuvre capitale : la Numismatique de rancienfie 
Afrique, qu'un volume supplémentaire est venu 
compléter en 1874. 

Miiller reçut le titre d'associé étranger de la 
Société royale de numismatique de Belgique, 
le 27 février i863. L'assemblée générale du 7 juil- 
let 1867 le nomma membre honoraire. 

A l'occasion de son quatre -vingtième anniver- 
saire, un groupe d'amis et d'hommes de lettres 
offrit à Mùller son buste sculpté en marbre. Cette 
œuvre d'art se trouve aujourd'hui au Cabinet 
royal dès médailles de Copenhague, à la destinée 
duquel notre regretté confrère a si longtemps 
présidé. 

A. DE WiTTE. 



Baron Théodore SURMONT de VOSLBERGHE 

Nous apprenons, au moment de mettre sous 
presse, la mort inopinée du baron Théodore 
Surmont, décédé le 10 décembre. Fils et petit-fils 
de membres de notre Société, ce jeune homme 
continuait avec ardeur les traditions numisma- 
tisques de sa famille. 



T4I 

Né en mai 1866, le jeune Théodore Surmont, 
avait été élu, en juillet dernier, correspondant 
régnicole de notre Société, qui avait fondé, à 
juste titre, les plus grandes espérances sur lui.^"^ 

Une fin prématurée et inattendue est venue 
briser cette courte existence si pleine de pro- 
messes et plonger dans l'affliction une famille 
cruellement éprouvée. 

V^^ B. DE J. 



L'abondance des matières nous oblige, à notre 
grand regret, à remettre à la prochaine livraison 
la notice nécrologique de M. Bretagne, savant 
numismate et ancien membre de notre Société, 
décédé à Nancy, le 27 août dernier, à l'âge de 
quatre-vingt-six ans. 

La notice en question est due à la plume auto- 
risée de notre zélé et érudit collaborateur, M. Jules 

Rouyer. 

V^« B. DE J. 



142 



MÉLANGES. 



Le Gouvernement, voulant récompenser toute une exis- 
tence consacrée à des travaux utiles, a conféré la croix de 
chevalier de l'ordre de Léopold à Monseigneur le chanoine 
baron Bethune, président d'honneur de la Société royale de 
Numismatique de Belgique et son dernier membre fonda- 
teur survivant. 

Cette distinction était due à notre savant confrère, dont 
le zèle pour les sciences historiques est connu de tous. 

Nos lecteurs se joindront certainement à nous pour 
féliciter celui qui en est l'objet. 

Nous regrettons vivement que cette heureuse nouvelle 
nous soit parvenue trop tard pour être insérée dans la der- 
nière livraison de 189 1. 

Vt<^ B. DE J. 



Deux oboles variées de Raînier V, comte de Mans 
(ioi3-io3o). 

M. de Koehne a été le premier à faire connaître dans les 
Mémoires de la Société d'archéologie de Saint-Péters- 
bourg, IXe liv.,pl.XIII,no II, un curieux denier d'argent 
à la légende RAINNADVC/2-MONTES, dont un exem- 
plaire, du poids de ogr^gS^ repose aujourd'hui au Cabinet de 
l'État, à Bruxelles. Un glaive nu occupe le champ de ces 
rares monnaies, qui sont les plus anciens produits du 



143 

monnayage hennuyer. M. de Koehne et, après lui, 
M. Dannenberg (i), les attribuent à Rainier V (ioi3-io3o). 
M. Chalon, pour le motif que la forme RAINNADVS 
s'éloigne trop de toutes les formes connues du nom de 
Rainier, préfère y retrouver le numéraire de Renaud, nftort 
en 974, placé par Saint Brunon à la tête de l'administration 
du pays montois (2). 

« On reconnaît généralement aujourd'hui, disions-nous 
à la première page de notre Supplément aux Recherches 
sur les monnaies des comtes de Hainaut, que l'opinion 
de M. Chalon doit être définitivement écartée. 

« En effet, saint Brunon, si jaloux de son autorité, 
n'aurait certes jamais permis à un simple gouverneur, 
d'exercer les droits régaliens et surtout de frapper des mon- 
naies ne rappelant en rien la suzeraineté impériale que 
l'archevêque de Cologne avait pour principale mission de 
faire respecter en Lotharingie. 

« Les deniers « RAINNADVS » appartiennent donc 
bien certainement à l'un des descendants de Rainier-au- 
Long-Col, à Rainier IV (998-1013) ou à son fils Rainier V. 

« Sous le no 66 de son Ver^eichniss meiner Sammlung 
deutscher Mûn^en der sdchsischen und frànkischen Kai- 
serieit, Dannenberg donne la description d'une variété des 
deniers de Rainier, à légendes malheureusement incom- 
plètes ... RIVS, ... y[>h, mais suffisantes cependant pour 
dissiper, du moins en partie, les scrupules philologiques 
de M. Chalon. » 



(1) Die deutschen Mûn^en der sdchsischen und frànkischen Kai- 
sers^eit, p. 106. 

(2) Recherches sur les monnaies des comtes de Hainaut, i»"" supplé- 
ment, p. XI. 



'44 

Deux deniers découverts en Russie et portant clairement 
>i' RA ... NERVcA) viennent confirmer notre manière de 
voir. Ces pièces faisaient partie d'une importante trou- 
vaille de monnaies des X^ et XP siècles, vendue en octo- 
bre 1891, à Francfort, sous la direction de M. Adolphe 
Hess, trouvaille qui comprenait, entre autres, deux oboles 
varie'es au même type de l'épée et dont voici les dessins et 
les descriptions : 

I. Une large épée, dans un cercle perlé, en plein champ. 
Lég. : R... 

Rev. Dans un cercle perlé une croix brève et pattée, 
cantonnée de quatre globules. Lég. : MON... 

Poids, 0,42. Cabinet de l'État belge. 





2. Variété. Gravure beaucoup plus nette. L'épée est 
moins massive. Lég. : RA... 

Rev. Croix pommetée. Quatre globules dans les cantons. 
Lég. : MONT... 

Poids, 0,43. Cabinet de l'État belge. 



Ces oboles sont la reproduction exacte, presque photo- 
graphique, des deniers qui leur ont servi de modèle. Elles 
sont d'une importance capitale pour la numismatique de 
notre pays, car, non seulement elles viennent enrichir la 
série hennuyère d'une unité nouvelle, mais encore elles 
offrent, croyons-nous, le premier exemple connu de l'émis- 



sion, par un prince belge, d'une monnaie sous-multiple 
du denier, unité monétaire de l'époque. ». 

Aussi M. Picqué mérite-t-il les plus vives félicitations 
pour sa toute précieuse acquisition. 

Le fait que l'on ne connaît guère d'oboles de la première 
moitié du XF siècle en tant que monnaies seigneuriales, 
ni pour le comté de Flandre, ni pour le comté de Louvain, 
ni pour l'évêché de Liège (i), ni même pour le comté de 
Namur, nous porte à croire que MM. de Koehne et 
Dannenberg ont été bien inspirés lorsqu'ils ont donné les 
deniers de Mons à Rainier V plutôt qu'à son prédécesseur 
immédiat. 

La croix pommetée plaide encore en faveur de cette 
opinion. 

D'ailleurs, si la frappe est toujours négligée, la gravure 
des oboles s'éloigne trop de celle de l'an looo, cette époque 
de décadence artistique, pour qu'il soit possible de les 
croire émises par Rainier IV. 

Les deux joyaux numismatiques, que nous venons de 
faire connaître, ne sont pas les seules augmentations que 
le Cabinet doit au zèle, toujours en éveil, de son savant 
conservateur. A la même vente de Francfort, M. Picqué 
s'est fait encore adjuger plusieurs raretés de premier ordre 
que nous allons passer rapidement en revue : 

1. Namur. Denier inédit de l'empereur Henri II (1002- 
1024). Tête couronnée de face dans un cercle de perles. 
... CVSIMP. 

(1) La prétendue obole de la trouvaille de Maestricht n'est autre 
qu'un denier de poids amoindri. B^" de Chestret, Numismatique de 
la principauté de Liège, p. 6(j. 



146 

Rev. Dans un grènetis, croix pattée cantonnée de quatre 
globules. En légende circulaire : N. MVGVM. 

2. Denier de l'empereur Otton III (983-1002), frappé à 
Dinant. Dannenberg, 171. Croix cantonnée de quatre glo- 
bules. Lég. : . TTO .. 

Rev. Dans le champ, en trois lignes S | DEON ] A. 
Intéressante imitation des monnaies de la Sancta Golonia. 

3. Albert II, comte de Namur (10 16- 1037). Denier forgé 
à Dinant. 

Chalon, n» 2, Dannenberg, n» 174. 

4. Maestricht. Henri II (1002-1024). Denier. Dannen- 
berg, no 247. 

5. Thuin. Henri II (1002-1024). Dannenberg, n» 262. 
Bon exemplaire de cette rare monnaie. 

Tête avec bandeau à gauche HEN.IC. 
Rev. Croix longue à double bande pointillée. Dans les 
cantons TV— IN— VM-.. 



Enfin, M. Picqué a eu la bonne fortune de découvrir 
dans ces derniers temps un petit billon du XIV^ siècle, sin- 
gularité numismatique que nous sommes heureux de 
signaler aux lecteurs de la Revue. Ce billon, copié d'une 
monnaie brabançonne connue, offre, dans Tune de ses 
légendes, une variante curieuse : 

^ DVX BRABANTHIE'.Chastel brabançon. 
Rev. >1- DVX BRABANTIE. Croix brève et pattée. 
Dans un de ses cantons un B. 
Billon de très bas aloi. 

Décidément, M. Picqué a la main heureuse et nous 



H7 

devons nous féliciter de voir à la tête du Cabinet de l'État 
un homme de pareil mérite et d'une activité aussi intelli- 
gemment productive pour les collections confiées à ses 
soins qui, en vingt ans, n'ont rien moins que quadruplé. 

A. DE WiTTE. 



Nous avons appris avec la plus vive satisfaction la nomi- 
nation de M. le comte G. de Nédonchel, membre effectif de 
notre Société, au grade de chevalier de l'ordre de Léopold. 

Notre érudit confrère, dont les nombreux travaux sont 
connus de tous, a fait don, comme on le sait déjà, de ses 
belles collections numismatiques à la ville de Tournai. 
C'est là un acte de générosité qui mérite, une fois de plus, 
d'être signalé à la reconnaissance du monde savant. 

Tous les numismates se réjouiront avec nous d'une dis- 
tinction aussi bien méritée. 

V^e B. DE J. 



M. Adrien Blanchet, préparant un travail sur la numis- 
matique du Béarn, prie les collectionneurs et les conserva- 
teurs de musées de vouloir bien lui signaler les monnaies, 
médailles et jetons de cette région qui leur paraîtraient 
dignes d'intérêt. 

Envoyer les communications à M. Adrien Blanchet, 
3, rue Turgot, à Paris. 

G. C. 



Une vente très importante de monnaies du moyen-âge 
trouvées en Russie a eu lieu à Francfort- sur- Mein. 



148 

le 19 octobre dernier et jours suivants, sous la savante 
direction de M. Adolphe Hess. Cette trouvaille était com- 
posée principalement de deniers et d'oboles, depuis le 
X'î jusqu'au XII^ siècle, de Lorraine, des Pays-Bas, d'Alle- 
magne, d'Angleterre, de Bohême et des pays du Nord. 
Tous les amateurs de monnaies ont reçu l'intéressant 
catalogue (i) de cette vente ; nous pouvons par conséquent 
nous en rapporter aux numéros de ce catalogue, en men- 
tionnant ici quelques pièces belges dont M. Hess a eu 
l'obligeance de nous communiquer les prix. 

Plusieurs de ces pièces ont été achetées par l'État belge 
et par M. le vicomte B. de Jonghe. 

M. de Witte a décrit ci-dessus deux oboles inédites de 
Régnier IV ou V. comte de Hainaut et les autres mon- 
naies dont vient de s'enrichir notre collection nationale, 
à Bruxelles. 

La vente a donné un résultat très satisfaisant. Les pièces 
rares de tous les pays, et surtout celles de l'Allemagne, 
ont été fort disputées par les amateurs et les principaux 
musées. 

Les monnaies belges ont été adjugées à de bons prix, 
surtout lorsqu'elles étaient bien conservées. 

La pièce n° 26, attribuée à Godefroid (ioi2-io23) duc de 
Basse-Lorraine, a été vendue g5 m. 

Voir no 2 de la planche du catalogue (2). 

La pièce n» 27, attribuée à Gothelon I ou II, 
duc de Basse-Lorraine, a été vendue . . . . 22 — 

(1) Francfort-sur-Mein, 1891, in-80, 55 pages, une planche et figures 
dans le texte. 

(2) Nous nous rapportons aux attributions du catalogue dont nous 
ne pouvons toujours vérifier l'exactitude. 



49 



La pièce n» 28, attribuée au même, vendue 

— no 29, — — — 

— no 3o, — — — 
_ no 3i, — — — 

— no 32, — — — 

— no 33, dessinée pi. I no i , du catalogue 

— no 34, avec légende BRVSSELLE. . 

— no 3 5 , imitation de la pièce précédente 

— no 36, attribuée à Baudouin IV de 

Flandre (voir pi. I, no 3) . 

— no 37, attribuée au même (BRVGIAS 

CITAS) 

— no 38, denier à la légende : BONVS 

DENARIVS (mauvaise con- 
servation) 

— no 39, denier d'un type du Nord dont 

l'attribution à la Flandre est 
douteuse 

— no 40, denier avec main bénissante . 

— no 41, denier de Régnier V, comte de 

Hainaut, frappé à Mons . 

— no 42, du même 

— no 43, obole inédite du même, décrite 

ci-dessus par M. de Witte . 

— no 44, denier inédit de l'empereur 

Henri II,lég.: N. MVCVM 

— n" 45, Albert II (io37-iio5) comte 

de Namur 

— no 46, du même, mauvaise conserva- 

tion . 

— no 47, denier de l'empereur Otton III 

(983-1002) pour Dinant . , 



41 m. 
39- 
25 — 
53 — 
45 - 

89 - 

25 — 

2 — 

.95 - 

ii5 — 
i,5o 

i5 m. 

3 — 

90 — 
18 — 

64- 

65 — 

7,5o 

i,5o 

42 m. 



i5o 



La pièce no 48, obole inédite de l'empereur 
Henri II pour Dinant(pl. I 

no 4) 8 1 m 

— no 49, Albert II, comte de Namur, 

denier frappé à Dinant . . 5,5o 

— no 5o, du même, mauvaise conser- 

vation 4 w. 

— no5i, empereur Henri III (loSg- 

i856), attribuée à Celles. . 40 — 

— no 52, Otton III (983-1002), Liège . 17, 5o 

— no 53, du même (variété) .... 8 m. 
Les pièces nos 54 et 55, attribuées à Henri II 

(1002- 1024) et à Liège . . 6,5o 

— nos 56-57 et 58, de l'évêque Henri I 

de Toul (1075-109 1) Ciney. 70 m. 

La pièce no 59, Otton III (983-1002), Huy . 33 — - 

— no 60, denier du même, mauvaise 

conservation 2,25 

— no 61, denier du même 8 m. 

— no 62, — — 3 — 

— no 63, empereur Henri II (1002-1024), 

Huy 4 — 

— no 64,dumême,Maestricht. . . . 8,5o 

— no 65, — — ... 7 m. 

— no 66, — — ... 3,5o 

— no 67, — — ... 2 m. 

— no68, — lég.:TRAlECTVMPX 3o - 

— no 69, -~ (conservation médiocre) 12 ~ 

— no 70, — SCS AM/AR/IA . . 38 — 

— no 71, —MON (?). ... 3 — 

— no 72, — (mauvaise conservation) i,5o 

— no 73, — TV-IN-VM (Thuin). . 5o m. 



i5i 

La pièce no 74, — ? ï .... 17 m. 

— 11075, — Otton III (983-1002), 

VlOZ^(Visé) . . 25 — 

Cette trouvaille était, on le voit, assez riche en mon- 
naies belges rares et inédites. Malheureusement, nous 
écrit M. Hess, très peu de ces pièces sont retournées dans 
leur pays d'origine et ce sont les musées de Berlin et de 
Copenhague qui en ont acquis le plus grand nombre. 

G. CUMONT. 



Claude de Héry, médailleur du roi Henri III, par 
F. Mazerolle, in-40, 8 p., 6 fig. Extrait des Mé- 
langes artistiques, 2^ série, n° i . 

Claude de Héry avait succédé, en i557, à Marc Bechot, 
premier graveur général des monnaies. Il mourut eni582. 
M. F. Mazerolle, auquel l'histoire de la gravure en 
médailles doit déjà d'intéressantes découvertes, a eu la 
bonne fortune de découvrir à la Bibliothèque nationale 
un document qui permet d'établir que la jolie médaille 
commémorative de l'ordre du Saint-Esprit, ainsi que le 
sceau et le contre-scel du même ordre sont l'œuvre 
de Claude de Héry, artiste par trop dédaigné jusqu'ici. 
Il faudra désormais le considérer « comme un graveur 
« d'un réel talent, qui mérite d'occuper une place impor- 
« tante parmi les artistes français de la seconde moitié du 
(( XV F siècle. » 

A. DE W. 



l52 

Le II octobre, à 9 1/2 heures, le Prince de Naples a 
visité la section des manuscrits et le cabinet de numisma- 
tique de la Bibliothèque royale. Les plus curieux et les 
plus richement ornés de ces beaux manuscrits à miniatures 
que la Belgique des ducs de Bourgogne avait le privilège 
de fournir à l'Europe érudite et curieuse, avaient été pré- 
parés pour être mis sous les yeux du Prince Qui a témoigné 
l'intérêt qu'il prenait à les examiner ; mais c'est surtout 
dans la section de numismatique que la visite princière 
s'est prolongée. Le Prince de Naples possède une riche 
collection de monnaies italiennes du moyen-âge qu'il s'est 
plu à former lui-même et dont la réunion, objet de 
recherches personnelles poursuivies un peu partout, même 
dans Ses voyages, Lui a fait acquérir, en cette matière, une 
véritable compétence. Dans la série des monnaies italiennes 
qui ont été exposées à Ses regards à la Bibliothèque royale, 
il n'y en a pas eu une seule sur laquelle II ait hésité, indi- 
quant avec une sûreté remarquable le degré de rareté, 
aussi bien que l'intérêt historique ou artistique de chaque 
pièce. On a pu reconnaître, non sans quelque surprise, vu 
l'âge du prince et Son rang qui Lui impose bien d'autres 
occupations, que dans la branche de la numismatique à 
laquelle II s'est spécialement appliqué, Il n'est pas seule- 
ment un amateur, mais un connaisseur. 

(Indépendance belge.) 

Méreaux des familles brugeoises. Essai descriptif, par le 
baron JEAN Bethune. Première partie, illustrée de 
232 gravures. Bruges, 1890, in-40 de XXXI-390 pages. 
Prix 2 5 francs. ' "^ 

Les méreaux de bienfaisance de la ville de Bruges se 



i53 

divisent en deux grandes classes : Les ynéreaux de bienfai- 
sance ecclésiastiques et religieux, que M. A. de Schodt a 
fait connaître, et Les méreaux de funérailles et d'anni- 
versaires. 

Ces derniers, marqués le plus souvent aux armes des 
familles qui en faisaient usage, servaient à contrôler les 
distributions, en nature, faites aux pauvres à la suite de 
certaines crémonies religieuses. Ils font l'objet de ÏEssai 
descriptif au baron J.-B. Bethune. 

Les recherches de notre confrère offrent un intérêt 
complexe, la numismatique et l'héraldique y marchant de 
pair. 

Les méreaux des familles brugeoises débutent par une 
introduction qui témoigne hautement de l'érudition de 
l'auteur en la matière. Après avoir parcouru ces pages 
substantielles, pleines de faits nouveaux, d'aperçus judi- 
cieux, de remarques curieuses, on est édifié sur la somme 
immense de travail qu'il a fallu dépenser pour arriver à un 
pareil résultat. 

M. Bethune ne nous avouait-il pas dernièrement, avoir 
dépouillé, aux seules archives de Bruges, plus de trente mille 
états de biens ! 

C'est dire avec quelle persévérance, quelle minutie notre 
confrère a poussé ses investigations, qui n'ont pas duré 
moins de vingt années. 

Les méreaux brugeois de funérailles et d'obits, dont 
« quelques-uns peuvent être cités comme d'excellents spéci- 
mens du talent de nos anciens graveurs », sont de plomb 
ou d'étain, toujours coulés au moule et de forme ronde. 

Leur diamètre varie, avec l'époque, de 25 à 92 milli- 
mètres. La plus ancienne mention de méreaux de familles 
que l'on connaisse remonte à Tannée 1394 ; mais ce n'est 

Année 1892. ii 



i54 

qu'avec le XVF siècle que ces plumba ou teekenen devien- 
nent quelque peu abondants. 

M. Bethune classe, par ordre alphabétique de familles, 
les 1 57 méreaux décrits dans son premier volume. 

La reproduction phototypique de ces pièces est suivie 
d'une notice biographique concernant le personnage ou les 
personnages qu'elles rappellent. Viennent ensuite le nom du 
graveur, le nombre d'exemplaires fournis, leur prix et enfin 
d'abondants détails inédits se rattachant à i histoire intime 
des familles nobles et bourgeoises de la métropole 
flamande du commerce, du XVI« au XVIIie siècle, aux 
coutumes pieuses et charitables, aux usages funéraires, aux 
mobiliers et aux objets artistiques, etc., etc. 

C'est ainsi que nous apprenons que Nicaise Van Volden, 
commis des impôts de Flandre au quartier de Bruges, 
mort le 8 août i658, possédait le goût des « monnaies 
antiques » dont il laissa une petite collection mentionnée 
dans son inventaire ; et que Jean de Wree, fils de l'illustre 
historien Olivier Vredius, hérita de son père cinq grandes 
médailles, dont une de Charles-Quint, et de nombreux 
jetons municipaux en argent. 

On le voit, M. Bethune n'a rien néghgépour rendre son 
livre aussi intéressant qu'instructif. Malgré tout, il ne 
croit pouvoir le considérer que comme un simple essai, 
et il prie instamment ses confrères en numismatique 
de bien vouloir lui signaler les pièces inédites en leur 
possession et les documents nouveaux dont ils auraient 
connaissance. 

Le second volume des Méreaux des familles brugeoises, 
paraîtra bientôt. Il comprendra :. 

1° Les plombs connus tardivement de l'auteur et ceux 
qu'il n'a pu déterminer (notamment les plus anciens) ;' 



155 

2° Les corrections et additions au texte ; 

3° Des tables consacrées au méreaux rangés d'abord 
par ordre chronologique, puis classés d'après les églises où 
ils étaient en usage ; la liste des graveurs, la nomenclature 
de tous les lieux cités, etc., etc. 

Ainsi complétée, l'œuvre du baron Bethune vaudra certes 
à notre confrère l'honneur de prendre place parmi les plus 
méritants écrivains numismates du pays, et ce ne sera que 
justice. 

ALPHONSE DE WiTTE. 



Tavole descrittive délie monete delta Zecca di Genova dal 
MCXXXIX al MDCCCXIV. — Gênes, 1890, in-40, 
de LXXII-319 pages, avec 8 pi. (Extrait des Atti délia 
Società Ligure di Storia Patria, t. XXII.) 

Parmi les innombrables atehers monétaires italiens du 
moyen-âge et des siècles derniers, ceux de Gênes et de 
Venise occupent une place tout à fait exceptionnelle, dont 
ils sont redevables à la longue durée et à la constitution 
républicaine des deux célèbres états rivaux. 

Jetons un instant un coup-d'œil sur les principaux ateliers 
de l'Italie. 

A Milan, à Naples, les différentes seigneuries nationales 
ou étrangères s'enchevêtrent et se suivent, présentant un 
changement continuel de types monétaires. 

A Rome, c'est une grande galerie de portraits, avec une 
étonnante variété de revers qui constituent un véritable 
commentaire numismatique de l'histoire des Pontifes. 

La maison de Savoie nous offre également la suite de 



i56 

ses vaillants souverains, dont les exploits sont si vivants 
dans notre mémoire. 

A Mantoue, ainsi qu'à Parme et à Plaisance, à Modène, 
à Ferrare, le monnayage tombe dans la médiocrité après 
une courte période de splendeur, ce qui n'exclut point la 
variété des types. 

Dans un cercle plus restreint, nous pouvons constater à 
la Mirandole une succession kaléidoscopique de sujets 
divers, laquelle touche au fantastique, dans les ateliers des 
branches secondaires de la Maison de Gonzague et dans 
quelques petites principautés du Piémont qui s'étaient 
adonnées à la contrefaçon d'une foule de monnaies 
italiennes et étrangères. 

Ce n'est peut-être qu'à Florence, dans quelques autres 
villes de la Toscane et à Savone que nous retrouvons, pour 
peu de temps, quelque chose qui nous rappelle, quoique 
bien vaguement, ce spectacle merveilleux de Gênes et de 
Venise, ces deux grands ateliers républicains, qui, pendant 
l'espace de tant de siècles, frappent imperturbablement 
leur monnaies aux mêmes types, à peine modifiés par 
l'influence artistique du jour. 

Cette immutabilité de types a été poussée si loin à 
Venise, que le premier sequin, frappé par le doge Jean 
Dandolo qui vivait au XIIF siècle, pourrait être presque 
confondu, par un observateur superficiel, avec le sequin du 
dernier doge Louis Manin, qui vit s'écrouler l'ancienne 
constitution aristocratique de la république devant le 
souffle de la Révolution française. 

Gênes, à son tour, en arriva à supprimer les noms des 
doges sur ses monnaies, qui, à partir du commencement 
du XVie siècle et jusqu'à la chute de la République, sont 
tout à fait impersonnelles, ce qui ajoute encore à l'unifor- 
mité des légendes. 



•57 

Dans ces conditions, le besoin d'un guide compétent et 
consciencieux se fait sentir à celui qui veut aborder l'étude 
de la numismatique génoise, dans laquelle, sans points de 
repère, le chercheur serait parfois réduit à tâtonner dans 
l'obscurité et pourrait tomber dans de grossières erreurs. 

La Société historique de la Ligurie avait, depuis de 
longues années, conçu le projet de pourvoir à cette néces- 
sité scientifique en rédigeant une description soigneuse, un 
Corpus enfin, du monnayage génois. La tâche était lourde, 
mais nous sommes heureux de reconnaître que la Société 
s'en est acquittée avec honneur, en publiant le beau volume 
dont nous avons donné le titre en tête de ces lignes, et qui, 
avant tout, est l'œuvre combinée de deux savants de grand 
mérite, MM. Desimoni et Ruggero. 

Ce dernier qui, entre parenthèses, est un vaillant colo- 
nel, doublé d'un dessinateur exquis, a ajouté à la descrip- 
tion en question 7 planches de monnaies très finement 
reproduites, qui donnent un aperçu des espèces principales, 
et une planche paléographique qui sera d'une utilité incon- 
testable lorsqu'il s'agira de classer des monnaies au type 
identique mais d'âges différents. 

M. Belgrano, l'érudit archiviste génois, a apporté au 
travail de la Société sa collaboration précieuse, en citant 
les initiales des monnayeurs gravées sur les monnaies et en 
les expliquant à l'aide des documents. 

De cette manière, tout le monnayage génois, si étendu et 
si uniforme, si difficile à étudier à cause de la simplicité 
même de ses types, est renfermé dans une œuvre qui sera à 
l'avenir le point de départ obligatoire de toute recherche. 

Nous croyons donc que les Tavole descrittive génoises, 
occuperont, à bon droit, une place distinguée à côté 
des œuvres si connues de Cinagli sur les monnaies des 



i58 

Papes, des frères Gnecchi sur les monnaies milanaises, de 
Brambilla sur l'atelier de Pavie. Elles font ressortir plus 
vivement le manque d'un travail semblable pour la numis- 
matique de la glorieuse rivale de Gênes, de cette incompa- 
rable Venise, dont la suite monétaire trouvera heureuse- 
ment, sous peu, grâce à la plume de notre savant confrère, 
M. le comte Papadopoli, une description non moins com- 
pétente qu'universellement désirée. 

SOLON AMBROSOLI. 



GuilandsMjrntucesen,oïP. Hauberg, Kjobenhavn, 1891, 
in-80, 72 pages et nombreuses vignettes. 

Dans cette brochure nouvelle, M. Hauberg étudie le 
monnayage de l'ancienne île danoise de Gottland, cédée à 
la Suède parle traité de 1644. 

Les monnaies sont nombreuses. L'atelier de Wisby fut 
surtout actif aux XV^ et XYI® siècles. La plupart de ses pro- 
duits portent, pour signe distinctif, l'agneau pascal, cet 
emblème tant aimé des anciens monnayeurs et que nous 
retrouvons en Belgique, dès le XII° siècle, sur les deniers 
namurois de Henri l'Aveugle, et un peu plus tard, comme 
le remarque M. Hauberg, sur les mailles de Tirlemont 
d'un faire déjà si délicat. Les petits deniers émis dans l'île 
de Gottland de 11 80 à 1200 offrent, comme dessin, une 
grande analogie avec les deniers au château, attribués par 
M. Piot à la ville de Vilvorde. 

Le travail de M. Hauberg, écrit avec méthode et science, 

fait honneur au conservateur du cabinet de Copenhague 

auquel l'on doit déjà d'importantes recherches concernant 

la numismatique du Danemark, si embrouillée de 1241 à 

1481. 

A. DE W. 



i59 

Nous recevons le catalogue descriptif des monnaies et 
médailles composant le Médaillier de la Chaux-de-Fonds, 
première partie, monnaies suisses ; La Chaux-de-Fonds, 
imprimerie du National suisse, 1890, in-80, 78 pages. 

Ce catalogue est précédé d'une préface écrite par 
M. Albert Michaud, conservateur du Médaillier, qui 
raconte l'origine et l'histoire des collections dont il a la 
garde. 

Les monnaies suisses, au nombre de i3oo, sont fort bien 
classées ; parmi elles, nous citerons quelques pièces raris- 
simes : une double pistole de Marie de Nemours, princesse 
de Neuchâtel, de 1694 ; une pistole de Frédéric I^r, prince 
de Neufchâtel, de 1713 ; une double couronne de Zurich, 
de i63i, etc. 

Ce catalogue est suivi d'une excellente table des matières 
et nous félicitons M. Michaud d'avoir si bien mis en ordre 
le Médaillier de la Chaux-de-Fonds. 

G. C. 



Jacques Le Roy, baron de Brœchem et du Saint-Empire, 
historien brabançon et sa famille, par J. T. DE Raadt. 
Nimègue, 1891, in-S», m pages et nombreuses 
vignettes. 

Cet important mémoire est dû à la plume facile et aimable 
du savant secrétaire, chargé du service photographique, de 
la Société d'archéologie de Bruxelles. 

Il est heureux pour Le Roy qu'un biographe de la valeur 
de M. de Raadt soit venu rappeler le vieil historien bra- 
bançon à nos générations fin de siècle. 

L'amour de la vérité est, paraît-il, une des qualités pri- 



i6o 

mordiales de l'auteur. Il l'entraîne à de nombreuses et 
surtout curieuses rectifications. 

Et tout d'abord le brillant généalogiste constate que 
la croix du cimier de l'écu de Philippe Le Roy, père de 
l'écrivain, dénommée fautivement une croix de Jérusalem, 
est une croix de Lorraine ou patriarcale. En cela M. de 
Raadt est d'accord avec le Trésor de la noblesse du 
Brabant, imprimé à Liège par J. F. Broncaert en lyoS ! 

Passant à la numismatique, M. de Raadt se montre 
encore judicieux numismate. Il fait remarquer, en effet, 
que c'est à tort que Van Loon donne à l'année 1647, 
la médaille, à l'effigie de Philippe Le Roy, gravée par 
Waterloos. Elle est de i656. C'est ce qui est dit à la 
page 444 de la Revue, année 1890. 

M. de Raadt a beaucoup étudié : c'est un travailleur 
dans toute l'acception du mot; la vieille littérature flamande 
même — chacun le sait — lui est familière et l'art de la 
gravure en médailles n'a plus de secrets pour lui. Aussi 
n'ignore-t-il pas que les œuvres d'Adrien Waterloos sont 
coulées. Il sait encore, M. le comte de Nahuys le lui a 
rappelé en citant au courant de la plume quelques exemples 
typiques, qu'il n'y a rien d'extraordinaire ou d'unique à 
voir la reproduction d'un sceau servir de revers à une 
médaille. Et cependant, au lieu d'appliquer ses connais- 
sances variées, M. de Raadt, esprit novateur avant tout, 
préfère juger une médaille d'art, en quelque sorte d'in- 
stinct, sans même l'avoir vue (1); c'est vraiment trop de 
modestie. 

A. DE WITTE. 

(1) Voy. au sujet de la médaille en question la Revue belge de 
Numismatique, 1890, pp. 279 et 444, et 1891, p. 593. 



i6i 



Der Bonner Denarfund von 1890, vergrahen um 1042. 
55 pages, in-S^ avec une planche photolithographiée. 

Sous ce titre, notre savant confrère, M. Paul Joseph, 
rend compte d'une importante trouvaille de monnaies, 
faite dans la Giergasse, à Bonn. 

Voici l'énume'ration des pièces dont était composé ce 
trésor : 

Cologne : 10 deniers et une obole de l'empereur 
Othon III (983-1002); i33 deniers et 61 oboles de l'em- 
pereur Henri II ( 1 002-1 024) ; 28 deniers et une obole de 
l'empereur Conrad II (1024-1039) ; 1,291 deniers et 
402 oboles de Conrad II et de l'archevêque Piligrim, 
(i02i-io36); i3o deniers et 26 oboles de Conrad II et de 
l'archevêque Herman II (io36-io39) ; 2 oboles de Her- 
man II seul (io36-io56). 

Bonn-Verona : 2 deniers et une obole de l'empereur 
Henri IL 

Andernach : i denier de l'empereur Othon III ; 2 deniers 
de Théodoric, duc de Lorraine (984-1026); 2 deniers 
anonymes; 3 deniers et une obole de l'empereur Conrad II 
et de l'archevêque Piligrim. 

Duisbourg : une obole de Conrad IL 

Trêves : un denier de Henri II ; une obole aux noms de 
l'empereur Conrad II et de l'archevêque Popo (10 16- 1047). 

Tiel : deux deniers de Conrad IL 

Hujr : un denier et une obole du même empereur. 

Worms : une obole de Henri IL 

Wur^bourg : un denier d'Othon III. 

Soest : un denier de Conrad IL 

Dortmund : un denier du même empereur. 

Hildesheim : un denier de l'évêque Gothard (1002- 



102 

io38), et trois pièces incertaines : deux deniers et une 
obole. 

Ces 2,112 pièces (1,612 deniers et 5oo oboles) ont été 
acquises pour le Musée provincial à Bonn. 

En examinant la composition de cette trouvaille, on 
remarquera que la majeure partie, soit 2o85 pièces, dont 
1878 appartiennent au règne de l'empereur Conrad II 
( 1024-1039), proviennent de l'atelier monétaire de Cologne. 
Cette circonstance et l'absence complète de monnaies de 
l'archevêque Herman II (io36-io56), avec le nom de l'empe- 
reur Henri III (loSg-roSô), semblent dénoter, comme le fait 
observer très judicieusement M. Joseph, que ce trésor a été 
confié à la terre peu de temps après la fabrication des 
pièces les plus récentes, et l'auteur croit pouvoir fixer 
l'époque de l'enfouissement de ce dépôt à 1041 ou 1042, 
dans tous les cas, pas après 1045. 

Parmi les pièces les plus remarquables de cette trouvaille, 
citons : 

10 Un denier d'Othon III (983-1002) : + OTTO 
REX; dans le champ une croix cantonnée de quatre 
globules. Rev. Dans le champ : SCA — COLO - NIA + 
[Sancta Colonia) sur trois lignes. 

Afin d'expliquer, sur ce denier d'Othon III, la forme 
nouvelle de l'inscription du revers, adoptée seulement 
en 10 14 par l'empereur Henri II, M. Joseph suppose que 
cette pièce qui , jusqu'à présent était restée inconnue, 
serait un essai que l'on aurait fait en l'an 1014, du revers 
des nouvelles pièces de Henri II, en se servant pour le 
deuxième coin nécessaire à la frappe, d'un ancien coin de 
la face d'un denier d'Othon III ; 

2^ Quelques deniers de l'empereur Conrad II (1024- 1039) 
et de l'archevêque Piligrim (io2i-io36) : -h CHVON- 



1 



i63 

RADVS IMP, tête de profil droit avec diadème, devant 
laquelle un petit poisson, marque monétaire ou signe 
donné à une nouvelle émission. 

Rev. SANGTA COLONIA, temple, dans la façade : 
PILI — GRIM sur deux lignes; 

30 Deux deniers avec : + GHVONRADVS IMI, croix 
cantonnée de quatre globules. 

Rev. SARMTA NGOLoHRA, mélange des légendes 
Sancta Colonia et Hermanus Archieps ; temple avec 
GOL — NIA sur deux lignes, des deux côtés du temple 
un anneau ; et 

40 Les perles de cette trouvaille, deux deniers et une obole 
de l'empereur Henri II (1002-1024); + IiaiNAïaVc/5, 
croix cantonnée de q*uatre globules. 

Rev. Dans le champ : VI — ERO ^ NA sur trois lignes. 

Il ne s'agit pas ici de Vérone, l'ancienne ville italienne, 
ainsi que l'inscription du revers pourrait un instant le faire 
supposer, mais de Bonn, sur le Rhin. Ges pièces curieuses 
accusent indubitablement la facture allemande et, ainsi 
que le rappelle M. Joseph, la ville de Bonn fut quelquefois 
désignée au moyen -âge par civitas Verona, Gomme 
exemple, il cite des chartes de 1043 et 1 142, où l'on ren- 
contre cette dénomination, ainsi que le sceau de cette ville, 
appendu à des chartes de 1264, 1288, 1294, i33i, 1344, 
i35i, etc., et dont la légende porte : SIGILLVM : 
ANTIQVE ; VERONE i NVNG i OPIDI i BVN- 
NENSIS. 

Dans cet intéressant travail, M. Paul Joseph a, comme 
toujours, fait preuve de beaucoup d'érudition, aussi lui 
adressons-nous nos sincères félicitations d'avoir doté la 
science d'une nouvelle œuvre d'un si grand mérite. 

G^e M. N. 



M 



Sommaire des publications numismatiques 
périodiques 

Revue numismatique, 1891, 3^ trimestre. — Prince 
Pierre de Saxe-Cobourg. Monnaies grecques inédites 
ou peu connues. — LE Blant. Sur une médaille d'argent, 
du temps de Charles VII, conservée à la Bibliothèque 
nationale. — DE MarghÉVILLE. Une monnaie bourgui- 
gnonne de Jean, duc de Normandie (i35o). — MOWAT. 
Les prétendues figures de Pallor et de Pavor sur les 
deniers de L. Hostilius Saserna. — Babelon. Aradus. — 
GUIFFREY. La monnaie des médailles. 

Annuaire de la Société française de numismatique, 
1891, fascicule juillet-août. — J.-A. Sambon. Monnayage 
de Charles I^r d'Anjou dans l'Italie méridionale. — R. SER- 
RURE. Médaille inédite de J.-H. de Altaemps, comman- 
dant des troupes espagnoles à Anvers, en 1674 et 1575. — 
Zay. La monnaie obsidionale de Mantoue (1799). — 
R. Vallentin. Pierre de Coucils et la maîtrise de l'atelier 
monétaire de Villeneuve. 

Bulletin de numismatique. N» 4. — R. Vallentin. 
Un sequin avignonnais inédit du pape Calixte III. — 
Mélanges. 

No 5. — R. Serrure. Jetons et méreaux rares ou inédits 
— Comte DE Castellane. La trouvaille de Longue. — 
Dr Farge. Les triens mérovingiens d'Alaona, Alauna. — 
Mélanges. 

Numismatic chronicle, 1891, Part. IL — Warwick 
Wroth. Greek coins acquired by the British Muséum 
i^n 1890. — Le même. Eupolemus. — FalklanD 
Warren. Notes on coins found in Cyprus. — J. EVANS. 



i65 

On some rare or unpublished roman medaillions. — 
CROWTER. On a pax penny attributed to Witney. — 
MONTAGU. On the Durham pennies of bishops of Bury 
and Hatfield. — LAWRENCE. English silver coins issued 
between 1461 end 1483. 

Rivista italiana di numismatica, 1891, fascicule III. — 
F. GneCCHI. Appunti di numismatica romana. — Gamur- 
RINI. Di un Semisse di Roma con etrusche iscrizioni. — 
Sambon. I « Cavalli » di Ferdinando I d'Aragona, re di 
Napoli. — Pila-CarOCCI. Brevi cenni sullo zecchino di 
papa Paolo II battuto in Spoleto. — RUGGERO. Un tallero 
di Sabbioneta. — E. GNECCHI. Appunti di numismatica 
italiana . — LUPPI . Una moneta inedita dei vescovi di 
Volterra. — AMBROSOLI. Una medaglia inedita di Gia- 
como Jonghelinck. 

Revue suisse de numismatique, 1891, 2^ liv. — LadÊ. 
Le gueules et la pourpre romaine. — Cahorn. Me'dailles 
des résidants de France à Genève. — LE ROY. Édits et 
mandements concernant les monnaies étrangères en circu- 
lation dans l'ancienne principauté-évêché de Baie. — 
MORIN-PONS. Le sceau de Vautier Bonjour, chanoine de 
Genève. — BURRI. Une nouvelle division du sou d'or 
mérovingien. Quadrant inédit d'Agaune. — VON HallER. 
Schweizerisches Mûnz- und Medaillen Cabinet. 



66 



SOCIÉTÉ ROYALE DE NUMISMATIQUE. 



EXTRAITS DES PROCES-VERBAUX. 



Réunion du bureau du se novembre tS91. 

... Le bureau prend connaissance de la 
lettre de M. J. Pety de Thozée, agent diplo- 
matique , consul général de Belgique à 
Sophia et membre effectif de notre Société, 
annonçant que Sa Majesté l'Empereur Dom 
Pedro d'Alcantara a daigné, à sa demande, 
accepter le titre de membre d'honneur 
de la Société. Il accueille cette nouvelle 
avec la plus vive reconnaissance et décide 
qu'une lettre de remercîments sera adressée 
à Sa Majesté. 



Le Secrétaire, 

G. CUMONT. 



Le Président, 

V*^ B. DE JONGHE. 



Ucuuion du bureau du 80 novembre 1S91. 

... Son Altesse Royale Monseigneur le Prince 
Dom Pedro de Saxe-Cobourg-Gotha et Bragance a 



167 

bien voulu faire savoir à notre confrère M. J. Pety 
de Thozée, agent diplomatique et consul général de 
Belgique à Sophia, qu'il daignait accepter le titre 
de membre d'honneur de notre Société. Cette 
communication est reçue avec la plus vive gra- 
titude et le bureau décide qu'une lettre de remercî- 
ments sera envoyée à Son Altesse Royale. 

Le Secrétaire, Le Président, 

G. CUMONT. V*** B. DE JONGHE. 



Réunion du bureau du 30 octobre iSOl. 

... Sur la proposition de MM. Éd. Vanden 
Broeck et A. de Witte, le titre à' associé étranger a 
été conféré à M. le comte Jacquinis Gentili di 
Rovelonne, à San-Severino (Marche), Italie. 

Le Secrétaire, Le Président, 

G. CuMONT. V*^ B. DE JONGHE. 



Réunion du bureau du SO novembre fS9f . 

... Sur la proposition de MM. A. Brichaut et 
A. de Witte, le titre d'associé étranger a été conféré 
à M. Eugène Chaix, membre de la Société fran- 
çaise de numismatique, 45 , quai des Grands 
Augustins, à Paris. 

... Sur la proposition de MM. le vicomte B. de 
Jonghe et A. de Witte, le titre d'associé étranger 



i68 

a été conféré à M. P. Hauberg, conservateur au 
Cabinet royal de numismatique de Copenhague. 

Le Secrétaire, Le Président , 

G. CUMONT. V*^B. DE JONGHE. 



1 



i6g 



SOCIETE ROYALE DE NUMISmATIQUE. 



LISTH: des ouvrages reçus pendant le 4« TRIMESTRE i89r 



AvlH iinporCaiit : I^ch publfeationH et ouvrages destlnétu à 
la l^octété doivent être adreMNé» à M. Alph. de IVitte, biblio- 
thécaire de la Société royale de numismatique, Palais des 
Académies, à Bruxelles. 



Ouvrages périodiques. 



Allemagne. — Blàtter fur Miinjfreunde, n°^ 174-175, pi. io5 et 106. 

— Niimismatisch-sphragistischer An^eiger, 1891, n^s 5 à 10. — 
Numismatische-literatur-Blatt, n^s 62-64. ~ Berliner Mûn:{blàtter, 
nos i3, à i36. 

Amérique. — Smithsonian Institution ; Annual Report, 1889. 

Angleterre. — Numismatic Chronicle 1891. Part. II. 

Autriche-Hongrie. — Monatsblatt, n»* 95 et 96. — Wiadomosci 
numi:^matyc:^no-archeologic:^ne, n" g. 

Belgique. — Bulletin des Commissions royales d'art et d'archéo- 
logie, 1890, nos ji et 12; 1891, n°s 1 et 2. — Bulletin de l'Académie 
royale, 1891, n»» 7 et 8.^ Messager des sciences, 1891, n°^ 2 et 3. 

— I^evue belge de numismatique, année 1891. — Analectes pour 
servir à l'histoire ecclésiastique de la Belgique. — Institut archéolo- 
gique du Luxembourg, t. XXIV et XXV. — Annales de la Société 
archéologique de Namur, t. XIX, 2« livraison et rapport pour 
l'année 1890. 

France. — Bulletin de numismatique, 1. 1®"", livraisons 3 à 5. {Hommage 
tde M. 9^. Serrure.) — Polybiblion, partie littéraire, t. LXII, liv. 3 
à 4; partie -technique, t. LXIII, liv. 8 à 10. — L'Intermédiaire 
des chercheurs et des curieux, no"* 558 à 562. — Revue numisma- 
tique, 1891, 3" livraison. — Annuaire de la Société française de 
Annkk i8()2. 12 



170 

numismatique, 1891, 4* livraison. — Bulletin de la Société de 
Borda, 1891, 3^ trimestre. — Mémoires et bulletin de la Société des 
antiquaires de France, année 1889. — Bulletin de la Société 
archéologique du Midi de la France, série in-8°, bulletin n» 7. — 
Société des antiquaires de Picardie, mémoires, t. XXXI ; bulletin, 
1891, n» 1 ; album archéologique, 5« fascicule. — Société archéolo- 
gique de rOrléanais, bulletin, n» 144 — Académie d'Hippone : 
Comptes-rendus, 1890, pp. xcvii à ex; 1891, pp. i à xxxii. 

■(aile. — Rivista italiana di numismatica, 1891, fascicule 3. 

iSuède. — Antquarisk tidskrift, t. XII, livraisons 3 et 4. 

Suisse. — Revue suisse de numismatique, t. I, 2^ livraison; bulletins 
«"S 6 à 9. 

Ouvrages non périodiques. 

BuRRi. — Utie nouvelle division du sou d'or mérovingien. Genève, 

i8gi, in-8^, 1 1 pages. {Hommage de l'auteur.) 
Caron. — Quelques mots de numismatique normande. Caen, 1891, 

in-80, 16 pages et vignettes. {Hommage de l'auteur.) 
CocHETEUx (Général). — Essai sur le monnayage royal de la deuxième 

dynastie française, de 762 à l'introduction du m,arc sous Philippe /", 

Bruxelles, 1891, in-S», 46 pages, 2 tableaux, (//omm^i^e de Vauteur.) 
Daremberg et Saglio. — Dictionnaire des antiquités grecques et 

romaines, i5^ fascicule. {Hommage des auteurs.) 
DE Chestret (Baron). — Henri Helbig, sa vie et ses ouvrages. Liège, 

1891, in-80, 19 pages. {Hommage de l'auteur.) 
— Numismatique de la principauté de Liège et de ses dépendances. 

Bruxelles, 1890, in-40, 466 pages, LIV planches. 
B. DE JoNGHE (Vicomte). — Deux esterlins frappés en commun par 

Jean HI, duc de Brabant, et Louis de Créçy, comte de Flandre. 

Bruxelles, 1891, in-80, 4 pages. — Nécrologie de F. Herry de 

Cocquéau. Bruxelles, 1891, in-80, 2 pages. [Hommage de l'auteur.) 
Laugier (J.). — Notice sur le monnayage de Marseille depuis son 

origine jusqu'à nos jours. Marseille, 1891. grand in-80, 63 pages et 

2 planches. (Hommage de l'auteur.) 
Mayor. — Les médailles du sixième centenaire de l'alliance helvé- 
tique. Genève, 1891, in-80, 25 pages, 2 planches. (Hommage de 

Vauteur.) 



MoRALEDA. — La virgen del Sagrario de Toledo y su basilica. 
Toledo, 1891, in-80, io3 pages et vignettes. {Hommage de l'auteur.) 

Nahuys (Comte). — Zegels van het Diestsche Begijnenhof. Gand, 1891 , 
in-80, 10 pages, 3 vignettes. {Hommage de l'auteur.) 

Vallentin (R.). — Les statuts des prévôts généraux, des ouvriers et 
des monnayeurs d'Avignon et du Comtat-Venàissin. Paris, 1891, 
grand in-80, 18 pages. — Les monnaies d'or de compte en usage dans 
le Dauphiné à la fin du XVI^ siècle. Genève, 1891, in-8", 5 pages. 

— Pièces de fantaisie en plomb analogues aux méreaux du chapitre 
de Saint-Apollinaire de Valence Bruxelles, 1891, in-80, 6 pages. — 
De la position des roses des armes du pape Clément VL Avignon, 
iSgi, in-80, 3 pages. {Hommage de Fauteur.) 

Vallier. — Sigillographie de l'ordre des Chartreux et numismatique 
de Saint-Bruno. Montreuil-sur-Mer, 1891, in-S», xxv-5o8 pages, 
LIV planches et vignettes, — Dictionnaire des devises héraldiques, 
numismatiques, historiques et fantaisistes du Dauphiné. Valence, 
1891, in-8°, v-77 pages. — Les peintures murales des Loives de 
Montfalcon. Valence, 1891, in-S», 49 pages, X planches et vignettes. 
{Hommage de l'auteur.) 

Van Bastelaer. — Mémoires archéologiques, t. V. Bruxelles, 1891, 
in-80, planche et vignettes. {Don du Ministère de l'Intérieur.) 

Ouvrages anonymes et catalogues. 

Catologue de monnaies grecques et romaines, à prix marqués, de 
Spink, à Londres. — Catalogue de monnaies du X^ au XIl^ siècle, 
1 planche, vente à Francfort, le 19 octobre. Collection Hahn, 
vente à Francfort. {Envoi de M. Hess.) — Vente Seyfer, de Stutt- 
gart, 5 planches. {Envoi de M. Mer:(bacher.) — Collection Berg- 
meister, 3 planches, Munich {Envoi de M . O. Helbing.) — Numisma- 
tischer Verkehr, deTniEME, 1891, n^^ y et 8. — ZscHiESCHEet Kôder, 
Catalogue, n^ 46. — Berliner Mûn:(-Verkehr, n^ 19, de J. Hahlo. 

— A. Weyl, Numismatische Correspondent, n» 95 à 101 ; Auktions 
Katalog, nos ,,5 et 117. — Vente à Paris, le 21 novembre 1891. 
[Envoi de M. 9^. Serrure.) — Catalogue à prix marqués, n" 17, 
de R. DupRiEz. — Catalogo de una collecçâo de moedas e medalhas 
raras , vente à Lisbonne, le 3o décembre 1891. {Envoi de 
MM. Leiria ey C".) 



172 

CABINET NUMISMATIQUE. 



Don de l'auteur, M. V. Lemaire. 

Jeune garde libérale de Gand, décoration, 1875, métal blanc. — Tir 
international, 1872. — Tir de Saint-Denis, bronze. — Van Artevelde, 
i863, médaille en bronze. — Société royale des Mélomanes à Gand, 
1860, médaille en bronze; id., concours international de i88i. — 
Maatschappij NijverheidenWetenschappen, 1867, médaille en bronze. 

— Provinciale Landbouwmaatschappij van Oost-Vlaanderen, 1884, 
médaille en bronze. — Société d'horticulture Flora, à Mont-Saint- 
Amand, médaille en bronze. — Université de Gand, i883, médaille 
en bronze. — J.-F. Kluyskens, médaille en bronze. — J. Van Arte- 
velde, grande médaille en bronze. — Société pour le progrès des 
études philologiques et historiques, 1884, médaille en bronze. — 
J.-F. Willems, 1874, médaille en bronze, — Racing-Club de Gand, 
1887, médaille en bronze, — Ville de Gand, concours de musique. 

— Deux médailles religieuses, en bronze. — Moulage en plâtre du 
grand sceau de l'État. — Effets de commerce belges, six timbres 
variés. 

Don de M. le comte M. de Nahuys . 
Moulage en plâtre d'un sceau du Béguinage de Diest. 

Don de M. A . Brichaut. 

Série complète de jetons de vivres pour la confrérie de Notre-Dame et 
de l'atelier de Charleville, cinq variétés (5 francs, 1 franc, 5o, 10 et 
5 centimes), laiton. — Deux variétés de jetons pour paiement d'une 
mesure de café (t torea), à Valparaiso, maillechort. Le tout frappé 
à la maison Eschger, Ghesquière et 0«. 

Bruxelles, le 21 novembre 1891. 

Le bibliothécaire-conservateur des collections, 
Alphonse de Witte. 



73 



NUMISMATIQUE AFRICAINE, 



BYZACÊNE. 

Lepte — Telepte. 

Tête de femme tourelée à droite : LAEPTE. 
Rev, Deux épis de blé — grènetis. 

Inédite. JE. ig millim. Ma collection. 

J'ai rencontré cette monnaie dans un lot de 
Numidiques provenant de Constantine. Elle est 
de conservation médiocre , mais suffisante pour 
permettre l'attribution à Telepte, appelée aussi 
Lepte (i). 

Cette ville était située sur la voie de Cirta à 
Tacape, par Theveste et Capsa. 

Une monnaie de Cirta, décrite par MûUer (2), 
présente au revers la légende ^ ^ ^ )C (3) 
ALBT ou LEPTE, ville alliée. Cette attribution 
serait donc confirmée par notre monnaie, 

(1) Dvx Byzacenae Provinciae et in Capsa et in Altéra Lepte civita- 
tibus intérim sedeat. [Cod. Justin, I. 27.) 

(2) Numismatique de l'ancienne Afrique, vol. III, p. 63. 

(3) \Saleph est la syllabe qui se retrouve sur les monnaies d'Achulla 
et d'Adrumète. Elle répond au Lybique TA, qui n'est ajouté que pour 
faciliter la prononciation. 

Année 1892. i3 



174 

NUMIDIE. 

Micipsa. 
Tête barbue et laurée à gauche. 



Rev, Éléphant marchant à gauche. A l'exergue : 
la légende \ % \1 1 MC (PH?) SN. 

M. 25 millim. Musée de Constantine. 

Dans une lettre adressée à M. le Conservateur 
du Musée de Constantine et publiée par un journal 
de cette ville, M. Babelon attribue la monnaie 
précédente à Masinissa, dont le nom, dit-il, se 
rencontre pour la première fois en numismatique. 

Une pièce de bronze de Masinissa II nous a 
déjà fait connaître ce nom. On y lit en néo- 
punique : — I a ) ^ A X MSTNZN — formée 
des initiales Mem, Sin, alors que celles de la pièce 
récemment découverte sont Mem, Kaf. 

Sur notre moyen bronze de Micipsa, la barbe 
se termine en deux pointes distinctes, de même 
que sur le grand médaillon du même roi. — Cela 
ne change rien d'ailleurs au caractère général de 



{ 



175 

la tête, telle que nous l'avons fait connaître dans 
la numismatique de la Numidie. — Comme les 
deux pièces sont également uniques, on peut, à 
mon avis, en conclure qu'il s'agit d'une frappe 
de courte durée et remontant à la fin du règne de 
Micipsa. 

Louis Gharrier. 

Constantine, août 1891. 



76 



NUMISMATIQUE 



PRINCIPAUTÉ DE STAVELOT ET DE MALMÉOY 



Pl. IV, V, VI ET VII. 



En 1848, M. Perreau publia, dans la Revue belge 
de numismatique, des Recherches sur les princes-abbés 
de Stavelot et sur leurs monnaies. Evidemment ce 
travail n'était qu'une ébauche : outre que la partie 
historique laisse à désirer au point de vue de 
l'exactitude, elle n'a, le plus souvent, aucun rapport 
avec la numismatique ; celle-ci même est à peine 
effleurée et se réduit à une simple nomenclature 
des pièces rencontrées par l'auteur. Trente ans 
après, M. le docteur Alexandre, éditant VHistoire 
chronologique des abbés-princes de Stavelot et Malmédy, 
par F. -A. Villers (i), fit suivre cet ouvrage de 
trois planches de monnaies, décrites d'après les 
exemplaires de la collection Capitaine ou les 
anciens tarifs. Enfin, M. Dannenberg, n'ayant à 
traiter que le monnayage primordial de l'empire 



( 1) Publication de la Société des bibliophiles liégeois ,- Liège, Grand- 
mont- Donders, 1878-1880, 3 vol. in-80. 



177 

germanique, s'arrête au xii® siècle, dans son livre 
si connu : Die deutschen Milnzen der sàchsischen 
und frànkischen Kaiser zeit. 11 n'existe donc, à pro- 
prement parler, aucune monographie numisma- 
tique du pays de Stavelot et de Malmédy. Nous 
allons essayer de combler cette lacune. 

Au nombre des rares souverainetés de la Bel- 
gique actuelle qui conservèrent leur indépendance 
jusqu'à la révolution française, se trouve la princi- 
pauté ecclésiastique de Stavelot, dont une faible 
partie (Malmédy) fut cédée à la Prusse en i8i5. 
Ce petit pays, enclavé dans le duché de Luxem- 
bourg, la principauté de Liège et le duché de 
Limbourg, était un fief immédiat du saint-empire, 
faisant partie, depuis l'an i5oo, du cercle de 
Westphalie. Il comprenait les abbayes de Stavelot 
et de Malmédy avec leur territoire, le comté de 
Logne et quelques seigneuries ne concourant pas 
dans les charges de la généralité (i). 

La forme du gouvernement était monarchique, 
car les états n'intervenaient que pour établir les 
impôts. L'élection de l'abbé se faisait par les reli- 
gieux réunis des deux monastères ; elle était habi- 
tuellement confirmée parl'évêque et le chapitre de 
Liège. 

L'abbaye de Stavelot avait pour armes d'argent 
au loup bâté portant deux paniers de pierres, tenant 

(i) ViLLKRS, t. I, p. 1 et passim. 



,78 

une crosse et passant sur un tertre de sinople devant un 
arbre de même (i). 




L'abbaye de Malmédy portait d'or au dragon de 
sinople. 

Le comté de Logne portait d'azur à la tête de 
Méduse au naturel. 

Ces différentes armoiries ont souvent varié, 
aussi bien dans les figures que dans les émaux. Sur 
le beau thaler portant les nombreux blasons 
d'Ernest de Bavière {Revue belge, i86g, pi. VI), on 
voit distinctement deux arbres derrière le loup de 
Stavelot. Certains ouvrages, publiés à l'étranger, 
vont même jusqu'à remplacer ce loup par l'agneau 
portant bannière, de l'abbaye de Priim. 

C'est à saint Remacle, l'apôtre des Ardennes, et 
à la munificence du roi Sigebert II que la princi- 
pauté de Stavelot doit son origine. Poursuivant le 



(i) Une vieille légende explique ainsi l'origine de ces armoiries : 
saint Remacle, occupé à bâtir le monastère de Stavelot, vit un loup 
dévorer un des ânes qui transportaient les matériaux. Il ordonna à 
l'animal carnassier de prendre la place de l'âne, ce que le loup s'em- 
pressa de faire de la meilleure grâce du monde. Depuis lors, le loup, 
apprivoisé, ne quitta plus le saint homme. 



179 

but qu'il vs'était proposé, Remacle érigea un monas- 
tère dans la partie des Ardennes située aux confins 
du diocèse de Cologne. Elevée sur les ruines d'un 
temple païen, cette abbaye fut appelée Malmunda- 
rium (Malmédy), comme ayant été construite dans 
un endroit purifié, quasi a malo mimdatum. 

Lorsque peu après — c'est l'opinion la plus pro- 
bable — saint Remacle devint évêque de Tongres 
ou de Maestricht, en 65o, il voulut avoir un 
monastère semblable dans son propre diocèse, et 
fonda celui de Stabulum, Stabulaus (Stavelot), ainsi 
nommé parce qu'il était bâti dans une clairière 
qui servait comme d'étable aux bêtes fauves d'alen- 
tour. 

Les églises des deux monastères furent dédiées 
à l'apôtre saint Pierre. Sigebert dota ces établisse- 
ments des terres avoisinantes, et leur fondateur y 
installa des religieux qui suivirent d'abord la règle 
de saint Colomban, plus tard celle de saint Benoît. 
Remacle fut leur premier abbé, et dès qu'il put 
résigner son évêché, il alla terminer sa carrière à 
Stavelot (i). Dès lors, un culte public n'a cessé de 
lui être rendu jusqu'à nos jours. Un diplôme deg66, 
parlant des bénédictins de Stavelot et de Malmédy, 
dit qu'ils sont attachés au service de Dieu, de saint 
Pierre et de saint Remacle (2). De plus, le sceau des 

(i) ViLLERS, t. I, pp. 16 et suiv.; Stéphani, Mémoires pour servir à 
l'histoire monastique du pays de Liège, t. I, p. i. 

(2) Monachis Deo sanctoque Petro, apostolorum principi, almoque 



i8o 

deux monastères, appendu à une charte de 
l'année 1173, représente saint Pierre et saint 
Remacle au pied de la croix (i). 

Un des successeurs de Remacle, saint Poppon 
(1020 -1048), fit reconstruire magnifiquement 
l'église abbatiale de Stavelot, et, le 5 juin 1040, 
l'empereur Henri III assista en personne à sa 
consécration. Par un diplôme du même jour, il 
confirma les possessions et les privilèges des deux 
monastères, ayant soin d'ordonner qu'ils conti- 
nueraient à rester perpétuellement unis, sous la 
direction d'un même abbé. Pour resserrer ces 
liens de fraternité, saint Poppon établit ou rétablit 
l'usage que les novices de Malmédy feraient leur 
profession religieuse à Stavelot, sur le tombeau 
de saint Remacle. 

De cette époque date la première monnaie de 
cette ville qui nous soit parvenue. On peut même 
avancer qu'elle fut frappée à l'occasion du séjour 
que Henri III y fit en 1040 : 

I. Buste à droite de saint Remacle tenant devant 
lui une crosse. Au-dessus : • S * R • 

— L'empereur assis sur son trône et tenant un 
sceptre crucifère de la main droite. Aux côtés de 
la tête : HE — NR 

A. — Gr. 1,10. Dannenberg, n» 270. 

Cab. roy, de Berlin. 

confessori Christi Remaclo, sub régula sancti Benedicti deservien- 
tibus (Ord. de la princ. de Stavelot, p. 10). 

(i) Bulletin de l'Institut archéologique liégeois, t. VII, p. 107. 



i8i 

Comme le remarque M. Dannenberg,la fabrique 
de cettepièce ne permet pas, malgré les lettres S, R, 
de songer à Reims, qui honorait particulièrement 
saint Rémi. Ces initiales ne peuvent donc se 
rapporter qu'à saint Remacle, d'autant plus que 
Stavelot se trouve entre les deux seuls ateliers. 
Celles et Duisbourg, dont on connaisse, pour cette 
période, des deniers au type de l'empereur assis. 

Sous la prélature de Théodoric (1049-1080), 
surgit un grave conflit, dont on appréciera plus 
loin l'importance au point de vue numismatique. 
En io63, le roi Henri IV, encore mineur, s'avisa 
de donner les abbayes de Malmédy et de Cornéli- 
munster à Annon, archevêque de Cologne, qui 
s'était emparé de la tutelle du jeune prince. Par cet 
acte, l'abbaye de Malmédy fut unie, sous le rapport 
temporel, au siège épiscopal de Cologne ; Annon 
y préposa un abbé de son choix, et les velléités 
séparatistes manifestées depuis quelque temps par 
les religieux, furent ainsi consacrées. En dépit des 
réclamations de Tabbé légitime, cet état de choses 
dura jusqu'au mois de mai 1071. Le roi se trou- 
vant pour lors à Liège, les moines de Stavelot s'y 
rendirent avec la châsse de saint Remacle, et par- 
vinrent, en simulant des miracles ou autrement, à 
lui faire annuler la malencontreuse donation 
de io63 (i). 



fi) ViLLERS, t. I, pp. 99 et suiv.; Daris, Histoire du diocèse et de 
la principauté de Liège, t. I, pp. .SgS et suiv. 



l82 

Se fondant sur les faits qui précèdent, M. de 
Coster insinue que des deux pièces de la seconde 
trouvaille de Maestricht (i), qu'il attribue, avec 
raison, à un fief de l'église de Cologne, l'une 
pourrait bien avoir été forgée à Malmédy. 
M. Dannenberg, allant plus loin, ne trouve aucun 
inconvénient à les donner toutes deux à cette 
localité. Mais on ne doit pas perdre de vue que ces 
monnaies portent le nom de l'archevêque Hiltolf, 
qui occupa le siège de Cologne après Annon, 
de 1076 à 107g. Or, si la paix ne fut jamais bien 
rétablie entre les moines de Stavelot et ceux de 
Malmédy, du moins l'histoire ne mentionne 
aucune tentative des archevêques de Cologne pour 
récupérer la juridiction qui leur avait été retirée 
en 1071. Il faut donc chercher autre part, sans 
toutefois s'écarter de notre pays, le lieu d'émission 
de ces deniers. 

Par contre, on connaît les deux monnaies sui- 
vantes, frappées à Stavelot du temps de Poppon 
ou de Théodoric. 

2. Buste à droite de saint Remacle, tenant de la 
main droite une crosse : (S) REMACLVS EPS 

— Bâtiment à arcades formant trois étages : 
STA(BVL)AVS 

A. — Gr. 1,18. ■ Dannenberg, n*^ 271. 

Coll. de la ville de Liège, plus trois 
autres exemplaires, dont deux 
chez M. Dannenberg. 

(1) Revue belge de numismatique, année i856, pp. 416 et 420, 
pi. XX, nos 26 et 27. 



i83 

3. Tête à gauche regardant une crosse. Sous le 
menton, des globules : RIMACLV (l'R à rebours). 

— Plante au milieu de laquelle s'élève une 
croix. Sans légende. 

A. - Gr, o,85. Dannenberg, n" 272. 

Coll. de la ville de Liège et de feu 
le comte de Robiano. 

Bien que le jus monetœ ne figure pas dans les 
privilèges octroyés jusqu'alors aux abbés de Sta- 
velot, on peut leur accorder ces deux pièces; 
d'abord, parce qu'elles n'offrent plus aucun carac- 
tère impérial ; ensuite, parce qu'un diplôme subsé- 
quent, donné en ii52, reconnaît expressément 
à l'abbaye le privilège monétaire, sans laisser 
entendre s'il s'agit d'un droit acquis ou d'un droit 
nouveau. 

Du 3 novembre ii3o à l'année ii58, les monas- 
tères de Stavelot et de Malmédy eurent l'honneur 
d'être gouvernés par un des hommes d'Etat les 
plus remarquables de ce temps, l'abbé Wibald. Il 
n'était encore que le savant directeur des écoles 
de Stavelot, en 1128, lorsqu'il fit reconnaître par 
l'archevêque de Cologne, sans trop s'occuper de 
la légalité, la primauté de son monastère sur 
celui de Malmédy. Admis successivement dans les 
conseils de Lothaire II, de Conrad III, de Fré- 
déric I", il obtint de ces différents princes la 
confirmation ou l'extension des privilèges de son 
abbaye. Le dernier de ces diplômes, daté 
du 9 mars ii52, nous intéresse particulièrement, 



184 

en ce qu'il reconnaît à l'église de Stavelot le droit 
de battre monnaie : percussuram quoque monetœ (i). 

Les nombreux voyages de Wibald, les missions 
politiques dont il fut chargé, ne l'empêchèrent 
point de veiller aux intérêts, tant spirituels que 
temporels, de ses abbayes de Stavelot et de Corbie 
(Saxe). Pour ne parler que de la première, il en 
récupéra les biens usurpés, fit rebâtir les fortifica- 
tions du château de Logne, et mourut après avoir 
orné ses temples d'œuvres d'art magnifiques. 

Il existe, de la première moitié du xii^ siècle, un 
certain nombre de deniei's à tête abbatiale, dont 
l'interprétation a résisté à tous les efforts. Tel est 
le cas pour trois pièces de la première trouvaille 
deMaestricht, figurées dans la Revue belge de i853, 
pi. V. « Les n°^ 18 et ig, dit M. Meyers (p.i52), 
semblent appartenir à un abbé, et à un abbé 
modeste; le buste est réduit à sa plus simple 
expression et semble se faire petit devant la 
figure imposante de Conrad III qui remplit 
tout le revers. Ces deux pièces sont exacte- 
ment semblables , sauf la légende qui, vsur la 
première, est YHDMiZ,HDM; et sur la seconde, 
DIPMNHiiMNH. » 

Il n'y a rien à reprendre à cette description, si 
ce n'est que les légendes, n'offrant aucun point de 
repère, peuvent être lues de plusieurs manières. 

(1) Ce diplôme, « affreusement interpolé r>, selon l'expression de 
M. de Noue, a été publié, en dernier lieu, dans les Ordonnances de 
la pj-incipauté de Stavelot, pp. 26 et suiv. 



t85 

En commençant celle du n° i8 vers le bas et à 
droite, on obtient M^HQMiZiHD, qui ressemble 
assez, il faut en convenir, à MTTLM^HD [arium), 
Malmédy. 

La légende du n° ig est beaucoup plus baroque 
et ne rappelle que de loin la précédente. Mais si 
Ton passe au n°2i, on se demande si le motSTTTH, 
deux fois répété, ne signifie pas Stavelot ou plu- 
tôt ^TK buleWsis, de Stavelot. Ces hypothèses 
venant à se confirmer, on se trouverait en pré- 
sence de trois deniers de Wibald, datant du milieu 
du xii^ siècle, au plus tard. 

Le frère et successeur de cet illustre prélat, 
Erlebald, reçut de l'antipape Victor IV, par un bref 
de l'année 1161, le privilège de porter l'anneau, la 
mitre et autres marques de dignité. 

A cette époque reculée, les souverains du pays 
de Stavelot ne jouissaient encore que de la mo- 
deste qualification d'abbé. En 1376, l'empereur 
Charles IV, concédant à Warnier d'Ocquier ses 
droits régaliens, l'appelle modermis princeps, sans 
préambule, ce qui semble indiquer que le titre de 
prince de Stavelot se trouvait alors déjà consacré 
par l'usage. 

Un abbé dilapidateur, Jean de Geuzaine, enga- 
gea, en 1427, la forteresse de Logne avec ses 
dépendances à Everard de la Marck, seigneur 
d'Arenberg, dont les descendants s'y maintinrent, 
en dépit de toutes les sentences pontificales, jus- 
qu'en l'année i52i. L'abbé Guillaume de Mander- 



i86 

scheidt-Keyl ayant alors intéressé Charles-Quint 
à sa cause, le château fut pris et rasé par les 
troupes impériales, et le comté de Logne rendu à 
son propriétaire légitime. 

Ce même prélat fit bâtir le château de Stavelot, 
où Brouwer prétend qu'il fit battre monnaie (i). 

Christophe de Manderscheidt, 1546-1576. 

L'abbé Guillaume étant mort le 2 juillet 1546, 
son neveu et coadjuteur, Christophe de Mander- 
scheidt, lui succéda aussitôt dans les abbayes ou 
principautés de Prûm et de Stavelot. 

Quelques mots sont ici nécessaires pour l'in- 
terprétation des armoiries qu'on lui verra prendre 
sur ses monnaies. La maison comtale de Mander- 
scheidt était issue des anciens seigneurs de Daun, 
du côté des femmes, et des comtes de Blankenheim 
par Elisabeth de Schleiden, bisaïeule de notre 
abbé. Jacques, son père, était seigneur de Daun, 
Keyl et Wartenstein, et Anne, sa mère, fille de 
Jean, comte de Salm en Lorraine (2). 

Christophe de Manderscheidt, de même que ses 



(1) Voir DE Noue, Etudes historiques sur V ancien pays de Stavelot 
et Malmédj-, p. 367. — Nous avouons humblement n'avoir pu 
retrouver ce renseignement dans l'ouvrage même de Browerus, Anti- 
quitates et annales trevii^enses . 

(2) Manuscrits de Le Fort, aux archives de l'Etat, à Liège; Imhof, 
Notitia sacri romani germanici imperii procerum, ijSa, t. II, pp. 112 
etsuiv. 



i87 

voisins les évêques de Liège, poursuivit avec 
rigueur l'hérésie qui s'était infiltrée dans son 
petit État. Comme eux aussi, il eut à souffrir 
des incursions causées par la guerre des Pays- 
Bas. Après un règne dont on s'accorde à louer 
la sagesse, il mourut le 28 août 1576, du chagrin 
que lui avait occasionné le décret d'incorpora- 
tion de son abbaye de Prum à l'archevêché de 
Trêves. 

Sa devise était : Godt helf mich ou Adjuva me 
Deiis, Dieu me soit en aide (Psaume LXIX, ver- 
set 6). 

Pour tout ce qui regardait la monnaie, la prin- 
cipauté de Stavelot était soumise à la commission 
monétaire du cercle de Westphalie.En l'assemblée 
tenue à Cologne le 9 mai i567, les commissaires 
avaient décidé que, dans tous les pays de leur res- 
sort, il n'y aurait plus que trois tailleurs de coins, 
savoir : un à Clèves, un à Cologne et un troisième 
à Liège. Conformément à ce recez, l'abbé de Sta- 
velot chargea Georges Muenich (Munix), le gra- 
veur en titre du cercle, résidant à Liège, de tailler 
les coins des espèces d'or et d'argent qu'il ferait 
forger, à condition de prêter le serment d'usage 
entre les mains du docteur Woestenraedt, chanoine 
de Saint- Lambert (i). 

(1) Pièces justificatives, n» I. — M. A, Pinchart, dans sa biographie 
de Munix ou Monachy {Rev. belge de mon., année i853, p. 294), 
affirme que cet artiste passa successivement de Liège à Cambrai et à 
Stavelot. Le document que nous publions donne un démenti à cette 



i88 

Le maître monnayeur préposé à cette fabri- 
cation était un bourgeois d'Anvers (i), du nom 
de Herman Bex. Il resta en fonction depuis le 
mois de juillet i56y jusqu'au lo juin iSyi, époque 
où il fut relevé de son serment et remplacé par 
Jean Berghmans, le wardien de la monnaie (2). 

Sa commission portait qu'il battrait monnaie à 
Horion, en Hesbaye. Mais les droits de l'église de 
Stavelot sur cette seigneurie n'ayant jamais été 
bien définis, les Liégeois s'opposèrent à une chose 
qu'ils considéraient comme un abus (3). Dès le 
5 août 1567, on parlait au chapitre de la cathédrale 
de faire arrêter les monnayeurs travaillant à Ho- 
rion (4). L'abbé fut obligé de céder et fit transpor- 
ter son atelier à Poulseur, au comté de Logne, où 
il se trouvait encore en 1571 (5). 

assertion. Il était d'ailleurs beaucoup plus naturel de croire que Munix 
travailla en même temps pour Christophe de Manderscheidt et pour 
l'évêque de Liège Gérard de Groesbeeck, deux princes voisins, 
d'autant plus que la grande émission de dalers de ce dernier (lôôy-iôyS) 
coïncide exactement avec le monnayage de l'abbé de Stavelot. 

(1) On le trouve ainsi qualifié, en i568, dans une « lettre de l'abbé 
au baron de Berlaymont, l'informant qu'il lui envoie son receveur, 
accompagné du maître de sa monnaie, pour affaires de son service » 
(Gachard, Notice sur les archives de l'abbaye de Stavelot, p. 36, dans 
les Mém. in-40 de l'Acad. roy, de Belgique, t. XXI). 

(2) Pièces justificatives, n^s III et IV. — Ce Jean Berghmans (alias 
Berkman), ou un homonyme, avait été wardien de l'atelier de Liège 
en 1557. 

(3) Cf. DE Noue, p. 46g. 

(4) Pièces justificatives, n» II. 

(5) Pièces justificatives, n° ill. 



189 

Le titre et le poids des monnaies de Stavelot 
étant réglés par la loi de l'Empire, les florins 
d'or de Christophe de Manderscheidt devaient 
tenir 18 carats 6 grains de fin et être taillés de 
72 pièces au marc, poids de Cologne. Ses dalers 
devaient être frappés à 10 deniers 16 grains de fin 
et de 8 au marc de Cologne ; les fractions, à l'ave- 
nant. 

4. Écusson orné et écartelé : au i^*" et au 4^ de 
Manderscheidt, d'or à la fasce vivrée de gueules; 
au 2® et au 3^ de Daun, d'or fretté de gueules; sur 
le tout de Blankenheim, d'or au lion de sable 
chargé d'un lambel de gueules à cinq pendants. 
Légende : .^ MONETA^ * NO^ ^ AVREA^ * STAB' 
■^ ET' -^ FR\ume7isis) 

— Aigle éployée et couronnée, portant sur la 
poitrine le globe crucifère de l'Empire : MAXIMP 
- ir ^ ROMA' ^ IW * SPM' ^ AVG' * 1567 

Or. — Gr. 3,22. Suite de Villers, pi. I, tig. 3. 

Coll. de la ville de Liège. 

5. Ecuvsson orné, surmonté d'une couronne 
perlée, et écartelé : au i^"" et au 4^ de Mander- 
scheidt, au 2^ et au 3^ de Blankenheim, avec l'écu 
de Daun sur le tout : CHRIS • CO • A • MAND : 
D : G AB • STA ; ET • PR 

— L'empereur debout, en longue robe, et cou- 
ronné. De la main droite, il tient le glaive ; de 
l'autre, le globe crucifère. Légende traversée par 

Année 1892. 14 



190 

le sujet : MAXI • II • RO — M — • IMP • SEM • 
AVGV 

Or . Supplément au catalogue des mon- 

naies en or du cabinet impérial 
(devienne), p. 22. 

Variété portant au revers : MAXI • II • RO — I 
— MP • P • (publicari) F • (fecit) DECR • {eto) 

Cabinet de France. 

Suite de Villers, pi. I, fig. 4. 

Un troisième exemplaire se trouvait, il y a quel- 
ques années, chez M. Dupriez, à Bruxelles. 

6. Ecusson découpé à l'allemande et écartelé : 
au i^"" et au 4® de Manderscheidt, au 2® et au 3^ de 
Daun, avec l'écu de Blankenheim sur le tout. 
Timbre : deux casques ornés de lambrequins ; 
celui de gauche portant deux queues de paon, qui 
est le cimier de Manderscheidt; celui de droite 
surmonté d'un cygne naissant, qui est celui de 
Daun. Légende : ^ CHRISTOPH' • D' : 6' • C • 
A^ • MAND'SCH' : AB^ : STAB^ - ET • P 

— Aigle éployée et couronnée, portant sur la 
poitrine le globe de l'Empire : MAXIMILP ^ II ^ 
ROMA' * IM' ^ SEM^ * AVGV ^ 1567 

Deux variétés de la même année. Sur l'une 
d'elles, décrite par Schulthess-Rechberg (n° 5214), 
les lettres D * G suivent le nom de famille. 

A. — Gr. 29. Suite de Villers, pi. I, fig. 6. 

Ce rixdaler est le moins commun de ceux qui 



igi 

sont datés de la première année du monnayage de 
Christophe de Manderscheidt; de plus, on n'en 
connaît aucune fraction (i). C'est ce qui nous 
engage à le considérer comme sorti de cet atelier 
de Horion qui n'eut pas le temps de produire beau- 
coup de numéraire. 

7. Pièce plus petite, avec les mêmes armoiries 
dans un écusson beaucoup plus grand et très orné. 
Les cimiers traversent la légende et les lambre- 
quins descendent plus bas : CHRIS * C * AMAND * 
D^ * G * AB' * STAB ^ ET' * PR 

— Aigle et légende comme ci-dessus. 

Plusieurs variétés de la même année, parfois 
d'une exécution très grossière. 

A. — Gr. 28,50. Suite de Villers, pi. I, fig. 5. 

8. Demi-daler aux mêmes types : CHRIS' * C * 
A ^ MAND^ * D^ * G^ . AB' ^ STAB^ * ^ ^ PR' 

— MAXIMP * ir* ROMA'* IM' * SEM' ^ 
AVGVS' * i56y 

Une variété, portant la même date, se distingue 
par quelque différence dans la légende du revers. 

A. — Gr. 14, 5o. Suite de Villers. pi. Il, fig. 9. 

g. Ecusson orné et écartelé : au i" et au 4^ de 

(1) Schulthess mentionne, il est vrai, un demi-thaler à ce type 
(n"» 5217) ; mais il est très probable qu'il a en vue notre numéro 8, qui 
manque à son catalogue. 



192 

Manderscheidt ; au 2"" de Blankenheim ; au 3= de 
Schleiden, d'azur au léopard d'argent; sur le tout, 
reçu de Daun. Timbre : un casque orné de lam- 
brequins et portant le cimier de Manderscheidt- 
Blankenheim. Légende : CHRIS" * CO' * A * 
MAND- - D' ^ GR' ^ AB' * STAB^ * ET^ ^ PR 
— L'empereur à mi-corps, tourné à droite, cui- 
rassé et couronné. Il tient le sceptre de la main 
droite et le globe crucifère de la gauche. Aux 
côtés, 15-70. Légende : ^ MAXIMILP * IL -k 
ROMA^ * IM' * SEPER' (sic) * AVGVSTVS 

A. — Gr. 58,12 (double daler). Schulthess-Rechberg, no 5222. 
Coll. de la ville de Liège. 

Le simple daler à ce type se rencontre en va- 
riétés nombreuses, portant les millésimes i568, 
1569, 1570 et 1571. 

Suite de ViLLERS,pl. II, fig. 7 et 8. 

10. Demi-daler aux mêmes types : CHRIS' * C' 
^A' * MAND' ^ D^ * G^ - AB' ^ STAB" ^ ET 

>r PR' 

— ^ MAXIMILr ^ ir - ROM' * IMP' SEMP- 
- AVGVST^ * et i5-68 

Une variété de la même année avec PRO'. Autres 
de i569 et de 1570. 

A. — . Gr. 14,35. Schulthess-Rechberg, n" 5224, 

11. Quart de daler aux mêmes types : CHRIS ^ 
C K A * MAND' * D' * G' * AB' ^ STAb ^ 
ET^ * PR' 



■ 193 

— 4f MAXIMI- xjr X KOMA' ^ IMF' x SEM' 
X AVGVS' 

A. — Gr. 7,12 Rev. b.denum.,iS6g,p\.X,nP5{\). 

Coll. de la ville de Liège. 

12. Ecusson écartelé : au i^"" et au 4® de Man- 
derscheidt, au 2^ et au 3® de Blankenheim, avec 
l'écu de Daun sur le tout : * CHRIS * C * A * 
MAND ^ . . . TAB * PR 

— Croix dont chaque bras, partant d'une espèce 
de roue centrale, est formé de deux feuilles 
d'acanthe traversant la légende. Dans les angles, 
la date 1-5-7-1. Légende : ADIV | VA • | ME • | 
DEVS 

C. Coll. de l'auteur. 

Une variété portant i-S-y-z, 

Coll. de la ville de Liège. 

i3. Les armes de Blankenheim sont rempla- 
cées, au 3^ quartier, par celles de Schleiden : 
- CHRIS -C'A- MAN • D • G • AB • STAB 
• ET • P 

— Croix comme ci-dessus, et la date 1-5-7-3 à 
rebours. Légende : ADI | WA | MED | EVS 

(1) M. R. Chalon, dans la description qu'il donne de cette pièce 
unique (p. 32o), affirme que le 3« quartier porte les armes de Roucy 
(d'or au lion d'azur ou de gueules). C'est là une erreur dans laquelle 
Schulthess avait déjà versé à propos du daler n^ 9. Le comté de Roucy, 
entré dans la famille du prince-abbé par le mariage d'un de ses cousins, 
échut au rameau de Manderscheidt-Géroldstein, qui en introduisit les 
armes dans son blason. D'ailleurs, sur les dalers comme sur leurs 
fractions, on voit distinctement un léopard et non pas un lion. 



194 

Plusieurs variétés de la même année, dont une 
avec ^ CHRIS * 

Autres de 1574, avec les dates placées de diffé- 
rentes manières. 

C. Suite de Villers, pi. II, fig. u 

(très inexacte). 

Jetons, 

14. Dans un écusson dé'coupé, orné d'enroule- 
ments et de têtes de lion, les armes écartelées de 
l'abbé, savoir : au i" et au 4^ de Manderscheidt, 
au 2^ de Blankenheim, au 3^ de Schleiden, avec 
l'écu de Daun sur le tout. Aux côtés, i5-6g. 
Légende : : CHRIS' * CO' .e A * MAND' ^T>' ^ 
G^ ^ AB^ ^ STAB' ^ ET' >*■ PRVMT' 

— Saint Christophe, patron de l'abbé, au 
milieu d'un paysage et les pieds dans l'eau. Il tient 
des deux mains son bâton, et lève la tête pour 
regarder l'enfant Jésus bénissant, qu'il porte sur 
ses épaules : GODT • HELF • MICH 

G. DuGNiOLLE, Le jeton historique, 

etc. , t, II, nos 2226 et 2493 ; t. IV, 
n° 2226 (descr. inexactes et con- 
fuses). 
Cab. de l'État belge et coll. de 
M. Vanden Broeck. 

i5. Mêmes armoiries dans un cartouche placé 
sur une crosse et une épée en sautoir : CHRIS * 
CO * — A * MAND — D î G ^ AB' - STAB ^ 
ET * PR * 



195 

— Le roi David agenouillé près de sa harpe, et 
adressant à Dieu son invocation : ADIVVA- 
ME DEVS. 

C. DuGNiOLLE, t. II, no 2494. 

Cab . de l'État belge . 

Ernest de Bavière, i58i-i6i2. 

Les circonstances critiques où se trouvait le 
pays de Stavelot, engagèrent les moines à se 
mettre sous la protection de princes puissants. Ils 
postulèrent successivement pour abbés, ou plutôt 
pour administrateurs, en dehors de leurs monas- 
tères, deux évêques de Liège, Gérard de Groes- 
beeck (i576-i58o) et Ernest de Bavière. Ce dernier, 
qui devint un peu plus tard électeur de Cologne, 
fut élu le II février i58i et reçut ses lettres d'in- 
vestiture, le 4 janvier i583 (i). A son règne se 
rattache le souvenir d'un immense désastre : 
en i587, les troupes des Provinces-Unies, sous la 
conduite de Martin Schenck, brûlèrent la plus 
grande partie de la ville de Malmédy, après en 
avoir pillé les maisons et enlevé du monastère 
des trésors inestimables. 

A la réunion monétaire ou Mûnz-Probation-Tag 
tenue à Cologne, le i3 mai i585, le délégué d'Ernest 
de Bavière, Godefroid Taxis, chancelier de 
Stavelot, exposa la nécessité de remettre en acti- 
vité l'atelier monétaire de cette ville. L'ancien 

(1) ViLLERS, t. I, pp. 234 et 246. 



196 

maître monnayeur étant décédé et le wardien ou 
essayeur ayant quitté le pays, il proposa de les rem- 
placer respectivement par Gotthard Mattheyssen 
et par Jacques von Niederhoven, qui furent admis 
et prêtèrent serment (i). 

On ne connaît de leur fabrication que des brûlés 
de 12 sols ou demi-aidants, portant la devise 
ordinaire du prince. Ces monnaies, exactement 
imitées de celles qu'Ernest de Bavière venait 
d'émettre en qualité d'évêque de Liège, furent 
taillées, sans aucun doute, comme leurs modèles, 
de 88 pièces au marc de Cologne (2). 

16. Buste barbu, avec fraise à l'espagnole, de 
profil à droite : (loup devant une épée et une 
crosse placées en sautoir) * ERNEST * AD {minis- 
trator) • STABV • CO • LONG [iensis) • 

— Ecusson couronné, aux armes écartelées de 
Palatinat et de Bavière. Aux côtés, deux rosettes; 
au-dessous : • XII • Légende : • AVDIATVR • 
ALTERA • PARS • 85 • 

Une variété avec • 86 • 

G. Suite de Villers, pi. III, fig. 12. 



(1) HiRSCH, Des Teutschen Reichs Miin^^-Archiv, t. VII, p. 224.. — 
Un Mathieu Van Nederhoven devint, quelques années après, le mon- 
nayeur d'Ernest de Bavière, à Maeseyck. 

(2) Cf. DE Chestret, Numismatique de la principauté de Liège, 
p. 27g et n"s 554 et 555. 



197 



Ferdinand de Bavière, i6i2-i65o. 

Le prince Ernest, étant mort le 17 février 1612, 
fut remplacé par son neveu et coadjuteur Ferdi- 
nand de Bavière, qui se fit investir le 18 octo- 
bre i6i3. A l'exemple de ses prédécesseurs les 
évêques de Liège, il gouverna les deux abbayes 
par les prieurs et la principauté par des délégués. 
Lorsqu'il mourut, le i3 décembre i65o, le pays de 
Stavelot se trouvait ravagé et complètement ruiné 
par le passage incessant des armées qui avaient 
pris part à la guerre de Trente ans. 

Dès la deuxième année de sa prélature, Ferdi- 
nand envoya les maîtres monnayeurs de Liège et 
de Stavelot prendre leurs instructions auprès des 
commissaires du cercle de Westphalie. Le 
i^"" mai i6i3, ceux-ci leur permirent de forger : 

1° Des sols ou patards, à 2 deniers 16 grains et 
de 128 pièces au marc de Cologne ; 

2° Des doubles sols à 4 deniers 7 grains et 
de 106 3/4 au marc ; 

3° Des demi-réaux (pièces de 3 sols), à 5 deniers 
4 grains et de 82 2/3 au marc ; 

4° Des pièces de 4 sols, à 4 deniers 20 grains et 
et de 55 3/8 au marc (i). 

Ces trois dernières monnaies furent frappées, 



(i) WoLTERS, Notice historique sur l'ancien chapitre de Thorn, 
p. 66. 



comme on va le voir, au type liégeois. Quant à la 
pièce d'un sol, aucun exemplaire ne nous en est 
parvenu ; mais il est indubitable qu'elle aussi 
devait avoir une grande ressemblance avec celle 
de Liège, qui du moins nous a été conservée par 
la gravure (i). 

17. Ecusson couronné, aux armes écartelées de 
Bavière et de Palatinat, avec l'écu au loup de 
Stavelot sur le tout. Autour de l'écusson, des 
ornements ; aux angles, deux têtes d'aigle ; au- 
dessous: ^ IIII S. Légende : FERDINAN • ELEC 

• COL • BA • D • PRI • ST 

— Double aigle impériale couronnée : MA- 
THIAS • D • G • ROMA • IMPE • SEMPE 

• AV 

B. B, — Gr. 4,02 (pièce Cab. de l'État belge, coll. Doudart 
de 4 sols). de la Grée, et un S"^® exempl. 

catalogué dans la Numisma- 
tische Correspondent, no 101. 

On trouve, dans une Ordonnance contemporaine 
(Anvers 1614), une variété notable de cette pièce, 
où l'écusson, dépourvu d'ornements, a pour sup- 
ports deux lions qui le tiennent suspendu à deux 
lanières. Reste à savoir quelle créance il faut 
accorder à cette gravure. 

18. Ecusson couronné, aux armes écartelées de 
Bavière et de Palatinat, avec l'écu de Stavelot sur 

(1) Cf. DE Chestret, nos 5g4^ 5g6, 597 et SgS. 



199 

le tout. De chaque côté, une rosette : • FERDI- 
NAN • ELEC • COL • PRIN • ST • 

— Croix ornée traversant la légende; au centre, 
l'aigle impériale dans un cercle entouré de quatre 
ornements en forme de trèfle, placés en sautoir : 
MATH i ROMA | IMPE | S • AVG 

Quelques variétés dans les légendes. 

A. — Gr. 2,65 (demi-réal). Suite de Villers, pi. III, fig. i5, 

ig. Ecusson comme ci-dessus. Aux côtés, II — S. 
Légende : FERDINAN • ELEC • COL • PRIN • ST 

— Double aigle impériale couronnée : MA- 
THIAS • ROMANO • IMPE • SEMP • AV 

B. B. - Gr. 2,45 (double Suite de Villers, pi. III, fig. i3. 
sol). 

La fabrication de ces pièces devait être terminée 
le 23 mai 1614, car un document nous apprend 
que, ce jour-là, l'orfèvre Herman Libertfut relevé 
de son serment de monnayeur de Stavelot, pour 
exercer l'état de changeur à Liège (i). 

Plus tard, lorsque Ferdinand de Bavière fit 
monnayer cette énorme quantité de liards dont on 
se plaignait tant dans les États voisins, il n'eut 
garde d'oublier les petits profits attachés à la sou- 
veraineté du pays de Stavelot ; mais ce fut à Lou- 
veigné, dans le comté de Logne, qu'il établit son 
atelier monétaire. Deux manuscrits, cités par 



(1) Chambre des JînanceSy Protocole, reg. 23. fol. 120 v",aux archives 
de l'État, à Liège. 



200 

M. de Noiie (i), attestent que ce fait eut lieu 
en 1643. D'ailleurs, il est prouvé qu'au mois 
d'avril de cette année, on était en train de forger 
une quantité de liards à l'usage des Stavelotins. 
C'est ce que nous apprend la requête adrevSsée au 
baron de HoUinghoven, coadjuteur de Ferdinand, 
par les nommés Guillaume Ticquet et Pacquea 
Brixhe (2). Ces deux industriels, alléguant que la 
production était insuffisante et les liards « de laide 
mise », comme étant imprimés « avec certaines 
« presses instruments qui ne sont bien dirigez en 
« ces quarteirs, où l'employ n'a esté bien pratiqué 
« jusqu'au présent », demandèrent la permission 
d'en fabriquer pour 20,000 florins (3). Ils s'enga- 
geaient en outre, afin d'éviter toute supercherie, à 
employer les ouvriers et le wardien assermentés, 
de même que le tailleur de coins de la monnaie. 

Nous ignorons l'accueil qui fut* fait à cette 
requête. Ce qu'il y a de certain, c'est que, le 
22 avril 1648, la forge aux cuivres se trouvait 
transportée à Stavelot et y fonctionnait depuis un 
certain temps. On voit alors le chapitre de Saint- 
Lambert, par une étrange confusion de popvoirs, 
accorder à l'orfèvre François Schelberg, fermier 
des monnaies de cuivre de l'évêque de Liège, le 
privilège de poursuivre à Stavelot, dans les limites 

(1) Études historiques , etc., p. 469. 

(2) Pièces justificatives, n» V. 

(3) Le texte imprimé porte : « une quantité de vingt mils ff ». Ne 
faut-il pas lire : « vingt mils 11 {livres) v ? 



20I 

imposées par Son Altesse, la fabrication com- 
mencée (i). 

Deux ans après, un édit de Ferdinand de Bavière 
mettant au billon tous les liards étrangers, y com- 
prenait « ceux forges à Lotivegné, sans tête et 
autres, qui ne sont au coin de Liège » (22 juin' 
i65o) (2). 

20. Écusson couronné, aux armes écartelées de 
Bavière et de Palatinat, avec l'écu de Stavelot sur 
le tout. Derrière, apparaissent la crosse et l'épée 
placées en sautoir : FERDI • D • G • ELEC • COL • 
PRI • STA 

— Les lettres F — B, sommées du bonnet élec- 
toral. Vers le bas, la tête de Méduse : EPISCO • 
LEO • MAR • FRANC • COiM • LONG 
c. 

Nombreuses variétés. Sur certains exemplaires, 
il semble qu'une épée, à poignée en forme de croix, 
soit plantée dans la tête de Méduse. Ce dernier 
emblème étant propre aux armoiries du comté de 
Logne, on doit en conclure que tous les liards de 
cette espèce proviennent de l'atelier de Louveigné, 
ouvert en 1643. Ceux qui suivent ont probable- 
ment été forgés à Stavelot. 

(1) Pièces justificatives, n» VI. 

(2j Ordonnances de la principauté de Stavelot, p. 126. — Peut-être 
convient-il de lire, avec un changement de ponctuation : « ceux 
forgés à Louvegnc sans tête, et autres qui ne sont au coin de 
Liège ». 



202 

21. Comme le numéro précédent, sauf qu'il y a 
un point de chaque côté de la couronne et à la 
fin de la légende. 

— Buste du prince à gauche, coiffé du bonnet 
électoral : EPISCO • LEO • MAR • FRANC • 
COM • LONG • 

c. 

Quelques variétés, dont une avec la légende du 
droit presque identiquement répétée au revers : 
Buste : ® FERDINAND • D • G • ELEC • CO •.. 

— Écusson : FERDI D G ELEC COL PRI 
STA 

22. Écusson comme ci-dessus : • — FERD • D • 
G • ELEC • COL • P • ST — • 

— Un grand perron entre les lettres F — B. 
Au-dessus, le bonnet électoral : * DVX * BVL • 
MAR • FRANC • CO • LO • 

c. - 

D'autres variétés, plus communes, portent au 
revers : • EPIS • LEO • MAR • FRANC • CO • 
LO • (ou LON •) 

Les derniers abbés commendataires. — François- 
Egon de Furstenberg, 1667-1682. 

Les successeurs de Ferdinand furent, par voie 
de coadjutorerie, Guillaume de Bavière, baron de 
Hollinghoven (i65o-i657), fils naturel d'Ernest, ce 
prélat dont Henri IV disait plaisamment : « Mon 



2o3 

cousin de Liège me ressemble jusqu'à la ceinture» ; 
et Maximilien-Henri de Bavière (1657-1667), élec- 
teur de Cologne et prince-èvèque de Liège. Celui-ci 
résigna en faveur de son premier ministre, Fran- 
çois-Egon de Fûrstenberg( 1667- 1682), prince- 
èvêque de Strasbourg, le dernier de ces abbès 
commendataires dont nous ayons à nous occuper. 
On rapporte que, l'année même où il reçut son 
investiture (20 juillet 1671), on renouvela, en 
faveur de Poulseur, la commission de i567 (i). 
Ce document, pas plus que les produits du mon- 
nayage projeté, n'a pu être retrouvé. 

B°" DE Chestret de Haneffe. 



PIECES JUSTIFICATIVES. 



I 

Commission pour taillieur du fier de la monoye. 
1567. 

Christophe de Manderscheidt, par la grâce de 
Dieu abbé de Stavelot, Prumes, conte de Longne, Comme 
pour obéyr aux ordonnances des monnoyes du St. -Em- 
pire et furnir de nostre part à ce qu a esté spéciallement 

(1) De Noue, p. 469. 



204 

arresté en la journée circulaire tenu à Coloingne le IX jour 
de May XVc soisanle sept, qu'on en tout ce circle Westpha- 
licque n'y auroit que trois taillieurs ou graveurs de coings 
des monnoyes, à sscavoir l'ung à Clèves, l'autre à Cou- 
loingne et le troisiesme à Liège, où tous princes, seigneurs 
es estats de ce dit, ayans privilège de monnoyer, sont tenu 
chascun en son particulier faire taillier les coings de leurs 
monnoyes, Nous avons pour ceste cause pris et retenu, pre- 
nons et retenons par cestc pour nostre taillieur des coings 
de noz monnoyes, que ferons d'icy en avant forger en noz 
pays de Stavelot et conté de Longue et autres noz jurisdic- 
tions, nostré cher et bien aimez maistre George Muenich 
résident à Liège, ad ce commis et serimenté par les conseil- 
liers et députez des estatz dud-it circle, aux gaiges à décla- 
rer par aultres noz lettres sur ce à dépêcher, en lui donnant 
par ces dites présentes plein pouvoir, authorité et mande- 
ment spétial de taillier et graver tous les coings requiz et 
nécessaires pour nos dites monnoies, tant pour les deniers 
d'or que d'argent, lesquelles coings il sera tenu furnir et 
livrer au w^ardein de nos dites monnoyes ou les luy envoyer 
bien seurement serrez et cachetez, comme il se faict à 
autres monnoyes, et aussy serat il tenu de les bien tremper 
et nettement graver, comme à ung bon et fidèle tailleur 
des coings appartient de faire et ainsy que porte l'ordonance 
de l'empire, sans y oublier aulcuns poinctz, lettre ny forme 
du patron que luy en sera délivré de nostre part, desquelles 
coingz il tiendra bon et seur registre de tous ceulx qu'il 
gravera et délivrera à nostre dit wardeyn de chacun espèce 
de deniere distinctement, mesme on prendera deu récépissé 
pour nous en rendre bon compte quant requis en serat, et 
si sera tenu de livrer, furnir ou envoyer, comme dict est, 
seurement et en temps requis, à nostre dict wardeyn tous les 



20D 

coings servans et duysans à nos dites monnoyes, sains qu'il 
y en aye nécessité ou deffaulte, sur peine de porter à sa 
charge tous raisonnables dommaiges et intérest que les 
maistres de noz monnoyes, marchans et livreurs auroient 
soufFertz pour la faulte et négligence du dit graveur, 
et mesmement quil ne pourra ne graver ny livrer nos dits 
coings ou aulcuns dit oulx pour autre monnoye ny pour 
quelque aultre personne que ce soit, desquelles choeses 
ledit maistre George sera tenu faire le seriment ad ce per- 
tinent es mains de monsieur le docteur Westenraet, cha- 
noine de l'englize S^-Lambert à Liège, que icomiiiettons ad 
ce et luy prions le vouloir recevoir durant ces présentes 
jusques à notre rappel. En tesmoing de ce nous avons 
signé ces présentes de notre propre main et y faict 
appendre nostre seel. 

Archives de l'État, à Dusseldorf, 
manuscrit B 207a, fol. 122. 



II 

Touchant rinterdiction du monnayage exercé à Horion 
par l'abbé de Stavelot. 

5 août 1567. 

Reverendus ac nobilis dominus Gabriel de Bornel inter- 
rogavit reverendos et generosos dominos meos capitula- 
riter congregatos, num ex parte capituli ordinatum fuisset 
ballivo Hasbanie quatenus idem aliquos monetarios, in loco 
de Horion ad instantiam abbatis Stabulensis monetam 
cudentes, apprehenderet vel eos in exercitio officii moneta- 
riorum aliquam defensionem faceret et ipsis dominis de 

Année 1892. >5 



206 

aliquo desuper facto decreto constaret; qui statim respdn- 
derunt quod non neque in capitulo istius mentionem tieri 
audivisse. In... usque habitaque responsione ejusmodi, 
me, tanquam capituli predictinotarium, interrogavit utrum 
de aliqua capitulari ordinatione de premissis facta loqui 
scirem, cui respondi quod non. 

Conclusions capititlaires, reg. 1 15, 
fol, 723; aux archives de l'État, 
à Liège. 



III 

Commissio Johannis Berchman monetarii, cum absolutione 
sacramenti a quo tenentur monetarii H ermanni Beex. 

lo juin iSyi. 

Ghristophorus cornes a Manderscheidt, Dei gracia 
Stabulensis, Prumensis etc. abbas, cornes Longianus, uni- 
versis et singulis has litteras patentes visuris, lecturis, 
legive audituris et praesertim dominis ex parte hujus 
Westphalici circuli super re monetaria deputatis salutem 
et notum facimus, quod cum ad nostrae monetae, secundum 
recessus circulares et impériales, exercitium, in vimnostro- 
rum privilegiorum, ante quadriennium providum ac 
discretum virum M. Hermannum Beex officinae nostrae 
monetariae, primum indominio nostro Horion in Hesbania, 
postmodum in villa nostra de Posseur comitatus nostri 
Longiani, praefecissemus, quem in finem ab eodem 
Hermanno fidelitatis sacramentum per eosdem recessus 
praescriptum una cum cautione sufRcienti eciam recepimus, 
quo quidem temporis spatio praedictus Hermannus fidelem 



207 

nobis hujusque circulo in sua functione diligenteraque 
navavit operam, a nobisque obtentae commissioni studiose 
proque sua virili satisfecit, Nos. post exactum quadriennii 
spatium illi per nostram commissionem restitutum, ad 
ejusdem nostrae monetae exercitium providum item et 
discretum Johannem Berghmans, antea ejusdem nostrae 
monetae werdinum, accepto abeodem debito et requisito 
juramento sufficientique cautione, admiserimus atque 
surrogaverimus, porro tu m aequum sit eum qui officio 
defungitur etiam sacramento solvi, recessibus etiam mone- 
tariis expresse ea de re caveantur, eam ob rem aequitati 
recessibusque nos reformare volentes, Hermannum supra- 
dictum ab eo quo nobis ex causa praedicta tenebatur 
sacramento relaxavimus, solvimus et iiberavimus et per 
présentes relaxamus, ab eodemque relaxatum, solutum 
liberumque pronunciamus, et ita quidem ut eo nomine 
neque erga nos neque etiam nostrorum aliquem posthac 
ulla in re teneatur, sed libère prorsus ab bac ad aliam 
functionem nuUo subsecuturo impedimento transeat. In 
hujus rei fidem bas praesentes sigillo nostro abbatiali 
insigniri fecimus,datas Stabulaiin arce nostra loJunij i5yi. 

Archives de l'État, à Dusseldorf, 
manuscrit B 207a, fol. 85. 



IV. 

Christophe de Manderscheidt dégage Herman Bex du 
cautionnement quil a fourni comme maître mon- 
nayeur. 

12 juillet ôyi. 
Wir Christoff, von Gotz gnaden abbt beider kaiser- 



2o8 

licher stiffts Stabel unnd Prumy, geborner graff zu Man- 

derscheidî unnd Blanckenhemdenn, thun kundt unnd 

meniglich zu wissen, nachdem der ersamer Herman Bex, 

seiger dièses unnsers ofFnen briefifs, ein ziel unnd zeitt von 

vier jahren, nemlich von monat Julio des sieben unnd 

sechtzigsten jars biss jetzo, beharlich unnser bestalter unnd 

verordenetter muntzmeister gewesen isT, da in zeit unnd 

bei verw^altung seines bevelichs unnd diensts er sich der 

reichs muntzordnung gemess als sich sollichs zimpt unnd 

geburt (unnd wiv anders nicht vernommen haben) ehrlich, 

reidlich unnd wol gehalden hatt, welchs wir hiemit unnd 

in kraff diess unnsers ofFnen brieffs bekennen unnd im 

derv^egen aile ehr unnd tugent w^issen nach zu sagen. 

Diev^eill aber wir uns mit einem andern meuntzmeister 

versehen haben, hat er unns umme gnedige urkhundt 

neben quittung unnd relaxation seiner gegebener caution 

unnd burgschafft unndertheniglich pitten unnd ersuchen 

lassen, sich dero seiner notturff haben zu gebrauchen, das 

wir ime auch nicht haben wollen aubschlagen, quiettern 

unnd relaxeren haben gentzlich die obgenantten caution 

und burgschafft, die er unns ob anzeigter ursachen halben 

gestellt hett, zu urkhundt der warheidt haben wir uff spa- 

tium diess unnser gewonlich secret gedruckt unnd unns 

mit eigner handt undergeschriben, geben zu Stabel 

den 12 July i57i. 

Archives de l'État, à Dusseldorf, 

manuscrit B 207a, fol. 88 



209 



Doble de la requeste A Monseigneur le baron Dolincof, 
touchant la monoye. 

' Avril 1643. 

Monseigneur, 

Remonstrent en toute submission Guillaunne Ticquet et 
Pacquea Brixhe que pour 1 accomodité du trafique et com- 
merce tant en votre Principauté de Staveloz que Marquisat 
de Franchimont et autres Pays circonvoisins, il y auroit 
disette de liards et que nonobstant la quantité qui se forge 
présentement pour l'usaige de V^^ principauté de Staveloz, 
pour n'estre icelle suffisante pour l'accomodement d'icelle, 
laquelle pour estre de laide mise, estant imprimée avec 
certaines presses instruments qui ne sont bien dirigez en 
ces quarteirs où l'employ n'a esté bien pratiqué jusqu'au 
présent. Ils supplient V. S^^^ Illustrissime leur octroyer la 
fabrication d'une quantité de vingt mils ff, laquelle ils feront 
baltre parles ouvriers serimentezde lamonoye, employant 
à cest effect le Wardain serimenté et tailleur de coings pour 
esviter toute supercherie, suplient partant V. S. Illustrissime 
d'estre servie leur faire ceste faveur soub obligation qu'ils 
feront suivre à V. S. Illustrissime les régaux accoustumez. 

Quoy faisant, etc. 

Bulletin de l'Institut archéolo- 
gique liégeois, t. XXI, p. 291; 
d'après un documentdes archives 
communales de Theux. 



210 



VI 

Le chapitre de Liège autorise François Schelbergh 
à continuer la fabrication des monnaies de cuivre 
commencée à Stavelot. 

22 avril 1648. 

Ad libellum supplicem Fràn. Schelbergh, aurifabri et 
bastionarii hujus ecclesie necnon Serenissimi monetarii, 
et consortum, petentium licentiam cusionem ex Serenissimi 
commissionecupreorum Stabuleti inceptam prosequi posse, 
reverendi et generosi domini mei, Serenissimi commis- 
sione, regahbus ipsi competentibus illi solutis necnon aliis 
in capitulo reproductis attentis, censuerunt per predictum 
Franciscum et consortes cusionem inceptam continuare (sic) 
posse, juxta quantitatem per Serenissimum ipsis praefixam, 
ita tamen ut illos in civitatem et patriam Leodiensem, pro 
suo posse et in quantum in se erit, non introducat, sed in 
circumvicinas provincias et ahbi dimittat ac distribuât. 

Conclusions capitulaires, reg. i52, 
fol. 106; aux archives de l'État, 
à Liège. 



21 I 



TROUVAILLE DE BEVEREN 



Six mille deniers flamands et allemands du Xll^ siècle. 



Planche VIII. 



f 



Au mois d'avril 1891, en labourant un champ 
situé sur le territoire de la commune de Beveren- 
Waes, section A, Wyck Vyf, gemeet, n° 648 du 
cadastre, province de la Flandre orientale, un 
nommé De But, qui exploite cette terre, découvrit, 
à un mètre environ de profondeur, un vase en 
terre cuite, de fabrication grossière (i), renfermant 
plusieurs milliers de deniers d'argent, fortement 
oxydés, de la seconde moitié du xii^ siècle. 

Presque toutes ces monnaies furent immédiate- 
ment achetées par M. Démolis- Van Lockhorst, 
antiquaire, place Verte, à Anvers. C'est grâce à 
son obligeance que nous devons d'avoir pu établir 
l'inventaire, quasi complet, d'une trouvaille inté- 
ressante pour l'histoire monétaire de la Flandre. 

La caractéristique du trésor de Beveren est de se 
composer uniquement de deniers flamands et alle- 
mands. 

Cette particularité peut s'expliquer par le fait 

(1) Nous empruntons les renseignements qui précèdent, ceux-là 
seulement, à une brochure du docteur van Raemdonck. intitulée : 
Découverte d'un trésor à beveren, dans laquelle l'auteur décrit sept 
deniers variés provenant de la trouvaille. 



2T2 



que le comte de Flandre, Philippe d'Alsace, con- 
vint, en 1173, avec l'empereur Frédéric Barbe- 
rousse, pour faciliter d'autant les transactions 
commerciales, de donner cours dans ses Etats aux 
deniers et aux oboles de l'empire, forgés respecti- 
vement à Duisbourg et à Aix-la-Chapelle. « Ut 
« autem mercatores melius habeant commodum, novam 
« monetam apud Dusburch cudi prœcipimus en denariis 
« et apud Aquisgrani in oholis, quorum marcha prœ- 
« ponderabit uno denario coloniensi monetœ ; hos etiani 
« denarios et obolos cognes Flandrensis per terram 
« suam dandos esse prœcipiet {1). » 

En même temps, l'Empereur accordait des pri- 
vilèges aux marchands flamands et établissait, à 
la demande du comte, quatre foires annuelles à 
Aix-la-Chapelle et deux à Duisburg. L'archevêque 
de Cologne, Philippe de Heinsberg, souscrivit aux 
privilèges octroyés par l'Empereur, et obtint lui- 
même probablement, la libre circulation de son 
numéraire dans les pays de Flandre. 

L'Empereur et l'archevêque furent d'ailleurs les 
fidèles alliés de Philippe d'Alsace dans sa guerre 
contre le roi de France, Philippe -Auguste. 

Les nombreux deniers impériaux du dépôt 
monétaire de Beveren, sont tous, sans exception. 



(1) Warnkœnig, ///5^0/re de la Flandre et de ses institutions, pièces 
justif., no VI, traduction Gheldolf. — Hermand, Histoire monétaire 
de la province d Artois, p. 187. — R. Serrure, Dictionnaire géogra- 
phique de V histoire monétaire belge, p. 267. — Kervyn de Lettenhove, 
Histoire de Flandre, Bruges, i853, t. I, p.. 233. 



2l3 

signés FREDERIcw5 IMFerator (ii55-iigo) , ceux 
de l'archevêché de Cologne appartiennent à l'épis- 
copat de Philippe de Heinvsberg (1167-iigi). Il est 
donc permis d'affirmer que le trésor a été confié à 
la terre du vivant de Frédéric P"", sans doute, comme 
l'établira l'analyse de la trouvaille, vers la fin du 
règne de son contemporain, le comte de Flandre, 
Philippe d'Alsace, mort en 1191. 

L'âge du trésor de Beveren se détermine donc 
parfaitement, et c'est là une circonstance heureuse 
qui donne à cette découverte une réelle valeur 
numismatique par les déductions qu'il est possible 
d'en tirer pour le classement chronologique des 
petits deniers flamands de l'époque 

La trouvaille de Beveren a un autre mérite 
encore : elle vient compléter celle d'Erweteghem, 
de glorieuse mémoire. 

Ce serait, certes, faire chose utile à la science, 
que de se livrer à une étude approfondie d'en- 
semble de ces deux trésors, lesquels reconstituent, 
pour ainsi dire à nos yeux, l'hivStoire monétaire de 
la Flandre au xii^ siècle. 

Malheureusement, la trouvaille d'Erweteghem 
n'a été que partiellement publiée (i), et seuls, les 
numismates qui ont eu entre les mains ce dernier 
trésor tout entier, pourraient entreprendre, avec 
fruit, le travail que nous prônons et dont il y aurait 
à attendre les plus beaux résultats. 

(1) R. Serrure, Trouvaille de deniers du XII'' siècle. Revue belge 
de numismatique, t. XXXVI, pp. 216-241. 



214 

Notre rôle se borne donc à fournir à cette étude 
future les matériaux nécessaires, en décrivant, 
aussi exactement que possible, les diverses variétés 
monétaires, que nous avons pu relever dans les 
quelques millers de deniers dont se composait le 
dépôt de Beveren. C'est ce que nous allons faire 
sans tarder davantage. 

ATELIER MONÉTAIRE d'yPRES. 

I. ^ PHILIPVS. Dans un grènetis, un orne- 
ment formé de quatre arcs de cercle, simulant une 
sorte de croix aux branches terminées par un glo- 
bule. Un point au centre ; entre les branches, des 
feuilles. 

Rev. Croix brève et pattée, cantonnée de quatre 
croissants, le tout dans un grènetis. ^ IPRGoA. 

Un exemplaire. Vanden Peereboom, Essai de Numis- 

matique y proise, pi. ^, n» 2 (i). 

M. Piot, auquel la numismatique du moyen âge 
doit tant et de si belles découvertes, a parfaite- 
ment établi que la légende PHILIPVS se rapporte 
au comte Philippe d'Alsace et non à un monétaire 
Philippe, comme le croyait Gaillard (2). 

Détail à noter, tous les deniers sur lesquels le 
nom de Philippus se trouve inscrit en toutes lettres 

(1) Les planches de M. Vanden Peereboom étant les plus complètes 
pour les monnaies d'Ypres, c'est à elles que nous renvoyons tout d'abord. 

(2) Piot, L'atelier monétaire dYpi^es. Annales de la Société histo- 
rique de la ville d'Ypres, t. IV, p. 78. Gaillard, Recherches sur les 
monnaies des comtes de Flandre, p. 37. 



2l5 

sont dans un état d'usure qui témoigne d'une 
circulation déjà , prolongée. Il faut donc placer 
leur émission aux premières années du gouverne- 
ment de Philippe. 

2. Dans un cercle perlé, un écu au lion rampant. 
D'un côté de l'écuF-I, de l'autre L-P. 

Rev. Dans un cercle de perles, croix à branches 
fleurdelisées, ayant au centre un annelet ponctué 
et, dans ses cantons, les lettres I-P-R-E. 

Vanden Peereboom, pi. Z), no 12. 

Chose curieuse, la plupart des auteurs ont lu au 
droit EI-LP, PELI, Philippus, alors que toutes 
ces monnaies portent clairement FI-LP, abrévia- 
tion toute naturelle de la forme latinisée basse- 
allemande FILIPPVS. 

3. Même pièce, mais avec un I, initiale du nom 
de la ville d'Ypres, Ipra, au-dessus de l'écu. 

PI. VIII, n» 1. 

4. Pièce semblable à celle du numéro précédent, 
seulement, au revers, la croix n'a pas de petit 
cercle au centre., et, dans les cantons, se trouvent, 
sous les lettres I et R, un annelet, et un point 
sous les lettres P et E. 

Pi. VIII, no 2. 

5. Même pièce que le numéro 3. La queue du 
lion, au lieu d'être recourbée, se termine par un 
annelet. 

6. Même pièce que la précédente, mais il n'y a 
pas de point dans l'annelet cer^tral de la croix. 



2 1 6 

7- Pièce semblable à celle du numéro 3, seule- 
ment ri gravé au dessus de l'écu se trouve placé 
entre deux points (.1.). 

Lelewel, Numismatique du moyen âge, 
pl. XX, no 55. 

8. Même pièce ; pas de point au centre de Tan- 
nelet de la croix. 

Quelques numismates classent tous ces deniers 
au lion — numéros 2 à 8 — au régent de Flandre, 
Philippe de Thiette (i3o3 — i3o4) (i). La trouvaille 
de Beveren les restitue à Philippe d'Alsace. 

g. Ecu au lion rampant dans un double grène- 
tis; au-dessus de l'écu un annelet, à droite et à 
gauche un annelet ponctué. 

Rev, Croix fleurdelisée enserrée dans un cercle 
perlé ayant au centre un annelet ponctué, et dans 
ses cantons I — P — R — E. 

Pl. VIII, no 3. 

Nombreux exemplaires dont les diamètres va- 
rient de dix à douze millimètres. 

10. Même pièce, sans annelet au-dessus de l'écu. 

Vanden Peereboom, pl. D, n» lo. 

11. Même pièce que le numéro lo. Les lettres 
qui cantonnent la croix sont interverties : I — E 
-P — R. 

(i) PioT, L'atelier monétaire d'Ypres, Annales de la Société histo- 
rique de la ville d'Ypres, t. IV, p. 89. - Vanden Peereboom, Essai 
de numismatique y pr Oise, p. 24. — R. Serrure, Dictionnaire géogra- 
phique de l'histoire monétaire belge, pp. 107 et 33 1. 



« 



217 

12. En un cercle perlé, l'écu triangulaire au 
lion rampant. Au-dessus un I, à droite et à 
gauche, la même lettre deux fois répétée. 

Rev. Dans un cercle de points, une croix fleur- 
delisée cantonnée de I — P — R — E. 

Vanden Peereboom, pi. D, n» u. 

i3. Pièce semblable sans I au-dessus de l'écu. 

PI. VIII, no 4. 

« La présence de ces I s'explique sans peine, 
« nous dit Gaillard à la page 112 de ses Recherches 
« sur les monnaies des Comtes de Flandre, puisque 
« c'est la première lettre de Ipra. 

Comme corollaire à leur première hypothèse 
concernant les monnaies avec FI — LP, les mêmes 
écrivains proposent de voir dans ces I, l'initiale 
plusieurs fois répétée du nom de Jean de Namur, 
autre fils de Gui de Dampierre, qui, pendant 
quelques mois (i3o2-i3o3), fut, lui aussi, régent 
du comté de Flandre, lors de la captivité de son 
malheureux père. 

Inutile d'ajouter que l'interprétation de Gail- 
lard est la seule bonne, puisque toutes ces petites 
monnaies sont de l'époque de Philippe d'Alsace. 

14. Ecu au lion dans un double cercle perlé. 
Rev. Dans un cercle de points, une croix fleur- 
delisée cantonnée de I — P — R — E. 

PI. VIII, no 3. 

i5. Même pièce ; un annelet à droite et à gauche 
de l'écu. 

Gaillard, n" 127. 



2i8 

i6. Même pièce ; deux annelets entrelacés à 
droite et à gauche de l'écu. 

PL VIIL no 6. 

17. En un cercle perlé, écu au lion, affectant la 
forme d'un triangle équilatéral ; au-dessus, adroite 
et à gauche de l'écu, un annelet. 

PI. VIII, no 7. 

18. Écu au lion rampant; un annelet entre 
deux points au-dessus, à gauche et à droite de 
l'écu. Le tout dans un cercle perlé. 

PI. VIII, no 8. 

19. Écu au lion, de forme arrondie. Un annelet 
entre deux croissants, à droite et à gauche de 
l'écu ; au-dcvssus, un annelet entre deux points. Le 
tout en un cercle de points. 

PI. VIII, no 9. 

20. Écu au lion, de forme arrondie, dans un 
cercle perlé. Au-dessus de l'écu, un annelet entre 
deux points. A droite et à gauche de l'écu, un 
croissant entre deux annelets. 

Vanden Peereboom, pi. D, n° 8. 

21. Même pièce, un annelet au-dessus de l'écu. 

Pl. VIII, ho 10. 

22. Dans un double cercle perlé,, un écu trian- 
gulaire au lion. Au-dessus, un annelet; à droite et 
à gauche, un annelet entre deux points. 

Rev, Sous les lettres I et R, un annelet ; sous les 
lettres P et E, un point. 

Pl. VIIL no II. 



219 

23. Dans un grènetis, un écu triangulaire au 
lion. Au-dessus, un I. A droite et à gauche, une 
sorte de tige. 

Même revers que celui du numéro 22. 

PI. VIII, no 12. 

Gaillard place les deniers à la croix fleurdelisée 
avec IPRE au revers, et l'écu au lion au droit, 
numérosg à II et 14a 23, à Marguerite de Constan- 
tinople (1244-1280) ; MM. Piot et Vanden Pee- 
reboom les donnent à Gui de Dampierre (1280- 
i3o5) ; nous voyons qu'il faut les restituer à 
Philippe d'Alsace dont le lion était l'emblème 
favori. 

Sur un sceau appendu à une charte de 1164, 
publié par Vredius (i), le prince est représenté 
achevai, tenant au bras gauche un écu au lion, 
en tout semblable à celui reproduit sur les deniers 
yprois que nous venons de décrire. 

La trouvaille de Beveren nous enseigne encore 
qu'à Ypres la croix fleurdelisée a précédé la croix 
à doubles bandes. 

24. Dans un cercle perlé intérieur, un triangle 
ayant au sommet de chacun de ses angles, ainsi 
qu'en son centre, un globule, sur les côtés une 
fleur. Dans la bordure cinq I et cinq rosettes, 
placés alternativement. 

Rev. Dans un cercle ponctué intérieur, une croix 

fi, Sigilla comitum Flandriœ, Bruges, 1639, p. 19 



220 

brève, pattée, cantonnée de quatre globules. Bor- 
dure semblable à celle du droit. 

Vanden Peereboom, pi. /l, no 4. 

25. Même pièce, mais la bordure du droit est 
autrement ornée. 

PI. VIII, no i3. 

26. Deux triangles superposés en sens inverse. 
Les angles de l'un se terminent par un cercle 
ayant un point au centre ; ceux de l'autre par une 
fleur de lis. Au centre un globule, entre les fleurs 
de lis et les annelets, de petits annelets. 

Rev. Croix longue, cantonnée d'annelets reliés 
au centre par des tiges. Dans la bordure que 
coupe la croix, quatre annelets, chacun entre deux 
molettes d'éperon. 

Un exemplaire usé. Vanden Peereboom, pi. C, n° i . 

Ce denier semble avoir servi de prototype aux 
monnaies yproises de l'époque suivante, parfois 
muettes, le plus souvent portant au revers IPRA. 

MM. Piot et Vanden Peereboom croyaient les 
n°^ 24 et 25 de Marguerite d'Alsace et de son époux 
Baudouin VIII (1191-1194), et le n° 26 de Jeanne 
de Constantinople (1206- 1244). Comme tous les 
autres, ces trois deniers sont de Philippe d'Alsace. 

En somme, la trouvaille de Beveren, en nous 
donnant pour Ypres vingt-six deniers divers, 
dont treize variétés inédites, est venue prouver 
l'activité de cet atelier monétaire durant la 
seconde moitié du xii® siècle. Elle renverse, en 






22 1 

outre, complètement, les classements chronolo- 
giques des monnaies yproises proposés jusqu'ici ; 
et c'est là, comme nous le disions en commençant, 
ce qui rend cette découverte particulièrement inté- 
ressante pour l'histoire des premiers temps du 
monnayage comtal et communal en Flandre. 

ATELIER MONÉTAIRE DE CASSEL. 

27. Bretèche soutenue par deux colonnettes à 
torsades. A droite et à gauche une sorte de moyeu 
entre deux annelets ponctués. 

Rev, Croix longue et pattée cantonnée de deux 
annelets et de deux roues réunis au centre par 
des tiges. Lég. : CO — 60 — CO — 60. 

PI. VIII, no 14. 

28. Variété légère de la pièce précédente. Les 
annelets qui cantonnent la croix ne portent pas 
de point au centre. « 

Les deniers de Cassel étaient considérés comme 
anépigraphes. Tous les exemplaires — une dizaine 
— de la trouvaille de Beveren portent fort lisible- 
ment la légende, répétée deux fois : CO ^30, 
légende que nous n'essayerons pas d'interpréter 
et dans laquelle, il faut bien le dire, il n'est guère 
facile de retrouver le nom de l'atelier. 

ATELIER MONÉTAIRE DE TERMONDE. 

2g. Château fort. Au centre de la façade une 
étoile et deux annelets. 

Année i8q2. 16 • 



222 

Rev. PCPCPCPC. Au centre, dans un cercle, 
perlé, une croix brève, pattée, cantonnée de 
quatre globules, rattachés au centre par des tiges. 

PI. VIII, no i5. 

La légende de ces pièces, données à Termonde 
par M. Piot, a toujours été lue à tort. « DCDCDCDC, 
Denremondense Castrum ou Denremondœ Cas- 
trum (i). » Elles offrent incontestablement les 
initiales, reproduites quatre fois, de Philippus 
Cornes, et, dès lors, leur localisation est remise 
en question. 

En effet, Termonde ne devint la propriété de la 
maison de Flandre que par le mariage de Robert, 
lils de Gui, avec la dernière héritière des seigneurs 
de cette ville. D'un autre côté, Lindanus et la 
plupart des auteurs sont d'accord pour nous 
présenter Termonde comme un franc aleu, et, 
par suite, l'on ne s'explique pas trop comment 
Philippe d'Alsace aurait pu y battre monnaie en 
son nom, à moins pourtant que les seigneurs de 
Termonde ne se soient reconnus vassaux des 
comtes de Flandre. 

ATELIER MONÉTAIRE d'aMIENS. 

3o. ^ PHILIP VS. Au centre, séparées par une 
circonférence de la légende, les lettres A. M. B. 

(i) Attribution aux seigneurs de Termonde d'un petit denier indé- 
terminé de la Flandre, Revue belge de numismatique, année 1857, 
p. 269. 



223 

posées en triangle autour d'une étoile à six rais. 
Rev. LIPLLOOA. Croix brève et pattée, can- 
tonnée de deux croissants rattachés au centre et 
de deux annelets cintrés. 

Gaillard, n» 25. 
Sept exemplaires dont trois complètement frustes. 

Ces monnaies ont donné lieu à de longues 
controverses. M. Van Hende les classe à Lille. 
Nous les plaçons à Amiens, car, comme le dit 
M. R. Serrure, il est impossible de voir dans les 
lettres AMB autre chose que l'abréviation du nom 
de l'ancienne capitale des Ambiani (i). 

ATELIER MONÉTAIRE DE BERGUES-SAINT-V^ÏNOC. 

3i. ^^ M0N6TA .*. . Dans un cercle perlé une 
fleur de lis à étamines. 

Rev. ^ B3RGENS. Croix brève et pattée can- 
tonnée d'étamines dans un cercle perlé. 

Gaillard, n» 48. 

Une vingtaine d'exemplaires de conservations 
diverses. M. Dewismes a été le premier, il y a près 
de cinquante ans déjà, à faire connaître une de ces 
curieuses monnaies, dont l'apparition remonte, 
on le voit, à la deuxième moitié du xii^ siècle (2). 

(1) Dictionnaire géographique de l'histoire monétaire du Nord de 
la France, p. 21 . 

(2) Notice sur quelques monnaies de la Flandre et des pays voisins. 
Revue française de numismatique, iSp, p. 188. 



224 



ATELIER MONETAIRE D ORCHIES. 

32. >^ 0RGSI6T. Figure formée par un m 
placé au-dessus d'un V. 

Rev. ^ MOIGST^T. Croix brève et pattée, can- 
tonnée de quatre G. 

Gaillard, n» i33. 

Deux exemplaires fortement oxydés, dont l'un 
porte 0RCSI6T en rétrograde (T6ISCR0) . 

ATELIER MONÉTAIRE d'aIRE. 

33. Lion marchant à gauche dans un grènetis. 
Rev, ^ ARIGMSIS. Croix brève et pattée dans 

un cercle perlé. Dans les cantons quatre annelets. 

Dewismes, Catalogue des monnaies de 
l'Artois, pi. 11^110 23. 

34. Même pièce. La légende du revers commence 
par une étoile. 

Hermand, Histoire monétaire de l'Ar- 
tois, pi. III, no 38. 

35. La légende commence par un annelet. 

Dewismes, pi. II, n^ 24. 

Quinze pièces, toutes de bonne conservation. 

C'est à M. Rouyer que l'on doit l'attribution 
à Aire-sur-la-Lys (i). Philippe d'Alsace, en 1188, 
donna aux bourgeois d'Aire une charte d'amitié, 
confirmant et augmentant les franchises dont 
jouissait déjà cette ville. 

(1) Écho de la Lys, numéro du 9 septembre 1842. 



225 



ATELIER MONETAIRE DE SAINT-VENANT. 

36. Croix évidée en losange dont les bras cou- 
pant le grènetis intérieur sont terminés par des 
annelets. Au centre, un annelet ponctué, dans les 
cantons , quatre ornements en forme d'oméga 
rattachés par des tiges à des annelets placés en 
dedans du grènetis intérieur. 

Rev. ^ VNAGNTO. Croix brève et pattée, can- 
tonnée au I et au 4 d'un S ; au 2 et au 3 d'un 
annelet à point central, relié au centre de la croix 
par une tige. 

Dewismes, pi. IV, no 61. 

37. Même pièce. Au centre de la croix du droit 
un gros globule. Les annelets, placés aux extré- 
mités des bras de la croix, ont un point au centre. 

Dancoisne, Numismatique béthunoise, 
pi. XXVII, no 2. 

38. Même pièce que celle qui est décrite au 
numéro précédent. La légende semble rétrograde. 
*)* OT...F. Dans les cantons, au i et au 4, un 
annelet ponctué relié au centre par une tige, 
au 2 et au 3, un S. Un annelet ponctué au centre 
de la croix du droit. 

PI. VIII, no 16. 

Ces monnaies, imitées de celles de Béthune (i), 
avaient été jadis classées à Saint-Omer, par 

(1) Dancoisne, Numismatique béthunoise, ^\, II, nos,i et 2. 



226 

M. Hermand (i). M. C.-A. Serrure les a depuis 
restituées à Saint- Venant (2) . 

ATELIER MONÉTAIRE DE LENS. 

39. H^ L6N0SIS. Dans un cercle perlé une 
sorte de croisette cantonnée de quatre fleurs de lis. 

Rev. ^ FC0 + M3S. En un cercle perlé, une 
croix brève et pattée cantonnée ; au i et au 4 , 
d'une tige fleurie , et au 2 et au 3 , d'une fleur 
de lis. 

PI. VIII, no 17. 

40. Pièce semblable, les cantons sont inverse- 
ment ornés ; au i et au 4, une fleur de lis , 
au 2 et au 3, une tige fleurie. 

PI. VIII, n« 18. 

La première de ces rares monnaies, données 
d'abord au règne de Thierry d'Alsace, a été repro- 
duite pi. V, n° i35, du catalogue de la collection 
Dewismes, dressé par M. Deschamps de Pas. Ce 
savant croyait voir sur l'une des faces L6M0GIS 
et sur l'aytre ECOMES. 

Plus tard, M. R. Serrure, dans son Dictionnaire 
géographique de l'histoire monétaire belge, adopta la 
lecture GISTL3M0, et proposa de considérer ces 
deniers comme frappés à Ghistelles, petite ville de 

11) Quelques monnaies fj-appées à Saint-Omer. 
(2) Observations archéologiques à propos de quelques monnaies 
inédites de Saint-Omer. 



227 

la Flandre occidentale, par le comte Philippe 
d'Alsace (i). 

Ce sont bien, en effet, l'initiale du nom de ce 
seigneur, F, et son titre, C0M6S, qui se trouvent 
gravés au revers des quinze exemplaires de la 
trouvaille de Beveren. Un examen minutieux nous 
en a donné l'absolue certitude, en même temps 
qu'il nous démontrait l'impossibilité de la lecture 
GISTLeMO. Pour l'établir, il faut considérer 
comme un T la croisette placée, suivant l'usage, 
en tête de la légende. De plus, l'M du mot MO est 
un N et la lettre O elle-même , de beaucoup 
plus petite que les autres, n'est qu'un simple 
annelet, destiné à orner la légende, à la mode du 
temps, et à la diviser en deux parties égales, 
comme le fait sur l'autre face une élégante petite 
croisetie. Enfin, le 6 est un S un peu applati, 
et, dès lors, la lecture LSNSIS, Lens, s'impose 
tout naturellement. 

Lens, la Lenna cas des triens mérovingiens, le 
Lennis fisco dts deniers de Charles-le-Chauve (2) est 
aujourd'hui un chef-lieu de canton de l'arrondis- 

(1) Pp. 100, 144 et 339. M. R. Serrure avait lu d'abord K. COMES; 
Charles le-Bon 

(2) M. Alph. Wauters réclame les premières de ces pièces pour 
Lennick, près de Bruxelles. Quant aux secondes, M.R. Serrure les a 
d'abord restituées à Lens, en Hainaut (Lens-sur-Dendre, de l'ancien 
Brabant), puis à un Lens liégeois, en s'appuyant sur ce fait que 
toutes les autres localités appelées^sc«5 sur les monnaies carolin- 
giennes sont situées dans le nord de l'ancienne Austrasie. Il existe 
dans la province de Liège, arrondissement de Waremme, trois petits 



228 

sèment de Béthune. Castrum Leiivsis (io56), Vicus 
Lensis (1070), Lense Castellum (ii63), Lenense 
Castellum (1170) était autrefois la capitale d'un 
important comté relevant des comtes de Boulogne. 
En un assez long cha.pitre,r Atelier féodal deLens en 
Artois, publié dans V Annuaire de la Société fran^ 
çaise de numismatique (i), M. R. Serrure a fait 
connaître six monnaies émises par ces puissants 
seigneurs dans leur fief de Lens. Acquis vers 1160 
ou 1161, par le comte de Flandre Thierry, il fut 
donné par Philippe d'Alsace, en dot, à sa nièce 
Isabelle de Hainaut, en 1180, lors du mariage de 
cette dernière avec le roi de France Philippe- 
Auguste. 

Vers 1160, Baudouin, châtelain de Lens, son 
épouse et leur fils Eustache conclurent, en présence 
du comte de Flandre, un accord avec Robert; 
avoué de Béthune. En 1177, Philippe d'Alsace 
crée, en faveur de l'église collégiale, pour le pain 
et le vin du sacrifice, une rente de i5 sols sur 
les revenus de Bapaume (2). 

Les armes de Lens sont d'argent à la tour d'or, 
maçonnée de sable et accostée de deux fleurs de 
lis aussi de sable. Les fleurs de lis se retrouvent 
sur le contre-scel du bailliage et, comme emblème 



villages du nom de Lens : Lens-Saint-Rémy , Lens-Saint-Servais, 
Lens-sur-Geer ; nous voudrions donc voir M. Serrure préciser davan- 
tage. 

(i) T. XI, pp. i8i'i88. 

(2) Vqye^ Dancoisne, Précis de l'histoire de Lens, Arras, 1878. 



229 

accessoire, sur les sceaux et contre-scels de Téche- 
vina^e. Il en est de même sur les deniers que 
nous venons de décrire. 

ATELIER MONÉTAIRE d'aUDENARDE. 

41. Un arbuste à cinq branches. A gauche, sous 
les branches, une tête de profil. 

Rev. Croix longue cantonnée de quatre points ; 
au lieu de légende, quatre annelets ponctués, 
accostés chacun de deux points. 

Dewismes, pi. III, no 38. 

Cette piécette, donnée par Dewismes à Saint- 
Omer, attribution admise par Deschamps de Pas 
et combattue par M. Giry, a été restituée à Eecloo 
par M. R. Serrure (i). Aujourd'hui, dans un 
mémoire communiqué au Congrès international de 
numismatique de Bruxelles , M. Caron la dit 
d'Audenarde. 

L'érudit numismate français base son opinion 
sur la similitude qui existe entre le denier en 
question et un contre-scel monétaire de la ville 
d'Audenarde, qu'il fait connaître en même temps, 
et qui se trouve au bas d'une charte de 1275. 

Nous nous inclinons devant l'autorité du savant 
auteur des Monnaies féodales françaises, d'autant 
plus volontiers que la composition de la trouvaille 
de Beveren ne s'oppose pas à son hypothèse, bien 

(1) Revue belge de numismatique, 1879, p. ^44- 



2 3o 

au contraire. Ces monnaies sont du xii* siècle, 
voilà tout. 

Rappelons que le comte Philippe d'Alsace, 
l'auteur des fortifications d'Audenarde, accorda 
aux habitants de cette ville, en Ii8g, les privilèges 
et les libertés dont jouissaient les bourgeois de 
Gand. 

D'après Sanderus, le comte Baudouin de Mons 
(1067-1070) y aurait même établi sa monnaie (i). 

ATELIER MONÉTAIRE DE SAINT-OMER. 

C'est à Dewismes, le savant collectionneur 
audomarois, que l'on doit l'heureuse idée, quali- 
fiée par de Longpérier de véritable création, d'un 
triple monnayage à Saint-Omer : le monnayage 
comtal, le monnayage abbatial et le monnayage 
communal. Malheureusement, c'est à lui aussi, à 
son amour exagéré du clocher, que l'on doit de 
même la manie, devenue générale, de classer à 
Saint-Omer tous les deniers artésiens ou autres 
d'attribution difficile ou quelque peu incertaine. 
M. Caron trouve, en outre, avec raison que M. De- 
wismes a beaucoup trop restreint la série comtale 
au bénéfice des deux autres, et M. Deschamps de 
Pas est d'avis que les puissants comtes de Flandre 
n'ont pas dû laisser inactif leur atelier de Saint- 
Omer, au plus grand profit de la commune ou de 
l'abbaye de Saint-Bertin. 

(1) Flandria illustrata, t. 111, liv. VI, p. 266. 



I 



23l 

C'est également notre opinion, aussi propose- 
rons-nous, avec M. C.-A. Serrure, de rendre aux 
comtes deux ou trois deniers, considérés par 
Dewismes comme monnaies scabinales. 

42. *i* CSfR^SOrR. Tête casquée de trois quarts, 
devant laquelle une épée nue. 

Rev. SOniGSOn^S. Croix boulonnée, canton- 
née de quatre globules. 

Dewismes, n» 27. 

Cette pièce est attribuée à Thierry d'Alsace 
(i 128- 1 168). La trouvaille de Beveren en renfer- 
mait une demi-douzaine d'exemplaires assez usés. 

La croix brève, boulonnée ou pommetée, est 
tout d'abord employée, en Flandre, sur le denier 
d'Ypres(i), de l'époque de Charles le Bon, appar- 
tenant à M. Vernierà la légende TANGMERVS ; 
elle passe ensuite avec la monnaie comtale à 
l'atelier de Gand, sous Philippe d'Alsace et Bau- 
douin IX. 

Nous la retrouvons encore sur la pièce suivante : 

43. 0Cffi-0Cn[2 et non 06^, comme le dit 
Dewismes, la légende séparée en deux par des 
astérisques. Tête à gauche, ceinte d'un bandeau 
de perles. 

Kev. n[^C-^C et non HIG, les lettres séparées 
par des astérisques. 
Croix pommetée cantonnée de quatre globules. 

Dewismes, n» 46. 

Pour localiser les deniers flamands, il faut, 

( 1) Si pas déjà sur les deniers au nom de Robert. 



232 

avant tout, tenir compte du type et des différents 
caractères de fabrication. Les légendes, souvent 
incomplètes et qui offrent ainsi la facilité de pou- 
voir s'interpréter selon le besoin de la cause, n'ont 
qu'une importance relative. Elles peuvent fort 
bien signifier tout autre chose que ce qu'on leur 
fait dire. Ainsi, par exemple, dans le cas présent, 
n7C0 * n^CO + ressemble bien plus à Moneta 
Comitis ou même simplement à COM^s qu'au nom 
latin de Saint-Omer. 

Dewismes a eu tort, d'ailleurs, de classer cette 
pièce parmi les communales ; elle est certainement 
comtale tout aussi bien que celle qui la pré- 
cède et dont elle ne peut que difficilement se 
séparer (i). 

M. C. A. Serrure, au surplus, a déjà fait remar- 
quer dans ses Observations archéologiques à propos 
de quelques monnaies inédites de Saint-Omer, com- 
bien la tête qui figure à l'avers de notre denier a 
de similitude avec celle qui se voit sur le contre- 
scel.de Thierry d'Alsace, donné par Vredius (2), 
et dont le comte fit usage dès iiSg, tandis que 
la tête. casquée du numéro précédent rappelle le 
sceau même. 

C'est encore à l'atelier du comte que nous don- 
nerons le denier suivant, dont la trouvaille de 
Beveren renfermait deux variétés. 

(1) Ce qui entraîne aussi la restitution à la série comtale du no 44 de 
Dewismes. 

(2) Sigilla comitum Flandriœ, p. 17. 



I 



233 

44- Buste à droite. Dans la bordure, divers orne- 
ments : étoiles, annelets, globules, etc. 

Rev. Croix pattée cantonnée de deux étoiles ou 
astérisques et de globules réunis au centre par des 
tiges. Bordure semblable à celle du droit. 

Dewismes, n» 45. 

45. Variété de coins. Le buste a pris des pro- 
portions beaucoup plus fortes. 

Nombreux exemplaires, tous de bonne conser- 
vation. 

Il est impossible d'admettre que le maïeur ait 
pu mettre son effigie sur la monnaie, sans l'em- 
blème de son pouvoir communal (bâton magis- 
tral, vert rainsel, etc.) Si ces pièces anépigraphes 
sont de Saint-Omer, elles doivent y avoir été frap- 
pées par le comte Philippe d'Alsace. 

46. Maïeur marchant à gauche et tenant le vert 
rainsel et le bâton magistral; dans le champ, à 
droite et à gauche du personnage, un globule. 

Rev. Croix longue cantonnée de quatre glo- 
bules et coupant un double pourtour ponctué. 

Dewismes, n^ 3i. 

47. Même pièce ; un annelet à droite et à gauche 
du personnage. 

Dewismes, n» 32. 

48. Même pièce que celle du numéro précédent. 
Légère variété dans la pose du personnage. Des 
annelets cantonnent la croix du revers. 

4g. Maïeur debout, tenant le vert rainsel et le 



234 

bâton magistral. Dans le champ, à droite et à 
gauche, un annelet. 

Rev. Croix cantonnée de quatre globules, cou- 
pant un double cercle perlé. En place de légende, 
quatre fois un annelet accosté de deux globules 

Dewismes, no 33. 

M. Dewismes classe encore à la série commu- 
nale, la pièce dont la description suit : 

5o. Losange fleurdelisé dans un double cercle 
de perles. 

Rev. MO-MO. Les lettres séparées par des asté- 
risques. Au centre, une croix brève, pattée, can- 
tonnée de quatre croissants. 

Dewismes, 11043. 

5i. Même type, mais varié. Les fleurs de lis 
coupent le premier cercle, entre chacune d'elles, 
alternativement deux points (••) et un annelet. 

Rev. Semblable à celui du n° 5o seulement la 
légende est • I • - * O * - * I • - * O • et les croissants 
portent un point dans leur concavité. 

Un seul exemplaire ébréché. PI. VIII, no 19. 

52. Trois bâtons fleurdelisés posés en triangle. 
Rev. Croix longue cantonnée de quatre annelets 
et coupant un double pourtour de points. 

5 exemplaires. PI. VIII, n» 20. 

Cette monnaie est nouvelle. Nous croyons 
devoir la donner à Saint-Omer parce que son 
revers est identique à celui des deniers au maïeur 
debout (Dewismes n°^ 3i, 32 et 33). Quant au droit, 
il rappelle le rais d'escarboucle fleuronné des 



235 

armes de l'abbaye de Saint-Bertin. La crosse, insi- 
gne de la puissance abbatiale, y fait seul défaut. 

53. PE — TRVS. Saint Pierre debout, marchant 
à droite, une clef à la main. 

Rev, S-O-S-0. Croix fleurdelisée coupant la 
légende. Sur cette première croix est placée trans- 
versalement une autre croix, pattée et enfermée 
dans un cercle de perles. 

2 exemplaires. PI. VIII, n» 21. 

Cette curieuse petite monnaie offre un droit sem- 
blable à celui de la pièce figurée par Dewismes sous 
le n° 49; la légende seule diffère. Pour le revers, il 
est identique à celui du n° 5o du même auteur. 

54. Saint Pierre debout à droite et tenant une 
clef; derrière lui, trois annelets. Le tout dans un 
double grènetis. 

Rev, S-O-S-0. Semblable à celui du n° 53. 

3 exemplaires variés de module. Dewismes, v\9 5o. 

55. Personnage assis tenant de la main gauche 
une crosse, la volute en dedans, et bénissant de la 
main droite. Dans le champ, un astérisque entre 
deux globules. 

Rev. Double croix, dont l'une fleurdelisée. 

Dewismes, n^ 5i, 

L'attribution de cette monnaie à Saint-Omer est 
fort problématique. En voici une autre de la même 
famille représentée par une vingtaine d'exem- 
plaires dans le trésor. 

56. En un pourtour de perles, un personnage 
assis de face, bénissant de la dextre et tenant de la 



236 

gauche une crosse, la volute en dehors. Dans le 
champ, deux annelets. 

Rev. Croix longue fleurdelisée coupant un cercle 
perlée et cantonné, de quatre globules. En guise 
de légende, quatre annelets ponctués. 

PI. VHI, no 22. 
MONÉTAIRE SIMON. 

57. Deux lis aboutés entre lesquels un petit 
soleil et un croissant. Dans la bordure, des anne- 
lets. 

Rev, ^ SIMON FECI. Croix brève et pattée 
cantonnée de deux globules au i et au 4 et 
de deux croissants au 2 et au 3, reliés au centre 
par des tiges. 

Une demi-douzaine d'exemplaires. Gaillard, n'> 3o. 

58. Même type : * SIMON • FEC. 

Gaillard, n^ 32. 

59. # SIMON FE, 

4 exemplaires. Gaillard, n» 33. ^ 

60. Pièce semblable *à celle du n° 5g. La croix 
autrement cantonnée. 

2 exemplaires. PI. VIII, n.° 23. 

6i. Même type que le n° 59 ^ SIMON F. 

2 exemplaires. Gaillard, n» 34. 

Toutes ces pièces sont usées. 

62. * SIMON. 

Gaillard, n» 35. 

63. # SIMON. 

Gaillard, n» 36. 



.237 
64- * SIMON. 

Gaillard, n» 37. 

Ces trois dernières variétés formaient un amas 
de monnaies du poids d'un kilogramme environ. 

65, 66, 67, 68. Type au monogramme ME ; au 
revers * SIMON . 

Une cinquantaine d'exemplaires. Gaillard, n»^ 38 à 41. 

Peu de pièces ont autant voyagé que celles du 
monétaire Simon. 

Avant que M. C.-P. Serrure eût reconnu dans 
l'inscription du revers le nom d'un monétaire, on 
les avait successivement données à Simon d'Oisy , 
à Simon de Dammartin, à l'évêque de Tournai, 
Simon. Les tournaisienssont toujourslà! Ensuite, 
on les a promenées d'Armentières à Lille, de Lille 
à Mude, de Mude à Amiens, d'Amiens à Courtrai, 
pour les ramener enfin à leur point de départ 
Arras ; attribution proposée jadis par Hermand et 
qu'appuie aujourd'hui M. R. Serrure (i). 

« Une dernière circonstance vient fortifier 
« l'attribution à Arras des mailles de Simon, 
« ajoute le jeune écrivain ; deux pièces identiques 
« à celles du monétaire remplacent sa signature, 
« l'une par -^ FAVREBIE, l'autre par >f CHE- 
« RISLQuelle que soit lajuste portée de la présence 
» de ces noms sur le numéraire, que l'on se 
« trouve devant des noms de lieux ou des noms 
« de monétaires, il nous semble évident qu'ils se 

(i) Bulletin mensuel de numismatique, t. III, pp. 57-59, 
Année 1892. 17 , 



238 

« rapportent l'un à Farbus, l'autre à Chérisy, deux 
« localités des environs immédiats d'Arras. » 

La seconde de ces pièces se rencontrait à deux 
exemplaires variés dans la trouvaille. 

6g. Même type que celui des mailles de Simon. 

Rev.r^ CHIRISI. Dans les cantons de la croix 
au I et au 4 un globule, au 2 un croissant, au 
3 un annelet, tous quatre réunis au centre par 
des tiges. 

PI. VIII, no 24. 

PoEY- d'Avant, Monnaies féodales de France^ 
pi. CXLIX, n° 3i, a donné une reproduction mal 
venue de cette piécette. 

70. Même monnaie. Dans les cantons de la croix 
au 2 et au 3 un globule, au i un croissant, 
au 4 un annelet réunis au centre par des tiges. 

Un exemplaire. PI. VIII, no 25. 

Ces monnaies portent bien CHIRISI et non 
CHERISI. 

DENIERS FLAMANDS DE LOCALISATION INDÉTERMINÉE. 

71. Aigle aux ailes éployées dans un double 
grènetis. 

Dewismes, n" 68. 
Une quarantaine d'exemplaires de diamètre variant de 0,01 25 à 0,01. 

M. Dewismes qui supposait ces mailles du 
xiii^ siècle a proposé timidement de les classer à 
Aire pour la raison que cette ville porte une aigle 
dans ses armes. Mais du moment que ces deniers 



239 

sont de l'époque de Philippe d'Alsace, la thèse du 
savant auteur du Catalogue des monnaies de V Artois 
doit être abandonnée. En effet, le monnayage 
communal d'Aire ne dut guère avoir une longue 
durée puisque la charte d'amitié du comte Philippe 
date de 1188 et que le roi de France, Philippe- 
Auguste, vint prendre possession de la ville 
en 1191. Il n'est pas admissible dès lors, qu'en ce 
court espace de temps, les habitants d'Aire aient 
frappé et les deniers à l'aigle et les deniers au lion 
à la légende ARIGNSIS, deux types monétaires 
absolument différents. 



* 

* * 



72. Buste d'un évêque mitre et de profil, tenant 
une crosse à la main, derrière lui une rosace. Le 
tout dans un double grènetis. 

Rev. Croix losangée cantonnée de quatre fois 
trois globules posés en triangle. 

Une trentaine d'exemplaires de conservations diverses. 

Cette monnaie, classée d'abord à Tournai par 
Hermand(i), ensuite placée à Cambrai (2), n'ayant 
jamais été exactement reproduite, nous la don- 
nons à nouveau sous le n° 26 de notre planche. 

Aujourd'hui que l'on sait par la trouvaille de 
Beveren que ces pièces ne datent pas du xiii^ siècle, 
mais doivent être antérieures, de quelques années, 



(1) Revue belge de numismatique , 1847, P ^4- 

(2) bulletin mensuel de numismatique, t. I, p. 102. 



240 

à la mort de Philippe d'Alsace, IcvS attributions à 
Tournai et à Cambrai tombent d'elles-mêmes 
puisque ces deniers sont tout différents de la mon- 
naie tournaisienne et cambraisienne de l'époque. 
On songe dès lors tout naturellement à Dixmude. 
Nos deniers seraient donc les devanciers de ceux 
avec DIXM et un saint évêque de face tenant une 
crosse. Nous devons à la vérité d'ajouter que la 
croix du revers affecte une forme peu en usage sur 
le numéraire flamand. 

* * 

73. I-I-I-I-I. Les lettres séparées par de petites 
rosaces ou, si l'on préfère, des astérisques. Le 
tout entre deux grènetis. Dans le champ une croix 
formée par cinq globules (•:•) cantonnée de quatre 
cercles ornés chacun d'une rose ou d'un astérisque. 

Rev. I-I-I-I-L Les lettres séparées par des asté- 
riques. Croix brève pattée, cantonnée de quatre 
annelets ayant un point au centre. 

5 exemplaires. PI. VIII, no 27. 

74. Même droit que celui du n° 73. 

Rev, Remarquable de gravure. Croix de forme 
spéciale. Elle est pattée mais porte un globule sur 
chacune de ses branches. Les cantons renferment 
deux roses et deux globules. Lég. : U^OANL.. 

Un exemplaire. PI. VIII, n*^ 28. 

Ces deux pièces ne peuvent logiquement se 
séparer l'une de l'autre et sortent évidemment du 
même atelier. 

La légende, malheureusement incomplète et 



241 

que nous préférons ne pas essayer d'expliquer, 
ne permet pas de préciser davantage. Tout ce 
que nous pouvons dire c'est que ces mailles sont 
flamandes et qu'il existe une frappante analogie 
entre elles et les deniers yprois au triangle et à la 
légende I-I-I-I-I (Gaillard, pi. XIII, n° 112 et 
n° 24 du présent article). C'est donc dans le rayon 
d'influence monétaire de la ville d'Ypres qu'il 
faut chercher leur lieu d'origine. 



* * 



75. Croix longue recroisettée, coupant la légende 
et le cercle intérieur. Dans les cantons : S - I - O - S. 
En légende : S - O - . - P (?). 

Rev. Ci'oix brève et pattée, cantonnée de quatre 
tiges fleuries. Lég. : M O S O. Les lettres séparées 
par des ornements en forme d'epsilon. 

Un exemplaire. PI. VIII, n» 29. 

Le triste état de conservation de cette pièce nous 
fait supposer qu'elle est l'une des plus anciennes 
de la trouvaille. Elle a même une lointaine ana- 
logie avec le fameux denier de Clémence de 
Bourgogne, gravé pi. VIII, n° 3 du tome P' du 
Bulletin mensuel de numismatique. 

Nous avons laissé à M. Lavalette, l'habile gra- 
veur de la Revue belge de mnnismatique , le soin de 
reproduire, telle qu'il la verrait, cette curieuse 
nouveauté monétaire que son style nous porte à 
croire frappée dans l'une ou l'autre des villes de 
l'Artois. 



242 

MONNAIES ALLEMANDES, 

Ainsi que nous l'avons dit, le trésor de Beveren 
renfermait plusieurs centaines de deniers impé- 
riaux de Frédéric Barberousse et bon nombre de 
pièces de l'archevêque de Cologne, Philippe de 
Heinsberg (i). Il comptait, en outre, une demi 
douzaine de monnaies étrangères à la Flandre, 
qu'il nous a été impossible de déterminer. 

FRÉDÉRIC BARBEROUSSE, Ï;mPEREUR (ll55-ligo). 

Au droit, l'empereur assis en costume d'apparat, 
la couronne impériale en tête, l'épée et le globe 
crucifère à la main. A droite un petit soleil, à 
gauche un annelet. Lég. : FR6D3RI - IMPR. 

Rev, Un bâtiment dans un cercle de perles. 
>h ROMA CAPVT MVNDI. 

Quinze cents pièces environ, toutes au même 
type, croyons-nous, mais offrant diverses variétés. 

PHILIPPE DE HEINSBERG, ARCHEVÊQUE DE COLOGNE (llÔy-llQl) 

Deux variétés importantes, suivant que l'arche- 
vêque a la tête nue ou mitrée, des deniers dits 
« Hitare-Denare » de la Sancta Colonia pacis 
mater (2) . 

(1) Toutes les monnaies de la trouvaille de Huy, dont M. R. Serrure 
a rendu compte, p. 145 du t. I^r du bulletin de numismatique, se par- 
tageaient aussi entre l'empereur Frédéric Barberousse et l'archevêque 
de Cologne Philippe de Heinsberg. Il en est de même pour un 
dépôt monétaire découvert, s'il faut en croire M. Dugniolle, à Bruxelles, 
lors des travaux du voûtement de la Senne. Revue belge de numis- 
matique, 1872, p. 2l5, 

(2) Cappe, Beschreibung der Kolnischen Mùn^en des Mittelalters, 
n"' 112 et 114". 



243 

M. Paul Joseph, le savant professeur de Franc- 
fort, veut bien nous écrire que les premières de 
ces pièces ont été émises de 1170 à 1175, et les 
secondes de 1175 à 1191. 

MONNAIES INDÉTERMINÉES 

A, Dans un cercle perlé, une construction ayant 
l'apparence d'un pont défendu par une tourelle 
à chacune de ses extrémités. Au-dessus du pont, 
une tête d'homme. 

Rev. Croix double, dont l'une est fleurdelisée. 

Pds = o,82. ' PI. VIII, no 3o. 

Cette monnaie était déjà connue, si nos rensei- 
gnements sont exacts, par un ou deux exemplaires 
trouvés en Artois. Son module l'éloigné cependant 
du système monétaire flamand de l'époque. Aussi, 
bien que la croix du revers se rapproche fort de 
celle de certains deniers audomarois, préférons- 
nous placer cette pièce dans une région dont le 
monnayage subissait plus directement l'influence 
de l'art allemand. Si la figuration du droit est bien 
celle d'un pont, elle fera penser à une ville fluviale, 
mais il est prudent de ne pas pousser plus loin les 
déductions. 

B. Voici encore une monnaie, de petit module 
cette fois, sur l'attribution de laquelle nous n'avons 
rien pu découvrir. Nous nous bornerons donc à la 
reproduire sous le n° 3i de la planche. Disons, 
cependant, que son faire reâché, sa fabrique bar- 
bare , n'offrent aucune ressemblance avec les 



244 

œuvres, si parfaites déjà, dues au burin savant et 
élégant des tailleurs de coins des puissants comtes 
de Flandre. 



Ici se termine l'inventaire, passablement long, 
du trésor de Beveren, lequel, s'il ne nous fait con- 
naître que peu de types nouveaux, a au moins 
l'avantage de venir mettre en garde les écrivains 
contre la tentation de baser les classifications 
chronologiques des deniers flamands uniquement 
sur la forme de la croix qui orne l'une de leurs 
faces. 

Il établit encore l'abondance du numéraire sous 
Philippe d'Alsace, et prouve que jamais la mon- 
naie n'a été plus variable de module, plus variée 
de types que pendant le règne de ce prince. 

L'absence de tout denier de Gand et de Bruges 
est aussi à noter. 

Enfin ,1a présence de plusieurs moitiés de deniers, 
intentionnellement divisés de la sorte, donne, une 
fois de plus, l'assurance de la rareté excessive, 
pour ne pas dire de l'absence totale, d'oboles cir- 
culant en Flandre au xii^ siècle. 

Alphonse de Witte. 

Nota. Nous n'avons pas cru devoir indiquer les poids des pièces 
que nous venons de décrire; d'abord, parce que ces poids sont connus 
pour la plupart et, ensuite, parce que l'état d'oxydation des monnaies 
trouvées à Beveren est tel, en général, que les pesées, même les plus 
munitieuses, ne peuvent donner aucun résultat sérieux. 

Toutes les pièces décrites font partie de notre cabinet. 



245 



DES MONNAIES 

DE 

PHILIPPE DE SAINT-POL, 

COMTE DE LIGNY ET DE SAINT-POL, 

COMME RUWAARD ET COMME DUC DE BRADANT, 

A PROPOS 

DE QOELQUËS PIÈCES INÉDITES FRAPPÉES A LOUVAIN PAR CE PRINCE. 



Planche IX. 



Philippe de Saint-Pol, fils d'Antoine de Bour- 
gogne, duc de Brabant, tué à Azincourt, et de 
Jeanne de Luxembourg, comtesse de Saint-Pol, 
naquit en 1404. Il hérita, en 1407, les comtés de 
Ligny et de Saint-Pol, de sa mère. 

Son frère aîné, le faible duc Jean IV, devint 
duc de Brabant et de Limbourg, à la mort de leur 
père, et épousa la célèbre Jacqueline de Bavière. 

Le débonnaire Jean IV, incapable de gouverner 
par lui-même, fut obligé, par les Etats, de mander 
son frère Philippe, qui vivait à Paris, et de le nom- 
mer, en 1420, gouverneur du pays de Brabant, 
avec le titre de ruwaard. 

Philippe, après avoir soumis le Hainaut et 
apaisé les désordres de Bruxelles, partit pour 



246 

l'Italie avec l'intention de visiter la Terre-Sainte. 
La guerre, déclarée par le sultan au roi de 
Chypre, le décida à rester à Rome. 

Il succéda à Jean IV, le 17 avril 1427, et mourut 
le 4 août 1430, au moment où il allait épouser 
Yolande, fille de Louis d'Anjou, roi de Sicile. 

Philippe de Saint-Pol frappa, pendant qu'il était 
régent du duché de Brabant, des doubles gros, des 
gros et des demi-gros sur lesquels il se qualifie de : 
Philippus Brabantie cornes Linei et Sancti Pauli. 
Le revers de ces pièces porte : Moneta Philippi 
Brabantie et une légende religieuse. Elles sont 
copiées du drielander et de ses fractions, monnaies 
si connues du duc Jean IV, et ont été restituées 
au Brabant, d'une manière indiscutable, par feu 
de Coster. (V. Revue belge de numismatique, 1854, 
p. 182.) Elles furent frappées à Waelhem, apanage 
personnel de Philippe de Saint-Pol. Le savant 
Hermand les avait d'ailleurs toujours refusées à 
l'Artois, à cause de leur style purement brabançon. 

Le regretté de Coster avait, dans le même article, 
attribué au susdit atelier de Waelhem, une plaque 
ou double gros aux deux écus surmontés d'un 
heaume, portant d'un côté : Philippus Brabantie, 
cornes Linei et Sancti Pauli et de l'autre : Moneta 
nova comitis Linei et Sancti Pauli. Notre excellent 
ami et confrère, M. Alphonse de Witte, a, dans 
un remarquable article, publié dans la Revtce 
numismatique de Paris (année iSgo, p. 71), donné 
définitivement cette dernière pièce à l'atelier 



247 
de Ruminghem, situé dans l'Artois. Cette nou- 
velle attribution semble incontestable, l'atelier de 
Ruminghem ayant frappé des deniers appartenant 
au même système. De plus, la monnaie en ques- 
tion portant en entier : Moneta nova comitis Linei 
et Sancti Paulin n'a rien à voir avec le duché de 
Brabant. 

Nous arrivons maintenant aux monnaies frap- 
pées par Philippe de Saint-Pol, en qualité de duc 
de Brabant. 

Feu l'archiviste Frédéric Verachter, ancien 
bibliothécaire de la ville d'Anvers, a publié, en 
1840, un livre intitulé : Documents pour servir à 
l'histoire monétaire des Pays-Bas. Cet ouvrage, qui 
renferme un grand nombre de renseignements 
précieux, contient un article sur les monnaies de 
Philippe de Saint-Pol, frappées à Louvain. 

Nous voyons, dans cet article, que ce ne fut que 
le 26 août 142g, plus de deux ans après son avène- 
ment au trône ducal, que le duc Philippe ordonna, 
pour la première fois, de battre monnaie à son 
nom. 

Verachter nous donne aussi les comptes du 
maître particulier de la monnaie de Louvain à 
cette époque, pièces qui sont conservées dans les 
archives de l'ancienne chambre des comptes à 
Bruxelles. 

Il y est parlé, entre autres monnaies non décrites 
par le savant archiviste, du peter d'or. Cette raris- 
sime monnaie, dont il a été frappé 68,5oo exem- 



248 

plaires du lo mai au 4 octobre 1430, (et 73,000, 
après la mort de Philippe de Saint-Pol , du 
27 octobre 1430 au igmars 1431), existe au cabinet 
des médailles de Paris et a été publiée par 
notre savant ami, M. Alphonse de Witte, dans 
V Annuaire de la Société française de numismatique 
(année 1887, P- 5^^)- Le même compte, en parlant 
du demi-peter d'or dont la frappe avait été ordonnée 
dans la commission délivrée au maître mon- 
nayeur, dit qu'il n'en a pas été frappé. 

Un autre compte cite un denier d'argent nommé 
double labaye, denier au type du drielander de 
Jean IV. Le document en question décrit parfaite- 
ment cette dernière monnaie. Nous avons eu la 
chance d'en trouver un exemplaire. Il en a été 
frappé 33,600 pièces, du i5 septembre 142g au 
3i janvier 1430. 

En voici la description : 

I. Droit. Deux écuvssons inclinés, l'un écartelé 
aux lions de Brabant et de Limbourg, l'autre de 
Bourgogne-Brabant ; le tout sur une épicycloïde 
à lobes terminés par des fleurs de lis; un lis dans 
l'angle de jonction des deux écussons. 

Légende. ^ PI^S : DV2v : BRTTBTTRrma : 

am : LimBVRGie:. 

Rev. Croix pattée cantonnée de deux lis et des 
lions de Brabant-Limbourg. 

Légende intérieure. >i< MOUari^lSl : FGTT : 
L0V7ÎRII. 



249 
Légende extérieure. ^ Sina 6b HOMen 6b DO- 

Mini cS) BsneiDiGnnvM. 

Denier d'argent dit double labaye. PI. IX, n" i. 

Le compte ne parle pas du labaye, quoique la 
frappe en ait été également ordonnée. 

L'atelier de Louvain, comme nous le verrons 
plus loin, continua à battre monnaie aux armes et 
au nom de Philippe de Saint-Pol, pendant les 
premiers temps du règne de Philippe -le -Bon. 
Le compte de cette fabrication est donné par 
Verachter. Il n'y est pas question du double labaye 
et du labaye. 

Le compte, dont nous avons parlé en premier 
lieu , fait aussi mention du demi et du quart de 
peter d'argent. Nous avons eu la bonne fortune 
de retrouver ces deux curieuses pièces. 

Nous y joignons le peter d'argent cité, dans le 
compte en question, comme n'ayant pas été 
ouvré, quoique la frappe en eût été ordonnée. 
Il en résulte que le peter d'argent n'a pas été 
forgé du temps de Philippe de Saint-Pol. Il faut 
cependant admettre que les coins en ont été 
gravés, puisque le compte de la fabrication des 
monnaies aux armes et au nom de Philippe de 
Saint-Pol, après sa mort, fabrication oi*donnée, 
le 27 octobre 1430, par Philippe-le-Bon, et qui 
dura du 27 octobre 1430 au ig mars 1431, dit 
expressément qu'il en fut forgé i33,346 pendant 
ce laps de temps. 



2 5o 

La fabrication entière , aux anciens coins , 
devait durer, à moins d'une ordonnance contraire, 
jusqu'à ce que les nouveaux fers fussent forgés. 

Voici la description du peter d'argent et de ses 
fractions : 

2. Droit. Saint Pierre nimbé à mi-corps, tenant 
de la main droite un livre et de la main gauche une 
clef. Devant le saint : l'écusson écartelé de Bour- 
gogne-Brabant, écusson dont le bas coupe la 
légende. 

Légende. ^ PI^S : DI : GR7Î : DX . — . 
BR7ÎB : Z • LIMBV. 
Rev. Croix pattée fleuronnée à ses extrémités. 
Légende. ^ P7Î2C : 2CPI : MTTnST^m : SSM- 

peR : noBisavM. 

Peter d'argent. PI IX, n" 2. 

3. Droit. Même type. 

Légende. La même, saut LiIMB au lieudelilMBV. 

Rev. Même type. 

Légende. ^ P7ÎX : XPÎ : MTTaTîrr : SSMP 

: noBiSGCVM. 

Demi-peter d'argent. PI. IX, n» 3. 

4. Demi-peter d'autres coins. Le saint du droit 
et la croix du revers sont de dimensions plus 
grandes. 

° PI. IX, n-> 4. 

Il a été frappé 72,666 demi-peters du 10 mai au 
4 octobre 1430. 

5. Droit. Même type. 



25l 

Légende. ^ PI^S : DI : G : D2C • — BR2ÎB 

: z : li. 

i?^?:;. Croix pattée. 

Légende. >ï< P2Î2C : XPl : MT^ŒT^rT : SGiMP 

: RO, 

Il en a été frappé 23,253 exemplaires du lo mai 
au 4 octobre 1430. 

Quart de peter d'argent. PL IX, n« 5. 

Les cinq pièces décrites dans cet article font 
partie de notre collection. 

Voilà donc la numismatique du règne de Phi- 
lippe de Saint-Pol plus que doublée depuis que le 
livre du savant van der Chijs a vu le jour. Ce seul 
exemple montre à l'évidence combien cet ouvrage 
est devenu incomplet. Notre confrère et ami, 
M. Alphonse de Witte, travaille avec ardeur à l'his- 
toire numismatique du duché de Brabant jusqu'à 
nos jours. Personne n'est plus à même de mener 
à bonne fin une entreprise aussi utile que considé- 
rable, et nous attendons avec confiance le résultat 
de son travail. 

V*^ B. DE JONGHE. 



252 



UN JETON D^OR INÉDIT 



PIERRE D'ENGHIEN, SEIGNEUR DE KESTERGAT. 



Il y a deux ans, en i88g, un terrassier qui 
déblayait les anciennes fortifications de Bois- 
le-Duc (Brab. sept.) trouva le très intéressant 
jeton que nous allons décrire. 

Ce jeton fut acheté par un jeune homme qui 
consentit à le céder à M. Van Dyk van Matenesse, 
bourgmestre de Schiedam et membre honoraire 
de notre Société ; c'est donc dans la magnifique 
collection de jetons de cet amateur distingué que 
cette pièce hors ligne repose aujourd'hui. 

Voici sa description : 




Droit. — Entre deux cercles perlés concen- 
triques, la légende : 



253 

•^- lECTOIRS .:. POVR .-> LE .:. SEIGHR' 
.:. D ; KEST'GATE. 

Jeton pour le seigneur de Kestergat (i). 

Au centre, les lettres majuscules P et M unies 
par un lacs d'amour. 

Rev. — Entre deux cercles perlés concentriques, 
la légende : 

.^. QVI .f. BIE' .:. lETTERA .;. LE .f. 
COMPTE .:. TROVVERA. 

Au centre : un balancier d'horloge avec ses 
deux contre-poids, accosté à droite de la lettre 
majuscule S, entre deux fleurons composés de 
cinq points, et à gauche, de la lettre majuscule R, 
aussi entre deux fleurons du même genre. 

Remarquons d'abord l'analogie de ces deux 
légendes avec celles d'un jeton du seigneur de 
Beersel (2), dessiné dans Van Mieris (3), tome I, 
p. 340 : 

laaTOIRS * POVR * Le * — * S6IGRGVR 

^ Qvi * Bie:' ^ leccrreiRA * son ^^ aomprre: 
^ Bie:n >f trow^rtî. 

Dans le champ, séparées par les insignes de 

(1) La fleur de lis est la marque monétaire de Bruges à celte 
époque ; ce jeton pourrait donc avoir été frappé à la Monnaie de cette 
ville. 

(2) Beersel-sur-Senne, dans l'arrondissement de Bruxelles. 

(3) Voy. aussi, t. 1, pp. 210 et 228, le Jeton historique des dix-sept 
provinces des Pays-Bas, par le D'' Dugniolle. 

ANNKii 1892. i8 



254 

l'ordre de la Toison d'Or, les lettres majuscules 
I^ et I, initiales de Henri de Witthem, seigneui 
de Beersel, et d'Isabelle van den Spout, sa femme.^ 
En-dessous, le millésime : i5oi. 

Un autre jeton de ce seigneur de Beersel port 
le millésime de i5o5. (Voy. Dugniolle, t. I, p. 22I 
n° 8o3.) 

La mode de réunir par un lacs d'amour les ini- 
tiales des prénoms des époux était très répandue 
à la fin du xv^ siècle et au commencement du 
xvi^ siècle. Plusieurs jetons du règne de Philippe 
le Beau (1482-1506) montrent cet arrangement. 
Nous citerons seulement un jeton pour le bureau 
de madame l'archiduchesse d'Autriche, duchesse 
de Bourgogne, décrit par M. Dugniolle, 1. 1, p. 175, 
et dcvssiné pi. III. n° 604; le revers de ce jeton, qui 
offre beaucoup de ressemblance avec le droit du 
jeton de Kestergat, porte les lettres majuscules 
P et I jointes par un lacs d'amour ; ce sont les 
initiales de Philippe le Beau et de Jeanne de 
Castille (ij. 

C'est un jeton à compter destiné au bureau de 
l'Archiduchesse. De même, le chancelier de l'Ar- 
chiduc avait un jeton pour son usage particulier ; 

(1) Vqy. encore, Dugniolle, t. I, p. 174, n^ 600 ; le 11° 636, gravé 
dans VAN MiERis, t. I, p. 294. n" 1, porte au revers les lettres Q et V 
réunies par un lacs d'amour, ce sont les initiales de la devise de 
Philippe le Beau : Qui voudt^a. Vqy. Dugniolle, t. I, pp. 167 et 174, 
n" 601. 



255 

de même, il y avait des jetons pour les seigneurs 
des finances. {Voy. Dugniolle, t. I, n°^457 et 461, 
455.) D'autres dignitaires et fonctionnaires possé- 
daient aussi des jetons à compter rappelant leurs 
titres. Lesgrands seigneurs, à l'imitation du prince, 
faisaient frapper des jetons, portant leurs initiales 
ou leurs armoiries, pour établir les comptes 
de leur maison (i). Dans cette catégorie de jetons 
servant aux affaires privées rentrent évidemment 
les jetons ci-dessus mentionnés des seigneurs de 
Beersel et de Kestergat. Les légendes de ces pièces 
disent clairement qu'il s'agit de jetons à compter. 
Les seigneurs et les riches bourgeois se servi- 
rent fréquemment de jetons en argent, surtout à 
partir du xvi^ siècle. Ils en firent frapper aussi en 
or, mais c'étaient plutôt des pièces de parade, de 
cadeau ou de récompense que des instruments de 
calcul. Ainsi, le maire et les échevins de Tours 
offrirent à Louis XII soixante gettoirs ou pièces 
de plaisir en or, à son entrée solennelle dans cette 
ville, en 1498. Charles le Téméraire avait cepen- 
dant des jetons d'or pour son usage particulier (2). 



(1) Les seigneurs n'ayant plus le droit ou la licence de frapper 
monnaie, satisfaisaient aussi leur vanité en faisant faire des jetons à 
leurs armoiries et devises, ce qui pouvait leur donner l'illusion d'une 
monnaie émanant d'eux. 

(2) « Là (en la chambre des finances) vient le duc bien souvent, et ne 
se cloent nuls comptes sans luy et sans son sceu. Luy mesmes il sied au 
bout du bureau, jecte et calcule comme les autres, et n'y a différence 
en eux, et iceluy exercice, sinon que le duc jecte en jecttoirs d'or et les 



256 

Le nombre des jetons d'or conservés jusqu'à 
nos jours est très restreint, d'abord, parce qu'ils 
n'ont été fabriqus qu'en petite quantité et, ensuite, 
parce qu'ils ont été généralement transformés en 
bijoux, en vaisselle, ou en monnaies (i). La valeur 
du métal dont étaient faits ces jetons hâtait leur 
destruction. Il n'est donc pas étonnant que les 
jetons d'or du xv^ et du xvi^ siècles soient raris- 
simes. Le jeton du seigneur de Kestergat tire par 
conséquent une très grande valeur non seulement 
du fait qu'il est unique jusqu'à maintenant, mais 
aussi de la nature du métal dont il est fait. 

Ce jeton ne portant aucun millésime, nous 
essayerons de déterminer son âge par d'autres 
indications. 

Les deux jetons du seigneur de Beersel, men- 
tionnés ci-dessus, ont été frappés en i5oi et i5o5, 
pendant la majorité de Philippe le Beau (1494-1506) ; 
les lettres des légendes ont le même caractère que 
les lettres des inscriptions des monnaies de ce 
prince (2). 

Durant la minorité de Charles-Quint (i5o6-i5i5) , 
les légendes des monnaies sont encore d'un 
alphabet en grande partie gothique. 

autres en jecttoirs d'argent. » (Olivier de la Marche, Estât du duc 
de Bourgogne ; Glossaire de M. La Borde, p, 329.) 

(1) Vojr. une excellente étude sur les jetons par M . A. de Schodt, 
Revue belge de numismatique, iSjS, pp. 518-544. 

(2) Voy. Van der Chus, Monnaies de Brabant, pi. XXII et notam- 
ment le no 17. 



257 

Ce n'est qu'à sa majorité qu'on vit le grand 
empereur, se laissant entraîner par le mouvement 
de la Renaissance, émettre des monnaies avec des 
légendes composées d'un alphabet franchement 
romain. Or, le jeton du seigneur de Kestergat pré- 
sente cette analogie avec les monnaies de la majo- 
rité de Charles-Quint. 

Nous pouvons en conclure qu'il est po§térieur 
à i5i5. 

Cela étant bien établi, il sera facile de trouver 
le nom du personnage qui était seigneur de 
Kestergat après cette date. Cette détermination 
sera d'autant plus aisée, que les deux lettres 
majuscules réunies par un lacs d'amour sont cer- 
tainement les initiales des prénoms de mari et 
femme. 

Mais avant de tirer parti des renseignements que 
notre savant collègue à la Société d'archéologie 
de Bruxelles, M. Th. de Raadt, a bien voulu nous 
donner avec son obligeance habituelle et sa 
grande expérience en héraldique, disons quel- 
ques mots de la seigneurie de Kestergat. 

Cette seigneurie était composée : i° d'une maison 
et enclos situés en la seigneurie de Leerbecque ou 
Leerbeek, en Brabant (lettres du i5 février 1449). 
Cette partie est appelée Rester g at~Brabant dans le 
dénombrement de 1752, et relevait du Brabant (i) ; 

(1) Les seigneurs de Kestergat devaient le service militaire au duc 
de Brabant. Kestergat- Brabant était fief lige. Kestergat-Hainaut était 
fief ample, sans obligations personnelles ni militaires. 



258 

2° d'un certain circuit de juridiction sous la 
paroisse de Castre (dénombrement de 1752), sei- 
gneurie d'Enghien, relevant du Hainaut. Cette 
juridiction sur une partie du territoire de Castre 
fut érigée en fiel ample en 144g (i). Kestergat 
relevait cette juridiction du Hainaut. 

Le cartulaire de la Cour féodale de Hainaut, 
rédigé en 1473, t. II, fol. 210 v'', dit cependant : 
« Messire Jehan d'Enghien, seigneur de Kestre- 
« gâte, chevalier, tient de ladite seignourie d'En- 
« ghien ung fief appellet le Kestreghate, qui se 
« comprent en le haulte justice, moyenne et 
« basse dudit lieu, et poelt valloir par an. » (Sans 
plus) (2). 

C'est une erreur, selon M. J. Bosmans, puisque 
le dit lieu (Kestergat) ne relevait pas du Hainaut. 

Le cartulaire, qui n'avait pas à s'occuper de 
Kestergat-Brabant, ne pouvait donc viser que 
la juridiction sur une partie du territoire de 

(1) V. La féodalité au pays d' Enghien , par M. Jules Bosmans (p. 71), 
qui a eu Tobligeance de nous communiquer les renseignements 
ci -dessus indiqués, sur l'étendue de la seigneurie de Kestergat. Voir 
encore sur le fief de Kestergat, les Annales du Cercle archéologique 
d'Enghien, t. I,pp. i42etss. 

(2) Ce registre se trouve aux Archives du royaume à Mons. C'est la 
seule mention qui s'y trouve de ce fiet, au xv^ siècle. Les registres de 
la Cour féodale d'Enghien, au nombre de 35, que possède le dépôt de 
Mons, ne commencent qu'en i582, 

Voy. encore le cartulaire de la Cour féodale de Hainaut de i5o2, 
aux archives du royaume ; Chambre des Comptes, n^ un ou 1 1 12 de 
l'inventaire imprimé. Il y est question d'un relief de la seigneurie de 
Kestergat. 



239 

Castre qui relevait de la seigneurie d'Enghien. 

A la fin du xv- et au commencement du 
xvi^ siècle, la seigneurie de Kestergat obéissait à 
Louis d'Enghien, qui était aussi vicomte de Grim- 
berghe, seigneur de Wambrouck, etc. (i). 

Il eut pour femme Marguerite (2) d'Oisy, dame 
de Santberghe, Beauvolers, etc. (fille du chevalier 
Wencelin, seigneur des mêmes lieux, et de Cathe- 
rine de Vaernewyck (3) ). 

Louis d'Enghien mourut avant le 25 mars i5i5 
(n. st.) , puisque ce jour-là sa fille Catherine 
obtint l'investiture du fief de Haeren {voyez note i 
ci-dessous). Il laissa, entre autres enfants, un fils 
du nom de Pierre, 

Celui-ci fut chevalier et seigneur de Kestergat, 
de Wambrouck ou Wannenbrouck, etc. — Il rem- 
plit, en i522,les fonctions d'échevin de Bruxelles, 
et, en i53i, fut désigné comme échevin, pour 
achever le mandat de Bernard Estor, seigneur de 
Bigard, mort le i^"" février de la même année. 

Pierre eut pour femme Marguerite van de Velde, 
van den Velden, ou van Velden, appelée aussi des 



(1) Louis d'ÏLnghien reçut la seigneurie de Kestergat probablement 
en 1480; c'est du moins le 2 octobre de cette année que (par la mort de 
son père, il fut investi d'un fief à Haertn que ce dernier avait relevé 
en 1451, après le décès de sa mère Elisabeih de Hertoghe (Tshertogen). 
(Cour féodale de Brabant, reg, n» 18, fol. 192 v».) 

(2) Non pas Marie comme elle est appelée dans les généalogies. 

(3) Voy . l'épitaphe de ces derniers époux dans Jacques le Roy, 
Grand Théâtre sacré, II, 389; ils gisent dans l'église de Santberghe. 



26o 

Champs, qui, au témoignage de Laurent Le Blond 
{Quartiers généalogiques des illustres et nobles familles 
d'Espagne, etc., édition in-8°, p. 337) portait : 
« de sinople au chef d'argent, semé de lys de 
gueules ». 

D'après ce même auteur, Pierre aurait écartelé 
d'Enghien plein avec les armes de sa mère, Oisy, 
qui sont : d'argent, au croissant de gueules. 

Pierre mourut le 12 septembre 1540. 

Le jeton d'or trouvé à Bois-le-Duc convient 
donc parfaitement à Pierre d'Enghien, seigneur 
de Kestergat; il porte, au droit, les initiales de 
Pierre et de Marguerite, sa femme. 

Ce jeton est postérieur, avons-nous démontré, 
à i5i5. Vers cette époque, Pierre venait de succéder 
à son père dans la seigneurie de Kestergat. 

Nous pouvons donc affirmer que ce jeton a 
été frappé entre i5i5 et 1540. Son style est con- 
forme à celui des monnaies et des jetons de cette 
époque. Il a peut-être été frappé en i522, année 
où Pierre devint échevin de Bruxelles ; peut-être 
encore, à l'occasion du mariage de Pierre avec 
Marguerite van de Velde, mais nous n'avons pu 
trouver la date de ce mariage. Ce sont là du reste 
de simples conjectures. 

Les d'Enghien de Kestergat sont, à n'en pas 
douter, issus des anciens seigneurs d'Enghien, 
dont ils étaient, affirme M. J. Bosmans , une 
branche bâtarde. 

Ceux de Kestergat combinaient les emblèmes 



26l 

des d'Enghien (i) de différentes façons : avec un 
écu d'argent à trois fleurs de lis, au pied coupé, de 
sable (2). Tantôt, ils portaient ce dernier écu avec 
Enghien en franc-quartier et vice-versâ, tantôt, ils 
scellaient d'un écu écartelé, aux i^''et4^ d'Enghien, 
aux 2^ et 3^ les fleurs de lis (3 et 4). 

C'est sous cette dernière forme que Louis por- 
tait ses armoiries {voy, le sceau apposé par lui, 
en 1495, à l'aveu qu'il flt de son fief, à Haeren). 
Une damoiselle sert de tenant (5). 



(1) Pierre d'Enghien eut comme successeur Jean-Hercule, chevalier, 
seigneur de Kestergat, Wambrouck, etc., qui acheta la vicomte de 
Grimberghe à Agnès de Vooght, veuve de son oncle Louis d'Enghien. 
Il fut bourgmestre de Bruxelles et mourut comme tel en juillet i554. 
Sa sœur Barbe épousa Jean Hinkaert, chevalier, seigneur d'Ohain, etc. 

(2) Les armes : d'argent à trois fleurs de lis, au pied coupé, de sable, 
étaient, dit M. J. Bosmans, celles de la famille de Lier, dite d'Immer- 
seel, à laquelle appartenait la fille qui eut de Walter d'Enghien un 
enfant bâtard, et même adultérin, auteur des d'Enghien de Kes- 
tergat . 

Les brisures adoptées par ceux-ci sont expliquées dans le Traité 
d'héraldique, de M. J. Bosmvns, pp. 192 et 193. 

Les d'Enghien Kestergat ont parfois porté les armes pleines d'En- 
ghien avec un cimier différent : ce qui constituait une brisure moins 
apparente que les autres brisures rapportées ci-dessus. 

(3) Gironné d'argent et de sable de dix pièces, chaque giron de 
sable chargé de trois croisettes recroisetées, au pied fiché, d'or, 
les pieds dirigés vers le centre de l'écu. 

(4) Comp. Henné et Wauters, Histoire de Bruxelles, les planches 
armoriées; J.-Th. de Raadt, les Seigneuries du Pays de Malines, 
Keerbergen et ses seigneurs; Armoriai général, de Rietstap, 1881. 

(5) Aveux et dénombrements de la Cour féodale de Brabant, 
n» 2329. 



202 

Reste à expliquer l'instrument qui figure au 
revers du jeton de Pierre de Kestergat, et les 
deux lettres majuscules S et R placées l'une à 
droite, l'autre à gauche de la tige de cet instru- 
ment. 

Dire à quoi celui-ci avait servi n'était pas facile. 
Nous nous étions vainement adressé à plusieurs 
antiquaires, lorsque M. Henri Hymans, conser- 
vateur des Estampes de la Bibliothèque royale, 
nous engagea à consulter M. Eugène Wehrle, 
horloger, 2, place du Petit-Sablon, à Bruxelles, 
grand amateur et excellent connaisseur d'horlo- 
gerie ancienne. Ce fut un très bon conseil : non 
seulement M. Wehrle nous reçut avec la plus 
grande amabilité , mais aussitôt que nous lui 
eûmes montré le revers du jeton de Kestergat, il 
nous déclara, sans hésitation, que l'instrument 
figuré sur ce revers était un balancier d'horloge 
ancienne. Il nous fit voir une horloge munie d'un 
balancier analogue. Il eut l'obligeance de nous 
expliquer les diverses parties de l'instrument 
représenté sur le jeton : 1° le balancier à crémail- 
lère avec ses deux contre-poids qu'on rapprochait 
ou qu'on éloignait suivant que le mouvement 
devait être accéléi'é ou ralenti ; 2" la tige ou verge 
ayant à son extrémité supérieure un anneau par 
lequel passait la ficelle qui servait à suspendre 
cette tige avec son balancier; 3° sur cette tige, 
vers la droite et vers la gauche, et à une certaine 
distance l'une de l'autre, les deux palettes d'échap- 



263 

pement destinées à régulariser le mouvement de 
la roue d'échappement (i). 

M. Wehrle m'a assuré que les horloges ayant ce 
genre de balancier ont été employées au xiv% 
au xv^ et jusqu'au commencement du xvi® siècle, 
époque où elles cessèrent d'être en usage (2). 

Il nous fit remarquer que le balancier dessiné 
sur le jeton de Kestergat était très perfectionné, ce 
qui indique la dernière période de son emploi. 

Les lettres S et R, placées à droite et à gauche 
de la tige du balancier, sont les initiales d'une 
devise ayant rapport aux fonctions de ce balan- 
cier ; celui-ci est l'emblème, à côté se trouve la 
devise adéquate. 

Cette devise, en langue française, comme la 
légende du jeton, est : « Sans Repos », par allusion 



(1) M. C. Picqué a montré au Congrès international de numis- 
matique, tenu à Bruxelles à l'occasion du So^ anniversaire de la 
fondation de notre Société, une médaille du peintre François Floris, 
faite par Conrad Bloc, dont le revers, au milieu de divers autres 
emblèmes, offre aux yeux un balancier semblable. M . Picqué n'a pas 
expliqué cet instrument et a conjecturé qu'il pouvait peut-être appar- 
tenir à une clepsydre. 

Après avoir reçu un tiré à part delà présente notice, notre dévoué et 
savant collègue M. Ed. Van den Broeck eut l'obligeance de nous 
signaler, dans Van Loon . édit. franc., t. I, p. 5o, un jeton de Maxi- 
milien de Berghes, évéque et duc de Cambrai, jeton de i56i, dont le 
revers porte une horloge avec un balancier semblable à celui du jeton 
de Pierre d'Enghien. La légende est la devise de Maximilien de 
Berghes : Nec cito nec temere. Van Loon ajoute que, d'après Guic- 
ciardin, ce genre d'horloge a été inventé dans les Pays-Bas. 

(2) Voy. cependant le jeton de Max. de Berghes, qui est de i56i. 



264 

au mouvement perpétuel du balancier et à l'acti- 
vité infatigable du personnage et de la famille 
qui avaient adopté cette devise. 

Nous avions envoyé à notre savant collègue 
M. E. Matthieu, secrétaire du Cercle archéolo- 
gique d'Enghien, un tiré à part de la présente 
notice où figurait déjà l'explication du balancier 
ci-dessus indiquée, mais où la devise « sans repos » 
était considérée comme le sens probable des 
lettres S et R du revers du jeton. 

M. Matthieu eut la grande obligeance de nous 
adresser les lignes suivantes, qui tranchent défini- 
tivement la question : 

Dans un manuscrit du xvii^ siècle, intitulé : 
« Descente de la maison d'Enghien », qui est déposé 
au Cercle archéologique d'Enghien, existe une 
vignette exactement conforme au revers du jeton. 
Voici un passage de ce manuscrit qui vous expli- 
quera un point que vous avez regardé comme 
douteux : 

« Ce messire Jean (d'Enghien, dit de Kestergat) 
« a esté un personage doué de plusieurs belles 
« qualités, mesmement d'un grand scavoir qu'il 
« ont avancé à plusieurs honeurs et charges; 
« l'an 1430 il fut faict chambellan et conseiller du 
« duc Philippe... (suivent deux pages sur sa vie)... 
« puis le ms. continue : Outre plusieurs voyages 
« et ambassades es pays divers fut par deux fois 
« en Syrie, Jérusalem, Mont Synay où il fut faict 
« chevalier de Saincte Caterine et comme tel 



265 

« timbroit d'une roue et porloit le colier d'agné 
« (c'est-à-dire le collier de cet ordre) et en consi- 
« dérations de ses siens .travaux, donna pour 
« devise un mouvement d'orloge, sans repos, 
« qu'ont depuis continué ses successeurs » f° 74, v". 

Ce manuscrit a dû appartenir aux d'Enghien- 
Kestergat, car on a ajouté au titre la mention:: 
« Sans repos, Enghien, 1611 ». 

Il résulte de ce texte que ce fut Jean d'Enghien 
(grand père de Pierre), le même dont le nom figu- 
rait sur la verrière dont il va être question, qui 
adopta l'emblème et la devise reproduits sur le 
jeton et sur cette verrière. 

M. de Raadt eut l'amabilité de nous signaler 
cette verrière dont plusieurs copies existent dans 
un manuscrit (n° i565) du Fonds Goethals, à la 
Bibliothèque royale. 

En effet un recueil d'épitaphes et d'inscriptions 
des églises des Pays-Bas (i) renferme trois dessins 
coloriés d'une même verrière qui se trouvait 
placée au-dessus du chœur du scapulaire, dans 
l'église des Grands-Carmes, à Bruxelles, et qui fut 
détruite lors du bombardement de Bruxelles, 
en 1695. Cette verrière, établie en 1639, en l'hon- 



(t) Recueil d'épitaphes et d'inscriptions des églises et autres lieux 
des Pais-Bas pour la plus grande partie authentiquée, très bien 
dessinée et coloriée entre lesquelles il se trouve un grand nombre qui 
existèrent avant les troubles de ces Pais et qui périrent par le bombar- 
dement de Bruxelles en 1695 — recueilli et mis en ordre par 
F. C. G. comte de Cuypers de Rvmenam, etc., ms. t. II. 



266 

neur d'Englebert, de Jean et de Louis d'Enghien, 
seigneurs de Kestergat, portait au-dessus de ces 
personnages, un emblème analogue à celui qui 
figure sur le jeton ; seulement, cet emblème est 
plus ou moins fidèlement reproduit par le des- 
sinateur et la lettre R de la devise est transformée 
en un B, ce qui est évidemment une erreur ; 
le vitrail étant sans doute placé très haut, le 
copiste a pu facilement confondre un R enjolivé 
d'ornements avec un B. C'est tellement vrai que 
l'emblème dessiné sur la première copie (la meil- 
leure : elle est certifiée conforme par J.-B. An- 
sems, abbé de Saint-Donat, protonotaire aposto- 
lique, 1694) est figuré ainsi : 



tandis que sur 
la troisième 



copie, le ba- 

jy lancier de- 3 

vient une 

croix. Il est 

clair que le 



'>-^ 



B 



premier dessin est seul conforme à la réalité. Le 
croissant, sur lequel repose la tige du balancier, 
est peut-être un emblème destiné à rappeler les 
voyages de Jean d'Enghien, en Orient, ou bien 
est-ce simplement le croissant de gueules des 
armoiries de Marguerite d'Oisy? (i). 

(i) Le manuscrit intitulé « Descente de la maison d'Enghien •> porte 



267 

Au-dessus des femmes, sont disposées les trois 
lettres suivantes : 

E Ce sont les initiales des prénoms des 

M M femmes des trois seigneurs d'En- 

ghien-Kestergat précités : 

Elisabeth de Hertoghe, Marie de Mol et Mar- 
guerite d'Oisy. 

Terminons en transcrivant l'inscription qui 
était sous cette verrière : 

D. G. M. 

ET MEMORISE ILLVSTRIVM EQVIT. 

ENGELBERTI, lÔS, ET LVDGVICI D'ENGHIEN D.D. DE 

KESTERGATE VICECOMITVM DE GRIMBERGHE ^ 

QVORVM PRIOR CVM ANTONIO BRAB. DVCE IN 

PVGNA D'AZINCOVRT OCCVBVIT A» 1415. 

ALTER CYPRII ORD. xMIL. AC PHIL. ET CAROLI BVRG. 

ET BRAB. DVCVM ŒCONOMVS. ET POSTREMVS PA- 

IRl IN DIGNITATE SVCCESSOR OÊS FAMILIARI HOC 

VIRTVTE ET AMORE AVIO CLARVS P. P. A« lôSg. 

Voilà, pensons-nous, plus qu'il ne faut pour 
expliquer .un jeton. 

G. CUMONT. 

en regard d'une de ses pages : un balancier d'horloge en or, accosté 
des initiales S. et R. l'une d'un côté, l'autre de l'autre côté, en noir, 
la tige du balancier reposant sur un croissant de gueules. 

Au dessus du texte sont les armoiries de Pierre d'Enghien et de son 
cpous-.; Marguerite van Velden : 

Pierre: écartelé, au 1 et 4 d'Enghien plein; au 2 et 3 d'argent au 
croissant de gueules. 

Marguerite : de sinople au chef d'argent semé de croix de gueules. 

Ces dernières armoiries ne sont pas tout à fait conformes à celles que 
décrit Laurent Le Bhmd (i^o//- ci-dessus). 



268 



MARQUES 



LA GONFRÉRIE DU SAINT - ESPRIT 



L^AUIVIONE DE LA RUE DE UEPICERIE 



L'AUMONE GENERALE D'AVIGNON. 



L 

On exhume assez souvent du sol des plombs, 
tantôt portant des armoiries ou bien deux ou 
trois lettres plus ou moins visibles, tantôt des 
épigraphes ou des signes bizarres, méprisés par 
certains collectionneurs , recueillis avec pas- 
sion par d'autres. Bien que quelques-uns d'entre 
eux n'aient aucune importance, l'étude de ces 
objets présenterait, en général, le plus vif intérêt, 
s'il était possible de déterminer leur origine, leur 
destination et la date précise de leur usage. 
Les plus curieux seraient peut-être ceux qui 
servirent de méreaux, de pièces de passe ou 
de reconnaissance à ces associations étranges, 
moitié laïques, moitié religieuses, qui se for- 



269 

mèrent au moyen âge dans le sud-est de la France 
et dont l'histoire est si peu connue, ou ceux encore 
qui ont pu être distribués lors des fêtes bizarres 
célébrées à cette époque. On peut citer notamment 
parmi ces associations : 1° les Abbayes de Malgou- 
vert ou Maiùgomerl, créées dans la plupart des 
villes ou même des bourgs tant soit peu populeux 
du Languedoc, de la Provence, du Dauphiné ou du 
Vivarais, dont une à Viviers, dénommée le plus 
souvent Confrérie de la Place et où son existence 
a été constatée dès l'année i3io, une à La Voulte, 

une à Montélimar, une à Vienne, etc ; 2*" la 

« Grande Abbaye de Bongouvert de Dauphiné, séant à 
Grenoble, » dont le sceau et le contre sceau ont 
été publiés (i); 3° les Abbayes de la Jeunesse, à Mar- 
seille, Pierrelatte, Avignon, etc ; 4° V Ordre 

de la Tarasque, à Tarascon ; 5° V Ordre de la Grappe, 
à Arles ; 6° les Compagnies des Chevaliers du Jeu de 
V Arc -OU les Corporations d' Archers ou d' Arbalé^ 

^n^r5, à Avignon, Montélimar, Valence, etc , 

avec leurs Rois du Papegay. Toutes ces sociétés ne 
firent pas usage de méreaux, même en plomb. Il 
ne semble pas cependant que l'on puisse être taxé 
de témérité en avançant qu'au moins quelques- 
unes s'en servirent, en appelant l'attention des 
numismates du Midi sur ce point, enfin, en les 
engageant à étudier les plombs que leurs cartons 
peuvent renfermer et à examiner s'ils ne pour- 

(1) Valiaek, Le poète Jean Millet et r abbaye de Bongouvert. 
Année 1892. 19 



270 

raient pas rattacher certains d'entre eux à ces 
différentes sociétés, qui fonctionnèrent en divers 
temps. De même, il est vraisemblable que des 
plombs étaient quelquefois distribués ou mis en 
circulation lors des fêtes, telles que celle de l'élec- 
tion du Roi de la Basoche à Aix, ou celles des 
Innocents ou des Fous à Montélimar, Saint-Paul- 

Trois-Châteaux, Carpentras, etc A celte occa- 

vsion, je signalerai un fait inédit pour la région : la 
présence au xiv^ siècle à Valence, d'un Roi des 
Ribauds. L'importante sentence arbitrale du 
g septembre i388, rendue par « Pierre, évesque 
de Sabine et cardinal » entre Amédée de Saluées, 
évêque de Valence et de Die et le chapitre Saint- 
Apollinaire de Valence n'est pas parvenue jusqu'à 
nous. L'une des analyses que j'ai retrouvée, ren- 
ferme le passage suivant : « ... Plus que le cha- 
pitre au lieu du Roi Ribaldorum et de leur prepositi 
auront une personne de Testât inférieur pour 
balier (sic) l'églize et non pas le Roy Ribaldonur., 
nec illius prepositum. Quant au Roy Ribaldorum^ 
l'évesque en faira comme bon luy semblera... (i). » 
L'institution d'un Roi des Ribauds, à Valence, 
pourrait bien n'avoir eu qu'une durée éphémère. 
U Œuvre ou la Confrérie du Saint-Esprit fut 

(i ) Table alphabétique pour trouver les matières des nobles archives 
de Messieurs les vénérables seigneurs, Messieurs les doyens, cha- 
noines et louable chapitre de l'insigne église cathédrale Saint-Apolli- 
naire de Valence, 2 gros vol. in-8". Manuscrit de la fin du xvii« siècle 
aux archives de la Drôme, t. II, f« 1842. 



271 

coDvStituée par un acte notarié du 22 avril 1341. 
Composée d'artisans et de cultivateurs avignonais 
des deux sexes, elle était administrée par quatre 
bayles, six conseillers et deux chambellans, élus 
tous les ans. La cotisation annuelle atteignait 
six sous et demi; le droit de réception était fixé 
à huit deniers. A la mort d'un membre, chaque 
affilié versait entre les mains du trésorier un 
denier. La somme ainsi obtenue était employée 
intégralement à faire réciter des prières ou célébrer 
des messes pour le repos de l'âme du défunt. 
Telle était en peu de mots l'organisation de la 
société. 

Toutes les années, les confrères assistaient à 
une procession faite pendant la matinée du jour 
de Noël; ils étaient tenus de prier Dieu « qu'il 
voulût croître et maintenir la Confrérie, leur aider 
et avoir merci des trépassés confrères ». A partir 
de 147g, on adopta, soit pour l'élection des bayles, 
conseillers et chambellans, soit pour la procession, 
le lundi de la Pentecôte d'une manière définitive. 
Un sermon solennel était prêché à l'issue de la 
procession. Enfin, un gigantesque banquet réunis- 
sait les confrères et clôturait dignement la fête. 
Les pains devaient peser, en pâte, seize onces 
chacun, c'est-à-dire une livre. Tout convive avait 
droit à un quart de viande de bœuf ou de mouton, 
une demi livre de porc salé et au vin à discrétion. 
Il lui était permis d'emporter chez lui les restes 
des mets devant lesquels son appétit avait capi- 



272 

tulé. Les copieuses libations échauffant les esprits, 
des scandales éclataient fréquemment. Les réu- 
nions du lundi de la Pentecôte, qui ne pouvaient 
d'ailleurs être ajournées pour aucun motif, dégé- 
néraient parfois en orgies. 

Grâce au nombre fort considérable des membres, 
des personnes étrangères à l'œuvre parvinrent, 
à plusieurs reprises, à s'introduire dans la salle 
et à prendre part à ces fraternelles agapes. On dut 
chercher à prévenir le retour de pareils faits. 
La création d'une pièce de passe ou d'une marque 
quelconque, pour employer l'expression locale, 
s'imposa, comme étant le moyen le plus propre 
à supprimer les abus et à servir de signe de 
reconnaissance aux confrères. Avant le banquet, 
l'un de leurs officiers avait soin d'en distribuer 
une à chaque membre de l'association. Elle était 
remise ensuite à l'intérieur de la salle du festin au 
préposé « à la clé du tinal. » 

Le sujet reproduit sur ctsmarques faisait allusion 
au nom de la Confrérie : on les appelait de «petits 
Saint-Esprit en plomb ». Leur usage paraît remonter 
à la fin du xiv^ siècle; il se prolongea jusqu'à 
l'époque de la disparition de l'institution. Il est 
probable que durant ce laps de temps assez consi- 
dérable, leur type ne resta pas uniforme et qu'il 
dut subir quelque modification. 

Malgré mes recherches, je n'ai pu en rencontrer 
aucun spécimen dans les collections importantes 
du midi de la France. Peut-être le Musée Calvet 



273 

en possède-t-il quelque exemplaire enfoui dans 
l'une des innombrables boîtes de son médaillier, 
où sont entassées, pêle-mêle, depuis près de qua- 
rante ans , tant de monnaies et de médailles 
précieuses , trouvées aux environs d'Avignon , 
en attendant un classement désiré de tout le 
monde, mais que nos petits neveux eux-mêmes 
ne verront sans doute pas. 

Si le mode de représentation du Saint-Esprit est 
bien connu, il serait téméraire, toutefois, d'essayer 
de reconstituer le type des plombs de la Confrérie 
avignonaise du Saint-Esprit. 

Les quelques lignes que je leur consacre et par 
lesquelles je signale leur existence aux numismates 
seront, je l'espère, utiles un jour aux collection- 
neurs qui auront la bonne fortune d'en découvrir 
quelques-uns. 



II. 



L'Aumône des rues de V Épicerie et de la Ferraterie 
fut fondée à Avignon par Bertrand de Saint-Lau- 
rent, homme d'armes du roi de France, mort en 
1264, par son tevStament du 8 des calendes du mois 
d'août 1258. Durant cinq siècles environ, elle 
combla de bienfaits les pauvres de la ville. Un 
édit de Louis XV, signé en décembre 176g, pro- 
nonça sa fusion avec V Aumône Générale. 

Cette excellente œuvre philanthropique distri- 
buait aux principales fêtes de l'année de grandes 



274 

quantités de pains, de viande et de vêtements. 
Les bayles durent s'occuper de la fabrication de 
marques ou de méreaux pour que les répartitions 
fussent faites avec plus d'ordre et plus d'équité. 
L'époque, à laquelle ils se virent obligés de 
recourir à ce procédé à l'égard des mendiants, 
aussi insatiables que nombreux, est inconnue; 
elle ne paraît pas devoir être antérieure au 
XV® siècle. 

Un singulier procès, intenté par TAumône Géné- 
rale, signale leur emploi en 1610. Il avait été con- 
venu entre les officiers des deux Aumônes que les 
bayles de celle de l'Epicerie remettraient en temps 
opportun aux recteurs de l'Aumône Générale un 
certain nombre de marques à répartir entre les 
pauvres assistés par ce dernier établissement, les- 
quels participeraient aux distributions émanant 
de l'Epicei'ie contre la remise de leurs méreaux. 
Ainsi, aux fêtes de Noël de l'année 1610, quatre 
mille pains furent remis à des malheureux 
secourus ordinairement par l'Aumône Générale. 
Lors des fêtes de la Pentecôte de l'année sui- 
vante, les bayles de l'Epicerie refusèrent énergi- 
quement de consentir à l'exécution de l'accord 
qui les liait vis-à-vis des recteurs de l'Aumône 
Générale. Un procès fut immédiatement engagé 
à la suite de ces difficultés. De part et d'autre on 
s'ingénia avec tant de succès à le faire traîner en 
longueur, qu'en 1672 le premier degré de juridic- 
tion venait seulement d'être épuisé. Le 17 juillet 



275 

de cette année, les bayles de l'Epicerie, qui avaient 
été condamnés, firent appel devant Tofficial de 
Carpentras. Grâce aux vices et à l'état informe de 
la législation à laquelle étaient soumis Avignon 
et le Comtat, les litiges y recevaient difficilement 
une prompte solution. Même quand il s'agissait 
de questions d'une importance minime, leur 
durée dépassait facilement un demi siècle. Dans 
quelques familles riches, certains procès se trans- 
mettaient religieusement de génération en géné- 
ration comme faisant partie du patrimoine. On 
cite spécialement le cas d'une instance, alimentée 
pendant cent dix ans par des incidents de procé- 
dure soulevés à propos, et encore ne se terminâ- 
t-elle que par une transaction. Il était vraiment 
regrettable que les personnes morales, les muni- 
cipalités et les associations de bienfaisance 
eussent des habitudes processives comme de 
simples citoyens. Le déficit des budgets des com- 
munautés n'en était que plus élevé; les ressources 
disponibles en faveur des malheureux n'en étaient 
que plus restreintes. Les procureurs tiraient seuls 
profit de la situation. Il ne nous est parvenu aucun 
document susceptible de faire connaître l'issue du 
différent pendant entre l'Aumône de l'Epicerie et 
l'Aumône Générale. Il est certain que les frais 
atteignirent une somme importante avec laquelle 
on eût pu venir en aide à bien des infortunes. 

Les marques ou méreaux spéciaux à l'Aumône 
de l'Épicerie devaient avoir une légende rappelant 



276 

le nom de l'œuvre. Si l'on n'en connaît actuelle- 
ment aucun en nature, on peut présenter au sujet 
de l'existence possible de l'un ou de quelques-uns 
d'entre eux dans le médaillier du Musée Calvet, 
les mêmes observations que pour les plombs de la 
Confrérie du Saint-Esprit. 

m. 

Le Conseil de la ville d'Avignon décida, le 
28 février 1546, d'établir sur la chair de bœuf 
et sur celle de mouton une imposition extra- 
ordinaire d'une once par livre, c'est-à-dire 1/16^ ou 
de 5.55 p. % 5 au profit des pauvres et des malades. 
Faute d'ordre et d'une répartition régulière du 
produit de l'impôt, cette tentative n'aboutit à 
aucun résultat. Dix ans plus tard, divers Avigno- 
nais se concertèrent dans l'intention d'éteindre ou 
du moins de restreindre le plus possible le fléau 
menaçant du paupérisme. Après mûre réflexion, 
ils constatèrent que le meilleur moyen d'atteindre 
le but généreux qu'ils se proposaient était de 
secourir à domicile une partie des mendiants et 
d'accorder aux autres une hospitalité temporaire 
dans des maisons spéciales. Les citoyens fortunés 
consentirent volontiers à leur remettre directe- 
ment une somme équivalente à celle qu'ils avaient 
l'habitude de distribuer annuellement en aumônes. 
Une délibération, prise le 16 mars i557 par le 
Conseil de ville, approuva non seulement les 
mcvsures, mais encore décida d'exiger de tous 



277 

les habitants aisés une contribution volontaire 
qui serait perçue par les députés de chaque 
paroisse/Telle est l'origine de l'œuvre qui prit 
le nom à'Atmiône Générale. 

Ses débuts furent particulièrement pénibles. 
Des difficultés de toute nature surgirent à chaque 
instant ; elles entravèrent les rapides progrès 
qu'elle aurait dû faire et ne lui permirent pas de 
rendre immédiatement tous les services qu'on 
était en droit d'attendre d'elle. De 1693 à 1710, 
l'Aumône Générale n'eut qu'à se louer des libéra- 
lités de l'autorité papale. Durant cette période elle 
reçut, de ce chef, 40,000 livres. A partir de 1710, 
les dons casuels des souverains pontifes furent 
transformés en une allocation annuelle de 900 livres 
sur le produit du grand sceau des bulles de la 
légation d'Avignon. La population de l'Aumône 
ne dépassa jamais le chiffre de six cents, nombre 
maximum des lits disponibles; généralement elle 
oscilla entre trois cents et quatre cents. Le 
dénombrement effectué le i^'' juillet 1749 nous 
montre quatre cent vingt-deux personnes, habi- 
tant à divers titres la maison, y compris neuf 
officiers ou domestiques pour les hommes. Cent 
soixante-sept enfants, apprentis ou filles de 
service subsistaient en dehors de la maison, mais 
ils étaient placés sous sa surveillance spéciale. 
L'homme le plus âgé avait quatre-vingt-deux ans; 
la doyenne des femmes, nonante-neuf ans. Ces 
quelques détails mettent en relief l'étendue des 



278 

bienfaits répandus par Tinstitution et l'impor- 
tance de ses ressources, pour la bonne distribu- 
tion desquelles l'emploi de jetons était utile. 

Le 25 juin i5g3, le Vice-Légat Jean-François 
Bordini ordonna aux pauvres de tout âge et de 
tout sexe de se présenter le lendemain, à six heures 
du matin, à l'hôpital du Pont Saint-Bénézet pour 
y recevoir la charité et prendre l'ordre qui leur 
serait donné par les recteurs de l'œuvre, sous 
peine d'être expulsés de la ville. Un règlement 
du i5 janvier i5g8 montre que les distributions 
d'aumônes et de billets se firent ensuite à l'offi- 
cialité. A cette époque, on ne se servait pas de 
méreaux ou de marques, mais simplement de 
petits cartons ou de papiers pour éviter les doubles 
emplois. 

Trente règlements intervinrent de i575 à 1712 
pour lutter contre l'extension de la mendicité ; ils 
demeuixrent sans effet. Une ordonnance, rendue 
par le Vice-Légat, le 23 juin I7i3, à la suite des 
démarches effectuées par les recteurs de l'Aumône 
Générale, fit inhibition et défense à tous les 
pauvres mendiants, soit de la ville, soit étrangers, 
d'implorer la pitié des passants, à moins d'être 
porteurs d'une marque à eux délivrée par les 
députés des congrégations établies dans les 
paroisses. Il était interdit de céder ou de prêter 
cette marque ou d'insulter d'une façon quelconque 
les députés des congrégations, sous peine de trois 
traits de corde. Tout mendiant dépourvu de la 



279 

marque encourait pour la première contraven- 
tion, la prison au pain et à l'eau, pour la seconde, 
la peine des verges infligée dans la maison même 
de l'Aumône, pour la troisième, le fouet par les 
lieux et carrefours de la ville. 

M. Gustave Bayle m'a communiqué la pièce 
suivante, absolument inédite et faisant partie de la 
collection de l'un de ses amis : 




Diamètre : 24 mill. 



Cuivre. 



^ A VMOSNE • GEN ER ALE entre deux grènetis. 
Dans le champ, les armes de la ville d'Avignon; 
au-dessus, une croix trèflée. 

Le revers est actuellement fruste ; il a été con- 
sciencieusement frotté par l'inventeur. 

La croix trèflée reproduite au-dessus des armoi- 
ries de la ville ne paraît pas être autre chose 
qu'une croix de légat à forme absolument con- 
traire aux lois héraldiques , mais analogue à 
celles que l'on observe sur diverses monnaies d'A- 
vignon ou de Carpentras, telles que les piastres de 
Clément VIII et de Paul V, les carlins d'Alexan- 
dre VII, etc. L'objet placé en tête de la légende est 
une étoile et non une molette, car il a cinq pointes 



28o 

et n'est pas percé. Sa présence fait évidemment 
allusion au blason d'un pape ou à celui de l'un 
des prélats qui ont gouverné Avignon, car il n'est 
guère admissible qu'il ait été emprunté à celui de 
l'un des recteurs sous l'administration duquel le 
jeton a été fabriqué. 

Ce méreau n'a pas été gravé, mais coulé; on 
aperçoit encore les bavures dues à la fusion. 
A cause de son extrême rareté et de l'intérêt qu'il 
présente, il mérite d'être publié malgré son fâcheux 
état de conservation. La fabrication date du 
xvii^ siècle. 

L'orthographe aumosne ne contredit pas cette 
classification. Quoi qu'on en dise, les considéra- 
tions de style ne sont pas touj ours un argument irré- 
futable. Une courte discussion ne sera pas déplacée. 
Il est préférable d'avoir recours aux textes im- 
primés qu'aux manuscrits où l'on ne peut rencon- 
trer aucune règle invariable. Si Jean Nicot donne 
les formes Aumosne, Aumosner, Aumosnier, Aumos- 
niere{i)^ Ménage est d'avis qu'on doit ècrirt Aumône 
tt Aumônier e (2),Furetière a fait imprimer dans l'ex- 
cellente édition de MDCXC, Aumosne, Aumosner, 
Aumosnerie , Aumosnier (3). On lit dans celle de 
MDCCIV, AUMOsNE, AUMOsNER, AUMOsNE- 
RIE, AUMOsNIER (qui donne souvent l'aumône), 

(i) Thresor de la langue françoysc tant ancienne que moderne, 
MDCVI. 
(2) Dictionnaire étytnologique, édition de MDCXCIV. 
(3j Dictionnaire universel, etc., La Haye et Rotterdam. 



AUMOsNIER (eleemosynarius) (i). Cette fois les s 
ne sont pas en lettres capitales, mais en caractères 
ordinaires, pour bien marquer leur désuétude; ils 
sont d'ailleurs supprimés dans le corps du texte. 
Le P. Joseph Joubert enseigne l'orthographe 
Aumône, Aumôner et Aumônier (2). L'édition de 
MDCCXXXIII de Du Cange, tout en définissant 
le terme Eleemosyna : « Domus Monasterio vel 
Ecclesiis adjuncta, in qua eleemosynœ pauperibus 
erogabantur ab eleemosynario : proprie Hospitale 
pauperum : Aumosne », adopte aumônerie et aumô- 
nier e (3). Les citations de cette nature pourraient 
être multipliées sans peine. Il suffit de constater 
l'ostracisme dont fut officiellement et insensi- 
blement frappé , dès les dernières années du 
xvii^ siècle, l's qui figurait primitivement à l'inté- 
rieur du mot aumône. Indépendamment de son 
style, on peut donc classer au xvii^ siècle le méreau 
de l'Aumône Générale d'Avignon. 

Ne pourrait-on pas préciser davantage? Lors- 
qu'une étoile a plus de cinq rais, on doit en indi- 
quer le nombre en blasonnant, ce que les auteurs 
oublient trop fréquemment de faire. Dans le cas 
d'une étoile ordinaire, c'est-à-dire à cinq rais, 
l'un d'eux est dirigé vers le haut, deux sont aux 
côtés et les deux autres en bas. Quels sont les 
papes d'une part, les légats et les vice-légats d' Avi- 

(1) Dictionnaire universel, etc., Trévoux. 

(2) Dictionnaire français et latin, Lyon, MDCCXVIII. 

(3) G lossanuttî, etc., t. II, p. 42. 



282 

gnon de l'autre, dont les blasons portent au rhoins 
une étoile? Les papes sont au nombre de deux : 
Clément VIII (i592-i6o5) et Alexandre VII (i655^ 
1667) ; Avignon fut réuni à la France sous le pon- 
tificat de ce dernier, de i663 à i665. Parmi les 
légats nous trouvons Cynthius Passerus (1601- 
i6o5), neveu de Clément VIII (six étoiles d'or à six 
rais), Flavius Chigi (1657 -1668), neveu d'Alexan- 
dre VII (une étoile d'or à six rais, au deuxième et 
au troisième; sur les bulles, l'étoile a cependant 
huit rais) (i), et Paluzzio Palluzi (1670-1677), neveu 
de Clément X (six étoiles d'argent à six rais; les 
sceaux portent toutefois huit rais) (2). 

Passons aux vice-légats. Il y a d'abord lieu 
d'écarter Cicci (1700). Trois vice-légats du 
xvii^ siècle eurent des étoiles d'or, toutes à cinq 
rais, dans leur écu : 1° Guillaume du Nozet (1621- 
1622); 2° Jules Mazarin (1634- i63g); 3° Hyacinthe 
Libelli (1672-1673). 

L'étoile du méreau a cinq rais, d'ailleurs mal 
ordonnés. Il peut sembler tout naturel d'écarter 
les deux papes et les trois légats, et de considérer 
notre pièce comme contemporaine de la vice- 
légation de Mazarin, dontl'écu orne le quadruple 
d'or avignonais d'Urbain VIII, et qui fit insérer 
une étoile dans les légendes de la même pièce. 
Je ne pense pas qu'on puisse être aussi afiirmatif 
tant que la découverte d'un méreau mieux con- 

(1) Blancard, Iconographie des sceaux et des bulles, pi. m, n» 4. 

(2) Ibid., pi. 112, n" 1. 



I 



283 

serve ne nous aura pas révélé la nature de la 
légende du revers et des armes ou des signes qui 
en occupent le champ. Le maque de prudence 
pourrait occasionner un singulier mécompte. 
Du reste, il est inutile de vouloir rechercher sur 
les monnaies une représentation rigoureusement 
exacte des étoiles des blasons des papes, des 
légats ou des vice-légats d'Avignon, lorsque ces 
étoiles avaient plus de cinq rais. Les six étoiles 
de l'écu de Clément VIII étaient à six rais. Les 
étoiles figurées dans les légendes des piastres 
d'Avignon et de Carpentras battues sous son 
pontificat en ont seulement cinq ; la même erreur 
a été commise dans la représentation des armes 
de ce pape sur les pinatelles avignonaises 
de 1592. D'après les documents écrits, les étoiles 
des armoiries de Chigi comprenaient six rais, et 
d'après les sceaux , huit rais. On s'est borné 
à graver une étoile ordinaire sur les monnaies 
avignonaises. 

Si l'on ne put exiger des tailleurs des coins 
une connaissance approfondie des formes exactes 
des meubles des blasons des papes régnants, des 
légats et des vice-légats en fonction, comment 
voudrait-on risquer une attribution en se basant 
sur le nombre des rais d'une étoile observée sur un 
méreau, simplement coulé? Il semble plus naturel 
pour le moment de se tenir dans les généralités, 
de dater ce méreau du xvii^ siècle et d'ajouter 
qu'il appartient à l'une des périodes (i5g2-i6o5), 



284 

(1621-1622), (i634-i639), (i655-i653), (i665-i668) 
et (1670-1679), d'après les renseignements fournis 
ci-dessus. 

Le mot marque, usité à Avignon, est bien 
synonyme de méreau. Cette acception pour être 
peu commune n'en est pas moins réelle. Jean 
Nicot considère marque comme l'équivalent de 
signum et de tessera : « Marque, Signum, Tessera, 
Macula (i). » Les diverses éditions de Furetière 
contiennent toutes cette phrase : « On les appelle 
chez les chanoines méreaux, les marques d'assis- 
tance à l'office, qu'on leur donne journellement 
pour en compter à la fin de l'année ». 

Quant à la marque, dont les mendiants durent 
se pourvoir aux termes de l'ordonnance du 
23 juin 1713, c'était probablement un méreau ou 
un jeton d'identité de grande dimension, et non 
un signe distinctif à porter extérieurement sur les 
vêtements à la façon de la rouelle des Juifs (2). 

Roger Vallentin. 

(1) Thresor de la langue françoy se, etc. 

(2) La majeure partie des renseignements consignés dans cette notice 
sur la Confrérie du Saint-Esprit, l'Aumône de la rue de l'Epicerie et 
l'Aumône Générale est empruntée à une brochure anonyme et non 
mise dans le commerce, parue à Avignon, en i853. Son tirage a été 
extrêmement restreint. On n'en connaît plus aujourd'hui que deux ou 
trois exemplaires : L'auteur en est Paul Achard : « Notes historiques 
sur r Aumône Générale d'Avignon et les diverses œuvres de bienfai- 
sances qui lui ont été unies, recueillies dans les archives des hospices 
réunis de cette ville. Avec la devise : Amor patriœ verique cupido. 
Avignon, imprimerie de Bouvet fils, 7, rue Bouquerie, i853. Ne s:; 
vend pas . » 



283 

LÉOPOLD WIENER 

GRAVEUR EN MÉDAILLES 

ET 

SON ŒUVRE. 



DEUXIEME ARTICLE 



MEDAILLES ET MONNAIES (i). 

N. B. Comme dans mon précédent travail consacré à l'œuvre de 
Charles Wiener, j'ai suivi ici Vordre chronologique, jugeant inutile 
déclasser à parties tnonnaies, de distribuer en divers groupes les 
médailles et de répéter les descriptions données par la Revue ou par 
les recueils spéciaux. 

I. — 1843. — Médaille destinée à récompenser 
les promoteurs de la vaccine dans le Lim- 
bourg hollandais , faite en collaboration 
avec Jacques Wiener. 

^ Revue belge, i883, p. 11 3, n» 174, 

(1) £■« 1881, Léopold Wiener a fait donation à l'État belge de la 
collection de poinçons et de matrices des médailles gravées par lui, en 
subordonnant sa libéralité aux conditions suivantes : 

1" La collection, donnée à titre gratuit, sera installée dans un local 
des ateliers de l'hôtel des Monnaies ; 

2» Le donateur sera conservateur de la collection aussi longtemps 
qu'il exercera les/onctions de graveur des monnaies. 

Par arrêté royal du 6 janvier 1882, le Ministre de l'Intérieur a été 
autorisé à accepter cette donation au nom de l'État. Tous les coins de 
Léopold Wiener reposent, par conséquent, à l'hôtel des Monnaies de 
Bruxelles. 

Annék 1892. 21 



286 

2. — 1846. — Médaille faite en collaboration 

avec Jacques Wiener et L. Baruch, à l'oc- 
casion de la constitution, à Cologne, du 
Deutsch-Vlàmischer Sàngerbund, les 14 et 
i5 juin 1846. 

GuiOTH, Hist. niim. de la Belgique, t. I, pi. XXIV, n" 79. 

3. — Même année. — Médaille faite en colla- 

boration avec Jacques Wiener, à l'occa- 
sion de la constitution , à Bruxelles , du 
Vlaemsch-Duitsch Zangverbond, les 24 et 
25 septembre 1846. 

GuioTH, Hist. niim. de la Belgique, t. I, pi. XXV, n^i 85. 

4. — Même année. — Médaille en l'honneur du 

littérateur flamand J.-F. Willems, faite en 
collaboration avec Jacques Wiener. 

GuioTH, Hist. num. de la Belgique, t. I. pi. XXIX, n" m. 

5. — Même année. — Médaille du Jubilé de la 

Fête-Dieu à l'église Saint-Martin, à Liège, 
faite en collaboration avec Jacques Wiener. 

GuioTH, Hist. num. de la Belgique, t. I, pi. XXX, n» 104. 

6. — Même année. — Médaille représentant l'église 

Saint-Bavon à Gand, faite en collaboration 
avec Jacques Wiener. 

Gliioth, Hist. num de la Belgique, t. I, pi. XLII, n" i85. 

7. — Mêmeannée. — Médaille représentant l'église 

Saint-Jacques à Liège, faite en collabora- 
tion avec Jacques Wiener. 

GuioTH, Hist. num. de la Belgique, t. I, pi. XLIII, n» 186. 



287 

8. — Même année. — Médaille représentant l'église 

Saint-Rombaut à Malines, faite en collabo- 
ration avec Jacques Wiener. 

GuiOTH, His. num. de la Belgique, t. I, pi. XLII, n» 181 . 

9. — Même année. — Médaille représentantl'église 

Saint-Sauveur à Bruges, faite en collabo- 
ration avec Jacques Wiener. 

GuiOTH, Hist. num. de la Belgique, t. I, pi. XLII n^ 184. 

10. — Même année. — Médaille représentant la 

cathédrale de Tournai, faite en collabora- 
tion avec Jacques Wiener. 

GuiOTH, Hist. num. de la Belgique, t. I, pi. XLII, n» i83. 

11. — Même année.^Médaille représentant l'église 

Saint- Aubin à Namur, faite en collaboration 
avec Jacques Wiener. 

GuiOTH, Hist. num. de la Belgique, t. I, pi. XLIII, n^ 189. 

12. — 1847. — Médaille représentant l'église Saint- 

Martin à Ypres, faite en collaboration avec 
Jacques Wiener. 

GuiOTH, Hist. num. delà Belgique, t. I, pi. XLIII, no 187. 

i3. — Même année. — Médaille. — Prix de la 
Société bruxelloise pour la littérature fla- 
mande, faite en collaboration avec Jacques 
Wiener. 

Revue belge, i883, p. 121, n» 184. 

14. — Même année. — Pièce de cinq francs à 
l'effigie de Léopold I". 

GuiOTH, Hist. num. de la Belgique, t. I, pi. XXXI, n» 118. 



288 

i5. — Même année. — Pièce de cinq francs à la 
même effigie. — Autre revers. 

GuioTH, Hist. num. delà Belgique, t. I, pi. XXXI, n" 1 19. 

16. — Même année. — Jeton frappé à l'occasion 

de l'érection de la statue d'André Vésale. 

GuioTH, Hist. num. de la Belgique, 1. 1, pi. XXXVI, n» i4'7. 

17. — Même année. — Jeton de présence du 

Conseil communal de Bruxelles, rappelant 
le même événement, fait en collaboration 
avec Jacques Wiener. 

GuioTH, Hist. num. de la Belgique, t. I, pi. XXXVI, n" 144. 

18. — Même année. ^ Médaille destinée à servir 

de récompense pour actes de dévouement. 

GuioTH, Hist. num. de la Belgique, t. I, pi. XXXVI, n» 143. 

ig. — 1848. — Pièce de 25 francs, à l'effigie de 
Léopold P"", roi des Belges. 

GuioTH, Hist. num. de la Belgique, t. I. pi. XXXIX, n» 161. 

20. — Même année. — Pièce d'argent de 2 francs 

et demi, à la même effigie. 

GuioTH, Hist. num. de la Belgique, t. I, pi. XXXIX, n" i63. 

21. — Même année. -— Médaille donnée en prix 

aux exposants de l'Exposition belge d'Agri- 
culture. 

GuioTH, Hist. num. de la Belgique, t. I. pi. XLI, no lyS. 

22. — 184g. — Pièce de 25 francs, à l'effigie de 

Léopold P"", roi des Belges. 

Revue belge de numismatique, i85o, p. 116. 



289 

23. — Même année. — Pièce de lo francs, à la 

même effigie. 

Revue belge de nutnismatique, i85o, p. 116. 

24. — Même année. — Pièce de 2 francs et demi, 

à la même effigie. 

GuioTH, Hist. num. de la Belgique, t. I. pi. LUI, n" 254. 

25. — Même année. — Pièce de 2 francs, à la 

même effigie. 

GuioTH, Hist. num. de la Belgique, t I, pi. LUI, n^ 255. 

26. — Même année. — Pièce d'un franc, à la 

même effigie. 

GuioTH, Hist . num, de la Belgique, t. I. pi. LUI, n» 256. 

27. — Même année.  Pièce d'un demi-franc, à la 

même effigie. 

GuioTH, Hist. num. de la Belgique, t. I, pi. LUI, n» 257. 

28. — Même année. — Pièce d'argent d'un quart 

de franc, à la même effigie. 

GuioTH. Hist num. de la Belgique, t. I, pi. LUI, n» 258, 

2g. — Même année. — Médaille remise aux per- 
sonnes qui se signalèrent par leur belle 
conduite durant l'épidémie de choléra. 

GuioTH, Hist. num. de la Belgique, t. II, pi. I, n» 5. 

3o. — Même année. — Médaille. — Récompense 
nationale pour actes de dévouement dans 
les mines. 

GuiOTH, Hist. num. de la Belgique, t. I**"*, pi. I>II, n» 25o. 

3i. — Même année. — Projet refusé d'une nou- 



20O 

velle pièce de lo centimes, à l'effigie de 
Léopold I". 

Revers de Braemt. 

GuiOTH, Hist. num.de la Belgique, t. I, pi. LUI, n" 259. 

32. — Même année. — Autre projet, également 

refusé, d'une nouvelle pièce de lo centimes, 
à la même effigie. 
Revers de Braemt. 

GuioTH, Hist. mim. de la Belgique, t. I, pi. LUI, n" 260. 

33. — Même année. — Médaille donnée en prix 

aux exposants de l'Exposition de l'Indus- 
trie. 

GuioTH, Hist. niim. de la Belgique, t. I. pi. L, n" 335. 

34. — Même année. — Médaille donnée en prix 

aux vainqueurs du concours de chant d'en- 
semble de Bruxelles (24 septembre). 

GuiOTH, Hist. num. de la Belgique, t. I, LI, n« 237. 

35. — Même année. — Médaille donnée en prix 

aux vainqueurs du concours organisé par la 
Société agricole des cantons de Vilvorde et 
de Woluwe-Saint-Etienne. 

GuioTH, Hist. num. de la Belgique, t. I, pi. LI, n''24i. 

36. — Même année. — Médaille donnée en prix, 

par les comices agricoles des i^'', 2^ et 3° dis- 
tricts du Limbourg, aux vainqueurs du 
concours organisé à la suite de l'Exposition 
de 184g. 

GuioTH, Hist. num. de la Belgique, t. I, pi. LI, n" 242. 



291 

37. — Même année. — Médaille de l'Association 
agricole de l'arrondissement d'Ypres. 

GuioTH, Hist. num. de la Belgique, t. I, pi. LU, n" 243. 

58. — Même année. — Médaille des Comices agri- 
coles des 5^ et 6^ districts de la province 
d'Anvers, réunis à la Société royale d'hor- 
ticulture de Malines. 

GuiOTH, Hist. num. de la Belgique, t. I, pi, LU, n" 244. 

39. — Même année. — Médaille de la Société 

d'agriculture du Luxembourg. 

GuiOTH, Hist. num. de la Belgique, t. I, pi. LU, n" 245. 

40. — i85o. — Pièce de 25 francs à l'effigie de 

Léopold I", roi des Belges. 

Variété de tête du n» 161 de la planche XXXIX de Guioth, 
Hist. num de la Belgique, t. I. 

41. — Même année. — Médaille décernée par la 

ville de Hal aux sociétés qui participèrent 
au festival du 20 mai de cette année. 

GuiOTH, Hist, num. de la Belgique, t. II, pi. II, n" 8. 

42. — Même année. — Médaille remise à chacune 

des sociétés qui prirent part au festival 
organisé par l'Association lyrique anver- 
soise, le ig août de cette année. 

GuiOTH, Hist. num. de la Belgique, t. II, pi. V, n» 26. 

43. — Même année. — Médaille frappée à l'occa- 

sion de la mort de Louise-Marie d'Orléans, 
reine des Belges. 

GuiOTH, Hist. mon. de la Belgique, t. II, pi. VI, n" 36. 



292 

44- — Même année. — Médaille frappée à l'occa- 
sion du même événement. 

GuioTH, Hist. nmn. de la Belgique, t. II. pi. VI, n» Sy. 

45. — Même année. — Médaille frappée en com- 

mémoration du vote de la loi du i" mai 1834, 
établissant un système de chemins de fer en 
Belgique. 

GuioTH, Hist. num. de la Belgique, t. II. pi. VII, 11040. 

46. — i85i. — Médaille en l'honneur du baron 

Frédéric-Auguste de Reiffenberg, littérateur, 
conservateur de la Bibliothèque royale de 
Belgique. 

GuiOTH, Hist. num. de la Belgique, t. II, pi. VIII, n» 52. 

47. — Même année. — Médaille de la Société 

royale pour l'encouragement des Beaux- 
Arts (Koninkl. maatsch. ter aanmoediging 
der Schoone Kunsten). 

GuiOTH, Hist. num. de la Belgique, t. II, pi. X, n» 57. 

48. — Même année. — Médaille donnée en prix 

aux sociétés victorieuses du concours de 
chant d'ensemble organisé par la ville 
d'Anvers le i8 août de cette année. 

GuiOTH, Hist. num. de la Belgique, t. II, pi. XI, n» 38. 

49. — Même année. — Médaille de la Société royale 

d'agriculture et d'horticulture de Louvain. 

GuiOTH, Hist. num. de la Belgique, t. II, pi. XIV, n" 77. 



5o. 



Même année. 



Médaille de la Société 



293 

d'agriculture et d'horticulture de l'arrondis- 
sement de Furnes. 

GuioTH, Hist. num. de la Belgique, t. II, pi. XIV, n" 78. 

5i. — Même année. — Médaille du comice agri- 
cole d'Arlon-Messancy. 

GuioTH, Hist. nmn. de la Belgique, t. II, pi. XIV, n" 79. 

52. — i852. — Médaille en l'honneur de Louis- 

Joseph Seutin , médecin, auteur de la 
méthode amovo-inamovible. 

GuiOTH, Hist, num. de la Belgique, t. II, pi. XVI, n» gi. 

53. — Même année. — Médaille en l'honneur du 

même. 

Autre revers. 

GuioTH, Hist. num. delà Belgique, t. II, pi. XVI, n» 92. 

54. — Même année. — Médaille en l'honneur de 

Charles Rogier, ministre de l'Intérieur. 

GuioTH, Hist. num. de la Belgique, t. II, pi. XVII, n"95. 

55. — Même année. — Médaille donnée en prix 

aux vainqueurs du concours de chant d'en- 
semble organisé par la Société royale de la 
Grande Harmonie, sous le patronage du 
Gouvernement et de la ville de Bruxelles 
(le 26 septembre de cette année), faite en 
collaboration avec Jacques Wiener. 

GuioTH, Hist. num. de la Belgique, t. II, pi. XIX, n*^ io3. 
Revue belge, i883, n» io5. 

56. — Même année. — Pièce de 20 centimes (arg*), 

à l'effigie de Léopold P', roi des Belges. 

GinoTH, Hist. num. de la Belgique, t. II, pi. XIX, n» 106. 



294 

57- — Même année. — Médaille frappée à l'occa- 
sion de la mort de Mgr Van Bommel, 
évêque de Liège, faite en collaboration avec 
Jacques Wiener. 

GuioTH, Hist.num. delà Belgique, t. II, pi. XVIII, n» 102. 
DiRKS, t. II, no 726. 

58. — Même année. — Médaille en l'honneur de 

Pierre-Théodore Verhaegen, président de 
la Chambre des Représentants. 

GuioTH, Hist. num. de la Belgique, t. II, pi, XX, n» ii3. 

59. — i853. — Médaille de l'Exposition organisée 

par l'Association pour l'encouragement des 
arts industriels en Belgique. 

GuioTH. Hist. num. de la Belgique, t II, pi. XX, n» 1 15. 

60. — Même année. — Médaille frappée à l'occa- 

sion de la majorité de S. A. R. le duc de 
Brabant. 

GuioTH, Hist. num. delà Belgique, t, II, pi. XXI, n" 116. 

61. — Même année. — Médaille frappée à l'occa- 

sion du même événement, aux frais et au 
nom de la Société philharmonique de 
Bruxelles, en collaboration avec Jacques 
Wiener. 

GuioTii, His. num. de la Belgique, X. II, pi. XXII, n« 119, 

62. — Même année. — Médaille frappée à l'occa- 

sion de l'inauguration à Mons de la statue 
de Roland de Lattre (Orlando Lassus), le fa- 
meux compositeur de musique du xvi^ siècle. 

GuioTH, Hist. num. de la Belgique, t. II, pi. XXII, n" 122 



295 

63. — Même année. — Médaille frappée à l'occa- 

sion du mariage de LL. AA. RR. le duc et 
la duchesse de Brabant. 

GuioTH, Hist. num. de la Belgique, t. II, pi. XXIV, n» 127. 

64. — Même année. — Médaille-monnaie (de la 

valeur de 5 francs), frappée à l'occasion du 
même événement. 

GuioTH, Hist. num. de laBelgique, t. II, pi. XXIV, n» i3o. 

65. — Même année. — Médaille-monnaie (de la 

valeur de 2 francs), frappée à l'occasion du 
même événement. 

GuioTH, Hist. num. delà Belgique, t. II, pi. XXIV, i3i. 

66. — Même année. — Médaille-monnaie (de la 

valeur de 10 centimes), frappée à l'occasion 
du même événement. 

GuiOTH, Hisl . num. de la Belgique, t. II, pi. XXIV, n" i32. 

67. — Même année. — Médaille en l'honneur du 

docteur Louis Willems. 

GuioTH, Hist. num. de la Belgique, t. II, pi XXV, n" iSg. 

68. — Même année. — Médaille en l'honneur de 

J.-F. Vleminckx , inspecteur général du 
service de santé de l'armée belge. 

GuioTH, Hist. num. de la Belgique, t. II, pi. XXVI, n^ 140. 

6g. — 1854. — Médaille en l'honneur de V. Dele- 
court, magistrat et littérateur flamand, né à 
Mons en 1806, mort à Bruxelles en i853. 

GuiOTH, Hist. num. de la Belgique, t. II, pi. XXVI, n<^ 141. 



296 

70. — Même année. — Médaille en l'honneur de 

Charles Rogier, ministre de l'Intérieur. 

GuiOTH, Hist. num. de la Belgique, t. Il, pi. XXVII. n" 149. 

71. — Même année. — Médaille faite à l'occasion 

de l'érection de l'église de Laeken à la 
mémoire de la reine Louise-Marie d'Or- 
léans, en collaboration avec Jacques Wie- 
ner. 

GuioTH, Hist. num. delà Belgique, t. II,pl. XXVIII, no i5i. 

yz. — Même année. — Médaille frappée à l'occa- 
sion du même événement. 

GuioTH. Hist. num. de la Belgique, t. Il, pi. XXVIII, n" i52. 

73. — Même année. — Médaille commémorative 

frappée en l'honneur du Comité central 
typographique belge, à l'occasion de la 
convention du 22 août i852. 

GuioTii, Hist. num. de la Belgique, t. Il, pi. XXIX, n^* 04. 

74. — Même année. — Médaille religieuse à 

l'effigie du Christ couronné d'épines. 

GuioTH, Hist. num. de la Belgique, t. II, pi. XXX, n" 167. 

75. — Même année. — Médaille en l'honneur du 

baron Goswin Jos. -Auguste de Stassart. 

GuiOTH, Hist. num. de la Belgique, t. II, pi. XXXIV, n" 187. 

76. — Même année. — Médaille en l'honneur de 

Charles Marcellis, industriel anversois, faite 
en collaboration avec Jacques Wiener. 

GuioTH, Hist. num. de la Belgique, t. II, pi. XLVI, n" 245. 



297 

77- — ■ i855. - Médaille frappée à l'occasion du 
25^ anniversaire de l'indépendance belge. 

GuiOTH, Hist. num. delà Belgique, t. IL pi. XXXVI, n" 196. 

78. — Même année. — Médaille décernée aux 

exposants primés de l'Exposition indus- 
trielle d'Ypres, faite en collaboration avec 
Jacques Wiener. 

Revue belge de num. y i883, p. i32, n^^ 206. 

79. — i856. — Médaille frappée à l'occasion du 

aS*" anniversaire de l'inauguration du roi 
Léopold I". 

GuiOTH, Hist. num. delà Belgique, t. II, pi. XL, n» 21 3. 

80. — Même année. — Médaille frappée à l'occa- 

sion du même événement. 

GuiOTH, Hist. num.. de la Belgique, t II, pi. XLV, n» 243. 

81. — Même année. - Médaille frappée à l'occa- 

sion du même événement. 

GuiOTH, Hist. num. ae la Belgique, t. II, pi. XL, n" 214. 

82. — Même année. — Médaille frappée à l'occa- 

sion du même événement. — Hommage du 
Hainaut. 

GuiOTH, Hist. num. de la Belgique, t. II, pi. XLII, n" 233. 

83. — Même année. — Médaille de l'Association 

pour l'encouragement des arts industriels 
en Belgique. — Exposition de i856. 

GuiOTH, Hist. num. de la Belgique, t. II, pi. XLVI, n^' 246. 

84. — Même année. — Médaille frappée à rocca- 



298 

sion de Térection à Anvers de la statue 
d'Antoine Van Dyck. 

GuioTH, Hist. niim. de la Belgique, t. 11, pi. XLUL n« 236. 

85. — 1857. —Tête de M. Alphonse Nothomb, à 

gauche. 

Légende : ALPHONSE NOTHOMB, 
MINISTRE DE LA JUSTICE. 

Rev. Le perron liégeois accosté des lettres 
L. G. 

Dans le champ, à gauche et verticale- 
ment : ENERGIE ; à droite, dans le même 
sens : TALENT. 

Légende : A L'AUTEUR DU PROJET 
DE LOI SUR LA CHARITÉ iSS;. 

Diam. 0.068. 

86. — Même année. — Tête du comte Félix de 

Mérode, à gauche. 
Légende : COMTE FÉLIX DE MERODE. 

NÉ A MAESTRICHT MORT A BRUXELLES 
l3 AVRIL 1791 I FÉVRIER l857 

Rev. Armoiries de la famille de Mérode, 
dans une couronne de chêne. 

Légende: A L'INTRÉPIDE ET FIDELE 
DÉFENSEUR DE LA RELIGION, DE 
LA PATRIE ET DE LA LIBERTÉ * ^ ^. 

Diam o.f^ôS. 

87. — i858. — Tête de M. Victor'Tesch, à gauche. 

Légende ; A M : VICTOR TESCH, LE 
LUXEMBOURG RECONNAISSANT 



299 

Rev. La locomotive « le Luxembourg » 
allant à droite. Au-dessus, la date 27 OCT : 
i858. Au-dessous, deux, cornes d'abondance 
entre lesquelles est posé un cartouche aux 
armes de la province. 

Légende : INAUGURATION DU CHE- 
MIN DE FER DU LUXEMBOURG 

Diam. om.o58. 

88. — Même année. — Tête de François Fétis, 
tournée à gauche, dans un cercle de 
grènetis. 

Rev. Dans une couronne, formée d'une 
palme et d'une branche de laurier, on lit en 
huit lignes : 

LE CERCLE ARTISTIQUE ET LITTÉRAIRE 

DE 

BRUXELLES 

A 

F. J. FÉTIS 

TÉMOIGNAGE DE 

RECONNAISSANCE 

l858 

Diam. 0.060. 

Bg. — Même année. — Médaille frappée à l'occasion 
du mariage de dom Pedro V, roi de Portugal. 

Revue belge de num., i858, pi. XVI. 

go. — i85g. — Médaille frappée à l'occasion de la 
naissance du comte de Hainaut. 

Revue belge de num., 1860, pi. VII. Voir qmss'x Revue trimes- 
trielle, 18G4, p. 322. 



n 



3oo 

gi. — Même année. — Têtes conjuguées et tour- 
nées à gauche, du duc et de la duchesse de 
Brabant. 

Légende : LÉOPOLD L. PH. M. V. DUC 
DE BRABANT — M. H. A. DUCHESSE 
DE BRABANT. 

Rev, Ecussons inclinés et juxtaposés, aux 
armes particulières du duc et de la duchesse 
de Brabant, reposant sur les ailes d'un 
chérubin. Le tout environné d'un man- 
teau d'hermines et timbré d'une couronne 
royale. 

Diam. 0.074. 

92. — Même année. — Tête de Léopold P', tournée 
à gauche. 

Légende : LÉOPOLD PREMIER ROI 
DES BELGES. 

Rev. Les quatre Libertés constitution- 
nelles placées à la base de la colonne du 
Congrès comme gardiennes du monument. 

En exergue : sept. i85g 

Légende : INAUGURATION DE LA 
COLONNE DU CONGRES, 

Diam. o.o85 
Voy. Revue trimestrielle, 1864, p. 322. 

Fréd. Alvin. 
[A sfdvre.) 



3oi 



NÉCROLOGIE. 



Alexandre-Marie- Auguste BRETAGNE. 



L'un des doyens de la numismatique, et, bien 
probablement, le doyen des numismates français, 
M. Alexandre - Marie - Auguste Bretagne, ancien 
collaborateur de cette Revue, est décédé à Nancy, 
le 27 août dernier, à l'âge de quatre-vingt-six ans. 

Notre regretté confrère était né à Rocroi, dépar- 
tement des Ardennes, le 12 mai 1806. 11 entra 
comme surnuméraire, en i825, dans l'Administra- 
tion des Contributions directes, où nous le voyons, 
à tour de rôle, conquérir tous les grades que lui 
valait son travail, et parvenir, dès i853, au poste 
éminent de directeur de département, qu'il occupa 
successivement à Mende, au Puy, à Auxerre, puis 
à Nancy, où il comptait bien, comme il le fit, 
se fixer définitivement. Il avait été appelé à la rési- 
dence de Nancy en i85g, et c'est là que ses bons 
services lui méritèrent enfin la décoration de la 
Légion d'honneur, qui lui fut décernée par décret 
impérial du 25 juillet 1866 ; c'est là aussi qu'il fut 
admis, en 1871, à faire valoir ses droits à la retraite. 

Nous voudrions citer ici toutes les résidences 
où sa carrière l'avait appelé, parce qu'il n'y en a 
peut-être eu aucune où son action ne se soit pas 

Année 1892. 21 



302 

fait sentir au point de vue des recherches numis- 
matiques ou archéologiques : c'est que, si Alexan- 
dre Bretagne avait à cœur de s'acquitter de ses 
fonctions avec tout le zèle et le dévouement 
possibles, il ne tenait pas moins, d'autre part, à 
ne pas gaspiller en de frivoles distractions les 
quelques heures de liberté que ces fonctions 
devaient lui laisser. Aussi peut-on dire qu'il n'était 
pas plus tôt dans une nouvelle résidence, qu'il ne 
se faisait recevoir des sociétés dans la constitution 
desquelles les études archéologiques pouvaient 
tenir quelque place ; et si, dans la ville qu'il 
habitait, la démolition de quelque vieille con- 
struction ou quelque fouille de terrain était entre- 
prise, on pouvait être certain de le rencontrer sur 
les lieux, interrogeant les ouvriers, suivant les 
coups de leurs pioches, ne négligeant et n'épar- 
gnant rien pour se procurer les trouvailles qu'ils 
venaient à faire, soit en vieilles monnaies, soit en 
d'autres objets d'antiquité à l'étude desquels l'art 
ou l'histoire, mais l'art surtout pouvait trouver 
son compte. Tel fut, dans toutes ses résidences, 
Alexandre Bretagne; mais, c'est particulièrement 
à Nancy que trente années de cette vie, développée 
encore dans les derniers temps par l'absence d'oc- 
cupations bien sérieuses, lui avaient acquis un 
renom qu'il n'eût plus été le maître de modérer. 
Les terrassiers de l'ancienne capitale de la Lor- 
raine n'oublieront de longtemps ce vieillard de 
haute taille, aux cheveux de neige, à la physio- 



3o3 

nomie bienveillante et sympathique, qu'ils ont vu 
tant de fois à leurs côtés, et qu'ils auraient pu pren- 
dre, par son assiduité, pour le spectateur obligé 
de leurs travaux. On n'imagine, au surplus, que 
difficilement quels trésors de curiosités précieuses 
le persévérant archéologue est parvenu à amasser 
ainsi, sans compter les achats heureux chez les 
orfèvres et les marchands d'objets de rencontre, 
non plus que les occasions de mille autres sortes 
qu'il a su mettre à profit, ce qui lui a permis de 
former comme un musée en miniature où l'on ne 
sait qu'admirer le plus, du goût avec lequel les 
éléments en ont été réunis, ou de la valeur de ces 
éléments mêmes. Et vraiment, s'il y a une bonne 
étoile pour les chercheurs, on peut bien affirmer 
que le nôtre était né sous l'influence de cette 
étoile-là. Ainsi, par exemple, M. Bretagne pre- 
nait-il plaisir à raconter comment était venu dans 
sa collection le fameux denier du sire de Coucy, 
Raoul II (1242-1250), la première monnaie des 
dynastes de cette race qui ait été signalée et 
publiée, sans que le nombre en ait pu être bien 
augmenté depuis. Ce fut par un beau jour de i85i, 
alors qu'il était inspecteur à Laon, qu'il vit revenir 
du collège un de ses trois bambins, âgé de huit 
ans, muni de ce précieux butin qu'il avait obtenu 
par échange d'un condisciple moins expert. Évi- 
demment l'enfant ne pouvait se rendre compte 
d'une manière bien lucide de l'importance du 
marché par lui conclu, mais il ne doutait pas de 



3o4 

cette importance, et les appréciations de son père 
ne firent que le confirmer dans la pensée qu'il 
était dans le vrai. 

Le magnifique double royal d'or du comte de 
Hainaut Guillaume III, conservé aujourd'hui dans 
les collections de l'État belge, et que M. Chalon, 
en le publiant en i854 (i), considérait comme 
la plus pesante en ce métal et peut-être la plus 
belle de toutes les monnaies belges du moyen 
âge alors connues, provient d'une découverte de 
M. Bretagne. 

Une autre de ses bonnes fortunes, que nous ne 
pouvons pas non plus, tout en voulant être court, 
passer sous silence, est la découverte qu'il fit, 
durant sa résidence au Puy, d'une des enseignes 
en plomb, émanées, au xii^ siècle, de la Confrérie 
des Chaperons blancs, dont les statuts, sorte de Trêve 
de Dieu, avaient, comme chacun le sait, été solen- 
nellement jurés au Puy, en 1182 (2). Heureuse- 
ment, cette précieuse relique n'a pas été perdue 
pour le lieu d'origine, étant passée, par voie 
d'échange, dans la collection de M. Aymard, 
archiviste du département de la Haute-Loire, qui 
l'a publiée dans le Compte rendu du Congres scien- 
tifique de France (22^ session) tenu aii Puy en i855 (3) . 

(1) 2^ Supplément aux Recherches sur les Monnaies des comtes de 
Hainaut, p. lxxi. 

(2) Ordonnances des rois de France de la troisième race, à la 
préface du tome I^»", rédigée par de Laurière, p. xxix. 

(3) Deuxième volume du compte rendu pour la même année. Cette 



3o5 

Le Répertoire des Sources imprimées de la Numis- 
matique française, de MM. Arthur Engel et Ray- 
mond Serrure , recueil dont l'éloge n'est plus à 
faire pour la justesse des vues et l'utilité, donne 
la désignation de vingt-trois notices dues à la 
plume d'Alexandre Bretagne, de i85o à 1884, et 
qui ont paru, pour la plupart, dans des revues de 
numismatique ou d'archéologie. Ces notices sont 
généralement assez courtes , mais elles sont , 
toutes, très nourries et très substantielles, et elles 
ont eu presque toutes pour point de départ quel- 
que heureuse trouvaille de l'auteur : monnaies 
gauloises ; superbe tiers de sou d'or au nom du 
roi Clotaire II, et autres triens mérovingiens; 
deniers des Carolingiens ou des premiers Capé- 
tiens ; florin d'or, unique, d'un prince d'Achaïe 
de la maison d'Anjou (i333-i364) ; monnaies féo- 
dales de tous temps, parmi lesquelles celles de la 
Lorraine et des Ardennes, les pays de ses préfé- 
rences, tiennent naturellement la place la plus 
considérable. Le Répertoire Engel et Serrure se 
trouvant aujourd'hui aux mains de tous les ama- 
teurs sérieux de la numismatique, nous devons, 
pour les détails, nous borner à y renvoyer ceux 
de nos lecteurs qui désireraient être mieux ren- 
seignés sur les travaux d'Alexandre Bretagne 



enseigne, d'un style si remarquable, a été publiée pour la seconde fois, 
d'après les notes de M. Aymard, dans la préface des Médailles reli- 
gieuses du Pas-de-Calais, parL. Dancoisne, p. 20. 



3o6 

relatifs à cette science. Nous préférons donner la 
livSte, qu'il est moins aisé de rencontrer, de ses 
autres principaux travaux qui ont également vu 
le jour par l'impression. Cette liste fera mieux 
connaître notre confrère et démontrera une fois 
de plus, à rencontre de préjugés malheureuse- 
ment trop répandus, que l'homme, que distinguent 
ses aptitudes en numismatique, peut bien faire 
preuve de qualités non moins essentielles en 
traitant des autres sujets dont il lui convient de 
s'occuper. 

I. — Quelques recherches sur les peignes liturgiques. 
{Mémoires de la Société d' Archéologie lorraine, 1860, 
23 pp. et 2 pi.) 

Savante étude dans laquelle l'auteur a publié, 
entre autres, les peignes liturgiques de saint Loup, 
archevêque de Sens, et de saint Gauzlin, évêque 
de Toul, pour ne citer ici que les plus remarqua- 
bles ; travail signalé dans une récente publication 
de la Société d'Archéologie lorraine comme ayant 
obtenu en son temps une mention honorable dans 
les concours de l'Institut. 

Rappelons, en passant, ce qui rattachera quel- 
que peu notre sujet à la numismatique, le curieux 
méreau de plomb, provenant de l'évêché de Thé- 
rouanne, où l'on voit, au revers de la mitre épis- 
copale, un peigne liturgique brochant sur une 
crosse, entre un rasoir et des ciseaux, autres 
insignes d'ordination. L. Deschamps de Pas a 



1 



3o7 

publié ce méreau dans la Revue belge de numisma- 
tiqtte, année 1871, pi. A, fig. 4. 

II. — Représentation d 'Hercule vainqueur des 
géants, dans le nord-est de la France. [Mémoires de 
la Société d' Archéologie lorraine, i863, 8 pp. et i pi.) 

Mémoire bien connu , et qui , pour être déjà 
vieux, n'a rien perdu de son intérêt. Nous n'insis- 
terons pas sur l'actualité qu'il a reprise, à la suite 
de la découverte, en 1878, du monument de Merten, 
si savamment étudié par M. Aug. Prost dans le 
Bulletin de la Société des Antiquaires de France, 
année 187g, p. 62. 

III. — Nouvelle étude sur le Cadastre et les abôrne- 
ments généraux, avec recherches historiques sur la 
constatation de la contenance des propriétés, depuis 
r époque gallo-romaine jusqu'à nos jours. Nancy, 
L. Wiener, éditeur. In-8° de i35 pp., avec 4 plan- 
ches et I tableau hors texte. 

Nous ne pourrions mieux faire que de rappeler 
ce qui a été écrit, à propos de ce livre, par M. Ch. 
Guyot, président de la Société d'Archéologie lor- 
raine, dans les quelques pages qu'il a consacrées 
à la mémoire de M. Bretagne ; c'est au sujet de ce 
que fut ce dernier, comme directeur des Contri- 
butions directes à Nancy : 

« Nous ne pouvons passer sous silence une 
remarquable étude sur le Cadastre et les aborne- 
ments généraux, résumé de publications antérieures, 



3o8 

qu'il fit paraître en 1870, et qui forme, pour ainsi 
dire, le testament du fonctionnaire, l'expression 
la plus complète de ses idées sur une amélioration 
féconde dont il fut le promoteur. On sait quelles 
graves questions se rattachent à la confection du 
cadastre, dont les communes françaises sont 
toutes dotées depuis i85o, mais dont le renouvel- 
lement s'impose tous les jours davantage. Que 
sera le nouveau cadastre? N'aura -t-il pour but 
que de reproduire l'ancien, en transcrivant le 
résultat des mutations intervenues ; ou bien 
deviendra-t-il le livre foncier de la propriété 
rurale, pouvant servir de titre en justice, tenu 
sans cesse à jour, au fur et à mesure des réunions 
et des divisions de parcelles? Quel que soit le 
parti qu'on prenne à ce sujet,, il importe au plus 
haut point que les « remembrements » s'opèrent, 
promptement et économiquement. C'est ce qui 
devient possible, facile, en suivant le procédé que 
préconise M. Bretagne. Une commission com- 
munale, élue par les propriétaires intéressés, 
surveille l'opération confiée au géomètre, tranche 
les difficultés ou en poursuit la solution devant la 
justice; elle arrête les limites des cantons et vérifie 
les titres de parcelles... Les abornements géné- 
raux ont fait déjà leurs preuves dans la région de 
l'Est; il est à souhaiter qu'ils deviennent de plus 
en plus fréquents dans l'intérêt de nos populations 
rurales. Une loi projetée, qui, sans doute, ne tar- 
dera pas à être votée, doit faciliter encore cette 



3o9 

extension, que M. Bretagne appelait de tous ses 
vœux, et dont il ne sera que juste de lui attribuer 
le principal mérite. » 

IV. — Le Reliquaire de Saint-Nicolas-de-Port. 
{Mémoires de la Société d' Archéologie lorraine^ 1873, 
38 pp. et 3 pi.) 

Il s'agit du reliquaire en forme de bras, œuvre 
remarquable d'orfèvrerie au xv^ siècle, qui servait 
à conserver, dans l'église de Saint-NicolavS-de- 
Port, des reliques du vsaint èvêque de Myre. A 
l'époque où ce chef-d'œuvre fut détruit, en 1792, 
il fut composé à son sujet, par le regretté Mory 
d'Elvange, devenu, deux ans plus tard, une des 
victimes de la Révolution, un mémoire savant et 
développé, demeuré très longtemps inédit. C'est 
ce mémoire que M. Bretagne a publié, en l'accom- 
pagnant d'observations historiques et archéolo- 
giques d'un intérêt marqué, ce qui lui a valu de la 
part de l'Empereur d'Autriche actuel, fidèle à son 
origine lorraine, la récompense, non moins flat- 
teuse que méritée, d'une médaille d'or à l'effigie 
du souverain, ainsi qu'à sa devise : VIRIBVS 
VNITIS. 

V. — Notice sur des poids antiques. [Mémoires de la 
Société d' Archéologie lorraine, 1876, 11 pp. et i pi.) 

M. Bretagne fait surtout connaître deux poids 
gallo-romains en pierre dure, exhumés dans les 
localités lorraines de Grand et de Naix, anciennes 
villes des Leuci. 



3io 

VI. — Extrait de V Inventaire des richesses artis- 
tiques de la France, exécuté, pour le Diocèse de Nancy, 
sous la direction de Monseigneur Foulon, — U église 
de Vézelise, {Mémoires de la Société d' Archéologie 
lorraine^ 1879, 20 pp. et 2 pi.) 

VII. — Inscriptions métalliques sur les édifices pu- 
blics des Leuci à V époque gallo-romaine. [Mémoires 
de la Société d' Archéologie lorraine, 1880, 12 pp. 
et 2 pi.) 

Superbes lettres en bronze, se rapportant à un 
sujet peu connu avant que le mémoire de notre 
ami eût été publié, et provenant bien évidemment 
d'inscriptions d'édifices publics. La plus belle, un 
grand R, dont aucune altération n'endommage la 
patine, a été trouvée à Naix, l'ancien Nasium des 
Leuci ; elle mesure 33 centimètres de haut et ne 
pèse pas moins de huit kilogrammes et demi. Après 
avoir été longtemps la propriété de M. Dumont, 
ancien magistrat à Saint-Mihiel et archéologue 
très connu, elle a été libéralement offerte par ses 
héritiers au Musée historique lorrain, à Nancy, 
dont elle est un des ornements. On ne saurait trop 
encourager, par la publicité à leur donner, des 
offrandes aussi généreuses, et, disons-le, d'une 
semblable utilité pour l'étude des arts. 

VIII. — Description d'un laraire antique trouvé à 
Naix. [Mémoires de la Société d'Archéologie lorraine, 
i883,gpp. et 2 pi.) 

Ce laraire se composait de quatre objets en 



3ii 

bronze : un petit autel et trois statuettes ou figu- 
rines, consistant en un génie ailé et en pied, une 
chouette montée sur piédouche, et un buste 
à'Hygie^ ou de la Santé, 

L'auteur du mémoire dont il s'agit ici avait pu 
acquérir le tout du cultivateur qui en avait fait la 
trouvaille ; et M. Ferdinand Bretagne, le seul des 
enfants du regretté défunt qui lui ait survécu, 
vient, en souvenir de son père, de faire don des 
quatre objets au Musée historique lorrain. Nous 
aurions déjà dû mentionner plus haut M. Ferdi- 
nand Bretagne comme étant le jeune fils de notre 
confrère à la sagace précocité duquel celui-ci 
avait dû de posséder le denier du sire de Coucy. 

IX. — Le Bras-reliquaire de Mairy [Ar demies) ; 
par A. Bretagne et H. Vincent. {Extr. du Tome 85 
des Travaux de V Académie de Reims ^ année 1888-89.) 

Le tirage à part, Reims ^ Imprimerie coopérative, 
est daté de i8go; il est composé de 21 pages in-8° 
et de 2 planches. 

Les auteurs du mémoire ont su y faire ressortir 
toute l'importance du reliquaire qu'ils publiaient, 
travail d'orfèvrerie remontant au XIÎP siècle, et 
très rare spécimen des œuvres de l'espèce qui ont 
survécu en France à la première Révolution. Le 
bras-reliquaire appartient encore aujourd'hui à 
l'église de la petite paroisse de Mairy, avec les 
parcelles d'ossements qu'il abrite depuis si long- 
temps, considérées comme provenant d'un saint 



3 12 

du nom d'Hippolyte et de quelques-uns des saints 
Innocents. 

Un travail de numismatique termine chronologi- 
quement la nomenclature des productions impri- 
mées d'Alexandre Bretagne; et l'on trouve que 
c'est assurément justice quand on se rappelle que 
c'est à la numismatique qu'il avait dû ses plus 
nombreux et plus agréables délassements. La 
dernière pièce qu'il s'est ainsi attaché à faire con- 
naître, dans une notice en trois pages, est une 
médaille de dévotion en étain, datée de i623, à 
l'effigie de saint Livier, dont le culte a été et est 
encore l'objet de pèlerinages dans le pays messin. 
On sait combien sont rares, généralement, les 
médailles de dévotion datées de l'année où elles 
ont été fabriquées. Celle de saint Livier méritait 
bien qu'on la fît connaître, et c'est ce dont s'est 
acquitté M. Bretagne, en sa qualité de propriétaire 
de l'objet, dans le volume des Mémoires de la Société 
d' Archéologie lorraine afférents à l'année 1889. 

La dignité de secrétaire perpétuel de cette même 
Société lui avait été décernée par ses confrères, 
aux élections du 10 février de l'année précédente. 
Des titres de M. Bretagne nous ne rappellerons 
que celui-là, outre celui d.'associé étranger de la 
Société royale de Numismatique belge, qui lui 
avait été conféré le 3 novembre i856. 

Jules Rouyer. 



3i3 
CHEVALIER VAN HAVRE. 



M. Gustave-Charles-Antoine-Marie , chevalier 
van Havre, officier de l'Ordre de Léopold, décoré 
de la croix civique de i'"^ classe, ancien sénateur, 
ancien conseiller provincial , bourgmestre de 
Wyneghem, membre honoraire du Corps acadé- 
mique de l'Académie royale d'Anvers, membre 
effectif de l'Académie d'archéologie de Belgi- 
que, etc., etc., né à Anvers, le 5 mars 1817, y est 
décédé le i3 janvier dernier, âgé de près de soixante- 
quinze ans. M. van Havre était un collectionneur 
érudit qui recueillait avec passion tout ce qui, 
dans le temps passé, lui rappelait son cher 
Anvers. Sa série numismatique locale avait une 
grande réputation , méritée surtout en ce qui 
concerne les médailles et les méreaux ; il en 
existe un catalogue imprimé. 

M. van Havre fut l'un des membres du Comité 
chargé par l'Académie d'archéologie d'étudier la 
question de la confection d'un album numisma- 
tique anversois , projet abandonné depuis en 
faveur de la publication d'une histoire monétaire 
complète du duché de Brabant. 

Le 6 juillet 1873, le chevalier van Havre fut élu 
correspondant régnicole de la Société royale de 
numismatique, mais il ne prit aucune part aux 
travaux de ce cercle et n'assista guère aux 



3i4 

réunions; aussi était-il peu connu des numis- 
mates belges. 

A. DE WiTTE. 



JEREMIAH COLBURN. 



M. Jeremiah Colburn naquit à Boston le 12 jan- 
vier i8i5. Sa collection de monnaies américaines, 
commencée alors qu'il n'avait que quinze ans, 
était hautement appréciée aux Etats-Unis. 

J. Colburn fut l'un des fondateurs, en 1860, de la 
Société de numismatique de Boston, qu'il présida 
pendant plus d'un quart de siècle. En 1870, il 
devint l'éditeur principal de V American journal of 
numismatics, dont il abandonna la direction seule- 
ment l'année dernière. 

M. J. Golburn fut nommé associé étranger de 
notre Société, le 23 novembre 1888. Il est mort à 
Boston, le 3o décembre i8gi. Son décès sera vive- 
ment ressenti des numismates américains. 

A. DE WiTTE. 



Alphonse-Fidêle-Benoît-Constantin 
De SCHODT, 

né à Grave (Pays-Basj, le 19 novembre 1827, décédé à Ixelles, 
le 16 février 1892. 



La mort fauche, sans merci, dans les rangs de 



3i5 

notre Société de numismatique. Naguère, elle 
nous enlevait le plus jeune de nos collègues ; 
aujourd'hui, elle précipite dans la tombe un de 
nos vétérans, M. Alphonse de Schodt. 

Le vif intérêt qu'il a toujours témoigné à notre 
science favorite et la place considérable qu'il a 
longtemps occupée parmi nous rendent sa perte 
plus cruelle et feront vivre son souvenir dans nos 
cœurs. 

Nommé membre correspondant le 3 juillet 1870, 
il devint membre effectif et secrétaire, dès l'année 
suivante (2 juillet 1871). 

Il remplit, avec zèle et honneur, ces délicates 
fonctions, pendant douze ans, jusqu'au 3i décem- 
bre i883. Dans l'intervalle (6 juillet 1873), il fut 
chargé de la garde de notre bibliothèque, qu'il 
conserva durant neuf années et transmit, à la fin 
de 1882, à notre regretté collègue M. Mailliet. 

L'assemblée générale du i" juillet i883 élut 
Alph. de Schodt vice-président; peu après (ass. du 
3 juillet 1887), il fut appelé à succéder comme pré- 
sident à Renier Chalon devenu président d'hon- 
neur à vie. 

Sa présidence n'eut pas longue durée; deux ans 
n'étaient pas encore révolus qu'il donnait sa dé- 
mission pour motifs de convenance personnelle 
(8 juillet i88g; voir Revue, 1889, p. 629) et renon- 
çait, en même temps, à s'occuper de la publication 
de notre Revue, qu'il avait dirigée avec science et 
dévouement, pendant six années. Il faisait partie 



3i6 

de la Commission directrice de cette Revue depuis 
la fin de i883. 

Sa haute situation dans l'Administration (Direc- 
teur général de l'Enregistrement et des DomainCvs) 
et ses travaux lui valurent de nombreuses distinc- 
tions : il était commandeur de l'Ordre de Léopold, 
commandeur de l'Ordre de la Couronne de Chêne 
des Pays-Bas, commandeur de Notre-Dame de 
Villa- Viçosa de Portugal, commandeur de l'Ordre 
de Saint- Charles de Monaco, commandeur de 
l'Ordre du Medjidié, etc., etc. 

Nous ne parlerons pas de sa carrière adminis- 
trative si bien remplie, et dont il eut le bonheur 
d'atteindre la dignité suprême. 

Nous n'avons à mentionner ici que ses œuvres 
scientifiques : 

Son premier article fut consacré aux tessères et 
aux méreaux (1872) ; il en avait formé une riche 
série, unique pour la Belgique, considérable au 
milieu de sa collection de i5,ooo pièces, com- 
posée en outre de jetons, de monnaies grecques, 
romaines, gauloises, du moyen âge et des temps 
modernes. 

Il étudia ensuite l'emploi du méreau et le jeton 
comme instrument de calcul. Puis, parurent suc- 
cessivement des recherches remarquables, pleines 
de faits et de découvertes, sur : les méreaux de bien- 
faisance, ecclésiastiques et religieux, de Bruges ; 
ceux du chapitre de la cathédrale de Saint-Lam- 
bert, à Liège ; le méreau de Bruxelles, à l'inscription 



3i7 

BRANT ; les méreaux des corporations ; les mé- 
reaux du chapitre de Florennes , du chapitre de 
Notre-Dame de Sclayn (province de Namur) , du 
chapitre de Saint-Aubain, à Namur, et de la collé- 
giale Saint-Jean l'évangéliste, à Liège. 

Malgré l'attrait qu'il avait pour la science mé- 
rellique, où son autorité était incontestable, notre 
regretté collègue traita encore des pièces de la 
confrérie de Notre-Dame de l'Arbre Sec, des 
deniers attribués à Eenaeme, de numismatique 
yproise, des monnaies gauloises à l'inscription 
AVAVCIA, de la numismatique à Tongres, de la 
numismatique brugeoise et des jetons de la ville 
et de la châtellenie de Courtrai. 

Il s'essaya également en numismatique romaine, 
mais avec un succès plus inégal, et commença par 
publier (en 187g) une série de médailles et tessères 
romaines inédites. 

La Revue édita successivement des dissertations 
très documentées au sujet de Suétone et la numis- 
matique, de Terme sur les médailles d'Octave 
Auguste, d'Apollon sur les monnaies de César 
Auguste, des signes du Christianisme sur quel- 
ques monnaies romaines, et du Sidus Julium sur 
des monnaies frappées après la mort de César. 
Au Congrès international de Numismatique, tenu 
à Bruxelles, au mois de juillet dernier, à l'occa- 
sion du cinquantième anniversaire de notreSociété, 
Alph. de Schodt exposa les rapports de la numis- 
tique romaine avec l'art oratoire. C'est son der- 

AnnÉE 1892. 33 



3i8 

nier travail, qui paraîtra incessamment dans les 
Mémoires de ce Congrès. 

Il rassemblait des éléments pour une étude sur 
les contremarques des monnaies romaines et a 
laissé de nombreuses notes sur ses pièces de pré- 
dilection, les méreaux. 

Rappelons, enfin, ses notices nécrologiques à la 
mémoire de son ami Alph. Vandenpeereboom et 
de son prédécesseur à la présidence , Renier Chalon . 
Tous ces travaux lui amenèrent de multiples 
distinctions, et plus de seize Sociétés archéologi- 
ques et scientifiques avaient tenu à le compter 
parmi leurs membres effectifs, honoraires ou cor- 
respondants. 

Ses funérailles eurent lieu, le 19 février, en 
grand apparat et avec un grand concours de 
monde. Deux discours furent prononcés à la 
maison mortuaire : l'un, par M. le vicomte B. de 
Jonghe, président de la Société de numismatique, 
qui rappela, en termes bien sentis, les services 
rendus à notre Société par le regretté défunt, 
Tautre, par M. Amory, inspecteur général, au nom 
de l'Administration de l'enregistrement, 

G. CUMONT. 



CAMILLE BRAMBILLA. 

Ce savant distingué, qui naquit à Pavie le 
27 février 1809 et y mourut le 3 mars 1892, 



3i9 

brilla au premier rang des numismates italiens. 

Son excellente monographie des monnaies de 
Pavie — Monete di Pavia, raccolte ed ordinatamente 
dichiarate — parut en i883 et fut accueillie avec 
une extrême faveur. Cet ouvrage remarquable mit 
le comble à sa réputation scientifique. 

Le commandeur Brambilla fut nommé associé 
étranger de notre Société le 7 octobre 1867 et élu 
membre honoraire le i^' juillet 1888. 

Il dédia à notre Compagnie, en témoignage 
de sa reconnaissance pour sa nom^ination, une 
remarquable notice sur un triens qu'il donnait 
à Didier, roi des Lombards et à l'atelier de 
Sutri. 

Travailleur infatigable malgré son grand âge, 
notre regretté confrère a publié, il y a trois mois 
à peine, un article : Monete italiane inédite nella 
Collezione Brambilla. Cet intéressant travail a paru 
dans la Rivista italiana di numismatica. 

Le commandeur Brambilla faisait partie du 
conseil de rédaction de cette excellente publi- 
cation. 

Sa perte sera vivement ressentie dans le monde 
savant et y laissera un vide difficile à remplir. 

V*«B. deJ. 



320 



MÉLANGES. 



CUEILLOIR NUMISMATIQUE. 



XI 

Découverte de monnaies gauloises à Saint-Marcel, près 
Argenton (Indre). — Nous reproduisons, malgré Tinvrai- 
semblance de certains détails , la nouvelle donnée par 
V Intransigeant (2^ )Mm 1891) de la découverte, faite par 
un journalier de Saint-Marcel, d'un bloc de minerai, gisant 
dans un tas de cailloux. Cette sorte de tire-lire, sans doute 
un vase que l'oxyde n'a pas permis de reconstituer, renfer- 
mait deux cent cinquante et une pièces gauloises en argent, 
portant la représentation d'une figure casquée, que l'au- 
teur de l'article n'hésite pas à attribuer aux Bituriges. 

Profitons de cette circonstance pour signaler la publica- 
tion, dans les Instructions adressées par le Comité des 
Travaux historiques aux correspondants du Ministère, 
d'un excellent résumé de M. A. de Barthélémy dont la 
première livraison comprend les époques gauloise, gallo- 
romaine et mérovingienne. — Notre savant confrère a su, 
en quelques pages, indiquer tout ce qu'il est essentiel de 
savoir pour déterminer, au moins d'une manière générale, 
les monnaies qui peuvent être rencontrées dans des fouilles. 
Il a fait plus en joignant à cet aperçu deux listes, utiles à 
consulter, des noms d'hommes et de lieux gravés sur les 
monnaies gauloises et sur les monnaies mérovingiennes (i). 

1) Paris, libr. Leroux, 1891, in-80, 48 pages, figure. 



! 



321 

Un trésor militaire romain trouvé à Evreux. — Parmi 
les communications faites au dernier Congrès des Sociétés 
savantes à la Sorbonne , nous mentionnons celle de 
M. E. Ferray sur une masse considérable de monnaies 
romaines du IIF siècle, renfermées dans une caisse en bois, 
dont on a trouvé les débris mêlés de clous oxydés. Cette 
découverte, qui a eu lieu à Evreux dans les fouilles pra- 
tiquées pour la construction d'un hôtel de ville sur l'em- 
placement de l'ancien castellum romain, est une des plus 
considérables qui aient été faites en France depuis de 
longues années ; elle formait un ensemble dont le poids 
atteint 340 kilogrammes, ce qui permet d'évaluer le nombre 
de ces pièces de 110,000 à 120,000. Elles étaient enfer- 
mées dans des sacs dont l'étoffe et les cordons étaient 
encore visibles au moment de la découverte. 

M. Ferray a pu en déterminer environ les quatre cin- 
quièmes : elles appartiennent à tous les règnes depuis 
Hostilien jusqu'à Probus, et représentent 456 types diffé- 
rents. {( Les espèces les plus nombreuses appartiennent 
à Gallien, Salonine, Postume, Victorin père, Tétricus père, 
Tétricus fils et Claude le Gothique. » En outre des espèces 
décrites dans les ouvrages connus, M. Ferray a rencontré 
un certain nombre de pièces inédites et formant 37 types ou 
variétés appartenant à Gallien, Salonine, Victorin père, 
Tétricus père, Tétricus fils, Claude le Gothique, Quintille 
et Probus. Il croit pouvoir assigner comme date de l'en- 
fouissement l'année 276, époque à laquelle les historiens 
signalent une invasion à la suite de laquelle soixante-dix 
villes des Gaules sont tombées au pouvoir des Barbares. 

La majeure partie de cette trouvaille, qui paraît consti- 
tuer le trésor militaire de la garnison, est conservée au 



322 

musée d'Évreux, et M. Ferray nous fait espérer qu'il en 
donnera prochainement une description complète (i). 

Découverte de monnaies romaines aux environs de 
Crépy-en-Valois (Oise). — Une grande quantité de mon- 
naies de la même époque que celles du trésor d'Évreux a 
été récemment trouvée dans les environs de Crépy. Le 
poids total de ces pièces est d'environ lo kilogrammes. 
Elles ont été acquises par un amateur de Gompiègne, 
lequel nous a promis de nous faire connaître la composi- 
tion de ce trésor, qui était renfermé dans un vase de terre 
que le découvreur a brisé et dont les débris n'ont pas été 
conservés. 

Trouvaille de Villaines-la-Carelle (Sarthe). — On a 
trouvé, en octobre, dans un champ de la métairie de Ville- 
neuve, territoire de Villaines-la-Carelle, un petit trésor 
d'environ quatre cents monnaies romaines en bronze, pour 
la plupart du deuxième siècle, de Vespasien à Caracalla. 

M. R. Triger, qui fait connaître cette découverte dans 
la Revue historique du Maine, rappelle qu'elle a été faite 
près de l'endroit où fut trouvée, en i885, une statuette 
équestre en bronze, de l'époque gallo-romaine. M. d'Ail- 
lières, député de la Sarthe, propriétaire de Villeneuve, se 
propose d'y faire prochainement entreprendre des fouilles. 

Trouvaille de Pruillé-le-Chétif . — Peu de jours après, 
on a aussi trouvé dans la Sarthe, dans une carrière de la 
commune de Pruillé-le-Chétif, un vase en terre renfermant 

(i) Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques, 1891; 

pp. XLVI-XLVn. 



323 

un grand nombre de monnaies romaines du IIF siècle, 
principalement de Gordien, Gallien et Postume, avec quel- 
ques pièces plus anciennes, de Trajan, d'Antonin, de 
Faustine, etc. Le poids total des monnaies trouvées est, 
dit M. R. Triger, d'environ neuf kilogrammes. [Revue 
historique du Maine.) 

Numismatique mérovingienne. — M. Ducrocq, corres- 
pondant de l'Institut, a adressé à la Société des Antiquaires 
de l'Ouest, dont il a été le président, plusieurs communica- 
tions sur des monnaies mérovingiennes dont nous indi- 
querons l'objet : 1° Note sur des monnaies mérovingiennes 
intéressant le Poitou. Ce sont des descriptions de pièces 
faisant partie de la collection du vicomte de Ponton 
d'Amécourt (i), et qui ont été, pour la plupart, acquises 
par l'auteur de ce travail, à la vente aux enchères ; 2<^ deux 
tiers de sou d'or mérovingiens trouvés dans le département 
de la Dordogne (2). La première de ces pièces est une de 
ces imitations du type d'Anastase, analogue à une 
monnaie trouvée à Harmignies et étudiée dernièrement 
dans la Revue et dans un mémoire présenté au Congrès 
de Numismatique de Bruxelles, par notre confrère 
M. G. Cumont. 

Les monnaies frappées en Saintonge. — Sous ce titre, 
M. le capitaine Véry donne, dans une lettre insérée dans 
la Revue poitevine et saintongeoise (1891, pp. 110-118), 
une courte liste des pièces gauloises, mérovingiennes et 
féodales, portant les noms de Saintes ou des Santons, déjà 



(1) Bulletin, 1890, pp. 311-324. 

(2) Ibid., pp. 337-340 et figure. 



324 

décrites dans divers ouvrages ou conservées dans diffé- 
rentes collections. 

Parlant, à la fin de cette lettre, du Musée de Saintes, qui 
possède plus de 7,000 pièces, M. Véry exprime le désir de 
voir publier le catalogue de cette collection, ainsi que l'ont 
été dans ces dernières années ceux des Musées de Poitiers 
et de Niort. Nous ne saurions trop nous associer au vœu 
de M. Véry, ou nous demanderons tout au moins, ce qui 
n'existe pas le plus souvent, que des catalogues détaillés 
des collections numismatiques des musées de province 
soient rédigés, afin que les numismates qui s'occupent de 
recherches sur un pays ou sur une époque puissent les con- 
sulter et les mettre à profit pour leurs travaux. 

Les monnaies de Bourges aux X^ et Xl^ siècles. — 
M. D. Mater, qui a déjà publié d'intéressantes études sur 
la numismatique berrichonne, vient d'ajouter un nouveau 
chapitre à ses recherches, en faisant connaître les mon- 
naies de Bourges aux x^ et XI^ siècles, et en montrant en 
Berry, sous la domination des comtes, les immobilisations 
des types carolingiens (i). 

Reprenant l'examen d'une loi ainsi formulée par Ben- 
jamin Fillon : Préciser V époque à laquelle un type royal 
fut immobilisé dans un lieu, c'est fixer celle de son pas- 
sage sous t autorité seigneuriale , M. Mater en fait l'appli- 
cation à l'atelier monétaire de Bourges, qu'il montre 
s'exerçant à deux reprises sur quatre types et sur deux 
noms différents. 

« Il y eut d'abord, écrit-il, après Charles le Chauve, 

(1) Mémoires de la Société des Antiquaires du Centre, 1889-1890, 
XVI1« vol., pp. 229-292 et planches. 



325 

l'immobilisation du type impérial de ce prince, qui fut le 
monnayage des comtes. A cette première phase se rattache 
une courte pe'riode d'autonomie complète, pendant laquelle 
on ne reconnut plus à Bourges ni roi, ni comte. Après une 
reprise momentane'e du monnayage royal, et, peut-être, 
une reprise passagère de l'autorité du roi, une seconde 
immobilisation se produisit, mais sur le nom de Lothaire 
et avec des variations de type répétées ; c'est le monnayage 
des vicomtes qui reflète, selon toute vraisemblance, les 
révolutions que le Berry eut à traverser à cette époque. 
Les vicomtes étant devenus réellement indépendants de 
la royauté, leur monnayage a un caractère entièrement 
féodal, que n'avait pas celui des comtes. Celui-ci n'était 
guère qu'une tentative d'émancipation monétaire que l'on 
pourrait considérer comme un monnayage semi-royal ». 
Il nous suffit d'indiquer la question telle qu'elle est posée 
et résolue, en renvoyant les collectionneurs de monnaies 
féodales au travail de M. Mater. 

Quelle est en France la date de rétablissement des 
piéforts? — Telle est la question que se pose M. Berry, 
qui rappelle que les plus anciens, décrits par Hoffman, ne 
remontent qu'à Philippe IV, et fait connaître le piéfort d'un 
denier tournois qu'il attribue à Philippe III, ce qui en fait 
remonter l'usage avant 1285 (ij. 

(1) Bulletin numismatique, dans les Mémoires de la Société des 
Antiquaires du Centre, 1889-1890, t. XVII, pp. 297-298. Ce Bulletin, 
que nous avons déjà eu l'occasion de signaler à diverses reprises et qui 
porte le n^ 16, renferme la description de quelques trouvailles de peu 
d'importance, à l'exception de celle d'un trésor d'environ 600 pièces 
d'argent,rencontrédansle canton de Saint-Martin d'Auxigny. Ces pièces, 
aujourd'hui dispersées, appartenaient en grjande partie à Jean II de 



326 

Les faux monnayeurs en Touraine au XV^ siècle. — 
Nous avons résumé dans ce recueil un article de M. l'abbé 
Angot sur le commerce de fausse monnaie qui se faisait 
au milieu du XV^ siècle entre les provinces de l'Ouest 
de la France et les pays des bords du Rhin ; l'auteur 
poursuit aujourd'hui ses recherches sur le même sujet (i) 
et nous montre les marchands de la Bretagne et du Maine 
venant à la même époque, dix ans auparavant, en 1451, 
s'approvisionner à Tours de faux deniers noirs touran- 
geaux, qu'ils échangent contre de la toile, du beurre et 
même un petit cheval de poil noir. Ce sont encore des 
lettres de rémission accordées à ces trafiquants malhon- 
nêtes qui ont fourni à M. l'abbé Angot les éléments de 
cette petite étude qui fourmille en curieux renseignements 
sur les mœurs du XVe siècle. 

Comtat-Venaissin. — M. Roger Vallentin, qui continue 
dignement les traditions d'érudition de son père et de son 
frère aîné, vient encore de nous donner une nouvelle série 
d'études sur l'histoire et la numismatique du Comtat. Ce 
sont : 1° Notes sur la chronologie des vice-légats d'Avignon 
au XVie siècle. Avignon, Séguin, in-S» ; 2» Numismatique 
avignonaise du pape Clément F// (i 523- 1 534). Genève, 
Dubois, in-80, et 3» Note sur deux nouveaux ateliers mo- 
nétaires (Aramon et Sérignac, XVF siècle). Paris, 1890, 

Brabant, Louis IX, Philippe III et Philippe IV. On y rencontrait 
aussi des pièces des papes Clément VI et Innocent VI, et enfin un cer- 
tain nombre de gros blancs de Jean le Bon, ce qui fixe l'enfouissement 
de ce trésor au plus tôt après i36o, année où un édit royal du 23 avril 
prescrivit la frappe de ces gros blancs dits Compagnons. 

(1) Bulletin de la Commission historique et archéologique de la 
Mayenne, 1891, pp. 278-285. 



\ 



extr. de X Annuaire de la Société de Numismatique. 

Collections numismatiques dans les Deux-Sèvres. — Il 
y a peu de mois, à Toccasion d'un concours agricole, la 
petite ville de la Mothe-Saint- H éray (Deux-Sèvres), a orga- 
nisé une exposition rétrospective à laquelle ont pris part 
plusieurs numismates des environs. La Revue poitevine et 
saintongeoise, dirigée par M. J. Berthelé, a rendu compte 
de cette exposition dans les numéros de novembre et décem- 
bre 1890. Après avoir cité sommairement le médaillier de 
M. le docteur Sauzé, le rédacteur donne le catalogue 
détaillé du cabinet de M. Maillard, pasteur à Pamproux, 
comprenant une suite intéressante de numismatique hugue- 
note, renfermant des médailles et des méreaux, dont plu- 
sieurs paraissent inédits. Cette collection renferme aussi 
un moule en pierre très fine, destiné à couler les méreaux 
de Vançays. La collection de M. Blumereau, à Rom, 
renferme surtout des monnaies romaines provenant de 
fouilles faites à Rom. 

Pièces de mariage de Constan^o Sfor^a. — A l'une des 
séances de la Société des Antiquaires de France, de 
mai 1891, M. A. de Montaiglon a signalé un passage d'un 
livre très rare, imprimé à Venise, où il est dit que Cons- 
tan:{0 Sfor:{a fit frapper, à l'occasion de son mariage avec 
Camille d'Aragon, des pièces d'or qui servirent à payer 
les fournisseurs. M. de Montaiglon a ajouté que ces pièces 
étaient restées inconnues jusqu'à ce jour. Peut-être les 
cartons inexplorés d'un de nos confrères apporteront-ils 
à l'érudit professeur de l'École des Chartes l'indication 

vainement cherchée. 

Comte de Marsy. 

Compiègne, 20 août 1891. 



328 



Nei^danneiia Arsakidskiia Monétei, Saint-Pétersbourg, 

1892. 
M. Alexis de Markoff, conservateur suppléant au cabinet 
numismatique de l'Ermitage Impérial, à Saint-Péters- 
bourg, vient de publier, en langue russe, une nouvelle 
étude, gr. in-S^ de 40 pages, sur le monnayage des Arsacides. 
Cet excellent travail est complété par deux planches repro- 
duisant les quarante-six monnaies décrites. Il vient parfaire, 
dans une large mesure, un premier supplément aux mon- 
naies des rois Parthes du comte de Prokesch-Osten, publié 
en 1877 P^^ ^- ^^ Markoff et dont M. R. Ghalon a rendu 
compte dans la Revue, t. XXXIV, pp. 170- 171. 

A. DE W. 



Sceaux du béguinage de Diest, par le comte Maurin 
Nahuys. 

Notre cher et savant confrère, M. le comte Maurin 
Nahuys, vient de publier dans lâDietsche Warande, revue 
néerlandaise d'histoire et de littérature, une étude sur trois 
sceaux de la pieuse fondation d'Arnould IV, seigneur de 
Diest. Le plus ancien date du XI V^ siècle ; il représente 
sainte Catherine tenant l'épée de sa décollation et la roue à 
dents de son martyre. La légende indique que c'est là le 
sceau des béguines de Sainte-Catherine, à Diest. Deux 
siècles après, nous trouvons appendu à une déclaration 
sur parchemin écrite en flamand, le 6 octobre 1 647, un 
sceau dont la légende se termine par les quatre chiffres 
arabes du millésime i33i ; la tournure de la sainte et la 
forme des lettres ne laissent pas pour cela de trahir en plein 
le XVie siècle. Cette anomalie nous vaut une courte, mais 



329 
substantielle dissertation sur les dates les plus anciennes que 
présentent quelques sceaux et des monnaies de nos provinces. 
Le Recueil héraldique des bourgmestres de la noble cité 
de Liège, formé par le généalogiste Loyens, nous avait 
fourni déjà un exemple d'antidaté de plus de deux siècles. 
D'autre part, nous rencontrons ceci : 

« Le compte de 1542 de la recette générale du Hainaut 
est paginé de la même main : au haut des pages, en chiffres 
romains, au bas, en chiffres arabes (n^ 320o). — Fo/r encore, 
entre autres, les comptes no» i5225, i332i, i5556. — 
Voir les Lettres des seigneurs. — Dans toutes à peu près, 
le millésime est en chiffres arabes et la date du jour en 
chiffres romains. » (HENNE, Histoire du règne de Charles- 
Quint en Belgique, t. V, p. 55.) 

Nous signalerons encore à nos lecteurs un article des 
Annales de la Société d'archéologie, où Térudition la plus 
variée nous dit le dernier mot sur « un bahut trouvé en 
Suède avec blason. rappelant celui des Busleyden ». Il a 
été question des Busleyden dans la Revue belge de numis- 
matique d'il y a trois ans. Notre auteur reprend son sujet 
et l'agrémente de quelques croquis enlevés avec le goût 
et la justesse d'interprétation que l'on pouvait attendre 
d'un archéologue aussi expérimenté. 

Cam. p. 



La classe des Beaux -Arts de l'Académie royale de 
Belgique met au concours, pour l'année 1893, une médaille 
commémorative de la mort de S. A. R. le Prince Bau- 
douin. 

L'avers est réservé à l'effigie du prince, le revers repré- 
sentera un sujet allégorique. 



33o 

Les cartons et les modèles devront être remis au secré- 
tariat avant le i^r octobre 1893. 
Valeur du prix : 600 francs. 

A. DE W. 



Sigillographie de l'Ordre des Chartreux et numisma- 
tique de Saint-Bruno, par G. Vallier, Montreuil-sur- 
Mer , imprimerie Notre- Dame -des- Prés , 1891. Beau 
volume, grand in-80, XXVI-5i2 pages, avec 54 planches 
représentant des sceaux et des médailles; l'effigie de saint 
Bruno en frontispice et une autre planche représentant la 
vue du désert de la Grande-Chartreuse. Un nombre consi- 
dérable de figures et de vignettes sont intercalées dans le 
texte. 

Ce splendide ouvrage, dû à la plume habile et féconde 
de notre érudit et infatigable confrère M. Gustave Vallier 
de Grenoble, résultat de longues, laborieuses et patientes 
recherches, forme le tome XII î des « Pièces diverses » 
publiées par ce distingué numismate et archéologue dau- 
phinois. 

Le volume est divisé en deux parties : la première est 
consacrée à la sigillographie de l'Ordre des Chartreux et la 
seconde, à la numismatique de saint Bruno fondateur de 
l'Ordre. 

Le supplément que l'auteur y a ajouté est divisé de la 
même manière. 

L'auteur y a décrit et représenté en tout quatre cent 
quatre-vingt sceaux, cachets et timbres et cent deux mé- 
dailles, méreaux, monhaies papales au nom et type de 
saint Bruno et un moule à estamper, parallélipipède en 
cuivre jaune ayant sur chacune de ses six faces une gravure 



33i 

en creux se rapportant à Tordre de Saint-Bruno (i). 

Outre la planche représentant le désert de la Grande- 
Chartreuse que nous avons déjà citée, le texte est encore 
orné de vues de la porte d'entrée de la Grande-Chartreuse, 
de la Chartreuse de Sélignac, de la Chartreuse d'Abbeville, 
de la Chartreuse du Puy et de la Charteuse de Parkmin- 
ster ; d'un tympan ornant l'église de la Chartreuse de 
Notre- Dame-des-Prés, de pierres limites et d'une foule de 
sceaux, d'armoiries, d'emblèmes, etc. 

Il nous est impossible d'entrer ici dans plus de détails 
sur ce remarquable travail. Nous ferons seulement ressortir 
que l'auteur a soigneusement réuni tout ce qu'il a pu trouver 
en fait de sceaux et de médailles concernant l'Ordre des 
Chartreux. 

En donnant près de cinq cents sceaux, cachets, tim- 
bres, etc., de la moitié du XIIF siècle jusqu'à nos jours, se 
rapportant à cent quarante-huit monastères de l'Ordre des 
Chartreux établis dans les divers pays de l'Europe, le 
lecteur comprendra l'importance de l'œuvre et le grand 
mérite de l'auteur. 

Rien de plus intéressant, de plus utile, de plus instructif 
que la comparaison du type, du style, de la gravure, de 
l'épigraphie, etc. des différents sceaux d'un seul et même 
Ordre, gravés à une même époque, dans des contrées diverses 
souvent bien éloignées les unes des autres ainsi que l'obser- 
vation des changements que les types ont subis dans le 
cours des temps. A l'époque assez récente où les médailles 



(i) A ce curieux parallélipipède, M. Vallièr avait déjà consacré un 
ariicle, sous forme de lettre à M. le comte Maurin de Nahuys, prési- 
dent de la Société d'archéologie de Bruxelles, publié dans les Annales 
de cette Société, t. IV, pp. 467-475. 



332 

religieuses de Saint-Bruno apparaissent, il est assez 
curieux d'examiner leurs rapports avec les sceaux de 
l'Ordre des Chartreux. Les types des médailles religieuses 
sont assez nombreux. L'absence de références, de noms de 
monastères et de millésime rend le classement de ces pièces 
difficile ; l'auteur s'est arrêté au seul bon parti à prendre 
dans l'occurrence, il les a simplement classées suivant la 
pose donnée au buste de saint Bruno ou à sa figuration 
complète. 

Après les médailles religieuses à bélière , vient une 
suite de neuf belles monnaies et médailles commémora- 
tives qui furent frappées pour le pape Alexandre VIII (1689 
et 1690) en l'honneur de saint Bruno, dont elles portent 
au revers le nom et l'effigie. La série numismatique est 
close par un jeton cartusien de Paris et trois méreaux de 
cet Ordre, deux de Pavie et un de Louvain, qui tous les 
trois ont fait l'objet d'un article de M. Vallier publié dans 
cette Revue, année 1890. 

L'auteur termine son volume par la publication d'un 
certain nombre de pièces justificatives ainsi que par une 
liste alphabétique des noms de saints et de saintes qui figu- 
rent sur les sceaux, etc. Il y a en outre ajouté deux tables 
des monastères de l'Ordre des Chartreux, l'une alphabé- 
tique, l'autre chronologique. 

L'ouvrage a été édité avec beaucoup de luxe ; les belles 
planches sphragistiques et numismatiques sont dues au 
burin habile de M. Gustave Lavalette, qui, une fois de 
plus, a prouvé être, non seulement un graveur de talent, 
mais encore un artiste intelligent, soucieux de reproduire 
avec fidéUté le style propre à chacune des pièces, et c'est 
surtout dans les types si caractéristiques du moyen âge 
qu'il a parfaitement réussi ; aussi M. Vallier se plaît-il à 



333 

rendre un hommage public aux mérites de M. Lavalette. 
Nous ne pouvons que féliciter bien sincèrement M. Val- 
lier de l'œuvre savante et magnifique qu'il vient de publier 
et nous espérons avoir souvent encore la bonne fortune 
de pouvoir rendre compte de ses intéressants travaux. 

Qe M. N. 



Histoire monétaire des colonies françaises d'après les 
documents officiels, avec 278 figures, par E. ZaY, membre 
de la Société française de numismatique. 

Cet ouvrage, sorti des presses de J. Montorier, à Paris, 
et exécuté avec le plus grand soin, vient heureusement 
remplir une lacune importante de l'histoire monétaire fran- 
çaise. 

Son savant auteur, après avoir exposé, en quelques pages 
habilement condensées, l'ancien régime monétaire des colo- 
nies et leur histoire, met sous les yeux du lecteur les nom- 
breuses pièces émises et les divers documents officiels qui 
en ont ordonné la frappe. Les monuments sont classés en 
deux grandes divisions : ceux frappés en France et ceux 
forgés dans les colonies. Des vignettes, extrêmement bien 
faites, intercalées dans le texte, représentent fidèlement les 
pièces décrites. 

M. E. Zay, en publiant l'ouvrage dont nous rendons 
un compte bien sommaire, a d'autant plus mérité de la 
science numismatique qu'il n'avait à sa disposition aucun 
guide sérieux pour mener à bonne fin son travail aussi inté- 
ressant qu'érudit. 

V^e B. DE J. 



Année 1892. 23 



334 

M: Jérémiah Golburn avait, six mois avant sa mort;, 
abandonné la direction de V American journal of numis- 
matics, de Boston, à M. W. T. R. Marvin, jeune numis- 
mate favorablement connu déjà par ses travaux sur la 
numismatique des loges maçonniques. Créé il y a un peu 
plus de vingt-cinq ans, V American journal occupe aujour- 
d'hui, grâce au zèle de son ancien directeur, la première 
place parmi les publications similiaires non seulement 
des Etats-Unis, mais encore de l'Amérique tout entière. 
Les trois premières livraisons du t. XXVI, déjà parues, 
nous font espérer qu'entre les mains de M. Marvin, V Ame- 
rican journal of numismatics restera digne de sa vieille 
réputation. 

A. DE W. 



Beschreibung bohmischer MUn^^en und . Medaillen, von 
EdUARD Fiala. — ler volume, 1 17 pages, 10 planches. 
Grand in-80. Prague, 1891. 

Dans une précédente étude, M. E. Fiala, nous a fait 
connaître les monnaies de Bohême de la collection Max 
Donebauer. 

' Aujourd'hui notre savant confrère continue l'examen de 
la numismatique bohémienne par la description de nom- 
breuses pièces non citées dans son premier ouvrage. 

Le volume dont nous rendons compte est le précurseur 
de plusieurs autres qui formeront un ensemble fort com- 
plet de l'histoire métallique de la Bohême. Il fait d'ailleurs 
des mieux augurer de l'œuvre complète. 

Résumons succinctement le contenu du volume que la 
Société royale de numismatique doit à la générosité de 
l'auteur. Complété par de nombreuses notes, le travail de 



335 

M. Fiala met dans une vive lumière une partie de l'histoire 
monétaire que notre immortel Lelewel avait indiquée dans 
son travail sur la numismatique du moyen âge. L'auteur 
nous décrit d'abord soixante-six pièces incertaines qu'il 
nomme préhistoriques et qu'il croit pouvoir attribuer à la 
Bohême. Elles font partie des trouvailles de Podmockl, 
Stradonitz,Wilitz, Kuttenberg,etc., etc. et ont en plusieurs 
points beaucoup d'analogie avec les monnaies gauloises. 

La partie suivante nous donne les monnaies frappées 
par les Premyslides en Bohême, Moravie et Silésie, depuis 
Boleslaus I, mort en 997, jusqu'à Premysl Ottokar I, mort 
en i23o. 

L'auteur a rassemblé de riches matériaux tant histori- 
ques que monétaires et les descriptions raisonnées des mille 
deux cent quarante pièces réunies par lui nous font péné- 
trer les mystères de cette numismatique restée quelque peu 
obscure jusqu'ici. 

Un mot encore au sujet de la partie matérielle de l'ou- 
vrage, laquelle est particulièrement soignée. Les pièces 
gravées sont traitées, non seulement artistiquement, mais 
elles donnent bien le caractère des différentes époques 
auxquelles on les frappa. Nous félicitons cordialement 
lauteur et nous exprimons l'espoir de voir paraître bientôt 
les autres parties qu'il nous promet et qui seront : 
Volume IL Les bractées et monnaies jusqu'à l'avènement 
de Ferdinand L 

— II L Les monnaies et médailles depuis l'avènement 

de Ferdinand I, jusqu'aux temps modernes. 

— IV. Les monnaies et médailles privées. 

— • V. Les monnaiesdes villes et les billetsde nécessité. 

— VI. L'histoire générale de la numismatique bohé- 

mienne. 



336 

•Le programme est riche. Confiant dans les aptitudes 
spéciales en la matière, de M. Fiala, nous sommes certains 
de la réussite de son œuvre, grandement conçue, et cela 
malgré les nombreuses difficultés qu'il aura a surmonter 
pour la mener à bonne fin . 

Seeldrayers. 



Description générale des monnaies mérovingiennes par 
ordre alphabétique des ateliers, publiée d'après les notes 
manuscrites de M . le vicomte de PONTON D'AmÉCOURT, 
par A. deBELFORT.T. I^r, ABALLO-CVSTECIACVM, 
Paris, 1892, gr. in-80, 484 p., nombreuses vignettes et 
5 pi. Prix : 25 francs. 

Le travail de M. de Belfort formera 4 volumes. Il com- 
prendra la description d'environ 6,000 monnaies repro- 
duites pour la plupart, d'après nature, par l'habile crayon 
de M. E. Chaix, qui a su donner à ses dessins un grand 
caractère de vérité. 

La description générale des monnaies mérovingiennes 
se divise en deux parties ; dans la première figurent toutes 
les monnaies portant l'indication d'un atelier; dans la 
seconde, l'auteur a placé celles dont il ignore le lieu d'ori- 
gine. Un double classement alphabétique par noms d'ateliers 
et par noms de monétaires facilite les recherches. 

M. de Belfort est sobre de commentaires, trop sobre 
peut-être, mais ses descriptions sont soignées et, en général, 
exactes. 

Au surplus, M. de Belfort semble n'avoir eu d'autre but, 
en publiant son catalogue illustré des monnaies mérovin- 
giennes connues des savants français, que d'épargner aux 
travailleurs des recherches préalables souvent longues et 



3?7 

pén-ibles. Ce but, notre confrère l'a parfaitement atteint et 
son dévouement à la science mérite la reconnaissance de 



tous. 



A. DE W. 




La belle médaille que nous reproduisons ci-dessus a été 
frappée en l'honneur de deux savants, les frères Presl. 

Elle est l'œuvre de M. Henri Jauner, graveur de la 
Cour, 12, Augustinerstrasse, Vienne I, chez lequel on 
peut se la procurer au prix de 5 francs. 

Les personnes qui posséderaient quelques renseigne- 
ments sur la famille noble belge des de Presle, dont descen- 
dent les frères Presl, seraient bien aimables de les com- 
muniquer à M. Jean Presl, Gumpendorferstrasse, 69, 
Vienne VL 

Vte B. DE J. 



338 

Nous trouvons, dans la description des archives de 
M. le, duc de Caraman (voir Rechej'ches historiques sur 
les princes de Chimajr et les comtes de Beaumont, 141 5- 
1843, par M. GaGHARD), les lignes suivantes : 

(( N^ i85. — Inventaire des médailles conservées au châ- 
teau d'Héverlé. On lit, en tête, que les médailles y de'crites 
ont commencé à être déchiffrées, annotées et inventoriées 
par le duc de Croy, le i^*" janvier 1601. (Liasse, 55.) » 

Cam. p. 



H. Gelin. Le méreau dans les églises réformées de 
France et plus particulièrement dans celles du Poitou. 
Saint-Maixent, 1891. 

Ce sujet n'est pas neuf : MM. de Pétigny, de Clervaux, 
Frossard, Delorme, etc., etc. s'en sont déjà occupé en 
France. L'on sait que tout réformé admis à la cène devait 
être muni d'un méreau, appelé aussi marron ou marque. 

M. Gelin rappelle le rôle que le méreau protestant a joué 
dans l'organisation du culte nouveau. On a trouvé de ces 
méreaux en plomb, dont quelques-uns ne remontent pas 
au delà de 1840, pour de nombreuses églises, et les registres 
des consistoires en parlent souvent. 

A. DE W. 



Vijf oude ^egels, beschreven en toegelicht door M^ J. 
DiRKS, te Leeuv^^arden, bij Meijer en Schaafsma, 1892. 
Brochure in-80,. 19 pages et une planche. 

Dans cet intéressant opuscule, notre érudit et zélé con- 
frère M. Dirks, donne la description et l'explication de cinq 



339 

matrices de sceaux trouvées en Frise, dont quatre sont des 
sceaux ecclésiastiques de forme ovale. 

La première de ces matrices de sceaux est en plomb et à 
bélière, datant du XIl^ siècle et ayant appartenu à Lambert, 
chanoine de Wismar, près de Lubeck, qui fut plus tard 
premier prévôt du cloître de Lidlum en Frise. 

La seconde, en cuivre, ayant au revers également une 
bélière, est un sceau ecclésiastique de Winsum, en Frise. 

La troisième, en laiton, du XIII^ siècle, aussi à bélière, 
ayant appartenu à Livdo (Lieuwe), prêtre de Leeuwarden, 
en Frise. 

La légende est : S(igillum) LIVDONIS SIIG[6RD0TIS 
D3 LIWSRT. 

A propos de ce beau sceau de Leeuwarden, M. Dirks 
réfute victorieusement, avec preuves à l'appui, l'étrange 
thèse soutenue par feu notre regretté confrère M. le cheva- 
lier Hooft van Iddekinge, en 1881, dans son ouvrage 
intitulé : Friesland en de Frie:^en in de Middeleeuwen, 
pp. 77-80, notamment, que les monnaies du XF siècle, por- 
tant le nom Linvert ou Liunvert, etc., et qui ont toujours 
été attribuées par les numismates à Leeuwarden, n'appar- 
tiendraient pas à cette localité mais à un hameau du nom 
Leeuwte, situé près de Vollenhove, en Overyssel. 

M. Dirks donne en même temps, une excellente expli- 
cation étymologique de l'ancien nom de Leeuwarden, 
Linvert, Liumvert, Lunvert, etc., et nous apprend que ce 
nom est composé de deux mots : de Lune qui est syno- 
nyme de Trajectum, passage d'eau, et de Weerd, lieu ; par 
conséquent lieu du passage d'eau. 

La quatrième matrice de sceau est en laiton, et a servi 
aux abbés de Dockum, en Frise; tandis que la cinquième, 
également en laiton, est de forme ronde et ornée d'armoi- 



340 

ries : lion issant d'un mur crénelé. Elle a appartenu, ainsi 
que l'indique la légende à Mirozlaus de Grambewo, nom 
qui se rapporte à la Poméranie, et qui démontre, une fois 
de plus, les rapports qui existaient jadis entre le nord-est 
de l'Allemagne et la Frise. 

La planche qui accompagne cette intéressante brochure 
représente les empreintes des cinq matrices des sceaux, et 
est d'une très bonne exécution. 

Oe M. N. 



Collections scientifiques de Vlnstitut des langues orien- 
tales du ministère des Affaires étrangères de Russie. 
Registre général des monnaies orientales, etc., Saint- 
Pétersbourg, 1891, in-80, 48 p. 1 pi. 

Ce nouveau mémoire de M. Alexis de Markoff est le 
quatrième et dernier de la série des catalogues raisonnes 
consacrés par M. Dorn el; par lui, à la description des 
suites, si riches, du cabinet numismatique de l'Institut. Il 
est digne de ceux qui l'ont précédé et fait le plus grand 
honneur au savant sous-conservateur du Cabinet des 
médailles de l'Ermitage Impérial. 

Les collections numismatiques orientales de l'Institut 
comprenaient, en 1841, d'après la liste dressée par Fraehn, 
4269 monnaies ; elles en comptent aujourd'hui, grâce au 
zèle éclairé du directeur actuel de cet établissement, 
M. Gamasof, 6256. Les numismates seront reconnaissants 
à MM. Dorn et de Markoff de leur avoir fait connaître, 
en les décrivant avec autant de soin que de science, ces 
trésors inestimables pour l'histoire des peuples de l'Orient. 

A. DE W. 



341 

M. DE Vienne. Des anciens prix et des difficultés inhé- 
rentes à leur évaluation actuelle, Nancy, 1891. 

Partant de ce que, jusqu'au XVF siècle, l'argent a été la 

mesure principale de la richesse et le régulateur de tous les 

prix et qu'à dater de cette époque, l'or a pris sa place, 

l'auteur arrive à la conclusion que l'évaluation des anciens 

prix n'est possible qu'en tenant compte du rapport existant 

entre ces deux métaux. 

A. DE W. 



Nous apprenons avec la plus vive satisfaction que l'Aca- 
démie des inscriptions et belles-lettres de France a décerné 
le prix Duchalais au Nouveau manuel de numismatique 
du moyen âge et moderne, de notre savant confrère et 
collaborateur, M. Adrien Blanchet, attaché à la biblio- 
thèque nationale de Paris. 

Toutes nos meilleures félicitations à l'heureux lauréat 
dont l'important travail est connu de tous. 

Vte B. DE J. 



On nous informe, au moment de mettre sous presse, 
qu'une trouvaille de monnaies d'or de l'époque de Jeanne 
et Wenceslas et de Louis de Maele a été faite, dans les 
premiers jours de mars, rue Dansaert, à Bruxelles. 

Nous espérons pouvoir donner, dans notre prochaine 
livraison, la composition exacte du trésor en question. 

Vte B. DE J. 



342 



Sommaire DKs publications numismatiques pério- 
diques. 

Annuaire de la Société française de numismatique, 
1891, septembre -octobre. — J.-A. Blanchet. Un 
ministre numismate au XYIIF siècle. — J. Hermerel, 
Lettre à M. le D^" Vercoutre. — SUDRE, Fabrication des 
monnaies en France de 1888 à 1890. — R. Vallentin, 
Les dîners de compagnon à la Monnaie d'Avignon. 

Novembre -décembre. — M. DEVIENNE, A propos des 
articles de MM. de Marchéville et Blancard sur le rapport 
de l'or à l'argent, au temps de saint Louis. — A. DE WiTTE, 
Deux jetons à l'effigie de don Carlos, fils de Philippe II, 
roi d'Espagne. — P. BORDEAUX, Le maréchal de Toiras 
et les monnaies obsidionales de Casai. — E. Caron, Trou- 
vaille du Fresnoy. 

Revuefrançaise de numismatique, 1891, 4^ trimestre. ^^ 
REINAGH, Monnaies inédites d'Asie-Mineure. — Babelon, 
Aradus. — DE VIENNE, Des transformations successives 
du sou. — Vallentin, Un double denier inédit de Louis- 
le-Bon, prince d'Orange. — Drouin, Sur quelques mon- 
naies turco-chinoises des Vie-vilie siècles. 

Revue suisse de numismatique, 1891, 3^ et 4^ liv. — 
Vallentin, La charte du Parlement général des compa- 
gnons du Serment de l'Empire, tenu à Avignon, en i53i. 
-r- Le Roy, Édits et mandements concernant les mon- 
naies étrangères en circulation dans l'ancienne principauté-, 
évèché de Baie. — LadÉ, Une monnaie inédite de 
Charles II, duc de Savoie. — VON Haller, Schw^eize- 
risches Mûnz- und Medaillen Cabinet. — Reber, Frag- 
ments numismatiques sur le canton d'Argovie. — ROBERT, 
Les tirs fédéraux de la Suisse et leur numismatique offi- 
cielle. 



343 

Bulletin de numismatique, 11° 6. — E. Caron, La trou- 
vaille de Sceaux (Loiret), monnaies des x^ et XF siècles. — 
Mélanges. 

No 7. — R. Serrure, Numismatique lorraine. Les 
premières monnaies de Remiremont. — Mélanges. 

Rivista italiana di numismaiica, 1890. lasc. IV. — 
F. Gnecchi, Appunti di numismatica romana. — Bram- 
BILLA, Monete italiane inédite nella coUezione Brambilla 
a Pavia. — Sambon, i « Carlini )) e la rnedaglia trionfale 
di Ferdinando I, d'Aragona re di Napoli. — Castellani, 
Una medaglia fanese del secolo XV. — MORSOLIN, Una 
medaglia di Carlo V. — LUPPl, Celestino Cavedoni. 

American Journal of numismatics, t. XXVI, n^ t. — 
The new designs for our coinage. — T. Jefferson, 
Copper coinage. — Storer, The medals, jetons and 
tokens illustrative of the science of medicine. — A. PRE- 
VOST, The five franc pièces of France. — MARVIN, Maso- 
nic medals. — Varia. 

No 2. — The international numismatic congress at 
Brussels. — STORER, The medals, jetons, etc. illustrative of 
the science of medicine. — CycLOPS, Private issues of 
gold coins in th'e United States. — MARVIN, Masonic 
medals. — Varia. 



I 



344 



SOCIÉTÉ ROYALE DE NUMISMATIQUE. 



EXTRAITS DES PROCES-YERBAIJX. 



Réunion du bureau du 9 janvier 1S9X. 

... Sur la proposition de MM. le vicomte B. de 
Jonghe et A. de Witte, le titre d'associé étranger 
a été conféré à M. Maurice Hénault, archiviste 
de la ville, à Valenciennes, i3, place d'Armes. 

Le Secrétaire, Le Président, 

G. CUMONT. V*' B. DE JONGHE, 



Réunion du bureau du Z mars tS92. 

... A la demande de M. le comte M. de Nahuys et 
sur la proposition de MM. le vicomte B. de Jonghe 
et A. de Witte, le titre d'associé étranger a été con- 
féré à M. Jean Presl, numismate, Gumpendorfer- 
strasse, 5g, Vienne, VI, Autriche. 

Le Secrétaire, Le Président, 

G. CuMONT. V*® B. DE Jonghe. 



345 



SOCIÉTÉ ROYALE DE NUMISMATIQUE. 



LISTE DES OUVRAGES REÇUS PENDANT LE I" TRIMESTRE 1892 



Avis important : l^e» publications et les dons destinés à 
la Société doivent être adressés à M. .%lpta. de H^ltte, biblio- 
tiiécaire de la $§ociété royale de numismatique, Palais des 
Académies, à Bruxelles. 

Ouvrages périodiques. 

Allema;$ne. — Blâtter fur Mûnifreiinde, n» 177. — Berliner Mûn:^- 
blàtter, n^ 137. — Zeitschrift des historischen Vei^eins fur Nieder- 
sachsen, t. 53. 

Amérique. — American Journal of numismatics, t. XXVI, no<^ 1 et 2. 

Antriclic-llongrie. — Monatsbiatt , nos gj-gg.. — Wiadomosci 
numipnatycpio-archeologicpie, n» 10, — Académie hongroise : 
Bulletin archéologique, nouvelle série, t. X, 3-5 ; t. XI, i-3 ; Mémoires 
archéologiques, t. XVI ; Ungarische Revue, 1890, 5-vo; 1891, 1-7. 

Belgique. — Bulletin de l'Académie royale, n"*^ 9-12; Annuaire, 
1892. — Société d'archéologie de Bruxelles, t. I à V. — Compte 
rendu du Congres de Liège, 3* fascicule. — Bulletin des Commis- 
sions royales d'art et d'archéologie, 1891, n"» 3-4. — Rapports de 
la Société archéologique de Charleroi, t. XVIII, liv. i et 2. 

France. — Polybiblion, partie littéraire, t. LXII, n»» 5 et 6; t LXl\^ 
n» 1 ; partie technique, t. LXIIf, n^^ n et 12, t. LXVI, n» 1. — 
Annuaire de la Société française de numismatique, 1891, livrai- 
sons 5 et 6. — Bulletin de numismatique, n" 6. — Revue numisma- 
tique, 1891, 4« trimestre — L'Intermédiaire des chercheurs et des 
curieux, n^s 563-572. 

Italie. — Rivista italiana di numismatica, i8gi, 4^ fascicule. 

Luxembourg. — Institut historique, t. XLI et XLII, i^r fascicule. 

Huèdc. — Antquairisk tidschrift, t. VIII nos 3 et 1 ; t. IX, n" 3 ; t. X, 
n" 6; t. XI, n''4. 



346 . 

Miiisse. — Revue suisse de numismatique, t. I, livraisons 3 et 4; 
Bulletin, t. X, n°^ 10 à 12 



Ouvrages non périodiques. 

Bethune (Bon j_^^ :_ Jetons au type de Tours. Bruxelles, 1891, in-8°, 

?,2 pages, 1 planche. {Hommage de l'auteur.) 
Blanchet. — Le titre de Princeps juventutis sur les monnaies romaines, 

Bruxelles, \è<^\ , \n-^°, \3 ^d^§,es. {Hommage de l'auteur.) 
CuMONT, — Un jeton inédit de Pierre d'Enghien, seigneur de Kes- 

tergat. Bruxelles, 1892, in-i8°, 14 pages, 1 vignette. {Hommage de 

fauteur.) 
DE Ghestret (Boii). — Notice sur P.-J. Jacoby, graveur liégeois. 

Bruxelles, 1891, in-80, i3'pagesj 2 planches. 
de Jonghe (V*« B.). — De la frappe de l'or sous les Carolingiens. 

Bruxelles, 1891, in-80, i5 pages, 1 planche. {Hommage de l'auteur.) 
de Markoff. — Nei^dameiia arsakidskïia monetei. Saint-Péters- 
bourg, 1892, grand in-8°, 40 pages, 2 planches. {Hommage de 

l'auteur.) 
de Nahuys (O^ m.). — Sceaux employés conjointement par le comte 

de Leicester, gouverneur général des Pays-Bas et le conseil d'État. 

Bruxelles, 1891, in-80, 14 pages, 2 planches. {Hommage de l'auteur.) 
DE Witte (A.). — Numismatique brabançonne. Les deniers Bruocsella 

et Niviella. Bruxelles, 1891, in-8", i5 pa^es, 1 planche. — Deux 

oboles de Rainier V, comte de Mons. Bruxelles,, 1891, in-S*», 6 pages, 

2 vignettes. — Cari Ludwig Mûller, nécrologie. Bruxelles, 1891, 

in-80. 3 pages. {Hommage de l'auteur.) 
FiALA (E.). — Beschreibung bohmischer Mûn:{en und Medaillen, t. I, 

Prag, 1891, grand in-80, 117 pages, 10 planches. {Hommage de 

l'auteur.) 
Gnecchi {¥.).— a ppuntidi numismatica romana, XVII-XVIll. Milano, 

1891, grand in-8°, 36 pages, 2 planches. — Idem, XIX-XX. Milano, 

1891, grand in-8°, i3 pages. {Hommage de l'auteur.) 
Hermerel. — Numismatique lorraine. Paris, 1891, grand in-8"., 

24 pages. — Lunéville, atelier monétaire de Ferri III. Paris, 1891, 

grand in-8'', 8 pages. - Lettre à M. le docteur VercQutre. Paris, 
1891, grand in-80, 7 pages. {Hommage de l'auteur.) 



Ml 

Maxe-Werly - État, actuel de la ni{mismatiqne verdunoise à l'époque 
gauloise et sous la période gallo-romaine. Bruxelles, 1891, in-S», 
12 pages. (Hommage de Fauteur.) 

Ouvrages anonymes et catalogues. 

Collection Tommazo Corsr (Envoi de M. Sambon.) — Datas para la 
formacion del catalogo detallado de la pequena -coleccion de 
monedas antiguas, reunidas per Braulio Garcia y Sanchez. Toledo, 

1891 , in-8". 67 pages. (Hommage de l'auteur.)— Catalogue Ebersotj. 
(Envoi de M. Bom.)— Numismatischer Verkehr, de Thieme, 

1892, nos ,.2. — Berliner Mûn:(- Verkehr, n° 20, de J. Hahlo. — 
A. Weyi^, Numismatische Correspondent, n^ 101 ; Auktions Catalog, 
nos 118-119.— Vente Paul Bitter, Frankfurt.— Collections P. O et U. 
(Envoi de M. R. Serrure.) 



CABINET NUMISMATIQUE. 

Don de M"^^ veuve Ed. Geerts. 

\° Œuvres de feu Ed. Geerts. — Médaille en métal blanc de Fr^nz 
Liszt. — Médailles en bronze de Léopold 11 et Marie-Henriette visi- 
tant l'exposition d'Amsterdam, — du 5o« anniversaire de la Société 
zoologique d'Amsterdam, — du 25« anniversaire du règne du roi de 
Hollande, Guillaume III, deux variétés,— de l'ouverture du canal du 
Nord, — de la national Health Society (médaille en forme de 
cœur), — de Guillaume III et de la reine Emma, métal blanc. — 
HH. MM. de koning en de koningin der Nederlanden, bronze et 
métal blanc. — médailles du Congrès international d'anthropologie, 
— Ixelles à l'Union musicale, — Festival d'Ixelles, 1880. — Ixelles, 
Exposition locale, — Mariage de Cari et de Bertha Gûnther, — 
XVe nederlandsch taal en letterkundig Congres, — Saint Paul de 
Sincay, petit module et médaille à bélière, — Cercle du jeune com- 
merce montois. — Épreuve en plomb du poinçon de la tête de 
Saint Paul de Sincay, etc. 

2° Médailles en bronze : Association belge de photographie, par 
Lemaire. — Société de géographie, par Baetes. — Exposition d'An- 
vers, par Ch. Wiener. — Dôme de Pise, par J. Wiener. — Braemt, 
par Stordeur. — Mariage Van Mol-Van Loy. 



348 

Don de l'auteur M. F. Dubois. 

Essai en plomb, face et revers de la médaille des droits des auteurs. — 
Idem de la face de la médaille Lelewel-Ghalon. — Idem, du revers de 
la médaille du 25^ anniversaire de mariage de J. Waller et E. Schille. 

Don de M. Presl. 
Médaille en bronze de MM. Charles et Jean Presl. 

Don -de M. A. de Witte. 

Monnaies en cuivre frappées pour le Congo, pièces de 10, 5, 2 et i cen- 
times. 

Don de M. Ruys de Pere:^. 

Afrique allemande, trois pièces d'argent et une de cuivre. — 1/4 d'écu 
de Philippe II, frappé à Anvers, — Monneron, pacte fédératif. - 
Deux obsidionales d'Anvers et une de Strasbourg. — Trois jetons de 
cuivre des Pays-Bas. — Philippe II, un cuivre pour la Gueldre et un 
pour la Bourgogne. — Deux cuivres des Pays-Bas (Gueldre et Indes). 
— Double tournois du roi de France Henri III, simple et double 
tournois de Henri IV. — Aix-la-Chapelle, quinze monnaies de cuivre 
variées. 

Don de M . Cumont. 

Suède, Oscar 11, pièces de 20 ei de 10 ôre. 

Don de M. Me Lachlan. 
Petite médaille, en métal blanc, de Montréal. 

En tout trente-deux médailles et quaranu-et-une monnaies, dont 
quatre en argent. 

Le bibliothécaire-conservateur des collections, 
Alphonse de Witte. 

Bruxelles, le 20 février 1892. 



349 



NUMISMATIQUE D'ÉDESSE 



L'histoire de la ville d'Édesse, dans la haute 
Mésopotamie, n'a cessé, depuis près de deux 
siècles, d'être l'objet des recherches d'un grand 
nombre d'érudits et d'orientalistes, au triple point 
de vue politique, littéraire ou religieux (i). A l'épo- 
que gréco-romaine aussi bien qu'au moyen âge, 
Edesse a toujours joué un rôle prépondérant, soit 
par sa situation géographique, qui en fait comme 
la clef des vallées du Tigre et de l'Euphrate, soit 
en raison de l'antiquité et de l'originalité de ses 
traditions nationales, soit enfin, à cause des célè- 
bres couvents que le christianisme y fit éclore et 
qui ont été, pendant de longs siècles, le principal 
foyer de la littérature syriaque. Les nombreux 
travaux que toutes ces questions ont provoqués 
viennent d'être résumés et absorbés dans une 
savante étude de M. Rubens Duval, qui a pour 
titre : Histoire politique, religieuse et littéraire 

(i) Le premier travail véritablement important sur Édesse et ses rois 
se trouve dans la Bibliotheca orientalis d'Assemani, t. I et II (Rome, 
in-folio, 1719). Vient ensuite VHistoria Osrhoêna et Edessena ex 
numis illustrata deTii. S. Bayer (Saint-Pétersbciurg,in-40, 1734). 
ANNÉE 1892. 24 



35o 

d'Edesse (i). Ce long et remarquable mémoire, 
auquel l'Académie des InscriptioUvS et Belles-Let- 
tres a déceriié le prix Bordin en i8gi, m'a paru 
appeler, comme complément, une étude sur les 
monnaies d'Édesse et de ses rois dans l'antiquité. 
De même que les écrits publiés sur l'histoire poli- 
tique méritaient une refonte complète, de même 
aussi les recherches dont la numismatique édessé- 
nienne a été l'objet de la part de Bayer (2), de 
Visconti (3), de Charles Lenormant (4), de Victor 
Langlois (5), doivent être soumises à une revision 
totale, dont le principal fondement sera, à la fois, 
le récent renouvellement des données historiques 
et les découvertes numismatiques des cinquante 
dernières années. 

I. 

Edesse était bâtie sur les bords d'un affluent du 
Chaboras (Khabour), auquel les historiens grecs et 
romains ont donné le nom de Scirte {Iki^to?) à 
cause de la rapidité de sa course (5-«<pr«..) (6). Ce 

(1) Dans le Journal asiatique, 1891 (8" série, t. XVIII et XIX). 

(2) Bayer, op. cit. 

(3) Visconti, Iconographie grecque, t. II, pp. 4 a 12. 

(4) Ch. Lenormant, Trésor de numismatique. Rois grecs, pp. i3o 
k 134. 

(5) V. Langlois, Numismatique de l'Arménie dans l'antiquité, 
pp. 48 à 82. 

(6) Les historiens du moyen âge donnent à ce torrent le nom de 
Daïçan ; il s'appelle aujourd'hui le Cara-Koyoun. R. Duval, loc. cit., 
p. 93. 



35i 

torrent, ainsi que le mont Masios d'où il descend, 
sont rappelés, comme nous le verrons, sur les 
monnaies, où l'on voit le génie de la ville, 
T'^i» 'EcfiT<ri}j,oV) assis sur une montagne et ayant à 
ses pieds le génie du fleuve, nageant dans les 
flots. 

D'après la tradition classique recueillie par les 
chroniques syriaques, Edesse devait son nom à 
une colonie de Macédoniens transplantés en 
Mésopotamie par Séleucus I Nicator : ces colons 
étaient originaires d'Edesse en Macédoine : "EcTe^^a, 

MuKtJ'ovU, dit Etienne de Byzance. Antérieurement 
à l'arrivée de ces Macédoniens, la ville portait le 
nom de Ourhoi^ d'où le terme d'Orrhoène ou 
Osrhoene, qui désigne toute la contrée. Ce nom 
oriental a persisté dans l'usage populaire pendant 
toute l'époque gréco-romaine, en coucurrence 
avec le nom officiel £^^5S^;puis, quand les Ro- 
mains furent définitivement chassés du pays, 
l'appellation orientale redevint exclusive, sous les 
variantes Ourhoi, Ourha, Orfa, Roha, les seules 
que connaisse le moyen âge. La forme que four- 
nissent les médailles dont nous devons nous 
occuper ici, est toujours EAE2IA, dont l'ethnique 
est EAE2^HNi2N; les monnaies d'Edesse de Macé- 
doine donnent une autre ethnique : EAE2^AIi2N 
ou quelquefois EAE22Ei2i\. 

Les premières monnaies qui aient été frappées 
à Edesse sont des bronzes à l'effigie du roi de 



352 

Syrie Antiochus IV Epiphane (i). Ces pièces ont 
pour type de revers Zeus aétophore debout, avec la 
légende : ANTÏOXEÛN TON EOl KAAAIPOHI; cette 
inscription prouve qu'Édesse porta un instant le 
nom d'Antioche, à cause d'une colonie d'Antio- 
chéens qui vinrent s'y installer. Ce fait n'a rien 
qui doive surprendre puisque d'autres villes 
syriennes, dans lesquelles Antiochus IV installa 
aussi des colonies d'Antiochéens, changèrent 
leur nom véritable en celui d'Antioche. C'est ainsi 
que nous pouvons énumérer, d'après les monnaies, 
Antioche sur le Sarus (Adana), Antioche de Myg- 
donie (Nisibe), Antioche de Ptolémaïde (Acé), 
Antioche, près Daphné, la capitale de la Syrie. 

Edesse adoptant, comme tant d'autres colonies, 
le nom d'Antioche, dut ajouter un qualificatif à 
sa nouvelle dénomination pour se distinguer des 
villes homonymes et particulièrement d'Antioche 
de Mygdonie, sa voisine. Elle fut ainsi amenée à 
prendre le nom d'une belle et limpide fontaine 
que Pline signale dans ce passage : Edessam quœ 
quondam Antiochiadicebatur, Calirhoen a fonte nomi- 
natam. Imitant encore en cela les autres villes, 
Antioche près Callirhoé reprit son nom d'Edesse 
à la mort d'Antiochus IV ; elle répudia bien vite 
le vocable d'emprunt qui lui avait été officielle- 
ment imposé, et les monnaies à l'effigie du roi de 

(i) E. Babelon, Les rois de Syrie, d'Arménie et de Commagene. 
(Catalogue des monnaies grecques de la Bibliothèque nationale.) 
Introd. pp. eu et suiv. 



353 

Syrie cessèrent d'être frappées dans cet atelier qui 
n'eut qu'une existence éphémère. 

Après bien des bouleversements politiques, ce 
fut sous le règne de Mithridate I Arsace VI (174 à 
i36 environ av. J.-C.) que la Mésopotamie tout 
entière passa définitivement sous la domination 
des Parthes. C'est alors que s'organisa la vaste 
confédération de petits royaumes tributaires du 
monarque parthe qui, pour la première fois, 
reprit sur ses monnaies l'ancien titre des princes 
achéménides, BA2ÏAEY2 BAIIAEON. Le royaume 
d'Osrhoène fut créé dans ces circonstances. La 
Chronique d'Édesse, rédigée vers l'an 55o de notre 
ère, d'après des documents authentiques, fixe en 
l'an i32 avant J.-C. l'époque de la fondation du 
royaume de l'Osrhoène : c'est la date adoptée 
par M. Alfred yon Gutschmid dans son étude sur 
la chronologie des rois d'Edesse (i), et M. Rubens 
Duval a suivi le savant allemand (2). 

La série chronologique des rois de ce petit 
État, qui ne dépassait guère, comme limites, la 
banlieue d'Edesse, est à peu près fixée depuis ces 
dernières recherches de M. von Gutschmid que 
M. E)uval considère comme définitives à ce point 
de vue. Nous aurons pourtant, comme on le verra, 

(1) A. VON Gutschmid, Untersuchungen ûber die Geschichte des 
Kônigreichs Osroëne, dans les Mémoires de l'Académie des sciences 
de Saint-Pétersbourg, VII« série, t. XXXV, n" i, Saint-Pétersbourg, 
1887, in-40. 

(2) R. Duval, dans le Journal asiatique, t. XVIII, 1891, p. 106. 



354 

en nous fondant sur la numismatique, à modifier, 
sur plusieurs points importants, la liste adoptée 
par ces savants. Les difficultés proviennent de ce 
que les auteurs grecs et latins ne nous ont pas 
transmis de liste suivie de ces dynastes, politique- 
ment négligeables, qu'ils ne citent qu'accidentel- 
ment, selon que le veut la marche des événements 
qu'ils racontent. Quant aux chroniqueurs orien- 
taux, les uns, comme Moïse de Khorène, ne 
mentionnent également ces princes que d'une 
manière fortuite, les autres, comme la Chronique 
d'Edesse, ne nous sont parvenus que mutilés, leurs 
manuscrits ne nous livrant que des éphémérides 
incomplètes ou parsemées de lacunes. Le patriarche 
jacobite Denys de Tellmahrê, qui écrivait vers 
l'an 776 de notre ère (i), est le seul des auteurs 
syriaques qui nous ait transmis la série complète 
des rois d'Edesse; mais cette liste fourmille 
d'erreurs, et c'est principalement à la revision 
critique du récit de Denys de Tellmahrê que s'est 
appliqué M. vonGutschmid dans le travail précité. 
Laissant donc de côté les systèmes chronologi- 
ques proposés dès le siècle dernier par Assema- 
ni (2) et par Bayer (3), puis, dans des temps plus 



(1) R. DvYAh, dansle Journal asiatique, t. XVUl, 1891. p. 116 Le livre 
premier de la Chronique de Denys, qui comprend depuis l'origine du 
monde jusqu'après Constantin, a été édité en i85o par Otto Tull- 
BERG '.Dionysii Telmahharensis Chronici, liber primus, Upsaliae, i85o. 

(2) AssEMANi, Bibliotheca orientalis, t. II, pp. 98 et suiv. 

(3) Bayer, Historia Osrhœnœ, p. 43. 



355 

rapprochés de nous, par Saint-Martin (i), Victor 
Langlois (2) et M. A. von Gutschmid lui-même, 
dans un premier travail (3) , nous nous contenterons 
de reproduire ici la dernière liste de ce savant, 
que M. Rubens Duval a acceptée sans réserve : 
elle représente l'état actuel de la question. 

LISTE DES ROIS D'ÉDESSE 

d'après M. A. von Gutschmid. 

1. Aryou 5 ans 132-127 av. J.-C. 

2. 'Abdou, fils de Maz'our . . 7 ans 127-120 » 

3. Phradascht, fils de Gebar ou. 5 ans 120-1 15 » 

4. Bakrou I, fils de Phradascht. 3 ans ii5-ii2 « 

5. Bakrou II, fils de Bakrou, seul. 17 ans 4 mois 112-94 n 

6. Bakrou II et Manou I . . . 4 mois 94 » 

7. Bakrou II et Abgar I^"- le Bègue 2 ans 4 mois 94-92 » 

8. Abgar I, seul 23 ans 5 mois 92-68 « 

9. Abgar II, fils d'Absar . . . i5 ans 68-53 » 

10. Manou II le Dieu .... 18 ans 5 mois 52-34 ^' 

11. Paqouri 5 ans 34-29 » 

1 2 . Abgar III 3 ans 29-26 « 

il-i. Abgar IV, le Rouge. ... 3 ans 26-23 » 

14. Ma'nou III, l'Aristoloche . . 18 ans 7 mois 23-4 » 
i5. Abgar V, le Noir, fils de 

Ma'nou 10 ans 4 av. -7 ap. J G. 

16. Ma'nou IV, fils de Ma'nou . 6 ans 7-i3 » 

(i) Saint-Martin, Fragments d'une histoire des Arsacides, t. I, 
pp. i3o et suiv. 

(2) V. Langlois, Numismatique de l'Arménie dans l'antiquité, p. 48. 
Cf. Gh. Lenormant, Trésor de numismatique. Les rois grecs, pp. i3o 
et suiv. 

(3) Alfred von Gutschmid, Die Kùnigsnamen in den apokryphen 
Apostclgcschichten, dans le Rhéinisches Muséum fur Philologie, 
Neue folgc, t. XIX, 1864. 



356 

ly. Abgar V, de nouveau . . . Sy ans i mois i3-5o ap. J.-C. 

18. Manou V, fils d'Abgar. . , 7 ans DO-Sy » 

19. Ma'nou VI, fils d'Abgar . . 14 ans Sy-yi » 

20. Abgar VI, fils de Ma'nou. , 20 ans yi-91 » 
Interrègne 18 ans 91-109 » 

21. Abgar VII, fils d'Izate ... 6 ans 9 mois 109-116 » 
Interrègne (occupation ro- 
maine) . 2 ans 116-118 » 

22. Jaloud (?) et Parthamaspat . 3 ans 10 mois 118-122 » 

23. Parthamaspat, seul. ... 10 mois 122-128 » 

24. Ma'nou VII, fils d'Izate. . . 16 ans 8 mois i23-i39 » 

25. Ma'nou VIII, fils de Ma'nou . 24 ans 139-1 63 » 

26. Wâêl, fils de Sahrou ... 2 ans i63-i65 « 
2y. Abgar VIII 2 ans i65-i6y w 

Ma'nou VIII, de nouveau . . 12 ans i6y-iy9 » 

28. Abgar IX le Grand, fils de 

Ma'nou 35 ans iy9-2i4 » 

— Abgar IX et Sévère Abgar, 

son fils ...... . 1 an y mois 214-216 » 

— Durée du royaume sous vingt- 

huit rois 3y4 ans — 

29. Ma'nou IX, fils d'Abgar, roi 

titulaire 26 ans 216-242 « 

30. Abgar XI, Phrahate, fils de 

Ma'nou 2 ans 242-244 » 

Les monnaies d'Édesse sont loin de remonter 
jusqu'à Torigine de cette dynastie. Les premières 
ne sont pas antérieures à l'arrivée des Romains en 
Mésopotamie et à leurs luttes contre les Parthes 
dans cette contrée (i). Les rois parthes, au moins 

(1) La monnaie attribuée par le P. Sibilianà Oisamos, père d'Abgar 
{Numism. Zeitschrift, de Vienne, t. II, p. 241 ; Droysen, Hist.de 
rheîlénisme, t. II, p. 81, note), porte, en réalité, BAHAEn^ AP2AM0Y, 
et non BA2IAE£12 ilISAMOÏ. Cette pièce appartient à Arsamès, roi 



357 

à l'origine, n'octroyèrent pas à leurs clients de 
rOsrhoène les droits monétaires. Ceux-ci n'avaient 
qu'une autorité assez restreinte dans leur propre 
pays, obligés qu'ils étaient de payer l'impôt, et 
d'amener leur contingent de troupes à leur suze- 
rain, à toute réquisition. Aussi, c'est à peine si les 
historiens romains honorent ces princes du titre 
royal ; ils les appellent dédaigneusement èoma-rù^, 
cpt/Aip;^io<, TM^xoi (i). L'arrivée des Romains seule leur 
donna un peu plus d'autorité et d'indépendance ; 
les deux partis rivaux les ménagèrent, se disputant 
leur clientèle , cherchant à les gagner à leur cause 
par des concessions, des bons offices, des privi- 
lèges. C'est ainsi que, tour à tour, au gré de leurs 
avantages immédiats, les rois de l'Osrhoène se 
constituèrent, en Mésopotamie, les sentinelles 
avancées des Parthes contre les Romains, ou des 
Romains contre les Parthes. 

On sait que ce fut seulement sous le règne de 
Trajan que les Romains réussirent à venger leurs 
sanglantes défaites de Carrhes et de Sinnaca. 
Trajan partit pour l'Orient au mois d'octobre de 
l'an ii3 (2). Le toparque d'Édesse, raconte Dion 



d'Arménie. Voye:{ E. Babelon, Les rois de Syrie, d Arménie et de 
Commagene, Introd. p. cxciii. 

cXU'Jf, oTi y.tà Tx /^ofj'iu avTwv ©u^x) l'jo/j.cc^cvzcti. SuiDAS, V° <j>vloc/sx^,i' 
Auya^o? v'j rt^ t-j ro'n; avoj yjA-^ctç 'JvJVa-o-)}? rcfra/?;^);?, oyrco yà^ tovç xxtU 

"i^'joç i^icîàni Tyi'jixxvTu ixlt/cu-j. Procop., Bell. Persic, II, 12. 
(2) G. DE LA Berge, Essai sur le règne de Trajan, p. i58. 



358 

Cassius (i), — c'était alors Abgar VII, fils d'Izate, 
— voyant que toute l'Arménie était tombée au pou- 
voir des Romains, s'empressa, tout tremblant, 
d'aller à la rencontre de l'Empereur et de lui offrir 
sa soumission : Trajan fit son entrée à Edesse en 
l'an ii5 (2). Mais à peine l'Empereur s'était-il 
éloigné, que la haute Mésopotamie , l'Arménie et 
l'Osrhoène se révoltèrent, et Trajan dut envoyer 
Lusius Quiétus pour pacifier le pays; Quiétus 
emporta d'assaut Edesse qu'il livra aux flammes. 
Les monnaies de coin romain consacrent les 
rapides succès de Trajan par leurs légendes qui 
portent, par exemple : ARMENIA ET MESO- 
POTAMIA IN POTESTATEM P.R. REDAC- 
TAE (3). Mais en dehors des monnaies de la colonie 
de Ninive que Trajan fonda sur l'emplacement de 
l'antique capitale du royaume d'Assyrie, il n'existe 
pas de monnaies frappées par Trajan sur le théâtre 
de ses exploits. On croyait, naguère encore, que les 
grands bronzes, à légendes grecques, qui portent, 
au droit, le buste de Trajan, et, au revers, l'inscrip- 
tion nAP01A, avec le type de la Parthie assise, en 
pleurs, au pied d'un trophée, avaient été frappés 
en Mésopotamie, peut-être à Edesse: il est aujour- 
d'hui démontré que ces grandes pièces ont été 

(1) D. Gass., LXXVIII, 18 et suiv. Cf. G. de la Berge, op. cit., 
p. 170 

(2) Gf. R. DuvAL, loc. cit. 

(3) H. Cohen, Monnaies frappées sons l'empire romain, t. II, p. 21 , 
n" 39 (2° édit,, 1882). 



359 

émises en Crète, au moment du retour de Tra- 
jan (I). 

Bayer a voulu jadis attribuer au roi d'Édesse, 
contemporain deTrajan, une monnaie de bronze 
qui porte, au droit, un buste royal barbu, coiffé de 
la tiare, et, au revers, une Tyché assise avec la 
date TKY (423 de l'ère des Séleucides) (2). Mais on 
ne lit sur cette pièce aucun nom royal ; il s'agit en 
réalité d'une monnaie arsacide dont le type se 
retrouve sous un grand nombre de règnes, et dont 
l'attribution aujourd'hui ne souffre aucun doute. 
L'année 423 des Séleucides (112 de J.-C.) permet 
de donner la pièce de Bayer à Arsace XXVII 
Vologèse II (3). 

Après la chute d'Abgar VI, une sorte d'anarchie 
paraît avoir favorisé les projets des Parthes, qui 
placèrent sur le trône d'Édesse des princes de leur 
race; la tranquillité ne fut rétablie qu'avec l'avè- 
nement de Manou VII, fils d'Izate, l'ami des 
Romains. Hadrien prit à tâche de s'attacher par 
des moyens pacifiques les populations de la Méso- 
potamie et de l'Arménie : toparchas et reges ad ami- 
citiam invitavit, dit Spartien , qui ajoute plus loin : 
a Mesopotamiis non exegit tributum quod Trajanus 



(1) J. SvoRONos, Numismatique de la Crète ancienne, p. 345, 
no 70, etpl.XXXIV, fig. 9. 

(2) Bayer, Hist. Osrhoen., p. 148. 

(3) V. J. LiNDSAY, A view of the histovy and coinageofthe Par- 
thians, pi. IX, n^s 78 et 79; Prokesch-Osten, Les monnaies des rois 
Parthes, pi. VI, n" 5( ; Percy Gardner, The Parthians coinage, p. 5i. 



36o 

imposuit (i). Ma nou VII se montra toujours l'allié 
fidèle de l'Empereur. 

D'anciens auteurs ont attribué au roi d'Édesse, 
contemporain d'Hadrien, des monnaies où l'on 
prétendait lire son nom ainsi que celui de l'Empe- 
reur. Mais cette attribution ne résiste pas à un 
examen attentif. En effet, nous ferons remarquer, 
en premier lieu, que sur ces pièces on a lu ABFA- 
POC, tandis que le contemporain d'Hadrien 
s'appelle Mannus, D'autre part, le nom même de 
l'Empereur est fautif; Bayer décrit aussi l'une de 
de ces pièces : 

... APIANOC KAICAP. Buste d'Hadrien, à 
droite. Rev. ABFA.... Buste d'Abgar, coiffé de la 
tiare, à droite; devant le visage, une étoile (2). 

De l'existence de cette monnaie. Bayer conclut 
que le roi Ma nou, contemporain d'Hadrien, por- 
tait comme titre honorifique et générique le nom 
d'Abgar. Mais cette interprétation n'est guère du 
goût du docte Eckhel (3). Mionnet, enfin, est 
allé trop loin dans la voie du scepticisme en regar- 
dant la pièce comme « refaite par un ouvrier 
médiocre qui n'a pas même su se rapprocher de 
la tête d'Hadrien (4). » 

La médaille n'est point refaite ; ce n'est pas son 
authenticité qu'il faut mettre en doute, mais la 

(1) Spart., Adrian, Xlll, ij, 2\. 

(2) Bayer, Hist. Osrhoënœ, p. i55, pi. IV, 2. 

(3) Eckhel, Doctr. nutn. vet.,t.V, p. 5i2. 

(4) Mionnet, t. V, p. 612, n^ 107. 



36 1 

lecture de Bayer. Au lieu de ... APIANOC • KAI- 
CAP, il faut lire ... PAIANOC • KAICAP pour 
rOPAlANOC KAICAP. Il s^agit de Gordien le 
Pieux, qui a, comme nous le verrons, de nom- 
breuses monnaies semblables à celle-ci. 

Visconti (i) a également attribué à Hadrien et à 
Ma'nou, son contemporain, une pièce du Cabinet 
de France, sur laquelle il lit les lettres APOY- 
MAgA qu'il interprète : 

["A/3y-] APOY MA-[.v..] BA- [^^Léa)^],et du côté de la 
tête de l'Empereur, il voit : KAI • AAP -AN -, c'est- 
à-dire, selon lui, KAI- [ <rup ] AAP [-)-] AN [01] 

Mionnet a déjà rectifié cette attribution en 
reconnaissant dans la tête impériale non pas le 
portrait d'Hadrien, mais celui deCaracalla(2). Les 
auteurs du Trésor de numismatique (3) ont décrit 
cette pièce ainsi : KAI (<ruf) C (e/3^^r.^) ANTONINZC. 
Rev. '" AYM8A -• (sic). 

Mais la véritable lecture est la suivante : KAIC • 

ANTÛ . CGB * GY (Kocixctp Avto^vuvoç lel^eta-roç EjU(7-ii2)jf. 

Rev. ABrAPOC (fiaTt^vç) en légende rétrograde. 
La monnaie est sûrement de Caracalla, et nous 
en reparlerons plus loin (4). 

Ainsi, quoiqu'on en ait dit, il n'y a pas de mon- 
naie d'Édesse avec le nom et l'effigie d'Hadrien. 

Cet empereur mourut le 10 juillet de l'an i38. 

(1) Visconti, Iconogr. grecque, t. III, pp. 34-35, pi. XLVIII, n" i3. 

(2) Mionnet, t. V, p. 622, n» 154. 

(3) Très, deniim. Rois grecs, ^. i32, n» 3. 

(4) C'est la pièce qui est reproduite sur notre planche III, figure 10. 



362 

C'est vers la même époque, c'est-à-dire exacte- 
ment en l'an i3g, que son fidèle allié Manou VII 
bar Izate mourut également et fut remplacé sur le 
trône de l'Osrhoène par son fils Manou VIII 
bar Manou ; ce dernier demeura, comme son père, 
l'ami des Romains, et son règne ne fut pas troublé 
pendant les vingt-quatre premières années, c'est- 
à-dire au moins pendant toute la durée du règne 
contemporain d'Antonin le Pieux. Mais la mort de 
cet empereur paraît avoir été le signal de grands 
désordres en Mésopotamie et particulièrement à 
Edesse. C'est à la faveur de ces bouleversements 
que furent frappées les premières monnaies royales 
de l'Osrhoène. 



II 



(i63 à i65 après J.-C.) 

Vers l'an 162, le roi des Parthes Vologèse III 
(Arsace XXVIII) réussit à déposséder les Romains 
de la Mésopotamie et de l'Arménie. Il chassa de 
son trône le roi arménien Sohaemos, le protégé 
des légions, qui s'en vint à Rome demander des 
secours ; il culbuta en même temps le roi d'Edesse, 
Manou VIII, fils de Ma nou, qui, suivant le récit 
de Denys de Tellmahrê, se réfugia aussi chez les 
Romains. 

Vologèse plaça sur le trône de l'Osrhoène un 
prince du nom de Wâël, fils de Sahrou, qui s'em- 



r 



363 

pressa de battre monnaie à son nom et à son 
effigie. Ce sont vraisemblablement les premières 
monnaies d'Edesse : elles ont, en raison des cir- 
constances de leur émission, un caractère insur- 
rectionnel vis-à-vis des Romains; elles témoi- 
gnent aussi avec éclat de la suzeraineté des 
Parthes sur TOsrhoène, car quelques-unes por- 
tent, en même temps que l'effigie du roi Wâël, 
celle de Vologèse III. En voici la description : 

1. Buste de Vologèse III, barbu et coiffé de la 
tiare, à gauche; derrière, la lettre B. 

Rev, rZùJTi J^n ()i<:i:^J2b^^,WâëlMalika, 
Wâël, roi). Buste du roi Wâël, à gauche, barbu 
et la tête nue. Couronne de laurier au pour- 
tour. 

M. 20 mill. Coll. de Luynes, au Cabinet de France. 

PL X, fig. 1. 

2. Autre exemplaire. Variété de coin. 

Musée britannique. PI. X, fig. 2. 

3. Ki)^) JA:"1 (KD^D ^X1, Wâël Malika, 
Wâël roi). Buste du roi Wâël, à gauche, barbu 
et la tête nue. Couronne de laurier au pour- 
tour. 

Rev. J '^ j /c n7 j K (*:)1^X rh^.ledieu Eloul). 
Temple du dieu Eloul (?), vu de trois quarts, 
avec un fronton triangulaire orné d'une étoile; 
sous le portique, un bétyle de forme rectangulaire 
posé sur un piédestal. 

M. 20 mill. Coll. de Luynes, au Cabinet de France 



364 

4- Deux autres exemplaires variés, au Musée 
britannique. 

PI. X, fig. 3 et 4. 

C'est W. H. Scott qui, le premier, a fait con- 
naître ces curieuses monnaies et déchiffré le nom 
de Wâël (i) ; elles ont, depuis lors, fait l'objet de 
diverses remarques de la part de Land (2), Fr. Le- 
normant (3), A. von Gutschmid (4), et d'autres 
encore : tous ces efforts réunis ont abouti à une 
lecture des légendes, qui semble définitive, sauf 
pour un mot. Au revers des pièces décrites sous 
les n°' 3 et 4, on lit bien n'^X, Dieu^ mais l'autre 
mot est d'un déchiffrement très délicat ; il n'est 
visible, d'ailleurs, que sur un des exemplaires du 
Musée britannique (notre n° 3). Fr. Lenormant a 
proposé de lire xH^D, maison , et il traduit la 
légende complète maison du dieUj allusion au 
temple qui forme le type de la médaille (5). Mais 
l'examen attentif des lettres permet d'affirmer que 
Lenormant s'est trompé; on ne peut retrouver 
aucun des éléments du mot KH^D. La lecture que 

(1) X)2.n?,\t Numismatic Chronicle, t. XVIII, {i855), pp. 6 et suiv. 

(2) Land, Anecdota syriaca, t. I, p. 64, pi. B. 

(3) Fr. Lenormant, De la propagation de l'alphabet phénicien dans 
V ancien monde, t. II, pp. 6 et suiv. 

(4) A. VON Gutschmid, Untersiichungen ûber die Geschichte des 
Konigreichs Osroêne, pp. 29-30. 

(5j Fr. Lenormant, De la propagation de l'alphabet phénicien, i. II, 
p. 6; Lettres assyriologiques, i^e série, t. 11(1872), p. 118, L'église 
des chrétiens à Édesse était désignée sous le nom de KÛ'^JJ H^^j 
domus œterna. Cf. Corp. inscr. semit., t. I, p. iby. 



365 

j'ai donnée ^iy^, Eloul, me paraît justifiée maté- 
riellement; on distingue bien toutes les lettres de 
ce mot. Malheureusement, je ne crois pas qu'il 
existe dans le panthéon sémitique un dieu Eloul. 
A la vérité, ce nom était donné au sixième mois de 
l'année, dans tous les calendriers orientaux (i), 
mais cette constatation ne saurait suffire à justifier 
l'existence du dieu Eloul, de sorte que mon inter- 
prétation conserve un certain caractère hypothé- 
tique. On s'attendrait plutôt à trouver ici le nom du 
dieu Samas, le Soleil, qui avait un temple fameux 
àEdesse (2). 

Malgré l'absence de légende autour de la tête du 
roi parthe, sur les pièces i et 2, on ne saurait 
hésiter à y reconnaître Vologèse III, car elle est 
identique au portrait qui figure sur les pièces 
parthes au nom de ce prince. Il est intéressant de 
remarquer aussi que la tête du suzerain parthe 
figure pareillement au revers des monnaies frap- 
pées par d'autres vassaux du grand Roi, par 
exemple sur les bronzes à légendes sémitiques des 
rois de la Characène (3). 

Les caractères estranghelos des légendes moné- 
taires sont identiques à ceux des inscriptions 
syriaques des premiers siècles de notre ère (4). 

(1) Fr. Lenormant, Les origines de l'histoire, t. I, pp. 698 et suiv. 

(2) R. DuvAL, îoc. cit., p. 228. 

(3) E. Drouin, dans la Revue numismatique, 188g, pi. V et VI. 

(4) Voyez notamment celles qui sont publiées dans la Zeitschrift 
der deutsch. Morgenlànd. Gesellschaft, 1878, p. 199; 1882, pp. 142 

Année 1892. 25 



I 



366 

Enfin, la lettre B, gravée derrière la tête de Volo- 
gèse, paraît sur de nombreuses monnaies parthes 
contemporaines : c'est sans doute une marque de 
valeur, car, sur les pièces de plus petit module, 
elle est remplacée par la lettre A. 

III 

Les Romains a Edesse. — Interrègne. — Res- 
tauration DE Ma nou VIII 

Les événements que nous avons résumés tout 
à l'heure, à savoir : l'invasion de Vologèse III, 
l'expulsion de Ma nou VIII et l'usurpation de 
Wâël, motivèrent l'expédition de Lucius Verus en 
Orient, en l'an 162 de notre ère. On sait que la 
guerre de Lucius Verus contre les Parthes, de 
i63 à 166, se divise en trois campagnes : bellnm 
Armeniacum en i63; belhim Parthicum en 164 
et i65; enfin, belhim Medicum en 166 (i). Tandis 
que Verus se livrait, à Antioche, à ses goûts pour 
les plaisirs, ses lieutenants remportaient pour lui 
des victoires. Statius Priscus s'empara de l'Ar- 
ménie, et cette conquête est consacrée par les 
médailles romaines qui donnent à Lucius Verus 
les surnoms à' Armeniacus . L'Empereur remit sur 
son trône le roi Sohaemos, et l'on frappa, à Rome, 

et 345. Comparez aussi l'inscription du tombeau de la reine Çadda, au 
Musée du Louvre. A. de Longpérier, Musée Napoléon III, pi, XXXI; 
Ph. Berger, Histoire de l'écriture dans l'antiquité, p. 280. 
(1) WiLLMANs, Exempl. inscr. latin., t. I, p. 184. 



367 

à cette occasion, des médailles où l'on voit Lucius 
Verus posant la couronne sur la tête du roi d'Ar- 
ménie; la légende est: REX ARMENIIS DATVS 
IMP-II-TR-P-IIII-COS-II (i). 

En même temps que Priscus s'emparait de l'Ar- 
ménie, un autre lieutenant de Verus, Avidius 
Cassius envahissait la Mésopotamie, et ses succès 
rapides forcèrent Vologèse à demander la paix : 
il l'obtint au prix de la Mésopotamie et de l'Adia- 
bène qui passèrent de nouveau au pouvoir des 
Romains. L'année suivante Verus revint à Rome 
où il triompha des Parthes avec Marc-Aurèle. Ce 
triomphe est représenté sur des médailles où 
Marc-Aurèle prend le nom d' Armeniacus , et de 
Parthicus Maximus; sa xx'' et sa xxi^ puissance tri- 
bunitienne marquées sur ces monnaies corres- 
pondent à l'an i65 et 167 de J.-C. (2). 

C'est à la suite de la campagne d'Avidius Cas- 
sius que Ma nou VIII fut rétabli sur son trône par 
les légions, et Vologèse III fut obligé de le recon- 
naître comme roi d'Edesse dans le traité conclu 
en 166 ou 167 de notre ère. D'autre part, nous 
avons vu que, d'après Denys de Tellmahrê, le roi 
Wâël ne régna que deux ans, de i63 à i65. Il est 
d'ailleurs conforme à la logique des choses que 
les Romains aient expulsé l'usurpateur, vassal 
dévoué de Vologèse, dès leur arrivée en Mésopo- 



(1) H. Cohen, t. III, pp. i85 et 186. 

(2) Ibid,, t. m, pp. 79 et suiv. 



368 

tamie en i65. Par conséquent, entre la chute de 
Wâël et le rétablissement officiel de Ma nou VIII, 
il y a un intervalle d'environ dix-huit mois, pen- 
dant lequel Edesse fut aux mains des Romains. 
C'est dans cet espace de temps (165-167) que 
MM. A. von Gutschmid et R. Duval voudraient 
placer un certain roi Abgar VIII dont je me pro- 
pose de contester l'existence (i). 

Le règne de ce prétendu Abgar VIII n'est fondé 
que sur les légendes de monnaies de bronze qui 
porteraient, d'un côté, la tête de Marc-Aurèle ou 
celle de Lucius Verus, et, de l'autre, la tête du 
roi d'Édesse entourée de l'inscription ABrAPOC 
BACIAGVC. Examinons donc ces monnaies. 

Patin, le premier (2), et, à sa suite, Visconti (3) 
ont décrit la pièce suivante : 

Tête laurée de Marc-Aurèle, à droite. 

Rev, ABIAPOC BACIAGYG. Tête d'Abgar, coiffée 
de la tiare à droite. 

Remarquez qu'on ne lit point la légende du 
droit. C'est seulement d'après les traits du visage 
que l'on a cru pouvoir donner cette pièce à Marc- 
Aurèle. Or, on sait que le profil de Marc-Aurèle et 
celui de Septime Sévère ont souvent, sur les mon- 
naies asiatiques, la plus grande ressemblance. La 
pièce en question est incontestablement à l'effigie 
de Septime Sévère, qui, ainsi que nous le consta- 

(i) R. Duval, dans le Journal asiatique, 7^ série, t. XVIII, p. 212. 

(2) Patin, Num. imperat., p. 192 

(3) Yisco^ri, Iconogr. grecque, t. III, p. 36,etpl.XLVIII, nos i4eti5. 



369 

terons plus loin, avait un Abgar pour contempo- 
rain. Mionnet la tenait déjà, d'ailleurs, pour fort 
suspecte, et traitait de méprise, l'attribution de 
Visconti (i). 

Visconti a encore attribué à Marc-Aurèle une 
autre pièce sur laquelle il lit : 

KAICAP AVPH Tête laurée de Marc-Aurèle 

à droite. 

Rev. ABIAPOG BA2IASVC. Tête d'Abgar avec la 
tiare à droite (2). 

Mais on peut constater que dans cette descrip- 
tion, pas plus que dans la précédente, on ne lit le 
nom de Marc-Aurèle ; Mionnet n'enregistre que 
sous réserve, cette pièce qu'il faut évidemment 
aussi reporter au règne de Septime Sévère (3). 

Les monnaies sur lesquelles on a cru lire le 
nom de Lucius Verus ne méritent pas plus de 
crédit, comme on va le constater. Patin en a 
publié une avec une légende entièrement fruste au 
droit, qu'il a ainsi décrite : 

Tête de Lucius Verus, à droite. 

Rev. ABIAPOG BACÏA6VC. Tête d'Abgar avec la 
tiare, à droite. 

Bayer (4) a admis l'attribution de cette pièce; 
Mionnet la classe à Commode (5) : elle est identi- 

(1) Mionnet, Descr., t. V, pp.GiSet 614, note; Suppl , t.VIII,p.409. 

(2) Visconti, Icon. grecque, t. III, p. 35. 

(3) Mionnet, t. V, p. 6i3, et Suppl., t. VIII, p. 409. 

(4) Bayer, Hist. Osrhœnœ, p. i58. 

(5) Mionnet, t. V, p. 616. 



370 

que aux monnaies de Septime Sévère et c'est à ce 
règne qu'on doit la reporter. 

Visconti (i) a publié une autre monnaie sur 
laquelle il déchiffre, au droit :.... POC, et il prend 
ces trois lettres pour la fin du nom de OYHPOC. 
Mais on conçoit la fragilité d'une pareille con- 
jecture, car ces lettres peuvent aussi bien être la 
syllabe finale de CSOYHPOC. Quant à la légende 
du revers, Visconti l'interprète comme il suit : 
[ÂB]rAPOC[0] OY [HPOC]. 

Il suppose alors que cet Abgar aurait pris le 
prénom de Verus en Thonneur de l'Empereur. 
Mais sans parler de l'article O, qui serait tout à fait 
étrange, on n'a pas de peine à s'apercevoir qu'il 
s'agit d'une simple altération du mot BACIAGVC. 

On a encore classé à Lucius Verus d'autres piè- 
ces en bronze sur lesquelles on a cru lire OYHPOC, 
mais, ici encore, ma conviction est que ce mot 
n'est que la dernière partie de CGOYHPOC. Il 
existe l'une de ces monnaies au Cabinet de France, 
et M. A. von Gutschmid, qui l'a publiée en dernier 
lieu (2), m'a fait, il y a quelques années, l'honneur 
de me consulter à son sujet. C'est la pièce qui 
figure sur notre planche XI, n° 8. 

Je n'avais, à cette époque, aucune raison de 
douter de la lecture OYHPOC et M. von Gutschmid 
me fait trop d'honneur en s'appuyant, pour justifier 



^1) Visconti, Icon. grecque, t. III, p. 36. 
(2) A. VON Gutschmid, op. cit., p. 33. 



371 

cette lecture incomplète, sur mon autorité. Les 
deux empreintes que j*ai envoyées à ce savant 
n'ont pu que contribuer à l'enfoncer dans l'erreur, 
caria médaille étant en partie fruste, on ne déchiffre 
bien que... YHPOC, ce qui est la fin de OYHPOC 
aussi bien que de C60YHP0C et l'effigie impé- 
riale paraît, de prime abord, mieux convenir à 
Lucius Verus qu'à Septime Sévère. 

Mais un examen plus attentif et raisonné me 
force à abandonner cette attribution que j'ai ainsi, 
autrefois, contribué à accréditer. Comme nous le 
constaterons plus loin, les monnaies de Septime 
Sévère et d'Abgar sont particulièrement barbares; 
les lettres des légendes sont souvent retournées 
et bouleversées de la plus singulière façon; les 
traits iconiques de l'Empereur, enfin, sont altérés 
et font parfois songer à Marc-Aurèle , à Lucius 
Verus, à Commode, à Caracalla, aussi bien qu'à 
Septime Sévère lui-même. Cette étrange barbarie 
dans la frappe de ces espèces jointe à la mauvaise 
conservation de la plupart des exemplaires : telles 
sont les deux causes qui ont contribué à égarer 
les savants dans la question délicate que nous 
traitons ici. 

Au surplus, l'existence de l'Abgar VIII créé par 
MM. von Gutschmid et R. Duval, serait en con- 
tradiction tormelle avec les données les plus rigou- 
reuses de l'histoire. C'est Manou VIII qui, nous 
l'avons vu, se réfugie chez les Romains; c'est lui 
que les légions rétablissent en i66. Comment 



372 

admettre que les Romains lui eussent préféré, 
pendant les deux années que dura la guerre, un 
prince du nom d'Abgar ? Enfin, Denys de Tell- 
mahrê est formel en ce qui concerne le rétablisse- 
ment de Ma'nou VIII. Il s'exprime ainsi : 

Et après lui (Wâël), régna Mdnou bar Izate 
(faute évidente pour Ma'nou bar Ma'nou), après 
qu'il fut revenu du pays des Romains, douze ans. 
Le total de tout le temps de son règne est donc de 
trente-six ans, sans compter le temps qu'il passa chez 
les Romains (i). On voit combien Denys est précis ; 
il n'intercale aucun règne entre la chute de Wâël et 
le rétablissement de Ma'nou VIII, et l'on s'est trop 
hâté d'affirmer que la numismatique était en con- 
tradiction avec le témoignage du patriarche 
jacobite qu'elle confirme, au contraire, avec une 
rigoureuse précision. 

Pendant toute la durée de leur campagne contre 
Vologèse III, les Romains frappèrent en Mésopo- 
tamie, très vraisemblablement à Carrhes, des 
deniers d'argent, à légendes grecques, à l'effigie 
de Marc-Aurèle, de Faustine jeune, de Lucius 
Verus et de Lucille. Ces pièces, assez semblables, 
pour l'aspect, à celles que frappait, vers le même 
temps, l'atelier de Césarée de Cappadoce, portent 
au revers des types empruntés aux monnaies de 
coin romain, la Fortune, la Victoire, Junon, 
Pallas, l'Arménie en pleurs, avec l'une des légen- 

(1) DioNYS. Telmah., édit. Tullberg, p. i56. 



373 

des : H NEIKH PÛMAIÛN (au Musée britannique), 
YnSP NIKHC TON KYRION C6B (^.ra,v), ou YnSP 
NIKHC PÛMAION (i). Ces deniers célèbrent ainsi le 
triomphe des armes romaines dans le lieu même 
où Crassus avait jadis subi un échec si cruel et si 
retentissant. Carrhes est, en effet, l'atelier probable 
de ce curieux monnayage qu'on ne saurait classer 
à Édesse, bien que le roi Ma nou VIII rétabli ait 
frappé à son nom, comme nous Talions voir, des 
deniers analogues. Ce qui prouve l'attribution à 
Carrhes que nous proposons pour ces deniers 
romains, c'est que la légende YnSP NIKHC POMAIÛN 
se prolonge dans le monnayage de cette ville, sur 
des bronzes à l'effigie de Commode, qui ont au 
revers, une tête de Tyché (2), type républicain qui 
ne saurait convenir à Édesse au temps de Com- 
mode, puisqu'en ce temps-là, cette ville avait un 
dynaste frappant monnaie à son nom et à son 
effigie. 

Les deniers royaux d'Edesse pareils, pour le 
poids et la fabrique, aux deniers romains de 
Carrhes, portent le nom de Ma nou, qualifié ami 
des Romains, et ils ont, au droit, l'effigie de Marc- 
Aurèle, de Faustine, de Lucius Verus et de 
Lucille. En voici l'énumération : 



(1) V. Langlois, Numismatique des Arabes avant l'Islamisme 
pp. i33 et suiv 

(2) EcKHEL, Doctr. num. vet., t. IV, p. 5o8 et t. VII, p. i33. 



374 



MANNUS VIII ET MARC-AURELE. 



5. AVT . K • M AVPHA • ANTÛNINOC CG. Tête 
nue de Marc-Aurèle, à droite. Grenetis. 

Rev, BACfAGYC MAINNOG a)lAO. Mars debout à 
droite; il est casqué et cuirassé; de la main droite 
il s'appuie sur sa lance, et de la main gauche sur 
son bouclier posé à terre. Grenetis. 

AR. 18. — Denier. Musée britannique. PI. X, fig. 5. 
MANNUS VIII ET FAUSTINE JEUNE. 

6. OAVCTJNA G6BACTH. Buste diadème de 
Faustine jeune à droite, la poitrine drapée. 

Rev, BACIA6YC MANNOC OIAOP. Junon debout, 
regardant à gauche ; de la main droite elle tient 
une patère et elle s'appuie de la gauche sur un 
sceptre ; à ses pieds, un paon. Grenetis (i). 

AR. 18. — Denier. Musée britannique. PI. X, fig. 6. 
MANNUS VIII ET LUCIUS VERUS. 

7. A • K • A AVP • OYHPOC • C6B Buste de 
Lucius Verus à droite, la poitrine couverte du 
paludamentum. Grenetis. 

Rev. BACIA6 | VC MANN | OC OIAOP | OMAIC, 
en quatre lignes dans le champ. 

AR 18. - Denier. Cabinet de France. PI, X, fig. 7. 



(1) Les deux pièces qui précèdent (n^s 5 et 6) ont été mal décrites par 
Spanheim, De praestantia et usu num. antig., t. II, p. 578. 



375 



MANNUS VIII ET LUCILLE. 



8. AOYKIAAA CGBACTH. Buste de Lucille à 
droite, la poitrine drapée. Grènetis. 

Rev. BACIASyC MANNOC OIAOPÛMA. Junon 
debout, tenant de la main droite une patère et 
s'appuyant de la gauche sur une haste. Grènetis. 

AR. 18. — Denier. Cabinet de France. PI. X, fig. 8. 

g. Même droit. 

Rev. BACÏAGYC MANNOG OIAOPOMAIG. Cérès 
assise à gauche, sur un trône sans dossier, tenant 
des épis de la main droite et s'appuyant de la 
gauche sur une haste. 

AR. 18. — Denier. Cabinet de France. PI. X, fig. g. 

Jusqu'ici ce groupe de monnaies, au nom d'un 
roi Mannus ami des Romains, a été attribué à un 
certain dynaste de ce nom qu'on suppose roi de la 
ville de Hatra, au centre de la Mésopotamie (i). 

Il importe d'établir que cette opinion n'est pas 
fondée. Dion Cassius, parlant de la venue de Tra- 
jan à Edesse, s'exprime ainsi : « Jusque-là, Abgar 
avait souvent envoyé des ambassadeurs et des 
présents, mais tantôt sous un prétexte, tantôt sous 
un autre, il ne s'était pas présenté en personne, 



(1) V. Langlois, Niimism. des Arabes avant rislamisme, pp. i36 
et suiv. ; le même, Numism. de V Arménie dans l'antiquité, pp. 69 et 
suiv. 



376 

non plus que Mannus, chef de V Arabie limitrophe et 
Sporaces chef de l'Anthémusie (i). » Un peu plus 
loin, Dion ajoute que ce Ma nou fit des ouvertures 
à Trajan : « Quant à Mannus, dit-il, Trajan se 
défiait de lui, entre autres raisons parce qu'après 
avoir envoyé des troupes au secours de Mébarsa- 
pès roi de l'Adiabène, il les avait toutes perdues 
sous les coups des Romains; c'est pourquoi il 
(Trajan) n'attendit pas leur arrivée (de Ma nou et 
de Manisaros) et il s'avança contre eux en Adia- 
bène. » Plus loin encore, le même auteur, après 
avoir raconté la révolte d'Edesse vers la fin du 
règne de Trajan et la ruine de cette ville par 
Lusius, ajoute : « Trajan partit ensuite pour 
V Arabie et attaqua les Hatréniens qui, eux aussi, 
avaient fait défection... Par suite des obstacles 
naturels, ;zi Trajan alors, ni Sévère, dans la suite, ne 
purent prendre la ville, bien qu'ils aient démoli des 
portions de ses murailles (2). » 

Du rapprochement de ces divers passages, il 
résulte que, selon Dion Cassius, un chef du nom 
de Ma' nou était, à l'époque de Trajan, toparque 
d'une contrée voisine de l'Osrhoène, appelée 
vaguement l'Arabie (3) ; Dion semble ajouter que 

(1) DionCass., LXVIII, 21. 

(2) iBiD., LXVIII, 3i, éd. Gros, t. IX, p. 453. Cf. R. Duval, loc. 
cit., p. 90. 

(3) Cette qualification de dynaste des Arabes, donnée par Dion 
Cassius à ce Ma' nou, ne doit pas surprendre, car les écrivains romains 
désignaient souvent sous le nom vague d'Arabie toutes les contrées 



377 

Hatra était la capitale de ce pays, ou du moins en 
était une des principales places fortes. 

Il n'a pas fallu plus d'indices pour que l'on 
n'hésitât pas à attribuer à un roi Mannus, qu'on 
suppose le fils ou le petit-fils du contemporain de 
Trajan, les monnaies du MANNOC ^lAOPOMAIOG, 
allié de Marc-Aurèle. 

Cette opinion fut d'abord émise par Seguin et 
par Spanheim (i). Eckhel l'accepta avec hésita- 
tion : « Ces pièces, dit-il, ne sont pas d'Edesse, 
mais d'un pays tout voisin, car cette région est la 
seule qui fournisse le nom de Mannus (2). » Eckhel 
ne prononce pas, comme on le voit, le nom 
d'Hatra. Visconti (3) a admis un dynaste des Atré- 
niens auquel il donne ces monnaies ; les auteurs du 
Trésor de numismatique (4) et Victor Langlois ont 
adopté, mais avec quelque réserve, l'opinion de 
Visconti qui a été, d'ailleurs, généralement suivie. 

On peut déjà objecter contre cette attribution 
qu'il est bien téméraire de s'appuyer sur l'autorité 

asiatiques qui étaient en dehors des provinces romaines, et qui, 
d'autre part, ne faisaient pas partie de l'empire des Parthes. Édesse, 
d'après eux, faisait partie de l'Arabie : Tacite dit en parlant d'Ahgar V, 
contemporain de Claude : Postqiiam illustres Parthi, rexque Arabum 
Abbarus advenerat {Ann., lib. XII) ; un peu plus loin, il ditqu'Edesse 
était la principale ville de ces Arabes. Pline (liv. V, ch. 24) dit aussi : 
Arabia supradicta habet oppida, Edessam, etc. ; Appien {in Parthicis) 
parle de « Acbaros, phylarque des Arabes, » 
(i) Spanheim, De prœstantia et usu numism. antiq., t. Il, p. 578. 

(2) Eckhel, D. N. V., t. III, p. 5i3. 

(3) Visconti, Iconogr. grecque, t. III, p. 35, note 2. 

(4) Rois grecs, pp. i3o-i3i. 



378 

de Dion Cassius pour admettre l'existence d'un 
phylarque Ma nou petit-fils de celui dont parle cet 
auteur. Sans compter que ce descendant n'est 
mentionné dans aucun texte, le Ma' nou des mon- 
naies est ami des Romains, r^ixopco^c6ios>] or, Dion dit 
formellement que Trajan échoua sous les murs 
d'Hatra et que cette ville résista victorieusement 
aux successeurs de Trajan , même à Septime 
Sévère ; grâce à sa position naturellement forte, 
au désert qui l'entoure et au courage de ses habi- 
tants, elle sut se maintenir indépendante sous tous 
les empereurs qui prirent le nom de Parthicus (i). 
Tout en invoquant l'autorité de Dion Cassius, on 
se met en contradiction avec le texte de cet 
auteur, car comment admettre que le dynaste 
d'Hatra^ennemi acharné etvictorieux des Romains, 
ait frappé des monnaies avec le nom et l'effigie de 
l'Empereur et sur lesquelles il s'institule -^t^pà^i^uios ? 
Au surplus, ce qui empêchait d'attribuer ces pièces 
à un roi d'Edesse, c'est que, par suite de faux 
calculs de chronologie, on croyait que le roi de 
rOsrhoène contemporain de Marc-Aurèle s'appe- 
lait Abgar et non Mannus : aujourd'hui, cette 
objection, la seule qui eût mérité d'être prise en 
considération, n'a plus de fondement. 
En frappant ces drachmes d'argent, à l'imitation 

(1) C. DE LA Berge, Essai sur le règne de Trajan, p. 187. Il reste 
encore des ruines assez considérables de la ville d'Hatra ; elles ont été 
décrites notamment par Ainsworth, Researches in Mesopotamia 
Londres, 1840, pp. i65 et suiv. 



379 

de celles que les Romains émettaient dans l'atelier 
de Carrhes, Ma nou VIII usait d'un droit que les 
Romains accordèrent quelquefois aux rois qui 
étaient leurs alliés ou leurs vassaux. Archélaus de 
Cappadoce et les rois de Mauritanie bénéficièrent 
du même privilège qui eut pour double but de 
flatter l'amour-propre du faible toparque osrhoé- 
nien, et en même temps, de procurer les sommes 
nécessaires au paiement des troupes qui opéraient 
dans la Mésopotamie (i). 

Mais une fois la paix conclue et les troupes 
romaines éloignées, le monnayage de deniers 
d'argent à Edesse n'aurait plus eu de raison 
d'être : il cessa pour toujours. 

En même temps que Ma nou VIII frappait ces 
pièces d'argent destinées à avoir cours dans tout 
l'Orient et partout où les soldats les emporteraient 
avec eux, il émettait pour la circulation locale de 
petites monnaies debi'onzequi portent une légende 
sémitique. Le monnayage de ces pièces de cuivre 
continua tout naturellement après le départ des 
Romains ; il fut assez abondant, et nous allons 
étudier les variétés qu'il présente, en même temps 
que justifier son attribution à Ma nou VIII. Ces 
monnaies à légende sémitique sont, sans excep- 
tion, de très petites pièces de bronze qui ont, entre 
elles, une identité de légende, et, au point de vue 
du style, un lien de parenté, un air de famille qui 

(i) Fr. Lenormant, La monnaie dans V antiquité , t. II, pp. 194 à 196. 



38o 

ne permettraient guère de les répartir entre plu- 
sieurs des princes qui ont porté le nom de 
Ma nou. En voici quatre variétés caractéristiques : 

10. Tête nue et barbue de Ma' nou, à droite (sans 
la tiare). Grènetis. 

Rev.K:iyj\ /NuLi.71 {^d7D )i:^D, Manotiroi), 
en deux lignes dans le champ. Grènetis. 

M. 12 mill. Cabinet de France. PI. X, fig. lo. 

11. Buste barbu de Ma nou, à droite, la tête 
coiffée de la tiare conique. Grènetis. 

Rev. Ma nou Malika, en légende estranghelo, 
comme sur la pièce précédente. 

JE. 12 mill. Cabinet de France. PI. X, fig. u. 

12. Même buste de Ma'nou, à droite. 

Rev, K > AT^ J A>i (XD^DI^JD, Mdîwu roi), 
en deux lignes, dans le champ, comme sur les 
pièces précédentes. 

M. 12 mill. Cabinet de France. PI. X, fig. 12. 

i3. Même buste de Ma'nou, à droite. 

Rev. rrjil3\ (\~i \'T\ (sri^D Ijyû, Md7wu 
roi), en deux lignes, dans le champ, comme 
ci-dessus. 

JE. 12 mill. Cabinet de France. PI. X, fig. i3. 

Les différences à signaler entre ces quatre mon- 
naies que nous avons choisies comme types, sont 
les suivantes : 

Sur la pièce n" lo, la tête du roi Ma nou est nue, 
comme celle de Wâël, tandis que, sur toutes les 
autres monnaies, elle est coiffée de la tiare que ne 



38i 

quitteront plus désormais tous les rois, jusqu'à la 
chute du royaume d'Edesse. Doit-on conclure de 
cette particularité que ce Ma nou à tête nue est 
différent de celui qui porte la tiare ? Dans cette 
hypothèse, il faudrait faire remonter la monnaie 
dont il s'agit, au moins jusqu'à Ma'nou VII bar 
Izate (i23 à iSg ap. J.-C). Je n'ose hasarder une 
pareille conjecture parce que la pièce a, pour le 
module, la disposition de la légende, la forme des 
lettres, à tous points de vue en un mot, un aspect 
identique à celui des monnaies de Ma nou coiffé 
de la tiare. Elle ne peut donc en être disjointe; 
elle s'y rattache si étroitement qu'elle se confon- 
drait avec elles sans cette particularité de l'absence 
de tiare. C'est pourquoi je proposerai de donner 
cette pièce à Ma nou VIII bar Ma nou, qui a pu 
la frapper soit pendant son premier règne, avant 
l'usurpation de Wâël, soit dans la courte période 
comprise entre la fuite de Wâël devant les légions 
romaines en i65, et le traité qui, en i66, mit fin à la 
guerre en investissant officiellement, de nouveau, 
Ma'nou VIII, du pouvoir souverain. Bref, il y a 
place, dans la longue carrière de Mamou VIII, 
pour l'émission de cette pièce, sans que nous 
soyons obligés de l'attribuer à un prince homo- 
nyme. 

Au point de vue paléographique, les monnaies 
de Wâël et de Ma'nou donnent lieu à d'intéres- 
santes remarques. Tantôt l'écriture