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Full text of "Revue catalane"

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HANDBOUND 
AT THE 



UNIVERSITY OF 
TORONTO PRESS 



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REVUE CATALANE 

Tome V — Année 1911 



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Tome V 



Année 1911 





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CATALANE 




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Table des matières 



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Liste des membres de la Société, 2. 

Compte rendu des séances, 44, 32 i . 

Situation de la Caisse, 45. 

M. Verger, de Ricaudy, t, 34, 66. 

Livres et Revues, 32, 64, 96, 127, iSp, 191, 244, 319, 383, 407. 

Les fêtes de Céret, loc, 200. 

Palmes académiques, 218. 

L'enseignement régional et les études catalanes, 233, 

Proverbis, 49, i o5. 

Mil y un pensaments, 56, 75, i 17, 140, 3o5, 332, 378. 

Concells, 328. 

Advertencies dignes de saber, 329, 401. 

Concours de monographies du Club alpin, 248. 

Le catalan à l'école, 397. 

A. -M. Alcover. — Pages choisies, 33o. 

P. de l'Alzina. — Quan toca l'Angelus, 375. 

J. Amade. — La race, lo. 

— Verges de Ricaudy, 34. 

— Folkore catalan, 52. 

— A nos lecteurs, 129. 
Joseph Pons, 170. 

— Cant del Vallespir, 204. 

— La poésie populaire catalane, 297. 

— Pour le Dictionnaire Catalan, 333. 

— Le Catalan à l'école, 368. 

— L'estiu etern, 394. 
J. Badoa. — Lo salser, 5o. 

— La Sanya, 1 68. 

P. Bergue. — L'œuvre d'Oun Tal, 6, 77. 

— Campanas de) pais, 46. 

— Festa Major, 106, 141. 

— L'Alzina, 23 1 . 

— Gloria al pais, 362. 

J.Capeille. — Histoire locale, 27, 54. 114, 180, 238, 399. 

— Verges de Ricaudy et ses aïeux, 66. 
De Carsalade. — Pour la langue catalane, 76. 



— 11 — 

J. Chadany. — La Ceretana, 223. 

J.-A. Clavé. — Pages choisies, Sog. 

Corominas. — Pages choisies, 17. 

Firmin Costabona. — Le catalan à l'Université, 396. 

J. Delpont. — Don Père d'Alcantara Penya, i5. 

— Cap a Ceret, 207. 

— En Teodor Llorente, 235. 

— Del poble, 304. 

— En Josep Maria Puig Torralva, 377. 
Ermità de Cabrenç. — Lo Salpas, 65. 

— Pirineu d'Orient, 97. 

— Les Torres de Cabrenç, 209. 

— Sant Eloy, 22 1 . 
J. Granier. — Sem fraire, 3i5. 

D? Lacvivier. — Textes catalans, 30,71, lOi, 146, 184, 24], 3 16, 336, 
38o, 4o3. 

— Les jours de la vieille, 1 1 3. 
E. Leguiel. — Lisons du catalan, 161. 

— Prats-de-Mollo, 212. 

— Devinalles, 376. 

— Velles Corrandes, 398. 
J. Maragall. — Carta, 176. 

Lo Pastorellet de la Vall d'Arles. — Conte nou, 359. 

L. Pastre. — La langue catalane et son utilité pédagogique (suite et fin), 
20, 57, 85, 121, i53, 188, 249, 273, 341. 

— Ruscino, 240. 

— Orthographe et prononciation catalanes, 379. 
V. Peix. — Primera pena, 18. 

— Perdo, 137. 

— Serenada, 389. 

L. Pellissier. — Le félibre n\ajoral Baquié Fonade, 14. 

— La Santo Estelle, 179. 

— En Candi y Candi, 3 1 1 . 

— Una nina, 358. 

Père d'A. Penya. — Un sermo de coresma, i5. 

— Les très arithmétiques, 118. 
J. Porvs. — L'enfant au foulard, 92. 

— Xiprers adormits, i3î. 

— El Vallespi, 220. 

— Célestin Manalt, 225. 

— Pirinenques de J.-M. Guasch, 3o6. 



V/ 



— Il 1 — 

J. Pons. — Per En Verdaguer, 322. 

— ■ Clariayna, 334. 

— Un éloge des Catalans au xin" siècle, 390. 

El Refilayre de Carença. — Ariettes, 32 5. 
Numa Roubin. — Le Régionalisme, 353. 
M. -A. Salva. — Jochs de nins, 177. 
J. de San Salvador. — La terra dels avis, 139. 

— A la gloria del Vallespîr, 19$. 

— Lo gorch Bufaroch, 227. 

J. Sanyas. — Roman du ix' siècle et catalan du xx", 134. 
V. Vallespir. — Als Cantayres del Vallespir, 217. 

— Cors rossellonesos, 3 12. 

— La Llar. 385. 



ILLUSTRATIONS 

Portrait de M. Vergés de Ricaudy, 33. 

— M. Joseph Pons, 270. 

— M. Déodat de Sévérac, 202. 

— M. Jean Amade, 206. 

— M. Jacques de Noell, 219. 

Coffret de l'église d'Elne (Monument historique), 405. 




5^' 



N° 49 15 Janvier 1911. 

Les Manuscrits non insères 



ne sont oas rcnaus. 



Les Articles oarus dans la Revue 



REVUE 

CATALANE 



(^Os^ t^Osi.cîgTSi.cfgOv&c^tNi. c^'SsS^c^'ïv^c^'TnS, cî?ONi. ct§tlsi,c{g'Ssi.cîg'>^ c{g'3si,c^'>,^c(g'>vS,c{g'^i<^'>^ 



Mort de M* Vergés de Ricaudy 

Président de la Société d'Études Catalanes 



Au moment de tirer ce numéro, nous avons la 
profonde douleur d'apprendre la mort de M. Emma- 
nuel Vergés de Ricaudy, notre très estimé prési- 
dent. Le samedi, 14 janvier, il avait revu les épreu- 
ves; et sa main, prévoyante et délicate, avait indiqué 
les dernières corrections à faire. 

Le lendemain matin, en faisant sa promenade 
habituelle sur la place Arago, il se sentit pris de 
malaise. On l'accompagna chez lui, où il perdit 
bientôt connaissance, et mercredi 18, à cinq heures 
du matin, entouré de sa famille éplorée, il rendit 
le dernier soupir. Deu lo perdô. 

Contentons-nous pour aujourd'hui d'offrir à sa 
veuve, à ses enfants et surtout à sa vieille mère, 
qu'une si grande douleur étreint, les respectueuses 
condoléances de nos coeurs brisés. 



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LISTE 

DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ 

au 3i Décembre 191Q. 

MM. 

1908. Abat J., 49, rue d'Orsel, Paris. 

1906. d'Abbes Paul (comte), 142, rue de Longchamps, Paris. 

— Albar Félix, chef de bataillon en retraite, place Grétry, Perpignan. 

— 'Alcover Antoine, chanoine et vicaire général, Palma de Mallorca 

(Espagne). 

— *Amade Jean, professeur agrégé, au lycée de Montpellier, Secrétaire. 

— Aragon Amédée, rue Saint-Dominique, 4, Perpignan. 

— Arrous Jean ( docteur), Prades. 

1910. AuRioL George, banquier, rue Font- Froide, Perpignan. 
1908. Aymar Joseph, (abbéj, curé-archiprêtre, Prades. 
1906. Badoa J., 142, rue du Chemin-vert, Paris. 

— Baille Léon, architecte, rue de la Fusterie, Perpignan. 
J910. Bardou-Job Justin, rue Saint-Sauveur, Perpignan. 

1906. Bassole François, professeur au collège de Bédarieux (Hérault). 

1907. Berdagué Jean abbé;, curé d'Estoher. 

1908. Bergue Paul, Conducteur principal faisant fonctions d'ingénieur des 

Travaux publics, à Hué 1 Annam). 

1910. Bessoli Charles (abbé), à l'église Saint-Christophe, Perpignan, 

1906. Billes Auguste, établissement des Gorges de la Fou, Saint-Paul-de- 

Fenouillet. 

1907. Blancou Gabriel, avocat, rue des Trois- Rois, 3o, Perpignan. 
)9o6 *Boix Emile (docteur), avenue de la Grande-Armée, 26, Paris. 

— 'BoNAFONT Joseph (abbé), curé-doyen d'Ille-sur-Tet, Vtce-P résident. 

— Borreil Etienne, inspecteur des Postes, \6, rue Llucia, Perpignan. 
J907. Brial Pierre (abbé), curé-doyen de Millas. 

1908. DE Çagarriga Henri, propriétaire, château de la Grange, Montes- 

quieu. 
J906. Calmette Joseph, professeur à la Faculté des Lettres, Dijon (Côte- 
d'Or). 

— 'Campanauu Laurent, propriétaire, rue Petite-la-Réal, Perpignan. 

1 908. 'Capeille Jean 1 abbé), vicaire de la paroisse Saint-Jacques, Perpignan. 

1906. Carbonnell Charles ( doctt-urj, rue de la République, Sî, Meudon 
( Seine-et-Oisej. 

Les noms précédés d'un astérisque sont ceux des membres du Conseil d'administration 



— 3 — 

1906. DE Carsalade du Pont Jules (Mgr), évêque de Perpignan. 

1906. Caseponce Etienne (abbéi, collège « La Salle ». Calle de Provenza, 

187. Barcelona ( iispagne ■. 
1909. Catel Jean, élève de première supérieure au lycée de Toulouse, 

1906. Cazes Gustave, banquier, i, rue Eglise-la-Réal, Perpignan. 

1907. DE Cazis de Lapeyrouse Félix, vice-consul de Portugal, 1 , rue Alsace- 

Lorraine, Perpignan. 

1906. *Chauvei Horace, publiciste, adjoint au Maire de Perpignan, place 

de la Loge, Perpignan. 
— *CoMET Joachim, imprimeur, rue Saint-Dominique, 8, Perpignan. 

— CoNiLi. Léon, instituteur, Sournia. 

— CoRNovoL Jules (abbé), professeur, calle de Corcèga, 3o5, Barcelona 

( Espagne), 
Cros François (docteur), médecin principal de 1" classe en retraite, 
6, rue de l'Ange, Perpignan. 

1909. CuiLLÉ Joseph, propriétaire, rue Manuel, Perpignan. 

1907. Dalbiez Auguste, ancien banquier, quai Vauban, Perpignan. 

— Daré Henri, négociant en vins, avenue de la Gare, Perpignan. 

1910. David d'Orimond .Madame), raffinerie de soufre, Narbonne. 

1907. Delmas Joseph, lieutenant au 3' d'infanterie, 2, rue de lObélisque, 

Marseille. 
1906. *Delpont Jules, négociant en vins, chemin du Confient, Perpignan, 
Trésorier. 

1908. Dénoyés Joseph (docteur), rue de la Citadelle, Béziers. 

1909. Deit Jules, négociant, rue de l'Argenterie, Perpignan. 
1906. *DoNNEZAN Albert (docteur), rue Fontfroide, Perpignan. 
)907. Drancourt Emile, avenue de la Gare, Perpignan. 

Dubois-Malzach Jean, propriétaire, Laroque-des-Albères. 
1906. Durand Laurent, agent d'assurances. Rue Grande-la-Réal, 28, Per- 
pignan. 

— Durand-Gaillard Jacques, médecin, Puigcerda ( Espagne). 

— EcoiFFiER François (docteur), Thuir. 

— EsTÈvE de Bosch Henri, llle-sur-Tet. 

1908. EsTÈvE DE Bosch Xavier, Général de brigade, rue du Mail, 83, 

Angers. 

— Falcon, commandant en retraite, place Arago, Perpignan. 
1906. *FoissiN Aimé, principal clerc d'avoué, Perpignan, Archiviste. 

1909. Fournols Joseph, 64, rue d'Amsterdam, Paris. 
1906. Freixe Jacques, homme de lettres. Le Perthus. 

1910. Granier (abbé), curé de Lamanère. 

1909. Gazé Jean, professeur au collège de Montréal, 841, rue Sherbrooke- 
Ouest ( Canada). 
1906. Gravas Charles, notaire. Prades, 

— Guiu Charles, receveur de l'Enregistrement, Prats-de-Mollo. 



— 4 — 

J906. JoNQuÈREs D Oriola Henri, propriétaire, CorneilIa-del-Vercol. 

1908. DE Lacroix Clément, 47, avenue Montaigne, Paris. 
1906. DE Lacvivier Raymond, propriéta/re, Elne. 

1909. Lafabrègue Paul, rue des Augustins, Perpignan. 
1906. Lafont Pierre, pharmacien, rue de la Tet, Perpignan. 

1910. Lanolier Louis, négociant, avenue de la Pépinière, Perpignan. 
1906. *Leguiel Emile, contrôleur des Douanes, Cerbère. 

— Llonch Jean, négociant, Figueras (Espagne). 

— Llonch Philippe, négociant, Figueras (Espagne). 

— 'Lutrand Louis docteur , 2, rue Porte-d'Assaut, Perpignan. 

1909. Maillols J., ingénieur, 10, rue de la Bièvre, Bourg-la-Reine (Seine). 

1906. Marie Emile, propriétaire, Prades. 

1907. Marty José-Maria, pharmacien, Puigcerda. 

J906. Massot Joseph (docteur), place d'Armes, Perpignan. 

— Massot Joseph, avocat à la Cour d'appel, 17, boulevard Saint- 

Michel, Paris. 

1906. 'Monsalvatge y Fossas François, banquier, calle Subida del Puente, 

Gerona (Espagne. 

— *MoNSERDA DE Macia Dolors (Donyaj Gran via, 604, Barcelona 

(Espagne). 

— MoREL Marcel, négociant, rue Grande la Real, Perpignan. 

1910. MucHART Henri, avocat, rue de l'Argenterie, 17, Perpignan. 

1908. NouGARET Fernand, professeur, route d'Espagne, Perpignan. 

1907. Pages Raymond, comptable, rue de la Loge, Perpignan. 

— Pams Jules, sénateur, 35, rue Décamps, Paris-Passy. 

— Paret Louis (abbéj, curé de Rigarda. 

1906. Pastre Louis, instituteur, villa Griolet, rue Fontaine St-Martin, Per- 
pignan. 

— Patau Pierre, chanoine, curé-doyen d'Argelès-sur-Mer. 

— Payré Joseph, avoué, rue de la République, Perpignan. 

— 'Payret Joseph, imprimeur, rue Mailly, Perpignan. 
1910. Peix Victor, industriel, Millas. 

— Pépratx Justin, notaire, rue Alsace-Lorraine, Perpignan. 

1906. PoMÈs Antoine, éditeur de musique, 4, rue Mailly, Perpignan. 

— Pons Joseph, professeur au lycée, Guéret (Creuse). 

— Pons-Fabrègues Benito, arxiver, Palma de Mallorca Espagne). 
1910. PuGET Eugène, cité Bartissol, Perpignan. 

1907. PuiG Joseph, directeur des établissements Vallaer Frères, 64, bou- 

levard Sébastopol, Paris. 
1910. PujARNiscLE Victor, San-Feliu-de-Guixols (Espagne). 
1906. Py-Oliver Félicien, libraire, rue des Marchands, 8 bis, Perpignan. 

1909. RoiG, professeur au collège polytechnique de Téhéran (Perse). 



— 5 — 

1908. RozÈs Numa, propriétaire, Saint-Hippolyte. 

1906. Ruiz Y Porta Joan, arxiver municipal de la ciutat," Tarragona 
(Espagne). 

— Sabarthez Henri (docteur), rue Saint-Martin, 5, Perpignan. 
1910. Saisset Albert l M"" veuves rue de l'Argenterie, Perpignan. 

1906. *S'\issET Frédéric, homme de lettres, io3, avenue La Bourdonnais, 

Paris. 
19JO. Saisset Léon, juge d'instruction, avenue du Chemin de fer, 3o, 

Fontainebleau (Seine-et-Marne). 
1910. Sala Antonio, meissionario domeinicano, conceiçad de Araguaya, 

correio de Goyaz, à Goyaz (Brésil). 
1906. Salsas Albert, receveur de l'Enregistrement, Saint-Girons (Ariège). 

1909. Sauvât Louis (abbé), curé de Trullas. 

1906. Sauquet Jean fils, négociant, Bourg-Madame. 

1907. Schadel Bernard, professeur à l'Université de Halle (Saxe- Allemagne). 

1906. Sola Frédéric, rue de Savoie, 7, Paris. 

1910. SoLÉ Y Pla Jean, médecin, ronda de San Père, Barcelone (Espagne). 

1907. SoRS-GouELL Jean, avocat, Céret 

— SouBiELLE Mathilde (M"" veuve), institutrice en retraite, Perpignan. 
J908. Sources Eugène, enseigne de vaisseau, rue Petite-la-Réal, Perpignan. 

— SuDRiA, 26, rue de Staël, Paris. 

1909. Suzanne François, 69, rue de Richelieu, Paris. 

— Talayrach Elie, négociant en vins, rue d'Espira, Perpignan. 

1906. Talut, Alphonse, professeur agrégé au Lycée Condorcet, rue des 
Ecoles, 6, Paris. 

1906. TissEYRE Jacques, rue Grande-la- Real, Perpignan. 

1907. ToDEsco Venanzio, Albanga — Genova (Italie). 

1906. Tresserre François, mainteneur des Jeux Floraux, 65, rue Alsace- 

Lorraine, Toulouse. 

— Trullès Ferdinand, notaire, ]lle-sur-Tet. 

— *Vassal Augustin, banquier, place d'Armes, 6, Perpignan. 

— Verdot Lucien, pharmacien, rue des Marchands, Perpignan. 

— Vergés de Ricaudy, quai Vauban, 45 bis, Perpignan, Président. 

1907. ViCENS Charles, rue Rempart-Villeneuve, Perpignan. 

1906. ® Vidal Pierre, bibliothécaire de la Ville, Perpignan. 

1907. Vilar Edouard, sénateur, rue Faustin Hélie, 7, Paris-Passy. 

1906. Vilar Jean-Joseph (abbé), curé de Saint-Joseph, Perpignan. 

1907. ViLAREM, principal du Collège, Lodève (Hérault). 
1906. *VioLET Gustave, sculpteur, Prades, Yice-Président. 

1910. Violet Lambert, président de la Chambre de Commerce, route de 

la Pépinière, Perpignan. 
1906. *DE WiTTWER DE Froutiguen Jules, le Boix-Saint-Sauveur , Prats-de- 
Mollo. 






L'Œuvre d Oun Tal 

^l^l^ (SWTE) 

Albert Saisset poète et linguiste 

Dans cette même classe de mots rentrent les tournures pure- 
ment françaises : 



Ah çà ! 

Del costat de 

Al seu torn 

A tort i a travès 

Fer tort 

De siguit 

M'es iguSl 

Mancar lo seu cop 

Fer coneixença 

Tenir ideia que 

Abatre traball 

Ce que 

Corn una lletra a la posta 

Su'l pant de 

S'armar de coratge 

S'en ficar de 

En despit de 

Un munt de temps 

Ne pue pas pus 

Aixô va tôt sol 

Su'l moment 

Me fa mal 

S'hi coneixer 

En davant la musica ! 

Un cop de vi 

Se fer dolent sang 

Com de budells 

D'acort 

Sus de que ha parlât ? 

Tant si po 

Hi ha pas aqui a dire 

Cofar santa Catrina 

Que vagi al dimoni ! 



ah çà ! 

du côté de 

à son tour 

à tort et à travers 

faire du tort 

de suite 

ça m'est égal 

manquer son coup 

faire connaissance 

avoir idée que, s'imaginer que 

abattre du travail 

c'est que 

comme une lettre à la poste 

sur le point de 

s'armer de courage 

s'en ficher 

en dépit de 

un tas de temps 

je n'en puis plus 

cela va tout seul 

sur le moment 

cela me fait mal 

s'y connaître 

en avant la musique ! 

un coup de vin 

se faire du mauvais sang 

comme des boyaux 

d'accord 

sur quoi a-t-il parlé ? 

tant soit peu 

il n'y a pas à dire 

coiffer sainte Catherine 

qu'il aille au diable ! 



— 1 — 



M'en veig de grises 

Restar pas may en plaça 

Parei que 

Nom d'un chèn ! 

Tôt a fet 

Adreçar une questio 

A torn de braç 

Pagar la gota 

Dins del tenips 

Dç tota part 

A gran trinc 

Piéti 

Etc., etc. 



je m'en vois de grises 
ne pas tenir en place 
il paraît que 
nom d'un chien ! 
tout à fait 

adresser une question 
à tour de bras 
payer la goutte 
dans le temps (jadis i 
de toutes parts 
à grand train 
plaît-il ? 

etc., etc. 



Parfois le mot catalan n'a suivi aucune déformation, mais l'in- 
fluence du français l'a fait changer de genre; ainsi 

Edat (mascul.) : sem del meteix edat ; Corrent (id.) 

]] faut remarquer que, si le roussillonnais adopte parfois les 
terminologies françaises quand il emprunte le mot au français, les 
mots catalans purs n'ont aucune tendance à se déformer dans le 
même sens. Ainsi, à côlé des substantifs finissant en an, en, in, 
on, un, subsistent toujours : 

Pa, ca, pla ; pie, be ; fi, lli ; mati ; bo, minyô, rao, tio, cançô, 
lliçô, presô, cairô ; ningii, comii ; etc.. 

et, à côté de ceux finissant en ier ou iera : 

Paper, fuster, carnicer, palier, sender, primer, pastera, estanyera, 
manera, etc. 

Par imitation du français, le féminin de certains adjectifs, régu- 
lièrement invariables, est en a : 

Tala, granda, facil-la, utila... 

La même irrégularité, contraire à l'étymologie latine, existe 
d'ailleurs en Catalogne où l'on dit : Trista, feliça, pobra. 

Comme en français, l'accent tonique est poussé vers la fin des 
mots. Alors, ou bien le dactyle catalan se transforme en trochée 
par la chute d'une syllabe : 

sano pour vânova, couvre-pied 

sipi — sepia, seiche 

cofa, bofa, — cofia, bofia 



llûdri 


pour 


lludria 


miséri 


— 


miseria 


pâtri 


— 


patria. 



— 8 — 

ou bien il y a simple déplacement d'accent : 

salit pour salit, saule solit, rapit, pour solit, râpit 

musica — mûsica rufaca — râfega 

epoca, célèbre, colera, etc. 

estomac — estomac fes-ho i fais-le) — fesho 

Cependant l'accent est resté à sa place dans les adjectifs fdcil, 
ûHl. 

Quand le dactyle ne peut pas être évité, la dernière syllabe est 
franchement accentuée : porta-me-lô (porte-le-moi). Certains poètes 
roussillonnais ont fait des finales masculines de vers avec des pro- 
noms compléments ainsi accentués. 

11 ne faudrait pas trop critiquer cette aversion du roussillonnais 

pour le dactyle. Le catalan, de formation populaire, l'a aussi 

escamoté : 

Heretge, (à côté de herética) ; afable ; establa ; noble ; moble ; 
voluble ; segle ; metge, petga (de medicum, pedicam) ; pobre, altra 
(de pauperem, alteram) ; cobla (de capulam) ; lledesme (à côté de 
légitima) ; cincagesma (de quinquagesimam) ; deute (de debitum) ; 
bisbe (de episcopum | ; naixença, cridadiça, pobresa ; 

et tous les féminins en ça ou sa, venant du latin en Ham ; les ver- 
bes dérivés de la 3° conjugaison latine légère : 

coure, ploure, roure, raure, caure, traure, qucrre, mètre, retre, 
cabre, torçre, etc. 

et même, par assimilation, quoique provenant de la 2' conjugaison 
latine timere : 

jaure, veure, seure, valdre, moure, dolre, etc. 
Le trochée s'est même fondu en une syllabe : 



rebuig 


pour 


repùdi 


lladruny 


à côté 


de 


lladronici 


exill 




ecsili 


condu 


yt 






conducte 


homey 




homicidi 


regeu 








rigit 


hoy 


— 


odi 


nedeu 




— 




nitit 


escarafall 


— 


escrûpol 


fret 








frigit 



Le dactyle même n'a formé qu'une syllabe dans dir, dur, avu^, 
dicere, ducere, hodie. 

Les mots savants n'ont pas résisté parfois à cette tendance 
contractive tels calorifre, caloplre ; calorifère, calôptere. 

La syntaxe française apparaît : 



— 9 — 

j' Dans l'emploi de l'auxiliaire ser : m'eri pagaf (sens actif) ou 
de l'imparfait de l'indicatif : corn si ténia aies, pour tingués. 

2. Dans la place donnée, avant le verbe, aux pronoms com- 
pléments : 

vinc d'ho fer au lieu de vinc de ferho ou ho vinc de fer 

per se l'en dur — per dur se len 

Formes espagnoles. — Ls roussillonnais a conservé beaucoup 
de mots espagnols et a même formé des mots hybrides à termi- 
naison espagnole ; la liste en est longue ; citons : 

apuro fonso nyanyo, nafra 

berro, verrat furro pallago 

h\xo, canard, par onomatopée ganxo payo 

burro guapo toro 

butjo, mamelon gayo. louche tonto 

candeiero lloro, idiot, arsouille totxo 

casco marso (ser à) tronxo 

CUrandero matXO vano, éventail (Je Havane) 

duro moro xupapo, soumet 

farro, plat de mats pilé mostatxo, gifle 

fondo murro 

Les Catalans intransigeants proscrivent systématiquement ces 
mots en o ivoir le Dictionnaire de Bulbena). 

Le roussillonnais a déplacé même parfois l'accent tonique vers 
la gauche, pour obtenir une terminaison espagnole : 

porro pour porrô repunxo pour repunxô 

Formes languedociennes ou provençales. — L'inBuence des dia- 
lectes du Midi est à noter. 

r Le pronom jo est employé comme complément, ainsi que le 
iu languedocien et le teu provençal : de jo, per Jo, ambe jo, ane jo, 
etc. Il était d'ailleurs assez logique de ne pas faire décliner yo. 
puisque lu est invariable. Cependant on dit encore : pobre de mi ! 

2° Beaucoup de mots de ces dialectes ont cours en Roussillon : 

0, oui démet de, parmi 

belteu, peut-être peirer, maçon 

mussenye veire, verre 

pastre aibre, arbre 

Les substantifs en aire que le catalan termine aussi en ador. 

3° La terminaison // catalane est remplacée par / ; bel, cameL 

(M suivre) - Paul Bergue. 



^^ÙrL^Ù9Ù9L^L^ML7LoL^ 



La Race 



(>) 



Nier la valeur du concept de race, nier la race, ce fut le jeu de 
quelques intellectuels dont le positivisme voyait sans doute là un 
des nombreux méfaits de l'esprit de métaphysique. A les en croire 
donc, rien ne correspondait scientifiquement à ce concept, et la 
réalité des choses ne permettait pas d'établir les distinctions 
d'humanité sur lesquelles on fait, d'après eux, reposer tant de 
vaines théories ! La race, disaient-ils, le génie de la race, l'âme 
de la race, autant de mots dénués de signification. 

Rien de plus élastique, il est vrai, que ce mot de « race » : on 
dit, en effet, couramment la race jaune et la race blanche, puis les 
races latines et les races germaniques, enfin la race normande ou 
la race gasconne, etc. Ce mot embrasse plus ou moins d'humanité, 
au gré de celui qui l'emploie ; et nous comprenons qu'à ce point 
de vue il puisse éveiller un peu la méfiance. Mais nous savons 
tous ce que nous voulons dire quand nous nous en servons ; il 
offre chaque fois pour nous un sens très précis et répond à une 
volonté de détermination et de différenciation aussi nette que lors- 
que nous nommons, par exemple, les diverses catégories de pier- 
res, d'arbres et d'animaux. Lorsque nous disons toujours « race », 
peut-être faudrait-il dire tantôt espèce, tantôt genre, ici famille, là 
ordre, ailleurs classe. Mais peu importe, puisque nous nous enten- 
dons. La question est seulement de savoir si dans la réalité quel- 
que chose correspond à ce terme, c'est-à-dire donc si l'on n'est 
pas victime d'un mot. 

Nous affirmons, pour notre part, l'existence de la race avec des 
caractères bien marqués. Et nous n'y apportons cependant aucun 
mysticisme : nous ne croyons pas à l'existence en soi d'une force 
invisible qui, se manifestant par sa fécondité, demeure inaltérable 
dans la succession. La race est pour nous quelque chose de rela- 

fi) Ces pages sont extraites d'un nouvel ouvrage que M. Jean Amade 
va publier prochainement sous le titre de Vidée régtonaïiste. 



— Il — 

tif. Il y a d'abord le sang, parce qu'il y a les ancêtres, sans les- 
quels la race ne serait pas : cela est de toute évidence. Mais, si 
le sang transmis par les ancêtres assure la survivance et main- 
tient pendant quelque temps le type primitif, il ne réussirait pas, 
malgré son pouvoir, à empêcher ou ralentir par lui seul les dévia- 
tions postérieures. 11 y faut une collaboration. 

Et cette collaboration, nous la trouvons en dehors de la race 
elle-même : c'est l'horizon où elle se meut, le décor où elle s'ins- 
talla pour persévérer dans l'être et se garder contre le destin. On 
peut donc dire que le milieu crée à chaque instant la race, lui 
imprimant son caractère et lui conservant sa personnalité : la race 
trouve dans la terre le moule naturel où son type se fixe et se 
perpétue ; c'est là aussi que son génie s'inspire, là que son âme 
s'alimente et que sa vie s'enrichit. Changez le sol, vous change- 
riez à la longue la race ; car l'élément le plus simple de la nature 
physique a sa part et fait son oeuvre dans cette lente mais sûre 
élaboration. 

On pourra penser ce qu'on voudra de la valeur du concept de 
race, mais rien par exemple n'est aussi différent des hommes qui 
occupent la Bretagne que ceux qui occupent la Provence. Sans 
doute, le point de départ n'est pas le même pour les uns et pour 
les autres ; une distance énorme sépare le passé breton du passé 
provençal. Mais c'est plus encore que leur origine et leur his- 
toire, les sillons et les rivages où ces races ont vécu et prospéré, 
l'aspect du ciel et des montagnes, toute la nature enfin où elles 
se sont développées, où se modela leur langage, où germa aussi 
leur idéal ; c'est la terre bretonne et la terre provençale qui furent 
vraiment génératrices de ces corps et de ces pensées. 

Car il ne faudrait pas croire que la personnalité de la race se 
borne à quelques caractères physiques apparents et bien définis : 
elle va plus profondément encore ; elle pénètre jusqu'à l'être 
intime, et trouve peut-être là ses forces les plus vives et les plus 
riches. Ce n'est pas en vain qu'on dit « l'âme » ou a le génie » 
de la race. Il y a des manières de sentir et de penser qui sont 
propres à une race, par quoi cette race peut se définir ; car elle 
envisage la vie sous un angle qui est le sien, elle a sa philosophie 
et sa morale comme elle a son idéal, et elle a ses traditions 
comme elle a ses légendes et ses proverbes. Dans sa langue elle- 



1 2 



même s'exprime cette personnalité profonde, comme vient s'y 
exprimer à son tour le paysage où elle est enclose : car la langue, 
c'est la race, si la race c'est la terre. 



>> •> ♦!♦ 



11 y a ainsi deux affirmations inséparables l'une de l'autre dans 
le concept de race : celle de la race elle-même et celle du milieu 
naturel. Quand nous nommons celle-là, il nous est impossible de 
ne point évoquer celui-ci. "Voilà pourquoi il paraît indispensable 
que ce concept de race intervienne dans l'établissement des gran- 
des régions pour une nouvelle division administrative. "Vouloir ne 
tenir aucun compte des différences signalées, c'est faire preuve 
d'un matérialisme sociologique singulièrement étroit et même 
contradictoire ; car, tout en prétendant n'accorder sa confiance 
qu'à des faits et arriver ainsi à un mécanisme où tout s'enchaîne 
logiquement, où tout s'explique par des causes plutôt extérieures 
qu'individuelles, on se refuse cependant à reconnaître un fait qui, 
pour ressortir en partie au monde psychique et moral, n'en est 
pas moins un fait comme les autres. 

Les distinctions de race deviennent beaucoup plus difficiles, 
nous le reconnaissons volontiers, quand il s'agit par exemple (et 
telle est justement la grande difficulté de la division régionale) de 
régions voisines les unes des autres comme la Provence et le 
Languedoc, dont on peut dire que les races sont sœurs, à moins 
qu'elles ne représentent deux variétés d'une même race, ces pays 
n'offrant pas d'ailleurs au point de vue du sol et du climat des 
différences essentielles. Et cependant il en existe assez, non seu- 
lement dans la culture de la terre ou les formes de l'activité 
sociale, mais encore dans les types et dans la langue, pour qu'une 
confusion ne soit guère possible. Tout au plus peut-on hési- 
ter pour savoir où se placent exactement les limites, puisqu'il n'y 
a pas à proprement parler de séparation distincte, mais des dégra- 
dations successives qui constituent comme une zone intermédiaire. 



♦I» ♦> ♦> 



Cependant, nous objecteront ceux qui consentent à discuter; 
que deviennent actuellement ces « races » dont vous affirmez la 
vie et le caractère propre ? Quel avenir leur est réservé avec 
toutes les inventions qui bouleversent la face du monde ? Ne vous 



I 



— i3 — 

paraît-il pas, en effet, que des forces nouvelles et chaque jour plus 
redoutables, se ruent à l'assaut des individualités ethniques, au 
point qu il nous est désormais possible d'en affirmer le triomphe 
très prochain ? Le temps et l'espace, si favorables autrefois, véri- 
tables barrières où venait comme se briser l'effort des puissances 
ennemies, ne sont-ils pas brisés à leur tour par tout ce qui réalise 
aujourd'hui avec tant de succès la vitesse du transport et le rap- 
prochement des distances ? 11 n'y a plus de temps et d'espace 
pour l'homme : ne voyez-vous donc point que nous allons d'une 
course rapide vers l'unification et l'uniformité ? 

Qu'on nous permette de répondre que de telles prédictions 
sont loin de nous épouvanter. Nous aurions nous-mêmes bien des 
objections à faire, car ces arguments nous paraissent un peu 
hâtifs. 

La première, c'est que, juste au moment où semble s'être engagé 
ce formidable combat dont on nous parle et dont on se plaît à 
nous prédire 1 issue, on constate en Europe, et même dans le 
monde entier, un réveil de l'esprit de race. Nous ne parlons pas 
seulement des races opprimées par un vainqueur sans scrupule, 
dont le joug apparaît de moins en moins supportable. Mais l'idée 
de prospérité s'attachant de plus en plus à celle d'effort dans le 
groupement, comme celle de lutte méthodique à l'idée de conquête 
du plus grand nombre d'avantages matériels, les races rivales 
utilisent à leur profit avec de plus en plus d'habileté, dans leur 
souci de s assurer une suprématie dans le monde, tout ce que la 
science met à la disposition de l'homme pour réduire l'espace et 
raccourcir le temps. 

Ces mêmes éléments destructeurs dont on nous menaçait tout 
à l'heure travaillent donc plutôt pour la race, ou du moins entrent 
de plus en plus dans l'organisation de sa puissance actuelle et la 
préparation de son avenir. Et cet avenir nous montrera justement 
quelles sont celles qui, prenant ou gardant le mieux conscience 
d'elles-mêmes, auront su les mettre à profit avec le plus d'intelli- 
gence, de souplesse et de logique. 

D'ailleurs, et c'est la seconde ou la troisième objection que 
nous voudrions formuler, il est une chose qui ne changera point, 
quoi que les hommes fassent, c'est le climat, c'est le milieu naturel 
avec tout ce qu'il comporte ou tout ce qui s'y rattache. Si l'on 
peut modifier dans une certaine mesure 1 aspect d'un paysage, ne 



— 14 — 

détruire toute la beauté, ou à la rigueur le détruire lui- 
même, pour des fins dites pratiques par exemple, on ne pourra 
pas modifier sensiblement l'atmosphère, la température, le carac- 
tère fondamental du terrain ou de la végétation. Et, comme il y 
aura toujours pour la plus grande partie des hommes des raisons 
trop impérieuses de ne pas déplacer et risquer leur fortune, qu'on 
le veuille ou non les mêmes causes continueront à produire les 
mêmes effets. Dans le cas où les nécessités de la vie les éloigne- 
raient de la terre d'origine, la rapidité des communications ne 
pourra que faciliter et multiplier leurs contacts avec elle. 

Nous disons plus : en supposant que toutes les coutumes locales, 
toutes les traditions, tous les parlers provinciaux disparaissent 
successivement pour je ne sais quel amalgame sans nom, qui sera 
aussi sans caractère, — et nous nous refusons à croire à cette 
barbarie qu'on nous propose d'avance comme le comble de la 
civilisation, — il restera toujours, avec des chances de survivre et 
de se prolonger indéfiniment, le type irréductible aux racines sûres 
et fermes, lequel, nous l'avons déjà dit, n'est pas seulement 
extérieur. Car, malgré les mélanges, devenus plus fréquents grâce 
aux communications plus faciles, les races qui portaient en elles 
des caractères fortement accusés ne les ont pas vus s'affaiblir 
dans de bien grandes proportions. Elles ont même assimilé sans 
trop de peine l'apport étranger et résisté victorieusement à l'in- 
vasion : c'est qu'en dépit des apparences et des jugements 
présomptueux leur intégrité trouve un encouragement et un appui, 
nous le répétons volontiers en terminant, dans l'action constante 
de la terre. Jean Amade. 

Le félibre majorai Baquié-Fonade 

]] nous est parvenu la douloureuse nouvelle de la mort du 
félibre majorai toulousain Baquié-Fonade. 

C'était un enthousiaste de la cause félibréenne ; lors des fêtes 
roussillonnaises de la Santo-Estello, il passa plusieurs jours à 
Perpignan, et y amena tout un groupe de félibres ; nous n'avons 
pas oublié sa bonne humeur et son entrain. Un discours en 
langue d'Oc fut prononcé à ses obsèques. L. P. 



Don Père d*Alcantara Penya 

Le 3i décembre dernier, une fête catalaniste a eu lieu à Palma- 
de-Mallorca (îles Baléares) : on a placé dans la' salle municipale 
des « Fills illustres de Mallorca » le portrait du poète populaire 
Père Penya, mort il y a quelques années. 

Parmi ses oeuvres figure un volume, Mosaïco, ayant trait aux 
fêtes de toute l'année : Cap d'any, El dissapte dels reys, El 
porch de sant Antoni, La revetla de sant Sebastia, El dijous 
llarder. Un sermô de corema, La jaya serrada, La fira del Ram, 
La processé de las caperutxes, Divendres sant, La tersa de 
Pasco, La processé del Corpus, El dta de sant Juan, El bail de 
la festa de carré, La diada de sant Bernât, La festa dels Morts, 
La fira de sant Tomas, El tihô de Nadal, La colcada. N'avons- 
nous pas eu aussi, en Roussillon, de pareilles fêtes? 

Pera Penya en a fait des récits poétiques, tantôt descriptifs, 
tantôt humoristiques, qu'on lit avec plaisir, tels Lo sermô de corema. 

La J^evue Catalane s'associe à l'hommage rendu à la mémoire 
du poète populaire de Mallorca. J. D. 

Un Sermo de Corema 

Tots els divendres de Mars 

en la Seu fan bon sermô. 

Molts hey van à escoltarlo, 

mes : quants de sermô estân farts ? 

Predicau, predicadô, 

els mes que à sentirvos venen 

ni eus escoltan, ni eus entenen, 

El predjcar ja es de mes, 

Que els sermons qu'avuy s'atenen 

Son Ltiures, sous y dîners. 

Deys que '1 mon esta perdut, 
que el comers camina tort, 
que el bon tracto ja s'es mort, 
que el Codich es un embut. 



Fraret, no crjdeu tant fort 
que tendreu escanyadura. 
Teniu pcr cosa segura 
qu'en materia d'interés, 
la bona que mes sura 
es Lliures, sous y dîners. 

Deys que visquem com à pobres, 
que cuydem de ben obrar, 
que Deu récompensera 
ses nostres virtuoses obres. 

Fraret, bé podeu cridar. 
La carjtat ja es ofensa ; 
ja no hi val la prometensa 
del Cel. Els modems obrers 
No volen mes recompensa 
Que Lliures, sous y dîners. 

La amistat, avuy tan rara 
que abundava antigament, 
ja no's troba facilment 
ni per un uy de la cara. 

Avuy reyna una altra gent 
que du molta d'esponera, 
y l'amistat vertadera 
la té en la llengua, y no mes. 
La amistat que mes prospéra 
es hlîures, sous y dîners. 




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^'yf^ (a^oJ 







Pages Choisies 



p. Corominas. — La Vida Austcra 

Liv. 1 — Les Albes de la Vjda. — Chap. V. (L'Avenç : 1908). 

Quan el meu amie P... era petit e tornava a casa en sortint 
d'estudi, corria a trobar ai pare i a la mare, y amb humil i senzill 
respecte Is besava la ma dreta : d'aquesta acciô commovedora en 
catalâ en diem Vamhial. He sentit a dir que a l'illa de Mallorca 
els fils, quan es fan homes, mai tornen del treball de cada dia 
sensé fer humiiment el dolç acato de Vamislat an els seus pares. 

... Jo era gran i mai li havia fet altres petons que aquets a la 
mcva mare... Al meu pare no vaig gosar a fernhi mai en vida de 
petons, i no mes ara, quan va morirse, vaig entrar tôt sol a la 
seva cambra a besarli per primera i darrera volta la pell erta i 
glassada del seu front. 

... A Catalunya, y encara mes en el temps vell, l'amor filial 
prenia un aire d'humiltat i respecte. El fill donava al pare o a la 
mare 1 tractament de vos o voste, no per senyoriu, sinô per con- 
sideraciô de una amorosa autoritat que regia la casa del rie i la 
del pobre. El manament mes senzill, com ara 1 demanar el pa a 
taula, era sempre acompanyat del vénérable si us plau. Encara 
men recordo que al meu carrer les veïnes trobaven exotic i exces- 
sivement carinyos que Is fills diguessin papa i marna en comptes 
de pare i mare. Les caricies que podien portar una significaciô 
igualitaria, com ara Is petons a la cara o a la boca, no solien ferles 
els fills an els seus pares. Anem a dir que per vells catalans 
aixô dels petons, que avui tant es prodiguen a les criatures, i els 
que s fan per saludarse les dones, com els petons en gênerai, 
eren considerats unes vegades com una incontinencia del digne 
afecte paternal, i lo mes sovint com una porca manifestaciô de 
l'hipocresia humana. 

Mes hi ha altres pobles, com el frances i el castellà, aont l'amor 
filial pren J'aire d'intima i plana companya. Al pare i a la mare 



— j8 — 

sels tracta de tu, l'humil acciô de Vamistaf hi es poc conepuda, i 
els fiUs besen les galtes i fins la boca dels seus pares. 

No cal dir que l'amor entre Is pares i els fils tant pot manifes- 
tarse amb la respectuosa amistal com amb el bés que s fa a les 
galtes o a la boca. Els pares catalans estimen tant als fills com els 
de qualsevol altra terra aont no pugi la familia amb un ambent 
sentimental tant aristocratie, i perxo no trobo cap raô per alterar 
les nostres velles costums i apendre manyagueries que no diuen 
amb el nostre caracter. Ni hem de fer prosselits en els altres 
pobles, a qui ofendria 1 glaç de la nostra rudesa, ni hem de per- 
dre aqueixa digna austeritat de les nostres relacions filials, que 
tant suaument dobleguen l'individualitat indomita del catalâ al jou 
d'altres yérarquies no tant estimades com aquesta. 

A dintre d'aqueixa tonica nacional, tant dificil de rompre brus- 
cament si no s vol caure en el perill de passar per extravagant 
o bûtxara, a cada familia hi sol haver una llei propria pels petons, 
per les lloances i per tota mena de caricies. Un amie meu del 
Empordâ havia ensenyat al seu fiU a pegar un cop de puny à la 
cara que se li acostava per fer li un petô... 

Primera Pcna 

A n'hont vas hermosa nineta ? 
Es tard y jo te veig inquiéta ; 
Qu'espéras, l'ayre pensatiu, 
Bonica nineta a J'uU viu ? 
Que fas cap a la font, minyona? 
Ton poal es plé ja fa 'n' estona, 
L'auceJ] ha tornat dins son niu, 
Bonica nineta a l'ull viu. 

Aqui hont ets, altra vegada, 
Al bras de ton promés lligada 



— «9 — 

T'hé vist, las dolças nits d'istiu, 
Bonica nineta a l'ull viu. 
Jo se lo que fa ta trjstessa, 
Ton jove ha trahit sa promessa 
Y de ton amor ell s'en riu, 
Bonica nineta a l'uU viu. 

Fins are sens cap malfiança, 
Ai cor ets guardat l'esperança, 
L'amor de confiança viu, 
Bonica nineta a l'ull viu. 
L'amor es cosa que vos crida, 
Que desprès se torna mentida ; 
N'hom creu, n'hom estima, y patiu, 
Bonica nineta a l'ull viu. 

T'en vas apolit a caseta, 
La lluna s'amaga discreta, 
Fa nits y no s'ou pas cap piu, 
Bonica nineta a l'ull viu. 
Axuga dins la nit serena 
Lo plor de ta primera pena 
Dins ton ull negat de l'adiu, 
Bonica nineta a l'ull viu. 
(Millâs) V. Peix. 



Extrait de mil y un pensaments 

Si la vida es una comedia, los cômichs son cômichs duas 
vegadas. 

Los cegos troban totas las donas guapas ; ios tontos troban 
totas las ideas bonas. 



La Langue Catalane 

et son uHlité pédagogique 



^^aO 



(Suite) 



3'-' LEÇON — Bernai d'Oms 



En 1474, une armée française vint s'établir entre le Vernet et Perpignan, 
s'étendit ensuite dans la Salanque, puis jusqu'à Elne qui fut prise (5 décem- 
bre (1474). Bernât d'Oms, défenseur de cette place, fut arrêté, conduit au 
château de Perpignan et décapité pour avoir fomenté l'insurrection après sa 
prestation de serment de fidélité au roi de France (d'après Pierre Vidal, 
fiistoire de la Vilte de Perpignan). 

Le poète fait parler Bernât d'Oms : 

Au ! fadrins catalans, cordauvos l'espardenya ; 

Tu, segador, deixa ton blat. 
Del cim de Madaloch un foch roig nos ensenya 
Que lo Francès, â nit, darrera una alta penya, 

Lo traydor ! s'es ell amagat. 

Guerra 6 esclavitut ! — nos diu eixa nissaga. 

Minyons ! ancm ! lo ferro al puny ! 
Que cada colp, per ells, sia una mortal plaga ; 
Que cayga l'enemich com eau sota la daga 

L'espiga en los primers de juny ! 

Y que fem de sembrar la terra abondadosa, 

Si l'estranger, al cap d'un poch, 
Repînya 'Is nostres fruits ab sa ma temerosa ? 
Primer que 'Is camps daurats ell trepitjar ne gosa 

Llamp de llamp ! hi calarem foch. 

Del crue) esparver en les ungles urpida, 

La ciutat d'Elna es dins l'esglay. 
Homes valents, ohiu la pâtria que vos crida, 
La pàtria que badalla y que 's veu escarnida? 

Elna morir ! no ho sera may ! 



I 



21 



Quants son ? y que us fa ! Prou desprès la batalla, 

L'escorbàs y los Dops cervès 
Ja sabrân los comptar ! Apa ! gafeu la dalla ! 
Estassem y matem, ardits en la baralla ; 

Y si sem pochs, ja serem mes ! 

J. BoNAFONT, Jlys. 



Explication du Texte 

Par ces strophes enflammées qui constituent un admirable cri 
de guerre contre l'envahisseur, le poète semble avoir voulu mon- 
trer au lecteur l'énergie incomparable de la langue catalane. Et il 
y a pleinement réussi. Il est impossible de ne pas se sentir 
ému à cette lecture. 

Bernât d'Oms annonce l'arrivée des Français devant Elne et 
conseille la résistance à outrance : « Plutôt que de leur laisser 
piétiner nos moissons, dit-il, nous y mettrons le feu ! Hommes 
vaillants ! la patrie vous appelle aux armes ! Elne ne peut pas 
mourir!... Vous voulez savoir si nos ennemis sont nombreux? 
Que vous importe ! Les corbeaux sauront bien les compter après 
la bataille. » 

Vocabulaire 



au! interjection qui signifie Debout! 

fadrins, garçons, jeunes gens 

cordauvos, lacez (vous) 

espardenya, espadrille 

segador, moissonneur 

JHadaloch, pic des Albères 

ensenyar, annoncer 

penya, rocher 

traydor, traître 

esclaviîul, esclavage 

nissaga, race 

puny, poing 

morlal plaga, plaie mortelle 

c[ue cayga, qu'il tombe 

daga. dague ; ici mis pour faucille 

espiga, epi 

los primers dejuny, les premiers Jours) 

de juin 
sembrar, semer 
abondadosa, abondante 
repinya, ravit 



temerosa, téméraire. On dit plutôt 

temeraria 
trepitjar, piétiner 
gosa, ose 
hi calarem foch, nous y mettrons le 

feu. 
esparver, épervier 
en les ungles urpida, en proie aux 

griffes (serres) de l'épervier 
esglay, effroi, épouvante 
badalla, bâille; ici : pousse le dernier 

soupir 
escarnida, bafouée 
escorbas ou corbas, corb, corbeau 
los llops cervers, les loups-cerviers 
gafeu, pour a gafeu, prenez 
estassem du verbe estassar, tailler au 

ras du sol. Ici on peut traduire 

par : renversons. 
matem, tuons 
baralla, querelle, dispute, lutte 



— 2i — 

Exercices 

Traduction française du texte. — Rechercher l'exacte propriété 
des termes afin de conserver à la traduction le ton violent du 
texte. Voir les conseils contenus dans la i" leçon. 

Composition catalane. — Résumer le texte en catalan et le plus 
brièvement possible. 

Composition française. — Faire la traduction libre du texte en 
suivant simplement le plan adopté par Tauteur. 

Conjugaison bilingue. — Verbe sembrar et verbe semer au futur 
simple. Conjuguer sur ce modèle le verbe Irepitjar et piétiner. 

Indicatif Futur 

Yerbe sembrar Verbe semer 

sembrarè je sèmerai 

sembraras tu sèmeras 

sembrarâ il sèmera 

sembrarem nous sèmerons 

sembrareu vous sèmerez 

sembraran ils sèmeront 

Notes grammaticales 

L'accent tonique. — 11 y a deux sortes de syllabes : les sylla- 
bes toniques ou accentuées et les syllabes atones ou muettes. La 
syllabe tonique est celle sur laquelle tombe l'accent tonique. En 
français, elle est toujours la dernière, sauf quand le mot est ter- 
miné par un e muet. En catalan, l'accent tonique tombe tantôt sur 
la dernière syllabe du mot, tantôt sur la pénultième, tantôt sur 
l'antépénultième. 

Quand la dernière syllabe est tonique, le mot est aigu. 

Ex. : fzdrins, cztnîans, scgador, Mada/oc^ sont des mots aigus. 

Quand la pénultième est tonique, le mot est grave. 

Ex. : espar^enya, nissagn, temerosa sont des mots graves. 

Quand l'antépénultième est tonique le mot est esdruxol. 
Ex. : miisica, època, /a'brica, a'iiga sont des mots esdruxols. 

Le texte ne contient aucun mot esdruxol. 

La syllabe tonique d'un nom ou d'un adjectif est toujours la 
même quand le mot change de genre ou de nombre. Ainsi pa^^ès 



— 23 — 

(paysan) nom aigu, devient nom grave en passant au féminin : 
pa^esa et au pluriel des deux genres : pao^esos, pa^^^eses. 

De même les adjectifs graves, comme zsplènd'id (splendide) 
deviennent adjectifs esdruxols en passant au féminin : esp/endida, 
es/j/endides, mais restent graves au masculin pluriel : csplend'ids. 

4-^ LEÇON — Fam y Sanch (1475) 

André Bosch raconte que les Français firent un jour prisonnier le fils de 
Jean Blanca, pren\ier consul de Perpignan, et qu'ils décidèrent de profiter de 
leur capture pour obtenir la reddition de la place. Ils firent savoir à Blanca 
que s'il ne leur ouvrait pas les portes de la ville, ils tueraient son fils sous ses 
yeux. Le consul répondit qu'il n'en ferait rien, car l'amour pour son fils ne 
devait pas lui faire oublier ses devoirs envers la patrie. Sur l'heure, le mal- 
heureux prisonnier fut étranglé. 

11 est difficile d'ajouter foi à cet épisode du siège de Perpignan, quelque 
beau qu'il soit, car Bosch ne donne aucune preuve de son assertion. Ce qui 
est certain, c'est que le fils de Jean Blanca fut exécuté le i3 décembre 1474 
au château de Perpignan avec Bernard d'Oms. ( D'après Pierre Vidal, Histoire 
de la Ville de "Perpignan) . 

La nit, en Perpinyâ, negra ja s'ajocava. 
Quai lo sospjr d'un mort, la caveca jitava 

Son crit esglayador ; 
Ays, gemechs, clams de dol saJlen de cada casa ; 
A la Llotja de Mar, sols una groga brasa 

Ne trenca la foscor. 



Aganyits per la fam, roblegada i'esquena, 

Los homes pels carrers, com fantasmes en pena, 

Ab desvari se'n van ; 
O be, desacorats, aciucant Dur parpella. 
En un recô de llar, al peu d'una capella. 

Sensé eyma se estân. 

Escampada pels camps, defora se desplega 
L'Armada de) Francès, que torna cercar brega 
A n'als ferms sitiats. 



— 24 — 
Ixen los catalans, y al plâ de Malloles, 
Estassen l'enemich, com fa en les ayroles 
Lo follet pels sembrats. 

« Guerra als Franchs ! Perpinyâ prou sera la resclosa 
Hont vindrân s'esgrunar llur odi rabiosa, 

Llur set de'ns destruhir. 
Primer la mort antes que sota la bandera, 
Sota '1 penô malvat d'eixa rassa estrangera 

Tinguem de 'ns colltorcir 1 » 
(A suivre) J. Bonafont, y^ys. 

Explication du Texte 

Après avoir fait la description de Perpignan pendant une nuit 
de cette année terrible où la guerre, la peste et la famine déci- 
maient la population, après nous avoir montré les habitants, affa- 
més et découragés, parcourant les rues, semblables à des spectres, 
puis combattant contre les Français dans les environs de Malloles, 
le poète met dans la bouche des défenseurs de Perpignan des 
paroles patriotiques admirables qu'on peut résumer ainsi : « Plu- 
tôt mourir que se soumettre ! » 

Vocabulaire 



s'ajocava, tombait, s'étendait 

quai, mis pour lai, tel 

caveca, chouette 

esglayador, effrayant 

ays, soupirs 

gemechs, gémissements 

clams de dol, clameurs lugubres, cris 

funèbres 
Llolja de mar. Loge de mer 
groga brasa, braise jaune 
trenca, cou^e. Ici : interrompt, rompt, 

empêche, fait cesser. 
foscor, obscurité, ténèbres 
aganyits, anémiés, épuisés 
roblegada l'esquena, l'échiné courbée 
fantasmes, fantômes, spectres 
desvari, délire, malaise, égarement 
desacorats, découragés 
aclucant, fermant 



ayroles, aires 

follet, maladie du blé 

sembrats, les grains semés 

resclosa, écluse. Ici : digue 

s'esgrunar, s'émietter. Ici : se briser 

odi, haine 

rabiosa, rageuse, furieuse 

antes que, avant que 

bandera, drapeau 

pend, pennon, étendard 

malvat, scélérat 

colltorcir, courber la tête 

parpella, paupière 

recô de llar, coin du foyer 

sensé eyma, inconscient 

cercar brega, chercher querelle 

sitiats, assiégés 

ixen los Catalans, les Catalans sortent 

estassen, renversent, abattent 



— 25 — 

Exercices 

Traduction française du texte. — Quelques mots et quelques ex- 
pressions étant assez difficiles à traduire, on devra redoubler 
d'attention. 

Composition catalane. — Résumer le texte en catalan, et intro- 
duire, si possible, dans ce résumé quelques jolies expressions 
catalanes. 

Composition française. — Rédiger le plus lugubrement possible 
les idées contenues dans les deux premières strophes et en faire 
un sujet de description que l'on intitulera : Une nuit de siège à 
Perpignan en 1475 

Conjugaison bilingue. — Verbe Irencar et verbe couper au con- 
ditionnel présent. Conjuguer sur ce modèle jitar et jeter. 

Conditionnel Présent 

Verbe irencar Verbe couper 

trencaria ( 1 j je couperais 

trencaries . tu couperais 

trencaria ' il couperait 

trencariem nous couperions 

trencarieu vous couperiez 

trencarien ils couperaient 

Notes grammaticales 

La contraction de l'article. — La contraction de l'article a lieu, 
comme en français : 

1° Au masculin singulier : 
du (contraction de de le) correspond à del contraction de de 16) ; 

Ex. : l'armada del Francès. 
au (contraction de à le) correspond à al (contraction de d lo) ; 

Ex. : al plâ de Mallolles ; al peu d'una capella. 

1° Au masculin pluriel : 
des (contraction de de les) correspond à dels (contraction de de los); 

Ex. : lo follet dels sembrats. 
aux (contraction de à les) correspond à als (contraction de d los) ; 
Ex. : Guerra als Franchs ; als ferms sitiats. 
Au féminin singulier, il n'y a contraction ni en français ni en 
catalan : 

(1) En Roussillon on dit aussi : trencarii. 



•— 26 — 

de la, à îj, se traduisent en catalan par de la, à la ; 

Ex. : lo crit esglayador de la caveca ; à la Llotja de mar. 
le cri effrayant de la chouette ; à la Loge de mer. 

Au féminin pluriel, il n'y a contraction qu'en français : 
des (contraction de de les) correspond à de les qui ne se contracte 

pas; . 

Ex. : los clams de dol sallen de les cases. 

les clameurs funèbres partent des maisons. 

aux (contraction de à les) correspond à d les qui ne se contracte 

pas; 

Ex. : lo blat es â les ayroles. 
le blé est aux aires. 

On trouve là l'explication de cette faute si commune chez les 
jeunes Roussillonnais : les fenêtres de les maisons ; les robes de les 
femmes. 

Ce qu'on ne s'explique guère, c'est que la même faute soit 

commise lorsqu'il s'agit d'articles qui se contractent en catalan. 

Ex. : le blé de le moulin, lo blat del moli. 
donner à le pauvre, donar al pobre. 
les livres de les enfants, los llibres dels nins. 
donner à les pauvres, donar ah pobres. 

11 faut croire que la lettre finale /, sonnant fort dans la con- 
traction catalane est la cause de cette incorrection. 

La contraction de l'article avec per donne lieu à une autre con- 
fusion toute naturelle: par et pour étant, l'un et l'autre, la traduc- 
tion de per, il n'est pas surprenant d'entendre un enfant dire ceci : 

Je passe pour le chemin (pel cami), 
au lieu de : Je passe par le chemin (pel cami). 

Cet emploi incorrect de pour le au lieu de par le est très fré- 
quent. Nous avons rarement entendu, au contraire, par le au lieu 
de pour le. Les enfants disent fort, bien : Ceci est fait pour le 
père (aixo es fet pel pare) et non : Ceci est fait par le père (aixô 
es fet pel pare). 

Cela tient peut-être à ce que le mot pour est l'un des plus inté- 
ressants du vocabulaire enfantin. C'est, en effet, le mot qui revient 
inévitablement à chaque distribution : Ce gros gâteau sera-t-il 
pour moi ou pour lui ? Question angoissante où pour est comme le 
premier mot d'une énigme dont le petit égoïste ne saura que plus 
tard l'explication ! 

(A suivre) Louis Pastre. 






HISTOIRE LOCALE 

Gabriel de LLUPIA 

Procureur royal 

Lieutenant-général de T^oussillon , Cerdagne et Jlmpourdan 

Commandant du Château majeur de Perpignan 

Gabriel de Llupia était le fils aîné de Louis de Llupia, 
procureur royal de Roussillon et de Yolande de Saragosse. 
11 embrassa, encore jeune, la carrière des armes. Son grand- 
père maternel, Bernard Xanxo avait été le riche armateur 
perpignanais dont les navires marchands avaient longtemps 
sillonné les eaux de la Méditerranée, sur le déclin du xv^ 
siècle. Après avoir acquis une fortune considérable, Bernard 
Xanxo avait fait bâtir, vers iSio, l'élégant hôtel en style 
gothique que l'on admire encore dans la rue de la Main de 
fer. L'oncle paternel de Gabriel de Llupia, Thomas de Llupia, 
fut abbé commendataire de Saint-Pierre de Rodes, alcayd 
du château de Salses et possesseur de la fameuse gdMxzLupia- 
na, qiîe montaient quatre-vingt quatre esclaves ou forçats. En 
iSjS, Gabriel de Llupia s'enrôla dans la flotte de don Juan 
d'Autriche qui mouillait dans les eaux de la Méditerranée 
et passa en Italie. Gabriel de Llupia demeura trois ans sous 
les ordres du vainqueur de Lépante. Le 5 février i 58o, son 
oncle, l'abbé Thomas de Llupia, vint à décéder. Gabriel de 
Llupia prit alors le commandement de la galère Lupiana. 
Durant l'hiver de i58i, il s'embarqua sur le galéon San- 
Phelipe et servit sous les ordres du capitaine-général Alvaro 
de Basan, marquis de Santa-Cruz. 11 prit une part active 
aux expéditions entreprises par Philippe 11 successivement 
contre le Portugal et contre la France. Gabriel de Llupia 
fut le premier de la flotte espagnole qui mit pied à terre 



— 28 — 

pour monter à l'assaut des fortifications et des retranche- 
ments de l'ennemi. Son père, Louis de Llupia, procureur 
royal de Roussillon et de Cerdagne, étant mort en 1589, le 
roi d'Espagne lui offrit la succession à cette charge. Gabriel 
de Llupia se dessaisit alors de la galère Lupiana en faveur de 
la couronne. Pour l'indemniser, Philippe 111, lui fit cession, 
le i3 mars 1606, de la seigneurie de Conat, des revenus de 
Prats-de-Mollo et des scrivanies de la viguerie du Roussil- 
lon et Vallespir, ainsi que de celles du bailli de Perpignan. 
Le souverain lui accorda un délai de douze ans pour solder 
au trésor les arrérages dûs par son père ; les premiers mem- 
bres de la noblesse catalane, Balthazar d'Oms, Séraphin 
des Vivers, Galcerand de Sent-Menat, son frère Jean de 
Llupia et son cousin Bernard de Llupia, fournirent caution 
pour assurer au nouveau procureur royal la possession de 
son office. 

Au début de son administration, Gabriel de Llupia ne 
respecta pas les libertés et les immunités ecclésiastiques. 
L'évêque d'Elne, François Robuster y Sala porta contre 
lui une sentence d'excommunication, et le 28 juin i593, 
on vit le procureur royal, entouré de ses officiers subal- 
ternes, debout, aux pieds du maître-autel de Saint-Jean, à 
Perpignan, écouter la tête découverte, l'arrêt canonique 
porté contre lui et ses agents. En 161 3, Gabriel de Llupia 
unit ses destinées à celles de sa nièce Françoise de Bal- 
laro de Llupia, la fille de sa sœur Angèle. Les dispenses 
d'empêchement de consanguinité avaient été accordées 
par le pape Paul V et rendues exécutoires par l'official 
du chapitre d'Elne. On s'aperçut plus tard d'un vice de 
forme survenu dans l'acte de fulmination du document pon- 
tifical ; celui-ci aurait dû être notifié aux intéressés par 
l'évêque et non par la chambre de l'officialité capitulaire. 
On recourut de nouveau à Rome, et ce ne fut qu'en 1621 
que Grégoire XV porta absolution de Gabriel de Llupia et 
de sa nièce, devenue son épouse. 



— 29 — 

Le 11 octobre i6i5, Gabriel de Llupia fut nommé 
Gouverneur intérimaire des comtés de Roussillon et de 
Cerdagne, en remplacement de Guillaume de Ivorra, décédé. 
11 exerça durant un an ces hautes fonctions, jusqu'à la 
nomination de Christophe de Gallart y Traginer au poste 
de Gouverneur de Roussillon. 

Durant le temps qu'il passa à la tête du Gouvernement 
civil de la province, Gabriel de Llupia se fit remarquer sur- 
tout par un trait de dévouement et de généreux désintéres- 
sement. En i6i6, vingt-deux compagnies de soldats espa- 
gnols arrivèrent à Collioure, dénuées de ressources efdéci- 
mées par la maladie. Pendant trois mois, Gabriel de Llupia 
les ravitailla et les entretint à ses frais; il procura aussi deux 
cent lits aux malades. Plus tard, Philippe IIl fit à Gabriel 
de Llupia une offrande de quatre' mille ducats pour le récom- 
penser de son geste de patriotique générosité. En 1621, ce 
prince nomma Gabriel de Llupia à l'office de lieutenant- 
général en Roussillon, Cerdagne et dans l'Ampourdan. 11 
lui confia en même temps le commandement du château 
majeur de Perpignan qui était réduit à la dernière extrémité. 
Dans le but de remédier à cette lamentable situation, 
Gabriel de Llupia dépensa en un an plus de six mille écus, 
de ses propres deniers. Le 14 août de cette même année, il 
perdit son fils unique Thomas. Lui-même ne tarda pas à 
descendre dans la tombe. Ses obsèques magnifiques furent 
célébrées dans l'église Saint-Jean de Perpignan, le 21 octo- 
bre 1623. Son corps revêtu de la bure franciscaine fut 
provisoirement déposé dans le caveau de famille, creusé 
dans la chapelle de Notre-Dame dels Correchs, au vieux 
Saint-Jean. En exécution de ses dernières volontés, il fut 
plus tard transféré dans la chapelle de Sainte-Gertrude 
nouvellement édifiée dans l'église des Dominicains de Per- 
pignan. Entre autres œuvres de bienfaisance, Gabriel de 
Llupia fit un legs de mille réaux pour entretenir deux 
lampes dans la chapelle de Saint-Gaudérique, à l'abbaye de 



— 3o — 

Saint-Martin du Canigou. A sa mort, il ne laissa qu'une 
fille Marie, religieuse au couvent de Sainte-Claire, à 
Perpignan. Sa veuve, Françoise, convola, deux ans plus 
tard (1625), en secondes noces avec son cousin-germain, 
Gabriel de Llupia, fils de Jean de Llupia. Celui-ci succéda 
à son frère dans la charge de Procureur royal. 

Abbé Jean Capeille. 

Archives des Pyr.-Or. B. SyS, 378, 38o, 384, G. 241, E (Titres de 
famille ) 40 1 . 

Textes catalans 

1452. G. Bolet, notaire d'Elne. (Arch. départementales A. 
108. Manuel, feuillet détaché). 

J{èglement pour le Préposé de l'Hôpital des pauvres, à Elne. 

Capitols fets e formats de volentat e consentiment dels vénéra- 
bles Consols d'Elna, entre lo Procurador del spital dels pobres 
d Elna, de una part, e lo Spitaler o régent la casa del dit spital, 
d'altre part; 

Primo lo dit spitaler qui vuy hi es ho per temps esdevenidor 
sera, pendra tots los mobles e robes e qualsevulla asines del dit 
spital ab inventari, e aquelles gardara e servara de tôt son poder, 
e aquelles restituira al Procurador del dit spital... totes vegades 
que request sera. 

Item sapia lo dit spitaler que ell tendra la casa del dit spital 
uberta de dies e de nits, so es les hores que necessari sera per 
recuUir les pobres, tant sans quant malalts, qui en lo dit spital 
vindran per dormir o recullirse, e anaquells aura bon solas, e los 
fara bona companya, e los régira els governara be e diligentment, 
e lo vespre, quant se deuran colgar, anaquells donara roba e lits 
a ells necessaris del dit spital, e la compartira entre los dits 
pobres [com] millor pora, segons son veyares e sa bona conscien- 
cia dictara ; e aixi ho jurara. 

Item... que ell, quascuna nit o vespre, ensendra e illuminara la 



— 3i — 

lantesa del dormidor del dit spital, e la dobara, e y metra oli 
necessari, en tal manera que la dita lantesa crem tota la nit quant 
pobres hi dormiran, e de mati, pus dies sia fet, aquella apagara, 
e asso fara ab aquella millor diligencia que pora ; hi aixi ho 
jurara. 

Item... que ell servira e procurara los malalts qui a dit spital 
seran, e aquells de nits e de dies vesitara, e los cosinara, e los 
apparellara viandes necessaries, sucres, confits e altres madassines 
los donara, aixi com per lo vénérable metge o sururgia los sera 
ordinats, a la hora que per ells sera assignada, e aquells sucres, 
confits, polveres, em.pastres o madacines lo dit spitaler hira pen- 
dre a la casa de aquell specier que lo dit Procurador li dira, e 
asso fara ab tota aquella millor diligencia que pora'; e aixi o 
jurara. 

Item... que ell pendra pa, \'i, carn e oli de aquells locs e per- 
sones que lo dit Procurador li dira, per la servitut dels pobres e 
malalts qui en lo dit spital vindran, seran e estaran, e que aquell 
pa, vi, oli, carn, sucres, confits e altres madacines que per los dits 
pobres e malalts aura près, e per servitut de aquells, ell de tôt 
son poder gardara e aprofitara a profit e utilitat dels dits pobres 
e de la casa del dit spital, e de aquells ell per son propri us non 
asemprara, ni altres persones non menjaran, nin beuran, ni cre- 
maran, si donchs lo dit pa e vi a total perdicio no venien ; e aixi 
ho jurara tant lo spitaler e sa muller quant la sua famillia. 

Item... que ell lavara e bugaderara la roba del dit spital, e 
aquella e los malalts, tant en lo lit quant fora lit, nets tindra, e 
la casa e dormidor del dit spital, e engranara, escombrara, e si 
necessari sera, fera los lits de palla huzada (?) e de palla nova, so 
es de aquella palla que lo Procurador portar li fara, garnira, a 
coneguda del dit Procurador, totes vegades que per lo dit Procu- 
rador request sera... e ho jurara. 

Item... que lo dit Procurador li fara tirar tanta de lenya com 
lo dit spitaler aura necessaria per la servitut dels dits pobres qui 
al dit spital vindran ; e aquella lenya lo dit spitaler despendra en 
aquesta manera, so es en coure les viandes dels malalts, en scal- 
far draps, quayros, testoles, enguents, untaments, en fer bugades 
ho ruscades per la roba del dit spital, e aiximatexs per escalfar 
los pobres malalts qui a la dita casa seran, e en temps de fredor 



— 32 — 

per cscalfar les altres pobres qui en la dita casa revendran o seran, 
aixi corn sa bona conciencia dictara. Empero es entés que lo dit 
spitaler de la dita lenya no pendra ni cremara per sa servitut ; e 
aixi ho jurara... 

Item... que ell ni sa muller ni sa companya ni altres propris 
parents ni amichs que ell aia, ni ostes que en sa casa, o per ell, 
o sa muller, o fills, o filles que aia, en lo dit spital vinguessen 
per jaure o estar, no s'asemprara o sampraran de la roba del dit 
spital, lansols, flassades o banoes de aquell, sens licencia del Pro- 
curador del dit spital o Consols de la dita Ciutat, per jaure ni 
per fer altres paraments. 

Item... que ell prestara als homes e persones de la Ciutat les 
banoes, so es aquelles que servexen per cobrir los cossos e albats 
de la dita Ciutat que porten per sebellir, e aiximatexs dels altres, 
segons les condicions de les persones en qui auran a servir : e 
aquelles, apprès que los albats o cossos serien cebellits, recobrara 
e sera euros de recobrar per tôt son poder ; e aixi ho jurara. 

Item... que ell aura, per tots los treballs d'amont dits que fara, 
quascun any deu lliures e deu sous per quatre o per très o per 
dos euguals pagues, so es segons lo temps que aura servit, e aixi- 
matexs aura, per quascuna bugada que fara ho fer aura necessa- 
riament, per fer bella la roba del dit spital, très sous. 

R. DE Lacvivjer. 

LIVRES ^ REVUES 

Don Francesch Matheu 

Nous avons reçu un volume de Poésies, de Don Francesch Matheu, de 
Barcelone, édité par la colecciô « Varia ». 

Ces poésies sont classées sous les titres de Del reliquiari, Brindis, De ma 
garba, Cansons ; mais elles sont précédées du célèbre Diseurs presidenciaî en 
vers, prononcé par l'auteur aux Jeux Floraux de Saint-Martin du Canigou 
(1902). 

Du Félibrtge 

Le Consistoire du Félibrige vient de publier une brochure : "Enquesto sus 
la reforma de l'Est atul felibren, T^aporl e avant-projet. Souhaitons que ce nou- 
veau règlement, loyalement accepté par tous les félibres, donne un nouvel 
essor à la renaissance des langues méridionales. 



Le Gérant, COMET. — Imprimerie COM ET, 8, rue Saint-Dominique, Perpignan. 



5' Année. N 50 15 Février 1911. 



Les Manuscrits non insères 
ic sont oas renaus. 

Les Articles oarus aans la Revue 
1 engagent aue leurs auteurs. 



REVUE 

CATALANE 



c^Tsi. :{§'>.S.c?80v^cî§Ts&c«8'>.i. «^OvS.c^TsS.c^'îv^ c^TS^ c^OsS-t^gOvic^OsS. £^'3si.<^Qsi,t^Oy5, c{gOsi,(^^^si, 




M. Vergés de Ricaudy 

C'est au moment où l'avenir de la Société d'Etudes Catalanes 
et de son organe mensuel était enfin assuré, où notre cher prési- 
dent recevait la juste récompense de ses efforts, c'est au moment 
même où notre mouvement en faveur de l'idée catalane ralliait à 
cette dernière de plus en plus d'amis et de partisans, que l'aveu- 
ale mort est venue frapper celui qui se dévouait avec tant de zèle 
à l'organisation de nos forces de propagande. Comment aurions- 
nous pu croire que le parfait équilibre de ce cerveau et de cette 
volonté dût sombrer aussi vite sous les puissances ténébreuses de 
destruction ? 

La Société d'Etudes Catalanes et la J^evue Catalane lui doivent 
tant, en vérité, qu'il leur est bien difficile aujourd'hui de témoi- 
gner à 1 un de leurs fondateurs les plus enthousiastes des marques 
assez vives de leur reconnaissance, pourtant si profonde, et de 
leur attachement, pourtant inaltérable jusque dans la mort ? Et 
nous qui avons un tel devoir à remplir, notre main tremble en 
écrivant ces lignes, parce que les souvenirs affluent à notre 
mémoire et que nous nous demandons si notre tristesse nous per- 
mettra de trouver pour notre sentiment une expression digne de 

lui. 

M. "Vergés de Ricaudy réunissait toutes les qualités nécessai- 
res pour remplir ses délicates fonctions de président. Il avait, 
certes, ses opinions et ne craignait pas au besoin de les affirmer 
dans sa vie civile ; mais il gardait toujours le respect des opinions 
d'autrui, et trouvait tout naturel qu'on ne partageât point les 
siennes : état d'esprit bien rare de nos jours, et qui exige non 
seulement cette disposition naturelle, mais l'éducation volontaire et 
constante du jugement ! Nous demandons à grands cris la liberté, 
mais cette liberté nous la voulons pour nous, non pour les autres. 
M. Vergés de Ricaudy avait l'âme plus noble, et portait même 
très haut la faculté de tolérance, faite de droiture autant que 
d'humanité. Aussi, pouvait-il trouver des adversaires dans le camp 
opposé, mais même chez eux il n'avait encore que des amis. 



— 35 — 

Ce n'est pas, il faut qu'on le sache bien, une chose toujours 
très facile que d'être président d'une société comme la nôtre, qui 
a la prétention non seulement de vivre, mais d'agir, qui veut con- 
cilier dans un même sentiment et faire communier dans un même 
idéal les caractères et les tempéraments parfois les plus opposés. 
Que d'amours propres à ménager, de susceptibilités à rassurer, de 
malentendus à éclaircir ! M. Vergés de Ricaudy le faisait d'un 
mot, d'un geste, d'un sourire, ayant le secret non seulement de 
ne blesser personne, mais de faire oublier chez les autres les 
motifs de discorde, si prompts à naître chaque jour. Sa douceur 
et sa bonté, bien connues de tous, sa nature serviable et géné- 
reuse, son cœur loyal, son amitié sûre, en faisaient un homme 
extrêmement précieux pour la direction d'une société et d une 
revue. 

Joignez à cela son dévoûment sans borne à la bonne cause une 
fois acceptée, son activité méthodique et intelligente, sa pré- 
voyance et sa vue exacte des choses, et vous comprendrez quelles 
raisons sérieuses nous avons tous ici de déplorer la perte de cet 
homme. 11 est des tâches fastidieuses pour tous ceux qui ont pris 
à charge la régularité harmonieuse d'une fonction. Comment 
trouver en soi assez d'énergie ou de philosophie pour en venir à 
bout, pour ne pas perdre courage et ne jamais se départir de sa 
sérénité ? Nous n'avons pas connu chez M. Vergés de Ricaudy 
un moment de défaillance, et, si ses occupations personnelles 
l'obligeaient parfois à concentrer sur elles toute son attention, il 
nous revenait toujours avec les mêmes dispositions bienveillantes. 

Ses obsèques ont donné lieu à une impressionnante manifesta- 
tion de sympathie. Toutes les opinions politiques et religieuses, 
on peut bien le dire, se coudoyaient dans le cortège imposant 
qui le conduisit jusqu'à la tombe. Admirable exemple ! C'est 
ainsi que nous aimerions toujours voir, respectueusement unis 
pour une oeuvre commune, les hommes soucieux d'assurer la 
grandeur, la force et la prospérité de notre Roussillon. Lorsque 
Lo Pastorellet de la Vall d'Arles, choisissant, par une heureuse 
inspiration, la belle langue catalane pour adresser un suprême 
adieu à notre président, célébra d'une voix émue, mais énergique, 
les charmes et la valeur de son amitié, il n'y eut qu'un sentiment 
dans toute la foule, où s'exalta l'amour de notre terre et de ses 



— 36 — 

traditions. Rendons grâces au Pastorellet d'avoir su faire, en cette 
triste circonstance, oeuvre de patriote ardent et sincère, et donner 
chez nous à l'oraison funèbre le mode d'expression qui naturelle- 
ment devrait lui revenir : après son magnifique discours de la 
Cathédrale Saint-Jean lors des fêtes de juin, ce nouvel acte prend 
une valeur significative et ne manquera pas d'avoir son importance 
pour nous. 

Comme catalanisant, on ne peut pas dire que M. Vergés de 
Ricaudy ait écrit beaucoup. Mais c'est en qualité d'organisateur 
qu'il rendait surtout service à notre langue et aux lettres roussil- 
lonnaises. Nous avons besoin des écrivains et des artistes ; ils 
donnent une forme à nos rêves et nous préparent les satisfactions 
idéales qui sont à l'àme ce qu'est la nourriture au corps. Mais 
nous avons besoin encore d'hommes d'action. Le régionalisme 
n'est pas seulement œuvre de poètes : ceux-ci font germer les 
moissons merveilleuses, épanouissement de leur âme en union avec 
la terre ; mais c'est le laboureur qui marque les sillons, améliore les 
cultures d'une main infatigable, veille sans cesse à la bonne direc- 
tion des travaux et assure la récolte de demain. Le rêve et l'ac- 
tion sont les deux côtés ou comme les deux parts de la vie des 
hommes. M. Vergés de Ricaudy s'était consacré corps et âme à 
la seconde, c'est-à-dire à l'oeuvre vivante et agissante, pour laquelle 
il se sentait mieux préparé. 

11 y avait même, quand il voulut bien se charger de la prési- 
dence, que nous lui demandions instamment d'accepter, un réel 
mérite à se mettre ainsi en évidence. Tant de scepticisme, d'in- 
souciante incrédulité nous entourait alors, que c'était une forme 
du courage civique que de prendre devant l'opinion des responsa- 
bilités de cette nature. M. Vergés de Ricaudy les prit pour son 
propre compte avec une telle assurance, une telle confiance et 
une sérénité d'âme si naturelle que nous étions sûrs déjà de la 
réussite. Le succès des fêtes catalanes de juin fut ,1e couronne- 
ment de sa foi et de sa peine. Aucun de nous ne les a oubliées, 
et, si nous devons joindre au nom de M. Vergés de Ricaudy 
ceux de nos excellents amis MM. Jules Delpont et Emile Boix, 
nous savons tous quelle part importante il a prise dans la prépa- 
ration, si délicate pourtant, de ces réjouissances et de ces céré- 
monies, où le Roussillon accueillant avec joie les frères de Pro- 



- 37 - 

vence, de Languedoc, de Gascogne et de Catalogne, et chantant 

un hymne d'amour, de gloire et de beauté rayonnante, sentit 

palpiter son cœur en un émoi nouveau, fait de surprise autant que 

d'espoir et de tendresse. 

Suivons donc l'exemple qu'il nous a donné. Restons fidèles à 

nos foyers et restons dignes de notre sang. Cultivons en nous, 

autour de nous, ces sentiments éternels d'une sûre fécondité. Et 

gardons toujours le souvenir de l'homme dévoué autant que sage 

qui sut mener, d'une âme chevaleresque, les bons combats pour 

le Roussillon de nos aïeux, le Roussillon du Canigou, le Roussil- 

lon de la k.mière ! Demain, nous verrons jaillir de nos sillons 

plus de beauté, plus de merveilles : conservons dans notre cœur 

une des places les plus intimes et les plus chères pour l'un des 

hommes qui ont travaillé à préparer ainsi les moissons futures avec 

ie plus d'ardeur et de conviction. 

Jean Amade. 

Les Obsèques 

Les nombreux amis de M. Emmanuel Vergés de Ricaudy, les 
sociétés, les groupements dont il faisait partie, ont tenu à lui 
faire un cortège aussi imposant qu'ému. 

Dès neuf heures du matin, le quai Vauban était noir de 
monde. Nous voyons successivement arriver YUarmonie de Perpi- 
gnan, VOrphéon, VAmicale de la Police, une délégation de VEcho 
du T^oussillon avec son drap d'honneur, les Elèves du Cours Main- 
tenon, une délégation de la Société d'Eludés Catalanes avec son 
drap d'honneur, et une délégation de la Société Agricole, Scien- 
tifique et littéraire des Pyrénées-Orientales, les Anciens "Elèves de 
Saint-Louis, le Conseil des Directeurs de la Caisse d'Epargne ; 
le Comité de Charité dont le regretté défunt était l'un des vice- 
présidents avait envoyé une magnifique couronne portée par deux 
appariteurs de la Ville. 

La Société Saint-Joseph, qui avait M. Vergés de Ricaudy comme 
président, était très largement représentée. Le cortège se mit en 
marche, précédé de YUarmonie jouant des marches funèbres. 

Le deuil était conduit par les fils et le beau-fils du défunt et 
par S. G. Mgr Izart, évêque de Ramiers. 



— 38 — 

Sur tout le parcours de la maison mortuaire à la basilique 
Saint-Jean, la foule se découvrait respectueuse et muette. 

Au cours de l'office divin, VOrphéon de Perpignan, sous l'habile 
direction de M. Modat, son nouveau chef, exécuta, avec beau- 
coup d'expression, les Derniers moments de Gilbert, harmonisés par 
M. Gabriel Baille, le maestro toujours regretté. 

Le trajet de la basilique au vieux cimetière Saint-Martin se fit 
dans le même ordre, dans le même recueillement solennel. On 
sentait que tous ceux qui prenaient part à cette pieuse manifesta- 
tion du souvenir s'associaient pleinement au deuil qui frappait 
Madame Vergés de Ricaudy et ses enfants. 

C'est M. Henri Parés, président de V Association des Anciens 
"Elèves de Saint-Louis, qui, au nom de ses camarades, prit le pre- 
mier le parole. Voici son discours : 

Mesdames, Messieurs, 

La mort frappe à coups redoublés sur l'Association Amicale des Anciens 
Elèves de Saint-Louis. En quelques semaines, trois deuils successifs l'ont 
atteinte cruellement. Mais de ces coups toujours imprévus et toujours dou- 
loureux, le plus douloureux et le plus imprévu est, sans contredit, celui qui 
vient de terrasser en pleine vie, l'un des plus sympathiques parmi nos aînés, 
l'ancien président de notre Association Amicale, notre très cher camarade 
Emmanuel Vergés de Ricaudy. 

Lorsque, dimanche dernier, la nouvelle de ce malheur se répandit en ville, 
ce fut partout de la stupeur, suivie d'une explosion d'unanimes regrets non 
seulement parmi nos camarades, mais dans toutes ler> classes de la société 
perpignanaise, toutes je puis le dire — et le concours immense de cette foule 
attristée en est la preuve — dans toutes les classes parmi lesquelles Vergés 
de Ricaudy comptait tant d'amis, chacun se refusait à croire qu'un homme si 
énergique et le matin même plein de vigueur, que ce mâle tempérament eût 
été abattu dès le premier choc. O.i voulait espérer contre l'espérance même 
et, partageant les angoisses d'une vieille mère, d une famille si cruellement 
éprouvée, on plaignait par avanc>^ cette épouse malheureuse, menacée de ne 
retrouver qu'un cadavre au fover qu'elle avait laissé plein de joie si peu de 
jours auparavant. 

Oui, mes chers amis, votre deuil fut unanimement partagé par tous ceux 
qui connurent votre frère, votre excellent père. 

Et qui donc pouvait le connaître sans l'aimer, sans l'aimer pour son loyal 
et beau caractère, pour l'agrément, la générosité, la sûreté de ses relations ? 
Ceux qui, comme nous, l'ont connu dès l'enfance, et l'ont suivi dans tout le 



- 39 - 

cours de la vie, ceux-là savent avec quelle fidélité il se consacrait à l'amitié. 
Dépassant les personnes mêmes, cette fidélité remontait plus haut et se ratta- 
chait à ce patrimoine de croyances et d'espoirs partagés, à cet idéal commun 
que résumait pour lui notre Association Amicale. C'était à la fois le culte du 
souvenir et l'espoir d'un avenir plus stable, plus large et plus tranqille, qui 
le vouaient à notre œuvre, et nos camarades le récompensèrent de ce cons- 
tant attachement en l'appelant d'abord à la vice-présidence, puis à la prési- 
dence de notre Société. 

Nul mieux que lui n'a compris le dévouement que réclamait cet honneur. 
Nul ne s'y dépensa davantage, en particulier durant ces heures douloureuses 
où notre Association manqua d'être dispersée, et où elle dut trouver asile 
dans la maison même de son président. 11 fut aussi le meilleur et le plus géné- 
reux de ses présidents : il demeure le modèle de ses successeurs. 

D'autres pourront vous dire. Messieurs, s'il laisse parmi tant d'innom- 
brables associations qui se disputaient son concours des souvenirs plus pré- 
cieux, une empreinte aussi forte que parmi nous. Mais, s'il convient de le 
louer d'avoir ainsi prodigué les trésors de son cœur et de ses hautes qualités, 
pour nous, nous voyons surtout en lui l'ami affectueux que nous perdons. 
C'est l'exquise bonté de son cœur, dont nous voulons surtout garder pieu- 
sement le souvenir, comme nous voulons fixer dans notre mémoire les traits 
si nettement accuses de cette figure sympathique. 

Aussi est-ce à l'ami, à l'ancien Président de Saint-Louis, que devant son 
frère, et devant ses fils devenus par tradition de famille nos camarades à 
leur tour, que nous adressons ici, non pas un adieu définitif et désespéré, 
mais un au revoir plein de foi, un au revoir près de Dieu, fondé sur les 
croyances invincibles que nous avons puisées en commun dans le même 
enseignement. 

M. de Lazerme de Lon, premier vice-président de la Société 
Saint-Joseph, se fit l'interprète éloquent et ému des regrets de 
tous les membres de cette belle et florissante Société de secours 
mutuels. 

M. 1 abbé Bonafont, l'un des membres les plus distingués de 
la Société d'Etudes Catalanes et l'un de ses vice-présidents, a tenu 
à dire un dernier adieu à son collègue en catalanisme et c'est 
en langue catalane, qu'avec beaucoup d'émotion, avec beaucoup 
de talent aussi, il a prononcé l'éloge funèbre d'Emmanuel Vergés 
de Ricaudy. 11 a rappelé avec quel zèle, quel dévouement le 
regretté défunt s'était occupé de l'organisation de la belle fête 
du félibrige qui eut lieu, l'an dernier, à "Perpignan. 



— 40 — 

MONSENYOR, (l) 

Senyoras, Senyors, 
El cor plé y'is uUs entelats de llâgrimas, vinch jo també y al meu torn fet 
la despedida final à n'ai nostre estimadissim Président ; y ho faig, com se 
deu, en la llengua payral que'l difunt may prou plorat ha tant y tant exaltada 
y tant amantament espargida. 

En unas paraulas escaygudas y ben encertadas, han fet reeixir los qu'han 
parlât antes de mi, la seua vida, fêta de treball, d'honra, de caritat, d'anriis- 
tosa complasencia, de fidelitat y sobretot de sentiments religiosos, primer y 
abundadôs manancial de sas qualitats d'home y de ferm y franch cristiâ. 

Direm demâ, si Deu ho vol, l'impuls qu'ha sapigut donar à la T^evue 
Catalane que dura per sempre mes lo seu nom de fundador y las petjadas de 
sa primera rega. 

Ara per ara, en aquesta hora de separaciô y de dol, te dire, amich meu, 
lo darrer adiu. 

Adiu, en nom dels Escriptors de la 'f(evue Catalane ; enmanllevarân ells à 
n'ai teu recort lo coratge, l'aie, l'ardalesa y'I enginy, perquë no siga ella 
desamparada, ni pobre fulla juguet del vent. 

Adiu, en nom dels Trobadors de Provensa y de Catalunya que t'han 
conegut y apreciat : avuy ja en llurs diaris entornejan lo nom d'En Emma- 
nuel Verges de Ricaudy de paraulas d'un nègre anyoré, d'un baf de tristesa 
y d'una recansa amargament sentida. 

Adiu, en nom de la Reyna de las Pestas del 5 de juny. Eixa jove reyna 
de la quai te constituhires alguns dias lo fervorôs caballer, y que'ns porta à 
Rossello un raig de sol robat à la gloria d'En Mistral, nos escriu avuy 
« qu'ella mira de reull, ja que son sirvent es mort, la corona que so'l seu 
front los Catalans havian posada. » 
Las festas del 5 de juny !... 

Ay ! adiu, en nom dels Rossellonesos y majorment de la gent de la 
fidelissima vila de Perpinyâ. 

Amich meu, si has estât l'anima d'eixas festas senyaladas, havîas ja tu donat 
una anima que, ara al peu de la trôna de Sant-Joan, ara prop del sitial de 
a Montanyes régalades », ara als accents ni may ohits de la Cantate del 
amich de cor '1 doctor Emili Boix, ha deixondit y despertat los recorts del 
passât, las tradicions dels avis, las costums de la nostra terra, las Uegendas 
de las encantadas, fôsas ab las neus del Canigô lo dia mateix hont la Creu 
fou plantada al seu cimall ; y has fet dir a tothom, à la vista de tais maravel- 
as may somiadas : « Ay si ! no pot estimar 5a naciô, qui no estima sa pro- 
vincia ». 

(i) Monseigneur Izart, évéque de Pamiers. 



— 41 — 

Adiu ! 

Eix adiu, voldria jo també tel dir en nom meu... mes ay ! las Uâgrimas 
que ragalan de mos ulls estroncarian arreu-arreu ma veu. 
Amich meu, al Ce! nos vejem ! 

M. Eugène Nogué, remplaçant M. Eugène Pams, président de 
La J{ûussillonnaise, fédération des Sociétés de secours mutuels du 
département, a fait un vif éloge du caractère et du coeur de son 
ancien camarade de Sainte-Cécile. Son discours a été très émou- 
vant. 

M. le commandant Vergés n'avait voulu laisser à aucun autre 
le soin de remercier tous ceux qui s'étaient associés à la douleur 
qui étreignait les familles Vergés de Ricaudy, Donnezan, Vergés, 
Goutelle, Larrivet, Bus, Gobert et Desbœufs. Et ce fut avec 
une douloureuse émotion que le sympathique officier supérieur 
dit aux assistants tout le réconfort que leur présence apportait à 
ceux qui pleuraient un époux, un père, un parent, un ami. 

(Le T^oussillon) 



♦> ♦!♦ 



Tant soptada ha estât la seua mort, tala manera nos ha estât 
robat, qu'encare nos sembla qu'ho es pas î 

De tant acostumats qu'erem, del veurer cada dia, are al seu 
despatx, are à la seua casa, ara fent un passeig per la plassa 
Arago « pera fer la seua visita al Canigô », com nos va dir un 
dia, ja nos faltara ! 

Y tant bondados qu'era, amb tothom ! y tant bon rossellonès! 

Sigué de la colla que establirem la Societat d'Estudis Catalans; 
y desde qu'en va esser lo président li va donar tôt lo seu temps 
y tôt lo seu cuydado. Aquestos anys passats, era sempre à la 
seua casa, y à tota hora de tarde y de nit, que feyam las juntes 
pera la T^evue Catalane ; ell rebia, de mans de colaboradors y 
amichs, los traballs, estudis y poésies, que tant sabia triar pera "1 
millor lluhiment de la 7{evue. 

Quan nos vingué la festa de Montanyas T^egaladas y de la Santo 
Estelle, al veurer com li sallia una feyna tant estesa, y sobretot 
tant delicada, va tenir un moment d'espant ; mes lo seu amor-patria 
sigué desseguit mes fort que tôt, y s'hi va posar de cor y d'anima. 



— 42 — 

Cal haver vist amb quina galanura, quina llestesa, cumpli amb la 
Reyna de la festa, Na Magali ; amb lo Capoulié, En Valère 
Bernard ; amb lo senyor batlle, y amb lo senyor bisbe de Per- 
pinyâ ; amb la distinguida poétisa Na Filadelfa de Geida ; tôt 
soi, de tôt ell se va treurer, y va complaurer â 'n tots. També, 
com li 'n donâ bones mercès, lo patriarca En Frederich Mistral. 
Bon cristià y bon catalâ, es « pera Deu y pera la Patria » 
com deya Mossen Jacinto Verdaguer, qu'En Vergés de Ricaudy 
ha viscut. Deu lo tingui â la gloria. J. Delpont. 

A Monsieur Delpont. 

Votre idée est excellente et me touche de vouloir élever à la 
mémoire de mon vieil ami E. Vergés de Ricaudy un « tombeau » 
à la manière des Romantiques. La feuille de papier est plus dura- 
ble que le marbre ; et le per moUs anys ! d'un numéro spécial sera 
doux à celui qui fit de la J{evue Catalane le confident de ses espé- 
rances régionales. 

Vous le savez aussi bien que moi, sous sa gravité enjouée et 
derrière sa barbe d'Abencérage, Emmanuel Vergés de Ricaudy 
fut un enthousiaste épris de toutes les beautés catalanes. 

L'amour de la petite patrie frissonnait sur tout l'horizon de sa 
vie intellectuelle et morale. 11 se laissait séduire aux charmes dis- 
crets du vocabulaire et de l'étymologie comme aux manifestations 
tumultueuses de la rue ou des fêtes locales. Notre ami était un 
poète qui, par modestie, s'était refusé à écrire en strophes. 

Un de nos bons souvenirs communs date du mois de mai 1908. 
C'était aux fêtes splendides du Cinquanlenari dels Jochs florals. La 
Catalogne magnifiait la Renaissance catalane ; et nous étions venus, 
un peu de tous les côtés, pour prendre part à cette manifestation 
familiale. Mistral s'était fait représenter ; le docteur Vogel était 
venu de l'Université de Francfort ; le docteur Jones, de l'Ohio ; 
le duc de la Salle apportait l'hommage de l'Auvergne ; j'étais 
moi-même le messager de Clémence-lsaure ; et Vergés de Ricaudy 
parla au nom du Roussillon, L'accueil des poètes catalans fut 
émouvant et fraternel. Francesch Matheu, A. Guimerâ, Joan 
Alcover, Russinol, Teodor Llorente, nous traitaient en vieux 
amis ; et je me rappelle le regret qu'éprouva le Président de la 



- 43 - 

Société d'Etudes Catalanes de ne pouvoir se joindre à nous tous 
pour aller jusqu'à Folgueroles saluer la stèle de granit qui dres- 
sait au soleil de l'Ampurdan le nom glorieux de Jacinto Verda- 
guer. 

J'ai retrouvé l'an dernier mon ami Emmanuel aux Jeux floraux 
de Perpignan. Ah ! ces Jeux floraux, les premiers !... La Reine 
des Félibres venant apporter à nos poètes du Roussillon la grâce 
de son sourire et l'encouragement du Maître de Maillane... Ces 
Jeux floraux, récompense de tant d'eflForts, réalisation du rêve 
régional... Emmanuel "Vergés de Ricaudy rayonnait. La bonne 
graine avait porté son fruit ; la Société d'Etudes Catalanes avait 
sauvé la langue ancestrale ; l'avenir était assuré : Del avuy vé 7 
demd... 

Notre ami n'aura pu jouir longtemps du résultat heureux de 
ses eff^orts. Qu'il repose en paix. La terre catalane lui sera légère, 

la terre catalane qu'il a tant aimée 

François Tresserre. 

Le Boix, Saint-Sauveur, par Prats-de-Mo)lo, 6 février 191 i. 

Jl Monsieur Delponl. 

Je suis, moi aussi, depuis la mort de mon ami Emmanuel 
Vergés de Ricaudy, sous le coup du plus pénible chagrin. Les 
jours passent et je suis encore à me demander si je ne suis pas 
le jouet d'un mauvais rêve ? Quelle perte pour tous ceux qui, 
comme nous, aimaient ce grand cœur, cet homme de bien accom- 
pli, cet infatigable travailleur ! Quel coup terrible et imprévu 
pour notre Société et pour la T^evue, car il était si dévoué aux 
œuvres qui nous sont chères, et possédait si bien le don de char- 
mer et de se faire aimer. 

11 me serait impossible de vous rien envoyer de personnel pour 
le numéro de la J^evue que vous consacrez à Monsieur "Vergés. 
Je ne puis, moi, son camarade d'enfance, son compagnon de jeu- 
nesse, l'ami et le confident de làge miîr, assez maîtriser mon 
émotion et trouver des mots à la hauteur de mon attachement, de 
mon admiration, et aussi, hélas, de ma peine profonde. On ne 
dira jamais, pour tant qu'on en dise, assez de bien de lui. 

Je regrette mon éloignement qui m'empêche de me rendre 



44 



plus utile à la grande cause catalane. Mes devoirs me retiennent 
ici ; de loin, comme de près, comptez toujours sur moi en souve- 
nir de notre regretté président. 

J. DE WlTWER DE FrOUTINGUEN. 



COMPTE RENDU 

DES SÉANCES 

Jlssemhlée générale du \o février 191 i 

Présidence de M. J. Delpont, trésorier 

L'Assemblée générale du 10 février 191 1 sest tenue dans une 
salle de la mairie de Perpignan. 

Etaient présents ou représentés, 25 membres. 

M. Delpont fait connaître la situation de la Caisse pour icjio. 

11 est procédé à l'élection de deux membres du Conseil d'Ad- 
ministration, en remplacement de M. Vergés de Ricaudy, décédé, 
et de Donya Moncerdâ de Maciâ, démissionnaire. A l'unanimité 
des membres présents, sont élus : M. Amédée Aragon (de Per- 
pignan; et M. de Lacvivier (d'Elne). 

Les membres du Conseil d'Administration se réunissent ensuite 
pour procéder à l'élection d'un président, en remplacement de 
M. Vergés de Ricaudy. A l'unanimité des voix, M. le Docteur 
Lutrand (de Perpignan) est élu président de la Société d'Etudes 
Catalanes. 

J^éumon du Conseil d^dmin. du 1 5 février i^i j 
Présidence de M. Louis Lutrand, président 

Le Conseil d'Administration s'est réuni le mercredi, i5 février 
J91), à cinq heures du soir, chez M. Lutrand, rue Porte-d' As- 
saut, 1, en face le Collège, pour procéder à l'installation du 
nouveau président. Après avoir discuté sur divers intérêts de la 
Société, il a été convenu que le Conseil d'Administration se réu- 
nirait le dernier jeudi de chaque mois à 2 h. du soir chez le pré- 
sident pour y examiner les manuscrits destinés à la T^euwe et régler 
la composition du numéro suivant. Le Conseil décide d'accepter 
à ses réunions tous les membres de la Société. 



SituaHon de la Caisse 

pour Texercice 1910 

En caisse au i" janvier 19)0 24» 3o 

Reçu pour : 

I i5 cotisations de 1910 1 . 189 55 

Vente de collections de la T^eiJue 5o » 1.239 ^^ 

Total des Recettes 1 .480 85 

Dépenses : 

Numéros de la T\evue Catalane, de jan- 
vier à août, (dont 5oo exemplaires du 
numéro extraordinaire de La Santo- 
Estello) 1.021 5o 

Fêtes de la Santo-Hstello 

Voyage du trésorier à la réunion féli- 

bréenne de Carcassonne 21 » 

Circulaires diverses, correspondance, affran- 

chissement-T^efwes 70 80 

Invitations au banquet 79 » 

Fournitures diverses 74 80 

Impressions des diplômes 36 » 

3 écussons félibréens 100 » 

Frais correspondance secrétaire-adjoint et 

trésorier 22 » 

Frais encaissement cotisations 38 1 5 1 . 463 25 

Pour Mémoire : Coût de la cobla de jut- 
glars « Los Mattes », 220 fr. Cette 
somme ayant été remise par un géné- 
reux donateur. 

Solde en caisse au 1" janvier 1911 1 7 60 

II reste dû 364 fr. 75 pour les numéros de septem- 
bre à décembre 1910 de la J(evue. 



Campanas del Pais 

Per lluny que siguis, pàtria, ai cor, per cada fibra, 
tant fortament t'agarres que, no mes tanco Is ulls, 
vivent me tornes ; sembla que tinc en mans un Uibre 
i n miro d'un a un els fulls. 

Sers estimats, velletes cares que )s anys arruguen ; 
casa pairal on cada cantô té son recort ; 
celler fresc ; fosca establa, les besties que remuguen ; 
la parreguera i, tôt prop, l'hort ; 

l'hort, la paret ronyosa, l'amanida figuera 
de soca baixa i branques tocant casibé 1 sol, 
i Is sarments secs en pila on, sent petit, haguer 
passât hores com dins breçol ; 

els carrers, regadures amplissimes que neguen 
très moles d'aygua ; dôna afenyada a rentar ; 
cavalls picant de potes ; carreters que reneguen ; 
minyona que s s sent a cantar ; 

la plaça i son rail d'homes, caps abrandats, veus clares, 
pleidejant si ha de caure 1 Govern a la fi, 
que ell ho costa que totes les coses van tant cares 
i que se ven tant mal el vi... 

Quadros que tantes voltes alagrâreu ma vista, 
reviviu... Mes es l'hora llusca que j sol se pon. 
Munta un sô de campana, la veu trcmola i trista 

d'un gong que tusten qui sab on. A 



i 



— 47 — 
Nong-nong-nong, se plany el gong 
de clam monôton i ronc, 

toca que toca. 
Vès a pregar, bonze groc, 
mentres Uuu en la llar el foc 

i 1 gall s'ajoca. 

Solet torno a ser ; que sol ! 
Ma anima, trencat el vol, 

capbuça i s tomba, 
i, matejx que 1 batall fort 
del gong anunciés la mort, 

sent fred de tomba. 

Soc com, a entrada de fosc, 
un home que en obscur bosc 

se desgarrîa... 
Mes un tritlleig argentî 
m'arriba, com al matî 

l'Ave Mari'a. 

Les campanes del paîs 
enllumenen mon cel gris 

amb sa harmonîa. 
Tôt dol, de cop s'ha enfugit. 
L'anima m'ha ressurgit, 

au que s desnîa. 

Soneu, 'neu sonant, brandades alegres ! 
Porteu-me ressons de ma joventut ! 
Feu tots endaurats mos somnis mes nègres, 
i que reviscoli mon ser abatut ! 

Ting-tinting-tinting. Es la campaneta 
dant la benvinguda al nou-arribant, 
que, amb un vagit breu, alça sa maneta 
vers la vida fresca, vers el sol llevant. 



- 48 - 

Padrina, padrî, festivol seguici 
van a batejar ; son uns vint i cinc. 
Dins l'iglesia espéra el rector amb desfici. 
El nin riu i plora. Ting-tinting-tinting. 

Nenga-nenga-neng. « Casem la pubilja. 
« Una boda aixî, se n'ha de parla ! 
{( VestJda de seda ira nostra filla, 
« amb roba de cua i ample farbalà. 

« El novj : Llestat : casa apuntalada, 

« pagesos honrats, terres de conreu, 

« diners ; un encert ! Oi ! Quina taulada 

« de companys de gresca hém de ser, veureu !... » 

Boi cajçant-se els guants, tothom s'aparîa, 
i, com a l'escola els nins, reng per reng, , 
mentre un badoc tira une tonterîa, 
« a dî 1 si » parteixen. Nenga-nenga-neng. 

Nang-nang i nang-nang. El tercer repica. 
A vespres avui fan la gran funciô. 
Au î Fora pecat, perdre-n ni una mica ; 
sera une bellesa la benedicciô. 

Un nou missionista, a dalt de la trôna, 
fa vola el randat sobrepelliç blanc ; 
aixô es predicar !... L'orgue esclata i trôna, 
L'altar centelleja. Nang nang i nang nang. 

Dong. Ai ai ! Dong dong. Sentiu ?... Quina porta 
rintrusa ha passât?... Muts, entorn del foc, 
escoltem el vent glaçador, que ns porta 
per la xamenella el funèbre toc î... 



I 



— 49 — 
Una flamarada i pus... una estona... 
S'esmicola i eau la brasa del tronc... 
Acabat caliu... La campana sona 
un vol d'animeta. Dong. Ai, ai ! Dong dong. 

Toca, vés tocant, gong de la pagoda ! 
Amb ton plany somort mon cor va a compas. 
Tôt se torna fosc, vespres, bateig, boda. 
El cel de ma pensa n'es un mar de glaç. 

Ai si ! sou no mes tristes, oh folles o sévères 
veus de la pàtria absenta, clamant tant lluny de mi. 
Que me duheu ? Imatges de belles primaveres ; 
i ara es desflorit mon camî ! 

Amb tôt, fervent, us crido, com a bones companyes 
de desterro, campanes picant senzills acorts. 
Si mentida es la vida, tu sola no ns enganyes, 
tristor tenaç dels vells recorts. 

Per ma tardô ets joguina, com al nin ses patotes, 
com a la fadrineta son pomet d'ilusions. 
Soneu doncs, oh campanes ! Porteu-me a remolc totes 
les tant volgudes visions !... 

Novembre 1910. PaU Berga. 

Proverbes Catalans 

Lo vell qu'es festejador 
De l'hivern es una flor. 

Castedat y hermosura 

Sempre tendrân guerra segura. 



'^d(JcJc>(Jc)(Jûcf(Jc}û(JûiJûûdcJûcJû(J(Jc}c^cJc)cJû(JcJTrDcJûûOûc^cJû\ 

Textes catalans 

1460. — Privilège en faveur des gens de la Monnaie de Per- 
pignan. (Jean Sola, notaire; Manuel n° 1971, feuillet détaché, 
Archives départementales.) 

Davant la presencia de vos altres, vénérables los batlles e 
jutge de la Ciutat d'Elna, personalment constituit En Père Catala, 
mercader, Alcalde l'any présent de la Seca de Perpenya, intimant 
e notiffiant, diu que per lo molt ait e excellent senyor lo senyor 
Don Johan, per la gracia de Deu Rey de Aragô, vuy personal- 
ment régnant, es novament stat consentit atorgat e donat al Col- 
legi de la dita Seca e singulars de aquella presens e sdevenidors 
spécial privilegi de moites e specials gracies e perrogatives, segons 
en aquell es largament contengut, entre les quais es aquesta, so 
es que lo dit senyor ha constituits posats e signats tots los singu- 
lars del dit CoUegi ensemps ab tota lur familia e servidors comen- 
sals, e tots lurs camps, vinyes, orts e altres qualsevol terres e 
possessions, mercaderies e generalment tots e singles bens lurs... 
sots la sua protectio custodia e salvaguarda reaj, volent e manant 
aquella esse publicada, e encara donat plena facultat a cascu dells 
dits singulars, per lur propria auctoritat, posarse en lurs cases lo 
senyal real de la dita salvaguarda, per so que a tôt hom genera- 
liter sia noticia com aquell e tots sos bens son en la dita salva- 
guarda real e no puga aigu ignoranciam allegare. 

E com En Bernât Uteza, notarius, vuy aturant en la présent 
ciutat, sia Conservador de la dita Seca e legitimament matriculat 
e collegiat, e hun principal impetrador del dit privilegi, e haia en 
la présent ciutat e termens propria habitacio e terres e posses- 
sions, per que aigu de vostre jurisdictio e encara altres qualse- 
vulla no sien dessabuts e no pugen ignoranciam allegare : Pertant 
lo dit Alcalde vos requer que tenint e servant inconcussament lo 
dit real privilegi, loqual es direte e prenant tots officiais, aixi non 
reals com reals, fassats publicar ab veu de crida, per vostres juris- 
dictions e lochs acostumats, la dita salvaguarda per lo dit Uteza, 
terres e possessions e altres bens seus. 



— 5i — 

E si en alguna manera coatrevindrets o aigu de vos altres con- 
trafara a les gracies, exempcio, preheminencies e perrogatives per 
lo dit e altres privilegis al dit Uteza, aixi com singular collegiat 
de la dita Seca, consentits e atorgats, lo dit Alcalde, en lo dit 
cars, e ara per lavors, acusa e denuncia a vos altres e aquell qui 
contrafara e en vostres o lurs bens les pênes en lo dit e altres 
privilegis e provisions contengudes, protestant de la mitât en 
dites pênes al Collegi de la dita Seca pertinent, exhibint vos lo 
dit privilegi, requerint de la présent carta publica per vos notari 
esse fêta e als alcayts de la dita Seca o aigu d'ells, o al dit Uteza 
donada. 

(Requête notifiée par acte en latin) de P. Catala, notaire, du 
26 décembre 1460, à J. d OrtaflFa, batlle d'Elne pour TEvêque, 
avec exhibition du susdit privilège royal, en date, à Barcelone, 
du 14 août précédent.) 

R. DE LaCVIVIER. 

cJigfriÎj —. 



Lo salser 



Cada any se mort. 

Ses entranyes se desfant en pois y los vents d'hivern ara xui- 
xuiejan, ara brunzînan dins los forats y esquerdes de son esque- 
leta. Com que sembla que cada ventada ha d'enrossegar-se 
aqueixa soca vella, los aucells s'en apartan ; sols algiin pit-rotj 
s'atreveix a buscar-hi les formigues qui, testudes y aprofitoses, 
s'encaparran à trobar élément de vida per demés de les despulles 
d'aqueix mort. 

Y cada any ressuscita. 

D'aquest cadaver neix y brota â bordolls una vida nova. No se 
veu per hont passa la sava regenadora, mes, al cim d'aqueix cos 
desencarnat, s'enlaira una profusiô de branques y de fuUâm. Les 
papellones ballan, als entorns, ses rondalles silencioses; los aucells 
nian y pitejan entremit) de les branques ; y à sos peus, sobre 
l'herba atepehida y molçuda que son ombra guarda del sol, lo 
vinyaté hi xirrita lo vi que son travail cria. 

J. B. 

(Salses 1 



Folklore catalan 

Les deux chansons que nous reproduisons ci-dessous ont été 
recueillies par M. Jean Amade dans la montagne de Céret. 

1. La canso dels Trabucayres <>) 

L'any desavuyt cents cuarante y cuatre 

Una banda se va format 

De trabucayres dins Espanya 

Per matar, y violar, y robar. 

Hi ha allî, al Plâ de la Palla, 

El Tocabens, y es capità. 

La diligencia hi va passar : 

Promptament la van arrestar. 

Roger Baybé va ser robat, 

També En Massota ; 
Per 'quella banda de malvats 

Foren lligats î 
Rodan per boscos i montanyas 
Tota aquella dolenta gent ; 
Saltan marges, saltan parets. 

Fêtas dels Moros, 
Saltan marges, saltan parets, 

Per los déserts. 
Y a la cova de Bassegoda 
Al fill Massota varen matar. 
Las orellas li van llevar, 

( I ) Cette composition remonte à 1846, année du procès et de l'exécution 
des Trabucayres. On en trouvera une autre version, beaucoup plus longue 
et beaucoup plus complète d'ailleurs, dans un curieux petit livre de M. Joseph 
Gibrat, Tocabens et C" (Céret, Ed. L. Roque, 1908 ; p. 80 et seq). On 
pourra ainsi se rendre compte directement des déformations que subissent, 
dans 1 imagination et la mémoire populaires, toutes ces compositions qui cou- 
rent de bouche en bouche pendant de longues années. C'est un peu dans ce 
but que nous avons voulu donner notre texte. J. A. 



— 53 — 

Cruels Arabes, 
Las orellas li van Uevar, 

Juheus malvats ! 
Mireu quin desconso) tant gran 

Per pares y mares, 
Tenir als fiDs presos en mans 

D'aquells brigans !... 

2. La canso dels Contrabandistas 

Dotse contrabandistas — rravessan l'Ampurdâ. 
Cap â Banyuls tiraban — per poguer carregar. 
Carregan de tabacô — de fum, també de pois. 

Y avantes de partir, — nostres parents nos deyan : 
« Minyons, atenciô ! — Minyons, atenciô ! 

« Mireu que dentre l'Ampurdâ, — fera de mal passar ! » 
Cuan carregat n'hagueren, — tret avans de marxar, 
El un deya ambe l'altre : — « Per hont podrem tirar ? 
« Pel Plâ de Barcelona, — que bona banda hi ha ! » 

Y â la font de Jordana, — mes amont de Sant-Quirch, 

Y â la font de Jordana — van anar reposar. 
Nos sal très obriers, — nos tiraban très très. 
Nosaltres tôt fugint, — tôt salvant els paquets. 

S'hi havîa un pobre vell — que Tamboret s'hi deya ; 

També hi havîa el seu fill : — fins '1 van agafar ! 

Cuan el seu fill vegé — qu'han agafat al pare : 

« Minyons, com ho farem ? — Minyons com ho farem ? 

(( Nos s'emmenan al pare, — y may mes lo veurem ? 

(( Amichs y companys meus, — vostre socort demani. 

« Qui me vol ajudar — y al pare deslliurar ? » 

Hi ha hagut d'aqueixa colla — qu'es un dels meus amichs 

Eli ha mort una guarda — y. un altra de ferit. 

N'hi ha un de Besalû — que s'en deya Micalô : 

Aquell s'va fome â fuge : — may ha espérât ningû. 

Cuan ell vegé aixô — qu'els guardas se fugîan : 

« Jo '1 tabacô '1 duré, — jo '1 tabacô '1 vendre, 

« En despit de las guardas — y malgrat de tots ells ! » 



Lvù^ùvù^ù^ùoUfù^L^ù^Loù^ùyLoù^ 



HISTOIRE LOCALE 



Mathieu MARON 

et les œuvres d'art de l'église de Kéfiach 

Mathieu-Antoine Maron naquit à Bayonne en i665. 11 entra 
dans les ordres, fut reçu docteur en théologie, et nommé en 1690, 
chanoine de l'église collégiale du Bourg-Saint-Esprit-les-Bayonne, 
alors dépendante de l'évèché de Dax ;^Landes . Devenu en 1710, 
aumônier dans l'équipage d'artillerie de l'armée du Roussillon, il 
résigna la dignité canoniale en faveur de Laurent Lacaussade, 
prêtre de son diocèse d'origine. Le j3 janvier J716, Mathieu- 
Antoine Maron prit possession de la cure de Saint-Hippolyte, 
et le 10 octobre ijjS de celle de Néfiach. 11 dirigea cette 
paroisse jusqu'au jour de sa mort survenue le 12 mars 1754, encore 
qu'il eût été investi du titre d'archiprêtre d'ille (1). 

Par un testament en date du lo novembre 1752, Mathieu- 
Antoine Maron fit co-héritiers universels Honoré Péroné, docteur 
ès-lois domicilié à Néfiach, et Joseph Balanda-Sicart (2), avec 
charge pour eux d'exécuter ses dernières volontés. 

En dehors des legs pieux qu'il fit en faveur des paroisses du 
Soler et de Saint-Hippolyte, Mathieu-Antoine Maron laissa à la 
disposition de ses légataires les sommes nécessaires pour mener 
à bonne fin l'oeuvre de la reconstruction et de l'embellisement de 
l'église de Néfiach. 11 eut la satisfaction avant sa mort de passer 
un contrat, le 3o octobre 1753, avec Joseph Parisel, menuisier de 

()) On sait qu'avant la Révolution le titre d'archiprêtre était personnel 
et non local. 

(2) Joseph Balanda-Sicart naquit le 24 août 1721. Après avoir été pre- 
mier juge du bailliage de Perpignan et de la viguerie de Roussillon, lieute- 
nant à 1 amirauté de Collioure, il fut nommé professeur de droit français à 
l'Université de Perpignan en lySb. 11 mourut le 12 décembre 1787 (Diction- 
naire de biographies roussillonnaises). 



— 55 - 

Saint-Paul-de-Fenouillet, qui s'engagea à construire moyennant la 
somme de trois cent livres, le retable d'un autel dédié à Saint- 
Macaire. 

Après son décès, Honoré Péroné et Joseph Balanda-Sicart se 
mirent en devoir de continuer l'œuvre du curé Maron. Le 29 juin 
1754 ils passèrent avec Navarre, sculpteur, et Paul Courty, menui- 
sier, un contrat par lequel ces derniers promirent de construire 
les retables du maître-autel, du Rosaire et du Crucifix, moyennant 
la somme de 2400 livres, affectées à la main-d'œuvre. Les quatre 
colonnes en marbre blanc et rouge incarnat, hautes de neuf pieds, 
qui encadrent le retable du maître-autel furent commandées à Pierre 
Premont de Caunes et placées le 20 juillet 1755 ; elles coûtèrent 
)io3 livres. Le 1" mai 1756, Navarre et Courty firent la remise 
des retables du maître-autel, du Crucifix et du Rosaire, aux exécu- 
teurs testamentaires de Mathieu-Antoine Maron. Michel Thomaza, 
doreur d'ille, dora le premier de ces monuments en iy56. 

Le 29 novembre de cette même année, le sculpteur Michel 
Nègre promit de faire le retable de la chapelle de l'Ange gardien, 
au prix de 540 livres. L'artiste avait achevé son œuvre le 1" mai 
1757. 

Le 7 juillet 1756, Honoré Péroné et Joseph Balanda firent la 
commande de six tableaux au peintre languedocien Rieudemont. 
Dans l'espace d'une année, celui-ci exécuta les deux toiles placées 
sur les parois du sanctuaire qui représentent la mort de la Vierge 
Marie et la mise au tombeau de son corps, les deux tableaux du 
portement de la croix et de l'Blévation de Jésus sur la croix 
(réplique du sujet peint par l'artiste lui-même dans la chapelle du 
Christ de l'église Saint-Jacques de Perpignan), le panneau de la 
chapelle de l'Ange Gardien et le tableau de saint Honoré, 
évêque. 

Le 8 avril 1759, Rieudemont passa contrat avec les héritiers 
de Mathieu Maron et s'engagea à peindre les six tableaux de la 
Nativité, de la Présentation, des Epousailles, de l'Annonciation, 
de la Visitation et de la Purification, qu'on voit encore dans 
l'église de Néfiach. 



— 56 — 

Le lo juin ijSj, Honoré Péroné et Joseph Balanda avaient 

remis à Albert Bernard, bijoutier de Perpignan, la somme de 

1437 livres pour le paiement d'un ostensoir qu'il avait fabriqué et 

qui pesait quinze marcs trois onces. L'épitaphe suivante (i), 

résumé fidèle des vertus et des travaux de l'abbé Maron, fut gravée 

sur sa tombe : 

Tiic jacet 

7^. "P. Mathaeus Maron "Baionensis 

S. T. A. Doctor, archipreshiter, Jiujus 

Paraeciae T^eclor, Tanta Yirtute T4t 

Cum Yivens, T(es suas Dei Templa 

"Decorando, "Pauperesque Levando 

Dispersisset, Pauper Obire, Et 141 

Jgnotus, Ttumari Volueril, Obiil 

j ]' Mardi jy54 Anno JElalh 

Suae 8^ Muneris Pastoralis 36 

Die supra dicta, anniversarium 

ad animae éjus requiem celebretur. 

Abbé Jean Capeille. 

Archives des Pyr.-Or. G. 824, 867, loSî. 

(i) Communication obligeante de M. Maxence Pratx. 

Extrait de mil y un pensaments 

Los cegos troban totas la donas guapas ; los tontos troban 
totas las ideas bonas. 

Es una impropretat dir : matar lo temps ; no '1 matém nosal- 
tres â ell, sino ell à nosaltres. 

-^^^ 

Estudiant la geografia coneixerâs tôt lo mon ; estudiant la his- 
toria coneixerâs tôt lo passât; estudi?nte â tu mateix coneixerâs 
â tots los homes. 



La Langue Catalane 

et son utilité pédagogique 

C^S^i^^n {Suite) 

5-^ LEÇON — Fam y Sanch (1475) [Suile) 

Diuhen. — Lo cami-ral de pois, de sanch oneja. 
A l'iglesia de) Pont, la Tet apiloteja 

Cossos ab son sorral. 
Del cjm del Castellet s'ôu un crit de Victoria, 

Y los Perpinyanenchs, lo front omplert de gloria, 

Entren dins llur portai. 

Mes del Governador lo fill, pie de bravesa, 
Es, ay ! fet presoner per la tropa francesa, 

Com deslJiurà '1 cautiu ? 
Ja del camp enemich una veu regullosa 
Diu que si en llur poder Perpinyâ no se posa 

Pus no lo veuran viu. 

Lo Consul, Don Blanca, dret sobre una alta torra, 
Ofega son dolor, ses llâgrimes esborra 

Y son arma se treu : 
« Miraula aqui, los diu, mon espasa honrada. 
Mateu, mateu mon fill ! mes ma pâtria sagrada, 

Francesos, no l'haureu ! » 

A baix de les parets, una ma forastera 
Del malhaurat infant la rossa cabellera 
Areu descapdellà : 

Y eix cap tant hermôs reb la mortal ferida. 
Mes ans de se tancar, sa boca encara crida : 

« Per Deu y Perpinyâ ! » 

J. BONAFONT, Ays. 



— 58 — 

Explication du Texte 

La victoire est aux Perpignanais qui rentrent dans la ville. 
Mais le fils de Don Blanca est fait prisonnier par les Français 
qui déclarent ne vouloir livrer leur capture que si les assiégés 
ouvrent les portes de Perpignan. Le consul refuse et, montrant 
son épée, dit aux Français : « Vous pouvez tuer mon fils, mais 
vous n'aurez pas ma patrie î » Le fils de Don Blanca fut déca- 
pité aussitôt par les Français. 

Vocabulaire 

dihuen, ils disent, ainsi dirent-ils poder, pouvoir 

cami-ral, pour réal (royalj, grande ofega, étouffe, fait taire, cache 

route • llâgrimes, larmes 

pois, poussière esborra, efface. Ici : sèche, essuie 

oneja. ondoie honrada, honorée. 

apiloteja, amoncelle los diu, leur dit-il 

cossos, cadavres pareis, remparts 

sorral, rivage, terrain sablonneux forastera, étrangère 

s'ôu, se fait entendre malhaurat, malheureux 

omplert, empli, ouvert cabellera, chevelure 

bravesa, bravoure hermôs, beau 

ay ! hélas descapdellâ pour descapdellar signifie 
deslliurd, pour deslUurar, délivrer dévider un peloton. Ici : décoiffer, 

cauUu, captif défriser. On dit aussi : escabellar 

ja, déjà descabellar. 

regullosa ou rogallosa, enrouée, rau- ferida, blessure 

que ans, mis pour antes, avant 

Exercices 

Traduction française du texte. — Avoir soin de choisir dans le 
vocabulaire le mot français qui correspond le mieux au mot cata- 
lan. Par exemple, le mot ofega, doit-il être traduit par étouffe, 
fait taire ou cache ? 

Composition catalane. — Résumer le texte en catalan et intro- 
duire dans ce résumé quelques expressions énergiques supplémen- 
taires si possible. 

Composition française. — Faire la traduction libre du texte en 
respectant le plan adopté par l'auteur. 

Conjugaison bilingue. — Verbe dedliurar et verbe délivrer au 
futur simple et au conditionnel présent. Conjuguer sur ce modèle 
le verbe se posar (se mettre). 



- 59 



Indicatif Futur 



Terbe deslUurar 

deslliuraré 

deslliuraras 

deslliurarà 

deslliurarem 

deslliurareu 

deslliuraran 



Verbe délivrer 

je délivrerai 

tu délivreras 

il délivrera 

nous délivrerons 

vous délivrerez 

ils délivreront 



Conditionnel Présent 

"Verbe deslUurar "Verbe délivrer 

deslliuraria je délivrerais 

deslliuraries tu délivrerais 

deslliuraria il délivrerait 

deslliurariem nous délivrerions 

desUiurarieu vous délivreriez 

deslliurarien ils délivreraient 

Remarque. — La i" personne du singulier du futur (je délivrerai) 
est souvent confondue, en français, avec la i' personne du con- 
ditionnel [je délivrerais). Cette confusion n'est plus possible lors- 
qu'on compare avec le catalan. Les élèves ne mettront donc Vs 
finale en français que lorsqu'ils pourront traduire par le condi- 
tionnel catalan. 

Notes grammaticales 

L'élision de l'arHcle. — L'élision de l'article el a lieu lorsque 
le nom déterminé commence par une voyelle ou une h ; et l'apos- 
trophe se place tantôt avant tantôt après la lettre /. 

Elle se place avant si le mot qui précède se termine par une 
voyelle et si le mot qui suit commence par une consonne. 

Ex. : Com deslliurâ '/ cautiu ? 
et non : Com deslliurâ el cautiu ? 

Elle se place après si le mot qui précède se termine par une 
consonne et si le mot qui suit commence par une voyelle, 

Ex. : Com deslliuraran /' infant ? 
et non : Com deslliuraran el infant ? 

On ne met pas d'apostrophe et, par conséquent, il n'y a pas 
élision si le mot qui précède se termiie par une consonne et si 
le mot qui suit commence par une consonne. 
Ex. : deslliurarem el cautiu. 



— 6o — 

L'élision de l'article la est facultative. 11 suffit de se confor- 
mer à l'usage. 

Voir dans le texte /'iglesia del Pont, 
que l'on pourrait écrire avec la : la iglesia del Pont. 

L'élision de l'article eh a lieu si le mot qui précède est terminé 
par une voyelle, quelle que soit la lettre qui commence le mot 
suivant. 

Ainsi l'on doit dire : 

Com desUiurà 7* cautius? 
Com deslliurâ 7s infants ? 
et non : 

Com deslliurâ eh cautius ? 
Com deslliurâ els infants ? 

parce que deslliurâ se termine par une voyelle. De même qu'on 
doit dire : 

Deslliuraran els cautius ? 

Deslliuraran els infants ? 

parce que deslliuraran se termine par une consonne. 

11 est juste de signaler ici que certains auteurs catalans placent 
quelquefois la préposition à devant le complément direct des ver- 
bes actifs quand ce complément direct est un nom de personne. 
De sorte que : deslliurâ 7 cautiu ; peut être mis pour : deslliurâ 
el ; ou pour : deslliurâ al. De même que l'on peut dire : 

Mateu, mateu mon fill (el meu fill) ; 
ou bien : Mateu, mateu a mon fill (mateu al meu fill). 

Mais quand le complément direct n'est pas un nom de per- 
sonne, cette tolérance n'existe pas. Ainsi l'on dit : 

Ofega son dolor, esborra ses llâgrimes. 

Ce que nous venons de dire est la cause d'une incorrection que 
commettent les enfants, lorsqu'ils disent, par exemple : « Jean ! 
le maître t'appelle. — A qui ? a moi ? — Oui, à toi (i). » Nous 
reviendrons d'ailleurs là dessus au chapitre du verbe. 

(i ) Ou bien encore : Ane qui ? Jlne moi ? — .^ne toi ? 



I 



6"^^ LEÇON — Lo corb y la guilla 

No per tu sinô pel pâ 
Remena la cua el câ. 

Plantât â dalt d'un arbre el senyor corb estava, 
Sol y tôt pensatiu ; mes ténia en son bech 
Un formatge oJorôs, si per cas un poch sech, 

Y pel trapar millor l'ensalivava, 

Y mentrestant se l'ensumava. 

Una guilla traydora y fina com n'hi ha pas, 

Passant y flayrejant, alsa lo nas, 
Veu lo formatge y') corb, y manyaga se posa : 

« Deu vos guard, noble senyô 1 

Que sôu rich, hermôs y bô ! 

No so pas artificiosa, 

Que us ho dich de bona fe, 

Si tinguès, Vostre Mercé, 

Veu conforme â son plomatge. 

Séria elia, — que li dire ? — 

Lo fenix d'aquest boscatge. 
Veyam donchs, cantâu un poch. » 

Ohint assô, mestre corb 

No's pot tenir d'alegria : 

Vol mostrar com be solfia, 

Obra un palm de boca, y... crach ! 

L'altra te '1 formatge al sach. 

« Molt senyor meu, li diu llavors aquesta, 

Calcom vos vol aquell que vos fa festa. 

Guardâune la llissô. » Lo corb, gratantse '1 cap 

Jura com jamay pus li darian tal nap. 

Justin Pépratx, Pa de casa. 

Explication du Texte 
Cette fable étant une imitation de La Fontaine, nous nous dis- 
penserons d'en donner le sens. 



— 62 — 

Vocabulaire 

corb, corbeau arlificioxa, artificieuse, rusée, hypo- 

guiïla, renard. On dit aussi : guineu crite 

remena, remue 'F'ostra Mercé, Votre Grâce 

à daîl, au haut, en haut alegria, allégresse, joie, contente- 

el senyor corb. Monsieur le corbeau ment 

pensatiu, pensif, songeur, rêveur palm, mesure correspondant à la lar- 

olorôs, odorant g^"^ de îa main, les doigts en 

l'ensalivava, l'imprégnait de salive palme 

mentrestant, pendant ce temps llavors, alors 

5e t'ensumava, il le flairait. On dit moU senyor meu, mon cher Monsieur 

aussi : se l'enxumava. calcom, quelque chose 

Iraydora, traîtresse guarddune, gardez-en 

flayrejant, flairant grafantse, se grattant 

manyaga se posa, inversion : devient îi darian tal nap ; darian, de dar, don- 
caressante ner et nap, navet. Donner un navet 

Deu vos guard, salutation : Dieu vous signifie tromper 
garde. 

Exercices 

Traduction française du texte. — Relire les conseils pour la tra- 
duction à la ]" leçon. 

Composition catalane. — Résumé du texte en catalan. 

Composition française. — Transposition du sujet : 

j° Le corbeau, honteux et confus, rentre chez lui et raconte à 
sa femelle ce qui vient de lui arriver ; 

2° Le renard raconte a ses petits comment il s'est emparé d'un 
fromage volé par un corbeau. 

Conjugaison bilingue. — Verbe cantar (chanter) à l'impératif. 
Conjuguer sur ce modèle remenar (remuer). 

Impératif 

Verbe cantar ^ Verbe chanter 

canta (tu) chante 

cantem (nosaltres) chantons 

canteu ou cantau (vosaltres) chantez 

Notes grammaticales 

Emploi et suppression de l'article. — Dans l'expression : et 
senyor corb (mot à mot : le monsieur corbeau) correspondant à 
M. le corbeau, l'article n'occupe pas en catalan la place qu'il 
occupe en français. 



- 63 — 

]1 en est de même chaque fois qu'en parlant de quelqu'un on le 
désigne par sa qualité ou sa fonction. 

Ainsi Ion dit ; 

el senyor ministre pour M. le ministre 

el senyor diputat — M. le député 

el senyor mestre — M. l'instituteur 

el senyor rector — M. le curé 

el senyor président — M. le président 

Lorsqu'on parlant à quelqu'un, on le désigne par sa qualité l'ar- 
ticle ne s'emploie pas en catalan, mais on le conserve en français. 

Ainsi l'on dit : 

Bon dia, senyor ministre pour Bonjour, M. le ministre 

senyor diputat — M. le député 

senyor mestre — M. l'instituteur 

senyor rector — M. le curé 

senyor président — M. le président 

Lorsqu'on parlant de quelqu'un on le désigne par son nom, on 
n'emploie pas l'article en français mais on l'emploie en catalan. 

Ainsi Ion dit : 

el senvor Casadamont pour M. Casadamont 

el senyor Vilallonga — M. Villelongue 

el senyor Verdaguer — M. "Verdaguer 

Lorsqu'e/i parlant à quelqu'un on le désigne par son nom on 
n'emploie l'article ni en catalan ni en français. 

Ainsi l'on dit : 

Bon dia, senyor Casadamont- pour Bonjour, M. Casadamont 

senyor Vilallonga — M. Villelongue 

senyor Verdaguer — M. Verdaguer 

L'article se supprime devant les mots missa (messe), casa (mai- 
son!, passeig promenade), palau palais), lorsque ces mots sont pris 
dans un sens indéterminé et qu'il y a avant eux un verbe indi- 
quant un mouvement, une situation. 

Ainsi l'on dit : 

irem à casa et non irem â la casa 

irem â missa — irem à la missa 

irem â passeig — irem al passeig 

Si, au contraire, ces mots sont pris dans un sens déterminé, 



— 64 — 

s'il s'agit de ia casa d'En Père, de la missa de la T(al, del passeig 
d'hivern, on emploie l'article. 

Ainsi l'on dit : 

irem a la casa d'En Père et non à casa 

irem i la missa de la Real — â missa 

irem al passeig d'hivern — â passeig 

Cependant on emploie aussi les expressions : à can Père ('pour 
â la casa d'En Perei, à ca la ciulal ( pour : d la casa de là ciulal, 
à la maison de ville). 

(A suivre) Louis Pastre. 

^cè^^- 

LIVRES ^ REVUES 

En Manel 

L'Albère. — Samedi dernier, en présence de quelques parents et amis, 
ont eu lieu à Saint-Martin-de-l'Albère, les obsèques du regretté Emmanuel 
Coste, dit « Manel », berger des Albères, connu dans tout le Roussillon. 

L'unique chemin était rendu impraticable par des amoncellements de neige, 
comme depuis longtemps on n'en avait vu. Le zèle déployé par de courageux 
Albériens et par le Service des chemins vicinaux n'était même pas arrivé à 
tracer un sentier praticable : ce fut donc impossible, la veille, de faire con- 
naître le décès de « Manel » à ses nombreux amis. 

Tous ceux qui l'ont connu, en effet, avaient apprécié son obligeance et les 
services qu'il était si heureux de rendre pour leur faire connaître le Neiilous, 
la « Reyna de las Founs », nos forêts et nos points de vues magnifiques. 

C'est une grande perte pour nos Albères qu'il se plaisait a embellir. 

C'est un homme de bien qui disparaît, dont, pendant de longues années, 
le touriste reconnaissant et ému évoquera le souvenir en parcourant nos 
montagnes. ('Le Courrier de Cérel) 

Esclarmonde de Foix 

A l'occasion de la prochaine érection d'une statue à Esclarmonde de Foix, 
M. Louis Palauqui a publié une notice historique sur cette vaillante prin- 
cesse, morte pendant le siège de Montségur, vers i225. 

C'est là un travail des plus intéressants pour la renaissance de la patrie 
occitane. 

L'Estufat y 'l Picolaf 

Es lo titôl d'una bonica cansô perpinyanesa, de l'Antoni Batlle, un entu- 
siaste « jaumet». Lletra y musica amb acompanyament de piano, son de lo 
mes encertat. 

(Se ven à ca '1 nostre amich En Pomès, editor de musica à Perpinyâ.) 



Le Gérant, COMET. — Imprimerie COMET, 8, rue Saint-Dominique, Perpigann. 



â 



5 Année N°5l 15 Mars 1911. 

Les Manuscrits non insères 
ic sont oas renaus. 



Les Articles oarus dans la Revue 



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REVUE 

CATALANE 

Le Salpas 

^^^^-< Per Mossen Vinyes, 

sempre rector de Costahona. 

Son aie per la vall bufa la primavera : 

La neu es fosa y '1 Costabona es espallit ; 

Vora 'I camj floretas novas han sallit 

Y de la cura verdeja la parraguera. 

Pascas s'apropan. Lo rector, — sant romiatge ! — 
Estola al col), â montanya, de mas en mas 
S'en va ab lo marguiller fidel â fer '1 Salpas, 
Pels senders rabillant las perlas de l'ayguatge. 

L'aygua beneyta â cada porta es espargida, 

La sal gitada. Entra â la casa y beneheix 

Tota la sal y tôt lo pâ ; y, de! mateix, 

Lo ramat, lo bestiar, los porchs, l'aujâm que crida. 

La mastressa ha apuntat dotze 6us y llangonissa 

Y botifarras per emplenar lo cistel) 

Que porta '1 marguiller ; li carrega '1 clatell 
D'un sach de biat, y s'encomana per la missa. 

L'Ermita de Cabrenç. 



mRmm&'^^sKmmiRmmKmM'i-mi 



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'éiv\ ' '^?f73i' 



N. Emmanuel Vergés de Ricaudy 

ET SES ÂlEUX 

I. La famille Vergés 

A la veille de la Révolution française de 1789, la famille 
Vergés était représentée à Perpignan par les trois frères Raphaël, 
Emmanuel et Joseph, issus du mariage contracté entre Raphaël 
Vergés, docteur en droit, et Marie Carboneil. Tous les trois 
occupaient des situations honorables au sein de la magistrature 
roussillonnaise. 

Raphaël, connu sous le nom de Vergés aîné, fut avocat. Ses 
talents oratoires lui avaient acquis une réputation d'orateur remar- 
quable. Les membres du barreau perpignanais le désignèrent, le 
24 octobre 1788, pour être l'interprète des voeux de leur ordre, 
auprès des juges du Conseil Souverain qui revinrent s'asseoir, ce 
jour-là, sur les sièges d'où le pouvoir central les avait chassés 
quelques mois auparavant. Les accents de Raphaël Vergés soule- 
vèrent en cette cir<:onstance d'enthousiastes acclamations. A la 
suite de graves événements survenus à Perpignan, le 8 juin J790, 
après le départ du colonel de Mirabeau, comniandant le régiment 
de Touraine, Raphaël Vergés reçut mission de la commune pour 
se rendre à Paris. 11 fut chargé de retracer à l'Assemblée natio- 
nale le tableau exact des événements et d'obtenir la clémence 
du roi en faveur des soldats mutinés. Le 26 juin 1790, Raphaël 
Vergés monta à la tribune de l'Assemblée nationale et prononça 
un discours qui fit une telle impression sur l'esprit des députés 
que ceux-ci en votèrent l'impression. Raphaël Vergés avait uni 
ses destinées à celles de Mile Malègue, de Pézilla-de-la-Rivière. 
De cette union naquit un fils unique, mort célibataire. 

Emmanuel Vergés, frère du précédent, vint au monde à Per- 
pignan, le i5 juillet 1759. En 1788, il fut chargé de professer 
un cours de droit civil à l'Université de Perpignan. En 1792, il 
recueillit la succession du célèbre magistrat Joseph Jaume, à la 
chaire de droit romain et ne tarda pas à être nommé successive- 



- 67 - 

ment juge du Tribunal et administrateur du district de Céret. 
Emmanuel Vergés fut désigné en 1796, pour occuper le siège de 
Président du Tribunal civil de Perpignan. Deux ans après, il 
abandonna cette fonction honorable ; il avait été investi de la 
charge de conseiller a la Cour de cassation, à Paris. Sous l'Em- 
pire, Emmanuel Vergés fut élu deux fois sénateur, en concur- 
rence avec Augereau et Macdonald que Napoléon i" préféra. En 
)8o8, il fut chargé de promulguer le Code Napoléon en Italie; 
il fut promu officier de la Légion d'honneur en 1814. Emma- 
nuel Vergés refusa une place à la Chambre des Pairs que 
lui offrit Louis XVI 11. 11 faillit de nouveau être élevé à cette 
haute fonction en i83o, par le ministère Laffite. Emmanuel Vergés 
mourut à Paris, le 24 octobre i835, sans laisser de postérité. 11 
avait épousé une demoiselle Conte de Bonet. 

Joseph Vergés, le plus jeune des frères, fut procureur (avoué) 
prés le Tribunal Civil de Perpignan. 11 se maria à la fille du 
sculpteur Navarre qui lui donna un fils, Emmanuel. Celui-ci 
devint le seul héritier du nom patronymique de la maison Vergés; 
il fut créé en 1808, par Pie Vil, comte Palatin et chevalier de 
la Milice d'or. De son épouse, Marie Desboeufs, Emmanuel 
Vergés eut une descendance nombreuse. Le fils aîné portait le 
prénom du père ; il embrassa la carrière des armes, devint capi- 
taine d'état-major et descendit tout jeune dans la tombe. Deux 
de ses frères continuèrent la lignée de la famille, le premier en 
épousant Alphonsine de Ricaudy, fille de l'amiral de ce nom, et 
l'autre en se mariant à Mlle Bort-Julia. 

II. L'amiral de Ricaudy 

Louis-Anselme-Alphonse de Ricaudy, né à Sisteron (Basses- 
Alpes) le 4 juillet 1789, était fils de César de Ricaudy, avocat à 
la cour et de Césarine de Saizieu. 11 s'engagea en 1801 comme 
mousse, fut nommé aspirant le 17 septembre i8o3 et bientôt après 
officier de flotille sur la frégate Le J{hin. Louis de Ricaudy fit la 
campagne d'Amérique sous les ordres de l'amiral de Villeneuve, 
assista à plusieurs engagements, notamment au combat des esca- 
dres franco-espagnoles contre l'escadre anglaise de l'amiral 
Calder (juillet i8o5) et à la célèbre bataiHe de Trafalgar (21 octo- 



— b8 — 

bre ]8o5). La frégate Le Jihin que montait Louis de Ricaudy put 
échapper au désastre, mais après avoir tenu la mer quelque temps 
encore, elle fut capturée par les Anglais le 28 juillet 1806. 

Prisonnier de guerre pendant plus de cinq ans en Angleterre, 
le jeune officier de marine profita des loisirs de la captivité pour 
se livrer à l'étude et étendre son instruction dans le domaine de 
la littérature et des sciences. ]j était à peine de retour en 
France, qu'il subissait avec succès, le )3 novembre 1811, des 
examens qui lui valurent le grade d'aspirant de 1 " classe. Nommé 
enseigne de vaisseau sur la goélette La Bacchante, le i" juillet 181 5, 
Louis de Ricaudy prit dans la suite le commandement du J^amier 
et du "Loiret et fit, sur ces navires, des croisières sur les côtes de 
l'Italie, de l'Algérie et de la Barbarie, sous les ordres de son 
oncle le baron de Saisieu. Lieutenant de vaisseau le 22 avril 1821, 
il fut promu, dans la même année, chevalier de la Légion d'hon- 
neur. Après plusieurs embarquements, Louis de Ricaudy prit le 
commandement de la goélette L'Estafette puis celui du Dromadaire. 
Il assista à la bataille de Navarin, livrée le 20 octobre 1827, et 
embarqué sur le bâtiment marchand -transport La Belle-Gabrielle il 
fit partie de l'expédition d'Afrique. 11 assista à la prise d'Alger 
et commanda une compagnie de débarquement qui opérait sur la 
plage de Sidi-Ferruch. Sa belle conduite durant cette campagne 
lui valut le grade de capitaine de frégate, que le gouvernement 
de Juillet lui décerna, le 2 octobre i83o. Le capitaine de Ricaudy 
commanda alors la corvette de charge La Meuse puis la corvette 
de guerre VAriane. Monté sur ce dernier navire, il fit une cam- 
pagne dans l'Amérique du Sud, d'une durée de deux ans et demi. 
Il était chargé d'une mission aussi délicate qu'importante : donner 
protection et secours au commerce français sur les côtes du Bré- 
sil, de la Plata, du Chili et du Pérou. Dès son retour en France, 
Louis de Ricaudy reçut les témoignages de satisfaction les plus 
flatteurs de l'amiral Duperré, ministre de la marine. Capitaine de 
vaisseau le 5 mars 1837, il fut d'abord placé à la tète des équi- 
pages de ligne à Rochefort puis chargé de diverses inspections 
dans le 4 arrondissement maritime. 

Le 6 mai ]83q, Louis de Ricaudy fut appelé au commandement 
du vaisseau Le Trident. Le 10 juin 1841, il passa à Toulon en qua- 
lité de directeur des mouvements du port, et remplit ces fonctions 



- 69 - 

durant plus de six années avec zèle, dévouement et fermeté. Le 
27 novembre 1847, le ministre de la marine, de Montebello, lui 
confia le commandement du Diadème; le i" février suivant, il 
prit la direction de la frégate à vapeur YJlsmodée, dans l'escadre 
de l'amiral Baudin. Louis de Ricaudy fut détaché de la division 
pour aller commander la station navale qui devait représenter la 
France devant Venise assiégée par les Autrichiens. La mission 
dont il fut chargé était difficile. Il sut la remplir avec une distinc- 
tion et une fermeté telles, que le gouvernement voulant récom- 
penser ses services, l 'éleva à la dignité de contre-amiral, le 
)6 octobre 1848, L'amiral de Ricaudy retourna à Toulon et 
arbora son pavillon sur VMsmodée. Plus tard, il devint successive- 
ment membre de la commission mixte des travaux publics à Paris, 
et major-général de la marine à Brest. 

Sur les indications fournies par M. Passama, officier de marine, 
l'amiral de Ricaudy vint aux eaux de la Preste pour y soigner 
une affection des voies urinaires. Le mieux qu'il éprouva à la 
suite de son séjour en Roussillon, le décida à se fixer à Perpi- 
gnan, dés la fin de l'année i85i. Le 8 janvier )853, il fut classé 
dans la deuxième section du cadre des officiers généraux de la 
marine. Il mourut à Perpignan, le )6 février j856. 

L'amiral de Ricaudy avait été nommé : chevalier de la Légion 
d'honneur, le 28 avril 1821 ; chevalier de Saint-Louis, le 3o octobre 
1829 ; officier de la Légion d'honneur, le 28 avril 1841 ; com- 
mandeur du même ordre, le 28 avril 1847. 11 était en outre 
commandeur de l'ordre de Sainte Anne de Russie, de l'ordre de 
Nitcham, de Tunis, et de l'ordre de l'Epée de Suède. Les armes 
de sa famille sont : d'azur à la fasce accompagnée en chif de trois 
étoiles et en pointe d'un croissant, le tout d'argent. 

L'amiral de Ricaudy épousa Suzanne Mélin et eut d'elle trois 
fils et une fille qui fut l'épouse de Raphaël Vergés, propriétaire. 

III. Emmanuel Vergés de Ricaudy 

Christian-Marie-Louis-Emmanuel Vergés de Ricaudy naquit à 
Perpignan le 8 octobre 1857. Il était le troisième enfant d'une 
nombreuse famille, issue de l'union de Raphaël Vergés et d'Alphon- 
sine de Ricaudy. Le jeune Emmanuel fit de solides études classiques 



— 70 — 

dans des établissements d'instruction secondaire en renom : le Col- 
lège de Perpignan, l'Institution Saint- Louis de Gonzague de la 
même ville ; Sorèze, l'Ecole de la rue des Postes à Paris et la 
Seyne (Var). Après avoir conquis son diplôme de bachelières-scien- 
ces, Emmanuel Vergés de Ricaudy affronta les examens d'admis- 
sion à l'Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr. Deux fois il subit 
avec succès les épreuves écrites du concours. 

J] était à peine âgé de vingt-cinq ans, lorsqu'il entra comme 
associé dans la maison de banque de M. Augustin Vassal, qu'il 
fit prospérer grâce à ses capacités et aux soins persévérants qu'il 
apporta dans l'exercice de ses fonctions. C'est dans les travaux 
des opérations financières que se sont écoulées trente années de 
l'existence de M. Emmanuel Vergés de Ricaudy. 

Son activité se dépensa aussi bien en dehors de la sphère des 
occupations professionnelles. De nombreuses sociétés de bienfai- 
sance, plusieurs groupements intellectuels, des mutualités sollici- 
tèrent et obtinrent de M. Emmanuel Vergés de Ricaudy le 
concours de sa personne, la lumière de ses conseils ou l'autorité 
de sa direction. Déjà, en 1880, on le trouve à la tête de la 
Société Philharmonique de Sainte-Cécile. En 1884, il fut nommé 
Président du Club Alpin français, section du Canigou. 11 occupa 
durant cinq années cette situation et devint ensuite administrateur 
de l'Association. "Les Patriotes du J^oussillon élurent Emmanuel 
Vergés de Ricaudy pour leur vice-président, le 5 octobre 1890, 
et la Caisse d'Epargne de Perpignan le compta aussi au nombre de 
ses Directeurs, avant de le choisir pour son vice-président. A la 
même époque, il fut nommé président de la société chorale 
V Orphéon de Perpignan. En 1897, V Association amicale des anciens 
élèves de Saint-Louis le plaça à sa tête, en le choisissant pour son 
président. En 1904, ce groupe renouvela à M. Emmanuel Vergés 
de Ricaudy le témoignage de sa considération en l'élevant et en le 
conservant à la présidence, durant quatre années consécutives. A 
la mort de M. Albert Passama, président de la société Saint-Joseph, 
les membres de cette mutualité ne crurent pas faire de meilleur 
choix qu'en donnant sa succession a M.. Emmanuel Vergés de 
Ricaudy. Et lorsque, en 1906, la Société d'Etudes Catalanes se 
fonda, M. Emmanuel Vergés de Ricaudy se chargea de la prési- 
dence qu'on lui demandait instamment d'accepter. La J^oussillon- 



— 71 — 
naise, fédération des sociétés de secours mutuels du département 
lui avait confié en iqoy la charge importante de trésorier-général. 

M. Emmanuel Verges de Ricaudy ne fut pas seulement homme 
d'action. 11 consacra ses loisirs aux lettres et à la science. L'his- 
toire locale est redevable à sa plume de trois ouvrages dont la 
facture dénote chez l'auteur une réelle compétence technique : 
J\otice historique sur la section du Canigou depuis sa fondation jusqu'à 
ce Jour, Perpignan, Imprimerie de V Indépendant, 1906; JMotice 
historique sur la Caisse d'Epargne de Perpignan, Comet, 1908, et la 
Toponymie du J^oussillon dont nous annonçons à la J{evue des "Livres 
de ce même numéro la récente publication. 

M. Emmanuel Vergés de Ricaudy, dont la constitution physique 
et les talents promettaient de riches espérances, a été soudaine- 
ment ravi par la mort, à sa famille et à ses nombreux amis, le 

18 janvier 191 ? . 

Abbé Jean Capeille. 

Textes catalans 

26 février i55o. f Archives départementales, G. 110.) 

Reconnaissance et inventaire devant notaire des reliques, trésor 
et ornements de la cathédrale d'Elne, en présence de trois délé- 
gués du Chapitre et de J. F. d'Oms, seigneur de Villelongue- 
de-la-Salanque, comme mandataire de Rév' Michel d'Oms, cha- 
noine et sacriste titulaire d'Elne, et administrateur perpétuel de 
Tabbaye d'Arles ; après le décès de J. Damps, prêtre, qui subs- 
tituait le dit sacriste. 

Et primo : En lo armari de santa Eularia y santa Julia, loqual 
es dins la sacristia de dita iglesia afix a la paret, ab dos portes, 
la una de fusta e l'altra de ferro, tanchadas ab quatre claus y 
tanquadores. 

Un reliquiari de santa Eularia, de argent sobre endaurat, ab la 
cara e pits de santa Eularia encarnada, ab un coxi ab vuyt botons 
grossos tôt d'argent sobre endaurat, demont quatre lahons tôt 
d'argent sobre endaurat, ab les reliquies de la beneyta Santa en 



— 72 — 

lo cap, lesquals se demonstran per demont del cap, ab una corona 
d'argent sobre endeurada en lo cap, ab molta padreria de diver- 
sos colors y molta perlaria, ab les puntes les unes com a flor de 
lli y les altres mes xiques, totes ab molta padreria y perlaria : 
En quai corona faltan très puntas de les flors de lli que son esta- 
des rompudes, y s'es trobat que falta mes, en la flor de lli qu'esta 
frontera, la pedra mes alta ques la mes grossa, ab una gandalla 
de fil de or demont del cap, y uns granets d'argent sobre daurats 
voltats per la corona. 

Item, en lo pits de dita Santa, un caxal de dita gloriosa Santa 
enquastat dins una rosa ab molta padraria... 

En laquai Santa son, démons d'ella, les presentalles seguents : 

Item, un libre de argent sobre endeurat, tanquat ab una per- 
leta demont un forât per loqual se veu un osset de dita beneyta 
Santa, ab una cadena d'argent sobre endaurada. 

Item, un gros anell de or groch, de bisbe, ab una torquesa 
molt grossa y de molt perfecta color. 

Item uns saltiris de coral en que y ha cinquanta quoerns de 
grans, ab un gra gros de casadoina, y una cauquilla de gayeta. 

Item altres saltiris de olivetas de coral, ab cinquanta quatre 
coherns e mig de grans, ab set senyals de argent y ab un sanct 
Jaume de gayeta al cap, y una oliveta mes grossa de coral. 

Item, altre fil ab setze coherns menys un gra, tôt de argent. 

Item, una brancha de coral molt grossa gornida de argent. 

Item, unes gargantilles de perla, de la largaria de un palm. 

Item, quatre fils de perles menudes, de un palm y un quart. 

Item, uns sartiris de nacra, ab cinch grans de crestall, y alguns 
de coral entre mesclat, ab una capseta de argent. 

Item, una almasistra (i) de fil de or. 

Item, très pessas de collar de or, a modo de creuhetes, ab un 
agnus de argent. 

Item, un anell de or, ab un capmeu (2) blanch. 

Item, un anell de or gornit ab perles y una pedra vermella. 

Item, una peyroleta de or smeltada de nègre. 

Item, un cavall de argent (3). 

(i) Brûle-parfums? 
{2) Camée. 

(3) Un procès-verbal de visite de )5bi mentionne aussi : Una eugua ab 
son polli, de argent (G. 1 10). 



- 73 - 

Item, set ulls, y dos cors, y una mamella de argent. 

Item, altre reliquiari de santa Julia, ab la cara y pits encar- 
nada, (pareil au premier) ab la corona molt rompuda ; es ver 
que y son totes les flors, en lesquals flors falten algunes per- 
les, y assenyaladement très al cap de les flors ; a la una flor falta 
la perla mes alta, y en lo rodedor de la corona falta una pedra 
grossa... Ab un sant Miquel petit, d'argent sobre endeurat, ab 
una pedra vermella a modo de granat o robi, loqual esta afix ab 
un fil de ferro a dita corona. 

Item, una pedra color de perdillo (i), larga, gornida de or, ab 
un sant Cebestia. 

Item, uns granets d'argent endeurats, entremesclat ab la corona. 

Y son en dita beneventurada Santa les presentalles seguents : 

Et primo un fil ab cinquanta grans de argent. 

Item, uns saltiris de coral, ab vint y nou quoerns y mig de 
grans rodons de coral. 

Item, uns saltiris de os nègre, a modo de oliveta, ab un agnus 
de argent sobre endeurat. 

Item, uns saltiris de lambre, ab dotze quoerns y mig de grans 
de lambre, ab quatre senyals grossos de or, y un gra de lambre 
mes gros de tots al cap. 

Item, altres saltiris de lambre blanch ab quinze quoerns y très 
grans de lambre, ab nou grans de gayeta, ab unes steletes dau- 
rades. 

Item, una brancha de coral gornida de argent, ab una cadeneta 
de argent, petita, que y a sis malles. 

Item, una medalla de nacra gornida de argent ab una Nostra 
Dona ab lo Jésus al bras, y de altra part es nacra. 

Item, un reliquiari sobre daurat, a modo de un livret, ab unes 
reliquies dintre, que penja ab una cadena de argent. 

Item, un ull d'argent. 

Item un stancha sanch xich. 

Item una gandalla de or demunt la corona. 

Item un fermall al pits de Santa Julia, gornit ab perleria y 
padraria, ab un caxal de Santa Julia. 

Item, un frontal [i) ab très peces de argent sobre endaurat 

(i) Gris. 

(2) Devant d'autel. 



— 74 — 

scultat, ab molta padraria de diverses colors, ab noranta y nou 
botons d'argent sobre daurats, ab flochs de seda verda que y ha 
en dit frontal ; es asaber a la primera pessa, cinch madallas scul- 
tades ab sants y santés, v entre madalla y madalla ha una creu 
de sant Andreu ahont ha molt pedres y la del mig major, y una 
rosa ab una pedra grossa al mig ; y son (a) la primera pessa 
quatre creus y quatre roses : Item ha en dita pessa frontal, ait y 
bax, uns entorns de argent sobre deurat gornits de padreria, ço 
es dos pedres petites y una grossa, per orde, tant ait com bax, 
en que y ha, en lo ait desesset pareils de pedres xiques, e 
altres tantes bax..., y trenta dos pedres grosses, ço es setze ait 
y tantes bax... y faltan 2/ pedres xiques y 7 pedres grosses...) 

Item un bras de argent ab la ma incarnada, ab reliquies del 
bras de sant Genis. 

Item una custodia xiqua, de argent sobre deurada, ab dos 
angels y una cima de vidre ait en lo mig. 

Item un reli(.{uiari de argent, xich, ab reliquies de sant Lorens. 

Item, una custodia de argent sobre deurada, ab algunes reli- 
quies, ab una creu ab un crucifix en una part, y de l'altra Nostra 
Senyora. 

Item un reliquiari de sant Barthomeu, xich, de argent, ab reli 
quies de dit sant. 

Item un bras de sant Inveni, ab reliquies de sant Inveni. 

Item una custodia de argent, ahont sta recondit lo Oleum infir- 
morum, per combregar los ecclesiastichs. 

Item la calze major, sobre endeurat y smaltat, ab sa patena. 

Item altre calze de argent sobre deurat, de alfonsello (?) ab sa 
patena. 

Item lo calze de sant Père, de argent, ab sa patena. 

Item una peyrola xicha, y un squalli, y un izop, y una pau 
smaltada, tôt de argent. 

Item dos bacines de argent. 

Item una crossa de argent sobre deurada. 

Item una mitra moilerna gornida de perles grossas, ab molt 
pessas de argent smaltades, ab sos penjants en losquals ha en 
quiscun penjant sis cascavells y un scut (?) y un aglan blanc. 

Item altra mitra ab perles menudes, fêta al antigor, ab molta 



» 



- 75 - 

padraria, y sos penjants ab cinc cascavells... ab una pedra gran 
vermella a la punta de la mitra. 

Item un floch de capa de seda de grana y de or, gornit de 
argent sobrendeurat. ab sa pedraria molt rich. 

Item, un cristal gornit de argent sobre daurat per posar lo 
Corpus en la festivitat del Corpus. 

Item dos canalobres y dos encessers de argent. 

Item, la naveta, ab una cullera de argent. 

Item un plat de suro (i) ab molts vedrials, y al mig un moris- 
cho y una mora quis figuran signats. 

Item una vera creu de argent, en laquai ha de Ligno Crucis, 
y falta un personage de argent, en loqual ha un quaxal de santa 
Eularia ab quatre leos y quatre smalts, que senyalan los quatre 
Evangelistas. 

Item una creu xicha de argent qui serveix als dobles breus. 

Item lo Testament vell y lo Testament nou de argent. 

R. DE Lacvivier. 

(i ) Ce plat se retrouve ainsi désigne dans un procès-verbal de visite de 
i568 : « Un plat gran, ab molts personages a la morisca, anominat lo plat 
de suro. » (G. moi 

^i^^^ 

Extrait de mil y un pensaments 



Surt al carré y trobarâs : una persona que 't comunicarâ qu'estas 
mes magre que avans, una altra que t'assegurarâ qu estas mes gras 
y una altra que 't dira qu'estas del mateix modo. Y vés fent cas 
de las opinions dels homens I 

Gracias â la diversitat dels gustos de la humanitat, no hi ha 
extrenyesa que no pugui arribar à ser tinguda per bellesa. 

La ignorancia y la supersticiô van sempre pel mon de brasset ; 
si las separessin se moriri'an de anyoransa. 



Pour la Langue Catalane 

Notre distingué confrère, Monseigneur de Carsalade du Pont, évèq ;e de 
Perpignan, vient de faire éditer un Abrégé de la doctrine chrétienne ; de la 
lettre pastorale qu'il a publiée à ce sujet, nous extrayons volontiers les 
passages suivants : 

« Nous l'avons fait imprimer en français et en catalan, suivant 
encore en cela l'exemple de Mgr de Flamenville. Grâce à Dieu, 
aujourd'hui comme alors, la langue catalane est en usage dans le 
diocèse, et malgré les efforts tentés par les partisans d'un unita- 
risme impossible, elle y est encore vivante et même, à l'heure 
présente, très active. 11 y a en France, disons-le en passant, des 
intellectuels qui s'irriteiit contre l'ordre établi en ce monde parla 
divine Providence et qui prétendent modifier cet ordre au profit 
de leurs idées personnelles. Or, sachez que Dieu a voulu et qu'il 
a établi la diversité des peuples. 11 a donné à chacun d'eux un 
caractère particulier, une personnalité propre qui est le reflet de 
la terre qu'il habite, de la langue qu'il parle et qui détermine sa 
race. La terre et la race sont inséparablement liées l'une à l'au- 
tre ; elles influent l'une sur l'autre, et de leur union est née la 
langue, après une gestation quelquefois séculaire. Tenter de 
détruire l'un des trois termes de cette trinité, la race ou la langue 
même sous prétexte d'unité nationale, est une œuvre impie et 
chimérique. On ne peut pas plus niveler les peuples, qu'on ne 
pourrait niveler toute terre. Le catalan est une langue, il vivra 
autant que la terre catalane, et que la race catalane. 

« Nous sommes heureux de cette occasion qui nous est offerte 
d'exalter devant vous la vieille langue des aïeux, d'en célébrer les 
incomparables mérites, de la proclamer avec tous les savants du 
monde, la fille ainée du latin, filla primogenita del llali, de vous 
dire enfin qu'il y a un devoir sacré d'honorer et d'aimer cette 
langue si belle, si sonore, si énergique et si douce, si magnifique et 
si simple et qui a été pendant des siècles la langue unique de vos 
pères, la langue des chartes de vos libertés et de vos coutumes, 
la langue de vos chroniques, de vos poésies, de vos chants popu- 
laires, de vos goigs si pleins de foi et de piété, la langue surtout 
de vos admirables prières. Vous nous pardonnerez, N. T. C. F., 
cette disgression ; elle a jailli spontanément de notre cœur : la 
bouche parle toujours de l'abondance du cœur 






L'Œuvre d'Oun Tal 






(Suite et "Fin) 



Albert Saisset poète et linguiste 



— 1 ° Meta thèse de consonnes ou de 

barrejar pour rabejar 
priure — pruïr 
gavinet — ganivet 
gavina 
gavinetada 

Ce mode de déformation est, du reste, très en faveur chez les 
enfants et dans le peuple. 

1° Changement de préfixe : 

emprès pour desprès despatllar pour espatUar 

desgarriar - - esgarriar 



Déformation du catalan. 

voyelles : 

buldofa pour butllofa 
citrell — cetrill 

barguer — braguer 
carmallers — cremallers 
crompar — comprar 



desafrenar 



desenfrenar 



3' Changement de consonne, souvent à cause de la ressemblance 
avec d'autres mots : 

canyoca pour canyota 

tracera — drecera 

dingii — ningii 

esfonzar — enfonzar 

esbargini — alberginia 

estragina — trenyina 

culcusit — corcusit 

selbi — serba 

greixes — creixens 

roblegar — doblegar 

enxibornar — ensibornar 

4° Assimilation. — Les participes passés volgut, calgut, pogut, 
sapigut ont produit les infinitifs barbares, qui sont d'ailleurs usités 
dans le peuple de certaines parties de la Catalogne : volguer, cal- 
guer, poguer, sapiguer. 

On dit hagés, au lieu de bagués, à cause du subjonctif présent 
hagi. 

5° Changement de conjugaison, — Cette confusion de conjugal- 



enxumar 


pour 


ensumar 


desmargar 




desmanegar 


frétât 


— 


fredat 


cotze 


— 


colze 


binvada 


— 


minvada 


alabanza 


— 


alabança 


centenat 


— 


centenar 


milenat 


— 


milenar 


argelat 




argelac 


eima 


— 


esma 


palcigar 


— 


calcigar 



- 78 - 

sons existe déjà en catalan ; ainsi proviennent de la conjugaison 
ère ou ère latine : 

Lluïr, tenir, concebir, cusir, dimitir, elegir, eregir, supplir, escondir, 
fugir, fingir, junyir, omplir, sofrir, punyir, quérir, llegir, resumir. 

Le roussillonnais dit de même ; corrir, premir, et même embru- 
Ur, se cuiiir pour embrutar, se cuitar (de cogilare). 

11 est vrai qu'il rectifie les formes non étymologiques, en 
disant : fiiger, cûser, du latin fugere, culere ; et, par assimilation, 
ixer de exire, ce qui est mauvais. La forme coller ne l'est pas 
moins, car le latin est colligere qui doit donner collir, comme dicere 
et ducere font dir et dur. 

6° Changement de diphtongue en voyelle simple : 

rure pour roure llenga pour ilengua 

fena — faena ou feina ega — egua ou euga 

die fener, di-fener — die feiner liuta — lluita 

calque — qualque viam ! viéu — veiam,veieu! 

aiga — aigua Uega — Ueuga 

portavu, deiu, diguéssu pour portàveu, deieu, diguésseu 

Ainsi le Roussillonnais, tout en employant les deux formes 
ocell, ozerda, olendra, orella et aucell, auzerda, aulendra, aurella 
paraît avoir une préférence pour la première. 

Cependant on dit pou, pour por (peur). 

Parfois la diphtongue est décomposée, comme si c'était un 
Franchimand qui prononçât : ehina pour eina. 

7° "Elision de syllabes initiales : 

'via pour havia 
'gès — hagès 

'quel — aquei 

'cabar — acabar 
'judar — ajudar 

8° Addition de lettres euphoniques : 

— soit en préfixe (cette déformation est précisément l'inverse 
de la précédente). 

A. — agram, aclap, a/art, arrella pour gram, clap, fart, relia, 
ce préfixe a est très fréquent en bon catalan ; il apparaît pour 
former une diphtongue dans les mots aucell, auzerda, etc., déjà 
cités. 

Inversement cet a du catalan a disparu dans margar, margall, 

nillar. 



'tat ? 


pour vritat ? 


'xô 


— aixo 


nhom 


— un hom 


gradar 


— agradar 



— 79 — 

D. — (Jalt, deixonsis, dellonsis pour ait, aixà, alla, et même 
dingû pour ningti. 

ES. — eslenalles, escoure, esporuc, escroces, eshegina pour lenalles, 
coure, poriic, croces, Irenyina. 
EN. — à l'encop pour al cop. 

— ■ soit dans le corps des mots, comme un infixe : 

E. — L'intercalation de cette voyelle dédouble des monosyl- 
labes en évitant la rencontre de deux consonnes, ou d'une diph- 
tongue et d'une consonne : 

Rebes, dormes, perdes, rompes, prenes, podes, sabes, remetes, sentes, 
tenes, pudes, mores, venes ; creues, diues, veues, viues, escriues, beues, 
deues, moues, seues, treues, riues, coues, caues, etc.. 

N. — unlrament, de l'espagnol olramenle ; deixonsis dellonsis, de 

aixà, alla; manglana pour magrana. 

Le catalan a cet n euphonique dans ningû, du latin neque unum. 

— soit à la fin des mots, comme un suffixe : 

S. — aixis, dingùs, défais {défait), accens (accent) apetis ; et les 
noms propres : Vassals, Canals, Portais, Tornols, Yalls, 0ms, 
Prats, Cornes, Segols, Cases, Pains, Tonis, etc.. 

T. — apit, escorpit ; et la plupart des mots finissant par r / corl, 
ort, mart, durt, purt, cari, segurt, ahirt, clart, fert, curt (il court), 
faburt, etc.. 

E. — sere, dire. 

— soit enfin, entre deux mots : 
T. — Eu t entrant 

N. — trapi n'El Père; jutgeunen : il y a plutôt ici double 
pronom en ; anont. 

A. — que fas a perci ? 

L. article redoublé : — hi ha \"En Miquelô. 

9° Influence de formes semblables : 

J\ut au lieu de nu, à cause de mut. Cependant crudum latin fait 
cru. L'adjectif bon amène la forme millon, pour millor. 

De même que Vr est muette dans la plupart des mots en ar, er, 
ir, or, même au pluriel, de même l'/i ne se fait pas sentir au plu- 
riel des mots en à, é, i, 6, û, et Ion dit : mds, bés, fis, bas, comûs, 
au lieu de mans, bens, fins, bons, comuns. Par contre on dit : aixins, 
allabons, au lieu de aixis, llavors. Car cette terminaison ns ne 
répugne pas/au Roussillonnais, exemple les mots : dilluns, dedins, 
fins, abans, etc.. 



— 8o — 

j o° J^emplacement des finales ch, tch ou 11 par i : 

— son ch ou tch : aquei, melei, vai, fui, vei, fai, bai, gret, 
fei (fardeau) ; ces formes se retrouvent aux Baléares, 

Cependant on dit : faig, roig, raig, puig, maig, boig, maix, 
gahatx. 

— son // ; vui, vai, pour vull, vall. Aux Baléares on dit 
même, dans le corps des mots : fuia, veia, etc.. 

jT Suppression de /'a atone entre deux consonnes dont la seconde 

est presque toujours r et plus rarement 1 : 

vrema pour verema carbaça pour carabaça 

esprit — esperit cargo) — caragol 

fredat — feredat carmell — caramel! 

brana — barana fil plomar — - fil d'empalomar 
brallar — barallar 

Cependant on dira parfois : 

citerell pour citrell (cetrill) ; poruner pour pruner 

1 1° Affection pour certaines voyelles ou consonnes : 

— son a clair : les verbes arrcncar, rccar, trcpar font 

arrdinca, r2.ca, trapa. 

far gués pour al forges granxoler pour gronxolar 

gatimell — gotim la un — • lo un, l'un, un d'ells. 

Cependant on dit cadern pour cadarn 

— son a atone : servecial pour servicial ; les mots dérivés 
du français fretar (frotter), beveta (buvette), faburt (faubourg). 

1. — C'est déjà une carastéristique du catalan (i) ; le roussil- 

lonnais va encore plus loin dans cet emploi de 1'/ ,• ainsi il dit : 

porti, portavi, portessi au lieu de porto, portava, portes 

il prend telles quelles au français les terminaisons en ier, qui 

devraient devenir er en bon catalan : mestier, fripier, etc. 

1 change en eia la terminaison française ée : aleia, riseia, guineia. 

I abuse des conjugaisons en ir (voir 5° ci-dessus) ; 

1 forme le participe présent en int quand l'infinitif est en er : 

creixint, reixint, ixint. 

/ remplace e dans les mots suivants, catalans ou français : 

lligir pour Uegir dixar pour deixar 

IJivar — llevar pindré — futur de pendre 

Uixiu — llexiu adiu — adeu 

(i) En latin certains verbes facere, jacere, lacère, capere, tenere, légère, regere, querere, 
premere, changent en i, dans les composés, la voyelle radicale. 



8i — 



sipi 




— sepia 






distruïr - 


- destruïr 


albi 




— àlber 






insi 


de ainsi 


desvirgoi 


ridat 


de devergon 


idé 


llivita 


de lévite 


iretge 




— heretge 






de siguit - 


en seguida 


istiu 




— estiu 






esquixar ~ 


— esqueixar 


sixanta 




— seixanta 






dimusela 


de demoiselle 


ginoll 




— genoll 






gineral 


— général 



i remplace o dans xicolata. 

i remplace a dans ximenella, xirriiar [pour xarritar) ; libûla, pussida, 

galimoix (pour gatamoixa) ; 

i est explétif dans ciego, beial, eirola, vieil; 

il remplace ei dans viam ! vieu. 

O. — L'affectation pour le son o, ou plutôt ou français, montre 
bien la rudesse, la rusticité du catalan ; le roussillonnais la mani- 
feste dans les mots : 

els altros pour els altres poruner pour pruner 

aixorit — aixerit potô - — petô 

boldofa — baldofa purgami — pergami 

estorroçar — esterroçar peu runquot de ranquejar 

monyoc — manyoc sonsuga — sangsuga 

oruga — eruga vorruga — verruga 

et les mots empruntés au français : votura, futull, mussurt, madi- 
musela, hurôs, uberja, etc. 

] 3° Mffeclation pour le son ny : 
ny remplace n dans granyola, punyir, (punir afenyar, soviny, escu- 

pinya, canyô ; 
il remplace // dans parpanyol, nyinyol (llinyol) : 

Le roussillonnais en arrive à redoubler ce son en prononçaht 
vinynya, llenynya, au lieu de vinya, llenya. 

Cependant, à cause sans doute du languedocien, on dit : anïell 
au lieu de anyell. 

j 4° Répugnance pour certains assemblages de consonnes : 
dr est changé en r, dans l'infinitif, le futur et le conditionnel des 

verbes en dre : veure, veurà, veuria ; dans l'adjectif heure, dans 

les substantifs .• cenre, Portvenres. 

Cependant on dit ; aulendra, calandra, mandra. 
pj, ps, pi, et se changent en tj, ts, td : 

catgirar, catsa, catdar, retde pour capgirar, capça, captar, recte 

Une consonne tombe et l'on dit : 



— 82 — 

vos pour vols pe 'nosaltres pour per nosaltres 

tabé - - tambë motô — moltô 

tapoc — tampoc esgarraxada — • esgarranxada 

prensa prempsa propietat — proprietat 

mitdia — migdia om — olm 

La bonne prononciation catalane supprime, de même, la con- 
sonne finale dans camp, ail, cant, etc. 

On dit aussi pam et palm ; coma vient du latin culmen. 

1 5° Contresens sans déformation proprement dite : 

baboïa, charivari, signifie en réalité : niais 

ronJinejar, tourner autour, — bougonner 

clap, amas, tas, — tache 

vella raiera, vieux malin, au lieu de veîla raia 
punla (au singulier) dentelles, — punies (au pluriel). 

la terminaison en o/^ n'indique qu'un diminutif: homenot, bestiota, 
alors qu'elle doit conserver un sens péjoratif, comme dans le mot 
pellot. 

i (5° Barbarismes : 
crits a fer tordir, crits à assourdir ; prixa, colme, ptesse, et les 
mots qui n'ont d'espagnol que l'apparence : berro, butjo, fonso, 
marso, nyanyo, pallago, totxo, vano, xupapo. 

Toute la querelle entre les catalanisants des Pyrénées-Orien- 
tales réside dans l'acceptation ou le rejet des mots et des formes 
que je viens de cataloguer tant bien que mal. Adversaire de l'ac- 
ceptation, et, je l'avoue, adversaire résolu, je n'en témoigne pas 
moins de ma loyauté par cet exposé complet de la cause. Saisset 
n'a pas osé montrer l'étendue du désastre qui, assurent certains, 
doit emporter inéluctablement notre idiome. J "ai ce courage et 
j'ai celui d'ajouter : Nous sauverons bien mieux cet idiome en 
amputant qu'en conservant les parties malades ; car il s'agit d'une 
gangrène. Notre patois est laid, barbare, sans saveur ; ses défor- 
mations, la plupart datant d'hier pourtant, sont vilaines ou inuti- 
les. On me dira que le provençal ne se portait pas mieux quand 
le septuor de Fontségurne le ressuscita. Oui, mais ignore-t-on 
que, pour lui faire parler d'emblée le langage épique ou lyrique, 
Mistral, Roumanille et Aubanel le rendirent presque méconnais- 
sable au peuple ? On le leur a pourtant assez reproché. Je ne 
suis pas de ceux-là ; car j'estime que ce n'est pas directement pour 
le peuple que 1 on écrit ; je m exprime mal : oui, c'est bien pour 



— 83 — 

le peuple qu'écrivent le journaliste (hélas !) et l'artiste même. 
Mais, comme leur rôle n'est pas de s'abaisser jusqu'au peuple, 
mais de l'élever jusqu'à lui, ils doivent se servir de sa langue, 
comme de ses idées, en l'épurant. Ecrire, c'est créer une illusion, 
un idéal ; Mistral, le bon gentilhomme campagnard, le futur 
empereur d'Arles, écrivait bien pour le sien, dès son premier 
chef-d'œuvre : 

Car cantan que pèr vautre, o paslre e gent di mas. 

Formule généreuse du droit de tous au grand art ! Comme elle 
fait pâlir la formule égoïste d'Horace : 

Odi profanum vulgus ei arceo ! 

D'ailleurs, qu'il le veuille ou non, l'artiste travaille pour la 
masse. Ce n'est pas à dire qu'il doive en être l'esclave. Certains 
dramaturges modernes ont montré les limites de l'art en faisant 
parler à des gens du peuple leur langue propre (ce mot gardant 
toutes ses acceptions), tout en idéalisant le dialogue et le sujet. 
« Le voituricr Henschel », de l'allemand Hauptmann, et « Els 
Vells » du catalan Iglesias sont situés aux antipodes des tragé- 
dies classiques et sont pourtant des chefs d'oeuvre au même titre. 
Entre leur dialogue simple et les tirades simples de Schiller et 
de Corneille s'étend le champ de l'art, champ immense. Tout est 
bon pour l'artiste ; c'est une abeille qui tirera du miel d'un caillou. 

Au point de vue de la langue, il atteindra l'art suprême en 
idéalisant sans presque déformer. De sorte que, si Ion prétend 
(et cela a été professé récemment dans cette même Revue) que 
l'écrivain ne doit employer que le vocabulaire du peuple, on a 
bien l'air de rogner les ailes au pauvre écrivain, mais l'air seule- 
ment ; car il y a tout dans le peuple, forme, idée, art ; le diffi- 
cile est de l'y trouver. Le peuple est toute prose et toute poésie, 
tout vient de lui, tout doit être pour lui. Mais, si quelques pri- 
vilégiés parviennent à charmer en écrivant presque comme il 
parle, il ne faut pas oublier les raffinés (Mistral, quoi qu'il en 
dise, fut un de ceux-là) ; à ces aristocrates de l'idée et du style, 
il faut un vocabulaire autrement vaste. Qu'aurait fait l'auteur de 
« Calendau » et de « Miréio » avec le lexique populaire si étri- 
qué de la Provence ? Que fera un Roussillonnais réduit à la 
pauvre contribution de son patois populaire ? Je lui souhaite de 



— 84 — 

nous donner des monologues valant ceux d'Oun Tal, mais ne lui 
conseille pas d'imiter les essais lyriques ou épiques de nos com 
patriotes roussilhnisants enfin, voilà que le mot venu !). Des peti- 
tes blagues pour le peuple, telle est toute la ressource du voca- 
bulaire roussillonnais ! Et encore qui égalera Saisset?... Voici un 
critérium de la valeur de notre patois ; tout le monde peut l'é- 
prouver, comme je l'ai fait : prenez le « Songe d'Athalie » et 
traduisez-le franchement, sans tricher, en roussillonnais ; vous 
constaterez que presque tous les mots français ont été catalanisés 
affreusement ; vous devez les employer, ces affreux mots. Quand 
vous aurez fini, relisez '... Oserez-vous appeler langue originale, 
langue catalane, ce plagiat innommable ? Allez, allez, que vous 
le vouliez ou non, quelque soit votre engouement pour le com- 
pléter, ce vocabulaire miséreux et loqueteux, il faut aller à l'ar- 
moire bien remplie du vieux catalan. Et le vieux catalan, qu'est-ce 
autre chose que le catalan moderne de l'autre côté des Pyrénées? 
Vous préférez ressusciter l'ancienne langue du Roussillon? Où 
est-elle, cette langue ? Quels sont les chefs-d'œuvre qui la consa- 
crent langue particulière au Roussillon ? Mais je ne répéterai 
aucun des arguments de ma préface des Fables de La Fontaine. 
Je rappellerai simplement une proposition lumineuse que fit 
Milâ y Fontanals, le grand Milà, comme on dit en Catalogne, à 
l'origine de la Renaixensa, à cette période difficile où le catalan 
cherchait sa voie, comme fait aujourd'hui le roussillonnais. Milâ 
proposait d'adopter une langue écrite commune, langue savante 
évidemment, à côté des divers dialectes parlés. Cette solution a 
prédominé dans tous les pays : en France, en Allemagne, en Ita- 
lie, en Espagne, et finalement même en Catalogne, partout un 
dialecte particulier a pris de l'empire sur les autres, grâce aux 
chefs-d'oeuvre de quelques écrivains et, une fois le sceptre en 
main, il l'a gardé définitivement. Mais tout roi a son Conseil. La 
langue officielle a ses dialectes qui l'enrichissent, la guident, la 
font évoluer. Le roussillonnais doit avoir son rôle à côté du cata- 
lan classique. Une fois le sacrifice fait (c'est le plus dur) de ses 
formes grammaticales bâtardes, il aura son contentement d'amour 
propre en apportant sa contribution de mots, et de locutions de 
bon aloi ; et cette cont'-ibution originale de mots peut être fort 

honnête. 

Paul Bergue. 



La Langue Catalane 

et son utilité pédagogique 

CS5»$'^2r^ {Suite) 

Une erreur de composition s'étant glissée dans le premier paragraphe des 
notes grammaticales de la 5"" leçon, nous nous empressons de rectifier et 
voici comment il faut lire : 

« L élision de l'article el a lieu lorsque le nom déterminé commence par 
une voyelle ou une /? ; il y a également élision lorsque le nom déterminé 
commence par une consonne autre que h, mais, dans ce dernier cas, il faut 
que le mot qui précise se termine par une voyelle. L'apostrophe se place 
tantôt avant tantôt après la lettre /. 

7""^ LEÇON — Metges y Cirurgians 

EJs metges els-e cal pagar y ben pagar. Y, ben mirât, 
que voleu qu'hi sapiguin els metges de la vila amb els mais 
dels pagesos ? 

Desseguit vos parlen de begudes qu'amarguen corn un 
fel, de purgues que vos escorreganten y de vesicatoris que 
vos s'emporten la pell... Y per mes desgracia vos parlen un 
francès tant recargolat ! ! 

Ah ! si eren els cirurgians d'anvantes ? encara, encara... 
AquelJs amb una sangria y un pareil de pegats vos enlles- 
tien un malalt ; enrahonaven com hom y, per paga, se con- 
tentaven d'un amarell de segle 6 d'un xayet ben tendre. 
Hom n'era ben servits y may, amb ells, calia treure diners 
de la butxaca. Y, si els hi demanaveu de quin mal patia el 
malalt, al lloch d'anar cercar, com els metges saberuts del 
dia d'avuy, unes paraules que ningù no enten, vos responien 
ambe tota franquesa : « El fetge se li menja la frixa » 6 
« La sanch se li rabeja amb els nervis ». 

La gent se morîa, mes hom sabîa com y pcrqué. 

E. Caseponce, Contes vallespirenchs. 



— 86 — 



Explication du Texte 

Après avoir constaté que les médecins d'aujourd'hui se font 
payer fort cher, qu'ils ne connaissent rien aux maladies des pay- 
sans, qu'ils donnent des remèdes désagréables et enfin... qu ils 
parlent français, l'auteur fait l'éloge des médecins d'autrefois qui 
avaient vite fait de guérir un malade, qui parlaient comme tout 
le monde et qui se contentaient de recevoir en paiement une 
mesure de seigle ou un petit agneau bien tendre. Naturellement 
les gens mouraient comme aujourd'hui, mais on savait comment 
et pourquoi. 

Vocabulaire 



metges, médecins 

pagesos, paysans 

desseguit, tout de suitz 

begudes, boissons, remèdes, potions 

amarguen, de amargar, être amer 

fel, fiel 

escorreganten, vous donnent des coli- 
ques. 

z^esicatoris, vésicatoires 

desgracia, infortune, malheur. Per 
mes desgracia, peut se traduire 
par : Pour comble de malheur. 

recargolat, de cargol, caragoî, vis. 
Peut se traduire par : serré, diffi- 
cile à comprendre. 

d'anvantes, d'autrefois 

sangria, saignée 

pegats, emplâtres 

enllestir un malaît, guérir rapidement 
un malade ; expédier ; terminer la 
guéri son. 



Exercices 

Traduction française du tcxïc — L'expression catalane « ben 
mirât » peut être traduite en français de plusieurs manières. 
L'élève recherchera toutes les expressions françaises correspon- 
dantes et choisira la meilleure. 

Composition catalane. — Rédiger en catalan deux petits de- 



enrahonaven, ils parlaient 

hom, que l'on écrit quelquefois un 
hem, correspond au pronom indé- 
fini français on et signifie un homme 
comme tothom signifie tous les 
hommes, tout le monde 

amarell, double décalitre, mesure 

xayet, petit agneau 

ireure diners, sortir de l'argent 

butxaca, poche 

patia, souffrait 

saberuts, savants 

unes paraules, des paroles 

ningù, personne 

feige, foie 

frixa, mou, poumon 

sanch, sang 

nervis, nerfs 



- 87 - 

voirs dont l'un aura pour titre : Els melges d'avuy ; et l'autre : 
E/s cirursians d'anvantes. 

Composition française. — Supposer que l'on a rencontré un de 
ces vieux médecins d'autrefois qui « amb una sangria y un pareil 
de pegats vos enllestien un malalt » et le faire parler. 

Conjugaison bilingue. — Subjonctif présent du verbe pagar et 
du verbe paver. Conjuguer sur ce modèle cercar et chercher. 

Subjonctif présent 

"Verbe pagar 'Verbe payer 

Que pagui Que je paie 

Que paguis Que tu paies 

Que pagui Qu'il paie 

Que paguem Que nous payions 

Que pagueu Que vous payiez 
Que paguin Qu'ils paient 

Notes grammaticales 

L'article partitif. — E" général l'article partitif ne s'emploie 

pas en catalan. 

Ex. : Vetaqui monjes, pâ y vi 

Voici des haricots, du pain et du vin 

Voir dans le texte : may calia heure Jiners (de l'argent). 

C'est ce qui explique la faute fréquente que commettent les 
élèves dans des phrases comme celle-ci : « Monsieur, il n'y a pas 
encre. » 

Cependant l'article partitif s'emploie lorsque le nom est pris 
dans un sens déterminé : 

Doname de les monges que tenes 

Lorsque l'article partitif est pris dans le sens de un peu de ou 
de quelques, on le traduit par un poc de, una mica de, uns, unes, 
alguns, algunes. 

Voir dans le texte : unes paraules que ningû no enlen des 
paroles). 

L'article personnel. — 11 y a en catalan un article spécial qui 
se place devant les noms propres de personnes et que, à tort ou à 
raison, on nomme article personnel. " 



— 88 — 

L'article personnel prend deux formes : 
i' "En devant les noms d'homme. 

Ex. : En Père, En Joan, En Jaume 

2° TVa devant les noms de femme. 

Ex. : Na Maria, Na Clara, Na Guideta 

Certaines rues de Perpignan portent encore des noms de per- 
sonnes précédés de l'article personnel : rue d'En Cake, place du 
Pont d'En VesHt, rue Fontaine TVa 'Pincarda. 11 y a aussi lo 
serrât d'En Vaquer. 

Nous trouvons encore à Banyuls-sur-mer, par exemple, el pou 
d'En Jordi, la coma d'En Perota, l'hort d'En T^amonet, la mata 
d'En Galy, lo coral d'En 7{eig ; à Port-Vendres, la serra del hort 
d'En Malacara, lo coll d'En Llaurens, etc. 

C'est par centaines que nous pourrions citer de pareils noms 
dans toutes les communes du département. 

Devant les noms d'homme commençant par une voyelle ou une 
h, En se change en /'. 

Ainsi l'on dit : 

l'Anton, l'Oller, l'Honoré 
et non : En Anton, En Oller, En Honoré 

Devant les noms de femme commençant par une voyelle ou 

une h, JNa se change en TV'. 

Ainsi l'on dit : 

N'Amelia, N'Antonieta 
et non : Na Amelia, Na Antonieta 

Mais on dit aussi YAmelia, ïAntoniefa, VEularia (pr. : leoulâri), 
de même qu'on dit couramment aujourd'hui la Teresa, la Tere- 
seta, la Teresô, la Caterina, la Caterineta, la Francisca, la Xica, 
la Francisqueta, la Xiqueta, la Xiquetona, la Tona, la Margarida, 
la Guida, la Margarideta, la Guideta, au lieu de Na Teresa, Na 
Tereseta, etc. 

Remarque. — On prononce Tresa, Treseta, Catrina, Catri- 
neta, Margrida. Margrideta (voir les notes sur la prononciation). 



- 89 - 

S*"' LEÇON — Passades alegries 

Quant poch han durât, mon cor, 
Tes passades alegries 1 
Dels festejgs y de l'amor 
Quant curts han sigut los dies ! 

Jo'm pensava, trist de mi! 
Que aqueix temps may finiria. 
Que de la vida 1 cami 
Sempre mes planer séria ; 

Que guardarian les flors 
Ab que cenyîa ma testa 
Sos perfums y sos colors 
En una perenna festa ; 

Y que '1 nectar exquisit 
Que mon seny embadalia, 
Ab delicia assaborit, 
Aspre may se tornaria. 

Tras de les flors han vingut 
Espines y mes espines ; 
Tras de) nectar he begut 
Unes amargues metzines. 

Antoine Puiggari, Venediment. 

Explication du Texte 

« Ah ! s'écrie le poète, que les beaux jours sont courts ! Je 
croyais que le chemin de la vie serait de plus en plus agréable a 
suivre, que les fleurs ^[arderaient leurs parfums et leurs couleurs 
et que le nectar serait toujours exquis. Mais hélas ! les fleurs ont 
bientôt cédé la place aux épines et le nectar exquis à l'amer 
venin. 



— 90 — 

Vocabulaire 

quant, combien exquisit, exquis 

alegries, joies seny, sens, raison, jugement 

festeigs, de festejar, faire la cour. Ici, embadalia, imp. du verbe embadalir, 

galanteries charmer, ravir 

pensava ; en Roussillon on dit : pen- assaborit. savouré 

. savi et non pensava aspre, âpre, amer, acre 

trisl de mi, expression qui n'a pas de se tornana, deviendrait 

correspondante en français tras, derrière, après 

mes planer, plus uni amargues, amères 

cenyia, de cenyir, ceindre melzines, médecines, poisons, venins 

perenna, continuelle, perpétuelle penediment , repentir 

Exercices 

Traduction française du texte. — L'expression catalane trist de 
mi peut se traduire de plusieurs manières. Chercher les expres- 
sions équivalentes et choisir celle qui se rapproche le plus. 

Composition catalane. — Supposer que l'on écrit à l'auteur en 
le tutoyant et en commençant par l'imparfait de l'indicatif : pen- 
saves que... 

Composition française. — Rédiger en français un petit devoir 
que l'on intitulera : « La jeunesse n'a qu un temps ». Suivre le 
plan du texte. 

Conjugaison bilingue- — Imparfait du subjonctif du verbe pen- 
sar et du verbe penser. Conjuguer sur ce modèle durar et durer. 

Imparfait du Subjonctif 
"Verbe pensar Verbe penser 

Que pensés Que je pensasse 

Que penséssis Que tu pensasses 

Que pensés Qu'il pensât 

Que penséssim Que nous pensassions 

Que penséssiu Que vous pensassiez 
Que penséssin Qu'ils pensassent 

Notes grammaticales 

Le genre des noms. — On a dû remarquer en traduisant le 
texte que le mot color (i) est masculin alors que son correspon- 
dant français couleur est féminin. Cette différence de genre exis- 

() ) Le mot color est cependant employé au féminin par le poète rousslllonnais Saisset (voir 
2' leçon) et par certains écrivains de Catalogne comme Costa y LIobera (voir plus loin). 



— 9' — 

tant pour un assez grand nombre de noms, il en résulte que les 
élèves éprouvent une certaine difficulté dans l'emploi de ces noms. 
Nous avons cru utile d'en donner ci-dessous une liste. 

r Noms masculins en catalan et féminins en français. 



Masculin 


Téminin 


Masculin 


Féminin 


color 


couleur 


caragol 


vis 


armari 


armoire 


enciam 


salade 


pressech 


pèche 


ruxat 


averse 


esparrech 


asperge 


Dabi 


lèvre 


toronjo 


orange 


xirimpiu 


rougeole 


sentinella 


sentinelle 


parèntesis 


parenthèse 


vidre 


vitre 


oli 


huile 


rellotge 


montre 


sant 


image 


2° Noms 


féminins en catalan et masculins en 


français. 


"Féminin 


Masculin 


"Féminin 


Masculin 


dliga 


aigle 


escala 


escalier 


carfoxa 


artichaut 


monja 


haricot 


mitja 


bas 


parafa 


paraphe 


seba 


oignon 


Uebre 


lièvre 


espiga 


epi 


senyal 


signe 


col 


chou 


nau 


navire 


paret 


mur 


pinta 


peigne 


mentida 


mensonge 


coliflor 


chou-fleur 


serp 


serpent 


carrossa 


carrosse 


guilla 


renard 


ungla 


ongle 


tarda 


soir 


llar 


foyer 


sal 


sel 


edat 


âge 


sort 


sort 


mel 


miel 


sanch 


sang 


llet 


lait 


mantega 


beurre 


merla 


merle 


quaresma 


carême 







On arrive très facilement par l'usage à reconnaître le genre 
des noms catalans sans qu'il soit nécessaire d'apprendre des règles 
qui comportent de très nombreuses exceptions et qui ne peuvent, 
d'ailleurs, s'appliquer à tous les dialectes catalans. 

(A suivre) Louis Pastre. 



w^f^S^^*iSfÊ^-^^ VSPméf^éi^ VifjtfU:ij^ Vf'-^^^Ê^ V^f.Jtf^&^ VÎ^-^Ke^ ^iiP.^£i£^ 

L'enfant au foulard 



.-•"•v 



1. Sous LES Acacias de la Place 

Lorsque, sous les acacias de la place, je vois les danses du 
soir, ma chanson intérieure est grave et recueillie, parfois même 
douloureuse. Et je ne saurais guère en démêler la cause. 

Je voudrais que chacune des filles de mon pays possède, avec 
1 eurythmie du visage, de la démarche et de la voix, ce parfum 
du sentiment qui s'exhale de toutes nos poésies populaires. La 
musique des jutglars berce la naïveté de mon rêve, dans la nuit 
inexprimablement douce et pleine d'étoiles. 

On danse. On danse. Je suis des yeux une jeune fille fluette. 
Elle a de la gravité dans son maintien. C'est une ouvrière de la 
magnanerie. Le tourbillon passe, et la sourde contrebasse en sou- 
ligne régulièrement la frivolité. Comme je la sens difiPérente de 
la mienne, la vie de ces jeunes filles, et de ces femmes en bonnet 
blanc, qui regardent, et dont la jeunesse envolée fut pareille !... 

Mes yeux cherchent l'ombre. Je les vois assises, à l'écart, 
celles qui ne dansent pas. Est-ce de l'indifférence? de la lassi- 
tude ? Ces couturières ont toutes leur histoire. Sans doute, cer- 
taines ont un passé qui leur conseille cette attitude. Je puis 
croire que c'est le cas de Marie. Je me suis approché de Marie. 
Je ne sais si elle a une âme délicate. Mais cette fille souple, ner- 
veuse, blonde, qui s'habille parfois comme une jeune dame, est 
vraiment une fille de chez nous. Je l'aime pour sa pâleur, pour 
ses yeux verdàtres, pour sa voix légèrement rauque, dont je 
saisis avec avidité les inflexions, pour ses lèvres qui sont deux 
longs fils rouges. 

Je ne l'ai jamais interrogée sur son aventure. On la connaît 
bien ici. On a joué du couteau pour elle. Elle nous quitta un 
beau jour : elle avait vingt ans. Elle était allée rejoindre son 
brun qui avait déserté en Espagne. Mais le roman a eu sa fin ; 
elle a été abandonnée. 



— C)3 — 

Marie doit se plier maintenant à la monotonie de la petite 
ville. Je sais qu'elle rêve d'être demoiselle de magasin et de para- 
der sur la Rambla des Fleurs, où frissonnent les roses et les 
glaïeuls. Nous causons ensemble de cette Catalogne douce et 
lumineuse, et dont l'amollissant vent de Rosas, qui vient du large 
et de l'Albêre, nous apporte le souvenir. 

En avril, Marie m'annonce qu'elle ira aux fêtes de Santa- 
Creu, à Figueras. Elle partira avec la tartane de l'Espagnol, du 
marchand de mandarines, d'oignons entrelacés, de cruches en 
terre blanche et poreuse. Elle traversera le col du Perthus et les 
chênes-liège drus de la Junquera. En septembre, elle m'accueille : 
« Venez-vous à Barcelone, aux fêtes de la Merced? J'assisterai 
à la corrida... » 

Ce soir, Marie a son enfant sur ses genoux. Isabelet est blonde 
comme sa mère. Elle porte un foulard sur la tête, à la façon des 
nenes de l'Ampurdân. C'est ce même foulard que nos jeunes filles 
laissent flotter derrière leurs visages brunis, au retour des champs 
et des jardins. Je le préfère à la coiffe de dentelles, qui enserre 
et étouffe les cheveux. Aussi, je félicite Marie de donner à sa 
fille l'air d'une petite ampurdanaise. Et il me plaît que l'on vive 
ainsi dans le souvenir. 

Mais Marie me répond avec un sourire triste : « Oh ! non... 
Isabelet est malade. Elle souffre de la gorge. » 

— Ce ne sera rien ? 

— Nous espérons. Si demain cela ne va pas mieux, nous appel- 
lerons le docteur, me répond h sœur de Marie qui sait si bien 
broder. 

On danse. On danse. Les acacias sont baignés de lumière. 
Lorsque je me suis couché, dans ma chambre nue, où un grand 
Christ me regarde étrangement, j'ai longtemps entendu cette 
musique du dimanche, si triste... 

11. Au Crépuscule 

Quelques jours après, j'étais sur le seuil de ma porte. Je 
regardais le crépuscule de septembre. Le bleu du ciel s'atténuait 
et se glaçait d'une vapeur mauve. Des bœufs traînaient leur cha- 
riot de luzerne, levant leurs sabots avec mesure, la queue bal- 
lante. Au tournant de la route, des sonnailles annonçaient un 



— 94 — 

instant la rentrée du troupeau, et on les voyait bientôt arriver, les 
brebis piétinantes, balançant leur blanc museau de droite et de 
gauche. Puis, on entendait l'appel d'une cloche. Un prêtre pas- 
sait. Des nuages gris-bleu traversaient le ciel. 

Je m'amusais de ces images et j'en savourais la douceur. La 
route était déjà déserte. J'allais rentrer, lorsque je vis Anne-Rose 
venir à moi. Anne-Rose ne manque jamais de s'arrêter à son 
retour de l'atelier. Cela fait bien chuchoter les bonnes gens^ 
mais Anne-Rose n'y prend pas garde, et elle reprend sa marche, 
insouciante, sereine et rythmique. 

Ce soir-là, Anne-Rose paraissait avoir Tair préoccupé. Je le 
lui fis observer : 

— 11 est tard. Tu t'es amusée en route... 

— Je viens de faire une visite... une visite triste... L'enfant 
de Marie est morte. 

— Je le sais. Je l'avais vue dimanche. Elle avait un foulard... 

— Pauvre Isabelet ! Elle était intelligente, cette enfant... 
intelligente... Non, je n aime pas ces visites Cela me fait mal. 
Mais pourtant, il faut bien les faire. C'est un devoir. On se 
connaît, n'est-ce pas ? Mais son père... 

— 11 n'est pas allé la voir? 

— Non. Comme ils sont méchants les hommes ! Devant ce 
malheur... 

Anne-Rcse parle. J'imagine la chambre blanchie à la chaux où 
des femmes doivent pleurer à cette heure, de pauvres femmes 
affaissées sur des chaises, la mère et la sœur et la grand'mère. Et 
le petit corps raide d'Isabelet sous la mousseline. La présence du 
cercueil que l'on prépare dans une chambre voisine. La voix 
sonore du menuisier donnant des ordres à ses aides. Puis, du 
silence, des sanglots. Et ce père qui ne vient pas, qui ne vient 
pas, qui ne viendra jamais... 

Anna-Rose s'est tue. Elle me quitte soudain, et je la suis du 
regard, dans l'ombre. Maintenant, du haut du clocher, le glas 
rude et ferme s'étend dans toutes les rues. 

C est le glas de la petite Isabelet, de l'enfant au foulard, de 
l'enfant qui devait être passionnée comme sa mère. 

Et ce glas, le père l'entend-il? 

Je l'ai rencontré dans la nuit, ce morne aventurier. Cœur 



- 95 - 

vide ! Le passé n'a pas de voix pour lui. De temps à autre, il 
respirait un flacon d'éther, par manie... 

Et dans cette nu't puissamment étoilée, les platanes se grou- 
paient en masses d'ombre. Au ciel, un grand cyprès somnolent se 
balançait à peine... 

111. Au Retour des Fontaines 

Sous les micocouliers, les lierres et les lauriers-roses, le rire 
perlé des fontaines s'éternise. La buée vespérale enveloppe les 
jardins du Riberal. Et c'est la même douceur, sur la garrigue 
saignante où frissonnent les olivettes, sur les montagnes bleutées 
du lointain, dans la moire du soir. Le canal d'arrosage m'accom- 
pagne avec sa bordure de platanes. 

J'ai rencontré la grand'mère d'isabelet. Agenouillée, elle lavait 
dans l'eau courante. J'ai tout compris. 

Elle a laissé son battoir et s est dressée sur ses genoux. 

— 11 faut bien. .. 

La grand'mère peut à peine parler. Ses yeux sont si humides 
dans sa face pâle î 

— Pauvre Isabelet ! Elle était jolie, blonde comme les paillet- 
tes de l'or... et luisante ! on aurait dit qu elle avait été ointe 
d'huile... (j) 

Elle n'avait que quatre ans... quatre ans... et elle comprenait 
tout. Elle avait un pressentiment... oh ! oui... Je lui dis : Fais 
une prière à la Vierge santissim, elle te sauvera peut-être. 

Elle répondit : Non, ce n'est pas la peine. La Vierge ne veut 
pas me sauver. 

Et puis, elle est morte tout doucement... 

Dans la corbeille, parmi les petits vêtements tièdes et froissés, 

j'ai reconnu le foulard de l'autre dimanche. Le ciel était calme et 

bleu. Un vannier assis sur le sol faisait sa dentelle d'osier. En 

face, les cyprès qui cachent un jardin avaient des couleurs de 

velours vert. 

Joseph Pons. 

(i) Phrase traduite du catalan. 



LIVRES ^ REVUES 

Légende de tous les cols, ports et paysages qui vont ' 
de France en Espagne, par De La Blottière. — 1725 

A cette date, les sieurs de la Blottière et Roussel, ingénieurs du roi, 
furent chargés de faire un travail d'ensemble pour toute la frontière, de 
Banyuls à l'embouchure de la Bidassoa. De la Blottière fut chargé de la 
partie orientale. C'est ce qui nous intéresse plus particulièrement. Le 
mémoire est accompagné d'une grande carte (j5 X ^^) f^*"* bien gravée, 
mais inversée. Le pays est vu par un observateur placé en France, tourné 
vers les Pyrénées, et ayant par conséquent la mer à sa gauche. 

C'est ce mémoire que la section du Canigou, du Club Alpin, a publié dans 
son Bulletin Trimestriel et dont elle a fait un tirage à part fort bien pré- 
senté. 11 ne contient que la partie intéressant notre pays ; c'est donc un 
ouvrage purement roussillonnais et catalan. Dans la préface, M. Escarra le 
présente comme le plus ancien document sur les Pyrénées, établi dans le 
commencement du xyiiT siècle. 

M. Vergés de Ricaudy avait entrepris le commentaire du travail de 
La Blottière. Il débute par un exposé clair et succinct de la cartographie des 
Pyr.-Or. depuis Louis Xlll jusqu'à nos jours. Puis, entrant dans le cœur 
de l'ouvrage, il analyse chaque note de lieu, col, pic ou localité, au point de 
vue historique et étymologique, travail des plus intéressants et plus étendu 
encore que celui de La Blottière. 

M. Vergés de Ricaudy avait suspendu ses études pendant quelque temps, 
espérant les reprendre après de nouvelles recherches. La mort brutale l'a 
arrêté. La section du Canigou a cru devoir publier le dernier travail de son 
ancien président, dans l'intérêt des Alpinistes et des Catalanistes. La T^evue 
Cataîiine, cruellement frappée aussi, ne peut laisser passer cette publication 
sans la signaler à ses lecteurs, dernier hommage rendu à son regretté pré- 
sident. (Voir les conditions de vente aux annonces.) 

Le catalan en Italie 

Notre confrère, signor Venanzio Todesco, ancien professeur à l'Alguer 
(Sardaigne catalane) vient de donner à l'impression une grammaire catalane 
à l'usage des italiens. 

La langue catalane on le voit continue à intéresser les milieux philologiques 
de l'Europe ; tant millor, et nous adressons nos félicitations à l'enthousiaste 
signor Todesco. 

Jeux floraux de Lleyda 

Les jeux floraux annuels de Lleyda seront célébrés, cette année, pendant 
la fête patronale de cette capitale catalane, du i i au i 5 mai prochain. 

Adresser les communications au secrétaire, D. Felip Pleyan, carrer del 
Carme, 4, Lleyda (Catalunya). 

Le Gérant, COMET. — Imprimerie COMET, 8, rue Saint-Dominique, Perpignan. 



'/ 



5 Année N 52 15 Avril 1911. 

Les Manuscrits non insères 



TC sont oas rcnaui. 



Les Articles oarus dans la Revue 



REVUE 

CATALANE 



lïgOv^ :?gTNi.cî§'?vi.c^Tsicî§TN^ cîg'îsi.cî§'3si.<^Qsi. c^-ïv^, cïg'Svi.c^TN^c^'îsi. <î§'5Nic^'asitï§'>«£,c^TN^ctg'3sS, 



Pirineu d'Orient 



f 



Parlamenf al senyor ministre, Jules Pams, 
à n una dinada de rossellonesos de Paris. 



Ministre, 

Avuy se brinda assi à ta gloria, perque, lo primer de la Repu- 
blica tercera, portes ai front del pays la bandera de las cuatre 
barras ; 

Avuy se brinda assi â la gloria del nostre Rossellô que 's des- 
perta, pochs anys ha, de la son matadora que l'ensopegava, y 
que 's desclôu, tornar, cap uns dias de bellesa y de félicitât ; 

Avuy se brinda assi â la gloria de l'Esperit catalâ, que val 
tots los altres, sine mes, y que ja '1 sabras mostrar altiu, sâbi y 
poderos à tota la gent de França. 

Avuy brindaré jo a TAmor que tenes tu, com tots los que sem 
aqui, â la nostra terra llunyana, y que '1 sento tôt â l'entorn â 
brollar com un ressô de la nostre mar Mitjterrana. — Brindaré al 
teu régionalisme — no t'espantis de la paraula 1 — que 't consûm 
aixi mateix que 'ns consùm a tots, y que consûm qualsevol té un 
campanar y un parlar qu'es una llengua, y que 's haja guardat al 
vell fons de son cor la remembrança dolça d'una casa payral, 
d'uns dias de jovent y de la tomba dels avis. 

Y per aixô te vuU dir algûns versos que 'Is havia dedicats... 

A n' un Ministre que volia tornar fer vivas las provincias vellas 
de la França, esborrant las ratllas artificials qui en cent parts 
engronadas comparteixen lo territori. — Per supplicar-lo que 



- 98 - 

deixès, fora de tota altra, encara que sigui de poca amplaria, 
nostra antich Rossellô. 

Donchs voidrjas, plegats ensemps pobles y pobles, 

d'unas comarcas grans fer la fitas de nôu, 

d'cixos trossos sens anima (i) fer terres nobles, 1 

hont rebrôti la rassa y la sanch que se mou ? 

Tothom de cap à cap de la Pâtria nostra, 

alabarà ton nom de t'haver recordat 

que a per tôt, per la terra de França se mostra j 

cada terra mes vella de l'antigua edat. 

Alvernyats, Provensals, Gascons son vius encara, 
y Nortmans y Bretons y Catalans també, 
que 's guardan, cadahû, son parlar y sa cara, 
son carâcter, sas lleys, sas costums y sa fé. 

Aixî d'un hort immens las flors no son pariunas : 
de Ycrmellas y blancas n'hi ha... de tots colors ; 
encantats son los ulls al veûre altres y unas, 
y l'ayre embalsamat de totas sas olors. 

Mes aquella es mes ampla, aquesta mes xiqueta, 
y no es la mes gran la del dibuix mellor. 
No barrejas, fent toyas, la margarideta 
ab la pentecostera, flor de vermellor ! 

Ni '1 balsam es igual que de totas s'esbrava ! 
Soleta 's vol estar la viola en un pom ; 
que si la rosa altivola o l'hisop blava 
Ij fan costat, arreu se li mor lo perfum. 



(i) Les départements. 



— 99 — 
Viola es mon païs, gobernador ! Com ella 
té perfum régalât que d'altres es gelés ; 
té mes fina color, qu'es una maravella ; 
mes tôt s'esborrarîa arreu sentintse dos. 

De l'arbre catalâ n'es branca poderosa 
que del mont Pirineu la cresta ha traspassat. 
Un ventijol, lleuger com un bes d'amorosa, 
sas fullas falaguant, per sempre l'ha abrassat. 

De la França immortal ara n'es filla bona ; 
empaltada ab lo tronch grandissim, ha crescut ; 
mes té tanta color la fruyta que li dona, 
y tal gust, que se li coneix hont ha nascut. 

Ay ! no 'ns barrejis, no ! ab provincia vehina, 
que amb ella no tenim qualsevol cosa igual, 
o cos o esperjt ! No mes que sarrahina 
es Catalunya, orgull d'Espanyol casual. 

Sem la joya de França que penja, mes rica, 
baix son collar, en tots espargint sa claror. 
La perla d'un penjol mes fina y mes bonica 
siguent sola, fogueja ab tota resplendor. 

Mira ! Tôt ho tenim : plana, mar y montanya I 
Sem Pirineu d'Orient, reaime per de bô, 
ab cinch provincias, de Vallespir â Cerdanya ; 
y jâ tenim un rey, qu'es lo gran Canigô ! 

Perqué no portem mes barretina vermella, 
ni faixa, ni vestit, ni cofa de brodât, 
perqué se parla poch nostra llengua tan bella, 
te creuhas tôt aixô que l'hajem descuydat ? 



) oo 

De sas torras, adins l'anima catalana 
lo foch vîu ha passât que l'umpla de valor ; 
y de guerra ô de pâu que la França nos mâna, 
la servint catalans, la servirem melJor! 

Prôu sa claror gegânt il-luminâ la França î 
Des que va dir un rey, il-lustre pels edats, 
« Ets meu î », lo Rossellô de parir no descansa 
sâbis, pintors, sculptors, mariners y soldats ! 

Eix foch, atudarlo segles, segles encara 

no podran, qu'es ardent mes que foch de l'infern ! 

Al peu del Canigô sali de la terra mare : 

Es l'Amorpâtria sant : Com l'Amor es etern ! 

Y ara, minyons, tots alseuvos, que cantarem plegats. En Sine 
fent de cap de colla, nostre cansô tan aymada, nostre himne 
sagrat del Canigô : Montanyas J^egaladas ! 

L'Ermita de Cabrenç. 



ERRATUM. — Dans le dernier numéro, poésie Lo Salpas, 
corriger le vers : « Y de la cura verdeja la parraguera », par 
« Y verdeja à la rectoria la figuera ». 



Les fêtes de Céret 



A l'occasion du 25' anniversaire de la fondation de YHarmonie 
du Yallespir, un grand festival musical aura lieu à Céret, le 
dimanche 2 juillet prochain. 

On y exécutera la cantate Lo canl del Yallespir, poème en catalan 
de M. Jean Amade, musique du maestro Déodat de Séverac. 

Ce sera là une belle manifestation d'art roussillonnais. 



Textes catalans 

Maintenant que voici terminée la série d'actes en catalan 
rencontrés, pour la majeure partie, parmi le fatras latin des 
anciens notaires d'Elne, aux Archives départementales, une nou- 
velle série de petits documents, à peu près de la même nature 
et du même intérêt pour l'histoire locale et la langue, se pré- 
sente à nous. 

]1 subsiste encore, à la mairie d'Elne, quelques anciens regis- 
tres de comptes et délibérations, classés dans la série B B, mais 
qui, jusqu'à présent, n'ont pas été analysés, même sommaire- 
ment. Parmi eux, le plus ancien, mais aussi le plus délabré, est 
celui qui, primitivement, allait de 159J à ibîi (ainsi que le 
montre une rubrique de 1721 jointe à ce registre), mais qui ne 
va plus maintenant que de 1597 à 1617, par suite de la perte des 
73 premiers feuillets et d'un certain nombre des derniers. De 
plus, il a du, depuis 17ÎI, faire un séjour assez prolongé sous 
quelque gouttière municipale, qui a lavé, effacé et rendu illisible 
une partie de son contenu. 

Tel qu'il est, cependant, et surtout jusqu'en 1612, tant qu'il a 
été tenu et rédigé par M' Mathieu Cazadamont, nolari publich y 
secretari de la Ciutat, il mérite les honneurs, non pas d'une publi- 
cation, ce qui serait trop, mais au moins d'une analyse, plus ou 
moins rapide, encadrant des citations ; il touche, en effet, non 
seulement aux affaires locales, (qui, du reste, pouvaient encore 
avoir, à Elne, leur degré d'intérêt), mais aussi, de plus ou moins 
loin, à quelques-uns des événements de l'époque, et le secré- 
taire y a parfois consigné ses impressions particulières et per- 
sonnelles. 

Nous nous proposons donc d'y puiser et d'en extraire, malgré, 
peut-être, quelques lacunes inévitables, certains fragments. 

11 n'est pas entièrement écrit en catalan ; il est mêlé de latin, 
langue officielle dont les notaires faisaient volontiers parade, 
même hors de propos. Nous laisserons de côté, sauf à l'ana- 
lyser au besoin, tout ce latin ; quant au texte catalan, qui con- 



I02 



tient des longueurs, des redites et beaucoup de formules inutiles, 
nous n'hésiterons pas à l'élaguer, pour alléger d'autant nos cita- 
tions ; de même que, pour en rendre la lecture plus courante, 
nous ne suivrons pas toujours aveuglément le rédacteur dans ses 
variations orthographiques et ses graphies arbitraires et parfois 
déconcertantes. 



Le premier de ces documents, presque tout latin, est le pro- 
cès-verbal d'une 'Extractio dels officis y carrechs de la Ciutat. Comme, 
ces fonctions ne duraient qu'un an, l'opération se renouvelait chaque 
année, toujours le jour de l'Ascension. Aussi l'on retrouve à ce 
sujet, au cours du registre, toute une série de procès-verbaux, 
presque calqués les uns sur les autres. Pour ne pas y revenir, 
nous nous arrêterons un peu plus longuement sur ce premier, à 
l'occasion duquel nous relèverons les points saillants de quelques 
autres. 

Nous entrerons ainsi de plain-pied au milieu même de la vie 
municipale de cette époque. Sans vouloir en rien faire une étude, 
même superficielle, du régime municipal d'alors, nous devons pour- 
tant rappeler brièvement que le système en vigueur était celui de 
Vlnsaculatio et de VExlractio, ou tirage au sort. Les noms des 
habitants (ou du moins ceux des prohoms), écrits sur des bulletins 
de forme particulière (rodolis), étaient, après une série de votes 
et suivant des règles établies de long temps, répartis [matriculah) 
dans un certain nombre de bourses closes, celle des Consols en 
cap, celles des Consols segons, des Consols tersos, des Concellers, 
des Clavaris (délégués à la police urbaine), des Sobreposats delà 
horta (prévôts, sorte de juges champêtres), des 7{ecepiors (tréso- % 

riers), des Oydors de comptes (contrôleurs financiers), des Tiospitalers 
(administrateurs de l'Hôpital). 

Ces bourses étaient révisées, et pour ainsi dire, mises au cou- 
rant, tous les trois ans, par le Conseil et la Senyoria (dont nous 
parlerons tout à l'heure) ; on y ajoutait alors les noms nouveaux, 
on faisait les mutations reconnues légitimes d'une bourse à une 
autre supérieure {Puj'a de boisa), et l'on supprimait les indignes, 
ainsi que nous le montre l'exemple typique suivant (1597) : a Et 
de ordinatione Dominationis {la Senyoria) Elnensis, fuit fracta la 



lO 



3 — 



boisa de Hycronim Valcnti, attcs en lo temps de la pesta (on 
a omis d'ajouter, comme d'habitude : Deu nos en préserva), essent 
consol ters, sen ana fora de la Ciutat, y aixi s'es déterminât que 
la boisa de pregami en laquai dit Valenti esta descrit y conti- 
nuât sia rompuda y fet inhabil dels carrechs honrosos de la 
Ciutat, per lo que sen ana sens orde aigu, dexant d» Ciutat 
déserta y desemparada de son favor y auxili y del socorro que ell, 
juntament ab los demes sos companyons, podia fer y ajudar. » 
C'était là une punition publique de nature à impressionner les 
futurs dépositaires de l'autorité pour le cas de retour du fléan, 
dont la menace était alors constante. 

Ces mesures préliminaires accomplies, on tirait au sort, dans 
chaque bourse, les nouveaux magistrats municipaux et conseillers 
de l'année à courir jusqu'à la prochaine fête de l'Ascension. 



C'est à l'une de ces opérations qu'allait procéder le Conseil le 
i5 mai 1597, ^^^^ ^^ l'Ascension et date de notre document : 
Jnseguint la aniiquissima consuelut, ajoutent d'autres procès-verbaux. 

Elle avait lieu avec l'intervention et en présence (ce qui veut 
dire: sous la présidence et le contrôle) de la Senyoria, c'est-à-dire 
des deux Cosseigneurs ou Seigneurs par indivis de la Cité : d'une 
part, l'Evêque (représenté le plus souvent par son grand-vicaire) 
et, d'autre part le Chapitre, représenté par le chanoine régent. 

La Caixa de la Matricula, dita de très claus, était apportée et 
ouverte solennellement : on y prenait d'abord la bourse des 
premiers Consuls, et de celle-ci, on extrayait un rodoli (c'était 
parfois un petit minyo qui opérait le tirage), et l'on annonçait le 
nom qui s'y trouvait inscrit : si aucun empêchement n'était relevé, 
le mot : Potest consacrait la désignation du sort. 

Dans le cas contraire, c'était : ncn potest : l'un était mort, et 
non potest ; l'autre n'avait pas encore purgé les trois ans avant 
lesquels on n'était pas rééligible, et non potest; un autre était 
débiteur de la Cité, et non potest; un autre, familier de l'Inquisi- 
tion, et non potest ; un autre, alcalde du Château, et non polesl... 
etc. Et, chaque fois, l'on extrayait un nouveau rodoli de la 
bourse, jusqu'à ce que toutes les charges fussent pourvues de leurs 
titulaires. 



— I04 — 

11 y avait parfois des incidents, notamment lorsque les élus du 
sort refusaient d'accepter la fonction qui leur incombait : cas 
prévu et puni par l'ordonnance de la Seigneurie, en date du 
9 mai 1499, transcrite au L/ure x;er^(i) de l'Université, au folio 41 : 
« Manam, provehim y ordenam que quai se vulla de dits em 
borsats qui hixiran en consol ho altro qualsevol offici haie de 
acceptar lo offici en loqual hixira, he aquell régir v governar 
per tôt un any : he si non fa, ara per lavors y lavors per 
ara, aquell tal renitent declaram per inhabil de tota sa vida de 
tôt offici he govern de d^ Ciutat, y que sie tret de dites boises ». 

En 1601 l'on trouve l'application suivante de cette disposition : 
« Y ates que lo die présent Mestre Antoni Franquesa, fuster, 
es stat extret en consol de l'orde primer, he no ha volgut 
acceptar lo offici consolar, perso, inseguint la dita ordinatio, 
provahim que sia déclarât per inabil, com de fet lo declaram, v 
que sie extret de les boises del bon govern de la Ciutat, ara per 
lavors y lavors per ara. — De quibus... etc. Testes J. Forment, 
stadans Elne et M. Sala, majordomus hospilalis pauperum dicte 
Civitatis et ego Matheus Cazadamont, notarius. » 

, Et le même jour, comme il y a pénurie de noms dans la bourse, 
il est pris une décision spéciale : Pierre Delsol, extrait en rem- 
placement de Franquesa, est habilité bien que n'ayant pas encore 
purgé trois ans depuis son précédent consulat. 

Une fois tout réglé, les nouveaux titulaires prêtaient le serment 
d' homenaige (en latin) entre les mains de la Seigneurie. 

LEvêque et le Régent signaient parfois au registre (2) : cette 
exception, à une époque où les registres ne comportaient pas la 
signature, inutile pour 1 authenticité de leur contenu, était une 
marque d'honneur pour la cité. 

Enfin venait la remise du service. Les consuls sortants livraient 
aux nouveaux : La massa de plata, las robas y insignias consulars, 
las claus dels portais de la Ciutat, las claus de las caixetas 6 tum- 

(i) C'est ce /l'wrc vert (et non le Cartulaire) qui est signalé comme 
existant encore à la Mairie en 1 8 1 9 ' V Registre de cette date , et qui a 
disparu depuis lors. 

( 2) Notamment en 1684, la signature de Mgr de Montmort [Louis évesque 
d"Elne) et de Besombes, régent. 



— io5 — 

bas de las Santas (i), las claus de l'arxiu, papers, llibres y privi- 
legis de la Ciutat ; et enfin l'armement appartenant à la Cité, dont 
nous aurons à reparler : Quatre ou cinq canons, un certain nom- 
bre d'arquebuses, des piques, et un ou plusieurs barils de poudre. 
En même temps le Clavaire recevait de son prédécesseur : La 
cabria de ferro (2) la meytat y mitja meytat de mesurar vi, y mitja 
meytadella, mesuret y mig mesuret de mesurar olis, tôt de aram. 
Nous trouvons encore, en iScfj, ce détail : Y axibe sta déter- 
minât per la Senyoria de d=» Ciutat y hon. Conseil d'aquella, que 
se fassa (pour les consuls) un caparo de raxia (3), com era d'esta- 
menia, a fi que la Senyoria de la Ciutat sia mes illustrada : y 
perso sels ajusta del salari que sels donava, que era quaranta 
lliures, s'es déterminât que d'esta hora al devant sels do a quiscu 
dels consols quaranta y una lliura, compresa la raxia y grana (4) 
acostuma dita Ciutat donar quiscun any als dits hon. Consols. 



Voilà donc la municipalité et le conseil constitués et installés 
Nous allons les voir de suite en fonctions. 

(^ suivre) R. de Lacvivier. 



(}) Sainte Eulalie et sainte Julie, patronnes de la cité. 

(2) Un inventaire de i5o5 dit : Unes balanses ab lo peu de cuhrz {J^evue 
d'Histoire et d'Archéologie du f^oussiïlon , juin 1901 ). 

(3) Sorte de drap ou étoffe de laine. 

(4) Garance. 

«^^â^ 

Proverbes Catalans 



Lo vell qu'es festejador 
de l'hivern es una flor. 

Castidat y hermosura 

sempre tendrân guerra segura. 



'^ a/lû^û ^ fJ fJ r) rJ û tJ fj ar) rJ rJ rJ û n ûTJJlJl^ '^ ^ '^ '^^ '^ '^ '^ ^ '^ '^ ^ ^ '^ ^ ^ ^ '^ ^^ 



Fcsta-Major 



— «•"-i' 



Pel cjutadà replé que fa negoci, 
die fejnê i diumenge al seu taulel), 
pe) rende embarbostit de mandra i d'ocj, 
santificâ una festa es cosa de) temps vell. 

Aparedat en casa sens finestra, 
l'un sent no mes la gana de) diner; 
i l'altre, assegurat de la minestra, 
passa leshores d'una a una, gansoner. 

Aixô no es vida. Els pulmons volen aire, 
i a l'home cal treball. Millô el pages, 
el boer, l'hortolà, l'escocellaire 
saben fruir llur existencia que 1 burgès. 

La gleva es dura i baixa, prou ; no s planta 
el bigoç ni la pea sens braç robust. 
Mes el camp es espai, llum ; tôt hi canta, 
riu, embauma, aleteja ; i tôt hi dôna gust. 

l Que s sab mes bell qu'una catifa verda 
de blat tôt picallat de gallerets ? 
I Quina olor pura i forta, un dall d'auserda ! 
I 1 quin coratge s té per comportar les freds, 

al pensar que 1 grà aquî grilla i fornyiga, 
sent a punt de traucar pèsol, fasol, 
que ja s veu de carxofa alguna espiga, 
un cap d'espàrrec blanc, un pinyonet de col ! 






— 1 07 — 

Pot ardre la calor, quan dins la vinya 
el raîm mig-madur ha près son tel. 
î Amb quin goig sots la fulla s'escodrinya, 
boi percaçant l'agram tenaç d'arrel a arrel ! 

Ve 1 dîe del Senyô. El paisà descansa 
una estoneta ; i prest torna al jornal, 
com si del temps perdut tingués recansa. 
Perô amb tôt son daler guinyia la festa anyal. 

Oi ! Sa festa major ! Festa sagrada, 
qu'ha perpétuât l'antiga tradiciô ! 
Aixô S) qu'es repos que a tots agrada, 
i tothom s'hi prépara amb ardent aficiô. 

Très dîes al rastell l'aixada penja. 
Per très dîes el camp es descuidat. 
Très dîes que Deu fa se beu, se menja, 
, se fa vida de rie, se passeja mudat. 

Prq)aratius 

— « Ara veurem si te lluïras, dôna. 
•Cal que s torni un espill el parador. 
Sobretot, que la cuina sigui bona ! 
Mata, pare!la-ho tôt. Sem en temps d'abundor. 

« Vaig dir anit passada un mot al pastre 
per un anyell de llet; soc enaigat 
de blanqueta. Es carot dius ? Ap ! que diastre ! 
Puix cal gastar, gastem. Blat madur, blat segat. 

« Prou estalvis. Paras pollastre, llebre, 
a plena coquelada, a corrontom ; 
amb olives verdals. 1 pensa al pebre, 
que, sens pebre o pebrina, un cuinat no té nom. 



— jo8 — 

« Vaia, esta bé... Que mes ?... Digam, les boles 
de picolât? Posa-n, i posa-n prou... 
l Quina festa hem de fer î Quines tibolcs !.,. 
1 la plaça, l'has vista ? Es plena com un ou. 

« Un bé-de-Deu de boniques botigues ; 
tôt repintat de fresc, tôt endaurat. 
Hi ha un gegant, un mal despenja-figues. 
Fins se diu que s pot veure 1 die en un forât. 



« I quants marxants de cosetes de sucre, 
confits, croquants, fogaces, marlingôs î... 
Que enginys pcr guanyâ 1 pa diari !... El lucre 
bé fa rodar la gent, mai li deîxa repos... 

« Que men dius ? Par tindrem un temps de festa. 
Tôt el cel s'ha aclarit, que ni un mirall. 
Es llis el Canigô de peu a cresta... 
Anem ! Fes-nos sopar, que vull anar al rail. » 



El passa-vila 



Tôt s'apunta pel passa-vila. 
Els joglars s'han posât en fila. 
La mainadeta aprop s'anguila. 
Tothom belluga, s'espavila... 

s'alça un bastô, 
eau. Peus i musica parteixen. 
Els crits joiosos ensordeixen. 
Joglars, porta-atxes s'enllesteixen, 
ramat d'ovelles que segueixen 

l'ull del pastô. 



— 109 — 
; Corn fan tritllar la Marsellesa 1 
Eixa cobla es una raresa ; 
unânim, el poble sen presa. 
D'alegrîa una flama encesa 

lluu en cada front. 
Sembla que Is ix una fortuna. 
Cada carrer s'omple tôt d'una. 
Hasta, alla dalt, somriu la lluna... 
Arriben prompte a la Comuna, 

vora la font. 

Tôt el seguici en sec se para. 
Fan rotllo ; els musics cara a cara. 
Cadahû el paperet prépara. 
De sopte s torna alçar la vara ; 

munta un acort. 
A escoltar bé la gent s'aplica, 
com quan el rector nou predica. 
Ai I quina mes bella musical 
« Es ôpera, aîxô — l'un esplica — 

calcom de fort ! » 

Una pauseta i s recomença. 

Creix la corrua, creix, immensa. 

Mut, catxo, ull-pres, tothom se pensa : 

(( Qu'es belP. » Bravos valents se llença... 

1 ara que fan ? 
Que pleguen ram ? — No. Es falsa eixida, 
Solen fè Is joglars bona mida ; 
mes volen seure ; i la pepida 
vé del bufar, dit sens mentida. 

Doncs dret sen van... 



1 lO 



Concert 



Al café... Mal fum ! mal desorde ! 
Taules a munts. Brugit qu'aixorda. 
La cobla s seu. De nou s'acorda 
clarjnet i violî ; una corda 

peta, fent clac. 
Ben estiflat en sa cadira, 
cada joglâ cl veire se mira, 
carinyôs, i al canyô sel tira ; 
treu fulls d'un sac, gira, régira, 

i Is torna a) sac. 

Ditxosa ha de ser la vetllada. 
La mar de gent que s'ha arrotllada 
es un flux, una forrollada, 
tant aviat bruzint com callada 

quan es précis. 
L'anima mes simple i grollera 
per tôt cantar té sa fatlera, 
sent l'armonîa a sa manera, 
sens discutî s dôna sencera 

i reb l'encîs. 

Els joglars ni pensen a jaure. 
Corpores que son no pqt raure, 
mes que pel sou joguen per plaure. 
Tantost l'aigatge s posi a caure, 

la cobla ira 
a tocar alguna albadeta 
a la fadrina adormideta, 
que espanyirâ, mig-cofadeta, 
la ventalla, i d'una ulladeta 

els pagarâ. 



1 1 1 



A taula 



Quan l'aurora abranda 

l'Orïent tôt roig, 

la casa s'allanda 

al batall de goig. 

Vers missa primera, 

a passes cuitats, 

sen va la cuinera, 

tots mjnuts comptats ; 

que, durant l'Ofici, 

sera a son treball, 

pobreta, amb desfici 

picant ceba i ail, 

fent amb ast énorme 

rostit per gegant, 

enfadada morma 

al nin engegant, 

que tôt ho voldrîa, 

mai esta bé enlloc, 

i si cas caurîa 

al bell mig del foc. 

Desprès sent a taula, 

tôt s'aclarirâ. 

Fent la gata-maula, 

al marit dira : 

— « Veyam si t'agrada 

la salça. » — « Renom ! 

es d'allô enllardada ! » 

li respondrà l'hom. 

El nin, plé de gana, 

civet i estufat 

dos, très cops demana, 



sens ser embafat. 

— « Jo t reflic, pallago ! 

Ja reventaras ! 

Té aquî : veu un trago, 

i aixeca bé 1 braç !... 

Malaguanyat, dôna, 

no ho hagis oït ! 

De dalt de la trôna 

un rectô instruit 

i jove tant brava 

• 

prédica ens ha fet 

que tothom n'estava 

a curt de bufet. 

I Is cantaires, xica ! 

Ja sen pot tria ! 

Sens saber musica, 

Kyrie, Gloria 

mes trempats t'emprenen 

i de cap a cap 

com capdell t'ho trenen, 

que ni un fil n'escap'... 

Ara, si m vols creure, 

per bastâ al nivell, 

ens caidrîa veure 

un poc de vi vell. 

S'acaba la bota, 

prô n faig d'altre. Un dit 

d'aixô te desbota 

i guarda d'enfit. » 



I 1 2 



A passeig 

Les vespres rcpiquen. 
Els joves companys 
avui no s'hj fiquen ; 
son a altres afanys. 
Si les dônes velles 
hi solen dormî, 
mjnyons i minyones 
fan altre cami : 
n'esperen les balles 
sus la ruta, lluny. 
Que cants ! que rialles ! 
1 quin cop de puny, 
de puny de-per-riure, 
quan de forta ma 
la nina s deslliura ! 
Mes té 1 cor huma : 
el foc a la galta, 
ja li torna aprop ; 
ell sen riu, i salta 
son pjt, cop per cop. 
Les xjques mes joves, 
cabells solts suis fronts, 
proven dances noves, 
mostren els garrons. 
Mentres volten, folles, 
perduts els sentits. 



les segueixen colles 

de bogiots petits, 

que d'amagat guinyen 

una flô en llur pit 

i, prest, la grapinyen 

d'un gest atrevit. 

Son guisquets, baralles : 

— « Ali, vès, frontat! »... 

s'ou un crit : « Les balles ! » 

El jovent, soptat, 

renys, festeigs descuida. 

En un clucar d'ull 

la ruta se vuida. 

Voleu un garbull, 

un fugir, un côrre, 

un esbufegar ? 

Un xiquet s'amorra ; 

vingui gemegar. 

L'alcen prompte ; el renyen 

Pels carrers estrets 

se llencen, s'empenyen 

contra les parets, 

se prempsen, se tiben, 

se dan espantaç. 

A la plaça arriben, 

com desfet botaç. 



La plaça 

La plaça es curulla. 
Pot recremà 1 sol ; 
si s tira una agulla, 
no aplega pel soi. 



Quin floret de cofes, 
gorres i berrets ! 
Tiren les estofes 
els cossos estrets. 



— ii3 — 

La mare sorruda roges les orelles, 

seu al primer rang ; fronts mig-acatats. 

dintre sa ma ruda Eli diu que li triga 

té un mocador blanc ; d'apretar-se un xic ; 

vetlla ses minyones amb la ma que 1 lliga, 

ullant els fadrins, li fa, ella, un pessic. 

que a les polies bones De dalt del prestatge 

no cal galls ruïns. els trenquen l'enllaç : 

Al centro, parelles toquen, malviatge ! 

fan passos comptats, el vell contrapas. 

[Seguird) Pau Berga. 

Les jours de la vieille 



Depuis longtemps déjà, j'ai détaché de journaux, que je ne 
puis plus préciser, les deux notes suivantes : 

« Les Saintes-Maries-de-la-Mer. — Tout le monde connaît la 
légende méridionale de la vieille qui perdit toutes ses vaches 
pour s'être moquée de la clémence de Mars ; depuis cette aven- 
ture, les quatre derniers jours de mars et les trois premiers d'avril 
amènent régulièrement des temps plus ou moins épouvantables. » 

« De Mireio. — Une vieille gardait ses brebis ; c'était la fin de 
février, qui cette année-là n'avait pas été rigoureux ; la vieille se 
croyant échappée au danger, se permit de narguer Février. 
Février, courroucé de la moquerie de la vieille, va trouver Mars : 
« Mars, prête-moi trois jours, et trois que j'en ai, je ferai peaux 
et pelées de la vieille. » 

11 y a de suite à remarquer deux choses : Que ces notes se 
rapportent toutes les deux à la Provence ; mais que l'une parle 
de février-mars, et l'autre de mars-avril. 

11 serait intéressant de connaître exactement et de fixer ici, la 
version catalane relative à cette tradition ; c'est ce que la J^evue 
Catalane demande à ses lecteurs. Elle les prie de rechercher les 
diverses versions (car il y en a plusieurs), et de lui faire connaître 
le résultat de leur chasse. R. L. 



HISTOIRE LOCALE 

Joseph de MARGÂRIT de BIURE 

Marquis d'Jlguilar ( 1 602- 1 685) 

Joseph de Margarit de Biure naquit à Castello-d'Empurias, le 
10 février i J02. Son père, Philippe, était seigneur de ce lieu et 
sa mère, Béatrix de Biure, appartenait à la famille des barons de 
Vallespinosa, fief situé dans les environs de Tarragone. A la 
suite d'un long procès qui avait surgi entre les deux familles 
alliées, Joseph de Margarit passa sa jeunesse dans les propriétés 
du domaine maternel. 

11 était âgé de trente-huit ans, lorsqu'éclata le soulèvement de 
la Catalogne qui se disposait a secouer le joug de Philippe IV, 
roi d'Espagne. Joseph de Margarit, à la tète dun petit nombre 
de soldats, dut, d'après les ordres de la Députation et des Etats, 
harceler la grande armée que le cabinet de Madrid envoya contre 
Barcelone, retarder sa marche, donner ainsi le temps de lever des 
troupes et de pourvoir à la sûreté de la ville. Il réussit complè- 
tement dans cette mission difficile. 

Ce fut lui qui, après le siège de Tarragone, fut envové vers 
Louis XII], pour le supplier d'établir un vice-roi en Catalogne 
et pour démontrer h. nécessité d'assiéger Perpignan. 

Joseph de Margarit eut de fréquentes entrevues avec le cardi- 
nal Mazarin, dans le palais de Ruel. Dans une circonstance, le 
ministre de Louis XI 11 émit des craintes sur l'alliance de la Cata- 
logne avec la France. 11 alla jusqu'à prédire un rapprochement 
de la province annexée et de l'Espagne. Au seul énoncé de cette 
hypothèse, Joseph de Margarit bondit de son siège et, s'expri- 
mant en catalan, dit à Mazarin : « Senyor, Vostre Eminencia 
saber desitja, com es just, si "Is catalans faltaran a llur promesa : 
sobre lo que obligat me veig a dirli que 'Is catalans saber desit- 
jan tambe si la Fransa mancara a lo capitulât ; assegurantli de 



— m5 — 

part de tota la provincia que si la Fransa no falla, tampoch Cata- 
lunya faltara... » Margarit s'engagea à donner, comme témoignage 
de fidélité au gouvernement français, les membres de sa famille 
en otage. « Fort bien, répliqua Mazarin en prenant les mains de 
Margarit. Puisque les catalans tiendront leur engagement comme 
vous vouiez me l'assurer, pour ma part, je vais maîtriser l'Espa- 
gne comme le cavalier qui impose le mors à un coursier... Je lui 
imposerai ma loi, et puisqu'il y a de réels avantages pour Sa 
Majesté d'occuper la Catalogne, cette province nous ouvrira 
les portes pour circonvenir le roi dEspagne dans son palais de 
Madrid. » 

Dés 'lors, Joseph de Margarit obtint tout ce qu'il sollicita de 
Louis XIll. Le prince vint en personne attaquer la capitale du 
Roussillon et nomma Margarit, gouverneur. Ce fut ce dernier 
qui empêcha le marquis de Pobar de porter secours à la ville de 
Perpignan. Promu maréchal de camp, en 1642, il reprit posses- 
sion de la vallée d'Aran au coeur de Ihiver de 1643, commanda à 
Barcelone et maintint cette place au pouvoir des Français, malgré 
les défaites de d'Harcourt et de Condé. Ce fut lui qui se char- 
gea, en i65o, d'arrêter Marchin, devenu suspect au cardinal 
Mazarin, et de le conduire à Perpignan. Sa fermeté ainsi que les 
nombreux sacrifices personnels qu'il ne cessait de faire à la cause 
française lui valurent, en i65], le grade de lieutenant-général. 

Cependant, dès cette époque, tout espoir était perdu pour les 
Français d'occuper plus longtemps la Catalogne. Privé de secours 
et réduit à une garnison déjà afTaiblie par de perpétuels combats, 
Margarit n'hésita pas à défendre Barcelone jusqu'à la dernière 
extrémité. En ce temps, une maladie contagieuse jonchait de morts 
les rues et les places de la cité. Cinquante mille catalans avaient 
succombé. La ville n'avait plus de troupes. Margarit qui avait vu 
périr autour de lui quarante de ses domestiques, frappés par le 
fléau, voulut, du moins, retarder la soumission de Barcelone. 11 
retira des hôpitaux quatre mille hommes échappés à la peste, qui 
avait décimé autour de lui les populations effrayées ; il renforça 
tous les postes, et se prépara, avec le comte d'ille, à une résis- 
tance opiniâtre. La flotte ennemie parut à la vue du port et en 
ferma l'entrée. Du côté de la terre, une armée nombreuse pres- 
sait la place: on vit que celle-ci ne pouvait être secourue. Cepen- 



— ii6 — 

dant Margarit repoussa les sommations du général ennemi, comme 
il repoussa ses attaques vives et prolongées. Quinze mois s'écou- 
lèrent et durant ce long intervalle le héros catalan se multipliait 
partout : hors des murs, pour commander les sorties ; sur les rem- 
parts, pour les défendre; dans les hôpitaux, pour y secourir les 
blessés. Enfin, toute résistance devint impossible. Le peuple mur- 
mura, une sédition allait livrer les portes à l'ennemi qui, déjà, 
déjà, proclamait le pardon de tous, à l'exception de celui de 
Margarit. Satisfait d avoir rempli toutes ses obligations envers le 
roi et d'avoir vu quarante mille Espagnols perdre la vie au pied 
des murs dont la défense avait été confiée à son courage et à sa 
loyauté, Margarit se jeta dans une frêle embarcation, traversa la 
ffotte ennemie et arriva sain et sauf à Perpignan. 

Là, il reçut de Louis XIV la récompense de sa bravoure et de 
sa fidélité. La terre d'Aguilar fut érigée en marquisat pour lui. 
11 avait perdu en Espagne son immense fortune ; ses châteaux 
avaient été incendiés ; sa tête avait été mise à prix. Le traité de 
1659 lui rendit une partie de sa fortune, et lorsque Philippe V 
monta sur le trône des Espagnes, la famille de Margarit recou- 
vra toutes les possessions que lui avaient léguées ses pères. 

Margarit obtint, en outre, le 18 juin j653, les biens de Tho- 
mas de Banyuls, d'Antoine de Génères et du vicomte d'Evol. Le 
8 novembre de cette même année, il reçut concession de rentes 
sur les domaines de Gabriel et Emmanuel de Llupia, père et fils. 
Par une lettre datée de Paris, le 26 janvier 1658, le roi de 
France le nomma vice-roi et lieutenant-général de Catalogne, en 
remplacement du duc de Candale. Joseph de Margarit occupa 
cette haute situation jusqu'à la paix qui fut conclue au Traité des 
Pyrénées. Dans le cours du mois de juillet 1667, des lettres 
patentes de Louis XIV lui concédèrent la jouissance des villes de 
Thuir et de Toluges pour lui et ses enfants mâles ; mais le 
11 avril 1669, de nouvelles instructions royales ordonnèrent que 
ces deux villes feraient retour au Domaine. Le marquis d'Aguilar 
reçut, en dédommagement, la baronnie de Brens, en Languedoc, 
avec la métairie de la Grange. Il mourut en i685. 

Du mariage qu'il avait contracté avec sa cousine Marie de Biure, 
Joseph de Margarit avait eu sept enfants : Hyacinthe, qui mou- 
rut à onze ans ; Gaspard, né en i63i, qui combattait aux côtés 



— 117 — 

de son père, dès l'âge de dix-huit ans et qui mourut à Perpignan 
en ]656, étant colonel de cavalerie; Jean, l'héritier du nom, des 
titres et des biens de la famille ; Joseph, qui Fut abbé de Saint- 
Martin du Canigou depuis 1692 jusqu'en 1698 et qui, ayant rési- 
gné cette prélature pour une autre dignité ecclésiastique de Nar- 
bonne, mourut en 1701 ; Jacques, qui épousa une demoiselle 
Castello, décédée sans postérité ; Raphaëlle, qui se maria à Gal- 
cerand de Cruilles, comte de Montagut, et Béatrix, qui unit ses 
destinées à celles de Jean-François de Gléon, vicomte de Durban. 
Vincent de Margarit, frère du marquis d Aguilar, qui fut 
nommé évèque d'Elne en 1669, mourut à Perpignan, le 21 décem- 
bre 1672. 

Archives des Pyr.-Or., 394, 399, 401. — Pella y Forgas, ïln calala 
il-luslre, "Biografia de D. Joseph Margarit y de Siure, Gérone, in-4°, 1876. 

.^2^.^ 



Extrait de mil y un pensaments 



~>iX 



En dias de pluja, la dona que no s'alsa '1 vestit es perque té 
las pantorrillas ma! fêtas. 

Lo parayguas es un aparato que 'ns permet pensarnos que 
no 'ns mullém lo cap, y 'ns dona la seguretat de que 'ns enfan- 
guém los peus. 

Fuig dels plets com de la peste. Si algii 't fa victima de las 
séuas malas arts, considéra que, per mes que t peli, may ne sor- 
tiras tant pelât com si t'entreguessis à advocats y procuradors. 

L'enamorament es un desafio â primera sanch ; lo casament 
un desafio â mort. 

Quan te demanan un favor, si vols guanyarte un enemich, 
négal ; si vols guanyarte un ingrat, fèslo. 



Las très ÂritméHques 

(Conte maîlorqui 

— Bon dia, Andreuet ! Corn te va, Felip 1 Voltros dos ja 
no 'm veniu à veure may. Digaume : qu'heu mudat d'escola? 

— Jo li dire, don Toni. Mon pare troba que es hora de que 
aprenga ofici, y m'ha posât d'aprenent à una imprenta. 

— Molt bé, molt bé ; y tu, Félip ? 

— Jo, per semblant motiu, estich de mosso a una rellotjeria. 

— Vamos, n'estich content. Procurau esser aplicats, y no 
olvideu per aixo, de repassar de-siara la poca lletra que vos hc 
ensenyada ; per que heu de sebrer que l'homo, en cualsevol 
carrera que prenga, nécessita tant com el pa, el lletgir bé y 
l'escriure corrent. 

— En tant no mos loblidam, don Toni, en cuant are tots dos 
volem venir les vetlades perqué mos ensenya la aritmétîca ; els 
mestres diuhen que nos es tant necesari. 

— Tenen moltissima de rahô. Seys idô un ratet, y vos faré 
cuatre preguntes per sebrer à quina altura vos trobau de la pri- 
mera régla, que es diu sumar. 

— Comensa tu, Andreuet: un y un, cuant fan? 

— Cuatre. 

— Qu'es axo ? No estigas distret, qu'are has dit un solennc 
desbarat. 

— Jo crech que no, senyor mestre. 

- Com no ! si tu trobes que un y un fan cuatre, que faran 
dos y dos? 

— Dos y dos, faran sis. 

— L'erras de cap à peus. Aixo es un altre desbarat mes gros 
qu'unes cases. Lo que fa sis, son très y très. 

— Perdon, senyor mestre ; très y très fan vuyt. 

— Jésus, Jésus ! Andreuet ! Escoltam bé : jo no t'he demanat 
cuant feyan cuatre y cuatre, sino très y très. 

— Ja ho he entés, senyor mestre. Si m'hagués preguntat cuant 
feyan cuatrz y cuatre, li hauria contestât que dotse. 



— "9 — 

— Per amor de Deu ! Y com esta tan desgavellat lo teu cap 
Tu has estât sempre un poch massa viu, y en tôt hi veus mes que 
no hi hà. Segons els teus contes pessims, si cuatre v cuatre fessen 
dotse, vuyt y vuyt farian vint y cuatre, y ja veus qu'axo no pot 
esser. 

— Te raho, senyor mestre, perqué vuyt y vuyt no fan mes 
que vuyt. 

— Vaja, un enfilay de contradiccions y embusteries. Que hi 
dius, tu, Felip ? No trobas que el teu amich no contesta avuy 
gayre bé ? 

— Massa que ho trob, senyor mestre ; cap mica bé. 

— Idô, vejam tu, si acertaràs mes qu'ell. Cuant fan vuyt y vuyt. 

— Vuvt V vuvt, cuatre. 

— Altre bony m'ha eixit, y un que 'n ténia, son dos. Y cuatre 
y cuatre, que seran ? 

— Vuyt. 

— En nom del Esperit sant qu'ai manco n'has endevinada una. 
Reflexion idô, que si cuatre y cuatre fan vuyt, no pot ser may 
que vuyt y vuyt fassen cuatre. 

— Vosté tendra que perdonar, senyor mestre, vuyt v vuvt no 
son mes que cuatre. 

— Vaja una casta de sumar ! Y set y set, que faràn ? 

— Dues. 

— Pareix que mos componem ! Y nou y nou ? 

— Son sis. 

— Com mes va, mes vêla. N' Andreuet se perd sempre per 
fer llarch, y tu per fer curt. En les matematiques no hi pot haver 
llarch ni curt, sino lo exacte y res mes. Deu y deu fan vint, y 
sempre faran vint, y ningu pot dir lo contrari. 

— Don Toni, perdon, que deu y deu no son mes que vuyt. 

— Ja tornem en lo vuyt. 

— Y tu, que hey dius, Andreuet. 

— Jo dich que no son mes que sis. 

— Callau, callau, y no digueu mes ximpleses. Tots aquest 
desbarats heu apresos d'ensâ qu'heu dexada l'escoJa ? 

— Senyor mestre, jo no veix que sian desbarats sino veritats. 

— Bona casta de veritats. 

— Jo li puch provar que totes les meues contestaciôns son 



1 20 



certes. Ja sab que jo fâs de rellotjer ; lo que cont sempre à ca '1 
mestre son hores y per lo mateix, si demunt las vuyt ni 'n posa 
altres vuyt, serân les cuatre ; si demunt les set ni "n posa altres 
set, seràn les dues ; y si demunt les nou ni 'n posa altres nou, 
serân les sis. 

— Are t'entench, y mirât baix d'aquet punt de vista, tens 
rahô ; segons les teues matematiques aplicades, très y sis farân 
nou, y sis y nou farân très. 

— Just y cabal. 

— y es una veritat segons l'aritmética rellotjera, qu'es fundada 
demunt el sistema duodécimal, y no conta may les decenes ; pero 
no per axo contradiu la vertadera aritmética, que es que tu deus 
aprender primer que cap, per contestar de manera que ningu 
puga creure que dius un desacert. 

Anem â veurer are si corretjirem els disbarats de n'Andreu, 
que els ha dits dels mes garrafals que se coneixan : Recordat que 
m'has dit qu'un y un eran cuatre ; dos y dos, sis ; très y très, 
vuyt ; y cuatre y cuatre, dotze. 

— Si senyor, es cert, per que jo com â bon estampador mir 
les Hêtres qu'entran en les paraules ; que les cont y veurâ si he 
dit la veritat. 

— Efectivament, tu tens també moltissima de rahô ; de manera 
que segons la teua aritmética aplicada dos y dos fan sis Hêtres; 
sis y sis, en farân sis ; y deu y deu, en farân també sis. 

— Si, senyor mestre; y que no es aixi ? 

— Mirât baix d'aquest punt de vista, es una cosa certa, pero 
te repetesch lo que he dit suare â n'en Felip, per que has de 
sebrer diferenciar les coses, perque qui 't senta parlar no diga que 
ets un ase. 

Are voltros ab axo podreu veure lo que son les coses d'aquest 
mon ; jo dich y prov que deu y deu son vint, tu que deu y deu 
son sis, y en Felip que deu y deu son vuyt. Ninguns nos ave- 
nim, y tots tenim rahô. Y si axo succeyeix amb una ciencia que 
es la mateixa ecsactitut, que succehira amb aquelles ciencies iJeals, 
que no poren demostrar ab nombres la certesa dels seus fona- 
ments î 

Oh, Senyor ! Lo mateix passa, avuy en dia, ab molts de sabis 
que hi ha en la terra! Père d'A. Penya. 



La Langue Catalane 

et son uHlité pédagogique 

{Suite) 



9'"^ LEÇON. — Els rcys d'Orient 

Vaig baixar l'escala tant apulit com vaig poguer, vaig 
obrir la porta sensé fer fressa, la vaig tornar tancar, y 
carrer avail, cap al camiral per hont tenien de venir els 
reys d'Orient. 

Els companys ja m'hi esperaven. Quan els reys van 
arribar quitllats sus de cavalls tots enflocats qui, â cada pas, 
feyen sonar un sensfi d'esquellins, tots els nins qui 'Is 
esperaven van cridar : « Visquin els reys d'Orient î » 

Eren très : un de vell, amb uns cabeJls blanchs que li 
baixaven finse mitja esquena ; un de mes jove, amb una 
barba rossa com el blat de juny, y un altre, qui era ni vell 
ni jove, mes qui era nègre com un Môro de la Moreria. 

Tots très anaven vestits de unes capes riquissimes hont 
se veyen flors pintades y pedres y diamants. El blanch 
portava una boisa plena de lluises ; el ros un encenser de 
plata y '1 nègre una caixeta tapada. 

De dintre de les alfarges que tenien sus del cavall ne 
van treure coques endaurades y ne van donar una â cadun 
dels qui eren vinguts â 'Is esperar. 

E. Caseponce, Contes vallespirenchs. 

Explication du Texte 

L'auteur nous raconte la sortie furtive de la maison paternelle, 
puis voici la description : 

r Description d'ensemble; ce qui frappe tout d'abord (les 
chevaux, les grelots) ; 

2' Portrait de chaque roi ; ce que chacun a de particulier ; 

3" Description des costumes : la bourse, l'encensoir et le coffret. 

11 termine par la distribution des gâteaux à ceux qui sont venus 
attendre les rois. 



122 



OCABULAIRE 



apulit, doucement Môro de la Moreria, Maure de la 

fressa, bruit Mauritanie, c'est-à-dire un vëri- 

enftocats, parés, ornes de rubans et table Maure 

de franges anaven vesiiis, allaient vêtus pour : 

un sensfi J'esquellins, d'innombrables étaient vêtus 

grelots boisa, bourse 

finse, jusqu'à. On écrit aussi fins à encenser de plata, encensoir en argent 

ou simplement fins. alfarges, sacoches 

Exercices 

Traduction française du texte — Aucune difficulté. 

Composition catalane. — Un enfant qui a vu passer les rois 
d'Orient l'an dernier se propose d'aller les voir cette année avec 
son petit-frère et à l'insu des parents. Faites-le parler. (11 suffit 
de remplacer le passé par le futur : Baixarem Vescala tant apulit 
corn podrem, ohrirem la porta, etc.) 

Composition française. — Faites le portrait des trois rois 
d'Orient et développez à votre guise. 

Conjugaison bilingue. — Verbe baixar et verbe descendre au 
prétérit composé. Conjuguer sur ce modèle arribar et arriver. 

Prétérit composé 

Terbe baixar Verbe descendre 

Vaig baixar je descendis 

Vas baixar tu descendis 

Va baixar il descendit 

Varem ou Vam baixar nous descendîmes 

Vareu ou Vau baixar vous descendîtes 

Varen ou Van baixar ils descendirent 

Le catalan a deux prétérits (i) : le prétérit simple, que nous 
verrons plus loin et le prétérit composé. C'est là encore une 
cause d'incorrection : il n'y a pas, dans tout dans le Roussillon, 
une seule école où l'on n'ait entendu le dialogue suivant entre le 
maître et les élèves : 

Le maître. — Est-ce que Jean vint en classe hier ? 

Les élèves. — Oui monsieur, il va venir pour: il vint). 

Le MAITRE. — Et Pierre? 

Les élèves. — Non monsieur, il va manquer {pour : il manqua). 

( 1 ) Louis Pastre, Les prétérits catalans. 







Ex 


2" 


en 


ina : 

Ex 


3- 


en 


essa : 

Ex 


4' 


en 


Mu : 



~ 123 — 

Notes grammaticales 

Formation du féminim des noms. — En général, on forme le 
féminin des noms catalans en ajoutant a au masculin. 

Ex. : Company, camarades, fait au féminin companya 

Mais les exceptions sont excessivement nombreuses. C'est ainsi 
que certains noms forment leur féminin : 

r en na : 

rey, roi fait reyna, reine 

gall, coq — gattina, poule 
comte, comte — comtessa, comtesse 

Ex. : actor, acteur — actriu. actrice 
5* en changeant leur lettre finale e en a : 

Ex. : un nègre, un nègre; una negra, une négresse 
6* en changeant leur lettre finale o zn a : 

Ex. : un Môro, un Maure; una Mora, une Mauresque 

7* en redoublant Vs : 

Ex. : colas, colosse ; cotossa, colosse 

8' en changeant t en Ja : 

Ex. : cunyat, beau-frère ; cunyada, belle-sœur 
9" en changeant ch en ga : 

Ex. : un Grech, un Grec ; una Grega, une Grecque 
1 o' en changeant ig en j'a : 

Ex. : un boig, un fou ; una boja, une folle 

Comme en français, certains noms catalans ont un féminin 
complètement différent : 

Ex. : mascle, mâle fait femetta, femelle 

moltô, mouton — ovella, brebis 

porch, porc — iroja, truie 

boch, bouc — cabra, chèvre 

cavall, cheval — euga, jument 

pare, père — mare, mère 

home, homme — dona, femme 

gendre, gendre — nora, belle-fille 

oncle, oncle — tia, tante 

padaslre, parâtre — madastra. marâtre 

Comme en français aussi, certains noms restent invariables : 
Ex. : un Belga, un Belge fait una Belga, une Belge 



J24 



lo*"' LEÇON — RecorU 

Vallespjr, 

Dois sospir ! 

Quina alegria ! 

Mon cor somia 
Qu'un dia hauré per darrer Dit 
Quatre Doses de) teu granit. 
Si 'm nega Deu eixa esperança, 
Si sota un aJtre cel de França, 
Mon jorn suprem ha de venir, 
De mi conserva est sovenir : 
No moriré pas de vellesa ; 
Ay no ! moriré de tristesa, 

Vallespir, 

Dois sospir 1 

Al murmuri de tes rieres, 
Al dois xiuxiu dels faigs, dels poils, 
Dels castanyers, de les sureres, 
Al cant dels grills en los rostolls, 
Quin pler, quina delicia m'era, 
Mirar ta nit, per temps suau, 
Sembrant dels estels l'arenera 
Sobre '1 désert de ton cel blau. 
Nit estrellada, nit serena, 
Nit amorosa, tan amena, 
Qui no t'ha vist 
Per ell sô trist !... 

Pierre Talrich, 7(ecorts de T{ossellô. 

Explication du Texte 

Dans la première strophe, le poète se sent tout joyeux à la 
pensée qu'un jour il ira mourir au pays natal ; et c'est cet espoir 



I 



— .i5 — 

seul qui l'empêche de mourir de tristesse « sota un altre cel de 
França ». 

Dans la seconde, il se plaît à évoquer le souvenir d'une belle 
nuit d'été en Vallespir. 

Vocabulaire 



somiar, songer, rêver 

lloses, dalles 

rieres, rivières 

faigs, hêtres 

polts, peupliers 

sureres, chênaies (chênes-lièges) 



rostoUs, chaumes 

suau, suave, doux 

arenera, arène, sable, poussière, dé- 
sert de sable ; on dit aussi : arenar, 
areny 



Exercices 

Traduction française du texte. — La traduction du i\' et du 
11' vers exige beaucoup d'attention. 

Composition catalane. — Una nit d'istiu (penser en catalan et 
s'inspirer des détails du texte). 

Composition française. — Une nuit d'été (penser en français). 

Conjugaison bilingue. — Verbe niirar et verbe regarder au pré- 
térit simple. Conjuguer sur ce modèle sembrar et semer. 



Prétérit simple 



Verbe mirar 
miri 
mirâres 
mira 
mirârem 
mirâreu 
mirâren 



Verbe regarder 

je regardai 

tu regardas 

il regarda 

nous regardâmes 

vous regardâtes 

ils regardèrent 



Notes grammaticales 

Formation du pluriel des noms. — En général, on forme le 
pluriel des noms catalans en ajoutant s au singulier. 

Ex. : et casfanyer, le châtaignier ; els castanyers, les châtaigniers. 

Les noms catalans féminins terminés par a changent a en es (i). 

Ex. : la fiera, la rivière; les rieres, les rivières 

la surera, la chênaie ; tes sureres, les chênaies 



(i) Quelques écrivains catalans adoptent la terminaison at. Elle « est contraire au génie de la 
angue catalane. Voir Alart, Documenh sur la langue catalane. 



— jî6 — 

d'où il résulte que les noms féminins en ca et en ga forment 
leur pluriel en ques et en gués. 

Ex. : la vaca, la formiga ; les vaques, les formigues 

Certains noms aigus terminés par une voyelle forment leur 

pluriel en ns. 

Ex. : ma, main ; cd, chien ; camt, chemin ; moti, moulin ; germa, 
frère ; font au pluriel : mans, cans, camins, moUns, germans. 

Certains autres terminés par s, x, sch, sf forment leur pluriel 

en os ou en sos. 

Ex. : vas, vase; pas, pas; peix, poisson; bosch. bois ; mosi, moût; 
font au pluriel : vasos, passas, peixos, boscos, mostos. 

Les noms terminés par ig précédé d'une voyelle forment quel- 
quefois leur pluriel en j'os ; mais on peut leur appliquer la règle 
générale. 

Voir dans le texte le mot faigs, pluriel de faig 

Cependant lorsque la finale ig est précédée d'une consonne, on 
change au pluriel g en tjos. 

Ex. : el desig, le dësir ; ets desitjos, les désirs 

Certains noms ne changent pas au pluriel. 

Ex. : la fais, la faux; les fais, les faux 

el temps, le temps ; eh temps, les temps 

Certains autres ne s'emploient qu'au pluriel. 
Ex. : les calses, le pantalon. 

(A suivre) Louis Pastre. 



ERRATUM. — Dans la note rectificative du dernier numéro, lire a pré- 
cède » au lieu de <( précise ». 



LIVRES ^ REVUES 

La rame de vingt pieds- 

Notre confrère et collaborateur, M. de Lacvivier, vient de publier, en 
brochure, la nouvelle qu'il a traduite du catalan, "La rame de vingt pieds, pré- 
cédée d'une lettre de l'auteur, J. Ruyra, comme préface. 

Nous n'avons pas à faire l'éloge ici, ni de l'auteur, ni de la traduction ; 
cette dernière a paru, du reste, en feuilleton, dans le journal Le T(oussillon, 
où chacun a pu l'apprécier : les erreurs typographiques qui s'y étaient glis- 
sées ont été soigneusement corrigées. 

Cette brochure, au sujet des plus intéressants et d'une lecture agréable, 
est mise en vente à un nombre restreint d'exemplaires. On la trouve aux 
bureaux de la J{evue Catalane. Prix : 2 francs. 

La llengua catalana iiteraria. 

Sem rebut lo text de la conferencia que sobre aqueix assumpte, ha donat 
à Barcelona, mossen Casadessus (estampa Escola tipografica Salesiana, Bar- 
celona). 

L'autor hi tracta com â punts de vista especials : Estât castich de la llen- 
gua catalana — Es un bé 6 es un mal ? — Pot remediar-se el mal ? — Esfor- 
sos y fracasos — Lo diccionari de mossen Alcover - - L'obra de la llengua 
catalana literaria — Orientaciôns. 

Hi ha molt â apendrer, dins d'aquesta obreta. 

Lo Rat-Penaf 

(Valencia, plassa de Menisses) 

Es una Revista mensual, publicada per la Societat de « Amadors de les 
glories valencianes ». Lo primer numéro de jener de 191 i, té aquest su- 
mari : 

Senyor Don Vicent Dualde, président de Lo J(at-Penat, per Teodor 
LIorcnte. — La iglesia parroquial de Sant-Martin, de Valencia, per 
J. Sanchis Sivera. — Felicitaciô à En Juan, En Rodriguez, En Condesa, 
poesia de Jenaro Genovés. — Estudi sobre filologia valenciana, per Fray 
Ll. FuUana Mira. — Les alfabegueres, cuento de P. Bonet Alcantarilla. — 
Lo J{at-Penat en Alacant, per S. Cebrian Ibor. — Cantars, poesia de 

C. Pascual y Genis. — Cronica. — Nostres intenciôns. 

Conté, de mes, dos fascicles d'obres de biblioteca : Historia de la Pasio 
de Nostre Senyor Deu Jesus-Christ, per mossen Bernât Fenoller y Père 
Martinez. — Resena de las antiguedades valencianes anteriores à la domina- 
cion cartaginesa, per lo R. P. N. Bertomeu Ribelles. 



— 128 — 

Poésies, de Maria-A. Salva. 

La distinguida poétisa donya Maria-Antonia Salvâ, de Mallorca, vé d'es- 
tampar un llibre de Poésies ; imprempta de les Filles d'En Joan Colomar, à 
Palma-de-Mallorca). Es tota una florida garbe ; n'hi ha una xeixantena, 
qu'ha aplegades amb los titols de Del cor, De la pagesia, T^eligioses, Taries. 

Qu'en direm, que no se sapigui ja : que la Salvà es un poeta de cap de 
brot, ayros, sensill, de bon llegir, y tant saboros amb la seua parla mallor- 
quina ? De mes, la poesia Jochs de nins, no sembla treta d'un mas de 
Rossellô 1 

La presentacio n'es fêta amb una interessanta Ititroducciô de mossen 
Miquel Costa, lo mestre en Gay saber de Sant-Marti-del-Canigô. 

Concours de Romans- 
Dans un but de décentralisation littéraire, "La "Vie Montpellier aine organise 
un grand concours de romans inédits — écrits en prose et en langue fran- 
çaise, et ne dépassant pas la matière d'un ouvrage ordinaire à 3 fr. 5o, soit 
3oo à 35o pages environ — dont l'action, avec peinture de nos mœurs 
méridionales, devra se passer sur une partie du territoire qui composait les 
anciennes provinces du Languedoc et du Roussillon, c'est-à-dire les départe- 
ments de la Haute-Garonne, Tarn, Aude, Hérault, Gard, Lozère, Ardè- 
che, Haute-Loire et les Pyrénées-Orientales. 

Toute oeuvre à tendances politiques ou confessionnelles sera impitoyable- 
ment écartée. 

Un jury, composé de hautes personnalités littéraires et, le plus possible, 
méridionales, examinera les manuscrits envoyés. Le lauréat choisi par lui 
aura son oeuvre imprimée et éditée par les soins et aux frais de la "Vie JHontpel- 
liéraine, ce qui constitue un appréciable avantage quand on sait qu'il est peut- 
être plus diffici'.: de trouver un éditeur de romans qu'un directeur de théâtre 
consentant à jouer la pièce d'un auteur inconnu. 

Les manuscrits envoyés ne seront pas signés. Ils porteront seulement, en 
tête de la première page, une devise qui sera reproduite sur une enveloppe 
cachetée contenant les noms et prénoms ainsi que l'adresse de l'auteur. Ils 
devront parvenir franco de port et ne seront renvoyés, le classement opéré, 
que si les frais de retour sont fournis par l'intéressé. 

Ouvert à la date du i " mars 1911, le concours sera clos le 1 5 juillet pro- 
chain et l'ouvrage, classé premier, imprimé et mis en vente dès la rentrée 
d'octobre. 

Les manuscrits, comme toutes les demandes de renseignements complé- 
mentaires, devront être adressés à M. le Directeur de la "Vie JHontpelUéraine 
et T{égionale, \\, rue du Faubourg-de-Lattes, Montpellier. 



Le Gérant, COMET. — Imprimerie COM ET, 8, rue Saint-Dominique, Perpignan. 



5- Année N-53 15 Mai 1911. 



Les Manuscrits non insères 
■\c sont oas renau». 

Les Articles oarus dans la Revue 
T ensapent aue leurs auteurs. 



REVUE 

CATALANE 



A nos lecteurs 

La T{evue Catalane en est déjà à sa cinquième année. 
Depuis qu'elle paraît, c'est-à-dire depuis que la Société 
d'Etudes catalanes, dont elle est l'organe mensuel, a 
entrepris dans tout le Roussillon son oeuvre de propagande 
en faveur de l'idée catalane, il y a quelque chose de changé 
chez nous. On s'intéresse de plus en plus aux manifestations 
régionalistes, on devient de moins en moins indifférent à 
tout ce qui a trait à notre race et à notre province. Nous 
avons réussi à réveiller non seulement la curiosité, mais 
encore, ce qui est mieux, la sympathie. Sans vouloir exa- 
gérer ici les résultats obtenus, nous pouvons dire, en toute 
sincérité, que nous avons lieu d'être satisfaits et de nous 
montrer de plus en plus confiants. 

Certes, nous avons été aidés dans notre campagne par 
le développement constant des idées de décentralisation et 
de régionalisme, qui caractérise l'évolution la plus récente 
de l'esprit français. Mais le Roussillon est une des parties 
de la France où ces idées, trouvant un terrain particuliè- 
rement favorable, se sont développées tout de suite avec 
le plus de force et d'ampleur. Il faut remarquer, en effet, 
qu'en terre roussillonnaise le sentiment ethnique et la 
tradition de la race ont toujours gardé, malgré les forces 
de destruction ou d'affaiblissement venues du dehors, des 



— .3o — 

assises assez fermes pour qu'il soit permis de reconstruire. 
]] faut noter, d'autre part, que l'organisation économique 
et le perfectionnement des conditions matérielles de la vie 
de notre province ont pris leur élan et leur direction dans 
le temps même où s'annonçait aussi et se préparait notre 
campagne. 

Le mouvement est donné ; nous ne craignons plus les 
obstacles. Avec nous ou avec d'autres, ces belles et géné- 
reuses idées suivront leur chemin. Mais c'est un plaisir 
pour nous de constater la marche en avant. Chaque jour 
amène, en effet, une conquête nouvelle. Ceux-là mêmes 
qui ne prêtaient aucune attention aux premières tentati- 
ves, ou feignaient de les juger inutiles et enfantines, sont 
devenus les plus actifs peut-être, ou les reprennent pour 
leur propre compte avec une ardeur qu'on ne saurait trop 
encourager. 

Notre J{evue Catalane nous a permis de grouper les 
militants et de rendre l'action de la Société d'Etudes 
catalanes plus régulière et plus méthodique. Nous avons vu 
ainsi de mieux en mieux ce qu'il y avait à faire, l'expérience 
quotidienne nous apportant de précieuses indications dont 
nous ne manquerons pas de tenir compte. Nous deviendrons 
encore plus pratiques et plus clairvoyants. On ne nous 
reprochera pas de nous enfermer dans un monde d'abstrac- 
tions et de chimères où la vérité des choses ne pénètre 
point : car nous voulons prendre part à tout ce qui sera fait 
dans le Roussillon pour fortifier l'idée catalane, et notre 
énergie ne se lassera jamais. 

Pour commencer, nous allons nous efforcer de donner à 
notre Revue plus de vie, plus de variété, plus d'unité aussi. 
11 faut qu'elle devienne entre nos mains une arme puissante 
et sûre. Le nombre de nos collaborateurs va augmenter : 
Nous ferons appel à tous les Roussillonnais de talent qui 



— i3) — 

peuvent avoir quelque chose d'utile et d'intéressant à dire 
sur des sujets que nous laisserons toujours au premier 
plan : un article sera donc consacré chaque fois à ces sujets 
et occupera la place importante. Pour renouveler et enri- 
chir constamment le fonds commun de nos idées, nous 
irons chercher dans les provinces voisines ceux qui défen- 
dent le même idéal et mènent chez eux la même campagne. 
Cela nous permettra d'entrer en relations avec les autres 
groupements régionalistes et de contribuer plus efficacement 
à l'œuvre de reconstitution des forces de la grande patrie. 

Nous nous sommes assuré, d'autre part, pour les numé- 
ros à paraître, un bel approvisionnement en contes, nou- 
velles, récits, impressions, poésies. La partie historique et 
bibliographique sera remplie, à son tour, avec le plus grand 
soin, et des travaux sur notre langue apporteront leur con- 
tribution aux recherches des catalanophiles. Nous espérons 
même pouvoir reproduire de temps à autre quelques clichés, 
afin de rendre plus captivante la lecture des oeuvres publiées. 
Tel sera l'effort de notre comité de rédaction. 

Nous attendons maintenant de nos lecteurs un effort de 
même nature. Comme nous avons tous intérêt à être de 
plus en plus nombreux, nous les prions de vouloir bien 
faire connaître autour d'eux notre Revue, gagner de nou- 
veaux adhérents à notre entreprise. Nous espérons pouvoir 
récompenser par des envois de brochures diverses ceux qui 
se distingueront ainsi par leur zèle et leur amabilité. Nous 
sommes, en effet, convaincus qu'il y a dans le Roussillon 
beaucoup de personnes qui viendraient à nous si on le leur 
demandait et si on leur donnait les renseignements néces- 
saires. Nos lecteurs nous y aideront sans aucun doute. A 
l'œuvre donc, des deux côtés, pour notre terre et notre 
langue ! Le Secrétaire général, 

Jean Amade. 



Un livre de vers catalans 

Notre ami et collaborateur M. Joseph Pons vient de publier 
chez M. Cornet, en une élégante brochure (collection de la 
Bibliothèque Catalane) une série de poèmes catalans auxquels il 
a donRé le nom de IRpses y "Xiprers. Nous offrons à nos lecteurs 
une des plus belles parmi les pièces du recueil ; mais M. Jean 
Amade se propose de publier ici même très prochainement un 
compte rendu littéraire de ce volume de vers qui est mis en 
vente dès maintenant. 

Xiprers adormits 

Dcls xiprers envellutats, 
verdosencs, assoleyats, 
la somniosa renglera 
cntorneja la ribera 
y les hortes y los prats. 

Xiprers adormits, vos gardeu els horts, 

y. 'Is lleujers trésors 
dels aybres, riquesa blanca de la plana, 
y am vostre silenci de la tramontana 

ne burleu l'esfors. 

Altius y'solius, am vostre barrera, 

s'aixecant austera, 
guardeu el mistcri de l'hort encantat, 
y ningû veurâ si 'n l'hort amagat 

riu la primavera. 

Xiprers adormits, ben atapahits, 
jo vindré de nits 



— i33 — 

me seure 'n els prats que molla l'ayguatje, 
camjnant que cerca, desprès del viatje, 
la font del oblit. 

A l'hora tranquil-la y de gran puresa 

hont la lluna estesa 
pertot dju son cant d'un ritme divî, 
en la clarjayna que sab endolsir 

la mes gran tritesa. 

El cor, el meu cor, vull amurallar 

d'un nègre llindar, 
d'un semblant qu'aturi mirades blavoses, 
llavis molçudets y dents verinoses 

que '1 fan sancnejar. 

Aixis no sabrân quines blanques roses 

ne sont mitj-descloses 
derrera '1 fullâm, sota '1 cel d'argent ; 
aixîs no veuràn del meu sentiment 

les flors misterioses. 

Xiprers adormits, verdosencs y forts, 

gardeu sempre 'Is horts 
de les rufacades y maies ventades ; 
d'un amor passât guardeu les pensades 
com en la nit clara vetllau tots els morts... 



Joseph Pons. 



Roman du IX^ siècle 
et Catalan du XX^ 



«*^^*^ 



La morphologie nous a appris que les langues romanes sont 
surtout issues du latin populaire que parlaient les soldats romains. 
Dans les diverses régions occupées par Rome, le latin s'altéra 
encore d'avantage au contact des langues aborigènes et celles des 
troupes étrangères à la solde de Rome. 11 en résulta, après le 
passage des barbares, une infinité d'idiomes plus analytiques que 
le latin. Les principaux furent : langue d'oc, langue d'oïl, 
langue de si, galicien ou portugais, castillan. 

Le catalan est classé généralement parmi les dialectes de la 
langue d'oc dont font aussi partie le gascon, le languedocien, le 
limousin, le provençal actuel, le dauphinois, le lyonnais, ! auvergnat. 

La langue d'oc (dénommée aussi piovcnç"!) était encore parlée 
dans le royaume d'Aragon au xiu' siècle, et ce n'est que sous 
Jacques 1" de Majorque que le catalan devînt une langue 
officielle et littéraire. Est-ce à dire que le catalan ne serait pas 
une langue ? Le seul fait de voir nationaliser le catalan prouve 
que, parallèlement au provençal, s'était développé un autre idiome 
aussi robuste. Cet idiome, qui est encore parlé en Roussillon, 
Catalogne, Baléares, Algher, a su conserver le mieux de toutes 
les langues romanes le vocabulaire primitif malgré les infiltrations 
étrangères surtout italiennes et castillanes. A l'origine, cette 
langue catalane ne pouvait être que populaire. Comme elle 
devint officielle, les écrivains s'avisèrent de créer une langue 
littéraire, une langue dans la langue. 

Comme la langue d'oc avait vu, dès ]35o, son développement 
s'arrêter en France devant l'autorité centralisatrice du Nord et 
était tombée au rang de patois, de même le catalan sous le poids 
officiel du castillan se serait transformé, en Espagne, en un patois 
castillan si la renaissance du milieu du xix' siècle n'était venue 
rappeler que la littérature catalane avait eu ses œuvres qu'il 
fallait continuer. Les rénovateurs ont-ils entièrement réussi? 



— i35 — 

]] est à remarquer ainsi que les mêmes phénomènes se sont 
produits en France et en Espagne. Chez la première : effacement 
de la langue d'oc devant celle d'oïl et renaissance plus tard de 
tous les idiomes méridionaux. Chez la seconde dans laquelle, 
encore au milieu du xm' siècle, Tolède, Cordoue, Séville, toute 
l'Andalousie, parlaient l'arabe : remplacement des idiomes locaux 
par le castillan et mouvement de renaissance, au xix° siècle, de 
l'idiome catalan. 

Le Roussillon, pays de langue catalane, essaie à l'entrée du 
xx' siècle d'avoir aussi sa renaissance. 

Mais le catalan roussillonnais a-t-il vraiment dégénéré ? Que 
l'on restitue à ce catalan son vocabulaire initial et il paraît être 
au contraire une langue très claire et très logique ayant progressé 
parallèlement aux idiomes du midi de France, ses frères. Comme 
l'a dit Demogeot : « Les langues ne naissent pas, elles se trans- 
forment ». Ça serait donc une erreur, chez un roussillonnais, dz 
revenir à la syntaxe ancienne ou à celle d'outre-monts. De nou- 
velles constructions, conformes aux formules, modernes peuvent 
très bien se marier avec les pittoresques expressions typiques qui 
forment le fonds original de la langue. 

Les historiens donnent la date du xn' siècle au premier mo- 
nument connu de la langue italienne et la date du xi' siècle au 
premier monument de langue espagnole. Le premier monument 
cité de la langue française date du 14 février 842. C'est le 
serment prêté par Louis le Germanique à son frère Charles le 
Chauve. Ainsi que nous allons le voir, ce document peut être 
considéré aussi, et certainement plus logiquement, comme le 
premier document de la langue catalane. Comme ce document 
est, en tant que vocabulaire, plus près du catalan contemporain 
que du français actuel, cela nous porte à dire, avec Alart et 
Vidal, que le catalan est encore aujourd'hui la plus romane des 
langues : 

« Pro deo amur et pro Christian poplo et nostro comun sal- 
« vament, d'ist dj en avant, in quant Deus savir y podir me dunat, 
« si salvarai io cist meon fradre Karle, et in adjudha et in 
« cadhuna casa, si com om per dreit son fradre salvar dist, in o 
« quid il mi altresi fazet et ab Ludher nul plaid nunquam 
« prindrai qui, meon vol, meon fadre Karle in damno sit ». 



36 



Traduisons mot à mot 



pro 


per 


cadhuna 


caduna 


deo 


Deu 


cosa 


cosa 


amur 


amor 


si 


si 


et 


e (y) 


com 


com 


pro 


per 


om 


hom 


Christian 


christia 


per 


per 


poplo 


poble 


dreit 


dret 


et 


<y) 


son 


son 


nostro 


nostre 


fradre 


germa 


comun 


connu 


salvar 


salvar 


salvament 


salvament 


dist 


deu 


dist 


d'eix 


n 


en 


di 


dia 


o 


lo 


en avant 


en avant 


quid 


que 


in 


en 


il 


ell 


quant 


quant 


mi 


a mi 


Deus 


Deu 


aitresi 


aitresi (mateix) 


savir 


saber 


faret 


faria 


et 


e(y) 


et 


e iy) 


podir 


poder 


ab 


ab 


me 


me 


Ludher 


Ludher 


dunat 


donat 


nul 


nul 


si 


si 


plaid 


pler 


salvarai 


salvare 


nunquam 


nunque 


io 


jo 


prindrai 


pendre 


cist 


aci est 


qui 


que 


meon 


meu 


meon 


meu 


fradre 


germa 


vol 


voler 


Karle 


Caries 


cist 


aci est 


et 


^(y> 


meon 


meu 


in 


en 


fadre 


germa 


adjudha 


ajuda 


Karle 


Caries 


et 


e(y) 


in damno 


en dany 


in 


en 


sit 


sigui 



Ajoutons les articles à cette traduction terre a terre et faisons 
les contractions nécessaires à une langue moderne, faisons revivre, 
dans la traduction, quelques mots, laissés à tort en désuétude, et 
nous aurons quelques lignes de catalan roussillonnais contemporain. 

Le document précédent vient démontrer une fois de plus que 
le catalan est bien un rameau principal et non une ramification 
secondaire des langues romanes. Jacques 1" eut raison de rendre 
officiel son cher catalan. Ce document, traduit de même en 
français, espagnol, italien contemporains, prouverait aussi qu'avant 
le neuvième siècle de notre ère, il existait une langue relati- 
vement avancée qui était devenue pour ainsi dire la langue 



- .37 - 

universelle de presque tout le Sud-Ouest de l'Europe. Cette 
langue existe encore. Les divers idiomes du midi français : 
Bordeaux, Toulouse, Nîmes, Marseille, Perpignan, etc., ne 
sont au fond que cette langue. Qui en parle un n'éprouve pas de 
p^randes difficultés à comprendre les autres. Le rameau catalan 
des troubadours pour arriver aux sommets du français et de 
l'espagnol devrait suivre, dans le modernisme, ses frères le langue- 
docien et provençal- Un catalan de Perpignan peut traduire assez 
aisément aussi h\cn\a Mireille de Mistral que les odes anacréontiques 
de M. Aubanel et, si un bordelais ou un marseillais trouve à com- 
prendre le catalan roussillonnais plus de difficultés qu'un catalan 
à traduire les autres idiomes, c'est une preuve que le catalan a 
conservé le mieux le vocabulaire roman ou, si l'on veut, latin, ce 
qui lui procure une clé qui manque aux autres troubadours. 

Joseph Sanyas. 

Pcrdo 

Dins mon casot tôt sol m'anyori, 
Trist, pensatiu, no se perqué ; 
Los aucells cantan, mes jo plori ; 
La primavera no m' diu ré. 
Devant de jo, j'aurendol vola : 
De la sazô es lo primer ; 
Fa un xirrit, son crit m'endola 

Y s'enfuig dins lo cel seré. 

Aquest aucell de primavera 

Quan jo lo veig, me sanchna el cor ; 

Pensi a tu, tan riallera, 

Y me cor trenca el teu recor. 
Era en el temps que m'estimabas, 
Apretada érats contra jo 

Y de ton dit tu me mostrabas 
L'aucell fugint amb la tardé. 



— r38 — 

Com si l'aucell t'hagués cridada, 
T'en vas fugir poch temps amprés. 
Al nostre niu no has tornada, 
Desd' allavoras no visch mes. 
Pensi a tu quan l'alba punta, 
Pensi a tu quan Jo sol eau, 

Y tôt solet quan la nit monta 
Le teu recor los ulls me clau. 

Tôt lo que vejg dins la caseta 
Tôt ha guardat lo teu regret : 
Lo llit petit, l'armariéta ; 
Ton ombra es dins lo mirallet. 
M'ha révoltât aqueixa pena 
Morta ets per jo dins mon esprit. 
Si cap a mi l'azart te mena 
Tu, mon burreu, fuig malahit. 

Pensant aixô, l'aurendol vola ; 
Son niu es sota del terrât, 

Y de seguit dins sa bressola 
L'aucell senzill ja n'es tornat. 

Toc, toc ! Qui es ? Segurt un pobre ! 
Si ! han tocat, m'enganyi pas, 

Y apolit, la porta s'obra, 
L'infidel es aquî sul pas. 

Jo som ferit, s'esta defora. 

No se gosa apropar de mi. 

Seca, n'es molt, son ull m'implora, 

Esta cansada del camî, 

Lo scu mirar, sa vestidura 

Tôt clar me diuen sa dolor ; 

Ha molt sofert ; la veig que plora. 

Mon plor li dona el meu perdô. 

(Millasj Victor Peix. 



\ 



2»^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^ 



La Terra dels Avis 

("Fragment) 



«^^^ 



No les fugis nostras montanyas de Vallespir tant hermosas, 
tant frescas y regaladas. 

May de la teva vida vilas y ciutats no te daran la pau y la 
ditxa descansadora de la terra dels avis. Torna agafa '1 teu garrot 
de pastor y los que te estimen y te esperen, parentela y amichs, 
y '1 teu gos tant fidel, celebreran ton arribada. 

No t' donis mal y vergonya del ofici dels teus pares que 
sempre atalayaren llurs ramats 1 hivern en els baixants de la vall 
y a l'istiu en cims de nostras serras. Torna a respirar la olorosa 
alenada de les boxaricas vcrmellas y l'ayre purificat de la coma 
del Tech y del OHat, dels cums y del coll de les Molas. 

Abrigat encara ta capa de burata ; ta pellissa y ta samarra, y 
ta barretina, calsa '1 teus esclops ; honrats vestits que valen mes 
que les pelleringas y pellots dels senyors y senyoras fets de 
pressa. 

Vine y ton cor se susmourà de alegria en lo belar de tes 
ovellas y en la musica de ses esquellas. La remor de les bor- 
rombas dels marrans y dels enflocats se justarân per celebrar ta 
benvinguda. 

Vine a refrescarte encara en les nostres fonts tant puras, tant 
geladas que bombollan els llabis y que no s'hi pot deixar la ma. 
Fuig la ciutat enganyadora y ses casas hont se congrian malorais y 
malaltias. 

Assi dormiras baix les estelas entremigt de un jas de pells. 
• Els rams de pins y la brancada dels abets t'hi feran de cortinas. 

Veurâs quins tant dolsos somnis quant lo cant dels aucells 
montanyesos te gronxolarâ, La perdiu, la torta y la merla, la 
gatlla, la griva y la puput te xiularân corrantes, y la cugullada, 
lo rey-petit y la cadarnera que cantan en la matinada te ferân 
albadas. 



— 14Ô — 

Tos ulls enlluernats veurân a surtir del mar, resplendent de 
claros divinas, el sol magestuos y creador de vida que tôt lo 
mon impera. 

Quine dolsa companyia que la del teu ramat quel val mes que 
la de multitut de homens. Bon pastor llestarâs los nets y comarcas 
endevesadas ahont pogui afermar ton bestiar. 

Cap a la migt diada, farts de pastorar y passajarse, moltons y 
ovellas, borrechs primais y tersats vindràn a morriar aprop de tu 
y '1 manyach ajegut y remugânt amagarâ 1 seu cap sobre '1 teu 
pit. Entre tarda mudarâs el corral per femar artigas y estivadas. 
Per acabar la diada trencarâs alguns pins per esclops de la 
maynada, boixos y avellaners per bardas y cledas y no t' descuy- 
daras de fer alguns dias llossas y culleras per la mestressa de 
casa. 

No tinguis por dels llops, la wiena n'hés perduda. Fa mes de 
trente anys que han désertât montanyas per anarsen en pobles y 
ciutats. Pots veurer venir la nit sens suspita. 

Lo sol baxa tras la pica del Gra de Fagol. Es hora de menir 
sopar. Fés engronat dins la llet. Abast'al sarré provehit de 
companatje, cansalada, botifarra y formatge, menge y descanse 
ab tôt lo plaher del mon. 

Xiula '1 teu gos ; arrulla '1 teu ramat, lo dia se enfuscaheix y 
les montanyas se entelan. La nit acaba de arrivar. 

Pren ton fluviol 6 ton gralla y canta ta serena a la llunî, y 
quant siguis cansat deixa trillejar el rossignol que de veu celes- 
tialment encantadorâ gronxera '1 teu son 6 felis pastor que no saps 
coneixer ta ditxa. 

J. DE SaNT-SalVADOR. 

Extrait de mil y un pensaments 



La félicitât es un somni de color de rosa : Dormint la vegéu 
y la toquéu, y al despertarnos desapareix. 

La félicitât es una paraula molt bonica que 'Is homes han inven- 
tât pera explicar lo que no comprenen. 






Fcsta-Major 



.^'-i» 



(Suite et fin) 



El Conh'apàs 



(>] 



Homes d'edat i minyons, tots en reng, 

fan cadena. 
A cada cap, un vell escardalenc, 

cl bal) mena. 
Sona, flaviol ! Pega un cop, tabalet ! 
Zup. Cadahù salta corn miquelct. 



Maneja, joglâ, 

ta prima o tenora ! 

Un peu d'hortolà 

sab vola ; 
es fort com son braç, 
no s cansa en una hora, 
ni s queda detras ; 

ja veuras ! 

Marca el refilet 

son brinco de cabra, 

son remingolet, 

son doblet. 
Hé, quin focerô ! 
Té ferreny com abre, 
cordât d'csparrô 

el garrô. 



N'hi ha prou d'aqucix ban ; 
a tu, cap d'esquerra ! 
1 de ponent van 

a llevant. 
El nou capitâ, 
celôs, son joc serra ; 
els peus, ta-ca-tà, 

fa petâ. 

Deu meu ! que bellô ! 
Es cadena folla, 
on cada grillô 

vol millô 
drincar que 1 veï. 
Tothom, dins la colla, 
tant bé qu'obeï, 

sab 11 uï. 



L'orquesta s'ha parât. Ara el flaviol tritlleja tôt solet, scnse 
cap ni centener ; fa tut-tu-rut-tut, a temps, a contra-temps. 
N'aprofita un cap de colla, plé de délit, per desllorigar-se com 



( I ) Les strophes qui suivent sont exactement rythmées d'après les deux 
airs fondamentaux du Contrapis. 



— 142 — 

un orat. La gent sel mira, embadalida. Malhaja 1 flaviol, que 
acaba tant aviat son monôlec estrambôtic ! 

Un ûltim refilet. El tambori da un cop sec, i 

Torna a bufà 1 brau joglar. La suô 

li regala. 
Com reb de terra un poquet de saô 

la cigala, 
entre dos temps moDa l'inxa i 1 canyô, 
repren sa frase ; ala î Sona, minyô ! 



l De quin IJunyà fosc 
vens, severa dança ? 
l Te trobà en un bosc 

poble tosc, 
entorn d'un vell faig 
saltant d'alegrança, 
mentre 1 sol de maig 

vcssa a raig ? 

l Potser vas eixî 
en festa de guerra ? 
sovjnt balla aixî 

el butxî, 
l O dius l'abundô 
de la mare-terra 
que, en Hoc de cardô, 

blat ens dô ? 

l Guiaven tos bots, 
prop l'ara de pedra, 
resos de dévots 

Sacerdots, 



vestits de lli blanc, 
el front cenyit d'hedra, 
dins un huma flanc 
pouant sang ? 

l Ton ritme bonic 
el carro scguîa 
duent a l'abric 

l'esplet rie?... 
Si, si ; no mes rius ; 
la sana alegrîa 
del camp tu nos dius 

en salts vius ! 

Aixî s compren pla 
que, a la moda vella, 
del temple al replà 

el joglà 
menés amb fervor 
eixa dança bella, 
tots cantant en chor 

de tôt cor. 



Mes ai ! La senziJla armonia ha fet son temps. Renyit primet 
amb Deu, oh tant noble contrapas, liuny de l'iglesia, sus la plaça 
del poblet has retirât ton brincar tornat inespressiu. 1 eis anys 



i 



- ,43 - 

t'han sigut funcstos. Les dances forasteres t'arrcconcn poc a 
poc, com vellet que no s mou pus del cantô de la Uar. Casi fas 
dol, per tant que forcegin els musics. Te ballen pocs, vcrgonyo- 
sos, enrampats. 

Amb tôt, si bé revellit, el teu ritme original encara ens roba 
Is sentits, perqué 

vol qu'oblidcm, ton goig, el temps que fuig ; 

de la vida 
ton cant festivol esbrava l'enuig 

i ns convida 
a fer bon ull a un segle eixarreït, 
contents dient : « Sigui Deu beneït ! » 



Cantes germanor, 

mes que vais, ni polques ; 

no téns sols finor, 

tcns honor. 
No Digues jovent, 
mes pobles rcmolqucs ; 
apartés rabcnt 

tôt mal vent. 

Alênes bondat : 
poses rie i pobre 
costat a costat, 
apretat ; 



cadû pesant just 
del seu prôxim l'obra, 
van plegats, sens sust 
ni disgust. 

Ai ! En mes anem, 
com les dures feres, 
dels cels que prenem, 
ens torncm. 
Doncs, oh contrapas, 
afcrra-ns de ver es ; 
fes-lo bcn tenaç 
el teu llaç ! 



Balles 



Entretant, bons moços, 
amb moces volteu ! 
Fregant vostres cossos, 
la veu escolteu, 
veu temptadoreta 
que als ulls porta foc 
i al cor fa, discreta, 



un suau toc-toc ! 
Llisqueu la mazurca, 
la scôtix, el vais ! 
l Que hi-fa si us llurca 
ôdi de rivais ? 
Juntada parella 
del gelôs se riu, 



— 144 — 
h la sorda orella boi fent-li l'ullet, 

i roda amb mes briu. ell, dolça penyora, 

Denprop, a la vora, li da un rameJlet... 



Sarau 



Vingut el propici Son braç l'encadena. 

visllum del sarau, De carré a carré 

llunyet del bullici poc a poc la mena, 

no se que Is atrau. i ella no diu ré. 

Mentre 1 bail s'anima Ja son fora el poble. 

al mes fosc cantô. No s'ou cap remor. 

manyaguet, l'arrima, El llaç s'ha fet doble. 

li roba un petô. Es l'hora d'amor... 

El vilatge es en rebombori. 
Tôt es desgavell i desori. 
Ja té 1 borratxo cori-mori. 
El violî, per mes que plori, 

fa botejar. 
S'ha tornat el bail sarabanda. 
Ara tothom crida y comanda. 
Se tiren, folls, de cada banda. 
L'avi, que s sent boca gormanda, 

vol festejar ; 

palpa la veïna a la cuixa, 
una floreta al coll li fuixa. 
Sembla que calcom els embruixa. 
Del prestatge un nin els arruixa 

a veire plé... 
La mare ha descuidat sa filla ; 
per ballâ arregla sa faldilla ; 
mes esquiva i llesta que guilla, 
salta, com quan guapa pubilla, 

a perdre aie. 



- .45 - 

El tio fadrî, que a la moda 

va vestit i no té la goda, 

convida sa jove neboda, 

i, encar que grisenc, roda i roda 

com un rodet. 
Entre Is peus corre la mainada, 
com esparverada manada 
de xajs pel bosc abandonada. 
Tampoc per eJls l'hora es sonada 

d'anà al Jlitet... 

Eixa borratxera de festa 
toca l'un i l'altre ; no llesta ; 
agarra jove i vell, com pesta... 
Aixi la njt s'escorre, llesta, 

saltant, cantant. 
Segueix, esblaimada i rodona, 
la Lluna, alla dalt, fent la mona, 
mentres de les granyotes sona 
la veu de nas, prima o pregona, 

pel fosc voltant. 

Pren tos plers, bon paisà. Prou els mereixes. 
l Que hi fa, si no es afinadet ton gust? 
El malestâ orgullôs als altres deixes. 
Tu sabs el ver repos. Tôt ho veus sempre just. 

Fumarada son tos déports, no vici. 
Si aigu sen riu, es son seny contrafet. 
I Vés menyspresant l'hipocrit artifici, 
i siguis natural, aixî com Deu t'ha fet 1 

Desprès la festa, al camp, com un dimoni, 
t'afanyaras a furgar, mai cansat. 
; Que la salut i moites festes Deu te doni î 
I tu, la tradiciô gu^.rda del temps passât ! 

(Desembre 1910). - Pau Berga, 



Textes catalans 

Ils ont justement à s'occuper, immédiatement, d'affaires graves 
et pressantes : La guerre a éclaté ; iennemi (c'était alors le 
Français) est près de Salces et se dispose à envahir le pays ; Elne 
est sans défense et exposée à toutes les entreprises ; le 17 août 
J597, le Conseil délibère sur cette situation, et voici le compte 
rendu de M' Cazadamont : 

« Fou resolt que encontinent en haver dinat, sens mora 
ni tardansa alguna, los dalt dits mossen Matheu Cazadamont y 
Antoni de Sant-Marti ab molta promptitut y prestessa, per lo be 
comu y utilitat de la Ciutat, se transfereschan en la vila de Pcr- 
penya y explican al S" Don Fernandez, capita gênerai per sa 
Majestat en lo castell major de la vila de Perpenya, per part de 
la dita Ciutat, fos de son servey ajudar y afavorir a la dita Ciutat, 
al menys per al présent, de vint y sinch soldats per obs de la 
deffensa de dita Ciutat, y axibe manar nos provahir de monitions 
per ha resistir als desanamichs de la santa fe catolica, lesquals ab 
animo obdurat he induits del maligne esperit, determinaven pera 
lur determini de intrar dins de la dita Ciutat y apoderarse deella, 
lo que N.-S" Deu, per sa misericordia y clementia, nols ha donat 
tal poder : Abtant dit S" Capita gênerai feu de resposta als dits 
Cazadamont y Sant-A\arti que lo endema, que era dilluns, tor- 
nassen, que ell manaria se donassen les provisions necessaris per 
obs de la deffensa de la dita Ciutat, y que, en lo entretant, sen 
amenan vint y sinch homens ; y aixi de ffet sels ne amanaren. Y 
lo endema, que era dilluns que comptaven als desavuyt del pré- 
sent y corrent mes de agost del présent any 1597, dits Caza- 
damont y Sant-Marti se transferiren en la vila de Perpenya per 
obs de rebre la monitio lo S ' Capita gênerai los havia promesa ; 
loqual dona en nom de la dita Ciutat sinquanta piques, quaranta y 
dos archabussos de milla?) ab sosflasquos y flasquillos, y un baril! 
de polvora ; losquals archabusos enviaren de davant ab dos tragi- 
ners, y eils se atoraren dins lo dit Castell major fins a les set 
hores y mija de la tarda, y en aquell punt, Deu volent, enviaren 
una carreta de Elna, laquai ab molta diligentia y prestessa carre- 



i 



— 147 — 

garen, y partiren de la vila de Perpenya a les vuyt hores de la 
nit, abtant que ab dita monitio arribaren a EIna a les dotze 
hores de la nit. 

« Y a cap de una hora, entre les dotze hores y la una de la nit, 
entra lo camp Frances per la Salancha, per lo présent comptât 
de Rosscllo ; loqual, entre la infanteria y gent de cavall, excedia 
en numéro vuyt ha deu milia homens ; lesquals intrats passaren 
per a la volta de Torrelles, Vilalonga y altres lochs de la Salan- 
cha, molt dissimolats, y via dreta sen anaren per ha la volta de 
Perpenya, y volgueren posar un morter a la porta de Elna, y la 
guarda los descubri, y axibe escalar dita vila de Perpenya, y 
N.-S" Deu fonch servit que lur mal intent no fos complit ; y de 
fet, com no pugueren sucsahir ab lur mal animo, remateren {?) 
com uns lahons per ha la volta de Vilalonga y Santa Maria de la 
Mar, y axibe volgueren ha remetre contra Canet y Ribesaltes, 
lochs de la Salancha, ab lesquals no pogueren prendre peu. 

« De manera que si dits Cazadamont y Sant-Marti no hagues- 
sen donada la pressa tant gran, foren estats captivats per los dits 
Francesos y molt perillats de lurs vides, y presa per dits Fran- 
cesos la monitio aportaven, lo que tôt aguera redundat en molt 
grandissim dany, pernicie y inutilitat de la dita Ciutat. Lesquals 
monitions foren aportades dins de la Ciutat, y aquelles donades 
a bon compte a los particulars de la Ciutat afi que les restitues- 
chan sempre (que seran) demanades : loqual servescha per memo- 
ria y exemplar als qui son vuyn en la dita Ciutat y per lo esdeve- 
nidor seran. » 

L'on voit que le notaire l'avait échappé belle, et l'on peut 
croire, a son écriture (car c'est lui-même qui raconte sa misssion) 
qu'il tremblait encore un peu au souvenir du danger qu'il avait 
couru. 

Le douze octobre suivant, il restait encore des mesures à pren- 
dre. Le Conseil se réunit (dans le cloître) et décide : « Attes siem 
en temps de guerra, y la Ciutat sta desprovehida de monitions, 
piques, polvora, archabussos y altres coses ; que per obs de com- 
prar polvora, que la Ciutat no se empenya en ninguna manera, 
sino que, pus Mons' Rev"" fa la merced a la Ciutat, per ser sa 
gria Rma Senyor de les causes (pies), y que aquell se acontenta y 
posara son décret episcopal, perque los dines son vuyn en la 



— 148 — 

caxia de la Alatricula de) Consel de la Ciutat ques prenguen y 
de aquells sen compre polvora, tant quan bastaran, per obs de 
fer resistencia ai desanemich, franch desanemich de la santa Fe 
catolica, loqual, induit del maligne esperit, camina de intrar per 
lo comptât de Rossello ab molta gavaudaria (1), desanemichs y 
tirans de la sancta Fe catolica y nostros ; y pus que sa S"^ R'"* 
ha manat fer quatre quintars de polvora en la ciutat de Girona, 
ques prenga dita polvora y ques porta en Elna, y de dines dcl 
Spital ques pague, y que ell posara son décret y autoritat en una 
sup(lica) se li ha (stat) prcsentada en nom de la Ciutat ; y que 
may la Ciutat ne tendria trecas (?i alguns, sols se traguessen per 
obs de comprar dita polvora per deffensa de la Ciutat (contra) al 
desanamich Frances. (Y fouch resolt) ques fassa. pus serveix per 
una cosa tant bona com aqueixa, y ques fassa ab molta dili- 
gentia y sens tardansa alguna, y sis pot fer vuyn que no se es- 
péra dema, y que (marxa) un home per ha Girona, y ques porta 
djta polvora en la Ciutat ab molta diligentia. 

« Y vuyn que comptam als quinze del présent y corrent mes de 
otobre del présent any 1597... de ordinatio de la S"* de la 
Ciutat... (oberta) la caxia de la Matricula de la Ciutat (se es 
trobat...) y sis lliures desanou sous... laquai quantitat.., per obs 
de comprar polvora per (raho) de la guerra ab Fransa y Spanya, 
lo dit Mons" Rév" de Elna don franch... y la ha commotada, 
per ser dita quantitat (dines) de causa pia y dincs dcl Spital, y 
no vol la Ciutat (ser) obligada en ningun temps a rcstituir (dita 
quantitat) al dit Spital ; y aixi dit Mons" posa son décret per 

(1) Mot inconnu. Comme il s'agit des Français, on est tenté de le rap- 
procher des mots gavatx, gavatxeria, gavoi, dont les deux premiers servaient 
autrefois en Roussillon, comme aujourd'hui encore en Catalogne, à désigner 
non seulement les Languedociens, mais, plus généralement, tous les Français, 
et le second, à son tour, est usité en Languedoc pour désigner les gens de 
la Lozère qui viennent, au temps de la moisson et des vendanges, chercher 
du travail dans le bas pays. Pour ces mots, tout au moins pour le dernier, 
on a indiqué l'étymologie de : Gabali, habitants du Gévaudan (capitale 
Javols). 

Quoiqu'il en soit de ces rapprochements, comme les Français avaient laissé 
la Réforme prendre pied chez eux, l'invasion des Français était réputée et 
est représentée ici, avec insistance, comme une invasion de bandes d'héréti- 
ques, oppresseurs de la Foi. 



— 149 — 

obs de traure dits diners (ab) habundant cautela, y traure dita 
Ciutat indempne de tôt dany que per lo sdevenidor pogue suc- 
cehir ; y aixi dita Ciutat vol y enten, y Mons" Rev" fa merced 
a la Ciutat sien commotats en comprar polvora... y per asso ha 
posât son décret y autoritat. » 

Le i5 décembre suivant, nouvelle réunion du Conseil, cette 
fois dans l'église Saint-Georges de l'hôpital : « Attes que en la 
vila de Coplliure y son los archabusos de la Ciutat de Barsalona 
y lo S°' Climents Argalich, notari publich de la vila de Perpe- 
nya, en nom de la Universitat de dita vila, loqual es en dita vila de 
Coplliure per obs de pendre, per la deffensa de la vila de Per- 
penya, quatre cents archabussos, y la présent Ciutat ne ha menes- 
ter cent, y dit M^" Argalich ha dit a Mossell lo Consol En Deu- 
losal que ell no pendria dits cent archabussos que primer nos 
fassa syndicat per amanllevar aqueUs y fermar ne apocha, y obli- 
garse de restituir les o pagar les,.. Y aixi se ha resolt ques fassa 
dit syndicat. » 

Cette dernière résolution ne dut, sans doute, avoir aucune 
suite ; car, )es années suivantes, on ne trouve trace, au registre 
que des 42 arquebuses rapportées, de la Citadelle de Perpignan, 
par M' Cazadamont. 

Celles-ci, par contre, allaient longtemps encore faire parler 
d'elles et mettre les Conseils de la Cité dans l'embarras. Voyons 
de suite leur histoire. 

L'on trouve, en 1602, cette déclaration des Consuls sortants: 
« Attes que ells eran encarregats de quaranta y dos archabussos 
ab les flasques y flasquillos, desquais archabussos ni falta hu y 
aquell s'es encomanat a P. Prospéra, y de sinquanta piques y un 
barril de polvora, ells sen descarregan, y aixibe les Consols que 
son vuyn ne encarregan la Ciutat. » 

En iboS, même compte ou à peu près : « Quaranta y un ar- 
chabus ab ses fiascos y flasquillos, dempto que y falta un fiasco y 
fiasquillo, y très botas de polvora. » 

C'est en 1606 que commence la tablature. Le Consul en chef 
expose : « Estos dies proxim passats, son stats interpellits per lo 
S" Don Caries Coloma, capitâ gênerai per sa Majestat que do- 
nassen compta y raho dels archabussos que, al temps de la guerra 
del Frances, te presas d* Ciutat : ha (stat) resolt y conduit ques 



— i5o — 

parle ab lo S" Don Caries, y ab tota la maduressa dcl mon se li 
parle, dient li ab los trabals sta vexada la Ciutat, y que tinga 
admiracio en ella ; y quant no, que se li fassa la cara quai de 
dret sera iicit y permes fer. » Réponse curieuse et énergique ! 
On estimait avoir assez souffert pour mériter de ne pas être des- 
saisis de cet armement. 

L'on put, pendant un certain temps, croire la question enterrée, 
mais il n'en était rien ; l'administration royale ne la perdait pas 
de vue ; le fisc, surtout, ne lâchait pas prise aussi facilement. 
Elle fut réveillée longtemps après, au moment le plus inattendu. 

Voici, pour les arquebuses d'abord, une délibération de i6)3: 
« En dies passats, quant vingue Alfonso Corso (i) en lo camp de 
Vanosga (?), la Ciutat prengue per raho de prestis quaranta y 
dos archabussos de munitio, ab fiasco y flasquillo, y tambe sin- 
quanta picas, lesquals deixa Don Ferrando de Toleda com ha 
capita gênerai era les hores de les présents fronteres ; Y ara es 
vengut un officiai de Barsalona contra les Universitats, ab una 
executio demanant los arcabussos ; y aixi (se) demana (al) Con- 
seil, atento que la Ciutat y los habitants de aquella no estan 
molt provesits de aquells, si sera be que d» Ciutat sels prenga ; 
y per quant no tindra lo diner per pagar aquells, ques veya a 
quines persones y haura que ja no tenguen armes y sien per pagar 
aquelles, y que sels done un arcabus a quiscu, ab promesa de 
pagar aquells dins lo temps que los S°" de Consols podran alcan- 
sar del Vesedor (2) ; y que les sinquanta piques si sera be se 
tornen ; y que dits S°" de Consols tractan ab lo Vesedor per quin 
preu ; han dit nos podien dexar menos de quaranta quatre reals, 
conforme los fa pagar lo Rey. 

« (Y fonch resolt) que, atento que la Ciutat nécessita de dits 
arcabossos y de présent no te lo diner pera pagar la suma de 
aquells, y en la Ciutat y haura alguns particulars que no tindran 
armes, ques fassa ressenya, y ques veja quines persones seran y 
tindran a pagar aquells, y que sels done un arcabus per preu de 
dits quaranta quatre reals, conforme stan consents dits S°" de 
Consols a pagar aquells, dins lo temps que los aparra a ells ser 
mes oonvenient, affi que dita Ciutat non rebe dany aigu ; y que per 

(i; Capitaine au service du roi de France, 
(a) Contrôleur. 



— .5i — 

asso vajen los S°" de Consols dema en Perpenya, y que prome- 
ten de pagar la soma de dits arcabussos lo que pujaran, obligant 
ne los bens de la Universitat ; y per les piques, que les tornen 
a dit Vesedor, que no son de tanta nécessitât. 

a Y al j5 de fabrer, any i6i3... se restitUiran al S" Carnero, 
Contador, com a procurador del Rey nostre S", les pichas ténia 
la Ciutat d'Elna del Castell maior de Perpinya ; lesquals sin- 
quanta pichas te rebudas ab apocha presa en poder de M" Pera 
Barax y Tribera, notari de la vila de Perpinya ; y se posaran al 
magatsem de Sant-Joan junt a la moralla. » 

Et voici pour !a poudre, quelques mois plus tard : « Ha vin- 
guda una carta de Francisco Carnero en que demana (la polvora) 
que la Ciutat prengue en lo any 1597 "l"^ entra Alfonso Corso 
en lo présent comptât de Rossello, laquai se prengue per deffensa 
de dita Ciutat, laquai polvora pasava alguns dos cents reals... 
(Fonch resolt) que vaja dema lo Consol segon a suplicar al dit 
Carnero ques servesca en acomodar d^ Ciutat que se aguarde ; y 
entretant que se scriga una carta à Barsalona al S" M" Rollan (i) 
pera que suplique al S" Virrey per veure si hauria remey que 
afranquis dita polvcra, o, sino, si haura remey que se li fassa 
obligatio a pagar dins sert temps. » 

Nous ne savons quel fut le sort de cette supplique : Quant aux 
arquebuses, elles furent distribuées ; mais leur paiement n alla 
pas sans difficultés ainsi que le prouve cette décision ultérieure : 
« Atento en dies passats se son donats los arcabussos a moites 
persones pobres, que aquells sien donats altre vegada a persones 
que tenen que pagar, no obstant que tingan armes,, per a que ab 
mes facilitât se puga a cobrar lo diner de aquells. » 

♦ 

Cette question d'armement nous amène à relever de suite quel- 

(i) Michel Rollan, docteur en droit civil et droit canon {utriusque juris) 
conseiller au Royal Conseil civil de Catalogne 1 T{eal Audientia), probable- 
ment originaire d'Elne, où il y a eu un notaire de ce nom i i566) et où il 
possédait des propriétés, notamment le mas J^ollan, (plus tard, mas Calmèles). 
Défenseur des intérêts de la Cité. Mort à Barcelone en jésS, transporté à 
Elne et enterré dans l'église (chapelle Sainte-Anne). Sa femme, issue de la 
famille Pol y Oris, d'Elne et Barcelone, avait été, aussi, l'année précédente, 
transportée et enterrée à Elne. 



— l52 — 

qucs indications épisodiques du registre concernant les canons de 
la Cité (i). 

En 1604, nous y rencontrons l'ordre ci-après (en castillan): 
« Ymporta al servicio de Su Majestad que, vista la présente, sin 
replica alguna, entreguen al capitan Pedro de Léon Peralta, 
tinyente de gênerai de la artilleria, una pececuela (2) de las qu'es- 
tan en esa Ciudad, pera pedir con ella acierta parte d'esa fron- 
tera que la nécessita mucho ; y assi les encargo que lo agan sin 
poner dilacion ni aguardar consulta, perque es negocio que no se 
pude escusar. » Cet ordre est transcrit sans aucun commentaire ; 
il ne laissait, en effet, place à aucune délibération. 

En 1606, autre incident : Les Consuls rendent compte que : 
« ells son anats avuyn die présent en la vila de Perpenya acercha 
de parlar ab Mons" Rev"" Be Elna y ab lo Rev' Capitol acercha 
que lo S" Don Carlos Coloma, capita gênerai del Castell major 
de la Vila de Perpenya esforça molt a las veras de traure una 
artillaria de las grossas de las duas que vuyn son en la d* Ciutat; 
y per la abstractio de aquella dit Mons" Rev'" y Rev' Capitol, 
conseniors de la d^ Ciutat, ho privan molt a las veras de que 
dita artillaria nos traga de la Ciutat. As resolt que la Ciutat es- 
criga al S" M" Rollan, y Mossel Consol En Morera sia servit de 
anar a Perpenya a cobrar les cartas de dit M" Rev" y Rev' 
Capitol, y ditas letras cobradas, que de prompte se envian a Bar- 
salona a sa Ex ellentia (lo Virrey), y se procura de remey oportu 
per la indempnitat de la Ciutat. » 

Nous trouvons enfin, en 1 6 j 5, une réclamation bien tardive et bien 
inattendue : « En dies passats es vingut un algutsil del Castell ab 
un mandato que pagues la Ciutat vuyt cents réals de quatre rodes 
diu ha preses al temps de la guerra de Alfonso Corso ; y per 
quant... consta que la Ciutat torna dites rodes... y no te altra 
cosa... que d» Ciutat sen deffensa, ates ha pagat. » 

(M suivre) R. de Lacvivier. 

(1) Un inventaire de i5o5 indique à Elne : « Dotze pesses de matai, 
poques y grandes, y sinch pesses de ferro. (Voir T(evue dHisloire el d'Ar- 
chéologie du J^oussillon, juin 1901). Nous avons déjà publié ici même {7{ev. 
Cal. n° 47, novembre 1910) un traité de 1439, pour la fabrication de trois 
canons, en plus de ceux que la Cité possédait déjà. 

(a) Petite pièce. 



La Langue Catalane 

et son utilité pédagogique 

CtS-®^r3 {Suite) 

11™' LEÇON — A Valcncia 

Alegra y viva tramontana, 
Que per la terra catalana 
Fas volejar l'aie geJiu 
Del nevâs reblanch y altiu ; 

Primes y manyagues auJendres, 
Qu'à les envistes de Port-Vendres 
Vora '1 mar blau vos aplegueu 
Per traspassar lo Pirineu ; 

Allî, cap â l'horta florida 
Hont Valencia s'esta, de joyes revestida, 

Duheu l'abras de germanô 
Que li dona, de cor, lo llunyâ Rossellô. 

Jules Delpont. 
Explication du Texte 

Le poète charge les hirondelles et la tramontana d'apporter 
aux catalans de Valencia l'accolade fraternelle des catalans de 
France, et il leur fait espérer, là-bas, un séjour enchanteur, dans 
une ville riche et belle entourée de jardins fleuris. 

Vocabulaire 

volejar, voltiger, tourbillonner aplegar, réunir 

até, haleine traspassar, franchir 

geliu. glacé de joyes revestida, revêtue de joyaux, 

nevâs. amoncellement de neige parée 

reblanch, d'un blanc immaculé duheu, de dur, porter 

altiu, altier, hautain, fier abras, embrassement, embrassade, 

primes, fines accolade 

manyagues, douces, familières germanô, pour germanor, fraternité 

aulendres, hirondelles llunyd, lointain 

a les envistes, en vue, aux environs 



— 1 54 — 

Exercices 

Traduction française du texte. — Aucune difficulté. 

Composition catalane. — Résumer le texte en un courte phrase. 

Composition française. — Traduire librement, en les amplifiant, 
la 2' et la 3' strophes. Commencer ainsi : O vous, hirondelles... 

Conjugaison bilingue- — Verbe Iraspassar et verbe franchir au 
passé indéfini. Conjuger sur ce modèle aplegar et réunir. 



Pa 



SSE INDEFINI 



he traspassat ( i ) j'ai franchi 

has traspassat tu as franchi 

ha traspassat il a franchi 

havcm traspassat nous avons franchi 

haveu traspassat vous avez franchi 

han traspassat ils ont franchi 

Notes grammaticales 

Formation du féminin des adjectifs. — En général, on forme le 
féminin des adjectifs en ajoutant a au masculin. 

Ex. : prim, fin ; prima, fine. 
Alais les exceptions sont excessivement nombreuses. C'est 
ainsi que certains adjectifs forment leur féminin : 
)* en changeant e zn a : 

Ex. : alegre, joyeux ; alegra, joyeuse. 
2* en changeant u en va : 

Ex. : viu, vif; vix'a, vive. 
3' en changeant t en da : 

Ex. : ftoril, reveslit font florida, revestida. 
4* en changeant ch en ca et en ga : 

Ex. : hlanch, manyach font blanca, manyaga. 
S° en changeant ig en ja : 

Ex. : roig, boig, font roja, boja. 
6° en redoublant Vs finale : 

Ex. : espés fait espessa. 
y' en ajoutant na au masculin : 

Ex. : catalâ, llunyâ. font catalana, llunyana. 

Certains adjectifs restent invariables: 

( I ) En Roussillon on dit plutôt : lom traspaiial. 



— i55 — 

r Ceux terminés par bl, br, pi, et en général ceux qui sont 
invariables en français. 

Ex. : noble, célèbre, simple, jove, grave, il-luslre, etc. 
1' suau, suave, et breu, bref ; 
3' quelques adjectifs en ant et en ent : 

Ex. : ignorant, évident. 
4° quelques adjectifs en as et en o$ : 

Ex. : cjpjs, capable ; feros, féroce. 
5' les adjectifs terminés par al, el, il, ol, sauf de très rares 
exceptions : 

Ex. : gênerai, fidel, hutnil, humble ; ombrivoï, sombre. 
6' les adjectifs terminés par ar sauf avar, clar et car: 

Ex. : familiar, elementar, regular. 

7' les 11 adjectifs en or dont voici la liste: 

anterior citerior exterior 

posterior ulterior interior 

superior major millor 

inferior menor pitjor 

8* l'adjectif ^r<j«. 

Remarque. — Les adjectifs gran et petit se placent généra- 
lement après le nom. 

Ex. : el carrer gran de la Real, el carrer petit de la Real. 

Mais en français il faut traduire par : la grande rue de la Real, 
la petite rue de la Real. 

De même on ne doit pas dire : la rue grande Saint-Martin, la 
rue grande de la Monnaie, la rue petite de la Monnaie, la rue 
grande Saint-Jacques mais: la grande rue Saint-Martin, la grande 
rue de la Monnaie, la grande rue Saint-Jacques (ou rue Llucia). 

De même encore pd petit se traduit par : petit pain et non 
par : pain petit. 

Dans les adjectifs cara-brut, cara-grog, panxa-content, cama-curt, 
cama-torî, cama-llarch , closca-moll , etc., qui comprennent un nom 
suivi d'un adjectif, l'adjectif indique seul la qualité tandis que le 
nom précise l'endroit : cara-brut signifie brut de la care, panxa-con- 
tent, content de la panxa, etc. 

Au féminin on dit cara-bruta, panxa-contenta, etc.. bruta et 
contenta qualifiant toujours la personne et non la cara ou la panxa. 

Aussi est-il préférable de supprimer le trait d'union et de 
réunir les deux mots en un seul. 

Ex. : la meua mare es tota cabellblanca. 



— i56 — 

12-"^ LEÇON — Misela 

Anava vestida d'unes faldillcs de sarguill raspat, d'un cos 
del mateix tros y d'un mocadonet de cotonada. Als peus, 
en tôt temps^ hi portava esclops ferrats, d'aquejls esçlops 
de nas que ')s pagesos se fan ells mateixos, els dies d'hivcrn, 
quan la neu, la pluja, les rufaques ô les gelades els obliguen 
à s'estar dedins. Era sempre cofada d'una topjna blanca que 
s'estacava sota de les barres y que deixava penjar, esquena 
avall, una llarga cabellera mal pentinada y tant negra com 
l'ala d'un corb. Quan sabreu que la Miseta ténia 'Is ulls 
blaus y la cara torrada pel sol y pels ayres tant vius de les 
altures ahont vivia, la tindreu présent y vos fareu cârrech 
de tôt ella com si sempre l'havieu coneguda. 

E. Caseponce, Contes vallespirenchs. 

Explication du Texte 

L'auteur nous fait ici le portrait de Miseta qui est le principal 
personnage d'un de ses contes catalans. 11 nous décrit d'abord 
ses vêtements, puis sa chaussure et sa coiffure, enfin sa chevelure, 
ses yeux et son teint. Et il conclut en disant au lecteur: < Main- 
tenant vous devez la voir comme si elle était devant vous ». 

Vocabulaire 

anava vestida, elle était vêtue esquena avait, le long du dos 

f^aldilîes, jupe cabellera, chevelure 

sarguill, grosse étoffe de laine pentinada, peignée 

cos, corsage cara torrada, figure brûlée, brunie, 

tros, morceau basanée 

pagesos, paysans altures, hauteurs, altitudes 

rufaques, giboulées vos farreu cârrech, vous vous rendrez 

s'estar dedins, se tenir enfermés compte, vous aurez une idée exac- 

topina, coiffe te, vous aurez un fidèle portrait 

barres, mâchoires 



-.57- 
Exercices 

Traduction française du texte. — La dernière phrase est assze 

difficile à rendre. 

Composition catalane. — Z/n p^gès. Vous avez vu un paysan 
achetant un cochon au marché. Faites son portrait en suivant le 
plan du texte. Pensez en catalan. 

Composition française. — Une paysanne. Vous avez vu une 
jeune paysanne dans une ferme des environs de Perpignan. 
Faites son portrait en vous servant des détails du texte. Pensez 
en français. 

Conjugaison bilingue. — Verbe porlar et verbe porter au plus 
que parfait et au futur antérieur de l'indicatif. Conjuguer sur ce 
modèle estacar et attacher. 

Plus-que-parfait de l'Indicatif 
"Verbe portar Verbe porter 

havia portât j'avais porté 

havies portât tu avais porté 

havia portât il avait porté 

haviem portât nous avions porté 

havieu portât vous aviez porté 

havien portât ils avaient porté 

Futur Antérieur 

hauré portât j'aurai porté 

hauras portât tu auras porté 

haura portât il aura porté 

haurem portât nous aurons porté 

haureu portât vous aurez porté 

hauran portât ils auront porté 

Notes grammaticales 

Formation du pluriel des adjectifs. — En général, on forme 
le pluriel des adjectifs catalans en ajoutant s au singulier. 
Ex. : viu, vif, fait vius, vifs. 

Les adjectifs catalans féminins terminés par a changent a en es, 
Éx. : torrada, brûlée fait torrades, brûlées. 

d'où il résulte que les adjectifs féminins en ca et en ga changent 
ca et ga en ques et en gués. 

Ex. : blanca, Uarga font blanques, Uargues. 



— i58 — 

Certains adjectifs aigus terminés par une voyelle forment leur 
pluriel en ns. 

Ex. : català, catalans. 

Certains autres terminés par s, x, sch, si forment leur pluriel 
en os ou en sos. 

Ex. : grandies, grandiose ; gros, gros ; felis, heureux ; fluix, faible ; 
fresch, frais ; trist, triste ; font au pluriel grandioses, grossos, feltssos, fîuixos, 
frescos, trist os. 

Les adjectifs terminés par ig précédés d'une voyelle forment 
quelquefois leur pluriel zn jos. Mais on peut aussi leur appliquer 
la règle générale. 

Ex. : roig, rouge, fait rojos ou roigs, rouges. 

Degrés de signification dans les adjectifs. — Dans : la cabellera 
tant negra com l'ala d'un corb, tant... com se traduit par aussi... que. 

Aussi n'est-il pas rare d'entendre de la bouche même de personnes 

instruites — mais pensant en catalan — des phrases comme celle-ci : 

Nous sommes aussi forts comme vous 
au lieu de : Nous sommes aussi forts que vous. 

Comme en français, on forme le comparatif de supériorité et 
le comparatif d'infériorité en faisant précéder le positif de mes 
ou de menas. 

Le superlatif relatif (el mes, el menos) ne prend pas l'article 

lorsque le nom le précède immédiatement. 

Ex. : Saint-Jacques est le point te plus élevé de la ville 
se tradu-t par : Sant-Jaume es d punt mes ait de la vila. 

Le superlatif absolu s'indique soit par le positif précédé de 
l'adverbe molt, très, soit par l'addition dcissim au radical du positif. 

De sorte que l'on a : 
)* au positif : La seua cabellera es negra 

1 de supériorité : es mes negra que 

2- au comparatif d'égalité : es tant negra com 

d'infériorité : es menos negra que 

/ relatif: es la mes negra 

^° an «îiincrlatif ! relatif immédiatement précédé du nom : es la cabellera mès negra 

I absolu avec l'adverbe : es molt negra 

' absolu avec la finale issim es negressima 

Remarque. — Alors que la langue française n'a conservé que 
quelques superlatifs en hsime comme richissime, le catalan, à 
l'imitation du latin, emploie très fréquemment cette forme. 

(A suivre) Louis Pastre. 



LIVRES ^ REVUES 



Dans le Télégramme du 22 avril dernier, nous avons lu avec plaisir un 
charmant article de notre ami et compatriote M. François Tresserre : « La 
Semaine Utteraire ; Chroniquette pour Darling : Une rencontre ». L'auteur 
y transcrit finement des impressions de Roussillon en Semaine sainte, et y 
évoque le souvenir de tout ce qui fait chez nous le caractère pittoresque de 
ce moment de l'année, les visites aux a monuments », les « goigs dels ous », 
et même les traditionnelles « bunyetas ». M. François Tresserre sent admi- 
rablement la beauté captivante de notre pays et sait toujours en dégager 
avec maîtrise les lignes pures et artistiques. Nos félicitations pour ces pages 
exquises que notre collaborateur aura sans doute un jour l'heureuse idée 
d'unir en volume à tant d'autres pages déjà parues de lui sur le pays catalan, 
l'âme catalane, nos artistes et nos poètes. 

Nous aurions dû signaler en son temps la publication de la petite plaquette 
de Joseph Aladern Ortdgra|ia catalana iLliçons concrètes per escriure 
correctament en català ; Reus, Llovera, 58). Bien que certaines affirmations 
de l'auteur paraissent très discutables, ces vingt-et-un chapitres pourront 
vraiment être de quelque utilité à ce « piiblich estudios y amant de la puresa 
de l'idioma » auquel ils sont dédiés. 

Nous avons reçu également deux volumes de vers que nous devons men- 
tionner ici parce qu'ils contiennent de jolies choses : Apol-Noi de Josep 
M» de Sucre (Rambla del Mitg, 20, Barcelona) et Passions y Sotnnis de 
Joan Malagarriga (Carme, 18, Barcelona). Nous espérons avoir un jour 
l'occasion d'en donner quelques extraits dans nos « Pages choisies ». Mais 
nous tenions d'ores et déjà à ce que nos lecteurs en connussent l'existence. 

h'Avenç vient de réunir en un volume de sa collection, sous le titre de 
Questions de Gramatica catalana des articles de Pompeu Fabra publiés 
successivement dans le Poble calald. Ce n'étaient pas des articles de circons- 
tance et leur actualité n'a pas disparu. Tout au contraire : se rapportant les 
uns à des aspects généraux de la langue littéraire actuelle et les autres à des 
points concrets de cette même langue sujets à controverse, jetant enfin une 
lumière très vive sur les diverses questions linguistiques traitées, ils continuent 
à avoir assez d'intérêt et d'utilité pour ceux qui écrivent ou simplement 
lisent le catalan. 



— j éo — - 

Dans le Poble cataïà du 22 mars dernier, nous avons pu lire un article de 
Manuel de Montoliu, où il est question des études catalanistes à l'étranger. 
Le passage suivant a particulièrement retenu notre attention : 

« La filologia românica sofreix avui un desplassement sensible ; va deixant 
la Alemanya per concentratse en la Suissa, ont s'apliquen amb tôt el llur 
alcans els nous métodes d'investigaciô linguistica. A Alemanya queden 
encara 'Is grans especialistes del francès y el provensal literaris. Perô el 
domini de les llengiies romaniques vives se 'Is escapa per falta de material 
vivent dialectal ». Suit un passage très sévère sur quelques-uns de ces pro- 
fesseurs. Nous nous passerons, bien entendu, de tout commentaire à ce 
sujet. Cet article est cependant, croyons-nous, l'indice de bien des choses... 

Per la Llengua catalana. 

La Diputacié Provincial de Barcelona vé d'ampliar l'Institut d'Estudis 
Catalans, en créant noves seccions de Ciencies, d'Estudis filologichs, y d'Eî- 
pansio da la llengua catatana. 

Per lo que toca à la secciô filologica, 

« La seua missio primera, primordial, es descobrir y formular les lleys 
gramaticals del nostre idiome, escatir y fixar les sèves formes ortografiques, 
inventoriar el lexich catalâ, totalment, integralment, ab filiaciô etimologica, 
ab notaciô fonetica, ab totes les varietats dialectals, ab la evoluciô historica 
dels mots, ab l'aria geografica de cada un, ab la expressiô grafica de les 
coses que cada paraula ha représentât 6 représenta, ab la definiciè cientifica 
de les mateixes. 

« Tots els médis edecuats à semblant missiô han d'esser usats per aquest 
Institut : investigaciûns historicas y geografiques, excursions, estudis fone- 
tichs y comparatius, consultes, informacions publiques, concursos, organisa- 
cio de la colaboraciô en totes les terres de llengua catalana, desde Perpinyà à 
Elx (provincia d'Alicante), y desde Fragâ (de Aragô) à Alguer (deSardenyaj.» 

Du Félibrige. 

Nous lisons dans la Revue provençale /'Eife//o, n° de mai, la lettre suivante : 
Perpinyà, 11 d'abril de 1911. — A n' el felibre majorai En Prosper Estieu, 

Molt senyor meu y mestre, 
Tinch rebuda la seua cartolina. Li estimi l'interes que vosté sempre m'ha 
mostrat, y que m'ha ajudat à fer lo poch que som fet pera '1 félibrige ; mes 
per are, cregui que no es de! cas m'elegir Majorai. Y jo també li dire ben 
clar y ben franch entre nosaltres : lo nostre cap de colla, à Rossellô, es 
Mossen Bonafont, y ja fa unos 3o anys ! Vostés me poden pendrer com à 
caporal, mes me poden pas fer passar devant del capitâ. Jo mateix, faria 
trista cara devant del J^astorellel de la vall d'Jlrles, essent lo seu majorai : y 
aixo no pot anar per mes que me fassi pena de no complaurer a vosté. 

Donchs ha de posar à l'Estelle que no som candidat, sobre tôt qu'En Ruât, 
En Palay, En Vabre, hi tenen mes dret que jo. 
Tôt aixo s'hopr inguipera 1 millor intérèsdel félibrige à Rossellô y passât d'aqui 
Me quedi sempre lo bon servidor de vosté, J ules Delpont. 

Le Gérant, COMET. — Jmprimerie COMET, 8, rue Saint-Dominique, Perpignan. 



5' Année. 11° 54 15 Juin 1911. 

Les Manuscrits non insères 



Tc sont oas renaus. 

Les Articles tjarus dans la Revue 
1 engagent ouc leurs auteurs. 



REVUE 

CATALANE 



Lisons du Catalan 

Le Roussillon est depuis quinze ans le théâtre d'une 
Renaissance catalane; nos poètes les plus inspirés emploient 
volontiers la langue de leurs aïeux et leurs chants, qui 
surprirent d'abord, sont maintenant recherchés, attendus 
avec impatience ; en outre, la Société d'Etudes Catalanes 
recrute toujours de nouveaux adhérents, son influence est 
subie par certains qui lui furent d'abord hostiles et, ce qui 
vaut mieux encore, elle est ressentie par les jeunes qui 
sont l'avenir, par le peuple qui est le nombre, qui fera le 
succès ou l'échec de la tentative. 

Donc les résultats sont réels, évidents : aveugle qui les 
nierait ; l'on prétend cependant qu'ils ne correspondent 
pas aux efforts dépensés, à l'éloquence des apôtres, à 
l'enthousiasme des disciples; d'abord, dans l'ordre des 
idées, la semence ne germe pas immédiatement : il faut en 
jeter des boisseaux et des boisseaux sur les pierres et les 
buissons des chemins ; on la croit perdue, puis un matin, 
au réveil, l'on trouve une moisson abondante et magnifique, 
belle au soleil, joie des yeux et réconfort du cœur. Bien 
sûr, nous n'en sommes pas là ; dans le champ que nous 
cultivons, si quelques coins, couverts d'épis dorés, réclament 
la faucille, sur la plus grande étendue, le blé sort à peine 
de terre et l'on se demande si jamais brillera sur lui le 
soleil de juillet. 

Que d'autres s'en étonnent, j'estime que pour ma part 



— ib7 — 

nous ne méritons pas davantage ; si notre propagande n'est 
pas plus rapidement féconde, c'est que nous ne prenons 
pas le bon moyen pour persuader : nous ne prêchons pas 
d'exemple. Je m'explique: nous allons par les plaines et les 
côtes, les vallées et les sommets, les villes et les bourgades 
du Roussillon, répétant à tous : « Parlez et écrivez catalan ! » 
c'est la langue de vos ancêtres, elle ne pâlit pas auprès des 
plus belles, elle eut jadis, elle a de nouveau une riche 
littérature. Mais, parmi ces missionnaires, combien en 
est-il qui cultivent le catalan pour eux-mêmes, le parlent 
dans leur intérieur, l'écrivent correctement, étudient et 
connaissent vraiment sa littétature antique et moderne ? 
Que penseriez-vous du lettré français qui n'aurait jamais 
lu Rabelais et Montaigne, Corneille et Molière, Voltaire, 
Chateaubriand et Victor Hugo ? drôle de lettré, n'est-ce 
pas ? vous lui refuseriez assurément toute compétence dans 
la langue de ces grands écrivains. Eh bien ! les catalans des 
Pyrénées septentrionales sont logés à cette enseigne ; leur 
ignorance des chefs-d'œuvre catalans est complète, hon- 
teuse, et les malheurux ! ils ne cherchent pas à dissiper 
les ténèbres; ils se croient savants quand ils ont lu « Oun 
Tal ». Je ne doute pas de leur amour pour la vieille langue, 
ils l'aiment comme on aime une mère, d'un culte profond, 
irraisonné, qui plonge ses racines au fond du cœur. Ce 
n'est pas assez, nous ne sommes plus au temps où la foi du 
charbonnier en imposait, nous voulons tous des arguments, 
des raisons, des preuves. 

Où les chercher sinon dans la littérature catalane elle- 
même ? Son étrange destinée est probablement unique dans 
l'histoire; parmi les langues romanes issues du latin, le 
catalan atteignit l'un des premiers la maturité et la perfec- 
tion classiques. C'était au xv* siècle quand le français sortait 
à peine de ses langes et quand la grande patrie se formait 
lentement dans les luttes contre l'Anglais, La nation ara- 
gonaise dominait la Méditerranée, ses flottes invincibles 



— i63 — 

portaient de Barcelone en Afrique et au Levant ses com- 
merçants habiles et entreprenants, ses chevaliers intrépides 
et conquérants. La langue suivait partout les fiers étendards 
et participait par une merveilleuse floraison de chefs- 
d'œuvre à la brillante expansion, au luxuriant épanouis- 
sement de toutes les forces vives du pays. Qui donc eût 
alors marqué des limites au développement de l'idiome 
catalan? qui ne lui eût pas assigné l'une des premières 
places, à côté du Toscan, parmi les langues des peuples 
futurs ? 

Hélas ! un seul événement arrêta net cet incomparable 
essor et mit un terme à cette gloire ; la race des rois d'A- 
ragon s'éteignit et leur spectre échut à des princes étrangers 
qui parlaient une autre langue. Proscrit par les souverains, 
les grands et les lettrés, le catalan se réfugia dans le peuple 
qui continua son usage, !e conserva pieusement et purement. 
Quand, au commencement du xix^ siècle, de vaillants 
patriotes voulurent lui rendre sa place d'honneur, ils n'eurent 
qu'à parcourir les villages et les mas de la montagne ; 
partout l'ancienne langue résonnait à leurs oreilles, rajeunie 
par un long sommeil, prête pour de nouveaux chefs- 
d'œuvre. 

Ceux du xv'^ siècle, confinés dans les bibliothèques, sous 
la poussière et les toiles d'araignées, furent exhumés les 
uns après les autres ; depuis 5o ans, un certain nombre 
d'érudits les ont presque tous édités à nouveau. Que leur 
date ne vous rebute pas ; évidemment, ils sont de leur 
temps et n'échappent pas toujours à ses défauts, notamment 
à l'étalage d'une fausse science et aux discussions oiseuses 
de la scolastique, mais ils n'en sont pas étouffés, ils ne 
rebutent pas, et, s'ils exigent un effort, ils le récompensent 
généreusement comme certaines personnes bien nées et 
mieux douées encore : plus on les fréquente, plus on veut les 
fréquenter, plus on se plaît dans leur compagnie. D'ailleurs, 
ils reflètent exactement l'âme du peuple catalan que son 



— 1 64 — 

histoire nous déroule à travers les âges, cette âme claire et 
lumineuse, souple et pénétrante, pleine de force et d'éner- 
gie, accessible à l'enthousiasme, mais peu encline aux rêves 
nuageux, éprise surtout des réalités concrètes et sensibles. 

Votre âme et votre langue, Roussillonnais ! prenez ces 
chefs-d'œuvre et lisez ; dès que vos yeux seront habitués à 
l'orthographe, vous serez étonnés de votre facile compré- 
hension et vous éprouverez quelque chose de l'émotion de 
l'enfant prodigue rentrant au foyer paternel. En outre, pour 
vous autres, cette reprise de contact avec la pensée de vos 
aïeux sera non seulement une source toujours jaillissante de 
plaisirs intellectuels, mais peut-être aussi la rupture du 
mauvais sortqui depuis trop longtemps condamne votre pays 
à l'impuissance littéraire. 

Quels sont, en effet, les grands écrivains nés en Roussil- 
lon depuis quatre ou même cinq siècles ? La réponse n'est 
pas douteuse ; aucun, pas plus en français, qu'en castillan 
ou même en catalan. Pourquoi donc ? le terroir serait-il 
stérile? Vous ne le pensez pas, vous avez eu certainen;\ent 
des hommes qu'ornaient les qualités requises ; pour quelles 
raisons ont-elles avorté ? Tout simplement parce que les 
lèvres enfantines balbutiaient d'abord le catalan et que les 
études se poursuivaient ensuite en français ou en castillan, 
parfois dans ces deux langues ; plus tard, les lettrés étaient 
vaguement suspendus entre deux ou trois idiomes, incapa- 
bles de ciseler dans aucun la forme parfaite, adéquate à leur 
pensée ; et les chefs-d'œuvre qu'ils conçurent peut-être ne 
sont jamais éclos. 

Chaque langue a son génie propre qui exige un long tra- 
vail de la mémoire et de l'intelligence ; il faut apprendre les 
mots, leur signification, leurs rapports, leurs combinaisons, 
les idiotismes nombreux, d'un emploi si déconcertant, le tour 
général de la pensée, le rythme des phrases, ce je ne sais 
quoi qui ne se définit pas et qui creuse cependant des abî- 
mes entre les divers idiomes. Au sein de sa nourrice, sur 



— j65 - 

les genoux de sa mère, dans ses ébats avec les camarades, 
l'enfant amasse et classe lentement, par une réflexion incons- 
ciente, passive, les matériaux nécessaires ; son cerveau est 
comme une éponge qui, plongée dans un liquide, s'imbibe 
toute entière. 

On ne recommence pas cette patiente initiation, les exem- 
ples sont rares des écrivains ayant acquis la maîtrise dans 
une langue qui n'était pas celle de leur berceau. Dans notre 
littérature on cite trois ou quatre étrangers : Hamilton en 
est sans doute le plus remarquable ; Chamisso, le célèbre 
auteur de Pierre Schlemihl, en allemand ; Mariano José de 
Larra, en castillan, sont aussi parmi les rares exceptions. 
L'enfance terminée, on apprend une langue étrangère pour 
les besoins de la vie courante, on peut la posséder suffisam- 
ment pour apprécier ses auteurs ; encore, le plus fort com- 
met sur ce point des erreurs grossières, tel Gœthe plaçan-t 
Salluste du Bartas à la tète des poètes français ; on ne la 
parle et on ne l'écrit pas aussi purement que les indigènes ; 
presque toujours, on se traduit soi-même, c'est-à-dire qu'on 
exécute à la fois un double travail : conception et composi- 
tion d'une part, de l'autre, transcription, recherche d'une 
équivalence dans les mots et les phrases. Les idées s'en 
ressentent et la forme encore plus, car traduire, c'est sou- 
vent trahir, toujours affaiblir, c'est jeter un voile plus ou 
moins transparent sur l'œuvre déjà écrite, à plus forte raison 
sur celle seulement ébauchée dans l'esprit ; la spontanéité 
et l'originalité ne résistent pas : tandis qu'elles s'enfuient, 
la contrainte et la vulgarité s'empressent d'accourir. 

A bon entendeur, salut ! Roussillonnais qui vous endor- 
miez enfants au chant des berceuses catalanes, quand vous 
employez le français, toujours quelque chose embarrasse 
votre langue et paralyse votre cerveau ; l'outil n'est pas fait 
pour vous, et de quelque façon que votre main l'empoigne, 
il n'obéit pas à son impulsion, il vous paraît manquer de 
souplesse et de solidité ; en vain vous vous entêterez : trop 



— i66 — 

tard, vous resterez maladroits ! Votre outil à vous autres, 
c'est le catalan, le catalan seul ; celui-ci ne s'émoussera pas, 
ne se dérobera pas sous votre marteau, il se prêtera docile- 
ment à votre pensée, vous fournira pour elle le meilleur 
vêtement, vous permettra d'exprimer sans hésitation le résul- 
tat de vos méditations, d'épancher librement votre émotion, 
dégageant ainsi votre personnalité toute entière. 

— « D'accord, me disait un ami, nous parlons et nous 
écrivons du mauvais français, mais croyez-vous que nous 
puissions parler et écrire du bon catalan ? Depuis le 
Traité des Pyrénées, le nôtre s'est bien dégénéré, le 
contact du français lui a été fatal ; songez ! on ne le 
lisait plus, on ne l'enseignait plus, on ne l'utilisait plus 
pour les actes civils, pour l'administration et le gou- 
vernement, il n'avait plus guère pour lui que la tradi- 
sion orale! Quand des mots nécessaires s'oubliaient, où les 
retrouver? On empruntait les vocables français, se bornant 
à les affubler d'une désinence catalane ; au moins, si l'on 
avait bien traité ceux que l'on conservait! hélas ! la pronon- 
ciation n'était jamais corrigée par la lecture, variait rapide- 
ment et aujourd'hui l'on reconnaît difficilement certains 
mots originels sous les permutations et les changements de 
consonnes. Les tournures, les idiotismes, les phrases ont 
également subi le lit de Procuste, la syntaxe française s'est 
introduite en vainqueur dans la syntaxe catalane, brisant les 
cadres, corrompant les règles, saccageant tout ; les gallicis- 
mes, mal traduits, montrent une bizarre et curieuse figure. 
Assurément, cette action désastreuse ne fut pas sans une 
réaction non moins déplorable ; trop souvent les Roussil- 
lonnais parlent catalan en français ou français en catalan. Je 
ne crains rien pour le français ; écorché par quelques méri- 
dionaux, il ne s'en porte pas plus mal ; par contre, je me 
demande si le catalan ne meurt pas dans le patois qui jaillit 
de nos lèvres. 

« Cette éventualité ne me laisse pas indifférent ; il me 



— 167 — 

semble qu'en abandonnant le Catalan, nous renions notre 
passé, notre histoire, notre héritage, que nous nous renions 
nous-mêmes et commettons un sacrilège envers nos aïeux ; 
puis, même déchu, ne conserve-t-il pas encore bien des 
qualités? Sa naïveté, sa vivacité, ses tours imprévus et rapi- 
des qui rendent le rire plus sonore, les larmes plus douces, 
donnent une saveur particulière aux sentiments intimes, un 
charme insinuant aux relations de l'amour, l'affection, 
l'amitié... 

« Seulement, cet habit d'Arlequin, formé d'un si grand 
nombre de morceaux disparates, assemblés sans règle, mal 
cousus, souvent décousus, déchirés et troués, guenilles 
pendant lamentablement, ne saurait plus être porté à la 
ville, ni à la cour. » 

— (( Habit d'Arlequin ! soit! répondis-je, mais cet habit 
n'est que la défroque d'un autre habit, semblable comme 
grandeur et coupe, intact, encore neuf, gracieux et coquet, 
non moins riche qu'élégant, convenant également à toutes 
les opérations de l'entendement, du cœur et des sens, à la 
morale et à la philosophie comme aux sentiments et aux pas- 
sions ; sans abandonner le premier, revêtez le second, vous 
constaterez tout de suite que les deux n'en forment qu'un, 
bien à votre taille, ne vous gênant pas dans les entournu- 
res, vous permettant de déployer toute votre force et votre 
intelligence... » 

— « N'exagérez- vous pas un peu? Que nous puissions, 
sans grosses difficultés, nous plaire à la vieille littérature cata- 
lane comme à celle qui s'épanouit en ce moment au delà des 
Pyrénées, j'en suis une preuve vivante ; cependant, si la 
langue employée ne nous est pas étrangère, parfois elle 
détonne à nos oreilles; aussi, ne l'écrivons-nous pas au cou- 
rant de la plume ; quelque application nous est nécessaire 
et je ne suis pas sûr que nous fassions plus que du mauvais 
pastiche. » 

— (( De telles appréhensions ne sont pas justifiées ; on 



— i68 — 

reprend avec une étonnante facilité l'usage d'une syntaxe 
négligée et de mots tombés en désuétude ; la corruption in- 
déniable de l'écorce n'a pas encore atteint le cœur de l'ar- 
bre ; en frappant le bois, on retrouve intact le génie de la 
langue et pour recouvrer celle-ci dans son intégrité, nos 
écrivains n'ont besoin que de la grammaire et du diction- 
naire ; pour vous en convaincre, cher ami, relisez les Jlys ! 
du Pastorellet de la Vall d'Arles : trop vieux peut-être ? 
Non, car les chefs-d'œuvre n'ont pas d'âge, et savourez le 
récent recueil T{oses y Xiprers, de M. Joseph Pons : la 
marche sera toujours la meilleure preuve du mouvement. » 

Emile Leguiel. 



La Sanya 



<D 



OO Al doctor En Emili Boix. 

amich de les montanyes. 

Entre Salses y j'estany de mateix nom, hi ha una gran extensiô 
de terma que no es ni terra, ni aigua, essent les dos al golp. 

Es com qui diria una régie transitoria entre los dos éléments : 
aqui aigua, alli fang, mes en-llà l'un y i'altre, mes lluny un bar- 
rejadiç d'arrels y d'herbes, y tôt una aglomeraciô de ser sens 
nom, dels quins no se pot dir si son vius o morts, si venan de 
naixer o si acaban de morir-se. 

La diversitat dels aspects d'aquells llochs diu, de per si sola, 
la varietat dels sers qu'els poblan. 

Aneu-hi, els matins d'Abri), quant la natura comença de botar 
fora la seva sava regenadora : sembla que un mon nou ixi del 
cahos ! Per entre-mitg Je les herbes, per demés dels arrels, per 
dins lo brancam, una infinitat d'existencies despertan ; s'hi fa, per 
tôt arreu un bellogadiç de formiguer, s'hi sent com un halé de 
vida, com un travail de procreaciô en tal manera inténs y poderôs 
que no crech que se vegi cosa igual en cap altre lloch. De desde 
les moïses informes, fins â la flor, joya natural, desdel cuch mut 
y sens nom, fins â la papellona, flor voladora, quina infinitat de 
plantes y quine profusié de besties ! 



— 169 — 

No tots els recôns d'aquell campestre especial son dignos del 
pincell, encare que hagi vist per alli, y s'hi pogui veurer avuy dia 
motius de cuadras de la vida primitiva que haurian fet y farian 
encara lo goig dels ulls de un verdader amich de la naturaleza. 

Per cert, el qui s'aventura dins lo part que se pot anomenar 
« la Sanya salvatje », no hi gosa d'una securidad envejable, car 
cada pas amaga una trampa, y cada endret un engany : aiguës 
sens fons disfressades baix les apariencies d'un prat, sots de fang 
que se vos xuparian tôt viu sens cap probabilitat de salvaciô ! 

Per alli, no hi aneu, sinô acompanyat de un bon pilot : pren- 
gueu un cassador ô pescador dels que coneixan la regiô pam â 
pam y seguiu-lo pas â pas. No vos espanteu, si aneu per camins 
que ballan y s'enfonçan â per mesura que hi passeu, y sobre tôt 
tingueu bones cames per saltar y bona pell pera los mosquits. 

No tingueu por de la calor ni de la sed, car, cosa estranya, 
entre-mitg d'aquells fangués, d'aquelles aiguës acalentades pel sol 
y, â voltes, en-negrides per les mareries organiques que s'hi des- 
fant y s'hi podreixant, si troba, de quant en quant aiguë fresca y 
tan clara com si ixis de les roques del Pirineu. 

Mes si deixant aqueixa part de « la Sanya » hom se contenta 
de veurer la Sanya cultivada, la regiô « dels horts », quin encan- 
tament ! Ja se pot viurer temps y rodar mont per veurer cosa 
igual ! Aqui tôt hi es bonich y â cada voltant del cami lo cuadro 
cambia de un modo inesperat. 

No veureu, en cap lloch mes, aquells jardinets rodejats d'aigua 
y d'un encabellament de caminets vorejats d'herba molçoda y 
atapehida. Essent entornejat de fosses de canalisaciô, plens d'ai- 
gua, qu'amagan les vogues y los sanills, cada jardi sembla una 
cistella de fruita y flors, fêta per recreo dels ulls. 

Troveu-vos-hi quan eau lo dia, que dins lo brancâm florit, los 
aucells, cercant lo jâs, garlan y pitejan, que d'aqui, dalla, los 
« richs-richs » se responan, mentres que lluny, s'ohu tindar les 
esquelles d'un ramat que s'entorna ! 

O ! ohir totes aqueixes remors d'aquell recô de ma terra, y, 
recolsat sobre d'un marge, los ulls mit) clochs, deixar-se gronxar 
per aqueixa miisica, fêta de tots los sorolls de la vida que van 
minvant poch â poch y s'apagan dins lo silenci de la nit... 

Joan Badoa. 



^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^Z,Z,A,^ 



Un nouveau poète catalan roussillonnais : 

JOSEPH PONS 

C'est une grande joie, qu'on veuille bien le croire, pour celui 
qui écrit les présentes lignes, de pouvoir annoncer la venue d'un 
nouveau poète catalan roussillonnais. Le nom de Joseph Pons 
était déjà familier à tous ceux qui s'appliquent, autour de nous, 
avec une pieuse obstination, à trouver chaque jour des raisons 

plus fortes d'aimer la langue de leur 
pays. Mais le recueil de vers qu'il 
})ublie en ce moment, J{oses y Xiprers ', 
le fera connaître d'un public un peu 
moins restreint, et commencera à le 
rendre populaire... 

11 y a déjà quatre ans, — nos lec- 
teurs s'en souviennent peut-être — nous 
avions annoncé à cette même place - le 
réveil de la poésie catalane en Roussil- 
lon, ou plutôt nous adressions un appel 
confiant aux poètes de notre province, 
qui se contentaient de rythmer pour 
eux-mêmes la chanson de leur cœur ; 
nous les engagions à élever la voix, à se faire entendre de 
tous, à montrer à leurs compatriotes que notre langue nétait 
pas indigne, comme on le prétendait, d'entrer au service de la 
poésie. Cette démonstration est faite aujourd'hui : des poètes 
nombreux sont venus se joindre à ceux qui, depuis longtemps 
déjà, poursuivaient le même idéal ; et c'est une gloire pour le 
Roussillon! Mais en saluant ici le plus jeune, nous éprouvons un 
véritable orgueil, nous qui suivions ses progrès pas à pas et 
nous félicitions secrètement de le voir devenir, avec l'âge, de 
plus en plus maître de ses moyens. 




(i) T{oses y Xiprers, édit. Cornet, Perpignan ; 2 francs. 
fa) T^evue Catalane, i5 janv. 1907. 



— lyi — 

Les vers de Joseph Pons séduisent tout de suite par les qua- 
lités charman'ics de la jeunesse, la fraîcheur et la nouveauté des 
images, et je ne sais quel aimable abandon. Mais sa poésie a 
vécu dès les premiers jours dans l'intimité des choses familières. 
Et celles-ci viennent s'y refléter avec ces lignes pures et pro- 
fondes que seules peuvent avoir, sous notre ciel, les belles sources 
d'eaux vives jaillissant du flanc des monts. 

C'est donc au paysage de son enfance et de sa jeunesse que 
notre poète accorde les mouvements les plus intimes de son 
inspiration ; c'est à lui qu'il emprunte encore les éléments les 
plus expressifs de son art. Les contours harmonieux des cimes 
sereines, la grâce des vergers, les arbres à fruit qui en sont la 
parure, et les garrigues et les pâturages, semblent régler l'ordre 
de ses pensées, conduire tour à tour ses sentiments. Les compa- 
raisons poétiques n'ont presque jamais chez lui d'autre origine, 
se renouvelant sur place avec cette richesse propre à l'un des 
coins les plus fertiles du Roussillon. 

Aussi, avec quel amour et quelle ferveur, avec quelle émotion 
recueillie, Joseph Pons évoque à travers ses poèmes nos aman- 
diers fleuris dont la fine senteur pénètre toutes ces pages ; nos 
montagnes vaporeuses montant comme un tendre et beau rêve 
dans l'azur du ciel ; les blanches métairies où vont se réfugier, 
dans la paix de la nature, nos désirs de bonheur rustique, simple 
et uniforme ; les petits ermitages, fleurs mystiques de nos vallons 
et de nos sommets ; les oliviers dont les branches légères sont 
une si douce caresse pour la raison ; les bois de chênes-lièges 
chauffés par le soleil ; les cyprès assoupis et moelleux, veillant, 
en ligne fraternelle, sur les délicats jardins où s'éveillent les 
fleurs ; la tramontane, reine de la plaine, dont les gémissements 
prolongés accompagnent et bercent nos méditations, dont le grand 
souffle purifie les âmes ; nos trésors de l'automne, fruits lourds et 
vermeils luisant à travers les branches ou chargeant les frêles 
paniers entre les bras des cueilleuses ; les neiges de l'hiver qui 
prêtent à nos montagnes une lumière plus éclatante ; nos fontaines 
de lété cachées amoureusement sous les feuilles ; puis les insectes 
d'or brodant de leur vol menu les vergers épanouis ; les notes 
réjouissantes ou monotones des oiseaux de notre climat ; les 
cloches de nos églises, sonnant pour les fêtes villageoises comme 



— ^']1 — 

pour la tristesse de notre cœur ; les nuits resplendissantes où nos 
rêves s'élancent d'un vol jusqu'aux étoiles; et les treilles au seuil 
des portes, et le bienheureux Ribéral, et les vieilles murailles 
de nos villes, et nos monastères en ruines sur des cimes abandon- 
nées, et les abîmes de Carençâ, dans la nostalgique solitude 
de hauts déserts presque inaccessibles!... 

Dans tous ces vers, la pensée du poète se confond avec le 
paysage. Nous pourrions citer, à ce sujet, deux ou trois pièces 
du recueil, qui comptent justement parmi les meilleures, comme 
« Xiprers adormits » et « En el mati blau », où le symbole 
poétique participe de la vie même de la terre. Le poète cherche 
naturellement, et il trouve autour de lui, des correspondances 
mystérieuses. Ses yeux, son cœur, suivant leur instinct, décou- 
vrent partout comme un prolongement de la vie intérieure ; et, à 
leur tour, les souvenirs, les associations d'idées, les images 
reçoivent du dehors non seulement leur couleur, mais leur 

signification. 

Ja l'airosa y gran tramontana, 
reyna del horitzô sere, 
ne môu les fulles d'un aie, 



y ja s escampa y ja s esgrana 
la tonada triste del meu anyoré. 



{"El cant blau). 



Xiprers adormits, verdosencs y forts, 

guardeu sempre Is horts 
de les rufacades y maies ventades ; 
d'un amor passât guardeu les pensades 
com en la nit clara vetllau tots els morts. 



fJC'tprers adormits). 



S'aixecan les neus enlayrades, 
en un remoli blanc, al Puig de Tretze- Vents ; 

s'esbufegan les ventegades 
y recordan, amiga, el meu passât torment. 

(Serenor). 

... som vostre germa, 
ciureda que feu fressosa la plana, 
oliu que remou la gran tramontana... 
Oh ! sol de la terra, jo te veig Uuhir ; 

tii fas espellir 
el meu pensament en una flor blanca 
forta y solitaria al cim de la branca. 

(En el mati bleu). 



- .73 - 

11 y a donc entre le poète et sa terre une pénétration réci- 
proque, comme des ressemblances natives, au point qu'il peut 
dire à cette dernière : 

ton cel que cambia es en mon mirar, 
y 1 meu pensament es com ton altura... 
Ton cos es mon cos, ta vida es ma vida. 

(Com un bon roser). 

J'aime assez la division du livre, que Joseph Pons nous présente 
sous forme de triptyque. La première partie, inspirée souvent de 
la poésie populaire, est consacrée à ce que l'on pourrait appeler 
la vie légendaire et féerique [Canh y Llegendes), où l'imagina- 
tion a la meilleure part, mais où déjà la sensibilité du poète s'é- 
veille dans les jeux naïfs et les touchantes illusions du premier 
âge : croyances du peuple qui sont comme lenfancc de l'huma- 
nité, fées des étangs et fées des sources, traditions du passé gar- 
dant encore le parfum de la terre... 

La seconde partie, de beaucoup la plus personnelle et presque 
entièrement lyrique, chante sur le mode élégiaque (Canh y 'Elé- 
gies) les douleurs de 1 amour et les angoisses du cœur : une 
femme est venue s'interposer entre le poète, encore enivré par 
les visions de sa terre, et le paysage où tout s'animait et parlait 
à son âme ; et voici qu'il va oublier ce qui lui avait paru jusqu ici 
réaliser le mieux son rêve de beauté : 

Mes are, Deu meu ! tôt l'encis 
s'esborra y es morta l'encantada... 
Are s'han atudat les veus 
d'aquelles hortes endaurades, 
d'aquelles serres portant neus, 
en el crepuscul enlayrades. 

(Elegia) 

Mais l'amour et la nature ne tardent pas à se confondre, et la 
femme aimée personnifie à son tour cette terre d'élection à la- 
quelle le poète tient par toutes ses fibres. 

La troisième partie intitulée Canls y Paisatjes, plus difficile à 
caractériser parce qu'elle présente moins d'unité, correspond sans 
doute à une période plus récente de l'évolution littéraire de l'au- 
teur, et se fait remarquer ainsi par une plus grande recherche de 
la couleur et de la perfection. 



— '74 ~ 

Il faut d'ailleurs louer sans réserve, dans l'ensemble du volume, 
certaines qualités littéraires qui nous paraissent avoir un très grand 
prix, nous faisant mieux goûter la valeur, le sens artistique de 
chaque pièce. On est étonné et ravi de voir obtenir des effets si 
remarquables par des moyens aussi simples et aussi francs, avec 
tant de naturel et de sobriété. La versification, très souple et très 
variée, s'efforce de suivre toutes les ondulations et comme le 
rythme de la vie intérieure ; mais elle demeure presque toujours 
facile et discrète comme l'inspiration. A peine remarque-t-on 
çà et là quelque recherche et quel((ue mièvrerie, probablement 
dans les pièces qui représentent la première manière de l'auteur- 

La poésie de Joseph Pons s'avance donc vers nous dans l'har- 
monie et la lumière, comme parée de toutes les grâces de l'esprit. 
Avec lui, la muse roussillonnaise reprend la fraîcheur du sourire 
et la douceur du regard, et l'une et l'autre nous sont d'autant plus 
chères que nous devinons parfois, sous ce voile adorable, quel- 
ques-unes des souffrances communes à tous les cœurs bien 
nés. 

Mais ce dont nous devons nous réjouir encore, c'est de lui voir 
faire des efforts de plus en plus précis pour rapprocher sa langue 
poétique du dialecte roussillonnais. Son oeuvre n'aura, en effet, de 
portée que si elle se maintient toujours intelligible pour nous. 11 
m'est arrivé d'avoir à discuter avec ce jeune poète la question 
délicate de notre vocabulaire catalan. Je ne reviendrai pas, du 
moins pour aujourd'hui, sur tout ce que j'ai écrit à ce sujet, ne 
voulant pas répéter toujours les mêmes choses, et comptant bien 
d'ailleurs pouvoir étudier une autre fois cette question de plus près. 
Mais je tiens à marquer ici que le résultat obtenu par Joseph 
Pons est déjà considérable. 

11 a su se fixer une langue poétique ; et cette langue non seu- 
lement n'offre au lecteur ordinaire qu'un petit nombre de diffi- 
cultés, mais encore revêt des caractères tels que, tout en se con- 
tenant de son mieux dans le domaine roussillonnais, elle a su 
s'ouvrir cependant, d'une manière très discrète, celui de la Catalo- 
gne proprement dite. Les premiers essais de l'auteur de T^oses y 
Xiprers, déjà si séduisants et qui contenaient mieux qu'une banale 
promesse, oeuvrettes exquises où nous avions deviné l'artiste que 
nous félicitons en ce jour, étaient un peu hésitants et ne lais- 



- ,75 - 

saient pas de paraître un peu factices. Mais petit à petit, à 
mesure sans doute qu'il apprenait à mieux connaître les ressour- 
ces, beaucoup moins pauvres et mesquines que ne se plaisent à le 
croire quelques-uns de nos compatriotes, à mesure aussi que son 
talent mûiissait, devenait plus sûr de lui-même, utilisait enfin 
avec de plus en plus d'ingéniosité les mots et les tournures qu'il 
découvrait sur son chemin, — Joseph Pons nous donnait des 
œuvres plus achevées, d'un ton plus ferme, au point de vue de la 
langue. 

Au fond, la question du vocabulaire est peut-être avant tout 
une question d'habileté et de science. Le plus expert et le mieux 
informé réussira plus que les autres à redonner la vie et restituer 
sa valeur propre au catalan littéraire du Roussillon. S'il est poète 
et s'il est artiste, si, de plus, il a conscience du but à atteindre, 
son travail ne saurait rester vain, et son succès assurera l'avenir 
de la poésie catalane roussillonnaise. C'est le rôle que nous vou- 
drions voir jouer à Joseph Pons, 

Nous attendons, en effet, de lui l'oeuvre poétique et définitivequi, 
le rapprochant davantage du peuple roussillonnais, rapprochera 
à son tour ce dernier de notre poésie régionale et consacrera nos 
efforts pour créer une littérature catalane vraiment populaire. Le 
soi-disant conflit entre la littérature populaire et la littérature 
d'élite n'existe au fond que pour des esprits mal faits. De telles 
préoccupations ne doivent pas inquiéter et retenir notre ami : sa 
poésie sera d'autant plus belle, et vivante, et bienfaisante aussi, 
qu'elle parlera davantage la langue du peuple et qu'elle saura 
répudier cette réserve un peu méfiante et hautaine qui fait bien- 
tôt des oeuvres poétiques une demeure fermée où fréquentent 
seuls quelques rares fidèles, mais où ne pénètrent point la voix 
des hommes et les harmonies de la nature. Jean Amade. 

A nos lecteurs 

Le prochain numéro de notre Revue sera consacré « à la gloria 
del Vallespir », à l'occasion des fêtes catalanes qui doivent avoir 
lieu le 2 juillet à Céret. Nous donnerons dans ce numéro la 
cantate en vers catalans de M. Jean Amade et d'autres pages de 
circonstance signées de différents noms. 



Carta d*En Jean Maragall 

Nous avons tenu, bien que la modestie de M. Joseph Pons 
nous fît en cela quelque résistance, à reproduire ici la lettre qu'a 
écrite le poète catalan bien connu Joan Maragall, un véritable 
artiste, au sujet de T(oses y 'Xipren. Elle permettra à nos lecteurs 
de se rendre compte de l'importance que peut avoir, pour la 
littérature catalane roussillonnaise, la publication de ce beau livre 
de vers. Elle leur montrera aussi que, de l'autre côté des Pyré- 
nées, chez nos amis catalans de Barcelone, on ne demeure jamais 
indifférent à ce qui se fait de bon chez nous. 

"Barcelona, 14 maig 1911. 
Estimât Poeta, 

Bé 'm recorda la breu coneixença que ferem en la Rambla de Catalunya, 
mes no pensava pas haverhi conegut un poeta ta! com el de « Roses y 
Xiprers », aquest llibre exquisit ab que heu vingut a honrar la literatura 
catalana. Lo que mes estim es la puresa y sobrietat de la vostre poesia tant 
fina y tant intensa de sentiment. Aquella « Novia » que « té lo mirar brillant 
— mes dois que la iglesia tota iluminada » es obra de poesia vera ; y aquell 
dolcissim « ]o per tû... » y les « Paraules d'Amor », y la « Font y la 
Clariayna » que té l'accent de lo inefable: es aquell s6 de la vera poesia que 
fa sentir el limit de la paraula humana, alla hont ella s trenca y el cor s'en 
va bâtent mes enllâ. 

Té també la vostre poesl^lo que (per mes que diguen els pédants) té tôt 
gran art : que sent una terra : hi hà lot lo Rossellô à dintre, y sols essent 
fortament particular pot un art tenir un sentit universal ; perque sols lo 
particular es viu... 

Perdoneume, es la sugestiô del vostre llibre que 'm fâ parlar tant. 
Encare volia parlause de « La Visio de la Terra » tant ardent, y del 
pregonissim « Com un bon Roser » y de tota aquella tremolor de Nuria, y 
del august Canigo sempre présent al fons del vostre horitzô. Mes ja es 
massa llibertat la que m'he presa per una primera correspondencia en que 
sols volia dirvos : Salut, Poeta ! y grans mercés ! 

VuUau esserme amich com vos es admirador, 

Joan Maragall. 



]^^w»5c«vN?v^s^?î^!î^v:î^sc^scsr^î 



jochs de nins 



--'■v 



El temps es d'hivern cruel ; 
les boires corren p'el cel 
à la part de tremontana... 
Se sent un fret qui trépana, 
senyal de neus y de gel. 

Y vé la fosca, glassada ; 
y al voltant de la flamada 
que ja crema dins la llar, 
la gent arremolinada 
s'ha espassat al tremolar. 

Les galtes com la roella, 
els ulls vius com la centella, 
els nins al joch son tornàts. 
Benhaja la gent novella, 
que sempre té jochs armats. 

(( Volen, volen els aucells, 
« y nosaltres derrera ells î » 
esclamen veus argentines. 
« Volen, volen les titines! 
« Volen, volen els fuells !... » 

Y entre rialles y crits, 
entre espires y esclafits 
de la llenya ben encesa, 
s'axequen amunt els dits 
6 s'acalen ab prestesa. 

El padri, amb un cop d'ullada 
sol apagar la remor, 
com el bruit de l'aucellada 
s'apaga amb l'escopetada 
que despara '1 cassador. 



— 178 — 

Aran de) foch ningu hi manca 
tot-hom ab conversa franca, 
s'espljca, aixi com pertany, 
parlant del blat de la tança, 
de les cullites d'antany. 

Parlen de guerres llunyanes, 
del axut ô la sahô... 
« Volen, volen les milanesî... 
« Volen, volen les campanes ; 
se sent, baxet, al recô. 



Qui jugar també solia, 

ja no juga, avuy en dia ; 

y el seu bon temps es passât : 

dels aucells en companyia 

SOS anys mes bells han volât. 

Ja no escolta les raons 
de si volen els fiblons, 
ô '1 fum de les xemenées... 
sap que volen les idées 
sap que volen les cansons. 

Y sap qu'els cors tenen aies 
Que poden volar ben lluny... 
ab mes irisades gales 

que 'Is papellons y cigales 
esmaltats pel sol de juny. 

Y encare per un moment 
sent vibrar intensament 
la melodia anyorada 

dels jochs de l'edat passada, 
plens d'alegria innocent ! 

Maria-Antonia Salva. 

Lluchmajor (Mallorca) 



1 



La Santo-Estello 

La fête annuelle du félibrige sest tenue cette année, à Mont- 
pellier, le 5 juin ; par les soins de l'Escolo dou Parage, le ban- 
quet, comprenant 148 couverts, a été servi sous les ombrages du 
parc de Grammont. De gracieuses jeunes filles s'étaient coiffées, 
pour la circonstance, en agathoise, en bigourdane, en agenaise et 
en catalane. 

A la table d'honneur avaient pris place le Capoulié, Valère 
Bernard, et trois reines du félibrige : la reine actuelle, Mlle 
Magali de Baroncelli-Javon, en brillant costume d'arlésienne ; 
la reine de poésie, Filadelfe de Gerde, dans son sévère costume 
de bigourdane en deuil ; et la reine du Limousin, Mlle Priolo, 
de Brives, dans son pittoresque costume local. 

Pendant le repas, un oboïste montpelliérain joua des airs pro- 
vençaux, languedociens et Montanyas regaladas. 

Après le dessert, la reine Magali prononça le brinde d'usage, 
en élevant la coupe ; le Capoulié lut son discours annuel, et salua 
le réveil de l'idée régionaliste en France. Le félibre majorai 
Arnavielle entonna le chant île la Coupo Sanlo,_ que l'assistance 
écouta debout et reprenait en chœur. Filadelfe de Gerde lut un 
vibrant appel aux félibres, <zn faveur des langues régionales. 

La Coupo passa ensuite dans les mains des félibres majoraux, 
des cabiscols, et des délégués des écoles de Provence, de Lan- 
guedoc, d'Aquitaine et de Roussillon, qui brindèrent chacun à 
leur tour. 

M. Jules Delpont, brinda au nom de la "Revue Catalane : 

Las nostres Reynes, bons Amichs, 

Aixis com un pardal escapat de) seu niu de Canigô. m'en som vingut d'una 
volada, m'agermanar amb vostés, los fills de la Provensa y de Llenguadoc. 
Ja ho sabeu : Cada mati, lo mateix raig de sol s'atura dels Alpes al Pirineu 
y nos deixa à n tots un mateix raig de poesia. 

Aqueixa poesia, qu'ha vingut à esser l'aybre florit del félibrige, s'enlayra 
com mes va, y ja nos aplega a n tots, com rotllo de germans que se donen 
la ma dels Alpes al Pirineu, de Provensa à Rossellô. 

Coupo Santo, nostre alegria, 

Esbargeixes dolsa remor ; 

Coupo Santo. ta canturia 

Vessa â raigs lo patri-amor. Lluis P. 



HISTOIRE LOCALE 

Adhémar de MOSSET 

Adhemar de Mosset, chevalier, seigneur et baron de Mosset, 
lieutenant du roi en Cerdagne, ami et homme de confiance de 
Philippe, roi de Majorqu;, tuteur du roi Jacques, fut chargé des 
délicates fonctions de nourricier de Jacques 11. 11 obtint, en 
récompense de ses services, le iy juin i33o, la possession des 
seigneuries de Montesquieu, La Roca, Nidolères, Le Volo et 
San Marti sur Tet ; il tenait aussi du roi la seigneurie de Mosset 
qui avait appartenu à la famille de Canet jusqu'en )3i8, date à 
laquelle Guillaume de Canet la vendit à Guillemet de Narbonne, 
qui l'échangea le i i février )338 avec le roi de Majorque contre 
d'autres fiefs. Adhémar de Mosset a joué un rôle important à la 
cour du roi de Majorque comme conseiller royal, confident de 
Philippe de Majorque, inspirateur de son mysticisme, et il est 
surtout connu par le procès d'inquisition qui lui fut intenté sous 
l'inculpation de béguinisme en i332, sur l'ordre du pape 
Jean XXll et à la requête du roi. 

Le béguinisme fut un mouvement hétérodoxe qui, durant tout 
le xiii' siècle, mit aux prises les adeptes de l'idéal franciscain : 
les uns, les mystiques, les spirituels, partisans de la pauvreté 
absolue, allant à la mendicité effective ; les autres, plus pratiques, 
préférant l'existence régulière des moines. La papauté fut amenée, 
pour des motifs religieux et politiques, à prendre parti contre 
les mystiques. Le 17 février iSiy, Jean XXll lança une bulle 
tenant pour hérétiques tous les béguins, frères du tiers-ordre, 
adeptes de la pauvre vie, qui, dans leur exaltation, avaient taxé 
le pape d'hérésie. Vingt-cinq furent livrés à l'Inquisition ; quatre 
furent brûlés à Marseille et aussitôt honorés comme martyrs. La 
répression s'étendit à Narbonne, Béziers, Carcassonne et Tou- 
louse. Ce conflit, d'ordre théologique, faillit avoir un grave écho 
au temporel, par l'alliance des révoltés, représentés par Michel 
de Césène, avec Louis de Bavière qui entraîna les clercs schisma- 
tiques, se fit couronner empereur à Rome, déposa le pape légi- 
time et intronisa un antipape dans la personne du franciscain Pierre 



— j8i — 

de Corvara (mai i 328), papauté clandestine qui prit fin en août i 33o. 

Pour expliquer le procès intenté à Adhémar de Mosset, procès 
qui intéressa les plus hautes personnalités, le pape qui en fixa la 
procédure, le roi et la cour qui intervinrent directement, il faut 
remonter aux relations de l'inculpé. Adhémar était le conseiller 
intime de Philippe de Majorque, tuteur du roi, et Philippe, 
ascète de sang royal, était lui-même à la tète des béguins et 
mystiques du royaume. Fils, frère et oncle des rois de Majorque 
et régent pendant la minorité de Jacques 11, ce prince avait la 
pauvreté pour idéal. De mœurs austères, il passa la moitié de sa 
vie à côtoyer le schisme et l'hérésie, entrant en lutte avec les 
papes qui ne voulaient pas autoriser la fondation de l'ordre de 
béguins qu'il rêvait. Dédaigneux du pouvoir, il avait refusé les 
honneurs, l'action politique et n'avait accepté la tutelle du roi que 
par devoir de famille. Saisi tout à coup dé la nostalgie de la vie 
érémitique, il quitta brusquement la Cour en 1329, se réfugia à 
Naples auprès de sa sœur Sancia et de son beau-frère Robert, se 
démit de ses riches bénéfices, accentua son opposition à l'autorité 
hiérarchique, et osa prêcher contre le pape. Lui parti, les béguins, 
dont il était l'âme et l'appui en Roussillon, se trouvèrent à la 
merci des représailles. Le roi Jacques 11, libéré de la tutelle 
qui aurait dû prendre fin en )336, ordonna les poursuites et on 
suppose qu'il voulut prendre sa revanche des mauvais traitements 
que lui aurait fait subir Adhémar de Mosset au temps où il était 
son « nourricier ». Quoi qu'il en soit, c'est contre Mosset que 
se portèrent les premiers efforts de Gui de Terrena que 
Jean XXI 1 venait de nommer évêque d'Elne. 

Adhémar n'avait point quitté la Cour après le départ de Phi- 
lippe de Majorque, mais il s'était retiré à la suite de discussions 
survenues avec le roi au sujet de la condamnation des béguins. 
Fidèle à son protecteur absent, il ne cessait de le défendre et de 
blâmer le roi pour les persécutions qu'il méditait. La citation 
lancée par l'évèque d'Elne ne le surprit pas. En décembre i332, 
il s'était déjà présenté spontanément devant le lieutenant de 
l'inquisiteur, à Perpignan, pour lui dénoncer l'hérésie du fran- 
ciscain Guillem Espitalier, son confesseur, et se mettre sans 
doute personnellenient à couvert. 

Dès qu'il eut reçu l'ordre de comparaître en février i333, il 
partit pour Avignon, afin d'en référer au pape. Les explications 



— i83 — 

qu'il fournit eurent pour résultat de suspendre l'effet de la cita- 
tion épiscopaîe. Le pape voulut faire procéder à une enquête 
sous ses yeux et le 27 février il confia à Jacques Fournier, 
cardinal de Sainte Prisque, le soin de la mener. La papauté 
cherchait alors à ruiner l'influence de Philippe de Majorque. 
Elle tenait à suivre le procès et à s'assurer des amis du prince 
transfuge. Le chevalier roussillonnais comparut le 3 mars. On lui 
exigea le serment en lui précisant les points sur lesquels il devait 
jurer de dire la vérité : hérésie des béguins, dont on le disait 
suspect, blasphèmes contre l'Eglise et le pape, fréquentation des 
hérétiques, lecture de leurs livres, vénération de leurs saints, 
secours à leurs sectaires. Le lendemain, Adhémar de Mosset 
remit au cardinal un mémoire écrit dans lequel il professait le 
plus pur catholicisme. Dans sa déposition, il plaida sa bonne foi 
et son ignorance dans les rapports qu'il avait eus avec les béguins 
et en particulier avec Philippe de Majorque. Le juge, dans un 
interrogatoire en vingt-quatre articles, fit de l'erreur un exposé 
qui est un document très important pour l'histoire de l'hérésie 
des béguins. Ce document, dont l'original fut trouvé dans le 
chartrier de l'archevêché de Narbonne, existe en copie à la 
bibliothèque de Toulouse (n" 625, 626, f ' 565 à 578). Il aurait 
fallu entendre des témoins et on était trop éloigné de Perpignan. 
Mais comme l'évêque d'Elne instruisait de son côté la même 
affaire, on ]:;i demanda communication du dossier. Le roi s'inté- 
ressait zu procès ; il écrivit deux fois à Avignon pour s'en infor- 
mer. Jean XXI 1 répondit le 3i mars ]333, en remettant ses 
explications à l'entrevue qui devait avoir lieu à Avignon, à bref 
délai. Le roi insista pour que le procès suivit son cours à Per- 
pignan. Le pape décida, au contraire, qu il serait continué à 
Avignon, et le 4 juillet, le cardinal Fournier somma Tévêque 
d'Elne, d'envoyer sa procédure. Le dossier d'Elne comprend 
deux parties : l'acte d'accusation dressé par le roi de Majorque 
et l'information testimoniale reçue par l'évêque. Les charges en 
dix-sept articles sont écrasantes. Mosset a tenu contre le pape, 
ennemi de Philippe de Majorque, des discours hostiles; il a 
fréquenté l'infant et blâmé ses persécuteurs ; il est le plus chaud 
partisan du prince béguin ; il s'est réjoui de l'équipée schisma- 
tique de Louis de Bavière ; il considère l'épiscopat comme un 
état de damnation. Toute la Cour de Perpignan défila à la barre 



— l82 - 

et le roi en personne déposa contre le chevalier de Mossct. 
Deux messagers, procureurs épiscopaux, avaient été chargés de 
porter le dossier à Avignon et attendaient l'issue. La procédure 
fut courte. L'accusé nia tout ; mais ses révélations sur les dessous 
de l'afFaire donnèrent sans doute à réfléchir. Les témoins ne 
pouvant être confrontés à Avignon, on décida de renvoyer le 
procès à Elne ; toutefois, Jean XXI 1 prit la précaution d'ad- 
joindre à Gui de Terrena, Jean de Vissée, évèque de Maguelonne, 
chargé de ses instruction. On commençait à soupçonner le roi, 
sinon dune machination de coterie, du moins de zèle suspect. 
La procédure traîna alors en longueur et le j3 janvier ]334, 
l'évèque de Maguelonne étant absent, fut remplacé par Hugues 
Auger, chanoine de Narbonne. 

La conclusion du procès n'est pas connue. On sait seulement 
que, deux ans après, le cardinal Jacques Fournier, élu pape en 
i334, sous le nom de Benoît XII, accorda à Adhémar de Mos- 
set, et à sa femme Bérengère, l'indulgence in articula morlis, 
faveur accordée seulement aux parfaits catholiques, non suspects 
d'hérésie. On en peut conclure que si le procès n'aboutit pas à 
un acquittement, la culpabilité du seigneur de Mosset s'en déga- 
gea si atténuée que les juges n'édictèrent que des peines légè- 
res, courtes et non infamantes ; ladjonction d'un juge impartial le 
faisait d'ailleurs pressentir. 

A la chute de la dynastie majorquine, Adhémar de Mosset 
adopta le parti du roi d'Aragon Pierre-le-Cérémonieux. Ce prince 
nomma une commission de cinq chevaliers au sein de laquelle 
siégea Adhémar de Mosset. Elle avait pour mission de dresser 
un règlement fixant le salaire des châtelains du Roussillon. Adhé- 
mar de Mosset avait épousé Bérengère qui ne lui donna qu'une 
fille, laquelle se maria à Arnaud de Saga. Adhémar légua à ce 
dernier la baronnie de Mosset, par testament du 3o décembre 
i355 et lui substitua Béatrix de Saaa. Béatrix unit ses destinées 
à celles de Bérenger d'Oms. Le 28 avril 1374, Bérenger d'Oms 
et Béatrix de Saga, sa femme, vendirent la baronnie de Mosset 
à André de Fenouillet, vicomte d'ille et de Canet, pour le prix 
de neuf mille livres barcelonaises de tern. André de Fenouillet, 
par testament du 4 juillet i386, légua ce fief à Huguet de Santa- 
Pau, deuxième fils de Hugues de Santa-Pau et de Béatrix de 
Ribelles. Abbé Jean Capejlle. 



Textes catalans 

9P (Suite) 

Reprenons la série des délibérations et le cours des événe- 
ments : A peine la paix rétablie par le traité de Vervins (1598), 
survient la mort du roi Philippe 1 1 : Le Conseil est convoqué 
(dans l'église Saint-Georges) pour recevoir communication d'une 
lettre (en castillan) de Philippe 111, qui ordonne un service funè- 
bre : « Se ha rebuda una carta del Rey Don Falip ters en y ab 
laquai ha fet entendre que la Majestat del Rey don Falip segon 
de gloriosa memoria, Rey d'Espanya, quondam son pare, als 
tretze de! mes de setembre proxim passât N. S. Deu J. C. per 
la sua infinita clementia y misericordia es stat servit cridar la sua 
anima per la sua S'"^ gloria, y que la Ciutat fassa grandissim sen- 
timent de dol y altres suffragis de la sua mort de un Rey tant 
catholich y christianissim. 

Y se ha resolt y conduit que per lo dol que sa (sic) de portar 
per la Majestat del Rey Senyor nostre (y les honres) que son 
faedores lo divendres primer vinent, que a quiscun Senyor de 
Consol... sien comprats sis palms de raxia petits, y per dit effecte 
que vaja lo receptor a Perpenya ; y ques compra candeles, y se 
fassen las horrcs ab tota la solempnitat ques podra fer, segons la 
possibilitat de la Ciutat y lo pondus de un tant gran Rey ; y les 
candeles que sian de dos diners la pessa ; y ques compra quatre 
palms de vinte peral Verguer, y ques logue (?) per ha divendres 
una roba longa de dol peral Verguer ; y per ha portar les bassi- 
nes... y tenir carrech del tumol... y ordenar la gent fque se) ano- 
menan prohomens de la Ciutat... Y ques compra tela negra per 
lo entorn del dit tumol, tanta quanta ny haura a menester afi que 
les honres de un tant gran Catholissim Rey sien honrades y vene- 
rades, per al servey de N. S. Deu J. C. La anima delqual per 
in perpetuum requiescat cum beatis. 

Y fêta la dita desliberatio.. . per la Senyoria de la Ciutat los 
hon. Consols de aquella (foren) aplegats en les claustres de la 
Santa Iglesia de dita Ciutat... y fonch conduit y déterminât... 
que se fassa una (crida) solempna per tota la Ciutat, ab solemp- 



— .85 — 

nitat de trompes y campanetes, de persones endolades... anant a 
cavall ab les selles v los cortans '?i endolats de neare... cridant 
la mort de la Majestat del Rcy Don Falip segon y Senyor 
nostre. 

Laquai crida ses fêta als honze del dit mes de otobre, que 
era diumenge passât... en la forma y ténor seguents : 

CRIDA. — Dévots christians y christianas... seus notifficha y 
seus fa ha saber que diumenge, als tretze del mes de setembre 
proxim passât, N. S. Deu J. C. es stat servit cridar per la sua 
santissima gloria la Alajestat del Rev Don Falip segon, de glo- 
riosa memoria, y Senyor nostre ; loqual tindreu tothom general- 
ment encomptat (?) ab vostres devotissimes orations. 

Y aixibe fêta dita crida lo dit die de diumenge en la tarda, 
entre dues fosques ceres (?) que fahian un llum clar y resplandent 
ab tant que aparaxia llum de migdie, encontinent lo campanar 
tocha ab molta solempnitat de totas las campanes, y en lo mateix 
punt acodiren en tocar les altres iglesies de la Ciutat, so es Sant 
Jaume, Belloch y lo Spital ; y... fins lo dit die de divendres... 
concorri(ren) tochar totes les campanes très voltes cada die... 

Y en lo dit die de divendres, que comptavem als setze de oto- 
bre... se feren les dites honres... en la Seu de Elna ; y aixibe se 
conserta que en la vespra de dit die se fes uiia crida per la Ciu- 
tat que tôt cap de casa, en lo endema, que era divendres, hoint 
tocar les campanes, se haguessen de ajustar y congregar en la 
capella de Sant Jordi ; y aixi fonch fet que en lo endema compa- 
regueren en dita capella les hon. Consols de Elna ab molts con- 
sallers y prohomens, ab molts mantes y caparons : comparegueren 
aixibe los Consols de Baxias, de Trullas, del Soler, Sant-Cebria 
y la Torra, molt endolats, y aportavan quiscu de ells Ilurs lumi- 
naries peral capell ardent (i)- y ^'^^ Consols de Trullas aportaren 
sis atxies... Y aixi honradament ajustats, essent ja avisats que lo 
servey se volia comensar, partiren de la dita capella eo nau de 
Sant Jordi... ab molt gentil ordre... en que primer anaven los 
Consols de la Ciutat, y (los) Balles, y alguns prohomens quels 
acompanyavan, anant ab lo Verguer primer, ab la massa endolada 
alsada ; y après seguien los Consols de Baxias, los del Soler, 

(i) Chapelle ardente. 



— i86 — 

Trullas, Sant Cebria y la Torra, ab tota la lur prohomia, y après 
dels dits Consols seguia tota la restanta gent de Elna, ab molt 
acompanyament de dones honrades, a lesquals sels havia fet 
empra (?) per quatre dones honrades velles, es assaber dues per la 
Vila demont y altres dues per la Vila baixa ; y aixi s'es fet. 

Y essent en la Seu, se ensen la lumynaria del capell ardent, 
loqual stava ait per altitut de quatorze palms de alsaria,... molt 
ben ennegrit ab una tela de bocharam nègre per tôt lo entorn 
del dit capell ardent ;... dessota del dit capell ardent stava lo 
tumol de la Seu, ab lo drap stellat del monument, y ab la capa 
de brochât del sagrista, y les quatre ciris grossos, dits manuals, 
del sagrista... Y lo offici se célébra encontinent... y dit lo dit offi- 
ci, se feren les absoltes en lo cor, so es quatre fins en sinch, ab la 
Creu major ; y fêtes dites absoltes, lo ajust sen torna en la dita 
capella eo nau de Sant Jordi del Spital, ahont foren fêtes les 
graties acostumades per lo Consol en cap ; y fêtes dites graties» 
tothom sen ana, que era la una hora tocada despres migdie. 
Cuius anima requiescat cum Angelis... Amen. 

Y lo endema, que era dissapte... dites honres foren celebrades 
en la vila de Perpenya, en la Collegiada Iglesia de Sant Johan, ab 
molt gran triumpho de dol y altres coses ». 

♦ 

Autre service funèbre en ]5m, cette fois pour la reine Mar- 
guerite d'Autriche, épouse de Philippe 111, morte à la suite de 
couches, mais celui-ci bien moins solennel et qui donna lieu à 
des incidents. 

Les consuls, officiellement informés (par une lettre royale en 
castillan) convoquent le Conseil, et après avoir mis en délibéra- 
tion les détails de la cérémonie à faire, ils ajoutent : « Se es dada 
raho a la Senyoria del Senyor Bisbe y Capitol acerca de fer les 
cbsequies de la Serenissima Rcyna, per que fassen venir los vas- 
salls o los consols de les baronies ab les Uumenaries, conforme se 
acostumava de fer en altres vegades ; y com ells, per la nova resi- 
dentia han fêta ara en Perpenya (i), se curen molt poc de la 
Senyoria de Elna y de ells, no han fet sino donar los passada y 

(i) Nous trouverons plus loin, au sujet de la translation du Siège de 
l'Evêché et du Chapitre, quelques récits de 1602. 



— iS; — 

burlar se de la Ciutat, dient que los vassalls eren pobres y que 
no tenien remei de venir. Y, per ço, per que sia mennoria als qui 
vindran, que en ningun temps que vinga carta a la Ciutat, sels 
done raho ninguna, sino que, encontinent rebuda hauran la carta, 
se assenye la jornada per a fer les dites honres, y se fassen ab 
la major comoditat podra fer dita Ciutat. 

(Y fonch resolt) ques fassen les honres, en lo del gasto, con- 
forme se feren les de la Reyna Joana i i , y ques compren quatre 
centes candeles, y se fassen dotze senyals de armes, sis de gros- 
sos y sis de petits, y en lo demes de anar vestits, se fassa con- 
forme se feu ab les honres de dita Reyna Joana. » 

Puis vient le récit des obsèques, très court et pour cause !), 
mais avec quelques détails bizarres. 

« Memoria com se feren las obsequies de la Reyna, y com 
impediran los Consols al Sagrista no prengues la cera ». 

« Als xvnii del mes de desembre del présent any se feren les 
obsequies de la Serenissima Reyna Dona Maria (2)... Se dona 
sis palms de stamenya a quiscun (consol), per la pobresa de la 
Ciutat y no poder abastar al gasto ; y al Verguer très palms de 
bayeta ; y tambe feu la Ciutat tôt lo demes gasto ; y per ser tan 
pobra y pujar poch los émoluments, los llums que cremaren al 
tumol eren tôt trossos de filera havien comprada ; y los Consols 
posaren les atxes llurs, y posaren a cada corn una atxa, y altra 
en lo demunt del tumol, y baix posaren una capa de brocat que 
es en la Seu, y al tumol... posaren un cap de una Santa abrigat 
ab un vel de glassa 3), com si fos la Reyna. Desprcs de haver 
fêtes les obsequies, se mogue avolot ab los criats del Sagrista, 
qui aleshores ère volent pendre los llums ; y aixi los Consols si 
arrebateren, y tots los prohomens eren alli, y no volgueren que 
dit Sagrista sen aportas la cera, laquai pretenia era sua ; y aixi 
no la hague, ni es de raho la haje, puix aqueix die tôt lo gasto 
lo fa la Ciutat. » 

(M suivre) R. de Lacvivier. 

f 1) 11 doit s'agir, bien que son décès remontât à i554, de la reine Jeanne 
de Castille, dite Jeanne la folle, mère de Charles-Quint. 

(2) 11 faut lire Marguerite au lieu de Marie. 

(3) Gaze. 



La Langue Catalane 

et son utilité pédagogique 

€r>^^>n {Suite) 

13-' LEÇON. —Nina 

Dins son jardî reclos, senzilla, prega y canta, 
Tôt fentse un ramellet, Nina, de cada planta, 
De cada brot, cullint la mes hermosa flor. 
Nicefora, de lluny, ab goig que no té mida, 
La mira, se la bada, y dins son cor li crida : 
« Bé n'ets de boniqueta, ô Nina, mon amor ! 

« Cull, si, llesta 't â pler, de totes les mes belles, 

« Barreja, en ton ramell, les blanques, les vermelles ; 

« De boniques com tu no 'n florcix lo jardî. 

« Al veure 't de tant prop, mira, s'avergonycixen ; 

« De cada una 'Is colors los mes vius s'enfosqueixcn, 

« Del lliri la blancor, de la rosa '1 carmî ! » 

Dcis quinze anys, per Nina, floreix la primavera; 
Son bell ces te 1 balans suau de la palmera; 
Ses galtes son clavells espellits sus la neu ; 
Sos ulls son dos safirs robats à l'estelada ; 
Es d'angel lo mes pur, lo brill de sa mirada, 
Del cel un dois cco de mûsica sa veu. 

J. BOHER. 

Explication du Texte 

Une jeune fille, Nina, cueille des fleurs dans son jardin. 
Nicéphore qui la contemple de loin, lui rappelle qu'elle est 
jolie. « Les fleurs les plus belles, lui dit-il, doivent éprouver 



— 189 ~ 

une certaine honte à se voir aussi près de toi, car tu es plus 
fraîche que la rose et plus blanche que le lys ». 

Le poète termine par un joli portrait de Nina qui rappelle 
celui de la Dulcinée de Don Quichotte et qui contient des com- 
paraisons d'un très heureux effet poétique. 

Vocabulaire 

rectos, clos, fermé Hesta 'l, choisis (toi) 

senzilla, simple barrejar, mêler 

tolfentse, tout en (se) faisant s'avergonyeixen, de. s'avergonyir,zf oir 

ramelUt, bouquet honte 

fcrof, rameau, petite branche .■ s' enfosqueixen, de enfosquir, assombrir 

sois, joie clavell:, œillets 

mida, mesure brill, éclat 

se la bada, l'admire, la contemple 



Exercices 

Traduction française du texte. — Sauf quelques inversions, ce 
texte ne contient aucune difficulté sérieuse. 

Composition catalane. — TVini. Vous avez vu Nina et vous 
faites son portrait à l'un de vos amis dans une lettre que vous 
lui adressez. Inspirez-vous des détails contenus dans la 3" strophe. 
Pensez en catalan. 

Composition française. — Lettre à J\inà. Vous écrivez à Nina en 
commençant ainsi : « Lorsque dans ton jardin... ». Inspirez-vous 
des détails contenus dans les deux premières strophes et mettez- 
vous à la place de Nicéfora. — Pensez en français. 

Conjugaison bilingue. — Verbe pregar et verbe prier aux deux 
passés du conditionnel. Conjuguer sur ce modèle mirar et regarde 

Conditionnel passé (i" et 2* formes) 

Terbe pregar Verbe prier 

hauria ô haguéri pregat j' aurais prié 

hauries ô haguéres pregat tu aurais prié 

hauria 6 haguera pregat il aurait prié 

hauriem 6 haguérem pregat nous aurions prié 

haurieu ô haguéreu pregat vous auriez prié 

haurien 6 haguéren pregat ils auraient prié 



— 190 — 



Notes grammaticales 



Adjectifs possessifs- 



Les adjectifs possessifs catalans sont 



pour le masculin singulier 



pour le masculin pluriel 



mon 


et meu 


lo meu 


mon 


mos 


els meus 


los meus 


ton 


el teu 


lo teu 


ton 


tos 


els teus 


los teus 


son 


el seu 


lo seu 


son 


SOS 


els sens 


los seus 


noslre 


el nostre 


lo nostre 


notre 


nostres 


els noslres 


los nostres 


voslre 


el voslre 


lo vostre 


votre 


vostres 


els vostres 


los vostres 


llur 






leur 


llurs 







pour le féminin singulier 

la meua la meva la mia ma 
la teua la teva la tua ta 
la seua ta seva la sua 



ma 

fa 

ta 

nostra la nostra 
vostra ta nostra 
llur 



sa 
notre 
votre 
leur 



mes 

tes 

ses 

nos 

vos 

leurs 



pour le féminin pluriel 

mes les meues les meves les mies mes 
tes les teuet les teves tes tues tes 

ses les seues tes sèves les sues ses 

nostres tes nostres nos 

vostres les vostres vos 

llurs leur s 



Voir dans le texte : son jardî, son cor, mon amor, ton ramcll, 
son bell cos, ses galtcs, sos ulls, sa mirada, sa veu. 

On remplace llur, llurs par son, sa, sos, ses dans le style ordi- 
naire. 

Ex. : « Els aucellets cerquen la teulada d'unes quantes fulles pera abrigar 
de la pluja sos vestits de ploma y de la pedragada sos aixerits caparrons de 
mûsichs silvestr:s ». Verdaguer, Excursions. 

De là vient que certains enfants commettent en français une 
faute de grammaire dans les phrases où l'on doit employer leur. 
Ex. : Les mères soignent ses enfants. 

Les adjectifs possessifs meu, meva, mia se placent quelquefois après 
le nom. On a ainsi lesexpressions : mare mia ! filla meva ! fill meu ! 
qui signifient : ma mère ! ma fille 1 mon fils ! 

(A suivre) Louis Pastre. 



LIVRES ^ REVUES 

^^ 

Grammatica dclla Lingua Catalana, ad uso degli Italiani ( Milano, la 
casa d'Aldo, éditrice, galleria de Cristoforis, 58; 2 fr. 5o ). Notre colla- 
borateur M. Venanzio Todesco vient de publier en une brochure de 
\7>i pages une grammaire catalane à l'usage de ses compatriotes, la première 
publiée en Italie. Comme il le dit dans la préface, l'auteur a consulté, pour 
cet ouvrage, toutes les principales études grammaticales publiées dans des 
régions catalanes ou bien en France et en Allemagne (il en a dressé la liste 
en terminant). Mais il fallait adapter ces matériaux au public italien, et ce 
n'était pas une petite difficulté. M. Todesco prévient ensuite une objection en 
montrant que le catalan n'est pas un simple dialecte du castillan ou une 
modification du provençal, mais un rameau de la langue occitane qui s'est 
développé parallèlememt au provençal et non à sa suite. Les œuvres litté- 
raires écrites en catalan étant très nombreuses, surtout depuis une quinzaine 
d'années, il était utile de fournir par une bonne grammaire à ceux qui se 
sentent attirés vers elles le moyen de s'y mieux conduire et de les mieux 
goûter. En ce sens donc, M. Todesco a rendu un grand service au catalan 
en Italie. Nous sommes heureux de constater qu'il a donné à ses compa- 
triotes un excellent instrument. 11 faut qu'un grammairien soit à la fois 
précis, clair et complet. M. Todesco réunit ces différentes qualités. Son 
ouvrage se divise en trois parties : 1° Phonologie (voyelles, consonnes, pro- 
nonciation, accentuation, etc.) ; — 2° Morphologie (article, nom, adjectif, 
pronom, verbe, préposition, adverbe, conjonction, interjection ; — 3° Syn- 
taxe (même ordre). La partie qui Concerne la conjugaison, généralement la 
plus ardue, nous a paru particulièrement soignée. Quant à la syntaxe, les 
règles sont exposées avec méthode et les exemples choisis avec soin. 

Tous les catalanisants feront bien d'ajouter cette nouvelle brochure aux 
nombreuses études grammaticales qu'ils possèdent déjà. Nous rappelons, à 
ce sujet, qu'un autre Italien M. Giovanni Palomba a publié en catalan, il y a 
à peine quelques années, une petite grammaire du dialecte catalan d'Alghero 
(Sardaigne). Encore un travail qu'il serait bon de se procurer. J. A. 

Jochs Florals de Barcelona- 

Les journaux nous ont apporté de nombreux détails sur les dernières 
fêtes des Jeux floraux. Après le discours présidentiel de Conrat Roure sur 
les premiers temps du théâtre catalan, le secrétaire J. Ma Folch y Torres lit 
son mémoire, où sont publiés les noms des auteurs couronnés, dont voici la 
liste: Fleur naturelle: Antoni Navarro, « Idilis lluminosos » — L'Eglan- 
tine: Eduart Girbal Jaume, « Elegia perduda ». — La Violette: néant. — 



— 192 — 

Coupe artistique : c< Viatges d'amor », travail de Miquel Roger. — Prix 
des mainteneurs : « Divinal Epitalam », version rimée en catalan du Can- 
tique des Cantiques par Anton Navarro. — Prix Fastenrath : attribué au 
drame « l'Eloy » d'Angel Guimerâ. Mais celui-ci renonce généreusement à 
la quantité que comporte le prix et la cède au Consistoire des Jeux floraux. 
Enfin le « diseurs de gracies » a été prononcé par Prudenci Bertrana. La 
fête a été fort belle ; orateurs et auteurs furent accueillis par des applaudis- 
sements enthousiastes : la reine, Na Maria de Montoliu y Durân, en eut 
elle aussi une bonne part. La T(evue Catalane tient à adresser ses meilleures 
félicitations aux uns et aux autres. 

De la Provence. 

M. Paul Ruât, de Marseille, « lou felibre di Cigalo » vient de publier 
une intéressante étude auto-biographique, Aprendissage de la vido. 

Elle est précédée d'une « letro-prefaci » de notre ami et compatriote, le 
félibre majorai Jean Monné. 

De Valencia» 

Le dernier n° de cette revue catalaniste comprend : La iglesia parroquial 
de Sant-Marti de Valencia (J. Sanchis y Sivera). — Conversa de Nadal, 
poesia (T. Llorente). — Estudi sobre filologia valenciana ( Fray Ll. Fullana 
Nirau — Una dona pa un home îMiquel Abat). — Carta del Marques de 
Villarias al Duque de Caylies (Miquel de Elizaicin). - Lo « Rat-Penat » 
en Castellô — Temporada valenciana en lo teatre de Apolo (Ll. Cebrian 
Mezquita). — Notes bibliograficas. 

FoUetos : Historia de la Pasiô (mossen Bernât Fenollar y Père Mar- 
tinez). — Resjna de las antiguedades valencianas anterioras à la dominacion 
cartagineta R. P. N. Bertomeu Ribelles). 

Proverbes Catalans 

Bon dinar y bon sopar 
fan sempre de bon esperar. 

Fill ets, pare seras ; 
ta] feras, tal trovarâs. 



Le Gérant, COMET. — Imprimerie COM ET, 8, rue Saint-Dominique, Perpignan. 



io 



5 Année. N 55 15 Juillc» 1911. 

REVUE 

CATALANE 



Les Manuscrits non insères 
■le sont oas rendus. 



Les Articles oarus dans la Revue 
1 engagent aue leurs auteurs. 



A la gloria del Vallespir 

En aquest felis dia hont la estimada vila de Ceret festcja 
els mes preuhats de sos artistas, y amb ells, tôt lo Valles- 
pir, vinch à barrejar la meva humil veu a la dels seus bons 
fills. Tôt retruny, tôt brolla avuy d'alegria en la antigua 
capital vallespirenca, per tôt arreu s'agermanen, balenceja- 
des pel vent, les très colors de França y les quatre barras 
del nostre glorios escut. Sos mes perfiliosos cantayres, sos 
inspirats solfistas enalteixen la dolsor, la bellesa y el benes- 
tar de l'alberch payral. Sos poetas, sos escriptors, alaban 
recorts y glorias del genit catalâ que rebrota, creix, s'en- 
layre y torna à florir. Com els aucells d'istiu de la vostre 
comarca, cantau minyons, cantau vostre terra de sol y de 
tramontana, vostre plana bondadosa, les vostres régalades 
montanyas. Suspirau aqueix « Salut au Vallespir » qu'ha 
vingut de permont atravessant l'espay com fresca y pura 
alenada montanyenca ; cantau de tota vostre anima, el « Cant 
del Vallespir », y que sigua, per sempre mes, la cansô del 
vostre cor. Cantau les vinyas, les suredas, les estepas y los 
romenins de les vostres garrigas embalsemades y també la 
vostre blavosa mar llustrejant en l'horitzô llunyâ. Cantau, 
y quan haurem acabat d'escoltar eix bell y inolvidable escJat 
de terrenal patriotisma, escoltarem encare el ressô de les 
estrofas que s'esvaeix melangiôs y anyoradiç. Al escampar- 
se sotilment per l'espay, deixarâ en el fons dels nostres 



— 194 — 

esprits, com dels nostres cors, un aroma suau y reconfor- 
tant d'encens mistich, de patri-amor, de flors de bosch y de 
jardi. 

Al mitg d'aquestas solemnitats, alabansas de la patria pri- 
mera, vos dire, jo també, pobre y desconegut montanyés, 
mon amor pel Vallespir. Mirau-lo sobre una mapa, veureu 
que té la forma y la figura d'un vano immens. Ses fuUas, 
maravellosament pintadas de la ma de Deu, se desplegan 
d'Elna fins a Cervera, y son manech, seguint les ayguas 
del riu Tech, s'aposenta en la falda del Costabona geganti. 
De llevant a ponent, aspras y rocosas serras y també mon- 
tanyas ricas y productivas l'hi fan de cuadro y capsaler : 
Cap de Creus, les Alberas, los serrais de Montalba, d'Arles 
y Montbolô, les cimades de Bâtera y Sant Llorens, y les 
alturias de Prats, germanes bessonas del Puigmal y de 
Canigô. Els perfils de sos puigs, soviny coronats de torras 
gôticas o sarahinas, s'oviran nets, precisos, retallats sobre 
l'horitsô mentre no 'Is embolcalle la boyra pel cim de les 
picas com arriva algun cop. Mes, en tôt temps de l'any, la 
llum viva y clara del clima mediterrani li dona un tô de 
safir barrejat d'esmeralda, tenyint-ho tôt dels esplendors 
iradiants del cel y de l'il-luminaciô universal de l'ayre. Com 
Vallespir no té amples vessants no hi ha grans rius, pero 
les ayguas del Tech y de les demés rieras, regan en temps 
de primavera y d'istiu mil hermosas praderias com també les 
ricas hortas dels riverais. La vegetaciô, tant en les planas 
com en les valls montanyesas, es atapahida, delitosa y per- 
sistent. El ramatge dels arbres, sobretot en els alsinars y 
les folrades plantades de castanyers, abriga soviny la terra, 
els esplets viuhen llarch temps sensé la fresca besada de les 
pluges, el bestiar hi es ferreny, aprofitôs y résistent, y 
l'home, com boncatalâ, viu honradament en traballant, sem- 
pre alegre, sempre coratjôs. En pocas parts del mon s'ob- 
serva igual varietat y tantes influencias de latitut dins un 
espay tant limitât. La gent montanyenca porta la senya dis- 



— J95 — 

tintiva y particular de l'altura, que son esveltesa, agilitat y 
magror. La de) plâ ten la robustesa y la força que produ- 
heixen voluntat y acciô. Los de permont passen ab poca 
cosa, no tasten gayre bé may carn frcsca, el seu aliment 
principal es pa y ollada, porch salât, formatges y llet dels 
Durs ramats. Fidels a lestradicions y costums dels avis no 's 
cuyden de cosas exteriors. Los embolicats problèmes socials 
no existeixen per ells. Son divertits y festosos, estimen la 
balla mes que tôt, molts son encare fidels a la barretina ver- 
mella. Els del pla son acostumats a'n el benviure, los hi cal mes 
varietat en l'aliment. Estan mes apasionats per la poJitica y 
la discusiô, no 's pot negar que llur potencia intel-lectual 
es generalment superior a la dels montanyenchs. Fins are, 
els nostres pagesos no abandonen gayre, per viure en ciu- 
tats, la llar y la terra payral. La majoria queda lligada, ab 
gran raho, al modo de vida dels antepassats. Rica o pobre, 
tots estimen la llur comarca, el campanar, lo poblet perdut 
en les garrigas, y el mas, verdader niu de ditxa y de santa 
pau. Tots arrelan com els roures y les alsinas del rodador. 
En el fons, els fills del pla, de la marenda y de la montanya 
tenen un sentiment comù. Vallespir té una sola anima, una 
traça propri, una maravellosa vibraciô que dona a cada part, 
a cada troc d'aquest harmoniôs conjunt, el particular ayre 
de familia, la fesomia especial y caracteristica de la raça val- 
lespirenca. 

La nostre mar, la que banya la costa marina d'Argelés, 
Port-Vendres y Banyuls, sol esser calmosa y serena, casi 
may s'hi congrihen els temporals y tempestats que en altres 
punts la fan terrible y soviny espantosa. Tant en els dias 
de maror com en els de calma, les ayguas son sempre blaves 
com el cel qu'ens cobreix, com la calitja que 'ns embolcalla 
y com les montanyas que 'ns rodejan. Es una mar que 
sembla un llach luminos de l'Orient amb platjas arenosas y 
cales arimosas abrigades pel vent. La pesca, sens massa en- 
riquir nostres valents y decidits mariners es prou abundosa, 



— 196 — 

]a gran diversitat de peixos son ramejats, brillants y llustro- 
sos com cls metalls de mes preu. 

El clima de Vallespir es dolç y agrados encare qu'un 
xich variable. L'hivern hi es curt, prou sech y soleios ; la 
tramontana, sobretot à la plana, hi xiula soviny sa cansô 
molesta pero util y sanitosa tan per la gent com pels esplets. 
La neu, que quasi may baixa a la plana se fon avyat en el 
cim de les mes altas montanyas. La vegetaciô selvatge bro- 
tant atapahida y abundant fa de Vallespir un pays sanitôs 
perqué les plantas y arbres que poblen boscos y garrigas 
son del tôt tots aromatichs. La llenya es forta, de llarga y 
penosa creixensa, condicions proprias per que 'Is arbres y 
les matas poguin resistir a secadas llargas y fortes ventadas. 

Els fruyts que la nostra terra dôna, assahonats pel sol, 
son dolços y apreciats. Rahims primerenchs blanchs y 
nègres, pressechs, albercochs, prunas, amb preferencia la 
(( reyna Claudia », les peras, les pomas d'Arles, les casta- 
nyes de Ceret, nogas, avellanes, nespras, selvias, condonys 
y mangranas, sens comptar les taronjas, mandarinas, llimo- 
nas, poncems y demés aclimatade fruyta d'ultramar. Les 
cireras de Ceret son conegudas per tota Fransa y encare 
mes enllâ ; semblan gotas de sanch vcrmella caygudas de 
las barras del nostre blasô. Com, avuy en dia, les comuni- 
cacions son com mes va mes facils, els productes nostres 
marxan força a exportaciô. Els llegums primerenchs son 
conreuats en totas bandas regables y prou reparades. Trun- 
fas, monjetas, cols de moltas classes, pesuls, tomatechs, 
cebas, aills y escalunyas, apit, pebrinas, carabaces, asber- 
ginias, camps d'asparguls, quintâns de carxoferas y madu- 
xers, ensiams de totas lleys y encare cent altres productes 
originariasde totas parts del mon... demaneu ! Els fruyters, 
arrenglerats en linias sens fî, poblen també planas y baixâns. 
Els pagesos, amb manya creixenta, ne planten a milenars 
cada any. L'olivera, simbol de pau y concordia, desde molts 
anys ingratament sacrificade a Rossellô, es sempre mirade a 



— 197 — 

Vallespjr amb sjngular predilecciô. Dona olivas tingudas en 
gran estima y oli gustôs y saborôs. De) vora mar fins Arles, 
la figuera es també en gran honor. Els pobres principal- 
ment la miran amb molta simpatia. Verdas y secas, les figas 
estalvien el pa, essent quasi un aliment complet. Pertot 
arreu riquissims vinyers abrigan plans y garrigas donant els 
vins generosos y d'antigua reputaciô com los d'Oms y de 
les costas de Sant Ferriol. Mes avall, madurats per les ruhen- 
tors del sol mediterrani s'hi trapen els de Collioure, Cos- 
prons y Banyuls de la Marenda, coneguts y estimats fins 
en les mes llunyanas parts del univers. 

En !a montanya, ademès del feyneig de las castanyedas 
cercleras y duelleras, y de la pintoresca industria dels car- 
boners qu'aclareixen y carbonan alzinars, rouredas y fajosas; 
ademès també de les grans cullitas de trunfas per sembrar, 
de Prats-de-Mollô, lo ram mes aprofitat de la pagesia es lo 
del bestiar. S'hi crian remats de moltons y ovellas, eugas y 
caballs renomenats, vedells y bous per la carniceria, porchs 
engreixats y molt d'aviram de bona mena, manancial de 
molta ganancia pels montanyenchs. Amb aquestes ideas 
gênerais sobre de las riquesas vallespirencas un hom se pot 
fer carrech dels traballs y afanys que passen els pacients 
pagesos pera arribar a producciô tant variada en un pays 
soviny sech, aspre y rocater. No hi falta, per sort, la justa 
y natural compensaciô a llurs esforços. El pages pot enor- 
gullir-se del seu ofici. Lluytar y vencer, vull dir traballar 
y produhir, ja es un goig dels mes grans y purs de la vida ; 
mes en les produccions de la terra hi ha una relaciô tant 
amorosa y paternal com en un verdader infanîament. 

Si haguès de contar-vos un per un tots els enginys dels 
agricultors y descriure per lo menut els distints conreus, 
les varias industrias, les entrctingudas feynas del camp, no 
acabaria may. Aneu-hi a la nostre pagesia vallespirenca y 
veureu com en tôt temps de l'any el travallador apunta amo- 
rosament sa terra. Ohireu lo murmuri dels blats y dels segols 



— 198 — 

balansejats dolçamcnt pel ventijol d'istiu, ohireu, mesclant- 
se amb el brunzit cstrident dels grills y les cigales, el cant 
dels flagells y de les batullas en les polsosas eras. Sentireu 
l'olor reviscoladora dels rahims trepitjats en las samals, veu- 
reu, quan el most ha bullit, trascolar, com un raig de rubis, 
el vi novell a les botas del celler. Veureu a cullir, quan sian 
maduras, les verdas olivas,.y rajar l'oli d'or baix la premsa 
del moli. Veureu les filères de matxos, am pitsada y ronsal 
de penjorellas viroladas, plomall y cascabellade, pujant cada 
mati per les costas, dirigint-se pels viaranys dels boscos 
vers les plaças duelleras y carboneras, baixant a la tarda 
carregats de fustatge y carbô. Somoguts, escoltareu en les 
nits d'istiu per les alturias, el so tant dois del fluviol, el raig 
d'alegres cantarellas que sona '1 pastor atalayant ses ovellas, 
el cabrer guardant ses cabres pels rocaters, ô els baquers 
seguint Dur bestiar per les devesas. Tôt recorrint el nostre 
esplendit pays admirareu també ses riquesas industrials. 
Visitareu Jos reputats tallers saladors d'anxovas y sardas de 
Colliure, les fâbricas de manechs de fohets alimentades per 
les plantades de lladoners de la rcgiô d'Alberas, saludareu 
els axams de valcnts obrers traballant el suro en les aciedi- 
tades fâbricas de taps de Ceret, del Volô, d'Oms, Llaurô y 
Maurellâs. Veureu les fargas catalanas d'Arles y Cortsavi 
que donan el ferro millor, les guixeras y menés de talc de 
Reyners y Palaldâ y aquells meners de la Pinosa y de Bâ- 
tera que portan les entranyas de les nostras montanyas fins 
a la industrial y llunyana Inglaterra. Pujant mes amont, y 
desprès de haver tastat les olorosos y delicades tofas de 
Montferrer, veureu les usinas de Prats-de-Mollô y de Sant 
Llorens de Cerdâns produhint les varias classes de tela em- 
pleades pels espardenyers de Fransa, tastareu en fi los bes- 
cuyts tant apreciats y les conservas alimentarias de l'Ait 
Vallespir. No cal descuydar l'aygua minerai de la Roca y 
de Molâs y les fonts thermals del Volô, dels Banys d'Arles 
y de la Presta que fan coneixer a la gent de lluny ses vir- 



— '99 — 

tuts curativas amb la dolçor de) nostre clima y la boniquesa 
de) Vallcspir. Hi ha traball apropriat pera tothom, cadahu 
pot emplegar-se en allô que mes li agrada. Se necesita no 
mes que bona voluntat. Les industrias de Vallespir y la 
vida pagesa, presas ab la constancia y l'amor deguts, donan 
gojg, benestar, coneixements y cultura que produheixen 
l'equilibri fisich y moral del obrer y del travallador. Aqueix 
equilibri es font verdadera, in-axugable y principal de la 
força dels nostres pobles y del progrès material de Val- 
lespir. 

He estât llarguissim ? Els amadors de la nostra terra m'ho 
escusarân en favor de) afçcte que l'hi portem tots. Altres 
amb mes potestat y ciencia glorificarân avuy en la festosa y 
amabje vila de Ceret, la poesia y la mûsica, reynas sempre 
joves de les bellas arts. Orfeons, chorals, orquestes, ompli- 
rant l'espay de suavissims concerts, molts fills de la ciutat y 
de Rossellô hi celebrarân ses bellesas artisticas y ses glorias 
intel-lectuals, jo vinch de cantar lo que mon cor estime mes, 
una minyoneta humil y feynera, valenta y aixerida, aspra, 
pacient y forta, pero agraciada, esvelta, ayrosa, amb la color 
colrada y enmorenida del nostre sol ; nineta sempre jove, 
cantayre y balladora, bromista y riallera pero seriosa y hon- 
rade que he estimât, fins al haver abandonat els goigs, les 
primors, els plahers y les finures de la ciutat, per viure 
aprop d'ella en la soledat de ses montanyas. Aqueixa minyo- 
na estimada, tots la coneixeu, tots l'heu vista, tots l'heu en- 
devinada : li diuhen « la pagesia de Vallespir ». 



-ry- ^ ^-'^^^^.x^a.K^r^ 



Lo Boix-Sant-Salvador, dia 2 de juliol de ic)i i. 



Fêtes Catalanes de Céret 

du 2 Juillet 

^^ 

Ces fêtes, que favorisa un temps magnifique, n'ont pas été 
seulement un succès, mais un véritable triomphe pour l'idée 
catalane. Le résultat a dépassé toutes nos espérances. Nous avons 
assisté, dans la petite et charmante et si vivante ville de Céret, à 
la glorification de la terre roussillonnaise. Le coeur du Vallespir 
était devenu pour quelques jours le coeur même de notre pro- 
vince. L'enthousiasme populaire a été très grand pour tout ce 
qui exaltait la tradition de la race : bonnets catalans portés d'une 
manière exquise par toutes les jeunes filles et les jeunes femmes 
de Céret et même du dehors, — serdanes dansées aux arènes ou 
sur la place et accueillies toujours par de vifs applaudissements, 
— musique de la cobla avec ses instruments d'une harmonie si 
originale, — mais surtout la cantate, qui réunissait, devant une 
foule de quatre mille personnes, plus de trois cents exécutants 
dont la ferveur et la gravité religieuse en même temps que 
souriante nous remplirent de la plus pure et de la plus douce des 
émotions. 

Le 2 juillet 191 ] constitue une journée très importante pour 
notre cause. La foule entière sentait profondément que la mani- 
festation n'était pas un simple festival d'art incolore et indéfini, 
mais quelque chose de bien catalan. La musique de M. Déodat 
de Sévérac, si merveilleusement adaptée aux vers de M. Jean 
Amade, traduisait avec une fraîcheur, une délicatesse et une 
force surprenantes toutes les aspirations de l'àme roussillonnaise, 
toute la poésie de notre nature, toute la beauté de notre idéal. 
Aussi le Cant deî Vallespir est-il déjà devenu populaire : on le 
chante dans les ateliers, on le fredonne sur les routes poudreuses. 
C'est comme l'hymne de notre pays. A ces différents titres nous 
devons donc les félicitations les plus chaleureuses aux orga- 
nisateurs de la fête, qui ont su lui donner un caractère régional 



— 201 — 

si pittoresque. Céret a vu palpiter aux fenêtres, aux arènes, aux 
grands platanes de sa place et de ses boulevards, les couleurs de 
la « bandera » catalane : que ces couleurs symbolisent à jamais 
pour nous l'espoir d'une renaissance toujours plus féconde et 
toujours plus ardente. 
Vive le Roussillon! 

Aux interprètes de la Cantate. 

Nous devons aussi les plus vives félicitations aux interprètes 
de la cantate, hommes et dames, qui mirent à l'apprendre tant 
d'ardeur et de bonne volonté, aux musiciens de IHarmoiiie du 
Vallespir et à leur vaillant directeur, M. Louis Roque, qui eut 
le premier l'idée de ces fêtes artistiques et qui déploya tant d'ac- 
tivité pour en assurer la réussite. Une très grande part du succès de 
la fête leur revient, notamment à M. Adrien Amade qui montra 
une patience si tenace, une intelligence artistique si sûre et si vive, 
à leur faire rendre cette belle oeuvre dans ses plus petits détails 
et avec un goût si parfait. On n'attendait pas moins du fondateur 
et directeur des « Cantayres catalans » de Céret, qui se fit 
remarquer à la salle Arago de Perpignan par la maîtrise et la 
souplesse de sa direction. M. Adrien Amade a maintenant sous 
sa main une puissante chorale, dont le rôle artistique peut être 
considérable pour l'avenir de notre musique régionale : il ne faut 
pas que d'aussi bons éléments se dispersent et se perdent, de 
même que le superbe théâtre de plein air que les Cérétans ont 
dans leurs arènes doit devenir de toute nécessité la scène catalane 
de demain. 

M. Déodat de Sévérac. 

Le jeune et brillant compositeur, M. Déodat de Sévérac, est 
maintenant devenu l'un des nôtres. D'origine languedocienne, il 
a été attiré par le charme de la nature roussillonnaise, et c'est 
chez nous qu'il est venu chercher la paix rustique favorable à 



202 



l'inspiration et à l'art. Souhaitons qu'il reste longtemps, qu'il 
reste toujours sous notre ciel, dans le décor de notre terre, et, 
après l'immense succès qui a accueilli l'autre jour son oeuvre 
musicale, une des meilleures pages qu'il ait écrites, qu'il consente 




M. DEODAT DE SEYERAC 



encore à s'inspirer de l'âme et de la poésie roussillonnaises. 
D'ailleurs sa musique, parfois si catalane, n'a-t-elle pas reçu la 
plus chaude et encourageante approbation de l'élite musicale, lors 
de la reprise d'une de ses compositions à Paris? 

Cet artiste, dont l'inspiration est à la fois si régionaliste et 



— 2o3 — 

si humaine, a déjà produit beaucoup. Nous tenons à mentionner 
ses principales oeuvres : 

r Le Chant de la Terre, poème géorgique musical en six parties. 

2° En Languedoc, suite pour piano en cinq parties. 

3° J\\fmphes au crépuscule, poème symphonique pour orchestre 
et voix de femmes (exécuté à la Société nationale, sous la direc- 
tion de Vincent d'indy . 

4° Le Cœur du Moulin, drame lyrique (livret de Maurice 
Magre , joué à l'Opéra-Comique en 1909. 

5" Héliogabale, tragédie lyrique en trois actes, livret d'Emile 
Sicard), représenté en 1910 aux arènes de Béziers et repris à 
Paris l'hiver dernier à la salle Gaveau. 

Outre cela, une cinquantaine de niélodies pour chant et piano, 
et divers morceaux pour piano seul ou pour piano et divers 
instruments. C'est dans Héliogabale que M. Déodat de Sévérac a 
introduit les instruments catalans, grâce auxquels il a obtenu des 
effets admirables, et dont les sonorités, tantôt langoureuses et 
passionnées, tantôt mordantes et fiévreuses, lui valurent d'una- 
nimes félicitations. 

M. Déodat de Sévérac est né à Saint-Félix de Caraman, dans 
le Haut-Languedoc, le 20 juillet \SjS. Issu d'une très ancienne 
famille, attaché obstinément au foyer des aïeux, il est tradi- 
tionnaliste par tempérament, par éducation et par atavisme. 

Nous saluons très respectueusement cet artiste de grand avenrr, 
cet ami du Roussillon, dont la vie simple, familière, indépen- 
dante et le caractère affable autant que loyal ont conquis 
l'estime de tous. Au nom de la terre catalane, nous lui crions 
bien fort : « Bravo et merci ! », et nous prenons rendez-vous 
auprès àz lui pour de nouvelles fêtes traditionnalistes, que nous 
souhaitons très prochaines et aussi brillantes que les inoubliables 
fêtes de Céret. 




j'" I I I ' ' I I ' I r 






cgOs^cgOs^ c^Qn^ c^OsS. c^Q>sS^c£g'>^ cg'>sS'CΧQs&. cîg'Sv^ 



Cant del Vallespir 



*^^^^ 



Nous reproduisons ci-dessous la partie delà cantate de M. Jean Amade 
qui a été mise en musique par M. Déodat de Sévérac et exécutée le 2 juillet 
aux arènes de Céret. Mais l'ensemble comprend, en plus de ce morceau, un 
Cant de mares, que nous avons publié ici même ( T^^uwe Catalane, i5 décem- 
bre 191 G), un Cant de minyonas « anant à la font ambe la dorca » publié 
dans la Veu del Canigô du 20 mars 191 1, et enfin un chœur de « pastors, 
boscayrols, carboners, traginers, etc. ». 

Nous espérons que l'auteur voudra bien réunir prochainement le tout en 
plaquette a per la gloria del Vallespir ! » 



Cantem la terra catalana, 
Terra de lalegria y terra de la pau, 

Lo Canigô, rey de la plana, 

De la montanya y del cel blau. 
Cantem lo Vallespir hont bronzina l'abella 

Sens por del vent geliu, 

Hont sempre la perdiu 
Pot criar sos petits que piulan aprop d'ella ; 
Lo nostre Vallespir hont l'hivern es tan dois 

Qu'hom veu à cada branca 
De l'ametller cubert de gibre com un pois 
Naix' aviat al sol vermeil una flor blanca ! 
Pahîs de la cirera y del clavell hermôs, 

Hont la minyona porta 

En sa galta, en son cos, 
Com la fruyta y la flor mes bonicas de l'horta. .. 

Terra del Tech festiu. 

Terra de las Alberas, 
Hont lo sol fa de l'ull un germa del caliu 
Y de la boca fresca, al moment que somriu, 



20!> 

La germana de las cireras. 
O terra antigua de l'oliu, 
Aybre estimât dels nostres avis 
Que douas l'oli pur y ciar 
Per fer millor nostre menjar 

Y pe '1 Hum qui, la nit, vetlla el treball dels sabis ! 
Vallespir de la vinya y del ciure rojench, 

De la dolsa manglana agradable â las bocas ! 

O poesia de! pahis vallespirench 

Que fas florir sota del cel totas las rocas !... 

Cantem lo que diu l'alba à nostre cor aymant, 
Lo que li diu l'estela espellida al llevant ; 

Cantem, amichs, cantem encare 
Com creix la tendre flor à \\ vora del riu 

Y com Jos aucellets s'adormen dins del niu 

Sota las plumas de sa mare... 

Cantem lo qu'umpleix nostre cor 

D'un goig y d'un encant sensmida. 

Amichs, cantem, cantem l'amor ; 

Cantem, amichs, cantem la vida : 

Si, cantemla tots de bon grat 
Nostra vida que raja ambe tant de dolsura, 
Com las ayguas del Tech entre voras de prat 

H ont reina la frescura ! 
Cantem la primavera y l'estiu rialler, 
La follatge amorôs y fresch del castanyer, 

Y las fonts regaladas 
Hont s'amagan las fadas 

Per encisar lo jove amb son mirar dolser... 
La barretina roja y l'espardenya ardjda, 

Y la faixa y l'escoffiô, 
Cantem la gracia espellida 

De la minyona y del minyô !... 



— 2o6 



Que canti nostre cor, ((ue cantin nostres llabis, 
Rossinyols de l'amor refilant sus d'un faig : 
Com rajan per l'herbam las eus al mes de maig, 
Que raji lo parlar divi deis nostres avis... 
Y, f:ns à l'hora hont lo sol eau, 



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CAP A CERET 

La Pica de Fontfréda 

A la primavera es d'un pler anar d'excursiô per la montanya 
de Ceret. Qui cerqui aygues frescas, ayre pur, y un bel! punt 
de vista, pot s'encaminar per los senders que serpentejen, serra- 
lades amont, v menen al Bosch de la vila, à la Fontfrèda 6 al 
pich de Bôlerich. 

Lo dia sols punteja que colles d'alegres traballadors ja traste- 
jen per los carrers de la vila, lo peu calsat de l'esperdenya lleu- 
gera, las eynes sobre d'una espatlla, lo sarré y '1 barrai sus l'altre. 
Las nines y las dones segueixen, dun pas aixurit, las faldilles re- 
trossades, cofades del blanch cofet rosselloRès, y '1 cistell al bras. 

Lo piuladis dels aucells y '1 cant del gall retrunyen per tôt, 
com pera saludar los primers raigs del soi, quin cribell rojench 
trauca â l'horitzô, sobre la règua blanca que marca la mar. Lo 
rond de foch puja com mes va, s'enmiralla dins las ones, y se 'n 
va à posar una pinzellada vermella pel cim de las picas de Canigô. 
La Hum avivada del soi ompla l'espay, s'esbargeix per las valls ; lo 
barrejadis d'altures ensoleyades y de fondalades ombroses favistos 
lo relleu de la montanya y la pendent anguilejanta dels riberals. 

A mida que n'hom puja, se sent la flayra embaumada de las 
floretes y mates boscanes ; la frescor de la castanyeda repara dels 
raigs ja ruhents del soi ; n'hom acaba d'esser à Fontfrèda. 

Aquî, la vista es de lo mes bel. D'un ban lo gegantiu Canigô, 
encare platejat de congestes nevades ; al devant, las serres llunya- 
nes de las Corberes, y la blancor lluhenta de l'estany de Salses ; 
per l'altre ban, tota la regua escumosa del mar. Si n'hom se 
régira, se veu la alta collada de las Salines, que enllassa Ceret (à 
Fransa) y Massanet-de-Cabrenys (à Espanya) ; d'un costat lo clôt 
de Barrabam, y 'Is remingols del bosch de la Vila ; de l'altre, 
per los esquitxos de las Albères, s'ovira '1 plâ de l'Ampurdâ y 
la badia de Rosas. 

Es régalât d'esmorsar aquî, à 700 mètres d'alsaria, à la vora 
d'una aygua fresca y ganosa ; s'admira, à dalt, un cel tôt blau ; 



— 2o8 — 

al entorn, un sens ff d'altures verdejantes ; y per baix, Ceret, 
amb los dos ponts del Tech, la devota de Sant-Ferriol, y l'es- 
tensa planura del Rossellô. 

Es de bo que n'hom plany, llavors, los desditxats perpinyane- 
sos, deixats à viurer rodejats de fortificacions, emblanquits de 
pois, y torrats pe'l soi. 

A Sant-Ferriol 

Per Sant-Ferriol es dia d'animaciô, â Ceret. De per tôt, colles 
de gent s'en van cap al Pont, y pujen à la devota del Sant ; aquî 
s'hi veu rossellonesos vinguts dels quatre cantons de la plana, 
ampurdanesos vestits de vellut, y pagesos de montanya, re-bels 
amb Uur barretina vermella y las acostumades espardenyes. 

Lo cami anguileja per avellaneres y vinyers,y trenca unos cor- 
rechs cas) aixuts, baixats del puig de Sant-Ferriol ; de quant en 
quant, oliveres ombrejen la garriga tota ensoleyada ; y '1 Canigô, 
coronat de primoroses bromes, sembla que s'espihi, desde '1 cel, 
la numerosa llocada que se moii à sos peus. 

La capella es plena de gent, aixis com las estancies del mas, 
que es à tocar ; per la plasseta, ni s'hi pot caminar, per entre- 
mitg de las taules hont s'han parât resquilles y avellanes, medalles 
y rosaris ; contra de las parets, es una barrejadissa de burros, de 
matxos, y de carriots ; n'hom diria un campament oriental, mentres 
que la campana no para d'esbargir, per tôt arreu, sos tochs d'alegria. 

Desprès d'ohir la missa y d'haver cantat los goigs, cadun mira 
d'anar â menjar, assental pels marges 6 sota d'un ciure ; se buyda 
lo sarrô, s'aixuga los barrais y carbassetes de vi ; n'hom s'ager- 
mana amb los rotllos del vehinat, sembla que 's torni à l'antiga 
vida, campestre y patriarcal. 

Envers onze hores, la gent comensa de se 'n baixar. Lo sol, 
enlluhernador, escampilla sos raigs endaurats ; per las picas de 
Canigô, encare hi berbillejen congestes platejades ; pels serrats, 
las rabasses son plegadisses de richs penjols de rhims ; lo riu 
Tech raja apolidet per entre 1 sorral de sas ribes ; n'hom se cor- 
pren d'aqueix paysatje encantador. 

Y quan s'arriba a Ceret, encare s'hi ou un repicat passe-vila, 
com a primer tast de la corrida y de las balles del havent-dinat. 



Les Torres de Cabrenç 

Al meu Yallespir ! 

Al mit) de la vall bella, de la vall verdosissima 
Hont ses aygues rodola la ribera purissima, 

Lo Tech, fin de Prats-de-Moll6, 
Eixit de Costabona, saltant de penya en penya 
De la calenta Presta fins les muralles d'Elna, 

— salts de cabrit, bots de lleô, — 

Sus la geganta esquena que fa de serra llongua, 
Lo cap à La Mènera, los peus à Serrallongua, 

Lo ventre cap â Sant-Llorenç, 
Pel dimoni quiUades, fantasmes espantoses, 
Com très germanes Parques, très bruixes horroroses, 

Son les très torres de Cabrenç. 



Rocam de granit que les torres portes, 
Tan nègre y pelât, d'infern has sallit, 
Que tôt, pels entorns, verdeja, espallit : 
Camps de segle y blat, castanyedes fosques. 

Runca, run(^ â baix lo Tech 
Ab gemechs, planys y renyechs. 

Trident infernal que '1 cel amenaça, 
May no gosa '1 llamp tes torres tocar 
Que se trencari'a antes d'arrancar 
Un boci de roch d'aqueixa forcaça. 

Runca, runca â baix lo Tech 
Ab gemechs, planys y renyechs. 



2 JO — 

Fora '1 Temps, tôt sol, les ha ruinades 
Les amples parets del antich castell ; 

Y prôu li 'n calgué de segles, an ell, 
Pels he rosegar ab ses caixalades ! 

Runca, runca â baix lo Tech 
Ab gemechs, planys y renyechs. 

Ni los llops hi van â ton aspra serra ! 
Al veurer tes dents la bruma esqueixant, 
Ja s'hi fan de lluny, que Is hi vé l'espant 
Que Is estripa tots, com anyells la fera. 

Runca, runca â baix lo Tech 
Ab gemechs, planys y renyechs. 

Voltor, esparver, corb, grâula, cabeca, 
Aucells malehits, fora hi fan lo nîu ; 

Y quan voltejan, lo pastor se dîu 
Que d'ânimes es aixâm que s'aixeca. 

Runca, runca â baix lo Tech 
Ab gemechs, planys y renyechs. 

Les animes son dels barons ferestos 
Qui de Serrallongua eran los Senyors, 
Los Bracads : Ramon, Bernât, Guillcm, tots 
Sempre per maldats y rapinyes prestos. 

Runca, runca â baix lo Tech 
Ab gemechs, planys y renyechs. 

Y les animes de les dolces dames, 
De la Bellissenda als ulls de safi 

Y de l'Ermessenda de Cortsavî, 

De Ramonda y de Saurina, les âmes 

Runca, runca â baix lo Tech 
Ab gemechs, planys y renyechs. 



2 I 1 



Y les animes dels cautius de guerra 
Morts à les presons sens veurer la llum, 
Deixat lo pahis, oblidat lo nom, 
A Cabrenç menats de Uunyana terra. 

Runca, runca à baix lo Tech 
Ab gemechs, planys y renyechs. 



♦ 



Perô, de la val! bella, de la vall verdosissima, 
O ruines superbes, Cabrenç cspantosissima, 

Ets lo bell cor del Vallespir, 
Que de dalt de tes Torres Tull encantat ovira 
Les torres, tes germanes, de Batéra, del Mira, 

Y de Côs y de Cortsavi. 

Y, mes lluny, la mirada va, tôt seguint l'Albera, 
Per d'allâ del fort d'Arles, à la blanca ribera 

Ahont lo mar mes blâu s'esta. 
Ay ! germans ! vos ho prego ! mes cendres refredades 
Portâu ab alegrîa à mes torres aymades, 

Sempre ne seré l'Ermitâ î 



Dia de Sants Père y Pau de 191 i 



^'^^^X*k*^\^^X*\\\\\K*X*\*\^K*\*^X^ 



Prats-dc-MoUo 



f 



A Madame 'Emile Leguiel. 



Le Baus de l'ase, « la Chute de l'âne » est un défilé sauvage 
et grandiose que la rivière du Tech s'est creusé dans les entrail- 
les de la montagne entre deux hautes parois abruptes et verticales 
qui semblent vouloir se refermer à nouveau ; au fond, les eaux 
du Tech bondissent, écument sur les roches arrondies, la route 
de Prats-de--Mollo surplombe la rivière et, bonne compagne, suit 
docilement les mêmes contours ; le versant méridional est très 
boisé ; celui du nord, dévasté par les éboulements, montre des 
rochers nus et des graviers glissants. A quelque cent mètres, l'on 
devine l'ancien chemin difficile et dangereux, plus propre aux 
chèvres qu'aux voitures, animé jadis par les bruyantes et joyeu- 
ses caravanes de muletiers et de voyageurs, aujourd'hui désert et 
silencieux ; saint Eloi lui-même a quitté sa vieille niche où il ne 
protégeait plus personne et il est descendu dans un oratoire édi- 
fié sur la nouvelle voie où il s'ennuie et regrette le temps passé, 
car les gens sont maintenant trop pressés pour l'invoquer et le 
saluer. Là-haut, très haut, dans un coin où les aigles placeraient 
leur nid, une métairie est accrochée, suspendue au-dessus du pré- 
cipice ; les yeux cherchent l'étroit sentier qui sert aux habitants. 

On entend le bruit caractéristique et rafraîchissant d'une grosse 
chute d'eau, la route longe une scierie et des douelles amoncelées, 
sort du défilé, franchit le Tech et un affluent qui accourt du 
Canigou ; dix minutes plus tard, la vallée s'élargit, l'horizon s'é- 
tend, s'éloigne, la rivière arrose de grasses et riches prairies, les 
pentes plus douces sont soigneusement cultivées ; autour des mas 
blanchâtres, aux toits de tuiles rouges, les champs de seigle, 
maïs et pomme de terre alternent avec les châtaigneraies au noir 
feuillage ; deux trouées s'ouvrent successivement dans les monta- 
gnes d'Espagne ; devant nous, sur un piton gris et dénudé, la 
tour du Mir (du regard; se dresse fièrement, sentinelle avancée 
qui garde la contrée ; a droite, le fort la Garde, jadis édifié par 



— 2)3 — 

Vauban, remplit un large mamelon. On dépasse une coquette 
villa enfouie dans la verdure, la silhouette d'un clocher se lève 
derrière un repli de terrain, et après un tournant, l'on découvre 
un gros bourg ceint de vieilles murailles. Excités par leur con- 
ducteur et l'approche de l'écurie, les chevaux traversent au galop 
un faubourg plein de mouvement et de gaieté, un foirai! spacieux, 
ombragé de platanes et micocouliers luxuriants, puis, dans les cla- 
quements du fouet, les tintements des grelots, le fracas des roues 
sur les pavés, ils s'engouflFrent dans les remparts par la porte de 
France, veuve, hélas ! de sa porte, son fossé, son pont-levis et 
s'arrêtent enfin sur la place de Prats-de-Mollo, la capitale du 
Haut-Vallespir. 



Prats-de-Mollo est bâti en amphithéâtre sur la rive gauche du 
Tech ; ses murailles actuelles, qui datent de Louis XIV, sont jau- 
nies par le soleil et la pressent étroitement comme un corset de 
femme âgée ; au sud, elles trempent leurs pieds dans les eaux 
claires de la rivière, elles montent vers le nord à l'assaut du fort 
la Garde, mais lasses sans doute, elles s'arrêtent, se rejoignent à 
mi-chemin s'appuyant sur la belle et vieille église romane dont 
les murs épais, étayés de solides contreforts semblent plutôt d'un 
château féodal ; le clocher est une grande tour carrée, percée sur 
chaque côté d'immenses baies à demi-murées, surmontée d'une 
petite pyramide et d'un encadrement de pierre où deux cloches 
se balancent. Les maisons s'étagent en gradins et s'escaladent les 
unes les autres ; les rues, d'inégal niveau, sont reliées par des esca- 
liers aux larges degrés ou des côtes rapides aux rangées transver- 
sales de pierres saillantes. Un torrent profond divise l'aggloméra- 
tion en deux parties dissemblables : la plus grande et la plus 
neuve, à l'orient, n'est pas trop brouillée avec la symétrie; l'autre 
constituait le Prats primitif, ses maisons étalent leur vétusté et 
se heurtent dans un désordre pittoresque. 

Devant l'église une magnifique terrasse domine la ville et la 
vallée ; à droite, la route monte avec la rivière vers l'établisse- 
ment thermal de la Preste ; au fond, le pic de Costabona con- 
serve huit mois de Tannée sa cape immaculée, sa fourrure d'her- 
mine ; à mi-flanc, les bâtiments du Boix et son immense Christ 



— 214 — 

qui déverse sur les êtres et les choses l'amour et la paix dont il 
a le cœur plein. Devant nous, un torrent dévale d'une gorge 
étroite et longue ; tout près de la ville, la fontaine d'Amour où 
il fait si bon deviser, flirter, causer, discuter, à l'ombre des grands 
arbres, près de la source qui murmure ; au-dessus, deux chemins 
qui grimpent en lacets : celui de gauche mène au Coral, ermitage 
de la Vierge célèbre en Roussillon, l'autre en Espagne par la 
chapelle ruinée de Sainte-Marguerite et le col d'Ares ; de ce 
côté la tour du Mir, moins dégagée de la montagne, n'a plus si 
belle allure ; à gauche, les hauteurs de Gironella sont arrondies 
comme des épaules féminines et l'on devine le Baus de l'Ase, 
cette percée du Tech pour courir à la Mer Bleue; derrière nous, 
le géant Canigou s'aplatit, s'efface, s'humanise volontairement, 
gardant sa hautaine réserve et son front sourcilleux pour ceux qui 
le contemplent de la plaine roussillonnaise. 

Cirque incomparable où l'on ne sait qu'admirer le plus, tant 
les paysages sont changeants, les décors variés ; les petits coins 
ombreux ont un charme plus modeste, une grâce plus intime et 
plus prenante ; les vallons escarpés, vrais abîmes, les cimes altiè- 
res, perdues dans l'espace, étonnent davantage, ont plus de gran- 
deur et de majesté ; ces beautés différentes se complètent et se 
font valoir mutuellement ; l'artiste, impuissant à traduire son émo- 
tion, ouvre de grands yeux et reste muet. 



L'on ne vantera jamais assez l'exposition de Prats-dc-Mollo 
sur le versant septentrional d'une vallée orientée du levant au 
couchant ; la ville reçoit le premier baiser et le dernier sourire 
du soleil, ne perd aucune de ses brûlantes caresses ; blottie dans 
le giron méridional du Canigou, elle ignore les vents du nord, 
elle est plus sujette aux vents chauds d'Espagne, ennuyeux peut- 
être durant la belle saison, mais que l'hiver, elle accueille avec 
gratitude. Malgré l'altitude proche de huit cents mètres, les bru- 
mes sont assez rares, les pluies plus diluviennes que fréquentes ; 
l'été a surtout des orages terribles et dévastateurs, heureusement 
vite évanouis ; comme le vent, l'humidité n'est que passagère et 
l'atmosphère se maintient sèche, calme et limpide. 

Les hivers ne sont pas rigoureux, les neiges pas abondantes. 



— 2l5 — 

En décembre 1906, une chute de neige dura trois jours, ensevelit 
la vallée pour trois mois sous un grand linceul blanc, mais la 
tempête avait également sévi dans tout le Midi et à Prats les 
vieillards seuls en évoquaient une semblable, quand ils étaient 
petits enfants, soixante-dix ans plus tôt. D'habitude, la neige, 
assez tenace sur les crêtes, fond en deux ou trois jours dans la 
ville et ses alentours, fuit, dit-on, comme un lévrier. Tandis que 
la violente tramontane fait rage dans la plaine, chasse la pous 
siêre sur les routes, soulève jusqu'aux cailloux, pousse et ren- 
verse les wagons, se glisse sous les vêtements les plus épais, les 
couches supérieures de l'air sont seules agitées dans le Haut- 
Vallespir et le soleil conserve toute sa vertu. De novembre à 
mars, les froids sont vifs pendant la nuit, de cinq heures du soir 
à huit heures du matin, mais les journées sont souvent printa- 
nières, la route de la Preste est le rendez-vous des flâneurs et ce 
n'est pas seulement par coquetterie que les dames déploient leurs 
ombrelles. 

L'été reste la saison privilégiée ; les retours offensifs de l'hiver 
qui surprennent désagréablement à de plus hautes altitudes sont 
inconnus tout autant que la canicule du Roussillon, cette lourde 
chaleur qui fatigue, accable, déprime ; quand le soleil au zénith 
darde ses flèches d'or en fusion, les châtaigneraies off^rent leur 
ombre délicieuse, et les nombreuses fontaines leurs eaux glacées, 
apéritives et légères ; les poumons se dilatent pour respirer un 
air exempt de ces miasmes délétères qui empoisonnent les 
grandes villes, chargé tout au contraire des suaves et fortifiants 
arômes que distillent les plantes balsamiques de la montagne. 
Les soirées sont exquises, la brise qui descend des sommets et 
celle qui s'élève de la rivière piquent agréablement la peau, 
enveloppent le corps d'aise et de bien-être, — et, quand on 
rentre chez soi, c'est pour goûter le sommeil paisible de l'enfance. 

Qu'il fait bon surtout revenir à Prats lorsqu'on est fatigué ou 
meurtri, tant au moral qu'au physique, par les luttes cruelles de 
la vie ou ses plaisirs sont plus dangereux encore ; l'apaisement 
est presque immédiat, le soulagement rapide, les peines s'éva- 
porent, le courage renaît, les forces reviennent par enchantement, 
l'on se trouve guéri, régénéré, plus vaillant, plus intrépide que 
jamais. Ce n'est point un lieu pour travailler avec excès ou 



— 2 l6 

s'abandonner aux grandes passions, mais pour couler sa vie dans 
une sage quiétude ; le climat, sédatif et régulier, dispose au 
farniente et aux tendres, aux pures joies du cœur ; les jours 
passent sans courber les épaules, la jeunesse se prolonge long- 
temps, la vieillesse commence tard, se conserve douce et tiède 
comme un été de la saint Martin, 

Le mythe d'Antée est l'un des plus beaux de l'antiquité; 
chaque fois que, terrassé par Hercule, le fils de la Terre touchait 
sa mère, il recouvrait sa vigueur épuisée ; pour le vaincre, le 
héros grec dut le soulever en l'air et l'étouffer dans les bras. 
Cette légende, comme toutes celles de l'Hellade, n'est pas une 
simple et vaine histoire curieusement inventée ; elle a un sens 
caché, elle enferme sous le voile transparent d'une allégorie le 
pur diamant d une grande vérité ; le salut de l'homme est dans 
le retour à la nature, elle le réconforte, le retrempe, le rajeunit, 
elle est la vraie, la seule fontaine de Jouvence. Cette grande 
vérité, je ne l'ai jamais si bien comprise qu'à Prats-de-Mollo. 



O coquette ville de Prats ! la neige te couronne pendant 
l'hiver, la verdure pendant l'été, tu es toujours fraîche et parée 
comme une jeune vierge le matin de ses noces ; et le tendre 
regard, humide et brillant, le mystérieux sourire, plein d'abandon, 
pudique et voluptueux à la fois qui ravissent d'amour et de 
bonheur son fiancé d'élection, tu les adresses à tous ceux qui 
pénètrent dans tes murs ! 

Mais, dis-moi, beaucoup d'autres villes plus riches et plus 
belles, plus fardées, plus séduisantes et plus capiteuses accueillent 
de même le voyageur à bras ouverts, se livrent à lui sans réserve ; 
cependant lorsqu'on les a visitées en détail, qu'on a goûté tous 
leurs plaisirs, on les quitte avec indifférence sans retourner la 
tête ; pourquoi donc, dès qu'on te connaît, se détache-t-on 
difficilement, s'efforce-t-on de prolonger son séjour et ne part-on 
qu'à son corps défendant, l'âme endeuillée, incapable de t'oublier 
désormais ? pourquoi tant de touristes promettent-ils de revenir 
et regrettent-ils que leurs affaires les empêchent de se fixer 
définitivement ? dis-moi les liens mystérieux et forts avec lesquels 
tu saisis, emprisonnes, retiens les cœurs ? 



2 I 7 — 

Moi aussi, j'ai subi ton emprise ; je venais de la lointaine 
Bretagne où les genêts en fleur mettent une gloire sur la lande, 
où les flots glauques de Tocéan déferlent sans répit sur les falaises 
déchiquetées; l'attachement est proverbial des bretons pour leur 
petite patrie ; eh bien ! quel philtre magique m'as-tu versé pour 
supplanter la vieille Armorique dans mon affection ? toi seule es 
maintenant l'objet de mes désirs, c'est à l'ombre de tes remparts 
que la vie me semblerait meilleure, la mort moins amère, et c'est 
dans ton cimetière, véritable belvédère, au-dessus de la ville, face 
à la vallée, que j'ai marqué ma place pour le sommeil éternel ! 
Juin 1911. 




Als Cantaires Catalans del Vallespir 

Cantaires de la Vall, garleu(ii ab mélodie 
els aires de la terra, qu'enlairen nostre cor ; 
qu'allunyan las tristeses ab ritmes d'armonie, 
que nostre ser inondan de pur y tendre amor. 

Vermelles barretines que Uunyanes filamejen 
mogudes y joyoses las testes coronant, 
xamoses com les roses qu'esbeltes se cimbrejen 
ornant las margenades y els aires perfumant. 

Garleu la dolsa parla, trésor dels que passâren, 
que grava els sentiments ab bells caracters d'or; 
qu'evoca el gran recort d'aquells que s'enlairâren 
acompanyant llurs cants ab una lira d'or. 

(i). Babiller, [gazouiller, chanter, dire... 



— 2l8 — 

Del xamôs Vallespir rossinyols que refilen, 
de llurs cases la joya arrivât el repos, 
y mes tart al capvespre quan las dones ne filen 
tança vostres parpelles un somni delicios. 

La gloria de llur terra n'escampan per la Fransa 
qu'admira el tendre accent dels fills del Rossellô, 
y esclaten ubriagats sentits planys d'anyoransa 
y en garlan las belleses dels cims del Canigo. 

Ja may no moriràn els noms dels qu'ho ensenyen 
à conquérir la gloria les palmes y els llaurers, 
ja may se marcirân en els segles que venen 
els noms prehuats d'Amade, Manresa y Pallarés. 

Gran poble Catalâ, feli's de tu qu'admires 
ab santa fruhiciô y gran reculliment, 
del amor de la terra flamejantes guspires 
que brollen foguejantes d'amor y sentiment. 

Cantaires de la Vall garleu ab mélodie 
els aires de la terra qu'enlairan nostre cor ; 
qu'allunyan les tristeses ab ritmes d'armonie 
y nostre cor inondan de pur y tendre amor. 

Victor Vallespir. 

Palmes Académiques 

Au moment de notre tirage, i) nous arrive l'agréable nou- 
velle que les palmes académiques sont décernées à M. Jean 
Amade ; nous adressons à notre ami nos meilleures et sin- 
cères félicitations. C'est là une considération donnée à son 
oeuvre littéraire et poétique. 

Per molts anys ! Visca lo Vallespir ! Visca lo Rossellô ! 



M. Jacques de Noëll 

M. Jacques de Noëll, un bon et sincère Catalan, est l'auteur du 
Salut au Vallespir qui a été exécuté au festival de Céret par 
toutes les sociétés chorales venues pour la fête. Directeur de 
l'Orphéon de Saint-Laurent-de-Cerdans, qu'il a fonde en 1896, 
et qui a pris une part si remarquée à l'exécution de la Cantate, 
M. Jacques de Noëll, comme cet orphéon, va de succès en 




M. JACQUES DE NOELL 



succès : il porte au loin le renom de notre petite patrie. 11 a fait 
entre autres oeuvres un arrangement de Lo Parlai à 4 voix ; ses 
chanteurs interprètent toujours d'une façon ravissante Montanyes 
régalades ainsi que deux sardanes fort curieuses. 11 prépare une 
édition de vieilles chansons catalanes, et, avec le maître Déodat 
de Sévérac, une reconstitution de la musique catalane. Catalaniste 
fervent, vrai fils du Vallespir, il a travaillé de son mieux à faire 
connaître les beautés de notre cher pays. Nous comptons sur lui 
pour entretenir chez ses compatriotes du haut Vallespir le culte 
des choses catalanes, et nous lui souhaitons de tout cœur, en art 
régionaliste, de nouveaux et nombreux succès. 



^«^^^^^V«*^^i^5i»?.VV«5C<^V<SC<V«^C'V<N'5^S^5i^5i^5i^^5ii^»^î^5^««N^ 



El Vallespi 



^ tt'En Johan Amade. 



Bé plau à mon cor el quiet Vallespi, 
amb el seu perfiim de roja surera, 
y '1 Tech vorejant l'armoniosa Albera, 
per se desayguar en el mar llati ! 

Bé plau à mon cor l'alegre filada 
de vilatges blancs am teulats vermeils, 
que veuhen à l'alba brillar damunt d'ells 
la derrera estela al cel enlayrada ! 

Bé plau â mon cor l'aspre y '1 regatiu, 
l'ardent soleyâ que soviny ens mostra 
l'aguda etzevare de la terra nostra 
y la pura gracia de l'etern oliu ! 

Bé plau â mon cor la castanyareda 
que s'en puja d'Arles fins â Sant-Llorens, 
boy deixant les torres de l'esquerp Cabrens, 
y de Montferrer la presô tan freda ! 

Oh terra germana ! Oh, '1 meu Vallespi! 
Tant que tindrâ neus l'asprôs Costabona, 
tant qu'entre pomers el Tech que ressona 
rodejarâ pedres del teu monestir ; 

Y tant que duyent la dorca pansida 

aniràn tes filles amb un balanceig 

â la font del Boix qu'estima '1 festeig, 

tant que Is blancs rosers treuràn llur florida, 

Tant qu'en les bardisses niarân aucells, 
guarda 'n el redôs del mont de l'Albera, 
amb el teu perfûm de roja surera, 
els balls y les festes y costums dels vells ! 

Maig 1911. 




Sant Eloy 

Sus de la carretera nova de Prats-de-Moll6, passât lo poble 
rident del Tech, la vall poch à poch vé mes estreta, penyes 
asproses lestrenyint, tant altes y dretes de cada ban que may hi 
toca '1 sol sinô al mit) dia dels mesos d'estiu. Broll â baix la ribcra 
de saltant en saltant, blanca d'escuma, y se veuhen de quant en 
quant gorgs espantadissos, que l'aygua clari'ssima de) Tech tor- 
nase nègre, de tan fonda qu'es. Eix lloch de salvatge bellesa ne 
diuhen Les Sitges, corn lo mas penjat alla dalt que sembla una 
roca blanca â punt de s'estimbar sul cap de qui se l'espia. Pro- 
ven eix nom de les sitges o pôus (en francès ne dirian silos) hont 
abrigavan les trofes, altres temps, los masobers d'aquell mas per 
amor que no se 'Is hi gelessan al cor de l'ivern. 

Aviat se présenta â vora del cami una capelleta quillada al 
cim d'un pilar nou, com s'en sol parar en molts endrets de rutas 
y forques ; un sant s'hi abriga, lo gloriôs sant Eloy, patrô dels 
joyellers y argenters y també dels cabaDs, matxos y burros, 
donchs dels caballers, postillons, cotxers, carreters y traginers. 
Si s'espia â l'altre riba del Tech, un galan poch amunt de la 
paret penyosa, se veurâ altre capelleta mes antigua, à vora del 
cami vell de Prats, avuy arruinat, que descapdella, aixi mateix 
que corda floixa, â qui sab quants de pams sobre dels timbâus 
del rîu, ses pujades, baixades y remingols. Era allô la caseta del 
benaventurat sant Eloy, y tant vos com jô us pensariu que tôt 
fent la ruta nova varen baixarhi l'antigua estatua, que no s'estés 
abandonada alla dalt. 

No es aquesta la veritat. Lo sant, pochs anys fa, no s'havia 
tret del cami vell y tothom se '1 ténia oblidat, tan y tan gran va 
la fredor de la gent de carreta per les coses sautes, que mes se 
cuyda à xurrupar maies aygues-ardents â cada alberga encon- 
trada que de se signar y fer pregaries â les dévotes. Caminar de 
dia o de nits es feyna ruda y un fil acalenta y dona pit ; y de fil 
en fil, n'hi ha que vint o trente colps ab una diada se posan les 
gingives â mollega. 

Una nit fosca de Nadal, que tôt era blanch de néu y que 
bufaba una mala rufacada, pujava 'I cotxe d'Arles â Prats. Lo 



— 1-11 



cotxer, tôt arrodit, treya mal â tenir les besties qu'estropassavan 
à cada pas sus de la neu gelada. Arribant à les Sitges, los caballs 
tôt d'un colp s'estrabancan y s'amorran, no s poguent mes 
aixecar. Salta l'home de seguida, ab dos companys adormits â 
dintre que '1 patach los avia despertats, y tots très, ab molts 
afanys, descollant lo bestiar, acaban del tornar de péus. 

Ay I que te veuhen sus de la néu blanca ? Un calcôm de aegre 
com un tiô. Agafada la llanterna, ja van coneixer lo que era : lo 
sant Eloy de la ruta vella, ben estirat al mit) del pas, coll trencat, 
sensé mans ni croça, estamordit y gelât! Com havia vingut aquî ? 

Aixô fora ho van sapiguer l'endemâ, que minyons de Prats 
ho van dir, tôt apurats de lo qu'havian fet. Eixint de taulejar y 
fer begudes ab motiu d'alabansa â l'Infant de Maria, mitj bor- 
ratxos, dos pareils de galipans s'en havian anat â rodar, tôt fent 
cantarelles, cap à la Pollengarda, desprès montanya amunt, y 
pervinguts à la ruta vella, havian obert la capelleta de sant Eloy 
y, prés lo pobre bisbe, Thavian tirât dalt â baix, ab grand 
remoli de braços, pel negar dins del Tech. Pero l'infeliç sant 
Eloy, atravessant per damunt la ribera, s'era escaygut â la 
carretera nova. 

Los très companys van cullir '1 Bisbe y son cap mitrat y 'I 
varen durer â Prats, hont très hores de nit tocavan al campanar 
quant arribaren, y varen môurer gran fressa, arrotllant gent y 
gent pels hi mostrar la troba. Entre setmana, lo sant fû adobat 
de nôu. Un dels caminants, qu'era fuster, li va passar entre cap 
y coll una clavilla per ajustar la testa y li va afagir mans. L'altre, 
qu'era serraller, li va fer una croça ; y '1 cotxer que sabia pintar, 
li va passar color de carn à les mans y â la cara, color blâu â la 
roba y color vermeil al manto, hasta li engroguejà la mitra. Se 
va fer ab cuartos de caritat una capelleta nova sus de la carretera 
en el punt mateix hont havia caygut ; y veus aqui com ha deixat 
sant Eloy la ruta vella per venir, tôt fresch y régalât, â vora del 
Tech. 

Aixô m'ho va contar, l'any passât, per una nit d'estiu tota 
blanca de lluna que pujava al seu costat sul cotxe d'Arles y 
passant devant de sant Eloy, lo cotxer mateix que li va succehir 
esta Ventura, lo benvolgut y bon minyô En Miquel Pompidor. 

Paris, primer dia de juliol de 191 i. 



•<! tfh^u^ eU QUre^ç^ 






La Ceretana 



(i; 



bis 



La Ceretana, ben florada, 
Porta color de bona lley ; 
El diumenge, â la passejada, 
Dirian rosa qu'espelley : 
un aixerit, boca divina, 
Cos graciés, peu minyonet, 
Tothom s'encanta cuan camina, 
Tant el seu ayre es boniquet... 

Refrany 

Amichs, cantem la Ceretana 
De la Marenda al Canigô ; 
En s' cofant à la catalana, 
Es la perla del Rossellô... 

Donà de gust y molt adreta, 

De los seus dits fa lo que vol ; 

Deliciosa la « tualeta » 

Que s' posa pel Sant-Ferriol ! 

Amb poca cosa es ben mudada, 

Sus d'ella tôt vos sembla nou ; 

Cuan ten una roba fanada. 

Un cop de planxa... n'hi ha prou !... 

La Ceretena, regordida, 
Per ballar ten pas son pareil ; 
Ditxôs es el que la convida : 
Es lleugera corn un aucell ! 

(i) Cette poésie a été mise en musique par M. Loué, chef de musique du 
j5' d'infanterie, à Romans. Refrain après chaque couplet. 



— 214 — 

Al Barry, la nit de la fira, 
Sigui embromat o seré, 
Sa mare, en guardant la cadira, 
Ten d'esperar fins al derrer... 

La feyna de casa Tamusa, 
No resta may sensé fer rê ; 
Fiera no es, no es pagosa,. 
• En cantant escombra el carrer. 
Al sait del llit fa cambra neta, 
Ncta â poguer s'emmirallar ; 
Com un anell se ten propreta, 
Del cim del cap al clavillâ. 

La Ceretana es donchs perfecta ; 
D'aixô tôt el poble en conven. 
Per completar la cansoneta, 
L'acabarem en vos dihent : 
Fadrins qu'el casament tormenta, 
Cuan falta dona al vostre endret, 
Si la voleu guapa y valenta, 
Teniu lo que cal â Ceret... (i) 

J. Chadany. 

( i) 11 est regrettable que cette gentille « cansoneta »>, qui a été chantée 
avec succès par les Cantayres Catalans aux arènes de Céret le 2 juillet, con- 
tienne quelques gallicismes, que l'auteur aurait pu faire disparaître sans 
aucune peine et remplacer par des équivalents de la langue catalane rous- 
sillonnaise : on aurait compris tout de même et l'ensemble eût été plus pit- 
toresque. Nous tenions à faire ici cette observation pour montrer à nos 
amis que nous ne savons pas toujours nous servir des tournures expressives 
et courantes que nous avons à notre disposition. N. D. L. R. 



Le Gérant, COMET. — Imprimerie COMET, 8, rue Saint-DominJque, Perpignan. 



f > 



5' Année. N' 56 15 Août 1911. 



Les Manuscrits non insérés 
ne sont oas renau». 



REVUE 

Les Articles oarus dans ia Revue m^ ^^ ^ ■ '^ ^^ W ^^ I^J W^ 

T engagent ouc leurs auteurs. ^■^•fc A A fli wmSL^Jkmmm ^ Ai^ 

Un sculpteur roussillonnais 

M. CélesHn MANALT 

Le succès qui accueille l'œuvre de A/l. Célestin Manalt doit 
nous être agréable. On m'excusera de donner ici une appréciation 
après le court mais substantiel article de M. Prat, paru dans 
La Yeu del Canigà. J'ai simplement voulu recueillir une ironie de 
mon ami, M. Albert Bausil. Ce spirituel poète écrit en effet: 
« le méritoire Alanalt ». 

je crois qu'il y a là un soupçon d'injustice. Je n'en fais pas un 
reproche à M. Bausil, car, en matière d'art, l'injustice est si fa- 
cile ! Et il y a d'autant moins reproche de ma part que l'épithète 
se trouve dans une note parisienne, à laquelle j'applaudis sans 
réserve, car elle loue Aristide Maillol, ce roussillonnais qui est le 
plus pur des hellènes. 

D'autre part, je ne suis point un admirateur de C. Manalt, 
puisque je ne connais son œuvre qu'imparfaitement, je n'ai que 
le souvenir d'une première et unique visite à son atelier, voilà 
bientôt trois ans ; C. Manalt n'était alors qu'un inconnu. 

C'était une chambre fort étroite, peu claire, où les œuvres 
avaient d'ailleurs l'air de la maison, aussi bien que le manuscrit 
de Marie-Claire sur la petite table de Marguerite Audoux. 

Petit, nerveux, avec des rides en longueur sur ses joues, et un 
regard simple et bleu, C. Manalt épiait peut-être mon impression, 
car il était silencieux. 

]1 y avait dans une bibliothèque les œuvres de Zola, je ne lis 
pas du Zola, mais je pensais que ses œuvres étaient bien à leur 
place, dans cette chambre blanchie à la chaux où se dressait le 
plâtre du Méprisé. 



226 

C. Manalt est, en effet, le sculpteur de la souffrance ; il va aux 
opprimés, aux délaissés, aux abandonnés. Il doit assurément trou- 
ver une joie à œuvrer ainsi, puisque la douleur est une source de 
plaisir. 

Une image revient à plusieurs reprises dans son oeuvre : l'hom- 
me ou l'enfant au violoncelle, pauvres amuseurs émaciés, sur la 
terrasse d'un café, pauvres amuseurs qui expriment leur misère en 
une mélodie saignante. 

A'iais C. Manalt ne nous montre pas seulement ceux qui souf- 
frent et sont accablés. La vague rouge se déploiera. Dans un 
bas-relief, il a ébauché la procession de ceux qui vont à la grève, 
lamentables et illuminés, hâves et hirsutes, hommes, femmes et 
enfants. 

Sans doute, il y a là encore de la tristesse. Ce bas-relief em- 
brumé — la brume qui descend des cheminées d'usine — se 
déroule encore comme une phrase musicale, douloureuse et heurtée. 

Mais C. Manalt nous décrira le travail, l'effort, la lutte. Je 
crois qu'à l'heure présente il doit avoir exprimé tout cela. 

J'ai vu dans son atelier la première conception d'un groupe qui 
m'impressionna. En toute franchise, je dois même dire que ce 
fut ma seule émotion, celle qui me réconcilia aussitôt avec l'ar- 
tiste : Un homme vigoureux, aux muscles âprement tendus contre 
la destinée, et, appuyée sur son épaule, la femme, la mère d'une 
famille à venir, ployant son corps en un arc de cercle, comme 
aux bords d'un étang un jonc flexible. 

Ce fut la seule émotion, mais elle suffisait. J'avais senti dans 
les autres œuvres un reflet exact de l'âme, une sincérité sans 
fard, rude et gauche, et je l'imagine aussi, des souvenirs doulou- 
reusement personnels. Mais ici, je découvrais le symbole qui 
exprimait la vie ouvrière ; et, au surplus, j'entrevoyais une ligne 
harmonieuse, la ligne magicienne. Cette image, après trois ans, 
je la garde encore, M. Bausil. Et c'est à cause d'elle — unique- 
ment — que je n'ai pas voulu oublier le nom de cet artiste. Au 
fait, vous avez été sincère. Vous n'aimez point la rumeur popu- 
laire. Les salons où les souvenirs flottent sur les tentures aux 
fleurs décolorées vous charment bien davantage. Si la vague rouge 
venait à passer, vous tamiseriez la lumière, le discordant dehors, 
avec les rideaux d'un ocre fané. Vous vous accommoderiez d'un 



— Î27 — 

xviii' siècle élégant et papoteur. Clara d'Ellebense lirait avec 
plaisir les strophes où vous nous parlez d'un jardin abandonné. 

Comme vous, mon ami, jaime la silencieuse poésie du passé. 
Je suis même un peu froissé par une sculpture qui exalte unique- 
ment les f-oules opprimées et vengeresses. Car, avant toute chose, 
le sculpteur doit aimer la ligne. En s'isolant, l'artiste se rappro- 
chera de sa propre vie. 11 aimera le songe, qui est la transfor- 
mation de l'extérieur et la figuration de l'âme. 

Cette pensée qui est la mienne, je crois, est probablement aussi 

la vôtre. Ce n'est malheureusement pas celle de M.. C. Manalt. 

D'ailleurs, si ses expressions n'ont pas de subtiles élégances, elles 

ont le mérite de la sincérité, toujours, de la force parfois. Et les 

artisans sincères méritent nos sympathies. 

Joseph Pons. 

Lo Gorch Bufaroch 

Un dels mes bonichs recons que criden l'admiraciô dels banyistes 
de la Presta com la dels excursionistes de Prats de Mollô, es la 
gorja del Brescany, comal estret y encaixonat format pel torrent 
d'aqueix nom. Les fonts alimentant-lo, naixen al cim de les 
conques, en els baixants del plâ de les Eugues, juntant-se amb el 
riu Tech no Uuny del Moli y d'aquell gegant montanyès qu'es 
el faig d'Agrafull. 

El Brescany devalla, riverol catiu, entre cingleres espadades y 
salvatges, sempre presoner en mitg de timbes granitiques, rodejat 
de penyes altives, ombrejat per roures, castanyers y freixes 
qu'entrelliguen llurs branques sobre les gorgues, fent en l'istju 
atapahida volta de verdor. 

Cad'any, pel juliol y l'agost, alegres colles de banyistes seguint 
tractament thermal en lo reputat establiment vehi aprofiten els 
bons dies per visitar l'estreta vall del Brescany y principalment 
lo gorch Bufaroch que n'es la verdadera curiositat. Una mica 
cansats per la caminada, 6, no mes acalorits, molts parroquians 
de la Presta s'aturen en la masia d'Agrafull trobant-hi sempre, 



27 



8 — 



ab bona cara, la llet mes pura y mes embalsamada de la comarca. 
Tôt descansant, els senyors cargolen y cremen un cigarret en 
l'enllosat de l'escala de pedra forana, de) temps que l'Andreu, el 
masover, los hi dona noticies tocant son ofici d'agricultor. La 
conversa toca un xich â moites coses, los treballs de! istiu, la 
replega dels esplets, la criansa del bestiar gros y menut, los 
afanys del mal ivern y també sobre '1 remat seu que s'ovira, serra 
amunt, prop la frontera d'Espanya. Els homens de ciutat escolten 
el pages amb tota Dur atenciô, cap-ficats al mirar, alla dalt, les 
ovelles dispergint-se per les costes, pasturant, guiades pel pastor. 
Eix guardiâ es un aixerit minyô de casa. Vestit de borata, porta 
al coll sarré de pell de moltô y llarch garrot a la ma. A voltes cl 
veuhen sobre una roca, que 's trau lo fluviol del sarrô, ensajant 
unes corrandes vallespirenques. Les notes alegres s'esgranan per 
l'espay assoleyat, barrejant-se amb els refilets del cotoliu, que 
puja y s'enlayra, a perdua de vista, dins la blavor del cel, no 
parant may de cantar. En el mas, dins la gran cuyna, les senyores 
van xarrant am la masovera, la Tresa, rondinejada de sis o set 
criatures boniques y pera fer goig. Aviat la taula n'es parada. 
Unes groixodes estovalles de canem, culleres estanyades, escu- 
delles de terrisa vermella, y la Tresa serveix la llet gustosa 
acabada de munyir. Tothom fa la xuca-molla am pa de segol 
pastat de fresch y sempre trovat molt bo. Tots els qu han recor- 
regut l'ait Vallespir, fent apats en les masies grans à petites ja 
saben per ellos mateixos que nos" pot trovar res de millor ni mes 
sanitôs que 1 recapte montanyés. L'espertinar acabat, el gasto 
pagat, los forasters demanen lo cami del gorch. Gayre bé sempre 
es en Père, el trempât y valent hereu d'aquella casa que 'Is hi fa 
de guia. Deixant el cami real à can Llagosta pera enfilar-se dins 
lo comal ombrejat de verns, atapahit de boixos, avellaners, fal- 
gueres y demès plantes montanyeses, hont serpenteja '1 corriol. 
Somrient, delitos, en Père marxa devant. La colla, en llarga 
tirallonga, segueix, riera amunt. Els aucellets volatejen pels 
matassers, xericant, buscant granes 6 papus en vores d'aygua y 
amagant llurs amoretes en l'ufanosa vegetaciô que penja per tôt 
arreu com vert cortinatge. A cada pas se trepitjen violeres y 
maduixeres boscanes. Aigols corren sobre Hits de molsa entre 
creixens y apit bort. Jordoners s'hi troben també de cada ban. 



129 — 

Al veurer els pinjolls de jordons, lo jovent adalerat se desvia 
pera cullir-ne un manat per postres del sopar. Dona gust ullar 
aquelles esveltes senyoretes engarapant-se per les penyes dels 
voltants, buscant floretes salvatges, fent-ne poms y ramellets. 
Perô, al cap de poca estona, lo paisatje cambia. Rocaters y 
clapises s'aixequen en cada banda del estret canal. Comensa a 
s'ohir lo rum-rum llunyâ de la cascata. Sobtadament s'aixequen 
dos aucells de rapinya, estranyats ben segurf de veure acomesa 
llur quieta morada y aixis torbat son silenci acostumat. 

Els excursionistes han arrivât en les vores del gorch hont l'aygua 
cargola fent retrunyir les roques de murmuris pregôns. L'afrau 
susmou de bo els forasters, que se desfân en exclamacions admi- 
ratives per part dels homens, y crits d'esglay per part de les 
dones. Que bé s compren essent aqui, com la soletat es germana 
de la por ! Aquest es lloch de bruxes y de dimonis! En Père, 
los senyors mes arriscats, donen la ma y ajuden les senyores 
atropellades fent-los-hi passar el troc mes perillôs. Arribada la 
comitiva, cadascû va segons son enginy particular. Dos senyorets 
prenen vistes fotogrâfii{ues, un geolech mitg-parteix trossos de 
roques pera estudiar-les. Mentrestant un saberut predica, espongit, 
sobre 'Is espectacles grandiosos de la naturalesa. Les dames mes 
madures se planyen dels mais camins, de la distancia, del baf, de 
la polsaguera y se tiren a terra vermelles de cara, suhades, esbu- 
fegant. Escabellonades, lo barret en tramontana, justifiquen una 

vegada mes l'adagi catalâ : qui am dones va y burros mena 

Sempre alegres, enjogassades com papellones, les senyoretes 
riuhen y maynadejen amb els fadrins. La una tira un roch dins 
l'aygua aixecant un ruixat d'esquitxos que xupa tota la gent. 
Aquell esparpall no fa riure en Père. Sa cara expressiva demostra 
disgust y verdader malcontentament. Tothom lo pregunta. Eli, 
malhumorat, respon que no cal despertar el marrâ nègre ni 
tampoch agraviar lo gorch congriador de pedragades y tem- 
pestats. — No se'n tenen de riure, no, Senyors, perqué com hi 
ha Deu, es segur qu'aquest lloch es apropriat pera qualsevulga 
malifeta. No es facil rentar-hi roba. Arreu s'esparreca y se'n torna 
a trossos y a bocins. Tampoch cap cristié no s'hi pot banyar, ni 
tant sols ficars'hi de peus, perqué una ma amagada en les fonda- 
ries arrapa y nega l'imprudent dinsdel gorch. Per llargues que 



— 23o 

sien unes cordes, may ningû Iha pogut sondejar, y, les nits de 
temporals, de torb y rufacades, en mitg dels ronchs del saltant 
de l'aygua, del enlluhernament dels llampechs y retrunys de la 
tronada s'hi senten com rialles espantoses, bels de xays y planys 
esglayadors ! 

La gent del rodador ne conten les coses mes dolentes y cxtra- 
nyes. Ningù d'assi gosaria tirar-hi una pedra per por de terrible 
castich ; potser se n'aixecarien nuvols prenyats de llamps ! 
Tothom sap que les truytes que s'hi pesquen, mentres les fre- 
geixen s'escapen xemenelia amunt y s'ehtornen al gorch. Dîu que 
una vegada, fa d'aixô anys y panys, un pastor del mas del Boix 
feya pastorar ses ovelles per eixos indrets. La boyra entreteixia 
mates y arbres emplenant la cloterada com de desfiles lletoses. 
A poch a poch los besos humits de la broma condormiren cans y 
remat. El pastor mitg ensopit per un poder misterios qu'apagava 
sa forsa y voluntat va veurer surtir del reveigde l'aygua un marrâ 
nègre que li va marrir totes ses ovelles, y, acabat, tornâ a 
capbossar en el gorch. A la primavera desprès va neixer tôt una 
xayada d'anyells nègres, ferrenys y bonichs com may se n'havien 
vist. Agrahit y plé de bons intens, lo pastor, entre istiu, tornâ 
ab son remat en les vorcs del riu ; perô allavores el marrâ surtint 
del gorch Bufaroch va llensar très bels, y al sentir-lo, tots los 
xays varen desapareixer dins l'aygua al darrera d'ell. May mes 
cap del Boix ni del vehinat no han sapigut noticies del infelis 
bestiar... 

Lo sol se pon en la pica de Costabona. Es hora de tornarsen 
cap a la Presta. Enmaravellats, los banyistes estrenyen la ma den 
Père, y, a l'encaixar hi descuyden algunes pecetes de propina 
pera pagar-li sa cortesia y la bonica llegenda contada ab tanta 
emociô y natural. Despres de dar gracies, lo pageset, trempât 
com un jinjol, s'entorna vers sa masia y los senyors pujen a sopar 
en l'establiment hont arriven al moment mateix que la campana 
de la fonda toca a refetor. 

Mes tart, a l'hora del retiro, los excursionistes s'adormen 

gronxats pel dolç recort daquella hermosa passejada en les 

encantadores serres del nostre Vallespir, barrejant-hi encare, com 

en somni, los bels del marrâ nègre y els rums-rums llunyâns de 

la cascata del gorch Bufaroch. 

J. DE Sant-Salvador. 






L'Alzina 



Mon cor estima un arbre... 

(1.0 pi de Tormentor. — Costa) 



Hi crejxen en ma terra arbres de tota altura. 
L'humus de] pla fecunde, l'àrit llosam de l'erm 
troncs ferrenys hi congrîen, que en gleva o penya dura 
potents arrels encranquen, com urpes de puny ferm. 

Su'l pedreguer de vora la vinya, els brancs de) roure 
al boher fent beguda regalen fresc abric. 
Entre les nobles rengles de platanes, a lloure 
passeja, sots l'excelsa arcada, el burgès rie. 

Dret el poil sobre 1 marge, mentre que 1 rec se'n corre, 
sol, s'enrahona. El freixe, l'albe, 1 salze, 1 vern, l'om, 
amb les canyes xerraires, fermant del riu la sorra, 
menen un soroll qu'omple el bosc de gom a gom. 

De petit me 'n recordo, clapava la Garriga 
de frondositats grises l'escoixetat oliu ; 
l'ametller hi nevava. Vui rara hi es l'amiga 
ombra de la figuera. Tôt s'ho ha 1 lucre emportât. 

Perô ns quedeu, fructifres arbrets, d'ufana poca, 
escampillats per l'horta, o de vclla paret 
a la solana. Oh dolça collita que 'ns aboca 
votre feixuc brancatge, triant-nos son floret !... 

Vers les cornes pugem-sen, lia d'allà de la plana ! 

Suros s'entortolliguen. L'autôcton lladoner 

sa soca llisa enlaira, altjvola i galana. 

A un buf d'oreig fressegen bedoH, faig, castanyer. 



232 

Sempre amunt ! Ja punteja la negrenca piràmide 
de l'abct ; ja s'aixampla el pi magestuôs. 
El matiçat fullatge espandit apar clàmidc 
Uampant demunt de) muscle d'Atenicnc fastuôs. 

Oh verdor de ma terra, tant com diversa bella, 
ets recès atractîvol. Prô l'impuls mes coral 
me tira cap un arbre, que la llenya novella 
de SOS rebrots, de dura, s'hi osca la destral. 

Son fust de bonys i nusos mai s'ascla ni se corca ; 
té una escorça resseca de pansit pergamî ; 
es ragot ; i la rama cenyint sa guerxa força 
fa una ombra estrafalaria a l'apartat camî. 

De les mans dcstructores del passant se defensa 
amb sa retorta forma, pell ruda, punxons crts. 
Mes, de quietut en busca, lluny de la malvolença, 
com recelés asceta, viu pels rostos déserts. 

Solitaria fantasma surgint dins les ténèbres 
de mija-nit, astora. A sos peus, argelacs, 
romanins, farigoles, rebolls de vells ginebres 
li fan, pobres subjectes, senzillets afalacs. 

També li diu la lluita. La tramontana alegre, 
l'albé, 1 garbî, la vispa de Nort, el vent geliu 
ni un branquillô li arranquen ; el temporal mes nègre 
el deixa tes. Tôt passa; s'ha espolsat i se 'n riu. 

I un dîe l'home llesta, oh alzina, ta mes forta, 
mes sana i dreta branca, hi clava el Huent tall 
del picaçô. Cau prompte el ram. L'hom se l'emporta. 
L'alzina farà un mànec per l'eina del treball. 



— 233 — 

Bon arbre, a tu retira J'humil fill de la terra. 
Al compartir les tasques, Déu li carregà 1 lot 
mes pesât. A sa feina, incansable, s'aferra, 
menyspresant de les viles l'inûtil avalot. 

Amb cor valent de mascle reb pênes i alegrîa. 

No 1 sorprenen mal écsit d'esplets, gels ni calors, 

si soptades rebaixes, ni fraus de l'industria. 

Que no ho sab, que se compra un goig amb cent dolors? 

Que hi fa si poca paga de ses fatigues cobra ? 

Si son esforç, tal volta, es mal aprofitat ? 

Si riuen de sos modos i vestits ? Sembla un pobre ; 

prou ; mes un pobre digne, clos en sa soletat. 

1 el seny huma, qui 1 fonça ! — Tu, pages. D'aqueixa eina 
que cap amunt i sempre cap en davant duu l'hom, 
n'ets, tu, el mànec d'alzina. Ja farà brava feina, 
l'eina aixî emmanegada ; ja caurà ben a plom. 

Novembre 1910. Pau BerGA. 

L'Enseignement régional 

et les Etudes catalanes 

Au cours de la discussion du budget de l'instruction publique 
au Sénat, léminent M. Charles Dupuy, ancien président du 
Conseil, a prononcé un magistral discours touchant diverses ques- 
tions d'enseignement du plus haut intérêt. 

Nous sommes heureux de reproduire le passage de ce discours 
relatif au régionalisme : 

« ... J'ai cité, messieurs, le nom de Montpellier: je voudrais 
faire, à son sujet, une observation qui paraîtra naturelle. Cette 
Faculté de Montpellier devrait être, d'après son histoire, d'après 



- 234 - 

tous nos souvenirs, le centre des études romanes et catalanes en 
France. 

« Sans doute les études romanes se continuent malgré le départ 
de Chabaneau, à Montpellier, et elles sont fortement constituées 
à Paris. Mais savez-vous où est aujourd'hui le centre des études 
catalanes? A Halle, en Allemagne. Avoir laissé passer devant soi 
les étudiants catalanistes, quel regret ! quel dommage î Très bien! 
très bien!). \\ suffit évidemment de le constater pour que l'Univer- 
sité de Montpellier, qui a une gloire séculaire et l'orgueil légi- 
time d'un illustre passé, prenne les mesures nécessaires pour 
ramener vers elle les étudiants qui appartiennent à sa région, et 
qui n'auraient jamais dû déserter la vieille cité des rois de Major- 
que. ÇNouveîles marques d'approbalion.) 

« D'autre part, les Facultés des lettres ont eu le sentiment que 
plus elles tendraient vers l'enseignement régional, plus elles pren- 
draient le caractère régional, plus elles intéresseraient les popu- 
lations qui les entourent, et plus, par conséquent, elles seraient 
assurées de vivre et de croître. C'est ainsi qu'on a vu naître, dans 
la plupart des Facultés, des chaires d'histoire régionale : à Bor- 
deaux, la chaire d'histoire d'Aquitaine ; à Lyon, la chaire d'his- 
toire de Lyon ; à Dijon, la chaire d'histoire de la Bourgogne ; 
à Clermont, la chaire de l'étude des patois ; à Rennes, la chaire 
de l'étude de la langue et de la littérature celtiques. Très bien! 
très bien !) 

« Je veux citer maintenant une de ces créations qui est très 
particulière, parce qu'on voit réunis autour d'elle toutes ces for- 
ces, tous ces groupements dont je parlais il y a un instant. A 
Nancy, il existe une chaire d'histoire de l'Est de la France, 
créée et entrenue par la ville de Nancy, par les départements de 
Meurthe-et-Moselle et des Vosges et par la société des Amis de 
l'Université. 

« Vous voyez combien cet esprit régional, local, a pris de 
puissance dans la vie et le développement des Facultés des lettres, 
combien celles-ci ont compris qu'il y avait lieu pour elles d'en- 
foncer de profondes racines dans le sol pour s'assurer une longue 
vie... » 



En Teodor Llorente 

Aqueix gran valencià, aqueix patriarca de la poesia catalana à 
Valencia, s'es mort lo i de juliol passât ; dévia tenir cap als 
jS anys. Deu lo perde. 

En Llorente havia fet, tota la seua vida, à Valencia, la mateixa 
bona feyna d'En Mistral, à Provensa, y de Mossen Verdaguer, 
à Barcelona : havia festejat y estimât la llengua catalana, deixada 
qu'era à correr pel carrer y pel campestre, y l'havia fêta senyora 
y reyna. Lo seu Llibret de versos es tôt un aplech de poésies 
classiques, que son de bon de llejir. Se li arotllaren al entorn una 
bona colla de joves poètes, escriptors è historiadors, y aviva amb 
ells la societat Lo T^al Pénal, qu'ha vinguda à esser una apreciada 
academia valenciana, que fa cada any, uns celebrats Jochs Florals. 

Tôt Valencia sabia are que En Teodor Llorente era un gran 
aymador de les costums valencianes ; y en qualsevol festa, lite- 
raria 6 artistica, qu'ell fes apuntar, 6 qu'hi anès, tôt Valencia li 
seguia. Ho cal haver vist, com havia remogut los Valencians à 
favor de la llengua catalana, que deixa ben enaltida y enlayrada. 

En Teodor Llorente era de tractes sensills, tôt bon cor, y 
bondadôs, gran escorcollador y coneixedor d'historia y de poesia 
catalana. Y passava amb ell, com amb En Mistral y amb Mos- 
sen Verdaguer : qui l'havia vist y li havia enrahonat, no fos qu'una 
vegada, 6 qui li havia escrit, ja se tornava mes catalâ y mes 
catalanista. 

La primera ediciô del seu Llibret de versos (1902 — Valencia, 
estampa de Frederich Domenech) s'acabava amb la poesia Tes- 
lamenl ; y, com ho demanava en aqueixa poesia, los seus companys 
del T^a/ Penat han fet passar lo seu enterro « per la capella de la 
Verge pura y bella dels Desemparats, patrona dels Valencians ». 

Desde 1 replâ del nostre Canigô, saludem atentament lo bon 
patrici de la terra catalana qu'ha estât En Teodor Llorente. 

J. Delpont. 



— 236 — 

Testament 

Quan jo muiga, amada esposa, 
si tu vius, y no 't fa nosa, 
tança 'm los ulls, tos espills ! 
Si ets morta, ma companyera, 
lo que clla amorosa, fera, 
feu-ho vosaltres, mos fills. 

De fé y humiltat en proba, 
amortalleu-me ab la roba 
de) bon Pare Sant-Francès ; 
de corones y garlandes, 
de creus, insignies y bandes, 
vanitat ! no 'm poseu res. 

En les mans lo sant rosari 
vuU portar ; l'escapulari 
del Carme, penjat al pit ; 
y comsigne ben notori 
de mon ditjôs desposori, 
l'anell d'or ficat al dit. 

Quan me porten à la fosa, 
davant, insignia gloriosa, 
vaja ben alta, la creu ; 
si acompanyar-me se dignaren 
los que 'n vida m'estimaren, 
tal favor els pague Deu. 

Passeu-me per la capella 
de la Verge pura y bella, 
patrona dels Valencians ; 



y quan arrive à la porta 
canten, en veu no molt forta, 
un responso els capellans. 

• 

Y vosaltres, els insignes 
trovadors, mes que jo dignes 
del que 'm doneu, dois tribut, 
per traure d'ell l'armonia 
que trovar jo no sabia, 
prengau mon pobre llahut. 

La Musa, volguda y santa, 
que las patries glories canta, 
mare amorosa, el posa 
en la meues mans febroses, 
quant, coronada de roses, 
del llarch somni despertà. 

Mes inspirats y mes destres, 
oh, nobles amichs ! oh, mestres 
del Gay saber triunfador î 
feu vibrar totes ses cordes, 
cantant ab triples acordes, 
la Fé, la Patria, y l'Amor. 



Y si la gloria vos dona 
la cobejada corona 
de un reynat que no té fi, 
penseu ab quanta alegria 
jo en vostre front la voria, 
y enrecordeu-vos de mi ! 

t Teodor Llorente. 



HISTOIRE LOCALE 

Les auteurs du Gallia chrisHana 

à l'abbaye de Saint-Martin du Canigou 

En 1710, dom Edmond Martène et dom Ursin Durand, reli- 
gieux bénédictins de la congrégation de Saint-Maur, en vertu 
d'une résolution prise à Marmoutiers, lors du chapitre général de 
1708, parcoururent la France et visitèrent tous les établissements 
monastiques de l'Ordre de Saint-Benoît. Ils avaient mission de 
recueillir dans les archives de ces monastères tous les documents 
historiques, archéologiques ou littéraires qui pourraient être utiles 
à la rédaction du nouveau Gallia chrisHana, encours de publication. 

Partis de Perpignan à dos de mulet, les deux savants Béné- 
dictins arrivèrent à Prades, en Confient, et se transportèrent 
aussitôt à Saint-Michel de Cuxa. Ils se rendirent quelques jours 
après à Saint-Martin du Canigou. Ecoutons leur récit. 

« L'abbaye de Saint-Martin du Canigo, fondée au commence- 
ment de l'onzième siècle par Guifred, comte de Cerdagne, n'est 
pas fort éloignée de là (Saint-Michel-de-Cuxa). Mais les che- 
mins détestables par où il faut passer font qu'on ne peut y arri- 
ver qu'en trois ou quatre heures de tems (1). Elle est située sur 
une haute montagne, dans une affreuse solitude où il faut bien 
grimper pendant une heure pour y arriver. 

« Le lieu où l'abbaye est bâtie est fort petit et si étroit qu'il 
n'y a pas même de place pour faire un jardin. ]1 faut sans doute 
que les premiers habitants de ce désert fussent bien animés de 
l'esprit de pénitence, et particulièrement le fondateur qui s'y 
retira avec sa femme pour y finir ses jours dans la pratique des 
exercices les plus sévères de la vie religieuse. Aujourd'hui il est 
habité par six ou sept moines sauvages qui étant éloignés de tout 
commerce ont peu de société. 

(1 ) Le chemin actuel qui conduit de Castell à l'abbaye du Canigou fut 
construit par l'abbé Augustin de Llamby. Ce prélat administra le monastère 
depuis le 3i octobre 1714 jusqu'en 1728. 



— 239 — 

« 11 était un peu tard lorsque nous y arrivâmes ; nous n'y trou- 
vâmes ni foin, ni avoine pour nos chevaux et ce ne fut que long- 
temps après que nous eûmes un peu de paille à leur donner ; de 
sorte que nous fûmes obligés d'envoyer chercher dans le bois des 
feuilles d'arbres, faute de foin. Le Prieur nous reçut néanmoins 
assez charitablement. 11 nous ouvrit même les Archives qui sont 
entières ; mais à peine eûmes-nous vu quelques-uns des titres, 
qu'un de ses moines vint nous les arracher des mains. Nous pas- 
sâmes la nuit comme nous pûmes et le lendemain nous en partî- 
mes le plus tôt qu'il nous fut possible. » '[Yoyagc littéraire de deux 
"Bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur, Paris, lyiy-iyiS, 
2' partie, p. Sg.) 

Les monuments historiques que dom Martène et dom Ursin 
Durand exhumèrent dans le cours de leurs voyages ont presque 
tous été livrés à la presse. Ce sont, outre les Instrumenta joints 
aux treize premiers volumes du Gallia christiana, les pièces, plus 
nombreuses encore et plus importantes par l'étendue, par la 
matière, qu'on lit dans les premiers recueils publiés sous les noms 
de ces deux savants religieux : Veterum scriptorum et monumentorum 
amplissima collectio, 1724-1733, 9 vol. in-fol. et Thésaurus novus 
anecdolorum, 1717. 5 vol. in-folio. 

L'accueil dépourvu de courtoisie que les moines du Canigou 
firent à dom Martène et à dom Ursin Durand, est de nature à 
expliquer l'absence complète de documents sur l'abbaye de 
Saint-Martin, qu'on remarque soit dans le tome VI du Gallia 
christiana, soit dans les diverses compilations des deux éminents 
Bénédictins. 

Et cependant, à en juger par V Inventaire de dom Agullana dressé 
en i586, les liasses des archives du monastère renfermaient une 
multitude de diplômes, de chartes, d'actes et de pièces du plus 
haut intérêt historique. Dom Martène et dom Ursin Durand 
eurent à peine le temps de jeter un coup d'œil hâtif sur le fonds 
si riche de ce dépôt d'archives. Leur perspicacité leur permit 
toutefois de constater qu'elles se trouvaient dans un état de par- 
faite intégrité. Lors de la sécularisation de l'abbaye, un arrêt du 
Conseil Souverain, en date du 27 août 1783, intima l'ordre à 
l'abbé Grumet de Montpie, de faire la remise, aux Archives de 
la Chambre du Domaine à Perpignan, des papiers et documents 



— 24° — 

« appartenants à l'abbaye et ancien monastère de Saint-Alartin 
de Canigou ». En vertu d'un arrêt rendu par la même Cour, le 
i6 janvier 1787, François Serra, notaire de Perpignan, fut chargé 
de dresser l'inventaire des « susdits titres, actes et papiers ». Le 
classement, la lecture et l'analyse des divers documents exigèrent 
plus d'un mois de travail. Le registre qui contient la nomencla- 
ture et la table analytique des liasses jadis conservées au monas- 
tère du Canigou se conserve aux Archives des Pyrénées-Orien- 
tales, sous la cote H. 141. Abbé J. Capeille. 

Ruscino 

Notre excellent confrère et ami, M. Pierre Vidal, « l'ërudit escorcollador 
d'arxius » — selon l'expression pittoresque qu'employait en parlant de lui 
un archiviste d'outre-monts — vient de fonder, sous le titre de T^uscino, 
une revue d'histoire et d'archéologie locales à laquelle nous souhaitons une 
cordiale bienvenue. 

Ce nom évocateur de J{uscino, convient on ne peut mieux à une telle 
publication et nous félicitons M. Vidal de l'avoir choisi. 

Mais nous le félicitons surtout d'avoir su grouper autour de lui les 
savants rédacteurs de l'anciennne f^evue d'histoire et d'archéologie et d'avoir 
créé, avec leur concours, cette œuvre réellement scientifique qui dépasse 
par son importance tout ce qui avait été fait jusqu'à ce jour en Roussillon. 

Sous l'habile direction d'un homme tel que M. Pierre Vidal, dont un 
long passé de travail et d'étude atteste la compétence, nous croyons pouvoir 
prédire que l{uscino aura, auprès des intellectuels roussillonnais, le même 
succès que sa sœur aînée, la T^evue Catalane ; et nous espérons que l'une et 
l'autre feront longtemps ensemble la joie des amateurs des choses du passé 
et de ceux qui voient dans le régionalisme de l'avenir, la renaissance de 
notre langue et le salut de la personnalité provinciale. 

Parmi les travaux publiés par T(uscino, nous tenons à signaler particu- 
lièrement les Sources narratives locales de l'histoire du 1{oussillon en catalan, par 
M. Vidal, et les Sources de l'histoire du T{oussillon d'après les Cartulaires, par 
M. Maxence Pratx. L'article de M. Pratx a valu à J{uscino un premier 
succès que nous enregistrons avec plaisir: la promesse de publication du 
fameux Portefeuille de tossa, promesse faite par M. le capitaine Fossa, 
détenteur actuel du précieux manuscrit. 

Notons en terminant une curieuse coïncidence : T^uscino paraissant au 
moment même où les fouilles de M. Thiers mettent à jour toutes sortes 
d'objets ensevelis depuis des siècles dans le sol de l'antique cité romaine. 

Louis Pastre. 



Textes catalans 

9P (Suite) 

Passons à d'autres solennités. Le 25 juillet iSgg, le Conseil 
délibère sur la réception à faire au nouvel évèque, dont la venue 
est annoncée: « A noticia lur es novament pervingut que lo 
111 "" y Rev" Mons" don Onofre Reart, per la gracia del S", Bisbe 
de Elna y conseller de sa Magestat, esta semmana primer vinent 
te de venir en la présent ciutat ; que se li fassa tota la pompa y 
regositjo tant de artillaria quant enchara de tôt lo demes ; y que 
aixi be sera dada comissio a Joan Bosser, altro dels consols de la 
ciutat, que sia lo cap de vint y sinch homens de la ciutat, y 
aquells vajen al forn de vidre ben armats, y alli fassen lo rece- 
biment al dit M°' R" tant de escopetaria quant enchara de 
tôt lo demes ; y que per part de la dita ciutat se li do lo 
parabien acostumat, y altrament se fassa lo guasto que la ciutat 
sempre ho ha acostumat a fer ; y ques fassa ab tota la honra y 
pompa que conve a la autoritat episcopal ; y ques do una caval- 
cadura al dit Bosser, y dines necessaris per a guastar per tota la 
gent ». 

Suivent, sous forme de mémoire, les détails de la Jnlrada del 
S" "Bisbe: C'est un récit de longue haleine, mais des plus sug- 
gestifs ()). 

« Als deu de agost, die de Sant Llorens, de 1 any de la Nati- 
vitat de N.-S" Deu J.-C. de mil y sinch cents nonanta y nou,... 
per lo dit recebiment... lo Consol en cap... portant a ma dreta 
lo S°' Régent del Capitol, y lo hon. Balle de Mons" R"" anant a 
ma dreta de dit S" Régent, ab vint y sinch homens de cava! y 
dotze homens de peu ab archabussos y molt ben armats... anaren 
al Pas del Llop, loqual pas es al cap del terme de dita Ciutat. 
Y en lo portai de la Lissa (2) qui va del portai de Balaguer al 
monestir dels Pares Caputxins restaren les hon. Consols segon y 

(\] On comparera cette réception avec celle de l'evêque Raboster y Sala, 
en 1591, dont M. Masnou a donne le récit dans la T\evue d'Histoire et 
d'Jlrchéologie du T^oussillon (février i£)oo). 

(2) Les lices du château. 



— 24^ — 

ters, y en lur companya resta aixibe lo hon. Balle del 11" Capitol 
ab molta prohomia. Y per lo que dit Mons" tardava en venir se 
aturaren devant de les spalles del Moli nou, attès que aquell die 
de Sant Llorens havia molt plogut en la dita Ciutat, ab tant que 
los carrers anaven plens de aigua... Y essent arribat dit Mons" 
al dit Pas del Llop, alli dit S°' Régent li dona lo parabien molt 
honradament per part de dit Capitol, y aixibe Mossel Consol en 
cap descavalca de la mula, besant les mans a Mons" Rev"", y après, 
aixibe per part de la Ciutat, dona lo parabien a dit Mons", lo- 
qual ho agrahi molt. Y alli se feu salva de archabussaria molt 
regositjada tant per los homens de la Ciutat que per los homens 
que dit S" Régent amenava... Y encontinent havent donat dit 
parabien, y partint se tota la cavallaria del dit Pas de llop, tant 
la que ab se amenava dit Mons" Rev"" quant enchara les persones 
de cavall eren exides de la Ciutat, lesquals totes de un munt 
excedien en summa de mes de cent persones de cavall, dispara 
la artillaria grossa ab un tro molt gran y molt repetit ; y dit S" 
Régent se posa a ma dreta, y dit S" Consol en cap a ma squerra 
de Mons" Rev", y desde alli sen anaren al monestir dels Pares 
Caputxins ; y essent arribats en dit monestir, tota la cavallaria se 
posa en una ma y altra ; y les Reverents Pares, juntament ab lo 
Guardia, faheren molt grandissim acato y reverentia a dit Mons" 
R", y sel ne amanaren dins lo monestir, y alli stigue per spay y 
temps de miga hora bona de relotge ; y en après hisque acompa- 
nyat dels Pares y Guardia de dit monestir, y cavaicha ; y dit S" 
Régent y Consol en cap quiscu se posa en son lloch, y tota la 
cavallaria passa davant. 

Y volent intrar per lo portai de la Lissa, alli se trobaren pré- 
sents los S"" Consols segon y ters, juntament ab lo hon. Balle del 
Rev"* Capitol y ab tota la prodomia de la Ciutat ; y en dit loch, 
los dits Consols requiriren al dit Mossen Cazadamont, com a 
notari y secretari de la Ciutat, que livas acte que ells, en nom de 
la Ciutat, suplicaven a M" R"" quels concedis y de nou los ator- 
gas tots los privilegis statuts y concordies per los predecessors 
de sa Sen'* ReV"* atorgats a dita Ciutat ; y dit M" R" dix : Jo 
atorch tots los privilegis statuts y concordies, y de nou atorgue 
(sic), que mos predecessors han concedits y atorgats a la Ciutat. 
Y encontinent axibe requiriren al dit secretari que livas acte com 



- 243 - 

ells reintegravan y liuravan a dit M ' R"" les claus de la clausura 
y obertura dels portais de la Ciutat ; y axibe en lo mateix punt 
dit M" R'"' liura les claus a dits S°" Consols ; de la redditio de 
les quais axibe requeri que sen livas acte... 

Y M" R" sen intra dins de dit portai, ab los consols y tota la 
prodomia de la Ciutat, y posaren a les falses règnes de la mula 
de dit M" R" unes vêtes molt amples de seda de grana (i), y 
dits S'" Consols, ab tota la prohomia tiraren les dites falses rè- 
gnes de la mula ; y partint del dit portai de la Lissa, dispara 
tota la artillarja de la Ciutat, y en la fi, la gratia ab un salva 
molt regositjada, que, del fum, nos vehia cel ni (terra). Y dits 
S'" Consols, ab tota la prodomia tiraren la mula de dit M°' R"" 
fins devant de les escaleres (de la Seu)... y alli tothom desca- 
valca, y primer dit S" Consol en cap, y tingue lo strep de la 
mula de dit M°' R'"' y descavalcat dit M^R"", encontinent acodi- 
ren très ho quatre S"" de Canonges, lesquals abaxiaren de tôt 
baix de les dites escaleres, y sen amontaren dit M" R" fins al 
cap de les escaleres, en loqual hi havia un altar molt ben adornat 
ab les benaventuradas Santas Eularia y Julia, y la Sma Vera Creu ; 
y alli dit M" R" feu oratio, y aquella fêta, se assenta en una 
cadira de raxia de vellut nègre, y alli per lo secretari del Rev"* 
Capitol se li foren legides totes les ordinations, constitutions y 
concordies de dit Capitol, en la letura desquais se stigue mes de 
una bona hora de relotge, ab tant que com M" R'"' intra en )a 
dita Ciutat eren entre les sinch y sis hores de la tarda, y acabada 
la letura, eren les set hores tocades, y aquella acabada... posaren 
la capa boscana de brocat a Mons" Rev", ab la amitra blancha 
dorada, ab (un canonge) qui davant dit M" Rev"" aportava la 
Crossa major Episcopal en les mans, y entonaren lo Te Deum 
laudamus, y ab gran pompa y melodia de orga, y a quasi la nit 
closa, intraren en la Seu, y dit M" R"" se agenolla devant de 
l'altar major, y acabat dit Te Deum laudamus dona la beneditio 
ab la crossa en les mans a tôt lo pobble, y après sen ana detras 
la cadira (2) del altar major, laquai es de guix, y alli prengue la 
pocessio Episcopal, y en après en la cadira del cor de S^^ Eula- 
ria ; y en tôt y per tôt eren présents y asistents dits S°" Consols. 

( I ) Garance. 

(2) ]] faut lire : s'en ana a la cadira de detras del altar major. 



— ^44 — 

Y finalment dit M"' R" acompanyat de molts Rev"»* So" de 
Canonges anaren en la casa capitular, y alli dit N{°' R" prengue 
lo Osculum pacis... y per la distributio y portio capitular se li 
forer» donats quatre dobblons. Y fêtes totes estes cerimonies tots 
los S°" de Consols y prohomia de la Ciutat ab tôt lo clero lo 
acompanyaren al Palau Episcopal ahoiit tothom dona lo parabien ; 
y ell feu a tothom generalment infinides graties. Plasia a Nostre 
Senyor sie per a molts anys, y peral seu sant servey y gloria ; 
ad quam nos perducat. Amen. » 

Le caractère formaliste, presque procédurier, qui perce dans 
ce document était bien celui des Catalans d'alors, gens dont une 
des qualités distinctives était l'esprit pratique et positif, juristes 
autant que commerçants, et même plus attachés, parfois, à la 
lettre qu'à l'esprit des contrats. 

(^ suivre) R. de Lacviyier. 



LIVRES ^ REVUES 



De Valencia 

Sommaire de la revue Lo 7(at-Penat, n° d'avril : Fundacion de San-Mateo, 
per Manuel Bot! Bonfill. — L'imperi de lo idéal, poesia de j Joseph M. de 
la Torre. — - Estudi sobre filologia valenciana, per Fray Ll. Fullana Mira. 
— Notes folk-loriques sobre llenguatje, costums y literatura valencianes, per 
F. Badenes Dalman. — Can'v à les glories del règne de Valencia, poesia de 
D. Martinez Ferrando. - El Pare seu Blay en Burriana, per Joan-B. 
Teixedo. — Lo Rat-Penat en Castellô, per C. Sarthou Francesch. — Lo 
Rat-Penat en Patraix, per J. C. y R. — Gantars, per Manuela Inès 
Ransell. — Cronica. — Revista de Revistes. 

Folletins : L'historia de la Pasiô, per Mossen Bernât Fenollar y Père 
Martinez. — Resena de las antiguedades valencianas anteriores à la domina- 
cion cartaginesa, per lo R. P. M. Bertomeu Ribelles. 

Lo Rat-Penat (de Valencia) 

Del n" del maig passât son de senyalar : 

La iglesia parroquial de Sant-Martin, de J. Sanchis Sivera, amb repro- 
ducciôns del grupo escultorich, en bronze, de la portalada d'aqueixa iglesia : 
« Sant-Marti, à caball, partint sa capa ab Jésus, vestit de pobre » ; 

Estudi sobre filologia valenciana, de Fray Ll. Fullana Mira ; 

Notes folk-loricas sobre llenguatje, costums, y literatura valencianes, de 



— ■ 245 — 

F. Badenes Dalman, hont h: ha aquesta nota : Encare que s'aceptara l'afir- 
maciô de Fitzmaurice-Kelly, en sa « Historia, de la literatura espanola », de 
que Is rossellonesos, en el sigle vin, importaren à la comarca oriental d'Es- 
panya — extenentse pel sur fins à Valencia, y per llevant fins à Balears — 
sa llengua provençal, sempre tindrem que 1 valencia no pren son orige en el 
català, y que l'ii y altre begueren en la mateixa font (lo llati vulgar). 

De la Provence 

La revue Les Dimanches du Sémaphore, de Marseille, a publié, dans son nu- 
méro du 1 I juin, une chronique félibréenne, La Santo-Eslello à Montpellier, 
par Paul Ruât ; ce texte est accompagné de la photograph/e d'un groupe de 
félibres, des reines du félibrige et du Capoulié. 

Renaixement 

Nous avons r«:çu les numéros 36, 3y et 38 de cette Revue où nous lisons 
avec plaisir sous le titre « Un tros de Catalunya que s devetlla » un éloge 
de T^oses y Xiprers, le beau livre de notre ami et collaborateur Joseph Pons. 

L'Estello (de Marsella) 

Lo n* de mai-juin publica « Lo diseurs del Capoulié », à la Santo-Estello 
(de Montpeller) ; « Ed dise de Mount-pellié », lo diseurs de Na Filadelfa 
de Gerda, amb unes traducciôns en provensal y en llanguedociâ ; « En 
Cadiera », del felibre jan Doc, que demana à tots los senyors rectors que 
prediquin, â l'iglesia, en llur llengua régional. 

Annales de la S. I. M. (musique* catalane) 

Je remarque dans cette revue musicale quelques « lettres de voyage » en 
Espagne, de Wanda Landowska. La musicienne polonaise a donné en janvier 
une série de concerts à Malaga, Grenade, Valence, Barcelone. Elle observe 
le penchant des espagnols vers la musique, penchant qui se retrouve même 
dans les choses, car les trains ont là-bas un « largo maestoso ». Ces notes, 
malheureusement trop brèves, sont pleines d enthousiasme. Wanda Landowska 
se propose même de tirer trois symphonies de deux « granadinas ». Elle 
aime l'accueil de Valence, où elle est guidée par Chavarri. A Barcelone, elle 
assiste à la fête médiévale de 1' « Orféo ». Elle remarque justement que les 
motifs populaires sont à la base de la musique catalane. La chanson de ces 
provinces a très rarement un caractère oriental ; elle se rapproche du chant 
polonais. L'observation est pour le moins curieuse, et elle est à retenir. 
Quant aux choeurs de 1' « Orféo », on ne peut guère leur comparer que ceux 
de la chapelle impériale de Saint-Pétersbourg. Et encore leur sont-ils supé- 
rieurs par la culture ; dans leur absolue pureté, ils ne font pas le moindre 
sacrifice à la virtuosité vide. 

J'ai pu assister à l'une des répétitions de 1' « Orfeo ». La sensation est 
d'une qualité merveilleuse. On ne saurait donner à la chanson populaire plus 
d'ampleur, de résonnance ; de lointain mystérieux et d'émotion. 

Joseph Pons. 



— 14^ — 

Les chansons catalanes 

Sous ce titre, nous lisons avec le plus grand plaisir dans l'un des derniers 
numéros de la Vie Monlpeîtiéraine : 

11 serait superflu de présenter aux lecteurs de la J^ie Montpeîliéraine, qui 
e connaissent bien, notre excellent collaborateur, M. Jean Amade. 

On sait sa conviction d'ardent régionaliste et qu'il niet à la servir un fin 
talent de romancier et de poète. 

L'auteur de Pastoure et son maître ajoute, quand il lui plaît, une autre corde 
à son art ', si j'ose dire) : celle de la conférence. 

Et il nous a donné mardi dernier, à Montpellier, dans la grande salle du 
Pavillon Populaire, sous les auspices de la Société d'Enseignement populaire, 
une très attrayante causerie sur ce sujet qu'il possède à fond ; « Les Chan- 
sons catalanes ». 

L'auditoire nombreux et choisi a fait à M. Amade un succès mérité. 

Simple et clair — et c'est un mérite, car le sujet ne laisse pas d'être 
touffu — M, Jean Amade, après quelques considérations générales sur la 
chanson, après avoir dit les efforts heureux des catalanistes pour redonner à 
leurs compatriotes le goût et la fierté de leur langue maternelle, a peint les 
caractères distinctifs de la poésie populaire catalane : simple et tendre, avec 
souvent un voile de mélancolie, — parfois, au contraire, réaliste et terre-à-terre 
— semblable un peu, en somme, à sa sœur espagnole. 

... Et ce fut, curiosité, le cortège agréable des chansons : Chansons d'en- 
fance et de jeunesse, chants d'amour, chants d'humour, airs patriotiques et 
religieux. 

M. Jean Amade traduisait, expliquait, commentait ces jolis vieux refrains 
d'antan — et d'aujourd'hui. 

On les chantait ensuite. Soit le conférencier lui-même — M. Amade ne 
chante pas mal, quoiqu'il en dise — soit ses collaborateurs d'un soir, dames 
et messieurs, talentueux, bénévoles et modestes, Mme Pellissier, Mme Méri- 
mée, Mlle Lecercle, M. Borrel, M. Monod et bien d'autres, qu'on nous 
excusera de ne pas nommer : ils sont trop... 

La soirée — si bien remplie qu'elle parut courte — avait commencé par le 
chant du fameux hymne roussillonnais : Monfanyas T^egaladas « Montagnes 
fortunées », à la gloire desquelles le ciseau de Raymond Sudre a sculpté, au 
cœur de Perpignan, un marbre superbe... 

On la termina par le chant de la Coupo. C'était, comme l'observa M. Jean 
Amade, doublement indiqué. D'abord parce qu'à la veille de la Sainte-Estelle 
montpeîliéraine, ensuite parce que la coupe félibréenne est un don des Cata- 
lans et comme le symbole de leur union cordiale avec tous leurs frères de 
langue d'Oc. P- A. 

Choses catalanes 

La librairie de l'Avenç, de Barcelona, publie un choix d'œuvres d'Oun 
Tal (Albert Saisset), éditées avec la bonne orthographe catalane, par 
M. Pierre Vidal, bibliothécaire de la Ville de Perpignan, et précédées d'une 
excellente préface biographique et critique de ce dernier. 

(On sait, en effet, que les poésies d'Oun Tal étaient écrites avec l'ortho- 
graphe phonétique.) 

Mais rien n'a été changé au point de vue du fonds ou de la morphologie. 



— 247 — 

La petite brochure, vendue au prix de o fr. 5o par l'Avenç, est intitulée 
Perpinyanenques et contient 26 pièces de vers: elle obtiendra sûrement beau- 
coup de succès en Catalogne. 

Les fouilles de Châleau-Roussillon 

Dans son assemblée générale du 19 juin, la « Société Agricole, Scientifi- 
que et Littéraire des Pyrénées-Orientales », réunie sous la présidence de 
M. le D' Donnezan, et en présence de M. Thiers, a décidé de constituer un 
comité des Fouilles de Castell-Rossello qui a été composé comme suit : 

Président d'honneur, M. Henri Aragon : président, M. le D' Donnezan, 
président de la Société Agricole : trésorier, M. Sans, architecte; secrétaire, 
M. le D' Bonzoms. Membres: MM. Robin, archiviste-paléographe; Men- 
gel, directeur de la section des sciences ; Laurent Campanaud, secrétaire 
général de la Société ; Laurent Durand, numismate ; et Paul Ducup de 
Saint-Paul, 

Pour permettre à M. Thiers de continuer les fouilles qu'il a entreprises 
et menées à bien jusqu'ici, grâce à une subvention ministérielle, le Comité 
ouvre une souscription publique dont le produit permettra de poursuivre les 
recherches archéologiques en attendant que l'Etat puisse accorder une autre 
subvention. 

11 adresse donc un pressant appel à tous ceux qui aiment leur petite patrie 
et qui suivent avec intérêt les travaux de M. Thiers, car son oeuvre mérite 
d'être encouragée. 

Les fouilles de Castel-Rossello agrandiront le domaine scientifique de 
notre province et contribueront à attirer l'attention du monde savant sur ce 
pays. Ceux qui les auront favorisées généreusement de leurs deniers mérite- 
ront la reconnaissance de leurs concitoyens et le Comité leur adresse d'avance 
SCS vifs sentiments de gratitude. 

Fêtes félibréennes 

L'inauguration du buste du félibre Auger Gailhard a eu»lieu le i3 août, 
à Rabastens-en-Albigeois. 

Jochs forais de Girona 

Poètes y prosadors de Uenga catalana : El Consistori us convida a con- 
corre als Jochs florals d'enguany, pera els quais han sigut oferts, 2 premis 
ordinaris, com al acostumat, y 19 premis extraordinaris. Demanar lo pro- 
grame al sccretari, plassa M. de Camps, 5, Gerona. 

Jochs forais de Olot 

La Junta Directiva del « Cos d'Adjunts », organisadora del XXI 1 Certa- 
men Literari-Artistich d'Olot, convida a tots els poètes y prosistes catalans a 
pendre part en los Jochs florals d'enguany, que tindrà lloch, si a Deu plau, 
en un dels dies de les prop-vinentes festes de la Excelsa patrona d'Olot, nos- 
tra senyora del Tura. 

Dirigir-se al senyor Don Joseph Ma Garganta, secretari, à Olot (provin- 
cia de Gerona). 



CLUB ALPIN FRANÇAIS 

Section du Canigou 



Concours de Monographies 



La Section du Canigou du C. A. F., dans le but de déve- 
lopper le goût et la connaissance de nos montagnes, ouvre un 
concours public sur le sujet suivant: 

"Etude et monographie (inédite) d'une montagne 

ou d'un massif- montagneux ou d'une vallée (i) 

du département des Pyrénées-Orientales 

ou de la T^épublique dMndorre 

(avec faculté d'empiéter sur les territoires limitrophes, si le sujet l'exige) 

A titre d'indication, on devra s'attacher à faire du sujet, que 
les concurrents restent libres de choisir dans les limites précitées, 
une description physique complète et détaillée comprenant notam- 
ment les altitudes principales, la description précise des pano- 
ramas visibles, des itinéraires, routes, sentiers, voies d'ascension, 
lieux habités, refuges, cabanes, points d'eau, points de vue, 
curiosités naturelles et autres, en un mot tous renseignements 
nécessaires et utiles aux touristes. 

On ne négligera pas la géologie, la flore et la faune pyré- 
néennes, l'économie alpestre, forestière et pastorale, la question 
du reboisement (nécessité et possibilités), l'histoire, l'archéologie, 
les coutumes, traditions et légendes, etc.. 

11 sera tenu compte des cartes, plans, dessins et photographies 
joints aux monographies. 

Les manuscrits devront être écrits d'une façon très Itsihle ; ils 
ne seront pas rendus, et la Section du Canigou se réserve le 
droit de publier les monographies primées, en tout ou en partie, 
dans son "Bulletin trimestriel. 

Chaque monographie, non signée, devra se rapporter à une 
enveloppe cachetée, contenant le nom, 1 adresse et la signature de 
l'auteur. Extérieurement, l'enveloppe portera uniquement le titre 
de l'ouvrage. 

Les monographies devront être adressées, avant le 3j décem- 
bre 1^)1, à M. George Auriol, Directeur du Bulletin de la 
Section du Canigou du C. A. F., 3, rue Font-Froidc, Perpignan. 

(i) Excepté les moyenne et haste vallées du Tech, de la Tet et de l'Agly. 






La Langue Catalane 

et son utilité pédagogique 

Cette étude devant être tirée à part pour les membres de l'enseignement 
désireux d'enseigner le français par les exercices de traduction de textes 
catalans, nous consacrerons à sa publication nos numéros d'août et de sep- 
tembre afin d'être prêts pour la rentrée des classes. L'ouvrage comprendra 
3o leçons et aura pour titre : Le Français enseigné par les exercices de 
traduction de textes catalans aux enfants de 9 à i5 ans. (Prix: i fr. 5o). 

Comme le tirage sera très limité, les membres de la Société d'Etudes 
Catalanes qui désirent se procurer le livre sont priés de vouloir bien sous- 
crire à l'avance en adressant 1 fr. 60 à M. Comet, imprimeur à Perpignan, 
qui le leur fera parvenir par la poste. (N. D. L. R.) . 

14"*' LEÇON — Cant primaverench 

1 

D'aquell ametller nevat, 
Que n'es tôt assoleyat, 
N'he vist naixer l'encantada, 
La cabellera trenada 
De perles ab un ruixat, 
Y un raig blau en la mirada. 

Gebre y gel, adeusiau ! 

D'aquell côrrech platejat, 
Igualment assoleyat, 
N'he vist jo l'enamorada : 
La Bepa hi feya bugada, (1) 
, Y '1 cavalier qu'ha passât 
Sus del cavall l'ha pujada... 

Adeu, Bepa, adeusiau î 

i« Voir la chanson populaire : Ahonï et ta Bepa ? 



25o 

De la mar a Canigô, 
Tôt lo ce) de Rossellô 
S'es tejxjt de claror blava : 
Sempre '1 sol daurat s'hi clava, 
Sempre hi flota J'iJ-Jusiô 
Qu'ai ce) de Grecia flotava... 

Oh ma terra, adeusiau ! 

Joseph Pons, J{oses y Xiprers. 

N. B. — L'explication du texte nous paraît, dès maintenant, 
superflue, car les élèves commencent à se familiariser avec la 
langue écrite. Nous nous contenterons donc, à partir de cette 
leçon, d'expliquer les mots. 11 va sans dire que l'on devra, qu^nd 
même, poser des questions aux élèves afin de s'assurer qu'ils 
comprennent bien le sens général du texte. 

VoCABU»AIRE 

ametUer, amandier gebre, givre 

nevat, blanc comme la neige gel, gelée 

assohyal, ensoleillé côrrech, ruisseau 

V encantada , la fée enchanteresse platejat, argenté 

cabellera, chevelure enamorada, amoureuse 

trenada, tressée ta Bepa, pour la Josepa. Joséphine 

ruixat, giboulée, averse, pluie sou- bugada, lessive 

daine qui dure peu teixil, tissé 

raig blau, rayon bleu claror, lueur 

mirada, regard s'.hi clava, s'y cloue, s'y fixe 

Exercices 

Traduction française du texte. — Cette belle poésie est diffi- 
cile à traduire. Pour arriver à la rendre convenablement en 
français, un grand effort d'attention est nécessaire. 

Composition catalane. — Résumez le texte en trois phrases 
catalanes courtes et en ayant soin d'éviter les banalités. 

Composition française. — Traduisez librement le texte en le 
développant le plus possible. 

Conjugaison bilingue- — Verbe veure et verbe voir au passé et 
au plus-que-parfait du subjonctif. Conjuguer sur ce modèle puj'ar 
et monter. 



— 25) 

Subjonctif 



Passe 



Verbe veure 

que hagi vist 

que hagis vist 

que hagi vist 

que haguem vist 

que hagueu vist 

que hagin vist 



Terbe voir 

que j'aie vu 

que tu aies vu 

qu'il ait vu 

que nous ayons vu 

que vous ayez vu 

qu'ils aient vu 



Subjonctif plus-que-parfait 
que hagués vist 



que haguéssis vist 
que hagués vist 
que haguéssinx vist 
que haguéssiu vist 
que haguëssin vist 



que ] eusse vu 

que tu eusses vu 

qu'il eût vu 

que nous eussions vu 

que vous eussiez vu 

qu'ils eussent vu 



Notes grammaticales 

Adjectifs démonstratifs. — Les adjectifs démonstratifs cata- 
lans sont : aquest, aqueix et aquell. 

j° On emploie aquesl lorsqu'il s'agit d'une personne ou d'une 
chose rapprochée ou dont on parle en ce moment. 

2* On emploie aqueix lorsqu'il s'agit d'une personne ou d'une 
chose plus éloignée. 

3° On emploie aquell lorsqu'il s'agit d'une personne ou d'une 
chose très éloignée. 

Cette distinction ne s'exprime pas en français par un seul 
mot : aquesl home, signifie : cet homme-cj et aquell homme : cet 
homme-/à. 

Voici les diverses formes de l'adjectif démonstratif : 



M. S. 

aquest \ 

I ce 

aquet } ou 

' cet 

est 



2° aqueix \ ce 
eix i ou 
) cet 



F. S. 

aquesta \ 



cette 



esta 
aqueixa 



M. P. 

aquestos \ 

aquests i 

} ces 
aquets \ 

estos 



F. P. 

aquestes \ 



I 



ces 



' cette 



etxa 



y aquelî, ce ou cet aquetta, cette 



aqueixos \ 

eixos ' 

aquetlos j 
aquells [ 



estes 
aqueixes t 



ces 



ces 



ces 



etxes 
aquelles. ces 



"2.52 

Voir dans le texte : D'aqucll ametller nevat ; d'zquell côrrech 
platejat. 

Remarque. — L'adjectif démonstratif ces ne pourra jamais être 
confondu avec l'adjectif possessif ses si l'on traduit en catalan. 

Adjectifs interrogatifs. — Les adjectifs interrogatifs catalans 
sont : 

quin, quel ; quitta, quelle ; quins, quinos, quels ; quittes, quelles; que, que. 

Adjectifs indéfinis. — Les adjectifs indéfinis catalans sont : 

algutt, quelque, certain ; algutta, quelque, certaine ; algutis, quelques, 
certains ; atguties, quelques, certaines ; gaire, guère ; cap, aucun ; 
prôu, prôus, assez ; cada, chaque. Ce dernier est employé pour les 
deux genres. 

poch, poca, pochs, poques, peu. 

tnolt, molta, motts, tnoUes, beaucoup. 

tatit, tatita, lattis, tatifes, tant. 

altre, allra, altros, aïtres, autre, autres. 

qualsevol, quelconque. 

Adjectifs numéraux. — Les adjectifs numéraux sont : 



Cardinaux 


Ordinaux 


Cardinaux 




Ordinaux 


un 


primer 


vint y un 




vint y une 


dos 


segon 


vint y dos, 


etc. 


vint y dosé, etc. 


très 


tercer 


trenta 




trente 


quatre 


quart 


quaranta 




quarante 


cinch 


quint 


cinquanta 




cinquante 


sis 


sise 


sixanta 




sixanté 


set 


s été 


setanta 




setanté 


vuyt 


vuyté 


vuytanta 




vuytanté 


nou 


nové 


noranta 




noranté 


deu 


desé 


cent 




ccntéssim 


onze 


onze 


dos cents 




dos centéssim 


dotze 


dotzé 


très cents, 


etc. 


très centéssim, etc. 


tretze 


tretzé 


mil 




miléssim 


catorze 


catorzé 


mil y un 




mil y une 


quinze 


quinze 


mil y cent 




mil y centé 


setze 


setzé 


mil y dos cents, etc. 


mil y dos centé, etc. 


desasset 


desasseté 


dos mils 




dos miléssim 


desavuyt 


desavuyté 


cent mils 




cent miléssim 


desanou 


desanové 


un miliô 




milionéssim 


vint 


vinté 









— 253 — 

Remarque. — 11 est juste de remarquer que les adjectifs numé- 
raux ordinaux, exception faite des vingt premiers, ne sont pres- 
que jamais employés en catalan. Ainsi pour dire : soixante- 
deuxième, on dit : el setanla dos, et non : setanfa dosé. 

Pour désigner les souverains, on se sert seulement des dix pre- 
miers nombres ordinaux. Après dix, on emploie les nombres 
cardinaux. Ainsi l'on dit : Lluis onze, au lieu de Lluis onze, et 
inversement ; Caries quint, au lieu de Caries cinch. 

Pour indiquer les heures, on dit en catalan : es la una, son les 
dues, son les très, etc., pour: il est une heure, il est deux heures, 
il est trois heures, etc., ce qui fait quelquefois dire aux enfants : 
quand nous sortons de l'école ils 5on/ quatre heures. 

Pour indiquer les divisions de l'heure en quarts, on dit en 
catalan : un quart per les très, c'est-à-dire : il s'est écoulé un quart 
de la troisième heure, en français : deux heures et quart ; dos 
quarts per les trcs, c'est-à-dire deux heures et demie, et enfin très 
quarts per les très, c'est-à-dire deux heures trois quarts ou trois 
heures moins le quart. 

Cette dernière expression est la plus employée d'où le cata- 
lanisme : je vais à l'école à trois quarts pour huit heures. 



— 254 — 

I 5"^^ LEÇON — Lo Trovador 

Com l'aucellet, que en los arbres tritlleja, 
Quan ou brunzir clarins, tôt temorôs, 

De colp se calla ; 
Aixi ma pobra veu que cascalleja 
No es fêta â la clamor de la baralla, 
Y, esporoguit, fuig del bram de batalla 

Mon cant melôs. 

Quant mes m'atrau, que crits y que matansa, 
Lo sospirar que arranca al aymador 

Dolsa ferida ! 
Al mon jo no veig mort, sinô esperansa ; 

Y en ma cansoneta llesta y aixerida 
Lluhir veureu, de mil colors tenyida, 

La flor d'oJor. 

Hont la he cullida, aqueixa flor hermosa 
Que contra '1 cor guardeu-la de trepig ? 

La n'he cullida 
En tôt païs ahont canta l'alosa 
Hont, entre nit, ab veu amorosida 
Lo rossinyol al trésor de sa vida 
Diu son desig. 

Per tôt arreu la flor encisadora 

Jo vaig buscant, y son perfum tan viu. 

La he descoberta 
En lo ventijol fresch de prima Aurora, 
Al piupiu del aucell que se desperta 

Y de sa cella humida mitg oberta 

Al sol somriu. 

P. Bergue. 



— 255 — 

Vocabulaire 

tritllejar, triller, faire des trilles matansa, tuerie, carnage 

brunzir, retentir sospirar, soupir 

clarins, clairons arrancar, arracher 

iemorôs, craintif ferida, blessure 

cascallejar, chevroter aixerida, vive. 

clamor. clameur trepig, de trepitjar, fouler aux pieds 

baralla, dispute alosa, alouette 

esporoguil, ëpeuré amoro5j<iu, attendrie 

bram, mugissement, bruit encisadora, charmante, ravissante 

melôs, mielleux, doux, suave venfijol, petit vent, brise 

quant mes, combien plus cetla, sourcil. Ici paupière 

atraure, attirer 

Exercices 

Traduction française du texte. — Cette belle poésie, aussi 
remarquable par le fond que par la forme, présente quelques 
difficultés de traduction. Redoubler d'attention au commence- 
ment de la 2"" et de la 4"" strophes. 

Composition catalane. — Résumer le texte en quelques phra- 
ses catalanes courtes- 
Composition française, — Le troubadour. Reproduire le texte 
en le traduisant librement, à la 3"" personne du singulier. Com- 
mencer ainsi : Comme l'oiselet qui... la pauvre voix du trouba- 
dour... etc. 

Conjugaison bilingue. — Conjuguer, aux temps simples seule- 
ment, le verbe arrancar, et le verbe arracher. 

Notes grammaticales 

Pronoms personnels. — Les pronoms personnels catalans sont : 

Singulier 
i" pers. — Jo, je, me ; mi, moi ; me, me. 
2"" pers. — Tu, tu, toi ; le, te. 

3"' pers. — EU, lui ; elta, elle ; /«, ht, lui, à lui ; el, le ; lo, ho, le ; la, la 
se, se ; si, soi ; en, en ; hi, y. 
Pluriel 
i" pers. — "Nosalires, nous ; nos, nous; ens, nous. 
s"" pers. — Tosaltres, vous ; vos, vous ; us. vous. 
3"" pers. — Elis, eux ; elles, elles ; els, leur ; els, les ; los, les ; les, les ; se, se. 

Voir dans le texte : se calla ; jo no veig ; hont la he cullida ; 
la n'hc cullida ; jo vaig buscant ; la he descoberta ; se desperta. 



— 256 — 

]] y a, en catalan, un pronom de politesse fréquemment em- 
ployé lorsqu'on s'adresse à une personne que l'on ne connaît 
pas ou à qui l'on doit du respect : c'est le pronom Vosté. 

Ex. : Testé té très fills? est plus poli que : Teniu très fills ? 

On ne doit pas confondre les pronoms // et l'hi. Le premier 
signifie lui tandis que le second signifie le lui ou l'y et comprend 
en réalité deux pronoms dont l'un est complément direct et 
l'autre complément indirect. 

Ex. : L» donaré vi y l'hi donaré bô. Je lui donnerai du vin et 
je le lui donnerai bon. 
Li diran que es primer y l'hi posaran. On lui dira qu'il ^^/m 
est premier et on l'y placera. 

Quand le verbe est à l'impératif, à l'infinitif ou au participe 
présent, le pronom complément peut se placer après le verbe, 
avec ou sans trait d'union. 

Ex. : Guardeu-la, gardez-la ; callarse, se taire ; despertantse, 
s'éveillant. 

Ce pronom enclitique n'est usité en Roussillon qu'après un 
impératif : guardeu-la ou guardeula. 

Remarque. — Nous avons vu que le pronom personnel catalan 
ne s'emploie pas devant les différentes personnes des verbes. Les 
désinences suffisent pour indiquer ces personnes. 

Les débutants sont tellement frappés de cette différence qu'ils 
emploient le pronom sujet en français même lorsque le nom 
sujet est exprimé* 

Ex. : Mon père il est malade ; le médecin il viendra. 

L'ordre des pronoms fait aussi commettre des fautes de fran- 
çais sur lesquelles on doit appeler l'attention des élèves en com- 
parant les deux langues. 

Ex. : Dona-me-lo se traduit par : donne-le-moi et non par : 
donne-moi le. 



— 257 — 
i6^ LEÇON — Chor dels Moros 

Quina poruca gent tots aquestos cristians! 
Acî, com hem volgut, hem desbarcat, y avans ! 
D'Elna los defensors espantats arreu fugen 
Y, sens resclosa, valls amunt los nostres pujen. 
De rica presa ja carregats tornarân, 
Que les galères d'or y plata rotarân. 
Alabat Mahomet! Esta nova Hesperida 
Gedhur, capdîll valent, nos l'haura conqucrida. 

Dr Emile Boix. 

"Extrait de l'adaption théâtrale du « Canigô » de J. Yerdaguer). 



V 



OCABULAIRE 



poruca OU poruga, féminin dcporuch. pujen, de pujar, monter 

peureux, craintif, lâche, poltron, rotardn, de rotar, déhordzv, regorger 

pusillanime aîabat Mahomet ! (sous-entendu : sia) 
genl, gens. Ici : peuple, race que Mahomet soit loué ! 

hem, pour havem, nous avons capdill, chef, capitaine 

y avans ! et en avant ! Tiesperida. Les Hespérides des an- 
resclosa, écluse, digue, obstacle ciens étaient des îles de l'Atlan- 

valls amunt, vers les hautes vallées titjue au climat délicieux, proba- 

fugen, de fugir, fuir blement les Canaries. 

Exercices 

Traduction française du texte. — Pas de difficulté. 

Composition catalane. — Traduire le texte en prose catalane. 

Composition française. — Faire la traduction libre du texte en 
l'amplifiant. 

Conjugaison bilingue. — Conjuguez, aux temps simples seu- 
lement, le verbe fugir et le verbe fuir. 

Notes grammaticales 

Pronoms possessifs- — Les pronoms possessifs catalans sont : 
pour le masculin singulier pour le masculin pluriel 

el meu lo meu le mien els meus los meus les miens 

el teu lo leu le tien els teus los teus les tiens 

el seu lo seu le sien els seus los seus les siens 



— 258 — 

et nostre lo nostre le nôtre els nostres los noslres les nôtres 

elvoslre h vostre le vôtre elsvostres los vostres les vôtres 

et llur lo Itur le leur eh tlurs los llurs les leurs 

pour le féminin singulier pour le féminin pluriel 

ta meua la meva la mia la mienne les meues les meves les mies les miennes 

la teua la teva la tua la tienne les teues les fèves Usines les tiennes 

la seua la seva la sua la sienne lesseues lesseves les sues lessiennes 

lanoslra la nôtre les noslres les nôtres 

la vostra la vôtre les vostres les vôtres 

ta llur la leur les llurs les leurs 

Voir dans le texte : los nostres pujen. 

Dans le langage ordinaire, on emploie seu, seva, seus, sèves, au 
lieu de ilur, llurs. 

Ainsi l'on dit : Les mares parlen mes aviat dels vicis dels altres 
nens que dels vicis dels seus (au lieu de dels llurs). 

On emploie lo meu, lo leu, lo seu, etc., pour : ce qui est à moi, 
ce qui est à toi, ce qui est à lui. 
Ex. : Cadahu menja lo seu. 
On emploie meu, leu, seu pour à moi, à toi, à lui. 
Ex. : Aquet llibre es meu pour ce livre est à moi. 

Il faut donc bien se garder de dire en français: Ce livre est 
mien, cette plume est mienne. 

Pronoms démonstratifs- — Les pronoms démonstratifs sont : 

Jlquesl, aquet, aqueix, celui-ci ; aquesfa, aqueixa, celle-ci; aquell, celui-là ; 

aquella, celle-là ; el, lo, celui, ce ; la, celle. 
Aqueslos, aqUels, aqueixos, ceux-ci; aquestes, aqueixes, celles-c-i ; aquells, 

ceux-là; aquelles, celles-là; els, los, ceux ; les, celles. 



— 2 59 — 
17""' LEÇON — Una nil d'csHu 

Per demunt de) nostre cap aixamplaven los pomers les 
seues branques baixes, que blingaven ja totes carregades 
de fruyta. Importent silenci regnava pels côrrechs y pels 
plans de la montanya. Del camp que teniem tôt prop de 
nosaltres, montava, de vegades, el ric-ric mal segur de calque 
grill amagat entre l'herbam ; mes la claror de la lluna espo- 
rucava eixos cantayrots de la nit, y el silenci se feya aviat 
encara mes solemne. Aixecant una mica el cap, podiem sor- 
pendre â la nostra dreta l'esplendent y adorât Canigô, 
quina pica, afranquehida ja de bromes y de neus se 'n pu- 
java alla dalt cap al cel d'estiu... 

J. Amade. 

(Extrait d'un récit de chasse au sanglier dans les montagnes du Vallespir). 

Vocabulaire 

aixamplaven, étendaient esporucava, du verbe esporucar ou 
blingaven, pliaient esporugar, faire peur. 

imponent, imposant cantayrots, mauvais chanteurs 

côrrechs, ravins solemne, solennel, imposant 

plans, plaines, plateaux. Au singulier sorpendre, surprendre 

plâ. esplendent, splendide 

herbam, herbage, herbe. quina pica, dont le pic, la cime 

afranquehida, affranchie, délivrée 

Exercices 

TraducHon française du texte. — Dans la tournure catalane 
« aixamplaven los pomers », le nom est sujet et non régime. 

Composition catalane. — Résumer le texte en le mettant à la 
2"" personne du pluriel, c'est-à-dire en s'adressant aux chasseurs : 
Per demunt del vostre cap... 

Composition française. — La chasse au sanglier. Imaginez un 
court début que vous ferez suivre de la description ci-dessus, 
puis racontez la chasse proprement dite et enfin le retour à la 
maison. 

Récitation. — Apprendre par cœur : T Tina nil d'esliu; î° ho 
parpallolel. 



— 260 — 

Conjugaison bilingue- — Conjuguer aux temps simples seule- 
ment le verbe regnar et le verbe régner. 

Noies grammaticales 

Pronom relatif. — Les pronoms relatifs catalans sont: 

que, que, qui lo quai, lequel los quais, lesquels 

que, que, quoi la quai, laquelle les quais, lesquelles 

â que, en que, où del quai, du quel dels quais, desquels 

que, de que, dont de la quai, de laquelle de les quais, desquelles 

del quai, de la quai, dels quais, de les quais, se traduisent souvent par dont 

Remarque. — Lorsqu'un nom est placé immédia lemenl après 
dont, en français, il faut le placer immédialement avant del quai, de 
la quai, dels quais, de les quais, en catalan. 

Ex. : Nous avons un livre dont la couverture est bleue. 
Tenim un llibre la coherta de la quai es blava. 

Mais généralement, on traduit dont par que avec la construction 
française, en Roussillon. 

Ex. : Tenim un llibre que la coberta es blava. 

et par quai et quin en Catalogne. 

Ex. : Tenim un llibre quai coberta (ou quina coberta) es blava. 

Lorsque le verbe est suivi d'un nom auquel dont se rapporte, ce 
verbe suit le nom en catalan. 

Ex. : Nous avons un livre dont nous admirons la couverture. 
Tenim un llibre la coberta del quai admirent. 

Mais généralement, on traduit dont par del quai avec la cons- 
truction française, en Roussillon. 

Ex, : Tenim un llibre del quai admirem la coberta. 

et par quai et quin en Catalogne. 

Ex. : Tenim un llibre quai coberta (ou quina coberta) admirem. 

Voir dans le texte : que blingaven, que teniem, quina pica. 

On remarquera que les enfants commettent couramment les cata- 
lanismes suivants, que l'on corrigera aisément par la comparaison 
des deux langues: J'ai acheté un livre ^u'il y a des images, un 
livre que la couverture est bleue ; voici les livres que nous avons 
besoin, etc. 



— i6i — 

Pronom interrogatif. — Les pronoms interrogatifs catalans sont : 

qui, qui quin, quel quins, quels 

que, que quina, quelle quittes, quelles 

Quin n'est pronom interrogatif que lorsqu'il est employé seul. 
11 est adjectif interrogatif lorsqu'il est placé devant un nom, 
comme dans cette phrase : Quin cami preniu ? Quel chemin pre- 
nez-vous ? 

Pronom indéfini. — Les pronoms indéfinis catalans sont : 

algù, algun, quelqu'un ; alguns, quelques-uns; algunes, quelques-unes ; ningù, 
dingû, personne ; lanl. lanla, tants. tantes, tant ; quant, quants, quan- 
tes. combien ; aitre, altra, autre ; altros, altres, autres ; els uns, les uns ; els 
altres, los demès, les autres ; un y altre, l'un et l'autre ; un ô altre, l'un ou 
l'autre ; l'un à l'altre, l'un l'autre ; altri, autrui ; gaire, guère, peu ; cap, 
ni un, aucun ; ni una, aucune ; mateix, même ; altre tant, autant ; prou, 
assez ; cadahu, cadascu, chacun ; qualsevol, qualsevulga, n'importe qui, tout 
le monde, chacun ; qualsevol que, quiconque, quel que ; molt, molta, molls, 
moites, beaucoup, plusieurs ; bastants, testantes, plusieurs ; un hom, un, hom, 
on ; tothom, tout le monde ; tal, quai, tel ; tôt, tout; res, rien. 

11 y a entre l'adjectif indéfini et le pionom indéfini cette diffé- 
rence que l'adjectif indéfini est toujours suivi d'un nom tandis 
que le pronotn indéfini remplace le nom. 

T^es, rien, est souvent employé pour traduire quelque chose. 

Ex. : Si per cas me dona res, t'ho dire ; 

Si par hasard il me donne quelque chose, je te le dirai. 

11 n'est pas étonnant qu'un enfant qui pense en catalan dise : 
S il me donne rien, je te le dirai, pour : S il me donne quelque 
chose, je te le dirai. 



— 262 — 

i8'"'= LEÇON — Ântonieta y la Cadernera 

Ab un pinyô â la boca, la noya la feya saltar d'una canya 
â l'altra, csbategar bojament ses pintades aletes y treure '1 
caparrô per entremitg dels filferros, pera péndreli la llami- 
nedura apretada entre sos llâbis vermeils. Quan lo recapte 
era finit, la bestiola acostumava â refilar de bô y millor ; y 
sa jove mestressa, de baix en baix, per la temensa de que 
no la sentissin en les cases del vehinat, ab les que, per 
l'estretor del carrer, casi s'haurîen pogut donar les mans, 
li deya carinyosament : 

« Vaja, no cridis tant, que un dia t'escanyarâs y la pobra 
Antonieta 's quedarâ sensé tenir al mon cap amiga que la 
cstimi com tu ! No ho coneixes, bojeta, que soch jo la 
que't tinch d'estar agrahida, perque no't canses may d'es- 
coltar les coses que no puch esplicar â ningû ? Pobrissona ! 
Tampoch tu, no sabs â qui contar les teves!... Es clar ! 
com no tens mare !... Oy, que les mares no s'haurien de 
morir may ?... No ho trobes que '1 mon es ben trist ?... 
Encara que tu t'estâs tota sola y refiles ab una alegria !... 
Vaja, no 'n parlem mes d'aquestes coses que fan posar 
trist!... Sents ? toquen les dues y me 'n tinch d'anar à 
dalt... No m'hi puch estar â cusir al teu costat... Per aixô 
aquesta tarda, t'hauràs d'estar soleta, acontentante de sentir 
los refilets dels canaris del senyor Eudalt!... » 

M"" DoLORs MoNSERûA DE Macia, La Tabncanta. 

Vocabulaire 

cadernera, chardonneret refilar, gazouiller 

noya, jeune fille temensa, crainte 

pinyô, pignon, amande vehinat, voicinage 

esbategar, battre des ailes estretor, étroitesse 

caparrô, chaperon, coiffure, petite carinyosament, affectueusement 

tête t'escanyarâs, tu t'égosilleras 

tlaminedura, friandise agrahida, obligée, reconnaissante 

apretada, pressée sentir, entendre 
recapte, provisions, repas 



— 263 — 
Exercices 

Traduction française du texte. — La fin du premier para- 
graphe est assez difficile à rendre : « Y sa jove mestressa..., etc. » 

Composition catalane. — ha minyoria y'I seu gatet. Vous avez 
vu une jeune fille jouant avec son petit chat. Décrivez la scène 
en catalan et inspirez-vous des détails du texte quand vous les 
jugerez utilisables. 

Composition française, — La jeune fille et son pelitchaL Décr'wcz 
la même scène en français et faites parler la jeune fille. Imaginez 
un monologue très affectueux et montrez le plaisir qu'éprouve le 
chat à être ainsi caressé. 

Récitation.— Apprendre par cœur : i° Antoniela y la cadernera ; 
2' Bernât d'Oms. 

Conjugaison bilingue. — i° Verbe auxiliaire H AVER, avoir. 

]nd. prés. : J'ai, he, has, ha, havem ( i ), haveu(2), han. 

Imparfait : J'avais, havia, havies, havia, haviem, havieu, havien. 

Prêt. sim. : J'eus, haguî, haguéres. haguë, haguérem, haguêreu, haguêren. 

Prêt. com. : J'eus, vaig haver (Voir 9* leçon). 

Pas. ind. : J'ai eu, he hagut (Voir i 1' leçon . 

P-q-parf. : J'avais eu, havia hagut 1 Voir 12' leçon). 

Futur : J'aurai, hauré, hauràs, haurà, haurem, haureu, hauran. 

Fut. ant. : J aurai eu, hauré hagut (Voir 12' leçon). 

Cond.pré.: J'aurais, hauria, hauries, hauria, hauriem, haurieu, haurien. 

Passé 1 " f . : J'aurais eu, hauria hagut (Voir 1 3' leçon). 

Passé 2' f. : J'aurais eu, haguéri hagut (3), (Voir i3' leçon). 

Impératif : n'est pas usité. 

Sub. prés. : Q. j'aie, q. hagi, q. hagis, q. hagi, q. haguem, q.hagueu, q. hagin. 

Imparfait : Q. j'eusse, q. hagués, q. haguéssis, q. hagués, q. haguéssim, q. haguéssiu, 

Passé : Que j'aie eu, que hagi hagut (Voir 14° leçon). [q. haguéssin. 

P-q-parf. : Que j'eusse eu, que hagués hagut 'Voir 14"" leçon). 

Jnf. prés. : Jlvoir, haver. 

Inf. passé : Avoir eu, haver hagut. 

Part, prés.: Ayant , \\zwznX. 

Part. pas. : "Eu, ayant eu, hagut, havent hagut. 

(i) On dit aussi: hem. 
(a) On dit aussi: heu. 
(3) En Catalogne : haguéra. 



Ind. prés. 
Imparfait 
Prêt. sim. 
Prêt. com. 
Passe ind. 
P-q-parf. 
Futur : 
Fut. ant. 
Cond. pré. 
Passé I " f. 
Passé 2' f. 
Impératif 
Sub. prés. 
Imparfait 
Passé : 
P-q-parf. 
Inf. prés. 
Inf. passé 
Part. prés. 
Part. pas. 



— 264 — 
2' Verbe TENIR, avoir (sens de posséder). 

J'ai, tinch, tens ou tenes, té ou ten, tenim, teniu, tenen. 

J'avais, tenia, tenies, tena, teniem, teniu, tenien. 

J'eus, tingui, tinguéres, tingué, tinguérem, tinguéreu, tinguéren. 

J'eus, vaig tenir (Voir 9' leçon . 

J'ai eu, he tinguti 1 ) Voir i T leçon). 

J'avais eu, havia tingut (Voir 12' leçon). 

J' aurai, t']ndré, tindràs, tindrà, tindrem, tindreu, tindran. 

J'aurai eu, hauré tingut (Voir 1 ;' leçon). 

J'aurais, tindria, tindries, tindria, tindriem, tindrieu, tindrien. 

j'aurais eu, hauria tingut (Voir 1 3° leçon). 

Jaurais eu, haguéri tingut (2) (Voir i3' leçon^. 

Aie, té, tinguem teniu. 

Q. j'aie, q. tingui, q. tinguis, q. tingui, q. tinguem, q. tingueu, q. tingui n. 

Q. j'eusse, q.tingués, q.tinguéssis, q.tingués, q.tinguéssim, q. tinguéssiu. 

Que j'aie eu, que hagi tingut (Voir «4' leçon). [q.tinguéssin. 

Que j'eusse eu, que hagués tingut (Voir 14' leçon). 

Jlvoir, tenir. 

Avoir eu, haver tingut. 

Ayant, tenint. 

"Eu, ayant eu, tingut, havent tingut. 



Notes grammaticales 

Le verbe haver- — Le verbe haver est employé pour former 
les temps composés des verbes actifs, neutres et pronominaux. 

Voir dans le texte : shaurien pogut donar les mans. 

Lorsque le verbe haver est employé seul, il est verbe actif et 
signifie: posséder. On le traduit alors par tenir. 
Ex: tinch un hort, j'ai un jardin. 

Voir dans le texte : Jlnloniela s quedard sensé tenir al mon cap 
amiga ; no tens mare. (11 est très difficile, au début des études, 
d'obtenir que les enfants disent : j'ai au lieu de : je liens). 

11 peut aussi avoir la signification de éprouver, obtenir, mesurer. 

Ex. : tinch fam, j'ai faim ; tinch tôt lo que vull, j'obtiens tout ce que je 
veux ; aqueixa torre te trenta mètres, cette tour mesure trente 
mètres. 



(1) En Roussillon, on dit plutôt : som tingut. 

(2) En Catalogne: haguéra. 



— 265 — 

Jiaver de signifie : avoir à, devoir, être obligé de, falloir, 

Ex. : Jiaurà de pagar, il aura à payer, il devra payer, il sera obligé 
de payer, il faudra qu'il paie. 

Voir dans le texte : les mares no s'haurien de morir may ; aquesîa 

larda fhaurds d'eslar soleia. 

En Roussillon, on emploie aussi tenir de et en Catalogne tenir 

que. 

Ex. : Tinch de pagar, tinch que pagur, il faut que je paie. 

Voir dans le texte : soch jo la que 7 linch d'estar agrahida ; 
me 'n linch d'anar a dalt. 

De là, ces fautes fréquentes : j'ai de faire mon devoir ; je 
tiens d'étudier ma leçon, etc. 

Remarque. — On a dû remarquer dans la conjugaison des deux 
verbes précédents que le verbe anar leur sert d'auxiliaire au passé 
défini composé. Cette forme est la seule usitée en Roussillon dans 
le langage populaire. Certains grammairiens affirment qu'on doit 
toujours employer le prétérit simple dans le langage élevé (j). 



(i) Louis Paslre, Les prétérits catalans. 



— î66 — 

J9^ LEÇON — Â una endolada 

Quan t'he vist tan endolada 
No se lo que m'ha passât, 
Qu'ab una sola mirada 
Tôt lo dol que't té apenada 
M'he sentit encomanat. 

Ton cos lleuger s'esllanguîa, 
Per ton front queyen los rulls 
Que ton cabell hi espargîa, 
Y la tristesa guarnîa 
Ab un cércol blau tos ulls. 

D'aquella grogor de cara, 
D'aquell negrall de vestit, 
Ne guardo j'impressiô encara ; 
No havîa de tenir mare 
Qui no t'haguès compadit. 

Francesch iVIatheu, "La meva garba. 

Vocabulaire 

endolada, vêtue de noir rulU, boucles, mèches 

mirada, regard • espar gia, répandaient 

apenada, affligée cércol, cercle 

encomanar, communiquer grogor, pâleur 

s'estlanguta, s'alanguissait negrall, noirceur 

queyen, de caure, tomber compadit, de compadir, compatir 

Exercices 

Traduction française du texte. — On devra s'appliquera rendre 
exactement les deux derniers vers qui oflFrent quelque difficulté. 

Composition catalane. — Reproduire librement le texte en 
commençant ainsi : « Quan l'he visia ou la som vista..., etc. » 

Composition française, — La jeune orpheline. Faites le portrait 
d'une jeune orpheline que vous avez aperçue suivant le convoi 
funèbre de sa mère. 



— 267 — 

Récitation. — Apprendre par cœur : i' A una endolada ; 
1' Tarn y satxch. 

Conjugaison bilingue. — 1" Verbe SER ou ESSER, être. 

Ind. prés. : je suis, som ( i), ets, es, sem, seu, son. 

Imparfait : J'états, éri (2), ères, éra, érem, ëreu, éren. 

Prêt. sim. : Je fus, fui, fores, fou. fôrem, fôreu, foren. 

Prêt. corn. : Je fus, vaig ser (Voir 9' leçon). 

Pas. ind. : J'ai été, he sigut (3) (Voir 1 i' leçon). 

P-q-parf. : J'avais été, havia sigut (Voir 12' leçon). 

Futur : Je serai, seré, seras, sera, serem, sereu, seràn. 

Fut. ant. : J'aurai été, hauré sigut (Voir 12* leçon). 

Cond.pré.: Je serais, séria, séries, séria, seri'em, seri'eu, serien. 

Passé I " f . : J'aurais été, hauria sigut (Voir 1 3' leçon). 

Passé 2' f. : J'aurais été, haguéri sigut (4) (Voir 1 3' leçon). 

Impératif : Sois, sigues, siguem, sigueu. 

Sub. prés. : Q, je sois, q.sigui, q. si guis, q.sigui, q. siguem, q. sigueu, q. siguin. 

Imparfait : Q. je fusse, q. fos, q. fôssis. q. fos, q. fôssim, q. fôssiu, q. fossin. 

Passé : Que j'aie été, que hagi sigut (Voir 14° leçon). 

P-q-parf. : Que j'eusse été, que hagués sigut (Voir 14' leçon). 

Inf. prés. : "Etre, ser ou esser. 

Inf. passé : Etant, sent. 

Part, prés.: Jlvoir été, haver sigut. 

Part. pas. : Eté, ayant été, sigut, havent sigut. 

2" Verbe ESTAR, être 

Ind. prés. : Je suis, estich, estas, esta, estem, esteu, estàn. 

Imparfait : J'étais, estàvi ( 5), estaves, estava, estavem, estaveu, estaven. 

Prêt, sim.: Je fus, estigui, estiguéres, estigué, estiguérem, estiguéreu, estiguéren. 

Prêt, com.: Je fus, vaig estar (Voir 9' leçon). 

Passé ind. : J'ai été, he estât (6) (Voir 1 i' leçon). 

P-q-parf. : J'avais été, havia estât ( Voir 12' leçon). 

Futur : Je serai, estaré, estaràs, estarà, estarem, estareu, estaràn. 

Fut. ant. : J'aurai été, hauré estât Voir 12' leçon). 

Cond.pré.: Je serais, estaria, estaries, estaria, estariem, estarieu, estarien. 

Passé 1" f. : J'aurais été, hauria estât (Voir i3' leçon). 

(1) En Catalogne, on dit: soch, ets, es, sora, sou, son. 
(î) En Catalogne, on dit: era. 

(3) Dans les temps composés on emploie indifféremment les participes passés stgut ou estât. 

(4) En Catalogne : haguera. 

(5) En Catalogne : estava. 

(6) En Roussillon, on dit plutôt : som estât. C'est ce" qui explique l'expression incorrtcte : 
je suit été. 



— 268 — 

Passé 2' f. : J'aurais été, haguëri estât (Voir i3' leçon). 

Impératif : Sois, esta ou estigues, estem ou estiguem, esteu ou estigueu. 

Sub. prés. : Q.yeiois. q.estigui, q.estiguis, q.estigui, q. estiguem, q. estigueu. q.estiguin. 

1 mparfait : Q. je fusse, q. estigues, q.estiguéssis, q. estigues, q.estiguéssim, q.estiguéssiu, 

Passé : Que j'aie été, que hagi estât (Voir 14' leçon). [q.estiguéssin, 

P-q-parf. : Que j'eusse été, c[uc hagu'cs cstzt (Vo'ir 14' leçon). 

Jnf. prés. : "Etre, estar. 

Inf. passé : "Etant, estant. 

Part, prés.: Jlvoir été, haver estât. 

Part. pas. : Eté, ayant été, estât, havent estât. 

Notes grammaticales 

Le verbe Ser ou Esser. — Lorsque le verbe être est employé 
seul, il se traduit : par ser ou esser, s'il exprime un état perma- 
nent, et par estar s'il exprime un état accidentel. 

Ex. d'état permanent: ser un home, être un homme. 
Ex. d'état accidentel: eslar maïalt, être malade. 

Cette nuance n'existe pas en français. Ainsi, lorsqu'on dit : cet 
homme est gai, on exprime indifféremment l'état permanent ou 
l'état accidentel, tandis qu'en catalan: ser alegre signifie : être 
toujours gai, et estar alegre signifie être gai en ce moment. 

L'expression française : être en train de, se traduit par estar 
suivi du verbe au participe présent. 

Ex.: cstich parlant, je parle, je suis en train de parler. 

L'auxiliaire ser n'est employé que dans les verbes passifs. 

Cependant, en Roussillon, il est employé à la place de haver 
dans les verbes actifs. Ainsi l'on dit plutôt: sûm cantat, j'ai chanté 
que : he cantat, j'ai chanté ; de là une nouvelle source de diffi- 
cultés pour les Roussillonnais dans l'étude du français. Quel est 
le jeune écolier qui n'a pas commis les fautes suivantes : 

Je suis mangé le pain. 
le suis fini le devoir. 

Nous avons vu 18' leçon) que le verbe haver est toujours 

employé dans la conjugaison des temps composés des verbes 

neutres. 

Ex. : he caygut, je suis tombé ; he arribat, je suis arrivé. 

Cependant, en Roussillon, on dit som caygut, som arribat, 
probablement à cause de l'influence du français. 



— 269 — 

On s'explique dès lors très difficilement pourquoi les enfants 
de nos écoles s'obstinent à dire : j'ai tombé, j'ai arrivé, j ai 
venu, etc, pour: je suis tombé, je suis arrivé, je suis venu. 

Nous avons vu aussi que l'auxiliaire haver sert toujours à 
conjuguer les verbes pronominaux. 

Ex. : m'he passejat, je me suis promené. 

Cependant, en Roussillon, on dit: me som passejat. 11 devient 
donc également difficile de s'expliquer ces fautes de français qui 
reviennent si souvent au début des études: je m'ai promené, je 
m'ai amusé, vous vous avez rendu, nous nous avons blessé, etc., 
pour : je me suis promené, je me suis amusé, vous vous êtes 
rendus, nous nous sommes blessés, etc. 

11 est donc absolument indispensable de mettre nos élèves en 
garde contre ces incorrections en leur faisant connaître exac- 
tement l'emploi des auxiliaires dans les deux langues. 

De ce que nous venons de dire il résulte que le verbe ser est 
employé en Roussillon non seulement dans les verbes passifs, 
mais encore dans les verbes actifs, neutres et pronominaux. 

11 y a cependant exception pour la 3' personne du singulier et 
du pluriel du passé indéfini. 

Ex. : ha cantai, il a chanté ; han cantat, ils ont chanté. 

ha caygut, il est tombé ; han caygut, ils sont tombés. 

s' ha passejat, il s'est promené; s' han passejat, ils se sont promenés. 

L'auxiliaire roussillonnais ser emprunte donc deux personnes 
au passé indéfini de l'auxiliaire haver. 
Ex. : som cantat, ets cantat, ha cantat, sem cantat, seu cantat, han cantat. 

Pour donner une idée de la confusion que jette dans les 
esprits, l'emploi des auxiliaires catalans, nous citerons cette 
phrase du conventionnel catalan Cassanyes que nous trouvons 
dans un de ses rapports : « Je ne puis ici rendre compte de ce 
que nous avons fait dans les derniers jours que j'ai resté à Per- 
pignan » () ). 

Voir dans le texte : fha visl ; m ha passai ; m'he sentit ; t'hagués 
compadit. 

()) Pierre Vida), Compte rendu fait â la Convention nationale par le représentant Cassanyes, 
Je sa mission à l'armée des Pyrénées-Orientales i5 juillet 1793 — a janvier 1794), page 80. 

Nous ne prétendons pas juger de la valeur de Cassaynes d'après les catalanismes qu'il a pu 
commettre. Si nous citons ce cas, c'est pour montrer combien est utile la comparaison des deux 
langues à l'école. 



— 270 — 

20""^ LEÇON — Les cançons noslres 

Les cançons nostres, com totes les populars, com totes 
les de la terra, l'home les cull de la terra, y son cullita per 
l'anima. 

Allî, al nort, ferit de boyra, sobre les amples planures 
de la neu, les cançons surten tristes com canço d'émigrant; 
allî, à les altes montanyes, sobre *ls nûbols, revolcantse per 
les valls, son estridents com crits d'âguila ; revosten foch y 
vida les dels camps de Provença, melangia y anyoramcnt à 
Galicia y suau indolencia â Andalucia ; y pertot arreu ahont 
broten porten l'olor de la terra y el baptisme de poesia. 

Les nostres son pobres y senzilles, perô hermoses per sa 
mateixa modestia. Nascudes entre pins y banyades per la 
broma del mar, tenen l'aspror de la terra y la salabror de 
l'aygua, perô tenen el balanceig de les ones y, com elles, 
s'aixequen y s'aplanen amb etern y grandiosa cadencia ; 
son de paysatge robust am linies gregues, senten l'olor 
del bosch y de les algues, ploren rient y riuen plorant ; 
s'extenen tôt plegat amb un compas de planura y s'aixe- 
quen com turons ; prenen ayre de llegenda, de retaule, de 
tradiciô y de rondalla, y sempre tenen remors de Catalunya, 
remors que 'ns estimem perqué son vells, y son ays dels 

sospirs de coses nostres. 

Santiago RusifloL. 

Vocabulaire 

cullita, récolte, moisson gregues, grecques 

feril, blessé, affligé ht plegat, à la fois 

revolcantse, se roulant, se traînant compas de planura, rythme régu- 

(les nuages) lier, uniforme. 

àguila ou dliga, aigle turons, collines 

revosten ou rebosten, renferment, retaule, retable, tableau 

contiennent rondalla, conte 

melangia, tristesse remors, rumeurs, murmures 

anyorament, nostalgie ays, hélas. 

olor, parfum sospirs, soupirs 



— 27' — 
Exercices 

Traduction française du texte. — On ne trouvera dans ce mor- 
ceau aucune difficulté de traduction, sauf dans la première phrase. 

Composition catalane. — Résumer le texte en catalan. 

Composition française. — Montanyes régalades. Analysez ce 
chant et voyez si l'on peut lui appliquer les idées contenues dans 
le 3"" paragraphe (i). Examinez ensuite le chant provençal bien 
connu : De bon malin, et dites si l'appréciation de l'auteur sur les 
chants populaires provençaux est exacte. 

Récitation. — Apprendre par cœur : r 'Les cançons noslres ; 
1' ho corb y la guilla. 

Conjugaison bilingue- — Verbe CANTAR, chanter (i" con- 
jugaison) 



Ind. pr. 
Imparfait 
Prêt. sim. 
Prêt. corn. 
Pas. ind. 
P.-q.-par. 
Futur : 
Fut. ant. 
Cond. pr. 
Pas. 1" f. 
Pas. 2' f. 
Impératif 
Subj. prés 
Imparfait 
Passé 
P.-q.-parf 
Inf. prés. 
Part, pi es. 
Jnf. passé 
Part. pas. 



Je chante, canti (i ), cantes, canta, cantem, cantcu, canten. 
Je chantais, cantavi (2), cantaves, cantava, cantavem canta veu, cantaven. 
Je chantai, canti, cantâres, canta, cantârem, cantâreu, cantâren. 
Je chantai, vaig cantar (Voir 9' leçon). 
J'ai chanté, he cantat (3) (Voir 1 i' leçon). 
J'avais chanté, havia cantat (Voir la' leçon). 

Je chanterai, cantaré, cantaràs, cantarà, cantârem, cantâreu, cantaràn. 
J'aurai chanté, hauré cantat (Voir i a° leçon). 

Je chanterais, cantarfa, cantaries, cantaria, cantariem, cantarîeu, cantarien 
J'aurais chanté, hauri'a cantat (Voir i3' leçon). 
J'aurais chanté, haguéri cantat (4) (Voir i3' leçon). 
Chante, canta, cantem, canteu. 

Q. je chante, q. canti, q.cantis, q. canti, q. cantem, q. canteu, q.cantin. 
Q. je chantasse, q.cantés, q. cantéssis, q. cantés, q. cantéssim, q. cantéssiu. 
Que j'aie chanté, que hagi cantat (Voir 14' leçon). [q. cantéssin. 

Que j'eusse chanté, que hagués cantat (Voir 14' leçon). 
Chanter, cantar. 
Chantant, cantant. 
Avoir chanté, haver cantat. 
Chanté, ayant chanté, cantat, havent cantat. 



(i) Consulter la cantate Visca T{pssell«! du Dr Boix, imp. catalane J. Cornet, Perpignan. 
(1) En Catalogne : Canto. 
(î) En Catalogne : Cantava. 

(3) En Roussilion on dit plutôt : Som. 

(4) En Catalogne : Haguera. 



Notes grammaticales 

Les trois conjugaisons. — Les verbes catalans réguliers se con- 
juguent sur trois modèles différents qui constituent les trois for- 
mes de la conjugaison : 

La 1 " conjugaison comprend les verbes en AR sauf anar et e&iar . 

Voir dans le texte : revolcarse, revostar, brotar, portar, banyar. 
aixecar, aplanar, plorar, estimar. 

La 2"" conjugaison comprend les verbes réguliers en ER et RE. 

Voir dans le texte : mixer, riure, s'extendre, pendre. (Ces verbes 
sont irréguliers.) 

La 3"" conjugaison comprend les verbes réguliers en IR. 

Voir dans le texte : tenir, cullir, surlir, sentir (irréguliers). 

Nous donnons plus haut le modèle pour la i" conjugaison. 

Voir dans les leçons suivantes les modèles de la 2"" et de la 
3"' conjugaison. 

Remarque. — Les verbes en car changent c en qu devant e et 1. 
Ex. : Pescar, pesqui, pesques. 

Les verbes en gar changent g zn gu. 

Ex. : Pagar, pagui, pagues. 

Les verbes en jar changent j en g. 

Ex. : menjar, mengi, menges. 

L'In/înitif. — L'infinitif des verbes indique à quelle conjugai- 
son ces verbes appartiennent : AR, ER, IR. 

Certains auteurs prétendent que tous les infinitifs doivent se 
terminer par r. C'est ainsi qu'ils écrivent beurer, Ireurer, creurer 
comme correr, mereixer. 

Cependant quelques grammairiens font remarquer qu'il n'en 
doit pas être ainsi et, s'ils écrivent correr, mereixer etc, avec un r, 
ils suppriment cette lettre dans heure, treure, veure, creure, etc. 
Voici comment ils établissent la distinction : 

Sont verbes en RE tous ceux qui forment leur futur en accen- 
tuant simplement Ve final. 

Ex. : Beure, treure, veure, creure 
font au futur : Beurë, treure, veuré, creure. 

Sont verbes en ER tous ceux qui prennent e au futur. 
Ex. : Correr, mereixer, temer, etc. 
font au futur : Correré, mereixeré, temeré 

Le Gérant, COMET. — Imprimerie COMET, 8, rue Saint-DominiqHC, Perpignan. 



La Langue Catalane 

et son uHlité pédagogique 

€^S5<fe3^ (Suite) 

2 1-^ LEÇON — Canl de les gojes 

Somîa, Gentil, somîa 
Deixa volar ton cor bel) 
Mentre '1 somni no 's dcsnîa 
Com de sa branca l'aucell. 

Aygues de neu te breçolen 
Te vetllen cors virginals, 
Aixam d'abelles que volen 
Del teu hermôs al encalç. 

Los somnis son unes aies 
Per volar dintre l'Edem ; 
Mentres dins tu te regales, 
Nosaltres te breçarem. 

Te breçarem sobre roses, 
Tôt cantante un himne dolç, 
De dia '1 de les aloses. 
De nit, lo dels rossjnyols. 

• 

Somîa, Gentil, somîa 
Deixa volar ton cor bell 
Mentre '1 somni no 's desnîa 
Com de sa branca l'aucell. 

J. Verdaguer, Canigô, cant III. 

Vocabulaire 

iomta. de somiar, rêver breçolen, de breçoîar, bercer 

mentre, pendant que, tant que al encalç, à l'assaut 

somni, rêve aloses, alouettes 
no 's desnia, de desniarse, tomber du nid 



— 274 — 

Exercices 

Traduction française du texte. — Ce morceau est assez difficile 
à rendre. Redoubler d'attention. 

Composition catalane. — Résumer le texte en quelques phra- 
ses catalanes. 

Composition française. — Traduire librement le texte en l'am- 
plifiant. 

Récitation. — Apprendre par coeur : i° Canl de les gojes ; 
2° Metges y cirurgians. 

Conjugaison bilingue. — Verbe TEMER, crzindre (2' conju- 
gaison). 

Ind. prés. : Je crains, terni (i ), tems, tem, temem, temeu, temen. 

Imparfait : Je craignais, temia (2), ternies, temia, temiem, temieu, temien. 

Prêt. sim. : Je craignis, terni, teméres, temé, temérem, teméreu, teméren. 

Prêt. corn. : Je craignis, vaig témer ( Voir 9' leçon ). 

Pas. ind. : J'ai craint, he temut (3) (Voir 1 r leçon). 

P.-q.-par. : J'avais craint, havia temut (^Voir 12' leçon). 

Futur : : /ccramiinji, temerê, temeràs, temerà, temerem, tem:reu, temeràn. 

Fut. ant. : J'aurai craint, hauré temut (Voir 12' leçon). 

Cond. pr. : /ecrainiir^jis, temeria, temeries, temeria, temeriemtemeriêu, temerien. 

Pas. 1 " f . : J'aurais craint, hauria temut (Voir i3' leçon). 

Pas. 2° f. : J'aurais craint, hagueri temut (4) (Voir 1 3' leçon). 

Impératif : Crains, tem, temem, temeu. 

Subj. prés : Q.jecraigne, q. temi, q. temis, q. temi, q. temem, q. temeu, q. temen. 

Imparfait : Q. je craignisse, q.temés, q.teméssis, q.temés, q.teméssim, q.teméssiu. 

Passé : Que j'aie craint, que hagi temut (Voir 14° leçon). [q. teméssin. 

P.-q.-parf : Que j'eusse craint, que hagués temut (Voir 14' leçon). 

Inf. prés. : Craindre, témer. 

Inf. passé : Avoir craint, haver temut. 

Part, prés.: Craignant, tement. 

Part. pas. : Craint, ayant craint, temut, havent temut. 



(1) En Catalogne : temo. 

(2) En Roussillon : temii. 

(3) En Roussillon, on dit plutôt : som. 

(4) En Catalogne : haguera. 



- ayS - 

Notes grammaticales 

Le verbe anar. — On a vu {q"" leçon) que le verbe anar sert à 
former le prétérit composé. 11 est donc auxiliaire ; c'est ainsi que 
vaig canlar, par exemple, qui signifie: je chantai ne peut pas être 
employé pour dire que l'on va chanter (comme d'ailleurs semble- 
rait l'indiquer la traduction littérale). 

Pour éviter la confusion qui ne manquerait pas de se produire, 
on place la préposition d devant l'infinitif. 
Ex. : J^ iiig à cantar, je vais chanter. 

Pour mieux marquer encore la différence on fait précéder x;^/^ 
des pronoms me, le, se, nos, vos, se, suivis de en. 

Ex. : M'en vaig i cantar Montanyes régalades. 
S'en van â cantar els Goigs deis ous. 

Ce que nous venons de dire pour anar, peut aussi s'appliquer 
aux verbes venir, lornar, enviar, ohir. 

Ex. : Vinch d vetire 7 matait, je viens voir le malade. 
Tornarem d canlar, nous reviendrons chanter. 
L'enviarem d buscar, nous l'enverrons chercher. 
Hem chil d dir, nous avons entendu dire. 

Les autres verbes ne demandent pas la préposition. 
Voir dans le texte : Deixa volar. 

Remarque. — \° Les débutants se laissent prendre facilement 
au piège que leur tend cette préposition catalane et généralement 
ils la traduisent en parlant français. 

Ex. : Où est Pierre? 11 est allé à chercher son livre. 
Où va Jean? Il va à nager. 
Où allez-vous? Je m'en vais à travailler. 

Voir la cf leçon où est signalée la faute contraire. 

Lorsqu'il s'agit de provisions on supprime l'infinitif après a/iar. 

Ex, : Jlnar d l'aygua, al pd, al vi, 
pour : Aller chercher de l'eau, du pain, du vin. 

2° L'impératif du verbe aller employé négativement donne lieu 

à une incorrection très fréquente. 

Ex. : Achille, prends garde, n'aille pas toucher le fil électrique, 
n'aille pas jouer trop près de l'eau, etc., 
pour : ne va pas. 



— 27^ — 

Si Ton explique aux élèves qu'en catalan il n'existe pas d'im- 
pératif négatif et que pour traduire l'impératif négatif français, 
on est obligé d'employer le subjonctif présent catalan (i) il est 
très probable qu'ils n'oublieront pas cette particularité de la langue 
catalane et que vagis pas ne représentera plus pour eux le sub- 
jonctif français n'aille pas mais bien l'impératif ne va pas (i). 

3' A signaler également le cas de certains verbes qui sont 
employés à tort l'un pour l'autre et qui constituent des catalanis- 
mes intolérables dans des phrases comme celles-ci : 

Cent personnes ne resteraient pas dans cette salle ; 

De Saint-Estève on sent les cloches de Perpignan ; 

Notre fils aîné est parti et je vous assure que nous l'ennuyons 

beaucoup ; 
Laissez-moi cinq francs ; je vous les rendrai demain ; 
Mon père a passé la fièvre ; 
Cet enfant a été puni mais il s'en donne ; 
Chaque fois qu'on le bat, il se rend ; etc., etc. 



fl) En supprimant que. 

(2) No hi vagis â viure à ciutat (Verdacuer, Lu rosa marcidaj. 



— 277 — 

2 2"^ LEÇON — Â la casa dels Orfcs 

Quin fret dcu ferhi ! Tôt aquel) aixam de nens y nenes, 
ab caretes xamoses y '] cap pie d'encenalls d'or, ab ulls- 
brillants com estrelletes y manônes de satî y de cotô fluix, 
flonjes y rosses, deu semblar un jardi de verge enamorada, 
ahont les flors parlen. 

Pobre jardî d'hivern, flors sensé sol ni gotes de rosada, 
sensé rialles ni plors de mare, sensé petons de debô ! 

Quin deu ser el nom primer qu'aprenen els pollets d'a- 
quella llocada orfa ? Com els hi deuen dir que de mare no 'n 
tenen, ni n'han tinguda may ; pobrissons ! may, perqué la 
dona que 'ns porta al mon no es mare nostra fins que s'ho 
guanya ab goigs y tristors ! 

Com els hi deuen dir que no hi es pas la dona â qui tant 
cerquen, la dona en qui han somniat avans de neixer, la 
qu'estimaven ja quan el seu cor, menut encara com 
llevor de llîri, començâ â bategar? 

Com ho deuen fer pera dir als famolenchs de mare qu'a- 
quella dona que l'anima adora quan el cor encara no 's 
movîa, els ha deixats solets per por del mon, ô per por 
d'ella, 6 per mal cor ? No, per mal cor, no, que no 'Is hi 
diguin. Angelons ! se morirîen ! 

Enrich de Fuentes. 

Vocabulaire 

aixam, essaim rosses, blondes 

caretes, petites figures enamorada, amoureuse 
xamoses, synonyme de manyagues, rialles, ris, risettes, sourires 

douces petons, baisers 

encenalls, copeaux llevor, graine 

manônes, petites mains, menottes bategar, battre 

cotô fluix, duvet léger, ouate famolenchs , faméliques. Ici : avides, 
flonjes, molles. désirant ardemment 



— 278 — 
Exercices 

Traduction française du texte. — On trouvera quelques diffi- 
cultés dans le j" paragraphe. 

Composition catalane. — Résumez le texte en catalan. 

Composition française. — Le pelil orphelin. Vous avez vu un 
pauvre bébé abandonné. Faites son portrait en vous inspirant des 
détails du texte et dites les réflexions qui vous sont suggérées par 
la vue de ce petit orphelin. 

Récitation- — - Apprendre par cœur : )° A la casa dels orfes ; 
2' Passades alegries. 

Conjugaison bilingue. — Verbe PARTIR, partager (3"* conju- 
gaison). 



Ind. prés. 
Imparfait 
Prêt. sim. 
Prêt. com. 
Pas. ind. 
P-q-parf. 
Futur : 
Fut. ant. 
Cond. pré. 
Passé 1 " f. 
Passé 2' f. 
Impératif 
Sub. prés. 
Imparfait 
Passé : 
P-q-parf. 
Inf. prés. 
Jnf. passé 
Part. prés. 
Part. pas. 



Je partage, parteixi(i), parteixes, parteix, partim, partiu, parteixen. 

Je partageais, partia (2 1, parties, partia, partiem, partieu, partien. 

Je partageai, parti, partires, parti, partirem, partireu, partiren. 

Je partageai, vaig partir (Voir 9' leçon). 

J'ai partagé, he partit (3) (Voir 1 >' leçon). 

J'avais partagé, havia, partit (Voir 12' leçon). 

Je partagerai, partiré, partiras, partira, partirem, partireu, partiràn. 

J'aurai partagé, hauré partit (Voir 12' leçon). 

Je partagerais, partiria, partiries, partiria, partiriem, partirîeu,partirien 

J'aurais partagé, haurîa partit (Voir i3' leçon). 

J'aurais partagé, haguéri partit (4) (Voir i3' leçon). 

"Partage, parteix, partim, partiu, [q. parteixin. 

Q, je partage, q.parteixi, q.parteixis, q. parteixi, q. partim, q. partiu, 

Q. je partageasse, q. partis, q.partissis, q. partis, q. partissim q.partissiu. 

Que j'aie partagé, que hagi partit (Voir 14' leçon). [q. partissin. 

Que j'eusse partagé, que hagués partit (Voir 14' leçon). 

Partager, partir. 

Jlvoir partagé, haver partit. 

Partageant, partint. 

Partagé, ayant partagé, partit, havent partit. 



(1) En Catalogne : parteixo. 

(l) En Roussillon : partit. 

Ci) En Roussillon, on dit plutôt: som. 

(41 En Catalogne: haguera. 



— ^79 — 
Notes grammaficales 

Le complément direct- — Le complément direct catalan est 
quelquefois précédé de la préposition d. 

Certains grammairiens affirment qu'il faut employer la préposi- 
tion d devant le complément direct lorsque ce complément est un 
nom de personne ou un mot se rapportant à une personne. 
Ex. : He vist â mon pare. 

Voir dans le texte : La dona d qui tant cerquen (cercar â la 
dona). 

Certains, moins affirmatifs, se contentent de dire que la prépo- 
sition d se place presque toujours devant le complément direct des 
verbes actifs quand ce complément 2st un nom de personne. 

D'autres veulent toujours l'accusatif et par conséquent n'admet- 
tent la préposition dans aucun cas. 
Ex. : He vist mon pare. 

Enfin Joan Bardina, dans sa Gramdtica pedagôgica [\), recom- 
mande aux élèves de ne pas employer la préposition d devant 
les compléments directs, sauf dans le cas d'absolue nécessité. 

L'usage et la lecture des bons auteurs doivent donc tenir lieu 
de règle (Voir 5"" leçon). 



Baguiiâ, éditor, Cardenal Casaiias, 4, Barcelona. 



— 28o — 

îS*^ LEÇON — Canço 

Mirau les flors matineres 
Obrjntse ara â la claror : 
Quines colors enciseres ! 
Quin perfum ! Quina frcscor ! 
Tenen aygues rioleres 

Y bel) sol ; 
Les festcjen papallones : 

er Pestones, 
Les alegra *1 rossinyol. 

Perô l'essencia mes pura 
Que dins cada flor hi ha 
May â dins ella s'atura ; 
Sempre se 'n puja, se 'n va... 
No ]j basta la dolsura 

De la flor : 
De la llum enamorada 

Pren volada ; 
Vol viure en nubolets d'or. 

Sentiments qui d'aquest cor 
Cap enfora vo'n anau, 
Perfums de l'anima en flor, 
Volau molt amunt, volau ! 

Costa y Llobera, Poésies. 

Vocabulaire , 

enciseres, charmantes esiones, moments 

rioleres, qui leur donnent un aspect s'atura, s'arrête 

agréable, riant basta, suffit 

festejen, courtisent nubolets, petits nuages 

papallones, papillons 



— 28j — 

Exercices 

Traduction française du lexlc. — On ne trouvera dans ce texte 
aucune difficulté sérieuse. 

Composition catalane. — Traduire cette poésie en prose cata- 
lane. 

Composition française. — Les fleurs. Faites une promenade 
matinale à la campagne pour observer les fleurs, puis rédigez un 
petit devoir en suivant le plan adopté par l'auteur dans la j " 
strophe. 

Récitation.— Apprendre par cœur: i° Cançô ; 2° E/s reys 
d'Orient. 

Conjugaison bilingue- — Conjuguer aux temps simples les ver- 
bes viure et vivre. Voir la liste des verbes irréguliers (2"" caté- 
gorie, n° 4). 

Noies grammaticales 

Les verbes irréguliers. — On peut grouper les verbes irrégu- 
liers catalans en deux grandes catégories : 
1° Les verbes presque réguliers ; 
1' Les verbes très irréguliers. 

Les verbes de la première catégorie comprennent quatre séries : 

1" série : Verbes qui se conjuguent sur rebre, recevoir. 

2"" série : Verbes qui se conjuguent sur dormir, dormir. 

3"" série : Verbes qui se conjuguent sur entendre, comprendre. 

4"" série : Verbes qui se conjuguent sur mereixer, mériter. 

Les verbes ce h 2"" catégorie comprennent huit séries. Dans 
chacune de ces séries on a groupé les verbes suivant leur plus ou 
moins d'analogie dans les irrégularités. 

Voici la liste des verbes irréguliers les plus usuels (i). 

PREMIÈRE CATÉGORIE 

1. — Rebre, recevoir. Rebi, rebia, rebré, rebrîa, que rebi, 
que rebés, rebent, rebut. 

abatre, admetre, batre, combatte, cometre, comprometre, corrompre, 
debatre, interrompre, malmetre, ometre, perdre, permette, promette, 
rebatte, temette, rompte, somette, ttansmette. 

(1) D'après la classification Foulché-Delbosc. 



— 282 - 

2. — Dormir, dormir. Dormi, dormia, dormiré, dormirîa, 
que dormi, que dormigués, dormint, dormit. 

acullir, adormir, ajupir, bullir. consentir, consumir, cosir, cruixir, cullir, 
descosir, escullir, escupir, fugir, morir, obrir, omplir, pressentir, presu- 
mir, pudir, recosir, recullir, resumir, sentir, sortir. 

3. — Entendre, comprendre. Entench, entenia, entendre, en- 
tendria, que entengui, que entengués, entenent, entés. 

absoldre, apendre, atendre, caldre, compendre, confondre, correspondre, 
défendre, dépendre, desapendre, disoldre, doldre (se), empendre, encen- 
dre, equivaldre, extendre, fondre, moidre, ofendre, pendre, pondre, pré- 
tendre, prevaldre, refondre, remoldre, rependre, resoldre, respondre, 
revendre, sorpendre, suspendre, tondre, valdre, vendre. 

4. — Mereixer, mériler. Mereixi, mereixia, mereixeré, mereixe- 
ria, que mereixi, que mereixés, mereixint, merescut. 

apareixer*, compareixer*, creixer, coneixer*, decreixer, desmereixer, 
desapareixer*, desconeixer*, neixer, pareixer*, reapareixer*, reconeixer*, 
rencixer. 

Les verbes marqués d'une astérisque comme coneixer, font : que conegui, que conegués au 
présent et à J'imparfait du subjonctif. 

DEUXIÈME CATÉGORIE 

1. — Beure, boire. Bech, bebia, beuré, beuria, que begui, 
que begués, bebent, begut. 

commoure, deure, moure, ploure, promoure, remoure, somoure. 

2. — Creure, croire. Crech, creia, creuré, creuria, que cregui, 
que cregués, creient, cregut. 

abstreure , ajeure, asseure, atreure, bestreure, contreure, distreure, 
extreure, jeure, retreure, riure, seure, somriure, sustreure, treure. 

3. — Coure, cuire. Cohi, cohia, coure, couria, que cogui, 
que cogués, coent, cuit. 

cloure, concloure, descloure, encloure, excloure, incloure, recoure. 

4. — Caure, tomber. Caich, queia, cauré, caurîa, que caigui, 
que caigués, caient, caigut. 

circumscriure, complaure, decaure, descriure, desplaure, entreveure, 
escaure, escriure, inscriure, plaure, prescriure, preveure, proscriure, 
reveure, reviure, suscriure, transcriure, veure, viure. 



— 283 — 

5. — CoRRER, courir. Corri, corria, corriré, corrin'a, que 
corrégui, que corregués, corrent, corregut. 

concôrrer, deseixir, discôrrer, eixir, escorrer, incorrer, ocôrrer, recôrrer, 
reeixir, sobreixir, socôrrer. 

6. — PoDER, pouvoir. Puch, podia, podré, podn'a, que pugui, 
que pogués, podent, pogut. 

advenir, avenir, cabre, convenir, desavenir, intervenir, prévenir, pro- 
venir, reconvenir, revenir, saber, soler, sobrevenir, subvenir, venir, voler. 

7- — Anar, aller. Vaig, anavi, aniré, aniria, que vagi, que 
anés, anent, anat. 

contradir, contrafer, desdir, desfer, dir, dur, estrafer, fer, predir, refer, 
satisfer. 

8. — Tenir, avoir, posséder. Tinch, ténia, tindré, tindria, que 
tingui, que tingués, tenint, tingut. 

contenir, détenir, entretenir, mantenir, obtenir, retenir, sostenir. 

Voir dans le texte les verbes irréguliers obrir, tenir, pendre, 
voler, viure et anar. Chercher ces verbes dans la liste ci- dessus. 



— 284 — 

24"*^ LEÇON — Instantanées 

L'ayrc es pur y cl ce) es blau. 
El jardî s'adorm en pau 
Mcntrc el sol se'n va â la posta 
Dant l'adeu ab raigs daurats 
Als arbres endormiscats 
Que no li tornen resposta. 

Qu'es aqueix baume exquisit 
Que, quan arriba la nit, 
Al passar la brisa deixa ? 
No séria, per etzar, 
L'olor que deixa al passar 
La primavera mateixa ? 

La terra s'adorm en pau 
La lluna, desde '1 cel blau 
ObrJnt ses aurees parpelles 
Guayta â la terra y somriu 

Y no se pas que 'Is hi diu 
Que somriuen les estrelles. 

Ombra y silenci... Ja es nit. 
Els aucells s'han adormit 
Ab el capet sota l'ala, 

Y somien camps de blat, 
Sempre ros, sempre granat, 
Bressat per cants de cigala. 

Apeles Mestres, Croquis ciutadans. 

Vocabulaire 

s'adorm, s'endort endormiscats, somnolents, à demi 
mentre, pendant que endormis 

se'n va à la posta, est sur le point de exquisit, exquis 

se coucher aurees, dorées 

dant, donnant, du verbe dar, donner parpelles, paupières 



— 285 — 
Exercices 

Traduction française du texte. — Les deux derniers vers de la 
3"" strophe sont assez difficiles à rendre. 

Composition catalane. — Traduction du texte en prose cata- 
lane, chaque strophe constituant un paragraphe. 

Composition française. — 1° Le soir. Rédigez un petit devoir 
sous ce titre en vous inspirant des idées exprimées par l'auteur 
dans les deux premières strophes et en y ajoutant vos idées per- 
sonnelles. 

2° La nuit. Même genre de devoir avec les deux dernières 
strophes. 

Récitation. — Apprendre par cœur : i Jnstanlanees ; i' T^ecorh. 

Conjugaison bilingue. — Conjuguer aux temps simples les ver- 
bes adormtrse et s'endormir. 

Notes grammaticales 

Le participe présent- — Le participe présent catalan se ter- 
mine en ant, enl ou int. 

11 est invariable quand il joue le rôle de verbe, c'est-à-dire 
lorsqu'il exprime une action. 

Voir dans le texte : dajit l'adeu, obrinf ses parpelles. 

11 est variable quand il joue le rôle d'adjectif, c'est-à-dire lors- 
qu'il exprime un état, une qualité. 

Le participe passé. — Le participe passé catalan se termine en 
aff il, ut, ou ert. Il peut être employé sans auxiliaire, avec 1 auxi- 
liaire esser ou avec l'auxiliaire haver. 

Employé sans auxiliaire, il joue le rôle de qualificatif et s'ac- 
corde en genre et en nombre avec le nom auquel il se rapporte. 

Voir dans le texte daurats, endormiscats, granat, bressat. 

Employé avec l'auxiliaire esser il s'accorde en genre et en nom- 
bre avec le sujet. 

Ex. : Els arbres son endormiscats. 



- 286 — 

Employé avec l'auxiliaire baver il reste invariable. 

Ex. : He llegii très lUbres, j'ai lu trois livres. 

Ets très llibres que he llegit, les trois livres que j'ai lus. 

Voir dans le texte : els aucells s'han adormil. 

Mais le participe passé construit avec baver peut aussi s'accor- 
der avec le complément direct, que ce complément soit placé 
avant ou api es. 

Ex. : fie llegida la seua hisloria, j'ai lu son histoire. 

"Vetaqui l historia que he llegida, voici l'histoire que j'ai lue. 

On peut donc conclure que, comme dans le vieux français (j), 
le participe avec baver varie au gré de l'écrivain. 

Remarque. — Lorsque le participe passé du verbe fer est suivi 
d'un infinitif et que le complément direct est un des pronoms la, 
los, les, ce participe s'accorde avec le complément. 

Ex. : Sembla que la porta es nova perqué l'hem fêta pintar. 

On dirait que la porte est neuve parce que nous l'avons fait 
peindre. 

Ce participe étant variable en catalan, il en résulte que les 
élèves commettent couramment une faute en français. 
Ex. : Cette porte, nous V zvons f(iite peindre. 



(i) Clément Marol, dans son J{ecours en grâce, écrit : 

« Sur mes deux bras ils ont la main posée. » 

Et Brantôme, à la même époque, dans ses Mémoires : 
« Après qu'il zut fermé la lettre, u 

Plus prés de nous, Molière, dans \"Ecole des maris : 

« Il m'a, droit dans ma chambre, une boite 



— 287 — 

25^^ LEÇON — Lo porter 

Darrera d'aquella porta de roure que tenîa en planxa 
d'accr grabat lo nom Gil Foix, topava '1 visitant amb un 
porter vestit de panyet blau, botons de plata y les inicials 
G. F. del mateix metall, cusides al coll. 

Era un home fornit y rabassut, d'afable parlar, veu 
grossa, ull gris y esguart burleta. En l'espessedat de son 
cabell curt y blanch, plantât sobre d'un front macîs y 
sempre vermellôs, en la forma rodona del cap y la quadra- 
tura de la cara, corn en lo gruix de ses munyeques y de sos 
peus botaruts, hi havia quelcom de gos de prèsa qu'inspi- 
rava confiansa al home de bé y posava alerta al dolent. 

Assegut en un banquet, al bell cantô de una taula, 

demunt laquai teclejava hores y mes hores, apenes s'aixe- 

cava pcr ningû. Clavava interrogant mirada al entrant, y 

obtinguda resposta, informava sens badar boca ni deixar de 

teclejar, signant â dreta 6 â esquerra, segons l'oficina 

demanada. 

Narcis Oller, La Tehre d'or. 

Vocabulaire 



roure, rouvre, chène-rouvre 

planxa d'acer, plaque d'acier 

topava, rencontrait, trouvait, se trou- 
ver en présence de 

panyet, drap épais genre militaire 

fornit, fourni, épais, gras 

rabassut, trapu, robuste 

esguart burleta, regard moqueur 

macis, massif 

vermellôs, rougeâtre 

quadratura, carrure, ampleur 

gruix, grosseur excessive 

munyeques, poignets 

botaruts, en saillie, saillants, angu- 
leux 



gos de prèsa, chien de garde 

dolent, méchant 

assegut, assis 

teclejava, il tambourinait 

apenes, à peine. On dit aussi : tôt 
just 

ningû, est mis ici pour: n'importe qui 

clavava, il clouait, il fixait 

interrogant mirada, regard inter- 
rogateur 

sensé badar boca, sans ouvrir la bou- 
che 

sensé deixar de teclejar, sans cesser de 
tambouriner 

oficina, bureau, guichet 



— 288 — 
Exercices 

Traduction française du texte. — Quoique très facile à com- 
prendre ce texte renferme quelques difficultés de traduction, 
surtout dans le 2' paragraphe. 

Composition catalane. — E/ gos de pièsa. Faites, en catalan, le 
portrait d'un chien de garde que vous avez vu. Suivez le plan du 
texte et pensez en catalan. 

Composition française. — Le chien de garde. Rédigez en fran- 
çais le même devoir en traduisant librement la composition cata- 
tane. 

Récitation- — Apprendre par cœur: i' ho porter ; 1° A Yalencia. 

Conjugaison bilingue. — Conjuguer aux temps simples les 
verbes aixecarse et se lever. 

Notes grammaticales 

La préposition. — Les principales prépositions catalanes sont : 

d, à ; ah, amb, am, avec ; avans de, avant ; sobre, sus, sur ; demunt de, au- 
dessus de ; contra, contre ; ademès de, outre ; sota, sous ; dessota de, dejusde, 
au-dessous de; en, dins, dintre de, dans ; desde, depuis ; fins, jusque;; desprès 
de, après ; tras, detras de, darrera de, derrière ; devant de, devant ; a casede, 
d cd, cd, chez ; maîgrat, malgré ; fora, excepte, hors, hormis ; per, pera, 
pour ; per, par ; vora, près de ; segons, selon ; sens, sensé, sans; mitjansant, 
moyennant ; cap à, vers ; etc. 

La conjonction. — Les principales conjonctions catalanes sont : 

aixis, ainsi ; aixi corn, ainsi que ; també, aussi ; com, comme ; tant... corn, 
aussi... que; donchs, donc; y, et; mes, perô, mais; ni, ni; 6, ou; perqué, 
pourquoi, parce que; puix, puisque ; quan, quand ; que, que; si, si; mentres 
^we, pendant que ; etc. 

L'adverbe. — Les principaux adverbes catalans sont : 

avant, avans, avantes, antes, avant, auparavant ; ahont, hont, où ; alU, alla, 
là; aqui, assi, ici; alli baix, là-bas; alli dalt, là-haut; avuy, aujourd'hui ; 
demd, demain ; ahir, hier ; desprès, après ; desprès demà, dema-passat, après- 
demain ; despusahir, avant-hier ; demunt, dessus ; sota, dessota, dejus, dessous; 
ara, maintenant ; aviat, bientôt ; défera, dehors ; dedins, dedans ; Ituny, loin; 
prop, près ; massa, trop ; poch, peu ; menos, menys, moins ; mes, plus ; poch d 
poch, peu à peu ; de siguit, tout de suite ; molt, beaucoup, plusieurs ; prou, 
assez ; també, aussi ; tampoch, non plus ; allavores allivons, alors ; soviny, 
souvent ; sempre, toujours ; may, jamay, jamais ; be, bien ; mal, mal ; devant, 
devant; darrera, derrière; etc. 



I 



— 289 — 

L'interjection. — Les principales interjections catalanes sont : 

Ay ! ahi ! eu ! ey ! fora ! afora ! que ! cà ! home ! fà ! llam ! ma ! mare de 
Deu ! Maria Santissima ! batualisto ! etc. 

Le peuple emploie malheureusement un grand nombre de 
jurons grossiers dont la langue catalane se passerait fort bien. 

Remarques. — 1° La préposition à ne s'emploie pas en français 
après les verbes acheter ou vendre suivis du prix. Ainsi l'on dit 
que telle ou telle denrée est achetée deux sous et vendue trois 
sous et non : à deux sous, à trois sous, ce qui serait un catala- 
nisme. En catalan on dit, en effet : Les maduixes se venen d très 
sous, les fraises se vendent (à) trois sous. 

2" — La préposition française de ne traduit pas toujours sa 
correspondante catalane. Ainsi l'on dit : 

una mostra de plata et non: une montre d'argent (i) 

una arma de foch — une arme de feu 

una casa de fusta — une maison de bois 

la sopa de llet — la soupe de lait 

la sopa de cols — la soupe de choux 

la dona dels cabells blanchs — la femme des cheveux blancs 

vestit de capitâ — habillé de capitaine (2) 

11 faut aussi se méfier de la préposition de dans la traduction 
des expressions catalanes fer de boliga, anar de cami, etc. 

3° — La préposition française pour se traduit par pera lors- 
qu'on veut indiquer la cause. Elle se traduit indifféremment par 
pera ou par per dans les autres cas. 

Mais per est aussi la traduction de la préposition française par, 
d'où la faute que nous avons signalée plus haut (Voir 4 leçon). 

4° — La préposition ab s'exprime en catalan dans les expres- 
sions où le français sous entend avec. 

Ex. : 11 marchait les yeux fermés, marxava ab els utts tançais. 
Marcher avec les yeux fermés est donc un catalanisme à éviter. 

5' — Pourquoi et parce que se traduisent par perqué ; d'où cet 
horrible catalanisme : je mange pourquoi j'ai faim, dans lequel 
pourquoi est employé pour parce que. 

(1) Voir dans le texte: hoions de plata, iniciaït de ntéiall, home d'afabte partar. 
(i) Mais on dit: habillé, vêtu de velours, de soie, eJe., conxme en catalan. Voir dans l< 
texte : vetlit de panyet blau. 



— 290 — 

26' LEÇON — El piano de cua 

El piANisTA [de la porta estant). — Salut y mûsica. 

La Gansa (girantse). — Hola, noy ! 

El PIANISTA. — Que es aqui que fan comedia... dich, un 
bateig ? 

La Gansa. — Si, aqui mateix, 

El pianjsta (avançant). — Jo soch el pianista que han 
contractât pel sarau. 

La Gansa. — Ah ! hauràs d'csperarte una estona, 
minyô, perque 'Is de) festival tôt just son â l'iglesia, y 
desprès han de fer el tech. 

El pianista. — Esta bé. Sent aixî, ens en anirem â apro- 
fitar el tret per aquests volts. 

La Gansa. — No facis tard ! 

El pianista. — No tingueu por. 

La Gansa. — Hont tens el piano? 

El pjANisTA. — Alla fora. 

La Gansa. — Ja es dels bons, dels de confiança? 

El pianista. — Es meilor que una orquestra. 

La Gansa. — Que es dels que tenen campanetes? 

El pjANisTA. — No : el meu es de cua. 

La Gansa. — Ah 1 d'aquells que se toquen amb els dits? 

El pianista. — Jo '1 toco am les mans. 

La Gansa. — No dius que es de cua ? 

El pianista. — Si. [Treyentse 7 manubri de la bufxaca de 
la brusa). Mireu-la. 

Ignasi Iglesias, Tlor tardana, escena xxi. 

Vocabulaire 

bateig, baptême ' aquests volts, ces parages, les envi- 

sarau, ba) rons, les alentours 

estona, moment manubri, manivelle 

el tech, le repas, la collation butxaca delà brusa, poche de la blouse 

el tret, du v. traure, la sortie 



Exercices 

TraducHon française du texte. — Ce dialogue est facile à rendre. 

Composition catalane. — E/ piano de cua. — Le baptême est 
terminé, les invités sont déjà à table et le pianiste n'est pas 
encore revenu. Imaginez un dialogue entre la Gansa et un invité 
au sujet du piano et du pianiste. 

Composition française. — Le piano mécanique. — Le bal vient 
de commencer et le pianiste est à son poste. Décrivez la fête et 
insistez surtout sur le pianiste et son instrument. 

Récitation. — Apprendre : T E/ piano de cua ; 2* Miseta. 

Conjugaison bilingue. — Conjuguer girarse et se retourner. 

Notes grammaHcales 

Etymologie : dérivés et composés. — On appelle dérivé un 
mot formé d'un mot primitif (ou racine) suivi d'un suffixe. 

Voir dans le texte : festival qui est un dérivé de festa. 

On appelle composé un mot que l'on forme avec un mot 
primitif (ou racine) précédé d'un préfixe. 

Voir dans le texte : contractai qui est un composé de Iractar ( j). 

On appelle diminutifs et augmentatifs des suffixes qui dimi- 
nuent ou augmentent le sens du primitif. On appelle péjoratif 
des suffixes qui ajoutent au sens du primitif une idée défavorable. 

Voir dans le texte : campanetes. 

Campaneta est le diminutif de campana ; 

Campanassa en serait l'augmentatif; 

Campanota (cloche de peu de valeur) en serait le péjoratif. 

On appelle familles de mots l'ensemble de tous les mots ayant 
la même racine. 

Ex. : 1° Campana, cloche ; campanar, clocher ; campaner, sonneur; campa- 
nejar, sonner; campànula, campanule; campaneta, petite cloche; campa- 
nassa, grosse cloche ; campanota, cloche médiocre. 

2° Vo/f, tour ; uo/fanf, autour ; uo/far, tourner autour ;voltejar, faire tourner; 
voltejador, qui tourne autour. 

3° 7^/e5ia, église ; eccîésiarca, sacristain; ecclesiàstich, ecclésiastique. 

^° Tractar. traiter; contractar, faire une convention; contracciô, distracciô, 
extracciô, retractar, retrat, (portrait), etc. 

()) Le mot primitif ou racine serait plutôt : traure. 



— 29^ — 

î;*"* leçon — La vaca cega * 

Topant de cap en una y altra soca ; 
Avançant d'esma pel camî de l'aygua, 
Se 'n ve la vaca tota sola. Es cega. 
D'un cop de roch Uençat am massa traça, 
El baylet va desferli un ull, y en l'altrc 
Se li ha posât un tel : la vaca es cega. 
Ve â abeurarse à la font com ans solîa, 
Mes no amb el ferm posât d'altres vegades 
Ni am ses companyes, no : ve tota sola. 
Ses germanes, pels singles, per les comes, 
Pel silenci dels prats y en la ribera, 
Fan sonar l'esquellot, mentres pasturen 
L'herba fresca â l'etzar... Ella caurîa. 
Topa de morro en l'esmolada pica 

Y recula afrontada ; perô torna, 

Y abaixa '1 cap â l'aygua, y beu calmosa. 
Beu poch, sens gayrc set. Desprès aixeca 
Al cel, énorme, l'embanyada testa 

Amb un gran gesto trâgich ; parpelleja 

Sobre les mortes nines, y se 'n torna 

Orfe de llum sota del sol que crema, 

Vacilant pels camins inoblidables, 

Brandant llanguidament la llarga cua. 

Joan Maragall. 

' Vocabulaire 

ctga, aveugle ferm posât, l'allure ferme 

topant de cap, cognant de la tète singles ou cingles, chaînes de mon- 

soca, souche tagnes. 

d'esma par routine, par habitude comes, collines 

massa traça, avec trop d'adresse, l'esmolada pica, l'auge usée, la pierre 

d'habileté usée de l'auge 

ballet, valet, jeune domestique afrontada, confuse 

ans, avant, auparavant, autrefois calmosa, lentement 

tel, pellicule, tache nines, prunelles 

solia, avait l'habitude de orfe, orpheline, privée de 

(i) On remarquera dans cette belle poésie l'absence de la rime. Ces vers non rimes prennent 
je nom de vers blancs et sont très usités en catalan. 



— 29^ — 
Exercices 

TraducHon française du texte. — Cette belle poésie ne pré- 
sente aucune difficulté de traduction. 

Composition catalane. — Traduire le texte en prose catalane. 

Composition française. — La vache aveugle. Rédigez un devoir 
sous ce titre, en traduisant librement le texte. 

Récitation. — Apprendre par cœur : i° La vaca cega ; i° INinâ. 

Conjugaison bilingue. — Conjuguer les verbes abeurarse et 
s'abreuver aux temps simples. 

Notes grammaticales 

Etymologie- — D'après ce que nous avons vu dans la précé- 
dente leçon, il est facile de reconnaître dans le texte les mots : 
fer dans desferli ; beute dans abeurarse ; past (nourriture) dans 
pasturen ; mola (meule) dans esmolada ; front dans afronlada ; baix 
dans abaixa ; banya dans embanyada ; oblit dans inobïidables . 

EXERCJCES 

r Traduire les mots suivants en soulignant les préfixes : 

abusar, benfactor, malifeta, desfer, desplegar. descobrir, contradir, enfari- 
nar, enrabiar, perfeccio, sobresalt, adoptar, administraciô, confrare, besavi, 
refer, reconeixer, circumferencia, distreurc, distancia, inûtil, indigne, es- 
borrar, escalfar, exposar, extreure, interrompre, preveurc, prévenir, trans- 
portar, suplicar. 

1° Traduire les mots suivants en soulignant les suffixes: 

dolçor, lluminôs, selvatge, soldat, grogor, lletgésa, bogeria. rojor, rocam, 
brancam, dolcissim, bufetada, montanya, esplendidesa. sudorifich, gigantàs, 
homenas, homenet, homenot, llampegar, manyagar, bracejar, nomenar. 



— ^94 — 

28^ LEÇON — La pujada 

A la esquerra dcl carro s'aixecava un marge altérés, mes 
eixjt ùe dalt que de baix, com â punt d'esllavissarse sobre '1 
camî, perô contingut per paretotes seques y desiguals, ven- 
trudes assà y alla y mes perilloses que '1 marge mateix. Al 
cim s'arrapaven les tanques de les feixes, fêtes â trossos, 
ab atzavares assocades, quines fulles, testes y polpudes, 
ferien l'espay com glavis apomellats, y â trossos ab tamarius 
de brancada bellugadissa 6 rengleres d'arns que allavors 
començaven sa blanca florida tota enrondada de punxes. 

De l'altra banda, y â cosa de cana y mitja per sota la car- 

retera, s'estenîa '1 plâ de Ridorta, abrassat al turô y tôt ell 

divfs en partions simètriques, mateix que un gran tauler 

d'escachs. Aquestes partions eren els horts de regadiu, la 

riquesa del poble, esmersada â bocinets entre tots els 

vehins, mercès â antichs establiments emfitèutichs. Alesho- 

res s'hj veyen virolejar arreu. les notes frescals y alegres de 

la verdura tendra, clapejant la grogor colrada del terrer, en 

mitg dels viarons d'aygua clara, qu'espurnejaven al sol com 

llenques d'espill. 

Victor Catala, Soîitut. 



Vocabulaire 



esquerra, gauche 

carro, chariot 

marge altéras, berge ou talus élevé 

mes eixit, plus en saillie 

esUavissarse, s'ébouler 

pareloles, péjoratif de parets, murs 

s'arrapaven, s'attrapaient, se cram- 
ponnaient, s'accrochaient 

tanques, haies, clôtures 

feixes, terrasses 

à trossos, par morceaux, en partie 

atzavares assocades, aloès raidis, ri- 
gides 

testes y polpudes, pointues et charnues 



ferien l'espay, blessaient (perçaient) 
l'espace 

glavis apomellats, glaives réunis, bou- 
quet de glaives 

tamarius, tamaris, arbrisseaux à feuil- 
les menues 

bellugadis, frétillant 

arns, ou espinavis, paliure. Certains 
auteurs emploient le mot arn pour 
désigner l'aubépine 

à cosa de, à environ 

carreler a, route 

turô, coteau 

partions, parts ou porcwns, petites 
parties 



29^ — 

tauler d'escachs, échiquier arreu, en certains endroits 

horts de regadiu, jardins à l'arrosage frescals, frais 

esmersada, dépensée, employée. clapejant, tachetant 

hocineis. petits morceaux la grogor colrada, le jaune doré 

vehins, habitants viarons, canaux d'arrosage 

mercès a, grâce à espurnejaven , étincelaient , scintil- 

establiments emfifèufichs, bails emphy- laient, miroitaient 

téotiques ou à long terme llenques d'espill, tranches de miroir 
virotejar, briller en changeant de 

couleur, chatoyer 

Exercices 

TraducUon française du texte. — Ce texte comprend un assez 
grand nombre de mots qui ne sont pas usités en Roussillon. Aussi 
avons-nous cru bien faire en augmentant le vocabulaire. 

Composition catalane. — Reproduire cette belle description 
en remplaçant toutes les fois que cela sera possible chaque mot 
catalan par un autre mot ou par un détour donnant un sens équi- 
valent. 

Composition française. — Faire la traduction libre du texte. 

Récitation- — Apprendre par coeur : i° La pujada ; i' Canî pti- 
maverench. 

Conjugaison bilingue. — Conjuguer les verbes aixecarse et 
se dresser. 

Notes grammaticales 

Etymologie. — Un mot catalan peut souvent servir à découvrir 
l'origine et la véritable signification d'un ou plusieurs mots 
français. 

Prenons, par exemple, dans le texte le mot alterôs. Ce mot, 
dérivé de ail, haut, donne immédiatement à l'élève qui ne con- 
naît pas le latin, allus, la signification des mots français : altesse, 
altitude, altier, alto, autel (cat. : allar) contralto, exaltation, exal- 
ter, exaucer, exhausser, hausser, hautain, hauteur, etc. 

De même, sans connaître le latin oleum, le jeune élève catalan 
trouvera facilement la signification des mots français : oléagineux, 
oléacé, oléifère, oléine, pétrole, etc., qui lui est indiquée par le 
mot catalan oli. Le mot pétrole qui contient oli et pedra (huile de 
pierre, huile minérale), le mot salpêtre qui contient sal et pedra 



— 296 — 

''sel de pierre, azotate de potasse) l'intéresseront certainement 
quand on les décomposera devant lui. 

D'autres mots encore qui ne lui diraient rien s'il ignorait son 
idiome local seront au contraire très intéressants à définir. Tels 
sont : ligneux, gigantesque, campanile, nasal, carbone, calorique, 
aqueux, horticulture, pisciculture, calcium, calciné, cavalcade, 
floraison, capitaine, cordial, etc., etc., qui lui rappelleront les 
mots catalans : llenya, gigant, campana, nas, carbô, calor, aygua, 
hort, peix, cals, cavall, flor, cap, cor, etc. 

On pourrait citer encore d'autres mots intéressants. Par 
exemple : 



Carnivore 

fébrifuge 

gallinacée 

prédicateur 

campement 

scolastique 

capricieux 

cantate 

brancard 

caricature 

gingivite 

escalader 

mastication 

girouette 

ligature 



plus près du catalan 



carn, 

febre , 

galtina 

predicar 

camp 

escota 

cabra 

cantar 

branca 

carregar 

gingiva 

escaîa 

mastegar 

girar 

Itigar 



que du français 



chair 

fièvre 

poule 

prêcher 

champ 

école 

chèvre 

chanter 

branche 

charger 

gencive 

échelle 

mâcher 

tourner 

lier, etc. 



On voit par ces exemples combien le catalan peut être utile 
au point de vue étymologique. 



(A suivre) 



Louis Pastre. 



5' Année. S' 57 15 Septembre 1911. 



Le» Manuscrits non inscres 
ne sont oas rcnaus. 



Les Articles oarus dans la Revue 



REVUE 

CATALANE 

La poésie populaire catalane 

On s'intéresse beaucoup de nos jours aux manifestations 
de l'âme populaire. 11 s'^st créé même dans ce sens tout un 
ordre d'études nouvelles. On recueille avec le plus grand 
soin et de tous les côtés ce qui peut enrichir la science 
qu'on est convenu d'appeler, d'un nom qui malheureu- 
sement n'a rien de français, le Folklore ; et même les 
folkloristes, puisque folkoristes il y a, deviennent dans tous 
les pays de plus en plus nombreux, de plus en plus actifs. 
Nos régions méridionales, où se sont conservées encore 
tant de traditions, demeurent particulièrement favorables à 
ces recherches. Le Roussillon représente à ce point de vue 
une de celles peut-être qui sont restées le plus fertiles : les 
chercheurs y font sans cesse des découvertes infiniment 
précieuses. 

Les chansons catalanes, — et cela n'est assurément pour 
étonner personne — présentent la plupart des caractères 
généraux de la poésie populaire. On a beau passer d'un 
pays à l'autre, on retrouve toujours, si ce n'est un fonds 
commun ou une matière commune, tout au moins quelques 
traits invariables. Les nuances individuelles évoluent autour 
de ces lignes principales et en font l'accompagnement 
typique : elles donnent à l'ensemble une couleur parti- 
culière, et c'est justement cela qui constitue l'un des côtés 



— 298 — 

les plus intéressants de chaque Folklore, Or quelle poésie 
plus belle que celle du peuple ? 

Ce que nous aimons dans cette poésie, c'est, en effet, 
d'abord sa spontanéité et sa simplicité charmantes, la fraî- 
cheur et l'ingénuité de ses images, la sincérité de son accent, 
tous les dons naturels qui ravissent l'âme. Quand nous nous 
sentons las des raffinements et des subtilités, des compli- 
cations et de l'artifice de la poésie et de la musique contem- 
poraines, c'est avec plaisir, c'est avec émotion que nous nous 
tournons enfin vers la poésie et la musique du peuple et 
que nous approchons nos lèvres enfiévrées de cette source 
d'eau vive, et fluide, et transparente, qui semble garder en 
elle tous les arômes des bords verdoyants entre lesquels 
elle a coulé. 

Ce sont ces mêmes qualités, bien entendu, que nous 
retrouvons dans les chansons catalanes. Et nous y retrou- 
vons aussi, il faut bien le dire, quelques autres caractères 
comme l'incohérence, l'obscurité, les négligences, la trivia- 
lité, l'abandon, qui sont inséparables de la poésie anonyme 
et orale, transmise de génération en génération et subissant 
dans ce passage toutes les atteintes, pour ne pas dire toutes 
les souillures. Mais cela même ne va pas sans leur ajouter 
pour nous un charme de plus, sans leur donner une valeur 
nouvelle ; car nous y voyons une preuve d'authenticité, 
comme leur marque d'origine. La mémoire des hommes 
n'est pas toujours fidèle, et ces défaillances ont une candeur 
primitive qui nous rappelle le babillage naïf et confus, mais 
divin, des petits enfants. 

Les chansons populaires catalanes présentent encore une 
autre particularité. Quand on les a entendues une fois, on 
ne peut oublier, en effet, la douce tristesse qui en émane, 
leur mélancolie nostalgique qui nous berce amoureusement 
et nous dispose à la rêverie. Presque toutes sont de lentes 



— ^99 — 
mélopées où les thèmes se répètent, reviennent avec une 
sorte d'obstination résignée. Elles sont filles, la plupart, 
des bergers, des bûcherons, des travailleurs de la terre, 
âmes rustiques et simples, gens qui passent leur vie en 
contact direct avec la nature, en des paysages de solitude 
et de contemplation, et qui ont non seulement toute leur 
journée, mais leur vie entière, pour donner à leurs chants 
l'étendue, la démarche que comportent les conditions dans 
lesquelles ces chants naissent et se développent. Parmi 
toutes ces chansons, il y en a évidemment aussi de gaies et 
réjouissantes, d'un rythme plus vif. plus alerte ; mais ce 
sont les autres qui, exprimant le plus profondément, le plus 
éloquemment, le plus artistiquement l'âme et la terre 
catalanes, sont, de ce fait, les plus intéressantes pour nous, 
comme les plus chères au cœur de tout Catalan. 

Remarquez la situation géographique des deux grands 
pays de langue catalane, le Roussillon et la Catalogne. 
Les plaines ondoyantes et fertiles, les fraîches et douces 
vallées, les rêveuses et libres montagnes, les plages paisibles 
et sereines, tout, dans ces terres fortunées, ne devait-il pas 
favoriser l'innombrable éclosion de strophes harmonieuses, 
plus charmantes les unes que les autres ? Elles s'y sont 
épanouies, en effet, avec l'œillet des bois ou la fleur de 
bruyère, avec le romarin, la farigoulette et la lavande ; 
elles se sont envolées un peu de chaque coin de verdure 
avec le moineau, le rossignol, l'alouette huppée, le merle 
ou la caille. La variété même du sol préparait et explique 
aussi la variété, la richesse de cette littérature du peuple. 
Ajoutez à ces conditions propices la caressante et vivifiante 
lumière, l'un des éléments constitutifs de l'âme catalane ; 
ajoutez encore la protection ou les bienfaits de la tempé- 
rature, qui ne sont pas négligeables non plus pour bien 
comprendre cette âme et la bien déterminer. Ajoutez enfin, 



— 3oQ 

comme d'ailleurs une conséquence naturelle de ce qui 
précède, le caractère de la race catalane, rêveuse et active à 
la fois, contemplative et pratique tout ensemble, orientée 
en même temps vers l'idéal et vers la vie, selon la nature 
de sa terre et les conditions de son existence. Nous retrou- 
vons tout cela dans le « cançoner » catalan. 



Mais les deux plus connues des chansons catalanes en 
Roussillon, c'est-à-dire Jffontanyes T^egalades et ho Pardal, 
ne sont pas seules à être belles. Si la première a fini par 
devenir pour nous comme un hymne patriotique, et si la 
seconde est tellement populaire qu'elle monte instincti- 
vement aux lèvres du plus indifférent des roussillonnais, ces 
deux mélodies ont cependant des sœurs qui peuvent riva- 
liser avec elles pour l'attendrissante évocation de la terre 
bien-aimée ou la pénétrante ferveur de paroles familières ; 
et même certains sentiments, certaines pensées, mêlés aux 
éléments caractéristiques de la poésie primitive du peuple 
méridional, y prennent une intensité, y atteignent une pro- 
fondeur qui ne manquent pas de surprendre le chercheur 
et l'artiste. Tous les tons, d'ailleurs, tous les accents, 
depuis l'idylle jusqu'au drame, de la douceur rustique à la 
passion fatale, l'amour et la mort, la sereine confiance dans 
la vie et la foi prosternée devant le mystère, la fièvre qui 
consume et les désirs apaisés, la nostalgie dans l'exil et le 
charme de vivre au pied de la montagne qu'on préfère ! 11 
n'est pas possible, croyons-nous, d'imaginer un type qui 
n'ait ici son équivalent, tant la muse populaire catalane est 
riche et féconde, tant les exemplaires de chaque genre 
abondent chez nous de toutes parts. 

C'est donc un vrai trésor que nous possédons là, et nous 
devons nous en montrer jaloux. Ainsi, notre premier mou- 



— 3o 1 — 

vement sera de rechercher partout ce qui peut rester encore, 
dans la tradition orale, de tous ces petits poèmes où s'est 
ramassé avec amour un peu de l'âme et de la vie de ceux 
qui la composèrent. Emanation directe des sillons de notre 
terre, des rivières qui la fécondent, de nos sentiers sinueux 
et parfumés, de nos forêts moussues ou de nos garrigues 
brûlantes, de nos sommets purifiés par la tramontane ou de 
nos rivages baisés par les flots méditerranéens, ces chansons 
nous les font aimer comme eux-mêmes les aimèrent, nous 
donnant par surcroît le goût d'une vie plus simple, de 
moeurs plus près de la nature. Pour ces raisons diverses, 
fouillons sans relâche dans tous les coins de notre pays : 
descendons au fond des ravins où l'écho répète longuement 
la voix de quelque gardeur de chèvres ; gravissons les che- 
mins en pente où passent en chantant de jeunes muletiers 
juchés sur leurs bêtes nerveuses toutes couvertes de pompons 
et de grelots ; entrons dans les châtaigneraies, les rouvraies 
et les pinèdes, pour y entendre le charbonnier ou le 
bûcheron ; suivons les troupeaux sur les cimes désertes et 
laissons-nous guider par la rapsodie monotone du vieux 
betger. Puis, après avoir noté scrupuleusement vers et 
musique, publions dans des revues ou des journaux, dans 
des recueils compacts et méthodiques, tout ce que nous 
aurons ainsi récolté. On a déjà publié un très grand nombre 
de ces œuvrettes anonymes ; mais nous avons la conviction 
qu'il en reste presque autant d'inédites. Complétons aussitôt 
l'œuvre de science et d'amour entreprise déjà par de 
fidèles adorateurs de l'âme et de la muse populaires. 

Mais notre respect ne doit ressembler en rien à des 
devoirs funèbres ; nous ne voulons pas édifier un sépulcre, 
et même nos recueils ne seront pas seulement comme ces 
grandes vitrines fermées où l'on vient admirer, sur les 
rayons, des objets précieux, désormais sans usage, ou des 



— 3o2 — 

insectes rares, mais privés de mouvement. Ces recueils 
devront, au contraire, encourager le poète et le compo- 
siteur à l'utilisation des thèmes populaires, source inépui- 
sable où ils viendront rajeunir leur art et dont la fraîcheur 
circulera dans toute leur oeuvre. Le peintre et le sculpteur, 
ciseleur de marbre, pétrisseur d'argile, pourront, à leur 
tour, en évoquer le souvenir, ou même ériger en symbole 
de la race telle forme lyrique et idéale de cette inspiration. 
Les chorales enfin gagneraient à avoir à côté de leur réper- 
toire français, hélas ! si souvent médiocre et interprété avec 
un accent si comique, tout un répertoire régional, bien 
facile d'ailleurs à constituer, qui conviendrait mieux à leurs 
origines catalanes et à l'interprétation duquel elles appor- 
teraient plus de dispositions naturelles, une spontanéité et 
une conviction, si j'ose dire, plus artistiques. 11 n'est pas 
jusqu'aux harmonies presque aussi nombreuses que les 
chorales, mais surtout aux cohlas indispensables pour nos 
danses les jours de fêtes, qui ne trouveraient dans cette 
musique, ingénieusement adaptée aux présentes exigences, 
les premières, quelques raisons de se faire pardonner leur 
faiblesse, les secondes, des raisons plus compréhensibles 
d'exister. Pourquoi les organisateurs de concerts, soirées 
artistiques ou autres, ne songeraient-ils pas à l'originalité 
et à la réussite probable de cette tentative, qui en vaut bien 
d'autres, au demeurant, et ne peut d'ailleurs qu'être louée de 
nous tous ?... 

Nous n'empêcherons pas, bien évidemment, les chansons 
à la mode de courir les rues ; le café concert et l'orgue de 
barbarie continueront à approvisionner nos villes et nos 
villages. Cela, nous devons nous résigner à l'accepter 
d'avance ; c'est un tribut que nous sommes dans l'obliga- 
tion de payer chaque jour au progrès et à l'esprit moderne 
(et veuillez croire que je m'efforce de ne point trop sourire 



— 3o3 — 

en écrivant ces mots). Quoi qu'il nous en coûte, il faut nous 
soumettre, en effet, aux nécessités contemporaines, et, 
comme dit l'autre, être de notre temps. Nous aurions beau 
faire, d'ailleurs, on n'en chanterait pas moins autour de nous 
tels couplets idiots ou obscènes, telle insignifiante élucubra- 
tion d'un vulgaire cabotin de boui-boui, tel passage d'une 
opérette dernier genre, où tout, musique aussi bien que 
livret, met une espèce de rage bourgeoise à se tenir en 
dehors de l'art. Comment notre muse populaire pourrait- 
elle lutter avantageusement avec cette nouvelle branche du 
commerce, n'ayant souvent pour elle que ses charmes dis- 
crets et manquant presque toujours de cette audace ou de 
cette inconscience qui assurent le succès d'un refrain 
goguenard ou crapuleux ? 

Mais nous aurons beaucoup fait, — et nous aurons fait, 
en somme, tout ce que nous pouvions faire — si nous avons 
donné d'abord à la poésie populaire catalane l'œuvre édito- 
riale et collective qu'elle mérite, un encadrement ou une 
illustration qui soient dignes d'elle, si nous lui avons rendu, 
en un mot, les honneurs « matériels » auxquels elle a droit; 
puis si, dans le public, nous avons su éveiller en sa faveur 
une sympathie plus vive et plus étendue, ce qui consti- 
tuerait pour elle comme les honneurs « moraux », peut- 
être plus enviables que les premiers ; enfin si nous avons 
rapproché d'elle et des sources où elle s'alimente, l'esthé- 
tique régionale. Ces trois efforts seront toujours tentés 
par ceux qui ne se contentent pas de voir dans la poésie 
populaire une production insignifiante, bonne tout au plus 
à distraire ou bercer un temps telle ou telle génération, 
mais qui croient trouver en sa matière, en son esprit, des 
forces ou simplement des ressources d'un ordre beaucoup 

plus élevé. 

Jean Amade. 



DEL POBLE 

Trim, tram... trim, tram... ohi que pujen per l'escala ; sailli 
sul pas de la porta, y me veig à venir un minyo y una minyôna, 
florats y vermellins com un penjol de cireres. 

— Deu lo guart y la companyia. 

— Endeusiau... que no son de Ceret, vostés ? 

— Y si... se'n recorda d'En Ramônet, que s'estava al pont 
d'En Joan Saris... 

— Si, si... es ambe tu qu'anârem, l'istiu passât, à Fontfreda y à 
les Salines? 

— Y si, y miri aqui la meua dona. 

— Com, la teua dona... y donchs ets casât de nou? 

— De la setmana passada. 

— Per molts anys... per molts anys... Y qui es, vosté, si us 
plau ? 

— Som la Roseta^ dels Banys... 

— Es la Roseta, sap... la nina de la Mananna, que s'estàn ai 
carrer vell. 

— Ay, si ! per molts anys, bona gent, y que duheu aqui ? 

— Miri, es son germa de vosté, que li envia un cistellet d'oûs. 

— Bé, bé ; )a me'n faré un régal de truytadcs, amb un grapat 
d'enciam ! Valdemens tinguessem assi d'aquelles roques del teu 
hort, tan bones y tan tendres... 

— Y nosaltres li oferim aqueixes poques de vellanes. 

— Vos hoestimi... gracies... per la paga vo'ns vindreu à dinar 
amb je... 

— M'escusarà, nos cal anar à veure un cosi de la Roseta, que 
s'esta cap à la plassa del Blat, diu ; y també la meua padrina, 
que fâ de carbonera cap à la font de Sant-Domingo. 

— Y bé, sera pel sopar. 

— Donchs, com voldrà. 

— Vos esperi, anit, al pich de sis hores, eh? 

— Y bé, com vos va, los nuvis! 

— Miri, rebé. 



— 3o5 — 

— Que vos duri aqueix bon temps ! 

— Si ; mes que n tenim prou, ara, de repeixades, sap ? fa 
unos quatre dies que à casa de cada parent menjem, y pus, 
gallines, pollastres, llapins, salses, confits... ne podem pas mes, 
n'hi ha prou. 

-- Home, home, ja vos s'acabarà aqueixa bona vida, y tu, 
Roseta, que contes de nou ? 

— Miri, à mi me passa com si eri un soldat que se'n va al 
servey ; cadun me posa calcom dins del cistelJ, qui un socissot, 
qui un pareil de toronjos, qui un formatje, qui una barra de 
mantega. 

— Deixa fer, dona, deixa fer... 

— Ja li asseguri que nos n'anem carregats de recapte. 



Fet y fet, va ser l'hora d'accompanyar En Ramonet y la 
Roseta cap à la gare, à pendre el trinch de Rivesaltes, hont 
anaven à veure un oncle 6 un padri, no se ; mes de segur que 'Is 
hi tornava esperar tôt allé de gallines, pollastres, salses y confits! 

Perpinyâ. J. DeLPONT. 

Extrait de mil y un pensatnents 



Del qui esta molt enamorat de ses paraules no s'en poden 
esperar obres famoses. 

El prudent treu profit dels erros del altres. 
El qui pert la ocasiô, per demès la busca. 

La fluixetat i peresa son arrels de la mala sort. 

Si vols saber qui ets, preguntao a tu mateix i diguies la 
veritat. 






Pirenenques 

de Joan-M. GUASCH 



-2t^ 



J'ai déjà signalé en son temps la parution d'un livre du poète 
Guerau de Liost « La Montanya d'Améthystes ». L'auteur de 
« Pirenenques » n'appartient assurément pas à la même école. 
Comme je demandais à Joan-Maria Guasch quelle était la 
tendance générale de la nouvelle poésie catalane, il me répon- 
dit simplement : « Beaucoup de jeunes gens ont le culte de la 
forme, et leur maître est Joseph Carner. Ils ont plus de poésie 
dans l'esprit que dans le cœur. » 

Cette réponse nous signifie l'idéal de Joan-Maria Guasch. ]] 
s'agit de rechercher comment il le réalise dans ses Pire- 
nenques. 

Les Jeux Floraux de la Sainte-Estelle ont eu la primeur de 
certaines poésies de ce volume (i). 11 nous entretient de notre mon- 
tagne pyrénéenne, depuis Vernet-les-Bains jusqu'au Val d'Aran. 
]1 se divise en plusieurs parties dont voici les titres : Els bons 
fruiters, Alta montanya. Repos, Vernet. 

La division nest pas très claire cependant, et il n'y a pas dans 
le livre une certaine continuité progressive et ascendante d'étals 
d'âme. La montagne n'a pas dévoilé à Joan-Maria Guasch ses 
vivants et forts symboles. 11 l'a gravie, avec un songe d'or, un 
songe bucolique. Nulle admiration devant le fracas des torrents, 
la vibration des forêts, la tragédie des ouragans, les jaillissements 
chaotiques des roches. Nulle part, la joie de la conquête, de la 
délivrance, devant les plaques de neige et les lacs glacés. En 
revanche, des vergers, des fleurs d'eau, des fenaisons, toutes les 
aquarelles de l'été. C'est bien cela, un livre d'aquarelles, et il 
en est de vraiment réussies. Cela fatigue un peu ; on ne va pas 
à la montagne avec un instrument monocorde. Contentons-nous de 
ces tons légers, de cette pensée idéaliste, de cette joie devant la 
fécondité des vergers et de la femme... 

(ij Voir J{evue Catalane i5 juillet et i5 août 1910, 262-269. 



— 3o7 — 

Mais la vie de la montagne est souverit aimablement dite ; et 
voici un parfum d'herbes: 

Cop de força y herba enlaire !... 
La carreta sorollant 
deixarà un rastre de flaire 
que les moçes seguirân. 

(92. De la rail d'Aran) 

Le clocher a secoué la neige hivernale ; les cavales vont vers 
les brouillards, les bœufs aux labours font saigner la terre chauf- 
fée ; au-dessus des tapis d'airelles, l'araignée relie de sa toile les 
pins aromatiques, puis vient la nuit avec ses étoiles. Alors, les 
bergers font leur songe. A vau l'eau, sur les étangs, flottent les 
fées et rient les derniers sylvains. 

A vrai dire, J.-M. Guasch nous entretient trop souvent de ces 
êtres imaginaires qui n'ont plus l'excuse d'être symboliques. On 
pourrait dénoncer l'abus des fées dans la littérature catalane. 
Vous en trouverez dans le Canigô de Verdaguer, dans E/ pais del 
pler, poème gothique de Joaquim Ruyra, un peu partout. Je ne 
veux pas les honnir, bien que je les trouve décidément encom- 
brantes, mais je ne voudrais les voir que dans les légendes mys- 
térieuses de la nuit. 

Les fées de Joan-Maria Guasch ne sont pas toujours immaté- 
rielles et vaporeuses. Je vous en cite deux poiifaits, et vous 
remarquerez une belle image rustique au second vers du premier : 

La goja era gentil com flor de lliri, 
duia 'Is cabells nuats com una garba, 
i en els seus pits de verge s'hi enrogien 
dos clavells de pastor â mitg badarse. 

(46. Egloga) 

Son blanques com neu, — d'ulls grossos y dolços ; 
els caballs partits — que Is cauen pels polsos, 

els baixen trenats 

pels pits sonrosats 

de venes inflades... 

I 37. L'Estany) 

Mais nous devons quitter les pacages où chante la perdrix 
blanche, les grands feux de la cabane, les légendes, les fêtes de 
la nature et de l'amour. Voici le brouillard sournois qui fume 
sur les cols ; il pleut chaque soir; voici revenue la saison des 
neiges, et les clarines des troupeaux descendent, tintinnabulan- 
tes, dans les vallées... 



— 3o8 — 

J'ai noté çà et là cette idée du soudain et nouvel ensevelisse- 
ment des cimes, si claires l'été, et j'en aime la nostalgie. Joan- 
Maria Guasch l'exprime avec un langage parfois familier, plus 
intime ; il sait que, sur la montagne, tels mots simples d'un ber- 
ger, aussitôt enveloppés de silence, surprennent par leur poésie. 
Je me souviens d'une vachère aux fortes chevilles que je rencon- 
trai au-dessus de Prats-Balagruer, sur le chemin de Nuria. Ren- 
contre de « Serranilla » archaïque, à Ja façon du mélodieux 
marquis de Santillana. Je lui demandai où était le troupeau. Elle 
me répondit avec un grand geste lent, et en regardant les hau- 
teurs : « Es serra amunt ! » Et ces paroles furent dites avec une 
telle intonation que je tressaillis, tant elles montraient combien 
les cimes pourtant familières dominaient cette âme naïve. 

Or, et c'est ce dont je tiens à le féliciter, Joan-Maria Guasch, 
avec son rythme libéré, a trouvé des expressions semblables: 

— Ei !... — me crida I pastor, 
tôt aixecant els braços 

en mitg de la foscor... 

— Ei !... Ei !... Ei !... — repeteix la montanya. 

[Venise fosc, i 3 i ) 
La vacada va baixant 
y â montanya va nevant. 

("La J'acada) 

Pour nous donner la sensation du calme continu, sous les frais 

sapins, le poète termine une poésie par cette répétition d'un vers : 

1 1 pastor ajaçat boca-terrosa... 

(63, JHontanya avait) 

Malheureusement, J.-M. Guasch n'a pas voulu nous laisser 
sur l'impression de ces nostalgies et de ces silences, ou n'a pas 
su 11 nous a donné à la fin de son volume quelques aquarelles 
de Vernet. Aquarelles mignardes et féminines. Nous ne pouvons 
aimer la rose qui pleure, le cygne qui glisse comme une vierge 
maladive... 

Les fadeurs et les alanguissements désuets déparent ce livre 
aimable et très musical, mais qui devrait être rude aussi comme 
la granitique montagne. Joseph Pons. 

P. S. — On trouvera au contraire beaucoup d'énergie dans le beau livre 
roussijlonnais et pyrénéen de Marcel Lami : J^ers les Cimes. (Société des 
éditions Louis Michaud, Paris . J'aurai sans doute l'occasion d'en parler. 



Pages Choisies 

Le célèbre compositeur Oavé, dont nous reproduisons l'une 
des pages les plus délicates, joua un très grand rôle dans la 
Renaissance catalane. 11 reprit les motifs populaires qu'il trouvait 
en abondance autour de lui, et les utilisa pour composer des 
oeuvres artistiques. 11 a servi d'intermédiaire entre la tradition et 
la poésie nouvelle. 11 s'est efforcé de les rapprocher l'une de 
l'autre, sauvant l'une de l'oubli, donnant à 1 autre plus de fraîcheur 
et de spontanéité. Son goût suret son instinct de musicien-poète 
lui permirent de mener à bout une tâche plutôt difficile, mais 
donc le succès devait assurer aussi le succès des nobles tenta- 
tives des vaillants rénovateurs. Aussi, l'influence de Clavé s'est- 
elle fait sentir même chez les plus grands poètes de la Catalogne. 
C'est pourquoi nous avons considéré comme un devoir de rappeler 
ou même de révéler à nos lecteurs le nom de cet homme qui, 
sans avoir été oublié, n'a pas toujours été mis par les historiens 
de la Renaissance catalane ou les critiques de la littérature cata- 
lane à la place qui lui revient de droit. Le Chanteurs catalans de 
Céret ont fait entendre à la salle Arago, il y a quelques années, 
un des plus beaux choeurs de Clavé, Tlors de Maig. 

Anyorament 

Scnto en mi grcu frisansa (i) 

viu s'insinua 

fer maie star ; 
tôt lo del mon me cansa, 

lo cor se 'm nua, 

y ay ! vuU plorar. 

(i) Abattement douloureux. 



— 3)o — 

Jo bé aboresch la vida, 

trista aflaqueixo 

terriblement ; 
y ay ! ma mare afligida 

diu que pateixo 

d'anyorament. 

Cert que es un fer (i) torment, 
lo mal d'ausencia ; 

cert que es un fer torment 
l'anyorament. 

Ronch sonâ un crit de guerra 
que ay ! va robarme 
lo promés meu. 

Pobre ! des llunya terra 
sempre estimarme 
promet per Deu. 

Des llavors, sens sossego (2), 

febrosa abrumo (3) 

mon pensament, 
Jorn y nit per ell prego 

y ay ! me consumo 

d'anyorament. 

Cert que es un fer torment, 
lo mal d'ausencia ; 

Cert que es un fer torment 
l'anyorament. 

Los aucellets no canten 
pas com sol i en ; 
trist surt lo sol. 



(1) Cruel. (2) Repos. (3 j Oppresser. 



— 3m — 

Les flors als ulls no encanten 
ni oJors m'envien ; 
tôt vesteix dol. 

Prcsa de greu fatiga 

soleta ploro 

mon goig ausent ; 
EU a tornar molt triga 

y en tan jo moro 

d'anyorament. 

Cert que es un fer torment 

lo mal d'ausencia. 
Cert que es un fer torment 

l'anyorament. 

J. Anselm Clavé. 

t En Candi y Candi 

Le i5 août dernier est mort, à Barcelone, le compositeur 
Candi y Candi, ancien organiste de la paroisse Saint-Jacques, 
de Barcelone. 

Candi y Candi était un ampourdanais, né à Castello d'Ampu- 
rias, en 1844. 11 fut l'un des premiers rénovateurs de la musique 
catalane. Entre autres et nombreuses oeuvres, il avait mis en 
musique les poésies de Jacinto Verdaguer, Sospirs d'amer, La 
rosa marcida, ho derrer barretinayre de Prals-de-Mollo, Los Tllh del 
Canigo, que l'Estudiantina catalane de M. Justin Pépratx chanta 
à plusieurs reprises à Perpignan. Candi fit aussi partie du jury 
du concours musical de Perpignan, pour lequel il avait écrit une 
fugue destinée au concours de lecture à vue. 

11 avait remis en honneur les « Caramelles » de la nuit du 
Samedi-Saint, et publié, l'un des premiers, la sardana 7{ecorts del 
Empordd, orchestrée pour les instruments de la cobla catalane. 

Par ses dernières dispositions, il laisse sa bibliothèque musi- 
cale et ses instruments de musique à la « Escolania » du monas- 
tère de Montserrat. 

Deu lo perdô. Lluis Pellisier, 



9Ù7Ù9Ù9Ù*Ù*Ù9L^Ù9L>IÙ9^L^L^ 



Cors rossellonesos 



L ARRIVADA AL MAS 

L'arrivada en un lloch prehuat, desperta sempre en nosaltres 
la sensacio d'una grata emociô. 

No cal dir la vera joya qu'embargaria nostres cors al crehuar 
la passera del rierô que sépara la quinta del viarany. 

Quillat en un cingle alsinat somriu el blancai del cloquer de la 
masia y ab ell el fruiterar en quai espés brancatje s'hi garla 
eterna cantadissa. 

Feixuchs y rodanxons s'avancen els paliers qu'enrotllen l'era y 
suaus els murmuris de la font del Tells arriven â nosaltres confo- 
nentse ab el monôton ritme dels grills gambadant en l'espessor 
del frescal fuUatge. 

La Griseta s cuita ab totes ses forses â fi d'arribar mes prompte 
al repos que tan bé s'ha guanyat. 

Ja s'obra hospitalaria la ferrada portalada en quai llindar bel- 
luguejen fumoses llumeneres. 

A nostra rencontra surt el plé de la masia fruhint de vèurenos 
bons y de retorn. 

La vella masovera 'ns don la benvinguda y ab ella l'hereu Perej 
la jove, el rabadâ y fins la mainâda poruga y vergonyosa somriu 
ajogassada saludant-nos ab llurs mans. 

— Y aquèst bailet aixerit com un pésol de galtetes rosades y 
cap recoquillat que pren plaher en fer mil volteretes en el tou 
brosatje ?... demano à n' en Simon. — Es el renyôch de la niuada, 
l'entremalligat y garrit infante, el que gracies â Deu sols té €) 
defecte d'agradarli ab extrem tanta quanta la vianda porten à 
taula. Cal vèurc quin aixerit de barra, tôt li fa feix, l'haurèm de 
fer canonge â jutjar per sa constituciô, car doblegarse al compas 
de la feixuga aixada l'hi ha d'ésser feinôs. 

La Catarina, la bona masovera, malgrat els anys y els quefers 



— 3i3 — 

de la masi'a s'esmena à mes no poguer pera que no 'ns trovém 
manchs de rès : ha disposât de tots els médis pera sernos agra- 
dable : ab refinada solicitut posa en prâctica sos mérits culinaris 
d'ensemps, oferînt-nos en breu un sopar confortable capàs de 
retornar un mort. 

Una tendre anyell de 1 estaciô se gira acompassat al flammareig 
d'un foch ardent. 

L'Hereu de la masîa aixecat avans l'aubada regalada nostre 
paladar ab l'exquisit y délicat pessich de dos pareils de guatlles 
novelles qu'embaumen el casai ab llur suau y aromâtica sentor. 

Certament que pera arrivar nostre carpanta, qu'un desganat 
envejaria no 's feyen necessaris aitals preparatius, encare que per 
nosaltres ben acullits y may sobrants. 

L'oncle Jep fent us de son autoritat exhorfâ â sa gent â 
empressarse pera activar el sopar. 

]] 

UN BON SOPAR 

Un bon sopar, diu l'adagi, fa de bon esperar, y aixîs es, car 
sens el mes petit dabte cada cosa demana son temps y mirament 
y sobre tôt un escullit âpat com el que 'ns oferfa l'oncle Jep en 
la nit de nostra arribada. Donaba gust véure la taula tan ben 
parada y sobretot tan positiva : una superba butifarra de h llenga 
quais rodanches suculentes se'ls empassa un hom ab mes facilitât 
que no ho fem ab les pênes y les tribulaciôns ; no hi manca tam- 
poch el pernil de réserva ni els tonells de la matansa : l'inmensa 
casolada de ollada fumeja escampant aromâtica fumareda qu hus- 
mejèm ab fruicio ; polsoses, les ampolles se destapen absolemnitat, 
tenint compte l'oncle Jep de alabar la virtut de son contingut. Es 
aquéll vi anyivol y recaptat, amagat com prehuat trésor en el cor 
de la teira, en el fresquivol celler pera sortir en jorns de festivals 
y vera joya ; es el vell such brollat del terrer que sella l'hos- 
pitalitat y enlaira els sentiments. Bebëu-lo sens esguart que bon 
amich may traeix â tenir cuidat de no deixar en vaga el trevall 
de barra. 

Ja ho crech que no sencallaràn les dents ni les forquilles, car 



- 3,4 - 

ni â un seminarista intern desprès de la quaresma envejariam les 
disposicions pera comensar la tasca. 

Avant y sens repos, que la vianda guardada en istiu se mal- 
mena, crida l'avi Simon xarrupant ab soroll un inmens plat de 
sopa. 

La mainada cridaire 's réserva pels plats que segueixen, car 
l'ollada es per ella plat de cada dia. 

La Catrina, vella criada de la casa, s'esmena en servirnos com 
à princeps reservàntnos la sorpresa de regalarnos per postres ab 
un dois exquisit del quai ella sola coneix el secret. 

L'hereu del mas se fa un plaher de detallarnos els progresos de 
son fin â l'escola de Prats, y no content de l'explicaciô obliga à 
n'en Peret, el nin mes gran de sa IJocarada, â mostrarnos sos cor- 
tipassos. 

A fi d'acabar d'una volta ab aquesta inspecciô académica de 
deshora 'ns esforsém en lloar ab simulada enteresa aquell confôs 
gargotâm escampat per cî y per lia en casi totes les fulles. 

— Aquèst noy l'hem de fer veterinari, ens diu ab presumciô 
l'hereu, car cada dia vos surt ab coses qu'un no entén. Fins ara 
pera fer llegir una carta calia trascar mes d'una hora pera obtenir 
son esplicaciô, tasca moites voltes pesada y gens agradable, no 
aixis ara ab en Peret qui fins vos devina les Hêtres d'ahont venen 
y qui les escriu. 

— Vos felicitém coralment li responguérem tots. — Deu 
vulgui que 'n feu un home de vostre fill. 

Aixis parlant va y s'entorna la ripostalla, se buida el purrô 
qu'ai poch temps reapareix plé y hermôs com poch avans. Tothom 
se fa al que mes en allargarà la xarricada y 's cambien à cada 
instant els mes franchs propôsits. 

Ab quina fruhiciô no 'ns aixequém després de taula enhardits 
per tan agradable com variada tasca. 

Que bé s'hi escauen à la fresca aquells cuentos y tradicions 
d'ensemps gaudint el flairés tabach que també compléta el bon 
sopar d'arribada. 

Victor Vallespir. 



Nous avons reçu la poésie suivante à l'occasion des fêtes cérêtanes, et 
nous tenons à la reproduire pour les belles idées d'union et de fraternité qui 
y sont proclamées par le poète. 

Sem fraire! 

Au mestre Jan Amade. 

Clapassié, Catalan, szm de la mema mena, 
Avem la mema mar e lou mema sourel, 
Nostes paire, autre tems, aguèroun mema rena 
E Jayme, soun bèu fil, dei rei seguet lou grel. 

loi, couma au tems passa, avem la parladura 
Cantarela, infiocada e lou gaubi insoulent ; 
Aiman la libertà. La causa es ben segura, 
Lou mema sang boulis dinc nostes cor valent. 

Sem fraire de longtems. Per dessus la mar blava 
Nous arapen la man. Sem fraire. Catalan ! 
Anem, zou ! Sans vergougna chapen leisintrava: 
Reprenguen lou vantau per l'obra de deman. 

Jules Granier. 

TraJucHon 
Nous sommes frères! 

Jlu maître Jean Amade. 

Montpelliérains, Catalans, nous sommes de la même race, 

Nous avons la même mer et le même soleil. 

Nos ancêtres, jadis, eurent la même reine 

Et Jayme, son beau fils, fut le meilleur des rois. 

Aujourd'hui, comme autrefois, nous avons le verbe 
Enchanteur, enflammé et l'esprit d'indépendance; 
Nous aimons la liberté. La chose est bien certaine. 
Le même sang bout dans nos coeurs vaillants. 

Nous sommes frères depuis longtemps. Par dessus la mer bleue 
Donnons-nous la main. Nous sommes frères. Catalans ; 
Allons, sans fausse honte brisons les entraves 
Et reprenons le tablier pour l'œuvre de demain. 



Textes catalans 

9P (Suite) 

En 1609, c'est le nouvel évêque, Don Anton Gallart, qui fait 
son entrée officielle. 

Déjà, deux mois auparavant, son procureur, Onufre Llobet, 
burges de Perpignan, était venu prendrç possession et recevoir le 
serment de foi et hommage de la Cité: « Dina en lo Palau epis- 
copal ; y los S°" de Consols acudiren alli,... vestits consolarment 
ab les gramalles y acompanyats de molts prohoms de la Ciutat : 
Y proposant lo dit Procurador de dit S" Bisbe la anominatio de 
Bisbe fêta per sa Magestat de la persona de sa Santedat (i), y 
fêta hostentio de les Bulles y de les Hêtres passades per cancella- 
ria, perrahodela juridictio,.. lo S" Consol en cap... respongue que 
estaven promptes y aparellats de prestar dit sagrament y home- 
natge, jurant ell, dit S" Llobet, en nom de dit son principal, 
per confirmar los privilegis, immunitats, concordies y altres por- 
rogatives concedides a dita Ciutat, conforme sos predecessors : 
Loqual dit Llobet, en dit nom, jura, y de asso ne retingue acte 
M° Matheu Hortola, notari publich de dita Ciutat, juntament ab 
M" Père Puig, notari de Perpenya. » 

11 est curieux que ce document ne soit pas plus explicite sur 
le serment que les Consuls durent prêter à leur tour. 

Le 20 août : « Per ordre de la Ciutat, parti Antoni de Sant 
Marti, Consol en cap, per anar a besar las mans, a de part de la 
Ciutat, al m "" y Rev"" S"' Don Anton Gallart, Bisbe de Elna, qui 
a les hores venia de nou, y ana aguardarlo en Gerona. » 

Le Conseil avait donné pleins pouvoirs aux Consuls pour orga- 
niser la réception : « com se es acostumat de fer ab les demes 
predecessors, per no esser ell de manco qualitat que los demes... 
y tambeferlo présent que dita Ciutat acostuma de fer, y millor 
si sera possible... Y com la Ciutat esta de présent sens polvora, 
y que ne te menester, no sols ara de présent, per lo que se ofe- 
reix en lo gasto de la entrada de sa S'a, pero encara pei la nova 

(i) Le secrétaire s'est assurément embrouillé. 11 a voulu mettre 
ExcetUncia . 



- 3>7 - 

de guerra que ara de présent tenim en los comptais, que dita 
Ciutat se esforce en procurarse de polvora, donat axibe pie poder 
a dits S°" Consols. » 

Enfin, voici l'entrée ; si elle est moins pompeuse, et si le récit 
en est plus bref qu'autrefois, cela tient aux circonstances nouvel- 
les : Le Chapitre a quitté Elne : « la deixanl desemparada de lot 
auxili » ; le siège de l'Evêché est désormais à Perpignan : C'est 
ce grand et pénible changement, qui se fait sentir ici : « A 
trenta del m.es de agost del any 1609 entra en la Ciutat de 
Elna lo 111"' y Rev "" S°' Don Anthon Gallart, Bisbe de Elna, 
loqual vingue de Perpinya per jurar los privilegis y la Mar- 
tiniana (1) del Capitol... y vingue fins al bosch de Cornella 
ab un cotxo, acompanyat de alguns cavaliers ; y quant fou en 
dit bosch se atura aqui ; y aqui lo ana recehir la Ciutat, ço 
es lo Consol en cap, acompanyat de molts homens honrats y 
ciutadans de dita Ciutat, y del Régent del Capitol, loqual vingue 
la nit abans que entrar dit S ' Bisbe, per haver de anar ab dit 
consol en lo recebiment. Y isqueren a cavall ab una mula y gol- 
drapa 2 quiscu dels dos, y devant anava lo masser, vestit y a 
cavall, ab massa alsada. Y en la eixida del bosch aparegue Mon- 
senyor acompanyat com sta dît, de molts cavaliers de Perpinya y 
de alguns canonges del Capitol de Elna y Sant Joan. Y en entrant 
en lo terme comensa a tirar una pessa de les grosses, laquai 
havien posada ab baluart (3) del cementeri de Belloch (4); y quant 
fou al mas del Hereter (5), tira altra vegada ; y per dita entrada 
se li enrama de boix desde la Creu del portai de Balaguer fins a 
la Seu. Y al cap de las escalas de la Seu isque lo Curât ab la 
vera Creu a recebir a dit Monsenyor, y en entrant sona lo orgue, 
y digue una missa baixa, y desprès se assenta en la cadira del 
cor, y se digue lo offici..., y en ser dit lo offici sen anaren a 
dinar a Palatio. 

(i) Dans le sens de Constitutions. 

(1) Mot inconnu, présentant quelque rapport avec le Castillan goldre qui 
signifie : Carquois, trousse (?) 

i3i Bastion dit actuellement: del Pou de les Incantades. (Voir Revue 
d'Hist. et d'Arch. du Roussiilon, juin 1900). 

(4) N.-D. de Belloch, plus tard chapelle du Couvent des Capucins. 

(5) Plus tard de Sinisterra, puis de Casteras... etc., actuellement Mas 
d'Avall. 



— 3ï8 — 

En la entrada que dit Monsenyor feu al portai de la Llissa, 
estaven los Consols segon y ters acompanyats de moites perso- 
nes y consellers de la Ciutat, y lo Balle del Capitol : Y com dit 
Monsenyor fou devant lo portai primer de la Llissa, mig dins y 
mig fora, lo Consol en cap li présenta les claus dels portais ab 
un cordo de seda de grana, dient li consemblants paraules : 
« Mons" Rcv"", los predecessors de V» S'^ R"^^ trobantse en sem- 
blant Hoc, han acoslumat de jurar, lloar y aprovar, ratificar y con- 
firmar, y si menester es, de nou consentir tots los privilegis, or- 
dinations, statuts, usos y consuetuts a dita Ciutat consentits y ator- 
gats ; y aixi V^ S'* R">" no essent de manco valor e imitant los 
vestigis de sos predecessors, jura, lloa, aproba, ratifica y confirma, 
y si menester es, de nou consent y atorga a dita Ciutat los mateixos 
privilegis, ordinations, statuts, usos y consuetuts, y requer al 
notari de dita Ciutat ne retinga acte. » Y aixi, dit S" Bisbe posant 
se las mans als pits, ho feu, y aixi la dita Ciutat y singulars de 
aquella lin feren moites gracies y merces ; y encontinent los con- 
sols segon y ters, qui acistien a dit jurament, lligaren unes vêtes 
vermelles de tafatanet a les brides de la mula, y ab altres consel- 
lers ab capa negra lo tiraren fins a les scales de la Seu. » 

Suit en lalin la présentation des clefs et leur remise. Mais 
pour terminer, le secrétaire n'a pas négligé, cette fois, de 
détailler, en catalan (et avec une remarque complémentaire), le 
présent de bienvenue offert à l'Evêque par la Cité : « Et primo, 
una vedella. Icem un molto. Item sis porcells. Item dotze capons. 
Item dolze puUastres. Item dotze colomins : Lesquals coses 
se aportaren ab unes barres, molt ben enremellat, a quatre homens 
qui ho aportaven, y lo Receptor (i) y un altre home prohom de 
dita Ciutat qui ana(ren) en companya per a presentar a dit Mon- 
senyor lo présent y dirli lo que convenia. Dit présent en tôt 
prengue soma de onze ducats. Y se ha de advertir que dit 
présent se ha de dar quant vinga (lo bisbe) en la présent Ciutat, 
y no en Perpinya. » 

Ce dernier avis, certainement superflu, laisse deviner quelque 
manque d'enthousiasme. Mais quel cortège ! Et quelle foule 
bruyante devait emplir les rues pour le voir passer! 

(i j Trésorier de la Cité. 



3ic) — 



Ce n'est pas seulement à chaque arrivée d'Evèque que les Con- 
suls, en signe de vassalité, avaient à faire remise des clefs de la 
Ville; c'était parfois aussi aux gens du Roi, comme l'atteste le 
procès verbal suivant, de 1602. 

« Elis (S"" Consols) estan constituits devant la presentia dcl 
lir S" Don Gaspar de Gavarra, governador de les companyes 
de cavalls aposentades en la présent Ciutat de Elna..., de volun- 
tat y ordinatio del molt 111"' S°' Don Onofre Reart, Bisbe de 
Elna, per loqual sels es stat manat que donassen y liurassen al 
dit S°' de Gavarra les claus de un portai de la Ciutat... Y aixi 
nos altres, obtempérant... y confiant plenament de la fe, industria 
y legalitat de animo del dit S" de Gavarra, sens empero preju- 
dici de les consuetuts, parrogatives y altres drets a dita Ciutat 
concedits, li havem reintegrades y liurades en ses mans propries, 
en presentia del notari y testimonis deval escrits, dues claus 
dels portais de Balaguer, la una de la portilla patita y l'altra 
laquai tancha la cadena de dit portai ; lesquals tornara y restituira 
en tôt cas y loc de restitutio... » 

Une remise identique se trouve encore l'année suivante. 

(^ suivre) R. de Lacvivier. 

LIVRES ^ REVUES 

*^ 

Nous avons reçu de M. Joseph Aladern sa dernière plaquette, "La monja 
folla (idili en la nit tragica, Barcelona, carrer Universitat, 52 1. Cette scène, 
un peu étrange certes, mais qui ne manque pas de force par endroits, se 
déroule au milieu des derniers événements tragiques de Barcelone. 

Le Régionalisme, par J. Charles-Brun, délégué général de la Fédé- 
ration régionaliste française, agrégé de l'Université, professeur au Collège 
des Sciences sociales, i vol. double in- 16 carré de 292 pages. Bibliothèque 
régionaliste : Frédéric Charpin, directeur; Bloud et C'', éditeurs, y, place 
Saint-Sulpice, Paris (VT). Prix: 3 francs. 

« On n'a jamais parlé de régionalisme ; et le réveil des provinces fran- 
çaises dans tous les ordres apparaît déjà comme un des phénomènes les plus 
intéressants des premières années de notre siècle. Mais, si le public est 



- i20 - 

accable d'une infinité de monographies, d'articles de revue, de comptes- 
rendus de congrès, de conférences et de manifestations, il lui manquait un 
ouvrage d'ensemble qui lui permit d'envisager la question synthétiquement 
et de juger les problèmes que pose le régionalisme. 

C'est cet ouvrage que publie aujourd'hui la Bibliothèque régionalisle. 
M. Charles Brun, qui l'a écrit, était parfaitement qualifié pour cette tâche. 11 
a pris une part, souvent prépondérante, à tout le mouvement régionaliste 
depuis ses débuts : il a contribué largement à en fixer la doctrine ; il l'a 
répandue sans relâche. 

Du reste, il a usé d'une méthode rigoureuse. Après une partie critique et 
historique du plus haut intérêt, il a exposé, dans des pages lumineuses, la 
valeur philosophique du système. Puis il a étudié successivement, avec 
toutes leurs variantes, le régionalisme administratif, le régionalisme intel- 
lectuel, artistique et littéraire, le régionalisme économique et social. Un 
heureux choix de références, rejetées en notes en bas des pages pour la 
commodité de la lecture, de nombreux appendices, dont un réunit, pour la 
première fois, tous les projets de division de la France en régions, achèvent 
de faire de son livre, où rien d'important n'est passé sous silence, un excel- 
lent instrument d'étude pour ceux qui s'attachent plus spécialement à telle 
ou telle formule régionaliste. 11 est assuré que cet ouvrage sera une indis- 
pensable introduction à tout travail sur le sujet. Pour beaucoup il sera un 
exposé définitif de la doctrine. Pour quelques-uns, il sera une révélation. 

Llibret de Recorts. 

Lo poète valenciâ En Joseph Bodria, que ja té publicats Tlors de ï'horta 
(i883), Diseurs à Sant Vicent Ferrer (1894), T^osselles (1895), Tulles 
seques (1900), Testes de carrer (1906), encare no ha vingut à sorpendre amb 
un bonich "Llibrel de recorts. 

Es tota una volada d'impressions poétiques del bon valencianista que es 
En Bodria, y de refilades com aquesta : 

A una hortolana 
Que hermosa esta la Consol, 
ab son front de lluna clara, 
tapantse entre flors la cara 
pera guarir-se del sol. 

Ab son flairés tapa-sol 
va tan garbosa y bledana, 
que me sembla la hortolana 

per sa real gentileça, 
la mes garrida princesa 
de la terra valenciana. 

Lo Uibret va precedit del retrato del autor, y d'un prefaci d'En Fran- 
cesch Badenes. 

Gracies, y per molts anys, al bon amich En Joseph Bodria ! J. D. 

Le Gérant. COMET. — Imprimerie COMET, 8, rue Sajnt-Dominique, Perpignan. 



5' Année N' 58 15 Octobre 1911. 

Lts Manuscrits non insères 
le sont oas rcnaus. 



Les Articles oarus dans la Revue 
réengagent oue leurs auteurs. 



REVUE 

CATALANE 



COMPTE RENDU 

DES SÉANCES 

Jlssemblée générale du ii septembre 1911 

Présidence de M. Louis Lutrand, président 
-"^^ 

La dernière réunion du Conseil d'administration, qui a eu lieu le 22 sep- 
tembre, a été très importante. On y a envisagé une foule de questions, et 
en particulier celle du dictionnaire. M. de Lacvivier a apporté toutes les 
explications nécessaires sur le plan qu'il proposait et la matière dont il 
disposait déjà. Le Conseil d'administration a alors décidé de constituer un 
groupe spécial de catalanisants destiné à collaborer avec M. de Lacvivier à 
cette œuvre du dictionnaire. De son côté, M. Comet a fait part au Conseil 
de ses intentions au sujet de l'édition de ce dictionnaire. Tout est en très 
bonne voie. Le travail doit commencer dès le i" octobre. 

Le vœu émis par quelques-uns de nos amis à propos d'une sorte de 
congrès, suivi de réunion intime, à l'occasion de cette nouvelle entreprise, 
est accueilli avec joie et accepté à l'unanimité. La date en est fixée aux 
prochaines vacances de la Noël et du jour de l'an. Dans ce congrès ou cette 
assemblée qui durera deux jours, on examinera non seulement la question 
du dictionnaire, mais encore celles du vocabulaire littéraire et de l'ortho- 
graphe qui mettent quelquefois aux prises quelques-uns de nos amis. On y 
examinera enfin la question d'une action régionaliste plus vigoureuse et plus 
nette. 

Nous ne pouvons entrer dans le détail des autres affaires étudiées au 
cours de la réunion du Conseil qui vient d'avoir lieu. Mais nous ajouterons 
que la situation budgétaire, très encourageante elle aussi, fera l'objet d'une 
prochaine réunion, ou mieux encore sera exposée lors de l'Assemblée 
générale, qui doit avoir lieu avant la fin de l'année, selon les règlements. 






Pcr En Vcrdagucr 



.*--v 



En el seu diseurs de la Catedral, ara vibrant, ara entris- 
tit, el poeta del « Sait de la donzella » y de la « Passejada 
al Cementeri » deya molt bé lo qu'havîa deixat En Verda- 
guer a Rossellô, y '1 bon amor que professava â la nostra 
terra, una mena d'amor pietadôs, perqué la veya mes y mes 
descuydada del passât. Si ara ha granat el nostre renaixe- 
ment es gracies sobretot al mistic de Vallvidrera, qu'ha fet 
ressonar l'arpa catalana en els nostres glebers, qu'ens ha 
portât l'exemple de Catalunya enaltida. En ses corregudes 
per les vessants pirenenques, demanava senzillament abric y 
amparo per la nit als rectors de poble, y en contra els en- 
cisava am l'irradiaciô del seu pensament, escampant â tôt 
arreu corrents de simpatîa. Y ells sentîen la vinguda d'una 
nova armonîa. 

Aquest poema seu del Canigô tornava vida â la serra 
muda ; are parlaven la congesta, la fajosa, la pentecostera 
dels plans d'amunt, l'estanyol brillant y la celestial abadîa ; 
Prat-Cabrera, Balatj y Cadi s'omplîen d'un ressô divî, aie 
rejovenidor de poesîa. Mes altérés era eJ rocatâm ; mes 
bellament s'aixecava el dîa. En Verdaguer regalava a la gcnt 
de Rossellô una corona d'idéalisme y d'alta reialesa. 



Y 'Is anys han passât. El poeta descansa en la tomba nova 
de) Montjuic, devant del mar escumejant. 



Oh Montjuic, montanya afortunada ! 
Dessota de ta maia nomenada 
H) hem deixat, am grans plors, 
El cos del poeta que sobrix en flors. 



— 323 — 

Dorm, poeta, dorm, quels aucells ja canten : 
Tu, que aimaves tant y tant 
Els bells cants seras fcliç, 
1 faras aquell somri's... 

(J. Maragall, Del Monljuic.) 

Canten à Rossellô les aulendres, en cada val). Y '1 poeta 
fa aquell somrîs, perqué ha vist en un somni de la vida 
inconeguda Sant Martî de Canigô s'aixecar de ses ruines, 
y alsar son campanar cuadrat al bell demunt de Cadî, per- 
qué ha ohit les campanes d'arâm, tritllejant per el desvetl- 
lament d'un poble. 

Amies meus, si teniu el cor rossellonés, si seu fills d'a- 
questa terra, no sentiu com una alenada antigua, boy fent 
la pujada cap aquella realsada abadia ? 

Passât el poblet de Castell, tant pagesîvol am ses clavel- 
lineres, am sa petita iglesia englanada de capitells, l'iglesia 
que guarda les descolorides estovalles de la Comtesa, bro- 
dades l'any ici 8, y seguint la torrentada de Cadî, sota 
l'aybreda molsosa, 6 bé â dalt del cingle, devant del mones- 
tir, en cada pedre, en cada fulla, no ho sentiu encare que 
l'anima d'en Vcrdaguer hî flota, aucella misteriosa ? La sere- 
nor del cel en les vehines serres, el vent que baixa de les 
altures, les fondalades, les boyres, els pastors, els llenyas- 
sayres, les vives gerderes, sembla que tôt ens ha de parlar 
d'ell. Es ell que dona al paisatje sa vida espiritual. 

Aixîs ho diu y en aquest sentit s'ha d'interpretar una 
encertada estrofa dels « Goigs de la Soterrana » : 

Dos fills : lo payral Poeta 
Y '1 Bisbe may prou amat 
Vostre corona han refeta, 
Vostre Hoc han realsat : 
L'un am son cant qu'enamora, 
L'altre am sa veu de Pastor. 

Sant-Marti, ara tret de son abandô, de sa soletat inspi- 
radora y desolada, am l'iglesia baixeta que sostenen espesses 
y macices columnes, y les cuatre barres lluhint com libé- 
ules en les vidreres del rera-altar, ha de ser per tôt rossel- 



- 3^4 - 

loncs el motju d'una santa romerîa, d'un gcrmanivo) aplec, 
y si no es per hî fer acte de bon cristiâ, per hî cumpljr 
dévots manaments, al menys per hî heure a )a deu que raja 
d'un passât semprc viu. 

Aquî, en la canjgonenca falda, devant de) campanar que 
senyoreja, s'arrela l'historia nostra. 

Aquî, en un fons d'or de cuadro primitiu, apareixen les 
mitjevals figures d'en Tallaferro y de sa desconsolada 
muller, d'en Guifre, d'en Gentil y de Griselda hermosa, 
de l'abat Oliva alsant la croça, y també dels monjos que 
van â les celdes. vestits de burell. 

Poques iglesies hî hâ que guardin un passât tant miste- 
riosament llunyâ y que despertin tanta afecciô. 

Très ô cuatre vegades he pujat â Sant Martî, y sempre 
hî he vJst l'aplec llegendari ; y tota cosa, els trémols y 'Is 
desmays, les antigues pedres, la mes antigua Font del Comte, 
m'han parlât de la vellô, am llurs veus d'anyoré. 

Mes perqué, ho demani, no hî hâ en tal Hoc un recort 
material de Mossen Cinto? 

Per cert he ohit â dir que Monscnyor Carsalade projec- 
tava d'alsar el bust de l'excels poeta, â la mateixa vora de la 
Font del Comte. 

Haurâ conservât una tan generosa idea ? Aquesta es la 
meua espcransa. Perqué l'obra de reedificaciô no se pot dir 
acabada, no, tant que no s'haurâ dignamcnt glorificat en 
Verdaguer. Aquelles montanyes serân tristes tant com no 
veuràn, rcstituida per el cisell de l'esculptor, l'imatje 
dolcîssima del llur aymador. No falten bons cors en terra 
rossellonesa, ni tampoc falten artistes prcuhats. 

Doncs, mani Monsenyor, que nosaltres, fills d'aquestes 
valls assoleyades, no li volém mercadejar la nostre ajuda... 

« Dorm, poeta, dorm, que Is aucells ja canten ! 
tû que aimaves tant y tant 
els bells cants seras feliç, 
y faras aquell somris. » 



Joseph Pons. 



# 



ARLETTES 



_o 



9P 



Dans le Haut-Conflent, au-dessus de Conat, ce capricieux 
village jeté sur un mamelon, au petit bonheur, dans une déban- 
dade de rues moitié escalier, moitié casse-cou, si le touriste 
remonte, à droite, un sentier pierreux, il atteindra, après une 
heure d'horloge, une ferme joliette, toute fleurie de soleil et 
d'oiseaux... c'est Ariettes 1 

Dernièrement, une averse fouettée de vent d'autan, y réu- 
nissait un médecin, un garde particulier, un berger, et l'auteur 
de ces lignes. Et tandis que Rosine, la fermière, confectionnait 
une omelette suivant la formule du docteur (lisez, profanes : avec 
force ronds de saucisson et force menus morceaux de jambon), la 
causerie serpentait au hasard des impressions vécues. 

Le docteur, en veston loutre, retranché derrière le secret 
professionnel, grillait des cigarettes, en exposant une théorie 
terrifiante sur l'intoxication par la nicotine. 

Le garde de Cobazet, sanglé dans son superbe costume en 
velours vert d'eau, narrait ses prouesses cynégétiques passées. 

Le berger, taciturne — est-il besoin de le dire — ouvrait de 
grands yeux, des oreilles plus grandes encore, et traçait sur 
l'ardoise, avec sa houlette, des ronds imaginaires. 

— Bravo ! fit le docteur. 

L'omelette selon la formule faisait son entrée ; une omelette 
toute fumante, aux flancs rebondis et dorés, emplissant la pièce 
d'un parfum à rendre jaloux Lucullus. 

— Allons, Cintet, insinua la fermière, ta gourde doit être 
veuve, que tu restes là, muet comme une truite ; si tu contais à 
ces messieurs l'histoire d'Ariettes? 

— Ouf! ça y est! allez-y donc, Cintet, clamèrent trois voix. 
On se mit à table. Et Cintet, un beau vieillard à la chevelure 

blanche, après avoir gourmande son maigre « Bismarck » qui 
rôdait entre nos jambes, nous fit le récit suivant: 

Ariettes, autrefois, c'était un village bâti ici, sur le flanc de 
cette montagne, à notre droite ; et, comme vous pouvez le 



— 326 — 

remarquer, il y a encore, çà et là dans la brousse, de vieux pans 
de mur, et plus haut quelques petits cortals. 

— Je flairais quelque chose comme çà, interrompit le docteur, 
qui se piquait d'archéologie. 

Cintet continua : Charigail, un habitant d'Ariettes, qui passait 
pour sorcier, rapport à un tas de bricoles qu'il avait sur sa che- 
minée : flacons verts, tètes de morts, lézards empaillés, Charigail 
partait tous les jeudis soir pour se rendre au sabbat des sorcières, 
là-haut, près du Bac-Harrissal. Les femmes assuraient l'avoir vu, 
métamorphosé en chat gris, le dos barré de noir, courir en bonds 
endiablés, à la brune, vers les gorchs de Nohèdes ; et le matin, 
avant le chant du coq, ce même chat gris, avec des yeux luisants 
comme des chandelles, rentrait dans le village, passant à fond de 
train par le petit trou rond de la porte de Charigail ! 

— Brr ! cà donne la frousse, dit le aarde en riant. 

Un de mes ancêtres, l'Anton Galliner, qui était dévot — 
c'était un homme de la loi ancienne, à preuve qu'il était pabordc 
de Saint-Antoine — lui disait souvent comme çà : Charigail, 
Charigail, laisse le sabbat de côté ; à force d'aller faire bouillir 
le chaudron avec les fées blanches et les sorciers noirs, tu te 
brouilleras avec le bon Dieu... ça te portera malheur. 

Charigail n'écoutait rien. Une nuit de Noël, pendant que tout 
Ariettes était descendu à Conat, Charigail sortit tout seul de sa 
maison, une poule noire sous le bras, et au croisement des quatre 
chemins, il dessina des signes cabalistiques avec un bâton de 
houx, puis il planta son couteau catalan dans l'estomac de la 
poule noire. Aussitôt une fumée verdàtre en sortit, la lune se 
cacha derrière un nuage, et quelques instants après tout Ariettes 
était -enveloppé d'un brouillard très épais. En revenant de la 
messe de minuit, les gens du village entrevirent, sur la place du 
village, une ribambelle de diablotins avec des cornes, qui dansaient 
à cheval sur des chats ébouriffées, autour d'un chaudron énorme, 
sous lequel Charigail attisait un feu de forge. 

Le lendemain, pris par les fièvres, tous les habitants d'Ariettes 
gardèrent le lit. Il n'y avait pas à en douter, Charigail les avait 
ensorcelés... 

Le berger poursuivit : D'abord, les enfants moururent comme 
des mouches; on les enterra tous. Puis, les vieux firent le pion- 



- 3.7 - 

geon. Le curé de Conat essaya, à coups de goupillon, de chasser 
les esprits; bernique, le sort était jeté. Alors, désespérés, ceux 
qui restaient se levèrent, et à demi-nus, comme des fantômes, se 
mirent à galoper, qui du côté de Lugols, qui vers Conat, qui 
vers Urbanya. Charigail lui-même, après avoir jeté au feu ses 
flacons verts et un gros livre jaune, s'enfuit escorté d'un matou 
gris. Au moment où il sortait du village, en prononçant ces 
mots : Baracot, clic-cloc, une fée lui apparut, qui lui mit la 
main sur l'épaule... Aussitôt Charigail et son chat furent pétri- 
fiés ; tenez, les voilà là-bas. .. ce grand rocher, c'est bien Charigail 
et son chat... vous voyez ! 

— Rien de plus vrai, prononça le docteur; c'est comme le soir, 
la vieille chargée de bois mort qu'on voit dans la lune. 

Le berger haussa les épaules en riant : 

— Ce n'est pas tout, poursuivit-il ; à Urbanya on savait que la 
peste décimait Ariettes, et, pour se prémunir contre le mal 
terrible, on avait décidé, sous le grand arbre de la place, de ne 
laisser approcher du village aucun des contaminés. En sorte que 
les meilleurs tireurs d'Urbanya se postèrent dans la grange de 
« Sant-Jaume » avec ordre de tirer sur le premier qui se pré- 
senterait. 

Dévorés par la fièvre, et épuisés par leur folle course à 
travers les genêts, huit ensorcelés parurent un beau matin, au 
tournant du sentier. Toutes noires sur la blancheur immense de 
la neige, souff^reteuses, ratatinées, leurs pauvres silhouettes maigres 
grelottaient sous la brise cruelle. Et puis î paml... ils tombèrent 
à terre en battant l'air de leurs bras. Un vol de corbeaux s'abat- 
tit sur ces cadavres, et, le soir même, les habitants d'Urbanya 
regardaient, en frissonnant de peur, leurs blancs ossements qui 
luisaient sous les rayons de la lune. 

Le lendemain on les enterra à Sant-Jaume ; et il n'y a pas bien 
longtemps, la pioche d'un paysan trouvait, dans un champ en 
contre-bas d'une ferme, huit squelettes, chacun dans un cercueil 
en ardoises. 

Ariettes devint un lieu maudit. C'était le rendez-vous des 
chacals, des serpents et des loups; l'herbe n'y poussait plus; peu 
à peu, les maisons s'effritèrent sous l'entassement des neiges. 
La nuit, les pâtres de Mirailles et d'Estardé entendaient des 



— 328 — 

rumeurs étranges, et voyaient danser des feux rouges et des far- 
fadets. 

Longtemps après, des gens intrépides de Conat résolurent d'y 
organiser des battues en tous sens. On tua beaucoup de sangliers 
et de loups ; le premier pas était fait ; bientôt les champs se 
remplirent de travailleurs... 

— Et grâce à Dieu, ajouta Rosine, la ferme d'Ariettes aujour- 
d'hui, a bonne mine, et vous n'auriez jamais soupçonné qu'elle a 
été bâtie sur l'emplacement de la maison de Charigail, le sorcier... 

— Oui, superbe ta ferme, brave Rosine, fit le docteur, et 
quand je passerai par là, une autre fois, par un temps de pluie, 
tu nous serviras une autre omelette, et on boira au chat gris de 
Charigail,.. pétrifié. 

Le soleil avait reparu, et le val d'Ariettes sous un vent frais 
secouait sa verte robe de blés, étincelante encore des dernières 
gouttelettes de l'averse. 

On échangea d'amicales poignées de mains Le docteur remit 
en bandoulière sa trousse de campagne ; le garde siffla son « Talc », 
un superbe pointer, et l'on se quitta avec le souvenir d'une 
histoire authentique de sorcier, et d'une... délicieuse omelette 
suivant la formule. 

Lo Refilayre de Carença. 

Concells 

Las virtuts ne son escales 
perque 'n vida al cel anem ; 
mes la fe y l'amor son aies 
perque 'n vida ja hi volem. 

Els cors mes richs son ben pobres 
si 'Is hi manca la fe viva, 
reina que per comitiva 
deu portar les bones obres. 



j 



« 

Advertencias dignas de saber 

(Curieux extrait d'un vieux manuscrit que nous avons trouvé en T^oussillon.) 

Lo gall, ab son cant de la mitja nit, adverteix als homens de 
pregar à Deu, y ab la de la matinada de acudir al treball de) 

COS. 

La olor de la herba ruda es metzina contra las serps. 

Iris à arch de Sant Marti es un nubol opposât sempre al sol ; 
lo color pardo es de la terra, lo vert es de l'aigua, y lo vermeil 
de l'ayre ; te dos altres colors annexos que son violet y verde- 
sin. Quant apareix al mitgdia significa pluja y tempestat ; al orient 
trons y poca pluja ; al occident seré y bon temps. Assentantse 
sobre los arbres fa lo mannâ 6 mel rosat ; es xich quant lo sol 
es ait, y es gran quant lo sol es baix. Trau l'aigua de las fonts, 
y las dona als nubols. Significa la pau entre lo cel y la terra : no 
apareixerà quarant' anys antes del judici ; causarà sequedat à la 
terra la quai no podent dona vapors humits, exalera mediant lo 
sol fonch en l'ayre. 

Lo fum de l'ongla esquerra del matxo trau los rats de casa. 

Ab très begudas 6 tassadas se modéra lo beurer ; la primera 
per la salut, la segona per lo plaher, y la tercera per lo dormir ; 
altrament lo massa beurer te très graus : voluptat, embriagues y 
fur or. 

Los cuchs de seda moren sovin ohint lo trô ; per evitarho, se 
ha de sonar dos campanetas cerca de ells, que, essent y acostu- 
mats, no temen tant lo trô, y no moren : se diu aixibé qu'el temor 
6 ruido del trô fa fer sos petits â la cerva mes prest que n'ois 
farîa. 

Rentantse las mans ab vi 6 llixiu é après ab aigua fresca fins 
que sien mitg mortas 6 endormidas, lo plom fus no hi pot fer 
mal algii, perque mentres las mans se tingan ben obertas, caurà 
com aigua poch mes que tibia. 

Nous donnerons un autre extrait du même manuscrit dans l'un de nos 
plus prochains numéros. 



\jumuuuumummuumuu 



Pages Choisies 



Mos. Antoni M^ Alcover, que nos lecteurs connaissent bien de 
nom, occupe une place importante dans le mouvement littéraire 
catalan contemporain. 11 a entrepris une œuvre grandiose, le 
TUclionnaire général de la langue catalane. Le BolIeH qu'il publie 
régulièrement en vue de stimuler les nombreux collaborateurs de 
ce travail gigantesque, est une feuille vivante et fiévreuse, tou- 
jours pleine d'idées intéressantes. M. Alcover, en plus de sa 
longue étude Questions de llengua y liieraiura calalana, a publié 
en plusieurs volumes, et sous le titre Aplech de J^ondalles mallor- 
quines, une abondante collection de contes et légendes de l'île de 
Majorque. 11 y a dans ces recueils des choses vraiment exquises; 
M. Alcover a fait preuve, en les collectionnant, d'une très vive 
intelligence des productions populaires. On ne saurait trop le féli- 
citer d'avoir recherché pour nous tant de petits chefs d'oeuvre et 
d'avoir su en conserver, comme il l'a dit lui-même, la physiono- 
mie primitive, la naïveté, la grâce, l'énergie et le relief. Nous 
avons tenu à extraire du 4' volume de cette collection, publié en 
1904, la rondalla suivante dont nos lecteurs ne manqueront pas de 
goûter la saveur particulière. Que les difficultés (assez nombreu- 
ses, nous devons l'avouer) qu'offre pour nous le dialecte de 
Majorque ne les arrêtent pas : ils suivront sans trop de peine la 
ligne principale du récit, et ne laisseront pas échapper en chemin 
les détails les plus caractéristiques. J. A. 

Es Rossinyol y sa Rossinyola "^ 

[Dialecle de Majorque) 

Aso 'n Selles, possesiô que no he pogut aclarir aont mos eau, 
e-hi havia un cirerar molt gran, y hi cantaven una mala fi de ros- 
sinyols, en venir abril. 

Una vegada n'hi hagué un que, com prou hagué cantat, arribâ 
a dir. 

( I ) Aplech de T{ondaUes maïlorquines (Mallorca ; tip. cat. de Sanjuan, 
1 904 ; tome ivj. 



— 33i — 

— Bé ^ y jo qu'eniperiol aqui amb tant de cantar ? ^ Que tench 
a n-es fus de tanta canturia com Deu ha vista? Y, sobre tôt, can- 
tar tôt sol, axi metex es massa trist. Tench totes ses cireres que 
vuy y mes que no 'n vuy, pero no tench companyîa : me 'n 
vaig a cercarne una de rossinyola y sera lo que Deu 
voldrâ. 

Vola qui vola de d'allà, y mira qui mira, en trobava axi matex 
de rossinyoles, pero totes tenien ja 's seu rossinyol, y no hi havia 
que demanarlos de noves. 

A la fi en troba una en es torrent de sa branca, demunt un 
matul-lo, y ja l'ha escomesa : 

— ; Al abat sîa Deu ! 

— j Per a sempre ! respôn ella. 

— l Com va la vida, estimada ? 

— Va bé, si agrada a Deu. Campam primet primet, y si no 
basta, hi posam es bast. 

— ^ Y de que t'umpls es gavaig per aqui ? Sabs qu'es de pelât 
axé î 

— j Y tant com e-hu es ! Si hi estaves una mesada, sî que hu 
diries, sobre tôt s'ivern. 

— Pero ^ de que t'atepeys? 

— Des quatre mosquits descuydats que porem engospar, y de 
ses quatre llavoretes qu'una aplega. 

— J Sabs que hi deus anar de prima de lloms !... ; ca ! j ca ! 
l axô no es viure ! Y tota sola per afegitô... Si tu te volias aple- 
gar ab mi, sabs que mos hi diria de bé. 

— l Com-es-ara ? 

— Que mos n'aniriem a n-es cirerar de so 'n Selles, aont hi 
ha baldor de cireres per llarch, tantes ne menjes... 

— J Fêta esta sa barrina î diu sa rossinyola. 
S'apleguen, y \ cap a n-es cirerar falta gent ! 

Al punt hi forem, y i no vos dich res sa rossinyola sa panxada 
que pegâ ! 

Y tots dos ja foren partits, panxa plena, canta que canta, que 
cuydaven a troure-se 's carcabôs. 

L'amo de ses cireres les ténia ben géloses, y, com sent tanta 
de cantoria, diu : 

— l Aqueys dimonis de rossinyols no me 'n dexarân cap de 



— 332 — 

cirera ! \ Mal los tocâs lo que tocâ a Na Mayans : set carretades 
de nines y set d'infants î 

Agafa s'escopeta, que sempre ténia parada, y j paplam ! des- 
para cap aont sa cantoria era mes forta. 

l Que m'en direu ? 

EH un parey de perdigons fregaren sa rossinyola y li solquet- 
jaren sa pell, y una partida de plomes que li botiren. 

— l Axi va axô ? diu ella. j Cap a n-es torrent de sa branca 
m'en torn ! 

Y ja li va haver cstret ben afnada, y de dalla. 

— I Espéra ! j espéra, dona ! deya 's rossinyol, encalsantla. j No 
sies tan poruga, que no hia tant per tant, tampoch j EH no hu 
paga 's parlarne per un parey de plomes j Si en axô mos hi 
veym cada dia ! 

— ; Pcrô no m'hi vuy veure jo ! deya sa rossinyola volant com 
la bala. 

— \ Perô ; si no mes es estât es retgirô ! deya ell. 

— j No hu he mester sebre !... \ A ca-meva m'en vaig, abans 
de pus raons ! M'estim mes es quatre mosquits y llavoretes des 
torrent de sa branca, alla ont ningû me diu : fe t ensâ, fe 't 
enllâ, — que no totes ses cireres y es cirerers de So 'n Selles. 

Ell es rossinyol no la pogué ginyar a tornar arrera. Se 'n anâ 
cap dret a n-es torrent de sa branca, aont, primeta de panxa 
anava, perô no senti siular pus perdigons ni li tiraren altra arca- 
bussada. 

Y encara deu esser viva, si no s'es morta ni li han fet s'ebré. 

Antoni M* Alcover. 

Extrait de mil y un pensaments 

Els mais no soferts espanten mes ab el soroll que fan oits, que 
desprès de executats. 

No t'alabis de saber lo que no saps, mes preguntao aïs qui 
creus que ho saben. 

No t'afatiguis pera respondre molt sino pera respondre be. 



Pour le dictionnaire catalan 

Nous aurons enfin un dictionnaire catalan en Roussillon I 
J'écrivais un jour (1908, Anthologie catalane : « Les poètes rous- 
sillonnais », Introduct. p. xxii) : « Le besoin d'un dictionnaire se 
fait sentir chez nous plus encore peut-être que d'une gram- 
maire ». Nous avions déjà au moins une grammaire, celle de 
Puiggari, )852, dont j'ai entretenu nos lecteurs [J{evue Catalane, 
j5 déc. ic>09 et dont on a donné, depuis, une seconde édition 
(1910, Perpignan, édit. Barrière et C, avec une préface de 
M. Pierre Vidal). Mais il nous manquait, il nous manque tou- 
jours un dictionnaire. On nous avait signalé l'existence de deux 
ou trois manuscrits importants ; mais, pour des raisons diverses, 
aucun d'eux n'était publié. Et cependant l'œuvre s'imposait ! 
11 semble maintenant que nous soyons près de la voir réa- 
lisée. 

Un groupe de catalanisants s'est constitué au mois de septembre 
pour reprendre cette idée qui avait été examinée déjà très atten- 
tivement l'année dernière, mais qui, sans une initiative et une 
impulsion, risquerait fort de ne pas sortir du domaine hypothé- 
tique ou chimérique. Nous savons en ce moment-ci, d'une ma- 
nière très sûre, que la plus grosse partie du travail est déjà 
préparée. Grâce à la patience intelligente, à l'activité obstinée 
et clairvoyante de notre ami M. R. de Lacvivier, qui a réuni un 
très grand nombre de mots et a envisagé plusieurs méthodes, 
grâce aussi à sa ferme volonté de faire aboutir ces efforts, il ne 
restera plus qu'à discuter, compléter, perfectionner, ou, le cas 
échéant, réduire ce qui a été obtenu par lui jusqu'ici. 

Je ne dis pas que le nouveau travail qui s'impose doive aller 
sans difficulté et ne demande pas du temps, de la persévérance 
et une vive attention. Mais l'ardeur et la compétence des colla- 
borateurs de M. R. de Lacvivier auront raison, j'en ai la convic- 
tion absolue, de tous les obstacles. La question même de l'éditeur 
et des frais d'édition est déjà réglée, ce qui n'est pas, on le sait, 
un maigre avantage. L'année 1912 ne s écoulera donc pas, 



— 334 — 

croyons-nous, sans que l'œuvre soit sur pied. Tous les bons 
roussillonnais, tous les catalanisants des deux côtés des Pyrénées 
devront s'en réjouir. 

Ainsi, la belle et noble cause dont nous nous sommes faits 
ici les champions et qui consiste à défendre, à illustrer, à main- 
tenir et répandre autour de nous la langue catalane, à entretenir 
dans notre région un ardent et brillant foyer de culture catalane, 
à stimuler au cœur de nos compatriotes l'amour de leur idiome et 
du génie de leur race, cette belle et noble cause avance d'un 
pas sîir, en dépit des barrières qui se dressent sur son chemin, 
des fossés qui se creusent devant elle. Travaillons encore, 
travaillons toujours pour assurer son triomphe, sans tenir compte 
des ricanements et des railleries, qui se font d'ailleurs de plus en 
plus rares ! 

Quand nous renoncerons nous-mêmes à agir, parce que l'âge 
nous le commandera, quand nous laisserons à d'autres le soin de 
continuer notre œuvre, nous serons fiers de leur dire : « Voilà 
les résultats acquis par nous, par notre constance, notre convic- 
tion et notre courage quotidien ! » 

Jean Amade. 

Clariayna 

1. Una NlT 

S'estava quietament sota l'espés fullâm, 

duyent en e) côs blanc mantellina aixerida... 

La nit era callada, â fora de) reclâm 

qu'ai majg fan les rcynetes en l'herba enfosqueîda. 

Parlava dels recorts de la casa payral, 
dels masos de la terra que tant lluny hem deixada, 
de les dones que tornen del joliu ribera), 
cames nues, ulls vius y cara acolorada. * 



— 335 — 

D'un carrer d'ombra y sol s'alsava la visiô, 
y amb ei murmuradiç d'alguna font llunyana, 
hî havîa en ses paraules la sabor catalana. 

Hî havîa en ses paraules l'encant de Rossellô, 
y l'humil mantellina que li dava noblesa 
guardava de la nit en son front la puresa. 

11. NOCTURN 

M'agrada de te veure â ma vora adormida... 

Oh ! dorm, la nit es clara y '1 bosc plé de negror ; 

dorm, la lluna tôt just puja com una flor ; 

y jo veig qu'una bruma sus del riu s'es teixida. 

Ben triste es ma pensada... Ton mirar verginal 
sera una cova fosca y gel ta llengua muda ; 
l'argila del teu côs s'esgranarâ, menuda, 
y no hî haurâ memoria d'un amor sens igual. 

Sempre ets présent, oh Mort, silenciosa y terrosa ! 
Avives de ma nit l'amarga voluptat, 
y passa com estel cada petô sagrat... 

Mes entre 'Is aybres nègres va la lluna desclosa, 
y assossega mon cor de veure al firmament 
tan serena y tan pura, sa medalla d'argent. 

Joseph Pons. 




Textes catalans 

9P (Suite) 

Une des fonctions des Consuls, un de leurs privilèges, si l'on 
veut, c était l'élection annuelle, chaque fois consignée brièvement 
au registre, de una donzella a maridar : nous dirions, aujourd'hui, 
une rosière. La disposition remarquable en vertu de laquelle ils 
se trouvaient chargés de cette mission se trouve rapportée dès les 
premières pages : 

« Clausula de la institutio he fundatio fêta per lo 11" S"Misser 
Francesch Fort, doctor del real Consel de la Ciutat de Barsa- 
lona, manumissor de la ultima voluntat del 11'" y molt Rev' S" 
Francesch Giginta. abat del monestir de N.-S""^ de Amer, bisbat 
de Gerona, en poder de M° F. Aguiles... notari publich de Bar- 
salona, a i5 del mes de juliol iSçé, en lesquals institutio y fun- 
datio... ha fundada una causa pia per donzelles pobres a maridar 
de la Ciutat de Elna, ab tal empero que lurs pares sien Catalans, 
laquai es de ténor seguent. 

Item mes instituesc y fundo altra causa pia per donzelles a 
maridar, ab lo modo y forma seguent, ço es que quiscun any sien 
dades dels redditus y pentions dels censals deval escrits... quinze 
lliures... a una donzella pobre, natural de dita Ciutat de Elna, filla 
légitima y natural de un pareCatala, per collocatio de matrimoni, 
de lasquals qualitats haien de fer relatio y certifficatio los Con- 
sols de la dita Ciutat qui son y per temps seran, posant très don- 
zelles en un mémorial, de lesquals les administradors deval escrits 
haien de pendre y nominarne una, a laquai per son casamentsien 
donades dites quinze lliures : pregant a dits Consols que ab 
aquella cura y diligentia que poran fassen dita nominatio de 
fadrines mes pobres y que sien de dites qualitats, encarregantne 
Durs consienties. » 



L'on rencontre, en j6oi, une mention de réparations assez 
importantes aux fortifications de la Cité : C'est une quittance 
faite par deux maçons, de 258 livres, 12 % 6 «* montant, a preu 



— 337 — 

fel, des travaux ci-après : « Fer lo parapeto desde la casa de la 
parra que es cercha del Castell de la Ciutat, seguint tota la 
muraila fins a la casa del Rev' S" Fr. Masdamont, canonge, y 
aixibe fer una garita (i) nova devant de la casa del pubill Balle, 
en dita muraila, y mes cobrir la garitta del portai de Balaguer, 
y en aquella posarhi biga nova, cayrats, canyes, teules y tôt lo 
demes necessari... Item mes fer très caxials al revali (2) del por- 
tai de Balaguer, de part de dafora de la muraila del dit ravalli 
que dona devant del hort del Mag*^*^ M° Miquel Rollan, doctor 
en drets de la Ciutat de Barsalona ; item per haver fêta una 
paret a miga lissa, ab sa porta y rexia de fusta ; item axibe per 
haver fet un Cuerpo de guardia, en lo temps que los Francesos 
eran en Rossello, al portai dels Alamanys... tôt compres. » 



Signalons les fêtes pour la canonisation de Saint Raymond 
de Penyafort, en 1601. 

Les Consuls d'Elne reçurent des Consuls de Barcelone la lettre 
suivante : 

« Illustres Senyors. A deu del corrent, reberem cartas de 
Roma, ab propri correu despedit per lo Ex"" Duc de Hijar (?) 
embaxiador per sa Magestat, y ab elles entenguerem la felice y 
tant desijada nova de la canonisatzio del glorios Sant Ramon de 
Penyafort, laquai feu Sa Santadat als 29 del passât que fou la 
Dominica in albis ; y V' M' saben la quant desijada estava dita 
canonitzatio per los Serenissims Reys de Arago y per aquest 
Principat, loqual ha instat ab Sa Santadat moltissim anys (3) se 
effetuas ; y pus N. S°' es stat servit, per medi de dit glorios Sant 
Ramon, que en nostros temps alcansasem lo que altres tant havien 
desijat y trabellat, tenim tots obligatio de fer les démonstrations 
de alegria que un tant gran sant mereix ; y aixi suplicam à V" M' 
ho fassen com be tenen acostumat, que nos altres assi farem les 
fêtes possibles, per lesquals havem assenyalat lo die de 24 del 
corrent ab les ques seguiran : Y perque entenem que a nostra 

(i ) Tour. 

(î) Ravelin ou demi-lune. 

(3) Saint Raymond de Penafort, général de l'ordre des Dominicains, 
catalan, était décédé depuis 1275. 



— 338 — 

obligatio no satisfariam si no haguessem fets sabedors a V* M* de 
dita tant regositjada nova, per so havem desliberat donar le dit 
avis per correu piopri, certificant a V" M" que si esta Ciutat pot 
servir en aqueixa en quaisevol occasio, ho farem ab moites veres. 
Guarde N.-S" a V" NV. 

En Barcelona, a i 3 de maig de )6oi : Illustres Senyors : A la 
ordinatio de V' M' prcsts. Los Consellers de Barcelona. » 

Laquai carta... han posada en exequtio avuyn (27 mai) die de 
Diumenge, en loqual die se ha fet gran triumpho y alegria en la 
Ciutat tant dels officis divinals quant enchara de la salva de artil- 
laria y archabusseria a honor y gloria de N. S" y del beneven- 
turat Sant Ramon. Y aixibe la nit abans per les murs de dita Ciutat 
se feren moites alymaries y tirs de archabusseria y artillaria, y 
altres alegries y démonstrations. Y lo diumenge après de vespres 
se feu una molt solempne professo ab les benaventurades Santés 
Eularia y Julia per tots les claustres y Seu, per lo impediment 
de la pluja. Loqual benaventurat Sant, mijansant nostres prega- 
ries, vulla impetrar ab N. S. Deu J. C. lo augment, gloria y 
salvitat de la dita Ciutat y singulares persones de aquella. Amen. 



Avec l'année 1602, nous arrivons à la grosse question qui va 
tenir plusieurs pages du registre, le départ du Chapitre pour 
Perpignan, et ses conséquences pour la Cité. Un partage doit se 
faire entre le Chapitre qui s'en va et la Communauté des prê- 
tres qui reste, partage qui sera la source de difficultés sans nom- 
bre, de récriminations les plus vives, de procédures acharnées. 
La Cité n'y intervient que sur un point, le partage des objets 
du culte, reliques et ornements. Comme il est à craindre que les 
chanoines ne s'attribuent la part du lion et que l'Eglise, désertée 
par le Chapitre, risque, de plus, de rester dépouillée, la Cité a 
intérêt à empêcher cette spoliation. 

La cause de la translation était, depuis déjà longtemps, en 
Cour de Rome, où la Cité avait nommé un procureur et un 
syndic pour être représentée à son instruction. Une'délibération 
de 1600 nous fournit un indice des difficultés qui couvaient. Le 
Conseil y affirme, en effet : « que son intent es que la Iglesia 
stiga y reste moblada quai conve per al servey de Deu, conforme 



— 339 — 

ha stat fins avuyn ; y que en la nnateria de la translatio no si fa 
ninguna questio ; y en lo que tocha als ornaments de la Iglesia, 
reliquies y altres coses, volen que de dita Iglesia no sen tocha 
ni trega cosa alguna fins a tant que la Ciutat eo lo sindich de 
aquella sia hoit devant del Papa, y lo Papa y fassa deguda pro- 
visio. » 

Les délibérations de 1602 vont nous montrer, maintenant, la 
marche de l'affaire : 

« Memoria sia als prohomens qui avuy son y per temps seran... 
de les coses seguents tocants a la nova residentia de les persones 
dels S°" de Canonges en la vila de Perpinya. 

Et primo, essent plenament informada la Ciutat que sa Santa- 
dat a fêta delegatio apostolica a M°' 11'" de Tarragona a fi y 
effecte que arribas en la Ciutat de Elna y reconegues les reli- 
quies de la Seu, en tal manera que si aquelles no ferien fretura en 
dita Seu, que en tal cas les donas als Canonges, com sen anirien a 
Perpinya, eo sive que restassen en dita Seu... Y dit NV' de Tar- 
ragona, anomenal Don Joan Teres, loqual abans es stat Bisbe de 
Elna, es stat eligit per la Magestat del Rey N. S" en Virey de 
Cathalonya, y per raho del impediment de Virey no sa pogut 
posar en exequtio la dita sua delegatio, y ha substituit en son 
loc lo molt ir y Rev" M" Don Alfonso Coloma, Bisbe de Bar- 
celona, loqual... lo endema de Corpus proxim passât, die de 
divendres (7 juin), parti de la Ciutat de Barselona y arriba lo 
dilluns en la vila del Volo, ha dinada, y alli los S°" de Canonges 
li feren aparellar un molt regositjos dinar ; y dinat,... s'en anaren 
a dormida en la vila de Perpinya. 

Y lo endema, que era dimars, la Ciutat essent certificada que 
lo Magfi'^ M° RoUan, doctor en drets, y sindich de la Ciutat de 
Barcelona era arribat en la vila de Perpinya ab dit Mons" de 
Barcelona, (los consols) anaren en la vila de Perpinya y... trac- 
taren ab les advocats de la Ciutat... y ab dit M" Rollan, loqual 
nos promete que faria molt be son offici, com entenem quel 
fara 

Y lo endema, en la iglesia del spital de la Ciutat, dit Mossel 
Consol en cap... aplega consel... y tots determinaren... que 
quiscu de ells faria tôt lo que podria tant en dines com en anar 
y venir de Perpinya. 



— 340 — 

Y als quatorze de dit, que era die de divendres Mons" de 
Barcelona es arribat en la présent Ciutat... a les set hores de la 
matinada ; loqual arribat y essent fora de la carrossa s'es trans- 
ferit en la Seu, y alli, en lo altar major, ha dita missa, y aquella 
acabada, ses transferit en lo Capitol dels S°" de Canonges, en 
loqual ha stat poc, y après es anat a la Ven'''^ Comunitat dels 
preveres de la Seu, y alli les ha fet son rehonament, notificant 
los sa vinguda. Y fêtes estes coses, ha regonegudes totes les reli- 
quies y tombes de les benaventurades Santés patrones nostres, y 
après ha mirât tots los ornaments ecclesiastichs ; y après sen es 
tornat al Palau Episcopal. 

Y essent los hon. Consols en la Casa consular de la Ciutat, 
alli ajustats ab tota la prohomina de dita Ciutat, que en numéro 
prenia en summa mes de trenta persones passades, y havent fêta 
fer embaxiada per très embaxiadors de part de la dita Ciutat... 
dientli que ells venian per part dels S°" Consols, que si sa Sen'» 
Rev™^ era content de donar los loch, que ells vindrian a besarli 
les mans. 

Y tornats dits embaxiadors en la Casa Consular, encontinent 
dits hon. Consols, molt ben acompanyats de tota la prohomia 
son anats a besar les mans a dit Mons" Rev "", alqual se li ha fêta 
la benvinguda molt regositjada, de laquai sen es molt ben acon- 
tentat ; y a respost que ell era arribat per assentar esta Seu, y 
que es Seu, y la Ciutat resta Ciutat, (1 ) y que ell corn ha subdele- 
gat apostolich ho aportava de manera que dita Seu restara molt 
ben assentada y montada, que N. S°' ne sera servit, y lo poble 
lohat. Plasia a N. S ' ho vulla aportar y guiar per al mes servey 
(seu) y descarrech de nostres consienties. » 

(A suivre) R. de Lacvivier. 



( I j Ciutat est le titre des villes épiscopales, sièges d'ëvêché. Les habitants 
d'Elne étaient CiutaJans tandis que ceux de Perpignan étaient Burgesos. 



ms&^m!&^m^^'mi£^m^^Mii^smi&-^^ 



La Langue Catalane 

et son uHIité pédagogique 



{Suite et fin) 



29™^ LEÇON — La vcnlada 

Ara vcnîa l'halenada grossa. Com corn'a ! Va abordar 
terra ab J'espctech d'un drap colossal que's desplega vio- 
Icntmcnt, patacajâ les roques, s'esqueixâ en Ilurs cantells ab 
una xiscladissa esgarrifosa, rebufâ la sorra, escampantla à 
tall de metralla, que 'm feri dolorosament, y va envadir el 
poble, rebatentse per parets y teulades. Se sentîa '1 tanca- 
ment de les portes, el dringar dels vidres que's rompîen... 
Les xemeneyes s'eren convertides en sirènes que cornaven 
ab diferents tons de veu. Algunes balandrejaven y queyen. 
Per certes sinuosjtats en la llarga bramulada del vent s'hau- 
rien pogut endevinar les curves y colzades dels carrers per 
hont s'encanonava. Les canals xiulaven, els panells flau- 
tejaven, giravoltant Ilurs banderetes, les campanes repicaven 
â mal temps. Tota la vila sonava com un gran instrument 
musical, tocat per un boig. 

Joaquim Ruyra, Mannes y Boscatjes. 



Vocabulaire 



halenada, halenée, bouffée 
espetech, éclat, bruit violent 
patacajâ, secoua 
s'esqueixâ. se déchira 
cantells, angles 
xiscladissa, sifflement 
esgarrifosa, affreuse, horrible 
rebufâ, rebuta, repoussa 
sorra, gravier 
d tall de, en guise de 
va envadir, envahit 
rebatentse, s'élançant 
el dringar, le tintement 



cornaven, cornaient 
balandrejaven, brimbalaient 
bramulada, mugissement 
les curves y colzades, les courbes et 

les angles 
s'encanonava, s'engouffrait 
canals, gouttières 

panells ou penells, penons, girouettes 
flautejaven, flùtaient 
giravoltant, faisant pirouetter 
banderetes, petits drapeaux 
repicaven, carillonnaient 



- 342 - 
Exercices 

Traduction française du texte. — 11 n'y a de la difficulté que 
dans les mots non employés en Roussillon. 

Composition catalane. — Reproduire cette belle description 
en employant d'autres mots quand cela sera possible. 

Composition française. — La tempête. Suivre le plan du texte. 

Récitation. — Apprendre: i° La venlada; i° Lo Trovador. 

Conjugaison bilingue- — Conjuguer les verbes xiular et siffler. 

Notes grammaticales 

Les tiomonymes. — Les homonymes sont des mots qui se pro- 
noncent de la même manière mais dont le sens est différent. 
Ex. : D'ahont ven lo venil 

On arrive facilement à trouver le sens et l'orthographe des 
homonymes français en les traduisant en catalan. 

Exercices 

Traduisez en catalan tes phrases suivantes : 

j. Oii est Joséphine? Elle est à la rivière ou au jardin. C'est 
là qu'elle doit laver son tablier. Le train est arrivé et pour que 
chacun ait sa place, on ajoutera des wagons. Ce couteau ne se 
ferme pas comme ceux que l'on vendait hier. Chacun de ces soldats 
nettoiera ses armes. C'est entendu ainsi. Tu le sais et ton frère 
le sait aussi. Mes cousins viendront, mais ils repartiront aussitôt. 

2. Je serai près de toi quand tu seras prêt à partir. Je ne veux 
plus sortir tant qu'il n'aura pas plu. Cette musique m'a plu parce 
qu'elle est plus sautillante que l'autre. J'aime beaucoup le chant. 
Paul cultive son champ. J'ai une chaîne en or. Le chêne est le roi des 
végétaux. Le pain est chez le boulanger et le pin est dans la forêt. 

3. Louis a eu trois fois une maladie de foie et il n'a jamais eu 
foi en moi pour le guérir. Le prêtre va à l'autel et le voyageur à 
l'hôtel. 11 faut suivre la bonne voie pour arriver au but. Cet artiste 
a une belle voix. Les haricots et les pois se vendent au poids. Le 
cordonnier se sert de poix. Le paysan ne met pas souvent la 
poule au pot. 11 ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de 
Tavoir tué. 



— 343 — 

3o^ LEÇON — La mort del llop 

Lo Carro anava passant, passant alla al cel y ja eren les 
dotze, y ja cra la una, y escolto, escolto... Els esquellins, 
l'aygua de la neu fosa que s'escorrîa, l'ayret de la matinada 
y'I Carro allunyantse, allunyantse... Quan de cop sento 
fressa y trepig. y, fent un bot corn un diable, el llop me 
passa per sobre flayrant fort, que la vaig sentir al coll la 
seva bufera, y'is cabells se'm posaren de punta, y aqui 
dintrc uns cops mes forts que m'ofegaven ! Tôt d'una, â la 
jassa, quins udols y lladruchs y belar esgarrifôs de les 
ovelles, y jo quina râbia à mi mateix per no haverlo em- 
bestit al lloparrol Y no se com va ser que 'm planto al mitg 
del camî per ahont havîa de passar lo lloparro... Y al 
entornantse la bestiassa ab la ovella al morro, s'entrebanca 
ab mi y jo ab ell, y m'hi abrahono y li clavo tota aquesta 
fulla endintre ; y ell corrent ô rodolant rostos avall y jo ab 
ell ; arrapats l'un â l'altre, mossegantlo jo an ell y ell â mi, 
y udolant tots dos (mes qu'ell jo cent vegades) com dues 
feres salvatgines. 

Y... â l'endemâ 'm desperto, ô vaig tornar â viure, que 

no ho se encara, al fons d'un torrent, entre pastors que 'm 

socorien, y al mitg de la ovella morta y del llop mort 

també, que an aquestos sî que no'ls van retornar à la vida. 

A. GuifAERA {Terra haixa, acte 1, récit de Manelich). 

Vocabulaire 

ïo Carro, le Chariot (constellation) bufera, haleine 

foia, fondue m'ofegaven, nx'oppressaient 

s'escorria, s'écoulait tôt d'una, aussitôt 

fressa, frétillement, murmure, petit jassa, gîte 

bruit «^0/5, hurlements 

trepig, trépignement lladruchs. aboiements 

belar esgarrifôs, bêlements affreux li clavo, je lui plonge 

rabia, rage fulla, lame du couteau 

embestit, entrepris rostos avall, sur la pente 

s'entrebanca, trébuche mossegantlo, le mordant 

abrahonarse, s'empoigner, en se bat- /ere5, bêtes féroces 

tant. que 'm socorien, qui me secouraient 



X 



- 344 — 

Exercices 

Traduction française du Icxtc. — Soigner surtout la traduction 
du dernier paragraphe. 

Composition catalane. — Racontez cette mort du loup en 
changeant le plus grand nombre de mots. 

Composition française. — Faites la traduction libre du texte. 

Récitation. — Apprendre par cœur : i° La mort delîlop; ^° Chor 
dels Môros. 

Exercice d'ctymologie. — Décomposez les mots du texte en 
leurs éléments étymologiques pour montrer comment ces élé- 
ments permettent d'en trouver le sens. 

Conjugaison bilingue. — Conjuguez aux temps simples, les 
verbes abrahonarse et s'empoigner. 

Notes grammaticales 

Comparaisons et proverbes. — Les comparaisons et les prover- 
bes donnent au style de la justesse et du pittoresque. La langue 
catalane, très imagée, en emploie beaucoup. 

Voir dans le texte : Fer un bot com un diable, udolar com 
dues féres salvatgines. 

Exercices 

1 . Traduire en français el expliquer les comparaisons catalanes 
suivantes : 

Aixut com una esca. Bonich com un angel. Brut com un xinxa. 
Brut com una barra de galliner. Carregat com un ase. Dret com 
un ciri. Gras com un taixô (blaireau). Groch com un safrâ. Mes 
dois que una mel. Mes clar que la Hum del dia. Mes nègre que 
un corb. Mes tossut que un ase. Magre com un dijous'sant. 
Mullat com un peix. Nègre com una pega. Pansit com una figa. 
Pelât com un nap. Pie com un 6u. Prim com un tel de ceba. 
Trist com un mûssol (hibou). Viu com una pôlvora. 

2. Traduire en français el expliquer les proverbes catalans suivants : 
Al Carnaval, tôt s'hi val. Bruma roja, ven 6 pluja. Cal pas may 
botar contra '1 ventre. Fa mes un que sab que cent que cerquen. 



— 345 — 

Fes t'hi bon home, que Deu t'ajudarà. Gota gota fa gorch. Cent 
de vi, gent de perqui perqui. Gent de banys, gent de pochsanys.' 
Qui llengua te, â Roma va. Lo gat prega pel descuydat. Lo qui 
va inventar de fugir era pas bestia. Lo que no vols per tu no ho 
vulguis per ningii. La panna sempre vol mascarar lo paroi. Lo 
fum y la mala cara fan fugir la gent de casa. La mala herba 
sempre creix. May diguis : d'aquesta aygua no beuré. Per Sant 
Marti tapa ta bota y tasta ton vi. Perpinyâ y Santa Maria se 
son pas fets amb un dia. Per Sant Vicens, lo sol entra pels 
torrents. Qui massa tira fa dos caps. Qui oli maneja, los dits 
se 'n unta. Qui vol pas pois que vagi pas â l'era. Qui te sochs 
pot fer estelles. Quan plou de tramontana, plou de gana. Quan 
lo roch ix de la ma sab pas hont va. 

Orthographe. — La traduction du français en catalan fait souvent 
connaître l'orthographe des mots français contenant le même son. 

Exercices 

Traduisez en catalan les mois suivants : 

r Son e. — Je chante, tu chantes, il chante, ils chantent, 
qu'il chante, qu ils chantent, chante. 

1° Son e. — Je chantai, je chanterai, vous chantez, vous chan- 
terez, chanter, chantez, vous chantiez, vous chanteriez, que vous 
chantiez, liberté, égalité, fraternité, bonté, charité, charretée, 
pelletée, nichée, poignée, gelée, année, armée, veillée. 

3° Son è. — Je chantais, tu chantais, il chantait, ils chantaient, 
je chanterais, tu chanterais, il chanterait, ils chanteraient, tu es, 
il est, que j'aie, que tu aies, qu'il ait, haie, air, je hais, fenêtre, 
reine, chênaie, monnaie. 

4° Son u. — Vertu, tribu, vue, revue, laitue, étendue, statue, 
tortue, verrue. 

5° Son 0. — Chaux, faux, chevaux, canaux, signaux, rivaux, 
cordeau, rondeau, agneau, chameau, anneau, peau, ciseau, oiseau, 
château, manteau, marteau, veau, cerveau, niveau, nouveau, saut, 
sauter, autre, autel, hôtel. 

6° Son in. — Pin, vin, moulin, chemin, pain, main, romain, 
humain, sain, républicain, souverain, serein, plein, sein, saint, 
cinq, chrétien. 



— 346 — 

Remarque. — 1. Lorsqu'une voyelle est surmontée d'un accent 
circonflexe en français on la fait suivre de la lettre s en catalan. 
Ex. : Champêtre, campestre. 

Traduisez en catalan les mois suivants : château, apôtre, août, tête, 
bête, crête, fête, côte, bâton, hôpital, baptême, Pâques, vêpres, 
vêtir, pâtre, cloître. 

2. La traduction en catalan fait souvent connaître la lettre 
finale d'un mot français. 

Ex. : loup s'écrit avec un p à cause du catalan llop. 
Traduisez en catalan les mots français suivants : petit, gros, blanc, 
essaim, moût, chevalet, cabas, ouvert, cuit, fait, pris, écrit, 
appris, promis, mort, offert, avocat, consulat, fusil, gentil, 
compas, bras. 

3. De même on peut reconnaître par les finales catalanes si un 
mot français est au masculin ou au féminin, au singulier ou au 
pluriel. 

Enfin on a vu plus haut : 

i° Que la 2"" personne du singulier de tous les verbes est ter- 
minée par s en catalan comme en français. 

2° Que la 2"" personne du pluriel terminée par eu en catalan se 
termine par ez en français. 

3° Que la 3"" personne du pluriel terminée par n en catalan se 
termine par nt en français. 

Syntaxe. — La syntaxe catalane, comme on l'a vu d'ailleurs 
dans le cours de cet ouvrage, est un peu différente de la syntaxe 
française et ces différences doivent être bien sues. Nous engageons 
donc les élèves à relire attentivement nos notes grammaticales 
où ils trouveront tout ce qu il n'est pas permis à un Roussillonnais 
d'ignorer. 



APPENDICE 

1. VARIÉTÉS DIALECTALES 

1 ° Catalan de Valencia 

Visanteta 

L'antiga pinta portava, 
Agulles y caragols ; 
Oh ! quan engisera estava, 
La giqueta del cor dois. 

« Jo te contemple y t'admire 
Embelesat ccm ningû 
Y de nostra Pâtria mire 
La image mes bella en tu. » 

T. Llorente, Yisantela (extrait). 

caragols, boucles ; engisera, charmante ; giqueta, jeune fille ; te contemple y 
t'admire, la première personne du singulier de l'indicatif présent se termine 
en e à Valencia, en o en Catalogne, en i en Roussillon ; embelesat, charmé, 
ravi. 

2° Catalan de Mallorca 

S'homo 

Aixô era un lleonet sa, revengut, fantasiés, que no hi havia 
qui li anâs devant ni darrera. 

Un dia que bravetjava ferm que no menava por a negû, sa 
mare li arriva â dir : 

— A n'els altres animais els guanyes ; à s'homo, no. 

— Y qui es, s'homo, ara? diu ell tôt remojest. 

— Qui es? diu sa mare — Una mica de cosa que camina daJt 
dues cames. A. Alcover, J^ondalles. 

s'homo, l'homme. L'article mallorquin s'est conservé dans un certain nombre 
de noms de famille: Saporte (Laporte), Safont (Lafontaine). Çagarriga 
i La garrigue), etc. ; revengut, grandi ; fantasias, présomptueux; brr.vetjava, 
fanfaronnait ; remolest, insouciant, indolent. 



— 348 — 
3' Catalan d'Alguer 

Phrases usuelles 

Bonas dias (i ). mi sanô. — Bonas taldas(i). — Bona nit (2). — 
A mus veura achesa talda(3). — Corn astâ sinuri ? (4). — Benis- 
sim, i vusté ? — So cuntenta de la veura au bona sarut (5). 
Com va la vostra sarut ? — Asi, asi ; i tu ? — La vostra sarut es 
bona ? — Un poc andipost, tenc la carantura (6). — Chi hora 
es? — Las vuit. — Han tucat las vuit ? No ancara, i manca un 
qualt. — Son las nou i vac asmulzâ. 

( Extrait de la Grammatica del dialetto algherese 
par G. Palomba, instituteur à Alghero, Sardaigne.) 

II. CATALAN ANCIEN 
Caries Quint à Perpinya (1538) 

Les prêtres de l'église Saint-Jean et de l'église Saint-Jacques écrivaient, au 
jour le jour, sur des registres que l'on peut encore voir aux Archives, tous 
es faits dignes d'être relatés. Nous allons donner un extrait de ces mémoi- 
res concernant l'entrée et le séjour de Charles-Quint à Perpignan afin de 
montrer aux élèves que le catalan parlé à cette époque n'était pas très diffé- 
rent de celui qu'on parle aujourd'hui. Nous ferons suivre ce document de 
quelques extraits d'auteurs vivant à peu près dans le même temps, en Cata- 
logne, pour leur prouver que le catalan des deux côtés des Pyrénées était 
absolument le même. 

Charles Quint entre à "Perpignan le dimanche y février ]538 par 
la porte Saint-Martin. — A 7 de febrer any )538, que era un 
diumenge, va entrar en la vila de Perpinya lo potentissim senyor 
Emperador dels Romans, Caries Quint, rey de Espanya ; y va 
entrar per lo portai de Sant Marti. 

hes Corporations sortent de la ville avec leurs bannières pour le 
recevoir. Isqueren â resebre'l fins à la Creu de dit Portai, 

tots los officis y menestrals ab llurs banderes, venint darrera de 
la bandera de la vila y la gent de peu formant companyia, de 
laquai era capità mos. Llorens Tort, burgès. 

f I ) "Bonjour et 'Bonsoir s'écrivent au pluriel. (î) Bonne nuit s'écrit au singulier. (3) A remar- 
quer le changement de r en / dans : talda et plus loin, dans : un qualt et asmulza. (4) Made- 
moiselle. (5) remarquer le changement de / en r dans sarut, sa(6u }•) Fièvre. 



— 349 — 

Les Consuls sortent ensuite. — Y après isqueren los magnifies 
Consols de la présent vila qui eren cinch ab moss. Garau Giginta, 
burgès, consol en cap ; y vestien gramayes acostumades, so es 
ordinaries, folrades de velut nègre, y aixô era per denotar la 
pobresa de la terra y de la vila per les continues guerres. 

Le gouverneur du T^oussillon. -- Tambe fou présent el senyor 
Caries d'Oms y de Cruilles, governador dels Comtats de Rossellô 
y de Cerdanya. 

A la Croix de Saint-Martin. — A la Creu havien aparellat un 
paveliô qui era de tela d'or ab sis bordons de fusta endorada. 
Aqui tota la Comitiva esperava Sa Majestat, qui no trigâ de 
venir. 

arrivée du roi. — Arribat y rebut lo Rey ab aquella honor 
qui's pertanya, la Comitiva va marxar fins al portai, ahont un 
fadri présenta las claus de la vila al senyor Rey. 

Le cortège se dirige vers Saint-Jean et le Grand Château. — Des- 
près tots se'n van anar cap â l'iglesia de Sant Joan, y Sa Majes- 
tat, fêta oraciô, s'en tornâ per pujar al Castell Major passant per 
lo Pes, la Gallineria, la Plassa de la Cort, la Plassa del Blat, la 
Real y lo Gramenar. 

Les fêtes (salves d'artillerie au Grand Château, illuminations et 
pavoisement en ville, danses sur la Loge et au Château. — Lo Cas- 
tell Major va fer molta gala y alegria ab molta artilleria, y lo 
vespre â la nit foren fêtes alimaries per tota la vila. Cinch dies 
durant se feren grans alegries per tota la vila, y tots los dits dies 
eren posades les banderes per finestres. A la Liotja hi ballaren 
ab dos cobles de jutglars, y lo dijôus y divendres pujaren â ballar 
al Castell Major. 

Visite aux fortifications. — Lo dilluns regonegué Sa Majestat 
les obres de bastions y baluarts que 's feyen â-les-hores al Castell 
Major, â la Ciutadela y al Portai de Canet. Lo dimars mati anâ 
â Salses â veure la fortalessa 6 Castell. 

Tournoi sur la place du Puig en l'honneur de Charles-Quint. — 
Lo dimecres, après lo dinar, pujâ al Puig y mira, â cavall, cerca 
de una hora, les justes que molt avant vingués se eren ordonades 
per cavaliers de la présent vila. 

Le dépari vers Elne, Collioure, Peralada et Barcelone. — Lo dis- 
sapte seguent, lo senyor Rey y Emperador s'en anâ, dinâ â 



— 35o — 

Elna y dormi â Coplliure, y lo diumenge que era lo dia de 

Sant Mathia, ohî missa en la iglesia dels Predicadors en laqua 

oferi 38 ducats en memoria de 38 anys que cumpli en dit dia y 

aix) cascun any fa lo mateix. Molt poch après se parti dit senyor 

Rey de Coplliure y anâ dormir â Peralada, y de aquî per sis 

jornades arribâ â Barcelona lo dimecres seguent. 

(D'après les registres des Memories de Saint-Jean, 
de «533 À i555, 1 fol. m.) 

polentissim, très puissant; isqueren, ils sortirent ; officis y menestrah, corps de 
métiers et artisans ; gramayes, longues robes ; folrades, doublées, garnies ; 
aparellai, préparé ; bordons, crosses ; comifiva, cortège ; qui 's pertanya, qui 
lui était dû; fêta oraciô, après avoir fait sa prière ; lo Pes, le Poids, l'en- 
droit où l'on pesait la laine ; la Gallineria, la Barre ; la Plassa de la Cort, la 
place du Tribunal de Commerce ; la Plassa del Blat, la place Rigaud ; lo Gra- 
menar, les glacis, c'est-à-dire l'endroit où se trouve du gramen ou gazon ; 
molta gala, grandes fêtes ; alegria, réjouissances ; alimaries, feux de joie ; 
la place du Puig portait le nom de Plassa de les Justes. 

Somni 

O quin temps fo aquell en que Saturnus regnâ ! De glans y 
d'aygua eren contents los homens, y vivien longament y nets de 
malalties. Ara la terra, la mar y l'àer no basten â les viandes 
que ells cobegen devorar. Y no considérants ia grosseria que, 
per dissoluciô de menjar, va al enteniment y la corrupciô de la 
sanch y altrcs humors al cors, viuen per breu temps y malalts, 
y de tant diverses malalties que ja no 's poden trobar medicines 
sufîcients â curar aquelles, car los antichs phisichs les han igno- 
rades, y no hi han sabut ne pogut provehir. 

Bernât AIetge, Somni, llibre IV. 

glans, glands; no basten, ne suffisent pas ; cobegen, convoitent, désirent; 
grosseria, stupidité ; enteniment, intelligence ; breu, bref ; curar, guérir ; 
antichs phisichs, anciens médecins ; provehir, pourvoir, faire le nëccsaire. 

Comiat 

Puix la mort â mi es tant vehina, que mes aturar no puch, nom 
resta mes per complir mon viatge sinô sols pendre de vos, 
senyora de preclara virtut, mon darrer, trist y dolorôs comiat: 
puix la fortuna no vol ni ha permès que yo, com â indigne y no 



— 35i — 

mereixedor, haja pogut atényer à vos qui ereu lo premi de mos 
treballs. Y no m dolauera tant la mort si en los vostres brassos 
haguès finida ma vida trista y dolorosa. Mas suplich â vostra 
excelsa senyoria que no us deixeu de viure : per que, en premi de 
la molta amor que us he tenguda, siau en recort y tingau per 
recomanada la mia pecadora anima, laquai ab molta dolor torna 
al seu Creador qui la 'm havia comanada. 

joanot Martorell, Tirant lo Blanch, cap. CCCCLV. 

puix, puisque ; aturar, différer ; prectara, illustre ; comiat, congé ; até- 
nyer, atteindre ; premi, prix ; y no m dolguera tant la mort, et je ne me fusse 
tant plaint de la mort , haguès finida, j'eusse pu achever ; excelsa senyoria, 
éminente seigneurie ; que no us deixeu, que vous ne cessiez pas; molta amor, 
grand amour; la m'havia comanada, me l'avait confiée. 



Del conseil del rey 

Pour terminer, nous allons prendre dans l'œuvre d'un grand écrivain 
catalan jdu xiii' siècle, Ramon Lull, un extrait que les élèves liront et tra- 
duiront sans la moindre difficulté, alors qu'il leur serait très difficile de lire 
le français des trouvères, du xn' au xv' siècle. Ce n'est guère, en effet, qu'à 
partir de Marot, Ronsard, Rabelais, Montaigne et des autres écrivains de 
la Renaissance que la langue française devient intelligible pour les Français de 
nos jours. 

Les écoliers roussillonnais ont, par conséquent, sur leurs camarades 
francimands, cet immense avantage de pouvoir lire et comprendre les 
auteurs catalans du moyen-âge ; et nous sommes particulièrement heureux 
de les avoir amenés à constater que la langue catalane actuelle, si injustement 
bafouée par les snobs, n'est autre chose que la merveilleuse langue des trou- 
badours. 

Quan lo lleô fo elegit â rey, ell feu un bell sermô davant tôt 
son poble y digue aquestes paraules : « Senyors : volentat es 
estada de vosaltres que jo sia rey. Tots sabeu que ofici de rey 
es molt perillés y es de gran treball. 

Perillôs es, car, per los pecatsdel rey, s'esdevé moites vegades 
que Deu tramet en terra fam y malalties y guerres y morts; y 
açô mateix fa per pecats del poble. Y per açô es â rey perillosa 
cosa regnar, y son regnar es cosa perillosa â tôt son poble. 

Y com sia gran treball â rey.governar si mateix y son poble, 
per ç6 us prec tots ensems que m donau consellers qui m'ajuden 



— 352 — 

y qui m conscllen en tal manera que sia salvament de mi y de 
mon poble. Aquells consellers que m dareu prec-vos que sien 
homens savis y lleals, y tais que sien dignes d'esser consellers y 
destar en paria de rey ». 

A tots los barons y al poble d'aquella cort, plagueren les 
paraules que havia dites lo rey, y tots se tingueren per be avin- 
guts en l'elecciô del rey. 

Ramon Lull (i235-i3i5), Litière de les besties. 

Ramon Lull, pendant un séjour qu'il fit à Perpignan auprès du roi de 
Majorque Jacques J", composa Lo pecat den ^dam et La conquesta del Sant 
Sépulcre. \\ quitta ensuite Perpignan pour se rendre à Montpellier où il 
composa son fameux roman : Blaquerna. 

(D'après Pierre Vidal, Jitsloire de la Ville de Perpignan.) 



I 



i 



Le Gérant, COMET. — Imprimerie COMET, 8, rue Saint-Dominique, Perpignan. 



îr^ 



5' Année- S' 59 15 Novembre 1911. 

Les Manuscrits non insères 



ne sont oas renau». 

Les Articles oarus dans ia Revue 
1 engagent oue ieurs auteurs. 



REVUE 

CATALANE 



(1) 



Le Régionalisme 



Charles Brun, le brillant et éloquent apôtre de la doc- 
trine régionaljste, vient de publier, sous ce titre, en un 
volume que je me plais à recommander à mes lecteurs, 
l'exposé synthétique de cette question aujourd'hui à l'ordre 
du jour de l'opinion publique. A cet égard, il a rendu un 
signalé service à tous ceux qu'intéresse le réveil des provin- 
ces françaises, et qui jusqu'ici avaient peine à se reconnaî- 
tre dans le dédale encombré des monographies, des articles 
de journaux, de revues, des compte-rendus de congrès, de 
conférences ou de manifestations. Nous présenter, au début 
de son oeuvre, l'historique des progrès de la théorie régio- 
naliste depuis une dizaine d'années, exposer la valeur phi- 
losophique du système, enfin étudier le mouvement à des 
points de vue différents et multiples, telle est la tâche déli- 
cate dont il s'est acquitté, avec un rare talent d'expression. 

D'aucuns s'étonneront de ne pas retrouver dans ces 
pages le frémissement de sa parole chaude et colorée, cette 
émotion contenue qui est le charme de son verbe, mais 
c'est bien intentionnellement que Charles Brun s'est plié 
au ton d'un exposé dogmatique — et qui peut paraître, par 
endroits comme il le dit, d'une sécheresse insupportable — 
c'est qu' (( il ne s'agissait, dans ce livre sur le régionalisme, 

(il Le J{égionalisme, par Charles Brun, i vol. in-i6, Bibliothèque règio- 
naliste : Frédéric Charpin, directeur ; Bloud, éditeur, Paris. 



— 354 — 

que de marquer la variété des conceptions auxquelles il se 
prête et ce que l'on pourrait appeler l'ambition de son pro- 
gramme. » 

Or, quel est ce programme ? Dans ses grandes lignes, il 
se résume en ces quelques réformes décentralisatrices qui 
tendent à vivifier une France aujourd'hui par trop conges- 
tionnée : 

Créer de grandes régions homogènes avec des centres 
importants ; rendre à la commune, au département, à la 
région, au syndicat, à l'association, au corps quel qu'il soit, 
l'indépendance ; en un mot, gestion des affaires de la com- 
mune par la commune, de la région par la région, de la 
nation par l'Etat. Voilà pour la réforme administrative. 

Libérer toutes les initiatives communales et régionales; 
concilier les intérêts économiques de chaque région. Voilà 
pour la réforme économique. 

Enfin approprier l'enseignement, à ses trois degrés, aux 
besoins régionaux et locaux ; développer les oeuvres de l'ini- 
tiative privée dans le domaine des lettres, des sciences et des 
arts. Voilà pour le point de vue intellectuel. 

Tâche vaste, complexe et singulièrement lourde, si l'on 
songe que les adversaires de notre système centralisateur — 
qu'ils soient régionalistes décentralisateurs, fédéralistes, 
déconcentrateurs ou anti-étatistes — ont eu à lutter, tant 
au cours du dernier siècle que de nos jours, contre l'oisi- 
veté ou la paresse des gens de la province, contre le fonc- 
tionnarisme de plus en plus envahissant, contre l'ingérence 
absorbante de Paris, contre l'exode des campagnes vers les 
grandes villes, et, en bref, contre la Routine dans ses 
multiples manifestations. 

A tous ces maux, dont souffre notre pays, les régionalis- 
tes, dit l'auteur, apportent non pas précisément un remède, 
mais plus exactement la connaissance d'une hygiène, et cela 
n'est pas négligeable. 

Que notre régime de centralisation à outrance ait résisté 



— 355 — 

si longtemps aux puissantes attaques d'esprits éminents, 
dans tous les partis, voilà qui n'est pas pour étonner des 
Français, comme nous, qui, au moindre revers, se retour- 
nent vers l'Etat Providence ou vers Paris, la Ville Lumière ! 
Nous avons la centralisation dans le sang, depuis plus de 
cent ans qu'elle pèse avec force et de tout son poids sur la 
province, mise en tutelle. Mais il n'est pas de colosse, 
réputé inébranlable, qui, à la fin, ne finisse par osciller sur 
ses bases, quand les assauts menés contre lui sont inlassa- 
bles, méthodiques et raisonnes. Comme l'a dit très juste- 
ment M. Ribot : « 11 faut à tout prix décongestionner 
Paris. )) 11 faudra bien qu'à la longue la raison ait enfin 
raison. 

Et le fait est que les tenants du régionalisme ont eu 
raison de ne pas s'arrêter en chemin et de ne pas craindre 
de prêcher dans le désert. Sous la poussée décentralisatrice, 
presque toutes nos grandes lois tendent à tenir un compte 
de plus en plus grand des intérêts régionaux. 11 n'est nul 
besoin de les énumérer ici. Que nos lecteurs se souvien- 
nent simplement qu'il y a un an à peine, M. Briand, du 
haut de la tribune, annonçait le dépôt prochain d'un projet 
gouvernemental de réforme administrative. Est-ce enfin la 
Terre promise... pour les régionalistes ? 

Mais, dira-t-on, quels sont donc les caractères de ce 
fameux régionalisme? A quels caractères distinctifs se 
reconnaît le régionaliste ? A ces questions, répond claire- 
ment et si j'ose dire, pédagogiquement, M. Charles Brun. 

Le régionalisme est une méthode qui suppose, dit-il, la 
connaissance des diversités régionales. 

11 est aussi une discipline de l'esprit, car il écarte les 
idéalismes nuageux. Le régionaliste est en effet un réaliste. 

11 est à la fois un essai de conciliation entre l'individua- 
lisme et l'unitarisme, entre le patriotisme et le particu- 
larisme et aussi un essai d'organisation. Car, en fin d'ana- 
lyse, il veut essentiellement la région et le centre régional. 



— 356 — 

Il faut donc — c'est le but essentiel de tout régionaliste 
— substituer une division régionale à la division départe- 
mentale actuelle. Ici, difficultés nombreuses d'application : 
retournera-t-on aux anciennes provinces ? se contentera-t-on 
de grouper ensemble plusieurs départements actuels? adop- 
tera-t-on une division nouvelle, et sur quels éléments, et 
comment l'établir ? Autant de problèmes, autant de solu- 
tions différentes. 

Mais il est un point commun sur lequel tous les régio- 
nalistes semblent s'accorder : c'est que la réforme départe- 
mentale et cantonale est le préliminaire obligé de l'affran- 
chissement communal et que la commune est la vraie cellule 
de la région. 

Une France fondée sur ces trois éléments essentiels : 
commune, district, région ; chaque élément gardant sa vie 
propre et son autonomie ; chaque région groupée autour 
d'un centre actif et assez puissant pour réagir contre l'ac- 
tion de Paris ; l'Etat débarrassé d'une infinité d'attribu- 
tions ; le fonctionnarisme réduit ; les affaires expédiées 
avec plus de célérité ; l'esprit d'association et d'initiative 
privée encouragé et soutenu, telle sera l'image future de 
cette France régionaliste. 

L'initiative régionale, qu'elle soit individuelle ou officielle, 
est un puissant levain de vie et d'activité intellectuelle. Je 
n'y insisterai pas plus longuement, non plus que sur les 
tentatives de décentralisation artistique, telle que la création 
de nos musées provinciaux. 

Ainsi, à ses détracteurs qui l'accusent de masquer je ne 
sais quelles tentatives folles de séparatisme, voire même de 
fédéralisme, le régionalisme peut répondre qu'il sera, bien 
au contraire, le gage d'une forte et solide éducation natio- 
nale. 

Et si nous abordons le terrain économique et social, 
quels ne sont pas les progrès que fera faire le régionalime 
au commerce et à l'industrie de nos régions ? ]1 faut être 



- 35; - 

bien persuadé, a dit un écrivain, que la renaissance intel- 
lectuelle et sentimentale d'une région est avant tout liée à 
sa renaissance économique. Nous en avons un exemple, 
chez nous, pour ne parler que de la Confédération générale 
des Viticulteurs du Midi qui règle les cours des vins, s'oc- 
cupe de trouver des débouchés, pratique la grande culture, 
crée des mutualités et des caisses régionales de crédit, s'unit 
en coopératives. Que de questions, en outre, ne sont pas 
liées au mouvement régionaliste ! telles que le retour à la 
terre, la petite propriété à reconstituer, l'organisation régio- 
nale professionnelle, la conservation des petites industries 
rurales, la protection et mise en valeur des terres, le reboi- 
sement, les syndicats d'initiative, la protection des sites, 
l'outillage économique de la région, les banques locales, et 
tant d'autres qui touchent de très près à l'éveil d'une féconde 
vie économique et régionale. 

Aussi, ne faut-il pas s'étonner si c'est par un acte de 
foi ému envers l'idée régionaliste que se termine l'ouvrage 
si documenté de M. Charles Brun. 

« Le régionalisme, y est-il dit en conclusion, fait appel à 
quelques-uns des sentiments les plus profonds de l'âme 
humaine. Ceux qui sont tourmentés du désir de l'ordre et 
ne sauraient envisager à part l'organisation des diverses col- 
lectivités naturelles, historiques, professionnelles, y trou- 
veront la synthèse qu'ils cherchaient et le sûr fondement 
philosophique de cette organisation... Admettons même que 
le régionalisme, comme le fut la centralisation, ne soit 
qu'une forme provisoire... Notre tâche n'en est pas moins 
urgente... Cette France « dissociée et décérébrée » que nous 
montra Maurice Barrés n'a plus que cette carte à jouer 
contre l'effacement dont les prophètes de mauvais augure la 
menacent. » 

]] sera bon pour tous ceux, sans distinction d'opinion, 
que préoccupe l'avenir de notre pays, de lire d'un bout à 
l'autre le livre de l'érudit M. Charles Brun. Je dis érudit. 



— 358 — 

car cet ouvrage témoigne, à chaque page, une immense et 
intelligente lecture. 11 n'est pas de pensée, pas d'opinion 
personnelle à l'auteur qui ne soit étayée immédiatement 
d'une référence précise ou d'une heureuse citation. La 
clarté de l'exposé, avec ses divisions et subdivisions, trahit 
l'homme qui a l'habitude d'enseigner ; mais aussi l'abon- 
dance et l'ingéniosité des idées émane d'une individualité 
singulièrement originale — qui sait penser et agir. 

Numa RouBiN. 

UNA NINA 

Com la Gata-y-Cendràs es sensilla y pobreta, 

d'ella no se'n cuyda dingus ; 
mes descalsa ô 'n cabells, ay ! que n'es de guapeta 

amb el seu ayre vergonyôs. 

Quina pell té mes fina, 
quin cabell perfumat 1 
la galta es vermellina 
y '1 cos ben ensertat. 

La boca es riallera ; 
n'hom diria unaflôr; 
d'eixa boca encisera 
que 'n voldria un petô I 

Com la Gata-y-Cendrâs es sensilla y pobreta, 

d'ella no se'n cuyda dingus ; 
mes descalsa ô 'n cabells, que la trobi guapeta 

amb el seu ayre vergonyôs. 

Perpinyà, 1906. Lluis PeLLJSSIER. 



^^(>^iI'('I^^^^^(^^^V'x'k'\'x'x'x'x'\'x'x'( 



Conte Nou 

«î^^^** Al amich meu de J^ia, J. F. 

Fa pochs anys, Riâ teniâ per xef de gare I senyor Fajol, home 
bo, ja blanch de cabells, ab una barba de rostoll que li enmasca- 
rava malament la cara. S'apropant de la cinquantena, havia ell 
trobat aquf, ab l'ajnda del seu diputat, una posiciô envejada y 
de temps somiada. 

Sensé cap instrucciô, o apenes, s'havîa dit qu'una gare petiteta, 
prop de Prades, ahont la vida es quasibé per res, valdrîa millô 
per ell y la seua dona, qu'una mes gran hont los trinchs mouhen 
soroll nit y dia. També se creya y se deya horos. 

Havia Uogat prop de la ribera un hort y una barraca per un 
boci de pa. Ses hores de llibertat, — y 'n comptava deu al dia, 
— el senyor Fajol les passava à fer pastenagues, col-y-flors y 
naps pel mercat de Vernet-los-Banys. 

La seua dona criava pollets, llapins y coloms que prenian 
mateixa direccio. Una cabra '!s hi donava quatre meytats de llet 
per dia. O Tortunalos, escribîa per ells Virgile, mirau aquî ja dos 
mil anys. 

♦ 

Un matî de maig à les hores que les coves de Sirach s'enmi- 
rallavan al sol, y que 'Is rossinyols trillejavan dins les bardisses, 
la senyora Fajol va pas poguer se llevar com de costum per mol- 
sir la Barbareta. Era aquest lo nom de la cabra, una bonica 
bestia de cinch anys, tota blanca ab una taca negra entre les 
banyes. 

Per valenta que fos, la dona del xef de gare, degué renunciar, 
aqueix mati, per motiu d'influenzâ, à eixir del Hit. 

De segur, aixô sera una enfadosa malaltîa de dos 6 très dies, 
mes 6 menos. La senyora Fajol, magrantina, tôt ossos, malalte- 
java pas may. Mes tôt arriba en aquest mon. 

— Tianet, diu ella à n'ai seu home, mentres aquest baixava '1 
repla de l'escala, tan aviat com lo 486 sera passât, iras tu â mol- 



— 36o — 

sir la Barbareta. Donarâs desprès à menjar à les gallines, y à 
n'als llapins. Ay no puch jo avuy posar un peu al sol, pobre de 
mi. 

— Te posis pas pedres al fetge, manyagueta mi'a, va respon- 
dre '1 senyor Fajol. Jo som aqui. Tôt se fera, al acostumat. 

♦ 

Lo 486 venia de deixar Riâ y trescava rabent cap à Vila- 
franca. De seguida, el senyor Fajol se va cuytar de fer les feynes 
de la seua dona. 

Un gros topi à la ma, se va apropar de la cabra qu'En Tho- 
mas, lo factotum de la staciô, haviâ posada à l'estaca tant bon 
punt qu'el sol havia treucat. 

Mes les cabres son tossudes. Acostumada à se deixar moisir 
per la senyora Fajol, la Barbareta va mostrar les banyes à n'ai 
xef de gare. Per mes que fes lo pobre home, la cabra, resolta, 
trastejava de valent al torn de l'estaca. 

— Proba, tu, diu ell à n'En Thomas. 

Mes En Thomas va pas ser mille rebut. El senyor Fajol se 'n 
anâ dir à la seua dona lo que se passava. 

— Que fer ? La cal pas deixar ab la seua llet, sinô se moriria 
y hont trobariam el nostre esmorsar ? Qu'es aix6 besti, les 
besties ! 

La malalta pensava y repensava. Tôt d'un cop, va trobar ïx 
del problema. 

— Tianet... Ja veurâs... Pren les mies faldilles y '1 meu caraco. 
Mira 'Is aqui, sobre '1 capsal del llit. Posa-te sobre '1 cap el meu 
barret de palla. Es darrera de tu, penjat à la paret. Jo te jogui 
que si baixes ben girbit ab els meus vestits, la cabra se mourâ 
pas mes. Proba-ho. 

Quin caletre ténia aqueixa dona ! 

Dit y fet. La cabra se va deixar moisir, manyaga com un sou. 
En Thomas se reventava de riurer. 



De sopte, un bruig de terratremol s'ohî ; lo cami de ferro 
sotrequejava. 

Lo pobre xef de gare havîa descuydat lo trinch dels excursio- 
nistes del Xalet de Canigô. 



— 36. — 

Ay mare ! Es aqui. Y à hora justa ! 

Esparverat, posa ell lo topi de llet lluny de la cabra y ...cames 
cames ajudau. 

— Obreix lo disca, Thomas. Jo ja tinch el drapeu ! 

Y '1 senyor Fajol, dret com un pull, teni'a, roblegat y dalt, el 
drapeu que volia dir : 

— Au ! y sensé pou ; lo camî es obert. 

En Thomas, al mateix instant, capgirava losenyal, just al punt 
ahont lo mecanicià obria la boca per aclarir una tal cosa. 

Mes tôt passant devant del xef à la barba de rostoll y disfres- 
sat en dona, los dos guias de la locomotiva se giravan per espiar 
una vegada encara lo que volien pas creurer llurs ulls. 

— Pobre Fajol, diu '1 mecanicià à n'ai seu ajudant, es boig. 

— A lligar, respon l'altre. Cal pas faltar d'ho senyalar à 
Perpinyà. 

El senyor Fajol s'havia envisat que 'Is dos homes de la loco- 
motiva lo miravan y '1 remiravan. « Tôt s'esplicarâ y s'adobarâ », 
se va dir ell. 

Mes à Perpinyà ja se sabia que '1 xef de gare de Ria se dis- 
fressava en dona per fe '1 seu servey, y qu'era boig. 

♦ 

Cap al tart, y '1 darrer trinch passât, lo xef de gare portava 
la llet à la cuyna, quan un xiulet que donava frétât s'ohi del cos- 
tat de Prades. 

En un tancar y obrir d'ulls, una locomotiva arribava plena de 
fum, y quatre homes ne baixaven tôt entristits. 

— Cerquem pas mes rahons, diu lo primer à n'als très altres. 
Ten encara son vestit de carnaval. Lligaulo ; l'enviarem à Llimous. 

Y, de corre-cuyta y ab cordes à la ma, los très homes esta- 
quen lo xef de gare que crida y mes crida de dolor, mentres En 
Thomas alsa sos brassos al cel, y que '1 xef de l'expediciô se'n 
entra dintre la gare per hi establir l'intérim. 

Mes als crits del senyor Fajol han respost los crits de la seua 
dona. 

De la finestra estant, la malalta, roja y estarrufada, esplica '1 
cas tant bé com mal. En Thomas diu com ella. 

Tots riuhen y mes riuhen, el senyor Fajol mes que 'Is altres. 
Y tôt se va adobar. Sola, la senyora Fajol que s'esgargamelJava 



— 36a — 

per défendre '1 seu home, agafâ un reuma malvat que pensa la 
matar. 

— Tôt aixô per una ficuda cabra, deya En Thomas, cada 
vegada que li feyen contar l'historia de la cabra Barbareta, 
del senyor Fajol y del malehit trinch d'excursionistes del 

Vernet. 

Lo Pastorellet de la Vall d'Arles. 

Gloria al Pais ! 

! Bc n'ets de bonic, de cap a peus, oh Rossellô ! 

Téns una esqueixalada costa, la Marenda, 

segura, encara qu'esquifida, arrcnda 

pel pescador que solca transitori cavallô. 

1 al pastrc girbit de musca estamenya 

dônes una herctat d'eternes solituts 

on, toca-tardà i sorrut, viu enclotat en l'alta penya. 

Mar j serra ; encantaments, virtuts ; 

perjlls també : j'escull de pèrfida roca, 

drac badant la boca ; 

o, muntant del fons del calmés cstany, 

una veu manyaga de fada, 

que s plany i replany, 

d'estar-se soleta s'cnfada, 

i, princesa amorosa, vol rûstec company. 

Riva suau i aspra de Colliure, 

qu'he mirât tant soviny, embadalit ; 

peixonera venent a la lliura 

i que scmpre té mot per riure. 

Cimalls de Puigmal, de Carlit 

aon aleteja 1 somni ben a polit, 

en un silenci mes imperiôs que 1 ravatgc 



- 363 — 

de) temporal mes selvatgc... 

Cel blau i Dis. 

Ona de mirai) trencadiç, 

revitllant sos trocets per la sorra del rivatge... 

Rostos de ginestars, del sol al repetell, 

lluny dels resquills del salobre. 

Pedreguers on llisa la culobra, 

fent sobressaltar dôna i cistelj. 

Retalls, de la sureda surgint, d'un vell castell. 

Ermites macices, sobre un butjo quitllades, 

amb un fil de vent que passa ras 

i us sen duu cinc centuries en detras... 

Masîes pel campestre cscampillades, 

un pati, un om, on canta 1 verderol 

la pau del die. 

Esteses quiètes dels Aspres que la claror incendia, 

casî secorromant el raîm verol. 

Carretera blanca ; tramontana que bufa, boja, 

a fer taular els traginers. 

Caminet rônec, que d'amagat s'estoja 

dins l'enconcada argila roja, 

amb unes vores a plom, randades de magraners, 

figueres de Mao i etzavares... 

Terres de llosina, terres avares, 

de rocs rodons o planers, 

mesclats d'argelacs, mutxeres, farigoles, 

i, perquî perllà, fent la viuviu, 

llebre o perdiu. 

Bardices on, tancadetes, les cargoles 

hivernegen, clavades als troncs del canyar. 

Ric-ric, no mes bo per cnganyar. 

Cant sistemat d'auccll que toca i toca, 

al cor d'un oliu corcat, 

j esguerrat, i cama acîcamaallà eixancat. 

Lluert poruc que s'enfila, vibrant, per una soca. 



— 364 — 

Stridor seca dins l'espai clà 

de l'aixordadora cigala... 

j Oi, ditxa ! Trescant garriga o pla, 

com l'home de gust senzil) se regala! 

Ara fa rodolar un roc ensopegat, 

i fruu ! una gatlla se lleva. 

Ara, saltant un rec, es enfangat. 

Ara penosament poteja dins la grassa gleva. 

Mes lluny, traspassa una branca del riu 

sobre la palanca que fa catlleva ; 

l'aigua joliua dirîeu que sen riu 

de l'oreig blanet que li arriba, 

blingant tôt just les canyes de la riba ; 

i alla eixampla el canut Canigô, 

abaix son gec blau, un devantal de cuire, 

l'esboranc groguenc del tuire. 

Se negarîa l'esguart dins del fondîssim firmament, 

no fossen flocs de broma que, en la llum rossa, 

se fan allî dalt a la cossa ; 

l'ull s'hi aferma ; mes, fosos en un moment, 

deixen com de vèrtic un torment... 

Oh pais ! Que doncs mes en tu m'enamora ? 

Ton éter, quan el torna la pluja net 

rialler com cara de ninet, 
amb un plor tremolant encara de la cella tôt a vora j 
j O l'abrandament fulgurant 
del crestall del mont fantàstic, 
on el sol moridor se va aturant?,.. 
i 1 quina feredat, els nûvols negraços préparant 
amb horrorôs soroll el càstic 

delà pedregada que xaparà 1 camp, fetllàstimay fàstjc! 
j I quina meJangîa grisa, un cel mut d'hivern, 
pardal encongit, branca seca i torta, 
vianant arronçat, sol i vern, 
la plana morta. 



— 365 — 

j perxô, esbravant-se de la gleva, una fortô 

aspra, anunciadora de latenta vida ! 

Ola 1 L'alegrîa primaveral per tôt cantô 

avjat se bota i esclata : — « Home ! — ens crida — 

« Son per tu totes les flors, pedrerîes i joiells. 

« Corri la bruta a sa voluptat trapacera. 

« VisquJn closos en si, peixos, réptils, aucells. 

« Tu, sol al mon, pots fruir la Natura sencera. 

« Obre Is ulls i, com el borrô novençà, 

« dintre 1 pit el cor t'espellirà prompte. 

« Per que l'oloris la flor s'esbada. Fes compte : 

« totes les veus d'amor se van a alçâ !... 

« No es prou ; apunta tos cinc sentits i ton juî. 

« La terra, vergonyosa d'haver sigut tant dropa, 

« de veres s'ha de lluî. 

« Vetaci l'istiu que s'apropa !... » 

Oh ! Rossellô î A qui podré are comparar-te? 

Terra de benedicciô, 

a tots tos fills dônes bona racciô ; 

tothom menja, beu y s'afarta. 

Oh montanyes i planes, tardor i istiu, 

com primavera, sou sempre régalades ; 

florju, floriu ; 

mes de flors l'home no viu ; 

un cop les ilusjons esfullades 

i tots els somnis repassats, cal dinar i sopâ. 

Mare nostra, ens portes llavors el pà 

i l'apetitôs companatge. 

i Que generosa î Una ma de mainatge 

no mes te grapi, dônes a voluntat 

el llegum polpôs i botat : 

col, monja i patata, per l'ollada, 

per l'ollada bonaça del Rossellô, 

sanitôs rebejadiç realçat d'una tallada 

de cansalada 



— 366 — 

quant mes grassa i rancia millô... 

i Si n cal, Deu mcu ! de trufes pel pobre 

que Is diners de un a un cobra ! 

1, de fasols pel salpiquet, si n cal ! 

Mes, oh terra, ets benéfica, bé val ! 

Tota pena, sens comptar, pagues. 

j En voleu de carts, de naps, de pastenagues, 

i vint cspecies d'enciam, 

escarola, cogombre, àpit, tomata, ràvec ? 

1 bleda-ràvec pel porc i l'aujam? 

Armât d'un magall, aixada o càvec, 

tôt pages posa 1 punt d'honor 

a tenir l'hortaliça mes bella. 

Mira eixos pésols, quina tabella, 

quina dolçor, quina finor ! 

No s nécessita fer la prova 

que, pel llegum primerenc, 

es el nostre pais que passa al primer reng ; 

cap d'altre, us die, com ell se troba. 

i Heu tastat del sorralenc Riberal 

l'espàrrec, la carxofa? 

L'home el mes llépol no n fa mofa. 

Ah ! Vegéssiu, a la temporada, su 1 cami-ral 

quina rua ! Cotxe, carro, carreta, 

amb campanars de cistells i canastes acimbelJats, 

balim-balam trontollats. 

Per ampla que sigui la ruta, es estreta. 

L'eix contra l'eix se frega, s'apreta ; 

vinguin renées, reïres, « llamp te ferîs ! », 

i la roda aixî se desencrotxa. 

Arri, carro, carreta i cotxe ! 

El llegum preciôs sen va cap a Paris... 

Espereu, espereu ! Ara Is arbres donen 

fruits que al paladar se fonen : 

pruna, cirera, albercoc, 



— 367 — 

macats no mes al toc ; 

poma, pera muscatella 

i ] pressée dura o mullà, 

que ses galtes fresques repetella, 

el pressée, gloria d'illa i de Pezillà, 

regalo de) Ce), si se pot mullà 

amb una goteta de vi de garriga !... 

Ai, ai ! L'istiu s'encamina. Ja triga, 

sus de la branca a xacamellà, 

de florejar la figa, la melosa figa, 

que la mare pesca su 1 dcvantal, 

figa negreta, bordiçot, verdal, 

d'ull de perdiu o de coll de senyora. 

1 mentrestant el raîm es madû. 

Aqueix rei dels fruits, el duu 

nostre Eden com la rara penyora 

del seu cuidado paternal. 

I Oh pais mes que divinal, 

que 1 xuc de la crinyana, 

foc dels ulls, braô del braç, 

ens vesses a doll, a veire ras ! 

Si l'home, insadollable, sempre calcom demana, 

tu 1 téns casibé satisfet, 

bon Geni que d'un bufet 

realitzes tota fantasia, 

espletint, sensé cap primor, 

la fam brutal, la set de poesîa, 

la set d'amor !... 

i Oh pàtria petita, tant grata i gustosa ! 

Jo vull, com toc de campana festosa, 

brandar l'himne solemne de ta bcllô, 

oh paradis de la França, oh Rossellô!... 

(Janer 1911) Pau Berga. 



Ù9Ù9L9Ù9Ù7Ù9Ù9Ù9Ù9Ù7Ù9 

Le Catalan à TEcole 

Jamais on n'avait tant parlé en France des dialectes populaires; 
jamais peut-être on ne les défendit avec tant d'ardeur, ni ne les 
étudia avec tant de méthode. Ce qu'on désigne sous l'affreux nom 
de « patois » n'est pas seulement devenu, en ces dernières années, 
l'objet de recherches scientifiques de plus en plus précises, de 
plus en plus fructueuses : mais tous ces parlers régionaux, que 
notre bourgeoisie met une coquetterie souvent ridicule à dédaigner 
et à proscrire, ont vu se dresser, pour soutenir leur cause, des 
hommes ardents et courageux dont l'action quotidienne, patiem- 
ment multipliée, est loin de demeurer inefficace. 

Je ne dis pas que l'on parvienne ainsi à sauver tous ces dialectes, 
ou même à protéger longtemps de la décomposition dont on les 
croit menacés ceux qui paraissent encore les plus vigoureux et 
les plus résistants. Mais, étant donné leur état actuel et les 
positions qu'ils occupent, il est permis de se demander, sans se 
préoccuper autrement de leur avenir, s'ils ne continuent pas à 
mériter ces efforts à la fois au nom de la science et delà tradition. 
Il est permis enfin de se demander, et c'est pour 1 instant ce que 
nous voudrions faire, si ces idiomes provinciaux ne peuvent pas 
jouer un très grand rôle au point de vue de l'idée nationale elle- 
même, idée qui préoccupe aujourd'hui beaucoup plus qu'on ne le 
pense communément, les véritables régionalistes. 

M. Jaurès écrivait dans un grand journal méridional, tout en 
faisant certaines réserves, que nous aurions aimé à voir discutées 
par la suite, une véritable apologie des parlers méridionaux comme 
instrument de culture du peuple. C est au provençal et au langue- 
docien qu'il pensait évidemment tout d'abord ; mais ce qu'il en 
disait pouvait s'appliquer tout aussi bien au gascon, au limousin, 
au catalan, etc. M. Jaurès n'est certes pas le premier à établir 
ainsi l'utilité des langues populaires dans le domaine de la 
pédagogie et surtout pour l'enseignement du français aux enfants 
des écoles communales. Mais justement parce qu'il élève des 



— 369 — 

doutes sur ce qu'il appelle « l'entreprise méridionale », à laquelle 
il refuse un caractère populaire et spontané, et où il voit plutôt 
l'œuvre préméditée d'une certaine culture bourgeoise, on ne 
saurait trop se réjouir de le voir affirmer « avec une force de 
conviction qui ne fait que s'accroître » que ce mouvement du 
génie méridional pouv^^it être mis à profit pour l'éducation 
populaire de notre Midi. Nous nous réjouirions bien davantage 
encore s il réussissait à faire comprendre cette vérité à ses 
collègues du Palais-Bourbon et s'il obtenait des pouvoirs publics 
l'engagement formel non seulement de tolérer ça et là quelques 
expériences, mais d'organiser enfin dans l'enseignement primaire 
l'application d'une si intéressante méthode. 

Sur quoi celle-ci repose-t-elle, en somme? Sur le principe, 
fécond entre tous, de la comparaison. Apprendre à mieux parler 
et à mieux écrire le français par le moyen d'un idiome régional, 
cela ne vous a-t-il pas l'air, au premier abord, d'un insoutenable 
paradoxe ? Et cependant, à y regarder de plus près, on aperçoit 
assez vite de quel secours peuvent être pour de jeunes esprits le 
provençal ou le languedocien, le gascon ou le catalan, dans cet 
effort de réflexion personnelle, d'assimilation ou de différenciation 
qui est l'intelligence même. La pédagogie n'offre pas de meilleure 
gymnastique intellectuelle : elle seule donne en très peu de temps 
(et la question de temps est très importante pour l'enseignement 
primaire, qui ne garde pas les enfants au-delà d'un certain âge) 
la souplesse et la force indispensables. Elle seule rend la 
connaissance précise et à peu près définitive. De telle sorte qu'une 
pédagogie qui rejette de propos délibéré le secours de ces 
dialectes, se refuse à elle-même la rapide confirmation des prin- 
cipes sur lesquels elle repose. Les élèves de l'enseignement 
secondaire ont bien le latin : pourquoi ceux des écoles communales 
n'auraient-ils pas le leur? Notez en passant que ce latin du 
peuple, ou, comme on l'appelle aussi, ce latin du pauvre ne serait 
pas pour etixune langue morte, mais au contraire un idiome bien 
vivant qu'ils connaissent déjà par eux-mêmes et qu'ils entendent 
parler tous les jours. 

On a objecté quelque temps que les susdits « patois » étaient 
un très sérieux obstacle à l'enseignement du français dans les 
classes primaires. Cependant, répondrons-nous, c'est un fait que 



— Sjo — 

le peuple les parle encore. Au lieu donc de les chasser de 
l'école, ce qui ne les empêche pas, on le sait, de vivre au dehors 
et même de s'y bien porter, ne vaudrait-il pas mieux s'en servir 
pour une fin supérieure, les faire entrer franchement dans notre 
système d'éducation démocratique (il n'y aurait pas, au fait, de 
mesure plus démocratique que celle-là), et, tout en les laissant à 
leur place, j'entends en ne les employant que comme des 
auxiliaires, voir en eux quelque chose de moins vulgaire, de plus 
noble, de plus relevé que de méprisables patois: c'est-à-dire des 
frères du français, moins fortunés que lui assurément, mais des 
frères tout de même, appartenant comme lui à la grande famille 
latine, humbles rameaux jaillis du même tronc aux côtés dune 
branche plus vigoureuse. 

Dans ce but si louable et pour chacun de ces dialectes, il s'est 
trouvé des instituteurs dévoués et convaincus, et même quelques 
inspecteurs primaires, qui se sont appliqués à rédiger des ouvrages 
de pédagagie régionale à la fois théorique et pratique, des sortes 
de guides pour le maître et de manuels pour les élèves, des 
recueils de versions avec des conseils ou des indications permettant 
d'en faire le meilleur usage. Tout récemment encore, un instituteur 
roussillonnais, M. Louis Pastre, publiait un excellent petit livre, 
qui est un modèle du genre, sous le titre: Le français enseigné 
par les exercices de traduction de textes catalans aux enfants de neuf 
à quinze ans {]), où l'auteur montrait d'une manière irréfutable que la 
langue catalane parlée dans les Pyrénées-Orientales peut devenir 
pour les instituteurs l'auxiliaire le plus précieux dans cette tâche 
vraiment si pénible et si compliquée qui consiste à apprendre la 
langue française à de jeunes élèves du Roussillon. 

En Provence, en Languedoc, en Béarn, en Limousin, en 
Roussillon, les matériaux ne manquent donc pas et l'on pourrait 
se mettre au travail dès maintenant sans tâtonner. De nombreux 
essais ont déjà donné les meilleurs résultats dans ces différentes 
régions. Mais c'est surtout grâce à l'initiative privée d'un certain 
nombre de représentants de l'enseignement primaire que ces 
constatations encourageantes ont pu être faites. Ce qui manque, 
à parler net, c'est le concours, ou l'appui, ou simplement les 

(i) Imp. Cornet, Perpignan; 2 fr, 



- 3;. - 

dispositions favorables du grand maître de l'instruction publique. 
Nous avons la certitude que les bonnes volontés, pour cette belle 
tâche, sont loin de faire défaut dans le personnel des écoles 
communales; mais il faudrait être encouragé, que dis-je encouragé, 
il faudrait être autorisé à entreprendre cette voie. 

Nous nous sommes demandé plus d'une fois comment il se 
faisait qu'une vérité pédagogique aussi élémentaire n'ait jamais 
été comprise ; ou plutôt nous ne voyons pas encore très bien 
pourquoi ce principe indiscutable de pédagogie rationnelle, 
reconnu exact cependant par plusieurs de nos ministres de l'ins- 
truction publique et adopté depuis pas mal d'années déjà par des 
éducateurs de grand renom, ne trouve pas d'application quotidienne 
dans les différents domaines où il pourrait avantageusement 
s'exercer. En somme, la question que nous nous posons à nous- 
mêmes, que nous posons aussi à nos lecteurs et que nous 
voudrions surtout poser aux directeurs de l'instruction publique 
en France, se ramène à celle-ci : Oui ou non, nos idiomes 
régionaux peuvent-ils être réellement utiles pour l'enseignement 
de la langue française? S'ils le sont, pourquoi ne s'adresse-t-on 
pas à eux? 

On préfère leur déclarer une guerre d'extermination; on les 
traque à la façon de bêtes dangereuses. Les résultats de cette 
campagne sont faciles à entrevoir : le peuple méridional n'arrivera, 
de la sorte, à parler convenablement ni son dialecte régional ni 
sa langue nationale; il se créera (et n'est-ce pas un peu ce qui se 
produit sur certains points) un informe et grossier jargon qui ne 
tiendra en réalité ni de l'un ni de l'autre. Le bilinguisme est mille 
fois préférable ; nous croyons même qu'il constitue une supériorité 
intellectuelle, car il donne à l'esprit une plus grande richesse 
d'idées, une faculté plus vive de comprendre. 

L'idéal n'est pas pour la France, pour la France du Midi 
notamment, que les langues populaires nées de notre terroir, et 
en harmonie avec notre caractère, disparaissent à tout jamais; 
l'idéal n'est pas non plus que la langue française demeure presque 
une inconnue, comme cela se remarque encore, pour un certain 
nombre de Français. L'idéal serait plutôt, — et nous le disons 
sans aucune crainte, — que chacun de nous parlât correctement 
l'idiome de sa province et la langue de sa nation. 



— 372 — 

♦ 

11 V a toujours intérêt à lire les travaux de M. Louis Pastre, 
soit qu'il étudie l'évolution de la langue catalane populaire à 
travers les siècles ou son état actuel dans les différentes parties 
du Roussillon, soit qu'il se livre à de minutieuses et patientes 
recherches sur telle particularité de la syntaxe catalane comme le 
prétérit simple et le prétérit composé. Mais c'est surtout en 
pédagogie qu'il sait montrer toute sa compétence. M. Louis 
Pastre nous avait déjà donné un manuel scolaire « Le Français 
usuel enseigné par les exercices de langage et de lecture aux 
enfants de 6 à 9 ans » qui reçut le meilleur accueil dans l'ensei- 
gnement primaire et y jouit encore de la même estime. 11 s'agit 
cette fois de faire servir le catalan à l'acquisition de la langue 
française, comme l'avaient essayé ou proposé MM. Joseph Lher- 
mite (Savinien), un initiateur, et J. Aurouze pour le provençal, 
Sylvain Lacoste et B. Sarrieu pour le gascon, et jusqu'en Rous- 
sillon, avant M. Louis Pastre, bien qu'avec des dispositions d'es- 
prit absolument différentes et selon un procédé tout à fait rudi- 
mentaire, J. Mattes pour le catalan lui-même. Tel est, en effet, 
le but principal de l'auteur. Mais nous allons voir plus loin qu'il 
en poursuit un autre, non moins important, certes, que le pre- 
mier, et qu'il mérite ainsi notre double reconnaissance de patrio- 
tes français et de régionalistes catalans. 

La méthode de M. Louis Pastre est une méthode mixle : elle 
a la prétention de satisfaire à la fois les partisans de la méthode 
directe ou maternelle et ceux de la méthode comparative ou de 
traduction, c est-à-dire de concilier les principes différents sur 
lesquels l'une et l'autre reposent, et cela en s'inspirant de la pre- 
mière au début des études et de la seconde seulement à partir du 
jour où l'enfant est capable d'aborder avec fruit l'étude de la 
grammaire française. 

Pour les commencements, il ne faut, d'après lui, employer avec 
l'élève que le français, le français usuel, absolument comme si le 
catalan n'existait pas et en feignant même de ne pas comprendre 
le bambin s'il répondait dans sa langue naturelle. Je dois dire 
tout de suite que je ne suis pas d'accord sur ce point avec 
M. Louis Pastre. 11 appuie sa thèse du raisonnement suivant : 
puisque, pour enseigner une langue étrangère, les professeurs des 
lycées et collèges sont tenus de faire constamment appel à cette 



même langue et d'éviter le plus possible d'avoir recours au fran- 
çais, pourquoi n'en serait-il pas de même avec le français dans les 
écoles primaires? Mais il est facile de répondre qu'on est bien 
revenu aujourd'hui, dans l'enseignement secondaire, de cette 
méthode directe imposée par les programmes de 1902 : elle est 
d'abord extrêmement pénible pour le professeur, qui se dépense 
parfois en efforts inutiles ; puis elle occasionne une sensible perte 
de temps, l'élève n'arrivant presque jamais à comprendre du pre- 
mier coup. Excellente peut-être en principe, elle a besoin de 
notables atténuations si l'on veut la rendre vraiment pratique ; 
elle ne peut donner de bons résultats, et des résultats rapides, 
que si elle est étayée de la méthode indirecte. Cela est tellement 
exact qu'il a fallu revenir, par de nouvelles circulaires, sur ce qui 
avait été décrété ou établi. 

J'ai, pour ma part, la conviction que le maître obtiendra de ses 
élèves des progrès plus encourageants s'il sait mettre à profit, 
dès le premier jour, la langue provinciale qu'ils connaissent. 
Notez, je vous prie, que je ne vais pas jusqu'à dire, avec quel- 
ques trop enthousiastes défenseurs de la pédagogie régionaliste, 
que l'enseignement du français doive être donné dans cette même 
langue provinciale : c'est là un rêve bien nuageux et qui me 
paraît bien loin de devoir prendre corps dans la réalité ; il y a 
même un certain danger à demander cette sorte de suprématie à 
l'administration universitaire, parce qu'on risque fort, en le fai- 
sant, de ne rien obtenir du tout. Mais je combats l'exclusivisme 
de M. Louis Pastre, qui veut que, devant les tout petits, l'insti- 
tuteur ne prononce jamais un mot de catalan et au besoin affecte de 
l'ignorer. Je le combats au nom même d'un principe sur lequel 
on ergote un peu trop, à mon sens, et qui est pourtant bien intel- 
ligible, ce principe qui veut que l'on passe toujours, quand on 
enseigne, du connu à l'inconnu. Je voudrais que le catalan entrât 
dans les premiers exercices de la classe selon une proportion, par 
exemple, de trois à dix, proportion minime, comme on voit, mais 
qui ne saurait souffrir de réduction. 

Nous ne pouvons, au contraire, qu'approuver M. Louis Pastre 
lorsque, jugeant le moment venu d'introduire le catalan comme 
auxiliaire, il prépare et dispose des exercices en vue de son uti- 
lisation pédagogique. C'est d'ailleurs là qu'est son véritable sujet, 



- 374- 

puisqu'il n'admet point qu'on songe à cette introduction dans les 
années préparatoires ; et c'est là aussi que nous retrouvons ses 
remarquables qualités pédagogiques, grâce auxquelles rien ne 
reste imprévu dans cette marche progressive des jeunes esprits. 

Mais disons maintenant un mot de la secondeintention de l'auteur. 
11 ne s en cache pas : ce qu'il veut enseigner aussi aux élèves, 
avoue-t-il dans la préface, ce sont les règles de cette langue cata- 
lane qu'ils ne parlent pas toujours avec correction. Nous devons 
féliciter M. Louis Pastre de son courage, et le féliciter d'autant 
plus chaudement que nous ne sommes pas habitués à trouver sous 
la plume des membres de renseignement primaire un plaidoyer 
en faveur du catalan. J'aimerais à voir chez nos instituteurs rous- 
sillonnais une attitude un peu moins indifférente, ou même un peu 
moins hostile à l'égard de notre dialecte. 11 me semble que leurs 
collègues de Provence et de Gascogne ont donné des marques 
plus sûres de leur intérêt et de leur sympathie. Cependant le 
Roussillon, dans son ensemble, a su mieux conserver son carac- 
tère et son esprit de race que ces deux grandes régions, et le 
catalan me paraît, d'une manière générale, s'être maintenu beau- 
coup plus ferme et beaucoup plus pur que le gascon et le proven- 
çal. Je recevais dernièrement encore une réconfortante lettre d'un 
instituteur languedocien : « La langue d'oc, m'écrivait-il, est la 
langue familière de la plupart des enfants de nos écoles primai- 
res; celle qu'ils entendent parler à leur foyer, dans la rue, dans 
les champs, dans l'atelier, sur la place publique. Pourquoi à l'école 
l'ignorer systématiquement ? Pourquoi ne pas faire des rappro- 
chements entre le français et la langue d'oc, qui aideraient à 
passer plus facilement du languedocien au français ? » Alon cor- 
respondant a raison : le vocabulaire, la syntaxe, l'orthographe y 
gagneraient. Je suis persuadé que, s'il était permis ou plutôt s'il 
était conseillé à nos instituteurs de faire ces expériences avec le 
catalan, ils seraient tellement émerveillés des résultats obtenus, 
qu'ils reviendraient vite de leur première opinion et que cette 
méthode n'aurait pas de partisans plus convaincus. Mais l'impor- 
tant est de commencer. Or le livre qui leur manquait, voici qu'ils 
peuvent l'avoir maintenant, et c'est un livre recommandable sous 
tous les aspects. ]1 ne faudrait pas que la publication en fût 
inutile. 



- 375 - 

Oserait-on invoquer encore, pour combattre les « patois » détes- 
tés, je ne sais vraiment quels graves dangers courus par notre 
unité nationale ? L'argument est bien vieilli et ne peut plus que 
faire sourire. Nous l'avons dit, nous le répéterons cent fois : 
c'est une force réelle que de parler deux langues. Et nous ajou- 
terons, pour finir, que si le catalan est considéré par certains 
éducateurs comme nuisible aux classes de français (et encore fau- 
drait-il bien nous dire comment et dans quels cas), on n'a pas 
trouvé jusqu'ici de moyen plus sûr que la méthode comparative 
pour établir un juste équilibre entre notre idiome régional, parlé 
malgré tout et contre tous par le peuple, et notre idiome natio- 
nal, que les méthodes d'exclusion et d'extirpation appliquées aux 
dialectes ne sont jamais parvenues et ne parviendront jamais à lui 
apprendre. Jean Amade. 

Quan toca VAngelus 

A n'el jove poeta y amich G. V. 

Quan al trench del matî, l'alba da sa besada 
Al fuilatge agualôs que plora de suor ; 
Qu'a) portai del andà, trauca jâ la ramada : 
Donaû, donaù, Senyor, alegria al pastor. 

Quan lo pobre aucellet, am la boca badada. 
Ne dcsplega les aies, arrendit de càlor. 
Qu'aïs repetells del sol, n'hes la rosa colrada : 
Donaû, donaû, Senyor, ombra al treballador. 

Y quan de) mariner, ne passa ansia j'esposa. 
Al saber vora enllâ, per maror espantosa : 
Feu qu'en casa, Senyor, eJl aporti consôl. 

Cuidada am gran amor, fresca y ben espellida, 
Hi trobarà la florqu'habeu, Vos, benehida : 
L'infant bel) que somriu, acotxat al bressol. 

Ceret, dia i6 de agost 1911. P. de I'AlZINA. 



Devinalles 



En Guidonya s'esta al porta) 

Ab cent homes â cavall ; 

Tots van vestits de vermeil 

Fora En Guidonya y lo vell... 

Qu'es la cosa? (El cirer ers y les cireres). 

Es vert y no es juvert, 

Es groch y no es safrâ, 
Burro sera '1 que no endevinrâ... 
Qu'es la cosa? (E/ toranger). 

En penjol-penjol esta penjolat, 
En Paraplap s'esta espérant ; 
En penjol-penjol ha caigut. 
En Paraplap l'ha hagut... 
Qu'es la cosa ? (£/ gat y la rata) 

Un pam d'ensâ, un pam d'enllà, 
Un pam que li penja... 
Qu'es la cosa ? (El forrellat). 

Un llensol tôt apedassat. 
Que cap punta d'agulla no hi ha tocat... 
Qu'es la cosa ? (El cet) 

Un camp tôt llaurat, tôt llaurat, 
Que may cap punta d'arada no hi ha tocat... 
Qu'es la cosa? (El teulat) 

(J(ecueillies par M. Emile Leguiel) 



En Joseph-Maria Puig Torralva 

Amb una fonda pena sem sapigut la mort, ja pel mes d'agost 
passât, del poète En Joseph Puig, de Valencia. 

Era l'autor d'unos quants estudis grammaticals y filologichs 
sobre la llengua llemosina-valenciana, y del bonich aplech de 
poésies, Lliris y Caris (Tipografia Domenech, à Valencia, 1899). 
Tota la seua vida fou un entusiaste valencianiste, un enamorat de 
las belleses de Valencia y de la sanitosa poesia de l'horta valen- 
ciana. 

Aquestos derrers anys s'havia cuydat, mes que mes, de llengues 
primitives ; en sabia molt de llengua celtica ; y quan algun amich 
passava per la seua casa, prou se lenduya à la seua biblioteca 
posada, tota avinenta, à la rebotiga, y feya petar la xarrada 
sobre '1 parlar dels primers catalans. 

Are ja no '1 tornarem à veurer mes ; Deu lo perdo. 

Jules Delpont. 



♦T« ♦> ♦!♦ 



La meua llengua 

Perque parle y escrich la meua llengua, 

has fet burla de mi, 
Y al rahonar de mon llenguage en mengua 

soltares lo veri. 

Si fores estranger, lo teu ultrage 

no séria tan greu, 
Llavors alabaries mon llenguage, 

tan sols per no ser teu. 

Cada flor té un color y té un aroma, 

cada aucell té son cant, 
Aixi com cada poble té un idioma : 

Yo soch del meu amant. 



_ 378 — 

Yo l'adore fidel, com à sa mare 

tôt bon fill deu voler, 
Encare que la llejea la malpare 

ja que li deu lo ser. 

Yo que la vullch, pcr pobre qu'ella fora, 

maltraçada é ignorant. 
Al vore las belleses que atresora, 

com me pren dolç encant ! 

Eixa llengua per tu tan menyspreada, 

com fill rebordonit, 
En llabîs de ta mare fou honrada, 

agrusantse en son pit. 

Eixa llengua, com arpa deliciosa, 

te parlava d'amors, 
per boca de ta bella y casta esposa, 

en jorns engisadors. 

Eixa llengua que oblida tos agravis, 

à l'hora de la mort 
sensé adonarte 'n correrâ à tos llabis, 

pera darte conhort. 

Joseph-Maria Puig-Torralva. 

Extrait de mil y un pensaments 



Aquell que no pot sofrir una injuria, es mes cobart que '1 qui 
fuig â la vista del enemich. 

May un primpcep esta mes ben guardat que quan el guardan 
sa virtud y sa ignocencia. 

La prudencia es la experiencia y la rahô aplicadas à la con- 
ducta de la vida. 



Orthographe et Prononciation du Catalan 

A la demande d'un certain nombre de lecteurs nous rappelons ci-dessous les principales 
règles de l'orthographe et de la prononciation catalanes : N.D.L.R. 

a tonique se prononce comme a français. Ex : mar. 

a sourd se prononce comme eu français. Ex: dona ( pr : dôneu). 

e tonique se prononce comme é français. Ex. : ribcra. 

e sourd se prononce comme eu français. Ex.: mare ( pr : mâreu). 

o tonique se prononce comme o français. Ex. : rosa. 

o sourd se prononce comme ou français. Ex. : dormir (pr : dourmî). 

M se prononce toujours comme ou français. Ex. : coure (pr : côoure). 

i se prononce toujours comme i français. Mais il ne se fait pas entendre 
dans les finales en aig, eig, oig, uig où le g prend le son de tg ou tj, 

b et ^ se prononcent comme bb et gg lorsqu'ils sont précédés d'une voyelle 
et suivis de /. Ex. : cobîz, rzgh (pr: cobbla, reggla). 

d se prononce comme ? à la fin des mots. Ex. : frcd, froid. 

h n'est jamais aspirée en catalan. Elle ne se prononce même pas à la fin des 
mots en ch. Ex.: hosch, homch (pr: bosc, bounic). 

// correspond à ill français dans bataille. Mais dans les mots où la // catalane 
n'a pas le son de ill français comme dans illustre on sépare les deux / par 
un trait d'union ou une apostrophe. Ex. : iZ-iustre-, i/'/ustre. 

r se prononce comme en français, mais il ne se fait jamais entendre à l'infi- 
nitif des verbes. Ex.: morir, mourir, se prononce meurt. Certains auteurs 
catalans suppriment même cette lettre à l'infinitif de quelques verbes tels 
que viure, vivre ; veure, voir; creure, croire; heure, boire, que l'on peut 
écrire viurer, veurer, creurer, beurer. 

V se prononce toujours comme b. Aussi n'est-il pas rare de trouver indif- 
féremment lune ou l'autre de ces consonnes dans certains mots tels que 
rièera, rivera; travail, travail, etc. 

«y correspond au gn français. Ex. : Perpinyâ, Perpignan. En catalan, ^ et n 
se prononcent toujours séparément. Ex. : ignorant se prononce i^-«orant. 

X se prononce comme ch français. Ex. : xiular, sifFler. Mais on le prononce 
aussi es et gz dans certains mots, comme : excavaciô, examen. 

el et al ne doivent pas être confondus. Ex. : el pare es al llit, le père est 
au lit. 

Certains auteurs écrivent les pluriels en as : la casa, las casas. Mais l'emploi 
des pluriels en es se généralise de plus en plus et l'on écrit de préfé- 
rence : la casa les cases (pr; leu câseu, leus càseus). D'ailleurs cela ne 
change rien à la prononciation puisque a sourd se prononce exactement 
comme e sourd. Louis Pastre, 



Textes catalans 

9p. (Suite) 

Malgré ces bonnes paroles et ces promesses, le Conseil reste 
méfiant ; il le montre deux jours après : 

« Atès que Mons" Rev ' de Barcelona... lo divendres proxim 
passât... digue que tots stiguessen de bon animo, que ell procu- 
raria en que la Seu de Elna, com a mare de totes les iglesies, 
restaria molt montada, de modo que los ciutadans ne restarien 
molt contents, y N' S" Deu ne séria lohat y servit ; y perquant 
la C'utat te dubte del que en lo sdevenidor nés succehis lo con- 
trari, y vol star apercebuda (sic), de manera que los hon. Consols 
y Conseil ne stigan assaneats : has déterminât y conduit que 
dema, que es dilluns, se vaja a Perpinya, y que se haia conseil y 
parer de tots los advocats de la C'Utat juntament ab lo Mag^^ 
M° Miquel Rollan, loqual ha promes que informara als advo- 
cats de la Ciutat, y ell ab ells disputaran les causes de la Bulla y 
les caps contenguts en aquella, y alli ho argumentaran molt a les 
veres, ab tant que lo animo dels Ciutadans ne stiga molt assaneat... 
Plasia a N' S" que (ho) guia de la sua ma dreta, a tota utilitat de 
la Ciutat. Amen » , 

La consultation a lieu : quatre docteurs sont appelés pour con- 
férer avec M" Rollan, qui leur lit un mémoire : « Y resolgueren 
ques montas al Castell major, en loqual stat hospedat Mons""^ 
R'" de Barcelona, ab loqual dit M° Rollan tracta molt ampla- 
ment. Y dit Monso"" R'" dix... que confiassen de ell, que ell faria 
de manera que tots restarien molt contents : Y aixi se resolt que 
la Ciutat estiga de bon animo... y que, estant ab aqueix tracte 
M° Rollan ab Monso"^ R"", que no se apellin, fins al menester ; y 
que la Ciutat no fassa commissio, acercha dit negoci, a ninguna 
persona, perque dita Ciutat en aqueix punt séria perduda, que 
séria derogar la juridictio de Monsor R'" de Barcelona, antes be 
stiman mes que ell s'en resolgue y no altra persona. Y esta 
se la deliberatio del Mag^^ Conseil. » 

Alors se produit un fait nouveau, qui nous vaut une séance et 
un récit fort pittoresques : 



— 38i — 

Le principal intéressé de l'affaire, c'était évidemment la Com- 
munauté des Prêtres d'Elne : Celle-ci, très attachée à ses droits 
et exemptions, était, depuis déjà longtemps, en termes quelque 
peu froids avec les Conseils de l'Université, qui avaient eu par- 
fois à lutter contre elle et à contrecarrer certaines de ses pré- 
tentions ; elle était, en général, d'un esprit peu conciliant : Mais 
les circonstances la rendent souple ; l'affaire faisant mine de mal 
tourner pour elle, elle sent le besoin de chercher, dans le 
Conseil, un point d'appui, au besoin un allié. Elle voudrait 
même l'amener à s'engagera fond, à partir en guerre à côté d'elle, 
tout au moins à la suivre et à marcher d'accord: Aussi lui voit-on 
faire la démarche très significative que voici : 

« La Yen. Comunitat dels Rev. So"^' de Preveres de la Santa 
Iglesia de Elna vuy die présent nos ha fêta merces de venir en 
sta casa consular exposant lur animo, dient que... supliquen a la 
Ciutat que sia de son servey y al Magfic Conseil de aquella que 
sempre y quant sia menester y necessari, done a la Yen. Com*^* 
tôt Conseil, favor y ajuda. 

Y encontinent essent intrats dins dita Casa Consular les Pre- 
veres de la dita Combat fahent embaxiada a la Ciutat... sels recebi 
ab aquell honor y reverentia quai convenia al caracter clérical, 
exint del Conseil les S°" Consols y recebint los al cap de lesca- 
era del Spital, sempre acompanyant los fins son stats assentats, 
dins de la Casa consular, posant se lo S°^ Consol en cap très 
preveres devant de ell, y les demes estant assentats al mig de quiscu 
dels altres S°" Consols. 

Y lo Rev» Mossen Simon, vista la commissio a ell attribuida 
(que fes lo exordi a la Ciutat) feu la propositio, dient que ell 
era arribat de la Yila de Perpinya, de tractar ab Monsor Rev"" 
de Barcelona... y tractât y vehent que de quiscun dia les muden 
de tracte nou, y desitjant ells que la Yen. Com*»* y la Seu de 
Elna tôt stigue ben moblat y assentat, y fugir, si menester sera, 
la tôt genero de plet... dit Monsor Rev"', ab indutio (?) de dit 
Canonges, lesquals may lo deixen del lado, los ha mogut un 
tracte nou, dient que séria cosa molt acertada quen remetessen a 
dues persones, y que aquelles ne passassen la tisora, tant per part 
de la Ciutat com per part del Rev' Capitol. Y dita Coms'»» 



— 382 — 

zelant se que... es cosa molt dificultuosa... ha déterminât de 
cometre a quatre S°" de Benefficiats, com a persones mes intelli- 
gentes y esscntal cap de totcs les coses de ladita Com'»*, lesquals 
dcma aniran a Perpinya per a tractar lo negoci... devant dit 
Mons«>r en lo Castell major ; y que suplique als hon. Consols y 
Magfic Conseil de la Ciutat que tots fassen un cos y que stiguen 
agermanats com de raho y de justitia, y que fahent lo d'esta 
mancra, la Yen. Com'^» los ho agrayra molt ; y que ja vehien (?) 
la pobresa de la Ciutat quanta era ; empero que ells no volian 
dines, sino tôt auxili y favor de la dita Ciutat sempre y quant 
menester sera y tots los dits Preveres gradatim han votât lo 
mateix, dient que si a cas aigu hi agues que tingues ranchor, ques 
dixias tôt, y que stiguessen de bon animo. 

Y les hores la Ciutat ha respost dient quels agrayha la em- 
baxiada fêta, y quen trataria ab lo Mag^^ Conseil, y que sels hi 
faria embaxiada al dit effecte. 

Y encontinent sen anaren, y los S°" Consols hisqueren del 
Conseil y sels acompanyeren fins a la escalera del Spital, y tor- 
naren al Conseil... y se ana votant gradatim, y tôt lo Mag'''^ Con- 
seil resolgue y conclui que era cosa tant justa que nos podia 
recusar de no fer se... y que la Ciutat do tôt conseil, favor y 
ajuda a dita Yen. Com^** sempre y quant menester sia, y que tots 
fassam un cos y siam una voluntat, y que stigam de bon animo, 
que d'esta manera N« S"*" nos donara forses per defensar lo seu 
S* Temple. » 

11 y a bien là, de la part de la Communauté, plus même qu'une 
proposition d'alliance : C'est une demande de concours, c'est 
presque une prière. C'est un « Soyons amis ! » intéressé. 

Et du côté du Conseil, quelle dignité, quelle entente de son 
rôle ! lia écouté sans mot dire ; il fera connaître ultérieurement 
la réponse qui aura été décidée. 11 était, du reste, aisé de prévoir 
qu'il ne voudrait prendre aucun engagement décisif, et qu'il 
réduirait rôle son à peu de chose. 

(A suivre) R. de Lacviyier. 



^^.^^^^a. 



LIVRES 4 REVUES 



Apol-Noi, par Joseph-M. de Sucre 

Llibreria espanyola, rambla del Mig, 20. Barcelona 

On aimera d'abord dans ce petit livre la jeunesse, le premier envol du 
sentiment, encore imprécis ; et c'est une valeur psychologique. Ceux-là s^uls 
qui ne savent pas le prix que l'on attache aux premières trouvailles d'harmo- 
nies le considéreraient sans indulgence. C'est un rayon d'argent de l'aube, 
qui a pu luire malgré les tristesses du foyer, victorieux rayon d'idéalisme, 
généreux espoir de la vingtième année. Le titre, Jlpol-'Noi, a quelque ana- 
logie avec le Torment-Troment de Lopez-Picô (dont je parlerai bientôt, lors- 
que paraîtront les Poèmes del Port, sous presse en ce moment). L'analogie 
existe encore dans les commentaires analytiques ou titres des divisions mul- 
tiples du volume. 11 en est qui promettent beaucoup : "En ta setva de les reines, 
par exemple. Vous croiriez pénétrer dans la forêt celtique ou wagnérienne, 
dans le bois de Tristan et Iseult, où parmi les gnomes s'épanouit la prin- 
cesse, gemme écarlate emmi les velours et les hermines. 11 n'en est rien. 
Vous n'apercevez que des silhouettes déjeunes barcelonaises, sveltes dans les 
jardins de la cité. Et ce sont des aquarelles attendries où chantent les pre- 
mières et douces amours. Je ne saurais, je ne pourrais donner l'analyse du 
livre. Ce sont feuillets d'album, souvenirs épingles, poussières d'or. Le 
poète a vécu la vie de la cité. Nous connaissons son exaltation après une 
belle pièce de théâtre, ou une émeute populaire. Nous le suivons dans ses 
promenades au delà de la ville, sans doute parmi les pins de Vallvidrera, d'où 
l'on voit par l'échancrure de la vallée, la violette montagne mystique de 
Monserrat. C'est là qu'il a recueilli cette délicate poésie, dont je cite la pre- 
mière et la dernière strophes : 

Jo se una Mare-de-Déu 
que â tot-hora reb els aires. 
i-No té arracades de preu, 
ni diamants de cent caires, 

ni rosaris esllanguits, ^ 

ni rostres emmusteïts 
que li portin maies flaires 



— Mare de Déu, m'heu alçat ! 
Mare-de-Déu solitaria : 
Guardeu-me la sanitat, 
que haig de portar el pa â taula. 



— 384 — 

et cette Oraciô Maternai, jolie comme une blanche perle de lait : 

Mare-de-Déu de la Llet, 
Vos que sou tant generosa, 
que en vastre mugrô sagrat 
â l'infant heu alletat, 
feu qu'en brolli del pit meu 
una dèu ben abundosa : 
Que pugui viure '1 meu fill, 
Verge Santa gloriosa... 

On reconnaîtra, je le sais, dans ces vers, l'inspiration de J. Maragall, 
dont on a lu les « Goigs de Nostra-Senyora de Nuria », d'une manière si 
sobre, si puissamment évocatrice à la fois. Mais j'en conclus que l'auteur 
sait choisir ses modèles. Le poète cite en guise d'épilogue une phrase de 
Guyau que je résume de la sorte : L'imagination précède la raison. C'est 
ainsi que Maurice Barrés, dans les « Amitiés Françaises », propose comme 
première discipline les belles images : in hymnis et caniicis. 

Jlpol-T^oi a de la grâce. Nous attendons avec confiance qu'il grandisse. 11 
nous parlera certainement avec plus de force et de sûreté. 

Joseph Pons. 

"^^^ 

Pcr don Pcre Penya. 

Nous avons reçu, sous forme de plaquette (1 mprenta Tous, à Palma, 191 i ), 
le Discurso leido en la sala de sessiones del Excmo Ayuntamiento de Palma, per 
don Juan Alcovery Maspons, e/ 3 1 de diciembre de 1910, sur don Pedro de 
Alcantara Pena, Hijo ilustre de Mallorca. 

C'est une belle page littéraire, en castillan, digne d'ailleurs, de l'auteur et 
de « l'homenatjat ». 

■^^^ 

^ La langue d'Oc. 

La langue d'Oc à l'école et dans les patronage^ (Librairie Aubanel frères, 
Avignon, 1911), est une intéressante étude delà félibresse Mlle de Digoine, 
« la Comtesse dou Rose », comme Mistral l'a poétiquement baptisée. 

A l'auteur, tous nos remerciments et nos félicitations. 



Le Gérant, COMET. — Imprimerie COMET, 8, rue Saint-Dominique, Perpignan. 



5' Année. N' 60 15. Déceembre 1911. 



Les Manuscrits non insères 
le sont pas rcnaus. 



Les Articles oarus dans ia Revue 
n engagent aue ieurs auteurs. 



REVUE 

CATALANE 

LA LLAR 



La )]ar... reconet mes prehuat de la casa ahont hi trovem 
cl caliu que 'ns escalfa, la pau que 'ns anima, la tradiciô 
que 'ns enlajra, els conseils que 'ns guien, y el poch goig 
que hi ha en la vida. 

Tota masia té una llar y tota llar té vida, 

y sens el calor de la llar tota joya n'es marcida. 

Casi tots vosaltres, animes pagesivoles, sentîreu glatir 
Yostre cor aprop ses fiâmes al plé de la nit hivernosa... glas- 
sades alenades del fer huracâ ferîen desapiadades el feixuch 
brancatje de la boscuria... les flors marcides dels viaranys 
dormien baix el blanch llensol d'espessa neu que apuntalat 
en els sismals enlairats de la congesta s'extenia com llarga 
mortalla per tota la plana... no garlaven els rossinyols ab 
armonîa els tendres cants d'amor de primavera, ni tampoch 
florides les arbredes llensaven al cel flairosos sospirs. A vo- 
liors els auceJlets famolenchs picotejaven pel cim els blanchs 
berellons cristalisats del pati y fèr el llopàm udollava al cor 
de comalades y afraus. 

L'hjvern n'era arrivât: cada cosa en son temps, tôt es bô, 
car sens hivern no fora primavera. 

L'hivern n'era arrivât pera la masia y â son aie glassat 



— 386 — 

tothom s'havj'a engiponat de lo bô y milllor per burlar sa 
ferèsa. 

L'hivern cra arrivât, y no 'ns estemordia, car quan hom 
es provehit aJlunya la temensa. Rublerts nostres graners 
de) fruit benhaurat de nostres terrers, per rès calîa espan- 
tarse, hora era de fruhir del repos després del trevall 
esmenat. 

A Yora el foch sagrat de nostres avis, al guspil-leig dels 
seculars tronchs qu'ahir ens donaren la ombra y avuy prô- 
dichs reviscolen nostres cors ab la calor benefactora qu'à 
tots ens anima, recolzat en cl anyîvol escô el moble mes 
vell de casa que fidel y hospitalari tota nostra generaciô ha 
respectât, fruhîrem de dolsa pau, que, allunyant de nosal- 
tres tota rancunia, enveja y odi, unîa nostres cors ab estret 
lias de prehuada germanor. 

Prop l'ardenta flamarada qu'espatarrega ennegrint els vells 
caires de la llar, s'hi proclamava sens barboteix lo qu'avuy 
barbotejant no 's réalisa ; â la dolsa y tebia cscalfor del 
encès brasâm, desapareixien els convencionalismes de la 
terra y el rey n'era pastor y el pastor n'era rey. Fora de la 
llar era altre cosa ; palaus pe 'Is coronats, casais pe 'Is richs, 
cabanyes pe 'Is pobrets. Sols en ella els homes n'eren 
germans. 

Ja esbufega â fora la freda tramontana sosmovent tôt 
quant trova â son pas ; tanqueu tanqueu les portes que rès 
hi ha â fer pel camp; també â les remades, que l'herbey 
s'ha glassat... Vora del foch feinoses filadores, veniu â filar, 
veniu pastoretes, masovers, rabadâns y traginers de la serra 
que tothom hi cabra. 

També hi vindreu vosaltres, jayetes de testa argentada de 
vostres llavis tremolosos oirém com mainada ajogassada els 
bells qiientos tan encisadors com espatarrants. 

Com aimavem nosaltres aquestes intéressants narracions, 



— 38; — 

com ens esporuguîam estrenyentnos â les faldes de nostres 
mares pera aJlunyar les fantasmagoriques il-lusions que 'ns 
assallîen. 

També â son torn glosaven els pastors Durs jorns glorio- 
sos y els perills montanyenchs : el remat prosperava cada 
volta, car tindrien qu'agrandir les estables. 

La tasca de la terra n'era el plat del dîa y mes pels maso- 
vers... batudes, dallades, segades y brèmes tôt hi passava ; 
la cullita era bona y millors les tardanîes. 

La mestressa y l'amo â tothom escoltaven, cada quai â son 
torn. Cadascû sabîa y cumplia sa tasca, de tots hi havîa 
qu'apendre. Dels pacifichs débats del parlament autônom de 
la llar 'n surgîen mes tart la proclamacio d'ordres que tothôm 
se feya un plaher de cumplir del mes petit al mes gran, del 
masover à la porquetera. 

En la llar, prop del foch, la pubilleta ja promesa hi ohîa 
els bons com necessaris conseils dels experimentats del 
gremi, Avans de pendre estât calîa estar segur d'un mateix, 
sobre tôt per una dona, casarse era pas cosa tant senzilla, 
era pas vendre un bou â la fira ; era allô, hi ets, t'hi cal 
quedar ; no'n vols, perqué ho prenies. 

Durant tôt el prometatje, pera la donzella en qûestiô, rés 
se quedava en el tinter, tothôm hi posava la cullerada fins 
els oncles y amichs qu' ab l'escusa d'emetre son parer res- 
pecte del futur matrimoni venîen molt soviny â familiari- 
sarse ab el vî de la boda. Quina gent tant previsora com la 
de la nostra terra. 

Volteu, volteu fusams, retorciu el cânem, que tôt es per 
la jova, quina d'aci â très mesos se casa. Rès se quedarâ 
enrera, â la llum de llar tothôm s'afanya, qui mes se cuita, 
qui mes disposa dels preparatius de la festa, dels guisats de 
la taula, dels convidats de la boda, qui mes sab que mes hi 
digui. 



— 388 — 

Tots els rebrechs tant arnats com llampants, tots els cin- 
tams colorats y les teles de vali'a 'n surgîen de les arques 
dotais. El desitj de lluhir, d'agradar y encisar â algùn des- 
previngut agitava les manetes de tota la jovenella de la casa 
qu'esbojarrada feya, desfeya, surgîa, tallava, embastava. Tôt 
cra saquejât, tots els recôns de la casa, fins les caixeleres 
de les avies. 

l Valgam el cel quin tràfech ! quin terratrémol, tota la 
casa s'en anava abaix... quines rialles mes franques les dels 
amos y quina solicitut la de la mestressa quina prenîa no 
poca distraccjô en dirigir aquella llarga com divertida 
feinada. 

No 's feya festa ni festeta ni 's prenîa cap acort definitiu, 
sens avans discutirho en la llar. 

Per rès del mon haguerem renégat de nostra llar, ahont 
trobavem totes les soluciôns de la vida. 

Les rogenques flamarades qu'escalfaren nostres cossos 
fredeluchs en l'aubada de nostra infantesa, també mes tart 
escalfaven nostres cossos marcits al cap vespre de la vida. 

Malgrat el segle y el progrès fictici de nostre poble, 
encare hi ha llars, si bé molt escases, no hi deixem per aixo 
apagar el sagrat caliu, anima dels que foren, fent reviscolar 
â la llum de llurs fiâmes l'amor marcit de nostres cors, qu'es 
l'anima de nostre llibertat. 

Victor Vallespjr. 



î^^^'^S^^iS^ÛJÎRâS.^^ 



SERENADÂ 

Te Yull, mon aymanta, 
Dire la cansô, 
La que mon cor canta, 
Qu'entrjsteix mon plor. 
Dins la nit serena, 
Baix la lluna plena 
Te dira ma pena 
Y mon illusiô. 



Y amb confiança 
Ton cor, p'el guardar, 
Florit d'esperança, 
M'el vares donar. 
Mon cor lo va pendre, 
Clavat lo va tendre : 
Si lo vols rependre 
L'has d'embocinar. 



D'una nit llunyana 
Jo tinch lo recort... 
Mes, ay ! no regrana 
Ton pensament mort ! 
Escoltes sens gana 
Mon plany que s'esgrana. 
Portant com campana 
Batia ton cor ! 

Dins la nit callada 
Mirant la foscor, 
Tos ulls, mon aymada 
Feyan resplandor. 
Erets abrasada 
D'ohîr encantada 
Primera vegada 
Paraules d'amor. 



Ja mon cant desperta 
Del primer petô 
Dins ton cor inerta, 
La dolça emociô. 
La flor se desterra 
Quant la primavera 
Fon la lieu lleugera 
Sus del Canigô. • 

Adiu, mon aymanta, 
He dit la cansô, 
Mon amor la canta 
L'acaba mon plor. 
La nit es serena 
Y la lluna plena 
Se riu de ma pena 
Sota '1 teu balcô. 

V. Peix. 



K'x'vi'x'x'X'x'K'i' t^ r* y* (^ y* y* ^y'y'y'y'^^y'y>^^^y»^^^^^^^y»^^^^^^^^(> 

Un Eloge des Catalans 

AU XIII^ SIÈCLE 

J'ai voulu retenir une étude que M. Joseph Anglade, profes- 
seur de langues romanes à la Faculté de Toulouse, nous donne 
dans VTlnuari de l'JnsHtul d'Esludis Catalans, associant ainsi une 
fois de plus nos provinces occitanes à la Principauté. L'étude 
est intitulée : Guiraut T^iquier de JNarbonne et les Catalans. Ce 
troubadour, auquel il nous intéresse aujourd'hui, naquit à Nar- 
bonne, ville commerçante, alors admirablement fortifiée par les 
Sarrasins, s'il faut en croire le trouvère Bertrand de Bar-sur- 
Aube. « Narbona la bien cercada », auraient dit des espagnols 
contemporains. 

Original dans ses rythmes et délicat dans sa pensée, il vint 
cependant un peu trop tard, ce languedocien, à l'heure où la 
poésie courtoise du Midi se mourait, après la croisade des Albi- 
geois, l'établissement de l'Inquisition et des ordres religieux, le 
plus souvent hostiles, et qui détournèrent plus tard les concep- 
tions platoniciennes en l'honneur de la Vierge. 

Besogneux comme tous ses confrères es arts poétiques, Riquier 
sollicita saint Louis, qui ne semble pas avoir eu pour la poésie 
le goût de Thibault IV de Champagne, l'ami de Blanche de 
Castille. La poésie est chose futile, pensait le maître et seigneur 
des Croisades, alors que Guiraut Riquier recherchait la maîtrise 
et louait la dignité de son art ; de nos jours il eut souscrit à cette 
pensée de Nietzsche : « L'art est la tâche la plus haute et l'acti- 
vité essentiellement métaphysique de cette vie. » (i) 

Pour l'exercer, il fallait bien un protecteur. Riquier fit donc 
appel à la générosité de En Jaume el Conqueridor, roi d'Aragon. 
11 eut une entrevue avec lui à Montpellier, en compagnie de son 
belliqueux compagnon, Guillem de Mur. C'est de concert avec 

(i) Frédéric Nietzsche, "L'Origine de la tragédie: Préface à Richard 
Wagner. 



- 39' - 
ce dernier qu'il composa une tenson, sorte de chanson dialoguée, à 
laquelle J. Anglade assigne la date de i265, peu avant l'expédi- 
tion de Murcie. Riquier n'obtint pas aide et protection : En 
Jaume vieillissait. 

En 1268, Riquier adressa une chanson au fils aîné du roi, l'in- 
fant En Père, mais sans succès encore. Cela ne l'empêcha pas 
d'écrire une belle « retroencha » en l'honneur des vaillants cata- 
lans et de leurs dames avenantes. 11 y loue l'exquise courtoisie, 
la vie facile, en un mot « l'urbanitas » de nos aïeux. 11 se pro- 
pose de leur rendre visite pour apprendre d'eux la science de 
l'amour et plaire ainsi à Beau Déport (belle joie), vicomtesse de 
Narbonne. Cette « retroencha » ou rotrouenge se compose de 
cinq strophes ; et je cite la première accompagnée de la traduction 
de M. J. Anglade : 

Pus astres no m'es donatz 
Que de midons bes m'eschaya, 
Ni nulhs mos plasezs no'l platz, 
Ni ai poder que 'm n'estraya, 
5 Ops m'es qu'ieu sia fondatz 
En via d'amor veraya : 
E puesc n'apenre asatz 
En Cataluenha la gaya 
Entre Is Catalans valens 
10 E las donas avinens. 

Puisque mon étoile n'a pas voulu que de ma dame me vienne aucun bien, 
puisque rien de ce qui causerait ma joie ne lui plaît et que je n'ai pas le pou- 
voir de m'arracher à son amour, il est nécessaire que je me mette dans la 
voie de l'amour véritable, et, en fait d'amour, je puis apprendre beaucoup 
dans la gaie Catalogne, parmi les Catalans vaillants et les femmes avenantes. 

Je fais remarquer que les derniers vers reviennent comme 
(( tornada » à la fin de chaque strophe, et si on ajoute à cette 
combinaison l'identité des rimes dans les huit premiers vers, on 
comprendra combien la « retroencha » est d'une précieuse élégance, 
d'une élégance surannée que l'on pourrait faire revivre. Je 
publierai plus tard l'un de mes essais manuscrits. 

Et quel charmant éloge! Réjouissons-nous, car M. J. Anglade 
nous apprend que la plupart des troubadours partageaient les sen- 
timents de Riquier à l'égard des catalans. 

Je veux cependant me souvenir de certaines appréciations moins 



- ^9^ — 
flatteuses. Je ne sais plus quel est le grand italien qui parlait de 
« l'avara pobertâ dei Catalane ». N'est-ce point Dante lui-même? 
M. J. Anglade pourrait me renseigner à coup sûr. 

En tout cas, cette formule contraste passablement avec la 
« tornada » de Riquier. Je ne disserterai pas sur ce sujet et 
laisserai à d'autres le soin de se prononcer dans ce dilemne. 

D'autre part, je lis dans le petit livre « Catalunya â Grecia » 
le passage suivant où Rubiô y Lluch traduit l'œuvre d'Epaminon- 
das J. Stamatiadis : Els catalans à Grecia. 

(( Fins avui encara en algunes encontrades de la Grecia, com 
per exemple l'Eubea, quan se vol acusar algii d'alguna acciô in- 
justa i ilegal, diuen : Aixô no ho farîa un catalâ. En l'Acarnania, 
el nom de catalâ, fins al présent vol dir tant com selvatge, lladro, 
malfactor, i anomenen catalâ aquell qui té sentiments impudics y 
sanguinaris. Fins ara â Tripoli del Peloponès, pera dir d'una 
doua que es irascible, grossera i dura, no tenen mes expressiô 
que aquesta : « Sembla una catalana. » (i) 

On n'écrivit jamais les injures sur le sable et les bienfaits sur 
le marbre. 11 est vrai que les Grecs n'eurent pas à se louer de la 
domination des hordes guerrières catalanes. 

Mais n'oublions pas Guiraut Riquier. Malgré ses éloges et 
de nouveaux appels au vaillant roi En Père, il ne put obtenir de 
succès à la cour d'Aragon, où il était déjà supplanté par Serveri 
de Girone et N'At de Mons. 11 trouva un puissant appui en la 
personne d'un autre roi, Alfonso el Sabio. M. Anglade nous dit 
même qu'il insinua un règlement spécial pour les troubadours et 
jongleurs, inséré dans les « Siete Partidas », ce si précieux et 
curieux ouvrage de législation. Riquier vécut dans cette cour dix 
années environ, de 1270 à 1280. 11 eut, on le pense bien, les loi- 
sirs d'y étudier la poésie galicienne, si rayonnante alors, et culti- 
vée par le roi lui-même dans ses Canligas de Santa Maria et dans 
ses Cantigas de amor é mal decir. Les poètes de la cour du « Reis 
N'Anfos » écrivaient les chansons courtoises « en maneyra de 
proençal. » M. Jeanroy, dans ses Origines de la poésie lyrique en 
Trance (1889), avait montré les influences de la poésie limousine 
et de la langue d'oïl sur les deux recueils de la lyrique galaïco- 
portugaise, le Cancioneiro da Jljuda et le Cancioneiro da Valicana. 

(i) Rubiô y Lluch : Catalunya d Grecia, p. 24. 



- 393 - 

Aujourd'hui, M. J. Anglade nous apprend que G. Riquier trouva 
dans cette lyrique galaïco-portugaise le mètre de la « Canson 
Redonda », dont il nous laissa deux exemples. L'une de ces 
« Cansos » est adressée au roi En Père, en 1282. 

Mas assajar m'ay est lans 

Ab lo rey, de saber paire, 

Peyre d'Aragon, qu'ab mans 

Bos faitz comple son vejaire 
55 De malvolens et d'amans. 

E si m'es degutz guirens, 

Ye '1 serai liais servire. 

E 1 suy avutz ben dizens. 

Si non, cor ay que m'azire, 
60 Pus sabers no 'm val ni sens. 

Mais je m'en vais essayer auprès du roi Pierre d'Aragon, père du savoir, 
qui accomplit avec maints beaux faits, tous ses désirs en ce qui concerne ses 
amis ou ses ennemis (?). Et s'il m'est un bon protecteur, je lui serai bon 
serviteur (j'ai déjà chanté ses louanges), sinon je m'attristerai de voir que le 
talent ni l'intelligence ne me servent de rien. 

Cette protection qu'il demandait une dernière fois aux catalans 
il l'obtint auprès de Henri II, comte de Rodez. Guiraut Riquier, 
le dernier troubadour, mourut vers l'année 1292. Avec lui finis- 
sait l'âge des beaux troubadours polis. Grâce à M. J. Anglade, 
nous nous souviendrons de la « Retroencha », des « Catalans 
valens » qui est un chant sacré de la race, un chant d'union des 
terres occitanes, comme le prélude moyenâgeux de la « Coupo 
Santo ». 

Depuis que l'élan a été donné par le « clar-vesént » Camille 
Chabanneau, dont on inaugurait le monument à Nontron le 
24 septembre dernier, on fait revivre avec éclat l'époque des 
troubadours. Leur langue singulièrement harmonieuse, leur con- 
ception de l'amour courtois, leurs combinaisons métriques, tout 
justifie largement l'intérêt qu'on leur porte. Mais pourquoi 
n'avons-nous pas encore, à ma connaissance du moins, une antho- 
logie moderne de leurs œuvres, un ouvrage critique, accompagne 
de la traduction française? M. Joseph Roquet nous livre, dans 
les récents numéros de \ "Estelle, des traductions en langue occi- 
tane qui me paraissent fort belles, sous le titre de Antologia 
Occitana dels grands Trobadors. Mais je me demande pourquoi 



- 394- 

il ne transcrit pas en regard les textes mêmes des troubadours. 
Certes, les philologues trouveraient leur compte dans une antho- 
logie trilingue : en « Ilemosi », en langue occitane renouvelée, 
en français ! M. J. Anglade est peut-être à cette heure le spé- 
cialiste français le plus apte à nous la donner. Elle complé- 
terait en tout cas son étude littéraire sur les « Troubadours )){i)- 
Qu'il me permette encore un autre vœu î Nous avons eu en 
Roussillon des amis de cet art de « trobar » et nous voudrions 
les connaître davantage. Je fais donc appel à l'amabilité de 
M. Anglade. Sans doute, après avoir été agréable à la nouvelle 
école érudite de Barcelone, voudra-t-il satisfaire les « aficionats » 
roussillonnais. 

Joseph Pons. 

!_ I ) Les Troubadours : leur vie, leurs œuvres, leur influence. A. Colin, 3 fr . 5o. 

-«le^ars- 

L'esHu etern 

Entra per ma finestra, ô sol clar de ma terra : 
Ja veig tota la vall liuhir com una flor; 
L'esperansa torna â s'obrir dins de mon cor 
Com el clavell s'obre en sa gcrra. 

Entreu, perfums de farigol y romani ; 
Entreu, perfums d'espich; entreu, perfums de menta, 
Purjficant mon ayma hont la vila dolenta 
Ha dejxat son mortal verî. 

Que fugjn los recorts d'un passât que me dona 
Amb el remordiment la set d'un dois perdô !... 
Parlame, Vallespir, tû que tcncs per jo 
La veu manyaga d'una dona. 



— 395 — 

Pot retronyc â pertot demâ lo temporal : 
Ja tinch un bon teuJat â l'ombra d'un gran freixe ; 
Me sentiré mes fort contra la mort meteixa 
Sota de la casa payral. 

Los dîes passarân com dins la castanyeda, 
Aies obertes, per l'estiu, los bJanchs todons ; 

Y com cils, del fuUam hont s'abriguen les fonts, 

S'enfugirân dins la nit freda. 

Lo que cerca mon cor, d'ardent desitg encés, 
M'ho fas trobar, ô tu, ma terra benehida, 
Ambe l'oblit del mon, del mal y de la vida, 
Y mon cor no desitja mes... 

Vull ser l'amich dels esquirols, de les abelles ; 
Per sempre florirâ com un estiu etern : 
Feré la meua festa hasta del sol d'ivern 
Hont van â s'escalfar les velles. 

Cada dîa, en vegent la montanya enlayrar 
Amont y sempre amont sos roures, ses alzines, 
Coneixeré l'orgull de les forses divines 
Que creixen al bell cim, alla!... 

Y l'alba despertant ma mirada ensopida 
Amb una nova joventut dels horts, dels prats. 
Vos ohiré cada matî, rechs estimats, 

Aucells de ma terra florida... 



Joan Amade. 




Le Catalan à TU ni ver site 

"^^^ . 

Notre ami Jean Amade a repris son cours de langue catalane 
à la Faculté des Lettres de Montpellier, cours destiné aux étu- 
diants étrangers. Nous pouvons donner ici le sujet des premières 
leçons : 

I. — La langue catalane en général ; ses différents dialectes. 
La langue populaire et la langue littéraire. Grammaires et dic- 
tionnaires qui doivent être consultés. Principales publications à 
utiliser aussi. Les études catalanistes. Ce qui a été fait, ce qui 
reste encore à faire. 

II. — Lecture en commun de quelques textes catalans. Obser- 
vations préliminaires ; prononciation et accentuation, règles 
générales. Exercice de traduction française du catalan. Le fonds 
latin ; les langues méridionales. Ressemblances et différences au 
point de vue philologique. 

III. — Nouvelle lecture, et nouvelle traduction française. 
Première impression produite par le catalan, impression que 
confirmera et qu'expliquera un examen attentif. La physionomie 
et le son du catalan. Monosyllabisme, oxytons, paroxytons ; la 
question des proparoxytons. Répartition des voyelles et des 
consonnes. 

Le cours continuera par l'étude du traitement des voyelles et 
des consonnes latines en passant au catalan ; chaque leçon com- 
prendra une pia.rtie théorique et une partie pratique, et sera à la 
fois scientifique et littéraire, afin de répondre aux besoins ou 
aux désirs divers des étudiants allemands, norvégiens, polonais 
ou catalans, venus pour étudier les langues méridionales à l'Uni- 
versité de Montpellier, dont on a tant vanté il y a quelques 
années, ici même, l'intelligente organisation régionale et le riche 

enseignement. 

Firmin Costabona. 



^.^^^^^§^^3^^^^^^ 



Le Catalan à TEcole 



<3 



CÇD 



Nous apprenons avec plaisir que notre ami Louis Pastre vient 
d'ouvrir un cours (j) de français (méthode Savinienne) à l'école 
Voltaire, pour les anciens élèves de cette école munis du certifi- 
cat d'études. 

Ce cours intéresse les jeunes auditeurs à tel point qu'ils pren- 
nent plaisir à réciter, chez eux et à haute voix, les belles 
poésies catalanes dont ils ont eu à faire la traduction en français 
sous la direction de leur maître. 

Nous avons tenu à féliciter notre collaborateur pour son œuvre 
de résurrection de la langue catalane et nous l'avons prié de 
nous donner le plan de ses leçons. Le voici, tel qu'il nous a été 
communiqué : 

1 . Compte rendu des devoirs corrigés (version catalane et com- 
position française) i o m. 

2. J(écilation du texte catalan traduit à la maison. ... lo m. 

3. Dictée de la traduction française modèle i5 m. 

4. Yersion catalane. — Préparation orale du devoir et expli- 
cations grammaticales sur le texte. — Etymologie — Ortho- 
graphe — Analyse i o m. 

5. Composition française. — Préparation orale du devoir qui 
n'est, le plus souvent, autre chose qu'une traduction libre, ou, si 
l'on veut, une imitation en français du texte catalan. Les élèves 
sont tenus de suivre le plan du texte et ils développent le sujet 
en ayant soin de rechercher les meilleures expressions françaises, 
surtout quand ils y introduisent leurs idées personnelles. 10 m. 

Comme on le voit, c'est une heure bien employée ; et les 

jeunes gens qui suivent le cours du soir de l'école Voltaire 

n'auront pas perdu leur temps s'ils continuent à être assidus aux 

leçons qui leur sont données. 

La Rédaction. 

(1) Le cours, commencé dès les premiers jours de novembre, durera 
jusqu'aux vacances de Pâques. 



Velles corrandes 

A Pcrpjnyà son les boniquctes, 

A Cerct aixis axîs, 

A Arles son les rovellades, 

Y â Prats les serafins. 

♦ 
La Mare de Deu del Coral, 
Vos que seu tan curadera, 
Ajudéules â casar 
Les nines de La Manera. 

Les njnes del Roser 
Son poques y mal carades ; 
Un dia de festa anyal 
Porten cofes emmanllevades. 

♦ 

Les nines del Roser 
Son poques y ballen bé ; 
Quan senten lo brau del burrô, 
Totes ixen al carrer. 

Les nines del Roser 
Diuen que no beuen vî ; 
Un dîa que jo passava, 
S'hi feyen ab un tupî. 

Corrandes son corrandes 

Y corrandes son cansons, 
A les dones pâ y formatge, 
Als homes cops de bastô. 

(T{ecueillies par M. "Emile Leguiet). 



•a rr. en ffi rn rn rn en flQ.cn A% fn fn rn rn rn rn rn Art rn 



HISTOIRE LOCALE 

Pierre Âgustin 

Jlncien évéque d'Elne, au Concile de Trente 

Pierre Agustin était le frère du célèbre Antoine Agustin, 
archevêque de Tarragone, et le fils d'Antoine Agustin vice-chan- 
celier d'Aragon, lequel avait épousé Aldonse Albanel. Il naquit 
le 22 février i5i2, à Valladolid, où son frère avait suivi la cour 
de Charles-Quint et reçut une éducation en rapport avec son 
rang et la carrière à laquelle il se destinait. 11 se pourvut du 
double diplôme de docteur en droit civil et en droit canon. Le 
j8 janvier i528, Pierre Agustin fut nommé sacristain de la cathé- 
drale de Lérida. 11 exerça ces fonctions jusqu'à l'année i534, 
date à laquelle il fut appelle à occuper l'archidiaconé de Venas- 
que. Plus tard, il devint prieur de Saint-Vincent de Roda. Pen- 
dant les trente années qu'il exerça sa charge, il fit construire à 
ses frais la maison du prieur et le maître-autel de la collégiale. 

Le 2 1 janvier 1 544, Pierre Agustin fut nommé à l'évêché 
d'Elne, en remplacement de Ferdinand de Loazes promu à celui 
de Lérida. Ce même jour, son procureur prit possession du siège 
épiscopal d'Elne et prêta serment pour lui le lendemain. Le 
24 mars suivant, le nouveau prélat fit son entrée solennelle à 
Perpignan. Le 2 avril 1 544, il confirma un statut, porté le 
9 mai 1402, par un de ses prédécesseurs Barthélémy Peyro, qui 
accordait annuellement deux mois de vacances aux chanoines et 
trois mois à l'évêque d'Elne. Le 23 avril de cette année-là, il 
prit une sage mesure pour unifier la récitation de l'office divin 
dans le diocèse. A cet effet, il désigna deux chanoines chargés 
de rédiger VOrdo diocésain. 11 décida que les membres du chapi- 
tre de Saint-Jean qui ne garderaient point la résidence ne perce- 
vraient plus de rentes sur la mense capitulaire. 11 réunit en 
assemblée les ecclésiastiques du diocèse pour procéder à la répar- 
tition du don du clergé au roi. Le 19 août 1 544, il nomma des 
procureurs, et dans ce document il ne portait encore que le titre 



— 400 — 

d'évêque élu d'Elne. 11 ne fut consacré que le 8 février dans 
l'église Saint-Jean. Dans le courant de cette année, Pierre Agustin 
fut transféré au siège de Huesca, Jaca et Barbastro, qui ne for- 
maient alors qu'un seul diocèse. 11 prit possession de son nouvel 
évêché le 3o mai i545, et s'occupa immédiatement d'introduire 
des réformes dans son diocèse. 

11 commença par donner une nouvelle édition du bréviaire dio- 
césain, imprimé à Saragosse en 1547. En 1546, il partit pour le 
Concile de Trente où il arriva vers le i5 mars et ensuite assista 
à toutes les séances. 11 y fut un des prélats espagnols les plus 
remarquables par son savoir et son éloquence. 11 s'opposa énergi- 
quement à ce que le Concile fut transféré de Trente à Bologne, 
et, au moment des délibérations sur la réforme du bréviaire, il 
démontra si bien et avec tant de preuves que Saint Vincent 
Ferrier était né à Huesca que ce détail fut marqué dans la légende 
de l'office de ce saint. En \56i, Pierre Agustin fit un voyage 
en Espagne. Sur la demande des chanoines de Lérida et avec 
l'autorisation du roi, il présida, au nom de son frère absent, le 
synode diocésain, après quoi il retourna à Trente pour prendre 
une part active aux délibérations du Concile. 

Pierre Agustin assembla à Huesca plusieurs chapitres géné- 
raux dans lesquels, conformément aux dispositions du Con- 
cile de Trente, il promulgua des constitutions touchant l'office 
divin, le saint sacrifice de la messe, les processions et les anni- 
versaires. 11 mit toute sa prudence à réformer le couvent des 
religieuses de Sainte-Claire, agrandit celui de Saint-Augustin et 
surtout grâce aux revenus de la mense épiscopale, fit prospérer 
l'Université. Ce pontife mourut le 26 février 1572 à l'âge de 
soixante ans. Son corps repose dans le sanctuaire de la cathédrale 
et sur sa tombe on a gravé l'inscription suivante qu'on peut 
encore déchiffrer en partie : 

Petrus Auguslinus ant. ei 
episcopus Oscensis et Jacen. 
ex Ttellenem. épis, et J^oten. 
priore, qui bis Tridenti Concilii 
causa ajfuit. 
Vixit annos lx dies ini 
sedit annos xxvi, menses vin, dies xviii 
in A. D. Y. JÇal. Martii mdlxxii. 



— 40' — 

Pierre Augustin est l'auteur des ouvrages suivants: i' "De jure 
el forma visitandi ecclesiam Oscensem, et alias ecclesias abbatiales, et 
prevendales canonicorum ejusdem capiluli Oscensis ; 2 Yida de San 
Orencio ; 3° Breviarium eccelsix Oscensis, Saragosse, iS^y; 4 Cons- 
iitutiones synodales de Tiuesca, in-4", Huesca, i565 ; Discurso sobre 
que pertenece a la diocesis de Tiuesca et territorio de Valldoncella. 

Archives des Pyr.-Or. G. 48, 582. Coma, 'NoUcies de la tgtesia insigne 
coîlegiada de Sanl-Joan de Perpinya. Pallavicini, Tiisloire du Concile de Trente. 
Puiggari, Catalogue biographique des évêques d'Elne. Villanueva, Viage lile- 
rario a las iglesias de Espana, t. xv, p. i56, xvi, p. 92, 102, t. xvii, p. 5o, 
58, 61. Vicente Cataiina, Episcopologio de la diocesis de Tiuesca. Abbe Jean 
Capeille, Dictionnaire de biographies roussillonnaises. Dictionnaire d'histoire et 
de géographie ecclésiastiques, en cours de publication sous la direction de 
Mgr Baudrillart. 

Abbé Jean Capeille. 

Altres advertencies dignes de saber 

Los ulls del llop le fan coneixer â la nit, y '1 demostren. 



La mateixa vena que produheix la plata acostuma produhir 
l'estany. 

♦ 

Ab la blandura de l'oli se afilen les navajes y se ofeguen les 
abelles, y ab la fortalesa del vinagre se maten les cigales. 

En ta casa viu la oreneta, de tes coses lo rat, de ton vi y de 
ta sanch lo mosquit, y de ton plat la mosca, y sols miren llur 
interès y no ta amistat. 

♦ 

La naturalesa nos ha donat los sentits de veure y ohir dupli- 
cats ; pero de parlar unich, y encara ab dues muralles. 



— 40' — 

Si lo sol se deixava manejar de la vista, tal vegada se trobaria 
en ell corn en la lluna algunes taques ; perô viu limpit y no sufre 
vehi. 

Mes se deu â l'enteniment que â les mans. 

Les oques, anachs y cigales tenen dissonanta veu, y la filomena, 
cigne y rossinyol son los que canten millor y son de menor 
substancia ab los demès que tenen suau y dolsa veu. 

♦ 

Gran sabiesa saber elegir dels mais lo menor. 

Consellar temeraris es fer Hum à cegos y rausica â surts. 

♦ 

En la mes baixa fortuna se pot esperar la major. 

♦ 
Lo diamant es rey entre les pedres y mereix serlo perque no 
hi ha cosa que '1 puga vencer ab violencia. 

♦ 

Cada cavall se ha de régir per son fre ; cada part de cos se 
deu cubrir ab son vestit: ni tôt te de ser sabata, ni tôt berret ; 
regescase cada règne per sa lley. 

♦ 

De un forât quant mes se 'n trau mes gran se fa, y â un mont 
quant mes s'hy posa mes gran ve ; aixi en la avaricia quan mes 
se repleguen diners majores lo desitg de adquirirne. 

♦ 

Lo rey de les abelles no traballa â la mel ; pero assisteix 
sempre â la Ilavor, y fa que l'obra va fervorosa; y per eix efecte 
es elegit per rey de elles aquella que te una gota de suor al 
front, y compassiva sua de! travail de elles. 

♦ 

Les cabres llepant los olius xucan sa subtancia y sa virtut, y 

lo gat llepant trau sanch. 

♦ 

Vuire vivint qui vol viure mort. 



Textes catalans 

9P (Suite) 

Enfin, le moment du partage est arrivé : Voici le procès-verbal 
des opérations. (En marge: Yide hic el nota hene.) 

« Memoria sia ha tots los prohomens y Ciutadans de la pré- 
sent Ciutat de Elna, com avuyn que comptam aïs 28 de) mes de 
juny de 1602, die de divendres, a les nou hores de la matinada 
Jo 111"" y Rev" Mons°' Don Alfonso Coloma, bisbe de Barcelona, 
subdelegat apostolich per lo molt 11" y Rev" Mons" Don Joan 
Teres, archabisbe de Tarragona y Virey de Cathalonya, 
delegat apostolich de Sa Santadat, créât en lo fet del 
interes de la nova residentia de la Yglesia de Elna en la 
vila de Perpinya, encontinent en essent arribat accompanyat 
de Mons" Rev'" de Elna, Don Onofre Reart, y de molts S"'" de 
Canonges, es anat en lo altar major, y ha fêtes obrir les tombes 
de les benaventurades Santés Eulalia y Julia, y les caxies que 
eran en dites tombes, dit Mons" Rev'" de Barcelona de la part 
de Santa Eularia y Mons" de Elna de la part de Santa Julia, 
quiscu ab lurs armitres (sic), han abaxades les caxies de dites tom- 
bes demont de l'altar major, y aquelles han obertes y han rego- 
negudes molt be : Y en la caxia de Santa Eularia hi han trobades 
moites reliquies de diverses , Santés {sic) y a soles dos canyelles 
dels brassos dret y esquerra de Santa Eularia, y una re (sic) de 
pregami, loqual narra y diu que en lo ariy i23o foren aportades 
assi, en la présent Ciutat de Elna, en lo temps que regnava lo 
rey Falip, rey de Fransa, y tôt lo présent Comptât de Rossello 
y Perpinya tôt era Frances, y dites reliquies les hores foren 
aportades en la Seu de Elna ; y en la caxia de Santa Julia, y ha 
un retol, en dita caxia, de letres de or (loqual diu : Tiic jacet 
corpus bealœ Juliœ) (1) ; y aixi han trobat dins de dita caxia un 

(1) 11 existe à la sacristie de l'église d'Elne un coffret en bois, en forme 
de châsse, c'est-â-dire avec un couvercle à deux versants. La longueur en est 
de m. 45, la largeur de o m, 27 et la hauteur de o m. 33 y compris le cou- 
vercle angulaire qui a o m. 12 de hauteur. Toutes ses faces sont décorées de 
grands rinceaux de feuillages dorés qui se dessinent légèrement en creux sur 



— 404 — 

saquet dins del quai hia ha pois de! cos de Santa Julia, y une 
caniella petita del bras de dita Santa. Y après dit Mons" Rev'"" 
de ^arcelona les ha tornades tancar y les ha sagellades en lo 
pany ; y dits A1.ons°" Rev """ de Barcelona y de Elna, stant sempre 
quiscu de ells ab lurs armitres y roquets, han tornades dites caxies 
bones y sagellades dins de les tombes. 

Y lo despres de dinar dit Mons" Rev'" de Barcelona ha tingu- 
des vespres de pontifical, y encontinent acabades sen es anat al 
Palau. Y los S°" Consols ab la prohomia de dita Ciutat, lo han 
acompanyat. 

Y lo endema, que era lo die del beneventurat Sant Père, dit 
Mons" Rev" de Barcelona digue missa de pontifical en la dita 
Seu de Elna, y aquella finida, predica ; y en havent prédicat, 
loqual predica a la trôna dels manaments, ell y Mons" de Elna 
feren abaxiar les caxies de les tombes, y de la caxia de Santa 
Eularia dit Mons" Rev"" de Barcelona de dues canyelles que hi 
havia, la una dona per a Perpinya, y algunes poques de reliquies 
de dita Santa, ab tant que eran molt poques; y encontinent tan- 
charen la dita caxia, y tanchada la posaren en sa tomba : Y de la 
caxia de Santa Julia, ne tragueren un trosset de canyella per a 
Perpinya, y aixibe tanchaien encontinent dita caxia, y tancada la 
posaren en sa tomba. 

Y en lo despres de dinar, après de haver ser dites vespres y 
complètes, se partiren les ornaments de la Seu, lesquals ja los 
canonges havien apartat les uns dels altres ; y partiren de la 
manera volgueren : Y après, en lo fet del partir de la plata, es 
stat tant y tant gran lo strago que s'es fet, que se enten que 
N.-S" no reste lohat, .. 

un champ coni,tituë par un pointillé d'or. Les charnières, dorées, sont ancien- 
nes ; la serrure, quoique ancienne aussi, n'est pas la serrure primitive. 
L'intérieur est peint à fond bleu semé d'étoiles d'or. 

Sur un des versants du couvercle une banderole à fond d'or porte l'ins- 
cription suivante : Hic jacei corpus béate Julie. 

Tout porte à présumer que ce coffret, aujourd'hui vide, est celui-là même 
qui se trouve mentionné au présent récit. Le caractère des dessins et la 
forme des lettres de l'inscription indiquent le xv' siècle. 

Ce coffret, par une décision toute récente, vient d'être classé comme 
monument historique. Nous en donnons ci-joint une reproduction d'après 
photographie. 



4o5 — 



Coffret de l'église d'Elne (Monument historique) 










igVIl 



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(Clichés E. Terrusj 



— 4o6 — 

Y lo endema, que era diumenge, Mons°' R" de Barcelona a 
las très horas passada mija nit digue missa resada, y finida, sen 
es anada la professe, ab tant gran dolor que era lastima, quiu (?) 
vehia y hoia, de plors y altres rancos, vehent que la Seu restava 
tant desolada ;... Apres de haver sen aportat tôt lo millor de 
dita Seu, sen han aportat un drap de ras fi) molt gran que stava 
continuament devant de Taitar major, y sen han aportades les 
Santés y la Creu major ; en ores meyns, sen han aportades la 
tapissaria que val dos milia ducats, lo pâlit major ab lo frontal (2) 
tôt de plata sobre dorada, ab noranta botons, tots de plata, ab 
les flochs verts... y los sants de aquell, ab lurs corones de perles, 
ab tant que es de valor de mil y sinch cents ducats, y la Creu 
major altres tant ; ab tant que la Seu resta tant desolada que apart 
que sia stat un sacho de Anvers (3), y que los ciutadans ne res- 
tan molt escandalizats y spantats. N.-S" y pos remey del cel, 
pus nol y ha aguf de la terra, y hi gira la sua santa ma dreta, 
per al seu sant servey. Amen. » 

Une note transcrite au registre deux mois plus tard ajoute : 

« Memoria de la tapessarie sen han aportada los Canonges. 

« Memoria sia a totes les persones qui legiran la présent 
memoria com, al sis del mes de agost de l'any i5o8, en les 
scripturas del discret mossen Bernât Ribesaltes, quondam notari 
public de la Ciutat de Elna... s'es trobat un acte en y ab loqual 
consta com lo Rev"" Don Berenguer, de bona memoria, quondam 
bisbe de Elna, loqual après fouch provait del bisbat de Castros, 



(j) Draperie, peinte ou non (Voir autre note ci-après). 

(1) C'est ]z frontal ou devant d'autel décrit dans l'inventaire de i55o, que 
nous avons publié ici même (Rev. Cat, mars 191 i). 

On peut comparer les indications de ce récit avec celles de la note manus- 
crite recueillie par M. l'abbé Torreilles dans ses articles sur la translation 
{7(ev. dTiist. et d'Arch. du T{ouss\llon, 1905) : « Y lo Capitol sen aporta una 
canyella del bras de Santa Eularia, y un tros de os de Santa Julia, los dos 
mixs cossos de plata de Santés Eularia y Julia, la Creu major y moltas altres 
reliquies. » 

(3^ En 1576, au cours du soulèvement des Pays-Bas, les Espagnols 
avaient saccagé la Ville d'Anvers d'une manière si cruelle et si complète, que 
cette exécution était passée en proverbe. C'est l'écho de ce fait lointain qui 
se retrouve ici. 



— 407 — 

en Fransa, dona a la Seu de Elna sis pesses de drap de ras (1) 
en Icsquals y es mollada y pintada la Passio de N.~S. Deu J. C, 
perque lo culto divino y les officis divinals fossen mes venerats. » 
La Communauté des Prêtres appela à Rome du partage ainsi 
opéré entre elle et le Chapitre : ce furent des débats longs, 
compliqués, fertiles en incidents (2), mais sans résultat. Pour 
la Cité, tout fut terminé là, ou à peu près, sauf le ressentiment 
qui subsista longtemps encore dans les esprits. 

(M suivre) R. de Lacvivier. 

(1) On voit par les textes ci dessus, que le mot drap de ras a deux sens, 
absolument, du reste, comme le mot ioile, en français. 11 désigne ici une 
étoffe peinte, qualifiée aussi de tapessaria, et qui est, à n'en pas douter, la 
même chose que la tapissaria déjà signalée. Mais il peut aussi designer une 
étoffe non peinte ; et il est alors à rapprocher du mot raxia que nous 
avons plusieurs fois rencontré ci dessus, désignant une étoffe de laine (ou 
drap) d'une qualité particulière, plutôt fine. 

(2) Voir, à ce sujet, Archiv. Département., série G. 174. 



LIVRES ^ REVUES 



Philologie catalane. 

Notre savant confrère, M. Bernhard Schadel, professeur de langues 
romanes à Hambourg, vient de publier un bulletin bibliographique sur la 
langue catalane, Bericht ûber die J^atalanische Sprache, 1907 und 1908. 

11 y signale, entre autres, les travaux de nos collaborateurs, E. Leguiel, 
Louis Pastre, J. Calmette, F. Monsalvatje, J. Comet, L. Conill, R. de 
Lacvivier, Jules Delpont, Venanzio Todesco, J. Palomba. 

El Obispado de Elna. Tome 1. 

C'est le titre du nouvel ouvrage, 408 pages, que Don Francisco Mon- 
salvatge, notre distingué collègue de Gèrone, vient de publier (Imprenta 
Juan Bonet, à Olot, 1911); il est le 2 1' de la série de ses T^olicias historicas. 

Le texte comprend : 

Une Dedicatoria à Monseigneur de Carsalade du Pont, évêque d'Elne ; 

Une courte note At lector ; 

Une longue Jntroducciôn, qui constitue l'historique de l'évêché et de 
l'église d'Elne ; 

L'Episcopotogio détaillée du diocèse, depuis le premier évêque Domnus 
(571 j à Juan de Magarit y de Pau (1461) ; 

Un Apendice de 5o documents historiques. 



— 4o8 — 

Citons aussi les illustrations : vista gênerai de Elna ; piano de Elna ; 
inscripcion en el altar major ; trois pierres tombales du cloître d'Elne ; 
16 reproductions sellas episcopals ; le portrait de l'évêque de Gui de Terrena. 

La T^evue Catalane adresse ses compliments à l'infatigable érudit qu'est 
Don Francisco Monsalvatje. J. D. 

Nous avons reçu les "Lectures sur l'Histoire du Bas-Languedoc , choisies par 
M. J. Granier, inspecteur primaire à Céret, en collaboration avec MM. L. 
Auge et Ch. Blanc. (Un vol. in- 16 illustré, cartonné, 1 fr. 20, Ed. Cornély 
et C', éditeurs, Paris). Ce petit livre, bien présenté, sera très utile pour les 
jeunes languedociens, et contribuera à entretenir en eux l'amour de la 
petite patrie. M. Granier devrait profiter de son séjour en Roussillon pour 
composer un recueil de lectures du même genre, concernant notre pro- 
vince : il nous rendrait là un grand service. On nous a laissé entendre qu'il 
en avait l'intention ; nous ne saurions trop l'encourager à y donner suite. 
Un choix de lectures sur l'Histoire du Roussillon constituerait un heureux 
complément de notre récent manuel d'histoire locale. 

M. Fritz Krijger, ancien étudiant de l'Université de Halle, où il étudia 
le catalan sous la direction de M. Schaedel, inscrit aussi pendant un semestre 
à l'Université de Montpellier, où il travailla avec M. Amade, vient de 
publier son travail de doctorat : Sprachgeographisclje Tlnîersuchungen in 
Languedoc und T^oussillon , après un voyage d'études effectué sur les points 
où pouvait le mieux se déterminer la frontière du languedocien et du catalan 
roussillonnais. Ce travail est fait avec méthode et conscience. 11 y a bien 
quelques notations el quelques affirmations discutables ; mais, d'une manière 
générale, on peut être satisfait des résultats obtenus. 

■^<^ 
Saluons avec plaisir l'apparition d'une nouvelle revue Jlrts et Lettres, 
publiée par le Salon des poètes méridionaux de Toulouse, revue à tendances 
nettement régionalistes (8, rue de la Chaîne, Toulouse). Le premier 
numéro, qui vient d'être mis en vente, contient entre autres choses quelques 
poésies de M. Jean Amade, précédées d'une note biographique et biblio- 
graphique le concernant. 

Réclames en langue d'oc et en catalan. 

Les félibres de Montpellier ont organisé pour la Noël une Exposition- 
Concours d'écriteaux de réclame commerciale exclusivement rédigés en 
langue d'Oc, dialecte de Montpellier, vers ou prose. Chaque commerçant 
participant doit exposer son écriteau dans sa vitrine : il jouira de la faveur 
de voir imprimer gratuitement dans un journal languedocien le texte 
de sa réclame. 

Pourquoi n'organiserait-on pas de temps en temps quelque chose d'ana- 
logue parmi les commerçants perpignanais ? Cette petite manifestation ne 
pourrait passer inaperçue et aurait son importance. 

Le Gérant, COMET. —Imprimerie COMET, 8, rue Saint- Dominique, Perpignan. 



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DP 

C57R3 
t.5 



Revue catalane 



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